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351
p. 124
LOGOGRYPHE.
Début :
Mon sort est de causer à tous mes possesseurs [...]
Mots clefs :
Panaris
353
p. 98
LOGOGRYPHE.
Début :
Ma tête est dédaigneuse, & sans coeur je suis fiere ; [...]
Mots clefs :
Fièvre
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYP HE.
MA tête eft dédaigneufe , & fans coeur je fuis
fiere ;
Portant le feu , je fais trembler même les Rois ;
Mais je porte tout à la fois ,
En certain cas de quoi les faire,
MA tête eft dédaigneufe , & fans coeur je fuis
fiere ;
Portant le feu , je fais trembler même les Rois ;
Mais je porte tout à la fois ,
En certain cas de quoi les faire,
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354
p. 88-89
STANCES Sur le rétablissement de la santé du R. Pere Géoffroy, Professeur de Rhétorique au Collége de Louis le Grand, par M de Chazet, son Disciple.
Début :
LE plaisir enchanteur & la douleur cruelle [...]
Mots clefs :
Alcandre, Trouble, Sentiment
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texteReconnaissance textuelle : STANCES Sur le rétablissement de la santé du R. Pere Géoffroy, Professeur de Rhétorique au Collége de Louis le Grand, par M de Chazet, son Disciple.
STANCES
Sur le rétablissement de la fanté du R. Pere
!
*
Geoffroy , Profeffeur de Rhétorique au Collége
de Louis le Grand, par M de Chazet,
fon Difciple.
LE plaiar enchanteur & la douleur cruelle
Furent de tout tems ici bas
La nourriture naturelle
Des coeurs tendres & délicats .
Mais ces deux fentimens , Alcandre , en toutes
chofes
Sont ou plus foibles ou plus forts ,
Et notre anie, felon les cauſes ,
Marque fon trouble ou fes tranſports.
Quel trouble plus cruel , & quel tranſport plus
tendre
Que ceux qu'alternativement
M'ont fait éprouver , cher Alcandre ,
Tes maux & ton ſoulagement !
Sur les flots orageux de la liquide plaine
Les Autans & les Aquilons
DECEMBRE,
ل و
1747.
Par leur impétueuſe haleine
Agitent moins les Alcyons ,
Et le charmant retour de la brillante Flore
Réjouit moins tous les matins
Sur les collines qu'elle dore ,
Les Fauvettes & les Serins.
Je voudrois bien pouvoir, Alcandre, en ta préſence
Imiter leur aimable chant •
Mais le refpect & le filence
Expriment mieux un fentiment.
Sur le rétablissement de la fanté du R. Pere
!
*
Geoffroy , Profeffeur de Rhétorique au Collége
de Louis le Grand, par M de Chazet,
fon Difciple.
LE plaiar enchanteur & la douleur cruelle
Furent de tout tems ici bas
La nourriture naturelle
Des coeurs tendres & délicats .
Mais ces deux fentimens , Alcandre , en toutes
chofes
Sont ou plus foibles ou plus forts ,
Et notre anie, felon les cauſes ,
Marque fon trouble ou fes tranſports.
Quel trouble plus cruel , & quel tranſport plus
tendre
Que ceux qu'alternativement
M'ont fait éprouver , cher Alcandre ,
Tes maux & ton ſoulagement !
Sur les flots orageux de la liquide plaine
Les Autans & les Aquilons
DECEMBRE,
ل و
1747.
Par leur impétueuſe haleine
Agitent moins les Alcyons ,
Et le charmant retour de la brillante Flore
Réjouit moins tous les matins
Sur les collines qu'elle dore ,
Les Fauvettes & les Serins.
Je voudrois bien pouvoir, Alcandre, en ta préſence
Imiter leur aimable chant •
Mais le refpect & le filence
Expriment mieux un fentiment.
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Résumé : STANCES Sur le rétablissement de la santé du R. Pere Géoffroy, Professeur de Rhétorique au Collége de Louis le Grand, par M de Chazet, son Disciple.
La strophe poétique 'Stances' est dédiée au rétablissement de la santé du R. Père, adressée par Geoffroy, professeur de rhétorique au Collège de Louis le Grand. Geoffroy exprime ses émotions face aux souffrances et au soulagement d'Alcandre, comparant ces expériences à des tempêtes et des retours de la nature. Il souhaite imiter le chant des oiseaux pour manifester sa joie, mais opte pour le silence afin de mieux traduire ses sentiments. Le poème est daté de décembre 1747.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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356
p. 107-118
LETTRE De M.***, à M. Remond de Sainte Albine, sur quelques Poësies composées pour Madame la Dauphine.
Début :
Monsieur, j'ai l'honneur de vous adresser quelques Poësies composées [...]
Mots clefs :
Madame la Dauphine, Forges-les-Eaux, Dieu, Vers, Horoscope, Ciel, Roi, Traduction, Héros, Feu, Sibylle, Naïades, Inscriptions, Dénouement
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE De M.***, à M. Remond de Sainte Albine, sur quelques Poësies composées pour Madame la Dauphine.
LETTRE *
De M. *** , à M. Remond de Sainte Albine
, fur quelques Poeftes composées pour
Madame la Dauphine.
M
Onfieur , j'ai l'honneur de vous
adreffer quelques Poëfies compofées
pour Forges , que j'y ai envoyées dans
le tems que Madame la Dauphine y prenoit
les eaux. Comme elles roulent
toutes fur l'augufte Princeffe , & fur les
bienfaits fignalés que le Ciel . réferve à la
France , je les crois affez intéreffantes
pour les communiquer au Public. Voici
donc d'abord mes Infcriptions pour les
Fontaines , dont j'ai traduit quelques- unes
affez paffablement pour en rendre le fens
& non la précifion qu'elles ont dans le
Latin . On voudra bien fe fouvenir que ce
font les Nayades de Forges que je fais
parler.
* Cette Lettre nous a été envoyée peu de jours
après que Madame la Dauphine fut de retour de
Forges.
E vj
fo8 MERCURE DE FRANCE.
Infcription pour la Porte de Forges.
Nayades ad Sereniffimam Delphinam .
H
Ue propera , Delphina ', ferunt , tibi dantque
Salutem
Nayades ; ut fubeas hac loca , numen habent.
Numen habent atavis , focero , & tibi numen amicum.
Fons facer hic Marti ; Martis amica Venus.
Traduction.
Fille des Dieux , daignez de grace
Honorer ce féjour d'un feul de vos regards.
Ces bords font confacrés à Mars *
C'eft le Dieu des Héros de votre augufte Race,
C'eft le Dieu des Othons ** , & des nouveaux
Céfars *** .
Commandez donc en Souveraine :
Auprès de Mars Cypris eft Reine.
Nayadum vota.
Difticon primo fonti infcribendum.
Hic ubi bellipotens tingebat fulmina Mavors ;
Aurea , Di melius , ſpicula tinget Amor.
* Forges.
** Empereurs de la Maifon de Saxe,
*** Beurbons.
NOVEMBRE. 1749. 109
Traduction.
Ce n'eft plus le Dieu des allarmes
Qui préfide en ce beau féjour ;
C'eft Cypris avec tous fes charnies ,
Qui tient au nom d'Hymen les Forges de l'Amour.
Infcription pour lafeconde Fontaine .
Difticon fecundo fonti infcribendum .
Fons Martifacer eft ; lymphis hinc ferreus exit .
Diva bibat ; populis aureus ecce fluet,
Traduction.
La vertu fecrette & divine
De ces eaux recelle un tréfor ;
Un fils des Dieux , grande Dauphine ,
Doit transformer leur fer en or .
Infcription pour la Fontaine , dont Madame
la Dauphine afait ufage .
Tertio Fonti.
Exoriare aliquis noftris è Fontibus Heros ,
Quiferro referas Martia facta patrum !
Traduction.
Puiffe bientôt du fein de ma fource féconde
Eclore un Héros glorieux ,
Qui foit l'amour des fiens , & la terreur du monde ,
110 MERCUREDE FRANCE.
Un Bourbon ; c'eft tout dire , & l'égaler aux
Dieux.
DEVISES
Pour fervir d'accompagnement à la Grotte
de la Sibylle de Forges.
Symbolum. Symbolum.
Tethis Achillem ftigiis
Mofes Nili è fluctibus
undis immergens.
Lemma..
enatans.
Lemma.
Tingit
amores , ut Te-
Populis feret ille falu
this , alma Venus. tem.
Sur la Grotte de la Sibylle.
Symbolum.
Nebula liquefcens.
Lemma .
Jupiter hicfubeat , rores vertentur in aurum.
Oraculum.
Auguror ; an Mofes ? Terhidis namfilius alma
Fluctibus emergit ? Neuter ; uterquefimul.
Saxonidas referet , Gallis fic partus Achilles :
Borbonidumfanguis ; fic Deus * alter erit .
* Moyfe , ainfi nommé par Dieu même . Conftitui
te Deum. Exod . c. 7.
NOVEMBRE . 149. III
Traduction.
Oracle de la Sibylle de Forges.
Eft-ce un Moyfe ? Eft-ce un Achille
Qui va fortir du ſein des eaux ?
François , l'augure en eft facile ;
Son fang doit unir deux Héros.
Portrait de M. de Saxe.
Toujours vainqueur , toujours modefte ,
Senfible aux droits de l'amitié ,
C'est plus qu'Achille de moitié.
Portrait des Bourbons.
Armé de l'Egide célefte ,
Zélateur des Autels de fon peuple & des Loix ,
C'est le Dieu de l'Egypte , & le Roi des François.
Au refte , Monfieur , ces Devifes & ces
Infcriptions n'étoient que l'annonce d'un
grand Opera Comique en cinq Actes ,
compofé pour amufer aux caux Madame
la Dauphine. Comme le dénouement eft
fur Forges- même , & n'eft qu'un tiffu d'éloges
de l'augufte Maifon de Bourbon , &
l'annonce des faveurs que le Ciel prépare
* Louis XV.
112 MERCURE DE FRANCE.
à la France ; ces Infcriptions , dans le deffein
de l'Auteur , devoient fervir à décorer
le Théatre en cas de répréfentation ; mais
le défaut de Comédiens à Forges ayant
retardé ce projet , je n'ai plus d'autre reffource
que l'impreffion . J'aurai donc
l'honneur de vous envoyer le mois prochain
, non -feulement le plan de ma Piéce ,
que je regarde comme la plus gaye qui ait
encore paru au Théatre , mais le dénouement
en entier, qui eft une espéce de petit
Opera , ou la Nayade de Forges, métamorphofée
en Sibylle , annonce à Madame la
Dauphine & à la France la naiffance d'un
Duc de Bourgogne , avec les chanſons &
les airs qui amenent & précédent le dénouement.
En attendant , Monfieur , je
vous fupplie de vouloir bien inferer dans
le Mercure les bagatelles que j'ai l'honneur
de vous envoyer.
J'ai l'honneur d'être , &c.
L. ***
Vous me pardonnerez , Monfieur , de
vous laiffer ignorer mon nom ; le titre de
faifeur d'Horoſcope n'attire ni l'eftime ni
la confiance. Voici de quoi raffûrer le
Public , & de quoi me défigner affez à ceux
dont j'ai intérêt d'être connu .
NOVEMBRE. 1749. 113
Vers fur l'Auteur.
Sans être au nombre des Prophétes ,
Qu'on s'en rapporte à mes écrits :
Celui qui de l'ayeul préfagea les conquêtes ,
Peut fans rifque annoncer l'Horoſcope du fils.
Explication de ces vers .
L'Auteur , dans un Poëme imprimé en
1744 , fur la convalefcence du Roi , tatdis
que Sa Majesté étoit encore à Metz , &
plus de fept mois avant la fameufe taille
de Fontenoy , annonça dans un affez grand
détail les Exploits prochains du Conquérant
, & comme le fuccès a pleinement juftifié
l'augure , j'ai crû , à la fuire de cet horofcope
d'un Duc de Bourgogne , devoir
rappeller quelques traits du premier , qui
prouveront que les Prophétes du Parnaffe
rencontrent quelquefois affez heureuſement.
Voici donc comment je m'expliquois
dans la Préface de mon Paralléle , à
la fuite duquel étoit l'horofcope des conquêtes
de Sa Majesté .
" J'ai crû devoir tenir plus que mon ti-
» tre ne promet , & fur la foi d'un horof
»cope, que le glorieux début du Monarque
en Flandre juftifie affez , j'annonce aux
peuples un regne de merveilles , dont
» l'Europe a déja vû les prémices .
ود
214 MERCURE DE FRANCE.
Et plus bas. J'ai crû qu'un médiocre
» impromptu , échappé au premier tranf
» port , valoit encore mieux que d'atten
adre à féliciter le Roi fur fa convalefcen-
» ce , lorsqu'il aura gagné une ou deux bas
tailles .
Dans le
corps de l'ouvrage même.
Grand Roi , que le Ciel rend aux amours de
P'Europe •
Daigne agréer la foi d'un fidéle horofcope..
» Le bras d'un Dieu n'a point frappé de fi grands
coups ,
» Pour conferver encor un refte de courroux.
Les bienfaits du Três- Haut m'expliquent fes
oracles :
Un miracle de choix annonce cent miracles , &c.
»Le fort a tout promis , j'ai tout lû dans les Cieux;
Mais grand Roi , j'en lis plus en confultant tes
yeux.
Tant de charmes puiffans écartent les preftiges ,
» C'eft fur la foi des faits que j'attends des prodiges :
» Sans jurer par le ciel , & fur l'eſpoir des tems ,
» Tes exploits , tes vertus font ici mes garans.
∞ Déja la Lys a vû , fur la rive étonnée ,
"De cent traits éclatans la Flandre confternée.
Ypres , Furnes , Menin , forcés en moins d'un
mois
NOVEMBRE. 1749.
11S
Des plus vieux Conquérans égalent les exploits
Annonce de la bataille de Fontenoy .
» Mais ce n'eft point aiſez pour ta valeur ſublime,
» Bien-tôt nous te verrons dans l'ardeur qui t'a
nime ,
39 Suivi de tes guerriers & la f´udre à la main ,.
Punir les attentats du Pandoure inhumain ,
» De l'orgueilleux Teuton déconce ter l'audace ,
»Et plus craint que le Dieu qui fait trembler la
Thrace ,
■ Animant d'un coup d'oeil l'ardeur des com
batians ,
» Sur leurs monts entaflés foudroyer les Titans.
Defcription de la Mufon du Roi,
J'entends déja mugir fon horrible tonnerre ;
*Sous nos fiers Escadrons je vois trembler la terre
»Et Mars importuné de mille cris guerriers,
Ne voit que des Céfars réclamer fes lauriers.
A la même bataille.
» Le Moufquetaire altier plus prefte que l'orage ;
»Le Gendarme fougueux , rival de fon courage ,
Le Garde impétueux , le fier Chevau- Léger ,
>> Se difputent l'honneur d'affronter le danger ;
» Le front du Cuiraffier d'un nouveau feu s'allume,
De rage & de valeur l'ardent Dragon écume ,
Et le noir Grenadier,dans fes bouillans tranfports
16 MERCURE DE FRANCE.
»
N'attend qu'un feul coup d'oeil pour braver mille
morts. *
Vers la fin.
Que l'infolent Huffart , le Pandoure effrené
» Au bruit feul de ton nom , tremblant & confterne,
» D'un Monarque irrité redoutant la vengeance ,
Aille apprendre au Danube, enflé de fa puiffance,
Que Louis échappé du plus grand - des hazards,
Se plaît à les braver pour venger les Céfars ; **
❤ Que toujours généreux & toujours magnanime ,
Il eft le ferme appui des Héros qu'on opprime ,
que du bras qui donne & foutient les Etats ,
Il punit tôt ou tard l'orgueil des Potentats.
Et
L'original de cette piéce eft dans les
mains de M. le Maréchal Duc de Belle-
Ifle , à qui j'eus l'honneur de l'envoyer à
Metz , d'abord en manufcrit le 5 Septembre
1744 , & quinze jours après imprimée
; ainfi comme la date & le nom de
l'Imprimeur font à la fin , & que tout
Rouen l'a lûe dans le tems , on ne peut
foupçonner que ce foit un horofcope fait
après coup ; je n'en ai cité que les endroits
Si j'avois à recommencer je fupprimerois ce détail,
mais bon ou mauvais , il prouve aujourd'hui que la
bataille de Fontenoy ne pouvoit mieux êire annoncée
ni défignée qu'elle le fut dans mon Paralléle huis
mois avant l'événement.
**
* Le feu Empereur.
NOVEMBRE, 1749. 117
les plus marqués ; mais comme la Piéce
contenoit près de deux cens vers , il y a
bien d'autres morceaux qui annonçoient
l'avenir , & qui par l'événement font deve
nus l'hiftoire du Conquérant.
J'ai encore un autre horofcope qui eft plus
fingulier , & qui remonte bien plus haut ,
car il parut à la mort du dernier Empereur
de la Maifon d'Autriche , ou quelque tems
après ; il s'agiffoit du fameux phénoméno
de Carthagène , que je lûs alors dans les
Gazettes , qui rapportoient à l'article de
Carthagéne , qu'il avoit parû un grand
torrent de feu au Ciel , lequel remontoit
d'Occident en Orient , & après avoir roulé
long-tems fur l'horifon , fe précipitoit
tout d'un coup en forme de cafcade , fouslaquelle
une nappe immenfe de feu paroif
foit couvrir tout le Ciel ; que la nappe s'étoit
tout d'un coup réunie en tourbillon
ou globe de feu , lequel avoit pirouetté
long- tems avec une action extraordinaire ;
qu'après bien des mouvemens , des coups
redoublés de tonnerre étoient partis du
tourbillon , & qu'au dernier coup le globe
éclarté s'étoit partagé aux quatre coins
de l'horifon . J'expliquai dans le tems ce
phénoméne dans une pièce de vers , que
tous mes amis ont vûe , mais comme elle
n'eft point imprimée , & que tout ce qui
118 MERCURE DE FRANCE.
eft arrivé à la Maifon d'Autriche depuis
huit ans , y eft circonftancié dans un détail
qui paffe l'horofcope , je ne pourrai jamais
venir à bout de perfuader au Public
que ce n'eft point une piéce faite après
coup , ainfi je la fupprime ; auffi- bien faudroit-
il chercher mes vers dans ma mémoire
, car je n'en ai point gardé d'exemplaire
, & je m'eftimerois heureux fi quelqu'un
de ceux à qui j'en ai fait part dans
le tems , pouvoient vous reproduire mon
écriture même , afin qu'on ne me foupçonnât
pas d'avoir ajouté ou changé quelqué
vers , quoique je fois bien fûr que je
retrouverois mot pour mor le tout , ſi je
voulois m'en donner la peine. En voila .
bien affez fur cet article , Monfieur , &
peut- être trop pour un tireur d'horofcope
, il ne me reste donc qu'à fouhaiter que
celui d'un Duc de Bourgogne
, que j'ai
l'honneur de vous envoyer , reffemble aux
précédens , & tous mes voeux feront fatisfaits.
De M. *** , à M. Remond de Sainte Albine
, fur quelques Poeftes composées pour
Madame la Dauphine.
M
Onfieur , j'ai l'honneur de vous
adreffer quelques Poëfies compofées
pour Forges , que j'y ai envoyées dans
le tems que Madame la Dauphine y prenoit
les eaux. Comme elles roulent
toutes fur l'augufte Princeffe , & fur les
bienfaits fignalés que le Ciel . réferve à la
France , je les crois affez intéreffantes
pour les communiquer au Public. Voici
donc d'abord mes Infcriptions pour les
Fontaines , dont j'ai traduit quelques- unes
affez paffablement pour en rendre le fens
& non la précifion qu'elles ont dans le
Latin . On voudra bien fe fouvenir que ce
font les Nayades de Forges que je fais
parler.
* Cette Lettre nous a été envoyée peu de jours
après que Madame la Dauphine fut de retour de
Forges.
E vj
fo8 MERCURE DE FRANCE.
Infcription pour la Porte de Forges.
Nayades ad Sereniffimam Delphinam .
H
Ue propera , Delphina ', ferunt , tibi dantque
Salutem
Nayades ; ut fubeas hac loca , numen habent.
Numen habent atavis , focero , & tibi numen amicum.
Fons facer hic Marti ; Martis amica Venus.
Traduction.
Fille des Dieux , daignez de grace
Honorer ce féjour d'un feul de vos regards.
Ces bords font confacrés à Mars *
C'eft le Dieu des Héros de votre augufte Race,
C'eft le Dieu des Othons ** , & des nouveaux
Céfars *** .
Commandez donc en Souveraine :
Auprès de Mars Cypris eft Reine.
Nayadum vota.
Difticon primo fonti infcribendum.
Hic ubi bellipotens tingebat fulmina Mavors ;
Aurea , Di melius , ſpicula tinget Amor.
* Forges.
** Empereurs de la Maifon de Saxe,
*** Beurbons.
NOVEMBRE. 1749. 109
Traduction.
Ce n'eft plus le Dieu des allarmes
Qui préfide en ce beau féjour ;
C'eft Cypris avec tous fes charnies ,
Qui tient au nom d'Hymen les Forges de l'Amour.
Infcription pour lafeconde Fontaine .
Difticon fecundo fonti infcribendum .
Fons Martifacer eft ; lymphis hinc ferreus exit .
Diva bibat ; populis aureus ecce fluet,
Traduction.
La vertu fecrette & divine
De ces eaux recelle un tréfor ;
Un fils des Dieux , grande Dauphine ,
Doit transformer leur fer en or .
Infcription pour la Fontaine , dont Madame
la Dauphine afait ufage .
Tertio Fonti.
Exoriare aliquis noftris è Fontibus Heros ,
Quiferro referas Martia facta patrum !
Traduction.
Puiffe bientôt du fein de ma fource féconde
Eclore un Héros glorieux ,
Qui foit l'amour des fiens , & la terreur du monde ,
110 MERCUREDE FRANCE.
Un Bourbon ; c'eft tout dire , & l'égaler aux
Dieux.
DEVISES
Pour fervir d'accompagnement à la Grotte
de la Sibylle de Forges.
Symbolum. Symbolum.
Tethis Achillem ftigiis
Mofes Nili è fluctibus
undis immergens.
Lemma..
enatans.
Lemma.
Tingit
amores , ut Te-
Populis feret ille falu
this , alma Venus. tem.
Sur la Grotte de la Sibylle.
Symbolum.
Nebula liquefcens.
Lemma .
Jupiter hicfubeat , rores vertentur in aurum.
Oraculum.
Auguror ; an Mofes ? Terhidis namfilius alma
Fluctibus emergit ? Neuter ; uterquefimul.
Saxonidas referet , Gallis fic partus Achilles :
Borbonidumfanguis ; fic Deus * alter erit .
* Moyfe , ainfi nommé par Dieu même . Conftitui
te Deum. Exod . c. 7.
NOVEMBRE . 149. III
Traduction.
Oracle de la Sibylle de Forges.
Eft-ce un Moyfe ? Eft-ce un Achille
Qui va fortir du ſein des eaux ?
François , l'augure en eft facile ;
Son fang doit unir deux Héros.
Portrait de M. de Saxe.
Toujours vainqueur , toujours modefte ,
Senfible aux droits de l'amitié ,
C'est plus qu'Achille de moitié.
Portrait des Bourbons.
Armé de l'Egide célefte ,
Zélateur des Autels de fon peuple & des Loix ,
C'est le Dieu de l'Egypte , & le Roi des François.
Au refte , Monfieur , ces Devifes & ces
Infcriptions n'étoient que l'annonce d'un
grand Opera Comique en cinq Actes ,
compofé pour amufer aux caux Madame
la Dauphine. Comme le dénouement eft
fur Forges- même , & n'eft qu'un tiffu d'éloges
de l'augufte Maifon de Bourbon , &
l'annonce des faveurs que le Ciel prépare
* Louis XV.
112 MERCURE DE FRANCE.
à la France ; ces Infcriptions , dans le deffein
de l'Auteur , devoient fervir à décorer
le Théatre en cas de répréfentation ; mais
le défaut de Comédiens à Forges ayant
retardé ce projet , je n'ai plus d'autre reffource
que l'impreffion . J'aurai donc
l'honneur de vous envoyer le mois prochain
, non -feulement le plan de ma Piéce ,
que je regarde comme la plus gaye qui ait
encore paru au Théatre , mais le dénouement
en entier, qui eft une espéce de petit
Opera , ou la Nayade de Forges, métamorphofée
en Sibylle , annonce à Madame la
Dauphine & à la France la naiffance d'un
Duc de Bourgogne , avec les chanſons &
les airs qui amenent & précédent le dénouement.
En attendant , Monfieur , je
vous fupplie de vouloir bien inferer dans
le Mercure les bagatelles que j'ai l'honneur
de vous envoyer.
J'ai l'honneur d'être , &c.
L. ***
Vous me pardonnerez , Monfieur , de
vous laiffer ignorer mon nom ; le titre de
faifeur d'Horoſcope n'attire ni l'eftime ni
la confiance. Voici de quoi raffûrer le
Public , & de quoi me défigner affez à ceux
dont j'ai intérêt d'être connu .
NOVEMBRE. 1749. 113
Vers fur l'Auteur.
Sans être au nombre des Prophétes ,
Qu'on s'en rapporte à mes écrits :
Celui qui de l'ayeul préfagea les conquêtes ,
Peut fans rifque annoncer l'Horoſcope du fils.
Explication de ces vers .
L'Auteur , dans un Poëme imprimé en
1744 , fur la convalefcence du Roi , tatdis
que Sa Majesté étoit encore à Metz , &
plus de fept mois avant la fameufe taille
de Fontenoy , annonça dans un affez grand
détail les Exploits prochains du Conquérant
, & comme le fuccès a pleinement juftifié
l'augure , j'ai crû , à la fuire de cet horofcope
d'un Duc de Bourgogne , devoir
rappeller quelques traits du premier , qui
prouveront que les Prophétes du Parnaffe
rencontrent quelquefois affez heureuſement.
Voici donc comment je m'expliquois
dans la Préface de mon Paralléle , à
la fuite duquel étoit l'horofcope des conquêtes
de Sa Majesté .
" J'ai crû devoir tenir plus que mon ti-
» tre ne promet , & fur la foi d'un horof
»cope, que le glorieux début du Monarque
en Flandre juftifie affez , j'annonce aux
peuples un regne de merveilles , dont
» l'Europe a déja vû les prémices .
ود
214 MERCURE DE FRANCE.
Et plus bas. J'ai crû qu'un médiocre
» impromptu , échappé au premier tranf
» port , valoit encore mieux que d'atten
adre à féliciter le Roi fur fa convalefcen-
» ce , lorsqu'il aura gagné une ou deux bas
tailles .
Dans le
corps de l'ouvrage même.
Grand Roi , que le Ciel rend aux amours de
P'Europe •
Daigne agréer la foi d'un fidéle horofcope..
» Le bras d'un Dieu n'a point frappé de fi grands
coups ,
» Pour conferver encor un refte de courroux.
Les bienfaits du Três- Haut m'expliquent fes
oracles :
Un miracle de choix annonce cent miracles , &c.
»Le fort a tout promis , j'ai tout lû dans les Cieux;
Mais grand Roi , j'en lis plus en confultant tes
yeux.
Tant de charmes puiffans écartent les preftiges ,
» C'eft fur la foi des faits que j'attends des prodiges :
» Sans jurer par le ciel , & fur l'eſpoir des tems ,
» Tes exploits , tes vertus font ici mes garans.
∞ Déja la Lys a vû , fur la rive étonnée ,
"De cent traits éclatans la Flandre confternée.
Ypres , Furnes , Menin , forcés en moins d'un
mois
NOVEMBRE. 1749.
11S
Des plus vieux Conquérans égalent les exploits
Annonce de la bataille de Fontenoy .
» Mais ce n'eft point aiſez pour ta valeur ſublime,
» Bien-tôt nous te verrons dans l'ardeur qui t'a
nime ,
39 Suivi de tes guerriers & la f´udre à la main ,.
Punir les attentats du Pandoure inhumain ,
» De l'orgueilleux Teuton déconce ter l'audace ,
»Et plus craint que le Dieu qui fait trembler la
Thrace ,
■ Animant d'un coup d'oeil l'ardeur des com
batians ,
» Sur leurs monts entaflés foudroyer les Titans.
Defcription de la Mufon du Roi,
J'entends déja mugir fon horrible tonnerre ;
*Sous nos fiers Escadrons je vois trembler la terre
»Et Mars importuné de mille cris guerriers,
Ne voit que des Céfars réclamer fes lauriers.
A la même bataille.
» Le Moufquetaire altier plus prefte que l'orage ;
»Le Gendarme fougueux , rival de fon courage ,
Le Garde impétueux , le fier Chevau- Léger ,
>> Se difputent l'honneur d'affronter le danger ;
» Le front du Cuiraffier d'un nouveau feu s'allume,
De rage & de valeur l'ardent Dragon écume ,
Et le noir Grenadier,dans fes bouillans tranfports
16 MERCURE DE FRANCE.
»
N'attend qu'un feul coup d'oeil pour braver mille
morts. *
Vers la fin.
Que l'infolent Huffart , le Pandoure effrené
» Au bruit feul de ton nom , tremblant & confterne,
» D'un Monarque irrité redoutant la vengeance ,
Aille apprendre au Danube, enflé de fa puiffance,
Que Louis échappé du plus grand - des hazards,
Se plaît à les braver pour venger les Céfars ; **
❤ Que toujours généreux & toujours magnanime ,
Il eft le ferme appui des Héros qu'on opprime ,
que du bras qui donne & foutient les Etats ,
Il punit tôt ou tard l'orgueil des Potentats.
Et
L'original de cette piéce eft dans les
mains de M. le Maréchal Duc de Belle-
Ifle , à qui j'eus l'honneur de l'envoyer à
Metz , d'abord en manufcrit le 5 Septembre
1744 , & quinze jours après imprimée
; ainfi comme la date & le nom de
l'Imprimeur font à la fin , & que tout
Rouen l'a lûe dans le tems , on ne peut
foupçonner que ce foit un horofcope fait
après coup ; je n'en ai cité que les endroits
Si j'avois à recommencer je fupprimerois ce détail,
mais bon ou mauvais , il prouve aujourd'hui que la
bataille de Fontenoy ne pouvoit mieux êire annoncée
ni défignée qu'elle le fut dans mon Paralléle huis
mois avant l'événement.
**
* Le feu Empereur.
NOVEMBRE, 1749. 117
les plus marqués ; mais comme la Piéce
contenoit près de deux cens vers , il y a
bien d'autres morceaux qui annonçoient
l'avenir , & qui par l'événement font deve
nus l'hiftoire du Conquérant.
J'ai encore un autre horofcope qui eft plus
fingulier , & qui remonte bien plus haut ,
car il parut à la mort du dernier Empereur
de la Maifon d'Autriche , ou quelque tems
après ; il s'agiffoit du fameux phénoméno
de Carthagène , que je lûs alors dans les
Gazettes , qui rapportoient à l'article de
Carthagéne , qu'il avoit parû un grand
torrent de feu au Ciel , lequel remontoit
d'Occident en Orient , & après avoir roulé
long-tems fur l'horifon , fe précipitoit
tout d'un coup en forme de cafcade , fouslaquelle
une nappe immenfe de feu paroif
foit couvrir tout le Ciel ; que la nappe s'étoit
tout d'un coup réunie en tourbillon
ou globe de feu , lequel avoit pirouetté
long- tems avec une action extraordinaire ;
qu'après bien des mouvemens , des coups
redoublés de tonnerre étoient partis du
tourbillon , & qu'au dernier coup le globe
éclarté s'étoit partagé aux quatre coins
de l'horifon . J'expliquai dans le tems ce
phénoméne dans une pièce de vers , que
tous mes amis ont vûe , mais comme elle
n'eft point imprimée , & que tout ce qui
118 MERCURE DE FRANCE.
eft arrivé à la Maifon d'Autriche depuis
huit ans , y eft circonftancié dans un détail
qui paffe l'horofcope , je ne pourrai jamais
venir à bout de perfuader au Public
que ce n'eft point une piéce faite après
coup , ainfi je la fupprime ; auffi- bien faudroit-
il chercher mes vers dans ma mémoire
, car je n'en ai point gardé d'exemplaire
, & je m'eftimerois heureux fi quelqu'un
de ceux à qui j'en ai fait part dans
le tems , pouvoient vous reproduire mon
écriture même , afin qu'on ne me foupçonnât
pas d'avoir ajouté ou changé quelqué
vers , quoique je fois bien fûr que je
retrouverois mot pour mor le tout , ſi je
voulois m'en donner la peine. En voila .
bien affez fur cet article , Monfieur , &
peut- être trop pour un tireur d'horofcope
, il ne me reste donc qu'à fouhaiter que
celui d'un Duc de Bourgogne
, que j'ai
l'honneur de vous envoyer , reffemble aux
précédens , & tous mes voeux feront fatisfaits.
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Résumé : LETTRE De M.***, à M. Remond de Sainte Albine, sur quelques Poësies composées pour Madame la Dauphine.
L'auteur adresse une lettre à M. Remond de Sainte Albine pour lui transmettre des poèmes composés en l'honneur de Madame la Dauphine durant son séjour à Forges. Ces poèmes célèbrent la princesse et les bienfaits divins pour la France. Ils incluent des inscriptions pour les fontaines de Forges, où les Nayades adressent des vœux à la Dauphine, évoquant les dieux Mars et Vénus et souhaitant prospérité et gloire à la maison de Bourbon. La lettre mentionne également des devises et des oracles liés à la grotte de la Sibylle de Forges, prédisant la naissance d'un héros, probablement le Duc de Bourgogne. Initialement destinés à un opéra comique, ces œuvres sont publiées en raison du manque de comédiens. L'auteur promet d'envoyer prochainement le plan et le dénouement de la pièce, ainsi que des chansons et des airs. Il se présente comme un prophète littéraire, ayant déjà prédit avec succès les conquêtes du roi lors de sa convalescence en 1744. Le texte inclut une préface et des extraits d'un ouvrage astrologique, probablement un horoscope, rédigé par un auteur anonyme. Cet ouvrage prédit les conquêtes du roi de France en Flandre, citant des événements comme la prise de Ypres, Furnes, Menin, et la bataille de Fontenoy. L'horoscope, envoyé au maréchal Duc de Belle-Isle en septembre 1744, a correctement anticipé ces événements. L'auteur mentionne un phénomène céleste observé à Carthagène, interprété comme un présage concernant la maison d'Autriche, et un autre horoscope non publié sur la mort du dernier empereur d'Autriche. Il espère que l'horoscope du Duc de Bourgogne sera tout aussi précis et véridique. Une lettre anonyme exprime l'espoir que cet horoscope soit favorable, concluant sur le souhait que ses vœux soient satisfaits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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357
p. 122-128
« DISSERTATION sur l'incertitude des Signes de la Mort, & sur l'abus [...] »
Début :
DISSERTATION sur l'incertitude des Signes de la Mort, & sur l'abus [...]
Mots clefs :
Mémoire, Mort, Dissertation, Enterrements, Incertitude, Signes de la mort, Abus, Embaumements, Règlement, Jacques-Bénigne Winslow, Claude François du Verdier de La Sorinière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DISSERTATION sur l'incertitude des Signes de la Mort, & sur l'abus [...] »
D
DES BEAUX- ARTS , ire.
ISSERTATION fur l'incertitude
des Signes de la Mort , & fur l'abus
des enterremens & embaumemens précipités
. Par M.Jean- Jacques Bruhier , Docteur
en Médecine.Seconde Edition , revûe, corrigée
& augmentée . A Paris , chez Debure
l'aîné , Libraire , Quai des Auguftins , à l'Image
Saint Paul , 1749 , 2 vol. in- 12. Tome
I. pp. 609.Tome II . pp . 534. Avec Approbation
& Privilége du Roi.
Au mois d'Avril 1740 , M. Winflow ,
Docteur Régent de la Faculté de Médecine
de Paris , & l'un des Membres de l'Académie
Royale des Sciences , fit foutenir
dans les Ecoles une Théfe fur une queſtion
NOVEMBRE. 1749. 123
extrêmement intéreffante. Il s'y agiffoit
d'examiner fi dans les cas où l'on doutoit
qu'une perfonne fût morte , les opérations
de Chirurgie étoient des épreuves plus certaines
que toute autre pour s'affûrer de la
vérité , & M. Winflow fe déclaroit pour
l'affirmative . Cette Théfe fut traduite en
François , mais M. Winflo n'ayant pas été
fatisfait de la premiere traduction , M.
Bruhier offrit d'en faire une nouvelle.
Afin de donner plus d'étendue à l'ouvrage
, il jugea à propos d'y joindre le récit
de plufieurs faits , que lui avoit fourni
la lecture de divers Traités fur les funérailles
des Anciens , ou qui lui furent indiqués
par M. Winflow & par quelques autres
Sçavans. La difficulté étoit de placer
ces augmentations. D'abord M. Brubier
n'imagina rien de mieux que d'en compofer
des notes , & de marquer par des renvois
les articles de la Théfe , auxquels elles
étoient relatives.
de
M. Winflow s'étoit propofé feulement
prouver , que pour reconnoître fi une
mort étoit réelle ou fimplement apparente,
on ne pouvoit avoir recours à de meilleurs.
moyens que les opérations chirurgicales.
M. Brubier porta plus loin fes vûes , & il
entreprit de montrer que ces opérations
mêmes étoient quelquefois un moyen in-
ן
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
fuffifant. Par cette raifon , il intitula fon
ouvrage , qui parut pour la premiere fois
en 1742 , Differtation fur l'incertitude des
Signes de la mort.
Des obfervations contenues dans cette
Diſſertation , il réfultoit qu'on s'expofoit
à être homicide , en précipitant trop les
embaumemens & les enterremens. M. Bruhier
, quelque tems après la publication de
fon Livre , compofa un Mémoire particu
lier fur ce fujet. Il en fit la lecture à M. le
Chancelier , qui l'engagea à dreffer un Pro
jet de Réglement, pour remedier à un abus
contre lequel la Nature & la Religion réclament
également le fecours des Loix. Le
Mémoire & le Projet de Réglement furent
imprimés en 1745 , & l'Auteur eut l'honneur
d'en préfenter un exemplaire à Sa
Majefté. Dans la même année , il publia
une feconde Partie , qu'il avoit ajoûtée à
fa Differtation.
Il donna en 1746 , fous le titre d'Addi
tion au Mémoire fur la néceffité d'un Réglement
général ausujet des Enterremens & Ěmbaumemens
, une Réponse aux objections
qui lui avoient été faites , & il la groffit
d'un nombre confidérable de faits dont il
n'avoit
pas encore parlé.
Tous ces differens ouvrages fe trouvent
réunis dans cette nouvelle Edition . Le preNOVEMBRE.
1749. .125
mier volume eft compofé de la premiere
Partie de la Differtation fur l'incertitude des
Signes de la mort , du Mémoire présenté au
Roi , du Projet de Réglement pour empêcher
les enterremens précipités , & de diverfes
biftoires de perfonnes rappellées à la vie ,
après avoir été réputées mories. Ces hiftoires
font celles qui ont été découvertes par
l'Auteur pendant le tems qui s'eft écoulé
entre la publication de fon premier ouvrage
& celle de fon Mémoire. M. Brubier
en faifant réimprimer la premiere partie
de fa Differtation , lui a donné une forme
nouvelle. Chaque paragraphe de la Théle
de M. Winflow ayant un objet particulier ,
notre Auteur a fait de chacun de ces objets
le fujet d'un chapitre.On verra dans le premier
, qui eft le plus long de tous , beaucoup
d'obfervations & de réflexions nouvelles
. Il n'y a aucun des autres chapitres ,
qui n'ait auffi fa part des augmentations .
Quant aux corrections , il y en a d'effentielles.
Celle qui regarde un ufage du troifiéme
fiècle , eft de ce nombre.
Dans le fecond volume eft la derniere
Partie que M. Bruhier ajoûta en 1745 àfa
તે િ
Differtation , & à laquelle il n'a rien changé.
Cette feconde Partie renferme neuf
Chapitres . L'Auteur examine dans le premier
, fi l'on doit ajoûter foi aux hiftoires.
F iij
126 MERCURE DEFRANCE.
rapportées dans la premiere partie de fon
ouvrage . Le fecond Chapitre eft deftiné à
prouver , par plufieurs faits , la poflibilité
de quelques événemens racontés par Pechlin
, & M. Bruhier y parle des ſecours
qu'on peut donnet aux Noyés. Les moyens
de rappeller à la vie quelques- uns des miférables
qui ont fubi le fupplice de la corde
, font la matiere du troifiéme Chapitre .
M. Bruhier , dans le quatrième , parle des
femmes qui meurent enceintes , & des enfans
réputés morts en venant au monde .
Dans le cinquiéme & le fixiéme Chapitres
, il parcourt les differentes cauſes , ſoit
intérieures , foit extérieures , qui peuvent
produire de fauffés apparences de mort. Il
employe le feptiéme à répondre à plufieurs
objections. Le huitiéme traite des ouver
tures fimples & des embaumemens. Notre
Auteur récapitule dans le dernier Chapitre
toutes les épreuves qu'on peut faire
pour éviter l'inconvénient d'inhumer une
perfonne tandis qu'elle eft encore en vie.
Ce volume eft terminé par un Supplément
contenant diverfes obfervations , dont M.
Bruhier n'a eu que depuis peu connoiffance.
L'Addition au Mémoire préfenté au Roi
neforme point, ni dans l'un ni dans l'autre
volume , un article féparé , parce quelle
a été fondue dans ce Mémoire.
NOVEMBRE. 1749. 127
On accufe les favoris des Mufes ; deprodiguer
fouvent leurs éloges à des ob
jets peu dignes d'être chantés . On ne fera
point ce reproche à M. de la Soriniere ,
en lifant l'Epitre fuivante. Il y loue avec
juftice l'utilité du Livre de notre Auteur .
Bruhier , ton immortel ouvrage
Ouvre les yeux à bien des gens
Sur l'abus , le cruel uſage
D'enterrer les morts tout vivans.
Chacua frémit , ne peut s'en taire ;
Et déja dans fon teftainent ,
De claufe expreffe &falutaire ,
Ajoûte un petit Supplément ,
Qui fervira de Réglement ,
Pour brider l'héritier avide ,
Dont l'empreffement homicide
Veut nous loger trop promptement
En telle Eglife ou Cimetiere ,
Où nous repoferions long- tems.
Arrêt fatal aux furvivans .
Collateraux auront beau faire ,
Il attendront affûrément
Quatre jours impatiemment.
Ce n'eft pas trop en telle affaire.
Car je t'avouerai fans myftere ,
Bruhier , qu'il me déplairoit fort ,
F iiij
128 MERCURE DE FRANCE.
Bien à l'étroit dans une biere ,
De me voir vif après ma mort,
M. de la Soriniere eft le feul Poëte qui ait
célebré l'ouvrage de M. Brubier , mais en
récompenfe prefque toutes les Sociétés fçavantes
du Royaume ont honoré authentiquement
de leur approbation le zéle de ce
Médecin. Les jugemens que nos principales
Académies ont portés de fon Livre ,
font à la tête du premier volume. Celle
d'Angers , non contente d'un témoignage
verbal de fon eftime , a aggrégé l'Auteur
à fon Corps, dans une affemblée extraordinairement
convoquée à cet effet.
Quelque glorieux que foient de pareils
fuffrages , M. Bruhier mérite un prix encore
plus flatteur. C'eft la reconnoiffance
de tous les hommes pour le fervice qu'il
s'efforce de leur rendre , en tâchant de les
dérober à un péril dont ne font pas exemts
ceux qui femblent devoir moins le redouter.
Joignons nos voeux à ceux du Public,
pour que l'autorité légiflative affûre l'exécution
d'un projet fi louable & fi important.
DES BEAUX- ARTS , ire.
ISSERTATION fur l'incertitude
des Signes de la Mort , & fur l'abus
des enterremens & embaumemens précipités
. Par M.Jean- Jacques Bruhier , Docteur
en Médecine.Seconde Edition , revûe, corrigée
& augmentée . A Paris , chez Debure
l'aîné , Libraire , Quai des Auguftins , à l'Image
Saint Paul , 1749 , 2 vol. in- 12. Tome
I. pp. 609.Tome II . pp . 534. Avec Approbation
& Privilége du Roi.
Au mois d'Avril 1740 , M. Winflow ,
Docteur Régent de la Faculté de Médecine
de Paris , & l'un des Membres de l'Académie
Royale des Sciences , fit foutenir
dans les Ecoles une Théfe fur une queſtion
NOVEMBRE. 1749. 123
extrêmement intéreffante. Il s'y agiffoit
d'examiner fi dans les cas où l'on doutoit
qu'une perfonne fût morte , les opérations
de Chirurgie étoient des épreuves plus certaines
que toute autre pour s'affûrer de la
vérité , & M. Winflow fe déclaroit pour
l'affirmative . Cette Théfe fut traduite en
François , mais M. Winflo n'ayant pas été
fatisfait de la premiere traduction , M.
Bruhier offrit d'en faire une nouvelle.
Afin de donner plus d'étendue à l'ouvrage
, il jugea à propos d'y joindre le récit
de plufieurs faits , que lui avoit fourni
la lecture de divers Traités fur les funérailles
des Anciens , ou qui lui furent indiqués
par M. Winflow & par quelques autres
Sçavans. La difficulté étoit de placer
ces augmentations. D'abord M. Brubier
n'imagina rien de mieux que d'en compofer
des notes , & de marquer par des renvois
les articles de la Théfe , auxquels elles
étoient relatives.
de
M. Winflow s'étoit propofé feulement
prouver , que pour reconnoître fi une
mort étoit réelle ou fimplement apparente,
on ne pouvoit avoir recours à de meilleurs.
moyens que les opérations chirurgicales.
M. Brubier porta plus loin fes vûes , & il
entreprit de montrer que ces opérations
mêmes étoient quelquefois un moyen in-
ן
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
fuffifant. Par cette raifon , il intitula fon
ouvrage , qui parut pour la premiere fois
en 1742 , Differtation fur l'incertitude des
Signes de la mort.
Des obfervations contenues dans cette
Diſſertation , il réfultoit qu'on s'expofoit
à être homicide , en précipitant trop les
embaumemens & les enterremens. M. Bruhier
, quelque tems après la publication de
fon Livre , compofa un Mémoire particu
lier fur ce fujet. Il en fit la lecture à M. le
Chancelier , qui l'engagea à dreffer un Pro
jet de Réglement, pour remedier à un abus
contre lequel la Nature & la Religion réclament
également le fecours des Loix. Le
Mémoire & le Projet de Réglement furent
imprimés en 1745 , & l'Auteur eut l'honneur
d'en préfenter un exemplaire à Sa
Majefté. Dans la même année , il publia
une feconde Partie , qu'il avoit ajoûtée à
fa Differtation.
Il donna en 1746 , fous le titre d'Addi
tion au Mémoire fur la néceffité d'un Réglement
général ausujet des Enterremens & Ěmbaumemens
, une Réponse aux objections
qui lui avoient été faites , & il la groffit
d'un nombre confidérable de faits dont il
n'avoit
pas encore parlé.
Tous ces differens ouvrages fe trouvent
réunis dans cette nouvelle Edition . Le preNOVEMBRE.
1749. .125
mier volume eft compofé de la premiere
Partie de la Differtation fur l'incertitude des
Signes de la mort , du Mémoire présenté au
Roi , du Projet de Réglement pour empêcher
les enterremens précipités , & de diverfes
biftoires de perfonnes rappellées à la vie ,
après avoir été réputées mories. Ces hiftoires
font celles qui ont été découvertes par
l'Auteur pendant le tems qui s'eft écoulé
entre la publication de fon premier ouvrage
& celle de fon Mémoire. M. Brubier
en faifant réimprimer la premiere partie
de fa Differtation , lui a donné une forme
nouvelle. Chaque paragraphe de la Théle
de M. Winflow ayant un objet particulier ,
notre Auteur a fait de chacun de ces objets
le fujet d'un chapitre.On verra dans le premier
, qui eft le plus long de tous , beaucoup
d'obfervations & de réflexions nouvelles
. Il n'y a aucun des autres chapitres ,
qui n'ait auffi fa part des augmentations .
Quant aux corrections , il y en a d'effentielles.
Celle qui regarde un ufage du troifiéme
fiècle , eft de ce nombre.
Dans le fecond volume eft la derniere
Partie que M. Bruhier ajoûta en 1745 àfa
તે િ
Differtation , & à laquelle il n'a rien changé.
Cette feconde Partie renferme neuf
Chapitres . L'Auteur examine dans le premier
, fi l'on doit ajoûter foi aux hiftoires.
F iij
126 MERCURE DEFRANCE.
rapportées dans la premiere partie de fon
ouvrage . Le fecond Chapitre eft deftiné à
prouver , par plufieurs faits , la poflibilité
de quelques événemens racontés par Pechlin
, & M. Bruhier y parle des ſecours
qu'on peut donnet aux Noyés. Les moyens
de rappeller à la vie quelques- uns des miférables
qui ont fubi le fupplice de la corde
, font la matiere du troifiéme Chapitre .
M. Bruhier , dans le quatrième , parle des
femmes qui meurent enceintes , & des enfans
réputés morts en venant au monde .
Dans le cinquiéme & le fixiéme Chapitres
, il parcourt les differentes cauſes , ſoit
intérieures , foit extérieures , qui peuvent
produire de fauffés apparences de mort. Il
employe le feptiéme à répondre à plufieurs
objections. Le huitiéme traite des ouver
tures fimples & des embaumemens. Notre
Auteur récapitule dans le dernier Chapitre
toutes les épreuves qu'on peut faire
pour éviter l'inconvénient d'inhumer une
perfonne tandis qu'elle eft encore en vie.
Ce volume eft terminé par un Supplément
contenant diverfes obfervations , dont M.
Bruhier n'a eu que depuis peu connoiffance.
L'Addition au Mémoire préfenté au Roi
neforme point, ni dans l'un ni dans l'autre
volume , un article féparé , parce quelle
a été fondue dans ce Mémoire.
NOVEMBRE. 1749. 127
On accufe les favoris des Mufes ; deprodiguer
fouvent leurs éloges à des ob
jets peu dignes d'être chantés . On ne fera
point ce reproche à M. de la Soriniere ,
en lifant l'Epitre fuivante. Il y loue avec
juftice l'utilité du Livre de notre Auteur .
Bruhier , ton immortel ouvrage
Ouvre les yeux à bien des gens
Sur l'abus , le cruel uſage
D'enterrer les morts tout vivans.
Chacua frémit , ne peut s'en taire ;
Et déja dans fon teftainent ,
De claufe expreffe &falutaire ,
Ajoûte un petit Supplément ,
Qui fervira de Réglement ,
Pour brider l'héritier avide ,
Dont l'empreffement homicide
Veut nous loger trop promptement
En telle Eglife ou Cimetiere ,
Où nous repoferions long- tems.
Arrêt fatal aux furvivans .
Collateraux auront beau faire ,
Il attendront affûrément
Quatre jours impatiemment.
Ce n'eft pas trop en telle affaire.
Car je t'avouerai fans myftere ,
Bruhier , qu'il me déplairoit fort ,
F iiij
128 MERCURE DE FRANCE.
Bien à l'étroit dans une biere ,
De me voir vif après ma mort,
M. de la Soriniere eft le feul Poëte qui ait
célebré l'ouvrage de M. Brubier , mais en
récompenfe prefque toutes les Sociétés fçavantes
du Royaume ont honoré authentiquement
de leur approbation le zéle de ce
Médecin. Les jugemens que nos principales
Académies ont portés de fon Livre ,
font à la tête du premier volume. Celle
d'Angers , non contente d'un témoignage
verbal de fon eftime , a aggrégé l'Auteur
à fon Corps, dans une affemblée extraordinairement
convoquée à cet effet.
Quelque glorieux que foient de pareils
fuffrages , M. Bruhier mérite un prix encore
plus flatteur. C'eft la reconnoiffance
de tous les hommes pour le fervice qu'il
s'efforce de leur rendre , en tâchant de les
dérober à un péril dont ne font pas exemts
ceux qui femblent devoir moins le redouter.
Joignons nos voeux à ceux du Public,
pour que l'autorité légiflative affûre l'exécution
d'un projet fi louable & fi important.
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Résumé : « DISSERTATION sur l'incertitude des Signes de la Mort, & sur l'abus [...] »
En 1740, M. Winflow, docteur régent de la Faculté de Médecine de Paris et membre de l'Académie Royale des Sciences, présenta une thèse sur les signes de la mort et l'efficacité des opérations chirurgicales pour confirmer le décès. Jean-Jacques Bruhier, docteur en médecine, traduisit et augmenta cette thèse, publiant en 1742 une 'Dissertation sur l'incertitude des signes de la mort'. Bruhier y ajoutait des récits tirés de divers traités sur les funérailles des Anciens et des observations personnelles, soulignant les risques d'homicide involontaire en cas d'enterrements ou d'embaumements précipités. Il rédigea également un mémoire et un projet de règlement pour prévenir ces abus, présentés au roi en 1745. En 1746, il publia une réponse aux objections reçues, enrichie de nouveaux faits. Ces travaux furent réunis dans une édition révisée en 1749, comprenant deux volumes. Le premier volume inclut la dissertation initiale, le mémoire, le projet de règlement, et des histoires de personnes ressuscitées. Le second volume contient des chapitres sur diverses causes de fausses apparences de mort, des moyens de réanimation, et des preuves pour éviter les inhumations prématurées. L'ouvrage est complété par un supplément d'observations récentes. M. de la Sorinière, un poète, loua cet ouvrage dans une épître, soulignant son utilité et exprimant son horreur à l'idée d'être enterré vivant. L'épître inclut également un supplément proposant un règlement pour prévenir cette pratique abusive. Plusieurs sociétés savantes du royaume approuvèrent le travail de Bruhier, et l'Académie d'Angers l'intégra à son corps. Le texte appelle à une reconnaissance publique plus large et à une législation pour mettre en œuvre les recommandations de Bruhier afin de protéger les individus contre ce danger.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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358
p. 99-126
MEMOIRE Sur les avantages & les inconvéniens de la fiévre, lû à l'Académie de Beziers, le 13 Novembre 1749, par M. Jean-Henri-Nicolas Bouillet, Docteur en Médecine de la Faculté de Montpellier.
Début :
SI j'entreprenois de faire ici l'éloge de la fiévre, on croiroit sans doute, qu'à [...]
Mots clefs :
Fièvre, Nature, Cause, Maladie, Maladies, Humeurs, Matière, Sang, Causes, Corps, Mouvement, Effets, Remède, Chaleur, Fièvres, Médecins, Organes, Coeur, Matière morbifique, Vaisseaux, Symptôme, Santé, Dérangement, Évacuations, Dépravation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE Sur les avantages & les inconvéniens de la fiévre, lû à l'Académie de Beziers, le 13 Novembre 1749, par M. Jean-Henri-Nicolas Bouillet, Docteur en Médecine de la Faculté de Montpellier.
MEMOIR E
Sur les avantages & les inconvéniens de la
fiévre , lû à l'Académie de Beziers , le 13
Novembre 1749 , par M. Jean- Henri-
Nicolas Bouillet , Docteur en Médecine de
la Faculté de Montpellier.
Sliventreprenois
de faire ici l'éloge de la
fiévre , on croiroit fans doute , qu'à
l'exemple d'Erafme , qui a fait l'éloge de la
folie , & de quelques autres Ecrivains qui
ont loué ironiquement des chofes dont le
nom même eft odieux : on croiroit , dis-je,
que je voudrois amufer agréablement cette
illuftre affemblée , en préfentant fous -de
belles couleurs la chofe du monde la plus
hideufe , l'ennemi déclaré du genre humain
, le tyran de la vie des hommes.
Mais ce qu'on croiroit que je voudrois
faire ici d'une maniere ironique, de grands
Médecins l'ont exécuté férieuſement , en
exagérant dans certains cas les avantages
de la fiévre , en la repréfentant toujours
comme la feule reffource de la nature dans
le plus grand nombre des maladies , comme
le moyen le plus folemnel dont elle
faffe ufage pour leur guérifon ; en foûtenant
enfin dans des Théfes publiques , que
E ij
Too MERCURE DE FRANCE.
la fiévre eft bien moins fouvent une ma
ladie qu'un remède à nos maux. Il est vrai
que d'autres Médecins , non moins habiles
, ont penfé bien differemment , &
que loin de regarder la fiévre comme
quelque chofe d'avantageux , ils l'ont confidérée
comme la plus cruelle de toutes
les maladies , & comme la caufe la plus
ordinaire de la mort des hommes . Ces
deux fentimens ont encore leurs partifans,
& perfonne , que je fçache , ne s'eft avile
de difcuter à fond , lequel des deux doit
être préferé. Ce n'eft pourtant pas ici une
queftion purement ſpéculative , & dont la
décifion foit indifferente pourla pratique.
On en jugera par ce Mémoire , où je me
propofe d'examiner férieufement cette
matiere , après avoir rapporté ce qu'on a
dit jufqu'ici de plus frappant en faveur de
la fiévre,
1. Hippocrate , parmi les anciens , a été
le premier qui a relevé , ce femble , les
avantages de la fiévre , en faifant remarquer
qu'elle eft d'un bon augure dans certaines
maladies , & qu'elle en termine
heureuſement bien d'autres. Quelquesuns
de ceux quifont venus après lui , n'ont
pas manqué à cet égard de fe prévaloir de
fon autorité. Ils ont été même plus loin.
Afclepiade ofa bannir tous les remédes , &
MARS. 1750. 101
il ne craignit point d'avancer que la fiévre
étoit le principal reméde dont il fit ufage .
