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Liste
3201
p. 278-315
TRADUCTION d'une description du Harem, ou de l'Appartement des Femmes du Grand Seigneur.
Début :
Dans le Harem où sont renfermées les femmes du Grand Seigneur [...]
Mots clefs :
Seigneur, Eunuques, Prince, Appartement, Vizir, Dames, Reine, Harem, Sultane, Sérail, Appartement, Reine, Princesse, Cheval, Esclaves, Cuisine, Grand vizir, Fourrure, Affaires, Officiers
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texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION d'une description du Harem, ou de l'Appartement des Femmes du Grand Seigneur.
TRADUCTION
d'une description du Harem ,
ou de l'Appartement des Fem-
Appartemer
mes du Grand- Seigneur.
Dans le Harem où ſontrenfermées
les femmes duGrand-
C
GALANT. 279.
Seigneur , il y a trois principaux
appartements , outre сс
luy de ce Prince. Le premier
eſtceluy de la Sultane Validé ,
ou Reine Mere. Le ſecond celuy
de la Suliane Haffki , ou
Reine ; & le troſieme celuy
de la Kiaya Kadin , ou Sur- Intendante
des filles. La Kaya
Kadin a jurisdiction fur toutes
les filles eſclaves du Serrail;
c'eſt elle auſſi qui commande
auxquarante Boula. Les Boula
ſont des filles âgées qui ont
ſoin de faire le lit du Grand-
Seigneur,& de le ſervirquand
il eſt dans l'appartement des
280 MERCURE
1
femmes ; elles ſont ſur le même
pied que les quarante Pages
de la premiere chambre
qui fervent leGrand Seigneur
quand il eſt hors du Harem.
Dix de ces Boula font garde
pendant la nuit à la porte de
la chambre où le Grand Seigneur
couche. Ces Boula deviennent
par droit d'ancienneté
Hazinedar Oufta, ou Treforieres
,& enſuiteKaya Kadin.
La dignité de Kiaya Kadın
eſt la premiere : ſi quelque fille
veut repreſenter quelque choſe
au Grand Seigneur , elle
s'adreſſe à cette Sur- Intendante
,
GALANT. 281
te , & celle cy le fait ſçavoirà
ce Prince , parce qu'il n'y a
qu'elle , & les quarante Boula
qui ayent un libre accés auprés
de la perſonne duGrand-
Seigneur , auffi bien que la
Sultane Haffeki , & les quatre
premieres Kadins ou Dames.
La Kiaya Kadin a la direction
de toutes les filles qui ſont deftinées
pour les plaiſirs du
Grand- Seigneur ; il y en a une
centaine. Celles qui ont eu le
bonheur de plaire à ce Prince
s'appellent Odaliques , c'est- àdire
, filles de la chambre ; &
fi le Grand- Seigneur deman-
Novembre 1714. Aa
282 MERCURE
de quelqu'autre fille qui n'ait
pas encore eſté Odalique , c'eſt
la Kiaya Kadin qui l'introduir ,
aprés qu'elle en a cula permiffion
de la Sultane Validé. Ces
Princes ont cette déference
pour leurs meres.
La Sultane Haffeki , ou Reine
, eſt toûjours celle qui a cu
lapremiere un enfant mâle ;
elle porte une Couronne d'or
fur la tête. Elle & les quatre
premieres Dames qui ont eu
des enfans mâles , ou des filles ,
ont toutes leurs appartemens
leurs cuifines ,& offices à part;
elles ont des Eunuques pour
GALANT. 283
les ſervir dans le Serrail , &
pour les affaires du dehors elles
ont un Agent & des Baltagis
* du vieuxSerrail * qui leurs
font affectez . Elles vont auprés
duGrand Seigneur quand
elles veulent, ſans que laKiaya
Kadin en prenne connoiſſance,
&fice Prince veut aller chez
elles , il les fait ſeulement
avertir par une des Boula , &
alors elles ſe preparent,&vont
au devant de luy , baiſent la
Ce font ceux qui hors du Serrail
executent les commiſſions des Princes,
des femmes , &des Eunuques,
**Palais où on relegue les femmes du
Grand-Seigneur aprés ſa mort..
Aa ij
284 MERCURE
1
terre quand elles font en fa
prefence , le prennent en
fuite ſous les bras , & le conduiſent
dans leur chambre ;
tant que ce Prince reſte avec
ces Dames , ni la Kiaya Kadin ,
ni aucune Boula ne peut entrer
ſans qu'il ne les appelle...
On affigne à la SultaneHaf-
Seki pour appanage certains
fonds de terre quirendent environ
quarante , ou cinquanto
Yuk ou charges d'argent; chaque
charge vaut deux mille
cinq cent livres , on luydonne
encore une perſonne de
probité , & de confideration
GALANT. 285.
pour Agent , qui a ſoin des
affaires au dehors , & des appanages
, &qui en rend compte
au premier Eunuque , &
celuy cy à la Sultane Haffeki.
Celuy qui porte les ordres à
l'Agent aprés les avoir receu
du premier Eunuque , eſt le
Baltagi , qui eſt Kahuegi , ou
faiſeur du caffe de la Sultane.
On doit obſerver qu'il n'y
aqu'une Sultane Haßki , qui
comme j'ay dit eſt toûjours
celle qui accouche la premiere
d'un enfant mâle ; que fi
on ne luy donne point la
Couronne , on ne luy fair
:
2.86. MERCURE
point ſa Maiſon ,on ne l'ap
pelleque BacheKadin , premiere
Dame , & les autres Dames
Odaliques, qui ont enſuite des
enfans , font appellées la ſeconde
Dame , la troifiéme:
Dame ,& cela juſqu'à la neu
viéme ; parce que c'eſt la coû
tume qu'il peut y en avoir
juſqu'à neuf; mais elles n'ont
ni Maiſons à part , ni Appanages
; on leur affigne ſeulement
un certain nombre de
plats dela cuiſine Imperiale
on leur donne un ou deux
Eunuques pour les ſervir au
dedans,& quelques Baltagis,
ॐ
GALANT. 287
pour les fervir au dehors du
Serrail ;& outreles dépenſes.
tant pour leurs perſonnes .
que pour celle des Princes ou
Princeſſes leurs enfans le
Grand-Seigneur leur donne
une dizaine de bourſes , c'eſtà-
dire quinze mille livres pour
leurs menus plaiſirs.
Si parmi ces Dames qui ont
cudes enfans mâles , il y en a
quelqu'une que le Grand Scigneur
honore d'une bienveillance
particuliere , ce Prince
luy donne pour Appanage un
fonds de terre ſuffifantà faire
environ quinze ou vingt char288
MERCURE
ges d'argent,
Il n'en eſt pas de même à
l'égard de la Sultane Validé ,
dés que le Prince ſon fils eſt
fur le Trône , elle a en qualitéde
Reine Mere , fa Maifon
en particulier , elle a de gros
Appanages , elle a un Agent
au dehors ; & quand elle ordonne
au Grand- Viſir de faire
quelque choſe , ce premier
Miniſtre le repreſente au
Grand Seigneur , qui donne
aufſcoſt ſon confentement
par écrit :fi leGrand Seigneur
vient à mourir , & que fon &
fils monte fur le Trône , la
Sultane
GALANT. 289
Sultane Validé, comme grandmere
a toûjours les mêmes
honneurs ; mais elle ne ſe mêle
plus des affaires ,& la mere
du Prince n'eſt que la ſeconde
en dignitez , elle a pourtant
unemaiſon à part& les mêmes
Officiers que la grand'mere :
fi la grand' mere meurt, la Reine
devient abſoluë , & fi elle
vient à mourir, la Kiaya Kadın
prend fa place dans les affaires
qui regardent ſeulement l'appartement
des femmes , fans
ſe mêler des affaires du dehors.
Quand le Grand Seigneur
meurt , s'il n'a point de fils
Novembre 1714. Bb
290 MERCURE
pour luy fucceder د ou que
celuy qu'il a , ſoit trop jeune
pour regner , on met ſur le
Thrône le frere du Grand-
Seigneur , ou un autre Prince,
&alors la mere de ce Princedevient
Sultane Validé , &
on envoye au vieux Serrail
la Sultane Validé du Prince
mort , & elle y demeure juſqu'à
ſa mort fans pouvoir ſe
marier ; mais ſi le fils d'une
Sultane Haffeki ou d'une
autre Dame Odalique , vient à
mourir pendant que leGrand-
Seigneur ſon pere eſt en vie,
la mere du Prince ne reſte
,
1
GALANT. 291
point dans le Serrail , aprés
la mort du Grand- Seigneur ,
on la marie à quelque Viſir ,
ou on l'envoye au vieux Serrail.
Al'égard des Dames Odali
ques qui n'ont eu que des filles
, on les marie quelquefois
quand même leurs filles font
encore en vie , & du vivant
même du Grand Seigneur ;
cela ſepratique demême à l'égard
des Dames Odaliques qui
n'ont point eu d'enfans : mais
pour celles qui ont eu des enfans
mâles , on ne les marie
point , tant que leurs fils font
(
Bbij
292 MERCURE
en vie, on les envoye au vieux
Serrail. Dés que le Grand-Scigneur
vient à mourir , fi un
de ces Princes par ſucceſſion
de temps , devientGrand- Seigneur
, alors la mere de ce
Prince revient dans le Serrail
en qualité de Sultane Validé.
La Sultane Kalidé a plus de
cent filles eſclaves pour la fervir.
La premiere eſt la Hazinedar
Oufta , ou Treforiere ; &
la ſecondeKontongi Boula , qui
eſt celle qui eſt chargée de la
caffette aux bijoux; elle a deux
cuiſines , l'une dans l'appartement
des femmes , & l'autre
au dehors ; elle a trente ou
GALANT. 293
quarante Eunuques , dont le
chef s'appelle Bacha Aga ,ou
premier Aga , ce ſont ceux
qui ont ſoindes emplettes ,&
des affaires de toutes les eſclaves:
outre ce premier Aga , il
y en a encore deux autres
qu'on appelle ſecond & troifiémeAga
, & ces trois Aga
commandent les autres Eunuques.
Tous les Eunuques ſont
eſclaves : quand ils ſont vieux
on leur donne la liberté , &
on les envoye au Caire , en
leur donnant une paye par
jour depuis trente Paras *juf-
**Un Paras vaut 18. deniers de France.
ВБ ij
294 MERCURE
qu'à cent cinquante.
r
ว
La Maiſon de la Sultane
Haffeki est compoféede la même
maniere que cellede laSultane
Validé. Ily a environ fix
cent filles eſclaves dans l'appartement
des femmes ; les
unes deſtinées pour le Grand-
Seigneur ,& les autres pour le
ſervice de la Sultane Validé
pour celuyde la SultaneHaffeki
,&des autres Dames,quand
elles ont ſervy long temps ,
on les marie quelquefois à des
Agas , ou à des Secretaires de
laPorte ; mais la Kiaya Radin ,
& la Hazinedar Boula ouTreGALANT
. 295
foriere du Grand- Seigneur ,
reſtent juſqu'à leur mort dans
le Serrail.
Il y a trois ou quatre cent
Eunuques noirs qui ſervent
dans l'appartement des femmes
; leur chef s'appelle Kizlar
Aga. Celuy-cy les commande
tous , & fon pouvoir
eſt grand tant au dedans qu'au
dehors , il eſt toûjours auprés
de la perſonne du Grand Scigneur
, & on peut dire que ce
Prince n'a pas moins d'égard
pour luy , que pour leGrand-
Vifir.
Tous les Telhis ou Suppli
Bb iiij
296 MERCURE
ques & repreſentations que le
Grand-Vifir ou les autres Vifirs
veulent faire au Grand-
Seigneur, paſſent par les mains
dduuKiflar-Aga , & on ne peut
faire aucun preſent au Prince,
ni luy faire ſçavoir la moindre
choſe , ni avoir aucune réponſe
de luy fans ſa permiffion ,
& particulierement quand le
Grand- Seigneur eſt dansl'ap.
partement des femmes , &
ſuppoſé que le Kiflar-Aga cût
des affaires , il envoye à ſa
place le Hazinedar , ou Treforier
qui eſt auſſi unEunuque
noir , ou un des dix huit Eu-
}
e
ALANT. 2.97
nuques qu'on appelle Favoris,
&enfuite ils luy viennent rendrecomptede
ceque leGrand-
Seigneur a répondu. LeKiflar-
Aga eſt au-deſſus des autres
Viſirs , c'eſt pour cela que
dans les marches publiques
fon cheval a des chaînes d'or
au col comme celuy du
Grand-Seigneur &du Grand-
Viſir ; les chevaux des autres
Viſirs n'ont que des chaînes
d'argent,il porte auſſi les jours
de ceremonie la veſte de ſatin
blanc fourée de Martre Zibeline
, comme le Grand- Vizir ;
les autres Viſirs la portent
,
298 MERCURE
rouge , ou verte.
Enfin cet Officier eft toû
jours auprés du Grand Seigneur
, quand il eſt dans le
Harem ou au dehors , foit
,
ou que
qu'il monte à cheval pour aller
à la promenade ,
quelqu'un le traite ; il a accés
huprés du Grand- Seigneur en
quelqu'endroit qu'il foit , à
moins qu'il ne fût feul auprés
de la Sultane- Validé, de la Sultane-
Haff ki , ou de quelqu'autre
Dame Odalique , alors il
n'entre pas par refpect , &
quand même il auroit unTelhis
du Grand- Viſir , il n'entre
GALANT. 299
point àmoins qu'il ne ſoit appellé
, au lieu que le Hazinedar
&les autres Eunuques favoris
ne vont auprés de ce Prince
que quand ils font appellez ,
ou quand le KiflarAga les envoye
pour luy dire quelque
choſe. C'eſt luy qui a les clefs
des portes du Harem , & les
Eunuques de garde luy portent
les clefs , aprés qu'ils les
ont fermées , & le matin ils
reprennent les clefs pour les
ouvrir : fi le Grand Seigneur
veut fortir pendant la nuit
les Eunuques de garde avertiffent
le Kiflar-Aga , & alors
>
300 MERCURE
il va luy-mêmeouvrir la por
te.
Toutes les nuits il y a quarante
Eunuques de garde avec
deux favoris à la porte desap
partemens , & au dehors des
murailles du coſté desjardins ,
il y a toutes les nuits quatre
ou cinq cent Bostangis * qui
font la garde , & les uns , &
les autres font tous armez ; le
Kiflar-Aga fair quelquefois la
ronde pendant la nuit , & s'il
trouve quelqu'un des Gar-
* Ce font les Jardiniers qui compoſent
ceCorps , dont le Boſtangis-Bachi
eft le Chef.
GALANT. 301
des endormi , ou qui ne foit
point en ſon poſte , le lende
main il luy fait donner cing
cent coups de bâtons ſur la
plante des pieds , & l'envoye
au vieux Serrail .
L'appartement! du Kiflar-
Aga eſt auprés de la porte de
l'appartement des femmes, il
y a environ cent Eunuques ,
& cent Baltagis à ſon ſervice.,
les uns pour le ſervir en dedans
, & les autres au dehors.;
il y a auſſi une cuiſine au dehors
, & des Officiers juſqu'au
nombre de cent cinquante
perſonnes,ils dependent pour
302 MERCURE
tant du Chefde la cuiſine Imperiale
, & c'eſt le Kiflargi Bachi
ou Chefde la chambre de
l'Office du Grand - Seigneur
qui eſt leur Sur- Intendant ; ils
portent tous des bonnets
blancs faits en pain de ſucre ,
excepté que le bout eſt rond.
La Sultane Validé , la Sultane
Haffeki , & les autres Dames
Odaliques ont un certain nombre
de plats de la cuiſine du
Grand- Seigneur ; mais cela eſt
pour les filles qui font à leur
ſervice , car elles ne mangent
quece qui leur eſt preparédans
les cuiſines qu'elles ont dans
0
GALANT. 303
leurs appartements. Les viandes
pour le reſte des filles &
des Eunuques ſont preparées
dans la cuiſine du Kıflar-Aga.
Les Baltagis du vieux Serrail
compoſent unCorps d'environquatre
cens hommes ; ils
ont pour leur Chef le Baltagilar
Kiayaffi , qui les punit
quand ils fontquelques fautes.
Il porte une ceinture large de
brocard d'or ,& le bonnet de
feutre jaune pointu , & qui
eſt un peu plus grand qu'un
grand pain de ſucre ; les Bal.
tagis portent auſſi de ſemblables
bonnets de feutre jaune ,
304 MERCURE
ils ſervent les femmes du Serrail
du Grand-Seigneur , &
celles qui ſont dans le vieux
Serrail. Ce font eux qui font
toutes les emplettes&les commiſſions
au dehors , ils dependent
du Kiflar-Aga.
:
Quand les femmes du
Grand-Seigneur font en marche
pour aller d'un lieu à un
autre , ils marchent àpied au
tour des caroffes avec leurs
épécs , les Eunuques font à
cheval auffiarmez , & marchent
devant & derriere les
caroffes ; ily a aufli bon nombredeBostangis
, qui marchent
un
GALANT . 305 .
:
un peu éloignez , & conduiſent
de cette maniere les
femmes d'un gîte à l'autre.
Les Baltagis , ont ſoin de
charger & décharger le bagage.
Onfait le caffé de la Sultane
Validé,de la Sultane Haßeki ,
de la Bache Kadin , de la Kiaya
Kadin , & du Kiflar Aga , au
dehors ou à des chambres
particulieres pour cela deſſervies
par vingt ou trenteBaltagis
, & chacunes de ces chambres
a un chef qui eſt un
ancien Baltagi , qu'on appelle
Kahuegi Bachi.
Novembre 1714. Cc
306 MERCURE
Ces faiſeurs de caffé font
eſtimez parmi le corps des
Baltagis ,& quand ils ſortent
de-là on leur donne des employs
confiderables ou de
bons Ziamets * , ou on les fait
Capigis - Bachis.
Le Secretaire du Kiflar-Aga
eſt auſſi eſtimé , on l'appelle
Yazigi Effendi ,il eſt quelque
fois chargé des ordres du
Grand-Seigneur pour leGrand
Viſir , & il va toûjours auprés
de ce premier Miniftre
pour lesaffaires du KıflarAga.
Ce Secretaire eft pourtant
au- deſſous du BaltagisKiayaffi
* Fonds de terres
GALANT . 307
& porte un bonnet de feutre
jaune , comme celuy de ces
Officiers; mais dans les voyages
ils portent tous des bonnets
de draps rouges comme
ceux des Bostangis ;c'eſt leBaltagi
Larkiayaffi qui porte ordinairement
les Haticherifs ,
ou ordres duGrand Seigneur
tant par écrit que de bouche
au Grand Vıfır ,aux autres
Viſirs , & au Moufti : quand
ila ſervi long- temps , on le
fait Capigi Bachi , ou on luy
donne quelqu'autre employ
confiderable .
Les Baltagis peuvent deve
Ccij
308 MERCURE
nir Sphais , ou Cavaliers avec
dix-huit afpres * de paye par
jour ,ou bien Chaoux ; c'eſtàdire
Huiffier.
Autrefois quand les fils
des Grands Seigneurs eſtoient
devenus grands on leur donnoit
des Provinces à gouverner
, & on leur donnoit un
Viſir ſage & prudent pour
Kiaya ouLieutenant ; cesPrinces
apprenoient par là les affaires
du monde , & quand le
Grand Seigneur venoit à mourir
, les Officiers de la Porte ,
* Un Aſpre vaut dix-huit deniers de
Franse.
GALANT. 309
tous les Chefs des Corps des
Milices , & tous les Docteurs
de la Loy en donnoient avis
au Prince aîné , & à ſon arrivée
on l'inſtalloit à la place du
Grand Seigneur ſon pere.Dés
qu'il avoit l'autorité en main
il faiſoit revenir ſes freres , &
les mettoitdans les priſons qui
font deſtinées pour ces Princes
,&qui font dans l'appartement
des femmes , & on
leur donnoit pour les ſervir
quelques vieilles Boula
quelques Eunuques noirs avec
tout ce qu'il leur faut pour
Ieur nourriture& leur entre-
د
&
310 MERCURE
tien , & ils demeuroient enfermez
juſqu'à ce que leur
rang d'être Empereur , vint
ou que la mort les delivrat :&
fi quelqu'un de ces Princes ne
venoit point fe remettre en
prifon , on le pourfuivoit jufqu'à
ce qu'on le prit ,& on le
faiſoit enfuite mourir.Aujourd'huy
il n'en eft pas demême,
pendant que le Grand-Seigneur
leur pere eſt vivant , ils
font élevez auprés de luy , &
quand il meurt on met ſur le
Trône le premier né , & fes
autres freres dans les priſons
qui font dans l'appartement
し
GALANT. 311
des femmes ſous la garde de
la SultaneValidé ,& cela fe fait
de l'avisde tous les principaux
Officiers de l'Empire , & ils
prennent une declaration par
écrit de cette Princeffe , comme
il ne ſera fait aucun tort à
ces Princes. On donne auffi à
ces Princes quelques vieilles
Boula , & quelques Eunuques
pour les fervir dans leurs prifons,&
quelques Baltagis pour
les fervir au dehors .
Al'égard des Sultanes ou
filles des Grands- Seigneurs ,
c'eſt l'ordinaire qu'on les
maric environ à l'âge de
1
>
312 MERCURE
ſept ans , à quelque Viſir qui
ne ſoit point marié; quelques
jours aprés que le mariage a
été celebré , on conduit en
cérémonie cette Princeſſe avec.
ſa dot ; & fon trouffeau.
chez fon Epoux ; on luy don
ne auffi trente ou quarante
filles , & une vingtaine d'Eunuques
noirs pour la fervir.
Le Grand-Viſir , les Viſirs de
route , tous les principaux.
Docteurs de laLoy& generalement
tous les principaux
Officiers de la Porte marchent
à cheval au -devant des
Caroffes de la Princeffe , le
د
Kiflar
GALANT. 313
Kiflar-Aga & quelques Eunuques
favoris le précedent ;
Quand la Princeſſe eſt arrivée
chez ſon Epoux , le Kiflar-
Aga la luy remet entre les
mains ,& luy la conduit dans
fon appartement ,& la remet
entre les mains de ſa Kiaya-
Kadin, de fa nourrice , & de
ſes gouvernantes , il fort enſuite
de l'appartement de la
Princeffe , & traite tous les
principaux Officiers qui l'ont
accompagné ; aprés le repas
il donne au Grand Viſir , au
Kiflar-Aga , au Moufty , aux
deux Kadileskers , au Cadi de
Novembre 1714. Dd
314 MERCURE
Conftantinople ,& à tous les
les Viſirs de route à chacun
une fourrure de martre zibline;
il endonne à tous les autres
principaux Officiers de la
Caftanie; il donne auffi des
fourrures de martre zibline
auxEunuques favorisqui ont
accompagné le Kiflar-Aga ,&
diſtribuë de l'argent àtousles
autres chacun ſuivant ſa qualité,
& aprés que le Grand-
Vıfır , le Kflar-Aga, les autres
Viſirs , les Docteurs de la
Loy ont felicité le nouveau
marié, chacun ſe retire chez
ſoy. Le lendemain il va renGALANT.
315
dre ſa viſite au Grand-Viſir
qui luy donne une fourrure
de martre zibline ; le premier
Miniſtre l'envoye enfuite au
Grand- Seigneur , ce Prince
luy donne un Caftan de drap
d'or fourré de martre zibline ,
comme ſon gendre , il va
aprés chez le Kıflar- Aga où la
Reine Mere luy envoye une
fourrure de martre zibline ,
&puis il ſe retire chez luy.
d'une description du Harem ,
ou de l'Appartement des Fem-
Appartemer
mes du Grand- Seigneur.
Dans le Harem où ſontrenfermées
les femmes duGrand-
C
GALANT. 279.
Seigneur , il y a trois principaux
appartements , outre сс
luy de ce Prince. Le premier
eſtceluy de la Sultane Validé ,
ou Reine Mere. Le ſecond celuy
de la Suliane Haffki , ou
Reine ; & le troſieme celuy
de la Kiaya Kadin , ou Sur- Intendante
des filles. La Kaya
Kadin a jurisdiction fur toutes
les filles eſclaves du Serrail;
c'eſt elle auſſi qui commande
auxquarante Boula. Les Boula
ſont des filles âgées qui ont
ſoin de faire le lit du Grand-
Seigneur,& de le ſervirquand
il eſt dans l'appartement des
280 MERCURE
1
femmes ; elles ſont ſur le même
pied que les quarante Pages
de la premiere chambre
qui fervent leGrand Seigneur
quand il eſt hors du Harem.
Dix de ces Boula font garde
pendant la nuit à la porte de
la chambre où le Grand Seigneur
couche. Ces Boula deviennent
par droit d'ancienneté
Hazinedar Oufta, ou Treforieres
,& enſuiteKaya Kadin.
La dignité de Kiaya Kadın
eſt la premiere : ſi quelque fille
veut repreſenter quelque choſe
au Grand Seigneur , elle
s'adreſſe à cette Sur- Intendante
,
GALANT. 281
te , & celle cy le fait ſçavoirà
ce Prince , parce qu'il n'y a
qu'elle , & les quarante Boula
qui ayent un libre accés auprés
de la perſonne duGrand-
Seigneur , auffi bien que la
Sultane Haffeki , & les quatre
premieres Kadins ou Dames.
La Kiaya Kadin a la direction
de toutes les filles qui ſont deftinées
pour les plaiſirs du
Grand- Seigneur ; il y en a une
centaine. Celles qui ont eu le
bonheur de plaire à ce Prince
s'appellent Odaliques , c'est- àdire
, filles de la chambre ; &
fi le Grand- Seigneur deman-
Novembre 1714. Aa
282 MERCURE
de quelqu'autre fille qui n'ait
pas encore eſté Odalique , c'eſt
la Kiaya Kadin qui l'introduir ,
aprés qu'elle en a cula permiffion
de la Sultane Validé. Ces
Princes ont cette déference
pour leurs meres.
La Sultane Haffeki , ou Reine
, eſt toûjours celle qui a cu
lapremiere un enfant mâle ;
elle porte une Couronne d'or
fur la tête. Elle & les quatre
premieres Dames qui ont eu
des enfans mâles , ou des filles ,
ont toutes leurs appartemens
leurs cuifines ,& offices à part;
elles ont des Eunuques pour
GALANT. 283
les ſervir dans le Serrail , &
pour les affaires du dehors elles
ont un Agent & des Baltagis
* du vieuxSerrail * qui leurs
font affectez . Elles vont auprés
duGrand Seigneur quand
elles veulent, ſans que laKiaya
Kadin en prenne connoiſſance,
&fice Prince veut aller chez
elles , il les fait ſeulement
avertir par une des Boula , &
alors elles ſe preparent,&vont
au devant de luy , baiſent la
Ce font ceux qui hors du Serrail
executent les commiſſions des Princes,
des femmes , &des Eunuques,
**Palais où on relegue les femmes du
Grand-Seigneur aprés ſa mort..
Aa ij
284 MERCURE
1
terre quand elles font en fa
prefence , le prennent en
fuite ſous les bras , & le conduiſent
dans leur chambre ;
tant que ce Prince reſte avec
ces Dames , ni la Kiaya Kadin ,
ni aucune Boula ne peut entrer
ſans qu'il ne les appelle...
On affigne à la SultaneHaf-
Seki pour appanage certains
fonds de terre quirendent environ
quarante , ou cinquanto
Yuk ou charges d'argent; chaque
charge vaut deux mille
cinq cent livres , on luydonne
encore une perſonne de
probité , & de confideration
GALANT. 285.
pour Agent , qui a ſoin des
affaires au dehors , & des appanages
, &qui en rend compte
au premier Eunuque , &
celuy cy à la Sultane Haffeki.
Celuy qui porte les ordres à
l'Agent aprés les avoir receu
du premier Eunuque , eſt le
Baltagi , qui eſt Kahuegi , ou
faiſeur du caffe de la Sultane.
On doit obſerver qu'il n'y
aqu'une Sultane Haßki , qui
comme j'ay dit eſt toûjours
celle qui accouche la premiere
d'un enfant mâle ; que fi
on ne luy donne point la
Couronne , on ne luy fair
:
2.86. MERCURE
point ſa Maiſon ,on ne l'ap
pelleque BacheKadin , premiere
Dame , & les autres Dames
Odaliques, qui ont enſuite des
enfans , font appellées la ſeconde
Dame , la troifiéme:
Dame ,& cela juſqu'à la neu
viéme ; parce que c'eſt la coû
tume qu'il peut y en avoir
juſqu'à neuf; mais elles n'ont
ni Maiſons à part , ni Appanages
; on leur affigne ſeulement
un certain nombre de
plats dela cuiſine Imperiale
on leur donne un ou deux
Eunuques pour les ſervir au
dedans,& quelques Baltagis,
ॐ
GALANT. 287
pour les fervir au dehors du
Serrail ;& outreles dépenſes.
tant pour leurs perſonnes .
que pour celle des Princes ou
Princeſſes leurs enfans le
Grand-Seigneur leur donne
une dizaine de bourſes , c'eſtà-
dire quinze mille livres pour
leurs menus plaiſirs.
Si parmi ces Dames qui ont
cudes enfans mâles , il y en a
quelqu'une que le Grand Scigneur
honore d'une bienveillance
particuliere , ce Prince
luy donne pour Appanage un
fonds de terre ſuffifantà faire
environ quinze ou vingt char288
MERCURE
ges d'argent,
Il n'en eſt pas de même à
l'égard de la Sultane Validé ,
dés que le Prince ſon fils eſt
fur le Trône , elle a en qualitéde
Reine Mere , fa Maifon
en particulier , elle a de gros
Appanages , elle a un Agent
au dehors ; & quand elle ordonne
au Grand- Viſir de faire
quelque choſe , ce premier
Miniſtre le repreſente au
Grand Seigneur , qui donne
aufſcoſt ſon confentement
par écrit :fi leGrand Seigneur
vient à mourir , & que fon &
fils monte fur le Trône , la
Sultane
GALANT. 289
Sultane Validé, comme grandmere
a toûjours les mêmes
honneurs ; mais elle ne ſe mêle
plus des affaires ,& la mere
du Prince n'eſt que la ſeconde
en dignitez , elle a pourtant
unemaiſon à part& les mêmes
Officiers que la grand'mere :
fi la grand' mere meurt, la Reine
devient abſoluë , & fi elle
vient à mourir, la Kiaya Kadın
prend fa place dans les affaires
qui regardent ſeulement l'appartement
des femmes , fans
ſe mêler des affaires du dehors.
Quand le Grand Seigneur
meurt , s'il n'a point de fils
Novembre 1714. Bb
290 MERCURE
pour luy fucceder د ou que
celuy qu'il a , ſoit trop jeune
pour regner , on met ſur le
Thrône le frere du Grand-
Seigneur , ou un autre Prince,
&alors la mere de ce Princedevient
Sultane Validé , &
on envoye au vieux Serrail
la Sultane Validé du Prince
mort , & elle y demeure juſqu'à
ſa mort fans pouvoir ſe
marier ; mais ſi le fils d'une
Sultane Haffeki ou d'une
autre Dame Odalique , vient à
mourir pendant que leGrand-
Seigneur ſon pere eſt en vie,
la mere du Prince ne reſte
,
1
GALANT. 291
point dans le Serrail , aprés
la mort du Grand- Seigneur ,
on la marie à quelque Viſir ,
ou on l'envoye au vieux Serrail.
Al'égard des Dames Odali
ques qui n'ont eu que des filles
, on les marie quelquefois
quand même leurs filles font
encore en vie , & du vivant
même du Grand Seigneur ;
cela ſepratique demême à l'égard
des Dames Odaliques qui
n'ont point eu d'enfans : mais
pour celles qui ont eu des enfans
mâles , on ne les marie
point , tant que leurs fils font
(
Bbij
292 MERCURE
en vie, on les envoye au vieux
Serrail. Dés que le Grand-Scigneur
vient à mourir , fi un
de ces Princes par ſucceſſion
de temps , devientGrand- Seigneur
, alors la mere de ce
Prince revient dans le Serrail
en qualité de Sultane Validé.
La Sultane Kalidé a plus de
cent filles eſclaves pour la fervir.
La premiere eſt la Hazinedar
Oufta , ou Treforiere ; &
la ſecondeKontongi Boula , qui
eſt celle qui eſt chargée de la
caffette aux bijoux; elle a deux
cuiſines , l'une dans l'appartement
des femmes , & l'autre
au dehors ; elle a trente ou
GALANT. 293
quarante Eunuques , dont le
chef s'appelle Bacha Aga ,ou
premier Aga , ce ſont ceux
qui ont ſoindes emplettes ,&
des affaires de toutes les eſclaves:
outre ce premier Aga , il
y en a encore deux autres
qu'on appelle ſecond & troifiémeAga
, & ces trois Aga
commandent les autres Eunuques.
Tous les Eunuques ſont
eſclaves : quand ils ſont vieux
on leur donne la liberté , &
on les envoye au Caire , en
leur donnant une paye par
jour depuis trente Paras *juf-
**Un Paras vaut 18. deniers de France.
ВБ ij
294 MERCURE
qu'à cent cinquante.
r
ว
La Maiſon de la Sultane
Haffeki est compoféede la même
maniere que cellede laSultane
Validé. Ily a environ fix
cent filles eſclaves dans l'appartement
des femmes ; les
unes deſtinées pour le Grand-
Seigneur ,& les autres pour le
ſervice de la Sultane Validé
pour celuyde la SultaneHaffeki
,&des autres Dames,quand
elles ont ſervy long temps ,
on les marie quelquefois à des
Agas , ou à des Secretaires de
laPorte ; mais la Kiaya Radin ,
& la Hazinedar Boula ouTreGALANT
. 295
foriere du Grand- Seigneur ,
reſtent juſqu'à leur mort dans
le Serrail.
Il y a trois ou quatre cent
Eunuques noirs qui ſervent
dans l'appartement des femmes
; leur chef s'appelle Kizlar
Aga. Celuy-cy les commande
tous , & fon pouvoir
eſt grand tant au dedans qu'au
dehors , il eſt toûjours auprés
de la perſonne du Grand Scigneur
, & on peut dire que ce
Prince n'a pas moins d'égard
pour luy , que pour leGrand-
Vifir.
Tous les Telhis ou Suppli
Bb iiij
296 MERCURE
ques & repreſentations que le
Grand-Vifir ou les autres Vifirs
veulent faire au Grand-
Seigneur, paſſent par les mains
dduuKiflar-Aga , & on ne peut
faire aucun preſent au Prince,
ni luy faire ſçavoir la moindre
choſe , ni avoir aucune réponſe
de luy fans ſa permiffion ,
& particulierement quand le
Grand- Seigneur eſt dansl'ap.
partement des femmes , &
ſuppoſé que le Kiflar-Aga cût
des affaires , il envoye à ſa
place le Hazinedar , ou Treforier
qui eſt auſſi unEunuque
noir , ou un des dix huit Eu-
}
e
ALANT. 2.97
nuques qu'on appelle Favoris,
&enfuite ils luy viennent rendrecomptede
ceque leGrand-
Seigneur a répondu. LeKiflar-
Aga eſt au-deſſus des autres
Viſirs , c'eſt pour cela que
dans les marches publiques
fon cheval a des chaînes d'or
au col comme celuy du
Grand-Seigneur &du Grand-
Viſir ; les chevaux des autres
Viſirs n'ont que des chaînes
d'argent,il porte auſſi les jours
de ceremonie la veſte de ſatin
blanc fourée de Martre Zibeline
, comme le Grand- Vizir ;
les autres Viſirs la portent
,
298 MERCURE
rouge , ou verte.
Enfin cet Officier eft toû
jours auprés du Grand Seigneur
, quand il eſt dans le
Harem ou au dehors , foit
,
ou que
qu'il monte à cheval pour aller
à la promenade ,
quelqu'un le traite ; il a accés
huprés du Grand- Seigneur en
quelqu'endroit qu'il foit , à
moins qu'il ne fût feul auprés
de la Sultane- Validé, de la Sultane-
Haff ki , ou de quelqu'autre
Dame Odalique , alors il
n'entre pas par refpect , &
quand même il auroit unTelhis
du Grand- Viſir , il n'entre
GALANT. 299
point àmoins qu'il ne ſoit appellé
, au lieu que le Hazinedar
&les autres Eunuques favoris
ne vont auprés de ce Prince
que quand ils font appellez ,
ou quand le KiflarAga les envoye
pour luy dire quelque
choſe. C'eſt luy qui a les clefs
des portes du Harem , & les
Eunuques de garde luy portent
les clefs , aprés qu'ils les
ont fermées , & le matin ils
reprennent les clefs pour les
ouvrir : fi le Grand Seigneur
veut fortir pendant la nuit
les Eunuques de garde avertiffent
le Kiflar-Aga , & alors
>
300 MERCURE
il va luy-mêmeouvrir la por
te.
Toutes les nuits il y a quarante
Eunuques de garde avec
deux favoris à la porte desap
partemens , & au dehors des
murailles du coſté desjardins ,
il y a toutes les nuits quatre
ou cinq cent Bostangis * qui
font la garde , & les uns , &
les autres font tous armez ; le
Kiflar-Aga fair quelquefois la
ronde pendant la nuit , & s'il
trouve quelqu'un des Gar-
* Ce font les Jardiniers qui compoſent
ceCorps , dont le Boſtangis-Bachi
eft le Chef.
GALANT. 301
des endormi , ou qui ne foit
point en ſon poſte , le lende
main il luy fait donner cing
cent coups de bâtons ſur la
plante des pieds , & l'envoye
au vieux Serrail .
L'appartement! du Kiflar-
Aga eſt auprés de la porte de
l'appartement des femmes, il
y a environ cent Eunuques ,
& cent Baltagis à ſon ſervice.,
les uns pour le ſervir en dedans
, & les autres au dehors.;
il y a auſſi une cuiſine au dehors
, & des Officiers juſqu'au
nombre de cent cinquante
perſonnes,ils dependent pour
302 MERCURE
tant du Chefde la cuiſine Imperiale
, & c'eſt le Kiflargi Bachi
ou Chefde la chambre de
l'Office du Grand - Seigneur
qui eſt leur Sur- Intendant ; ils
portent tous des bonnets
blancs faits en pain de ſucre ,
excepté que le bout eſt rond.
La Sultane Validé , la Sultane
Haffeki , & les autres Dames
Odaliques ont un certain nombre
de plats de la cuiſine du
Grand- Seigneur ; mais cela eſt
pour les filles qui font à leur
ſervice , car elles ne mangent
quece qui leur eſt preparédans
les cuiſines qu'elles ont dans
0
GALANT. 303
leurs appartements. Les viandes
pour le reſte des filles &
des Eunuques ſont preparées
dans la cuiſine du Kıflar-Aga.
Les Baltagis du vieux Serrail
compoſent unCorps d'environquatre
cens hommes ; ils
ont pour leur Chef le Baltagilar
Kiayaffi , qui les punit
quand ils fontquelques fautes.
Il porte une ceinture large de
brocard d'or ,& le bonnet de
feutre jaune pointu , & qui
eſt un peu plus grand qu'un
grand pain de ſucre ; les Bal.
tagis portent auſſi de ſemblables
bonnets de feutre jaune ,
304 MERCURE
ils ſervent les femmes du Serrail
du Grand-Seigneur , &
celles qui ſont dans le vieux
Serrail. Ce font eux qui font
toutes les emplettes&les commiſſions
au dehors , ils dependent
du Kiflar-Aga.
:
Quand les femmes du
Grand-Seigneur font en marche
pour aller d'un lieu à un
autre , ils marchent àpied au
tour des caroffes avec leurs
épécs , les Eunuques font à
cheval auffiarmez , & marchent
devant & derriere les
caroffes ; ily a aufli bon nombredeBostangis
, qui marchent
un
GALANT . 305 .
:
un peu éloignez , & conduiſent
de cette maniere les
femmes d'un gîte à l'autre.
Les Baltagis , ont ſoin de
charger & décharger le bagage.
Onfait le caffé de la Sultane
Validé,de la Sultane Haßeki ,
de la Bache Kadin , de la Kiaya
Kadin , & du Kiflar Aga , au
dehors ou à des chambres
particulieres pour cela deſſervies
par vingt ou trenteBaltagis
, & chacunes de ces chambres
a un chef qui eſt un
ancien Baltagi , qu'on appelle
Kahuegi Bachi.
Novembre 1714. Cc
306 MERCURE
Ces faiſeurs de caffé font
eſtimez parmi le corps des
Baltagis ,& quand ils ſortent
de-là on leur donne des employs
confiderables ou de
bons Ziamets * , ou on les fait
Capigis - Bachis.
Le Secretaire du Kiflar-Aga
eſt auſſi eſtimé , on l'appelle
Yazigi Effendi ,il eſt quelque
fois chargé des ordres du
Grand-Seigneur pour leGrand
Viſir , & il va toûjours auprés
de ce premier Miniftre
pour lesaffaires du KıflarAga.
Ce Secretaire eft pourtant
au- deſſous du BaltagisKiayaffi
* Fonds de terres
GALANT . 307
& porte un bonnet de feutre
jaune , comme celuy de ces
Officiers; mais dans les voyages
ils portent tous des bonnets
de draps rouges comme
ceux des Bostangis ;c'eſt leBaltagi
Larkiayaffi qui porte ordinairement
les Haticherifs ,
ou ordres duGrand Seigneur
tant par écrit que de bouche
au Grand Vıfır ,aux autres
Viſirs , & au Moufti : quand
ila ſervi long- temps , on le
fait Capigi Bachi , ou on luy
donne quelqu'autre employ
confiderable .
Les Baltagis peuvent deve
Ccij
308 MERCURE
nir Sphais , ou Cavaliers avec
dix-huit afpres * de paye par
jour ,ou bien Chaoux ; c'eſtàdire
Huiffier.
Autrefois quand les fils
des Grands Seigneurs eſtoient
devenus grands on leur donnoit
des Provinces à gouverner
, & on leur donnoit un
Viſir ſage & prudent pour
Kiaya ouLieutenant ; cesPrinces
apprenoient par là les affaires
du monde , & quand le
Grand Seigneur venoit à mourir
, les Officiers de la Porte ,
* Un Aſpre vaut dix-huit deniers de
Franse.
GALANT. 309
tous les Chefs des Corps des
Milices , & tous les Docteurs
de la Loy en donnoient avis
au Prince aîné , & à ſon arrivée
on l'inſtalloit à la place du
Grand Seigneur ſon pere.Dés
qu'il avoit l'autorité en main
il faiſoit revenir ſes freres , &
les mettoitdans les priſons qui
font deſtinées pour ces Princes
,&qui font dans l'appartement
des femmes , & on
leur donnoit pour les ſervir
quelques vieilles Boula
quelques Eunuques noirs avec
tout ce qu'il leur faut pour
Ieur nourriture& leur entre-
د
&
310 MERCURE
tien , & ils demeuroient enfermez
juſqu'à ce que leur
rang d'être Empereur , vint
ou que la mort les delivrat :&
fi quelqu'un de ces Princes ne
venoit point fe remettre en
prifon , on le pourfuivoit jufqu'à
ce qu'on le prit ,& on le
faiſoit enfuite mourir.Aujourd'huy
il n'en eft pas demême,
pendant que le Grand-Seigneur
leur pere eſt vivant , ils
font élevez auprés de luy , &
quand il meurt on met ſur le
Trône le premier né , & fes
autres freres dans les priſons
qui font dans l'appartement
し
GALANT. 311
des femmes ſous la garde de
la SultaneValidé ,& cela fe fait
de l'avisde tous les principaux
Officiers de l'Empire , & ils
prennent une declaration par
écrit de cette Princeffe , comme
il ne ſera fait aucun tort à
ces Princes. On donne auffi à
ces Princes quelques vieilles
Boula , & quelques Eunuques
pour les fervir dans leurs prifons,&
quelques Baltagis pour
les fervir au dehors .
Al'égard des Sultanes ou
filles des Grands- Seigneurs ,
c'eſt l'ordinaire qu'on les
maric environ à l'âge de
1
>
312 MERCURE
ſept ans , à quelque Viſir qui
ne ſoit point marié; quelques
jours aprés que le mariage a
été celebré , on conduit en
cérémonie cette Princeſſe avec.
ſa dot ; & fon trouffeau.
chez fon Epoux ; on luy don
ne auffi trente ou quarante
filles , & une vingtaine d'Eunuques
noirs pour la fervir.
Le Grand-Viſir , les Viſirs de
route , tous les principaux.
Docteurs de laLoy& generalement
tous les principaux
Officiers de la Porte marchent
à cheval au -devant des
Caroffes de la Princeffe , le
د
Kiflar
GALANT. 313
Kiflar-Aga & quelques Eunuques
favoris le précedent ;
Quand la Princeſſe eſt arrivée
chez ſon Epoux , le Kiflar-
Aga la luy remet entre les
mains ,& luy la conduit dans
fon appartement ,& la remet
entre les mains de ſa Kiaya-
Kadin, de fa nourrice , & de
ſes gouvernantes , il fort enſuite
de l'appartement de la
Princeffe , & traite tous les
principaux Officiers qui l'ont
accompagné ; aprés le repas
il donne au Grand Viſir , au
Kiflar-Aga , au Moufty , aux
deux Kadileskers , au Cadi de
Novembre 1714. Dd
314 MERCURE
Conftantinople ,& à tous les
les Viſirs de route à chacun
une fourrure de martre zibline;
il endonne à tous les autres
principaux Officiers de la
Caftanie; il donne auffi des
fourrures de martre zibline
auxEunuques favorisqui ont
accompagné le Kiflar-Aga ,&
diſtribuë de l'argent àtousles
autres chacun ſuivant ſa qualité,
& aprés que le Grand-
Vıfır , le Kflar-Aga, les autres
Viſirs , les Docteurs de la
Loy ont felicité le nouveau
marié, chacun ſe retire chez
ſoy. Le lendemain il va renGALANT.
315
dre ſa viſite au Grand-Viſir
qui luy donne une fourrure
de martre zibline ; le premier
Miniſtre l'envoye enfuite au
Grand- Seigneur , ce Prince
luy donne un Caftan de drap
d'or fourré de martre zibline ,
comme ſon gendre , il va
aprés chez le Kıflar- Aga où la
Reine Mere luy envoye une
fourrure de martre zibline ,
&puis il ſe retire chez luy.
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Résumé : TRADUCTION d'une description du Harem, ou de l'Appartement des Femmes du Grand Seigneur.
Le harem ottoman est organisé autour de trois principaux appartements : celui de la Sultane Validé, celui de la Sultane Haffki et celui de la Kiaya Kadin. La Kiaya Kadin supervise les filles esclaves et les Boula, des femmes âgées au service du sultan. Ces dernières peuvent accéder à des rôles plus élevés, tels que Hazinedar Oufta ou Kiaya Kadin. La Sultane Haffki, reconnaissable à sa couronne d'or, ainsi que les quatre premières dames ayant des enfants mâles ou des filles, possèdent leurs propres appartements et eunuques. Elles ont également le privilège de voir le sultan sans intermédiaire. La Sultane Validé, après l'accession de son fils au trône, dispose d'une maison particulière et d'appanages. En cas de décès du sultan, la mère du nouveau sultan devient la principale figure féminine, suivie par la Sultane Validé, puis par la Kiaya Kadin. En l'absence d'héritier mâle, un frère ou un prince succède au sultan, et la mère du nouveau sultan devient Sultane Validé. La mère d'un prince décédé est envoyée au vieux serrail. Les odalisques sans enfants mâles peuvent être mariées, tandis que celles ayant des fils restent au serrail. La Sultane Validé est servie par de nombreux esclaves et eunuques, dirigés par le Kizlar Aga, qui contrôle l'accès au sultan et supervise les communications et les présents. L'organisation du palais comprend divers corps, tels que les Bostangis, supervisés par le Bostangis-Bachi, et les Baltagis, dirigés par le Baltagilar Kiayaffi. Ces derniers servent les femmes du harem et effectuent des tâches extérieures. Les cérémonies d'arrivée d'une princesse incluent des distributions de cadeaux et des visites protocolaires au Grand-Visir et à la Reine Mère.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3202
p. 315-316
« Revenons, s'il vous plaist, Messieurs, le plus vîte que [...] »
Début :
Revenons, s'il vous plaist, Messieurs, le plus vîte que [...]
Mots clefs :
Voyage, Dardanelles, Morts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Revenons, s'il vous plaist, Messieurs, le plus vîte que [...] »
Revenons , s'il vous plaiſt ,
Meſſieurs , le plus vite que
nous pourrons des Dardannelles
, icy , & voyons ce qui
s'y eſt paſſe pendant noſtro
Dd ij
316 MERCURE
voyage.Je trouve d'abord une
foule d'accidents tres- ſerieux
que je voudrois me difpenfer
deraconter , ſi je ne craignois
pas de derober par mon filence
le moindre hommage qui
foit dû à la memoire des morts
Meſſieurs , le plus vite que
nous pourrons des Dardannelles
, icy , & voyons ce qui
s'y eſt paſſe pendant noſtro
Dd ij
316 MERCURE
voyage.Je trouve d'abord une
foule d'accidents tres- ſerieux
que je voudrois me difpenfer
deraconter , ſi je ne craignois
pas de derober par mon filence
le moindre hommage qui
foit dû à la memoire des morts
Fermer
3203
p. 316-331
Morts. [titre d'après la table]
Début :
Messire Loüis François de Harcourt, Comte de Cessanne, Chevalier de [...]
Mots clefs :
Chevalier, Mort, Dame, Seigneur, Marquis, Lieutenant, Armées, Conseiller au Parlement, Armées du roi, Grands officiers, Chevalier de la Toison d'or, Roi, Duc d'Orléans
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts. [titre d'après la table]
Meffire Loüis François de
Harcourt , Comte de Cefan
ne , Chevalier de la Toiſon
d'Or , & Lieutenant General
des Armées du Roy , mourut
à Roüen le 20. Octobre 1714 .
fans enfans de Dame Marie
Loüife-Catherine de Nefmond
ſa femme , fille unique
de feu M. de Neſmond ,Chef
GALANT. 317
d'Eſcadre des ArméesNavales .
Il eſtoit frere de M. le Maréchal
Duc de Harcourt , &
eſtoit né le 10. Novembre
1677. Il avoit ſervi avec diftinction
en Eſpagne , en Picmont
, & en Allemagne. La
Maaſon de Harcourt eſt une
des plus illuftres du Royaume,
comme on le peut voir dans
l'Histoire qui en a eſté donnée
avet ſes preuves en 4 Volulumes
in folio par le ſieur de
la Roque,
Dame Marie le Roy de
Chomberville , veuve de Meffire
Claude de Nocey , Che-
Ddiij
318 MERCURE
:
valier Seigneur de Fontenay ,
cy-devant Sous Gouverneur
de S. A. R. Monteigneur le
Ducd'Orleans , mourut le 21 .
Octobre âgée de 75. ans, laifſant
poſterité : feu M. deNocey
ſon mary eſtoit d'une nobleſſe
diſtinguée de Normandie.
&
Dame Jeanne Moniquet ,
Epouſe de M. Humbert Piarrot
de Chamoulet , Maiſtre
des Comptes , mourut le 23.
Octobre , laiſſant pour fils M.
Piarrot de Chamouſet , Confeiller
au Parlement , ſorti d'us
ne bonne famille de Lyon.
GALANT. 319
M. Simon Tubeuf , Seigneur
, Baron de Ver & de
Blanzat , Conſeiller , Maiſtre
d'Hoſtel ordinaire du Roy ,&
ci-devant de S. A. R. Monſeigneur
le Duc d'Orleans ,
mourut le 23. Octobre âgé
de 86. ans , laiſſant de Dame
Elifabeth Tétu ſon Epouſe un
fils unique Conſeiller au Par
lement . M. Tubeufqui vient
de mourir étoit coufin germain
de feu M. Charles Tubeuf,
Maistre des Requeſtes ,
& Intendant en Touraine ,
mort en 1680. fans enfans de
Dame Marguerite Pottier ſa
Ddij
320 MERCURE
femme , fille de M. Nicolas
Pottier,Seigneur de Novion ,
Premier Préfident au Parlement
de Paris , & il eſtoit neveu
de Jacques Tubeuf, Préſident
de la Chambre des Comptes
à Paris, & Sur Intendant
des Finances de la Reine Anne
d'Autriche mort le 10. Aouft
1670. & de Meffire Michel
Tubeuf , Evêque de S. Pons ,
puis de Caftre , mort en 1682 .
Fous deux fils de Simon Tubeuf,
Avocat au Parlement &
de Marie Talon .
M. Joſeph de Beaufort ,
Preſtre , Docteur en TheoloGALANT.
32 г
gie, Prieur de Lonjumeau,cidevant
Chanoine ,&Theologal
de Châlons , & Superieur
des Incurables de Paris, mourut
à l'Archevêché le 26. Oc
tobre.
Meffire Jean de la Vicuville
,Bailly de l'Ordre de Malre ,
& Ambaffadeur de ſa Religion
en France,mourut le 26 .
Octobre. Il avoit eſté reeeu
Chevalier de Malte au Grand
Prieuré de France le 20 Juin
1666. Il étoit fils de Charles
Duc de la Vieuville , Chevalier
des Ordres du Roy , Gouverneur
de Monſeigneur le
322 MERCURE
Duc de Chartres , à preſent
Duc d'Orleans , Gouverneur
de la Province de Poitou ,&
avant Chevalier d'Honneur
de la Reine ,mort le z . Février
1689. & de Marie-Françoiſe
deVienne , Comteſſe de Châ
teauvieux , petit fils deCharles
Duc de la Vieuville , Premier
Capitaine des Gardes du
Corps du Roy , Grand Fauconnier
de France , mort le 2 .
Janvier 1653 & de Marie
Bouhier , fille du ſieur deBeaumarchais
, Treſorier de l'Epargne
,& arriere petit fils de
Robert ,Marquis de la VicuGALANT.
323
ville, fait Chevalier desOrdres
du Roy en 1699 & Grand
Fauconnier de France , defcendu
par divers degrez de
Jean Cofkaer , Gentilhomme
Breton , Seigneur de Farbuſe
en Artois , mort avant l'an
1472. qui le premier prit le
nom de la Vieuville , comme
on le peut voir dans la nouvelle
Hiſtoire des Grands Of
ficiers de la Couronne au cha
pitre desGrands Fauconniers.
Sebastien le Clerc , Chevalier
Romain , Deffinateur , &
Graveur ordinaire du Cabinet
du Roy , ancien Profef324
MERCURE
feur en Geometrie , & Perf
pective de l'Académie Royale
de Peinture ,& de Sculpture ,
mourut le 2.5. Octobre en réputation
du plus habile homme
de ſontemps pour ſa Profeffion.
Meſſire Denis - Michel de
Verthamont , fils unique du
Premier Préſident au Grand
Conſeil , qui avoit eſté receu
Confeiller au Parlement , &
Commiffaire auxRequeſtes du
Palais le 12. Février 1710.
mourut fans alliance le 27.
Octobre 1714. âgé de 26.
ans..
GALANT. 325
-
Iſabelle-Claire Eugenie de
Montault de la Serre veuve de
Jean François Defiré de Naffau
Siegen , Chevalier de la
Toiſon d'or , dont elle eſtoit
la troiſiéme femme , mourut
en ſon Chaſteau de Renaix en
Flandre le 13. Octobre 1714.
