Résultats : 470 texte(s)
Détail
Liste
301
p. 1387-1389
AUTRE.
Début :
En moi, Lecteur, tu ne vois rien de rare, [...]
Mots clefs :
Pinceau
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
EN moi, Lecteur, tu ne vois rien de rare ,
Admire cependant mon sort et mon destin :
Quoique frêle jouet du caprice bizare ,
Tu rends à mon ouvrage un honneur souveraing
Rien ne peut égaler ma gloire ;
Je fais revivre les Mortels ;
Tu vois ce que je puis même sur les Autels ;
Et je conduis mon guide au temple de memoire
Veux-tu pour me trouver un autre stratagême è
Changeant l'ordre de mes sept pieds ,
D'abord tranche mon quatrième ,
Et fait du résidu deux égales moitiés ;
La premiere est dans les montagnes ,
Sur les mers et dans les campagnes ,
La seconde est un don des Cieux ,
Qui tous les jours se présente à nos yeux ;
Rejoignant à mon corps mon quatrième mem
bre ,
Après maintes combinaisons ,
Tu trouveras un Saint que l'on fète en Decembre
,
II. Vab
E vi
Un
1388 MERCURE DE FRANCE
Un lieu qu'on doit fermer pour de bonnes raig
sons ,
Ce que demande un pauvre qui mandie ,
Ce qu'engendre l'oisiveté ,
Plus deux Villes en Normandie ;
Ce que bien des mortels avec peine ont quitté
Deux oyseaux , le suc d'une grappe ,
Le soutien du Turc et du Pape ,
Un Insecte facheux , incommode animal .
Ce que nous nous grattons quand il nous fait
du mal ,
Un hahit qui toujours fut l'ornement des Dames,
Et qui par sa grandeur nous paroît messeant ;
Un autre habit utile aux femmes ,
Et qui couvre le précedent ;
Un oiseau décoré d'une belle parure :
Son nom pris en trois sens , offre encore à té
yeux ,
Un terme de l'Architecture ,
Et le rustique fils du plus voleur des Dieux ;
Ca ! ne te lasse point: tourne , change , partage
Si tu veux voit un fruit dont la blonde Cerès ,
Vient tous les ans enrichir nos guerets ,
Même certain pannier qui sert à son usage :
Si tu veux mieux me définir ,
La conquête d'un Roy sous qui tout doit fléchir
Une pièce d'un seau , douze mois , une toile ,
Leveront aisément mon voile :
Autre moyen pour me développer ,
II. Vol. En
JUIN 1734 7389
En trois Lettres je suis une Ville de France :
C'est un lieu fort , Frontiere de Provence :
Mais je t'en ai trop dit , je ne puis t'échapper ;
Il n'est plus tems que tu rumines ,
Dis moi mon nom ; rien ne t'est plus aisé ,
Ou crains que quelqu'un plus rusé ,
Ne trouve en moi le tien, si tu ne me devines?
Par J. Briere de G.....
EN moi, Lecteur, tu ne vois rien de rare ,
Admire cependant mon sort et mon destin :
Quoique frêle jouet du caprice bizare ,
Tu rends à mon ouvrage un honneur souveraing
Rien ne peut égaler ma gloire ;
Je fais revivre les Mortels ;
Tu vois ce que je puis même sur les Autels ;
Et je conduis mon guide au temple de memoire
Veux-tu pour me trouver un autre stratagême è
Changeant l'ordre de mes sept pieds ,
D'abord tranche mon quatrième ,
Et fait du résidu deux égales moitiés ;
La premiere est dans les montagnes ,
Sur les mers et dans les campagnes ,
La seconde est un don des Cieux ,
Qui tous les jours se présente à nos yeux ;
Rejoignant à mon corps mon quatrième mem
bre ,
Après maintes combinaisons ,
Tu trouveras un Saint que l'on fète en Decembre
,
II. Vab
E vi
Un
1388 MERCURE DE FRANCE
Un lieu qu'on doit fermer pour de bonnes raig
sons ,
Ce que demande un pauvre qui mandie ,
Ce qu'engendre l'oisiveté ,
Plus deux Villes en Normandie ;
Ce que bien des mortels avec peine ont quitté
Deux oyseaux , le suc d'une grappe ,
Le soutien du Turc et du Pape ,
Un Insecte facheux , incommode animal .
Ce que nous nous grattons quand il nous fait
du mal ,
Un hahit qui toujours fut l'ornement des Dames,
Et qui par sa grandeur nous paroît messeant ;
Un autre habit utile aux femmes ,
Et qui couvre le précedent ;
Un oiseau décoré d'une belle parure :
Son nom pris en trois sens , offre encore à té
yeux ,
Un terme de l'Architecture ,
Et le rustique fils du plus voleur des Dieux ;
Ca ! ne te lasse point: tourne , change , partage
Si tu veux voit un fruit dont la blonde Cerès ,
Vient tous les ans enrichir nos guerets ,
Même certain pannier qui sert à son usage :
Si tu veux mieux me définir ,
La conquête d'un Roy sous qui tout doit fléchir
Une pièce d'un seau , douze mois , une toile ,
Leveront aisément mon voile :
Autre moyen pour me développer ,
II. Vol. En
JUIN 1734 7389
En trois Lettres je suis une Ville de France :
C'est un lieu fort , Frontiere de Provence :
Mais je t'en ai trop dit , je ne puis t'échapper ;
Il n'est plus tems que tu rumines ,
Dis moi mon nom ; rien ne t'est plus aisé ,
Ou crains que quelqu'un plus rusé ,
Ne trouve en moi le tien, si tu ne me devines?
Par J. Briere de G.....
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302
p. 1404-1405
Nouvelles Estampes, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le Samedy 26. Juin 1734. le sieur Lépicié, habile Graveur, fut agréé unanimement dans [...]
Mots clefs :
Amour, Portrait, Lepicié, Académie royale de peinture et de sculpture, Charles Coypel, Antoine de La Roque, Veuve Chéreau, Laureolly, Juste-Aurèle Meissonnier
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles Estampes, &c. [titre d'après la table]
Le Samedy 26. Juin 1734. le sieur Lépicié ,
habile Graveur , fut agréé unanimement dans
une Assemblée generale de l'Académie Royale
de Peinture et Sculpture il avoit présenté à la
Compagnie plusieurs de ses Estampes ; sçavoir ,
le Jeu d'Enfans, ou la Toilette , d'après M.Coypel.
L'Amour Précepteur , du même.
Le Printemps, d'après la Signora Rosalba .
Le Portrait de M. Grassin , d'après M. De-
Jargilliere.
II. Vol. L'Amour
JUIN. 1734 1405
L'Amour Moissonneur et l'Amour O iseleur ,
d'après M. Boucher .
Le Portrait du Chevalier de la Roque , d'après
Wattau.
Il a à graver pour sa réception , le Portrait
de M. Rigaud et celui de M. Bertin.
Il paroit une nouvelle Estampe en large , ruž
S. Jacques , chez la Veuve Chereau , où l'Archi
tecture et les divers ornemens de la Sculpture ,
offrent aux yeux ce qu'il y a de plus agreable
pour les formes et pour l'élégance des diverses
parties . Le tout forme la façade d'un magnifique
Palais , dont le Plan est circulaire , élevé sur un
double Perron , et un du côté d'un Jardin , avee
deux aîles , Cette Estample est très - bien gravée
d'après le Dessein de M. Meissonnier , par le
sicur Laureolly.
habile Graveur , fut agréé unanimement dans
une Assemblée generale de l'Académie Royale
de Peinture et Sculpture il avoit présenté à la
Compagnie plusieurs de ses Estampes ; sçavoir ,
le Jeu d'Enfans, ou la Toilette , d'après M.Coypel.
L'Amour Précepteur , du même.
Le Printemps, d'après la Signora Rosalba .
Le Portrait de M. Grassin , d'après M. De-
Jargilliere.
II. Vol. L'Amour
JUIN. 1734 1405
L'Amour Moissonneur et l'Amour O iseleur ,
d'après M. Boucher .
Le Portrait du Chevalier de la Roque , d'après
Wattau.
Il a à graver pour sa réception , le Portrait
de M. Rigaud et celui de M. Bertin.
Il paroit une nouvelle Estampe en large , ruž
S. Jacques , chez la Veuve Chereau , où l'Archi
tecture et les divers ornemens de la Sculpture ,
offrent aux yeux ce qu'il y a de plus agreable
pour les formes et pour l'élégance des diverses
parties . Le tout forme la façade d'un magnifique
Palais , dont le Plan est circulaire , élevé sur un
double Perron , et un du côté d'un Jardin , avee
deux aîles , Cette Estample est très - bien gravée
d'après le Dessein de M. Meissonnier , par le
sicur Laureolly.
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Résumé : Nouvelles Estampes, &c. [titre d'après la table]
Le 26 juin 1734, l'Académie Royale de Peinture et Sculpture a agréé à l'unanimité le sieur Lépicié, un graveur talentueux. Lors de l'assemblée générale, il a présenté plusieurs de ses œuvres, dont 'Le Jeu d'Enfants, ou la Toilette' et 'L'Amour Précepteur' d'après Coypel, 'Le Printemps' d'après Rosalba, 'Le Portrait de M. Grassin' d'après Dejargilliere, 'L'Amour Moissonneur et l'Amour Oiseleur' d'après Boucher, et 'Le Portrait du Chevalier de la Roque' d'après Watteau. Pour sa réception, Lépicié doit graver les portraits de Rigaud et Bertin. Par ailleurs, une nouvelle estampe en large a été publiée chez la Veuve Chereau, représentant la façade d'un palais d'après Meissonnier, gravée par Laureolly. Cette estampe met en valeur l'architecture et les ornements sculptés, offrant des formes et une élégance remarquables.
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303
p. 1405-1406
Tableaux exposez à la Place Dauphine, [titre d'après la table]
Début :
Le Public et les Curieux en Peinture, ont vû avec plaisir le jour de l'Octave de la Fête Dieu, [...]
Mots clefs :
Tableaux, Enfants, Musique, Sujets, Goût, Portraits, Place Dauphine, Jean Siméon Chardin
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texteReconnaissance textuelle : Tableaux exposez à la Place Dauphine, [titre d'après la table]
Le Public et les Curieux en Peinture , ont vu
avec plaisir le jour de l'Octave de la Fêre Dieu ,
dans la Place Dauphine , quelques Tableaux de
divers Maîtres et de plusieurs jeunes Peintres ,
exposez par eux , ou par ceux qui les possedent.
On en voyoit deux en hauteur , de M. de Troy ,
avec une extrême satisfaction , dont l'un représente
une Fuite en Egypte , et l'autre , un Sujet
François et très- galant , c'est une Dame à sa
Toilette , debout dans le moment qu'on l'habille .
Seize Tableaux du sieur Chardin ; le plas
grand représente une jeune personne qui attend
avec impatience qu'on lui donne de la lumiere
pour cacheter uneiLettre.Les figures sont grandes
comme Nature.
Les autres Tableaux du même Auteur , sont
des Jeux d'Enfans , fort bien caracterisez , des
1 I. Vol.
G iij Tro7406
MERCURE DE FRANCE
Trophées de Musique , des Animaux morts er
vivans , et aures Sujets dans le goût de Tenier ,
où l'on trouve une grande verité.
Deux du sieur Natoire , digne Eleve de M. le
Moine . Ce sont deux Sujets tirez de la Fable
une Galathée, & Tableaux de Chevalet.
Quatre du sieur le Sueur , petit neveu du célebre
Eustache le Sueur. Le Portrait d'un Musicien
en Arménien , tenant une Flute. Autre Por
trait d'un Peintre , & c. Deux Enfans dans le
goût de Grimoud ; le petit Garçon tient une
Flute, et la petite Fille un papier de Musique, &c.
Deux Portraits du sieur Toquet.
Trois Portraits du sieur Autreau
Un grand Tableau du Sieur Lami , représen
tant une Assomption .
Deux Paysages en large, du sieur Charles du
Bois de Valencienne , & c.
avec plaisir le jour de l'Octave de la Fêre Dieu ,
dans la Place Dauphine , quelques Tableaux de
divers Maîtres et de plusieurs jeunes Peintres ,
exposez par eux , ou par ceux qui les possedent.
On en voyoit deux en hauteur , de M. de Troy ,
avec une extrême satisfaction , dont l'un représente
une Fuite en Egypte , et l'autre , un Sujet
François et très- galant , c'est une Dame à sa
Toilette , debout dans le moment qu'on l'habille .
Seize Tableaux du sieur Chardin ; le plas
grand représente une jeune personne qui attend
avec impatience qu'on lui donne de la lumiere
pour cacheter uneiLettre.Les figures sont grandes
comme Nature.
Les autres Tableaux du même Auteur , sont
des Jeux d'Enfans , fort bien caracterisez , des
1 I. Vol.
G iij Tro7406
MERCURE DE FRANCE
Trophées de Musique , des Animaux morts er
vivans , et aures Sujets dans le goût de Tenier ,
où l'on trouve une grande verité.
Deux du sieur Natoire , digne Eleve de M. le
Moine . Ce sont deux Sujets tirez de la Fable
une Galathée, & Tableaux de Chevalet.
Quatre du sieur le Sueur , petit neveu du célebre
Eustache le Sueur. Le Portrait d'un Musicien
en Arménien , tenant une Flute. Autre Por
trait d'un Peintre , & c. Deux Enfans dans le
goût de Grimoud ; le petit Garçon tient une
Flute, et la petite Fille un papier de Musique, &c.
Deux Portraits du sieur Toquet.
Trois Portraits du sieur Autreau
Un grand Tableau du Sieur Lami , représen
tant une Assomption .
Deux Paysages en large, du sieur Charles du
Bois de Valencienne , & c.
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Résumé : Tableaux exposez à la Place Dauphine, [titre d'après la table]
Le 10 septembre 1725, lors de l'Octave de la Fête Dieu, divers tableaux de maîtres et jeunes peintres ont été exposés sur la Place Dauphine. Parmi les œuvres remarquées, deux tableaux de M. de Troy ont été particulièrement appréciés : une 'Fuite en Égypte' et une scène galante représentant une dame à sa toilette. Seize tableaux de Chardin étaient également exposés, dont le plus grand montrait une jeune femme attendant de la lumière pour cacheter une lettre. Les autres œuvres de Chardin incluaient des jeux d'enfants, des trophées de musique, des animaux morts et vivants, et des sujets dans le style de Tenier, caractérisés par leur grande véracité. Deux tableaux de Natoire, élève de M. le Moine, étaient tirés de la fable et réalisés sur chevalet. Le Sueur, petit-neveu d'Eustache Le Sueur, présentait quatre œuvres, dont des portraits et des enfants dans le style de Grimoud. Toquet et Autreau exposaient également des portraits. Un grand tableau représentant une Assomption était signé Lami, et deux paysages en large étaient l'œuvre de Charles du Bois de Valencienne.
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304
p. 1406-1407
« Le 22. Juin, l'Académie de Chirurgie, établie sous la protection du Roy, tint sa Séance publique [...] »
Début :
Le 22. Juin, l'Académie de Chirurgie, établie sous la protection du Roy, tint sa Séance publique [...]
Mots clefs :
Curieux, Maîtres, Académie de chirurgie, Gersaint, Mortain, Cabinet, Dugeron, Curiosités, Chirurgien
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texteReconnaissance textuelle : « Le 22. Juin, l'Académie de Chirurgie, établie sous la protection du Roy, tint sa Séance publique [...] »
Le 22. Juin , l'Académie de Chirurgie , établie
sous la protection du Roy , tint sa Séance pu
blique dans la grande Sale des Maîtres Chirur
giens de Paris , nous en rendrons compte le
mois prochain.
Les sieurs Gersaint et de Mortain , Marchands
PontNotre- Dame, donnent avis aux Curieux , qu'ils
ont rapporté d'un voyage qu'ils viennent de faire
en Hollande , quantité de Tabeaux et Desseins des
meilleurs Maîtres , avec un grand nombre d'Estampes
rares et des plus belles Epreuves. Ils ont
trouvé entre autres choses , chez un fameux Curieux
d'Amsterdam , un Cabinet de Coquilles des
mieux conservées , excellemment belles et des
plus singulieres , avec plusieurs autres curiositez
naturelles qui en font l'assortiment , qu'ils ven
II. Vol. droat
JUIN. 1734: 1407
dront en entier et sans division . C'est une des
Collections des plus parfaites en ce genre qu'il y
ait en France ; ils avertissent aussi qu'outre ce
Cabinet , ils en ont une grande quantité de doubles,
qu'ils pourront vendre séparement, et dont
la condition et la beauté sont égales.
La vente de toutes ces Curiositez se fera
dans leurs Maisons , Pont Notre Dame , et
ils auront soin d'avertir les Curieux par une
Affiche , du jour qu'ils seront en état de l'ouvrir
Le sieur Dugeron , ancien Chirurgien d'Armée
, continue de distribuer avec succès un:
Opiate qui préserve les Dents de se gâter et de
tomber ; ses Boëtes se vendent z . livres , 3. liv .
et 4. livres. Il demeure à Paris , rue du Four ,
près S. Eustache , avec Tableau.
sous la protection du Roy , tint sa Séance pu
blique dans la grande Sale des Maîtres Chirur
giens de Paris , nous en rendrons compte le
mois prochain.
Les sieurs Gersaint et de Mortain , Marchands
PontNotre- Dame, donnent avis aux Curieux , qu'ils
ont rapporté d'un voyage qu'ils viennent de faire
en Hollande , quantité de Tabeaux et Desseins des
meilleurs Maîtres , avec un grand nombre d'Estampes
rares et des plus belles Epreuves. Ils ont
trouvé entre autres choses , chez un fameux Curieux
d'Amsterdam , un Cabinet de Coquilles des
mieux conservées , excellemment belles et des
plus singulieres , avec plusieurs autres curiositez
naturelles qui en font l'assortiment , qu'ils ven
II. Vol. droat
JUIN. 1734: 1407
dront en entier et sans division . C'est une des
Collections des plus parfaites en ce genre qu'il y
ait en France ; ils avertissent aussi qu'outre ce
Cabinet , ils en ont une grande quantité de doubles,
qu'ils pourront vendre séparement, et dont
la condition et la beauté sont égales.
La vente de toutes ces Curiositez se fera
dans leurs Maisons , Pont Notre Dame , et
ils auront soin d'avertir les Curieux par une
Affiche , du jour qu'ils seront en état de l'ouvrir
Le sieur Dugeron , ancien Chirurgien d'Armée
, continue de distribuer avec succès un:
Opiate qui préserve les Dents de se gâter et de
tomber ; ses Boëtes se vendent z . livres , 3. liv .
et 4. livres. Il demeure à Paris , rue du Four ,
près S. Eustache , avec Tableau.
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Résumé : « Le 22. Juin, l'Académie de Chirurgie, établie sous la protection du Roy, tint sa Séance publique [...] »
Le 22 juin, l'Académie de Chirurgie a organisé une séance publique à Paris, dont le compte rendu sera publié le mois suivant. Les marchands Gersaint et de Mortain ont importé de Hollande divers tableaux, dessins, estampes rares et épreuves exceptionnelles. À Amsterdam, ils ont acquis un cabinet de coquilles remarquablement conservées et d'autres curiosités naturelles, formant l'une des collections les plus parfaites en France. Cette collection sera vendue en entier sans division, tandis que les doubles pourront être vendus séparément. La vente se tiendra dans leurs maisons au Pont Notre-Dame, avec une affiche indiquant la date d'ouverture. Par ailleurs, le sieur Dugeron, ancien chirurgien d'armée, distribue un opiate pour préserver les dents, vendu entre 2 et 4 livres. Il réside à Paris, rue du Four, près de l'église Saint-Eustache, où un tableau est exposé.
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306
p. 2487-2488
LOGOGRYPHE.
Début :
Dix membres font de moi le plus charmant séjour, [...]
Mots clefs :
Versailles
307
p. 939-940
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis un composé de sept membres utiles, [...]
Mots clefs :
Tableau
308
p. 2443
LOGOGRYPHE.
Début :
J'ai six lettres en tout, dont deux sont redoublées. [...]
Mots clefs :
Portrait
309
p. 88-89
AUTRE.
Début :
Je suis Château Royal, d'une antique structure, [...]
Mots clefs :
Fontainebleau
310
p. 105-106
LOGOGRYPHE.
Début :
Dans le siécle passé, ce Roi dont la puissance [...]
Mots clefs :
Versailles
312
p. 101-102
LOGOGRYPHE.
Début :
Des plus riches Palais on me fait l'ornement ; [...]
Mots clefs :
Tableau
316
p. 98-99
LOGOGRIPHE.
Début :
Quoique je sois commun, je ressemble au melon ; [...]
Mots clefs :
Tableau
319
p. 167-175
ARCHITECTURE.
Début :
Si les hommes n'étoient pas aussi portés qu'ils le sont à se livrer dans leurs opinions [...]
Mots clefs :
Ordre architectural, Goût, Colonnade, Arts, Architecture, Roi, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARCHITECTURE.
ARCHITECTURE .
pas
auffi portés
I les hommes n'étoient
qu'ils le font à fe livrer dans leurs opinions
à des excès toujours condamnables ,
s'ils n'autorifoient pas par des exemples
trop fouvent répétés ,à douter de l'équité de
leurs motifs , on ne pourroit leur conteſter
le droit honorable d'étendre leurs difcuffions
& leur critique fur les objets les plus
refpectables en tous genres : mais lorsqu'on
voit ( pour me reftreindre aux matieres de
goût ) qu'à peine a - t - on ofé ſubſtituer à
l'adoration d'Homere quelques recherches
fur de légers défauts , dont il eft certain
qu'il n'a pas dû être exempt , qu'auffi - tôt
on brife fes autels , on arrache fa couronne
, on méprife & on raille fes adorateurs ;
ne doit - on pas être porté à fouhaiter
qu'à l'exemple de Mahomet , on impoſe
un filence profond & mystérieux fur les
Divinités des fciences , des arts & du goût ?
Mais où fe trouvera le Légiflateur dont
la miſſion ſera affez généralement reconnue
, pour établir cette loi de prévoyance
que l'efprit impoferoit à l'efprit ? d'ailleurs,
ofer montrer de nos jours une pareille
168 MERCURE DE FRANCE.
méfiance , ne feroit- ce pas refufer à notre
fiécle ce titre refpectable de philofophe
dont il fe pare , & dont il efpere que la
postérité fera fon titre diftinctif ? Puifqu'il
en arbore l'étendart , il doit être louable
& permis aujourd'hui ou jamais de hazarder
quelques réflexions qui ont pour objet
un de ces chefs - d'oeuvres des arts faits pour
être adorés aveuglément dans un fiécle
d'enthouſiaſme & de préjugés ; mais faits
pour être difcutés dans un fiécle fage ,
éclairé , enfin dans un fiécle philofophe
comme le nôtre.
Il s'agit ici de la colonade & des projets
du rétabliſſement du Louvre.
Il est néceffaire d'établir premierement
les raifons pour lefquelles , fous le regne
de Louis XIV , les Architectes employés
à cet ouvrage ont pris pour le finir une
route différente de celle qu'avoient tenue
ceux qui l'avoient commencé.
En général , il est avantageux aux progrès
des connoiffances humaines , que les
efprits & les talens d'un fiécle profitent &
s'enrichiffent de ce que l'efprit & le talent
avoient amaffé déja de thréfors & de richeffes
; mais le profit feroit inconteſtablement
plus confidérable & plus rapide ,
fi les grands ouvrages & les vaftes projets
conduits & exécutés par la même main ,
qui
AVRIL. 11755. 1.69
qui en a tracé les efquiffes , nous offroient
plus fouvent les idées accomplies de ceux
qui les ont conçus . Il arrive malheureufement
que ces auteurs ont des jours plus
bornés que leur entreprife , & qu'après
eux on s'écarte toujours de leurs vûes , ou
bien que l'on abandonne leurs plans.
Il ne falloit pour finir l'édifice dont il
eft queftion , qu'ordonner aux Architectes
de fuivre ce qui étoit commencé , nous
aurions fous les yeux le plus fuperbe palais
de l'Europe. Louis XIV attribuant
aux artiftes les principes & les grands motifs
qui le faifoient agir , fit venir des pays
étrangers des hommes de réputation : tous
ceux qui étoient en France furent chargés
de travailler ; mais l'amour propre injufte
leur perfuada qu'il n'y avoit aucune
gloire à prétendre , s'ils fuivoient des idées
qu'ils n'auroient point créées.
On fit donc différens projets qui occafionnerent
, comme aujourd'hui , des conteftations
fans nombre parmi les artiſtes ,
& des libelles fans fin de la part des critiques,
Il fut réfolu qu'on éleveroit la colonade
pour former l'entrée du Louvre , &
que l'on doubleroit l'aîle fur la riviere ,
pour loger le Roi plus commodément dans
cette partie. 200
Réfléchiffons fur le réfultat de tant de
H
170 MERCURE DE FRANCE .
difcuffions , d'obfervations , de critiques ,
& d'avis différens .
-Quel eft - il ? 'une façade de palais fans
croifées , dont l'ufage n'a pu fe faire deviner
depuis qu'elle eft bâtie , dont les
inconvéniens font fans hombre , & dont
la beauté déplacée a cependant un droit
trop jufte fur notre admiration pour qu'on
puiffe être foupçonné de le lui refufer.
L'Architecte , emporté par le defir de concevoir
& d'enfanter une production neuve
& grande , a-t- il donc regardé comme
pen intéreffant l'ufage qu'on feroit de fes
travaux ? quelle eft la deftination de la
magnifique colonade qu'il a placée au premier
étage de cette façade L'a- t- il faite
pour placer du monde à l'arrivée , ou à la
fortie du Roi L'a - t-il ornée pour le Roi
lui-inême dans les occafions où l'on auroit
donné des fêtes dans la place fur laquelle
elle devoit dominer ? Dans l'un ou dans
l'autre cas , n'eût-il pas été encore à defirer
que la colonade fe trouvât placée dans
le milieu , comme l'endroit le plus convenable
& le plus décent ? La fuppofez - vous
propre à faciliter la communication d'un
côté du palais à l'autre ? Alors pourquoi
cette interruption ménagée pour faire une
mauvaiſe arcade , dans laquelle fe voit une
Petite porte ? C'eft ainfi que les idées de
AVRIL. 1755. 171
grandeur & cet enthouſiaſme qui femblent
pour nous un état violent , ne font pas ว
l'abri d'un mêlange de grandes & de petites
productions. J'ajoûterai encore , c'eft
ainfi que la perfection abfolue exige que
l'imagination prenne toujours l'ordre d'une
fage & utile convenance , qui eft la bafe
des fciences , des arts & du goût.
ger par
Pallons maintenant à l'examen de la façade
, qui placée du côté de la rivière , eſt
celle que l'Architecte a eu intention de
deftiner à l'appartement du Roi. A en jul'entrée
dont nous venons de parler
, & par lės progrès que doit offrir la
magnificence d'un palais , quelle devroit.
être la riche décoration de cette aîle qu'un
grand Monarque avoit choifie pour fon
féjour ? Cependant , oubliant cette conve
nance fi jufte , ou bien épuifé par l'effort
qu'il vient de faire , l'Architecte ne préfente
à notre curiofité qu'un bâtiment
froid , décoré d'architecture en bas relief,
autrement dit de pilaftres fans colonnes ,
& fans auctin avant-corps qui interrompe
par des repos & par des maffes l'ennuyeufe
monotonie qui y regne.
Des Architectes qui n'étant pas gênés ,
ont été capables de commettre des fautes
auffi avérées , ne nous autorifent - ils pas à
examiner avec moins de fertile ce qui
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
a pu
les engager à décorer la Cour d'un
troifieme ordre , par préférence à l'attique
de l'ancien projet.
Je m'imagine que deux raifons font les
principales caufes de ce changement : le
defir d'innover , & les difficultés qu'ils
ont rencontrées en voulant exécuter l'attique
, après avoir fait les façades extérieures.
Jugeons à préfent de la validité de ces
deux motifs : le premier fi général & fi
fouvent ennemi du bien , n'a pas befoin
d'une longue difcuffion . Les innovations
particulieres telles que celles - ci , ne faiſant
jamais partie d'un plan général , ont prefque
toujours l'air déplacé.
Cependant il étoit néceffaire de montrer
fa capacité : fuivre ce qui étoit commencé
, c'étoit , ou paroître plagiaire , ou
montrer un génie peu capable de reffource
& d'invention : d'ailleurs , par rapport
au dehors , qui ne peut entrer en comparaifon
avec le dedans , il falloit fe réfoudre
à fupprimer les dômes , les pavillons ,
les combles. Si l'on exécute ces retranchemens
, & fi l'on place ce feul attique , ne
paroîtra- t- il pas qu'on a cherché à appauvrir
un édifice que le projet d'un grand
Roi eft d'enrichir & d'orner ? Pourquoi
dirent- ils , cédant à toute la folidité de ces
raifons , ne formons - nous pas un troifieme
:I
AVRIL.
1755. 173
ordre qui , par fa nouveauté , fera briller
nos talens , & par fa richeffe fera conforme
au deffein de celui qui nous emploie ?
L'invention n'eft pas une déeffe docile ,
elle refuſe fouvent fes faveurs à ceux qui
les defirent . On eut beau propofer des prix
à celui qui ajoûteroit un nouvel ordre à
ceux que le caprice a fi fouvent défigurés ,
& que le bon goût a toujours rétablis ; if
ne fe trouva pas de Callimachus , & l'on
fe vit contraint de fe fervir d'une de ces
productions , dont la nouveauté fait le feut
mérite , & qu'on fe garderoit bien d'adopter
aujourd'hui.
Mais en fuppofant même que cet ordre
fût digne d'être joint à ceux que le
difcernement de tant de frécles nous a
tranfmis , feroit- il bien placé , & rendroit
il l'effet qu'on s'eft propofé ?
J'ofe répondre que non . On a eu deffein
fans doute , en fupprimant les pavillons ,
les dômes & les combles , qui ne peuvent
fubfifter relativement au dehors , de trouver
quelque chofe qui réparât cette perte.
Mais en établiffant ce troifieme ordre
dans toute l'étendue de l'édifice , tout le
bâtiment fe trouvera alors couronné à la
même hauteur & de niveau ; au lieu qu'en
confervant l'attique dans les ailes , en ádmettant
le troiſieme ordre dans les pavil-
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE .
lons des milieux , en décorant le deffus 'de
l'attique dans les quatre pavillons des angles
, cette cour intérieure préfentera une
décoration , dont le jeu détruira cette uniformité
dont l'architecture doit autant fe
garantir que les autres productions des arts.
Il feroit aifé de développer ces réflexions
& de prouver que ce projet eft celui qui
convient mieux à l'entiere perfection , fi
defirée d'un des plus beaux monumens de
la nation. Un nombre infini d'inconvéniens
dans les partis différens qu'on peut
prendre, me fourniroit une matiere qui deviendroit
infenfiblement trop abondante.
Je fouhaite feulement qu'on fe repréfente
l'effet que produira l'ordre françois exécu
té dans les petits avant- corps du milieu des
aîles , où s'en trouve à préfent le modele
en maffe. Qui pourra fupporter l'exceffive
hauteur de ces avant - corps , comparée à
leur largeur , puifqu'ils font déja trop
hauts , en y employant même l'attique.
Au refte , je ne prétens pas juftifier
abfolument l'attique des défauts qu'on
peut lui imputer ; furchargé d'ornemens ,
décoré de figures & de trophées d'une
proportion trop forte , il ne peut foutenir
fes droits avec avantage que contre
un adverfaire dont la caufe eft infiniment
moins favorable que la fienne .
AVRILIS 1755. 175
4
De plus , tout changement dans cet ouvrage
confacré par la vénération publique ,
paroîtra toujours un crime à ceux qui ,
veulent jouir du plaifir de blâmer , fans
prendre la jufte peine d'approfondir & de
s'éclairer. Mais fi la critique fondée concourt
à l'avantage des arts qu'elle éclaire ,
& à la réputation durable des artiſtes
qu'elle applaudit , ces murmures paffagers
rien n'autorife , ne doivent jamais
fufpendre des réfolutions que la raifon
& le goût d'accord ont approuvées.
pas
auffi portés
I les hommes n'étoient
qu'ils le font à fe livrer dans leurs opinions
à des excès toujours condamnables ,
s'ils n'autorifoient pas par des exemples
trop fouvent répétés ,à douter de l'équité de
leurs motifs , on ne pourroit leur conteſter
le droit honorable d'étendre leurs difcuffions
& leur critique fur les objets les plus
refpectables en tous genres : mais lorsqu'on
voit ( pour me reftreindre aux matieres de
goût ) qu'à peine a - t - on ofé ſubſtituer à
l'adoration d'Homere quelques recherches
fur de légers défauts , dont il eft certain
qu'il n'a pas dû être exempt , qu'auffi - tôt
on brife fes autels , on arrache fa couronne
, on méprife & on raille fes adorateurs ;
ne doit - on pas être porté à fouhaiter
qu'à l'exemple de Mahomet , on impoſe
un filence profond & mystérieux fur les
Divinités des fciences , des arts & du goût ?
Mais où fe trouvera le Légiflateur dont
la miſſion ſera affez généralement reconnue
, pour établir cette loi de prévoyance
que l'efprit impoferoit à l'efprit ? d'ailleurs,
ofer montrer de nos jours une pareille
168 MERCURE DE FRANCE.
méfiance , ne feroit- ce pas refufer à notre
fiécle ce titre refpectable de philofophe
dont il fe pare , & dont il efpere que la
postérité fera fon titre diftinctif ? Puifqu'il
en arbore l'étendart , il doit être louable
& permis aujourd'hui ou jamais de hazarder
quelques réflexions qui ont pour objet
un de ces chefs - d'oeuvres des arts faits pour
être adorés aveuglément dans un fiécle
d'enthouſiaſme & de préjugés ; mais faits
pour être difcutés dans un fiécle fage ,
éclairé , enfin dans un fiécle philofophe
comme le nôtre.
Il s'agit ici de la colonade & des projets
du rétabliſſement du Louvre.
Il est néceffaire d'établir premierement
les raifons pour lefquelles , fous le regne
de Louis XIV , les Architectes employés
à cet ouvrage ont pris pour le finir une
route différente de celle qu'avoient tenue
ceux qui l'avoient commencé.
En général , il est avantageux aux progrès
des connoiffances humaines , que les
efprits & les talens d'un fiécle profitent &
s'enrichiffent de ce que l'efprit & le talent
avoient amaffé déja de thréfors & de richeffes
; mais le profit feroit inconteſtablement
plus confidérable & plus rapide ,
fi les grands ouvrages & les vaftes projets
conduits & exécutés par la même main ,
qui
AVRIL. 11755. 1.69
qui en a tracé les efquiffes , nous offroient
plus fouvent les idées accomplies de ceux
qui les ont conçus . Il arrive malheureufement
que ces auteurs ont des jours plus
bornés que leur entreprife , & qu'après
eux on s'écarte toujours de leurs vûes , ou
bien que l'on abandonne leurs plans.
Il ne falloit pour finir l'édifice dont il
eft queftion , qu'ordonner aux Architectes
de fuivre ce qui étoit commencé , nous
aurions fous les yeux le plus fuperbe palais
de l'Europe. Louis XIV attribuant
aux artiftes les principes & les grands motifs
qui le faifoient agir , fit venir des pays
étrangers des hommes de réputation : tous
ceux qui étoient en France furent chargés
de travailler ; mais l'amour propre injufte
leur perfuada qu'il n'y avoit aucune
gloire à prétendre , s'ils fuivoient des idées
qu'ils n'auroient point créées.
On fit donc différens projets qui occafionnerent
, comme aujourd'hui , des conteftations
fans nombre parmi les artiſtes ,
& des libelles fans fin de la part des critiques,
Il fut réfolu qu'on éleveroit la colonade
pour former l'entrée du Louvre , &
que l'on doubleroit l'aîle fur la riviere ,
pour loger le Roi plus commodément dans
cette partie. 200
Réfléchiffons fur le réfultat de tant de
H
170 MERCURE DE FRANCE .
difcuffions , d'obfervations , de critiques ,
& d'avis différens .
-Quel eft - il ? 'une façade de palais fans
croifées , dont l'ufage n'a pu fe faire deviner
depuis qu'elle eft bâtie , dont les
inconvéniens font fans hombre , & dont
la beauté déplacée a cependant un droit
trop jufte fur notre admiration pour qu'on
puiffe être foupçonné de le lui refufer.
L'Architecte , emporté par le defir de concevoir
& d'enfanter une production neuve
& grande , a-t- il donc regardé comme
pen intéreffant l'ufage qu'on feroit de fes
travaux ? quelle eft la deftination de la
magnifique colonade qu'il a placée au premier
étage de cette façade L'a- t- il faite
pour placer du monde à l'arrivée , ou à la
fortie du Roi L'a - t-il ornée pour le Roi
lui-inême dans les occafions où l'on auroit
donné des fêtes dans la place fur laquelle
elle devoit dominer ? Dans l'un ou dans
l'autre cas , n'eût-il pas été encore à defirer
que la colonade fe trouvât placée dans
le milieu , comme l'endroit le plus convenable
& le plus décent ? La fuppofez - vous
propre à faciliter la communication d'un
côté du palais à l'autre ? Alors pourquoi
cette interruption ménagée pour faire une
mauvaiſe arcade , dans laquelle fe voit une
Petite porte ? C'eft ainfi que les idées de
AVRIL. 1755. 171
grandeur & cet enthouſiaſme qui femblent
pour nous un état violent , ne font pas ว
l'abri d'un mêlange de grandes & de petites
productions. J'ajoûterai encore , c'eft
ainfi que la perfection abfolue exige que
l'imagination prenne toujours l'ordre d'une
fage & utile convenance , qui eft la bafe
des fciences , des arts & du goût.
ger par
Pallons maintenant à l'examen de la façade
, qui placée du côté de la rivière , eſt
celle que l'Architecte a eu intention de
deftiner à l'appartement du Roi. A en jul'entrée
dont nous venons de parler
, & par lės progrès que doit offrir la
magnificence d'un palais , quelle devroit.
être la riche décoration de cette aîle qu'un
grand Monarque avoit choifie pour fon
féjour ? Cependant , oubliant cette conve
nance fi jufte , ou bien épuifé par l'effort
qu'il vient de faire , l'Architecte ne préfente
à notre curiofité qu'un bâtiment
froid , décoré d'architecture en bas relief,
autrement dit de pilaftres fans colonnes ,
& fans auctin avant-corps qui interrompe
par des repos & par des maffes l'ennuyeufe
monotonie qui y regne.
Des Architectes qui n'étant pas gênés ,
ont été capables de commettre des fautes
auffi avérées , ne nous autorifent - ils pas à
examiner avec moins de fertile ce qui
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
a pu
les engager à décorer la Cour d'un
troifieme ordre , par préférence à l'attique
de l'ancien projet.
Je m'imagine que deux raifons font les
principales caufes de ce changement : le
defir d'innover , & les difficultés qu'ils
ont rencontrées en voulant exécuter l'attique
, après avoir fait les façades extérieures.
Jugeons à préfent de la validité de ces
deux motifs : le premier fi général & fi
fouvent ennemi du bien , n'a pas befoin
d'une longue difcuffion . Les innovations
particulieres telles que celles - ci , ne faiſant
jamais partie d'un plan général , ont prefque
toujours l'air déplacé.
Cependant il étoit néceffaire de montrer
fa capacité : fuivre ce qui étoit commencé
, c'étoit , ou paroître plagiaire , ou
montrer un génie peu capable de reffource
& d'invention : d'ailleurs , par rapport
au dehors , qui ne peut entrer en comparaifon
avec le dedans , il falloit fe réfoudre
à fupprimer les dômes , les pavillons ,
les combles. Si l'on exécute ces retranchemens
, & fi l'on place ce feul attique , ne
paroîtra- t- il pas qu'on a cherché à appauvrir
un édifice que le projet d'un grand
Roi eft d'enrichir & d'orner ? Pourquoi
dirent- ils , cédant à toute la folidité de ces
raifons , ne formons - nous pas un troifieme
:I
AVRIL.
1755. 173
ordre qui , par fa nouveauté , fera briller
nos talens , & par fa richeffe fera conforme
au deffein de celui qui nous emploie ?
L'invention n'eft pas une déeffe docile ,
elle refuſe fouvent fes faveurs à ceux qui
les defirent . On eut beau propofer des prix
à celui qui ajoûteroit un nouvel ordre à
ceux que le caprice a fi fouvent défigurés ,
& que le bon goût a toujours rétablis ; if
ne fe trouva pas de Callimachus , & l'on
fe vit contraint de fe fervir d'une de ces
productions , dont la nouveauté fait le feut
mérite , & qu'on fe garderoit bien d'adopter
aujourd'hui.
Mais en fuppofant même que cet ordre
fût digne d'être joint à ceux que le
difcernement de tant de frécles nous a
tranfmis , feroit- il bien placé , & rendroit
il l'effet qu'on s'eft propofé ?
J'ofe répondre que non . On a eu deffein
fans doute , en fupprimant les pavillons ,
les dômes & les combles , qui ne peuvent
fubfifter relativement au dehors , de trouver
quelque chofe qui réparât cette perte.
Mais en établiffant ce troifieme ordre
dans toute l'étendue de l'édifice , tout le
bâtiment fe trouvera alors couronné à la
même hauteur & de niveau ; au lieu qu'en
confervant l'attique dans les ailes , en ádmettant
le troiſieme ordre dans les pavil-
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE .
lons des milieux , en décorant le deffus 'de
l'attique dans les quatre pavillons des angles
, cette cour intérieure préfentera une
décoration , dont le jeu détruira cette uniformité
dont l'architecture doit autant fe
garantir que les autres productions des arts.
Il feroit aifé de développer ces réflexions
& de prouver que ce projet eft celui qui
convient mieux à l'entiere perfection , fi
defirée d'un des plus beaux monumens de
la nation. Un nombre infini d'inconvéniens
dans les partis différens qu'on peut
prendre, me fourniroit une matiere qui deviendroit
infenfiblement trop abondante.
Je fouhaite feulement qu'on fe repréfente
l'effet que produira l'ordre françois exécu
té dans les petits avant- corps du milieu des
aîles , où s'en trouve à préfent le modele
en maffe. Qui pourra fupporter l'exceffive
hauteur de ces avant - corps , comparée à
leur largeur , puifqu'ils font déja trop
hauts , en y employant même l'attique.
Au refte , je ne prétens pas juftifier
abfolument l'attique des défauts qu'on
peut lui imputer ; furchargé d'ornemens ,
décoré de figures & de trophées d'une
proportion trop forte , il ne peut foutenir
fes droits avec avantage que contre
un adverfaire dont la caufe eft infiniment
moins favorable que la fienne .
AVRILIS 1755. 175
4
De plus , tout changement dans cet ouvrage
confacré par la vénération publique ,
paroîtra toujours un crime à ceux qui ,
veulent jouir du plaifir de blâmer , fans
prendre la jufte peine d'approfondir & de
s'éclairer. Mais fi la critique fondée concourt
à l'avantage des arts qu'elle éclaire ,
& à la réputation durable des artiſtes
qu'elle applaudit , ces murmures paffagers
rien n'autorife , ne doivent jamais
fufpendre des réfolutions que la raifon
& le goût d'accord ont approuvées.
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Résumé : ARCHITECTURE.
Le texte aborde les excès critiques en matière d'architecture et de goût, en prenant l'exemple de l'adoration d'Homère. L'auteur suggère qu'il est permis de discuter des chefs-d'œuvre des arts dans un siècle philosophe comme le sien, notamment en ce qui concerne la colonnade et les projets de rétablissement du Louvre. Sous le règne de Louis XIV, les architectes chargés de terminer le Louvre ont pris une direction différente de celle de leurs prédécesseurs. L'auteur souligne l'avantage de tirer profit des acquis des siècles précédents, mais note que des ouvrages exécutés par la même main offriraient des idées plus accomplies. Louis XIV fit venir des architectes étrangers et français pour travailler au Louvre. Cependant, l'amour-propre des architectes les poussa à proposer des projets différents, entraînant des contestations et des critiques. Il fut décidé d'élever la colonnade pour l'entrée du Louvre et de doubler l'aile sur la rivière pour loger le roi plus commodément. L'auteur critique la façade du palais sans croisées, dont l'usage n'est pas clair et présente de nombreux inconvénients. Il questionne la destination de la colonnade et son placement, ainsi que la façade côté rivière, destinée à l'appartement du roi, qu'il trouve froide et monotone. Les architectes ont choisi de décorer la cour d'un troisième ordre plutôt que l'attique de l'ancien projet, principalement par le désir d'innovation et les difficultés rencontrées. L'auteur juge ces motifs peu valables et critique la nouveauté de l'ordre architectural choisi, qui ne semble pas bien placé et ne produit pas l'effet souhaité. Il conclut en souhaitant que les décisions soient prises en accord avec la raison et le goût, et non influencées par des critiques superficielles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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320
p. 3-6
ELOGE DE LA PEINTURE, A M. Soubeyran, très-habile Dessinateur, & fameux Peintre à Geneve ; par un de ses éleves.
Début :
Soubeyran, de tous vos ouvrages [...]
Mots clefs :
Art, Coeur, Dessinateur, Peinture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELOGE DE LA PEINTURE, A M. Soubeyran, très-habile Dessinateur, & fameux Peintre à Geneve ; par un de ses éleves.
ELOGE DE LA PEINTURE ;
A M. Soubeyran , très- habile Deffinateur
&fameux Peintre à Geneve ; par un de
fes éleves.
Soubeyran , de tous vos ouvrages
J'admire les traits , la beauté ;
Permettez - vous à mon coeur enchanté ,
De vous rendre ici les hommages
Que confacre la vérité ?
Peignez -vous fous un verd ombrage
1.Vel. A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
Des oiſeaux enrichis des plus belles couleurs ?
Mon oreille entend leur ramage ;
Et fi vous nous tracez des fleurs ,
J'admire leur éclat , leur port , leur affemblage ,
Et je crois fentir leurs odeurs .
Je vois du papillon les volages ardeurs ;
Et je ris de fon badinage.
Par quel art , de votre pinceau
Ce vallon éloigné vient -il frapper ma vûe ?
Et malgré fa vafte étendue
Se place- t-il dans un tableau ?
Ici l'objet fort de la toile ,
Et femble s'offrir à ma main ;
Là fe dérobant fous un voile ,
Un autre fuit dans le lointain.
A ton art , aimable Peinture ,
Tu foumets toute la nature ,
Tu rapproches de nous , & les lieux & les tems ;
Et par ton adroite impofture ,
De l'hiftoire la plus obfcure
Nous voyons les événemens.
Aux fineffes de l'art i je pouvois atteindre ,
Que mes voeux feroient fatisfaits !
Mufe , tu me verrois au gré de mes fouhaits ,
Faifant des vers , ainfi que tu fçais peindre ,
Chanter tes dons & dire tes bienfaits.
Votre art , cher Soubeyran , donne à tout un langage
,
2
DECEMBRE . 1754 .
S
De la vie & des fentimens.
Sans prodiguer les ornemens ,
Tout plaît & touche en votre ouvrage.
D'un pere , d'un époux exprimez - vous l'image ?
Malgré l'éloignement des lieux ,
Malgré les rigueurs de l'abſence ,
Une parfaite reffemblance
Les fait reparoître à nos yeux,
Et nous rend encor leur préfence.
Des plus infortunés vous calmez les regrets.
Sous vos doigts la toile refpire ;
D'un ami , que la mort retient dans ſon empire ,
Mon oeil peut contempler les traits ,
Et mon trifte coeur qui foupire ,
Erre encore avec lui fous de fombres cyprès.
Mais , dites-nous , par quels preftiges
Vous marquez de nos corps & l'âge & les progrès ?
Apprenez - nous par quels prodiges
Vous peignez de l'efprit les mouvemens fecrets ,
Vous nous montrez les replis de notre ame ,
Ses craintes , fes defirs & l'efprit qui l'enflamme.
Mais que ne pouvez - vous pénétrer dans mon
coeur ?
Vous verriez pour votre art le zéle qui m'anime ,
Vous y liriez pour vous mon reſpect , mon eſtime,
Et mes voeux pour votre bonheur.
Que je me trouve heureux d'avoir pú vous connoître
,
De profiter de vos dons excellens !
A iij
MERCURE DE FRANCE.
Moi , difciple d'un fi grand maître ,
Que ne fuis- je digne de l'être ,
Par mon goût & par mes talens !
A M. Soubeyran , très- habile Deffinateur
&fameux Peintre à Geneve ; par un de
fes éleves.
Soubeyran , de tous vos ouvrages
J'admire les traits , la beauté ;
Permettez - vous à mon coeur enchanté ,
De vous rendre ici les hommages
Que confacre la vérité ?
Peignez -vous fous un verd ombrage
1.Vel. A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
Des oiſeaux enrichis des plus belles couleurs ?
Mon oreille entend leur ramage ;
Et fi vous nous tracez des fleurs ,
J'admire leur éclat , leur port , leur affemblage ,
Et je crois fentir leurs odeurs .
Je vois du papillon les volages ardeurs ;
Et je ris de fon badinage.
Par quel art , de votre pinceau
Ce vallon éloigné vient -il frapper ma vûe ?
Et malgré fa vafte étendue
Se place- t-il dans un tableau ?
Ici l'objet fort de la toile ,
Et femble s'offrir à ma main ;
Là fe dérobant fous un voile ,
Un autre fuit dans le lointain.
A ton art , aimable Peinture ,
Tu foumets toute la nature ,
Tu rapproches de nous , & les lieux & les tems ;
Et par ton adroite impofture ,
De l'hiftoire la plus obfcure
Nous voyons les événemens.
Aux fineffes de l'art i je pouvois atteindre ,
Que mes voeux feroient fatisfaits !
Mufe , tu me verrois au gré de mes fouhaits ,
Faifant des vers , ainfi que tu fçais peindre ,
Chanter tes dons & dire tes bienfaits.
Votre art , cher Soubeyran , donne à tout un langage
,
2
DECEMBRE . 1754 .
S
De la vie & des fentimens.
Sans prodiguer les ornemens ,
Tout plaît & touche en votre ouvrage.
D'un pere , d'un époux exprimez - vous l'image ?
Malgré l'éloignement des lieux ,
Malgré les rigueurs de l'abſence ,
Une parfaite reffemblance
Les fait reparoître à nos yeux,
Et nous rend encor leur préfence.
Des plus infortunés vous calmez les regrets.
Sous vos doigts la toile refpire ;
D'un ami , que la mort retient dans ſon empire ,
Mon oeil peut contempler les traits ,
Et mon trifte coeur qui foupire ,
Erre encore avec lui fous de fombres cyprès.
Mais , dites-nous , par quels preftiges
Vous marquez de nos corps & l'âge & les progrès ?
Apprenez - nous par quels prodiges
Vous peignez de l'efprit les mouvemens fecrets ,
Vous nous montrez les replis de notre ame ,
Ses craintes , fes defirs & l'efprit qui l'enflamme.
Mais que ne pouvez - vous pénétrer dans mon
coeur ?
Vous verriez pour votre art le zéle qui m'anime ,
Vous y liriez pour vous mon reſpect , mon eſtime,
Et mes voeux pour votre bonheur.
Que je me trouve heureux d'avoir pú vous connoître
,
De profiter de vos dons excellens !
A iij
MERCURE DE FRANCE.
Moi , difciple d'un fi grand maître ,
Que ne fuis- je digne de l'être ,
Par mon goût & par mes talens !
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Résumé : ELOGE DE LA PEINTURE, A M. Soubeyran, très-habile Dessinateur, & fameux Peintre à Geneve ; par un de ses éleves.
Le texte est un éloge de la peinture adressé à M. Soubeyran, un peintre renommé de Genève. L'auteur admire les œuvres de Soubeyran, soulignant la beauté et la précision des traits. Les peintures de Soubeyran capturent la nature avec une telle vivacité que l'on peut presque entendre le chant des oiseaux, sentir l'odeur des fleurs et observer les mouvements des papillons. Il s'émerveille de la capacité de Soubeyran à représenter des paysages éloignés et à donner une impression de profondeur dans ses tableaux. La peinture est louée pour sa capacité à rapprocher les lieux et les temps, permettant de voir des événements historiques obscurs. L'auteur exprime son désir de maîtriser l'art de la peinture pour chanter les bienfaits de cet art. Il souligne que l'art de Soubeyran donne vie aux émotions et aux sentiments, rendant présents des êtres chers malgré la distance ou la mort. L'auteur admire également la capacité de Soubeyran à représenter l'âge et les progrès des personnes, ainsi que les mouvements secrets de l'esprit et de l'âme. Il exprime son zèle pour l'art de Soubeyran et son respect pour le peintre, se réjouissant d'avoir pu profiter de ses enseignements. Enfin, il souhaite être digne de son maître par son goût et ses talents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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321
p. 152
MEDAILLE pour la Place que l'on doit faire devant l'Eglise S. Sulpice.
Début :
D'un côté, la tête du Roi, avec cette inscription : [...]
Mots clefs :
Médailles, Église de Saint-Sulpice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MEDAILLE pour la Place que l'on doit faire devant l'Eglise S. Sulpice.
MEDAILLE pour la Place que l'on
doit faire devant l'Eglife de S. Sulpice.
'Un côté , la tête du Roi , avec cette
infcription :
LUDOVICUS Prus MUNIFICUS.
Revers. L'Eglife de S. Sulpice , avec la
nouvelle place qu'on doit faire devant
cette Eglife.
Legende. Bafilica & urbi additum decus
Exg. S. Sulpitii area.
M. D. LCCIV.
doit faire devant l'Eglife de S. Sulpice.
'Un côté , la tête du Roi , avec cette
infcription :
LUDOVICUS Prus MUNIFICUS.
Revers. L'Eglife de S. Sulpice , avec la
nouvelle place qu'on doit faire devant
cette Eglife.
Legende. Bafilica & urbi additum decus
Exg. S. Sulpitii area.
M. D. LCCIV.
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322
p. 152-160
DÉCOUVERTE IMPORTANTE.
Début :
M. le Comte de Caylus, qui aime, qui pratique les Arts depuis long-tems, [...]
Mots clefs :
Anne Claude de Caylus, Manières de peindre, Arts, Estampes, Tableaux, Graveurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DÉCOUVERTE IMPORTANTE.
DÉCOUVERTE IMPORTANTE.
M. le Comte de Caylus , qui aime
qui pratique les Arts depuis long- tems ,
& qui leur a été utile de toutes les manieres
poffibles , a fait part au public dans
l'Affemblée publique de l'Académie des
Infcriptions & Belles - Lettres , tenue le
12 Novembre dernier , d'une des plus
belles découvertes qui ayent été faites depuis
plufieurs fiécles : il a retrouvé une des
manieres de peindre des anciens. C'eſt le
fruit de fes immenfes recherches , & enDECEMBRE.
1754 155
del
•
core plus de fes profondes réflexions. Dès
l'an 1745 il avoit donné une differtation
fur quelques paffages de Pline qui concernoient
les arts dépendans du deffein . Un
de ces paffages roule fur la facon de peindre
pratiquée dans l'antiquité , mais inconnue
de nos jours , que Pline nomme
peinture encaustique * , & dont il diftingue
jufques à trois efpéces.
Ces trois efpéces , dans lefquelles le feu
étoit néceffaire , n'ont aucun rapport avec
l'émail , quoiqu'en difent les interpretes de
Pline, plus fçavans que connoiffeurs. M. de
Caylus , après les avoir combattus dans fa
differtation de 1745 , propofoit des conjectures
vagues fur chacune des efpéces de
Le paffage fuivant eft un de ceux qui ont mis
M. de Caylus fur les voies qui l'ont mené à fa
belle découverte.
Ceris pingere , ac picturam inurere qui primus
excogitaverit , non conftat. Quidam Ariftidis inventum
putant , poftea confummatum à Praxitele . Sed
aliquanto vetuftiores encaustica pictura extitere ,
ut Polygnoti, & Nicanoris , & Arcefilai Pariorum.
Lyfippus quoque Agina picturafua incripfit ,
érixaveer , quod profectò non feciffet , nifi encaufiica
inventa.
Pamphilus quoque Apellis praceptor non pinxiffe
tantum encaufta , fed etiam docuiffe traditur . Paufian
Sicyonium primum in hoc genere nobilem. Brieis
filius hic fuit , ejufdemque primo difcipulus..
- Plinius , lib. 35. cap . XI..
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
peinture encauftique. Il entrevoyoit pour
tant qu'il pourroit retrouver un jour la
maniere de les pratiquer. Les expériences
qu'il a faites depuis , & une lecture trèsrefléchie
de Pline , lui ont fait découvrir
la premiere des trois efpéces. Nous en
parlons avec d'autant plus d'affurance que
nous avons vû , & que tout Paris a vû à
l'Académie la démonftration de ce que
nous avançons. M. de Caylus y a expofé
un tableau qui a été deffiné d'après un
bufte antique de Minerve qui lui appartient
, & colorié d'après nature. M. Vien ,
jeune Peintre , de grande réputation , n'y
a employé que des cires chargées de couleurs
: elles l'ont mis en état d'opérer avec
autant de facilité que le mêlange de l'huile
en peut procurer.
Quelque vif qu'ait été le defir que le
public a montré pour connoître les détails
d'une opération fi curieufe , M. de Caylus
a été forcé de les renvoyer, à cauſe de leur
longueur , à un autre tems. Il s'eft contenté
d'avertir que cette façon de peindre oubliée
depuis tant de fiécles , fournit plus
de fecours que la maniere ordinaire pour
la vérité de l'imitation , qu'elle donne plus
d'éclat & de folidité aux couleurs où l'air
ni les années ne doivent caufer aucune altération
, & qu'enfin on pourra retoucher
DECEMBRE . 1754. 155
5
les ouvrages de ce genre long tems après
qu'ils auront paru , & même auffi fouvent
qu'on le voudra , fans craindre de faire
jamais appercevoir la retouche , ni de fatiguer,
moins encore de tourmenter la couleur.
De tels avantages paroiffent à M. de
Caylus confirmer ce que les auteurs ont
écrit fur les effets de cette ancienne peinture.
Il a obfervé que ces mêmes avantages
pourront être mieux fentis par une plus
longue fuite de pratique. Dans tous les
arts , les premiers effais ont des difficultés
que levent enfin le genie des artiftes. Cependant
, les préparations une fois trouvées
, M. Vien a réuffi fans peine & promptement.
Les amateurs des arts & de l'antiquité
doivent voir reparoître avec plaifir les
moyens que plufieurs grands peintres de la
Grece ont employés pour charmer & pour
inftruire les Grecs , c'eft- à- dire les hommes
dont le goût a été le plus délicat , le plus
jufte & le plus épuré.
On pourroit regarder , ce me femble ,
la gravûre comme une langue que tout le
monde parle , mais dont peu de perfonnes
connoiffent les fineffes. Comme on
voit beaucoup de gens conferver des mots
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
d'habitude , ne fçavoir pas fufpendre leu ?
ton , s'exprimer avec monotonie , &c. on
voit beaucoup de Graveurs qui prennent
un trait fans confiderer l'efprit de l'auteur
, copient le trait fervilement , mettent
enfuite des ombres & des clairs à- peupiès
dans les endroits indiqués par l'original
, & croyent avoir fait une eftampe ;
on ne pourra même en douter , car le nom
du Peintre fera écrit au bas de la planche.
Les maîtres dont le talent eft facile &
l'ordonnance agréable , font d'autant plus
exposés au malheur de ces mauvaiſes traductions
, que leurs compofitions font plus
defirées , & que ces artiſtes étant aimés ,
on veut avoir tout ce qu'ils ont produit.
J'ai vu plus d'une fois des hommes , même
affez éclairés , rougir des mauvaiſes chofes
qu'ils avoient raffemblées , & dire pour excufe
: il faut bien tout avoir. On me dira
que cette néceffité pouffée par - delà les bornes
dans les recueils d'eftampes , eft un
avantage pour foutenir & élever de jeunes
Graveurs ; mais le plus fouvent ils en abufent
; ils travaillent fans attention , & difent
, pour fe confoler de leur peu d'application
ou de leur ignorance , le maître eft
aimé , on a déja beaucoup de fes more
ceaux , il faudra que celui-ci entre dans
la fuite ; & l'ignorant ou le parcffeux fe
DECEMBRE
1754. 357
"
trouve en effet récompenfé d'un travail
dont il auroit mérité d'être puni , du moins
du côté de l'argent. Ces raifons font que
M. Boucher fe trouve plus expofé qu'un
autre à de pareils inconvéniens , & je le
crois trop amateur de fon talent pour n'ê
tre pas perfuadé qu'il feroit charmé d'avoir
toujours été auffi bien rendu qu'il
vient de l'être par M. Daullé dans les deux
ovales qui me restent à décrire. Ils repréfentent
la Mufique Paftorale & les Amufemens
de la campagne ; ce font leurs titres.
Le jeune homme qui tient , dans le dernier
, la corde d'un filet tendu pour prendre
des oifeaux , n'allarme point le fpectateur
pour leur liberté ; il n'eft occupé avec
raifon , que de la jeune perfonne auprès
de laquelle il eft affis ; elle paroît à fon
égard dans la même fituation , & fur- toutne
point aimer cette chaffe , à laquelle elle
tourne abfolument le dos. Le brillant des
chairs , la dégradation du payfage. , le travail
des terraffes , & celui d'une fabrique
placée au- deffus du filet , ne peuvent être
mieux traités. Cependant il faut convenir
que les mêmes beautés . fe trouvent nonfeulement
dans le morceau de la mufique
paftorale , mais que le grouppe des deux
jeunes gens de fexe différent , dont il
eft compofé , eft plus riche de lumiere
158 MERCURE DE FRANCE.
qu'elle eft répandue avec plus d'art &
moins d'interruption. Ces deux pendans ,
traités en ovale dans le quarré , feront l'ornement
de plus d'un cabinet , aujourd'hui
que le nombre des eftampes montées fait
une riante décoration pour un très-grand
nombre de perfonnes qui ne font point
en état de fatisfaire leur goût fur une curiofité
plus confidérable .
On trouvera ces deux eftampes chez
Daullé , rue du Plâtre S. Jacques , & chez
Buldet , rue de Gefvres.
BULDET , rue de Gefvres , au Grand
coeur , vient de mettre en vente trois eftampes
gravées par Pelletier. La premiere
d'après M. Natoire , repréfente Jupiter &
Califto ; la feconde & la troifiéme d'après
M. Pierre , repréfentent le Marché de Tivoli
, & l'Inconftance punie.
DANS le grand nombre d'amateurs qui
ne poffedent des chef- d'oeuvres que pour
eux , il s'en trouve quelques- uns qui cher
chent à répandre le goût des arts , & qui
communiquent volontiers au public tout
ce qui peut l'éclairer. Un des plus ardens
à répandre la lumiere , c'eft M. le Comte
de Vence. Son cabinet eft ouvert à tous
les Graveurs qui ont du talent & de la
DECEMBRE . 1754 159
probité. Il ne leur donne pas indifféremment
fes tableaux ; mais il diftribue à chacun
ce qu'il peut bien rendre . Quoique
fes choix ayent été fort heureux jufqu'ici ,
il en a peu fait qui ayent été auffi généralement
approuvés que celui de M. Wille
, Allemand , pour rendre un des plus
beaux tableaux de Netfcher.
Ce Peintre Allemand , établi dans les
Pays-bas , n'a gueres fait que des portraits ;
il jouit pourtant d'une très- grande réputation
c'eft qu'il a réuffi fi parfaitement
dans la maniere de traiter les étoffes , les
fatins fur-tout , que fes portraits ont mérité
d'être mêlés avec les ouvrages des plus
grands maîtres dans les principaux cabinets
de l'Europe .
Quelque talent qu'eût Netfcher pour
le portrait , il ne s'y eft pas tout-à-fait fixé ,
& il s'eft quelquefois élevé jufqu'à l'hiftoire.
La mort de Cléopatre eft celui de fes
tableaux qui eft le plus connu . Outre le
mérite qu'il a dans fes autres ouvrages ,
il y a jetté une expreffion & une nobleſſe
qu'on cherchoit vainement dans les autres
Peintres de fon école.
M. Wille , déja très- connu par la beauté
de fon burin , a rendu ce beau tableau
avec toute la force & les graces poffibles.