Enfin Celfe ne fe contenta pas de dire que
la fiévre elle- même étoit fouvent d'un
grand fecours ; il ajouta auffi , d'après Hip.
pocrate , qu'il étoit quelquefois de la prudence
du Médecin de la procurer aux
malades.
2. Parmi les modernes , Sydenham , l'un
des plus habiles Praticiens Anglois du dernier
fiécle , a regardé la fiévre comme l'u
nique moyen , dont la nature eût coûtume
de fe fervir pour chaffer hors du corps la
cauſe matérielle des maladies , mais celui
qui vers la fin du fiécle pallé , & au commencement
de celui-ci , s'eft déclaré le
plus ouvertemeift en faveur de la fièvre ,
a été le célébre M. Stahl , que la plûpart
des Médecins Allemands regardent comme
le reftaurateur de la Médecine . Cet Auteur
a même pouffé fa complaifance pour
la fiévre , jufqu'à taxer d'erreur Hippocrate
, lorfqu'après avoir fait l'énumeration
des maladies , que les anciens appelloient
aigues , ce Prince de la Médecine
ajoute * que c'eft la fièvre qui rend ordi-
,
nairement ces maladies mortelles .
Pour lui , il penfe qu'il eft plus clair
* DeVict, acutor.
E iij
102 MERCURE DEFRANCE.
que le jour , que ces mêmes maladies , ou
ce qui eft , dit-il , le même , les ftafes inflammatoires
du fang dans les vifcéres
abandonnées à elles-mêmes & fans l'intervention
de la fièvre , tuent néceffairement ,
& il ajoute que la nature par elle- même
ne peut prévenir autrement une pareille
cataſtrophe , qu'en diffipant à propos ces
fortes de ftafes , & qu'elle ne peut les diffiper
qu'en augmentant confidérablement ,
& pendant un tems fuffifant le mouvement
progreffif ou circulaire du fang , ce
qui emporte néceffairement une augmentation
de poulx , qui eft toujours fitivie
d'une augmentation de chaleur par tout
le corps , laquelle augmentation de chaleur
, à un certain degré & d'une certaine
durée , s'appelle fiévre . D'où il conclud
qu'on a grand tort de regarder la fièvre ,
comme la feule maladie & comme la cauſe
principale de la mort , tandis qu'elle eſt
au contraire l'unique fondement d'une
heureufe efpérance , & le feul inftrument
de la guérifon : ce qu'il tache de prouver
par la pefte , ce coryphée des maladies - aigues
, laquelle felon lui , n'étant point
proprement de fon effence une fiévre , ne
peut être traitée heureufement & avec fuccès
, qu'en lui oppofant une fiévre douce ,
égale & continue.
MARS. 1750. 103
3. Les Difciples de M. Stahl ne font
pas moins prévenus que lui en faveur de la
fiévre. Le fçavant funcker la définit un
effort falutaire de la nature , qui par des
mouvemens fecrétoires & excrétoires ,
portés au delà de leur degré naturel , mais
affez justement proportionnés à la quantité
& à la qualité de la caufe fébrile , fe
propofe , ou de corriger ou d'éloigner du
corps quelque matiere morbifique : & il
ajoute qu'en ce fens on peut fort bien déri-
Iver le mot Latin febris , de l'ancier verbe
februare , qui fignifie purifier ou expier , &
particulierement de ces cérémonies folemnelles
, de ces facrifices appellés februa ,
par lefquels on avoit en vue d'éloigner
des maifons les ombres errantes des morts,
& d'ôter les caufes des maladies. D'où il
- conclud que l'efter de la fièvre est toujours
falutaire , mais que fon évenement eft fouvent
irrégulier ou tout- à- fait funefte , non
par la faute effentielle de la fiévre , mais
par celle du fujet où la fièvre ne peut pas
librement faire fon cours , ou par d'autres
maladies qui s'y joignent , & qu'ainfi ce
n'eft pas par la fiévre , mais avec la fièvre
qu'on meurt. Il y a plus. Il prétend que
les fiévres , qui font librement leur cours ,
Haiffent après elles une fanté beaucoup
plus vigoureufe , que celle dont on jouif-
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
foit avant la maladie . Nenter tient le même
langage.
4. Mais M. Stahl , & fes Difciples , ne
font pas les feuls qui parlent avantageufement
de la fiévre . M. Boerhaave prétend
auffi que la fiévre eft un heureux inftru
ment , par lequel la nature opére la guérifon
parfaite de bien des maladies aigues
& chroniques , d'ailleurs incurables :
qu'un Médecin qui fe fert de la fièvre que
la nature excite , & qui lui affocie des délayans
& de doux fondans , fait toujours
des merveilles , & qu'un Médecin qui
connoît la nature & qui l'imite , aide cette
même nature , trop foible pour furmonter
des maladies chroniques , en procurant par
des remédes une fièvre qu'elle n'a pas la
force d'exciter elle-même , & que par cette
fiévre bien ménagée on releve une nature
abbattue , & on furmonte les maladies
les plus rebelles.
5. M. Hoffman ( Frederic ) ne paroît
guéres moins prévenu en faveur de la fiévre.
D'abord il convient de bonne foi ,
que c'eft un mouvement contre nature du
fang & des humeurs , qui dérange & détruit
même les fonctions du corps & de
l'ame ; qui corrompt les fucs vitaux , épuife
les forces , difpofe aux maladies chroniques
, & donne fouvent la mort . Mais
MARS. 1750. 105
en même tems il ajoute que le mouvement
fébrile du fang , qui fe joint à beaucoup
de maladies aigues & chroniques ,
eft d'une telle nature & d'un tel caractére,
.qu'il contribue à furmonter & détruire lés
caufes des maladies , & par conféquent
qu'il eft plutôt avantageux & falutaire que
préjudiciable au corps humain . C'eft en
quoi , s'écrie- t'il , l'Auteur de la nature eft
d'autant plus admirable puifqu'il fait >
fervir la caufe même de la mort à la confervation
de la vie.
Cet Auteur n'attribue la fiévre qu'à des
effers purement méchaniques , qui ne font
point avantageux par eux-mêmes , mais
feulement par accident , en faifant fortig
les impuretés qui la caufent ; de même
que le vomiffement , quand l'eftomach eſt
chargé , & l'hémorragie dans la pléthore ,
quoiqu'ils foient des accidens maladifs ,
quelquefois mortels , opérent le rétabliſſement
de la fanté.
I
Quant à la fiévre , elle ne devient , ditil
, falutaire , que parce qu'elle accélére la
coction de la matiere morbifique , c'eſtà-
dire , qu'elle la rend propre à l'excrétion
, ce qui fe fait de deux manieres , en
divifant les matieres épaiffies , & en ouvrant
les vaiffeaux obftrués ou refferrés
par les fpafies. Or rien n'eft plus propre
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
que la chaleur de la fiévre pour produire
ces effets , car la vie confifte dans la chaleur
, n'eft- il pas naturel que fon augmen.
tation répare la langueur de fon principe.
D'où il conclud qu'il eft dangereux , fouvent
mortel , de faire tous fes efforts dans
le commencement des maladies , pour
anéantir tout-à- fait la fiévre , à moins
qu'elle ne foit entierement fymptomati
que. Il faut fe contenter , dit- il , de modé
rer les fiévres critiques , fi elles font trop
fortes , mais il faut les animer , fi elles ne
le font pas affez.
pour
6. Enfin à tous ces Panégyriftes de la
fiévre s'eft joint encore depuis peu un fçavant
Médecin de l'Ecole de Paris . D'abord
cet Auteur ne veut point qu'on appelle
maladie ce que fait la nature
corriger ou pour chaffer hors du corps la
caufe du mal , & pour rétablir une fanté
délabrée puis il ajoute que la maladie
n'étant qu'une difpofition contre nature ,
qui dérange immédiatement & par ellemême
les fonctions du corps vivant , tout
ce qui ne produit pas cet effet , ne doit pas
être mis au rang des maladies .
Au refte , dit-il , qu'on ne croye pas que
ce n'eft ici qu'une queftion de nom , car
on en tirera bien des conféquences trèsutiles
pour la pratique. En effet , s'il eft
1
MARS. 1750.
107
bien prouvé que la fiévre eft plutôt un reméde
qu'une maladie , il s'enfuivra qu'il
ne faut point l'emporter , mais ( nouveauté
étrange ! ) qu'il faut quelquefois l'allumer
; qu'il ne faut pas la diminuer , mais
l'augmenter ; qu'il ne faut pas l'éteindre
mais la conferver. Après cette digreffion ,
l'Auteur continue ainfi . Nous ne fommes
pas plutôt atteints de quelque indifpofition
, que la nature excite d'abord là fié …..
vre. Mais à quel deffein ? Eft.ce pour
ajouter un nouveau mal au premier ? Point
du tout . La nature ne travaille point à
nons détruire , elle veille au contraire à
notre confervation , & ne manque pas de
venir à notre fecours . C'eft donc envain
qu'on cherche la caufe de la fiévre ; il faut
chercher la caufe des differens maux qu'elle
accompagne, C'eft uniquement à cette
caufe qu'il faut remédier. Mais quelles
font les principales caufes des maladies ?
Des inflammations , des obftructions , des
matieres vifqueufes , gluantes , arrêtées en
differentes parties du corps . Or pour corfiger
ou pour détruire ces caufes , quel
reméde plus efficace que la fiévre ? Dans
la fiévre le mouvement & la chaleur du
fang font portés au - delà de leur dégré
naturel. C'eft le mouvement & la chaleur
qui nous font vivre. C'eft à ces agens qu'il
E vi
108 MERCURE DE FRANCE.
faut rapporter tout ce qui fe paffe dans
l'homme , & tant que les fonctions nefont
point lézées , ils fuffident l'un & l'autre
dans leur état naturel pour perpétuer la
vie : mais s'il le forme quelque embarras ,
alors la fièvre , par des mouvemens fecrétoires
& excrétoires , pouffés au -delà de
leur dégré naturel , brife , attenue la matiere
morbifique , & la ramène à fa température
naturelle , ou par le fecours de la
chaleur elle prépare cette matiere & la
chaffe au-dehors.
Enfin après une longue énumeration des
maladies , qu'il croit que la fiévre peut
guérir ; après avoir obfervé que ceux - là
fe trompent groffierement , qui par des
faignées & d'autres remédes tâchent de
l'appaifer , il conclud que la fièvre , loin
d'être une maladie , eft un reméde naturel ,
comme le vomiffement , l'éternuement ,.
la toux , les larmes , les déjections ; que
la meilleure fiévre eft celle qui eft proportionnée
à la caufe de la maladie & aux
forces de la nature , & que c'eſt celle - là
qui prépare & chaffe fûrement & promp
tement la matiere morbifique.
7. En voilà fans doute bien aſſez pour
prouver que de grands Médecins ont loué
férieufement la fiévre, & que loin de la re
garder comme une maladie , ils l'ont enMARS.
1750. 109
vifagée comme le plus grand reméde que la
nature puiffe apporter à nos maux. Maintenant
il ne me feroit pas difficile de faire
voir que bien d'autres Médecins , non
moins habiles , ont eu fur la fiévre des
idées tout-à- fait oppofées , & que nonfeulement
ils l'ont regardée comme une
maladie qui s'attaque généralement à tout
le corps , mais encore comme la plus fréquente
& la plus dangereufe de toutes les
maladies. Il n'y auroit qu'à rapporter ce
que le plus grand, nombre de Médecins
anciens & modernes nous ont laiffé fur ce
fujet. Mais pour ne pas trop groffir ce
Mémoire , nous nous contenterons d'examiner
la chofe en elle-même , & fans aucun
égard à l'autorité de ceux qui nous
ont précédés , & par ce moyen nous tâcherons
de découvrir fi la fiévre ' eft réellement
ou non une maladie , & s'il eft du
devoir du Médecin de la combattre ou de
la conferver , & de l'appeller même à ſom
fecours.
8. Pour garder quelque ordre dans cet
examen , nous confidérerons d'abord la
fiévre indépendamment de tout vice , foit.
humoral , fait organique : enfuite nous
examinerons celle qui dépend du vice des
humeurs , ou des organes , ou de l'enfemble
des uns & des autres : enfin nous rap116
MERCURE DE FRANCE.
porterons les principaux effets de ces differentes
fortes de fièvres , & on verra parlà
, fi on doit regarder la fièvre comme
une maladie ou comme un remède à nos
maux .
9. Que la fièvre s'éleve quelquefois indépendamment
de tout vice humoral ou
organique , c'est ce qu'ont reconnu Pitcarne
, Boerhaave & Vanfwieten , & c'est ce
que l'expérience nous montre affez fouvent.
En effet on voit la fièvre s'allumer
quelquefois dans les corps les plus fains
par la feule action des cauſes externes ou
procatharctiques , & l'on comprend aifé
ment que tout ce qui peut accélerer à un
certain point le mouvement du fang qui
revient au coeur par les veines , ou pouffer
conftamment vers le coeur une plus grande
quantité d'efprits animaux , peut exciter
la fiévre dans le corps le plus robufte & le
plus fain , avant qu'on puiffe foupçonner
d'autre vice dans les humeurs ou dans
les organes , que la feufe accéleration du
mouvement du fang ou des efprits animaux
, & le battement plus fréquent du
coeur & des artéres. C'eft du moins ainfi
que de grands & longs travaux , fürtout
dans une faifon fort chaude , de violentes
& longues paffions de l'ame , furtout des
excès de colére dans des gens jeunes &
MARS 1750. FIE
vigoureux , occafionnent fouvent la fiévre
.
10. Et qu'on ne dife point que cette
violente agitation du fang , que ces violens
& fréquens battemens du coeur & des
artéres , ne peuvent point , à proprement
parler , être appellés du nom de fievre ,
puifque tout cela difparoit quelquefois
promptement , dès que la caufe externe ou
occafionnelle ceffe d'agir. Car pourquoi
ne leur donneroit-on pas ce nom- là ? Une
fiévre d'un quart- d'heure eft-elle moins
fiévre , qu'une fiévre de vingt- quatre heures
ou de plufieurs jours ? D'ailleurs , fi
cette caufe occafionnelle conftamment appliquée
fur un corps , même très -fain , continue
d'agir pendant un certain tems , ne
s'enfuivra-t'il pas une fiévre continue , &
fouvent très-ardente ? Et le commence
ment de ce mal , avant qu'il fe foit développé
une matiere fébrile , fera-t'il moins
fiévre que la fuite de ce même mal , lorfqu'il
s'eft formé des embarras dans les vaiffcaux
, ou qu'il s'eft développé une mathere
fébrile ?
Il y a plus. On peut fi peu refufer le
nom de fiévre à ces fréquens battemens
du coeur & des artéres , & à cette violente
agitation du fang , caufée par des excès de
colere ou par de violens exercices , qu'il
#12 MERCURE DE FRANCE.
arrive quelquefois que les vaiffeaux capil
laires du cerveau , ou de quelqu'autre vifcére
, dont le calibre ou la capacité augmente
en raifon compofée de la directe
du volume & de la rapidité du fang , &
de l'inverfe de leurs réfiftances , crévent
promptement par la feule diftenfion de
leurs parois , & qu'il fe fait des extravafations
mortelles , avant que les humeurs
ayent eu le tems de fe dépraver , & que les
vaiffeaux ayent pû s'embarraffer.
fes
11. On dira peut-être que la fièvre ,
n'étant qu'an dérangement durable des
fonctions , & que les fonctions ne pouvant
être long-tems dérangées par une cauſe
externe , l'agitation du fang occafionnée
par une cauſe externe ne peut être qua
lifiée du nom de fiévre . Mais ne fuffit- it
pas que les fonctions du coeur foient dérangées
pendant un certain tems , que
battemens foient & plus forts & plus fréquens
que dans l'état naturel , pendant ce
même tems , pour que l'effet de cette caufe
externe foit appellée fiévre , avant même
que les humeurs foient dépravées ? Autrement
il ne faudroit pas non plus appeller
fiévre le dérangement caufé dans les fonctions
du coeur par le vice de quelque organe
, par la piquûre d'un nerf ou d'un
tendon , &c. & il faudroit entierement
MAR S. 1750. Its
bannir de la claffe des fiévres les fièvres
non-humorales , dont M. Fizes a le premier,
que je fçache , traité expreffément , ce qui
feroit ridicule , puifqu'il en résulte quelquefois
affez brufquement des accidens
terribles , des convallions , des délires ,
& c.
12. Il eft donc certain que la frévre peat
être excitée par une caufe externe , & indépendamment
de la dépravation des hu
meurs ou du dérangement des organes.
Voyons maintenant quels font les effets
de cette fiévre. Premierement , le fang
ne peut circuler avec beaucoup plus de rapidité
qu'à l'ordinaire , qu'il ne s'échauffe
davantage , & qu'il ne communique beau
coup plus de chaleur à tout le corps . 2. Il
doit diftendre outre mefure les parois des
vaiffeaux par où il paffe & les faire créver,
ou du moins les tirailler au point de caufer
des douleurs à la tête , àla région des
reins , & c. ou des délires , des convuk
fions , &c. 3. Les orifices des artéres lym
phatiques doivent fe dilater , & recevoir
dans leur cavité les globules rouges du
fang qui ne pouvoient y entrer aupara
vant , ce qui ne peut manquer de produire
des rougeurs & des inflammations. 4 .
Toutes les humeurs doivent s'épaiffir ,
foit par la chaleur qui fait évaporer ce
114 MERCURE DE FRANCE.
qu'elles.contiennent d'aqueux , & qui fige
tout ce qu'elles ont d'analogue au blanc
d'oeuf , foit par les coups redoublés des
vaiffeaux qui les fouettent , les ferrent &
les condenfent. 5. Les fécrétions doivent
être interrompues , & les digeftions dérangées.
6. Les humeurs doivent contracter
une acrimonie , capable de ronger les
vaiffeaux où elles doivent fe putréfier &
fe diffoudre entierement. En un mot, il
doit fe former une ou plufieurs caufes internes,
capables d'entretenir la fiévre , lors
même que la caufe externe aura ceffé d'a
gir , & alors cette fiévre aura tous les effets
que doivent avoir les fiévres produites par
des caufes internes. Mais avant que d'aller
plus loin , examinons fi cette premiere efpéce
de fiévre doit être confidérée plutôt
que comme une malacomme
un reméde
die.
i 13. D'abord il eft vifible que cette fie
vre n'eft point un remède , puifqu'un reméde
fuppofe une maladie à laquelle il
doit être appliqué , & qu'an eft convenu
qu'il n'y avoit point ici de maladie , à la
quelle cette fiévre dût fervir de reméde. 2 °.
On fçait qu'un reméde doit tendre à réta
blir la fanté , & on vient de voir que cette
fiévre tend à la détruire , ou ce qui eft le
même , tend à produire des caufes de n
MARS. 1750. ris
que
ladie & de mort. Il eft vifible auffi
cette fiévre eft une véritable maladie
avant même la dépravation des humeurs
& le dérangement des organes , puifqu'el- .
le dérange notablement les fonctions du
coeur & du cerveau , & que fi on veut
qu'elle ne foit plus une maladie , mais un
fymptôme , lorfque les humeurs font dépravées
& les organes dérangés , il faudra
du moins qu'on convienne qu'elle eft une
caufe de cette dépravation des humeurs
ou de ce vice des organes , & qu'une cauſe
immédiate de maladie ne peut pas être
qualifiée du nom de reméde. D'où il fait
que la fiévre produite par une caufe externe,
loin d'être quelque chofe d'avantageux,
doit toujours être confidérée comme un
grand mal , ou du moins comme la caufe
de tous les mauvais effets que nous avons
rapportés ci-deffus , & qu'ainfi , loin de
conferver cette fiévre , il faut la détruire
au plutôt.
14. On conviendra fans doute que
cette févre n'eft point avantageufe , & on
ajoutera qu'elle doit être regardée comme
une erreur de la nature qui ſe tourmente
inutilement , pour éloigner du corps des
chofes qui n'y font point contenues , mais
qui font fur lui le même effet que les caufes
intérieures : qu'à la vérité la nature fe
,
116 MERCURE DE FRANCE.
trompe ici dans la fin qu'elle fe propofe ,
mais que le moyen dont elle fe fert , eft
bon en lui -même , & ne manque pas de
produire un bon effet , lorfqu'il eft bien
appliqué. Mais il eft aifé de voir que ce
n'eft ici qu'un vain fubterfuge , & que les
mêmes idées reftent fous des noms differèns.
Car qu'on donne à cette fiévre le
nom de maladie ou d'erreur de la nature ,
il n'en fera pas moins vrai de dire qu'il
faut ôter cette maladie ou corriger cette
erreur , & avoir recours à d'autres remé
des que la fièvre , pour remédier à cette
maladie , ou pour corriger cette erreur de
la nature
,
15. Il faut donc que l'on convienne que
cette tfpéce de fiévre eft un moyen mal
appliqué par la nature , puifqu'il n'y
point dans le corps d'autre maladie ou de
caufe de maladie , & que loin d'être avantageufe
& falutaire , cette fiévre ne peut
être que très pernicieufe , & même fu
nefte par les hémorragies ou les extravafations
qu'elle peut caufer , on par les inflammations
qu'elle peut occafionner , ou
par bien d'autres caufes des maladies
qu'elle peut faire développer. Il faudra
auffi par les mêmes raifons , que l'on convienne
que la fiévre non- humorale , ou purement
fymptomatique , la fièvre cauſée
MARS. 1750 . 117
par la piquûre d'un 'nerf ou d'un tendon
par un panaris , ou par une vive douleur
dans quelque partie à l'occafion d'une
caufe externe : il faudra , dis je , que l'on
convienne que cette fièvre ne fçauroit
être avantageufe , & que loin d'être un
reméde , elle eft fouvent une caufe de
mort. Il feroit fans doute inutile de
vouloir prouver une chofe auffi évidente
que celle- là. H ne nous refte qu'à voir fi
la fiévre produite par des caufes internes ,
ou par la dépravation des humeurs , eft
plus avantageufe que nuifible , & fi ·elle
doit être regardée plutôt comme un reméde
que comme une maladie . Car fi je
fais voir , comme je l'efpére , que la fièvre
caufée par la dépravation des humeurs
n'eft jamais falutaire , il s'enfuivra néceffairement
que la fiévre produite à la fois
par la dépravation des humeurs , & par le
vice de quelque organe , fera encore moins
avantageufe , & ne pourra jamais paffer
pour un reméde.
16: Les caufes internes des fièvres humorales
fe réduire à celles qui fe peuvent
forment , ou dans les premieres voies , ou
dans les voies de la circulation , ou hors
des voies de la circulation . Mais quelles
foient leurs caufes , il eft d'abord évident
que ces fièvres doivent être regar
IIS MERCURE DE FRANCE.
dées comme de funeftes effets de ces caufes
, des effets qui tendent à renverſer entierement
l'économie animale , & à trancher
le fil de la vie , & des effets par conféquent
aufquels on doit s'oppofer par
tous les moyens que l'Art a pu découvrir
jufqu'ici, foit en emportant tout à la fois la
caufe & l'effet , lorsque cela fe peut , foit
en diminuant promptement l'effet qui re
produit & augmente la caufe , foit en détruifant
peu à peu la caufe & l'effet . Et il
feroit inutile de dire que ce ne font point
ces caufes qui excitent la fièvre , que c'est
la nature qui l'appelle à fon fecours pour
s'opposer à ces caufes , car il en résulte
toujours que ce n'eft qu'à l'occafion de ces
caufes que la fièvre s'allume , & que fi
elle n'en eft pas l'effet immédiat , elle en
eſt du moins l'effet médiat , ce qui revient
ici au même.
17. Nous ne nous arrêterons point à
expliquer de quelle maniere la fiévre s'allume
à l'occafion des cauſes internes dont
on vient de parler ; ceux qui voudront s'en
inftruire , n'auront qu'à lire le Traité des
fiévres, que M. Fizes a donné en Latin , en
attendant que la Traduction que nous
avons entrepriſe de ce Traité foit en état
de paroître. Quant à préfent il nous fuffira
de faire remarquer que de quelque
MARS. 1750, 119
caufe , foit interne , foit externe , que
vienne la fiévre , c'est toujours un mouvement
déréglé des humeurs & des organes ,
& que les effets de ce mouvement contre
nature font toujours à peu près les mêmes ,
que ceux qui ont été rapportés ci -deſſus *
Il ne nous refte donc qu'à examiner , fi ces
effets font plus propres à détruire les caufes
internes qui produifent , ou occafionnent
la fiévre , qu'à les entretenir & à les
augmenter.
8. Si la caufe interne , ou la matiere
qui produit la fièvre, eft en petite quantité,
mobile , peu acide on peu âcre , peu vifqueufe
, & qu'elle foit contenue dans les
premieres voies , ou dans les voies de la
circulation , l'agitation du fang & l'ofcillation
des folides s'appaiferont bientôt par
l'expulfion de cette matiere , qui ne manquera
pas de le faire , ou par le vomillement
, ou par la fueur , ou par des déjections
, & la fiévre ceffera au bout de vingtquatre
heures , comme on le voit dans la
fiévre éphémère. CCaarr mmooiinnss iill y aura de
matiere morbifique, & cette matiere moins
vifqueule , moins acide ou moins âcre ;
moins il y aura de nourriture pour la fiévre
, moins de travail pour la nature , &
* V. n°. 12.
120 MERCURE DE FRANCE.
moins d'obſtacles à la guériſon. Mais eftce
à la fièvre qu'on eft redevable de cette
guérifon Point du tout, C'eft à la nature
& aux évacuations qu'elle procure,
Car dans l'état de maladie , comme en
fanté , la nature ou ce concours des cau-
Les qui agiffent continuellement pour l'entretien
& la confervation de notre machine
, ou , ce qui revient au même , ce
mouvement réciproque de nos parties fo
. lides & fluides, qui dure autant que la vie,
& en quoi confifte la vie du corps ; ce
mouvement, dis-je , ne ceffe jamais de procurer
des évacuations , foit par les urines,
foit par la tranfpiration cutanée , foit par
les fécrétions qui fe font dans l'eftomach
dans le foie , le pancréas , les inteſtins , &c.
Et c'est par ces évacuations que fort la ma
tiere fébrile , & que la fiévre fe diffipe,
Qu'on ne dife point que la fiévre , n'étant
que ce même mouvement dont nous
venons de parler , mais porté à un plus
haut dégré que dans l'état naturel , il s'enfuit
que c'eft la fiévre qui guérit ellemême
par les évacuations que ce mouyement
procure, Car , quoiqu'il foit vrai
que dans l'état de maladie la nature foit
obligée de redoubler les efforts pour vaincre
les réfiftances que lui oppofent les cau-
Les morbifiques , pour broyer & affiner
des
MARS. 121 1750.
des humeurs ordinairement plus groffieres
que dans l'état naturel , cependant ce n'eft
pas alors que fe fait la dépuration des humeurs
; au contraire pendant ce redoublement
d'efforts , & tant que la fièvre eft
dans fa vigueur , tout eft en confufion dans
le fang : il ne fe fait ,point , ou prefque
point de fécrétions , & ce n'eft que lorf
que ce mouvement contre nature vient à
fe rallentir , que les humeurs commencent
à fe dépurer , & que les évacuations arrivent
. D'où l'on voit que la fièvre eft plutôt
un obſtacle qu'un fecours , à ces évacua-
Lions.
19. Convenons toutefois , que quoique
ce ne foit point ici la fiévre qui fe guérit
elle-même , mais bien la nature , qui n'en
ayant pas été fort accablée , a pouffé audehors
la matiere morbifique par les mêmes
voies , par lesquelles elle fe décharge
en fanté des humeurs inutiles ou ſuperflues,
cependant on n'a pas eu dans cette occafion
fort à craindre des effets de cette
fiévre , l'altération qu'elle a produite dans
les humeurs & dans les organes , n'ayant
été que peu confidérable & de peu de durée.
Mais il n'en eft pas de même , lorfque
la caufe interne , ou la matiere qui caufe
la fiévre ,fe trouve en plus grande quantité,
moins mobile , plus acide ou plus âcre ,
F
122 MERCURE DEFRANCE.
plus vifqueufe & plus hétérogene dans fes
parties : alors l'expulfion de cettte matiere
devenant d'autant plus difficile , que fes
qualités s'éloignent plus de celles que nous
avons d'abord confidérées , les effets de la
fiévre feront d'autant plus à redouter , que
la fiévre durera plus long-tems , & ces effets
, loin de détruire la caufe qui produit
la fièvre , font beaucoup plus propres à
l'entretenir & à la rendre irrémédiable , ſi
l'Art ne vient au fecours de la Nature.
20. Il feroit trop long d'examiner ici
en détail tous les effets de la fièvre , que
nous avons rapportés ci - deffus. Pour ne
pas vous ennuyer , Meffieurs , je me bornerai
à ceux qu'elle produit fur les humeurs
, & qui font les feuls que les partifans
de la fièvre , regardent comme avantageux.
Car vous jugez bien que le dérangement
des digeftions , l'interruption des
fécrétions , l'engorgement des vaiffeaux
leur ruption ou leur érofion , les douleurs
aigues , les délires , les convulfions , & c.
n'ont jamais été regardés comme des effets
avantageux , quoiqu'ils foient des
fuites ordinaires de la fievre. Mais quel eft
cet effet avantageux que la fièvre peut produire
fur les humeurs ? C'eft , dit- on , de
cuire la matiere morbifique qui s'y eft mêlée
, & de la difpofer à l'excrétion .
MARS . 1750. 123
Il est vrai que la fiévre , lorfqu'elle n'eft
pas violente , aide quelquefois un peu la
coction de cette matiere , furtout lorfqu'elle
eft d'une nature à épaiffir le fang ,
mais outre que dans ce cas même le fecours
de la fiévre est toujours fufpect & fouvent
funefte , ainfi qu'on va le voir , elle ne
peut guéres favorifer la coction - de cette
matiere , lorfqu'elle eft d'une nature à raréfier
le fang & à irriter les folides , ou
qu'elle eft compofée de telle façon , qu'elle
agiffe d'une maniere irréguliere fur lui , &
qu'elle en épaiffiffe certaines parties, tandis
qu'elle en liquefie d'autres , ou qu'elle eſt
enfin fi vifqueufe & fi adhérente aux humeurs
, avec lesquelles . elle s'eft mêlée ,
qu'elle n'en peut être détachée par tous les
efforts des fluides & des folides.
21. Comme dans l'état naturel le mouvement
réciproque de nos parties folides
& fluides procure la dépuration de nos
humeurs , en agitant doucement les fucs
qui s'y mêlent pour les réparer , en les
faffant , & les attenuant au point qu'il
convient , afin que les parties de ces fucs ,
qui ne doivent point fervir à la nourriture
, puiffent enfiler leurs couloirs & fe
porter au-dehors ; de même dans l'état
contre nature , dans la fièvre , ce mouvement
augmenté , mais feulement juſqu'à
F ij
124 MERCURE DE FRANCE .
un certain point , car lorfqu'il l'eft exceffivement
, il bouleverſe tout , & renverſe
entierement l'économie animale ; ce mouvement
, dis - je , attenue , brife , liquefie
la matiere fébrile , lorfqu'elle n'eft qu'épaiffiffante
, en un mot , la cuit , pour ainfi
parler , & la difpofe à l'excrétion . Mais
dans ce cas même , le fecours que procure
la fiévre , doit toujours être regardé comme
fort fufpect , car outre les autres effets
qui peuvent s'enfuivre de ce mouvement
déréglé , & que nous avons rapporté cideffus
, l'obfervation a fouvent appris aux
plus habiles Praticiens que j'ai confultés ,
foit de vive voix , foit dans leurs écrits ,
que ce mouvement abandonné à lui -même
étoit prefque toujours infuffifant pour
la
coction & l'excrétion totale de la matiere
fébrile , & qu'il étoit ordinairement fuivi,
ou d'une fièvre lente , ou de quelque abfcès
qui fe formoit , ou dans les articulations
, ou dans les glandes lymphatiques
conglobées de l'habitude du corps , ou dans
les chairs mufculeufes , ou , ce qui eft encore
pire , dans quelque vifcére , ce qu'il
feroit même aifé de prouver par théorie ,
fi cela ne menoit pas trop loin.
22. Mais fila matiere fébrile eſt d'une
autre nature , qu'elle foit propre à raréfier
le fang & à irriter les folides , ou qu'elle
MARS. 1750.
125
foit fi vifqueufe & fi hétérogéne qu'elle
élude les efforts des folides & des fluides ,
alors tous les mouvemens fébriles , nonfeulement
fe feront en pure perte , mais
ils tendront encore à la deftruction de tout
le corps , & loin de contribuer à l'expulfion
ou à l'amandement de la caufe , ils en
fortifieront au contraire l'action , qui fera
fuivie de tous les funeftes effets rapportés
ci - deffus . Car on obferve conftamment
que plus l'action des folides & des fluides
augmente , plus l'action des matieres irritantes
, & capables de raréfier le fang ,
augmente auffi , ce qu'il feroit aifé de
prouver , s'il nous étoit permis d'entrer
dans un plus grand détail. Mais en voilà ,
je crois , affez pour faire comprendre que
c'eft fans aucun fondement que quelques
Médecins font des éloges fi magnifiques
de la fièvre ; que dans le fond on n'a aucun
avantage à attendre de cet inftrument
fi vanté , ou du moins que ces avantages
font très-fufpects , & fuivis d'inconvéniens
réels & fort à redouter , & qu'ainfi on ne
doit pas balancer à combattre la fiévre ,
dès qu'elle eft bien déclarée , par tous les
moyens que l'Art fuggére à des Médecins
éclairés & prudens .
23. Envain oppofera- t'on que la fiévre
n'eft qu'un fymptôme , & qu'il n'y a que
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
que
la caufe qui la produit , qui foit la maladie
qu'il faut combattre , car fi eela étoit , il
n'y auroit point non plus d'autres mala
dies , & il ne faudroit reconnoître pour
maladies les cauſes internes qui les
produifent , ou pour mieux dire , il faudroit
bannir de la Pathologie le mot de
maladie , & ne fe fervir que des noms de
caufes & de fymptômes ; ce qui feroit ridicule
, & fe réduiroit tout au plus à une
difpute de nom . Cependant comme une
cauſe interne produit un premier fymptôme,
& que ce fymptôme en améne d'autres
, il eft bien plus raifonnable de regar
der comme maladie le premier & le principal
fymptôme qui naît de la caufe , & de
ne donner le nom de fymptôme qu'aux
autres accidens qui s'y joignent & qui l'ac
compagnent. Mais que ce qui réfulte de
la caufe interne de la fiévre , foit appellé
maladie , ou effet , ou fymptôme , c'eſt de
quoi on s'eft peu embarraffé ici ; on a taché
d'examiner la chofe en elle- même , &
par un mûr examen on s'eft convaincu ,
que les avantages de la fiévre étoient imaginaires
, ou du moins très fufpects , & que
fes inconvéniens étoient toujours réels &
fort redoutables..
Sur les avantages & les inconvéniens de la
fiévre , lû à l'Académie de Beziers , le 13
Novembre 1749 , par M. Jean- Henri-
Nicolas Bouillet , Docteur en Médecine de
la Faculté de Montpellier.
Sliventreprenois
de faire ici l'éloge de la
fiévre , on croiroit fans doute , qu'à
l'exemple d'Erafme , qui a fait l'éloge de la
folie , & de quelques autres Ecrivains qui
ont loué ironiquement des chofes dont le
nom même eft odieux : on croiroit , dis-je,
que je voudrois amufer agréablement cette
illuftre affemblée , en préfentant fous -de
belles couleurs la chofe du monde la plus
hideufe , l'ennemi déclaré du genre humain
, le tyran de la vie des hommes.
Mais ce qu'on croiroit que je voudrois
faire ici d'une maniere ironique, de grands
Médecins l'ont exécuté férieuſement , en
exagérant dans certains cas les avantages
de la fiévre , en la repréfentant toujours
comme la feule reffource de la nature dans
le plus grand nombre des maladies , comme
le moyen le plus folemnel dont elle
faffe ufage pour leur guérifon ; en foûtenant
enfin dans des Théfes publiques , que
E ij
Too MERCURE DE FRANCE.
la fiévre eft bien moins fouvent une ma
ladie qu'un remède à nos maux. Il est vrai
que d'autres Médecins , non moins habiles
, ont penfé bien differemment , &
que loin de regarder la fiévre comme
quelque chofe d'avantageux , ils l'ont confidérée
comme la plus cruelle de toutes
les maladies , & comme la caufe la plus
ordinaire de la mort des hommes . Ces
deux fentimens ont encore leurs partifans,
& perfonne , que je fçache , ne s'eft avile
de difcuter à fond , lequel des deux doit
être préferé. Ce n'eft pourtant pas ici une
queftion purement ſpéculative , & dont la
décifion foit indifferente pourla pratique.
On en jugera par ce Mémoire , où je me
propofe d'examiner férieufement cette
matiere , après avoir rapporté ce qu'on a
dit jufqu'ici de plus frappant en faveur de
la fiévre,
1. Hippocrate , parmi les anciens , a été
le premier qui a relevé , ce femble , les
avantages de la fiévre , en faifant remarquer
qu'elle eft d'un bon augure dans certaines
maladies , & qu'elle en termine
heureuſement bien d'autres. Quelquesuns
de ceux quifont venus après lui , n'ont
pas manqué à cet égard de fe prévaloir de
fon autorité. Ils ont été même plus loin.
Afclepiade ofa bannir tous les remédes , &
MARS. 1750. 101
il ne craignit point d'avancer que la fiévre
étoit le principal reméde dont il fit ufage .
Enfin Celfe ne fe contenta pas de dire que
la fiévre elle- même étoit fouvent d'un
grand fecours ; il ajouta auffi , d'après Hip.
pocrate , qu'il étoit quelquefois de la prudence
du Médecin de la procurer aux
malades.
2. Parmi les modernes , Sydenham , l'un
des plus habiles Praticiens Anglois du dernier
fiécle , a regardé la fiévre comme l'u
nique moyen , dont la nature eût coûtume
de fe fervir pour chaffer hors du corps la
cauſe matérielle des maladies , mais celui
qui vers la fin du fiécle pallé , & au commencement
de celui-ci , s'eft déclaré le
plus ouvertemeift en faveur de la fièvre ,
a été le célébre M. Stahl , que la plûpart
des Médecins Allemands regardent comme
le reftaurateur de la Médecine . Cet Auteur
a même pouffé fa complaifance pour
la fiévre , jufqu'à taxer d'erreur Hippocrate
, lorfqu'après avoir fait l'énumeration
des maladies , que les anciens appelloient
aigues , ce Prince de la Médecine
ajoute * que c'eft la fièvre qui rend ordi-
,
nairement ces maladies mortelles .
Pour lui , il penfe qu'il eft plus clair
* DeVict, acutor.
E iij
102 MERCURE DEFRANCE.
que le jour , que ces mêmes maladies , ou
ce qui eft , dit-il , le même , les ftafes inflammatoires
du fang dans les vifcéres
abandonnées à elles-mêmes & fans l'intervention
de la fièvre , tuent néceffairement ,
& il ajoute que la nature par elle- même
ne peut prévenir autrement une pareille
cataſtrophe , qu'en diffipant à propos ces
fortes de ftafes , & qu'elle ne peut les diffiper
qu'en augmentant confidérablement ,
& pendant un tems fuffifant le mouvement
progreffif ou circulaire du fang , ce
qui emporte néceffairement une augmentation
de poulx , qui eft toujours fitivie
d'une augmentation de chaleur par tout
le corps , laquelle augmentation de chaleur
, à un certain degré & d'une certaine
durée , s'appelle fiévre . D'où il conclud
qu'on a grand tort de regarder la fièvre ,
comme la feule maladie & comme la cauſe
principale de la mort , tandis qu'elle eſt
au contraire l'unique fondement d'une
heureufe efpérance , & le feul inftrument
de la guérifon : ce qu'il tache de prouver
par la pefte , ce coryphée des maladies - aigues
, laquelle felon lui , n'étant point
proprement de fon effence une fiévre , ne
peut être traitée heureufement & avec fuccès
, qu'en lui oppofant une fiévre douce ,
égale & continue.
MARS. 1750. 103
3. Les Difciples de M. Stahl ne font
pas moins prévenus que lui en faveur de la
fiévre. Le fçavant funcker la définit un
effort falutaire de la nature , qui par des
mouvemens fecrétoires & excrétoires ,
portés au delà de leur degré naturel , mais
affez justement proportionnés à la quantité
& à la qualité de la caufe fébrile , fe
propofe , ou de corriger ou d'éloigner du
corps quelque matiere morbifique : & il
ajoute qu'en ce fens on peut fort bien déri-
Iver le mot Latin febris , de l'ancier verbe
februare , qui fignifie purifier ou expier , &
particulierement de ces cérémonies folemnelles
, de ces facrifices appellés februa ,
par lefquels on avoit en vue d'éloigner
des maifons les ombres errantes des morts,
& d'ôter les caufes des maladies. D'où il
- conclud que l'efter de la fièvre est toujours
falutaire , mais que fon évenement eft fouvent
irrégulier ou tout- à- fait funefte , non
par la faute effentielle de la fiévre , mais
par celle du fujet où la fièvre ne peut pas
librement faire fon cours , ou par d'autres
maladies qui s'y joignent , & qu'ainfi ce
n'eft pas par la fiévre , mais avec la fièvre
qu'on meurt. Il y a plus. Il prétend que
les fiévres , qui font librement leur cours ,
Haiffent après elles une fanté beaucoup
plus vigoureufe , que celle dont on jouif-
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
foit avant la maladie . Nenter tient le même
langage.
4. Mais M. Stahl , & fes Difciples , ne
font pas les feuls qui parlent avantageufement
de la fiévre . M. Boerhaave prétend
auffi que la fiévre eft un heureux inftru
ment , par lequel la nature opére la guérifon
parfaite de bien des maladies aigues
& chroniques , d'ailleurs incurables :
qu'un Médecin qui fe fert de la fièvre que
la nature excite , & qui lui affocie des délayans
& de doux fondans , fait toujours
des merveilles , & qu'un Médecin qui
connoît la nature & qui l'imite , aide cette
même nature , trop foible pour furmonter
des maladies chroniques , en procurant par
des remédes une fièvre qu'elle n'a pas la
force d'exciter elle-même , & que par cette
fiévre bien ménagée on releve une nature
abbattue , & on furmonte les maladies
les plus rebelles.
5. M. Hoffman ( Frederic ) ne paroît
guéres moins prévenu en faveur de la fiévre.
D'abord il convient de bonne foi ,
que c'eft un mouvement contre nature du
fang & des humeurs , qui dérange & détruit
même les fonctions du corps & de
l'ame ; qui corrompt les fucs vitaux , épuife
les forces , difpofe aux maladies chroniques
, & donne fouvent la mort . Mais
MARS. 1750. 105
en même tems il ajoute que le mouvement
fébrile du fang , qui fe joint à beaucoup
de maladies aigues & chroniques ,
eft d'une telle nature & d'un tel caractére,
.qu'il contribue à furmonter & détruire lés
caufes des maladies , & par conféquent
qu'il eft plutôt avantageux & falutaire que
préjudiciable au corps humain . C'eft en
quoi , s'écrie- t'il , l'Auteur de la nature eft
d'autant plus admirable puifqu'il fait >
fervir la caufe même de la mort à la confervation
de la vie.
Cet Auteur n'attribue la fiévre qu'à des
effers purement méchaniques , qui ne font
point avantageux par eux-mêmes , mais
feulement par accident , en faifant fortig
les impuretés qui la caufent ; de même
que le vomiffement , quand l'eftomach eſt
chargé , & l'hémorragie dans la pléthore ,
quoiqu'ils foient des accidens maladifs ,
quelquefois mortels , opérent le rétabliſſement
de la fanté.
I
Quant à la fiévre , elle ne devient , ditil
, falutaire , que parce qu'elle accélére la
coction de la matiere morbifique , c'eſtà-
dire , qu'elle la rend propre à l'excrétion
, ce qui fe fait de deux manieres , en
divifant les matieres épaiffies , & en ouvrant
les vaiffeaux obftrués ou refferrés
par les fpafies. Or rien n'eft plus propre
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
que la chaleur de la fiévre pour produire
ces effets , car la vie confifte dans la chaleur
, n'eft- il pas naturel que fon augmen.
tation répare la langueur de fon principe.
D'où il conclud qu'il eft dangereux , fouvent
mortel , de faire tous fes efforts dans
le commencement des maladies , pour
anéantir tout-à- fait la fiévre , à moins
qu'elle ne foit entierement fymptomati
que. Il faut fe contenter , dit- il , de modé
rer les fiévres critiques , fi elles font trop
fortes , mais il faut les animer , fi elles ne
le font pas affez.
pour
6. Enfin à tous ces Panégyriftes de la
fiévre s'eft joint encore depuis peu un fçavant
Médecin de l'Ecole de Paris . D'abord
cet Auteur ne veut point qu'on appelle
maladie ce que fait la nature
corriger ou pour chaffer hors du corps la
caufe du mal , & pour rétablir une fanté
délabrée puis il ajoute que la maladie
n'étant qu'une difpofition contre nature ,
qui dérange immédiatement & par ellemême
les fonctions du corps vivant , tout
ce qui ne produit pas cet effet , ne doit pas
être mis au rang des maladies .
Au refte , dit-il , qu'on ne croye pas que
ce n'eft ici qu'une queftion de nom , car
on en tirera bien des conféquences trèsutiles
pour la pratique. En effet , s'il eft
1
MARS. 1750.
107
bien prouvé que la fiévre eft plutôt un reméde
qu'une maladie , il s'enfuivra qu'il
ne faut point l'emporter , mais ( nouveauté
étrange ! ) qu'il faut quelquefois l'allumer
; qu'il ne faut pas la diminuer , mais
l'augmenter ; qu'il ne faut pas l'éteindre
mais la conferver. Après cette digreffion ,
l'Auteur continue ainfi . Nous ne fommes
pas plutôt atteints de quelque indifpofition
, que la nature excite d'abord là fié …..
vre. Mais à quel deffein ? Eft.ce pour
ajouter un nouveau mal au premier ? Point
du tout . La nature ne travaille point à
nons détruire , elle veille au contraire à
notre confervation , & ne manque pas de
venir à notre fecours . C'eft donc envain
qu'on cherche la caufe de la fiévre ; il faut
chercher la caufe des differens maux qu'elle
accompagne, C'eft uniquement à cette
caufe qu'il faut remédier. Mais quelles
font les principales caufes des maladies ?
Des inflammations , des obftructions , des
matieres vifqueufes , gluantes , arrêtées en
differentes parties du corps . Or pour corfiger
ou pour détruire ces caufes , quel
reméde plus efficace que la fiévre ? Dans
la fiévre le mouvement & la chaleur du
fang font portés au - delà de leur dégré
naturel. C'eft le mouvement & la chaleur
qui nous font vivre. C'eft à ces agens qu'il
E vi
108 MERCURE DE FRANCE.
faut rapporter tout ce qui fe paffe dans
l'homme , & tant que les fonctions nefont
point lézées , ils fuffident l'un & l'autre
dans leur état naturel pour perpétuer la
vie : mais s'il le forme quelque embarras ,
alors la fièvre , par des mouvemens fecrétoires
& excrétoires , pouffés au -delà de
leur dégré naturel , brife , attenue la matiere
morbifique , & la ramène à fa température
naturelle , ou par le fecours de la
chaleur elle prépare cette matiere & la
chaffe au-dehors.
Enfin après une longue énumeration des
maladies , qu'il croit que la fiévre peut
guérir ; après avoir obfervé que ceux - là
fe trompent groffierement , qui par des
faignées & d'autres remédes tâchent de
l'appaifer , il conclud que la fièvre , loin
d'être une maladie , eft un reméde naturel ,
comme le vomiffement , l'éternuement ,.
la toux , les larmes , les déjections ; que
la meilleure fiévre eft celle qui eft proportionnée
à la caufe de la maladie & aux
forces de la nature , & que c'eſt celle - là
qui prépare & chaffe fûrement & promp
tement la matiere morbifique.
7. En voilà fans doute bien aſſez pour
prouver que de grands Médecins ont loué
férieufement la fiévre, & que loin de la re
garder comme une maladie , ils l'ont enMARS.
1750. 109
vifagée comme le plus grand reméde que la
nature puiffe apporter à nos maux. Maintenant
il ne me feroit pas difficile de faire
voir que bien d'autres Médecins , non
moins habiles , ont eu fur la fiévre des
idées tout-à- fait oppofées , & que nonfeulement
ils l'ont regardée comme une
maladie qui s'attaque généralement à tout
le corps , mais encore comme la plus fréquente
& la plus dangereufe de toutes les
maladies. Il n'y auroit qu'à rapporter ce
que le plus grand, nombre de Médecins
anciens & modernes nous ont laiffé fur ce
fujet. Mais pour ne pas trop groffir ce
Mémoire , nous nous contenterons d'examiner
la chofe en elle-même , & fans aucun
égard à l'autorité de ceux qui nous
ont précédés , & par ce moyen nous tâcherons
de découvrir fi la fiévre ' eft réellement
ou non une maladie , & s'il eft du
devoir du Médecin de la combattre ou de
la conferver , & de l'appeller même à ſom
fecours.
8. Pour garder quelque ordre dans cet
examen , nous confidérerons d'abord la
fiévre indépendamment de tout vice , foit.
humoral , fait organique : enfuite nous
examinerons celle qui dépend du vice des
humeurs , ou des organes , ou de l'enfemble
des uns & des autres : enfin nous rap116
MERCURE DE FRANCE.
porterons les principaux effets de ces differentes
fortes de fièvres , & on verra parlà
, fi on doit regarder la fièvre comme
une maladie ou comme un remède à nos
maux .
9. Que la fièvre s'éleve quelquefois indépendamment
de tout vice humoral ou
organique , c'est ce qu'ont reconnu Pitcarne
, Boerhaave & Vanfwieten , & c'est ce
que l'expérience nous montre affez fouvent.
En effet on voit la fièvre s'allumer
quelquefois dans les corps les plus fains
par la feule action des cauſes externes ou
procatharctiques , & l'on comprend aifé
ment que tout ce qui peut accélerer à un
certain point le mouvement du fang qui
revient au coeur par les veines , ou pouffer
conftamment vers le coeur une plus grande
quantité d'efprits animaux , peut exciter
la fiévre dans le corps le plus robufte & le
plus fain , avant qu'on puiffe foupçonner
d'autre vice dans les humeurs ou dans
les organes , que la feufe accéleration du
mouvement du fang ou des efprits animaux
, & le battement plus fréquent du
coeur & des artéres. C'eft du moins ainfi
que de grands & longs travaux , fürtout
dans une faifon fort chaude , de violentes
& longues paffions de l'ame , furtout des
excès de colére dans des gens jeunes &
MARS 1750. FIE
vigoureux , occafionnent fouvent la fiévre
.
10. Et qu'on ne dife point que cette
violente agitation du fang , que ces violens
& fréquens battemens du coeur & des
artéres , ne peuvent point , à proprement
parler , être appellés du nom de fievre ,
puifque tout cela difparoit quelquefois
promptement , dès que la caufe externe ou
occafionnelle ceffe d'agir. Car pourquoi
ne leur donneroit-on pas ce nom- là ? Une
fiévre d'un quart- d'heure eft-elle moins
fiévre , qu'une fiévre de vingt- quatre heures
ou de plufieurs jours ? D'ailleurs , fi
cette caufe occafionnelle conftamment appliquée
fur un corps , même très -fain , continue
d'agir pendant un certain tems , ne
s'enfuivra-t'il pas une fiévre continue , &
fouvent très-ardente ? Et le commence
ment de ce mal , avant qu'il fe foit développé
une matiere fébrile , fera-t'il moins
fiévre que la fuite de ce même mal , lorfqu'il
s'eft formé des embarras dans les vaiffcaux
, ou qu'il s'eft développé une mathere
fébrile ?
Il y a plus. On peut fi peu refufer le
nom de fiévre à ces fréquens battemens
du coeur & des artéres , & à cette violente
agitation du fang , caufée par des excès de
colere ou par de violens exercices , qu'il
#12 MERCURE DE FRANCE.
arrive quelquefois que les vaiffeaux capil
laires du cerveau , ou de quelqu'autre vifcére
, dont le calibre ou la capacité augmente
en raifon compofée de la directe
du volume & de la rapidité du fang , &
de l'inverfe de leurs réfiftances , crévent
promptement par la feule diftenfion de
leurs parois , & qu'il fe fait des extravafations
mortelles , avant que les humeurs
ayent eu le tems de fe dépraver , & que les
vaiffeaux ayent pû s'embarraffer.
fes
11. On dira peut-être que la fièvre ,
n'étant qu'an dérangement durable des
fonctions , & que les fonctions ne pouvant
être long-tems dérangées par une cauſe
externe , l'agitation du fang occafionnée
par une cauſe externe ne peut être qua
lifiée du nom de fiévre . Mais ne fuffit- it
pas que les fonctions du coeur foient dérangées
pendant un certain tems , que
battemens foient & plus forts & plus fréquens
que dans l'état naturel , pendant ce
même tems , pour que l'effet de cette caufe
externe foit appellée fiévre , avant même
que les humeurs foient dépravées ? Autrement
il ne faudroit pas non plus appeller
fiévre le dérangement caufé dans les fonctions
du coeur par le vice de quelque organe
, par la piquûre d'un nerf ou d'un
tendon , &c. & il faudroit entierement
MAR S. 1750. Its
bannir de la claffe des fiévres les fièvres
non-humorales , dont M. Fizes a le premier,
que je fçache , traité expreffément , ce qui
feroit ridicule , puifqu'il en résulte quelquefois
affez brufquement des accidens
terribles , des convallions , des délires ,
& c.
12. Il eft donc certain que la frévre peat
être excitée par une caufe externe , & indépendamment
de la dépravation des hu
meurs ou du dérangement des organes.
Voyons maintenant quels font les effets
de cette fiévre. Premierement , le fang
ne peut circuler avec beaucoup plus de rapidité
qu'à l'ordinaire , qu'il ne s'échauffe
davantage , & qu'il ne communique beau
coup plus de chaleur à tout le corps . 2. Il
doit diftendre outre mefure les parois des
vaiffeaux par où il paffe & les faire créver,
ou du moins les tirailler au point de caufer
des douleurs à la tête , àla région des
reins , & c. ou des délires , des convuk
fions , &c. 3. Les orifices des artéres lym
phatiques doivent fe dilater , & recevoir
dans leur cavité les globules rouges du
fang qui ne pouvoient y entrer aupara
vant , ce qui ne peut manquer de produire
des rougeurs & des inflammations. 4 .
Toutes les humeurs doivent s'épaiffir ,
foit par la chaleur qui fait évaporer ce
114 MERCURE DE FRANCE.
qu'elles.contiennent d'aqueux , & qui fige
tout ce qu'elles ont d'analogue au blanc
d'oeuf , foit par les coups redoublés des
vaiffeaux qui les fouettent , les ferrent &
les condenfent. 5. Les fécrétions doivent
être interrompues , & les digeftions dérangées.
6. Les humeurs doivent contracter
une acrimonie , capable de ronger les
vaiffeaux où elles doivent fe putréfier &
fe diffoudre entierement. En un mot, il
doit fe former une ou plufieurs caufes internes,
capables d'entretenir la fiévre , lors
même que la caufe externe aura ceffé d'a
gir , & alors cette fiévre aura tous les effets
que doivent avoir les fiévres produites par
des caufes internes. Mais avant que d'aller
plus loin , examinons fi cette premiere efpéce
de fiévre doit être confidérée plutôt
que comme une malacomme
un reméde
die.
i 13. D'abord il eft vifible que cette fie
vre n'eft point un remède , puifqu'un reméde
fuppofe une maladie à laquelle il
doit être appliqué , & qu'an eft convenu
qu'il n'y avoit point ici de maladie , à la
quelle cette fiévre dût fervir de reméde. 2 °.
On fçait qu'un reméde doit tendre à réta
blir la fanté , & on vient de voir que cette
fiévre tend à la détruire , ou ce qui eft le
même , tend à produire des caufes de n
MARS. 1750. ris
que
ladie & de mort. Il eft vifible auffi
cette fiévre eft une véritable maladie
avant même la dépravation des humeurs
& le dérangement des organes , puifqu'el- .
le dérange notablement les fonctions du
coeur & du cerveau , & que fi on veut
qu'elle ne foit plus une maladie , mais un
fymptôme , lorfque les humeurs font dépravées
& les organes dérangés , il faudra
du moins qu'on convienne qu'elle eft une
caufe de cette dépravation des humeurs
ou de ce vice des organes , & qu'une cauſe
immédiate de maladie ne peut pas être
qualifiée du nom de reméde. D'où il fait
que la fiévre produite par une caufe externe,
loin d'être quelque chofe d'avantageux,
doit toujours être confidérée comme un
grand mal , ou du moins comme la caufe
de tous les mauvais effets que nous avons
rapportés ci-deffus , & qu'ainfi , loin de
conferver cette fiévre , il faut la détruire
au plutôt.
14. On conviendra fans doute que
cette févre n'eft point avantageufe , & on
ajoutera qu'elle doit être regardée comme
une erreur de la nature qui ſe tourmente
inutilement , pour éloigner du corps des
chofes qui n'y font point contenues , mais
qui font fur lui le même effet que les caufes
intérieures : qu'à la vérité la nature fe
,
116 MERCURE DE FRANCE.
trompe ici dans la fin qu'elle fe propofe ,
mais que le moyen dont elle fe fert , eft
bon en lui -même , & ne manque pas de
produire un bon effet , lorfqu'il eft bien
appliqué. Mais il eft aifé de voir que ce
n'eft ici qu'un vain fubterfuge , & que les
mêmes idées reftent fous des noms differèns.