Tout le monde ſçait que la
Maiſon de Naſſau eſt une des
plus illuſtres de l'Europe :
pour celle de Puger de laquelle
eſtoit Madame la Princeſſe de
Naſſau qui vient de mourir,
elle eſt fort diftinguée en
Provence , comme on le peut
voir dans le ſecond tome du
326 MERCURE
Nobiliaire de cette Province
par le ſieur Robert.
la
,
M. le Marquis de Baffompierre
fils unique du Marquis
de Baſſompierre , mourut le ..
Octobre âgé de 17. ans ,
Maiſon de Ballompierre établic
depuis long - temps en
Lorraine , où elle tient rang
entreles plus confiderables
s'est fait auſſi connoiſtre en
France par les ſervices du
Maréchal de Baſſompierre
dont on a des Memoires , &
dont l'éloge & la genealogie
ſe peuvent voir dans | Hiſtoire
des Grands Officiers de la
Couronne,
GALANT. 327
GYM Loüis de Lorouſe de
Saint Loüis , cy-devant Meſtre
de Camp de Cavalerie ,&Brigadier
de Armées du Roy ,
mourut le 8. Septembre à
l'Abbaye de la Trape , âgé
de 87. ans , en ayant paffé
40. au Service du Roy , & 30.
dans la pratique des vertus
chreſtiennes .
Meffire Charles Brulart de
Genlis , Archevêque d'Ambrun
, depuis l'an 1668. &
Meffire Fabio Brulartde Sillery
de l'Academie Françoiſe
Evêque de Soiffons depuis
l'an 1689. & frere de M. le
328 MERCURE
Marquis de Puizieux Chevalier
des Ordres du Roy , Lieutenant
General de ſes Armées
&cy-devant Ambaſſadeur en
Suiffe font mortsle ... Novembre
1714. La famille de
Brulart originaire de la Ville
de Reims ,& établie depuis
long-temps à Paris , ne s'eſt
pas moins diftinguée dans la
robe que dans l'épée , & par
ſes alliances , elle a donné
un Chancelier de France au
dans l'epe
chapitre duquel on trouvera
ſa genealogie entiere dans
l'Histoire des Grands Officiers
de la Couronne.
Dame
GALANT. 329
د
Dame Marie Robuſte ,
eſt morte en Poitou âgée
d'environ 100. ans le 31 du
mois paflé dans la Terre de
Fredilly , appartenante à M.
Robuſte ſon couſin germain ,
Lieutenant de Roy des Ville
& Château de Loudun &
Pays Loudunois. Elle estoit
d'une noble& ancienne famıl
le de Normandie, quis'y foutient
encore avec distinction.
Elle fit des alliances dignes de
ſa naiſſance : en premieres
nôces elle époufa Meffire
Jacques de Crombrug , Marquis
de Saintachou. Enfecon
Novembre 1714. Ee
330 MERCURE
des nôces Meſſire Loüis de
Grailly,Chevalier Seigneur de
Fredilly, laFuye, &la Mantallerie:
elle n'a point laiſſé d'enfans
de ſes deux mariages ; fa
beauté dont la regularité &
l'éclat extraordinaire furent
admirées en ſon temps , s'eſt
foutenuë juſques àla fin , fon
eſprit repondoit à ſa beauté ,
elleavoit les graces du monde
&de la politeffe , fa converfation
étoit agreable , feconde
, & vertueuſe , elle a conſervé
la force de ſon eſprit
juſques à la mort , que l'on
n'attendoit pas encore , car
GALANT. 331
peu de jours auparavant elle
étoit à la promenade à Cheval
, avec tout le feu , & tout
le brillant d'une belle vicil
leffe.
Harcourt , Comte de Cefan
ne , Chevalier de la Toiſon
d'Or , & Lieutenant General
des Armées du Roy , mourut
à Roüen le 20. Octobre 1714 .
fans enfans de Dame Marie
Loüife-Catherine de Nefmond
ſa femme , fille unique
de feu M. de Neſmond ,Chef
GALANT. 317
d'Eſcadre des ArméesNavales .
Il eſtoit frere de M. le Maréchal
Duc de Harcourt , &
eſtoit né le 10. Novembre
1677. Il avoit ſervi avec diftinction
en Eſpagne , en Picmont
, & en Allemagne. La
Maaſon de Harcourt eſt une
des plus illuftres du Royaume,
comme on le peut voir dans
l'Histoire qui en a eſté donnée
avet ſes preuves en 4 Volulumes
in folio par le ſieur de
la Roque,
Dame Marie le Roy de
Chomberville , veuve de Meffire
Claude de Nocey , Che-
Ddiij
318 MERCURE
:
valier Seigneur de Fontenay ,
cy-devant Sous Gouverneur
de S. A. R. Monteigneur le
Ducd'Orleans , mourut le 21 .
Octobre âgée de 75. ans, laifſant
poſterité : feu M. deNocey
ſon mary eſtoit d'une nobleſſe
diſtinguée de Normandie.
&
Dame Jeanne Moniquet ,
Epouſe de M. Humbert Piarrot
de Chamoulet , Maiſtre
des Comptes , mourut le 23.
Octobre , laiſſant pour fils M.
Piarrot de Chamouſet , Confeiller
au Parlement , ſorti d'us
ne bonne famille de Lyon.
GALANT. 319
M. Simon Tubeuf , Seigneur
, Baron de Ver & de
Blanzat , Conſeiller , Maiſtre
d'Hoſtel ordinaire du Roy ,&
ci-devant de S. A. R. Monſeigneur
le Duc d'Orleans ,
mourut le 23. Octobre âgé
de 86. ans , laiſſant de Dame
Elifabeth Tétu ſon Epouſe un
fils unique Conſeiller au Par
lement . M. Tubeufqui vient
de mourir étoit coufin germain
de feu M. Charles Tubeuf,
Maistre des Requeſtes ,
& Intendant en Touraine ,
mort en 1680. fans enfans de
Dame Marguerite Pottier ſa
Ddij
320 MERCURE
femme , fille de M. Nicolas
Pottier,Seigneur de Novion ,
Premier Préfident au Parlement
de Paris , & il eſtoit neveu
de Jacques Tubeuf, Préſident
de la Chambre des Comptes
à Paris, & Sur Intendant
des Finances de la Reine Anne
d'Autriche mort le 10. Aouft
1670. & de Meffire Michel
Tubeuf , Evêque de S. Pons ,
puis de Caftre , mort en 1682 .
Fous deux fils de Simon Tubeuf,
Avocat au Parlement &
de Marie Talon .
M. Joſeph de Beaufort ,
Preſtre , Docteur en TheoloGALANT.
32 г
gie, Prieur de Lonjumeau,cidevant
Chanoine ,&Theologal
de Châlons , & Superieur
des Incurables de Paris, mourut
à l'Archevêché le 26. Oc
tobre.
Meffire Jean de la Vicuville
,Bailly de l'Ordre de Malre ,
& Ambaffadeur de ſa Religion
en France,mourut le 26 .
Octobre. Il avoit eſté reeeu
Chevalier de Malte au Grand
Prieuré de France le 20 Juin
1666. Il étoit fils de Charles
Duc de la Vieuville , Chevalier
des Ordres du Roy , Gouverneur
de Monſeigneur le
322 MERCURE
Duc de Chartres , à preſent
Duc d'Orleans , Gouverneur
de la Province de Poitou ,&
avant Chevalier d'Honneur
de la Reine ,mort le z . Février
1689. & de Marie-Françoiſe
deVienne , Comteſſe de Châ
teauvieux , petit fils deCharles
Duc de la Vieuville , Premier
Capitaine des Gardes du
Corps du Roy , Grand Fauconnier
de France , mort le 2 .
Janvier 1653 & de Marie
Bouhier , fille du ſieur deBeaumarchais
, Treſorier de l'Epargne
,& arriere petit fils de
Robert ,Marquis de la VicuGALANT.
323
ville, fait Chevalier desOrdres
du Roy en 1699 & Grand
Fauconnier de France , defcendu
par divers degrez de
Jean Cofkaer , Gentilhomme
Breton , Seigneur de Farbuſe
en Artois , mort avant l'an
1472. qui le premier prit le
nom de la Vieuville , comme
on le peut voir dans la nouvelle
Hiſtoire des Grands Of
ficiers de la Couronne au cha
pitre desGrands Fauconniers.
Sebastien le Clerc , Chevalier
Romain , Deffinateur , &
Graveur ordinaire du Cabinet
du Roy , ancien Profef324
MERCURE
feur en Geometrie , & Perf
pective de l'Académie Royale
de Peinture ,& de Sculpture ,
mourut le 2.5. Octobre en réputation
du plus habile homme
de ſontemps pour ſa Profeffion.
Meſſire Denis - Michel de
Verthamont , fils unique du
Premier Préſident au Grand
Conſeil , qui avoit eſté receu
Confeiller au Parlement , &
Commiffaire auxRequeſtes du
Palais le 12. Février 1710.
mourut fans alliance le 27.
Octobre 1714. âgé de 26.
ans..
GALANT. 325
-
Iſabelle-Claire Eugenie de
Montault de la Serre veuve de
Jean François Defiré de Naffau
Siegen , Chevalier de la
Toiſon d'or , dont elle eſtoit
la troiſiéme femme , mourut
en ſon Chaſteau de Renaix en
Flandre le 13. Octobre 1714.
Tout le monde ſçait que la
Maiſon de Naſſau eſt une des
plus illuſtres de l'Europe :
pour celle de Puger de laquelle
eſtoit Madame la Princeſſe de
Naſſau qui vient de mourir,
elle eſt fort diftinguée en
Provence , comme on le peut
voir dans le ſecond tome du
326 MERCURE
Nobiliaire de cette Province
par le ſieur Robert.
la
,
M. le Marquis de Baffompierre
fils unique du Marquis
de Baſſompierre , mourut le ..
Octobre âgé de 17. ans ,
Maiſon de Ballompierre établic
depuis long - temps en
Lorraine , où elle tient rang
entreles plus confiderables
s'est fait auſſi connoiſtre en
France par les ſervices du
Maréchal de Baſſompierre
dont on a des Memoires , &
dont l'éloge & la genealogie
ſe peuvent voir dans | Hiſtoire
des Grands Officiers de la
Couronne,
GALANT. 327
GYM Loüis de Lorouſe de
Saint Loüis , cy-devant Meſtre
de Camp de Cavalerie ,&Brigadier
de Armées du Roy ,
mourut le 8. Septembre à
l'Abbaye de la Trape , âgé
de 87. ans , en ayant paffé
40. au Service du Roy , & 30.
dans la pratique des vertus
chreſtiennes .
Meffire Charles Brulart de
Genlis , Archevêque d'Ambrun
, depuis l'an 1668. &
Meffire Fabio Brulartde Sillery
de l'Academie Françoiſe
Evêque de Soiffons depuis
l'an 1689. & frere de M. le
328 MERCURE
Marquis de Puizieux Chevalier
des Ordres du Roy , Lieutenant
General de ſes Armées
&cy-devant Ambaſſadeur en
Suiffe font mortsle ... Novembre
1714. La famille de
Brulart originaire de la Ville
de Reims ,& établie depuis
long-temps à Paris , ne s'eſt
pas moins diftinguée dans la
robe que dans l'épée , & par
ſes alliances , elle a donné
un Chancelier de France au
dans l'epe
chapitre duquel on trouvera
ſa genealogie entiere dans
l'Histoire des Grands Officiers
de la Couronne.
Dame
GALANT. 329
د
Dame Marie Robuſte ,
eſt morte en Poitou âgée
d'environ 100. ans le 31 du
mois paflé dans la Terre de
Fredilly , appartenante à M.
Robuſte ſon couſin germain ,
Lieutenant de Roy des Ville
& Château de Loudun &
Pays Loudunois. Elle estoit
d'une noble& ancienne famıl
le de Normandie, quis'y foutient
encore avec distinction.
Elle fit des alliances dignes de
ſa naiſſance : en premieres
nôces elle époufa Meffire
Jacques de Crombrug , Marquis
de Saintachou. Enfecon
Novembre 1714. Ee
330 MERCURE
des nôces Meſſire Loüis de
Grailly,Chevalier Seigneur de
Fredilly, laFuye, &la Mantallerie:
elle n'a point laiſſé d'enfans
de ſes deux mariages ; fa
beauté dont la regularité &
l'éclat extraordinaire furent
admirées en ſon temps , s'eſt
foutenuë juſques àla fin , fon
eſprit repondoit à ſa beauté ,
elleavoit les graces du monde
&de la politeffe , fa converfation
étoit agreable , feconde
, & vertueuſe , elle a conſervé
la force de ſon eſprit
juſques à la mort , que l'on
n'attendoit pas encore , car
GALANT. 331
peu de jours auparavant elle
étoit à la promenade à Cheval
, avec tout le feu , & tout
le brillant d'une belle vicil
leffe.
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Résumé : Morts. [titre d'après la table]
En octobre et novembre 1714, plusieurs personnalités notables ont décédé. Louis François de Harcourt, Comte de Cefan, Chevalier de la Toison d'Or et Lieutenant Général des Armées du Roi, est mort à Rouen le 20 octobre 1714 à l'âge de 36 ans. Il avait servi en Espagne, en Piémont et en Allemagne et était frère du Maréchal Duc de Harcourt. Dame Marie le Roy de Chomberville, veuve de Claude de Nocey, est décédée le 21 octobre à 75 ans. Son mari appartenait à une noblesse distinguée de Normandie. Parmi les autres décès notables, on compte Dame Jeanne Moniquet, épouse de Humbert Piarrot de Chamoulet, Maître des Comptes, et M. Simon Tubeuf, Seigneur de Ver et de Blanzat, Conseiller du Roi, tous deux décédés le 23 octobre. M. Joseph de Beaufort, Prêtre et Docteur en Théologie, et Jean de la Vicuville, Bailly de l'Ordre de Malte et Ambassadeur de sa Religion en France, sont morts le 26 octobre. Sébastien Le Clerc, Chevalier Romain et Graveur ordinaire du Cabinet du Roi, est décédé le 25 octobre. Denis-Michel de Verthamont, fils unique du Premier Président au Grand Conseil, est mort sans alliance le 27 octobre à 26 ans. Isabelle-Claire Eugénie de Montault de la Serre, veuve de Jean François Desiré de Siegen, est également décédée. Le texte mentionne également la famille d'une dame de Reims, établie à Paris, distinguée dans la robe et l'épée, ayant produit un chancelier de France. Dame Marie Robuste, issue d'une noble famille de Normandie, est morte en Poitou à environ 100 ans le 31 octobre. Elle avait contracté deux mariages sans avoir d'enfants et était connue pour sa beauté et son esprit vif.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3204
p. 331
« Songeons maintenant, Messieurs, à nous dédommager de l'article des [...] »
Début :
Songeons maintenant, Messieurs, à nous dédommager de l'article des [...]
Mots clefs :
Morts, Mariages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Songeons maintenant, Messieurs, à nous dédommager de l'article des [...] »
Songeons maintenant ,
Meffieurs , à nous dédommager
de l'articledes morts par
ecluy des Mariages.
Meffieurs , à nous dédommager
de l'articledes morts par
ecluy des Mariages.
Fermer
3205
p. 331-333
Mariage. [titre d'après la table]
Début :
M. Fabien Albert du Quesnel, Chevalier Marquis de Coupigny, fils [...]
Mots clefs :
Marquis, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariage. [titre d'après la table]
M. FabienAlbert du Quefnel
, Chevalier Marquis de
Coupigny , fils d'AlbertMarquis
du Queſnel , Marquis de
Coupigny ;& de Louiſe Perreau
,a épousé Damoiſelle
Jeanne - Louiſe de Bethune ,
fille de François - Annibal
Ecij
332 MERCURE
Comte de Bethune , Chef
d'Efcadre des Armées Navales
du Roy , & de Dame Renée
le Borgne de l'Eſquifiou : le
nouveau marié eſt frere de
Jeanne - Marie du Queſnel
mariée le ... Septembre 1709.
àGabriël Baſtonneau,Maiſtre
des Comptes , & petit- fils de
François BaſtonneauAffeffeur
& Eû en l'Election de Paris ,
mort Secretaire du Roy , l'an
1696. M. le Marquis de
Coupignyeſt d'une ancienne
nobleff de Normandie , &
diftinguée par ſes alliances :
pour la Maiſon de Bethune
?
:
GALANT. 333
elle eſt une des plus illuftres
du Royaume , comme on le
peut voir par la genealogie
qui a eſté donnée avec les
preuves ,par le ſieur André
du Cheſne ; & dans l'Hiſtore
des Grands Officiers de la
Couronne.
, Chevalier Marquis de
Coupigny , fils d'AlbertMarquis
du Queſnel , Marquis de
Coupigny ;& de Louiſe Perreau
,a épousé Damoiſelle
Jeanne - Louiſe de Bethune ,
fille de François - Annibal
Ecij
332 MERCURE
Comte de Bethune , Chef
d'Efcadre des Armées Navales
du Roy , & de Dame Renée
le Borgne de l'Eſquifiou : le
nouveau marié eſt frere de
Jeanne - Marie du Queſnel
mariée le ... Septembre 1709.
àGabriël Baſtonneau,Maiſtre
des Comptes , & petit- fils de
François BaſtonneauAffeffeur
& Eû en l'Election de Paris ,
mort Secretaire du Roy , l'an
1696. M. le Marquis de
Coupignyeſt d'une ancienne
nobleff de Normandie , &
diftinguée par ſes alliances :
pour la Maiſon de Bethune
?
:
GALANT. 333
elle eſt une des plus illuftres
du Royaume , comme on le
peut voir par la genealogie
qui a eſté donnée avec les
preuves ,par le ſieur André
du Cheſne ; & dans l'Hiſtore
des Grands Officiers de la
Couronne.
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Résumé : Mariage. [titre d'après la table]
Le texte décrit le mariage entre Fabien-Albert du Quefnel, Chevalier Marquis de Coupigny, et Jeanne-Louise de Bethune. Fabien-Albert est le fils d'Albert Marquis du Quesnel et de Louise Perreau. Jeanne-Louise est la fille de François-Annibal Ecij, Comte de Bethune, et de Dame Renée le Borgne de l'Esquifiou. La famille de Coupigny est une ancienne noblesse normande alliée à la Maison de Bethune.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3206
p. 333-337
« Il y a, je croy, déjà si longtemps que je vous ennuye, [...] »
Début :
Il y a, je croy, déjà si longtemps que je vous ennuye, [...]
Mots clefs :
Généalogies, Poésie, Mercure galant, Livre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il y a, je croy, déjà si longtemps que je vous ennuye, [...] »
Ilya , je croy , déja filongtemps
que je vous ennuye ,
Meffieurs , de la longueur de
mes defcriptions ſerieuſes ,&
de mes Genealogies , que je
m'imagine vous voir à tout
moment bailler , & me demander
impitoyablement, où
sit donc cette belle piece de
۱
334 MERCURE
Vers qui devroit ettre dans le
Mercure ; où eft cette critique
de la Tragedie de Mahomet ,
où ſont ces Enigmes & cette
Chanſon que vous nous devez
; faut- il avoir la patience:
de lire preſque tout voſtre Livre,
avant d'arriver-là Croyez
vous que quelques veritez que
vous dites en paſſant aux Auteurs
du Vert Galant & du
Journal de Verdun , vous acquittent
envers nous du plai
fir que nous exigeons de la
lecture de voſtre Livre. Et ....
treve de reproches, Meſſieurs,
&daignez m'écouter encore
GALANT. 335
un moment. N'exigez rien de
moy , & je vous donneray
plus que vous ne me deman
derez. Cependant faites moy
grace , & diſpenſez moy de
vous donner ce mois cy, cette
indiſpenſable piece de Poëfis
que je devrois avoir. Je ne
pourchaſſe point lesCandidatsd'Apollon
, je ne fuis point
initié dans les ſecrets myſteres
des Amants des Nouf Soeurs ,
& toutes les avenues du Parnaſſe
ſontgardées pardesDragons
qui m'en deffendent l'entrée.
Mais laiſſez moy faire
& avant le jour des Rois , je
336 MERCURE
€
vous promets de vous donner
autant & plus de jolies Poëfies
que vous n'en pourrez lire;j'ajouteray
à cela l'éloge ou la
critique de la TragediedeMahomet
, dont la premiere repreſentation
n'a pas eſté favo
rabie à fon Auteur ; en attendantque
je vous tienneparole,
recevez de beau petit Bouquet
dont jene ſçay pas l'hiſtoire
, ce que je peu vous en
dire , c'eſt que je l'ay derobé
à une fort jolie perſonne ,
pour m'en faire honneur dans
une Lettre que j'ay pris la liberté
d'écrire au doux objet
de
{ GALANT. 337
demes voeux , & à voſtre confideration
, Meſdemoiselles ,
j'en pare aujourd'huy mon
Mercure Galant,
que je vous ennuye ,
Meffieurs , de la longueur de
mes defcriptions ſerieuſes ,&
de mes Genealogies , que je
m'imagine vous voir à tout
moment bailler , & me demander
impitoyablement, où
sit donc cette belle piece de
۱
334 MERCURE
Vers qui devroit ettre dans le
Mercure ; où eft cette critique
de la Tragedie de Mahomet ,
où ſont ces Enigmes & cette
Chanſon que vous nous devez
; faut- il avoir la patience:
de lire preſque tout voſtre Livre,
avant d'arriver-là Croyez
vous que quelques veritez que
vous dites en paſſant aux Auteurs
du Vert Galant & du
Journal de Verdun , vous acquittent
envers nous du plai
fir que nous exigeons de la
lecture de voſtre Livre. Et ....
treve de reproches, Meſſieurs,
&daignez m'écouter encore
GALANT. 335
un moment. N'exigez rien de
moy , & je vous donneray
plus que vous ne me deman
derez. Cependant faites moy
grace , & diſpenſez moy de
vous donner ce mois cy, cette
indiſpenſable piece de Poëfis
que je devrois avoir. Je ne
pourchaſſe point lesCandidatsd'Apollon
, je ne fuis point
initié dans les ſecrets myſteres
des Amants des Nouf Soeurs ,
& toutes les avenues du Parnaſſe
ſontgardées pardesDragons
qui m'en deffendent l'entrée.
Mais laiſſez moy faire
& avant le jour des Rois , je
336 MERCURE
€
vous promets de vous donner
autant & plus de jolies Poëfies
que vous n'en pourrez lire;j'ajouteray
à cela l'éloge ou la
critique de la TragediedeMahomet
, dont la premiere repreſentation
n'a pas eſté favo
rabie à fon Auteur ; en attendantque
je vous tienneparole,
recevez de beau petit Bouquet
dont jene ſçay pas l'hiſtoire
, ce que je peu vous en
dire , c'eſt que je l'ay derobé
à une fort jolie perſonne ,
pour m'en faire honneur dans
une Lettre que j'ay pris la liberté
d'écrire au doux objet
de
{ GALANT. 337
demes voeux , & à voſtre confideration
, Meſdemoiselles ,
j'en pare aujourd'huy mon
Mercure Galant,
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Résumé : « Il y a, je croy, déjà si longtemps que je vous ennuye, [...] »
Dans une lettre adressée à des lecteurs, probablement du Mercure Galant, l'auteur exprime son inquiétude de les ennuyer avec des descriptions longues et des généalogies. Il anticipe leur impatience pour des contenus spécifiques tels qu'une critique de la tragédie 'Mahomet', des énigmes et une chanson promise. L'auteur reconnaît que certaines vérités mentionnées dans des passages sur les auteurs du 'Vert Galant' et du 'Journal de Verdun' ne suffisent pas à satisfaire l'attente des lecteurs pour des contenus plus divertissants. Il demande une pause dans les reproches et promet de fournir plus que ce que les lecteurs demandent. Il avoue ne pas être un poète accompli et se voit empêché d'accéder au Parnasse par des obstacles imaginaires. Cependant, il assure offrir avant le jour des Rois des poèmes agréables et la critique de 'Mahomet', dont la première représentation n'a pas été favorable à son auteur. En attendant, il partage un petit bouquet, volé à une jolie personne, destiné à l'objet de ses vœux et offert à la considération des demoiselles.
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Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3207
p. 338-345
Discours où l'Auteur le prend vrayment sur un ton fort serieux. [titre d'après la table]
Début :
Je serois en verité bien fâché, Mesdames, qu'il n'y eût dans [...]
Mots clefs :
Journal, Journaliste, Auteur du Mercure galant, Charles Dufresny, Comédiens, Pièces, Public, Mérite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours où l'Auteur le prend vrayment sur un ton fort serieux. [titre d'après la table]
Je ſerois en verité bien fâché,
Mesdames , qu'il n'y eût dans
mon Journal , rien de Galant
pour vous , que le titre du Livre.
La methode de ceux qui l'ont
fait avant moy , n'eſt pas la mienne
, & je n'en reçois de perſonne
je m'attache ſeulement à
foutenir dans tout ce que j'écris ,
la legereté de mon caractere
comme ſi c'étoit une qualité recommandable
. Neanmoins quoiquevous
enpenſiez , je vous prie
d'eſtre perfuadées que je prefere
l'honneur de vous amufer quelquefois
, à la gloire de paffer
,
GALANT. 339
pour un Ecrivain trop fage , ou
trop fade.
t Chacun met ſon eſprit ſur le
pied qui luy plaiſt , & il n'eſt point
de ſi chetif Journaliſte qui ne s'imagine
être le Bayle ou le Banage
de ſon temps : Pour moy je
n'aſpire point à tant d'élevation,
&je ſuis ſeulement , je vous le
repete encore une fois , le veritableAuteur
du Mercure Galant , reconnoiſſable
toûjours& par tour,
par la fimplicité de mes exprefſions
badines,fans équivoques , &
ſouvent choiſies ſans étude , incapable
enfin de devenir plus ferieux
, à moins qu'il ne s'en preſente
malheureuſement quelquefois
des occafions comme celle-
су.
Je ne vous fais Juges ,Mefda-
Ffij
340 MERCURE
mes , de l'affaire que vous allez
lire , que parce qu'elle vous re
garde, au moins autant que nous ,
que parce qu'il y a une cabale
formée contre vos plaiſirs , que
parce que vous devez , en un mot ,
eſtre les premieres à demander
raiſon d'un pareil attentat.Voicy
le fait,
Il y a peu de joursque M. Du
freny , dont le Public a fi bien receu
les Amuſements ferieux &
comiques , l'Eſprit de contradic
tion , & tant d'autres jolies Pieces
, qu'il n'a pas beſoin du dé
tail de ſes bonnes qualitez pour
être eſtimé de tout le monde ; il
ya , dis - je , peu de jours qu'il
lût auxComediens aſſemblez une
Comedie nouvelle en cinq Actes
: cette Piece a pour titre : Les
)
GALANT 341 1
deux Veuves , ou le faux Damis :
chez les Princes , chez les Miniſtres
, chez les Particuliers ,à
la Cour , à la Ville , par tout elle
avoit , avant de leur être prefentée
, merité des milliers de fuffrages
; il l'avoit enfin corrigé ,
embelli , perfectionné autant
qu'il le pouvoit faire , lorſqu'il
pria ces Meſſieurs de daigner en
entendre la lecture . Ce qu'ils cu
rent labonté de luy accorder , en
prefence de pluſieurs témoins illuſtres.
En un mot la Comedie
de M. Dufreny firt lûë par luymême
; elle fût generalement applaudie
de tous ſes auditeurs , &
abfolument & fur le champ refufée
des Comediens .
Ils ſçavent mieux que les Auteurs
, diront leurs partiſans ,fe342
MERCURE
duits , diront- ils eux-mêmes , ce
qui convient au Theatre ,& ce
qui n'y convient pas. Oüy , mais
M. Dufreny leur apporte des caracteres
beaux & originaux qu'ils
devroient prendre la peine d'étudier
plus que d'autres , s'ils recevoient
ſa piece ; cela ſuffit pour
la proſcrire , d'ailleurs ils ſont
dans l'uſage de n'en plus vouloir
de ſa façon , & quelque merite
qu'ayent ſes Comedies , s'il falloitun
ordre ſuperieur pour les
leur faire recevoir , ils ne le refpecteroient
pas affez, pour ne les
pas faire tomber.Pourquoy donc
cette eſpece de République prétend-
elle decider au gré de ſes
paſſions ,des intereſts des particuliers
obligez de reconnoiſtre
ſon autorité , dans le centre de
:
GALANT. 334433
la premiere Monarchie du monde.
Ils n'ufurpent point noftrep
honneur , j'en conviens pilsn'attaquent
ni les biens , ni les perfonnes
, non ; mais c'eſt au bon
goût , auxyeux , à l'efprit & aux
coeurs qu'ils attentent.
On a l'indulgence de ſouffrir
que les Feſtes du Cours & le
VertGalant occupent la Scene ,
en dépit du Public , autant qu'il,
plaît à leurAuteur ,&debonnes
pieces , qu'un tel paralelle deshonoreroit
, ne font point receuës
, parce qu'il ne plaiſt pas à
cemême Auteur de les recevoir;
mais il ne faut pas s'étonner de
fon pouvoir quoyqu'il y en air
beaucoup parmi les Comediens
qui ne penſent pas comme luy
il eſt cependant l'ame de cette
Ffm
344 MERCURE
Compagnie , qu'il foumer , com
me nous , à ſes deciſions. J'en
connois entre eux,pluſieurs d'un
merite diſtingué dans leur eſpece,
je les nommerois même ſi j'avois
icybeſoin de leur nom , &
s'ils foutenoient mieux qu'ils ne
font, le parti de leur égalité.
: Vous venez de lire, Meſdames,
dequoy il s'agit ,& fur quoydoivent
maintenant rouler vos plaintes;
oppoſez-vous donc , s'il vous
plaiſt , à ce pernicieux établiſſement
de l'Empire des Comediens
; finon , l'Eloquence & la
Poëfie , le Cothurne& le Brodequin
qui vous ont tant de fois
fait rire & pleurer , vont deformais
dependre entierement de
leurs caprices , & nous faire pitié
: refufez enfin vos fuffrages
GALANT . 345.
aux mauvaiſes Pieces , & empêchez
, autant que vous le pourrez
, qu'on ne ſupprime lesbonnes.
Je ne doute pas que ceux qui
m'obligent à leur rendre tant de
justice , ne mettent tout en ufage
, pour me faire ôter,s'ils peuvent
, la liberté de leur parler ſi
naturellement;mais je ne ſuis pas
encore affez audacieux , pour
meriter qu'on me l'ôre , ni affez
timide , pour le craindre.
Mesdames , qu'il n'y eût dans
mon Journal , rien de Galant
pour vous , que le titre du Livre.
La methode de ceux qui l'ont
fait avant moy , n'eſt pas la mienne
, & je n'en reçois de perſonne
je m'attache ſeulement à
foutenir dans tout ce que j'écris ,
la legereté de mon caractere
comme ſi c'étoit une qualité recommandable
. Neanmoins quoiquevous
enpenſiez , je vous prie
d'eſtre perfuadées que je prefere
l'honneur de vous amufer quelquefois
, à la gloire de paffer
,
GALANT. 339
pour un Ecrivain trop fage , ou
trop fade.
t Chacun met ſon eſprit ſur le
pied qui luy plaiſt , & il n'eſt point
de ſi chetif Journaliſte qui ne s'imagine
être le Bayle ou le Banage
de ſon temps : Pour moy je
n'aſpire point à tant d'élevation,
&je ſuis ſeulement , je vous le
repete encore une fois , le veritableAuteur
du Mercure Galant , reconnoiſſable
toûjours& par tour,
par la fimplicité de mes exprefſions
badines,fans équivoques , &
ſouvent choiſies ſans étude , incapable
enfin de devenir plus ferieux
, à moins qu'il ne s'en preſente
malheureuſement quelquefois
des occafions comme celle-
су.
Je ne vous fais Juges ,Mefda-
Ffij
340 MERCURE
mes , de l'affaire que vous allez
lire , que parce qu'elle vous re
garde, au moins autant que nous ,
que parce qu'il y a une cabale
formée contre vos plaiſirs , que
parce que vous devez , en un mot ,
eſtre les premieres à demander
raiſon d'un pareil attentat.Voicy
le fait,
Il y a peu de joursque M. Du
freny , dont le Public a fi bien receu
les Amuſements ferieux &
comiques , l'Eſprit de contradic
tion , & tant d'autres jolies Pieces
, qu'il n'a pas beſoin du dé
tail de ſes bonnes qualitez pour
être eſtimé de tout le monde ; il
ya , dis - je , peu de jours qu'il
lût auxComediens aſſemblez une
Comedie nouvelle en cinq Actes
: cette Piece a pour titre : Les
)
GALANT 341 1
deux Veuves , ou le faux Damis :
chez les Princes , chez les Miniſtres
, chez les Particuliers ,à
la Cour , à la Ville , par tout elle
avoit , avant de leur être prefentée
, merité des milliers de fuffrages
; il l'avoit enfin corrigé ,
embelli , perfectionné autant
qu'il le pouvoit faire , lorſqu'il
pria ces Meſſieurs de daigner en
entendre la lecture . Ce qu'ils cu
rent labonté de luy accorder , en
prefence de pluſieurs témoins illuſtres.
En un mot la Comedie
de M. Dufreny firt lûë par luymême
; elle fût generalement applaudie
de tous ſes auditeurs , &
abfolument & fur le champ refufée
des Comediens .
Ils ſçavent mieux que les Auteurs
, diront leurs partiſans ,fe342
MERCURE
duits , diront- ils eux-mêmes , ce
qui convient au Theatre ,& ce
qui n'y convient pas. Oüy , mais
M. Dufreny leur apporte des caracteres
beaux & originaux qu'ils
devroient prendre la peine d'étudier
plus que d'autres , s'ils recevoient
ſa piece ; cela ſuffit pour
la proſcrire , d'ailleurs ils ſont
dans l'uſage de n'en plus vouloir
de ſa façon , & quelque merite
qu'ayent ſes Comedies , s'il falloitun
ordre ſuperieur pour les
leur faire recevoir , ils ne le refpecteroient
pas affez, pour ne les
pas faire tomber.Pourquoy donc
cette eſpece de République prétend-
elle decider au gré de ſes
paſſions ,des intereſts des particuliers
obligez de reconnoiſtre
ſon autorité , dans le centre de
:
GALANT. 334433
la premiere Monarchie du monde.
Ils n'ufurpent point noftrep
honneur , j'en conviens pilsn'attaquent
ni les biens , ni les perfonnes
, non ; mais c'eſt au bon
goût , auxyeux , à l'efprit & aux
coeurs qu'ils attentent.
On a l'indulgence de ſouffrir
que les Feſtes du Cours & le
VertGalant occupent la Scene ,
en dépit du Public , autant qu'il,
plaît à leurAuteur ,&debonnes
pieces , qu'un tel paralelle deshonoreroit
, ne font point receuës
, parce qu'il ne plaiſt pas à
cemême Auteur de les recevoir;
mais il ne faut pas s'étonner de
fon pouvoir quoyqu'il y en air
beaucoup parmi les Comediens
qui ne penſent pas comme luy
il eſt cependant l'ame de cette
Ffm
344 MERCURE
Compagnie , qu'il foumer , com
me nous , à ſes deciſions. J'en
connois entre eux,pluſieurs d'un
merite diſtingué dans leur eſpece,
je les nommerois même ſi j'avois
icybeſoin de leur nom , &
s'ils foutenoient mieux qu'ils ne
font, le parti de leur égalité.
: Vous venez de lire, Meſdames,
dequoy il s'agit ,& fur quoydoivent
maintenant rouler vos plaintes;
oppoſez-vous donc , s'il vous
plaiſt , à ce pernicieux établiſſement
de l'Empire des Comediens
; finon , l'Eloquence & la
Poëfie , le Cothurne& le Brodequin
qui vous ont tant de fois
fait rire & pleurer , vont deformais
dependre entierement de
leurs caprices , & nous faire pitié
: refufez enfin vos fuffrages
GALANT . 345.
aux mauvaiſes Pieces , & empêchez
, autant que vous le pourrez
, qu'on ne ſupprime lesbonnes.
Je ne doute pas que ceux qui
m'obligent à leur rendre tant de
justice , ne mettent tout en ufage
, pour me faire ôter,s'ils peuvent
, la liberté de leur parler ſi
naturellement;mais je ne ſuis pas
encore affez audacieux , pour
meriter qu'on me l'ôre , ni affez
timide , pour le craindre.
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Résumé : Discours où l'Auteur le prend vrayment sur un ton fort serieux. [titre d'après la table]
Dans un extrait du 'Mercure Galant', l'auteur s'adresse à ses lectrices en exprimant son regret de ne pas pouvoir offrir davantage de contenu galant. Il précise que sa méthode diffère de celle de ses prédécesseurs, privilégiant la légèreté et la simplicité dans son écriture. Il se présente comme le véritable auteur du 'Mercure Galant', reconnaissable par la simplicité et la franchise de ses expressions. L'auteur aborde ensuite une affaire concernant M. Dufreny, un dramaturge reconnu pour ses œuvres sérieuses et comiques. Dufreny a présenté sa nouvelle comédie 'Les deux Veuves, ou le faux Damis' aux comédiens, qui l'ont refusée malgré les éloges reçus précédemment. Les comédiens ont justifié leur décision par des raisons subjectives et une aversion pour le style de Dufreny. L'auteur critique cette attitude, soulignant que les comédiens usurpent le goût du public et imposent leurs décisions arbitraires. Il appelle les lectrices à s'opposer à cette situation et à soutenir les bonnes pièces, refusant ainsi de cautionner les mauvaises. Enfin, l'auteur affirme qu'il continuera à exprimer librement ses opinions, malgré les éventuelles pressions.
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3208
p. 345-346
« Au reste pardonnez-moy ce trait de declamation, & trouvez [...] »
Début :
Au reste pardonnez-moy ce trait de declamation, & trouvez [...]
Mots clefs :
Chanson, Déclamation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Au reste pardonnez-moy ce trait de declamation, & trouvez [...] »
Au reſte pardonnez - moy ce
trait de declamation , & trouvez
bon , Mesdames , que je ſubſtituë
à ce langage ferieux que l'intereſt
de tout le monde m'a fait
tenir,une petite Chanſon , dont
je ne ſçay pas l'âge , mais je ſçav
bien que la Muſique qui eſt d
4
346 MERCURE
M. Dubreüil , digne éleve du fa.
meux Lambert, eneſt tres-jolie.
trait de declamation , & trouvez
bon , Mesdames , que je ſubſtituë
à ce langage ferieux que l'intereſt
de tout le monde m'a fait
tenir,une petite Chanſon , dont
je ne ſçay pas l'âge , mais je ſçav
bien que la Muſique qui eſt d
4
346 MERCURE
M. Dubreüil , digne éleve du fa.
meux Lambert, eneſt tres-jolie.
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3209
p. 351-352
« Je ne vous croy pas fort curieuses du reste des pieces qui [...] »
Début :
Je ne vous croy pas fort curieuses du reste des pieces qui [...]
Mots clefs :
Journal, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je ne vous croy pas fort curieuses du reste des pieces qui [...] »
Je ne vous croy pas fort curieuſes
du reſte des pieces qui
doivent entrer dans ce Journal ,
352 MERGURE
ainſi je vous prie de me permettrede
vous annoncer que je ſuis
avec un tres-profond reſpect ,
Meſdames , Voſtre tres humble
& tres- obéiflant ferviteur ,
Mercure.
du reſte des pieces qui
doivent entrer dans ce Journal ,
352 MERGURE
ainſi je vous prie de me permettrede
vous annoncer que je ſuis
avec un tres-profond reſpect ,
Meſdames , Voſtre tres humble
& tres- obéiflant ferviteur ,
Mercure.
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3210
p. 352-353
OMISSION.
Début :
J'ay oublié, & je ne sçay comme cela s'est fait, à parler [...]
Mots clefs :
Bénéfices, Baptême
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OMISSION.
COMISSION.
J'ay oublié , & je ne ſçay
commecela s'eſt fait , à parler
des dons que Sa Majefté a faits
le31. dumoisdernier: elle donna
l'Abbaye de Saint Taurin à M.
l'Eveſque d'Evreux ; celle de S.
Savin à M. lAbbé de Cardaillac;
celle de Doüé auPere Robert de
Villers; celle de Canigou à Dom
Elamby , celle de S. Julien de
Dijon à la Dame de Buſſy-Rabutin
, & la Coadjutorerie de
Blangis à Dom Doye.
Je parleray davantage le mois
prochain
GALANT. 353
prochain de ces Benefices &
de ceux qui les ont receus ,
& je donneray en même temps
un extrait de la Ceremonie du
Baptême de Mademoiselle la
Marquiſe de Tavannes preſentée
à Dijon fur les Fonds , à lâge de
dix ans , de laquelle S. A. E.
Mouſeigneur le Duc de Baviere
a été le Parrain , & S. A. S.
Madame la Ducheſſe de VendofumeMarraine
, le 17. du mois
paffé.
J'ay oublié , & je ne ſçay
commecela s'eſt fait , à parler
des dons que Sa Majefté a faits
le31. dumoisdernier: elle donna
l'Abbaye de Saint Taurin à M.
l'Eveſque d'Evreux ; celle de S.
Savin à M. lAbbé de Cardaillac;
celle de Doüé auPere Robert de
Villers; celle de Canigou à Dom
Elamby , celle de S. Julien de
Dijon à la Dame de Buſſy-Rabutin
, & la Coadjutorerie de
Blangis à Dom Doye.
Je parleray davantage le mois
prochain
GALANT. 353
prochain de ces Benefices &
de ceux qui les ont receus ,
& je donneray en même temps
un extrait de la Ceremonie du
Baptême de Mademoiselle la
Marquiſe de Tavannes preſentée
à Dijon fur les Fonds , à lâge de
dix ans , de laquelle S. A. E.
Mouſeigneur le Duc de Baviere
a été le Parrain , & S. A. S.
Madame la Ducheſſe de VendofumeMarraine
, le 17. du mois
paffé.
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Résumé : OMISSION.
Le 31 du mois précédent, Sa Majesté a fait plusieurs dons d'abbayes : Saint Taurin à l'Évêque d'Évreux, Saint Savin à l'Abbé de Cardaillac, Doué au Père Robert de Villers, Canigou à Dom Elamby, et Saint Julien de Dijon à la Dame de Bussy-Rabutin. La Coadjutorerie de Blangis a été attribuée à Dom Doye. Le baptême de Mademoiselle la Marquise de Tavannes a eu lieu le 17 du mois passé, avec le Duc de Bavière comme parrain et la Duchesse de Vendôme comme marraine.
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3211
p. 353-355
AVIS.
Début :
Le sieur de Ricours qui depuis 20. années s'est attaché à la connoissance [...]
Mots clefs :
Mathématiques, Monnaies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
Le fieur de Ricours qui depuis
20. années s'est attaché à la connoiſſance
des Arts Liberaux ,
fur tout aux principales parties de
Mathematiques , donne avis au Public
qu'il continuë d'enseigner le
toiséde toutes fortes de corps tant
Novembre 1714. Gg
354 MERCURE
folides que fuperficiels , foit regu
liers ou irreguliers ; la Logiſtique
universelle , ou la science des nombres
, avec des applications utiles
à toutes sortes d'usages ; les Changes
de toutes les Places de l'Europe
oùleurcommerce peut correspondre,
avec les valeurs de leurs monnoyes,
poids , mesures en longueurs & en
continence ,&les évaluations d'i
ceux avec les Nôtres , comme auffi
lesArbitrages , Negociations , Viremens
de Places , Commiffions en
Banque , & generalement tout ce
qui dépend du commerce.
Lamaniere de tenir les Livresde
Comptes&Ecritures tant àparties
doubles quesimples par des principes
tres -faciles.
Il travaille actuellement à mettre
aujour un Livre divisé en 3. par
GALANT. 355
ties , qui contiendra non-feulement
les Elemens des choses cy-deſſus
expliquées , mais encore la maniere
d'en faire toutes fortes d'applications
,foit par Theorie ou parpratique
, & ce dans un goust bien different
de ceux qui ont parû jusqu'icyfur
de pareilles maticres , il
yjoindra de plus pour lafatisfaction
des perſonnnes sçavantes &
curieuses , un tarifdes monnoyes,
poids & mesures de tous les Royaumes
de l'Orient & du Midy , ou
vrage tres-recherché& convenable
àun parfait Negociant.
Il demeure au coindu QuayPelletier
en la maison où est logé le
fieurAllais,Maistre EcrivainJuré
Expert pour les verifications, dont
JoTablean estau-dessus de la porte
Le fieur de Ricours qui depuis
20. années s'est attaché à la connoiſſance
des Arts Liberaux ,
fur tout aux principales parties de
Mathematiques , donne avis au Public
qu'il continuë d'enseigner le
toiséde toutes fortes de corps tant
Novembre 1714. Gg
354 MERCURE
folides que fuperficiels , foit regu
liers ou irreguliers ; la Logiſtique
universelle , ou la science des nombres
, avec des applications utiles
à toutes sortes d'usages ; les Changes
de toutes les Places de l'Europe
oùleurcommerce peut correspondre,
avec les valeurs de leurs monnoyes,
poids , mesures en longueurs & en
continence ,&les évaluations d'i
ceux avec les Nôtres , comme auffi
lesArbitrages , Negociations , Viremens
de Places , Commiffions en
Banque , & generalement tout ce
qui dépend du commerce.
Lamaniere de tenir les Livresde
Comptes&Ecritures tant àparties
doubles quesimples par des principes
tres -faciles.
Il travaille actuellement à mettre
aujour un Livre divisé en 3. par
GALANT. 355
ties , qui contiendra non-feulement
les Elemens des choses cy-deſſus
expliquées , mais encore la maniere
d'en faire toutes fortes d'applications
,foit par Theorie ou parpratique
, & ce dans un goust bien different
de ceux qui ont parû jusqu'icyfur
de pareilles maticres , il
yjoindra de plus pour lafatisfaction
des perſonnnes sçavantes &
curieuses , un tarifdes monnoyes,
poids & mesures de tous les Royaumes
de l'Orient & du Midy , ou
vrage tres-recherché& convenable
àun parfait Negociant.
Il demeure au coindu QuayPelletier
en la maison où est logé le
fieurAllais,Maistre EcrivainJuré
Expert pour les verifications, dont
JoTablean estau-dessus de la porte
Fermer
Résumé : AVIS.
L'annonce présente un maître spécialisé dans les arts libéraux et les mathématiques, exerçant depuis vingt ans. Il offre ses services pour enseigner le toisé de divers corps solides ou superficiels, réguliers ou irréguliers, ainsi que la logistique universelle avec des applications pratiques. Il maîtrise également les changes monétaires entre différentes places commerciales en Europe, les évaluations des monnaies, poids, mesures, et les opérations bancaires telles que les arbitrages, négociations, virements et commissions. Il enseigne aussi la tenue de livres de comptes et d'écritures, simples ou doubles. Actuellement, il prépare un livre en trois parties couvrant ces sujets, avec une approche théorique et pratique distincte des ouvrages existants. Ce livre inclura un tarif des monnaies, poids et mesures des royaumes orientaux et méridionaux, utile pour les négociants. Le maître réside au coin du quai Pelletier, dans la maison où loge le sieur Allais, maître écrivain juré expert.
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3212
p. 356-357
Avis aux incredules.
Début :
J'ay déja dit, & je le repete encore que j'ay cru devoir informer [...]
Mots clefs :
Latin, Méditation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avis aux incredules.
Avis aux incredules ...
Fay déja dit , &je le repete
encore que j'aycru devoir informer
le Public que M. l'Abbé Fremy a
demontré à plusieurs sçavans par
voye de Theorie & d'experience ,
qu'une meditation de 15. années
l'avoit enfin conduit à trouver le
Secret d'apprendre le Latin plus
facilement qu'on n'apprend aujourd'huy
la Langue Italienne .
Toutson système ne roulequefur
deux Regles tres- courtes & d'une
execution tres aisée qui convientà
toutsexe & à tout âgefitoft qu'on
fçait lire &un peu écrire ....
La premiereſuffit pour resoudre
les difficultez les plus épineuses
rant à l'égard de la compofition
Latine , que de l'explication des
Auteurs.
GALANT. 357
La deuxième qui ne consiste
qu'en unseul mot ſans exception ,
est utile pour sçavoirſeurement la
quantité des fyllabes longues ou
breves par nature.
Les Perſonnes qui s'interefférontàluy
donnerquelque avis pourront
l'adreſſer à M. Ribou , Marchand
Libraire , qui recevra auſſi
les Lettres dont le port aura esté
payé; c'està l'Image S. Loüis, Quay
des Grands Augustins ..
Fay déja dit , &je le repete
encore que j'aycru devoir informer
le Public que M. l'Abbé Fremy a
demontré à plusieurs sçavans par
voye de Theorie & d'experience ,
qu'une meditation de 15. années
l'avoit enfin conduit à trouver le
Secret d'apprendre le Latin plus
facilement qu'on n'apprend aujourd'huy
la Langue Italienne .
Toutson système ne roulequefur
deux Regles tres- courtes & d'une
execution tres aisée qui convientà
toutsexe & à tout âgefitoft qu'on
fçait lire &un peu écrire ....
La premiereſuffit pour resoudre
les difficultez les plus épineuses
rant à l'égard de la compofition
Latine , que de l'explication des
Auteurs.
GALANT. 357
La deuxième qui ne consiste
qu'en unseul mot ſans exception ,
est utile pour sçavoirſeurement la
quantité des fyllabes longues ou
breves par nature.
Les Perſonnes qui s'interefférontàluy
donnerquelque avis pourront
l'adreſſer à M. Ribou , Marchand
Libraire , qui recevra auſſi
les Lettres dont le port aura esté
payé; c'està l'Image S. Loüis, Quay
des Grands Augustins ..
Fermer
Résumé : Avis aux incredules.
L'annonce présente une méthode innovante pour apprendre le latin, élaborée par l'Abbé Fremy après quinze années de réflexion. Cette méthode repose sur deux règles simples et accessibles à tous, à condition de savoir lire et écrire. La première règle facilite la composition latine et l'explication des auteurs. La seconde règle, un seul mot sans exception, permet de déterminer la quantité des syllabes longues ou brèves par nature. Les personnes intéressées peuvent contacter M. Ribou, libraire à l'Image Saint-Louis, Quai des Grands Augustins, pour plus d'informations.
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3213
p. 357-358
Autre Avis.
Début :
Le sieur Pelletier, Maître Tailleur d'habits, s'est avisé d'un expedient [...]
Mots clefs :
Tailleur, Habits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre Avis.
Autre Avis ..
Le ficur Pelletier , MaîtreTailleur
d'habits , s'est avisé d'un expedient
utile , commode , & gascon
, commeje l'ay déja dit ; il a
feul le secret de faire des habits
Lans envers , habits doubles , ou
portants leurs furtouts , de quelque
maniere qu'on les puiſſefou358
MERCURE
haiter. Sa demeure est ruës. Martin
, cul-de-facS. Fiacre , chez M.
Caboche , Marchand Chapelier ,
vis-à-vis S.Mederic..
Le ficur Pelletier , MaîtreTailleur
d'habits , s'est avisé d'un expedient
utile , commode , & gascon
, commeje l'ay déja dit ; il a
feul le secret de faire des habits
Lans envers , habits doubles , ou
portants leurs furtouts , de quelque
maniere qu'on les puiſſefou358
MERCURE
haiter. Sa demeure est ruës. Martin
, cul-de-facS. Fiacre , chez M.
Caboche , Marchand Chapelier ,
vis-à-vis S.Mederic..
Fermer
3214
p. 358
AVERTISSEMENT.
Début :
Est-ce que pour me ruiner tout de bon, que vous vous tuez le corps [...]
Mots clefs :
Poste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
Eſt-ce pour me ruiner tout de
bon , que vous vous tuez le corps
& l'eſprit àm'envoyer je ne fçay
combien de gros paquets remplis
d'inutilitez. Je ſuis malheu--
reuſement curieux , je les achete
, je les lis ,& je les brûlesmais
dorefnavant je vous affeure que
je ne perdray ni mon tems ni
mon argent à en payer le port ,
&que je laifferay à la Poſte tous
ceux qui ne feront pas affranchis.
Je vous recommande encore ,
Meffieurs , de me les envoyer le
plûtôt que vous pourrez , fi vous
voulez m'en voir faire l'uſage
qui leur conviendra,
Eſt-ce pour me ruiner tout de
bon , que vous vous tuez le corps
& l'eſprit àm'envoyer je ne fçay
combien de gros paquets remplis
d'inutilitez. Je ſuis malheu--
reuſement curieux , je les achete
, je les lis ,& je les brûlesmais
dorefnavant je vous affeure que
je ne perdray ni mon tems ni
mon argent à en payer le port ,
&que je laifferay à la Poſte tous
ceux qui ne feront pas affranchis.
Je vous recommande encore ,
Meffieurs , de me les envoyer le
plûtôt que vous pourrez , fi vous
voulez m'en voir faire l'uſage
qui leur conviendra,
Fermer
Résumé : AVERTISSEMENT.
L'auteur exprime son mécontentement face à la réception de nombreux paquets inutiles. Il achète, lit et brûle ces envois malgré leur manque d'utilité. Désormais, il refusera de payer le port pour les colis non affranchis, qu'il laissera à la poste. Il demande aux expéditeurs de lui envoyer les paquets rapidement pour un usage approprié.
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3215
s. p.
TABLE.
Début :
Prelude magnifique 3 Vers de Mademoiselle Deshoulieres aux Muses sur [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE.
DReludemagnifique 3
Vers deMademoiselle Deshoulieres auxMujesſur
la Paix. 12
Hſtoire extravagante. 19
Autre Histoire veritable, &paſſablement bonne.
63
Réponſe d'une Demoiselle à l'Auteur. 83
AutreHistoire bien vraye , & d'un ſtile propre
àfairehonneur au Mercure,
Discours curieuxfur l'origine du mois.
85
106
Nouvelles de Vienne, 109
DeMadrid.
117
De Barcelone. Liste des Generaux & Officiers
des Barcelonois arrestez & embarquez le zz .
Septembre par ordre de M. le Maréchal de
Berwic , en vertu du plein pouvoir qu'il avoit
receu de SaM C. & conduits en differentes
priſons d'Espagne , &ailleurs.
DeRome.
De Venise.
De Londres.
De Paris..
118
139
140
143
12
Relation que le Pape a receu d'un miracle averé
&qui est arrivéà Icernie , Ville du Коулите
47 de Naples , le mois d'Octobre dernier, 158
TABLE
J
Lettre curieuse de l'illustre Mademoiselle de
àune Damedefes amiesfur le bon gout d'apresent.
169
Relation exacle & intereſſante de la Feste qui a
eſtéfaite à Marseille àla Reine d'Espagne ,
par M Arnoul, Conseiller du Roy, Intendant
des Galeres & da Commerce 209
Traduction d'une veritable & rare description
du Harem , ou de l'appartement desfemmes
du Grand-Seigneur.
:
278
315
331
Discours oùl'Auteurleprend vrayementsur un
Morts.
Mariage.
tonfort ferieux. 328
Chanson.
346
Enigmes. 349
Omiffion. 352
Avis.
353
Avis aux Incredules.
356
Avertiſſement 358
DReludemagnifique 3
Vers deMademoiselle Deshoulieres auxMujesſur
la Paix. 12
Hſtoire extravagante. 19
Autre Histoire veritable, &paſſablement bonne.
63
Réponſe d'une Demoiselle à l'Auteur. 83
AutreHistoire bien vraye , & d'un ſtile propre
àfairehonneur au Mercure,
Discours curieuxfur l'origine du mois.