Cet habile Graveur demeure quai
160 MERCURE DE FRANCE .
des Auguftins , à côté de l'Hôtel d'Auver
gne.
Nos Graveurs auroient encore plus de
réputation qu'ils n'en ont en Europe , s'ils
s'attachoient plus fouvent à rendre les
tableaux des grands maîtres. On voit donc
avec plaifir que P. B. Audran , qui porte
un nom fi recommandable dans l'art`qu'il
profeffe , s'eft appliqué à nous donner deux
planches , l'une d'après le Titien , qui repréfente
Apparition de Jefus - Chriſt aux
Pelerins d'Emaus , & l'autre une Defceme
de Croix , dans laquelle le Pouffin a fait
fentir tout le mérite de fon expreffion .
Ces deux eftampes font dédiées à M. le
Comte de Brulh . Ce Miniftre & le Roi
fon maître , poffedent les tréfors de l'Italie
; ils l'augmentent tous les jours , &
bientôt on fera contraint de faire le voyage
de Drefde pour acquerir les plus fûres connoiffances
dans la maniere des grands maî
tres. Le jugement & les yeux ne font formés
que par la comparaiſon.
Audran demeure rue S. Jacques , à la
ville de Paris , entre les rues de la Parche
minerie & du Foin.
M. le Comte de Caylus , qui aime
qui pratique les Arts depuis long- tems ,
& qui leur a été utile de toutes les manieres
poffibles , a fait part au public dans
l'Affemblée publique de l'Académie des
Infcriptions & Belles - Lettres , tenue le
12 Novembre dernier , d'une des plus
belles découvertes qui ayent été faites depuis
plufieurs fiécles : il a retrouvé une des
manieres de peindre des anciens. C'eſt le
fruit de fes immenfes recherches , & enDECEMBRE.
1754 155
del
•
core plus de fes profondes réflexions. Dès
l'an 1745 il avoit donné une differtation
fur quelques paffages de Pline qui concernoient
les arts dépendans du deffein . Un
de ces paffages roule fur la facon de peindre
pratiquée dans l'antiquité , mais inconnue
de nos jours , que Pline nomme
peinture encaustique * , & dont il diftingue
jufques à trois efpéces.
Ces trois efpéces , dans lefquelles le feu
étoit néceffaire , n'ont aucun rapport avec
l'émail , quoiqu'en difent les interpretes de
Pline, plus fçavans que connoiffeurs. M. de
Caylus , après les avoir combattus dans fa
differtation de 1745 , propofoit des conjectures
vagues fur chacune des efpéces de
Le paffage fuivant eft un de ceux qui ont mis
M. de Caylus fur les voies qui l'ont mené à fa
belle découverte.
Ceris pingere , ac picturam inurere qui primus
excogitaverit , non conftat. Quidam Ariftidis inventum
putant , poftea confummatum à Praxitele . Sed
aliquanto vetuftiores encaustica pictura extitere ,
ut Polygnoti, & Nicanoris , & Arcefilai Pariorum.
Lyfippus quoque Agina picturafua incripfit ,
érixaveer , quod profectò non feciffet , nifi encaufiica
inventa.
Pamphilus quoque Apellis praceptor non pinxiffe
tantum encaufta , fed etiam docuiffe traditur . Paufian
Sicyonium primum in hoc genere nobilem. Brieis
filius hic fuit , ejufdemque primo difcipulus..
- Plinius , lib. 35. cap . XI..
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
peinture encauftique. Il entrevoyoit pour
tant qu'il pourroit retrouver un jour la
maniere de les pratiquer. Les expériences
qu'il a faites depuis , & une lecture trèsrefléchie
de Pline , lui ont fait découvrir
la premiere des trois efpéces. Nous en
parlons avec d'autant plus d'affurance que
nous avons vû , & que tout Paris a vû à
l'Académie la démonftration de ce que
nous avançons. M. de Caylus y a expofé
un tableau qui a été deffiné d'après un
bufte antique de Minerve qui lui appartient
, & colorié d'après nature. M. Vien ,
jeune Peintre , de grande réputation , n'y
a employé que des cires chargées de couleurs
: elles l'ont mis en état d'opérer avec
autant de facilité que le mêlange de l'huile
en peut procurer.
Quelque vif qu'ait été le defir que le
public a montré pour connoître les détails
d'une opération fi curieufe , M. de Caylus
a été forcé de les renvoyer, à cauſe de leur
longueur , à un autre tems. Il s'eft contenté
d'avertir que cette façon de peindre oubliée
depuis tant de fiécles , fournit plus
de fecours que la maniere ordinaire pour
la vérité de l'imitation , qu'elle donne plus
d'éclat & de folidité aux couleurs où l'air
ni les années ne doivent caufer aucune altération
, & qu'enfin on pourra retoucher
DECEMBRE . 1754. 155
5
les ouvrages de ce genre long tems après
qu'ils auront paru , & même auffi fouvent
qu'on le voudra , fans craindre de faire
jamais appercevoir la retouche , ni de fatiguer,
moins encore de tourmenter la couleur.
De tels avantages paroiffent à M. de
Caylus confirmer ce que les auteurs ont
écrit fur les effets de cette ancienne peinture.
Il a obfervé que ces mêmes avantages
pourront être mieux fentis par une plus
longue fuite de pratique. Dans tous les
arts , les premiers effais ont des difficultés
que levent enfin le genie des artiftes. Cependant
, les préparations une fois trouvées
, M. Vien a réuffi fans peine & promptement.
Les amateurs des arts & de l'antiquité
doivent voir reparoître avec plaifir les
moyens que plufieurs grands peintres de la
Grece ont employés pour charmer & pour
inftruire les Grecs , c'eft- à- dire les hommes
dont le goût a été le plus délicat , le plus
jufte & le plus épuré.
On pourroit regarder , ce me femble ,
la gravûre comme une langue que tout le
monde parle , mais dont peu de perfonnes
connoiffent les fineffes. Comme on
voit beaucoup de gens conferver des mots
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
d'habitude , ne fçavoir pas fufpendre leu ?
ton , s'exprimer avec monotonie , &c. on
voit beaucoup de Graveurs qui prennent
un trait fans confiderer l'efprit de l'auteur
, copient le trait fervilement , mettent
enfuite des ombres & des clairs à- peupiès
dans les endroits indiqués par l'original
, & croyent avoir fait une eftampe ;
on ne pourra même en douter , car le nom
du Peintre fera écrit au bas de la planche.
Les maîtres dont le talent eft facile &
l'ordonnance agréable , font d'autant plus
exposés au malheur de ces mauvaiſes traductions
, que leurs compofitions font plus
defirées , & que ces artiſtes étant aimés ,
on veut avoir tout ce qu'ils ont produit.
J'ai vu plus d'une fois des hommes , même
affez éclairés , rougir des mauvaiſes chofes
qu'ils avoient raffemblées , & dire pour excufe
: il faut bien tout avoir. On me dira
que cette néceffité pouffée par - delà les bornes
dans les recueils d'eftampes , eft un
avantage pour foutenir & élever de jeunes
Graveurs ; mais le plus fouvent ils en abufent
; ils travaillent fans attention , & difent
, pour fe confoler de leur peu d'application
ou de leur ignorance , le maître eft
aimé , on a déja beaucoup de fes more
ceaux , il faudra que celui-ci entre dans
la fuite ; & l'ignorant ou le parcffeux fe
DECEMBRE
1754. 357
"
trouve en effet récompenfé d'un travail
dont il auroit mérité d'être puni , du moins
du côté de l'argent. Ces raifons font que
M. Boucher fe trouve plus expofé qu'un
autre à de pareils inconvéniens , & je le
crois trop amateur de fon talent pour n'ê
tre pas perfuadé qu'il feroit charmé d'avoir
toujours été auffi bien rendu qu'il
vient de l'être par M. Daullé dans les deux
ovales qui me restent à décrire. Ils repréfentent
la Mufique Paftorale & les Amufemens
de la campagne ; ce font leurs titres.
Le jeune homme qui tient , dans le dernier
, la corde d'un filet tendu pour prendre
des oifeaux , n'allarme point le fpectateur
pour leur liberté ; il n'eft occupé avec
raifon , que de la jeune perfonne auprès
de laquelle il eft affis ; elle paroît à fon
égard dans la même fituation , & fur- toutne
point aimer cette chaffe , à laquelle elle
tourne abfolument le dos. Le brillant des
chairs , la dégradation du payfage. , le travail
des terraffes , & celui d'une fabrique
placée au- deffus du filet , ne peuvent être
mieux traités. Cependant il faut convenir
que les mêmes beautés . fe trouvent nonfeulement
dans le morceau de la mufique
paftorale , mais que le grouppe des deux
jeunes gens de fexe différent , dont il
eft compofé , eft plus riche de lumiere
158 MERCURE DE FRANCE.
qu'elle eft répandue avec plus d'art &
moins d'interruption. Ces deux pendans ,
traités en ovale dans le quarré , feront l'ornement
de plus d'un cabinet , aujourd'hui
que le nombre des eftampes montées fait
une riante décoration pour un très-grand
nombre de perfonnes qui ne font point
en état de fatisfaire leur goût fur une curiofité
plus confidérable .
On trouvera ces deux eftampes chez
Daullé , rue du Plâtre S. Jacques , & chez
Buldet , rue de Gefvres.
BULDET , rue de Gefvres , au Grand
coeur , vient de mettre en vente trois eftampes
gravées par Pelletier. La premiere
d'après M. Natoire , repréfente Jupiter &
Califto ; la feconde & la troifiéme d'après
M. Pierre , repréfentent le Marché de Tivoli
, & l'Inconftance punie.
DANS le grand nombre d'amateurs qui
ne poffedent des chef- d'oeuvres que pour
eux , il s'en trouve quelques- uns qui cher
chent à répandre le goût des arts , & qui
communiquent volontiers au public tout
ce qui peut l'éclairer. Un des plus ardens
à répandre la lumiere , c'eft M. le Comte
de Vence. Son cabinet eft ouvert à tous
les Graveurs qui ont du talent & de la
DECEMBRE . 1754 159
probité. Il ne leur donne pas indifféremment
fes tableaux ; mais il diftribue à chacun
ce qu'il peut bien rendre . Quoique
fes choix ayent été fort heureux jufqu'ici ,
il en a peu fait qui ayent été auffi généralement
approuvés que celui de M. Wille
, Allemand , pour rendre un des plus
beaux tableaux de Netfcher.
Ce Peintre Allemand , établi dans les
Pays-bas , n'a gueres fait que des portraits ;
il jouit pourtant d'une très- grande réputation
c'eft qu'il a réuffi fi parfaitement
dans la maniere de traiter les étoffes , les
fatins fur-tout , que fes portraits ont mérité
d'être mêlés avec les ouvrages des plus
grands maîtres dans les principaux cabinets
de l'Europe .
Quelque talent qu'eût Netfcher pour
le portrait , il ne s'y eft pas tout-à-fait fixé ,
& il s'eft quelquefois élevé jufqu'à l'hiftoire.
La mort de Cléopatre eft celui de fes
tableaux qui eft le plus connu . Outre le
mérite qu'il a dans fes autres ouvrages ,
il y a jetté une expreffion & une nobleſſe
qu'on cherchoit vainement dans les autres
Peintres de fon école.
M. Wille , déja très- connu par la beauté
de fon burin , a rendu ce beau tableau
avec toute la force & les graces poffibles.
Cet habile Graveur demeure quai
160 MERCURE DE FRANCE .
des Auguftins , à côté de l'Hôtel d'Auver
gne.
Nos Graveurs auroient encore plus de
réputation qu'ils n'en ont en Europe , s'ils
s'attachoient plus fouvent à rendre les
tableaux des grands maîtres. On voit donc
avec plaifir que P. B. Audran , qui porte
un nom fi recommandable dans l'art`qu'il
profeffe , s'eft appliqué à nous donner deux
planches , l'une d'après le Titien , qui repréfente
Apparition de Jefus - Chriſt aux
Pelerins d'Emaus , & l'autre une Defceme
de Croix , dans laquelle le Pouffin a fait
fentir tout le mérite de fon expreffion .
Ces deux eftampes font dédiées à M. le
Comte de Brulh . Ce Miniftre & le Roi
fon maître , poffedent les tréfors de l'Italie
; ils l'augmentent tous les jours , &
bientôt on fera contraint de faire le voyage
de Drefde pour acquerir les plus fûres connoiffances
dans la maniere des grands maî
tres. Le jugement & les yeux ne font formés
que par la comparaiſon.
Audran demeure rue S. Jacques , à la
ville de Paris , entre les rues de la Parche
minerie & du Foin.
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Résumé : DÉCOUVERTE IMPORTANTE.
Le 12 novembre 1754, le comte de Caylus a présenté à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres une découverte majeure : la redécouverte de la technique de peinture encaustique antique. Cette méthode, décrite par Pline, utilise des cires chargées de couleurs, permettant une imitation plus fidèle, un éclat et une solidité accrus des couleurs, ainsi que la possibilité de retouches sans altérer l'œuvre. M. de Caylus a exposé un tableau réalisé selon cette technique pour démontrer sa validité. Il a souligné les avantages significatifs de cette méthode par rapport aux techniques modernes. Les amateurs d'art et d'antiquité ont apprécié cette redécouverte, qui rappelle les méthodes utilisées par les grands peintres grecs. Le texte mentionne également des aspects techniques et des références à des artistes contemporains, tels que M. Vien et M. Boucher. Des discussions sur la gravure et la reproduction des œuvres d'art ont également eu lieu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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323
p. 161-162
LETTRE sur la statue de S. Augustin, par M. Pigalle.
Début :
Mon amour pour les Arts exige de moi, Monsieur, que j'annonce au [...]
Mots clefs :
Statue, Jean-Baptiste Pigalle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur la statue de S. Augustin, par M. Pigalle.
LETTRE fur la ftatue de S. Auguftin
par M. Pigalle.
On amour pour les Arts exige de
moi , Monfieur , que j'annonce au
Public les productions des grands hommes
lorfque je les découvre : celle de M. Pigalle
mérite les éloges de tous les connoif
feurs. Il fit placer le 23 Août , dans l'Eglife
des Petits Peres , une figure en marbre
repréfentant S. Auguftin en rochet
étole & chappe , avec la mitre & fa croffe.
Ce célébre Pere de l'Eglife tient fur la
main gauche un livre ouvert , où on lit ces
deux mots , Auguftini opera ; & de la main
droite il les offre au Seigneur dans fon
Temple. Cette ftatue a huit pieds de hauteur,
& paroît cependant de grandeur naturelle
: elle eft d'un marbre de Gênes blanc ,
d'autant plus précieux qu'il n'y a pas une
feule tache. Tout ce que la fageffe & la
fagacité du plus habile artifte étoient capables
d'exécuter , s'y trouve rendu avec
la plus parfaite précifion . On fent dans le
caractere de la tête cet efprit divin qui
animoit S. Auguftin , & cette force avec
laquelle il terraffoit les Hérétiques de fon
tems. Il n'étoit pas poffible de mieux dé162
MERCURE DE FRANCE.
velopper cette figure. La correction du
deffein & la hardieffe de l'exécution ne
pouvoient pas être portées plus loin .
Quelques perfonnes avec lefquelles je
me rencontrai aux Petits Peres , lorfque j'y
vis cette admirable figure , trouverent mauvais
que M. Pigalle ne l'eût point polie.
Je leur repréfentai que c'étoit au contraire
l'effet d'une fupériorité de génie & de réflexion
, en ce que le poli général d'une
figure ôte les graces de l'expreffion ; qu'il
feroit , par exemple , totalement contraire
au bon goût de polir le linge , comme le
rochet qui devoit être mat de couleur , &
qu'il n'y avoit de fufceptible du luifant
du poli , que de certaines parties d'étoffes ,
telle que les paremens d'une chappe , fans
quoi on remarqueroit une defagréable confufion
entre le linge & les étoffes.
Cet ornement confidérable de l'Eglife
des Petits Peres eft dû à la pieufe générofité
de plufieurs perfonnes de très- grande
confidération : générosité follicitée & obtenue
par le Reverend Pere Felix , ancien
Prieur de la Maiſon .
J'ai l'honneur d'être , &c.
VOISIN , Avocat en la
Cour , rue du Four S.
Euftache.
par M. Pigalle.
On amour pour les Arts exige de
moi , Monfieur , que j'annonce au
Public les productions des grands hommes
lorfque je les découvre : celle de M. Pigalle
mérite les éloges de tous les connoif
feurs. Il fit placer le 23 Août , dans l'Eglife
des Petits Peres , une figure en marbre
repréfentant S. Auguftin en rochet
étole & chappe , avec la mitre & fa croffe.
Ce célébre Pere de l'Eglife tient fur la
main gauche un livre ouvert , où on lit ces
deux mots , Auguftini opera ; & de la main
droite il les offre au Seigneur dans fon
Temple. Cette ftatue a huit pieds de hauteur,
& paroît cependant de grandeur naturelle
: elle eft d'un marbre de Gênes blanc ,
d'autant plus précieux qu'il n'y a pas une
feule tache. Tout ce que la fageffe & la
fagacité du plus habile artifte étoient capables
d'exécuter , s'y trouve rendu avec
la plus parfaite précifion . On fent dans le
caractere de la tête cet efprit divin qui
animoit S. Auguftin , & cette force avec
laquelle il terraffoit les Hérétiques de fon
tems. Il n'étoit pas poffible de mieux dé162
MERCURE DE FRANCE.
velopper cette figure. La correction du
deffein & la hardieffe de l'exécution ne
pouvoient pas être portées plus loin .
Quelques perfonnes avec lefquelles je
me rencontrai aux Petits Peres , lorfque j'y
vis cette admirable figure , trouverent mauvais
que M. Pigalle ne l'eût point polie.
Je leur repréfentai que c'étoit au contraire
l'effet d'une fupériorité de génie & de réflexion
, en ce que le poli général d'une
figure ôte les graces de l'expreffion ; qu'il
feroit , par exemple , totalement contraire
au bon goût de polir le linge , comme le
rochet qui devoit être mat de couleur , &
qu'il n'y avoit de fufceptible du luifant
du poli , que de certaines parties d'étoffes ,
telle que les paremens d'une chappe , fans
quoi on remarqueroit une defagréable confufion
entre le linge & les étoffes.
Cet ornement confidérable de l'Eglife
des Petits Peres eft dû à la pieufe générofité
de plufieurs perfonnes de très- grande
confidération : générosité follicitée & obtenue
par le Reverend Pere Felix , ancien
Prieur de la Maiſon .
J'ai l'honneur d'être , &c.
VOISIN , Avocat en la
Cour , rue du Four S.
Euftache.
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Résumé : LETTRE sur la statue de S. Augustin, par M. Pigalle.
La lettre annonce la création d'une statue de Saint Augustin par Jean-Baptiste Pigalle, inaugurée le 23 août dans l'église des Petits Pères. Réalisée en marbre blanc de Gênes, la statue représente Saint Augustin en habits ecclésiastiques, tenant un livre ouvert avec les mots 'Auguftini opera' et l'offrant à Dieu. Mesurant huit pieds de hauteur, elle apparaît de grandeur naturelle et est exécutée avec une grande précision. La tête de la statue reflète l'esprit et la force de Saint Augustin face aux hérétiques. La décision de ne pas polir la statue vise à préserver les expressions et les détails des vêtements. Cette œuvre a été rendue possible grâce à la générosité de plusieurs personnes influentes, sollicitée par le Père Félix, ancien prieur de la maison.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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324
p. 175-178
« La gravure en général est un talent soumis, c'est-à-dire l'imitation d'un autre [...] »
Début :
La gravure en général est un talent soumis, c'est-à-dire l'imitation d'un autre [...]
Mots clefs :
Gravure, Graveurs, Peintres
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texteReconnaissance textuelle : « La gravure en général est un talent soumis, c'est-à-dire l'imitation d'un autre [...] »
А
BEAUX ARTS.
Agravure en général eft un talent ſoumis
, c'eft- à- dire l'imitation d'un autre
Art. Il ne faut pas entendre par ce mot ,
une copie féche & fervile ; car l'Artiſte
Graveur ne réuffit que par les équivalens
qu'il fçait préfenter . L'intelligence & le
talent lui font donc néceffaires pour arriver
par des voies différentes au même but
que le Peintre. Cette définition générale
renferme l'idée d'un travail particulier , &
le travail exige des variétés fans nombre.
Un Graveur eft néceffairementobligé de
les obferver , felon les circonftances ; mais
fon premier devoir eft d'être toujours foumis
à l'imitation du trait , & à la maniere
du Maître. Hiv
376 MERCURE DE FRANCE.
L'hiſtoire & le portrait ne font pas traités
de la même façon par les Peintres ; des
paffions , des malles de lumiere très- étendues
, des grouppes , des payſages , des
ciels , de l'air , de la vagueffe , &c. Toutes
ces chofes font fort oppofées à une compofition
fimple , à une lumiere répandue fur
un feul point , à des ornemens foumis &
faits pour concourir à un feul objet ; voilà
les idées générales de ces deux genres. Un
Graveur doit faire fentir leurs différens
effets , fans avoir d'autres fecours que le
blanc & le noir , & les oppofitions qu'il
peut tirer de la variété de fon travail.
Ces difficultés doivent augmenter par la
réflexion , le mérite que l'on reconnoît à
ceux dont le burin a fçu rendre des effets
fi flatteurs à la vûe ; on doit même fouvent
excufer les Artiftes , & ne reprocher qu'aux
Peintres plufieurs chofes moins heureufes
qu'on remarque quelquefois dans leurs
planches ; car tous les Peintres n'ont pas
l'intelligence ou la patience néceffaires pour
retoucher les épreuves , & conduire un
Graveur à l'avantage de fon Art. Rubens
fera toujours le mieux gravé des Peintres.
Plein de goût & d'intelligence , il a formé
fes Graveurs , il retouchoit les épreuves ,
& les accordoit pour le blanc & le noir ,
& donnoit , pour ainfi dire , une nouvelle
DECEMBRE. 1754. 177
harmonie différente de fon tableau , mais
Toujours conféquente & plus convenable.
M. Rigaud a eu les mêmes attentions &
la même conduite pour la belle collection
de fes portraits qu'il a laiffés à la poftérité.
L'un & l'autre de ces grands Artiſtes fçavoient
que dans quelques fiécles leurs Ou
vrages ne feroient plus connus que par la
gravure , & cette idée vraie & humiliante
en quelque façon pour des hommes qui
ont excellé , n'avoit point encore frappé
les Maîtres célébres qui ont paru dans
le premier fiécle du renouvellement des
Arts ; ils faifoient peu de cas de la gravure,
ils la regardoient comme une copie privée
de plufieurs fecours , & s'embarraffoient
peu de la façon dont elle les traduifoit.
Ces réflexions font occafionnées
par un portrait qui repréfente un homme
Tranquille , & dont le loifir ne prend rien
fur Refprit , car fa tête eft vive & animée ;
il eft peint par M. Nonnote , & gravé par
M. Daulé.
La compofition en eft belle & aifée , &
Pexécution du Graveur eft fçavante & d'un
beau détail. Le travail de la tête & des
mains est jufte & careffé ; le fond & les
accompagnemens font bien traités , ils font
à leur ton , & préfentent les variétés de
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
burin , fi néceffaires dans la gravure . If
feroit peut - être à defirer que la robe de
chambre & la vefte euffent été un peu
teintées pour donner plus de repos au refte
du tableau .
Malgré cette legere critique , pour la
quelle même il faudroit que l'on pût comparer
l'original à l'eftampe , nous pouvons
affurer que c'eft un très - bel ouvrage de
gravure , & qui doit faire honneur à foa
Auteur.
On lit ces Vers au bas de l'eftampe :
Latus inprafens animus , quod ultrà eft
Oderit curare , & amara lento
Temperet rifu..... HOR.
Daulé demeure rue du Plâtre S. Jacques.
BEAUX ARTS.
Agravure en général eft un talent ſoumis
, c'eft- à- dire l'imitation d'un autre
Art. Il ne faut pas entendre par ce mot ,
une copie féche & fervile ; car l'Artiſte
Graveur ne réuffit que par les équivalens
qu'il fçait préfenter . L'intelligence & le
talent lui font donc néceffaires pour arriver
par des voies différentes au même but
que le Peintre. Cette définition générale
renferme l'idée d'un travail particulier , &
le travail exige des variétés fans nombre.
Un Graveur eft néceffairementobligé de
les obferver , felon les circonftances ; mais
fon premier devoir eft d'être toujours foumis
à l'imitation du trait , & à la maniere
du Maître. Hiv
376 MERCURE DE FRANCE.
L'hiſtoire & le portrait ne font pas traités
de la même façon par les Peintres ; des
paffions , des malles de lumiere très- étendues
, des grouppes , des payſages , des
ciels , de l'air , de la vagueffe , &c. Toutes
ces chofes font fort oppofées à une compofition
fimple , à une lumiere répandue fur
un feul point , à des ornemens foumis &
faits pour concourir à un feul objet ; voilà
les idées générales de ces deux genres. Un
Graveur doit faire fentir leurs différens
effets , fans avoir d'autres fecours que le
blanc & le noir , & les oppofitions qu'il
peut tirer de la variété de fon travail.
Ces difficultés doivent augmenter par la
réflexion , le mérite que l'on reconnoît à
ceux dont le burin a fçu rendre des effets
fi flatteurs à la vûe ; on doit même fouvent
excufer les Artiftes , & ne reprocher qu'aux
Peintres plufieurs chofes moins heureufes
qu'on remarque quelquefois dans leurs
planches ; car tous les Peintres n'ont pas
l'intelligence ou la patience néceffaires pour
retoucher les épreuves , & conduire un
Graveur à l'avantage de fon Art. Rubens
fera toujours le mieux gravé des Peintres.
Plein de goût & d'intelligence , il a formé
fes Graveurs , il retouchoit les épreuves ,
& les accordoit pour le blanc & le noir ,
& donnoit , pour ainfi dire , une nouvelle
DECEMBRE. 1754. 177
harmonie différente de fon tableau , mais
Toujours conféquente & plus convenable.
M. Rigaud a eu les mêmes attentions &
la même conduite pour la belle collection
de fes portraits qu'il a laiffés à la poftérité.
L'un & l'autre de ces grands Artiſtes fçavoient
que dans quelques fiécles leurs Ou
vrages ne feroient plus connus que par la
gravure , & cette idée vraie & humiliante
en quelque façon pour des hommes qui
ont excellé , n'avoit point encore frappé
les Maîtres célébres qui ont paru dans
le premier fiécle du renouvellement des
Arts ; ils faifoient peu de cas de la gravure,
ils la regardoient comme une copie privée
de plufieurs fecours , & s'embarraffoient
peu de la façon dont elle les traduifoit.
Ces réflexions font occafionnées
par un portrait qui repréfente un homme
Tranquille , & dont le loifir ne prend rien
fur Refprit , car fa tête eft vive & animée ;
il eft peint par M. Nonnote , & gravé par
M. Daulé.
La compofition en eft belle & aifée , &
Pexécution du Graveur eft fçavante & d'un
beau détail. Le travail de la tête & des
mains est jufte & careffé ; le fond & les
accompagnemens font bien traités , ils font
à leur ton , & préfentent les variétés de
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
burin , fi néceffaires dans la gravure . If
feroit peut - être à defirer que la robe de
chambre & la vefte euffent été un peu
teintées pour donner plus de repos au refte
du tableau .
Malgré cette legere critique , pour la
quelle même il faudroit que l'on pût comparer
l'original à l'eftampe , nous pouvons
affurer que c'eft un très - bel ouvrage de
gravure , & qui doit faire honneur à foa
Auteur.
On lit ces Vers au bas de l'eftampe :
Latus inprafens animus , quod ultrà eft
Oderit curare , & amara lento
Temperet rifu..... HOR.
Daulé demeure rue du Plâtre S. Jacques.
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Résumé : « La gravure en général est un talent soumis, c'est-à-dire l'imitation d'un autre [...] »
Le texte explore la gravure comme un art imitant la peinture, nécessitant intelligence et talent pour reproduire les œuvres originales. Les graveurs doivent adapter leur travail aux circonstances tout en restant fidèles au trait et à la manière du maître. Ils doivent également rendre les différences entre l'histoire et le portrait, en utilisant uniquement le blanc et le noir. Les difficultés de la gravure augmentent avec la réflexion, et le mérite est reconnu à ceux qui réussissent à créer des effets flatteurs. Rubens et Rigaud sont mentionnés pour leur collaboration réussie avec des graveurs, retouchant les épreuves pour harmoniser les couleurs. Le texte cite également un portrait gravé par Daulé, représentant un homme tranquille avec une composition belle et aisée, et une exécution savante. Malgré une légère critique sur les teintes de la robe de chambre et de la veste, l'œuvre est jugée très belle et honorable. Daulé réside rue du Plâtre S. Jacques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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325
p. 178-187
« SUPPLICATION aux Orfévres, Ciseleurs, Sculpteurs en bois pour les appartemens [...] »
Début :
SUPPLICATION aux Orfévres, Ciseleurs, Sculpteurs en bois pour les appartemens [...]
Mots clefs :
Sculpteurs, Ornements, Orfèvres, Ciseleurs, Appartement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « SUPPLICATION aux Orfévres, Ciseleurs, Sculpteurs en bois pour les appartemens [...] »
La plaifanterie tout- à-fait inſtructive qu'on
va lire eft d'un Artifle du premier merite &
de la plus grande réputation. Puiſſe- t - elle pour
l'honneur & le progrès de nos Arts , produire
tout l'effet qu'il eft en droit d'en attendre.
SUPPLICATION aux Orfévres , Cifeleurs ,
Sculpteurs en bois pour les appartemens
& autres , par une fociété d'Artiſtes .
Soit très humblement repréſenté à ces
Meffieurs , que quelques efforts que la Nation
Françoife ait fait depuis plufieurs anDECEMBRE
. 1754. 179
nées pour accoutumer fa raifon à fe plier
aux écarts de leur imagination , elle n'a pâ
y parvenir entierement : ces Meffieurs font
donc fuppliés de vouloir bien dorénavant
obferver certaines régles fimples , qui font
dictées par le bon fens , & dont nous ne
pouvons arracher les principes de notre efprit.
Ce feroit un acte bien méritoire à
ces Meffieurs , que de vouloir bien fe ptêter
à notre foibleffe , & nous pardonner
l'impoffibilité réelle où nous fommes de
détruire, par complaifance pour eux , toutes
les lumieres de notre raifon.
Exemple. Sont priés les Orfévres , lorfque
fur le couvercle d'un pot à ouille ou
fur quelqu'autre piéce d'orfévrerie , its
exécutent un artichaut ou un pied de céleri
de grandeur naturelle , de vouloir bien
ne pas mettre à côté un lievre grand comme
le doigt , une allouette grande comme
le naturel , & un faiſan du quart ou du
cinquième de fa grandeur ; des enfans de
la même grandeur qu'une feuille de vigne ;
des figures fuppofées de grandeur naturelle
, portées fur une feuille d'ornement
qui pourroit à peine foutenir fans plier
un petit oifeau ; des arbres dont le tronc
n'eſt pas fi gros qu'une de leurs feuilles ,
& quantité d'autres chofes également bien
caifonnées.
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
Nous leur ferions encore infiniment
obligés s'ils vouloient bien ne pas changer
la deftination des chofes , & fe fouvenir,
par exemple , qu'un chandelier doit être
droit &perpendiculaire pour porter la lumiere
, & non pas tortué , comme fi quelqu'un
l'avoit forcé ; qu'une bobeche doit
être concave pour recevoir la cire qui coule
, & non pas convexe pour la faire tomber
en nape fur le chandelier , & quantité
d'autres agrémens non moins déraiſonnables
qu'il feroit trop long de citer.
Pareillement , font priés Meffieurs les
Sculpteurs d'appartemens d'avoir agréable
dans les trophées qu'ils exécutent , de ne
pas faire une faux plus petite qu'une horloge
de fable , un chapeau ou un tambour
de bafque plus grand qu'une baffe de viole
, une tête d'homme plus petite qu'une
rofe , une ferpe auffi grande qu'un rateau ,
&c. C'eft avec bien du regret que nous
nous voyons obligés de les prier de reftreindre
leur génie à ces loix de proportion ,
quelque fimples qu'elles foient . Nous ne
fentons que trop qu'en s'affujettiffant au
bon fens , quantité de perfonnes qui paffent
maintenant pour de beaux génies fe
trouveront n'en avoir plus du tout ; mais
enfin il ne nous eft plus poffible de nous y
prêter. Avant que de jetter les hauts cris ,
DECEMBRE. 1754. r8r
nous avons enduré avec toute la patience
poffible , & nous avons fait des efforts in
croyables pour admirer ces inventions &
merveilleufes qu'elles ne font plus du ref
fort de la raifon ; mais notre ſens commun
groffier nous excite toujours à les trouver
ridicules. Nous nous garderons bien cependant
de trouver à redire au goût régnant
dans la décoration intérieure de nos
édifices ; nous fommes trop bons citoyens.
pour vouloir tout d'un coup mettre à la
mendicité tant d'honnêtes gens qui ne fçavent
que cela. Nous ne voulons pas même
leur demander un peu de retenue dans l'ufage
des palmiers qu'ils font croître fi abondamment
dans nos appartemens , fur les
cheminées , autour des miroirs , contre les
murs , enfin par- tout ; ce feroit leur ôter
leur derniere reffource. Mais du moins
pourrions- nous efperer d'obtenir que lorf
que les chofes pourront être quarrées , ils
veuillent bien ne les pas tortuer ; que lorfque
les couronnemens pourront être en
plein ceintre , ils veuillent ne les pas corrompre
par ces contours en S , qu'ils femblent
avoir appris des Maîtres Ecrivains ,
& qui font fi fort à la mode , qu'on s'en,
fert même pour faire des plans de bâtimens.
On appelle cela des formes , mais on
oublie d'y ajouter l'épithete de mauvaises
182 MERCURE DE FRANCE.
qui en eft inféparable. Nous confentons
cependant qu'ils fervent de cette marchandife
tortue à tous Provinciaux ou Etrangers
qui feront affez mauvais connoiffeurs
pour préférer notre goût moderne à celui
du fiécle paffé. Plus on répandra de ces inventions
chez les Etrangers , & plus on
pourra efpérer de maintenir la fupériorité
de la France. Nous les fupplions de confiderer
que nous leur fourniffons de beaux
bois bien droits , & qu'ils nous ruinent en
frais en les faifant travailler avec toutes
ces formes finueufes ; qu'en faifant courber
nos portes pour les affujettir aux asrondiffemens
qu'il plaît au bon goût de
nos Architectes modernes de donner à
toutes nos chambres , il nous les font couter
beaucoup plus qu'en les faifant droites ,
& que nous n'y trouvons aucun avantage ,
puifque nous paffons également par une
porte droite comme par une porte arrondie.
Quant aux courbures des murailles
de nos appartemens , nous n'y trouvons
d'autre commodité que de ne fçavoir plus
oùplacer ni comment y arranger nos chaifes
ou autres meubles. Les Sculpteurs font
donc priés de vouloir bien ajouter foi aux
affurances que nous leur donnons , nous
qui n'avons aucun intérêt à les tromper ,
que les formes droites , quarrées , rondes
DECEMBRE. 1754. 183
& ovales régulieres , décorent auffi richement
que toutes leurs inventions ; que
comme leur exécution exacte eft plus difficile
que celle de tous ces herbages , aîles
de chauve-fouris , & autres miferes qui
font en ufage , elle fera plus d'honneur à
leur talent. Qu'enfin les yeux de nombre.
de bonnes gens dont nous fommes, leur auront
une obligation inexprimable de n'être
plus moleftés par des difproportions déraifonnables
, & par cette abondance d'ornemens
tortueux & extravagans.
Que fi nous demandons trop de chofes à
la fois , qu'ils nous accordent du moins
une grace , que dorénavant la moulure
principale qu'ils tourmentent ordinairement
, fera & demeurera droite , conformément
aux principes de la bonne architecture
; alors nous confentirons qu'ils faffent
tortiller leurs ornemens autour & par
deffus tant que bon leur femblera , nous
nous estimerons moins malheureux , parce
qu'un homme de bon goût , à qui un tel
appartement échoira , pourra avec un cifeau
abattre toutes ces drogues , & retrou
ver la moulure fimple qui lui fera une décoration
fage , & dont fa raifon ne fouffrira
pas.
On fent bien qu'une bonne partie des
plaintes que nous adreffons aux Sculpteurs
184 MERCURE DE FRANCE.
pourroient avec raifon s'adreffer aux Archi
tectes mais la vérité eft , que nous n'ofons
pas ; ces Meffieurs ne fe gouvernent
pas fi facilement , il n'en eft preſque aucun
qui doute de fes talens , & qui ne les vante
avec une confiance entiere ; nous ne préfumons
pas affez de notre crédit auprès
d'eux , pour nous flatter qu'avec les meilleures
raifons du monde nous puiflions
opérer leur converfion . Si nous nous étions
fentis affez de hardieffe , nous les aurions
refpectueufement invités à vouloir bien
examiner quelquefois le vieux Louvre , les
Tuileries , & plufieurs autres bâtimens
royaux du fiécle paffé , qui font univerfellement
reconnus pour de belles chofes ,
& à ne nous pas donner fi fouvent lieu de
croire qu'ils n'ont jamais vû ces bâtimens
qui font fi près d'eux . Nous les aurions
priés de nous faire grace de ces mauvaiſes
formes à pans qu'il femble qu'ils foient
convenus de donner à tous les avant- corps,
& nous les aurions affurés , dans la fincérité
de nos confciences , que tous les angles
obtus & aigus ( à moins qu'ils ne foient
donnés néceffairement , comme dans la
fortification ) font defagréables en architecture
, & qu'il n'y a que l'angle droit
qui puiffe faire un bon effet ; ils y perdroient
leurs fallons octogones : mais pour
DECEMBRE . 1754. 185
pas
quoi un fallon quarré ne feroit- il pas auffi
beau On ne feroit pas obligé de fupprimer
les corniches dans les dedans , pour
fauver la difficulté d'y bien diftribuer les
ornemens qui y font propres : ils n'auroient
été réduits à fubftituer des herbages ,
& autres gentilleffes mefquines , aux mọ-
dillons , aux denticules , & autres ornemens
inventés par des gens qui en fçavoient
plus qu'eux , & reçus de toutes les
Nations , après un mur examen .. Nous les
aurions priés d'admirer la beauté des pierres
qu'ils tirent de la carriere , qui font
naturellement droites & à angle droit , &
de vouloir bien ne les pas gâter pour leur
faire prendre des formes qui nous en font
perdre la moitié , & donnent des marques
publiques du dérangement de nos cervelles.
Nous les aurions priés de nous délivrer
de l'ennui de voir à toutes les maifons
des croifées ceintrées , depuis le rez-dechauffée
jufqu'à la manſarde , tellement
qu'il femble qu'il y ait un pacte fait de
n'en plus exécuter d'autres. Il n'y a pas
jufqu'au bois des chaffis de croifées qui veulent
auffi fe faire de fête , & qui fe tortuent
le plus joliment du monde , fans
autre avantage que de donner beaucoup
de peine au Menuifier , & de l'embarras
au Vitrier , lorfqu'il lui faut couper des
186 MERCURE DE FRANCE.
verres dans ces formes barroques.
Nous aurions bien eu encore quelques
petites repréſentations à leur faire fur ce
moule général , où il femble qu'ils jettent
toutes les portes cocheres , en faiſant toujours
retourner les moulures de la corniche
en ceintre , fans que celles de l'architrave
les fuivent , tellement que cette
corniche porte à faux ,
à faux , & que s'ils mettent
leur chere confole , toute inutile qu'elle y
eft , ils ne fçavent où la placer. Hors du
milieu du pilaftre elle eft ridicule ; au milieu
elle ne reçoit point la retombée de
cet arc. N'aurions nous pas en leur
accordant que la manfarde eft une invention
merveilleuſe , admirable , digne de
paffer à la poftérité la plus reculée , fi on
pouvoit la conftruire de marbre , les prier
néanmoins de vouloir bien en être plus chiches
, & nous faire voir quelquefois à fa
place un Attique qui étant perpendiculaire
& de pierre , fembleroit plus régu
lier & plus analogue au refte du bâtiment ?
car enfin on fe laffe de voir toujours une
maifon bleue fur une maifon blanche.
Combien de graces n'aurions nous pas
eu à leur demander ! mais nous efpererions
vainement qu'ils vouluffent nous en accorder
aucune. Il ne nous refte à leur égard
que de foupirer en fecret , & d'attendre
DECEMBRE . 1754 187
que leur invention étant épuifée , ils s'en
laffent eux-mêmes. Il paroît que ce tems
eft proche , car ils ne font plus que fe répéter
, & nous avons lieu d'efpérer que l'envie
de faire du nouveau , ramenera l'architecture
ancienne.
va lire eft d'un Artifle du premier merite &
de la plus grande réputation. Puiſſe- t - elle pour
l'honneur & le progrès de nos Arts , produire
tout l'effet qu'il eft en droit d'en attendre.
SUPPLICATION aux Orfévres , Cifeleurs ,
Sculpteurs en bois pour les appartemens
& autres , par une fociété d'Artiſtes .
Soit très humblement repréſenté à ces
Meffieurs , que quelques efforts que la Nation
Françoife ait fait depuis plufieurs anDECEMBRE
. 1754. 179
nées pour accoutumer fa raifon à fe plier
aux écarts de leur imagination , elle n'a pâ
y parvenir entierement : ces Meffieurs font
donc fuppliés de vouloir bien dorénavant
obferver certaines régles fimples , qui font
dictées par le bon fens , & dont nous ne
pouvons arracher les principes de notre efprit.
Ce feroit un acte bien méritoire à
ces Meffieurs , que de vouloir bien fe ptêter
à notre foibleffe , & nous pardonner
l'impoffibilité réelle où nous fommes de
détruire, par complaifance pour eux , toutes
les lumieres de notre raifon.
Exemple. Sont priés les Orfévres , lorfque
fur le couvercle d'un pot à ouille ou
fur quelqu'autre piéce d'orfévrerie , its
exécutent un artichaut ou un pied de céleri
de grandeur naturelle , de vouloir bien
ne pas mettre à côté un lievre grand comme
le doigt , une allouette grande comme
le naturel , & un faiſan du quart ou du
cinquième de fa grandeur ; des enfans de
la même grandeur qu'une feuille de vigne ;
des figures fuppofées de grandeur naturelle
, portées fur une feuille d'ornement
qui pourroit à peine foutenir fans plier
un petit oifeau ; des arbres dont le tronc
n'eſt pas fi gros qu'une de leurs feuilles ,
& quantité d'autres chofes également bien
caifonnées.
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
Nous leur ferions encore infiniment
obligés s'ils vouloient bien ne pas changer
la deftination des chofes , & fe fouvenir,
par exemple , qu'un chandelier doit être
droit &perpendiculaire pour porter la lumiere
, & non pas tortué , comme fi quelqu'un
l'avoit forcé ; qu'une bobeche doit
être concave pour recevoir la cire qui coule
, & non pas convexe pour la faire tomber
en nape fur le chandelier , & quantité
d'autres agrémens non moins déraiſonnables
qu'il feroit trop long de citer.
Pareillement , font priés Meffieurs les
Sculpteurs d'appartemens d'avoir agréable
dans les trophées qu'ils exécutent , de ne
pas faire une faux plus petite qu'une horloge
de fable , un chapeau ou un tambour
de bafque plus grand qu'une baffe de viole
, une tête d'homme plus petite qu'une
rofe , une ferpe auffi grande qu'un rateau ,
&c. C'eft avec bien du regret que nous
nous voyons obligés de les prier de reftreindre
leur génie à ces loix de proportion ,
quelque fimples qu'elles foient . Nous ne
fentons que trop qu'en s'affujettiffant au
bon fens , quantité de perfonnes qui paffent
maintenant pour de beaux génies fe
trouveront n'en avoir plus du tout ; mais
enfin il ne nous eft plus poffible de nous y
prêter. Avant que de jetter les hauts cris ,
DECEMBRE. 1754. r8r
nous avons enduré avec toute la patience
poffible , & nous avons fait des efforts in
croyables pour admirer ces inventions &
merveilleufes qu'elles ne font plus du ref
fort de la raifon ; mais notre ſens commun
groffier nous excite toujours à les trouver
ridicules. Nous nous garderons bien cependant
de trouver à redire au goût régnant
dans la décoration intérieure de nos
édifices ; nous fommes trop bons citoyens.
pour vouloir tout d'un coup mettre à la
mendicité tant d'honnêtes gens qui ne fçavent
que cela. Nous ne voulons pas même
leur demander un peu de retenue dans l'ufage
des palmiers qu'ils font croître fi abondamment
dans nos appartemens , fur les
cheminées , autour des miroirs , contre les
murs , enfin par- tout ; ce feroit leur ôter
leur derniere reffource. Mais du moins
pourrions- nous efperer d'obtenir que lorf
que les chofes pourront être quarrées , ils
veuillent bien ne les pas tortuer ; que lorfque
les couronnemens pourront être en
plein ceintre , ils veuillent ne les pas corrompre
par ces contours en S , qu'ils femblent
avoir appris des Maîtres Ecrivains ,
& qui font fi fort à la mode , qu'on s'en,
fert même pour faire des plans de bâtimens.
On appelle cela des formes , mais on
oublie d'y ajouter l'épithete de mauvaises
182 MERCURE DE FRANCE.
qui en eft inféparable. Nous confentons
cependant qu'ils fervent de cette marchandife
tortue à tous Provinciaux ou Etrangers
qui feront affez mauvais connoiffeurs
pour préférer notre goût moderne à celui
du fiécle paffé. Plus on répandra de ces inventions
chez les Etrangers , & plus on
pourra efpérer de maintenir la fupériorité
de la France. Nous les fupplions de confiderer
que nous leur fourniffons de beaux
bois bien droits , & qu'ils nous ruinent en
frais en les faifant travailler avec toutes
ces formes finueufes ; qu'en faifant courber
nos portes pour les affujettir aux asrondiffemens
qu'il plaît au bon goût de
nos Architectes modernes de donner à
toutes nos chambres , il nous les font couter
beaucoup plus qu'en les faifant droites ,
& que nous n'y trouvons aucun avantage ,
puifque nous paffons également par une
porte droite comme par une porte arrondie.
Quant aux courbures des murailles
de nos appartemens , nous n'y trouvons
d'autre commodité que de ne fçavoir plus
oùplacer ni comment y arranger nos chaifes
ou autres meubles. Les Sculpteurs font
donc priés de vouloir bien ajouter foi aux
affurances que nous leur donnons , nous
qui n'avons aucun intérêt à les tromper ,
que les formes droites , quarrées , rondes
DECEMBRE. 1754. 183
& ovales régulieres , décorent auffi richement
que toutes leurs inventions ; que
comme leur exécution exacte eft plus difficile
que celle de tous ces herbages , aîles
de chauve-fouris , & autres miferes qui
font en ufage , elle fera plus d'honneur à
leur talent. Qu'enfin les yeux de nombre.
de bonnes gens dont nous fommes, leur auront
une obligation inexprimable de n'être
plus moleftés par des difproportions déraifonnables
, & par cette abondance d'ornemens
tortueux & extravagans.
Que fi nous demandons trop de chofes à
la fois , qu'ils nous accordent du moins
une grace , que dorénavant la moulure
principale qu'ils tourmentent ordinairement
, fera & demeurera droite , conformément
aux principes de la bonne architecture
; alors nous confentirons qu'ils faffent
tortiller leurs ornemens autour & par
deffus tant que bon leur femblera , nous
nous estimerons moins malheureux , parce
qu'un homme de bon goût , à qui un tel
appartement échoira , pourra avec un cifeau
abattre toutes ces drogues , & retrou
ver la moulure fimple qui lui fera une décoration
fage , & dont fa raifon ne fouffrira
pas.
On fent bien qu'une bonne partie des
plaintes que nous adreffons aux Sculpteurs
184 MERCURE DE FRANCE.
pourroient avec raifon s'adreffer aux Archi
tectes mais la vérité eft , que nous n'ofons
pas ; ces Meffieurs ne fe gouvernent
pas fi facilement , il n'en eft preſque aucun
qui doute de fes talens , & qui ne les vante
avec une confiance entiere ; nous ne préfumons
pas affez de notre crédit auprès
d'eux , pour nous flatter qu'avec les meilleures
raifons du monde nous puiflions
opérer leur converfion . Si nous nous étions
fentis affez de hardieffe , nous les aurions
refpectueufement invités à vouloir bien
examiner quelquefois le vieux Louvre , les
Tuileries , & plufieurs autres bâtimens
royaux du fiécle paffé , qui font univerfellement
reconnus pour de belles chofes ,
& à ne nous pas donner fi fouvent lieu de
croire qu'ils n'ont jamais vû ces bâtimens
qui font fi près d'eux . Nous les aurions
priés de nous faire grace de ces mauvaiſes
formes à pans qu'il femble qu'ils foient
convenus de donner à tous les avant- corps,
& nous les aurions affurés , dans la fincérité
de nos confciences , que tous les angles
obtus & aigus ( à moins qu'ils ne foient
donnés néceffairement , comme dans la
fortification ) font defagréables en architecture
, & qu'il n'y a que l'angle droit
qui puiffe faire un bon effet ; ils y perdroient
leurs fallons octogones : mais pour
DECEMBRE . 1754. 185
pas
quoi un fallon quarré ne feroit- il pas auffi
beau On ne feroit pas obligé de fupprimer
les corniches dans les dedans , pour
fauver la difficulté d'y bien diftribuer les
ornemens qui y font propres : ils n'auroient
été réduits à fubftituer des herbages ,
& autres gentilleffes mefquines , aux mọ-
dillons , aux denticules , & autres ornemens
inventés par des gens qui en fçavoient
plus qu'eux , & reçus de toutes les
Nations , après un mur examen .. Nous les
aurions priés d'admirer la beauté des pierres
qu'ils tirent de la carriere , qui font
naturellement droites & à angle droit , &
de vouloir bien ne les pas gâter pour leur
faire prendre des formes qui nous en font
perdre la moitié , & donnent des marques
publiques du dérangement de nos cervelles.
Nous les aurions priés de nous délivrer
de l'ennui de voir à toutes les maifons
des croifées ceintrées , depuis le rez-dechauffée
jufqu'à la manſarde , tellement
qu'il femble qu'il y ait un pacte fait de
n'en plus exécuter d'autres. Il n'y a pas
jufqu'au bois des chaffis de croifées qui veulent
auffi fe faire de fête , & qui fe tortuent
le plus joliment du monde , fans
autre avantage que de donner beaucoup
de peine au Menuifier , & de l'embarras
au Vitrier , lorfqu'il lui faut couper des
186 MERCURE DE FRANCE.
verres dans ces formes barroques.
Nous aurions bien eu encore quelques
petites repréſentations à leur faire fur ce
moule général , où il femble qu'ils jettent
toutes les portes cocheres , en faiſant toujours
retourner les moulures de la corniche
en ceintre , fans que celles de l'architrave
les fuivent , tellement que cette
corniche porte à faux ,
à faux , & que s'ils mettent
leur chere confole , toute inutile qu'elle y
eft , ils ne fçavent où la placer. Hors du
milieu du pilaftre elle eft ridicule ; au milieu
elle ne reçoit point la retombée de
cet arc. N'aurions nous pas en leur
accordant que la manfarde eft une invention
merveilleuſe , admirable , digne de
paffer à la poftérité la plus reculée , fi on
pouvoit la conftruire de marbre , les prier
néanmoins de vouloir bien en être plus chiches
, & nous faire voir quelquefois à fa
place un Attique qui étant perpendiculaire
& de pierre , fembleroit plus régu
lier & plus analogue au refte du bâtiment ?
car enfin on fe laffe de voir toujours une
maifon bleue fur une maifon blanche.
Combien de graces n'aurions nous pas
eu à leur demander ! mais nous efpererions
vainement qu'ils vouluffent nous en accorder
aucune. Il ne nous refte à leur égard
que de foupirer en fecret , & d'attendre
DECEMBRE . 1754 187
que leur invention étant épuifée , ils s'en
laffent eux-mêmes. Il paroît que ce tems
eft proche , car ils ne font plus que fe répéter
, & nous avons lieu d'efpérer que l'envie
de faire du nouveau , ramenera l'architecture
ancienne.
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Résumé : « SUPPLICATION aux Orfévres, Ciseleurs, Sculpteurs en bois pour les appartemens [...] »
En décembre 1754, une supplique est publiée dans le Mercure de France, adressée aux orfèvres, ciseleurs et sculpteurs d'appartements. Cette supplique, rédigée par une société d'artistes, appelle à respecter certaines règles de bon sens pour améliorer l'artisanat. Les auteurs reconnaissent que, bien que la nation française s'habitue aux écarts de l'imagination, la raison n'a pas entièrement triomphé. Les orfèvres sont invités à éviter les mélanges disproportionnés, comme des légumes de taille naturelle à côté de petits animaux ou des figures humaines sur des feuilles d'ornement trop petites. Ils doivent également respecter la destination des objets, par exemple en utilisant des chandeliers droits pour porter la lumière. Les sculpteurs d'appartements sont sollicités pour éviter les disproportions dans les trophées, comme des faux plus petites que des horloges ou des têtes humaines plus petites que des roses. Ils sont encouragés à utiliser des formes régulières, telles que des formes droites, carrées, rondes et ovales, qui décorent aussi richement que leurs inventions actuelles. Les auteurs reconnaissent que ces changements pourraient mettre au chômage des artisans habitués à des styles extravagants. Cependant, ils espèrent que les artistes accepteront ces règles pour le bien de l'art et du bon sens. Ils expriment également leur regret de ne pas pouvoir adresser ces plaintes aux architectes, jugés plus difficiles à convaincre. La supplique se termine par un souhait que les artisans se lassent de leurs inventions actuelles et reviennent à des formes plus classiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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326
p. 187
PEINTURE. A M. le Comte de Caylus, sur un tableau représentant Minerve, qu'il a fait peindre à la cire & au feu, après avoir découvert un secret perdu de cet ancien genre de peinture, appellée Encaustique.
Début :
AFFULGET vultus, redivivae nuncius artis, [...]
Mots clefs :
Minerve, Peinture à l'encaustique
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texteReconnaissance textuelle : PEINTURE. A M. le Comte de Caylus, sur un tableau représentant Minerve, qu'il a fait peindre à la cire & au feu, après avoir découvert un secret perdu de cet ancien genre de peinture, appellée Encaustique.
PEINTURE.
A M. le Comte de Caylus , fur un tableau
repréſentant Minerve , qu'il afait peindre
à la cire aufeu , après avoir découvert
le fecret perdu de cet ancien genre de peinture
, appellée Encaustique.
AFFULGET vultus , rediviva nuncius artis ,
Dignum Pauliacæ dexteritatis opus.
Fallor , & eft hominum præftantior arte tabella ,
Admovitque fuas fors fibi diva manus.
Sin tu fpirantes ceras fic reddis ab igne ,
Furta Promethei te renovaffe probas.
A M. le Comte de Caylus , fur un tableau
repréſentant Minerve , qu'il afait peindre
à la cire aufeu , après avoir découvert
le fecret perdu de cet ancien genre de peinture
, appellée Encaustique.
AFFULGET vultus , rediviva nuncius artis ,
Dignum Pauliacæ dexteritatis opus.
Fallor , & eft hominum præftantior arte tabella ,
Admovitque fuas fors fibi diva manus.
Sin tu fpirantes ceras fic reddis ab igne ,
Furta Promethei te renovaffe probas.
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327
p. 187-188
GRAVURE.
Début :
Le Médecin empirique, gravé d'après le tableau original de David Teniers, du [...]
Mots clefs :
Gravure, Estampe
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texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
Le Médecin empirique , gravé d'après
le tableau original de David Teniers , du
cabinet de M. le Comte de Vence , par
J. Tardieu , Graveur du Roi , rue des
Noyers , vis-à- vis celle des Anglois. -
188 MERCURE DE FRANCE.
MOYREAU , Graveur du Roi , en for
Académie royale de Peinture & Sculpture,
vient de mettre au jour une nouvelle
Eftampe qu'il a gravée d'après P. Wouvermens
, qui repréfente le Départ des Cavaliers.
Le tableau original eft au cabinet
de M. L. B. D. H. C'eſt le n° . 78 de la
fuite. Sa demeure eft rue des Mathurins ,
la quatrième porte cochere à gauche , en
entrant par la rue de la Harpe.
Le Médecin empirique , gravé d'après
le tableau original de David Teniers , du
cabinet de M. le Comte de Vence , par
J. Tardieu , Graveur du Roi , rue des
Noyers , vis-à- vis celle des Anglois. -
188 MERCURE DE FRANCE.
MOYREAU , Graveur du Roi , en for
Académie royale de Peinture & Sculpture,
vient de mettre au jour une nouvelle
Eftampe qu'il a gravée d'après P. Wouvermens
, qui repréfente le Départ des Cavaliers.
Le tableau original eft au cabinet
de M. L. B. D. H. C'eſt le n° . 78 de la
fuite. Sa demeure eft rue des Mathurins ,
la quatrième porte cochere à gauche , en
entrant par la rue de la Harpe.
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Résumé : GRAVURE.
Le texte décrit deux gravures récentes. La première, 'Le Médecin empirique', est de J. Tardieu, d'après David Teniers, et appartient au Comte de Vence. La seconde, 'Le Départ des Cavaliers', est de MOYREAU, d'après P. Wouvermans, et se trouve au cabinet de M. L. B. D. H., rue des Mathurins.
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328
p. 188-189
ARCHITECTURE.
Début :
Le 15 Janvier 1755, M. Blondel, Architecte, Professeur & Directeur de l'Ecole [...]
Mots clefs :
Architecture, École des Arts, Jacques-François Blondel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARCHITECTURE.
ARCHITECTURE.
Leese,anvier &,Mr
E15 Janvier 175 § , M. Blondel , Archide
l'Eco-
LE DES ARTS , rue de la Harpe , près de la
JANVIER. 1755. 189
Sorbonne , fera l'ouverture de fon fecond
cours public élémentaire d'Architecture ,
par un difcours hiftorique qui fervira d'in
troduction à l'Architecture & aux autres
arts qui ont relation avec elle . Il fera
compofé de quarante leçons , qui feront
données régulierement tous les jeudis &
famedis de chaque femaine , depuis trois
heures jufqu'à cinq. L'objet de ce cours
élémentaire eft la connoiffance de l'Architecture
, qui eft indiſpenſablement néceffaire
aux hommes en place. Pour cela on
difcutera en général les opinions des Anciens
& des Modernes , & l'on y traitera
en particulier des principes de la décoration
, de la diftribution & de la conftruction
des bâtimens , de la convenance
de la proportion , de la fymmétrie & de
tous les arts de goût , fans lefquels il eſt
impoffible de parvenir à difcerner le bon ,
le médiocre & le défectueux .
Leese,anvier &,Mr
E15 Janvier 175 § , M. Blondel , Archide
l'Eco-
LE DES ARTS , rue de la Harpe , près de la
JANVIER. 1755. 189
Sorbonne , fera l'ouverture de fon fecond
cours public élémentaire d'Architecture ,
par un difcours hiftorique qui fervira d'in
troduction à l'Architecture & aux autres
arts qui ont relation avec elle . Il fera
compofé de quarante leçons , qui feront
données régulierement tous les jeudis &
famedis de chaque femaine , depuis trois
heures jufqu'à cinq. L'objet de ce cours
élémentaire eft la connoiffance de l'Architecture
, qui eft indiſpenſablement néceffaire
aux hommes en place. Pour cela on
difcutera en général les opinions des Anciens
& des Modernes , & l'on y traitera
en particulier des principes de la décoration
, de la diftribution & de la conftruction
des bâtimens , de la convenance
de la proportion , de la fymmétrie & de
tous les arts de goût , fans lefquels il eſt
impoffible de parvenir à difcerner le bon ,
le médiocre & le défectueux .
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Résumé : ARCHITECTURE.
Le document annonce l'ouverture d'un cours public élémentaire d'architecture par M. Blondel à l'École des Arts, rue de la Harpe, près de la Sorbonne, à partir du 18 janvier 1755. Ce cours, composé de quarante leçons, se tiendra chaque jeudi et samedi de trois à cinq heures. Il vise à fournir une connaissance indispensable de l'architecture aux hommes en place. Le programme inclut des discussions sur les opinions des Anciens et des Modernes, ainsi que des principes de la décoration, de la distribution et de la construction des bâtiments, de la convenance, de la proportion, de la symétrie et des arts de goût. Ces éléments sont jugés essentiels pour distinguer le bon, le médiocre et le défectueux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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329
p. 206-212
« Les Etats de la province de Bretagne ordonnerent en 1744 qu'il seroit érigé dans la ville de [...] »
Début :
Les Etats de la province de Bretagne ordonnerent en 1744 qu'il seroit érigé dans la ville de [...]
Mots clefs :
Roi, Monument, Régiment, États
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texteReconnaissance textuelle : « Les Etats de la province de Bretagne ordonnerent en 1744 qu'il seroit érigé dans la ville de [...] »
Es Etats de la province de Bretagne ordonne-
Rennes un monument en mémoire de la convaleſcence
& des victoires du Roi , & ils chargerent
de l'exécution M. le Moine , Sculpteur de Sa
Majefté , & Profeffeur de l'Académie royale de
Peinture & de Sculpture. Ils ont la fatisfaction
de voir que l'ouvrage répond à la grandeur de
l'objet , à la dignité de la province , & à la répu
tation de l'Artiste. Ce monument eft compofe de
trois figures qui concourent à former une action .
Sur un piédeftal de quatorze pieds de haut , orné
de trophées & de drapeaux , eft la ftatue du Roi.
Il eft repréfenté , le bâton de commandement à
la main, & prêt à marcher à de nouvelles conquêtes.
La Déeffe de la Santé eft au côté droit
du piédeftal , tenant d'une main un ferpent qui
mange dans une patere qu'elle lui préfente de
l'autre main. On voit auprès de la Déeſſe un autel
entouré de fruits ,fymbole des voeux des peuples.
De l'autre côté du piédeftal eft la Bretagne ,
avec les attributs de la guerre & du commerce.
La joie qui fuccede à fes allarmes , éclate fur
fon vifage. La ftatue du Roi a onze pieds trois
pouces de haut , les deux autres font de dix pieds.
Toutes les trois font de bronze , ainfi que les
ornemens. On lit fur le piédeftal l'infcription fuivante
: Ludovico XV. Regi Chriftianiffimo , redi¬
JANVIER. 1755. 207
vivo & triumphanti , hoc amoris pignus &falutis
publica Monumentum Comitia Armorica poſuere.
Anno M. DCC. XLIV. Les Etats ont voulu folemnifer
par une fête éclatante la dédicace d'un
Monument qui leur eft fi précieux . Pour annoncer
qu'ils accompliffoient au ſein de la paix un
voeu formé pendant la guerre , ils avoient fait placer
en face du Monument cette autre infcription
, Victori voverunt , Pacificatori pofuere , la
quelle a été compofée , ainfi que la précédente ,
par M. Duclos , Hiftoriographe de France , &
l'un des quarante de l'Académie Françoiſe . Le
9 de ce mois , M. Le Moine , conduit par le Héraut
des Etats , fe préfenta à leur affemblée , &
leur annonça que tout étoit prêt pour la cérémonie.