Car qu'on donne à cette fiévre le
nom de maladie ou d'erreur de la nature ,
il n'en fera pas moins vrai de dire qu'il
faut ôter cette maladie ou corriger cette
erreur , & avoir recours à d'autres remé
des que la fièvre , pour remédier à cette
maladie , ou pour corriger cette erreur de
la nature
,
15. Il faut donc que l'on convienne que
cette tfpéce de fiévre eft un moyen mal
appliqué par la nature , puifqu'il n'y
point dans le corps d'autre maladie ou de
caufe de maladie , & que loin d'être avantageufe
& falutaire , cette fiévre ne peut
être que très pernicieufe , & même fu
nefte par les hémorragies ou les extravafations
qu'elle peut caufer , on par les inflammations
qu'elle peut occafionner , ou
par bien d'autres caufes des maladies
qu'elle peut faire développer. Il faudra
auffi par les mêmes raifons , que l'on convienne
que la fiévre non- humorale , ou purement
fymptomatique , la fièvre cauſée
MARS. 1750 . 117
par la piquûre d'un 'nerf ou d'un tendon
par un panaris , ou par une vive douleur
dans quelque partie à l'occafion d'une
caufe externe : il faudra , dis je , que l'on
convienne que cette fièvre ne fçauroit
être avantageufe , & que loin d'être un
reméde , elle eft fouvent une caufe de
mort. Il feroit fans doute inutile de
vouloir prouver une chofe auffi évidente
que celle- là. H ne nous refte qu'à voir fi
la fiévre produite par des caufes internes ,
ou par la dépravation des humeurs , eft
plus avantageufe que nuifible , & fi ·elle
doit être regardée plutôt comme un reméde
que comme une maladie . Car fi je
fais voir , comme je l'efpére , que la fièvre
caufée par la dépravation des humeurs
n'eft jamais falutaire , il s'enfuivra néceffairement
que la fiévre produite à la fois
par la dépravation des humeurs , & par le
vice de quelque organe , fera encore moins
avantageufe , & ne pourra jamais paffer
pour un reméde.
16: Les caufes internes des fièvres humorales
fe réduire à celles qui fe peuvent
forment , ou dans les premieres voies , ou
dans les voies de la circulation , ou hors
des voies de la circulation . Mais quelles
foient leurs caufes , il eft d'abord évident
que ces fièvres doivent être regar
IIS MERCURE DE FRANCE.
dées comme de funeftes effets de ces caufes
, des effets qui tendent à renverſer entierement
l'économie animale , & à trancher
le fil de la vie , & des effets par conféquent
aufquels on doit s'oppofer par
tous les moyens que l'Art a pu découvrir
jufqu'ici, foit en emportant tout à la fois la
caufe & l'effet , lorsque cela fe peut , foit
en diminuant promptement l'effet qui re
produit & augmente la caufe , foit en détruifant
peu à peu la caufe & l'effet . Et il
feroit inutile de dire que ce ne font point
ces caufes qui excitent la fièvre , que c'est
la nature qui l'appelle à fon fecours pour
s'opposer à ces caufes , car il en résulte
toujours que ce n'eft qu'à l'occafion de ces
caufes que la fièvre s'allume , & que fi
elle n'en eft pas l'effet immédiat , elle en
eſt du moins l'effet médiat , ce qui revient
ici au même.
17. Nous ne nous arrêterons point à
expliquer de quelle maniere la fiévre s'allume
à l'occafion des cauſes internes dont
on vient de parler ; ceux qui voudront s'en
inftruire , n'auront qu'à lire le Traité des
fiévres, que M. Fizes a donné en Latin , en
attendant que la Traduction que nous
avons entrepriſe de ce Traité foit en état
de paroître. Quant à préfent il nous fuffira
de faire remarquer que de quelque
MARS. 1750, 119
caufe , foit interne , foit externe , que
vienne la fiévre , c'est toujours un mouvement
déréglé des humeurs & des organes ,
& que les effets de ce mouvement contre
nature font toujours à peu près les mêmes ,
que ceux qui ont été rapportés ci -deſſus *
Il ne nous refte donc qu'à examiner , fi ces
effets font plus propres à détruire les caufes
internes qui produifent , ou occafionnent
la fiévre , qu'à les entretenir & à les
augmenter.
8. Si la caufe interne , ou la matiere
qui produit la fièvre, eft en petite quantité,
mobile , peu acide on peu âcre , peu vifqueufe
, & qu'elle foit contenue dans les
premieres voies , ou dans les voies de la
circulation , l'agitation du fang & l'ofcillation
des folides s'appaiferont bientôt par
l'expulfion de cette matiere , qui ne manquera
pas de le faire , ou par le vomillement
, ou par la fueur , ou par des déjections
, & la fiévre ceffera au bout de vingtquatre
heures , comme on le voit dans la
fiévre éphémère. CCaarr mmooiinnss iill y aura de
matiere morbifique, & cette matiere moins
vifqueule , moins acide ou moins âcre ;
moins il y aura de nourriture pour la fiévre
, moins de travail pour la nature , &
* V. n°. 12.
120 MERCURE DE FRANCE.
moins d'obſtacles à la guériſon. Mais eftce
à la fièvre qu'on eft redevable de cette
guérifon Point du tout, C'eft à la nature
& aux évacuations qu'elle procure,
Car dans l'état de maladie , comme en
fanté , la nature ou ce concours des cau-
Les qui agiffent continuellement pour l'entretien
& la confervation de notre machine
, ou , ce qui revient au même , ce
mouvement réciproque de nos parties fo
. lides & fluides, qui dure autant que la vie,
& en quoi confifte la vie du corps ; ce
mouvement, dis-je , ne ceffe jamais de procurer
des évacuations , foit par les urines,
foit par la tranfpiration cutanée , foit par
les fécrétions qui fe font dans l'eftomach
dans le foie , le pancréas , les inteſtins , &c.
Et c'est par ces évacuations que fort la ma
tiere fébrile , & que la fiévre fe diffipe,
Qu'on ne dife point que la fiévre , n'étant
que ce même mouvement dont nous
venons de parler , mais porté à un plus
haut dégré que dans l'état naturel , il s'enfuit
que c'eft la fiévre qui guérit ellemême
par les évacuations que ce mouyement
procure, Car , quoiqu'il foit vrai
que dans l'état de maladie la nature foit
obligée de redoubler les efforts pour vaincre
les réfiftances que lui oppofent les cau-
Les morbifiques , pour broyer & affiner
des
MARS. 121 1750.
des humeurs ordinairement plus groffieres
que dans l'état naturel , cependant ce n'eft
pas alors que fe fait la dépuration des humeurs
; au contraire pendant ce redoublement
d'efforts , & tant que la fièvre eft
dans fa vigueur , tout eft en confufion dans
le fang : il ne fe fait ,point , ou prefque
point de fécrétions , & ce n'eft que lorf
que ce mouvement contre nature vient à
fe rallentir , que les humeurs commencent
à fe dépurer , & que les évacuations arrivent
. D'où l'on voit que la fièvre eft plutôt
un obſtacle qu'un fecours , à ces évacua-
Lions.
19. Convenons toutefois , que quoique
ce ne foit point ici la fiévre qui fe guérit
elle-même , mais bien la nature , qui n'en
ayant pas été fort accablée , a pouffé audehors
la matiere morbifique par les mêmes
voies , par lesquelles elle fe décharge
en fanté des humeurs inutiles ou ſuperflues,
cependant on n'a pas eu dans cette occafion
fort à craindre des effets de cette
fiévre , l'altération qu'elle a produite dans
les humeurs & dans les organes , n'ayant
été que peu confidérable & de peu de durée.
Mais il n'en eft pas de même , lorfque
la caufe interne , ou la matiere qui caufe
la fiévre ,fe trouve en plus grande quantité,
moins mobile , plus acide ou plus âcre ,
F
122 MERCURE DEFRANCE.
plus vifqueufe & plus hétérogene dans fes
parties : alors l'expulfion de cettte matiere
devenant d'autant plus difficile , que fes
qualités s'éloignent plus de celles que nous
avons d'abord confidérées , les effets de la
fiévre feront d'autant plus à redouter , que
la fiévre durera plus long-tems , & ces effets
, loin de détruire la caufe qui produit
la fièvre , font beaucoup plus propres à
l'entretenir & à la rendre irrémédiable , ſi
l'Art ne vient au fecours de la Nature.
20. Il feroit trop long d'examiner ici
en détail tous les effets de la fièvre , que
nous avons rapportés ci - deffus. Pour ne
pas vous ennuyer , Meffieurs , je me bornerai
à ceux qu'elle produit fur les humeurs
, & qui font les feuls que les partifans
de la fièvre , regardent comme avantageux.
Car vous jugez bien que le dérangement
des digeftions , l'interruption des
fécrétions , l'engorgement des vaiffeaux
leur ruption ou leur érofion , les douleurs
aigues , les délires , les convulfions , & c.
n'ont jamais été regardés comme des effets
avantageux , quoiqu'ils foient des
fuites ordinaires de la fievre. Mais quel eft
cet effet avantageux que la fièvre peut produire
fur les humeurs ? C'eft , dit- on , de
cuire la matiere morbifique qui s'y eft mêlée
, & de la difpofer à l'excrétion .
MARS . 1750. 123
Il est vrai que la fiévre , lorfqu'elle n'eft
pas violente , aide quelquefois un peu la
coction de cette matiere , furtout lorfqu'elle
eft d'une nature à épaiffir le fang ,
mais outre que dans ce cas même le fecours
de la fiévre est toujours fufpect & fouvent
funefte , ainfi qu'on va le voir , elle ne
peut guéres favorifer la coction - de cette
matiere , lorfqu'elle eft d'une nature à raréfier
le fang & à irriter les folides , ou
qu'elle eft compofée de telle façon , qu'elle
agiffe d'une maniere irréguliere fur lui , &
qu'elle en épaiffiffe certaines parties, tandis
qu'elle en liquefie d'autres , ou qu'elle eſt
enfin fi vifqueufe & fi adhérente aux humeurs
, avec lesquelles . elle s'eft mêlée ,
qu'elle n'en peut être détachée par tous les
efforts des fluides & des folides.
21. Comme dans l'état naturel le mouvement
réciproque de nos parties folides
& fluides procure la dépuration de nos
humeurs , en agitant doucement les fucs
qui s'y mêlent pour les réparer , en les
faffant , & les attenuant au point qu'il
convient , afin que les parties de ces fucs ,
qui ne doivent point fervir à la nourriture
, puiffent enfiler leurs couloirs & fe
porter au-dehors ; de même dans l'état
contre nature , dans la fièvre , ce mouvement
augmenté , mais feulement juſqu'à
F ij
124 MERCURE DE FRANCE .
un certain point , car lorfqu'il l'eft exceffivement
, il bouleverſe tout , & renverſe
entierement l'économie animale ; ce mouvement
, dis - je , attenue , brife , liquefie
la matiere fébrile , lorfqu'elle n'eft qu'épaiffiffante
, en un mot , la cuit , pour ainfi
parler , & la difpofe à l'excrétion . Mais
dans ce cas même , le fecours que procure
la fiévre , doit toujours être regardé comme
fort fufpect , car outre les autres effets
qui peuvent s'enfuivre de ce mouvement
déréglé , & que nous avons rapporté cideffus
, l'obfervation a fouvent appris aux
plus habiles Praticiens que j'ai confultés ,
foit de vive voix , foit dans leurs écrits ,
que ce mouvement abandonné à lui -même
étoit prefque toujours infuffifant pour
la
coction & l'excrétion totale de la matiere
fébrile , & qu'il étoit ordinairement fuivi,
ou d'une fièvre lente , ou de quelque abfcès
qui fe formoit , ou dans les articulations
, ou dans les glandes lymphatiques
conglobées de l'habitude du corps , ou dans
les chairs mufculeufes , ou , ce qui eft encore
pire , dans quelque vifcére , ce qu'il
feroit même aifé de prouver par théorie ,
fi cela ne menoit pas trop loin.
22. Mais fila matiere fébrile eſt d'une
autre nature , qu'elle foit propre à raréfier
le fang & à irriter les folides , ou qu'elle
MARS. 1750.
125
foit fi vifqueufe & fi hétérogéne qu'elle
élude les efforts des folides & des fluides ,
alors tous les mouvemens fébriles , nonfeulement
fe feront en pure perte , mais
ils tendront encore à la deftruction de tout
le corps , & loin de contribuer à l'expulfion
ou à l'amandement de la caufe , ils en
fortifieront au contraire l'action , qui fera
fuivie de tous les funeftes effets rapportés
ci - deffus . Car on obferve conftamment
que plus l'action des folides & des fluides
augmente , plus l'action des matieres irritantes
, & capables de raréfier le fang ,
augmente auffi , ce qu'il feroit aifé de
prouver , s'il nous étoit permis d'entrer
dans un plus grand détail. Mais en voilà ,
je crois , affez pour faire comprendre que
c'eft fans aucun fondement que quelques
Médecins font des éloges fi magnifiques
de la fièvre ; que dans le fond on n'a aucun
avantage à attendre de cet inftrument
fi vanté , ou du moins que ces avantages
font très-fufpects , & fuivis d'inconvéniens
réels & fort à redouter , & qu'ainfi on ne
doit pas balancer à combattre la fiévre ,
dès qu'elle eft bien déclarée , par tous les
moyens que l'Art fuggére à des Médecins
éclairés & prudens .
23. Envain oppofera- t'on que la fiévre
n'eft qu'un fymptôme , & qu'il n'y a que
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
que
la caufe qui la produit , qui foit la maladie
qu'il faut combattre , car fi eela étoit , il
n'y auroit point non plus d'autres mala
dies , & il ne faudroit reconnoître pour
maladies les cauſes internes qui les
produifent , ou pour mieux dire , il faudroit
bannir de la Pathologie le mot de
maladie , & ne fe fervir que des noms de
caufes & de fymptômes ; ce qui feroit ridicule
, & fe réduiroit tout au plus à une
difpute de nom . Cependant comme une
cauſe interne produit un premier fymptôme,
& que ce fymptôme en améne d'autres
, il eft bien plus raifonnable de regar
der comme maladie le premier & le principal
fymptôme qui naît de la caufe , & de
ne donner le nom de fymptôme qu'aux
autres accidens qui s'y joignent & qui l'ac
compagnent. Mais que ce qui réfulte de
la caufe interne de la fiévre , foit appellé
maladie , ou effet , ou fymptôme , c'eſt de
quoi on s'eft peu embarraffé ici ; on a taché
d'examiner la chofe en elle- même , &
par un mûr examen on s'eft convaincu ,
que les avantages de la fiévre étoient imaginaires
, ou du moins très fufpects , & que
fes inconvéniens étoient toujours réels &
fort redoutables..
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Résumé : MEMOIRE Sur les avantages & les inconvéniens de la fiévre, lû à l'Académie de Beziers, le 13 Novembre 1749, par M. Jean-Henri-Nicolas Bouillet, Docteur en Médecine de la Faculté de Montpellier.
Le mémoire 'Sur les avantages & les inconvénients de la fièvre' de Jean-Henri-Nicolas Bouillet, présenté à l'Académie de Béziers le 13 novembre 1749, examine les opinions divergentes des médecins anciens et modernes sur la nature de la fièvre. Les anciens, tels qu'Hippocrate, Asclépioade et Celse, considéraient la fièvre comme un remède naturel. Parmi les modernes, Sydenham et Stahl soutenaient que la fièvre aide à éliminer les causes des maladies, Stahl allant jusqu'à la considérer essentielle pour prévenir des épidémies comme la peste. Certains médecins, dont Stahl, Boerhaave et Hoffman, estimaient que la fièvre peut être bénéfique si elle suit un cours régulier, aidant à guérir diverses maladies. D'autres, comme Pitcarne et Van Swieten, la voyaient comme un remède naturel comparable au vomissement ou à la toux, bien que Pitcarne la considérât également comme une maladie dangereuse affectant l'ensemble du corps. Le texte distingue deux types de fièvre : celle provoquée par des causes externes (efforts physiques, émotions violentes) et celle due à la dépravation des humeurs ou au dérangement des organes. La fièvre externe peut entraîner des effets néfastes comme l'accélération du sang, des inflammations et des symptômes graves. La fièvre symptomatique, causée par des stimuli externes, est jugée pernicieuse et potentiellement mortelle. Le mémoire explore également les causes internes des fièvres humorales et leurs traitements, voyant la fièvre comme une perturbation dangereuse nécessitant parfois une intervention médicale. Bouillet conclut que les éloges de la fièvre sont infondés et que ses inconvénients sont réels et redoutables. Il recommande de combattre la fièvre dès son apparition en utilisant des moyens appropriés, rejetant l'idée qu'elle soit simplement un symptôme et affirmant qu'elle doit être considérée comme une maladie en elle-même.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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359
p. 135-136
AUTRE.
Début :
De mon utilité le Médecin décide, [...]
Mots clefs :
Piqûre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
DE mon utilité le Médecin décide ,
Et mon premier effet eft de faire fouffrir .
Je conviens que je fuis quelquefois homicide ;
Enfant de la douleur & jamais du plaifir.
Mais quel tréfor de biens ma préfence chérie
N'apporte-t'elle pas à mille malheureux ,
Quifans moi dans leurs maux , auroient perdu la
vie ?
Et peut- être , Lecteur , l'éprouvez- vous comme
eux.
Ma naiffance eft un mal , elle est toujours fenfible,
136 MERCURE DE FRANCE.
Bien fouvent très- heureufe & quelquefois nuifible.
Laiffons ces premiers traits , combinons un , deux,
buit ,
Méfiez- vous de moi , je friponne fans bruit-
Avec un cinq , fix , fept , je n'ai plus de courage ;
Trois , quatre , cinq , fix , huit , me paffant de langage
,
J'annonçai le retour de l'époux de Sara ,
On le vit avec joie , & fon pere en pleura.
Un , cinq ,fept , huit , s'il vit , que Dieu te le con
ferve !
Un, deux , fept , huit , hélas ! que le Ciel , t'en
préſerve !
Avec un , fix , fept , huit , gardons notre vertu į
C'est le folide bien ; Lecteur : qu'en penfes- tu ?:
Par le même.
DE mon utilité le Médecin décide ,
Et mon premier effet eft de faire fouffrir .
Je conviens que je fuis quelquefois homicide ;
Enfant de la douleur & jamais du plaifir.
Mais quel tréfor de biens ma préfence chérie
N'apporte-t'elle pas à mille malheureux ,
Quifans moi dans leurs maux , auroient perdu la
vie ?
Et peut- être , Lecteur , l'éprouvez- vous comme
eux.
Ma naiffance eft un mal , elle est toujours fenfible,
136 MERCURE DE FRANCE.
Bien fouvent très- heureufe & quelquefois nuifible.
Laiffons ces premiers traits , combinons un , deux,
buit ,
Méfiez- vous de moi , je friponne fans bruit-
Avec un cinq , fix , fept , je n'ai plus de courage ;
Trois , quatre , cinq , fix , huit , me paffant de langage
,
J'annonçai le retour de l'époux de Sara ,
On le vit avec joie , & fon pere en pleura.
Un , cinq ,fept , huit , s'il vit , que Dieu te le con
ferve !
Un, deux , fept , huit , hélas ! que le Ciel , t'en
préſerve !
Avec un , fix , fept , huit , gardons notre vertu į
C'est le folide bien ; Lecteur : qu'en penfes- tu ?:
Par le même.
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360
p. 82-97
Assemblée publique de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Dijon, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie des Sciences & Belles Lettres de Dijon, adjugea le 23. du mois [...]
Mots clefs :
Académie des sciences et belles-lettres de Dijon, Sciences, Moeurs, Fièvre, Esprit, Prévention, Arts, Jean-Jacques Rousseau, Lettres, Savants, Science, Hommes, Épurer les moeurs, Faveur, Maladie, Vices, Monsieur l'Abbé de Repas, Corps, Cerveau, Monsieur l'Abbé Talbert
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Assemblée publique de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Dijon, [titre d'après la table]
'Académie des Sciences & Belles Let
tres de Dijon , adjugea le 23. du mois.
d'Août 1750 , dans une affemblée publi
que , le Prix de Morale à M. Rouffeau ,
Citoyen de Genéve , qui demeure actuellement
à Paris.
M. F'Abbé de Repas , Chanoine de Notre-
Dame de Dijon , & Honoraire de l'A
cadémie , ouvrit la Séance par une Differ
tation fur la prévention des gens de Lettres
, & fur la préoccupation aveugle des
Sçavans en faveur d'une Science , d'un
fystême ou d'un Auteur,
NOVEMBRE. 1750 83
L'efprit , dit M. de Repas , a fes mala
dies comme le corps , & il faudroit aux
hommes des Hippocrates dans la Morale ,
comme dans la Médecine. Il fuppofe enfuire
une infirmerie pour les malades d'ef
prit ; on y logeroit en fous-ordre ces efprits
prévenus qui voyent trouble ; &
pour traiter méthodiquement cette maladie
, il effaye de démontrer que la prévention
eft 1 : une fiévre de l'efprit , 2º. une
fiévre épidémique parmi les Sçavans , 3º.
une fiévre chaude,fource des querelles fcientifiques
, 4º. une fiévre contiaue , & pref
que incurable.
Premiere réflexion , fiévre d'efprit.
·
Il définir la fièvre qui affecte le corps ,
une intempérie chaude & féche du fang
& des humeurs , qui du coeur fe commu
nique à tout le corps ; & la fièvre de l'efprit
, l'intempérie d'un cerveau malade
qui n'a pas les qualités requifes pour juger
fainement des chofes. On ne peut parvenir
à ce jugement que par deux voies , par
celle de l'examen , & par la comparaifon
des opinions que l'on admet , & de celles
que l'on rejette , deux routes inconnues
à l'homme prévenu , 1 ° parce qu'il n'examne
pas ce qui eft la voie la plus courte
ou parce qu'il n'examine que fuperficiel
•
Dvi
S4 MERCURE DEFRANCE.
lement , ou parce qu'il n'examine qu'abufivement
, & avec un efprit.fceptique &
pirrhonien .
2°. Parce qu'il ne compare pas , ou qu'il
ne compare pas de bonne for ; parce qu'avec
un efprit étroit & limité , il s'égare
dans cette comparaifon , il s'enfuit de- là
que c'eft fa prévention , & non fa lumiere
qui eft le principe de fa perfuafion , maladie
du cerveau , & fiévre de l'efprit..
Fiévre épidémique.
Il eft certain qu'il faut un goût général
pour connoître dans chaque Science ce
qu'elle a d'eftimable , & que rien n'eft plus
déraisonnable , & cependant rien dé plus.
commun parmi les Sçavans , que ce goût
exclufif , effet de la prévention.
Les uns fe préviennent en faveur d'une
Science , les autres en faveur d'un Auteur:.
fi c'eft en faveur d'une Science , dès - lars.
elle eft la plus relevée de toutes les Sciences.
If eft peu de Sçavans . qui n'ayent ce.
préjugé , ou plutôt cette folie , qui tire fon .
principe de ce que dès l'enfance on a eu.
l'efprit tourné d'un certain côté..
M. de Repas cite les exemples des Sçavans
prévenus , qui voudroient faire de
leur humeur & de leur goût la régle du.
genre humain , & qui à la honte de la rai
NOVEMBRE. 1750. Esi
31
↓
fon , perdent cet efprit d'équité qui donne
à chaque Science fon mérite & fon prix ,,
parce que chacune a fes richeffes & fes
beautés ; qu'un Sçavant par exemple s'entête
d'une Science ou d'un Auteur , c'en,
eft affez pour en faire l'apothéose. Il l'a
choiff pour maître , il ne parle que par fa
bouche; toutes les paroles font des oracles..
Defcartes indécis fur le fyftême du vuide
& du plein , s'enthoufiafime de fon Mentor
Merfenne , c'en eft affez ; & contre les,
propres idées , il adopte une hypothéfe qui
n'a nul fondement,dans la Nature , tant il
eft vrai que la prévention aveugle , & fait.
perdre les idées du fens commun : fiévre:
épidémique..
Fiévre chande..
Qui dit fiévre chaude , dit un tranfport
de l'efprit qui fait dire des chofes furprenantes
& extraordinaires , c'eft une fiévreallumée
par l'humeur colerique , deux effets
de la maladie qui affecte le Sçavant.
fortement prévenu . Nous en avons un
exemple dans les Anglois ; à quels excès :
n'ont- ils pas porté le culte & la vénération.
pour Newton ? I fuffit de lire cette faftucufe
& hyperbolique épitaphe , gravée.
fur fon tombeau à Westminster. A les entendre
, c'eft en lui, feul que la Nature a
MERCURE DE FRANCE.
reçu fon complément ; avant lui elle n'é
toit qu'ébauchée ; les ouvrages du Chancelier
Bacon ( dont il n'a été que le pla
giaire ) ne font plus que marchandifes de
rebut ; Scaliger , ce prodige de Sciences ,
n'eft plus l'homme divin , & tous nos Sça- t
vans , que des vers rampans fur la furface
des Sciences. Ces violens tranfports neprouvent-
ils pas que la prévention eſt anefiévre
chaude , alfumée par l'humeur colé
rique ? En voici les accès & les redoublemens.
Que deux Sçavans fe préviennent ,
pour ou contre une opinion , la difpute
s'échauffe , la bile s'enflamme , & les efprits
s'aigriffent. Que de querelles fcientifiques
entre les fectateurs d'Ariftote &
de Defcartes , entre les admirateurs de
Corneille & de Racine , entre les défenfeurs
de la Profe & de la Poëfie , les partifans
des tourbillons & de l'attraction !Que
de combats de plume ! De- là ces chaleurs
de difpute , ces traits malins , ces reparties
pleines d'animofité. Tels font les effets dela
prévention , fiévre chaude & ardente
→ & enfin
Fiévre continue & prefque incurable.
peut inftruire un ignorant , perfua--
der un incrédule; on ne peut convaincreun
On
NOVEMBRE. 1750 . 87.
1
entêté , furtout s'il eft fier & bilieux ; c'eft
une tête , dit Horace , que l'ellebore des.
trois anticires ne pourroit guérir. Tribus
anticiris infanabile caput.. On en tire la
preuve des principes de Mallebranche. II.
eft certain que les objets impriment leurs.
traces dans les fibres du cerveau : or les
traces qu'impriment dans le cerveau de:
F'homme préoccupé les objets de ſa préoccupation,
font fi profondes que ces fibres
demeurent toujours entr'ouvertes ; le paffage
continuel des efprits animaux , qui
entretient cette ouverture , .ne leur pera
met pas de fe fermer ; l'ame entraînée par
fes penfées , qui font liées à ces traces , demeure
l'efclave de fes penfées ; elle s'y applique
fi. fortement , que toute autre penfée
n'y peut trouver entrée ; de-là vient
que l'on ne s'apperçoit plus de ces écarts,
& que l'on déraifonne de fang froid.
Tribus anticiris , & c.
4
Pour remédier à ce mal par un fébri
fuge , on a confulté ces Hippocrates moraux
, ces hommes célebres qui ont tra
vaillé par des spécifiques à détruire les erreurs
, les travers & les maladies de l'ef
prit. Qu'ordonnent- ils contre la fièvre de
la prévention ?
. Premiere ordonnance , non temerè crea
dera,de ne donner de confentement en
88 MERCURE DE FRANCE.
ier qu'à des chofes évidentes. Seconde
ordonnance , de ne fe décider jamais fur
les raifons d'un feul parti . Troifiéme ordonnance
, de renoncer dans fes jugemens.
à toute vûe d'intérêt & de confidération
humaine. Quatriéme ordonnance , de ren--
dre juftice à toutes les Sciences & à tous
les Auteurs , & d'eftimer dans chacun la
partie dans laquelle il a excellé . La recette:
paroît fûre contre une prévention qui
n'eft point habituelle ; mais fi la maladie eft
longue & habituelle , on a décidé que
l'antidote étoit un préfervatif trop foible,.
que l'ellebore des trois anticires n'étoit
qu'un palliatif , & on l'a abandonnée :
comme une maladie déſeſperée.
Le but de M. l'Abbé de Repas a été d'amufer
en inftruifant , & il a fort bien rem
pli fon objet.
M. Gelot ,"Procureur du Roi au Bu
reau des Finances , Académicien Penfionnaire
, fit enfuite la lecture de l'Analyfe
de la piéce qui alloit être couronnée , &
de celles qui avoientbalancé les fuffrages .
de l'Académie ; mais auparavant il fit voir
quelles étoient les moeurs avant la renaiffance
des Lettres & des Arts .
Il s'agiffoit dans le problême que l'Aca--
démie avoit propofé pour cette année , -
de décider fi le rétabliſſement des Arts
i
NOVEMBRE. 1750. 89
=
& des Sciences avoir contribué à épurer
les moeurs.
M. Rouffeau a pris la négative , & il a
foutenu , que quoiqu'elles ayent pû les
épurer , elles ne l'ont cependant pas fait ,
& il a démontré qu'à mesure que les Arts
& les Sciences le font perfectionnés , les
moeurs fe font corrompues ; il le prouve
par ce qui s'eft paffé en Egypte , en Grèce,
à Rome , à Conftantinople & à la Chine.
Tandis que les Lacédemoniens , les
Scythes & les Suiffes préfervés de la contagion
des vaines connoiffances , conferverent
leur premiere fimplicité , leurs
moeurs étoient groffieres , mais pures , an
tant que l'humanité le comportoit ; les vices
au contraire conduits à Athénes par les
Beaux Arts , enchaînerent la liberté des
Grecs.
Quelques fages , il eft vrai , fe font garantis
de la corruption générale dans le
fein des Mufes , tels furent un Socrate à
Athénes & un Caton à Rome ; mais ce font
de ces exceptions qui confirment la régle
générale. La premiere partie du difcours
de M. Rouffeau eft terminée par cette réflexion
, que les voiles épais dont la Sageffe
éternelle a couvert les Sciences , font une
preuve qu'elle a voulu nous en préferver ,
comme une tende mere , qui arrache des
o MERCURE DE FRANCE.
armes dangereufes des mains de fon en
fant.
L'Auteur nous apprend dans la feconde
partie , que c'étoit une tradition paffée de
'Egypte en Gréce, qu'un Dieu , ennemi du
repos des hommes , avoit été l'inventeur
des Sciences ; nos vices leur ont donné la
maiffance , & nous ferions moins en doute
fur leurs avantages , fi elles la devoient à
nos vertus.
M. Rouffeau invective enfuite contre
cette foule d'Ecrivains obfcurs & de Lettrés
oififs , dont les vaines & futiles déclamations
, & les funeftes paradoxes fappent les
fondemens de la Foi & de la Vertu.
Les Arts , felon lui , ne font pas moins
dangereux pour les bonnes moeurs que pour
l'Etat ; ils ont amené le luxe , & le luxe
entraîne toujours la chûte des uns & des
autres.
D'un autre côté , les talens réglé fur le
mauvais goût de ceux pour qui on les employe
, dégradent les Arts & les Artiſtes.
Louis le Grand les avoit favoriſés ainſi
que les Sciences; il voulut que ces Sociétés
célébres, chargées du dangereux dépôt des
Sciences , & du dépôt facré des moeurs,
cuffent une attention particuliere à en
maintenir chez elles toe la pureté , & à
Yexiger dans tous les membres. qu'elles.ro
NOVEMBRE . 1750. 95
evroient , précaution dont l'Auteur tire
avantage pour fon fyftême , parce que l'on
ne cherche pas , dit- il , des remédes à des
maux qui n'exiftent pas tant d'établiffemens
en faveur des Sciences , annoncent
la crainte où l'on eft de manquer de Phi
lofophes , comme l'on avoit trop de Laboureurs.
Qu'enfeignent cependant ces prétendus
Sages ? Qu'il n'y a point de corps ; que tout
eft en repréſentation ; qu'il n'y a d'autre
fubftance que la matiere , ni d'autre Dieu
que le monde ; qu'il n'y a ni vertus ni vices:
que le bien & le mal ne font que des
chiméres.
Mais parmi les égaremens aufquels le
paganiſme a été livré , a- t'il rien laiffé qui.
puiffe être comparé aux monumens honeux
que lui a préparés l'Imprimerie fous le
regne de l'Evangile ? Les écrits impies des
Leucippes & des Diagoras font prefque
péris avec eux ; mais grace aux caractéres
typographiques , les rêveries de Hobbe &
de Spinofa refteront à jamais.
Si le progrès des Sciences & des Arts
n'a rien ajouté à notre véritable félicité ;
s'il a corrompu nos moeurs , fi leur corrup
tion a porté atteinte au bon goût ; que doit
on penfer de cette foule d'Auteurs élementaires
, qui ont écarté du Temple des.
92 MERCURE DE FRANCE.
Mufes les difficultés qui en avoient défendu
F'entrée , & que la Nature y avoit placées ,
comme une épreuve des forces de ceux qui
feroint tentés de ſçavoir ?
Que penferons - nous de ces Compilateurs
de Dictionnaires , fans le fecours defquels
une populace , indigne d'approcher
du Sanctuaire des Muſes , rebutée par les
difficultés , s'occuperoit à des Arts utiles à
la fociété ?
: Les Verulams les Defcartes , les Newtons
, ces Précepteurs du genre humain ,
n'ont point eu de maîtres ; c'eft à des génies
de cette trempe qu'il eft permis d'élever
des monumens à la gloire de l'efpric
humain ; mais fi l'on veut que rien ne foit
au -deffus du leur , il faut que rien ne foit
au -deffus de leurs efperances. Si les récompenfes
accordées à Ciceron & au Chancelier
Bacon euffent été bornées à une Chaire
dans une Univerfité pour l'an , & à une
penfion de l'Académie pour l'autre , croiton
qu'ils auroient travaillé avec la même
application à ces ouvrages qui feront l'admiration
de tous les fiécles ?
M. Rouffeau conclud en difant , que la
véritable ſcience confifte à rentrer en foi
même ; à écouter la voix de la Nature dans
le fibence des paffions , & que c'eſt-là la
véritable Philofophic.
NOVEMBRE. 1750. 93
Laiffons,dit il , à ces hommes célébres qui
s'immortalifent dans la République des
Lettres la gloire de fçavoir bien dire ; c'est
affez pour un homme qui vit fans ambition ,
de fe contenter de la gloire de bien faire.
L'Académie en couronnant l'ouvrage
de M. Rouffeau , n'a point prétendu adop
ter fes maximes de politique qui ne font
point à nos ufages , ni ce qu'il a dit de
l'inutilité des découvertes des Phyficiens
& des Géométres , en ce que, felon lui , elles
ne contribuent en rien au Gouvernement
de l'Etat , & à la pureté des moeurs ;
il eft en cela forti du problême , car ce
feroit lui donner une trop grande extenfion
, de regarder comme inutile tout ce
qui ne tend point directement à ce but.
La plupart des découvertes ont procuré de
grands avantages , qu'il n'eft pas permis
de les regarder avec indifference. Cependant
comme il a folidement démontré que
le rétabliffement des Arts & des Sciences
n'a
pas contribué à épurer les moeurs , l'Académie
a crû devoir décerner le prix à
la démonstration d'une question de fait
de la vérité de laquelle on ne peut dif
convenir , à moins de s'inferire en faux
contre l'expérience.
M. du Chaffelat , de Troyes en Cham
pagne , a foutenu la négative , ainfi que
94 MERCURE DE FRANCE.
M. Rouffeau ; l'Académie l'a jugé digne
de l'acceffit . Il a parfaitement démontré par
le fait même , combien la corruption des
moeurs étoit devenue générale depuis le
rétabliffement des Sciences , ce qui eft la
même chole que s'il avoit dit , qu'il n'avoit
pas contribué à épurer les moeurs,
Pour prouver la propoſition , il a parfa
couru les differentes meurs des Grecs avant
Periclès , celles du fiécle da fameux Dif
ciple de Zenon & d'Anaxagore , des Romains
avant & fous Augufte , celles d'Ita
talie , fous de Pontificat de Léon X. enfin
les nôtres fous le Regne de Louis XIV .
& par tous ces differens paralleles , & par
le portrait que le Pere Rapin a tracé des
moeurs de fon fiécle , il en conclut que ·les
fiécles les plus polis n'ont point été les plus
vertueux .
Parmi plufieurs Differtations fçavantes
qui ont été adreffées à l'Académie pour
l'affirmative de fon problême , celle de :
M. l'Abbé Talbert, Chanoine , Coadjuteur
de l'Eglife Métropolitaine de Befançon
lui a paru la mieux écrite .
Si l'Académie n'avoit confulté que fon
inclination & fon zéle pour les Lettres ,
elle fe feroit rangée du parti de M. Talbert
; mais c'eût été trahir celui de la vérité
, & faire tort aux Sciences , puiſqu'il
1
NOVEMBRE. 1750. 95.
a'arrive que trop fouvent , qu'en voulant
par un zéle mal entendu accorder à quelqu'un
des avantages dont il ne jouit pas
on donne lieu par cette partialité à des
doutes fur ceux qu'il pofféde véritablement.
Il n'eft que trop vrai que les Scien
ces ont produit plus de mal que de bien ,
parce que celui- ci n'eft jamais par fes effets
en railon égale avec l'autre . M. Talbert a
fait valoir l'utilité des Sciences & leur néceffité
; la question de droit a été épuisée
& mife dans le plus beau jour ; mais en
banne Logique on ne conclud jamais de
l'acte par le pouvoir ; il a négligé la queftion
de fait , la feule dont il s'agiffoit dans
le problême ; l'Académie ne demandoit pas
Gles Sciences pouvoient épurer les moeurs,
elle en est très perfuadée ; mais fi elles les
avoient réellement épurées , c'eſt à - dire , ſi
les hommes étoient devenus plus vertueux,
plus fincéres , plus équitables , à ne les
prendre que dans l'ordre moral ; c'eft à
ce point de fait qu'il falloit une démonf
tration , M. Talbert ne l'a point donnée ;
il a toujours argumenté du fair par le
Droit , au lieu qu'il falloit prendre une
route contraire , il fentoit fans doute la
difficulté du fuccès ; il devoit convenir de
bonne foi , que les Lettres utiles & néceffaires
à certains égards , n'ont pas toujours
96 MERCURE DE FRANCE.
produit l'effet qu'on devoit en attendre;'
faites pour éclairer l'homme , elles n'ont
que trop fouvent contribué à faire naître
des doutes ; ce qu'il a gagné du côté de
l'efprit, a été pris fur la tigidité des moeurs ;
par le commerce des Sciences , elles font
devenues plus douces & plus fociables ,
lles ont même dépouillé leur antique feocité.
L'éducation & l'ufage du monde
nt pû opérer ces changemens ; mais ce
' eft point de cette forte d'épurement dont
I s'agiffoit. Plus fçavans peut-être & plus
éclairés que nos peres , fommes- nous plus
gens qu'eux ? Voilà le point de la
honnêtes
lifficulté.
Quels vices en effet regnoient parmi eux,
qui ne reparoiffent aujourd'hui les mêmes,
ou fous des modifications differentes ? Ils
font plus rafinés , il eft vrai ; mais ils n'en
font pas moins des vices. C'eft faire grace
aux Lettres , de dire qu'ayant lors de leur
rétabliſſement trouvé les hommes déja corrompus
, elles les avoit laiffés dans le mê
me état ; c'eft affez pour les Sciences , que
l'Académie convienne, qu'elles pouvoient
épurer les moeurs , fi on n'en avoit point
abufé . Un femblable aveu de fa part n'aura
rien dont l'ignorance puille tirer le plus
leger avantage ; elle n'a point prétendu la
favorifer. On peut avec un grand fond
d'ignorance
NOVEMBRE. 1750. 97
!
d'ignorance n'avoir point de moeurs , il eft
poffible que l'on en ait avec de la fcience ;
la perverfité ou la rectitude du coeur en décident,
& les fciences ainfi , que l'ignorance,
n'en font que les caufes occafionnelles : une
Académie qui dévoile la turpitude du
coeur humain , & l'abus qu'il fait de fes
lumieres , n'eft point cenfèe avoir voulu
renouveller vis -à - vis des Sciences l'indifcrétion
indécente du Pere de Chanaan ,
& elle ne doit point en appréhender le
fort.
tres de Dijon , adjugea le 23. du mois.
d'Août 1750 , dans une affemblée publi
que , le Prix de Morale à M. Rouffeau ,
Citoyen de Genéve , qui demeure actuellement
à Paris.
M. F'Abbé de Repas , Chanoine de Notre-
Dame de Dijon , & Honoraire de l'A
cadémie , ouvrit la Séance par une Differ
tation fur la prévention des gens de Lettres
, & fur la préoccupation aveugle des
Sçavans en faveur d'une Science , d'un
fystême ou d'un Auteur,
NOVEMBRE. 1750 83
L'efprit , dit M. de Repas , a fes mala
dies comme le corps , & il faudroit aux
hommes des Hippocrates dans la Morale ,
comme dans la Médecine. Il fuppofe enfuire
une infirmerie pour les malades d'ef
prit ; on y logeroit en fous-ordre ces efprits
prévenus qui voyent trouble ; &
pour traiter méthodiquement cette maladie
, il effaye de démontrer que la prévention
eft 1 : une fiévre de l'efprit , 2º. une
fiévre épidémique parmi les Sçavans , 3º.
une fiévre chaude,fource des querelles fcientifiques
, 4º. une fiévre contiaue , & pref
que incurable.
Premiere réflexion , fiévre d'efprit.
·
Il définir la fièvre qui affecte le corps ,
une intempérie chaude & féche du fang
& des humeurs , qui du coeur fe commu
nique à tout le corps ; & la fièvre de l'efprit
, l'intempérie d'un cerveau malade
qui n'a pas les qualités requifes pour juger
fainement des chofes. On ne peut parvenir
à ce jugement que par deux voies , par
celle de l'examen , & par la comparaifon
des opinions que l'on admet , & de celles
que l'on rejette , deux routes inconnues
à l'homme prévenu , 1 ° parce qu'il n'examne
pas ce qui eft la voie la plus courte
ou parce qu'il n'examine que fuperficiel
•
Dvi
S4 MERCURE DEFRANCE.
lement , ou parce qu'il n'examine qu'abufivement
, & avec un efprit.fceptique &
pirrhonien .
2°. Parce qu'il ne compare pas , ou qu'il
ne compare pas de bonne for ; parce qu'avec
un efprit étroit & limité , il s'égare
dans cette comparaifon , il s'enfuit de- là
que c'eft fa prévention , & non fa lumiere
qui eft le principe de fa perfuafion , maladie
du cerveau , & fiévre de l'efprit..
Fiévre épidémique.
Il eft certain qu'il faut un goût général
pour connoître dans chaque Science ce
qu'elle a d'eftimable , & que rien n'eft plus
déraisonnable , & cependant rien dé plus.
commun parmi les Sçavans , que ce goût
exclufif , effet de la prévention.
Les uns fe préviennent en faveur d'une
Science , les autres en faveur d'un Auteur:.
fi c'eft en faveur d'une Science , dès - lars.
elle eft la plus relevée de toutes les Sciences.
If eft peu de Sçavans . qui n'ayent ce.
préjugé , ou plutôt cette folie , qui tire fon .
principe de ce que dès l'enfance on a eu.
l'efprit tourné d'un certain côté..
M. de Repas cite les exemples des Sçavans
prévenus , qui voudroient faire de
leur humeur & de leur goût la régle du.
genre humain , & qui à la honte de la rai
NOVEMBRE. 1750. Esi
31
↓
fon , perdent cet efprit d'équité qui donne
à chaque Science fon mérite & fon prix ,,
parce que chacune a fes richeffes & fes
beautés ; qu'un Sçavant par exemple s'entête
d'une Science ou d'un Auteur , c'en,
eft affez pour en faire l'apothéose. Il l'a
choiff pour maître , il ne parle que par fa
bouche; toutes les paroles font des oracles..
Defcartes indécis fur le fyftême du vuide
& du plein , s'enthoufiafime de fon Mentor
Merfenne , c'en eft affez ; & contre les,
propres idées , il adopte une hypothéfe qui
n'a nul fondement,dans la Nature , tant il
eft vrai que la prévention aveugle , & fait.
perdre les idées du fens commun : fiévre:
épidémique..
Fiévre chande..
Qui dit fiévre chaude , dit un tranfport
de l'efprit qui fait dire des chofes furprenantes
& extraordinaires , c'eft une fiévreallumée
par l'humeur colerique , deux effets
de la maladie qui affecte le Sçavant.
fortement prévenu . Nous en avons un
exemple dans les Anglois ; à quels excès :
n'ont- ils pas porté le culte & la vénération.
pour Newton ? I fuffit de lire cette faftucufe
& hyperbolique épitaphe , gravée.
fur fon tombeau à Westminster. A les entendre
, c'eft en lui, feul que la Nature a
MERCURE DE FRANCE.
reçu fon complément ; avant lui elle n'é
toit qu'ébauchée ; les ouvrages du Chancelier
Bacon ( dont il n'a été que le pla
giaire ) ne font plus que marchandifes de
rebut ; Scaliger , ce prodige de Sciences ,
n'eft plus l'homme divin , & tous nos Sça- t
vans , que des vers rampans fur la furface
des Sciences. Ces violens tranfports neprouvent-
ils pas que la prévention eſt anefiévre
chaude , alfumée par l'humeur colé
rique ? En voici les accès & les redoublemens.
Que deux Sçavans fe préviennent ,
pour ou contre une opinion , la difpute
s'échauffe , la bile s'enflamme , & les efprits
s'aigriffent. Que de querelles fcientifiques
entre les fectateurs d'Ariftote &
de Defcartes , entre les admirateurs de
Corneille & de Racine , entre les défenfeurs
de la Profe & de la Poëfie , les partifans
des tourbillons & de l'attraction !Que
de combats de plume ! De- là ces chaleurs
de difpute , ces traits malins , ces reparties
pleines d'animofité. Tels font les effets dela
prévention , fiévre chaude & ardente
→ & enfin
Fiévre continue & prefque incurable.
peut inftruire un ignorant , perfua--
der un incrédule; on ne peut convaincreun
On
NOVEMBRE. 1750 . 87.
1
entêté , furtout s'il eft fier & bilieux ; c'eft
une tête , dit Horace , que l'ellebore des.
trois anticires ne pourroit guérir. Tribus
anticiris infanabile caput.. On en tire la
preuve des principes de Mallebranche. II.
eft certain que les objets impriment leurs.
traces dans les fibres du cerveau : or les
traces qu'impriment dans le cerveau de:
F'homme préoccupé les objets de ſa préoccupation,
font fi profondes que ces fibres
demeurent toujours entr'ouvertes ; le paffage
continuel des efprits animaux , qui
entretient cette ouverture , .ne leur pera
met pas de fe fermer ; l'ame entraînée par
fes penfées , qui font liées à ces traces , demeure
l'efclave de fes penfées ; elle s'y applique
fi. fortement , que toute autre penfée
n'y peut trouver entrée ; de-là vient
que l'on ne s'apperçoit plus de ces écarts,
& que l'on déraifonne de fang froid.
Tribus anticiris , & c.
4
Pour remédier à ce mal par un fébri
fuge , on a confulté ces Hippocrates moraux
, ces hommes célebres qui ont tra
vaillé par des spécifiques à détruire les erreurs
, les travers & les maladies de l'ef
prit. Qu'ordonnent- ils contre la fièvre de
la prévention ?
. Premiere ordonnance , non temerè crea
dera,de ne donner de confentement en
88 MERCURE DE FRANCE.
ier qu'à des chofes évidentes. Seconde
ordonnance , de ne fe décider jamais fur
les raifons d'un feul parti . Troifiéme ordonnance
, de renoncer dans fes jugemens.
à toute vûe d'intérêt & de confidération
humaine. Quatriéme ordonnance , de ren--
dre juftice à toutes les Sciences & à tous
les Auteurs , & d'eftimer dans chacun la
partie dans laquelle il a excellé . La recette:
paroît fûre contre une prévention qui
n'eft point habituelle ; mais fi la maladie eft
longue & habituelle , on a décidé que
l'antidote étoit un préfervatif trop foible,.
que l'ellebore des trois anticires n'étoit
qu'un palliatif , & on l'a abandonnée :
comme une maladie déſeſperée.
Le but de M. l'Abbé de Repas a été d'amufer
en inftruifant , & il a fort bien rem
pli fon objet.
M. Gelot ,"Procureur du Roi au Bu
reau des Finances , Académicien Penfionnaire
, fit enfuite la lecture de l'Analyfe
de la piéce qui alloit être couronnée , &
de celles qui avoientbalancé les fuffrages .
de l'Académie ; mais auparavant il fit voir
quelles étoient les moeurs avant la renaiffance
des Lettres & des Arts .
Il s'agiffoit dans le problême que l'Aca--
démie avoit propofé pour cette année , -
de décider fi le rétabliſſement des Arts
i
NOVEMBRE. 1750. 89
=
& des Sciences avoir contribué à épurer
les moeurs.
M. Rouffeau a pris la négative , & il a
foutenu , que quoiqu'elles ayent pû les
épurer , elles ne l'ont cependant pas fait ,
& il a démontré qu'à mesure que les Arts
& les Sciences le font perfectionnés , les
moeurs fe font corrompues ; il le prouve
par ce qui s'eft paffé en Egypte , en Grèce,
à Rome , à Conftantinople & à la Chine.
Tandis que les Lacédemoniens , les
Scythes & les Suiffes préfervés de la contagion
des vaines connoiffances , conferverent
leur premiere fimplicité , leurs
moeurs étoient groffieres , mais pures , an
tant que l'humanité le comportoit ; les vices
au contraire conduits à Athénes par les
Beaux Arts , enchaînerent la liberté des
Grecs.
Quelques fages , il eft vrai , fe font garantis
de la corruption générale dans le
fein des Mufes , tels furent un Socrate à
Athénes & un Caton à Rome ; mais ce font
de ces exceptions qui confirment la régle
générale. La premiere partie du difcours
de M. Rouffeau eft terminée par cette réflexion
, que les voiles épais dont la Sageffe
éternelle a couvert les Sciences , font une
preuve qu'elle a voulu nous en préferver ,
comme une tende mere , qui arrache des
o MERCURE DE FRANCE.
armes dangereufes des mains de fon en
fant.
L'Auteur nous apprend dans la feconde
partie , que c'étoit une tradition paffée de
'Egypte en Gréce, qu'un Dieu , ennemi du
repos des hommes , avoit été l'inventeur
des Sciences ; nos vices leur ont donné la
maiffance , & nous ferions moins en doute
fur leurs avantages , fi elles la devoient à
nos vertus.
M. Rouffeau invective enfuite contre
cette foule d'Ecrivains obfcurs & de Lettrés
oififs , dont les vaines & futiles déclamations
, & les funeftes paradoxes fappent les
fondemens de la Foi & de la Vertu.
Les Arts , felon lui , ne font pas moins
dangereux pour les bonnes moeurs que pour
l'Etat ; ils ont amené le luxe , & le luxe
entraîne toujours la chûte des uns & des
autres.
D'un autre côté , les talens réglé fur le
mauvais goût de ceux pour qui on les employe
, dégradent les Arts & les Artiſtes.
Louis le Grand les avoit favoriſés ainſi
que les Sciences; il voulut que ces Sociétés
célébres, chargées du dangereux dépôt des
Sciences , & du dépôt facré des moeurs,
cuffent une attention particuliere à en
maintenir chez elles toe la pureté , & à
Yexiger dans tous les membres. qu'elles.ro
NOVEMBRE . 1750. 95
evroient , précaution dont l'Auteur tire
avantage pour fon fyftême , parce que l'on
ne cherche pas , dit- il , des remédes à des
maux qui n'exiftent pas tant d'établiffemens
en faveur des Sciences , annoncent
la crainte où l'on eft de manquer de Phi
lofophes , comme l'on avoit trop de Laboureurs.
Qu'enfeignent cependant ces prétendus
Sages ? Qu'il n'y a point de corps ; que tout
eft en repréſentation ; qu'il n'y a d'autre
fubftance que la matiere , ni d'autre Dieu
que le monde ; qu'il n'y a ni vertus ni vices:
que le bien & le mal ne font que des
chiméres.
Mais parmi les égaremens aufquels le
paganiſme a été livré , a- t'il rien laiffé qui.
puiffe être comparé aux monumens honeux
que lui a préparés l'Imprimerie fous le
regne de l'Evangile ? Les écrits impies des
Leucippes & des Diagoras font prefque
péris avec eux ; mais grace aux caractéres
typographiques , les rêveries de Hobbe &
de Spinofa refteront à jamais.
Si le progrès des Sciences & des Arts
n'a rien ajouté à notre véritable félicité ;
s'il a corrompu nos moeurs , fi leur corrup
tion a porté atteinte au bon goût ; que doit
on penfer de cette foule d'Auteurs élementaires
, qui ont écarté du Temple des.
92 MERCURE DE FRANCE.
Mufes les difficultés qui en avoient défendu
F'entrée , & que la Nature y avoit placées ,
comme une épreuve des forces de ceux qui
feroint tentés de ſçavoir ?
Que penferons - nous de ces Compilateurs
de Dictionnaires , fans le fecours defquels
une populace , indigne d'approcher
du Sanctuaire des Muſes , rebutée par les
difficultés , s'occuperoit à des Arts utiles à
la fociété ?
: Les Verulams les Defcartes , les Newtons
, ces Précepteurs du genre humain ,
n'ont point eu de maîtres ; c'eft à des génies
de cette trempe qu'il eft permis d'élever
des monumens à la gloire de l'efpric
humain ; mais fi l'on veut que rien ne foit
au -deffus du leur , il faut que rien ne foit
au -deffus de leurs efperances. Si les récompenfes
accordées à Ciceron & au Chancelier
Bacon euffent été bornées à une Chaire
dans une Univerfité pour l'an , & à une
penfion de l'Académie pour l'autre , croiton
qu'ils auroient travaillé avec la même
application à ces ouvrages qui feront l'admiration
de tous les fiécles ?
M. Rouffeau conclud en difant , que la
véritable ſcience confifte à rentrer en foi
même ; à écouter la voix de la Nature dans
le fibence des paffions , & que c'eſt-là la
véritable Philofophic.
NOVEMBRE. 1750. 93
Laiffons,dit il , à ces hommes célébres qui
s'immortalifent dans la République des
Lettres la gloire de fçavoir bien dire ; c'est
affez pour un homme qui vit fans ambition ,
de fe contenter de la gloire de bien faire.
L'Académie en couronnant l'ouvrage
de M. Rouffeau , n'a point prétendu adop
ter fes maximes de politique qui ne font
point à nos ufages , ni ce qu'il a dit de
l'inutilité des découvertes des Phyficiens
& des Géométres , en ce que, felon lui , elles
ne contribuent en rien au Gouvernement
de l'Etat , & à la pureté des moeurs ;
il eft en cela forti du problême , car ce
feroit lui donner une trop grande extenfion
, de regarder comme inutile tout ce
qui ne tend point directement à ce but.
La plupart des découvertes ont procuré de
grands avantages , qu'il n'eft pas permis
de les regarder avec indifference. Cependant
comme il a folidement démontré que
le rétabliffement des Arts & des Sciences
n'a
pas contribué à épurer les moeurs , l'Académie
a crû devoir décerner le prix à
la démonstration d'une question de fait
de la vérité de laquelle on ne peut dif
convenir , à moins de s'inferire en faux
contre l'expérience.
M. du Chaffelat , de Troyes en Cham
pagne , a foutenu la négative , ainfi que
94 MERCURE DE FRANCE.
M. Rouffeau ; l'Académie l'a jugé digne
de l'acceffit . Il a parfaitement démontré par
le fait même , combien la corruption des
moeurs étoit devenue générale depuis le
rétabliffement des Sciences , ce qui eft la
même chole que s'il avoit dit , qu'il n'avoit
pas contribué à épurer les moeurs,
Pour prouver la propoſition , il a parfa
couru les differentes meurs des Grecs avant
Periclès , celles du fiécle da fameux Dif
ciple de Zenon & d'Anaxagore , des Romains
avant & fous Augufte , celles d'Ita
talie , fous de Pontificat de Léon X. enfin
les nôtres fous le Regne de Louis XIV .
& par tous ces differens paralleles , & par
le portrait que le Pere Rapin a tracé des
moeurs de fon fiécle , il en conclut que ·les
fiécles les plus polis n'ont point été les plus
vertueux .
Parmi plufieurs Differtations fçavantes
qui ont été adreffées à l'Académie pour
l'affirmative de fon problême , celle de :
M. l'Abbé Talbert, Chanoine , Coadjuteur
de l'Eglife Métropolitaine de Befançon
lui a paru la mieux écrite .
Si l'Académie n'avoit confulté que fon
inclination & fon zéle pour les Lettres ,
elle fe feroit rangée du parti de M. Talbert
; mais c'eût été trahir celui de la vérité
, & faire tort aux Sciences , puiſqu'il
1
NOVEMBRE. 1750. 95.
a'arrive que trop fouvent , qu'en voulant
par un zéle mal entendu accorder à quelqu'un
des avantages dont il ne jouit pas
on donne lieu par cette partialité à des
doutes fur ceux qu'il pofféde véritablement.