85
106
Nouvelles de Vienne, 109
DeMadrid.
117
De Barcelone. Liste des Generaux & Officiers
des Barcelonois arrestez & embarquez le zz .
Septembre par ordre de M. le Maréchal de
Berwic , en vertu du plein pouvoir qu'il avoit
receu de SaM C. & conduits en differentes
priſons d'Espagne , &ailleurs.
DeRome.
De Venise.
De Londres.
De Paris..
118
139
140
143
12
Relation que le Pape a receu d'un miracle averé
&qui est arrivéà Icernie , Ville du Коулите
47 de Naples , le mois d'Octobre dernier, 158
TABLE
J
Lettre curieuse de l'illustre Mademoiselle de
àune Damedefes amiesfur le bon gout d'apresent.
169
Relation exacle & intereſſante de la Feste qui a
eſtéfaite à Marseille àla Reine d'Espagne ,
par M Arnoul, Conseiller du Roy, Intendant
des Galeres & da Commerce 209
Traduction d'une veritable & rare description
du Harem , ou de l'appartement desfemmes
du Grand-Seigneur.
:
278
315
331
Discours oùl'Auteurleprend vrayementsur un
Morts.
Mariage.
tonfort ferieux. 328
Chanson.
346
Enigmes. 349
Omiffion. 352
Avis.
353
Avis aux Incredules.
356
Avertiſſement 358
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Résumé : TABLE.
Le document est une table des matières d'une publication comprenant divers genres littéraires. Elle inclut des poèmes, des histoires, des lettres, des récits de miracles, des descriptions, des discours, des chansons, des énigmes et des avis. Parmi les œuvres notables figurent des vers de Mademoiselle Deshoulières sur la paix, plusieurs histoires véridiques et des nouvelles provenant de diverses villes européennes telles que Vienne, Madrid, Barcelone, Rome, Venise, Londres et Paris. La table mentionne aussi un récit d'un miracle survenu à Icernie en octobre précédent, une lettre sur le bon goût, et une description détaillée d'une fête à Marseille en l'honneur de la Reine d'Espagne. D'autres éléments incluent une traduction sur le harem du Grand-Seigneur et divers écrits allant de discours à des avis destinés aux incrédules.
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3216
s. p.
Avis pour placer la Figure.
Début :
L'air doit regarder la page 336. [...]
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texteReconnaissance textuelle : Avis pour placer la Figure.
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3217
p. 3-7
Huitiéme Préface de l'Auteur, & pourquoy. [titre d'après la table]
Début :
N'est-ce pas une chose étonnante, Messieurs, qu'on [...]
Mots clefs :
Auteurs, Journal de Verdun
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Huitiéme Préface de l'Auteur, & pourquoy. [titre d'après la table]
EST - CE pas une
choſe étonnante ,
Meſſieurs , qu'on
me faſſe ſans ceſſe tant d'objections
, que l'obligation
où je ſuis d'y répondre me
jette tous les mois dans la
neceſſité de faire des Prefaces
? Pourquoy vous a-
Dec. 1714. Aij
ILALL
4
MERCURE
charnez - vous , me dit on ,
avec tant de fureur ſur un
tas de miferables pieces
dont on a fatigué la Cour
& la ville pendant les fix
premiers mois de vôtre noviciat
? Les Auteurs vont ſe
déchaîner contre vous ;
Verdun va achever de ſe
rendre parfaitement ridicule
par les efforts d'éloquence
qu'il va faire pour
répondre pitoyablement
aux traits ſatyriques que
vous avez lancez ſur lui .
Lefecond Pere des Captifs ,
dont vous n'avez fait , di
L
GALANT.
5
tes- vous ingenûment , que
le quart de la critique , va
debiter contre vous un recüeil
d'Epigrammes qu'il
promet à tout le monde. Et
l'Auteur du Vert- Galant
va vous joüer ſur la ſcene
avec tant d'art & d'eſprit ,
que vous vous garderez
bien dorénavant de lui dif
puter la gloire du brodequin
, qu'il proteste ne ceder
àà Moliere , que parce qu'il est
venu avant lui. D'ailleurs il
faut que vous ſoyez bien
aveugle ſur vos propres interêts
, pour ne pas vous
A iij
6 MERCURE
imaginer les noms que ces
Meſſieurs vont vous donner
dans toutes les ruelles. Ils
vont dire de vous ce que
vous avez au moins dit
d'eux ; ils vont vous faire
paſſer pour un étourdi,pour
un temeraire : ilsvont , en
un mot , décrier vôtre perſonne
, vos moeurs & vôtre
livre. Je peux convenir avec
vous , Meffieurs , de ce raiſonnement
, fans être obligé
de convenir qu'ils ayent
raiſon, & c'eſt à vôtre équité
que je m'en rapporte. Je
ne connoiffois ni eux , ni
1
GALANT.
7
leurs ouvrages , quand j'ai
entrepris le grand rôle que
je joue àpreſeenntt..Vousmavez
appris vous- même à les
connoître : vous m'avez enfin
avoüé cent fois les uns
& les autres que vous achetiez
Verdun ſans ſçavoir
pourquoy , & que vous alliez
à ces dernieres Comedies
ſeulement par habitude.
J'ai été curieux, malgré
la foy que je devois ajoûter
à vos témoignages. J'ai lû
ce Journal de campagne ,
& je me ſuis ennuyé comme
vous à le lire.
choſe étonnante ,
Meſſieurs , qu'on
me faſſe ſans ceſſe tant d'objections
, que l'obligation
où je ſuis d'y répondre me
jette tous les mois dans la
neceſſité de faire des Prefaces
? Pourquoy vous a-
Dec. 1714. Aij
ILALL
4
MERCURE
charnez - vous , me dit on ,
avec tant de fureur ſur un
tas de miferables pieces
dont on a fatigué la Cour
& la ville pendant les fix
premiers mois de vôtre noviciat
? Les Auteurs vont ſe
déchaîner contre vous ;
Verdun va achever de ſe
rendre parfaitement ridicule
par les efforts d'éloquence
qu'il va faire pour
répondre pitoyablement
aux traits ſatyriques que
vous avez lancez ſur lui .
Lefecond Pere des Captifs ,
dont vous n'avez fait , di
L
GALANT.
5
tes- vous ingenûment , que
le quart de la critique , va
debiter contre vous un recüeil
d'Epigrammes qu'il
promet à tout le monde. Et
l'Auteur du Vert- Galant
va vous joüer ſur la ſcene
avec tant d'art & d'eſprit ,
que vous vous garderez
bien dorénavant de lui dif
puter la gloire du brodequin
, qu'il proteste ne ceder
àà Moliere , que parce qu'il est
venu avant lui. D'ailleurs il
faut que vous ſoyez bien
aveugle ſur vos propres interêts
, pour ne pas vous
A iij
6 MERCURE
imaginer les noms que ces
Meſſieurs vont vous donner
dans toutes les ruelles. Ils
vont dire de vous ce que
vous avez au moins dit
d'eux ; ils vont vous faire
paſſer pour un étourdi,pour
un temeraire : ilsvont , en
un mot , décrier vôtre perſonne
, vos moeurs & vôtre
livre. Je peux convenir avec
vous , Meffieurs , de ce raiſonnement
, fans être obligé
de convenir qu'ils ayent
raiſon, & c'eſt à vôtre équité
que je m'en rapporte. Je
ne connoiffois ni eux , ni
1
GALANT.
7
leurs ouvrages , quand j'ai
entrepris le grand rôle que
je joue àpreſeenntt..Vousmavez
appris vous- même à les
connoître : vous m'avez enfin
avoüé cent fois les uns
& les autres que vous achetiez
Verdun ſans ſçavoir
pourquoy , & que vous alliez
à ces dernieres Comedies
ſeulement par habitude.
J'ai été curieux, malgré
la foy que je devois ajoûter
à vos témoignages. J'ai lû
ce Journal de campagne ,
& je me ſuis ennuyé comme
vous à le lire.
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Résumé : Huitiéme Préface de l'Auteur, & pourquoy. [titre d'après la table]
En décembre 1714, l'auteur exprime son irritation face aux critiques et objections fréquentes qui le poussent à rédiger des préfaces. Il mentionne diverses attaques personnelles et littéraires dont il est victime. Verdun, un critique, tente vainement de répondre aux attaques satiriques de l'auteur. Le 'Père des Captifs' prépare un recueil d'épigrammes contre lui, et l'auteur du 'Vert-Galant' prévoit de le ridiculiser sur scène. L'auteur admet que ses détracteurs pourraient le dénigrer, mais il affirme ignorer leurs œuvres et avoir lu leur journal par simple curiosité, partageant leur ennui à sa lecture. Il conclut en notant que ses lecteurs achètent souvent des œuvres sans en connaître la valeur et assistent à des comédies par habitude.
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3218
p. 9-14
« Voila leurs étrennes. Mais vous, Messieurs, qui riez de ce [...] »
Début :
Voila leurs étrennes. Mais vous, Messieurs, qui riez de ce [...]
Mots clefs :
Auteurs, Journal, Liberté, Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Voila leurs étrennes. Mais vous, Messieurs, qui riez de ce [...] »
Voila leurs étrennes.
Mais vous Meſſieurs ,
qui riez de ce ce caprice ,
me garantirez - vous du refſentiment
de ces redoutables
Auteurs ? Oui aſſurément
, & vous vous y connoiſſez
tous trop bien, pour
ne pas me répondre de leur
docilité. Cependant , malgré
ces boutades legeres &
tres indifferentes , je ne
10 MERCURE
?
doute pas qu'il ne tienne
peut être aux gens que j'attaque
, de m'obliger à me
dédire de tout ce qui par
leur faute peut m'être échapé
de deſobligeant pour
cux. A Dieu ne plaiſe que
j'aye jamais fongé à les offenſer
; au contraire , j'ai
porté aux ſpectacles où
leurs pieces m'ont invité ,
un eſprit de douceur &
d'humanité, ſuſceptiblemême
de toutes les erreurs de
la complaiſance : mais vos
revoltes continuelles m'ont
ouvert les yeux , & vous
GALANT. II
m'avez enfin forcé d'a- 1
voüer que je m'y connoiffois
bien moins que vous.
En un mot , ce n'est qu'en
conſequence de vos fuffrages
que j'ai tâché de rendre
justice aux uns & aux autres.
Détrompez moy maintenant,
ſi vous pouvez , fur
l'idée que j'ai conçûë de
l'Opera de Telemaque. Les
paroles m'ent ont paru belles
, & la muſique, malgré
les pretenduës reſſemblan.
ces qu'ony a trouvées,m'en
a paru magnifique. Dé
12 MERCURE
trompez - moy , dis je , fur
cet article ; vous me verrez
auffitôt prêt à me ſoûmettre
à vos jugemens, s'il vous
plaît de ne pas ceſſer d'être
quitables. Enfin je vous ai
vũ , Meſſieurs , aux premierepreſentations
res de cet
Opera , & je vous jure que
je n'ai point écouté le penchant
naturel que j'ai à dire
du bien des Auteurs , pour
entendre alors vos ſuffrages
& vos applaudſſiemens avec
plaifir. Je ſuis preſque perfuadé
que Telemaque les
merite par plus d'une raiGALANT.
13
i
ſon ; je m'étendrai davan.
tage ſur ce ſujet dans un
autre endroit de ce Journal,
dont je vais,avec vôtre permiffion
, reprendre le ſtile
ordinaire , pour vous faire
part des matieres qui doivent
ſervir pendant le cours
de ce mois à le remplir.
L'obligation où eſt tout
homme qui ſe mêle d'écrire
, de conformer fon
-langage à la qualité des
choſes qu'il raconte , eft un
&
precepte pour moy ,
m'engage àchanger de ton
àmeſure que les évenemens
14 MERCURE
dont j'ai à parler changent
de nature.J'ai pourtant bien
du regret que cette loy
m'ôte la liberté de raiſonner
à ma mode , & qu'elle
me contraigne de chercher
des termes magnifiques
pour exprimer dignement
la tragique avanture que
yous allez lire.
Mais vous Meſſieurs ,
qui riez de ce ce caprice ,
me garantirez - vous du refſentiment
de ces redoutables
Auteurs ? Oui aſſurément
, & vous vous y connoiſſez
tous trop bien, pour
ne pas me répondre de leur
docilité. Cependant , malgré
ces boutades legeres &
tres indifferentes , je ne
10 MERCURE
?
doute pas qu'il ne tienne
peut être aux gens que j'attaque
, de m'obliger à me
dédire de tout ce qui par
leur faute peut m'être échapé
de deſobligeant pour
cux. A Dieu ne plaiſe que
j'aye jamais fongé à les offenſer
; au contraire , j'ai
porté aux ſpectacles où
leurs pieces m'ont invité ,
un eſprit de douceur &
d'humanité, ſuſceptiblemême
de toutes les erreurs de
la complaiſance : mais vos
revoltes continuelles m'ont
ouvert les yeux , & vous
GALANT. II
m'avez enfin forcé d'a- 1
voüer que je m'y connoiffois
bien moins que vous.
En un mot , ce n'est qu'en
conſequence de vos fuffrages
que j'ai tâché de rendre
justice aux uns & aux autres.
Détrompez moy maintenant,
ſi vous pouvez , fur
l'idée que j'ai conçûë de
l'Opera de Telemaque. Les
paroles m'ent ont paru belles
, & la muſique, malgré
les pretenduës reſſemblan.
ces qu'ony a trouvées,m'en
a paru magnifique. Dé
12 MERCURE
trompez - moy , dis je , fur
cet article ; vous me verrez
auffitôt prêt à me ſoûmettre
à vos jugemens, s'il vous
plaît de ne pas ceſſer d'être
quitables. Enfin je vous ai
vũ , Meſſieurs , aux premierepreſentations
res de cet
Opera , & je vous jure que
je n'ai point écouté le penchant
naturel que j'ai à dire
du bien des Auteurs , pour
entendre alors vos ſuffrages
& vos applaudſſiemens avec
plaifir. Je ſuis preſque perfuadé
que Telemaque les
merite par plus d'une raiGALANT.
13
i
ſon ; je m'étendrai davan.
tage ſur ce ſujet dans un
autre endroit de ce Journal,
dont je vais,avec vôtre permiffion
, reprendre le ſtile
ordinaire , pour vous faire
part des matieres qui doivent
ſervir pendant le cours
de ce mois à le remplir.
L'obligation où eſt tout
homme qui ſe mêle d'écrire
, de conformer fon
-langage à la qualité des
choſes qu'il raconte , eft un
&
precepte pour moy ,
m'engage àchanger de ton
àmeſure que les évenemens
14 MERCURE
dont j'ai à parler changent
de nature.J'ai pourtant bien
du regret que cette loy
m'ôte la liberté de raiſonner
à ma mode , & qu'elle
me contraigne de chercher
des termes magnifiques
pour exprimer dignement
la tragique avanture que
yous allez lire.
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Résumé : « Voila leurs étrennes. Mais vous, Messieurs, qui riez de ce [...] »
Dans une lettre adressée à des lecteurs, l'auteur exprime ses préoccupations concernant les critiques potentielles de 'redoutables auteurs' qu'il aurait pu offenser involontairement. Il avoue avoir assisté à des représentations littéraires et théâtrales avec bienveillance et humanité, mais les réactions des auteurs l'ont amené à reconsidérer ses jugements. L'auteur apprécie particulièrement l'opéra 'Télémaque', louant ses paroles et sa musique, malgré certaines critiques. Il invite les lecteurs à le corriger s'ils estiment qu'il a tort et se déclare prêt à se soumettre à leurs avis. Enfin, il explique que, par obligation professionnelle, il doit adapter son style en fonction des sujets abordés, regrettant de ne pas pouvoir exprimer librement ses opinions.
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3219
p. 14-108
HISTOIRE.
Début :
Je vous donnai le mois passé, Messieurs, une description / Anna Favella & Julio Alexandro, des meilleures [...]
Mots clefs :
Sérail, Femme, Amour, Navire, Nuit, Maison, Seigneur, Maîtresse, Esclaves, Ami, Mer, Naples, Coeur, Marchand, Ville, Fortune, Constantinople, Malheurs, Traître, Femmes, Pierre, Diamants, Port, Beauté, Amant, Courage, Reconnaissance, Confiance, Tendresse, Horreur, Sultan, Épouse, Royaume de Naples, Amants, Espérance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE.
Je vous donnai le mois
paſſe , Meſſieurs , une deſcription
nouvelle du Serrail
du Grand Seigneur. Un
Ambaſſadeur de France à
la Porte , qui ſçait de ces
lieux, où ila demeuré longGALANT.
IS
temps , tout ce qu'on en
peutapprendre , l'a trouvée
fi exacte & fi bien circonſtanciée
, qu'il m'a avoüé
qu'il étoit étonné qu'on eût
pû arracher des choſes ſi
rares du fond de cet impenetrable
Palais : mais il le
fut encore davantage au
recit de l'hiſtoire nouvelle
que je vais vous raconter.
*******美美
HISTOIRE.
ANna Favella & Julio
1
16 MERCURE
Alexandro , des meilleures
familles de Tarente , ville
capitale de la Principauté
d'Otrantedans le Royaume
de Naples , furent enlevez
par un Corſaire d'Alger ,
deux jours avant celui que
leurs parens avoient choiſi
pour les unir ſous les loix
de l'hymen . Favella étoit la
plus belle fille de ceRoyaume
, & la beauté d'Alexandro
n'avoit de comparable
à elle-même que l'éclat des
charmes de ſa maîtreſſe.
* Ces malheureux amans a
voient environ trente ans
GALANT. 17
à eux deux , lorſque ſix
Turcs determinez , dont le
navire étoit caché derriere
leCap ſainte Marie, mirent
pied à terre , ſe jetterent
dans un bois fort épais qui
étoit à cent pas du rivage ,
s'y enfoncerent temerairement
, & trouverent enfin
preſque à la porte du Palais
de Favella , cette miferable
fille aſſiſe ſur le bord d'un
ruiffeau,&fe felicitant avec
ſon amant de l'eſperance
de leur hymen prochain.
Une vieille matrone étoit
prés d'eux, lorſque ces traî-
Dec. 1714. B
18 MERCURE
tres les ſurprirent , les ſaifirent
, les lierent , & les
entraînerent dans leur chaloupe
, aprés avoir étranglé
la vieille , dont les cris pouvoient
attirer du monde à
leur fecours.
Jamais Corſaire avide de
butin ne ſe flata mieux de
l'eſpoir d'une fortune éclatante
,que le cruel Muſtapha
, à la vue des deux efclavesqueſesgensvenoient
d'amener à fon bord. Il fit
auffitôt appareiller,mit toutes
ſes voiles dehors , &cingla
vers l'Afrique. Un faGALANT.
19
:
:
vorable ventde Nordnordeſt
le rendit en deux jours
à Alger , où d'abord il mit
Favella entre les mains de
ſa femme , & Alexandro
entre les eſclaves dont il
eſperoit de groſſes rançons.
La beauté ſoûmet à fon
empire les plus fiers courages
,& le coeur le plusbarbare
n'eſt pas à l'épreuve
des traits de deux beaux
yeux. Mustapha ſoûpire
pour ſa nouvelle eſclave ,
pendant que ſon épouſe
brûle déja pour le jeune
Napolitain , qu'elle a mal
Bij
20 MERCURE
heureuſement vû à travers
une jalouſie de ſon Serrail,
Les larmes de Favella ,
la tendreſſe parfaite qu'elle
conſerve à ſon amant , &
l'horreur qu'elle a pour ſon
tyran, n'empêcheroient pas
qu'elle ne fût bientôt la victime
d'une paſſion qui la
deſeſpere,ſi l'amour n'alloit
pas employer juſqu'aux
voyes les plus cruelles pour
la dérober aux coups qui
la menacent. Mustapha ne
la quitte plus, le barbare ne
peut vivre unmoment ſans
la voir.
GALANT. 21
(.
Sbayna ſa femme brûle
d'une égale ardeur pour
Alexandro , qu'elle a déja
trouvé le fecret d'inſtruire
des deſſeins qu'elle a ſur lui .
Alexandro , qui de de fon
côté a reſolu de tout riſquer
pour briſer les fers de ſa
maîtreſſe , les fiens & ceux
de ſes camarades , avec qui
il a tramé ſecretement une
conſpiration, dont le ſuccés
doit les affranchir des horreurs
de leur fervitude ,
promet à Sbayna de conſentir
à tout ce qu'il lui
plaira , pourveu qu'elle l'in
22 MERCURE
*
troduiſe de nuit dans ſa
chambre. Cette femme n'écoute
plus que ſa paffion
pour lui donner , & lui tenir
le lendemain, à latroiſieme
heure de la nuit , la parole
qu'il a la veille exigée d'elle.
Alexandro ſe rend à ſon
appartement , & lui dit ,
aprés les premieres civilitez
: Je ne peux enfin vous
aimer , ni vous donner des
marques de mon amour ,
belle Sbayna , à moins que
vous ne m'épouſiez : mais
vous ne pouvez m'épouſer
tant que vous ferez la fem
GALANT.
23
me d'un Turc. Ah cruel !
lui répondit- elle , quel reproche
me faites vous ?At
- il tenu à moy de ne pas
devenir la femme de Muſ
tapha , & fuis je la maîtreſſe
de ne la plus être ? Ravie à
ma famille malheureuſe
dés mon enfance, arrachée
depuis douze ans des côtes
de la Pouille , où je reçus
le jour , aprés avoir été efclave
dans ce Serrail jufqu'au
moment où le barbare
maître de ces lieux me
menaça de me donner la
mort ſi je lui refuſois ma
24
MERCURE
efmain,
croyez- vous que mon
coeur ait jamais confenti au
ſacrifice de ma timidité ?
Non, charmanteSbayna,lui
dit Alexandro, non je ne le
croy pas : mais puiſque vous
me preferez aux autres
claves qui font ici ; puiſque
vous vous ſentez aſſez de
courage pour m'entretenir
hardimēt dans vôtre cham
bre , ſoyez genereuſe jufqu'au
bout , ne perdez pas
un moment de temps , &
facrifiez tout à l'heure ce
barbare époux à l'amour
que vous avez pour moy.
Je
GALANT!
25
Je ſçai que votre main
trembleroit à executer une
ſi grande action , qu'elle
n'auroit pas affez de force
pour lui porter des coups
mortels : mais j'exige de
vous ſeulementqu'elle conduife
la mienne. Montrezmoy
la chambre où il eſt
maintenant , & je vais à
l'inſtant m'immoler la victime
que mon amour vous
demande. A quoy , grand
Dieu, lui dit la tremblante
Sbayna , qui ſe vit embarquée
plus loin qu'elle n'as
voit compté de l'être ; à
Dec. 1714. C
16 MERCURE
quoy , malheureux , allons.
nous nous expofer fije
conſens à ce que vous exi
gez demoy ? Mustapha eft
peut-être àpreſent dans le
leinde fa nouvelle eſolave,
ou peut- être redouble til
ſes efforts pour fléchir fo
rigueur. Dans quel abîma
effroyable de maux allons
nous , dis je , nous precipi
ter, ſi je ſuis vos temeraires
deffeins ?& qu'allons nous
devenir , fi je ne les ſuis
pas?Ne craignez rien,reprit
Alexandro aveo impetuofite
; tous les eſclaves de
GALANT.
47
S
e
mon quartier n'attendent
que mon fignal pour nous
ſervir au gré de nos interêts
communs. Un renegat fidele
, s'il en eſt , doit me
tenir à toute heure de nuit ,
pendant trois jours , une
barque prête à partir. La
mer vient battre les murs
dece jardin , & le trajet eft
fort court d'ici juſqu'aux
lieux qui doivent nous fervir
d'aziles. Venez donc ,
lui dit- elle enfin , venez ,
fuivez-moy ; & puis qu'il
faut qu'il meure , ou que
nous periflions, je vais vous
Cij
28 MERCURE
montrer juſqu'à la place où
vôtre main doit porter vos
coups.
Ils traverſent auffitôt
courageuſement , & fans
bruit , pluſieurs petits co
lydors , au bout deſquels ils
entrent dans une chambre,
où , à la faveur de la clarté
de la Lune, ils trouvent un
homme & une femme na
geant dans le fang , & rendant
les derniers ſoupirs.
Le deſeſperé Alexandro &
l'effrayée Sbayna regardent
ces deux victimes d'un oeil
bien different. Le NapoliGALANT.
29
tain plonge un poignard
dans le corps du malheureux
Mustapha,pour mieux
s'aſſurer de ſa mort , & fe
jette ſur le ſein de ſon infortunée
maîtreffe , qu'il
ſent heureuſement reſpirer
encore. Il embraſſe en même
temps les genoux de
Sbayna , & la conjure de
lui donner des remedes , fi
elle en a , pour rendre , s'il
eſt poſſible , la vie à cette
miferable eſclave. Sbayna
✔entre dans un petit cabinet
où ſont les eaux & les baumes
que fon mari avoit
Ciij
30
MERCURE
A
coûtume de porter à la mer.
Elle choifit une liqueur
d'une verru fouveraine , &
en fait avaler quelques
gouttes à la mourante Favella
, qui ouvre enfin les
yeux en foupirant.Que voyje
, lui dit-elle un moment
aprés ? quel Ange vous envoyeàmon
fecours , genereufe
Sbayna ! Mais la mort
ne m'a-t-elle pas vangédes
fureurs de vôtre indigne
époux? Ciel ! ajoûta-t- elle ,
en ſe récriant, quel mortel
s'offre à mes regards ? Eftce
vous , Alexandro , que
GALANT
31
je voy ? eft. ce vous , mon
cher Alexandro ? Oui, belle
&malheureuſe Favella , lui
dit il en fondantenlarmes,
c'eſt moyque vous voyez
le fer à la main , & prêt à
vous arracher de ces lieux.
Mais eſſayez devous lever,
ſi vous pouvez. A quel endroit
êtes vous blefſée vous
voila pleine de lang; eft- ce
du vôtre? eſt.ce de celui de
nôtre ennemi ? Je ne croy
pas,reprit- elle , que mes
habits foient teintsdu mien;
& fi vous ne m'aviez heureuſement
ſecouruë , je
C iiij
32
MERCURE
C
र
penſe que je n'allois mourir
, que parce que mon
courage avoit épuiſé mes
forces en défendant ma
vertu . Aprés avoir longtemps
combattu contre le
traître Muſtapha , reſoluë
de perin avec mon inno-
-cence , j'ai de deux coups
mortels percé ſon lâche
*coeur , & enfin je ſuis tombée
dans ſon ſang , accablée
ſous le poids de ma
vengeance.
Mais quel ſpectacle cruel
pour la jalouſe Sbayna , de
voir ainſi raſſemblez dans
1
GALANT.
33
la chambre de ſon époux
égorge , deux amans dont
la tendre reconnoiſſance
Imet un obſtacle éternel à
ſes deſſeins ! Elle n'a pas
neanmoins d'autre parti à
prendre , que celui de ſe
faifir de l'or &des pierreries
de Muſtapha & des ſiennes,
& de les ſuivre. Ces précautions
priſes , Alexandro
court délivrer les eſclaves
qui devoient ſe ſauver avec
lui , & dans la compagnie
de tous ceux qui lui étoient
redevables de leur falut
4
,
il s'embarque dans le bâti34
MERCURE
ment du renegat dont j'ai
parlé.
L'Italie eſt l'objet de leur
voyage & de leurs voeux ,
ils font des efforts incroya .
bles pour gagner ſeulement
la Sardaigne : mais la mer
& les vents qui leur font
contraires les obligent à
doubler leCap de Sulfence,
&les jettent enfin malgré
eux fur l'Ile de S Pierte.
Les habitans de cette petite
Ifle font pour eux plus
inhumains que les Turcs.
Dés que nos voyageurs
y curent débarqué , plu-
1
GALANT.
35
S
S
ſieurs de ces Infulaires s'af
ſemblerent autour d'eux ,
dans le deſſein de leur dérober
leurs meilleurs effets,
& de les obliger enſuite à
aller chercher ailleurs l'azilé
qu'ils vouloient leur
refufer chez eux : mais un
vieux Marchand , qui avoit
beaucoup de credit dans
cette Ille , feignit de s'oppoſer
à l'execution de ce
deſſein , pour les tromper
d'une maniere bien plus
cruelle. Il n'eut pas plutôt
vû les deux Italiennes &
Alexandro , qu'il ne fongea
36 MERCURE
qu'au moyen de s'emparer
de leurs perfonnes & d
leur tréfor. Il fut au devant
d'eux , il leur offrit obli-;
geamment ſa maiſon , &
fes eſclaves pour les ſervir ,
& leur promit de leur faire
équiper un bâtiment pour
les renvoyer inceſſamment
dans leur patrie. Ces offres
furent accompagnées d'un
air de bonne foy & de
compaffion dont ils furent
la dupe. Le traître avoit
juré leur perte , & voici
comme il executa le projet
de la perfidie.
GALANT.
3:7
Il meua ces malheureux
chez lui , où ils ne furent
pas plûtôt entrez , que qua
tre ſcelerats , qui fervoient
tous les jours à ſes noirs
deſſeins , les mirent chacun
dans des petites chambres
, d'où ils ne purent plus,
ni ſe voir , ni s'entendre.
Aprés les avoir retenus l'efpace
de trois mois dans
cette captivité , il ſe determina
à aller rendre une
viſite au deſeſperé Alexandro
, qui lui dit d'abord
i
toutes les injures que la
t
rage& le deſeſpoir lui mi38
MERCURE
rent à la bouche : mais le
Marchand l'interrompant ,
lui dit qu'il avoit tort de ſe
plaindre ; qu'il ne ſçavoit
pas apparemment l'uſage
du pays où il étoit ; qu'il
n'abordoit jamais d'étran
gers dans cette Ille , qu'on
ne les gardât au moins fix
mois , & qu'on ne ſçût parfaitement
qui ils étoient ;
que d'ailleurs il y étoit arrivé
dans un bâtiment de
Barbarie , commandé par
un renegat ; qu'un de ces
hommes ſans foy avoit cffayé
il y avoit quelques an
GALANT.
39
nées de livrer l'ifle aux
Turcs ; &que depuis qu'on
avoit découvert cette horrible
conſpiration, on avoit
obſervé de faire à tous les
étrangers que leur malheur
yjjeetttrooiitt,uunnttrraaiittementbien
plus rude encore que celui
qu'il avoit reçû de lui ; que
cependant , s'il vouloit lui
donner mille ducats d'or
eneſpeces , ou la valeur de
cette fomme en pierreries ,
non ſeulement il abrege.
roit le terme de ſa capti
vité : mais qu'il alloit à
T'heure même le faire con4°
MERCURE
)
duire dans un navire Napolitain
qui étoit à la rade,
& qui devoit la nuit fuivantemettreà
la voile pour
retourner à Naples ; que
d'ailleurs il ne ſe mît point
en peine des femmes qui
étoient entrées avec lui
dans ſa maiſon , puiſque ,
ſelon toutes les apparences,
il y avoit déja long-temps
qu'elles devoient être arrivées
dans leur patrie , par
laprécautionqu'il avoit euë
de les faire embarquer fecrettement
depuis deux
mois. A tout ce difcours
le
GALANT .
le malheureux Alexandro
ne ſçut que répondre. Il
abandonna à ce traître tout
ce qu'il avoit des pierreries
de Mustapha , & ſe hâta de
ſe faire conduire au vaifſeau,
qui en effet étoit à la
rade.
On commençoit à appareiller
lors qu'il y arriva.
Le vent étoit favorable , on
mit à la voile , & le navire
partit. Pendant la nuit il ſe
trouva à côté d'un homme,
qu'il entendit ſoûpirer de
temps en temps , & qui dit
enfin , aprés bien des ge-
Dec. 1714. D
42 MERCURE
miſſemens :La malheureuſe
eſt pour jamais perduë !
Si un miferable que fes
infortunes reduiſent au def
eſpoir , lui dit Alexandro ,
pouvoit vous aider à vous
confoler , ou meriter vôtre
confiance , je ſuis prêt à
vous donner tous les ſecours
qui dépendront de
moy. Je vous avouë , lui
répondit l'autre , que je ſuis
mortellement affligé,& que
jeplains infiniment le malheur
d'un jeune Italien à
qui je ſuis redevable de la
liberté que j'avois perduë ,
GALANT.
43
fi fon cou-
&de la vie que j'allois perdre
en Alger ,
rage n'avoit pas briſé nos
chaînes. Nous étions , &il
étoir comme nous , chargé
de fers , lorſque la femme
deMustapha nôtrepatron ,
qui l'avoit enlevé avec ſa
maîtreſſe qu'il tenoit enformée
dans ſon Serrail , deivint
amoureuſe de lui. Enfin
il a trouvé le ſecret de
perfuader cette femme épriſede
ſabeauté, ila égorgéMustſtaapphhaa,,
il a fauve fa
maitreffe , il nous a délivrez
des fers où nous ge
Dij
44 MERCURE
miffions , & il ſeroit àpreſent
le plus heureux des
hommes ; au lieu qu'il eſt ,
dans quelqu'endroit qu'il
ſoit, le plus miferable , fi le
mauvais temps ne nous
avoit pas jettez ſur l'ifle S.
Pierre , où nous avons trouvé
des Chrétiens mille fois
plus cruels que les barbares
-d'Afrique. Enfin l'infortuné
Alexandro ( c'eſt ſon nom)
eſt tombé avec ſa maîtreſſe
& la veuve de Muſtapha ,
qu'il avoit emmenée, entre
les mains d'un traître Marchand
de cette Iſle , qui
GALANT . 45-
vendit il y a quelques jours
la belle Favella , qu'Alexandro
adoroit , à un Juif
qui cherchoit par toute
l'Europe des beautez deftinées
aux plaiſirs du Grand
Seigneur , & qui n'a pas
plûtôt eu fait l'emplette de
celle-ci , qu'il a mis à la
voile pour Conftantinople.
Alexandro ne répondit
à ce diſcours que par un
cri effroyable. Le recit le
plus touchant d'un deſefpoir
affreux exprimeroit
mal l'excés de ſa douleur.
Cependant ſon ami dans
46 MERCURE
ce moment le reconnoît
aux tranſports de ſa rage ;
ils'efforce envain dele confoler
, l'eſperance d'une
prompte mort eſt ſeule capable
d'adoucir l'horreur
de ſon deſeſpoir : mais il y
aune eſpece de contradiction
éternelle dans le fort
des malheureux , & le trépas
ſemble même être d'intelligence
avec l'étoile qui
les perfecute , pour leur re
fuſer ſon cruel ſecours , lors
qu'ils n'aſpirent qu'au bonheur
de perdre la vie. Tous
les perils de la mer s'éloiGALANT.
47
gnent du navire qui le porte
, les vents & les flots lui
font favorables ; & aprés
une heureuſe & courte navigation,
la ville de Naples
le reçoit enfin dans ſon
portalog
Alexandro conjure fon
ami de ne pas l'abandonner
dans fon malheur. Fernand
lui promet non ſeulement
de ne le pas quitter : mais
il lui offre cout ſon credit
&tout fon bien pour courir
aprés ſa maîtreſſe , s'il en
eft temps encore. Quelle
flatcuſe propofition pour
48 MERCURE
1
un amant deſeſpere! Il n'enviſage
ni les ſoins , ni les
peines infinies où va l'expoſer
une entrepriſe dont
l'amour lui maſque les dangers
& les obſtacles. Ilembraſſe
ſon ami , il accepte
ſes offres , & le preſſe de
travailler avec tant de diligence
à l'execution de ce
genereux deſſein , qu'à pei
ne entré dans le port , il ne
fonge qu'à en fortir. Un
-vaiſſeaude Smyrne s'y trouve
heureuſement tout prêt
àretourner dans le Levant.
L'occaſion eſt belle ; ils
s'emGALANT.
49
s'embarquent , ils partent ,
& en dix jours ils arrivent à
Smyrne , d'où une tartane
les porte à Conſtantinople.
Alexandro met alors tout
en uſage pour apprendre
des nouvelles du navire où
étoit le Marchand Juif qui
lui a enlevé ſa maîtreſſe ; il
s'en informe enfin avec
tant de foin & d'adreſſe
qu'il trouve ſa maiſon. II
lui rend viſite , il lui dit
qu'il feroit bien aiſe de negocier
avec lui , qu'il a de
fort belles pierreries dont
il l'accommodera , s'il veut
Dec. 1714.
E
so MERCURE
les acheter. Il avoit en effet
toutes celles de Don Fernand,
qui étoit un des plus
riches Gentilshommes du
Royaume de Naples. Le
Juif lui donne jour pour
traiter avec lui : cependant
Alexandro l'engage,à force
de careſſes & d'amitié , à
lui donner des marques
d'une bienveillance ſinguliere.
Le jour qu'il devoit lui
montrer ſes diamans étant
vonu , le Napolitain ſe rend
àfama fon ; le Juif en voit
deux fi beaux , qu'il lui dic
GALANT. SI
,
qu'il le prie de trouver bon
que fa femme ,qui s'y connoît
mieux que lui , les examine.
Il l'appelle auffitôt ;
elle vient , elle admire en
même temps , mais differemment
, la beauté des
diamans , & celle du jeune
homme qui les veut vendre.
En voici un , dit elle ,
un moment aprés les avoir
bien confiderez , que la
Sultane Zara achetera vo
lontiers ; & celui- ci ſera un
preſent fort agreable aux
yeux de l'Odalique Andraïda
: pour les autres , je
Eij
52
MERCURE
tâcheray de les vendre dans
le Serail , où ils pourront
ſervir à parer cette jeune
fille que vous avez amenée
depuis peu , le jour qu'elle
aura le bonheur d'être prefentée
au Sultan. A ce mot
Alexandro fremit de douleur
& de crainte : cependant
il eut encore affez de
prefence d'eſprit pour cacher
le deſordre de fon
coeur. Seigneur , lui dit la
Juive , voulez- vousbien me
confier ces diamans pour
trois jours ? Mon mari va
vous donner pour votre ſů.
GALANT . 53
;
reté une reconnoiſſance de
leur poids & de leur qualité
: aprés que je les aurai
montrez aux Dames du
Serail à qui ils peuvent
convenir , nous les eſtimerons
, & fur le champ nous
vous en donnerons la valeur.
Alexandro , qui ſentit
que cette Juive lui pouvoit
être fort utile, accepta tout
ce qu'elle lui propoſa. Cependant
le Juif lui- même ,
preſque auffi charmé de ſa
douceur&de ſa bonne mine
que ſa femme l'étoit déja
, l'invita à dîner ; à quoy
E iij
54 MERCURE
il conſentit auec plaifir.
L'extreme confiance de
ces gens l'étonna , ou plûtôt
l'ébloüit à un tel point ,
qu'il ne deſeſpera pas de
pouvoir , à force d'induftrie
, arracher peut être un
jour du Serail ſa maîtreſſe ,
dont les charmes pouvoient
n'avoir pas encore eu le
malheur de s'y faire admirer.
Enfin il ſe conduifit
avec tant de ſageſſe & de
diſcretion , que le Juif &
ſa femme le prierent de les
voir le plus ſouvent qu'il
pourroit. Sur ces entrefai
GALANT
55
tes , Zacharie ( c'étoit le
nom de ce Juif) reçut de ſon
facteur de Cephalonie des
lettres , dans lesquelles il
lui mandoit qu'un navire
richement chargé , & dont
il étoit le principal armateur
, venoit d'arriver heureuſement
d'Egypte, & que
ſa prefence étoit neceſſaire
pour faire l'évaluation des
interêts , des Marchands avec
qui il étoit affocié ; qu'il
n'avoit pas de temps à perdre
, & qu'il lui convenoit ,
au reçû de ſes lettres , de
s'embarquer dans le pre
E iiij
56 MERCURE
mier bâtiment qui prendroit
la route de Cephalonie.
Zacharie , qui étoit depuis
long - temps dans l'ufage
de faire de parcilles
courſes , ſe diſpoſe ſur le
champ à partir. Il envoye
au port , où au lieu d'un bâtiment
, on en trouve vingt
prêts à mettre à la voile
pour les Ifles de l'Archipel ;
& la nuit même il s'embarque
avec deux eſclaves, qui
étoient les ſeuls hommes
qui le ſervoient dans ſa
maiſon.
GALANT. 57
Le lendemain Alexanà
dro , qui ne ſçavoit encore
rien de ce voyage , va chez
le Juif, où , à la place des
eſclaves qu'il y avoit vûs la
veille , il voit une grande
fille qui lui ouvre la porte ,
& qui le conduit dans l'appartement
de Joia , ( c'eſt
ainſi que s'appelloit l'épouſe
de Zacharie. ) Cette
femme , qui avoit environ
trente ans , avoit été parfaitement
belle , & l'étoit
bien encore affez pour tenter
tout autre hommequ'un
jeune Chrétien éperdû58
MERCUR E
ment amoureux d'une fille
de ſa Religion. L'étalage
où elle étoit lors qu'Alexandro
entra dans ſa chambre,
ne ſentoit point du tout la
Juive . Elle étoit aſſiſe ſur un
riche tapis de Perſe , les
jambes croiſées à la mode
des Orientaux ; elle avoit
le côté droit appuyé negligemment
ſur des carreaux
de velours cramoifi , fon
caffé devant elle , & tenoit
à ſa main le petit coffre où
étoient les diamans d'Alexandro.
Seigneur , lui ditelle
, un moment aprésque
GALANT. 59
la fille qui l'avoit introduit
ſe fut retirée , afſeyez- vous
fur cette eſtrade , & m'écoutez.
Je ſçai preſque de quoy
l'amour est capable dans
tous les coeurs : je vous dirai
même plus, je ſçai de quelle
maniere à peu prés toutes
les differentes nations de
l'Europe traitent l'amour.
Eſtant il y a dix ans à
Amſterdam , qui eſt le lieu
de ma naiſſance , j'y fus aimée
d'un Italien , d'un Alleman
, d'un Danois & d'un
François , tous Chrétiens ;
60 MERCURE
& par un excés de malheurs
, dont le détail eſt
inutile ici , j'y épouſai enfin
le Juif que vous avez vû.
Quoy qu'il en uſe fort bien
avec moy , je me ſuis repentie
, & me repentirai
de ce mariage tous les jours
de ma vie . L'avarice de mes
parens a formé les liens qui
m'accablent. Je ſuis Chrétienne
dans le fond du
coeur , & affez riche maintenant
des largeſſes des Dames
du Serail,pour pouvoir
vivre deſormais partout ailleursqu'ici
commodément,
GALANT . 61
&même avec éclat , s'il eſt
vrai que le faſte & le luxe
puiſſent contribuer à nous
rendre heureux. Enfin je
vous aime , & je vous croy,
fi non affez tendre , du
moins affez genereux pour
faire un bon uſage du ſecret
que je vais vous confier.
Il faut que vous ſoyez
mon liberateur , que vous
m'arrachiez de Conftantinople
, & que vous me faffiez
inceſſamment paſſer en
Italie avec vous. Vous nous
avez pluſieurs fois parlé de
vôtre ami Don Fernand , &
62 MERCURE
vous nous avez dit tant de
bien de lui , que je le croy
fort propre à nous ſeconder
comme il faut dans l'entrepriſe
que je medite. La fortune
m'a heureuſement défait
de Zacharie, que ſes affaires
retiendront au moins
deux moins dans l'Archipel
; je ſuis maîtreſſe de ſes
richeſſes & des miennes ; je
vous en donnerai plus qu'il
ne vous en faudra pour
acheter un navire équipé
des meilleurs matelots que
vous pourrez trouver : en
un mot vous prendrez ce
GALANT . 63
foin& toutes vos meſures
avec votre ami , pendant
queje me diſpoſerai de mon
côté à vous ſuivre lors qu'il
en ſera temps. Je voustromperois
, lui répondit Alexandro
, ſi j'acceptois avidement
l'offre que vous me
faites , & fi je ne payois pas
au moins d'un retour de
confiance,la confiance avec
t laquelle vous m'avez declaré
vos intentions. Je vais
vous dire un ſecret qui va
vous épouvanter , je vais
vous demander une grace
dont vous allez fremir , &
64 MERCURE
qu'il faut que j'obtienne de
vous , ou que je meure.
Zacharie vôtre époux
acheta il y a environ 3. mois
d'un Marchand de l'iſle S.
Pierre , voiſine de la Sardaigne
, une jeune fille du
Royaume de Naples , que
des Corfaires avoient enle.
vée quelque temps auparavant
, & que la fortune",
aprés bien des perils , avoit
enfin arrachée des mains
du Capitaine qui l'avoit
priſe , lors qu'en ſe ſauvant,
le bâtiment dans lequel elle .
éroit , fut contraint par le
mauGALANT.
mauvais temps de relâcherà
l'Iſle ſaint Pierre , où un
perfide Marchand l'invita
àaller ſe remettre dans ſa
maiſon des fatigues de la
mer : mais dés qu'elle y
fut entrée , il la conduifit
dans une chambre , où il
l'enferma , & la garda jufqu'au
jour qu'il la vendit à
vôtre époux. Cette fille eft
ma foeur, & cette ſoeur m'eſt
plus chere que tout ce que
j'ai de plus cher au monde.
Elle eſt à preſent malheureuſe
dans le Serail du Sulran
, où vous avez la liberté
Dec. 1714. F
66 MERCURE
d'entrer lors qu'on vous y
mande , & l'on vous ymande
tous les jours. Parlez lui
de moy , donnez - lui une
lettrede ma part, & ne vous
rebutez pas d'entendre toutes
les propoſitions que je
vous ferai pour me faciliter
les moyens de la voir ,
& de l'arracher de ce ſéjour
impenetrable. Grand
Dieu , lui dit Joia , que me
propoſez-vous ? Vous imaginez
- vous à quoy m'expoſeroit
une pareille tentative
? & ignorez- vous que
ſi l'on avoit jamais le moinGALANT.
67
dre ſoupçon que je pûffe
entrer dansune intelligence
ſi criminelle , qu'au même
inſtant je ſerois miſe en
pieces par les muets & les
noirs du Serail ? Pardon.
nez , genereuſe Joia , lui
dit Alexandro , pardonnez
l'extravagance de ces projets
à un malheureux , qui
n'a plus d'autre reſſource
que celle de mourir. Cependant
ma reconnoiſſance
n'auroit point de bornes ſi
vous me ſerviez , & mon
deſeſpoir va n'en plus avoir
fi vous ne me ſervez pas.
Fij
68 MERCURE
Au lieu de ſauver vôtre
*foeur , lui répondit Joia , ſi
je m'embarque dans un
deſſein ſi temeraire ma
complaiſance pour vous va
peut être la faire perir , &
nous perdre avec elle. Non,
Joia,lui dit il , je ne vous en
preſſe plus , ne vous expoſez
pas à de fi terribles dangers
: mais ſouffrez que je
vous quitte , & laiſſez moy
aller m'entretenir ailleurs
dans l'excés de mon affliction
, de l'horreur de mon
infortune. Attendez , malheureux
, attendez , lui ditGALANT.
69
elle , je ne ſçaurois me reſoudre
à vous abandonner
dans l'état où vous êtes , je
riſquerai quelque choſe
pour vous , je verrai vôtre
foeur, je lui parlerai de vous,
je lui donnerai même le
billet que vous lui voulez
écrire : mais aprés cela ne
me demandez rien davantage.
Alexandro ſe jetta
auffitôt à ſes genoux , les
embraſſa,& arroſa ſes mains
de ſes larmes. Mais eft- on ,
reprit- elle en le regardant
tendrement , fi tendre &
ſi entreprenant pour une
70
MERCURE
foeur ? Oui , Joia , lui dit- il ,
je ferois encore plus pour
elle ſi je le pouvois , & il
ne tiendra qu'à vous , aprés
avoir tenté tout pour moy,
d'eſſayer juſqu'où peut aller
ma reconnoiſſance , &
de voir en même temps
juſqu'où va mon amour
pour vous , & ma tendreſſe
pour elle. A l'inſtant Joia ,
qui ne comprenoit pas le
ſens équivoque de ces paroles
, le mena dans le cabinet
de ſon mari , où il écri
vit ces mots à la belle &
malheureuſe Favella.
GALANT.
71
La tendre genereuse
Joia , ma chere foeur , ſenſible
aux maux dont lefort maccable
, m'a promis enfin de vous
rendre ce billet , malgré cette
foule épouvantable d'horribles
efpions qui vous environnent.
Reconnoiffez à ces traits de ma
main tout le coeur d'un frere
deſeſperéde l'état où vous êtes,
répondez -y si vous pou
vez.
Je n'aurois pas tenté de
vous écrire, fi en arrivant à
Conſtantinople avec Don Fernand
, de qui j'ai appris ce
dernier trait de vos malheurs,
72 MERCURE
je n'avois pas fenti quelques
rayons d'efperance dans lee fond
de mon coeur ; &fi la fidelle
Foia veut mefeconder,je mourrai
bientôt , ou vous reversez
encore vôtrefrere Alexandro.
Le lendemain , aprés la
ſeconde priere , un baltagi
fut ordonner à Joia , de la
part des Sultanes , de ſe
rendre à l'inſtant au Serail ,
où elle fut auffitôt avec les
diamans & la lettre d'Alexandro.
Dés qu'elle fut au milieu
de ces belles & malheu ..
reuſes
GALANT. 73
:
reuſes eſclaves que leur
beauté condamne à une
éternelle captivité,elle ſongea
à les amuſer de la vûë
de ſes pierreries , pendant
qu'elle s'occupoit à détacher
de la foule la triſte
Favella , qui comprit enfin
dans ſes yeux qu'elle avoit
quelque choſe à lui dire .
Ne me montrez - vous
rien à mon tour , lui ditelle
, & n'avez - vous point
debijoux pour moy comme
vous en avez pour ces belles
Odaliques ? J'en ai un
que je vous deſtine , lui ré-
Dec. 1714. G
74
MERCURE'
pondit la Juive ; & en s'approchant
de ſon oreille : II
y va, continua - t - elle , de
vôtre vie , de celle de vôtre
frere &de la mienne , à le
recevoir d'un air ſi tranquile
, que vôtre ſurpriſe
ne trahiſſe pas mon fecret.
Je ſuis , lui dit Favella , en
s'éloignant avec elle desautres
Dames , tellement accoûtumée
aux plus cruels
malheurs , que je croy que
le plus grand& le plus inopiné
changement dans ma
fortune cauſeroit peu de
ſurpriſe à mes ſens. Rece
)
75
GALANT.
vez donc , lui dit Joia , ſans
émotion ce billet de vôtre
frere , lifez-le en ſecret , &
fur tout que perſonne ici ne
puiſſe jamais ſoupçonner
que vous en ayez reçû.
Un moment aprés , Favella
fortit de la ſalle où
étoient toutes ces femmes ;
elle paſſa dans une chambre,
où elle lut fon billet
ſans témoins ; & pour y
faire réponſe , elle ſe ſervit
d'un crayon qu'Alexandro
y avoit enfermé , & dont
elle écrivit ces mots fur le
dos du même billet.
11
Gij
76
MERCURE
Entreprenez tout pour moy,
mon cher frere ; cependantménagez
votre vie , aimez-moy
toûjours , & ne me confultez
fur rien.
Elle rentra auſſitôt dans
le même endroit où elle
avoit laiſſe Joia , à qui elle
rendit ſecretement le billet
qu'elle venoit de recevoir
d'elle. Un moment aprés
Joia fortit du Serail , & retourna
dans ſa maiſon , où
l'impatient Alexandro ne
manqua pas de ſe rendre
dés que la nuit fut venue.
GALANT. 77
Il lui fut preſenté par la même
fille qui l'avoit introduit
la veille ; & dés qu'il ſe vit
feul avec elle : Qu'avezvous
fait pour moy , lui ditil
? avez-vous vû cette foeur
infortunée qui m'eſt ſi chere
, lui avez- vous parlé ,
lui avez vous enfin donné
ma lettre ? Oui , lui répondit-
elle avec tendreſſe , je
l'ai vûë , je lui ai parlé , elle
a reçû vôtre billet , en voi .
ci la réponſe. Alexandro
la lut avec mille tranſports,
& aprés avoir admiré en
lui-même la prefence d'ef
Giij
78 MERCURE
prit de ſa fidelle &malheureuſe
maîtreſſe ; me laiſſerez-
vous en ſi beau chemin
, genereuſe Joia , lui
dit- il?n'entreprendrez- vous
rien davantage pour moy ?
Exigez de ma reconnoifſance
tout ce que j'exige
de vôtre amour , rendons
nos interêts égaux , & vous
me ſervirez juſqu'à la fin.
Que voulez -vous , cruel ,
encore une fois , que voulez-
vous , lui dit- elle ? Demain
à la même heure qu'il
eſt à preſent vous le ſcaurez
, lui répondit Alexan
GALANT.
79
dro ,& je ſuis fûr qu'en me
voyant vous approuverez
les moyens dont je pretens
me ſervir pour vous per
fuader.
Le reſte de leur converſation
roula juſqu'au moment
qu'il fallut ſe ſeparer,
ſur les projets de leur fui.
te,& fur les fermens qu'ils
ſe firent de s'aimer toûjours.
Dés qu'Alexandro fut
retourné chez lui , il conta
à Don Fernand tout ce qui
venoit de lui arriver. Il lui
demanda enſuite ſi l'habit
G iiij
to MERCURE
de femme Juive qu'il l'avoit
prié d'acheter étoit
fait. Il eſt achevé , lui répondit
Fernand , & vous
pouvez même l'eſſayer :
mais ſi vous m'en croyez ,
vous renoncerez à ce defſein
, & vous ne preſſerez
pas davantage Joia de s'expoſer
avec vous au plus afffrreeuuxxppeerriill
dduumonde. Cher
ami , lui dit- il , en eſſayant
ce fatal habit , j'en enviſage
toute l'horreur : mais
mon deſeſpoirn'écoute plus
les conſeils de la raiſon : il
faut en un mot que je pe
GALANT. 1
81
riffe , ou que je voye le
malheureux objet de mon
amour. Vous ne ſortirez
pas , reprit Fernand , du Serail
du Grand Seigneur ,
comme vous avez fait de
celui deMustapha;& fi vous
aviez vû un ſpectacle horriblement
comique qu'on
repreſenta il y a quelque
tems dás une des plus grandes
villes du monde , &qui
a pour titre , les Captifs ,
mal imité des Captifs de
Plaute , quelque audacieux
que vous ſoyez , vous fremiriez
au recit des ſuppli82
MERCURE
ces dont on punit ici les
raviffeurs. Fernand en faiſoit
l'étalage à ſon ami ,
pour l'obliger à changer
de reſolution ; ſon courage
même ſurpris de cet affreux
détail , commençoit
às'en ébranler, lorſque tout
àcoup on entendit des cris
&des hurlemens épouvantables.
Toute la ville de
Conſtantinople parut au
milieu de la nuit remplie
d'habitans de tout ſexe &
de tout âge, que la crainte
de la mort & la perte de
leurs biens obligeoient à
GALANT. 83
chercher partout un ſecours
que perſonnenepouvoit
leur donner.
,
Le feu avoit pris malheureuſement
, il y avoit
prés de deux heures , au
Serail d'un Bacha , & de
tous les côtez le vent en
avoit répandu les flames
avec tant d'impetuofité
que plus de mille maiſons
en étoient déja brûlées. Le
defordre enfin commençoit
à devenir ſi general ,
qu'Alexandro pria fon ami
de l'accompagner en habit
d'Armenien , pendant qu'il
1
34 MERCURE
étoit déguisé en Juive , jufqu'à
la maiſon de Joia , qui
n'étoit pas loin de la ſienne...