Auffi-tôt ils arrêterent de la faire le jour fuivant
, & d'y affifter en corps. Ils envoyerent en
conféquence une députation prier les Commiffaires
du Roi & la Ducheffe d'Aiguillon de s'y
trouver. Le 10 , les Etats partirent en corps , pour
ſe rendre à la Place royale. Lorfqu'ils furent placés
, les Commiffaires du Roi , ayant le Duc d'Aiguillon
à leur tête , arriverent à Paffemblée , fuivant
le cérémonial qui avoit été réglé. La Ducheffe
d'Aiguillon & les Dames invitées étoient
aux fenêtres de l'Hôtel de Ville , & la principale
Bourgeoisie occupoit la maifon du Préfidial , qui
eft de l'autre côté. Le Héraut , revêtu de fa cotte
d'armes , monté fur un cheval caparaçonné , &
précedé de timbales & de trompettes , parut au milieu
de la place , & fit cette proclamation . DE LA
PART DES ETATS, Meffeigneurs & Meffieurs. » C'ef
» aujourd'hui que les Etats font la dédicace du
» Monument qu'ils ont fait ériger comme un gage
» de leur amour pour le Roi . Vive le Roi. » Tout
le monde répondit au cri du Héraut par la mê208
MERCURE DE FRANCE.
me acclamation. A l'inftant M. Le Moine fit
découvrir le Monument qui juſqu'alors avoit été
couvert d'un voile. Les Commiffaires du Roi s'étant
avancés devant le Monument , firent le falut
d'ufage. Après qu'ils fe furent retirés avec le même
cérémonial qui s'étoit obſervé à leur arrivée
les trois Ordres des Etats marchant chacun dans
fon firent le même falut. Ils retournerent
rang ,
enfuite au lieu ordinaire de leur aſſemblée , &
l'Evêque de Rennes leur déclara que le Roi , pour
donner à la Bretagne des marques de fa fatisfaction
, accordoit deux Abbayes dans l'Ordre du
Clergé , deux Compagnies de cavalerie , & quatre
places de Garde- Marine dans l'Ordre de la Nobleſſe
, & des Lettres de Noblefle à deux membres
du Tiers Etat. Les Etats répondirent par un cri
unanime de Vive le Roi. Ils envoyerent une députation
faire des remercimens au Duc d'Aiguillon
;ils ordonnerent une gratification de cinquante
mille livres à M. Le Moine , qui fut embraffé ſur
la place où fe faifoit la cérémonie , par M. le Com
mandant , les Commiffaires du Roi , & les Préfidens
des Ordres.
La fituation de la ville d'Avignon , baignée du
côté du couchant par les eaux du Rhône , qui , à
un quart de lieue de là , reçoit la Durance , la
rend fujette à de fréquentes inondations . On y en
effuya le 12 une auffi fubite que confidérable . Le
Rhône qui la veille , fur les quatre heures du foir,
n'avoit pas en divers endroits plus de quatre pieds
d'eau , augmenta de plus de trente dans les vingtquatre
heures , quoiqu'il fe fût étendu à plus de
demi- lieue au large. La Durance s'étoit de même
tellement enflée le 11 , qu'elle avoit crevé les
chauffées. Une partie de la ville d'Avignon s'eft
trouvée inondée , & fans les précautions qu'on a
JANVIER. 1755. 209
prifes , elle auroit extrêmement fouffert. On n'avoit
point vu le Rhône porter ſes eaux ni fi haut ,
ni fi loin , depuis l'année 1745 , pendant laquelle
il y eut trois autres inondations à peu près pareilles
dans ce même mois de Novembre.
Le Prince de Conty , Grand- Prieur de France ,
a chargé le Chevalier de Rupierre , Commandeur
de la Commanderie de Louvies , de faire la vifite
générale des Commanderies du Grand Prieuré.
Selon les nouvelles de Montpellier , on y a
effuyé une des plus horribles pluyes dont on fe
fouvienne. Elle commença le 11 à neuf heures du
matin , & ne finit que le lendemain matin à ſept .
Un violent ouragan qui s'y joignit , emporta
tout le gravier du chemin , depuis Montpellier
jufqu'à la Baraque de Coudognan , fituée à cinq
lieues de cette ville. Tous les parapets des ponts
furent abbatus. La chauffée du pont de Lunel fut
rompue en quinze endroits , & les bréches , ont été
fi profondes qu'on avoit de l'eau prefque jufqu'à
la ceinture. Les levées du Vidourle , riviere qui
paffe fous le pont de Lunel , ont été rompues auffi
en plufieurs endroits . Par ces divers accidens , la
plaine de Lunel & plufieurs cantons voisins ont
été entierement inondés. Le ruiffeau de Tave a
emporté le pont du grand chemin qui va de Ba
gnols à Avignon , & le chemin a été abfolument
impraticable pendant quatre jours . Le débordement
du Ceze a fort endommagé le pont qui eft à
Bagnols fur cette riviere.
A l'occafion de la rentrée du Parlement , M. de
Maupeou , Premier Préſident , a prononcé deux
harangues , l'une le 25 , l'autre le 27 du mois dernier.
Le fujet de la premiere harangue fut l'Amour
des Devoirs . Dans la feconde , M. de Maupeou
montra que la véritable grandeur du Magif
210 MERCURE DE FRANCE.
trat confifte à être un vraiCitoyen. M. d'Ormeffon.;
Avocat Général , prononça auffi le 25 du même
mois un Difcours dans lequel il fit le portrait de
L'Avocat.
Le 28 du mois dernier , le Marquis de Montmirel
prêta ferment de fidélité entre les mains da
Roi , pour la charge de Capitaine - Colonel des
Cent Suiffes de la Garde ordinaire de Sa Majefté .
Le même jour , les Etats de la province de Languedoc
ont fait à Montpellier P'ouverture de leur
affemblée.
Le fils du Comte de Sartiranne , Ambaffadeur
ordinaire du Roi de Sardaigne , fut tenu le premier
Décembre fur les Fonts de Baptême par le
Roi & la Reine , qui le nommerent Louis - Jofeph.
Le 3 , Don Jaime Maffones de Lima , Ambaffa.
deur extraordinaire du Roi d'Efpagne , eut une
audience particuliere du Roi , dans laquelle il préfenta
à Sa Majefté le Marquis Grimaldi , Ambaſſadeur
ordinaire du Roi fon Maître auprès des Etats
Généraux des Provinces Unies.
Une députation du Grand- Confeil vint le premier
Décembre remercier le Roi de la grace que
Sa Majesté a faite à cette Compagnie , de l'établir
au Louvre.
Le Roi ayant ordonné que toute l'Infanterie
Françoife battroit la même ordonnance , il a été
ordonné en conféquence à tous les Tambours Ma
jors des Régimens de fe rendre aux Invalides, pour
y être inftruits par le Tambour Major du Régiment
des Gardes Françoifes ; ce qui a été exécuté.
Le premier , tous ces Tambours fe rendirent à
Verfailles ; & dans la cour du Château , en préfence
de Sa Majefté , qui étoit à ſon balcon , toute
la nouvelle ordonnance fur battue avec une précifion
parfaite , foit en marchant , foit de pied
JANVIER. 1755. 211
ferme. Le Tambour Major du Régiment des Gardes
Françoifes ordonnoit les différentes batteries ,
& il y avoit dans les rangs quatre autres Tambours
dudit Régiment . Le Chevalier de Vaudreuil,
Lieutenant Général des Armées du Roi , & Major
du Régiment des Gardes Françoifes , accompagné
de deux Officiers Majors de ce Régiment , étoit
fous le balcon de Sa Majefté pour en recevoir les
ordres , & pour les donner au Tambour Major.
On a reçu avis que la nuit du 9 au 10 de Novembre
, un ouragan avoit caufé des dommages
très-confidérables dans la ville de Limoges & dans
les environs. Le vent a emporté les toits de la
plupart des maifons , & déraciné un grand nombre
d'arbres de toute efpece. Cet ouragan a été
accompagné de tonnerre & d'éclairs .
Le ro , le Bailly de Froullay , Ambaffadeur ordinaire
de la Religion de Malte , eut une audience
particuliere du Roi , dans laquelle il préfenta à Sa
Majefté une Lettre de félicitation du Grand Maître
fur l'heureux accouchement de Madame la
Dauphine , & fur la naiffance de Monfeigneur le
Duc de Berry. Le Bailly de Froullay fut conduit
à cette audience par M. Dufort , Introducteur des
Ambaffadeurs
f
Le Comte d'Eu a préfenté à Leurs Majeftés le
Comte de Roquefeuille , Lieutenant de vaiffeau ,
qui a été nommé Gouverneur du Prince de Lamballe
& du Duc de Châteauvilain , fils du Duc de
Penthievre.
Le Roi a accordé au Comte d'Herouville de
Claye , Lieutenant-Général de fes armées , & Infpecteur-
Général de l'Infanterie , le Commandement
de la province de Guyenne.
Sa Majefté a nommé fon Miniftre auprès du Roi
& de la République de Pologne M. Durand ,
212 MERCURE DE FRANCE .
Confeiller au Parlement de Metz , ci- devant chargé
des affaires de France en Angleterre & en Hollande.
23
Le 19 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix- huit cens quarante- fept livres , dix
fols. Les billets de la premiere Lotterie royale ,
& ceux de la feconde Lotterie n'avoient point de
prix fixe.
Rennes un monument en mémoire de la convaleſcence
& des victoires du Roi , & ils chargerent
de l'exécution M. le Moine , Sculpteur de Sa
Majefté , & Profeffeur de l'Académie royale de
Peinture & de Sculpture. Ils ont la fatisfaction
de voir que l'ouvrage répond à la grandeur de
l'objet , à la dignité de la province , & à la répu
tation de l'Artiste. Ce monument eft compofe de
trois figures qui concourent à former une action .
Sur un piédeftal de quatorze pieds de haut , orné
de trophées & de drapeaux , eft la ftatue du Roi.
Il eft repréfenté , le bâton de commandement à
la main, & prêt à marcher à de nouvelles conquêtes.
La Déeffe de la Santé eft au côté droit
du piédeftal , tenant d'une main un ferpent qui
mange dans une patere qu'elle lui préfente de
l'autre main. On voit auprès de la Déeſſe un autel
entouré de fruits ,fymbole des voeux des peuples.
De l'autre côté du piédeftal eft la Bretagne ,
avec les attributs de la guerre & du commerce.
La joie qui fuccede à fes allarmes , éclate fur
fon vifage. La ftatue du Roi a onze pieds trois
pouces de haut , les deux autres font de dix pieds.
Toutes les trois font de bronze , ainfi que les
ornemens. On lit fur le piédeftal l'infcription fuivante
: Ludovico XV. Regi Chriftianiffimo , redi¬
JANVIER. 1755. 207
vivo & triumphanti , hoc amoris pignus &falutis
publica Monumentum Comitia Armorica poſuere.
Anno M. DCC. XLIV. Les Etats ont voulu folemnifer
par une fête éclatante la dédicace d'un
Monument qui leur eft fi précieux . Pour annoncer
qu'ils accompliffoient au ſein de la paix un
voeu formé pendant la guerre , ils avoient fait placer
en face du Monument cette autre infcription
, Victori voverunt , Pacificatori pofuere , la
quelle a été compofée , ainfi que la précédente ,
par M. Duclos , Hiftoriographe de France , &
l'un des quarante de l'Académie Françoiſe . Le
9 de ce mois , M. Le Moine , conduit par le Héraut
des Etats , fe préfenta à leur affemblée , &
leur annonça que tout étoit prêt pour la cérémonie.
Auffi-tôt ils arrêterent de la faire le jour fuivant
, & d'y affifter en corps. Ils envoyerent en
conféquence une députation prier les Commiffaires
du Roi & la Ducheffe d'Aiguillon de s'y
trouver. Le 10 , les Etats partirent en corps , pour
ſe rendre à la Place royale. Lorfqu'ils furent placés
, les Commiffaires du Roi , ayant le Duc d'Aiguillon
à leur tête , arriverent à Paffemblée , fuivant
le cérémonial qui avoit été réglé. La Ducheffe
d'Aiguillon & les Dames invitées étoient
aux fenêtres de l'Hôtel de Ville , & la principale
Bourgeoisie occupoit la maifon du Préfidial , qui
eft de l'autre côté. Le Héraut , revêtu de fa cotte
d'armes , monté fur un cheval caparaçonné , &
précedé de timbales & de trompettes , parut au milieu
de la place , & fit cette proclamation . DE LA
PART DES ETATS, Meffeigneurs & Meffieurs. » C'ef
» aujourd'hui que les Etats font la dédicace du
» Monument qu'ils ont fait ériger comme un gage
» de leur amour pour le Roi . Vive le Roi. » Tout
le monde répondit au cri du Héraut par la mê208
MERCURE DE FRANCE.
me acclamation. A l'inftant M. Le Moine fit
découvrir le Monument qui juſqu'alors avoit été
couvert d'un voile. Les Commiffaires du Roi s'étant
avancés devant le Monument , firent le falut
d'ufage. Après qu'ils fe furent retirés avec le même
cérémonial qui s'étoit obſervé à leur arrivée
les trois Ordres des Etats marchant chacun dans
fon firent le même falut. Ils retournerent
rang ,
enfuite au lieu ordinaire de leur aſſemblée , &
l'Evêque de Rennes leur déclara que le Roi , pour
donner à la Bretagne des marques de fa fatisfaction
, accordoit deux Abbayes dans l'Ordre du
Clergé , deux Compagnies de cavalerie , & quatre
places de Garde- Marine dans l'Ordre de la Nobleſſe
, & des Lettres de Noblefle à deux membres
du Tiers Etat. Les Etats répondirent par un cri
unanime de Vive le Roi. Ils envoyerent une députation
faire des remercimens au Duc d'Aiguillon
;ils ordonnerent une gratification de cinquante
mille livres à M. Le Moine , qui fut embraffé ſur
la place où fe faifoit la cérémonie , par M. le Com
mandant , les Commiffaires du Roi , & les Préfidens
des Ordres.
La fituation de la ville d'Avignon , baignée du
côté du couchant par les eaux du Rhône , qui , à
un quart de lieue de là , reçoit la Durance , la
rend fujette à de fréquentes inondations . On y en
effuya le 12 une auffi fubite que confidérable . Le
Rhône qui la veille , fur les quatre heures du foir,
n'avoit pas en divers endroits plus de quatre pieds
d'eau , augmenta de plus de trente dans les vingtquatre
heures , quoiqu'il fe fût étendu à plus de
demi- lieue au large. La Durance s'étoit de même
tellement enflée le 11 , qu'elle avoit crevé les
chauffées. Une partie de la ville d'Avignon s'eft
trouvée inondée , & fans les précautions qu'on a
JANVIER. 1755. 209
prifes , elle auroit extrêmement fouffert. On n'avoit
point vu le Rhône porter ſes eaux ni fi haut ,
ni fi loin , depuis l'année 1745 , pendant laquelle
il y eut trois autres inondations à peu près pareilles
dans ce même mois de Novembre.
Le Prince de Conty , Grand- Prieur de France ,
a chargé le Chevalier de Rupierre , Commandeur
de la Commanderie de Louvies , de faire la vifite
générale des Commanderies du Grand Prieuré.
Selon les nouvelles de Montpellier , on y a
effuyé une des plus horribles pluyes dont on fe
fouvienne. Elle commença le 11 à neuf heures du
matin , & ne finit que le lendemain matin à ſept .
Un violent ouragan qui s'y joignit , emporta
tout le gravier du chemin , depuis Montpellier
jufqu'à la Baraque de Coudognan , fituée à cinq
lieues de cette ville. Tous les parapets des ponts
furent abbatus. La chauffée du pont de Lunel fut
rompue en quinze endroits , & les bréches , ont été
fi profondes qu'on avoit de l'eau prefque jufqu'à
la ceinture. Les levées du Vidourle , riviere qui
paffe fous le pont de Lunel , ont été rompues auffi
en plufieurs endroits . Par ces divers accidens , la
plaine de Lunel & plufieurs cantons voisins ont
été entierement inondés. Le ruiffeau de Tave a
emporté le pont du grand chemin qui va de Ba
gnols à Avignon , & le chemin a été abfolument
impraticable pendant quatre jours . Le débordement
du Ceze a fort endommagé le pont qui eft à
Bagnols fur cette riviere.
A l'occafion de la rentrée du Parlement , M. de
Maupeou , Premier Préſident , a prononcé deux
harangues , l'une le 25 , l'autre le 27 du mois dernier.
Le fujet de la premiere harangue fut l'Amour
des Devoirs . Dans la feconde , M. de Maupeou
montra que la véritable grandeur du Magif
210 MERCURE DE FRANCE.
trat confifte à être un vraiCitoyen. M. d'Ormeffon.;
Avocat Général , prononça auffi le 25 du même
mois un Difcours dans lequel il fit le portrait de
L'Avocat.
Le 28 du mois dernier , le Marquis de Montmirel
prêta ferment de fidélité entre les mains da
Roi , pour la charge de Capitaine - Colonel des
Cent Suiffes de la Garde ordinaire de Sa Majefté .
Le même jour , les Etats de la province de Languedoc
ont fait à Montpellier P'ouverture de leur
affemblée.
Le fils du Comte de Sartiranne , Ambaffadeur
ordinaire du Roi de Sardaigne , fut tenu le premier
Décembre fur les Fonts de Baptême par le
Roi & la Reine , qui le nommerent Louis - Jofeph.
Le 3 , Don Jaime Maffones de Lima , Ambaffa.
deur extraordinaire du Roi d'Efpagne , eut une
audience particuliere du Roi , dans laquelle il préfenta
à Sa Majefté le Marquis Grimaldi , Ambaſſadeur
ordinaire du Roi fon Maître auprès des Etats
Généraux des Provinces Unies.
Une députation du Grand- Confeil vint le premier
Décembre remercier le Roi de la grace que
Sa Majesté a faite à cette Compagnie , de l'établir
au Louvre.
Le Roi ayant ordonné que toute l'Infanterie
Françoife battroit la même ordonnance , il a été
ordonné en conféquence à tous les Tambours Ma
jors des Régimens de fe rendre aux Invalides, pour
y être inftruits par le Tambour Major du Régiment
des Gardes Françoifes ; ce qui a été exécuté.
Le premier , tous ces Tambours fe rendirent à
Verfailles ; & dans la cour du Château , en préfence
de Sa Majefté , qui étoit à ſon balcon , toute
la nouvelle ordonnance fur battue avec une précifion
parfaite , foit en marchant , foit de pied
JANVIER. 1755. 211
ferme. Le Tambour Major du Régiment des Gardes
Françoifes ordonnoit les différentes batteries ,
& il y avoit dans les rangs quatre autres Tambours
dudit Régiment . Le Chevalier de Vaudreuil,
Lieutenant Général des Armées du Roi , & Major
du Régiment des Gardes Françoifes , accompagné
de deux Officiers Majors de ce Régiment , étoit
fous le balcon de Sa Majefté pour en recevoir les
ordres , & pour les donner au Tambour Major.
On a reçu avis que la nuit du 9 au 10 de Novembre
, un ouragan avoit caufé des dommages
très-confidérables dans la ville de Limoges & dans
les environs. Le vent a emporté les toits de la
plupart des maifons , & déraciné un grand nombre
d'arbres de toute efpece. Cet ouragan a été
accompagné de tonnerre & d'éclairs .
Le ro , le Bailly de Froullay , Ambaffadeur ordinaire
de la Religion de Malte , eut une audience
particuliere du Roi , dans laquelle il préfenta à Sa
Majefté une Lettre de félicitation du Grand Maître
fur l'heureux accouchement de Madame la
Dauphine , & fur la naiffance de Monfeigneur le
Duc de Berry. Le Bailly de Froullay fut conduit
à cette audience par M. Dufort , Introducteur des
Ambaffadeurs
f
Le Comte d'Eu a préfenté à Leurs Majeftés le
Comte de Roquefeuille , Lieutenant de vaiffeau ,
qui a été nommé Gouverneur du Prince de Lamballe
& du Duc de Châteauvilain , fils du Duc de
Penthievre.
Le Roi a accordé au Comte d'Herouville de
Claye , Lieutenant-Général de fes armées , & Infpecteur-
Général de l'Infanterie , le Commandement
de la province de Guyenne.
Sa Majefté a nommé fon Miniftre auprès du Roi
& de la République de Pologne M. Durand ,
212 MERCURE DE FRANCE .
Confeiller au Parlement de Metz , ci- devant chargé
des affaires de France en Angleterre & en Hollande.
23
Le 19 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix- huit cens quarante- fept livres , dix
fols. Les billets de la premiere Lotterie royale ,
& ceux de la feconde Lotterie n'avoient point de
prix fixe.
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Résumé : « Les Etats de la province de Bretagne ordonnerent en 1744 qu'il seroit érigé dans la ville de [...] »
En janvier 1755, les États de la province de Bretagne ont commandé un monument à Rennes pour commémorer la convalescence et les victoires du roi Louis XV. La réalisation de ce monument a été confiée à M. Le Moine, sculpteur du roi et professeur à l'Académie royale de Peinture et de Sculpture. Le monument, composé de trois figures en bronze, représente le roi prêt à marcher vers de nouvelles conquêtes, la déesse de la Santé, et la Bretagne symbolisant la guerre et le commerce. L'inscription sur le piédestal, rédigée par M. Duclos, historiographe de France, rend hommage au roi. Le 10 janvier, une cérémonie solennelle a été organisée pour la dédicace du monument. Les États, les commissaires du roi, et la duchesse d'Aiguillon y ont assisté. Après la cérémonie, l'évêque de Rennes a annoncé des faveurs royales accordées à la Bretagne, incluant des abbayes, des compagnies de cavalerie, et des places de Garde-Marine. Les États ont également décerné une gratification à M. Le Moine. Par ailleurs, des inondations et des tempêtes ont affecté plusieurs régions, notamment Avignon, Montpellier, et Limoges. Des événements politiques et diplomatiques ont également marqué ce mois, comme la rentrée du Parlement avec des harangues de M. de Maupeou et M. d'Ormesson, et diverses nominations et audiences royales.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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330
p. 105-108
« NOUVEAUX SUJETS DE PEINTURE ET DE SCULPTURE, avec cette épigraphe : Dives [...] »
Début :
NOUVEAUX SUJETS DE PEINTURE ET DE SCULPTURE, avec cette épigraphe : Dives [...]
Mots clefs :
Peinture, Sculpture, Peintre, Vertu, Honneur, Athlètes
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texteReconnaissance textuelle : « NOUVEAUX SUJETS DE PEINTURE ET DE SCULPTURE, avec cette épigraphe : Dives [...] »
NOUVEAUX SUJETS DE PEINTURE ET DE
SCULPTURE , avec cette épigraphe : Dives
& ampla, manet piores atque poëtas materies
. De Pict. Car. Dufrefn. A Paris , chez
Duchefne , Libraire , rue Saint Jacques , au
Temple du goût.
Cette brochure eft dédiée à Mrs de l'Académie
de Peinture & de Sculpture de
Paris. Elle paroît être l'ouvrage d'un amateur
éclairé les graces du ftyle répondent
à la nouveauté des recherches. L'Auteur
écrit avec tant de précifion , d'élégance &
d'agrément , qu'en le lifant on devient
Peintre , ou plutôt qu'on voudroit l'être ,
pour rendre fur la toile les fujets qu'il
expoſe fi heureuſement fur le papier. Deux
exemples que je vais citer perfuaderont
mieux que tout ce que j'en pourrois dire
» Si l'on veut des images fimplement
» riantes , les tableaux des filles de l'Ifle
» facrée & des filles de Sparte , fourniront
des grouppes auffi délicieux qu'inté
» reffans ; l'habillement fimple des filles
» Grecques , la nobleffe de leurs attitudes ,
» l'élégance de leurs tailles , la beauté de
» leurs traits , tout cela joint aux recher-
» ches néceffaires du coftume , fera va-
» loir infiniment l'efprit & le méritë du
>> Peintre dans l'un & l'autre fujet . Les
» filles de l'Ile faciée confacroient leur
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
:
ceinture à Minerve ; cette fête fe célé
»broit dans l'intérieur du temple .
Quant aux filles de Sparte , elles formoient
tous les ans des danfes religieu-
» fes autour d'une ftatue de Diane placée
» dans la campagne. Quel payfage le Peintre
a-t-il occafion de repréfenter ? Le plus
» riche de l'univers , & celui dont la feule
» idée doit le plus fatisfaire un artifte.
C'eft une campagne ornée de temples ,
» couverte de trophées & de monumens
» élevés en l'honneur de la Vertu , embellie
de ftatues de Dieux champêtres , remplie
enfin des plus grandes richeffes de
» l'art. Cette compofition , qu'on peut terminer
à fon gré par l'horizon de la mer
ou des montagnes , eft d'une beauté où
l'imagination , livrée à tout fon effor ,
» n'atteindroit peut-être pas par elle-même.
33
» Paufanias , en décrivant la fituation
» de deux Athletes vainqueurs , réunit par-
» faitement le brillant d'une image , & la
douceur d'une action . Les deux Athle-
» tes étoient freres , ils fortoient du combat
dont ils avoient remporté tout
» l'honneur : ils apperçoivent leur pere ,
» volent au- devant de lui , l'embraffent
L»l'enlevent fur leurs épaules. Le peuple
redouble fes applaudiffemens , jette des
» fleurs fur leur paffage , bénit la tendreffe
FEVRIER. 1755. 107
»
"
filiale , forme le fpectacle le plus touchant
, & ajoute à la gloire du triomphe.
» La récompenfe de la vertu , & le fuc-
» cès des talens font les fources de la joie
»
la plus pure. Il faut fe repréfenter tout
» l'honneur que les Grecs attachoient à la
» victoire remportée dans leurs jeux ; nos
» moeurs ne nous permettent pas d'en avoir
» une idée parfaite . Mais fuppofons deux
hontmes, tels que deux Athletes de la Gre-
» ce , c'est-à-dire les plus beaux à definer
» qu'il foit poffible de concevoir ; peignons-
» les remplis & pénétrés de cette joie que le
» fentiment de la vertu , & fur-tout de la
vertu récompenfée , eft feul capable d'inf
pirer. La premiere perfonne qui s'offre
aux yeux des Athletes couronés , c'eſt leur
» pere , c'eſt l'auteur de leurs jours & de
» leur gloire. Le vieillard fortuné témoi-
» gne fes tranfports avec les différences
dépendantes de fon âge & de fa fitua-
» tion . Le peuple , dont l'artifte ne pren-
>> dra que le nombre néceffaire pour expri-
» mér la variété des applaudiffemens , les
» accompagne , & feme leur paffage de
fleurs , que le peintre difpofera à fa volonté.
Que de grandeurs ! que de magni-
» ficence ! quel intérêt ! quelles expreffions
dans le tableau ! il eft difficile de
"
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
>> concevoir rien de plus flatteur.
Qu'on juge du coloris & du ton du refte
de l'ouvrage par ces deux morceaux . L'auteur
offre un nouveau champ au pinceau
des artistes. Depuis long- tems , comme il
l'infinue lui- même , leurs compofitions font
trop répétées. C'eft enrichir leurs talens
que de leur préfenter dans un fi beau jour
plufieurs fujets heureux qu'on n'a pas encore
traités . La fable a dans cet écrivain
inftruit , un zélé partiſan , qui doit lui em
faire un plus grand nombre.
LE peu d'efpace que nous laiffe l'abondance
des matieres , nous met dans la néceffité
de renvoyer au mois fuivant l'indication
des autres livres nouvellement
-imprimés
SCULPTURE , avec cette épigraphe : Dives
& ampla, manet piores atque poëtas materies
. De Pict. Car. Dufrefn. A Paris , chez
Duchefne , Libraire , rue Saint Jacques , au
Temple du goût.
Cette brochure eft dédiée à Mrs de l'Académie
de Peinture & de Sculpture de
Paris. Elle paroît être l'ouvrage d'un amateur
éclairé les graces du ftyle répondent
à la nouveauté des recherches. L'Auteur
écrit avec tant de précifion , d'élégance &
d'agrément , qu'en le lifant on devient
Peintre , ou plutôt qu'on voudroit l'être ,
pour rendre fur la toile les fujets qu'il
expoſe fi heureuſement fur le papier. Deux
exemples que je vais citer perfuaderont
mieux que tout ce que j'en pourrois dire
» Si l'on veut des images fimplement
» riantes , les tableaux des filles de l'Ifle
» facrée & des filles de Sparte , fourniront
des grouppes auffi délicieux qu'inté
» reffans ; l'habillement fimple des filles
» Grecques , la nobleffe de leurs attitudes ,
» l'élégance de leurs tailles , la beauté de
» leurs traits , tout cela joint aux recher-
» ches néceffaires du coftume , fera va-
» loir infiniment l'efprit & le méritë du
>> Peintre dans l'un & l'autre fujet . Les
» filles de l'Ile faciée confacroient leur
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
:
ceinture à Minerve ; cette fête fe célé
»broit dans l'intérieur du temple .
Quant aux filles de Sparte , elles formoient
tous les ans des danfes religieu-
» fes autour d'une ftatue de Diane placée
» dans la campagne. Quel payfage le Peintre
a-t-il occafion de repréfenter ? Le plus
» riche de l'univers , & celui dont la feule
» idée doit le plus fatisfaire un artifte.
C'eft une campagne ornée de temples ,
» couverte de trophées & de monumens
» élevés en l'honneur de la Vertu , embellie
de ftatues de Dieux champêtres , remplie
enfin des plus grandes richeffes de
» l'art. Cette compofition , qu'on peut terminer
à fon gré par l'horizon de la mer
ou des montagnes , eft d'une beauté où
l'imagination , livrée à tout fon effor ,
» n'atteindroit peut-être pas par elle-même.
33
» Paufanias , en décrivant la fituation
» de deux Athletes vainqueurs , réunit par-
» faitement le brillant d'une image , & la
douceur d'une action . Les deux Athle-
» tes étoient freres , ils fortoient du combat
dont ils avoient remporté tout
» l'honneur : ils apperçoivent leur pere ,
» volent au- devant de lui , l'embraffent
L»l'enlevent fur leurs épaules. Le peuple
redouble fes applaudiffemens , jette des
» fleurs fur leur paffage , bénit la tendreffe
FEVRIER. 1755. 107
»
"
filiale , forme le fpectacle le plus touchant
, & ajoute à la gloire du triomphe.
» La récompenfe de la vertu , & le fuc-
» cès des talens font les fources de la joie
»
la plus pure. Il faut fe repréfenter tout
» l'honneur que les Grecs attachoient à la
» victoire remportée dans leurs jeux ; nos
» moeurs ne nous permettent pas d'en avoir
» une idée parfaite . Mais fuppofons deux
hontmes, tels que deux Athletes de la Gre-
» ce , c'est-à-dire les plus beaux à definer
» qu'il foit poffible de concevoir ; peignons-
» les remplis & pénétrés de cette joie que le
» fentiment de la vertu , & fur-tout de la
vertu récompenfée , eft feul capable d'inf
pirer. La premiere perfonne qui s'offre
aux yeux des Athletes couronés , c'eſt leur
» pere , c'eſt l'auteur de leurs jours & de
» leur gloire. Le vieillard fortuné témoi-
» gne fes tranfports avec les différences
dépendantes de fon âge & de fa fitua-
» tion . Le peuple , dont l'artifte ne pren-
>> dra que le nombre néceffaire pour expri-
» mér la variété des applaudiffemens , les
» accompagne , & feme leur paffage de
fleurs , que le peintre difpofera à fa volonté.
Que de grandeurs ! que de magni-
» ficence ! quel intérêt ! quelles expreffions
dans le tableau ! il eft difficile de
"
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
>> concevoir rien de plus flatteur.
Qu'on juge du coloris & du ton du refte
de l'ouvrage par ces deux morceaux . L'auteur
offre un nouveau champ au pinceau
des artistes. Depuis long- tems , comme il
l'infinue lui- même , leurs compofitions font
trop répétées. C'eft enrichir leurs talens
que de leur préfenter dans un fi beau jour
plufieurs fujets heureux qu'on n'a pas encore
traités . La fable a dans cet écrivain
inftruit , un zélé partiſan , qui doit lui em
faire un plus grand nombre.
LE peu d'efpace que nous laiffe l'abondance
des matieres , nous met dans la néceffité
de renvoyer au mois fuivant l'indication
des autres livres nouvellement
-imprimés
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Résumé : « NOUVEAUX SUJETS DE PEINTURE ET DE SCULPTURE, avec cette épigraphe : Dives [...] »
La brochure 'NOUVEAUX SUJETS DE PEINTURE ET DE SCULPTURE' est destinée aux membres de l'Académie de Peinture et de Sculpture de Paris. Rédigée par un amateur éclairé, elle se distingue par sa précision, son élégance et son agrément, visant à inspirer les lecteurs à se lancer dans la peinture. La brochure propose des sujets novateurs et enrichissants pour les artistes, tels que les tableaux des filles de l'île sacrée et des filles de Sparte. Les filles de l'île sacrée consacraient leur ceinture à Minerve dans le temple, tandis que les filles de Sparte dansaient autour d'une statue de Diane dans la campagne. Ces scènes permettent de représenter des paysages riches et nobles, ornés de temples, trophées, monuments et statues de dieux champêtres. Le texte mentionne également une description de Pausanias sur deux athlètes vainqueurs, illustrant la joie et l'honneur des victoires grecques. L'auteur suggère que ces nouveaux sujets enrichissent les talents des artistes en leur offrant des thèmes inédits et inspirants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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331
p. 147-148
GRAVURE.
Début :
LE CAFFÉ HOLLANDOIS, gravé d'après le tableau original d'Adrien Ostade, qui [...]
Mots clefs :
Graveur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
LE CAFFÉ HOLLANDOIS , gravé d'après
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
le tableau original d'Adrien Oftade , qui
eft au cabinet de M. le Comte de Vence ;
par J. Beauvarlet. Ce jeune Graveur a trèsbien
réuffi dans le goût & dans le coloris
du peintre ; il a fuivi en cela le fameux
Wicher. Il demeure rue Saint Jacques , an
Temple du Goût.
LE CAFFÉ HOLLANDOIS , gravé d'après
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
le tableau original d'Adrien Oftade , qui
eft au cabinet de M. le Comte de Vence ;
par J. Beauvarlet. Ce jeune Graveur a trèsbien
réuffi dans le goût & dans le coloris
du peintre ; il a fuivi en cela le fameux
Wicher. Il demeure rue Saint Jacques , an
Temple du Goût.
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332
p. 148-174
ARCHITECTURE. LETTRE A M. L'ABBÉ R*** fur une très-mauvaise plaisanterie qu'il a laissé imprimer dans le Mercure du mois de Décembre 1754, par une société d'Architectes, qui pourroient bien aussi prétendre être du premier mérite & de la premiere réputation, quoiqu'ils ne soient pas de l'Académie.
Début :
Nous sommes surpris, Monsieur, qu'un homme d'esprit & un aussi bon citoyen [...]
Mots clefs :
Société d'architectes, Architecture, Architecture antique, Architectes, Génie, Public, Paris, Manière, Genre, Goût, Art, Vérité, Réputation, Mérite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARCHITECTURE. LETTRE A M. L'ABBÉ R*** fur une très-mauvaise plaisanterie qu'il a laissé imprimer dans le Mercure du mois de Décembre 1754, par une société d'Architectes, qui pourroient bien aussi prétendre être du premier mérite & de la premiere réputation, quoiqu'ils ne soient pas de l'Académie.
LETTRE A M. L'ABBE' R ***
fur une très - mauvaise plaifanterie qu'il a
laiffe imprimer dans le Mercure du mois
de Décembre 17 54 › par une société d'Architectes
, qui pourroient bien auffi prétendre
être du premier mérite & de la premiere
réputation , quoiqu'ils ne foient pas
de l'Académie.
N
Ousfommes furpris, Monfieur, qu'un
homme d'efprit & un auffi bon citoyen
que vous , ait autorifé un écrit fatyrique
, dont le but eft fi évidemment de
renverser l'Architecture moderne , & de
détruire la confiance que l'on accorde aux
Architectes , en mettant le public à portée
de juger par lui-même du bien ou du mal
des ouvrages que nous faifons pour lui
FEVRIER. 1755. 149
Pouvons-nous croire que vous n'ayez pas
apperçu cette conféquence ? ou que l'ayant
vue vous n'ayez pas eu quelque fcrupule
de vous prêter à décrier des inventions
qui depuis tant de tems font les délices de
Paris , & qu'enfin les étrangers commencent
à goûter avec une avidité finguliere
Il eft aifé de deviner d'où partent ces
plaintes , & nous ne croirons pas auffi
facilement que vous que ce foient fimplement
les idées d'un feul artiſte. C'eſt
un complot formé par plufieurs qui , à la
vérité , ont da mérite dans leur genre ,
mais qui feroient mieux de s'y attacher
que de fe mêler d'un art qui eft fi fort
au- deffus de la fphere de leurs conoiffances.
Nous foupçonnons avec raifon quelques
Peintres célebres de tremper dans
cette conjuration ; malheur à eux fi nous
le découvrons. Ils ont déja pû remarquer
que pour nous avoir fâché , nous avons
fupprimé de tous les édifices modernes
la grande peinture d'hiftoire. Nous leur
avions laiffé par grace quelque deffus de
porte; mais nous les forcerons dans ce dernier
retranchement , & nous les réduirons
à ne plus faire que dé petits tableaux de
modes , & encore en camaïeux . Qu'ils faffent
attention que nous avons l'invention
des vernis : le public a beau fe plaindre de
G iij
So MERCURE DE FRANCE!
leur peu de durée , il fera verni & rever
ni. Cependant nous voulons bien ne pas
attribuer ces critiques à mauvaife volonté,
mais plutôt au malheur qu'ils ont de s'être
formé le goût en Italie. Ils y ont vû ces
reftes d'architecture antique , que tout le
monde eft convenu d'admirer , fans que
nous puiffions deviner pourquoi. C'eft ,
dit-on , un air de grandeur & de fimpli
cité qui en fait le caractere. On y trouve
une régularité fymmétrique , des richeffes
répandues avec économie & entremêlées
de grandes parties qui y donnent du repos
. Ils s'en laiffent éblouir , & reviennent
ici remplis de prétendus , principes , qui ne
font dans le fond que des préjugés , &
qui , grace à la mode agréable que nous
avons amenée , ne peuvent leur être d'aucun
ufage. Nous nous fommes bien gardés
de faire pareille folie ; & tandis que nos
camarades font allés perdre leur tems à
admirer & à étudier avec bien des fatigues
cette trifte architecture , nous nous fommes
appliqués à faire ici des connoiffan
ces & à répandre de toutes parts nos gentilles
productions.
4
On nous a des obligations infinies :
nous avons affaire à une nation gaie qu'il
faut amufer ; nous avons répandu l'agré
ment & la gaieté par tout . Au bon vieux
FEVRIER. 1755 151
4
"
tems on croyoit que les Eglifes devoient
préfenter uunn aaffppeecctt ggrraavvee & même fevere ;
les perfonnes les plus diffipées pouvoient
à peine y entrer, fans s'y trouver pénétrées
d'idées férieufes. Nous avons bien changé
tout cela ; il n'y a pas maintenant de
cabinet de toilette plus joli que les chapelles
que nous y décorons. Si l'on y met
encore quelques tombeaux , nous les contournons
gentiment , nous les dorons par
tout , enfin nous leur ôtons tout ce qu'ils
pourroient avoir de lugubre : il n'y a pas
jufquà nos confeffionaux qui ont un air
de galanterie.
Si l'on a égard à l'avancement de l'art ,
quelle extenfion ne lui avons - nous pas
procuré nous avons multiplié le nombre
des Architectes excellens à tel point que
la quantité en eft prefque innombrable.
Ce talent qui , dans le fyftême de l'architecture
antique , eft hériffé de difficultés ,
devient dans le nôtre la chofe du monde
la plus aifée ; & l'expérience fait voir que
le maître Maçon le plus borné du côté du
deffein & du goût , dès qu'il a travaillé
quelque tems fous nos ordres , fe trouve
en état de fe déclarer architecte , & à bien
peu de chofe près auffi bon que nous .
Nous ajoûterons à la gloire de la France
& à fon avantage , que les étrangers com-
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
mencent à adopter notre goût , & qu'il y
a apparence qu'ils viendront en foule l'apprendre
chez nous. Les Anglois même , fi
jaloux de notre fupériorité dans tous les
arts , en font devenus fi foux qu'ils en
ont abandonné leur Inigo Jones , & leur
habitude de copier exactement les ouvrages
de Palladio. Ce qui pourra peut- être
nuire à cet avantage , c'eft l'imprudence
qu'on a eu de laiffer graver quelques- unes
de nos décorations de portes & de cheminées
, qui d'abord ont apprêté à rire aux
autres nations , parce qu'ils n'en fentoient
pas toute la beauté ; mais qu'enfuite ils
n'ont pu fe refufer d'imiter. Malheureuſement
ces eftampes dévoilent notre fecret ,
qui d'ailleurs n'eft pas difficile à appren
dre , & l'on peut trouver en tout pays un
grand nombre de génies propres à faifir
ces graces légeres. Au refte , fi cela arrive ,
nous nous en confolerons en citoyens de
l'univers , & nous nous féliciterons d'avoir
rendu tous les hommes architectes à
peu
de frais. Ces grands avantages nous
ont coûté quelques peines ; on ne détruit
pas facilement les idées du beau , reçues
dans une nation éclairée & dans un fiécle
qu'on fe figuroit devoir fervir de modele à
tous ceux qui le fuivroient . Il étoit appuyé
fur les plus grands noms ; il falloit
FEVRIER . 1755 153
trouver auffi quelques noms célebres qui
puffent nous fervir d'appui. On avoit découvert
prefque tout ce qui pouvoit fe
faire de beau dans ce genre , & les génies
ordinaires ne pouvoient prétendre qu'à être
imitateurs ; deux ou trois perfonnes auroient
paru avec éclat , & les autres feroient
demeurées dans l'oubli Il falloit
donc trouver un nouveau genre d'architecture
où chacun pût fe diftinguer , &
faire goûter au public des moyens d'être
habile homme qui fuffent à la portée de
tout le monde : cependant il ne falloit pas
'choquer groffierement les préjugés reçus ,
en mettant tout d'un coup au jour des nouveautés
trop éloignées du goût 1egnant ,
& rifquer de fe faire fifler fans retour.
Le fameux Oppenor nous fervit dans ces
commencemens avec beaucoup de zéle ;
il s'étoit fait une grande réputation par fes
deffeins ; la touche hardie qu'il y donnoit ,
féduifit prefque tout le monde , & on fut
long - tems à s'appercevoir qu'ils ne faifoient
pas le même effet en exécution . Il
fe fervit abondamment de nos ornemens
favoris , & les mit en crédit. Il nous eft
même encore d'une grande utilité , & nous
pouvons compter au nombre des nôtres
ceux qui le prennent pour modele . Cependant
ce n'étoit pas encore l'homme
Gv
154 MERCURE DE FRANCE:
qu'il nous falloit ; il ne pouvoit s'empê
cher de retomber fouvent dans l'architecture
ancienne , qu'il avoit étudiée dans fa
jeuneffe. Nous trouvâmes un appui plus .
folide dans les talens du grand Meiffonnier.
Il avoit à la vérité étudié en
Italie ,
& par conféquent n'étoit pas entierement
des nôtres ; mais comme il y avoit fagement
préféré le goût de Borromini au goût
ennuyeux de l'antique , il s'étoit par là
rapproché de nous ; car le Borromini a rendu
à l'Italie le même fervice que nous
avons rendu à la France , en y introduifant
une architecture gaie & indépendante
de toutes les régles de ce que l'on appelloit
anciennement le bon goût . Les Italiens ont
depuis bien perfectionné cette premiere
tentative , & du côté de l'architecture plai
fante ils ne nous le cédent en rien . Leur
goût n'eft pas le nôtre dans ce nouveau
genre , il est beaucoup plus lourd ; mais
nous avons cela de commun , que nous
avons également abandonné toutes les
vieilles modes pour lefquelles on avoit un
refpect fuperftitieux . Meiffonnier commen-
са à détruire toutes les lignes droites qui
étoient du vieil ufage ; il tourna & fit
bomber les corniches de toutes façons , il
les ceintra en haut & en bas , en devant ,
en arriere , donna des formes à tout , mêFEVRIER.
1755 155
me aux moulures qui en paroiffoient les
moins fufceptibles ; il inventa les contraftes
, c'est-à- dire qu'il bannit la fymmétrie
& qu'il ne fit plus les deux côtés des panneaux
femblables l'un à l'autre ; au contraire
, ces côtés fembloient fe défier à qui
s'éloigneroit le plus , & de la maniere la
plus finguliere , de la ligne droite à laquelle
ils avoient jufqu'alors été affervis .
Rien n'eſt fi admirable que de voir de
-quelle maniere il engageoit les corniches
des marbres les plus durs à fe prêter avec
complaifance aux bizarreries ingénieufes
des formes de cartels ou autres chofes qui
-devoient porter deffus. Les balcons ou les
-rampes d'efcalier n'eurent plus la permiffion
de paffer droit leur chemin ; il leur
fallut ferpenter à fa volonté , & les matieres
les plus roides devinrent fouples fous
fa main triomphante. Ce fut lui qui mic
-en vogue ces charmans contours en S , que
votre auteur croit rendre ridicules , en difant
que leur origine vient des maîtres
Ecrivains ; comme fi les arts ne devoient
pas le prêter des fecours mutuels il les
employa par tout , & à proprement parler
fes deffeins , même pour des plans de bâtimens
, ne furent qu'une combinaifon de
cette forme dans tous les fens poffibles . Il
nous apprit à terminer nos moulures en
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
rouleau , lorfque nous ne fçaurions com
ment les lier les unes aux autres , & mille
autres chofes non moins admirables qu'il
feroit trop long de vous citer : enfin l'on
peut dire que nous n'avons rien produit
depuis dont on ne trouve les femences
dans fes ouvrages. Quels fervices n'a-t- il
pas rendus à l'orfevrerie ? il rejetta bien
loin toutes les formes quarrées , rondes ou
ovales , & toutes ces moulures dont les
ornemens repérés avec exactitude donnent
tant de fujétion ; avec fes chers contours
en S , il remplaça tout. Ce qu'il y a
de particulier , c'eft qu'en moins de rien
l'orfevrerie & les bijoux devinrent trèsaifés
à traiter avec génie. En vain le célebré
Germain voulut s'opposer au torrent
& foutenir le vieux goût dont il avoit été
bercé dans fon enfance , fa réputation même
en fut quelque peu éclipfée , & il fe
vit fouvent préférer Meiffonnier , par l'appui
que nous lui donnions fous main ; cependant
, le croiriez-vous ! ce grand Meiffonnier
n'étoit pas encore notre homme ,
il tenoit trop à ce qu'ils appellent grande.
maniere. De plus il eut l'imprudence de
laiffer graver plufieurs ouvrages de lui , &
mit par là le public à portée de voir que
ce génie immenfe qu'on lui croyoit , n'étoit
qu'une répétition ennuyeufe des mê
FEVRIER. 1755 157
mes formes. Il fe décrédita , & nous l'abandonnâmes
d'autant plus facilement ,
que malgré les fecours que nous lui avions
prêtés pour l'établiſſement de fa réputation
, il ne vouloit point faire corps avec
& nous traitoit hautement d'igno- nous ,
rans : quelle ingratitude !
Nous fimes enfin la découverte du héros
dont nous avions befoin. Ce fut un
Sculpteur , qui n'avoit point pû fe gâter à
Rome , car il n'y avoit point été , bien
qu'il eût vû beaucoup de pays. Il s'étoit
formé avec nous , & avoit fi bien goûté
notre maniere , & fi peu ces prétendues
régles anciennes , que rien ne pouvoit reftreindre
l'abondance de fon génie . Il fçavoit
affez d'architecture ancienne pour ne
pas contrecarrer directement ceux qui y
tenoient avec trop d'obftination ; mais il
la déguifoit avec tant d'adreffe qu'il avoit
le mérite de l'invention , & qu'on ne la
reconnoiffoit qu'à peine. Il allégea toutes
ces moulures & tous ces profils où Oppenor
& Meiffonnier avoient voulu conferver
un caractere qu'ils appelloient mâle ; il
les traita d'une délicateffe qui les fait prefque
échapper à la vûe ; il trouva dans les
mêmes efpaces le moyen d'en mettre fix
fois davantage ; il s'affranchit tout d'un
coup de la loi qu'ils s'étoient follement
18 MERCURE DE FRANCE.
impofée de lier toujours leurs ornemens les
uns aux autres ; il les divifa , les coupa
en mille pieces , toujours terminées par ce
-rouleau qui eft notre principale reffource ;
& afin que ceux qui aimoient la liaiſon
ne s'apperçuffent pas trop de ces interruptions
, il fit paroître des liaiſons apparen
tes , par le fecours d'une fleur , qui ellemême
ne tenoit à rien , ou par quelque légereté
également ingénieufe ; il renonça
pour jamais à la régle & au compas : on
avoit déja banni la fymmetrie , il rencherit
encore là-deffus . S'il lui échappa quelquefois
de faire des panneaux femblables
l'un à l'autre , il mit ces objets fymmétriques
fi loin l'un de l'autre , qu'il auroit
fallu une attention bien fuivie pour s'appercevoir
de leur reffemblance. Aux agra
fes du ceintre des croifées qui ci-devant
ne repréfentoient que la clef de l'arc décorée
, il fubftitua de petits cartels enrichis
de mille gentilleffes & pofés de travers
, dont le pendant fe trouvoit à l'au
tre extrêmité du bâtiment . C'eſt à lui qu'on
doit l'emploi abondant des palmiers , qui
à la vérité avoient été trouvés avant lui ,
& que votre auteur blâme fi ridiculement.
Il établit folidement l'ufage de fupprimer
tous les plafonds , en faifant faire à des
Sculpteurs , à bon marché , de jolies petites
FEVRIER.
1755 159
dentelles en bas- relief , qui réuffirent fi
bien , qu'on prit le fage parti de fupprimer
les corniches des appartemens pour les enrichir
de ces charmantes dentelles . C'eft
notre triomphe que cette profcription des
corniches ; rien ne nous donnoit plus de
fujétion que ces miferes antiques dont on
les ornoit , & aufquelles votre écrivain
paroît fi attaché. Il y falloit une exactitude
& une jufteffe , qui pour peu qu'on y
manquât , fe déceloit d'abord à des yeux
un peu feveres. Nous regrettons encore
ce grand homme , quoique fes merveilleux
talens ayent été remplacés fur le champ
par quantité de Sculpteurs , non moins
abondans que lui dans cette forte de génie.
C'eft à lui que nous avons l'obligation
de cette fupériorité que nous avons acqui
fe , & que nous fçaurons conferver ; & on
peut dire à fa gloire que tout ce qui s'éloigne
du goût antique lui doit fon inven
tion , ou fa perfection.
}
En fuivant fes principes , nous avons
abfolument rejetté tous ces anciens plafonds
chargés de fculptures & de dorures ,
qui à la vérité avoient de la magnificence ,
& contre lefquels nous n'avons rien à dire
, fi ce n'eft qu'ils ne font plus de mode.
En dépit des cris de toute l'Académie de
Peinture , nous avons fçu perfuader à tous
160
MERCURE DE
FRANCE.
tes les
perſonnes chez qui nous avons
quelque crédit , que les plafonds peints
obfcurciffent les
appartemens & les rendent
triftes.
Inutilement veut- on nous repréfenter
que nous avons
juſtement dans
notre fiécle des Peintres , dont la couleur
eft très-agréable , & qui aiment à rendre
leurs tableaux
lumineux ; qu'en traitant
les plafonds d'une couleur claire ils n'auroient
point le
defagrément qu'on reproche
aux anciens , & qu'ils auroient de plus
le mérite de
repréfenter quelque chofe
d'amufant par le fujet , &
d'agréable par
la variété des couleurs. Les Peintres n'y
gagneront rien , ils nous ont irrité en méprifant
nos premieres
productions ; & nous
voulons d'autant plus les perdre que nous
n'efperons pas de pouvoir les gagner ; ils
ne fe rendroient qu'avec des
reftrictions
qui ne font pas de notre goût. Les Sculp
seurs de figures feront auffi compris dans
cette
profcription ; ils feroient encore plus
à portée de nous faire de mauvaiſes chicanes.
Notre
Sculpteur favori nous a don
né mille moyens de nous paffer d'eux : aù
lieu de tout cela il a imaginé une rofette
charmante , qu'à peine on
apperçoit , &
qu'il met au milieu du plancher , à l'endroit
où
s'attache le luftre : voilà ce qu'on
préfère avec raiſon aux plus belles produce
FEVRIER. 1755
161
tions de leur art. Il y a encore un petit
nombre de criards qui répandent par-tour
que le bon goût eft perdu , & qu'il y a
très- peu d'Architectes qui entendent la
décoration ; que c'eft le grand goût de la
décoration qui fait le caractere effentiel
de l'Architecte . Nous détruifons tous ces
argumens , en foutenant hautement que
ce qui diftingue l'Architecte , eft l'art de
la diftribution. Ils ont beau dire qu'elle
n'eft pas auffi difficile que nous voulons
le faire croire , & qu'il eft évident qu'avec
un peu d'intelligence chaque particulier
peut arranger fa maifon d'une maniere
qui lui foit commode , relativement aux
befoins de fon état ; que la difficulté que
le particulier ne fçauroit lever , ni nous
non plus , & qui demande toutes les lumieres
d'un grand architecte , eft d'ajuſter
cette diftribution commode avec une décoration
exacte , fymmétrique , & dans ce
qu'ils appellent le bon goût , foit dans les
dehors , foit dans les dedans voilà juſtement
ce qui nous rendra toujours victorieux.
Comme notre architecture n'a aucunes
régles qui l'aftreignent , qu'elle eſt
commode , & qu'en quelque façon elle
prête , nous nous fommes faits un grand
nombre de partifans qui fatisfaits de notre
facilité à remplir toutes leurs fantaisies ,
162 MERCURE DE FRANCE.
›
nous foutiendront toujours. Nous voudrions
bien voir ces Meffieurs de l'antique
entreprendre de décorer l'extérieur d'un
bâtiment avec toutes les fujétions que
nous leur avons impofées. Comme les plus
grands cris avoient d'abord été contre nos
décorations extérieures , parce qu'elles
étoient expofées à la vûe de tout le monde ;
que d'ailleurs le vuide ne coûte rien à décorer
, & ne donne point de prife à la critique
, nous avons amené la multitude des
fenêtres, qui a parfaitement bien réuffi ; car
il eft infiniment agréable d'avoir trois fenê
tres dans une chambre , qui jadis en auroit
eu à peine deux. Cela donne à la vérité
plus de froid dans l'hiver & plus de chaleur
dans l'été mais que nous importe ? il n'en
-eſt
: pas moins fûr qu'à préſent chacun veut
que fa maifon foit toute percée , & que
-nos Meffieurs du goût ancien , qui ne fçavent
décorer que du plein , n'y trouvent
plus de place. Qu'ils y mettent , s'ils le peutvent
, de leurs fenêtres décorées , qu'ils
tâchent d'y placer leurs frontons à l'antique
, qui , difent - ils , décorent la fenêtre
, & mettent à couvert ceux qui y
font nous y avons remédié en élevant
les fenêtres jufques au haut du plancher.
Rien n'eft fi amufant que de voir un
pauvre architecte revenant d'Italie , à qui
:
FEVRIER. 1755 163
(
"
Ton donne une pareille cage à décorer , ſe
tordre l'imagination pour y appliquer ces
chers principes , qu'il s'eft donné tant de
peine à apprendre ; & s'il lui arrive d'y
réuffir , ce qu'il ne peut fans diminuer les
croifées , c'eſt alors que nous faifons voir
clairement combien fa production eft trifte
& mauffade . Vous ne verrez pas clair chez
vous , leur difons- nous , vous n'aurez pas
d'air pour refpirer , à peine verrez- vous le
foleil dans les beaux jours : ces nouveaux artiftes
fe retirent confus,& font enfin obligés
de fe joindre à nous , pour trouver jour à
percer dans le monde. Nous n'avons pas encore
entierement abandonné les frontons
dont les anciens fe fervoient pour terminer
le haut de leurs bâtimens , & qui repréfentoient
le toît , quoique nous aimions bien
mieux employer certaines terminaiſons en
façon d'orfevrerie , qui font de notre crû.
A l'égard des frontons , nous avons du
moins trouvé le moyen de les placer ou
on ne s'attendoit pas à les voir ; nous les
mettons au premier étage , & plus heureufement
encore au fecond ; & nous ne manquons
gueres d'élever un étage au -deffus
, afin qu'ils ayent le moins de rapport
qu'il eft poffible avec ceux des anciens.
Nous avons ou peu s'en faut , banni les
colonnes , uniquement parce que c'eft un
164 MERCURE DE FRANCE
→
des plus beaux ornemens de ce trifte goût
ancien , & nous ne les rétablirons que
lorfque nous aurons trouvé le moyen de
les rendre fi nouvelles qu'elles n'ayent plus
aucune reffemblance avec toutes ces antiquailles.
D'ailleurs elles ne fçauroient s'accommoder
avec nos gentilleffes légeres ,
elles font paroître mefquin tout ce qui
les accompagne. Beaucoup de gens tenoient
encore à cette forte d'ornement , qui leur
paroiffoit avoir une grande beauté mais
nous avons fçu perfuader aux uns , que
cela coûtoit beaucoup plus que toutes les
chofes que nous leur faifions , quoique
peut-être en économifant bien , cela pût
ne revenir qu'à la même dépenſe ; aux
autres , que cette décoration ne convenoit
point à leur état , & qu'elle étoit reſervée
pour les temples de Dieu & les palais des
Rois ; que quelques énormes dépenfes que
nous leur fiffions faire chez eux , perfonne
n'en fçauroit rien , quoiqu'ils le fiffent
voir à tout le monde ; au lieu qu'une petite
colonnade , qui ne coûteroit peut-être
gueres , feroit un bruit épouventable dans
Paris. Nous avons accepté les pilaftres jufqu'à
un certain point , c'eft- à- dire forfque
nous avons pû les dépayfer par des
chapiteaux divertiffans. Les piédeftaux font
auffi reçus chez nous , mais nous avons
FEVRIER. 1755. 165
·
trouvé l'art de les contourner , en élargiffant
par le bas , comme s'ils crevoient fous
le fardeau , ou plus gaiement encore , en
les faifant enfler du haut , & toujours en
S, comme s'ils réuniffoient leur force en
cę lieu
ce pour mieux porter. Mais où notre
génie triomphe , c'eſt dans les bordures
des deffus de porte , que nous pouvons
nous vanter d'avoir varié prefque à l'infini.
Les Peintres nous en maudiffent , parce
qu'ils ne fçavent comment compofer leurs
fujets avec les incurfions que nos ornemens
font fur leur toile ; mais tant pis
pour eux : lorfque nous faifons une fi grande
dépenfe de génie , ils peuvent bien auffi
s'évertuer ; ce font des efpéces de bouts
rimés que nous leur donnons à remplir.
Il auroit pû refter quelque reffource à la
vieille architecture pour fe produire à Paris
; mais nous avons coupé l'arbre dans fa
racine , en annonçant la mode des petits
appartemens , & nous avons fappé l'ancien
préjugé , qui vouloit que les perfonnes
diftinguées par leur état caffent un appar !
tement de répréfentation grand & magnifique.
Nous efperons que dorénavant la
regle fera que plus la perfonne fera élevée
en dignité , plus fon appartement fera
patit : vous voyez qu'alors il fera difficile
de nous faire defemparer, Ceux qui poure
GG MERCURE DE FRANCE.
ront faire de la dépenfe , ne la feront qu'en
petit , & s'adrefferont à nous. Il ne reſtera
pour occuper ces Meffieurs , que ceux qui
n'ont pas le moyen de rien faire.
Voyez , je vous prie , l'impertinence de
votre auteur critique ; il s'ennuye , dit- il ,
de voir par-tout des croifées ceintrées ,
mais il n'ofe pas difconvenir que cette forte
de croifée ne foit bonne . Peut-on avoir
trop d'une bonne chofe ? & pourquoi veutil
qu'on aille fe fatiguer l'imagination pour
trouver des variétés , lorfqu'une chofe eft
de mode , & qu'on eft fûr du fuccès ? Ne
voit-il pas que toutes nos portes , nos cheminées
, nos fenêtres , avec leur plat-bandeau
, font à peu près la même choſe :
puifqu'on en eft content , pourquoi fe tuer
à en chercher d'autres ? Il blâme nos portes
oùles moulures fe tournent circulairement ;
invention heureuſe que nous appliquons à
tout avec le plus grand fuccès. Il faut :
qu'il foit bien étranger lui-même dans
Paris , pour ne pas fçavoir de qui nous
la - tenons. C'est d'un Architecte à qui les
amateurs de l'antique donnent le nom de
grand. Le célébre François Manſard la
employée dans fon portail des Filles de :
Sainte Marie , rue Saint Antoine ; voilà
une autorité qu'il ne peut recufer.Pour vous
faire voir combien cette forte de fronton
FEVRIER. 1755 . 1671
7
réuffit quand elle eft traitée à notre façon ,
& combien elle l'emporte fur l'architecture
ancienne ; comparez le portail des Capucines
de la place de Louis le Grand ,
morceau fi admirable qu'on vient de le
reftaurer , de peur que la poſtérité n'en fût
privée ; comparez- le avec le portail à colonnes
de l'Affomption , qui n'en eft pas
loin , & vous toucherez au doigt la différence
qui eft entre nous & les Architectes:
du fiécle paffé.
Mais laiffons là ce critique ; ce feroitperdre
le tems que de s'amufer à lui démontrer
en détail l'abfurdité de fes jugemens.
Nous ne vous diffimulerons pas que
nous fommes actuellement dans une pofi-:
tion un peu critique , & qu'une révolu-.
tion dans le goût de l'architecture nous
paroîtroit prochaine fi nous la croyions
poffible. Il fe rencontre actuellement plufeurs
obftacles à nos progrès ; maudite
foit cette architecture antique , fa féduction
, dont on a bien de la peine à revenir
lorfqu'une fois on s'y eft laiffé prendre
nous a enlevé un protecteur qui auroit
peut- être été pour nous l'appui le plus fo
lide , fi nous avions été chargés du foin
de l'endocriner. Pourquoi aller chercher
bien loin ce qu'on peut trouver chez foi
nous amufons en inftruifant ; ne peut-on
168 MERCURE DE FRANCE.
pas ſe former le goût en voyant nos deffeins
de boudoirs , de garde-robes , de
pavillons à la Turque , de cabinets à la
Chinoife ? Est- ce quelque chofe de fort
agréable que cette Eglife demefurée de S.
Pierre , ou que cette rotonde antique , dont
le portail n'a qu'un ordre dans une hauteur
où nous , qui avons du génie , aurions
trouvé de la place pour en mettre au moins
trois il n'eft pas concevable qu'on puiffe
balancer. Cependant cette perte eft irrépa
rable : cela eft defolant ; car tous les projets
que nous préfentons paroiffent comiques
à des yeux ainfi prévenus . Nous avons
même tenté de mêler quelque chofe d'antique
dans nos deffeins , voyez quel facrifice
! pour faire paffer avec notre marchandife
, tout cela fans fuccès : on nous
devine d'abord.
Autre obſtacle qui eft une fuite du premier.
Les bâtimens du Roi nous ont donné
une exclufion totale ; tout ce qui s'y
fait fent la vieille architecture , & ce même
public , que nous comptions avoir ſubjugué
, s'écrie : voilà qui eft beau. Il y a
une fatalité attachée à cette vieille mode ,.
par-tout où elle fe montre elle nous dépare
; l'Académie même a peine à fe défendre
de cette contagion , il femble qu'elle
ne veuille plus donner de prix qu'à ceux
qui
FEVRIER. 1755. 169'
I
qui s'approchent le plus du goût de l'antique.
Cela nous expofe à des avanies , de
la part même de ces jeunes étourdis , qui fe
donnent les airs de rire de notre goût moderne.
Cette confpiration eft bien foutenue
; car , à ne vous rien céler , il y a encore
plufieurs Architectes de réputation
& même qui n'ont pas vû l'Italie , mais
qui par choix en ont adopté le goût , que
nous n'avons jamais pû attirer dans notre
parti . Il y a plus ; quelques - uns que nous
avons crû long tems des nôtres , à la
miere occafion qu'ils ont eu de faire quelque
chofe de remarquable , nous ont laiffés
là , & fe font jettés dans l'ancien
goût.
pre-
Vous êtes , fans doute , pénétré de compaffion
à la vûe du danger où nous nous
trouvons , & nous vous faifons pitié ; mais
confolez- vous , nous avons dés reffources
; nous fçaurons bien arrêter ces nouveaux
débarqués d'Italie . Nous leur oppoferons
tant d'obftacles que nous les empêcherons
de rien faire , & peut- être les'
forcerons-nous d'aller chez l'étranger exercer
des talens qui nous déplaifent. Ils aiment
à employer des colonnades avec des
architraves en plate - bande ; nous en déclarerons
la bâtiffe impoffible. Ils auront
beau citer la colonnade du Louvre , la
H
170 MERCURE DE FRANCE.
chapelle de Verſailles , & autres bâtimens
dont on ne peut contefter la folidité ; qui
eft - ce qui les en croira ? leur voix fera- telle
d'un plus grand poids que celle de
gens qui ont bâti des petites maifons par
milliers dans Paris ? mais voici l'argument
invincible que nous leur gardons pour le
dernier. Nous leur demanderons ce qu'ils
ont bâti : il faudra bien qu'ils conviennent
qu'ils n'en ont point encore eu l'occafion .
