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18401
p. 5-15
ÉPITRE AUX MUSES.
Début :
DÉFENDEZ vos Autels, Muses, quittez les Cieux : [...]
Mots clefs :
Muses, Coeur, Nature, Moeurs, Fleurs, Vérité, Talent, Génie, Esprit, Univers
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texteReconnaissance textuelle : ÉPITRE AUX MUSES.
ÉPITRE AUX MUSES.
DEFEN ÉFENDEZ VOS Autels , Mufes , quittez les
Cieux :
Le front paré de fleurs , montrez- vous à nos yeux ,
Et telles , qu'aux beaux jours & de Rome & d'Athénes
,
Préparez aux Mortels , des plaifirs & des chaînes .
Entendez-vous ces cris fuperbes & jaloux ,
Qu'une fecte ennemie éléve contre vous.
II. Vol
A iij
6 MERCURE DE FRANCE .”
Paroiffez , triomphez , confondez les outrages
D'un peuple de rivaux , d'un éffain de faux Sages,
Quoi , tandis qu'en fes champs l'auftère Germanie
Des accens de Haller répéte l'harmonie ,
Que Vienne & Coppenhague , en leurs remparts
fameux
Du Parnaſſe François ont adopté les Dieux ,
Tandis que parmi nous Voltaire vit encore ,
Que de fes nobles chants l'Humanité s'honore4" :
Mufes , le François feul ofe attaquer vos droits :
Ah! vos dignes ayeux plus fages autrefois ,
Comme un bienfait du Ciel attendri de leurs peines
,
Révéroient les bons Arts & les lettres humaines ,
Remplis d'un faint refpect, ils les nommoient ainfi .
Par d'utiles plaifirs leur courage adouci
Chérit bientôt des moeurs plus douces , plus faciles
,
La Décence & le Goût habiterent les Villes ;
Les Grâces triomphoient des antiques erreurs.
Muſes , tout fe ranime à vos accens vainqueurs ,
Et le Sentiment feul nous fait ce que nous fommes
:
Le compas à la main gouverne- t- on les hommes ?
Si la Loi ne reſpire & ne régne en mon ſein ,
Vainement le cifeau la grave fur l'airain ;
* L'Auteur eft trop judicieux pour ne pas nous par
donner cette lacune.
AVRIL. 1762.
Par mes defirs preffans en fecret balancée ,
Le Sceptre donne-t-il des fers à ma penſée ?
La Raiſon nous traça les régles du devoir :
Qui fait les faire aimer , ſurpaſſe ſon pouvoir.
Le précepte importun en vain ſe fait entendre :
C'eſt à la voix du coeur que le coeur peut le rendre
;
Fénelon à fon gré maîtrifoit les penchans.
Ariftote & Sénéque ont formé des tyrans.
Voulez-vous aux humains donner des moeurs
nouvelles ?
Enfammez nos tranſports : tracez nous des modéles.
Qu'importe qu'Alvarès n'ait jamais exiſté :
La fiction morale eſt une vérité ;
C'eft la Nature même élevée , ennoblie :
La vertu s'applaudit , quand l'art la multiplie.
Mentor n'eſt qu'un vain nom ; & puiſſe encor ſa
voix
Tromper au même prix tous les enfans des Rois !
Voyez ce tendre fruit d'une faveur fi pure ,
Il naît parmi les fleurs , & croît fous la verdure.
Non que d'un feul talent fervile adorateur ,
J'envie à fes rivaux un légitime honneur;
Je révére Newton , j'admire je reſpecte
Le grand Obfervateur d'un très- petit Inſecte ;
Laborieux Artiſte , utile Citoyen :
Il n'inftruit que mes fens ; mon coeur ne lui doit
rien.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Celui dont le génie obferve l'âme humaine ,
L'enchante , la corrige, & l'éclaire & l'enchaîne.
Qu'est-il donc à vos yeux ? Que préférera - t - on ?
L'analyſe de l'homme , ou celle d'un ciron ?
Nous éxiftons au ſein des élémens en guerre :
Eh bien , obſervez l'air , le feu , les eaux , la terre;
Mais l'homme eft - il pour l'homme incertain dans
fes voeux ,
Un Voifin moins à craindre, ou moins utile qu'eux?
Vous vivez dans autrui , non moins que dans
vous-même.
La fageffe qui plaît , eſt le bonheur ſuprême.
L'utile , vous dit- on , doit avoir tous nos foins :
L'efprit , comme le corps , n'a - t il pas fes befoins ?
Poursuivons des fecrets que notre orgueil ignore ;
Mais fongeons aux vertus qui nous manquent encore
;
Défrichons nos forêts , mais cultivons nos coeurs ;
La fublime éloquence eft la reine des moeurs.
Et vous célestes chants , vous , délices paisibles
Des efprits généreux & des âmes fenfibles ,
Aux lieux où la Nature éleva fon tombeau ,
Vous avez fait éclorre un Univers nouveau ;
Sur les fommets glacés de la dure Helvétie ,
Parmi les triftes lacs de la vafte Ruffie ,
Les fleurs brillent au fein d'un éternel hyver ,
L'humanité refpire en des âmes de fer,
Le langage du Goût , du Sentiment , des Grâces
Pare le bonheur même appellé fur vos traces.
Si Reaumur , Clairaut , Defcartes , Maupertuis
AVRIL. 1762 . 9
Etoient les feuls grands noms que la France eût
produits ;
De nos ayeux la langue & gothique & groffière
Auroit- elle éclairé , foumis l'Europe entière ?
L'âme , de tout fon être eft ardente à jouir :
Notre efprit veut favoir , mais le coeur veut ſentir :
C'eſt le premier beſoin de l'homme en ſes miléres:
Il faut des citoyens , des époux & des pères :
Nos devoirs font facrés ; il faut les rendre chers.
En des liens de fleurs venez changer nos fers ,
O fenfibilité précieuſe & divine ,
Vous de toute vertu douce & tendre origine ,
Digne Fille des Arts ! & peuvent- ils jamais
Trop pénétrer mon coeur de vos nobles attraits ?
Qu'ils étendent vos droits , nos moeurs , nos connoiffances
.
S'ils n'offroient à nos yeux un champ d'expériences
,
Chaque homme en fon inftinct en fon cercle
borné
A quel aveuglement feroit- il condamné ?
Qué des plus doux tranſports la Scène ouvre la
fource ;
"
Le Vaiffeau par les vents eft preflé dans la courſes
L'âme perd fon reffort dans un profond repos ; '
Le froid raifonnement ne fait pas les héros.
Là , fi mon coeur partage une ardeur tendre &
pure ,
C'eſt un tribut facré qu'il paye à la Nature.
A
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
De terreur , de pitié ſe ſent -il combattu ;
C'eft le plus digne hommage offert à la vertu .
Que Thalie à lon tour & m'inttruiſe & m'en
flamme ;
Le rire ingénieux eft la fanté de l'âme.
La triftelle farouche eft fottife ou poifon ;
Et Socrate au Théâtre amuloit la Raiſon .
Confiderez les moeurs de cent Peuples fauvages :
Chez eux les paffions exercent leurs ravages ;
Ils font cruels fans doute ; ils vivent fans plaifir ;
Dans fon antre Timon ne fait plus que haïr :
L'Aquilon en courroux eſt vaincu par Zéphire ;
Pour dompter l'Univers , la vertu doit fourire.
Sages , qui prétendez affervir notre coeur ,
Montrez- nous la Raifon fous les traits du Bonheur
:
D'un fombre fanatifme abjurez les caprices .
Ne fuyons que l'excès : le plaifir a ſes vices ;
Mille clameurs contr'eux s'élévent aujourd'hui,
Nous avons oublié les vices de l'ennui :
Le trifte hyver gémit fous d'horribles nuages 3
Le printemps fortuné n'enfante point d'orages.
Vous gémiffez de voir une foule d'amans
Aux Mules à l'envi prodiguer fan encens ,
Leur confacrer fon culte & voler fur leurs traces?
Platon même autrefois facrifioit aux Grâces.
Tyrans de la Nature & de l'Humanité ,
Etouffez , s'il fe peut , les droits de la beauté.
Dieu n'en auroit-il fait qu'un fpectacle inurile ?
AVRIL. 1762.
Le Sentiment m'attache à la bonté facile.
Bienfait pur & facré , le beau que je chéris ,
Partage avec le vrai l'empire des efprits.
Phénomène pompeux , vaſte , éternel miracle ,
O nature ! parlez : Dieu vous fit fon oracle :
Si je penſe & je ſens , c'eſt pour vous admiter ;
Si j'ai reçu la voix , c'eft pour vous célébrer.
Muſes , vous uniffez d'une main libérale
Les grâces de l'efprit à la beauté morale ;
Tranquille je m'égare , & mon âme s'inftruit
Dans le monde idéal que vos jeux ont produit.
L'amour devient fublime , & l'amitié célefte ;
Nos penchans adoucis n'ont plus rien de funeftes
Et parée avec choix de vos charmes divers ,
L'aimable urbanité réunit l'Univers.
Que l'humble vermiffeau rampe dans la prairie
Laiffons voler aux Cieux , l'Aigle ardent du Génie;
Mille autres tenteront un éſſor moins heureux
Jufqu'à l'Aftre éclatant qui nous lance fes feux ;
S'ils ne s'abbreuvent pas des traits de fa lumière ,
Ils s'éloignent du moins des fanges de la tèrre.
Ces Athlétes aux jeux par la gloire entraînés
Du laurier des vainqueurs,font ils tous couronnes ?
Aux pieds d'un Thrône Augafte , il eft des rangs
encore ,
Dont l'orgueil s'applaudit, dont la Raiſon s'honores
De ce vafte concours , l'on recueille le fruit :
Le fentiment s'éclaire , & le goût s'affermit ;
C'eft de facs inégaux , que le miel fe compofe ,
A vi
12 MERCURE DE FRANCE .
Et l'Eillet brille encor , quoiqu'il céde à la Roſe.
L'art heureux d'émouvoir,de peindre & d'embellir,
N'eft -il donc confacré qu'au frivole plaifir ?
Il orna nos devoirs , il éleva nos âmes :
Arts qui le mépriſez , il vous prêta ſes flammes ;
Son génie étranger à vos obſcurs travaux ,
Daigna de les couleurs animer vos pinceaux.
Ingrats ! vous lui devez votre ſplendeur nouvelle ;
Tout eft vivifié par fa fcène immortelle :
Fontenelle emprunta les fleurs d'Anacréon ,
Et la chaleur d'Homère a pafié dans Buffon .
Si pour mieux triompher de notre âme étonnée ,
La verité Phyfique eut befoin d'étre ornée ;
Craindrons - nous d'embellir des traits les plus
touchans ,
L'auftère Vérité , qui combat nos penchans ?
Sa main doit careffer le coeur qu'elle déchire.
Que d'un vil Ecrivain le coupable délire
Ole prêter au vice un éclat féduifant ;
Le crime eft dans le coeur , & non dans le talent.
Guidé par la vengeance , ou l'utile induſtrie ,
Ce fer vous donnera le trépas ou la vie ;
Cet or qui de Néron paya les délateurs ,
Par les mains de Trajan auroit féché des pleurs.
Tout fe change en poiſon dans une coupe impure.
L'afpect de l'Univers fit l'erreur d'Epicure .
Le Sophifme naquit au ſein de la Raiſon ;
Le Fanatifme eft fils de la Religion ;
Et la hilofophie étrange en fes contraſtes
AVRIL. 1762. 13
Compte encore Diogène & Pyrrhon dans fes faftes.
Tout Art a fes abus , fes travers , ſes excès ,
Et le mal & le bien font mêlés à jamais :
Le Destin les unit par d'éternelles chaînes :
Le Soleil fertilife ou dévore nos plaines.
Beaux Arts , trop dédaignés , par quels heureux
travaux
Pourrez-vous abaiffer l'orgueil de vos rivaux ,
Ramener à vos pieds le Caprice & l'Envie ,
Et reprendre à jamais une nouvelle vie ?
Confultez la Nature , aimez la Vérité ;
Tournez tous vos regards vers l'Immortalité.
L'efprit n'eft qu'un éclair qui fuit & qu'on oublie
,
Et le Sentiment ſeul eft l'âme du Génie.
Un Peuple corrompu conſerve affez de moeurs
Pour mépriſer encor fes propres corrupteurs .
Rouffeau qui nous outrage arracha notre eſtime.
Ah ! ce digne laurier , cette palme ſublime ,
Lorfque nous languiffons dans de frivoles jeur ,
Déja le fier Germain les ravit à nos voeux.
Kleift , Gefner & Klopstock , noms facrés & barbares
,
Vous que Minerve orna de fes dons les plus rares ,
Vos tableaux font vivans , vos fentimens profonds
,
La Nature elle -même a guidé vos crayons !
Sous la puiffante main le fublime étincelle ;
L'Art varie & périt ; feule elle eft immortelle.
Ofons nous arracher à nos cachots pompeux ;
14 MERCURE DE FRANCE .
La Sageffe médite en de fauvages lieux :
C'eſt au bord des ruiſſeaux ,qu'habite l'Innocence ;
L'augufte Vérité , parle dans le filence.
Le luxe de l'efprit fuit le luxe des moeurs ;
Qui veut régner fur nous doit nous rendre
meilleurs.
Qui parle avec grandeur exerce un fûr empire :
La Morale doit tout au talent qui l'inſpire ;
Le coeur céde fans peine à qui dompte l'efprit :
L'expreffion commande , & le fentiment fuit:
Un trait noble & touchant , dans mon âme agitée ,
Eft le rayon de feu lancé par Prométhée :
Qu'Homère eût célébré de plus douces vertus
Alexandre peut-être eût égalé Titus.
Que ne peut le génie ? il féduit , il entraîne ;
De l'Univers furpris , ſa voix change la ſcène :
Cicéron défendit & l'Etat & les Loix :
Le doux Chantre de Gnide eft l'Oracle des Rois.
Corneille , Boffuet au fein de la Patrie ,
Vous verrez de votre art la feconde énergie ;
La Nation s'élève à de plus hauts deſtins :
Tous les genres de gloire ont germé par ves
mains.
Aurions-nous oublié ces fublimes prodiges ?
Quoi ! de ce fiécle illuftre effaçant les veftiges ,
Et de fon être enfin dédaignant les refforts ,
L'eſprit , dans l'Univers ne verra que des corps.
Ah ! l'âme toute entière à ce point profanée ,
Contre un vil attentat fe fouléve indignée.
honte de mon fiécle ! à quel aveugle excès
AVRIL. 1752 .
15
L'inconftance peut- elle égarer le François !
De les voiles jaloux dépouillons la Nature ,
De nos champs négligés ranimons la culture :
Tout talent a fes droits ; tout travail a fon prix :
Malheur à qui voudroit méconnoître les fruits !
Mais vous, fublimes Arts , dont la douce magie
Embellit à nos yeux l'horiſon de la vie ,
Qui confolez fi bien par vos fecours puiſſans ,
Nos ennuis affidus & nos maux renaiffans !
Quel emploi , quel talent , ou quel mérite illuſtre
Orné de vos attraits , n'obtînt un nouveau luſtre ?
Dagueffeau tour-d- tour cueillit tous vos lauriers.
Staniflas les unit aux: palmes des guerriers.
Les Romains & les Grecs , au fein de la victoire ,
Vous doivent tout l'éclat de leur longue mémoire
;
Source toujours féconde , & principe immortel ,
Centre , inftrument ,lien , reffort univerfel ,
Plaiſirs de tous les lieux , tréfors de tous les âges ,
Organes des vertus , volupté des vrais Sages ,
Par de nouveaux bienfaits domptez vos envieux ;
Chériffez tous les Arts , mais en régnant fur eux.
DEFEN ÉFENDEZ VOS Autels , Mufes , quittez les
Cieux :
Le front paré de fleurs , montrez- vous à nos yeux ,
Et telles , qu'aux beaux jours & de Rome & d'Athénes
,
Préparez aux Mortels , des plaifirs & des chaînes .
Entendez-vous ces cris fuperbes & jaloux ,
Qu'une fecte ennemie éléve contre vous.
II. Vol
A iij
6 MERCURE DE FRANCE .”
Paroiffez , triomphez , confondez les outrages
D'un peuple de rivaux , d'un éffain de faux Sages,
Quoi , tandis qu'en fes champs l'auftère Germanie
Des accens de Haller répéte l'harmonie ,
Que Vienne & Coppenhague , en leurs remparts
fameux
Du Parnaſſe François ont adopté les Dieux ,
Tandis que parmi nous Voltaire vit encore ,
Que de fes nobles chants l'Humanité s'honore4" :
Mufes , le François feul ofe attaquer vos droits :
Ah! vos dignes ayeux plus fages autrefois ,
Comme un bienfait du Ciel attendri de leurs peines
,
Révéroient les bons Arts & les lettres humaines ,
Remplis d'un faint refpect, ils les nommoient ainfi .
Par d'utiles plaifirs leur courage adouci
Chérit bientôt des moeurs plus douces , plus faciles
,
La Décence & le Goût habiterent les Villes ;
Les Grâces triomphoient des antiques erreurs.
Muſes , tout fe ranime à vos accens vainqueurs ,
Et le Sentiment feul nous fait ce que nous fommes
:
Le compas à la main gouverne- t- on les hommes ?
Si la Loi ne reſpire & ne régne en mon ſein ,
Vainement le cifeau la grave fur l'airain ;
* L'Auteur eft trop judicieux pour ne pas nous par
donner cette lacune.
AVRIL. 1762.
Par mes defirs preffans en fecret balancée ,
Le Sceptre donne-t-il des fers à ma penſée ?
La Raiſon nous traça les régles du devoir :
Qui fait les faire aimer , ſurpaſſe ſon pouvoir.
Le précepte importun en vain ſe fait entendre :
C'eſt à la voix du coeur que le coeur peut le rendre
;
Fénelon à fon gré maîtrifoit les penchans.
Ariftote & Sénéque ont formé des tyrans.
Voulez-vous aux humains donner des moeurs
nouvelles ?
Enfammez nos tranſports : tracez nous des modéles.
Qu'importe qu'Alvarès n'ait jamais exiſté :
La fiction morale eſt une vérité ;
C'eft la Nature même élevée , ennoblie :
La vertu s'applaudit , quand l'art la multiplie.
Mentor n'eſt qu'un vain nom ; & puiſſe encor ſa
voix
Tromper au même prix tous les enfans des Rois !
Voyez ce tendre fruit d'une faveur fi pure ,
Il naît parmi les fleurs , & croît fous la verdure.
Non que d'un feul talent fervile adorateur ,
J'envie à fes rivaux un légitime honneur;
Je révére Newton , j'admire je reſpecte
Le grand Obfervateur d'un très- petit Inſecte ;
Laborieux Artiſte , utile Citoyen :
Il n'inftruit que mes fens ; mon coeur ne lui doit
rien.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Celui dont le génie obferve l'âme humaine ,
L'enchante , la corrige, & l'éclaire & l'enchaîne.
Qu'est-il donc à vos yeux ? Que préférera - t - on ?
L'analyſe de l'homme , ou celle d'un ciron ?
Nous éxiftons au ſein des élémens en guerre :
Eh bien , obſervez l'air , le feu , les eaux , la terre;
Mais l'homme eft - il pour l'homme incertain dans
fes voeux ,
Un Voifin moins à craindre, ou moins utile qu'eux?
Vous vivez dans autrui , non moins que dans
vous-même.
La fageffe qui plaît , eſt le bonheur ſuprême.
L'utile , vous dit- on , doit avoir tous nos foins :
L'efprit , comme le corps , n'a - t il pas fes befoins ?
Poursuivons des fecrets que notre orgueil ignore ;
Mais fongeons aux vertus qui nous manquent encore
;
Défrichons nos forêts , mais cultivons nos coeurs ;
La fublime éloquence eft la reine des moeurs.
Et vous célestes chants , vous , délices paisibles
Des efprits généreux & des âmes fenfibles ,
Aux lieux où la Nature éleva fon tombeau ,
Vous avez fait éclorre un Univers nouveau ;
Sur les fommets glacés de la dure Helvétie ,
Parmi les triftes lacs de la vafte Ruffie ,
Les fleurs brillent au fein d'un éternel hyver ,
L'humanité refpire en des âmes de fer,
Le langage du Goût , du Sentiment , des Grâces
Pare le bonheur même appellé fur vos traces.
Si Reaumur , Clairaut , Defcartes , Maupertuis
AVRIL. 1762 . 9
Etoient les feuls grands noms que la France eût
produits ;
De nos ayeux la langue & gothique & groffière
Auroit- elle éclairé , foumis l'Europe entière ?
L'âme , de tout fon être eft ardente à jouir :
Notre efprit veut favoir , mais le coeur veut ſentir :
C'eſt le premier beſoin de l'homme en ſes miléres:
Il faut des citoyens , des époux & des pères :
Nos devoirs font facrés ; il faut les rendre chers.
En des liens de fleurs venez changer nos fers ,
O fenfibilité précieuſe & divine ,
Vous de toute vertu douce & tendre origine ,
Digne Fille des Arts ! & peuvent- ils jamais
Trop pénétrer mon coeur de vos nobles attraits ?
Qu'ils étendent vos droits , nos moeurs , nos connoiffances
.
S'ils n'offroient à nos yeux un champ d'expériences
,
Chaque homme en fon inftinct en fon cercle
borné
A quel aveuglement feroit- il condamné ?
Qué des plus doux tranſports la Scène ouvre la
fource ;
"
Le Vaiffeau par les vents eft preflé dans la courſes
L'âme perd fon reffort dans un profond repos ; '
Le froid raifonnement ne fait pas les héros.
Là , fi mon coeur partage une ardeur tendre &
pure ,
C'eſt un tribut facré qu'il paye à la Nature.
A
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
De terreur , de pitié ſe ſent -il combattu ;
C'eft le plus digne hommage offert à la vertu .
Que Thalie à lon tour & m'inttruiſe & m'en
flamme ;
Le rire ingénieux eft la fanté de l'âme.
La triftelle farouche eft fottife ou poifon ;
Et Socrate au Théâtre amuloit la Raiſon .
Confiderez les moeurs de cent Peuples fauvages :
Chez eux les paffions exercent leurs ravages ;
Ils font cruels fans doute ; ils vivent fans plaifir ;
Dans fon antre Timon ne fait plus que haïr :
L'Aquilon en courroux eſt vaincu par Zéphire ;
Pour dompter l'Univers , la vertu doit fourire.
Sages , qui prétendez affervir notre coeur ,
Montrez- nous la Raifon fous les traits du Bonheur
:
D'un fombre fanatifme abjurez les caprices .
Ne fuyons que l'excès : le plaifir a ſes vices ;
Mille clameurs contr'eux s'élévent aujourd'hui,
Nous avons oublié les vices de l'ennui :
Le trifte hyver gémit fous d'horribles nuages 3
Le printemps fortuné n'enfante point d'orages.
Vous gémiffez de voir une foule d'amans
Aux Mules à l'envi prodiguer fan encens ,
Leur confacrer fon culte & voler fur leurs traces?
Platon même autrefois facrifioit aux Grâces.
Tyrans de la Nature & de l'Humanité ,
Etouffez , s'il fe peut , les droits de la beauté.
Dieu n'en auroit-il fait qu'un fpectacle inurile ?
AVRIL. 1762.
Le Sentiment m'attache à la bonté facile.
Bienfait pur & facré , le beau que je chéris ,
Partage avec le vrai l'empire des efprits.
Phénomène pompeux , vaſte , éternel miracle ,
O nature ! parlez : Dieu vous fit fon oracle :
Si je penſe & je ſens , c'eſt pour vous admiter ;
Si j'ai reçu la voix , c'eft pour vous célébrer.
Muſes , vous uniffez d'une main libérale
Les grâces de l'efprit à la beauté morale ;
Tranquille je m'égare , & mon âme s'inftruit
Dans le monde idéal que vos jeux ont produit.
L'amour devient fublime , & l'amitié célefte ;
Nos penchans adoucis n'ont plus rien de funeftes
Et parée avec choix de vos charmes divers ,
L'aimable urbanité réunit l'Univers.
Que l'humble vermiffeau rampe dans la prairie
Laiffons voler aux Cieux , l'Aigle ardent du Génie;
Mille autres tenteront un éſſor moins heureux
Jufqu'à l'Aftre éclatant qui nous lance fes feux ;
S'ils ne s'abbreuvent pas des traits de fa lumière ,
Ils s'éloignent du moins des fanges de la tèrre.
Ces Athlétes aux jeux par la gloire entraînés
Du laurier des vainqueurs,font ils tous couronnes ?
Aux pieds d'un Thrône Augafte , il eft des rangs
encore ,
Dont l'orgueil s'applaudit, dont la Raiſon s'honores
De ce vafte concours , l'on recueille le fruit :
Le fentiment s'éclaire , & le goût s'affermit ;
C'eft de facs inégaux , que le miel fe compofe ,
A vi
12 MERCURE DE FRANCE .
Et l'Eillet brille encor , quoiqu'il céde à la Roſe.
L'art heureux d'émouvoir,de peindre & d'embellir,
N'eft -il donc confacré qu'au frivole plaifir ?
Il orna nos devoirs , il éleva nos âmes :
Arts qui le mépriſez , il vous prêta ſes flammes ;
Son génie étranger à vos obſcurs travaux ,
Daigna de les couleurs animer vos pinceaux.
Ingrats ! vous lui devez votre ſplendeur nouvelle ;
Tout eft vivifié par fa fcène immortelle :
Fontenelle emprunta les fleurs d'Anacréon ,
Et la chaleur d'Homère a pafié dans Buffon .
Si pour mieux triompher de notre âme étonnée ,
La verité Phyfique eut befoin d'étre ornée ;
Craindrons - nous d'embellir des traits les plus
touchans ,
L'auftère Vérité , qui combat nos penchans ?
Sa main doit careffer le coeur qu'elle déchire.
Que d'un vil Ecrivain le coupable délire
Ole prêter au vice un éclat féduifant ;
Le crime eft dans le coeur , & non dans le talent.
Guidé par la vengeance , ou l'utile induſtrie ,
Ce fer vous donnera le trépas ou la vie ;
Cet or qui de Néron paya les délateurs ,
Par les mains de Trajan auroit féché des pleurs.
Tout fe change en poiſon dans une coupe impure.
L'afpect de l'Univers fit l'erreur d'Epicure .
Le Sophifme naquit au ſein de la Raiſon ;
Le Fanatifme eft fils de la Religion ;
Et la hilofophie étrange en fes contraſtes
AVRIL. 1762. 13
Compte encore Diogène & Pyrrhon dans fes faftes.
Tout Art a fes abus , fes travers , ſes excès ,
Et le mal & le bien font mêlés à jamais :
Le Destin les unit par d'éternelles chaînes :
Le Soleil fertilife ou dévore nos plaines.
Beaux Arts , trop dédaignés , par quels heureux
travaux
Pourrez-vous abaiffer l'orgueil de vos rivaux ,
Ramener à vos pieds le Caprice & l'Envie ,
Et reprendre à jamais une nouvelle vie ?
Confultez la Nature , aimez la Vérité ;
Tournez tous vos regards vers l'Immortalité.
L'efprit n'eft qu'un éclair qui fuit & qu'on oublie
,
Et le Sentiment ſeul eft l'âme du Génie.
Un Peuple corrompu conſerve affez de moeurs
Pour mépriſer encor fes propres corrupteurs .
Rouffeau qui nous outrage arracha notre eſtime.
Ah ! ce digne laurier , cette palme ſublime ,
Lorfque nous languiffons dans de frivoles jeur ,
Déja le fier Germain les ravit à nos voeux.
Kleift , Gefner & Klopstock , noms facrés & barbares
,
Vous que Minerve orna de fes dons les plus rares ,
Vos tableaux font vivans , vos fentimens profonds
,
La Nature elle -même a guidé vos crayons !
Sous la puiffante main le fublime étincelle ;
L'Art varie & périt ; feule elle eft immortelle.
Ofons nous arracher à nos cachots pompeux ;
14 MERCURE DE FRANCE .
La Sageffe médite en de fauvages lieux :
C'eſt au bord des ruiſſeaux ,qu'habite l'Innocence ;
L'augufte Vérité , parle dans le filence.
Le luxe de l'efprit fuit le luxe des moeurs ;
Qui veut régner fur nous doit nous rendre
meilleurs.
Qui parle avec grandeur exerce un fûr empire :
La Morale doit tout au talent qui l'inſpire ;
Le coeur céde fans peine à qui dompte l'efprit :
L'expreffion commande , & le fentiment fuit:
Un trait noble & touchant , dans mon âme agitée ,
Eft le rayon de feu lancé par Prométhée :
Qu'Homère eût célébré de plus douces vertus
Alexandre peut-être eût égalé Titus.
Que ne peut le génie ? il féduit , il entraîne ;
De l'Univers furpris , ſa voix change la ſcène :
Cicéron défendit & l'Etat & les Loix :
Le doux Chantre de Gnide eft l'Oracle des Rois.
Corneille , Boffuet au fein de la Patrie ,
Vous verrez de votre art la feconde énergie ;
La Nation s'élève à de plus hauts deſtins :
Tous les genres de gloire ont germé par ves
mains.
Aurions-nous oublié ces fublimes prodiges ?
Quoi ! de ce fiécle illuftre effaçant les veftiges ,
Et de fon être enfin dédaignant les refforts ,
L'eſprit , dans l'Univers ne verra que des corps.
Ah ! l'âme toute entière à ce point profanée ,
Contre un vil attentat fe fouléve indignée.
honte de mon fiécle ! à quel aveugle excès
AVRIL. 1752 .
15
L'inconftance peut- elle égarer le François !
De les voiles jaloux dépouillons la Nature ,
De nos champs négligés ranimons la culture :
Tout talent a fes droits ; tout travail a fon prix :
Malheur à qui voudroit méconnoître les fruits !
Mais vous, fublimes Arts , dont la douce magie
Embellit à nos yeux l'horiſon de la vie ,
Qui confolez fi bien par vos fecours puiſſans ,
Nos ennuis affidus & nos maux renaiffans !
Quel emploi , quel talent , ou quel mérite illuſtre
Orné de vos attraits , n'obtînt un nouveau luſtre ?
Dagueffeau tour-d- tour cueillit tous vos lauriers.
Staniflas les unit aux: palmes des guerriers.
Les Romains & les Grecs , au fein de la victoire ,
Vous doivent tout l'éclat de leur longue mémoire
;
Source toujours féconde , & principe immortel ,
Centre , inftrument ,lien , reffort univerfel ,
Plaiſirs de tous les lieux , tréfors de tous les âges ,
Organes des vertus , volupté des vrais Sages ,
Par de nouveaux bienfaits domptez vos envieux ;
Chériffez tous les Arts , mais en régnant fur eux.
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Résumé : ÉPITRE AUX MUSES.
Les textes 'Épître aux Muses' et 'Aits du Bonheur' soulignent l'importance des arts et des lettres en France au XVIIIe siècle. L''Épître aux Muses' invite les Muses à défendre leurs domaines et à apporter plaisir et inspiration, dénonçant les attaques contre les arts et les lettres. Le texte note que des pays comme la Germanie, Vienne et Copenhague adoptent les dieux du Parnasse français, tandis que Voltaire est encore vivant et honoré. Il regrette que certains Français attaquent les droits des Muses, contrairement à leurs ancêtres qui révéraient les arts et les lettres. L'auteur valorise la fiction morale comme une vérité élevée et noble, capable d'inspirer des modèles de vertu. Il met en avant l'importance de cultiver les cœurs et les mœurs, soulignant que l'éloquence est la reine des mœurs. Les arts et les lettres sont célébrés pour leur capacité à transformer des lieux austères en univers nouveaux, inspirant humanité et sensibilité. L''Aits du Bonheur' explore des thèmes similaires, critiquant les excès et les caprices, et admirant la beauté et la nature. Les Muses sont louées pour unir les grâces de l'esprit à la beauté morale. Le texte discute des aspirations humaines et des efforts pour atteindre l'excellence, mettant en garde contre les abus et les excès dans tous les arts. Les Beaux-Arts sont encouragés pour leur capacité à élever les âmes et à inspirer la vérité. L'auteur critique les écrivains qui prêtent un éclat séduisant au vice, soulignant l'importance de la moralité et de la vérité. Le texte se termine par une réflexion sur la corruption et l'oubli des valeurs, exhortant à revenir à la nature et à la vérité pour améliorer la société.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18402
p. 215-221
Description & longueurs de toutes les faces du Chasteau de Versailles qui donnent sur le Iardin, [titre d'après la table]
Début :
Quoyqu'il semble qu'on ne puisse regarder tout d'une [...]
Mots clefs :
Description, Château de Versailles, Madame la Dauphine, Figures, Aile, Bâtiment, Jardin, Niches, Colonnes, Appartements, Nymphes
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texteReconnaissance textuelle : Description & longueurs de toutes les faces du Chasteau de Versailles qui donnent sur le Iardin, [titre d'après la table]
Quoy qu'il ſemble qu'on
of 'nnee puiffe regarder tout d'une
veuë plus de choſes dignes
on d'admiration , on peut neanno
moins examiner encore en
mefme temps tout ce que le
208 Suite du Voyage
Château de Versailles fait remarquer
de bâtiment fur le
Jardin, & c'eſt quelque choſe
de ſi ſurprenant , qu'il faut
le voir pour en eftre convaincu.
La vaſte étenduë de
ce ſuperbe Edifice contient
tant en face qu'en aîles de
retour fur le Jardin ſeulement
, plus de 310 toiſes , &
plus de 420 croisées , vingt
avant corps , avec des colomnes
, des Figures au deſ
fus , & des Trophées encore
au deſſus de ces Figures , qui
ſont entremêlés avec des Vaſes
qu'on a placez le long de
la balustrade qui regne fur
des Amb, de Siam. 209
tout ce Bâtiment. Mais pour
marquer ce que je viens de
vous dire , avecun détail qui
In vous le faſſe mieux conce-
@voir , il faut vous apprendre
Lud que la face de la Galerie a
it cinquante-deux toiſes , celle
du grand Appartement du
Roy quarante- cinq , l'aifle
es, où loge Madame la Dauphine
autant ; celle qu'on nomest
me des Princes , où ſont les
Appartemens des Monfieur &
eno de Madame , quatre- vingtes,
quatre , & celle qu'on acheve
es de l'autre côté autant. L'orong
dre de ce Bâtiment eſt Ioone
nique , ainſi que le reſte du
J
210 Suite du Voyage
Château du côté du Jardin.
L'Attique qui regne au defſus
ne retourne point far les
avant- corps , mais à la place
il y a des figures fur chaque
colomne. On voit trois rangs
de fenêtres , un dans chaque
étage. Celles du rez de
chauffée font bombées dans
des arcades , celles du premier
étage dans l'ordre Ioni
que ſont ceintrées , & celles
de l'Attique ſont quarrées
longue en hauteur. Il y a
outre cela des niches à toutes
les aiſles , qui tiennent encore
la place de quelques fe
nétres.
des Amb. de Siam. 211
Les figures qui ornent ce
Bâtiment du côté du Jardin ,
font ,
Apollon & Diane , les qua-
Tay tre Saiſons, & les douze Mois
de l'année le long de la Gale
aqa ric .
Douze tant Fleuve que
Nymphes des Fontaines, Comus
, la Nymphe Echo , Narciffe
, Thetis , Galatée ; avec
Hebé , & Ganimede dans
deux niches, à la face dugrand
| Appartement du Roy , du
côté où eſtoit la Grotte ; &
cel
arrer
to
te qui regarde le parterre du
Nord ...
Pomone Vertumne , une
212 Suite du Voyage
des Nymphes Hefperides , la
Nymphe Amalthée , Thalie ,
Momus , Terpſicore , Pan ,
Flore , le Zephire,Hyacinthe ,
Clitie ; & dans deux niches
la Muſique & la Dance. Ces
figures ſont à l'aifle occupée
par Madame la Dauphine.
A l'aifle appellée des Princes
ſont des Divinitez & des
Vertus , dont le nombre eft
fort grand à cauſe de la longueur
de cette aifle.
Il n'y a point encore de
figures à l'aifle qu'on bâtit
de l'autre côté , & qui fera
pareille à celle- là. Je ne parle
point du nombre des colomnes
des Amb. de Siam .
213
nes qui ornent toutes ces aîles
, cela iroit à l'infiny.
of 'nnee puiffe regarder tout d'une
veuë plus de choſes dignes
on d'admiration , on peut neanno
moins examiner encore en
mefme temps tout ce que le
208 Suite du Voyage
Château de Versailles fait remarquer
de bâtiment fur le
Jardin, & c'eſt quelque choſe
de ſi ſurprenant , qu'il faut
le voir pour en eftre convaincu.
La vaſte étenduë de
ce ſuperbe Edifice contient
tant en face qu'en aîles de
retour fur le Jardin ſeulement
, plus de 310 toiſes , &
plus de 420 croisées , vingt
avant corps , avec des colomnes
, des Figures au deſ
fus , & des Trophées encore
au deſſus de ces Figures , qui
ſont entremêlés avec des Vaſes
qu'on a placez le long de
la balustrade qui regne fur
des Amb, de Siam. 209
tout ce Bâtiment. Mais pour
marquer ce que je viens de
vous dire , avecun détail qui
In vous le faſſe mieux conce-
@voir , il faut vous apprendre
Lud que la face de la Galerie a
it cinquante-deux toiſes , celle
du grand Appartement du
Roy quarante- cinq , l'aifle
es, où loge Madame la Dauphine
autant ; celle qu'on nomest
me des Princes , où ſont les
Appartemens des Monfieur &
eno de Madame , quatre- vingtes,
quatre , & celle qu'on acheve
es de l'autre côté autant. L'orong
dre de ce Bâtiment eſt Ioone
nique , ainſi que le reſte du
J
210 Suite du Voyage
Château du côté du Jardin.
L'Attique qui regne au defſus
ne retourne point far les
avant- corps , mais à la place
il y a des figures fur chaque
colomne. On voit trois rangs
de fenêtres , un dans chaque
étage. Celles du rez de
chauffée font bombées dans
des arcades , celles du premier
étage dans l'ordre Ioni
que ſont ceintrées , & celles
de l'Attique ſont quarrées
longue en hauteur. Il y a
outre cela des niches à toutes
les aiſles , qui tiennent encore
la place de quelques fe
nétres.
des Amb. de Siam. 211
Les figures qui ornent ce
Bâtiment du côté du Jardin ,
font ,
Apollon & Diane , les qua-
Tay tre Saiſons, & les douze Mois
de l'année le long de la Gale
aqa ric .
Douze tant Fleuve que
Nymphes des Fontaines, Comus
, la Nymphe Echo , Narciffe
, Thetis , Galatée ; avec
Hebé , & Ganimede dans
deux niches, à la face dugrand
| Appartement du Roy , du
côté où eſtoit la Grotte ; &
cel
arrer
to
te qui regarde le parterre du
Nord ...
Pomone Vertumne , une
212 Suite du Voyage
des Nymphes Hefperides , la
Nymphe Amalthée , Thalie ,
Momus , Terpſicore , Pan ,
Flore , le Zephire,Hyacinthe ,
Clitie ; & dans deux niches
la Muſique & la Dance. Ces
figures ſont à l'aifle occupée
par Madame la Dauphine.
A l'aifle appellée des Princes
ſont des Divinitez & des
Vertus , dont le nombre eft
fort grand à cauſe de la longueur
de cette aifle.
Il n'y a point encore de
figures à l'aifle qu'on bâtit
de l'autre côté , & qui fera
pareille à celle- là. Je ne parle
point du nombre des colomnes
des Amb. de Siam .
213
nes qui ornent toutes ces aîles
, cela iroit à l'infiny.
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Résumé : Description & longueurs de toutes les faces du Chasteau de Versailles qui donnent sur le Iardin, [titre d'après la table]
Le Château de Versailles, admiré pour sa grandeur, s'étend sur plus de 310 toises et compte plus de 420 fenêtres. Il présente vingt avant-corps ornés de colonnes, figures, fus, trophées et vases le long de la balustrade. La façade de la Galerie mesure cinquante-deux toises, celle du grand Appartement du Roi quarante-cinq, et celle de l'aile où loge Madame la Dauphine autant. L'aile des Princes, abritant les appartements de Monsieur et de Madame, mesure quatre-vingt-quatre toises, tout comme l'aile en construction de l'autre côté. L'architecture du bâtiment est unique, avec trois rangs de fenêtres : bombées au rez-de-chaussée, cintrées au premier étage dans l'ordre ionique, et carrées à l'attique. Des niches remplacent certaines fenêtres dans les ailes. Les figures ornant le côté jardin représentent Apollon, Diane, les Saisons, les Mois, les Fleuves, et divers personnages mythologiques. L'aile de Madame la Dauphine est décorée de Pomone, Vertumne, et des Nymphes Hespérides. L'aile des Princes est ornée de divinités et de vertus. L'aile en construction n'est pas encore décorée.
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18403
p. 1262-1276
SUITE de la Dissertation sur les Enseignes Militaires des François.
Début :
Les Eglises dédiées à des Saints, du rang des Confesseurs, avoient leurs [...]
Mots clefs :
Enseignes militaires, Oriflamme, Abbaye de Saint-Denis, Montjoye, Rois, Tombeau, Armée, Saints, Montagne, Coutume, Martyrs, Trésor, Gardiens
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texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Dissertation sur les Enseignes Militaires des François.
SUITE de la Dissertation sur les
Enseignes Militaires des François.
La
Es Eglises dédiées à des Saints , du
rang des Confesseurs , avoient leurs
Bannieres de couleur Bleue ou Violette :
celle de S.Martin devoit être de cette cou-
* L'Auteur ne prétend point condamner le jugement
de l'Académie , et quiconque l'interpréteroit
ainsi , n'entendroit point le sens de la Strophe.
II. Vol. leus
JUIN. 1733. 1263
leur , et c'est peut - être ce qui fit que lorsque
nos Rois prirent des Fleurs de Lys
pour armoiries , ils les mirent sur un
fond de gros bleu , en l'honneur de saint
Martin , dont la dévotion n'étoit pas
tout-à- fait tombée dans ces temps - là.
On prit la coutume de faire les Bannieres
de couleurs qui montrassent la
classe des Saints à qui elles étoient dédiées
, conformement à l'usage des Ecclesiastiques
, qui ont toujours observé ,
en faisant l'Office Divin , d'avoir des ornemens
qui désignassent la qualité du
Saint dont on fait la fête , prenant des
Chappes blanches pour les fêtes des
Vierges , des rouges pour les Martyrs ,
des vertes et des bleues pour les Confesseurs
, et des noires pour l'Office des
Morts.
Toutes ces Bannieres se terminoient en
trois pointes , désignant la Trinité. Celle
de Saint Denys prit le nom d'Oriflamme;
à cause de sa forme qui étoit une Lance
dorée , à laquelle pendoit un morééau
d'Etoffe de soye rouge , taillé en ma→
niere de flamme à trois pointes , terminées
chacune par une Houpe verte.M.du
Cange a fait une Dissertation qui renferme
tout ce que les Auteurs François ont
II. Vol. A v ' écrit
1264 MERCURE DE FRANCE
écrit de cette mystérieuse Enseigne , on
peut y avoir recours.
L'emploi de celui qui la portoit pour
le Roy , n'étoit qu'une commission ; le
Gentilhomme qui en avoit été chargé
pendant une Guerre , la reportoit à saint
Denis aussi- tôt que la Guerre étoit finie ;
et si on avoit besoin de la reprendre pour
une autre expédition , la commission en
étoit donnée souvent à un autre Gentilhomme.
Mais comme le temps change les usages,
les derniers Porte Oriflammes se succedoient
quelquefois de pere en fils dans
cette fonction ; et de plus ils négligeoient
de rapporter ce pieux dépôt qu'on leur
avoit confié dans le lieu où il devoit être
et le gardoient chez eux , sur tout quand
l'expedition pour laquelle ont l'avoit
prise , n'étoit point terminée , et qu'il
falloit retourner à la Guerre la Campagne
suivante .
On voit par l'Histoire de l'Abbaye de
S. Denys , de Dom Félibien , ( pag. 313. )
que le Roy Charles VI.après avoir nommé
Hurin , Sire d'Aumont , pour garder
l'Oriflamme , lui ordonna d'aller prendre
cetre Enseigne que Guillaume des
Bordes ( qui la gardoit auparavant ) avoit
11. Vol.
reJUIN.
1733 .
1265
retenue chez lui , n'ayant point eu occasion
de la déployer pour le service du
Roy , et ordonna en même temps au Sire
d'Aumont de la reporter dans l'Abbaye
de S. Denys .
L'ignorance et la crédulité où l'on étoit
dans lessiéc les où l'Oriflamme fut en réputation
, faisoit débiter bien des contes
sur son origine , on prétendoit qu'elle
avoit été apportée du Ciel , par un Ange ,
avec l'Ecu flourdelisé , dans le temps de
la conversion de Clovis , et long - temps
après que cette Enseigne eut cessé de paroître
dans les Armées,on croïoit qu'elle s'en
étoit retournée au Ciel , on se persuadoit
core qu'elle ne s'usoit point ; mais présentement
qu'on est revenu de toutes ces
pieuses fables , il est raisonnable de penser
que quand l'Oriflamme étoit vieille
et déchirée, on en substituoit une autre à
sa place , et les Religieux faisoient de la
vieille ce qu'ils vouloient , et quelquefois
elle restoit au Porte - Oriflamme , qui
en disposoit à sa volonté; comme les Colonels
font aujourd'hui des Drapeaux et des
Etendarts qui ont servi à leurs Regimens
qu'ils gardent souvent chez eux comme
des marques honorables pour leurs Descendans
, quand ils n'en veulent pas disposer
en faveur de quelque Eglise où
II. Vol.
·A vj
il
1266 MERCURE DE FRANCE
ils ont dévotion , ou en faire quelqu'au
tre usage.
La coutume d'offrir à la Divinité les
Enseignes prises sur l'Ennemi est tresancienne
; les Payens mettoient dans les
Temples de leurs Dieux les Trophées
qu'ils rapportoient de la Guerre. Les Philistins
après avoir vaincu Saül , appendirent
les armes de ce Roy aux voutes du
Temple de leur Dieu Astaroth, ( Les Rois,
liv. 1. ) et dans l'histoire de Sablé , par
M. Ménage , on voit dans la Généalogie
des Seigneurs de Mayenne , qu'un de ces
Seigneurs étant revenu d'une Croisade
offrit à une Eglise de sa Terre les Enseignes
qu'il avoit rapportées de son voïage.
On expose dans l'Eglise de Notre - Dame
de Paris toutes les Enseignes de Terre
et de Mer qui se gagnent sur l'Ennemi
pendant une Guerre , et on ne les ôte que
quand la paix est faite.
Le Poëte Malherbe dans une Lettre
qu'il écrit à son Cousin , le 22 Decembre
1627. lui dit : Les Drapeaux pris sur les
Anglois , à l'attaque de l'Isle de Rhé ,
furent hier apportez au Louvre , on leur
fit faire un tour dans la Cour , selon la
coutume , et on les porta ensuite à N. D.
Il y en a 44. qui ont tous au bout d'enhaut
et au coin , qui est vers le bois , un
II. Vol mor
JUIN. 1733. 1267
morceau de Tafetas blanc , d'environ 3
pieds en quarré , et en ce Tafetas , il yуэa
une Croix rouge qui touche à toutes les
4 faces de ce quarré. De maniere qu'en
admettant ( comme on le doit ) le renouvellement
de l'Oriflamme, quand elle étoit
usée , on accordera deux opinions diffé
rentes d'Auteurs sur le sort que cette Enseigne
a eu depuis que nos Rois ne l'ont
plus fait porter dans leurs Armées ; ce
qui arriva sous Charles VII . pendant que
les Anglois étoient Maîtres de Paris. Les
uns soutenant qu'elle étoit toujours restée
dans le trésor de S. Denys , où on la
voyoit encore en 1534 et 1594. suivant
les Inventaires du même trésor, faits dans
ces années- là ; et les autres ont pensé
qu'elle a pû rester en la possession des
Gentilhommes qui en avoient la garde ,
et que par conséquent on peut trouver
des Oriflammes dans les Archives des
descendans de ces Gentilhommes. Messieurs
d'Harcourt en conservent un , qui
leur vient par succession de Pierre de
Villiers l'Isle - Adam , Grand - Maître de
France et Porte Oriflamme , dont la fille
épousa Jean de Garenciere , et fut Ayeul
d'une Tugdal de Karmoisien , mariée à
Jean de Gaillon , grand- pere de ' Françoise
de Gaillon femme de François.
II. Vol. d'Har
1268 MERCURE DE FRANCE
d'Harcourt , Seigneur de Beuvron , à la
posterité duquel appartient ( selon M. de
la Roque, dans son Histoire de la Maison
d'Harcourt , ) le droit de garder l'Oriflamme
, en supposant que cette dignité
étoit devenue sur sa fin héréditaire dans
les familles de ceux qui l'ont possedée .
Quant à la difference que le P. Daniel
( dans sa Milice Françoise ) trouve ,
entre l'Oriflamme, qui est chez Messieurs
d'Harcourt , et celle qui étoit dans le
Trésor de S.Denys , ce qui lui fait dire que
la premiere n'est pas la véritable , c'est
une minutie où il ne faut point s'arrêter ,
car quoique l'Etendart de S. Denys ait
été pendant long temps d'une seule couleur
pleine , la mode y'a pû faire ajouter
dans les derniers temps des ornemens ,
comme des Flammes et des Couronnes
en Broderies d'or. Il suffit que la couleur
de l'Oriflamme, conservée chez Messieurs
d'Harcourt, soit rouge, pour croire qu'el
le peut être aussi véritable que celle qui
se trouvoit dans le Trésor de S. Denys au
16 siécle, quoique celle - cy fut plus grande
et d'une étoffe unie .
Il n'est pas même certain qu'il n'y eut
qu'une Oriflamme d'usage en mêmetemps
, et que quand il y en avoit une à
l'Armée , il n'y en cut pas encore une
II. Vol.
autre
JUIN. 1733. 1269
autre qui restoit à S. Denys , pour les
besoins extraordinaires de l'Abbaye , ou
pour envoyer à une seconde Armée
Royale ; car l'Oriflamme étoit un Etendart
, attaché à l'Armée , et non à la personne
des Rois , comme je le ferai voir
en parlant de l'Etendart Royal , autre
Enseigne qui ne quittoit point le Corps
du Roy , au lieu que l'Oriflamme alloit
toute seule à la tête de l'armée , gardée
seulement par une Troupe de Cavaliers
d'Elite Vexillum sancti Dionisii quod
omnes præcedere in bella solebat.
Voicy ce que dit Rigord , Historien
de Philippe Auguste , en parlant de ce
qui se fit à S. Denis , lorsque ce Prince y
alla prendre l'Oriflamme pour son voyage
d'Outremer , après que le Roy , à genoux
devant le Sépulchre des Saints Martyrs
, eut imploré par ses prieres et ses larmes
, l'assistance du Ciel , il reçut la Pannetiere
et le Bourdon des mains de Guillaume
, Archevêque de Rheims , son oncle
maternel , et il y prit ensuite de sa propre
main deux Etendarts qui étoient sur la
Châsse des Saints Martyrs .
Voilà certainement une occasion où il
paroît deux Oriflammes à la fois , peutêtre
qu'on les doubloit pour n'en pas
manquer en cas qu'il s'en perdît une ;
II. Vol. en
270 MERCURE DE FRANCE
en supposant cela on accordera ce qui
se trouve dans deux Historiens , Jacques
Meyer et Guillaume Guyard , le premier
soutenant que la véritable Oriflamme
fut perdue au combat de Mons en
Puelle, et qu'elle ne se retrouva plus, pendant
que le second assure que l'Oriflamme
qui se perdit dans ce Combat , n'étoit
qu'une Enseigne contrefaite que le
Roy avoit fait paroître ce jour - là pour
encourager ses Soldats ; cecy sent bien
le conte fait à plaisir ; quelle raison le
Roy auroit-il eû de tromper ses Soldats.
dans la supposition de cette fausse Enseigne
? Ne vaut-il pas mieux convenir
que dans les occasions que l'on jugeoit
devoir être périlieuses , on se munissoit
de deux de ces Enseignes , pour pouvoir
les substituer l'une à l'autre , en cas qu'il
s'en perdit une , et que c'est ce qui fut
fait à la bataille de Mons en Puelle , où
l'une ayant été perduë la veille , il en
reparut une autre le lendemain .
Ce que je dis n'est point pour diminuer
l'estime que nous croyons que nos
Ancêtres faisoient de cet Etendart . Ils le
regardoient comme un Symbole de Religion
; et dans cette idée ils lui donnoient
le premier rang sur toutes leurs autres:
Enseignes .
4
II. Vol Qmaibus
JUIN . 1733: 1271
Omnibus in bellis habet omnia signa
preire , dans l'esperance que leur Saint
Patron , à qui appartenoit cette Enseigne,
obtiendroit du Ciel par ses prieres la direction
des guerres qu'ils entreprenoient
et les feroient réussir à leur avantage.
Le nom du Saint devint aussi leur cri
de guerre ; ce fut sous Louis le Gros
qu'on commença à invoquer S. Denis ,
Patron du Royaume , dans tous les besoins
Militaires par ces mots , MONTJOYE
SAINT DENIS , qui sont devenus la Devise
génerale de nos Rois. Dans tous les
temps et chez toutes les Nations , la
coûtume des Soldats étoit de faire de
grands cris avant que de combattre et
après avoir combattu ; les premiers de
ces cris pour exciter le courage et jetter
l'effroy dans le coeur de l'Ennemi , et les
seconds pour remercier les Dieux qu'on
adoroit du gain d'une bataille , et en célebrer
la premiere réjouissance .
Clovis dans le Champ de Colbrac ;
implore le secours du Dieu que sa femme
adore. Les François devenus Chrétiens ,
adressent leurs cris à S. Martin , ensuite
à S. Denis , esperant attirer sur eux les
faveurs du Ciel par l'intercession de leurs
Saints Protecteurs.
De tous les Auteurs qui ont voulu
II. Vol.
expliquer
1272 MERCURE DE FRANCE
expliquer le mot de Montjoye , qui précedoit
celui de S. Denis dans l'acclamation
Militaire des François , Mrs Ducange
et de Caseneuve , sont ceux qui ont
le mieux pensé sur la véritable signifisation
de ce mot , en disant que c'est
un vieux terme François qui exprime
une Colline ,
diminutif de Montagne 3
toute l'erreur du premier de ces deux
Sçavans , est de dire que par le mot de
Montjoye , il faut entendre seulement la
Montagne de Montmartre où S. Denis
fut martyrisé ; le Pere Daniel , dans sa
Milice Françoise , qui a voulu le relever
sur cette méprise , a plus mal fait que
lui en disant que Montmartre est une
veritable Montagne , qu'elle est trop
haute pour qu'on lui puisse donner ce
nom de Montjoye , et qu'elle se trouve
appellée par tout Montagne de Mars , et
non pas Montjoye , est- ce là une raison assez
solide pour que Montjoye ne puisse pas
signifier un petit Mont ? Si ce Pere avoit
poussé ses Recherches jusques dans les
usages que les Gaulois et les Germains
observoient en enterrant leurs Morts ,
il auroit trouvé la preuve que Montjoye
a signifié une petite Montagne artificielle
qui se formoit de la maniere que voicy :
Quand un Chef de Guerre de ces Na-
II. Vol. tions
JUIN. 1733. 1273
tions mouroit au milieu de son armée ,
après que le corps avoit été mis dans
une fosse avec toutes les ceremonies qui
s'observoient en pareil cas , chaque Soldat
portoit une pelletée de terre pour
recouvrir la fosse de son General , ca
qui formoit dessus une petite éminence
qui devenoit haute à proportion que
l'armée
qui faisoit l'enterrement , étoit nombreuse.
La Flandre et les Provinces qui l'avoisinent
, sont encore pleines de ces monticules
qu'on appelloit dans le Pays des
Tombes , pour mieux conserver le souvenir
du sujet qui les a produites ; avant
que de prendre ce nom de Tombes , elles
avoint celui de Montjoye , terme qui a
toujours signifié en vieux François une
élevation , qui sert à marquer un lieu
que l'on veut reconnoître , et où l'on
veut parvenir quand on en est éloigné.
›
Les Phares qui sont sur les Ports de
Mer , les Balises , faites de tonneaux ou
de pieces de bois flotantes sur l'eau pour
servir à guider les Vaisseaux entre des
Rochers cachez sous l'eau , et enfin toutes
sortes de marques propres à faire éviter
les dangers et à montrer les lieux éloignez
, ou ceux qui renferment des choses
dignes de memoire , étoient nommez
II. Vel. des
1274 MERCURE DE FRANCE
des Montjoyes , parcequ'elles apprenoient
avec plaisir à ceux qui les voyoient , des
Endroits que l'on auroit eu peine à re
trouver sans leurs secours.
On élevoit des Montjoyes sur les Tombeaux
des personnes de considération ,
plus ou moins magnifiques et remarqua
bles , selon la dignité de ces personnes ;
les premiers Chrétiens persécutez , mirent
des marques moins sensibles sur les Tombeaux
des Martyrs qui se trouvoient en
pleine campagne ; ces marques , qui n'étoient
souvent que de simples pierres ,
eurent le même nom . On n'oublia pas
sans doute de mettre une Montjoye sur
le Tombeau de S. Denis et de ses Compagnons
, jusqu'à-ce qu'on fût en liberté
de renfermer ce Tombeau dans une Eglise
; dans la suite l'Eglise où il étoit renfermé
étant devenue célebre par la dévotion
les Fidelles eurent à ce Tomque
beau , les Rois qui s'en rendirent les Protecteurs
, se regarderent en même-temps
comine les Gardiens de ce S. Tombeau ; et
pour montrer publiquement l'honneus
qu'ils se faisoient de cette qualité , ils
l'exprimoient par le nom ancien de Montjoye
, et prirent delà occasion de crier
à la guerre Montjoye S. Denis , comme
s'ils eussent voulu dire nous sommes les
II. Vel.
garN.
1733. 1275
"
gardiens du Tombeau de S. Denis , la
Banniere dont nous nous servons en est
la marque , et nous la portons pour deffendre
les biens qui appartiennent à ce
Saint , et qui ont été offerts à son Tombeau.
Dans toutes les Religions du Monde
les Princes qui ont eu de la pieté , se
sont toujours fait honneur d'être dépositaires
de quelques Monumens respectables
de ces Religions. Il semble même
que la destinée des Empires soit , pour
ainsi dire , attachée à la conservation de
ces Monumens. Les Payens enchaînoient
leurs Dieux . Une Ville croyoit ne jamais
succomber aux efforts de ses Ennemis
tant qu'elle étoit en possession de ses
Lares et de ses Pénates. La ruine de Troye
ne fut attribuée qu'à l'enlevement du
Palladium.
Les Empereurs Ottomans gardent avec
soin dans leur Serrail l'Etendart de guerre
et la Robbe de Mahomet. Tous les
Princes de cette Religion qui ont possedé
la Ville de Jérusalem , ont tous pris
la qualité de Maîtres ou de Possesseurs
du S. Tombeau.
Pourquoi nos Rois Très- Chrétiens ne
se seroient-ils pas fait le même honneur
de se dire les Gardiens du Tombeau d'un
II. Vol.
Martys
16/0 VIL
ע ע
Martyr de qui leurs Peuples tiennent la
Foy , et de montrer l'estime qu'ils faisoient
de ce Titre par ce cri d'allegresse
Montjoye S. Denis.
Enseignes Militaires des François.
La
Es Eglises dédiées à des Saints , du
rang des Confesseurs , avoient leurs
Bannieres de couleur Bleue ou Violette :
celle de S.Martin devoit être de cette cou-
* L'Auteur ne prétend point condamner le jugement
de l'Académie , et quiconque l'interpréteroit
ainsi , n'entendroit point le sens de la Strophe.
II. Vol. leus
JUIN. 1733. 1263
leur , et c'est peut - être ce qui fit que lorsque
nos Rois prirent des Fleurs de Lys
pour armoiries , ils les mirent sur un
fond de gros bleu , en l'honneur de saint
Martin , dont la dévotion n'étoit pas
tout-à- fait tombée dans ces temps - là.
On prit la coutume de faire les Bannieres
de couleurs qui montrassent la
classe des Saints à qui elles étoient dédiées
, conformement à l'usage des Ecclesiastiques
, qui ont toujours observé ,
en faisant l'Office Divin , d'avoir des ornemens
qui désignassent la qualité du
Saint dont on fait la fête , prenant des
Chappes blanches pour les fêtes des
Vierges , des rouges pour les Martyrs ,
des vertes et des bleues pour les Confesseurs
, et des noires pour l'Office des
Morts.
Toutes ces Bannieres se terminoient en
trois pointes , désignant la Trinité. Celle
de Saint Denys prit le nom d'Oriflamme;
à cause de sa forme qui étoit une Lance
dorée , à laquelle pendoit un morééau
d'Etoffe de soye rouge , taillé en ma→
niere de flamme à trois pointes , terminées
chacune par une Houpe verte.M.du
Cange a fait une Dissertation qui renferme
tout ce que les Auteurs François ont
II. Vol. A v ' écrit
1264 MERCURE DE FRANCE
écrit de cette mystérieuse Enseigne , on
peut y avoir recours.
L'emploi de celui qui la portoit pour
le Roy , n'étoit qu'une commission ; le
Gentilhomme qui en avoit été chargé
pendant une Guerre , la reportoit à saint
Denis aussi- tôt que la Guerre étoit finie ;
et si on avoit besoin de la reprendre pour
une autre expédition , la commission en
étoit donnée souvent à un autre Gentilhomme.
Mais comme le temps change les usages,
les derniers Porte Oriflammes se succedoient
quelquefois de pere en fils dans
cette fonction ; et de plus ils négligeoient
de rapporter ce pieux dépôt qu'on leur
avoit confié dans le lieu où il devoit être
et le gardoient chez eux , sur tout quand
l'expedition pour laquelle ont l'avoit
prise , n'étoit point terminée , et qu'il
falloit retourner à la Guerre la Campagne
suivante .
On voit par l'Histoire de l'Abbaye de
S. Denys , de Dom Félibien , ( pag. 313. )
que le Roy Charles VI.après avoir nommé
Hurin , Sire d'Aumont , pour garder
l'Oriflamme , lui ordonna d'aller prendre
cetre Enseigne que Guillaume des
Bordes ( qui la gardoit auparavant ) avoit
11. Vol.
reJUIN.
1733 .
1265
retenue chez lui , n'ayant point eu occasion
de la déployer pour le service du
Roy , et ordonna en même temps au Sire
d'Aumont de la reporter dans l'Abbaye
de S. Denys .
L'ignorance et la crédulité où l'on étoit
dans lessiéc les où l'Oriflamme fut en réputation
, faisoit débiter bien des contes
sur son origine , on prétendoit qu'elle
avoit été apportée du Ciel , par un Ange ,
avec l'Ecu flourdelisé , dans le temps de
la conversion de Clovis , et long - temps
après que cette Enseigne eut cessé de paroître
dans les Armées,on croïoit qu'elle s'en
étoit retournée au Ciel , on se persuadoit
core qu'elle ne s'usoit point ; mais présentement
qu'on est revenu de toutes ces
pieuses fables , il est raisonnable de penser
que quand l'Oriflamme étoit vieille
et déchirée, on en substituoit une autre à
sa place , et les Religieux faisoient de la
vieille ce qu'ils vouloient , et quelquefois
elle restoit au Porte - Oriflamme , qui
en disposoit à sa volonté; comme les Colonels
font aujourd'hui des Drapeaux et des
Etendarts qui ont servi à leurs Regimens
qu'ils gardent souvent chez eux comme
des marques honorables pour leurs Descendans
, quand ils n'en veulent pas disposer
en faveur de quelque Eglise où
II. Vol.
·A vj
il
1266 MERCURE DE FRANCE
ils ont dévotion , ou en faire quelqu'au
tre usage.
La coutume d'offrir à la Divinité les
Enseignes prises sur l'Ennemi est tresancienne
; les Payens mettoient dans les
Temples de leurs Dieux les Trophées
qu'ils rapportoient de la Guerre. Les Philistins
après avoir vaincu Saül , appendirent
les armes de ce Roy aux voutes du
Temple de leur Dieu Astaroth, ( Les Rois,
liv. 1. ) et dans l'histoire de Sablé , par
M. Ménage , on voit dans la Généalogie
des Seigneurs de Mayenne , qu'un de ces
Seigneurs étant revenu d'une Croisade
offrit à une Eglise de sa Terre les Enseignes
qu'il avoit rapportées de son voïage.
On expose dans l'Eglise de Notre - Dame
de Paris toutes les Enseignes de Terre
et de Mer qui se gagnent sur l'Ennemi
pendant une Guerre , et on ne les ôte que
quand la paix est faite.
Le Poëte Malherbe dans une Lettre
qu'il écrit à son Cousin , le 22 Decembre
1627. lui dit : Les Drapeaux pris sur les
Anglois , à l'attaque de l'Isle de Rhé ,
furent hier apportez au Louvre , on leur
fit faire un tour dans la Cour , selon la
coutume , et on les porta ensuite à N. D.
Il y en a 44. qui ont tous au bout d'enhaut
et au coin , qui est vers le bois , un
II. Vol mor
JUIN. 1733. 1267
morceau de Tafetas blanc , d'environ 3
pieds en quarré , et en ce Tafetas , il yуэa
une Croix rouge qui touche à toutes les
4 faces de ce quarré. De maniere qu'en
admettant ( comme on le doit ) le renouvellement
de l'Oriflamme, quand elle étoit
usée , on accordera deux opinions diffé
rentes d'Auteurs sur le sort que cette Enseigne
a eu depuis que nos Rois ne l'ont
plus fait porter dans leurs Armées ; ce
qui arriva sous Charles VII . pendant que
les Anglois étoient Maîtres de Paris. Les
uns soutenant qu'elle étoit toujours restée
dans le trésor de S. Denys , où on la
voyoit encore en 1534 et 1594. suivant
les Inventaires du même trésor, faits dans
ces années- là ; et les autres ont pensé
qu'elle a pû rester en la possession des
Gentilhommes qui en avoient la garde ,
et que par conséquent on peut trouver
des Oriflammes dans les Archives des
descendans de ces Gentilhommes. Messieurs
d'Harcourt en conservent un , qui
leur vient par succession de Pierre de
Villiers l'Isle - Adam , Grand - Maître de
France et Porte Oriflamme , dont la fille
épousa Jean de Garenciere , et fut Ayeul
d'une Tugdal de Karmoisien , mariée à
Jean de Gaillon , grand- pere de ' Françoise
de Gaillon femme de François.
II. Vol. d'Har
1268 MERCURE DE FRANCE
d'Harcourt , Seigneur de Beuvron , à la
posterité duquel appartient ( selon M. de
la Roque, dans son Histoire de la Maison
d'Harcourt , ) le droit de garder l'Oriflamme
, en supposant que cette dignité
étoit devenue sur sa fin héréditaire dans
les familles de ceux qui l'ont possedée .
Quant à la difference que le P. Daniel
( dans sa Milice Françoise ) trouve ,
entre l'Oriflamme, qui est chez Messieurs
d'Harcourt , et celle qui étoit dans le
Trésor de S.Denys , ce qui lui fait dire que
la premiere n'est pas la véritable , c'est
une minutie où il ne faut point s'arrêter ,
car quoique l'Etendart de S. Denys ait
été pendant long temps d'une seule couleur
pleine , la mode y'a pû faire ajouter
dans les derniers temps des ornemens ,
comme des Flammes et des Couronnes
en Broderies d'or. Il suffit que la couleur
de l'Oriflamme, conservée chez Messieurs
d'Harcourt, soit rouge, pour croire qu'el
le peut être aussi véritable que celle qui
se trouvoit dans le Trésor de S. Denys au
16 siécle, quoique celle - cy fut plus grande
et d'une étoffe unie .
Il n'est pas même certain qu'il n'y eut
qu'une Oriflamme d'usage en mêmetemps
, et que quand il y en avoit une à
l'Armée , il n'y en cut pas encore une
II. Vol.
autre
JUIN. 1733. 1269
autre qui restoit à S. Denys , pour les
besoins extraordinaires de l'Abbaye , ou
pour envoyer à une seconde Armée
Royale ; car l'Oriflamme étoit un Etendart
, attaché à l'Armée , et non à la personne
des Rois , comme je le ferai voir
en parlant de l'Etendart Royal , autre
Enseigne qui ne quittoit point le Corps
du Roy , au lieu que l'Oriflamme alloit
toute seule à la tête de l'armée , gardée
seulement par une Troupe de Cavaliers
d'Elite Vexillum sancti Dionisii quod
omnes præcedere in bella solebat.