Fernand y confentit , & fe
rendit avec lui chez la
Juive , qu'ils trouverent
plus inquiete du ſort de fon
amant , que du malheur de
la ville. Enfin elle l'avoit
déja demandé à toutes ſes
femmes , & parlé à lui même
ſans le reconnoître, lors
qu'aprés lui avoir obligeam
ment reproché queles traits
de ſon viſage s'effaçoient
aifément de ſon coeur , il
lui dit que le feu étoit au
GALANT.
85
Serail du Sultan ; qu'il la
conjuroit de profiter du defordre
pour s'y rendre avec
elle ; qu'il ne faloit pas douter
que toutes les portes
n'en fuſſent ouvertes dans
un ſi grand peril ; que d'ailleurs
elles ne ſeroient peutêtre
pas fermées pour elle ;
&qu'en un mot ils y pourroient
entrer enſemble.
Joia , qui étoit , comme on
peut ailément le voir , prefque
auſſi entreprenante que
lui , le trouva ſi beau ſous
cet habillement de femme ,
& ſi bien déguisé , qu'elle
86 MERCURE
n'eut pas la force de lui rien
rufuſer. Elle ſortit enfinde
ſa maiſon , où elle laiſſa
Don Fernand. Elle prit Alexandro
par la main , & fans
faire aucune mauvaiſe rencontre
elle arriva avec lui
au Serail du Grand Seigneur
, dont ils trouverent
en effet preſque toutes les
portes ouvertes , parce que
le defordre y étoit encore
plus grand que dans aucun
quartier de la ville.
Ils y entrerent à travers
une foule incroyable d'eu-`
nuques, de noirs, de muets,
GALANT.
87
& de femmes effrayées ,
qu'ils trouverent diſperſez
de tous les côtez , & pêlemêle
avec des Prêtres de la
Loy , des Cadis & des Janiſſaires
, qui cherchoient
le Sultan pour le ſauver , &
l'étendart de Mahomet
pour le dérober à la fureur
des flâmes.
د
Au milieu de ce tumulte
inconcevable ils découvri
rent enfin l'indifferente Favella,
qui regardoit d'un oeil
inſenſible tomber les vaſtes
édifices & les tours de cel
Palais embraſé.
88 MERCURE
Que je fuis heureux de
vous retrouver , ma chere
foeur , lui dit Alexandro ,
en la prenant par la main !
Sauvez - vous avec nous ,
hâtez - vous. Infolente , lui
dit à l'inſtant un noir qu'il
n'avoit pas apperçû , quel
interêt prends - tu à cette
Odalique ? Sçais - tu qu'elle
eſt confiée à mes ſoins , &
qu'elle eft chere au Grand
Seigneur ? Tiens , miferable
, lui dit Alexandro , en
lui plongeantdans la gorge
un poignard qu'il avoit cache
ſous ſa robe ; tiens,garde
GALANT. 89
de maintenant , ſi tu peux ,
cette fille ſi chere aux plaifirs
de ton maître.
Deux autres noirs armez
accoururent par hazard au
lieu où ſe paſſoit cette fanglante
ſcene , & s'attacherent
au malheureux Alexandro
, pendant que d'un
côté on emmena Favella ,
&que de l'autre la Juive
s'éclypſa. Neanmoins fon
courage ne l'abandonna
point dans cette extremité ,
où ils ſe trouverent heureuſement
pour lui ſi voiſins
des flames , qu'ils le quit
Dec. 1714. H
-
१० MERCURE
terent pour ſonger plus
promptement à leur falut ,
& lui faciliterent par leur
fuite le moyen de ſortir du
Serail comme il y étoit entré.
Il retourna chez la Juive,
qu'il trouva fondant en
larmesdans les bras deDon
Fernand. Vous pleurez ſans
doute , leur dit- il , la perte
d'un miferable , trop malheureux
pour pouvoir trouver
la mort ? J'ai manqué
d'arracher du Serail l'infortunée
Favella 1.Je ne la reverrai
de ma vie ! Eſt- il un
fort plus funeſte que le
GALANT.
91
mien ? Vous avez tant de
ſujets de douleur , lui dit
Joia , que je ne vous propoſe
point de fonger à vous en
conſoler , mais ſeulement
de vous hâter de fuir pour
jamais de ces lieux , où il ne
vous reſte plus aucun efpoir.
Hé bien , dit- il , fortons-
en donc , je trouverai
peut- être dans les abîmes
de la mer la fin de mes
malheurs.
Fernand ſe chargea alors
du ſoin d'acheter un navire
Venitien qui étoit au
port , & que la diligence
Hij
92
MERCURE
mit en moins de huit jours
prêt à mettre à la voile.
Il s'embarqua enfin , avec
Joia & ſon ami , dans le
deſſein de profiter du premier
beau temps pour partir.
Ils commençoient à louvoyer
, pour fortir à la faveur
d'un petit vent de terre,
du canal de la mer noire,
lorſque quelques matelots
apperçurent à la pointe du
jour , autour du vaiſſeau
une eſpece de ſac de cuir ,
que l'eau portoit doucement
à la traîne du navire.
,
GALANT. 93
Ils deſcendirent auſſitôt
dans la chaloupe , qu'ils
n'avoient pas encore miſe
à bord , & ils ramerent vers
le ſac , qu'ils pêcherent ,
& qu'ils ouvrirent ſur le
champ. Mais rien ne fut
égal à leur étonnement ,
lors qu'au lieu de ce qu'ils
avoient eſperé d'y trouver ,
ils en tirerent une femme
mourante. Ils la porterent
auſſitôt dans le vaiſſeau
où,je laiſſe à penſer comme
elle fut reçûë.
،
Don Fernand , à qui on
la preſenta , & qui la re
94
MERCURE
connut d'abord pour la
belle Favella qu'il avoit vûë
en Alger , & fortir enſuite
de l'Ifle ſaint Pierre pour
s'embarquer dans le navire
du Juif qui l'avoit menée
Conſtantinople , lui fit
donner tous les ſecours
dont elle put avoir beſoin ;
& à l'inſtant il paſſa dans
la chambre de l'inconſolable
Alexandro , à qui il fit
ſentir autant qu'il put cet
excésdeſon bonheur. Alexandro
courut en même
temps vers le litde Fernand,
fur lequel repoſoit alors ce
GALANT.
95
cher objet de toure ſa tendreſſe
, & que la genereuſe
Joia s'empreſſoit à ſervir de
tout fon pouvoir.
L'hiſtorien le plus habile
exprimeroit mal des ſituations
ſi touchantes , & l'art
le plus delicat n'a que de
foibles pinceaux pour étaler
tous les mouvemens d'un
tableau auſſi rempli que celui-
ci de felicité , d'amour ,
d'eſperance&de joye.Ainfi
je prie le lecteur deme difpenfer
moy-même du froid
détail de mes expreſſions ,
pour le mener plutôt au
-
96 MERCURE
reſte des évenemens de
cette hiſtoire .
La fortune commence à
د
les ſe declarer pour eux
vents leur deviennent favorables
, & pendant qu'ils
naviguent à pleines voiles ,
Favella leur raconte la caumalheur
, ſe de ce dernier malheur
dont l'évenement heureux
la flate d'un bonheur in
fini .
1. Il vous ſouvient , dit-elle
à Alexandro des fatales
paroles que vous me dites
la premiere nuit de cette
incendie , qui a duré trois
jours
GALANT.
97
jours entiers , & pendant
leſquels onze mille maitons
ont été brûlées à Conſtantinople.
J'étois alors environnée
d'eſclaves que vous
ne voyiez point , & qui ne
me quittoient pas , parce
que cette même nuit on
m'avoit deſtinée à l'honneur
de partager la couche
du Grand Seigneur. Deux
eſclavesde cette troupe infâme
avoient entendu vos
paroles , & avoient vû le
noir égorgé à vos pieds.
Dans le même temps le
reſte de ces miferables
Dec. 1714. I
)
98 MERCURE
m'entraîna , & me mena
devant le Kiflar Aga , qui
eſt le chef des cunuques ,
à qui ils dirent tous d'une
voix , qu'un jeune homme
habillé en femme étoit entré
dans le Serail , dans le
defſſein de m'en arracher;
qu'il avoit tué un de leurs
camarades , parce qu'il a
voi compris , comme deux
autres qu'ils lui montrerent,
le fens desparoles que vous
m'aviez dites. Le KiflarAga
me fit auffitôt enfermer
dans une chambre noire ,
où toutes les femmes &
JE
DRL
LYON
BIBLIA
*
TREQUE
티
DE
L
GALANT.
LYON
99
*
tous les eſclaves du Serail
me traitoient chaque jour
de chienne , d'infidelle , &
m'acabloient d'injures.Une
ſeule Italienne , dont je déplore
le malheur , venoit de
temps en temps me confoler
, & c'eſt par elle que j'ai
ſçû que vous vous étiez lauvé,&
le nombre des mai-
VILLE
ſonsqui ont étébrûlées pendantcet
embraſement. Cette
nuit , deux heures avant
jour , on m'a tirée de ma
priſon , on m'a fait fortir
du Serail par une porte qui
donne ſur la mer , on m'a
le
I ij
100 MERCURE
miſe dans un petit efquif,
avec quatre hommes , qui
ont ramé environ pendant
une heure fur le canal de
la mer noire , & qui aprés
m'avoir bien enfermée
dans le ſac où vos matelots
m'ont trouvée , m'ont enfin
abandonnée à la merci des
Nous avons eſſuyé tant
de malheurs , belle Favella,
lui dit Alexandro , que la
fortune va peut- être ſe laffer
de nous perfecuter. Qu'-
ellenous ramene ſeulement
àbon port dans nôtre paGALANT.
101
trie , & fi vous m'aimez
toûjours , vôtre main ſuffira
alors pour effacer juſqu'au
ſouvenir des maux qu'elle
nous a faits,
Cependant le vent favo
rable rend l'art des pilotes
inutile ,&en moins de huit
jours ils arrivent à Naples ,
où ils deſcendent dans la
maiſon de Don Fernand ,
qui reconnoît tant de vertus
dans la tendre Joia,
qu'il la fait conſentir à l'é
pouſer , à la place d'Alexandro
, qu'un amour parfait
attache depuis long- temps
l
I iij
IOL MERCURE
aux charmes de Favella.
Pendant que tout ſe difpoſe
pour la ceremonie de
ces deux hymens , la veuve
de Muſtapha , à qui la renommée
a appris l'arrivée
deces amans à Naples,leurs
noms & leurs avantures , ſe
fait porter en chaiſe chez
Don Fernand , à qui elle
fait , aufli bien qu'à Alexandro
, à Favella , & à Joia
même qu'elle ne connoît
pas encore , toutes les careſſes
dont elle peut s'avifer
; & aprés s'être confufé.
ment queſtionnez les uns
GALANT..
103
& les autres ſur tout ce qui
leur étoit arrivé depuis leur
ſeparation dans l'Iſle ſaint
Pierre , Sbayna leur tint le
diſcours que voici.
Le Marchand qui nous
avoit fait fur le port l'accüeil
obligeant , dont je
croy que nous nous fouviendrons
le reſte de nôtre
vie , me dit un jour , aprés
nous avoir enfermez dans
des chambres differentes ,
qu'il vouloit me diftinguer
du reſte des malheureux
qui étoient dans ſa maiſon ;
qu'il metrouvoit aſſez belle
I iiij
104 MERCURE
pour m'aimer , & Favella
trop belle pour ne pas meriter
d'être preſentée au
Grand Seigneur ; que dés
qu'il l'auroit fait partirpour
Conſtantinople , il relâcheroit
Alexandro , aprés lui
avoir ôté ce qu'il avoit des
pierreries de Muſtapha,que
je lui avois données. J'eus
beau le traiter de perfide ,
de traître & de ſcelerat , il
ſe moqua de mes injures ,
& ne ceſſa de m'en faire ,
juſqu'à ce qu'environ un
mois aprés qu'il eut renvoyé
Alexandro , un jeune
GALANT .
105
Italien , qu'il avoit quelque
temps auparavant traité à
peu prés comme nous , vint
avec un petit navire , fur
lequel il avoit foixante
hommes armez , faire une
deſcente dans l'Iſſe , ſuivi
de preſque tout fon monde.
Il entra auſſitôt dans la
maiſon de nôtre execrable
Marchand , qu'il maſſacra
avec une demi - douzaine
de ſatellites qui étoient les
• complices de tous les crimes.
Il pilla ſes pierreries ,
ſon or & fon argent, il briſa
mes fers , il mit en liberté
106 MERCURE
une vingtaine de malheureux
& de malheureuſes
qui gemiſſoient dans la mai
fon de ce fcelerat. Enfin
il nous fit prendre le chemin
de ſon navire , où nous
nous embarquâmes tous
avec lui ; & aprés avoir ainſi
pleinement ſatisfait ſa vangeance
, il nous amena ici ,
où , grace à mon étoile , je
ſuis à la veille d'épouſer
mon ſecond liberateur.Que
cet aveu ne vous étonne
pas , Seigneur Alexandro ;
l'amour avoit reglé l'ordre
de nos deſtins avant que
GALANT. 107
nous nous viſſions . Le votre
devoit vous unir pour
toûjours à celui de vôtre
chere Favella. Joia devoit
renoncer au Judaïsme en
faveur du genereux Don
Fernand : &je devois enfin ,
aprés bien des malheurs
devenir l'épouſe de celui
qui m'a le dernier donné
un nom fi doux .
Ils convinrent alors entr'eux
de celebrer en un
même jour la ceremonie de
ces trois mariages , qui furent
accomplis , peu de
temps aprés , à la vûë de
108 MERCURE
toute la ville de Naples ,
où , comblez de tous biens,
ils vivent maintenant dans
une union parfaite.
paſſe , Meſſieurs , une deſcription
nouvelle du Serrail
du Grand Seigneur. Un
Ambaſſadeur de France à
la Porte , qui ſçait de ces
lieux, où ila demeuré longGALANT.
IS
temps , tout ce qu'on en
peutapprendre , l'a trouvée
fi exacte & fi bien circonſtanciée
, qu'il m'a avoüé
qu'il étoit étonné qu'on eût
pû arracher des choſes ſi
rares du fond de cet impenetrable
Palais : mais il le
fut encore davantage au
recit de l'hiſtoire nouvelle
que je vais vous raconter.
*******美美
HISTOIRE.
ANna Favella & Julio
1
16 MERCURE
Alexandro , des meilleures
familles de Tarente , ville
capitale de la Principauté
d'Otrantedans le Royaume
de Naples , furent enlevez
par un Corſaire d'Alger ,
deux jours avant celui que
leurs parens avoient choiſi
pour les unir ſous les loix
de l'hymen . Favella étoit la
plus belle fille de ceRoyaume
, & la beauté d'Alexandro
n'avoit de comparable
à elle-même que l'éclat des
charmes de ſa maîtreſſe.
* Ces malheureux amans a
voient environ trente ans
GALANT. 17
à eux deux , lorſque ſix
Turcs determinez , dont le
navire étoit caché derriere
leCap ſainte Marie, mirent
pied à terre , ſe jetterent
dans un bois fort épais qui
étoit à cent pas du rivage ,
s'y enfoncerent temerairement
, & trouverent enfin
preſque à la porte du Palais
de Favella , cette miferable
fille aſſiſe ſur le bord d'un
ruiffeau,&fe felicitant avec
ſon amant de l'eſperance
de leur hymen prochain.
Une vieille matrone étoit
prés d'eux, lorſque ces traî-
Dec. 1714. B
18 MERCURE
tres les ſurprirent , les ſaifirent
, les lierent , & les
entraînerent dans leur chaloupe
, aprés avoir étranglé
la vieille , dont les cris pouvoient
attirer du monde à
leur fecours.
Jamais Corſaire avide de
butin ne ſe flata mieux de
l'eſpoir d'une fortune éclatante
,que le cruel Muſtapha
, à la vue des deux efclavesqueſesgensvenoient
d'amener à fon bord. Il fit
auffitôt appareiller,mit toutes
ſes voiles dehors , &cingla
vers l'Afrique. Un faGALANT.
19
:
:
vorable ventde Nordnordeſt
le rendit en deux jours
à Alger , où d'abord il mit
Favella entre les mains de
ſa femme , & Alexandro
entre les eſclaves dont il
eſperoit de groſſes rançons.
La beauté ſoûmet à fon
empire les plus fiers courages
,& le coeur le plusbarbare
n'eſt pas à l'épreuve
des traits de deux beaux
yeux. Mustapha ſoûpire
pour ſa nouvelle eſclave ,
pendant que ſon épouſe
brûle déja pour le jeune
Napolitain , qu'elle a mal
Bij
20 MERCURE
heureuſement vû à travers
une jalouſie de ſon Serrail,
Les larmes de Favella ,
la tendreſſe parfaite qu'elle
conſerve à ſon amant , &
l'horreur qu'elle a pour ſon
tyran, n'empêcheroient pas
qu'elle ne fût bientôt la victime
d'une paſſion qui la
deſeſpere,ſi l'amour n'alloit
pas employer juſqu'aux
voyes les plus cruelles pour
la dérober aux coups qui
la menacent. Mustapha ne
la quitte plus, le barbare ne
peut vivre unmoment ſans
la voir.
GALANT. 21
(.
Sbayna ſa femme brûle
d'une égale ardeur pour
Alexandro , qu'elle a déja
trouvé le fecret d'inſtruire
des deſſeins qu'elle a ſur lui .
Alexandro , qui de de fon
côté a reſolu de tout riſquer
pour briſer les fers de ſa
maîtreſſe , les fiens & ceux
de ſes camarades , avec qui
il a tramé ſecretement une
conſpiration, dont le ſuccés
doit les affranchir des horreurs
de leur fervitude ,
promet à Sbayna de conſentir
à tout ce qu'il lui
plaira , pourveu qu'elle l'in
22 MERCURE
*
troduiſe de nuit dans ſa
chambre. Cette femme n'écoute
plus que ſa paffion
pour lui donner , & lui tenir
le lendemain, à latroiſieme
heure de la nuit , la parole
qu'il a la veille exigée d'elle.
Alexandro ſe rend à ſon
appartement , & lui dit ,
aprés les premieres civilitez
: Je ne peux enfin vous
aimer , ni vous donner des
marques de mon amour ,
belle Sbayna , à moins que
vous ne m'épouſiez : mais
vous ne pouvez m'épouſer
tant que vous ferez la fem
GALANT.
23
me d'un Turc. Ah cruel !
lui répondit- elle , quel reproche
me faites vous ?At
- il tenu à moy de ne pas
devenir la femme de Muſ
tapha , & fuis je la maîtreſſe
de ne la plus être ? Ravie à
ma famille malheureuſe
dés mon enfance, arrachée
depuis douze ans des côtes
de la Pouille , où je reçus
le jour , aprés avoir été efclave
dans ce Serrail jufqu'au
moment où le barbare
maître de ces lieux me
menaça de me donner la
mort ſi je lui refuſois ma
24
MERCURE
efmain,
croyez- vous que mon
coeur ait jamais confenti au
ſacrifice de ma timidité ?
Non, charmanteSbayna,lui
dit Alexandro, non je ne le
croy pas : mais puiſque vous
me preferez aux autres
claves qui font ici ; puiſque
vous vous ſentez aſſez de
courage pour m'entretenir
hardimēt dans vôtre cham
bre , ſoyez genereuſe jufqu'au
bout , ne perdez pas
un moment de temps , &
facrifiez tout à l'heure ce
barbare époux à l'amour
que vous avez pour moy.
Je
GALANT!
25
Je ſçai que votre main
trembleroit à executer une
ſi grande action , qu'elle
n'auroit pas affez de force
pour lui porter des coups
mortels : mais j'exige de
vous ſeulementqu'elle conduife
la mienne. Montrezmoy
la chambre où il eſt
maintenant , & je vais à
l'inſtant m'immoler la victime
que mon amour vous
demande. A quoy , grand
Dieu, lui dit la tremblante
Sbayna , qui ſe vit embarquée
plus loin qu'elle n'as
voit compté de l'être ; à
Dec. 1714. C
16 MERCURE
quoy , malheureux , allons.
nous nous expofer fije
conſens à ce que vous exi
gez demoy ? Mustapha eft
peut-être àpreſent dans le
leinde fa nouvelle eſolave,
ou peut- être redouble til
ſes efforts pour fléchir fo
rigueur. Dans quel abîma
effroyable de maux allons
nous , dis je , nous precipi
ter, ſi je ſuis vos temeraires
deffeins ?& qu'allons nous
devenir , fi je ne les ſuis
pas?Ne craignez rien,reprit
Alexandro aveo impetuofite
; tous les eſclaves de
GALANT.
47
S
e
mon quartier n'attendent
que mon fignal pour nous
ſervir au gré de nos interêts
communs. Un renegat fidele
, s'il en eſt , doit me
tenir à toute heure de nuit ,
pendant trois jours , une
barque prête à partir. La
mer vient battre les murs
dece jardin , & le trajet eft
fort court d'ici juſqu'aux
lieux qui doivent nous fervir
d'aziles. Venez donc ,
lui dit- elle enfin , venez ,
fuivez-moy ; & puis qu'il
faut qu'il meure , ou que
nous periflions, je vais vous
Cij
28 MERCURE
montrer juſqu'à la place où
vôtre main doit porter vos
coups.
Ils traverſent auffitôt
courageuſement , & fans
bruit , pluſieurs petits co
lydors , au bout deſquels ils
entrent dans une chambre,
où , à la faveur de la clarté
de la Lune, ils trouvent un
homme & une femme na
geant dans le fang , & rendant
les derniers ſoupirs.
Le deſeſperé Alexandro &
l'effrayée Sbayna regardent
ces deux victimes d'un oeil
bien different. Le NapoliGALANT.
29
tain plonge un poignard
dans le corps du malheureux
Mustapha,pour mieux
s'aſſurer de ſa mort , & fe
jette ſur le ſein de ſon infortunée
maîtreffe , qu'il
ſent heureuſement reſpirer
encore. Il embraſſe en même
temps les genoux de
Sbayna , & la conjure de
lui donner des remedes , fi
elle en a , pour rendre , s'il
eſt poſſible , la vie à cette
miferable eſclave. Sbayna
✔entre dans un petit cabinet
où ſont les eaux & les baumes
que fon mari avoit
Ciij
30
MERCURE
A
coûtume de porter à la mer.
Elle choifit une liqueur
d'une verru fouveraine , &
en fait avaler quelques
gouttes à la mourante Favella
, qui ouvre enfin les
yeux en foupirant.Que voyje
, lui dit-elle un moment
aprés ? quel Ange vous envoyeàmon
fecours , genereufe
Sbayna ! Mais la mort
ne m'a-t-elle pas vangédes
fureurs de vôtre indigne
époux? Ciel ! ajoûta-t- elle ,
en ſe récriant, quel mortel
s'offre à mes regards ? Eftce
vous , Alexandro , que
GALANT
31
je voy ? eft. ce vous , mon
cher Alexandro ? Oui, belle
&malheureuſe Favella , lui
dit il en fondantenlarmes,
c'eſt moyque vous voyez
le fer à la main , & prêt à
vous arracher de ces lieux.
Mais eſſayez devous lever,
ſi vous pouvez. A quel endroit
êtes vous blefſée vous
voila pleine de lang; eft- ce
du vôtre? eſt.ce de celui de
nôtre ennemi ? Je ne croy
pas,reprit- elle , que mes
habits foient teintsdu mien;
& fi vous ne m'aviez heureuſement
ſecouruë , je
C iiij
32
MERCURE
C
र
penſe que je n'allois mourir
, que parce que mon
courage avoit épuiſé mes
forces en défendant ma
vertu . Aprés avoir longtemps
combattu contre le
traître Muſtapha , reſoluë
de perin avec mon inno-
-cence , j'ai de deux coups
mortels percé ſon lâche
*coeur , & enfin je ſuis tombée
dans ſon ſang , accablée
ſous le poids de ma
vengeance.
Mais quel ſpectacle cruel
pour la jalouſe Sbayna , de
voir ainſi raſſemblez dans
1
GALANT.
33
la chambre de ſon époux
égorge , deux amans dont
la tendre reconnoiſſance
Imet un obſtacle éternel à
ſes deſſeins ! Elle n'a pas
neanmoins d'autre parti à
prendre , que celui de ſe
faifir de l'or &des pierreries
de Muſtapha & des ſiennes,
& de les ſuivre. Ces précautions
priſes , Alexandro
court délivrer les eſclaves
qui devoient ſe ſauver avec
lui , & dans la compagnie
de tous ceux qui lui étoient
redevables de leur falut
4
,
il s'embarque dans le bâti34
MERCURE
ment du renegat dont j'ai
parlé.
L'Italie eſt l'objet de leur
voyage & de leurs voeux ,
ils font des efforts incroya .
bles pour gagner ſeulement
la Sardaigne : mais la mer
& les vents qui leur font
contraires les obligent à
doubler leCap de Sulfence,
&les jettent enfin malgré
eux fur l'Ile de S Pierte.
Les habitans de cette petite
Ifle font pour eux plus
inhumains que les Turcs.
Dés que nos voyageurs
y curent débarqué , plu-
1
GALANT.
35
S
S
ſieurs de ces Infulaires s'af
ſemblerent autour d'eux ,
dans le deſſein de leur dérober
leurs meilleurs effets,
& de les obliger enſuite à
aller chercher ailleurs l'azilé
qu'ils vouloient leur
refufer chez eux : mais un
vieux Marchand , qui avoit
beaucoup de credit dans
cette Ille , feignit de s'oppoſer
à l'execution de ce
deſſein , pour les tromper
d'une maniere bien plus
cruelle. Il n'eut pas plutôt
vû les deux Italiennes &
Alexandro , qu'il ne fongea
36 MERCURE
qu'au moyen de s'emparer
de leurs perfonnes & d
leur tréfor. Il fut au devant
d'eux , il leur offrit obli-;
geamment ſa maiſon , &
fes eſclaves pour les ſervir ,
& leur promit de leur faire
équiper un bâtiment pour
les renvoyer inceſſamment
dans leur patrie. Ces offres
furent accompagnées d'un
air de bonne foy & de
compaffion dont ils furent
la dupe. Le traître avoit
juré leur perte , & voici
comme il executa le projet
de la perfidie.
GALANT.
3:7
Il meua ces malheureux
chez lui , où ils ne furent
pas plûtôt entrez , que qua
tre ſcelerats , qui fervoient
tous les jours à ſes noirs
deſſeins , les mirent chacun
dans des petites chambres
, d'où ils ne purent plus,
ni ſe voir , ni s'entendre.
Aprés les avoir retenus l'efpace
de trois mois dans
cette captivité , il ſe determina
à aller rendre une
viſite au deſeſperé Alexandro
, qui lui dit d'abord
i
toutes les injures que la
t
rage& le deſeſpoir lui mi38
MERCURE
rent à la bouche : mais le
Marchand l'interrompant ,
lui dit qu'il avoit tort de ſe
plaindre ; qu'il ne ſçavoit
pas apparemment l'uſage
du pays où il étoit ; qu'il
n'abordoit jamais d'étran
gers dans cette Ille , qu'on
ne les gardât au moins fix
mois , & qu'on ne ſçût parfaitement
qui ils étoient ;
que d'ailleurs il y étoit arrivé
dans un bâtiment de
Barbarie , commandé par
un renegat ; qu'un de ces
hommes ſans foy avoit cffayé
il y avoit quelques an
GALANT.
39
nées de livrer l'ifle aux
Turcs ; &que depuis qu'on
avoit découvert cette horrible
conſpiration, on avoit
obſervé de faire à tous les
étrangers que leur malheur
yjjeetttrooiitt,uunnttrraaiittementbien
plus rude encore que celui
qu'il avoit reçû de lui ; que
cependant , s'il vouloit lui
donner mille ducats d'or
eneſpeces , ou la valeur de
cette fomme en pierreries ,
non ſeulement il abrege.
roit le terme de ſa capti
vité : mais qu'il alloit à
T'heure même le faire con4°
MERCURE
)
duire dans un navire Napolitain
qui étoit à la rade,
& qui devoit la nuit fuivantemettreà
la voile pour
retourner à Naples ; que
d'ailleurs il ne ſe mît point
en peine des femmes qui
étoient entrées avec lui
dans ſa maiſon , puiſque ,
ſelon toutes les apparences,
il y avoit déja long-temps
qu'elles devoient être arrivées
dans leur patrie , par
laprécautionqu'il avoit euë
de les faire embarquer fecrettement
depuis deux
mois. A tout ce difcours
le
GALANT .
le malheureux Alexandro
ne ſçut que répondre. Il
abandonna à ce traître tout
ce qu'il avoit des pierreries
de Mustapha , & ſe hâta de
ſe faire conduire au vaifſeau,
qui en effet étoit à la
rade.
On commençoit à appareiller
lors qu'il y arriva.
Le vent étoit favorable , on
mit à la voile , & le navire
partit. Pendant la nuit il ſe
trouva à côté d'un homme,
qu'il entendit ſoûpirer de
temps en temps , & qui dit
enfin , aprés bien des ge-
Dec. 1714. D
42 MERCURE
miſſemens :La malheureuſe
eſt pour jamais perduë !
Si un miferable que fes
infortunes reduiſent au def
eſpoir , lui dit Alexandro ,
pouvoit vous aider à vous
confoler , ou meriter vôtre
confiance , je ſuis prêt à
vous donner tous les ſecours
qui dépendront de
moy. Je vous avouë , lui
répondit l'autre , que je ſuis
mortellement affligé,& que
jeplains infiniment le malheur
d'un jeune Italien à
qui je ſuis redevable de la
liberté que j'avois perduë ,
GALANT.
43
fi fon cou-
&de la vie que j'allois perdre
en Alger ,
rage n'avoit pas briſé nos
chaînes. Nous étions , &il
étoir comme nous , chargé
de fers , lorſque la femme
deMustapha nôtrepatron ,
qui l'avoit enlevé avec ſa
maîtreſſe qu'il tenoit enformée
dans ſon Serrail , deivint
amoureuſe de lui. Enfin
il a trouvé le ſecret de
perfuader cette femme épriſede
ſabeauté, ila égorgéMustſtaapphhaa,,
il a fauve fa
maitreffe , il nous a délivrez
des fers où nous ge
Dij
44 MERCURE
miffions , & il ſeroit àpreſent
le plus heureux des
hommes ; au lieu qu'il eſt ,
dans quelqu'endroit qu'il
ſoit, le plus miferable , fi le
mauvais temps ne nous
avoit pas jettez ſur l'ifle S.
Pierre , où nous avons trouvé
des Chrétiens mille fois
plus cruels que les barbares
-d'Afrique. Enfin l'infortuné
Alexandro ( c'eſt ſon nom)
eſt tombé avec ſa maîtreſſe
& la veuve de Muſtapha ,
qu'il avoit emmenée, entre
les mains d'un traître Marchand
de cette Iſle , qui
GALANT . 45-
vendit il y a quelques jours
la belle Favella , qu'Alexandro
adoroit , à un Juif
qui cherchoit par toute
l'Europe des beautez deftinées
aux plaiſirs du Grand
Seigneur , & qui n'a pas
plûtôt eu fait l'emplette de
celle-ci , qu'il a mis à la
voile pour Conftantinople.
Alexandro ne répondit
à ce diſcours que par un
cri effroyable. Le recit le
plus touchant d'un deſefpoir
affreux exprimeroit
mal l'excés de ſa douleur.
Cependant ſon ami dans
46 MERCURE
ce moment le reconnoît
aux tranſports de ſa rage ;
ils'efforce envain dele confoler
, l'eſperance d'une
prompte mort eſt ſeule capable
d'adoucir l'horreur
de ſon deſeſpoir : mais il y
aune eſpece de contradiction
éternelle dans le fort
des malheureux , & le trépas
ſemble même être d'intelligence
avec l'étoile qui
les perfecute , pour leur re
fuſer ſon cruel ſecours , lors
qu'ils n'aſpirent qu'au bonheur
de perdre la vie. Tous
les perils de la mer s'éloiGALANT.
47
gnent du navire qui le porte
, les vents & les flots lui
font favorables ; & aprés
une heureuſe & courte navigation,
la ville de Naples
le reçoit enfin dans ſon
portalog
Alexandro conjure fon
ami de ne pas l'abandonner
dans fon malheur. Fernand
lui promet non ſeulement
de ne le pas quitter : mais
il lui offre cout ſon credit
&tout fon bien pour courir
aprés ſa maîtreſſe , s'il en
eft temps encore. Quelle
flatcuſe propofition pour
48 MERCURE
1
un amant deſeſpere! Il n'enviſage
ni les ſoins , ni les
peines infinies où va l'expoſer
une entrepriſe dont
l'amour lui maſque les dangers
& les obſtacles. Ilembraſſe
ſon ami , il accepte
ſes offres , & le preſſe de
travailler avec tant de diligence
à l'execution de ce
genereux deſſein , qu'à pei
ne entré dans le port , il ne
fonge qu'à en fortir. Un
-vaiſſeaude Smyrne s'y trouve
heureuſement tout prêt
àretourner dans le Levant.
L'occaſion eſt belle ; ils
s'emGALANT.
49
s'embarquent , ils partent ,
& en dix jours ils arrivent à
Smyrne , d'où une tartane
les porte à Conſtantinople.
Alexandro met alors tout
en uſage pour apprendre
des nouvelles du navire où
étoit le Marchand Juif qui
lui a enlevé ſa maîtreſſe ; il
s'en informe enfin avec
tant de foin & d'adreſſe
qu'il trouve ſa maiſon. II
lui rend viſite , il lui dit
qu'il feroit bien aiſe de negocier
avec lui , qu'il a de
fort belles pierreries dont
il l'accommodera , s'il veut
Dec. 1714.
E
so MERCURE
les acheter. Il avoit en effet
toutes celles de Don Fernand,
qui étoit un des plus
riches Gentilshommes du
Royaume de Naples. Le
Juif lui donne jour pour
traiter avec lui : cependant
Alexandro l'engage,à force
de careſſes & d'amitié , à
lui donner des marques
d'une bienveillance ſinguliere.
Le jour qu'il devoit lui
montrer ſes diamans étant
vonu , le Napolitain ſe rend
àfama fon ; le Juif en voit
deux fi beaux , qu'il lui dic
GALANT. SI
,
qu'il le prie de trouver bon
que fa femme ,qui s'y connoît
mieux que lui , les examine.
Il l'appelle auffitôt ;
elle vient , elle admire en
même temps , mais differemment
, la beauté des
diamans , & celle du jeune
homme qui les veut vendre.
En voici un , dit elle ,
un moment aprés les avoir
bien confiderez , que la
Sultane Zara achetera vo
lontiers ; & celui- ci ſera un
preſent fort agreable aux
yeux de l'Odalique Andraïda
: pour les autres , je
Eij
52
MERCURE
tâcheray de les vendre dans
le Serail , où ils pourront
ſervir à parer cette jeune
fille que vous avez amenée
depuis peu , le jour qu'elle
aura le bonheur d'être prefentée
au Sultan. A ce mot
Alexandro fremit de douleur
& de crainte : cependant
il eut encore affez de
prefence d'eſprit pour cacher
le deſordre de fon
coeur. Seigneur , lui dit la
Juive , voulez- vousbien me
confier ces diamans pour
trois jours ? Mon mari va
vous donner pour votre ſů.
GALANT . 53
;
reté une reconnoiſſance de
leur poids & de leur qualité
: aprés que je les aurai
montrez aux Dames du
Serail à qui ils peuvent
convenir , nous les eſtimerons
, & fur le champ nous
vous en donnerons la valeur.
Alexandro , qui ſentit
que cette Juive lui pouvoit
être fort utile, accepta tout
ce qu'elle lui propoſa. Cependant
le Juif lui- même ,
preſque auffi charmé de ſa
douceur&de ſa bonne mine
que ſa femme l'étoit déja
, l'invita à dîner ; à quoy
E iij
54 MERCURE
il conſentit auec plaifir.
L'extreme confiance de
ces gens l'étonna , ou plûtôt
l'ébloüit à un tel point ,
qu'il ne deſeſpera pas de
pouvoir , à force d'induftrie
, arracher peut être un
jour du Serail ſa maîtreſſe ,
dont les charmes pouvoient
n'avoir pas encore eu le
malheur de s'y faire admirer.
Enfin il ſe conduifit
avec tant de ſageſſe & de
diſcretion , que le Juif &
ſa femme le prierent de les
voir le plus ſouvent qu'il
pourroit. Sur ces entrefai
GALANT
55
tes , Zacharie ( c'étoit le
nom de ce Juif) reçut de ſon
facteur de Cephalonie des
lettres , dans lesquelles il
lui mandoit qu'un navire
richement chargé , & dont
il étoit le principal armateur
, venoit d'arriver heureuſement
d'Egypte, & que
ſa prefence étoit neceſſaire
pour faire l'évaluation des
interêts , des Marchands avec
qui il étoit affocié ; qu'il
n'avoit pas de temps à perdre
, & qu'il lui convenoit ,
au reçû de ſes lettres , de
s'embarquer dans le pre
E iiij
56 MERCURE
mier bâtiment qui prendroit
la route de Cephalonie.
Zacharie , qui étoit depuis
long - temps dans l'ufage
de faire de parcilles
courſes , ſe diſpoſe ſur le
champ à partir. Il envoye
au port , où au lieu d'un bâtiment
, on en trouve vingt
prêts à mettre à la voile
pour les Ifles de l'Archipel ;
& la nuit même il s'embarque
avec deux eſclaves, qui
étoient les ſeuls hommes
qui le ſervoient dans ſa
maiſon.
GALANT. 57
Le lendemain Alexanà
dro , qui ne ſçavoit encore
rien de ce voyage , va chez
le Juif, où , à la place des
eſclaves qu'il y avoit vûs la
veille , il voit une grande
fille qui lui ouvre la porte ,
& qui le conduit dans l'appartement
de Joia , ( c'eſt
ainſi que s'appelloit l'épouſe
de Zacharie. ) Cette
femme , qui avoit environ
trente ans , avoit été parfaitement
belle , & l'étoit
bien encore affez pour tenter
tout autre hommequ'un
jeune Chrétien éperdû58
MERCUR E
ment amoureux d'une fille
de ſa Religion. L'étalage
où elle étoit lors qu'Alexandro
entra dans ſa chambre,
ne ſentoit point du tout la
Juive . Elle étoit aſſiſe ſur un
riche tapis de Perſe , les
jambes croiſées à la mode
des Orientaux ; elle avoit
le côté droit appuyé negligemment
ſur des carreaux
de velours cramoifi , fon
caffé devant elle , & tenoit
à ſa main le petit coffre où
étoient les diamans d'Alexandro.
Seigneur , lui ditelle
, un moment aprésque
GALANT. 59
la fille qui l'avoit introduit
ſe fut retirée , afſeyez- vous
fur cette eſtrade , & m'écoutez.
Je ſçai preſque de quoy
l'amour est capable dans
tous les coeurs : je vous dirai
même plus, je ſçai de quelle
maniere à peu prés toutes
les differentes nations de
l'Europe traitent l'amour.
Eſtant il y a dix ans à
Amſterdam , qui eſt le lieu
de ma naiſſance , j'y fus aimée
d'un Italien , d'un Alleman
, d'un Danois & d'un
François , tous Chrétiens ;
60 MERCURE
& par un excés de malheurs
, dont le détail eſt
inutile ici , j'y épouſai enfin
le Juif que vous avez vû.
Quoy qu'il en uſe fort bien
avec moy , je me ſuis repentie
, & me repentirai
de ce mariage tous les jours
de ma vie . L'avarice de mes
parens a formé les liens qui
m'accablent. Je ſuis Chrétienne
dans le fond du
coeur , & affez riche maintenant
des largeſſes des Dames
du Serail,pour pouvoir
vivre deſormais partout ailleursqu'ici
commodément,
GALANT . 61
&même avec éclat , s'il eſt
vrai que le faſte & le luxe
puiſſent contribuer à nous
rendre heureux. Enfin je
vous aime , & je vous croy,
fi non affez tendre , du
moins affez genereux pour
faire un bon uſage du ſecret
que je vais vous confier.
Il faut que vous ſoyez
mon liberateur , que vous
m'arrachiez de Conftantinople
, & que vous me faffiez
inceſſamment paſſer en
Italie avec vous. Vous nous
avez pluſieurs fois parlé de
vôtre ami Don Fernand , &
62 MERCURE
vous nous avez dit tant de
bien de lui , que je le croy
fort propre à nous ſeconder
comme il faut dans l'entrepriſe
que je medite. La fortune
m'a heureuſement défait
de Zacharie, que ſes affaires
retiendront au moins
deux moins dans l'Archipel
; je ſuis maîtreſſe de ſes
richeſſes & des miennes ; je
vous en donnerai plus qu'il
ne vous en faudra pour
acheter un navire équipé
des meilleurs matelots que
vous pourrez trouver : en
un mot vous prendrez ce
GALANT . 63
foin& toutes vos meſures
avec votre ami , pendant
queje me diſpoſerai de mon
côté à vous ſuivre lors qu'il
en ſera temps. Je voustromperois
, lui répondit Alexandro
, ſi j'acceptois avidement
l'offre que vous me
faites , & fi je ne payois pas
au moins d'un retour de
confiance,la confiance avec
t laquelle vous m'avez declaré
vos intentions. Je vais
vous dire un ſecret qui va
vous épouvanter , je vais
vous demander une grace
dont vous allez fremir , &
64 MERCURE
qu'il faut que j'obtienne de
vous , ou que je meure.
Zacharie vôtre époux
acheta il y a environ 3. mois
d'un Marchand de l'iſle S.
Pierre , voiſine de la Sardaigne
, une jeune fille du
Royaume de Naples , que
des Corfaires avoient enle.
vée quelque temps auparavant
, & que la fortune",
aprés bien des perils , avoit
enfin arrachée des mains
du Capitaine qui l'avoit
priſe , lors qu'en ſe ſauvant,
le bâtiment dans lequel elle .
éroit , fut contraint par le
mauGALANT.
mauvais temps de relâcherà
l'Iſle ſaint Pierre , où un
perfide Marchand l'invita
àaller ſe remettre dans ſa
maiſon des fatigues de la
mer : mais dés qu'elle y
fut entrée , il la conduifit
dans une chambre , où il
l'enferma , & la garda jufqu'au
jour qu'il la vendit à
vôtre époux. Cette fille eft
ma foeur, & cette ſoeur m'eſt
plus chere que tout ce que
j'ai de plus cher au monde.
Elle eſt à preſent malheureuſe
dans le Serail du Sulran
, où vous avez la liberté
Dec. 1714. F
66 MERCURE
d'entrer lors qu'on vous y
mande , & l'on vous ymande
tous les jours. Parlez lui
de moy , donnez - lui une
lettrede ma part, & ne vous
rebutez pas d'entendre toutes
les propoſitions que je
vous ferai pour me faciliter
les moyens de la voir ,
& de l'arracher de ce ſéjour
impenetrable. Grand
Dieu , lui dit Joia , que me
propoſez-vous ? Vous imaginez
- vous à quoy m'expoſeroit
une pareille tentative
? & ignorez- vous que
ſi l'on avoit jamais le moinGALANT.
67
dre ſoupçon que je pûffe
entrer dansune intelligence
ſi criminelle , qu'au même
inſtant je ſerois miſe en
pieces par les muets & les
noirs du Serail ? Pardon.
nez , genereuſe Joia , lui
dit Alexandro , pardonnez
l'extravagance de ces projets
à un malheureux , qui
n'a plus d'autre reſſource
que celle de mourir. Cependant
ma reconnoiſſance
n'auroit point de bornes ſi
vous me ſerviez , & mon
deſeſpoir va n'en plus avoir
fi vous ne me ſervez pas.
Fij
68 MERCURE
Au lieu de ſauver vôtre
*foeur , lui répondit Joia , ſi
je m'embarque dans un
deſſein ſi temeraire ma
complaiſance pour vous va
peut être la faire perir , &
nous perdre avec elle. Non,
Joia,lui dit il , je ne vous en
preſſe plus , ne vous expoſez
pas à de fi terribles dangers
: mais ſouffrez que je
vous quitte , & laiſſez moy
aller m'entretenir ailleurs
dans l'excés de mon affliction
, de l'horreur de mon
infortune. Attendez , malheureux
, attendez , lui ditGALANT.
69
elle , je ne ſçaurois me reſoudre
à vous abandonner
dans l'état où vous êtes , je
riſquerai quelque choſe
pour vous , je verrai vôtre
foeur, je lui parlerai de vous,
je lui donnerai même le
billet que vous lui voulez
écrire : mais aprés cela ne
me demandez rien davantage.
Alexandro ſe jetta
auffitôt à ſes genoux , les
embraſſa,& arroſa ſes mains
de ſes larmes. Mais eft- on ,
reprit- elle en le regardant
tendrement , fi tendre &
ſi entreprenant pour une
70
MERCURE
foeur ? Oui , Joia , lui dit- il ,
je ferois encore plus pour
elle ſi je le pouvois , & il
ne tiendra qu'à vous , aprés
avoir tenté tout pour moy,
d'eſſayer juſqu'où peut aller
ma reconnoiſſance , &
de voir en même temps
juſqu'où va mon amour
pour vous , & ma tendreſſe
pour elle. A l'inſtant Joia ,
qui ne comprenoit pas le
ſens équivoque de ces paroles
, le mena dans le cabinet
de ſon mari , où il écri
vit ces mots à la belle &
malheureuſe Favella.
GALANT.
71
La tendre genereuse
Joia , ma chere foeur , ſenſible
aux maux dont lefort maccable
, m'a promis enfin de vous
rendre ce billet , malgré cette
foule épouvantable d'horribles
efpions qui vous environnent.
Reconnoiffez à ces traits de ma
main tout le coeur d'un frere
deſeſperéde l'état où vous êtes,
répondez -y si vous pou
vez.
Je n'aurois pas tenté de
vous écrire, fi en arrivant à
Conſtantinople avec Don Fernand
, de qui j'ai appris ce
dernier trait de vos malheurs,
72 MERCURE
je n'avois pas fenti quelques
rayons d'efperance dans lee fond
de mon coeur ; &fi la fidelle
Foia veut mefeconder,je mourrai
bientôt , ou vous reversez
encore vôtrefrere Alexandro.
Le lendemain , aprés la
ſeconde priere , un baltagi
fut ordonner à Joia , de la
part des Sultanes , de ſe
rendre à l'inſtant au Serail ,
où elle fut auffitôt avec les
diamans & la lettre d'Alexandro.
Dés qu'elle fut au milieu
de ces belles & malheu ..
reuſes
GALANT. 73
:
reuſes eſclaves que leur
beauté condamne à une
éternelle captivité,elle ſongea
à les amuſer de la vûë
de ſes pierreries , pendant
qu'elle s'occupoit à détacher
de la foule la triſte
Favella , qui comprit enfin
dans ſes yeux qu'elle avoit
quelque choſe à lui dire .
Ne me montrez - vous
rien à mon tour , lui ditelle
, & n'avez - vous point
debijoux pour moy comme
vous en avez pour ces belles
Odaliques ? J'en ai un
que je vous deſtine , lui ré-
Dec. 1714. G
74
MERCURE'
pondit la Juive ; & en s'approchant
de ſon oreille : II
y va, continua - t - elle , de
vôtre vie , de celle de vôtre
frere &de la mienne , à le
recevoir d'un air ſi tranquile
, que vôtre ſurpriſe
ne trahiſſe pas mon fecret.
Je ſuis , lui dit Favella , en
s'éloignant avec elle desautres
Dames , tellement accoûtumée
aux plus cruels
malheurs , que je croy que
le plus grand& le plus inopiné
changement dans ma
fortune cauſeroit peu de
ſurpriſe à mes ſens. Rece
)
75
GALANT.
vez donc , lui dit Joia , ſans
émotion ce billet de vôtre
frere , lifez-le en ſecret , &
fur tout que perſonne ici ne
puiſſe jamais ſoupçonner
que vous en ayez reçû.
Un moment aprés , Favella
fortit de la ſalle où
étoient toutes ces femmes ;
elle paſſa dans une chambre,
où elle lut fon billet
ſans témoins ; & pour y
faire réponſe , elle ſe ſervit
d'un crayon qu'Alexandro
y avoit enfermé , & dont
elle écrivit ces mots fur le
dos du même billet.
11
Gij
76
MERCURE
Entreprenez tout pour moy,
mon cher frere ; cependantménagez
votre vie , aimez-moy
toûjours , & ne me confultez
fur rien.
Elle rentra auſſitôt dans
le même endroit où elle
avoit laiſſe Joia , à qui elle
rendit ſecretement le billet
qu'elle venoit de recevoir
d'elle. Un moment aprés
Joia fortit du Serail , & retourna
dans ſa maiſon , où
l'impatient Alexandro ne
manqua pas de ſe rendre
dés que la nuit fut venue.
GALANT. 77
Il lui fut preſenté par la même
fille qui l'avoit introduit
la veille ; & dés qu'il ſe vit
feul avec elle : Qu'avezvous
fait pour moy , lui ditil
? avez-vous vû cette foeur
infortunée qui m'eſt ſi chere
, lui avez- vous parlé ,
lui avez vous enfin donné
ma lettre ? Oui , lui répondit-
elle avec tendreſſe , je
l'ai vûë , je lui ai parlé , elle
a reçû vôtre billet , en voi .
ci la réponſe. Alexandro
la lut avec mille tranſports,
& aprés avoir admiré en
lui-même la prefence d'ef
Giij
78 MERCURE
prit de ſa fidelle &malheureuſe
maîtreſſe ; me laiſſerez-
vous en ſi beau chemin
, genereuſe Joia , lui
dit- il?n'entreprendrez- vous
rien davantage pour moy ?
Exigez de ma reconnoifſance
tout ce que j'exige
de vôtre amour , rendons
nos interêts égaux , & vous
me ſervirez juſqu'à la fin.
Que voulez -vous , cruel ,
encore une fois , que voulez-
vous , lui dit- elle ? Demain
à la même heure qu'il
eſt à preſent vous le ſcaurez
, lui répondit Alexan
GALANT.
79
dro ,& je ſuis fûr qu'en me
voyant vous approuverez
les moyens dont je pretens
me ſervir pour vous per
fuader.
Le reſte de leur converſation
roula juſqu'au moment
qu'il fallut ſe ſeparer,
ſur les projets de leur fui.
te,& fur les fermens qu'ils
ſe firent de s'aimer toûjours.
Dés qu'Alexandro fut
retourné chez lui , il conta
à Don Fernand tout ce qui
venoit de lui arriver. Il lui
demanda enſuite ſi l'habit
G iiij
to MERCURE
de femme Juive qu'il l'avoit
prié d'acheter étoit
fait. Il eſt achevé , lui répondit
Fernand , & vous
pouvez même l'eſſayer :
mais ſi vous m'en croyez ,
vous renoncerez à ce defſein
, & vous ne preſſerez
pas davantage Joia de s'expoſer
avec vous au plus afffrreeuuxxppeerriill
dduumonde. Cher
ami , lui dit- il , en eſſayant
ce fatal habit , j'en enviſage
toute l'horreur : mais
mon deſeſpoirn'écoute plus
les conſeils de la raiſon : il
faut en un mot que je pe
GALANT. 1
81
riffe , ou que je voye le
malheureux objet de mon
amour. Vous ne ſortirez
pas , reprit Fernand , du Serail
du Grand Seigneur ,
comme vous avez fait de
celui deMustapha;& fi vous
aviez vû un ſpectacle horriblement
comique qu'on
repreſenta il y a quelque
tems dás une des plus grandes
villes du monde , &qui
a pour titre , les Captifs ,
mal imité des Captifs de
Plaute , quelque audacieux
que vous ſoyez , vous fremiriez
au recit des ſuppli82
MERCURE
ces dont on punit ici les
raviffeurs. Fernand en faiſoit
l'étalage à ſon ami ,
pour l'obliger à changer
de reſolution ; ſon courage
même ſurpris de cet affreux
détail , commençoit
às'en ébranler, lorſque tout
àcoup on entendit des cris
&des hurlemens épouvantables.
Toute la ville de
Conſtantinople parut au
milieu de la nuit remplie
d'habitans de tout ſexe &
de tout âge, que la crainte
de la mort & la perte de
leurs biens obligeoient à
GALANT. 83
chercher partout un ſecours
que perſonnenepouvoit
leur donner.
,
Le feu avoit pris malheureuſement
, il y avoit
prés de deux heures , au
Serail d'un Bacha , & de
tous les côtez le vent en
avoit répandu les flames
avec tant d'impetuofité
que plus de mille maiſons
en étoient déja brûlées. Le
defordre enfin commençoit
à devenir ſi general ,
qu'Alexandro pria fon ami
de l'accompagner en habit
d'Armenien , pendant qu'il
1
34 MERCURE
étoit déguisé en Juive , jufqu'à
la maiſon de Joia , qui
n'étoit pas loin de la ſienne...
Fernand y confentit , & fe
rendit avec lui chez la
Juive , qu'ils trouverent
plus inquiete du ſort de fon
amant , que du malheur de
la ville. Enfin elle l'avoit
déja demandé à toutes ſes
femmes , & parlé à lui même
ſans le reconnoître, lors
qu'aprés lui avoir obligeam
ment reproché queles traits
de ſon viſage s'effaçoient
aifément de ſon coeur , il
lui dit que le feu étoit au
GALANT.
85
Serail du Sultan ; qu'il la
conjuroit de profiter du defordre
pour s'y rendre avec
elle ; qu'il ne faloit pas douter
que toutes les portes
n'en fuſſent ouvertes dans
un ſi grand peril ; que d'ailleurs
elles ne ſeroient peutêtre
pas fermées pour elle ;
&qu'en un mot ils y pourroient
entrer enſemble.
Joia , qui étoit , comme on
peut ailément le voir , prefque
auſſi entreprenante que
lui , le trouva ſi beau ſous
cet habillement de femme ,
& ſi bien déguisé , qu'elle
86 MERCURE
n'eut pas la force de lui rien
rufuſer. Elle ſortit enfinde
ſa maiſon , où elle laiſſa
Don Fernand. Elle prit Alexandro
par la main , & fans
faire aucune mauvaiſe rencontre
elle arriva avec lui
au Serail du Grand Seigneur
, dont ils trouverent
en effet preſque toutes les
portes ouvertes , parce que
le defordre y étoit encore
plus grand que dans aucun
quartier de la ville.
Ils y entrerent à travers
une foule incroyable d'eu-`
nuques, de noirs, de muets,
GALANT.
87
& de femmes effrayées ,
qu'ils trouverent diſperſez
de tous les côtez , & pêlemêle
avec des Prêtres de la
Loy , des Cadis & des Janiſſaires
, qui cherchoient
le Sultan pour le ſauver , &
l'étendart de Mahomet
pour le dérober à la fureur
des flâmes.
د
Au milieu de ce tumulte
inconcevable ils découvri
rent enfin l'indifferente Favella,
qui regardoit d'un oeil
inſenſible tomber les vaſtes
édifices & les tours de cel
Palais embraſé.
88 MERCURE
Que je fuis heureux de
vous retrouver , ma chere
foeur , lui dit Alexandro ,
en la prenant par la main !