C'est là où nous les attendons : comment ,
dirons- nous , quelle imprudence ! confier
un bâtiment à un jeune homme fans expérience
? Cette objection eft fans réplique.
On ne s'avifera pas de faire réflexion
qu'un jeune homme de mérite , & d'un
caractere docile , peut facilement s'affocier
un homme qui , fans prétendre à la décoration
, ait une longue pratique du bâtiment
, & lui donneroit les confeils néceffaires
, en cas qu'il hazardât quelque chofe
de trop hardi ; que d'ailleurs il Y auroit
dans Paris bien des maifons en ruines , fi
le premier bâtiment de chaque Architecte
manquoit de folidité.
Au refte , ne croyez point que ce foit
dans le deffein de nuire à ces jeunes gens
que nous leur ferons ces difficultés : c'eft
uniquement pour leur bien , & pour leur
donner le tems , pendant quelques années ,
FEVRIER.
1755.171.
d'apprendre le bon goût que nous avons
établi , & de quitter leurs préjugés ultramontains
nous avons l'expérience que
cela a rarement manqué de nous réuffic .
: Si donc vous connoiffez cette fociété .
d'Artiſtes qui prend la liberté de nous blâmer
, avertiffez-les d'être plus retenus à
l'avenir ; leurs critiques font fuperflues.
Le public nous aime , nous l'avons accoutumé
à nous d'ailleurs chacun de ceux
qui font bâtir , même des édifices publics
, eft perfuadé que quiconque a les
fonds pour bâtir , a de droit les connoiffances
néceffaires pour le bien faire. Peuton
manquer de goût quand on a de l'argent
? Nous fommes déja fûrs des Procureurs
de la plupart des Communautés ,
des Marguilliers de prefque toutes les
Paroiffes , & de tant d'autres qui font
à la tête des entrepriſes. Enfin foyez certains
que nous & nos amis nous ferons
toujours le plus grand nombre. Nous fommes
, &c.
On voit que le faux bel efprit gagne les
beaux arts , ainfi que les belles- lettres . On
force la nature dans tous les genres , on
contourne les figures , on met tout en S :
qu'il y a de Meiffonniers en poëfie & en
éloquence , comme en architecture !
レン
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
ARC DE TRIOMPHE à la gloire du Roi ,
qui a été élevé, fur les deffeins du Chevalier
Servandoni , le jour que M. le Duc de Gefvres
a pofé , au nom de Sa Majefté , la premiere
pierre de la place commencée devant
l'Eglife de S. Sulpice le 2 Octobre 1754 :
dédié à M. Dulau d'Allemans , Curé de S.
Sulpice , gravé par P. Patte , & fe vend
chez lui rue des Noyers , la fixieme porte .
cochere à droite en entrant par la rue Saint·
Jacques , grandeur de la feuille du nom de
Jefus. Prix 1 liv. 10 fols. I
L'eftampe que nous annonçons eft gravée
à l'aide d'une feule taille , ou ligne , à
peu près dans la maniere dont le célébre
Piranefi s'eft fervi pour rendre fes compofitions
d'architecture , dont les connoiffeurs
font tant de cas. Il feroit peut- être à fouhaiter
que cette manoeuvre de gravûre fut
ufitée en France ; elle pourroit donner à
nos eftampes d'architecture une perfection
qu'elles n'ont point eu jufqu'à préfent. En
effet , la pratique d'exprimer les ombres
dans les gravûres ordinaires de nos édifices
par deux tailles , c'eft-à- dire par deux ;
lignes qui s'entrecoupent quarrément ou
ea lofange , rend à la vérité ce genre de
gravûre aifé & expéditif ; mais elle lui ,
donne un air froid , commun , & une dureté
qui femble faire une efpéce d'injure
FEVRIER. 1755. 173
aux yeux ; c'eſt le jugement qu'ont tou-
-jours porté nos artiftes fur ces fortes d'ef
tampes. Auffi peut-on remarquer qu'on
n'a pas crû. devoir accorder à leurs Graveurs
aucune place dans nos Académies ,
foit de peinture , foit d'architecture ; ce
que l'on eût fait affurément , fi leurs talens
euffent paru aux connoiffeurs devoir
mériter quelque diftinction . On a effayé ,
dans la planche que nous propofons , de
mettre ce genre de gravûre dans quelque
eftime , par une nouvelle manoeuvre qui
fente l'art , & qui remédie aux défauts de
l'ancienne. Chaque ombre y eft énoncée
par une feule ligne , plus ou moins groffe
ou ferrée , dont la direction exprime continuellement
la perſpective du corps d'architecture
fur lequel elle eft portée. Afin d'ôter
toute dureté , on a affecté de ne point terminer
les extrêmités de chaque ombre par
aucune ligne , mais feulement par la fin de
toutes les lignes , qui forme l'ombre , ce qui
femble affez bien imiter les arrêtes de la pierre,
lefquelles confervent toujours une efpéce
de rondeur. Toutes les teintes générales ,
quelles qu'elles foient , y font exprimées
à la pointe féche , ce qui eft propre à donner
à cette gravûre un ton fuave , qui
femble participer de cette couleur aërienne
répandue fur la furface de nos bâtimens ;
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
ton auquel on ne peut atteindre avec le
fecours de l'eau forte , comme on le pratique
ordinairement. Au refte , c'eft à la
-vue de cette planche à parler en faveur des
avantages de fa nouvelle manoeuvre , & on
fe flatte qu'elle convaincra fans peine que
cette maniere de faire eft bien plus favora
ble que l'autre pour les effets de la perf
pective ; qu'elle eft analogue à la maniere
dont on deffine l'architecture à la plume ,
:& que la parfaite égalité qu'elle demande
doit fatisfaire agréablement la vue des fçavans
comme des ignorans ; quelques lignes
plus ou moins ferrées dans les ombres
étant capables d'y faire une difcordance
de ton irrémédiable , & qui faute aux yeux
de chacun . Cette maniere de traiter l'architecture
eft ; il eft vrai , très-laborieufe
& difficile à bien exécuter ; mais elle
pour-
.roit donner un prix à nos eftampes d'architecture
, & les élever à décorer avec diftinction
les cabinets des curieux.
F
C'eft aux artistes à apprécier ces réflexions,
par la comparaifon de l'eftampe qu'on leur
offre , avec celles que nous avons dans le
genre oppofé. Le feul but que l'on fe propofe
en les faifant , eft de contribuer à la
perfection d'un genre de gravure que l'on
n'a peut- être pas affez cherché jufqu'ici à
rendre recommendable,
fur une très - mauvaise plaifanterie qu'il a
laiffe imprimer dans le Mercure du mois
de Décembre 17 54 › par une société d'Architectes
, qui pourroient bien auffi prétendre
être du premier mérite & de la premiere
réputation , quoiqu'ils ne foient pas
de l'Académie.
N
Ousfommes furpris, Monfieur, qu'un
homme d'efprit & un auffi bon citoyen
que vous , ait autorifé un écrit fatyrique
, dont le but eft fi évidemment de
renverser l'Architecture moderne , & de
détruire la confiance que l'on accorde aux
Architectes , en mettant le public à portée
de juger par lui-même du bien ou du mal
des ouvrages que nous faifons pour lui
FEVRIER. 1755. 149
Pouvons-nous croire que vous n'ayez pas
apperçu cette conféquence ? ou que l'ayant
vue vous n'ayez pas eu quelque fcrupule
de vous prêter à décrier des inventions
qui depuis tant de tems font les délices de
Paris , & qu'enfin les étrangers commencent
à goûter avec une avidité finguliere
Il eft aifé de deviner d'où partent ces
plaintes , & nous ne croirons pas auffi
facilement que vous que ce foient fimplement
les idées d'un feul artiſte. C'eſt
un complot formé par plufieurs qui , à la
vérité , ont da mérite dans leur genre ,
mais qui feroient mieux de s'y attacher
que de fe mêler d'un art qui eft fi fort
au- deffus de la fphere de leurs conoiffances.
Nous foupçonnons avec raifon quelques
Peintres célebres de tremper dans
cette conjuration ; malheur à eux fi nous
le découvrons. Ils ont déja pû remarquer
que pour nous avoir fâché , nous avons
fupprimé de tous les édifices modernes
la grande peinture d'hiftoire. Nous leur
avions laiffé par grace quelque deffus de
porte; mais nous les forcerons dans ce dernier
retranchement , & nous les réduirons
à ne plus faire que dé petits tableaux de
modes , & encore en camaïeux . Qu'ils faffent
attention que nous avons l'invention
des vernis : le public a beau fe plaindre de
G iij
So MERCURE DE FRANCE!
leur peu de durée , il fera verni & rever
ni. Cependant nous voulons bien ne pas
attribuer ces critiques à mauvaife volonté,
mais plutôt au malheur qu'ils ont de s'être
formé le goût en Italie. Ils y ont vû ces
reftes d'architecture antique , que tout le
monde eft convenu d'admirer , fans que
nous puiffions deviner pourquoi. C'eft ,
dit-on , un air de grandeur & de fimpli
cité qui en fait le caractere. On y trouve
une régularité fymmétrique , des richeffes
répandues avec économie & entremêlées
de grandes parties qui y donnent du repos
. Ils s'en laiffent éblouir , & reviennent
ici remplis de prétendus , principes , qui ne
font dans le fond que des préjugés , &
qui , grace à la mode agréable que nous
avons amenée , ne peuvent leur être d'aucun
ufage. Nous nous fommes bien gardés
de faire pareille folie ; & tandis que nos
camarades font allés perdre leur tems à
admirer & à étudier avec bien des fatigues
cette trifte architecture , nous nous fommes
appliqués à faire ici des connoiffan
ces & à répandre de toutes parts nos gentilles
productions.
4
On nous a des obligations infinies :
nous avons affaire à une nation gaie qu'il
faut amufer ; nous avons répandu l'agré
ment & la gaieté par tout . Au bon vieux
FEVRIER. 1755 151
4
"
tems on croyoit que les Eglifes devoient
préfenter uunn aaffppeecctt ggrraavvee & même fevere ;
les perfonnes les plus diffipées pouvoient
à peine y entrer, fans s'y trouver pénétrées
d'idées férieufes. Nous avons bien changé
tout cela ; il n'y a pas maintenant de
cabinet de toilette plus joli que les chapelles
que nous y décorons. Si l'on y met
encore quelques tombeaux , nous les contournons
gentiment , nous les dorons par
tout , enfin nous leur ôtons tout ce qu'ils
pourroient avoir de lugubre : il n'y a pas
jufquà nos confeffionaux qui ont un air
de galanterie.
Si l'on a égard à l'avancement de l'art ,
quelle extenfion ne lui avons - nous pas
procuré nous avons multiplié le nombre
des Architectes excellens à tel point que
la quantité en eft prefque innombrable.
Ce talent qui , dans le fyftême de l'architecture
antique , eft hériffé de difficultés ,
devient dans le nôtre la chofe du monde
la plus aifée ; & l'expérience fait voir que
le maître Maçon le plus borné du côté du
deffein & du goût , dès qu'il a travaillé
quelque tems fous nos ordres , fe trouve
en état de fe déclarer architecte , & à bien
peu de chofe près auffi bon que nous .
Nous ajoûterons à la gloire de la France
& à fon avantage , que les étrangers com-
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
mencent à adopter notre goût , & qu'il y
a apparence qu'ils viendront en foule l'apprendre
chez nous. Les Anglois même , fi
jaloux de notre fupériorité dans tous les
arts , en font devenus fi foux qu'ils en
ont abandonné leur Inigo Jones , & leur
habitude de copier exactement les ouvrages
de Palladio. Ce qui pourra peut- être
nuire à cet avantage , c'eft l'imprudence
qu'on a eu de laiffer graver quelques- unes
de nos décorations de portes & de cheminées
, qui d'abord ont apprêté à rire aux
autres nations , parce qu'ils n'en fentoient
pas toute la beauté ; mais qu'enfuite ils
n'ont pu fe refufer d'imiter. Malheureuſement
ces eftampes dévoilent notre fecret ,
qui d'ailleurs n'eft pas difficile à appren
dre , & l'on peut trouver en tout pays un
grand nombre de génies propres à faifir
ces graces légeres. Au refte , fi cela arrive ,
nous nous en confolerons en citoyens de
l'univers , & nous nous féliciterons d'avoir
rendu tous les hommes architectes à
peu
de frais. Ces grands avantages nous
ont coûté quelques peines ; on ne détruit
pas facilement les idées du beau , reçues
dans une nation éclairée & dans un fiécle
qu'on fe figuroit devoir fervir de modele à
tous ceux qui le fuivroient . Il étoit appuyé
fur les plus grands noms ; il falloit
FEVRIER . 1755 153
trouver auffi quelques noms célebres qui
puffent nous fervir d'appui. On avoit découvert
prefque tout ce qui pouvoit fe
faire de beau dans ce genre , & les génies
ordinaires ne pouvoient prétendre qu'à être
imitateurs ; deux ou trois perfonnes auroient
paru avec éclat , & les autres feroient
demeurées dans l'oubli Il falloit
donc trouver un nouveau genre d'architecture
où chacun pût fe diftinguer , &
faire goûter au public des moyens d'être
habile homme qui fuffent à la portée de
tout le monde : cependant il ne falloit pas
'choquer groffierement les préjugés reçus ,
en mettant tout d'un coup au jour des nouveautés
trop éloignées du goût 1egnant ,
& rifquer de fe faire fifler fans retour.
Le fameux Oppenor nous fervit dans ces
commencemens avec beaucoup de zéle ;
il s'étoit fait une grande réputation par fes
deffeins ; la touche hardie qu'il y donnoit ,
féduifit prefque tout le monde , & on fut
long - tems à s'appercevoir qu'ils ne faifoient
pas le même effet en exécution . Il
fe fervit abondamment de nos ornemens
favoris , & les mit en crédit. Il nous eft
même encore d'une grande utilité , & nous
pouvons compter au nombre des nôtres
ceux qui le prennent pour modele . Cependant
ce n'étoit pas encore l'homme
Gv
154 MERCURE DE FRANCE:
qu'il nous falloit ; il ne pouvoit s'empê
cher de retomber fouvent dans l'architecture
ancienne , qu'il avoit étudiée dans fa
jeuneffe. Nous trouvâmes un appui plus .
folide dans les talens du grand Meiffonnier.
Il avoit à la vérité étudié en
Italie ,
& par conféquent n'étoit pas entierement
des nôtres ; mais comme il y avoit fagement
préféré le goût de Borromini au goût
ennuyeux de l'antique , il s'étoit par là
rapproché de nous ; car le Borromini a rendu
à l'Italie le même fervice que nous
avons rendu à la France , en y introduifant
une architecture gaie & indépendante
de toutes les régles de ce que l'on appelloit
anciennement le bon goût . Les Italiens ont
depuis bien perfectionné cette premiere
tentative , & du côté de l'architecture plai
fante ils ne nous le cédent en rien . Leur
goût n'eft pas le nôtre dans ce nouveau
genre , il est beaucoup plus lourd ; mais
nous avons cela de commun , que nous
avons également abandonné toutes les
vieilles modes pour lefquelles on avoit un
refpect fuperftitieux . Meiffonnier commen-
са à détruire toutes les lignes droites qui
étoient du vieil ufage ; il tourna & fit
bomber les corniches de toutes façons , il
les ceintra en haut & en bas , en devant ,
en arriere , donna des formes à tout , mêFEVRIER.
1755 155
me aux moulures qui en paroiffoient les
moins fufceptibles ; il inventa les contraftes
, c'est-à- dire qu'il bannit la fymmétrie
& qu'il ne fit plus les deux côtés des panneaux
femblables l'un à l'autre ; au contraire
, ces côtés fembloient fe défier à qui
s'éloigneroit le plus , & de la maniere la
plus finguliere , de la ligne droite à laquelle
ils avoient jufqu'alors été affervis .
Rien n'eſt fi admirable que de voir de
-quelle maniere il engageoit les corniches
des marbres les plus durs à fe prêter avec
complaifance aux bizarreries ingénieufes
des formes de cartels ou autres chofes qui
-devoient porter deffus. Les balcons ou les
-rampes d'efcalier n'eurent plus la permiffion
de paffer droit leur chemin ; il leur
fallut ferpenter à fa volonté , & les matieres
les plus roides devinrent fouples fous
fa main triomphante. Ce fut lui qui mic
-en vogue ces charmans contours en S , que
votre auteur croit rendre ridicules , en difant
que leur origine vient des maîtres
Ecrivains ; comme fi les arts ne devoient
pas le prêter des fecours mutuels il les
employa par tout , & à proprement parler
fes deffeins , même pour des plans de bâtimens
, ne furent qu'une combinaifon de
cette forme dans tous les fens poffibles . Il
nous apprit à terminer nos moulures en
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
rouleau , lorfque nous ne fçaurions com
ment les lier les unes aux autres , & mille
autres chofes non moins admirables qu'il
feroit trop long de vous citer : enfin l'on
peut dire que nous n'avons rien produit
depuis dont on ne trouve les femences
dans fes ouvrages. Quels fervices n'a-t- il
pas rendus à l'orfevrerie ? il rejetta bien
loin toutes les formes quarrées , rondes ou
ovales , & toutes ces moulures dont les
ornemens repérés avec exactitude donnent
tant de fujétion ; avec fes chers contours
en S , il remplaça tout. Ce qu'il y a
de particulier , c'eft qu'en moins de rien
l'orfevrerie & les bijoux devinrent trèsaifés
à traiter avec génie. En vain le célebré
Germain voulut s'opposer au torrent
& foutenir le vieux goût dont il avoit été
bercé dans fon enfance , fa réputation même
en fut quelque peu éclipfée , & il fe
vit fouvent préférer Meiffonnier , par l'appui
que nous lui donnions fous main ; cependant
, le croiriez-vous ! ce grand Meiffonnier
n'étoit pas encore notre homme ,
il tenoit trop à ce qu'ils appellent grande.
maniere. De plus il eut l'imprudence de
laiffer graver plufieurs ouvrages de lui , &
mit par là le public à portée de voir que
ce génie immenfe qu'on lui croyoit , n'étoit
qu'une répétition ennuyeufe des mê
FEVRIER. 1755 157
mes formes. Il fe décrédita , & nous l'abandonnâmes
d'autant plus facilement ,
que malgré les fecours que nous lui avions
prêtés pour l'établiſſement de fa réputation
, il ne vouloit point faire corps avec
& nous traitoit hautement d'igno- nous ,
rans : quelle ingratitude !
Nous fimes enfin la découverte du héros
dont nous avions befoin. Ce fut un
Sculpteur , qui n'avoit point pû fe gâter à
Rome , car il n'y avoit point été , bien
qu'il eût vû beaucoup de pays. Il s'étoit
formé avec nous , & avoit fi bien goûté
notre maniere , & fi peu ces prétendues
régles anciennes , que rien ne pouvoit reftreindre
l'abondance de fon génie . Il fçavoit
affez d'architecture ancienne pour ne
pas contrecarrer directement ceux qui y
tenoient avec trop d'obftination ; mais il
la déguifoit avec tant d'adreffe qu'il avoit
le mérite de l'invention , & qu'on ne la
reconnoiffoit qu'à peine. Il allégea toutes
ces moulures & tous ces profils où Oppenor
& Meiffonnier avoient voulu conferver
un caractere qu'ils appelloient mâle ; il
les traita d'une délicateffe qui les fait prefque
échapper à la vûe ; il trouva dans les
mêmes efpaces le moyen d'en mettre fix
fois davantage ; il s'affranchit tout d'un
coup de la loi qu'ils s'étoient follement
18 MERCURE DE FRANCE.
impofée de lier toujours leurs ornemens les
uns aux autres ; il les divifa , les coupa
en mille pieces , toujours terminées par ce
-rouleau qui eft notre principale reffource ;
& afin que ceux qui aimoient la liaiſon
ne s'apperçuffent pas trop de ces interruptions
, il fit paroître des liaiſons apparen
tes , par le fecours d'une fleur , qui ellemême
ne tenoit à rien , ou par quelque légereté
également ingénieufe ; il renonça
pour jamais à la régle & au compas : on
avoit déja banni la fymmetrie , il rencherit
encore là-deffus . S'il lui échappa quelquefois
de faire des panneaux femblables
l'un à l'autre , il mit ces objets fymmétriques
fi loin l'un de l'autre , qu'il auroit
fallu une attention bien fuivie pour s'appercevoir
de leur reffemblance. Aux agra
fes du ceintre des croifées qui ci-devant
ne repréfentoient que la clef de l'arc décorée
, il fubftitua de petits cartels enrichis
de mille gentilleffes & pofés de travers
, dont le pendant fe trouvoit à l'au
tre extrêmité du bâtiment . C'eſt à lui qu'on
doit l'emploi abondant des palmiers , qui
à la vérité avoient été trouvés avant lui ,
& que votre auteur blâme fi ridiculement.
Il établit folidement l'ufage de fupprimer
tous les plafonds , en faifant faire à des
Sculpteurs , à bon marché , de jolies petites
FEVRIER.
1755 159
dentelles en bas- relief , qui réuffirent fi
bien , qu'on prit le fage parti de fupprimer
les corniches des appartemens pour les enrichir
de ces charmantes dentelles . C'eft
notre triomphe que cette profcription des
corniches ; rien ne nous donnoit plus de
fujétion que ces miferes antiques dont on
les ornoit , & aufquelles votre écrivain
paroît fi attaché. Il y falloit une exactitude
& une jufteffe , qui pour peu qu'on y
manquât , fe déceloit d'abord à des yeux
un peu feveres. Nous regrettons encore
ce grand homme , quoique fes merveilleux
talens ayent été remplacés fur le champ
par quantité de Sculpteurs , non moins
abondans que lui dans cette forte de génie.
C'eft à lui que nous avons l'obligation
de cette fupériorité que nous avons acqui
fe , & que nous fçaurons conferver ; & on
peut dire à fa gloire que tout ce qui s'éloigne
du goût antique lui doit fon inven
tion , ou fa perfection.
}
En fuivant fes principes , nous avons
abfolument rejetté tous ces anciens plafonds
chargés de fculptures & de dorures ,
qui à la vérité avoient de la magnificence ,
& contre lefquels nous n'avons rien à dire
, fi ce n'eft qu'ils ne font plus de mode.
En dépit des cris de toute l'Académie de
Peinture , nous avons fçu perfuader à tous
160
MERCURE DE
FRANCE.
tes les
perſonnes chez qui nous avons
quelque crédit , que les plafonds peints
obfcurciffent les
appartemens & les rendent
triftes.
Inutilement veut- on nous repréfenter
que nous avons
juſtement dans
notre fiécle des Peintres , dont la couleur
eft très-agréable , & qui aiment à rendre
leurs tableaux
lumineux ; qu'en traitant
les plafonds d'une couleur claire ils n'auroient
point le
defagrément qu'on reproche
aux anciens , & qu'ils auroient de plus
le mérite de
repréfenter quelque chofe
d'amufant par le fujet , &
d'agréable par
la variété des couleurs. Les Peintres n'y
gagneront rien , ils nous ont irrité en méprifant
nos premieres
productions ; & nous
voulons d'autant plus les perdre que nous
n'efperons pas de pouvoir les gagner ; ils
ne fe rendroient qu'avec des
reftrictions
qui ne font pas de notre goût. Les Sculp
seurs de figures feront auffi compris dans
cette
profcription ; ils feroient encore plus
à portée de nous faire de mauvaiſes chicanes.
Notre
Sculpteur favori nous a don
né mille moyens de nous paffer d'eux : aù
lieu de tout cela il a imaginé une rofette
charmante , qu'à peine on
apperçoit , &
qu'il met au milieu du plancher , à l'endroit
où
s'attache le luftre : voilà ce qu'on
préfère avec raiſon aux plus belles produce
FEVRIER. 1755
161
tions de leur art. Il y a encore un petit
nombre de criards qui répandent par-tour
que le bon goût eft perdu , & qu'il y a
très- peu d'Architectes qui entendent la
décoration ; que c'eft le grand goût de la
décoration qui fait le caractere effentiel
de l'Architecte . Nous détruifons tous ces
argumens , en foutenant hautement que
ce qui diftingue l'Architecte , eft l'art de
la diftribution. Ils ont beau dire qu'elle
n'eft pas auffi difficile que nous voulons
le faire croire , & qu'il eft évident qu'avec
un peu d'intelligence chaque particulier
peut arranger fa maifon d'une maniere
qui lui foit commode , relativement aux
befoins de fon état ; que la difficulté que
le particulier ne fçauroit lever , ni nous
non plus , & qui demande toutes les lumieres
d'un grand architecte , eft d'ajuſter
cette diftribution commode avec une décoration
exacte , fymmétrique , & dans ce
qu'ils appellent le bon goût , foit dans les
dehors , foit dans les dedans voilà juſtement
ce qui nous rendra toujours victorieux.
Comme notre architecture n'a aucunes
régles qui l'aftreignent , qu'elle eſt
commode , & qu'en quelque façon elle
prête , nous nous fommes faits un grand
nombre de partifans qui fatisfaits de notre
facilité à remplir toutes leurs fantaisies ,
162 MERCURE DE FRANCE.
›
nous foutiendront toujours. Nous voudrions
bien voir ces Meffieurs de l'antique
entreprendre de décorer l'extérieur d'un
bâtiment avec toutes les fujétions que
nous leur avons impofées. Comme les plus
grands cris avoient d'abord été contre nos
décorations extérieures , parce qu'elles
étoient expofées à la vûe de tout le monde ;
que d'ailleurs le vuide ne coûte rien à décorer
, & ne donne point de prife à la critique
, nous avons amené la multitude des
fenêtres, qui a parfaitement bien réuffi ; car
il eft infiniment agréable d'avoir trois fenê
tres dans une chambre , qui jadis en auroit
eu à peine deux. Cela donne à la vérité
plus de froid dans l'hiver & plus de chaleur
dans l'été mais que nous importe ? il n'en
-eſt
: pas moins fûr qu'à préſent chacun veut
que fa maifon foit toute percée , & que
-nos Meffieurs du goût ancien , qui ne fçavent
décorer que du plein , n'y trouvent
plus de place. Qu'ils y mettent , s'ils le peutvent
, de leurs fenêtres décorées , qu'ils
tâchent d'y placer leurs frontons à l'antique
, qui , difent - ils , décorent la fenêtre
, & mettent à couvert ceux qui y
font nous y avons remédié en élevant
les fenêtres jufques au haut du plancher.
Rien n'eft fi amufant que de voir un
pauvre architecte revenant d'Italie , à qui
:
FEVRIER. 1755 163
(
"
Ton donne une pareille cage à décorer , ſe
tordre l'imagination pour y appliquer ces
chers principes , qu'il s'eft donné tant de
peine à apprendre ; & s'il lui arrive d'y
réuffir , ce qu'il ne peut fans diminuer les
croifées , c'eſt alors que nous faifons voir
clairement combien fa production eft trifte
& mauffade . Vous ne verrez pas clair chez
vous , leur difons- nous , vous n'aurez pas
d'air pour refpirer , à peine verrez- vous le
foleil dans les beaux jours : ces nouveaux artiftes
fe retirent confus,& font enfin obligés
de fe joindre à nous , pour trouver jour à
percer dans le monde. Nous n'avons pas encore
entierement abandonné les frontons
dont les anciens fe fervoient pour terminer
le haut de leurs bâtimens , & qui repréfentoient
le toît , quoique nous aimions bien
mieux employer certaines terminaiſons en
façon d'orfevrerie , qui font de notre crû.
A l'égard des frontons , nous avons du
moins trouvé le moyen de les placer ou
on ne s'attendoit pas à les voir ; nous les
mettons au premier étage , & plus heureufement
encore au fecond ; & nous ne manquons
gueres d'élever un étage au -deffus
, afin qu'ils ayent le moins de rapport
qu'il eft poffible avec ceux des anciens.
Nous avons ou peu s'en faut , banni les
colonnes , uniquement parce que c'eft un
164 MERCURE DE FRANCE
→
des plus beaux ornemens de ce trifte goût
ancien , & nous ne les rétablirons que
lorfque nous aurons trouvé le moyen de
les rendre fi nouvelles qu'elles n'ayent plus
aucune reffemblance avec toutes ces antiquailles.
D'ailleurs elles ne fçauroient s'accommoder
avec nos gentilleffes légeres ,
elles font paroître mefquin tout ce qui
les accompagne. Beaucoup de gens tenoient
encore à cette forte d'ornement , qui leur
paroiffoit avoir une grande beauté mais
nous avons fçu perfuader aux uns , que
cela coûtoit beaucoup plus que toutes les
chofes que nous leur faifions , quoique
peut-être en économifant bien , cela pût
ne revenir qu'à la même dépenſe ; aux
autres , que cette décoration ne convenoit
point à leur état , & qu'elle étoit reſervée
pour les temples de Dieu & les palais des
Rois ; que quelques énormes dépenfes que
nous leur fiffions faire chez eux , perfonne
n'en fçauroit rien , quoiqu'ils le fiffent
voir à tout le monde ; au lieu qu'une petite
colonnade , qui ne coûteroit peut-être
gueres , feroit un bruit épouventable dans
Paris. Nous avons accepté les pilaftres jufqu'à
un certain point , c'eft- à- dire forfque
nous avons pû les dépayfer par des
chapiteaux divertiffans. Les piédeftaux font
auffi reçus chez nous , mais nous avons
FEVRIER. 1755. 165
·
trouvé l'art de les contourner , en élargiffant
par le bas , comme s'ils crevoient fous
le fardeau , ou plus gaiement encore , en
les faifant enfler du haut , & toujours en
S, comme s'ils réuniffoient leur force en
cę lieu
ce pour mieux porter. Mais où notre
génie triomphe , c'eſt dans les bordures
des deffus de porte , que nous pouvons
nous vanter d'avoir varié prefque à l'infini.
Les Peintres nous en maudiffent , parce
qu'ils ne fçavent comment compofer leurs
fujets avec les incurfions que nos ornemens
font fur leur toile ; mais tant pis
pour eux : lorfque nous faifons une fi grande
dépenfe de génie , ils peuvent bien auffi
s'évertuer ; ce font des efpéces de bouts
rimés que nous leur donnons à remplir.
Il auroit pû refter quelque reffource à la
vieille architecture pour fe produire à Paris
; mais nous avons coupé l'arbre dans fa
racine , en annonçant la mode des petits
appartemens , & nous avons fappé l'ancien
préjugé , qui vouloit que les perfonnes
diftinguées par leur état caffent un appar !
tement de répréfentation grand & magnifique.
Nous efperons que dorénavant la
regle fera que plus la perfonne fera élevée
en dignité , plus fon appartement fera
patit : vous voyez qu'alors il fera difficile
de nous faire defemparer, Ceux qui poure
GG MERCURE DE FRANCE.
ront faire de la dépenfe , ne la feront qu'en
petit , & s'adrefferont à nous. Il ne reſtera
pour occuper ces Meffieurs , que ceux qui
n'ont pas le moyen de rien faire.
Voyez , je vous prie , l'impertinence de
votre auteur critique ; il s'ennuye , dit- il ,
de voir par-tout des croifées ceintrées ,
mais il n'ofe pas difconvenir que cette forte
de croifée ne foit bonne . Peut-on avoir
trop d'une bonne chofe ? & pourquoi veutil
qu'on aille fe fatiguer l'imagination pour
trouver des variétés , lorfqu'une chofe eft
de mode , & qu'on eft fûr du fuccès ? Ne
voit-il pas que toutes nos portes , nos cheminées
, nos fenêtres , avec leur plat-bandeau
, font à peu près la même choſe :
puifqu'on en eft content , pourquoi fe tuer
à en chercher d'autres ? Il blâme nos portes
oùles moulures fe tournent circulairement ;
invention heureuſe que nous appliquons à
tout avec le plus grand fuccès. Il faut :
qu'il foit bien étranger lui-même dans
Paris , pour ne pas fçavoir de qui nous
la - tenons. C'est d'un Architecte à qui les
amateurs de l'antique donnent le nom de
grand. Le célébre François Manſard la
employée dans fon portail des Filles de :
Sainte Marie , rue Saint Antoine ; voilà
une autorité qu'il ne peut recufer.Pour vous
faire voir combien cette forte de fronton
FEVRIER. 1755 . 1671
7
réuffit quand elle eft traitée à notre façon ,
& combien elle l'emporte fur l'architecture
ancienne ; comparez le portail des Capucines
de la place de Louis le Grand ,
morceau fi admirable qu'on vient de le
reftaurer , de peur que la poſtérité n'en fût
privée ; comparez- le avec le portail à colonnes
de l'Affomption , qui n'en eft pas
loin , & vous toucherez au doigt la différence
qui eft entre nous & les Architectes:
du fiécle paffé.
Mais laiffons là ce critique ; ce feroitperdre
le tems que de s'amufer à lui démontrer
en détail l'abfurdité de fes jugemens.
Nous ne vous diffimulerons pas que
nous fommes actuellement dans une pofi-:
tion un peu critique , & qu'une révolu-.
tion dans le goût de l'architecture nous
paroîtroit prochaine fi nous la croyions
poffible. Il fe rencontre actuellement plufeurs
obftacles à nos progrès ; maudite
foit cette architecture antique , fa féduction
, dont on a bien de la peine à revenir
lorfqu'une fois on s'y eft laiffé prendre
nous a enlevé un protecteur qui auroit
peut- être été pour nous l'appui le plus fo
lide , fi nous avions été chargés du foin
de l'endocriner. Pourquoi aller chercher
bien loin ce qu'on peut trouver chez foi
nous amufons en inftruifant ; ne peut-on
168 MERCURE DE FRANCE.
pas ſe former le goût en voyant nos deffeins
de boudoirs , de garde-robes , de
pavillons à la Turque , de cabinets à la
Chinoife ? Est- ce quelque chofe de fort
agréable que cette Eglife demefurée de S.
Pierre , ou que cette rotonde antique , dont
le portail n'a qu'un ordre dans une hauteur
où nous , qui avons du génie , aurions
trouvé de la place pour en mettre au moins
trois il n'eft pas concevable qu'on puiffe
balancer. Cependant cette perte eft irrépa
rable : cela eft defolant ; car tous les projets
que nous préfentons paroiffent comiques
à des yeux ainfi prévenus . Nous avons
même tenté de mêler quelque chofe d'antique
dans nos deffeins , voyez quel facrifice
! pour faire paffer avec notre marchandife
, tout cela fans fuccès : on nous
devine d'abord.
Autre obſtacle qui eft une fuite du premier.
Les bâtimens du Roi nous ont donné
une exclufion totale ; tout ce qui s'y
fait fent la vieille architecture , & ce même
public , que nous comptions avoir ſubjugué
, s'écrie : voilà qui eft beau. Il y a
une fatalité attachée à cette vieille mode ,.
par-tout où elle fe montre elle nous dépare
; l'Académie même a peine à fe défendre
de cette contagion , il femble qu'elle
ne veuille plus donner de prix qu'à ceux
qui
FEVRIER. 1755. 169'
I
qui s'approchent le plus du goût de l'antique.
Cela nous expofe à des avanies , de
la part même de ces jeunes étourdis , qui fe
donnent les airs de rire de notre goût moderne.
Cette confpiration eft bien foutenue
; car , à ne vous rien céler , il y a encore
plufieurs Architectes de réputation
& même qui n'ont pas vû l'Italie , mais
qui par choix en ont adopté le goût , que
nous n'avons jamais pû attirer dans notre
parti . Il y a plus ; quelques - uns que nous
avons crû long tems des nôtres , à la
miere occafion qu'ils ont eu de faire quelque
chofe de remarquable , nous ont laiffés
là , & fe font jettés dans l'ancien
goût.
pre-
Vous êtes , fans doute , pénétré de compaffion
à la vûe du danger où nous nous
trouvons , & nous vous faifons pitié ; mais
confolez- vous , nous avons dés reffources
; nous fçaurons bien arrêter ces nouveaux
débarqués d'Italie . Nous leur oppoferons
tant d'obftacles que nous les empêcherons
de rien faire , & peut- être les'
forcerons-nous d'aller chez l'étranger exercer
des talens qui nous déplaifent. Ils aiment
à employer des colonnades avec des
architraves en plate - bande ; nous en déclarerons
la bâtiffe impoffible. Ils auront
beau citer la colonnade du Louvre , la
H
170 MERCURE DE FRANCE.
chapelle de Verſailles , & autres bâtimens
dont on ne peut contefter la folidité ; qui
eft - ce qui les en croira ? leur voix fera- telle
d'un plus grand poids que celle de
gens qui ont bâti des petites maifons par
milliers dans Paris ? mais voici l'argument
invincible que nous leur gardons pour le
dernier. Nous leur demanderons ce qu'ils
ont bâti : il faudra bien qu'ils conviennent
qu'ils n'en ont point encore eu l'occafion .
C'est là où nous les attendons : comment ,
dirons- nous , quelle imprudence ! confier
un bâtiment à un jeune homme fans expérience
? Cette objection eft fans réplique.
On ne s'avifera pas de faire réflexion
qu'un jeune homme de mérite , & d'un
caractere docile , peut facilement s'affocier
un homme qui , fans prétendre à la décoration
, ait une longue pratique du bâtiment
, & lui donneroit les confeils néceffaires
, en cas qu'il hazardât quelque chofe
de trop hardi ; que d'ailleurs il Y auroit
dans Paris bien des maifons en ruines , fi
le premier bâtiment de chaque Architecte
manquoit de folidité.
Au refte , ne croyez point que ce foit
dans le deffein de nuire à ces jeunes gens
que nous leur ferons ces difficultés : c'eft
uniquement pour leur bien , & pour leur
donner le tems , pendant quelques années ,
FEVRIER.
1755.171.
d'apprendre le bon goût que nous avons
établi , & de quitter leurs préjugés ultramontains
nous avons l'expérience que
cela a rarement manqué de nous réuffic .
: Si donc vous connoiffez cette fociété .
d'Artiſtes qui prend la liberté de nous blâmer
, avertiffez-les d'être plus retenus à
l'avenir ; leurs critiques font fuperflues.
Le public nous aime , nous l'avons accoutumé
à nous d'ailleurs chacun de ceux
qui font bâtir , même des édifices publics
, eft perfuadé que quiconque a les
fonds pour bâtir , a de droit les connoiffances
néceffaires pour le bien faire. Peuton
manquer de goût quand on a de l'argent
? Nous fommes déja fûrs des Procureurs
de la plupart des Communautés ,
des Marguilliers de prefque toutes les
Paroiffes , & de tant d'autres qui font
à la tête des entrepriſes. Enfin foyez certains
que nous & nos amis nous ferons
toujours le plus grand nombre. Nous fommes
, &c.
On voit que le faux bel efprit gagne les
beaux arts , ainfi que les belles- lettres . On
force la nature dans tous les genres , on
contourne les figures , on met tout en S :
qu'il y a de Meiffonniers en poëfie & en
éloquence , comme en architecture !
レン
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
ARC DE TRIOMPHE à la gloire du Roi ,
qui a été élevé, fur les deffeins du Chevalier
Servandoni , le jour que M. le Duc de Gefvres
a pofé , au nom de Sa Majefté , la premiere
pierre de la place commencée devant
l'Eglife de S. Sulpice le 2 Octobre 1754 :
dédié à M. Dulau d'Allemans , Curé de S.
Sulpice , gravé par P. Patte , & fe vend
chez lui rue des Noyers , la fixieme porte .
cochere à droite en entrant par la rue Saint·
Jacques , grandeur de la feuille du nom de
Jefus. Prix 1 liv. 10 fols. I
L'eftampe que nous annonçons eft gravée
à l'aide d'une feule taille , ou ligne , à
peu près dans la maniere dont le célébre
Piranefi s'eft fervi pour rendre fes compofitions
d'architecture , dont les connoiffeurs
font tant de cas. Il feroit peut- être à fouhaiter
que cette manoeuvre de gravûre fut
ufitée en France ; elle pourroit donner à
nos eftampes d'architecture une perfection
qu'elles n'ont point eu jufqu'à préfent. En
effet , la pratique d'exprimer les ombres
dans les gravûres ordinaires de nos édifices
par deux tailles , c'eft-à- dire par deux ;
lignes qui s'entrecoupent quarrément ou
ea lofange , rend à la vérité ce genre de
gravûre aifé & expéditif ; mais elle lui ,
donne un air froid , commun , & une dureté
qui femble faire une efpéce d'injure
FEVRIER. 1755. 173
aux yeux ; c'eſt le jugement qu'ont tou-
-jours porté nos artiftes fur ces fortes d'ef
tampes. Auffi peut-on remarquer qu'on
n'a pas crû. devoir accorder à leurs Graveurs
aucune place dans nos Académies ,
foit de peinture , foit d'architecture ; ce
que l'on eût fait affurément , fi leurs talens
euffent paru aux connoiffeurs devoir
mériter quelque diftinction . On a effayé ,
dans la planche que nous propofons , de
mettre ce genre de gravûre dans quelque
eftime , par une nouvelle manoeuvre qui
fente l'art , & qui remédie aux défauts de
l'ancienne. Chaque ombre y eft énoncée
par une feule ligne , plus ou moins groffe
ou ferrée , dont la direction exprime continuellement
la perſpective du corps d'architecture
fur lequel elle eft portée. Afin d'ôter
toute dureté , on a affecté de ne point terminer
les extrêmités de chaque ombre par
aucune ligne , mais feulement par la fin de
toutes les lignes , qui forme l'ombre , ce qui
femble affez bien imiter les arrêtes de la pierre,
lefquelles confervent toujours une efpéce
de rondeur. Toutes les teintes générales ,
quelles qu'elles foient , y font exprimées
à la pointe féche , ce qui eft propre à donner
à cette gravûre un ton fuave , qui
femble participer de cette couleur aërienne
répandue fur la furface de nos bâtimens ;
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
ton auquel on ne peut atteindre avec le
fecours de l'eau forte , comme on le pratique
ordinairement. Au refte , c'eft à la
-vue de cette planche à parler en faveur des
avantages de fa nouvelle manoeuvre , & on
fe flatte qu'elle convaincra fans peine que
cette maniere de faire eft bien plus favora
ble que l'autre pour les effets de la perf
pective ; qu'elle eft analogue à la maniere
dont on deffine l'architecture à la plume ,
:& que la parfaite égalité qu'elle demande
doit fatisfaire agréablement la vue des fçavans
comme des ignorans ; quelques lignes
plus ou moins ferrées dans les ombres
étant capables d'y faire une difcordance
de ton irrémédiable , & qui faute aux yeux
de chacun . Cette maniere de traiter l'architecture
eft ; il eft vrai , très-laborieufe
& difficile à bien exécuter ; mais elle
pour-
.roit donner un prix à nos eftampes d'architecture
, & les élever à décorer avec diftinction
les cabinets des curieux.
F
C'eft aux artistes à apprécier ces réflexions,
par la comparaifon de l'eftampe qu'on leur
offre , avec celles que nous avons dans le
genre oppofé. Le feul but que l'on fe propofe
en les faifant , eft de contribuer à la
perfection d'un genre de gravure que l'on
n'a peut- être pas affez cherché jufqu'ici à
rendre recommendable,
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Résumé : ARCHITECTURE. LETTRE A M. L'ABBÉ R*** fur une très-mauvaise plaisanterie qu'il a laissé imprimer dans le Mercure du mois de Décembre 1754, par une société d'Architectes, qui pourroient bien aussi prétendre être du premier mérite & de la premiere réputation, quoiqu'ils ne soient pas de l'Académie.
En décembre 1754, une lettre critique une plaisanterie publiée dans le Mercure, visant les architectes modernes. L'auteur s'étonne que M. l'Abbé R, homme d'esprit, ait autorisé cette satire, qui cherche à discréditer l'architecture moderne et à détruire la confiance du public. La lettre suggère un complot impliquant des peintres jaloux, influencés par l'architecture antique italienne, cherchant à imposer des préjugés obsolètes. Les architectes modernes se défendent en soulignant leur contribution à l'agrément de Paris et à l'extension de l'art architectural, adoptée même par les étrangers, comme les Anglais. Les architectes modernes critiquent l'imprudence de graver des décorations révélant leurs secrets. Ils ont trouvé des moyens pour que chacun puisse apprécier l'architecture, s'opposant aux idées du beau reçues dans une nation éclairée. Ils citent des figures comme Oppenord et Meissonnier, innovateurs en architecture. Ils célèbrent également un sculpteur formé en France, rompant avec les règles anciennes et les symétries rigides. Un architecte influent a popularisé l'utilisation abondante de palmiers et supprimé les plafonds traditionnels, les remplaçant par des dentelles en bas-relief sculptées. Cette approche a conduit à l'abandon des corniches ornées dans les appartements. L'auteur regrette la perte de cet architecte, bien que ses talents aient été rapidement remplacés par d'autres sculpteurs. Le texte critique les plafonds anciens, jugés démodés, et préfère les plafonds peints. Les sculpteurs de figures sont exclus en faveur de rosettes discrètes. L'auteur souligne la commodité et la flexibilité de leur architecture, permettant de satisfaire toutes les fantaisies des clients. Les fenêtres multiples sont préférées, malgré les inconvénients climatiques, et les frontons antiques sont modifiés pour éviter toute ressemblance avec les styles anciens. Les colonnes sont bannies en raison de leur association avec le goût ancien, et les pilastres sont acceptés seulement s'ils sont modifiés par des chapiteaux divertissants. La mode des petits appartements est promue, rendant les grands appartements de représentation obsolètes. Le texte critique un auteur s'ennuyant des croisées cintrées mais reconnaît leur qualité. Il défend l'utilisation des moulures circulaires, inspirées par François Mansart. En février 1755, une controverse architecturale en France oppose les architectes modernes à ceux influencés par le goût antique, souvent revenus d'Italie. Les auteurs expriment leur intention de contrer ces nouveaux architectes en remettant en question leur expérience et leur capacité à construire des bâtiments solides. Ils mentionnent une nouvelle technique de gravure architecturale, inspirée par Piranesi, visant à améliorer la qualité des estampes en France. Cette technique utilise une seule ligne pour exprimer les ombres, offrant une perspective plus douce et plus réaliste. Les auteurs espèrent que cette innovation sera reconnue et valorisée par les connaisseurs.
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332
333
p. 30-31
PORTRAITS DES QUATRE PREMIERS PEINTRES D'ITALIE.
Début :
Du vol qu'au ciel fit Promethée, [...]
Mots clefs :
Raphaël, Michel-Ange, L'Albane, Le Corrège, Peintres d'Italie
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texteReconnaissance textuelle : PORTRAITS DES QUATRE PREMIERS PEINTRES D'ITALIE.
PORTRAITS
DES QUATRE PREMIERS PEINTRES
D'ITALIE.
Raphaël d'Urbin.
U vol qu'au ciel fit Promethée ,
Voici le receleur ; c'eft le grand Raphaël.
Des objets qu'il nous peint la vûe eſt enchantée ,
Ils femblent animés par un fouffle immortel.
La nature qui les admire ,
De fes graces y voit le tableau raviffant :
Elle rêve ; auffi- tôt la jaloufe foupire
De trouver un rival dans fon fidele amant.
Michel- Ange des Batailles.
La couleur vigoureuſe , une touche légere ;
Animent ces marchés , ces foires , ces troupeaux
Par tout je fens , du goût , l'empreinte finguliere ;
Le jovial auffi perce dans ces tableaux .
En ce champ la valeur de lauriers fe couronne :
Quel carnage ! quel feu ! je vois le fang couler !
Mars applaudit Michel ; il femble l'appeller
Du nom que l'amateur lui donne.
L'Albane.
Les amours par effains naiffent fous tes pinceaux:
MAR S. 1755. 31
Les Nymphes , Cypris même ont par toi plus de
charmes :
Je préfere à Paphos l'aſpect de tes tableaux ,
Mon coeur vaincu par eux eélebre enfin ces armes .
La nudité s'y montre avec un air décent ,
Et rend plus délicat le plaifir qu'elle inſpire .
L'Albane , je te dois mon unique élement ;
Tes travaux font que je refpire .
Le Correge.
Sur les aîles de ton génie ,
Tu t'élevas à l'immortalité :
La figure , par ta magie ,
Plane au fein de l'air agité."
Un fouffle femble'avoir fait ce miracle ;
Les maîtres même en font furpris ;
Raphaël * n'ofa point hazarder ce ſpectacle ,
Lui feul pouvoit te difputer le prix.
* Raphaël , pour éviter le raccourci des figures
qu'il n'entendoit point parfaitement , feignit de
peindrefes fujets fur des tapifferies attachées au mur.
C'est ainsi que font exécutés les deux morceaux de
Pfiché qui font au petit Farnese , la bataille de
Conftantin , les trois autres traits de la vie de cet
Empereur , enfin les quatre fujets du plafond de la
premiere chambre de la fignature au Vatican. Le
Correge fut plus hardi , fon fuccès mérite les plus
grands éloges : c'est ce qu'en général on ignore en
France, où ce maître n'eft gueres connu que par fes
belles métamorphofes , & par de féduifans tableaux
de chevalet.
DES QUATRE PREMIERS PEINTRES
D'ITALIE.
Raphaël d'Urbin.
U vol qu'au ciel fit Promethée ,
Voici le receleur ; c'eft le grand Raphaël.
Des objets qu'il nous peint la vûe eſt enchantée ,
Ils femblent animés par un fouffle immortel.
La nature qui les admire ,
De fes graces y voit le tableau raviffant :
Elle rêve ; auffi- tôt la jaloufe foupire
De trouver un rival dans fon fidele amant.
Michel- Ange des Batailles.
La couleur vigoureuſe , une touche légere ;
Animent ces marchés , ces foires , ces troupeaux
Par tout je fens , du goût , l'empreinte finguliere ;
Le jovial auffi perce dans ces tableaux .
En ce champ la valeur de lauriers fe couronne :
Quel carnage ! quel feu ! je vois le fang couler !
Mars applaudit Michel ; il femble l'appeller
Du nom que l'amateur lui donne.
L'Albane.
Les amours par effains naiffent fous tes pinceaux:
MAR S. 1755. 31
Les Nymphes , Cypris même ont par toi plus de
charmes :
Je préfere à Paphos l'aſpect de tes tableaux ,
Mon coeur vaincu par eux eélebre enfin ces armes .
La nudité s'y montre avec un air décent ,
Et rend plus délicat le plaifir qu'elle inſpire .
L'Albane , je te dois mon unique élement ;
Tes travaux font que je refpire .
Le Correge.
Sur les aîles de ton génie ,
Tu t'élevas à l'immortalité :
La figure , par ta magie ,
Plane au fein de l'air agité."
Un fouffle femble'avoir fait ce miracle ;
Les maîtres même en font furpris ;
Raphaël * n'ofa point hazarder ce ſpectacle ,
Lui feul pouvoit te difputer le prix.
* Raphaël , pour éviter le raccourci des figures
qu'il n'entendoit point parfaitement , feignit de
peindrefes fujets fur des tapifferies attachées au mur.
C'est ainsi que font exécutés les deux morceaux de
Pfiché qui font au petit Farnese , la bataille de
Conftantin , les trois autres traits de la vie de cet
Empereur , enfin les quatre fujets du plafond de la
premiere chambre de la fignature au Vatican. Le
Correge fut plus hardi , fon fuccès mérite les plus
grands éloges : c'est ce qu'en général on ignore en
France, où ce maître n'eft gueres connu que par fes
belles métamorphofes , & par de féduifans tableaux
de chevalet.
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Résumé : PORTRAITS DES QUATRE PREMIERS PEINTRES D'ITALIE.
Le texte décrit les caractéristiques des quatre premiers peintres d'Italie : Raphaël, Michel-Ange, L'Albane et Le Correge. Raphaël est reconnu pour son talent à animer les objets peints avec un souffle immortel, admiré même par la nature. Michel-Ange se distingue par ses couleurs vigoureuses et sa touche légère, illustrant des scènes variées avec une intensité rappelant Mars. L'Albane est apprécié pour ses représentations des amours et des nymphes, montrant la nudité avec décence et inspirant un plaisir délicat. Le Correge est loué pour son génie qui l'a conduit à l'immortalité. Ses figures semblent planer dans l'air, créant des miracles artistiques. Contrairement à Raphaël, Le Correge a osé des perspectives audacieuses, méritant ainsi de grands éloges. En France, Le Correge est surtout connu pour ses métamorphoses et ses tableaux de chevalet, bien que son succès et son audace restent méconnus.
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334
p. 145-146
PEINTURE.
Début :
Il y a des surprises dans les productions des arts comme dans les ouvrages de [...]
Mots clefs :
Estampes, Tableaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PEINTURE.
PEINTURE.
y a des furpriſes dans les productions
des arts comme dans les ouvrages de
littérature ; il eſt également important de
garantir le public des unes & des autres ,
tant pour la perfection de fes connoiffances
que pour l'honneur des arts & la réputation
légitime de chaque artiſte . On
ne peut donc fe difpenfer d'informer tous
les amateurs de la peinture , qu'une fuitë
d'eſtampes nouvellement mife au jour par
le fieur Duflos , comme étant d'après les
tableaux du fieur Boucher , Peintre du Roi ,
n'a été gravée que fur des deffeins informes
, furtivement tirés par les éleves de
ce Peintre , les moins capables & les moins
avancés , livrés enfuite , à fon infçu , au
Graveur , lequel à fon tour a terminé &
mis en vente ces eftampes fans la participation
de l'auteur des tableaux , qui ne peut
G
146 MERCURE DE FRANCE:
ni les reconnoître , ni encore moins les
avouer dans des copies auffi infideles.
y a des furpriſes dans les productions
des arts comme dans les ouvrages de
littérature ; il eſt également important de
garantir le public des unes & des autres ,
tant pour la perfection de fes connoiffances
que pour l'honneur des arts & la réputation
légitime de chaque artiſte . On
ne peut donc fe difpenfer d'informer tous
les amateurs de la peinture , qu'une fuitë
d'eſtampes nouvellement mife au jour par
le fieur Duflos , comme étant d'après les
tableaux du fieur Boucher , Peintre du Roi ,
n'a été gravée que fur des deffeins informes
, furtivement tirés par les éleves de
ce Peintre , les moins capables & les moins
avancés , livrés enfuite , à fon infçu , au
Graveur , lequel à fon tour a terminé &
mis en vente ces eftampes fans la participation
de l'auteur des tableaux , qui ne peut
G
146 MERCURE DE FRANCE:
ni les reconnoître , ni encore moins les
avouer dans des copies auffi infideles.
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Résumé : PEINTURE.
Une controverse entoure des estampes publiées par Duflos, prétendument basées sur les œuvres de Boucher. Ces estampes ont été gravées à partir de dessins réalisés par les élèves les moins compétents de Boucher, sans son accord. Boucher ne reconnaît pas ces copies, jugées infidèles. Le texte insiste sur l'importance d'informer le public pour préserver l'honneur des arts et la réputation des artistes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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335
p. 146-151
LETTRE A M. *** Sur la Peinture encaustique.
Début :
Le goût que vous avez pour les arts m'étoit garant de la satisfaction que [...]
Mots clefs :
Peinture à l'encaustique, Peinture, Tableaux, Couleurs, Ombres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A M. *** Sur la Peinture encaustique.
LETTRE
@
A M. **
Sur la Peinture encaustique .
E goût que vous avez pour les arts
m'étoit garant de la fatisfaction que
devoit vous procurer la découverte qu'on
vient de faire , & j'étois perfuadé d'avance
que vous feriez infiniment flaté d'apprendre
qu'on pouvoit avoir retrouvé une façon
de peindre perdue depuis un fi grand
nombre de fiécles. Mais je fuis fâché d'être
hors d'état de fatisfaire votre curiofité, qui
eft bien naturelle à un amateur tel que vous.
Tous les papiers publics , dites-vous , vous
ont parlé de la peinture encauftique , mais
aucun ne vous à dévoilé le myftere de cette
maniere de peindre . Comment vous en auroient-
ils inftruit , puifque malgré toutes
mes démarches , je ne puis vous en parler
moi-même qu'en général ? Vous avez raiſon
d'obferver qu'il y a un très-grand avan
tage à préfenter aux Peintres une augmen
tation de moyens pour le charme de nos
yeux .
L'impatience de nos Artiftes , qui n'eft
dans eux qu'une noble émulation , en a
MARS. 1755. 147
déja engagé plufieurs à peindre avec de
la cire. Ils font même parvenus à faire des
chofes très belles & très - agréables ; mais
leur préparation avantageufe en elle - même,
ne me paroît point être celle du tableau
que M. Vien a expofé à la derniere
affemblée publique de l'Académie des Belles-
Lettres. J'ai eu occafion d'examiner de
près ce beau buite de Minerve , j'ai confideré
avec toute l'attention dont je fuis
capable , les tableaux des autres Artiſtes
dont je viens de vous parler , & je vous
avoue que par cette comparaifon j'ai cru
reconnoître de grandes différences dans
leur pratique ; & foit que le feu ait moins
de part à l'opération de ces derniers ; je
fuis perfuadé que peindre à la cine n'eft
pas la maniere encauftique dont on eſt
occupé,
Pour éclaircir mes doutes & les vôtres ,
j'ai été voir M. le Comte de Caylus ; &
fur les queftions que je lui ai faites , il
m'a répondu avec cette franchiſe que vous
Jui connoiffez , qu'il ne pouvoit m'inftrui.
re. J'ai témoigné avoir envie de confulter
auffi M. Majault , Médecin de la Faculté ,
qui l'a aidé de fes lumieres dans la recherche
de la peinture en queftion ; mais il m'a
très fort affuré que je ne ferois pas plus
heureux auprès de ce Docteur , & qu'il
-
?
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
uferoit de la même difcrétion . Au reſte
M. le C. de Caylus ne m'a point laiffé
ignorer le motif de fon filence : il eft dans
le deffein de rendre cette pratique publique
, & il ne veut point découvrir fon fecret
avant ce tems- là. Il m'a affuré n'avoir
point d'autre objet que l'explication de
quelques paffages de Pline , mais il eſt retenu
par une idée de bon citoyen. Il voudroit
que la pratique en queſtion ne fût
connue , au moins pendant quelques mois ,
que par les Peintres de l'école françoiſe ;
mais l'exécution de ce projet eft d'autant
plus difficile , qu'une Académie entiere n'a
jamais gardé de fecret : ainfi j'efpere que
nous ferons bientôt éclaircis du véritable
moyen qui vraiſemblablement doit êtrè
le plus approchant de celui des anciens.
Nous aurons à la fois toutes les préparations
néceffaires pour employer l'encauftique
fur le bois , la toile , le plâtre & la
pierre on me l'a ainfi perfuadé. Mais
avant que nous foyons inftruits des détails
de cette découverte , permettez que je
vous communique quelques réflexions gé
nérales , qui pourront fervir de réponſe à
plufieurs de vos questions.
Il ne doit jamais y avoir d'exclufion
dans les Arts. Un moyen de plus eft un
avantage pour l'art & pour l'Artifte ; cat
MAR S. 1755 149
enfin une pratique peut convenir à un objet
plutôt qu'une autre. La peinture encauftique
, par exemple , a plus d'attrait
pour l'oeil , & peut être préférée pour une
place au plus grand jour , à un jour de face ,
car elle n'a point de luifant & fe voit également
de tous les points de vûe : d'ailleurs
, comme vous l'avez très -bien obfervé
, elle ne change rien au génie , non plus
qu'au faire d'un Artifte , & le maniment
de l'outil ne cauſe aucune différence ; il eſt
abfolument le même , & ne craignez pas
que l'encauftique porte aucun préjudice à
la peinture à l'huile. La premiere n'eft qu'un
moyen de plus , une variété dans l'exécution
: je prévois qu'elle pourra produire
un grand avantage , celui de conduire les
Artiſtes à fe donner plus de foin pour le
choix & pour la préparation des couleurs.
Vous fçavez , Monfieur , que la peinture
n'eft qu'une oppofition de la lumiere aux
ombres ; vous n'ignorez pas que l'huile
jaunit toutes les couleurs , les plus claires
ne font pas à l'abri de cet inconvénient ,
qui fe fait fentir , pour ainfi dire , même
fur la palette . Par une conféquence
néceffaire les ombres font toujours plus
fortes ; c'eft ce qui a fait contracter l'habitude
du noir. Cette habitude eft d'autant
plus dangereufe que le public regarde les
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
tableaux dans lefquels les ombres font
noircies au point de ne rien diftinguer ,
comme des tableaux vigoureux : cette vigueur
eft vraie quelquefois , mais elle n'a
point fon principe dans une couleur outrée
, mais feulement dans la maniere de
penfer de l'artiſte & dans fa façon de voir
la nature. Quoiqu'il en foit , les tableaux
des plus grands Maîtres ont tellement noirci
, qu'il n'y a plus d'harmonie , & que
nous ne jugeons aujourd'hui dans le plus
grand nombre de leurs ouvrages , que du
trait & de la beauté du pinceau dans les
clairs , fans qu'il foit poffible d'avoir une
idée jufte de l'harmonie ; on eft presque
toujours dans la néceffité de la fuppofer.
Au contraire une peinture toujours claire ,
dont les lumieres font rendues avec plus
de vérité , dont les ombres font vraies fans
être chargées , & dans lefquelles l'oeil fe
promene , accoutumera ceux qui pratiquent
l'une & l'autre maniere , à éviter le
noir fi funefte au Peintre & à la peinture.
L'encauftique fera plus encore , elle por
tera ceux qui travailleront à l'huile , &
qui verront dans les cabinets , dans les
Eglifes , &c. des tableaux plus lumineux ,
à fe tenir eux - mêmes plus hauts & plus
clairs enfin l'harmonie , cette fille du
ciel, fe confervera plus long-tems dans leurs
:
M. AR S. 1755. 151
ouvrages , telle qu'ils l'auront produite..
Un grand bien qui pourroit encore en réfulter
, c'eft d'engager les artiftes à fe donner
pour les couleurs qu'ils employent en
travaillant à l'huile , les attentions , les foins
& la propreté dont nous admirons le fuccès
& le fruit dans les ouvrages des plus
anciens Peintres modernes , c'eft - à - dire
ceux qui ont travaillé dans les commencemens
de la découverte de la peinture à
F'huile. Les artistes de ce tems faifoient
préparer leurs couleurs fous leurs yeux &
dans leur attelier , ainfi que les Médecins
des premiers fiécles compofoient eux-mê
mes leurs remedes ; mais depuis long- tems
ils fe confient entierement , ceux-ci aux
pharmaciens , les autres aux marchands de
couleurs , & la peinture en fouffre confidérablement.
Mais en voilà affez fur cette
matiere : je me fuis jetté dans des réflexions
générales , parce que je ne pouvois vous
inftruire de ce qui fait l'objet de votre
lettre. Vous me pardonnerez les longueurs
de celle - ci , à cauſe du motif qui m'anime.
Je fuis , & c.
P. S, J'ouvre ma lettre pour vous dire
qu'ayant été de nouveau chez M. Vien
j'y ai vû une tête d'Anacréon peinte en
encauftique fur un des plus gros coutils
& qui produit un effet furprenant.
@
A M. **
Sur la Peinture encaustique .
E goût que vous avez pour les arts
m'étoit garant de la fatisfaction que
devoit vous procurer la découverte qu'on
vient de faire , & j'étois perfuadé d'avance
que vous feriez infiniment flaté d'apprendre
qu'on pouvoit avoir retrouvé une façon
de peindre perdue depuis un fi grand
nombre de fiécles. Mais je fuis fâché d'être
hors d'état de fatisfaire votre curiofité, qui
eft bien naturelle à un amateur tel que vous.
Tous les papiers publics , dites-vous , vous
ont parlé de la peinture encauftique , mais
aucun ne vous à dévoilé le myftere de cette
maniere de peindre . Comment vous en auroient-
ils inftruit , puifque malgré toutes
mes démarches , je ne puis vous en parler
moi-même qu'en général ? Vous avez raiſon
d'obferver qu'il y a un très-grand avan
tage à préfenter aux Peintres une augmen
tation de moyens pour le charme de nos
yeux .