Il n'eft que trop vrai que les Scien
ces ont produit plus de mal que de bien ,
parce que celui- ci n'eft jamais par fes effets
en railon égale avec l'autre . M. Talbert a
fait valoir l'utilité des Sciences & leur néceffité
; la question de droit a été épuisée
& mife dans le plus beau jour ; mais en
banne Logique on ne conclud jamais de
l'acte par le pouvoir ; il a négligé la queftion
de fait , la feule dont il s'agiffoit dans
le problême ; l'Académie ne demandoit pas
Gles Sciences pouvoient épurer les moeurs,
elle en est très perfuadée ; mais fi elles les
avoient réellement épurées , c'eſt à - dire , ſi
les hommes étoient devenus plus vertueux,
plus fincéres , plus équitables , à ne les
prendre que dans l'ordre moral ; c'eft à
ce point de fait qu'il falloit une démonf
tration , M. Talbert ne l'a point donnée ;
il a toujours argumenté du fair par le
Droit , au lieu qu'il falloit prendre une
route contraire , il fentoit fans doute la
difficulté du fuccès ; il devoit convenir de
bonne foi , que les Lettres utiles & néceffaires
à certains égards , n'ont pas toujours
96 MERCURE DE FRANCE.
produit l'effet qu'on devoit en attendre;'
faites pour éclairer l'homme , elles n'ont
que trop fouvent contribué à faire naître
des doutes ; ce qu'il a gagné du côté de
l'efprit, a été pris fur la tigidité des moeurs ;
par le commerce des Sciences , elles font
devenues plus douces & plus fociables ,
lles ont même dépouillé leur antique feocité.
L'éducation & l'ufage du monde
nt pû opérer ces changemens ; mais ce
' eft point de cette forte d'épurement dont
I s'agiffoit. Plus fçavans peut-être & plus
éclairés que nos peres , fommes- nous plus
gens qu'eux ? Voilà le point de la
honnêtes
lifficulté.
Quels vices en effet regnoient parmi eux,
qui ne reparoiffent aujourd'hui les mêmes,
ou fous des modifications differentes ? Ils
font plus rafinés , il eft vrai ; mais ils n'en
font pas moins des vices. C'eft faire grace
aux Lettres , de dire qu'ayant lors de leur
rétabliſſement trouvé les hommes déja corrompus
, elles les avoit laiffés dans le mê
me état ; c'eft affez pour les Sciences , que
l'Académie convienne, qu'elles pouvoient
épurer les moeurs , fi on n'en avoit point
abufé . Un femblable aveu de fa part n'aura
rien dont l'ignorance puille tirer le plus
leger avantage ; elle n'a point prétendu la
favorifer. On peut avec un grand fond
d'ignorance
NOVEMBRE. 1750. 97
!
d'ignorance n'avoir point de moeurs , il eft
poffible que l'on en ait avec de la fcience ;
la perverfité ou la rectitude du coeur en décident,
& les fciences ainfi , que l'ignorance,
n'en font que les caufes occafionnelles : une
Académie qui dévoile la turpitude du
coeur humain , & l'abus qu'il fait de fes
lumieres , n'eft point cenfèe avoir voulu
renouveller vis -à - vis des Sciences l'indifcrétion
indécente du Pere de Chanaan ,
& elle ne doit point en appréhender le
fort.
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Résumé : Assemblée publique de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Dijon, [titre d'après la table]
Le 23 août 1750, l'Académie des Sciences et Belles-Lettres de Dijon a décerné le Prix de Morale à Jean-Jacques Rousseau. Lors de la cérémonie, l'abbé de Repas a ouvert la séance en critiquant les préventions des savants, qu'il a comparées à des 'maladies de l'esprit'. Il a identifié quatre types de 'fièvres de l'esprit' : une fièvre personnelle, une fièvre épidémique, une fièvre chaude causant des querelles, et une fièvre continue et incurable, illustrant ces points avec des exemples de savants influencés par leurs préjugés. Rousseau a abordé la question de l'impact des arts et des sciences sur les mœurs. Il a soutenu que, bien que les arts et les sciences puissent épurer les mœurs, ils n'y sont pas parvenus et ont même contribué à leur corruption. Il a cité des exemples historiques tels que l'Égypte, la Grèce, Rome, Constantinople et la Chine. Rousseau a également critiqué les écrivains obscurs et les lettrés oisifs, accusant les arts d'entraîner le luxe et la chute des valeurs morales. L'Académie a reconnu que les découvertes scientifiques ont apporté de grands avantages, mais a noté que le rétablissement des arts et des sciences n'a pas épuré les mœurs. Du Chastelat a appuyé la position de Rousseau, affirmant que la corruption des mœurs s'est généralisée depuis le rétablissement des sciences. L'abbé Talbert a présenté une dissertation en faveur des sciences, mais l'Académie a jugé sa démonstration insuffisante, soulignant que les sciences ont souvent produit plus de mal que de bien. Le texte conclut en réfléchissant sur la persistance des vices malgré les avancées des lettres et des sciences, soulignant que la perversité ou la rectitude du cœur déterminent les mœurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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361
p. 81-82
LOGOGRIPHE.
Début :
Dix membres réunis forment mon existence ; [...]
Mots clefs :
Apothicaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOGOGRIP HE.
DIx membres réunis forment mon exiſtence ;
On
y voit un poiffon , une Ville , un oiſeau ;
Ce qu'une femme porte en guife de manteau ;
Ce dont un tout tire fa confiftance ;
Un fruit , un Elément , un péché capital ;
Un animal immon le, un précieux métal ;
Ja vafe de fayance , ou bien d'autre matiere ;
D v
82 MERCURE DE FRANCE
Ce qui réduit le tabac en pouffiere ;
Ce que l'on trouve au corps humain ;
Enfin ce qu'a fouvent un joueur à la main .
On dit que je renferme encor quelque myſtere ;
Lecteur , c'eft votre tour ; il eft tems de me taire.
DIx membres réunis forment mon exiſtence ;
On
y voit un poiffon , une Ville , un oiſeau ;
Ce qu'une femme porte en guife de manteau ;
Ce dont un tout tire fa confiftance ;
Un fruit , un Elément , un péché capital ;
Un animal immon le, un précieux métal ;
Ja vafe de fayance , ou bien d'autre matiere ;
D v
82 MERCURE DE FRANCE
Ce qui réduit le tabac en pouffiere ;
Ce que l'on trouve au corps humain ;
Enfin ce qu'a fouvent un joueur à la main .
On dit que je renferme encor quelque myſtere ;
Lecteur , c'eft votre tour ; il eft tems de me taire.
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362
p. 55-61
EPITRE A M. Moreau, Premier Chirurgien de l'Hôtel-Dieu de Paris. Par M. le Roi. Per damna, per caedes ab ipso Ducit opes, animumque ferro. HOR. L. IV. Ode IV.
Début :
O toi, qui joins l'étude à tant d'expérience, [...]
Mots clefs :
Bras, Sang, Vie, Éclair, Main, Doigts, Mains, Moreau, Jacques Vaucanson, Automate
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. Moreau, Premier Chirurgien de l'Hôtel-Dieu de Paris. Par M. le Roi. Per damna, per caedes ab ipso Ducit opes, animumque ferro. HOR. L. IV. Ode IV.
EPITRE
AM. Moreau , Premier Chirurgien de l'Hôtel-
Dien de Paris. Par M, le Roi.
Per damna , per cades ab ipfo
Ducit opes , animumque ferro.
Hor. L. IV . Ode IV.
Toi ,qui joins l'étude à tant d'expérience ,
Moreau , vole à mes cris , j'implore ta ſcience.
J'abbattois à mes pieds les habitans de l'air ;
Le cylindre tonnant d'où s'élance l'éclair ,
Brifé de toutes parts , par fes éclats déchire
La main fur qui la droite ofe ufurper l'empire.
Tu vois , en frémiffant , ces doigts , ces nerfs
broyés ,
L'artére ruiffelante , & les os foudroyés.
Tu prétends , qu'égaré dans les routes rompues ,
Le fang va fe changer en liqueurs corrompues ?
C smij
56 MERCURE DE FRANCE.
Qu'un falutaire acier devroit , fans héfiter * ,
Lui couper les canaux qu'il iroit infecter .
Rebelle à tes confeils , j'écoute un Empirique ,
Je me fers , malgré toi , d'un impuiffant topique ,
Je differe d'un jour , & le mal empiré ,
Loin de répondre au vou par l'eſpoir inſpiré ,
Me force de foufcrire à ce dur facrifice .
Ah ! pour fauver le tronc que la branche périffe !
» Voilà mon bras... Baigné des pleurs de l'amitié,
Dans tes yeux , cher Moreau , je lifois la pitié ,
Tandis que , le front calme en ce moment critique
,
J'oppofois aux douleurs un courage ftoïque.
Le noeud le plus étroit , par un double contour ,
Aux efprits animaux interdit le retour.
L'acier jufques à l'os s'ouvre un cruel paffage ,
La fcie , en le tranchant , acheve enfin l'ouvrage ;
Le fang , comme un torrent , s'élance loin de moi,
Mais à l'inftant Moreau l'enchaîne ſous fa loi.
Un éclair eft moins prompt : ſes mains intelli
gentes
Ferment avec un fil ces fources jailliflantes ,
Ces canaux entr'ouverts , dont les extrêmités
Vomiffent de mon fang les flots précipités .
Mon artére indocile au doigt qui fert de digue ,
* MM. Moreau , Guérin & Andouillet furent tous
trois d'avis unanime pour l'amputation de l'avantbras
, qui n'a duré , avec le panfement , que cing
minutes.
JUIN.
57
1751.
Tente de la forcer ; le fang qu'elle prodigue
Y refferre ſes flots , & nuit à ſon retour.
Il faut que l'autre bras par un excès d'amour ;
Se dévouant au fer , comme un autre Pylade ,
Au prix de tout fon fang fauve le bras malade.
Mollement foutenu fur fes pieds indolens ,
Le ſommeil vient calmer des maux fi violens ;
Des horreurs du trépas mon ame tourmentée ,
Goûte de ſes pavots la douceur enchantée.
D'où vient qu'à mon réveil les doigts que j'ai
perdus ,
Par de vives douleurs ſemblent m'être rendus è
Flatté qu'à mes defirs ils foient encor dociles ,
Je fais pour les mouvoir des efforts inutiles.
Oh ! fi le fage étoit l'arbitre de fon fort ;
Au milieu des écueils il s'ouvriroit un port ;
Lui-même de fes jours il trancheroit le refte ;
Mais il doit compte au Ciel de ce dépôt célefte :
Il oſe vivre , & loin de céder au malheur ,
11 brave la tempête , & rit dans la douleur.
Il fçait que la Nature à tous nos maux ſenſible ;
Affigne à chacun d'eux le reméde infaillible.
Des Sçavans par la gloire à l'étude animés ,
Avides des trésors dans fon fein renfermés ,
Oat furpris fes fecrets , ont fondé fes myftéres.
Les ferpens dans leurs mains devenus falutaires ,
Sur les fourneaux ardens exhalent leurs venins :
C v
18 MERCURE DE FRANCE .
De leurs corps fublimés coulent des fucs divins ,
Et miniftres de mort on tire d'eux la vie.
Sans recourir aux fels extraits par la Chymie,
Galien inventa ce baume fi vanté ,
Qui ferme ma bleffure , & me rend la fanté..
Ah ! que tu me vends cher , Moreau , ce bien
fuprême !
Tu fais veiller fur moi la famine au teint blême ;.
Sans ceffe déchiré par ce cruel vautour ,
Je meurs , & je renais mille fois en un jour .
» La diette a rendu ton eftomach débile ,
» Tout aliment , dis tu , s'y tourneroit en bile ,
L'apoftême naîtroit par le flux des humeurs..
» Le cauftique infernal envain de ces tumeurs-
» Tenteroit d'applanir la mortelle excrefcence ;
→ Ou renonce à la vie , ou garde l'abftinence.
2
Quel fatal embarras? Que réfoudre , Moreau ?
'Aux charmes de ta voix , du creux de mon cerveau
En dépit de la faim la raiſon vient d'éclore ;
Ma voix eft prefque éteinte , & j'applaudis encore.
Quoi faut- il que l'efprit foit l'esclave du corps
Au moins fi d'Apollon les fublimes accords ,
Me tirant hors de moi par leur noble harmozie,
Auxdépens de mon corps m'élevoient le génie ,
Des aftres ennemis j'oublirois la rigueur ,
Es ce délire heureux me rendroit la vigueur.
JUIN. 1751.
59
Bacchus me conduiroit aux bords de l'Hypocrêne
:
Mais puis- je voir à jeun l'éleve de Syléne ,
Des Nymphes , des Sylvains animer les concerts ,
Et puifer à longs traits la joie & les bons vers ?
Mais quel objet flatteur à mes yeux fe préfente !
J'apperçois une peau vermeille & renaiffante
Etaler fur mon bras les rofes & les lys ,
Es promettre la force à mes fens affoiblis.
Je fçaurai me venger ( Styx , c'eft toi que j'attefte
; )
Du bras que j'ai perdu , par celui qui me refte.
Le Clerc , choifis pour moi le bronze le plus pur ,
Voyons fid'un bras feul le coup fera moins fûr.
Quadrupedes , oifeaux vous ferez l'hecatombe
Que ma main foudroyante a vouée à la tombe
D'un bras... Je laiffe fuir l'inftant de me venger ,
Amis , autour de moi , venez tous vous ranger ,
Comme vous , je dédaigne un triomphe facile ;
Forçons d'un fanglier 1 épais & fombre azile ;
Songez qu'il femble mort , quand il n'est que
bleffé ;
Point de pitié , frappez- le , encor que terraffé
Souvent il fe relève , il écume de rage ,
Des traits de feu , des dards il affronte l'orage :
La meute l'affaillit ; mais fes obliques coups
* Il fait les Canons des Fufils du Roi.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE:
Aux dogues déchirés font fentir fon courroux.
Il hériffe fes crins , & fon oeil étincelle .
Furieux à l'aspect de fon fang qui ruiffelle ,
I fait pour le venger d'incroyables efforts ;
Il veut vendre la vie au prix de mille morts ;
Sur qui l'ofa frapper il fond tête baiſſée ;
Dans le flanc du courfier la défenſe enfoncée ;
L'abbat , le fait rouler fur fon maître imprudent
Ah ! comment échapper à la cruelle dent ?
Le Chaffeur va-t'il perdre & fa vie & fa gloire ?
Tout renversé qu'il eft , il force la victoire ;
Il pointe un bronze creux contre le fanglier`;
Le rapide lingot fuit l'éclair meurtrier ,
L'atteint au coeur ; fon fang s'écoule avec ſa vie.
Moreau , de quel plaifir j'aurois l'ame ravie ,
Si jamais entraîné par un feu trop ardent ,
Peut être plus hardi , plus heureux que prudent ,
D'un fanglier tombé fous ma main triomphante ,
Je prefentois la hure à ma belle Atalante !
Ses mains ceindroient mon front des myrtes de
Cypris ;
Dieux les plus grands périls font des jeux à ce
prix.
;
Le filet , le pied droit , Moreau , je te les voue
Je me ris des cenfeurs quand le fuccès m'avoue.
Mon intrépidité ne te furprendra pas :
Privé d'un bras , Segur vole encore aux combats ,
Le Marchand court les mers échappé du naufrage :
Dois- je donc recevoir l'exemple du courage ?
JUIN. 61 1751-
Que ne peut Vaucanfon , par fon Art créateur ,
Vivifier mon bras d'un principe moteur !
De nos Phyficiens ce docte Coryphée
Change, quand il lui plaît, l'Automate en Orphée ;
S'il entend les accens de ma plaintive voix ,
Le bras , que je n'ai plus , renaîtra fous fes doigts.
AM. Moreau , Premier Chirurgien de l'Hôtel-
Dien de Paris. Par M, le Roi.
Per damna , per cades ab ipfo
Ducit opes , animumque ferro.
Hor. L. IV . Ode IV.
Toi ,qui joins l'étude à tant d'expérience ,
Moreau , vole à mes cris , j'implore ta ſcience.
J'abbattois à mes pieds les habitans de l'air ;
Le cylindre tonnant d'où s'élance l'éclair ,
Brifé de toutes parts , par fes éclats déchire
La main fur qui la droite ofe ufurper l'empire.
Tu vois , en frémiffant , ces doigts , ces nerfs
broyés ,
L'artére ruiffelante , & les os foudroyés.
Tu prétends , qu'égaré dans les routes rompues ,
Le fang va fe changer en liqueurs corrompues ?
C smij
56 MERCURE DE FRANCE.
Qu'un falutaire acier devroit , fans héfiter * ,
Lui couper les canaux qu'il iroit infecter .
Rebelle à tes confeils , j'écoute un Empirique ,
Je me fers , malgré toi , d'un impuiffant topique ,
Je differe d'un jour , & le mal empiré ,
Loin de répondre au vou par l'eſpoir inſpiré ,
Me force de foufcrire à ce dur facrifice .
Ah ! pour fauver le tronc que la branche périffe !
» Voilà mon bras... Baigné des pleurs de l'amitié,
Dans tes yeux , cher Moreau , je lifois la pitié ,
Tandis que , le front calme en ce moment critique
,
J'oppofois aux douleurs un courage ftoïque.
Le noeud le plus étroit , par un double contour ,
Aux efprits animaux interdit le retour.
L'acier jufques à l'os s'ouvre un cruel paffage ,
La fcie , en le tranchant , acheve enfin l'ouvrage ;
Le fang , comme un torrent , s'élance loin de moi,
Mais à l'inftant Moreau l'enchaîne ſous fa loi.
Un éclair eft moins prompt : ſes mains intelli
gentes
Ferment avec un fil ces fources jailliflantes ,
Ces canaux entr'ouverts , dont les extrêmités
Vomiffent de mon fang les flots précipités .
Mon artére indocile au doigt qui fert de digue ,
* MM. Moreau , Guérin & Andouillet furent tous
trois d'avis unanime pour l'amputation de l'avantbras
, qui n'a duré , avec le panfement , que cing
minutes.
JUIN.
57
1751.
Tente de la forcer ; le fang qu'elle prodigue
Y refferre ſes flots , & nuit à ſon retour.
Il faut que l'autre bras par un excès d'amour ;
Se dévouant au fer , comme un autre Pylade ,
Au prix de tout fon fang fauve le bras malade.
Mollement foutenu fur fes pieds indolens ,
Le ſommeil vient calmer des maux fi violens ;
Des horreurs du trépas mon ame tourmentée ,
Goûte de ſes pavots la douceur enchantée.
D'où vient qu'à mon réveil les doigts que j'ai
perdus ,
Par de vives douleurs ſemblent m'être rendus è
Flatté qu'à mes defirs ils foient encor dociles ,
Je fais pour les mouvoir des efforts inutiles.
Oh ! fi le fage étoit l'arbitre de fon fort ;
Au milieu des écueils il s'ouvriroit un port ;
Lui-même de fes jours il trancheroit le refte ;
Mais il doit compte au Ciel de ce dépôt célefte :
Il oſe vivre , & loin de céder au malheur ,
11 brave la tempête , & rit dans la douleur.
Il fçait que la Nature à tous nos maux ſenſible ;
Affigne à chacun d'eux le reméde infaillible.
Des Sçavans par la gloire à l'étude animés ,
Avides des trésors dans fon fein renfermés ,
Oat furpris fes fecrets , ont fondé fes myftéres.
Les ferpens dans leurs mains devenus falutaires ,
Sur les fourneaux ardens exhalent leurs venins :
C v
18 MERCURE DE FRANCE .
De leurs corps fublimés coulent des fucs divins ,
Et miniftres de mort on tire d'eux la vie.
Sans recourir aux fels extraits par la Chymie,
Galien inventa ce baume fi vanté ,
Qui ferme ma bleffure , & me rend la fanté..
Ah ! que tu me vends cher , Moreau , ce bien
fuprême !
Tu fais veiller fur moi la famine au teint blême ;.
Sans ceffe déchiré par ce cruel vautour ,
Je meurs , & je renais mille fois en un jour .
» La diette a rendu ton eftomach débile ,
» Tout aliment , dis tu , s'y tourneroit en bile ,
L'apoftême naîtroit par le flux des humeurs..
» Le cauftique infernal envain de ces tumeurs-
» Tenteroit d'applanir la mortelle excrefcence ;
→ Ou renonce à la vie , ou garde l'abftinence.
2
Quel fatal embarras? Que réfoudre , Moreau ?
'Aux charmes de ta voix , du creux de mon cerveau
En dépit de la faim la raiſon vient d'éclore ;
Ma voix eft prefque éteinte , & j'applaudis encore.
Quoi faut- il que l'efprit foit l'esclave du corps
Au moins fi d'Apollon les fublimes accords ,
Me tirant hors de moi par leur noble harmozie,
Auxdépens de mon corps m'élevoient le génie ,
Des aftres ennemis j'oublirois la rigueur ,
Es ce délire heureux me rendroit la vigueur.
JUIN. 1751.
59
Bacchus me conduiroit aux bords de l'Hypocrêne
:
Mais puis- je voir à jeun l'éleve de Syléne ,
Des Nymphes , des Sylvains animer les concerts ,
Et puifer à longs traits la joie & les bons vers ?
Mais quel objet flatteur à mes yeux fe préfente !
J'apperçois une peau vermeille & renaiffante
Etaler fur mon bras les rofes & les lys ,
Es promettre la force à mes fens affoiblis.
Je fçaurai me venger ( Styx , c'eft toi que j'attefte
; )
Du bras que j'ai perdu , par celui qui me refte.
Le Clerc , choifis pour moi le bronze le plus pur ,
Voyons fid'un bras feul le coup fera moins fûr.
Quadrupedes , oifeaux vous ferez l'hecatombe
Que ma main foudroyante a vouée à la tombe
D'un bras... Je laiffe fuir l'inftant de me venger ,
Amis , autour de moi , venez tous vous ranger ,
Comme vous , je dédaigne un triomphe facile ;
Forçons d'un fanglier 1 épais & fombre azile ;
Songez qu'il femble mort , quand il n'est que
bleffé ;
Point de pitié , frappez- le , encor que terraffé
Souvent il fe relève , il écume de rage ,
Des traits de feu , des dards il affronte l'orage :
La meute l'affaillit ; mais fes obliques coups
* Il fait les Canons des Fufils du Roi.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE:
Aux dogues déchirés font fentir fon courroux.
Il hériffe fes crins , & fon oeil étincelle .
Furieux à l'aspect de fon fang qui ruiffelle ,
I fait pour le venger d'incroyables efforts ;
Il veut vendre la vie au prix de mille morts ;
Sur qui l'ofa frapper il fond tête baiſſée ;
Dans le flanc du courfier la défenſe enfoncée ;
L'abbat , le fait rouler fur fon maître imprudent
Ah ! comment échapper à la cruelle dent ?
Le Chaffeur va-t'il perdre & fa vie & fa gloire ?
Tout renversé qu'il eft , il force la victoire ;
Il pointe un bronze creux contre le fanglier`;
Le rapide lingot fuit l'éclair meurtrier ,
L'atteint au coeur ; fon fang s'écoule avec ſa vie.
Moreau , de quel plaifir j'aurois l'ame ravie ,
Si jamais entraîné par un feu trop ardent ,
Peut être plus hardi , plus heureux que prudent ,
D'un fanglier tombé fous ma main triomphante ,
Je prefentois la hure à ma belle Atalante !
Ses mains ceindroient mon front des myrtes de
Cypris ;
Dieux les plus grands périls font des jeux à ce
prix.
;
Le filet , le pied droit , Moreau , je te les voue
Je me ris des cenfeurs quand le fuccès m'avoue.
Mon intrépidité ne te furprendra pas :
Privé d'un bras , Segur vole encore aux combats ,
Le Marchand court les mers échappé du naufrage :
Dois- je donc recevoir l'exemple du courage ?
JUIN. 61 1751-
Que ne peut Vaucanfon , par fon Art créateur ,
Vivifier mon bras d'un principe moteur !
De nos Phyficiens ce docte Coryphée
Change, quand il lui plaît, l'Automate en Orphée ;
S'il entend les accens de ma plaintive voix ,
Le bras , que je n'ai plus , renaîtra fous fes doigts.
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Résumé : EPITRE A M. Moreau, Premier Chirurgien de l'Hôtel-Dieu de Paris. Par M. le Roi. Per damna, per caedes ab ipso Ducit opes, animumque ferro. HOR. L. IV. Ode IV.
L'épître relate une amputation de l'avant-bras subie par le narrateur, qui exprime sa douleur et son désespoir face à cette nécessité. Moreau, un médecin, conseille une intervention rapide pour éviter l'infection. Malgré ses réticences, le narrateur accepte l'amputation, réalisée en cinq minutes par Moreau, Guérin et Andouillet. Après l'opération, il ressent encore des douleurs fantômes dans les doigts perdus. Le narrateur réfléchit sur la résilience humaine et la capacité des savants à transformer des substances mortelles en remèdes. Il admire le courage d'un chasseur ayant abattu un sanglier blessé, comparant cette situation à une victoire personnelle. Il évoque des figures historiques comme Moreau, Segur et Marchand, qui ont montré du courage malgré leurs handicaps. Le narrateur souhaite retrouver son propre courage et exprime le désir de voir son bras amputé revivre grâce à l'art de Vulcain, le dieu forgeron, et fait référence à des physiciens capables de transformer des automates en êtres vivants.
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363
p. 100-101
AUTRE.
Début :
Je suis un être nécessaire, [...]
Mots clefs :
Apothicaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE
JE fuis un être néceffaire ,
Cruel , lâche , avide de bien ,
-Fameux , vafte Arithméticien
Qu'on voit toujours avec colére,
Idolâtre pour mon état ,
T
Le ridicule Dieu que je fers fans éclat ,
Récompenfe fouvent mon odieux hommage ,
En me crachant fur le vifage.
Tu peux , ami Lecteur , me connoître àces traits !
Mais afin d'abreger ta peine ,
Des dix Lettres où je m'enchaine ,
Ecoute tout ce que je fais.
Tu trouveras d'abord cette célébre Ville
Dont les évenemens étonnent l'Univers ;
Sans elle un Homére , un Virgile
N'euffent jamais peut-être enfanté leurs beaux
Vers.
Une autre prefqu'auffi fameule ,
Fille , rivale de Memphis ,
La Vache qu'autrefois l'Egypte ténébreufe
Adora fous le nom d'ús.
DECEMBRE. 101
1751.
Je t'offre un jeune téméraire
Qui périt en fendant les airs.
Une herbe qui met en colere ,
Le leger inftrument de mille jeux divers.
L'imitateur de la nature .
Les trois grands coups d'un noble jeu.
Ce qui dérobe aux yeux , obéiffant au feu ,
Les fecrets qu'on s'écrit , l'amitié qu'on fe jure.
D'un pere fans enfans l'éminent ornement.
Le plusfot des poiffons , le premier élement:
La tendre amante d'Hypolite
Un oifeau que l'oreille évite.
Un de ces hommes qu'autrefois
Le Ciel avoit rempli de toute fa puiffance;
Pour conquérir l'Empire immenfe
Qu'ilvouloit foumettre à fes loix .
Ce qui dans tous les tems obtint tous les fuffrages.
Enfin un de ces perfonnages ,
Dont depuis les Tarquins Rome abhorra les
noms ;
Mais à qui les François , plus fages ,
Offriront toujours leurs hommages :
L'augufte race des Bourbons
Qui va régner dans tous les âges
Garantira l'effet de mes tendres préfages.
Mais ici , Lecteur , je finis ;
Ton coeur t'annonce qui je fuis.
Par M.D. Q. L. F.
JE fuis un être néceffaire ,
Cruel , lâche , avide de bien ,
-Fameux , vafte Arithméticien
Qu'on voit toujours avec colére,
Idolâtre pour mon état ,
T
Le ridicule Dieu que je fers fans éclat ,
Récompenfe fouvent mon odieux hommage ,
En me crachant fur le vifage.
Tu peux , ami Lecteur , me connoître àces traits !
Mais afin d'abreger ta peine ,
Des dix Lettres où je m'enchaine ,
Ecoute tout ce que je fais.
Tu trouveras d'abord cette célébre Ville
Dont les évenemens étonnent l'Univers ;
Sans elle un Homére , un Virgile
N'euffent jamais peut-être enfanté leurs beaux
Vers.
Une autre prefqu'auffi fameule ,
Fille , rivale de Memphis ,
La Vache qu'autrefois l'Egypte ténébreufe
Adora fous le nom d'ús.
DECEMBRE. 101
1751.
Je t'offre un jeune téméraire
Qui périt en fendant les airs.
Une herbe qui met en colere ,
Le leger inftrument de mille jeux divers.
L'imitateur de la nature .
Les trois grands coups d'un noble jeu.
Ce qui dérobe aux yeux , obéiffant au feu ,
Les fecrets qu'on s'écrit , l'amitié qu'on fe jure.
D'un pere fans enfans l'éminent ornement.
Le plusfot des poiffons , le premier élement:
La tendre amante d'Hypolite
Un oifeau que l'oreille évite.
Un de ces hommes qu'autrefois
Le Ciel avoit rempli de toute fa puiffance;
Pour conquérir l'Empire immenfe
Qu'ilvouloit foumettre à fes loix .
Ce qui dans tous les tems obtint tous les fuffrages.
Enfin un de ces perfonnages ,
Dont depuis les Tarquins Rome abhorra les
noms ;
Mais à qui les François , plus fages ,
Offriront toujours leurs hommages :
L'augufte race des Bourbons
Qui va régner dans tous les âges
Garantira l'effet de mes tendres préfages.
Mais ici , Lecteur , je finis ;
Ton coeur t'annonce qui je fuis.
Par M.D. Q. L. F.
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364
p. 121
AUTRE.
Début :
Achille, Cyrus, Alexandre [...]
Mots clefs :
Médecine
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
A Chille , Cyrus ,
Alexandre
Ont autrefois daigné m'apprendre :
Lecteur , je fuis un Art fameux :
Mais d'un fuccès fouvent douteux;
Mon nom , fi tu peux le connoître ,
Aifément te fera paroître
Des Mufes un grand protecteur ,
Pays qui porta le vainqueur
Du fenfuel Sardanapale :
Mere en cruauté fans égale ; -
Deux Villes ; autre beau Pays
Très fatal à Semiramis :
Si ce détail ne te contente ,
J'ajoute encore une parente
Fille d'un frere ou d'une foeur ,
Maintenant cherche moi Lecteur.
Par M. de Zanevere , ancien Moufquetaire
du Roi , à Dax.:
A Chille , Cyrus ,
Alexandre
Ont autrefois daigné m'apprendre :
Lecteur , je fuis un Art fameux :
Mais d'un fuccès fouvent douteux;
Mon nom , fi tu peux le connoître ,
Aifément te fera paroître
Des Mufes un grand protecteur ,
Pays qui porta le vainqueur
Du fenfuel Sardanapale :
Mere en cruauté fans égale ; -
Deux Villes ; autre beau Pays
Très fatal à Semiramis :
Si ce détail ne te contente ,
J'ajoute encore une parente
Fille d'un frere ou d'une foeur ,
Maintenant cherche moi Lecteur.
Par M. de Zanevere , ancien Moufquetaire
du Roi , à Dax.:
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365
p. 110
« DICTIONNAIRE des Fleurs & des Plantes, in-8o. 1751, quatriéme édition. [...] »
Début :
DICTIONNAIRE des Fleurs & des Plantes, in-8o. 1751, quatriéme édition. [...]
Mots clefs :
Fleurs, Plantes
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texteReconnaissance textuelle : « DICTIONNAIRE des Fleurs & des Plantes, in-8o. 1751, quatriéme édition. [...] »
DICTIONNAIRE des Fleurs & des Plantes,
in-8o. 1751, quatriéme édition.
Cet ouvrage qui est écrit en Allemand,
méri:eroit bien d'être traduit. On y trou-
ve dans chaque article, les noms, le gen-
re, l'espéce, la forme, la propriété &
l'usage de chaque plante pour la Méde-
cine.
in-8o. 1751, quatriéme édition.
Cet ouvrage qui est écrit en Allemand,
méri:eroit bien d'être traduit. On y trou-
ve dans chaque article, les noms, le gen-
re, l'espéce, la forme, la propriété &
l'usage de chaque plante pour la Méde-
cine.
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366
p. 110-111
« NOUVEAU Traité sur les végétaux d'Angleterre & des Pays étrangers, qu'on employe [...] »
Début :
NOUVEAU Traité sur les végétaux d'Angleterre & des Pays étrangers, qu'on employe [...]
Mots clefs :
Végétaux d'Angleterre, Vaisseau, Électricité, Métallurgie
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texteReconnaissance textuelle : « NOUVEAU Traité sur les végétaux d'Angleterre & des Pays étrangers, qu'on employe [...] »
NOUVEAU Traité sur les végétaux d'Angleterre
& des Pays étrangers, qu'on employe
dans la pratique de la Médecint,
itized by Goc
JANVIER.
1752.
111
en Anglois, 1751. Chez Davitt, Un vo-
lume in. 8°.
INTERFRETE naval, ou explication des
mots & termes, concernant les parties,
les qualités, la construction, les agrets,
la fourniture, & l'équipement d'un Vais-
seau pour la mer, avec toutes les espéces
de provisions, reçues dans les magazins
& leur emploi; les titres de tous les bas
Officiers d'un Vaisseau, & leurs fonctions
respectives. Par Thomas Biley Blankley,
en Anglois. A Londres, in-fol. 1751.
EXDERIENCES & observations sur l'Elec-
tricité, fuites à Philadelphie, en Anglois.
Par M. Benjamin Frantliu. A Londres,
chez Cæve, 1751.e
LA Métallurgie, on l'Art de tirer & de
purifier les métaux, avec les Dissertations
les plus rares pour les mines & les opéra-
tions métalliques. A la Haye, 1751.
Deux volumes in- 12.
& des Pays étrangers, qu'on employe
dans la pratique de la Médecint,
itized by Goc
JANVIER.
1752.
111
en Anglois, 1751. Chez Davitt, Un vo-
lume in. 8°.
INTERFRETE naval, ou explication des
mots & termes, concernant les parties,
les qualités, la construction, les agrets,
la fourniture, & l'équipement d'un Vais-
seau pour la mer, avec toutes les espéces
de provisions, reçues dans les magazins
& leur emploi; les titres de tous les bas
Officiers d'un Vaisseau, & leurs fonctions
respectives. Par Thomas Biley Blankley,
en Anglois. A Londres, in-fol. 1751.
EXDERIENCES & observations sur l'Elec-
tricité, fuites à Philadelphie, en Anglois.
Par M. Benjamin Frantliu. A Londres,
chez Cæve, 1751.e
LA Métallurgie, on l'Art de tirer & de
purifier les métaux, avec les Dissertations
les plus rares pour les mines & les opéra-
tions métalliques. A la Haye, 1751.
Deux volumes in- 12.
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Résumé : « NOUVEAU Traité sur les végétaux d'Angleterre & des Pays étrangers, qu'on employe [...] »
Le document énumère des publications de 1751 et 1752, dont 'Nouveau Traité sur les végétaux' traduit par Goc, 'Interprète naval' de Thomas Biley Blankley sur les vaisseaux et leurs officiers, 'Expériences et observations sur l'Électricité' de Benjamin Franklin, et 'La Métallurgie' en deux volumes sur les mines et les métaux.
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367
p. 158-160
PRIX Proposé par l'Académie Royale de Chirurgie, pour l'année 1753.
Début :
L'Académie Royale de Chirurgie, désirant contribuer au progrès de cet [...]
Mots clefs :
Académie royale de chirurgie, Prix, Médaille, Mémoire, Marque distinctive
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texteReconnaissance textuelle : PRIX Proposé par l'Académie Royale de Chirurgie, pour l'année 1753.
PRIX
Proposé par l'Académie Royale de Chirurgie,
pour l'année 1753.
L'Académie Royale de Chirurgie, désirant
contribuer au progrès de cet
Art & à l'utilité publique, propose pour
le Prix de l'Année 1753. la Question sui-
vante:
Le Feu ou Cautere actuel n'a-t' il pas été
trop employé par les Anciens, & trop négligé
par les Modernes? En quels cas ce moyen doit-
il être preferé aux autres pour la Cure des
Maladies Chirurgicales, & quelles sont les
raisons de préférence?
Ceux qui travailleront sur ce sujet au-
JANVIER. 1752. 159
ront soin d'appuyer leur doctrine sur l'ex-
périence & sur l'Observation, & de com-
muniquer le Manuel particulier qu'ils au-
xont suivi.
Ils sont priés d'écrite en François, ou
en Latin; & d'avoir attention que leurs
Ecrits soient fort lisibles.
Ils mettront à leurs Memoires une
marque distinctive, comme Sentence,
Devise, Paraphe ou Signature; & cette
marque sera couverte d'un papier collé,
ou cacheté, qui ne fera levé qu' en cas que
la Piéce ait remporté le Prix.
Ils adresseront leurs Ouvrages, francs
de port, à M. Morand, Sécrétaire perpé-
tuel de l'Açadémie Royale de Chirurgie,
à Paris; ou les lui feront remettre entre
les mains.
Toutes personnes de quelque qualité
& pays qu elles soient, pourtont aspirer
au Prix; on n'excepte que les Membres
de l'Académie.
Le prix est une Médaille d'or de la va-
leur de cinq cens livres, fondé par Mon-
hieut de LAPERONIB, qui sera donnée à
celui qui, au jugement de l'Académie,
aura fait le meilleur Mémoire sur le sujet
proposé.
La Médaille sera délivrée à l'Auteur
même qui se fera connoîitre, ou au Por-
Iitzed by Goo
160 MERCUREDEFRANCE.
teur d'une procuration de sa part; l'un ou
l'autre représentant la marque distinctive,
& une copie nette du Mémoire.
Les Ouvrages seront reçus jusqu'au der-
nier jour de Janvier 1753. inclusivement,
& l'Académie, à son Assemblée publique
qui se tiendra le jeudi d'après la quinzaine
de Pâques, proclamera la piéce qui aura
remporté le Prix.
Proposé par l'Académie Royale de Chirurgie,
pour l'année 1753.
L'Académie Royale de Chirurgie, désirant
contribuer au progrès de cet
Art & à l'utilité publique, propose pour
le Prix de l'Année 1753. la Question sui-
vante:
Le Feu ou Cautere actuel n'a-t' il pas été
trop employé par les Anciens, & trop négligé
par les Modernes? En quels cas ce moyen doit-
il être preferé aux autres pour la Cure des
Maladies Chirurgicales, & quelles sont les
raisons de préférence?
Ceux qui travailleront sur ce sujet au-
JANVIER. 1752. 159
ront soin d'appuyer leur doctrine sur l'ex-
périence & sur l'Observation, & de com-
muniquer le Manuel particulier qu'ils au-
xont suivi.
Ils sont priés d'écrite en François, ou
en Latin; & d'avoir attention que leurs
Ecrits soient fort lisibles.
Ils mettront à leurs Memoires une
marque distinctive, comme Sentence,
Devise, Paraphe ou Signature; & cette
marque sera couverte d'un papier collé,
ou cacheté, qui ne fera levé qu' en cas que
la Piéce ait remporté le Prix.
Ils adresseront leurs Ouvrages, francs
de port, à M. Morand, Sécrétaire perpé-
tuel de l'Açadémie Royale de Chirurgie,
à Paris; ou les lui feront remettre entre
les mains.
Toutes personnes de quelque qualité
& pays qu elles soient, pourtont aspirer
au Prix; on n'excepte que les Membres
de l'Académie.
Le prix est une Médaille d'or de la va-
leur de cinq cens livres, fondé par Mon-
hieut de LAPERONIB, qui sera donnée à
celui qui, au jugement de l'Académie,
aura fait le meilleur Mémoire sur le sujet
proposé.
La Médaille sera délivrée à l'Auteur
même qui se fera connoîitre, ou au Por-
Iitzed by Goo
160 MERCUREDEFRANCE.
teur d'une procuration de sa part; l'un ou
l'autre représentant la marque distinctive,
& une copie nette du Mémoire.
Les Ouvrages seront reçus jusqu'au der-
nier jour de Janvier 1753. inclusivement,
& l'Académie, à son Assemblée publique
qui se tiendra le jeudi d'après la quinzaine
de Pâques, proclamera la piéce qui aura
remporté le Prix.
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Résumé : PRIX Proposé par l'Académie Royale de Chirurgie, pour l'année 1753.
En 1752, l'Académie Royale de Chirurgie a lancé un concours pour l'année 1753 afin de stimuler les avancées en chirurgie et l'intérêt public. La question posée était de déterminer l'usage excessif du feu ou du cautère par les Anciens et sa négligence par les Modernes, ainsi que les cas où ce traitement devait être privilégié. Les participants devaient baser leurs réponses sur des expériences et observations, et indiquer le manuel suivi. Les mémoires, rédigés en français ou en latin, devaient inclure une marque distinctive cachée. Les travaux étaient à envoyer à M. Morand, secrétaire perpétuel de l'Académie, à Paris, avant le 31 janvier 1753. Le prix, une médaille d'or valant cinq cents livres offerte par Monhieu de Laperonib, serait remis au lauréat ou à son représentant lors de l'assemblée publique suivant la quinzaine de Pâques.
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368
p. 210-211
AUTRE AVIS.
Début :
Le Sieur Vacossain, Marchand Epicier-Droguiste, demeurant à Paris, rue & vis-à vis S. André [...]
Mots clefs :
Poudre purgative, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE AVIS.
AUTRE AVIS.
Le Sieur Vacossain, Marchand Epicier-Droguiste,
demeurant à Paris, rue & vis-à vis S. André
des-Arts, au Mortier d'or, seul autorisé du
Roi, par Arrêt de Nosseigneurs de son Grand
Conseil, avec permission de M. Berryer, Lieute-
nant Général de Police, continue à vendre sa
poudre purgative, approuvée de M. Chicoyneau,
Premier Médecin de Sa Majesté, qui n'en a
donné son Certificat qu'aptès un scrapuleux exa-
men de tous les simples qui la composent, & les,
expériences qu'il en a faites lui meme.
Ce reméde n'a rien de rébutant au goût, purge
coricusement sans douleurs, sans aliérer les for-
c.; ni affoiblir le tempérament. Il rend au con-
trait, plus agile & plus vigovreux, on le prend
torjours sans danger. Cete poudre pursfie la mal-
se du sang, leve les obstructions, prévient & dé-
tourne l'apoplèrie, & les autres maladies. Elle
convient aux jaunisses, hydropisies, hemoroides,
& même à toutes sortes de fièvres.
Ledit Sieur auroit cru manquer auvdavaire J.
..........U
bon Citoyen, s'il n'er avoit fant part au Public;
dévoué à son Roi & sa Patrie, peut il mieux
exercer son talent, qu'en l'intéressant à la con-
servation de la santé des Sujets de Sa Majesté.
C'est dans cette vue qu'il donne son Purgatif gra-
tis aux paurres, & que conduit plus par honneur
que par intérêt il vend au Public vingt sols cha-
que prise de sa poudre dans un paquet cacheté &
signé de lui. Il en enverra à ceux qui lui en de-
manderont de Province, en affranchissant les
ports, & il donnera un Mémoire instructif pour
s'en servir.
yGoc
JANVIER. 1752.
211
Quoique certe poudre soit déja connue, parti-
culierement dans cette Ville de Paris, à Versail-
les, & antres Villes du Royaume, le Sieur Vacos-
sain doit ajouter au Public qu'elle a été goûtée,
examinée avec attention, & approuvée par M. Ba-
ron, Doyen de la Faculté de Méllecine, Mes-
sieurs Boyer & Payen, Docteurs de la Faculté &
Professeurs en Pharmacie; de Messieurs Nouquet
& Vaudenesse, Docteurs en Médecine, accom-
pagnés de Messicurs Paschalis, Santerre & Sal-
vant, Gardes en Charge, Apoticaires, & de M
Piai, le jeune, Ancien Garde Apoticai: e, dans la
visite qu'ils firent chez led. Sr Vacossin exprès pour
cette poudie, qu'ils déclarerent bonne, n'y ayant
trouvé rien de caustique qui pût altérer la santé.
Cette visite a été faite le 2 Septembre 1751, ainsi
le Sieur Vacossin se flatte que sa poudre connue
& approuvée par tous ces temoins si respectables
étant annoncée deviendra de pius en plus utile
au Public.
Le Sieur Vacossain, Marchand Epicier-Droguiste,
demeurant à Paris, rue & vis-à vis S. André
des-Arts, au Mortier d'or, seul autorisé du
Roi, par Arrêt de Nosseigneurs de son Grand
Conseil, avec permission de M. Berryer, Lieute-
nant Général de Police, continue à vendre sa
poudre purgative, approuvée de M. Chicoyneau,
Premier Médecin de Sa Majesté, qui n'en a
donné son Certificat qu'aptès un scrapuleux exa-
men de tous les simples qui la composent, & les,
expériences qu'il en a faites lui meme.
Ce reméde n'a rien de rébutant au goût, purge
coricusement sans douleurs, sans aliérer les for-
c.; ni affoiblir le tempérament. Il rend au con-
trait, plus agile & plus vigovreux, on le prend
torjours sans danger. Cete poudre pursfie la mal-
se du sang, leve les obstructions, prévient & dé-
tourne l'apoplèrie, & les autres maladies. Elle
convient aux jaunisses, hydropisies, hemoroides,
& même à toutes sortes de fièvres.
Ledit Sieur auroit cru manquer auvdavaire J.
..........U
bon Citoyen, s'il n'er avoit fant part au Public;
dévoué à son Roi & sa Patrie, peut il mieux
exercer son talent, qu'en l'intéressant à la con-
servation de la santé des Sujets de Sa Majesté.
C'est dans cette vue qu'il donne son Purgatif gra-
tis aux paurres, & que conduit plus par honneur
que par intérêt il vend au Public vingt sols cha-
que prise de sa poudre dans un paquet cacheté &
signé de lui. Il en enverra à ceux qui lui en de-
manderont de Province, en affranchissant les
ports, & il donnera un Mémoire instructif pour
s'en servir.
yGoc
JANVIER. 1752.
211
Quoique certe poudre soit déja connue, parti-
culierement dans cette Ville de Paris, à Versail-
les, & antres Villes du Royaume, le Sieur Vacos-
sain doit ajouter au Public qu'elle a été goûtée,
examinée avec attention, & approuvée par M. Ba-
ron, Doyen de la Faculté de Méllecine, Mes-
sieurs Boyer & Payen, Docteurs de la Faculté &
Professeurs en Pharmacie; de Messieurs Nouquet
& Vaudenesse, Docteurs en Médecine, accom-
pagnés de Messicurs Paschalis, Santerre & Sal-
vant, Gardes en Charge, Apoticaires, & de M
Piai, le jeune, Ancien Garde Apoticai: e, dans la
visite qu'ils firent chez led. Sr Vacossin exprès pour
cette poudie, qu'ils déclarerent bonne, n'y ayant
trouvé rien de caustique qui pût altérer la santé.
Cette visite a été faite le 2 Septembre 1751, ainsi
le Sieur Vacossin se flatte que sa poudre connue
& approuvée par tous ces temoins si respectables
étant annoncée deviendra de pius en plus utile
au Public.
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Résumé : AUTRE AVIS.
Le Sieur Vacossain, épicier-droguiste à Paris, rue Saint-André-des-Arts, au Mortier d'or, annonce la vente d'une poudre purgative approuvée par M. Chicoyneau, Premier Médecin du Roi. Autorisée par le Roi et le Lieutenant Général de Police, cette poudre est décrite comme agréable au goût, efficace sans douleur et sans affaiblir le corps. Elle purifie le sang, prévient les obstructions et traite diverses maladies telles que les jaunisses, hydropisies, hémorroïdes et fièvres. Le Sieur Vacossain offre cette poudre gratuitement aux pauvres et la vend au public à vingt sols par prise. Des mémoires instructifs sur son utilisation sont également envoyés. La poudre a été examinée et approuvée par plusieurs médecins et pharmaciens, dont M. Baron, Doyen de la Faculté de Médecine, lors d'une visite le 2 septembre 1751.
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369
p. 212-213
AUTRE.
Début :
Bechique souverain ou Syrop pectoral, approuvé pour le soulagement & la guérison radicale du [...]
Mots clefs :
Béchique souverain, Sirop pectoral, Probité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Bechique souverain ou Syrop pectoral, approuvé
pour le soulagement & la guérison radicale du
rhume, des toux invétérées, oppressions, dou-
leurs de poitrine & asthme humide. Ce Bechique
dont l'odeur & le goût sont fort agréables, pro-
duit ses effets avec une rapidité si étounante, que
cinq ou six jours suffisent pour s'en appercevoir
avec satisfaction & souvent moins, suivant les cas.
D'ailleurs il n'est ni purgatif ni vomitif; de plus il
convient à toutes sortes de perlonnes, aux en-
fans même & aux femmes enceintes, qui peu-
vent en user sans aucun inconvenient; tout au
contraire il est très salutiire à ces dernieres dans
les toux violentes, accidens assés ordinaires, &
souvent funestes. Pout en prouver l'efficacité,
quoique connu depuis long. tems, l'Auteur indi-
quera plus de deux cent personnes tant dans Paris
qu'en Province, de tous les états & de tout âge
avec leurs noms & demeures, qui rendront bon
compte de la bonté du remede & de la probité
de l'Auteur. En outre, nombre d'habiles Maîtres de
l'Art qui en ont une parfaite connoissance, aus-
ir nour s'assurer de la vé-
Hoel..On. pourilt.
rité. Que s'il n'étoit pas connu pour ce qu'il est en
effet, il n'auroit garde d'indiquer chaque jout
des personnes dont la probité & le sçivoit sont
connus depuis long. tems, & qui pourroient lui faire
affront sans l'offenser, s'il les in liquoit à faux.
Les personnes qui souliaiteront avoir des impri-
més pourront en demander sans crainte de refus
& pourvu que l'on observe exactement le contenu
d'iceux qui n'est pas bien génant, l'on s'en trou-
ed by Goo
JANVIER.
1752.
213
ve toujours bien. Ce Bechique se débite en
deux endroits seulement, sçavoir chez le fieur Va-
lade, son Aureur, demeure à P'aris chez M. Boi-
vin, Luthier à la Guittare Rovale, rue Tictonne
au premier où l'on voit son enseigne, il est jour-
nellement chez lui toute la matinée jusqu'à midi
& depuis deux heures jusqu'à cinq heures du soir.
Les Dimanches & Fêtes jusqu'à neuf heures du
matin seulement; le second endroit où l'on en
trouve à toute heure, est chez la Dame veuve
Mouton Marchande Apoticaire de Paris, ruo
Saint Denis, vis- à-vis le Roi François à Lari.
Les personnes qui écriront en conséquence, sont
priés d'affranchit leurs lettres.
Bechique souverain ou Syrop pectoral, approuvé
pour le soulagement & la guérison radicale du
rhume, des toux invétérées, oppressions, dou-
leurs de poitrine & asthme humide. Ce Bechique
dont l'odeur & le goût sont fort agréables, pro-
duit ses effets avec une rapidité si étounante, que
cinq ou six jours suffisent pour s'en appercevoir
avec satisfaction & souvent moins, suivant les cas.
D'ailleurs il n'est ni purgatif ni vomitif; de plus il
convient à toutes sortes de perlonnes, aux en-
fans même & aux femmes enceintes, qui peu-
vent en user sans aucun inconvenient; tout au
contraire il est très salutiire à ces dernieres dans
les toux violentes, accidens assés ordinaires, &
souvent funestes. Pout en prouver l'efficacité,
quoique connu depuis long. tems, l'Auteur indi-
quera plus de deux cent personnes tant dans Paris
qu'en Province, de tous les états & de tout âge
avec leurs noms & demeures, qui rendront bon
compte de la bonté du remede & de la probité
de l'Auteur. En outre, nombre d'habiles Maîtres de
l'Art qui en ont une parfaite connoissance, aus-
ir nour s'assurer de la vé-
Hoel..On. pourilt.
rité. Que s'il n'étoit pas connu pour ce qu'il est en
effet, il n'auroit garde d'indiquer chaque jout
des personnes dont la probité & le sçivoit sont
connus depuis long. tems, & qui pourroient lui faire
affront sans l'offenser, s'il les in liquoit à faux.
Les personnes qui souliaiteront avoir des impri-
més pourront en demander sans crainte de refus
& pourvu que l'on observe exactement le contenu
d'iceux qui n'est pas bien génant, l'on s'en trou-
ed by Goo
JANVIER.
1752.
213
ve toujours bien. Ce Bechique se débite en
deux endroits seulement, sçavoir chez le fieur Va-
lade, son Aureur, demeure à P'aris chez M. Boi-
vin, Luthier à la Guittare Rovale, rue Tictonne
au premier où l'on voit son enseigne, il est jour-
nellement chez lui toute la matinée jusqu'à midi
& depuis deux heures jusqu'à cinq heures du soir.
Les Dimanches & Fêtes jusqu'à neuf heures du
matin seulement; le second endroit où l'on en
trouve à toute heure, est chez la Dame veuve
Mouton Marchande Apoticaire de Paris, ruo
Saint Denis, vis- à-vis le Roi François à Lari.
Les personnes qui écriront en conséquence, sont
priés d'affranchit leurs lettres.
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Résumé : AUTRE.
Le texte décrit un remède nommé 'Bechique souverain' ou 'Syrop pectoral', utilisé pour traiter le rhume, la toux persistante, les oppressions, les douleurs de poitrine et l'asthme humide. Ce remède se distingue par son odeur et son goût agréables, ainsi que par son efficacité rapide, souvent en cinq ou six jours. Il ne possède pas d'effets purgatifs ou vomitifs et est sûr pour tous, y compris les enfants et les femmes enceintes, ces dernières pouvant l'utiliser même en cas de toux violente. Plus de deux cents personnes à Paris et en province, de divers âges et statuts sociaux, témoignent de son efficacité et de la probité de l'auteur. Plusieurs maîtres en médecine confirment également ses bienfaits. Le remède est disponible chez Monsieur Valade, l'auteur, résidant chez Monsieur Boivin, luthier à la Guitarre Royale, rue Ticonne, et chez Madame veuve Mouton, marchande apothicaire, rue Saint-Denis. Des informations de contact et d'horaires sont fournies pour faciliter l'achat.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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370
p. 65-66
VERS Sur le rétablissement de la santé de M. le Lieutenant Civil.
Début :
J'ai vu Themis en proye aux plus vives allarmes, [...]
Mots clefs :
Dieux, Argouge, Rétablissement de la santé, Vertus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS Sur le rétablissement de la santé de M. le Lieutenant Civil.
VERS
Sur le rétablissement de la santé de M. le
Lieutenant Civil.
J'ai vu Themis en proye aux plus vives allarmes,
Paris dans la terreur & Fleuri dans les larmes;
Au Palais d' Atropos tous les cours éperdus
Portoient leur désespoir & leurs vœux consondus,
L'Orphelin y pleuroit un pere,
L'innocence un vengeur, le soible son appur;
Les Dieux de tout pays & de tout caractere,
D'Helicon, & d'Olympe & même de Cithere
Sans le sçavoir, conspiroient tous pour lui-
Les Vertus demandoient la vie inestimable
Du Mortel le plus révéré,
Les Muses du plus éclairé,
Et les Graces du plus aimable;
Non, non, disoit Thémis, c'est le plus équitable
Qui des Dieux de l'Enfer doit fléchir le courroux,
Ainsi par des transports opposez & jaloux
Leur erreur divisant leurs désirs unanimes
Sembloit vouloit au Stix ravir mille victimes
Mais d'Argouge nommé réunit tous les coeurs:
A ce nom un soul cri par tout se fit entendre
(Cri du coeur, vif accent de l'amout le plas
mudte
es
66 MERCUREDE FRANCE.
C'est d'Argouge, c'est lui que demandent nos
pleurs.
Mais l'horrible Atropos, savourant leur tristesse,
Déployant sur son front sa baibare allegresse
Des mains de Lachesis afrachoit le fuse au;
Soudain... 8 doux spectacle! ô prodige nouveau;
Un Dieu Liberateur vole aux ordres d'Hygie,
De l'impitoyable Furie
Il désarme la rage, il brise le Ciseau;
Dieux! avec quel transport tous les cœurs applau-
dirent;
De quels concerts flatteurs tous les airs retenti-
rent. ..
»La Mort a respecté l'ouvrage de mes mains,
» Dit Pallas, & le Ciel rend d'Argouge aux hu
„ mains;
„ Parques! recommencez une trame nouvelle;
»A ses nobles travaux, à sa gloire immortelle
»Egalez ses honneurs & ses heureux destins:
»Magistrat, Orateur, Bel-Esprit & Grand'homme,
* Dig. ne des plus beaux jours de la Grece & de
»Rome;
»Ila tous les talens & toutes les vertus;
Ah! dit l'Amour, il a bien plus,
»Des injustes Mortels Juge integre & sévère,
„ Même en les condamnant il sçait l'art de leu,
» plaite.
Par M. GAILLARD, Avocat au Parlement.
Sur le rétablissement de la santé de M. le
Lieutenant Civil.
J'ai vu Themis en proye aux plus vives allarmes,
Paris dans la terreur & Fleuri dans les larmes;
Au Palais d' Atropos tous les cours éperdus
Portoient leur désespoir & leurs vœux consondus,
L'Orphelin y pleuroit un pere,
L'innocence un vengeur, le soible son appur;
Les Dieux de tout pays & de tout caractere,
D'Helicon, & d'Olympe & même de Cithere
Sans le sçavoir, conspiroient tous pour lui-
Les Vertus demandoient la vie inestimable
Du Mortel le plus révéré,
Les Muses du plus éclairé,
Et les Graces du plus aimable;
Non, non, disoit Thémis, c'est le plus équitable
Qui des Dieux de l'Enfer doit fléchir le courroux,
Ainsi par des transports opposez & jaloux
Leur erreur divisant leurs désirs unanimes
Sembloit vouloit au Stix ravir mille victimes
Mais d'Argouge nommé réunit tous les coeurs:
A ce nom un soul cri par tout se fit entendre
(Cri du coeur, vif accent de l'amout le plas
mudte
es
66 MERCUREDE FRANCE.
C'est d'Argouge, c'est lui que demandent nos
pleurs.