Sauvez - vous avec nous ,
hâtez - vous. Infolente , lui
dit à l'inſtant un noir qu'il
n'avoit pas apperçû , quel
interêt prends - tu à cette
Odalique ? Sçais - tu qu'elle
eſt confiée à mes ſoins , &
qu'elle eft chere au Grand
Seigneur ? Tiens , miferable
, lui dit Alexandro , en
lui plongeantdans la gorge
un poignard qu'il avoit cache
ſous ſa robe ; tiens,garde
GALANT. 89
de maintenant , ſi tu peux ,
cette fille ſi chere aux plaifirs
de ton maître.
Deux autres noirs armez
accoururent par hazard au
lieu où ſe paſſoit cette fanglante
ſcene , & s'attacherent
au malheureux Alexandro
, pendant que d'un
côté on emmena Favella ,
&que de l'autre la Juive
s'éclypſa. Neanmoins fon
courage ne l'abandonna
point dans cette extremité ,
où ils ſe trouverent heureuſement
pour lui ſi voiſins
des flames , qu'ils le quit
Dec. 1714. H
-
१० MERCURE
terent pour ſonger plus
promptement à leur falut ,
& lui faciliterent par leur
fuite le moyen de ſortir du
Serail comme il y étoit entré.
Il retourna chez la Juive,
qu'il trouva fondant en
larmesdans les bras deDon
Fernand. Vous pleurez ſans
doute , leur dit- il , la perte
d'un miferable , trop malheureux
pour pouvoir trouver
la mort ? J'ai manqué
d'arracher du Serail l'infortunée
Favella 1.Je ne la reverrai
de ma vie ! Eſt- il un
fort plus funeſte que le
GALANT.
91
mien ? Vous avez tant de
ſujets de douleur , lui dit
Joia , que je ne vous propoſe
point de fonger à vous en
conſoler , mais ſeulement
de vous hâter de fuir pour
jamais de ces lieux , où il ne
vous reſte plus aucun efpoir.
Hé bien , dit- il , fortons-
en donc , je trouverai
peut- être dans les abîmes
de la mer la fin de mes
malheurs.
Fernand ſe chargea alors
du ſoin d'acheter un navire
Venitien qui étoit au
port , & que la diligence
Hij
92
MERCURE
mit en moins de huit jours
prêt à mettre à la voile.
Il s'embarqua enfin , avec
Joia & ſon ami , dans le
deſſein de profiter du premier
beau temps pour partir.
Ils commençoient à louvoyer
, pour fortir à la faveur
d'un petit vent de terre,
du canal de la mer noire,
lorſque quelques matelots
apperçurent à la pointe du
jour , autour du vaiſſeau
une eſpece de ſac de cuir ,
que l'eau portoit doucement
à la traîne du navire.
,
GALANT. 93
Ils deſcendirent auſſitôt
dans la chaloupe , qu'ils
n'avoient pas encore miſe
à bord , & ils ramerent vers
le ſac , qu'ils pêcherent ,
& qu'ils ouvrirent ſur le
champ. Mais rien ne fut
égal à leur étonnement ,
lors qu'au lieu de ce qu'ils
avoient eſperé d'y trouver ,
ils en tirerent une femme
mourante. Ils la porterent
auſſitôt dans le vaiſſeau
où,je laiſſe à penſer comme
elle fut reçûë.
،
Don Fernand , à qui on
la preſenta , & qui la re
94
MERCURE
connut d'abord pour la
belle Favella qu'il avoit vûë
en Alger , & fortir enſuite
de l'Ifle ſaint Pierre pour
s'embarquer dans le navire
du Juif qui l'avoit menée
Conſtantinople , lui fit
donner tous les ſecours
dont elle put avoir beſoin ;
& à l'inſtant il paſſa dans
la chambre de l'inconſolable
Alexandro , à qui il fit
ſentir autant qu'il put cet
excésdeſon bonheur. Alexandro
courut en même
temps vers le litde Fernand,
fur lequel repoſoit alors ce
GALANT.
95
cher objet de toure ſa tendreſſe
, & que la genereuſe
Joia s'empreſſoit à ſervir de
tout fon pouvoir.
L'hiſtorien le plus habile
exprimeroit mal des ſituations
ſi touchantes , & l'art
le plus delicat n'a que de
foibles pinceaux pour étaler
tous les mouvemens d'un
tableau auſſi rempli que celui-
ci de felicité , d'amour ,
d'eſperance&de joye.Ainfi
je prie le lecteur deme difpenfer
moy-même du froid
détail de mes expreſſions ,
pour le mener plutôt au
-
96 MERCURE
reſte des évenemens de
cette hiſtoire .
La fortune commence à
د
les ſe declarer pour eux
vents leur deviennent favorables
, & pendant qu'ils
naviguent à pleines voiles ,
Favella leur raconte la caumalheur
, ſe de ce dernier malheur
dont l'évenement heureux
la flate d'un bonheur in
fini .
1. Il vous ſouvient , dit-elle
à Alexandro des fatales
paroles que vous me dites
la premiere nuit de cette
incendie , qui a duré trois
jours
GALANT.
97
jours entiers , & pendant
leſquels onze mille maitons
ont été brûlées à Conſtantinople.
J'étois alors environnée
d'eſclaves que vous
ne voyiez point , & qui ne
me quittoient pas , parce
que cette même nuit on
m'avoit deſtinée à l'honneur
de partager la couche
du Grand Seigneur. Deux
eſclavesde cette troupe infâme
avoient entendu vos
paroles , & avoient vû le
noir égorgé à vos pieds.
Dans le même temps le
reſte de ces miferables
Dec. 1714. I
)
98 MERCURE
m'entraîna , & me mena
devant le Kiflar Aga , qui
eſt le chef des cunuques ,
à qui ils dirent tous d'une
voix , qu'un jeune homme
habillé en femme étoit entré
dans le Serail , dans le
defſſein de m'en arracher;
qu'il avoit tué un de leurs
camarades , parce qu'il a
voi compris , comme deux
autres qu'ils lui montrerent,
le fens desparoles que vous
m'aviez dites. Le KiflarAga
me fit auffitôt enfermer
dans une chambre noire ,
où toutes les femmes &
JE
DRL
LYON
BIBLIA
*
TREQUE
티
DE
L
GALANT.
LYON
99
*
tous les eſclaves du Serail
me traitoient chaque jour
de chienne , d'infidelle , &
m'acabloient d'injures.Une
ſeule Italienne , dont je déplore
le malheur , venoit de
temps en temps me confoler
, & c'eſt par elle que j'ai
ſçû que vous vous étiez lauvé,&
le nombre des mai-
VILLE
ſonsqui ont étébrûlées pendantcet
embraſement. Cette
nuit , deux heures avant
jour , on m'a tirée de ma
priſon , on m'a fait fortir
du Serail par une porte qui
donne ſur la mer , on m'a
le
I ij
100 MERCURE
miſe dans un petit efquif,
avec quatre hommes , qui
ont ramé environ pendant
une heure fur le canal de
la mer noire , & qui aprés
m'avoir bien enfermée
dans le ſac où vos matelots
m'ont trouvée , m'ont enfin
abandonnée à la merci des
Nous avons eſſuyé tant
de malheurs , belle Favella,
lui dit Alexandro , que la
fortune va peut- être ſe laffer
de nous perfecuter. Qu'-
ellenous ramene ſeulement
àbon port dans nôtre paGALANT.
101
trie , & fi vous m'aimez
toûjours , vôtre main ſuffira
alors pour effacer juſqu'au
ſouvenir des maux qu'elle
nous a faits,
Cependant le vent favo
rable rend l'art des pilotes
inutile ,&en moins de huit
jours ils arrivent à Naples ,
où ils deſcendent dans la
maiſon de Don Fernand ,
qui reconnoît tant de vertus
dans la tendre Joia,
qu'il la fait conſentir à l'é
pouſer , à la place d'Alexandro
, qu'un amour parfait
attache depuis long- temps
l
I iij
IOL MERCURE
aux charmes de Favella.
Pendant que tout ſe difpoſe
pour la ceremonie de
ces deux hymens , la veuve
de Muſtapha , à qui la renommée
a appris l'arrivée
deces amans à Naples,leurs
noms & leurs avantures , ſe
fait porter en chaiſe chez
Don Fernand , à qui elle
fait , aufli bien qu'à Alexandro
, à Favella , & à Joia
même qu'elle ne connoît
pas encore , toutes les careſſes
dont elle peut s'avifer
; & aprés s'être confufé.
ment queſtionnez les uns
GALANT..
103
& les autres ſur tout ce qui
leur étoit arrivé depuis leur
ſeparation dans l'Iſle ſaint
Pierre , Sbayna leur tint le
diſcours que voici.
Le Marchand qui nous
avoit fait fur le port l'accüeil
obligeant , dont je
croy que nous nous fouviendrons
le reſte de nôtre
vie , me dit un jour , aprés
nous avoir enfermez dans
des chambres differentes ,
qu'il vouloit me diftinguer
du reſte des malheureux
qui étoient dans ſa maiſon ;
qu'il metrouvoit aſſez belle
I iiij
104 MERCURE
pour m'aimer , & Favella
trop belle pour ne pas meriter
d'être preſentée au
Grand Seigneur ; que dés
qu'il l'auroit fait partirpour
Conſtantinople , il relâcheroit
Alexandro , aprés lui
avoir ôté ce qu'il avoit des
pierreries de Muſtapha,que
je lui avois données. J'eus
beau le traiter de perfide ,
de traître & de ſcelerat , il
ſe moqua de mes injures ,
& ne ceſſa de m'en faire ,
juſqu'à ce qu'environ un
mois aprés qu'il eut renvoyé
Alexandro , un jeune
GALANT .
105
Italien , qu'il avoit quelque
temps auparavant traité à
peu prés comme nous , vint
avec un petit navire , fur
lequel il avoit foixante
hommes armez , faire une
deſcente dans l'Iſſe , ſuivi
de preſque tout fon monde.
Il entra auſſitôt dans la
maiſon de nôtre execrable
Marchand , qu'il maſſacra
avec une demi - douzaine
de ſatellites qui étoient les
• complices de tous les crimes.
Il pilla ſes pierreries ,
ſon or & fon argent, il briſa
mes fers , il mit en liberté
106 MERCURE
une vingtaine de malheureux
& de malheureuſes
qui gemiſſoient dans la mai
fon de ce fcelerat. Enfin
il nous fit prendre le chemin
de ſon navire , où nous
nous embarquâmes tous
avec lui ; & aprés avoir ainſi
pleinement ſatisfait ſa vangeance
, il nous amena ici ,
où , grace à mon étoile , je
ſuis à la veille d'épouſer
mon ſecond liberateur.Que
cet aveu ne vous étonne
pas , Seigneur Alexandro ;
l'amour avoit reglé l'ordre
de nos deſtins avant que
GALANT. 107
nous nous viſſions . Le votre
devoit vous unir pour
toûjours à celui de vôtre
chere Favella. Joia devoit
renoncer au Judaïsme en
faveur du genereux Don
Fernand : &je devois enfin ,
aprés bien des malheurs
devenir l'épouſe de celui
qui m'a le dernier donné
un nom fi doux .
Ils convinrent alors entr'eux
de celebrer en un
même jour la ceremonie de
ces trois mariages , qui furent
accomplis , peu de
temps aprés , à la vûë de
108 MERCURE
toute la ville de Naples ,
où , comblez de tous biens,
ils vivent maintenant dans
une union parfaite.
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Résumé : HISTOIRE.
Anna Favella et Alessandro sont capturés par des corsaires algériens avant leur mariage et conduits à Alger. Mustapha, le chef des corsaires, sépare les deux captifs : Anna est confiée à son épouse Sbayna, tandis qu'Alessandro est réduit en esclavage. Mustapha et Sbayna développent des sentiments pour leurs captifs respectifs. Alessandro persuade Sbayna de l'aider à s'évader en échange de la promesse de l'épouser. Lors d'une tentative d'évasion, Mustapha est tué, mais Alessandro et Sbayna sont recapturés sur l'île de Saint-Pierre. Alessandro obtient sa liberté contre une rançon et découvre qu'Anna a été vendue à un Juif pour le harem du Grand Seigneur à Constantinople. Avec l'aide de Joia, la femme du Juif et chrétienne secrète, Alessandro parvient à communiquer avec Anna. Il tente de la sauver mais est emprisonné. Grâce à un incendie, ils s'évadent et retrouvent Anna sur un navire. Ils atteignent Naples, où Don Fernand décide d'épouser Joia. Les couples se marient et vivent heureux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3220
p. 108
« Je croy, Messieurs, qu'il est à propos de réveiller [...] »
Début :
Je croy, Messieurs, qu'il est à propos de réveiller [...]
Mots clefs :
Histoire, Nouvelles
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texteReconnaissance textuelle : « Je croy, Messieurs, qu'il est à propos de réveiller [...] »
Je croy , Meffieurs , qu'il
eſt à propos de réveiller
l'indolence où peut vous
avoir jettez la longueur de
l'hiſtoire que vous venez
de lire. Pour reüffir dans
ce deſſein , comme c'eft
mon intention , ſi les nouvelles
du temps vous amuſent
, lifez- les ; ſi elles vous
ennuyent , paffez - les.
eſt à propos de réveiller
l'indolence où peut vous
avoir jettez la longueur de
l'hiſtoire que vous venez
de lire. Pour reüffir dans
ce deſſein , comme c'eft
mon intention , ſi les nouvelles
du temps vous amuſent
, lifez- les ; ſi elles vous
ennuyent , paffez - les.
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3221
p. 108-109
Discours sur l'origine du mois. [titre d'après la table]
Début :
Decembre, dixième mois de l'année Romaine, & le dernier [...]
Mots clefs :
Décembre, Saturnales, Fêtes
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texteReconnaissance textuelle : Discours sur l'origine du mois. [titre d'après la table]
Decembre, dixième mois
de l'année Romaine , & le
GALANT.
109
dernier du Calendrier Gregorien
, fut autrefois ſous
la protection de Veſta , &
conſacréà Saturne. On celebroit
pendant ce mois les
Fêtes Saturnales : mais ce
temps n'eſt pas le nôtre ,
&fauf aux lecteurs à voir
àpreſent s'ils approuveront
que nous y celebrions de
nouvelles Fêtes.
de l'année Romaine , & le
GALANT.
109
dernier du Calendrier Gregorien
, fut autrefois ſous
la protection de Veſta , &
conſacréà Saturne. On celebroit
pendant ce mois les
Fêtes Saturnales : mais ce
temps n'eſt pas le nôtre ,
&fauf aux lecteurs à voir
àpreſent s'ils approuveront
que nous y celebrions de
nouvelles Fêtes.
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3222
p. 110-117
Description du feu d'artifice fait pour la réjoüissance de la paix generale par Messieurs les Magistrats de la ville de Lille.
Début :
La machine represente le Temple de la Paix, dressé sur [...]
Mots clefs :
Inscription, Devise, Symbole, Temple de la Paix, Lille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description du feu d'artifice fait pour la réjoüissance de la paix generale par Messieurs les Magistrats de la ville de Lille.
Description du feu d'artifice
fait pour la réjoüiſſance de
lapaix generale par Meffieurs
les Magistrats de la
ville de Lille.
La machine represente le
Temple de la Paix , dreſſé fur
le modele de celui de Janus. Ce
portique est en figure quarrée,
poséesur une baze octogonne
à quatre grands pans , &à
quatre moindres , dont voici
les inscriptions.
Inscription des quatre grands
pans.
Premiere inscription.
Ludovico Magno ,.
GALANT. 111
Urriuſque fortunæ victori ,
Clauſis belli portis ,
Pace
Conſpirantibus foederatis
hoftibus
Compofitâ ,
Perdomitis Gothalanis ,..
Aſſertâ Philippo Quinto
Hifpania ,
Coloniæ ac Bavariæ Electorum
Dignitate vindicatâ ,
Annos manentemque fortunam
Apprecatur.
F. P. Q. J.
112 MERCURE
Seconde inscription.
Ludovico Magno ,
Conſummato feliciter duodecim
annorumbello.
Symbole.
Un élephant chargé d'une
tour qui paroît remplie defoldats.
Devife.
Ettantum tulitunus onus.
Luiſeul a ſçû porter un fardeau
fi pesant.
Troifiéme inscription.
Ludovico Magno
Carolo Sexto Cæfare Gal.
liæ confiliato.
GALANT . 113
Symbole.
Le Soleil , fur qui un aigle
élevé dans les airs attache ſes
yeux.
Devife.
Implet amore ſui.
Il lui gagne le coeur , il ſçait
s'en faire aimer.
Quatriéme inscription.
LudovicoMagno
Pacem æternam bello proſcripto
ſancienti.
Symbole.
L'arc-en - ciel au-deſſus de
l'arche de Noë aprés le deluge.
Devife.
Nulladies pacem hanc nec
Dec. 1714. K
114 MERCURE
foedera rumpet.
Une fi belle paix n'aura jamais
defin.
Inſcriptions des quatre moindres
pans.
Ludovico Magno ,
Barcenone auxiliaribus copiis
expugnatâ.
Symbole.
Les Geans de la Fable qui
paroiſſent enfevelis fous leurs
montagnes.
Deuzfe.
Enquòdiſcordia cives
Perducit miferos.
D'un peuple peu foûmis voila
la fin tragique.
GALANT. 115
Seconde infcription .
Ludovico Magno ,
Coloniæ ac Bavariæ Electorum
afſertâ dignitate .
Symbole .
Le Soleil au milieu des gemeaux
du Zodiaque.
Devife
Fratribus æquat honorem.
Tous deux également ont part
ca ce bonheur
Troifiéme inscription .
In omniætate triumphanti.
Symbole
Un grand laurier taillé en
couronne.
Kij
116 MERCURE
Devife.
Primis fic crevitab annis.
Le nombre deſes ans égalefes
couronnes.
Quatriéme inscription.
Ludovico Magno,
Compofitis Raftadi ac Badenæ
de pace Germana
controverfitsaina n
Symbole
Un Orloge à rouëd
1 Devife, THE
i
Magnæ mentis opus.
D'un esprit élevé voila le
grand ouvrage.
Les Deviſes & les Infcriptions
ſontdu Pere de Lare,
GALANT. 117
Jeſuite du College de Lille.
fait pour la réjoüiſſance de
lapaix generale par Meffieurs
les Magistrats de la
ville de Lille.
La machine represente le
Temple de la Paix , dreſſé fur
le modele de celui de Janus. Ce
portique est en figure quarrée,
poséesur une baze octogonne
à quatre grands pans , &à
quatre moindres , dont voici
les inscriptions.
Inscription des quatre grands
pans.
Premiere inscription.
Ludovico Magno ,.
GALANT. 111
Urriuſque fortunæ victori ,
Clauſis belli portis ,
Pace
Conſpirantibus foederatis
hoftibus
Compofitâ ,
Perdomitis Gothalanis ,..
Aſſertâ Philippo Quinto
Hifpania ,
Coloniæ ac Bavariæ Electorum
Dignitate vindicatâ ,
Annos manentemque fortunam
Apprecatur.
F. P. Q. J.
112 MERCURE
Seconde inscription.
Ludovico Magno ,
Conſummato feliciter duodecim
annorumbello.
Symbole.
Un élephant chargé d'une
tour qui paroît remplie defoldats.
Devife.
Ettantum tulitunus onus.
Luiſeul a ſçû porter un fardeau
fi pesant.
Troifiéme inscription.
Ludovico Magno
Carolo Sexto Cæfare Gal.
liæ confiliato.
GALANT . 113
Symbole.
Le Soleil , fur qui un aigle
élevé dans les airs attache ſes
yeux.
Devife.
Implet amore ſui.
Il lui gagne le coeur , il ſçait
s'en faire aimer.
Quatriéme inscription.
LudovicoMagno
Pacem æternam bello proſcripto
ſancienti.
Symbole.
L'arc-en - ciel au-deſſus de
l'arche de Noë aprés le deluge.
Devife.
Nulladies pacem hanc nec
Dec. 1714. K
114 MERCURE
foedera rumpet.
Une fi belle paix n'aura jamais
defin.
Inſcriptions des quatre moindres
pans.
Ludovico Magno ,
Barcenone auxiliaribus copiis
expugnatâ.
Symbole.
Les Geans de la Fable qui
paroiſſent enfevelis fous leurs
montagnes.
Deuzfe.
Enquòdiſcordia cives
Perducit miferos.
D'un peuple peu foûmis voila
la fin tragique.
GALANT. 115
Seconde infcription .
Ludovico Magno ,
Coloniæ ac Bavariæ Electorum
afſertâ dignitate .
Symbole .
Le Soleil au milieu des gemeaux
du Zodiaque.
Devife
Fratribus æquat honorem.
Tous deux également ont part
ca ce bonheur
Troifiéme inscription .
In omniætate triumphanti.
Symbole
Un grand laurier taillé en
couronne.
Kij
116 MERCURE
Devife.
Primis fic crevitab annis.
Le nombre deſes ans égalefes
couronnes.
Quatriéme inscription.
Ludovico Magno,
Compofitis Raftadi ac Badenæ
de pace Germana
controverfitsaina n
Symbole
Un Orloge à rouëd
1 Devife, THE
i
Magnæ mentis opus.
D'un esprit élevé voila le
grand ouvrage.
Les Deviſes & les Infcriptions
ſontdu Pere de Lare,
GALANT. 117
Jeſuite du College de Lille.
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Résumé : Description du feu d'artifice fait pour la réjoüissance de la paix generale par Messieurs les Magistrats de la ville de Lille.
Le texte relate un feu d'artifice organisé par les magistrats de Lille pour célébrer la paix générale. La pièce maîtresse est le Temple de la Paix, inspiré du temple de Janus, avec une structure carrée sur une base octogonale. Cette structure comporte huit pans ornés d'inscriptions et de symboles. Les quatre grands pans honorent Louis XIV et ses victoires. La première inscription évoque la fin des guerres et l'établissement de la paix avec des alliés. La deuxième mentionne douze années de guerres victorieuses, symbolisées par un éléphant portant une tour remplie de soldats. La troisième parle d'une alliance avec Charles VI, représenté par un aigle fixant le soleil. La quatrième célèbre la paix éternelle, symbolisée par un arc-en-ciel au-dessus de l'arche de Noé. Les quatre plus petits pans contiennent aussi des inscriptions. La première parle de la prise de Barcelone avec des renforts, illustrée par des géants ensevelis sous des montagnes. La deuxième traite de la confirmation des électeurs de Cologne et de Bavière, symbolisée par le soleil parmi les Gémeaux. La troisième célèbre les triomphes à travers les âges, représentés par une couronne de laurier. La quatrième mentionne la consolidation de la paix en Rhénanie et en Bade, symbolisée par une horloge. Les devises et inscriptions sont l'œuvre du Père de Lare, jésuite au Collège de Lille.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3223
p. 117
« Les matieres dont il est question dans ces Devises nous [...] »
Début :
Les matieres dont il est question dans ces Devises nous [...]
Mots clefs :
Devises, Barcelone
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les matieres dont il est question dans ces Devises nous [...] »
Les matieres dont il eſt
queſtion dans ces Deviſes
nous menent inſenſiblement
aux nouvelles. Celles
de Barcelonne , dont il y
eſt plus parlé que des autres
, vont en commencer
l'article
queſtion dans ces Deviſes
nous menent inſenſiblement
aux nouvelles. Celles
de Barcelonne , dont il y
eſt plus parlé que des autres
, vont en commencer
l'article
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3224
p. 117-124
Nouvelles de Catalogne. [titre d'après la table]
Début :
Les dernieres lettres de Catalogne portent qu'on [...]
Mots clefs :
Catalogne, Barcelone, Troupes de France, Troupes espagnoles, Bataillons, Régiments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Catalogne. [titre d'après la table]
Les dernieres lettres de
Catalogne portent qu'on
commençoit à preparer
toutes chofes pour le ſiege
de Mayorque , & qu'on
croyoit que ce ſcroit pour
la fin deFévrier,ou au commencement
de Mars. On
118 MERCURE
écrit de Barcelone du 14.
que de huit bataillons François
qui y étoient , quatre
en partirent le 13. pour retourner
en France; les 4. autres
les ſuivront la ſemaine
prochaine , & feront remplacez
par un pareil nombre
de troupes Eſpagnoles .
Les autres regimens François
qui ont ſervi en Eſpagne
doivent inceſſamment
en fortir ; & voici un état
exact des troupes Eſpagno
les.
GALANT. 119
Estat des troupes Eſpagnoles
qui viennent en Lampourdan
pour relever les troupes
Françoiſes qui ont fervi
devant Barcelone.
Noms des regimens.
Infanterie.
Caftilla.
Medina Sidonia.
Bataillons.
GQieunravroitnrin&óeesr..
2.
1.
Fixo. 1.
Guadalaxara . 2.
Navarra. 2.
Vilche. 1.
Bafilicata. 1.
Saboya. 2.
Valladolid. I.
Mahony, drag. àpied. 1.
120 MERCURE
Infanterie. Bataillons .
Sexto , dragons àpied.2
Caſtellar.
Cavalerie.
ACE
Escadrons.
Rozellon Viejo.net
Ouribe. 1922
Ordenes Neubes:
Vallejo.
Jaën .
Armendariz 22
Sentiago.
Eftrella .
Granada Viejo.
24
3.
3.
Vendôme. 3.
Ordenes Viejo. 3.
Ardouino.
Granada ſecond.
Marimon.
Quar
GALANT. 121
Qua tiers.
Blanes.
Belver.
Caſtillon &Empourias.
S. Pierre Peſcador.
Figuieres & Perelade.
Torroella .
Palafurgell & Pals.
Verges& Baillie.
Campredon&Villalonga.
Caldas& Vidreras .
Gironne.
St Felui , Caſſa , & Llagostera.
S Eſteve & Ruidarenas .
Labisbal & Perettaillada .
Puycerda.
AOlot.
Dec. 1714. L
:
122 MERCURE
Liste des troupes de France qui
fervent aux environnss de
Barcelonne aux ordres de
,
M. d'Asfeld.
Regimens.
1
La Marine.
Auvergne.
Anjou.
Sanſay.
Bataillons.
La Couronneme
2
2.
2
2
Bombardiers,ſecondbat . 1.
Royal artillerie , sebat..
Beauvoify.ch
Quercy.
Ponthieu .
GALANT. 123
Caſtellas , Suiſſe. 3
Courten , Suiffe. 3.
Oudetot,à preſent Cailus. I.
Danois . 1.
Tallerand , à preſentMau-
Nevrier. 1.
Le commerce de Barcelonne
eſt maintenant fi
bien rétabli , qu'il y a plus
de cent bâtimens de diffe
rentes nations à preſent
dans le port de cette ville.
Les Barcelonois ont fait
une deputation au Roy
pour lui témoigner qu'ils
font reſolus d'expoſer leurs
vies & leurs biens pour le
!
Lij
124 MERCURE
ſervice de Sa Majesté Catholique
; ils offrent même
de contribuer aux frais neceſſaires
pour reduire les
Mayorquains qui refuſent
de ſe ſoûmettre aux conditions
qu'on leur a offertes
.
Catalogne portent qu'on
commençoit à preparer
toutes chofes pour le ſiege
de Mayorque , & qu'on
croyoit que ce ſcroit pour
la fin deFévrier,ou au commencement
de Mars. On
118 MERCURE
écrit de Barcelone du 14.
que de huit bataillons François
qui y étoient , quatre
en partirent le 13. pour retourner
en France; les 4. autres
les ſuivront la ſemaine
prochaine , & feront remplacez
par un pareil nombre
de troupes Eſpagnoles .
Les autres regimens François
qui ont ſervi en Eſpagne
doivent inceſſamment
en fortir ; & voici un état
exact des troupes Eſpagno
les.
GALANT. 119
Estat des troupes Eſpagnoles
qui viennent en Lampourdan
pour relever les troupes
Françoiſes qui ont fervi
devant Barcelone.
Noms des regimens.
Infanterie.
Caftilla.
Medina Sidonia.
Bataillons.
GQieunravroitnrin&óeesr..
2.
1.
Fixo. 1.
Guadalaxara . 2.
Navarra. 2.
Vilche. 1.
Bafilicata. 1.
Saboya. 2.
Valladolid. I.
Mahony, drag. àpied. 1.
120 MERCURE
Infanterie. Bataillons .
Sexto , dragons àpied.2
Caſtellar.
Cavalerie.
ACE
Escadrons.
Rozellon Viejo.net
Ouribe. 1922
Ordenes Neubes:
Vallejo.
Jaën .
Armendariz 22
Sentiago.
Eftrella .
Granada Viejo.
24
3.
3.
Vendôme. 3.
Ordenes Viejo. 3.
Ardouino.
Granada ſecond.
Marimon.
Quar
GALANT. 121
Qua tiers.
Blanes.
Belver.
Caſtillon &Empourias.
S. Pierre Peſcador.
Figuieres & Perelade.
Torroella .
Palafurgell & Pals.
Verges& Baillie.
Campredon&Villalonga.
Caldas& Vidreras .
Gironne.
St Felui , Caſſa , & Llagostera.
S Eſteve & Ruidarenas .
Labisbal & Perettaillada .
Puycerda.
AOlot.
Dec. 1714. L
:
122 MERCURE
Liste des troupes de France qui
fervent aux environnss de
Barcelonne aux ordres de
,
M. d'Asfeld.
Regimens.
1
La Marine.
Auvergne.
Anjou.
Sanſay.
Bataillons.
La Couronneme
2
2.
2
2
Bombardiers,ſecondbat . 1.
Royal artillerie , sebat..
Beauvoify.ch
Quercy.
Ponthieu .
GALANT. 123
Caſtellas , Suiſſe. 3
Courten , Suiffe. 3.
Oudetot,à preſent Cailus. I.
Danois . 1.
Tallerand , à preſentMau-
Nevrier. 1.
Le commerce de Barcelonne
eſt maintenant fi
bien rétabli , qu'il y a plus
de cent bâtimens de diffe
rentes nations à preſent
dans le port de cette ville.
Les Barcelonois ont fait
une deputation au Roy
pour lui témoigner qu'ils
font reſolus d'expoſer leurs
vies & leurs biens pour le
!
Lij
124 MERCURE
ſervice de Sa Majesté Catholique
; ils offrent même
de contribuer aux frais neceſſaires
pour reduire les
Mayorquains qui refuſent
de ſe ſoûmettre aux conditions
qu'on leur a offertes
.
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Résumé : Nouvelles de Catalogne. [titre d'après la table]
Le texte décrit les préparatifs pour le siège de Majorque prévu pour la fin février ou le début mars. À Barcelone, quatre bataillons français sur huit ont quitté la ville le 13 février pour la France, et les quatre autres doivent suivre la semaine suivante, remplacés par des troupes espagnoles. Les autres régiments français en Espagne doivent également partir prochainement. Le texte détaille les régiments espagnols prenant le relais des troupes françaises devant Barcelone, incluant des unités d'infanterie et de cavalerie avec leurs noms et effectifs. Des troupes françaises restent présentes autour de Barcelone sous les ordres de M. d'Asfeld. Le commerce à Barcelone est rétabli, avec plus de cent navires de différentes nations dans le port. Les Barcelonais ont envoyé une députation au roi pour affirmer leur loyauté et offrir leur soutien pour soumettre les habitants de Majorque qui refusent les conditions proposées.
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3225
p. 124-131
Nouvelles de Stralsund. [titre d'après la table]
Début :
On écrit de Stralsund, que la Reine, épouse du Roy [...]
Mots clefs :
Reine, Roi, Stralsund, Roi de Suède, Prince
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Stralsund. [titre d'après la table]
On écrit de Stralſund ,
que la Reine , épouſe du
Roy Staniſlas , en étoit partie
pour aller au Duché de
Deuxponts trouver ſon époux
; que le Roy de Suede
y devoit inceſſamment arriver
& que le Roy de
Pologne devoit paſſer l'hyGALANT
125
ver à Dreſde. L'ordinaire
ſuivant on cut avis que le
Roy de Suede étoit campé
àune lieuë de Tergovviſt ,
Capitale de la Valaquie ;
qu'il y ſejourneroit juſqu'au
retour d'un exprés qu'il avoit
envoyé à ſon Reſident
en cette Cour , avec ordre
de faire ſes excuſes à l'Empereur
, fur ce qu'il ne lui
avoit pas écrit pour lui demander
paſſage dans ſes
5
Eftats ; qu'il avoit apprehendé,
faute d'être bien informé
de l'état preſent des
affaires, que ſa lettre ne fût
Liij
126 MERCURE
pas reçûë s'il ne donnoit
Sa Majefté Imperiale les ti
tres convenables. Le Sicur
Sternhock rendit compte
de cette commiffion aux
Miniſtres de l'Empereur ,
qui lui répondirent que Sa
Majesté Imperiale n'avoit
eu d'autres confiderations
que celles de l'amitié , &
de la bonne intelligence
qu'ilvouloit entretenir avec
le Roy de Suede , lors qu'-
elle lui avoit accordé un
paſſage libre dans ſes Etats;
qu'il pouvoit neanmoins
continuer ſa route en toute
GALANT . 127
liberté, & fe faire recevoir
partout comme il le jugeroit
à propos. Le Comte de
Vviltſeck partit auffitôt
pour aller au devant delui ,
aprés avoir preparé toutes
les choſes neceſſaires pour
la reception de ce Prince,
reception
depuis ſon entrée en Tranfilvanie
juſqu'à Lyntz dans
la haute Autriche , d'où il
arriva le 22. Novembre entre
trois & quatre heures
du matin , ſous le nom d'un
Gentilhomme d'Holſtein ,
fuivi ſeulement de trois
perfonnes. Il fut conduit au
L iiij
128 MERCURE
General du Ckair , qui le
reconnut auffitôt qu'il eut
⚫quitté une perruque noire
qu'il avoit priſe à Cronſtad
en Tranſilvanie pour y
pouvoir paſſer incognito. Il
avoit fait en huit jours
plus de cent lieuës d'Allemagne
en pofte ; & au lieu
de s'expoſer aprés une ſi
longue courſe , il s'enferma
avec ſes Generaux qui étoient
à Stralfund , pour
مه
s'informer particulierement
de l'état de ſes affaires.
Je ne parle point des
réjoüiſſances qu'on y fit à ۱
GALANT . 129
Br
fon arrivée . Les Gazettes
m'épargnent fur ce ſujet le
ſoin d'entrer dans le détail
delamaniere dont ce Prince
a été reçû. On ajoûte
que l'impatience que ce
Prince avoit d'arriver dans
ſes Eftats l'a fait paſſer à
Vienne & à Caffel ſans y
être connu. Le Roy de Danemarek
& le Czar , que
le retour de ce Prince inquiere
, ont mis , l'un des
troupes en campagne, pour
aller renforcer les corps qui
gardent les paſſages de la
Trave ; & l'autre fait tra130
MERCURE
vailler à la conſtruction de
pluſieurs vaiſſeaux , galeres
& galiotes , & à deſſein , à
ce qu'on dit , de retirer ſes
troupes de Finlande , pour
être mieux en état de dé
fendre ſes autres conquêtes.
Le Prince de Moſcovie ſon
fils est allé paſſer le Carnaval
à Venife.
Le 22. Novembre le Sieur
Stanhope Secretaire d'Eftat
, & Milord Cobham ,
Envoyez de la Grande Bretagne
, arriverent à Vien:
ne , & le même jour Monfieur
Stanhope eut une au
GALANT. 131
dience particuliere de l'Em
pereur.
que la Reine , épouſe du
Roy Staniſlas , en étoit partie
pour aller au Duché de
Deuxponts trouver ſon époux
; que le Roy de Suede
y devoit inceſſamment arriver
& que le Roy de
Pologne devoit paſſer l'hyGALANT
125
ver à Dreſde. L'ordinaire
ſuivant on cut avis que le
Roy de Suede étoit campé
àune lieuë de Tergovviſt ,
Capitale de la Valaquie ;
qu'il y ſejourneroit juſqu'au
retour d'un exprés qu'il avoit
envoyé à ſon Reſident
en cette Cour , avec ordre
de faire ſes excuſes à l'Empereur
, fur ce qu'il ne lui
avoit pas écrit pour lui demander
paſſage dans ſes
5
Eftats ; qu'il avoit apprehendé,
faute d'être bien informé
de l'état preſent des
affaires, que ſa lettre ne fût
Liij
126 MERCURE
pas reçûë s'il ne donnoit
Sa Majefté Imperiale les ti
tres convenables. Le Sicur
Sternhock rendit compte
de cette commiffion aux
Miniſtres de l'Empereur ,
qui lui répondirent que Sa
Majesté Imperiale n'avoit
eu d'autres confiderations
que celles de l'amitié , &
de la bonne intelligence
qu'ilvouloit entretenir avec
le Roy de Suede , lors qu'-
elle lui avoit accordé un
paſſage libre dans ſes Etats;
qu'il pouvoit neanmoins
continuer ſa route en toute
GALANT . 127
liberté, & fe faire recevoir
partout comme il le jugeroit
à propos. Le Comte de
Vviltſeck partit auffitôt
pour aller au devant delui ,
aprés avoir preparé toutes
les choſes neceſſaires pour
la reception de ce Prince,
reception
depuis ſon entrée en Tranfilvanie
juſqu'à Lyntz dans
la haute Autriche , d'où il
arriva le 22. Novembre entre
trois & quatre heures
du matin , ſous le nom d'un
Gentilhomme d'Holſtein ,
fuivi ſeulement de trois
perfonnes. Il fut conduit au
L iiij
128 MERCURE
General du Ckair , qui le
reconnut auffitôt qu'il eut
⚫quitté une perruque noire
qu'il avoit priſe à Cronſtad
en Tranſilvanie pour y
pouvoir paſſer incognito. Il
avoit fait en huit jours
plus de cent lieuës d'Allemagne
en pofte ; & au lieu
de s'expoſer aprés une ſi
longue courſe , il s'enferma
avec ſes Generaux qui étoient
à Stralfund , pour
مه
s'informer particulierement
de l'état de ſes affaires.
Je ne parle point des
réjoüiſſances qu'on y fit à ۱
GALANT . 129
Br
fon arrivée . Les Gazettes
m'épargnent fur ce ſujet le
ſoin d'entrer dans le détail
delamaniere dont ce Prince
a été reçû. On ajoûte
que l'impatience que ce
Prince avoit d'arriver dans
ſes Eftats l'a fait paſſer à
Vienne & à Caffel ſans y
être connu. Le Roy de Danemarek
& le Czar , que
le retour de ce Prince inquiere
, ont mis , l'un des
troupes en campagne, pour
aller renforcer les corps qui
gardent les paſſages de la
Trave ; & l'autre fait tra130
MERCURE
vailler à la conſtruction de
pluſieurs vaiſſeaux , galeres
& galiotes , & à deſſein , à
ce qu'on dit , de retirer ſes
troupes de Finlande , pour
être mieux en état de dé
fendre ſes autres conquêtes.
Le Prince de Moſcovie ſon
fils est allé paſſer le Carnaval
à Venife.
Le 22. Novembre le Sieur
Stanhope Secretaire d'Eftat
, & Milord Cobham ,
Envoyez de la Grande Bretagne
, arriverent à Vien:
ne , & le même jour Monfieur
Stanhope eut une au
GALANT. 131
dience particuliere de l'Em
pereur.
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Résumé : Nouvelles de Stralsund. [titre d'après la table]
Le texte décrit plusieurs événements diplomatiques et militaires en Europe. La reine, épouse du roi Stanislas, a quitté Stralsund pour rejoindre son mari dans le Duché de Deux-Ponts. Le roi de Suède, après avoir campé près de Tergovist, capitale de la Valachie, a envoyé un émissaire pour s'excuser auprès de l'empereur de ne pas avoir demandé la permission de traverser ses États. L'empereur a accepté, permettant au roi de Suède de poursuivre son voyage. Le comte de Wiltseck a organisé la réception du roi de Suède depuis la Transylvanie jusqu'à Linz, où il est arrivé incognito. Le roi de Danemark et le tsar, préoccupés par le retour du roi de Suède, ont renforcé leurs défenses : le Danemark a augmenté ses troupes aux passages de la Trave, tandis que le tsar a construit des navires et envisagé de retirer ses troupes de Finlande. Par ailleurs, le fils du tsar a célébré le carnaval à Venise. Le 22 novembre, Stanhope, secrétaire d'État, et lord Cobham, envoyés de Grande-Bretagne, sont arrivés à Vienne, où Stanhope a eu une audience privée avec l'empereur.
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3226
p. 131-135
Nouvelles de Madrid. [titre d'après la table]
Début :
Le dix du mois passé la paix concluë avec les Estats [...]
Mots clefs :
Madrid, Palais, Reine, Finances, Espagne, Princesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Madrid. [titre d'après la table]
Le dix du mois paſſé la
paix conclue avec les Eftats
Generaux des Provin
cesUnies fut publiée à Ma
drid avec les folemnitez accoûtumées
, & l'on envoya
en même temps ordre de la
publier dans toutes les vil
les du Royaume. La maiſon
de la Reine étoit déja.
partie pour aller attendre
Sa Majefté ſur la frontiere
de la Navarre , ſur l'avis
que l'on avoit eu que cette
Princeſſe étoit arrivée le
132 MERCURE
27.Octobre àMarseille; qu'
elle avoit de là paſſeà Aix,à
Arles & àMontpellier , où
elle étoit arrivée le 7. deNos
vembre, qu'elle s'y étoit re.
poſée le 8. & qu'elle en devoit
partir le 9. pour continuer
la route versToulouſe;
qu'elle étoit reçûë avec tous
les honneurs poſſibles dans
tous les lieux où elle paſſoir,
& regalée magnifiquement
par les ſoins de M. le Duc de
Roquelaure, Commandant
de la Province du Langue.
doc ; qu'elle étoit arrivée le
19. à Toulouſe , qu'elle deGALANT
. 133
し
voit en partir le 21. ſe rendre
en fix journées àTarbes; &
que la Reine d'Eſpagne
Douairiere étoit partie le 18.
de Bayonne,pour aller viſiter
lanouvelle Reine ſa niece;
qu'enfin le Roy d'Eſpagne
ſe diſpoſoit à partir luimême
pour aller la recevoir
au Palais de Guadalazara.
Sa Maj . Cath. a nom.
mé l'Evêque de Gironda
Controlleur general des Finances
, Don Manuel Badillo
pour les affaires eccleſiaſtiques
; le Marquis de
Grimaldo Secretaire uni134
MERCURE
Don
verſel des dépêches étran
geres ; Don Miguel Fernandes
Durand pour les affaires
de la guerre ;
Bernardo Tinagero pour
celles de la marine ; & Don
Joſeph Patiño pour les finances
des Indes Occidentales.
Le mariage de Don Alexandro
Lanti , neveu de
Madame la Princeſſe des
Urſins , a été conclu avec
la fille du Comte de Plie
go , & la ceremonie s'en
eſt faite au Palais le 28. du
mois paſſé , en preſence de
GALANT. 135
S. M. Ils doivent aller demeurer
au Palais du Buen-
Retiro . La mariée a été fai.
te Dame d'honneur de la
Reine avec fix mille piaf
tres d'appointement.
paix conclue avec les Eftats
Generaux des Provin
cesUnies fut publiée à Ma
drid avec les folemnitez accoûtumées
, & l'on envoya
en même temps ordre de la
publier dans toutes les vil
les du Royaume. La maiſon
de la Reine étoit déja.
partie pour aller attendre
Sa Majefté ſur la frontiere
de la Navarre , ſur l'avis
que l'on avoit eu que cette
Princeſſe étoit arrivée le
132 MERCURE
27.Octobre àMarseille; qu'
elle avoit de là paſſeà Aix,à
Arles & àMontpellier , où
elle étoit arrivée le 7. deNos
vembre, qu'elle s'y étoit re.
poſée le 8. & qu'elle en devoit
partir le 9. pour continuer
la route versToulouſe;
qu'elle étoit reçûë avec tous
les honneurs poſſibles dans
tous les lieux où elle paſſoir,
& regalée magnifiquement
par les ſoins de M. le Duc de
Roquelaure, Commandant
de la Province du Langue.
doc ; qu'elle étoit arrivée le
19. à Toulouſe , qu'elle deGALANT
. 133
し
voit en partir le 21. ſe rendre
en fix journées àTarbes; &
que la Reine d'Eſpagne
Douairiere étoit partie le 18.
de Bayonne,pour aller viſiter
lanouvelle Reine ſa niece;
qu'enfin le Roy d'Eſpagne
ſe diſpoſoit à partir luimême
pour aller la recevoir
au Palais de Guadalazara.
Sa Maj . Cath. a nom.
mé l'Evêque de Gironda
Controlleur general des Finances
, Don Manuel Badillo
pour les affaires eccleſiaſtiques
; le Marquis de
Grimaldo Secretaire uni134
MERCURE
Don
verſel des dépêches étran
geres ; Don Miguel Fernandes
Durand pour les affaires
de la guerre ;
Bernardo Tinagero pour
celles de la marine ; & Don
Joſeph Patiño pour les finances
des Indes Occidentales.
Le mariage de Don Alexandro
Lanti , neveu de
Madame la Princeſſe des
Urſins , a été conclu avec
la fille du Comte de Plie
go , & la ceremonie s'en
eſt faite au Palais le 28. du
mois paſſé , en preſence de
GALANT. 135
S. M. Ils doivent aller demeurer
au Palais du Buen-
Retiro . La mariée a été fai.
te Dame d'honneur de la
Reine avec fix mille piaf
tres d'appointement.
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Résumé : Nouvelles de Madrid. [titre d'après la table]
Le 10 du mois précédent, la paix avec les États Généraux des Provinces-Unies a été publiée à Madrid. La maison de la Reine a quitté Madrid pour rejoindre Sa Majesté à la frontière de la Navarre. La Reine est arrivée à Marseille le 27 octobre, puis a traversé Aix, Arles et Montpellier, où elle est arrivée le 7 novembre. Elle a repris sa route vers Toulouse le 9 et y a été accueillie par le Duc de Roquelaure. Elle est arrivée à Toulouse le 19 et en est repartie le 21 pour Tarbes. La Reine douairière d'Espagne est partie de Bayonne le 18 pour rencontrer la nouvelle Reine. Le Roi d'Espagne se préparait à accueillir la Reine au Palais de Guadalajara. Le roi catholique a nommé plusieurs responsables pour diverses affaires, notamment l'Évêque de Gironde pour les finances et le Marquis de Grimaldo pour les dépêches étrangères. Le mariage de Don Alexandre Lanti, neveu de Madame la Princesse des Ursins, avec la fille du Comte de Pleigo a été célébré au Palais le 28 du mois précédent. La mariée a été nommée Dame d'honneur de la Reine avec un appointement de six mille piastres.
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3227
p. 135-136
Nouvelles de Londres. [titre d'après la table]
Début :
Toutes les Gazettes font mention dans l'article de Londres [...]
Mots clefs :
Charges, Londres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Londres. [titre d'après la table]
Toutes les Gazettes font
mention dans l'article de
Londres , de la diftribution
des Charges que S. M. B. a
faite en faveur de ceux
qu'il lui a plû en revêtir.
C'eſt un chapitre ſur lequel
on ne peut dire que ce que
l'on trouve imprimé partout
, & dont les lecteurs
pourront , s'ils le jugentà
136 MERCURE
propos , s'inſtruire amplement
dans toutes les Gazettes
, où ils en trouveront
undétailſuffiſant.
mention dans l'article de
Londres , de la diftribution
des Charges que S. M. B. a
faite en faveur de ceux
qu'il lui a plû en revêtir.
C'eſt un chapitre ſur lequel
on ne peut dire que ce que
l'on trouve imprimé partout
, & dont les lecteurs
pourront , s'ils le jugentà
136 MERCURE
propos , s'inſtruire amplement
dans toutes les Gazettes
, où ils en trouveront
undétailſuffiſant.
Fermer
3228
p. 136-161
MANIFESTE.
Début :
Il n'en est pas de même d'un Manifeste / Jacques troisiéme par la grace de Dieu Roy de la [...]
Mots clefs :
Sujets, Dieu, Lois, Prince, Gouvernement, Droit, Succession, Angleterre, Gouvernement, Jacques III, Lois fondamentales, Roi, Grande-Bretagne, Injustice, Peuples, Intérêt, Pays, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MANIFESTE.
Il n'en eft
pas de même d'un Manifeſte
du Pretendant , qui a
été depuis peu imprimé
dans la ſuite des nouvelles
d'Amſterdam , & que je ne
donne ici que parce que je
ne le croy pas dans les
mains de tout le monde.
22
MANIFESTE
Jacques troiſieme , par
la grace de Dieu Roy de la
J
GranGALANT
. 137 า
Grande Bretagne, de France&
d'Irlande , Défenfeur
de la Foy ,&c. àtous Rois,
Princes & Potentats , & à
tous nos bien amez ſujets ,
Salut.
Dans une conjoncture
aufli extraordinaire & auſſi
importante , ou nôtre droit
hereditaire à la Couronne
d'Angleterre eſt trés injuf
tement violé , & où même
les Princes Souverains de
l'Europe ſont ſi fortement
intereſſez , nous ne pouvons
demeurer dans le filence ,
ſansmanquer àce qui nous
Dec. 1714. M
138 MERCURE
eſt dû , & à ce qui les regarden
- aab anchoros
Tout le monde ſçait que
dans la revolution de l'année
1688. la Monarchie Angloiſe
a été renversée
qu'on a commencé à y
jetter les fondemens d'un
Gouvernement Républi
cain, par le pouvoir ſouve
rain que le peuple s'eſt attribué
lors qu'il s'eft affemblé
fans aucune autorité ,
qu'il s'eſt érigé en Parlement
, & qu'il s'eft arrogé
le droit de depoſer & d'élire
ſes Rois, contre les loix
M
GALANT. 139
(
fondamentales du pays , &
au mépris des fermens les
plus folemnels dont les
Chrétiens ſoient capables
d'être liez. On ne peut auffi
ignorer ce que le feu Roy
nôtre pere,de gloricufe memoire
, a ſouffert par cette
injuſte & violente revolu-
Aprés la mort , la fucceffion
aux Couronnes que
le Prince d'Orange avoit
uſurpées nous étant acquiſe
legitimement ſuivant les
loix fondamentales de l'Ef
rat , nous reclamâmes nos
Mij
140 MERCURE
1
droits par notre Declaration
ſcellée de nôtre grand
ſceau , en datte du 8. Octobre
1701. & auflitôt qu'il
plut à la divine Providence
de nous mettre en état d'entreprendre
de les recouvrer
, nous y fimes toutes
nos diligences & nos juſtes
efforts , ſans qu'il ait rien
manqué de nôtre part d'où
l'on nous ait pû imputer le
mauvais ſuccés de cette expedition
og up
Ayant appris enſuite que
l'on negocioit la paix , &
que dans le traité qui étoit
GALANT. 141
fur le pointd'en être co clu
onn'avoit eu aucun égard
ànos droits , nous publiâ
mes nôtre proteſtation, da
tée de faint Germainen .
Laye le 25. Avril 1712. de la
maniere la plus folemnelle
& la plus aurentique que
l'état où nous étions alors
put nous le permettre ; foutenant
nôtre droit incontef
table à nos Couronnes , &
proteſtant contre tout ce
qui pourroit être ſtipulé
dans ledit traitéà nôtre prejudice
3. Quoyque nous ayons été
142 MERCURE
depuis ce temps- là obligé
de fortir de France , pour
nous retirer dans un pays
plus éloigné , nous n'avons
pas perdu devûë nosRoyaumes&
nos peuples , perſuadez
que tôt ou tard il plaira
àDieu de nous faire rendre
justice , & de ramener nos
ſujets à l'obeïſſance qu'ils
nous doivent , en nous rétabliffant
fur le trône de
nos peres ; & nous n'avons
enfin ceffé d'eſperer que ,
malgré la revolte declarée
des uns , & l'engagement
forcé des autres , le Dieu
GALANT . 143
des lumieres leur ouvriroit
les yeux , & les convain.
croit non ſeulementde l'injuſtice
évidente qui nous eſt
faite &à la Couronne, mais
encore des dangereuſes
conſequences qui en reſul
tent contr'eux-mêmes. Ce
n'eſt pas nôtre interêt ſeul
qui nous fait agir ; l'amour
naturel & inalterable que
nous avons pour nôtre peuple
eſt tel , que comme
nous n'avons pû voir fans
douleur leur fang & leurs
treſors prodiguez dans la
derniere guerre , en oppo
141 MERCURE
fition à nôtre droit indubi
table , auſſi nous ne pouvons
que reſſentir une extreme
affliction de ce qu'ils
ſe trouvent expoſez à être
afſujettis à un pouvoir ar
bitraire , & à devenir la
proye des étrangers
Outre que l'Electeur de
Brunſvvick eſt un des plus
éloignez de tous les parens
que nous avons,&par conſequent
un des derniers de
ceux qui peuvent , aprés
nous , pretendre ànosCou
ronnes ; il eſt d'ailleurs évi
dent que rien n'eſt plus
Ancon
GALANT.
145
contraire aux maximes de
l'Angleterre , que d'avoir
établi avec tant d'injuſtice
la fucceffion dans la Maiſon
d'un Prince qui eſt étranger
, puiſſant , & fi abfolu
dans ſes Eſtats , qu'il
n'y a jamais experimenté la
moindre contradiction de
la part de ſes ſujets : Prince
qui n'a aucune connoif
ſance de nos loix , de nos
coûtumes , de nos manieres,
de nôtre langue ; qui
de plus eſt ſoûtenu d'une
armée nombreuſe de ſes
propres ſujets , appuyé de
Dec. 1714 . N
146 MERCURE
l'aſſiſtance qu'un Eftat voi
fin eft obligé de lui donner
quand il le requerra , & favoriſé
de pluſieurs milliers
d'étrangers refugiez en Angleterre
depuis plus de
trente ans qui lui feront
dévoüez en toutes occafions.
১
De plus , que peuvent enviſager
nos ſujets, ſi ce n'eſt
des guerres&des diviſions
infinies qui s'enfuivront neceſſairement
du renverſement
d'une loy auſſi ſacrée
& auſſi fondamentale que
T'eſt celle du droit heredi
GALANT . 147
taire , lequel juſqu'ici s'étoit
toujours maintenu contre
les ufurpations même
qui avoient eu les plus
grands ſuccés,quelque longues
qu'elles euffent été
le gouvernement n'ayant
pû ſubſiſter en repos jufqu'à
ce qu'il eût été remis
fur ſes anciens & ſolides
fondemens ?
د
Que ſi l'on veut encore
confiderer le grand nom
bre de ceux dont les droits,
aprés nous & avant la Maiſon
d'Hanover , ſont auſſi
clairs & auſſi indubitables
Nij
148 MERCURE
1
que les nôtres même , ne
doit on pas penſer qu'ils ne
manqueront ni de volonté,
ni de puiſſace pour les faire
valoir chacun à leur tour ,
& pour ſuſciter une guerre
éternelle contre nos Royaumes
, qui ne manquera jamais
d'être accompagnée
d'une guerre civile , qui
fera la ſuite inévitable des
diviſions inteſtines dont ils
font agitez ?
Il n'eſt rien donc de plus
évident, que nos peuples ne
ſçauroient joüir d'une paix
&d'une felicité durable
1
GALANT.
149
qu'en rétabliſſant la fucceffion
dans la ligne directe ,
&en nous rappellant, comme
étant l'heritier immediat
& legitime , & le feul
Anglois de naiſſance qui
reſte de la Famille Royale.