L'impatience de nos Artiftes , qui n'eft
dans eux qu'une noble émulation , en a
MARS. 1755. 147
déja engagé plufieurs à peindre avec de
la cire. Ils font même parvenus à faire des
chofes très belles & très - agréables ; mais
leur préparation avantageufe en elle - même,
ne me paroît point être celle du tableau
que M. Vien a expofé à la derniere
affemblée publique de l'Académie des Belles-
Lettres. J'ai eu occafion d'examiner de
près ce beau buite de Minerve , j'ai confideré
avec toute l'attention dont je fuis
capable , les tableaux des autres Artiſtes
dont je viens de vous parler , & je vous
avoue que par cette comparaifon j'ai cru
reconnoître de grandes différences dans
leur pratique ; & foit que le feu ait moins
de part à l'opération de ces derniers ; je
fuis perfuadé que peindre à la cine n'eft
pas la maniere encauftique dont on eſt
occupé,
Pour éclaircir mes doutes & les vôtres ,
j'ai été voir M. le Comte de Caylus ; &
fur les queftions que je lui ai faites , il
m'a répondu avec cette franchiſe que vous
Jui connoiffez , qu'il ne pouvoit m'inftrui.
re. J'ai témoigné avoir envie de confulter
auffi M. Majault , Médecin de la Faculté ,
qui l'a aidé de fes lumieres dans la recherche
de la peinture en queftion ; mais il m'a
très fort affuré que je ne ferois pas plus
heureux auprès de ce Docteur , & qu'il
-
?
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
uferoit de la même difcrétion . Au reſte
M. le C. de Caylus ne m'a point laiffé
ignorer le motif de fon filence : il eft dans
le deffein de rendre cette pratique publique
, & il ne veut point découvrir fon fecret
avant ce tems- là. Il m'a affuré n'avoir
point d'autre objet que l'explication de
quelques paffages de Pline , mais il eſt retenu
par une idée de bon citoyen. Il voudroit
que la pratique en queſtion ne fût
connue , au moins pendant quelques mois ,
que par les Peintres de l'école françoiſe ;
mais l'exécution de ce projet eft d'autant
plus difficile , qu'une Académie entiere n'a
jamais gardé de fecret : ainfi j'efpere que
nous ferons bientôt éclaircis du véritable
moyen qui vraiſemblablement doit êtrè
le plus approchant de celui des anciens.
Nous aurons à la fois toutes les préparations
néceffaires pour employer l'encauftique
fur le bois , la toile , le plâtre & la
pierre on me l'a ainfi perfuadé. Mais
avant que nous foyons inftruits des détails
de cette découverte , permettez que je
vous communique quelques réflexions gé
nérales , qui pourront fervir de réponſe à
plufieurs de vos questions.
Il ne doit jamais y avoir d'exclufion
dans les Arts. Un moyen de plus eft un
avantage pour l'art & pour l'Artifte ; cat
MAR S. 1755 149
enfin une pratique peut convenir à un objet
plutôt qu'une autre. La peinture encauftique
, par exemple , a plus d'attrait
pour l'oeil , & peut être préférée pour une
place au plus grand jour , à un jour de face ,
car elle n'a point de luifant & fe voit également
de tous les points de vûe : d'ailleurs
, comme vous l'avez très -bien obfervé
, elle ne change rien au génie , non plus
qu'au faire d'un Artifte , & le maniment
de l'outil ne cauſe aucune différence ; il eſt
abfolument le même , & ne craignez pas
que l'encauftique porte aucun préjudice à
la peinture à l'huile. La premiere n'eft qu'un
moyen de plus , une variété dans l'exécution
: je prévois qu'elle pourra produire
un grand avantage , celui de conduire les
Artiſtes à fe donner plus de foin pour le
choix & pour la préparation des couleurs.
Vous fçavez , Monfieur , que la peinture
n'eft qu'une oppofition de la lumiere aux
ombres ; vous n'ignorez pas que l'huile
jaunit toutes les couleurs , les plus claires
ne font pas à l'abri de cet inconvénient ,
qui fe fait fentir , pour ainfi dire , même
fur la palette . Par une conféquence
néceffaire les ombres font toujours plus
fortes ; c'eft ce qui a fait contracter l'habitude
du noir. Cette habitude eft d'autant
plus dangereufe que le public regarde les
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
tableaux dans lefquels les ombres font
noircies au point de ne rien diftinguer ,
comme des tableaux vigoureux : cette vigueur
eft vraie quelquefois , mais elle n'a
point fon principe dans une couleur outrée
, mais feulement dans la maniere de
penfer de l'artiſte & dans fa façon de voir
la nature. Quoiqu'il en foit , les tableaux
des plus grands Maîtres ont tellement noirci
, qu'il n'y a plus d'harmonie , & que
nous ne jugeons aujourd'hui dans le plus
grand nombre de leurs ouvrages , que du
trait & de la beauté du pinceau dans les
clairs , fans qu'il foit poffible d'avoir une
idée jufte de l'harmonie ; on eft presque
toujours dans la néceffité de la fuppofer.
Au contraire une peinture toujours claire ,
dont les lumieres font rendues avec plus
de vérité , dont les ombres font vraies fans
être chargées , & dans lefquelles l'oeil fe
promene , accoutumera ceux qui pratiquent
l'une & l'autre maniere , à éviter le
noir fi funefte au Peintre & à la peinture.
L'encauftique fera plus encore , elle por
tera ceux qui travailleront à l'huile , &
qui verront dans les cabinets , dans les
Eglifes , &c. des tableaux plus lumineux ,
à fe tenir eux - mêmes plus hauts & plus
clairs enfin l'harmonie , cette fille du
ciel, fe confervera plus long-tems dans leurs
:
M. AR S. 1755. 151
ouvrages , telle qu'ils l'auront produite..
Un grand bien qui pourroit encore en réfulter
, c'eft d'engager les artiftes à fe donner
pour les couleurs qu'ils employent en
travaillant à l'huile , les attentions , les foins
& la propreté dont nous admirons le fuccès
& le fruit dans les ouvrages des plus
anciens Peintres modernes , c'eft - à - dire
ceux qui ont travaillé dans les commencemens
de la découverte de la peinture à
F'huile. Les artistes de ce tems faifoient
préparer leurs couleurs fous leurs yeux &
dans leur attelier , ainfi que les Médecins
des premiers fiécles compofoient eux-mê
mes leurs remedes ; mais depuis long- tems
ils fe confient entierement , ceux-ci aux
pharmaciens , les autres aux marchands de
couleurs , & la peinture en fouffre confidérablement.
Mais en voilà affez fur cette
matiere : je me fuis jetté dans des réflexions
générales , parce que je ne pouvois vous
inftruire de ce qui fait l'objet de votre
lettre. Vous me pardonnerez les longueurs
de celle - ci , à cauſe du motif qui m'anime.
Je fuis , & c.
P. S, J'ouvre ma lettre pour vous dire
qu'ayant été de nouveau chez M. Vien
j'y ai vû une tête d'Anacréon peinte en
encauftique fur un des plus gros coutils
& qui produit un effet furprenant.
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Résumé : LETTRE A M. *** Sur la Peinture encaustique.
La lettre aborde la redécouverte de la peinture encaustique, une technique ancienne perdue depuis des siècles. L'auteur regrette de ne pas pouvoir fournir des détails précis sur cette méthode, malgré de nombreuses tentatives. Plusieurs artistes ont expérimenté la peinture à la cire, mais les résultats obtenus diffèrent et ne correspondent pas toujours à la véritable technique encaustique. L'auteur a consulté le Comte de Caylus et le médecin Majault, tous deux impliqués dans la recherche, mais ils ont refusé de divulguer le secret, souhaitant le garder confidentiel jusqu'à ce qu'il soit partagé avec les peintres de l'école française. La lettre met en avant les avantages potentiels de la peinture encaustique, notamment son attrait visuel et son absence de luisant, ce qui la rend adaptée pour des expositions en plein jour. L'auteur espère que cette redécouverte encouragera les artistes à accorder plus d'attention à la préparation et au choix des couleurs, améliorant ainsi la qualité et la durabilité des œuvres. Il conclut en exprimant l'espoir que cette nouvelle technique bénéficiera à l'art et aux artistes, sans porter préjudice à la peinture à l'huile.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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336
p. 152-154
GRAVURE.
Début :
L'Accueil favorable que le public a fait à l'estampe du Philosophe en méditation, [...]
Mots clefs :
Tableau, Estampe, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAV U R E.
' Accueil favorable que le public a fait
que le fieur Surugue , Graveur du Roi , a
faite d'après le précieux tableau de Rimbrant
, qui eft dans le cabinet de M. leComte
de Vence , & la bienveillance de cet
illuftre amateur pour les Artiftes , ont engagé
l'auteur à entreprendre de graver le
fecond tableau du même Maître qu'il poffede
auffi , & qui fait le regard du premier.
Il repréfente un autre Philofophe
affis devant une table tout proche d'une
fenêtre , d'où vient la lumiere qui éclaire
le fujet ; l'attitude attentive de la tête &
des mains jointes pofées fur fes genoux ,
font voir qu'il eft abforbé , pour ainfi dire,
par la contemplation de quelque idée abſtraite
. Sur le devant à droite de celui qui
regarde l'eftampe , eft une cuifiniere qui
en tirant à elle d'une main une marmite ,
de l'autre attife le feu ; dans le fond eft
un efcalier fingulier , fur lequel , & dans
l'ombre, eft une Dame qui ouvre une porte
& tient d'une main une theïere.
Rimbrant paroît avoir voulu repréſenter
dans ces deux tableaux les effets de deux
MAR S. 1755. 153
:
lumieres différentes pour éclairer un même
lieu dans le premier c'eft un coup de foleil
, qui entrant par une fenêtre produit
une lumiere vive , mais fixée en un endroit.
Le tableau que l'on donne aujour
d'hui eft de même éclairé par une fenêtre
ouverte , mais feulement par un jour naturel
, fans foleil , qui répand une lumiere
plus douce fur les objets qu'elle rencontre
; cette différence extrêmement difficile
à exprimer en peinture & encore plus en
gravûre , fe trouve auffi vraie dans les
eftampes qu'elles le font dans les tableaux.
Ces eftampes fe débitent chez l'auteur
rue des Noyers , attenant un magafin de
papier , vis -à- vis S. Yves , à Paris.
Nous donnons avis auffi , & nous croyons
obliger le public , que l'on trouve chez ledit
fieur Surugue , Graveur du Roi , Phif
toire de Don Quichote , en vingt- cinq eftampes
, peintes par Ch. Coypel , premier
Peintre du Roi.
Le Roman comique de Scarron , en feize
eftampes , peintes par Pater , dont les tableaux
deviennent très-rares.
C
La galerie de l'Hôtel de Bretonvilliers ,
peinte en quatorze tableaux , par Sebaftien
Bourdon , dont le grand mérite eft connu
elles font gravées par lui -même.
La galerie du Palais royal , repréſentant
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
l'Énéïde de Virgile , en quinze eftampes ,
gravées par les plus habiles Graveurs de
Paris , fur les tableaux d'Ant. Coypel .
Et auffi toutes fortes d'eftampes , dont
il diftribue gratis le catalogue.
' Accueil favorable que le public a fait
que le fieur Surugue , Graveur du Roi , a
faite d'après le précieux tableau de Rimbrant
, qui eft dans le cabinet de M. leComte
de Vence , & la bienveillance de cet
illuftre amateur pour les Artiftes , ont engagé
l'auteur à entreprendre de graver le
fecond tableau du même Maître qu'il poffede
auffi , & qui fait le regard du premier.
Il repréfente un autre Philofophe
affis devant une table tout proche d'une
fenêtre , d'où vient la lumiere qui éclaire
le fujet ; l'attitude attentive de la tête &
des mains jointes pofées fur fes genoux ,
font voir qu'il eft abforbé , pour ainfi dire,
par la contemplation de quelque idée abſtraite
. Sur le devant à droite de celui qui
regarde l'eftampe , eft une cuifiniere qui
en tirant à elle d'une main une marmite ,
de l'autre attife le feu ; dans le fond eft
un efcalier fingulier , fur lequel , & dans
l'ombre, eft une Dame qui ouvre une porte
& tient d'une main une theïere.
Rimbrant paroît avoir voulu repréſenter
dans ces deux tableaux les effets de deux
MAR S. 1755. 153
:
lumieres différentes pour éclairer un même
lieu dans le premier c'eft un coup de foleil
, qui entrant par une fenêtre produit
une lumiere vive , mais fixée en un endroit.
Le tableau que l'on donne aujour
d'hui eft de même éclairé par une fenêtre
ouverte , mais feulement par un jour naturel
, fans foleil , qui répand une lumiere
plus douce fur les objets qu'elle rencontre
; cette différence extrêmement difficile
à exprimer en peinture & encore plus en
gravûre , fe trouve auffi vraie dans les
eftampes qu'elles le font dans les tableaux.
Ces eftampes fe débitent chez l'auteur
rue des Noyers , attenant un magafin de
papier , vis -à- vis S. Yves , à Paris.
Nous donnons avis auffi , & nous croyons
obliger le public , que l'on trouve chez ledit
fieur Surugue , Graveur du Roi , Phif
toire de Don Quichote , en vingt- cinq eftampes
, peintes par Ch. Coypel , premier
Peintre du Roi.
Le Roman comique de Scarron , en feize
eftampes , peintes par Pater , dont les tableaux
deviennent très-rares.
C
La galerie de l'Hôtel de Bretonvilliers ,
peinte en quatorze tableaux , par Sebaftien
Bourdon , dont le grand mérite eft connu
elles font gravées par lui -même.
La galerie du Palais royal , repréſentant
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
l'Énéïde de Virgile , en quinze eftampes ,
gravées par les plus habiles Graveurs de
Paris , fur les tableaux d'Ant. Coypel .
Et auffi toutes fortes d'eftampes , dont
il diftribue gratis le catalogue.
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Résumé : GRAVURE.
Le graveur du Roi, Surugue, a reçu un accueil favorable pour une gravure réalisée d'après un tableau de Rembrandt appartenant au comte de Vence. Encouragé par ce succès, Surugue a gravé un second tableau de Rembrandt, représentant un philosophe en contemplation abstraite. Cette scène inclut une cuisinière et une dame dans l'ombre, éclairée par une lumière naturelle douce, contrastant avec la lumière vive du premier tableau. Les estampes de Surugue sont vendues rue des Noyers à Paris. Parmi les autres œuvres disponibles, on trouve des estampes de 'Don Quichotte' par Charles Coypel, du 'Roman comique' de Scarron par Pater, et des gravures de la galerie de l'Hôtel de Bretonvilliers par Sébastien Bourdon. Une série d'estampes représentant 'L'Énéïde' de Virgile, gravées par des artistes parisiens d'après les tableaux d'Antoine Coypel, est également mentionnée. Surugue distribue gratuitement le catalogue de ces œuvres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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337
p. 8-14
REFLEXIONS SUR LE GOUT.
Début :
La décadence du goût contre laquelle on avoit commencé à s'élever sur les [...]
Mots clefs :
Goût, Réflexions, Luxe, Talents, Musique, Poésie, Peinture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS SUR LE GOUT.
REFLEXIONS
SUR LE GOU T.
A décadence du goût contre laquelle
L'on
on avoit commencé à s'élever fur les
dernieres années de Louis XIV , eft aujourd'hui
fenfible. La fcience eft devenue
portative , elle eft renfermée dans cinq
ou fix volumes in- 12 : on pourroit prédans
peu
elle ne formera qu'un
fumer que
almanach
.
M. de Voltaire fait à Colmar des livres
qui demeurent inconnus , ou ne parviennent
pas au -delà de Thanne & de Scheleftat
. Il continue à fon aife fes Annales de
l'Empire & fon Hiftoire univerfelle , fans
qu'on s'en embarraffe ; le titre même de
fes autres ouvrages eft ignoré.
Il ne paroit prefque plus de plus de livres
nouveaux. L'Auteur ou l'Imprimeur s'y
ruinent , felon que les frais de l'impreffion
tombent fur l'un ou fur l'autre .
La plupart des arts utiles ne fe confervent
que par la routine des vieux ouvriers ;
* Il me femble qu'on ne doit pas fe plaindre de
la quantité ni du débit ; c'eft fur la qualité qu'on
peut fe récrier.
AVRIL. 1755.
•
c'eft fur de tels appuis que roulent nos
manufactures. Les directeurs & les maîtres
ne fçauroient pas conduire leurs travaux
.
+
On fe plaint généralement du peu de
vigueur qu'on voit aujourd'hui dans la
circulation du commerce : il faudroit fe
plaindre du peu d'amour qu'on a pour les
arts * .
La recherche des commodités de la vie
& la jouiffance des plaifirs délicats font
devenues une occupation férieufe , & femblent
confondre prefque tous les états.
Quand un Artiſte a travaillé pour les
commodités d'autrui , il abandonne fon
talent , & emploie fon gain à faire travailler
pour les fiennes .
Les fages politiques qui ont cherché à
introduire le luxe , ont mal réuffi ....
( Пy a ici une lacune ) . ༡
L'excès du luxe ne peut pas nuire ;
cela n'eft vrai en bonne politique qu'en
fuppofant qu'an Marchand qui tiendra
table ouverte & donnera des concerts
ne fermera pas fa boutique ; qu'un Tailleur
qui roulera carroffe , ne ceffera pas
de faire des habits * ; mais le nombre des
Je crois que cette partie eft très- cultivée à
bien des égards .
* Le fameux P .... fait plus d'habits & d'envois
* A v
10 MERCURE DE FRANCE.
ouvriers diminuant tous les jours , on eft
obligé d'augmenter le prix des marchandifes'
, & là même d'en rendre la confompar
mation plus difficile . Rien ne prouve mieux
la richeffe d'un Etat , ou la circulation du
commerce , que le bon marché auquel on
achete tout ce qui fert aux befoins & aux
commodités de la vie . * Ainfi l'abus du
luxe ne confifte pas en ce qu'on dépenfe
trop ; mais en ce que , par un faux éclat
qu'on attache au luxe , on méprife , ou du
moins on délaiffe les arts , & on ne travaille
pas affez .
Le rapport intime d'un luxe exceffif
avec la décadence des arts , eft une de ces
vérités qui ne font pas affez connues ; les
conféquences de l'un à l'autre ne font
pas
auffi éloignées qu'elles le paroiffent.
A peine a-t- on acquis un état au-deffus
du commun du peuple , qu'on afpire à
fentir toute la fineffe que l'imagination a
inventée dans les plaifirs de pur agrément.
On veut être auffi -tôt Peintre , Poëte &
qu'il n'en a jamais faits , quoiqu'il ait depuis longtems
équipage , & le nombre de fes garçons augmente
toutes les années.
* Les provinces de France où on vit à meilleur
compte , font au contraire les moins riches , &
c'eft dans les villes où le commerce fleurit le
plus , que tout eft le plus cher.
AVRIL. 1755. II
Muficien : on aime ces talens , parce qu'ils
font rares , & qu'ils fervent beaucoup à la
parure de l'efprit : auffi nous donnent - ils
lieu de connoître la meſure des lumieres
générales , & la trempe du goût .
Rien n'eft plus commun que de trouver
ce qu'on appelle des connoiffeurs en Peinture
, en Poëfie & en Mufique , mais on
trouve rarement des gens qui fçachent
diftinguer feulement un tableau de Raphael
d'avec un de Teniers ; on parle de
coloris & de coftume fans fçavoir ce que
ces mots fignifient . En voici la preuve.
Vanloo ou Reftout trouveront deux mille
livres d'un ouvrage qui leur aura coûté
un an de travail : un barbouilleur de cabinets
& d'alcoves gagnera dix ou douze
mille livres dans cet intervalle. Tout Paris
s'empreffera de voir des peintures groffieres
qui tapifferont le bureau ou la falle
à manger d'un particulier * ; peu de monde
ira vifiter des chefs- d'oeuvres expofés au
vieux Louvre.
On fe pique de fe connoître en poëfie ,
& de l'aimer. M. de Crébillon donne une
tragédie nouvelle ; on en parle le premier
jour à un fouper : d'ailleurs on n'eft pas au
* Cette accufation eft exagérée . Le public a
couru voir en foule les tableaux expoſés dans le
dernier fallon.
A vj
12 MERCURE DE FRANCE .
tant affecté de cet événement qu'on l'étoit
autrefois d'un quatrain de Benferade.
On s'attache encore plus à prouver fon
goût pour la mufique ; cependant l'auteur
de Titon & l'Aurore expofe au goût du
public une Paftorale languedocienne ; on
la trouve d'abord froide , languiffante , &
d'une bizarrerie infoutenable ; la falle du
fpectacle eft deferte pendant un tems.
Quelques perfonnes dont le bon goût ne
peut être contredit , ayant difcerné la tendreffe
naïve & touchante qui regne dans
cet agréable ouvrage , en ont empêché la
chûte.
Théfée fervira mieux d'exemple . En
vain les bons juges ont admiré la profonde
harmonie de cet Opéra mâle & vigoureux ,
ils n'ont pu garantir Lulli de l'infulte qu'on
a faite à fes cendres. On a écouté de fangfroid
les fons raviffans de la charmante
Fel & de l'incomparable Jeliotte , les nobles
tranfports de Mlle Chevalier , & les
reftes précieux des accens majestueux de
Chaffe ; à peine a-t-on encouragé par quelques
applaudiffemens Mlle Davaux , qui
par les progrès qu'elle a faits depuis quel
que tems , donne de fi grandes efpérances.
La mufique de Lulli a été goutée par trop
de monde ; c'est pourquoi elle ne l'eft plus
AVRIL. 1755.
13
tant aujourd'hui . S'il étoit auffi facile
d'acquerir les talens que de fe revêtir d'une
nouvelle parure , les arts changeroient
comme les modes ; le nombre des connoiffeurs
fe multiplieroit avec rapidité ; &
comme pour un bon connoiffeur il y en a
cent de mauvais , le goût feroit immolé ,
plutôt qu'il ne l'eft , à la pluralité des fuffrages
: car il ne faut pas croire ce qui fe
dit vulgairement , que les changemens du
goût font le fruit de l'inconftance ; nous
devons dire au contraire , que l'inconf
tance eft l'afyle du goût . La délicateſſe &
la fenfibilité qui le caractériſent , le rendent
incompatible avec cette foule tranchante
d'afpirans préfomptueux dont il eft affiégé :
il fuit , il fe déguife , il invente ; mais
toujours également pourfuivi , il eft contraint
de céder à la force , il difparoît.
La face de la terre fe couvre de ténébres.
A des fiécles éclairés fuccédent des
tems de barbarie , où les hommes connoiffent
à peine les loix de l'humanité. L'hiftoire
nous a laiffé deux époques d'un pareil
defordre qu'il feroit à fouhaiter que
la postérité n'eût pas à nous accufer d'avoir
commencé la troifiéme ! Pour éviter
cette accufation , nous ne fçaurions trop
nous attacher à connoître les véritables
talens , & à n'honorer & à ne récompen14
MERCURE DE FRANCE.
fer que ceux -là . Bien des perfonnes qui
vivent dans le découragement , feront valoir
des talens qu'ils facrifient à l'incerti
tude des récompenfes : nous mettrons un
frein au mauvais goût , ceux qui n'auront
point de talent pour un genre en embrafferont
quelque autre qui leur fera profitable,
&
peu à pen
, chacun
rentrant
dans
fa
fphere & confultant fon génie , travaillera
pour fa patrie en travaillant pour lui-même.
SUR LE GOU T.
A décadence du goût contre laquelle
L'on
on avoit commencé à s'élever fur les
dernieres années de Louis XIV , eft aujourd'hui
fenfible. La fcience eft devenue
portative , elle eft renfermée dans cinq
ou fix volumes in- 12 : on pourroit prédans
peu
elle ne formera qu'un
fumer que
almanach
.
M. de Voltaire fait à Colmar des livres
qui demeurent inconnus , ou ne parviennent
pas au -delà de Thanne & de Scheleftat
. Il continue à fon aife fes Annales de
l'Empire & fon Hiftoire univerfelle , fans
qu'on s'en embarraffe ; le titre même de
fes autres ouvrages eft ignoré.
Il ne paroit prefque plus de plus de livres
nouveaux. L'Auteur ou l'Imprimeur s'y
ruinent , felon que les frais de l'impreffion
tombent fur l'un ou fur l'autre .
La plupart des arts utiles ne fe confervent
que par la routine des vieux ouvriers ;
* Il me femble qu'on ne doit pas fe plaindre de
la quantité ni du débit ; c'eft fur la qualité qu'on
peut fe récrier.
AVRIL. 1755.
•
c'eft fur de tels appuis que roulent nos
manufactures. Les directeurs & les maîtres
ne fçauroient pas conduire leurs travaux
.
+
On fe plaint généralement du peu de
vigueur qu'on voit aujourd'hui dans la
circulation du commerce : il faudroit fe
plaindre du peu d'amour qu'on a pour les
arts * .
La recherche des commodités de la vie
& la jouiffance des plaifirs délicats font
devenues une occupation férieufe , & femblent
confondre prefque tous les états.
Quand un Artiſte a travaillé pour les
commodités d'autrui , il abandonne fon
talent , & emploie fon gain à faire travailler
pour les fiennes .
Les fages politiques qui ont cherché à
introduire le luxe , ont mal réuffi ....
( Пy a ici une lacune ) . ༡
L'excès du luxe ne peut pas nuire ;
cela n'eft vrai en bonne politique qu'en
fuppofant qu'an Marchand qui tiendra
table ouverte & donnera des concerts
ne fermera pas fa boutique ; qu'un Tailleur
qui roulera carroffe , ne ceffera pas
de faire des habits * ; mais le nombre des
Je crois que cette partie eft très- cultivée à
bien des égards .
* Le fameux P .... fait plus d'habits & d'envois
* A v
10 MERCURE DE FRANCE.
ouvriers diminuant tous les jours , on eft
obligé d'augmenter le prix des marchandifes'
, & là même d'en rendre la confompar
mation plus difficile . Rien ne prouve mieux
la richeffe d'un Etat , ou la circulation du
commerce , que le bon marché auquel on
achete tout ce qui fert aux befoins & aux
commodités de la vie . * Ainfi l'abus du
luxe ne confifte pas en ce qu'on dépenfe
trop ; mais en ce que , par un faux éclat
qu'on attache au luxe , on méprife , ou du
moins on délaiffe les arts , & on ne travaille
pas affez .
Le rapport intime d'un luxe exceffif
avec la décadence des arts , eft une de ces
vérités qui ne font pas affez connues ; les
conféquences de l'un à l'autre ne font
pas
auffi éloignées qu'elles le paroiffent.
A peine a-t- on acquis un état au-deffus
du commun du peuple , qu'on afpire à
fentir toute la fineffe que l'imagination a
inventée dans les plaifirs de pur agrément.
On veut être auffi -tôt Peintre , Poëte &
qu'il n'en a jamais faits , quoiqu'il ait depuis longtems
équipage , & le nombre de fes garçons augmente
toutes les années.
* Les provinces de France où on vit à meilleur
compte , font au contraire les moins riches , &
c'eft dans les villes où le commerce fleurit le
plus , que tout eft le plus cher.
AVRIL. 1755. II
Muficien : on aime ces talens , parce qu'ils
font rares , & qu'ils fervent beaucoup à la
parure de l'efprit : auffi nous donnent - ils
lieu de connoître la meſure des lumieres
générales , & la trempe du goût .
Rien n'eft plus commun que de trouver
ce qu'on appelle des connoiffeurs en Peinture
, en Poëfie & en Mufique , mais on
trouve rarement des gens qui fçachent
diftinguer feulement un tableau de Raphael
d'avec un de Teniers ; on parle de
coloris & de coftume fans fçavoir ce que
ces mots fignifient . En voici la preuve.
Vanloo ou Reftout trouveront deux mille
livres d'un ouvrage qui leur aura coûté
un an de travail : un barbouilleur de cabinets
& d'alcoves gagnera dix ou douze
mille livres dans cet intervalle. Tout Paris
s'empreffera de voir des peintures groffieres
qui tapifferont le bureau ou la falle
à manger d'un particulier * ; peu de monde
ira vifiter des chefs- d'oeuvres expofés au
vieux Louvre.
On fe pique de fe connoître en poëfie ,
& de l'aimer. M. de Crébillon donne une
tragédie nouvelle ; on en parle le premier
jour à un fouper : d'ailleurs on n'eft pas au
* Cette accufation eft exagérée . Le public a
couru voir en foule les tableaux expoſés dans le
dernier fallon.
A vj
12 MERCURE DE FRANCE .
tant affecté de cet événement qu'on l'étoit
autrefois d'un quatrain de Benferade.
On s'attache encore plus à prouver fon
goût pour la mufique ; cependant l'auteur
de Titon & l'Aurore expofe au goût du
public une Paftorale languedocienne ; on
la trouve d'abord froide , languiffante , &
d'une bizarrerie infoutenable ; la falle du
fpectacle eft deferte pendant un tems.
Quelques perfonnes dont le bon goût ne
peut être contredit , ayant difcerné la tendreffe
naïve & touchante qui regne dans
cet agréable ouvrage , en ont empêché la
chûte.
Théfée fervira mieux d'exemple . En
vain les bons juges ont admiré la profonde
harmonie de cet Opéra mâle & vigoureux ,
ils n'ont pu garantir Lulli de l'infulte qu'on
a faite à fes cendres. On a écouté de fangfroid
les fons raviffans de la charmante
Fel & de l'incomparable Jeliotte , les nobles
tranfports de Mlle Chevalier , & les
reftes précieux des accens majestueux de
Chaffe ; à peine a-t-on encouragé par quelques
applaudiffemens Mlle Davaux , qui
par les progrès qu'elle a faits depuis quel
que tems , donne de fi grandes efpérances.
La mufique de Lulli a été goutée par trop
de monde ; c'est pourquoi elle ne l'eft plus
AVRIL. 1755.
13
tant aujourd'hui . S'il étoit auffi facile
d'acquerir les talens que de fe revêtir d'une
nouvelle parure , les arts changeroient
comme les modes ; le nombre des connoiffeurs
fe multiplieroit avec rapidité ; &
comme pour un bon connoiffeur il y en a
cent de mauvais , le goût feroit immolé ,
plutôt qu'il ne l'eft , à la pluralité des fuffrages
: car il ne faut pas croire ce qui fe
dit vulgairement , que les changemens du
goût font le fruit de l'inconftance ; nous
devons dire au contraire , que l'inconf
tance eft l'afyle du goût . La délicateſſe &
la fenfibilité qui le caractériſent , le rendent
incompatible avec cette foule tranchante
d'afpirans préfomptueux dont il eft affiégé :
il fuit , il fe déguife , il invente ; mais
toujours également pourfuivi , il eft contraint
de céder à la force , il difparoît.
La face de la terre fe couvre de ténébres.
A des fiécles éclairés fuccédent des
tems de barbarie , où les hommes connoiffent
à peine les loix de l'humanité. L'hiftoire
nous a laiffé deux époques d'un pareil
defordre qu'il feroit à fouhaiter que
la postérité n'eût pas à nous accufer d'avoir
commencé la troifiéme ! Pour éviter
cette accufation , nous ne fçaurions trop
nous attacher à connoître les véritables
talens , & à n'honorer & à ne récompen14
MERCURE DE FRANCE.
fer que ceux -là . Bien des perfonnes qui
vivent dans le découragement , feront valoir
des talens qu'ils facrifient à l'incerti
tude des récompenfes : nous mettrons un
frein au mauvais goût , ceux qui n'auront
point de talent pour un genre en embrafferont
quelque autre qui leur fera profitable,
&
peu à pen
, chacun
rentrant
dans
fa
fphere & confultant fon génie , travaillera
pour fa patrie en travaillant pour lui-même.
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Résumé : REFLEXIONS SUR LE GOUT.
Le texte 'Réflexions sur le goût' met en lumière une décadence du goût et de la science au début du XVIIIe siècle. La science, bien que devenue accessible, est souvent superficielle et réduite à des ouvrages portatifs. Voltaire, par exemple, écrit des livres qui restent inconnus ou ignorés. La publication de nouveaux ouvrages est en déclin, et les arts utiles se maintiennent grâce à la routine des anciens ouvriers. Le commerce et les manufactures souffrent d'un manque de vigueur et d'amour pour les arts. Le luxe est critiqué pour son impact négatif sur les arts et le commerce. L'excès de luxe ne nuit pas tant par la dépense excessive que par le mépris des arts et le manque de travail. Le texte note également une confusion entre les différents états sociaux et une dévaluation des vrais talents artistiques. Le goût pour les arts est superficiel, et les véritables connaisseurs sont rares. Le texte se conclut par un appel à reconnaître et récompenser les vrais talents pour éviter une nouvelle ère de barbarie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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338
p. 153
PEINTURE. Vers pour être mis au bas du portrait de M. Boucher, dessiné par M. Cochin*.
Début :
Ses ouvrages charmans sont pleins de volupté. [...]
Mots clefs :
Portrait, Peintre
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texteReconnaissance textuelle : PEINTURE. Vers pour être mis au bas du portrait de M. Boucher, dessiné par M. Cochin*.
ARTS AGRÉABLES.
PEINTURE.
Vers pour être mis au bas du portrait de M.
Boucher , deffiné par M. Cochin *.
S.Es ouvrages charmans font pleins de volupté.
Rival de la nature , il marche fur fes traces :
C'eft le peintre de la beauté ;
Il embellit même les Graces.
SILEUIL.
PEINTURE.
Vers pour être mis au bas du portrait de M.
Boucher , deffiné par M. Cochin *.
S.Es ouvrages charmans font pleins de volupté.
Rival de la nature , il marche fur fes traces :
C'eft le peintre de la beauté ;
Il embellit même les Graces.
SILEUIL.
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339
p. 153-158
GRAVURE.
Début :
TEMPLE EN L'HONNEUR DE LA DEESSE VENUS, décoration en relief, qui a [...]
Mots clefs :
Gravure, Estampes, Vénus, Rembrandt, Graveur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
EMPLE EN L'HONNEUR DE LA DEESSE
VENUS , décoration en relief , qui a
été exécutéé à Rome , dans la place Farnefe
, en 1747 , à l'occafion de la cérémo-
* On n'a pas cru pouvoir mieux commencer cet
article que par des vers confacrés à la gloire d'unfi
grand Peintre.
Gv
154 MERCURE DE FRANCE:
nie de l'hommage que le royaume de Naples
rend au Saint Siége ; dédié à M. le
Baron de Hutten , Miniftre de S. A. Mgr.
le Prince Evêque de Spire , à la Cour de
France ; gravé par P. Patte , & ſe vend
chez lui , rue des Noyers , la fixiéme porte
cochere à droite en entrant par la rue Saint
Jacques. Prix livre 10 fols , grandeur
de la feuille du Nom de Jefus.
On fçait que depuis long tems le royaume
de Naples paye un tribut au Saint Siége.
Cette cérémonie fe célébre tous les ans à
Rome la veille de la fête de S. Pierre , avecla
plus grande magnificence. Le Prince
Colonne , Grand Connétable de ce royaume
, accompagné de la plupart des Princes
Romains , va en grand frofque préfenter
au Pape , au nom du Roi fon maître , dans
l'Eglife de S. Pierre , une haquenée blanchequi
eft chargée d'une petite caffette , contenant
en cédules * la redevance que le
royaume de Naples paye chaque année au
Saint Siége . A l'occafion de cette cérémonie
on éleve en relief , au milieu de la place
Farneſe , une magnifique décoration d'architecture
, faifant allufion à quelqu'une
des antiquités qui fe voyent à Naples , ou
* Les cédules font des efpéces de billets d'Etat
ou de lettres de change qui ont cours dans l'Etat
Eccléfiaftique.
AVRIL. 1755 I'S'S
dans fes environs , à Pouzzol , à Bayes ,
& autres lieux . Meffieurs les Penfionnaires
du Roi de France à Rome , font fucceffivement
chargés de compofer cette décoration
, & à l'envi cherchent à fe fignaler
tous les ans par quelques penfées d'architecture
grande & fublime. C'eſt une
de ces compofitions qui a fait l'admiration
unanime des connoiffeurs , que l'on vient
de graver fur les deffeins qu'en fit , en
1747 , M. le Lorrain , aujourd'hui Peintre
du Roi , & pour lors Penfionnaire de S. M.
à fon Accadémie de Rome. On ne craint
point d'affurer que cette eftampe eft de
toute beauté pour l'architecture & les effets
piquans de fa perfpective : elle eft
gravée à l'aide d'une feule ligne,, fuivant
la nouvelle maniere de l'auteur , dont nous
avons parlé dans le Mercure du mois de
Février dernier , & elle mérite d'occuper
un rang diſtingué dans les cabinets des
curieux.; be but
LA PLACE DE LOUIS XV , que l'on
éxécute fur l'efplanade du Pont tournant ,
en face des Tuileries , d'après les deffeins
de M. Gabriel ; premier Architecte du Roi ,
dont la premiere pierre a été pofée par la
Ville le 22 Avril 1754 , fe vend gravée
chez le même P. Patte.
i
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
PORTRAIT DE M. GRANDVAL , peint
par Lancret , Peintre du Roi , en 1742 , &
gravé par J. Le Bas , Graveur du cabinet
du Roi ; de même grandeur que celui de
Mlle Camargo. Prix 3 livres. On lit ces
quatre vers au bas du portrait.
D'attendrir , d'égayer , également capable ;
Tantôt héros , tantôt petit- maître galant :
Il repréſente l'un en copifte excellent ,
L'autre en original aimable.
COLLECTION DE SCULPTURES ANTIQUES
Grecques & Romaines , trouvées à Rome
dans les ruines du palais de Neron & de
Marius .
Cette collection eft rare & finguliere ,
tant par la beauté que par la variété des
morceaux qui la compofent. Les originaux
en marbre de Paros & de Salin , font chez
le fieur Adam l'aîné , Sculpteur ordinaire
du Roi , rue Baffe du chemin du Rempart 3
No. 13. derriere la place de Vendôme ,
entre la rue Saint Louis & la rue Neuve
des Capucines . La collection fe vend à Paris
, chez Joullain , Marchand d'eftampes ,
quai de la Megifferie , à l'enſeigne de la
ville de Rome. 1755.
La façon de graver du fameux Rem
AVRIL 17556
137
1
brandt , qui , fous un heureux defordre ,
peint fi fpirituellement les objets avec att
tant de force que de vérité , paroît avoir
été enfévelie avec fon inventeur ; les difficultés
dont elle eft remplie , ont fans doute
été un obftacle pour ceux qui ont
tenté de marcher fur les traces de cet habile
Peintre & Graveur ; heureufement
elles n'ont point effrayé M. de Marcenay ;
il vient de mettre au jour le portrait de
Rembrandt , peint par lui -même , dont
l'original haut de trois pieds & demi fur
trois de large , fe voit dans le cabinet de
M. le Comte de Vence. Ce Peintre y eft
repréſenté dans fa vieilleffe ; le tableau
ne fe reffent en aucune maniere du froid ,
trop ordinaire à cet âge , bien au contraire
touché à plein pinceau , il eft d'un relief
à étonner ; la lumiere qui vient d'en haut
eft habilement dégradée , ce qui répand.
beaucoup de repos & d'harmonie. Ce Peintre
ayant tout facrifié à la tête , s'eft fervi
d'un fond leger , mais éteint , fur lequel
elle fe détache merveilleufement ; & a af
fecté de négliger les mains , la palette , &
tous les acceffoires qui ne femblent qu'indiqués.
L'accueil favorable que les connoiffeurs
ont fait à ce portrait d'une exécution
très-difficile , & qu'on ofe dire qui
118 MERCURE DE FRANCE.
imite le Rembrandt à s'y tromper , a en
gagé cet artifte à graver le pendant , qui
eft le portrait du Teintoret , également
peint par lui-même ; mais celui- ci eft auffi
correct que l'autre eft négligé. L'un &
l'autre fe vendent chez l'auteur , rue des
Vieux Auguftins , près l'égout . Il donnera
dans peu une fuite de divers morceaux
du Rembrandt , & il grave actuellement
une piece capitale tirée du cabinet de M.
le Marquis de Voyer.
EMPLE EN L'HONNEUR DE LA DEESSE
VENUS , décoration en relief , qui a
été exécutéé à Rome , dans la place Farnefe
, en 1747 , à l'occafion de la cérémo-
* On n'a pas cru pouvoir mieux commencer cet
article que par des vers confacrés à la gloire d'unfi
grand Peintre.
Gv
154 MERCURE DE FRANCE:
nie de l'hommage que le royaume de Naples
rend au Saint Siége ; dédié à M. le
Baron de Hutten , Miniftre de S. A. Mgr.
le Prince Evêque de Spire , à la Cour de
France ; gravé par P. Patte , & ſe vend
chez lui , rue des Noyers , la fixiéme porte
cochere à droite en entrant par la rue Saint
Jacques. Prix livre 10 fols , grandeur
de la feuille du Nom de Jefus.
On fçait que depuis long tems le royaume
de Naples paye un tribut au Saint Siége.
Cette cérémonie fe célébre tous les ans à
Rome la veille de la fête de S. Pierre , avecla
plus grande magnificence. Le Prince
Colonne , Grand Connétable de ce royaume
, accompagné de la plupart des Princes
Romains , va en grand frofque préfenter
au Pape , au nom du Roi fon maître , dans
l'Eglife de S. Pierre , une haquenée blanchequi
eft chargée d'une petite caffette , contenant
en cédules * la redevance que le
royaume de Naples paye chaque année au
Saint Siége . A l'occafion de cette cérémonie
on éleve en relief , au milieu de la place
Farneſe , une magnifique décoration d'architecture
, faifant allufion à quelqu'une
des antiquités qui fe voyent à Naples , ou
* Les cédules font des efpéces de billets d'Etat
ou de lettres de change qui ont cours dans l'Etat
Eccléfiaftique.
AVRIL. 1755 I'S'S
dans fes environs , à Pouzzol , à Bayes ,
& autres lieux . Meffieurs les Penfionnaires
du Roi de France à Rome , font fucceffivement
chargés de compofer cette décoration
, & à l'envi cherchent à fe fignaler
tous les ans par quelques penfées d'architecture
grande & fublime. C'eſt une
de ces compofitions qui a fait l'admiration
unanime des connoiffeurs , que l'on vient
de graver fur les deffeins qu'en fit , en
1747 , M. le Lorrain , aujourd'hui Peintre
du Roi , & pour lors Penfionnaire de S. M.
à fon Accadémie de Rome. On ne craint
point d'affurer que cette eftampe eft de
toute beauté pour l'architecture & les effets
piquans de fa perfpective : elle eft
gravée à l'aide d'une feule ligne,, fuivant
la nouvelle maniere de l'auteur , dont nous
avons parlé dans le Mercure du mois de
Février dernier , & elle mérite d'occuper
un rang diſtingué dans les cabinets des
curieux.; be but
LA PLACE DE LOUIS XV , que l'on
éxécute fur l'efplanade du Pont tournant ,
en face des Tuileries , d'après les deffeins
de M. Gabriel ; premier Architecte du Roi ,
dont la premiere pierre a été pofée par la
Ville le 22 Avril 1754 , fe vend gravée
chez le même P. Patte.
i
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
PORTRAIT DE M. GRANDVAL , peint
par Lancret , Peintre du Roi , en 1742 , &
gravé par J. Le Bas , Graveur du cabinet
du Roi ; de même grandeur que celui de
Mlle Camargo. Prix 3 livres. On lit ces
quatre vers au bas du portrait.
D'attendrir , d'égayer , également capable ;
Tantôt héros , tantôt petit- maître galant :
Il repréſente l'un en copifte excellent ,
L'autre en original aimable.
COLLECTION DE SCULPTURES ANTIQUES
Grecques & Romaines , trouvées à Rome
dans les ruines du palais de Neron & de
Marius .
Cette collection eft rare & finguliere ,
tant par la beauté que par la variété des
morceaux qui la compofent. Les originaux
en marbre de Paros & de Salin , font chez
le fieur Adam l'aîné , Sculpteur ordinaire
du Roi , rue Baffe du chemin du Rempart 3
No. 13. derriere la place de Vendôme ,
entre la rue Saint Louis & la rue Neuve
des Capucines . La collection fe vend à Paris
, chez Joullain , Marchand d'eftampes ,
quai de la Megifferie , à l'enſeigne de la
ville de Rome. 1755.
La façon de graver du fameux Rem
AVRIL 17556
137
1
brandt , qui , fous un heureux defordre ,
peint fi fpirituellement les objets avec att
tant de force que de vérité , paroît avoir
été enfévelie avec fon inventeur ; les difficultés
dont elle eft remplie , ont fans doute
été un obftacle pour ceux qui ont
tenté de marcher fur les traces de cet habile
Peintre & Graveur ; heureufement
elles n'ont point effrayé M. de Marcenay ;
il vient de mettre au jour le portrait de
Rembrandt , peint par lui -même , dont
l'original haut de trois pieds & demi fur
trois de large , fe voit dans le cabinet de
M. le Comte de Vence. Ce Peintre y eft
repréſenté dans fa vieilleffe ; le tableau
ne fe reffent en aucune maniere du froid ,
trop ordinaire à cet âge , bien au contraire
touché à plein pinceau , il eft d'un relief
à étonner ; la lumiere qui vient d'en haut
eft habilement dégradée , ce qui répand.
beaucoup de repos & d'harmonie. Ce Peintre
ayant tout facrifié à la tête , s'eft fervi
d'un fond leger , mais éteint , fur lequel
elle fe détache merveilleufement ; & a af
fecté de négliger les mains , la palette , &
tous les acceffoires qui ne femblent qu'indiqués.
L'accueil favorable que les connoiffeurs
ont fait à ce portrait d'une exécution
très-difficile , & qu'on ofe dire qui
118 MERCURE DE FRANCE.
imite le Rembrandt à s'y tromper , a en
gagé cet artifte à graver le pendant , qui
eft le portrait du Teintoret , également
peint par lui-même ; mais celui- ci eft auffi
correct que l'autre eft négligé. L'un &
l'autre fe vendent chez l'auteur , rue des
Vieux Auguftins , près l'égout . Il donnera
dans peu une fuite de divers morceaux
du Rembrandt , & il grave actuellement
une piece capitale tirée du cabinet de M.
le Marquis de Voyer.
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Résumé : GRAVURE.
Le texte présente plusieurs œuvres artistiques et événements historiques. En 1747, une décoration en relief honorant la déesse Vénus a été réalisée à Rome, sur la place Farnèse, à l'occasion d'une cérémonie annuelle où le royaume de Naples rend hommage au Saint-Siège. Cette cérémonie, dirigée par le Prince Colonne, se déroule la veille de la fête de Saint-Pierre et inclut la présentation d'une haquenée blanche portant une cassette contenant des cédules représentant la redevance annuelle. La décoration a été composée par un pensionnaire du Roi de France à Rome et gravée par P. Patte. Elle est disponible à la vente. Le texte mentionne également la place Louis XV, en construction à Paris. Il évoque aussi un portrait de M. Grandval peint par Lancret et gravé par J. Le Bas. Une collection de sculptures antiques grecques et romaines, découvertes dans les ruines du palais de Néron et de Marius, est présentée. Cette collection, composée de morceaux en marbre de Paros et de Salin, est disponible chez le sculpteur Adam l'aîné et chez Joullain, marchand d'estampes. Enfin, le texte évoque le travail de gravure de M. de Marcenay, qui a reproduit des portraits de Rembrandt et du Tintoret, peints par eux-mêmes. Ces gravures sont disponibles chez l'auteur, rue des Vieux Augustins.
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340
p. 163-166
MÉDAILLES. Devises pour les Jettons du premier Janvier 1755.
Début :
TRESOR ROYAL. Un grand fleuve qui se divise en plusieurs [...]
Mots clefs :
Jetons, Médailles, Trésor royal, Parties casuelles, Maison de la reine, Madame la Dauphine, Chambre aux deniers, Marine, Guerres, Artillerie, Colonies françaises en Amérique, Bâtiments du roi, Extraordinaire des guerres, Ordinaire des guerres, Affaires de la chambre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MÉDAILLES. Devises pour les Jettons du premier Janvier 1755.
MÉDAILLES.
Devifes pour les Jettons du premier Janvier
1755.
TRESOR ROYAL.
UNgrand fleuve qui fe diviſe en plufieurs
canaux.
Légende . Divifus prodeft.
Exergue.
Tréfor royal.
1755.
164 MERCURE DE FRANCE.
PARTIES CASUELLES .
Des greffes qu'on ente fur un arbre
effepé .
Legende. Carpent tua poma nepotes.
Exergue.
Parties cafuelles .
1755 .
MAISON DE LA REIN E.
Des lys plantés dans un parterre avec
fymmétrie.
Légende.
Exergue.
Novum ex ferie decus.
Maifon de la Reine.
1755 .
MAISON DE MADAME LA DAUPHINE.
Un foleil , dont la lumiere peinte dans
des nuées voisines , forme trois autres foleils
ou parhélies , qui font les emblêmes
de Mgr le Dauphin , & de Mgrs les Ducs
de Bourgogne & de Berri.
Légende.
Exergue.
Cali Decus.
Maifon de Madame la Dauphine.
1755.
CHAMBRE AUX DENIERS .
Une chambre au milieu de laquelle il y
a une table avec plufieurs facs d'argent deffus
, & quelques - uns de ces facs d'argent
monnoyé répandus fur la table .
Légende. Regali fuppetit ufui.
Exergue.
Chambre aux Deniers.
1755.
EXTRAORDINAIRE DES GUERRES .
Deux Chevaliers armés joûtant dans une
lice .
Légende. Et ludus in armis .
Exergue.
Extraordinaire des guerres.
1755 .
ORDINAIRE DES GUERRES.
Un cheval couché , levant fierement la
tête,
Légende. Dum ad pralia furgat.
Exergue.
Ordinaire des Guerres.
1755 .
MARINE.
Jafon rapportant la toifon d'or .
Légende. Juvat nunc parta tueri.
Exergue.
Marine .
1755.
COLONIES FRANÇOISES EN AMÉRIQUE.
Le navire Argo , avec des peaux de caftor
fufpendues à la place de la toifon d'or.
Legende. Non vilius aures.
166 MERCURE DE FRANCE.
Exergue . Colonies françoiſes en.
Amérique.
1755.
BATIMENS DU ROY.
Minerve , avec l'égide & la cuiraffe , tenant
d'une main des inftrumens d'architecture
; dans le lointain un bâtiment commence
à s'élever .
་
Légende.
Exergue.
Condit quas incolet ades.
Bâtimens du Roi.
1755.
ARTILLERIE .
Des canons fur leurs affuts , liés enſemble
& enchaînés par des branches d'olivier
qui ferpentent à l'entour.
Légende. Va quibus has rupiffe catenas
contigerit.
1755.
MENUS PLAISIRS ET AFFAIRES
DE LA CHAMBRE.
Therpficore , Melpomene & Thalie.
Légende. Latitia lacrymaque decora .
Exergue. Argenterie & menus plaifirs.
1755
Devifes pour les Jettons du premier Janvier
1755.
TRESOR ROYAL.
UNgrand fleuve qui fe diviſe en plufieurs
canaux.
Légende . Divifus prodeft.
Exergue.
Tréfor royal.
1755.
164 MERCURE DE FRANCE.
PARTIES CASUELLES .
Des greffes qu'on ente fur un arbre
effepé .
Legende. Carpent tua poma nepotes.
Exergue.
Parties cafuelles .
1755 .
MAISON DE LA REIN E.
Des lys plantés dans un parterre avec
fymmétrie.
Légende.
Exergue.
Novum ex ferie decus.
Maifon de la Reine.
1755 .
MAISON DE MADAME LA DAUPHINE.
Un foleil , dont la lumiere peinte dans
des nuées voisines , forme trois autres foleils
ou parhélies , qui font les emblêmes
de Mgr le Dauphin , & de Mgrs les Ducs
de Bourgogne & de Berri.
Légende.
Exergue.
Cali Decus.
Maifon de Madame la Dauphine.
1755.
CHAMBRE AUX DENIERS .
Une chambre au milieu de laquelle il y
a une table avec plufieurs facs d'argent deffus
, & quelques - uns de ces facs d'argent
monnoyé répandus fur la table .
Légende. Regali fuppetit ufui.
Exergue.
Chambre aux Deniers.
1755.
EXTRAORDINAIRE DES GUERRES .
Deux Chevaliers armés joûtant dans une
lice .
Légende. Et ludus in armis .
Exergue.
Extraordinaire des guerres.
1755 .
ORDINAIRE DES GUERRES.
Un cheval couché , levant fierement la
tête,
Légende. Dum ad pralia furgat.
Exergue.
Ordinaire des Guerres.
1755 .
MARINE.
Jafon rapportant la toifon d'or .
Légende. Juvat nunc parta tueri.
Exergue.
Marine .
1755.
COLONIES FRANÇOISES EN AMÉRIQUE.
Le navire Argo , avec des peaux de caftor
fufpendues à la place de la toifon d'or.
Legende. Non vilius aures.
166 MERCURE DE FRANCE.
Exergue . Colonies françoiſes en.
Amérique.
1755.
BATIMENS DU ROY.
Minerve , avec l'égide & la cuiraffe , tenant
d'une main des inftrumens d'architecture
; dans le lointain un bâtiment commence
à s'élever .
་
Légende.
Exergue.
Condit quas incolet ades.
Bâtimens du Roi.
1755.
ARTILLERIE .
Des canons fur leurs affuts , liés enſemble
& enchaînés par des branches d'olivier
qui ferpentent à l'entour.
Légende. Va quibus has rupiffe catenas
contigerit.
1755.
MENUS PLAISIRS ET AFFAIRES
DE LA CHAMBRE.
Therpficore , Melpomene & Thalie.
Légende. Latitia lacrymaque decora .
Exergue. Argenterie & menus plaifirs.
1755
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Résumé : MÉDAILLES. Devises pour les Jettons du premier Janvier 1755.
En 1755, des médailles et jetons ont été émis pour diverses institutions et maisons royales françaises. Chaque médaille possède une légende et un exergue spécifiques. Pour le Trésor Royal, la médaille montre un fleuve se divisant en canaux, avec la légende 'Divifus prodeft' et l'exergue 'Trésor royal'. La médaille des Parties Casuelles représente des greffes sur un arbre effepé, avec la légende 'Carpent tua poma nepotes' et l'exergue 'Parties casuelles'. La Maison de la Reine est illustrée par des lys plantés symétriquement, avec la légende 'Novum ex ferie decus' et l'exergue 'Maison de la Reine'. La Maison de Madame la Dauphine présente un soleil formant trois autres soleils, symbolisant le Dauphin et les Ducs de Bourgogne et de Berry, avec la légende 'Cali Decus' et l'exergue 'Maison de Madame la Dauphine'. La Chambre aux Deniers montre une table avec des sacs d'argent défaits et des pièces monnoyées, avec la légende 'Regali fuppetit ufui' et l'exergue 'Chambre aux Deniers'. L'Extraordinaire des Guerres illustre deux chevaliers armés joutant dans une lice, avec la légende 'Et ludus in armis' et l'exergue 'Extraordinaire des guerres'. L'Ordinare des Guerres montre un cheval couché levant fièrement la tête, avec la légende 'Dum ad pralia furgat' et l'exergue 'Ordinare des Guerres'. La Marine représente Jason rapportant la toison d'or, avec la légende 'Juvat nunc parta tueri' et l'exergue 'Marine'. Les Colonies Françaises en Amérique montrent le navire Argo avec des peaux de castor suspendues, avec la légende 'Non vilius aures' et l'exergue 'Colonies françoises en Amérique'. Les Bâtimens du Roi présentent Minerve tenant des instruments d'architecture, avec la légende 'Condit quas incolet ades' et l'exergue 'Bâtimens du Roi'. L'Artillerie illustre des canons liés par des branches d'olivier, avec la légende 'Va quibus has rupiffe catenas contigerit' et l'exergue 'Artillerie'. Enfin, les Menus Plaisirs et Affaires de la Chambre montrent les muses Thespiscore, Melpomène et Thalie, avec la légende 'Latitia lacrymaque decora' et l'exergue 'Argenterie & menus plaifirs'.
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341
p. 26-27
QUATRAIN.
Début :
Le célébre La Tour, l'ornement de notre âge, [...]
Mots clefs :
Maurice-Quentin de La Tour, Peintre du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUATRAIN.
M. de la Tour , Peintre du Roi , ayant
fait préfent de fon portrait à M. l'Abbé
Mangenot , ce dernier a confacré fa reconnoiffance
par ce quatrain , qu'il a mis
au bas.
QUATRAIN.
Le célébre La Tour , l'ornement de notre âge ,
M'a donné fon portrait : j'en connois tout le
prix.
Pour les beaux arts , quel avantage
Si tous les grands talens careffoient les petits !
M. l'Abbé Mangenot parle trop modeftement
de ſes talens , ils font connus par
plufieurs pieces de poëfie très - agréables ;
le fentiment y regne autant que l'efprit.
* Ce portrait a été copié par le fieur Monjoye ,
fon éleve , d'après celui qui a été expofé au Lou
VIC .
MA I. 27 1755.
Il eft auteur d'une églogue charmante , qui
a été couronnée à Touloufe par l'Académie
des Jeux Floraux , & qu'on a fauſlement
attribuée à l'Abbé de Grécourt : elle
commence par cet hémiftiche , Sur la fin
d'un beau jour , & c.
fait préfent de fon portrait à M. l'Abbé
Mangenot , ce dernier a confacré fa reconnoiffance
par ce quatrain , qu'il a mis
au bas.
QUATRAIN.
Le célébre La Tour , l'ornement de notre âge ,
M'a donné fon portrait : j'en connois tout le
prix.
Pour les beaux arts , quel avantage
Si tous les grands talens careffoient les petits !
M. l'Abbé Mangenot parle trop modeftement
de ſes talens , ils font connus par
plufieurs pieces de poëfie très - agréables ;
le fentiment y regne autant que l'efprit.
* Ce portrait a été copié par le fieur Monjoye ,
fon éleve , d'après celui qui a été expofé au Lou
VIC .
MA I. 27 1755.
Il eft auteur d'une églogue charmante , qui
a été couronnée à Touloufe par l'Académie
des Jeux Floraux , & qu'on a fauſlement
attribuée à l'Abbé de Grécourt : elle
commence par cet hémiftiche , Sur la fin
d'un beau jour , & c.
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Résumé : QUATRAIN.
M. de la Tour, peintre du Roi, a offert son portrait à l'Abbé Mangenot, qui a exprimé sa gratitude par un quatrain. L'Abbé Mangenot est reconnu pour ses talents poétiques. Le portrait a été copié par Monjoye, élève de M. de la Tour, d'après une œuvre exposée au Louvre en 1755. L'Abbé est aussi l'auteur d'une églogue couronnée à Toulouse.
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342
p. 126-131
PEINTURE. Avis aux Dames.
Début :
C'est bien injustement qu'on accuse les Dames d'oisiveté, & qu'on leur [...]
Mots clefs :
Peinture, Dames, Cire, Secret
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PEINTURE. Avis aux Dames.
PEINTURE.
Avis aux Dames.
C'ler Dames d'oifiveté , & qu'on leur
reproche le tems qu'elles paffent à leur
toilette. Si l'on y réfléchit , on trouvera
qu'elles y donnent le moins de momens
qu'il leur eft poffible , & qu'elles faiſiſſent
avec avidité tous les moyens qu'on leur
préfente de les abréger. Une preuve convaincante
de cette vérité eft la mode des
' Eft bien injuftement qu'on accufe
MAI. 1755. 127
perruques qu'elles ont adoptées , quoiqu'elles
fçachent bien qu'elles en font défigurées
, & que tout le monde s'apperçoit
qu'elles portent de faux cheveux : on
a vû même plufieurs d'entr'elles facrifier
la plus belle chevelure , & par conféquent
une partie confidérable de leurs graces naturelles
, à cette commodité.
Cette expérience fait croire que toutes
les inventions qui pourront tendre au bur
de leur épargner du tems , feront également
bien reçues d'elles . Une des chofes
qui les occupe le plus , c'eft l'art de fe mettre
le rouge , qui eft devenu une chofe fi
importante dans l'état , quelque laid qu'il
paroiffe en foi , qu'il eft la marque diftinctive
du rang ou de la richeffe , ou du défaut
de l'un & de l'autre , réparé par des
fervices rendus à la fociété . On a donc
çru faire fa cour aux Dames , en leur donnant
des moyens de fe rendre auffi de fe rendre auffi rouges
qu'elles peuvent le defirer , en peu d'inftans
& d'une maniere permanente , qui
leur épargnera la peine de recommencer
tous les jours.
Le Sr P.... qui depuis long- tems eft
confommé dans l'art de maroufler , c'est- àdire
de coller les toiles peintes ou à peindre
, avertit qu'il a trouvé un fecret admirable
pour maroufler fur le vifage des Da-
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE.
mes , de petites pieces de la plus belle écarlate
, taillées dans la meilleure forme de
couper le rouge , & du dernier goût. Il ofe
affurer qu'ainfi collées , elles pourront
refter attachées pendant environ une an
née pour les perfonnes qui voudront économifer
, & au moins fix mois dans toute
leur fraîcheur
pour les perfonnes plus opulentes
.
On doit remarquer en bon citoyen ,
que ce feroit un encouragement pour les
manufactures d'écarlate établies dans le
royaume , & que cela leur procureroit une
grande confommation , fans fouler perfonne
.
Second avis . Le fieur Loriot a trouvé le
fecret de fixer les paſtels fans altérer la
beauté des couleurs . Il feroit donc facile
de fe faire une fois bien peindre les joues,
foit dans la maniere noble , c'eſt - à - dire
tranchée , foit dans la maniere bourgeoife ,
c'eſt-à- dire imitant le naturel. On pourroit
s'adreffer à quelqu'un des Peintres en paftel
, dont Paris fourmille , & enfuite fixer
cette couleur , de telle maniere que rien
ne puiffe l'altérer.
Troifieme avis. Celui- ci eft le plus important.
Le Sr B .... Peintre du Roi , a
trouvé un nouveau fecret de peindre en
cire , qui n'a ni mauvaiſe odeur ni aucun
MAI. 1755. 129
defagrément ; il délaye la cire dans de l'eau,
& la broye avec les couleurs dont elle femble
diminuer un peu la vivacité ; enfuite il
paffe auprès un fer chaud , qui fond la cire ,
la lie parfaitement avec les couleurs , leur
rend toute leur beauté , & leur procure un
dégré de folidité immuable . On n'oſe cependant
confeiller l'ufage de ce merveilfeux
fecret à toute Dame qui craindroit de
hazarder l'épreuve du fer chaud : peut- être
cette difficulté pourroit - elle reftreindre
l'emploi de cette cire colorée à fi peu de
perfonnes , que celles qui feroient les plus
fûres de s'en fervir fans danger , auroient
lieu de craindre qu'on ne les accusât de
vouloir fe diftinguer dans la fociété .
Ce feroit dommage cependant qu'une
fi belle découverte demeurât inutile , car
elle a un avantage que n'ont pas les deux
autres : c'eft que l'on peut fe laver le vifage
avec de l'eau fans rien ôter à la beauté
de ce rouge. De plus , avec une petite
vergette on y peut donner un luifant qui
égale les plus beaux vernis .
Au refte , comme on donne ici trois
moyens tendans au même but, chacun peut
choifir celui qui lui eft convenable . On efpere
que le beau fexe voudra bien fçavoir
quelque gré à ceux qui s'occupent ainfi
de ce qui peut lui être commode .
Ev
130 MERCURE DE FRANCE.
Réflexion.
On fçait affez que le rouge n'eft que la
marque du rang ou de l'opulence ; car on:
ne peut pas fuppofer que perfonne ait cru
s'embellir avec cette effroyable tache cramoiſie
. Il eſt étonnant qu'on ait attaché cette
diſtinction à une couleur qui eft fi commune
& à fi bon marché , que les plus petites
grifettes pourroient faire cette dépense
auffi abondamment qu'une perfonne de la
plus haute naiffance ; il fembleroit bien plus.
raifonnable qu'on eût adopté l'ufage du
bleu d'outre- mer. *. Cette couleur qui eft
plus chere que la poudre d'or , & dont une
Dame pourroit confommer dans une année
pour la valeur de plus de deux mille écus ,
feroit une preuve de richeffe bien moins
équivoque .