Mais l'horrible Atropos, savourant leur tristesse,
Déployant sur son front sa baibare allegresse
Des mains de Lachesis afrachoit le fuse au;
Soudain... 8 doux spectacle! ô prodige nouveau;
Un Dieu Liberateur vole aux ordres d'Hygie,
De l'impitoyable Furie
Il désarme la rage, il brise le Ciseau;
Dieux! avec quel transport tous les cœurs applau-
dirent;
De quels concerts flatteurs tous les airs retenti-
rent. ..
»La Mort a respecté l'ouvrage de mes mains,
» Dit Pallas, & le Ciel rend d'Argouge aux hu
„ mains;
„ Parques! recommencez une trame nouvelle;
»A ses nobles travaux, à sa gloire immortelle
»Egalez ses honneurs & ses heureux destins:
»Magistrat, Orateur, Bel-Esprit & Grand'homme,
* Dig. ne des plus beaux jours de la Grece & de
»Rome;
»Ila tous les talens & toutes les vertus;
Ah! dit l'Amour, il a bien plus,
»Des injustes Mortels Juge integre & sévère,
„ Même en les condamnant il sçait l'art de leu,
» plaite.
Par M. GAILLARD, Avocat au Parlement.
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Résumé : VERS Sur le rétablissement de la santé de M. le Lieutenant Civil.
Le poème célèbre la guérison de M. le Lieutenant Civil, surnommé Argouge. La déesse Thémis observe Paris en détresse et les cours en désarroi. Les dieux, les vertus, les muses et les grâces prient pour la vie d'Argouge, reconnu comme révéré, éclairé et aimable. Thémis affirme que sa justice doit apaiser les dieux infernaux. Le nom d'Argouge unit les cœurs et suscite un cri unanime. Atropos, déesse du destin, s'apprête à couper le fil de sa vie, mais un dieu envoyé par Hygie désarme la furie et brise le ciseau fatal. Les dieux applaudissent et célèbrent la survie d'Argouge. Pallas déclare que la mort a respecté son œuvre et que le ciel rend Argouge à la vie. Les Parques sont invitées à tisser une nouvelle destinée pour lui. Argouge est loué pour ses talents et ses vertus, comparé aux grands hommes de la Grèce et de Rome, et reconnu comme un juge intègre et sévère, capable de plaider même en condamnant.
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371
p. 168-173
« LETTRES sur la certitude des signes de la mort, où l'on rassure les Citoyens de la crainte [...] »
Début :
LETTRES sur la certitude des signes de la mort, où l'on rassure les Citoyens de la crainte [...]
Mots clefs :
Mort, Noyés, Signes de la mort, Sujets, Antoine Louis, Putréfaction, Jacques-Jean Bruhier d'Ablaincourt, Corps
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texteReconnaissance textuelle : « LETTRES sur la certitude des signes de la mort, où l'on rassure les Citoyens de la crainte [...] »
LETTRES sur la certitude des signes de la
mort, où l'on rassure les Citoyens de la crainte
d'être enterrés vivans, avec des Observa-
tions & des expériences sut les Noyés. Par
M. Louis, Conseiller & Commissaire pour les
Extraits de l'Acedémie Royale de Chirurgie
Démonstrateur Royal, & membre de la So-
ciété Royale de Lyon. A Paris, chez Michel
L'ambert, rue Saint Jacques, 1752.
Il ne peut y avoit de sort plus triste, que celui
d'être enterré vivant. Le horreurs d'une pa-
reille situation sont inexptimables, elles doi-
vent surpasset celles des plus grands supplices.
Rien n'interessent donc plus les hommes dans
que que tang qu'il soient placés, que la dé-
couverte des signes certains de la mort. M.
Winilow a fait soutenir en 1744, une these
aux Ecoles de Médecine, où il dit qu'il n'y
a de signes certains de cet etat que la putré-
faction des sujets. M Bruhier a traduit & com-
menté la these de M. Winslov. Il a donné sur
cette matiere un Ouvrage qui a été favora-
blement reçu du Public. M. Louis soutient an-
jourd'hui qu'il y a des signes certains de la
mort indépendans de la putréfaction. Son Ouvra-
ge est en torme de Lettres, elles sont au nom-
bre de six: daus la premiere, il examine les princi-
pales autorités qui ont servi de fondement à l'opi-
nion
FEVRIER.
169
1752.
nion de l'incertitude des signes de la mort, & il
prétend que les Auteurs d'après lesquels l'on a
argumenté, ont été d'un sentiment contraire à
celui qu'on leur préte.
M. Louis dir dans la seconde Lettre que la
question à résoudre sur les signes de la mort
est de nature à ne l'être que par les faits. Il
ne nie aucun de ceux que Messieurs Winslov
& Bruhier ont rapportés, mais il prétend que
les uns prouvent directement la certitude des
signes de la niort, & que les autres ne font
au plus qu'un argument positif de la negligen-
ce, du peu d'attention, de l'ignorance, peut-
étre même de la méchanceté de ceux par qui
l'état des malades a été illusoire. Il entre à ce
sujet dans des détails curieux & interessans.
M. L. ne se dissimule pas que des personnes
mêmes de l'Art ne se soient trompées aux si-
gnes de la mort. Cela est arrivé au grand Ve-
sale, le premier Anatomiste de son siécle; mais
c'est sclon M. L. une erreur personnelle d'où
l'on ne peut tirer aucune conséquence. M. Wins-
low, en parlant de cettæ malheureuse avanture,
dit qu'elle est artivée ala honto éternelle de l'Ana-
tomiste imprudent, & M. Bruhier en conclut que dans
le cas meme ou un Chirurgien est requis de proceder
à l'ouverture d'un corps, il ne peut, sans s'exposer
à être homitide, la commencer avant que d'etre
sur de la mort i c'est-a-dire, quand il y a des si-
gnes de putrefaction, & que le corps vexhale une
odeur cadavreuse.
M Louis fait à ce sujet le raisonnement sui-
vant par lequel on pourra juger de son style. La
postérité se rapellera sans doute avec des senti-
mens d'estime & de reconnoissance le nom & les
travaux des hommes illustres qui ont aggran-
H
ne
170 MERCUREDE FRANCE.
dit l'empire des Sciences, sous le Regne glo-
rieux da Prince qui les a protégées avec le
plus de bonté. Suivant le principe posé, elle ne
pourroit se souvenir de M. Winssov qu'avec des
sentimens d'horreur. Ce scavant & laborieux
Anatomiste, fixé parmi nous par les bienfaits
du Roi, pout l'honneur de la Nation, doit prin-
cipalement sa grande réputation à son Traité
d'Anatomie. Cet Ouviage immottel n'est point
un simple recueil de ce que d'autres ont enseigné
du écrit avant lui sut des sujets qu'il traito: c'est
une exposition fidele & exacte, des découvertes
qu'il a faites lui-même par des dissections fré-
quemment & différemment repetées. Il ne setoit
donc parvenu à déterminer la situation des vis-
ceres avec autant de justesse & de précision qu'il
l'a fait, qu'en s'exposant à commettre presque
autant de meurtres qu'il a ouvert de cadavres.
Car il n'a pu certainement se servit pour ceci
de sujets putréfiés, & qui auroicot exhalé une
odeur fétide avant que d'en faire usage. Sui-
vant M. Winslow, l'insensibilité des sujets
lorsqu'on fait sur eux das incisions, n'est pas
une preuve cerraine qu'ils sont morts. Qui ga-
rantira donc à M. Winssov qu'il n'a pas com-
mis un grand nombre d'homicides? Suivant cette
idée; il auroit pu être plus heureux que Vesale,
sans être moins coupable; Vesale nous paroît
antant à plaindre qu'à blâmer; & M. Winslov
n'auroit acquis sa réputation si étendue & si
bien méritée que par un nombre d'imprudences
dont une seule auroit pu, selon sa propte ex-
pression, le couvrit d'une honte éternelle.
Les coutumes des anciens peuples à l'égard
des motts ont servi de raisons à M. Bruhier
pour soutenir que les signes de la mort étoient
171
1752.
FEVRIER.
fucertains. M. L. rappelle hissoriquement dans sa
croisiémeLettre toutes ces coutumes, & ilcroitqu'on
n'en peut rien conclure en faveur de cette opinion.
L'Antiquité sainte & prophane sont la base des
raisonnemens qu'il employe à ce sujet: les person-
nes que les discussions qui concernent les Arts &
les Sciences amusent le moins, liront cette Lettre
avec satisfaction. M. L. donne enfin dans sa
quatrième Lettre les signes caractéristiques de
la mort: Ils ne les tirent point de l'examen du poulx
ni de la respiration. Les incisions sont aussi des
épreuves furtives, parce qu'elles prouvent au
plus l'insenfibilité des sujets; la roideur & l'in-
flexibilité des membres, & l'examen des yeux
des sujets lui fournissent des preuves manifestes
de la mort: Il faut lire ces choses dans l'Au-
teur même qui donne les distinctions nécessai-
res pour ne pas se tromper sur un objet aussi
important. Ce qu'il dit paroît d'autant plus so-
lide qu'il trouve dans les faits mêmes, rap-
portés par les Auteurs qui sont du sentiment
opposé, des raisons décisives en faveur da sien.
C'est un concours d'expériences & d'observa-
tions qui forment un corps de preuves, à l'é-
vidence desquelles il ne semble pis qu'on puis-
se se refuser. Ce qu'il y a d'assez singulier
c'est que M. Louis prérende que la putrefaction
des sujets n'est point un signe tellemert certain de
la mort qu'il ne puisse induire en erreur, &
exposer des personnes à être enterrées sous les
simples apparences de la mort. Si cela est, on
doit lui sçavoir un gré infini de nous avoir dé-
trompé sur une marque que tout le monde re-
gardoit comme infaillible. „ Si l'on se contente
„d'un commencement de putréfaction, les ta-
»ches livides de la peau, & la mauvaise odeur
Hij
GOog
172 MERCUREDE FRANCE.
„du sujet détermineront le jugement; mais les
„taches livides ne sont point des uiarques cer-
»taines de pourriture, & l'on sçait qu en ma-
» ladie surtout, le corps peut exhaler une odeur
»trés-fétide. La putrefaction parfaite, à la-
„ quelle personne ne peut se méprendre, ne
nmet pas infailliblement à l'abri du danger af-
„ freux de donnet la sepulture aux vivans. Ne
„ voyons-nous :as tous les jours des petson-
„ nes survivre à la perte de leurs membres dont
» la pourriture s'étoit empatée : La pourtitu e
„ne peut elle pas attaquer de n'êine un sujet
»dans l'état équivoque que M. Bruhier, suppo-
»se, c'est à-dire, dans la situation où il pen-
»se, que sans avoir perdu la vie, elle ne se
nmanifeste néanmoins par aucune marque ex-
„térieure? Ainsi dire vaguement qu'il faut at-
tendre la putrétaction, c'est donner un pié-
» cepte fort dangercux, pour les sujets mêmes
»en qui la putrefaction se manisestera.
M. Louis distingue ici la pourriture qui
attaque un corps vivant, de celle qui s'empa-
re d'un mort. Chacun a des caracteres distine-
tifs qui lui sont propres, M. L. l'assure, il
les établit d'après l'expérience, & cette distinc-
tion n'auroit pas du, selon lui, échapper à
ceux qui ont donné la putréfaction comme un
signe infaillible de la mort. » Ces observations
„ (c'est M. L. qui parle) sont faites d'oprès
»la nature même, & si l'on croyoit devoir
»attendre la putréfaction des sujets, il sauaroit
„ bien distinguer ces signes: car la vie d'un hom-
„me étant d'un prix inestimable, on ne doit
„rien négliger de ce qui peut prévenit le dan-
„ger de donner la sépulture à un homme vi-
» vant; quand dans la révolution de plusicurs
1752. 173
FEVRIER.
»siécles, il n'y auroit qu'une personne, qui
par le défaut de ces connoissances pût de-
„venir la victime du sentiment que nous re-
„futons, cela susfiroit pour justisier les dis-
„tinctions caractéristiques que nous avons
„indiquées.
M. Louis passe ensuite à l'examen des incon-
veniens inséparablement attachés à la conser-
vation des morts, jusqu'à la manifestation de la
pourtiture. Il parle par occasion de l'abus de
l'inhumation dans les Eglises. Ensin M. L. dans
sa sixième Lettre examine les réglemens pro-
jettés par M. Bruhier au sujet des enterreniens
précipités, il se réunit à lui pour en prouver l'ex-
it:me importance.
A cet Ouvrage M. Louis a joint des Mé-
moires sur la cause de la mort des Noyés, & sut
les différens secours qu'on peut donner à ceux
que l'on croit noyés, pour les rappeller d'une
mort apparente a la vie. Les bornes de cer
Ouvrage ne nous permettent pas d'insister sur
ces productions qui font honneur à la sagacité
& aux recherches de l'Auteur.
Les expériences sont démonstratives. Ce qui
est dit sur la cause de la mort des Noyés est une
déconverte fort importante. Les sccours pour
en prositer sont indiqués rélativement à l'état
des Noyés, & dans un ordre qui, faute d'avoir
été observé, a pu plus d'une fois être prejudi-
ciable à ceux que l'on secouroit.
Le Livre.tiês. curieux que nous annonçons
est terminé par la traduction de la These de M-
Winslow qui a donné occasion à l'Ouvrage
mème.
mort, où l'on rassure les Citoyens de la crainte
d'être enterrés vivans, avec des Observa-
tions & des expériences sut les Noyés. Par
M. Louis, Conseiller & Commissaire pour les
Extraits de l'Acedémie Royale de Chirurgie
Démonstrateur Royal, & membre de la So-
ciété Royale de Lyon. A Paris, chez Michel
L'ambert, rue Saint Jacques, 1752.
Il ne peut y avoit de sort plus triste, que celui
d'être enterré vivant. Le horreurs d'une pa-
reille situation sont inexptimables, elles doi-
vent surpasset celles des plus grands supplices.
Rien n'interessent donc plus les hommes dans
que que tang qu'il soient placés, que la dé-
couverte des signes certains de la mort. M.
Winilow a fait soutenir en 1744, une these
aux Ecoles de Médecine, où il dit qu'il n'y
a de signes certains de cet etat que la putré-
faction des sujets. M Bruhier a traduit & com-
menté la these de M. Winslov. Il a donné sur
cette matiere un Ouvrage qui a été favora-
blement reçu du Public. M. Louis soutient an-
jourd'hui qu'il y a des signes certains de la
mort indépendans de la putréfaction. Son Ouvra-
ge est en torme de Lettres, elles sont au nom-
bre de six: daus la premiere, il examine les princi-
pales autorités qui ont servi de fondement à l'opi-
nion
FEVRIER.
169
1752.
nion de l'incertitude des signes de la mort, & il
prétend que les Auteurs d'après lesquels l'on a
argumenté, ont été d'un sentiment contraire à
celui qu'on leur préte.
M. Louis dir dans la seconde Lettre que la
question à résoudre sur les signes de la mort
est de nature à ne l'être que par les faits. Il
ne nie aucun de ceux que Messieurs Winslov
& Bruhier ont rapportés, mais il prétend que
les uns prouvent directement la certitude des
signes de la niort, & que les autres ne font
au plus qu'un argument positif de la negligen-
ce, du peu d'attention, de l'ignorance, peut-
étre même de la méchanceté de ceux par qui
l'état des malades a été illusoire. Il entre à ce
sujet dans des détails curieux & interessans.
M. L. ne se dissimule pas que des personnes
mêmes de l'Art ne se soient trompées aux si-
gnes de la mort. Cela est arrivé au grand Ve-
sale, le premier Anatomiste de son siécle; mais
c'est sclon M. L. une erreur personnelle d'où
l'on ne peut tirer aucune conséquence. M. Wins-
low, en parlant de cettæ malheureuse avanture,
dit qu'elle est artivée ala honto éternelle de l'Ana-
tomiste imprudent, & M. Bruhier en conclut que dans
le cas meme ou un Chirurgien est requis de proceder
à l'ouverture d'un corps, il ne peut, sans s'exposer
à être homitide, la commencer avant que d'etre
sur de la mort i c'est-a-dire, quand il y a des si-
gnes de putrefaction, & que le corps vexhale une
odeur cadavreuse.
M Louis fait à ce sujet le raisonnement sui-
vant par lequel on pourra juger de son style. La
postérité se rapellera sans doute avec des senti-
mens d'estime & de reconnoissance le nom & les
travaux des hommes illustres qui ont aggran-
H
ne
170 MERCUREDE FRANCE.
dit l'empire des Sciences, sous le Regne glo-
rieux da Prince qui les a protégées avec le
plus de bonté. Suivant le principe posé, elle ne
pourroit se souvenir de M. Winssov qu'avec des
sentimens d'horreur. Ce scavant & laborieux
Anatomiste, fixé parmi nous par les bienfaits
du Roi, pout l'honneur de la Nation, doit prin-
cipalement sa grande réputation à son Traité
d'Anatomie. Cet Ouviage immottel n'est point
un simple recueil de ce que d'autres ont enseigné
du écrit avant lui sut des sujets qu'il traito: c'est
une exposition fidele & exacte, des découvertes
qu'il a faites lui-même par des dissections fré-
quemment & différemment repetées. Il ne setoit
donc parvenu à déterminer la situation des vis-
ceres avec autant de justesse & de précision qu'il
l'a fait, qu'en s'exposant à commettre presque
autant de meurtres qu'il a ouvert de cadavres.
Car il n'a pu certainement se servit pour ceci
de sujets putréfiés, & qui auroicot exhalé une
odeur fétide avant que d'en faire usage. Sui-
vant M. Winslow, l'insensibilité des sujets
lorsqu'on fait sur eux das incisions, n'est pas
une preuve cerraine qu'ils sont morts. Qui ga-
rantira donc à M. Winssov qu'il n'a pas com-
mis un grand nombre d'homicides? Suivant cette
idée; il auroit pu être plus heureux que Vesale,
sans être moins coupable; Vesale nous paroît
antant à plaindre qu'à blâmer; & M. Winslov
n'auroit acquis sa réputation si étendue & si
bien méritée que par un nombre d'imprudences
dont une seule auroit pu, selon sa propte ex-
pression, le couvrit d'une honte éternelle.
Les coutumes des anciens peuples à l'égard
des motts ont servi de raisons à M. Bruhier
pour soutenir que les signes de la mort étoient
171
1752.
FEVRIER.
fucertains. M. L. rappelle hissoriquement dans sa
croisiémeLettre toutes ces coutumes, & ilcroitqu'on
n'en peut rien conclure en faveur de cette opinion.
L'Antiquité sainte & prophane sont la base des
raisonnemens qu'il employe à ce sujet: les person-
nes que les discussions qui concernent les Arts &
les Sciences amusent le moins, liront cette Lettre
avec satisfaction. M. L. donne enfin dans sa
quatrième Lettre les signes caractéristiques de
la mort: Ils ne les tirent point de l'examen du poulx
ni de la respiration. Les incisions sont aussi des
épreuves furtives, parce qu'elles prouvent au
plus l'insenfibilité des sujets; la roideur & l'in-
flexibilité des membres, & l'examen des yeux
des sujets lui fournissent des preuves manifestes
de la mort: Il faut lire ces choses dans l'Au-
teur même qui donne les distinctions nécessai-
res pour ne pas se tromper sur un objet aussi
important. Ce qu'il dit paroît d'autant plus so-
lide qu'il trouve dans les faits mêmes, rap-
portés par les Auteurs qui sont du sentiment
opposé, des raisons décisives en faveur da sien.
C'est un concours d'expériences & d'observa-
tions qui forment un corps de preuves, à l'é-
vidence desquelles il ne semble pis qu'on puis-
se se refuser. Ce qu'il y a d'assez singulier
c'est que M. Louis prérende que la putrefaction
des sujets n'est point un signe tellemert certain de
la mort qu'il ne puisse induire en erreur, &
exposer des personnes à être enterrées sous les
simples apparences de la mort. Si cela est, on
doit lui sçavoir un gré infini de nous avoir dé-
trompé sur une marque que tout le monde re-
gardoit comme infaillible. „ Si l'on se contente
„d'un commencement de putréfaction, les ta-
»ches livides de la peau, & la mauvaise odeur
Hij
GOog
172 MERCUREDE FRANCE.
„du sujet détermineront le jugement; mais les
„taches livides ne sont point des uiarques cer-
»taines de pourriture, & l'on sçait qu en ma-
» ladie surtout, le corps peut exhaler une odeur
»trés-fétide. La putrefaction parfaite, à la-
„ quelle personne ne peut se méprendre, ne
nmet pas infailliblement à l'abri du danger af-
„ freux de donnet la sepulture aux vivans. Ne
„ voyons-nous :as tous les jours des petson-
„ nes survivre à la perte de leurs membres dont
» la pourriture s'étoit empatée : La pourtitu e
„ne peut elle pas attaquer de n'êine un sujet
»dans l'état équivoque que M. Bruhier, suppo-
»se, c'est à-dire, dans la situation où il pen-
»se, que sans avoir perdu la vie, elle ne se
nmanifeste néanmoins par aucune marque ex-
„térieure? Ainsi dire vaguement qu'il faut at-
tendre la putrétaction, c'est donner un pié-
» cepte fort dangercux, pour les sujets mêmes
»en qui la putrefaction se manisestera.
M. Louis distingue ici la pourriture qui
attaque un corps vivant, de celle qui s'empa-
re d'un mort. Chacun a des caracteres distine-
tifs qui lui sont propres, M. L. l'assure, il
les établit d'après l'expérience, & cette distinc-
tion n'auroit pas du, selon lui, échapper à
ceux qui ont donné la putréfaction comme un
signe infaillible de la mort. » Ces observations
„ (c'est M. L. qui parle) sont faites d'oprès
»la nature même, & si l'on croyoit devoir
»attendre la putréfaction des sujets, il sauaroit
„ bien distinguer ces signes: car la vie d'un hom-
„me étant d'un prix inestimable, on ne doit
„rien négliger de ce qui peut prévenit le dan-
„ger de donner la sépulture à un homme vi-
» vant; quand dans la révolution de plusicurs
1752. 173
FEVRIER.
»siécles, il n'y auroit qu'une personne, qui
par le défaut de ces connoissances pût de-
„venir la victime du sentiment que nous re-
„futons, cela susfiroit pour justisier les dis-
„tinctions caractéristiques que nous avons
„indiquées.
M. Louis passe ensuite à l'examen des incon-
veniens inséparablement attachés à la conser-
vation des morts, jusqu'à la manifestation de la
pourtiture. Il parle par occasion de l'abus de
l'inhumation dans les Eglises. Ensin M. L. dans
sa sixième Lettre examine les réglemens pro-
jettés par M. Bruhier au sujet des enterreniens
précipités, il se réunit à lui pour en prouver l'ex-
it:me importance.
A cet Ouvrage M. Louis a joint des Mé-
moires sur la cause de la mort des Noyés, & sut
les différens secours qu'on peut donner à ceux
que l'on croit noyés, pour les rappeller d'une
mort apparente a la vie. Les bornes de cer
Ouvrage ne nous permettent pas d'insister sur
ces productions qui font honneur à la sagacité
& aux recherches de l'Auteur.
Les expériences sont démonstratives. Ce qui
est dit sur la cause de la mort des Noyés est une
déconverte fort importante. Les sccours pour
en prositer sont indiqués rélativement à l'état
des Noyés, & dans un ordre qui, faute d'avoir
été observé, a pu plus d'une fois être prejudi-
ciable à ceux que l'on secouroit.
Le Livre.tiês. curieux que nous annonçons
est terminé par la traduction de la These de M-
Winslow qui a donné occasion à l'Ouvrage
mème.
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Résumé : « LETTRES sur la certitude des signes de la mort, où l'on rassure les Citoyens de la crainte [...] »
En 1752, M. Louis, conseiller et commissaire de l'Académie Royale de Chirurgie, publie 'Lettres sur la certitude des signes de la mort'. Cet ouvrage explore la distinction entre la vie et la mort, soulignant l'horreur d'être enterré vivant. M. Louis critique les travaux de M. Winslow et M. Bruhier, qui considèrent la putréfaction comme le seul signe certain de la mort. Il affirme qu'il existe des signes indépendants de la putréfaction. L'auteur examine les autorités ayant soutenu l'incertitude des signes de la mort et conteste leurs arguments, tout en reconnaissant certaines erreurs passées, comme celles de Vesale. M. Louis propose des critères pour déterminer la mort, tels que la rigidité des membres et l'examen des yeux, plutôt que le pouls ou la respiration. Il met en garde contre les dangers de l'inhumation prématurée et distingue la putréfaction chez les vivants de celle chez les morts. Il critique les pratiques d'inhumation dans les églises et approuve les règlements de M. Bruhier visant à prévenir les enterrements précipités. Le livre inclut également des mémoires sur les causes de la mort des noyés et les secours à leur apporter, insistant sur l'importance de suivre un ordre précis pour sauver des vies. L'ouvrage se conclut par la traduction de la thèse de M. Winslow.
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372
p. 195-197
DE COPPENHAGUE, le 11 Décembre.
Début :
Il paroît des copies de l'Exposé que le Roi a envoyé à ses Ministres dans les Cours Etrangeres, [...]
Mots clefs :
Longueville, Reine, Traité, Prince, Ports, Sainte Croix, Commerce, Maroc, Danois
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texteReconnaissance textuelle : DE COPPENHAGUE, le 11 Décembre.
DE COPPENHAGUE, le 11 Décembre.
Il paroît des copies de l'Exposé que le Roi a envoyé
à ses Ministres dans les Cours Etrangeres,
touchant l'affaire qui regarde les Ports de Sainte
Croix & de Saffia. Cet exposé porte que Sa Ma-
jesté, toujours attentive à favoriser le commerce
de ses Sujets, accorda il y a quelques mois une
escorte de deux de ses Fregates aux Navires des-
tinés pour les deux Ports ci dessus nommés; qu'en
même tems elle chargea le sieur de Longueville,
Lieutenant Colonel dans ses troupes, de négocier
à la Cour de Maroc un traité de commerce, &
d'y sollicitet les permissions néceessaires pour que
les Danois pusseat trasiquer librement dans les Etata
de l'Empereur de Maroc; que les instructions du
sicur de Longueville étoient simples & positives.
& qu'il étoit charge seulement d'obtenir pour les
Sujets du Roi, les mêmes avantages dont jouis-
soiens d'autres Nations, que telles ont été les vues de
SaMajesté, & tels ont été ses commandemens, qu'elle
n'a donc pû qu'être extrêment surprise, en appre-
naut que le sieur de Longueville, entraîné par un
zéle inconsidéré, s'étoit écarté de l'obéissance
exacte dûc aux ordres qu'elle lui avoit donnés, &
qu'il avoit conclu avec le Prince Sidy-Mahomet
fils de l'Empereur de Maroc, & Commandant
dans les Ports de Sainte-Croix & de Saffia, un
Traité en vertu duquel les Danois devoient pren
Iij
ad by Goc
196 MERCUREDEFRANCE.
dre à ferme le commerce de la premiere de ces
deux Places, & le faire exclusivement à tous les
autres Peuples de l'Europe; que le Roi n'a point
ratifie ce Traité, dont il n'etoit pas difficile de pré.
venn les conséquences, que Sa Majesté étoit oc-
cupée du soin de les prévenir, losqu'elle fut infor-
mée par une lettre du sicur de Longueville, dattée
du 27 Sepembre detnier, que l'Empereur de Ma-
roc, non seulement avoit désaprouvé le Traité
signé par le Prince son fils, mais même avoit fait
signifier les ariêts au sieur de Longueville, & sé-
questier les effers des Danois qui sont à Sainte-
Croix
Depuis quelque tems la Reine étoir incommo-
dée d'une liernie, le mal étant devenu d'autant
plus dangereux que cette Princesse approchoit de
la fin de sa grossesse, les Médecins & les Chirurgiens
firent le 11 une consultation; Ils jugerent qu'il
ne restoit d'aurte ressource que de faire à Sa Ma-
jeste une incision latérale pour temettre les instins
dans leur plaee. Quelque douloureuse que dût
etre cette opération, la Reine se détermina à la
souffrir. L'operation fut faite le même jour au soir
aussi heureusement qu'on pouvoit le souhiaiter, &
le 17 on commençoit à augurer favorablement
de l'état de Sa Majesté, mais la nuit du 18 au 19,
on perdit toute espérance, & vers les quatre
heures du matin la Reine mourut, ayrès avoir
donné les marques de la piété la plus solide & de
la plus parfaite résignation. Cette Princesse, qui
se nommoit Louise Suphie Magdelaine étoit agee
de vingt six ans, onze mois & vingi jours, étant
née le 19 Décembre 1714. Elle étoit la cinquiéme
fille de Georges II, Roi de la Grande Bietagne
& Electeur de Hanover, & de Guillelmine Do-
rothée de Brandebourg-Anspach, morte le pre-
zed by Goc
FEVRIER. 1752.
197
mier Décembre 1737. Le 9 Novembre 1743 elle
avoit épousé le Roi, & de lent mariage sont
nés le Prince Royal & les Princesles Sophie-Ma-
gdelaine, Louise Guillelmine Caroline, & Louise.
La Reine réunissoit toutes les qualités les plus
propres à la faire chérir & respecter. En ouvrant
son corps, on a reconnu que l'enfant, dont elle
étoit enceinte, étoit un Prince. Cette circonstance
redouble l'affliction du Roi, sur qui la mort de la
Reine a fait une telle impression, qu'il en est tombé
malade, & qu'il a deja eu deux accès de fievre.
Il paroît des copies de l'Exposé que le Roi a envoyé
à ses Ministres dans les Cours Etrangeres,
touchant l'affaire qui regarde les Ports de Sainte
Croix & de Saffia. Cet exposé porte que Sa Ma-
jesté, toujours attentive à favoriser le commerce
de ses Sujets, accorda il y a quelques mois une
escorte de deux de ses Fregates aux Navires des-
tinés pour les deux Ports ci dessus nommés; qu'en
même tems elle chargea le sieur de Longueville,
Lieutenant Colonel dans ses troupes, de négocier
à la Cour de Maroc un traité de commerce, &
d'y sollicitet les permissions néceessaires pour que
les Danois pusseat trasiquer librement dans les Etata
de l'Empereur de Maroc; que les instructions du
sicur de Longueville étoient simples & positives.
& qu'il étoit charge seulement d'obtenir pour les
Sujets du Roi, les mêmes avantages dont jouis-
soiens d'autres Nations, que telles ont été les vues de
SaMajesté, & tels ont été ses commandemens, qu'elle
n'a donc pû qu'être extrêment surprise, en appre-
naut que le sieur de Longueville, entraîné par un
zéle inconsidéré, s'étoit écarté de l'obéissance
exacte dûc aux ordres qu'elle lui avoit donnés, &
qu'il avoit conclu avec le Prince Sidy-Mahomet
fils de l'Empereur de Maroc, & Commandant
dans les Ports de Sainte-Croix & de Saffia, un
Traité en vertu duquel les Danois devoient pren
Iij
ad by Goc
196 MERCUREDEFRANCE.
dre à ferme le commerce de la premiere de ces
deux Places, & le faire exclusivement à tous les
autres Peuples de l'Europe; que le Roi n'a point
ratifie ce Traité, dont il n'etoit pas difficile de pré.
venn les conséquences, que Sa Majesté étoit oc-
cupée du soin de les prévenir, losqu'elle fut infor-
mée par une lettre du sicur de Longueville, dattée
du 27 Sepembre detnier, que l'Empereur de Ma-
roc, non seulement avoit désaprouvé le Traité
signé par le Prince son fils, mais même avoit fait
signifier les ariêts au sieur de Longueville, & sé-
questier les effers des Danois qui sont à Sainte-
Croix
Depuis quelque tems la Reine étoir incommo-
dée d'une liernie, le mal étant devenu d'autant
plus dangereux que cette Princesse approchoit de
la fin de sa grossesse, les Médecins & les Chirurgiens
firent le 11 une consultation; Ils jugerent qu'il
ne restoit d'aurte ressource que de faire à Sa Ma-
jeste une incision latérale pour temettre les instins
dans leur plaee. Quelque douloureuse que dût
etre cette opération, la Reine se détermina à la
souffrir. L'operation fut faite le même jour au soir
aussi heureusement qu'on pouvoit le souhiaiter, &
le 17 on commençoit à augurer favorablement
de l'état de Sa Majesté, mais la nuit du 18 au 19,
on perdit toute espérance, & vers les quatre
heures du matin la Reine mourut, ayrès avoir
donné les marques de la piété la plus solide & de
la plus parfaite résignation. Cette Princesse, qui
se nommoit Louise Suphie Magdelaine étoit agee
de vingt six ans, onze mois & vingi jours, étant
née le 19 Décembre 1714. Elle étoit la cinquiéme
fille de Georges II, Roi de la Grande Bietagne
& Electeur de Hanover, & de Guillelmine Do-
rothée de Brandebourg-Anspach, morte le pre-
zed by Goc
FEVRIER. 1752.
197
mier Décembre 1737. Le 9 Novembre 1743 elle
avoit épousé le Roi, & de lent mariage sont
nés le Prince Royal & les Princesles Sophie-Ma-
gdelaine, Louise Guillelmine Caroline, & Louise.
La Reine réunissoit toutes les qualités les plus
propres à la faire chérir & respecter. En ouvrant
son corps, on a reconnu que l'enfant, dont elle
étoit enceinte, étoit un Prince. Cette circonstance
redouble l'affliction du Roi, sur qui la mort de la
Reine a fait une telle impression, qu'il en est tombé
malade, & qu'il a deja eu deux accès de fievre.
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Résumé : DE COPPENHAGUE, le 11 Décembre.
Le 11 décembre, des copies de l'exposé royal concernant les ports de Sainte-Croix et de Saffia ont été distribuées. Le roi avait précédemment dépêché des frégates pour escorter des navires vers ces ports et avait mandaté le sieur de Longueville pour négocier un traité de commerce au Maroc. Longueville devait obtenir des avantages commerciaux similaires à ceux des autres nations. Cependant, il a signé un traité avec le prince Sidy-Mahomet, fils de l'empereur du Maroc, accordant un monopole commercial aux Danois à Sainte-Croix, traité que le roi n'a pas ratifié. Par ailleurs, la reine Louise Sophie Magdalene, âgée de 26 ans, est décédée le 19 décembre suite à une opération chirurgicale pour une lithiase urinaire. Elle était la cinquième fille de Georges II, roi de Grande-Bretagne, et avait épousé le roi en 1743. Leur enfant, un prince, est également mort. La disparition de la reine a profondément affligé le roi, qui est tombé malade.
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373
p. 215
AVERTISSEMENT.
Début :
Nous ne refusons pas d'annoncer tous les remedes qui pourront être utiles au Public, & dont le [...]
Mots clefs :
Remèdes, Public, Approbation, Avis, Poudre, Certificats
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
Nous ne refusons pas d'annoncer tous les remedes
qui pourront être utiles au Public, & dont le
débit sera autorisé. Mais nous croyons devoir
avertir ici qu'on ne s'expose pas dans la suite à
s'appuyer de l'approbation des Medecins, dans
les avis qu'on nous donnera, sans nous en pro-
duite les certificats. Nous sommes obligés de
prendre cette précaution pour ne pas courir le ris-
que d'on imposer au Public, & pour éviter les
plaintes que les personnes qui y seroient interes-
sées pourroient nous faire à cet égard. C'est ce
qui est arrivé au sujet du remede de M. Sage,
(annoncé dans le Mercure de Novembre dernier)
dont il n'a été fait aucune expérience ni par les or-
dres, ni sous les yeux de la Faculté de Medecine. Il
en est de même de la poudre purgative de M.
Vacossain, Marchand Epicier, à laquelle les Mede-
cins cités dans l'avis du premier volume du Mer-
cure de Janvier déclarent n'avoir donné aucune
approbation. Dans la visite generale qu'ils ont
faite, pour la bonne police, au mois de Septem-
bre dernier chez tous les Apoticaires & Epiciers
de cette ville, ladite poudre leur fut présentée
mais loin de l'approuver, ils la trouverent très-
amere & très-brulante,
Nous ne refusons pas d'annoncer tous les remedes
qui pourront être utiles au Public, & dont le
débit sera autorisé. Mais nous croyons devoir
avertir ici qu'on ne s'expose pas dans la suite à
s'appuyer de l'approbation des Medecins, dans
les avis qu'on nous donnera, sans nous en pro-
duite les certificats. Nous sommes obligés de
prendre cette précaution pour ne pas courir le ris-
que d'on imposer au Public, & pour éviter les
plaintes que les personnes qui y seroient interes-
sées pourroient nous faire à cet égard. C'est ce
qui est arrivé au sujet du remede de M. Sage,
(annoncé dans le Mercure de Novembre dernier)
dont il n'a été fait aucune expérience ni par les or-
dres, ni sous les yeux de la Faculté de Medecine. Il
en est de même de la poudre purgative de M.
Vacossain, Marchand Epicier, à laquelle les Mede-
cins cités dans l'avis du premier volume du Mer-
cure de Janvier déclarent n'avoir donné aucune
approbation. Dans la visite generale qu'ils ont
faite, pour la bonne police, au mois de Septem-
bre dernier chez tous les Apoticaires & Epiciers
de cette ville, ladite poudre leur fut présentée
mais loin de l'approuver, ils la trouverent très-
amere & très-brulante,
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Résumé : AVERTISSEMENT.
Le texte est un avertissement relatif à la publication de remèdes médicaux. Les auteurs acceptent de diffuser des remèdes utiles au public, à condition que leur vente soit autorisée. Ils soulignent qu'ils ne peuvent garantir l'approbation des médecins sans certificats appropriés. Cette mesure vise à éviter d'imposer des produits au public et à prévenir les plaintes. Le texte cite deux exemples : le remède de M. Sage, annoncé dans le Mercure de novembre précédent, et la poudre purgative de M. Vacossain, un épicier. Aucun de ces produits n'a été testé sous la supervision de la Faculté de Médecine. Lors d'une visite générale en septembre, les médecins ont jugé la poudre purgative de M. Vacossain trop amère et brûlante, sans l'approuver.
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374
p. 57-63
LETTRE Ecrite à l'Auteur du Mercure, par un Garçon-Marchand qui voudroit bien être Bel Esprit.
Début :
MONSIEUR, Vous êtes en possession de réunir dans votre Journal [...]
Mots clefs :
Dents, Chicot, Chambre des pairs, Fleur, Public, Académie, Homme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE Ecrite à l'Auteur du Mercure, par un Garçon-Marchand qui voudroit bien être Bel Esprit.
LETTRE
Ecrite à l'Auteur du Mercure, par un Garçon-Marchand
qui voudroit bien être
Bel Esprit.
MONSIEUR,
Vous êtes en possession de réunir dans
votre Journal l'instructif & l'amusant,
le férieux & le badin. Le Public
trouve son compte dans ce melange judi-
cieux; il a de quoi contenter toutes
fortes de Lecteurs: les uns songent à s'or-
ner l'esprit, les autres cherchent à se ré-
créer. Pour la satisfaction de ces der-
niers, je veux vous raconter une avanture
finguliere, dont hier au soir je fus le té-
moin oculaire. Faites, s'il vous plaît,
bien vîte imprimer ma Relation: je
n'ai point encore vû de ma prose en
lettres moulées; il me semble que cela
doit être bien chatouilleux. Etre Au-
teur !... Figurer dans un Livre !....
se commence.
Au centre ou à peu près de notre
vieille cité (nous dattons du Déluge ).
Au centre donc de notre Ville 2
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
est un réduit public, où s'assemblent
tous les soirs les Fainéans de profession,
& ceux qui quittent leur ouvrage au
jour tombant. Je me vante d'être un des
plus exacts à m'y rendre : dès que ma
boutique est fermée, je vais, je vole
à l'Académie; c'est ainsi que par décen-
ce, & faute d'Académie littéraire, nos ci-
tadins ont nommé ce tripot. Là, on tue le
temps comme on peut: les uns jouent,
ou parient: les autres mangent ou boivent:
plusieurs parlent, dissertent, exagerent,
chantent, crient; quelques-uns regar-
dent, se taisent écoutent, se mocquent,
sennuient. Cet hôtel, véritable tour de
Babel, vraie Cour du Roi Petaut, est
distribué en plusieurs appartemens, dont
deux principaux: lappartement haut,
c'est proprement l'Acadèmie, l'assemblée
du beau-monde, la Chambre des Pairs;
je n'y vais que les Dimanches : l'aparte-
tement bas où je vais tous les jours,
sera, si vous le voulez la Chambre des
Communes, vulgairement un billard,
une taverne à bierte, un poële enfumé.
Cleres de Procureur, Garçons-Mar-
chands, Huifsiers, Rats de-cave, Eco-
liers, tous bons enfans & gens du pays,
forment le gros de la bruyante assem-
blée. Les Etrangers y sont admis, com-
Digfires bO
MARS. 1752.
57
me de raison; aussi sont-ce deux Etran-
gers qui vont jouer le principale rôle
dans la Scene que j'ai à détailler. Scene
vraiment comique, quoique ensanglan-
tée: mais allons au fait; je crains de
m'être un peu trop arrêté sur la description
dulieu de laScene; en tout cas, si j'ai eu tort,
qu'on me pardonne; je suis apprentif
Relateur: moi-même, j'ai souvent eu
de l'indulgence pour les Maîtres de
PArt.
Un Arracheur de dents qui ne ment
jamais, du moins à ce qu'il dit, exer-
ce depuis quelque temps son Art en cet-
te Ville. Il se nomme le sieur N.***
C'est un petit homme singulier, gros
& court, borgne & grimacier, parlant
haut & toujours, vantant sa dextérité &
fes prouesses, aimant son métier jus-
qu'à la fureur, regardant les dents qu'il
a arrachées, comme autant d'escadrons
renversés, brave d'ailleurs & sur la hanche,
faisant trembler les vieux corps, sans en-
excepter ceux des pieds, dur à lui-mê-
me jusou'à l'Héroisme, bravant les ri-
gueurs de la saison, couvert de la plus:
mince papeline; ennemi jurè des fa-
çons, & furtout des visites du premier
jour de l'an, ayant eu soin de distri-
buer trois jours avant; force billets impri-
C
60 MERCURE DE FRANCE.
mès, où il assute qu'il arrachera les dents
à toutes les personnes qui lui feront l'hon-
neur de le venir voir. Tel est mon Héros
principal. Nous le voyons tous les jours
avec plaisit, nous l'entendons avec ad-
miration. Il opere sous nos yeux en plein
billard; & je dois dire en Historien fi-
delle, qu'il opere fort heureusement.
Hier pourtant, hier, sa gloire, aussi
brillante, mais aussi fragile que le crys-
tal, vint se briser contre un chicot obs-
tiné. Le Laquais d'un de nos Magis-
trats, qui s'amusoit bonnement avec nous
jusqu'à ce que son Maître descendit de
la Chambre des Pairs, se plaignit à no-
tre Artiste d'un reste de dent qui l'in-
commodoit. L'examiner, offrir ses servi-
ces, la manquer, la remanquer deux ou
trois fois, tout cela fut executé. Le La-
quais saignoit fort & se plaignoit: l'O-
pérateur juroit gros, & rougissoit: le
Public assemblé s'étonnoit; un mauvais
Plaisant haussoit les épaules & rioit. Le
colérique N*** s'en apperçut: vous
riez, Monsieur, lui dit-il: sachez qu'il
ny a point de Dentiste en France qui
puisse tirer ce chicot; point d'homme
en Europe... Monseu, Monseu, ajou-
ta-t. il, en haussant le ton & ôtant son
chapeau, j'ai eu l'honneur de travailler
MARS. 1752.
61
dans toutes les Cours d'Allemagne, de
Prusse, de Hollande, d'Angleterre, j'en ai
de bons certificats, & si ce chicot ...
Il en auroit dit davantage, si le Rieur,
qui alors ne rioit plus, ne l'eût inter-
rompu, J'arracherai pourtant ce chicot
tout. à l'heure, si M. la Fleur me le pet-
met, dit il modestement; M. la Fleur
mertez vous là: oui oui, Monsieur, met-
tez-vous là, dit aussi l'éhonté Opérateur,
nous allons voir. Le complaisant la Fleur
s'assied, ouvre la bouche, présente la mâ-
choire; le nouveau Dentiste y met le
davier, le chicot est enlevé . .... . Eh.
donc! Monsu de la Fleur, faites garga-
risme à l'alvéole. Ce terme de l'Art pro-
noncé d'un accent biscayen, la vue du
chicot ensanglanté; le regard malin des
Assistans, pétrifierent le pauvre N***
Je le vois bien, Monsieur, dit-il, vous
êtes du métier; mais morbleu! Si je
n'eusse ébranlé cette dent, de votre vie-
vous ne l'eussiez tirée. Le garçon Chi-
rurgien, car en effet c'en étoit un, pic-
qué de cette rodomontade, qui sem-
bloit le ravaler, palit de colere, & rougir
je
d'indignation. Je parie, dit-il à N***
parie vous arracher à vous- même à l'instant
toutes les dents l'une après l'autre; & si
jun manque une seule, je veux.. Tope,
BaseesOO
62 MERCUREDE FRANCE.
repondit l'autre. Je parie un louis d'or .. I.
la dispute étoit trop plaisante: un mem-
bre de la Chambre des Communes se
députe à la Chambre des Pairs; les Pairs
descendent .... Dans cet intervale la ga-
geure d'un louis d'or avoit été réduite à
trois livres, & l'expérience à trois dents.
N***
,le cul par terre, indiquoit à
son rival celles de toutes ses dents qui-
étoient le mieux enracinées; le jeune
Chirurgien saisit la premiere, la renver-
se, la jette sans parler aux pieds de N*xx
& d'une main victorieuse alloit froide-
ment continuer l'abatis, lorsque N***
tut ensanglanté se releve, vous avez
gagné, dit il en l'embrassant, vous êtes un
habile homme, je ne l'aurois pas mieux
arrachée: l'écu est à vous .... Mais le
triomphant Chirurgien scut user de la-
victoire; content de ses lauriers, il re-
fusa d'empocher le prix de ses travaux
rendit l'écu. Nr* de son côté se picqua de
génétosité; on apporta des pots, des li-
queurs. Tous les Assistans furent engagés à
se joindre aux trois Acteurs principaux;
beaucoup accepterent, je fus de ce nom-
bre, & au lieu d'un écu, nous en bu-
mes au moins quatre. Instabilité des cho-
ses humaines! pourtois je m'écrier ici:
vanité des biens de ce monde!N**
jitized by Goog
63
MARS. 1752.
perd en un quart d'heure au plus sa ré-
putation, une dent saine & quatre écus.
Voilà, Monsieur, la singularité dont
j'avois à vous rendre compte. Je sens
combien une Seene aussi plaisante perdra,
à être lue : le tout est d'en avoir été Spec-
tateur. La honte, le dépit de l'un, le-
tiomphe & la joye de l'autre, les mu-
seaux saignanis des deux édentés, des
rieurs de toutes paris; les attitudes va-
riées des Spectateurs, ces différens ob-
jets formoient un tout inimitable. Ja-
mais je n'ai vû un tableau aussi original.
J'aurois peut être mieux réussi dans la
copie que j'en ai faite, si j'eusse osé y
employer plus de temps, mais j'ai eu
peur d'être prévenu. Nous avons ici plu-
sieurs Beaux-Esprits qui auroient saisi cet-
te occasion d'augmenter leur gloire. On-
vient même de massurer que Mademoi-
selle... avoit passé toute la nuit pour en-
faire le sujet d'une Epître à une Duches-
se; Mademoiselle .. la matiere d'uneEglo-
gue ; M. l'Abbé .... le canevas d'une
Ode Anacréontique. Pour moi je ne fais
point de vers, ou du moins si par mal-
heur j'en fais, ils sont assez méchans,
Mais je me garde bien de les montrer aux gens.
T'ai l'honneur d'être, &c.
Ecrite à l'Auteur du Mercure, par un Garçon-Marchand
qui voudroit bien être
Bel Esprit.
MONSIEUR,
Vous êtes en possession de réunir dans
votre Journal l'instructif & l'amusant,
le férieux & le badin. Le Public
trouve son compte dans ce melange judi-
cieux; il a de quoi contenter toutes
fortes de Lecteurs: les uns songent à s'or-
ner l'esprit, les autres cherchent à se ré-
créer. Pour la satisfaction de ces der-
niers, je veux vous raconter une avanture
finguliere, dont hier au soir je fus le té-
moin oculaire. Faites, s'il vous plaît,
bien vîte imprimer ma Relation: je
n'ai point encore vû de ma prose en
lettres moulées; il me semble que cela
doit être bien chatouilleux. Etre Au-
teur !... Figurer dans un Livre !....
se commence.
Au centre ou à peu près de notre
vieille cité (nous dattons du Déluge ).
Au centre donc de notre Ville 2
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
est un réduit public, où s'assemblent
tous les soirs les Fainéans de profession,
& ceux qui quittent leur ouvrage au
jour tombant. Je me vante d'être un des
plus exacts à m'y rendre : dès que ma
boutique est fermée, je vais, je vole
à l'Académie; c'est ainsi que par décen-
ce, & faute d'Académie littéraire, nos ci-
tadins ont nommé ce tripot. Là, on tue le
temps comme on peut: les uns jouent,
ou parient: les autres mangent ou boivent:
plusieurs parlent, dissertent, exagerent,
chantent, crient; quelques-uns regar-
dent, se taisent écoutent, se mocquent,
sennuient. Cet hôtel, véritable tour de
Babel, vraie Cour du Roi Petaut, est
distribué en plusieurs appartemens, dont
deux principaux: lappartement haut,
c'est proprement l'Acadèmie, l'assemblée
du beau-monde, la Chambre des Pairs;
je n'y vais que les Dimanches : l'aparte-
tement bas où je vais tous les jours,
sera, si vous le voulez la Chambre des
Communes, vulgairement un billard,
une taverne à bierte, un poële enfumé.
Cleres de Procureur, Garçons-Mar-
chands, Huifsiers, Rats de-cave, Eco-
liers, tous bons enfans & gens du pays,
forment le gros de la bruyante assem-
blée. Les Etrangers y sont admis, com-
Digfires bO
MARS. 1752.
57
me de raison; aussi sont-ce deux Etran-
gers qui vont jouer le principale rôle
dans la Scene que j'ai à détailler. Scene
vraiment comique, quoique ensanglan-
tée: mais allons au fait; je crains de
m'être un peu trop arrêté sur la description
dulieu de laScene; en tout cas, si j'ai eu tort,
qu'on me pardonne; je suis apprentif
Relateur: moi-même, j'ai souvent eu
de l'indulgence pour les Maîtres de
PArt.
Un Arracheur de dents qui ne ment
jamais, du moins à ce qu'il dit, exer-
ce depuis quelque temps son Art en cet-
te Ville. Il se nomme le sieur N.***
C'est un petit homme singulier, gros
& court, borgne & grimacier, parlant
haut & toujours, vantant sa dextérité &
fes prouesses, aimant son métier jus-
qu'à la fureur, regardant les dents qu'il
a arrachées, comme autant d'escadrons
renversés, brave d'ailleurs & sur la hanche,
faisant trembler les vieux corps, sans en-
excepter ceux des pieds, dur à lui-mê-
me jusou'à l'Héroisme, bravant les ri-
gueurs de la saison, couvert de la plus:
mince papeline; ennemi jurè des fa-
çons, & furtout des visites du premier
jour de l'an, ayant eu soin de distri-
buer trois jours avant; force billets impri-
C
60 MERCURE DE FRANCE.
mès, où il assute qu'il arrachera les dents
à toutes les personnes qui lui feront l'hon-
neur de le venir voir. Tel est mon Héros
principal. Nous le voyons tous les jours
avec plaisit, nous l'entendons avec ad-
miration. Il opere sous nos yeux en plein
billard; & je dois dire en Historien fi-
delle, qu'il opere fort heureusement.
Hier pourtant, hier, sa gloire, aussi
brillante, mais aussi fragile que le crys-
tal, vint se briser contre un chicot obs-
tiné. Le Laquais d'un de nos Magis-
trats, qui s'amusoit bonnement avec nous
jusqu'à ce que son Maître descendit de
la Chambre des Pairs, se plaignit à no-
tre Artiste d'un reste de dent qui l'in-
commodoit. L'examiner, offrir ses servi-
ces, la manquer, la remanquer deux ou
trois fois, tout cela fut executé. Le La-
quais saignoit fort & se plaignoit: l'O-
pérateur juroit gros, & rougissoit: le
Public assemblé s'étonnoit; un mauvais
Plaisant haussoit les épaules & rioit. Le
colérique N*** s'en apperçut: vous
riez, Monsieur, lui dit-il: sachez qu'il
ny a point de Dentiste en France qui
puisse tirer ce chicot; point d'homme
en Europe... Monseu, Monseu, ajou-
ta-t. il, en haussant le ton & ôtant son
chapeau, j'ai eu l'honneur de travailler
MARS. 1752.
61
dans toutes les Cours d'Allemagne, de
Prusse, de Hollande, d'Angleterre, j'en ai
de bons certificats, & si ce chicot ...
Il en auroit dit davantage, si le Rieur,
qui alors ne rioit plus, ne l'eût inter-
rompu, J'arracherai pourtant ce chicot
tout. à l'heure, si M. la Fleur me le pet-
met, dit il modestement; M. la Fleur
mertez vous là: oui oui, Monsieur, met-
tez-vous là, dit aussi l'éhonté Opérateur,
nous allons voir. Le complaisant la Fleur
s'assied, ouvre la bouche, présente la mâ-
choire; le nouveau Dentiste y met le
davier, le chicot est enlevé . .... . Eh.
donc! Monsu de la Fleur, faites garga-
risme à l'alvéole. Ce terme de l'Art pro-
noncé d'un accent biscayen, la vue du
chicot ensanglanté; le regard malin des
Assistans, pétrifierent le pauvre N***
Je le vois bien, Monsieur, dit-il, vous
êtes du métier; mais morbleu! Si je
n'eusse ébranlé cette dent, de votre vie-
vous ne l'eussiez tirée. Le garçon Chi-
rurgien, car en effet c'en étoit un, pic-
qué de cette rodomontade, qui sem-
bloit le ravaler, palit de colere, & rougir
je
d'indignation. Je parie, dit-il à N***
parie vous arracher à vous- même à l'instant
toutes les dents l'une après l'autre; & si
jun manque une seule, je veux.. Tope,
BaseesOO
62 MERCUREDE FRANCE.
repondit l'autre. Je parie un louis d'or .. I.
la dispute étoit trop plaisante: un mem-
bre de la Chambre des Communes se
députe à la Chambre des Pairs; les Pairs
descendent .... Dans cet intervale la ga-
geure d'un louis d'or avoit été réduite à
trois livres, & l'expérience à trois dents.
N***
,le cul par terre, indiquoit à
son rival celles de toutes ses dents qui-
étoient le mieux enracinées; le jeune
Chirurgien saisit la premiere, la renver-
se, la jette sans parler aux pieds de N*xx
& d'une main victorieuse alloit froide-
ment continuer l'abatis, lorsque N***
tut ensanglanté se releve, vous avez
gagné, dit il en l'embrassant, vous êtes un
habile homme, je ne l'aurois pas mieux
arrachée: l'écu est à vous .... Mais le
triomphant Chirurgien scut user de la-
victoire; content de ses lauriers, il re-
fusa d'empocher le prix de ses travaux
rendit l'écu. Nr* de son côté se picqua de
génétosité; on apporta des pots, des li-
queurs. Tous les Assistans furent engagés à
se joindre aux trois Acteurs principaux;
beaucoup accepterent, je fus de ce nom-
bre, & au lieu d'un écu, nous en bu-
mes au moins quatre. Instabilité des cho-
ses humaines! pourtois je m'écrier ici:
vanité des biens de ce monde!N**
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63
MARS. 1752.
perd en un quart d'heure au plus sa ré-
putation, une dent saine & quatre écus.
Voilà, Monsieur, la singularité dont
j'avois à vous rendre compte. Je sens
combien une Seene aussi plaisante perdra,
à être lue : le tout est d'en avoir été Spec-
tateur. La honte, le dépit de l'un, le-
tiomphe & la joye de l'autre, les mu-
seaux saignanis des deux édentés, des
rieurs de toutes paris; les attitudes va-
riées des Spectateurs, ces différens ob-
jets formoient un tout inimitable. Ja-
mais je n'ai vû un tableau aussi original.
J'aurois peut être mieux réussi dans la
copie que j'en ai faite, si j'eusse osé y
employer plus de temps, mais j'ai eu
peur d'être prévenu. Nous avons ici plu-
sieurs Beaux-Esprits qui auroient saisi cet-
te occasion d'augmenter leur gloire. On-
vient même de massurer que Mademoi-
selle... avoit passé toute la nuit pour en-
faire le sujet d'une Epître à une Duches-
se; Mademoiselle .. la matiere d'uneEglo-
gue ; M. l'Abbé .... le canevas d'une
Ode Anacréontique. Pour moi je ne fais
point de vers, ou du moins si par mal-
heur j'en fais, ils sont assez méchans,
Mais je me garde bien de les montrer aux gens.
T'ai l'honneur d'être, &c.
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Résumé : LETTRE Ecrite à l'Auteur du Mercure, par un Garçon-Marchand qui voudroit bien être Bel Esprit.