C'eſt à quoy nous nous étions
attendu, par la raiſon
que c'eſt le veritable interêt
de la Grande Bretagne ,
&que nous avions lieu d'efperer
qu'une nation , qui ne
manque ni de ſageſſe ni de
prudence, pourvoiroit dans
une fi belle occafion à ſa
fûreté par nôtre rétabliſſe
Niij
150 MERCURE
ment , que nous aimions
mieux devoir à ſa bonne
volonté qu'à l'évenement
d'une guerre , dont la juftice
à nôtre égard n'auroit
pû nous conſoler des malheurs
qu'elle cauſeroit à nos
Royaumes.
Mais pourquoy riſquer
tous ces malheurs , quand
on a ſçû , ou qu'au moins
on a bien pû ſçavoir dans
toute la nation , les affurances
reïterées & irrevocables
que nous avons données,
fignées de nôtre main,
que des qu'il plairoit à Dieu
GALANT.
151
de nous rétablir ſur le trô-
()
ne, les loix du pays ſeroient
la regle de nôtre gouvernement
, que nous accorderions
une amniftie generale
à nos ſujets de tout ce
qui a été fait contre les
loix , & que nous donnerions
toute la fûreté & la
fatisfaction qu'ils pourroient
defirer pour la conſervation
de leur Religion ,
de leurs droits , libertez &
proprietez.
Cependant toutes ces
avances de nôtre part n'ont
ſervi de rien ; car aprés le
N iiij
152 MERCURE
decés de la Princeſſe nôtre
ſoeur. , dont les bonnes intentions
en nôtre faveur ,
qui nous étoient connues ,
& avoient cauſe nôtre inaction
pendant ces dernieres
années , n'ont pû être effectuées
par la ſurpriſe de
fa mort ; il est arrivé , con
tre nôtre attente ,
peuples , au lieu de profiter
de la favorable occaſion de
tout remettre dans l'ordre ,
&de concourir au veritable
intérêt du Royaume , en
nous rendant juſtice , & fe
la faiſant à eux-mêmes , ont
que nos
1
GALANIM 153
immediatement proclamé
pour leur Roy un Prince
étranger à nôtre préjudice ,
contre les loix fondamentales
dudroit hereditaire de
laCoutone,que nul acte ne
ſçauroit juſtement abroger.
L'injuſtice & la violence
étant donc ainſi venuë à
fon comble, nous avons crû
qu'il étoit de nôtre devoir ,
de nôtre honneur , & d'une
indiſpenſable obligation ,
par rapport à ce que nous
devons à nous - même , à
nôtre pofterité & à nos peuples
, d'employer tous nos
154
MERCURE
fur
efforts pour ſoûtenir nos
droits de la meilleure maniere
qu'il nous feroit poffible.
C'eſt pourquoy ,
le premier avis qui nous fut
donné de l'état des chofes ,
nous partîmes de nôtre refidence
ordinaire , pour
nous tranſporter en quelque
lieu de nos Estats, dans
le deſſein de nous mettre à
la tête de ceux de nos fideles
ſujets qui étoient difpoſez
à ſoûtenir nos droits ,
& à s'oppofer avec nous
contre toute forte d'invafion
étrangere : mais vouGALANT.
ISS
1
lant paſſer au travers de la
France pour nous aller embarquer
, non ſeulement
toute afſiſtance nous y a
été refulée ,à raiſon des engagemens
qu'on en avoit
pris dans le dernier traité
de paix ; mais on s'y eſt même
opposé à nôtre paſſage,
tellement que nous avons
été obligez de retourner
en Lorraine .
Dans un contretemps fi
affligeant , & au milieu des
obſtacles que nous avons
rencontrez de toutes parts,
nôtre confolation eſt que
156 MERCURE
nous avons au moins fait ce
que nous avonspû pour parvenir
à nos juſtes fins,& que
fur cela nous n'avons rien
à nous reprocher : mais
comme nôtre cauſe eſt celle
de la justice même , nous
eſperons que la Providence,
quand il en ſera temps,
nous donnera les moyens
de la ſoûtenir ; que Dieu
touchera enfin les coeurs de
nos ſujets d'un veritable repentir
de l'injure criante
qu'ils nous ont faite
qu'il les excitera à rentrer
dans leur devoir.
,
&
GALANT. 157
Que fi les affaires demeurent
dans une ſi mauvaiſe
ſituation,tous les Princes
& Potentats qui font à
preſent en paix,ne doiventils
pas faire de ferieuſes reflexions
ſur l'exemple dangereux
qu'ils ont devant les
yeux , & fur ce que pluſieursd'entr'euxontàcraindre
de l'union des forces de
l'Angleterre avec celles des
Estats de l'Electeur d'Hanover,
dont le pouvoir exorbitant
ne s'accorde gueres
aveclabalancede l'Europe,
pour laquelle ils ont com158
MERCURE
battu toute cette derniere
guerre. C'eſt donc avec
justice , & conformément
à leurs veritables interêts ,
que nous demandons , pour
le recouvrement de nôtre
droit , leur affiftance , que
leur honneur auſſi bien que
leur interêt les obligent de
nous accorder autant qu'il
leur fera poſſible.
2
Au reſte, dans cette triſte
conjoncture où tout nous
manque , ce qui ne peut
nous être ôté , c'eſt la liberté
avec laquelle nous
declarons à la face de touGALANT.
59
te la terre , que comme notre
droit eſt inalienable ,
auſſi ſommes nous refolu ,
avec l'aide de Dieu , de ne
jamais nous en départir
qu'avec la vie.
C'eſt pourquoy nous proteſtons
encore folemnellement
par ces preſentes , &
de la maniere la plus forte
qui nous eſt poſſible , contre
toute forte d'injuſtice
quelconque faite contre
nous , nos legitimes heritiers
ou ſucceſſeurs ; nous
refervant & conſervant
par ces preſentes ſignées de
,
160 MERCURE
nôtre main , & fcellées de
nôtre grand ſceau, tous nos
droits & pretentions , qui
demeurent & demeureront
dans leur pleine force : declarantque
ci aprés nous ne
croirons pas être reſponſables
devant Dieu , ni devant
les hommes , de toutes
les pernicieuſes conſequences
que cette nouvelle
ulurpation de nosCouronnes
pourroit attirer ſur nos
ſujets & fur toute la Chrétienté.
Donné à nôtre Cour
àPlombieres le vingt-neuviéme
jour d'Août mil ſept
cepr
GALANT. 161
cent quatorze , & de nôtre
Regne le treiziéme.
pas de même d'un Manifeſte
du Pretendant , qui a
été depuis peu imprimé
dans la ſuite des nouvelles
d'Amſterdam , & que je ne
donne ici que parce que je
ne le croy pas dans les
mains de tout le monde.
22
MANIFESTE
Jacques troiſieme , par
la grace de Dieu Roy de la
J
GranGALANT
. 137 า
Grande Bretagne, de France&
d'Irlande , Défenfeur
de la Foy ,&c. àtous Rois,
Princes & Potentats , & à
tous nos bien amez ſujets ,
Salut.
Dans une conjoncture
aufli extraordinaire & auſſi
importante , ou nôtre droit
hereditaire à la Couronne
d'Angleterre eſt trés injuf
tement violé , & où même
les Princes Souverains de
l'Europe ſont ſi fortement
intereſſez , nous ne pouvons
demeurer dans le filence ,
ſansmanquer àce qui nous
Dec. 1714. M
138 MERCURE
eſt dû , & à ce qui les regarden
- aab anchoros
Tout le monde ſçait que
dans la revolution de l'année
1688. la Monarchie Angloiſe
a été renversée
qu'on a commencé à y
jetter les fondemens d'un
Gouvernement Républi
cain, par le pouvoir ſouve
rain que le peuple s'eſt attribué
lors qu'il s'eft affemblé
fans aucune autorité ,
qu'il s'eſt érigé en Parlement
, & qu'il s'eft arrogé
le droit de depoſer & d'élire
ſes Rois, contre les loix
M
GALANT. 139
(
fondamentales du pays , &
au mépris des fermens les
plus folemnels dont les
Chrétiens ſoient capables
d'être liez. On ne peut auffi
ignorer ce que le feu Roy
nôtre pere,de gloricufe memoire
, a ſouffert par cette
injuſte & violente revolu-
Aprés la mort , la fucceffion
aux Couronnes que
le Prince d'Orange avoit
uſurpées nous étant acquiſe
legitimement ſuivant les
loix fondamentales de l'Ef
rat , nous reclamâmes nos
Mij
140 MERCURE
1
droits par notre Declaration
ſcellée de nôtre grand
ſceau , en datte du 8. Octobre
1701. & auflitôt qu'il
plut à la divine Providence
de nous mettre en état d'entreprendre
de les recouvrer
, nous y fimes toutes
nos diligences & nos juſtes
efforts , ſans qu'il ait rien
manqué de nôtre part d'où
l'on nous ait pû imputer le
mauvais ſuccés de cette expedition
og up
Ayant appris enſuite que
l'on negocioit la paix , &
que dans le traité qui étoit
GALANT. 141
fur le pointd'en être co clu
onn'avoit eu aucun égard
ànos droits , nous publiâ
mes nôtre proteſtation, da
tée de faint Germainen .
Laye le 25. Avril 1712. de la
maniere la plus folemnelle
& la plus aurentique que
l'état où nous étions alors
put nous le permettre ; foutenant
nôtre droit incontef
table à nos Couronnes , &
proteſtant contre tout ce
qui pourroit être ſtipulé
dans ledit traitéà nôtre prejudice
3. Quoyque nous ayons été
142 MERCURE
depuis ce temps- là obligé
de fortir de France , pour
nous retirer dans un pays
plus éloigné , nous n'avons
pas perdu devûë nosRoyaumes&
nos peuples , perſuadez
que tôt ou tard il plaira
àDieu de nous faire rendre
justice , & de ramener nos
ſujets à l'obeïſſance qu'ils
nous doivent , en nous rétabliffant
fur le trône de
nos peres ; & nous n'avons
enfin ceffé d'eſperer que ,
malgré la revolte declarée
des uns , & l'engagement
forcé des autres , le Dieu
GALANT . 143
des lumieres leur ouvriroit
les yeux , & les convain.
croit non ſeulementde l'injuſtice
évidente qui nous eſt
faite &à la Couronne, mais
encore des dangereuſes
conſequences qui en reſul
tent contr'eux-mêmes. Ce
n'eſt pas nôtre interêt ſeul
qui nous fait agir ; l'amour
naturel & inalterable que
nous avons pour nôtre peuple
eſt tel , que comme
nous n'avons pû voir fans
douleur leur fang & leurs
treſors prodiguez dans la
derniere guerre , en oppo
141 MERCURE
fition à nôtre droit indubi
table , auſſi nous ne pouvons
que reſſentir une extreme
affliction de ce qu'ils
ſe trouvent expoſez à être
afſujettis à un pouvoir ar
bitraire , & à devenir la
proye des étrangers
Outre que l'Electeur de
Brunſvvick eſt un des plus
éloignez de tous les parens
que nous avons,&par conſequent
un des derniers de
ceux qui peuvent , aprés
nous , pretendre ànosCou
ronnes ; il eſt d'ailleurs évi
dent que rien n'eſt plus
Ancon
GALANT.
145
contraire aux maximes de
l'Angleterre , que d'avoir
établi avec tant d'injuſtice
la fucceffion dans la Maiſon
d'un Prince qui eſt étranger
, puiſſant , & fi abfolu
dans ſes Eſtats , qu'il
n'y a jamais experimenté la
moindre contradiction de
la part de ſes ſujets : Prince
qui n'a aucune connoif
ſance de nos loix , de nos
coûtumes , de nos manieres,
de nôtre langue ; qui
de plus eſt ſoûtenu d'une
armée nombreuſe de ſes
propres ſujets , appuyé de
Dec. 1714 . N
146 MERCURE
l'aſſiſtance qu'un Eftat voi
fin eft obligé de lui donner
quand il le requerra , & favoriſé
de pluſieurs milliers
d'étrangers refugiez en Angleterre
depuis plus de
trente ans qui lui feront
dévoüez en toutes occafions.
১
De plus , que peuvent enviſager
nos ſujets, ſi ce n'eſt
des guerres&des diviſions
infinies qui s'enfuivront neceſſairement
du renverſement
d'une loy auſſi ſacrée
& auſſi fondamentale que
T'eſt celle du droit heredi
GALANT . 147
taire , lequel juſqu'ici s'étoit
toujours maintenu contre
les ufurpations même
qui avoient eu les plus
grands ſuccés,quelque longues
qu'elles euffent été
le gouvernement n'ayant
pû ſubſiſter en repos jufqu'à
ce qu'il eût été remis
fur ſes anciens & ſolides
fondemens ?
د
Que ſi l'on veut encore
confiderer le grand nom
bre de ceux dont les droits,
aprés nous & avant la Maiſon
d'Hanover , ſont auſſi
clairs & auſſi indubitables
Nij
148 MERCURE
1
que les nôtres même , ne
doit on pas penſer qu'ils ne
manqueront ni de volonté,
ni de puiſſace pour les faire
valoir chacun à leur tour ,
& pour ſuſciter une guerre
éternelle contre nos Royaumes
, qui ne manquera jamais
d'être accompagnée
d'une guerre civile , qui
fera la ſuite inévitable des
diviſions inteſtines dont ils
font agitez ?
Il n'eſt rien donc de plus
évident, que nos peuples ne
ſçauroient joüir d'une paix
&d'une felicité durable
1
GALANT.
149
qu'en rétabliſſant la fucceffion
dans la ligne directe ,
&en nous rappellant, comme
étant l'heritier immediat
& legitime , & le feul
Anglois de naiſſance qui
reſte de la Famille Royale.
C'eſt à quoy nous nous étions
attendu, par la raiſon
que c'eſt le veritable interêt
de la Grande Bretagne ,
&que nous avions lieu d'efperer
qu'une nation , qui ne
manque ni de ſageſſe ni de
prudence, pourvoiroit dans
une fi belle occafion à ſa
fûreté par nôtre rétabliſſe
Niij
150 MERCURE
ment , que nous aimions
mieux devoir à ſa bonne
volonté qu'à l'évenement
d'une guerre , dont la juftice
à nôtre égard n'auroit
pû nous conſoler des malheurs
qu'elle cauſeroit à nos
Royaumes.
Mais pourquoy riſquer
tous ces malheurs , quand
on a ſçû , ou qu'au moins
on a bien pû ſçavoir dans
toute la nation , les affurances
reïterées & irrevocables
que nous avons données,
fignées de nôtre main,
que des qu'il plairoit à Dieu
GALANT.
151
de nous rétablir ſur le trô-
()
ne, les loix du pays ſeroient
la regle de nôtre gouvernement
, que nous accorderions
une amniftie generale
à nos ſujets de tout ce
qui a été fait contre les
loix , & que nous donnerions
toute la fûreté & la
fatisfaction qu'ils pourroient
defirer pour la conſervation
de leur Religion ,
de leurs droits , libertez &
proprietez.
Cependant toutes ces
avances de nôtre part n'ont
ſervi de rien ; car aprés le
N iiij
152 MERCURE
decés de la Princeſſe nôtre
ſoeur. , dont les bonnes intentions
en nôtre faveur ,
qui nous étoient connues ,
& avoient cauſe nôtre inaction
pendant ces dernieres
années , n'ont pû être effectuées
par la ſurpriſe de
fa mort ; il est arrivé , con
tre nôtre attente ,
peuples , au lieu de profiter
de la favorable occaſion de
tout remettre dans l'ordre ,
&de concourir au veritable
intérêt du Royaume , en
nous rendant juſtice , & fe
la faiſant à eux-mêmes , ont
que nos
1
GALANIM 153
immediatement proclamé
pour leur Roy un Prince
étranger à nôtre préjudice ,
contre les loix fondamentales
dudroit hereditaire de
laCoutone,que nul acte ne
ſçauroit juſtement abroger.
L'injuſtice & la violence
étant donc ainſi venuë à
fon comble, nous avons crû
qu'il étoit de nôtre devoir ,
de nôtre honneur , & d'une
indiſpenſable obligation ,
par rapport à ce que nous
devons à nous - même , à
nôtre pofterité & à nos peuples
, d'employer tous nos
154
MERCURE
fur
efforts pour ſoûtenir nos
droits de la meilleure maniere
qu'il nous feroit poffible.
C'eſt pourquoy ,
le premier avis qui nous fut
donné de l'état des chofes ,
nous partîmes de nôtre refidence
ordinaire , pour
nous tranſporter en quelque
lieu de nos Estats, dans
le deſſein de nous mettre à
la tête de ceux de nos fideles
ſujets qui étoient difpoſez
à ſoûtenir nos droits ,
& à s'oppofer avec nous
contre toute forte d'invafion
étrangere : mais vouGALANT.
ISS
1
lant paſſer au travers de la
France pour nous aller embarquer
, non ſeulement
toute afſiſtance nous y a
été refulée ,à raiſon des engagemens
qu'on en avoit
pris dans le dernier traité
de paix ; mais on s'y eſt même
opposé à nôtre paſſage,
tellement que nous avons
été obligez de retourner
en Lorraine .
Dans un contretemps fi
affligeant , & au milieu des
obſtacles que nous avons
rencontrez de toutes parts,
nôtre confolation eſt que
156 MERCURE
nous avons au moins fait ce
que nous avonspû pour parvenir
à nos juſtes fins,& que
fur cela nous n'avons rien
à nous reprocher : mais
comme nôtre cauſe eſt celle
de la justice même , nous
eſperons que la Providence,
quand il en ſera temps,
nous donnera les moyens
de la ſoûtenir ; que Dieu
touchera enfin les coeurs de
nos ſujets d'un veritable repentir
de l'injure criante
qu'ils nous ont faite
qu'il les excitera à rentrer
dans leur devoir.
,
&
GALANT. 157
Que fi les affaires demeurent
dans une ſi mauvaiſe
ſituation,tous les Princes
& Potentats qui font à
preſent en paix,ne doiventils
pas faire de ferieuſes reflexions
ſur l'exemple dangereux
qu'ils ont devant les
yeux , & fur ce que pluſieursd'entr'euxontàcraindre
de l'union des forces de
l'Angleterre avec celles des
Estats de l'Electeur d'Hanover,
dont le pouvoir exorbitant
ne s'accorde gueres
aveclabalancede l'Europe,
pour laquelle ils ont com158
MERCURE
battu toute cette derniere
guerre. C'eſt donc avec
justice , & conformément
à leurs veritables interêts ,
que nous demandons , pour
le recouvrement de nôtre
droit , leur affiftance , que
leur honneur auſſi bien que
leur interêt les obligent de
nous accorder autant qu'il
leur fera poſſible.
2
Au reſte, dans cette triſte
conjoncture où tout nous
manque , ce qui ne peut
nous être ôté , c'eſt la liberté
avec laquelle nous
declarons à la face de touGALANT.
59
te la terre , que comme notre
droit eſt inalienable ,
auſſi ſommes nous refolu ,
avec l'aide de Dieu , de ne
jamais nous en départir
qu'avec la vie.
C'eſt pourquoy nous proteſtons
encore folemnellement
par ces preſentes , &
de la maniere la plus forte
qui nous eſt poſſible , contre
toute forte d'injuſtice
quelconque faite contre
nous , nos legitimes heritiers
ou ſucceſſeurs ; nous
refervant & conſervant
par ces preſentes ſignées de
,
160 MERCURE
nôtre main , & fcellées de
nôtre grand ſceau, tous nos
droits & pretentions , qui
demeurent & demeureront
dans leur pleine force : declarantque
ci aprés nous ne
croirons pas être reſponſables
devant Dieu , ni devant
les hommes , de toutes
les pernicieuſes conſequences
que cette nouvelle
ulurpation de nosCouronnes
pourroit attirer ſur nos
ſujets & fur toute la Chrétienté.
Donné à nôtre Cour
àPlombieres le vingt-neuviéme
jour d'Août mil ſept
cepr
GALANT. 161
cent quatorze , & de nôtre
Regne le treiziéme.
Fermer
Résumé : MANIFESTE.
Jacques III, se proclamant roi de Grande-Bretagne, de France et d'Irlande, condamne la révolution de 1688 qui a renversé la monarchie anglaise et instauré un gouvernement républicain illégitime. Il affirme que, conformément aux lois fondamentales, la couronne lui revient légitimement après le traitement injuste infligé à son père. Jacques III rappelle ses déclarations de 1701 et de 1712, où il protestait contre les traités qui ignoraient ses droits. En exil, il aspire à restaurer son trône pour protéger son peuple des périls d'un pouvoir arbitraire et étranger. Il critique l'Électeur de Brunswick, le jugeant trop éloigné et ignorant des lois et coutumes anglaises, et prévient des conflits futurs si la succession héréditaire n'est pas rétablie. Jacques III soutient que la paix et la prospérité durables pour les peuples britanniques ne peuvent être atteintes qu'en rétablissant la succession dans la ligne directe et en le reconnaissant comme héritier légitime. Il promet de gouverner selon les lois du pays, d'accorder une amnistie générale et de garantir la sécurité religieuse et les libertés des sujets. Après la proclamation d'un prince étranger comme roi à la mort de sa sœur, Jacques III décide de défendre ses droits, malgré les obstacles rencontrés, notamment en France. Il appelle les princes et potentats européens à soutenir sa cause pour maintenir l'équilibre européen et déclare solennellement qu'il ne renoncera jamais à ses droits légitimes. Le document est daté du 29 août 1714.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3229
p. 161-168
« Des lettres de Londres du 15. de ce mois, portent [...] »
Début :
Des lettres de Londres du 15. de ce mois, portent [...]
Mots clefs :
Roi, Cardinal, Archevêque, Marquis, Abbé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Des lettres de Londres du 15. de ce mois, portent [...] »
Des lettres de Londres
du 1 s. de ce mois , portent
qu'on continuoit à faire des
changemens dans les charges
& emplois , & quoy
qu'ils ne foient pas achevez
, on parle déja de dépoſer
quelqu'un de ceux
que lenouveauRoy a nommez
, entr'autres le Comte
de Notingham , Prefident
du Conſeil Privé ,
& fon frere , que l'on foupçonne
de favorifer le par-
Dec.1714. Ο
162 MERCURE
ti du Pretendant .
On avoit publié un projet
pour mettre une taxe
fur les fonds publics : mais
on ne croit pas que leParlement
l'approuve , àcauſe
que cela ruïneroit le credit
de la nation , & décourageroit
les étrangersd'envoyer
leur argent , & même
de le retirer; ce qui feroit
baiffer confiderablement
le prix des actions ,
& feroit cauſe qu'à l'avenir
les fonds que l'on accorderoit
au Roy ne ſeroient pas
remplis.
GALANT.
163
On arrêta la ſemaine paf.
ſée un nommé Oncale , qui
s'embarquoit pour France ,
on l'a mené en priſon ; on
l'accuſe d'avoir enrôlé du
monde pour le ſervice du
Pretendant.lephanteb
Le ſoir du 10. on amena
quatorze prifonniers , qui
feront condamnez à mort.
Les lettres de Veniſe portentque
les preparatifs extraordinaires
des Turcs par
mer &par terre alarment
fort les Venitiens & les
Malthois,qui prennent tou-
O ij
164 MERCURE
tes leurs précautions pour
ſe mettre àcouvert des irruptions
de cette énorme
puiſſance.
A
On mande de Plaiſance
du mois de Novembre dernier
, que Leurs Alteſſes Sereniffimes
M. le Duc & M
la Ducheſſe de Parme ont
couru grand riſque de ſe
noyer dans le Stiron , qui
eſt un torrent voiſin du
bourg de faint Domini
que qui s'étoit debordé
avec tant d'impetuofité ,
que les caroſſes où étoient
GALANT. 165
Leurs A. Sont été envelopez
dans ce debordement
, dont elles n'ont échapé
que par un miracle.
On a fait à leur retour à
Parme des prieres & des
réjoüiſſances pour le ſalut
de Leurs A. S.
an Le derniert du mois paſſé
Monfieur l'Abbé de Villeroy
fut facré Archevêque
de Lyon ,par les mains du
Cardinal de Rohan , aſſiſté
des Evêques de Noyon &
de Limoges : cette ceremonie
ſe fit dans l'Egliſe
166 MERCURE
de la Maiſon Profeſſe des
Jeſuites.
Le premier de ce mois
M. l'Archevêque de Lyon
prêta ſermenr de fidelité
entre les mains du Roy à
Marly.
Le 25. du paſſé Monfieur
l'Abbé de Trudaine fut facré
Evêque de Senlis dans
l'Eglife des Religieuſes de
fainte Elifabeth ;M. le Cardinal
de Rohan en fit la
ceremonie , aſſiſtédes Evêques
de Noyon& de Séez.
Le 29. il prêta ferment
GALANT. 167
de fidelité à Marly entre
les mains du Roy.
Le Roy a donné au Comte
du Luc une penſion de
huit mille livres , & lui a
accordé la ſurvivance de
fes Charges & de ſon Gouvernement
pour ſes enfans.
M. leComte de Croiſſy ,
frere de M. le Marquis le
Torcy , a été nommé pour
aller en ambaſſade aupres
du Roy de Suede ; & M. le
Marquis de Sommery en
Baviere.
168 MERCURE
1
L'Electeur de Cologne
donna le.... un regal magnifique
au Prince Royal
de Saxe , au fon des tymbales
&des trompettes. On
continuë d'emballer les bagages
de cet Electeur , qui
doit retourner inceſſamment
dans ſes Eſtats.
Le 18. de ce mois Meffieurs
les Princes de Soubize
& d'Epinoy prirent
feance au Parlement en
qualité de Ducs & Pairs.
du 1 s. de ce mois , portent
qu'on continuoit à faire des
changemens dans les charges
& emplois , & quoy
qu'ils ne foient pas achevez
, on parle déja de dépoſer
quelqu'un de ceux
que lenouveauRoy a nommez
, entr'autres le Comte
de Notingham , Prefident
du Conſeil Privé ,
& fon frere , que l'on foupçonne
de favorifer le par-
Dec.1714. Ο
162 MERCURE
ti du Pretendant .
On avoit publié un projet
pour mettre une taxe
fur les fonds publics : mais
on ne croit pas que leParlement
l'approuve , àcauſe
que cela ruïneroit le credit
de la nation , & décourageroit
les étrangersd'envoyer
leur argent , & même
de le retirer; ce qui feroit
baiffer confiderablement
le prix des actions ,
& feroit cauſe qu'à l'avenir
les fonds que l'on accorderoit
au Roy ne ſeroient pas
remplis.
GALANT.
163
On arrêta la ſemaine paf.
ſée un nommé Oncale , qui
s'embarquoit pour France ,
on l'a mené en priſon ; on
l'accuſe d'avoir enrôlé du
monde pour le ſervice du
Pretendant.lephanteb
Le ſoir du 10. on amena
quatorze prifonniers , qui
feront condamnez à mort.
Les lettres de Veniſe portentque
les preparatifs extraordinaires
des Turcs par
mer &par terre alarment
fort les Venitiens & les
Malthois,qui prennent tou-
O ij
164 MERCURE
tes leurs précautions pour
ſe mettre àcouvert des irruptions
de cette énorme
puiſſance.
A
On mande de Plaiſance
du mois de Novembre dernier
, que Leurs Alteſſes Sereniffimes
M. le Duc & M
la Ducheſſe de Parme ont
couru grand riſque de ſe
noyer dans le Stiron , qui
eſt un torrent voiſin du
bourg de faint Domini
que qui s'étoit debordé
avec tant d'impetuofité ,
que les caroſſes où étoient
GALANT. 165
Leurs A. Sont été envelopez
dans ce debordement
, dont elles n'ont échapé
que par un miracle.
On a fait à leur retour à
Parme des prieres & des
réjoüiſſances pour le ſalut
de Leurs A. S.
an Le derniert du mois paſſé
Monfieur l'Abbé de Villeroy
fut facré Archevêque
de Lyon ,par les mains du
Cardinal de Rohan , aſſiſté
des Evêques de Noyon &
de Limoges : cette ceremonie
ſe fit dans l'Egliſe
166 MERCURE
de la Maiſon Profeſſe des
Jeſuites.
Le premier de ce mois
M. l'Archevêque de Lyon
prêta ſermenr de fidelité
entre les mains du Roy à
Marly.
Le 25. du paſſé Monfieur
l'Abbé de Trudaine fut facré
Evêque de Senlis dans
l'Eglife des Religieuſes de
fainte Elifabeth ;M. le Cardinal
de Rohan en fit la
ceremonie , aſſiſtédes Evêques
de Noyon& de Séez.
Le 29. il prêta ferment
GALANT. 167
de fidelité à Marly entre
les mains du Roy.
Le Roy a donné au Comte
du Luc une penſion de
huit mille livres , & lui a
accordé la ſurvivance de
fes Charges & de ſon Gouvernement
pour ſes enfans.
M. leComte de Croiſſy ,
frere de M. le Marquis le
Torcy , a été nommé pour
aller en ambaſſade aupres
du Roy de Suede ; & M. le
Marquis de Sommery en
Baviere.
168 MERCURE
1
L'Electeur de Cologne
donna le.... un regal magnifique
au Prince Royal
de Saxe , au fon des tymbales
&des trompettes. On
continuë d'emballer les bagages
de cet Electeur , qui
doit retourner inceſſamment
dans ſes Eſtats.
Le 18. de ce mois Meffieurs
les Princes de Soubize
& d'Epinoy prirent
feance au Parlement en
qualité de Ducs & Pairs.
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Résumé : « Des lettres de Londres du 15. de ce mois, portent [...] »
En décembre 1714, à Londres, des changements politiques notables ont lieu, avec des rumeurs de destitution de certains nommés par le nouveau roi, comme le Comte de Nottingham et son frère, accusés de soutenir le Prétendant. Un projet de taxe sur les fonds publics est publié, mais son approbation par le Parlement semble improbable en raison des risques pour le crédit national et les investissements étrangers. À Paris, un individu nommé Oncale est arrêté pour avoir recruté des partisans pour le Prétendant, et quatorze prisonniers sont condamnés à mort. À Venise, les préparatifs turcs suscitent des inquiétudes, poussant les Vénitiens et les Maltais à prendre des mesures de précaution. À Plaisance, le Duc et la Duchesse de Parme échappent de peu à la noyade, ce qui entraîne des prières et des réjouissances à leur retour à Parme. En France, l'Abbé de Villeroy devient Archevêque de Lyon et prête serment au roi, tout comme l'Abbé de Trudaine, nommé Évêque de Senlis. Le roi accorde une pension et des charges au Comte du Luc pour ses enfants. Le Comte de Croissy est nommé ambassadeur en Suède et le Marquis de Sommery en Bavière. L'Électeur de Cologne offre un banquet au Prince Royal de Saxe, tandis que les Princes de Soubize et d'Epinoy prennent séance au Parlement en tant que Ducs et Pairs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3230
p. 169-171
Nouvelles de Paris. [titre d'après la table]
Début :
Je cherche à profiter de tout, Messieurs, pour vous amuser [...]
Mots clefs :
Muses, Nouvelles étrangères
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Paris. [titre d'après la table]
Je cherche à profiter de
tout , Meffieurs , pour vous
amuter ,&je ne refuſe aucune
des choſes ſingulieres qui
viennent àma connoiffance ,
des Pays Etrangers , du nôtre,
&de ceux des Lettres &de la
Galanterie. Il n'a tenu qu'à
vous de lire les Nouvelles
Etrangeres , celles de cePayscy
auront leur tour , voyons
donc maintenant , s'il vous
plaiſt , ce qui ſe paſſe dans ceuy
des Muſes.
Jene doute pas que le caquet
de ces babillardes n'ait depuis
long-temps étourdi vos oreil-
Decembre 1714. P
170 MERCURE
les , j'apprehende même que
ce que j'ay à vous conter de
leursdernieres affaires ne vous
ennuye , non par la qualité ,
mais par la quantité des choſes
que j'ay à vous en dire. Au
reſte la lecture de cette Hiſtoire
divertira ceux qui aiment
la Poëfie ,ceux qui ne l'aiment
pas , lapaſſeront. Voicy àbon
compte de quoy il s'agit .
On remet fur le tapis une
des plus jolies querelles du
ſiecle paſſe: on fait des Sonnets
à l'imitation de ceux qui furentfaits
pour la belle matineuſe
, quelques uns preten
GALANT. 178
dent que ceux des modernes
effacent ceux de Voiture & de
Malleville ; mais ceux qui con
fervent encore un précieux
ſouvenir des ouvrages de ce
temps-là , ſoutiennent qu'ils
n'en approchent pas.
tout , Meffieurs , pour vous
amuter ,&je ne refuſe aucune
des choſes ſingulieres qui
viennent àma connoiffance ,
des Pays Etrangers , du nôtre,
&de ceux des Lettres &de la
Galanterie. Il n'a tenu qu'à
vous de lire les Nouvelles
Etrangeres , celles de cePayscy
auront leur tour , voyons
donc maintenant , s'il vous
plaiſt , ce qui ſe paſſe dans ceuy
des Muſes.
Jene doute pas que le caquet
de ces babillardes n'ait depuis
long-temps étourdi vos oreil-
Decembre 1714. P
170 MERCURE
les , j'apprehende même que
ce que j'ay à vous conter de
leursdernieres affaires ne vous
ennuye , non par la qualité ,
mais par la quantité des choſes
que j'ay à vous en dire. Au
reſte la lecture de cette Hiſtoire
divertira ceux qui aiment
la Poëfie ,ceux qui ne l'aiment
pas , lapaſſeront. Voicy àbon
compte de quoy il s'agit .
On remet fur le tapis une
des plus jolies querelles du
ſiecle paſſe: on fait des Sonnets
à l'imitation de ceux qui furentfaits
pour la belle matineuſe
, quelques uns preten
GALANT. 178
dent que ceux des modernes
effacent ceux de Voiture & de
Malleville ; mais ceux qui con
fervent encore un précieux
ſouvenir des ouvrages de ce
temps-là , ſoutiennent qu'ils
n'en approchent pas.
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Résumé : Nouvelles de Paris. [titre d'après la table]
Le document est une introduction à une publication périodique de décembre 1714. L'auteur y annonce son intention de diffuser des nouvelles diverses, locales et étrangères, ainsi que des sujets littéraires et mondains. Bien que les lecteurs puissent déjà être informés par d'autres sources, l'auteur souhaite offrir des sujets intéressants. Il aborde également une controverse littéraire sur les sonnets. Certains jugent que les sonnets contemporains surpassent ceux de Voiture et Malleville, tandis que d'autres, nostalgiques des œuvres passées, estiment que les modernes ne les égalent pas.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3231
p. 221
« Pour vous, Messieurs, qui n'aimez pas les Vers, je vous [...] »
Début :
Pour vous, Messieurs, qui n'aimez pas les Vers, je vous [...]
Mots clefs :
Vers, Dissertation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Pour vous, Messieurs, qui n'aimez pas les Vers, je vous [...] »
Pour vous , Meffieurs , qui
n'aimez pas les Vers , je vous
excepte du nombre de ceux
que cette Diflertation n'aura
pas ennuyé , & je m'imagine :
Qu'à preſent les Sonnets
vous ſortent par les yeux.
Mais d'uffiez vous bailler
juſqu'à demain, ou de dépit
envoyer promener le Mercure
& fon Auteur , j'ay encore
des Vers à vous donner , &
peut eſtre
encore d'autres
aprés ceux là.Préludons àbon
compre.
n'aimez pas les Vers , je vous
excepte du nombre de ceux
que cette Diflertation n'aura
pas ennuyé , & je m'imagine :
Qu'à preſent les Sonnets
vous ſortent par les yeux.
Mais d'uffiez vous bailler
juſqu'à demain, ou de dépit
envoyer promener le Mercure
& fon Auteur , j'ay encore
des Vers à vous donner , &
peut eſtre
encore d'autres
aprés ceux là.Préludons àbon
compre.
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3232
p. 224-225
« Puisque je suis entrain de vous parler de Poësie, approuvez [...] »
Début :
Puisque je suis entrain de vous parler de Poësie, approuvez [...]
Mots clefs :
Poésie, Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Puisque je suis entrain de vous parler de Poësie, approuvez [...] »
Puiſque je fuis entrain de
vous parler de Poëfie, approu .
vez,Meſſieurs,que je continuë
ce que j'ay à vous en dire , &
GALANT . 225
que je vous tienne du moins
parole au ſujet de l'Opera de
Telemaque , dont je vous ay
promis l'examen dans ma Préface.
vous parler de Poëfie, approu .
vez,Meſſieurs,que je continuë
ce que j'ay à vous en dire , &
GALANT . 225
que je vous tienne du moins
parole au ſujet de l'Opera de
Telemaque , dont je vous ay
promis l'examen dans ma Préface.
Fermer
3233
p. 225-233
Examen de l'Opera de Telemaque. [titre d'après la table]
Début :
Cinq ou six representations m'ont mieux instruit de ce [...]
Mots clefs :
Réputation, Poème, Critique, Musique, André Cardinal Destouches
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Examen de l'Opera de Telemaque. [titre d'après la table]
Cinq ou fix reprefentations
m'ont mieux inſtruit de
ce que le Public en penfe &
voſtre curiofité aura plus lieu
d'eſtre ſatisfaite. Je vais d'abord
vous expoſer le jugement
du public en ſimpleHiftorien
, aprés quoy je feray
le commentateur. Ce ſera à
> vous à me faire connoiſtre ſi
je dois continuer un metier fi
décrié dans Mathanafius . Le
226 MERCURE
jugement avantageux qu'on
a porté du Poëme ne s'eſt
point dementi , & tout le
monde le met au- deſſus de la
Muſique. C'eſt peut eſtre la
premiere fois qu'on a fait cet
honneur àla Poëfie , en fait
d'Opera , on n'en a pas moins
eſté injuſte par le paffé , &j'ay
toûjours eſté ſurpris qu'il ſe
trouva des Auteurs en reputation
qui daignaſſent travailler
à ces fortes d'ouvrages , veu
le danger où ils s'expoſoient
de ſe degrader.
Je neveux pas icy diminuer
la gloire de M. Pellegrin ;
GALANT. 227
mais comme il y auroit de
l'injuſtice à l'élever ſur les ruïnes
de la réputation de M.
Deſtouches , je tacheray de
rendre au Poëte & au Muficien
, ce qui leur appartient.
Cela ſuppoſé , permettez moy
de vous faire part de mes réflexions
.
Il ya plus d'un an que la
réputation du Poëme de Telemaque
eſt établie : pluſieurs
lectures qui en avoient eſté
faites devant des perſonnes de
goût avoient ſi rapidement
emporté les fuffrages , que la
critique n'a oſé luter contre
Ictorrent.
228 MERCURE
L'impreſſion qui a paruhuit
jours avant la premiere répreſentation
, n'a fait que juftifier
les partiſans de cette Piece.
Quel parti reftoit il à prendre
aux Cenſeurs , fi non de fronderla
Mofique. On peut comparer
cette maudite engeance ,
au Medecin de Pourceaugnac
à qui il faut un malade. Voilà ,
fije ne me trompe , la premiere
cauſe de l'orage qui s'eſt
élevé contre la Muſique de
Telemaque , en voicy la ſeconde
: la qualité d'Inſpecteur
General de l'Académie
Royale de Muſique dont le
1
GALANT. 229
2
Roy a honore M. Deſtouches
luy a fait preſque autant de
jaloux qu'ilyy a de Muſiciens ,
la plupart de ces Meffieurs ,
montrent à chanter , en fautil
d'avantage pour donner le
ton à la critique. Les écoliers
&les écolieres décident ſur la
foy de leurs maiſtres & toutes
ces déciſions réünies decredi
tent pour quelque temps les
meilleurs ouvrages .
Mais me dira- ton , eſt ce
affez de dire du mal d'unOpera
pour eſtre crû , n'en faut- il
pasdétailler les défauts & les
prouver.
230 MERCURE
Je répons à cela qu'il n'en
eſtpas tout à faitde la Mufique
comme de la Poësie , les
Muficiens n'ont d'ordinaire
queleur Muſique en partage
ils ne ſe piquent guere d'un
raiſonnement exact & fuivi ,
&comme il eſt établi qu'ils
n'ont pas ce don d'éloquence
perfuafive dont les Poëtes
ſont plus à portée d'eftre partagez
, on n'exige pas qu'ils
appuyent ce qu'ils avancent ,
&on aime mieux les en croire .
fur leur parole , que d'effuyer
de leur part des preuves mal
errangées& peu concluantes.
GALANT. 231
Deforte qu'il fuffit àunMuficien
de dire qu'un Opera ne
luy plaiſt pas ,pour empêcher
trente perſonnes à quiil a fait
plaiſir de faireun aveu fincere
del'effet qu'il a produit ſureux
Cependant comme il faut du
moins quelques raiſons vagues
pour appuyer la mediſance
on ſaiſit un faux air de reffemblance
, pour répandredans le
mondeque tout eſt pillé ; on
ne convient des bons morceaux
que pour dire qu'ils
pourroient eſtre meilleurs ; fi
l'Acteur ou l'Actrice ſont
enthumez , on dit que le reci-
,
232 MERCURE
tatifeft froid , & quoy que le
bon l'emporte de beaucoup
fur le mauvais , on s'attache
au dernier , ſans tenir compte
du premier , n'y eut il qu'un
deffaut pour trente beautez .
Voila à peu prés ce qui s'eft
paſſé dans les premieres répreſentations
de Telemaque ;
j'apprends que la cabale commence
à ſe diffipper & que la
verité ſe fait jout à travers les
nuages. Je ne doute point que
cela ne vous faſſe autant de
plaifir qu'à moy ; vous avez
tousjours aimé qu'on rendit
iuſtice au merite & j'ofe
vous
GALANT. 233
vous aſſurer que M. Deſtouches
en a & qu'il n'eſt pas '
comme la plupart des Muſiciens
qui n'ont que la note
pour tout talent. Ila du ſentiment
, des entrailles ,& du
goût. Iffé , Amadis de Grece ,
& Callhyroé nous l'avoient
déja prouvé & Telemaque va
achever de nous en convaincre....
m'ont mieux inſtruit de
ce que le Public en penfe &
voſtre curiofité aura plus lieu
d'eſtre ſatisfaite. Je vais d'abord
vous expoſer le jugement
du public en ſimpleHiftorien
, aprés quoy je feray
le commentateur. Ce ſera à
> vous à me faire connoiſtre ſi
je dois continuer un metier fi
décrié dans Mathanafius . Le
226 MERCURE
jugement avantageux qu'on
a porté du Poëme ne s'eſt
point dementi , & tout le
monde le met au- deſſus de la
Muſique. C'eſt peut eſtre la
premiere fois qu'on a fait cet
honneur àla Poëfie , en fait
d'Opera , on n'en a pas moins
eſté injuſte par le paffé , &j'ay
toûjours eſté ſurpris qu'il ſe
trouva des Auteurs en reputation
qui daignaſſent travailler
à ces fortes d'ouvrages , veu
le danger où ils s'expoſoient
de ſe degrader.
Je neveux pas icy diminuer
la gloire de M. Pellegrin ;
GALANT. 227
mais comme il y auroit de
l'injuſtice à l'élever ſur les ruïnes
de la réputation de M.
Deſtouches , je tacheray de
rendre au Poëte & au Muficien
, ce qui leur appartient.
Cela ſuppoſé , permettez moy
de vous faire part de mes réflexions
.
Il ya plus d'un an que la
réputation du Poëme de Telemaque
eſt établie : pluſieurs
lectures qui en avoient eſté
faites devant des perſonnes de
goût avoient ſi rapidement
emporté les fuffrages , que la
critique n'a oſé luter contre
Ictorrent.
228 MERCURE
L'impreſſion qui a paruhuit
jours avant la premiere répreſentation
, n'a fait que juftifier
les partiſans de cette Piece.
Quel parti reftoit il à prendre
aux Cenſeurs , fi non de fronderla
Mofique. On peut comparer
cette maudite engeance ,
au Medecin de Pourceaugnac
à qui il faut un malade. Voilà ,
fije ne me trompe , la premiere
cauſe de l'orage qui s'eſt
élevé contre la Muſique de
Telemaque , en voicy la ſeconde
: la qualité d'Inſpecteur
General de l'Académie
Royale de Muſique dont le
1
GALANT. 229
2
Roy a honore M. Deſtouches
luy a fait preſque autant de
jaloux qu'ilyy a de Muſiciens ,
la plupart de ces Meffieurs ,
montrent à chanter , en fautil
d'avantage pour donner le
ton à la critique. Les écoliers
&les écolieres décident ſur la
foy de leurs maiſtres & toutes
ces déciſions réünies decredi
tent pour quelque temps les
meilleurs ouvrages .
Mais me dira- ton , eſt ce
affez de dire du mal d'unOpera
pour eſtre crû , n'en faut- il
pasdétailler les défauts & les
prouver.
230 MERCURE
Je répons à cela qu'il n'en
eſtpas tout à faitde la Mufique
comme de la Poësie , les
Muficiens n'ont d'ordinaire
queleur Muſique en partage
ils ne ſe piquent guere d'un
raiſonnement exact & fuivi ,
&comme il eſt établi qu'ils
n'ont pas ce don d'éloquence
perfuafive dont les Poëtes
ſont plus à portée d'eftre partagez
, on n'exige pas qu'ils
appuyent ce qu'ils avancent ,
&on aime mieux les en croire .
fur leur parole , que d'effuyer
de leur part des preuves mal
errangées& peu concluantes.
GALANT. 231
Deforte qu'il fuffit àunMuficien
de dire qu'un Opera ne
luy plaiſt pas ,pour empêcher
trente perſonnes à quiil a fait
plaiſir de faireun aveu fincere
del'effet qu'il a produit ſureux
Cependant comme il faut du
moins quelques raiſons vagues
pour appuyer la mediſance
on ſaiſit un faux air de reffemblance
, pour répandredans le
mondeque tout eſt pillé ; on
ne convient des bons morceaux
que pour dire qu'ils
pourroient eſtre meilleurs ; fi
l'Acteur ou l'Actrice ſont
enthumez , on dit que le reci-
,
232 MERCURE
tatifeft froid , & quoy que le
bon l'emporte de beaucoup
fur le mauvais , on s'attache
au dernier , ſans tenir compte
du premier , n'y eut il qu'un
deffaut pour trente beautez .
Voila à peu prés ce qui s'eft
paſſé dans les premieres répreſentations
de Telemaque ;
j'apprends que la cabale commence
à ſe diffipper & que la
verité ſe fait jout à travers les
nuages. Je ne doute point que
cela ne vous faſſe autant de
plaifir qu'à moy ; vous avez
tousjours aimé qu'on rendit
iuſtice au merite & j'ofe
vous
GALANT. 233
vous aſſurer que M. Deſtouches
en a & qu'il n'eſt pas '
comme la plupart des Muſiciens
qui n'ont que la note
pour tout talent. Ila du ſentiment
, des entrailles ,& du
goût. Iffé , Amadis de Grece ,
& Callhyroé nous l'avoient
déja prouvé & Telemaque va
achever de nous en convaincre....
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Résumé : Examen de l'Opera de Telemaque. [titre d'après la table]
Le texte traite de la réception publique de l'opéra 'Télémaque', soulignant que le poème a été particulièrement apprécié par le public, même avant sa première représentation. Des lectures positives devant des personnes de goût et une impression du texte publiée peu avant la première ont renforcé cette opinion favorable. Deux principales raisons expliquent les critiques négatives portées sur la musique de l'opéra. La première est la jalousie des musiciens envers M. Destouches, l'Inspecteur Général de l'Académie Royale de Musique. La seconde est l'influence des écoliers et écolières qui suivent les avis de leurs maîtres. Les musiciens, contrairement aux poètes, n'ont pas besoin de justifier leurs critiques par des arguments solides, se contentant souvent de déclarer qu'un opéra ne leur plaît pas, ce qui suffit à influencer l'opinion publique. Les critiques tendent à se concentrer sur des défauts mineurs, négligeant les qualités majeures de l'œuvre. Cependant, la cabale contre l'opéra semble se dissiper, permettant à la vérité de ressortir. L'auteur conclut en reconnaissant les mérites de M. Destouches, soulignant son talent, son sentiment et son goût, illustrés par ses œuvres précédentes telles que 'Issé', 'Amadis de Grèce' et 'Callirhoé'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3234
p. 233-235
« Aprés la Critique & les Eloges de la Musique & de la [...] »
Début :
Aprés la Critique & les Eloges de la Musique & de la [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Aprés la Critique & les Eloges de la Musique & de la [...] »
Aprés la Critique & les
Eloges de la Muſique & de la
Poësie , dont je croy vous
avoir affez entretenu , permettez-
moy , Meffieurs , de
vous demander lamême indif
Decembre x714. V
234 MERCURE
,
ference ou plutoſt la même
attention pour le Chapitre des
morts que vous allez lire. Si
vous n'y trouvez pas ce langage
& cette liberté qui font
dans les autres , c'eſt parce que
jecroy qu'on nes'eſt fait une
loy raisonnable d'en parler
ferieuſement , que pour rendre
du moins aux morts ce
qui leur eſt dû , & que pour
diſpoſer l'eſprit du lecteur à
recevoir plus agréablement les
Pieces qui fuivent ordinairement
cet article. Tel a eſté ſije
je ne me trompe l'intention
du fondateurdu MercureGa
GALANT. 235
lant , fi non c'eſt la mienne.
Eloges de la Muſique & de la
Poësie , dont je croy vous
avoir affez entretenu , permettez-
moy , Meffieurs , de
vous demander lamême indif
Decembre x714. V
234 MERCURE
,
ference ou plutoſt la même
attention pour le Chapitre des
morts que vous allez lire. Si
vous n'y trouvez pas ce langage
& cette liberté qui font
dans les autres , c'eſt parce que
jecroy qu'on nes'eſt fait une
loy raisonnable d'en parler
ferieuſement , que pour rendre
du moins aux morts ce
qui leur eſt dû , & que pour
diſpoſer l'eſprit du lecteur à
recevoir plus agréablement les
Pieces qui fuivent ordinairement
cet article. Tel a eſté ſije
je ne me trompe l'intention
du fondateurdu MercureGa
GALANT. 235
lant , fi non c'eſt la mienne.
Fermer
Résumé : « Aprés la Critique & les Eloges de la Musique & de la [...] »
L'auteur demande aux lecteurs d'accorder une attention particulière au chapitre sur les morts. Il justifie l'absence de langage libre et critique par le respect dû aux défunts. Cette approche vise à mieux préparer les lecteurs aux éléments habituels du texte. L'intention pourrait appartenir au fondateur du Mercure Galant ou à l'auteur lui-même.
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3235
p. 235-247
MORTS.
Début :
Alexandre Benoist Stanislas Sobieski, dit le Prince Alexandre de Pologne [...]
Mots clefs :
Duc d'Orléans, Roi de Pologne, Chevalier, Prince, Roi, Fille, Marquis, Seigneur, Dame, Veuve
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texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
Alexandre Benoist Stanislas
Sobieski , dit le Prince Alexandre
de Pologne , Chevalier
de l'Ordre du S. Eſprit , dont
il receut le Collier à Rome le
19. Decembre 1700. en l'E.
gliſe de S. Loüis des mains du
Prince de Monaco Ambaffadeur
de France, mourut àRo
me le 19. Novembre fans
eſtre marié. Il eſtoit né le 6.
Septembre 1677. fils de Jean
Sobieski ſucceſſivement Petit
Vij
236 MERCURE
-
1
General & Grand Maréchal
de la Couronne en 1665 .
Grand General du Royaume
en 1667 élû Roy de Pologne
le 21. May 1674. couronné
le 2. Février 1676. fait Chevalier
de l'Ordre du S. Eſprit
la même année , & mort à
Varſovie le 17. Juin 1696.
âgé de 72. ans , & de Marie-
Caſimire de la Grange d'Arquien
qu'il avoit épousé étant
veuve de Jean Prince de Zamoski
, & fille d'Henry de la
Grange , Marquis d'Arquien ,
Capitaine , & Colonel des
Gardes Suiſſes de Philippes de
2
GALANT. 237.
د
France , Duc d'Orleans , Chevalier
des Ordresdu Roy, puis
Cardinal , & de Françoiſe de
la Chartre. Le Prince Alexan .
dre qui vient de mourir avoit
pour frere aîné Jacques-
Loüis Henry Sobieski , dit le
Prince Jacques de Pologne né
en 1677. Chevalier de la Toiſon
d'or , marié le 10. Février
1691. avec Hedwige- Elifabeth
- Amelie de Baviere , fille
de Philippes GuillaumeComte
Palatin du Rhin , Electeur
de Baviere ,& de Neuf bourg ,
& d'Elizabeth - Amelie de
Heſſe d'Armſtat , de laquelle
)
238 MERCURE
il a des enfans , & pour puiné,
Conſtantin-Philippes Uladiflas
Sobieski , dit le Prince
Conſtantin de Pologne , néle
1. May 1680. Chevalier de
l'Ordre du S. Eſprit , dont il
receut le Collier en même
temps que ſon frere non marié
, & pour ſoeur Therefe-
Cafimire Sobieski née le 3.
Mars 1676. mariée le 15.
Aouſt 1694. avec Maximilien
Marie Electeur Duc de
Baviere à preſent vivant. Le
Roy de Pologne leur pere
eſtoit fils de Jacques Sobieski
Caftelan de Cracovic , Am
GALANT. 239
baffadeur Extraordinaire de la
Couronne de Pologne auprés
du Sultan Ofman Empereur
des Turcs , mort en 1646. &
de .... Zolkiewiski , fille de
Staniflas Zolkiewiski , Grand
Chancelier , & Grand General
de laCouronne ,tué à l'âge de
73. ans à la guerre contre les
Turcs le 6. Octobre 1620 .
Dame Marie- Anne Mitte
• de Chevrieres de S. Chaumont
, Epouſe de Meffire
Charles-Emmanuel de laVieuville,
Comtede Vienne,mourut
le 22. Novembre 1714.
âgée de 51. ans , laiffant pour
240 MERCURE
し
fils leMarquisde S. Chaumont
Colonel d'un Regiment de
Dragons; elle étoit fille d' Henry
Mitte de Chevrieres Comte
de S.Chaumont, &deCharlore
Suſanne de Grammont ,
& petite - fille de Melchior
Mitte de Miolans , Marquis
de S. Chaumont , Seigneur de
Chevrieres,Chevalier delOrdre
du Saint Eſprit , Ambaſſadeur
Extraordinaire àRome ,
&d'Iſabeau de Tournon ,&
arriere petite fille de Jacques
Mitte , Seigneur de Chevricses
, auffi Chevalier de l'Ordre
du S. Eſprit , LieutenantGeneral
GALANT. 248
24
(
neral au Gouvernement de
Lyonnois , d'où ſa Maiſon
étoit originaire , & de Ga
briele Dame de S. Chaumont
ſa premiere femme. M. le
Comte de Vienne ſon mary
eſt frere de M. le Marquis de
la Vieuville , cy-devant Chevalier
d'Honneurde la Reine ,
puis de Madamela Dauphine,
&Gouverneur des Provinces
du Haut & Bas Poitou , & de
feu M. le Bailly de la Vieuville
, Ambaſſadeur de la Religion
de Malthe en France ,
dont je vous appris la mort
dans mon dernier Journal.
Decembre 1714 . X
242 MERCURE
Dame Anne de Longueval
, veuve de Meffire Henry
de Saint Nectaire , Marquis
de Saint Nectaire & de Chateauneuf,
Vicomte de l'Eſtrange
, Lieutenant de Roy du
Haut Poitou , mourut le 28 .