C'eft un Lord qui donne ces importans
avis â nos Dames . Elles trouveront peutêtre
la plaifanterie un peu trop angloife ,
& diront avec dédain qu'elle eft de mauvais
goût ; mais elles doivent la pardonner
à un étranger qui eft plus au fait des
,
* Cet ufage n'eft pas fans exemple. Il y a des
beautés indiennes qui mettent du bleu comme
les nôtres mettent du rouge ; il eft vrai qu'elles
le diftribuent avec plus d'économie , & par petites
veines.
MA I 1755 : 131
beaux arts que du bon ton . D'ailleurs , l'attachement
au rouge eft un mal invétéré ;
on ne peut le guérir que par un cauftique .
Avis aux Dames.
C'ler Dames d'oifiveté , & qu'on leur
reproche le tems qu'elles paffent à leur
toilette. Si l'on y réfléchit , on trouvera
qu'elles y donnent le moins de momens
qu'il leur eft poffible , & qu'elles faiſiſſent
avec avidité tous les moyens qu'on leur
préfente de les abréger. Une preuve convaincante
de cette vérité eft la mode des
' Eft bien injuftement qu'on accufe
MAI. 1755. 127
perruques qu'elles ont adoptées , quoiqu'elles
fçachent bien qu'elles en font défigurées
, & que tout le monde s'apperçoit
qu'elles portent de faux cheveux : on
a vû même plufieurs d'entr'elles facrifier
la plus belle chevelure , & par conféquent
une partie confidérable de leurs graces naturelles
, à cette commodité.
Cette expérience fait croire que toutes
les inventions qui pourront tendre au bur
de leur épargner du tems , feront également
bien reçues d'elles . Une des chofes
qui les occupe le plus , c'eft l'art de fe mettre
le rouge , qui eft devenu une chofe fi
importante dans l'état , quelque laid qu'il
paroiffe en foi , qu'il eft la marque diftinctive
du rang ou de la richeffe , ou du défaut
de l'un & de l'autre , réparé par des
fervices rendus à la fociété . On a donc
çru faire fa cour aux Dames , en leur donnant
des moyens de fe rendre auffi de fe rendre auffi rouges
qu'elles peuvent le defirer , en peu d'inftans
& d'une maniere permanente , qui
leur épargnera la peine de recommencer
tous les jours.
Le Sr P.... qui depuis long- tems eft
confommé dans l'art de maroufler , c'est- àdire
de coller les toiles peintes ou à peindre
, avertit qu'il a trouvé un fecret admirable
pour maroufler fur le vifage des Da-
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE.
mes , de petites pieces de la plus belle écarlate
, taillées dans la meilleure forme de
couper le rouge , & du dernier goût. Il ofe
affurer qu'ainfi collées , elles pourront
refter attachées pendant environ une an
née pour les perfonnes qui voudront économifer
, & au moins fix mois dans toute
leur fraîcheur
pour les perfonnes plus opulentes
.
On doit remarquer en bon citoyen ,
que ce feroit un encouragement pour les
manufactures d'écarlate établies dans le
royaume , & que cela leur procureroit une
grande confommation , fans fouler perfonne
.
Second avis . Le fieur Loriot a trouvé le
fecret de fixer les paſtels fans altérer la
beauté des couleurs . Il feroit donc facile
de fe faire une fois bien peindre les joues,
foit dans la maniere noble , c'eſt - à - dire
tranchée , foit dans la maniere bourgeoife ,
c'eſt-à- dire imitant le naturel. On pourroit
s'adreffer à quelqu'un des Peintres en paftel
, dont Paris fourmille , & enfuite fixer
cette couleur , de telle maniere que rien
ne puiffe l'altérer.
Troifieme avis. Celui- ci eft le plus important.
Le Sr B .... Peintre du Roi , a
trouvé un nouveau fecret de peindre en
cire , qui n'a ni mauvaiſe odeur ni aucun
MAI. 1755. 129
defagrément ; il délaye la cire dans de l'eau,
& la broye avec les couleurs dont elle femble
diminuer un peu la vivacité ; enfuite il
paffe auprès un fer chaud , qui fond la cire ,
la lie parfaitement avec les couleurs , leur
rend toute leur beauté , & leur procure un
dégré de folidité immuable . On n'oſe cependant
confeiller l'ufage de ce merveilfeux
fecret à toute Dame qui craindroit de
hazarder l'épreuve du fer chaud : peut- être
cette difficulté pourroit - elle reftreindre
l'emploi de cette cire colorée à fi peu de
perfonnes , que celles qui feroient les plus
fûres de s'en fervir fans danger , auroient
lieu de craindre qu'on ne les accusât de
vouloir fe diftinguer dans la fociété .
Ce feroit dommage cependant qu'une
fi belle découverte demeurât inutile , car
elle a un avantage que n'ont pas les deux
autres : c'eft que l'on peut fe laver le vifage
avec de l'eau fans rien ôter à la beauté
de ce rouge. De plus , avec une petite
vergette on y peut donner un luifant qui
égale les plus beaux vernis .
Au refte , comme on donne ici trois
moyens tendans au même but, chacun peut
choifir celui qui lui eft convenable . On efpere
que le beau fexe voudra bien fçavoir
quelque gré à ceux qui s'occupent ainfi
de ce qui peut lui être commode .
Ev
130 MERCURE DE FRANCE.
Réflexion.
On fçait affez que le rouge n'eft que la
marque du rang ou de l'opulence ; car on:
ne peut pas fuppofer que perfonne ait cru
s'embellir avec cette effroyable tache cramoiſie
. Il eſt étonnant qu'on ait attaché cette
diſtinction à une couleur qui eft fi commune
& à fi bon marché , que les plus petites
grifettes pourroient faire cette dépense
auffi abondamment qu'une perfonne de la
plus haute naiffance ; il fembleroit bien plus.
raifonnable qu'on eût adopté l'ufage du
bleu d'outre- mer. *. Cette couleur qui eft
plus chere que la poudre d'or , & dont une
Dame pourroit confommer dans une année
pour la valeur de plus de deux mille écus ,
feroit une preuve de richeffe bien moins
équivoque .
C'eft un Lord qui donne ces importans
avis â nos Dames . Elles trouveront peutêtre
la plaifanterie un peu trop angloife ,
& diront avec dédain qu'elle eft de mauvais
goût ; mais elles doivent la pardonner
à un étranger qui eft plus au fait des
,
* Cet ufage n'eft pas fans exemple. Il y a des
beautés indiennes qui mettent du bleu comme
les nôtres mettent du rouge ; il eft vrai qu'elles
le diftribuent avec plus d'économie , & par petites
veines.
MA I 1755 : 131
beaux arts que du bon ton . D'ailleurs , l'attachement
au rouge eft un mal invétéré ;
on ne peut le guérir que par un cauftique .
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Résumé : PEINTURE. Avis aux Dames.
En mai 1755, un texte traite des pratiques de maquillage des femmes et des innovations visant à simplifier leur toilette. Les femmes cherchent à réduire le temps passé à leur maquillage et adoptent des perruques malgré leurs inconvénients esthétiques. Plusieurs inventions sont présentées pour faciliter l'application du rouge, un marqueur de rang ou de richesse. Le Sr P.... propose des pièces d'écarlate à coller sur le visage pour un effet durable. Le sieur Loriot offre un secret pour fixer les pastels, permettant une application permanente du rouge. Le Sr B...., peintre du Roi, présente une technique de peinture en cire sans odeur désagréable, offrant une solidité et une durabilité supérieures. Cependant, son usage pourrait être limité par la peur du fer chaud. Le texte se termine par une réflexion sur l'usage du rouge comme marque de statut, suggérant que le bleu d'outre-mer serait un meilleur indicateur de richesse. Un lord anglais propose ces idées, reconnaissant que les femmes pourraient trouver ses suggestions trop anglo-saxonnes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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343
p. 131-134
GRAVURE. Lettre à l'Auteur du Mercure.
Début :
Je vous adresse, Monsieur, la justification de M. Duflos, attaqué dans l'article [...]
Mots clefs :
Gravure, Estampe, Claude-Augustin Duflos
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE. Lettre à l'Auteur du Mercure.
GRAVURE.
Lettre à l'Auteur du Mercure.
E vous adreffe , Monfieur , la juftifica-
Jinus ad. Duños , attaqué dans l'article
quatrieme du Mercure de Mars : je
vous crois trop équitable pour ne pas
l'inférer
dans celui de Mai ; vous le devez
d'autant plus volontiers qu'elle y tiendra
peu de place ; elle eft auffi courte que fim- eſt
ple.
Un ancien éleve de M. Boucher , &
qu'il ne defavoueroit pas , a remis gratuitement
des deffeins de fon Maître au fieur
Duflos , dont il eft l'ami ; ce Graveur en a
fait l'ufage que tous fes confreres en euffent
fait à fa place. Les deffeins de M. Boucher
plaifent , on fe les arrache ; ils tombent
dans fes mains , il les grave ; affuré du
débit , il les recherche avec plus de foin .
Mais je veux qu'il les eut acquis par des
voies illégitimes ; la mauvaiſe humeur ne
laiffoit- elle à notre fçavant artifte d'autre
reffource que de rendre le larcin public ?:
C'eftun moyen ignoré jufqu'ici de fes con
E vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Freres , & qui plus d'une fois dans le cas
de fe plaindre auffi hautement , n'en ont
rien fait ; la réputation étant , au jugement
des hommes , le plus précieux de tous les
biens , demande des égards infinis . Celle
de notre illuftre Académicien eft fi folidement
établie , que des gravûres qu'il ne
veut pas reconnoître , n'étoient pas faites
pour y porter atteinte : que ne laiffoit- il
juger le public ? Il eût vu clair , & il eût
rendu autant de juftice à fa modération
qu'il en rend à fes ouvrages.
Mais tout grand homme a fa manie ;
celle de M. Boucher eft de n'être point
gravé occupé de beaucoup d'ouvrages
qui plaifent , les momens lui échappent
>
n'a pas toujours le tems d'être neuf ; fes
rableaux répandus chez des particuliers ,
ne font pas connus de tout le monde ; fi
la province lui en demande, quelques coups .
de crayon
, quelques traits habilement
ajoûtés ou changés , en font des portraits
nouveaux , & donnent aux Peintres le tems
de refpirer la gravûre y perd , & le public
auffi , mais l'Académicien
y gagne.
:
Inconnu à M. Boucher & à M. Duflos ,
je n'ai d'autre but , Monfieur , que de défendre
un artifte , dont la bonne foi méritoit
plus d'indulgence ; je fouhaiterois apprendre
à leurs femblables les égards qu'ils
MAÍ. 1755. 133
fe doivent réciproquement , & faite connoître
à tous les Peintres qu'ils trouveront
toujours les Graveurs prêts à profiter de
leurs inftructions lorfqu'ils voudront bien
fe communiquer avec le ton de politeffe
& d'affabilité , qui jette autant d'éclat fur
les arts , qu'il honore & diftingue les François.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Ce 20 Mars 1755.
LE fieur Gaillard , Graveur en tailledouce
, qui a déja mis au jour plufieurs
eftampes dont le public a été fort fatisfait
, lui en préfente encore une nouvelle
qui pourra également mériter fon fuffrage.
Elle eft gravée d'après un tableau du célebre
M. Boucher , & repréſente une jeune
& belle Dame à fa toilette. Une jolie Marchande
de modes eft affife par terre à fes
pieds , & étale à fes yeux tous les brillans
colifichets dont le beau fexe fait aujourd'hui
fa parure.
On trouve cette eftampe chez l'auteur ,
rue S. Jacques , au- deffus des Jacobins
chez un Perruquier.
*
PORTRAIT du P. Rainaud , gravé par Audrand
, d'après Bonnet. La reffemblance y
eft très bien faifie. On lit ce quatrain au
134
MERCURE DE FRANCE.
bas de l'eftampe , qui fe vend chez l'auteur ,
rue S. Jacques , à la ville de Paris .
Aux applaudiffemens dûs à fon éloquence ,
Ce grand Orateur échappé ,
Dans les vertus enveloppé ,
Prêche encore par fon filence .
M. NATTIER , Peintre du Roi , & Profeffeur
en fon Académie , vient de donner au
public l'eftampe qu'il a fait graver d'après
le portrait de la Reine , qui a paru au falon
du Louvre en 1748. La reffemblance & la
délicateffe du burin font honneur à M.
Tardieu , Graveur du Roi , connu depuis.
long - tems par les foins qu'il prend de bienfinir
fes ouvrages
.
Cette eftampe , qui s'imprime fur la demi-
feuille de papier grand aigle , fe diftribue
à Paris , chez M. Tardieu , rue des
Noyers , à côté du Commiffaire ; & chez
Joullain , quai de la Mégifferie , à la ville
de Rome.
Lettre à l'Auteur du Mercure.
E vous adreffe , Monfieur , la juftifica-
Jinus ad. Duños , attaqué dans l'article
quatrieme du Mercure de Mars : je
vous crois trop équitable pour ne pas
l'inférer
dans celui de Mai ; vous le devez
d'autant plus volontiers qu'elle y tiendra
peu de place ; elle eft auffi courte que fim- eſt
ple.
Un ancien éleve de M. Boucher , &
qu'il ne defavoueroit pas , a remis gratuitement
des deffeins de fon Maître au fieur
Duflos , dont il eft l'ami ; ce Graveur en a
fait l'ufage que tous fes confreres en euffent
fait à fa place. Les deffeins de M. Boucher
plaifent , on fe les arrache ; ils tombent
dans fes mains , il les grave ; affuré du
débit , il les recherche avec plus de foin .
Mais je veux qu'il les eut acquis par des
voies illégitimes ; la mauvaiſe humeur ne
laiffoit- elle à notre fçavant artifte d'autre
reffource que de rendre le larcin public ?:
C'eftun moyen ignoré jufqu'ici de fes con
E vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Freres , & qui plus d'une fois dans le cas
de fe plaindre auffi hautement , n'en ont
rien fait ; la réputation étant , au jugement
des hommes , le plus précieux de tous les
biens , demande des égards infinis . Celle
de notre illuftre Académicien eft fi folidement
établie , que des gravûres qu'il ne
veut pas reconnoître , n'étoient pas faites
pour y porter atteinte : que ne laiffoit- il
juger le public ? Il eût vu clair , & il eût
rendu autant de juftice à fa modération
qu'il en rend à fes ouvrages.
Mais tout grand homme a fa manie ;
celle de M. Boucher eft de n'être point
gravé occupé de beaucoup d'ouvrages
qui plaifent , les momens lui échappent
>
n'a pas toujours le tems d'être neuf ; fes
rableaux répandus chez des particuliers ,
ne font pas connus de tout le monde ; fi
la province lui en demande, quelques coups .
de crayon
, quelques traits habilement
ajoûtés ou changés , en font des portraits
nouveaux , & donnent aux Peintres le tems
de refpirer la gravûre y perd , & le public
auffi , mais l'Académicien
y gagne.
:
Inconnu à M. Boucher & à M. Duflos ,
je n'ai d'autre but , Monfieur , que de défendre
un artifte , dont la bonne foi méritoit
plus d'indulgence ; je fouhaiterois apprendre
à leurs femblables les égards qu'ils
MAÍ. 1755. 133
fe doivent réciproquement , & faite connoître
à tous les Peintres qu'ils trouveront
toujours les Graveurs prêts à profiter de
leurs inftructions lorfqu'ils voudront bien
fe communiquer avec le ton de politeffe
& d'affabilité , qui jette autant d'éclat fur
les arts , qu'il honore & diftingue les François.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Ce 20 Mars 1755.
LE fieur Gaillard , Graveur en tailledouce
, qui a déja mis au jour plufieurs
eftampes dont le public a été fort fatisfait
, lui en préfente encore une nouvelle
qui pourra également mériter fon fuffrage.
Elle eft gravée d'après un tableau du célebre
M. Boucher , & repréſente une jeune
& belle Dame à fa toilette. Une jolie Marchande
de modes eft affife par terre à fes
pieds , & étale à fes yeux tous les brillans
colifichets dont le beau fexe fait aujourd'hui
fa parure.
On trouve cette eftampe chez l'auteur ,
rue S. Jacques , au- deffus des Jacobins
chez un Perruquier.
*
PORTRAIT du P. Rainaud , gravé par Audrand
, d'après Bonnet. La reffemblance y
eft très bien faifie. On lit ce quatrain au
134
MERCURE DE FRANCE.
bas de l'eftampe , qui fe vend chez l'auteur ,
rue S. Jacques , à la ville de Paris .
Aux applaudiffemens dûs à fon éloquence ,
Ce grand Orateur échappé ,
Dans les vertus enveloppé ,
Prêche encore par fon filence .
M. NATTIER , Peintre du Roi , & Profeffeur
en fon Académie , vient de donner au
public l'eftampe qu'il a fait graver d'après
le portrait de la Reine , qui a paru au falon
du Louvre en 1748. La reffemblance & la
délicateffe du burin font honneur à M.
Tardieu , Graveur du Roi , connu depuis.
long - tems par les foins qu'il prend de bienfinir
fes ouvrages
.
Cette eftampe , qui s'imprime fur la demi-
feuille de papier grand aigle , fe diftribue
à Paris , chez M. Tardieu , rue des
Noyers , à côté du Commiffaire ; & chez
Joullain , quai de la Mégifferie , à la ville
de Rome.
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Résumé : GRAVURE. Lettre à l'Auteur du Mercure.
Une lettre adressée à l'auteur du Mercure de France défend un graveur nommé Duflos, accusé dans un article précédent. L'auteur de la lettre, un ancien élève de François Boucher, explique que Duflos a utilisé des dessins de Boucher pour créer des gravures, une pratique courante parmi les graveurs. Il justifie Duflos en précisant que, bien que les dessins aient été obtenus de manière illégitime, Duflos n'a pas cherché à nuire à la réputation de Boucher, dont la renommée est bien établie. La lettre critique également Boucher pour son manque de disponibilité et son désir de contrôler les reproductions de ses œuvres. L'auteur espère que cette affaire servira de leçon sur les égards réciproques entre peintres et graveurs. De plus, le texte mentionne plusieurs gravures récentes, dont une de Gaillard d'après un tableau de Boucher, une de Audrand représentant le Père Rainaud, et une de Tardieu d'après un portrait de la Reine par Nattier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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344
p. 135-143
ARCHITECTURE. Observations sur la maniere dont sont decorés les extéieurs de nos églises ; par M. Patte, Architecte.
Début :
Quelque libre que paroisse la composition des édifices, il est, pour ainsi [...]
Mots clefs :
Églises, Extérieurs, Décoration, Portail, Ordres, Architectes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARCHITECTURE. Observations sur la maniere dont sont decorés les extéieurs de nos églises ; par M. Patte, Architecte.
ARCHITECTURE .
Obfervationsfur la maniere dont font decorés
les extérieurs de nos églifes ; par M. Patte,,
Architecte.
Uelque libre
que paroiffe la compofition
des édifices , il eft , pour ainfi
dire , une forte de coftume de décoration ,
tant intérieure qu'extérieure
, que l'on doit
obferver relativement
à leurs ufages & à
leurs deſtinations
: la décoration qui convient
à une fontaine , ne doit pas convenir
à un retable d'autel , celle d'un Palais à
un Hôpital ; & il ne feroit pas moins ridicule
d'affecter à une maifon ordinaire
la décoration
qui convient
à une égliſe ,
que d'affecter à une égliſe la décoration
d'un bâtiment ordinaire ; cependant il eſt
rare & très- rare qu'un édifice foit compofé
de maniere à annoncer fa deftination
,
de forte qu'on ne puiffe s'y méprendre
.
Cette partie de l'art eft des plus difficiles ,
& il n'appartient qu'aux Architectes du
premier ordre d'y réuffir ..
Nous n'avons point d'édifices publics
où ce défaut foit plus fenfible que dans
l'extérieur de nos églifes ; & il eft étonnant
que nos Architectes françois ayent
136 MERCURE DE FRANCE.
-
été jufqu'ici fi peu attentifs à la convenance
de leurs compofitions. En effet eft il
naturel d'élever , ainfi qu'on le pratique
tous les jours , plufieurs ordres de colonnes
les uns au- deffus des autres pour décorer
leurs portails cette ordonnance ne femble
- t - elle pas donner au dehors de nos
temples l'air d'un édifice fait pour être habité?
car les différens ordres extérieurs ont
toujours coutume d'annoncer les différens
étages de l'intérieur d'un bâtiment , ce
qu'il eft affûrement abfurde de fuppofer
dans une églife .
Pour mieux faire fentir le vice de cette
décoration , oppofons-lui par contraſte la
maniere dont les anciens, nos Maîtres dans
les beaux Arts , décoroient ces fortes d'édifices
; ils penfoient avec raifon devoir
caractériſer les dehors de la demeure de
l'Etre fuprême par un enfemble grand &
majestueux , qui écartât toute idée d'un bâtiment
ordinaire ; ils employoient pourcet
effet un feul ordre coloffal , formant un
periftyle ou porche au pourtour , & cou-.
ronné par un fronton du côté de l'entrée ,
dans le tympan duquel étoit repréſenté
un bas - relief en rapport avec la dédicace
de leurs temples.
C'eft ainfi qu'étoient décorés les plus
beaux temples de la Grece & de l'Italie ,
MA I. 1755. 137
y
dont nous avons , foit des defcriptions ,
foit de précieux reftes, qui font encore aujourd'hui
, jufques dans leurs ruines , l'étonnement
des plus grands Maîtres ; c'eſt
ainfi que Michel Ange & Palladio , les
deux plus habiles Architectes modernes de
l'Italie , ont compofé les différens portails
qu'ils ont fait exécuter à Rome , à Venife
& autres lieux.
Pour quelle raifon les Architectes de
nos jours fe font- ils donc écartés d'une
compofition fi judicieufe aux portails des
églifes de S. Gervais , de la Sorbonne , du
Val-de- Grace , des Invalides , de S. Roch ,
de S. Sulpice , de l'Oratoire , des Petits Pe
de S. Euftache , qu'on conftruit actuellement
, & autres ?On voit par-tout dans
res ,
* Outre le défaut de plufieurs ordres élevés les
uns au - deffus des autres qu'aura ce porrail que
l'on diftribue gravé dans le public , il en aura un
fingulier , & qu'il eft étonnant qu'on n'ait pas prévú
lors de fa compofition . Au fecond ordre ionique
les deux colonnes du milieu qui font retraite
, afin de laiffer profiler les deux tours , paroîtront
par l'optique , tronquées plufieurs pieds au- deffus
de leurs bafes , à caufe de la grande faillie de
l'entablement dorique , qui aura vis- à-vis de ces
colonnes environ neuf à dix pieds ; ce qui fera
un très- mauvais effet en exécution. On commence
à mettre la main à l'oeuvre , & on réfléchit
enfuite ; ne devroit-ce pas toujours être le con
traire ?
138 MERCURE DE FRANCE.
leurs élévations deux ou trois ordres , furmontés
les uns au- deffus des autres, contre
toute idée de convenance. Entrons un peu
dans l'examen de ce qui a pu donner lieu
à cette forte de décoration .
L'Architecture fortoit à peine de la barbarie
gothique où elle étoit demeurée
plongée depuis tant de fiécles , que l'on
vit élever par De Broffes le portail de l'églife
de S. Gervais ; la réputation que s'acquit
d'abord ce monument par fa nouveauté
& par la beauté de l'exécution de fes
différens ordres , féduifit au point defaire
illufion au vice radical de l'ordonnance
de fa compofition : les éloges que l'on prodigua
à cet édifice firent croire aux Architectes
qui vinrem enfuite , que c'étoit
un modele qu'ils ne pouvoient fe difpenfer
d'imiter en de femblables occafions ;
de la font venus tous ces portails compofés
, pour ainfi dire , fur le même moule
& tous également repréhenfibles , puifqu'ils
s'écartent d'une fage & judicieufe
convenance qui doit être la baſe des arts
& du goût.
On pourra peut - être objecter que la
grande élévation des couvertures de nos
églifes oblige d'élever ainfi plufieurs ordres
pour pouvoir les cacher. A cela il eft
facile de répondre qu'il n'y a qu'à fuppri
MA I. 1755. 139
mer ces énormes toîts de charpente , qui
ne font qu'un ufage abufif fans aucune néceffité
, la voûte plein- ceintre de la nef
d'une égliſe couverte de dalles de pierre à
recouvrement , & jointoyées avec de la limaille
d'acier & de l'urine , eft le feul toît
qui convienne au fanctuaire de la Divinité
on a une expérience reconnue de
cette conftruction , & c'eft ainfi qu'étoient
couverts la plupart des temples des Grecs
& des Romains.
De plus , à l'aide de la maniere de décorer
des anciens , il eſt toujours poffible
d'atteindre à toutes les hauteurs que l'on
peut defirer fans le fecours de plufieurs
ordres , ainfi qu'on pourra le remarquer
dans un projet * que j'ai compofé à ce
deffein pour le grand portail de l'églife
de S. Euftache , en m'affujettiffant à la
hauteur de la nef , qui eft affurement une
des plus élevées de nos Eglifes de Paris.
La vûe de cette eftampe pourra fervir à
convaincre par comparaifon , combien
* Ce projet , auffi -bien que celui qui a été compofé
par Louis le Vau , célebre Architecte , fous
le miniftere de M. de Colbert , & dont on a vu le
modele expofé pendant quelque tems dans l'églife
de S. Euftache , fe vendent à Paris chez l'auteur
rue des Noyers , la fixieme porte cochere à droite:
en entrant par la rue S. Jacques. Prix 1 liv. 4 £.
140 MERCURE DE FRANCE.
cette maniere de traiter ces fortes d'édifices
eft préférable à tous égards à celle
qui a été ufitée jufqu'ici en France.
Un autre avantage qui réfulteroit de
l'emploi d'un ordre coloffal dans nos portails
, eft qu'en le faiſant regner à l'entour
de nos églifes , leur extérieur qui a
coutume d'être fi fort négligé , feroit décoré
naturellement , & cacheroit les arcsboutans
qui font toujours à l'oeil un effer
defagréable ; & quoique par la même raifon
les croifées de la nef ne s'apperçuffent
pas en dehors , l'intérieur de nos églifes
n'en feroit pas moins éclairé , comme on
peut le remarquer dans celle de S. Pierre
de Rome .
Ce défaut de difcernement de nos Architectes
dans la maniere de décorer les
portails , n'eft pas le feul qu'on puiffe leur
reprocher : eft- il décent que la plupart de
nos églifes modernes , ( j'en excepte celle
de S. Sulpice ) ne foient pas toujours précédées
de porches ou veftibules où l'on puiffe
fe préparer au recueillement convenable
avant d'y entrer ? c'eft , ( le dirai - je à notre
honte ) une attention à laquelle les anciens
ne manquoient point ; un réglement
fur la décence de la conftruction de nos
églifes honoreroit affurément la pieté de
nos Magiſtrats.
MA I. 1755. 141
Enfin eft- il convenable de placer les armes
d'un Prince ou d'un homme en place
dans le tympan des frontons de nos portails
, ainfi qu'on le pratique affez fouvent ?
& ne feroit -il pas plus raifonnable de fubftituer
à ces ornemens mondains , & étrangers
à la religion , des bas- reliefs relatifs à
la piété & à la dédicace de nos temples ?
Efperons que le nouveau plan qu'on fe
propofe d'exécuter pour l'églife de fainte
Génevieve nous donnera un modele en
ce genre , & que Paris , l'émule de l'ancienne
Rome , fera décoré d'un temple qui
en fera l'ornement ; l'emplacement
eft des
plus favorables pour exécuter du beau , &
fans doute les voeux du public feront remplis
à cet égard, Dans une grande ville qui
abonde en étrangers & en connoiffeurs
de
toutes les nations , il n'eft rien de plus facile
que d'avoir des confeils éclairés , il
ne faut dans les perfonnes en place que la
bonne volonté de les mettre à profit . Il y
a deux moyens ufités pour réuffir à faire
exécuter du beau en architecture ; l'un de
choifir un Architecte reconnu pour habile ,
l'autre de propofer un concours dont le
public foit juge : le premier n'eft pas toujours
auffi für que le fecond ; on a pour
expérience que les plus habiles gens ne fe
montrent pas toujours tels. Si la réputa142
MERCURE DE FRANCE.
tion eût dû faire préférer un Architecte
pour la conftruction du Louvre , affurément
le Bernin * auroit eu la préférence
fur Perrault ; aucun Artiſte de fon tems ne
jouiffoit d'une réputation auffi brillante
dans l'Europe ; & cependant fi fon projet
qui eft gravé , avoit eu lieu , il ne feroit pas
à la France l'honneur que lui fait celui qui
a été exécuté. On pourroit citer nombre
d'exemples femblables , où de célebres Artiftes
, dans de grandes occafions , fe font
fait voir au -deffous de leur réputation.
Le fecond ( je veux dire un concours ) eft
prefque infaillible ; mais pour qu'il ait fon
efficacité , il faut que l'on foit bien perfuadé
que les perfonnes en place ont une
ferme réfolution de couronner le meilleur
projet par l'exécution ; que les recommendations
& les titres ne feront point admis
en concurrence , c'eſt le moyen d'encourager
le talent ; & plus d'une fois l'on a vû
* Pour attirer le Cavalier Bernin en France
pour la conftruction du Louvre , Louis XIV lui
affûra une penfion de fix mille livres pendant fa
vie , & une gratification de cinquante mille écus ;
il lui envoya en même tems fon portrait orné de
diamans. Outre les frais de fon voyage qui devoient
lui être payés , on lui promit encore cent
livres par jour pendant fon féjour à Paris , tant
étoit grande l'eftime que l'on avoit conçue pour
la haute capacité de cet artiſte.
1
MA I. 1755. 143
en pareil cas l'émulation faire enfanter des
merveilles , qui ne fe feroient jamais produites
fans cette voie. A la fin d'un falon
de MM. les Peintres du Roi , on ſçait , à
n'en pas douter , quels font les meilleurs
tableaux ; on fçauroit pareillement quels
feroient les meilleurs projets. Combien de
monumens embelliroient Paris & nos provinces
, fi l'on s'étoit fouvent fervi de cette
voie ?
Obfervationsfur la maniere dont font decorés
les extérieurs de nos églifes ; par M. Patte,,
Architecte.
Uelque libre
que paroiffe la compofition
des édifices , il eft , pour ainfi
dire , une forte de coftume de décoration ,
tant intérieure qu'extérieure
, que l'on doit
obferver relativement
à leurs ufages & à
leurs deſtinations
: la décoration qui convient
à une fontaine , ne doit pas convenir
à un retable d'autel , celle d'un Palais à
un Hôpital ; & il ne feroit pas moins ridicule
d'affecter à une maifon ordinaire
la décoration
qui convient
à une égliſe ,
que d'affecter à une égliſe la décoration
d'un bâtiment ordinaire ; cependant il eſt
rare & très- rare qu'un édifice foit compofé
de maniere à annoncer fa deftination
,
de forte qu'on ne puiffe s'y méprendre
.
Cette partie de l'art eft des plus difficiles ,
& il n'appartient qu'aux Architectes du
premier ordre d'y réuffir ..
Nous n'avons point d'édifices publics
où ce défaut foit plus fenfible que dans
l'extérieur de nos églifes ; & il eft étonnant
que nos Architectes françois ayent
136 MERCURE DE FRANCE.
-
été jufqu'ici fi peu attentifs à la convenance
de leurs compofitions. En effet eft il
naturel d'élever , ainfi qu'on le pratique
tous les jours , plufieurs ordres de colonnes
les uns au- deffus des autres pour décorer
leurs portails cette ordonnance ne femble
- t - elle pas donner au dehors de nos
temples l'air d'un édifice fait pour être habité?
car les différens ordres extérieurs ont
toujours coutume d'annoncer les différens
étages de l'intérieur d'un bâtiment , ce
qu'il eft affûrement abfurde de fuppofer
dans une églife .
Pour mieux faire fentir le vice de cette
décoration , oppofons-lui par contraſte la
maniere dont les anciens, nos Maîtres dans
les beaux Arts , décoroient ces fortes d'édifices
; ils penfoient avec raifon devoir
caractériſer les dehors de la demeure de
l'Etre fuprême par un enfemble grand &
majestueux , qui écartât toute idée d'un bâtiment
ordinaire ; ils employoient pourcet
effet un feul ordre coloffal , formant un
periftyle ou porche au pourtour , & cou-.
ronné par un fronton du côté de l'entrée ,
dans le tympan duquel étoit repréſenté
un bas - relief en rapport avec la dédicace
de leurs temples.
C'eft ainfi qu'étoient décorés les plus
beaux temples de la Grece & de l'Italie ,
MA I. 1755. 137
y
dont nous avons , foit des defcriptions ,
foit de précieux reftes, qui font encore aujourd'hui
, jufques dans leurs ruines , l'étonnement
des plus grands Maîtres ; c'eſt
ainfi que Michel Ange & Palladio , les
deux plus habiles Architectes modernes de
l'Italie , ont compofé les différens portails
qu'ils ont fait exécuter à Rome , à Venife
& autres lieux.
Pour quelle raifon les Architectes de
nos jours fe font- ils donc écartés d'une
compofition fi judicieufe aux portails des
églifes de S. Gervais , de la Sorbonne , du
Val-de- Grace , des Invalides , de S. Roch ,
de S. Sulpice , de l'Oratoire , des Petits Pe
de S. Euftache , qu'on conftruit actuellement
, & autres ?On voit par-tout dans
res ,
* Outre le défaut de plufieurs ordres élevés les
uns au - deffus des autres qu'aura ce porrail que
l'on diftribue gravé dans le public , il en aura un
fingulier , & qu'il eft étonnant qu'on n'ait pas prévú
lors de fa compofition . Au fecond ordre ionique
les deux colonnes du milieu qui font retraite
, afin de laiffer profiler les deux tours , paroîtront
par l'optique , tronquées plufieurs pieds au- deffus
de leurs bafes , à caufe de la grande faillie de
l'entablement dorique , qui aura vis- à-vis de ces
colonnes environ neuf à dix pieds ; ce qui fera
un très- mauvais effet en exécution. On commence
à mettre la main à l'oeuvre , & on réfléchit
enfuite ; ne devroit-ce pas toujours être le con
traire ?
138 MERCURE DE FRANCE.
leurs élévations deux ou trois ordres , furmontés
les uns au- deffus des autres, contre
toute idée de convenance. Entrons un peu
dans l'examen de ce qui a pu donner lieu
à cette forte de décoration .
L'Architecture fortoit à peine de la barbarie
gothique où elle étoit demeurée
plongée depuis tant de fiécles , que l'on
vit élever par De Broffes le portail de l'églife
de S. Gervais ; la réputation que s'acquit
d'abord ce monument par fa nouveauté
& par la beauté de l'exécution de fes
différens ordres , féduifit au point defaire
illufion au vice radical de l'ordonnance
de fa compofition : les éloges que l'on prodigua
à cet édifice firent croire aux Architectes
qui vinrem enfuite , que c'étoit
un modele qu'ils ne pouvoient fe difpenfer
d'imiter en de femblables occafions ;
de la font venus tous ces portails compofés
, pour ainfi dire , fur le même moule
& tous également repréhenfibles , puifqu'ils
s'écartent d'une fage & judicieufe
convenance qui doit être la baſe des arts
& du goût.
On pourra peut - être objecter que la
grande élévation des couvertures de nos
églifes oblige d'élever ainfi plufieurs ordres
pour pouvoir les cacher. A cela il eft
facile de répondre qu'il n'y a qu'à fuppri
MA I. 1755. 139
mer ces énormes toîts de charpente , qui
ne font qu'un ufage abufif fans aucune néceffité
, la voûte plein- ceintre de la nef
d'une égliſe couverte de dalles de pierre à
recouvrement , & jointoyées avec de la limaille
d'acier & de l'urine , eft le feul toît
qui convienne au fanctuaire de la Divinité
on a une expérience reconnue de
cette conftruction , & c'eft ainfi qu'étoient
couverts la plupart des temples des Grecs
& des Romains.
De plus , à l'aide de la maniere de décorer
des anciens , il eſt toujours poffible
d'atteindre à toutes les hauteurs que l'on
peut defirer fans le fecours de plufieurs
ordres , ainfi qu'on pourra le remarquer
dans un projet * que j'ai compofé à ce
deffein pour le grand portail de l'églife
de S. Euftache , en m'affujettiffant à la
hauteur de la nef , qui eft affurement une
des plus élevées de nos Eglifes de Paris.
La vûe de cette eftampe pourra fervir à
convaincre par comparaifon , combien
* Ce projet , auffi -bien que celui qui a été compofé
par Louis le Vau , célebre Architecte , fous
le miniftere de M. de Colbert , & dont on a vu le
modele expofé pendant quelque tems dans l'églife
de S. Euftache , fe vendent à Paris chez l'auteur
rue des Noyers , la fixieme porte cochere à droite:
en entrant par la rue S. Jacques. Prix 1 liv. 4 £.
140 MERCURE DE FRANCE.
cette maniere de traiter ces fortes d'édifices
eft préférable à tous égards à celle
qui a été ufitée jufqu'ici en France.
Un autre avantage qui réfulteroit de
l'emploi d'un ordre coloffal dans nos portails
, eft qu'en le faiſant regner à l'entour
de nos églifes , leur extérieur qui a
coutume d'être fi fort négligé , feroit décoré
naturellement , & cacheroit les arcsboutans
qui font toujours à l'oeil un effer
defagréable ; & quoique par la même raifon
les croifées de la nef ne s'apperçuffent
pas en dehors , l'intérieur de nos églifes
n'en feroit pas moins éclairé , comme on
peut le remarquer dans celle de S. Pierre
de Rome .
Ce défaut de difcernement de nos Architectes
dans la maniere de décorer les
portails , n'eft pas le feul qu'on puiffe leur
reprocher : eft- il décent que la plupart de
nos églifes modernes , ( j'en excepte celle
de S. Sulpice ) ne foient pas toujours précédées
de porches ou veftibules où l'on puiffe
fe préparer au recueillement convenable
avant d'y entrer ? c'eft , ( le dirai - je à notre
honte ) une attention à laquelle les anciens
ne manquoient point ; un réglement
fur la décence de la conftruction de nos
églifes honoreroit affurément la pieté de
nos Magiſtrats.
MA I. 1755. 141
Enfin eft- il convenable de placer les armes
d'un Prince ou d'un homme en place
dans le tympan des frontons de nos portails
, ainfi qu'on le pratique affez fouvent ?
& ne feroit -il pas plus raifonnable de fubftituer
à ces ornemens mondains , & étrangers
à la religion , des bas- reliefs relatifs à
la piété & à la dédicace de nos temples ?
Efperons que le nouveau plan qu'on fe
propofe d'exécuter pour l'églife de fainte
Génevieve nous donnera un modele en
ce genre , & que Paris , l'émule de l'ancienne
Rome , fera décoré d'un temple qui
en fera l'ornement ; l'emplacement
eft des
plus favorables pour exécuter du beau , &
fans doute les voeux du public feront remplis
à cet égard, Dans une grande ville qui
abonde en étrangers & en connoiffeurs
de
toutes les nations , il n'eft rien de plus facile
que d'avoir des confeils éclairés , il
ne faut dans les perfonnes en place que la
bonne volonté de les mettre à profit . Il y
a deux moyens ufités pour réuffir à faire
exécuter du beau en architecture ; l'un de
choifir un Architecte reconnu pour habile ,
l'autre de propofer un concours dont le
public foit juge : le premier n'eft pas toujours
auffi für que le fecond ; on a pour
expérience que les plus habiles gens ne fe
montrent pas toujours tels. Si la réputa142
MERCURE DE FRANCE.
tion eût dû faire préférer un Architecte
pour la conftruction du Louvre , affurément
le Bernin * auroit eu la préférence
fur Perrault ; aucun Artiſte de fon tems ne
jouiffoit d'une réputation auffi brillante
dans l'Europe ; & cependant fi fon projet
qui eft gravé , avoit eu lieu , il ne feroit pas
à la France l'honneur que lui fait celui qui
a été exécuté. On pourroit citer nombre
d'exemples femblables , où de célebres Artiftes
, dans de grandes occafions , fe font
fait voir au -deffous de leur réputation.
Le fecond ( je veux dire un concours ) eft
prefque infaillible ; mais pour qu'il ait fon
efficacité , il faut que l'on foit bien perfuadé
que les perfonnes en place ont une
ferme réfolution de couronner le meilleur
projet par l'exécution ; que les recommendations
& les titres ne feront point admis
en concurrence , c'eſt le moyen d'encourager
le talent ; & plus d'une fois l'on a vû
* Pour attirer le Cavalier Bernin en France
pour la conftruction du Louvre , Louis XIV lui
affûra une penfion de fix mille livres pendant fa
vie , & une gratification de cinquante mille écus ;
il lui envoya en même tems fon portrait orné de
diamans. Outre les frais de fon voyage qui devoient
lui être payés , on lui promit encore cent
livres par jour pendant fon féjour à Paris , tant
étoit grande l'eftime que l'on avoit conçue pour
la haute capacité de cet artiſte.
1
MA I. 1755. 143
en pareil cas l'émulation faire enfanter des
merveilles , qui ne fe feroient jamais produites
fans cette voie. A la fin d'un falon
de MM. les Peintres du Roi , on ſçait , à
n'en pas douter , quels font les meilleurs
tableaux ; on fçauroit pareillement quels
feroient les meilleurs projets. Combien de
monumens embelliroient Paris & nos provinces
, fi l'on s'étoit fouvent fervi de cette
voie ?
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Résumé : ARCHITECTURE. Observations sur la maniere dont sont decorés les extéieurs de nos églises ; par M. Patte, Architecte.
Dans son texte 'Observations sur la manière dont font décorés les extérieurs de nos églises', l'architecte M. Patte critique les erreurs courantes dans la décoration des églises françaises. Il insiste sur l'importance de choisir une décoration adaptée à la fonction de chaque type de bâtiment. Patte reproche l'utilisation de plusieurs ordres de colonnes superposés sur les portails des églises, une pratique qui, selon lui, donne l'impression que les églises sont des bâtiments habités. Il compare cette approche à la manière dont les anciens décoraient leurs temples, en utilisant un seul ordre colossal pour créer une apparence majestueuse et grandiose. Patte mentionne que les architectes français ont souvent imité le portail de l'église Saint-Gervais, conçu par De Broffes, malgré ses défauts. Il propose de supprimer les toits de charpente et d'utiliser des voûtes en plein cintre pour les églises, comme le faisaient les Grecs et les Romains. Il suggère également d'utiliser des ordres colossaux pour décorer les extérieurs des églises, ce qui cacherait les arcs-boutants et améliorerait l'esthétique. Le texte critique également l'absence de porches ou de vestibules dans les églises modernes, ainsi que la présence d'armes profanes dans les tympans des frontons. Patte espère que le nouveau plan pour l'église Sainte-Geneviève servira de modèle. Il recommande de choisir des architectes compétents ou d'organiser des concours pour garantir la qualité des projets architecturaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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345
p. 143-174
RESULTAT de la dispute entre le P. Laugier & M. Frezier, concernant le Goût de l'Architecture.
Début :
Si l'on ne connoissoit l'esprit de l'homme, on auroit lieu de s'étonner que [...]
Mots clefs :
Dispute, Architecture, Architectes, Murs, Porte, Voûte, Église, Angle, Colonne, Marc-Antoine Laugier, Amédée-François Frézier, Vitraux, Colonnade, Nef, Construction, Ordre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RESULTAT de la dispute entre le P. Laugier & M. Frezier, concernant le Goût de l'Architecture.
RESULTAT de la difpute entre le P.
Laugier & M. Frezier , concernant le
Goût de l'Architecture.
Sm
I l'on ne connoiffoit
l'efprit de l'homme
, on auroit lieu de s'étonner
que
de toutes les difputes
littéraires
il ne réfulte
prefque
aucun accord entre les parties conteftantes
, ni même un fimple aveu de
conviction
de la validité des raifons alléguées
d'un adverfaire
à l'autre , quoiqu'il
foit rare qu'elles
puiffent
être d'une égalité
de poids à devoir être mifes dans la balance
du doute.
J'avois premierement établi dans mes
Remarques , inférées dans le Mercure du
mois de Juillet dernier , que je ne croyois
pas qu'il y eût un beau effentiel en architec
144 MERCURE DE FRANCE .
C
ture , fondé fur les variétés des goûts particuliers
de chaque nation , & de plus des
variations de la même en différens tems ,
comme je l'ai vû de nos jours.
à
à
Le R. Pere Laugier , qui eft d'un fentiment
contraire , a fait de beaux raifonnemens
pour prouver ( non l'exiſtence de
cette chimere ) mais la poffibilité , convenant
qu'actuellement aucun des architectes
de tous les pays connus n'eft parvenu
la montrer dans fes ouvrages. Le public m'a
l'obligation de lui avoir procuré ce beau
diſcours , dont j'abandonne l'examen , n'étant
pas dans le goût d'une difpute métaphyfique
fur les arts , où je me contente de
raifonner conféquemment aux faits qui me
font connus ,
propos de quoi je ne puis
m'empêcher de faire une remarque fur la
contradiction de ce que le R. P. dit d'une
égliſe bâtie à Pekin , à la maniere Européenne
, par les Jéfuites , qui n'a pas femblé
, dit- il , aux Chinois indigne de leur admiration
, avec ce qu'en dit le Frere Attiret
, dans les Lettres édifiantes & curieufes
que j'ai cité , qu'il ne faut pas leur vanter
l'architecture Grecque & Romaine , qu'ils
ne goûtent en aucune façon . Il en pouvoit
parler pertinemment , étant lui -même peintre
& architecte à la Cour de l'Empereur .
Tel eſt le réſultat de la premiere partie de
nos
&
MAI. 1755.
145
nos altercations. Dans la feconde , le R.
Pere , après s'être rangé du côté de mon
opinion , contre cette prétendue origine
de la vraie beauté qu'on veut tirer des
proportions harmoniques employées en architecture
, fe détache de mon parti pour
m'attaquer fur ce que j'ai dit que les architectes
anciens , & la plupart des modernes
, n'ont jamais penfé à ces principes
fcientifiques ; ce que j'ai prouvé par le filence
de tous leurs auteurs . Cette réflexion ,
dit- il , eft plus maligne que folide , comme s'il
vouloit me brouiller avec les vivans : mais
comment prouve - t-il fa conjecture à l'égard
de la folidité ? c'eft en difant qu'il
peut fort bien fe faire que fans y penfer , &
comme à tâtons , les architectes ayent rencon-
· tré le vrai.
Ainfi fon induction n'étoit pas plus jufte
que celle qui lui a fait conjecturer , mal à
propos , que j'étois infenfible à la vûe des
belles chofes , comme un ftupide qui lui
fait pitié. Je le plains , dit il , du tort que
lui a fait la nature ; il eft privé d'une grande
fource de plaifirs , de n'avoir point éprouvé
de ces mouvemens
enchanteurs qu'excite la
préfence des belles chofes , lefquels vont ( de
l'aveu du R. P. * ) juſqu'à l'extafe & au
* Voyez fon Effai fur l'Architecture.
G
146 MERCURE DE FRANCE.
•
transport ; fon ame , continue- t- il , en parlant
de moi , eft vraisemblablement de celles
qui ont été battues à froid. Belle métaphore
tirée apparemment de la rhétorique des Cyclopes
, pour égayer une matiere férieufe ,
par un peu de mêlange du ftyle des farces ,
à laquelle je pourrois répondre , & montrer
en quoi confifte fon erreur , par un
proverbe du même ton , que les délicats
font difficiles à nourrir.
Les deux premieres parties de mes remarques
ne regardoient point le P. Lau--
gier , il s'y eft mêlé fans vocation ; mais
nous voici arrivés à ceux qui peuvent l'intéreffer
.
Il commence par m'attaquer fur ce que
j'ai dit , que le petit Traité d'Architecture
de M. ( où comme l'appelle le Dictionnaire
de Trévoux , au mot Eglife ) le R.
Pere de Cordemoy , Chanoine Régulier ,
ne contient rien de nouveau ; il qualifie ce
difcours , tout fimple qu'il eft , d'invective
indecente , parce qu'il l'a pris pour fon
coryphée. Y avoit- il là matiere à un propos
qui annonce trop de fenfibilité au refus
que j'ai fait d'applaudir à la prééminence
qu'il veut donner à ce Chanoine
fur tous nos Architectes , avec d'autant
moins de raifon que je lui avois fait remarquer
que cet auteur en convenoit lui-
1 7
MAI
1755 147
même dans fon Epitre dédicatoire à M. le
Duc d'Orléans , en 1706 , à qui il ne le
préfentoit que comme un Recueil de ce
qui fe trouve difperfe dans les ouvrages des
plus habiles , foit anciens ou modernes ? Ce
qu'il n'eft pas difficile de reconnoître à
ceux qui ont puifé dans les fources , car
les approbations ou critiques n'entrent
point en compte de nouveauté du fond de
la doctrine.
t
Il vient enfuite à un des points principaux
de notre difpute concernant les pilaftres
, qu'il abhorre comme des enfans
batards de l'architecture , engendrés par l'ignorance.
Il dit qu'il s'eft mis en devoir de
justifier fon averfion dans le premier chapitre
defan effai , où il n'a pas mieux réuffi
fur cet article qu'en bien d'autres , fi l'on
en juge par l'examen de cet effai , auquel
il a fourni une matiere de critique affez
ample pour être prefque auffi étendue que
le texte , fans y comprendre ce qu'on y
peut, ajouter , comme il confte en partie
-par mes remarques & ma réplique , qui
- n'ont pas épuifé la matiere. Il dit cependant
qu'il a raisonné par une
confequence
logique néceffaire du principe qui fert de
2fondement à tout le reste.
Quel eft ce principe ? j'ai beau lire ce
chapitre , je n'y en trouve aucun , à
a moins
Gij
148 MERCURE
DE FRANCE.
que
It qu'il ne l'établiffe fur ce qu'il dit
pilaftre représente une colonne . Il faut convenir
qu'il la repréfente bien imparfaitement
, comme le quarré repréfente le rond.
Car puifque les cylindres & les prifmes
de même hauteur font entr'eux comme
leurs bafes , le quarré circonfcrit repréfente
le cercle infcrit
par une confé
quence
mathématique .
Mais , dira-t -on , c'est parce qu'il en
Occupe la place : cette interprétation feroit
jufte , fi on faifoit un portique tout
de pilaftres ifolés , excepté aux angles faillans
des entablemens , fous lefquels une
colonne ne peut être admife fans faute de
jugement ; parce qu'elle ne peut y faire
les fonctions de pilaftre , en ce qu'elle
laiffe du porte-à-faux de cet angle , comme
je l'ai démontré ; & fi l'on rapporte les
piéces d'architecture à la charpente d'une
cabane , le pilaftre en cet endroit y repréfente
un potean cornier , qui eft auffi effentiellement
équarri qu'un fomier repréfenté
par l'architrave . En effet , pour foutenir
une encoignure en retour d'équerre ( pour
parler en termes de l'art ) , il faut un fupport
quarré ; le quart de cercle infcrit dans
un angle droit n'occupe qu'environ les
deux tiers de fa furface , ou plus précifément
onze quatorziemes ; de forte que le
M.Aha1735 31% 149
triangle mixte reftant,compris par les deux
lignes droites tangentes & le quart de cercle
concave , eft l'étendue de la furface
qui porte à faux , c'est - à-dire fans appui.
Donc la colonne ne peut être fubftituée
au pilaftre dont elle ne peut faire pleinement
les fonctions ; donc la conféquence logique
du R. Pere étant tirée d'un faux principe
, eft invalide pour juftifier fon averfion
qui lui eft particuliere & unique.
Sa logique l'a mieux fervi à refuter la
contradiction qu'on lui avoit reprochée ,
d'avoir appellé les pilaftres des innovations,
après en avoir reconnu l'ancienneté dans
les antiques. On voit bien par la fubtilité
de fa folution , qu'il a enfeigné le grand
art, de ne refter jamais court dans la difpute
, que les facétieux appellent l'art de
fendre un argument en deux par un diftingo
, pour le fauver par la breche ,
Mais voyons comment il réfout l'ob
jection du porte-à- faux fous l'angle faillant
d'un entablement , le faifant foutenir par
des colonnes ; il croit avoir imaginé un
expédient pour l'éviter : il faut le lire attentivement
, car il le mérite. Je ne mettrai
rien ( dit -il ) dans l'angle même ; je rangerai
mes colonnes aux deux côtés le plus près
de l'angle qu'ilme fera poffible . Cela eft clair,
c'est - à - dire jufqu'à ce que les deux chapi
Giij
6 MERCURE DE FRANCE.
teaux fe touchent fur la diagonale de l'an
gle. Mais comment appellera-t- on cet ef
pace quarré , dont les colonnes feront fé
parées en dehors , lequel eft formié par la
prolongation de l'alignement des faces intérieures
de l'architrave jufqu'à la rencon
tre des extérieures avec lefquelles elles
forment un quarré , dont la longueur des
côtés eft déterminée par l'épaiffeur della
colonnade , fuppofant l'angle faillant droit ,
ou bien un trapézoïde s'il eft aigu ou ob-
Eus ? N'eft- ce pas un porte- à- faux tout en
Fair , au dire de tous les Architectes de
Europe ? fans doute . Done ce prétendu
moyen imaginé pour Péviter ; Faugmente
ridiculement , par un effet contraire à fon
Intention , & d'une maniere fi choquante
que fans être architecte , tout fpectateur
un peu judicieux ne manqueroit pas d'en
être frappé , & de Te récriér quel ele
rignorant qui a été capable d'une telle bafourdife
? C'eft içi un de ces cas doit parle
HR . Pere dans fon préludes on la difpute
eft neceffaire pour fournir des préfervatifs
contre le poifon des vaines imaginations . On
ne peut concevoir comment un homme
defprit , tel qu'il eft , & qui s'annonce
pour avoir des connoillances dans l'art de
batir moins bornées a
qu'on ne le préfume, a pu
fe tromper fi étonnamment ; il faut quiP
M A I. 1755
V
alt raifonné fur l'apparence de l'angle
rentrant , au lieu du faillant dont il s'agit.
Pour montrer l'utilité des pilaftres pré- *
férablement aux colonnes dans les parties'
des édifices deſtinées à l'habitation , j'avois
fait remarquer qu'une colonnade ne pou-'
voit y fervir, de l'aveu du R.Pere , qui convient
qu'on ne peut habiter fous une balle
ouverte , & qu'on ne pouvoit s'y mettre
à l'abri des injures de l'air qu'en la fermant
par un mur de cloifon , dont la pofition
à l'égard des colonnes entraîne l'inconvénient
que j'ai fpécifié par un difcours
très fuccint , qui lui a cependant paru long
& obfcur. Le premier de ces défauts n'étoit
que pour lui , en ce qu'un difcours contredifant
porte l'ennui & déplaît pour
peu qu'il foit déployé aux yeux de celui
qui le lit à regret. Quant à l'obfcurité reprochée
, il eft jufte que je l'éclairciffe.
Voici comme j'argumente à mon tour.
Ce mur fera placé , ou dans le milieu de
l'épaiffeur de la colonnade , ou au dedans
ou au dehors .
Dans la premiere pofition il corrompra
la proportion de la largeur apparente à la
hauteur de la colonne. Dans la feconde.
il mafquera la colonnade au dedans , &
dans la troifieme au dehors.
La preuve du premier inconvénient eft
G iiij
152 MERCURE DE FRANCE.
que
il
fi
vifible , en ce que pour peu d'épaiſſeur
qu'on donne à ce mur de part & d'autre
de l'alignement des axes des colonnes ,
en embraffera & cachera une partie au
dedans & au dehors de leur circonférence
apparente ; alors ce qui reftera découvert
en largeur ne fera plus un diametre ,
mais une corde plus ou moins grande
felon l'épaiffeur du mur ; de forte
on faifoit fon épaiffeur égale au diametre
de la colonne , il embrafferoit la moitié
de chaque côté , & la feroit enfin diſparoître
, ainfi les furfaces de fes paremens
deviendroient des plans tangens , qui ne la
toucheroient que fuivant une ligne fi elle
étoit cylindrique , & l'angle mixte de la
furface plane & de la courbe deviendroit
infiniment aigu , de forte qu'à moins que
d'ufer d'un maftic adhérent , on ne pourroit
le remplir folidement des matériaux
dont le 'mur feroit bâti.
>
L'inconvénient de la pofition du mur
en dedans ne mérite pas d'être prouvé ,
puifque la colonnade eftun ornement dont
on veut décorer le dedans de l'habitation ,
lequel ornement feroit rejetté en faveur
du dehors , où les colonnes ne paroîtroient
faire fonction que de contre- forts . Il ne
refte donc à choisir que la pofition du mur
en dehors ; alors , ou fa furface fera tanMAT
1755 371755.
753
-
gente de la colonnade , ou bien fon épaiffeur
recevra une partie du diametre de
chaque colonne , fi elle avance dans leur
intervalle. Dans le premier cas , il fe for
mera un angle mixte , dont nous venons
de parler , entre la furface plane du mur
& la convexe de la colonne , lequel étant
infiniment aigu deviendra un réceptacle
de pouffiere & d'araignée , dont on ne
pourra le nettoyer , par conféquent fujet
à un entretien perpétuel de propreté.
Dans le fecond cas , cet angle mixte deviendra
plus ouvert , mais préfentera toujours
un objet defagréable à la vûe , felon
qu'il fera plus ou moins aigu ou obtus ; &
ce qui eft pire & inévitable , il cachera
toujours une partie de la colonne , qu'on
reconnoît pour n'être pas deftinée à être
enclavée dans un mur , fans perdre de fa
largeur apparente , étant vue de différens
côtés , & par conféquent de cette proportion
de la largeur à la hauteur , qui conſtitue
la différence & la beauté des ordres
d'architecture ; cette proportion ne pourra
fubfifter que lorfque la colonne fera vue
perpendiculairement à la furface du mur
fuppofant qu'il n'avance pas au dedans de
l'alignement des axes des colonnes , car
alors il eft évident qu'il abforberoit plus
de la moitié de leur épaiffeur . Il n'eft pas
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
jen si
moins évident que la colonne érant vue
un peu à droite ou à gauche de laperpen
diculaire au mur , paffant par fon axe fon
épaiffeur apparente entre l'axe & fa futface
du mur fera moindre qu'entre l'axe & le
rayon tangent du côté du vuide intérieur.
Une figure auroit été ici néceffaire pour
aider l'imagination du lecteur qui n'eft
pas un peu initié dans la Géometrie , Je vais
m'expliquer par un exemple. nuog
Suppofons tn fpectateur voyant " de
côté une colonne enclavée à demi dans un
mur, fous un angle , par exemple , de trené
te dégrés , ce qui arrive en fe promenand
devant une colonnade , fans affecter de fi
ruation recherchée exprès ; alors favûe
fera bornée d'un côte au fond de l'angle
mixte de la rencontre des deux furfaces
plane & convexe , & de l'autre au rayon
vifuel tangent à la colonne en faillie hors
du mur , lequel feta avec celui qui doit
paffer par fon axé un angle plus ou moins
aigu , felon qu'il en fera plus près ou plus
foin , parce qu'il fera le complement de
celui du rayon de la colonne ,fire au point
de l'attouchement & toujours momdre que
le droit , quelque éloigné qu'en foit le
fpectateur. Mais pour la commodité de la
fuppofition la plus avantageufe , fuppo
fons -le de 20 dégrés , leſquels érant jõims
9
M A 1. 1755 . iss
aux 30 de l'obliquité donnée , il réfultera
un angle de 120 dégrés , mefuré par la
circonférence , qui n'eft qu'un tiers de celle
de la colonne , dont la corde eft moindre
d'environ un feptieme du diametre par
conféquent la largeur apparente étant die
minuée , l'oeil n'appercevra plus cette proportion
à fa hauteur , qui eft eftimée effentielle
à la beauté de l'architecture .
Donc l'enclavement ne peut fe faire fans
inconvénient , quelque profondeur qu'on
fuppofe de la colonne dans le mur. Il n'en
eft pas de même à l'égard de celui des pilaftres
, dont la face antérieure de fa lar
geur eft inaltérable , quelque profondeur
d'enclavement qu'on lui fuppofe ; done if
n'y repréfente point la colonne , mais un
poteau montant de cloifon de pan de bois ,
ou , fi l'on veut , une chaîne de pierre pour
la folidité. Je ne fçai fi de que je viens de
dire , joint à ce qui a précédé , pourra
établir la légitimité de ce que le R. Pere
appelle les enfans bâtards de l'architecture
qu'il ne veut pas reconnoître pár averfion
naturelle. Je crains qu'elle ne foir plus for
te que mes bonnes raifons , & que le ré
fultat de nos altercations fur cet article
n'ait abouti à rien qu'à mettre le lecteur
én état de prononcer avec plus ample connoiffance
de caufe , fur quoi on peut éta
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
blir un jugement ; fçavoir , qu'il n'y a que
de l'averfion d'un côté , & des raifons de
l'autre , avec l'approbation des Architectes
de toute l'Europe.
Venons préfentement à ce qui concerne
les difpofitions de l'églife qu'il propofe
pour modele. J'avois cru bien faire de la
comparer à celle des premiers fiécles du
Chriftianifme , & de montrer par l'hiſtoire
eccléfiaftique & quelques paffages des Peres
, qu'elle n'y étoit point conforme ; mais
le R. Pere me dit que tout ce que j'expoſe
d'érudition tombe en pure perte. Les anciens
ufages ( dit- il ) n'ont rien de commun
avec l'objet en question. » Il s'eft propofé de
» chercher la difpofition la plus avantageufe
, fans fe mettre en peine qu'elle fût
conforme ou non conforme à ce qui fe
» pratiquoit autrefois ; ce qui nous met hors
» de cour & de procès : il lui reftera feulement
à prouver que celle qu'il a imaginé
eft la plus avantageufe , ce qu'il ne fera
pas aifément.
D'où l'on peut inférer qu'il confidere
nos églifes comme des bâtimens livrés au
caprice de la compofition des Architectes ,
fans égard aux anciens ufages relatifs aux
cérémonies du fervice divin , fuivant la
lithurgie, & à la majeſté du lieu , à laquelle
un Architecte peut beaucoup contribuer
M A I. 1755. 157
1
par une fage difpofition des parties & dif
tribution de la lumiere.
و د
Cette conféquence n'eft pas une conjecture
, elle eft clairement énoncée à la
page 241 de fon Effai , où il dit : » qu'on
» peut donner aux Eglifes toutes les for-
» mes imaginables. Il eft bon même (ajoute-
il ) de ne les pas faire toutes fur
» le même plan : toutes les figures géométriques
, depuis le triangle jufqu'au
» cercle , peuvent fervir à varier fans ceffe
» ces édifices.
""
"
Comment concilier cette liberté avec
l'embarras où il s'eft trouvé dans l'ordonnance
de fon plan , pour le feul arrondiffement
du chevet dont il n'a pû venir
à bout , y rencontrant des inconvéniens
inévitables , de fon aveu ? ce qui l'a fait
conclure , fur ces confidérations , que le
mieux feroit de fe paſſer de rond - point :
c'eft auffi le parti qu'il a pris , fe réduifant
à la fimple ligne droite & aux angles
droits.