Voicy ce que dit Rigord , Historien
de Philippe Auguste , en parlant de ce
qui se fit à S. Denis , lorsque ce Prince y
alla prendre l'Oriflamme pour son voyage
d'Outremer , après que le Roy , à genoux
devant le Sépulchre des Saints Martyrs
, eut imploré par ses prieres et ses larmes
, l'assistance du Ciel , il reçut la Pannetiere
et le Bourdon des mains de Guillaume
, Archevêque de Rheims , son oncle
maternel , et il y prit ensuite de sa propre
main deux Etendarts qui étoient sur la
Châsse des Saints Martyrs .
Voilà certainement une occasion où il
paroît deux Oriflammes à la fois , peutêtre
qu'on les doubloit pour n'en pas
manquer en cas qu'il s'en perdît une ;
II. Vol. en
270 MERCURE DE FRANCE
en supposant cela on accordera ce qui
se trouve dans deux Historiens , Jacques
Meyer et Guillaume Guyard , le premier
soutenant que la véritable Oriflamme
fut perdue au combat de Mons en
Puelle, et qu'elle ne se retrouva plus, pendant
que le second assure que l'Oriflamme
qui se perdit dans ce Combat , n'étoit
qu'une Enseigne contrefaite que le
Roy avoit fait paroître ce jour - là pour
encourager ses Soldats ; cecy sent bien
le conte fait à plaisir ; quelle raison le
Roy auroit-il eû de tromper ses Soldats.
dans la supposition de cette fausse Enseigne
? Ne vaut-il pas mieux convenir
que dans les occasions que l'on jugeoit
devoir être périlieuses , on se munissoit
de deux de ces Enseignes , pour pouvoir
les substituer l'une à l'autre , en cas qu'il
s'en perdit une , et que c'est ce qui fut
fait à la bataille de Mons en Puelle , où
l'une ayant été perduë la veille , il en
reparut une autre le lendemain .
Ce que je dis n'est point pour diminuer
l'estime que nous croyons que nos
Ancêtres faisoient de cet Etendart . Ils le
regardoient comme un Symbole de Religion
; et dans cette idée ils lui donnoient
le premier rang sur toutes leurs autres:
Enseignes .
4
II. Vol Qmaibus
JUIN . 1733: 1271
Omnibus in bellis habet omnia signa
preire , dans l'esperance que leur Saint
Patron , à qui appartenoit cette Enseigne,
obtiendroit du Ciel par ses prieres la direction
des guerres qu'ils entreprenoient
et les feroient réussir à leur avantage.
Le nom du Saint devint aussi leur cri
de guerre ; ce fut sous Louis le Gros
qu'on commença à invoquer S. Denis ,
Patron du Royaume , dans tous les besoins
Militaires par ces mots , MONTJOYE
SAINT DENIS , qui sont devenus la Devise
génerale de nos Rois. Dans tous les
temps et chez toutes les Nations , la
coûtume des Soldats étoit de faire de
grands cris avant que de combattre et
après avoir combattu ; les premiers de
ces cris pour exciter le courage et jetter
l'effroy dans le coeur de l'Ennemi , et les
seconds pour remercier les Dieux qu'on
adoroit du gain d'une bataille , et en célebrer
la premiere réjouissance .
Clovis dans le Champ de Colbrac ;
implore le secours du Dieu que sa femme
adore. Les François devenus Chrétiens ,
adressent leurs cris à S. Martin , ensuite
à S. Denis , esperant attirer sur eux les
faveurs du Ciel par l'intercession de leurs
Saints Protecteurs.
De tous les Auteurs qui ont voulu
II. Vol.
expliquer
1272 MERCURE DE FRANCE
expliquer le mot de Montjoye , qui précedoit
celui de S. Denis dans l'acclamation
Militaire des François , Mrs Ducange
et de Caseneuve , sont ceux qui ont
le mieux pensé sur la véritable signifisation
de ce mot , en disant que c'est
un vieux terme François qui exprime
une Colline ,
diminutif de Montagne 3
toute l'erreur du premier de ces deux
Sçavans , est de dire que par le mot de
Montjoye , il faut entendre seulement la
Montagne de Montmartre où S. Denis
fut martyrisé ; le Pere Daniel , dans sa
Milice Françoise , qui a voulu le relever
sur cette méprise , a plus mal fait que
lui en disant que Montmartre est une
veritable Montagne , qu'elle est trop
haute pour qu'on lui puisse donner ce
nom de Montjoye , et qu'elle se trouve
appellée par tout Montagne de Mars , et
non pas Montjoye , est- ce là une raison assez
solide pour que Montjoye ne puisse pas
signifier un petit Mont ? Si ce Pere avoit
poussé ses Recherches jusques dans les
usages que les Gaulois et les Germains
observoient en enterrant leurs Morts ,
il auroit trouvé la preuve que Montjoye
a signifié une petite Montagne artificielle
qui se formoit de la maniere que voicy :
Quand un Chef de Guerre de ces Na-
II. Vol. tions
JUIN. 1733. 1273
tions mouroit au milieu de son armée ,
après que le corps avoit été mis dans
une fosse avec toutes les ceremonies qui
s'observoient en pareil cas , chaque Soldat
portoit une pelletée de terre pour
recouvrir la fosse de son General , ca
qui formoit dessus une petite éminence
qui devenoit haute à proportion que
l'armée
qui faisoit l'enterrement , étoit nombreuse.
La Flandre et les Provinces qui l'avoisinent
, sont encore pleines de ces monticules
qu'on appelloit dans le Pays des
Tombes , pour mieux conserver le souvenir
du sujet qui les a produites ; avant
que de prendre ce nom de Tombes , elles
avoint celui de Montjoye , terme qui a
toujours signifié en vieux François une
élevation , qui sert à marquer un lieu
que l'on veut reconnoître , et où l'on
veut parvenir quand on en est éloigné.
›
Les Phares qui sont sur les Ports de
Mer , les Balises , faites de tonneaux ou
de pieces de bois flotantes sur l'eau pour
servir à guider les Vaisseaux entre des
Rochers cachez sous l'eau , et enfin toutes
sortes de marques propres à faire éviter
les dangers et à montrer les lieux éloignez
, ou ceux qui renferment des choses
dignes de memoire , étoient nommez
II. Vel. des
1274 MERCURE DE FRANCE
des Montjoyes , parcequ'elles apprenoient
avec plaisir à ceux qui les voyoient , des
Endroits que l'on auroit eu peine à re
trouver sans leurs secours.
On élevoit des Montjoyes sur les Tombeaux
des personnes de considération ,
plus ou moins magnifiques et remarqua
bles , selon la dignité de ces personnes ;
les premiers Chrétiens persécutez , mirent
des marques moins sensibles sur les Tombeaux
des Martyrs qui se trouvoient en
pleine campagne ; ces marques , qui n'étoient
souvent que de simples pierres ,
eurent le même nom . On n'oublia pas
sans doute de mettre une Montjoye sur
le Tombeau de S. Denis et de ses Compagnons
, jusqu'à-ce qu'on fût en liberté
de renfermer ce Tombeau dans une Eglise
; dans la suite l'Eglise où il étoit renfermé
étant devenue célebre par la dévotion
les Fidelles eurent à ce Tomque
beau , les Rois qui s'en rendirent les Protecteurs
, se regarderent en même-temps
comine les Gardiens de ce S. Tombeau ; et
pour montrer publiquement l'honneus
qu'ils se faisoient de cette qualité , ils
l'exprimoient par le nom ancien de Montjoye
, et prirent delà occasion de crier
à la guerre Montjoye S. Denis , comme
s'ils eussent voulu dire nous sommes les
II. Vel.
garN.
1733. 1275
"
gardiens du Tombeau de S. Denis , la
Banniere dont nous nous servons en est
la marque , et nous la portons pour deffendre
les biens qui appartiennent à ce
Saint , et qui ont été offerts à son Tombeau.
Dans toutes les Religions du Monde
les Princes qui ont eu de la pieté , se
sont toujours fait honneur d'être dépositaires
de quelques Monumens respectables
de ces Religions. Il semble même
que la destinée des Empires soit , pour
ainsi dire , attachée à la conservation de
ces Monumens. Les Payens enchaînoient
leurs Dieux . Une Ville croyoit ne jamais
succomber aux efforts de ses Ennemis
tant qu'elle étoit en possession de ses
Lares et de ses Pénates. La ruine de Troye
ne fut attribuée qu'à l'enlevement du
Palladium.
Les Empereurs Ottomans gardent avec
soin dans leur Serrail l'Etendart de guerre
et la Robbe de Mahomet. Tous les
Princes de cette Religion qui ont possedé
la Ville de Jérusalem , ont tous pris
la qualité de Maîtres ou de Possesseurs
du S. Tombeau.
Pourquoi nos Rois Très- Chrétiens ne
se seroient-ils pas fait le même honneur
de se dire les Gardiens du Tombeau d'un
II. Vol.
Martys
16/0 VIL
ע ע
Martyr de qui leurs Peuples tiennent la
Foy , et de montrer l'estime qu'ils faisoient
de ce Titre par ce cri d'allegresse
Montjoye S. Denis.
Fermer
Résumé : SUITE de la Dissertation sur les Enseignes Militaires des François.
Le texte aborde les enseignes militaires françaises, notamment les bannières dédiées à des saints confesseurs, qui étaient généralement de couleur bleue ou violette. La bannière de Saint Martin, par exemple, était bleue, influençant ainsi le choix du fond bleu des armoiries royales ornées de fleurs de lys. Les bannières ecclésiastiques étaient codifiées par couleur selon la classe des saints célébrés : blanches pour les vierges, rouges pour les martyrs, vertes et bleues pour les confesseurs, et noires pour les offices des morts. L'Oriflamme, bannière de Saint Denis, se distinguait par sa forme de lance dorée avec un morceau d'étoffe rouge en forme de flamme à trois pointes, chacune terminée par une houpe verte. Cette enseigne était portée par un gentilhomme lors des guerres et rapportée à l'abbaye de Saint Denis après chaque conflit. Avec le temps, cette fonction est devenue héréditaire, et les porteurs négligeaient parfois de rapporter l'Oriflamme. L'Oriflamme était considérée comme un symbole religieux et était utilisée pour encourager les troupes. Le cri de guerre 'Montjoie Saint Denis' est devenu la devise générale des rois de France. Le mot 'Montjoie' signifie une petite colline ou monticule artificiel formé par les soldats lors des enterrements de leurs chefs. Le texte traite également de l'origine et de la signification de l'Oriflamme, certains croyant qu'elle était apportée du ciel par un ange, tandis que d'autres pensent qu'elle était remplacée lorsqu'elle était usée. Les Montjoyes étaient des élévations servant à marquer des lieux importants ou à éviter des dangers, comme les phares et balises. Elles étaient également érigées sur les tombeaux de personnes de considération, et les premiers chrétiens utilisaient des marques simples sur les tombeaux des martyrs. Le tombeau de Saint Denis et de ses compagnons fut marqué par une Montjoye jusqu'à ce qu'il soit transféré dans une église. Cette église devint célèbre, et les rois, en tant que protecteurs, se considéraient comme les gardiens du tombeau. Ils criaient 'Montjoye Saint Denis' en guerre pour affirmer leur rôle de défenseurs des biens du saint. Dans diverses religions, les princes pieux se faisaient honneur de protéger des monuments religieux, croyant que la conservation de ces monuments était liée à la destinée de leurs empires. Par exemple, les Ottomans gardaient l'étendard de Mahomet, et les princes possédant Jérusalem se proclamaient maîtres du Saint Tombeau. De même, les rois très chrétiens se voyaient comme les gardiens du tombeau de Saint Denis, un martyr dont les peuples tenaient la foi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18404
p. 23
VERS à une Belle incrédule, par M. Y***, de l'Académie Royale des Belles-Lettres de CAEN.
Début :
VOUS niez la Divinité, [...]
Mots clefs :
Divinité, Beauté, Être suprême
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS à une Belle incrédule, par M. Y***, de l'Académie Royale des Belles-Lettres de CAEN.
VERs à une Belle incrédule , par M.
Y***, de l'Académie Royale des
Belles-Lettres de CAEN.
Vov s niez la Divinité ,
Iris, quelle folie extrême,
Quand malgré vous votre beauté
Vous annonce un Etre ſuprême.
Y***, de l'Académie Royale des
Belles-Lettres de CAEN.
Vov s niez la Divinité ,
Iris, quelle folie extrême,
Quand malgré vous votre beauté
Vous annonce un Etre ſuprême.
Fermer
18405
p. 11
VERS envoyés à Madame la Marquise de P **, avec l'Ode sur la Paix.
Début :
Il fut une Déesse aimable Qui permit aux Beaux-Arts de lui faire la cour. [...]
Mots clefs :
Fable, Minerve, Beaux-arts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS envoyés à Madame la Marquise de P **, avec l'Ode sur la Paix.
VERS envoyés à Madame la Marquife
de P ** , avec l'Ode fur la Paix.
Il fut une Déeffe aimable L
Qui permit aux Beaux- Arts de lui faire la cour.
C'étoit Minerve , à ce que dit la Fable ;
***
de P ** , avec l'Ode fur la Paix.
Il fut une Déeffe aimable L
Qui permit aux Beaux- Arts de lui faire la cour.
C'étoit Minerve , à ce que dit la Fable ;
***
Fermer
18406
p. 233-235
MARIAGE ET MORTS.
Début :
Louis-Joseph-Timoléon de Cossé, Comte de Brissac, épousa le 30 [...]
Mots clefs :
Mariages, Morts, Comtes, Marquis, Maréchal, Hyacinte de Portalis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGE ET MORTS.
MARIAGE ET MORTS.
LOUIS-Joſeph-Timoléon de Coffe , Comte de
Briffac , épousa le 30 Août 1756 , Demoiselle
Marie Gabrielle Félicité Molé, fille deMeſſire Matthieu
-François Molé , Préſident du Parlement , &
deDame Bonne- Félicité Bernard. La Bénédiction
Nuptiale leur a été donnée dans l'Eglife Paroiffiale
de S. Sulpice à Paris , par l'Evêque de Condom .
Leur Contrat de Mariage avoit été ſigné le 22
du même mois par Leurs Majestés. Le Comte
de Briffac eſt fils de Jean-Paul- Timoléon de
Coffé , Duc de Briffac , Pair de France, Chevalier
des Ordres du Roi , Lieutenant-Général des
Armées de Sa Majefté , & Grand Panmetier de
France ; & de feue Marie-Joſephe Durey - de
Sauroy.
Meſſire Henri - Theodore de la Pierre , Marquis
de Boufies , Pair de Cambreſis , mourut au
Château de Bouſies , près Landrecies, le 18 Juiller
1756 , âgé de 70 ans.
, Dame Edmée- Charlotte de Brenne- de Bombon
ci-devant Dame du Palais de la Reine , épouſe
de Marie-Thomas-Auguste de Goyon , Marquis
de Matignon , Chevalier des Ordres du Roi , &
Brigadier de Cavalerie , eſt morte à Orly , près
de Choisy le 24 Juillet , âgée de 56 ans.
Marguerite-Pauline Prondre , épouse de Gafpard,
Comte de Clermont-Tonnerre , Maréchal de
France , Chevalier des Ordres du Roi , mourut
à Paris le 29 Juillet , dans la 60e année de fon
âge.
Meffire Georges-Albert- François de la Verdured-
e Gavielle , Abbé de l'Abbaye d'Humblieres ,
234. MERCURE DE FRANCE.
Dioceſe de Noyon , & Prévôt honoraire de l'E
gliſe Métropolitaine de Cambray , eſt mort à
Cambray le 29 Juillet.
Dame Charlotte- Anne-Marie de S. Perrier de
Bandeville , Epouſe de Meſſire Henri de Sabrevois
, Maréchal des Camps & Armées du Roi , &
Directeur en Chef du Corps Royal de l'Artillerie
& du Génie , au Département Général d'Alface,
de Bourgogne & de Franche- Comté , eſt
morte le 9 Août à ſa Terre de Corbereuſe , près
de Dourdan en Beauſſe , dans ſa 576. année.
Frere Ange de Ricard , Bailli , Grand-Croix
de l'Ordre de S. Jean de Jerufalem , & Commandeur
de la Commanderie de la Villedieu ,
mourut à Paris le 17 Août , âgé de 86 ans.
Anne-Joſephe de Chabannes , fille de Gilbert
de Chabannes , Comte de Pionzac , Maréchal
des Camps & Armées du Roi , & Gouverneur
d'Oleron , & d'Anne- Françoiſe de Lutzelbourg ,
& veuve du 29 Août 1754 de Claude de la
Quzille, Comte de Ronchevol-Pramenou , mourut
à Clermont en Auvergne le 29 , âgée de 66
ans. Elle ne laiſſe qu'une fille unique Gilberte
de la Queille ; mariée en 1733 à Gilbert- Allire ,
Comte de Langheac , Brigadier des Armées du
Roi .
On écrit de Mahon que Meſſire Hyacinte de
Portalis , ci -devant Capitaine au Regiment de
Ponthieu , Commiſſaire des Guerres , ayant la
Police des quatre Hôpitaux établis à Mahon par
les ordres de M. le Maréchal Duc de Richelieu
pour les Officiers & foldats malades & bleffés ,
eſt mort à Mahon au mois d'Août dernier , univerſellement
regretté , âgé de 29 ans. Il étoit fils
de Meffire Hyacinte de Portalis , Chevalier de
l'Ordre de S. Louis , Commiſſaire des Guerros
4
JANVIER. 1757 . 235
du Département de Toulon. Son zele infatigable
pour le foulagement de plus de douze cens
malades & bleſſés ne lui donnoit aucun relâche .
Il étoit aux hôpitaux & aux dépôts des tranchées
à toutes les heures du jour & de la nuit ; il
aſſiſtoit aux panfemens & à toutes les diſtributions.
On ajoute qu'il ſe tranſporta partout , ſous
les yeux de M. le Maréchal & de toute l'Armée ,
dans la nuit de l'attaque générale des Forts de
Minorque , pour faire tranſporter aux hôpitaux
tous les Officiers & foldats bleſſés , s'expoſant
généreuſement aux bombes & boulets des affiégés;
& que tant de ſoins &de ſecours efficaces
lui avoient mérité de la part des ſoldats , le glorieux
titre de leur pere. Ilsfurent fi affligésde
ſa mort , qu'ils ſortirent en foule des hôpitaux ,
pour honorer ſa ſépulture de leurs regrets & de
Jeurs larmes.
LOUIS-Joſeph-Timoléon de Coffe , Comte de
Briffac , épousa le 30 Août 1756 , Demoiselle
Marie Gabrielle Félicité Molé, fille deMeſſire Matthieu
-François Molé , Préſident du Parlement , &
deDame Bonne- Félicité Bernard. La Bénédiction
Nuptiale leur a été donnée dans l'Eglife Paroiffiale
de S. Sulpice à Paris , par l'Evêque de Condom .
Leur Contrat de Mariage avoit été ſigné le 22
du même mois par Leurs Majestés. Le Comte
de Briffac eſt fils de Jean-Paul- Timoléon de
Coffé , Duc de Briffac , Pair de France, Chevalier
des Ordres du Roi , Lieutenant-Général des
Armées de Sa Majefté , & Grand Panmetier de
France ; & de feue Marie-Joſephe Durey - de
Sauroy.
Meſſire Henri - Theodore de la Pierre , Marquis
de Boufies , Pair de Cambreſis , mourut au
Château de Bouſies , près Landrecies, le 18 Juiller
1756 , âgé de 70 ans.
, Dame Edmée- Charlotte de Brenne- de Bombon
ci-devant Dame du Palais de la Reine , épouſe
de Marie-Thomas-Auguste de Goyon , Marquis
de Matignon , Chevalier des Ordres du Roi , &
Brigadier de Cavalerie , eſt morte à Orly , près
de Choisy le 24 Juillet , âgée de 56 ans.
Marguerite-Pauline Prondre , épouse de Gafpard,
Comte de Clermont-Tonnerre , Maréchal de
France , Chevalier des Ordres du Roi , mourut
à Paris le 29 Juillet , dans la 60e année de fon
âge.
Meffire Georges-Albert- François de la Verdured-
e Gavielle , Abbé de l'Abbaye d'Humblieres ,
234. MERCURE DE FRANCE.
Dioceſe de Noyon , & Prévôt honoraire de l'E
gliſe Métropolitaine de Cambray , eſt mort à
Cambray le 29 Juillet.
Dame Charlotte- Anne-Marie de S. Perrier de
Bandeville , Epouſe de Meſſire Henri de Sabrevois
, Maréchal des Camps & Armées du Roi , &
Directeur en Chef du Corps Royal de l'Artillerie
& du Génie , au Département Général d'Alface,
de Bourgogne & de Franche- Comté , eſt
morte le 9 Août à ſa Terre de Corbereuſe , près
de Dourdan en Beauſſe , dans ſa 576. année.
Frere Ange de Ricard , Bailli , Grand-Croix
de l'Ordre de S. Jean de Jerufalem , & Commandeur
de la Commanderie de la Villedieu ,
mourut à Paris le 17 Août , âgé de 86 ans.
Anne-Joſephe de Chabannes , fille de Gilbert
de Chabannes , Comte de Pionzac , Maréchal
des Camps & Armées du Roi , & Gouverneur
d'Oleron , & d'Anne- Françoiſe de Lutzelbourg ,
& veuve du 29 Août 1754 de Claude de la
Quzille, Comte de Ronchevol-Pramenou , mourut
à Clermont en Auvergne le 29 , âgée de 66
ans. Elle ne laiſſe qu'une fille unique Gilberte
de la Queille ; mariée en 1733 à Gilbert- Allire ,
Comte de Langheac , Brigadier des Armées du
Roi .
On écrit de Mahon que Meſſire Hyacinte de
Portalis , ci -devant Capitaine au Regiment de
Ponthieu , Commiſſaire des Guerres , ayant la
Police des quatre Hôpitaux établis à Mahon par
les ordres de M. le Maréchal Duc de Richelieu
pour les Officiers & foldats malades & bleffés ,
eſt mort à Mahon au mois d'Août dernier , univerſellement
regretté , âgé de 29 ans. Il étoit fils
de Meffire Hyacinte de Portalis , Chevalier de
l'Ordre de S. Louis , Commiſſaire des Guerros
4
JANVIER. 1757 . 235
du Département de Toulon. Son zele infatigable
pour le foulagement de plus de douze cens
malades & bleſſés ne lui donnoit aucun relâche .
Il étoit aux hôpitaux & aux dépôts des tranchées
à toutes les heures du jour & de la nuit ; il
aſſiſtoit aux panfemens & à toutes les diſtributions.
On ajoute qu'il ſe tranſporta partout , ſous
les yeux de M. le Maréchal & de toute l'Armée ,
dans la nuit de l'attaque générale des Forts de
Minorque , pour faire tranſporter aux hôpitaux
tous les Officiers & foldats bleſſés , s'expoſant
généreuſement aux bombes & boulets des affiégés;
& que tant de ſoins &de ſecours efficaces
lui avoient mérité de la part des ſoldats , le glorieux
titre de leur pere. Ilsfurent fi affligésde
ſa mort , qu'ils ſortirent en foule des hôpitaux ,
pour honorer ſa ſépulture de leurs regrets & de
Jeurs larmes.
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Résumé : MARIAGE ET MORTS.
En 1756 et 1757, plusieurs événements marquants ont eu lieu. Le 30 août 1756, Louis-Joseph-Timoléon de Coffe, Comte de Briffac, épousa Marie Gabrielle Félicité Molé, fille de Matthieu-François Molé, Président du Parlement, et de Bonne-Félicité Bernard. La bénédiction nuptiale se déroula à l'église paroissiale de Saint-Sulpice à Paris, et le contrat de mariage fut signé le 22 août par Leurs Majestés. Le Comte de Briffac est le fils de Jean-Paul-Timoléon de Coffé, Duc de Briffac, et de Marie-Josephe Durey de Sauroy. Plusieurs décès notables sont également survenus. Messire Henri-Théodore de la Pierre, Marquis de Bousies, mourut au Château de Bousies le 18 juillet 1756 à l'âge de 70 ans. Dame Edmée-Charlotte de Brenne de Bombon, épouse de Marie-Thomas-Auguste de Goyon, Marquis de Matignon, décéda à Orly le 24 juillet à l'âge de 56 ans. Marguerite-Pauline Prondre, épouse de Gaspard, Comte de Clermont-Tonnerre, mourut à Paris le 29 juillet à l'âge de 60 ans. Messire Georges-Albert-François de la Verdure de Gavielle, Abbé de l'Abbaye d'Humblieres, décéda à Cambray le 29 juillet. Dame Charlotte-Anne-Marie de Saint-Perrier de Bandeville, épouse de Henri de Sabrevois, mourut le 9 août à Corbereuse à l'âge de 57 ans. Frère Ange de Ricard, Bailli et Grand-Croix de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, décéda à Paris le 17 août à l'âge de 86 ans. Anne-Josèphe de Chabannes, veuve de Claude de la Queille, Comte de Ronchevol-Pramenou, mourut à Clermont le 29 août à l'âge de 66 ans, laissant une fille unique, Gilberte de la Queille. Messire Hyacinthe de Portalis, Capitaine au Régiment de Ponthieu, décéda à Mahon en août à l'âge de 29 ans, regretté pour son dévouement auprès des malades et blessés.
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18407
p. 11-13
ÉTRENNE à Madame de M ***.
Début :
DANS ces jours de fadeur, de fausseté, d'ennui,Chacun à l'envi vous présente [...]
Mots clefs :
Rimer, Madrigal, Chien, Plaisir
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texteReconnaissance textuelle : ÉTRENNE à Madame de M ***.
ETRENNE à Madame de M ***
DANS ANS ces jours de fadeur , de faulleté, d'ennui,
Chacun à l'envi vous prétente
Quelque inutilité brillante
Que très- atilement pour luit
L'industrieux Dulacq invente.
A vi
12 MERCURE DE FRANCE .
Peut-ètre aufli quelqu'un vous offre- t- il des vers ;
Car le talent aifé de rimer fans génie,
De mille honnêtes gens eft le commun travers .
Moi-même j'ai par fois cette froide manie:
Cependant n'en redoutez rien .
J'ai fait un Madrigal , mais c'eſt pour votre chien.
A MEDOR.
Chien favori d'une Vénus- Minerve ,
A qui le Ciel prodigua fans réferve
Le don de plaire & celui d'éclairer ,
Reçois avec mes voeux ces bonbons pour Etrenne,
Et compte que pour t'en bourrer ,
J'en aurai toujours poche pleine ;
Mais j'ai besoin de ton fecours :
Tu fçais te faire entendre à ta belle maîtreffe.
Pour la rendre attentive invente quelques tours ;
Puis remuant la queue en figne de careſſe ,
D'un air tendre & flateur jappe - lui ce Difcours :
Vous qui fçavez unir par un rare aſſemblage
La vérité des fentimens ,
Et la candeur du premier âge
A tout l'efprit des derniers temps !
Celui qui près de vous follicite mon zéle ,
Eft foumis , attaché , fidéle ;
Son mérite eft d'aimer ; c'eſt auffi tout le mien :
Traitez- le comme votre chien.
AUTRE A GLY CERE .
Voici les voeux que mon coeur forme :
JANVIER. 1763. 13
Le bonheur de Glycère eft mon premier defir ;
Que fans opium elle dorme ;
Que l'affreufe douleur ne vienne plus faifir
Un corps charmant dont à plaifir
Les Grâces ont moulé la forme.
Dieux , épuifez fur moi toute votre rigueur ,
Mais ne déchirez plus une fi belle trame ;
Ne livrez point à la douleur
Des jours que le plaifir reclame.
Si Glycère pouffe an ſoupir ,
Que ce loupir pouflé foit enfant du defir.
S'il échappe des pleurs à l'aimable Glycère ,
Que ce foit le Dieu de Cythère
Qui mouille fes beaux yeux des larmes du plaifir.
Toi qui feras couler ces précieuſes larmes ,
Mortel favorifé des Dieux ,
Je t'enviraî , fans doute un fort fi plein de charmes !
N'importe , fois-en digne , & je mourrai joieux.
Je connois le coeur de Glycère :
Mais s'il fe peut , qu'un tel coeur foit à toi .
Tu fauras mieux que moi lui plaire ;
Puiffes-tu l'aimer comme moi ! ..
DANS ANS ces jours de fadeur , de faulleté, d'ennui,
Chacun à l'envi vous prétente
Quelque inutilité brillante
Que très- atilement pour luit
L'industrieux Dulacq invente.
A vi
12 MERCURE DE FRANCE .
Peut-ètre aufli quelqu'un vous offre- t- il des vers ;
Car le talent aifé de rimer fans génie,
De mille honnêtes gens eft le commun travers .
Moi-même j'ai par fois cette froide manie:
Cependant n'en redoutez rien .
J'ai fait un Madrigal , mais c'eſt pour votre chien.
A MEDOR.
Chien favori d'une Vénus- Minerve ,
A qui le Ciel prodigua fans réferve
Le don de plaire & celui d'éclairer ,
Reçois avec mes voeux ces bonbons pour Etrenne,
Et compte que pour t'en bourrer ,
J'en aurai toujours poche pleine ;
Mais j'ai besoin de ton fecours :
Tu fçais te faire entendre à ta belle maîtreffe.
Pour la rendre attentive invente quelques tours ;
Puis remuant la queue en figne de careſſe ,
D'un air tendre & flateur jappe - lui ce Difcours :
Vous qui fçavez unir par un rare aſſemblage
La vérité des fentimens ,
Et la candeur du premier âge
A tout l'efprit des derniers temps !
Celui qui près de vous follicite mon zéle ,
Eft foumis , attaché , fidéle ;
Son mérite eft d'aimer ; c'eſt auffi tout le mien :
Traitez- le comme votre chien.
AUTRE A GLY CERE .
Voici les voeux que mon coeur forme :
JANVIER. 1763. 13
Le bonheur de Glycère eft mon premier defir ;
Que fans opium elle dorme ;
Que l'affreufe douleur ne vienne plus faifir
Un corps charmant dont à plaifir
Les Grâces ont moulé la forme.
Dieux , épuifez fur moi toute votre rigueur ,
Mais ne déchirez plus une fi belle trame ;
Ne livrez point à la douleur
Des jours que le plaifir reclame.
Si Glycère pouffe an ſoupir ,
Que ce loupir pouflé foit enfant du defir.
S'il échappe des pleurs à l'aimable Glycère ,
Que ce foit le Dieu de Cythère
Qui mouille fes beaux yeux des larmes du plaifir.
Toi qui feras couler ces précieuſes larmes ,
Mortel favorifé des Dieux ,
Je t'enviraî , fans doute un fort fi plein de charmes !
N'importe , fois-en digne , & je mourrai joieux.
Je connois le coeur de Glycère :
Mais s'il fe peut , qu'un tel coeur foit à toi .
Tu fauras mieux que moi lui plaire ;
Puiffes-tu l'aimer comme moi ! ..
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Résumé : ÉTRENNE à Madame de M ***.
Le texte est une lettre poétique adressée à Madame de M***, exprimant des vœux pour la nouvelle année. L'auteur critique les cadeaux inutiles et les vers sans génie souvent offerts en cette période. Il mentionne avoir écrit un madrigal destiné au chien de Madame de M***, nommé Médor. Ce poème loue les qualités de son maître et exprime le souhait que Médor intercéde en faveur de l'auteur auprès de sa maîtresse. L'auteur souhaite que Madame de M*** soit heureuse et épargnée par la douleur. Il exprime également des vœux pour Glycère, espérant qu'elle connaisse le bonheur et que ses larmes soient celles du plaisir. L'auteur conclut en exprimant son envie que Glycère soit aimée et heureuse, même s'il n'est pas l'élu de son cœur.
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18408
p. 209-228
LETTRE XLIII. A Sedan.
Début :
Je vous l'ay déja écrit, Monsieur, vostre Mercure plaist à toute sorte [...]
Mots clefs :
Auteur, Provinces, Provinciaux, Ville, Gloire, Ouvrage, Remercier, Rome, Mercure galant, Beaux esprits, Connaisseurs, Antiquité, Langue latine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE XLIII. A Sedan.
LETTRE
XLIII
.
A
Sedan
.
E vous l'ay déja écrit , Monfieur,
voftre Mercure plaift à toute forte
de Gens ; mais vous ne fçavez pas
que c'eft un embarras tout - à - fait
étrange pour moy , car on ne fe
contente pas de fe divertir à la lecture
de ce Livre , on fe croit encor
obligé à vous témoigner fa reconnoiffance
avec quelque efpece d'éclat
; & comme on a veu que les- remercimens
que je vous ay faits an
nom de quelques Docteurs, vous ont
paru dignes d'avoir place dans l'Extraordinaire,
on s'imagine qu'il n'y a
qu'à s'adreffer à moy pour le tirer
d'affaire honorablement , & que c'eſt
là le grand chemin de l'Impreffion ,
& dans cette veuë tout le monde me
veut avoir icy pour fon Secretaire.
Je m'en défens de tout mon mieux.
Je me tue à imaginer des raifons
pour cela , on y répond ; je replique,
210 Extraordinaire
que , on me refute une feconde fois;
je fuis feul contre plufieurs , j'ay beau
crier , on ne difcerne point ma voix
parmy tant d'autres plus fortes, & c'eſt
tous les jours à recommencer. N'eſtil
pas vray, Monfieur,que c'eft un des
plus grands embarras du monde ? Je
ne fçay fi je feray ceffer la perfecution
par la déclaration que je vais faire,
au hazard de m'atirer des Ennemis
& des Ennemies, que je ne veux vous
remercier que pour moy - mefine , &
pour la Troupe des Sçavans qui m'a
déja employé.
Je commence par moy - mefine ;
Monfieur , afin d'obeir au Proverbe
, & je vous avonë que je ne sçaurois
jamais vous remercier dignement
de l'honneur que vous m'avez
fait en faifant imprimer ma Lettre,
car dé là je fuis Autheur en bonne
& de se forme. C'eft un titre qu'on
ne fçauroit plus me difputer raifonnablement.
Or ce n'eft pas peu de
chofe que d étre Autheur , & il faut
bien que le monde en foit perfuadé,
P uis qu'on voit courir tant de Gens
à ce glorieux titre à travers mille railleries
du Mercure Galant . 21 I
Ieries & mille cenfures dont on les
menace. Les Rieurs ont beau faire des
plaifanteries fur la qualité d'Autheur
en general . Je ne voy pas que la tenta.
tion de fe faire imprimer en devienne
moins infurmontable, & je remarque
qu'ils ne font pas fâchez eux- mefines
qu'on leur faffe courir les perils de
Impreffion. Il ne faut pas s'en
étonner , car enfin la penfée quon
a mis au jour un Livre , fait naître
les plus agreables vifions du monde
dans l'efprit . L'Autheur fe figure
que pendant qu'il dormira la graffe
matinée , ou qu'il fe divertira à relire
les louanges que fes Amis luy au
ront écrites de toutes parts , plufieurs
Perſonnes en mille endroits de la
Terre examineront fon Livre , en feront
des Recueils , & fe prépareront
à le citer avec éloge . Il y en a qui
fe reprefentent plufieurs celebres Traducteurs
un Dictionnaire à la main.
occupez à faire parler divers langages
à leur Livre. Il s'en trouve qui
percent jufques dans les Siecles à
venir les plus reculez , & y voyent
à coup feûr que l'Antiquité rend
leurs
212 Extraordinaire
•
, & leurs compofitions venerables
qu'elles fervent de texte à mille fçavans
Commentaires. D'autres peignent
dans leur imagination cent
Ruelles à beau monde où on lira
leurs Ouvrages , où on les comblera
d'éloges , & où l'on refoudra de faire
connoiffance avec l'Autheur . C'eft
felon la nature du Livre , que l'on ſe
reprefente telle ou telle chofe, plutoft
qu'une autre , mais ce font toûjours
des idées qui rempliffent de contentement.
Il faut avoir paffe par l'experience
pour comprendre toute l'étendue
de ces plaifirs. Cèla va fi loin,
que la feule veuë d'un Papier imprimé
où on reconnoift fon ouvrage , répand
par tout le corps un plaifir qui
pénetre jufqu'aux moüelles , fur tout
la premiere fois qu'on eft regalé de ce
fpectacle : fi bien que je ne m'étonne
plus que l'on ait dit qu'il eft auffi rare
de trouver un Autheur qui fe contente
de faire feulement un Livre, que de
voir une Femme qui en demeure à la
premiere galanterie.
Il y auroit mille chofes à dire fur
tout cecy , mais il faut eſtre court:
Ainfi,
du Mercure Galant.
213
1
Ainfi , Monfieur en deux mots je
réels ,que
vous remercie de la qualité d'Autheur
dont il vous a plû de me donner l'inveftiture.
Je vous promets de la relever
toûjours de vous , & de vous en
prefter foy & hommage toutes les
fois que befoin fera. J'ay des raisons
toutes particulieres d'en ufer ainfi ,
caren me rendant Autheur vous m'avez
procuré des avantages fi réels , que
l'embarras dont je vous ay parlé au
commencement n'eft rien en comparaiſon
, & ne m'empefche pas de reconnoiftre
que je vous fuis infiniment
obligé. En effet , Monfieur, non
feulement vous m'avez attiré les re
mercîmens de toute une Ville pour la
gloire qu'elle trouve à paroiftre dans
vos Ouvrages, mais auffi vous m'avez
affocié à plufieurs beaux Efprits de
Fun & de l'autre fexe , de telle forte
que nous courons le monde reliez enfemble.
Ce qui me fait efperer que fi
je voyage quelque jour par les Provinces
du Royaume, je trouveray par
tout d'illuftres Confreres qui me recevront
chez eux à bras ouverts , car
il eft jufte qu'il fe forme une Confrairie
214. Extraordinaire
frairie des Autheurs de l'Extraordinaire
avec le droit d'hofpitalité réciproque
, y comprenant auffi tous
ceux qui devinent les Enigmes , ou
qui font figure dans le Mercure par
quelqu'autre endroit. Pour vous ,
Monfieur , cela ne fouffre point de
difficulté , vous n'avez que faire d'argent
pour voyager par le monde.
Vous avez des Creatures dans toutes
les Provinces , il n'y a point de lieu
où vous n'ayez fait de bons Amis &
de belles Amies. Quelle apparence
apres cela d'aller loger au Cabaret ?
Je fuis feûr qu'on fe feroit par tout
un devoir indifpenfable de vous en
tirer , & un plaifir extréme de vous
préparer un Apartement avec grand'
chere & grand feu. Mais tout bien
compté , je trouve qu'il vaut mieux
pour le bien general des Provinces,
que vous ne voyagiez pas , car un
voyage vous empécheroit de continuer
le Mercure & cette interruption
defoleroit plufieurs Provinces
enſemble au lieu que voſtre
prefence n'en fatisferoit qu'une à la
fois.
›
Je
du Mercure Galant.
215
Je paffe à nos vieux Docteurs . Ils
vous remercient comme d'une choſe
qui leur tient extrémement au coeur,
de ce que vous avez rendu public le
bon gouft: qu'ils ont confervé pour
les jolies chofes. Vous fçavez , Monfieur
, que les Gens de ce caractere ne
font rien que pour l'eternité , fi - bien
que vous les avez pris juftement par
Fendroit le plus fenfible , lors que
vous avez fait imprimer la démarche
qu'ils ont faite de vous remercier de
l'avantage que vous procurez aux
Sciences par le moyen de vôtre Mercure
Galant.Outre qu'ils font bien aifes
que le Public puiffe voir que les
Sciences ne gâtent pas le goût à l'égard
de la délicateffe , comme on les
en accufe ordinairement. Ils joignent
à tout cela d'autres confiderations qui
les obligent à vous remercier tresparticulierement
de l'Extraordinaire
du Mercure. C'eft , difent- ils , qu'ony ap
prend à connoistre les Gens d'efprit de
chaque Province, & qu'ony voit un Elo
gefortbien entendu des Provinciaux .
Je crains bien , Monfieur, que tous les
Parifiens ne vous en ayent pas avoüé,
car
216
Extraordinaire
car plufieurs d'entr'eux tranchent tout
court qu'hors de leur Ville il n'y a
point de falut pour l'Eſprit & pour la
Galanterie. Ils traitent toutes les Provinces
de Barbares, & fur tout , celles
qui font au delà de la Loire . Ils fe relâchent
quelquefois en faveur des autres,
avoüant que les lumieres de Paris
leur peuvent communiquer quelques
rayons. Mais ils prétendet que la Loire
eft une Barriere que tout Paris ne
fçauroit paffer , de forte qu'au delà ce
ne font qu'épaiffes tenebres,à peu pres
comme les Italiens difent des Régions
qui font à leur égard aux delà des Alpes.
En tout cas je fuis affuré que les
bons Connoiffeurs de Paris conviennent
avec vous , Monfieur , que tout
l'efprit & toute l'habileté & la déli–
cateffe de France , ne font pas renfermées
dans leur Ville, car il est évidemment
vray que les Provinces ont un
tres - grand nombre d'habiles Gens.
Je me ferois des affaires , fi je mettois
en exemple quelques - unes de
ces Provinces , car les autres ne
manqueroient pas de s'en fâcher.
Elles n'entendent point raillerie làdeffus
,
du Mercure Galant. 217
deffus , & ne fe veulent rien ceder les
unes aux autres. Elles publient tou
tes de grands Catalogues d'Hommes
Illuftres . Il y en a peu à la verité
qui trouvent un auffi bon Hiftorien
que le fayant Monfieur Ménage,
qui nous doit donner la Vie des
Illuftres Angevins , mais enfin elles
publient toutes de magnifiques Eloges
des grands Hommes qu'elles ont
produits , c'eft pourquoy je n'oferois
dire que la Normandie par exemple,
La Provence & l'Auvergne , font en
poffeffion de fournir quantité d'habiles
Gens.
Mais comme il eft probable que
Les bons Connoiffeurs de Paris font
en cela justice aux Provinces , il eft
de justice auffi que les Provinciaux
avouent à la gloire de cette incomparable
Ville, qu'elle fe pourroit paffer
du tribut que les Provinces luy
font de tout ce qu'elles produifent de
meilleur. J'avoue qu'il y a un tresgrand
nombre de Provinciaux dont
Les lumieres font beaucoup d'honneur
à la Ville de Paris ; mais encor un
coup ,
elle s'en
Qd'Avril.
pourroit paffer parce
K
218
Extraordinaire
;.
qu'il nait dans fon enceinte affez
d'habiles Gens en toute forte de Profellions
. On ne pourroit pas dire cela
de l'ancienne Rome, car à peine nous
refte- t- il quelque Ouvrage qui ait été
composé par un Enfant de cette Ville
; fi bien que tous ces beaux Livres
où nous admirons fa grandeur & fa
puiffance , font deûs à la plume des
Provinciaux . Si nous admirons l'é
loquence qui brille dans les Plaidoyers
de Cicéron le fublime qui
éclatte dans le Panégyrique de line;
la grandeur des pensées & des expreffions
qui regne dans 1Hiftoire
de Tite Live : SI. nous admirons les
Vers tendres & amoureux d'Ovide
& de Catulle ; la magnificence des
Odes d'Horace ; la majeſté de l'Eneide
; l'enjouement des Comédies de
Plaute ; le fel & le bon fens de celles
de l'adreffe fatyrique
d'Horace & de Juvenal : Si nous
admirons tout cela , dis - je , & plufieurs
autres Hiftoriens , Poëtes , &
Orateurs , qu'il feroit trop long de
nommer ce font tous Provinciaux
que nous admirons. Au contraire
}
Terence
17
1
il
du Mercure Galant. 219
ilferoit facile de prouver que les Parifiens
ont la meilleure part
dans tous
les Ouvrages de cette efpece que noſtre
Siecle admire le plus , & c'eſt
une marque inconteſtable que la
bonne fortune & la gloire de Paris
furpaffent celle de Rome , puis que
fans la plume des Etrangers nous ne
connoiftrions prefque rien de ce que
Rome a efté.
C'est pourtant une chofe que je ne
fçaurois faire entrer dans l'efprit de
nos Docteurs. Ils prétendent que
l'Antiquité, & particulierement l'Antiquité
Romaine , leur chere Marote,
doit avoir la préference en tout &
par tout , excepté quand ils mediditent
fur la gloire de noftre Grand
Monarque En quoy ils imitent les
Romains du temps d'Augufte , qui à
la referve de cet Empereur qu'ils mettoient
au delfus de tous les Anciens
Capitaines Grecs & Romains , donnoient
dans tout le refte la fuperiorité
aux Siecles precedens , comme
Horace le leur reproche Avec tout
cela je dois rendre ce témoignage
à nos Sçavans , qu'ils font bien
Kij
220 Extraordinaire
eloignez de l'enteftement d'un Doc
teur de Bezançon qui defaprouve voftre
Mercure , fur ce mefchant principe
, que tout ce qui n'a pas efté en
ufage parmy les Romains , ne vaut
rien. Il avoue que l'Autheur du Mercure
a de l'efprit , & qu'il ménage
fort les bonnes moeurs ; car , dit-il,
quoy qu'il fe faffe mille bons coups entre
Les deux Sexes , cependant les avantu
res du Mercure fe terminent toujours le
plus honneftement du monde , foit que
l'Autheur Suprime les conclufions qui
pourroient eftre de mauvais exemple, foit
qu'il ne choififfe que les Galanteries qui
ont efté bonneftes juſques au bout , fans
fe foncier du chagrin que cela fait aux
Lecteurs libertins ; Mais pourfuit- il,
fi cette forte de Livre eftoit loüable , les
Romains n'auroient pas manqué d'en
avoir.
Vous croirez peut - eftre , Monfieur,
que c'eft un conte fait à pla fir. Mais
pour vous convaincre que le Perfonnage
eft capable de ce rai onnement,
il fuffira de vous dire que c'eſt un
Homme qui ne trouve rien de mieux
penfé dans les Livres de ces der
niers
du Mercure Galant. 221
niers Siecles , que ce qu'on lit dans
un Dialogue de Speron Speroni , où
un Sçavant d'Italie protefte dés le
début qu'il aimeroit mieux fçavoir
parler comme Ciceron , que d'eftre
Pape. Et parce qu'on ne manqua pas
de le décrier fur un choix fi extraordinaire
, il ajoûta encor plus affirmativement
qu'il avoit en plus grande.
eftime la Langue de Ciceron que
l'Empire d'Augufte. Bembus autre
Sçavant d'Italie , qui eft un des Interlocuteurs
, n'en dit pas tout à fait
autant. Il fe contente de déclarer
qu'il ne donneroit pas le peu qu'il
fçait de cette Langue pour les Etats
de Mantouë . Noftre Docteur de Bezançon
trouve auffi que jamais Scaliger
n'a témoigné plus de jugement
que quand il a voulu eftre enterré ,
un Exemplaire de Virgile fur le coeur,
& qu'il a proteſté qu'il aimeroit
mieux avoir fait une certaine Ode
d'Horace , qu'eftre Roy de Portugal.
Avoüez moy , Monfieur , que ces
Gens - là n'aimoient guére à dominer
, car quand on eft touché de
cette paffion , on fe réfoudroit fans
·
K iij
222 Extraordinaire
peine à eftre muer , fi on eſperoit par
là d'aller à la Souveraineté . Mais
vous ne fçavez pas encor toute l'Hiftoire
du difcernement de ce mefine
Docteur. Son plus grand_Heros eft
un certain Pomponius Lotus qui
vivoit fur la fin du 15. Siecle. En
voicy la raifon. C'eft qu'il s'opiniâtra
toute la vie à n'étudier point le
Grec , de peur de s'expofer à corrompre
la pureté de la Langue Latine par
le mélange de quelque barbarie étran
gere ; ce qui eftoit bien éloigné de
La conduite du P. Maffée , qui pour
la meſme apprehenfion ne difoit jamais
fon Breviaire qu'en Grec. Ce
qui fuit eft encor plus étonnant ;
Pomponius Laetus fe défit de fon
nom de Baptéme , qui eftoit Pierre,
parce que ce n'eftoit pas un nom
Romain , comme celuy de Pompa
nius , qu'il prit en la place de l'autre.
Ayant épargné dequoy acheter une
petite Maifon fur le Mont Quirinal
, il y fit bâtir une Chapelle en
l'honneur de Romulus , & ne manquoit
pas tous les ans de chommer
avec beaucoup de devotion la
Feſte
du Mercure Galant . 223
Fefte de la Fondation de Rome ;
preft à imiter ( s'il eut eu affez d'argent
) les Habitans de la Ville d'Albande
dans la Carie , qui bâtirent
des Temples & des Autels à la ville
de Rome , apres l'avoir miſe au nombre
des Dieux. Vous ne vous foucîrez
guére , Monfieur , qu'un Docteur qui
eft capable de ces excés , ne foit pas
pour le Mercure Galant.
Ceux que nous avons icy ne font
pas de cette Toupe ils fçavent meprifer
les vieilles chofes avec plus de
retenue , & fans méprifer les productions
de noftre Siecle ils donnent
dans le Grec de tout leur coeur ,
& avoüent mefine qu'en fait de
gentileffe il n'a point fon femblable
dans l'antiquité. Il eft vray qu'ils
préferent la Langue Latine à la
Françoife , & qu'ils font bien aifes
que celle - cy ait perdu fon Procés
pour ce qui regarde l'Infcription
des Monumens publics , nonobftant
les Livres & les Harangues de
Meffieurs de l'Académie. Ils difent
que la Langue Latine a fi bien réuffy
à nous conferver la magnificen-
JCK K iiij
224 Extraordinaire
ce & la gloire des Célars , qu'il eft
-de la juftice & de la prudence de la
maintenir dans fa poffeffion , à prefent
qu'il s'agit d'élever des Monumens
à la gloire d'un Prince qui vaut
plus que tous les Céfars enfemble.
An refte , Monfieur, ils font inconfolables
de ce que Fancienne Italic
n'a fçeu produire un Homme comme
vous , pour compofer tous les Mois
:un Tome du Mercure Galant . Leurs
regrets me femblent affez légitimes,
car il eft certain qu'un Ouvrage de cet.
te nature feroit d'un grand ſecouts
pour connoiftre pleinement le génie
des Romains , & pour éclaircir mille
points d'Histoire & de Literature.
Cet ouvrage feroit beaucoup d'honneur
à la Langue Latine , car au lieu
que nous ne la voyons qu'en habit
dé cerémonie , il nous la montreroit
dans une parure aisée & naturelle , &
je ne doute pas qu'en cet état elle
n'eut des graces qui charmefoient
plus nos beaux Efprits , que toutes
les phrafes pompeufes
que toutes les périodes arrondies
qui nous reftent, Cet Ouvrage nous
> &
fergit
du Mercure Galant .
225
feroit connoiftre la converſation des
Romains , dont Monfieur de Balzac
nous a fait concevoir une fi haute
idée. Nous y verrions le caractere
de leur galanterie , nous verrions
comment les Dames Romaines répódoient
à une déclaration d'amour ,
& quel tour elles donnoient à leurs
Billets doux & à leurs Vers , ce que
nous ne pourrons pas connoiftre ny
par la Cielie de Mademoiſelle de Scu
dery,ny par la Cleopatre de Monfieur
de la Calprenede , parce qu'an lieu
de nous y donner des Portraits tirez
apres l'Original Romain ,
nous y donne les manieres de noftre
Siecle toutes pures , excepté qu'on
en ofte les idées de libertinage . Outre
cela nous verrions dans ce Mercure
l'Esprit Provincial de l'Italie , car
en nous rapporteroit fouvent des
Pieces galantes & en Vers & en Profe
, compofées à Mantouë , à Padouë,
à Naples , à Tarente , &c. qui nous
donneroit le moyen de remarquer
s'il y avoit de la diférence entre l'EL
prit compofé du Grec & du Romain ,
& l'Efprit composé du Romainr,.
K. v.
226 Extraordinaire
& du Gaulois.Bon Dieu , que ce Mercure
eut épargné de peine à tant de
fçavans Critiques qui ont feuilleté
des cent & deux cens mille Volumes
pendant quarante ans pour déterrer
comment on s'habilloit à Rome !
Mais d'autre cofté il leur eut fourny
un fi vafte champ de Commentaires,
qu'ils auroient bien eu dequoy exercer
leur diligence . Tel Billet eut efté écrit
en badinant par une jeune Beauté, qui
eut coûté dix ans de bonne étude aux
Turnebes & aux Cafaubons , & je ne
doute pas que la Langue Françoiſe
devenoit un jour ce que la Latine eft
devenue , il n'y eut des Vers de Madame
' des Houlieres par exemple qui
mettroient à quia tout le Parnaffe , à
force d'éftre difficiles . Je ferois bien
fâché que cette confideration l'empêchaft
de faire des Vers , car quand elle
devroit
Aux Saumaifes futurs préparer des
tortures ,
voire les obliger à fe manger les
poingts , noftre Siecle doit fouhaiter
qu'une Mufe aufli tendre & auffi délicate
que la fienne , nous régale fou
vene
du Mercure Galant. 227
d
vent defes productions . Mais j'admire
comme une chofe en attire une autre.
Je ne croyois vous écrire que
deux mots de remercîment , & deux
autres mots fur l'Hiftoire Enigmatique
, & voicy prefque un Livre fans
avoir rien dit fur cette Hiftoire. 11
n'eft pas jufte que nos Sçavans fe difpenfent
de fournir leur écot pour le
prochain Extraordinaire ; mais cette
Lettre eft déja fi lógue, qu'il faut renvoyer
la partie à une autre fois. On
a deviné icy les deux Enigmes du
Mois de May, fi le Mot de la premiere
eft une Flufte, & le Mot de la feconde
, le Soleil. Il y a des parys de con- ya
fequence fur ces paroles,
MaFille jamais ne me quite,
Si ce n'eft dans les lieux où je fuis trop
puiſſant.
Les uns veulent que ce foit l'Ombre,
d'autres la Lune , d'autres avec
plus d'apparence, l'Aurore. Nous verrons
au premier jour qui aura gagné.
Cependant je vous prie de me croire
voftre , &c.
XLIII
.
A
Sedan
.
E vous l'ay déja écrit , Monfieur,
voftre Mercure plaift à toute forte
de Gens ; mais vous ne fçavez pas
que c'eft un embarras tout - à - fait
étrange pour moy , car on ne fe
contente pas de fe divertir à la lecture
de ce Livre , on fe croit encor
obligé à vous témoigner fa reconnoiffance
avec quelque efpece d'éclat
; & comme on a veu que les- remercimens
que je vous ay faits an
nom de quelques Docteurs, vous ont
paru dignes d'avoir place dans l'Extraordinaire,
on s'imagine qu'il n'y a
qu'à s'adreffer à moy pour le tirer
d'affaire honorablement , & que c'eſt
là le grand chemin de l'Impreffion ,
& dans cette veuë tout le monde me
veut avoir icy pour fon Secretaire.
Je m'en défens de tout mon mieux.
Je me tue à imaginer des raifons
pour cela , on y répond ; je replique,
210 Extraordinaire
que , on me refute une feconde fois;
je fuis feul contre plufieurs , j'ay beau
crier , on ne difcerne point ma voix
parmy tant d'autres plus fortes, & c'eſt
tous les jours à recommencer. N'eſtil
pas vray, Monfieur,que c'eft un des
plus grands embarras du monde ? Je
ne fçay fi je feray ceffer la perfecution
par la déclaration que je vais faire,
au hazard de m'atirer des Ennemis
& des Ennemies, que je ne veux vous
remercier que pour moy - mefine , &
pour la Troupe des Sçavans qui m'a
déja employé.
Je commence par moy - mefine ;
Monfieur , afin d'obeir au Proverbe
, & je vous avonë que je ne sçaurois
jamais vous remercier dignement
de l'honneur que vous m'avez
fait en faifant imprimer ma Lettre,
car dé là je fuis Autheur en bonne
& de se forme. C'eft un titre qu'on
ne fçauroit plus me difputer raifonnablement.
Or ce n'eft pas peu de
chofe que d étre Autheur , & il faut
bien que le monde en foit perfuadé,
P uis qu'on voit courir tant de Gens
à ce glorieux titre à travers mille railleries
du Mercure Galant . 21 I
Ieries & mille cenfures dont on les
menace. Les Rieurs ont beau faire des
plaifanteries fur la qualité d'Autheur
en general . Je ne voy pas que la tenta.
tion de fe faire imprimer en devienne
moins infurmontable, & je remarque
qu'ils ne font pas fâchez eux- mefines
qu'on leur faffe courir les perils de
Impreffion. Il ne faut pas s'en
étonner , car enfin la penfée quon
a mis au jour un Livre , fait naître
les plus agreables vifions du monde
dans l'efprit . L'Autheur fe figure
que pendant qu'il dormira la graffe
matinée , ou qu'il fe divertira à relire
les louanges que fes Amis luy au
ront écrites de toutes parts , plufieurs
Perſonnes en mille endroits de la
Terre examineront fon Livre , en feront
des Recueils , & fe prépareront
à le citer avec éloge . Il y en a qui
fe reprefentent plufieurs celebres Traducteurs
un Dictionnaire à la main.
occupez à faire parler divers langages
à leur Livre. Il s'en trouve qui
percent jufques dans les Siecles à
venir les plus reculez , & y voyent
à coup feûr que l'Antiquité rend
leurs
212 Extraordinaire
•
, & leurs compofitions venerables
qu'elles fervent de texte à mille fçavans
Commentaires. D'autres peignent
dans leur imagination cent
Ruelles à beau monde où on lira
leurs Ouvrages , où on les comblera
d'éloges , & où l'on refoudra de faire
connoiffance avec l'Autheur . C'eft
felon la nature du Livre , que l'on ſe
reprefente telle ou telle chofe, plutoft
qu'une autre , mais ce font toûjours
des idées qui rempliffent de contentement.
Il faut avoir paffe par l'experience
pour comprendre toute l'étendue
de ces plaifirs. Cèla va fi loin,
que la feule veuë d'un Papier imprimé
où on reconnoift fon ouvrage , répand
par tout le corps un plaifir qui
pénetre jufqu'aux moüelles , fur tout
la premiere fois qu'on eft regalé de ce
fpectacle : fi bien que je ne m'étonne
plus que l'on ait dit qu'il eft auffi rare
de trouver un Autheur qui fe contente
de faire feulement un Livre, que de
voir une Femme qui en demeure à la
premiere galanterie.
Il y auroit mille chofes à dire fur
tout cecy , mais il faut eſtre court:
Ainfi,
du Mercure Galant.
213
1
Ainfi , Monfieur en deux mots je
réels ,que
vous remercie de la qualité d'Autheur
dont il vous a plû de me donner l'inveftiture.
Je vous promets de la relever
toûjours de vous , & de vous en
prefter foy & hommage toutes les
fois que befoin fera. J'ay des raisons
toutes particulieres d'en ufer ainfi ,
caren me rendant Autheur vous m'avez
procuré des avantages fi réels , que
l'embarras dont je vous ay parlé au
commencement n'eft rien en comparaiſon
, & ne m'empefche pas de reconnoiftre
que je vous fuis infiniment
obligé. En effet , Monfieur, non
feulement vous m'avez attiré les re
mercîmens de toute une Ville pour la
gloire qu'elle trouve à paroiftre dans
vos Ouvrages, mais auffi vous m'avez
affocié à plufieurs beaux Efprits de
Fun & de l'autre fexe , de telle forte
que nous courons le monde reliez enfemble.
Ce qui me fait efperer que fi
je voyage quelque jour par les Provinces
du Royaume, je trouveray par
tout d'illuftres Confreres qui me recevront
chez eux à bras ouverts , car
il eft jufte qu'il fe forme une Confrairie
214. Extraordinaire
frairie des Autheurs de l'Extraordinaire
avec le droit d'hofpitalité réciproque
, y comprenant auffi tous
ceux qui devinent les Enigmes , ou
qui font figure dans le Mercure par
quelqu'autre endroit. Pour vous ,
Monfieur , cela ne fouffre point de
difficulté , vous n'avez que faire d'argent
pour voyager par le monde.
Vous avez des Creatures dans toutes
les Provinces , il n'y a point de lieu
où vous n'ayez fait de bons Amis &
de belles Amies. Quelle apparence
apres cela d'aller loger au Cabaret ?
Je fuis feûr qu'on fe feroit par tout
un devoir indifpenfable de vous en
tirer , & un plaifir extréme de vous
préparer un Apartement avec grand'
chere & grand feu. Mais tout bien
compté , je trouve qu'il vaut mieux
pour le bien general des Provinces,
que vous ne voyagiez pas , car un
voyage vous empécheroit de continuer
le Mercure & cette interruption
defoleroit plufieurs Provinces
enſemble au lieu que voſtre
prefence n'en fatisferoit qu'une à la
fois.
›
Je
du Mercure Galant.
215
Je paffe à nos vieux Docteurs . Ils
vous remercient comme d'une choſe
qui leur tient extrémement au coeur,
de ce que vous avez rendu public le
bon gouft: qu'ils ont confervé pour
les jolies chofes. Vous fçavez , Monfieur
, que les Gens de ce caractere ne
font rien que pour l'eternité , fi - bien
que vous les avez pris juftement par
Fendroit le plus fenfible , lors que
vous avez fait imprimer la démarche
qu'ils ont faite de vous remercier de
l'avantage que vous procurez aux
Sciences par le moyen de vôtre Mercure
Galant.Outre qu'ils font bien aifes
que le Public puiffe voir que les
Sciences ne gâtent pas le goût à l'égard
de la délicateffe , comme on les
en accufe ordinairement. Ils joignent
à tout cela d'autres confiderations qui
les obligent à vous remercier tresparticulierement
de l'Extraordinaire
du Mercure. C'eft , difent- ils , qu'ony ap
prend à connoistre les Gens d'efprit de
chaque Province, & qu'ony voit un Elo
gefortbien entendu des Provinciaux .
Je crains bien , Monfieur, que tous les
Parifiens ne vous en ayent pas avoüé,
car
216
Extraordinaire
car plufieurs d'entr'eux tranchent tout
court qu'hors de leur Ville il n'y a
point de falut pour l'Eſprit & pour la
Galanterie. Ils traitent toutes les Provinces
de Barbares, & fur tout , celles
qui font au delà de la Loire . Ils fe relâchent
quelquefois en faveur des autres,
avoüant que les lumieres de Paris
leur peuvent communiquer quelques
rayons. Mais ils prétendet que la Loire
eft une Barriere que tout Paris ne
fçauroit paffer , de forte qu'au delà ce
ne font qu'épaiffes tenebres,à peu pres
comme les Italiens difent des Régions
qui font à leur égard aux delà des Alpes.
En tout cas je fuis affuré que les
bons Connoiffeurs de Paris conviennent
avec vous , Monfieur , que tout
l'efprit & toute l'habileté & la déli–
cateffe de France , ne font pas renfermées
dans leur Ville, car il est évidemment
vray que les Provinces ont un
tres - grand nombre d'habiles Gens.
Je me ferois des affaires , fi je mettois
en exemple quelques - unes de
ces Provinces , car les autres ne
manqueroient pas de s'en fâcher.
Elles n'entendent point raillerie làdeffus
,
du Mercure Galant. 217
deffus , & ne fe veulent rien ceder les
unes aux autres. Elles publient tou
tes de grands Catalogues d'Hommes
Illuftres . Il y en a peu à la verité
qui trouvent un auffi bon Hiftorien
que le fayant Monfieur Ménage,
qui nous doit donner la Vie des
Illuftres Angevins , mais enfin elles
publient toutes de magnifiques Eloges
des grands Hommes qu'elles ont
produits , c'eft pourquoy je n'oferois
dire que la Normandie par exemple,
La Provence & l'Auvergne , font en
poffeffion de fournir quantité d'habiles
Gens.
Mais comme il eft probable que
Les bons Connoiffeurs de Paris font
en cela justice aux Provinces , il eft
de justice auffi que les Provinciaux
avouent à la gloire de cette incomparable
Ville, qu'elle fe pourroit paffer
du tribut que les Provinces luy
font de tout ce qu'elles produifent de
meilleur. J'avoue qu'il y a un tresgrand
nombre de Provinciaux dont
Les lumieres font beaucoup d'honneur
à la Ville de Paris ; mais encor un
coup ,
elle s'en
Qd'Avril.
pourroit paffer parce
K
218
Extraordinaire
;.
qu'il nait dans fon enceinte affez
d'habiles Gens en toute forte de Profellions
. On ne pourroit pas dire cela
de l'ancienne Rome, car à peine nous
refte- t- il quelque Ouvrage qui ait été
composé par un Enfant de cette Ville
; fi bien que tous ces beaux Livres
où nous admirons fa grandeur & fa
puiffance , font deûs à la plume des
Provinciaux . Si nous admirons l'é
loquence qui brille dans les Plaidoyers
de Cicéron le fublime qui
éclatte dans le Panégyrique de line;
la grandeur des pensées & des expreffions
qui regne dans 1Hiftoire
de Tite Live : SI. nous admirons les
Vers tendres & amoureux d'Ovide
& de Catulle ; la magnificence des
Odes d'Horace ; la majeſté de l'Eneide
; l'enjouement des Comédies de
Plaute ; le fel & le bon fens de celles
de l'adreffe fatyrique
d'Horace & de Juvenal : Si nous
admirons tout cela , dis - je , & plufieurs
autres Hiftoriens , Poëtes , &
Orateurs , qu'il feroit trop long de
nommer ce font tous Provinciaux
que nous admirons. Au contraire
}
Terence
17
1
il
du Mercure Galant. 219
ilferoit facile de prouver que les Parifiens
ont la meilleure part
dans tous
les Ouvrages de cette efpece que noſtre
Siecle admire le plus , & c'eſt
une marque inconteſtable que la
bonne fortune & la gloire de Paris
furpaffent celle de Rome , puis que
fans la plume des Etrangers nous ne
connoiftrions prefque rien de ce que
Rome a efté.
C'est pourtant une chofe que je ne
fçaurois faire entrer dans l'efprit de
nos Docteurs. Ils prétendent que
l'Antiquité, & particulierement l'Antiquité
Romaine , leur chere Marote,
doit avoir la préference en tout &
par tout , excepté quand ils mediditent
fur la gloire de noftre Grand
Monarque En quoy ils imitent les
Romains du temps d'Augufte , qui à
la referve de cet Empereur qu'ils mettoient
au delfus de tous les Anciens
Capitaines Grecs & Romains , donnoient
dans tout le refte la fuperiorité
aux Siecles precedens , comme
Horace le leur reproche Avec tout
cela je dois rendre ce témoignage
à nos Sçavans , qu'ils font bien
Kij
220 Extraordinaire
eloignez de l'enteftement d'un Doc
teur de Bezançon qui defaprouve voftre
Mercure , fur ce mefchant principe
, que tout ce qui n'a pas efté en
ufage parmy les Romains , ne vaut
rien. Il avoue que l'Autheur du Mercure
a de l'efprit , & qu'il ménage
fort les bonnes moeurs ; car , dit-il,
quoy qu'il fe faffe mille bons coups entre
Les deux Sexes , cependant les avantu
res du Mercure fe terminent toujours le
plus honneftement du monde , foit que
l'Autheur Suprime les conclufions qui
pourroient eftre de mauvais exemple, foit
qu'il ne choififfe que les Galanteries qui
ont efté bonneftes juſques au bout , fans
fe foncier du chagrin que cela fait aux
Lecteurs libertins ; Mais pourfuit- il,
fi cette forte de Livre eftoit loüable , les
Romains n'auroient pas manqué d'en
avoir.
Vous croirez peut - eftre , Monfieur,
que c'eft un conte fait à pla fir. Mais
pour vous convaincre que le Perfonnage
eft capable de ce rai onnement,
il fuffira de vous dire que c'eſt un
Homme qui ne trouve rien de mieux
penfé dans les Livres de ces der
niers
du Mercure Galant. 221
niers Siecles , que ce qu'on lit dans
un Dialogue de Speron Speroni , où
un Sçavant d'Italie protefte dés le
début qu'il aimeroit mieux fçavoir
parler comme Ciceron , que d'eftre
Pape. Et parce qu'on ne manqua pas
de le décrier fur un choix fi extraordinaire
, il ajoûta encor plus affirmativement
qu'il avoit en plus grande.
eftime la Langue de Ciceron que
l'Empire d'Augufte. Bembus autre
Sçavant d'Italie , qui eft un des Interlocuteurs
, n'en dit pas tout à fait
autant. Il fe contente de déclarer
qu'il ne donneroit pas le peu qu'il
fçait de cette Langue pour les Etats
de Mantouë . Noftre Docteur de Bezançon
trouve auffi que jamais Scaliger
n'a témoigné plus de jugement
que quand il a voulu eftre enterré ,
un Exemplaire de Virgile fur le coeur,
& qu'il a proteſté qu'il aimeroit
mieux avoir fait une certaine Ode
d'Horace , qu'eftre Roy de Portugal.