Novembre 1714 âgée de 71 .
ans, ayant eu de fon mariage
pour fille uniqueDame Loafe
Therefe de S. Nectaire , femme
de Loüis de Cruffol d'Uzés
, Marquis de Florenfac ,
morte le 2. Juillet 1705. àl'â
ge de 33. ans , laffant un fils
&une fille. La Maiſon deLon
gueval eſt une des plus an
GALANT . 243
ciennes , & des mieux alliées
de la Province de Picardie,&
connue dans les premiers
temps ſous le nom de leChien:
pour celle de S. Nectaire , elle
eſt originaire de la Province
d'Auvergne , & une des plus
illuſtres du Royaume par fon
ancienneté , par ſes alliances ,
& par les dignitez dont elle a
été decorée comme on le
peut voir dans l'Hiſtoire des
GrandsOfficiers de la Couronne
auChapitre desMaréchaux
de France , où la Genealogie
en eſt rapportée tout au long.
Dame Marguerite de Ram--
,
Xij *
244 MERCURE
boüillet , Epouſe de Meſſire
Charles de Nocé , Chevalier
Seigneur de Fontenay , & de
la Chapelle , & auparavant
veuve de Meffire Guillaume
Scott , Chevalier Seigneur de
la Mezangere , Boſchervilles ,
&Confeiller au Parlement de
Roüen , mourut le 30. Novembre
âgée de 57. ans. La
Famille de Ramboüillet, et
connue à Paris pour avoir
donné pluſieurs Secretaires du
Roy; celle de Noré eſt originaire
de Normandie ,&d'une
nobleſſe diftinguée , & celle
de Scott eft connue à Roüen
GALANT. 245
pour avoir donné pluſieurs
Conſeillers , & des Préſidents
à Mortier au Parlement de
Normandie.
د
Dame Marguerite Rollor ,
veuve de Meſſire Loüis Doublet
, Tréforier General des
Maiſon , & Finances de feu
Monfieur le Duc d'Orleans ,
Frereunique du Roy , mourut
le s. Decembre âgée de 77.
ans , laiſſant pour fils unique
M. Doublet , auſſi Treſorier
Generalde la Maiſon& Finances
de M. le Duc d'Orleans ,
puis Secretaire de ſes Commandemens
, marié en 1698 .
X iij
246 MERCURE
avec N .... le Gendre , ſoeur
de Madame Crozat , & fille
de François le Gendre , Fermier
General ,& Secretaire du
Roy , & de Marguerite le
Roux. Madame Doublet qui
vient de mourir eftoit fille de
Nicolas Rollot , Secretaire du
Roy,& Commis de l'Epargne;
&de Claude Boutault ; & Μ.
Doublet ſon mary eſtoit oncle
deM. de Perfan , Conſeil-
Her au Parlement , de M. de
Croüy, Maistre des Requef.
tes ,& de Madame de Barıllon
femme du Maiſtre des Requêtes
de ce nom , tous trois enGALANT.
247
fins de Nicolas Doublet , Seigneur
de Perſan , Secretaire
du Roy & Fermier General ,
fils de Nicolas Doublet, Avocat
au Parlement , originaire
de Champagne.
Alexandre Benoist Stanislas
Sobieski , dit le Prince Alexandre
de Pologne , Chevalier
de l'Ordre du S. Eſprit , dont
il receut le Collier à Rome le
19. Decembre 1700. en l'E.
gliſe de S. Loüis des mains du
Prince de Monaco Ambaffadeur
de France, mourut àRo
me le 19. Novembre fans
eſtre marié. Il eſtoit né le 6.
Septembre 1677. fils de Jean
Sobieski ſucceſſivement Petit
Vij
236 MERCURE
-
1
General & Grand Maréchal
de la Couronne en 1665 .
Grand General du Royaume
en 1667 élû Roy de Pologne
le 21. May 1674. couronné
le 2. Février 1676. fait Chevalier
de l'Ordre du S. Eſprit
la même année , & mort à
Varſovie le 17. Juin 1696.
âgé de 72. ans , & de Marie-
Caſimire de la Grange d'Arquien
qu'il avoit épousé étant
veuve de Jean Prince de Zamoski
, & fille d'Henry de la
Grange , Marquis d'Arquien ,
Capitaine , & Colonel des
Gardes Suiſſes de Philippes de
2
GALANT. 237.
د
France , Duc d'Orleans , Chevalier
des Ordresdu Roy, puis
Cardinal , & de Françoiſe de
la Chartre. Le Prince Alexan .
dre qui vient de mourir avoit
pour frere aîné Jacques-
Loüis Henry Sobieski , dit le
Prince Jacques de Pologne né
en 1677. Chevalier de la Toiſon
d'or , marié le 10. Février
1691. avec Hedwige- Elifabeth
- Amelie de Baviere , fille
de Philippes GuillaumeComte
Palatin du Rhin , Electeur
de Baviere ,& de Neuf bourg ,
& d'Elizabeth - Amelie de
Heſſe d'Armſtat , de laquelle
)
238 MERCURE
il a des enfans , & pour puiné,
Conſtantin-Philippes Uladiflas
Sobieski , dit le Prince
Conſtantin de Pologne , néle
1. May 1680. Chevalier de
l'Ordre du S. Eſprit , dont il
receut le Collier en même
temps que ſon frere non marié
, & pour ſoeur Therefe-
Cafimire Sobieski née le 3.
Mars 1676. mariée le 15.
Aouſt 1694. avec Maximilien
Marie Electeur Duc de
Baviere à preſent vivant. Le
Roy de Pologne leur pere
eſtoit fils de Jacques Sobieski
Caftelan de Cracovic , Am
GALANT. 239
baffadeur Extraordinaire de la
Couronne de Pologne auprés
du Sultan Ofman Empereur
des Turcs , mort en 1646. &
de .... Zolkiewiski , fille de
Staniflas Zolkiewiski , Grand
Chancelier , & Grand General
de laCouronne ,tué à l'âge de
73. ans à la guerre contre les
Turcs le 6. Octobre 1620 .
Dame Marie- Anne Mitte
• de Chevrieres de S. Chaumont
, Epouſe de Meffire
Charles-Emmanuel de laVieuville,
Comtede Vienne,mourut
le 22. Novembre 1714.
âgée de 51. ans , laiffant pour
240 MERCURE
し
fils leMarquisde S. Chaumont
Colonel d'un Regiment de
Dragons; elle étoit fille d' Henry
Mitte de Chevrieres Comte
de S.Chaumont, &deCharlore
Suſanne de Grammont ,
& petite - fille de Melchior
Mitte de Miolans , Marquis
de S. Chaumont , Seigneur de
Chevrieres,Chevalier delOrdre
du Saint Eſprit , Ambaſſadeur
Extraordinaire àRome ,
&d'Iſabeau de Tournon ,&
arriere petite fille de Jacques
Mitte , Seigneur de Chevricses
, auffi Chevalier de l'Ordre
du S. Eſprit , LieutenantGeneral
GALANT. 248
24
(
neral au Gouvernement de
Lyonnois , d'où ſa Maiſon
étoit originaire , & de Ga
briele Dame de S. Chaumont
ſa premiere femme. M. le
Comte de Vienne ſon mary
eſt frere de M. le Marquis de
la Vieuville , cy-devant Chevalier
d'Honneurde la Reine ,
puis de Madamela Dauphine,
&Gouverneur des Provinces
du Haut & Bas Poitou , & de
feu M. le Bailly de la Vieuville
, Ambaſſadeur de la Religion
de Malthe en France ,
dont je vous appris la mort
dans mon dernier Journal.
Decembre 1714 . X
242 MERCURE
Dame Anne de Longueval
, veuve de Meffire Henry
de Saint Nectaire , Marquis
de Saint Nectaire & de Chateauneuf,
Vicomte de l'Eſtrange
, Lieutenant de Roy du
Haut Poitou , mourut le 28 .
Novembre 1714 âgée de 71 .
ans, ayant eu de fon mariage
pour fille uniqueDame Loafe
Therefe de S. Nectaire , femme
de Loüis de Cruffol d'Uzés
, Marquis de Florenfac ,
morte le 2. Juillet 1705. àl'â
ge de 33. ans , laffant un fils
&une fille. La Maiſon deLon
gueval eſt une des plus an
GALANT . 243
ciennes , & des mieux alliées
de la Province de Picardie,&
connue dans les premiers
temps ſous le nom de leChien:
pour celle de S. Nectaire , elle
eſt originaire de la Province
d'Auvergne , & une des plus
illuſtres du Royaume par fon
ancienneté , par ſes alliances ,
& par les dignitez dont elle a
été decorée comme on le
peut voir dans l'Hiſtoire des
GrandsOfficiers de la Couronne
auChapitre desMaréchaux
de France , où la Genealogie
en eſt rapportée tout au long.
Dame Marguerite de Ram--
,
Xij *
244 MERCURE
boüillet , Epouſe de Meſſire
Charles de Nocé , Chevalier
Seigneur de Fontenay , & de
la Chapelle , & auparavant
veuve de Meffire Guillaume
Scott , Chevalier Seigneur de
la Mezangere , Boſchervilles ,
&Confeiller au Parlement de
Roüen , mourut le 30. Novembre
âgée de 57. ans. La
Famille de Ramboüillet, et
connue à Paris pour avoir
donné pluſieurs Secretaires du
Roy; celle de Noré eſt originaire
de Normandie ,&d'une
nobleſſe diftinguée , & celle
de Scott eft connue à Roüen
GALANT. 245
pour avoir donné pluſieurs
Conſeillers , & des Préſidents
à Mortier au Parlement de
Normandie.
د
Dame Marguerite Rollor ,
veuve de Meſſire Loüis Doublet
, Tréforier General des
Maiſon , & Finances de feu
Monfieur le Duc d'Orleans ,
Frereunique du Roy , mourut
le s. Decembre âgée de 77.
ans , laiſſant pour fils unique
M. Doublet , auſſi Treſorier
Generalde la Maiſon& Finances
de M. le Duc d'Orleans ,
puis Secretaire de ſes Commandemens
, marié en 1698 .
X iij
246 MERCURE
avec N .... le Gendre , ſoeur
de Madame Crozat , & fille
de François le Gendre , Fermier
General ,& Secretaire du
Roy , & de Marguerite le
Roux. Madame Doublet qui
vient de mourir eftoit fille de
Nicolas Rollot , Secretaire du
Roy,& Commis de l'Epargne;
&de Claude Boutault ; & Μ.
Doublet ſon mary eſtoit oncle
deM. de Perfan , Conſeil-
Her au Parlement , de M. de
Croüy, Maistre des Requef.
tes ,& de Madame de Barıllon
femme du Maiſtre des Requêtes
de ce nom , tous trois enGALANT.
247
fins de Nicolas Doublet , Seigneur
de Perſan , Secretaire
du Roy & Fermier General ,
fils de Nicolas Doublet, Avocat
au Parlement , originaire
de Champagne.
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Résumé : MORTS.
Le texte relate plusieurs décès et détails biographiques. Alexandre Sobieski, Chevalier de l'Ordre du Saint-Esprit, est décédé à Rome le 19 novembre sans être marié. Né le 6 septembre 1677, il était le fils de Jean Sobieski, qui a occupé divers postes prestigieux avant d'être élu Roi de Pologne le 21 mai 1674 et couronné le 2 février 1676. Jean Sobieski est décédé à Varsovie le 17 juin 1696 à l'âge de 72 ans. Il était marié à Marie-Casimire de la Grange d'Arquien. Alexandre Sobieski avait deux frères : Jacques-Louis Henry Sobieski, né en 1677, Chevalier de la Toison d'or, marié en 1691 à Hedwige-Élisabeth-Amélie de Bavière, et Constantin-Philippe Vladislas Sobieski, né le 1er mai 1680. Il avait également une sœur, Thérèse-Casimire Sobieski, née le 3 mars 1676, mariée en 1694 à Maximilien-Marie, Électeur Duc de Bavière. Le texte mentionne aussi le décès de Dame Marie-Anne Mitte de Chevrières de Saint-Chaumont, épouse de Charles-Emmanuel de la Vieuville, Comte de Vienne, décédée le 22 novembre 1714 à l'âge de 51 ans. Il fait référence à une rue nommée 'stre des Requef' et à Madame de Barillon, épouse du Maître des Requêtes portant ce nom. Trois personnes sont décrites comme étant 'enGALANT'. Enfin, le document présente Nicolas Doublet, Seigneur de Persan, Secrétaire du Roi et Fermier Général, fils de Nicolas Doublet, avocat au Parlement, originaire de Champagne.
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3236
p. 247-248
« Mais aprés toutes les Morts que vous venez de lire, [...] »
Début :
Mais aprés toutes les Morts que vous venez de lire, [...]
Mots clefs :
Morts, Muse, Marier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Mais aprés toutes les Morts que vous venez de lire, [...] »
Mais apréstoutes lesMorts
que vous venez de tire , l
Pourquoy donc , Mefdames
,Meldemoifelles , Meffieurs
, perfonne ne ſe marietil
ce mois cy , eft- ce parce
qu'une Muſe charmante me
fit preſent il y a quatre jours
d'uneEpithalame magnifiques
fi c'eſt un tour que vous lay
voulez joüer , tant pis pour
X iiij
248 MERCURE
vous : pour moy ſi vous connoiffiez
mon humeur , vous
verriez ( mariez - vous , ou ne
vous mariez pas ) que cette
piece ne vieillira pas dans mes
mains , & que bon gré , malgré
, vous la lirez , ou vous la
fauterez . En voicy la preuve.
que vous venez de tire , l
Pourquoy donc , Mefdames
,Meldemoifelles , Meffieurs
, perfonne ne ſe marietil
ce mois cy , eft- ce parce
qu'une Muſe charmante me
fit preſent il y a quatre jours
d'uneEpithalame magnifiques
fi c'eſt un tour que vous lay
voulez joüer , tant pis pour
X iiij
248 MERCURE
vous : pour moy ſi vous connoiffiez
mon humeur , vous
verriez ( mariez - vous , ou ne
vous mariez pas ) que cette
piece ne vieillira pas dans mes
mains , & que bon gré , malgré
, vous la lirez , ou vous la
fauterez . En voicy la preuve.
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Résumé : « Mais aprés toutes les Morts que vous venez de lire, [...] »
L'auteur d'une lettre s'adresse à des dames, demoiselles et messieurs concernant l'absence de mariages ce mois-ci. Il mentionne avoir reçu un poème nuptial, laissant penser qu'il pourrait s'agir d'une plaisanterie. Il assure qu'il lira ou jettera la pièce, indépendamment de leur décision de se marier.
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3237
p. 255-257
« Je me souviens à propos, de vous avoir donné au commencement [...] »
Début :
Je me souviens à propos, de vous avoir donné au commencement [...]
Mots clefs :
Savants, Honnêtes gens, Mercure, La Bruyère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je me souviens à propos, de vous avoir donné au commencement [...] »
Je me ſouviens à propos ,
de vous avoir donné au commencement
de ce Mercure ,
une Hiſtoire ſi ſerieuſe , que
( toutes mes reflexions faites )
j'ay reſolu devous dedommager
de la melancolie où elle
pouvoit vous avoir jetté , par
un tiflu continuel de bagatelles
, de la façon de ceux qui aiment
à badiner , & de la
mienne.
256 MERCURE
Que les partiſans de M de
laBruyerediſentà preſent que
le Mercure eſt tout de bon ,
au-deſſous de rien; je leur répondray
que cela n'eſt pas
vray ,& qu'au contraire , il eft
bon , s'il vous amuſe. Ceux
qui voudront eſtreinſtruits fur
un autre ton , n'auront qu'à
chercher un autre Precepteur.
Pour moy je vous avouë de
bonne foy que je ne fais pas
mon Livre pour ces Sçavans ,
Dont on lit dans les yeux , le
faſte de leur nom.
Mais pour les honneſtes
gens qui n'aiment pas à s'ennuyer.
GALANT. 257
nuyer. Pourvû qu'ils fe divertiſffent
à le lire , comme je
medivertis à le faire , nous ſerons
tous contents.
de vous avoir donné au commencement
de ce Mercure ,
une Hiſtoire ſi ſerieuſe , que
( toutes mes reflexions faites )
j'ay reſolu devous dedommager
de la melancolie où elle
pouvoit vous avoir jetté , par
un tiflu continuel de bagatelles
, de la façon de ceux qui aiment
à badiner , & de la
mienne.
256 MERCURE
Que les partiſans de M de
laBruyerediſentà preſent que
le Mercure eſt tout de bon ,
au-deſſous de rien; je leur répondray
que cela n'eſt pas
vray ,& qu'au contraire , il eft
bon , s'il vous amuſe. Ceux
qui voudront eſtreinſtruits fur
un autre ton , n'auront qu'à
chercher un autre Precepteur.
Pour moy je vous avouë de
bonne foy que je ne fais pas
mon Livre pour ces Sçavans ,
Dont on lit dans les yeux , le
faſte de leur nom.
Mais pour les honneſtes
gens qui n'aiment pas à s'ennuyer.
GALANT. 257
nuyer. Pourvû qu'ils fe divertiſffent
à le lire , comme je
medivertis à le faire , nous ſerons
tous contents.
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Résumé : « Je me souviens à propos, de vous avoir donné au commencement [...] »
L'auteur de 'Mercure' souhaite alléger le ton après une histoire sérieuse. Il vise à divertir les lecteurs honnêtes, non les savants arrogants. Il espère que son ouvrage procure autant de plaisir à lire qu'à écrire.
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3238
p. 257-264
Histoire originale qu'on lira peut-estre. [titre d'après la table]
Début :
Je vais, par exemple, vous conter, Messieurs, une Histoire vraye [...]
Mots clefs :
Histoire, Auberge, Jeune homme, Tante, Lettre, Neveu, Paris, Champ, Arras
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire originale qu'on lira peut-estre. [titre d'après la table]
Je vais ,
par exemple , vous conter ,
Meffieurs , une Hiſtoire vraye
& originale , qui ne plaira pas
à tout le monde , mais qui me
plaît , quelque triſte & quelque
extraordinaire qu'elle ſoit,
parce qu'elle eſt du nombre
de celles que je recherche avec
le plus de foin.
Ily a environ quinze jours,
plus ou moins , jenem'en embarraffe
pas , auffi - bien le
temps ne fait rien à la choſe ,
Decembre 1714. Y
258 MERCURE
ilya , disje , environ quinze
jours , qu'un jeune homme
natif d'Arras arriva à Paris par
le Carroffe de voiture.
Le Fauxbourg S. Germain ,
où il ſe fit conduire avec ſa
valize , fût le quartier où il
prit l'Auberge que ſon conducteur
jugea à propos de luy
choiſir. En y entrant ,il demanda
à fouper , & il ſoupa ;
il ſe coucha enſuite , comme
de raiſon :uneheurė aprés s'être
couché , il ſe trouva mal ,
mais fi mal , qu'aprés avoir
baillé , ſoupiré , & râllé toute
la nuit, le matin une ſervante
GALANT. 259
de l'Auberge pallant devant
la porte de la chambre , comporte
de fa
prit , au bruit qu'elle y entendit
, qu'apparemment ce pauvre
jeune homme eſtoit malade
; elle y entra , & le vit
dans un estat fi pitoyable ,
qu'elle cria au ſecours : à fes
cris , l'hoſteſſe , les hoftes , les
voiſins , &les Chirurgiens accoururent
; mais ils arriverent
trop tard ,& le malade expira.
Un Etranger , de l'âge à
peu prés du deffunt , qui demeuroitdans
la même Auberge
,& que le bruit qu'il avoit
entendu , avoit attiré dans la
Yij
260 MERCURE
1
,
chambre du mort , auſſi bierni
qu'un tas de perſonnes qui y
étoient inutiles comme luy
foüilla adroitementdans lava
lize du Flamand trepaffé, dont
il tira un paquet de papiers
qu'il alla lire dans ſa chambre.
La lecture de ces papiers luy
apprit que le jeune homme
eftoit d'une bonne famille
d'Arras ; qu'il avoit à Paris
une tante qu'il n'avoit jamais
vcuë ; que cette tante eſtoit
une fort jolie femme ,&tresaimée
d'un Capitaine d'Infanterie
de la Garniſon d'Arras
même; que ceCapitaine, amy
GALANT. 261
du deffunt , l'avoit prié avant
de partir de ſe charger d'une
Lettre ,& qu'il luy avoit promis
de la luyremettre en mains
propres. La Lettre estoit tendre
, & le Cavalier qui l'avoit
'écrite , prioit avec inſtance la
Dame de ſe rendre préciſément
un certain jour , à certaine
heure , au rendez-vous
qu'il luy marquoit.
L'indifcret jeune homme
qui avoit découvert tout ce
myſtere , part fur le champ de
l'Auberge , avec la Lettre de
l'Officier bien recachetée. Il va
chez la Dame à qui elle étoit
262 MERCURE
adreſſée ; il parle àunDomef.
tique par qui il ſe fait annoncer
pour le neveu de Madame.
Sous ce beau nom , le même
Domeſtique l'introduit dans
la chambre de fa maitreſſe ,
qui court auffitoſt à luy les
bras ouverts , pour embraffer
ce cher neveu ; mais loin de
recevoir ſes carreſſes , il luy dit
fur le champ d'un ton effroyable
,& en ſe reculant , arreftez
maTante,ne me touchez pas ?
écoutez moy ſeulement ? je
n'ay pas voulu partir pour
l'autre monde , ſans vous
avoir donné la Lettre de M.
1.
GALANT. 263
de.. que vous aimez. Je vous
ladonne : voilà ma commiffion
faite. Au reſte je ſuis arrivé
hier au foir à Paris , j'ay
defcendu à telle Auberge
j'y ay ſoupé , j'y ay couché
je m'y ſuis trouvé mal cette
nuit , je ſuis mort ce matin ,
& l'on m'attend à preſent
pour m'enterrer. Adicu ma
Tante , adieu.
La tante effrayée de la
viſion , ſe pâme , & le mort
s'enva. Peu de temps aprés
cependant elle revient de fon
évanoüiſſement ; auſſi- toft elle
envoye à l'Auberge de fon
264 MERCURE
neveu ſçavoir s'il eſtoit vray
qu'il fut mort. Le valet chargé
de cette commiffion s'informe
de tout à la lettre ; &
ſadépoſition ſe trouve en tout
fi conforme a celle du deffunt
que ſur le champ Madame ſa
tante en meurt elle-même.
par exemple , vous conter ,
Meffieurs , une Hiſtoire vraye
& originale , qui ne plaira pas
à tout le monde , mais qui me
plaît , quelque triſte & quelque
extraordinaire qu'elle ſoit,
parce qu'elle eſt du nombre
de celles que je recherche avec
le plus de foin.
Ily a environ quinze jours,
plus ou moins , jenem'en embarraffe
pas , auffi - bien le
temps ne fait rien à la choſe ,
Decembre 1714. Y
258 MERCURE
ilya , disje , environ quinze
jours , qu'un jeune homme
natif d'Arras arriva à Paris par
le Carroffe de voiture.
Le Fauxbourg S. Germain ,
où il ſe fit conduire avec ſa
valize , fût le quartier où il
prit l'Auberge que ſon conducteur
jugea à propos de luy
choiſir. En y entrant ,il demanda
à fouper , & il ſoupa ;
il ſe coucha enſuite , comme
de raiſon :uneheurė aprés s'être
couché , il ſe trouva mal ,
mais fi mal , qu'aprés avoir
baillé , ſoupiré , & râllé toute
la nuit, le matin une ſervante
GALANT. 259
de l'Auberge pallant devant
la porte de la chambre , comporte
de fa
prit , au bruit qu'elle y entendit
, qu'apparemment ce pauvre
jeune homme eſtoit malade
; elle y entra , & le vit
dans un estat fi pitoyable ,
qu'elle cria au ſecours : à fes
cris , l'hoſteſſe , les hoftes , les
voiſins , &les Chirurgiens accoururent
; mais ils arriverent
trop tard ,& le malade expira.
Un Etranger , de l'âge à
peu prés du deffunt , qui demeuroitdans
la même Auberge
,& que le bruit qu'il avoit
entendu , avoit attiré dans la
Yij
260 MERCURE
1
,
chambre du mort , auſſi bierni
qu'un tas de perſonnes qui y
étoient inutiles comme luy
foüilla adroitementdans lava
lize du Flamand trepaffé, dont
il tira un paquet de papiers
qu'il alla lire dans ſa chambre.
La lecture de ces papiers luy
apprit que le jeune homme
eftoit d'une bonne famille
d'Arras ; qu'il avoit à Paris
une tante qu'il n'avoit jamais
vcuë ; que cette tante eſtoit
une fort jolie femme ,&tresaimée
d'un Capitaine d'Infanterie
de la Garniſon d'Arras
même; que ceCapitaine, amy
GALANT. 261
du deffunt , l'avoit prié avant
de partir de ſe charger d'une
Lettre ,& qu'il luy avoit promis
de la luyremettre en mains
propres. La Lettre estoit tendre
, & le Cavalier qui l'avoit
'écrite , prioit avec inſtance la
Dame de ſe rendre préciſément
un certain jour , à certaine
heure , au rendez-vous
qu'il luy marquoit.
L'indifcret jeune homme
qui avoit découvert tout ce
myſtere , part fur le champ de
l'Auberge , avec la Lettre de
l'Officier bien recachetée. Il va
chez la Dame à qui elle étoit
262 MERCURE
adreſſée ; il parle àunDomef.
tique par qui il ſe fait annoncer
pour le neveu de Madame.
Sous ce beau nom , le même
Domeſtique l'introduit dans
la chambre de fa maitreſſe ,
qui court auffitoſt à luy les
bras ouverts , pour embraffer
ce cher neveu ; mais loin de
recevoir ſes carreſſes , il luy dit
fur le champ d'un ton effroyable
,& en ſe reculant , arreftez
maTante,ne me touchez pas ?
écoutez moy ſeulement ? je
n'ay pas voulu partir pour
l'autre monde , ſans vous
avoir donné la Lettre de M.
1.
GALANT. 263
de.. que vous aimez. Je vous
ladonne : voilà ma commiffion
faite. Au reſte je ſuis arrivé
hier au foir à Paris , j'ay
defcendu à telle Auberge
j'y ay ſoupé , j'y ay couché
je m'y ſuis trouvé mal cette
nuit , je ſuis mort ce matin ,
& l'on m'attend à preſent
pour m'enterrer. Adicu ma
Tante , adieu.
La tante effrayée de la
viſion , ſe pâme , & le mort
s'enva. Peu de temps aprés
cependant elle revient de fon
évanoüiſſement ; auſſi- toft elle
envoye à l'Auberge de fon
264 MERCURE
neveu ſçavoir s'il eſtoit vray
qu'il fut mort. Le valet chargé
de cette commiffion s'informe
de tout à la lettre ; &
ſadépoſition ſe trouve en tout
fi conforme a celle du deffunt
que ſur le champ Madame ſa
tante en meurt elle-même.
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Résumé : Histoire originale qu'on lira peut-estre. [titre d'après la table]
En décembre 1714, un jeune homme d'Arras arrive à Paris et séjourne dans une auberge du Faubourg Saint-Germain. Après avoir dîné et s'être couché, il meurt subitement. Un étranger trouve dans ses bagages une lettre adressée à la tante parisienne du jeune homme, écrite par un capitaine d'infanterie exprimant des sentiments tendres et fixant un rendez-vous. L'étranger se présente chez la tante en se faisant passer pour le neveu et lui remet la lettre. Il révèle ensuite la mort du jeune homme et les circonstances de celle-ci. Terrifiée, la tante s'évanouit. À son réveil, elle envoie un domestique vérifier les faits à l'auberge, confirmant ainsi le décès. La tante décède peu après, sous le choc de la nouvelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3239
p. 264-265
« Faites vos reflexions sur cette avanture, Messieurs, si vous le [...] »
Début :
Faites vos reflexions sur cette avanture, Messieurs, si vous le [...]
Mots clefs :
Histoires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Faites vos reflexions sur cette avanture, Messieurs, si vous le [...] »
Faites vos reflexions ſur
, ,
cette avanture Meffieurs
ſi vous le jugez à propos , pour
moy , tant que j'auray de pareilles
Hiſtoires à vous conter ,
je ne perdray pas mon temps
à faire les miennes. En voicy
encoreuneqquuiinn'eſt peut-eſtre
pas moins finguliere que celle
1. que
GALANT 265
que vous venez de lire.
, ,
cette avanture Meffieurs
ſi vous le jugez à propos , pour
moy , tant que j'auray de pareilles
Hiſtoires à vous conter ,
je ne perdray pas mon temps
à faire les miennes. En voicy
encoreuneqquuiinn'eſt peut-eſtre
pas moins finguliere que celle
1. que
GALANT 265
que vous venez de lire.
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3240
p. 265-269
Histoire singuliere qu'on ne lira peut estre pas. [titre d'après la table]
Début :
Deux femmes enceintes qui estoient en route, & qui faisoient [...]
Mots clefs :
Femmes, Mères, Sage-femme, Héritier, Procès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire singuliere qu'on ne lira peut estre pas. [titre d'après la table]
Deux femmes enceintes qui
eſtoient en route , & qui faiſoient
un même voyage par
le carroſſe de voiture , arriverent
ils y a quelques années
dans une Ville ou Village de
France , dont je ne ſçay pas
le nom ; là elles ſe trouverent
routes deux preſtes d'accoucher
. On envoya auflitoſt
chercher la Sage-femme du
lieu ,& dés qu'elle fut arrivée,
elles accoucherent. La Sagefemme
mit par malheur indifferemment
les deux enfans auprés
du feu , à coſté l'un de
Decembre 1714. Z
266 MERCURE
l'autre Cette befogne faite ,
elle eſt obligée , faute de domeſtiques
de deſcendre dans la
cuiſine du cabaret pour aller
chercher quelque choſe dont
elle abeſoin pour ces femmes
malades. A ſon retour elle
trouve undes enfants morts ,
& malheureuſement elle ne
Içait pas , ou elle a oublié laquelle
de ces deux femmes eſt
la mere de celuy qui reſte.
Auffitoft grande contention
entre les accouchées , ny l'une
ny l'autre ne veut eſtrela mere
dumort , elles ſe font apporter
tour à tour l'enfant vivant,
GALANT . 267
)
&à force de bons & de mauvais
raiſonnements , chacune
d'elles ſe perfuade qu'elle en
eſtla mere. Enfin au milieu de
leur embarras , elles conclüent
qu'elles n'ont pas de meilleur
moyen pour vuider leur querelle
, que celuy d'adopter
toutes deux le même enfant ,
elles le font baptiſer ſous leurs
noms ,& ſous le nom de leurs
marys , l'un deſquels meurt
quelques années aprés cette
adoption, &laiſſe en mourant
à ce fils bienheureux ce qu'il
peut luy laiſſer de ſon bien.
Peude temps aprés l'autre pere
Zij
268 MERCURE
1
1
!
meurt aufli,& fait ce même en.
fant fonheritier univerſel . Les
parents du dernier pere s'oppoſent
à l'execution du Teftament,
& diſent pour leurs raiſons
qu'un homme ne ſcauroit
avoir deux peres; que puifqu'il
a herité du bien de l'un ,
il n'a rien à pretendre au bieri
de l'autre ; mais lheritier qui
n'eſt pas fâché de cette duplicité
, dit au contraire , que
Monfieur un tel mort ily a
quelques années a pû luy laiſſer
fonbien ſous tel titre quiluy
a plû ; & que le dernier est fon
pere. Voilà où en eſt le procés :
DE
LYON
*1893
Etle
Leurs
urs .
GALANT. 269
je ne ſçay qu'elle en fera la
déciſion ; mais je croy que les
Loix n'ont pas prévû ces évenemens.
eſtoient en route , & qui faiſoient
un même voyage par
le carroſſe de voiture , arriverent
ils y a quelques années
dans une Ville ou Village de
France , dont je ne ſçay pas
le nom ; là elles ſe trouverent
routes deux preſtes d'accoucher
. On envoya auflitoſt
chercher la Sage-femme du
lieu ,& dés qu'elle fut arrivée,
elles accoucherent. La Sagefemme
mit par malheur indifferemment
les deux enfans auprés
du feu , à coſté l'un de
Decembre 1714. Z
266 MERCURE
l'autre Cette befogne faite ,
elle eſt obligée , faute de domeſtiques
de deſcendre dans la
cuiſine du cabaret pour aller
chercher quelque choſe dont
elle abeſoin pour ces femmes
malades. A ſon retour elle
trouve undes enfants morts ,
& malheureuſement elle ne
Içait pas , ou elle a oublié laquelle
de ces deux femmes eſt
la mere de celuy qui reſte.
Auffitoft grande contention
entre les accouchées , ny l'une
ny l'autre ne veut eſtrela mere
dumort , elles ſe font apporter
tour à tour l'enfant vivant,
GALANT . 267
)
&à force de bons & de mauvais
raiſonnements , chacune
d'elles ſe perfuade qu'elle en
eſtla mere. Enfin au milieu de
leur embarras , elles conclüent
qu'elles n'ont pas de meilleur
moyen pour vuider leur querelle
, que celuy d'adopter
toutes deux le même enfant ,
elles le font baptiſer ſous leurs
noms ,& ſous le nom de leurs
marys , l'un deſquels meurt
quelques années aprés cette
adoption, &laiſſe en mourant
à ce fils bienheureux ce qu'il
peut luy laiſſer de ſon bien.
Peude temps aprés l'autre pere
Zij
268 MERCURE
1
1
!
meurt aufli,& fait ce même en.
fant fonheritier univerſel . Les
parents du dernier pere s'oppoſent
à l'execution du Teftament,
& diſent pour leurs raiſons
qu'un homme ne ſcauroit
avoir deux peres; que puifqu'il
a herité du bien de l'un ,
il n'a rien à pretendre au bieri
de l'autre ; mais lheritier qui
n'eſt pas fâché de cette duplicité
, dit au contraire , que
Monfieur un tel mort ily a
quelques années a pû luy laiſſer
fonbien ſous tel titre quiluy
a plû ; & que le dernier est fon
pere. Voilà où en eſt le procés :
DE
LYON
*1893
Etle
Leurs
urs .
GALANT. 269
je ne ſçay qu'elle en fera la
déciſion ; mais je croy que les
Loix n'ont pas prévû ces évenemens.
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Résumé : Histoire singuliere qu'on ne lira peut estre pas. [titre d'après la table]
Deux femmes enceintes accouchèrent simultanément en France. Une sage-femme, après les avoir aidées, découvrit qu'un des nouveau-nés était mort. Incapable de déterminer laquelle des mères était celle de l'enfant survivant, une dispute éclata. Les deux femmes décidèrent d'adopter conjointement l'enfant, baptisé avec les noms des deux mères et de leurs maris. Quelques années plus tard, les deux pères de l'enfant décédèrent, chacun léguant sa fortune à l'enfant. Les parents du second père contestèrent le testament, affirmant qu'une personne ne peut avoir deux pères. L'héritier, soutenu par les lois, maintint que chaque père avait le droit de lui léguer ses biens. Le procès est en cours, et l'issue reste incertaine, car les lois n'ont pas prévu de telles situations.
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3241
p. 274-276
« Mais puisque j'en suis au chapitre des Enigmes, avant d'en [...] »
Début :
Mais puisque j'en suis au chapitre des Enigmes, avant d'en [...]
Mots clefs :
Armée, Poire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Mais puisque j'en suis au chapitre des Enigmes, avant d'en [...] »
Mais paiſque j'en fuis au
chapitre des Enigmes , avant
d'en propoſer de nouvelles
j'ay fur cet article quelque
choſe à dire pour majuftification.
GALANT. 275
Jefçay que la premiere du
mois paſſe eſtoit bonne , &
l'autre mauvaile ; mais cen'eſt
ma faute que par la complais
fance quej'ay cuë pour Mada
me deN ..qui l'a faite &qui
m'a preſſe malgré moy de
m'en dire l'auteur : je l'ay fair,
& je me garderois biendeparler
de cette avanture , fi , lorfque
jeluy ay dit aprés tout le
monde , qu'elle ne valoit rien,
elle ne s'eſtoit pas mocquée
de moy , & ne s'en mocquoit
pas encore. Aureſte ſon
Enigme reſſemble à une poire
comme à un moulin à vent.
۱
276 MERCURE
Le mot de la premiere eſt
l'Armée , les noms de ceux qui
les ont deviné , ſont , la belle
& charmante Manon ,qui
mangeroit bien une orange ,
lesAmoursde l'illuſtre Mademoiſelle
** , l'Amant d'une
des quatre brunes de la terraſſe
de Luxembourg , de l'Eſclache
le jeune , la Maitreffe à
Follette,le folitaire Quémine,
& M. de Bonneval , & fon
Iris.
chapitre des Enigmes , avant
d'en propoſer de nouvelles
j'ay fur cet article quelque
choſe à dire pour majuftification.
GALANT. 275
Jefçay que la premiere du
mois paſſe eſtoit bonne , &
l'autre mauvaile ; mais cen'eſt
ma faute que par la complais
fance quej'ay cuë pour Mada
me deN ..qui l'a faite &qui
m'a preſſe malgré moy de
m'en dire l'auteur : je l'ay fair,
& je me garderois biendeparler
de cette avanture , fi , lorfque
jeluy ay dit aprés tout le
monde , qu'elle ne valoit rien,
elle ne s'eſtoit pas mocquée
de moy , & ne s'en mocquoit
pas encore. Aureſte ſon
Enigme reſſemble à une poire
comme à un moulin à vent.
۱
276 MERCURE
Le mot de la premiere eſt
l'Armée , les noms de ceux qui
les ont deviné , ſont , la belle
& charmante Manon ,qui
mangeroit bien une orange ,
lesAmoursde l'illuſtre Mademoiſelle
** , l'Amant d'une
des quatre brunes de la terraſſe
de Luxembourg , de l'Eſclache
le jeune , la Maitreffe à
Follette,le folitaire Quémine,
& M. de Bonneval , & fon
Iris.
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Résumé : « Mais puisque j'en suis au chapitre des Enigmes, avant d'en [...] »
L'auteur discute de la publication d'énigmes dans un périodique, probablement le Mercure Galant. Il justifie un article précédent sur les énigmes en reconnaissant que la première énigme du mois était bonne, tandis que la seconde était mauvaise. Cette dernière a été publiée par complaisance envers Madame de N., qui a insisté pour révéler son auteur. L'auteur, malgré ses réserves, a accédé à sa demande sans offenser Madame de N. Il compare ensuite une énigme d'Aureste à une 'poire' ou à un 'moulin à vent', sans expliquer ces comparaisons. Enfin, il révèle que le mot de la première énigme est 'l'Armée' et liste les personnes ayant résolu cette énigme : Manon, les Amours de l'illustre Mademoiselle **, l'Amant d'une des quatre brunes de la terrasse de Luxembourg, Esclache le jeune, la Maîtresse à Follette, Quémine le solitaire, et M. de Bonneval avec son Iris.
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3242
p. 281
« Des Enigmes passons aux Phenomenes. Cet article est admirable pour [...] »
Début :
Des Enigmes passons aux Phenomenes. Cet article est admirable pour [...]
Mots clefs :
Physiciens, Énigmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Des Enigmes passons aux Phenomenes. Cet article est admirable pour [...] »
Des Enigmes paffons aux
Phenomenes . Cet article eft
admirable pour les Phiſiciens,
& je ſuis ravi qu'on me l'ait
envoyé , puiſque cela me donne
lieu de mettre dans mon
Journal quelque choſe qui ſoit
digne de leurs raisonnements.
Phenomenes . Cet article eft
admirable pour les Phiſiciens,
& je ſuis ravi qu'on me l'ait
envoyé , puiſque cela me donne
lieu de mettre dans mon
Journal quelque choſe qui ſoit
digne de leurs raisonnements.
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3243
p. 281-284
Phenomêne, tremblement de terre, & chûte de la Montagne de Cheville dans le plat pays de Luzerne. [titre d'après la table]
Début :
Voicy ce qu'on me mande de Berne du 9. Novembre / Le premier de ce mois un tres-grand rocher de la Montagne [...]
Mots clefs :
Berne, Montagnes, Lucerne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Phenomêne, tremblement de terre, & chûte de la Montagne de Cheville dans le plat pays de Luzerne. [titre d'après la table]
Voicy ce qu'on me mande
de Berne du 9. Novembre
dernier.
Il y a deux Montagnes fur
les frontieres de Berne & de
Vallais qui ſe touchent , dont
l'une s'appelle Cheville appartenant
aux Vallefans , & l'autre
Anzeinde ſituée dans la
Decembre 17 14. A
282 MERCURE
Jurisdiction de Berne. Il ya
entre ces deux Montagnes
une fource , de laquelle fortent
deux rivieres , l'une nommée
Lavançon, paffe par le
Bourg deBex , Pays de Berne ,
l'autre appellée Luzerne , traverſe
le Pays de Vallais. La
Cime de la Montagne de
Cheville conſiſte dans un
rocher fort élevé& fort dur.
Le Dimanche 23. Septembre
, l'on entendit un grand
bruit fouterrain ſur la Montagne
de Cheville , qui s'augmenta
le lendemain , & qui
GALANT. 285
continua pendant 24. heures ,
avec une telle vehemence
que l'on croyoit entendre la
décharge de gros canons. Enfaite
l'on vit fortir de la Mon.
tagne une fumée épaiffe , &
une flamme claire , aprés quoy
la Cime de la Montagne ſauta
& couvrit une grande quantité
de bétail & pluſieurs
maiſons , & boucha la riviere
de Luzerne , enforte qu'on
n'en pû plus trouver une goute.
D'où l'on conjecture ,
que cette Montagne eft remplie
de mines de ſouffre & de
poix. On l'a fait viſiter par
Aaij
284 MERCURE
des hommes , qui aflurent
qu'il ne ſeroit pas poflible de
comprendre l'effet de cette
ſecouſſe , ſi l'on n'avoit pas
connu auparavant la fituation
du licu . L'on mande du
23. du paffé , que le bruit &le
mouvement continuent toûjours.
de Berne du 9. Novembre
dernier.
Il y a deux Montagnes fur
les frontieres de Berne & de
Vallais qui ſe touchent , dont
l'une s'appelle Cheville appartenant
aux Vallefans , & l'autre
Anzeinde ſituée dans la
Decembre 17 14. A
282 MERCURE
Jurisdiction de Berne. Il ya
entre ces deux Montagnes
une fource , de laquelle fortent
deux rivieres , l'une nommée
Lavançon, paffe par le
Bourg deBex , Pays de Berne ,
l'autre appellée Luzerne , traverſe
le Pays de Vallais. La
Cime de la Montagne de
Cheville conſiſte dans un
rocher fort élevé& fort dur.
Le Dimanche 23. Septembre
, l'on entendit un grand
bruit fouterrain ſur la Montagne
de Cheville , qui s'augmenta
le lendemain , & qui
GALANT. 285
continua pendant 24. heures ,
avec une telle vehemence
que l'on croyoit entendre la
décharge de gros canons. Enfaite
l'on vit fortir de la Mon.
tagne une fumée épaiffe , &
une flamme claire , aprés quoy
la Cime de la Montagne ſauta
& couvrit une grande quantité
de bétail & pluſieurs
maiſons , & boucha la riviere
de Luzerne , enforte qu'on
n'en pû plus trouver une goute.
D'où l'on conjecture ,
que cette Montagne eft remplie
de mines de ſouffre & de
poix. On l'a fait viſiter par
Aaij
284 MERCURE
des hommes , qui aflurent
qu'il ne ſeroit pas poflible de
comprendre l'effet de cette
ſecouſſe , ſi l'on n'avoit pas
connu auparavant la fituation
du licu . L'on mande du
23. du paffé , que le bruit &le
mouvement continuent toûjours.
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Résumé : Phenomêne, tremblement de terre, & chûte de la Montagne de Cheville dans le plat pays de Luzerne. [titre d'après la table]
Le document décrit un événement survenu entre les frontières de Berne et du Valais, impliquant deux montagnes voisines : Cheville, appartenant aux Valaisans, et Anzeinde, sous juridiction bernoise. Entre ces montagnes coule une source d'où naissent deux rivières : la Lavançon, traversant Bex en pays bernois, et la Luzerne, traversant le Valais. Le 23 septembre, un bruit souterrain intense fut entendu sur la montagne de Cheville, augmentant le lendemain et continuant pendant 24 heures avec une violence comparable à des détonations de canons. Une fumée épaisse et une flamme claire émergèrent de la montagne, provoquant l'effondrement de son sommet, qui recouvrit du bétail, plusieurs maisons et obstrua la rivière de Luzerne. Des experts ont conjecturé que la montagne pourrait contenir des mines de soufre et de poix. Les secousses et le bruit se poursuivaient encore au 23 du mois passé.
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3244
p. 284-286
De Berne le 10. Novembre 1714.
Début :
Le premier de ce mois un tres-grand rocher de la Montagne [...]
Mots clefs :
Rocher, Montagne, Berne, Torrent, Poussière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Berne le 10. Novembre 1714.
De Berne le 10. Novembre
1714.
Le premier de ce mois un
tres -grand rocher de la Montagne
de Cheville , où font
les limites de Berne & de
GALANT. 285
Vallais , fe fundit & tomba
dans la Vallée avec quantité
de ſouffre , de bois , & de
pouffiere , qui couvroient foixante
journaux de pâturage ,
&du monde & du bétail , appartenants
aux Vallefans. Le
torrent appellé Lizerne fut
bouché pendant trois jours ,
&il ſe fit enſuite une ouverture
entre le rocher & un bois,
au travers d'une petite Montagne
, & le torrent entraina
des arbres de ſapin de deux
toiſes d'épaiſſeur. Les Montagnes
de Bex n'ont pas cu
t
grand dommage , tous les
286 MERCURE
rochers eftant tombez dansles
terres de Vallais , où il y a cu
dix huit perſonnes tuées ,&
trois de bleffées : une femme
fe trouva enterrée juſques aux
épaules , &deux autres eurent
leurs habits brulez : ces femmes
virent tout ,& eſtant affez
éloignées, elles necrurent pas
que la pouffiere put les bruler.
L'on entendit encore Lundy
dernier ungrandcoup ,& l'on
vit fortir une fumée noire
& rouge ,& la formation de
deux étangs.
1714.
Le premier de ce mois un
tres -grand rocher de la Montagne
de Cheville , où font
les limites de Berne & de
GALANT. 285
Vallais , fe fundit & tomba
dans la Vallée avec quantité
de ſouffre , de bois , & de
pouffiere , qui couvroient foixante
journaux de pâturage ,
&du monde & du bétail , appartenants
aux Vallefans. Le
torrent appellé Lizerne fut
bouché pendant trois jours ,
&il ſe fit enſuite une ouverture
entre le rocher & un bois,
au travers d'une petite Montagne
, & le torrent entraina
des arbres de ſapin de deux
toiſes d'épaiſſeur. Les Montagnes
de Bex n'ont pas cu
t
grand dommage , tous les
286 MERCURE
rochers eftant tombez dansles
terres de Vallais , où il y a cu
dix huit perſonnes tuées ,&
trois de bleffées : une femme
fe trouva enterrée juſques aux
épaules , &deux autres eurent
leurs habits brulez : ces femmes
virent tout ,& eſtant affez
éloignées, elles necrurent pas
que la pouffiere put les bruler.
L'on entendit encore Lundy
dernier ungrandcoup ,& l'on
vit fortir une fumée noire
& rouge ,& la formation de
deux étangs.
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Résumé : De Berne le 10. Novembre 1714.
Le 1er novembre 1714, un éboulement majeur s'est produit sur la montagne de Cheville, à la frontière entre Berne et le Valais. Cet événement a causé la chute de soufre, de bois et de poussière sur soixante journaux de pâturages valaisans, entraînant la mort de dix-huit personnes et blessant trois autres. Une femme a été partiellement ensevelie, tandis que deux autres ont eu leurs vêtements brûlés par la poussière enflammée. Le torrent de la Lizerne a été obstrué pendant trois jours avant de se libérer, emportant des arbres de sapin de deux toises d'épaisseur. Les montagnes de Bex ont subi peu de dommages, les rochers étant principalement tombés sur les terres valaisannes. Le 9 novembre, un bruit violent accompagné de fumée noire et rouge a été observé, et deux étangs se sont formés.
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3245
p. 286-305
Extrait d'un Discours éloquent que M. Herault, Avocat du Roy du Chastelet, a prononcé dans la Grande Chambre de cette Cour le 22. Octobre dernier. [titre d'après la table]
Début :
Je ne suis pas le maistre de satisfaire l'empressement que / [...]
Mots clefs :
Avocat, Homme, Esprit, Probité, Justice, Vertu, Vérité, Lumières, Ennemis, Confiance, Paix, Qualités, Honnête homme, Orateur, Éloquence, Qualités du coeur, Avocat, Avocat du roi au Châtelet
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texteReconnaissance textuelle : Extrait d'un Discours éloquent que M. Herault, Avocat du Roy du Chastelet, a prononcé dans la Grande Chambre de cette Cour le 22. Octobre dernier. [titre d'après la table]
Je ne fuis pas le maiſtrede
fatisfaire l'empreſſement que
GALANT. 287
vous me marquez , Meffieurs ,
pour les Pieces d'Eloquence
que leurs Auteurs , quelques
belles qu'elles foient ,& malgré
les applaudiſſemens qu'elles
ont receuës de tous ceux
qui les ont entendu prononcer
, n'aiment ſouvent pas à
rendre publiques. S'il ne tenoit
qu'à moyde vousen fairepart,
jecroy querien ne feroit plus
capable de contenter parfaite.
ment voſtre curiofité que le
Diſcours que MonfieurChauvelin
Avocat General fit dans
le Parlement , le 26. Novembre
dernier , ſur laréputation
188 MERCURE
des Avocats ,j'en ay entendur
de quelques uns de fes Audi
teurs ,&lû des fragmens dans
une Gazette de Hollande
dont je croy qu'il n'approuveroit
pas la peine qu'on prendroit
de les imiter. Je ſerois
preſquedans le même embarras
au ſujet de la Harangue de
M. Herault Avocat du Roy
du Chaſtelet , fi un de mes
amis n'avoit pas pris le ſoin
d'en ramaffer exactement les
morceaux que vous allez lire.
C'eſt un preſent qu'il m'a fait,
& certainement un preſent
que jecroy vous faire.
Le
GALANT. 289
A
Le but queM. Herault s'eſt
propoſé dans leDifcours qu'il
a fait aux Avocats à la
rentrée du Chaſtelet , a été de
leur faire perfuader que les
qualitez du coeur ſont preferables
à celles de l'eſprit. Loin ,
dit- il , de trop donner à la gloire
qui vient de l'esprit , affeurons
aux qualitez du coeur la préference
qu'elles meritent ,
fons voir qu'ellesfontplus effentielles
à l'Avocat que celles de
l'esprit. L'Orateur , continuet-
il un peu plus loin , doit eftre
honneste homme , éloquent, mais
la probitéfait le fond de fon ca-
Decembre 1714. Bb
fai290
MERCURE
1
ractere , l'éloquence n'en estpour
ainſi dire , que le colori : la probité
demande ſes demande festpremiersfoins , l'art
de bien dire ne demande que les
Seconds.Orator, ditQuintilien ,
vir bonus , dicendi peritus ...
vous en conviendrez bientoft ,
ajoute t- il , vous eſtes,nous ofons
le dire , neceffaires auxMagiftrats.
Le Jugefait par vous ce
qu'il ne peutfaire parluy-mêm ;
par vous , il demaſque les fourbes
qui viennent par des dehors
trompeurs furprendreſon équité,
en ſurprenant ſa compaffion. Par
à travers un amas confus
de circonstances embroüillées , il
vous
GALANT. 291
va reconnoijtre delivrer l'innocence
opprimée par l'imposture :
c'est par vous qu'il fuit la chicane
dans tous ſes détours , vous
luy montrez la verité, c'estàluy
de la vanger. Qui réuffira le
mieux dans ſes fonctions ſi importantes
& fihonorables ? qui
remplira mieux l'attente dufuge?
ou l'Avocat habile , fans probité,
ou l'Avocat honnestehomme.
Le premier aveuglé par l'in
terest, ou féduit par ta preſomption
, entreprendra la deffenſe
des cauſes les plus injustes , se
fiant trop à luy même , il aura
trop peu d'application pour les
Bbij
292 MERCURE
ilmé.
autres , plus il fera éloquent ,
plus ilfera dangereux ; aux lumieres
pures qui éclairent ,
lera un fauxbrillant qui ébloüit ,
ſaſcience luy fournira de ſpécieuses
raiſons pourparer le men-
Jonge , &fon industrie luy mettra
en mains des Armes pour combattre
la justice ; il puiſera dans
Son efprit millemoyens capcieux ,
mille détours peu finceres : icy il
donnera de belles couleurs à la
cupidité , il mettra l'innocence
dans unfaux jour , nul fcrupule
d'impofer aux Magistrats, de calomnier
ſes Parties , de trabir
mêmeſes Clients . Que d'intriGALANT.
293
gues. Car de quoy ne peut pas
eftre capable un Avocat avec un
bel eſprit ,fans un bon
beaucoup de lumieres
coeur, avec
د
;
peu
efde
probité ; en un mot qui est
habilefans estre honneſte homme.
Au contraire , dit il, dans un
autre endroit , à la loüarige
d'un Avocat honneſte hom,
me , le fuge instruit d'une cause
parun Avocat, qui avec un
prit mediocre , joint une vertu
qui ne l'estpas ,qui à la verité,
a moins d'éloquence , mais plus
de bonnefoy , habile, non pas autant
qu'on peut le foubaitter ,
mais autant qu'on peut lefou-
Bb iij
294 MERCURE
>
haitter honneste homme : comme
il n'a pas un grand fonds d'érudition
, il a la Justice pour fin
laſageſſe pour confeil , comme
c'est la droiture de ſon coeur
qui fait celle de ſon esprit ,fon
esprit ne porte jamais de faußes
lumieres dansfon coeur , fcrupuleuxſurtout,
il cherchepluſtoſtà
affurer le repos de ſa confcience ,
qu'à se preparer l'honneur d'une
victoire, il nese laiſſe ni émouvoir
par l'autorité , ni entraîner
par une compaffion aveugle qui
n'envisage dans la mifere ,que la
miſere même , il neprête ſon ſecours
à l'affligéquelorsqu'ilmerite
GALANT. 295
d'estre jecouru , il ne prend fous
Sa protection l'opprimé , que ,
quand il reconnoît injuste la puif-
Jance qui l'accable , ex par- là
digne enfin de la confiance du Juge,
lefuge avec luy marche en
feureté, & dans le cahos d'une
cauſe que la cupidité avoit pris
Soin d'embarraffer , il ne craint
p'us qu'on ne lui déguise,ou qu'on
ne luy ſupprimeſes faiis , qu'on
ne ſubſtiriüe la vray-Jemblance
à la verité , qu'au lieu de développer
lesens de la Loy ,on ne luy
coorrrroommmpppee le texte qu'au licu en
2
d'éclairerſon eſprit on ne s'appli
que àfurprendre ſon coeur , il ſe
B b iiij
८
296 MERCURE
repoſe enfinfur l'attention exacte
de l'Orateur qui l'empêche de ſe
tromper luy-même , &fur la
bonne foy qui luyfait ignorer
l'art funeste de tromper les autres
... SSii ll''oonn eefsttccoonduitparla droiture
de ſon coeur , on est toujours
habile à conduire les autres par
les routes de la ſageſſe , on sçait
tout dans une ſcience où le coeur
est le Maistre qui inſtruit ....