Cependant les célebres Architectes de
la nouvelle Rome , qui ont penfé (comme
lui ) qu'il fuffifoit de faire un édifice quel
conque d'une belle architecture , fans vifer
qu'à la fingularité de la compofition ,
n'ont pas été arrêtés par les difficultés
qui ont effrayé le nôtre , comme on le
1
158 MERCURE DE FRANCE.
w
A
voit dans les Eglifes dont Bonarotti
( ou Michel Ange ) les Cavaliers Bernin
, Borromini , Rainaldi , Volateran
Berretin , & quelques autres , ont été
les Architectes faifant des arrangemens
circulaires ou elliptiques de plu
fieurs chapelles autour du grand corps
de l'édifice , variées de toutes fortes de
figures agréables à la vûe , mais déplacées
pour une églife , en ce qu'elles en divifent
trop les objets , obligeant les fideles
affiftant au facrifice célebré fur différens
autels en même tems , de fe tourner
en tout tems , en fituations relativement
indécentes , dos à dos , de côté
& en face affez près pour fe toucher ,
ce qui ne peut manquer de caufer des
diftractions involontaires. Tel eft auffi à
peu près l'effet de la diftribution de lu
miere dans l'églife dont il s'agit , de la
compofition de notre auteur , dont les
rayons venant de tous côtés comme d'une
lanterne de vitraux qui enveloppent'
fans interruption fon fecond ordre de ,
colonnes ifolées , ne peuvent manquer
d'occuper , d'éblouir & de diftraire les fideles
en prieres , particulierement ceux
qui feront tournés au grand autel , dont
les yeux feront directement frappés des
rayons du haut & du bas ; en quoi n'ont
MAT 1755 154
92
pas péché nos Architectes modernes qui
ont appliqué l'autel principal contre le
mur de fond , qu'ils ont décoré d'un ta
bleau , & c. mais auffi ils ont péché contre
l'ancien ufage d'ifoler l'autel , autour du?
quel les cérémonies de l'Eglife exigent
qu'on puiffe tourner en certaines occa
fions , fuivant le rituel où il eft dit , Sacerdos
circuit ter altare , ufages dont ils n'ont
peut- être pas été inftruits , ou auxquels ils
ne fe font pas cru obligés d'avoir égards
comme le nôtre , en ce qui concerne la
figure des autels . 9al soulmů 33 un dị
Il veut , d'après une nouvelle mode qui
s'établit depuis peu , qu'on le faffe en tombeau
, fur un faux préjugé que ceux des
premiers fiecles étoient de même , parce
qu'on célébroit les faints myfleres fur les
tombeaux des Martirs ; ce qu'il faut entendre
des feuils endroits où il s'en trouvoir
, car il n'y en avoit pas par-tours &
quand il y en auroit eu , ce n'eft pas une rai
fon, car ils n'étoientpas immédiatement ſur
la caille ? mais au deffus du lieu où
repo
foient leurs corps , comme il confte par le
grand autel de S. Pierre de Rome , qui
eft bien fitué au deffus de ce qui nous
refté de feliques de S. Pierre & de S.
Paul ; cependant il n'eft pas fait en forme
de tombeau , quoiqu'il fort au deffus de
160 MERCURE DE FRANCE.
la chapelle fouterreine où elles font , à
laquelle on defcend ( comme je l'ai fait )
par un magnifique efcalier , dont la baluftrade
de marbre eft bordée d'une trèsgrande
quantité de lampes toujours allu
mées. Il fe peut qu'on ait fait fervir ,
par extraordinaire , la couverture d'un
tombeau de table pour le facrifice ; mais
j'ai prouvé que dans toutes les églifes
qui ont été faites neuves pendant les premiers
fiecles , l'autel y a toujours été fait
en forme de table , laquelle eft plus analogue
& fignificative que toute autre ,
de l'inftitution du S. Sacrement , faite
pendant le foupé de la Pâques , ce que
tout le monde fçait , & que l'Eglife
chante de la profe de S. Thomas d'Aquin
, quod in facra menfâ coena datum
non ambigitur.
1
Puifque le R. P. n'a rien répliqué aux
preuves que j'en ai données , il femble
que je puis préfumer qu'il en convient
fuivant la maxime que qui tacet commentire
videtur ; en ce cas il auroit pû, fe
faire honneur de cette docilité qu'il avoit
annoncée , en difant qu'on ne lui trouve
roit point d'entêtement.
Après avoir difcuté la difpofition de
fon églife , il refte à examiner fa confruction
, dont l'auteur de l'examen de
MA I..
1755.
161
fon effai fur Architecture a dreffé un
plan que le R. P. n'a point méconnu ,
quoiqu'il ait été gravé & publié , parce
qu'il eft exactement conforme au fien , qui
contient des chofes fi extraordinaires qu'on
ne peut s'empêcher d'en appercevoir les
défauts de régularité & de folidité.
Premierement quant à la régularité ,
à la feule infpection
de ce plan on eft
choqué du défaut de fymmétrie
dans l'arrangement
de fa colonnade
le long de
la nef & de la croifée , en ce que les
colonnes font accouplées
fuivant le modele
du portique
du Louvre , excepté
aux angles faillans de la rencontre
des
files de la nef & de la croifée , au fommet
defquels
il n'y en a qu'une à chacun
: or il eſt évident que c'eft là tout au
contraire
où cet accouplement
étoit plus
convenable
, & même plus néceffaire
qu'ailleurs
, pour donner de la culée à la
pouffée
des platebandes
, qui forment
les architraves
en retour à angle droit
de forte qu'outre
la beauté de la fymmétrie
il fe trouve de plus une néceffité
de
folidité.
Je fens bien que notre Architecte ayant
eu intention de prolonger l'alignement.
de fes bas côtés , comme il le dit dans
fon Effai , ( page 217 ) il n'auroit pu
162 MERCURE DE FRANCE.
ajouter une colonne à chaque retour de
l'angle , fans interrompre cet alignement ,
à quoi je ne lui vois pas de réponſe , que
celle qu'il a faite au reproche de l'enga
gement de fes colonnes dans les murs ,
qu'à néceffité il n'y a point de loi ; mais
celui qui péche dans la caufe n'eſt pas
excufable dans l'effet , c'eſt une maxime reçue
; il ne devoit donc pas s'engager dans
une ordonnance de deffein qui entraînoit
une telle faute néceffairement. Lorfque
le P. Cordemoy , dont il adopte les
idées jufqu'à les copier par-tout , propo
foit celle de Perrault fur l'accouplement
des colonnes , il ne parloit que d'une
nef d'églife , fans faire mention des retours
de la croifée , où l'on ne peut en
mettre moins de trois à chaque angle
faillant , celle du fommet ou pointe de
cet angle étant équivalente à deux , pour
faire face d'un couple de côté & d'au-'
tre.
Le fecond défaut qui concerne la folidité
, a été fuffifamment démontré dans
le livre intitulé , Examen de l'Efai fur
Achitecture de notre Auteur ; il eft er
effet vifible à tour homme qui eft initié
dans la conftruction , qu'une feule
colonne eft abfolument incapable de réfifrer
à une double pouffée des plateban
M A I. 1755. 163
1
des qui concourent à un angle droit ,
où elles pouffent au vuidé fuivant la
prolongation de la diagonale , quand
même ces platebandes ne feroient char
gées que du poids de leurs claveaux . II
n'eft pas néceffaire que j'infifte fur les
défauts déployés dans une douzaine des
pages du livre que je cite.
Cependant le R. P. ne fé tient pas pour
convaincu du rifque d'une fubverfion de
fon édifice , depuis qu'il a appris qu'on
faifoit préfentement des voûtes extrêmement
legeres , & fi bien liées dans les
parties qui la compofent , qu'on prétend
qu'elles ne pouffent point ; ce qui tran
che ( dit-il toutes les difficultés de folidi
té qu'on trouve à fon idée d'églife. Ce
font ces voûtes de briques pofées de plat
& doublées de même en plâtre , qui ont
été exécutées depuis long- tems en Rouffillon
, dont M. le Maréchal de Belle
Ifle a fait des épreuves il y a cinq ou
fix ans. S'il eft vrai ( ajoute cet Auteur )
qu'elles ne pouffent point , je n'en fais point
d'autres , me voilà délivré de l'embarras
» de la dépenfe , & de la mauffaderie
» des contreforts ; toute ma nef du haur
en bas eft en colonnes ifolées , je me
» contente d'envelopper tout le fecond
ordre par des vitraux continus , & fans
•
164 MERCURE DE FRANCE :
>> interruption- mon églife devient l'ou
" vrage le plus noble & le plus délicat ».
On pourroit ajouter & tellement foible ,
qu'il ne feroit pas étonnant qu'il fût culbuté
par un coup de vent , comme un
jeu de quilles , fuppofé qu'il eût été affez
équilibré pour ne s'être pas écroulé
avant que d'avoir été totalement achevé.
Avant que de donner fa confiance à
cette nouveauté , il y a encore bien des
chofes à confidérer .
Premierement qu'on ne peut indifféremment
exécuter ces voûtes en tous
lieux , parce qu'il y a plufieurs cantons
de provinces où il n'y a ni bonnes briques
, ni plâtre , mais feulement de la
chaux , du moilon & des pierres detaille
, comme ici à Breft , où l'on eft obligé
de faire venir de loin ces matériaux.
D'où il fuit que la dépenfe de ces auvrages
douteux excéderoit de beaucoup
celle de l'exécution fûre des yoûtes faites
à l'ordinaire , avec les bons matériaux
que l'on trouve fur les lieux.
Secondement qu'il eft fort incertain
que ces voûtes legeres en briques de plat
ne pouffent point du tout. Cette affertion
n'eft fondée que fur la fuppofition d'une
liaifon i folide , que les parties ne
forment plus qu'un feul corps d'égale
MA I. 1755. 165
confiftance , & par-tout uniforme , puifque
leur arrangement de pofition ne
concourt en rien à les foutenir mutuellement
, comme dans celui des voûtes de
pierres en coupe , auquel cas la folidité
dépend uniquement des excellentes qualités
des matériaux , lefquelles ne font ni
par- tout , ni toujours également conftantes
, de forte qu'on rifque tout fur leurs
moindres défauts ; les briques mal cuites
, ou de mauvaife pâte de terre , le
plâtre éventé ou mal gâché , ou employé
à contre-tems , peuvent empêcher cetre
confiftance uniforme & inébranlable qui
doit en réfulter . Puis le plâtre s'énerve
par les impreffions de l'air dans une fucceffion
de tems qui ne va pas à un fiecle
, mais feulement ( à ce qu'on dit ) a
la durée de la vie d'un homme bien
conftitué , après quoi il devient pouf,
c'eft-à-dire farineux ( fuivant le langage
des ouvriers ) ; ainfi il n'y auroit pas de
prudence de hazarder la perte d'un édi-
-fice auffi confidérable qu'eft celui d'une
églife , qui doit être faite pour durer
des fiecles , fur une conjecture qui fuppofe
qu'une voûte ne doit point pouffer , &
toujours fubfifter , quoique d'une largeur
de diametre ordinairement de 36 à 42
pieds d'étendue , qui excéde de beaucoup
་
166 MERCURE DE FRANCE.
celle des édifices pour l'habitation , dong
on a fait des épreuves.
"
On fçait que la pefanteur agit continuellement
, quoiqu'infenfiblement ; nous
en avons l'exemple dans les bois de la
meilleure confiftance , dont elle fait
alonger les fibres qu'elle ne peut
ne peut caffer.
Une poutre bien dreffée & pofée de niveau
, fans être chargée d'aucun poids
que de celui de fes parties , fe courbe
peu à peu en contre-bas ; & l'on voit
tous les jours des voûtes de bonne maçonnerie
, dont le mortier a fait le corps
depuis long-tems , s'ouvrir vers les reins ,
environ à 45 degrés , lorfque la réfiftan-
-ce des piédroits s'eft trouvée trop équilibrée
, ou diminuée par les moindres
accidens. On en a une preuve bien facheufe
& inquiétante encore aujourd'hui,
par la lézarde ou crevaffe qui s'eft faire
au grand dôme de l'églife de S. Pierre
de Rome , plus de 80 ans après fon édification
& perfection . Sur de telles ex-
-périences , un Architecte feroit inexcufable
de rifquer une conftruction vifiblement
trop foible.
-
•
C
On peut mettre dans le rang des idées
pittorefques celle d'envelopper tout le fecond
ordre de fon église , qui n'est que de
colonnes ifoléés par des vitraux continus
MAI.
1755 167
>
fans interruption , laquelle étant une
nouveauté inattendue fait tomber les
objections que j'avois fait concernant la
néceffité des bafes au rez de chauffée ,
pour foutenir un mur d'enceinte au fecond
ordre , où je comptois que devoient
être les bayes des vitraux , ouverts à dif
tances convenables dans les entre- colonnemens.
Mais il dit formellement que
tout eft vuide d'une colonne à l'autre , fans
aucune espece de piédroit . Tout étant
fupprimé par ce fyftême , l'objection que
je faifois eft du vieux ftyle , on ne bâtira
plus comme par le paſſé.
.
Il nous refte encore à examiner fon
idée d'une voûte à faire fur le milieu
de la croifée des deux berceaux qui couvrent
la nef & la traverfe de la croix de
fon plan , laquelle feroit ( comme je l'ai
dit ) tout naturellement une voûte d'arête
, qu'il trouve , ainfi que la plupart
des Architectes , trop fimple pour une
églife de goût , à laquelle on fubftitue
ordinairement un dôme , fuivant l'Architecture
moderne de la plupart des églifes
d'Italie , pour donner de la nouveauté ;
il rejette cette conftruction , & en fubftitue
une autre , qu'il avoit annoncée
dans fon Effai , d'une maniere fi myſtéricufe
qu'on ne pouvoit deviner que ce
168 MERCURE DE FRANCE.
fût la chofe du monde la plus ordinaire
qu'il a dévoilé dans fa réponſe à mes
remarques , par laquelle on voit que ce
n'eft plus qu'une voûte fphérique en pan .
dantif : en cet endroit ( dit - il ) on peut
» conftruire toute forte de voûte en cul-
» de-four , & en pandantif , qui empêche
( ajoute-t- il ) que fur les quatre
grands arcs-doubleaux , on éleve des
>> enroulemens qui , fuivant la diminution
» pyramidale , aillent ſe réunir à un couronnement
en portion de ſphere , rempli
par une Gloire ou une Apothéose.
» Ce centre de croifée couvert par une
» voûte ainfi percée à jour & décorée avec
» hardieffe , n'auroit- il pas quelque chofe
» de très-brillant & tout- à- fait pittoref
que ? Sans doute , c'eft un beau fujer de
décoration de théatre , fi les édifices fe
faifoient avec la même facilité que les
peintures , & n'exigeoient pas plus de
précaution ; mais malheureufement on
eft affujetti à la folidité & aux moyens
de prendre le jour fans percer plus haut
qu'il ne faut pour le ménager , & pourvoir
à l'écoulement des eaux de pluie ,
enforte qu'elles ne tombent point par ces
pans de la couverture
des combles qui fe croifent , ainfi que
les yoûtes des berceaux qu'ils couvrent ,
ouvertures : or les
ne
MA I.
1755. 169
ne laiffent pas de paffage à la lumiere fi
on ne s'élève au-deffus , auquel cas on,
retombe dans la néceflité de la conftruction
d'un dôme fur une tour à l'ordinaire , que
PAuteur condamne d'après fon maître le
P. Cordemoy , qui leur reproche du porteà-
faux .
On a lieu d'être furpris que quoiqu'il
ait profcrit les arcs doubleaux dans fon
effai , il en fafle ici mention , & qu'il y appuie
les enroulemens qui doivent porter la
coupole de l'apothéofe en cul de four , parce
qu'on y trouve plufieurs inconvéniens ;
l'un , que les affiettes de leur baſe devant
être de niveau entr'elles , elles ne peuvent
être pofées que fur les quatre clefs des arcs
doubleaux qui font dans cette fituation relative
, & ces parties ( les plus foibles des
voûtes ) ne paroiffent gueres convenables
pour foutenir ces enroulemens , qui , comme
de fimples nervûres , font chargées du
poids de la calotte fphérique . Secondement
parce que leur nombre ne fuffiroit pas pour
porter le contour de ce fegment , ainfi
percé à jour , à moins qu'il ne fût très-petit
, en approchant beaucoup de fon pôle ,
auquel cas , fi l'on enveloppe les enroulemens
de vitraux continus , comme il fait
à l'égard des colonnes du fecond ordre , ils
deviendront auffi fphériques en portions
H
170 MERCURE
DE FRANCE.
inclinés en furde
trapezes
courbes
plomb.
:
,
Les fera - t - on ainfi alors il faut renvoyer
l'exécution de ce projet à la côte du
Pérou , comme à Lima où il ne pleut jamais
mais fi l'on ne croit pas pouvoir les
faire de même à caufe de l'inconvénient de
l'écoulement des eaux de pluie , on fera
obligé , pour le faire à plomb & en abajour
, d'élever une tour fur la croifée des
berceaux , portant à faux fur les pandantifs,
& alors on retombe dans la conftruction.
ordinaire des dômes , ou du moins des
demi- dômes , plus ou moins élevés extérieurement
, fuivant le diametre de la voû
te fphérique , à laquelle cette tour fera
circonfcrite , fans paroître dans l'intérieur
que comme un-cul- de four en pandantif ,
portant immédiatement fur les panaches ,
élevés fur un pan coupé des angles faillans
de la croifée.
Cette conftruction n'a rien d'extraordi
naire ; nous en avons mille exemples , particulierement
à Rome dans les églifes de
Sainte Marie in Porticu , du deffein du Cavalier
Rainaldi ; à Sainte Marie in Vallicella
, de celui du vieux Longo ; à S. Charles
des quatre Fontaines , de celui du Cavalier
Borromini ; & fans aller fi loin , au Noviciat
des Jéfuites de Paris , excepté que cetMAI.
1755. 171
7
tere conftruction y eft fans grace , en ce que
les pandantifs n'y font pas féparés de la
calotte fphérique par une corniche horizontale
, qui lui forme une baſe , & met
à part une figure réguliere plus agréable à
la vûe que celle qui eft échancrée par les
lunettes des berceaux pénétrant la furface
fphérique ; fecondement , parce que le
fommet , ou fond de cette furface concave,
y eft obfcur , fon enfoncement n'étant pas
éclairé d'une lanterne comme dans les
églifes citées , où cette partie eft brillante
par une lumiere célefte , qui y defcend
naturellement , au lieu qu'au Noviciat elle
ne l'eft que par un peu de reflet qui renvoie
la lumiere de bas en haut ; ce défaut
que l'auteur de l'examen de l'Effai a déja
remarqué au fommet des berceaux qui
couvrent la nef & la croifée de fon églife
, eft encore ici plus remarquable , parce
que le reflet vient de plus loin , & remonte
plus haut . Je paffe fur un autre défaut
de largeur du pan coupé à chaque
angle de la croifée , lequel eft trop petit
pour fervir de baſe au panache.
Nous voilà donc au fait de cette voûte
de croifée d'églife , qui avoit été annoncée
comme une nouvelle invention , & qui
n'eſt rien moins . » C'étoit ( dit- on ) une
»forte de baldaquin , en façon de dôme ›
Hij
172 MERCURE DE FRANCE .
ود
» d'un deffein léger , qui puiffe fympathi
» fer avec l'idée de voûte ; dès lors ( ajoû
» toit l'auteur ) point de colonne , & rien
» de ce qui a befoin de porter dès les fondemens
, & un Architecte comprendra
fans peine les raifons qui me détermi-
» nent de propofer ainfi pour défigner une
» voûte qui aura toute la fingularité , tous
» les avantages des dômes fans en avoir les
inconvéniens .
"
,
11 eft clair qu'en admettant toutes ces
conditions à la lettre , il ne fatisfait en
aucune façon au problême. 1 ° . On ne peut
fon cul-de-four en pandantif pas dire que
ne porte fur rien qui vienne des fondemens
& qu'il n'y ait point de colonne , puifqu'il
y en a quatre , une à chaque angle faillant
de la croifée au rez de chauffée , & une
feconde en échafaudage au - deffus pour le
fecond ordre , ce qui en fait huit , à tout
compter ; la fupérieure fervant à porter le
pied du pandantif , porte fur la premiere
établie au rez de chauffée , par conféquent
dès lesfondemens : enfuite , le pandantif
établi fur ces colonnes , porte & rachete la
calotte fphérique de l'apothéofe ; donc par
une induction bien raifonnée , elle porte
dès les fondemens ; donc cette conſtruction
ne fatisfait point au problême.
Mais oferoit - on faire l'analyfe de ce
M.A I. 1755 173
fupport de tant de fardeaux ? on trouvera
qu'il fe réduit à une arête verticale de
l'angle faillant de l'architrave du premier
ordre , laquelle porte elle-même à faux ,
comme nous l'avons démontré ci - devant
dans l'examen de la fonction d'une colonne
fous un angle faillant.
Nos Architectes qui refpectent les principes
de l'art , font ordinairement un pan
coupé dans les angles de cette efpece, pour
y trouver un peu de baſe horizontale au
panache qui doit racheter le cul-de-four .
Pour finir , je pafferai fous filence bien
des chofes que j'aurois à dire fur la nouvelle
architecture en filigramme ; par
exemple , fur les pentes à ménager aux toîts
des bas côtés pour l'écoulement des eaux de
pluie , qu'on ne peut diriger qu'en s'élevant
du côté de la nef , & mafquant une
partie des vitraux du fecond ordre , lequel
eft établi immédiatement au -deffus de l'architrave
du premier , regnant de niveau
avec l'égoût extérieur des plafonds des bas
côtés , & de plus des chapelles qui l'écartent
encore du corps de la nef , d'où fuit
une plus grande hauteur de pente à donner
à cette partie inférieure qui reçoit auffi
l'égoût d'un côté du grand comble. J'en
pourrois dire autant & plus à l'égard du
baldaquin pittoresque ; mais je veux mon-
Hiij
374 MERCURE DE FRANCE.
trer que je ne cherche pas matiere à criti
quer , n'ayant d'autre intention que celle
de rendre ma réplique utile.
Au refte , je fuis très - obligé au R. Pere
Laugier de la maniere obligeante dont il
a parlé de moi dans fon prélude ; je lui en
fais mes très-humbles remercimens , fans
attention à ce que ce procédé de politeffe
ne s'eft pas toujours foutenu dans certains
momens où il lui a échapé des qualifications
de difcours , dont j'ai montré l'injuftice
; de forte qu'elles étoient réversibles
de droit à celui qui les avoit données malà-
propos , fi la qualité de Philofophe dont il
m'honore , & que je fais gloire de foutenir
en bonne part , ne me mettoit infiniment
au- deffus de ces petiteffes.
A Breft , le 2 Nov. 1754. FREZIER.
Laugier & M. Frezier , concernant le
Goût de l'Architecture.
Sm
I l'on ne connoiffoit
l'efprit de l'homme
, on auroit lieu de s'étonner
que
de toutes les difputes
littéraires
il ne réfulte
prefque
aucun accord entre les parties conteftantes
, ni même un fimple aveu de
conviction
de la validité des raifons alléguées
d'un adverfaire
à l'autre , quoiqu'il
foit rare qu'elles
puiffent
être d'une égalité
de poids à devoir être mifes dans la balance
du doute.
J'avois premierement établi dans mes
Remarques , inférées dans le Mercure du
mois de Juillet dernier , que je ne croyois
pas qu'il y eût un beau effentiel en architec
144 MERCURE DE FRANCE .
C
ture , fondé fur les variétés des goûts particuliers
de chaque nation , & de plus des
variations de la même en différens tems ,
comme je l'ai vû de nos jours.
à
à
Le R. Pere Laugier , qui eft d'un fentiment
contraire , a fait de beaux raifonnemens
pour prouver ( non l'exiſtence de
cette chimere ) mais la poffibilité , convenant
qu'actuellement aucun des architectes
de tous les pays connus n'eft parvenu
la montrer dans fes ouvrages. Le public m'a
l'obligation de lui avoir procuré ce beau
diſcours , dont j'abandonne l'examen , n'étant
pas dans le goût d'une difpute métaphyfique
fur les arts , où je me contente de
raifonner conféquemment aux faits qui me
font connus ,
propos de quoi je ne puis
m'empêcher de faire une remarque fur la
contradiction de ce que le R. P. dit d'une
égliſe bâtie à Pekin , à la maniere Européenne
, par les Jéfuites , qui n'a pas femblé
, dit- il , aux Chinois indigne de leur admiration
, avec ce qu'en dit le Frere Attiret
, dans les Lettres édifiantes & curieufes
que j'ai cité , qu'il ne faut pas leur vanter
l'architecture Grecque & Romaine , qu'ils
ne goûtent en aucune façon . Il en pouvoit
parler pertinemment , étant lui -même peintre
& architecte à la Cour de l'Empereur .
Tel eſt le réſultat de la premiere partie de
nos
&
MAI. 1755.
145
nos altercations. Dans la feconde , le R.
Pere , après s'être rangé du côté de mon
opinion , contre cette prétendue origine
de la vraie beauté qu'on veut tirer des
proportions harmoniques employées en architecture
, fe détache de mon parti pour
m'attaquer fur ce que j'ai dit que les architectes
anciens , & la plupart des modernes
, n'ont jamais penfé à ces principes
fcientifiques ; ce que j'ai prouvé par le filence
de tous leurs auteurs . Cette réflexion ,
dit- il , eft plus maligne que folide , comme s'il
vouloit me brouiller avec les vivans : mais
comment prouve - t-il fa conjecture à l'égard
de la folidité ? c'eft en difant qu'il
peut fort bien fe faire que fans y penfer , &
comme à tâtons , les architectes ayent rencon-
· tré le vrai.
Ainfi fon induction n'étoit pas plus jufte
que celle qui lui a fait conjecturer , mal à
propos , que j'étois infenfible à la vûe des
belles chofes , comme un ftupide qui lui
fait pitié. Je le plains , dit il , du tort que
lui a fait la nature ; il eft privé d'une grande
fource de plaifirs , de n'avoir point éprouvé
de ces mouvemens
enchanteurs qu'excite la
préfence des belles chofes , lefquels vont ( de
l'aveu du R. P. * ) juſqu'à l'extafe & au
* Voyez fon Effai fur l'Architecture.
G
146 MERCURE DE FRANCE.
•
transport ; fon ame , continue- t- il , en parlant
de moi , eft vraisemblablement de celles
qui ont été battues à froid. Belle métaphore
tirée apparemment de la rhétorique des Cyclopes
, pour égayer une matiere férieufe ,
par un peu de mêlange du ftyle des farces ,
à laquelle je pourrois répondre , & montrer
en quoi confifte fon erreur , par un
proverbe du même ton , que les délicats
font difficiles à nourrir.
Les deux premieres parties de mes remarques
ne regardoient point le P. Lau--
gier , il s'y eft mêlé fans vocation ; mais
nous voici arrivés à ceux qui peuvent l'intéreffer
.
Il commence par m'attaquer fur ce que
j'ai dit , que le petit Traité d'Architecture
de M. ( où comme l'appelle le Dictionnaire
de Trévoux , au mot Eglife ) le R.
Pere de Cordemoy , Chanoine Régulier ,
ne contient rien de nouveau ; il qualifie ce
difcours , tout fimple qu'il eft , d'invective
indecente , parce qu'il l'a pris pour fon
coryphée. Y avoit- il là matiere à un propos
qui annonce trop de fenfibilité au refus
que j'ai fait d'applaudir à la prééminence
qu'il veut donner à ce Chanoine
fur tous nos Architectes , avec d'autant
moins de raifon que je lui avois fait remarquer
que cet auteur en convenoit lui-
1 7
MAI
1755 147
même dans fon Epitre dédicatoire à M. le
Duc d'Orléans , en 1706 , à qui il ne le
préfentoit que comme un Recueil de ce
qui fe trouve difperfe dans les ouvrages des
plus habiles , foit anciens ou modernes ? Ce
qu'il n'eft pas difficile de reconnoître à
ceux qui ont puifé dans les fources , car
les approbations ou critiques n'entrent
point en compte de nouveauté du fond de
la doctrine.
t
Il vient enfuite à un des points principaux
de notre difpute concernant les pilaftres
, qu'il abhorre comme des enfans
batards de l'architecture , engendrés par l'ignorance.
Il dit qu'il s'eft mis en devoir de
justifier fon averfion dans le premier chapitre
defan effai , où il n'a pas mieux réuffi
fur cet article qu'en bien d'autres , fi l'on
en juge par l'examen de cet effai , auquel
il a fourni une matiere de critique affez
ample pour être prefque auffi étendue que
le texte , fans y comprendre ce qu'on y
peut, ajouter , comme il confte en partie
-par mes remarques & ma réplique , qui
- n'ont pas épuifé la matiere. Il dit cependant
qu'il a raisonné par une
confequence
logique néceffaire du principe qui fert de
2fondement à tout le reste.
Quel eft ce principe ? j'ai beau lire ce
chapitre , je n'y en trouve aucun , à
a moins
Gij
148 MERCURE
DE FRANCE.
que
It qu'il ne l'établiffe fur ce qu'il dit
pilaftre représente une colonne . Il faut convenir
qu'il la repréfente bien imparfaitement
, comme le quarré repréfente le rond.
Car puifque les cylindres & les prifmes
de même hauteur font entr'eux comme
leurs bafes , le quarré circonfcrit repréfente
le cercle infcrit
par une confé
quence
mathématique .
Mais , dira-t -on , c'est parce qu'il en
Occupe la place : cette interprétation feroit
jufte , fi on faifoit un portique tout
de pilaftres ifolés , excepté aux angles faillans
des entablemens , fous lefquels une
colonne ne peut être admife fans faute de
jugement ; parce qu'elle ne peut y faire
les fonctions de pilaftre , en ce qu'elle
laiffe du porte-à-faux de cet angle , comme
je l'ai démontré ; & fi l'on rapporte les
piéces d'architecture à la charpente d'une
cabane , le pilaftre en cet endroit y repréfente
un potean cornier , qui eft auffi effentiellement
équarri qu'un fomier repréfenté
par l'architrave . En effet , pour foutenir
une encoignure en retour d'équerre ( pour
parler en termes de l'art ) , il faut un fupport
quarré ; le quart de cercle infcrit dans
un angle droit n'occupe qu'environ les
deux tiers de fa furface , ou plus précifément
onze quatorziemes ; de forte que le
M.Aha1735 31% 149
triangle mixte reftant,compris par les deux
lignes droites tangentes & le quart de cercle
concave , eft l'étendue de la furface
qui porte à faux , c'est - à-dire fans appui.
Donc la colonne ne peut être fubftituée
au pilaftre dont elle ne peut faire pleinement
les fonctions ; donc la conféquence logique
du R. Pere étant tirée d'un faux principe
, eft invalide pour juftifier fon averfion
qui lui eft particuliere & unique.
Sa logique l'a mieux fervi à refuter la
contradiction qu'on lui avoit reprochée ,
d'avoir appellé les pilaftres des innovations,
après en avoir reconnu l'ancienneté dans
les antiques. On voit bien par la fubtilité
de fa folution , qu'il a enfeigné le grand
art, de ne refter jamais court dans la difpute
, que les facétieux appellent l'art de
fendre un argument en deux par un diftingo
, pour le fauver par la breche ,
Mais voyons comment il réfout l'ob
jection du porte-à- faux fous l'angle faillant
d'un entablement , le faifant foutenir par
des colonnes ; il croit avoir imaginé un
expédient pour l'éviter : il faut le lire attentivement
, car il le mérite. Je ne mettrai
rien ( dit -il ) dans l'angle même ; je rangerai
mes colonnes aux deux côtés le plus près
de l'angle qu'ilme fera poffible . Cela eft clair,
c'est - à - dire jufqu'à ce que les deux chapi
Giij
6 MERCURE DE FRANCE.
teaux fe touchent fur la diagonale de l'an
gle. Mais comment appellera-t- on cet ef
pace quarré , dont les colonnes feront fé
parées en dehors , lequel eft formié par la
prolongation de l'alignement des faces intérieures
de l'architrave jufqu'à la rencon
tre des extérieures avec lefquelles elles
forment un quarré , dont la longueur des
côtés eft déterminée par l'épaiffeur della
colonnade , fuppofant l'angle faillant droit ,
ou bien un trapézoïde s'il eft aigu ou ob-
Eus ? N'eft- ce pas un porte- à- faux tout en
Fair , au dire de tous les Architectes de
Europe ? fans doute . Done ce prétendu
moyen imaginé pour Péviter ; Faugmente
ridiculement , par un effet contraire à fon
Intention , & d'une maniere fi choquante
que fans être architecte , tout fpectateur
un peu judicieux ne manqueroit pas d'en
être frappé , & de Te récriér quel ele
rignorant qui a été capable d'une telle bafourdife
? C'eft içi un de ces cas doit parle
HR . Pere dans fon préludes on la difpute
eft neceffaire pour fournir des préfervatifs
contre le poifon des vaines imaginations . On
ne peut concevoir comment un homme
defprit , tel qu'il eft , & qui s'annonce
pour avoir des connoillances dans l'art de
batir moins bornées a
qu'on ne le préfume, a pu
fe tromper fi étonnamment ; il faut quiP
M A I. 1755
V
alt raifonné fur l'apparence de l'angle
rentrant , au lieu du faillant dont il s'agit.
Pour montrer l'utilité des pilaftres pré- *
férablement aux colonnes dans les parties'
des édifices deſtinées à l'habitation , j'avois
fait remarquer qu'une colonnade ne pou-'
voit y fervir, de l'aveu du R.Pere , qui convient
qu'on ne peut habiter fous une balle
ouverte , & qu'on ne pouvoit s'y mettre
à l'abri des injures de l'air qu'en la fermant
par un mur de cloifon , dont la pofition
à l'égard des colonnes entraîne l'inconvénient
que j'ai fpécifié par un difcours
très fuccint , qui lui a cependant paru long
& obfcur. Le premier de ces défauts n'étoit
que pour lui , en ce qu'un difcours contredifant
porte l'ennui & déplaît pour
peu qu'il foit déployé aux yeux de celui
qui le lit à regret. Quant à l'obfcurité reprochée
, il eft jufte que je l'éclairciffe.
Voici comme j'argumente à mon tour.
Ce mur fera placé , ou dans le milieu de
l'épaiffeur de la colonnade , ou au dedans
ou au dehors .
Dans la premiere pofition il corrompra
la proportion de la largeur apparente à la
hauteur de la colonne. Dans la feconde.
il mafquera la colonnade au dedans , &
dans la troifieme au dehors.
La preuve du premier inconvénient eft
G iiij
152 MERCURE DE FRANCE.
que
il
fi
vifible , en ce que pour peu d'épaiſſeur
qu'on donne à ce mur de part & d'autre
de l'alignement des axes des colonnes ,
en embraffera & cachera une partie au
dedans & au dehors de leur circonférence
apparente ; alors ce qui reftera découvert
en largeur ne fera plus un diametre ,
mais une corde plus ou moins grande
felon l'épaiffeur du mur ; de forte
on faifoit fon épaiffeur égale au diametre
de la colonne , il embrafferoit la moitié
de chaque côté , & la feroit enfin diſparoître
, ainfi les furfaces de fes paremens
deviendroient des plans tangens , qui ne la
toucheroient que fuivant une ligne fi elle
étoit cylindrique , & l'angle mixte de la
furface plane & de la courbe deviendroit
infiniment aigu , de forte qu'à moins que
d'ufer d'un maftic adhérent , on ne pourroit
le remplir folidement des matériaux
dont le 'mur feroit bâti.
>
L'inconvénient de la pofition du mur
en dedans ne mérite pas d'être prouvé ,
puifque la colonnade eftun ornement dont
on veut décorer le dedans de l'habitation ,
lequel ornement feroit rejetté en faveur
du dehors , où les colonnes ne paroîtroient
faire fonction que de contre- forts . Il ne
refte donc à choisir que la pofition du mur
en dehors ; alors , ou fa furface fera tanMAT
1755 371755.
753
-
gente de la colonnade , ou bien fon épaiffeur
recevra une partie du diametre de
chaque colonne , fi elle avance dans leur
intervalle. Dans le premier cas , il fe for
mera un angle mixte , dont nous venons
de parler , entre la furface plane du mur
& la convexe de la colonne , lequel étant
infiniment aigu deviendra un réceptacle
de pouffiere & d'araignée , dont on ne
pourra le nettoyer , par conféquent fujet
à un entretien perpétuel de propreté.
Dans le fecond cas , cet angle mixte deviendra
plus ouvert , mais préfentera toujours
un objet defagréable à la vûe , felon
qu'il fera plus ou moins aigu ou obtus ; &
ce qui eft pire & inévitable , il cachera
toujours une partie de la colonne , qu'on
reconnoît pour n'être pas deftinée à être
enclavée dans un mur , fans perdre de fa
largeur apparente , étant vue de différens
côtés , & par conféquent de cette proportion
de la largeur à la hauteur , qui conſtitue
la différence & la beauté des ordres
d'architecture ; cette proportion ne pourra
fubfifter que lorfque la colonne fera vue
perpendiculairement à la furface du mur
fuppofant qu'il n'avance pas au dedans de
l'alignement des axes des colonnes , car
alors il eft évident qu'il abforberoit plus
de la moitié de leur épaiffeur . Il n'eft pas
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
jen si
moins évident que la colonne érant vue
un peu à droite ou à gauche de laperpen
diculaire au mur , paffant par fon axe fon
épaiffeur apparente entre l'axe & fa futface
du mur fera moindre qu'entre l'axe & le
rayon tangent du côté du vuide intérieur.
Une figure auroit été ici néceffaire pour
aider l'imagination du lecteur qui n'eft
pas un peu initié dans la Géometrie , Je vais
m'expliquer par un exemple. nuog
Suppofons tn fpectateur voyant " de
côté une colonne enclavée à demi dans un
mur, fous un angle , par exemple , de trené
te dégrés , ce qui arrive en fe promenand
devant une colonnade , fans affecter de fi
ruation recherchée exprès ; alors favûe
fera bornée d'un côte au fond de l'angle
mixte de la rencontre des deux furfaces
plane & convexe , & de l'autre au rayon
vifuel tangent à la colonne en faillie hors
du mur , lequel feta avec celui qui doit
paffer par fon axé un angle plus ou moins
aigu , felon qu'il en fera plus près ou plus
foin , parce qu'il fera le complement de
celui du rayon de la colonne ,fire au point
de l'attouchement & toujours momdre que
le droit , quelque éloigné qu'en foit le
fpectateur. Mais pour la commodité de la
fuppofition la plus avantageufe , fuppo
fons -le de 20 dégrés , leſquels érant jõims
9
M A 1. 1755 . iss
aux 30 de l'obliquité donnée , il réfultera
un angle de 120 dégrés , mefuré par la
circonférence , qui n'eft qu'un tiers de celle
de la colonne , dont la corde eft moindre
d'environ un feptieme du diametre par
conféquent la largeur apparente étant die
minuée , l'oeil n'appercevra plus cette proportion
à fa hauteur , qui eft eftimée effentielle
à la beauté de l'architecture .
Donc l'enclavement ne peut fe faire fans
inconvénient , quelque profondeur qu'on
fuppofe de la colonne dans le mur. Il n'en
eft pas de même à l'égard de celui des pilaftres
, dont la face antérieure de fa lar
geur eft inaltérable , quelque profondeur
d'enclavement qu'on lui fuppofe ; done if
n'y repréfente point la colonne , mais un
poteau montant de cloifon de pan de bois ,
ou , fi l'on veut , une chaîne de pierre pour
la folidité. Je ne fçai fi de que je viens de
dire , joint à ce qui a précédé , pourra
établir la légitimité de ce que le R. Pere
appelle les enfans bâtards de l'architecture
qu'il ne veut pas reconnoître pár averfion
naturelle. Je crains qu'elle ne foir plus for
te que mes bonnes raifons , & que le ré
fultat de nos altercations fur cet article
n'ait abouti à rien qu'à mettre le lecteur
én état de prononcer avec plus ample connoiffance
de caufe , fur quoi on peut éta
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
blir un jugement ; fçavoir , qu'il n'y a que
de l'averfion d'un côté , & des raifons de
l'autre , avec l'approbation des Architectes
de toute l'Europe.
Venons préfentement à ce qui concerne
les difpofitions de l'églife qu'il propofe
pour modele. J'avois cru bien faire de la
comparer à celle des premiers fiécles du
Chriftianifme , & de montrer par l'hiſtoire
eccléfiaftique & quelques paffages des Peres
, qu'elle n'y étoit point conforme ; mais
le R. Pere me dit que tout ce que j'expoſe
d'érudition tombe en pure perte. Les anciens
ufages ( dit- il ) n'ont rien de commun
avec l'objet en question. » Il s'eft propofé de
» chercher la difpofition la plus avantageufe
, fans fe mettre en peine qu'elle fût
conforme ou non conforme à ce qui fe
» pratiquoit autrefois ; ce qui nous met hors
» de cour & de procès : il lui reftera feulement
à prouver que celle qu'il a imaginé
eft la plus avantageufe , ce qu'il ne fera
pas aifément.
D'où l'on peut inférer qu'il confidere
nos églifes comme des bâtimens livrés au
caprice de la compofition des Architectes ,
fans égard aux anciens ufages relatifs aux
cérémonies du fervice divin , fuivant la
lithurgie, & à la majeſté du lieu , à laquelle
un Architecte peut beaucoup contribuer
M A I. 1755. 157
1
par une fage difpofition des parties & dif
tribution de la lumiere.
و د
Cette conféquence n'eft pas une conjecture
, elle eft clairement énoncée à la
page 241 de fon Effai , où il dit : » qu'on
» peut donner aux Eglifes toutes les for-
» mes imaginables. Il eft bon même (ajoute-
il ) de ne les pas faire toutes fur
» le même plan : toutes les figures géométriques
, depuis le triangle jufqu'au
» cercle , peuvent fervir à varier fans ceffe
» ces édifices.
""
"
Comment concilier cette liberté avec
l'embarras où il s'eft trouvé dans l'ordonnance
de fon plan , pour le feul arrondiffement
du chevet dont il n'a pû venir
à bout , y rencontrant des inconvéniens
inévitables , de fon aveu ? ce qui l'a fait
conclure , fur ces confidérations , que le
mieux feroit de fe paſſer de rond - point :
c'eft auffi le parti qu'il a pris , fe réduifant
à la fimple ligne droite & aux angles
droits.
Cependant les célebres Architectes de
la nouvelle Rome , qui ont penfé (comme
lui ) qu'il fuffifoit de faire un édifice quel
conque d'une belle architecture , fans vifer
qu'à la fingularité de la compofition ,
n'ont pas été arrêtés par les difficultés
qui ont effrayé le nôtre , comme on le
1
158 MERCURE DE FRANCE.
w
A
voit dans les Eglifes dont Bonarotti
( ou Michel Ange ) les Cavaliers Bernin
, Borromini , Rainaldi , Volateran
Berretin , & quelques autres , ont été
les Architectes faifant des arrangemens
circulaires ou elliptiques de plu
fieurs chapelles autour du grand corps
de l'édifice , variées de toutes fortes de
figures agréables à la vûe , mais déplacées
pour une églife , en ce qu'elles en divifent
trop les objets , obligeant les fideles
affiftant au facrifice célebré fur différens
autels en même tems , de fe tourner
en tout tems , en fituations relativement
indécentes , dos à dos , de côté
& en face affez près pour fe toucher ,
ce qui ne peut manquer de caufer des
diftractions involontaires. Tel eft auffi à
peu près l'effet de la diftribution de lu
miere dans l'églife dont il s'agit , de la
compofition de notre auteur , dont les
rayons venant de tous côtés comme d'une
lanterne de vitraux qui enveloppent'
fans interruption fon fecond ordre de ,
colonnes ifolées , ne peuvent manquer
d'occuper , d'éblouir & de diftraire les fideles
en prieres , particulierement ceux
qui feront tournés au grand autel , dont
les yeux feront directement frappés des
rayons du haut & du bas ; en quoi n'ont
MAT 1755 154
92
pas péché nos Architectes modernes qui
ont appliqué l'autel principal contre le
mur de fond , qu'ils ont décoré d'un ta
bleau , & c. mais auffi ils ont péché contre
l'ancien ufage d'ifoler l'autel , autour du?
quel les cérémonies de l'Eglife exigent
qu'on puiffe tourner en certaines occa
fions , fuivant le rituel où il eft dit , Sacerdos
circuit ter altare , ufages dont ils n'ont
peut- être pas été inftruits , ou auxquels ils
ne fe font pas cru obligés d'avoir égards
comme le nôtre , en ce qui concerne la
figure des autels . 9al soulmů 33 un dị
Il veut , d'après une nouvelle mode qui
s'établit depuis peu , qu'on le faffe en tombeau
, fur un faux préjugé que ceux des
premiers fiecles étoient de même , parce
qu'on célébroit les faints myfleres fur les
tombeaux des Martirs ; ce qu'il faut entendre
des feuils endroits où il s'en trouvoir
, car il n'y en avoit pas par-tours &
quand il y en auroit eu , ce n'eft pas une rai
fon, car ils n'étoientpas immédiatement ſur
la caille ? mais au deffus du lieu où
repo
foient leurs corps , comme il confte par le
grand autel de S. Pierre de Rome , qui
eft bien fitué au deffus de ce qui nous
refté de feliques de S. Pierre & de S.
Paul ; cependant il n'eft pas fait en forme
de tombeau , quoiqu'il fort au deffus de
160 MERCURE DE FRANCE.
la chapelle fouterreine où elles font , à
laquelle on defcend ( comme je l'ai fait )
par un magnifique efcalier , dont la baluftrade
de marbre eft bordée d'une trèsgrande
quantité de lampes toujours allu
mées. Il fe peut qu'on ait fait fervir ,
par extraordinaire , la couverture d'un
tombeau de table pour le facrifice ; mais
j'ai prouvé que dans toutes les églifes
qui ont été faites neuves pendant les premiers
fiecles , l'autel y a toujours été fait
en forme de table , laquelle eft plus analogue
& fignificative que toute autre ,
de l'inftitution du S. Sacrement , faite
pendant le foupé de la Pâques , ce que
tout le monde fçait , & que l'Eglife
chante de la profe de S. Thomas d'Aquin
, quod in facra menfâ coena datum
non ambigitur.
1
Puifque le R. P. n'a rien répliqué aux
preuves que j'en ai données , il femble
que je puis préfumer qu'il en convient
fuivant la maxime que qui tacet commentire
videtur ; en ce cas il auroit pû, fe
faire honneur de cette docilité qu'il avoit
annoncée , en difant qu'on ne lui trouve
roit point d'entêtement.
Après avoir difcuté la difpofition de
fon églife , il refte à examiner fa confruction
, dont l'auteur de l'examen de
MA I..
1755.
161
fon effai fur Architecture a dreffé un
plan que le R. P. n'a point méconnu ,
quoiqu'il ait été gravé & publié , parce
qu'il eft exactement conforme au fien , qui
contient des chofes fi extraordinaires qu'on
ne peut s'empêcher d'en appercevoir les
défauts de régularité & de folidité.
Premierement quant à la régularité ,
à la feule infpection
de ce plan on eft
choqué du défaut de fymmétrie
dans l'arrangement
de fa colonnade
le long de
la nef & de la croifée , en ce que les
colonnes font accouplées
fuivant le modele
du portique
du Louvre , excepté
aux angles faillans de la rencontre
des
files de la nef & de la croifée , au fommet
defquels
il n'y en a qu'une à chacun
: or il eſt évident que c'eft là tout au
contraire
où cet accouplement
étoit plus
convenable
, & même plus néceffaire
qu'ailleurs
, pour donner de la culée à la
pouffée
des platebandes
, qui forment
les architraves
en retour à angle droit
de forte qu'outre
la beauté de la fymmétrie
il fe trouve de plus une néceffité
de
folidité.
Je fens bien que notre Architecte ayant
eu intention de prolonger l'alignement.
de fes bas côtés , comme il le dit dans
fon Effai , ( page 217 ) il n'auroit pu
162 MERCURE DE FRANCE.
ajouter une colonne à chaque retour de
l'angle , fans interrompre cet alignement ,
à quoi je ne lui vois pas de réponſe , que
celle qu'il a faite au reproche de l'enga
gement de fes colonnes dans les murs ,
qu'à néceffité il n'y a point de loi ; mais
celui qui péche dans la caufe n'eſt pas
excufable dans l'effet , c'eſt une maxime reçue
; il ne devoit donc pas s'engager dans
une ordonnance de deffein qui entraînoit
une telle faute néceffairement. Lorfque
le P. Cordemoy , dont il adopte les
idées jufqu'à les copier par-tout , propo
foit celle de Perrault fur l'accouplement
des colonnes , il ne parloit que d'une
nef d'églife , fans faire mention des retours
de la croifée , où l'on ne peut en
mettre moins de trois à chaque angle
faillant , celle du fommet ou pointe de
cet angle étant équivalente à deux , pour
faire face d'un couple de côté & d'au-'
tre.
Le fecond défaut qui concerne la folidité
, a été fuffifamment démontré dans
le livre intitulé , Examen de l'Efai fur
Achitecture de notre Auteur ; il eft er
effet vifible à tour homme qui eft initié
dans la conftruction , qu'une feule
colonne eft abfolument incapable de réfifrer
à une double pouffée des plateban
M A I. 1755. 163
1
des qui concourent à un angle droit ,
où elles pouffent au vuidé fuivant la
prolongation de la diagonale , quand
même ces platebandes ne feroient char
gées que du poids de leurs claveaux . II
n'eft pas néceffaire que j'infifte fur les
défauts déployés dans une douzaine des
pages du livre que je cite.
Cependant le R. P. ne fé tient pas pour
convaincu du rifque d'une fubverfion de
fon édifice , depuis qu'il a appris qu'on
faifoit préfentement des voûtes extrêmement
legeres , & fi bien liées dans les
parties qui la compofent , qu'on prétend
qu'elles ne pouffent point ; ce qui tran
che ( dit-il toutes les difficultés de folidi
té qu'on trouve à fon idée d'églife. Ce
font ces voûtes de briques pofées de plat
& doublées de même en plâtre , qui ont
été exécutées depuis long- tems en Rouffillon
, dont M. le Maréchal de Belle
Ifle a fait des épreuves il y a cinq ou
fix ans. S'il eft vrai ( ajoute cet Auteur )
qu'elles ne pouffent point , je n'en fais point
d'autres , me voilà délivré de l'embarras
» de la dépenfe , & de la mauffaderie
» des contreforts ; toute ma nef du haur
en bas eft en colonnes ifolées , je me
» contente d'envelopper tout le fecond
ordre par des vitraux continus , & fans
•
164 MERCURE DE FRANCE :
>> interruption- mon églife devient l'ou
" vrage le plus noble & le plus délicat ».
On pourroit ajouter & tellement foible ,
qu'il ne feroit pas étonnant qu'il fût culbuté
par un coup de vent , comme un
jeu de quilles , fuppofé qu'il eût été affez
équilibré pour ne s'être pas écroulé
avant que d'avoir été totalement achevé.
Avant que de donner fa confiance à
cette nouveauté , il y a encore bien des
chofes à confidérer .
Premierement qu'on ne peut indifféremment
exécuter ces voûtes en tous
lieux , parce qu'il y a plufieurs cantons
de provinces où il n'y a ni bonnes briques
, ni plâtre , mais feulement de la
chaux , du moilon & des pierres detaille
, comme ici à Breft , où l'on eft obligé
de faire venir de loin ces matériaux.
D'où il fuit que la dépenfe de ces auvrages
douteux excéderoit de beaucoup
celle de l'exécution fûre des yoûtes faites
à l'ordinaire , avec les bons matériaux
que l'on trouve fur les lieux.
Secondement qu'il eft fort incertain
que ces voûtes legeres en briques de plat
ne pouffent point du tout. Cette affertion
n'eft fondée que fur la fuppofition d'une
liaifon i folide , que les parties ne
forment plus qu'un feul corps d'égale
MA I. 1755. 165
confiftance , & par-tout uniforme , puifque
leur arrangement de pofition ne
concourt en rien à les foutenir mutuellement
, comme dans celui des voûtes de
pierres en coupe , auquel cas la folidité
dépend uniquement des excellentes qualités
des matériaux , lefquelles ne font ni
par- tout , ni toujours également conftantes
, de forte qu'on rifque tout fur leurs
moindres défauts ; les briques mal cuites
, ou de mauvaife pâte de terre , le
plâtre éventé ou mal gâché , ou employé
à contre-tems , peuvent empêcher cetre
confiftance uniforme & inébranlable qui
doit en réfulter . Puis le plâtre s'énerve
par les impreffions de l'air dans une fucceffion
de tems qui ne va pas à un fiecle
, mais feulement ( à ce qu'on dit ) a
la durée de la vie d'un homme bien
conftitué , après quoi il devient pouf,
c'eft-à-dire farineux ( fuivant le langage
des ouvriers ) ; ainfi il n'y auroit pas de
prudence de hazarder la perte d'un édi-
-fice auffi confidérable qu'eft celui d'une
églife , qui doit être faite pour durer
des fiecles , fur une conjecture qui fuppofe
qu'une voûte ne doit point pouffer , &
toujours fubfifter , quoique d'une largeur
de diametre ordinairement de 36 à 42
pieds d'étendue , qui excéde de beaucoup
་
166 MERCURE DE FRANCE.
celle des édifices pour l'habitation , dong
on a fait des épreuves.
"
On fçait que la pefanteur agit continuellement
, quoiqu'infenfiblement ; nous
en avons l'exemple dans les bois de la
meilleure confiftance , dont elle fait
alonger les fibres qu'elle ne peut
ne peut caffer.
Une poutre bien dreffée & pofée de niveau
, fans être chargée d'aucun poids
que de celui de fes parties , fe courbe
peu à peu en contre-bas ; & l'on voit
tous les jours des voûtes de bonne maçonnerie
, dont le mortier a fait le corps
depuis long-tems , s'ouvrir vers les reins ,
environ à 45 degrés , lorfque la réfiftan-
-ce des piédroits s'eft trouvée trop équilibrée
, ou diminuée par les moindres
accidens. On en a une preuve bien facheufe
& inquiétante encore aujourd'hui,
par la lézarde ou crevaffe qui s'eft faire
au grand dôme de l'églife de S. Pierre
de Rome , plus de 80 ans après fon édification
& perfection . Sur de telles ex-
-périences , un Architecte feroit inexcufable
de rifquer une conftruction vifiblement
trop foible.
-
•
C
On peut mettre dans le rang des idées
pittorefques celle d'envelopper tout le fecond
ordre de fon église , qui n'est que de
colonnes ifoléés par des vitraux continus
MAI.
1755 167
>
fans interruption , laquelle étant une
nouveauté inattendue fait tomber les
objections que j'avois fait concernant la
néceffité des bafes au rez de chauffée ,
pour foutenir un mur d'enceinte au fecond
ordre , où je comptois que devoient
être les bayes des vitraux , ouverts à dif
tances convenables dans les entre- colonnemens.
Mais il dit formellement que
tout eft vuide d'une colonne à l'autre , fans
aucune espece de piédroit . Tout étant
fupprimé par ce fyftême , l'objection que
je faifois eft du vieux ftyle , on ne bâtira
plus comme par le paſſé.
.
Il nous refte encore à examiner fon
idée d'une voûte à faire fur le milieu
de la croifée des deux berceaux qui couvrent
la nef & la traverfe de la croix de
fon plan , laquelle feroit ( comme je l'ai
dit ) tout naturellement une voûte d'arête
, qu'il trouve , ainfi que la plupart
des Architectes , trop fimple pour une
églife de goût , à laquelle on fubftitue
ordinairement un dôme , fuivant l'Architecture
moderne de la plupart des églifes
d'Italie , pour donner de la nouveauté ;
il rejette cette conftruction , & en fubftitue
une autre , qu'il avoit annoncée
dans fon Effai , d'une maniere fi myſtéricufe
qu'on ne pouvoit deviner que ce
168 MERCURE DE FRANCE.
fût la chofe du monde la plus ordinaire
qu'il a dévoilé dans fa réponſe à mes
remarques , par laquelle on voit que ce
n'eft plus qu'une voûte fphérique en pan .
dantif : en cet endroit ( dit - il ) on peut
» conftruire toute forte de voûte en cul-
» de-four , & en pandantif , qui empêche
( ajoute-t- il ) que fur les quatre
grands arcs-doubleaux , on éleve des
>> enroulemens qui , fuivant la diminution
» pyramidale , aillent ſe réunir à un couronnement
en portion de ſphere , rempli
par une Gloire ou une Apothéose.
» Ce centre de croifée couvert par une
» voûte ainfi percée à jour & décorée avec
» hardieffe , n'auroit- il pas quelque chofe
» de très-brillant & tout- à- fait pittoref
que ? Sans doute , c'eft un beau fujer de
décoration de théatre , fi les édifices fe
faifoient avec la même facilité que les
peintures , & n'exigeoient pas plus de
précaution ; mais malheureufement on
eft affujetti à la folidité & aux moyens
de prendre le jour fans percer plus haut
qu'il ne faut pour le ménager , & pourvoir
à l'écoulement des eaux de pluie ,
enforte qu'elles ne tombent point par ces
pans de la couverture
des combles qui fe croifent , ainfi que
les yoûtes des berceaux qu'ils couvrent ,
ouvertures : or les
ne
MA I.
1755. 169
ne laiffent pas de paffage à la lumiere fi
on ne s'élève au-deffus , auquel cas on,
retombe dans la néceflité de la conftruction
d'un dôme fur une tour à l'ordinaire , que
PAuteur condamne d'après fon maître le
P. Cordemoy , qui leur reproche du porteà-
faux .
On a lieu d'être furpris que quoiqu'il
ait profcrit les arcs doubleaux dans fon
effai , il en fafle ici mention , & qu'il y appuie
les enroulemens qui doivent porter la
coupole de l'apothéofe en cul de four , parce
qu'on y trouve plufieurs inconvéniens ;
l'un , que les affiettes de leur baſe devant
être de niveau entr'elles , elles ne peuvent
être pofées que fur les quatre clefs des arcs
doubleaux qui font dans cette fituation relative
, & ces parties ( les plus foibles des
voûtes ) ne paroiffent gueres convenables
pour foutenir ces enroulemens , qui , comme
de fimples nervûres , font chargées du
poids de la calotte fphérique . Secondement
parce que leur nombre ne fuffiroit pas pour
porter le contour de ce fegment , ainfi
percé à jour , à moins qu'il ne fût très-petit
, en approchant beaucoup de fon pôle ,
auquel cas , fi l'on enveloppe les enroulemens
de vitraux continus , comme il fait
à l'égard des colonnes du fecond ordre , ils
deviendront auffi fphériques en portions
H
170 MERCURE
DE FRANCE.
inclinés en furde
trapezes
courbes
plomb.
:
,
Les fera - t - on ainfi alors il faut renvoyer
l'exécution de ce projet à la côte du
Pérou , comme à Lima où il ne pleut jamais
mais fi l'on ne croit pas pouvoir les
faire de même à caufe de l'inconvénient de
l'écoulement des eaux de pluie , on fera
obligé , pour le faire à plomb & en abajour
, d'élever une tour fur la croifée des
berceaux , portant à faux fur les pandantifs,
& alors on retombe dans la conftruction.
ordinaire des dômes , ou du moins des
demi- dômes , plus ou moins élevés extérieurement
, fuivant le diametre de la voû
te fphérique , à laquelle cette tour fera
circonfcrite , fans paroître dans l'intérieur
que comme un-cul- de four en pandantif ,
portant immédiatement fur les panaches ,
élevés fur un pan coupé des angles faillans
de la croifée.
Cette conftruction n'a rien d'extraordi
naire ; nous en avons mille exemples , particulierement
à Rome dans les églifes de
Sainte Marie in Porticu , du deffein du Cavalier
Rainaldi ; à Sainte Marie in Vallicella
, de celui du vieux Longo ; à S. Charles
des quatre Fontaines , de celui du Cavalier
Borromini ; & fans aller fi loin , au Noviciat
des Jéfuites de Paris , excepté que cetMAI.
1755. 171
7
tere conftruction y eft fans grace , en ce que
les pandantifs n'y font pas féparés de la
calotte fphérique par une corniche horizontale
, qui lui forme une baſe , & met
à part une figure réguliere plus agréable à
la vûe que celle qui eft échancrée par les
lunettes des berceaux pénétrant la furface
fphérique ; fecondement , parce que le
fommet , ou fond de cette furface concave,
y eft obfcur , fon enfoncement n'étant pas
éclairé d'une lanterne comme dans les
églifes citées , où cette partie eft brillante
par une lumiere célefte , qui y defcend
naturellement , au lieu qu'au Noviciat elle
ne l'eft que par un peu de reflet qui renvoie
la lumiere de bas en haut ; ce défaut
que l'auteur de l'examen de l'Effai a déja
remarqué au fommet des berceaux qui
couvrent la nef & la croifée de fon églife
, eft encore ici plus remarquable , parce
que le reflet vient de plus loin , & remonte
plus haut . Je paffe fur un autre défaut
de largeur du pan coupé à chaque
angle de la croifée , lequel eft trop petit
pour fervir de baſe au panache.
Nous voilà donc au fait de cette voûte
de croifée d'églife , qui avoit été annoncée
comme une nouvelle invention , & qui
n'eſt rien moins . » C'étoit ( dit- on ) une
»forte de baldaquin , en façon de dôme ›
Hij
172 MERCURE DE FRANCE .
ود
» d'un deffein léger , qui puiffe fympathi
» fer avec l'idée de voûte ; dès lors ( ajoû
» toit l'auteur ) point de colonne , & rien
» de ce qui a befoin de porter dès les fondemens
, & un Architecte comprendra
fans peine les raifons qui me détermi-
» nent de propofer ainfi pour défigner une
» voûte qui aura toute la fingularité , tous
» les avantages des dômes fans en avoir les
inconvéniens .
"
,
11 eft clair qu'en admettant toutes ces
conditions à la lettre , il ne fatisfait en
aucune façon au problême. 1 ° . On ne peut
fon cul-de-four en pandantif pas dire que
ne porte fur rien qui vienne des fondemens
& qu'il n'y ait point de colonne , puifqu'il
y en a quatre , une à chaque angle faillant
de la croifée au rez de chauffée , & une
feconde en échafaudage au - deffus pour le
fecond ordre , ce qui en fait huit , à tout
compter ; la fupérieure fervant à porter le
pied du pandantif , porte fur la premiere
établie au rez de chauffée , par conféquent
dès lesfondemens : enfuite , le pandantif
établi fur ces colonnes , porte & rachete la
calotte fphérique de l'apothéofe ; donc par
une induction bien raifonnée , elle porte
dès les fondemens ; donc cette conſtruction
ne fatisfait point au problême.
Mais oferoit - on faire l'analyfe de ce
M.A I. 1755 173
fupport de tant de fardeaux ? on trouvera
qu'il fe réduit à une arête verticale de
l'angle faillant de l'architrave du premier
ordre , laquelle porte elle-même à faux ,
comme nous l'avons démontré ci - devant
dans l'examen de la fonction d'une colonne
fous un angle faillant.
Nos Architectes qui refpectent les principes
de l'art , font ordinairement un pan
coupé dans les angles de cette efpece, pour
y trouver un peu de baſe horizontale au
panache qui doit racheter le cul-de-four .
Pour finir , je pafferai fous filence bien
des chofes que j'aurois à dire fur la nouvelle
architecture en filigramme ; par
exemple , fur les pentes à ménager aux toîts
des bas côtés pour l'écoulement des eaux de
pluie , qu'on ne peut diriger qu'en s'élevant
du côté de la nef , & mafquant une
partie des vitraux du fecond ordre , lequel
eft établi immédiatement au -deffus de l'architrave
du premier , regnant de niveau
avec l'égoût extérieur des plafonds des bas
côtés , & de plus des chapelles qui l'écartent
encore du corps de la nef , d'où fuit
une plus grande hauteur de pente à donner
à cette partie inférieure qui reçoit auffi
l'égoût d'un côté du grand comble. J'en
pourrois dire autant & plus à l'égard du
baldaquin pittoresque ; mais je veux mon-
Hiij
374 MERCURE DE FRANCE.
trer que je ne cherche pas matiere à criti
quer , n'ayant d'autre intention que celle
de rendre ma réplique utile.
Au refte , je fuis très - obligé au R. Pere
Laugier de la maniere obligeante dont il
a parlé de moi dans fon prélude ; je lui en
fais mes très-humbles remercimens , fans
attention à ce que ce procédé de politeffe
ne s'eft pas toujours foutenu dans certains
momens où il lui a échapé des qualifications
de difcours , dont j'ai montré l'injuftice
; de forte qu'elles étoient réversibles
de droit à celui qui les avoit données malà-
propos , fi la qualité de Philofophe dont il
m'honore , & que je fais gloire de foutenir
en bonne part , ne me mettoit infiniment
au- deffus de ces petiteffes.
A Breft , le 2 Nov. 1754. FREZIER.
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Résumé : RESULTAT de la dispute entre le P. Laugier & M. Frezier, concernant le Goût de l'Architecture.