Avoüez moy , Monfieur , que ces
Gens - là n'aimoient guére à dominer
, car quand on eft touché de
cette paffion , on fe réfoudroit fans
·
K iij
222 Extraordinaire
peine à eftre muer , fi on eſperoit par
là d'aller à la Souveraineté . Mais
vous ne fçavez pas encor toute l'Hiftoire
du difcernement de ce mefine
Docteur. Son plus grand_Heros eft
un certain Pomponius Lotus qui
vivoit fur la fin du 15. Siecle. En
voicy la raifon. C'eft qu'il s'opiniâtra
toute la vie à n'étudier point le
Grec , de peur de s'expofer à corrompre
la pureté de la Langue Latine par
le mélange de quelque barbarie étran
gere ; ce qui eftoit bien éloigné de
La conduite du P. Maffée , qui pour
la meſme apprehenfion ne difoit jamais
fon Breviaire qu'en Grec. Ce
qui fuit eft encor plus étonnant ;
Pomponius Laetus fe défit de fon
nom de Baptéme , qui eftoit Pierre,
parce que ce n'eftoit pas un nom
Romain , comme celuy de Pompa
nius , qu'il prit en la place de l'autre.
Ayant épargné dequoy acheter une
petite Maifon fur le Mont Quirinal
, il y fit bâtir une Chapelle en
l'honneur de Romulus , & ne manquoit
pas tous les ans de chommer
avec beaucoup de devotion la
Feſte
du Mercure Galant . 223
Fefte de la Fondation de Rome ;
preft à imiter ( s'il eut eu affez d'argent
) les Habitans de la Ville d'Albande
dans la Carie , qui bâtirent
des Temples & des Autels à la ville
de Rome , apres l'avoir miſe au nombre
des Dieux. Vous ne vous foucîrez
guére , Monfieur , qu'un Docteur qui
eft capable de ces excés , ne foit pas
pour le Mercure Galant.
Ceux que nous avons icy ne font
pas de cette Toupe ils fçavent meprifer
les vieilles chofes avec plus de
retenue , & fans méprifer les productions
de noftre Siecle ils donnent
dans le Grec de tout leur coeur ,
& avoüent mefine qu'en fait de
gentileffe il n'a point fon femblable
dans l'antiquité. Il eft vray qu'ils
préferent la Langue Latine à la
Françoife , & qu'ils font bien aifes
que celle - cy ait perdu fon Procés
pour ce qui regarde l'Infcription
des Monumens publics , nonobftant
les Livres & les Harangues de
Meffieurs de l'Académie. Ils difent
que la Langue Latine a fi bien réuffy
à nous conferver la magnificen-
JCK K iiij
224 Extraordinaire
ce & la gloire des Célars , qu'il eft
-de la juftice & de la prudence de la
maintenir dans fa poffeffion , à prefent
qu'il s'agit d'élever des Monumens
à la gloire d'un Prince qui vaut
plus que tous les Céfars enfemble.
An refte , Monfieur, ils font inconfolables
de ce que Fancienne Italic
n'a fçeu produire un Homme comme
vous , pour compofer tous les Mois
:un Tome du Mercure Galant . Leurs
regrets me femblent affez légitimes,
car il eft certain qu'un Ouvrage de cet.
te nature feroit d'un grand ſecouts
pour connoiftre pleinement le génie
des Romains , & pour éclaircir mille
points d'Histoire & de Literature.
Cet ouvrage feroit beaucoup d'honneur
à la Langue Latine , car au lieu
que nous ne la voyons qu'en habit
dé cerémonie , il nous la montreroit
dans une parure aisée & naturelle , &
je ne doute pas qu'en cet état elle
n'eut des graces qui charmefoient
plus nos beaux Efprits , que toutes
les phrafes pompeufes
que toutes les périodes arrondies
qui nous reftent, Cet Ouvrage nous
> &
fergit
du Mercure Galant .
225
feroit connoiftre la converſation des
Romains , dont Monfieur de Balzac
nous a fait concevoir une fi haute
idée. Nous y verrions le caractere
de leur galanterie , nous verrions
comment les Dames Romaines répódoient
à une déclaration d'amour ,
& quel tour elles donnoient à leurs
Billets doux & à leurs Vers , ce que
nous ne pourrons pas connoiftre ny
par la Cielie de Mademoiſelle de Scu
dery,ny par la Cleopatre de Monfieur
de la Calprenede , parce qu'an lieu
de nous y donner des Portraits tirez
apres l'Original Romain ,
nous y donne les manieres de noftre
Siecle toutes pures , excepté qu'on
en ofte les idées de libertinage . Outre
cela nous verrions dans ce Mercure
l'Esprit Provincial de l'Italie , car
en nous rapporteroit fouvent des
Pieces galantes & en Vers & en Profe
, compofées à Mantouë , à Padouë,
à Naples , à Tarente , &c. qui nous
donneroit le moyen de remarquer
s'il y avoit de la diférence entre l'EL
prit compofé du Grec & du Romain ,
& l'Efprit composé du Romainr,.
K. v.
226 Extraordinaire
& du Gaulois.Bon Dieu , que ce Mercure
eut épargné de peine à tant de
fçavans Critiques qui ont feuilleté
des cent & deux cens mille Volumes
pendant quarante ans pour déterrer
comment on s'habilloit à Rome !
Mais d'autre cofté il leur eut fourny
un fi vafte champ de Commentaires,
qu'ils auroient bien eu dequoy exercer
leur diligence . Tel Billet eut efté écrit
en badinant par une jeune Beauté, qui
eut coûté dix ans de bonne étude aux
Turnebes & aux Cafaubons , & je ne
doute pas que la Langue Françoiſe
devenoit un jour ce que la Latine eft
devenue , il n'y eut des Vers de Madame
' des Houlieres par exemple qui
mettroient à quia tout le Parnaffe , à
force d'éftre difficiles . Je ferois bien
fâché que cette confideration l'empêchaft
de faire des Vers , car quand elle
devroit
Aux Saumaifes futurs préparer des
tortures ,
voire les obliger à fe manger les
poingts , noftre Siecle doit fouhaiter
qu'une Mufe aufli tendre & auffi délicate
que la fienne , nous régale fou
vene
du Mercure Galant. 227
d
vent defes productions . Mais j'admire
comme une chofe en attire une autre.
Je ne croyois vous écrire que
deux mots de remercîment , & deux
autres mots fur l'Hiftoire Enigmatique
, & voicy prefque un Livre fans
avoir rien dit fur cette Hiftoire. 11
n'eft pas jufte que nos Sçavans fe difpenfent
de fournir leur écot pour le
prochain Extraordinaire ; mais cette
Lettre eft déja fi lógue, qu'il faut renvoyer
la partie à une autre fois. On
a deviné icy les deux Enigmes du
Mois de May, fi le Mot de la premiere
eft une Flufte, & le Mot de la feconde
, le Soleil. Il y a des parys de con- ya
fequence fur ces paroles,
MaFille jamais ne me quite,
Si ce n'eft dans les lieux où je fuis trop
puiſſant.
Les uns veulent que ce foit l'Ombre,
d'autres la Lune , d'autres avec
plus d'apparence, l'Aurore. Nous verrons
au premier jour qui aura gagné.
Cependant je vous prie de me croire
voftre , &c.
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18409
p. 13-14
A Madame la Présidente CH ..... en lui envoyant la clef de l'Œuvre de S. Paul.
Début :
AIMABLE, vertueuse, & jeune Présidente Un Exmarguillier vous présente, [...]
Mots clefs :
Prières, Clef
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texteReconnaissance textuelle : A Madame la Présidente CH ..... en lui envoyant la clef de l'Œuvre de S. Paul.
A Madame la Préfidente CH ..... en lui
envoyant la clefde l'OEuvre de S. Paul.
AIMABLE , vertueuſe , & jeune Préſidente
Un Exmarguillier vous préſente ,
14 MERCURE DE FRANCE.
La clef de ces bancs deftinés
Aux notables prédestinés.
Vous y verrez Befeaux , Quêteurs, Marchands du
Temple ,
Et nos petits Bourgeois gonflés de Pains - benis ;
Mais fi tout , de trop près , dans le monde on
contemple ,
Tout jufques au plaifir entraîne les foucis.
Si d'un foible préfent vos mains reconnoiffantes
Faifoient verfer fur moi vos priéres ferventes ;
Cette clef qui chez moi n'eft pas d'un fort grand
prix ,
Me deviendra chez vous la clef du Paradis.
P. M. B....
envoyant la clefde l'OEuvre de S. Paul.
AIMABLE , vertueuſe , & jeune Préſidente
Un Exmarguillier vous préſente ,
14 MERCURE DE FRANCE.
La clef de ces bancs deftinés
Aux notables prédestinés.
Vous y verrez Befeaux , Quêteurs, Marchands du
Temple ,
Et nos petits Bourgeois gonflés de Pains - benis ;
Mais fi tout , de trop près , dans le monde on
contemple ,
Tout jufques au plaifir entraîne les foucis.
Si d'un foible préfent vos mains reconnoiffantes
Faifoient verfer fur moi vos priéres ferventes ;
Cette clef qui chez moi n'eft pas d'un fort grand
prix ,
Me deviendra chez vous la clef du Paradis.
P. M. B....
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Résumé : A Madame la Présidente CH ..... en lui envoyant la clef de l'Œuvre de S. Paul.
P. M. B., ancien marguillier, adresse une lettre à la présidente CH, qu'il admire pour sa jeunesse, son amabilité et sa vertu. Il lui offre la clé des bancs des notables, où elle verra divers personnages. Il la met en garde contre les dangers des plaisirs du monde et espère que ses prières transforment cette clé en clé du Paradis.
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18410
p. 3-4
AVERTISSEMENT.
Début :
LE Bureau du Mercure est chez M. LUTTON, Avocat, Greffier Commis [...]
Mots clefs :
Greffier, Commis, Libraires des provinces ou des pays étrangers, Poste, Volume, Format, Table générale
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texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
>
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON Avocat , Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi .
C'est à lui que l'on prie d'adreffer ,
francs de port , les paquets & lettres
-pour remettre , quant à la partie littéraire
, à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pour feize volumes
, à raifon de 30 fols piéce.
Les perfonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la pofte ,
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront des occafions pour
le faire venir , ou qui prendront les frais
du port fur leur compte , ne payeront
comme à Paris , qu'à raifon de 30 fols
parvolum. c'est-à- dire 24 livres d'avance,
en s'abonnant pour feize volumes.
Les Libraires des provinces ou des
A ij
pays étrangers , qui voudront faire venir
le Mercure , écriront à l'adreſſe cideffus.
On fupplie les perfonnes des provin
ces d'envoyer par la pofte , en payanı
le droit , leurs ordres , afin que le payement
en foit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affran
chis , refteront au rebut.
On prie les perfonnes qui envoyent
des Livres , Eftampes & Mufique à annoncer,
d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Piéces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , fe trouve auffi au
Bureau du Mercure. Le format , le nom → .
bre de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année . Il y en a jufqu'à
préfent quatre-vingt- quatorze volumes.
Une Table générale , rangée par
ordre des Matières , fe trouve à la fin du.
foixante-douzième .
>
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON Avocat , Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi .
C'est à lui que l'on prie d'adreffer ,
francs de port , les paquets & lettres
-pour remettre , quant à la partie littéraire
, à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pour feize volumes
, à raifon de 30 fols piéce.
Les perfonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la pofte ,
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront des occafions pour
le faire venir , ou qui prendront les frais
du port fur leur compte , ne payeront
comme à Paris , qu'à raifon de 30 fols
parvolum. c'est-à- dire 24 livres d'avance,
en s'abonnant pour feize volumes.
Les Libraires des provinces ou des
A ij
pays étrangers , qui voudront faire venir
le Mercure , écriront à l'adreſſe cideffus.
On fupplie les perfonnes des provin
ces d'envoyer par la pofte , en payanı
le droit , leurs ordres , afin que le payement
en foit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affran
chis , refteront au rebut.
On prie les perfonnes qui envoyent
des Livres , Eftampes & Mufique à annoncer,
d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Piéces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , fe trouve auffi au
Bureau du Mercure. Le format , le nom → .
bre de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année . Il y en a jufqu'à
préfent quatre-vingt- quatorze volumes.
Une Table générale , rangée par
ordre des Matières , fe trouve à la fin du.
foixante-douzième .
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Résumé : AVERTISSEMENT.
Le document traite de la distribution et de l'abonnement au 'Mercure', une publication périodique. Le Bureau du Mercure se trouve chez M. Lutton, avocat et greffier au Parlement, rue Sainte Anne, Butte Saint Roch. Les abonnés doivent envoyer leurs paquets et lettres à cette adresse, avec les frais de port payés. Le prix d'un volume est de 36 sols, tandis qu'un abonnement pour douze volumes coûte 24 livres à Paris. Pour les provinciaux, le coût est de 32 livres avec livraison gratuite, ou 24 livres si les frais de port sont pris en charge par l'abonné. Les libraires des provinces ou des pays étrangers doivent contacter le bureau pour recevoir le Mercure. Les commandes provinciales doivent être envoyées par la poste avec paiement à l'avance, et les paquets non affranchis seront rejetés. Les expéditeurs de livres, estampes et musique doivent indiquer le prix de ces articles. De plus, le 'Nouveau Choix de Pièces tirées des Mercures & autres Journaux' par M. de La Place est disponible au Bureau du Mercure, avec les mêmes conditions de format et de prix, totalisant actuellement quatre-vingt-quatorze volumes. Une table générale des matières est disponible à la fin du soixante-douzième volume.
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18411
p. 235-236
AVIS.
Début :
C'est souvent par les degrés des plus grandes fautes, que les [...]
Mots clefs :
Inventeurs, Perruquier, Sieur Rochefort, Têtes artificielles, Sur-mesure
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texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
C'EST ſouvent par les degrés des plus grandes
fautes , que les Inventeurs montent à la plus haute
perfection; car toute leur étude dans la recherche
des ſecrets de la nature , leur font connoître
combien lignorance naturelle des hommes les
en éloignent , & avec toutes leurs peines &travail
, ils ont cependant beſoin encore de ſçavoir
ce que le public juge de leurs premiers ouvrages
, pour y corriger & y perfectionner ce qui
demande de nouveaux foins , & par une application
conftante , & une patience laborieuſe , le
Sieur Rochefort , Maître Perruquier , inventeur
des Têtes artificielles , dont il a été fait mention
dans le Mercure du mois d'Octobre 1755 ,
a tellement perfectionné ces Têtes depuis peu ,
236 MERCURE DE FRANCE .
au point de la plus grande juſteſſe , qu'il monte
actuellement toutes fortes de Perruques avec une
préciſion Mathématique , ſuivant les différens
goûts particuliers ; enforte qu'elles prennent na.
turellement d'elles-mêmes le tour du viſage ſans
avoir beſoin de boucles , de cordons , de refforts ,
ni même de l'accommodage pour être aſſujetties
à coller , & les cheveux ſemblent avoir pris racine.
On ne repérera point l'éloge de l'approbation
que lui ont fait les Officiers de fa Communauté
, dans le Certificat en bonne forme
qu'ils lui ont accordé. Mais on donne avis aux
perfonnes qui demeurent en Province , & même
hors du Royaume , qui voudront avoir des Perruques
de ſa façon , de lui écrire , il leur enverra
un modele de meſure très-facile à prendre , &
tel qu'il le faut pour pouvoir y rapporter exactement
ſes proportions, & avec la facilité du modele
où tout est bien expliqué , les perſonnes
pourront ſe faire prendre la meſure de leur tête
aifément par qui bon leur ſemblera ; bien entendu
que les lettres feront affranchies. Le Sicur
Rochefort demeure à Paris , rue de la Verrerie
près de la rue des Billettes.
C'EST ſouvent par les degrés des plus grandes
fautes , que les Inventeurs montent à la plus haute
perfection; car toute leur étude dans la recherche
des ſecrets de la nature , leur font connoître
combien lignorance naturelle des hommes les
en éloignent , & avec toutes leurs peines &travail
, ils ont cependant beſoin encore de ſçavoir
ce que le public juge de leurs premiers ouvrages
, pour y corriger & y perfectionner ce qui
demande de nouveaux foins , & par une application
conftante , & une patience laborieuſe , le
Sieur Rochefort , Maître Perruquier , inventeur
des Têtes artificielles , dont il a été fait mention
dans le Mercure du mois d'Octobre 1755 ,
a tellement perfectionné ces Têtes depuis peu ,
236 MERCURE DE FRANCE .
au point de la plus grande juſteſſe , qu'il monte
actuellement toutes fortes de Perruques avec une
préciſion Mathématique , ſuivant les différens
goûts particuliers ; enforte qu'elles prennent na.
turellement d'elles-mêmes le tour du viſage ſans
avoir beſoin de boucles , de cordons , de refforts ,
ni même de l'accommodage pour être aſſujetties
à coller , & les cheveux ſemblent avoir pris racine.
On ne repérera point l'éloge de l'approbation
que lui ont fait les Officiers de fa Communauté
, dans le Certificat en bonne forme
qu'ils lui ont accordé. Mais on donne avis aux
perfonnes qui demeurent en Province , & même
hors du Royaume , qui voudront avoir des Perruques
de ſa façon , de lui écrire , il leur enverra
un modele de meſure très-facile à prendre , &
tel qu'il le faut pour pouvoir y rapporter exactement
ſes proportions, & avec la facilité du modele
où tout est bien expliqué , les perſonnes
pourront ſe faire prendre la meſure de leur tête
aifément par qui bon leur ſemblera ; bien entendu
que les lettres feront affranchies. Le Sicur
Rochefort demeure à Paris , rue de la Verrerie
près de la rue des Billettes.
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Résumé : AVIS.
L'avis concerne les inventions du Sieur Rochefort, maître perruquier. Rochefort a amélioré ses têtes artificielles, mentionnées dans le Mercure d'octobre 1755, permettant de monter toutes sortes de perruques avec précision. Ces perruques s'adaptent naturellement au visage sans nécessiter de boucles, cordons, ressorts ou accommodage, donnant l'impression que les cheveux ont pris racine. Les officiers de la communauté ont approuvé ses inventions, comme le montre le certificat qu'ils lui ont accordé. L'avis informe également les personnes résidant en province ou hors du royaume qu'elles peuvent commander des perruques en écrivant à Rochefort, qui leur enverra un modèle de mesure facile à utiliser. Les lettres seront affranchies. Rochefort réside à Paris, rue de la Verrerie, près de la rue des Billettes.
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18412
p. 9-14
LES HOMMAGES DU PARNASSE, Présentés au Roi, à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne. Par M. Gautier, Ancien Valet-de-Chambre de Sa Majesté.
Début :
Cedant hier à l'esprit qui m'entraîne, [...]
Mots clefs :
Apollon, Roi, Cour, Gloire, Héros, Temple, Dieu, Arts, Yeux, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES HOMMAGES DU PARNASSE, Présentés au Roi, à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne. Par M. Gautier, Ancien Valet-de-Chambre de Sa Majesté.
LES HOMMAGES
DU PARNASSE,
Présentés au Roi, à l'occasion de la Naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Par M. Gaubier, Ancien Valet-de-Chambre
de Sa Majesté.
Cedant hier à l'esprit qui m'entraîne,
J'osai porter mes pas dans le sacré valon;
l'échapai pat mes soins aux regurds d'Apollon,
Et côto yant saus bruit los bords de l'Hypocrene,,
J'atrive ensin au céleste séjour,
Od le Dieu des Arts tient sa cour.
La Nature toujours si féconde en miracles,
N'offrit jamais aux regards curieux
De plus magnisiques spectacles
Que ceux qui frapperent mes yeux.
Au sein du remple de Mémoire,
Apollon sur un Tronde élevé par la Gloire,
AV
10 MERCURE DE FRANCE
Entouré des Plaisirs, soutenu par les Arts,
Sur sa brillante Cour, promenoit ses regards.
Autour de lui les neuf Muses rangées,
Portoient les attributs divers
Des Sciences toujours par elles protégées
Et dont la connoissance enrichit l'univers.
De tous côtés accouroient sur leurs traces,
Les Poëtes fameux leurs plus chers favoris;
Autour d'eux voltigeoient les Graces
Qui leur avoient inspiré leuts écrits.
On voyoit le Chantre d'Achille
Couduire ce Héros à l'immottalité.
Près de lui paroissoit Virgile,
Dont la plume toujours fertile,
Sçut peindre à l'esprit enchanté
Mille sujets divers avec même beauté.
Le Maître de l'Art Poëtique
Chantre divin & famoux satyrique,
Horace y paroissoit avec ces traits mordans,
Dont il sçut foudroyer les vices de son tems.
Mais sur un lit de fleurs formé par la mollesse,
Sans cesse raffraîchi par l'aîle du Zéphir
l'apperçois dans les bras du Dieu de la tendresse
Le Légissaetur du plaisir.
C'est Ovile, le tendie Ovide
Ce Maître de la liberté.
Que la délicatesse guide
Daus ses leçons de volupte,
JANVIER.
1752.
11
L'Amour reçoit de lui son carquois & ses armes.
De lui l'Amour emprunte tous ses charmes,
Mortel divin fait pout tout animer,
Toi, par qui le plaisit respire sur la terre,
L'Amour t'inspira l'Art d'aimer,
Il apprend de toi l'Art de plaire.
Tandis qu'Ovide artête, & mon cour & met
yeux,
Apollon s'adressant à tous ces demi-Dieur
Leur dit avec un doux sourire:
Ornemens de ma Gloire, appui de mon Empire,
Je vous ai tous rassemblés dans ce jour-
Pour célébrer aux accords de ma lyre,
Le bonheur des Etats od LovIS tient ma Cour.
L'Hymen toujours heureux sous les loix de l'A-
mour
Donne un Prince aux François; cette illustre
naissance
Assure enfin le destin de la France.
Tous les Dieux à l'envi, répandent tour à tour
Sur cer Auguste Enfant une heureuse influence:
Et ce Prince, en un mot, est l'obiet précieur
Des vœux de l'nivers, & des faveurs des Dieuni-
Sur lui Jupiter lance un rayon de sa gloire,
Mars lui promet des jours tissus par la Victoite;:
Pallas de ses conseils, éclairant ses projets,
Guidera son jeune courage.
Craint de ses Ennemis, aimé de ses Sujets,,
Avj
12 MERCURE DE FRANCE.
Il aura les vertus du Héros & du Sage.
Tout lui promet le destin le plus beau,
Et si la slamme éclaire son berceau*,
On n'en doit concevoir qu'un illustre présage,
De son éclat futur, cet époque est le gage:
De l'Inde le Vainqueur fameux,
Le rival du Dieu des batailles,
Alexandre naquit à la clatté des feux
Qui du Temple d'Ephése embrasoient les murail.
les.
Rappellex-vous son pere au milieu des hazards,
D'un Roi victorieux suivant les étendarts.
Petit Fils de LOUIS, il suivra son exemple:
La Race des BOURBONS est celle des Heros;
Illustre enfin jusques dans le repos,
Adoré des mortels, leur cœeur sera son Temple.
Chanten les vertus, la beauté
D'une Auguste & jeune Princesse,
Qui paye à son époux le prix de sa tendresse,
En donnant un Héros à l'immortalité.
La cohorte celeste à l'instant réunie
Secondant les vœux d'Apolion,
Consacre de ses chants le divine harmonie,
A celebrer la Race de BOURBON.
*Le jour de la Naissance de Manseieneur le Das
de Bengogne. la sen o tris à la grana E curie du
Rei, à V'erfailles.
Er Alexanire naquis le nne jorr que le Terpie-
de Diaus ju: crie a Epiisc.
nes uO
JANVIER.
1752.
13.
Si j'eusse été prudent, si j'eusse pu me taire,
J'aurois vu jusqu'au bout cet auguste mystére;
Mais d'un zele indiscret me laissant emportet,
Voyant louer mes Rois, je me mis à chanter,
On s'apperçut bientôt que quelque téméraire
Jusqu'au Temple des Arts avoit osé monter.
Aux accens de ma voix, la douce melodie.
Au même instant avoit cessé,
Et de Chaptres divins. un essain amassé
Menaçoit de changer la Fête en Tragédie,
Quand Apollon surptis de ma témérité,
M'appelle, & me lançant, un regard irrité:
Mortel audacieux, me dit- il en colere:
Quel dessein t'amene en ces lieux?
L'Amout, le zele & le desir de plaire,
Repondis je, en baissant. les yeux;
A qui : reprit ce Dicu d'un ton moins furieux;
Au Monarque immortel, dont vous aimes la
gloire,
A mon Roi respecté de tous ces demi-Dieur,
Et dont je vois la place au Temple de Mémoire.
Alois faisaut briller sur son front la douceur,
Vas, me dit Apolion, j'excuse ton andace,
Suis les mouremens de ton cœur.
Tu venx plaire à LOUIS, va, parts, je te fais.
grace,
Porte Iui le récit de nos divius Concerts,
Les voeux, les hommages divers
Des Habitans & da Dien de Parnasst.
14 MERCUF
CE.
AU ROI.
SIRE, par des accens trop peu dignes de vous.
Je sens que d'Apollon je remplis mal l'attente
Mais si tous protégez une Muse tretublante,
Je ne craindrai point son courroux,
La vanité n'a point monté ma lyre,
Le respect, seul encens, dont le Ciel soit jaloux,
Est, SIRE, dans ce jour le seul Diou qui m'inspire
DU PARNASSE,
Présentés au Roi, à l'occasion de la Naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Par M. Gaubier, Ancien Valet-de-Chambre
de Sa Majesté.
Cedant hier à l'esprit qui m'entraîne,
J'osai porter mes pas dans le sacré valon;
l'échapai pat mes soins aux regurds d'Apollon,
Et côto yant saus bruit los bords de l'Hypocrene,,
J'atrive ensin au céleste séjour,
Od le Dieu des Arts tient sa cour.
La Nature toujours si féconde en miracles,
N'offrit jamais aux regards curieux
De plus magnisiques spectacles
Que ceux qui frapperent mes yeux.
Au sein du remple de Mémoire,
Apollon sur un Tronde élevé par la Gloire,
AV
10 MERCURE DE FRANCE
Entouré des Plaisirs, soutenu par les Arts,
Sur sa brillante Cour, promenoit ses regards.
Autour de lui les neuf Muses rangées,
Portoient les attributs divers
Des Sciences toujours par elles protégées
Et dont la connoissance enrichit l'univers.
De tous côtés accouroient sur leurs traces,
Les Poëtes fameux leurs plus chers favoris;
Autour d'eux voltigeoient les Graces
Qui leur avoient inspiré leuts écrits.
On voyoit le Chantre d'Achille
Couduire ce Héros à l'immottalité.
Près de lui paroissoit Virgile,
Dont la plume toujours fertile,
Sçut peindre à l'esprit enchanté
Mille sujets divers avec même beauté.
Le Maître de l'Art Poëtique
Chantre divin & famoux satyrique,
Horace y paroissoit avec ces traits mordans,
Dont il sçut foudroyer les vices de son tems.
Mais sur un lit de fleurs formé par la mollesse,
Sans cesse raffraîchi par l'aîle du Zéphir
l'apperçois dans les bras du Dieu de la tendresse
Le Légissaetur du plaisir.
C'est Ovile, le tendie Ovide
Ce Maître de la liberté.
Que la délicatesse guide
Daus ses leçons de volupte,
JANVIER.
1752.
11
L'Amour reçoit de lui son carquois & ses armes.
De lui l'Amour emprunte tous ses charmes,
Mortel divin fait pout tout animer,
Toi, par qui le plaisit respire sur la terre,
L'Amour t'inspira l'Art d'aimer,
Il apprend de toi l'Art de plaire.
Tandis qu'Ovide artête, & mon cour & met
yeux,
Apollon s'adressant à tous ces demi-Dieur
Leur dit avec un doux sourire:
Ornemens de ma Gloire, appui de mon Empire,
Je vous ai tous rassemblés dans ce jour-
Pour célébrer aux accords de ma lyre,
Le bonheur des Etats od LovIS tient ma Cour.
L'Hymen toujours heureux sous les loix de l'A-
mour
Donne un Prince aux François; cette illustre
naissance
Assure enfin le destin de la France.
Tous les Dieux à l'envi, répandent tour à tour
Sur cer Auguste Enfant une heureuse influence:
Et ce Prince, en un mot, est l'obiet précieur
Des vœux de l'nivers, & des faveurs des Dieuni-
Sur lui Jupiter lance un rayon de sa gloire,
Mars lui promet des jours tissus par la Victoite;:
Pallas de ses conseils, éclairant ses projets,
Guidera son jeune courage.
Craint de ses Ennemis, aimé de ses Sujets,,
Avj
12 MERCURE DE FRANCE.
Il aura les vertus du Héros & du Sage.
Tout lui promet le destin le plus beau,
Et si la slamme éclaire son berceau*,
On n'en doit concevoir qu'un illustre présage,
De son éclat futur, cet époque est le gage:
De l'Inde le Vainqueur fameux,
Le rival du Dieu des batailles,
Alexandre naquit à la clatté des feux
Qui du Temple d'Ephése embrasoient les murail.
les.
Rappellex-vous son pere au milieu des hazards,
D'un Roi victorieux suivant les étendarts.
Petit Fils de LOUIS, il suivra son exemple:
La Race des BOURBONS est celle des Heros;
Illustre enfin jusques dans le repos,
Adoré des mortels, leur cœeur sera son Temple.
Chanten les vertus, la beauté
D'une Auguste & jeune Princesse,
Qui paye à son époux le prix de sa tendresse,
En donnant un Héros à l'immortalité.
La cohorte celeste à l'instant réunie
Secondant les vœux d'Apolion,
Consacre de ses chants le divine harmonie,
A celebrer la Race de BOURBON.
*Le jour de la Naissance de Manseieneur le Das
de Bengogne. la sen o tris à la grana E curie du
Rei, à V'erfailles.
Er Alexanire naquis le nne jorr que le Terpie-
de Diaus ju: crie a Epiisc.
nes uO
JANVIER.
1752.
13.
Si j'eusse été prudent, si j'eusse pu me taire,
J'aurois vu jusqu'au bout cet auguste mystére;
Mais d'un zele indiscret me laissant emportet,
Voyant louer mes Rois, je me mis à chanter,
On s'apperçut bientôt que quelque téméraire
Jusqu'au Temple des Arts avoit osé monter.
Aux accens de ma voix, la douce melodie.
Au même instant avoit cessé,
Et de Chaptres divins. un essain amassé
Menaçoit de changer la Fête en Tragédie,
Quand Apollon surptis de ma témérité,
M'appelle, & me lançant, un regard irrité:
Mortel audacieux, me dit- il en colere:
Quel dessein t'amene en ces lieux?
L'Amout, le zele & le desir de plaire,
Repondis je, en baissant. les yeux;
A qui : reprit ce Dicu d'un ton moins furieux;
Au Monarque immortel, dont vous aimes la
gloire,
A mon Roi respecté de tous ces demi-Dieur,
Et dont je vois la place au Temple de Mémoire.
Alois faisaut briller sur son front la douceur,
Vas, me dit Apolion, j'excuse ton andace,
Suis les mouremens de ton cœur.
Tu venx plaire à LOUIS, va, parts, je te fais.
grace,
Porte Iui le récit de nos divius Concerts,
Les voeux, les hommages divers
Des Habitans & da Dien de Parnasst.
14 MERCUF
CE.
AU ROI.
SIRE, par des accens trop peu dignes de vous.
Je sens que d'Apollon je remplis mal l'attente
Mais si tous protégez une Muse tretublante,
Je ne craindrai point son courroux,
La vanité n'a point monté ma lyre,
Le respect, seul encens, dont le Ciel soit jaloux,
Est, SIRE, dans ce jour le seul Diou qui m'inspire
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18413
p. 1421-1426
PROBLÈME DE MEDECINE. Déterminer la vitesse absoluë du sang au sortir du cœur.
Début :
On ne sçauroit croire de quelle utilité seroit la résolution de ce Problême : [...]
Mots clefs :
Médecine, Sang, Cœur, Fluides, Gluant, Liqueurs, Artères, Aorte, Chyle, Boyau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PROBLÈME DE MEDECINE. Déterminer la vitesse absoluë du sang au sortir du cœur.
PROBLEME
DE MEDECINE.
Déterminer la vitesse absolue du sang
au sortir du coeur.
Ο
N ne sçauroit croire de quelle utilité
seroit la résolution de ce Problême :
les Medecins sont des mécaniciens , qui ne
sçauroient rétablir la Machine du corps.
humain , s'ils ignorent la position , l'en
chaînement des parties qui la composent,
le jeu , le mouvement , la vitesse , les
efforts des unes contre les autres ; je sçai
qu'on a déja tâché de déterminer la vi
tesse absolue du sang au sortir du coeurs
mais ce sont des démonstrations tirées de
Machines parfaites , en supposant les fluï
des très-coulans , tandis que le sang est
II. Vol Av gluanc
1422 MERCURE DE FRANCE
gluant , que les tuyaux sont élastiques , et
ont des contractions fréquentes , qui en
diminuent les capacitez proportionnelle
ment à leurs diamétres ; cette ténacité.
de liqueurs , ces diamétres n'étant pas
connus parfaitement , il est très mal-aisé
de satisfaire à toutes ces conditions dans
la résolution cherchée.
Si on veut la chercher par lá parabole
que décrit le sang jaillissant par une Ar
tere ouverte , dont on connoît le rapport
du diamétre à celui de l'Aorte , il en fau
dra rabattre la vitesse que les douleurs
de la playe lui donneront ; ce qui est
très -mal aisé,
Si on la veut connoître , à priori , par
la
force du coeur et la quantité du sang qui
en sort , il faut rabattre la diminution.
de cette vîtesse , causée par le contre- ba-.
lancement du sang , des Arteres , de l'Air,
&c. C'est à cause de ces inconvéniens que
la vîtesse du déterminée par Keill ,
à environ 78. piez par minute au sortir
du coeur m'a parû suspecte et exhorbi
tante , et que celle de Borelli ne me paroît
pas juste.
sang ,
Il me semble qu'il est un moyen
facile
d'en approcher de bien près ; le voici .
Calcul fait , dans les Adultes , le coeur
bat à environ 75. fois par minute , l'ou
II. Vol. verture
JUIN. 1731
1423
verture de l'Aorte est de 63. lignes , la
quantité moyenne du sang qui en sort à
chaque contraction , est d'environ une
once et demie , et non de 2. ou 3. comme
Harvée et Borelli l'ont crû ; puisqu'un
pié cube d'eau , égale 72. livres , une once
et demie de sang , dont le poids est à
celui de l'eau , comme 25. à 24. égalera
un peu plus de 3888. lignes cubes.
Ce volume de liqueur étant dans le
ventricule gauche du coeur et étant gluant,
en est chassé à chaque contraction , de
façon que la file ne rompt pas et ne fait
que glisser à force dans les Arteres , qu'on
s'imagine un estomach plein de chyle
si on presse fortement et à coups redou .
blez ce réservoir , la vitesse avec laquelle
le chyle coulera dans les boyaux , sera à
chaque contraction comme la longueur
de l'espace que le chyle parcourra dans
ce boyau ; or si on fait atention à la té
nacité du chyle , et à ce que ce boyau est
déjà plein , il sera aisé de voir que cet es
pace ne sera autre que celui qui doit oc
cuper la quantité de chyle qui y est pous
sée. Revenons au coeur , cette quantité
de sang est connue , elle est de 3888 ..
lignes cubes , si on divise cette masse par
63. lignes , qui sont la base du Cilindre
dont on cherche la longueur , on aura 61 .
LI. Vol. A vi lignes a
1424 MERCURE DE FRANCE
{
lignes , je néglige les décimales , c'est
à-dire 5. pouces et quelques lignes de
vîtesse qu'aura le sang au sortir du coeur
à chaque contraction ; et comme il y en
70. par minute , ce sera 29. ou 30. pieds
de vitesse par minute qu'a le sang au sor
tir du coeur. Cette résolution naturelle ,
et à la portée de tout le monde , tirée im
médiatement de l'Anatomie , sert à ré
soudre une infinité d'autres questions ; je
ne parlerai que de celle qui a excité quel
ques disputes. C'est de déterminer la force
du coeur ; je ne prétens pas la résoudre ici ;
mais je remarquerai que la force du sang
qui en sort , est très- peu de chose ; car si
l'eau ayant un pied de vîresse par secon
de , ne fait contre une surface d'un pied ,
qu'une livre et demie d'effort , le sang qui
n'a qu'environ 5. pouces par segonde , ne
fera contre la surface 63. lignes , qu'il
bat directement au sortir du coeur , que
quelques dragmes d'effort , ou tout au
plus quelques onces , comme l'a démontré
Keill ; mais de-là il ne s'ensuit pas que la
force du coeur absoluë ne puisse être de
plusieurs milliers de livres , selon la dé
monstration de Borelli , sur quoi Keil s'est
trompé en concluant que la force du coeur
n'étoit que de quelques onces , confon
dant la relative avec l'absolue , et après
II. Kol. lui
JUIN. 1731. 1125
lui M. Astruc a mal conclu que les Cal
culs de Borelli et de Keill , étant si diffe
rens , cette quantité de force qu'on don
noit au coeur , étoit très équivoque.
La difference vient de ce que le coeur
n'employe qu'une très -petite force à chas
ser le sang , le reste de son effort est em
ployé à vaincre la résistance du sang déja
passé , celle des Arteres et des Membra
nes que l'air presse avec plus de 30000.
livres de force , et enfin à broyer ce mê
me sang. Pour mieux faire voir l'étendus
et l'usage de notre Problême , il n'y a
qu'à faire attention qu'il sert à détermi
ner la vitesse et la force absoluë du sang
dans tous les tuyaux sensibles du corps
humain , quoiqu'ils soient presque tous
de diametre different ; car par l'Anatomie
On apprend le rapport de leurs diamètres
à celui de l'Aorte , et par cette fameuse
regle , que les vitesses respectives des li
queurs homogenes , poussées par une même
force dans des tuyaux de differens diamétres,
sont réciproquement comme les carres de ces
diamétres , on connoît le rapport de la
vitesse de leurs liqueurs à celle du sang
au sortir du coeur , la vitesse absoluë de
celui -ci étant déterminée , les autres le
sont bien-tôt , et ainsi de suite pour tous
les tuyaux arteriels et veineux.
1
IL. Vola Si
1426 MERCURE DE FRANCE
I
Si le diamètre des Arteres limphatiques
des os de la peau , n'est que la 20000
partie de celui de l'Aorte , il y en a bien
de plus petits , puis qu'un grain de sable
en peut couvrir 25000. suivant Leuwe
noesk , tandis que le sang parcourra 30 .
pieds dans l'Aorte , ce qu'il fera en 20..
segondes , le sang des Arteres lymphatiques
ne parcourra que , de cet espace ,,
c'est-à dire, qu'il tardera 13.jours au moins
à y parcourir la longueur de 1o. pieds
et c'est par-là qu'on voit aujourd'hui la
raison du retour périodique des fièvres
tierces , quartes , mensales , anniversaires,,
de la verole hereditaire , de la rage, de la
Phtisie , & c. car le virus de ces maladies :
peut rester plusieurs années caché dans .
les tuyaux sereux , nerveux , osseux , et ne
faire son effet qu'étant mêlé après ce tems
avec le torrent du sang.
DE MEDECINE.
Déterminer la vitesse absolue du sang
au sortir du coeur.
Ο
N ne sçauroit croire de quelle utilité
seroit la résolution de ce Problême :
les Medecins sont des mécaniciens , qui ne
sçauroient rétablir la Machine du corps.
humain , s'ils ignorent la position , l'en
chaînement des parties qui la composent,
le jeu , le mouvement , la vitesse , les
efforts des unes contre les autres ; je sçai
qu'on a déja tâché de déterminer la vi
tesse absolue du sang au sortir du coeurs
mais ce sont des démonstrations tirées de
Machines parfaites , en supposant les fluï
des très-coulans , tandis que le sang est
II. Vol Av gluanc
1422 MERCURE DE FRANCE
gluant , que les tuyaux sont élastiques , et
ont des contractions fréquentes , qui en
diminuent les capacitez proportionnelle
ment à leurs diamétres ; cette ténacité.
de liqueurs , ces diamétres n'étant pas
connus parfaitement , il est très mal-aisé
de satisfaire à toutes ces conditions dans
la résolution cherchée.
Si on veut la chercher par lá parabole
que décrit le sang jaillissant par une Ar
tere ouverte , dont on connoît le rapport
du diamétre à celui de l'Aorte , il en fau
dra rabattre la vitesse que les douleurs
de la playe lui donneront ; ce qui est
très -mal aisé,
Si on la veut connoître , à priori , par
la
force du coeur et la quantité du sang qui
en sort , il faut rabattre la diminution.
de cette vîtesse , causée par le contre- ba-.
lancement du sang , des Arteres , de l'Air,
&c. C'est à cause de ces inconvéniens que
la vîtesse du déterminée par Keill ,
à environ 78. piez par minute au sortir
du coeur m'a parû suspecte et exhorbi
tante , et que celle de Borelli ne me paroît
pas juste.
sang ,
Il me semble qu'il est un moyen
facile
d'en approcher de bien près ; le voici .
Calcul fait , dans les Adultes , le coeur
bat à environ 75. fois par minute , l'ou
II. Vol. verture
JUIN. 1731
1423
verture de l'Aorte est de 63. lignes , la
quantité moyenne du sang qui en sort à
chaque contraction , est d'environ une
once et demie , et non de 2. ou 3. comme
Harvée et Borelli l'ont crû ; puisqu'un
pié cube d'eau , égale 72. livres , une once
et demie de sang , dont le poids est à
celui de l'eau , comme 25. à 24. égalera
un peu plus de 3888. lignes cubes.
Ce volume de liqueur étant dans le
ventricule gauche du coeur et étant gluant,
en est chassé à chaque contraction , de
façon que la file ne rompt pas et ne fait
que glisser à force dans les Arteres , qu'on
s'imagine un estomach plein de chyle
si on presse fortement et à coups redou .
blez ce réservoir , la vitesse avec laquelle
le chyle coulera dans les boyaux , sera à
chaque contraction comme la longueur
de l'espace que le chyle parcourra dans
ce boyau ; or si on fait atention à la té
nacité du chyle , et à ce que ce boyau est
déjà plein , il sera aisé de voir que cet es
pace ne sera autre que celui qui doit oc
cuper la quantité de chyle qui y est pous
sée. Revenons au coeur , cette quantité
de sang est connue , elle est de 3888 ..
lignes cubes , si on divise cette masse par
63. lignes , qui sont la base du Cilindre
dont on cherche la longueur , on aura 61 .
LI. Vol. A vi lignes a
1424 MERCURE DE FRANCE
{
lignes , je néglige les décimales , c'est
à-dire 5. pouces et quelques lignes de
vîtesse qu'aura le sang au sortir du coeur
à chaque contraction ; et comme il y en
70. par minute , ce sera 29. ou 30. pieds
de vitesse par minute qu'a le sang au sor
tir du coeur. Cette résolution naturelle ,
et à la portée de tout le monde , tirée im
médiatement de l'Anatomie , sert à ré
soudre une infinité d'autres questions ; je
ne parlerai que de celle qui a excité quel
ques disputes. C'est de déterminer la force
du coeur ; je ne prétens pas la résoudre ici ;
mais je remarquerai que la force du sang
qui en sort , est très- peu de chose ; car si
l'eau ayant un pied de vîresse par secon
de , ne fait contre une surface d'un pied ,
qu'une livre et demie d'effort , le sang qui
n'a qu'environ 5. pouces par segonde , ne
fera contre la surface 63. lignes , qu'il
bat directement au sortir du coeur , que
quelques dragmes d'effort , ou tout au
plus quelques onces , comme l'a démontré
Keill ; mais de-là il ne s'ensuit pas que la
force du coeur absoluë ne puisse être de
plusieurs milliers de livres , selon la dé
monstration de Borelli , sur quoi Keil s'est
trompé en concluant que la force du coeur
n'étoit que de quelques onces , confon
dant la relative avec l'absolue , et après
II. Kol. lui
JUIN. 1731. 1125
lui M. Astruc a mal conclu que les Cal
culs de Borelli et de Keill , étant si diffe
rens , cette quantité de force qu'on don
noit au coeur , étoit très équivoque.
La difference vient de ce que le coeur
n'employe qu'une très -petite force à chas
ser le sang , le reste de son effort est em
ployé à vaincre la résistance du sang déja
passé , celle des Arteres et des Membra
nes que l'air presse avec plus de 30000.
livres de force , et enfin à broyer ce mê
me sang. Pour mieux faire voir l'étendus
et l'usage de notre Problême , il n'y a
qu'à faire attention qu'il sert à détermi
ner la vitesse et la force absoluë du sang
dans tous les tuyaux sensibles du corps
humain , quoiqu'ils soient presque tous
de diametre different ; car par l'Anatomie
On apprend le rapport de leurs diamètres
à celui de l'Aorte , et par cette fameuse
regle , que les vitesses respectives des li
queurs homogenes , poussées par une même
force dans des tuyaux de differens diamétres,
sont réciproquement comme les carres de ces
diamétres , on connoît le rapport de la
vitesse de leurs liqueurs à celle du sang
au sortir du coeur , la vitesse absoluë de
celui -ci étant déterminée , les autres le
sont bien-tôt , et ainsi de suite pour tous
les tuyaux arteriels et veineux.
1
IL. Vola Si
1426 MERCURE DE FRANCE
I
Si le diamètre des Arteres limphatiques
des os de la peau , n'est que la 20000
partie de celui de l'Aorte , il y en a bien
de plus petits , puis qu'un grain de sable
en peut couvrir 25000. suivant Leuwe
noesk , tandis que le sang parcourra 30 .
pieds dans l'Aorte , ce qu'il fera en 20..
segondes , le sang des Arteres lymphatiques
ne parcourra que , de cet espace ,,
c'est-à dire, qu'il tardera 13.jours au moins
à y parcourir la longueur de 1o. pieds
et c'est par-là qu'on voit aujourd'hui la
raison du retour périodique des fièvres
tierces , quartes , mensales , anniversaires,,
de la verole hereditaire , de la rage, de la
Phtisie , & c. car le virus de ces maladies :
peut rester plusieurs années caché dans .
les tuyaux sereux , nerveux , osseux , et ne
faire son effet qu'étant mêlé après ce tems
avec le torrent du sang.
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Résumé : PROBLÈME DE MEDECINE. Déterminer la vitesse absoluë du sang au sortir du cœur.
Le texte aborde la détermination de la vitesse absolue du sang au sortir du cœur, un sujet crucial pour les médecins. Ces derniers sont comparés à des mécaniciens réparant une machine complexe. Les tentatives précédentes pour mesurer cette vitesse sont jugées insuffisantes car elles reposent sur des modèles parfaits et des fluides idéaux, contrairement au sang gluant et aux vaisseaux élastiques du corps humain. Les méthodes existantes pour mesurer cette vitesse sont complexes et imprécises. Par exemple, observer la trajectoire du sang jaillissant d'une artère ouverte ou calculer la vitesse à partir de la force du cœur et de la quantité de sang éjectée sont entravées par des facteurs comme les douleurs de la plaie ou la résistance des artères et de l'air. L'auteur propose une méthode plus fiable. En se basant sur le battement du cœur (environ 75 fois par minute), l'ouverture de l'aorte (63 lignes) et la quantité de sang éjectée (environ une once et demie par contraction), il calcule que la vitesse du sang au sortir du cœur est d'environ 5 pouces par contraction, soit 29 à 30 pieds par minute. Cette méthode permet également de déterminer la vitesse et la force du sang dans tous les vaisseaux du corps humain, en utilisant les rapports de diamètres et la règle des vitesses réciproques. Le texte conclut en expliquant comment cette connaissance peut éclairer des phénomènes médicaux comme le retour périodique des fièvres et des maladies chroniques.
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18414
p. 236-237
AUTRE.
Début :
Le Sieur Chervain, Marchand, donne avis au Public qu'il vient de mettre [...]
Mots clefs :
Sieur Chervain, Tabatières, Vernis Martin, Bergamotte, Pastilles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
,
LE Sieur Chervain , Marchand , donne avis au
د
Public qu'il vient de mettre au jour de nouvelles
Tabatieres , dont il oſe ſe flatter d'être le
ſeul poffeffeur : elles ſont du vernis du ſieur
Martin Verniffeur du Roi , & font doublées
de Bergamotte. Il les annonce pour être au deffus
de toutes celles qui ont paru juſqu'à préfent.
Il eſpere que le Public lui rendra juſtice
en les voyant, tant pour leur folidité , que pour
JANVIER. 1757 . 237
leur beauté & leur goût nouveau. Il vend des
paſtilles de toutes façons. Son adreſſe eſt rue
Montmartre au coin de celle du jour , vis-a-vis
le Notaire à Paris,
,
LE Sieur Chervain , Marchand , donne avis au
د
Public qu'il vient de mettre au jour de nouvelles
Tabatieres , dont il oſe ſe flatter d'être le
ſeul poffeffeur : elles ſont du vernis du ſieur
Martin Verniffeur du Roi , & font doublées
de Bergamotte. Il les annonce pour être au deffus
de toutes celles qui ont paru juſqu'à préfent.
Il eſpere que le Public lui rendra juſtice
en les voyant, tant pour leur folidité , que pour
JANVIER. 1757 . 237
leur beauté & leur goût nouveau. Il vend des
paſtilles de toutes façons. Son adreſſe eſt rue
Montmartre au coin de celle du jour , vis-a-vis
le Notaire à Paris,
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Résumé : AUTRE.
En janvier 1757, le Sieur Chervain, marchand, met en vente des tabatières vernies par le vernisseur du Roi, Martin, et doublées de bergamote. Ces tabatières se distinguent par leur solidité, beauté et goût nouveau. Il vend également des pastilles. Son adresse est rue Montmartre, au coin de la rue du Jour, face au notaire à Paris.
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18415
p. 14-15
LE MAQUIGNON, FABLE.
Début :
CHEZ un Maquignon mon voisin Je ne voyois jamais étriller que des rosses. [...]
Mots clefs :
Carrosses, Secret
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texteReconnaissance textuelle : LE MAQUIGNON, FABLE.
LE MAQUIGNON,
FABLE.
CHEZ un Maquignon mon voifin
Je ne voyois jamais étriller que des roffes.
Cependant maint gens à carroffes
En achetoient foir & matin
Quel est votre fecret , dis - je au Maître Gonin ,
Pour vendre ainfi vos haridelles ?
J'ai , dit -il , magazin de houffes des plus belles ,
Je les leur jette fur le dos ,
Je les bride bien haut , en avant je les pouffe ,
JANVIER. 1763 . 15
Je manége vingt pas , elles plaifent aux Sots.
Que j'ai vû depuis ce propos ,
De roffes fous de belles houffes !
Par le même.
FABLE.
CHEZ un Maquignon mon voifin
Je ne voyois jamais étriller que des roffes.
Cependant maint gens à carroffes
En achetoient foir & matin
Quel est votre fecret , dis - je au Maître Gonin ,
Pour vendre ainfi vos haridelles ?
J'ai , dit -il , magazin de houffes des plus belles ,
Je les leur jette fur le dos ,
Je les bride bien haut , en avant je les pouffe ,
JANVIER. 1763 . 15
Je manége vingt pas , elles plaifent aux Sots.
Que j'ai vû depuis ce propos ,
De roffes fous de belles houffes !
Par le même.
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Résumé : LE MAQUIGNON, FABLE.
La fable 'Le Maquignon' décrit un maquignon vendant des chevaux de mauvaise qualité. Il les orne de housses élégantes, les bride haut et les fait marcher pour les rendre attrayants. L'observateur conclut en ayant vu de nombreux chevaux de mauvaise qualité ornés de belles housses, soulignant la tromperie par l'apparence.
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Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18416
p. 30-38
EPITRE. De Madame des Houlieres à M. le Duc de Montausier.
Début :
Le Dieu couronné de pavots [...]
Mots clefs :
Gloire, Apollon, Philisbourg, Louis, Valeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE. De Madame des Houlieres à M. le Duc de Montausier.
EPITRE.
De Madame des Houlieres à
M. le Ducde Montaufur.
E Dieu couronné de pavots
Apeinece matin m'avoit abandonnée,
Qu'Apollon à mes yeux encor à demi clos
S'eft fait voir de lauriers la tefte environnée,
Luy que j'avois prié,depuis prés d'une
année',
De ne plus troubler mon repos.
Vien chanter , m'a- t-il dit , vien , il
faut te réfoudre,
A célébrer encor de glorieux Exploits.
31 LOUIS à fon Dauphin vient de pref
ter fa foudre ;
Et ce jeune Heros , dont tout fuivra
les Loix ,
A pour fon coup d'Effay mis Philisbourg en poudre.
Quel plus noble Employ
pour ta voixà
Apollon , à ces mots , m'a préfenté fa
Lyre , (fons.
Dont j'ay déja tiré tant d'agréables
Je l'ay prife ; & malgré les mauxdont
jefoupire ,
Pleine du beau feu qu'il
m'inſpire , Je vais recommencer d'héroïques
chanfons.
IlluAre Montaufier , daigne les faire
entendre.
Au Vainqueur , à qui je les doy.
Sur elles tu fçauras répandre Uncharme , à qui fon coeur fe laiffera
furprendre :
b iv
32
Sers mon zele, & dis-
**
lny pour moy :
La Saifon , la Nature , & l'Art unis
enfemble
On fait pour Philisbourg des efforts
inoüis.
Tu les as furmontez ; par toy l'Empire
tremble ;
Tu reffembleras à LOUIS ,
Grand Prince , s'il fe peut que quelqu'un luy reffemble.
哈哈
Je m'étois attendue à tout ce que tu fais. (racles,
Le Dieu des Vers , dans fes OQuoy qu'on ait dit
jamais.
› ne ment
Lors qu'un Fils vint remplir tes plus
tendres fouhaits,
Apollon par ma bouche annonça les
miracles
Que tu ferois , lors que la paix
A ta fiére valeur ne mettroit plus
d'obstacles.
-33
Tu n'as que trop tenu ce qu'il avoit
promis.
Exposé nuit & jour au feu des Ennemis
On t'a yeû méprifer , en jeune teme- raire ,
Mille & mille volantes morts ,
Et l'on diroit à te voir faire
Que tu crois , qu'en naiffant on ait
plonge ton corps,
Comme celuy d'Achille , au fond des
eaux fatales ,
Qui voyent fur leurs fombres
bords ,
Des Rois & des Bergers les fortunes
égales.
Qu'on vient de découvrir de vertus.
dans ton cœur
Et que tu fais du temps un glorieux
partage!
Que ce partage cauſe &de joye &de
peur !
Reut, onregarder ſans frayeur
34
Les differens perils où ta valeur t'engage ?
Peut-on , fans t'adorer , te voir donnertes foins ,
Tantoft à pourvoir aux befoins
Des Guerriers que la gloire a couverts
de bleſſures ,
Et tantoft à tracer de fidelles peintures
Des grandes actions dont tes yeux
asl
font témoins ?
<
Le Soleil , infortuné Pere
D'un Fils indocile , imprudent ,
Depuis que Philisbourg a fenti ta colere ,
(dent,
Moins lumineux , & moins arD'un cours precipité paffe à l'autre
hemifphere ; (ploy;
11 remplit à regret fon glorieux emTu renouvelles fa trifteffe ,
Lors qu'il te voit conduire avec tant
de fageffe
Les deffeins dont Louis s'eft réposé
fur toy.
35
De quel oil penfes tu que l'Europe
regarde
Ce que tu viens d'executet ?
Tant d'Eftats , qu'en deux mois ton
bras vient d'ajoûter
Aux Eftats que le Ciel te garde,
Luyfont voir tout ce qu'on hazarde
Et tout ce qu'on s'apprête encore de
regrets
Quand on irrite un Roy , de qui rien
ne retarde
Ni les deffeins, ni les progrés.
Quelque loin que ta gloire aujour d'hui foit allée , f
Elle fait le plaifir du plus fage des Rois ,
Quand il voit ta prudence à ta valeur
mcflée ,
Affeurer le bonheur de l'Empire Fran
çois.
Plus feur de fon deftin que ne fut autrefois
b vj
36
Le tonnant Rival de Pelée , 10
Il ne craint point qu'un Fils, efface fes
exploits.
Arrêté une courfe fi belle ,
Aux douceurs du repos la faifon te
rappelle ,
Mars fuit les Aquilons & cherche les
Zephirs ,
Vien fécher les beaux yeux d'une augufte Princelle
Vien remplir fes plus doux defirs:: Ton ardeur pour la gloire allarme fa
tendreffe :
L'inquietude &la trifteffe
En ton abfence ont pris la place des
plaifirs.
Tu jouis , Montaufier , du doux
fruit de tes peines ,
Ton jeune Achille eft triomphant
De l'orgueil des Aigles Romaines ;
Vainement contre lui l'Empire. Le.
défend.
37
Philisbourg , Frankendal , Manhein,
Treves , Mayence ,
Que leurs Dieux n'ont pû garantir ,
Font bien voir,de quel fang le Ciel l'a
fait fortir ,
Et quelle habile main cultiva dés l'enfance ,
Lavaleur du Heros qui vient d'affu
jettir
Et du Necre & du Rhin l'orgueilleu
le puiffance..
Sur nos facrez Autels , on voit fumerl'encens ,.
Pourune fi grande victoire ;
Tout retentit icy du doux bruit de fa
gloire ::
Mais rien n'eft comparable aux tranf
ports que je fens.
Oui , l'amitié , l'eftime , & la recon
noiffance
Que depuis long- temps je te
doy,
38
Me font bien mieux fentir qu'au refte
de la France ,
Unfuccés dont l'éclat réjaillit jufqu'à
toy
De Madame des Houlieres à
M. le Ducde Montaufur.
E Dieu couronné de pavots
Apeinece matin m'avoit abandonnée,
Qu'Apollon à mes yeux encor à demi clos
S'eft fait voir de lauriers la tefte environnée,
Luy que j'avois prié,depuis prés d'une
année',
De ne plus troubler mon repos.
Vien chanter , m'a- t-il dit , vien , il
faut te réfoudre,
A célébrer encor de glorieux Exploits.
31 LOUIS à fon Dauphin vient de pref
ter fa foudre ;
Et ce jeune Heros , dont tout fuivra
les Loix ,
A pour fon coup d'Effay mis Philisbourg en poudre.
Quel plus noble Employ
pour ta voixà
Apollon , à ces mots , m'a préfenté fa
Lyre , (fons.
Dont j'ay déja tiré tant d'agréables
Je l'ay prife ; & malgré les mauxdont
jefoupire ,
Pleine du beau feu qu'il
m'inſpire , Je vais recommencer d'héroïques
chanfons.
IlluAre Montaufier , daigne les faire
entendre.
Au Vainqueur , à qui je les doy.
Sur elles tu fçauras répandre Uncharme , à qui fon coeur fe laiffera
furprendre :
b iv
32
Sers mon zele, & dis-
**
lny pour moy :
La Saifon , la Nature , & l'Art unis
enfemble
On fait pour Philisbourg des efforts
inoüis.
Tu les as furmontez ; par toy l'Empire
tremble ;
Tu reffembleras à LOUIS ,
Grand Prince , s'il fe peut que quelqu'un luy reffemble.
哈哈
Je m'étois attendue à tout ce que tu fais. (racles,
Le Dieu des Vers , dans fes OQuoy qu'on ait dit
jamais.
› ne ment
Lors qu'un Fils vint remplir tes plus
tendres fouhaits,
Apollon par ma bouche annonça les
miracles
Que tu ferois , lors que la paix
A ta fiére valeur ne mettroit plus
d'obstacles.
-33
Tu n'as que trop tenu ce qu'il avoit
promis.
Exposé nuit & jour au feu des Ennemis
On t'a yeû méprifer , en jeune teme- raire ,
Mille & mille volantes morts ,
Et l'on diroit à te voir faire
Que tu crois , qu'en naiffant on ait
plonge ton corps,
Comme celuy d'Achille , au fond des
eaux fatales ,
Qui voyent fur leurs fombres
bords ,
Des Rois & des Bergers les fortunes
égales.
Qu'on vient de découvrir de vertus.
dans ton cœur
Et que tu fais du temps un glorieux
partage!
Que ce partage cauſe &de joye &de
peur !
Reut, onregarder ſans frayeur
34
Les differens perils où ta valeur t'engage ?
Peut-on , fans t'adorer , te voir donnertes foins ,
Tantoft à pourvoir aux befoins
Des Guerriers que la gloire a couverts
de bleſſures ,
Et tantoft à tracer de fidelles peintures
Des grandes actions dont tes yeux
asl
font témoins ?
<
Le Soleil , infortuné Pere
D'un Fils indocile , imprudent ,
Depuis que Philisbourg a fenti ta colere ,
(dent,
Moins lumineux , & moins arD'un cours precipité paffe à l'autre
hemifphere ; (ploy;
11 remplit à regret fon glorieux emTu renouvelles fa trifteffe ,
Lors qu'il te voit conduire avec tant
de fageffe
Les deffeins dont Louis s'eft réposé
fur toy.
35
De quel oil penfes tu que l'Europe
regarde
Ce que tu viens d'executet ?
Tant d'Eftats , qu'en deux mois ton
bras vient d'ajoûter
Aux Eftats que le Ciel te garde,
Luyfont voir tout ce qu'on hazarde
Et tout ce qu'on s'apprête encore de
regrets
Quand on irrite un Roy , de qui rien
ne retarde
Ni les deffeins, ni les progrés.
Quelque loin que ta gloire aujour d'hui foit allée , f
Elle fait le plaifir du plus fage des Rois ,
Quand il voit ta prudence à ta valeur
mcflée ,
Affeurer le bonheur de l'Empire Fran
çois.
Plus feur de fon deftin que ne fut autrefois
b vj
36
Le tonnant Rival de Pelée , 10
Il ne craint point qu'un Fils, efface fes
exploits.
Arrêté une courfe fi belle ,
Aux douceurs du repos la faifon te
rappelle ,
Mars fuit les Aquilons & cherche les
Zephirs ,
Vien fécher les beaux yeux d'une augufte Princelle
Vien remplir fes plus doux defirs:: Ton ardeur pour la gloire allarme fa
tendreffe :
L'inquietude &la trifteffe
En ton abfence ont pris la place des
plaifirs.
Tu jouis , Montaufier , du doux
fruit de tes peines ,
Ton jeune Achille eft triomphant
De l'orgueil des Aigles Romaines ;
Vainement contre lui l'Empire. Le.
défend.
37
Philisbourg , Frankendal , Manhein,
Treves , Mayence ,
Que leurs Dieux n'ont pû garantir ,
Font bien voir,de quel fang le Ciel l'a
fait fortir ,
Et quelle habile main cultiva dés l'enfance ,
Lavaleur du Heros qui vient d'affu
jettir
Et du Necre & du Rhin l'orgueilleu
le puiffance..
Sur nos facrez Autels , on voit fumerl'encens ,.
Pourune fi grande victoire ;
Tout retentit icy du doux bruit de fa
gloire ::
Mais rien n'eft comparable aux tranf
ports que je fens.
Oui , l'amitié , l'eftime , & la recon
noiffance
Que depuis long- temps je te
doy,
38
Me font bien mieux fentir qu'au refte
de la France ,
Unfuccés dont l'éclat réjaillit jufqu'à
toy
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Résumé : EPITRE. De Madame des Houlieres à M. le Duc de Montausier.
L'épître de Madame des Houlières à Monsieur le Duc de Montaufier célèbre les exploits militaires du duc, en particulier la prise de Philisbourg. Madame des Houlières décrit une vision où Apollon lui apparaît pour lui demander de chanter les glorieux exploits du duc. Elle exprime son admiration pour le jeune héros dont les lois seront suivies par tous. Le duc est comparé à Louis XIV, et ses actions sont décrites comme surhumaines, rappelant celles d'Achille. Madame des Houlières loue également la bravoure et la sagesse du duc, soulignant qu'il a su conquérir de nombreux États en peu de temps. Elle mentionne les villes conquises, telles que Philisbourg, Frankendal, Mayence et Trèves, et exprime sa joie et son admiration pour ses victoires. Elle conclut en affirmant que son amitié et son estime pour le duc sont profondes et partagées par toute la France.
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18417
p. 237-238
AUTRE.
Début :
Il paroît un mémoire concis sur le nouveau Ventilateur, inventé [...]
Mots clefs :
Mémoire, Ventilateur, Renouvellement de l'air, Certificats, Soin aux malades
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
L paroît un mémoire concis ſur le nouveau Ventilateur
, inventé par M. de Soubeiran de Monteforgues
. On y annonce les effets falubres de
cette ingénieuſe machine. Par ſon ſecours on
renouvelle l'air des appartemens , des mines
des hôpitaux , des vaiſleaux , &c. & après avoir
foulé Pair intérieur , on pompe l'air extérieur ,
qui , paſſant par une piece intermédiaire de
la machine , s'imprégne des parties falubres , balſamiques
, aromatiques , que l'on veut diftribuer
dans les lieux nommés ci-deſſus. L'expérience
qui a été faite aux Invalides dans la falle des
ſcorbutiques , a determiné la commiffion de Médecine
à donner les certificats auſſi favorables ,
que juſtement méritées en faveur de cette machine
, auffi utile que ſimple. On a enfin trouvé
par le moyen de ce méchaniſme ce que l'on
cherchoit depuis long- temps , c'eſt à dire , de
corriger l'air , & de le charger des parties telles
que les vues des Médecins & les beſoins des
malades peuvent l'exiger. Au reſte , Monfieur
de Soubeiran ayant trouvé l'art de réunir dans
ſon invention l'agréable & l'utile , il n'y a point
à douter que les fuffrages du Public ne le recompenfent
d'avoir travaillé pour le bien de
Phumanité.
On recevra & l'on remettra le linge depuis
9 heures du matin juſqu'à midi ,& depuis 3 heures
juſqu'à fix : on le rendra exactement 36 heures
après avoir été apporté.
238 MERCURE DE FRANCE.
i
Comme nous prenons pour baſe l'utile , ſans
cependant perdre de vue l'agréable , nous offrons
de donner , après la ventilation falubre ,
une ventilation qui imprégnera le linge de l'odeur
que chacun aura le ſoin de faire demander
en l'envoyant.
Le bureau eſt rue S. Honoré , à l'Hôtel d'Aligre ,
ci-devant le grand Conſeil. Le prix de la ventilation
* des pieces eſt indiqué dans un avis particulier.
L paroît un mémoire concis ſur le nouveau Ventilateur
, inventé par M. de Soubeiran de Monteforgues
. On y annonce les effets falubres de
cette ingénieuſe machine. Par ſon ſecours on
renouvelle l'air des appartemens , des mines
des hôpitaux , des vaiſleaux , &c. & après avoir
foulé Pair intérieur , on pompe l'air extérieur ,
qui , paſſant par une piece intermédiaire de
la machine , s'imprégne des parties falubres , balſamiques
, aromatiques , que l'on veut diftribuer
dans les lieux nommés ci-deſſus. L'expérience
qui a été faite aux Invalides dans la falle des
ſcorbutiques , a determiné la commiffion de Médecine
à donner les certificats auſſi favorables ,
que juſtement méritées en faveur de cette machine
, auffi utile que ſimple. On a enfin trouvé
par le moyen de ce méchaniſme ce que l'on
cherchoit depuis long- temps , c'eſt à dire , de
corriger l'air , & de le charger des parties telles
que les vues des Médecins & les beſoins des
malades peuvent l'exiger. Au reſte , Monfieur
de Soubeiran ayant trouvé l'art de réunir dans
ſon invention l'agréable & l'utile , il n'y a point
à douter que les fuffrages du Public ne le recompenfent
d'avoir travaillé pour le bien de
Phumanité.
On recevra & l'on remettra le linge depuis
9 heures du matin juſqu'à midi ,& depuis 3 heures
juſqu'à fix : on le rendra exactement 36 heures
après avoir été apporté.
238 MERCURE DE FRANCE.
i
Comme nous prenons pour baſe l'utile , ſans
cependant perdre de vue l'agréable , nous offrons
de donner , après la ventilation falubre ,
une ventilation qui imprégnera le linge de l'odeur
que chacun aura le ſoin de faire demander
en l'envoyant.