En parlant de l'Avocat
fans probité , le coeur , dit- il ,
n'a que trop d'empireſur l'esprit ,
la raison devroit le conduire
c'eſt luy qui domine la raison , il
la réduit enfervitude , il ne luy
GALANT. 197
permet plus d'écouter la ſageße
qui luy feroit connoiſtre la justice
ola verité , il faut que l'esprit
malgréluy , penſe comme le coeur
fent ,&fi le coeur est esclave de
quelque paſſion , il faut que la
raiſon pour estre écoutée apprenne
le langage de cette paſſion....
L'Avocat honneste homme neſe
laiſſegagner ny intimider ; il ne
craint d'avoir pour ennemis que
la verité , infenfible aux plus
touchantes prieres , rien ne le
frappe que lajustice ,rien ne luy
est recommandable que la justice,
&s'il en estoit beſoin , il la défendroit
contre le fuge même....
298 MERCURE
1
د
S'il manque de brillant pour
furprendre , il nemanque point de
force pour convaincre... En un
mot la veritéſur les lévres de
l'honneste homme ,fait aimer
fait triompher la justice ; &jamais
lajustice neſe trouveparlay
la victime de l'interest.
Le Client , les Parties , tout
l'Etat est intereßé à la probité
de l'Avocat , & il ne faut pas
croire que lorſqu'il s'acquitte de
fes fonctions , il le ſerve moins
que les guerriers qui repouſſent
loin de nos frontieres , ceux qui
qui les attaquent. L'Etat porte
dans ſes entrailles des ennemis
د
THEQUE DELAVILL
nous a
GALANT
plus dangereux , &plus remuans
que toutes les Puißances liguées
au dehors : ne parlons même plus
d'ennemis étrangers , aujourdhuy
que la ſageße du Roy
rendu la Paix,fans qu'il luy
ait coûté tout ce que ſon amour
pourfonpeuple, estoitprest de luy
Sacrifier aujourd'huy que ce
Monarque grand dans l'une
l'autrefortune,faifiſſant le moment
heureux que fa pieté avoit
obtenu du Ciel , a changé une
partie de nos ennemis en alliez
zelez, & réduit l'autre par la
force de ses armes , aujourd'huy
د
qu'il leur donne en Vainqueur ,
300 MERCURE
la Paix qu'ils luy avoient refufée.
Enfin , conclut-il dans la
premiere partie de ſon difcours
, glorieuse profeſſion , dans
laquelle rien ne borne l'honneur
de servir l'Etat, ou pendant la
guerre on a l'avantage de faire
gouter par la justice ,les fruits
de la Paix , ou pendant la Paix
on a la gloire de receüillir les
Lauriers qui viennentse confondre
avec les Palmes .
Dans la ſeconde partie , Ce
n'est pas aßz , dit- il , que l'Avocat
, avec les qualitez du coeur
foitplus utile auxJuges &au
GALANT . 301
Public , qu'avec les qualicez de
l'esprit , il estencoreplus utile à
luy-même.
Qu'il est aisé de concevoir ce
que la renommée en aura bientoft
publié , ce que la réputation
luy procurera de confiance,ceque
fa
la confiance luy attirera de nouveaux
Chents ; l'on verra les
innocens & les opprimez sempreffer
également aprés luy
maison devenir frequentéc comme
unTemple ,ſes décisions écoutées,
receuës comme des Oracles.
Il a le coeur compatißant; qui eft
la veuve , quifontles orphelins,
quifont les malheureux qui neſe
302 MERCURE
trouvent intereßezàl'avoir pour
Patron. Il est incapable de tromper
, les grands
les petits se Je
croiront donc également enſeuretéen
le rendant l'arbitre de leur
fortune ,&vous ne le verrez
descendre du Barreau , que pour
venir exercer chez luy uneMagiftrature
domestique d'autant
pius floriſſante qu'elle n'aura
pour titre que la vertu même....
Ne pensez pas d'ailleurs , que
pour devenir homme privéildevienne
pour cela homme moins
neceffaire à la Republique , Sa
maison n'est plus afſiegée des
plaideurs , mais son cabinet est
GALANT. 303
l'école de la vertu , on s'y affemble
en foule pour s'y instruire
les jeunes le prennent pour leur
maiſtre ,les autres ſefe le choiſiſſent
pourleur conſeil , tous ont en luy
la même confiance ; c'est la vertu
& la probité qui l'ont formé ,
peut- on suivre de plus fideles
guides.... Qu'elle excuſe pourroit
apporter Orateur,fi les qualitez
effentielles luy manquoient
puiſque lafacilité deles acquerir
égale encore la neceffité de les
poffeder.
Quant aux Procureurs ....
manquent- ils deScience,lesFuges
peuventy suppléer par leurs
304 MERCURE
lumieres ; mais lorsqu'ils manquent
de probité ; les Juges ne
peuventysuppléerparleur vertu.
Perfectionnez vostre coeur , il eft
le centre des paſſions quand on le
neglige ; il est leprincipe de toutes
les vertus ,quand on le cultive.
Enfin voicy comme il conclut,
Pourquoy dans la ſocieté civile ,
voyez vous qu'onsevanteſiſouvent
d'avoir un bon coeur , &fi
rarement d'avoir un bel eſprit ;
l'amour proprey trouvefon compte;
c'est qu'enſepiquant du bon
coeur on oublie rien pour fon
éloge,au lieu qu'enſepiquantseulement
du bel eſprit , on laiffe
,
mille
GALANT. 305
mille défauts à foupçonner :en
un mot ( croyez nous ) le bon coeur
est tout à la fois ce qui ſoutient
la dignité de l'Avocat , &ce qui
fait le plus grand merite du
Procureur.
fatisfaire l'empreſſement que
GALANT. 287
vous me marquez , Meffieurs ,
pour les Pieces d'Eloquence
que leurs Auteurs , quelques
belles qu'elles foient ,& malgré
les applaudiſſemens qu'elles
ont receuës de tous ceux
qui les ont entendu prononcer
, n'aiment ſouvent pas à
rendre publiques. S'il ne tenoit
qu'à moyde vousen fairepart,
jecroy querien ne feroit plus
capable de contenter parfaite.
ment voſtre curiofité que le
Diſcours que MonfieurChauvelin
Avocat General fit dans
le Parlement , le 26. Novembre
dernier , ſur laréputation
188 MERCURE
des Avocats ,j'en ay entendur
de quelques uns de fes Audi
teurs ,&lû des fragmens dans
une Gazette de Hollande
dont je croy qu'il n'approuveroit
pas la peine qu'on prendroit
de les imiter. Je ſerois
preſquedans le même embarras
au ſujet de la Harangue de
M. Herault Avocat du Roy
du Chaſtelet , fi un de mes
amis n'avoit pas pris le ſoin
d'en ramaffer exactement les
morceaux que vous allez lire.
C'eſt un preſent qu'il m'a fait,
& certainement un preſent
que jecroy vous faire.
Le
GALANT. 289
A
Le but queM. Herault s'eſt
propoſé dans leDifcours qu'il
a fait aux Avocats à la
rentrée du Chaſtelet , a été de
leur faire perfuader que les
qualitez du coeur ſont preferables
à celles de l'eſprit. Loin ,
dit- il , de trop donner à la gloire
qui vient de l'esprit , affeurons
aux qualitez du coeur la préference
qu'elles meritent ,
fons voir qu'ellesfontplus effentielles
à l'Avocat que celles de
l'esprit. L'Orateur , continuet-
il un peu plus loin , doit eftre
honneste homme , éloquent, mais
la probitéfait le fond de fon ca-
Decembre 1714. Bb
fai290
MERCURE
1
ractere , l'éloquence n'en estpour
ainſi dire , que le colori : la probité
demande ſes demande festpremiersfoins , l'art
de bien dire ne demande que les
Seconds.Orator, ditQuintilien ,
vir bonus , dicendi peritus ...
vous en conviendrez bientoft ,
ajoute t- il , vous eſtes,nous ofons
le dire , neceffaires auxMagiftrats.
Le Jugefait par vous ce
qu'il ne peutfaire parluy-mêm ;
par vous , il demaſque les fourbes
qui viennent par des dehors
trompeurs furprendreſon équité,
en ſurprenant ſa compaffion. Par
à travers un amas confus
de circonstances embroüillées , il
vous
GALANT. 291
va reconnoijtre delivrer l'innocence
opprimée par l'imposture :
c'est par vous qu'il fuit la chicane
dans tous ſes détours , vous
luy montrez la verité, c'estàluy
de la vanger. Qui réuffira le
mieux dans ſes fonctions ſi importantes
& fihonorables ? qui
remplira mieux l'attente dufuge?
ou l'Avocat habile , fans probité,
ou l'Avocat honnestehomme.
Le premier aveuglé par l'in
terest, ou féduit par ta preſomption
, entreprendra la deffenſe
des cauſes les plus injustes , se
fiant trop à luy même , il aura
trop peu d'application pour les
Bbij
292 MERCURE
ilmé.
autres , plus il fera éloquent ,
plus ilfera dangereux ; aux lumieres
pures qui éclairent ,
lera un fauxbrillant qui ébloüit ,
ſaſcience luy fournira de ſpécieuses
raiſons pourparer le men-
Jonge , &fon industrie luy mettra
en mains des Armes pour combattre
la justice ; il puiſera dans
Son efprit millemoyens capcieux ,
mille détours peu finceres : icy il
donnera de belles couleurs à la
cupidité , il mettra l'innocence
dans unfaux jour , nul fcrupule
d'impofer aux Magistrats, de calomnier
ſes Parties , de trabir
mêmeſes Clients . Que d'intriGALANT.
293
gues. Car de quoy ne peut pas
eftre capable un Avocat avec un
bel eſprit ,fans un bon
beaucoup de lumieres
coeur, avec
د
;
peu
efde
probité ; en un mot qui est
habilefans estre honneſte homme.
Au contraire , dit il, dans un
autre endroit , à la loüarige
d'un Avocat honneſte hom,
me , le fuge instruit d'une cause
parun Avocat, qui avec un
prit mediocre , joint une vertu
qui ne l'estpas ,qui à la verité,
a moins d'éloquence , mais plus
de bonnefoy , habile, non pas autant
qu'on peut le foubaitter ,
mais autant qu'on peut lefou-
Bb iij
294 MERCURE
>
haitter honneste homme : comme
il n'a pas un grand fonds d'érudition
, il a la Justice pour fin
laſageſſe pour confeil , comme
c'est la droiture de ſon coeur
qui fait celle de ſon esprit ,fon
esprit ne porte jamais de faußes
lumieres dansfon coeur , fcrupuleuxſurtout,
il cherchepluſtoſtà
affurer le repos de ſa confcience ,
qu'à se preparer l'honneur d'une
victoire, il nese laiſſe ni émouvoir
par l'autorité , ni entraîner
par une compaffion aveugle qui
n'envisage dans la mifere ,que la
miſere même , il neprête ſon ſecours
à l'affligéquelorsqu'ilmerite
GALANT. 295
d'estre jecouru , il ne prend fous
Sa protection l'opprimé , que ,
quand il reconnoît injuste la puif-
Jance qui l'accable , ex par- là
digne enfin de la confiance du Juge,
lefuge avec luy marche en
feureté, & dans le cahos d'une
cauſe que la cupidité avoit pris
Soin d'embarraffer , il ne craint
p'us qu'on ne lui déguise,ou qu'on
ne luy ſupprimeſes faiis , qu'on
ne ſubſtiriüe la vray-Jemblance
à la verité , qu'au lieu de développer
lesens de la Loy ,on ne luy
coorrrroommmpppee le texte qu'au licu en
2
d'éclairerſon eſprit on ne s'appli
que àfurprendre ſon coeur , il ſe
B b iiij
८
296 MERCURE
repoſe enfinfur l'attention exacte
de l'Orateur qui l'empêche de ſe
tromper luy-même , &fur la
bonne foy qui luyfait ignorer
l'art funeste de tromper les autres
... SSii ll''oonn eefsttccoonduitparla droiture
de ſon coeur , on est toujours
habile à conduire les autres par
les routes de la ſageſſe , on sçait
tout dans une ſcience où le coeur
est le Maistre qui inſtruit ....
En parlant de l'Avocat
fans probité , le coeur , dit- il ,
n'a que trop d'empireſur l'esprit ,
la raison devroit le conduire
c'eſt luy qui domine la raison , il
la réduit enfervitude , il ne luy
GALANT. 197
permet plus d'écouter la ſageße
qui luy feroit connoiſtre la justice
ola verité , il faut que l'esprit
malgréluy , penſe comme le coeur
fent ,&fi le coeur est esclave de
quelque paſſion , il faut que la
raiſon pour estre écoutée apprenne
le langage de cette paſſion....
L'Avocat honneste homme neſe
laiſſegagner ny intimider ; il ne
craint d'avoir pour ennemis que
la verité , infenfible aux plus
touchantes prieres , rien ne le
frappe que lajustice ,rien ne luy
est recommandable que la justice,
&s'il en estoit beſoin , il la défendroit
contre le fuge même....
298 MERCURE
1
د
S'il manque de brillant pour
furprendre , il nemanque point de
force pour convaincre... En un
mot la veritéſur les lévres de
l'honneste homme ,fait aimer
fait triompher la justice ; &jamais
lajustice neſe trouveparlay
la victime de l'interest.
Le Client , les Parties , tout
l'Etat est intereßé à la probité
de l'Avocat , & il ne faut pas
croire que lorſqu'il s'acquitte de
fes fonctions , il le ſerve moins
que les guerriers qui repouſſent
loin de nos frontieres , ceux qui
qui les attaquent. L'Etat porte
dans ſes entrailles des ennemis
د
THEQUE DELAVILL
nous a
GALANT
plus dangereux , &plus remuans
que toutes les Puißances liguées
au dehors : ne parlons même plus
d'ennemis étrangers , aujourdhuy
que la ſageße du Roy
rendu la Paix,fans qu'il luy
ait coûté tout ce que ſon amour
pourfonpeuple, estoitprest de luy
Sacrifier aujourd'huy que ce
Monarque grand dans l'une
l'autrefortune,faifiſſant le moment
heureux que fa pieté avoit
obtenu du Ciel , a changé une
partie de nos ennemis en alliez
zelez, & réduit l'autre par la
force de ses armes , aujourd'huy
د
qu'il leur donne en Vainqueur ,
300 MERCURE
la Paix qu'ils luy avoient refufée.
Enfin , conclut-il dans la
premiere partie de ſon difcours
, glorieuse profeſſion , dans
laquelle rien ne borne l'honneur
de servir l'Etat, ou pendant la
guerre on a l'avantage de faire
gouter par la justice ,les fruits
de la Paix , ou pendant la Paix
on a la gloire de receüillir les
Lauriers qui viennentse confondre
avec les Palmes .
Dans la ſeconde partie , Ce
n'est pas aßz , dit- il , que l'Avocat
, avec les qualitez du coeur
foitplus utile auxJuges &au
GALANT . 301
Public , qu'avec les qualicez de
l'esprit , il estencoreplus utile à
luy-même.
Qu'il est aisé de concevoir ce
que la renommée en aura bientoft
publié , ce que la réputation
luy procurera de confiance,ceque
fa
la confiance luy attirera de nouveaux
Chents ; l'on verra les
innocens & les opprimez sempreffer
également aprés luy
maison devenir frequentéc comme
unTemple ,ſes décisions écoutées,
receuës comme des Oracles.
Il a le coeur compatißant; qui eft
la veuve , quifontles orphelins,
quifont les malheureux qui neſe
302 MERCURE
trouvent intereßezàl'avoir pour
Patron. Il est incapable de tromper
, les grands
les petits se Je
croiront donc également enſeuretéen
le rendant l'arbitre de leur
fortune ,&vous ne le verrez
descendre du Barreau , que pour
venir exercer chez luy uneMagiftrature
domestique d'autant
pius floriſſante qu'elle n'aura
pour titre que la vertu même....
Ne pensez pas d'ailleurs , que
pour devenir homme privéildevienne
pour cela homme moins
neceffaire à la Republique , Sa
maison n'est plus afſiegée des
plaideurs , mais son cabinet est
GALANT. 303
l'école de la vertu , on s'y affemble
en foule pour s'y instruire
les jeunes le prennent pour leur
maiſtre ,les autres ſefe le choiſiſſent
pourleur conſeil , tous ont en luy
la même confiance ; c'est la vertu
& la probité qui l'ont formé ,
peut- on suivre de plus fideles
guides.... Qu'elle excuſe pourroit
apporter Orateur,fi les qualitez
effentielles luy manquoient
puiſque lafacilité deles acquerir
égale encore la neceffité de les
poffeder.
Quant aux Procureurs ....
manquent- ils deScience,lesFuges
peuventy suppléer par leurs
304 MERCURE
lumieres ; mais lorsqu'ils manquent
de probité ; les Juges ne
peuventysuppléerparleur vertu.
Perfectionnez vostre coeur , il eft
le centre des paſſions quand on le
neglige ; il est leprincipe de toutes
les vertus ,quand on le cultive.
Enfin voicy comme il conclut,
Pourquoy dans la ſocieté civile ,
voyez vous qu'onsevanteſiſouvent
d'avoir un bon coeur , &fi
rarement d'avoir un bel eſprit ;
l'amour proprey trouvefon compte;
c'est qu'enſepiquant du bon
coeur on oublie rien pour fon
éloge,au lieu qu'enſepiquantseulement
du bel eſprit , on laiffe
,
mille
GALANT. 305
mille défauts à foupçonner :en
un mot ( croyez nous ) le bon coeur
est tout à la fois ce qui ſoutient
la dignité de l'Avocat , &ce qui
fait le plus grand merite du
Procureur.
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Résumé : Extrait d'un Discours éloquent que M. Herault, Avocat du Roy du Chastelet, a prononcé dans la Grande Chambre de cette Cour le 22. Octobre dernier. [titre d'après la table]
Le Mercure Galant de décembre 1714 mentionne deux discours récents. Le premier, prononcé par Monsieur Chauvelin au Parlement le 26 novembre précédent, n'est pas détaillé. Le second, tenu par Monsieur Hérault, Avocat du Roi au Châtelet, lors de la rentrée du Châtelet, souligne la supériorité des qualités du cœur sur celles de l'esprit pour un avocat. Hérault met en avant la nécessité de la probité, considérant l'éloquence comme un simple accessoire. Un avocat honnête et probe aide les magistrats à démêler la vérité et à rendre justice, tandis qu'un avocat habile mais sans probité peut être dangereux en utilisant son éloquence pour tromper. Le texte insiste sur le rôle crucial de l'avocat honnête dans la société, qui défend la justice. Il doit comprendre et parler le langage des passions humaines, car la raison seule ne suffit pas. L'avocat honnête sert la vérité et la justice, même contre le pouvoir souverain. Sa probité est essentielle pour les clients, les parties et l'État, qui combat des ennemis intérieurs plus dangereux que les menaces extérieures. L'avocat, par sa probité et sa compétence, attire la confiance et devient un refuge pour les innocents et les opprimés. Même après avoir quitté le barreau, il continue de servir la République en étant un modèle de vertu et de probité. Le texte souligne également l'importance de la probité des procureurs, qui ne peut être compensée par la science ou la vertu des juges. La probité est essentielle pour maintenir la dignité de l'avocat et constitue la plus grande qualité du procureur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3246
p. 312-313
« Pendant que nous sommes dans les Pays Etrangers, il n'en [...] »
Début :
Pendant que nous sommes dans les Pays Etrangers, il n'en [...]
Mots clefs :
Vers, Pays étrangers, Port de Dunkerque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Pendant que nous sommes dans les Pays Etrangers, il n'en [...] »
Pendant que nous ſommes
dans les Pays Etrangers, il n'en
coutera pas davantage d'y refter
quelques quarts d'heure
de plus, pour y voir en paſſant
les debris &les ruines du Port
de Dunkerque , dont les Gazertes
GALANT. 313
4
zettes , le Mercure & Verdun
ont pris le ſoin de publier la
demolition , qui a tellement
affligé un homme d'eſprit de
cette Ville , qu'il m'en a envoyé
des marques de ſa douleur
en Vers Latins , que les
Dames liront affeurement
avec beaucoup de plaifir .Pour
moy je les trouve fort beaux.
dans les Pays Etrangers, il n'en
coutera pas davantage d'y refter
quelques quarts d'heure
de plus, pour y voir en paſſant
les debris &les ruines du Port
de Dunkerque , dont les Gazertes
GALANT. 313
4
zettes , le Mercure & Verdun
ont pris le ſoin de publier la
demolition , qui a tellement
affligé un homme d'eſprit de
cette Ville , qu'il m'en a envoyé
des marques de ſa douleur
en Vers Latins , que les
Dames liront affeurement
avec beaucoup de plaifir .Pour
moy je les trouve fort beaux.
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Résumé : « Pendant que nous sommes dans les Pays Etrangers, il n'en [...] »
L'auteur recommande de visiter les ruines du port de Dunkerque lors d'un séjour aux Pays Étrangers. La démolition du port a été relatée par plusieurs publications comme les Gazettes Galantes, le Mercure et Verdun. Un habitant de Dunkerque a exprimé sa tristesse par des vers latins, jugés beaux par l'auteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3247
p. 316-320
PRINCIPALES Obligations des Chevaliers, des Ecclesiastiques, & des Freres Servans de l'Ordre Royal, Hospitalier, & Militaire de Nostre-Dame de Mont-Carmel, & de S. Lazare, suivant les Bulles des Papes, & les Statuts de l'Ordre.
Début :
Le 18. de ce mois M. de l'Escorailles fut reçû dans l'Eglise / On est obligé d'aller à la Guerre contre les ennemis de [...]
Mots clefs :
Obligations, Chevaliers, Ecclésiastiques, Statuts, Notre-Dame du Mont-Carmel, Bulles des papes
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texteReconnaissance textuelle : PRINCIPALES Obligations des Chevaliers, des Ecclesiastiques, & des Freres Servans de l'Ordre Royal, Hospitalier, & Militaire de Nostre-Dame de Mont-Carmel, & de S. Lazare, suivant les Bulles des Papes, & les Statuts de l'Ordre.
Le 18. de ce mois M. de
l'Eſcorailles fut reçû dans l'Egliſe
de l'Abbaye de S. Germain
des Prez,Chevalier de S.
Lazare par M le Marquis de
Dangeau Grand Maistre de
cet Ordre , dont voicy les
Obligations & les Statuts.
GALANT. 317
:
PRINCIPALES
Obligations des Chevaliers ,
desEcclefiaftiques , &des Freres
Servans de l'Ordre Royal,
Hospitalier , e Militaire de
Noftre-DamedeMont-Carmel
, & de S. Lazare ,fui
vant les Bulles desPapes,
les Statuts de l'Ordre.
On est obligé d'aller à la
Guerre contre les ennemis de
la Foy , & de la Religion Catholique
, lorſqu'il eſt commandé
par le Roy ouleGrand
Maiſtre .
Ddüj
18 MERCURE
On doitgarder 1 Hofpitalité
envers les pauvres lépreux.
On doit dire tous les jours
le petit Office de Noſtre-Dame
à l'uſage de l'Ordre , ou
laCouronne de la Vierge.
Ondoit faire abſtinence de
viande tous les Mecredis de
chaque Semaine , & entendre
la Meſſe tous les Samedis.
On doit ſe confeffer , &
communier les Feſtes de la
Vierge , & particulierement
le jour de Noſtre-Dame de
Mont Carmel.
On ne peut le marier que
deux fois ,& l'on peut époufer
GALANT. 319
une des deux fois une veuve.
On est obligé de porter une
Croix d'or aux Emaux de
l'Ordre, attachée àunCordon
amarante ,& les Freres Servans
une Medaille aux mêmes
Emaux, attachée à une chaî
ne , & fans rubans.
Un des principaux Privileges
de l'Ordre eſt que les
les Chevaliers&Freres , quoique
matiez & non tonfurez ,
peuvent avoir , & tenir des
Penſions fur toute forte de
Benefices à l'exception des
Cures , juſqu'à mille Ducats
d'or dela Chambre Apofto,
Dd iiij
*
320 MERCURE
lique , évaluez environ à fix
mil livres monnoyedeFrance.
Ces Devoirs & Obligations
n'engagent point les Chevaliers
, les Eccleſiaſtiques , &
les Freres Servans ſur peine
de peché mortel , le Grand-
Maiſtre les en peut diſpenſer.
M. d'Eſcorailles eſt d'une
Maiſon des plus anciennes &
des mieux alliées de la Provin.
ce d'Auvergne , dont eſtoit
feuë Madame la Ducheſſe de
Fontange.
l'Eſcorailles fut reçû dans l'Egliſe
de l'Abbaye de S. Germain
des Prez,Chevalier de S.
Lazare par M le Marquis de
Dangeau Grand Maistre de
cet Ordre , dont voicy les
Obligations & les Statuts.
GALANT. 317
:
PRINCIPALES
Obligations des Chevaliers ,
desEcclefiaftiques , &des Freres
Servans de l'Ordre Royal,
Hospitalier , e Militaire de
Noftre-DamedeMont-Carmel
, & de S. Lazare ,fui
vant les Bulles desPapes,
les Statuts de l'Ordre.
On est obligé d'aller à la
Guerre contre les ennemis de
la Foy , & de la Religion Catholique
, lorſqu'il eſt commandé
par le Roy ouleGrand
Maiſtre .
Ddüj
18 MERCURE
On doitgarder 1 Hofpitalité
envers les pauvres lépreux.
On doit dire tous les jours
le petit Office de Noſtre-Dame
à l'uſage de l'Ordre , ou
laCouronne de la Vierge.
Ondoit faire abſtinence de
viande tous les Mecredis de
chaque Semaine , & entendre
la Meſſe tous les Samedis.
On doit ſe confeffer , &
communier les Feſtes de la
Vierge , & particulierement
le jour de Noſtre-Dame de
Mont Carmel.
On ne peut le marier que
deux fois ,& l'on peut époufer
GALANT. 319
une des deux fois une veuve.
On est obligé de porter une
Croix d'or aux Emaux de
l'Ordre, attachée àunCordon
amarante ,& les Freres Servans
une Medaille aux mêmes
Emaux, attachée à une chaî
ne , & fans rubans.
Un des principaux Privileges
de l'Ordre eſt que les
les Chevaliers&Freres , quoique
matiez & non tonfurez ,
peuvent avoir , & tenir des
Penſions fur toute forte de
Benefices à l'exception des
Cures , juſqu'à mille Ducats
d'or dela Chambre Apofto,
Dd iiij
*
320 MERCURE
lique , évaluez environ à fix
mil livres monnoyedeFrance.
Ces Devoirs & Obligations
n'engagent point les Chevaliers
, les Eccleſiaſtiques , &
les Freres Servans ſur peine
de peché mortel , le Grand-
Maiſtre les en peut diſpenſer.
M. d'Eſcorailles eſt d'une
Maiſon des plus anciennes &
des mieux alliées de la Provin.
ce d'Auvergne , dont eſtoit
feuë Madame la Ducheſſe de
Fontange.
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Résumé : PRINCIPALES Obligations des Chevaliers, des Ecclesiastiques, & des Freres Servans de l'Ordre Royal, Hospitalier, & Militaire de Nostre-Dame de Mont-Carmel, & de S. Lazare, suivant les Bulles des Papes, & les Statuts de l'Ordre.
Le 18 du mois, Monsieur de l'Escorailles a été accueilli dans l'Église de l'Abbaye de Saint-Germain-des-Prés comme Chevalier de Saint-Lazare par le Marquis de Dangeau, Grand Maître de cet Ordre. Les obligations de l'Ordre Royal, Hospitalier et Militaire de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare ont été exposées. Elles incluent la participation à la guerre contre les ennemis de la foi catholique sur ordre du roi ou du Grand Maître, l'accueil des pauvres lépreux, la récitation quotidienne du petit office de Notre-Dame ou de la Couronne de la Vierge, l'abstinence de viande les mercredis, l'assistance à la messe les samedis, et la confession ainsi que la communion lors des fêtes de la Vierge, notamment le jour de Notre-Dame du Mont-Carmel. Les chevaliers peuvent se marier jusqu'à deux fois, avec la possibilité d'épouser une veuve une seule fois. Ils doivent porter une croix d'or aux émaux de l'Ordre attachée à un cordon amarante, tandis que les frères servants portent une médaille similaire attachée à une chaîne sans rubans. Un privilège notable est la possibilité pour les chevaliers et frères, même mariés et non tonsurés, de recevoir des pensions sur divers bénéfices, sauf les cures, jusqu'à mille ducats d'or de la Chambre Apostolique, évalués à environ six mille livres monnaie de France. Ces devoirs n'engagent pas les membres sur peine de péché mortel, le Grand Maître pouvant les en dispenser. Monsieur de l'Escorailles appartient à une des maisons les plus anciennes et bien alliées de la province d'Auvergne, dont faisait partie feu Madame la Duchesse de Fontange.
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3248
p. 320-331
MARIAGES.
Début :
J'aurais esté bien fâché de n'avoir point de Mariages ce / Messire Loüis-Vincent de Goesbriand, Marquis de [...]
Mots clefs :
Chevalier, Roi, Alliances, Seigneur, Marquis, Comte, Armées, Chevalier de l'ordre du roi, Fils
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texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
J'aurois eſté bien fâché de
n'avoir point de Mariages co
mois- cy , mais on vient heu
GALANT. 321
reuſement de m'en apporter
deux trop confiderables pour
n'en pas faire honneur à mon
Journal.
MARIAGES.
Meſſire Loüis - Vincent
de Goefbriand , Marquis de
Goëfbriand , a épouſé le ...
Damoiſelle Marie Roſalie de
Chaſtillon , focur puînée de
Mademoiselle de Chaſtillon ;
dont je vous appris il ya quelques
mois le mariage avec M.
le Comte de Bacqueville du
nom de Boyvin , & fille de
/
322 MERCURE
Meffire Alexis Henry , Marquis
de Chaftillon , Chevalier
des Ordres du Roy, cy-devant
Premier Gentilhomme
de la Chambre de S.A. R. M.
Duc d'Orleans , & de Dame
Marie Roſalie de Broüilly de
Piennes , foeur de Madame
la Ducheffe d'Aumont.
L'Hiftoire Genealogique de
laMaiſon de Chaftillon ayant
efté donnée au Public par le
celebre André du Cheſne , en
un Volume in folio , & fe
trouvant encore rapportée
dans la nouvelle Hiſtoire des
grands Officiers de la Cou-
1
GALANT. 323
ronne par le ſieur du Fourny ,
on ſe contentera de dire icy
que cette Maiſon & celle de
Montmorency ne le cedent à
aucuneMaiſon du Royaume
pourl'ancienneté, la grandeur
des alliances ,&qu'elles les furpaffent
toutes fans contredit
par le luſtre & grandes Charges
de la Couronne qu'elles
ont poſſedées de tout temps.
Meffire Alexis Magdelaine
Rofalie de Chaſtillon, Comte
de Chaſtillon , Colonel d'un
Regiment de Dragons , de
fon nom , Brigadier General
des Armées du Roy , Grand
324 MERCURE
Bailly de Haguenau , & CommiſſaireGeneral
de laCavalcric
Legere de France , Gendre de
Monfieur le Chancelier Voifin
, & couſin germain de
Mesdames de Bacqueville &
de Goefbriand , eft le ſeul
mafle reſtant de cette Illuſtre
Maiſon.
M. le Marquis de Goëfbriand
qui vient de ſe marier,
eſt fils de Meſſire Loüis Vincent
, Marquis de Goëfbriand
en Bretagne , Chevalier des
Ordres du Roy , & Lieutenant
General de ſes Armées ; & de
Dame Marie-MagdelaineD.f
GALANT. 325
maretz , fiile de M. Deſmaretz,
Controlleur General des Finances
de France , & Miniſtre
d'Etat ,, petit fils d Yves de
Goësbriand , Seigneur dudit
lieu , Chevalier de l'Ordre du
Roy , Gouverneur du Château
Toro en Bretagne , encore
vivant , & de Dame Françoiſe
Gabriele de Kerguelay
Dame de Erodon , de Kergoumar
, de Kermorvan , de
Belle- Ifle , & Vicomtefle de
Troboder , & arriere petit fils
de Pierre de Goësbriand , Seigneur
deKergrech , &de Maric
Simon Dame de Penen
326 MERCURE
quer, lequel Pierre citon fils
puîné de François de Goësbriand
, Seigneur de Goefbriand
,Chevalier de l'Ordre
du Roy , Gentilhomme ordi
naire de ſa Chambre , & de
Renée de la Marzeliere , &
petit fils d'Yves , Seigneur de
Goesbriand , Chevalier de
l'Ordre du Roy , inſtituéCa,
pitaine & Gouverneur de la
Ville de Morlaix par Lettres
du 11. Août 155 8. forti d'une
Maiſon connuë en Bretagne
depuis plus de 400. ans ,
& diftinguée par ſes alliances
&par ſes ſervices,
GALANT . 327
-François - Emmanuel de
Cruffol , Comte de Lettrange
& Baron de Privas , &c. a
époulé le 17 Decembre Damoiſelle
Marguerite Colbert
de Villacerf ſa coufine , fille
de Meffire Pierre Gilbert Colbert
,Marquis de Villacerf ,
Premier Maiſtre d'Hoſtel de
Madame la Dauphine , &de
Damoiſelle Marie Magdelaine
de S. Nectaire de Brinon.
La Famille de Colbert eſt originaire
de la Ville deRheims';
elle eſt diſtinguée par ſes grandes
alliances ,par quatre grands
Miniſtres qu'elle a donné à la
328 MERCURE
France ,&par un grandnombre
d'Officiers Generaux des
Armées du Roy dont plufieurs
ont eſté tuez pour le
ſervice de Sa Majefté.
M. le Comte de Leftrange
qui vient de ſe marier , eft
couſin germain de Meffire
Jean Charles de Cruffol , Duc
dUzés, Premier Pair de France
,& fils de Meffire Loüis de
Crufſol , Marquis de Florenfac
, Maréchal des Camps &
Armées du Roy , & Menin
de feu Morſeigneur le Dauphin&
de feuë Marie-Loüiſe
Thereſe de Saint Nectaire
GALANT. 329
1
re Leſtrange. La Maiſon de
Crufſol l'une des plus anciennes
& des plus illuftres
du Royaume , tant par ſes alliances
avec les premieresMaiſons
du Royaume , que par
les grandes Charges & les
grandes Terres qu'elle a pofſedées
, a pris fon nom de la
Terre de Cruſſol ſituée ſur le
Rhône en Vivarais , qu'elle
poſſede de tems immemorial :
le Vicomté d'Uzés fut érigé
enDuché l'an 1565.& en Pairie
en 1572. en faveur d'Antoine
Comte de Crufſol, Scigneur
deLevis &de Florenfac,
Decembre 1714. Ec
330 MERCURE
Chevalier del Ordre du Roy ,
Confeiller au Conſeil Privé
Capitaine de so. Hommes
d'Armes des Ordres du Roy ,
Chevalier d'Honneur de la
Reine Catherine de Medicis
par la mort duquel fans enfans
il paſſa à Jacques deCruffol
ſon frere puîné renommé
alors ſous le nomdu Seigneur
d'Affier , & il eft le trifayeul
de M.le Duc d'Uzés d'à prefent
, & de M. le Comte de
Florenfac , qui a donné heu à
cetArticle. Voyez pour laGenealogie
de cette Maifon,
'Histoire des grands Officiers
GALANT
de la Couronne par M. du
Fourny.
n'avoir point de Mariages co
mois- cy , mais on vient heu
GALANT. 321
reuſement de m'en apporter
deux trop confiderables pour
n'en pas faire honneur à mon
Journal.
MARIAGES.
Meſſire Loüis - Vincent
de Goefbriand , Marquis de
Goëfbriand , a épouſé le ...
Damoiſelle Marie Roſalie de
Chaſtillon , focur puînée de
Mademoiselle de Chaſtillon ;
dont je vous appris il ya quelques
mois le mariage avec M.
le Comte de Bacqueville du
nom de Boyvin , & fille de
/
322 MERCURE
Meffire Alexis Henry , Marquis
de Chaftillon , Chevalier
des Ordres du Roy, cy-devant
Premier Gentilhomme
de la Chambre de S.A. R. M.
Duc d'Orleans , & de Dame
Marie Roſalie de Broüilly de
Piennes , foeur de Madame
la Ducheffe d'Aumont.
L'Hiftoire Genealogique de
laMaiſon de Chaftillon ayant
efté donnée au Public par le
celebre André du Cheſne , en
un Volume in folio , & fe
trouvant encore rapportée
dans la nouvelle Hiſtoire des
grands Officiers de la Cou-
1
GALANT. 323
ronne par le ſieur du Fourny ,
on ſe contentera de dire icy
que cette Maiſon & celle de
Montmorency ne le cedent à
aucuneMaiſon du Royaume
pourl'ancienneté, la grandeur
des alliances ,&qu'elles les furpaffent
toutes fans contredit
par le luſtre & grandes Charges
de la Couronne qu'elles
ont poſſedées de tout temps.
Meffire Alexis Magdelaine
Rofalie de Chaſtillon, Comte
de Chaſtillon , Colonel d'un
Regiment de Dragons , de
fon nom , Brigadier General
des Armées du Roy , Grand
324 MERCURE
Bailly de Haguenau , & CommiſſaireGeneral
de laCavalcric
Legere de France , Gendre de
Monfieur le Chancelier Voifin
, & couſin germain de
Mesdames de Bacqueville &
de Goefbriand , eft le ſeul
mafle reſtant de cette Illuſtre
Maiſon.
M. le Marquis de Goëfbriand
qui vient de ſe marier,
eſt fils de Meſſire Loüis Vincent
, Marquis de Goëfbriand
en Bretagne , Chevalier des
Ordres du Roy , & Lieutenant
General de ſes Armées ; & de
Dame Marie-MagdelaineD.f
GALANT. 325
maretz , fiile de M. Deſmaretz,
Controlleur General des Finances
de France , & Miniſtre
d'Etat ,, petit fils d Yves de
Goësbriand , Seigneur dudit
lieu , Chevalier de l'Ordre du
Roy , Gouverneur du Château
Toro en Bretagne , encore
vivant , & de Dame Françoiſe
Gabriele de Kerguelay
Dame de Erodon , de Kergoumar
, de Kermorvan , de
Belle- Ifle , & Vicomtefle de
Troboder , & arriere petit fils
de Pierre de Goësbriand , Seigneur
deKergrech , &de Maric
Simon Dame de Penen
326 MERCURE
quer, lequel Pierre citon fils
puîné de François de Goësbriand
, Seigneur de Goefbriand
,Chevalier de l'Ordre
du Roy , Gentilhomme ordi
naire de ſa Chambre , & de
Renée de la Marzeliere , &
petit fils d'Yves , Seigneur de
Goesbriand , Chevalier de
l'Ordre du Roy , inſtituéCa,
pitaine & Gouverneur de la
Ville de Morlaix par Lettres
du 11. Août 155 8. forti d'une
Maiſon connuë en Bretagne
depuis plus de 400. ans ,
& diftinguée par ſes alliances
&par ſes ſervices,
GALANT . 327
-François - Emmanuel de
Cruffol , Comte de Lettrange
& Baron de Privas , &c. a
époulé le 17 Decembre Damoiſelle
Marguerite Colbert
de Villacerf ſa coufine , fille
de Meffire Pierre Gilbert Colbert
,Marquis de Villacerf ,
Premier Maiſtre d'Hoſtel de
Madame la Dauphine , &de
Damoiſelle Marie Magdelaine
de S. Nectaire de Brinon.
La Famille de Colbert eſt originaire
de la Ville deRheims';
elle eſt diſtinguée par ſes grandes
alliances ,par quatre grands
Miniſtres qu'elle a donné à la
328 MERCURE
France ,&par un grandnombre
d'Officiers Generaux des
Armées du Roy dont plufieurs
ont eſté tuez pour le
ſervice de Sa Majefté.
M. le Comte de Leftrange
qui vient de ſe marier , eft
couſin germain de Meffire
Jean Charles de Cruffol , Duc
dUzés, Premier Pair de France
,& fils de Meffire Loüis de
Crufſol , Marquis de Florenfac
, Maréchal des Camps &
Armées du Roy , & Menin
de feu Morſeigneur le Dauphin&
de feuë Marie-Loüiſe
Thereſe de Saint Nectaire
GALANT. 329
1
re Leſtrange. La Maiſon de
Crufſol l'une des plus anciennes
& des plus illuftres
du Royaume , tant par ſes alliances
avec les premieresMaiſons
du Royaume , que par
les grandes Charges & les
grandes Terres qu'elle a pofſedées
, a pris fon nom de la
Terre de Cruſſol ſituée ſur le
Rhône en Vivarais , qu'elle
poſſede de tems immemorial :
le Vicomté d'Uzés fut érigé
enDuché l'an 1565.& en Pairie
en 1572. en faveur d'Antoine
Comte de Crufſol, Scigneur
deLevis &de Florenfac,
Decembre 1714. Ec
330 MERCURE
Chevalier del Ordre du Roy ,
Confeiller au Conſeil Privé
Capitaine de so. Hommes
d'Armes des Ordres du Roy ,
Chevalier d'Honneur de la
Reine Catherine de Medicis
par la mort duquel fans enfans
il paſſa à Jacques deCruffol
ſon frere puîné renommé
alors ſous le nomdu Seigneur
d'Affier , & il eft le trifayeul
de M.le Duc d'Uzés d'à prefent
, & de M. le Comte de
Florenfac , qui a donné heu à
cetArticle. Voyez pour laGenealogie
de cette Maifon,
'Histoire des grands Officiers
GALANT
de la Couronne par M. du
Fourny.
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Résumé : MARIAGES.
Le texte décrit deux mariages notables au sein de la noblesse française. Le premier mariage unit Messire Louis-Vincent de Goëfbriand, Marquis de Goëfbriand, et Damoiselle Marie Rosalie de Chastillon, fille cadette de Mademoiselle de Chastillon. La famille de Chastillon est renommée pour son ancienneté et son prestige, comparable à celui de la maison de Montmorency. Le marié est le fils de Messire Louis Vincent, Chevalier des Ordres du Roy et Lieutenant Général des Armées, et de Dame Marie-Magdelaine Desmaretz, fille du Contrôleur Général des Finances de France. Le second mariage concerne François-Emmanuel de Cruffol, Comte de Lettrange et Baron de Privas, et Damoiselle Marguerite Colbert de Villacerf, sa cousine. La famille Colbert, originaire de Reims, est distinguée par ses grandes alliances et ses ministres. Le marié est cousin germain du Duc d'Uzés et fils de Loüis de Crufsol, Marquis de Florenfac et Maréchal des Camps et Armées du Roy. La Maison de Crufsol est l'une des plus anciennes et illustres du Royaume, reconnue pour ses alliances prestigieuses et ses possessions territoriales.
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3249
p. 331
« Le nombre des Festes qui sont à la fin de ce mois m'a [...] »
Début :
Le nombre des Festes qui sont à la fin de ce mois m'a [...]
Mots clefs :
Journal, Cardinal d'Estrées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le nombre des Festes qui sont à la fin de ce mois m'a [...] »
Le nombre des Feſtes qui
font à la fin de ce mois m'a
tellement precipité l'impref.
fion de ce Journal , queje n'ay
pas été le maiſtre d'y faire
entrer d'une maniere convenable
l'article qui regarde fon
Eminence Monseigneur le
Cardinal d'Eſtrées ,qui mourut
le 18. ny celuy deMadame
la Comteſſe de Brionne
mortele.. que je reprendray
le mois prochain.
font à la fin de ce mois m'a
tellement precipité l'impref.
fion de ce Journal , queje n'ay
pas été le maiſtre d'y faire
entrer d'une maniere convenable
l'article qui regarde fon
Eminence Monseigneur le
Cardinal d'Eſtrées ,qui mourut
le 18. ny celuy deMadame
la Comteſſe de Brionne
mortele.. que je reprendray
le mois prochain.
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3250
p. 331-340
Lettre de l'Auteur au Public. [titre d'après la table]
Début :
Le Mercure dérogeroit au Titre de Galant qui luy est [...]
Mots clefs :
Journal, Jupiter, Mercure, Sculpteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de l'Auteur au Public. [titre d'après la table]
Le Mercure dérogeroit au
Titre de Galant qui luy eft
Ecij
332 MERCURE
affecté depuis tant d'années
ſi celuy qui en eſt l'Auteur
en commençoit une , ſans
faire au moins un Compliment
à ſes Lecteurs .
Voicy donc le mien Mefſicurs
, Meſdames & Meſdemoiſelles.
Que le Ciel multiplie à jamais
les Ans & la Gloire de
noſtre incomparable Roy.
Qu'il conſerve toûjours les
Princes & Princeſſes de ſa
Royale Maiſon , qu'il vous
donne des jours longs& heureux
, & à moy le loiſir de
vous preſenter encore cinq
GALANT. 333
ou fix cens Mercures , ce que
je feray volontiers, ſi vous jugez
à propos d'orner les Anti-
Chambres de vosBibliotheques
, de la ſuite de mes Ouvrages
, ſi le malin vouloir de
la fortune prompte à me
joüer ſouvent de mécliants
tours , ne m'eſcamote pas vos
fuffrages , ou fi quelque Géant
ne s'oppoſe pas à l'intention
que j'ay de vous amufer longtemps.
Suppoſé cependant que je
ne continuë pas à le faire, ce
qui eſt à la veillede m'arriver,
je croy que mon devoir &
334 MERCURE
de
ma confcience m'ordonnent
d'encourager fur cette matiére
ceux qui pourroient s'en
charger aprés moy. Elle eft
premierement inépuiſable par
la quantité prodigieuſe
mauvaiſes Pieces que l'Auteur
du MercureGalant reçoit
tous les jours , & dont il peut
choifir & tirer ſuffisamment
de circonstances , pour emplir
fon Volume tous les
mois . En donnant cet avis
àmes fucceffeurs , je leur confeille
juſtement ce que je n'ay
pas fait , & j'ay ſouvent aimé
micux courir les riſques de
GALANT. 335
parler à mes dépens , que
corriger & dépoüiller avec
une peine infinie , des Fragmens
des ouvrages des autres.
Secondement , qu'il ſe garde
bien de critiquer les pieces
de Theatre , ny les Livres
courants , outre qu'on luy
dira que ce n'eſt pas l'affaire
du Mercure , on luy fera
encore entendre que tous les
Auteurs exigent à prefent
l'impunité de leurs fotifes ,
&qu'enfin le refus de ſes applaudiſſemens
peut expoſer
quelque fois à ſe faire des
ennemis confiderables. Pour
336 MERCURE
moy de thumeur dont je
fuis , je ſens , que ſi l'on me
preſſoit de loüer tels & tels ,
je répondrois tout net àcette
tyrannie : Qu'on me remene aux
carrieres.
Troifiémement , qu'il ne
ſoit ny temeraire Nouveliſte ,
ny Jurifconfulte impertinent.
Quatrièmement, qu'il obferve
mieux que moy , qui ne
ſuis encore qu'un Novice , les
bien- léances & les égards qu'il
doit au Public , & qu'il fonge
que ce Public voit à ſa teſte
tant de grands perſonnages ,
qu'il ne doit pas les revolter
par
1
GALANT. 337.
par ces difcours qui fervent
à amuſer le peuple.
Cinquiénement qu'il ne
parle pas de luy , à beaucoup
prés , autant que j'ay parlé
de moy.
A ces conditions qu'il invente
, qu'il mente , qu'il
louë à outrance , on luy pardonnera
tout. Mais qu'il n'oublie
pas de changer le Titre
de ſon Livre , qui ſous le nom
de Mercure ne luy produira
jamais rien : En voicy la
preuve.
Unparticulier fut jadis chez
un Sculpteur pour acheter des
Decembre 1714. Ff
338 MERCURE
Statuës qu'il dettimoit à orner
fon Jardin. En y entrant , il
vit celles de Jupiter & de
Junon qui luy plûrent. Auffitoſt
il demanda au Sculpteur
combien il les vouloit vendre.
Comment , dit le Sculpteur ,
vous marchandez là les deux
plus belles Statues qui foient
dans mes Atteliers , je ne peus
pas vous les donner à moins
detant; la fomme prodigieufe
éronna tellement leMarchand
qu'il luy dit qu'il n'en vouloit
point ; mais de celle de Mercure
, ajoûta- r il , combien en
voulez vous : nous n'aurons
1
ALANT. 339
pasde different funcet article,
reprit le Sculpteur. Vous marchandez
Jupiter & Junon ,
l'un eſt le Maiſtre , & l'autre
eſt la Femme & la Soeur du
Maistre des Dieux ; achetez
les pour le juſte prix que je
vous en demande , & je vous
donneray Mercure par deſſus
le marché.
Mercure cût eſté eſtimé
autant que Jupiter , s'il eûc
porté un autli beau nom.
Jay dit , en attendant que
je ſcache de vous , au commencement
de cette année ,
s'il vous plaiſt que je continuë
Ffij
340 MERCURE
ce Journal ; je ſuis , avec un
tres-profond reſpect , Meffieurs
, Mesdames & Meſdemoiſelles
, Voſtre tres - humble
& tres -obeiſſant Serviteur
Mercure.
Titre de Galant qui luy eft
Ecij
332 MERCURE
affecté depuis tant d'années
ſi celuy qui en eſt l'Auteur
en commençoit une , ſans
faire au moins un Compliment
à ſes Lecteurs .
Voicy donc le mien Mefſicurs
, Meſdames & Meſdemoiſelles.
Que le Ciel multiplie à jamais
les Ans & la Gloire de
noſtre incomparable Roy.
Qu'il conſerve toûjours les
Princes & Princeſſes de ſa
Royale Maiſon , qu'il vous
donne des jours longs& heureux
, & à moy le loiſir de
vous preſenter encore cinq
GALANT. 333
ou fix cens Mercures , ce que
je feray volontiers, ſi vous jugez
à propos d'orner les Anti-
Chambres de vosBibliotheques
, de la ſuite de mes Ouvrages
, ſi le malin vouloir de
la fortune prompte à me
joüer ſouvent de mécliants
tours , ne m'eſcamote pas vos
fuffrages , ou fi quelque Géant
ne s'oppoſe pas à l'intention
que j'ay de vous amufer longtemps.
Suppoſé cependant que je
ne continuë pas à le faire, ce
qui eſt à la veillede m'arriver,
je croy que mon devoir &
334 MERCURE
de
ma confcience m'ordonnent
d'encourager fur cette matiére
ceux qui pourroient s'en
charger aprés moy. Elle eft
premierement inépuiſable par
la quantité prodigieuſe
mauvaiſes Pieces que l'Auteur
du MercureGalant reçoit
tous les jours , & dont il peut
choifir & tirer ſuffisamment
de circonstances , pour emplir
fon Volume tous les
mois . En donnant cet avis
àmes fucceffeurs , je leur confeille
juſtement ce que je n'ay
pas fait , & j'ay ſouvent aimé
micux courir les riſques de
GALANT. 335
parler à mes dépens , que
corriger & dépoüiller avec
une peine infinie , des Fragmens
des ouvrages des autres.
Secondement , qu'il ſe garde
bien de critiquer les pieces
de Theatre , ny les Livres
courants , outre qu'on luy
dira que ce n'eſt pas l'affaire
du Mercure , on luy fera
encore entendre que tous les
Auteurs exigent à prefent
l'impunité de leurs fotifes ,
&qu'enfin le refus de ſes applaudiſſemens
peut expoſer
quelque fois à ſe faire des
ennemis confiderables. Pour
336 MERCURE
moy de thumeur dont je
fuis , je ſens , que ſi l'on me
preſſoit de loüer tels & tels ,
je répondrois tout net àcette
tyrannie : Qu'on me remene aux
carrieres.
Troifiémement , qu'il ne
ſoit ny temeraire Nouveliſte ,
ny Jurifconfulte impertinent.
Quatrièmement, qu'il obferve
mieux que moy , qui ne
ſuis encore qu'un Novice , les
bien- léances & les égards qu'il
doit au Public , & qu'il fonge
que ce Public voit à ſa teſte
tant de grands perſonnages ,
qu'il ne doit pas les revolter
par
1
GALANT. 337.
par ces difcours qui fervent
à amuſer le peuple.
Cinquiénement qu'il ne
parle pas de luy , à beaucoup
prés , autant que j'ay parlé
de moy.
A ces conditions qu'il invente
, qu'il mente , qu'il
louë à outrance , on luy pardonnera
tout. Mais qu'il n'oublie
pas de changer le Titre
de ſon Livre , qui ſous le nom
de Mercure ne luy produira
jamais rien : En voicy la
preuve.
Unparticulier fut jadis chez
un Sculpteur pour acheter des
Decembre 1714. Ff
338 MERCURE
Statuës qu'il dettimoit à orner
fon Jardin. En y entrant , il
vit celles de Jupiter & de
Junon qui luy plûrent. Auffitoſt
il demanda au Sculpteur
combien il les vouloit vendre.
Comment , dit le Sculpteur ,
vous marchandez là les deux
plus belles Statues qui foient
dans mes Atteliers , je ne peus
pas vous les donner à moins
detant; la fomme prodigieufe
éronna tellement leMarchand
qu'il luy dit qu'il n'en vouloit
point ; mais de celle de Mercure
, ajoûta- r il , combien en
voulez vous : nous n'aurons
1
ALANT. 339
pasde different funcet article,
reprit le Sculpteur. Vous marchandez
Jupiter & Junon ,
l'un eſt le Maiſtre , & l'autre
eſt la Femme & la Soeur du
Maistre des Dieux ; achetez
les pour le juſte prix que je
vous en demande , & je vous
donneray Mercure par deſſus
le marché.
Mercure cût eſté eſtimé
autant que Jupiter , s'il eûc
porté un autli beau nom.
Jay dit , en attendant que
je ſcache de vous , au commencement
de cette année ,
s'il vous plaiſt que je continuë
Ffij
340 MERCURE
ce Journal ; je ſuis , avec un
tres-profond reſpect , Meffieurs
, Mesdames & Meſdemoiſelles
, Voſtre tres - humble
& tres -obeiſſant Serviteur
Mercure.
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Résumé : Lettre de l'Auteur au Public. [titre d'après la table]
Dans cette lettre, l'auteur du 'Mercure Galant', une publication périodique, adresse ses vœux de santé et de prospérité au roi, à sa famille royale et à ses lecteurs. Il exprime son désir de poursuivre la publication du 'Mercure Galant' et encourage ses éventuels successeurs à prendre la relève. L'auteur souligne que la revue reçoit quotidiennement une abondance de contributions de qualité médiocre, ce qui garantit un approvisionnement constant en contenu. Il prodigue plusieurs conseils à ses successeurs. Tout d'abord, il leur recommande d'éviter de critiquer les pièces de théâtre ou les livres contemporains afin de prévenir les conflits avec les auteurs. Ensuite, il les met en garde contre l'excès de nouveauté ou d'impertinence, insistant sur le respect du public et la modération dans l'auto-promotion. L'auteur illustre ces conseils par une anecdote concernant la valeur perçue des statues de Mercure, Jupiter et Junon. Il explique que la statue de Mercure, bien que moins prestigieuse que celles de Jupiter et Junon, est plus appréciée en raison de son nom et de son titre. Cette comparaison sert à souligner l'importance du nom et du titre de la publication. Enfin, l'auteur sollicite l'avis de ses lecteurs sur la poursuite de la publication du journal, montrant ainsi son attachement à leur opinion et à leur satisfaction.
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