Le texte présente une dispute littéraire entre le Père Laugier et M. Frezier concernant le goût en architecture. Frezier affirme qu'il n'existe pas de beau essentiel en architecture, en raison des variétés des goûts particuliers de chaque nation et de leurs variations au fil du temps. Laugier, au contraire, soutient la possibilité d'une telle beauté, bien que aucun architecte n'ait encore réussi à la montrer dans ses ouvrages. Frezier critique Laugier pour sa contradiction concernant une église bâtie à Pékin, appréciée par les Chinois selon Laugier, mais non par le frère Attiret. Dans la seconde partie de la dispute, Laugier change d'avis et attaque Frezier sur la question des proportions harmoniques en architecture. Frezier répond que les architectes anciens et modernes n'ont jamais pensé à ces principes scientifiques, ce que Laugier conteste en suggérant que les architectes pourraient avoir trouvé le vrai par intuition. La dispute se poursuit sur la question des pilastres, que Laugier considère comme des innovations issues de l'ignorance. Frezier démontre que les pilastres sont essentiels pour soutenir les angles des entablements, contrairement aux colonnes. Laugier propose une solution pour éviter le porte-à-faux, mais Frezier la critique comme étant ridicule et ignorante. Frezier explique ensuite l'utilité des pilastres dans les habitations, soulignant que les colonnes ne peuvent pas servir de support dans ces contextes. Il conclut que les pilastres sont préférables aux colonnes pour des raisons pratiques et esthétiques. Le texte aborde également les proportions et la beauté des ordres architecturaux, soulignant que la colonne doit être vue perpendiculairement au mur pour que sa proportion soit respectée. Il critique l'enclavement des colonnes dans les murs, affirmant que cela altère leur beauté architecturale. Il compare les colonnes aux pilastres, notant que ces derniers, contrairement aux colonnes, ne perdent pas leur apparence en étant enclavés. Le texte discute des dispositions des églises, soulignant que le Père propose des plans sans se soucier de la conformité avec les usages anciens. Il critique la liberté excessive dans la conception des églises modernes, qui néglige la majesté du lieu et les cérémonies liturgiques. Il examine la construction de l'église proposée par le Père, critiquant le manque de symétrie et de solidité dans le plan. Il souligne que les colonnes isolées aux angles ne peuvent résister aux poussées des platebandes, ce qui compromet la stabilité de l'édifice. Enfin, le texte aborde les défis et les incertitudes liés à l'utilisation de nouvelles techniques de construction pour les voûtes d'églises. Il souligne plusieurs points critiques : l'indisponibilité de matériaux de qualité dans certaines régions, la solidité des voûtes légères en briques de plat, et les effets de la pesanteur sur les structures. Il critique une proposition de voûte sphérique en pendentif, jugée trop fragile et inadaptée aux contraintes climatiques. Le texte conclut que la nouvelle proposition de voûte ne répond pas aux exigences de solidité et de durabilité, et qu'elle nécessite des fondations et des supports similaires aux méthodes traditionnelles.
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346
p. 214
AVIS INTERESSANT.
Début :
Une brochure qui vient de paroître, & qui a pour titre [...]
Mots clefs :
Théodore Odiot fils, M. Bachelier, Peinture en cire, Couleurs
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texteReconnaissance textuelle : AVIS INTERESSANT.
AVIS INTERESSANT.
Ne brochure qui vient de paroître,
& qui apour titre l'Histoire & le
Secret de la Peinture en cire , fait un tort
confidérableà Théodore Odiotfils. Il avoit
acquis ce fecret de M. Bachelier; ilfe voit
par là réduit au feul avantage de fçavoir
s'en fervir avec plus d'habileté que les au
tres. Ayant travaillé pendant cinq mois
fous les yeux de M. Bachelier , il poffede
mieuxl'art de préparer les couleurs , & le
public doit lui donner la préférence. Le
peu d'efpace qui nous refte nous oblige
de remettre fonannonce aumois prochain.
Nousyjoindrons fa demeure.
Ne brochure qui vient de paroître,
& qui apour titre l'Histoire & le
Secret de la Peinture en cire , fait un tort
confidérableà Théodore Odiotfils. Il avoit
acquis ce fecret de M. Bachelier; ilfe voit
par là réduit au feul avantage de fçavoir
s'en fervir avec plus d'habileté que les au
tres. Ayant travaillé pendant cinq mois
fous les yeux de M. Bachelier , il poffede
mieuxl'art de préparer les couleurs , & le
public doit lui donner la préférence. Le
peu d'efpace qui nous refte nous oblige
de remettre fonannonce aumois prochain.
Nousyjoindrons fa demeure.
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Résumé : AVIS INTERESSANT.
Une brochure récente, 'Histoire & le Secret de la Peinture en cire', nuit à Théodore Odiot fils. Il a appris cette technique auprès de M. Bachelier et a travaillé sous sa supervision pendant cinq mois. Son adresse sera annoncée le mois suivant.
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347
p. 25-26
L'OMBRE DE LE BRUN, A M. Massé, Peintre du Roi, Conseiller de l'Académie de Peinture & de Sculpture, au sujet de la Grande Galerie de Versailles, gravée d'après ses desseins.
Début :
Un murmure flateur, au séjour du silence, [...]
Mots clefs :
Peintre du roi, Gallerie de Versailles, Conseiller de l'Académie de peinture et de sculpture
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texteReconnaissance textuelle : L'OMBRE DE LE BRUN, A M. Massé, Peintre du Roi, Conseiller de l'Académie de Peinture & de Sculpture, au sujet de la Grande Galerie de Versailles, gravée d'après ses desseins.
L'OMBRE DE LE BRUN ,
A M. Maſſe , Peintre du Roi , Confeiller
de l'Académie de Peinture & de Sculptu
re , au fujet de la grande Galerie de Ver
Jailles , gravée d'après fes deffeins.
UN murmure flateur , au féjour du filence;
Des manes attentifs réveille l'indolence ,
Et de mon ombre en pleurs arrête les foupirs :
Oui j'en crois , cher Maffé , ta gloire & mes de
firs .
De fublimes clartés , tréfor intariffable ,
Et de foins pour ton art toujours inſatiable ,
Tu fauves mes lauriers d'un éternel affront ;
Contre l'aîle du tems qui menaçoit mon front ,
Tu foutiens de mon nom la colonne ébranlée ,
Et diffipes la nuit dont elle étoit voilée.
Ces fuperbes lambris du palais de nos Rois ,'
Où de Louis le Grand j'ai tracé les exploits ,
Par toi , fe tranfportant des régions de l'ourfe
'Aux lieux où le foleil recommence ſa courſe ,
Des flots de la ruine évitant la fureur ,
En fe multipliant reprendront leur fplendeur ;
Tout l'univers entier , en chantant Alexandre ,
D'Apelles fous la tombe honorera la cendre ;
L. Vol. B
26. MERCURE DE FRANCE .
Sous un commun palmier nos noms entrelacés ,
Saifiront de refpect nos rivaux terraffés.
Sur cette morne rive une joie inconnue
Semble appaiſer enfin ma douleur continue .
*
Depuis qu'un fier mortel au devant du trépas
Sur ces funettes bords précipita ſes pas ,
Tout ici m'abandonne , & la foule inconftante
Par un revers fatal l'applaudit & le vante ,
Et près de moi placé le nomme mon vainqueur.
Voilà les maux cruels qui déchirent mon coeur
Toi feul pouvois tarir la fource de mes larmes.
Mais quel foupçon jaloux vient altérer fes charmes
?
A
"
Appui de ma grandeur , marches-tu mon égal ?
Ah ! pardonne , je crains & prévois un rival.
En mé formant , l'envie a jetté dans mon ame
Les germes immortels de fa funefte flamme ,
Que n'éteindront jamais les eaux de l'Acheron ; -.
M'abreuvant à longs traits de fon brûlant poiſon,
Jufques dans les enfers ce vautour me dévore ;
félicité je géinis même encore :
De
ma
Mais je céde au deftin , qu'importe ? venge-moi?
Puifqu'il faut partager le triomphe avec toi .
* Fr. le Moyne.
A M. Maſſe , Peintre du Roi , Confeiller
de l'Académie de Peinture & de Sculptu
re , au fujet de la grande Galerie de Ver
Jailles , gravée d'après fes deffeins.
UN murmure flateur , au féjour du filence;
Des manes attentifs réveille l'indolence ,
Et de mon ombre en pleurs arrête les foupirs :
Oui j'en crois , cher Maffé , ta gloire & mes de
firs .
De fublimes clartés , tréfor intariffable ,
Et de foins pour ton art toujours inſatiable ,
Tu fauves mes lauriers d'un éternel affront ;
Contre l'aîle du tems qui menaçoit mon front ,
Tu foutiens de mon nom la colonne ébranlée ,
Et diffipes la nuit dont elle étoit voilée.
Ces fuperbes lambris du palais de nos Rois ,'
Où de Louis le Grand j'ai tracé les exploits ,
Par toi , fe tranfportant des régions de l'ourfe
'Aux lieux où le foleil recommence ſa courſe ,
Des flots de la ruine évitant la fureur ,
En fe multipliant reprendront leur fplendeur ;
Tout l'univers entier , en chantant Alexandre ,
D'Apelles fous la tombe honorera la cendre ;
L. Vol. B
26. MERCURE DE FRANCE .
Sous un commun palmier nos noms entrelacés ,
Saifiront de refpect nos rivaux terraffés.
Sur cette morne rive une joie inconnue
Semble appaiſer enfin ma douleur continue .
*
Depuis qu'un fier mortel au devant du trépas
Sur ces funettes bords précipita ſes pas ,
Tout ici m'abandonne , & la foule inconftante
Par un revers fatal l'applaudit & le vante ,
Et près de moi placé le nomme mon vainqueur.
Voilà les maux cruels qui déchirent mon coeur
Toi feul pouvois tarir la fource de mes larmes.
Mais quel foupçon jaloux vient altérer fes charmes
?
A
"
Appui de ma grandeur , marches-tu mon égal ?
Ah ! pardonne , je crains & prévois un rival.
En mé formant , l'envie a jetté dans mon ame
Les germes immortels de fa funefte flamme ,
Que n'éteindront jamais les eaux de l'Acheron ; -.
M'abreuvant à longs traits de fon brûlant poiſon,
Jufques dans les enfers ce vautour me dévore ;
félicité je géinis même encore :
De
ma
Mais je céde au deftin , qu'importe ? venge-moi?
Puifqu'il faut partager le triomphe avec toi .
* Fr. le Moyne.
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Résumé : L'OMBRE DE LE BRUN, A M. Massé, Peintre du Roi, Conseiller de l'Académie de Peinture & de Sculpture, au sujet de la Grande Galerie de Versailles, gravée d'après ses desseins.
Le texte est une dédicace adressée à M. Masse, peintre du Roi et conseiller de l'Académie de Peinture et de Sculpture, concernant la grande Galerie des Glaces. L'auteur exprime sa gratitude envers Masse pour avoir restauré sa réputation et sa gloire. Masse est loué pour ses talents artistiques exceptionnels et son dévouement à son art, qui permettent de préserver les exploits de Louis le Grand représentés dans les lambris du palais. La dédicace évoque également la rivalité et la jalousie ressenties par l'auteur face à la reconnaissance de Masse. Malgré ces sentiments, l'auteur accepte de partager la gloire avec Masse, reconnaissant la nécessité de collaborer pour le triomphe commun.
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348
p. 44-46
PORTRAITS DE CINQ FAMEUX PEINTRES ROMAINS.
Début :
Son génie & vaste & fécond [...]
Mots clefs :
Pinceau, Peintres romains, Andrea Sacchi, Federico Barocci, Federico Zuccari, Taddeo Zuccari, Giulio Romano
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texteReconnaissance textuelle : PORTRAITS DE CINQ FAMEUX PEINTRES ROMAINS.
PORTRAITS
DE CINQ FAMEUX PEINTRES
ROMAINS.
Jules Romain.
Son génie & vafte & fécond
On
Embraffe avec fuccès tout genre de peinture ;
Le feu qui fort de ſon crayon
Fait préférer au vrai l'innocente impofture.
* Quel goût féroce , & quel fublime accord
Il donne au coloffal , au bizarre , an terrible !
On fuit : & d'Encelade on redoute le fort ;
Jule autant que les Dieux rend leur courroux fen
fible.
Taddee Zucchero.
Le pinceau frais , moëlleux , qui diftingue Tadi
dée ,
De l'Italie anime & temples & palais.
Si la nature en lui paroît un peu fardée ,
Il fauve ce défaut par de magiques traits.
* On voit au Palais du T qui eft aux portes de
Mantoue, unfallon qui eft entierement peint par ce
maitre, c'en eft le chef-d'oeuvre. Les géans y
paroiſſent foudroyés parJupiter,
JUIN.
45 1755.
* En ce paiſible lieu nul fouci n'inquiete ;
Dans le fond de mon coeur je lis avec plaifir.
Par fes plus doux pavots Morphée ici m'arrête :
Je baille , & cependant je crains de m'endormir
Frederic Zucchero .
Les fruits de ton brillant pinceau
Décélent un génie auffi grand que facile.
Des fecrets de ton art tu traces le tableau ,
Dans un livre qui joint l'agréable à l'utile.
Où n'étends - tu pas tes fuccès ?
De vers dignes de lui Phébus te favoriſe.
Je vois la jaloufie exciter tes progrès ;
Le dépit la fuffoque , elle t'immortaliſe .
Frederic Baroche.
Le goût , le coloris , les graces elles- mêmes ,
Au char de cet artiſte enchaînent l'amateur.
Ce triomphe eft le fruit de mille ftratagêmes ;
On le fçait , on chérit d'autant plus fon vains
queur.
A l'aſpect des ſujets qu'il traite.
** La piété fe plaît en fon affection ;
* Au Château de Caprarolle , on remarque fur→
tout de Taddée deux chambres deftinées à la foli
tude , celle dufommeil , où il a représenté la nuis
avec fes attributs.
** Saint Philippe de Neri fut fi frappé d'une
Vifitation que ce maître avoit peinte à la Chiefa
anova , qu'il étoit continuellement à faireſa priere
46 MERCURE DE FRANCE.
Si le coeur corrompu cherche enfin la retraite ,
Baroche eft l'inftrument de fa converfion .
André Sacchi.
Ce Peintre refléchit fçavamment fur fon art ,
Il en a moins d'entouſiaſme .
Son pinceau frais , correct , ne fait rien au hazard ,
Fidele à la nature il craint peu le ſarcaſme . *
Quelle fage ordonnance éclate en fes tableaux !
Leur beau fini me plaît , leur vrai me perfuade.
Quelle union ! quel goût ! quels tons originaux !
Quoi ! le blanc * même à mes yeux fe dégrade !
dans cette Chapelle. C'est là fans doute que fon
coeur fe dilatant , lui caffa deux côtes.
* Il critiquoit avec trop de franchife les ouvrages
des plus habiles gens , ce qui lui fit beaucoup d'ennemis.
Ils peuvent fe venger , difoit-il, mes tableaux
font répandus par-tout.
** Ce n'est que pour le Peintre que le blanc eft
une couleur. Rien n'eft fi dificile que de la faire
fuir. Le Sacchi a vaincu ces difficultés dans le tableau
de S. Romua'de , qu'on voit à Rome dans l'Eglife
du même nom . Six figures de Camaldules
toutes vêtues de blanc y font des fujets d'admiration.
DE CINQ FAMEUX PEINTRES
ROMAINS.
Jules Romain.
Son génie & vafte & fécond
On
Embraffe avec fuccès tout genre de peinture ;
Le feu qui fort de ſon crayon
Fait préférer au vrai l'innocente impofture.
* Quel goût féroce , & quel fublime accord
Il donne au coloffal , au bizarre , an terrible !
On fuit : & d'Encelade on redoute le fort ;
Jule autant que les Dieux rend leur courroux fen
fible.
Taddee Zucchero.
Le pinceau frais , moëlleux , qui diftingue Tadi
dée ,
De l'Italie anime & temples & palais.
Si la nature en lui paroît un peu fardée ,
Il fauve ce défaut par de magiques traits.
* On voit au Palais du T qui eft aux portes de
Mantoue, unfallon qui eft entierement peint par ce
maitre, c'en eft le chef-d'oeuvre. Les géans y
paroiſſent foudroyés parJupiter,
JUIN.
45 1755.
* En ce paiſible lieu nul fouci n'inquiete ;
Dans le fond de mon coeur je lis avec plaifir.
Par fes plus doux pavots Morphée ici m'arrête :
Je baille , & cependant je crains de m'endormir
Frederic Zucchero .
Les fruits de ton brillant pinceau
Décélent un génie auffi grand que facile.
Des fecrets de ton art tu traces le tableau ,
Dans un livre qui joint l'agréable à l'utile.
Où n'étends - tu pas tes fuccès ?
De vers dignes de lui Phébus te favoriſe.
Je vois la jaloufie exciter tes progrès ;
Le dépit la fuffoque , elle t'immortaliſe .
Frederic Baroche.
Le goût , le coloris , les graces elles- mêmes ,
Au char de cet artiſte enchaînent l'amateur.
Ce triomphe eft le fruit de mille ftratagêmes ;
On le fçait , on chérit d'autant plus fon vains
queur.
A l'aſpect des ſujets qu'il traite.
** La piété fe plaît en fon affection ;
* Au Château de Caprarolle , on remarque fur→
tout de Taddée deux chambres deftinées à la foli
tude , celle dufommeil , où il a représenté la nuis
avec fes attributs.
** Saint Philippe de Neri fut fi frappé d'une
Vifitation que ce maître avoit peinte à la Chiefa
anova , qu'il étoit continuellement à faireſa priere
46 MERCURE DE FRANCE.
Si le coeur corrompu cherche enfin la retraite ,
Baroche eft l'inftrument de fa converfion .
André Sacchi.
Ce Peintre refléchit fçavamment fur fon art ,
Il en a moins d'entouſiaſme .
Son pinceau frais , correct , ne fait rien au hazard ,
Fidele à la nature il craint peu le ſarcaſme . *
Quelle fage ordonnance éclate en fes tableaux !
Leur beau fini me plaît , leur vrai me perfuade.
Quelle union ! quel goût ! quels tons originaux !
Quoi ! le blanc * même à mes yeux fe dégrade !
dans cette Chapelle. C'est là fans doute que fon
coeur fe dilatant , lui caffa deux côtes.
* Il critiquoit avec trop de franchife les ouvrages
des plus habiles gens , ce qui lui fit beaucoup d'ennemis.
Ils peuvent fe venger , difoit-il, mes tableaux
font répandus par-tout.
** Ce n'est que pour le Peintre que le blanc eft
une couleur. Rien n'eft fi dificile que de la faire
fuir. Le Sacchi a vaincu ces difficultés dans le tableau
de S. Romua'de , qu'on voit à Rome dans l'Eglife
du même nom . Six figures de Camaldules
toutes vêtues de blanc y font des fujets d'admiration.
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Résumé : PORTRAITS DE CINQ FAMEUX PEINTRES ROMAINS.
Le texte présente des portraits de cinq peintres romains : Jules Romain, Taddeo Zucchero, Frédéric Zucchero, Frédéric Baroche et André Sacchi. Jules Romain est un artiste polyvalent et puissant, capable de rendre des sujets terrifiants, comme Encelade, aussi redoutables que les dieux. Taddeo Zucchero est reconnu pour son pinceau frais et moelleux, animant les temples et palais d'Italie. Son chef-d'œuvre au Palais du T près de Mantoue montre des géants foudroyés par Jupiter. Frédéric Zucchero est loué pour son pinceau brillant et son livre combinant l'agréable à l'utile. Frédéric Baroche est apprécié pour son goût, son coloris et ses grâces, et sa piété est mise en avant par une peinture de la Visitation à la Chiesa Nuova. André Sacchi est un peintre réfléchi et correct, fidèle à la nature, avec des tableaux à l'ordonnance sage et des tons originaux. Son tableau de Saint Romain à Rome est particulièrement admiré.
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349
p. 73-82
EXTRAIT Des Ouvrages lûs à l'Assemblée publique de la Société Littéraire de Clermont en Auvergne, le 24 Août 1754.
Début :
La séance fut ouverte par la lecture des éloges de M. de Chazerat, premier [...]
Mots clefs :
Société littéraire de Clermont, Société littéraire, Pierres, Eaux , Pont, Clermont-Ferrand, Auvergne
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT Des Ouvrages lûs à l'Assemblée publique de la Société Littéraire de Clermont en Auvergne, le 24 Août 1754.
EXTRAIT
Des Ouvrages lus à l'Assemblée publique dé
la Société Littéraire de Clermont en Au
vergne , le 24 Août
}
1754.
Léloges de M. de Chazerat , premier
A féance fut ouverte par la lecture des
Préfident de la Cour des Aides de cette
ville , & de M. Roffignol , ancien Intendant
d'Auvergne , affociés honoraires de
cette Académie . Ces deux éloges font les
premiers qui ayent été lûs depuis l'établif
fement de la Société. MM . de Chazerat
& Roffignol avoient par leur goût pour les
fciences fait revivre en Auvergne celui
des lettres & des arts ; ils avoient préfidé
& contribué de tout leur pouvoir à la formation
de cette Société , & c'eft à leur cré
dit qu'elle eft redevable de la permiffion
que fes Membres ont obtenu de s'affembler
régulierement.
I. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
Ces derniers traits par où ces dignes
Académiciens avoient mérité notre reconnoiffance
, ont caractérisé leurs éloges .
L'Auteur n'a cependant pas négligé de
rendre aux vertus & aux actions mémorables
de ces illuftres Académiciens , le tribut
de louanges qui leur eft dû. Cette lecture
fut fuivie d'un Mémoire fur l'ancienneté
& les dimenſions du pont de vieille Brioude
, fitué fur la riviere d'Allier en Auvergne
, par M. Dijon. Une tradition mal fondée
attribuoit aux Romains la conſtruction
de ce pont .
M. D. prouve par la comparaifon des
édifices qui nous reftent du tems des Romains
avec celui- ci , la fauffeté de ce fentiment
: on n'y trouve point , dit-il , la
même force , l'élégance , la grandeur de
P'échantillon des pierres , ou les mêmes
beautés d'appareil qui regnent dans le pont
du Gard , les antiquités de Nîmes , &c.
Il produit enfuite un prix fait , donné en
1434 par les habitans de vieille Brioude
pour la conftruction de ce pont. Les dimenfions
portées au prix fait , ne font pas , il eſt
vrai ,les mêmes qu'on a fuivi dans l'exécution
; M. D. en remarque la différence &
les défigne telles qu'il les a prifes.
L'arche du pont de vieille Brioude , la
plus grande du Royaume , forme un fege
JUIN. 1735.
75
ment de cercle , dont la corde a 172 pieds
de longueur , fur 66 de fléche ou montée.
Ce pont a 15 pieds 3 pouces d'une tête à
l'autre , & 13 pieds de paffage entre les
deux parapets ; il eft fondé fur le roc aut
niveau des baffes eaux du côté de la campagne
, & un pied au deffous des baffes
caux du côté de vieille Brioude.
M. D. traite des différentes pierres qui
ont été employées à la conftruction de
Farche , du lieu de leurs carrieres , de leur
qualité , de l'état où elles fe font confervées.
Quand on examine le pont de vieille
Brioude , dit M. D. on eft plus furpris de
la grandeur de l'arche & de la hardieffe de
l'entrepriſe que de la conftruction on
remarque qu'il eft bâti fans art ; mais qu'il
devoit y en avoir beaucoup dans la forme
des ceintres , dont un deffein fatisferoit
plus les amateurs des conftructions ancien
nes que le deffein même du pont ; mais
les recherches ont été inutiles.
M. de Saint-Victor lut enfuite un Mé
moire fur la vie & les oeuvres de J. Savaron
, Préfident-Lieutenant général en la
Sénéchauffée Siege Préfidial de Clermont ,
Magiftrat connu de tous les Sçavans , & .
cité dans les ouvrages de plufieurs , fous
les noms de docte , très-docte , grand Sava-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
ron ; iffu d'une famille des plus anciennes.
de Clermont , & qui dans tous les tems lui
avoit rendu des fervices très - effentiels .
Jean Savaron né à Clermont le 30 Décembre
1566 , fut éleve de Cujas dans l'Univerfité
de Bourges ; & après avoir occupé
différentes Charges , fe rendit fi illuftre
dans la Magiftrature , que Henri IV l'enleva
à la Cour des Aides pour le mettre à
la tête du Préfidial de Clermont ; & pour
F'engager à accepter cette Charge , lui fit
grace de la moitié du prix.
M. de S. V. met dans tout fon jour la
gloire que lui acquirent fa députation aux
Etats convoqués en 1614 ; fon commerce
avec les fçavans de fon fiecle , & fur- tout
la confiance qu'eurent en lui les deux Reines
: il fait entrevoir que ce grand homme
ne contribua pas peu à la donation que fit
Marguerite de Valois du Duché d'Auvergne
en faveur du Dauphin de France . II
admire en même tems fon defintéreffement
, en confiderant le peu d'avantage
qu'il a retiré pour fa famille du crédit
que lui avoit acquis une eftime générale.
L'article le plus intéreffant eſt celui où
M. de S. V. traite des ouvrages que nous
avons de M. Savaron. Dans les uns , il regne
une profonde érudition ; dans les autres
, les principes de la plus faine politi
JUIN. 1755 . 77
.
1
que ; dans tous de l'efprit , du goût & de
la délicateffe. Il feroit trop long de fuivre
M. de S. V. dans un plus grand dérail . Jean
Savaron mourut le 30 Décembre 1622 .
Ce Mémoire fut fuivi de la lecture du
Profpectus d'une hiftoire naturelle particuliere
à l'Auvergne , que M. Ozy , Membre
de la Société , fe propoſe de donner
dans quelque tems au public.
L'hiftoire naturelle , dit M. Ozy , eft
une fcience à laquelle il eft bien difficile
de refufer fon attention . Les perfonnes du
plus haut rang , les Princes , les Rois même
, ne la regardent pas comme indigne
de leurs amuſemens ; & fi les devoirs de
leur état ne leur permettent pas d'en faire
une étude particuliere , ils procurent à
ceux qui en font leur occupation
moyens d'y faire des progrès , & excitent
par leurs libéralités l'ardeur & l'émulation.
les
Après un avant - propos analogue aux
richelles qu'offre l'Auvergne au curieux
Naturalifte , M. Ozy entre en matiere , &
divife en trois parties l'objet de fes travaux,
le regne animal , le regne végétal & le regne
minéral.
Le regne animal comprend les animaux
domeftiques & fauvages . Je ne parlerai ,
dit M. Ozy , des premiers que pour enfei-
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
gner
d'en retirer de nouveaux
les moyens
avantages ; quant aux feconds , je me bornerai
à ceux qui font plus rares & qui n'ha
bitent que certaines contrées : ils fe divifent
en quadrupedes , reptiles , aquatiques ,
amphibies & infectes .
Dans les quadrupedes , je parlerai des
martres , hermines , & autres que j'ai remarqués
fur les montagnes d'Auvergne.
Dans les reptiles , je ferai mention des différentes
efpeces de lézards , des ferpens &
des falamandres. }
Dans les volatils , je comprendrai les
aigles , les faucons , les vautours , les ducs ,
& les diverfes efpeces d'épervier. Dans la
claffe des aquatiques , je traiterai des moucles
que j'ai obfervé dans quelques rivie
res , & particulierement de celles qui renferment
des perles qui ne le cedent point
en beauté à celles qu'on tire d'orient .
Dans le genre d'amphibies , je ne vois
que les loutres qui foient connues en Auvergne
.
Les infectes dont les différentes efpeces
font extrêmement nombreuſes dans cette
Province , me fourniront l'occafion de
quelque découverte. Je m'attacherai principalement
à ceux dont les fingularités.
m'auront parus les plus remarquables &
dignes d'attention .
JUIN. -17535 79
Dans le regne végétal , je ferai mention
des arbres , arbriffeaux , arbustes , & autres
plantes répandues tant dans nos monta
gnes , que dans la partie de l'Auvergne
connue fous le nom de Limagne. Je citerai
les afpects , les hauteurs des lieux , la diftance
ou l'approximation des pays connus.
Je raffemblerai , s'il m'eft poffible , dans
un jardin , les dépouilles de la Province ;
la facilité de les connoître en infpirera le
goût cette noble émulation paffera des
grands jufqu'aux peuples , & les bergers
rendus induftrieux , pourront dans leur
loifir faire des récoltes utiles , à l'exemple
des Suiffes & de quelques autres nations.
2
Ce jardin fera une provifion toujours
préfente , propre à réparer les pertes du
jardin royal , & pourra même l'enrichir de
nouveaux tributs.
Enfin dans le regne minéral , je traiterai
des divers métaux que notre terre renferme
dans fon fein ; je ferai divers effais de
chacun en particulier ; je rendrai compte
du produit des mines d'argent , de cuivre ,
de fer , de plomb , des fables chargés de
pailletes d'or , que les courants dépofent ,
& de quelques fables fouterreins
des mêmes richeffes..
pourvus
Je n'oublierai pas les mines d'antimoine
très abondantes dans cette Province , &
j'en rapporterai les produits.
Div
80 MERCURE DE FRANCE,
là
Les pierres propres à bâtir méritent auffi
l'attention des Naturaliſtes ; j'indiquerai les
moyens de les connoître : on évitera
par
les inconvéniens d'employer des pierres
bituminufes , fulfureufes & vitrioliques ,
ou qui peuvent tomber en effervefcence .
Je ferai mention des différens marbres ;
granits , porphyres , des grès , pierres à
chaux , plâtres , bols , des craies , marnes ,
& de la pierre fpéculaire .
Je m'attacherai principalement aux pierres
précieuſes , comme grenats , topazes ,
amétiftes , éméraudes , cryſtal de roche &
autres cryftalliſations .
Je parlerai des ftalactites & felenites
qu'on trouve dans divers fouterreins & en
plein air , des pierres d'azur , des pierres
figurées , des ardoifes , des amiantes , des
cailloux , des quarts , des différentes pétrifications
, foit animales , foit végétales ;
des terres vitrioliques & fulfureufes , des
mines de charbon de terre , des bitumes ;
& nommément de celui qui découle d'un
monticule connu fous le nom de Puits de
la Poix .
J
Je ferai mention de plufieurs montagnes
creufes qu'on peut foupçonner avec beaucoup
de vraisemblance d'avoir été les foyers.
d'anciens volcans ; les différens fables criblés
& calcinés jufqu'à vitrification qu'on
JUIN. 1755. 8I
*
trouve dans les environs de ces montagnes ,
& les blocs immenfes des rochers qui ont
fouffert une parfaite fufion , font des témoi
gnages encore fubfiftans des éruptions &
des projections de ces fourneaux naturels.
Je n'oublierai point les eaux minérales
qu'on voit jaillir de toutes parts dans cette
Province ; les bains des Monts d'or , les
eaux de la Magdeleine , de la Bourboule ;
celles de Vic- le- Comte , de Vic en Carladais
, de Saint-Mion , de Saint-Pierre près.
Clermont de Jaude , de Saint- Marc , de
Saint-Allire , & principalement la fameuſe
ftalactite fi connue fous le nom de pont
de pierre ; j'expliquerai le méchanifme de
fa formation. Je parlerai enfin de toutes
les eaux de la Province qui méritent une
forte d'attention , & j'y joindrai une analyfe
exacte de chacune en particulier.
Je décrirai le cours des rivieres qui arrofent
cette Province ; je ferai connoître les
eaux qui font les plus propres pour les
reintures , & je rendrai compte des expériences
que j'aurai faites fur cette matiere.
Les cavernes & les fouterreins feront in
diqués , & nommément ceux qui fervent
de caves aux habitans de Chamailleres ,
d'où s'exhale une vapeur fuffoquante fur
Laquelle j'ai fait des expériences curieufes ..
Je n'oublierai point les glacieres natu
Dy
82 MERCURE DE FRANCE
relles , nommées communément les fon
taines glacées.
M. Özy lut enfuite une differtation fur
le ver lion ; il en donne la deſcription , &
rapporte exactement les diverfes obfervations
qu'il a faites fur cet infecte ; fa maneuvre
pour pourvoir à fes befoins , & fes:
différentes métamorphofes . Une multitude
de circonftances intéreffantes ornent l'hiftoire
du ver lion ; mais l'induftrieux Naturalifte
fe promet encore de nouvelles .
découvertes de la fuite de fes obfervations ;
ce qui l'a engagé à ne point finir fa differtation
.
La féance fut enfin terminée par l'extrait
des différens ouvrages lûs dans le cours de
l'année aux Affemblées particulieres de la
Société , & des obfervations fur divers :
phénomenes apperçus depuis la derniere
Affemblée publique..
Des Ouvrages lus à l'Assemblée publique dé
la Société Littéraire de Clermont en Au
vergne , le 24 Août
}
1754.
Léloges de M. de Chazerat , premier
A féance fut ouverte par la lecture des
Préfident de la Cour des Aides de cette
ville , & de M. Roffignol , ancien Intendant
d'Auvergne , affociés honoraires de
cette Académie . Ces deux éloges font les
premiers qui ayent été lûs depuis l'établif
fement de la Société. MM . de Chazerat
& Roffignol avoient par leur goût pour les
fciences fait revivre en Auvergne celui
des lettres & des arts ; ils avoient préfidé
& contribué de tout leur pouvoir à la formation
de cette Société , & c'eft à leur cré
dit qu'elle eft redevable de la permiffion
que fes Membres ont obtenu de s'affembler
régulierement.
I. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
Ces derniers traits par où ces dignes
Académiciens avoient mérité notre reconnoiffance
, ont caractérisé leurs éloges .
L'Auteur n'a cependant pas négligé de
rendre aux vertus & aux actions mémorables
de ces illuftres Académiciens , le tribut
de louanges qui leur eft dû. Cette lecture
fut fuivie d'un Mémoire fur l'ancienneté
& les dimenſions du pont de vieille Brioude
, fitué fur la riviere d'Allier en Auvergne
, par M. Dijon. Une tradition mal fondée
attribuoit aux Romains la conſtruction
de ce pont .
M. D. prouve par la comparaifon des
édifices qui nous reftent du tems des Romains
avec celui- ci , la fauffeté de ce fentiment
: on n'y trouve point , dit-il , la
même force , l'élégance , la grandeur de
P'échantillon des pierres , ou les mêmes
beautés d'appareil qui regnent dans le pont
du Gard , les antiquités de Nîmes , &c.
Il produit enfuite un prix fait , donné en
1434 par les habitans de vieille Brioude
pour la conftruction de ce pont. Les dimenfions
portées au prix fait , ne font pas , il eſt
vrai ,les mêmes qu'on a fuivi dans l'exécution
; M. D. en remarque la différence &
les défigne telles qu'il les a prifes.
L'arche du pont de vieille Brioude , la
plus grande du Royaume , forme un fege
JUIN. 1735.
75
ment de cercle , dont la corde a 172 pieds
de longueur , fur 66 de fléche ou montée.
Ce pont a 15 pieds 3 pouces d'une tête à
l'autre , & 13 pieds de paffage entre les
deux parapets ; il eft fondé fur le roc aut
niveau des baffes eaux du côté de la campagne
, & un pied au deffous des baffes
caux du côté de vieille Brioude.
M. D. traite des différentes pierres qui
ont été employées à la conftruction de
Farche , du lieu de leurs carrieres , de leur
qualité , de l'état où elles fe font confervées.
Quand on examine le pont de vieille
Brioude , dit M. D. on eft plus furpris de
la grandeur de l'arche & de la hardieffe de
l'entrepriſe que de la conftruction on
remarque qu'il eft bâti fans art ; mais qu'il
devoit y en avoir beaucoup dans la forme
des ceintres , dont un deffein fatisferoit
plus les amateurs des conftructions ancien
nes que le deffein même du pont ; mais
les recherches ont été inutiles.
M. de Saint-Victor lut enfuite un Mé
moire fur la vie & les oeuvres de J. Savaron
, Préfident-Lieutenant général en la
Sénéchauffée Siege Préfidial de Clermont ,
Magiftrat connu de tous les Sçavans , & .
cité dans les ouvrages de plufieurs , fous
les noms de docte , très-docte , grand Sava-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
ron ; iffu d'une famille des plus anciennes.
de Clermont , & qui dans tous les tems lui
avoit rendu des fervices très - effentiels .
Jean Savaron né à Clermont le 30 Décembre
1566 , fut éleve de Cujas dans l'Univerfité
de Bourges ; & après avoir occupé
différentes Charges , fe rendit fi illuftre
dans la Magiftrature , que Henri IV l'enleva
à la Cour des Aides pour le mettre à
la tête du Préfidial de Clermont ; & pour
F'engager à accepter cette Charge , lui fit
grace de la moitié du prix.
M. de S. V. met dans tout fon jour la
gloire que lui acquirent fa députation aux
Etats convoqués en 1614 ; fon commerce
avec les fçavans de fon fiecle , & fur- tout
la confiance qu'eurent en lui les deux Reines
: il fait entrevoir que ce grand homme
ne contribua pas peu à la donation que fit
Marguerite de Valois du Duché d'Auvergne
en faveur du Dauphin de France . II
admire en même tems fon defintéreffement
, en confiderant le peu d'avantage
qu'il a retiré pour fa famille du crédit
que lui avoit acquis une eftime générale.
L'article le plus intéreffant eſt celui où
M. de S. V. traite des ouvrages que nous
avons de M. Savaron. Dans les uns , il regne
une profonde érudition ; dans les autres
, les principes de la plus faine politi
JUIN. 1755 . 77
.
1
que ; dans tous de l'efprit , du goût & de
la délicateffe. Il feroit trop long de fuivre
M. de S. V. dans un plus grand dérail . Jean
Savaron mourut le 30 Décembre 1622 .
Ce Mémoire fut fuivi de la lecture du
Profpectus d'une hiftoire naturelle particuliere
à l'Auvergne , que M. Ozy , Membre
de la Société , fe propoſe de donner
dans quelque tems au public.
L'hiftoire naturelle , dit M. Ozy , eft
une fcience à laquelle il eft bien difficile
de refufer fon attention . Les perfonnes du
plus haut rang , les Princes , les Rois même
, ne la regardent pas comme indigne
de leurs amuſemens ; & fi les devoirs de
leur état ne leur permettent pas d'en faire
une étude particuliere , ils procurent à
ceux qui en font leur occupation
moyens d'y faire des progrès , & excitent
par leurs libéralités l'ardeur & l'émulation.
les
Après un avant - propos analogue aux
richelles qu'offre l'Auvergne au curieux
Naturalifte , M. Ozy entre en matiere , &
divife en trois parties l'objet de fes travaux,
le regne animal , le regne végétal & le regne
minéral.
Le regne animal comprend les animaux
domeftiques & fauvages . Je ne parlerai ,
dit M. Ozy , des premiers que pour enfei-
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
gner
d'en retirer de nouveaux
les moyens
avantages ; quant aux feconds , je me bornerai
à ceux qui font plus rares & qui n'ha
bitent que certaines contrées : ils fe divifent
en quadrupedes , reptiles , aquatiques ,
amphibies & infectes .
Dans les quadrupedes , je parlerai des
martres , hermines , & autres que j'ai remarqués
fur les montagnes d'Auvergne.
Dans les reptiles , je ferai mention des différentes
efpeces de lézards , des ferpens &
des falamandres. }
Dans les volatils , je comprendrai les
aigles , les faucons , les vautours , les ducs ,
& les diverfes efpeces d'épervier. Dans la
claffe des aquatiques , je traiterai des moucles
que j'ai obfervé dans quelques rivie
res , & particulierement de celles qui renferment
des perles qui ne le cedent point
en beauté à celles qu'on tire d'orient .
Dans le genre d'amphibies , je ne vois
que les loutres qui foient connues en Auvergne
.
Les infectes dont les différentes efpeces
font extrêmement nombreuſes dans cette
Province , me fourniront l'occafion de
quelque découverte. Je m'attacherai principalement
à ceux dont les fingularités.
m'auront parus les plus remarquables &
dignes d'attention .
JUIN. -17535 79
Dans le regne végétal , je ferai mention
des arbres , arbriffeaux , arbustes , & autres
plantes répandues tant dans nos monta
gnes , que dans la partie de l'Auvergne
connue fous le nom de Limagne. Je citerai
les afpects , les hauteurs des lieux , la diftance
ou l'approximation des pays connus.
Je raffemblerai , s'il m'eft poffible , dans
un jardin , les dépouilles de la Province ;
la facilité de les connoître en infpirera le
goût cette noble émulation paffera des
grands jufqu'aux peuples , & les bergers
rendus induftrieux , pourront dans leur
loifir faire des récoltes utiles , à l'exemple
des Suiffes & de quelques autres nations.
2
Ce jardin fera une provifion toujours
préfente , propre à réparer les pertes du
jardin royal , & pourra même l'enrichir de
nouveaux tributs.
Enfin dans le regne minéral , je traiterai
des divers métaux que notre terre renferme
dans fon fein ; je ferai divers effais de
chacun en particulier ; je rendrai compte
du produit des mines d'argent , de cuivre ,
de fer , de plomb , des fables chargés de
pailletes d'or , que les courants dépofent ,
& de quelques fables fouterreins
des mêmes richeffes..
pourvus
Je n'oublierai pas les mines d'antimoine
très abondantes dans cette Province , &
j'en rapporterai les produits.
Div
80 MERCURE DE FRANCE,
là
Les pierres propres à bâtir méritent auffi
l'attention des Naturaliſtes ; j'indiquerai les
moyens de les connoître : on évitera
par
les inconvéniens d'employer des pierres
bituminufes , fulfureufes & vitrioliques ,
ou qui peuvent tomber en effervefcence .
Je ferai mention des différens marbres ;
granits , porphyres , des grès , pierres à
chaux , plâtres , bols , des craies , marnes ,
& de la pierre fpéculaire .
Je m'attacherai principalement aux pierres
précieuſes , comme grenats , topazes ,
amétiftes , éméraudes , cryſtal de roche &
autres cryftalliſations .
Je parlerai des ftalactites & felenites
qu'on trouve dans divers fouterreins & en
plein air , des pierres d'azur , des pierres
figurées , des ardoifes , des amiantes , des
cailloux , des quarts , des différentes pétrifications
, foit animales , foit végétales ;
des terres vitrioliques & fulfureufes , des
mines de charbon de terre , des bitumes ;
& nommément de celui qui découle d'un
monticule connu fous le nom de Puits de
la Poix .
J
Je ferai mention de plufieurs montagnes
creufes qu'on peut foupçonner avec beaucoup
de vraisemblance d'avoir été les foyers.
d'anciens volcans ; les différens fables criblés
& calcinés jufqu'à vitrification qu'on
JUIN. 1755. 8I
*
trouve dans les environs de ces montagnes ,
& les blocs immenfes des rochers qui ont
fouffert une parfaite fufion , font des témoi
gnages encore fubfiftans des éruptions &
des projections de ces fourneaux naturels.
Je n'oublierai point les eaux minérales
qu'on voit jaillir de toutes parts dans cette
Province ; les bains des Monts d'or , les
eaux de la Magdeleine , de la Bourboule ;
celles de Vic- le- Comte , de Vic en Carladais
, de Saint-Mion , de Saint-Pierre près.
Clermont de Jaude , de Saint- Marc , de
Saint-Allire , & principalement la fameuſe
ftalactite fi connue fous le nom de pont
de pierre ; j'expliquerai le méchanifme de
fa formation. Je parlerai enfin de toutes
les eaux de la Province qui méritent une
forte d'attention , & j'y joindrai une analyfe
exacte de chacune en particulier.
Je décrirai le cours des rivieres qui arrofent
cette Province ; je ferai connoître les
eaux qui font les plus propres pour les
reintures , & je rendrai compte des expériences
que j'aurai faites fur cette matiere.
Les cavernes & les fouterreins feront in
diqués , & nommément ceux qui fervent
de caves aux habitans de Chamailleres ,
d'où s'exhale une vapeur fuffoquante fur
Laquelle j'ai fait des expériences curieufes ..
Je n'oublierai point les glacieres natu
Dy
82 MERCURE DE FRANCE
relles , nommées communément les fon
taines glacées.
M. Özy lut enfuite une differtation fur
le ver lion ; il en donne la deſcription , &
rapporte exactement les diverfes obfervations
qu'il a faites fur cet infecte ; fa maneuvre
pour pourvoir à fes befoins , & fes:
différentes métamorphofes . Une multitude
de circonftances intéreffantes ornent l'hiftoire
du ver lion ; mais l'induftrieux Naturalifte
fe promet encore de nouvelles .
découvertes de la fuite de fes obfervations ;
ce qui l'a engagé à ne point finir fa differtation
.
La féance fut enfin terminée par l'extrait
des différens ouvrages lûs dans le cours de
l'année aux Affemblées particulieres de la
Société , & des obfervations fur divers :
phénomenes apperçus depuis la derniere
Affemblée publique..
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Résumé : EXTRAIT Des Ouvrages lûs à l'Assemblée publique de la Société Littéraire de Clermont en Auvergne, le 24 Août 1754.
Le 24 août 1754, la Société Littéraire de Clermont en Auvergne a organisé une assemblée publique au cours de laquelle plusieurs ouvrages ont été présentés. La séance a débuté par la lecture des éloges de M. de Chazerat, président de la Cour des Aides, et de M. Roffignol, ancien Intendant d'Auvergne, tous deux associés honoraires de l'Académie. Ces éloges étaient les premiers à être lus depuis la création de la Société. Les deux hommes avaient joué un rôle crucial dans la revitalisation des lettres et des arts en Auvergne et avaient obtenu la permission pour les membres de la Société de se réunir régulièrement. M. Dijon a ensuite présenté un mémoire sur l'ancienneté et les dimensions du pont de vieille Brioude, situé sur la rivière d'Allier. Il a contesté l'attribution de la construction de ce pont aux Romains en comparant ses caractéristiques architecturales avec celles des édifices romains connus. M. Dijon a également produit un document de 1434 prouvant que le pont avait été construit par les habitants de vieille Brioude. Il a décrit les dimensions et les matériaux utilisés, notant que l'arche du pont est la plus grande du Royaume, formant un segment de cercle avec une corde de 172 pieds de longueur et une flèche de 66 pieds. M. de Saint-Victor a lu un mémoire sur la vie et les œuvres de Jean Savaron, président-lieutenant général au siège présidial de Clermont. Savaron, né en 1566, avait été élevé par Cujas et avait occupé diverses charges avant de devenir président du présidial de Clermont sous Henri IV. Le mémoire soulignait sa députation aux États de 1614, ses échanges avec les savants de son époque, et sa contribution à la donation du Duché d'Auvergne par Marguerite de Valois. Savaron est décédé en 1622. Enfin, M. Ozy a présenté un prospectus pour une histoire naturelle de l'Auvergne, qu'il prévoyait de publier. Il a divisé son étude en trois parties : le règne animal, le règne végétal et le règne minéral. Pour le règne animal, il a mentionné les animaux domestiques et sauvages, en se concentrant sur les espèces rares. Pour le règne végétal, il a prévu de décrire les arbres, arbustes et autres plantes de la région. Pour le règne minéral, il a prévu d'étudier les métaux, les pierres précieuses, les eaux minérales et les phénomènes géologiques comme les volcans et les cavernes. M. Ozy a également lu une dissertation sur le ver lion, détaillant ses observations et ses métamorphoses. La séance s'est conclue par la lecture des extraits des ouvrages lus lors des assemblées particulières de l'année et des observations sur divers phénomènes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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350
p. 98-104
« L'ETAT DES ARTS en Angleterre, dédié à M. le Marquis de Marigny ; par [...] »
Début :
L'ETAT DES ARTS en Angleterre, dédié à M. le Marquis de Marigny ; par [...]
Mots clefs :
Arts, Arts en Angleterre, Peinture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'ETAT DES ARTS en Angleterre, dédié à M. le Marquis de Marigny ; par [...] »
L'ETAT DES ARTS en Angleterre ,
dédié à M. le Marquis de Marigny ; par
M. Rouquet , de l'Académie royale de
Peinture & de Sculpture . Chez Jombert ,
rue Dauphine 175 5. Un volume in- 12 . Prix
3 livres .
( ( i ) Jena 1674.
JUIN. 1755. 92EQUE
LA
Perfonne ne pouvoit mieux traiter lanatiere.
M. Rouquet parle en auteur inftruit ,
par trente ans de féjour à Londres . Il erit
fur la peinture en artifte éclairé , & fur
les
autres arts en homme d'efprit qui s'y connoît
. Son ftyle eft plus varié que correct ;
tantôt c'eft un poëte qui prend l'effor , &
qui peint les objets des couleurs les plus
brillantes ; tantôt c'eft un philofophe qui
approfondit , & qui fait une jufte analyſe
des chofes : quelques exemples prouveront
l'un & l'autre . Rien n'eft plus poëtique que
cette defcription qu'il fait de la vûe. » De
tous les organes de nos fens l'oeil eft
fans doute le plus occupé ; rien n'égale
l'activité de nos regards , la fréquence &
» l'affiduité de leur application ; ils cher-
» chent fans ceffe avec une avidité infa-
» tiable de nouveaux objets : dès que le
» fommeil laiffe à nos paupieres la liberté
» de s'ouvrir , nous courons à la lumiere ,
» nous préfentons nos yeux avec empreffe
> ment aux réflexions d'un nombre infini
de formes & de couleurs ; & pour éten-
» dre davantage le fpectacle , nous ache-
" tons , au prix de cent incommodités
» le plaifir d'habiter des lieux élevés. Ce
fpectacle n'eft jamais affez vaſte , affez
» varié ni affez brillant , quand même il
» n'auroit de bornes que ces montagnes ,
»
»
E ij
Too MERCURE DE FRANCE,
"
que leur éloignement peint d'azur fur
» ces beaux fonds de pourpre & d'or , dont
» la naiſſance & la fin du jour décorent
quelquefois l'horizon .
Il redouble d'enthoufiafme par cette
apoftrophe qui rend fi bien l'éclat des bougies.
85
"» Induftrieufe abeille , nous vous de-
>> vons ces lumieres agréables & nombreufes
qui vont fuccéder à celles du jour ,
» En vain la nuit vouloit dérober à nos yeux
» la fcene brillante dont ils jouiffoient ;
» ils voient , ils jouiffent encore : les Gaf-
» pard , les Claude auroient ils trouvé le
» fecret de fixer quelques rayons du foleil?
» Par quel charme vois- je encore le ciel ,
» les eaux , les campagnes riantes ? Quel
art perpétue ici dans le fein de l'épaiffe
nuit les fêtes , les délices des plus beaux
jours ?
و د
Voilà l'écart d'une belle ode en profe. Je
vais citer maintenant des traits qui montreront
que l'auteur examine en fage , qu'il
fuit l'amour du vrai , & qu'il juge avec
cette liberté qu'il a puifée dans le commerce
des Anglois , & qui n'eft pas la moins
précieufe des acquifitions qu'il a faites chéz
eux il ufe du droit qu'elle donne pour
nous détromper fur leur compte. Par
tout , dit-il , ou le commerce Aleurit ,
JUIN. 1755. 101
"
"
les richeffes font une des principales diftinctions
, & les arts n'étant pas la voie
» commune des richeffes, y font par confé-
"quent moins diftingués. C'eft ici le lieu
» d'affûrer , malgré tout ce qu'on a débité,
» que les arts ne font point en Angleterre
» l'objet de l'attention publique ; il n'y a
point d'inftitution en leur faveur , ni de
» la part de la Couronne en particulier , ni
» de celle du Gouvernement en général .
» Je ne fçai même fi la conftitution de
» l'Etat ne rendroit pas infructueux le def-
» fein que l'on auroit pû avoir d'exciter
l'émulation dans les arts par des penfions
» ou autrement. Aucun pofte lucratif ne
» s'accorde en Angleterre que dans la vûe
» directe ou indirecte d'acquerir ou de
conferver la pluralité des fuffrages dans
les élections parlementaires. Suivant cet-
» te économic miniftériale , fage & prudente
dans fon principe , un artiste à
grands talens , fans aucun droit de fuffrage
, cu fans protecteurs qui en euffent,
» n'auroit jamais rien obtenu . Les Anglois
» s'amufent beaucoup des arts , fans trop
» confidérer l'artifte. Il n'y a qu'un Pein-
» tre en Angleterre qui ait penfion , &
qu'on appelle le Peintre du Roi , il l'eft
par brevet , avec un falaire de cinq mille
livres.
2
D
"3
"
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
On voit par là que fi les arts font cultivés
à Londres , ils y font moins honorés
& moins récompenfés qu'en France .
» Il eft vrai , ajoûte- il , qu'on a décoré
quelquefois les artiftes du titre de Che- .
» valier.
99
Ils obtiennent ici la même diftinction ,
& plufieurs y font parés du cordon de Saint
Michel.
» Dans toutes les députations que
la
» ville fait au Roi , pourſuit M. Rouquet ,
il fe trouve toujours quelque Echevin
» qui veut être fait Chevalier ; on a foin
d'en informer Sa Majefté , qui le touche
» de fon épée . On prétend que les Eche-
» vins qui demandent cet honneur , le font
» ordinairement pour fatisfaire l'ambition
» de leurs femmes , elles en acquierent le
nom de Lady : tous ceux qui l'approchent
, fes enfans , fon mari même ne lui
parlent plus alors qu'à la troifieme per-
→ fonne ; elle en va plus fouvent au ſpectacle
, pour avoir le plaifir d'entendre
» demander à perte d'haleine , l'équipage
» & les gens de Lady ***.
Ce font là , trait pour trait , les Bourgeoifes
de qualité de Dancourt . Ce qui
prouve que les ridicules anglois fe rapprochent
des nôtres , ainfi que les ufages. A
quelques nuances près les hommes font
JUIN. 1755.. 103
par -tout les mêmes , malgré la différen
ce des climats , & la diverfité des caracteres.
La peinture eft l'art fur lequel l'auteur
s'étend le plus ; elle contient plus de la
moitié de fon livre . La fculpture , la gravûre
, l'imprimerie , l'orfevrerie , la bijouterie
, l'architecture , la déclamation &
la mufique en rempliffent fuccintement les
autres pages. Il y joint la médecine exercée
agréablement par des Docteurs en épée ,
qui font fouvent Poëtes ou Muficiens , ( les
nôtres leur reffemblent quelquefois ) il
fait mention en même tems de la Chirurgie
, pratiquée plus férieufement par des
hommes qui s'y livrent fans diftraction ; il
met auffi au rang des arts celui de préparer
les alimens , qu'il décrit ainfi left
un art , lefeul qui ait le droit de prétendre à
réunir l'agrément à l'utilité la plus indifpenfable
; mais cet art né dans la fervitude , où
il fe trouve encore malgré fon extrême importance
, eft un art ignoble , & on fera peut-être
révolté de lui voir tenir ici une place parmi
les arts. C'eft à la fin de cet article que M.
Rouquet nous avoue avec cette agréable
franchife dont il fait profeffion , qu'il
n'aime pas ce que nous appellons vulgairement
la foupe & le bouilli . Il exprime fon
dégoût dans des termes qui méritent d'être
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
retenus les voici ; je finirai par eux le
précis de fon ouvrage.
» On obſerve déja avec la plus ridicule
» affectation l'ordre des fervices. On fert
>> même fouvent cette décoction tant van-
» tée ailleurs , qui fait par- tout le premier
» mets , & de laquelle les Anglois rioient
depuis fi long-tems ; on en fert même
» auffi la tête morte. Il eft vrai que ce n'eft
point encore l'ufage en Angleterre d'en
féparer entierement par une cuiffon opiniâtre
tout ce qu'elle pouvoit contenir
» de fubftance alimentaire.
dédié à M. le Marquis de Marigny ; par
M. Rouquet , de l'Académie royale de
Peinture & de Sculpture . Chez Jombert ,
rue Dauphine 175 5. Un volume in- 12 . Prix
3 livres .
( ( i ) Jena 1674.
JUIN. 1755. 92EQUE
LA
Perfonne ne pouvoit mieux traiter lanatiere.
M. Rouquet parle en auteur inftruit ,
par trente ans de féjour à Londres . Il erit
fur la peinture en artifte éclairé , & fur
les
autres arts en homme d'efprit qui s'y connoît
. Son ftyle eft plus varié que correct ;
tantôt c'eft un poëte qui prend l'effor , &
qui peint les objets des couleurs les plus
brillantes ; tantôt c'eft un philofophe qui
approfondit , & qui fait une jufte analyſe
des chofes : quelques exemples prouveront
l'un & l'autre . Rien n'eft plus poëtique que
cette defcription qu'il fait de la vûe. » De
tous les organes de nos fens l'oeil eft
fans doute le plus occupé ; rien n'égale
l'activité de nos regards , la fréquence &
» l'affiduité de leur application ; ils cher-
» chent fans ceffe avec une avidité infa-
» tiable de nouveaux objets : dès que le
» fommeil laiffe à nos paupieres la liberté
» de s'ouvrir , nous courons à la lumiere ,
» nous préfentons nos yeux avec empreffe
> ment aux réflexions d'un nombre infini
de formes & de couleurs ; & pour éten-
» dre davantage le fpectacle , nous ache-
" tons , au prix de cent incommodités
» le plaifir d'habiter des lieux élevés. Ce
fpectacle n'eft jamais affez vaſte , affez
» varié ni affez brillant , quand même il
» n'auroit de bornes que ces montagnes ,
»
»
E ij
Too MERCURE DE FRANCE,
"
que leur éloignement peint d'azur fur
» ces beaux fonds de pourpre & d'or , dont
» la naiſſance & la fin du jour décorent
quelquefois l'horizon .
Il redouble d'enthoufiafme par cette
apoftrophe qui rend fi bien l'éclat des bougies.
85
"» Induftrieufe abeille , nous vous de-
>> vons ces lumieres agréables & nombreufes
qui vont fuccéder à celles du jour ,
» En vain la nuit vouloit dérober à nos yeux
» la fcene brillante dont ils jouiffoient ;
» ils voient , ils jouiffent encore : les Gaf-
» pard , les Claude auroient ils trouvé le
» fecret de fixer quelques rayons du foleil?
» Par quel charme vois- je encore le ciel ,
» les eaux , les campagnes riantes ? Quel
art perpétue ici dans le fein de l'épaiffe
nuit les fêtes , les délices des plus beaux
jours ?
و د
Voilà l'écart d'une belle ode en profe. Je
vais citer maintenant des traits qui montreront
que l'auteur examine en fage , qu'il
fuit l'amour du vrai , & qu'il juge avec
cette liberté qu'il a puifée dans le commerce
des Anglois , & qui n'eft pas la moins
précieufe des acquifitions qu'il a faites chéz
eux il ufe du droit qu'elle donne pour
nous détromper fur leur compte. Par
tout , dit-il , ou le commerce Aleurit ,
JUIN. 1755. 101
"
"
les richeffes font une des principales diftinctions
, & les arts n'étant pas la voie
» commune des richeffes, y font par confé-
"quent moins diftingués. C'eft ici le lieu
» d'affûrer , malgré tout ce qu'on a débité,
» que les arts ne font point en Angleterre
» l'objet de l'attention publique ; il n'y a
point d'inftitution en leur faveur , ni de
» la part de la Couronne en particulier , ni
» de celle du Gouvernement en général .
» Je ne fçai même fi la conftitution de
» l'Etat ne rendroit pas infructueux le def-
» fein que l'on auroit pû avoir d'exciter
l'émulation dans les arts par des penfions
» ou autrement. Aucun pofte lucratif ne
» s'accorde en Angleterre que dans la vûe
» directe ou indirecte d'acquerir ou de
conferver la pluralité des fuffrages dans
les élections parlementaires. Suivant cet-
» te économic miniftériale , fage & prudente
dans fon principe , un artiste à
grands talens , fans aucun droit de fuffrage
, cu fans protecteurs qui en euffent,
» n'auroit jamais rien obtenu . Les Anglois
» s'amufent beaucoup des arts , fans trop
» confidérer l'artifte. Il n'y a qu'un Pein-
» tre en Angleterre qui ait penfion , &
qu'on appelle le Peintre du Roi , il l'eft
par brevet , avec un falaire de cinq mille
livres.
2
D
"3
"
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
On voit par là que fi les arts font cultivés
à Londres , ils y font moins honorés
& moins récompenfés qu'en France .
» Il eft vrai , ajoûte- il , qu'on a décoré
quelquefois les artiftes du titre de Che- .
» valier.
99
Ils obtiennent ici la même diftinction ,
& plufieurs y font parés du cordon de Saint
Michel.
» Dans toutes les députations que
la
» ville fait au Roi , pourſuit M. Rouquet ,
il fe trouve toujours quelque Echevin
» qui veut être fait Chevalier ; on a foin
d'en informer Sa Majefté , qui le touche
» de fon épée . On prétend que les Eche-
» vins qui demandent cet honneur , le font
» ordinairement pour fatisfaire l'ambition
» de leurs femmes , elles en acquierent le
nom de Lady : tous ceux qui l'approchent
, fes enfans , fon mari même ne lui
parlent plus alors qu'à la troifieme per-
→ fonne ; elle en va plus fouvent au ſpectacle
, pour avoir le plaifir d'entendre
» demander à perte d'haleine , l'équipage
» & les gens de Lady ***.
Ce font là , trait pour trait , les Bourgeoifes
de qualité de Dancourt . Ce qui
prouve que les ridicules anglois fe rapprochent
des nôtres , ainfi que les ufages. A
quelques nuances près les hommes font
JUIN. 1755.. 103
par -tout les mêmes , malgré la différen
ce des climats , & la diverfité des caracteres.
La peinture eft l'art fur lequel l'auteur
s'étend le plus ; elle contient plus de la
moitié de fon livre . La fculpture , la gravûre
, l'imprimerie , l'orfevrerie , la bijouterie
, l'architecture , la déclamation &
la mufique en rempliffent fuccintement les
autres pages. Il y joint la médecine exercée
agréablement par des Docteurs en épée ,
qui font fouvent Poëtes ou Muficiens , ( les
nôtres leur reffemblent quelquefois ) il
fait mention en même tems de la Chirurgie
, pratiquée plus férieufement par des
hommes qui s'y livrent fans diftraction ; il
met auffi au rang des arts celui de préparer
les alimens , qu'il décrit ainfi left
un art , lefeul qui ait le droit de prétendre à
réunir l'agrément à l'utilité la plus indifpenfable
; mais cet art né dans la fervitude , où
il fe trouve encore malgré fon extrême importance
, eft un art ignoble , & on fera peut-être
révolté de lui voir tenir ici une place parmi
les arts. C'eft à la fin de cet article que M.
Rouquet nous avoue avec cette agréable
franchife dont il fait profeffion , qu'il
n'aime pas ce que nous appellons vulgairement
la foupe & le bouilli . Il exprime fon
dégoût dans des termes qui méritent d'être
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
retenus les voici ; je finirai par eux le
précis de fon ouvrage.
» On obſerve déja avec la plus ridicule
» affectation l'ordre des fervices. On fert
>> même fouvent cette décoction tant van-
» tée ailleurs , qui fait par- tout le premier
» mets , & de laquelle les Anglois rioient
depuis fi long-tems ; on en fert même
» auffi la tête morte. Il eft vrai que ce n'eft
point encore l'ufage en Angleterre d'en
féparer entierement par une cuiffon opiniâtre
tout ce qu'elle pouvoit contenir
» de fubftance alimentaire.
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Résumé : « L'ETAT DES ARTS en Angleterre, dédié à M. le Marquis de Marigny ; par [...] »
L'ouvrage 'L'ETAT DES ARTS en Angleterre' de M. Rouquet est dédié à M. le Marquis de Marigny. Après trente ans de séjour à Londres, Rouquet démontre une grande connaissance des arts, notamment de la peinture. Son style est varié, oscillant entre poésie et analyse philosophique. Il décrit avec éloquence la vue et l'importance de l'œil parmi les sens, ainsi que l'éclat des bougies. Rouquet critique l'attention limitée portée aux arts en Angleterre, notant l'absence d'institutions publiques ou gouvernementales en leur faveur. Contrairement à la France, les artistes anglais ne sont pas récompensés de manière significative, bien que certains puissent obtenir des titres honorifiques. Il compare les ridicules et usages anglais aux français, soulignant les similitudes malgré les différences culturelles. L'auteur aborde divers arts tels que la sculpture, la gravure, l'imprimerie, l'orfèvrerie, la bijouterie, l'architecture, la déclamation, la musique, la médecine, la chirurgie et la préparation des aliments. Rouquet exprime son dégoût pour la soupe et le bouilli, critiquant l'ordre des services culinaires en Angleterre.
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