Le bureau eſt rue S. Honoré , à l'Hôtel d'Aligre ,
ci-devant le grand Conſeil. Le prix de la ventilation
* des pieces eſt indiqué dans un avis particulier.
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Résumé : AUTRE.
Le mémoire décrit un ventilateur innovant conçu par M. de Soubeiran de Monteforgues. Cette machine renouvelle l'air dans divers environnements tels que les appartements, les mines, les hôpitaux et les vaisseaux. Elle fonctionne en aspirant l'air extérieur, qui traverse une pièce intermédiaire pour s'imprégner de substances salutaires, balsamiques ou aromatiques, avant d'être diffusé. Une expérience réalisée aux Invalides sur des patients atteints de scorbut a reçu des certificats favorables de la commission de Médecine, soulignant l'utilité et la simplicité de la machine. Cette invention permet de purifier l'air et de l'enrichir de substances nécessaires aux besoins médicaux. M. de Soubeiran a réussi à allier l'agréable à l'utile, ce qui devrait lui valoir la reconnaissance du public. Le texte mentionne également un service de ventilation pour le linge, disponible à des heures spécifiques, avec une odeur personnalisable. Le bureau se trouve rue Saint-Honoré, à l'Hôtel d'Aligre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18418
p. 15-19
DISCOURS prononcé par un des Éléves de M. l'Abbé CHOCQUART, le jour de la S. LOUIS.
Début :
PAR des jeux, des combats noble & frappante image, [...]
Mots clefs :
Amour, Héros, Rois, Noble, Succès, Gloire, Rivaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS prononcé par un des Éléves de M. l'Abbé CHOCQUART, le jour de la S. LOUIS.
DISCOURS prononcé par un des Éléves
de M. l'Abbé CHOCQU ART , le
jour de la S. LOUIS .
PAR des jeux , des combats noble & frappante
image ,
La Gréce à fes Héros exprimoit fon hommage .
O vous , dont le grand nom préfide à nos ella is
LOUIS ! ah fi le zéle enfante les fuccès ,
Jamais les bords vantés de Corinthe & d'Elide ,
Ni les champs Néméens où combattit Alcide ,
Ni le Cirque pompeux où brilloient les Céfars ,
16 MERCURE DE FRANCE.
T
De plus hardis tableaux n'ont frappé les regards .
Mais , ô frivole eſpoir ! une enfance débile
Rend , malgré tous nos voeux, tant de zéle inutile.
Trop heureux d'allier , à force de fecours,
L'aurore des talens à celle de nos jours.
Sous l'aufpice éclairé d'un Miniftre* , d'un Sage,
De ces premiers rayons nous cultivons l'ulage.
Son nom qui fous dix Rois foutint avec ſplendeur
Le poids fi dangereux de l'extrême faveur ,
Son nom de ce Lycée eft l'appui tutélaire :
Pour nos fuccès futurs préfage falataire !
Tel on voit à l'afpect d'un Aftre bienfaisant
S'accroître , s'embellir un arbriffeau naiffant.
Déja le noble eſpoir qui germe dans notre âme ,
S'allume , & de la gloire y fait briller la flâme :
Déja dans la carrière heureufement rivaux ,
De Minerve & de Mars nous fuivons les drapeaux :
Déja tout fait goûter à notre âme attendrie ,
Dans l'amour de nos Rois l'amour de la Patrie.
Ah ! recueillez longtemps ce tribut précieux ,
Le plus digne de vous , le plus cher à vos yeux;
Ce tribut de tendreffe & fi cher & fi rare !
OmonRoi trop fouvent un Peuple en eft avare :
Souvent par d'autres foins fes voeux font balances;
Mais Titus en jouit & vous en jouiffez.
Vous fçutes réunir à la Grandeur ſuprême
Ce titre préférable à cette fplendeur même ;
* Mgr le Comte de Saint-Florentin.
1
+
1
OCTOBRE . 1763 .
17
Nom dicté par l'amour , nom chéri , nom facré
Dont feul parmi cent Rois Louis fut décoré .
De titres faftueux fouvent l'erreur commune
Honora des fuccès qu'enfanta la Fortune ;
Mais un Roi qui combat pour affetmir fes droits,
Pour défendre fon Peuple , ou protéger des Rois,
Qui toujours ennemi d'une injuſte puiſſance ,
Au glaive deſtructeur fçait unir la balance ,
Qui fçait chérir la paix & braver les hazards ;
Un Roi qui foudreyant les plus fermes remparts;
Contre fon bras puiffant impuiffantes barrières ,
Vit tomber à ſes pieds vingt Nations altières ;
Qui fçut combattre & vaincre , & pour dire encor
plus ,
Un Roi qui fit chérir la victoire aux vaincus :
Tel eft du vrai Héros le noble caractère ;
Tel aux belgiques champs un vainqueur débon
naire ,
Louis au fier Anglois de les remords preſſé ,
Fit adorer la main qui l'avoit terraſſé .
Non ,fans cette vertu , la valeur la plus rare
N'eft qu'un inftinet farouche , un délire barbare ;
Cette féroce ardeur forma vingt Conquérans ,
Tout Peuple eut fes Heros , mais non pas fes
Trajans.
Rome eut cet avantage. O France ! ôma Patrie !
Au bonheur des Romains ne portes point envie ;
Quel fiécle vit briller plus qu'en nos heureux jours
De progrès oppofés le fublime concours ?
18 MERCURE DE FRANCE.
Si du Temple des Arts j'ofe entr'ouvrir l'enceinte,
Des bienfaits de L UIs par toutje vois l'empreinte.
Appelle & Phidias & leurs dignes rivaux
Par lui font excités dans leurs nobles travaux.
Sophocle eft à fes pieds , & fa main le décore
Du précieux laurier qu'elle ennoblit encore.
Les fublimes talens renaiffent à la voix :
Plus loin formant leur bras à d'illuſtres exploits à
D'éléves de Bellone une troupe naiffante *
Régle de fa valeur l'audace impatiente.
Lovis par fes bienfaits fe plaît à prévenir
L'éclat qu'à leur travaux réſerve l'avenir .
Ainfi lorfque de Mars il éteint le tonnerre ,
Lorsqu'il ferme à nos yeux le Temple de la guerre,
Louis ranime encore fa belliqueufe ardeur,
Appui de cet état fource de fa fplendeur.
Par là Rome , autrefois en héros fi féconde;
Affervit à fon joug & Carthage & le Monde.
Cette ardeur s'éteignit , & bientôt l'Univers
Vengea fur fes Vainqueurs la honte des fes fers
Ce coloffe effrayant , maffe informe & groffière ,
Tombe & de fes débris couvre la terre entière .
Ah ! dans fon coeur alors par la crainte abbattu
Si Rome eût appellé fon antique vertu ,
Ce courage indompté , cet amour de la gloire ,
Partout fon aigle encor fixeroit la victoire.
Eh ! que n'a - t- on pas vû dans ces jours orageux,
Où du Carthaginois le bras victorieux
* L'Ecole Militaire.
OCTOBRE. 1763 I
De flots du fang Romain inonda l'Italie ?
Scipion , qu'enflammoit l'amour de la Patrie ,
Efpére , ofe , combat , change un deſtin fatal ,
Et , pour tout dire enfin , triomphe d'Annibal.
François dignes rivaux , à la gloire fenfibles ,
Songez que ce beau nom doit vous rendre invin
cibles.
Dans leur fublime courfe atteignons nos ayeur ,
Servons nous-même enfin d'exemple à nos neveux;
Et fi la voix de Mars nous appelle aux allarmes ,
Si les chants de la paix font place au bruit des
armes ;
Combattons fous Lours, guidés par ce grand Roir
Retrouvons avec lui , Laufeld & Fontenoi.
de M. l'Abbé CHOCQU ART , le
jour de la S. LOUIS .
PAR des jeux , des combats noble & frappante
image ,
La Gréce à fes Héros exprimoit fon hommage .
O vous , dont le grand nom préfide à nos ella is
LOUIS ! ah fi le zéle enfante les fuccès ,
Jamais les bords vantés de Corinthe & d'Elide ,
Ni les champs Néméens où combattit Alcide ,
Ni le Cirque pompeux où brilloient les Céfars ,
16 MERCURE DE FRANCE.
T
De plus hardis tableaux n'ont frappé les regards .
Mais , ô frivole eſpoir ! une enfance débile
Rend , malgré tous nos voeux, tant de zéle inutile.
Trop heureux d'allier , à force de fecours,
L'aurore des talens à celle de nos jours.
Sous l'aufpice éclairé d'un Miniftre* , d'un Sage,
De ces premiers rayons nous cultivons l'ulage.
Son nom qui fous dix Rois foutint avec ſplendeur
Le poids fi dangereux de l'extrême faveur ,
Son nom de ce Lycée eft l'appui tutélaire :
Pour nos fuccès futurs préfage falataire !
Tel on voit à l'afpect d'un Aftre bienfaisant
S'accroître , s'embellir un arbriffeau naiffant.
Déja le noble eſpoir qui germe dans notre âme ,
S'allume , & de la gloire y fait briller la flâme :
Déja dans la carrière heureufement rivaux ,
De Minerve & de Mars nous fuivons les drapeaux :
Déja tout fait goûter à notre âme attendrie ,
Dans l'amour de nos Rois l'amour de la Patrie.
Ah ! recueillez longtemps ce tribut précieux ,
Le plus digne de vous , le plus cher à vos yeux;
Ce tribut de tendreffe & fi cher & fi rare !
OmonRoi trop fouvent un Peuple en eft avare :
Souvent par d'autres foins fes voeux font balances;
Mais Titus en jouit & vous en jouiffez.
Vous fçutes réunir à la Grandeur ſuprême
Ce titre préférable à cette fplendeur même ;
* Mgr le Comte de Saint-Florentin.
1
+
1
OCTOBRE . 1763 .
17
Nom dicté par l'amour , nom chéri , nom facré
Dont feul parmi cent Rois Louis fut décoré .
De titres faftueux fouvent l'erreur commune
Honora des fuccès qu'enfanta la Fortune ;
Mais un Roi qui combat pour affetmir fes droits,
Pour défendre fon Peuple , ou protéger des Rois,
Qui toujours ennemi d'une injuſte puiſſance ,
Au glaive deſtructeur fçait unir la balance ,
Qui fçait chérir la paix & braver les hazards ;
Un Roi qui foudreyant les plus fermes remparts;
Contre fon bras puiffant impuiffantes barrières ,
Vit tomber à ſes pieds vingt Nations altières ;
Qui fçut combattre & vaincre , & pour dire encor
plus ,
Un Roi qui fit chérir la victoire aux vaincus :
Tel eft du vrai Héros le noble caractère ;
Tel aux belgiques champs un vainqueur débon
naire ,
Louis au fier Anglois de les remords preſſé ,
Fit adorer la main qui l'avoit terraſſé .
Non ,fans cette vertu , la valeur la plus rare
N'eft qu'un inftinet farouche , un délire barbare ;
Cette féroce ardeur forma vingt Conquérans ,
Tout Peuple eut fes Heros , mais non pas fes
Trajans.
Rome eut cet avantage. O France ! ôma Patrie !
Au bonheur des Romains ne portes point envie ;
Quel fiécle vit briller plus qu'en nos heureux jours
De progrès oppofés le fublime concours ?
18 MERCURE DE FRANCE.
Si du Temple des Arts j'ofe entr'ouvrir l'enceinte,
Des bienfaits de L UIs par toutje vois l'empreinte.
Appelle & Phidias & leurs dignes rivaux
Par lui font excités dans leurs nobles travaux.
Sophocle eft à fes pieds , & fa main le décore
Du précieux laurier qu'elle ennoblit encore.
Les fublimes talens renaiffent à la voix :
Plus loin formant leur bras à d'illuſtres exploits à
D'éléves de Bellone une troupe naiffante *
Régle de fa valeur l'audace impatiente.
Lovis par fes bienfaits fe plaît à prévenir
L'éclat qu'à leur travaux réſerve l'avenir .
Ainfi lorfque de Mars il éteint le tonnerre ,
Lorsqu'il ferme à nos yeux le Temple de la guerre,
Louis ranime encore fa belliqueufe ardeur,
Appui de cet état fource de fa fplendeur.
Par là Rome , autrefois en héros fi féconde;
Affervit à fon joug & Carthage & le Monde.
Cette ardeur s'éteignit , & bientôt l'Univers
Vengea fur fes Vainqueurs la honte des fes fers
Ce coloffe effrayant , maffe informe & groffière ,
Tombe & de fes débris couvre la terre entière .
Ah ! dans fon coeur alors par la crainte abbattu
Si Rome eût appellé fon antique vertu ,
Ce courage indompté , cet amour de la gloire ,
Partout fon aigle encor fixeroit la victoire.
Eh ! que n'a - t- on pas vû dans ces jours orageux,
Où du Carthaginois le bras victorieux
* L'Ecole Militaire.
OCTOBRE. 1763 I
De flots du fang Romain inonda l'Italie ?
Scipion , qu'enflammoit l'amour de la Patrie ,
Efpére , ofe , combat , change un deſtin fatal ,
Et , pour tout dire enfin , triomphe d'Annibal.
François dignes rivaux , à la gloire fenfibles ,
Songez que ce beau nom doit vous rendre invin
cibles.
Dans leur fublime courfe atteignons nos ayeur ,
Servons nous-même enfin d'exemple à nos neveux;
Et fi la voix de Mars nous appelle aux allarmes ,
Si les chants de la paix font place au bruit des
armes ;
Combattons fous Lours, guidés par ce grand Roir
Retrouvons avec lui , Laufeld & Fontenoi.
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18419
p. 193-199
Aire. [titre d'après la table]
Début :
Le 22. ils partirent pour aller coucher à Aire, & [...]
Mots clefs :
Aire, Fort, François de Calvo, Ville, Place
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Aire. [titre d'après la table]
Le 22. ils partirent pour
aller coucher à Aire &
mangerent auparavant à Bethune
, afin de ne ſe point arrêter
en chemin. Aire eſt dans
l'Artois fur les Frontieres de
Flandre . La Riviere de Lys
ſepare la Ville en deux.
C'eſt une Place extremement
forte avec un fort bon
Chaſteau. Les ruës en ſont
grandes , & l'on y voit de
belles Eglifes . La principale
eſt celle de S. Pierre qui eſt
R
194 III. P. duVoyage
Collegiale & fort ancienne.
Quatorze Prebendes y furent
fondées pour des Chanoines
en 1064. par Baudoüin de l'Iſle,
Comte de Flandre , & Philippe
d'Alface en augmenta le nombre
en 1186.Cette ville fut priſe
par les François en 1641. & repriſe
bien- toſt aprés par les Efpagnols
. Le Roy s'en rendit
Maiſtre en 1676. apres cinq
jours de tranchée ouverte . Les
Ambaſſadeurs trouverent affez
loin de la Place un Eſcadron
de Cravates , qui apres
les avoir faluez , les accompagna
juſques à la porte de la
Ville , où eſtoit M² de Calvo,
des Amb. de Siam. 195
au
qui mit pied à terre ſi toſt
qu'il les apperçût. Apres des
complimens reciproques , ils
entrerent dans la Ville
bruit du Canon , & pafferent
entre deux rangs d'Infanterie
qui estoit en haye juſques à
la porte du lieu , deſtiné pour
les loger , aprés quoy toute
cette Infanterie ſe mit en bataille.
Auſſi-tôt qu'ils furent
arrivez , M's du Magiſtrat
vinrent faire leur compliment,
& apporterent les Preſens accoûtumez
. M de Calvo leur
vint rendre viſite , & leur demanda
le Mot , ils donnerent
Rij
196 III. P. du Voyage
bien attaqué , mieux defendu ,
parce que Mr de Calvo ayant
eſté vigoureuſement attaqué
dans Maſtric , il s'étoit encore
mieux défendu , ayant fait
lever le Siege aux Troupes qui
l'avoient fort avancé. Ils allerent
le lendemain au Fort
de S. François avec M¹ de
Calvo. Ils y entrerent au bruit
duCanon;l'Infaterie étoit ſous
les armes pour les recevoir.
Ce Fort eft tres-beau & a
cinqBaſtions, ils virent l'Inondation
& les Ecluſes , ce qui
leur plût tellement , qu'ils dirent
, qu'ilssouhaiteroient avoir
د
des Amb. de Siam. 197
un ſemblable Fort aux Indes.
Ils firent le tour de la Place
avec Mode Calvo , admirant
toûjours la magnificence , &
la grande dépence du Roy.
Ils remarquerent qu'il y avoit
des ouvriers par tout , & dirent
qu'il fembloit que le Roy
voulût faire autant de Places
neuves , qu'il avoit fait de Conquestes.
Eſtant retournez à Aire,
M de S. Lo Major de la Place
, alla ſur le ſoir leur demander
le Mot , & ils donnerent,
Ma valeur est comme aux
Indes , parce que la levée du
Siege de Maſtric ,y a fait con
Riij
198 III. P. du Voyage
noître la valeur de M.de Calvo.
Ils retinrent ce ſoir là Mde
S. Lo à ſouper , & ils ne partirent
d'Aire que le 24. aprés
avoir dîné de bonne heure . Je
ne vous dis point que pendant
les 4. Repas qu'ils y ont faits,
toutes les principales Dames
de laVille les ontvûs manger,
&je ne vous repete nyles Preſens
qu'on leur a faits, ny leurs
civilitez , c'eſt ce que
pouvez aifément vous imaginer.
Je ne vous dis point non
plus qu'ils viſiterent tout ce
qu'il ya de remarquable dans
la Ville , & toutes les fortifi
vous
des Amb. de Siam. 199
cations , puiſque c'étoit le but
de leur voyage. Ils fortirent
fort fatisfaits de cette Place ,
toute la Garniſon eftant fous
les armes , & le Canon ayant
marqué leur fortie.
aller coucher à Aire &
mangerent auparavant à Bethune
, afin de ne ſe point arrêter
en chemin. Aire eſt dans
l'Artois fur les Frontieres de
Flandre . La Riviere de Lys
ſepare la Ville en deux.
C'eſt une Place extremement
forte avec un fort bon
Chaſteau. Les ruës en ſont
grandes , & l'on y voit de
belles Eglifes . La principale
eſt celle de S. Pierre qui eſt
R
194 III. P. duVoyage
Collegiale & fort ancienne.
Quatorze Prebendes y furent
fondées pour des Chanoines
en 1064. par Baudoüin de l'Iſle,
Comte de Flandre , & Philippe
d'Alface en augmenta le nombre
en 1186.Cette ville fut priſe
par les François en 1641. & repriſe
bien- toſt aprés par les Efpagnols
. Le Roy s'en rendit
Maiſtre en 1676. apres cinq
jours de tranchée ouverte . Les
Ambaſſadeurs trouverent affez
loin de la Place un Eſcadron
de Cravates , qui apres
les avoir faluez , les accompagna
juſques à la porte de la
Ville , où eſtoit M² de Calvo,
des Amb. de Siam. 195
au
qui mit pied à terre ſi toſt
qu'il les apperçût. Apres des
complimens reciproques , ils
entrerent dans la Ville
bruit du Canon , & pafferent
entre deux rangs d'Infanterie
qui estoit en haye juſques à
la porte du lieu , deſtiné pour
les loger , aprés quoy toute
cette Infanterie ſe mit en bataille.
Auſſi-tôt qu'ils furent
arrivez , M's du Magiſtrat
vinrent faire leur compliment,
& apporterent les Preſens accoûtumez
. M de Calvo leur
vint rendre viſite , & leur demanda
le Mot , ils donnerent
Rij
196 III. P. du Voyage
bien attaqué , mieux defendu ,
parce que Mr de Calvo ayant
eſté vigoureuſement attaqué
dans Maſtric , il s'étoit encore
mieux défendu , ayant fait
lever le Siege aux Troupes qui
l'avoient fort avancé. Ils allerent
le lendemain au Fort
de S. François avec M¹ de
Calvo. Ils y entrerent au bruit
duCanon;l'Infaterie étoit ſous
les armes pour les recevoir.
Ce Fort eft tres-beau & a
cinqBaſtions, ils virent l'Inondation
& les Ecluſes , ce qui
leur plût tellement , qu'ils dirent
, qu'ilssouhaiteroient avoir
د
des Amb. de Siam. 197
un ſemblable Fort aux Indes.
Ils firent le tour de la Place
avec Mode Calvo , admirant
toûjours la magnificence , &
la grande dépence du Roy.
Ils remarquerent qu'il y avoit
des ouvriers par tout , & dirent
qu'il fembloit que le Roy
voulût faire autant de Places
neuves , qu'il avoit fait de Conquestes.
Eſtant retournez à Aire,
M de S. Lo Major de la Place
, alla ſur le ſoir leur demander
le Mot , & ils donnerent,
Ma valeur est comme aux
Indes , parce que la levée du
Siege de Maſtric ,y a fait con
Riij
198 III. P. du Voyage
noître la valeur de M.de Calvo.
Ils retinrent ce ſoir là Mde
S. Lo à ſouper , & ils ne partirent
d'Aire que le 24. aprés
avoir dîné de bonne heure . Je
ne vous dis point que pendant
les 4. Repas qu'ils y ont faits,
toutes les principales Dames
de laVille les ontvûs manger,
&je ne vous repete nyles Preſens
qu'on leur a faits, ny leurs
civilitez , c'eſt ce que
pouvez aifément vous imaginer.
Je ne vous dis point non
plus qu'ils viſiterent tout ce
qu'il ya de remarquable dans
la Ville , & toutes les fortifi
vous
des Amb. de Siam. 199
cations , puiſque c'étoit le but
de leur voyage. Ils fortirent
fort fatisfaits de cette Place ,
toute la Garniſon eftant fous
les armes , & le Canon ayant
marqué leur fortie.
Fermer
Résumé : Aire. [titre d'après la table]
Le 22, un groupe se rendit à Aire, en Artois, près des frontières de la Flandre, traversée par la rivière Lys. Aire est une place forte avec un château robuste, des rues larges et de belles églises, dont la principale est la collégiale Saint-Pierre, fondée en 1064 et augmentée en 1186. La ville fut prise par les Français en 1641, reprise par les Espagnols, puis reconquise par le roi en 1676 après cinq jours de tranchée ouverte. À leur arrivée, les ambassadeurs furent escortés par des cavaliers et accueillis par M. de Calvo. Ils entrèrent en ville au bruit du canon, escortés par l'infanterie, et reçurent des présents du magistrat. Le lendemain, ils visitèrent le fort de Saint-François, admirant ses cinq bastions et les travaux en cours. Ils dînèrent tôt et partirent le 24, après avoir reçu divers présents et civilités des dames de la ville et avoir visité toutes les fortifications.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18420
p. 3-12
VERS sur la Statue érigée à Sa Majesté.
Début :
ENFIN voici l'instant (a) où triomphe tes vœux, [...]
Mots clefs :
Statue, Vœux, Instant, Monarque, Prince, Arts, Trône, Bonté, Genre humain
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS sur la Statue érigée à Sa Majesté.
VERS fur la Statue érigée à Sa Majesté.
ENFIN voici l'inftant (a ) où triomphe tes voeux ,
FRANCE , enorgueillis- toi , dreffe ta tête altière ;
( a ) Il y a deux mois auffi que cet inftant eft
paffé , deux mois auffi que ce morceau de Poëfie
eft fait. L'impreffion en a été différée jufqu'à ce
jour par des raifons dont le détail feroit ici plus
qu'inutile. Au refte , fi ces vers font bons , le restard
n'eft rien. Des Sujets comme celui- ci , ont
toujours les graces de la nouveauté ; & l'éloge
d'un bon Roi n'eft jamais hors de faifon , furtout
pour des François.
II. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Ton Monarque aujourd'hui s'éléve vers les Cieus
Et nos foudres d'airain l'annoncent à la Terre. (b)
Allez , volez , beaux Arts , portez- le dans les airs
On peut l'offrir , fans crainte , aux yeux de l'Uni
vers ;
Qu'il juge fi ce front mérite la couronne >
Et fi çe port dément la Majefté du Trône.
Monument adorable , image de mon Roi ,
Qui pourroit contempler tes beautés immortelles
Sans t'aimer , te bénir , fans fouhaiter des aîles
Pour prendre fon éffor & s'élancer vers toi ?
"De contrastes heureux quel divin affèmblage !
Grandeur d'âme , douceur , nobleffe , humanité ,
Tout le trouve exprimé dans ce fuperbe ouvrage
Enfin , il eft fidéie , & c'eft-là fa beauté. 1
PRINCE , fi , par hazard , on pouvoit s'y mé
prendre ;
A ta noble candeur que l'Artiſte à fçu rendre
A l'augufte bonté qui perce dans ces traits
C'eft Trajan ou Titus que je devinerais.
Ainfi méritois-tu d'être immortaliſée ;
Vertu pure & vraiment digne de l'Eliſée ! ( c )
Ah ! qu'on peut déſormais donner un fi beau nom
A ce vallon chéri qu'honore ta préfence !
( b ) Il faut fe rappeller qu'on tira le canon
quand on éleva la Statue.
"
(e) Allufion au lieu où l'on à placé le Roi .
On fait que ce lieu s'appelle les Champs Elifes
JUILLET. 1763.
}
•
Il ne manque plus rien à fa magnificence ,
Tu le viens habiter ; c'eft le facré vallon.
Bruïant enfans d'Eole , épargnez ces bocages ,
Allez porter ailleurs vos funeſtes ravages ;
f
Un Dieu régne en ces lieux , un Dieu vous en
bannit...
La Nature m'entend ; voilà qu'elle obéit. ( ¿)
Dociles à ma voix , les frimats difparoiffent ;
Encore un feul moment , toutes les fleurs renaiffent
;
Tout va reffufciter dans ce lieu plein dappas ,
J'y vois déja , j'y vois fourire la Nature ;
Et l'aimable Printems , qui s'avance à grands pas ,
Y prépare à mon Prince un Temple de verdure .
Si l'on en croit Homère , ainfi le mont Ida ( e )
Accueillit autrefois le Monarque du Monde :
Sa cime en treffaillit & devint plus féconde ;
Des plus vives couleurs la Terre fe para ;
Elle ouvrit fes tréfors , fes parfums s'exhalérent
Les arbres réjouis , à l'inftant s'animerent ;
Une force nouvelle , un efprit tout divin ,
(d) La Statue ayant été placé aux approches
da Printems , c'étoit une circonftance dont il étoit
naturel que la poefie fit fon profit , d'autant plus
que cette circonſtance cadre avec celle des
Champs Elifées .
(e ) La defcente de Jupiter & de Junon fur le
Mont Ida , eft un des plus beaux endroits de l'Iliade.
Il ne faut pas faire à Homère le tort d'en
juger par cette foible imitation ,
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
S'y gliffa tout à- coup , & réchauffa leur fein ,
Des troncs les plus flétris , les têtes rajeunirent ,
Dans les airs étonnés leurs rameaux s'étendirent ,
Et bientôt Jupiter fe vit un dais pompeux
Qui le cédoit à peine à la voute des cieux.
la Terre en recevant fon Maître.
*
Telle par ut
Ce jour le renouvelle , & tout prêt à fleurir
Ce fortuné vallon femble auffi reconnaître
L'hôte majestueux
qui le vient embéllir.
Venez y déformais , ô coeurs purs & fenfibles ,
( S'il en exifte encor dans nos jours corrompus ,
Fréquentez , chériffez ces retraites paisibles ;
Peut-on fe refufer à l'attrait des vertus ?
Pour moi , comme un oiſeau qui gémit dans le
cage ,
S'il peut fe dérober à la captivité ,
S'élance tout à coup vers le prochain bocages
Et va fur un ormeau chanter fa liberté ;
Sitôt que je pourrai m'échapper de la Ville ,
On m'y verra voler , vers cet aimable aſyle .
Quel lieu plus convenable au penchant de mon
€oeur ?
Quel lieu plus favorable à ma lyrique ardeur ?
L'image des vertus éleve , ennoblit l'âme ,
Et ravit notre efprit fur des aîles de flâme.
Je l'éprouve déja par de bouillans tranſports ;
Je fens naître l'accès du plus heureux délire…..
Mon ſang s'eſt enflammé... ce monument m'inſ
pire...
JUILLET. 1763. 9
CORNEILLE , élances- toi du rivage des morts ;
Prête moi ta vigueur , efprit mâle & ſublime ,
Qui portas jufqu'aux Cieux le grand nom des
BOURBONS ; (f)
Oui, paffe dans mon fein ; que ta verve m'anime
Et me donne aujourd'hui l'audace de fes bonds.
Peintre majestueux de la bonté d' Augufte , (g)
Où font tes grands crayons , tes célébres pinceaux
?
Reprens-les pour un Prince auffi doux aufi
jufte ,
Et retraçons encor d'auffi rares tableaux .
Les hommes , dans tes vers , n'ofoient fe reconnoître
,
Tu les peignois , dit -on , ainfi qu'ils devoient
être ;
'Ah ! peignons , s'il fe peut , celui - ci tel qu'il eft,
Nous n'aurons pas befoin de flater fon portrait.
Mais que fais- je , infenfé ! Ma voix percera -t elle
Les fombres profondeurs de la nuit éternelle ?
(f) Le grand Corneille a fait une infinité de
magniques vers à la louanges de Louis XIV , &
entr'autres un fublime morceau de poësie qui
commence ainfi :
Mánes des grands Bourbons , brillansfoudres de
guerre.
( g ) Dans Cinna,
A v
10 MERCURE DE FRANCE .
Ce grand homme à mes voeux ne fera point
rendu ,
Il eft fur fes lauriers à jamais étendu.
Ce fuperbe géant ne peut brifer la chaîne ;
Terraffé , captivé dans fon cachot poudreur ;
Il n'élevera plus cette tête hautaine
Qui touchoit à l'Olympe & l'égaloitaux Dieux.
Ainfi , ne troublons point le terrible filence
Où repoſe à préſent ſa ſublime éloquence :
En vain nous voudrions rallumer ce flambeau ,
Ce feu , qu'ont étouffé les cendres du tombeau
Eh ! quel befoin d'ailleurs d'évoquer fon génie ?
L'harmonie avec lui s'eft - elle enfevelie ?
N'avons-nous pas encor fon rival , fon vain
queur ?
O toi qui du berceau ( h ) t'élançant dans l'arène ,
Terraffa à vingt ans ce vigoureux luteur ,
Dont la chûte étonnante éffraya l'Hippocrène 3
Toi , qui n'en triomphas que pour le protéger ,
Qui prends foin de la gloire , ainſi que de ſa races
Toi qui brilles , hélas ! fous un Ciel étranger ;
Honneur d'un fiécle ingrat , Monarque du Par
naſſe ,
Pour te nommer enfin , Chantre du grand Henri ;
(h) On fçait combien M de Voltaire a été prématuré.
A vingt ans il avoit fait fon @dipe for
fupérieur à celui de Corneille.
JUILLET. 1763. II
Viens , célébrons enſemble an Roi non moins
chéri.
Ami du genre humain , chantes-en les délices.
VOLTAIRE ! fe peut-il qu'aujourd'hui tu languiffest
Si tu nous es ravi par un deftin jaloux ,
Montre- nous que ton coeur eft du moins parmi
nous.
'Accourez-tous enfin , ô modernes Orphées ;
Secondez mes éfforts , accompagnez ma voix ;
Éclatons a l'envi pour le meilleur des Rois ;
Le Pinde à fa vertu doit auffi des trophées.
Quoi ! le premier des arts marche ici le dernier
Allons , réveillez-vous , concourez à fa gloire ;
Et qu'on le voye auffi fur ce fameux courfier (i )
Qui porte les Héros au Temple de Mémoire.
Venez auffi , venez célébrer, fes bienfaits ,
vous tous qui portez le beau nom de Français
Que chacun avec moi l'honore à ſa manière ,
Saluons notre Roi , beniffons notre père ;;
Aux tranſports de nos coeurs donnons un libre
cours ;
Que nos cris redoublés s'élevent dans la nue
Importunons le Ciel en faveur de fes jours,
Et qu'il puiffe durer autant que fa Statue !
Quand nos foibles voix les honorent ,
( *) Alluſion à la Statue qui eft équestre,
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Les Dieux prennent pitié de nos bégaiemens
Et leur attention ſe borne aux fentimens ,
Aux voeux de ceux qui les adorent.
Si mon léger tribut t'eſt jamais préſenté ,
Daignes donc , ô mon Roi , le voir avec bonté ,
Ne décourages point ma plume ;
Un Soleil tempéré fait profiter les fleurs ;
Un Soleil brûlant les confume ,
Er dévore àjamais leurs brillantes couleurs.
Par M. GERMAIN DE CRAIN.
ENFIN voici l'inftant (a ) où triomphe tes voeux ,
FRANCE , enorgueillis- toi , dreffe ta tête altière ;
( a ) Il y a deux mois auffi que cet inftant eft
paffé , deux mois auffi que ce morceau de Poëfie
eft fait. L'impreffion en a été différée jufqu'à ce
jour par des raifons dont le détail feroit ici plus
qu'inutile. Au refte , fi ces vers font bons , le restard
n'eft rien. Des Sujets comme celui- ci , ont
toujours les graces de la nouveauté ; & l'éloge
d'un bon Roi n'eft jamais hors de faifon , furtout
pour des François.
II. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Ton Monarque aujourd'hui s'éléve vers les Cieus
Et nos foudres d'airain l'annoncent à la Terre. (b)
Allez , volez , beaux Arts , portez- le dans les airs
On peut l'offrir , fans crainte , aux yeux de l'Uni
vers ;
Qu'il juge fi ce front mérite la couronne >
Et fi çe port dément la Majefté du Trône.
Monument adorable , image de mon Roi ,
Qui pourroit contempler tes beautés immortelles
Sans t'aimer , te bénir , fans fouhaiter des aîles
Pour prendre fon éffor & s'élancer vers toi ?
"De contrastes heureux quel divin affèmblage !
Grandeur d'âme , douceur , nobleffe , humanité ,
Tout le trouve exprimé dans ce fuperbe ouvrage
Enfin , il eft fidéie , & c'eft-là fa beauté. 1
PRINCE , fi , par hazard , on pouvoit s'y mé
prendre ;
A ta noble candeur que l'Artiſte à fçu rendre
A l'augufte bonté qui perce dans ces traits
C'eft Trajan ou Titus que je devinerais.
Ainfi méritois-tu d'être immortaliſée ;
Vertu pure & vraiment digne de l'Eliſée ! ( c )
Ah ! qu'on peut déſormais donner un fi beau nom
A ce vallon chéri qu'honore ta préfence !
( b ) Il faut fe rappeller qu'on tira le canon
quand on éleva la Statue.
"
(e) Allufion au lieu où l'on à placé le Roi .
On fait que ce lieu s'appelle les Champs Elifes
JUILLET. 1763.
}
•
Il ne manque plus rien à fa magnificence ,
Tu le viens habiter ; c'eft le facré vallon.
Bruïant enfans d'Eole , épargnez ces bocages ,
Allez porter ailleurs vos funeſtes ravages ;
f
Un Dieu régne en ces lieux , un Dieu vous en
bannit...
La Nature m'entend ; voilà qu'elle obéit. ( ¿)
Dociles à ma voix , les frimats difparoiffent ;
Encore un feul moment , toutes les fleurs renaiffent
;
Tout va reffufciter dans ce lieu plein dappas ,
J'y vois déja , j'y vois fourire la Nature ;
Et l'aimable Printems , qui s'avance à grands pas ,
Y prépare à mon Prince un Temple de verdure .
Si l'on en croit Homère , ainfi le mont Ida ( e )
Accueillit autrefois le Monarque du Monde :
Sa cime en treffaillit & devint plus féconde ;
Des plus vives couleurs la Terre fe para ;
Elle ouvrit fes tréfors , fes parfums s'exhalérent
Les arbres réjouis , à l'inftant s'animerent ;
Une force nouvelle , un efprit tout divin ,
(d) La Statue ayant été placé aux approches
da Printems , c'étoit une circonftance dont il étoit
naturel que la poefie fit fon profit , d'autant plus
que cette circonſtance cadre avec celle des
Champs Elifées .
(e ) La defcente de Jupiter & de Junon fur le
Mont Ida , eft un des plus beaux endroits de l'Iliade.
Il ne faut pas faire à Homère le tort d'en
juger par cette foible imitation ,
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
S'y gliffa tout à- coup , & réchauffa leur fein ,
Des troncs les plus flétris , les têtes rajeunirent ,
Dans les airs étonnés leurs rameaux s'étendirent ,
Et bientôt Jupiter fe vit un dais pompeux
Qui le cédoit à peine à la voute des cieux.
la Terre en recevant fon Maître.
*
Telle par ut
Ce jour le renouvelle , & tout prêt à fleurir
Ce fortuné vallon femble auffi reconnaître
L'hôte majestueux
qui le vient embéllir.
Venez y déformais , ô coeurs purs & fenfibles ,
( S'il en exifte encor dans nos jours corrompus ,
Fréquentez , chériffez ces retraites paisibles ;
Peut-on fe refufer à l'attrait des vertus ?
Pour moi , comme un oiſeau qui gémit dans le
cage ,
S'il peut fe dérober à la captivité ,
S'élance tout à coup vers le prochain bocages
Et va fur un ormeau chanter fa liberté ;
Sitôt que je pourrai m'échapper de la Ville ,
On m'y verra voler , vers cet aimable aſyle .
Quel lieu plus convenable au penchant de mon
€oeur ?
Quel lieu plus favorable à ma lyrique ardeur ?
L'image des vertus éleve , ennoblit l'âme ,
Et ravit notre efprit fur des aîles de flâme.
Je l'éprouve déja par de bouillans tranſports ;
Je fens naître l'accès du plus heureux délire…..
Mon ſang s'eſt enflammé... ce monument m'inſ
pire...
JUILLET. 1763. 9
CORNEILLE , élances- toi du rivage des morts ;
Prête moi ta vigueur , efprit mâle & ſublime ,
Qui portas jufqu'aux Cieux le grand nom des
BOURBONS ; (f)
Oui, paffe dans mon fein ; que ta verve m'anime
Et me donne aujourd'hui l'audace de fes bonds.
Peintre majestueux de la bonté d' Augufte , (g)
Où font tes grands crayons , tes célébres pinceaux
?
Reprens-les pour un Prince auffi doux aufi
jufte ,
Et retraçons encor d'auffi rares tableaux .
Les hommes , dans tes vers , n'ofoient fe reconnoître
,
Tu les peignois , dit -on , ainfi qu'ils devoient
être ;
'Ah ! peignons , s'il fe peut , celui - ci tel qu'il eft,
Nous n'aurons pas befoin de flater fon portrait.
Mais que fais- je , infenfé ! Ma voix percera -t elle
Les fombres profondeurs de la nuit éternelle ?
(f) Le grand Corneille a fait une infinité de
magniques vers à la louanges de Louis XIV , &
entr'autres un fublime morceau de poësie qui
commence ainfi :
Mánes des grands Bourbons , brillansfoudres de
guerre.
( g ) Dans Cinna,
A v
10 MERCURE DE FRANCE .
Ce grand homme à mes voeux ne fera point
rendu ,
Il eft fur fes lauriers à jamais étendu.
Ce fuperbe géant ne peut brifer la chaîne ;
Terraffé , captivé dans fon cachot poudreur ;
Il n'élevera plus cette tête hautaine
Qui touchoit à l'Olympe & l'égaloitaux Dieux.
Ainfi , ne troublons point le terrible filence
Où repoſe à préſent ſa ſublime éloquence :
En vain nous voudrions rallumer ce flambeau ,
Ce feu , qu'ont étouffé les cendres du tombeau
Eh ! quel befoin d'ailleurs d'évoquer fon génie ?
L'harmonie avec lui s'eft - elle enfevelie ?
N'avons-nous pas encor fon rival , fon vain
queur ?
O toi qui du berceau ( h ) t'élançant dans l'arène ,
Terraffa à vingt ans ce vigoureux luteur ,
Dont la chûte étonnante éffraya l'Hippocrène 3
Toi , qui n'en triomphas que pour le protéger ,
Qui prends foin de la gloire , ainſi que de ſa races
Toi qui brilles , hélas ! fous un Ciel étranger ;
Honneur d'un fiécle ingrat , Monarque du Par
naſſe ,
Pour te nommer enfin , Chantre du grand Henri ;
(h) On fçait combien M de Voltaire a été prématuré.
A vingt ans il avoit fait fon @dipe for
fupérieur à celui de Corneille.
JUILLET. 1763. II
Viens , célébrons enſemble an Roi non moins
chéri.
Ami du genre humain , chantes-en les délices.
VOLTAIRE ! fe peut-il qu'aujourd'hui tu languiffest
Si tu nous es ravi par un deftin jaloux ,
Montre- nous que ton coeur eft du moins parmi
nous.
'Accourez-tous enfin , ô modernes Orphées ;
Secondez mes éfforts , accompagnez ma voix ;
Éclatons a l'envi pour le meilleur des Rois ;
Le Pinde à fa vertu doit auffi des trophées.
Quoi ! le premier des arts marche ici le dernier
Allons , réveillez-vous , concourez à fa gloire ;
Et qu'on le voye auffi fur ce fameux courfier (i )
Qui porte les Héros au Temple de Mémoire.
Venez auffi , venez célébrer, fes bienfaits ,
vous tous qui portez le beau nom de Français
Que chacun avec moi l'honore à ſa manière ,
Saluons notre Roi , beniffons notre père ;;
Aux tranſports de nos coeurs donnons un libre
cours ;
Que nos cris redoublés s'élevent dans la nue
Importunons le Ciel en faveur de fes jours,
Et qu'il puiffe durer autant que fa Statue !
Quand nos foibles voix les honorent ,
( *) Alluſion à la Statue qui eft équestre,
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Les Dieux prennent pitié de nos bégaiemens
Et leur attention ſe borne aux fentimens ,
Aux voeux de ceux qui les adorent.
Si mon léger tribut t'eſt jamais préſenté ,
Daignes donc , ô mon Roi , le voir avec bonté ,
Ne décourages point ma plume ;
Un Soleil tempéré fait profiter les fleurs ;
Un Soleil brûlant les confume ,
Er dévore àjamais leurs brillantes couleurs.
Par M. GERMAIN DE CRAIN.
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Résumé : VERS sur la Statue érigée à Sa Majesté.
En juillet 1763, deux textes distincts rendent hommage à des figures notables. Le premier texte est un poème célébrant un monarque, probablement Louis XV, à l'occasion de l'érection d'une statue royale aux Champs-Élysées. Cette statue symbolise la noblesse, la douceur et l'humanité du roi. Les festivités incluent un tir de canons. Le poète compare la réaction de la nature à l'arrivée du roi à celle décrite par Homère et exprime son désir de s'inspirer de la statue. Il invoque l'esprit de Pierre Corneille pour trouver l'inspiration, tout en reconnaissant que ce dernier ne peut plus célébrer le roi actuel. Le second texte est une ode de Germain de Craïn dédiée à Voltaire. L'auteur souligne que Voltaire, à seulement vingt ans, avait déjà surpassé Corneille avec son œuvre Œdipe. Il déplore la mort de Voltaire et encourage les poètes modernes à célébrer le roi, décrit comme un ami du genre humain. L'ode insiste sur la nécessité de rendre hommage au roi et de prier pour sa longévité, comparant les louanges à un soleil tempéré favorisant la croissance des fleurs. L'auteur espère que ses vers seront bien accueillis par le roi sans décourager sa plume.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18421
p. 15-38
SUITE DES QUIPROQUO, NOUVELLE.
Début :
LA Marquise n'étoit point présente à ces propos ; Damon profita de son [...]
Mots clefs :
Marquise , Portrait, Chevalier, Peindre, Rivale, Ridicule, Jalousie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DES QUIPROQUO, NOUVELLE.
SUITE DES QUIPROQUO ,
L
NOUVELLE.
A Marquife n'étoit point préfente
à ces propos ; Damon profita de fon
abfence pour tirer Dorval à l'écart. Il
l'invite fimplement à fe rendre avec lui
à l'étoile fous quelques minutes. Je vais
t'y devancer , reprit ce dernier , fans'
être cependant , au fait du myftère . En
effet , il fortit l'inftant d'après . Damon
ne tarda pas à le fuivre. Tous deux fe
rejoignirent au lieu indiqué. L'air férieux
de Damon ne furprit point Dorval
; il ne lui en connoiffoit guères d'autre.
Comment va la nouvelle intrigue
lui dit- il ? ma foi , Comte , je t'en félicite
, ton choix ne pouvoit mieux tomber
que fur la Marquife. Elle te fera
faire plus de progrès en deux mois que
Lucile en deux ans. Mes progrès , répondit
féchement Damon , font encore
plus prompts que vous ne penfez ; j'ai
16 MERCURE DE FRANCE.
,
•
déja appris à difcerner un ami vrai d'a-.
vec un ami faux. Quoi ? repliqua Dorval
, un peu furpris du ton avec lequel
ces paroles avoient été prononcées
eft- ce à ces fortes d'inftructions que la
Marquife borne fes foins ? Laiffons-là
la Marquife , reprit Damon , avec encore
plus de hauteur , parlons de vos
procédés : ce n'eft pas la premiere fois
qu'ils me choquent ; mais je fonge à
m'en venger plutôt qu'à les définir.
Sçais-tu bien, Comte , ajouta Dorval
qu'à la fin ce ton m'ôteroit la liberté
& même la volonté de te défabufer ?
Peu m'importe , interrompit Damon
& d'ailleurs , ce feroit peine perdue ; je
fçais à quoi m'en tenir . Cherchons quelque
endroit plus écarté. Ils s'avancent
fans ancune fuite , & ne tardent pas à
trouver ce qui leur convient. Dorval qui
n'avoit qu'un feul ton pour toutes les
circonftances de la vie , n'en changea
point dans celle où il fe trouvoit . Il me
femble , difoit-il , voir renaître le fiécle
de nos anciens Preux : quand ils n'avoient
rien de mieux à faire , ils s'amufoient
à rompre une lance en l'honneur
de leurs Dames. Il eft vrai , pourſuivoit-
il , qu'un bras en écharpe eut toujours
des grâces aux yeux d'une Belle.
>
JANVIER. 1763 . 17
Ils s'arrêtent en un lieu qui leur paroît
propre à ce qu'ils méditent. Là ils mettent
l'épée à la main & fe battent avec
la même ardeur que s'ils euffent toujours
été ennemis. Ils s'étoient déja
bleffés l'un & l'autre, quand le Chevalier
de B..... arriva. Meffieurs , leur dit il ,
en les féparant , que fignifie cette fcène
? Ma foi , mon cher Chevalier ,
prit Dorval , je l'ignore : demande-le à
Damon ; peut - être le fçait-il . Damon
croyoit effectivement le fçavoir ; mais
il ne jugea pas à propos de s'expliquer.
Les deux prétendus rivaux avoient chacun
befoin des fecours d'un Chirurgien.
On en fait venir un chez le Suiffe
du Bois de Boulogne. Il panfa les
deux bleffés ; après quoi , l'un & l'autre
ayant envoyé ordre à leurs épuipages
d'avancer , chacun remonta dans le fien .
Le Chevalier accompagna Damon qu'il
jugeoit avoir été l'aggreffeur dans cette
affaire . Il lui fit encore quelques quef
tions inutiles pour en favoir le motif. II
conclud , enfin , que la jaloufie armoit
les deux rivaux l'un contre l'autre , &
que l'objet de cette jaloufie étoit la Marquife.
C'étoit du moins elle qui avoit foupçonné
la premiere le motif de leur for18
MERCURE DE FRANCE.
tie . Elle étoit fans qu'on le fçût , dans
un cabinet voifin , lorfque Damon avoit
parlé en fecret à Dorval ; elle avoit entendu
nommer le lieu du rendez -vous
& c'étoit à fa priére que le Chevalier
avoit fuivi les deux Champions. De-là
fon apparition fi fubite , & que ni Dorval
, ni Damon n'avoient pû prévoir.
Le Chevalier l'inftruifit de ce qui s'étoit
paffé , & lui fit part de fes conjectu
res. Le mot de combat l'éffraya d'abord.
Elle n'étoit pas de nos Coquettes qui
dans ces fortes d'occafions regardent la
mort d'un amant , comme une victime
offerte à leurs charmes, comme le triomphe
le plus réel de leur beauté. Le Che
valier la raffura , en lui apprenant que
les bleffures des deux rivaux n'étoient
pas dangereufes . Rien , au furplus , ne
pouvoit l'induire en erreur . Elle favoit
que Damon aimoit Lucile , elle favoit
qu'il etoit l'aggreffeur dans cette difpute.
Elle n'avoit qu'une crainte ; c'étoit que
la jaloufie de Damon ne fût point mal
fondée. Cependant , par un motif de
tracafferie , affez commun parmi les
›
femmes elle fit fécrettement informer
Cinthie de la difpute des deux amis. On
ajouta de plus , par fon ordre , que felon
toutes les apparences , la Marquife les
avoit rendus rivaux.
JANVIER. 1763. 19
A
Il eft facile de rendre jaloufe une
femme qui ne peut que difficilement réparer
fes pertes . Cinthie étoit dans le
cas. Lui enlever Dorval c'étoit lui ravir
Tout ce qui lui reftcit . Elle ne put déguifer
fon défefpoir , même aux yeux
de fa niéce. D'ailleurs elle diffimuloit
beaucoup moins avec Lucile , depuis
qu'elle la croyoit oubliée de Damon .
J'ajouterai même qu'elle avoit porté la
confiance envers elle à un point éxceffif.
Lucile s'amufoit à peindre en miniature
, & y réuffiffoit parfaitement . Cinthie
voulut qu'elle traçât de mémoire lè
Portrait de Dorval. Un prétexte affez
frivole vint à l'appui de cette demande.
Lucile fans approfondir fes vues , obéit
à fes ordres , & fongea à faire auffi
ufage de ce talent pour elle - même . Elle
fe trouvoit cependant encore plus hu
miliée que fa tante. Hélas ! difoit- elle
s'il eft vrai que Damon & Dorval s'étoient
querellés pour la Marquife , il
eft donc bien sûr que Damon ne fonge
plus à moi , qu'il me facrifie à cette rivale
! C'étoit pour accroître ce facrifice
que l'Ingrat vouloit fçavoir ce qui fè
paffoit dans mon coeur. Je lui en ai tû
la meilleure partie , & lui en ai trop dit
encore .
•
20 MERCURE DE FRANCE .
mon ,
Tandis que Lucile accufoit ainfi Dail
étoit lui-même partagé entre
les regrets d'avoir peut- être injuftement
querellé Dorval , & la crainte d'avoir
eu trop de raifon de le faire. La fiévre
l'avoit faifi & retardoit la guériſon de
fa bleffure . Dorval , au contraire fut
guéri de la fienne au bout de huit jours.
Il apprit l'état où étoit fon adverfaire
& en fut touché. Toute rancune étoir
bannie de fon âme , ou pour mieux dire
fon âme étoit incapable d'en conferver.
Il s'étoit battu avec Damon fans être fon
ennemi . Il réfolut de le fervir comme'
s'ils ne fe fuffent jamais battus , à le réconcilier
une feconde fois avec Lucile.
Ce font , difoit-il , deux enfans qui s'aiment
& qui fe boudent. Il faut avoir pi
tié de leur inexpérience , il faut les obliger
à s'entendre.
Dans ce deffein il ſe rend chez Cinthie
, à laquelle il fe propofoit de taire
la vraie caufe de fon abfence depuis huit
jours. Il fut furpris de l'en trouver inftruite.
Quoi ! Monfieur , lui dit - elle ,
auffi-tôt qu'elle l'apperçut , vous vous
expofez aux rifques de fortir ? Celle qui
vous a fait braver les périls d'un combat
ne vous oblige pas , du moins , à
prendre foin de votre guérifon ? C'eſt
JANVIER. 1763 . 21
bien mal connoître le prix de certaines
choſes. Je vous jure d'honneur , Madame
, reprit Dorval , que j'ignore de qui
vous vouliez parler.... Comment , Monfieur
n'avez-vous pas eu affaire avec
Damon ? ... Je l'avoue , puifque vous le
favez ; mais c'eft tout ce que je fais làdeffus
moi-même.... Quoi ? vous vous
battez fans fçavoir pour qui , ni à quel
fujet ? ... Eh ! Madame , eft- ce donc une
chofe fi extraordinaire ? ... Mais on s'explique
du moins .... Madame , reprit
encore Dorval, ces fortes d'explications
ne fervent qu'à faire foupçonner la valeur
de quiconque s'y arrête , un peu
équivoque. Il vaut mieux paroître s'entendre.
On s'explique après , s'il en eft
encore temps. Mais Damon garde encore
pour lui fon fecret.
Dorval en étoit cependant bien inf
truit ; mais il n'en vouloit faire part qu'à
Lucile. Nayant pu alors l'entretenir en
particulier , il revint le jour fuivant.
L'occafion étoit favorable ; Cinthie étoit
abfente & Lucile abfolument feule dans
fon cabinet. Dorval qui étoit en poffeffion
d'entrer librement , ufe de ce privilége.
Il pénétre fans bruit jufqu'au cabinet
, dontla porte fe trouva toute ouverte.
Il voit Lucile occupée à peindre ,
22 MERCURE DE FRANCE.
& reconnoît le Portrait de Damon qu'elle
traçoit de fouvenir , en laiffant de loin .
à loin échapper quelques larmes. L'ouvrage
étoit affez avancé pour que Dorval
ne pût s'y méprendre. Il comprit dèslors
que le foin d'apaifer Lucile n'étoit
pas le plus preffé & qu'on pouvoit s'en
repofer fur elle même . Il fort comme il
étoit entré fans faire de bruit , fans être
apperçu . Lucile étoit trop férieufement
occupée pour qu'il fût aifé de la diftraire.
Voici ,, difoit
Dorval
, chemin
faifant
, voici
un
nouveau
fpécifique
pour
ce
pauvre
Damon
; refte
à trouver
le
moyen
de
lui
en
faire
part
. Il craignoit
d'irriter
fon
mal
, en
s'offrant
à fa vue
.
Il fe rendit
chez
le
Chevalier
qui
leva
fes
doutes
avant
qu'il
les
lui
eût
expliqués
. J'allois
chez
toi
, lui
dit-il , auffitôt
qu'il
l'apperçut
, &
j'y
allois
de
la
part
de Damon
, qui
t'invite
fincérement
à te
rendre
chez
lui. De
tout
mon
coeur
reprit
Dorval
; ma
vifite
je crois
, vaudra
mieux
pour
lui
que
celle
de
fon
Médecin
. Tous
deux
fe
rendent
chez
le
malade
, qu'ils
trouvent
au
lit.
A peine
apperçut
-il
Dorval
, qu'il
lui
tendit
la
main
de l'air
le plus
intime
. On
m'affu
re , lui
dit-il , que
tous
mes
foupçons
à
F
JANVIER. 1763. 23
ton égard font faux , je commence à le
croire. Oublions le paffé , & daigne encore
être mon ami. Très -volontiers , répondit
Dorval , je le fuis , & n'ai point
ceffé de l'être. J'ai fait , de plus , une
découverte qui doit anéantir ta fiévre
& tes foupçons . Quelle est - elle ? reprit
vivement Damon... Des meilleures pour
toi.Tu fçais ou ne fçais pas que la fille d'un
certain Dibutade craignant de ne plus revoir
fon amant , charbonna fes traits fur
le mur de fa chambre ? ... Hé bien ! que
m'importe ? ... Lucile te traite avec plus
de diftinction ; elle te peint en miniature.
Lucile me peint ! s'écria Damon....
Mieux que ne feroit un peintre , repliqua
Dorval: une jeune perfonne dont
F'Amour conduit le pinceau , fait toujours
des prodiges dans ces fortes d'occafions.
Tu me flattes , mon cher Marquis
, ajoutoit Damon , en fe foulevant
pour l'embraffer , tu me flattes ! Lucile
eft trop indifférente pour en ufer ainfi ...
Oh , parbleu ! je veux t'en donner le
plaifir. D'ailleurs , il faut bien que tu
viennes obtenir ton pardon ; c'eſt une
cérémonie préalable... Je t'avoue que je
crains les reproches de Cinthie ... Cinthie
eft occupée à faire juger un procès de
la plus grande là conféquence. Elle fort
24 MERCURE
DE FRANCE .
"
tous les matins & a la maladreffe de ne
pas mener Lucile avec elle. Tu profiteras
de cette lourde bévue.
Damon fut en état de fortir au bout
de quelques jours , tant le ſpécifique de
Dorval avoit produit un prompt effet.
Ce dernier conduit Damon chez Cinthie.
Elle étoit abfente , comme ils l'a--
voient prévu. Lucile elle-même ne fe
trouva point dans fon appartement. On
leur dit qu'elle accompagnoit
dans le
Parc une vieille parente qui étoit venue
la vifiter. Damon pria Dorval d'aller la
prévenir fécrettement
fur fon arrivée :
ce que ce dernier exécuta avec plaifir.
A peine commençoit - il à s'éloigner ,
Damon entre dans le cabinet de
Lucile. Son but ne pouvoit pas être
bien décidé. Peut être efpéroit-il y trouver
ſon portrait. Mais que devint-il ,
en appercevant celui de Dorval , trèsreffemblant
, & auquel Lucile paroifloit
avoir encore travaillé le jour même ?
Une pareille vue déconcerteroit
l'amant
le plus flegmatique . Pour Damon , il
devint furieux. Quoi ! s'écria-t- il , hois
de lui-même , je ferai donc fans ceffe
le jouet d'une perfide & d'un traître ?
C'est pour me rendre le témoin de ma
honte qu'il ofe me conduire ici ? Ah !.
que
je
JANVIER. 1763.. 25
je, ne dois plus écouter que ma rage . Il
s'en fallut peu qu'il ne mît le portrait en
piéces ; mais il fe contenta de fortir de
la maiſon , fans avoir parlé ni à Lucile
ni à Dorval.
Tandis qu'il retourne chez lui ne refpirant
que vengeance , Dorval inftruifoit
Lucile de fon arrivée. Cet avis la
jette dans le plus grand trouble . Elle
quitte avec précipitation fa Parente &
Dorval pour courir à fon appartement.
Voilà , difoit ce dernier , une activité
qui n'eft point de mauvais augure pour
Damon. Mais le defir de le revoir n'étoit
pas l'unique raifon qui engageât
Lucile à fe preffer ainfi . Elle vouloit
fouftraire à fa vue le portrait qu'elle
avoit laiffé en évidence ; oubli dont l'arrivée
de fa vieille parente étoit la feule
caufe. Lucile arrive , retrouve le portrait
à peu près à la même place , mais elle
n'apperçoit point Damon : elle fonne
elle demande ce qu'il eft devenu ; on
lui apprend qu'il vient de remonter dans
fon vis-à-vis & de s'éloigner en toute diligence.
Alors Lucile ne doute plus
qu'il n'ait vû le fatal portrait. Je fuis
perdue , difoit- elle , il va me regarder
comme une perfide , rien ne pourra plus
le défabufer : que je fuis malheureuſe !
II. Vol. B
>
26 MERCURE DE FRANCE.
Elle s'étoit renfermée dans fon cabinet ;
elle y reftoit accablée, elle oublioit qu'elle
eût compagnie dans le jardin . Dorval,
qui s'ennuyoit fort avec la vieille, jugeoit
qu'apparemment Lucile & Damon trouvoient
les inftans plus courts. Il avoit été
un peu furpris de voir Lucile s'éloigner
avec tant d'activité ; il ne le fut pas moins
de la voir reparoître avec un air de trifteffe
& d'abattement . La vieille Coufine
ayant mis fin à fa vifite , leur laiffa le
temps de s'expliquer. Eh bien ! belle
Lucile , lui dit Dorval , ne vous ai -je pas
ramené Damon , le plus docile de tous
les hommes ? je ne crains plus qu'une
chofe , c'eft qu'il ne devienne timide à
l'excès . Je n'ai pù le réfoudre à fe montrer
avant que vous foyez prévenue de
fon arrivée mais que vous a-t - il dit ?
qui ? Damon ? reprit Lucile , hélas ! je
ne l'ai pas même vû ! ... Quoi , Mademoiſelle
, vous m'avez laiffé morfondre
une demie -heure auprès d'une Baronne
feptuagénaire , & vous n'étiez pas -avec
Damon ? ... Je ne l'ai point vû , vous
dis -je , il étoit déjà parti : fa viſite n'eſt
qu'un outrage de plus pour moi ... Oh
parbleu , il y a là-deffous du fingulier ,
de l'extraordinaire ! Lucile foupçonnoit
bien ce qu'il pouvoit y avoir , mais elle
JANVIER. 1763. 27
n'ofoit en inftruire Dorval. Je vais , lui
dit ce dernier , éclaircir cette énigme
& reviens auffi-tôt vous faire part de ma
découverte. Arrêtez ! lui cria Lucile
je crains quelque nouvelle criſe entre
Damon & vous ... mais cette objection ,
& beaucoup d'autres , ne purent empêcher
Dorval de s'éloigner.
Il arrive chez Damon & le trouve
feul fe promenant à grands pas . Sçaistu
bien , lui dit-il , que tu deviens l'homme
de France le plus fingulier ? &
qu'on rifque de fe couvrir de ridicule
en s'intéreffant pour toi ? Damon
furpris de fa vifite , & le regardant
avec des yeux ou la furcur étoit peinte :
Monfieur , lui dit- il , venez-vous braver
jufque chez lui un ami que vous
trahiffez indignement ? ... Alte- là , interrompit
Dorval , je vois qu'il y a
ici quelque nouvelle méprife. Non ,
non , reprit Damon , il ne peut y avoir
d'équivoque ; tous mes doutes font
éclaircis. Julie , & vous êtes d'accord
enfemble pour me jouer. Mais que
plutôt .... Écoute , Damon , ajoûta
Dorval, nous nous connoiffons ; que
penferois-tu qui pût me réduire à diffimuler
avec toi ? Sais- tu qu'il y auroit
urieuſement d'orgueil de ta part à me
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
foupçonner de cette baffeffe ? ... Hé
bien , foit ; je confens à croire que tu
n'es point le complice de Lucile ; mais
je n'en fuis pas moins trahi , tu n'en es
pas moins la principale caufe... Oh !
explique-toi plus clairement fi tu veux
que je t'entende. Mais non, réponds- moi
d'abord : pourquoi , quand je vais annoncer
ton arrivée à Lucile, & que cette
pauvre enfant accourt vers toi , fans
prendre garde qu'elle rifque de facher
une parente , riche , caduque & qui
veut la faire fon héritière ; pourquoi Lu
cile ne te retrouve-t- elle plus ? Ah la
perfide ! s'écria Damon , ce n'étoit pas
moi qu'elle afpiroit à voir , c'étoit la
preuve de fa trahifon qu'elle vouloit
fouftraire à mes yeux ! , .. Comment ?
quelle preuye ? .., ton portrait , puifqu'il
faut le dire : l'ingrate eft actuellementoccupée
à te peindre...Mon portrait ! mais tu
te trompes , Damon , c'eſt le tien ; j'ai vu
Lucile occupée à l'achever... c'eft le tien ,
te dis-je ; crois- en l'attention avec la
quelle je l'ai examiné , crois-en la rage
qui me possède ! ... Parbleu l'aventure
eft des plus comiques , le quiproquo des
plus bizarres : tu crois , dis- tu , être bien
fur de ton fait ? ... Ah , trop fùr ! que
n'en puis-je au moins douter I mais non ,
JANVIER. 1763.. 29
tout est éclairci. C'est toi que l'ingrate
me préfére, c'est toi qu'elle aime. Dorval
reſta un moment rêveur , après quoi il
ajoûta , en pirouettant , ma foi , mon
pauvre Damon , cela pourroit bien être ,
je ne vois rien là de miraculeux , ce n'eft
pas la première fois que je triomphe fans
le fçavoir & fans y prétendre : après tout ,
il y auroit de la barbarie à rébuter cet
enfant ... Songe que la vie n'eft rien
pour moi fi Lucile m'eft enlevée , &
que tu n'obtiendras l'une qu'après m'avoir
arraché l'autre ... En vérité , Damon,
tu ne te formes point , tu es l'homme du
monde que je voudrois le moins tuer ;
mais , enfin , que veux -tu que je faffe ?
tu connois Lucile ; crois - tu qu'il foit
bien-aifé de lui tenir rigueur ? ... La
perfide ! ... Qu'entends-tu par ce mot ?...
Quoi ! peut- elle douter un inftant que
je ne l'adore ? ... Elle s'en fouviendra
quelque jour , & alors tu prendras ta
revanche , en lui préférant une rivale ...
Non , je veux , je prétends qu'elle s'explique
dès aujourd'hui , qu'elle prononce
entre toi & moi ... Tu n'y fonges pas ;
as-tu donc oublié que Lucile n'eft qu'un
enfant ? & qu'un pareil aveu embarrafferoit
la femme la plus aguerrie ? ....
N'importe , je jouirai de fa confufion ,
B iij
30 MERCURE DE FRANCE .
je pourrai l'accabler de reproches....
oh parbleu , c'eft ce que je ne dois pas
fouffrir. D'ailleurs , fonge au ridicule de
la démarche oùtu veux m'engager : l'amour
n'eft aujourd'hui qu'une convention
tacite ; on s'aime , on fe laiffe , &
tout cela doit fe deviner ; toute queſtion
à cet égard eft puérile , tout aveu fuperflu,
tout reproche ignoble & déplacé.
Il fallut , cependant , que Dorval cédât
aux inftances de Damon ; mais ce
ne fut qu'avec beaucoup de répugnance.
Lorfqu'il avoit promis à Lucile de le
lui ramener , il croyoit lui caufer de la
joie , & non de l'embarras . Leur arrivée
la fit pálir. C'eft de quoi Dorval
s'apperçut d'abord. Il prit ce ton léger
qu'il employoit à tous propos. Belle Lucile
, lui dit-il , banniffez toute contrainte.
Le défolé Damon veut être inftruit
de fon fort. Il foupçonne votre coeur de
fe déclarer pour moi , il croit que cer→
tain portrait , dont vous faites myftère
eft le mien. C'eft éxiger un aveu bien
authentique je l'avoue ; mais tel eft Damon
; Il préfére un arrêt foudroyant à
une plus longue incertitude .
Lucile ne répondit rien & parut encore
plus agitée . Ah ! s'écria Damon
ce filence n'en dit que trop. C'en eft
JANVIER. 1763. 31
>
fait , je fuis facrifié. Mais cruelle , celui
que vous me préférez ne jouira pas de
fon triomphe , ou la mort que je recevrai
de fa main m'empêchera de voir
mon opprobre. Lucile ne répondoit rien
encore. Ma foi , mon pauvre Damon
dit alors Dorval , j'ai pitié de l'état où
je te vois , & s'il n'étoit pas au-deffus ·
de l'homme d'être ingrat envers Lucile
peut- être euffé- je porté l'héroïsme à
fon comble. Mais regarde-la & vois ce
qu'il eft poffible de faire ? Lucile ne put
foutenir plus long-temps cette bifarre
-méprife. Mais , Monfieur , dit- elle à Damon
, avec une agitation extrême , depuis
quand prenez- vous tant d'intérêt à
ce qui fe paffe dans mon coeur ? Vous
avez paru en faire trop peu de cas
pour.... Oui , Oui , interrompit Damon
oui , j'ai mérité vos rigueurs , votre haine.
J'ai paru oublier vos charmes , j'ai
paru vous donner une rivale ; mais , en
vous fuyant , je vous adorois , je n'entretenois
cette rivale que de vous . Elle
a des charmes & je ne lui parlois que
des vôtres.Peut- être elle m'abhorre pour
avoir connu à quel point je vous aime ...
Ah Ciel ! s'écria Lucile , à quelle extrẻ-
mité me vois-je réduite ? Parlez , reprenoit
Damon , il n'eft plus temps de fein-
>
>
Biv
32 MERCURE DE FRANCE .
1
du
>
dre . Mais que pourriez-vous dire qui pût
démentir ce que j'ai vu ? Tranchez net
la difficulté , difoit Dorval , ou ,
moins , expliquez-vous par emblême ;
laiffez parler le portrait en queftion. Je
tremble ! ajoûta Lucile , en tirant un
portrait de fa poche. O Ciel ! s'écrioit
Damon , cette vue va donc regler ma
deſtinée ? Courage , difoit Dorval à Lucile
qui héfitoit toujours , faites ce que
votre coeur vous préfcrira. Hé bien , lui
dit-elle , en tremblant de plus en plus
voyez vous-même ce qu'il convient de
faire... A ces mots elle lui donne le
portrait.