Un garçon-marchand relate à l'éditeur du Mercure une scène comique observée à l'Académie. L'histoire implique un arracheur de dents, le sieur N***, réputé pour sa vantardise et son habileté. Un jour, N*** échoue à extraire une dent difficile, ce qui attire les moqueries d'un étranger se révélant être un chirurgien. Ce dernier réussit l'extraction, provoquant la colère de N***. Une dispute éclate, et N*** parie qu'il peut arracher toutes les dents du chirurgien. La lettre initiale ne révèle pas l'issue du pari. La scène se poursuit avec un pari initial d'un louis d'or, réduit à trois livres, sur l'arrachage d'une dent. Le chirurgien gagne et arrache une dent à N***, qui reconnaît sa défaite et embrasse le chirurgien. Le chirurgien refuse l'argent gagné, et tous célèbrent l'événement. Cependant, la réputation de N*** est ruinée, et il perd également une dent saine et quatre écus. Le narrateur réfléchit sur l'instabilité des choses humaines et la vanité des biens terrestres. Il regrette de ne pas pouvoir décrire plus longuement la scène, craignant d'être devancé par d'autres écrivains. Plusieurs personnes, dont une demoiselle et un abbé, exploitent déjà cet événement pour leurs œuvres littéraires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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375
p. 194-195
DE MADRID, le 25 Janvier.
Début :
Par des Lettres Patentes du 10 de ce mois, le Roi s'est déclaré Protecteur de l'Académie Littéraire [...]
Mots clefs :
Académie littéraire de Barcelone, Roi, Médecine, Médecin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE MADRID, le 25 Janvier.
DE MADRID, le 25 Janvier.
Par des Lettres Patentes du 10 de ce mois,
le Roi s'est déclaré Protecteur de l'Académie Littéraire
de Barcelone. L'Académie de Médecine,
établie dans cette Capitale sous la protection de
l'Infant Cardinal, a distribué les deux prix qu'el
le a coutume de donner tous les ans. Le premier
prix a été remporté par le Docteur Jean-Mathieu
Vanberxman, Médecin de Culembourg dans le
Duché de Gueldres, & le second pat Don Ray-
mond Brunet de la Selva Prêtre, exerçant la
Médecine à Saint Vincent dans l'Estremadoure.
Cette Académie avoit proposé l'année derniere
d'examiner Pourquoi les femmos enceintos prennent
souvent de Paversion pour certains olimens, qui au-
paravant leur paroissoient agréablos, & du goiet
pour quelques autres, qui jusqu a leur grossesse
leur avoient été indifferens; particuliorement d'où
peut venir lo goût quo plusiour d'entr'elles montrent
pour le platre, la chaux, le charbon, &c. elle de-
mande cette année, Qu'on explique la nature &
la vraie causa de la Paralysio, & qu'on cherchs
pour la guorison de cetto maladie, deo remedes plus
efficaces que ceux qui sont communement en usago-
Les Aspirano aux Prix sont avostis de faire re-
pitized by Goog
MARS. 1752.
195
mettre leurs Mémoires, avant le premier Octo-
bre, à Don Pedre Bedoya de Paredes, Medecin
du Roi, & Secretaire de l'Académie.
Par des Lettres Patentes du 10 de ce mois,
le Roi s'est déclaré Protecteur de l'Académie Littéraire
de Barcelone. L'Académie de Médecine,
établie dans cette Capitale sous la protection de
l'Infant Cardinal, a distribué les deux prix qu'el
le a coutume de donner tous les ans. Le premier
prix a été remporté par le Docteur Jean-Mathieu
Vanberxman, Médecin de Culembourg dans le
Duché de Gueldres, & le second pat Don Ray-
mond Brunet de la Selva Prêtre, exerçant la
Médecine à Saint Vincent dans l'Estremadoure.
Cette Académie avoit proposé l'année derniere
d'examiner Pourquoi les femmos enceintos prennent
souvent de Paversion pour certains olimens, qui au-
paravant leur paroissoient agréablos, & du goiet
pour quelques autres, qui jusqu a leur grossesse
leur avoient été indifferens; particuliorement d'où
peut venir lo goût quo plusiour d'entr'elles montrent
pour le platre, la chaux, le charbon, &c. elle de-
mande cette année, Qu'on explique la nature &
la vraie causa de la Paralysio, & qu'on cherchs
pour la guorison de cetto maladie, deo remedes plus
efficaces que ceux qui sont communement en usago-
Les Aspirano aux Prix sont avostis de faire re-
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MARS. 1752.
195
mettre leurs Mémoires, avant le premier Octo-
bre, à Don Pedre Bedoya de Paredes, Medecin
du Roi, & Secretaire de l'Académie.
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Résumé : DE MADRID, le 25 Janvier.
Le 25 janvier, le roi a accordé sa protection à l'Académie Littéraire de Barcelone par des Lettres Patentes. L'Académie de Médecine de Madrid, sous la protection de l'Infant Cardinal, a décerné ses deux prix annuels. Le premier prix a été attribué au Docteur Jean-Mathieu Vanberxman, médecin à Culembourg dans le Duché de Gueldres, et le second à Don Raymond Brunet de la Selva, prêtre et médecin à Saint Vincent en Estrémadure. L'année précédente, l'Académie avait proposé d'étudier les aversions ou envies alimentaires des femmes enceintes. Cette année, elle demande des explications sur la nature et les causes de la paralysie, ainsi que des remèdes plus efficaces. Les candidats doivent soumettre leurs mémoires avant le 1er octobre à Don Pedro Bedoya de Paredes, médecin du roi et secrétaire de l'Académie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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376
p. 200-207
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le 8 Janvier, le Roi partit pour le Châ[t]eau de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 12 [...]
Mots clefs :
Roi, Prince, Majesté, Compagnie, Dauphin, Anne-Henriette de France, Madame Henriette, Billets, Évêque, Chapelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Le 8 Janvier, le Roi partit pour le Châ[t]eau
de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 12
avec Mesdames de France qui s'y étoient ren-
dues le 11.
Le 11, Monseigneur le Dauphin alla y diner
avec le Roi.
Jusqu'au 29 Février dernier, inclusivement,
les porteurs de Billets signés pour la Compagnie
des Indes par M. Pechevin, ont été reçus à les
faire convertir en reconnoissance d'un nouvel
emprunt, où en promesse de passer contrat, qui
porteront intérêt du jour de l'échéance desdits
Billets. Après ce terme, la Compagnie des In-
des remboursera ces mêmes Billets à leur
échéance.
On a ouvert le 10 Janvier, à la caisse de la
Compagnie des Assurances, établie dans cette
Capitale, le payement des dividendes à cinq pour
cent, qui sont dus pour l'année derniere aux
Porteurs de reconoissances d'intétét de ceite
Compagnie.
Le 7, on commença le quatrième Tirage de la
seconde Loterie Royale. Le principal lot de ce
tirage est échu au numero2416; le second lot au
Numero 33176, & la premiere Prime au Nu-
mero 27829.
Le 13, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente-lept, les Billets
de la premier Lotterie Royale à sept cens vingt-
MARS. 1752.
201
lix, & ceux de la seconde, à six cens soixan-
te-six.
Le 13, le Roi alla à Trianon. Sa Majesté re-
vint à Versailles l'après midi, & fit une prome-
nade en traîneaux au tour du Parc. Le Roi étoit
dans le premier avec Madame Henriette. Dans
le second étoit Monseigneur le Dauphin avec
Madame Adelaide: Madame Sophie, & Mada-
me Louise étoient dans le troisième. Il y avoit
un grand nombre d'autres traîneaux pour les Sei-
gneurs & les Dames de la Cour.
Sa Majesté partit le 15 pour le Château de
Bellevue, d'où elle revint le 19.
Le 18 , M. de Reventlau, Envoyé Extraordi-
naire du Roi de Dannemarx, eut en long man-
teau de deuil, une audience particuliere du Roi,
dans laquelle il donna part à Sa Majesté de la
mort de la Reine de Dannemarx Il fut conduit
à cette audience, ainsi qu'à celle de la Reine
par le Marquis de Verneuil, Introducteur des
Ambassa deurs.
Le Roi retourna le même jour au Château de
Bellevue.
Le même jour au matin, la Reine se trouva
un peu incommodée, & elle entendit la messe
dans son appartement. Heureusement l'indisposi-
tion de Sa Majesté n'a point eu de suite.
Madame Victoite a été attaquée d'un rhume
& d'un mal de gorge, mais cette Princesse, dès
le 19, a commencé à se mieux potter.
Le 21, le Roi prit le deuil pour trois semaines
à l'occasion de la mort de la Reine de Dan-
nemark.
Le vaisseau l'Auguste, appartenant à la Com-
pagnie des Indes, & qui étoit parti de l'Orient
le 15 Avril 1750, y est de retour depuis le 5 de
IV
202 MERCURE DE FRANCE.
ce mois. Ce Bâtiment étoit attendu beaucoup plu-
tôt, mais les mauvais tems qu'il a efsuié dans la-
route, l'ont obligé de relâcher à l'Isse de Fran-
ce, & ensuite à la Baye de tous les Saints, d'ou
il n'a pu temettre à la voile que le 20 du mois de
Septembre dernier.
Le Navire le Saint-Thomas, qui revient du-
Canada, & qui est entré dans le port de la Ro-
chelle, a eu son grand mâts emporté par un coup-
de vent.
L'Académie Royale des Sciences a élu en
qualité d'Adjoint Anatomiste, M. Lieuteaud,
Médecin de la Charité à Versailles, & ci-devant
Professeur d'Anatomie à Aix en Provence.
Le 20, les Actions de la Compagnie des Ind-
des étoient à dix huit cens trente-cinq livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quarante-cinq, & ceux de la seconde, à six censs
quarante cinque
Le 21, le Roi revint de Bellevue, à Versailles.
Sa Majesté se rendit le 24 au Château de Choi-
sy d'où elle revint le 26 au soir.
La santé de Madame Victoire est parfaite-
ment rétablie.
Leurs Majestés signerent le 24. le Contrat de
Mariage du Duc de Montmorency, & de Louise
Françoise Pauline de Montmorency-Luxembourg,
fille du Prince de Tingry.
M. de Massiac, & le Comte du Guay, Chefs-
d'Escadres des armées navales du Roi, ont été
nommés par Sa Majesté, à la place de feu M.
d'Orves, & de feu M. le Chevalier d'Epinay,
pour commander la marine, le premier à Tou-
lon, & le second à Brest.
L'Evêque de Riéz fut sacré le 23, dans la Cha--
pelle de l'Archevêché par l'Archevêque de Pa-
MARS.
1752.
203
tis, assisté des Evêques de Troyes & de Rhodez,
La Compagnie des Assurances, qui a chez M.
se Verrier, Notaire, le fond de six millions dé-
posés pour sureté des engagemens qu'elle prend
avec le Public, a maintenant vingt-six chambres
dans les différens Ports de France. Le grand
nombre d'affaires, qu'elle a faites depuis son inse
titution, pouve l'ntililité d'un établissement, qui
s'attire de plus en plus la confiance générale, &
qui a acquis une telle solidité, que la Compa-
gnie se trouve en état d'assurer en tems de guerre
comme en tems de paix-
Cette Compagnie a reçu avis que le Navire
le Lion, venant de l'Isse Royale, avoit eu le
malheur de périr le premier de ce mois, à la
pointe de Guibron, sur la cônte de Bretagne.
L'Académie Royale des Sciences ayant charge
des Commissaires, d'examiner une methode pro-
posée par M. Gaillard, pour fixer d'une maniere
invariable la situation, la sigure & l'étendue de
chaque corps d'héritages, ces Commissaires ont-
jugé que ladite methode, qui consiste principale-
ment à lever géometriquement les plans de cha-
que Seigneurie, & à les orienter suivant la ligne
Méridienne, seroit très- utile, si elle pouvoit être-
exécutée par tout avec la précision nécessaire.
Le 29, les Actions de la Compagnie des Indes
ctoient à dix- huit cens trente livres; les Billeus
de la premiere Loterie Royale à sept cens quinze
& ceux de la seconde, à six cens trente-huit.
Le Roi, qui étoit depuis le 29 à Trianon, en
rovint le 31.
L'Evêque de Glandeves fut sacré le 30 Janvier
dernier dans la Chapelle du Séminaire de Saint
Sulpioe par l'Eveque de Beauvais, assisté des Evô-
quos de Rhoduz & de Riez.
Ivi
204 MERCUREDEFRANCE.
Le 31, le Duc de Rohan-Rohan, Prince de
Soubize, fut recu au Parlement en qualité de Pair
de Franco. Il donna le même jour un repas
splendide, auquel tous les Ducs & Pairs, ainsi
que la Grande Chambre, furent invités, & qui
fut servi sur deux tables, chacune de cinquan-
te couverts. Le soir, l'intérieur de l'Hôtel de Sou-
bize fut illuminé avec autant de goût que de
magnificence.
Le preinier Février, le Roi accompagné par
le Chevaliers, Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint-Esprit, assista dans la Chapelle
du Château au service, qui fut célebré pour le
repos des ames des Chevaliers morts pendaut
de cours de l'année derniere L'Archevêque de
Rouen, Prélat, Commandeur de l'Ordre, y
officia pontificalement.
Le même jour, la Reine communia par les
mains de M. l'Abbé Gouyon-Launay Comats
son Aumônier en quartier. Madame la Dauphi-
ne communia par celles de l'Evêque de Bayeux,
son premier Aumônier.
Le 2, Fête de la Purification de la Sainte
Vierge, les Chevaliers Comiandeurs & Officiers
de l'Ordre du Saint Esprit, s'étant assemblés vers
les onze heures du matin dans le Cabinet du
Roi, Sa Majestè tint un Chapitre, & nomma Che-
valier, le Comte de Brionne, Grand-Ecuyer de
France. L'information des vie & moeurs, & la
profession de soi du Prince de Condé, qui avoit
été proposé le premier du mois derniet pour être
Chevalier, ayant été admises dans le même Cha-
pitre, ce Prince fut introduit dans le Cabinet du
Roi, & recu Chevalier de l'Ordre de Saint Mi-
chel. Le Roi sortit ensuite de son appartement,
pour aller à la Chapelle. Sa Majesté, devant la-
201
MARS. 1752.
quelle les deux Huissiers de la Chambre portoient
leurs masses, étoit en manteau, le colier de l'Or-
dre par dessus, ainsi que celui de l'Ordre de la
Toison d'ot. Elle étoit précédée de Monseigneur
le Dauphin, du Comte de Chaiolois, du Comte
de Clermont, du Prince de Conty, du Comte
de la Marche, du Prince de Dombes, du Comte
d'Eu, du Duc de Penthievre & des Chevaliers
Commandeurs & Officiers de l'Ordre. Le Prince
de Condé en habit de Novice, marchoit entre
les Chevaliers & les Officiers. Le Roi assista à la
bénédiction des cierges, & à la procession qui se
fit autour de la Chapelle. Après la Grande-Mes-
se, célebrée par l'Archevêque de Rouen, Sa
Majesté monta à son trône, & le Prince de Condé
fut recu Chevalier, ayant pour Parains Monsei-
gneur le Dauphin & le Comte de Clermont,
Prince du Sang. Cette cérémonie étant finie, le
Roi fut reconduit à son appartement en la manie-
re accoutumée.
L'après-midi, le Roi & la Reine, accompa-
gnés de Monseigneur le Dauphin, de Madame
la Dauphine; & de Mesdames de France, en-
tendirent le Sermon du Pere Dumas, de la Com-
pagnie de Jesus. Ensuite Leurs Majestés assiste-
rent aux Vêpres & au Salut, chantés par la Musi-
que, ausquels l'Abbé Gergois, Chapelain ordi-
naire de la Chapelle de musique, officia.
Plusicurs Gazettes Etrangeres ont publié sans
fondement, que le Prince d'Anhalt-Zerbst étoit
mort en Allemagne. Ce Prince est encore actuel-
lement à Paris, où il jouit d'une parfaite santé.
Le 3, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente deux livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quinze, & ceux de la seconde, à six cens quaran,
te- cinq.
rO6 MERCURE DEFRANCE.
Le même jour Madame Henriette, étant allée
avec Monseigneur le Dauphin & Mesdames Ade
delaide, Victoire, Sophie & Louise, voir le Roi
à Triinon, s'y trouva indisposée. Cette Princesse
eut la nuit une fiévre violente, qui se soutint avec
la même force pendant trente six heures. Le 5 à
sept heures du matin, les ardeurs de la fiévre se
calmerent, & Madame Henriette dormit jusqu'à
dix heures & demie. Un redoublement, qui sur-
vint, & qui fut accompagné d'une fréquente
toux, détermina les Médecins à faire saigner
cette Princesse. La fiévre & la toux ne diminuant
point, Madame Henriette fut faignée à minuir
pour la seconde fois, & le 7 au matin pour la
troisième. Pendant la nuit du 7 au 8, Madame
Henriette fut plus tranquille. Elle eut le 8 à deux
heures après-midi un redoublement, & comme
il ne dura que jusqu'à quatre heures du soir, on
conçut quelqu'espérance; la joie qu'avoit causée
ce changement savorable, n'a pas été de longue
durée. La fievre redoubla tellement la nuit du 8
au 9, que le 9, à onze heures du matin, les Mé-
decins ordonnerent une saignée du pied: Mada-
me Henriette, dont l'état de moment en mo-
ment devenoit plus dangereux, demanda le Viai
tique, & il lui fut administré par l'Evêque de
Meaux, premier Aumônier de cette Princesse &
de Madame Adelaide. Le Roi qui étoit revenu le
4. de Trianon, assista, ainsi que la Reine, Mon-
seigneur le Dauphin & Mesdames Adelaide, Vic-
toire & Louise, à cette triste cerémonie. La nuit
du 9 au 10 a été plus fâcheuse encore que les pré-
dentes. Le 10 au matin Madame Henriette a peri-
du toute connoissance, & elle est mortę le mêmè
jour vers une heure: & demie après midi. Cette
Mincesse qui se nommoit Anne-Heurietie, étois
1752.
MARS.
207
Agée de vingt quatre ans, cinq mois & vingt-
sept jours, étant née le 14 Août 1719, Son extrê-
me affabilité, son humeur bienfaisante, & les au-
tres vertus qui formoient son caractere, lui atti-
roient l'affection & le respect de toutes les per-
sonnes qui avoient l'honneur de l'approcheri-
Leurs Majestés & la Eamille Royale sont dans la-
plus grande affliction, & la Cour & la Ville par-
tagent leur plus juste douleur.
Le 8 Janvier, le Roi partit pour le Châ[t]eau
de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 12
avec Mesdames de France qui s'y étoient ren-
dues le 11.
Le 11, Monseigneur le Dauphin alla y diner
avec le Roi.
Jusqu'au 29 Février dernier, inclusivement,
les porteurs de Billets signés pour la Compagnie
des Indes par M. Pechevin, ont été reçus à les
faire convertir en reconnoissance d'un nouvel
emprunt, où en promesse de passer contrat, qui
porteront intérêt du jour de l'échéance desdits
Billets. Après ce terme, la Compagnie des In-
des remboursera ces mêmes Billets à leur
échéance.
On a ouvert le 10 Janvier, à la caisse de la
Compagnie des Assurances, établie dans cette
Capitale, le payement des dividendes à cinq pour
cent, qui sont dus pour l'année derniere aux
Porteurs de reconoissances d'intétét de ceite
Compagnie.
Le 7, on commença le quatrième Tirage de la
seconde Loterie Royale. Le principal lot de ce
tirage est échu au numero2416; le second lot au
Numero 33176, & la premiere Prime au Nu-
mero 27829.
Le 13, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente-lept, les Billets
de la premier Lotterie Royale à sept cens vingt-
MARS. 1752.
201
lix, & ceux de la seconde, à six cens soixan-
te-six.
Le 13, le Roi alla à Trianon. Sa Majesté re-
vint à Versailles l'après midi, & fit une prome-
nade en traîneaux au tour du Parc. Le Roi étoit
dans le premier avec Madame Henriette. Dans
le second étoit Monseigneur le Dauphin avec
Madame Adelaide: Madame Sophie, & Mada-
me Louise étoient dans le troisième. Il y avoit
un grand nombre d'autres traîneaux pour les Sei-
gneurs & les Dames de la Cour.
Sa Majesté partit le 15 pour le Château de
Bellevue, d'où elle revint le 19.
Le 18 , M. de Reventlau, Envoyé Extraordi-
naire du Roi de Dannemarx, eut en long man-
teau de deuil, une audience particuliere du Roi,
dans laquelle il donna part à Sa Majesté de la
mort de la Reine de Dannemarx Il fut conduit
à cette audience, ainsi qu'à celle de la Reine
par le Marquis de Verneuil, Introducteur des
Ambassa deurs.
Le Roi retourna le même jour au Château de
Bellevue.
Le même jour au matin, la Reine se trouva
un peu incommodée, & elle entendit la messe
dans son appartement. Heureusement l'indisposi-
tion de Sa Majesté n'a point eu de suite.
Madame Victoite a été attaquée d'un rhume
& d'un mal de gorge, mais cette Princesse, dès
le 19, a commencé à se mieux potter.
Le 21, le Roi prit le deuil pour trois semaines
à l'occasion de la mort de la Reine de Dan-
nemark.
Le vaisseau l'Auguste, appartenant à la Com-
pagnie des Indes, & qui étoit parti de l'Orient
le 15 Avril 1750, y est de retour depuis le 5 de
IV
202 MERCURE DE FRANCE.
ce mois. Ce Bâtiment étoit attendu beaucoup plu-
tôt, mais les mauvais tems qu'il a efsuié dans la-
route, l'ont obligé de relâcher à l'Isse de Fran-
ce, & ensuite à la Baye de tous les Saints, d'ou
il n'a pu temettre à la voile que le 20 du mois de
Septembre dernier.
Le Navire le Saint-Thomas, qui revient du-
Canada, & qui est entré dans le port de la Ro-
chelle, a eu son grand mâts emporté par un coup-
de vent.
L'Académie Royale des Sciences a élu en
qualité d'Adjoint Anatomiste, M. Lieuteaud,
Médecin de la Charité à Versailles, & ci-devant
Professeur d'Anatomie à Aix en Provence.
Le 20, les Actions de la Compagnie des Ind-
des étoient à dix huit cens trente-cinq livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quarante-cinq, & ceux de la seconde, à six censs
quarante cinque
Le 21, le Roi revint de Bellevue, à Versailles.
Sa Majesté se rendit le 24 au Château de Choi-
sy d'où elle revint le 26 au soir.
La santé de Madame Victoire est parfaite-
ment rétablie.
Leurs Majestés signerent le 24. le Contrat de
Mariage du Duc de Montmorency, & de Louise
Françoise Pauline de Montmorency-Luxembourg,
fille du Prince de Tingry.
M. de Massiac, & le Comte du Guay, Chefs-
d'Escadres des armées navales du Roi, ont été
nommés par Sa Majesté, à la place de feu M.
d'Orves, & de feu M. le Chevalier d'Epinay,
pour commander la marine, le premier à Tou-
lon, & le second à Brest.
L'Evêque de Riéz fut sacré le 23, dans la Cha--
pelle de l'Archevêché par l'Archevêque de Pa-
MARS.
1752.
203
tis, assisté des Evêques de Troyes & de Rhodez,
La Compagnie des Assurances, qui a chez M.
se Verrier, Notaire, le fond de six millions dé-
posés pour sureté des engagemens qu'elle prend
avec le Public, a maintenant vingt-six chambres
dans les différens Ports de France. Le grand
nombre d'affaires, qu'elle a faites depuis son inse
titution, pouve l'ntililité d'un établissement, qui
s'attire de plus en plus la confiance générale, &
qui a acquis une telle solidité, que la Compa-
gnie se trouve en état d'assurer en tems de guerre
comme en tems de paix-
Cette Compagnie a reçu avis que le Navire
le Lion, venant de l'Isse Royale, avoit eu le
malheur de périr le premier de ce mois, à la
pointe de Guibron, sur la cônte de Bretagne.
L'Académie Royale des Sciences ayant charge
des Commissaires, d'examiner une methode pro-
posée par M. Gaillard, pour fixer d'une maniere
invariable la situation, la sigure & l'étendue de
chaque corps d'héritages, ces Commissaires ont-
jugé que ladite methode, qui consiste principale-
ment à lever géometriquement les plans de cha-
que Seigneurie, & à les orienter suivant la ligne
Méridienne, seroit très- utile, si elle pouvoit être-
exécutée par tout avec la précision nécessaire.
Le 29, les Actions de la Compagnie des Indes
ctoient à dix- huit cens trente livres; les Billeus
de la premiere Loterie Royale à sept cens quinze
& ceux de la seconde, à six cens trente-huit.
Le Roi, qui étoit depuis le 29 à Trianon, en
rovint le 31.
L'Evêque de Glandeves fut sacré le 30 Janvier
dernier dans la Chapelle du Séminaire de Saint
Sulpioe par l'Eveque de Beauvais, assisté des Evô-
quos de Rhoduz & de Riez.
Ivi
204 MERCUREDEFRANCE.
Le 31, le Duc de Rohan-Rohan, Prince de
Soubize, fut recu au Parlement en qualité de Pair
de Franco. Il donna le même jour un repas
splendide, auquel tous les Ducs & Pairs, ainsi
que la Grande Chambre, furent invités, & qui
fut servi sur deux tables, chacune de cinquan-
te couverts. Le soir, l'intérieur de l'Hôtel de Sou-
bize fut illuminé avec autant de goût que de
magnificence.
Le preinier Février, le Roi accompagné par
le Chevaliers, Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint-Esprit, assista dans la Chapelle
du Château au service, qui fut célebré pour le
repos des ames des Chevaliers morts pendaut
de cours de l'année derniere L'Archevêque de
Rouen, Prélat, Commandeur de l'Ordre, y
officia pontificalement.
Le même jour, la Reine communia par les
mains de M. l'Abbé Gouyon-Launay Comats
son Aumônier en quartier. Madame la Dauphi-
ne communia par celles de l'Evêque de Bayeux,
son premier Aumônier.
Le 2, Fête de la Purification de la Sainte
Vierge, les Chevaliers Comiandeurs & Officiers
de l'Ordre du Saint Esprit, s'étant assemblés vers
les onze heures du matin dans le Cabinet du
Roi, Sa Majestè tint un Chapitre, & nomma Che-
valier, le Comte de Brionne, Grand-Ecuyer de
France. L'information des vie & moeurs, & la
profession de soi du Prince de Condé, qui avoit
été proposé le premier du mois derniet pour être
Chevalier, ayant été admises dans le même Cha-
pitre, ce Prince fut introduit dans le Cabinet du
Roi, & recu Chevalier de l'Ordre de Saint Mi-
chel. Le Roi sortit ensuite de son appartement,
pour aller à la Chapelle. Sa Majesté, devant la-
201
MARS. 1752.
quelle les deux Huissiers de la Chambre portoient
leurs masses, étoit en manteau, le colier de l'Or-
dre par dessus, ainsi que celui de l'Ordre de la
Toison d'ot. Elle étoit précédée de Monseigneur
le Dauphin, du Comte de Chaiolois, du Comte
de Clermont, du Prince de Conty, du Comte
de la Marche, du Prince de Dombes, du Comte
d'Eu, du Duc de Penthievre & des Chevaliers
Commandeurs & Officiers de l'Ordre. Le Prince
de Condé en habit de Novice, marchoit entre
les Chevaliers & les Officiers. Le Roi assista à la
bénédiction des cierges, & à la procession qui se
fit autour de la Chapelle. Après la Grande-Mes-
se, célebrée par l'Archevêque de Rouen, Sa
Majesté monta à son trône, & le Prince de Condé
fut recu Chevalier, ayant pour Parains Monsei-
gneur le Dauphin & le Comte de Clermont,
Prince du Sang. Cette cérémonie étant finie, le
Roi fut reconduit à son appartement en la manie-
re accoutumée.
L'après-midi, le Roi & la Reine, accompa-
gnés de Monseigneur le Dauphin, de Madame
la Dauphine; & de Mesdames de France, en-
tendirent le Sermon du Pere Dumas, de la Com-
pagnie de Jesus. Ensuite Leurs Majestés assiste-
rent aux Vêpres & au Salut, chantés par la Musi-
que, ausquels l'Abbé Gergois, Chapelain ordi-
naire de la Chapelle de musique, officia.
Plusicurs Gazettes Etrangeres ont publié sans
fondement, que le Prince d'Anhalt-Zerbst étoit
mort en Allemagne. Ce Prince est encore actuel-
lement à Paris, où il jouit d'une parfaite santé.
Le 3, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente deux livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quinze, & ceux de la seconde, à six cens quaran,
te- cinq.
rO6 MERCURE DEFRANCE.
Le même jour Madame Henriette, étant allée
avec Monseigneur le Dauphin & Mesdames Ade
delaide, Victoire, Sophie & Louise, voir le Roi
à Triinon, s'y trouva indisposée. Cette Princesse
eut la nuit une fiévre violente, qui se soutint avec
la même force pendant trente six heures. Le 5 à
sept heures du matin, les ardeurs de la fiévre se
calmerent, & Madame Henriette dormit jusqu'à
dix heures & demie. Un redoublement, qui sur-
vint, & qui fut accompagné d'une fréquente
toux, détermina les Médecins à faire saigner
cette Princesse. La fiévre & la toux ne diminuant
point, Madame Henriette fut faignée à minuir
pour la seconde fois, & le 7 au matin pour la
troisième. Pendant la nuit du 7 au 8, Madame
Henriette fut plus tranquille. Elle eut le 8 à deux
heures après-midi un redoublement, & comme
il ne dura que jusqu'à quatre heures du soir, on
conçut quelqu'espérance; la joie qu'avoit causée
ce changement savorable, n'a pas été de longue
durée. La fievre redoubla tellement la nuit du 8
au 9, que le 9, à onze heures du matin, les Mé-
decins ordonnerent une saignée du pied: Mada-
me Henriette, dont l'état de moment en mo-
ment devenoit plus dangereux, demanda le Viai
tique, & il lui fut administré par l'Evêque de
Meaux, premier Aumônier de cette Princesse &
de Madame Adelaide. Le Roi qui étoit revenu le
4. de Trianon, assista, ainsi que la Reine, Mon-
seigneur le Dauphin & Mesdames Adelaide, Vic-
toire & Louise, à cette triste cerémonie. La nuit
du 9 au 10 a été plus fâcheuse encore que les pré-
dentes. Le 10 au matin Madame Henriette a peri-
du toute connoissance, & elle est mortę le mêmè
jour vers une heure: & demie après midi. Cette
Mincesse qui se nommoit Anne-Heurietie, étois
1752.
MARS.
207
Agée de vingt quatre ans, cinq mois & vingt-
sept jours, étant née le 14 Août 1719, Son extrê-
me affabilité, son humeur bienfaisante, & les au-
tres vertus qui formoient son caractere, lui atti-
roient l'affection & le respect de toutes les per-
sonnes qui avoient l'honneur de l'approcheri-
Leurs Majestés & la Eamille Royale sont dans la-
plus grande affliction, & la Cour & la Ville par-
tagent leur plus juste douleur.
Fermer
Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Du 8 au 12 janvier, le roi séjourna au château de Choisy avec Mesdames de France. Le 11 janvier, le Dauphin dîna avec lui. Entre le 10 janvier et le 29 février, les porteurs de billets de la Compagnie des Indes purent les convertir en reconnaissance d'un nouvel emprunt ou en promesse de contrat, après quoi la Compagnie remboursa ces billets à leur échéance. Le 10 janvier, la caisse de la Compagnie des Assurances ouvrit le paiement des dividendes à cinq pour cent pour l'année précédente. Le 7 janvier, le quatrième tirage de la seconde Loterie Royale débuta, avec des lots attribués aux numéros 2416, 33176 et 27829. Le 13 janvier, les actions de la Compagnie des Indes étaient à 1830 livres, les billets de la première Loterie Royale à 720 livres et ceux de la seconde à 666 livres. Le roi se rendit à Trianon le 13 janvier et fit une promenade en traîneaux avec plusieurs membres de la famille royale. Du 15 au 19 janvier, il séjourna au château de Bellevue. Le 18 janvier, M. de Reventlau, envoyé du roi de Danemark, informa le roi de la mort de la reine de Danemark. Le roi prit le deuil pour trois semaines à cette occasion. Le vaisseau l'Auguste, appartenant à la Compagnie des Indes, revint à l'Orient après un retard dû au mauvais temps. Le navire le Saint-Thomas, revenant du Canada, perdit son grand mât dans un coup de vent. Le 31 janvier, l'évêque de Glandeves fut sacré par l'évêque de Beauvais. Le duc de Rohan-Rohan fut reçu au Parlement en tant que pair de France et organisa un repas somptueux. Le 1er février, le roi assista à un service pour les âmes des chevaliers décédés de l'Ordre du Saint-Esprit. Le 2 février, le roi nomma le comte de Brionne chevalier et reçut le prince de Condé dans l'Ordre du Saint-Michel. Madame Henriette, sœur du roi, tomba malade après une visite à Trianon et mourut le 10 février à l'âge de 24 ans, plongeant la cour et la ville dans une grande affliction.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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377
p. 215
AVIS
Début :
Mlle. Collet ; annoncée dans le premier Volume de Décembre 1751 pour la Pommade de sa [...]
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texteReconnaissance textuelle : AVIS
AVIS
Mlle. Collet ; annoncée dans le premier Volume
de Décembre 1751 pour la Pommade de sa
composition, pour la guérison des Hémoroides
tant internes qu'externes, demeure à présent rue
des petits Champs, vis- à-vis la petite porte S. Ho-
noré, chez M. Jolivet, Md. Papetier, à l'enseigne
de l'Esperance.
Mlle. Collet ; annoncée dans le premier Volume
de Décembre 1751 pour la Pommade de sa
composition, pour la guérison des Hémoroides
tant internes qu'externes, demeure à présent rue
des petits Champs, vis- à-vis la petite porte S. Ho-
noré, chez M. Jolivet, Md. Papetier, à l'enseigne
de l'Esperance.
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378
p. 31-48
MEMOIRE Adressé a l'Auteur du Mercure par l'Inventeur du Lithotome caché.
Début :
L'ANONYME qui a proposé le Lithotome caché ci-devant dans plusieurs [...]
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texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE Adressé a l'Auteur du Mercure par l'Inventeur du Lithotome caché.
MEMOIRE
Adressé a l'Auteur du Mercure par
l'Inventeur du Lithotome caché.
L'ANONYME qui a proposé le Lithotome
caché ci-devant dans plusieurs
occasions pour l'opération de la taille,
ayant promis aussi dans le Recueil* qu'il
a publié de toutes les pièces concernant
l'avantage de cet insttument pour la tail-
le, qu' il instruiroit le Public des évene-
mens & des progrès qui parviendroient
à sa connoissance fur cette matiere,
donne ici la seconde Liste des Malades
qui ont été taillés, depuis la pre-
miere qu'il a publiée dans le Mercure
de France 1751.
1. Le fils de Maître Pavillon, Mar-
chand Bonnetier à Ligny en Barois
Province de Lorraine, âgé de cinq ans
a été taillé le 10. Mars 1751, &
gueri.
2. Le fils de Maître Noel, Marchand
* Page 98. ce Recueil se vend chez d'Hloury
fils, Libraire, tue de la Bouclerie, à Paris.
B iiij
Digirzes beOO
32 MERCURE DEFRANCE.
Pelletier à Ligny en Barois, âgé d'en-
viron cinq ans, a été taillé le 10. du
mois d'Avril 1751, & gueri.
3. M. Desert, Prêtre, on n'a point
marqué son âge, natif du Bourg de Void,
à 3. lieues de Ligny en Barois, a été,
taillé au même lieu le 26. du mois de
Mai 1751. Ce malade se trouva gueri
de son opération vers le huitième jouc
après : Le Chirurgien lui ayant permis de
se levet, il passa & demeura plusieurs
heures dans une chambre froide & hu-
mide; ce séjour lui donna un frisson qui
fut suivi de plusieurs autres qui dégéné-
rerent en fluxion de poitrine avec cra-
chement de sang, ce qui le conduisit au
tombeau en 6. ou 7. jours, malgré tous
les secours qu'on y apporta. La mort de
ce malade n'a aucune relation à son opé-
ration, dont il étoit déja gueri & cicatri-
sé, suivant le certificat du Chirurgien
qui avoit été chargé de son pansement.
4. Clande Morillot âgé de 13. ans,
Habitant natif du Village de Naix, à
quelques lieues de Ligny en Barois.
Charles l'Héricot âgé de 5. ans,
du Village de Vélaine', près Ligny en
Parois.
6°. Antoine Dusau de la Ville de Li-
gny en Barois, (l'âge de celui-ci n'est
MAI.
1752.
33.
point marqué) ont été taillés tous les
trois le 13. Juillet 1751. à Ligny, &
gueris.
7°. Marguerite Bertrand âgée de dix
ans, fille de Mr. Bertrand, Chapelier
à Ligny en Barois, a été taillée le 10.
du mois d'Août, & guerie aussi Ces 7.
ont été taillés par M. Cambone, Chirur-
gien major du Regiment de Caraman
Dragons; cet habile Chirurgien est pré-
sentement à la suite de son Regiment.
8°. Bernard Christophe âgé de 4. ans,
fils de Jean Christophe, Brasseur à- Saint
Michel ou Saint Miel en Lorraine, a été-
taillé le 28. Août 1751. par Monsieur
Dezoteux, Chirurgien major du Regiment
du Monstier Cavalerie, en garnison au-
même endroit.
Tous ces huit ont été taillés dans la
situation horisontale, prescrite dans le
Recueil ci dessus, chez d'Houry 1751.
9. Maurice Lavillier, âgé de 15. ans,
a été taillé le 20. Mai 1751, dans l'Hô-
pital de la Charité à Paris, & fut gueri
en huit jours par M. Lesne, Substitut
du Chirurgien major du même Hôpital:
Ce célebre Chirurgien assûre dans une
lertre qu'ilnous a fait l'honneur de nous
ecrire sur ce sujet, qu'il se détermina à
se servir du Lithotome caché; pour sa-
Bv.
34 MERCURE DEFRANCE.
tisfaire au desir de M. de la Martiniere,
premier Chirurgien du Roi, qui étoit
présent, & qui avoit conçu beaucoup d'es-
time pour cet Instrument aussi-bien que
lui-même.
10°. M. Lesne tailla encore quelques
jours après dans le même Hôpital Mre.
Nicolas Cuquias Curé de Saint Maurice
au Diocèse de Sens, âgé de 60. ans. Ce
malade mourut dix-huit jours après son
opération. M. Lesne marque dans sa lettre
citée ci-dessus, que la pierre qu'il tira,
étoit d'un volume considérable, que néan-
moins il la tira aisément. Ce malade eut
pour accident une hemoragie produite
par une branche de la honteuse interne
plus grosse dans ce sujet qu'elle ne se
trouve ordinairement. La cause de sa
mort ne fut cependant qu'un gros rhûme
avec beaucoup de fièvre qui lui survint
neuf jours après l'opération. M. Lesne ou-
vrit son Cadavre, & reconnut par le
mauvais état du Poumon, qu'il étoit mort
d'une fluxion de Poitrine; n'ayant rien
trouvé du côté de l'opération, qui ne fût
en très-bon état. Quoiqu'il en soit, ajoûte
M. Lesne dans sa lettre citée ci-dessus,
cet evenement ne diminue rien en moi de
ta bonne opinion que pai du Lithotome ta-
che.
MAI. 1752.
35.
11°. Baptiste Forêt, âgé de 18. ans,
du Pays de Bresse, a eté taillé à l'Hô-
tel-Dieu de Lyon, dans le mois de Mai
1751. & gueri.
12. Joseph Perset âgé de 28. ans,
du Village de Brignais dans le Lyonnois
a été taillé dans le mois de Mai, à l'Hô-
tel-Dieu de Lyon. Cette opération fut
fuivie d'une grande hémoragie que le
Chirurgien attribue à la section d'une
artere qu'il nomme Bulbo caverneuse. Il
fit usage des moyens qui lui étoient con-
nus pour s'opposer à cet accident; mais
ces moyens ne lui ayant point reussi,
il eut recous au Bourdonnet trempé dans
le bûcre d'Antimoine qu'il porta sur le
vaisseau ouvert, à la faveur de la goû-
tiere d'un gorgeret; cet expédient lui
téussit; mais il causa des accidens qui pen-
ferent faire perir le malade, tels qu une
grande inflammation, hoquet, délire,
& c Ce malade néanmoins surmonta tout,
& sortit de l'Hôtel-Dieu en bonne santé
excepté que sa playe resta fistuleuse. M.
Ponteau Chirurgien major de la Maison,
qui a taillé aussi le précédent, & qui jouit
à Lyon d'une grande réputation, ajoûte
dans un détail qu'il nous en a donné
par une lettre, qu'il lui est arrivé pa-
reille hémoragie dans plusieurs autres oc-
B. vi
Digisteres vOO
36 MERCURE DE FRANCE.
casions, par sa méthode particuliere,
qu'il les avoit arrêtées par le même re-
mede, sans que les malades fussent res-
tés fistuleux, & qu'il n attribue cet ac-
cident, dans le cas dont il s'agit, qu'aux
aspérités fort longues, dont la surface
d'une grosse pierre qu'il lui tira étoit hé-
rissée; qu'au surplus, il n'attribue point
l'accident de l'hémoragie comme propre
au Lithotome caché dont il s'est servi,
parce qu'elle lui est arrivée de même d'au-
trefois pat une autre méthode.
13. Ce même Chirurgien a taillé dans
le mois de Septembre suivant dans le mê-
me Hôtel-Dieu, la fille d'un Pêcheur
de Mâcon, âgée de 12. ans, & guerie
aussi.
14. Nicolas Buzé âgé de 22. ans, a
été taillé à Reims le 15. du mois de Juin
1751, par M. Muzeux, Lieutenant du
premier Chirurgien du Roi, & Chirur-
gien major de l'Hôtel-Dieu de la même
Ville; cet habile Chirurgien affure que,
quoique ce malade fût d'un fort mauvais
temperamment, il est parfaitement gueri
sans aucun accident.
15°. M. Muzeux a encore taillé le 4.
du mois de Janvier 1752, dans la mê-
me Ville de Reims, lo nommé Herbé,
Jardinior, âgé de 28. ans, souffrant de-
MAI.
1752.
37
puis 20, ans; la pierre étoit fort grosse;
le malade a été gueri dans 23. jours, mal-
gré l'état d'astrophie, où les excessives
douleurs l'avoient réduit. On voit par cet
Article, que le choix des saisons n est pas
nécessaire à cette méthode, on n'a point
marqué dans quelle situation on a taillé
ces sept derniers.
16°. Denis Fleuret âgé de 25. ans, a
été taillé chez lui, au Village de Bessan-
court, dans la Vallée d'Anguin, le 21.
du mois de Mai 1751.
17. Agnan Petit, Vigneron, âgé de
42. aus, a été taillé le 20. du mois d'Oc-
tobre 1751, à Villiers dans la Brie, à
une lieue de Saint Maur, & parfaite-
ment gueri sans aucun accident ni pan-
sement.
18°. Le fils de Louis Cordier, Vi-
gneron au Village d'Anery près Pontoise,
agé de onze ans, a été taillé le 13. du
mois de Septembre 1751. gueri sans au-
cun pansement ni accident.
19. Le fils de François Tellier, du-
Village d'Orimaux, à trois lieues d'Amiens-
en Picardie, âgé de six ans, a été taillé
au Fauxbourg de Laumône à Pontoise
le 13. Septembre 1751, gueri sans pan-
tement ni accident. Il fut en état de re-
Digires bOO
38 MERCURE DE FRANCE.
tourner dans son Pays le 29. du même
mois.
20. Tartarin, Vigneron au Bourg d'Ar-
genteuil près Paris, âgé de 52. ans, a été
taillé le 5 du mois de Novembre 1751,
gueri sans pansenient ni accident.
21. Le fils d'Angot, Vigneron au
Bourg d'Argenteuil, agé de 4. ans, a
été taillé le 15. de Mars 1751, & gueri
sans aucun pansement ni accident.
220. Le fils de Demay, Vigneron au
Village d'Auvers près Pontoise, âgé de
23. ans, a été taillé le 3. du mois de
Février 1752. gueri.
23°. Le fils de Philipes Jupin, Vigne-
ron au Faubourg Notre- Dame à Pon-
toise, âgé de 4. ans, a été taillé le 4.
du mois de Février 1752, & gueri sans,
pansement ni accident.
Ces huit derniers ont tous été taillés-
dans la situation horisontale.
Nous observons encore ici qu'outre
les huit derniers de cette Liste qui sont
bien gueris sans aucun pansement, il y
en a aussi cinq dans la premiere Liste,,
qui a été publiée dans le Journal des Sça-
vans du mois de Janvier 1751, qui étoient
gueris sans aucun pansement. Voyez les-
NS. L. 2. 3. 5. & 6. de cette Liste,
MAI.
1752. | 39
Elle se trouve aussi dans le Mercure de
Février de la même année; ce qui fait
en tout le nombre de treixe.
Dans la Liste du Mercure ci-dessus,
on y indiqua aussi les Chirurgiens de dif-
férens endroits qui se servent du Litho-
tome caché; il ny avoit pour Paris en-
core alors que M. la Roche, mais M.
Lesne en a augmenté le nombre.
Nous ajoûtons pour la Ville d'Angers,
Messieurs Mopilliers qui sont deux fre-
res d'un grand mérite, tant pour la taillo
que pour toutes les autres opérations de
la Chirurgie les plus délicates, & les plus
difficiles.
Le même Anonyme qui a fourni ces
deux Listes, s'est engagé dans la première,
Journal des Sçavans, Janvier 1751,
pag. 42. in.4. qu'il donneroit des Ob-
servations dans la suite, pour prouver
qu'il étoit plus avantageux de ne point
panser les malades opérés avec le Litho-
tome caché, que de les panser. Voicy
ses Observations.
On doit considérer l'opération de la
taille faite avec le Lithotome ci-dessus,
comme une playe simple aussi-tôt après
Pextraction de la pierre hors de la vessie;
ainsi cette playe n'a plus d'autre indica-
ton curative que celle de la réunion.
40 MERCURE DEERANCE.
Ce Principe incontestable une fors
établi, on va prouver par plusieurs faits
& par quelques courtes réflexions, qu'il.
qu'il n'est pas nécessaire de panser la
playe des malades qu'on a taillés avec.
le Lithotome caché; mais même que le
pansement s'oppose à leur guerison. Voi-
ci les faits.
Un Chirurgien s'étant transporté à la-
campagne pour y tailler trois malades à
un mois ou environ de distance les uns
des autres, à des lieux différens, ne pou-
vant panser par lui-même ses malades,
fut obligé d'en remettre le soin au Chi-
rurgien du lieu le plus voisin de chaque
malade. Ces trois malades furent pansés
par un Chirurgien différent chacun; &
tous les. trois furent près de deux mois
sans être finis de guerir, quoiqu'il ny
eût eû aucun accident à la suite de l'opé-
ration: on suivoit pour les pansemens,
la maniere ordinaire avec le double T.
Plumaceau garni de supuratif, Compres-
ses unissantos, & les Chirurgiens rendoient
compte chacun de leur côté par lettres à
celui qui avoit taillé les malades, & sui-
voient exactement ce qu'il leur prescri-
voit par ses réponses; malgré l'exactitude
dont on usoit de part & d'autre, la fin
de la guerison n arrivoit point, & Lun-
MAI.
1752. 41
des trois fut plus de deux mois avant
d'être entierement gueri.
Ces évenemens qui par leur longueur
étoient devenus fatiguans & desagréables
pour le Chirurgien qui avoit taillé les
malades, d'autant plus qu'ils étoient tous
pauvres, & hors d'état de subvenir aux
besoins les plus essentiels, le porterent
à refléchir sur ce qui pouvoit être la vé-
ritable cause qui avoit ainsi retardé la
guerison de ses malades.
Il imagina que le séjour seul des uri-
nes dans tout le trajet de la playe pou-
voit fort bien produire cet effet, & que
ce séjour étoit occasionné par l'appareil
qu'on mettoit sur la playe, qui soutenu
pat le bandage ordinaire, retenoit toujours
une partie de l'urine dans cette playe; que
cette urine retenue délayoit par son séjour
la viscosité des sucs nourriciers qui étoient
destinés à la réunion de la playe.
Cette idée sur le mauvais effet du sé-
jour des urines dans la playe de la tail-
le se fortifia encore en lui, en se rap-
pellant qu'il avoit vû autrefois en tra-
vaillant à l'Hôtel-Dieu de Paris, qu'il
s'y rencontroit des malades après l'opéra-
tion de la taille, dont les urines étoient
si âcres, qu'elles excorioient les bords de
la playe, les environs, & même tout son
Digires baOO
42 MERCUREDE FRANCE.
trajet, jusques dans la vessie; que ces ma-
lades ne guerissant point à la suite de plu-
sieurs mois de pansement, quoique sou-
vent leur santé parût meilleure d'ailleurs,
on se détermina à abandonner la guerison
de leur playe à la nature seule, en cessant
de les panser: On voyoit ensuite les playes
de ces malades, après quelques jours d'a-
bandon, qui commençoient à devenis
mieux, & qui guerissoient peu à peu, &
souvent douze ou quinze jours suffisoient
pour terminer leur guerison.
Toutes ces réflexions lui ayant paru
bien fondées, lui firent prendre la résolu-
tion de ne point panser les malades qu'il
pouvoit avoir occasion de tailler dans la
suite. Enfin ces occasions s'étant présen-
tées, il exécuta fon projet, & il eut la
satisfaction de le voir reussir. Le premier
à qui il fit l'opération, fut gueri en moins
de vingt jours sans aucun pansement. Cet
heureux succès qui suivit le premier essai,
l'enhardit pour l'avenit; de sorte qu'il n'a
point hésité pour tenir la même conduite
sur treize de suite, sans égard aux saisons
ni aux différens âges; dans ce nombre il
y en a depuis deux ans & demi, jusqu'à
cinquante-deux ans, ainsi qu'on le
peut voir dans la Liste.
Les urines de tous ces malades sans
Digsiued vdO
MAI. 1752.
43
exception, ont cessé de passer par la playe
au-dessous du vingrième jour après l'opé-
ration, & même à la plupart au-dessous
du quinziéme.
Il est à propos de remarquer en passant
que les succès prompts & heureux de ces
treize malades, ne sçauroient être attri-
bués ni à l'exactitude des soins qu'on leur
donnoit, ni à leur opulence. Tous étoient
pauvres, mal couchés, & excepté quel-
ques uns, ils manquoient presque du né-
cessaire.
Aucun de tous ces malades na étê sai-
gné avant ni après l'opération. On ne s'est
point servi d'embrocation, ni de fomen-
tation; on les a seulement tous purgés,
excepré un qui ne l'a point été du tout:
la veille de l'opération on leur a aussi don-
né quelquefois des lavemens.
Le regime qu'on leur a fait obferver
pendant les deux ou trois premiers jours,
consistoit à boire beaucoup d'eau de grai-
ne de lin; & pour toute nourriture, une
eau legere avec le veau, dont ils prenoient
comme un bouillon ordinaire de quatre en
quatre heures. Après ces premiers jours,
on augmentoit peu-à-peu la force de ce
bouillon, & on diminuoit à proportion
la quantité de la boisson.
Après l'exposition simple qu'on vient
MeN VO
44 MERCURE DE FRANCE.
de mettre sous les yeux des Lecteurs, de
seize malades qui ont été taillés avec le
Lithotome cache par un seul Chirurgien,
nous croyons indispensable d'y ajoûter les
réflexions suivantes.
Tous les seize malades ont gueri sans au-
cun des accidens qui ont coutume d'arriver
dans la plûpart des autres méthodes ordi-
naires de tailler; mais les trois premiers ont
été seulement long-tems à guerir, & on
les pansoit: les treize derniers sont gueris-
promptement, on ne les a point pansés;
Iun de ces treizé a été taillé pour la fe-
conde fois, & est un des trois premiers
qui fut le plus long à guerir lorsqu'il fut
taillé la première fois. L'uniformité dans
la promptitude de la guérison de treize
malades de suite sans pansement, compa-
rée à celle de trois qui les ont précédés
avec pansement, ne peut être attribuée
au hazard: car si cela étoit, il n'y auroit
1 en dans la vie qu'on n'y dût rapporter.
Ils ont tous été opérés de la même façon,
tous ont été exempts d'accidens, mais
lè pansement seul y a mis de la différence;
donc que le pansement est plus con-
traire à la guerison qu'il n'y est néces-
saire.
Nous avons déja fait remarquer que
nous croyons que le séjour de l'urine dans
MAI.
1752.
45
de trajet de la playe, étoit la véritable
cause qui s'opposoit à sa réunion: Nous
ajoûrerons ici que nous considérons l'uri-
ne dans la playe de la taille, à titre de
corps étranger, mais plus ou moins nui-
sible, suivant qu'elle est plus ou moins
âcre. Suivant cette idée déja confirmée par
ce succès, nous ne faisons aucune diffi-
culté d'attribuer la longueur de la gueri-
son des trois premiers, aux seuls panse-
mens, & nous croyons en même tems
être autorisés à proposer cet exemple pour
regle de ne point panser.
Au surplus nous déclarons en même
tems que nous n'entendons point parler
des inconvéniens des pansemens à la suite
de l'opération de la taille, que de celle
qui se fait avec le Lithotome caché.
De plus nous estimons qu'indépendam-
ment d'un grand nombre d'inconvéniens
qui résultent des embarras de deux & quel-
quefois trois pansemens par chaque jour,
à la suite de cette opération, & dont
nous ne parlerons point ici; celui de re-
tenir toujours une partie des urines dans
le trajet de la playe, est le plus grand :
car la vessie, quoique malade, conserve
toujours l'urine pendant un certain tems
plus ou moins long, avant de l'expulser
au dehors, & quoique cette urine soit
46 MERCURE DE FRANCE.
obligée de passer par tout le trajet de la
playe, elle n'y séjourne cependant point,
si elle ne s'y trouve retenue.
Or c'est précisément ce que le pan-
sement qu'on a coutume de faire à cette
playe, fait en s'opposant directement à sa
sortie.
Outre cet inconvénient inévitable que
le pansement produit, il est encore la
cauie d'un autre qui mérite beaucoup d'at-
tention; c'est l'écartement que les urines
causent aux levres de la playe par la re-
sistance que l'appareil du pansement opose
à leur sortie, lorsque les ressorts de la
vessie les pousse au dehors. On conçoit
aisément que ce dernier accident ne peut
manquer d'atriver, lorsqu'on sçait que les
fluides font un effort égal en tous sens,
dans les capacités qui les compriment de
toute part.
De ces deux inconvéniens purement
méchaniques que les pansemens produi-
sent toujours, que n'arrivera-t. il pas tou-
tes les fois qu'ils se trouveront associés
avec un troisieme qui ne mérite pas moins
d'attention, & qui est souvent la vérita-
ble cause des fistules qui succedent à cette
opération: c'est l'âcreté & la corrosion
des urines qui rongent & ulcerent, non
seulement la playe, mais même toute la
MAI. 1752.
4
peau au dehors, pendant que l'appareil
des pansemens les y retient, ainsi que
nous l'avons déja remarqué dans les Hô-
pitaux.
Nous ajoûterons encore ici qu'il est
à présumer que dans toutes les méthodes
de tailler qui se pratiquent, par le col
de la vessie, on a eû pour but princi-
pal dans le pansement, de s'opposer à la
sortie de l'urine par la partie de la playe
qui regne depuis l'uretre jusqu au dehors,
en l'obligeant de reprendre sa route na-
turelle, & procurer par ce moyen, une
réunion plus prompte de cette partie de la
playe, que si l'urine avoit la liberté d'y
passer sans aucune resistance.
Nous ne nous attacherons point ici à
résoudre un problême qui est de sçavoir
s'il est aussi avantageux dans d'autres mé-
thodes que dans la nôtre, de faire effort
pour procurer promptement le passage des
urines par la voye ordinaire, en com-
primant la playe extérieure par un appa-
reil; & s'il n'est pas aussi dangereux de
retenir toujours par cette compression une
partie de l'urine, qui ne peut être expul-
sée dans le trajet de la playe, qui regne
depuis la vessie jusqu'à l'endroit de la
courbure de l'uretre où elle finit. Nous
nous bornerons à notre objet à cet égard,
48 MERCURE DE FRANCE.
puisqu'il est démontré par les preuves que
nous venons de donner, que dans celle
que l'on fait avec le Lithotome caché, il est
préférable de laisser libre l'écoulement des
urines par la playe chaque fois que la vel-
sie s'en décharge, afin que cette playe
demeure ensuite à sec, pendant l'inter-
valle d'un passage à l'autre.
La comparaison des trois premiers qui
ont été pansés, avec les treize qui ne l'ont
pas été, ne laisse rien à désirer sur ce
sujet.
Nous ne disons rien pour le cas où
la playe se trouveroit compliquée, aucun
de ces cas n'étant point arrivé encore
en notre présence: D'ailleurs ces com-
plications, quand elles se rencontrent
ne peuvent avoir rien qui ne soit com-
mun à toutes les méthodes de tailler;
ce qui a donné lieu aux grands Maîtres
de traiter ces cas à fond dans leurs Ou-
vrages.
Adressé a l'Auteur du Mercure par
l'Inventeur du Lithotome caché.
L'ANONYME qui a proposé le Lithotome
caché ci-devant dans plusieurs
occasions pour l'opération de la taille,
ayant promis aussi dans le Recueil* qu'il
a publié de toutes les pièces concernant
l'avantage de cet insttument pour la tail-
le, qu' il instruiroit le Public des évene-
mens & des progrès qui parviendroient
à sa connoissance fur cette matiere,
donne ici la seconde Liste des Malades
qui ont été taillés, depuis la pre-
miere qu'il a publiée dans le Mercure
de France 1751.
