LE CREPUSCULE.
Enfin le jour baifle ;
L'aftre qui nous luit,
Après lui ne laiffe
Qu'un éclat qui fuit.
Auffi
voyageres
Qu'on voit les éclairs ,
Des vapeurs légeres
Enflamment les airs ,
Le Dieu que je fers
Fait de nos fougeres ,
Sous ces berceaux verds ,
Le lit des bergeres.
L'ombre fe répand
L'Amour moins timide ,
Livre impunément
A ma main avide
Ces biens précieux ,
Ces charmes fans nombre,
Que la nuit plus fombre
Dérobe à mes yeux.
Moment favorable !
Couché fur les fleurs,
Un objet aimable
N'a plus de rigueurs.
Mais déja tout çéde
DECEMBRE . 1754. 77
Au plus doux repos ,
A de longs travaux
Le fommeil fuccéde ,
Et volage encor ,
Dans les bras de Flore ,
Attendant l'Aurore ,
Zéphire s'endort.
Sommeil favorable ,
Ton charme agréable
Diffipe nos maux.
Autour des
pavots
Les fonges voltigent
Des fonges menteurs
Les folles erreurs
Confolent , affligent ,
Raffurent nos coeurs.
Le Berger fommeille
Près de fon troupeau s
Le plaifir feul veille
Près de ce ruiffeau :
Bientôt le filence ,
Enfant de la nuit ,
Dans ces bois devance
L'Amour qui le fuit.
Plus loin du myſtere ;
Le charme trompeur ,
Séduit & fait taire
L'auftere pudeur.
Voulant fe défendre
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
Philis va fe rendre
Au preffant defir ;
Déja le Plaifir
A
Badinant près d'elle ,
Fléchit la cruelle ;
J'entends un foupir.
Douce Nuit , acheve ,
Pour combler mes voeux ,
De me rendre heureux ;
Que le Jour fe leve
Témoin de nos feux.