Grand Dieu ! s'écrie de nouveau
Damon , c'en eft donc fait ? Il ne me
refte plus qu'à m'immoler aux pieds de
l'ingrate. Déja il avoit tiré fon épée &
la tournoit contre fon fein . Arrête , arrête
lui cria Dorval , voila un défefpoir
finguliérement placé : regarde cette
pienture. Damon la fixe d'un ceil égaré ,
& reconnoît fes traits. Adorable Lucile
dit-il , en fe précipitant à fes genoux ,
que ne vous dois-je point ? & que mes
foupçons me rendent coupable ! Quoi ,
tandis que je vous outrageois , vous daigniez
raffembler les traits d'un ingrat ?...
Mais reprenoit-il , en s'interrompant ,
un autre a joui de la même faveur ! A
JANVIER. 1763. 33
ce difcours Lucile change de couleur &
refte interdite. Nouvelles allarmes pour
-Damon. Oui , pourſuivoit- il , un autre
portrait a tantôt frappé ma vue. De grace
, expliquez- nous ce qu'il fignifie . En
faites- vous une collection ? Ecoute
mon cher, interrompit Dorval , Mademoiſelle
a un talent fi décidé pour ce
genre qu'il feroit affreux qu'elle l'enfouît.
Craignez , dit alors Lucile à Damon
, craignez que je n'éclairciffe vos
injuftes foupçons ; je ne vous les pardonnerai
pas après les avoir détruits .
Ces trois perfonnes étoient occupées
au point que Cinthie entra fans qu'on ſe
fut même douté de for arrivée . Elle
venoit annoncer à fa niéce le gain de
fon procès. Elle la trouve dans une agitation
extrême , voit Damon à -peu-près
dans le même état , & Dorval qui fembloit
participer à cette fcène . Qu'est-ce
que cela fignifie , Mademoifelle ? demanda
Cinthie. Mais Lucile n'avoit pas
l'affurance de répondre. Dorval commençoit
à fe douter du fait. Il réfolut de
mettre fin à toute cette intrigue , &
d'ufer de l'afcendant qu'il avoit fur l'efprit
de la tante. Il s'agit , Madame , lui
dit-il , de certain portrait furtivement
apperçu . Comment ! quel portrait ? de-
B
34 MERCURE DE FRANCE .
manda- t-elle avec empreffement. Lucile,
qui ne pouvoit plus foutenir l'état où
elle voyoit Damon, fit un effort fur ellemême.
Le voilà ce portrait , dit- elle à
Cinthie; il n'appartient qu'à vous d'en
difpofer. Alors elle le lui donne . Cinthie
irritée , n'en prit que plus promptement
fa réfolution . Elle s'approche de Dorval
& lui fait voir le portrait que Lucile
vient de lui remettre. C'eft le vôtre , lui
dit-elle , & c'est par mon ordre que
Lucile a imité vos traits. Vous ne doutez
point que l'on ne s'intéreffe à un objet
que l'on fait peindre . Je garde le portrait,
& vous offre en échange ma main avec
toute ma fortune augmentée de cent
mille livres de rente par le gain de mon
procès. Madame , reprit Dorval , voilà
un concours de circonftances bien favorable.
Mais fouffrez que je m'occupe
d'abord des intérêts d'un ami. Sans doute
qu'en vous décidant à vous marier vous
ne prétendez pas condamner Lucile au
célibat. Il y auroit de l'inhumanité dans
cet arrangement. Ici Damon interrompit
Dorval , & s'adreffant à Cinthie : je
ne puis plus vous cacher , Madame , lui
dit-il , que j'adore votre charmante niéce.
Ma conduite , je le fais , annoncoit
tout le contraire ; mais ce n'étoit qu'une
JANVIER. 1763. 35
ce
feinte , & cette rufe eft une faute que
l'aimable Lucile me pardonne : daignez
imiter fon indulgence. Vraiment , reprit
Cinthie , je m'apperçois bien que ma
niéce eft fort indulgente. Mais , enfin
Marquis , dit- elle à Dorval , confeillezmoi
, que faut- il faire ? Il faut , Madame,
repliqua-t- il , unir Lucile avec Damon ,
& partager avec eux votre fortune.
Madame , interrompit ce dernier ,
n'eſt point à vos richeffes que j'en veux ;
l'aimable Lucile eft au- deffus de tous les
tréfors de la terre ; & d'ailleurs , ce que
j'ai de bien peut fuffire... Non , non ,
interrompit Cinthie à fon tour , il en
fera comme le Marquis vient de le régler.
Ah ! ma chère tante ! s'écria Lucile ; ah
cher Dorval! s'écria en même temps
Damon... Dorval fe refufa à de plus
longs remercimens . Maintenant , Madame
, ajoûta- t-il , voyez quelles font
vos dernières réfolutions. Comment ,፡
Marquis , reprit Cinthie , que fignifie ce
langage ... Oh ! Madame , il ne fignifie
que ce que vous voudrez... Le mariage
vous éffraye - t-il? ... Point du tout;
le mariage n'éffraye point quiconque
fait fon monde ... C'eft -à -dire , que vous
imirerez ceux qui fe piquent de le bien
favoir ? ... Moi ? Madame ; oh parbleu ,
B vj
36 MERCURE DE FRANCE .
je ne me calque fur perfonne . Mais il eft
des cas où il faut fuivre l'ufage , ou fe
couvrir d'un éternel ridicule ... Et moi ,
Marquis , je vous déclare qu'un mari du
bon ton me conviendroit fort peu...
Mais , Madame , comment donc faire ?
Faut-il fe reléguer jufques dans la claffe
des moindres bourgeois ? Ce font les
feuls qui n'ayent pas encore mis à l'écart
les gothiques entraves de l'hymen . Cela
étoit bon du temps de Saturne & de
Rhée !... Je prétends vivre comme on
vivoit alors... Alors , Madame , l'hymen
étoit le Dieu de la contrainte : aujourd'hui
c'eſt le Dieu de la liberté . On a
fubftitué aux froids égards , à l'éternelle
affiduité , une aifance toute aimable ,
une confiance à toute épreuve. En un
mot , le domaine de l'hymen eft devenu
la maiſon de campagne de l'amour. C'eſt
le lieu où il prend les vacances & où il
fe remet de fes fatigues. Il femble , reprit
vivement Cinthie , que vous ayez
reçu des mémoires de feu mon époux ,
il agiffoit comme vous propofez d'agir ;
mais il a fçu me dégoûter d'un mari
Petit- maître. Oubliez l'offre que je vous
ai faite : j'oublierai de mon côté.... Ah
cher Dorval! interrompit Damon tu
me replonges dans l'abîme d'où tu fem-
,
JANVIER. 1763. 37
blois m'avoir tiré ! Mais , point du tout ,
reprit Dorval , me voila encore tout prêt
à me dévouer. Il n'en eft pas befoin ,
ajoûta vivement Cinthie; raffurez - vous ,
Damon. En rompant pour jamais avec
Dorval, je n'en tiendrai pas moins ce
que je vous avois promis . Je confens
que vous époufiez ma Niéce , & je lui
donne la moitié de mon bien , en attendant
mieux. A ces mots , Cinthie entre
& s'enferme dans fon boudoir.
Que ne te dois-je , point , cher Dorval,
difoit Damon ? C'est toi qui as conduit
les chofes jufqu'à cet heureux dénouement
. Oublie mes torts. & mes injuftes
foupçons : J'ai pour jamais appris
à te connoître . Comment donc ? reprit
Dorval , tes craintes n'avoient rien de
ridicule ; on craindroit à moins . Il n'eft
pas maintenant douteux que Lucile ne
te préfére : mais , franchement , j'ai eu
peur pour toi.
Le temps éclaircit la deftinée de ces
différens Perfonnages. Cinthie ſe jetta
dans la réforme , y joignit la médifan-
& y prit goût. Dorval époufa la
Marquife , & tous deux vécurent dans
une confiance & une diffipation réciproques.
Lucile & Damon vécurent en
ce 9
38 MERCURE DE FRANCE.
Epoux qui fe fuffifent à eux mêmes.
tous furent contens.
Par M. DE LA Dixmerie.
L
NOUVELLE.
A Marquife n'étoit point préfente
à ces propos ; Damon profita de fon
abfence pour tirer Dorval à l'écart. Il
l'invite fimplement à fe rendre avec lui
à l'étoile fous quelques minutes. Je vais
t'y devancer , reprit ce dernier , fans'
être cependant , au fait du myftère . En
effet , il fortit l'inftant d'après . Damon
ne tarda pas à le fuivre. Tous deux fe
rejoignirent au lieu indiqué. L'air férieux
de Damon ne furprit point Dorval
; il ne lui en connoiffoit guères d'autre.
Comment va la nouvelle intrigue
lui dit- il ? ma foi , Comte , je t'en félicite
, ton choix ne pouvoit mieux tomber
que fur la Marquife. Elle te fera
faire plus de progrès en deux mois que
Lucile en deux ans. Mes progrès , répondit
féchement Damon , font encore
plus prompts que vous ne penfez ; j'ai
16 MERCURE DE FRANCE.
,
•
déja appris à difcerner un ami vrai d'a-.
vec un ami faux. Quoi ? repliqua Dorval
, un peu furpris du ton avec lequel
ces paroles avoient été prononcées
eft- ce à ces fortes d'inftructions que la
Marquife borne fes foins ? Laiffons-là
la Marquife , reprit Damon , avec encore
plus de hauteur , parlons de vos
procédés : ce n'eft pas la premiere fois
qu'ils me choquent ; mais je fonge à
m'en venger plutôt qu'à les définir.
Sçais-tu bien, Comte , ajouta Dorval
qu'à la fin ce ton m'ôteroit la liberté
& même la volonté de te défabufer ?
Peu m'importe , interrompit Damon
& d'ailleurs , ce feroit peine perdue ; je
fçais à quoi m'en tenir . Cherchons quelque
endroit plus écarté. Ils s'avancent
fans ancune fuite , & ne tardent pas à
trouver ce qui leur convient. Dorval qui
n'avoit qu'un feul ton pour toutes les
circonftances de la vie , n'en changea
point dans celle où il fe trouvoit . Il me
femble , difoit-il , voir renaître le fiécle
de nos anciens Preux : quand ils n'avoient
rien de mieux à faire , ils s'amufoient
à rompre une lance en l'honneur
de leurs Dames. Il eft vrai , pourſuivoit-
il , qu'un bras en écharpe eut toujours
des grâces aux yeux d'une Belle.
>
JANVIER. 1763 . 17
Ils s'arrêtent en un lieu qui leur paroît
propre à ce qu'ils méditent. Là ils mettent
l'épée à la main & fe battent avec
la même ardeur que s'ils euffent toujours
été ennemis. Ils s'étoient déja
bleffés l'un & l'autre, quand le Chevalier
de B..... arriva. Meffieurs , leur dit il ,
en les féparant , que fignifie cette fcène
? Ma foi , mon cher Chevalier ,
prit Dorval , je l'ignore : demande-le à
Damon ; peut - être le fçait-il . Damon
croyoit effectivement le fçavoir ; mais
il ne jugea pas à propos de s'expliquer.
Les deux prétendus rivaux avoient chacun
befoin des fecours d'un Chirurgien.
On en fait venir un chez le Suiffe
du Bois de Boulogne. Il panfa les
deux bleffés ; après quoi , l'un & l'autre
ayant envoyé ordre à leurs épuipages
d'avancer , chacun remonta dans le fien .
Le Chevalier accompagna Damon qu'il
jugeoit avoir été l'aggreffeur dans cette
affaire . Il lui fit encore quelques quef
tions inutiles pour en favoir le motif. II
conclud , enfin , que la jaloufie armoit
les deux rivaux l'un contre l'autre , &
que l'objet de cette jaloufie étoit la Marquife.
C'étoit du moins elle qui avoit foupçonné
la premiere le motif de leur for18
MERCURE DE FRANCE.
tie . Elle étoit fans qu'on le fçût , dans
un cabinet voifin , lorfque Damon avoit
parlé en fecret à Dorval ; elle avoit entendu
nommer le lieu du rendez -vous
& c'étoit à fa priére que le Chevalier
avoit fuivi les deux Champions. De-là
fon apparition fi fubite , & que ni Dorval
, ni Damon n'avoient pû prévoir.
Le Chevalier l'inftruifit de ce qui s'étoit
paffé , & lui fit part de fes conjectu
res. Le mot de combat l'éffraya d'abord.
Elle n'étoit pas de nos Coquettes qui
dans ces fortes d'occafions regardent la
mort d'un amant , comme une victime
offerte à leurs charmes, comme le triomphe
le plus réel de leur beauté. Le Che
valier la raffura , en lui apprenant que
les bleffures des deux rivaux n'étoient
pas dangereufes . Rien , au furplus , ne
pouvoit l'induire en erreur . Elle favoit
que Damon aimoit Lucile , elle favoit
qu'il etoit l'aggreffeur dans cette difpute.
Elle n'avoit qu'une crainte ; c'étoit que
la jaloufie de Damon ne fût point mal
fondée. Cependant , par un motif de
tracafferie , affez commun parmi les
›
femmes elle fit fécrettement informer
Cinthie de la difpute des deux amis. On
ajouta de plus , par fon ordre , que felon
toutes les apparences , la Marquife les
avoit rendus rivaux.
JANVIER. 1763. 19
A
Il eft facile de rendre jaloufe une
femme qui ne peut que difficilement réparer
fes pertes . Cinthie étoit dans le
cas. Lui enlever Dorval c'étoit lui ravir
Tout ce qui lui reftcit . Elle ne put déguifer
fon défefpoir , même aux yeux
de fa niéce. D'ailleurs elle diffimuloit
beaucoup moins avec Lucile , depuis
qu'elle la croyoit oubliée de Damon .
J'ajouterai même qu'elle avoit porté la
confiance envers elle à un point éxceffif.
Lucile s'amufoit à peindre en miniature
, & y réuffiffoit parfaitement . Cinthie
voulut qu'elle traçât de mémoire lè
Portrait de Dorval. Un prétexte affez
frivole vint à l'appui de cette demande.
Lucile fans approfondir fes vues , obéit
à fes ordres , & fongea à faire auffi
ufage de ce talent pour elle - même . Elle
fe trouvoit cependant encore plus hu
miliée que fa tante. Hélas ! difoit- elle
s'il eft vrai que Damon & Dorval s'étoient
querellés pour la Marquife , il
eft donc bien sûr que Damon ne fonge
plus à moi , qu'il me facrifie à cette rivale
! C'étoit pour accroître ce facrifice
que l'Ingrat vouloit fçavoir ce qui fè
paffoit dans mon coeur. Je lui en ai tû
la meilleure partie , & lui en ai trop dit
encore .
•
20 MERCURE DE FRANCE .
mon ,
Tandis que Lucile accufoit ainfi Dail
étoit lui-même partagé entre
les regrets d'avoir peut- être injuftement
querellé Dorval , & la crainte d'avoir
eu trop de raifon de le faire. La fiévre
l'avoit faifi & retardoit la guériſon de
fa bleffure . Dorval , au contraire fut
guéri de la fienne au bout de huit jours.
Il apprit l'état où étoit fon adverfaire
& en fut touché. Toute rancune étoir
bannie de fon âme , ou pour mieux dire
fon âme étoit incapable d'en conferver.
Il s'étoit battu avec Damon fans être fon
ennemi . Il réfolut de le fervir comme'
s'ils ne fe fuffent jamais battus , à le réconcilier
une feconde fois avec Lucile.
Ce font , difoit-il , deux enfans qui s'aiment
& qui fe boudent. Il faut avoir pi
tié de leur inexpérience , il faut les obliger
à s'entendre.
Dans ce deffein il ſe rend chez Cinthie
, à laquelle il fe propofoit de taire
la vraie caufe de fon abfence depuis huit
jours. Il fut furpris de l'en trouver inftruite.
Quoi ! Monfieur , lui dit - elle ,
auffi-tôt qu'elle l'apperçut , vous vous
expofez aux rifques de fortir ? Celle qui
vous a fait braver les périls d'un combat
ne vous oblige pas , du moins , à
prendre foin de votre guérifon ? C'eſt
JANVIER. 1763 . 21
bien mal connoître le prix de certaines
choſes. Je vous jure d'honneur , Madame
, reprit Dorval , que j'ignore de qui
vous vouliez parler.... Comment , Monfieur
n'avez-vous pas eu affaire avec
Damon ? ... Je l'avoue , puifque vous le
favez ; mais c'eft tout ce que je fais làdeffus
moi-même.... Quoi ? vous vous
battez fans fçavoir pour qui , ni à quel
fujet ? ... Eh ! Madame , eft- ce donc une
chofe fi extraordinaire ? ... Mais on s'explique
du moins .... Madame , reprit
encore Dorval, ces fortes d'explications
ne fervent qu'à faire foupçonner la valeur
de quiconque s'y arrête , un peu
équivoque. Il vaut mieux paroître s'entendre.
On s'explique après , s'il en eft
encore temps. Mais Damon garde encore
pour lui fon fecret.
Dorval en étoit cependant bien inf
truit ; mais il n'en vouloit faire part qu'à
Lucile. Nayant pu alors l'entretenir en
particulier , il revint le jour fuivant.
L'occafion étoit favorable ; Cinthie étoit
abfente & Lucile abfolument feule dans
fon cabinet. Dorval qui étoit en poffeffion
d'entrer librement , ufe de ce privilége.
Il pénétre fans bruit jufqu'au cabinet
, dontla porte fe trouva toute ouverte.
Il voit Lucile occupée à peindre ,
22 MERCURE DE FRANCE.
& reconnoît le Portrait de Damon qu'elle
traçoit de fouvenir , en laiffant de loin .
à loin échapper quelques larmes. L'ouvrage
étoit affez avancé pour que Dorval
ne pût s'y méprendre. Il comprit dèslors
que le foin d'apaifer Lucile n'étoit
pas le plus preffé & qu'on pouvoit s'en
repofer fur elle même . Il fort comme il
étoit entré fans faire de bruit , fans être
apperçu . Lucile étoit trop férieufement
occupée pour qu'il fût aifé de la diftraire.
Voici ,, difoit
Dorval
, chemin
faifant
, voici
un
nouveau
fpécifique
pour
ce
pauvre
Damon
; refte
à trouver
le
moyen
de
lui
en
faire
part
. Il craignoit
d'irriter
fon
mal
, en
s'offrant
à fa vue
.
Il fe rendit
chez
le
Chevalier
qui
leva
fes
doutes
avant
qu'il
les
lui
eût
expliqués
. J'allois
chez
toi
, lui
dit-il , auffitôt
qu'il
l'apperçut
, &
j'y
allois
de
la
part
de Damon
, qui
t'invite
fincérement
à te
rendre
chez
lui. De
tout
mon
coeur
reprit
Dorval
; ma
vifite
je crois
, vaudra
mieux
pour
lui
que
celle
de
fon
Médecin
. Tous
deux
fe
rendent
chez
le
malade
, qu'ils
trouvent
au
lit.
A peine
apperçut
-il
Dorval
, qu'il
lui
tendit
la
main
de l'air
le plus
intime
. On
m'affu
re , lui
dit-il , que
tous
mes
foupçons
à
F
JANVIER. 1763. 23
ton égard font faux , je commence à le
croire. Oublions le paffé , & daigne encore
être mon ami. Très -volontiers , répondit
Dorval , je le fuis , & n'ai point
ceffé de l'être. J'ai fait , de plus , une
découverte qui doit anéantir ta fiévre
& tes foupçons . Quelle est - elle ? reprit
vivement Damon... Des meilleures pour
toi.Tu fçais ou ne fçais pas que la fille d'un
certain Dibutade craignant de ne plus revoir
fon amant , charbonna fes traits fur
le mur de fa chambre ? ... Hé bien ! que
m'importe ? ... Lucile te traite avec plus
de diftinction ; elle te peint en miniature.
Lucile me peint ! s'écria Damon....
Mieux que ne feroit un peintre , repliqua
Dorval: une jeune perfonne dont
F'Amour conduit le pinceau , fait toujours
des prodiges dans ces fortes d'occafions.
Tu me flattes , mon cher Marquis
, ajoutoit Damon , en fe foulevant
pour l'embraffer , tu me flattes ! Lucile
eft trop indifférente pour en ufer ainfi ...
Oh , parbleu ! je veux t'en donner le
plaifir. D'ailleurs , il faut bien que tu
viennes obtenir ton pardon ; c'eſt une
cérémonie préalable... Je t'avoue que je
crains les reproches de Cinthie ... Cinthie
eft occupée à faire juger un procès de
la plus grande là conféquence. Elle fort
24 MERCURE
DE FRANCE .
"
tous les matins & a la maladreffe de ne
pas mener Lucile avec elle. Tu profiteras
de cette lourde bévue.
Damon fut en état de fortir au bout
de quelques jours , tant le ſpécifique de
Dorval avoit produit un prompt effet.
Ce dernier conduit Damon chez Cinthie.
Elle étoit abfente , comme ils l'a--
voient prévu. Lucile elle-même ne fe
trouva point dans fon appartement. On
leur dit qu'elle accompagnoit
dans le
Parc une vieille parente qui étoit venue
la vifiter. Damon pria Dorval d'aller la
prévenir fécrettement
fur fon arrivée :
ce que ce dernier exécuta avec plaifir.
A peine commençoit - il à s'éloigner ,
Damon entre dans le cabinet de
Lucile. Son but ne pouvoit pas être
bien décidé. Peut être efpéroit-il y trouver
ſon portrait. Mais que devint-il ,
en appercevant celui de Dorval , trèsreffemblant
, & auquel Lucile paroifloit
avoir encore travaillé le jour même ?
Une pareille vue déconcerteroit
l'amant
le plus flegmatique . Pour Damon , il
devint furieux. Quoi ! s'écria-t- il , hois
de lui-même , je ferai donc fans ceffe
le jouet d'une perfide & d'un traître ?
C'est pour me rendre le témoin de ma
honte qu'il ofe me conduire ici ? Ah !.
que
je
JANVIER. 1763.. 25
je, ne dois plus écouter que ma rage . Il
s'en fallut peu qu'il ne mît le portrait en
piéces ; mais il fe contenta de fortir de
la maiſon , fans avoir parlé ni à Lucile
ni à Dorval.
Tandis qu'il retourne chez lui ne refpirant
que vengeance , Dorval inftruifoit
Lucile de fon arrivée. Cet avis la
jette dans le plus grand trouble . Elle
quitte avec précipitation fa Parente &
Dorval pour courir à fon appartement.
Voilà , difoit ce dernier , une activité
qui n'eft point de mauvais augure pour
Damon. Mais le defir de le revoir n'étoit
pas l'unique raifon qui engageât
Lucile à fe preffer ainfi . Elle vouloit
fouftraire à fa vue le portrait qu'elle
avoit laiffé en évidence ; oubli dont l'arrivée
de fa vieille parente étoit la feule
caufe. Lucile arrive , retrouve le portrait
à peu près à la même place , mais elle
n'apperçoit point Damon : elle fonne
elle demande ce qu'il eft devenu ; on
lui apprend qu'il vient de remonter dans
fon vis-à-vis & de s'éloigner en toute diligence.
Alors Lucile ne doute plus
qu'il n'ait vû le fatal portrait. Je fuis
perdue , difoit- elle , il va me regarder
comme une perfide , rien ne pourra plus
le défabufer : que je fuis malheureuſe !
II. Vol. B
>
26 MERCURE DE FRANCE.
Elle s'étoit renfermée dans fon cabinet ;
elle y reftoit accablée, elle oublioit qu'elle
eût compagnie dans le jardin . Dorval,
qui s'ennuyoit fort avec la vieille, jugeoit
qu'apparemment Lucile & Damon trouvoient
les inftans plus courts. Il avoit été
un peu furpris de voir Lucile s'éloigner
avec tant d'activité ; il ne le fut pas moins
de la voir reparoître avec un air de trifteffe
& d'abattement . La vieille Coufine
ayant mis fin à fa vifite , leur laiffa le
temps de s'expliquer. Eh bien ! belle
Lucile , lui dit Dorval , ne vous ai -je pas
ramené Damon , le plus docile de tous
les hommes ? je ne crains plus qu'une
chofe , c'eft qu'il ne devienne timide à
l'excès . Je n'ai pù le réfoudre à fe montrer
avant que vous foyez prévenue de
fon arrivée mais que vous a-t - il dit ?
qui ? Damon ? reprit Lucile , hélas ! je
ne l'ai pas même vû ! ... Quoi , Mademoiſelle
, vous m'avez laiffé morfondre
une demie -heure auprès d'une Baronne
feptuagénaire , & vous n'étiez pas -avec
Damon ? ... Je ne l'ai point vû , vous
dis -je , il étoit déjà parti : fa viſite n'eſt
qu'un outrage de plus pour moi ... Oh
parbleu , il y a là-deffous du fingulier ,
de l'extraordinaire ! Lucile foupçonnoit
bien ce qu'il pouvoit y avoir , mais elle
JANVIER. 1763. 27
n'ofoit en inftruire Dorval. Je vais , lui
dit ce dernier , éclaircir cette énigme
& reviens auffi-tôt vous faire part de ma
découverte. Arrêtez ! lui cria Lucile
je crains quelque nouvelle criſe entre
Damon & vous ... mais cette objection ,
& beaucoup d'autres , ne purent empêcher
Dorval de s'éloigner.
Il arrive chez Damon & le trouve
feul fe promenant à grands pas . Sçaistu
bien , lui dit-il , que tu deviens l'homme
de France le plus fingulier ? &
qu'on rifque de fe couvrir de ridicule
en s'intéreffant pour toi ? Damon
furpris de fa vifite , & le regardant
avec des yeux ou la furcur étoit peinte :
Monfieur , lui dit- il , venez-vous braver
jufque chez lui un ami que vous
trahiffez indignement ? ... Alte- là , interrompit
Dorval , je vois qu'il y a
ici quelque nouvelle méprife. Non ,
non , reprit Damon , il ne peut y avoir
d'équivoque ; tous mes doutes font
éclaircis. Julie , & vous êtes d'accord
enfemble pour me jouer. Mais que
plutôt .... Écoute , Damon , ajoûta
Dorval, nous nous connoiffons ; que
penferois-tu qui pût me réduire à diffimuler
avec toi ? Sais- tu qu'il y auroit
urieuſement d'orgueil de ta part à me
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
foupçonner de cette baffeffe ? ... Hé
bien , foit ; je confens à croire que tu
n'es point le complice de Lucile ; mais
je n'en fuis pas moins trahi , tu n'en es
pas moins la principale caufe... Oh !
explique-toi plus clairement fi tu veux
que je t'entende. Mais non, réponds- moi
d'abord : pourquoi , quand je vais annoncer
ton arrivée à Lucile, & que cette
pauvre enfant accourt vers toi , fans
prendre garde qu'elle rifque de facher
une parente , riche , caduque & qui
veut la faire fon héritière ; pourquoi Lu
cile ne te retrouve-t- elle plus ? Ah la
perfide ! s'écria Damon , ce n'étoit pas
moi qu'elle afpiroit à voir , c'étoit la
preuve de fa trahifon qu'elle vouloit
fouftraire à mes yeux ! , .. Comment ?
quelle preuye ? .., ton portrait , puifqu'il
faut le dire : l'ingrate eft actuellementoccupée
à te peindre...Mon portrait ! mais tu
te trompes , Damon , c'eſt le tien ; j'ai vu
Lucile occupée à l'achever... c'eft le tien ,
te dis-je ; crois- en l'attention avec la
quelle je l'ai examiné , crois-en la rage
qui me possède ! ... Parbleu l'aventure
eft des plus comiques , le quiproquo des
plus bizarres : tu crois , dis- tu , être bien
fur de ton fait ? ... Ah , trop fùr ! que
n'en puis-je au moins douter I mais non ,
JANVIER. 1763.. 29
tout est éclairci. C'est toi que l'ingrate
me préfére, c'est toi qu'elle aime. Dorval
reſta un moment rêveur , après quoi il
ajoûta , en pirouettant , ma foi , mon
pauvre Damon , cela pourroit bien être ,
je ne vois rien là de miraculeux , ce n'eft
pas la première fois que je triomphe fans
le fçavoir & fans y prétendre : après tout ,
il y auroit de la barbarie à rébuter cet
enfant ... Songe que la vie n'eft rien
pour moi fi Lucile m'eft enlevée , &
que tu n'obtiendras l'une qu'après m'avoir
arraché l'autre ... En vérité , Damon,
tu ne te formes point , tu es l'homme du
monde que je voudrois le moins tuer ;
mais , enfin , que veux -tu que je faffe ?
tu connois Lucile ; crois - tu qu'il foit
bien-aifé de lui tenir rigueur ? ... La
perfide ! ... Qu'entends-tu par ce mot ?...
Quoi ! peut- elle douter un inftant que
je ne l'adore ? ... Elle s'en fouviendra
quelque jour , & alors tu prendras ta
revanche , en lui préférant une rivale ...
Non , je veux , je prétends qu'elle s'explique
dès aujourd'hui , qu'elle prononce
entre toi & moi ... Tu n'y fonges pas ;
as-tu donc oublié que Lucile n'eft qu'un
enfant ? & qu'un pareil aveu embarrafferoit
la femme la plus aguerrie ? ....
N'importe , je jouirai de fa confufion ,
B iij
30 MERCURE DE FRANCE .
je pourrai l'accabler de reproches....
oh parbleu , c'eft ce que je ne dois pas
fouffrir. D'ailleurs , fonge au ridicule de
la démarche oùtu veux m'engager : l'amour
n'eft aujourd'hui qu'une convention
tacite ; on s'aime , on fe laiffe , &
tout cela doit fe deviner ; toute queſtion
à cet égard eft puérile , tout aveu fuperflu,
tout reproche ignoble & déplacé.
Il fallut , cependant , que Dorval cédât
aux inftances de Damon ; mais ce
ne fut qu'avec beaucoup de répugnance.
Lorfqu'il avoit promis à Lucile de le
lui ramener , il croyoit lui caufer de la
joie , & non de l'embarras . Leur arrivée
la fit pálir. C'eft de quoi Dorval
s'apperçut d'abord. Il prit ce ton léger
qu'il employoit à tous propos. Belle Lucile
, lui dit-il , banniffez toute contrainte.
Le défolé Damon veut être inftruit
de fon fort. Il foupçonne votre coeur de
fe déclarer pour moi , il croit que cer→
tain portrait , dont vous faites myftère
eft le mien. C'eft éxiger un aveu bien
authentique je l'avoue ; mais tel eft Damon
; Il préfére un arrêt foudroyant à
une plus longue incertitude .
Lucile ne répondit rien & parut encore
plus agitée . Ah ! s'écria Damon
ce filence n'en dit que trop. C'en eft
JANVIER. 1763. 31
>
fait , je fuis facrifié. Mais cruelle , celui
que vous me préférez ne jouira pas de
fon triomphe , ou la mort que je recevrai
de fa main m'empêchera de voir
mon opprobre. Lucile ne répondoit rien
encore. Ma foi , mon pauvre Damon
dit alors Dorval , j'ai pitié de l'état où
je te vois , & s'il n'étoit pas au-deffus ·
de l'homme d'être ingrat envers Lucile
peut- être euffé- je porté l'héroïsme à
fon comble. Mais regarde-la & vois ce
qu'il eft poffible de faire ? Lucile ne put
foutenir plus long-temps cette bifarre
-méprife. Mais , Monfieur , dit- elle à Damon
, avec une agitation extrême , depuis
quand prenez- vous tant d'intérêt à
ce qui fe paffe dans mon coeur ? Vous
avez paru en faire trop peu de cas
pour.... Oui , Oui , interrompit Damon
oui , j'ai mérité vos rigueurs , votre haine.
J'ai paru oublier vos charmes , j'ai
paru vous donner une rivale ; mais , en
vous fuyant , je vous adorois , je n'entretenois
cette rivale que de vous . Elle
a des charmes & je ne lui parlois que
des vôtres.Peut- être elle m'abhorre pour
avoir connu à quel point je vous aime ...
Ah Ciel ! s'écria Lucile , à quelle extrẻ-
mité me vois-je réduite ? Parlez , reprenoit
Damon , il n'eft plus temps de fein-
>
>
Biv
32 MERCURE DE FRANCE .
1
du
>
dre . Mais que pourriez-vous dire qui pût
démentir ce que j'ai vu ? Tranchez net
la difficulté , difoit Dorval , ou ,
moins , expliquez-vous par emblême ;
laiffez parler le portrait en queftion. Je
tremble ! ajoûta Lucile , en tirant un
portrait de fa poche. O Ciel ! s'écrioit
Damon , cette vue va donc regler ma
deſtinée ? Courage , difoit Dorval à Lucile
qui héfitoit toujours , faites ce que
votre coeur vous préfcrira. Hé bien , lui
dit-elle , en tremblant de plus en plus
voyez vous-même ce qu'il convient de
faire... A ces mots elle lui donne le
portrait.
Grand Dieu ! s'écrie de nouveau
Damon , c'en eft donc fait ? Il ne me
refte plus qu'à m'immoler aux pieds de
l'ingrate. Déja il avoit tiré fon épée &
la tournoit contre fon fein . Arrête , arrête
lui cria Dorval , voila un défefpoir
finguliérement placé : regarde cette
pienture. Damon la fixe d'un ceil égaré ,
& reconnoît fes traits. Adorable Lucile
dit-il , en fe précipitant à fes genoux ,
que ne vous dois-je point ? & que mes
foupçons me rendent coupable ! Quoi ,
tandis que je vous outrageois , vous daigniez
raffembler les traits d'un ingrat ?...
Mais reprenoit-il , en s'interrompant ,
un autre a joui de la même faveur ! A
JANVIER. 1763. 33
ce difcours Lucile change de couleur &
refte interdite. Nouvelles allarmes pour
-Damon. Oui , pourſuivoit- il , un autre
portrait a tantôt frappé ma vue. De grace
, expliquez- nous ce qu'il fignifie . En
faites- vous une collection ? Ecoute
mon cher, interrompit Dorval , Mademoiſelle
a un talent fi décidé pour ce
genre qu'il feroit affreux qu'elle l'enfouît.
Craignez , dit alors Lucile à Damon
, craignez que je n'éclairciffe vos
injuftes foupçons ; je ne vous les pardonnerai
pas après les avoir détruits .
Ces trois perfonnes étoient occupées
au point que Cinthie entra fans qu'on ſe
fut même douté de for arrivée . Elle
venoit annoncer à fa niéce le gain de
fon procès. Elle la trouve dans une agitation
extrême , voit Damon à -peu-près
dans le même état , & Dorval qui fembloit
participer à cette fcène . Qu'est-ce
que cela fignifie , Mademoifelle ? demanda
Cinthie. Mais Lucile n'avoit pas
l'affurance de répondre. Dorval commençoit
à fe douter du fait. Il réfolut de
mettre fin à toute cette intrigue , &
d'ufer de l'afcendant qu'il avoit fur l'efprit
de la tante. Il s'agit , Madame , lui
dit-il , de certain portrait furtivement
apperçu . Comment ! quel portrait ? de-
B
34 MERCURE DE FRANCE .
manda- t-elle avec empreffement. Lucile,
qui ne pouvoit plus foutenir l'état où
elle voyoit Damon, fit un effort fur ellemême.
Le voilà ce portrait , dit- elle à
Cinthie; il n'appartient qu'à vous d'en
difpofer. Alors elle le lui donne . Cinthie
irritée , n'en prit que plus promptement
fa réfolution . Elle s'approche de Dorval
& lui fait voir le portrait que Lucile
vient de lui remettre. C'eft le vôtre , lui
dit-elle , & c'est par mon ordre que
Lucile a imité vos traits. Vous ne doutez
point que l'on ne s'intéreffe à un objet
que l'on fait peindre . Je garde le portrait,
& vous offre en échange ma main avec
toute ma fortune augmentée de cent
mille livres de rente par le gain de mon
procès. Madame , reprit Dorval , voilà
un concours de circonftances bien favorable.
Mais fouffrez que je m'occupe
d'abord des intérêts d'un ami. Sans doute
qu'en vous décidant à vous marier vous
ne prétendez pas condamner Lucile au
célibat. Il y auroit de l'inhumanité dans
cet arrangement. Ici Damon interrompit
Dorval , & s'adreffant à Cinthie : je
ne puis plus vous cacher , Madame , lui
dit-il , que j'adore votre charmante niéce.
Ma conduite , je le fais , annoncoit
tout le contraire ; mais ce n'étoit qu'une
JANVIER. 1763. 35
ce
feinte , & cette rufe eft une faute que
l'aimable Lucile me pardonne : daignez
imiter fon indulgence. Vraiment , reprit
Cinthie , je m'apperçois bien que ma
niéce eft fort indulgente. Mais , enfin
Marquis , dit- elle à Dorval , confeillezmoi
, que faut- il faire ? Il faut , Madame,
repliqua-t- il , unir Lucile avec Damon ,
& partager avec eux votre fortune.
Madame , interrompit ce dernier ,
n'eſt point à vos richeffes que j'en veux ;
l'aimable Lucile eft au- deffus de tous les
tréfors de la terre ; & d'ailleurs , ce que
j'ai de bien peut fuffire... Non , non ,
interrompit Cinthie à fon tour , il en
fera comme le Marquis vient de le régler.
Ah ! ma chère tante ! s'écria Lucile ; ah
cher Dorval! s'écria en même temps
Damon... Dorval fe refufa à de plus
longs remercimens . Maintenant , Madame
, ajoûta- t-il , voyez quelles font
vos dernières réfolutions. Comment ,፡
Marquis , reprit Cinthie , que fignifie ce
langage ... Oh ! Madame , il ne fignifie
que ce que vous voudrez... Le mariage
vous éffraye - t-il? ... Point du tout;
le mariage n'éffraye point quiconque
fait fon monde ... C'eft -à -dire , que vous
imirerez ceux qui fe piquent de le bien
favoir ? ... Moi ? Madame ; oh parbleu ,
B vj
36 MERCURE DE FRANCE .
je ne me calque fur perfonne . Mais il eft
des cas où il faut fuivre l'ufage , ou fe
couvrir d'un éternel ridicule ... Et moi ,
Marquis , je vous déclare qu'un mari du
bon ton me conviendroit fort peu...
Mais , Madame , comment donc faire ?
Faut-il fe reléguer jufques dans la claffe
des moindres bourgeois ? Ce font les
feuls qui n'ayent pas encore mis à l'écart
les gothiques entraves de l'hymen . Cela
étoit bon du temps de Saturne & de
Rhée !... Je prétends vivre comme on
vivoit alors... Alors , Madame , l'hymen
étoit le Dieu de la contrainte : aujourd'hui
c'eſt le Dieu de la liberté . On a
fubftitué aux froids égards , à l'éternelle
affiduité , une aifance toute aimable ,
une confiance à toute épreuve. En un
mot , le domaine de l'hymen eft devenu
la maiſon de campagne de l'amour. C'eſt
le lieu où il prend les vacances & où il
fe remet de fes fatigues. Il femble , reprit
vivement Cinthie , que vous ayez
reçu des mémoires de feu mon époux ,
il agiffoit comme vous propofez d'agir ;
mais il a fçu me dégoûter d'un mari
Petit- maître. Oubliez l'offre que je vous
ai faite : j'oublierai de mon côté.... Ah
cher Dorval! interrompit Damon tu
me replonges dans l'abîme d'où tu fem-
,
JANVIER. 1763. 37
blois m'avoir tiré ! Mais , point du tout ,
reprit Dorval , me voila encore tout prêt
à me dévouer. Il n'en eft pas befoin ,
ajoûta vivement Cinthie; raffurez - vous ,
Damon. En rompant pour jamais avec
Dorval, je n'en tiendrai pas moins ce
que je vous avois promis . Je confens
que vous époufiez ma Niéce , & je lui
donne la moitié de mon bien , en attendant
mieux. A ces mots , Cinthie entre
& s'enferme dans fon boudoir.
Que ne te dois-je , point , cher Dorval,
difoit Damon ? C'est toi qui as conduit
les chofes jufqu'à cet heureux dénouement
. Oublie mes torts. & mes injuftes
foupçons : J'ai pour jamais appris
à te connoître . Comment donc ? reprit
Dorval , tes craintes n'avoient rien de
ridicule ; on craindroit à moins . Il n'eft
pas maintenant douteux que Lucile ne
te préfére : mais , franchement , j'ai eu
peur pour toi.
Le temps éclaircit la deftinée de ces
différens Perfonnages. Cinthie ſe jetta
dans la réforme , y joignit la médifan-
& y prit goût. Dorval époufa la
Marquife , & tous deux vécurent dans
une confiance & une diffipation réciproques.
Lucile & Damon vécurent en
ce 9
38 MERCURE DE FRANCE.
Epoux qui fe fuffifent à eux mêmes.
tous furent contens.
Par M. DE LA Dixmerie.
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Résumé : SUITE DES QUIPROQUO, NOUVELLE.
Le texte relate une série de malentendus et de quiproquos entre plusieurs personnages, principalement Damon, Dorval, la Marquise, Cinthie et Lucile. Damon invite Dorval à se rendre à l'Étoile pour discuter en privé. Lors de cette rencontre, Damon reproche à Dorval ses procédés et exprime son désir de vengeance. Ils en viennent aux mains et se blessent mutuellement. Leur duel est interrompu par le Chevalier de B..., qui les sépare et les soigne. La Marquise, ayant entendu leur conversation, informe le Chevalier du rendez-vous, ce qui explique son intervention. La Marquise est inquiète car elle sait que Damon aime Lucile et qu'il a provoqué Dorval. Elle craint que la jalousie de Damon ne soit fondée. Par tracasserie, elle informe Cinthie de la dispute, laissant entendre que la Marquise en est la cause. Cinthie, jalouse et désespérée à l'idée de perdre Dorval, se confie à Lucile, qui est également troublée par la situation. Dorval, guéri plus rapidement que Damon, décide de réconcilier les deux amis. Il se rend chez Cinthie et apprend que celle-ci est déjà informée du duel. Il rencontre ensuite Lucile, qui peint un portrait de Damon en pleurant. Dorval comprend alors que Lucile aime toujours Damon et décide de ne pas intervenir. Dorval et le Chevalier rendent visite à Damon, qui est alité. Damon tend la main à Dorval, reconnaissant ses erreurs. Dorval révèle à Damon que Lucile le peint en miniature, ce qui apaise Damon. Quelques jours plus tard, Damon, guéri, se rend chez Cinthie avec Dorval. Lucile, avertie par Dorval, se précipite dans son cabinet mais trouve Damon furieux après avoir vu le portrait de Dorval. Damon quitte la maison sans parler à Lucile. Lucile, désespérée, craint que Damon ne la considère comme perfide après avoir vu le portrait. Le texte relate ensuite une situation complexe impliquant Lucile, Damon et Dorval. Lucile, accablée, se trouve dans le jardin, oubliant la présence de Dorval. Ce dernier, s'ennuyant avec une vieille dame, observe que Lucile et Damon semblent passer un moment agréable ensemble. Il est surpris de voir Lucile revenir avec un air triste et abattu après une brève absence. La vieille dame, ayant terminé sa visite, laisse Lucile et Dorval seuls. Dorval interroge Lucile sur sa rencontre avec Damon, mais elle révèle qu'elle ne l'a pas vu, car il était déjà parti. Dorval, intrigué par cette situation, décide d'aller voir Damon pour éclaircir l'affaire. Chez Damon, Dorval trouve ce dernier en train de se promener nerveusement. Damon accuse Dorval et Julie de comploter contre lui. Dorval, surpris, explique qu'il n'est pas complice de Lucile mais qu'il a vu Lucile occupée à peindre un portrait. Damon, furieux, révèle que Lucile est en train de peindre son propre portrait, croyant qu'il s'agit de celui de Dorval. Dorval comprend alors le quiproquo et explique à Damon que Lucile peignait en réalité son portrait à lui. De retour auprès de Lucile, Dorval révèle la vérité à Damon, qui est bouleversé. Lucile, agitée, finit par montrer le portrait à Damon, qui reconnaît ses propres traits. Damon, confus et reconnaissant, se jette aux pieds de Lucile. Cinthie, la tante de Lucile, entre et annonce le gain de son procès. Elle découvre l'agitation des trois personnages et demande des explications. Lucile montre le portrait à Cinthie, qui révèle qu'elle avait ordonné à Lucile de peindre les traits de Dorval. Cinthie propose alors sa main et sa fortune à Dorval, mais ce dernier suggère de marier Lucile et Damon, partageant ainsi sa fortune avec eux. Damon accepte, affirmant que son amour pour Lucile dépasse tous les trésors. Cinthie approuve finalement cette union. Dorval et Cinthie discutent ensuite des convenances du mariage, Cinthie exprimant son désir de vivre selon les usages modernes, où le mariage est vu comme un lieu de liberté et de confiance. Le texte se conclut par la révélation des destins des personnages : Cinthie se réforme et se consacre à la méditation, Dorval épouse la marquise et vit dans la confiance et la dissipation réciproque, tandis que Lucile et Damon vivent heureux en tant qu'époux.
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18422
p. 238-239
AUTRE.
Début :
On avertit le Public que MM. Tremolieres & des Bretonieres, Capitaines [...]
Mots clefs :
Capitaines de vaisseaux, Lampes de vaisseaux, Cabinet privilégié du Roi, Corrections, Lampes optiques
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
avertit le Public que MM. Tremolieres
& des Bretonieres , Capitaines de vaiſleau , ayant
été voir les différentes repréſentations méchaniques
, qui ſe donnent tous les après midi au
Čabinetprivilegié du Roi de M. Rabiqueau , rue
S. Jacques , vis-à-vis les filles Sainte Marie. Ils
ont propoſé au ſieur Rabiqueau de trouver une
correction pour les lampes de vaiſſeau , dont la
forme ordinaire & les vacillations , en ſe rétabliſſant
à l'équilibre , produiſent des ombres qui
ne permettent pas de lire & d'écrire tranquillement.
M. Rabiqueau après avoir réflechi & conferé
avec ces deux Amateurs , leur a fait deux
lampes optiques , dont ils ont été fort fatisfaits ,
& avec lesquelles , telle tempête qui arrive , on
ſe flatte , qu'on aura une lumiere plus de dix
fois fuperieure& fans ombre , dès qu'on la placera
angulairement ſuivant ſa deſtination. Les curieux
& les marins en pourront voir l'effet , & en
trouveront toujours au cabinet en venant voir
les repréſentations ou les cours. Cette nouvelle
méchanique eſt préférable aux cercles concentriques,
& pourroit être employée à rendre la bouffoleplus
certaine & immobile à ſon horizon.
JANVIER. 1757 . 139
On vend au cabinet ſeize fortes de lampes
optiques qu'on ne trouve chez aucun Marchand
ni Ouvrier , ou elles ſeroient contrefaites , telles
que pluſieurs que j'ai remplacées , même une
tout récemment, chez différens particuliers .
avertit le Public que MM. Tremolieres
& des Bretonieres , Capitaines de vaiſleau , ayant
été voir les différentes repréſentations méchaniques
, qui ſe donnent tous les après midi au
Čabinetprivilegié du Roi de M. Rabiqueau , rue
S. Jacques , vis-à-vis les filles Sainte Marie. Ils
ont propoſé au ſieur Rabiqueau de trouver une
correction pour les lampes de vaiſſeau , dont la
forme ordinaire & les vacillations , en ſe rétabliſſant
à l'équilibre , produiſent des ombres qui
ne permettent pas de lire & d'écrire tranquillement.
M. Rabiqueau après avoir réflechi & conferé
avec ces deux Amateurs , leur a fait deux
lampes optiques , dont ils ont été fort fatisfaits ,
& avec lesquelles , telle tempête qui arrive , on
ſe flatte , qu'on aura une lumiere plus de dix
fois fuperieure& fans ombre , dès qu'on la placera
angulairement ſuivant ſa deſtination. Les curieux
& les marins en pourront voir l'effet , & en
trouveront toujours au cabinet en venant voir
les repréſentations ou les cours. Cette nouvelle
méchanique eſt préférable aux cercles concentriques,
& pourroit être employée à rendre la bouffoleplus
certaine & immobile à ſon horizon.
JANVIER. 1757 . 139
On vend au cabinet ſeize fortes de lampes
optiques qu'on ne trouve chez aucun Marchand
ni Ouvrier , ou elles ſeroient contrefaites , telles
que pluſieurs que j'ai remplacées , même une
tout récemment, chez différens particuliers .
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Résumé : AUTRE.
En janvier 1757, les capitaines de vaisseau MM. Tremolieres et des Bretonieres ont visité les représentations mécaniques au cabinet privilégié du Roi de M. Rabiqueau, situé rue Saint-Jacques. Ils ont suggéré à M. Rabiqueau d'améliorer les lampes de vaisseau, dont la forme et les vacillations gênaient la lecture et l'écriture. Après réflexion et consultation, M. Rabiqueau a conçu deux lampes optiques offrant une lumière supérieure et sans ombre, même en cas de tempête, lorsqu'elles sont placées angulairement selon leur destination. Ces lampes sont disponibles au cabinet pour observation et achat. Elles sont préférables aux cercles concentriques et pourraient améliorer la stabilité de la boussole. Seize modèles de ces lampes optiques sont en vente au cabinet, où elles ne sont pas contrefaites.
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18423
p. 221-223
Remerciement des Ambassadeurs à Mr le Fevre, Intendant des Bastimens du Roy, [titre d'après la table]
Début :
Les Ambassadeurs ayant examiné la vaste étenduë de ce magnifique [...]
Mots clefs :
Monsieur Le Fèvre, Beau, Bâtiments du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Remerciement des Ambassadeurs à Mr le Fevre, Intendant des Bastimens du Roy, [titre d'après la table]
Les Ambaſſadeurs ayant
examiné la vaſte étenduë de
idce magnifique Bâtiment avec
( une attention digne de leur
curiofité , remercierent Mr le
Févre de la peine qu'il avoit
priſe desles conduire pendant
quatre jours en tant de lieux
differens , & luy dirent qu'ils
le felicitaient de l'honneur qu'il
Je
Ofe
دات
re
recevoit d'avoir tant de belles
chofesfousſa conduite , &d'appartenir
à un fi grand Maître.
Je nay crú vous devoir marquer
qu'une partie de ce qu'-
arls, dirent , en voyant tantde
par
D
S
214 Suite du Voyage
choſes ſurprenantes. Leurs
exclamations continuelles firent
voir leur continuelle ſurpriſe
; tout ce qu'ils virent
leur parut de plus beau en
plus beau , ils divent que
tant de merveilles leur faisoient
connoiſtre qu'il estoit impoſſible
de porter la magnificence au delà
de celle du Roy.
examiné la vaſte étenduë de
idce magnifique Bâtiment avec
( une attention digne de leur
curiofité , remercierent Mr le
Févre de la peine qu'il avoit
priſe desles conduire pendant
quatre jours en tant de lieux
differens , & luy dirent qu'ils
le felicitaient de l'honneur qu'il
Je
Ofe
دات
re
recevoit d'avoir tant de belles
chofesfousſa conduite , &d'appartenir
à un fi grand Maître.
Je nay crú vous devoir marquer
qu'une partie de ce qu'-
arls, dirent , en voyant tantde
par
D
S
214 Suite du Voyage
choſes ſurprenantes. Leurs
exclamations continuelles firent
voir leur continuelle ſurpriſe
; tout ce qu'ils virent
leur parut de plus beau en
plus beau , ils divent que
tant de merveilles leur faisoient
connoiſtre qu'il estoit impoſſible
de porter la magnificence au delà
de celle du Roy.
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Résumé : Remerciement des Ambassadeurs à Mr le Fevre, Intendant des Bastimens du Roy, [titre d'après la table]
Les Ambassadeurs ont visité divers lieux magnifiques pendant quatre jours, guidés par Monsieur le Fèvre. Ils l'ont remercié pour son dévouement et ont exprimé leur admiration pour les beautés appartenant à un grand maître. Ils ont conclu que la magnificence du Roi était inégalable.
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18424
p. 239
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le second volume [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J'Ai lu , par ordre de Monseigneur le Chancelier,
de ſecond volume du Mercure de Janvier , & je
n'y ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion.
A Paris , ce 12 Janvier 1757 .
GUIROY.
J'Ai lu , par ordre de Monseigneur le Chancelier,
de ſecond volume du Mercure de Janvier , & je
n'y ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion.
A Paris , ce 12 Janvier 1757 .
GUIROY.
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18425
p. 239-240
TABLE DES ARTICLES.
Début :
Article Premier. Pieces Fugitives en Vers et en Prose. Vers à Jeannette, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE DES ARTICLES.
TABLE DES ARTICLES.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
VERS à Jeannette ,
Madrigal , par M. de la Condamine , &c.
Suite de l'Amant anonyme , Nouvelle ,
Ode imitée d'Horace ,
Le Flambeau , Fable ,
Suite des Penſées ſur la Converſation ,
Les Sens , Epître ,
Lettre à l'Auteur du Mercure ,
Vers ſur Mademoiſelle Puvignée ,
Lettre à l'Auteur du Mercure , & Epître ,
Lettre ſur M. l'Abbé Regley ,
page s
8
ibid.
35
37
38
61
65
67
68
71
La Lanterne merveilleuſe , Etrennes à la Reine , 76
Explication de l'Enigme & du Logogryphe du
premier Mercure de Janvier ,
Enigme & Logogryphe ,
Lettre& Chanfon Languedocienne ,
77
ibid.
79
240
ART. II . NOUVELLES LITTERAIRES.
Extraits , Précis ou Indications de livres nouveaux,
Seconde Lettre de M. Fournier l'aîné ,
83
85
Lettre ſur la traduction du Voyage à la Baye
115
Séance publique de la Société Littéraire de Cler-
Hudſon ,
mont , 137
ART. III . SCIENCES ET BELLES LETTRES,
141
Physique. Lettre de M. Savérien , ſur la cauſe de la
Pefanteur des corps ,
Géographie. Lettre à M. le Préſident de Bréfé , ſur
ladécouverted'une Terre inconnue , 161
Séance publique de l'Académie royale des Sciences,
desBelles- Lettres & des Arts de Rouen ,
Musique.
A.RT. IV . BBAUX - ARTS .
Epître àMademoiſelle Fel ,
181
189
190
Sculpture. Replique à la Réponſe d'un Eleve de
l'Académie aux Obſervations ſur le Modele du
Mauſolée du Maréchal-Comte de Saxe , 193
Gravure. 201
ART. V. SPECTACLES.
Comédie Françoiſe. 203
Comédie Italienne. 204
Concert Spirituel ," 205
ARTICLE VI.
Nouvelles étrangeres , 207
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 215
Mariage & Morts , 233
Avisdivers . 235
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
VERS à Jeannette ,
Madrigal , par M. de la Condamine , &c.
Suite de l'Amant anonyme , Nouvelle ,
Ode imitée d'Horace ,
Le Flambeau , Fable ,
Suite des Penſées ſur la Converſation ,
Les Sens , Epître ,
Lettre à l'Auteur du Mercure ,
Vers ſur Mademoiſelle Puvignée ,
Lettre à l'Auteur du Mercure , & Epître ,
Lettre ſur M. l'Abbé Regley ,
page s
8
ibid.
35
37
38
61
65
67
68
71
La Lanterne merveilleuſe , Etrennes à la Reine , 76
Explication de l'Enigme & du Logogryphe du
premier Mercure de Janvier ,
Enigme & Logogryphe ,
Lettre& Chanfon Languedocienne ,
77
ibid.
79
240
ART. II . NOUVELLES LITTERAIRES.
Extraits , Précis ou Indications de livres nouveaux,
Seconde Lettre de M. Fournier l'aîné ,
83
85
Lettre ſur la traduction du Voyage à la Baye
115
Séance publique de la Société Littéraire de Cler-
Hudſon ,
mont , 137
ART. III . SCIENCES ET BELLES LETTRES,
141
Physique. Lettre de M. Savérien , ſur la cauſe de la
Pefanteur des corps ,
Géographie. Lettre à M. le Préſident de Bréfé , ſur
ladécouverted'une Terre inconnue , 161
Séance publique de l'Académie royale des Sciences,
desBelles- Lettres & des Arts de Rouen ,
Musique.
A.RT. IV . BBAUX - ARTS .
Epître àMademoiſelle Fel ,
181
189
190
Sculpture. Replique à la Réponſe d'un Eleve de
l'Académie aux Obſervations ſur le Modele du
Mauſolée du Maréchal-Comte de Saxe , 193
Gravure. 201
ART. V. SPECTACLES.
Comédie Françoiſe. 203
Comédie Italienne. 204
Concert Spirituel ," 205
ARTICLE VI.
Nouvelles étrangeres , 207
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 215
Mariage & Morts , 233
Avisdivers . 235
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Résumé : TABLE DES ARTICLES.
Le document présente une table des articles d'une publication, organisée en six sections principales. L'Article Premier répertorie des pièces fugitives en vers et en prose, incluant des poèmes, des nouvelles, des odes, des fables, des épîtres et des lettres adressées à divers auteurs. Parmi les œuvres mentionnées figurent 'VERS à Jeannette', 'Suite de l'Amant anonyme', 'Ode imitée d'Horace', 'Le Flambeau' et 'La Lanterne merveilleuse'. L'Article II traite des nouvelles littéraires, avec des extraits de livres récents et des lettres sur des traductions et des séances de sociétés littéraires. L'Article III aborde les sciences et les belles-lettres, incluant des lettres sur des sujets de physique et de géographie, ainsi que des séances d'académies. L'Article IV concerne les beaux-arts, avec des épîtres et des discussions sur la sculpture et la gravure. L'Article V liste les spectacles, tels que la comédie française, la comédie italienne et les concerts spirituels. Enfin, l'Article VI inclut les nouvelles étrangères, les nouvelles de la cour et de Paris, ainsi que des annonces de mariages et de décès, et divers avis.
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18426
p. 240
« De l'Imprimerie de Ch. Ant. Jombert. [...] »
Début :
De l'Imprimerie de Ch. Ant. Jombert. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie de Ch. Ant. Jombert. [...] »
De l'Imprimerie de Ch. Ant. Jombert.
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18427
p. 225-226
Sur la Campagne du Roy, & le Jubilé de la Reyne.
Début :
Encor ces Vers de Monsieur l'Abbé Cotin & je ferme mon / France, ne vous allarmez pas [...]
Mots clefs :
France, Combat, Reine, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Sur la Campagne du Roy, & le Jubilé de la Reyne.
Encor ces Versde Monfieur
1
GALANT. 163 -`l'Abbé Cotin, & ie ferme mon
Paquet, On les eſtime , & ils
ont eu le bonheur de plaire à
une perfonne de la plus hau- te qualité , &dont l'eſprit n'eſt pas moins relevé que la naif- fance.
164 LE MERCURE
子子子子子
Sur la Campagne du
ROY ,
F
Et le lubilé de la Reyne.
Rance ne vous allarmez pas
Du fort incertain des com -
bats ;
Malàpropos onſe récrie Quetout est changeant icy-bas,
LeRoy combat,la Reyneprie.
On redoute peu la furie
DesRodomonsdes Païs-bas ;
Lefeu,leſang&la tûrie,
Nefontpas toûjours leurs ébats,
Etpour les mettre tous àbas,
LeRoy combat, la Reyneprie
1
GALANT. 163 -`l'Abbé Cotin, & ie ferme mon
Paquet, On les eſtime , & ils
ont eu le bonheur de plaire à
une perfonne de la plus hau- te qualité , &dont l'eſprit n'eſt pas moins relevé que la naif- fance.
164 LE MERCURE
子子子子子
Sur la Campagne du
ROY ,
F
Et le lubilé de la Reyne.
Rance ne vous allarmez pas
Du fort incertain des com -
bats ;
Malàpropos onſe récrie Quetout est changeant icy-bas,
LeRoy combat,la Reyneprie.
On redoute peu la furie
DesRodomonsdes Païs-bas ;
Lefeu,leſang&la tûrie,
Nefontpas toûjours leurs ébats,
Etpour les mettre tous àbas,
LeRoy combat, la Reyneprie
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Résumé : Sur la Campagne du Roy, & le Jubilé de la Reyne.
Le texte présente deux extraits. Le premier mentionne des vers de l'Abbé Cotin appréciés par une personne de haute qualité. Le second traite de la campagne militaire du roi et des prières de la reine, rassurant les lecteurs sur les incertitudes des combats. Il minimise la menace des ennemis, affirmant que le roi et la reine travaillent ensemble pour les vaincre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18428
p. 14-17
ODE A Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Début :
Rempli de l'attrait où m'engage [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne, Prince, Main, Poète, Désir
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texteReconnaissance textuelle : ODE A Monseigneur le Duc de Bourgogne.
ODE
A Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Rempli de l'attrait où m'engage
Tout ce qu'on présage de toi,
Je veux t'offrir un tendre hommage
Mon cout m'en impose la loi:
Ma main sera son Interprête:
Mais, Prince charmant, un Poëte,
Seulement par amusement
Sans talent, sans art, sans délire,
Que jamais Apolion n'inspire,
Peut-il le faire dignement:
Non. De l'audace qui m'anime,
0
JANVIER.
1752.
Il faudroit arrêter le bruit;
Mais mon transport fût il un crime,
Mes yeux t'ont vû, ma main écrit.
Je suis saus doute un téméraire,
D'oser entrer dans la carriere
Où sont les Poëtes fameux
Que dis-je ? ils n'ont rien que j'envie:
S'ils me surpassent en génie,
L'amour me met au dessus d'eux,
L'éclat qui brille dans ta mere,
Est déja devenu le tien:
Imitant ton auguste pere:
Parfaitement digne du fien,
Tu seras grand, doux, équitable.
L'Empire des tiens est aimable
Il est beau de le soûtenir.
Ce n'est qu'en suivant leurs exemples,,
Que tu p.ux méniter les Temples
Que te prépare l'avenir.
Je chante, Prince, ta sagesse,
En chantant celle de mon Roi:
C'est ses vertus, c'est sa tendresse,
Que le desir admire en toi.
Ses hauts exploits, sa bonté rate,
L'heureuse Ecole qu'il. prépata
15
16. MERCURE DEFRANCE.
Aux fils des peres malheureux,
Assurent sa gloire constante
D'une immortalité brillante,
Conforme à l'ardent de nos veux.
Son nom est inêlé dans nos Fêtes
Aux noms des Rois les plus chéris:
Iliregne aujourd'hui sur nos têtes:
Ton Pere est le Roi de nos fils:
Nos neveux verront tou Empire;
Et, j'ose ici te le prédire,
Un Dieu caché parle à mon cour,
Te voyant marcher sur sa trace,,
Le Ciel éternisant ta race,
Eternisera leur bonheun
Je n'ai point le talent de plaire,
Je n'en connois que le desir;
Mais, jeune Prince, sans mystére,
Sourent on peur y parvenir.
Vets toi, sur cette confiance,
Mes chants volent en assurance,
Sur l'aile. de l'enchantement.
Ma Muse est peut-être indiscréte;
Mais contre le goût d'un Poëte,
La raison parle vainement.
JANVIER.
1752.
Reçois, grand Prince, mon hommage,
Prête l'oreille à mes accens;
Pout t'en crayonner une image
J'ai brulé mon premier encens.
Je ne pouvois. rien autre chose;
Et si déja plusieurs en prose
Te parloient avant mes Concerts,
Quand Page ouvrira ta pensée,
Souviens-toi que, l'ame embrasée,
Je l'ai fait le premier en vers.
Ciel! si jusques à ta mere
Mon ouvrage peut pénétrer
Quelle beauté, quel caractére,
Quel éclat y verrai- je entrer!
Il n'est plus rien qui m'épouvante:
Ses yeux, du feu qui nous enchante,,
Orneront mes expressions:
Ainsi l'Astre de la lumiere,
Parcourant sa vaste carriere,
Embellit tout de ses rayons.
Par M. D. L. F.
A Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Rempli de l'attrait où m'engage
Tout ce qu'on présage de toi,
Je veux t'offrir un tendre hommage
Mon cout m'en impose la loi:
Ma main sera son Interprête:
Mais, Prince charmant, un Poëte,
Seulement par amusement
Sans talent, sans art, sans délire,
Que jamais Apolion n'inspire,
Peut-il le faire dignement:
Non. De l'audace qui m'anime,
0
JANVIER.
1752.
Il faudroit arrêter le bruit;
Mais mon transport fût il un crime,
Mes yeux t'ont vû, ma main écrit.
Je suis saus doute un téméraire,
D'oser entrer dans la carriere
Où sont les Poëtes fameux
Que dis-je ? ils n'ont rien que j'envie:
S'ils me surpassent en génie,
L'amour me met au dessus d'eux,
L'éclat qui brille dans ta mere,
Est déja devenu le tien:
Imitant ton auguste pere:
Parfaitement digne du fien,
Tu seras grand, doux, équitable.
L'Empire des tiens est aimable
Il est beau de le soûtenir.
Ce n'est qu'en suivant leurs exemples,,
Que tu p.ux méniter les Temples
Que te prépare l'avenir.
Je chante, Prince, ta sagesse,
En chantant celle de mon Roi:
C'est ses vertus, c'est sa tendresse,
Que le desir admire en toi.
Ses hauts exploits, sa bonté rate,
L'heureuse Ecole qu'il. prépata
15
16. MERCURE DEFRANCE.
Aux fils des peres malheureux,
Assurent sa gloire constante
D'une immortalité brillante,
Conforme à l'ardent de nos veux.
Son nom est inêlé dans nos Fêtes
Aux noms des Rois les plus chéris:
Iliregne aujourd'hui sur nos têtes:
Ton Pere est le Roi de nos fils:
Nos neveux verront tou Empire;
Et, j'ose ici te le prédire,
Un Dieu caché parle à mon cour,
Te voyant marcher sur sa trace,,
Le Ciel éternisant ta race,
Eternisera leur bonheun
Je n'ai point le talent de plaire,
Je n'en connois que le desir;
Mais, jeune Prince, sans mystére,
Sourent on peur y parvenir.
Vets toi, sur cette confiance,
Mes chants volent en assurance,
Sur l'aile. de l'enchantement.
Ma Muse est peut-être indiscréte;
Mais contre le goût d'un Poëte,
La raison parle vainement.
JANVIER.
1752.
Reçois, grand Prince, mon hommage,
Prête l'oreille à mes accens;
Pout t'en crayonner une image
J'ai brulé mon premier encens.
Je ne pouvois. rien autre chose;
Et si déja plusieurs en prose
Te parloient avant mes Concerts,
Quand Page ouvrira ta pensée,
Souviens-toi que, l'ame embrasée,
Je l'ai fait le premier en vers.
Ciel! si jusques à ta mere
Mon ouvrage peut pénétrer
Quelle beauté, quel caractére,
Quel éclat y verrai- je entrer!
Il n'est plus rien qui m'épouvante:
Ses yeux, du feu qui nous enchante,,
Orneront mes expressions:
Ainsi l'Astre de la lumiere,
Parcourant sa vaste carriere,
Embellit tout de ses rayons.
Par M. D. L. F.
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18429
p. 214-219
Ce qui s'est passé lorsqu'Antonio Pinto, né à Siam, presenta au Roy la These qu'il a dediée à sa Majesté, & qu'il a soutenue en Sorbonne. [titre d'après la table]
Début :
Mrs du Seminaire des Missions Etrangeres estant bien aises de [...]
Mots clefs :
Antonio Pinto, Roi, Thèse, Sorbonne, Séminaire des Missions étrangères, Jacques-Charles de Brisacier, Honneur, Permission
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ce qui s'est passé lorsqu'Antonio Pinto, né à Siam, presenta au Roy la These qu'il a dediée à sa Majesté, & qu'il a soutenue en Sorbonne. [titre d'après la table]
Mdu Seminaire des Mifſions
Etrangeres eſtant bien
aiſes de faire connoiſtre à
tout le monde , pour l'honneur
de la Nation Siamoife,
de quoy font capables les
eſprits de Siam dans les Sciences,
avoient conçu le deſſein
de faire foûtenir en Sorbonne
le S Antoine Pinto, né à Siam
d'un pere deBengale & d'une
des Amb. de Siam 215
mere du pays . Leurs amis
auffi bien que les Ambaffadeurs,
approuverent ce deffein
, & on leur confeilla de
faire demander au Roy la
permiſſion de luy dédier la
Theſe de cet Etranger. Mr
l'Archeveſque de Paris eut la
bonté d'accorder en cela fa
mediation au Superieur du
Seminaire ,& fe chargea volontiers
de faire agréer la
choſe . Ce Prélat donna rendez-
vous à Verſailles à M.
l'Abbé de Lionne , àM l'Abbé
Roze qui devoit faire fon
Aulique , à M. de Brifacier,
r
216 IV.P. du Voyage
&au ſieur Pinto, le Vendre
dy 27. de Decembre , pour
preſenter la Theſe à Sa Majeſté.