1. Le fils de Maître Pavillon, Mar-
chand Bonnetier à Ligny en Barois
Province de Lorraine, âgé de cinq ans
a été taillé le 10. Mars 1751, &
gueri.
2. Le fils de Maître Noel, Marchand
* Page 98. ce Recueil se vend chez d'Hloury
fils, Libraire, tue de la Bouclerie, à Paris.
B iiij
Digirzes beOO
32 MERCURE DEFRANCE.
Pelletier à Ligny en Barois, âgé d'en-
viron cinq ans, a été taillé le 10. du
mois d'Avril 1751, & gueri.
3. M. Desert, Prêtre, on n'a point
marqué son âge, natif du Bourg de Void,
à 3. lieues de Ligny en Barois, a été,
taillé au même lieu le 26. du mois de
Mai 1751. Ce malade se trouva gueri
de son opération vers le huitième jouc
après : Le Chirurgien lui ayant permis de
se levet, il passa & demeura plusieurs
heures dans une chambre froide & hu-
mide; ce séjour lui donna un frisson qui
fut suivi de plusieurs autres qui dégéné-
rerent en fluxion de poitrine avec cra-
chement de sang, ce qui le conduisit au
tombeau en 6. ou 7. jours, malgré tous
les secours qu'on y apporta. La mort de
ce malade n'a aucune relation à son opé-
ration, dont il étoit déja gueri & cicatri-
sé, suivant le certificat du Chirurgien
qui avoit été chargé de son pansement.
4. Clande Morillot âgé de 13. ans,
Habitant natif du Village de Naix, à
quelques lieues de Ligny en Barois.
Charles l'Héricot âgé de 5. ans,
du Village de Vélaine', près Ligny en
Parois.
6°. Antoine Dusau de la Ville de Li-
gny en Barois, (l'âge de celui-ci n'est
MAI.
1752.
33.
point marqué) ont été taillés tous les
trois le 13. Juillet 1751. à Ligny, &
gueris.
7°. Marguerite Bertrand âgée de dix
ans, fille de Mr. Bertrand, Chapelier
à Ligny en Barois, a été taillée le 10.
du mois d'Août, & guerie aussi Ces 7.
ont été taillés par M. Cambone, Chirur-
gien major du Regiment de Caraman
Dragons; cet habile Chirurgien est pré-
sentement à la suite de son Regiment.
8°. Bernard Christophe âgé de 4. ans,
fils de Jean Christophe, Brasseur à- Saint
Michel ou Saint Miel en Lorraine, a été-
taillé le 28. Août 1751. par Monsieur
Dezoteux, Chirurgien major du Regiment
du Monstier Cavalerie, en garnison au-
même endroit.
Tous ces huit ont été taillés dans la
situation horisontale, prescrite dans le
Recueil ci dessus, chez d'Houry 1751.
9. Maurice Lavillier, âgé de 15. ans,
a été taillé le 20. Mai 1751, dans l'Hô-
pital de la Charité à Paris, & fut gueri
en huit jours par M. Lesne, Substitut
du Chirurgien major du même Hôpital:
Ce célebre Chirurgien assûre dans une
lertre qu'ilnous a fait l'honneur de nous
ecrire sur ce sujet, qu'il se détermina à
se servir du Lithotome caché; pour sa-
Bv.
34 MERCURE DEFRANCE.
tisfaire au desir de M. de la Martiniere,
premier Chirurgien du Roi, qui étoit
présent, & qui avoit conçu beaucoup d'es-
time pour cet Instrument aussi-bien que
lui-même.
10°. M. Lesne tailla encore quelques
jours après dans le même Hôpital Mre.
Nicolas Cuquias Curé de Saint Maurice
au Diocèse de Sens, âgé de 60. ans. Ce
malade mourut dix-huit jours après son
opération. M. Lesne marque dans sa lettre
citée ci-dessus, que la pierre qu'il tira,
étoit d'un volume considérable, que néan-
moins il la tira aisément. Ce malade eut
pour accident une hemoragie produite
par une branche de la honteuse interne
plus grosse dans ce sujet qu'elle ne se
trouve ordinairement. La cause de sa
mort ne fut cependant qu'un gros rhûme
avec beaucoup de fièvre qui lui survint
neuf jours après l'opération. M. Lesne ou-
vrit son Cadavre, & reconnut par le
mauvais état du Poumon, qu'il étoit mort
d'une fluxion de Poitrine; n'ayant rien
trouvé du côté de l'opération, qui ne fût
en très-bon état. Quoiqu'il en soit, ajoûte
M. Lesne dans sa lettre citée ci-dessus,
cet evenement ne diminue rien en moi de
ta bonne opinion que pai du Lithotome ta-
che.
MAI. 1752.
35.
11°. Baptiste Forêt, âgé de 18. ans,
du Pays de Bresse, a eté taillé à l'Hô-
tel-Dieu de Lyon, dans le mois de Mai
1751. & gueri.
12. Joseph Perset âgé de 28. ans,
du Village de Brignais dans le Lyonnois
a été taillé dans le mois de Mai, à l'Hô-
tel-Dieu de Lyon. Cette opération fut
fuivie d'une grande hémoragie que le
Chirurgien attribue à la section d'une
artere qu'il nomme Bulbo caverneuse. Il
fit usage des moyens qui lui étoient con-
nus pour s'opposer à cet accident; mais
ces moyens ne lui ayant point reussi,
il eut recous au Bourdonnet trempé dans
le bûcre d'Antimoine qu'il porta sur le
vaisseau ouvert, à la faveur de la goû-
tiere d'un gorgeret; cet expédient lui
téussit; mais il causa des accidens qui pen-
ferent faire perir le malade, tels qu une
grande inflammation, hoquet, délire,
& c Ce malade néanmoins surmonta tout,
& sortit de l'Hôtel-Dieu en bonne santé
excepté que sa playe resta fistuleuse. M.
Ponteau Chirurgien major de la Maison,
qui a taillé aussi le précédent, & qui jouit
à Lyon d'une grande réputation, ajoûte
dans un détail qu'il nous en a donné
par une lettre, qu'il lui est arrivé pa-
reille hémoragie dans plusieurs autres oc-
B. vi
Digisteres vOO
36 MERCURE DE FRANCE.
casions, par sa méthode particuliere,
qu'il les avoit arrêtées par le même re-
mede, sans que les malades fussent res-
tés fistuleux, & qu'il n attribue cet ac-
cident, dans le cas dont il s'agit, qu'aux
aspérités fort longues, dont la surface
d'une grosse pierre qu'il lui tira étoit hé-
rissée; qu'au surplus, il n'attribue point
l'accident de l'hémoragie comme propre
au Lithotome caché dont il s'est servi,
parce qu'elle lui est arrivée de même d'au-
trefois pat une autre méthode.
13. Ce même Chirurgien a taillé dans
le mois de Septembre suivant dans le mê-
me Hôtel-Dieu, la fille d'un Pêcheur
de Mâcon, âgée de 12. ans, & guerie
aussi.
14. Nicolas Buzé âgé de 22. ans, a
été taillé à Reims le 15. du mois de Juin
1751, par M. Muzeux, Lieutenant du
premier Chirurgien du Roi, & Chirur-
gien major de l'Hôtel-Dieu de la même
Ville; cet habile Chirurgien affure que,
quoique ce malade fût d'un fort mauvais
temperamment, il est parfaitement gueri
sans aucun accident.
15°. M. Muzeux a encore taillé le 4.
du mois de Janvier 1752, dans la mê-
me Ville de Reims, lo nommé Herbé,
Jardinior, âgé de 28. ans, souffrant de-
MAI.
1752.
37
puis 20, ans; la pierre étoit fort grosse;
le malade a été gueri dans 23. jours, mal-
gré l'état d'astrophie, où les excessives
douleurs l'avoient réduit. On voit par cet
Article, que le choix des saisons n est pas
nécessaire à cette méthode, on n'a point
marqué dans quelle situation on a taillé
ces sept derniers.
16°. Denis Fleuret âgé de 25. ans, a
été taillé chez lui, au Village de Bessan-
court, dans la Vallée d'Anguin, le 21.
du mois de Mai 1751.
17. Agnan Petit, Vigneron, âgé de
42. aus, a été taillé le 20. du mois d'Oc-
tobre 1751, à Villiers dans la Brie, à
une lieue de Saint Maur, & parfaite-
ment gueri sans aucun accident ni pan-
sement.
18°. Le fils de Louis Cordier, Vi-
gneron au Village d'Anery près Pontoise,
agé de onze ans, a été taillé le 13. du
mois de Septembre 1751. gueri sans au-
cun pansement ni accident.
19. Le fils de François Tellier, du-
Village d'Orimaux, à trois lieues d'Amiens-
en Picardie, âgé de six ans, a été taillé
au Fauxbourg de Laumône à Pontoise
le 13. Septembre 1751, gueri sans pan-
tement ni accident. Il fut en état de re-
Digires bOO
38 MERCURE DE FRANCE.
tourner dans son Pays le 29. du même
mois.
20. Tartarin, Vigneron au Bourg d'Ar-
genteuil près Paris, âgé de 52. ans, a été
taillé le 5 du mois de Novembre 1751,
gueri sans pansenient ni accident.
21. Le fils d'Angot, Vigneron au
Bourg d'Argenteuil, agé de 4. ans, a
été taillé le 15. de Mars 1751, & gueri
sans aucun pansement ni accident.
220. Le fils de Demay, Vigneron au
Village d'Auvers près Pontoise, âgé de
23. ans, a été taillé le 3. du mois de
Février 1752. gueri.
23°. Le fils de Philipes Jupin, Vigne-
ron au Faubourg Notre- Dame à Pon-
toise, âgé de 4. ans, a été taillé le 4.
du mois de Février 1752, & gueri sans,
pansement ni accident.
Ces huit derniers ont tous été taillés-
dans la situation horisontale.
Nous observons encore ici qu'outre
les huit derniers de cette Liste qui sont
bien gueris sans aucun pansement, il y
en a aussi cinq dans la premiere Liste,,
qui a été publiée dans le Journal des Sça-
vans du mois de Janvier 1751, qui étoient
gueris sans aucun pansement. Voyez les-
NS. L. 2. 3. 5. & 6. de cette Liste,
MAI.
1752. | 39
Elle se trouve aussi dans le Mercure de
Février de la même année; ce qui fait
en tout le nombre de treixe.
Dans la Liste du Mercure ci-dessus,
on y indiqua aussi les Chirurgiens de dif-
férens endroits qui se servent du Litho-
tome caché; il ny avoit pour Paris en-
core alors que M. la Roche, mais M.
Lesne en a augmenté le nombre.
Nous ajoûtons pour la Ville d'Angers,
Messieurs Mopilliers qui sont deux fre-
res d'un grand mérite, tant pour la taillo
que pour toutes les autres opérations de
la Chirurgie les plus délicates, & les plus
difficiles.
Le même Anonyme qui a fourni ces
deux Listes, s'est engagé dans la première,
Journal des Sçavans, Janvier 1751,
pag. 42. in.4. qu'il donneroit des Ob-
servations dans la suite, pour prouver
qu'il étoit plus avantageux de ne point
panser les malades opérés avec le Litho-
tome caché, que de les panser. Voicy
ses Observations.
On doit considérer l'opération de la
taille faite avec le Lithotome ci-dessus,
comme une playe simple aussi-tôt après
Pextraction de la pierre hors de la vessie;
ainsi cette playe n'a plus d'autre indica-
ton curative que celle de la réunion.
40 MERCURE DEERANCE.
Ce Principe incontestable une fors
établi, on va prouver par plusieurs faits
& par quelques courtes réflexions, qu'il.
qu'il n'est pas nécessaire de panser la
playe des malades qu'on a taillés avec.
le Lithotome caché; mais même que le
pansement s'oppose à leur guerison. Voi-
ci les faits.
Un Chirurgien s'étant transporté à la-
campagne pour y tailler trois malades à
un mois ou environ de distance les uns
des autres, à des lieux différens, ne pou-
vant panser par lui-même ses malades,
fut obligé d'en remettre le soin au Chi-
rurgien du lieu le plus voisin de chaque
malade. Ces trois malades furent pansés
par un Chirurgien différent chacun; &
tous les. trois furent près de deux mois
sans être finis de guerir, quoiqu'il ny
eût eû aucun accident à la suite de l'opé-
ration: on suivoit pour les pansemens,
la maniere ordinaire avec le double T.
Plumaceau garni de supuratif, Compres-
ses unissantos, & les Chirurgiens rendoient
compte chacun de leur côté par lettres à
celui qui avoit taillé les malades, & sui-
voient exactement ce qu'il leur prescri-
voit par ses réponses; malgré l'exactitude
dont on usoit de part & d'autre, la fin
de la guerison n arrivoit point, & Lun-
MAI.
1752. 41
des trois fut plus de deux mois avant
d'être entierement gueri.
Ces évenemens qui par leur longueur
étoient devenus fatiguans & desagréables
pour le Chirurgien qui avoit taillé les
malades, d'autant plus qu'ils étoient tous
pauvres, & hors d'état de subvenir aux
besoins les plus essentiels, le porterent
à refléchir sur ce qui pouvoit être la vé-
ritable cause qui avoit ainsi retardé la
guerison de ses malades.
Il imagina que le séjour seul des uri-
nes dans tout le trajet de la playe pou-
voit fort bien produire cet effet, & que
ce séjour étoit occasionné par l'appareil
qu'on mettoit sur la playe, qui soutenu
pat le bandage ordinaire, retenoit toujours
une partie de l'urine dans cette playe; que
cette urine retenue délayoit par son séjour
la viscosité des sucs nourriciers qui étoient
destinés à la réunion de la playe.
Cette idée sur le mauvais effet du sé-
jour des urines dans la playe de la tail-
le se fortifia encore en lui, en se rap-
pellant qu'il avoit vû autrefois en tra-
vaillant à l'Hôtel-Dieu de Paris, qu'il
s'y rencontroit des malades après l'opéra-
tion de la taille, dont les urines étoient
si âcres, qu'elles excorioient les bords de
la playe, les environs, & même tout son
Digires baOO
42 MERCUREDE FRANCE.
trajet, jusques dans la vessie; que ces ma-
lades ne guerissant point à la suite de plu-
sieurs mois de pansement, quoique sou-
vent leur santé parût meilleure d'ailleurs,
on se détermina à abandonner la guerison
de leur playe à la nature seule, en cessant
de les panser: On voyoit ensuite les playes
de ces malades, après quelques jours d'a-
bandon, qui commençoient à devenis
mieux, & qui guerissoient peu à peu, &
souvent douze ou quinze jours suffisoient
pour terminer leur guerison.
Toutes ces réflexions lui ayant paru
bien fondées, lui firent prendre la résolu-
tion de ne point panser les malades qu'il
pouvoit avoir occasion de tailler dans la
suite. Enfin ces occasions s'étant présen-
tées, il exécuta fon projet, & il eut la
satisfaction de le voir reussir. Le premier
à qui il fit l'opération, fut gueri en moins
de vingt jours sans aucun pansement. Cet
heureux succès qui suivit le premier essai,
l'enhardit pour l'avenit; de sorte qu'il n'a
point hésité pour tenir la même conduite
sur treize de suite, sans égard aux saisons
ni aux différens âges; dans ce nombre il
y en a depuis deux ans & demi, jusqu'à
cinquante-deux ans, ainsi qu'on le
peut voir dans la Liste.
Les urines de tous ces malades sans
Digsiued vdO
MAI. 1752.
43
exception, ont cessé de passer par la playe
au-dessous du vingrième jour après l'opé-
ration, & même à la plupart au-dessous
du quinziéme.
Il est à propos de remarquer en passant
que les succès prompts & heureux de ces
treize malades, ne sçauroient être attri-
bués ni à l'exactitude des soins qu'on leur
donnoit, ni à leur opulence. Tous étoient
pauvres, mal couchés, & excepté quel-
ques uns, ils manquoient presque du né-
cessaire.
Aucun de tous ces malades na étê sai-
gné avant ni après l'opération. On ne s'est
point servi d'embrocation, ni de fomen-
tation; on les a seulement tous purgés,
excepré un qui ne l'a point été du tout:
la veille de l'opération on leur a aussi don-
né quelquefois des lavemens.
Le regime qu'on leur a fait obferver
pendant les deux ou trois premiers jours,
consistoit à boire beaucoup d'eau de grai-
ne de lin; & pour toute nourriture, une
eau legere avec le veau, dont ils prenoient
comme un bouillon ordinaire de quatre en
quatre heures. Après ces premiers jours,
on augmentoit peu-à-peu la force de ce
bouillon, & on diminuoit à proportion
la quantité de la boisson.
Après l'exposition simple qu'on vient
MeN VO
44 MERCURE DE FRANCE.
de mettre sous les yeux des Lecteurs, de
seize malades qui ont été taillés avec le
Lithotome cache par un seul Chirurgien,
nous croyons indispensable d'y ajoûter les
réflexions suivantes.
Tous les seize malades ont gueri sans au-
cun des accidens qui ont coutume d'arriver
dans la plûpart des autres méthodes ordi-
naires de tailler; mais les trois premiers ont
été seulement long-tems à guerir, & on
les pansoit: les treize derniers sont gueris-
promptement, on ne les a point pansés;
Iun de ces treizé a été taillé pour la fe-
conde fois, & est un des trois premiers
qui fut le plus long à guerir lorsqu'il fut
taillé la première fois. L'uniformité dans
la promptitude de la guérison de treize
malades de suite sans pansement, compa-
rée à celle de trois qui les ont précédés
avec pansement, ne peut être attribuée
au hazard: car si cela étoit, il n'y auroit
1 en dans la vie qu'on n'y dût rapporter.
Ils ont tous été opérés de la même façon,
tous ont été exempts d'accidens, mais
lè pansement seul y a mis de la différence;
donc que le pansement est plus con-
traire à la guerison qu'il n'y est néces-
saire.
Nous avons déja fait remarquer que
nous croyons que le séjour de l'urine dans
MAI.
1752.
45
de trajet de la playe, étoit la véritable
cause qui s'opposoit à sa réunion: Nous
ajoûrerons ici que nous considérons l'uri-
ne dans la playe de la taille, à titre de
corps étranger, mais plus ou moins nui-
sible, suivant qu'elle est plus ou moins
âcre. Suivant cette idée déja confirmée par
ce succès, nous ne faisons aucune diffi-
culté d'attribuer la longueur de la gueri-
son des trois premiers, aux seuls panse-
mens, & nous croyons en même tems
être autorisés à proposer cet exemple pour
regle de ne point panser.
Au surplus nous déclarons en même
tems que nous n'entendons point parler
des inconvéniens des pansemens à la suite
de l'opération de la taille, que de celle
qui se fait avec le Lithotome caché.
De plus nous estimons qu'indépendam-
ment d'un grand nombre d'inconvéniens
qui résultent des embarras de deux & quel-
quefois trois pansemens par chaque jour,
à la suite de cette opération, & dont
nous ne parlerons point ici; celui de re-
tenir toujours une partie des urines dans
le trajet de la playe, est le plus grand :
car la vessie, quoique malade, conserve
toujours l'urine pendant un certain tems
plus ou moins long, avant de l'expulser
au dehors, & quoique cette urine soit
46 MERCURE DE FRANCE.
obligée de passer par tout le trajet de la
playe, elle n'y séjourne cependant point,
si elle ne s'y trouve retenue.
Or c'est précisément ce que le pan-
sement qu'on a coutume de faire à cette
playe, fait en s'opposant directement à sa
sortie.
Outre cet inconvénient inévitable que
le pansement produit, il est encore la
cauie d'un autre qui mérite beaucoup d'at-
tention; c'est l'écartement que les urines
causent aux levres de la playe par la re-
sistance que l'appareil du pansement opose
à leur sortie, lorsque les ressorts de la
vessie les pousse au dehors. On conçoit
aisément que ce dernier accident ne peut
manquer d'atriver, lorsqu'on sçait que les
fluides font un effort égal en tous sens,
dans les capacités qui les compriment de
toute part.
De ces deux inconvéniens purement
méchaniques que les pansemens produi-
sent toujours, que n'arrivera-t. il pas tou-
tes les fois qu'ils se trouveront associés
avec un troisieme qui ne mérite pas moins
d'attention, & qui est souvent la vérita-
ble cause des fistules qui succedent à cette
opération: c'est l'âcreté & la corrosion
des urines qui rongent & ulcerent, non
seulement la playe, mais même toute la
MAI. 1752.
4
peau au dehors, pendant que l'appareil
des pansemens les y retient, ainsi que
nous l'avons déja remarqué dans les Hô-
pitaux.
Nous ajoûterons encore ici qu'il est
à présumer que dans toutes les méthodes
de tailler qui se pratiquent, par le col
de la vessie, on a eû pour but princi-
pal dans le pansement, de s'opposer à la
sortie de l'urine par la partie de la playe
qui regne depuis l'uretre jusqu au dehors,
en l'obligeant de reprendre sa route na-
turelle, & procurer par ce moyen, une
réunion plus prompte de cette partie de la
playe, que si l'urine avoit la liberté d'y
passer sans aucune resistance.
Nous ne nous attacherons point ici à
résoudre un problême qui est de sçavoir
s'il est aussi avantageux dans d'autres mé-
thodes que dans la nôtre, de faire effort
pour procurer promptement le passage des
urines par la voye ordinaire, en com-
primant la playe extérieure par un appa-
reil; & s'il n'est pas aussi dangereux de
retenir toujours par cette compression une
partie de l'urine, qui ne peut être expul-
sée dans le trajet de la playe, qui regne
depuis la vessie jusqu'à l'endroit de la
courbure de l'uretre où elle finit. Nous
nous bornerons à notre objet à cet égard,
48 MERCURE DE FRANCE.
puisqu'il est démontré par les preuves que
nous venons de donner, que dans celle
que l'on fait avec le Lithotome caché, il est
préférable de laisser libre l'écoulement des
urines par la playe chaque fois que la vel-
sie s'en décharge, afin que cette playe
demeure ensuite à sec, pendant l'inter-
valle d'un passage à l'autre.
La comparaison des trois premiers qui
ont été pansés, avec les treize qui ne l'ont
pas été, ne laisse rien à désirer sur ce
sujet.
Nous ne disons rien pour le cas où
la playe se trouveroit compliquée, aucun
de ces cas n'étant point arrivé encore
en notre présence: D'ailleurs ces com-
plications, quand elles se rencontrent
ne peuvent avoir rien qui ne soit com-
mun à toutes les méthodes de tailler;
ce qui a donné lieu aux grands Maîtres
de traiter ces cas à fond dans leurs Ou-
vrages.
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Résumé : MEMOIRE Adressé a l'Auteur du Mercure par l'Inventeur du Lithotome caché.
Le document décrit les résultats des opérations de lithotomie effectuées avec un lithotome caché entre mars 1751 et 1752. Plusieurs patients, y compris des enfants et des adultes comme le fils de Maître Pavillon, Claude Morillot, et Marguerite Bertrand, ont été opérés avec succès. Cependant, certains cas se sont avérés plus complexes, notamment ceux de M. Desert, prêtre, et M. Nicolas Cuquias, curé, qui sont décédés après des opérations réussies en raison de complications pulmonaires. À Lyon, Baptiste Forêt et Joseph Perset ont été opérés à l'Hôtel-Dieu, ce dernier ayant survécu malgré une hémorragie sévère. Les opérations étaient réalisées en position horizontale, conformément aux prescriptions de d'Houry, par des chirurgiens tels que M. Cambone et M. Lesne. Les certificats et lettres des chirurgiens attestent de l'efficacité du lithotome caché. Des interventions ont également eu lieu à Reims et Mâcon, où des patients comme Nicolas Buzé et Agnan Petit ont été guéris sans incident. Treize patients ont été guéris sans pansement, démontrant l'efficacité de cette approche. Les chirurgiens soulignent que les pansements peuvent retarder la guérison en retenant les urines dans la plaie, provoquant ainsi des irritations et des infections. Ils concluent donc qu'il est préférable de laisser la plaie à sec pour favoriser une guérison rapide.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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379
p. 114-118
« LETTRE sur le progrès des Sciences, par M. de Maupertuis 1752, se trouve à [...] »
Début :
LETTRE sur le progrès des Sciences, par M. de Maupertuis 1752, se trouve à [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LETTRE sur le progrès des Sciences, par M. de Maupertuis 1752, se trouve à [...] »
LETTRE sur le progrès des Sciences,
par M. de Maupertuis 1752, se trouve à
MAI.
1752. 115
Paris chez différens Libraires.
Cette Lettre est proprement la conver-
sation d'un homme d'esprit qui a de la
Philosophie & des connoissances. Nous
allons rapporter quelques-unes des vues
qui nous ont pu le plus frapper.
J'aimerois mieux que les Rois d'Egypte
eussent employé ces millions d'hommesqui
ont élevé les pyramides dans les airs, à
creuser dans la terre des cavités, dont la
profondeur répondit à ce que les ouvrages
de ces Princes avoient de gigantesque.
Nous ne connoissons rien de la terre inté-
rieure; nos plus profondes ruines enta-
ment à peine sa premiere écorse: si l'on
pou voit parvenir au noyau, il est à croire
qu on trouveroit des matieres fort dif-
ferentes de celles que nous connoissons,
& des Phenomenes bien singuliers.
Nous ne pouvons gueres douter que
plusieurs Nations des plus éloignées
n.ayent bien des connoissances qui nous
seroient utiles. Quand on considere cette
longue suite de siécles pendant lesquels
les Chinois, les Indiens, les Egyptiens,
ont cultivé les Sciences, & les ouvrages
de l'Art qui nous viennent de leur Pays;
on ne peut s'empêcher de regretter qu'il
ny ait pas plus de communication entre
eux & nous. Un College où l'on trouve-
116 MERCURE DEFRANCE.
roit rassemblés des hommes de ces Na-
tions, bien instruits dans les Sciences de
leur Pays, & qu'on instruiroit dans la
langue du nôtre, seroit sans doute un
bel établissement, qui ne feroit pas fort
difficile; peut être n'en faudroit-il pas.
exclure les Nations les plus sauvages.
Toutes les Nations de leur gré convien-
nent de la nécessité de cultiver une Langue,
qui, quoique morte depuis longtems, se
trouve encore aujourd'hui la Langue de
toutes la plus universelle; mais qu'il faut
aller chercher le plus souvent, chez un
Prêtte ou chez un Medecin. Si quelque
Prince vouloit, il lui seroit facile de la
faire revivre: il ne faudroit que confiner
dans une même Ville tout le Latin de son
Pays, ordonner qu'on ne prêchât, qu'on
n'y plaidât, qu'on n'y jouât la Comedie
qu'en Latin. je crois bien que le Latin
qu'on n'y parleroit, ne seroit pas celui
de la Cour d'Auguste, mais aussi ce ne se-
roit pas celui des Polonois; & la jeunesse
qui viendroit de bien des Pays de l'Europe
dans cette Ville, y apprendroit en un an
plus de Latin, qu'elle n'en apprend en
cinque ou six ans dans les Colleges.
C'est une chose qu'on a déja souvent
proposée, qui a eu même l'approbation
de quelques Souverains, qui cependant
* .*
MAI.
1752. 117
est toujours restée sans exécution: que
dans le châtiment des criminels, dont
l'objet jusqu'ici n'est que de rendre les
hommes meilleurs, ou peut-être seule-
ment plus soumis aux Loix, on se propo-
sât encore des utilités d'un autre genre;
ce ne ne seroit que remplir plus com-
plettement l'objet de ces châtimens qui
est le bien de la societé. On pourroit par
là s'instruire sur la possibilité ou l'impossi-
bilité de plusieurs operations que l'Art
nose entreprendre: & de quelle utilité
n'est pas la découverte d'une operation,
qui sauve toute une espece d'hommes a-
bandonnés sans ésperance à de longues
douleurs & à la mort? pour toutes ces
nouvelles opérations, il faudroit que le
criminel en preférât l'expérience au genre
de mort qu il auroit mérité: il paroitroit
juste d'acorder la grace à celui qui y sur-
vivroit, son crime étant en quelque fa-
çon expié par l'utilité qu'il auroit pro-
curée.
On reproche souvent aux Medecins
d'être trop témeraires; moi, je leur re-
proche de manquer de hardiesse: ils ne
sortent point assez d'un petit cercle de
médicamens qui n'ont point les vertus
qu'ils leur supposent, & n en éprou-
vent jamais d'autres, qui peut- être les au-
118 MERCUREDEFRANCE.
roient. C'est au hazard & aux Nations
Sauvages qu'on doit les seuls spécisiques
qui soient connus; nous nen devons pas
un seul à la Science des Medecins.
Je croirois fort avantageux que chaque
espece de maladie fût assignée à certains
Medecins qui ne s'occupassent que de celle-
là. Chaque partie de nos besoins les plus
grossiers, à un certain nombre d'ouvriers
qui ne travaillent que pour elle: la con-
servation & le rétablissement de nos corps
dépendent d'un Art plus difficile & plus
compliqué que ne le sont ensemble tous
les autres Arts; & toutes les parties en
sont confiées à un seul !
Le sommeil est une partie de notre êtrè
le plus souvent en pure perte pour nous;
quelquefois pourtant les songes ren-
dent le sommeil aussi vif que la veille. Ne
pourroit-on point trouver l'Art de procu-
rer de ces songes? L'opium remplit d'or-
dinaire l'esprit d'images agreables: on
raconte de plus grandes merveilles encore
de certains breuvages des Indes: ne pour-
roit-on pas faire sur cela des expériences?
N'y auroit il pas encore d'autres moyens
de modifier l'ame?
par M. de Maupertuis 1752, se trouve à
MAI.
1752. 115
Paris chez différens Libraires.
Cette Lettre est proprement la conver-
sation d'un homme d'esprit qui a de la
Philosophie & des connoissances. Nous
allons rapporter quelques-unes des vues
qui nous ont pu le plus frapper.
J'aimerois mieux que les Rois d'Egypte
eussent employé ces millions d'hommesqui
ont élevé les pyramides dans les airs, à
creuser dans la terre des cavités, dont la
profondeur répondit à ce que les ouvrages
de ces Princes avoient de gigantesque.
Nous ne connoissons rien de la terre inté-
rieure; nos plus profondes ruines enta-
ment à peine sa premiere écorse: si l'on
pou voit parvenir au noyau, il est à croire
qu on trouveroit des matieres fort dif-
ferentes de celles que nous connoissons,
& des Phenomenes bien singuliers.
Nous ne pouvons gueres douter que
plusieurs Nations des plus éloignées
n.ayent bien des connoissances qui nous
seroient utiles. Quand on considere cette
longue suite de siécles pendant lesquels
les Chinois, les Indiens, les Egyptiens,
ont cultivé les Sciences, & les ouvrages
de l'Art qui nous viennent de leur Pays;
on ne peut s'empêcher de regretter qu'il
ny ait pas plus de communication entre
eux & nous. Un College où l'on trouve-
116 MERCURE DEFRANCE.
roit rassemblés des hommes de ces Na-
tions, bien instruits dans les Sciences de
leur Pays, & qu'on instruiroit dans la
langue du nôtre, seroit sans doute un
bel établissement, qui ne feroit pas fort
difficile; peut être n'en faudroit-il pas.
exclure les Nations les plus sauvages.
Toutes les Nations de leur gré convien-
nent de la nécessité de cultiver une Langue,
qui, quoique morte depuis longtems, se
trouve encore aujourd'hui la Langue de
toutes la plus universelle; mais qu'il faut
aller chercher le plus souvent, chez un
Prêtte ou chez un Medecin. Si quelque
Prince vouloit, il lui seroit facile de la
faire revivre: il ne faudroit que confiner
dans une même Ville tout le Latin de son
Pays, ordonner qu'on ne prêchât, qu'on
n'y plaidât, qu'on n'y jouât la Comedie
qu'en Latin. je crois bien que le Latin
qu'on n'y parleroit, ne seroit pas celui
de la Cour d'Auguste, mais aussi ce ne se-
roit pas celui des Polonois; & la jeunesse
qui viendroit de bien des Pays de l'Europe
dans cette Ville, y apprendroit en un an
plus de Latin, qu'elle n'en apprend en
cinque ou six ans dans les Colleges.
C'est une chose qu'on a déja souvent
proposée, qui a eu même l'approbation
de quelques Souverains, qui cependant
* .*
MAI.
1752. 117
est toujours restée sans exécution: que
dans le châtiment des criminels, dont
l'objet jusqu'ici n'est que de rendre les
hommes meilleurs, ou peut-être seule-
ment plus soumis aux Loix, on se propo-
sât encore des utilités d'un autre genre;
ce ne ne seroit que remplir plus com-
plettement l'objet de ces châtimens qui
est le bien de la societé. On pourroit par
là s'instruire sur la possibilité ou l'impossi-
bilité de plusieurs operations que l'Art
nose entreprendre: & de quelle utilité
n'est pas la découverte d'une operation,
qui sauve toute une espece d'hommes a-
bandonnés sans ésperance à de longues
douleurs & à la mort? pour toutes ces
nouvelles opérations, il faudroit que le
criminel en preférât l'expérience au genre
de mort qu il auroit mérité: il paroitroit
juste d'acorder la grace à celui qui y sur-
vivroit, son crime étant en quelque fa-
çon expié par l'utilité qu'il auroit pro-
curée.
On reproche souvent aux Medecins
d'être trop témeraires; moi, je leur re-
proche de manquer de hardiesse: ils ne
sortent point assez d'un petit cercle de
médicamens qui n'ont point les vertus
qu'ils leur supposent, & n en éprou-
vent jamais d'autres, qui peut- être les au-
118 MERCUREDEFRANCE.
roient. C'est au hazard & aux Nations
Sauvages qu'on doit les seuls spécisiques
qui soient connus; nous nen devons pas
un seul à la Science des Medecins.
Je croirois fort avantageux que chaque
espece de maladie fût assignée à certains
Medecins qui ne s'occupassent que de celle-
là. Chaque partie de nos besoins les plus
grossiers, à un certain nombre d'ouvriers
qui ne travaillent que pour elle: la con-
servation & le rétablissement de nos corps
dépendent d'un Art plus difficile & plus
compliqué que ne le sont ensemble tous
les autres Arts; & toutes les parties en
sont confiées à un seul !
Le sommeil est une partie de notre êtrè
le plus souvent en pure perte pour nous;
quelquefois pourtant les songes ren-
dent le sommeil aussi vif que la veille. Ne
pourroit-on point trouver l'Art de procu-
rer de ces songes? L'opium remplit d'or-
dinaire l'esprit d'images agreables: on
raconte de plus grandes merveilles encore
de certains breuvages des Indes: ne pour-
roit-on pas faire sur cela des expériences?
N'y auroit il pas encore d'autres moyens
de modifier l'ame?
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Résumé : « LETTRE sur le progrès des Sciences, par M. de Maupertuis 1752, se trouve à [...] »
Dans sa lettre publiée en mai 1752, M. de Maupertuis discute du progrès des sciences et propose plusieurs idées innovantes. Il suggère que les ressources humaines consacrées à des projets monumentaux comme les pyramides auraient pu être mieux utilisées pour explorer l'intérieur de la Terre, un domaine encore largement méconnu. Il déplore le manque de collaboration scientifique entre les nations et propose la création d'un collège international pour faciliter l'échange de connaissances. De plus, il plaide pour la revitalisation du latin comme langue universelle afin de favoriser cette communication. Maupertuis aborde également la question des expérimentations médicales, proposant d'utiliser les châtiments des criminels pour des expériences scientifiques, ce qui pourrait offrir une utilité sociale supplémentaire. Il critique les médecins pour leur manque d'audace et recommande de spécialiser les praticiens en fonction des types de maladies, afin d'améliorer l'efficacité des traitements. Enfin, il s'interroge sur la possibilité de contrôler les rêves et les états de conscience modifiés, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles recherches dans ce domaine. En somme, la lettre de M. de Maupertuis est un appel à une meilleure utilisation des ressources humaines et à une plus grande collaboration internationale dans le domaine scientifique, tout en proposant des réformes dans les pratiques médicales et en explorant de nouvelles avenues de recherche.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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380
p. 132
« DISSERTATION sur l'origine de la maladie vénérienne, pour prouver que le [...] »
Début :
DISSERTATION sur l'origine de la maladie vénérienne, pour prouver que le [...]
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texteReconnaissance textuelle : « DISSERTATION sur l'origine de la maladie vénérienne, pour prouver que le [...] »
DISSERTATION sur l'origine de la maladie
vénérienne, pour prouver que le
mal n est pas venu d'Amérique, mais qu'il
a commencé en Europe par une Epidemie.
A Paris, chez Durand & Pissat. fils 17521
in 12. 110. pag.
vénérienne, pour prouver que le
mal n est pas venu d'Amérique, mais qu'il
a commencé en Europe par une Epidemie.
A Paris, chez Durand & Pissat. fils 17521
in 12. 110. pag.
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381
p. 135
« ELEMENS d'Hippiatrique, ou nouveaux principes sur la connoissance & la medecine [...] »
Début :
ELEMENS d'Hippiatrique, ou nouveaux principes sur la connoissance & la medecine [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ELEMENS d'Hippiatrique, ou nouveaux principes sur la connoissance & la medecine [...] »
ELEMENS d'Hippiatrique, ou nouveaux
principes sur la connoissance & la medecine
des chevaux, par M. Bourgelat, Ecuyer
du Roi. 2. Vol. in 8°. chez ie même Li-
braire.
principes sur la connoissance & la medecine
des chevaux, par M. Bourgelat, Ecuyer
du Roi. 2. Vol. in 8°. chez ie même Li-
braire.
Fermer
382
p. 213-214
AVIS.
Début :
Les jours caniculaires n'ayant pû donner par le peu de chaleur, le degré nécessaire à la [...]
Mots clefs :
Vinaigre, Moutarde, Sieur Maille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
A VIS.
Es jours caniculaires n'ayant pú donner par
le peu de chaleur , le degré néceffaire à la
feconde compofition du vinaigre philofophique
du Sieur Maille , Vinaiguier Diftilateur ordinaire
del'Imperatrice Reine de Hongrie , il a été obli
gé defefervir d'une digeftion pour le faire mon
ter àfon degré defermentation , qui ira jufqu'au
premier Décembre où l'on continuera la vente.
Les perfonnes des Provinces de France , & celles
des Royaumes Etrangers , de qui il a reçu des
ordres pour en envoyer ,feront fervies par les
premiers ordinaires qui partiront après le pre
mier dudit mois. Ledit Sieur Maille en a compofe
trois nouveaux , l'un fe nommevinaigre deVenus,
à l'afage des Dames & à celui des opélamides ,
& l'autre le nomme vinaigre de Turby, dont la
propriété eft de guérir le mal de dents radicale
meat ; & letroifiéme vinaigre Romain , qui blan
chit les dents parfaitement , & rafermit les gen.
Gives, L'on trouve chez ledit SieurMaille toutes
214 MERCUREDEFRANCE.
fortes de vinaigres , pour ôter lestachesdu vifage
& les dartres farineufes , & pour blanchir , fans
aucune crainte de fe gâter le vifage. Les moin
dres bouteilles de ces fortes de vinaigres, tant pour
la bouche quepourle teint, fe vendent 3 1. la bou
teille. Toutes fortes de vinaigres pour la table ,
comme auffi toutes fortes de fruits confits au
vinaigre , qui font pavi, de Pompone à l'Italien.
ne, Brignons, Bled de Turquie , Melons marinés
àl'Angloife , Bigarreaux à la Reine , Cornichons,
Graine de Capucine , Haricots à la Génoife,
differente moutarde , moutarde des fix graines ,
de la compofition du Sieur Maille , qui ala qua
lité de fe conferver dix huit mois avec la même
bonté, moutarde à la Romaine , moutarde Grec
que,moutardes aux capres & aux enchois , com
polées par extrait d'herbes fines , à 5 liv. la pinte;
& la moutarde des fix graines à 4 liv. la pinte ;
moutarde en poudre , à6 liv. lapinte.
Il demeure à Paris ruede l'Hyrondelle , aux Ar
mes Impériales ; ilenvoye en Provinces , en lui
donnant des Lettres d'avis, & remettant l'argent
par la Pofte affranchi de port.
Es jours caniculaires n'ayant pú donner par
le peu de chaleur , le degré néceffaire à la
feconde compofition du vinaigre philofophique
du Sieur Maille , Vinaiguier Diftilateur ordinaire
del'Imperatrice Reine de Hongrie , il a été obli
gé defefervir d'une digeftion pour le faire mon
ter àfon degré defermentation , qui ira jufqu'au
premier Décembre où l'on continuera la vente.
Les perfonnes des Provinces de France , & celles
des Royaumes Etrangers , de qui il a reçu des
ordres pour en envoyer ,feront fervies par les
premiers ordinaires qui partiront après le pre
mier dudit mois. Ledit Sieur Maille en a compofe
trois nouveaux , l'un fe nommevinaigre deVenus,
à l'afage des Dames & à celui des opélamides ,
& l'autre le nomme vinaigre de Turby, dont la
propriété eft de guérir le mal de dents radicale
meat ; & letroifiéme vinaigre Romain , qui blan
chit les dents parfaitement , & rafermit les gen.
Gives, L'on trouve chez ledit SieurMaille toutes
214 MERCUREDEFRANCE.
fortes de vinaigres , pour ôter lestachesdu vifage
& les dartres farineufes , & pour blanchir , fans
aucune crainte de fe gâter le vifage. Les moin
dres bouteilles de ces fortes de vinaigres, tant pour
la bouche quepourle teint, fe vendent 3 1. la bou
teille. Toutes fortes de vinaigres pour la table ,
comme auffi toutes fortes de fruits confits au
vinaigre , qui font pavi, de Pompone à l'Italien.
ne, Brignons, Bled de Turquie , Melons marinés
àl'Angloife , Bigarreaux à la Reine , Cornichons,
Graine de Capucine , Haricots à la Génoife,
differente moutarde , moutarde des fix graines ,
de la compofition du Sieur Maille , qui ala qua
lité de fe conferver dix huit mois avec la même
bonté, moutarde à la Romaine , moutarde Grec
que,moutardes aux capres & aux enchois , com
polées par extrait d'herbes fines , à 5 liv. la pinte;
& la moutarde des fix graines à 4 liv. la pinte ;
moutarde en poudre , à6 liv. lapinte.
Il demeure à Paris ruede l'Hyrondelle , aux Ar
mes Impériales ; ilenvoye en Provinces , en lui
donnant des Lettres d'avis, & remettant l'argent
par la Pofte affranchi de port.
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383
p. 115
LOGOGRIPHE.
Début :
J'étois tranquille, & je suis agité, [...]
Mots clefs :
Quinquina
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOGO GRIPH E.
' Etois tranquile , & je ſuis agité ,
J'ai pâli tout d'abord , je rougis à cette heure ,
Ah ! je fens ... un luttin mal voulu , mal fêté ,
Chez moi vient Exer fa demeure.
Chaffons- le promptement , le drôle eft familier ,
Souffrez-lui prendre un pied , ( dis le commun
Adage )..
Bientôt fans le faire prier ,
Il en prend deux & davantage ;
Me voici donc les armes à la main ,
Elles font trop bien préparées
Pour ne pas m'en promettre un triomphe certain ,
Mais de fçavoir leur nom aurois-tu le deffein
Prend quatre lettres bien nombrées ,
Et de fuite deux fois , mets -les en même rang ;
Sans oublier d'y joindre une derniere ,
Faite pourtant pour marcher la premiere ,
S'il t'échape , mon cher , le malheur fera grand,
Par le même,
' Etois tranquile , & je ſuis agité ,
J'ai pâli tout d'abord , je rougis à cette heure ,
Ah ! je fens ... un luttin mal voulu , mal fêté ,
Chez moi vient Exer fa demeure.
Chaffons- le promptement , le drôle eft familier ,
Souffrez-lui prendre un pied , ( dis le commun
Adage )..
Bientôt fans le faire prier ,
Il en prend deux & davantage ;
Me voici donc les armes à la main ,
Elles font trop bien préparées
Pour ne pas m'en promettre un triomphe certain ,
Mais de fçavoir leur nom aurois-tu le deffein
Prend quatre lettres bien nombrées ,
Et de fuite deux fois , mets -les en même rang ;
Sans oublier d'y joindre une derniere ,
Faite pourtant pour marcher la premiere ,
S'il t'échape , mon cher , le malheur fera grand,
Par le même,
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384
p. 56-66
SEANCE PUBLIQUE De l'Académie de Dijon.
Début :
L'Académie tint sa Séance publique le 19 Août[.] Elle fut ouverte par M. ***, [...]
Mots clefs :
Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, Gaulois, Moeurs des Gaulois, Séance publique, Vie, Peuple, Nation, Esprit, Peuples, Auteurs, Médecine, Grecs, Romains, Rapport, Mémoire, Femmes, Inclination, Inégalité, Prix de morale, Loi naturelle
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texteReconnaissance textuelle : SEANCE PUBLIQUE De l'Académie de Dijon.
SEANCE PUBLIQUE
L
De l'Académie de Dijon.
'Académie tint ſa Séance publique le
19 Août.Eile fut ouverte par M. ***
Académicien honoraire , qui lut un Difcours
ou amusement littéraire , ſurun ſpécifique
contre la triſtelle & les chagrins
dela vie.
Si le corps a ſes maladies , l'eſprit a fes
indifpofitions qu'il eſt plus difficile encore
de prévenir. En effet , il n'eſt aucun
régime qui puiffe nous garantir du chagrin
; ce bourreau de l'homme , qui répand
dans l'ame le poiſon & l'amertume , rend
la vie même à charge. L'impoſſibilité de
prévenir ,& la difficulté de détruire cette
indiſpoſition , ne nous laiſſe de reſſource
qued'en affoiblir le ſentiment : quels en
feront les moyens ? La Médecine , cet art
lumineux & ſecourable , ne nous en offre
que très peu ſur leſquels on puiſſe fonder
quelque eſpérance. Homere , cet ami des
jeux& des ris , parle d'une plante dont il
vante l'efficacité ; mais la graine en eſt
peut- être à jamais perdue , du moins ne
croît-elle plusdans nos jardins. Un Poëte
NOVEMBRE. 1753 . 57
, de la Franconie Orientale , Conrad Celte
nous offre en forme de dédommagement ,
quatre ſpécifiques , qu'il nomme les véhicules
de la vie ; le vin , le ſommeil , un
ami , la Philoſophie. En adoptant ce ſentiment
, on ſe propoſe de faire voir que
l'on peut trouver un adouciſſement aux
chagrins de la vie , dans l'uſage modéré
d'un vin exquis , dans les douceurs du
fommeil , dans les agrémens d'une amitié
fincere & réciproque , & dans les maximes
de la Philoſophie. L'Auteur convient
que l'on ne peut regarder ceci que comine
un purbadinage; mais ſansunpeu d'amuſement
( dit il ) un Orateur n'eſt ſouvent
qu'un ingénieux artiſan d'ennui . Ce Difcours
fut ſuivi de celui de M. Lantin ,
contre les mercenaires de la Littérature ,
qui travaillant pour les Académies , ſont
plus ſenſibles à l'intérêt fordide qui les
dévore , qu'à la réputation &à la gloire
d'avoir bien fait..
M. l'Abbé Richard lut enſuite un Mémoirefur
les moeurs des Gaulcis.
Les actions du particulier , ſa façon de
vivre & ſes inclinations , caractériſent un
peuple ; on peut juger des moeurs d'une
nation pat pluſieurs de ces caracteres ralſemblés&
comparés. C'eſt par cette méthode
que l'on est parvenu à nous faire
Cy
58 MERCURE DEFRANCE .
connoître les moeurs des Grecs & des Romains
, c'eſt ainſi que les voyageurs modernes
nous ont ſi bien expliqué le goût
& le génie particulier des peuples des Indes
& de l'Amérique , dont la plupart
font ſauvages par rapport ànous , qu'il
n'y auroit que le premier abord de ces
peuples qui nous étonnât ; ce que nous en
aurions lû , ce que l'on nous en auroitdit,
nous mettroit bientôt au fait de ce que
nous en aurions à craindre ou à eſpérer.
Mais où trouver des mémoires pour
nous inſtruire de ce qui regarde les Gaulois
, aufli parfaitement que nous le ſommes
, de ce qui ſe rapporte aux Romains
& aux Grecs ? Les mêmes Auteurs qui ont
écrit l'hiſtoire de ces peuples fameux , nous
apprendront à connoître nos ancêtres.
Diodore de Sicile , Paufanias , Plutarque
, Athenée , Tite- Live , Ceſar , Tacite ,
Strabon , Pomponius Mela , Aulagelle ,
Clément d'Alexandrie ; les Philofophes
même & les Poëtes , Platon , Ariftote ,
Ciceron , Juvenal , Martial ; on trouve
dans leurs écrits une infinitéde traits qui
nous mettent au fait des moeurs des Gaulois
: c'eſt d'après eux que l'Auteur du Mémoire
a travaillé.
Il n'avance rien de poſitif ſur l'origine
desGaulois . Nous ne trouvons rien , dir-
,
NOVEMBRE, 1753 . 59
il , qui nous faſſe connoître leur établiſfementdans
la partie de l'Europe qu'ils occuperent.
Les Auteurs les plus anciens en
parlent comme d'un peuple connu depuis
long-tems , & vivant ſelon ſes loix. Les
différentes émigrations des Gaulois qui ſe
répandirent de tous côtés pour y former
des établiſſemens nouveaux , qui s'emparerent
d'une grande partie de l'Italie& de
l'Eſpagne , qui pénétrerent juſqu'en Afie
qui peuplerent lesIſles voiſinesde l'Europe,
devinrent la tigede pluſieurs peuples qui
confervent encore aujourd'hui leur nom.
Toutes ces circonstances raſſemblées dépoſent
en faveur de l'antiquité des Gaulois .
د
On dit un mot de leur nom , que l'on'
croit, avec Bodin , pouvoir tirer du pays
même qu'il habitoient , & du mot Wal ,
qui en langue Celtique ſignifie Forest. Du
mot Wal on a fait Walli , & fuivant la prononciation
Romaine qui employe le Gau
lieu du double W, on a dit Galli , Ganlois
, ou habitans des forêts. Hova
L'Auteur donne enſuite une idée de la
conformation extérieure desGaulois ,qui ,
au rapport de Paufanias , étoient les plus
grands , les plus forts , & les mieux faits
de tous les hommes. Ils naiſſoient avecdes
cheveux blonds ; cette couleur leur paroiffoit
trop fade ,& ils avoient une attention
:
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE .
particuliere à ſe rendre roux; ils s'imagi
noient que cette couleur ſanglante les rendroit
plus formidables à la guerre. La façon
même dont ils tournoient leurs cheveux
avoit quelque choſe d'horrible. Ils ſe rafoient
le menton& conſervoient de longues
moustaches qui retomboient juſques
fur la poitrine ; les principaux de lanation
les regardoient comme une parure auffi
néceflaire qu'agréable.
Leurs habillemens n'étoient pas toujours
les mêmes ; on en diftinguoit de trois efpéces.
La ſaye , ou le vêtement long &
large , avec lequel on paroiſſoit dans les
affemblées publiques ; la braye ( Bracca )
étoit un juſte-an-corps ferré & court , on
le portoitdans les voyages & à la guerre ,
la tunique , le plus léger de tous , fervoit
au peuple & aux ouvriers. L'habillement
des femmes reffembloit beaucoup à celui
des hommes ; il étoit de toile ou d'étoffede
laine fort légere , il étoit taillé de façon
qu'elles avoient les épaules , les bras &
la gorge preſqu'entierement à découvert.
L'uſage de l'or étoit commun parmi eux ,
ils ſçavoient le fondre & l'employer à leur
parure , pour laquelle la nation a toujours
eu un goût décidé ; on en trouve une
preuve fans réplique dans l'hiſtoire de TitusManlius
, qui enleva le colier d'or du
NOVEMBRE. 1753 . 61
Gaulois qu'il vainquit ſur le pont du Teveron
, & qui en prit le nom de Torquatus.
Mais c'eſt par un examen plus important
ducoeur & de l'eſprit desGaulois , de leur
façon d'agir & de penſer dans ce qui regarde
les principes fondamentaux de la
fociété , & ce qui en aſſure le repos & la
gloire , que l'on doit ſe former une idée
des moeurs des Gaulois.On commence par
l'éducation de la jeuneſſe .
Quel étoit parmi eux le ton de l'éducationeil
ſe rapportoit tout au bien de l'Etat
, & il en faifoit en partie la conftitution.
Les Egyptiens & les Spartiates n'ont
rien eu dans ce genre qui leur mérite la
préférence. Les Gaulois, il eſt vrai , ne
formoient ni Sçavans ni Artiſtes , mais ils
formoient des hommes , & les élevoient
reſpectivement les uns pour les autres.
Leur eſprit ſe développoit à peine , qu'ils
étoient perfuadés de ce principe impor
tant , qu'on ne peut trouver ſon avantage
particulier que dans le bien général. C'eſt
de ce tems qu'il eſt permis de dire qu'il ne
naiſſoit pas plus de bons hommes que de
bons patriotes Que fon nerévoque point
en doute ce que l'on raconte de ces tems
éloignés. Le confentement unanime des
Hiſtoriens dépoſe en faveur d'une vérivé
62 MERCURE DE FRANCE.
que l'on ne refuſe d'admettre que parce
que l'on eſt intéreſſé à ſe perfuader que les
hommes de tous les récles ſe ſont reſſemblés
, & que les mêmes cauſes ont toujours
du produire les mêmes effets. Un
détail exact& ſuivi prouve le contraire.
La nourriture de la jeuneſſe , ſes exerci
ces , ſes jeux , le ſoin que l'on avoit de ſes
moeurs , l'exactitude de ſes maîtres , & la
ſévérité des châtimens , concouroient à
en former des citoyens robuftes& fideles à
l'Etat .
On parle de leurs mariages , des cérémonies
qui s'y obſervoient , des conventions
matrimoniales, de l'autorité deſpotique
des maris ſur les femmes& les enfans
, du rang que les femmes tenoient
dans la fociété. Les coutumes n'étoient
pas les mêmes à ce ſujet dans toutes les
Gaules ; on en rapporte les différences
confirmées par les témoignages des Hiſtoriens
qui en ont écrir.
D'autres uſages nous préſentent les
moeurs des Gaulois ſous un aſpect plusheureux.
Nous y trouvons avecplaifir une inclination
marquée pour le bien , & un
amour décidé pour Thumanité ; ils exer.
çoient l'hoſpitalité avec un déſintéreffement
& un zele qui leur étoit unique. Ils
établirent en faveur de leurs hôtes une loi
NOVEMBRE. 1753. 6
qui fait honneur à l'humanité. On parle
de l'Architecture civile , des feſtins , & des
meubles des Gaulois. Ces détails forment
un tableau agréable , varié , & d'autant
plus inſtructif , que malgré les changemens
que les révolutions des ſiécles ont néceffairement
introduit , nous retrouvons dans
nos uſages mille traits qui ſe rapportent à
cequepratiquoient anciennement lesGaulois;
& plus nous remontons dans les fiécles
paflés , plus nous voyons augmenter
le nombredes rapports ; de forte qu'iln'eſt
pas impoffible de former une chaîne qui
remonte depuis nous juſqu'à l'antiquité
la plus reculée.
Le Mémoire eſt terminé par ce qui regarde
les qualités de l'eſprit national des
Gaulois. Les Auteurs étrangers les ont taxé
d'inconſtance & de légereté ; ceux qui les
ontmieux connus , ont trouvé la cauſe de
ces défauts prétendus ,dans la vivacité de
l'inclination des Gaulois , & dans leur facilité
à réfondre ſur le champ ce qui convenoit
aux circonstances du tems. On leur
a reproché une curioſité infupportable aux
étrangers ; c'étoit le vice de la nation ,
que l'on ne peut jamais détruire , & qui
ſouvent lui fut préjudiciable , attendu ſon
inclination à croire tout ce qu'on lui racontoitdesdeffeins
de ſes ennemis ou de
64 MERCURE DE FRANCE.
fes voiſins. Le Gouvernement ne trouva
d'autre moyen de l'arrêter , qu'en défendant
ſous des peines très féveres , de s'entretenir
en publicdes nouvelles étrangeres
,& de prendre en conféquence aucune
réſolution ſans l'ordre du Conſeil national
, auquel on devoit rapporter tout
ce que l'on auroit entendu dire , pour ſuivre
fes ordres fur les précautions qu'il y
auroit à prendre.
Ils avoient beaucoup de vanité , & fe
eroyoient invincibles. Les Romains leur
apprisent le contraire , quoiqu'il ſoit vrai
de dire que de toutes leurs conquêtes ,
aucune ne leur a autant coûté , & qu'il a
falu la valeur & le génie ſupérieur de Céfar
pour en venir à bout.
On s'eſt mocqué de leur crédulité , elle
paffa en proverbe à Rome , & les Grecs
regarderent les Gaulois comme un peuple
fans efprit& fans difcernement ; & pourquoi
? c'eſt qu'ils n'avoient jamais trompé
perfonne ,& qu'ils ne croyoient pas qu'on
pût les tromper. Ils ne mirent pas la défiance
au rang des vertus. Une fi grande
crédulité eſt peut-être un défaut ; mais
quand c'eſt celui de la nation , & qu'il a
pour principe la fimplicité des moeurs &
l'ingénuité du coeur , ce défaut même devient
honorable à la nation , que l'on ne
NOVEMBRE. 1753. 65
doit regarder que comme un peuple chez
lequel la vérité ſeule a le droit de ſe faire
entendre , & qui n'ajamais imaginé que
ta diffimulation & la fraude puffent entrer
dans le commerce ordinaire de la vie .