Elle marqua l'heure aprés
fon dîner, & dés qu'Elle
fortit de table, M de Brifacier
luy dit en montrant le
S Pinto qui tenoit à la main
une Theſe de ſatin, avec une
dentelle d'or & d'argent autour
, SIRE , c'est un Ecclefiaftique
Siamois , qui élevé
inftruit depuis l'âge de neuf ans
par vos Sujets dans vostre College
de Mapran, par reconnoiffance
pour ſa Nation, que vous comblez
icy de graces &d'honneurs,
نب
des Amb. de Siam. 217
pour nos Miſſions que vous
continiezdefoûtenir par vostre
protection &par vos bienfaits,
ofe vous preſenterſa These avec
la permiſſion que VostreMajesté
a bien voulu nous en donner.
Le Roy interrompit en cet
endroit , & dit , Ie la reçois
trés-volontiers. M. deBrifacier
reprit , Il n'est rien, SIRE, que
nous n'eufſſions voulu faire en
cette occafion , pour marquer
mieux à Vostre Majesté nos profonds
respects ; mais nous avons
Sçû que V. M. jugeoit à propos
que des Miſſionnaires ſe distinguaffent
pluſtoft par l'humilité
T
218 IV. P. du Voyage
&par la modestie , que par la
dépense &par l'éclat. Le Roy
prit encore icy la parole pour
dire fort obligeamment, le
ſerois fâché que vous euffiezfait
ddaavvaannttaaggee. Mª de Brifacier
pourfuivit , Nous nous refervons
, SIRE , à reconnoiſtre en
filence au pied des Autels vos
bontezRoyales. C'est là que depuis
plus d'un mois nous demandons
à Dieu avec instance,
par des Sacrifices &des Prieres
particulieres la prompte guerifon
de V. M. & c'est là que deformais
nous rendrons à ce mefme
Dieu de trés-humbles actions.
des Amb. de Siam. 219
de graces pour la parfaiteſanté
où nous avons l'honneur & le
plaisir de la voir. Sa Majeſté
repliqua d'un air plein de
douceur & de bonté , Vous
me ferez plaisir de prier pour
moy; & aprés qu'Elle eut regardé
fon Portrait , qu'Elle
trouva bien , on luy fit une
profonde reverence , & on fe
retira .
Etrangeres eſtant bien
aiſes de faire connoiſtre à
tout le monde , pour l'honneur
de la Nation Siamoife,
de quoy font capables les
eſprits de Siam dans les Sciences,
avoient conçu le deſſein
de faire foûtenir en Sorbonne
le S Antoine Pinto, né à Siam
d'un pere deBengale & d'une
des Amb. de Siam 215
mere du pays . Leurs amis
auffi bien que les Ambaffadeurs,
approuverent ce deffein
, & on leur confeilla de
faire demander au Roy la
permiſſion de luy dédier la
Theſe de cet Etranger. Mr
l'Archeveſque de Paris eut la
bonté d'accorder en cela fa
mediation au Superieur du
Seminaire ,& fe chargea volontiers
de faire agréer la
choſe . Ce Prélat donna rendez-
vous à Verſailles à M.
l'Abbé de Lionne , àM l'Abbé
Roze qui devoit faire fon
Aulique , à M. de Brifacier,
r
216 IV.P. du Voyage
&au ſieur Pinto, le Vendre
dy 27. de Decembre , pour
preſenter la Theſe à Sa Majeſté.
Elle marqua l'heure aprés
fon dîner, & dés qu'Elle
fortit de table, M de Brifacier
luy dit en montrant le
S Pinto qui tenoit à la main
une Theſe de ſatin, avec une
dentelle d'or & d'argent autour
, SIRE , c'est un Ecclefiaftique
Siamois , qui élevé
inftruit depuis l'âge de neuf ans
par vos Sujets dans vostre College
de Mapran, par reconnoiffance
pour ſa Nation, que vous comblez
icy de graces &d'honneurs,
نب
des Amb. de Siam. 217
pour nos Miſſions que vous
continiezdefoûtenir par vostre
protection &par vos bienfaits,
ofe vous preſenterſa These avec
la permiſſion que VostreMajesté
a bien voulu nous en donner.
Le Roy interrompit en cet
endroit , & dit , Ie la reçois
trés-volontiers. M. deBrifacier
reprit , Il n'est rien, SIRE, que
nous n'eufſſions voulu faire en
cette occafion , pour marquer
mieux à Vostre Majesté nos profonds
respects ; mais nous avons
Sçû que V. M. jugeoit à propos
que des Miſſionnaires ſe distinguaffent
pluſtoft par l'humilité
T
218 IV. P. du Voyage
&par la modestie , que par la
dépense &par l'éclat. Le Roy
prit encore icy la parole pour
dire fort obligeamment, le
ſerois fâché que vous euffiezfait
ddaavvaannttaaggee. Mª de Brifacier
pourfuivit , Nous nous refervons
, SIRE , à reconnoiſtre en
filence au pied des Autels vos
bontezRoyales. C'est là que depuis
plus d'un mois nous demandons
à Dieu avec instance,
par des Sacrifices &des Prieres
particulieres la prompte guerifon
de V. M. & c'est là que deformais
nous rendrons à ce mefme
Dieu de trés-humbles actions.
des Amb. de Siam. 219
de graces pour la parfaiteſanté
où nous avons l'honneur & le
plaisir de la voir. Sa Majeſté
repliqua d'un air plein de
douceur & de bonté , Vous
me ferez plaisir de prier pour
moy; & aprés qu'Elle eut regardé
fon Portrait , qu'Elle
trouva bien , on luy fit une
profonde reverence , & on fe
retira .
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Résumé : Ce qui s'est passé lorsqu'Antonio Pinto, né à Siam, presenta au Roy la These qu'il a dediée à sa Majesté, & qu'il a soutenue en Sorbonne. [titre d'après la table]
Le Séminaire des Missions Étrangères a initié un projet visant à valoriser les compétences scientifiques des Siamois en soutenant la thèse d'Antoine Pinto à la Sorbonne. Pinto, né d'un père bengali et d'une mère siamoise, a reçu l'approbation des ambassadeurs de Siam et de leurs alliés pour ce projet. Ces derniers ont sollicité la permission du roi de lui dédier la thèse. L'archevêque de Paris a facilité cette demande et a organisé une rencontre à Versailles le 27 décembre. Lors de cette rencontre, M. de Brifacier a présenté Pinto au roi, mettant en avant son éducation en France et la reconnaissance de la nation siamoise. Le roi a accepté la thèse et a exprimé son souhait que les missionnaires se distinguent par l'humilité. Les ambassadeurs ont remercié le roi et ont prié pour sa santé, à quoi le roi a répondu favorablement avant que la délégation ne se retire.
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18430
p. 1286-1292
LES CONQUESTES du Maréchal Duc de Villars, Protecteur de l'Academie des Belles Lettres de Marseille. ODE.
Début :
Tandis qu'au Temple de Mémoire, [...]
Mots clefs :
Duc de Villars, Conquêtes, Gloire, Victoire, Ardeur , Prudence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES CONQUESTES du Maréchal Duc de Villars, Protecteur de l'Academie des Belles Lettres de Marseille. ODE.
LES CONQUESTES
du Maréchal
Duc de Villars , Protecteur de l'Acade
mie des Belles Lettres de Marseille.
O DE .
Tandis qu'au Temple de Mémoire ,
La fidelle Clio , par des traits éclatans ,
Grave ta glorieuſe hiſtoire ,
Sûre de triompher de l'outrage des temps ,
VILLARS , daigne avouer l'audace ,
D'un Eleve zélé de ce nouveau Parnaſſe ,
Que font refleurit tes bienfaits.
Et permets qu'il confie aux accords de fa Lyre ,
Ce qu'à tous les François infpire ,
L'éclat de tes Exploits qu'ils n'oubliront jamais.
K
Quelle ardeur dès ma tendre enfance ,
Quel zele à les chanter m'excita mille fois ,
Lorfqu'à la gloire de la France ,
Tes triomphes laffoient la Déeffe aux cent voix !
IL Vol.
Lorsqu'à
JUIN. 1730. 1287
Lorfqu'à tes Drapéaux enchaînée ,
Chaque jour la victoire à l'Aigle conſternée ,
Préparoit de nouveaux revers ;
Quels étoient mes tranfports , mais je n'ofai les
croire ;/
La crainte de trahir ta gloire ,
Infléxible toujours , me refufà des Vers.
Sans ceffe à ma Muſe charmée ,
Tu t'offrois au milieu des horreurs des combats,
Guidé par Bellone enflammée ·
Répandant l'épouvante & la mort fur tes pas.
Dans tes yeux quel feu magnanime ,
Infpire à tes Soldats le tranfport qui t'anime !
D'un regard tu faits des Héros.
On diroit que ton ame , en chacun d'eux tranf
mife ,
Les aiguillonne , les maîtriſe ,
Et qu'ils font tes Soldats bien moins que tes
rivaux.
Icy dans un inftant Critique
Où Minerve elle même enfeigne à tout ofer ,
Soudain ton courage héroïque
Frape le coup hardi qu'elle vient de peſer.
Quel fuccès fuit ta noble audace !
Fredelingue te voit , nouveau Dieu de la Thrace,
Foudroier le Germain ſurpris ;
Et l'on doute en voyant les fruits de ta victoire:
II. Vol. Bij S'il
1288 MERCURE DE FRANCE.
1
S'il te revenoit plus de gloire
D'avoir exécuté que d'avoir entrepris.
Là , redoublant envain leur rage
Ni l'hyver , ni le Rhin n'ofent te retenir
Sur l'ennemi gronde l'orage ,
Avant que fa prudence ait pû le prévenir.
Je vois des troupes renversées ,
où par
Od tombant fous tes coups,
fées.
Tout eft glacée par la terreur ;
toi difper-
La Quinche à ton effort voit ceder leurs redoutes,
Kiell témoin de leurs déroutes
Tombe,à peine attaqué,fous la loy du vainqueur.
讚
Mais contre ton ardeur guerriere ,
Contre tous tes fuccès , raffurant le Germain ,
Une redoutable Barriere
De fes vaftes Etats , te ferme le Chemin.
Je vois de fuperbes aziles ,
Des Boulevars féconds en déluges utiles ,
T'oppofer leurs murs fourcilleux ;
Tous prêts , contre l'effort de ton ardent cou
rage ,
A mettre à couvert de l'orage
Sous un rempart flottant leurs Maîtres orgueilleux.
II.Val, Tel
JUIN. 1730. 1289
Tel de la Cime des Montagnes ,
Un fier torrent qui fond à bonds précipitez ,
S'indigne au milieu des campagnes
D'une Digue oppofée à fes flots irritez ,
Soudain fon onde fremiflante ,
A travers les débris de la maffe impuiffante ,
S'ouvre mille chemins nouveaux ;
Fier de cette victoire , & maître de la plaine ",
Il force , il arrache , il entraîne
Les Arbres , les Moiffons , les Jardins , les Troupeaux.
Tel, de l'obftacle tu t'indignes .
Et plus prompt que ces feux qui frappent en brillant
,
Tu forces ces fameufes lignes ,
Dignes de fuccomber fous un tel affaillant.
La plus légere réſiſtance
Suffit à ces guerriers dont la vaine arrogance ,
Trop prompte vient de te braver ;
Ces pâles déffenfeurs que la frayeur maitriſe ,
Gédent , frapez de l'entrepriſe ,
Sûrs que qui la forma , ne peut que l'achever..
Dans cette Contrée éperduë ,,
Quel champ par cet exploit ton bras s'eſt - il ouvert
?
L'épouvante au loin répanduë
I. Vol. En
B. iij
1290 MERCURE DE FRANCE
En fait devant tes pas un immenfe défert.
Où fuiront ces troupes
craintives ?
Le Danube effrayé voit déja fur fes rives ,
Flotter tes Etendarts vainqueurs.
Par de juftes tributs , chaque ville allarmée ,
Enrichit ta terrible armée.
Et par là fe dérobe à de juftes rigueurs.
Bien-tôt quelle fcene terrible !
Combien dans un combat, de combats renaiffans
Quatre fois ton bras invincible
Punit de l'ennemi les efforts impuiffans.
Mais Dieux ! ton fang rougit la plaine.
On t'emporte mourant , la victoire incertaine
Hélite , n'ofe fe fixer ,
Et laiffant du combat l'avantage en balance
Montre que ta feule preſence ,
2
Au parti qu'elle eût pris , auroit pu la forcer..
Mais une plus brillante image .
M'attire vers Denain ; que j'en fuis enchanté !
Que dois-je admirer d'avantage .
Ta valeur , ta prudence , ou ton activité ?
Quel fecret , quelle diligence !
Quelle marche quels foins ! fleuves, lignes, dif
tance,
Tous obftacles font fuperflus.
II. Tola
Eugéne
JUIN. 1730. 1291
Eugene confterné, part , preffe, vole , arrive ,
Guide une reffource tardive ,
Vient fecourir fon camp , fon camp n'est déja
plus.
Déja ton courage intrépide ,
Forçant un fier Rempart , bordé de Bataillons
Dans l'ardent tranfport qui te guide ,
-A de morts , & de fang rempli fes Pavillons.
Tout périt , céde , ou par la fuite
Tâche envain d'échaper à ta vive pourſuite ;
Quels antres pourront les cacher ?
Ah! la mort fous tes coups leur paroît fi terrible
Que , pour fuir ton bras invincible ,
Dans les eaux de Lefcaut,'ils courent la chercher.
Bien-tôt de la Flandre effrayée ,
Succombent fous tes coups les plus fieres Citez
La Ligue eft par tout foudroyée,
Déja par fes revers tous tes jours font comptez
Arrête , Mars & la Victoire
Ne fçauroient ajoûter à l'éclat de ta gloire.
Borne tes rapides travaux
En ramenant la paix fignale ta prudence ,
Villars , il eft beau que la France
Te doive également gloire & fon repos..
20 II. Vol. Mufes
B. iij.
1292 MERCURE DE FRANCE
Mufes fous la paifible olive
Partagez un loifir à l'Etat précieux:
Villars vous aime , vous cultive ,
Quel amour plus fateur , quels foins plus glo
rieux ?
De fes dons , un nouveau Lycée ,
Qui fleurit fous fes loix au ſein de la Phocée-
Ceint le front de vos nourriffons.
> Chantez fon nom fans vous fa gloire eft immortelle..
Mais c'eft l'ardeur de votre zele
Qui doit s'éternifer dans vos doctes chanſons.
du Maréchal
Duc de Villars , Protecteur de l'Acade
mie des Belles Lettres de Marseille.
O DE .
Tandis qu'au Temple de Mémoire ,
La fidelle Clio , par des traits éclatans ,
Grave ta glorieuſe hiſtoire ,
Sûre de triompher de l'outrage des temps ,
VILLARS , daigne avouer l'audace ,
D'un Eleve zélé de ce nouveau Parnaſſe ,
Que font refleurit tes bienfaits.
Et permets qu'il confie aux accords de fa Lyre ,
Ce qu'à tous les François infpire ,
L'éclat de tes Exploits qu'ils n'oubliront jamais.
K
Quelle ardeur dès ma tendre enfance ,
Quel zele à les chanter m'excita mille fois ,
Lorfqu'à la gloire de la France ,
Tes triomphes laffoient la Déeffe aux cent voix !
IL Vol.
Lorsqu'à
JUIN. 1730. 1287
Lorfqu'à tes Drapéaux enchaînée ,
Chaque jour la victoire à l'Aigle conſternée ,
Préparoit de nouveaux revers ;
Quels étoient mes tranfports , mais je n'ofai les
croire ;/
La crainte de trahir ta gloire ,
Infléxible toujours , me refufà des Vers.
Sans ceffe à ma Muſe charmée ,
Tu t'offrois au milieu des horreurs des combats,
Guidé par Bellone enflammée ·
Répandant l'épouvante & la mort fur tes pas.
Dans tes yeux quel feu magnanime ,
Infpire à tes Soldats le tranfport qui t'anime !
D'un regard tu faits des Héros.
On diroit que ton ame , en chacun d'eux tranf
mife ,
Les aiguillonne , les maîtriſe ,
Et qu'ils font tes Soldats bien moins que tes
rivaux.
Icy dans un inftant Critique
Où Minerve elle même enfeigne à tout ofer ,
Soudain ton courage héroïque
Frape le coup hardi qu'elle vient de peſer.
Quel fuccès fuit ta noble audace !
Fredelingue te voit , nouveau Dieu de la Thrace,
Foudroier le Germain ſurpris ;
Et l'on doute en voyant les fruits de ta victoire:
II. Vol. Bij S'il
1288 MERCURE DE FRANCE.
1
S'il te revenoit plus de gloire
D'avoir exécuté que d'avoir entrepris.
Là , redoublant envain leur rage
Ni l'hyver , ni le Rhin n'ofent te retenir
Sur l'ennemi gronde l'orage ,
Avant que fa prudence ait pû le prévenir.
Je vois des troupes renversées ,
où par
Od tombant fous tes coups,
fées.
Tout eft glacée par la terreur ;
toi difper-
La Quinche à ton effort voit ceder leurs redoutes,
Kiell témoin de leurs déroutes
Tombe,à peine attaqué,fous la loy du vainqueur.
讚
Mais contre ton ardeur guerriere ,
Contre tous tes fuccès , raffurant le Germain ,
Une redoutable Barriere
De fes vaftes Etats , te ferme le Chemin.
Je vois de fuperbes aziles ,
Des Boulevars féconds en déluges utiles ,
T'oppofer leurs murs fourcilleux ;
Tous prêts , contre l'effort de ton ardent cou
rage ,
A mettre à couvert de l'orage
Sous un rempart flottant leurs Maîtres orgueilleux.
II.Val, Tel
JUIN. 1730. 1289
Tel de la Cime des Montagnes ,
Un fier torrent qui fond à bonds précipitez ,
S'indigne au milieu des campagnes
D'une Digue oppofée à fes flots irritez ,
Soudain fon onde fremiflante ,
A travers les débris de la maffe impuiffante ,
S'ouvre mille chemins nouveaux ;
Fier de cette victoire , & maître de la plaine ",
Il force , il arrache , il entraîne
Les Arbres , les Moiffons , les Jardins , les Troupeaux.
Tel, de l'obftacle tu t'indignes .
Et plus prompt que ces feux qui frappent en brillant
,
Tu forces ces fameufes lignes ,
Dignes de fuccomber fous un tel affaillant.
La plus légere réſiſtance
Suffit à ces guerriers dont la vaine arrogance ,
Trop prompte vient de te braver ;
Ces pâles déffenfeurs que la frayeur maitriſe ,
Gédent , frapez de l'entrepriſe ,
Sûrs que qui la forma , ne peut que l'achever..
Dans cette Contrée éperduë ,,
Quel champ par cet exploit ton bras s'eſt - il ouvert
?
L'épouvante au loin répanduë
I. Vol. En
B. iij
1290 MERCURE DE FRANCE
En fait devant tes pas un immenfe défert.
Où fuiront ces troupes
craintives ?
Le Danube effrayé voit déja fur fes rives ,
Flotter tes Etendarts vainqueurs.
Par de juftes tributs , chaque ville allarmée ,
Enrichit ta terrible armée.
Et par là fe dérobe à de juftes rigueurs.
Bien-tôt quelle fcene terrible !
Combien dans un combat, de combats renaiffans
Quatre fois ton bras invincible
Punit de l'ennemi les efforts impuiffans.
Mais Dieux ! ton fang rougit la plaine.
On t'emporte mourant , la victoire incertaine
Hélite , n'ofe fe fixer ,
Et laiffant du combat l'avantage en balance
Montre que ta feule preſence ,
2
Au parti qu'elle eût pris , auroit pu la forcer..
Mais une plus brillante image .
M'attire vers Denain ; que j'en fuis enchanté !
Que dois-je admirer d'avantage .
Ta valeur , ta prudence , ou ton activité ?
Quel fecret , quelle diligence !
Quelle marche quels foins ! fleuves, lignes, dif
tance,
Tous obftacles font fuperflus.
II. Tola
Eugéne
JUIN. 1730. 1291
Eugene confterné, part , preffe, vole , arrive ,
Guide une reffource tardive ,
Vient fecourir fon camp , fon camp n'est déja
plus.
Déja ton courage intrépide ,
Forçant un fier Rempart , bordé de Bataillons
Dans l'ardent tranfport qui te guide ,
-A de morts , & de fang rempli fes Pavillons.
Tout périt , céde , ou par la fuite
Tâche envain d'échaper à ta vive pourſuite ;
Quels antres pourront les cacher ?
Ah! la mort fous tes coups leur paroît fi terrible
Que , pour fuir ton bras invincible ,
Dans les eaux de Lefcaut,'ils courent la chercher.
Bien-tôt de la Flandre effrayée ,
Succombent fous tes coups les plus fieres Citez
La Ligue eft par tout foudroyée,
Déja par fes revers tous tes jours font comptez
Arrête , Mars & la Victoire
Ne fçauroient ajoûter à l'éclat de ta gloire.
Borne tes rapides travaux
En ramenant la paix fignale ta prudence ,
Villars , il eft beau que la France
Te doive également gloire & fon repos..
20 II. Vol. Mufes
B. iij.
1292 MERCURE DE FRANCE
Mufes fous la paifible olive
Partagez un loifir à l'Etat précieux:
Villars vous aime , vous cultive ,
Quel amour plus fateur , quels foins plus glo
rieux ?
De fes dons , un nouveau Lycée ,
Qui fleurit fous fes loix au ſein de la Phocée-
Ceint le front de vos nourriffons.
> Chantez fon nom fans vous fa gloire eft immortelle..
Mais c'eft l'ardeur de votre zele
Qui doit s'éternifer dans vos doctes chanſons.
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Résumé : LES CONQUESTES du Maréchal Duc de Villars, Protecteur de l'Academie des Belles Lettres de Marseille. ODE.
Le texte célèbre les conquêtes du Maréchal Duc de Villars, protecteur de l'Académie des Belles Lettres de Marseille. Il commence par louer les exploits militaires de Villars, soulignant son courage et son leadership sur le champ de bataille. Le poète décrit les victoires de Villars, notamment contre les forces allemandes, et son habileté à surmonter les obstacles, comme les fortifications ennemies et les conditions climatiques difficiles. Les succès de Villars sont marqués par des batailles décisives, telles que celle de Denain, où son intervention rapide et stratégique a retourné le cours des combats. Le texte met également en avant la terreur et l'admiration que les ennemis éprouvaient face à Villars, ainsi que les tributs et les richesses obtenus après les victoires. La campagne militaire de Villars se conclut par une paix glorieuse, apportant à la France à la fois la victoire et la tranquillité. Enfin, le poème exalte l'amour de Villars pour les arts et les lettres, soulignant son soutien à l'Académie des Belles Lettres et son désir de voir son nom immortalisé dans les chansons et les écrits des muses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18431
p. 223-230
Description des cinq Reservoirs de la bute de Monbauron, & de l'Aqueduc de la Montagne de Picardie, [titre d'après la table]
Début :
On leur fit voir le jour même l'Aqueduc du [...]
Mots clefs :
Réservoirs, Aqueduc , Butte Montbauron, Montagne de Picardie, Pieds, Toises, Bassins, Machine de Marly, Petit bassin, Louvois
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texteReconnaissance textuelle : Description des cinq Reservoirs de la bute de Monbauron, & de l'Aqueduc de la Montagne de Picardie, [titre d'après la table]
On leur fit
voir le jour même l'Aqueduc
du Buc , les Refervoirs qu'ils.
trouverent tres-profonds , &
l'Etang de Creffé. Ils virent
auffi les Reſervoirs qui font
au lieu que l'on appelloit auparavant
, la Butte de Monbauron.
Elle est en face du
و
des Amb. de Siam. 215
LS
גנ
Château de Versailles , derfriere
le Chenil. Avant que
fle Roy y fift travailler , elle
s'élevoit en pointe , & faifoit
un mauvais aſpect à la veuë
du Château. On en a coupé
la cime environ juſqu'à la
hauteur du comble des Ecuries
, & de la terre qu'on a
répandue à l'entour avec ce
qui reſtoitdu hautde laButte,
on en a fait une grande efplanade
ou plate forme , où
l'on a conſtruit cinq grands
Reſervoirs pour conferver
ait l'eau , tant de la Machine de
Marly , que de la Riviere
d'Eure. Ces cinq baffins con
qu
vir
Sij
216 SaiteduVoyage
fiftent en quatre quarrez
longs à pans par les angles
exterieurs , & au milieu des
quatre eſt un petit baſſin rond
de dix toiſes de diamettre ,
appelle le receptacle des eaux ,
c'est-à-dire l'endroit ou les
canaux & les conduits viennent
fe rendre'; & ce petit
baſſin diſtribuë ſes eaux aux
quatre grands par les coins
échancrez en portion circulaire.
Ces cinq baſſins ſont
ſeparez par des allées de dixhuit
pieds chacune , &à l'en
tour eſt une allée de huit toiſes
qui regne depuis le bord
exterieur des baſſins , jul
des Amb. de Stam. 217
qu'au glacis de terres , qui
au pied de ce glacis & au bas
dela Butte , doivent eftre entourées
d'un mur de clôture.
Les grands baffins ontochacun
85. toiſes de longueur
dans oeuvre , fur 54. de large ;
le pan à l'angle exterieur eſt
de 18. toiſes. Ils ont de profondeur
18. pieds , pour avoir
22. pieds d'eau: de forte que
chaque baffin contient 8000.
toiſes cubes d'eau , qui font
224000. muids d'eau pour
chaque baffin . Ainfiles quatre
contiendront 8.96000.
muids d'eau. La conſtruction
eſt un mur de quatre pieds ,
Siij
218 Suite du Voyage
qui eſt le vray mur du Reſervoir
, & pour retenir l'eau
eſt un coroy de glaiſe de dixhuit
pouces d'épaiffeur , tant
au fondde ces baffins, qu'autour
des bords ;&cette glai
fe des bords eſt retenuë par
un murde quatre pieds par
en haut,&de cinq pieds par
en bas , fondé ſur une grille
de bois ſur la glaife , avec des
plates- formes. Ce mur fait
en talu d'un pied au dedans
du Reſervoir , eſt appellé mur
de douve. Il y a deux de ces
baffins achevez , & remplis
de l'eau de la Machine de
Marly qui eft conduite par
des Amb. de Siam.. 219
Fun Aqueduc depuis la mon-
It tagne de Picardie , juſqu'aux
ed Reſervoirs. Cét Aqueduc eft
long de soo. toiſes , & dans
ut fa plus grande hauteur il en
eg a 14. à 15. il a 24. pieds d'empattement
, qui revient à fix
s -pieds en haut , dont le Cadst
nal en occupe trois. Il doit
ga donner fur cette largeur de
rect trois pieds 648. pouces d'eau.
Comme les Ambaſſadeurs,
eds dont je vous décris aujour-
Iles d'huy l'hiſtoire de l'Ambaſſadetde,
s'attachent ſur tout à conempefiderer
les choſes qui marne
#quent particulierement la
ite grande puiſſance du Roy, ils
1
220 Suite du Voyage
examinerent cét Ouvrage ,
qui eſt digne d'être compare
à ceux de l'ancienne Rome ,
& auſquels des Armées enticres
( fi l'on peut parler ainfi )
ont travaillé, puiſqu'outre les
Ouvriers neceffaires pour inftruire
& pour conduire les autres
pluſieurs Regimens y
ont efté employez. Je ne
vous dis rien de ſa beauté
puiſque la ſeule deſcription
que vous en venez de voir ,
doit vous en avoir donné une
idée plus grande que vous ne
P'auriez de tout ce que je vous
en pourrois dire. Cependant
c'eſt le premier Ouvrage que
د
Mon
des Amb, de Siam. 2 221
Mr de Louvóis ait fait faire ,
aprés avoir eſté nommé Sur-
Intendant des Bâtimens. On
pourroit juger par des pareils
#coups d'effay dequoy ce Miniftre
eft capable , fi l'on n'en
ou eſtoit pas déja convaincu par
tout ce qu'ila faireni
voir le jour même l'Aqueduc
du Buc , les Refervoirs qu'ils.
trouverent tres-profonds , &
l'Etang de Creffé. Ils virent
auffi les Reſervoirs qui font
au lieu que l'on appelloit auparavant
, la Butte de Monbauron.
Elle est en face du
و
des Amb. de Siam. 215
LS
גנ
Château de Versailles , derfriere
le Chenil. Avant que
fle Roy y fift travailler , elle
s'élevoit en pointe , & faifoit
un mauvais aſpect à la veuë
du Château. On en a coupé
la cime environ juſqu'à la
hauteur du comble des Ecuries
, & de la terre qu'on a
répandue à l'entour avec ce
qui reſtoitdu hautde laButte,
on en a fait une grande efplanade
ou plate forme , où
l'on a conſtruit cinq grands
Reſervoirs pour conferver
ait l'eau , tant de la Machine de
Marly , que de la Riviere
d'Eure. Ces cinq baffins con
qu
vir
Sij
216 SaiteduVoyage
fiftent en quatre quarrez
longs à pans par les angles
exterieurs , & au milieu des
quatre eſt un petit baſſin rond
de dix toiſes de diamettre ,
appelle le receptacle des eaux ,
c'est-à-dire l'endroit ou les
canaux & les conduits viennent
fe rendre'; & ce petit
baſſin diſtribuë ſes eaux aux
quatre grands par les coins
échancrez en portion circulaire.
Ces cinq baſſins ſont
ſeparez par des allées de dixhuit
pieds chacune , &à l'en
tour eſt une allée de huit toiſes
qui regne depuis le bord
exterieur des baſſins , jul
des Amb. de Stam. 217
qu'au glacis de terres , qui
au pied de ce glacis & au bas
dela Butte , doivent eftre entourées
d'un mur de clôture.
Les grands baffins ontochacun
85. toiſes de longueur
dans oeuvre , fur 54. de large ;
le pan à l'angle exterieur eſt
de 18. toiſes. Ils ont de profondeur
18. pieds , pour avoir
22. pieds d'eau: de forte que
chaque baffin contient 8000.
toiſes cubes d'eau , qui font
224000. muids d'eau pour
chaque baffin . Ainfiles quatre
contiendront 8.96000.
muids d'eau. La conſtruction
eſt un mur de quatre pieds ,
Siij
218 Suite du Voyage
qui eſt le vray mur du Reſervoir
, & pour retenir l'eau
eſt un coroy de glaiſe de dixhuit
pouces d'épaiffeur , tant
au fondde ces baffins, qu'autour
des bords ;&cette glai
fe des bords eſt retenuë par
un murde quatre pieds par
en haut,&de cinq pieds par
en bas , fondé ſur une grille
de bois ſur la glaife , avec des
plates- formes. Ce mur fait
en talu d'un pied au dedans
du Reſervoir , eſt appellé mur
de douve. Il y a deux de ces
baffins achevez , & remplis
de l'eau de la Machine de
Marly qui eft conduite par
des Amb. de Siam.. 219
Fun Aqueduc depuis la mon-
It tagne de Picardie , juſqu'aux
ed Reſervoirs. Cét Aqueduc eft
long de soo. toiſes , & dans
ut fa plus grande hauteur il en
eg a 14. à 15. il a 24. pieds d'empattement
, qui revient à fix
s -pieds en haut , dont le Cadst
nal en occupe trois. Il doit
ga donner fur cette largeur de
rect trois pieds 648. pouces d'eau.
Comme les Ambaſſadeurs,
eds dont je vous décris aujour-
Iles d'huy l'hiſtoire de l'Ambaſſadetde,
s'attachent ſur tout à conempefiderer
les choſes qui marne
#quent particulierement la
ite grande puiſſance du Roy, ils
1
220 Suite du Voyage
examinerent cét Ouvrage ,
qui eſt digne d'être compare
à ceux de l'ancienne Rome ,
& auſquels des Armées enticres
( fi l'on peut parler ainfi )
ont travaillé, puiſqu'outre les
Ouvriers neceffaires pour inftruire
& pour conduire les autres
pluſieurs Regimens y
ont efté employez. Je ne
vous dis rien de ſa beauté
puiſque la ſeule deſcription
que vous en venez de voir ,
doit vous en avoir donné une
idée plus grande que vous ne
P'auriez de tout ce que je vous
en pourrois dire. Cependant
c'eſt le premier Ouvrage que
د
Mon
des Amb, de Siam. 2 221
Mr de Louvóis ait fait faire ,
aprés avoir eſté nommé Sur-
Intendant des Bâtimens. On
pourroit juger par des pareils
#coups d'effay dequoy ce Miniftre
eft capable , fi l'on n'en
ou eſtoit pas déja convaincu par
tout ce qu'ila faireni
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Résumé : Description des cinq Reservoirs de la bute de Monbauron, & de l'Aqueduc de la Montagne de Picardie, [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam ont visité plusieurs ouvrages hydrauliques près du Château de Versailles, notamment l'Aqueduc du Buc, des réservoirs profonds et l'Étang de Creffé. Ils ont également observé des réservoirs situés sur l'ancienne Butte de Monbauron, transformée en esplanade par le roi. Cinq grands réservoirs y ont été construits pour stocker l'eau de la Machine de Marly et de la rivière d'Eure. Chaque réservoir mesure 85 toises de longueur sur 54 de largeur et contient 8000 toises cubes d'eau, soit 224000 muids. La construction inclut un mur de quatre pieds et un revêtement de glaise pour retenir l'eau. Deux réservoirs étaient achevés et remplis d'eau. Un aqueduc de 500 toises de long, avec une hauteur maximale de 14 à 15 pieds, alimente ces réservoirs. Les ambassadeurs ont comparé cet ouvrage aux réalisations de l'ancienne Rome et ont noté l'implication de plusieurs régiments dans sa construction. Cet aqueduc est le premier grand ouvrage réalisé par Mr de Louvois après sa nomination comme Surintendant des Bâtiments.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18432
p. 19
A M. FALCONET sur son Groupe de PIGMALION exposé cette année au Louvre.
Début :
EMULE de Pigmalion, [...]
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texteReconnaissance textuelle : A M. FALCONET sur son Groupe de PIGMALION exposé cette année au Louvre.
A M. FALCONET fur fon Groupe de
PIGMALION expofé cette année au
Louvre.
•
EMULE MULB de Pigmalion ,
Falconet , rien ne te réfifte
Sur nous vois de ton art la tendre impreſſion ;
Entens les noms flatteurs prodigués à l'Artiſte !
Sous tes doigts , fans Vénus , le marbre eſt animé »
Il refpire , il fe meut , il paroît enflammé.
D'un talent plus qu'humain puiſſance peu commune
!
*
En fixant ta Statue , on s'écrie : en eft - ce une?
Par M, GUICHARD.
PIGMALION expofé cette année au
Louvre.
•
EMULE MULB de Pigmalion ,
Falconet , rien ne te réfifte
Sur nous vois de ton art la tendre impreſſion ;
Entens les noms flatteurs prodigués à l'Artiſte !
Sous tes doigts , fans Vénus , le marbre eſt animé »
Il refpire , il fe meut , il paroît enflammé.
D'un talent plus qu'humain puiſſance peu commune
!
*
En fixant ta Statue , on s'écrie : en eft - ce une?
Par M, GUICHARD.
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18433
p. 1427-1428
ODE SACRÉE, Tirée du Pseaume CX. Confitebor tibi, Domine, &c.
Début :
Seigneur, pour publier ta gloire, [...]
Mots clefs :
Psaume, Gloire, Lois, Magnificence, Équité, Providence, Alliance
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texteReconnaissance textuelle : ODE SACRÉE, Tirée du Pseaume CX. Confitebor tibi, Domine, &c.
ODE SA CREE,
Tirée du Pseaume cx.
& c.. Confitebor tibi , Domine
Seigneur, Eigneur , pour publier ta gloire ,
J'éleverai par tout ma voix ;
J'en rappellerai la memoire ,
Aux hommes qui suivent tes Loix.
Je mésurerai mes hommages ,
Sur la grandeur de tes Ouvrages ,
Conformes à ta volonté :
Ils sont pleins de magnificence ,,
Et tous annoncent ta Puissance
Et ton immuable équité.
.
De mon Dieu , quelle est la clémence
Pour la Nation qui le sert ?
Son indulgente Providence ,
L'a nourir dans le Desert.
sçu
Il éternise ses Miracles ;
Israël , selon ses Oracles ,
Tu verras fuir tes ennemis ; .
Et suivant sa sainte Alliance
dla Vola
11
428 MERCURE DE FRANCE
Il va mettre sous ta Puissance ,
L'heritage qu'il t'a promis.
Tout ce qu'il fait n'est que sagesse
Que justice et que verité ;
Ses Loix subsisteront sans cesse
Pour confondre l'impieté.
Il délivra Sion naissante .""
De la puissance ravissante ,
De ses infléxibles Tyrans ;
Et l'Alliance salutaire ,
Qu'avec son Peuple il daigna faire ,
Sera stable dans tous les tems.
"
讚
Son nom est saint et redoutable ;
C
Ceux qui craignent son Jugement ,
De la Sagesse veritable ,
Possedent le commencement.
S'ils prennent leur crainte pour guide ,
Bien- tôt de ce Monde perfide ,
Ils connoîtront la vanité ;
Et du Seigneur dans les délices ,
Ils celebreront les Justices ,
Pendant toute l'Eternité.
Tirée du Pseaume cx.
& c.. Confitebor tibi , Domine
Seigneur, Eigneur , pour publier ta gloire ,
J'éleverai par tout ma voix ;
J'en rappellerai la memoire ,
Aux hommes qui suivent tes Loix.
Je mésurerai mes hommages ,
Sur la grandeur de tes Ouvrages ,
Conformes à ta volonté :
Ils sont pleins de magnificence ,,
Et tous annoncent ta Puissance
Et ton immuable équité.
.
De mon Dieu , quelle est la clémence
Pour la Nation qui le sert ?
Son indulgente Providence ,
L'a nourir dans le Desert.
sçu
Il éternise ses Miracles ;
Israël , selon ses Oracles ,
Tu verras fuir tes ennemis ; .
Et suivant sa sainte Alliance
dla Vola
11
428 MERCURE DE FRANCE
Il va mettre sous ta Puissance ,
L'heritage qu'il t'a promis.
Tout ce qu'il fait n'est que sagesse
Que justice et que verité ;
Ses Loix subsisteront sans cesse
Pour confondre l'impieté.
Il délivra Sion naissante .""
De la puissance ravissante ,
De ses infléxibles Tyrans ;
Et l'Alliance salutaire ,
Qu'avec son Peuple il daigna faire ,
Sera stable dans tous les tems.
"
讚
Son nom est saint et redoutable ;
C
Ceux qui craignent son Jugement ,
De la Sagesse veritable ,
Possedent le commencement.
S'ils prennent leur crainte pour guide ,
Bien- tôt de ce Monde perfide ,
Ils connoîtront la vanité ;
Et du Seigneur dans les délices ,
Ils celebreront les Justices ,
Pendant toute l'Eternité.
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Résumé : ODE SACRÉE, Tirée du Pseaume CX. Confitebor tibi, Domine, &c.
Le poème 'ODE SA CREE' est tiré du Psaume 110 et commence par une louange à Dieu, exprimant le désir de proclamer Sa gloire et de rappeler les lois divines. Le poète souligne la magnificence, la puissance et l'équité des œuvres de Dieu. Il met en avant la clémence divine envers la nation qui sert Dieu, mentionnant la Providence qui a nourri Israël dans le désert et les miracles éternels de Dieu. Israël est assuré de voir ses ennemis fuir et de recevoir l'héritage promis par Dieu, en vertu de l'alliance sainte. Les actions de Dieu sont décrites comme sages, justes et vraies, et Ses lois subsisteront pour confondre l'impiété. Le poème évoque également la délivrance de Sion des tyrans et la stabilité de l'alliance salutaire entre Dieu et Son peuple. Enfin, il souligne que ceux qui craignent le jugement de Dieu possèdent la véritable sagesse et connaîtront la vanité du monde, célébrant les justices du Seigneur pour l'éternité.
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18434
p. 20
DÉFINITION du Volant, à LISE.
Début :
C'EST lorsque l'air le transporte, [...]
Mots clefs :
Volant, Message, Plaisirs, Désirs, Gage
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texteReconnaissance textuelle : DÉFINITION du Volant, à LISE.
DÉFINITION du Volant , à LISE.
C'EST lorfque l'air le tranſporte ,
Le Meffager des Plaifirs ,
Qui de l'un à l'autre porte
Et rapporte les defirs.
De mon coeur il eſt l'hommage ,
Life , lorfqu'il vole à toi ;
Que du tien il ſoit le gage ,
Lorsqu'il revole vers moi .
Par M. GIRARD DE RAIGNE.
C'EST lorfque l'air le tranſporte ,
Le Meffager des Plaifirs ,
Qui de l'un à l'autre porte
Et rapporte les defirs.
De mon coeur il eſt l'hommage ,
Life , lorfqu'il vole à toi ;
Que du tien il ſoit le gage ,
Lorsqu'il revole vers moi .
Par M. GIRARD DE RAIGNE.
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18435
p. 227-229
« Adieu, Madame, je suis fâché de n'avoir pas le temps [...] »
Début :
Adieu, Madame, je suis fâché de n'avoir pas le temps [...]
Mots clefs :
Entretenir, Mois, Actions, Envoyer, Récit
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texteReconnaissance textuelle : « Adieu, Madame, je suis fâché de n'avoir pas le temps [...] »
Adieu , Madame , ie ſuis
fâché de n'avoir pas le temps
de vous entretenir des Sieges
de Cambray & de S. Omer ,
dont i'ay beaucoup d'actions particulieres , & des choſes
tres - curieuſes à vous faire
ſçavoir ; mais vous voulez
queie vous envoye ma Let -
trele premier iour de chaque
mois , & pour vous obeïr , ie
fuiscobligé de les reſerver pour la premiere que ie me
donneray l'honneur de vous écrire. Ce fera par elle que
vous apprendrez le nom &le
merite de ceux dont le Roy a recompensé la valeur par
des Charges & pardes Gouvernemens , & que je vous
feray part de quelques Hi- ſtorietes agreables , &de pla-
166 LE MERCURE
?
ſieurs Vers qui ſe ſont faits fur les conqueſtes du Roy ,
&for divers ſujets de Ga lanterie. Je ſçay qu'il me re- ſte encor l'Article des modes
nouvelles Je ne l'oublieray past, non plus que beaucoup d'autres choles , dont ie n'ay pu encor vous parler. Ioig nezdy celllesi qui ſe paſfer ront pendant le mois de May,
dignes de vous eftreman- dées ; & iugez ſi on aceu raifon de vous dire que ie
vous ay trop promis , quand sie me fuis lengagé à vous enwoyeri tous les moisbune Re- lation auſſi ample que cellecy Tout ce que je crains ,
c'eſt d'eftre accablé par l'a- bondance de labmatiere , &
d'avoir quelquefois le chagrin
GALANT. 167
1
que l'ay aujourd'huy d'eſtre obligé de remettre à un autre mois le recit des Actions les
plus importantes ; mais au moins ie vous les feray ſçavoir avec des circonstances &des
particularitez qui vous les fe- ront toûjours paroiſtre nou -
velles.
AParis ce 1.May 1677
fâché de n'avoir pas le temps
de vous entretenir des Sieges
de Cambray & de S. Omer ,
dont i'ay beaucoup d'actions particulieres , & des choſes
tres - curieuſes à vous faire
ſçavoir ; mais vous voulez
queie vous envoye ma Let -
trele premier iour de chaque
mois , & pour vous obeïr , ie
fuiscobligé de les reſerver pour la premiere que ie me
donneray l'honneur de vous écrire. Ce fera par elle que
vous apprendrez le nom &le
merite de ceux dont le Roy a recompensé la valeur par
des Charges & pardes Gouvernemens , & que je vous
feray part de quelques Hi- ſtorietes agreables , &de pla-
166 LE MERCURE
?
ſieurs Vers qui ſe ſont faits fur les conqueſtes du Roy ,
&for divers ſujets de Ga lanterie. Je ſçay qu'il me re- ſte encor l'Article des modes
nouvelles Je ne l'oublieray past, non plus que beaucoup d'autres choles , dont ie n'ay pu encor vous parler. Ioig nezdy celllesi qui ſe paſfer ront pendant le mois de May,
dignes de vous eftreman- dées ; & iugez ſi on aceu raifon de vous dire que ie
vous ay trop promis , quand sie me fuis lengagé à vous enwoyeri tous les moisbune Re- lation auſſi ample que cellecy Tout ce que je crains ,
c'eſt d'eftre accablé par l'a- bondance de labmatiere , &
d'avoir quelquefois le chagrin
GALANT. 167
1
que l'ay aujourd'huy d'eſtre obligé de remettre à un autre mois le recit des Actions les
plus importantes ; mais au moins ie vous les feray ſçavoir avec des circonstances &des
particularitez qui vous les fe- ront toûjours paroiſtre nou -
velles.
AParis ce 1.May 1677
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Résumé : « Adieu, Madame, je suis fâché de n'avoir pas le temps [...] »
Le 1er mai 1677, l'auteur d'une lettre s'excuse de ne pas pouvoir discuter des sièges de Cambrai et de Saint-Omer, bien qu'il possède des informations intéressantes à ce sujet. Il doit envoyer une lettre chaque premier jour du mois, conformément à la demande du destinataire. L'auteur promet de partager des détails sur les récompenses royales, des anecdotes agréables, des poèmes sur les conquêtes royales et divers sujets galants. Il mentionne également qu'il abordera les nouvelles modes et d'autres sujets non encore traités. Il anticipe des événements dignes d'intérêt pour le mois de mai et craint d'être submergé par la quantité de matière à traiter, ce qui pourrait retarder certains récits importants. Cependant, il assure que les informations seront toujours présentées avec des détails et des particularités novatrices.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18436
p. 20-25
LETTRE traduite de l'Anglois, à M****, Auteur d'un Ouvrage Périodique intitulé The Idler.* Que de gens me ressemblent ! D**** .
Début :
J'ÉTOIS le second fils d'un Gentilhomme campagnard, dont la fortune suffisoit [...]
Mots clefs :
Lettre, Ouvrage périodique, Héritier, Lieutenance, Soldat, Guerre, Célérité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE traduite de l'Anglois, à M****, Auteur d'un Ouvrage Périodique intitulé The Idler.* Que de gens me ressemblent ! D**** .
LETTRE traduite de l'Anglois , à
M **** , Auteur d'un Ouvrage Pé
riodique intitulé The Idler . *
Que de gens me reffemblent !
D **** .
J'ÉTOIS le fecond fils d'un Gentilhomme
campagnard , dont la fortune fuffifoit
à peine pour foutenir avec dignité la
qualité , qu'il partageoit avec fon héritier,
de grand tueur de liévres. Il crut par
* Londres , 1761. Chez J. Newbery , 2 vol , in -8.
OCTOBRE. 1763 .
21
conféquent devoir employer toutes fes
protections pour me procurer une Lieu
tenance dans nos troupes. Je paſſai
quelques années dans la moins amufante
& peut-être la moins confidérée de tou
tes les profeffions humaines , celle d'un
Soldat en temps de paix. Je rodai avec
le Régiment de garnifon en garnifon ,
fans avoir rien à faire , fans goût pour
rien apprendre , fans argent pour me
divertir. J'étois par-tout , en arrivant ,
étranger fans curiofité ; & enpartant ,
la connoiffance de bien des gens , fans
être leur ami. N'ayant rien à efpérer
dans toutes ces réfidences fortuites
j'abandonnois ma conduite au hazard
& metrouvai partout le même , c'eſtà-
dire fort ennuyé,
On est toujours étonné d'entendre
mes pareils faire fi fréquemment des
voeux pour la guerre. Ces voeux ne font
pas toujours fincéres. La plupart , cantens
de leur oifiveté & de leur uniforme,
affectent une ardeur qu'au fond ils ne
reffentent guère, Ceux qui la defirent
en effet , n'en font ni plus méchans ni
plus patriotes : ce n'eft ni l'amour de la
gloire , ni la fcif du fang qui les infpire ;
c'eft le defir d'être affianchis de l'oifiveté
qui leur pefe & d'être rétablis dans la
dignité d'un être actif.
22 MERCURE DE FRANCE .
!
1
Je n'imaginai jamais avoir plus de
Courage qu'un autre , j'ai pourtant fou→
vent defiré la guerre ; mais je n'en
voyois alors nulle apparence ; & la mort
imprévue d'un oncle dont la fucceffion
me mettoit fort à l'aife , me fit toutà
- coup quitter le Régiment , avec la ferme
refolution de n'avoir plus de maîtres
que moi- même.
Cet état d'indépendance me plut
beaucoup d'abord ; je crus avoir trouvé
ce que tous les hommes defirent :
mon temps étoit à moi , mon habitation
dépendante de ma volonté . Je m'amufai
pendant deux ans à changer de
demeures & à comparer les incommodités
de celles que je quittois avec
les agrémens de celle que je préférois .
Mais fatigué enfin de ces recherches ,
je me déterminai à en acheter une ,
& j'y fixai mon domicile .
Je crus alors que j'allois être heureux;
je le fus en effet pendant quelques mois ,
avec cette efpérance. Mais je fentis affoiblir
ces idées , & l'ennui ne tarda
pas à les remplacer. Après avoir longtemps
cherché la caufe de ce nouvel
engourdiffement , je découvris enfin
qu'il ne me manquoit rien que d'avoir
quelque chofe à faire.
OCTOBRE. 1763. 23
Le temps avec toute fa célérité fe
meut trop lentement pour celui qui n'a
d'autre occupation que celle d'obferver
fa courfe. Les jours pour moi font des
années. Je fors du lit quand je ne puis
dormir plus longtemps ; je paffe dans
mon jardin ; j'y revois ce que j'y avois
u la veille ; je rentre chez moi ; je
me plonge dans un fauteuil ; mon projet
eft de penfer , & j'y tache de bonne
foi ; mais le Sujet me manque : je fors
pour quêter des nouvelles ; je cherche à
exciter ma curiofité fur des événemens
qui au fond me font indifférens , & qui
n'ont à mes yeux d'autre mérite que
celui de me diftraire de moi-même pendant
quelques minutes.
Lorfqu'une nouvelle me femble un
peu piquante , je trouve un moment de
plaifir en courant la répandre . Je paffe
d'un cercle à l'autre, flatté de ma propre
importance , glorieux de penfer que je
fais & fuis quelque chofe , quoique
fouvent bien convaincu que l'heure
fuivante , fi j'avois pu l'attendre , m'eût
épargné toutes ces courfes.
Je m'étois impofé un certain nombre
de vifites , dont je m'acquittois trèsregulièrement
; mais je fuis parvenu à
24 MERCURE DE FRANCE .
fatiguer prèfque tous mes amis. Une
fois affis , j'oublie de me lever ; je
vois la compagnie excédée de ma préfence
; la Maîtreffe du logis parler bas
à fes gens ; j'entends remettre des af
faires au lendemain , & chacun regar
der fa montre: rien ne peut me réfoudre à
regagner ma folitude , ou à rifquer de
me livrer de nouveau moi - même à ma
propre compagnie .
Egalement à charge à moi - même &
aux autres, je forme différens fyftêmes
d'occupation qui puiffent rendre ma vie
utile ou agréable , & éxempte de l'ignominie
de vivre paffivement. Je projette
depuis long - temps d'entrer dans cette
nouvelle carrière ; mais je n'ai pû juſqu'ici
prendre fur moi de m'y réfoudre
le moment préfent ne s'y trouve jamais
propre ; les obftacles femblent de
jour en jour renaître & fe multiplier .
Que vous dirai-je , Monfieur ! Vingt
années fe font écoulées depuis que ma
réfolution eft priſe de me corriger , &
chaque jour de ces vingt années s'eft
paffé en remettant la chofe au lendemain.
L'âge pourtant me gagne ; & le
retour fur moi- même me jetteroit dans
le défefpoir , fi je n'étois prèfque pas
enfin
OCTOBRE . 1763.
25
fin déterminé à commencer dès demain
le cours de ma réformation .
Par M. D. L. P.-
M **** , Auteur d'un Ouvrage Pé
riodique intitulé The Idler . *
Que de gens me reffemblent !
D **** .
J'ÉTOIS le fecond fils d'un Gentilhomme
campagnard , dont la fortune fuffifoit
à peine pour foutenir avec dignité la
qualité , qu'il partageoit avec fon héritier,
de grand tueur de liévres. Il crut par
* Londres , 1761. Chez J. Newbery , 2 vol , in -8.
OCTOBRE. 1763 .
21
conféquent devoir employer toutes fes
protections pour me procurer une Lieu
tenance dans nos troupes. Je paſſai
quelques années dans la moins amufante
& peut-être la moins confidérée de tou
tes les profeffions humaines , celle d'un
Soldat en temps de paix. Je rodai avec
le Régiment de garnifon en garnifon ,
fans avoir rien à faire , fans goût pour
rien apprendre , fans argent pour me
divertir. J'étois par-tout , en arrivant ,
étranger fans curiofité ; & enpartant ,
la connoiffance de bien des gens , fans
être leur ami. N'ayant rien à efpérer
dans toutes ces réfidences fortuites
j'abandonnois ma conduite au hazard
& metrouvai partout le même , c'eſtà-
dire fort ennuyé,
On est toujours étonné d'entendre
mes pareils faire fi fréquemment des
voeux pour la guerre. Ces voeux ne font
pas toujours fincéres. La plupart , cantens
de leur oifiveté & de leur uniforme,
affectent une ardeur qu'au fond ils ne
reffentent guère, Ceux qui la defirent
en effet , n'en font ni plus méchans ni
plus patriotes : ce n'eft ni l'amour de la
gloire , ni la fcif du fang qui les infpire ;
c'eft le defir d'être affianchis de l'oifiveté
qui leur pefe & d'être rétablis dans la
dignité d'un être actif.
22 MERCURE DE FRANCE .
!
1
Je n'imaginai jamais avoir plus de
Courage qu'un autre , j'ai pourtant fou→
vent defiré la guerre ; mais je n'en
voyois alors nulle apparence ; & la mort
imprévue d'un oncle dont la fucceffion
me mettoit fort à l'aife , me fit toutà
- coup quitter le Régiment , avec la ferme
refolution de n'avoir plus de maîtres
que moi- même.
Cet état d'indépendance me plut
beaucoup d'abord ; je crus avoir trouvé
ce que tous les hommes defirent :
mon temps étoit à moi , mon habitation
dépendante de ma volonté . Je m'amufai
pendant deux ans à changer de
demeures & à comparer les incommodités
de celles que je quittois avec
les agrémens de celle que je préférois .
Mais fatigué enfin de ces recherches ,
je me déterminai à en acheter une ,
& j'y fixai mon domicile .
Je crus alors que j'allois être heureux;
je le fus en effet pendant quelques mois ,
avec cette efpérance. Mais je fentis affoiblir
ces idées , & l'ennui ne tarda
pas à les remplacer. Après avoir longtemps
cherché la caufe de ce nouvel
engourdiffement , je découvris enfin
qu'il ne me manquoit rien que d'avoir
quelque chofe à faire.
OCTOBRE. 1763. 23
Le temps avec toute fa célérité fe
meut trop lentement pour celui qui n'a
d'autre occupation que celle d'obferver
fa courfe. Les jours pour moi font des
années. Je fors du lit quand je ne puis
dormir plus longtemps ; je paffe dans
mon jardin ; j'y revois ce que j'y avois
u la veille ; je rentre chez moi ; je
me plonge dans un fauteuil ; mon projet
eft de penfer , & j'y tache de bonne
foi ; mais le Sujet me manque : je fors
pour quêter des nouvelles ; je cherche à
exciter ma curiofité fur des événemens
qui au fond me font indifférens , & qui
n'ont à mes yeux d'autre mérite que
celui de me diftraire de moi-même pendant
quelques minutes.
Lorfqu'une nouvelle me femble un
peu piquante , je trouve un moment de
plaifir en courant la répandre . Je paffe
d'un cercle à l'autre, flatté de ma propre
importance , glorieux de penfer que je
fais & fuis quelque chofe , quoique
fouvent bien convaincu que l'heure
fuivante , fi j'avois pu l'attendre , m'eût
épargné toutes ces courfes.
Je m'étois impofé un certain nombre
de vifites , dont je m'acquittois trèsregulièrement
; mais je fuis parvenu à
24 MERCURE DE FRANCE .
fatiguer prèfque tous mes amis. Une
fois affis , j'oublie de me lever ; je
vois la compagnie excédée de ma préfence
; la Maîtreffe du logis parler bas
à fes gens ; j'entends remettre des af
faires au lendemain , & chacun regar
der fa montre: rien ne peut me réfoudre à
regagner ma folitude , ou à rifquer de
me livrer de nouveau moi - même à ma
propre compagnie .
Egalement à charge à moi - même &
aux autres, je forme différens fyftêmes
d'occupation qui puiffent rendre ma vie
utile ou agréable , & éxempte de l'ignominie
de vivre paffivement. Je projette
depuis long - temps d'entrer dans cette
nouvelle carrière ; mais je n'ai pû juſqu'ici
prendre fur moi de m'y réfoudre
le moment préfent ne s'y trouve jamais
propre ; les obftacles femblent de
jour en jour renaître & fe multiplier .
Que vous dirai-je , Monfieur ! Vingt
années fe font écoulées depuis que ma
réfolution eft priſe de me corriger , &
chaque jour de ces vingt années s'eft
paffé en remettant la chofe au lendemain.
L'âge pourtant me gagne ; & le
retour fur moi- même me jetteroit dans
le défefpoir , fi je n'étois prèfque pas
enfin
OCTOBRE . 1763.
25
fin déterminé à commencer dès demain
le cours de ma réformation .
Par M. D. L. P.-
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18437
p. 89-91
Route jour pour jour du chemin que j'ay fait depuis Siam jusqu'au Cap de Bonne-Esperance.
Début :
Depart de la rade pour Bantam, le 22. Decembre 1685. [...]
Mots clefs :
Sud, Est, Ouest, Banten, Chemin, Alexandre de Chaumont
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Route jour pour jour du chemin que j'ay fait depuis Siam jusqu'au Cap de Bonne-Esperance.
Route jour pour jour du
chemin que j'ay fait de
puis Siam jusqu'au Сар
de Bonne- Esperance .
Depart de la rade pour Bantam,
le 22. Decembre 1685.
Decembre.
LE
22. j'ay fait au Sud quare
de Sud eft
30. lieuës
Le 23. au Sud Sud eſt 19.
Le24. Sud eft quart de Sud. 17 . I
Le 25. Sud eſt quart d'eſt
5%
Le 26. meſme
20
Le 27. Sud quart de Sud eſt
27
Le 28. Sud demy quart de Sud
h
१०
RELATION
eft
42
Le 29. Sud quart de Sudou eſt 35
Le 30. Sud Sud oueſt.
Le31 . Sud
6
3
Ianvier.
1. Sud Sud eft
3
2. Sud eft quart Sud 17
3. Sud
4
4. Sud
7
5. Sud
r
5
6. Sud
1.
2
7. Sud eft quart d'eſt
I
2
8. Eſt Sud-est 8
9. Sud . II
10. Sud ou eſt quart de Sud 7
L
11. Sud quart de Sud eft 3 2
12. Sud
7
13. Sud 6
14. Sud Sud oueft
7
Le 15. Sud oueſt . 3
Le 16. Sud Oueſt quart de Sud
6
DUVOYAGE DE SIAM. وا
Le 17. Sud Sud oueſt
Le 18. Sud
34
ΙΟ
Le 19. Le détroit de Banca à 45
Le 20. Sud quart de Sud eſt 24
Le 21. Sud 20
Le 22. Sud & Sud eſt juſqu'à
Bantam
Chemin de Siam à Bantam
422. licuës
chemin que j'ay fait de
puis Siam jusqu'au Сар
de Bonne- Esperance .
Depart de la rade pour Bantam,
le 22. Decembre 1685.
Decembre.
LE
22. j'ay fait au Sud quare
de Sud eft
30. lieuës
Le 23. au Sud Sud eſt 19.
Le24. Sud eft quart de Sud. 17 . I
Le 25. Sud eſt quart d'eſt
5%
Le 26. meſme
20
Le 27. Sud quart de Sud eſt
27
Le 28. Sud demy quart de Sud
h
१०
RELATION
eft
42
Le 29. Sud quart de Sudou eſt 35
Le 30. Sud Sud oueſt.
Le31 . Sud
6
3
Ianvier.
1. Sud Sud eft
3
2. Sud eft quart Sud 17
3. Sud
4
4. Sud
7
5. Sud
r
5
6. Sud
1.
2
7. Sud eft quart d'eſt
I
2
8. Eſt Sud-est 8
9. Sud . II
10. Sud ou eſt quart de Sud 7
L
11. Sud quart de Sud eft 3 2
12. Sud
7
13. Sud 6
14. Sud Sud oueft
7
Le 15. Sud oueſt . 3
Le 16. Sud Oueſt quart de Sud
6
DUVOYAGE DE SIAM. وا
Le 17. Sud Sud oueſt
Le 18. Sud
34
ΙΟ
Le 19. Le détroit de Banca à 45
Le 20. Sud quart de Sud eſt 24
Le 21. Sud 20
Le 22. Sud & Sud eſt juſqu'à
Bantam
Chemin de Siam à Bantam
422. licuës
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Résumé : Route jour pour jour du chemin que j'ay fait depuis Siam jusqu'au Cap de Bonne-Esperance.
Le journal de bord relate un voyage maritime du Siam au Cap de Bonne-Espérance, débutant le 22 décembre 1685. Le navire quitte la rade pour Bantam, parcourant 422 lieues au total. Les directions principales sont le sud, le sud-est et le sud-ouest, avec des distances quotidiennes variant de quelques lieues à 42 lieues. Le 19 janvier, le navire traverse le détroit de Banca. Le document fournit des détails précis sur les directions et les distances parcourues chaque jour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18438
p. [5]-8
VERS sur l'Exposition des Tableaux au Sallon du Louvre en 1761.
Début :
QUEL spectacle pompeux vient frapper nos regards ! [...]
Mots clefs :
Yeux, Histoire, Nature, Gloire, Roi, Avenir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS sur l'Exposition des Tableaux au Sallon du Louvre en 1761.
VERS fur l'Expofition des Tableaux
au Sallon du Louvre en 1761..
QUEL VEL fpectacle pompeux vient frapper nos regards
!
Quel triomphe eft offert à la docte Peinture !
Cent chef-d'oeuvres divers avec éclat épars ,
De lauriers immortels couronnent la Nature ,
Et femblent réunis pour la gloire des Arts.
II. Vol
A iij
1
16 MERCURE DE FRANCE .
Louis s'offre à mes yeux , Dieux ! quelle main
hardie
Transporte à l'avenir le Portrait de mon Roi
* Vanlo , cette heureuſe faillie ,
Ce fuccès étonnant qui n'étoit dû qu'à toi ,
Immortalife ton génie.
Ce n'étoit pas affez que le plus tendre amour
Dans le fond de nos coeurs eût gravé (on image ,
Il falloit expofer au jour
Un Monument qui fçût en être enfin le gage.
Séduit par cent morceaux rares & précieux
Dont le choix prèſqu'inestimable ,
Forme dans ce Palais un coup d'oeil admirables
Sur la Tour , fur Roflin on arrête les yeux :
2.
Ces Rigauds de nos jours , nés pour peindre les
Dieux ,
Triomphent , occupent la Scène;
Et rivaux fans diſſenfion ,
C'eſt à qui dans la route où la gloire les méne ,
Atteindra la perfection.
** Un fublime talent me rappelle à moi- même :
Admirons ! c'est ici qu'avec un goût extrême
Les Arts ont rapproché leurs chefs - d'oeuvres fçavans
;
*** Vanlo, Dumont , Reflout , Boucher , Peintres
d'Hiftoire ,
* Premier Peintre du Roi d'Espagne.
**
L'Hiftoire.
*** Carle Van-loo , célébre Peintred'Hiftoire.
OCTOBRE . 176 !. 7
Dont les noms ne fçauroient paffer qu'avec les
temps ,
S'éfforcent à l'envi d'obtenir la victoire.
Pierre dont le génie en tous lieux eft vanté ,
Marche d'un pas égal à l'Immortalité.
Le Dieu qui préfide au Parnaffe ,
Content de leurs fréquens fuccès ,
Près des Coypels , des Jouvenets
A déja défigné leur place.
+
En dépit de leurs Envieux ,
Je les vois couronnés par les mains de la Gloire.
Ainfi l'Artiſte vertueux
Verra de fon vivant refpecter fa mémoire.
Qu'apperçois -je ! ô prodige ! ô moment fortuné !
La Sculpture eft portée à ſon plus haut degré.
Lemoyne , Falconet , Vaffé , Mignot , Pigale ,
Nous l'offrent aujourd'hui dans toute fa vigueur }
Et l'Antiquité leur rivale
Reprend fous leur cifeau fa première fplendeur.
Parcourons ce charmant afyle.
Ici , plus d'une main habile
Prend , pour ſe diftinguer , des chemins différens.
II eft de ces heureux talens ,
Dont les yeux enchantés chériffent l'impofture.
Cochin , Cars, & le Bas, par leur préciſion ,
Du fage Connoiffeur , font l'admiration :
Vernet , Chardin , Machy , rivaux de la Nature ,
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Nous la préfentent dans fon beau:
Païfages , Animaux , Figure , Architecture ,
Tout s'anime fous leur pinceau .
D'une nature fimple , imitateur févére ,
Greufe fait dans un goût nouveau ,
Saifir l'art de furprendre , & le fecret de plaire.
Pour rendre à l'avenir les faits les plus brillans.
Et confacrer ton augufte mémoire ,
Dit , à Louis , la Mufe de l'Hiftoire ,
Minerve a fçu former ces hommes excellens 3
Ils vont me feconder dans un fi noble Ouvrages
Tandis que j'écrirai tes exploits glorieux ,
Leur fublime crayon en tracera l'image ;
J'enchanterai les coeurs , ils charmeront les yeux.
BAILLY , Garde des Tableaux du Roi..
au Sallon du Louvre en 1761..
QUEL VEL fpectacle pompeux vient frapper nos regards
!
Quel triomphe eft offert à la docte Peinture !
Cent chef-d'oeuvres divers avec éclat épars ,
De lauriers immortels couronnent la Nature ,
Et femblent réunis pour la gloire des Arts.
II. Vol
A iij
1
16 MERCURE DE FRANCE .
Louis s'offre à mes yeux , Dieux ! quelle main
hardie
Transporte à l'avenir le Portrait de mon Roi
* Vanlo , cette heureuſe faillie ,
Ce fuccès étonnant qui n'étoit dû qu'à toi ,
Immortalife ton génie.
Ce n'étoit pas affez que le plus tendre amour
Dans le fond de nos coeurs eût gravé (on image ,
Il falloit expofer au jour
Un Monument qui fçût en être enfin le gage.
Séduit par cent morceaux rares & précieux
Dont le choix prèſqu'inestimable ,
Forme dans ce Palais un coup d'oeil admirables
Sur la Tour , fur Roflin on arrête les yeux :
2.
Ces Rigauds de nos jours , nés pour peindre les
Dieux ,
Triomphent , occupent la Scène;
Et rivaux fans diſſenfion ,
C'eſt à qui dans la route où la gloire les méne ,
Atteindra la perfection.
** Un fublime talent me rappelle à moi- même :
Admirons ! c'est ici qu'avec un goût extrême
Les Arts ont rapproché leurs chefs - d'oeuvres fçavans
;
*** Vanlo, Dumont , Reflout , Boucher , Peintres
d'Hiftoire ,
* Premier Peintre du Roi d'Espagne.
**
L'Hiftoire.
*** Carle Van-loo , célébre Peintred'Hiftoire.
OCTOBRE . 176 !. 7
Dont les noms ne fçauroient paffer qu'avec les
temps ,
S'éfforcent à l'envi d'obtenir la victoire.
Pierre dont le génie en tous lieux eft vanté ,
Marche d'un pas égal à l'Immortalité.
Le Dieu qui préfide au Parnaffe ,
Content de leurs fréquens fuccès ,
Près des Coypels , des Jouvenets
A déja défigné leur place.
+
En dépit de leurs Envieux ,
Je les vois couronnés par les mains de la Gloire.
Ainfi l'Artiſte vertueux
Verra de fon vivant refpecter fa mémoire.
Qu'apperçois -je ! ô prodige ! ô moment fortuné !
La Sculpture eft portée à ſon plus haut degré.
Lemoyne , Falconet , Vaffé , Mignot , Pigale ,
Nous l'offrent aujourd'hui dans toute fa vigueur }
Et l'Antiquité leur rivale
Reprend fous leur cifeau fa première fplendeur.
Parcourons ce charmant afyle.
Ici , plus d'une main habile
Prend , pour ſe diftinguer , des chemins différens.
II eft de ces heureux talens ,
Dont les yeux enchantés chériffent l'impofture.
Cochin , Cars, & le Bas, par leur préciſion ,
Du fage Connoiffeur , font l'admiration :
Vernet , Chardin , Machy , rivaux de la Nature ,
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Nous la préfentent dans fon beau:
Païfages , Animaux , Figure , Architecture ,
Tout s'anime fous leur pinceau .
D'une nature fimple , imitateur févére ,
Greufe fait dans un goût nouveau ,
Saifir l'art de furprendre , & le fecret de plaire.
Pour rendre à l'avenir les faits les plus brillans.
Et confacrer ton augufte mémoire ,
Dit , à Louis , la Mufe de l'Hiftoire ,
Minerve a fçu former ces hommes excellens 3
Ils vont me feconder dans un fi noble Ouvrages
Tandis que j'écrirai tes exploits glorieux ,
Leur fublime crayon en tracera l'image ;
J'enchanterai les coeurs , ils charmeront les yeux.
BAILLY , Garde des Tableaux du Roi..
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18439
p. 199-207
S. Omer. [titre d'après la table]
Début :
Ils allerent le 24. coucher à S. Omer. Il est en Artois sur [...]
Mots clefs :
Saint-Omer, Ville, Évêque, Raouffet, Roi, Bataille, Compliment
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : S. Omer. [titre d'après la table]
Ils allerent le 24. coucher
à S. Omer. Il eſt en Artois fur
la Riviere de l'Aa que la Ville
a d'un côté avee des Marais .
Elle a de l'autre un Côteau ,
défendu par un Château avec
de bons Baſtions , & des foffez
fort profonds & larges.
Monfieur la prit en 1677. aprés
avoir gagné la Bataille deCaffel.
S. Omer , l'Evêque de
R iiij
200 III P. du Voyage
Theroüane la fit bâtir en 660.
& Baudoüin II . dit le Chauve ,
Comte de Flandre , acheva de
l'entourer de murailles en902 .
ce que Fouques , Abbé de S.
Bertin , avoit commencé de
faire en 880. On démolit Theroüane
dans le dernier Siécle,
& on en fonda deux Evêchez,
celuy de Bologne , & celuy de
S. Omer. Ce dernier eſt Suffragant
deCambray. M² de Marcin
, Lieutenant Colonel des
Cravates du Roy , alla au devant
des Ambaſſadeurs avec
deux Efcadrons , & en approchant
de la Ville , ils trouvedes
Amb. de Siam. 20t
د
rent hors la porte M Raouffet
, Lieutenant de Roy de la
Place , qui les reçût ,& leur fit
compliment. Ils entrerent au
bruit du Canon , & au travers
de la Garniſon ſous les
armes & allerent à l'Hôtel
de Ville que M Raouffet avoit
fait meubler magnifiquement
, & dans lequel ils devoient
loger. Ils y receurent
les complimens , & les Prefens
de la Ville , & de pluſieurs
Corps , apres quoy ils
virent defiler toutes les Troupes
tant Cavalerie qu'Infanterie
, qu'ils trouverent magni
202 III. P. du Voyage
fiques , & qui leur parurent
tres bonnes. M Raouffet leur
demanda enfuite le Mot , &
ils donnerent , à l'action on connoiſt
le ſang , par raport à la
Bataille de Caffel gagnée par
Monfieur , & à la priſe de S.
Omer par ce meſme Prince ,
dont ils s'étoient entretenus
dans le Caroſſe avec M Torf,
preſque depuis Aire juſqu'à S.
Omer.Comme ils avoient conceu
une haute eſtime pour
Monfieur , & que les manieres
obligeantes & affables leur
avoient penetré le coeur , ils
lui donnerent de grands éloges.
1
des Amb. de Siam. 203
&dirent qu'il étoit égalemet magnifique
, galant , & brave , &
qu'ilſembloit que le Roy eût pris
plaisir àfefervir de fa grandour,
pour donner moyen àson Alteſſe
Royale , d'acquerir de la gloire ,
en luy envoyant des Troupes ,
comme Sa Majesté avoit fait ,
afin qu'il triomphât des Ennemis
de l'Etat.
Le coucours des Dames fur
grand le foir à leur ſoupé. La
Ville envoya des Violons qui
joüerent pendant tout le Repas
,& il y eût Bal ſi toſt que
l'on fut forty de table. Me l'Evêque
deS. Omer les vintvoic
204 III. P. du Voyage
le lendemain accompagné de
M l'Evêque d'Ipres. Ils furent
ravis de l'honneur qu'ils recevoient
de la viſite d'un home
de ce caractere. Ils eurent auffi
quantité de viſites des principales
perſonnes dela Ville. On
leur propoſa d'aller voir l'Egliſe
Cathedrale. L'Ambaffadeur
demanda fi elle estoit belle. On
luy repondit que c'eſtoit une
Eglife ancienne qui n'avoit rien
d'extraordinaire. Il s'informa fi
M l'Evêque yseroit. M Torf
luy répondit qu'il ne manque.
roit aſſurement pas des'y trouver
, s'il eſtoit aſſuré qu'il y
des Amb. de Siam 205
dût aller. I'y veux bien aller ,
répondit l'Ambaſſadeur , &fi
Mr l'Evêque s'y trouve, l'Eglise
me paroiſtra belle. Il y alla , &
y fut receu par tout le Clergé
en Corps , & par ce Prelat.
On fit voir aux Ambaſſadeurs
ce que cette Eglife contenoit
de plus digne de leur curiofité.
Ils allerent auſſi à la fameuſe
Abbaye de S. Bertin , où le
Prieur leur fit compliment.
La grandeur de ce Monaftere
les ſurprit. C'eſt un des plus
vaſtes Bâtimens qu'on puiſſe
voir de cette nature . Ils firent
le meſme jour le tour de la
206 III . P. du Voyage
Place , & virent les Arcenaux ;
& comme ils trouverent par
tout des Ouvriers , & de nouvaux
travaux , on peut dire
que leur ſurpriſe redoubla par
tout. M Raouſſet leur donna
un dîner fort magnifique , où
il y avoit pluſieurs Dames ; ils
furent tellement fatisfaits de
luy qu'ils luy firent mille proteſtations
d'amitié. Les Jeſuites
leur dõnerent une collation où
la propreté répondit à l'abondance
de tout ce qui yfut fervy
: elle fut accompagnée d'un
grand Concert d'Inſtrumens .
Le Major ayant eſté le ſoir
des Amb. de Siam. 207
leur demander le Mot , ils
donnerent, Magnifique en tout.
L'explication de ce mot n'eſt
pas difficile à trouver aprés la
magnificence du Repas de M
Raouffet , qui d'ailleurs leur avoit
paru d'une maniere à
pouvoir faire croire que ce mot
luy convenoit. Les chofcs ſe
paſſerent à l'ordinaire au Soupé
, il y eut grande affluence
de monde. Le lendemain
grands remerciemens, &grand
bruit d'Artillerie à leur fortie .
La Garniſon ſe trouva encore
ſous les armes.
à S. Omer. Il eſt en Artois fur
la Riviere de l'Aa que la Ville
a d'un côté avee des Marais .
Elle a de l'autre un Côteau ,
défendu par un Château avec
de bons Baſtions , & des foffez
fort profonds & larges.
Monfieur la prit en 1677. aprés
avoir gagné la Bataille deCaffel.
S. Omer , l'Evêque de
R iiij
200 III P. du Voyage
Theroüane la fit bâtir en 660.
& Baudoüin II . dit le Chauve ,
Comte de Flandre , acheva de
l'entourer de murailles en902 .
ce que Fouques , Abbé de S.
Bertin , avoit commencé de
faire en 880. On démolit Theroüane
dans le dernier Siécle,
& on en fonda deux Evêchez,
celuy de Bologne , & celuy de
S. Omer. Ce dernier eſt Suffragant
deCambray. M² de Marcin
, Lieutenant Colonel des
Cravates du Roy , alla au devant
des Ambaſſadeurs avec
deux Efcadrons , & en approchant
de la Ville , ils trouvedes
Amb. de Siam. 20t
د
rent hors la porte M Raouffet
, Lieutenant de Roy de la
Place , qui les reçût ,& leur fit
compliment. Ils entrerent au
bruit du Canon , & au travers
de la Garniſon ſous les
armes & allerent à l'Hôtel
de Ville que M Raouffet avoit
fait meubler magnifiquement
, & dans lequel ils devoient
loger. Ils y receurent
les complimens , & les Prefens
de la Ville , & de pluſieurs
Corps , apres quoy ils
virent defiler toutes les Troupes
tant Cavalerie qu'Infanterie
, qu'ils trouverent magni
202 III. P. du Voyage
fiques , & qui leur parurent
tres bonnes. M Raouffet leur
demanda enfuite le Mot , &
ils donnerent , à l'action on connoiſt
le ſang , par raport à la
Bataille de Caffel gagnée par
Monfieur , & à la priſe de S.
Omer par ce meſme Prince ,
dont ils s'étoient entretenus
dans le Caroſſe avec M Torf,
preſque depuis Aire juſqu'à S.
Omer.Comme ils avoient conceu
une haute eſtime pour
Monfieur , & que les manieres
obligeantes & affables leur
avoient penetré le coeur , ils
lui donnerent de grands éloges.
1
des Amb. de Siam. 203
&dirent qu'il étoit égalemet magnifique
, galant , & brave , &
qu'ilſembloit que le Roy eût pris
plaisir àfefervir de fa grandour,
pour donner moyen àson Alteſſe
Royale , d'acquerir de la gloire ,
en luy envoyant des Troupes ,
comme Sa Majesté avoit fait ,
afin qu'il triomphât des Ennemis
de l'Etat.
Le coucours des Dames fur
grand le foir à leur ſoupé. La
Ville envoya des Violons qui
joüerent pendant tout le Repas
,& il y eût Bal ſi toſt que
l'on fut forty de table. Me l'Evêque
deS. Omer les vintvoic
204 III. P. du Voyage
le lendemain accompagné de
M l'Evêque d'Ipres. Ils furent
ravis de l'honneur qu'ils recevoient
de la viſite d'un home
de ce caractere. Ils eurent auffi
quantité de viſites des principales
perſonnes dela Ville. On
leur propoſa d'aller voir l'Egliſe
Cathedrale. L'Ambaffadeur
demanda fi elle estoit belle. On
luy repondit que c'eſtoit une
Eglife ancienne qui n'avoit rien
d'extraordinaire. Il s'informa fi
M l'Evêque yseroit. M Torf
luy répondit qu'il ne manque.
roit aſſurement pas des'y trouver
, s'il eſtoit aſſuré qu'il y
des Amb. de Siam 205
dût aller. I'y veux bien aller ,
répondit l'Ambaſſadeur , &fi
Mr l'Evêque s'y trouve, l'Eglise
me paroiſtra belle. Il y alla , &
y fut receu par tout le Clergé
en Corps , & par ce Prelat.
On fit voir aux Ambaſſadeurs
ce que cette Eglife contenoit
de plus digne de leur curiofité.
Ils allerent auſſi à la fameuſe
Abbaye de S. Bertin , où le
Prieur leur fit compliment.
La grandeur de ce Monaftere
les ſurprit. C'eſt un des plus
vaſtes Bâtimens qu'on puiſſe
voir de cette nature . Ils firent
le meſme jour le tour de la
206 III . P. du Voyage
Place , & virent les Arcenaux ;
& comme ils trouverent par
tout des Ouvriers , & de nouvaux
travaux , on peut dire
que leur ſurpriſe redoubla par
tout. M Raouſſet leur donna
un dîner fort magnifique , où
il y avoit pluſieurs Dames ; ils
furent tellement fatisfaits de
luy qu'ils luy firent mille proteſtations
d'amitié. Les Jeſuites
leur dõnerent une collation où
la propreté répondit à l'abondance
de tout ce qui yfut fervy
: elle fut accompagnée d'un
grand Concert d'Inſtrumens .
Le Major ayant eſté le ſoir
des Amb. de Siam. 207
leur demander le Mot , ils
donnerent, Magnifique en tout.
L'explication de ce mot n'eſt
pas difficile à trouver aprés la
magnificence du Repas de M
Raouffet , qui d'ailleurs leur avoit
paru d'une maniere à
pouvoir faire croire que ce mot
luy convenoit. Les chofcs ſe
paſſerent à l'ordinaire au Soupé
, il y eut grande affluence
de monde. Le lendemain
grands remerciemens, &grand
bruit d'Artillerie à leur fortie .
La Garniſon ſe trouva encore
ſous les armes.
Fermer
Résumé : S. Omer. [titre d'après la table]
En 1677, des ambassadeurs de Siam visitèrent la ville de Saint-Omer, située en Artois sur la rivière de l'Aa. Cette ville est protégée par des marais d'un côté et un coteau défendu par un château fortifié avec des bastions et des fossés. Saint-Omer fut prise par Monsieur après la bataille de Cassel. La ville fut fondée par Théroüane en 660 et entourée de murailles par Baudouin II en 902. Au siècle précédent, Théroüane fut détruite et deux évêchés furent créés, dont celui de Saint-Omer, suffragant de Cambrai. Les ambassadeurs furent accueillis par M. Raouffet, lieutenant du roi, et reçus avec des honneurs militaires. Ils visitèrent l'église cathédrale et l'abbaye de Saint-Bertin, impressionnés par la grandeur des lieux. Ils furent également reçus par l'évêque de Saint-Omer et l'évêque d'Ipres. La visite se conclut par des dîners magnifiques et des concerts, les ambassadeurs exprimant leur satisfaction et leur admiration pour la magnificence et la bravoure de Monsieur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
18440
p. 1429-1450
APPARITION DE L'OMBRE DE M. THIERS, A un Chanoine Régulier de la Réforme de Saint-Quentin de Beauvais.
Début :
L'Ecrit qui suit est un aveu qu'on fait faire à M. Tiers, autrefois Curé de Champrond, / Ne soyez point effrayé, mon cher Chanoine, de me revoir au bout de [...]
Mots clefs :
Écrit, Apparition, Ombre, Chanoine régulier, Réforme , Lumière, Révérend, Église d'Amiens, Bréviaires d'Amiens, Manuscrit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPARITION DE L'OMBRE DE M. THIERS, A un Chanoine Régulier de la Réforme de Saint-Quentin de Beauvais.
L'Ecrit qui suit est un aveu qu'on fait
faire à M. Thiers , autrefois Curé de Cham
prond , Diocèse de Chartres et fort connu
dans la Republique des Lettres , de quel
quesfautes qu'il a reconnues dans ses propres
Ouvrages. L'Auteur a crû pour la satisfac
>
tion des Lecteurs devoir réduire cet Ecrit en
forme d'Apparition , par allusion à l'Ecrit qui
parut en 1712. fous le Titre d'Ombre de M.
Thiers , pour refuter une Dissertation de M.
de l'Estocq , Chanoine d'Amiens , touchant
le Corps de S. Firmin le Confeffeur.
APPARITION
DE L'OMBRE DE M. THIERS ;
A un Chanoine Régulier de la Réforme
de Saint-Quentin de Beauvais.
N
E soyez point effrayé , mon cher
Chanoine , de me revoir au bout de
tant d'années d'absence : Vous m'avez ai
mé et estimé , lorsqué vous étiez encore
jeune '; accordez-moi la même faveur
maintenant que vous commencez à grison
ner , et que vous approchez du temps au
9
II. Vol.
A vi quel
430 MERCURE DE FRANCE
quel nous esperons vous voir rejoint
à nous. Je viens m'entretenir avec vous
durant l'espace d'une petite demie
heure , qui m'a été accordé par celui dans
la lumiere duquel nous voyons toute lu
miere.
Il n'est jamais deshonorable de se retrac
ter , lorsqu'il est évident que l'on s'est
Trompe. Voyant à present beaucoup plus
clair dans le Païs où je suis , que je ne
voyois autrefois dans les bas lieux que vous
habitez , je découvre bien des choses que
j'ignorois dans les tems que le Reverend
Pere Abbé de Saint- Acheul d'Amiens
m'obligea de parler pour refuter un Cha
noine Séculier qui prenoit la défense
de la Tradition de la Mere Eglise d'A
miens.
2i
>
Pour détruire la Fête de la Tranflation
du Corps de Saint Firmin le Confesseur
que cette Eglise célebre , j'essayois de prou
ver que le culte de l'Evêque S. Salve , Au
teur de cette Translation est nouveau
dans ce Diocèse , parce qu'il n'est pas dans
des Bréviaires d'Amiens , qu'on croit pos
terieurs au XII. Siécle , et j'avançois har
diment que la vie de ce S. Salve , sur la
quelle l'Eglise d'Amiens s'appuye , n'a
été composée au plutôt qu'au XIII . Siécle ;
qu'ainsi ce n'est que depuis ce temps- là
II. Vol. qu'on
JUIN. 1731 1431
qu'on a crû à Amiens que S. Salve avoit
transferé de l'Eglise fituée hors la Ville ,
le Corps de S. Firm in le Confesseur , &
par confequent que cette Translation étoit
supposée et inventée à plaisir. Je dis encore
avec confiance , que l'on ne peut produire
des Translations de simples Confesseurs
faites dès le feptiéme Siècle , et qu'alors
Pusage étoit de n'en faire que des Corps
des Martirs.Je me figurois que si la Châs
se qu'on appelle de saint Firmin le Confes
seur , dans la Cathedrale de Notre Dame
d'Amiens , contenoit quelques ossemens
ce ne pouvoitêtre que d'un S. Firmin , Ab
bé , que le Martyrologe de Baronius attri
bue à la Ville d'Amiens .
9.
Mais , hélas ! combien d'erreurs ne recon
nois - je pas à present avoir coulé de ma
plume Dieu ayant permis que je me sois
trouvé depuis peu dans la Compagnie de
quelques habiles Religieux , qui ont visité
plus exactement que moi les Biblioteques
de France , l'un d'entr'eux vient de m'ap
prendre que je me suis trompé très - gros
siérement sur l'époque que j'ai donnée à la
vie de S. Salve. Il se souvient qu'étant
dans l'Archimonaftere de Fleury ou de
S. Benoît sur Loire , il y vit un Manuscrit
du dixième Siècle ou du onzième au plû
tard , coté No. 200. où il lût cette Vie
>
II. Vola en
$ 432 MERCURE DE FRANCE
entierement dans les mêmes termes , que les
Chanoines d'Amiens ont produits. Ce Ma
nuscrit , aprés avoir dit que S. Salve bâtit
dans la Ville d'Amiens une Eglise du ti
tre de S. Pierre et S. Paul , avec une Cry
pte à l'Orient de cette Eglise , et une à
l'Occident ; ajoûte qu'il découvrit le Corps
de S. Firmin Martyr , & qu'il le plaça
dans la Crypte Occidentale ; et celui de S.
Firmin le Confesseur dans la Crypte
Orientale de la même Eglise : Sed et Sanc
tos Dei Firminum Episcopum , et Confesso
rem , Aceum quoque et Aceolum Martyres
Christi in Crypta Orientali verenter condidit
& decenter exornavit : ce qui est different
de ce que rapporte le Pere le Cointe , qui
fait placer tous ces Saints dans une seule
et même Crypte. Et comme je suis con
vaincu que ce Religieux se connoît par
faitement à l'âge des Manuscrits , je passe
d'abord condamnation sur ce Chef.
Dom Luc Dachery qui s'interresse aux
Saints Amiénois , m'a fait remarquer que
j'ai tort à la page 59. de croire qu'il ne se
soit fait aucune Translation des SS. Con
fesseurs dans le septième Siècle . Il m'a
renvoyé à la vie de Saint Marcoul ; qui est
dans le premier Volume de ses Siécles Be
nédictins , pag. 133. où il m'a assuré que
je trouverois que S. Oüen , Archevêque.
II. Vol.
de
JUIN. 1731. 1435
de Rouen , visitant sa Province de Neus
trie , fit dans le Diocèse de Coutances , la
Translation du Corps de ce Saint Con
fesseur. M. le Brasseur que j'ai trouvé dans
le quartier des Historiens , m'a confirmé
le fait , ajoûtant que s'il eut resté davan
tage sur la Terre , il eut fait imprimer
une Histoire générale de Normandie , où
cette Translation auroit été rapportée.
Ensuite il m'a cité un autre exemple , tiré
de son Histoire d'Evreux . C'eft la Trans
lation du Corps de S. Taurin , faite par
Viateur , Evêque d'Evreux , vers l'an 610
ou 612 .
Le Pere Labbe , Jesuite , Historien
sacré du Berry , ayant prêté l'oreille à cet
Entretien , m'est venu joindre fort gra
cieusement , pour me dire qu'il connoît
une Translation de cette nature qui est
encore plus ancienne : c'est celle du Corps
de S. Ursin , Apôtre et premier Evêque de
Bourges, sa Patrie, qui fut faite par l'Evê
que Probien au VI. Siécle , et de laquelle,
m'a-t'il dit , il est fait mention dans Saint
Gregoire de Tours . Je me suis trouvé
terrassé par ces exemples , et je n'ai sçu
que répondre.
Le Pere le Brun , de l'Oratoire , nou
vellement arrivé dans le Païs d'où je viens ,
ne m'a point refusé ses lumieres . Parfai
II. Vol. tement
434 MERCURE DE FRANCE
tement bon connoisseur en fait de Ma
nuscrits Liturgiques , il m'a appris à ne pas
conclure de ce qu'un Breviaire qui pa
roît être d'Amiens , ne contient pas le
nom de S. Salve , que ce Saint Evêque ne
fut pas honoré dans le Diocèse d'Amiens
dans le temps de l'Ecriture de ce Breviai
re ; il a soutenu que ma conclusion étoit
trop générale , parce que les Communau
tez des Chanoines Réguliers, quoique se
servant des Breviaires qui pourroient être
réputez Diocésains ,à cause du culte distin
gué qu'on y rendoit à certains Saints , ne
faisoient pas pour cela la profession d'ho
norer généralement tous les Saints du Dio
cèse. Comme donc ces Communautez
se restraignoient aux plus célébres , il ne
faut pas être surpris que le nom de Saint
Salve , ne fut pas dans quelques-uns des
Breviaires de ces Chanoines Reguliers vos
anciens Confreres .
Ce sçavant Oratorien m'a encore ap
pris que je me suis trompé assez lourde
ment , dans la raison que j'ai apportée
pour indiquer l'âge de ce Breviaire , où
je n'ai point vû S. Salve. C'est lorsque
pour preuve qu'il est posterieur au dou
ziéme Siècle , je me suis contenté de re
marquer que les Répons de l'Office des
Morts s'y trouvent , comme si , m'a- t'il
II. Vol dit
JUIN.
1731. 1431
dit , ces Répons n'étoient que de ce Siécle - là.
Illusion, sclon lui , que de croire Maurice
de Sully , Evêque de Paris , Auteur de ces
Répons. Ila tiré de sa poche un petit Sa
cerdotal Manuscrit du dixiéme Siècle , ou
du commencement du onzième , à qui
vos Modernes donnent mal à propos le
: i nom de Rituel , et il m'a fait voir dans
ce Sacerdotal qu'il dit avoir été à l'u
sage d'une Eglise du Milanez , ou des
environs , tous ces Répons notez comme
on notoit avant Gui-Aretin . Il m'a ren
voyé au pieux et sçavant Cardinal Tho
masi , et parmi les Anciens à Jean d'A
vranches , qui préceda Maurice de Sully
d'environ cent ans. Enfin il ne m'a point
permis de le quitter, que je n'eusse vû un
beau Missel d'Amiens de la fin du dou
ziéme Siécle , où il m'a fait lire cette Ru
brique entre la Fête de Sainte Geneviève
et celle de Saint Remi du 13. Janvier :
In Inventione S. Firmini Confessoris : Oratio.
» Adesto,Domine, precibus nostris et in
» tercedente beato Firmino , Confessore
» tuo atque Pontifice dexteram super nos
»tuæ propitiationis extende » La Secrete
et la Postcommunion ne qualifient non
plus ce Saint Firmin , que de Confes
seur Pontife. Ne me croyant pas en
core assez battu par cette Rubrique , il a
AS
1
•
1
·
II. Vol ouvert
1436 MERCURE DE FRANCE
ouvert ce Missel à l'endroit d'après la
Saint Simon , et j'y ai lû ces mots : Eodem
die Salvii , Episcopi et Confessoris . Oratio ,
>> Deus , qui hodiernam diem sacratissi
>> mam nobis beati Salvii , Confessoris tui,
» atque Pontificis solemnitate tribuisti .
» & c. » Eft ce donc là du commun ? m'a
t'il dit : diem sacritissimam , jour très - re
commandable ? La Mémoire de S. Salve
n'étoit donc pas si fort ensevelie dans
P'oubli , que vous l'avez prétendu par
votre Livre de 1712. et il m'a quitté à
ces paroles.
›
M. L'Abbé Châtelain dont j'ai été autre
fois ami , m'ayant trouvé , m'a déclaré
fort naturellement , qu'il ne falloit pas
que je crusse avoir épuisé tous les Saints
Salves dans la page 39. de mon dernier
écrit qui parût l'année de sa mort , qu'ou
tre les quatre que je nomme comme s'é
tant sanctifiez dans les Gaules, il en con
noît un cinquième qu'il auroit bien pû
me faire voir , si tous ces Salves étoient
distribués dans la même classe ; mais que
justement celui que je n'ai pas connu est
dans le quartier des Saints Solitaires , qui
est éloigné du sien : qu'au reste il y a dans
le Nivernois une petite Ville de son
nom , appellée Saint Saulge . Ce n'a point
été la seule remarque que ce Chanoine de
Paris , grand Agiologiste , m'a fait faire .
II. Vol
Il
JUIN. 1731 .
1437
M
Il en a ajoûté une autre encore plus im
portante sur S. Firmin , Abbé, que j'avois
conjecturé être celui qu'on appelle Saint
Firmin le Confesseur,à la Cathedrale d'A
miens, et dont on y conserve les Reliques
dans un Châsse derriere le grand Autel.
Il m'a prouvé que ma conjecture est trés
fausse ; que jamais il n'y eut à Amiens
de S. Firmin Abbé ; il m'a repris forte
ment de ce que je m'en suis rapporté en
ce point au Martyrologe de Baronius ,
disant les Réviseurs de cette com
, que
pilation sous Gregoire XIII. ont été
trompez par le Martyrologe de Galezi
nus : que ce Protonotaire ayant trouvé
au onzième Mars dans quelques anciens
Calendriers manuscrits un S ; Firmien ,
Abbé , sans désignation de lieu , il lui a
bonnement attribué le Diocèse d'Amiens,
à cause du nom de Firmin qu'il lisoit
dans trois manuscrits de Florence ; au
lieu que dans ceux de Rome et de Naples
il y a Firmiani : que le même Galezinus
a ignoré que ce Saint Firmien , Abbé , étoit
mort en la Marche d'Ancone , comme on
le voit dans Ferrarius , et qu'il n'est autre
que S.Firmien de Fermo , sous l'invocation
duquel il y avoit un Autel dont a parlé
le Cardinal Pierre Damien. (a) Ensorte
(a) Opusculo VI. ad Henric. Ravennat,
"
II, Vol que
B
1438 MERCURE DE FRANCE
que si je voulois m'en convaincre je
n'avois qu'à me transporter jusques dans
le Canton habité par les SS. Confesseurs
non Pontifes, et que j'y trouverois infailli
blement ce S. Firmien ou Firmain , Italien .
Voila , mon cher Chanoine , les Rémar
ques critiques que mon dernier ouvrage
m'a attirées de la part de tous ces venera
bles Personnages. Je suis venu aussitôt vous
témoigner que j'ai acquiescé à tout ce
qu'ils m'ont dit , afin que vous suiviez
mon exemple. Je n'attends que le mo
ment de rencontrer à mon retour Maître
Hadrien Baillet , pour lui faire part de
tout cecy , afin que de son côté il gagne
sur soy de retoucher quelque chose au
premier jour de Septembre , lorsqu'on
donnera une nouvelle Edition de sa
Vie des Saints.
Ce n'est pas encore tout ce que j'ai à
vous dire. Un nouveau venu dans nôtre
Region superieure m'a appris qu'on.
refondoit en France tous les Breviai
res. Vous sçavez que je me suis un
peu mêlé de cette Science , à telles en
seignes qu'en 1702. on imprima à Bruxel
les des Remarques que j'ai faites sur le
Prototype des Breviaires , je veux dire
celui de Cluny. Il me resteroit un scru
pule touchant l'une de mes Dissertations
II. Vola imprimée
JUIN. 1731. 1439
Imprimée dès l'an 1664. avant que vous
fussiez au monde , si je sçavois qu'elle
eut eu beaucoup de cours , et qu'elle eut
fait beaucoup d'impression sur les Esprits .
C'est celle que j'ai intitulée de retinenda
voce Paraclitus , saillie de jeunesse , effet
de l'envie de paroître Auteur de bonne
heure. Mais le nouveau venu m'a assuré
que dans tous les derniers Breviaires qui
ont quelque reputation , on lisoit à pre
sent Paraclêtus , et qu'on aime micux ne
jamais employer ce mot dans la Doxolo
gie des Hymnes , que de dire Paráclitus
comme je le voulois. J'avoue qu'en cela
on donne gain de cause à Sabellat , Cha
noine de Chartres , mon Condiocésain , à
qui l'Evêque fit un Procès sur sa pronon
ciation de Paraclêtus, ainsi que vous pou
vés le voir dans les Recherches de Pas
quier. Je m'en rejoüis , puisque ce sont
tous les plus habiles qui reviennent à la
prononciation primitive et conforme au
Grec , et je retire mon Ecrit , demeurant
d'accord qu'il ne peut y avoir que des
gens opiniâtres à l'excès , qui ayant sous
les yeux Paraclêtus bien marqué , conti
nueront à prononcer Paráclitus , par˚ es
prit de contradiction , et en dépit da
Livre imprimé , qu'ils tiendront entre
leurs mains.
II. Vol Bij Comme
1440 MERCURE DE FRANCE
"
>
Comme vous avez des Amis parmi
le Clergé des grandes Eglises de vos
Quartiers , vous me ferez plaisir d'a
vertir , lorsque l'occasion s'en présente
ra ceux à qui on peut parler avec
confiance , que jusqu'à present je n'ai
trouvé là- haut qui que ce soit qui
m'ait reproché d'avoir outré la matière
dans l'Ouvrage que je fis imprimer l'an
1690. Mais en même- tems aussi ajoûtez
leur que je n'y ai vû personne qui soit
orné de dépouilles étrangeres et emprun
tées. Les têtes que j'y ai vû à l'infini , et
tant que la vûë peut s'étendre , sont tel
les à peu près que vos imagiers les repre
sentent dans vos Bréviaires , au fron
tispice de l'Office de la Toussaints , ой
certainement je ne me souviens pas que
de mon temps on en vit aucune de l'es
pece dont je veux parler.
Le B. Yves de Chartres , votre ancien
Inſtituteur , que je rencontrai derniere
ment , en parlant au dévot Pere Gour
dan , s'entretint avec moi sur ses Disci
pies. Après avoir avoué qu'il y en a qui
appréhendent de couper leur sommeil
en deux , ou de chanter de grand matin
les louanges de Dieu , il parut se consoler
sur ce qu'il y en a aussi, qui sont très- vigi
gilans , et qui imitent ce qui est de l'an
>
II. Vol.
cienne
JUIN. 17731. 1441
cienne Discipline dans les Eglises Secu
lieres . Il sçait , en effet , qu'il y a de gran
des Eglises Séculieres , où l'on a conservé
une Discipline plus exacte que chez les
premiers , et que dans ces Eglises de Cha
noines Séculiers , quoique l'Office ne soit
pas d'une grande prolixité , on n'a garde
de quitter l'usage d'être levé de grand
matin pour louer Dieu '; usage si louable et
si exemplaire dans les Eglises de Lyon et
de Vienne des premieres de nos Gaules . Il
est informé qu'on y repousse vivement les
attaques que des Esprits legers' veulent
porter à la ferveur des derniers temps ,
toute médiocre qu'elle est ; lesquels
ne sçachant pas distinguer les change
mens qui ne sont point opposez aux
Canons d'avec ceux qui les combattent ,
proposent de quitter ce qui est mieux ,
pour faire même bien , et introduire un
relâchement peu édifiant : comme si une
connoissance moins générale de la Disci
pline Ecclesiastiqne , ne suffisoit pas pour
sçavoir qu'il y a des changemens qui se
font de bien en mal , de même qu'il y
en a qui peuvent se faire de mal en bien ;
et que l'attention aux Canons , ne dicte
pas que les derniers doivent être accep
tez , et les premiers rejettez .
J'avois autrefois rassemblé ici-bas des
11. Vol. ma
B iij
1442 MERCURE DE FRANCE
, pour
.
matériaux réfuter ceux
ceux qui , crai
gnant de se fatiguer par des Lectures qui
les instruisoient , ne cessoient de dire de
moi : Quand une pratique lui déplaît , il a
toujours des raisons pour la combattre , et il
est d'avis qu'on la change : Quand il s'agit
d'une autre qui lui plaît, il ne veut pas qu'on
parle d'y toucher. L'absurdité de ce raison
nement est trés- palpable , et c'est un pur
sophisme qu'ils débitoient pour me dé
crier car ce n'est pas parce qu'une chose
me plaisoit que je l'ai soutenuë bonne et
vice versa c'est plutôt parce qu'elle est
bonne , qu'elle m'a plû . Or comment
prouvois -je que telle pratique est bonne
et telle non bonne ou moins bonne ? Par
la confrontation de cette pratique avec
les Canons . Telle chose est Canonique
conforme aux Canons et à la Discipline .
Ecclesiastique , ou bien se rapproche de
cette conformité ; donc elle est bonne et
à préferer : c'étoit -là mon raisonnement..
Telle , au lieu de se rapprocher de ce que
les Canons prescrivent , s'en éloigne : donc
elle est moins bonne , et doit êsre rejet
tée. J'avois ensuite pour chaque pratique
en particulier un Ecrit tout préparé, dans
lequel je prouvois sa Canonicité ou son
Anticanonicité. Au reste, j'ai toujours ad
miré la prudence des Canons , qui pour..
Ja
II. Vola. voyant
JU. IN. 7443 1731.
Voyant à tout , ont dispensé d'une certaine
sévérité les Personnes infirmes , usées , ou
avancées en age , afin qu'elles ne proposas
sent pas de changer des reglemens que le
commun des hommes peut observer ; et
qui pareillement ont deffendu certaines
multiplicitez de devoirs , de crainte que .
Paccessoire ne pottât préjudice au Princi
pal. L'application continuelle que j'ai
donnée à cette science des Canons et de la
Discipline de l'Eglise , me répond qu'il
n'en est pas de même que dans quelques
questions de fait ou de Grammaire , où j'ai
quelquefois mis à côté : j'avoue que je me
suis trompé dans ces sortes d'occasions , et
si j'étois à recommencer , je serois plus
circonspect.
Vous voyez quelquefois vos Confreres
de Saint Jean - en - Vallée et de Saint
Cheron , faites leur part de ma docilité
et de la déference que j'ai pour le senti
ment des Doctes qul brillent comme les
Etoiles du firmament dans ce Pays d'où
je viens. Mais j'ai encore quelque chose
d'important à vous communiquer . C'est
qu'ayant fréquenté le quartier des plus
dévots envers la Sainte Vierge , ces Saints
Personnages , loin de blâmer la répu
gnance que j'ai toûjours eu à ajoûter foy
aux Fables du pays Chartrain , sur les
Il Vol B.iiij . Drui
1444 MERCURE DE FRANCE
Druides , m'en ont au contraire fait com
pliment. L'un d'entre eux m'a développé
la pensée qu'il avoit eûë dans le tems qu'il
étoit sur terre , touchant l'origine de cette
célebre inscription VIRGINI PARITURÆ
et dans laquelle il est confirmé depuis
qu'il est dans la Région de la clarté. Il
est fermement persuadé que ce n'a été
autre chose qu'une Inscription gravée
depuis l'usage des Images au dessous d'u
ne Annonciation dans le style de celles
que l'on met en Philosophie et en Théo
logie , sous les Estampes qui sont au haut
des Theses , où quelquesfois il y a en mau
vais Latin , Virgini Annuntiate ; et que
c'est la découverte qui aura été faite d'une
pierre chargée de cette Inscription dans
quelques décombres d'Eglise , au coin
d'un bois , qui aura donné occasion de
fabriquer l'Histoire. Il a ajouté que sa
dévotion , lorsqu'il étoit parmi vous
l'ayant porté à visiter la solitude de Pre
montré , consacrée à la Sainte Vierge.
l'Eglise Cathedrale de Nôtre-Dame de
Laon et celle de Nôtre- Dame de Liesse' ;
il avoit passé à l'Abbaye de Nogent- sous
Coucy , aussi dédiée sous la même invo
cation , et qu'il y avoit trouvé une tradi
tion pareille à celle de Chartres , mais non
pas mieux autorisée : qu'on lui fit voir
•
›
.
11. Vol. l'Ins
JUIN. 1731. 1443
I'Inscription VIRGINI PARITURE;
incrustée dans le mur d'une Chapelle de
l'Eglise, et qu'il reconnut tout d'abord que
ce n'étoit qu'un soubassement de Niche
ou de Statue , où pouroit avoir été repre
sentée la Sainte Vierge environnée des
Prophetes qui ont prédit son enfantement
ou saluée par l'Ange Gabriel. Car , m'a
t'il dit , vous n'ignorez pas que l'Histoire
de l'Annonciation est la premiere dans
l'Evangile , par laquelle la Sainte Vierge
est connuë ; le Mystere de l'Incarnation
du Fils de Dieu dans son Sein , est le pre
mier des Mysteres , la Mission de l'Ange,
est la premiere Histoire où l'on ait pû re
presenser la Sainte Vierge , soit en peintu
re , soit en relief , et c'est sous le titre de
la Sainte Vierge , en tant qu'elle reçoit
l'Annonce de l'Ange , qu'il y a un plus
grand nombre d'Eglises consacrées dans
la Chrétienté. Vous n'avez peut-être ja
mais fait attention que dans Paris seule
ment il y en a vingt-huit. Sans doute,
que dans ce grand nombre , il y en a
d'anciennes. Mais quand cela ne seroit
pas, faites, je vous prie , réflexion , que les
plus anciennes prieres ou louanges par
lesquelles l'Eglise invoque ou préconise
sette Mere de Dieu ne s'addressent :
point à elle en tant que conçûë par ,
›
11. Vol. Sainte BY
1448 MERCURE DE FRANCE
"
Ste Anne , ni en tant que naissante , ou présentée
au Temple , pas même en tant que
présentant son Fils à ce même Temple , ou
le suivant à la Croix , non plus qu'en tant
que mourante , & enlevée de ce monde
mais en tant que concevant le Verbe
d'une maniere miraculeuse. Ce fut ainsi
que ce dévot à la Sainte Vierge , finit le
Discours qu'il me tint, et dont je ne m'en
nuyois pas. Je me flate que part que
je vous en fais , ne vous déplaira point
non plus..
la
Je rencontrai au sortir de cet Entretien
le fameux Abbé Guibert de Nogent, et je le
connus d'autant plus aisément , que j'en
tendis les expressions dont il se servoit en
parlant à Dom Jean Mabillon pour le re
mercier de la bonne volonté qu'il avoit cûe ·
de trouver sa sepulture et mettre ses osse
mens en évidence . L'ayant mis sur la ma
tiere des Reliques qui étoit déja entamée .
entre eux , nous passâmes insensiblement
à celles des legendes locales. Ce fut là
dessus qu'il me témoigna son regret d'a
voir été si crédule en certains Chefs qui :
favorisoient l'Antiquité de son Abbaye ;
tandis qu'il avoit combattu si vivement la
crédulité des autres. Je ne me resouvenois .
pas en quoi ; mais un de ses voisins que je
revis depuis , m'avertit que ce grand Ad- .
II. Vol. versaire,
JUIN. 17318 1447
.
versaire des fausses Reliques et des Tradi
tions nouvelles n'avoit pas laissé ( toutju
dicieux qu'il parût ) de transmettre à la
postérité : qu'un Roy d'Angleterre, hommé
Quilius,abdiquant la Couronne , étoit
venu à Nogent * du vivant de Notre-Sei
gneur J. C. et avoit vu un Autel érigé
Virgini paritura : que ce Roy étant ensuite
allé à Jerusalem , il y avoit trouvé la Sainte
Vierge et les onze Apôtres , et qu'après
avoir été baptisé par S. Pierre , il avoit
obtenu des Reliques de la Passion , de la
chemise de la Sainte Vierge , des morceaux
d'Habits des Apôtres , avoit rapporté
le tout à Nogent , et qu'enfin y étant
mort , il y avoit été inhumé, ce qui , com
me l'on voit , donnoit une haute antiquité
à ce Nogent. Voilà précisément ,
ajoûta- t'il , en me tirant à l'écart , de ces
Histoires des Saints , dont Guibert faisoit :
dans un de ses meilleurs Livres , le
par
tage de ses bonnes Vieilles . ** Anus
dit-il , et muliercularum viliumgreges talium
Patronorum commentatas Historias post ing
subulos et litiatoria cantitant , et si quis ea
rum dicta refellat , pro deffensione ipsorum
non modò convitiis , sed telarum radiis ins
#
* Guib. Nov. lib . de vita sua¿·
** De Pignor. Sanctorum cap. 3. parag. [d
U. Vol.
tant
B' vj,
1448 MERCURE DE FRANCE
3
tant. C'est le cas , ajoûta ce Voisin de
P'Abbé Guibert , où se trouvent plu
sieurs Traditions dont nous voyons à
present le faux dans ce païs lumineux
où nous avons été appellez . Quant
aux Habitans de la Jerusalem Terres
tre , ils ne peuvent appercevoir la ve
rité qu'à travers des nuages très-épais .
Pour nous , à qui elle est dévoilée , nous
connoissons que la Tradition de Char
tres n'est pas mieux appuyée que celle
de Nogent. Le Priscus , Roi de Char
tres , et le Quilius , Roy d'Angleterre
ont été fabriquez dans le même moule . It
en est de l'une et de l'autre Histoire , com
me de celle qu'on débitoit autrefois à Sens
sur Saint Pierre le Vif et sur le Bethléem
de Ferrieres , dont on est sagement défait
dans ces derniers tems , ainsi qu'en est
convenu un des Historiens de Sens >
drrivé là-haut depuis quelques années
bien different de Rouillard le Senonois ,
pauvre Auteur de la Parthenie Chartraine,
Les noms des lieux bien ou mal pris ,
faisoient fabriquer des Histoires. Le nom
d'un quartier de Sens , appellé originai
rement Saint-Pierre-le-Vic, ayant été défi
juré en Saint-Pierre -le-Vif , par la même
egle qui fait dire dans le Diocèse d'Or
leans , Tremble-vif pour Tremble-Vic , qui
>
II. Vol.
vient
JUIN. 1731 1449
vient de Tremuli Vicus ; on s'étoit imagi
né que l'Eglise de ce lieu avoit été dédiée
en l'honneur de Saint Pierre , encore vi
vant sur la terre. N'est - ce pas- là au moins
en partie l'Histoire du Roy Quilius , qui
apportaà Nogent sous Coucy des Habits
des Apôtres encore vivans à Jerusalem ?Le
nom de Bethleem donné par quelques
Auteurs , au lieu où se trouve l'Abbaye
de Ferrieres a fait inventer des Histoires
rapportantes à cette éthymologie , de
même que Christophoros , qui étoit le nom
personnel d'un Martyr , a fourni l'occa
sion de forger l'Histoire d'un Géant de
Taille proportionnée à porter celui qui
soutient toute la machine du monde ; ec
pour marque qu'il n'a jamais existé un
Martyr de cette Stature collossale , c'est
qu'après avoir souvent jetté la vûë du cô
té où est placée cette foule innombrable
de Martyrs , je suis assuré que vous n'en
avez apperçû aucun qui excede la taille
des autres d'une maniere fi excessive ,
Croyez-moi , me dit en finissant ce Sça
vant voisin de l'Abbé Guibert , vous ai
mez la verité , annoncez- là à ceux de là
bas pour qui vous vous interressez . Vous
aviez si souvent en bouche ce passage de
Tertullien: Non amat falsum autor verita
zis 5 adulterum est omne quod fingitur ; fai¬
Ila Vola tes-en
450 MERCURE DE FRANCE
tes -en l'application aux fausses Histoires,
aux Légendes fabuleuses , aux Traditions
inventées après coup. Et en disant cela
il me quitta .
C'est aussi , mon cher Chanoine les
Sentimens avec lesquels je veux vous lais
ser. Ce que j'ai de meilleur à vous dire ;
en prenant congé de vous , pour retourner
au lieu de lumiere d'où j'ai été envoyé
vers vous , est : qu'on s'en tienne à ce qui
est bien prouvé , et qu'on examine ce qui
paroît mal fondé.Que chacun,à mon exem
ple , avoue ingenuement ses erreurs , tant
anciennes puissent - elles être , afin que la
verité qu'on doit aimer par dessus tou
tes choses , triomphe de la fausseté et du
mensonge. Plus omnibus amanda et præfe
renda ett veritas.. Laudare oportet et abs
que invidia amplecti , si quid rectè dictum
est ; discuti verò et discerni , si quid minus
sanê dictum est. Dionys. Alexandr. apud :
Euseb. Cæsar..
faire à M. Thiers , autrefois Curé de Cham
prond , Diocèse de Chartres et fort connu
dans la Republique des Lettres , de quel
quesfautes qu'il a reconnues dans ses propres
Ouvrages. L'Auteur a crû pour la satisfac
>
tion des Lecteurs devoir réduire cet Ecrit en
forme d'Apparition , par allusion à l'Ecrit qui
parut en 1712. fous le Titre d'Ombre de M.
Thiers , pour refuter une Dissertation de M.
de l'Estocq , Chanoine d'Amiens , touchant
le Corps de S. Firmin le Confeffeur.
APPARITION
DE L'OMBRE DE M. THIERS ;
A un Chanoine Régulier de la Réforme
de Saint-Quentin de Beauvais.
N
E soyez point effrayé , mon cher
Chanoine , de me revoir au bout de
tant d'années d'absence : Vous m'avez ai
mé et estimé , lorsqué vous étiez encore
jeune '; accordez-moi la même faveur
maintenant que vous commencez à grison
ner , et que vous approchez du temps au
9
II. Vol.
A vi quel
430 MERCURE DE FRANCE
quel nous esperons vous voir rejoint
à nous. Je viens m'entretenir avec vous
durant l'espace d'une petite demie
heure , qui m'a été accordé par celui dans
la lumiere duquel nous voyons toute lu
miere.
Il n'est jamais deshonorable de se retrac
ter , lorsqu'il est évident que l'on s'est
Trompe. Voyant à present beaucoup plus
clair dans le Païs où je suis , que je ne
voyois autrefois dans les bas lieux que vous
habitez , je découvre bien des choses que
j'ignorois dans les tems que le Reverend
Pere Abbé de Saint- Acheul d'Amiens
m'obligea de parler pour refuter un Cha
noine Séculier qui prenoit la défense
de la Tradition de la Mere Eglise d'A
miens.
2i
>
Pour détruire la Fête de la Tranflation
du Corps de Saint Firmin le Confesseur
que cette Eglise célebre , j'essayois de prou
ver que le culte de l'Evêque S. Salve , Au
teur de cette Translation est nouveau
dans ce Diocèse , parce qu'il n'est pas dans
des Bréviaires d'Amiens , qu'on croit pos
terieurs au XII. Siécle , et j'avançois har
diment que la vie de ce S. Salve , sur la
quelle l'Eglise d'Amiens s'appuye , n'a
été composée au plutôt qu'au XIII . Siécle ;
qu'ainsi ce n'est que depuis ce temps- là
II. Vol. qu'on
JUIN. 1731 1431
qu'on a crû à Amiens que S. Salve avoit
transferé de l'Eglise fituée hors la Ville ,
le Corps de S. Firm in le Confesseur , &
par confequent que cette Translation étoit
supposée et inventée à plaisir. Je dis encore
avec confiance , que l'on ne peut produire
des Translations de simples Confesseurs
faites dès le feptiéme Siècle , et qu'alors
Pusage étoit de n'en faire que des Corps
des Martirs.Je me figurois que si la Châs
se qu'on appelle de saint Firmin le Confes
seur , dans la Cathedrale de Notre Dame
d'Amiens , contenoit quelques ossemens
ce ne pouvoitêtre que d'un S. Firmin , Ab
bé , que le Martyrologe de Baronius attri
bue à la Ville d'Amiens .
9.
Mais , hélas ! combien d'erreurs ne recon
nois - je pas à present avoir coulé de ma
plume Dieu ayant permis que je me sois
trouvé depuis peu dans la Compagnie de
quelques habiles Religieux , qui ont visité
plus exactement que moi les Biblioteques
de France , l'un d'entr'eux vient de m'ap
prendre que je me suis trompé très - gros
siérement sur l'époque que j'ai donnée à la
vie de S. Salve. Il se souvient qu'étant
dans l'Archimonaftere de Fleury ou de
S. Benoît sur Loire , il y vit un Manuscrit
du dixième Siècle ou du onzième au plû
tard , coté No. 200. où il lût cette Vie
>
II. Vola en
$ 432 MERCURE DE FRANCE
entierement dans les mêmes termes , que les
Chanoines d'Amiens ont produits. Ce Ma
nuscrit , aprés avoir dit que S. Salve bâtit
dans la Ville d'Amiens une Eglise du ti
tre de S. Pierre et S. Paul , avec une Cry
pte à l'Orient de cette Eglise , et une à
l'Occident ; ajoûte qu'il découvrit le Corps
de S. Firmin Martyr , & qu'il le plaça
dans la Crypte Occidentale ; et celui de S.
Firmin le Confesseur dans la Crypte
Orientale de la même Eglise : Sed et Sanc
tos Dei Firminum Episcopum , et Confesso
rem , Aceum quoque et Aceolum Martyres
Christi in Crypta Orientali verenter condidit
& decenter exornavit : ce qui est different
de ce que rapporte le Pere le Cointe , qui
fait placer tous ces Saints dans une seule
et même Crypte. Et comme je suis con
vaincu que ce Religieux se connoît par
faitement à l'âge des Manuscrits , je passe
d'abord condamnation sur ce Chef.
Dom Luc Dachery qui s'interresse aux
Saints Amiénois , m'a fait remarquer que
j'ai tort à la page 59. de croire qu'il ne se
soit fait aucune Translation des SS. Con
fesseurs dans le septième Siècle . Il m'a
renvoyé à la vie de Saint Marcoul ; qui est
dans le premier Volume de ses Siécles Be
nédictins , pag. 133. où il m'a assuré que
je trouverois que S. Oüen , Archevêque.
II. Vol.
de
JUIN. 1731. 1435
de Rouen , visitant sa Province de Neus
trie , fit dans le Diocèse de Coutances , la
Translation du Corps de ce Saint Con
fesseur. M. le Brasseur que j'ai trouvé dans
le quartier des Historiens , m'a confirmé
le fait , ajoûtant que s'il eut resté davan
tage sur la Terre , il eut fait imprimer
une Histoire générale de Normandie , où
cette Translation auroit été rapportée.
Ensuite il m'a cité un autre exemple , tiré
de son Histoire d'Evreux . C'eft la Trans
lation du Corps de S. Taurin , faite par
Viateur , Evêque d'Evreux , vers l'an 610
ou 612 .
Le Pere Labbe , Jesuite , Historien
sacré du Berry , ayant prêté l'oreille à cet
Entretien , m'est venu joindre fort gra
cieusement , pour me dire qu'il connoît
une Translation de cette nature qui est
encore plus ancienne : c'est celle du Corps
de S. Ursin , Apôtre et premier Evêque de
Bourges, sa Patrie, qui fut faite par l'Evê
que Probien au VI. Siécle , et de laquelle,
m'a-t'il dit , il est fait mention dans Saint
Gregoire de Tours . Je me suis trouvé
terrassé par ces exemples , et je n'ai sçu
que répondre.
Le Pere le Brun , de l'Oratoire , nou
vellement arrivé dans le Païs d'où je viens ,
ne m'a point refusé ses lumieres . Parfai
II. Vol. tement
434 MERCURE DE FRANCE
tement bon connoisseur en fait de Ma
nuscrits Liturgiques , il m'a appris à ne pas
conclure de ce qu'un Breviaire qui pa
roît être d'Amiens , ne contient pas le
nom de S. Salve , que ce Saint Evêque ne
fut pas honoré dans le Diocèse d'Amiens
dans le temps de l'Ecriture de ce Breviai
re ; il a soutenu que ma conclusion étoit
trop générale , parce que les Communau
tez des Chanoines Réguliers, quoique se
servant des Breviaires qui pourroient être
réputez Diocésains ,à cause du culte distin
gué qu'on y rendoit à certains Saints , ne
faisoient pas pour cela la profession d'ho
norer généralement tous les Saints du Dio
cèse. Comme donc ces Communautez
se restraignoient aux plus célébres , il ne
faut pas être surpris que le nom de Saint
Salve , ne fut pas dans quelques-uns des
Breviaires de ces Chanoines Reguliers vos
anciens Confreres .
Ce sçavant Oratorien m'a encore ap
pris que je me suis trompé assez lourde
ment , dans la raison que j'ai apportée
pour indiquer l'âge de ce Breviaire , où
je n'ai point vû S. Salve. C'est lorsque
pour preuve qu'il est posterieur au dou
ziéme Siècle , je me suis contenté de re
marquer que les Répons de l'Office des
Morts s'y trouvent , comme si , m'a- t'il
II. Vol dit
JUIN.
1731. 1431
dit , ces Répons n'étoient que de ce Siécle - là.
Illusion, sclon lui , que de croire Maurice
de Sully , Evêque de Paris , Auteur de ces
Répons. Ila tiré de sa poche un petit Sa
cerdotal Manuscrit du dixiéme Siècle , ou
du commencement du onzième , à qui
vos Modernes donnent mal à propos le
: i nom de Rituel , et il m'a fait voir dans
ce Sacerdotal qu'il dit avoir été à l'u
sage d'une Eglise du Milanez , ou des
environs , tous ces Répons notez comme
on notoit avant Gui-Aretin . Il m'a ren
voyé au pieux et sçavant Cardinal Tho
masi , et parmi les Anciens à Jean d'A
vranches , qui préceda Maurice de Sully
d'environ cent ans. Enfin il ne m'a point
permis de le quitter, que je n'eusse vû un
beau Missel d'Amiens de la fin du dou
ziéme Siécle , où il m'a fait lire cette Ru
brique entre la Fête de Sainte Geneviève
et celle de Saint Remi du 13. Janvier :
In Inventione S. Firmini Confessoris : Oratio.
» Adesto,Domine, precibus nostris et in
» tercedente beato Firmino , Confessore
» tuo atque Pontifice dexteram super nos
»tuæ propitiationis extende » La Secrete
et la Postcommunion ne qualifient non
plus ce Saint Firmin , que de Confes
seur Pontife. Ne me croyant pas en
core assez battu par cette Rubrique , il a
AS
1
•
1
·
II. Vol ouvert
1436 MERCURE DE FRANCE
ouvert ce Missel à l'endroit d'après la
Saint Simon , et j'y ai lû ces mots : Eodem
die Salvii , Episcopi et Confessoris . Oratio ,
>> Deus , qui hodiernam diem sacratissi
>> mam nobis beati Salvii , Confessoris tui,
» atque Pontificis solemnitate tribuisti .
» & c. » Eft ce donc là du commun ? m'a
t'il dit : diem sacritissimam , jour très - re
commandable ? La Mémoire de S. Salve
n'étoit donc pas si fort ensevelie dans
P'oubli , que vous l'avez prétendu par
votre Livre de 1712. et il m'a quitté à
ces paroles.
›
M. L'Abbé Châtelain dont j'ai été autre
fois ami , m'ayant trouvé , m'a déclaré
fort naturellement , qu'il ne falloit pas
que je crusse avoir épuisé tous les Saints
Salves dans la page 39. de mon dernier
écrit qui parût l'année de sa mort , qu'ou
tre les quatre que je nomme comme s'é
tant sanctifiez dans les Gaules, il en con
noît un cinquième qu'il auroit bien pû
me faire voir , si tous ces Salves étoient
distribués dans la même classe ; mais que
justement celui que je n'ai pas connu est
dans le quartier des Saints Solitaires , qui
est éloigné du sien : qu'au reste il y a dans
le Nivernois une petite Ville de son
nom , appellée Saint Saulge . Ce n'a point
été la seule remarque que ce Chanoine de
Paris , grand Agiologiste , m'a fait faire .
II. Vol
Il
JUIN. 1731 .
1437
M
Il en a ajoûté une autre encore plus im
portante sur S. Firmin , Abbé, que j'avois
conjecturé être celui qu'on appelle Saint
Firmin le Confesseur,à la Cathedrale d'A
miens, et dont on y conserve les Reliques
dans un Châsse derriere le grand Autel.
Il m'a prouvé que ma conjecture est trés
fausse ; que jamais il n'y eut à Amiens
de S. Firmin Abbé ; il m'a repris forte
ment de ce que je m'en suis rapporté en
ce point au Martyrologe de Baronius ,
disant les Réviseurs de cette com
, que
pilation sous Gregoire XIII. ont été
trompez par le Martyrologe de Galezi
nus : que ce Protonotaire ayant trouvé
au onzième Mars dans quelques anciens
Calendriers manuscrits un S ; Firmien ,
Abbé , sans désignation de lieu , il lui a
bonnement attribué le Diocèse d'Amiens,
à cause du nom de Firmin qu'il lisoit
dans trois manuscrits de Florence ; au
lieu que dans ceux de Rome et de Naples
il y a Firmiani : que le même Galezinus
a ignoré que ce Saint Firmien , Abbé , étoit
mort en la Marche d'Ancone , comme on
le voit dans Ferrarius , et qu'il n'est autre
que S.Firmien de Fermo , sous l'invocation
duquel il y avoit un Autel dont a parlé
le Cardinal Pierre Damien. (a) Ensorte
(a) Opusculo VI. ad Henric. Ravennat,
"
II, Vol que
B
1438 MERCURE DE FRANCE
que si je voulois m'en convaincre je
n'avois qu'à me transporter jusques dans
le Canton habité par les SS. Confesseurs
non Pontifes, et que j'y trouverois infailli
blement ce S. Firmien ou Firmain , Italien .
Voila , mon cher Chanoine , les Rémar
ques critiques que mon dernier ouvrage
m'a attirées de la part de tous ces venera
bles Personnages. Je suis venu aussitôt vous
témoigner que j'ai acquiescé à tout ce
qu'ils m'ont dit , afin que vous suiviez
mon exemple. Je n'attends que le mo
ment de rencontrer à mon retour Maître
Hadrien Baillet , pour lui faire part de
tout cecy , afin que de son côté il gagne
sur soy de retoucher quelque chose au
premier jour de Septembre , lorsqu'on
donnera une nouvelle Edition de sa
Vie des Saints.
Ce n'est pas encore tout ce que j'ai à
vous dire. Un nouveau venu dans nôtre
Region superieure m'a appris qu'on.
refondoit en France tous les Breviai
res. Vous sçavez que je me suis un
peu mêlé de cette Science , à telles en
seignes qu'en 1702. on imprima à Bruxel
les des Remarques que j'ai faites sur le
Prototype des Breviaires , je veux dire
celui de Cluny. Il me resteroit un scru
pule touchant l'une de mes Dissertations
II. Vola imprimée
JUIN. 1731. 1439
Imprimée dès l'an 1664. avant que vous
fussiez au monde , si je sçavois qu'elle
eut eu beaucoup de cours , et qu'elle eut
fait beaucoup d'impression sur les Esprits .
C'est celle que j'ai intitulée de retinenda
voce Paraclitus , saillie de jeunesse , effet
de l'envie de paroître Auteur de bonne
heure. Mais le nouveau venu m'a assuré
que dans tous les derniers Breviaires qui
ont quelque reputation , on lisoit à pre
sent Paraclêtus , et qu'on aime micux ne
jamais employer ce mot dans la Doxolo
gie des Hymnes , que de dire Paráclitus
comme je le voulois. J'avoue qu'en cela
on donne gain de cause à Sabellat , Cha
noine de Chartres , mon Condiocésain , à
qui l'Evêque fit un Procès sur sa pronon
ciation de Paraclêtus, ainsi que vous pou
vés le voir dans les Recherches de Pas
quier. Je m'en rejoüis , puisque ce sont
tous les plus habiles qui reviennent à la
prononciation primitive et conforme au
Grec , et je retire mon Ecrit , demeurant
d'accord qu'il ne peut y avoir que des
gens opiniâtres à l'excès , qui ayant sous
les yeux Paraclêtus bien marqué , conti
nueront à prononcer Paráclitus , par˚ es
prit de contradiction , et en dépit da
Livre imprimé , qu'ils tiendront entre
leurs mains.
II. Vol Bij Comme
1440 MERCURE DE FRANCE
"
>
Comme vous avez des Amis parmi
le Clergé des grandes Eglises de vos
Quartiers , vous me ferez plaisir d'a
vertir , lorsque l'occasion s'en présente
ra ceux à qui on peut parler avec
confiance , que jusqu'à present je n'ai
trouvé là- haut qui que ce soit qui
m'ait reproché d'avoir outré la matière
dans l'Ouvrage que je fis imprimer l'an
1690. Mais en même- tems aussi ajoûtez
leur que je n'y ai vû personne qui soit
orné de dépouilles étrangeres et emprun
tées. Les têtes que j'y ai vû à l'infini , et
tant que la vûë peut s'étendre , sont tel
les à peu près que vos imagiers les repre
sentent dans vos Bréviaires , au fron
tispice de l'Office de la Toussaints , ой
certainement je ne me souviens pas que
de mon temps on en vit aucune de l'es
pece dont je veux parler.
Le B. Yves de Chartres , votre ancien
Inſtituteur , que je rencontrai derniere
ment , en parlant au dévot Pere Gour
dan , s'entretint avec moi sur ses Disci
pies. Après avoir avoué qu'il y en a qui
appréhendent de couper leur sommeil
en deux , ou de chanter de grand matin
les louanges de Dieu , il parut se consoler
sur ce qu'il y en a aussi, qui sont très- vigi
gilans , et qui imitent ce qui est de l'an
>
II. Vol.
cienne
JUIN. 17731. 1441
cienne Discipline dans les Eglises Secu
lieres . Il sçait , en effet , qu'il y a de gran
des Eglises Séculieres , où l'on a conservé
une Discipline plus exacte que chez les
premiers , et que dans ces Eglises de Cha
noines Séculiers , quoique l'Office ne soit
pas d'une grande prolixité , on n'a garde
de quitter l'usage d'être levé de grand
matin pour louer Dieu '; usage si louable et
si exemplaire dans les Eglises de Lyon et
de Vienne des premieres de nos Gaules . Il
est informé qu'on y repousse vivement les
attaques que des Esprits legers' veulent
porter à la ferveur des derniers temps ,
toute médiocre qu'elle est ; lesquels
ne sçachant pas distinguer les change
mens qui ne sont point opposez aux
Canons d'avec ceux qui les combattent ,
proposent de quitter ce qui est mieux ,
pour faire même bien , et introduire un
relâchement peu édifiant : comme si une
connoissance moins générale de la Disci
pline Ecclesiastiqne , ne suffisoit pas pour
sçavoir qu'il y a des changemens qui se
font de bien en mal , de même qu'il y
en a qui peuvent se faire de mal en bien ;
et que l'attention aux Canons , ne dicte
pas que les derniers doivent être accep
tez , et les premiers rejettez .
J'avois autrefois rassemblé ici-bas des
11. Vol. ma
B iij
1442 MERCURE DE FRANCE
, pour
.
matériaux réfuter ceux
ceux qui , crai
gnant de se fatiguer par des Lectures qui
les instruisoient , ne cessoient de dire de
moi : Quand une pratique lui déplaît , il a
toujours des raisons pour la combattre , et il
est d'avis qu'on la change : Quand il s'agit
d'une autre qui lui plaît, il ne veut pas qu'on
parle d'y toucher. L'absurdité de ce raison
nement est trés- palpable , et c'est un pur
sophisme qu'ils débitoient pour me dé
crier car ce n'est pas parce qu'une chose
me plaisoit que je l'ai soutenuë bonne et
vice versa c'est plutôt parce qu'elle est
bonne , qu'elle m'a plû . Or comment
prouvois -je que telle pratique est bonne
et telle non bonne ou moins bonne ? Par
la confrontation de cette pratique avec
les Canons . Telle chose est Canonique
conforme aux Canons et à la Discipline .
Ecclesiastique , ou bien se rapproche de
cette conformité ; donc elle est bonne et
à préferer : c'étoit -là mon raisonnement..
Telle , au lieu de se rapprocher de ce que
les Canons prescrivent , s'en éloigne : donc
elle est moins bonne , et doit êsre rejet
tée. J'avois ensuite pour chaque pratique
en particulier un Ecrit tout préparé, dans
lequel je prouvois sa Canonicité ou son
Anticanonicité. Au reste, j'ai toujours ad
miré la prudence des Canons , qui pour..
Ja
II. Vola. voyant
JU. IN. 7443 1731.
Voyant à tout , ont dispensé d'une certaine
sévérité les Personnes infirmes , usées , ou
avancées en age , afin qu'elles ne proposas
sent pas de changer des reglemens que le
commun des hommes peut observer ; et
qui pareillement ont deffendu certaines
multiplicitez de devoirs , de crainte que .
Paccessoire ne pottât préjudice au Princi
pal. L'application continuelle que j'ai
donnée à cette science des Canons et de la
Discipline de l'Eglise , me répond qu'il
n'en est pas de même que dans quelques
questions de fait ou de Grammaire , où j'ai
quelquefois mis à côté : j'avoue que je me
suis trompé dans ces sortes d'occasions , et
si j'étois à recommencer , je serois plus
circonspect.
Vous voyez quelquefois vos Confreres
de Saint Jean - en - Vallée et de Saint
Cheron , faites leur part de ma docilité
et de la déference que j'ai pour le senti
ment des Doctes qul brillent comme les
Etoiles du firmament dans ce Pays d'où
je viens. Mais j'ai encore quelque chose
d'important à vous communiquer . C'est
qu'ayant fréquenté le quartier des plus
dévots envers la Sainte Vierge , ces Saints
Personnages , loin de blâmer la répu
gnance que j'ai toûjours eu à ajoûter foy
aux Fables du pays Chartrain , sur les
Il Vol B.iiij . Drui
1444 MERCURE DE FRANCE
Druides , m'en ont au contraire fait com
pliment. L'un d'entre eux m'a développé
la pensée qu'il avoit eûë dans le tems qu'il
étoit sur terre , touchant l'origine de cette
célebre inscription VIRGINI PARITURÆ
et dans laquelle il est confirmé depuis
qu'il est dans la Région de la clarté. Il
est fermement persuadé que ce n'a été
autre chose qu'une Inscription gravée
depuis l'usage des Images au dessous d'u
ne Annonciation dans le style de celles
que l'on met en Philosophie et en Théo
logie , sous les Estampes qui sont au haut
des Theses , où quelquesfois il y a en mau
vais Latin , Virgini Annuntiate ; et que
c'est la découverte qui aura été faite d'une
pierre chargée de cette Inscription dans
quelques décombres d'Eglise , au coin
d'un bois , qui aura donné occasion de
fabriquer l'Histoire. Il a ajouté que sa
dévotion , lorsqu'il étoit parmi vous
l'ayant porté à visiter la solitude de Pre
montré , consacrée à la Sainte Vierge.
l'Eglise Cathedrale de Nôtre-Dame de
Laon et celle de Nôtre- Dame de Liesse' ;
il avoit passé à l'Abbaye de Nogent- sous
Coucy , aussi dédiée sous la même invo
cation , et qu'il y avoit trouvé une tradi
tion pareille à celle de Chartres , mais non
pas mieux autorisée : qu'on lui fit voir
•
›
.
11. Vol. l'Ins
JUIN. 1731. 1443
I'Inscription VIRGINI PARITURE;
incrustée dans le mur d'une Chapelle de
l'Eglise, et qu'il reconnut tout d'abord que
ce n'étoit qu'un soubassement de Niche
ou de Statue , où pouroit avoir été repre
sentée la Sainte Vierge environnée des
Prophetes qui ont prédit son enfantement
ou saluée par l'Ange Gabriel. Car , m'a
t'il dit , vous n'ignorez pas que l'Histoire
de l'Annonciation est la premiere dans
l'Evangile , par laquelle la Sainte Vierge
est connuë ; le Mystere de l'Incarnation
du Fils de Dieu dans son Sein , est le pre
mier des Mysteres , la Mission de l'Ange,
est la premiere Histoire où l'on ait pû re
presenser la Sainte Vierge , soit en peintu
re , soit en relief , et c'est sous le titre de
la Sainte Vierge , en tant qu'elle reçoit
l'Annonce de l'Ange , qu'il y a un plus
grand nombre d'Eglises consacrées dans
la Chrétienté. Vous n'avez peut-être ja
mais fait attention que dans Paris seule
ment il y en a vingt-huit. Sans doute,
que dans ce grand nombre , il y en a
d'anciennes. Mais quand cela ne seroit
pas, faites, je vous prie , réflexion , que les
plus anciennes prieres ou louanges par
lesquelles l'Eglise invoque ou préconise
sette Mere de Dieu ne s'addressent :
point à elle en tant que conçûë par ,
›
11. Vol. Sainte BY
1448 MERCURE DE FRANCE
"
Ste Anne , ni en tant que naissante , ou présentée
au Temple , pas même en tant que
présentant son Fils à ce même Temple , ou
le suivant à la Croix , non plus qu'en tant
que mourante , & enlevée de ce monde
mais en tant que concevant le Verbe
d'une maniere miraculeuse. Ce fut ainsi
que ce dévot à la Sainte Vierge , finit le
Discours qu'il me tint, et dont je ne m'en
nuyois pas. Je me flate que part que
je vous en fais , ne vous déplaira point
non plus..
la
Je rencontrai au sortir de cet Entretien
le fameux Abbé Guibert de Nogent, et je le
connus d'autant plus aisément , que j'en
tendis les expressions dont il se servoit en
parlant à Dom Jean Mabillon pour le re
mercier de la bonne volonté qu'il avoit cûe ·
de trouver sa sepulture et mettre ses osse
mens en évidence . L'ayant mis sur la ma
tiere des Reliques qui étoit déja entamée .
entre eux , nous passâmes insensiblement
à celles des legendes locales. Ce fut là
dessus qu'il me témoigna son regret d'a
voir été si crédule en certains Chefs qui :
favorisoient l'Antiquité de son Abbaye ;
tandis qu'il avoit combattu si vivement la
crédulité des autres. Je ne me resouvenois .
pas en quoi ; mais un de ses voisins que je
revis depuis , m'avertit que ce grand Ad- .
II. Vol. versaire,
JUIN. 17318 1447
.
versaire des fausses Reliques et des Tradi
tions nouvelles n'avoit pas laissé ( toutju
dicieux qu'il parût ) de transmettre à la
postérité : qu'un Roy d'Angleterre, hommé
Quilius,abdiquant la Couronne , étoit
venu à Nogent * du vivant de Notre-Sei
gneur J. C. et avoit vu un Autel érigé
Virgini paritura : que ce Roy étant ensuite
allé à Jerusalem , il y avoit trouvé la Sainte
Vierge et les onze Apôtres , et qu'après
avoir été baptisé par S. Pierre , il avoit
obtenu des Reliques de la Passion , de la
chemise de la Sainte Vierge , des morceaux
d'Habits des Apôtres , avoit rapporté
le tout à Nogent , et qu'enfin y étant
mort , il y avoit été inhumé, ce qui , com
me l'on voit , donnoit une haute antiquité
à ce Nogent. Voilà précisément ,
ajoûta- t'il , en me tirant à l'écart , de ces
Histoires des Saints , dont Guibert faisoit :
dans un de ses meilleurs Livres , le
par
tage de ses bonnes Vieilles . ** Anus
dit-il , et muliercularum viliumgreges talium
Patronorum commentatas Historias post ing
subulos et litiatoria cantitant , et si quis ea
rum dicta refellat , pro deffensione ipsorum
non modò convitiis , sed telarum radiis ins
#
* Guib. Nov. lib . de vita sua¿·
** De Pignor. Sanctorum cap. 3. parag. [d
U. Vol.
tant
B' vj,
1448 MERCURE DE FRANCE
3
tant. C'est le cas , ajoûta ce Voisin de
P'Abbé Guibert , où se trouvent plu
sieurs Traditions dont nous voyons à
present le faux dans ce païs lumineux
où nous avons été appellez . Quant
aux Habitans de la Jerusalem Terres
tre , ils ne peuvent appercevoir la ve
rité qu'à travers des nuages très-épais .
Pour nous , à qui elle est dévoilée , nous
connoissons que la Tradition de Char
tres n'est pas mieux appuyée que celle
de Nogent. Le Priscus , Roi de Char
tres , et le Quilius , Roy d'Angleterre
ont été fabriquez dans le même moule . It
en est de l'une et de l'autre Histoire , com
me de celle qu'on débitoit autrefois à Sens
sur Saint Pierre le Vif et sur le Bethléem
de Ferrieres , dont on est sagement défait
dans ces derniers tems , ainsi qu'en est
convenu un des Historiens de Sens >
drrivé là-haut depuis quelques années
bien different de Rouillard le Senonois ,
pauvre Auteur de la Parthenie Chartraine,
Les noms des lieux bien ou mal pris ,
faisoient fabriquer des Histoires. Le nom
d'un quartier de Sens , appellé originai
rement Saint-Pierre-le-Vic, ayant été défi
juré en Saint-Pierre -le-Vif , par la même
egle qui fait dire dans le Diocèse d'Or
leans , Tremble-vif pour Tremble-Vic , qui
>
II. Vol.
vient
JUIN. 1731 1449
vient de Tremuli Vicus ; on s'étoit imagi
né que l'Eglise de ce lieu avoit été dédiée
en l'honneur de Saint Pierre , encore vi
vant sur la terre. N'est - ce pas- là au moins
en partie l'Histoire du Roy Quilius , qui
apportaà Nogent sous Coucy des Habits
des Apôtres encore vivans à Jerusalem ?Le
nom de Bethleem donné par quelques
Auteurs , au lieu où se trouve l'Abbaye
de Ferrieres a fait inventer des Histoires
rapportantes à cette éthymologie , de
même que Christophoros , qui étoit le nom
personnel d'un Martyr , a fourni l'occa
sion de forger l'Histoire d'un Géant de
Taille proportionnée à porter celui qui
soutient toute la machine du monde ; ec
pour marque qu'il n'a jamais existé un
Martyr de cette Stature collossale , c'est
qu'après avoir souvent jetté la vûë du cô
té où est placée cette foule innombrable
de Martyrs , je suis assuré que vous n'en
avez apperçû aucun qui excede la taille
des autres d'une maniere fi excessive ,
Croyez-moi , me dit en finissant ce Sça
vant voisin de l'Abbé Guibert , vous ai
mez la verité , annoncez- là à ceux de là
bas pour qui vous vous interressez . Vous
aviez si souvent en bouche ce passage de
Tertullien: Non amat falsum autor verita
zis 5 adulterum est omne quod fingitur ; fai¬
Ila Vola tes-en
450 MERCURE DE FRANCE
tes -en l'application aux fausses Histoires,
aux Légendes fabuleuses , aux Traditions
inventées après coup. Et en disant cela
il me quitta .
C'est aussi , mon cher Chanoine les
Sentimens avec lesquels je veux vous lais
ser. Ce que j'ai de meilleur à vous dire ;
en prenant congé de vous , pour retourner
au lieu de lumiere d'où j'ai été envoyé
vers vous , est : qu'on s'en tienne à ce qui
est bien prouvé , et qu'on examine ce qui
paroît mal fondé.Que chacun,à mon exem
ple , avoue ingenuement ses erreurs , tant
anciennes puissent - elles être , afin que la
verité qu'on doit aimer par dessus tou
tes choses , triomphe de la fausseté et du
mensonge. Plus omnibus amanda et præfe
renda ett veritas.. Laudare oportet et abs
que invidia amplecti , si quid rectè dictum
est ; discuti verò et discerni , si quid minus
sanê dictum est. Dionys. Alexandr. apud :
Euseb. Cæsar..
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Résumé : APPARITION DE L'OMBRE DE M. THIERS, A un Chanoine Régulier de la Réforme de Saint-Quentin de Beauvais.
Le texte présente un aveu de M. Thiers, ancien curé de Champrond, qui reconnaît des erreurs dans ses ouvrages. Cet aveu est présenté sous forme d'apparition, en référence à un écrit de 1712 intitulé 'Ombre de M. Thiers'. Dans cette apparition, M. Thiers s'adresse à un chanoine régulier de Saint-Quentin de Beauvais, admettant ses erreurs après avoir été éclairé par des religieux compétents. M. Thiers avait initialement tenté de réfuter une dissertation de M. de l'Estocq, chanoine d'Amiens, concernant la fête de la translation du corps de Saint Firmin le Confesseur. Il avait affirmé que le culte de Saint Salve, auteur de cette translation, était récent et que la vie de Saint Salve n'avait été écrite qu'au XIIIe siècle. Il avait également soutenu que les translations de simples confesseurs étaient rares avant le septième siècle. Cependant, des religieux lui ont démontré ses erreurs. Un manuscrit du Xe ou XIe siècle prouvait que la vie de Saint Salve était connue bien avant le XIIIe siècle. De plus, des exemples de translations de confesseurs au septième siècle ont été cités, comme celles de Saint Marcoul et Saint Taurin. Le Père Labbe a mentionné une translation encore plus ancienne, celle de Saint Ursin au VIe siècle. Le Père le Brun a également corrigé M. Thiers sur l'interprétation des bréviaires d'Amiens, expliquant que l'absence de Saint Salve dans certains bréviaires ne signifiait pas qu'il n'était pas honoré dans le diocèse. M. Thiers reconnaît ses erreurs et s'engage à les corriger, notamment en informant Maître Adrien Baillet pour une nouvelle édition de la 'Vie des Saints'. Il mentionne également une controverse sur la prononciation de 'Paraclitus' dans les bréviaires, où il admet que 'Paraclêtus' est désormais préféré. Le texte traite également de la prononciation, de la discipline ecclésiastique et des traditions locales. L'auteur exprime sa satisfaction que les personnes compétentes reviennent à la prononciation primitive conforme au grec. Il discute de la discipline dans les églises séculières, notant que certaines églises conservent une discipline plus exacte. Il évoque des traditions locales concernant des inscriptions et des reliques, comme l'inscription 'VIRGINI PARITURÆ' à Chartres et Nogent-sous-Coucy, et discute de la crédulité entourant ces traditions. Enfin, il rencontre l'abbé Guibert de Nogent, qui regrette sa crédulité envers certaines traditions locales. L'auteur insiste sur l'importance de la vérité et de la vérification des informations historiques, citant Tertullien et Dionysius d'Alexandrie. Il encourage chacun à avouer ingénument ses erreurs afin que la vérité triomphe de la fausseté et du mensonge.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18441
p. 12-13
ÉLOGE DE L'INCONSTANCE. AIR : du Vaudeville d'Epicure.
Début :
TOI, qui vas courir la carrière, [...]
Mots clefs :
Cœur, Inconstance, Volage, Amant, Beauté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉLOGE DE L'INCONSTANCE. AIR : du Vaudeville d'Epicure.
ÉLOGE DE
L'INCONSTANCE .
AIR : du Vaudeville d'Epicure .
TOI, Or, qui vas courir la carrière ,
Que l'Amour ouvre à tous les coeurs ;
Si dans la route de Cythère
Tu veux ne trouver que des fleurs :
Que l'Inconftance foit ton guide ;
Garde-toi de fixer tes voeux ;
Sous la loi de ce Dieu perfide ,
Tout coeur conftant eft malheureux .
Qu'un tendre Amant fous fon empire
Brûle d'une fincère ardeur ;
Il le careffe , il le déchire ;
C'eft un Prothée aufond d'un coeur,
JUILLET. 1763. 13
-
Sans craindre fes métamorphofes
Un coeur volage en fes defirs ,
Par un chemin femé de rofes
Marche toujours aux vrais plaifirs .
Trifte victime des caprices ,
Et des mépris d'une Beauté ,
Souvent après mille fupplices
Un coeur conftant eſt rejetté :
Pour prévenir un tel outrage
L'inconftant brave fa rigueur
Et fouvent , quoiqu'il foit volage ,
Sans l'épine il cueille la fleur.
O toi , douce & chère inconftance ,
Qui m'as comblé de tes bienfaits ,
Reçois de ma reconnoiffance
Les hommages les plus parfaits.
Que l'Univers me contredife ,
Moi feul je combats fon erreur :
Oui , l'Inconftance eft ma devife ,
Et d'elle naît tout mon bonheur .
Par M. C** , D. H.
L'INCONSTANCE .
AIR : du Vaudeville d'Epicure .
TOI, Or, qui vas courir la carrière ,
Que l'Amour ouvre à tous les coeurs ;
Si dans la route de Cythère
Tu veux ne trouver que des fleurs :
Que l'Inconftance foit ton guide ;
Garde-toi de fixer tes voeux ;
Sous la loi de ce Dieu perfide ,
Tout coeur conftant eft malheureux .
Qu'un tendre Amant fous fon empire
Brûle d'une fincère ardeur ;
Il le careffe , il le déchire ;
C'eft un Prothée aufond d'un coeur,
JUILLET. 1763. 13
-
Sans craindre fes métamorphofes
Un coeur volage en fes defirs ,
Par un chemin femé de rofes
Marche toujours aux vrais plaifirs .
Trifte victime des caprices ,
Et des mépris d'une Beauté ,
Souvent après mille fupplices
Un coeur conftant eſt rejetté :
Pour prévenir un tel outrage
L'inconftant brave fa rigueur
Et fouvent , quoiqu'il foit volage ,
Sans l'épine il cueille la fleur.
O toi , douce & chère inconftance ,
Qui m'as comblé de tes bienfaits ,
Reçois de ma reconnoiffance
Les hommages les plus parfaits.
Que l'Univers me contredife ,
Moi feul je combats fon erreur :
Oui , l'Inconftance eft ma devife ,
Et d'elle naît tout mon bonheur .
Par M. C** , D. H.
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Résumé : ÉLOGE DE L'INCONSTANCE. AIR : du Vaudeville d'Epicure.
Le texte est un poème qui vante les mérites de l'inconstance en matière d'amour. L'auteur conseille à ceux qui s'engagent dans l'amour de suivre l'inconstance pour échapper aux malheurs liés à la constance. Il décrit l'amour constant comme destructeur, comparant l'amant fidèle à Protée, capable de multiples transformations. Un cœur volage, en revanche, évite les souffrances et les mépris en changeant fréquemment d'affection, ce qui lui permet de trouver le véritable plaisir. L'auteur exprime sa reconnaissance envers l'inconstance, affirmant qu'elle est la source de son bonheur. Il conclut en déclarant son attachement à l'inconstance, malgré les opinions opposées du monde. Le poème est signé par M. C** et D. H., et daté de juillet 1763.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18442
p. 229-230
« J'achevois de dater cette Lettre, lors qu'il m'est venu [...] »
Début :
J'achevois de dater cette Lettre, lors qu'il m'est venu [...]
Mots clefs :
Paquet, Envoyer, Achever
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'achevois de dater cette Lettre, lors qu'il m'est venu [...] »
l'achevois de dater cette
Lettre lors qu'il m'eſt venu de toutes parts dequoy en fai- re encore une auffi longue.
Je voulois tout referver pour
le mois prochain , &ne rien lire que mon Paquet ne fuft
party ; mais ayant jetté les yeux ſur une Lettre de Monſieur le Duc de S. Agnan
168 LE MERCURE
au Roy , touchant la Priſe de Cambray , & fur la réponſe de Sa Majeſté. J'ay crû vous devoir encor envoyer l'une &
l'autre
Lettre lors qu'il m'eſt venu de toutes parts dequoy en fai- re encore une auffi longue.
Je voulois tout referver pour
le mois prochain , &ne rien lire que mon Paquet ne fuft
party ; mais ayant jetté les yeux ſur une Lettre de Monſieur le Duc de S. Agnan
168 LE MERCURE
au Roy , touchant la Priſe de Cambray , & fur la réponſe de Sa Majeſté. J'ay crû vous devoir encor envoyer l'une &
l'autre
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18443
p. 18-19
SUR LA NAISSANCE De Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Début :
Contemplez à loisir, impatiens François, [...]
Mots clefs :
Rois, Naissance du duc de Bourgogne, Puissance, Dieux, Ciel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LA NAISSANCE De Monseigneur le Duc de Bourgogne.
SUR LA NAISSANCE
De Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Contemplez à loisir, impatiens François,
Ce fruit d'un saint hymen, où votre espoir se
fonde.
Sçachez que destinée à lui donner des loix,
L'Auguste Race de vos Rois,
Doit durer autant que le monde.
Que de garans n'aviez vos pas
Du présent que vous fait la céleste Puissance?
N'est-ce pas en faveur des sages Potentats,
Qu'éclate sa magnisicence!
Interrogez la Terre, interrogez les Cieux.
Tant de vertus, dont l'assemblage brille;
Dans le plus grand des Rois, l'Astre de sa famille,
Sont un encens, un parfum précieux,
Qui s'élevant jusqu'au Trône des Dieux,
En fait descendre sur la France,
Les Trésors de leur Providences
Le Ciel ne verse point tous ses dons à la fois,
Differens de ce que nous sommes,
Ces demi-Dieux, Enfans des Rois
Ne naissent pas comme les autres hommes.
JANVIER.
1752.
19
Par des présages éclatans,
De loin d'abord, il les présente,
Et nous les annonce long. tems,
Avant de templir notre attente.
S'il paroît quelquefois être sourd à nos vœux,
N'en doit- il rien couter pour devenir heureux?
Ce heau jour qui nous luit, ce jout devoit éclore
Du sein d'une bi illante Aurore,
Qui par son éclat edt détruit
Ces nuages épais, noirs enfaus de la nuit.
Il falloit, enchainant le démon de la guerre,
Que ce Roi qui toujours prodiguant les bien-
faits
Lorsqu'il dispose du Tonnerre,
Ne veut que protéger la Paix.
Il falloit que LOVIS eût pû rendre à la Terre,
Une entiere sérénité *.
Le Temple de Janus fermé par sa Puissance,
Nous préparoit à l'heureuse Naissance
Qui fait notre félicité.
FILLE du Ciel, chaste Lucine,
Fertilise à jamais cette Tige divine
Dont les Rameaux, les Rejettons divers,
Doivent un jour ombrager l'Univers.
M. Tanevot.
La tronquillité du Nord.
De Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Contemplez à loisir, impatiens François,
Ce fruit d'un saint hymen, où votre espoir se
fonde.
Sçachez que destinée à lui donner des loix,
L'Auguste Race de vos Rois,
Doit durer autant que le monde.
Que de garans n'aviez vos pas
Du présent que vous fait la céleste Puissance?
N'est-ce pas en faveur des sages Potentats,
Qu'éclate sa magnisicence!
Interrogez la Terre, interrogez les Cieux.
Tant de vertus, dont l'assemblage brille;
Dans le plus grand des Rois, l'Astre de sa famille,
Sont un encens, un parfum précieux,
Qui s'élevant jusqu'au Trône des Dieux,
En fait descendre sur la France,
Les Trésors de leur Providences
Le Ciel ne verse point tous ses dons à la fois,
Differens de ce que nous sommes,
Ces demi-Dieux, Enfans des Rois
Ne naissent pas comme les autres hommes.
JANVIER.
1752.
19
Par des présages éclatans,
De loin d'abord, il les présente,
Et nous les annonce long. tems,
Avant de templir notre attente.
S'il paroît quelquefois être sourd à nos vœux,
N'en doit- il rien couter pour devenir heureux?
Ce heau jour qui nous luit, ce jout devoit éclore
Du sein d'une bi illante Aurore,
Qui par son éclat edt détruit
Ces nuages épais, noirs enfaus de la nuit.
Il falloit, enchainant le démon de la guerre,
Que ce Roi qui toujours prodiguant les bien-
faits
Lorsqu'il dispose du Tonnerre,
Ne veut que protéger la Paix.
Il falloit que LOVIS eût pû rendre à la Terre,
Une entiere sérénité *.
Le Temple de Janus fermé par sa Puissance,
Nous préparoit à l'heureuse Naissance
Qui fait notre félicité.
FILLE du Ciel, chaste Lucine,
Fertilise à jamais cette Tige divine
Dont les Rameaux, les Rejettons divers,
Doivent un jour ombrager l'Univers.
M. Tanevot.
La tronquillité du Nord.
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18444
p. 237-246
« Je n'ay pu être informé plûtôt du détail de la fête suivante, [...] »
Début :
Je n'ay pu être informé plûtôt du détail de la fête suivante, [...]
Mots clefs :
Face, Lumières, Berceau, Soleil, Dire, Roi, Inscription, Jardin, Grille, Parterre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je n'ay pu être informé plûtôt du détail de la fête suivante, [...] »
Je n'ay pu être informé plû-
tôt du détail de la fête suivante,
ainsi je me trouve obligé de la
placer hors de son rang. Elle est
de Mr Bosc, Maître des Re-
quêtes & Sur-intendant de la
Maison de Madame la Duchesse
de Bourgogne.
Toute la face de sa maison
du côté de la ruë, étoit illumi-
née avec des lamprons, atta-
chés au tour des fenêtres plain-
tes & corniches Sur les fenêtres
étoient des tableaux, dont on
se sert ordinairement dans ces
fortes de fêtes, & que les lu-
Rejouissances.
23
mieres que l'on met derriere,
rendent transparens, & entre
chaque fenêtre, étoient des lo-
zanges formés aussi avec des lu-
mieres; ces lozanges represen-
toient des chiffres Couronnés
de Monseigneur le Duc & de
Madame la Duchesse de Bour-
gogne, avec des fleurs de lis
d'or Et sur le milieu du toit on
vovoit une haute piramide tri-
angulaire, toute de lumieres,
sur le haut de laquelle étoit un
vase rempli de grosses lumieres.
Le tableau de la fenêtre du
milieu découvroit un Soleil
qui dardoit ses rayons sur la
Erance, representé par un glo-
be d'azur avec des fleurs de lis
d'or, & au haut étoit ce demy
vers d'Horace.
Aliusque
Rejouissances.
23
Aliusque & idem nasceris.
C'est à dire.
Vous naissez toujours nouvean
& toujours le mème.
Le Poëte qui a employé ces
mots dans un Ode à l'honneur
d'Apollon, veut dire que la
grand beauté du Soleil luy don-
ne toûjours la grace de la nou-
veauté; Le sens figuré est dou-
ble, l'un fait connoître que le
Roy à le plaisir de ſe voir renaî-
tre dans ces nouveaux Soleils,
qui sont un écoulement de sa
propre lumiere: & l'autre que
le Prince nouveau né, ſera un
nouveau Soleil, mais que ce sera
toûjours le même, parce qu'il
heritera des grandes vertus du
Roy & des Princes ses Pere &
Ayeul.
Juillet 1704. II. P.
X
240 Réjouissances.
A la droite de ce Soleil, estoit
un grand cartouche avec deux
écussons, l'un aux Armes de
Monseigneur le Duc de Bour-
gogne, & dans l'autre étoit la
Croix de Savoye avec ce vers
de Martial pour Inscription.
Di servate precor matii sua vota
C'est-à dire,
patrique.
Dieu conservez le Prince qui est le
fruit des væux de son pere & de sa
mere.
A la gauche étoient les Armes
de France, écartelées de Bre-
tagne, n'étant pas possible en-
core de designer ce jeune Prin-
ce aut rement, avec ce vers de
Virgile pour Inscription.
Chara Deum Soboles, magnum
Jovis incrementum.
Ce qui signifie,
„il sera
Il est de la. race des dieux
Réjouissances.
24.1
grandc est un accroißement de
Jupiter,
qui dans le sens figuré designe le Roy.
Par dela à droite & à gau-
che étoient les Armes de Mon-
seigneur le Dauphin, avec ces
paroles du Prophete Iſaye
Et filii ejus divident spolia.
C'eſt à dire,
Ses enfans partageront les de-
pouilles des ennemis
On a placé ces armoiries aux
extremités, & on y a mis une
inscription, qui n'a raport qu'à
la posterité de Monleigneur,
pour marquer que, quoyque les
premiers hommages luy soient
dus, sa bonté de pere veut bien
que les honneurs des fêtes pre-
sentes soient pour ses enfans, &
le mot du Prophete est appliqué
à la prise de Brisac par Mon-
X i)
Réjouissances.
242
seigneur le Duc de Bourgognes
& aux Conquêtes du Roy d'Es-
pagne en Portugal:
Le dedans de la maison, &
principalement le jardin, dont
la disposition est tres favorable,
étoient aussi illuminez. Il est
vis à vis le principal corps de
logis, & separé de la Cour par
une grille de fer, soutenuë de
plusieurs pilastres de pierre.
Comme il a plus de longueur
que de largeur; Il est coupé en
deux par un grand berceau qui
le traverse; ce berceau est per-
cé dans le milieu par une arca-
de à travers de laquelle on voit
le ſecond parterre, au bout &
en face duquel est un grand
batiment tres regulier, qui sert
de serre des orangers, au dessus
Réjouissances.
243
duquel est un petit pavillon; Et
le parterre est bordé de deux
allées d'arbres.
Les pilaîtres de la grille
étoient couverts de pilastres,
peints en marbre, tous garnis de
lumieres, & au haut de chaque
pilaſtre étoit un pot à feu, qui
jettoit de grosses flammes.
La face du berceau étoit aussi
garnie de semblables pilastres
de lumieres, sur lesquels étoit
une traverse en forme de cor-
niche & l'arcade du milieu. Le
tout fermé avec des lamprons.
A'travers cette arcade & par
dessus le berceau, on decouvroit
la facade de l'orangerie toute
garnie de lamprons, qui fer-
moient les ceintres desfenêtres,
pleintes, & corniches, & toute
X ilj
Réjouissances.
244
l'architecture de la porte & du
pavillon qui est au dessus; en
sorte que de la court on voyoit
les trois differentes illumina-
tions de la grille, du berceau &
de l'orangerie, disposées l'une
aprés l'autre en manière d'am-
phiteatre : & dans le fond de
l'orangerie, & en face de la
porte, étoit un grand tremeau
de glace, qui repetoit toutes
les lumieres du jardin. Sur la
fenêtre du pavillon de l'oran-
gerie étoit un tableau transpa-
rent, comme ceux de la face du
logis, representant les ennemis
de France & d'Espagne, liez
ensemble avec un ruban bleu,
dont le nœud étoit serré par un
Ange, & au dessous, deux fais-
seaux de fléches, passées en sun-
245
Réjouissances.
toir avec cette inscription, tirée
de Virgile.
Aterno foedere junctae.
Les arbres qui ferment les
allées qui sont aux deux côtés du
parterre, étoient garnies de lam-
prons aussi-bien que les plattes-
pandes du parterre.
La fête commença par une
simphonie d'instruments. Il
eut ensuite une magnifique co-
lation; & aprés une decharge
de 80. boëtes, qui étoient dis-
posées dans les allées du jardin.
On tira une grande quantite de
fusées, quaissons, pots à feu &
autres pieces d'artifices, & deux
Soleils d'artifice qui étoient at-
tachez au haut de la grille du
jardin, aux côtés de la por-
XIII)
246 Réjouissances.
te, brillerent pendant tout ce
temps la.
La fête fût terminée par un
bal qui dura jusqu'au jour, pen-
dant lequel on servit quantité
de rafraichissemens, & où se
trouva un fort grand nombre
de personnes de qualité.
tôt du détail de la fête suivante,
ainsi je me trouve obligé de la
placer hors de son rang. Elle est
de Mr Bosc, Maître des Re-
quêtes & Sur-intendant de la
Maison de Madame la Duchesse
de Bourgogne.
Toute la face de sa maison
du côté de la ruë, étoit illumi-
née avec des lamprons, atta-
chés au tour des fenêtres plain-
tes & corniches Sur les fenêtres
étoient des tableaux, dont on
se sert ordinairement dans ces
fortes de fêtes, & que les lu-
Rejouissances.
23
mieres que l'on met derriere,
rendent transparens, & entre
chaque fenêtre, étoient des lo-
zanges formés aussi avec des lu-
mieres; ces lozanges represen-
toient des chiffres Couronnés
de Monseigneur le Duc & de
Madame la Duchesse de Bour-
gogne, avec des fleurs de lis
d'or Et sur le milieu du toit on
vovoit une haute piramide tri-
angulaire, toute de lumieres,
sur le haut de laquelle étoit un
vase rempli de grosses lumieres.
Le tableau de la fenêtre du
milieu découvroit un Soleil
qui dardoit ses rayons sur la
Erance, representé par un glo-
be d'azur avec des fleurs de lis
d'or, & au haut étoit ce demy
vers d'Horace.
Aliusque
Rejouissances.
23
Aliusque & idem nasceris.
C'est à dire.
Vous naissez toujours nouvean
& toujours le mème.
Le Poëte qui a employé ces
mots dans un Ode à l'honneur
d'Apollon, veut dire que la
grand beauté du Soleil luy don-
ne toûjours la grace de la nou-
veauté; Le sens figuré est dou-
ble, l'un fait connoître que le
Roy à le plaisir de ſe voir renaî-
tre dans ces nouveaux Soleils,
qui sont un écoulement de sa
propre lumiere: & l'autre que
le Prince nouveau né, ſera un
nouveau Soleil, mais que ce sera
toûjours le même, parce qu'il
heritera des grandes vertus du
Roy & des Princes ses Pere &
Ayeul.
Juillet 1704. II. P.
X
240 Réjouissances.
A la droite de ce Soleil, estoit
un grand cartouche avec deux
écussons, l'un aux Armes de
Monseigneur le Duc de Bour-
gogne, & dans l'autre étoit la
Croix de Savoye avec ce vers
de Martial pour Inscription.
Di servate precor matii sua vota
C'est-à dire,
patrique.
Dieu conservez le Prince qui est le
fruit des væux de son pere & de sa
mere.
A la gauche étoient les Armes
de France, écartelées de Bre-
tagne, n'étant pas possible en-
core de designer ce jeune Prin-
ce aut rement, avec ce vers de
Virgile pour Inscription.
Chara Deum Soboles, magnum
Jovis incrementum.
Ce qui signifie,
„il sera
Il est de la. race des dieux
Réjouissances.
24.1
grandc est un accroißement de
Jupiter,
qui dans le sens figuré designe le Roy.
Par dela à droite & à gau-
che étoient les Armes de Mon-
seigneur le Dauphin, avec ces
paroles du Prophete Iſaye
Et filii ejus divident spolia.
C'eſt à dire,
Ses enfans partageront les de-
pouilles des ennemis
On a placé ces armoiries aux
extremités, & on y a mis une
inscription, qui n'a raport qu'à
la posterité de Monleigneur,
pour marquer que, quoyque les
premiers hommages luy soient
dus, sa bonté de pere veut bien
que les honneurs des fêtes pre-
sentes soient pour ses enfans, &
le mot du Prophete est appliqué
à la prise de Brisac par Mon-
X i)
Réjouissances.
242
seigneur le Duc de Bourgognes
& aux Conquêtes du Roy d'Es-
pagne en Portugal:
Le dedans de la maison, &
principalement le jardin, dont
la disposition est tres favorable,
étoient aussi illuminez. Il est
vis à vis le principal corps de
logis, & separé de la Cour par
une grille de fer, soutenuë de
plusieurs pilastres de pierre.
Comme il a plus de longueur
que de largeur; Il est coupé en
deux par un grand berceau qui
le traverse; ce berceau est per-
cé dans le milieu par une arca-
de à travers de laquelle on voit
le ſecond parterre, au bout &
en face duquel est un grand
batiment tres regulier, qui sert
de serre des orangers, au dessus
Réjouissances.
243
duquel est un petit pavillon; Et
le parterre est bordé de deux
allées d'arbres.
Les pilaîtres de la grille
étoient couverts de pilastres,
peints en marbre, tous garnis de
lumieres, & au haut de chaque
pilaſtre étoit un pot à feu, qui
jettoit de grosses flammes.
La face du berceau étoit aussi
garnie de semblables pilastres
de lumieres, sur lesquels étoit
une traverse en forme de cor-
niche & l'arcade du milieu. Le
tout fermé avec des lamprons.
A'travers cette arcade & par
dessus le berceau, on decouvroit
la facade de l'orangerie toute
garnie de lamprons, qui fer-
moient les ceintres desfenêtres,
pleintes, & corniches, & toute
X ilj
Réjouissances.
244
l'architecture de la porte & du
pavillon qui est au dessus; en
sorte que de la court on voyoit
les trois differentes illumina-
tions de la grille, du berceau &
de l'orangerie, disposées l'une
aprés l'autre en manière d'am-
phiteatre : & dans le fond de
l'orangerie, & en face de la
porte, étoit un grand tremeau
de glace, qui repetoit toutes
les lumieres du jardin. Sur la
fenêtre du pavillon de l'oran-
gerie étoit un tableau transpa-
rent, comme ceux de la face du
logis, representant les ennemis
de France & d'Espagne, liez
ensemble avec un ruban bleu,
dont le nœud étoit serré par un
Ange, & au dessous, deux fais-
seaux de fléches, passées en sun-
245
Réjouissances.
toir avec cette inscription, tirée
de Virgile.
Aterno foedere junctae.
Les arbres qui ferment les
allées qui sont aux deux côtés du
parterre, étoient garnies de lam-
prons aussi-bien que les plattes-
pandes du parterre.
La fête commença par une
simphonie d'instruments. Il
eut ensuite une magnifique co-
lation; & aprés une decharge
de 80. boëtes, qui étoient dis-
posées dans les allées du jardin.
On tira une grande quantite de
fusées, quaissons, pots à feu &
autres pieces d'artifices, & deux
Soleils d'artifice qui étoient at-
tachez au haut de la grille du
jardin, aux côtés de la por-
XIII)
246 Réjouissances.
te, brillerent pendant tout ce
temps la.
La fête fût terminée par un
bal qui dura jusqu'au jour, pen-
dant lequel on servit quantité
de rafraichissemens, & où se
trouva un fort grand nombre
de personnes de qualité.
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18445
p. 230-232
LETTRE DE MONSIEUR le Duc de S. Aignan, au Roy.
Début :
SIRE, J'ose me flater que je n'importuneray point [...]
Mots clefs :
Victoires, Gloire, Renommée, Cambrai
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE MONSIEUR le Duc de S. Aignan, au Roy.
LETTRE DE MONSIEVR
YON
le Duc de S.Aignan , auRoyson
IRE,
*
1993
ien'im- L'ofemeflaterque portuneraypointV. MAJESTE en me donnant l'honneurde luy écrire fur les grandes &signalées Vi- Etoires qu'elle remporté tous les iours. Sera- t'ellefatiguée par les marques du zele d'un fidelle Serviteur,au milieu des acclamations
publiques?Et pourquoy triomphe- roit-elle , si elle vouloit qu'on ne luy dist rienſurſes Conquestes ?
D'ailleurs, SIRE, en veritévoſtre Gloire m'ébloüit, voſtre épée laſſe
ma plume , &le bruit éclatant quefait laRepomméeenpubliant vos loüanges , empêchera peut- estreque je nefois écouté. Mais Tome 2. H
i
170 LE MERCURE
quelmoyen depouvoirſe taire, &
comment pouvoir éviter que ma Satisfaction neparoiſſe envoyant mon Auguste Maistre en estat de dele devenirde tant de Nations?
len'ofeplusparler , SIRE , fur cette valeur intrepide mais incorrigible , qui a fait encore pis à
Cambray qu'elle n'avoit fait à
Valenciennes, &ie voy bien que ie Suis destinéàpaſſer avecde cruel- les inquietudes dans la paix tous les jours que V.MAJESTE paffera dans la guerre. Pluſt à Dieu ,
SIRE , que vous fuffiez de retour à Versailles , vous n'y feriez pas moins le Vainqueurdela Flandre,
que vous leferéz à lateſte devos
Armées ; &sansportervous-même la terreur&la mort àvos ennemis, voſtre invincible Nom,fuf firoit pour lesſurmonter. Cepen
GALANT. 171
dant , SIRE , ienesçais quasipar onloüer V.MAJESTE' : Forcerde
toutes parts les meilleures Places,
gagner des batailles, vaincrepar
tout n'eſtrejamais vaincu , &se
voir enfin la crainte ou l'admiration de tout l'Univers,quepeut on
jamais defirer davantage?&quel
bonheurpourra s'égaler aumien fi vous me faites l'honneur de me croire aupoint où ieleſuis toûjours
SIRE,
DeVostreMajesté,
,
Letres humble, tres- obeïſlant,&
tres- fidelle Sujet & Serviteur,
LEDUCDES, AIGNAN.
DeParis le 13 d'Avril 1677.
YON
le Duc de S.Aignan , auRoyson
IRE,
*
1993
ien'im- L'ofemeflaterque portuneraypointV. MAJESTE en me donnant l'honneurde luy écrire fur les grandes &signalées Vi- Etoires qu'elle remporté tous les iours. Sera- t'ellefatiguée par les marques du zele d'un fidelle Serviteur,au milieu des acclamations
publiques?Et pourquoy triomphe- roit-elle , si elle vouloit qu'on ne luy dist rienſurſes Conquestes ?
D'ailleurs, SIRE, en veritévoſtre Gloire m'ébloüit, voſtre épée laſſe
ma plume , &le bruit éclatant quefait laRepomméeenpubliant vos loüanges , empêchera peut- estreque je nefois écouté. Mais Tome 2. H
i
170 LE MERCURE
quelmoyen depouvoirſe taire, &
comment pouvoir éviter que ma Satisfaction neparoiſſe envoyant mon Auguste Maistre en estat de dele devenirde tant de Nations?
len'ofeplusparler , SIRE , fur cette valeur intrepide mais incorrigible , qui a fait encore pis à
Cambray qu'elle n'avoit fait à
Valenciennes, &ie voy bien que ie Suis destinéàpaſſer avecde cruel- les inquietudes dans la paix tous les jours que V.MAJESTE paffera dans la guerre. Pluſt à Dieu ,
SIRE , que vous fuffiez de retour à Versailles , vous n'y feriez pas moins le Vainqueurdela Flandre,
que vous leferéz à lateſte devos
Armées ; &sansportervous-même la terreur&la mort àvos ennemis, voſtre invincible Nom,fuf firoit pour lesſurmonter. Cepen
GALANT. 171
dant , SIRE , ienesçais quasipar onloüer V.MAJESTE' : Forcerde
toutes parts les meilleures Places,
gagner des batailles, vaincrepar
tout n'eſtrejamais vaincu , &se
voir enfin la crainte ou l'admiration de tout l'Univers,quepeut on
jamais defirer davantage?&quel
bonheurpourra s'égaler aumien fi vous me faites l'honneur de me croire aupoint où ieleſuis toûjours
SIRE,
DeVostreMajesté,
,
Letres humble, tres- obeïſlant,&
tres- fidelle Sujet & Serviteur,
LEDUCDES, AIGNAN.
DeParis le 13 d'Avril 1677.
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Résumé : LETTRE DE MONSIEUR le Duc de S. Aignan, au Roy.
Dans une lettre datée du 13 avril 1677, le Duc de S.Aignan exprime son admiration et sa loyauté envers le Roi de France. Il célèbre les victoires continues du souverain et reconnaît que sa gloire éblouit. Le Duc mentionne les récentes conquêtes de Cambrai et Valenciennes, tout en espérant le retour du Roi à Versailles. Il loue l'invincibilité du nom du Roi, qui inspire la terreur aux ennemis. Le Duc se demande comment louer davantage le Roi, qui force les meilleures places et gagne des batailles. Il conclut en affirmant sa loyauté et son dévouement au souverain.
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18446
p. 91-94
Depart de Bantam au Cap de Bonne-Esperance du 12. Mars 1686.
Début :
12. de Mars. De Bantam à l'Isle du Prince [...]
Mots clefs :
Ouest, Sud, Nord, Lieues, Cap de Bonne-Espérance, Banten, Alexandre de Chaumont
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texteReconnaissance textuelle : Depart de Bantam au Cap de Bonne-Esperance du 12. Mars 1686.
Depart de Bantam au
Cap de Bonne-Esperance
du 12. Mars 1686:
12. de Mars.
E Bantam à l'Iſle du Prin
Dce
25
Fait à Sud oueft 26
de meſme
31
Au ouest Sud oueſt 18
I
Sud Oueſt quart d'oueſt
:
2
24
hij
92
RELATION
Sud oueſt 18
Sud oueſt quart d'oueſt 24
Oueſt Sud oueſt
30
meſme
39
4
Sud Sud oueſt 24
Oueſt Sud oueſt 20
meſme
25
Oueſt Sud oueſt 38
meſme 42
mefme 29
meſme
27
Montant de l'autre part
866. lieuës ..
Sud oueſt quart d'oueſt 16
Oueſt Sud oueſt 20
Sudoueſt quart d'oueſt 25
Oueſt Sud oueſt 23
meſme
37
mefme
25
Sud Oueſt quart d'oueſt 24
Oueſt Sud Oueſt
: 43
meſme
49
meſme
meſme
mefme
fi
46
os pirm ee Ira mi puto me yot enl of me y ot we pod ms yoede ne pam me p of we pass
DU VOYAGE DE SIAM. 97
Oueſt quart Sud oueſt 40
mefme
30
Oueſt Sud oueſt 46
mefme 60
Sud Oueſt quart d'oueſt
Sud Oueſt
56
42
Oueſt quart Sud Oueſt
Ouest
43
Oueſt quart Sud oueſt 33
meſme 10
Oueſt Sud oueſt 19
Oueſt quart Sud oueſt 3
meſme
33
meſme 18
2
Oueſt quart de Nort oueſt 10
Oueſtdemy quart Sud queſt 20
Oueſt quart de Sud oueſt 16
1796. lieuës 3
Montant de l'autre part.
1796 -lieuës .
Au Oueſt quart de Sud Oueſt 32
Oueſt Sud oueſt 43
Oueſt 20
Quest 3.7
hiij
94 RELATION
Queſt quart Sud oueſt 45
meſme
51
Oueſt Sud oueſt
2
H
Nort oueſt quart nort
Nort eſt quart de nord
2
II
3
8
Sud oueſt 28
Oueſt Nort oueſt
I
20
3
Nort Nort oueſt 10
Veu le Cap des Eguilles & j'ay
fait juſques à la Baye du Cap de
Bonne- Eſperance
33
Total 2158. lieuës .
Cap de Bonne-Esperance
du 12. Mars 1686:
12. de Mars.
E Bantam à l'Iſle du Prin
Dce
25
Fait à Sud oueft 26
de meſme
31
Au ouest Sud oueſt 18
I
Sud Oueſt quart d'oueſt
:
2
24
hij
92
RELATION
Sud oueſt 18
Sud oueſt quart d'oueſt 24
Oueſt Sud oueſt
30
meſme
39
4
Sud Sud oueſt 24
Oueſt Sud oueſt 20
meſme
25
Oueſt Sud oueſt 38
meſme 42
mefme 29
meſme
27
Montant de l'autre part
866. lieuës ..
Sud oueſt quart d'oueſt 16
Oueſt Sud oueſt 20
Sudoueſt quart d'oueſt 25
Oueſt Sud oueſt 23
meſme
37
mefme
25
Sud Oueſt quart d'oueſt 24
Oueſt Sud Oueſt
: 43
meſme
49
meſme
meſme
mefme
fi
46
os pirm ee Ira mi puto me yot enl of me y ot we pod ms yoede ne pam me p of we pass
DU VOYAGE DE SIAM. 97
Oueſt quart Sud oueſt 40
mefme
30
Oueſt Sud oueſt 46
mefme 60
Sud Oueſt quart d'oueſt
Sud Oueſt
56
42
Oueſt quart Sud Oueſt
Ouest
43
Oueſt quart Sud oueſt 33
meſme 10
Oueſt Sud oueſt 19
Oueſt quart Sud oueſt 3
meſme
33
meſme 18
2
Oueſt quart de Nort oueſt 10
Oueſtdemy quart Sud queſt 20
Oueſt quart de Sud oueſt 16
1796. lieuës 3
Montant de l'autre part.
1796 -lieuës .
Au Oueſt quart de Sud Oueſt 32
Oueſt Sud oueſt 43
Oueſt 20
Quest 3.7
hiij
94 RELATION
Queſt quart Sud oueſt 45
meſme
51
Oueſt Sud oueſt
2
H
Nort oueſt quart nort
Nort eſt quart de nord
2
II
3
8
Sud oueſt 28
Oueſt Nort oueſt
I
20
3
Nort Nort oueſt 10
Veu le Cap des Eguilles & j'ay
fait juſques à la Baye du Cap de
Bonne- Eſperance
33
Total 2158. lieuës .
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Résumé : Depart de Bantam au Cap de Bonne-Esperance du 12. Mars 1686.
Le texte relate un voyage maritime initié le 12 mars 1686 depuis Bantam à destination du Cap de Bonne-Espérance. Le document précise les directions et les distances parcourues quotidiennement, mesurées en lieues. Les directions notées incluent le sud-ouest, l'ouest-sud-ouest et le quart sud-ouest, parmi d'autres. Le trajet total a couvert 2158 lieues. Les observations mentionnent des directions spécifiques et les distances journalières. Le voyageur a finalement atteint le Cap des Aiguilles et la baie du Cap de Bonne-Espérance.
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18447
p. 219-227
Ce qui se passa le jour même en Sorbonne à l'égard des Ambassadeurs, tout ce qu'ils y ont vû, & ce qu'ils ont dit. [titre d'après la table]
Début :
Le jour que cette These fut soûtenuë en Sorbonne, les [...]
Mots clefs :
Sorbonne, Siam, Religion chrétienne, Docteurs, Siamois, Religion, Reconnaissance, Église, Salle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ce qui se passa le jour même en Sorbonne à l'égard des Ambassadeurs, tout ce qu'ils y ont vû, & ce qu'ils ont dit. [titre d'après la table]
Le jour que cette Theſe fut
foûtenuë en Sorbonne , les
Ambaſſadeurs y allerent, tant
par cette raifon que pour voir
un lieu ſi renommé par toute
la terre. Ils y arriverent fur
Tij
220 IV. P. du Voyage
les deux heures aprés midy,
&furent receus en deſcendant
de Carroſſe par des anciens
Docteurs de la maifon
qui lesconduiſirent dans une
chambre contiguë à la Sale
où le Siamois devoit foûtenir.
Le plus ancien des Docteurs
leur fit compliment , & leur
marqua que la Sorbonne fe
croyoit obligée de remercier le
Roy de Siam en leurs perſonnes,
de la protection qu'il a la bonté
de donner en ſon Royaume à
quelques Docteurs du College de
Sorbonne ,& à quelques Miffionnaires
qui estoientpartis d'Eu
des Amb. de Siam, 221
rope pour aller aux Indes , à
deffein d'y annoncer la Religion
Chrétienne. Il ajoûta qu'il prioit
leurs Excellences , d'avoir la bontéde
témoigner au Roy de Siam
la reconnoiſſance qu'auroit toujours
la Sorbonne de la bien-veillance
, qu'iltémoignoit à ces Do-
Eteurs Miſſionnaires. L'Ambaffadeur
répondit , que leRoy
leur Maître continuëroit de permettre
à chacun le libre Exercice
de la Religion qu'il profeffoit
& principalement de la
Religion Chrétienne ; qu'il permettroitqu'elle
fût annoncée àfes
Sujets ,&qu'ils enfiffent même
Tij
222 IV. P. du Voyage
profeffion ; qu'il eſtimoit particu
lierement les Miſſionnaires , &
les appuyoit de ſon authorité
Royale dans leurs fonctions Apoftoliques,
&qu'ils ne manque
roient pas à leur retour de luy témoigner
la reconnoiſſance, que la
Sorbonne en avoit , & les remerciemens
qu'elle luy en fai
foit. On les conduiſit enfuire
à l'Eglife. Ils en examinerent
l'Architecture qu'ils trouverent
belle , & les Autels magnifiques
. Ils admirerent en
fortant le veſtibule qui regarde
fur la court , & la belle
fimetrie de tout le bâtiment.
des Amb. de Siam. 22.3
Apres cela on les fit monter
à la Bibliotheque ; ils furent
d'abord furprisàla veuë d'un
fi grand vaiſſeau , & fi élevé ,
& remply juſques au haut
d'une fi grande quantité de
Livres , imprimez ou manufcrits
. Me le Bibliothequaire
fit voir à l'Ambaſſadeur un
Tite-live manufcrit , remply
de tres -belles mignatures, qui
reprefentent les Sieges & les
Combats des Romains. L'Ambaffideur
le feuillera , & le
onfidera avec plaisir ,&pen
dant ce remps , le Bibliothequaire
prefenta aux deux au
Tiny
224 IV.P.duVoyage
dit , un Altres
, & particulierement au
ſecond Ambaffadeur qui a
beaucoup voyagé , ainſi que
je vous l'ay déja dit
coran bien écrit en Arabe fur
du papier de la Chine. Ils s'arrêterent
beaucoup à quelques
Livres Modernes qui reprefentoient
les Triomphes de
Sa Majefté. L'Ambaſſadeur
conſidera auſſi quelquesGlobes
; il marqua du doigt fur
celuyde la terre le chemin de
Siam,& nomma les Illes qui
en ſont les plus proches. IP
parcourut enfuire le Globe
Celeſte, noma pluſieurs Etoi
des Amb. de Siam. 225
les en fa langue , & fit paroître
qu'il les connoiffoit , &
leur ſituation. Apres avoir
parcouru la Bibliotheque , ils
defcendirent dans la Sale où
ſe devoit faire l' Acte , & avant
que de s'affcoir , ils ſaluerent
le Portrait du Roy qui estoit
poſé fous un dais ; ils ſaluerent
enfuite le Prefident , &
laCompagnie ,&ne fortirent
qu'à la fin de l'Acte du Siamois
qui fut loïé par le Prefident
de l'Acte , & fort exhorté
à continuer ſes études..
Ce Preſident infera dans fon
diſcours les Loüanges desAm
226 IV . P. du Voyage
baffadeurs qui eſtant ſurpris
du bruit que firent les applau
diſſemens que le Siamois receur
, demanderent fi l'on
n'étoit pas content. On leur
expliqua ce que c'eſtoit que
Ies bâtemens de mains qu'ils
entendoient , & ils furent ravis
de voir qu'un Homme de
leur Nation euſt paru dans
une fi belle Aſſemblée , &
dans un Corps auſſi ſçavane
que celuy de Sorbonne. Ils
furent reconduits par quelques
Docteurs juſqu'à leur
Carroffe , & ils les remercierent
de leur bonne reception,
des Amb. de Siam. 227
& de l'honneur qu'on leur
avoit fair.
foûtenuë en Sorbonne , les
Ambaſſadeurs y allerent, tant
par cette raifon que pour voir
un lieu ſi renommé par toute
la terre. Ils y arriverent fur
Tij
220 IV. P. du Voyage
les deux heures aprés midy,
&furent receus en deſcendant
de Carroſſe par des anciens
Docteurs de la maifon
qui lesconduiſirent dans une
chambre contiguë à la Sale
où le Siamois devoit foûtenir.
Le plus ancien des Docteurs
leur fit compliment , & leur
marqua que la Sorbonne fe
croyoit obligée de remercier le
Roy de Siam en leurs perſonnes,
de la protection qu'il a la bonté
de donner en ſon Royaume à
quelques Docteurs du College de
Sorbonne ,& à quelques Miffionnaires
qui estoientpartis d'Eu
des Amb. de Siam, 221
rope pour aller aux Indes , à
deffein d'y annoncer la Religion
Chrétienne. Il ajoûta qu'il prioit
leurs Excellences , d'avoir la bontéde
témoigner au Roy de Siam
la reconnoiſſance qu'auroit toujours
la Sorbonne de la bien-veillance
, qu'iltémoignoit à ces Do-
Eteurs Miſſionnaires. L'Ambaffadeur
répondit , que leRoy
leur Maître continuëroit de permettre
à chacun le libre Exercice
de la Religion qu'il profeffoit
& principalement de la
Religion Chrétienne ; qu'il permettroitqu'elle
fût annoncée àfes
Sujets ,&qu'ils enfiffent même
Tij
222 IV. P. du Voyage
profeffion ; qu'il eſtimoit particu
lierement les Miſſionnaires , &
les appuyoit de ſon authorité
Royale dans leurs fonctions Apoftoliques,
&qu'ils ne manque
roient pas à leur retour de luy témoigner
la reconnoiſſance, que la
Sorbonne en avoit , & les remerciemens
qu'elle luy en fai
foit. On les conduiſit enfuire
à l'Eglife. Ils en examinerent
l'Architecture qu'ils trouverent
belle , & les Autels magnifiques
. Ils admirerent en
fortant le veſtibule qui regarde
fur la court , & la belle
fimetrie de tout le bâtiment.
des Amb. de Siam. 22.3
Apres cela on les fit monter
à la Bibliotheque ; ils furent
d'abord furprisàla veuë d'un
fi grand vaiſſeau , & fi élevé ,
& remply juſques au haut
d'une fi grande quantité de
Livres , imprimez ou manufcrits
. Me le Bibliothequaire
fit voir à l'Ambaſſadeur un
Tite-live manufcrit , remply
de tres -belles mignatures, qui
reprefentent les Sieges & les
Combats des Romains. L'Ambaffideur
le feuillera , & le
onfidera avec plaisir ,&pen
dant ce remps , le Bibliothequaire
prefenta aux deux au
Tiny
224 IV.P.duVoyage
dit , un Altres
, & particulierement au
ſecond Ambaffadeur qui a
beaucoup voyagé , ainſi que
je vous l'ay déja dit
coran bien écrit en Arabe fur
du papier de la Chine. Ils s'arrêterent
beaucoup à quelques
Livres Modernes qui reprefentoient
les Triomphes de
Sa Majefté. L'Ambaſſadeur
conſidera auſſi quelquesGlobes
; il marqua du doigt fur
celuyde la terre le chemin de
Siam,& nomma les Illes qui
en ſont les plus proches. IP
parcourut enfuire le Globe
Celeſte, noma pluſieurs Etoi
des Amb. de Siam. 225
les en fa langue , & fit paroître
qu'il les connoiffoit , &
leur ſituation. Apres avoir
parcouru la Bibliotheque , ils
defcendirent dans la Sale où
ſe devoit faire l' Acte , & avant
que de s'affcoir , ils ſaluerent
le Portrait du Roy qui estoit
poſé fous un dais ; ils ſaluerent
enfuite le Prefident , &
laCompagnie ,&ne fortirent
qu'à la fin de l'Acte du Siamois
qui fut loïé par le Prefident
de l'Acte , & fort exhorté
à continuer ſes études..
Ce Preſident infera dans fon
diſcours les Loüanges desAm
226 IV . P. du Voyage
baffadeurs qui eſtant ſurpris
du bruit que firent les applau
diſſemens que le Siamois receur
, demanderent fi l'on
n'étoit pas content. On leur
expliqua ce que c'eſtoit que
Ies bâtemens de mains qu'ils
entendoient , & ils furent ravis
de voir qu'un Homme de
leur Nation euſt paru dans
une fi belle Aſſemblée , &
dans un Corps auſſi ſçavane
que celuy de Sorbonne. Ils
furent reconduits par quelques
Docteurs juſqu'à leur
Carroffe , & ils les remercierent
de leur bonne reception,
des Amb. de Siam. 227
& de l'honneur qu'on leur
avoit fair.
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Résumé : Ce qui se passa le jour même en Sorbonne à l'égard des Ambassadeurs, tout ce qu'ils y ont vû, & ce qu'ils ont dit. [titre d'après la table]
Le jour de la soutenance de thèse à la Sorbonne, les ambassadeurs siamois assistèrent à l'événement et découvrirent ce lieu prestigieux. Arrivés deux heures après midi, ils furent accueillis par des docteurs anciens de la Sorbonne, qui les menèrent dans une chambre adjacente à la salle de soutenance. Le doyen remercia le roi de Siam pour la protection accordée aux docteurs et missionnaires du Collège de Sorbonne aux Indes, et exprima la reconnaissance de la Sorbonne pour la bienveillance royale envers ces missionnaires. L'ambassadeur répondit que le roi de Siam continuerait de permettre le libre exercice de toutes les religions, y compris la religion chrétienne, et soutiendrait les missionnaires. Les ambassadeurs visitèrent ensuite l'église et la bibliothèque, admirant l'architecture, les livres, et divers ouvrages, dont un manuscrit de Tite-Live et des livres modernes représentant les triomphes du roi de France. Ils examinèrent également des globes terrestres et célestes, et l'ambassadeur montra ses connaissances en astronomie. Après la visite, ils assistèrent à la soutenance, saluèrent le portrait du roi, le président et la compagnie, puis quittèrent la salle. Le président loua leur intérêt et admiration. Les docteurs reconduisirent les ambassadeurs à leur carrosse, qui les remercièrent pour l'accueil et l'honneur reçu.
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18448
p. 14
LA TRUYE ET LA LIONNE. FABLE.
Début :
LA Truye à la Lionne adressa ce langage : [...]
Mots clefs :
Lionne, Truie, Mariage, Qualité, Quantité
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texteReconnaissance textuelle : LA TRUYE ET LA LIONNE. FABLE.
LA TRUYE ET LA LIONNE
FABLE.
LA Truye à la Lionne adrefſa ce langage :
Hélas ! felon ce que je vois ,
Vous n'êtes guères heureufe en mariage !
J'ai toujours force enfans , & vous , à chaque fois ;
Vous n'en avez qu'un , pauvre mère : ...
Qu'un ? mais c'eft un Lion , lui dit la bête fière.
Bien répondu ! Que fait la quantité
La valeur d'une chofe eft dans fa qualité.
Par M. GUICHARD
FABLE.
LA Truye à la Lionne adrefſa ce langage :
Hélas ! felon ce que je vois ,
Vous n'êtes guères heureufe en mariage !
J'ai toujours force enfans , & vous , à chaque fois ;
Vous n'en avez qu'un , pauvre mère : ...
Qu'un ? mais c'eft un Lion , lui dit la bête fière.
Bien répondu ! Que fait la quantité
La valeur d'une chofe eft dans fa qualité.
Par M. GUICHARD
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18449
p. 14-15
BOUQUET. A Mlle .... en lui envoyant des Immortelles.
Début :
BELLE Iris, un Amant heureux [...]
Mots clefs :
Bouquet, Immortelles , Fleurs, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BOUQUET. A Mlle .... en lui envoyant des Immortelles.
BOUQUET.
A Mlle .... en lui envoyant des
Immortelles.
BELLB Iris , un Amant heureux
Pour Bouquet donne à ſa Maîtreſſe
Des Fleurs qui peignent la tendreſſe
Et le bonheur qui couronne les feux :
Elles refpirent l'allégreffe ,
Et fon Amour ingénieux ,
Dans leur tiffu voluptueux ,
Scait aux tranſports de fon ivreffe ,
JUILLET. 1763.
Unir la fateufe promeffe
D'être toujours plus amoureux !
Pour moi , dont la flâme fidelle
Ne peut obtenir de retour ,
Ma douleur me permettroit- elle
Ces riantes fleurs en ce jour ?
Non , elle en offre de moins belles ;
Mais du moins , belle Iris , elles font immortelles
Comme le fera mon amour.
P. B. T. D. L. C. de Parise
Ce 7 Juin 1763.
A Mlle .... en lui envoyant des
Immortelles.
BELLB Iris , un Amant heureux
Pour Bouquet donne à ſa Maîtreſſe
Des Fleurs qui peignent la tendreſſe
Et le bonheur qui couronne les feux :
Elles refpirent l'allégreffe ,
Et fon Amour ingénieux ,
Dans leur tiffu voluptueux ,
Scait aux tranſports de fon ivreffe ,
JUILLET. 1763.
Unir la fateufe promeffe
D'être toujours plus amoureux !
Pour moi , dont la flâme fidelle
Ne peut obtenir de retour ,
Ma douleur me permettroit- elle
Ces riantes fleurs en ce jour ?
Non , elle en offre de moins belles ;
Mais du moins , belle Iris , elles font immortelles
Comme le fera mon amour.
P. B. T. D. L. C. de Parise
Ce 7 Juin 1763.
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Résumé : BOUQUET. A Mlle .... en lui envoyant des Immortelles.
Le poème 'BOUQUET' est dédié à une demoiselle anonyme et se divise en deux parties. La première, signée 'BELLB', célèbre un amour heureux à travers des fleurs symbolisant allégresse et volupté. La seconde, datée du 7 juin 1763 et signée 'P. B. T. D. L. C. de Parise', exprime une douleur due à un amour non réciproque et offre des immortelles, symbole d'un amour éternel.
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18450
p. 1276-1278
ULISSE ET CIRCÉ. FABLE.
Début :
L'un de l'autre charmez dans leur Isle enchantée, [...]
Mots clefs :
Moineaux, Printemps, Amour, Oiseaux, Bonheur, Amants, Coeur, Ulysse, Circé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ULISSE ET CIRCÉ. FABLE.
ULISSE ET CIRCE'.
FABLE.
L'un de l'autre charmez dans leur Isle en- chantée ,
La Fille du Soleil et son Amant un jour ,
De leur félicité rendoient grace à l'Amour ;
Par deux Oiseaux leur vûë est arrêtée ,
Ulisse les observe ( objets interessants ! )
Un trouble se répand dans leur ame attendrie à
Il regarde Circé ; la même rêverie ,
Tenoit enchantez tous ses sens.
Hé quoi dit- il, leur flâme ainsi favorisée ;
N'excite point encor d'inutiles désirs !
Ils n'éprouvent jamais dans de si doux plaisirs ,
La triste oeconomie aux Mortels imposée !
Il est vrai , les Moineaux s'aiment bien tendres
ment ,
Reprit la jeune Enchanteresse ;
Ne peut-on s'élever jusques à leur tendresse ?
Mon Art ne fut jamais employé vainement :
Que tardons- nous ? l'Amour sera d'intelligence ;
II. Vol. Oui
N. 1733 1277
Oui , c'est toi , Dieu charmant , qui nous ouvres
les yeux ,
Nous n'allons acquerir ces dons délicieux ,
Que pour mieux sentir ta puissance.
A ces mots ces Amans par l'espoir animez ,
En Moineaux tout- à - coup se trouvent trans
formez.
Des Aquilons alors l'influence bannie ,
Cédoit aux doux Zéphirs , la Terre rajeunie ;
Bien-tôt il n'est Palmiers , Mirthes , Cedres , Ro
seaux ,
Où cent fois ces heureux Oiseaux ,
Ne se soient assurez de leur métamorphose .
Quel exemple combien de Spectacles char
mans
Aux Nymphes de Circé chaque jour il expose
Elles comptent tous les momens
De ce changement admirable ;
Jamais l'Art des Enchantemens ,
Ne leur parut si respectable :
Mais ce Printemps si cher passa rapidement ,
Er dans ces mêmes lieux témoins de leur yvresse
On les voit, ces Oiseaux , séparez sans tristesse ,
Ou rejoints sans empressement.
Tous deux se retraçant leur commmune avan¬
ture ,
En formant les Moineaux , disoient- ils, la Nature
De leur bonheur s'occupoit foiblement ,
Il n'est qu'un seul plaisir , un seul nous rend
sensibles;
1278 MERCURE DE FRANCE
Le Printemps nous l'inspire , ô destins inflêxibles
!
Il s'envole avec le Printemps ,
Et dans cette absence fatale ,
Nous n'avons point un coeur pour remplir l'ing
tervale ,
Par ces troubles secrets , par ces ravissemens ,
Qui font le bonheur des Amans.
Quel don nous échappoit avec la forme hu →
maine ?
Reprenons , reprenons ce coeur ,
Source des biens parfaits , favorable Enchanteur,
Qui mêle un certain charme à sa plus triste peine,
Qui ménageant notre espoir , nos désirs ,
Au comble du bonheur par degrés nous amene ,
Et ces degrez sont autant de plaisirs.
Le Héros et l'Enchanteresse ,
Reprennent à l'instant leur forme et leur tendresse
,
Détrompez des faux biens qu'ils avoient éprouvez
,
Pour transmettre aux Amans un si puissant
exemple ,
Au véritable Amour ils élevent un Temple ,
"
Et sur l'Autel ces mots furent gravez ,
Au destin des Moineaux ne portez point envie ,
Mortels , un coeur sensible est le suprême bien ,
Aimez , vous le pouvez, tout le temps de la vie ;
Aimez bien tendrement , tout le reste n'est rien.
FABLE.
L'un de l'autre charmez dans leur Isle en- chantée ,
La Fille du Soleil et son Amant un jour ,
De leur félicité rendoient grace à l'Amour ;
Par deux Oiseaux leur vûë est arrêtée ,
Ulisse les observe ( objets interessants ! )
Un trouble se répand dans leur ame attendrie à
Il regarde Circé ; la même rêverie ,
Tenoit enchantez tous ses sens.
Hé quoi dit- il, leur flâme ainsi favorisée ;
N'excite point encor d'inutiles désirs !
Ils n'éprouvent jamais dans de si doux plaisirs ,
La triste oeconomie aux Mortels imposée !
Il est vrai , les Moineaux s'aiment bien tendres
ment ,
Reprit la jeune Enchanteresse ;
Ne peut-on s'élever jusques à leur tendresse ?
Mon Art ne fut jamais employé vainement :
Que tardons- nous ? l'Amour sera d'intelligence ;
II. Vol. Oui
N. 1733 1277
Oui , c'est toi , Dieu charmant , qui nous ouvres
les yeux ,
Nous n'allons acquerir ces dons délicieux ,
Que pour mieux sentir ta puissance.
A ces mots ces Amans par l'espoir animez ,
En Moineaux tout- à - coup se trouvent trans
formez.
Des Aquilons alors l'influence bannie ,
Cédoit aux doux Zéphirs , la Terre rajeunie ;
Bien-tôt il n'est Palmiers , Mirthes , Cedres , Ro
seaux ,
Où cent fois ces heureux Oiseaux ,
Ne se soient assurez de leur métamorphose .
Quel exemple combien de Spectacles char
mans
Aux Nymphes de Circé chaque jour il expose
Elles comptent tous les momens
De ce changement admirable ;
Jamais l'Art des Enchantemens ,
Ne leur parut si respectable :
Mais ce Printemps si cher passa rapidement ,
Er dans ces mêmes lieux témoins de leur yvresse
On les voit, ces Oiseaux , séparez sans tristesse ,
Ou rejoints sans empressement.
Tous deux se retraçant leur commmune avan¬
ture ,
En formant les Moineaux , disoient- ils, la Nature
De leur bonheur s'occupoit foiblement ,
Il n'est qu'un seul plaisir , un seul nous rend
sensibles;
1278 MERCURE DE FRANCE
Le Printemps nous l'inspire , ô destins inflêxibles
!
Il s'envole avec le Printemps ,
Et dans cette absence fatale ,
Nous n'avons point un coeur pour remplir l'ing
tervale ,
Par ces troubles secrets , par ces ravissemens ,
Qui font le bonheur des Amans.
Quel don nous échappoit avec la forme hu →
maine ?
Reprenons , reprenons ce coeur ,
Source des biens parfaits , favorable Enchanteur,
Qui mêle un certain charme à sa plus triste peine,
Qui ménageant notre espoir , nos désirs ,
Au comble du bonheur par degrés nous amene ,
Et ces degrez sont autant de plaisirs.
Le Héros et l'Enchanteresse ,
Reprennent à l'instant leur forme et leur tendresse
,
Détrompez des faux biens qu'ils avoient éprouvez
,
Pour transmettre aux Amans un si puissant
exemple ,
Au véritable Amour ils élevent un Temple ,
"
Et sur l'Autel ces mots furent gravez ,
Au destin des Moineaux ne portez point envie ,
Mortels , un coeur sensible est le suprême bien ,
Aimez , vous le pouvez, tout le temps de la vie ;
Aimez bien tendrement , tout le reste n'est rien.
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Résumé : ULISSE ET CIRCÉ. FABLE.
Le texte 'Ulysse et Circé' relate l'observation d'oiseaux s'aimant par Ulysse et Circé. Ulysse souhaite partager une telle félicité sans les contraintes humaines. Circé, enchanteresse, transforme les amants en moineaux pour qu'ils vivent pleinement leur amour. Ces oiseaux, symbolisant l'amour parfait, profitent de leur métamorphose dans un environnement idyllique. Leur bonheur est éphémère, car avec la fin du printemps, ils se retrouvent séparés sans tristesse ou réunis sans empressement. Ulysse et Circé réalisent alors que leur bonheur était incomplet sans les émotions humaines. Ils reprennent leur forme humaine et érigent un temple à l'amour véritable, gravant sur l'autel un message exhortant les mortels à aimer tendrement, car un cœur sensible est le suprême bien.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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