Le Prix qui avoit été remis l'an paſſé ,
lesAuteurs n'ayant pas rempli les vûes de
l'Académie fur le ſujet fuivant; sçavoir ,
fi la température de l'air d'un climat influe
fur le tempéramem & la force de ses habitans
, a été adjugé à M. Gravier , Docteur
en Médecine , à Paray en Charolois , qui
s'eſt annoncé l'Auteur du Mémoire Nº. 20
qui a pour deviſe , mutas omnia coli tempe
ries .
Programmes proposés.
Le Prix de morale pour l'année 1754 ,
conſiſtant en une médaille d'or de la valeur
de trente piſtoles , ſera adjugé à celui
qui aura le mieux réſolu le Problême furvant
: Quelle est la ſource de l'inégalué parmi
les hommes , &fi elle est autorisée par la loi
naturelle.
Il ſera libre d'écrire en François ou en
Latin , il ne faut pas que la lecture excéde
trois quarts d'heure. Les Mémoires ,
francs de pore , feront adreſſés à M. Petit ,
Secrétaire de l'Académie , rue du Vieux
Marché , à Dijon , qui n'en receyra point
66 MERCURE DE FRANCE .
paílé le premier Avril. Il en ſera ufé de
même à l'avenir à l'égard des paquets
adreſſés à l'Académie ; elle n'en recevra
aucun , dont le port n'ait été acquité aux
Bureaux d'où ils font partis.
L'Académie déſirant donner aux Auteurs
le tems de travailler leurs ouvrages
&de faire les recherches néceſſaires , s'eſt
déterminée à annoncer les ſujets un an
plutôt qu'elle n'avoit coutume de faire.
Celui de Médecine pour l'année 1755 ,
conſiſte à déterminer la maniere d'agir du
bain aqueuxſimple , fes avantages &ses inconvéniens
, par rapport aux différens tempėrammens
, & en particulier dans quelgenre
de maladies il peut être utile. Lesouvrages
qui n'excéderont pas une heure de lecture
feront reçus ſous les mêmes conditions que
ci-deſſus , juſqu'au premier Avril 1755.
L
De l'Académie de Dijon.
'Académie tint ſa Séance publique le
19 Août.Eile fut ouverte par M. ***
Académicien honoraire , qui lut un Difcours
ou amusement littéraire , ſurun ſpécifique
contre la triſtelle & les chagrins
dela vie.
Si le corps a ſes maladies , l'eſprit a fes
indifpofitions qu'il eſt plus difficile encore
de prévenir. En effet , il n'eſt aucun
régime qui puiffe nous garantir du chagrin
; ce bourreau de l'homme , qui répand
dans l'ame le poiſon & l'amertume , rend
la vie même à charge. L'impoſſibilité de
prévenir ,& la difficulté de détruire cette
indiſpoſition , ne nous laiſſe de reſſource
qued'en affoiblir le ſentiment : quels en
feront les moyens ? La Médecine , cet art
lumineux & ſecourable , ne nous en offre
que très peu ſur leſquels on puiſſe fonder
quelque eſpérance. Homere , cet ami des
jeux& des ris , parle d'une plante dont il
vante l'efficacité ; mais la graine en eſt
peut- être à jamais perdue , du moins ne
croît-elle plusdans nos jardins. Un Poëte
NOVEMBRE. 1753 . 57
, de la Franconie Orientale , Conrad Celte
nous offre en forme de dédommagement ,
quatre ſpécifiques , qu'il nomme les véhicules
de la vie ; le vin , le ſommeil , un
ami , la Philoſophie. En adoptant ce ſentiment
, on ſe propoſe de faire voir que
l'on peut trouver un adouciſſement aux
chagrins de la vie , dans l'uſage modéré
d'un vin exquis , dans les douceurs du
fommeil , dans les agrémens d'une amitié
fincere & réciproque , & dans les maximes
de la Philoſophie. L'Auteur convient
que l'on ne peut regarder ceci que comine
un purbadinage; mais ſansunpeu d'amuſement
( dit il ) un Orateur n'eſt ſouvent
qu'un ingénieux artiſan d'ennui . Ce Difcours
fut ſuivi de celui de M. Lantin ,
contre les mercenaires de la Littérature ,
qui travaillant pour les Académies , ſont
plus ſenſibles à l'intérêt fordide qui les
dévore , qu'à la réputation &à la gloire
d'avoir bien fait..
M. l'Abbé Richard lut enſuite un Mémoirefur
les moeurs des Gaulcis.
Les actions du particulier , ſa façon de
vivre & ſes inclinations , caractériſent un
peuple ; on peut juger des moeurs d'une
nation pat pluſieurs de ces caracteres ralſemblés&
comparés. C'eſt par cette méthode
que l'on est parvenu à nous faire
Cy
58 MERCURE DEFRANCE .
connoître les moeurs des Grecs & des Romains
, c'eſt ainſi que les voyageurs modernes
nous ont ſi bien expliqué le goût
& le génie particulier des peuples des Indes
& de l'Amérique , dont la plupart
font ſauvages par rapport ànous , qu'il
n'y auroit que le premier abord de ces
peuples qui nous étonnât ; ce que nous en
aurions lû , ce que l'on nous en auroitdit,
nous mettroit bientôt au fait de ce que
nous en aurions à craindre ou à eſpérer.
Mais où trouver des mémoires pour
nous inſtruire de ce qui regarde les Gaulois
, aufli parfaitement que nous le ſommes
, de ce qui ſe rapporte aux Romains
& aux Grecs ? Les mêmes Auteurs qui ont
écrit l'hiſtoire de ces peuples fameux , nous
apprendront à connoître nos ancêtres.
Diodore de Sicile , Paufanias , Plutarque
, Athenée , Tite- Live , Ceſar , Tacite ,
Strabon , Pomponius Mela , Aulagelle ,
Clément d'Alexandrie ; les Philofophes
même & les Poëtes , Platon , Ariftote ,
Ciceron , Juvenal , Martial ; on trouve
dans leurs écrits une infinitéde traits qui
nous mettent au fait des moeurs des Gaulois
: c'eſt d'après eux que l'Auteur du Mémoire
a travaillé.
Il n'avance rien de poſitif ſur l'origine
desGaulois . Nous ne trouvons rien , dir-
,
NOVEMBRE, 1753 . 59
il , qui nous faſſe connoître leur établiſfementdans
la partie de l'Europe qu'ils occuperent.
Les Auteurs les plus anciens en
parlent comme d'un peuple connu depuis
long-tems , & vivant ſelon ſes loix. Les
différentes émigrations des Gaulois qui ſe
répandirent de tous côtés pour y former
des établiſſemens nouveaux , qui s'emparerent
d'une grande partie de l'Italie& de
l'Eſpagne , qui pénétrerent juſqu'en Afie
qui peuplerent lesIſles voiſinesde l'Europe,
devinrent la tigede pluſieurs peuples qui
confervent encore aujourd'hui leur nom.
Toutes ces circonstances raſſemblées dépoſent
en faveur de l'antiquité des Gaulois .
د
On dit un mot de leur nom , que l'on'
croit, avec Bodin , pouvoir tirer du pays
même qu'il habitoient , & du mot Wal ,
qui en langue Celtique ſignifie Forest. Du
mot Wal on a fait Walli , & fuivant la prononciation
Romaine qui employe le Gau
lieu du double W, on a dit Galli , Ganlois
, ou habitans des forêts. Hova
L'Auteur donne enſuite une idée de la
conformation extérieure desGaulois ,qui ,
au rapport de Paufanias , étoient les plus
grands , les plus forts , & les mieux faits
de tous les hommes. Ils naiſſoient avecdes
cheveux blonds ; cette couleur leur paroiffoit
trop fade ,& ils avoient une attention
:
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE .
particuliere à ſe rendre roux; ils s'imagi
noient que cette couleur ſanglante les rendroit
plus formidables à la guerre. La façon
même dont ils tournoient leurs cheveux
avoit quelque choſe d'horrible. Ils ſe rafoient
le menton& conſervoient de longues
moustaches qui retomboient juſques
fur la poitrine ; les principaux de lanation
les regardoient comme une parure auffi
néceflaire qu'agréable.
Leurs habillemens n'étoient pas toujours
les mêmes ; on en diftinguoit de trois efpéces.
La ſaye , ou le vêtement long &
large , avec lequel on paroiſſoit dans les
affemblées publiques ; la braye ( Bracca )
étoit un juſte-an-corps ferré & court , on
le portoitdans les voyages & à la guerre ,
la tunique , le plus léger de tous , fervoit
au peuple & aux ouvriers. L'habillement
des femmes reffembloit beaucoup à celui
des hommes ; il étoit de toile ou d'étoffede
laine fort légere , il étoit taillé de façon
qu'elles avoient les épaules , les bras &
la gorge preſqu'entierement à découvert.
L'uſage de l'or étoit commun parmi eux ,
ils ſçavoient le fondre & l'employer à leur
parure , pour laquelle la nation a toujours
eu un goût décidé ; on en trouve une
preuve fans réplique dans l'hiſtoire de TitusManlius
, qui enleva le colier d'or du
NOVEMBRE. 1753 . 61
Gaulois qu'il vainquit ſur le pont du Teveron
, & qui en prit le nom de Torquatus.
Mais c'eſt par un examen plus important
ducoeur & de l'eſprit desGaulois , de leur
façon d'agir & de penſer dans ce qui regarde
les principes fondamentaux de la
fociété , & ce qui en aſſure le repos & la
gloire , que l'on doit ſe former une idée
des moeurs des Gaulois.On commence par
l'éducation de la jeuneſſe .
Quel étoit parmi eux le ton de l'éducationeil
ſe rapportoit tout au bien de l'Etat
, & il en faifoit en partie la conftitution.
Les Egyptiens & les Spartiates n'ont
rien eu dans ce genre qui leur mérite la
préférence. Les Gaulois, il eſt vrai , ne
formoient ni Sçavans ni Artiſtes , mais ils
formoient des hommes , & les élevoient
reſpectivement les uns pour les autres.
Leur eſprit ſe développoit à peine , qu'ils
étoient perfuadés de ce principe impor
tant , qu'on ne peut trouver ſon avantage
particulier que dans le bien général. C'eſt
de ce tems qu'il eſt permis de dire qu'il ne
naiſſoit pas plus de bons hommes que de
bons patriotes Que fon nerévoque point
en doute ce que l'on raconte de ces tems
éloignés. Le confentement unanime des
Hiſtoriens dépoſe en faveur d'une vérivé
62 MERCURE DE FRANCE.
que l'on ne refuſe d'admettre que parce
que l'on eſt intéreſſé à ſe perfuader que les
hommes de tous les récles ſe ſont reſſemblés
, & que les mêmes cauſes ont toujours
du produire les mêmes effets. Un
détail exact& ſuivi prouve le contraire.
La nourriture de la jeuneſſe , ſes exerci
ces , ſes jeux , le ſoin que l'on avoit de ſes
moeurs , l'exactitude de ſes maîtres , & la
ſévérité des châtimens , concouroient à
en former des citoyens robuftes& fideles à
l'Etat .
On parle de leurs mariages , des cérémonies
qui s'y obſervoient , des conventions
matrimoniales, de l'autorité deſpotique
des maris ſur les femmes& les enfans
, du rang que les femmes tenoient
dans la fociété. Les coutumes n'étoient
pas les mêmes à ce ſujet dans toutes les
Gaules ; on en rapporte les différences
confirmées par les témoignages des Hiſtoriens
qui en ont écrir.
D'autres uſages nous préſentent les
moeurs des Gaulois ſous un aſpect plusheureux.
Nous y trouvons avecplaifir une inclination
marquée pour le bien , & un
amour décidé pour Thumanité ; ils exer.
çoient l'hoſpitalité avec un déſintéreffement
& un zele qui leur étoit unique. Ils
établirent en faveur de leurs hôtes une loi
NOVEMBRE. 1753. 6
qui fait honneur à l'humanité. On parle
de l'Architecture civile , des feſtins , & des
meubles des Gaulois. Ces détails forment
un tableau agréable , varié , & d'autant
plus inſtructif , que malgré les changemens
que les révolutions des ſiécles ont néceffairement
introduit , nous retrouvons dans
nos uſages mille traits qui ſe rapportent à
cequepratiquoient anciennement lesGaulois;
& plus nous remontons dans les fiécles
paflés , plus nous voyons augmenter
le nombredes rapports ; de forte qu'iln'eſt
pas impoffible de former une chaîne qui
remonte depuis nous juſqu'à l'antiquité
la plus reculée.
Le Mémoire eſt terminé par ce qui regarde
les qualités de l'eſprit national des
Gaulois. Les Auteurs étrangers les ont taxé
d'inconſtance & de légereté ; ceux qui les
ontmieux connus , ont trouvé la cauſe de
ces défauts prétendus ,dans la vivacité de
l'inclination des Gaulois , & dans leur facilité
à réfondre ſur le champ ce qui convenoit
aux circonstances du tems. On leur
a reproché une curioſité infupportable aux
étrangers ; c'étoit le vice de la nation ,
que l'on ne peut jamais détruire , & qui
ſouvent lui fut préjudiciable , attendu ſon
inclination à croire tout ce qu'on lui racontoitdesdeffeins
de ſes ennemis ou de
64 MERCURE DE FRANCE.
fes voiſins. Le Gouvernement ne trouva
d'autre moyen de l'arrêter , qu'en défendant
ſous des peines très féveres , de s'entretenir
en publicdes nouvelles étrangeres
,& de prendre en conféquence aucune
réſolution ſans l'ordre du Conſeil national
, auquel on devoit rapporter tout
ce que l'on auroit entendu dire , pour ſuivre
fes ordres fur les précautions qu'il y
auroit à prendre.
Ils avoient beaucoup de vanité , & fe
eroyoient invincibles. Les Romains leur
apprisent le contraire , quoiqu'il ſoit vrai
de dire que de toutes leurs conquêtes ,
aucune ne leur a autant coûté , & qu'il a
falu la valeur & le génie ſupérieur de Céfar
pour en venir à bout.
On s'eſt mocqué de leur crédulité , elle
paffa en proverbe à Rome , & les Grecs
regarderent les Gaulois comme un peuple
fans efprit& fans difcernement ; & pourquoi
? c'eſt qu'ils n'avoient jamais trompé
perfonne ,& qu'ils ne croyoient pas qu'on
pût les tromper. Ils ne mirent pas la défiance
au rang des vertus. Une fi grande
crédulité eſt peut-être un défaut ; mais
quand c'eſt celui de la nation , & qu'il a
pour principe la fimplicité des moeurs &
l'ingénuité du coeur , ce défaut même devient
honorable à la nation , que l'on ne
NOVEMBRE. 1753. 65
doit regarder que comme un peuple chez
lequel la vérité ſeule a le droit de ſe faire
entendre , & qui n'ajamais imaginé que
ta diffimulation & la fraude puffent entrer
dans le commerce ordinaire de la vie .
Le Prix qui avoit été remis l'an paſſé ,
lesAuteurs n'ayant pas rempli les vûes de
l'Académie fur le ſujet fuivant; sçavoir ,
fi la température de l'air d'un climat influe
fur le tempéramem & la force de ses habitans
, a été adjugé à M. Gravier , Docteur
en Médecine , à Paray en Charolois , qui
s'eſt annoncé l'Auteur du Mémoire Nº. 20
qui a pour deviſe , mutas omnia coli tempe
ries .
Programmes proposés.
Le Prix de morale pour l'année 1754 ,
conſiſtant en une médaille d'or de la valeur
de trente piſtoles , ſera adjugé à celui
qui aura le mieux réſolu le Problême furvant
: Quelle est la ſource de l'inégalué parmi
les hommes , &fi elle est autorisée par la loi
naturelle.
Il ſera libre d'écrire en François ou en
Latin , il ne faut pas que la lecture excéde
trois quarts d'heure. Les Mémoires ,
francs de pore , feront adreſſés à M. Petit ,
Secrétaire de l'Académie , rue du Vieux
Marché , à Dijon , qui n'en receyra point
66 MERCURE DE FRANCE .
paílé le premier Avril. Il en ſera ufé de
même à l'avenir à l'égard des paquets
adreſſés à l'Académie ; elle n'en recevra
aucun , dont le port n'ait été acquité aux
Bureaux d'où ils font partis.
L'Académie déſirant donner aux Auteurs
le tems de travailler leurs ouvrages
&de faire les recherches néceſſaires , s'eſt
déterminée à annoncer les ſujets un an
plutôt qu'elle n'avoit coutume de faire.
Celui de Médecine pour l'année 1755 ,
conſiſte à déterminer la maniere d'agir du
bain aqueuxſimple , fes avantages &ses inconvéniens
, par rapport aux différens tempėrammens
, & en particulier dans quelgenre
de maladies il peut être utile. Lesouvrages
qui n'excéderont pas une heure de lecture
feront reçus ſous les mêmes conditions que
ci-deſſus , juſqu'au premier Avril 1755.
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Résumé : SEANCE PUBLIQUE De l'Académie de Dijon.
Lors d'une séance publique de l'Académie de Dijon le 19 août, M. *** a inauguré la session en abordant les moyens de combattre la tristesse et les chagrins de la vie. Il a mentionné les défis liés à la prévention des troubles de l'esprit et a cité Conrad Celte, qui recommande quatre remèdes : le vin, le sommeil, l'amitié sincère et la philosophie. M. Lantin a ensuite critiqué les écrivains mercenaires, ceux qui écrivent principalement pour des raisons financières. L'abbé Richard a présenté un mémoire sur les mœurs des Gaulois, s'appuyant sur des auteurs anciens tels que Diodore de Sicile et Plutarque. Il a décrit les Gaulois comme étant grands, forts et souvent roux, portant des vêtements variés et utilisant fréquemment l'or. Leur éducation mettait l'accent sur le bien de l'État, formant ainsi des citoyens robustes et loyaux. Les Gaulois étaient également reconnus pour leur hospitalité et leur curiosité, bien que parfois reprochés pour leur inconstance. L'Académie a également annoncé des concours pour les années 1754 et 1755. Le premier concernait l'origine de l'inégalité parmi les hommes, et le second portait sur les effets des bains aqueux simples.
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387
p. 99-100
LOGOGRYPHE.
Début :
Voulez-vous attraper mes membres & mon tout ? [...]
Mots clefs :
Seringue
388
p. 93
AUTRE.
Début :
De la loi du trépas Ministre rédoutable, [...]
Mots clefs :
Fièvre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
E la loi du trépas Miniſtre rédoutable ,
J'exerce mafureur fous maintdéguiſement,
Et de la Faculté le pouvoir reſpectable ,
Souvent pour m'expulfer s'efforce vainement.
Diffequé , cher Lecteur , à tes yeux je préfente
Un arbre toujours verd , un terme de mépris ,
Un infecte rempant , la beauté raviſſante
Que notre premier pere , avec plaifir furpris ,
A fon reveil reçut de Dieu pour fa compagne ;
Un mortel fuccombant fous le jus de Champagne;
Une ville de France ; un tréfor précieux
Que pour fi peu de tems le deftin nous accorde ;
Ce que tout Marinier joyeuſement aborde ;
Un légume commun , que fuperftitieux ,
A tous les Sectateurs interdit Pythagore ;
Un utile métal ; un homme qu'on abhorre ;
En Latin la faifon , qui chaffant les frimats ,
Ramene les plaifirs dans nos heureux climats ;
L'ouvrage du fommeil : enfin une épithéte
Qui convient à tout corps , qui refpire ou végete.
Par J. C. Thiolliere , C. D. S. A. D. L.
en Saintonge.
E la loi du trépas Miniſtre rédoutable ,
J'exerce mafureur fous maintdéguiſement,
Et de la Faculté le pouvoir reſpectable ,
Souvent pour m'expulfer s'efforce vainement.
Diffequé , cher Lecteur , à tes yeux je préfente
Un arbre toujours verd , un terme de mépris ,
Un infecte rempant , la beauté raviſſante
Que notre premier pere , avec plaifir furpris ,
A fon reveil reçut de Dieu pour fa compagne ;
Un mortel fuccombant fous le jus de Champagne;
Une ville de France ; un tréfor précieux
Que pour fi peu de tems le deftin nous accorde ;
Ce que tout Marinier joyeuſement aborde ;
Un légume commun , que fuperftitieux ,
A tous les Sectateurs interdit Pythagore ;
Un utile métal ; un homme qu'on abhorre ;
En Latin la faifon , qui chaffant les frimats ,
Ramene les plaifirs dans nos heureux climats ;
L'ouvrage du fommeil : enfin une épithéte
Qui convient à tout corps , qui refpire ou végete.
Par J. C. Thiolliere , C. D. S. A. D. L.
en Saintonge.
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389
p. 149-151
« M. Morand, de l'Académie des Sciences, & Secrétaire perpétuel de l'Académie [...] »
Début :
M. Morand, de l'Académie des Sciences, & Secrétaire perpétuel de l'Académie [...]
Mots clefs :
Académie des sciences, Académie de chirurgie, Moscou, Saint-Petersbourg, Sages-femmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. Morand, de l'Académie des Sciences, & Secrétaire perpétuel de l'Académie [...] »
M. Morand , de l'Académie des Sciences
, & Secrétaire perpétuel de l'Académie
de Chirurgie , qui a autant de zéle pour le
bien de l'humanité de talent pour le
procurer , nous a communiqué une ordonnance
rendue par l'Impératrice de Ruffe
, qui porte que » toutes les Sages fem-
» mes , tant à Mofcou qu'à Petersbourg ,
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
و ر
"
39
» devront être examinées par des Médecins
» & Chirurgiens experts , ainfi que par
» des Sages femmes jurées , après quoi on
» leur fera prêter ferment fuivant le for-
» mulaire joint à la même ordonnance . Le
» nombre de ces Sages femmes eft fixé à
» quinze pour Mofcou , & à dix pour Pétersbourg.
A mesure qu'il y en aura de
» furnuméraires , on en fera paffer une
» dans chaque ville du Gouvernement , &
fucceffivement dans les villes provinciales
, afin qu'avec le tems tout l'Empire
» foit pourvû de Sages femmes. Leur ſalai-
» re eft reglé par une lifte annexée à ladite
» Ordonnance , & chacun fera tenu de le
» payer fans contradiction . Outre les Sages
» femmes ordinaires , il y en aura deux à
" Mofcou & deux à Pétersbourg pour tou
» tes fortes de cas extraordinaires , lefquel-
» les feront aux gages de la Couronne.
» Celles de Mofcou auront , la premiere
» deux cens roubles , & la feconde cent
cinquante ; celles de Pétersbourg , la pre-
» miere trois cens , & la feconde deux
» cens roubles par année . Chaque Sage
» femme jurée tiendra deux apprentives.
»
Pour l'inftruction fondamentale & la
»confirmation réguliere des Sages fem-
» mes , on établira tant à Mofcou qu'à Pé-
» tersbourg , dans chacune de ces deux vil-
00
DECEMBRE. 1754 151
»
"
» les , une école fous l'infpection d'un Mé-
>> decin & d'un Chirurgien , lefquels Méde-
» cins & Chirurgiens feront nommés Profeffeurs
en l'art d'accoucher , & les Chirur-
" giens , Accoucheurs ; ils feront auffi aux
» gages de la Couronne. Les premiers au-
» ront depuis trois cens jufqu'à fix cens
» roubles , & les derniers entre deux cens
»& quatre cens roubles par année . Le Collégé
de Médecine ne demande pour tous
» ces frais & autres qu'une fimple fomme
>> annuelle de trois mille roubles ; laquelle
» fomme devant être , comme de raifon
» fupportée par le public , l'on a formé
» une taxe , dont la liſte eft de même join-
» te à l'Ordonnance , & en conféquence de
laquelle chacun fera obligé de payer fuivant
le rang du mari de l'accouchée , fans
exception de qui que ce foit , fous peine
» d'exécution. Cette fomme fera avancée
» en trois termes annuellement par le tré-
»for de la Couronne , au Collège de Mé-
» decine , qui en fera enfuite la reftitution
» du produit de la taxe . Tout cet établif-
» fement eft foumis à la direction du même
» Collége , qui eft chargé auffi de la per-
»ception des deniers affectés à fon ufage.
, & Secrétaire perpétuel de l'Académie
de Chirurgie , qui a autant de zéle pour le
bien de l'humanité de talent pour le
procurer , nous a communiqué une ordonnance
rendue par l'Impératrice de Ruffe
, qui porte que » toutes les Sages fem-
» mes , tant à Mofcou qu'à Petersbourg ,
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
و ر
"
39
» devront être examinées par des Médecins
» & Chirurgiens experts , ainfi que par
» des Sages femmes jurées , après quoi on
» leur fera prêter ferment fuivant le for-
» mulaire joint à la même ordonnance . Le
» nombre de ces Sages femmes eft fixé à
» quinze pour Mofcou , & à dix pour Pétersbourg.
A mesure qu'il y en aura de
» furnuméraires , on en fera paffer une
» dans chaque ville du Gouvernement , &
fucceffivement dans les villes provinciales
, afin qu'avec le tems tout l'Empire
» foit pourvû de Sages femmes. Leur ſalai-
» re eft reglé par une lifte annexée à ladite
» Ordonnance , & chacun fera tenu de le
» payer fans contradiction . Outre les Sages
» femmes ordinaires , il y en aura deux à
" Mofcou & deux à Pétersbourg pour tou
» tes fortes de cas extraordinaires , lefquel-
» les feront aux gages de la Couronne.
» Celles de Mofcou auront , la premiere
» deux cens roubles , & la feconde cent
cinquante ; celles de Pétersbourg , la pre-
» miere trois cens , & la feconde deux
» cens roubles par année . Chaque Sage
» femme jurée tiendra deux apprentives.
»
Pour l'inftruction fondamentale & la
»confirmation réguliere des Sages fem-
» mes , on établira tant à Mofcou qu'à Pé-
» tersbourg , dans chacune de ces deux vil-
00
DECEMBRE. 1754 151
»
"
» les , une école fous l'infpection d'un Mé-
>> decin & d'un Chirurgien , lefquels Méde-
» cins & Chirurgiens feront nommés Profeffeurs
en l'art d'accoucher , & les Chirur-
" giens , Accoucheurs ; ils feront auffi aux
» gages de la Couronne. Les premiers au-
» ront depuis trois cens jufqu'à fix cens
» roubles , & les derniers entre deux cens
»& quatre cens roubles par année . Le Collégé
de Médecine ne demande pour tous
» ces frais & autres qu'une fimple fomme
>> annuelle de trois mille roubles ; laquelle
» fomme devant être , comme de raifon
» fupportée par le public , l'on a formé
» une taxe , dont la liſte eft de même join-
» te à l'Ordonnance , & en conféquence de
laquelle chacun fera obligé de payer fuivant
le rang du mari de l'accouchée , fans
exception de qui que ce foit , fous peine
» d'exécution. Cette fomme fera avancée
» en trois termes annuellement par le tré-
»for de la Couronne , au Collège de Mé-
» decine , qui en fera enfuite la reftitution
» du produit de la taxe . Tout cet établif-
» fement eft foumis à la direction du même
» Collége , qui eft chargé auffi de la per-
»ception des deniers affectés à fon ufage.
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Résumé : « M. Morand, de l'Académie des Sciences, & Secrétaire perpétuel de l'Académie [...] »
M. Morand, membre de l'Académie des Sciences et Secrétaire perpétuel de l'Académie de Chirurgie, a communiqué une ordonnance de l'Impératrice de Russie. Cette ordonnance impose que toutes les sages-femmes à Moscou et à Saint-Pétersbourg soient examinées par des médecins, chirurgiens experts et sages-femmes jurées. Le nombre de sages-femmes est limité à quinze pour Moscou et dix pour Saint-Pétersbourg. Les sages-femmes surnuméraires seront envoyées dans les villes du gouvernement et les villes provinciales pour couvrir l'ensemble de l'Empire. Leur salaire est réglementé et doit être payé sans contestation. Deux sages-femmes à Moscou et deux à Saint-Pétersbourg seront dédiées aux cas extraordinaires, rémunérées par la Couronne. Chaque sage-femme jurée supervisera deux apprenties. Pour la formation et la confirmation des sages-femmes, des écoles seront établies à Moscou et à Saint-Pétersbourg sous la supervision de médecins et chirurgiens, nommés professeurs en art d'accoucher et accoucheurs, également rémunérés par la Couronne. Le Collège de Médecine demande une somme annuelle de trois mille roubles pour ces frais, soutenue par le public via une taxe basée sur le rang du mari de l'accouchée. Cette somme sera avancée par le trésor de la Couronne et restituée par le Collège de Médecine, qui dirige l'ensemble de cet établissement et perçoit les fonds affectés à son usage.
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390
p. 193-194
ITALIE.
Début :
Un courier extraordinaire dépêché de Madrid, a apporté la démission que l'Infant Dom Louis fait [...]
Mots clefs :
Turin, Rome, Petite vérole
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
DE ROME , le 8 Octobre.
Un courier extraordinaire dépêché de Madrid ,
a apporté la démiffion que l'Infant Dom Louis fait
du Cardinalat & des Archevêchés de Tolede & de
Seville.
La réponſe du Saint Pere au fujet des penfions
que l'Infant Dom Louis demande de conferver
far les Archevêchés de Tolede & de Seville , eſt
partie pour Madrid.
La petite vérole a fait des ravages affreux dans
cette capitale , & l'on compte qu'elle y a enlevé
plus de fix mille perfonnes.
Dans une maison de gens du commun , la mere
& fix enfans font morts de cette maladie, & le pere,
de douleur , a perdu l'efprit.
DE TURIN , le 12 Octobre.
Lo Prince dont Madame Infante , Ducheffe de
Savoye eft accouchée le s de ce mois , a été bap¬
I. Vol. 1
194 MERCURE DE FRANCE.
:
tifé le même jour. Il a eu le Roi pour parrein , &
la Princeffe Félicité pour marreine, & il a été nom,
mé Amédée Alexandre- Marie, Ce Prince portera
le titre de Duc de Montferrat.
DE ROME , le 8 Octobre.
Un courier extraordinaire dépêché de Madrid ,
a apporté la démiffion que l'Infant Dom Louis fait
du Cardinalat & des Archevêchés de Tolede & de
Seville.
La réponſe du Saint Pere au fujet des penfions
que l'Infant Dom Louis demande de conferver
far les Archevêchés de Tolede & de Seville , eſt
partie pour Madrid.
La petite vérole a fait des ravages affreux dans
cette capitale , & l'on compte qu'elle y a enlevé
plus de fix mille perfonnes.
Dans une maison de gens du commun , la mere
& fix enfans font morts de cette maladie, & le pere,
de douleur , a perdu l'efprit.
DE TURIN , le 12 Octobre.
Lo Prince dont Madame Infante , Ducheffe de
Savoye eft accouchée le s de ce mois , a été bap¬
I. Vol. 1
194 MERCURE DE FRANCE.
:
tifé le même jour. Il a eu le Roi pour parrein , &
la Princeffe Félicité pour marreine, & il a été nom,
mé Amédée Alexandre- Marie, Ce Prince portera
le titre de Duc de Montferrat.
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Résumé : ITALIE.
Le 8 octobre, l'Infant Dom Louis a renoncé au cardinalat et aux archevêchés de Tolède et de Séville. La réponse du pape sur ses pensions a été envoyée à Madrid. La petite vérole y a causé plus de six mille morts. Le 12 octobre, à Turin, la Duchesse de Savoie a accouché d'un prince nommé Amédée Alexandre-Marie, Duc de Montferrat.
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391
p. 173-175
DESCRIPTION PHYSIQUE DU CERVEAU, Fragment d'un Poëme Latin sur l'imagination.
Début :
Quà cerebrum exigui vallatur fornice tecti, [...]
Mots clefs :
Cerveau, Imagination
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION PHYSIQUE DU CERVEAU, Fragment d'un Poëme Latin sur l'imagination.
DESCRIPTION PHYSIQUE DU CERVEAU ,
Fragment d'un Poëme Latin fur l'imagination.
Quà cerebrum exigui vallatur fornice tecti ,
Innumeræ celantur opes ; hic fpiffa frequentes
Denfat fylva fibras & inextricabile textum
Hic vaga fpirituum rapidoque exercita curfu
Turba per anguftos refluitque fuitque canales ,
Quæfimul ac variis huc illuc flexibus errans
Trita redorditur veftigia , plurima mentem
Occupat effigies fimulachraque dædala rerum.
Sed neque fpiritibus natura eft una creandis ,
Namque olli craffo male pingues corpore cæcos
Agrè aditus penetrant obnixi & mollia furdo
Impere flexilium quaffant ramenta fibrarum.
Tenuior eft aliis exutaque pondus & omnes
Carpere prompta vias agilifque in verbera moles.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
Præcipitant alii & rapido fe turbine torquent.
Ignea gens ; pars lenta gradu fe motat inerti
Cun&tatrix , paffimque ignavo frigore torper.
Pars fluit uberior fæcundoque amne tumentes
Diftentat nervos ; pars circumcurfat inanes
Rara canaliculos & inania regna pererrat.
Eft quoque quod vario difcriminet ordine -
bras.
Pars riget indocilis crebro incurvefcere pulfa
Spirituum & certis infcribi ex ordine fulcis.
Pars quoque fæmineo plerumque innata cerebre
Flexura patiens inflexa repentè refultat ,
Aut refugo properat fubfidere lubrica lapfu
at declinatos fruftratur molliter ictus.
Pars male laxa jacet fluitantibus obfita guttis
Quæ nimio bibulas oppleat humore lacunas ;
Naufragus alveolis vix denique fpiritus arctis
Enatat ; implicitis coëunt veftigia ramis.
Sunt etiam veterum rugarum apprima tenaces ;
Namque ufu longo fenioque retorrida pellis
Aruit , inque novos metuit lentefcere flexus.
Sunt graciles quas pauca vago corpufcula. fluxu
Undatim pulfant , quà pulfant cumque fequaces ;
Ut Zephyrus tremulas hinc inde fupinat ariftas
Et flabris vibrat ludentibus , aurea mellis
Fluctuat & dubios alternat flexilis æftus.
Flexilis ab nimiùm ne fit mihi fylva fibrarum
Neu nimium gracilis neque enim penetrabilis
incus ,
DECEMBRE . 1754. 175
Admittit grandes exili cortice fulcos
Et morfu crebro paulatim exefa fatifcit.
Denfior eft aliis textura & fuftinet ictum
Dùm fidis impreffa notis veftigia rerum
Altiùs infideant , nec quaffam ver bere multo
Tenuia fcindit agens in fegmina fpirituum vis ,&c .
On ne croira pas aisément que les vers
pleins d'énergie & de précision qu'on vient de
lire , foient l'ouvrage d'un homme du monde.
Fragment d'un Poëme Latin fur l'imagination.
Quà cerebrum exigui vallatur fornice tecti ,
Innumeræ celantur opes ; hic fpiffa frequentes
Denfat fylva fibras & inextricabile textum
Hic vaga fpirituum rapidoque exercita curfu
Turba per anguftos refluitque fuitque canales ,
Quæfimul ac variis huc illuc flexibus errans
Trita redorditur veftigia , plurima mentem
Occupat effigies fimulachraque dædala rerum.
Sed neque fpiritibus natura eft una creandis ,
Namque olli craffo male pingues corpore cæcos
Agrè aditus penetrant obnixi & mollia furdo
Impere flexilium quaffant ramenta fibrarum.
Tenuior eft aliis exutaque pondus & omnes
Carpere prompta vias agilifque in verbera moles.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
Præcipitant alii & rapido fe turbine torquent.
Ignea gens ; pars lenta gradu fe motat inerti
Cun&tatrix , paffimque ignavo frigore torper.
Pars fluit uberior fæcundoque amne tumentes
Diftentat nervos ; pars circumcurfat inanes
Rara canaliculos & inania regna pererrat.
Eft quoque quod vario difcriminet ordine -
bras.
Pars riget indocilis crebro incurvefcere pulfa
Spirituum & certis infcribi ex ordine fulcis.
Pars quoque fæmineo plerumque innata cerebre
Flexura patiens inflexa repentè refultat ,
Aut refugo properat fubfidere lubrica lapfu
at declinatos fruftratur molliter ictus.
Pars male laxa jacet fluitantibus obfita guttis
Quæ nimio bibulas oppleat humore lacunas ;
Naufragus alveolis vix denique fpiritus arctis
Enatat ; implicitis coëunt veftigia ramis.
Sunt etiam veterum rugarum apprima tenaces ;
Namque ufu longo fenioque retorrida pellis
Aruit , inque novos metuit lentefcere flexus.
Sunt graciles quas pauca vago corpufcula. fluxu
Undatim pulfant , quà pulfant cumque fequaces ;
Ut Zephyrus tremulas hinc inde fupinat ariftas
Et flabris vibrat ludentibus , aurea mellis
Fluctuat & dubios alternat flexilis æftus.
Flexilis ab nimiùm ne fit mihi fylva fibrarum
Neu nimium gracilis neque enim penetrabilis
incus ,
DECEMBRE . 1754. 175
Admittit grandes exili cortice fulcos
Et morfu crebro paulatim exefa fatifcit.
Denfior eft aliis textura & fuftinet ictum
Dùm fidis impreffa notis veftigia rerum
Altiùs infideant , nec quaffam ver bere multo
Tenuia fcindit agens in fegmina fpirituum vis ,&c .
On ne croira pas aisément que les vers
pleins d'énergie & de précision qu'on vient de
lire , foient l'ouvrage d'un homme du monde.
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Résumé : DESCRIPTION PHYSIQUE DU CERVEAU, Fragment d'un Poëme Latin sur l'imagination.
Le poème latin décrit la complexité du cerveau, comparé à un lieu riche en trésors. Il met en avant les fibres nerveuses et leur texture inextricable, ainsi que les esprits ou fluides circulant rapidement à travers des canaux étroits. Ces esprits créent des images et des simulacres représentant diverses choses. Le texte distingue plusieurs types d'esprits : certains sont épais et aveugles, d'autres légers et agiles. Certains esprits sont rapides et tourbillonnants, tandis que d'autres sont lents et inertes. Une partie des esprits distend les nerfs comme un fleuve abondant, une autre erre dans des canaux rares et vides. Le poème évoque également les différentes flexibilités et résistances des fibres nerveuses : certaines sont rigides et résistantes, d'autres flexibles et rebondissantes. Certaines fibres sont lâches et obstruées par des gouttelettes fluides, rendant difficile la circulation des esprits. Le texte mentionne des fibres anciennes et durcies par le temps, ainsi que des fibres graciles et ondulantes. Le poème se termine par une réflexion sur la nécessité d'éviter que les fibres ne deviennent trop fragiles ou trop denses, afin de permettre une circulation optimale des esprits et de préserver les traces des expériences.
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392
p. 122-123
« L'Art de la Chirurgie eft porté de nos jours à un dégré de perfection, inconnu [...] »
Début :
L'Art de la Chirurgie eft porté de nos jours à un dégré de perfection, inconnu [...]
Mots clefs :
Chirurgie, Académie royale de chirurgie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Art de la Chirurgie eft porté de nos jours à un dégré de perfection, inconnu [...] »
'Art de la Chirurgie eft porté de nos
jours à un dégré de perfection , inconnu
aux fiécles précédens. Les Chirurgiens
de Paris y ont depuis long- tems le
plus contribué. L'établiſſement de l'Académie
royale de Chirurgie , dont ils font
redevables au plus fage des Rois , ne peut
manquer de hâter, encore les progrès de
cet art falutaire. Le public voit avec fatisfaction
les travaux de cette Compagnie.
Ils ne fe bornent point à rechercher les
plus fûrs , pour guérir les hommes par fes
opérations , quand elles font indifpenfables
; ils s'étendent encore à tout ce qui
peut foulager l'humanité dans les occafions
où fes befoins l'exigent. M. Recolin , un
de fes membres , diftingué par fes talens ,
vient de donner à cette Compagnie un
mémoire qu'elle a entendu avec plaifir , &
qu'elle lui a permis de rendre public par
la voie de ce Journal. Ce mémoire eft auffi
curieux qu'il a été utile , pour mettre l'Académie
à portée d'apprécier au jufte le
mérite d'une nouvelle découverte qui a
FEVRIER. 1755. 123
fait beaucoup de bruit , pour nourrir les
hommes avec une poudre.
jours à un dégré de perfection , inconnu
aux fiécles précédens. Les Chirurgiens
de Paris y ont depuis long- tems le
plus contribué. L'établiſſement de l'Académie
royale de Chirurgie , dont ils font
redevables au plus fage des Rois , ne peut
manquer de hâter, encore les progrès de
cet art falutaire. Le public voit avec fatisfaction
les travaux de cette Compagnie.
Ils ne fe bornent point à rechercher les
plus fûrs , pour guérir les hommes par fes
opérations , quand elles font indifpenfables
; ils s'étendent encore à tout ce qui
peut foulager l'humanité dans les occafions
où fes befoins l'exigent. M. Recolin , un
de fes membres , diftingué par fes talens ,
vient de donner à cette Compagnie un
mémoire qu'elle a entendu avec plaifir , &
qu'elle lui a permis de rendre public par
la voie de ce Journal. Ce mémoire eft auffi
curieux qu'il a été utile , pour mettre l'Académie
à portée d'apprécier au jufte le
mérite d'une nouvelle découverte qui a
FEVRIER. 1755. 123
fait beaucoup de bruit , pour nourrir les
hommes avec une poudre.
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Résumé : « L'Art de la Chirurgie eft porté de nos jours à un dégré de perfection, inconnu [...] »
L'art de la chirurgie a atteint un niveau de perfection inédit grâce aux chirurgiens de Paris. L'établissement de l'Académie royale de Chirurgie, initié par un roi sage, a accéléré les progrès de cet art vital. L'Académie ne se contente pas de rechercher les méthodes les plus sûres pour guérir les hommes par des opérations indispensables, mais s'étend aussi à tout ce qui peut soulager l'humanité en cas de besoin. Le public apprécie les travaux de cette institution. M. Recolin, membre distingué de l'Académie, a présenté un mémoire sur une nouvelle découverte permettant de nourrir les hommes avec une poudre. Ce mémoire, à la fois curieux et utile, a été approuvé par l'Académie et autorisé à être publié dans un journal.
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393
p. 123-139
Remarques sur la nourriture des hommes avec les differentes farines, lûes à la séance de l'Académie royale de Chirurgie, le Jeudi 5 Décembre 1754. Par M. Recolin, Maitre en Chirurgie, &c.
Début :
On vient de faire des essais d'une poudre farineuse, avec laquelle on peut nourrir [...]
Mots clefs :
Nourriture, Nourriture des hommes, Quantité, Sauvages, Soupe, Graisse, Maître en Chirurgie, Académie royale de chirurgie, Eau, Poudre farineuse
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texteReconnaissance textuelle : Remarques sur la nourriture des hommes avec les differentes farines, lûes à la séance de l'Académie royale de Chirurgie, le Jeudi 5 Décembre 1754. Par M. Recolin, Maitre en Chirurgie, &c.
Remarques fur la nourriture des hommes
avec les differentes farines , lûes à la feance
de l'Académie royale de Chirurgie , le
Jeudis Décembre 1754. Par M. Recolin
, Maire en Chirurgie , &c.
On vient de faire des effais d'une poudre
farineuſe , avec laquelle on peut nour
rir des hommes pendant quelque tems ,
moyennant fix onces par jour à chacun ,
délayées dans fuffifante quantité d'eau
bouillante . Cette poudre coûte ou revient
à un fol l'once , puifque l'auteur dit , que
la ration journaliere d'un homme revient
à fix fols ; que ceux qui en feront nourris
pourront vaquer aux travaux les plus pénibles
, fans que leurs forces & leurs fantés
foient expofées à aucune diminution .
C'eft M. Bouébe , Chirurgien major du
régiment Grifon de Salis , qui en eft l'auteur.
Il y a environ trois mois qu'on en a
fait des épreuves en Flandre , par ordre
de M. le Marquis de Paulmi , fous les yeux
de M. le Prince de Soubife & de M. de Sechelles
; M. Bagieu en fit part à l'Académie.
On vient d'en faire de nouvelles expérien
www
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
ces à l'Hôtel royal des Invalides , par ordre
du même Miniftre : M. Morand en a
lu le procès verbal . Ceux qui ont été nourris
avec cette poudre ou farine , s'en font
bien trouvés .
Cette découverte eft fans doute intéreflante
, & peut être d'une grande utilité
dans certaines conjonctures. L'on doit fçavoir
bon gré à M. Bouébe , d'avoir travaillé
à trov er ce moyen de plus , pour foulager
l'humanité dans les occafions où fes befoins
l'exigent : cependant on ne doit pas
regarder cette découverte avec l'enthoufiafme
de la nouveauté , puifque de tous
les tems les farines tirées principalement
des grains , ont fait le fond de la nourriture
de certains peuples , comme je le dirai
plus bas ; mais que même ceux qui n'y
font point habitués , y ont encore tous les
jours recours , quand ils font privés d'autres
alimens plus conformes à leur goût &
à leurs ufages ; & ils fe foutiennent en
fanté , avec cette nourriture fimple , plus
ou moins de tems , felon la néceffité : enfuite
on en revient à la nourriture ordinaire
, quand le tems de la difette ceffe ,
ce qui n'a guere duré , felon les exemples
du paffé , qu'environ fix femaines. On a
vû la preuve de ce que j'avance ici , il y
a quelques années , dans la province de
Guyenne.
FEVRIER. 1755. 125
En 1747 plufieurs provinces de ce
royaume fe trouverent affligées d'une
difette de grains confidérable ; celle de
Guyenne fut une des plus expofées aux
calamités & aux horreurs d'une famine ;
quelque attention que le miniftere appor
tât pour la foulager , même avant qu'elle
fe fût apperçue du danger , elle ne laiffa
pas d'en éprouver les effets .
Bordeaux , fa capitale , ne reçoit de fecours
que par la mer. Les Anglois inftruits
de tous les chargemens qui fe faifoient
'ailleurs pour la province de Guyenne ,
bloquerent l'entrée de la riviere , & par
ce moyen tout fecours fut intercepté. Le
Commiffaire du Roi dans cette province ,
homme d'un génie fupérieur & d'une grande
expérience , occupé par état des malheurs
qui menaçoient les peuples , eut
recours aux moyens dont les nations étrangeres
fe fervent pour fe préferver de la
famine fléau auquel les peuples d'Afie
font affez fouvent expofés..
Ce Magiftrat fit publier une quantité
confidérable de feuilles imprimées , portant
la maniere de faire une espece de
bouillie avec la farine de froment , ainfi
que la façon de préparer le ris pour nourrir
beaucoup de monde à très-bon marché ;
puifque , calcul fait , au prix même où font
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
les choſes à Paris , la farine cinq fols la
livre , le ris huit fols , la graiffe ou ſaindoux
quatorze fols , le beurre à ſeize ſols ,
le fel a onze fols , la nourriture de chaque
homme reviendroit à un fol fept ou huit
deniers tout au plus . Celui de la foupe du
ris au gras , felon la méthode qu'on va
voir , à quelque chofe de plus ; le ris à
l'eau & au lait à beaucoup moins , ce qui
peut encore fouffrir une diminution confidérable
, relativement au prix où font ces
denrées dans les différentes provinces.
Je vais faire la lecture de deux exemplaires
de ces méthodes qui me parvinrent
dans le tems ; l'une pour la préparation de
la farine de froment , l'autre pour celle du
ris.
COPIE DES DEUX EXEMPLAIRES IMPRIMÉS .
Méthode pourfaire la foupe dauphinoife
dite Touble , en plufieurs endroits de Turquie
, avec laquelle on peut nourrir à trèspeu
de frais ungrand nombre de perfonnes.
Prenez une livre de farine de pur froment
, paîtriffez-la avec de l'eau un peu falée.
Quand la pâte eft faite & paîtrie un
* Ainfi nommée , parce qu'un homme de la province
du Dauphiné donna jādis la formule de cette
foupe en Turquie.
FEVRIER. 1755 . 127
peu molle , partagez -la en morceaux , de
la groffeur d'un ceuf ou environ ; étendezles
avec un rouleau , de maniere que la
pâte de chacun foit fort mince , & rangez
le tout fur une table.
Ayez fur le feu une marmite ou chaudron
, ou un pot de terre , avec deux pots
d'eau. Quand cette eau fera chaude , falezla
, & mettez- y un quarteron de beurre
ou de graiffe .
Lorfqu'elle bout à gros bouillons , jettez-
y la pâte qui a été étendue , &
que
vous
aurez
coupée
en très - petits
morceaux
:
plus
ils
font
minces
&
petits
, plus
ils
foifonnent
. Obfervez
de les
jetter
dans
l'endroit
où l'eau
bout
le plus
fort
.
Il ne faut plus enfuite qu'un petit feu
pour faire bouillir doucement pendant cinq
quarts-d'heure ou une heure & demie cette
foupe , qu'il eft néceffaire de remuer de
tems en tems jufqu'au fond de la marmite
avec une cuiller , afin d'empêcher qu'elle
ne s'attache.
Si l'on s'apperçoit qu'elle épaiffit trop ,
on y mettra de l'eau chaude , ou bien de la
farine fi elle eſt trop liquide. Cette foupe
eft agréable au goût , raffafiante & nourriffante.
La quantité ci - deffus fuffit à fix
perfonnes , qui en prendront la moitié pour
dîner , & le refte pour fouper.
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE.
Comme ce refte s'épaiffit beaucoup en fe
refroidiffant , on le délayera avec de l'eau
chaude quand on voudra le manger , &
on le fera rechauffer à petit feu .
On ne doit point laiffer long-tems cette
foupe dans une marmite ou chaudron , de
peur qu'elle ne prenne un goût de cuivre
ou de fer.
Dix livres de farine mifes en pâte , en
rendent treize livres un quart , lefquelles
apprêtées comme ci- deffus , nourriffent
abondamment foixante perfonnes toute
une journée .
Pour dix livres de farine , faifant treize
livres & plus de pâte , il faut vingt pots.
d'eau , deux livres & demie de beurre ou
de graiffe , & trois quarterons de fel .
Plus la farine de froment eft bonne
fans être toutefois bien fine , plus elle foifonne.
La fleur de farine rendroit moins
en pâte , & fe diffoudroit trop aifément en
bouillant. Une farine trop groffiere ne ſe
lieroit pas affez , & ne s'étendroit pas bien
il faut donc choifir la farine dont on fait
le pain bourgeois dans un ménage,
:
Inftructionfur la façon de préparer le ris pour
en nourrir beaucoup de monde à bon marché.
Le ris eft connu pour être une des meilFEVRIER.
1755. 129
leures nourritures qu'il y ait ; des provinces
, des royaumes entiers s'en nourriffent ,
& d'autres en font plus d'ufage pour leur
fubfiftance que de froment ou de feigle.
Il y a plufieurs façons de le manger ; à
l'eau , au gras & au lait . Quelle que foit
celle de ces façons dont on veuille faire
ufage , il faut commencer par bien laver
& nettoyer dans trois eaux tiédes différentes
, la quantité qu'on en doit employer.
Pour le faire à l'eau , & nourrir pendant
unjour trente perſonnes .
Il faut en mettre cinq livres , poids de
marc , dans une marmite ou chaudiere ,
avec dix pots d'eau , & du fel à proportion,
le faire bouillir à petit feu l'efpace de trois
heures , en le remuant de tems en tems ,
afin d'empêcher qu'il ne s'attache , & verfer
à mesure qu'il paroît s'épaiffir , jufques
à concurrence' de dix autres pots d'eau
chaude ; ces cinq livres rendront foixante
portions , ni trop épaiffes ni trop claires
dont deux fuffifent à la nourriture d'une
perfonne , & par conféquent les cinq livies
font fuffifantes pour nourrir trente
perfonnes.
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
Pour le faire au gras , & nourrir le même
nombre de perfonnes.
Il faut , fur le pied de huit onces de
viande par livre de ris & pour quatre pots
d'eau , mettre une livre de viande de quarante
onces dans les dix premiers pots
d'eau , les faire bouillir & écumer , après
quoi y jetter , avec du fel , les cinq livres
de ris , & fuivre ce qui a été dit ci - deſſus.
A la place des quarante onces de viande
, on peut fe fervir de vingt onces de
graiffe , fur le pied d'un quarteron par
livre , & le ris eſt auſſi bon .
Pour le faire au lait , & nourrir le même
nombre de perfonnes.
Il faut obferver la même chofe qu'à celui
à l'eau , en diminuant de deux pots &
demi la quantité d'eau , & les rempliffant
de même quantité de lait , bouilli féparément
& écrêmé , lequel ne fera jetté dans
la marmite qu'au dernier quart d'heure
de cuiffon.
que
·
On entend felon le nombre de perfonnes
qu'on a intention de nourrir , il
n'y a qu'à augmenter ou diminuer à proportion
les dofes de ris , d'eau , de viande,
de graiffe ou de lait.
FEVRIER . 1755. 131
Le ris à l'eau & au gras peut être préparé
pour deux ou trois jours ; mais il y auroit
du danger que celui au lait ne s'aigrît d'un
jour à l'autre.
Voilà la copie littérale des deux imprimés.
Par ces deux méthodes , ce fage Commiffaire
du Roi préferva les habitans de la
Province de Guyenne de la famine dont
ils étoient menacés , & il donna le moyen
de fubfifter , à très- bon marché , à trois ou
quatre cens mille habitans de tout âge & de
tout fexe , qui s'en nourrirent fix femaines
confécutives ; & enfuite à mefure qu'ils
eurent les fecours ordinaires , ils entremêlerent
cette nourriture avec d'autres ,
dont ils ne difpoferent abondamment qu'après
en avoir été privés totalement , ou en
partie , pendant environ quatre mois.
Je n'ignorai pas que dans cette même,
année de calamité il mourut moins de
monde dans cette province que les années
précédentes , à l'époque de dix ans ; c'eſt
ce qui fut vérifié fur les lieux au moyen
des regiftres , ainfi que le bon fuccès de
cette nourriture , avec laquelle les gens qui
en vêcurent , travaillerent comme à leur
ordinaire. Ils s'y font même fi bien accoutumés
, que l'ufage en eft encore fréquent
parmi eux , dans le tems même d'abondance.
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Un voyage que j'ai fait au Canada em
1739 , m'a mis à portée de voir par moimême
que les Sauvages qui habitent ce
vafte pays , fe nourriffent . fréquemment
avec la farine feute de maïs , bled' d'Inde
ou bled de Turquie. Il ne fe paffe prefque
point d'hivers qu'ils ne foient obligés d'y
avoir recours ; ce pays étant neuf mois de
l'année couvert d'une prodigieufe quantité
de neige & de glace , il n'eft pas furprenant
que le gibier & le poiffon leur
manque fouvent. Les François Canadiens
vont faire des hivernemens avec les Sauvages
, dans les forêts des montagnes , loin
des villes & des habitations , pour faire la
chaffe aux animaux propres à leur commerce
de pelleteries . Ils ne fçauroient porter
beaucoup de provifions dans les canots
d'écorce de bouleau , avec lefquels ils font
obligés de voyager pour paffer les rivieres
& les lacs qui fe rencontrent fréquemment
dans leur chemin ; ils font dans la néceffité
de porter ces mêmes canots par terre ,
ainfi que leur petit bagage néceffaire pour
la chaffe. Arrivés aux lieux de leur deſtination
, qui ne font jamais permanens , ils
fubiflent le fort des Sauvages , vivent comme
eux de gibier & de poiffon , & fouvent
auffi avec la farine de bled d'Inde , délayée
tout fimplement dans l'eau chaude , & le
FEVRIER. 1755. 133
و ت
plus fouvent froide. Beaucoup m'ont dit
qu'ils fe font toujours très- bien foutenus
avec cette feule nourriture , des femaines &
des mois entiers: Tous les habitans de ce
pays-là en font témoins , ainfi que les voyageurs
, & on ne peut le révoquer en doute.
Les Sauvages font cuire à des efpeces de
fours qu'ils pratiquent dans la terre , les
épis de bled d'Inde ; ils féparent enfuite
la farine du fon , & la mettent dans de
petits facs pour s'en fervir au befoin , &
fur - tout quand ils veulent entreprendre'
de longs voyages , comme j'ai dit ci- def
fus , ou pour aller faire la guerre à d'autres
nations ennemies qui en font féparées
ordinairement par des efpaces immenſes.
L'année où j'étois dans ce pays-là , quelques
nations voifines de Quebec étoient
en guerre avec les Chicachas ; ces deux armées
avoient environ fix cens lieues à faire
pour fe trouver au champ de bataille.
Une remarque encore digne d'attention.
Feu M. Sarrazin , Médecin célébre
qui a vécu long- tems au Canada , fit part
à l'Académie royale des Sciences , il y a
environ vingt ans , du bon fuccès de la
nourriture avec la farine de bled d'Inde
dont les guerriers Canadiens & Sauvages
s'étoient nourris pendant une campagne ,
& que ceux qui en avoient vécu depuis
134 MERCURE DE FRANCE.
trois à quatre mois , guériffoient de leurs
bleffures avec une facilité furprenante .
Outre cet ufage particulier & effentiel
de la farine de bled d'Inde , les Sauvages.
en font la fagamité , qu'ils nomment fimple
quand elle ne confifte qu'en une efpéce
de bouillie faite avec cette farine , le
fucre d'érable & l'eau. Mais ils en font
ordinairement une plus compofée , pour
leurs repas de cérémonie. Ils ajoutent dans
la chaudiere même avec la farine , de la
graiffe des différens animaux , du gibier ,
du poiffon , & quelquefois du fruit. Ils
nomment alors ce mêlange , une fagamité
complette : quelques nations prononcent
fagoüité.
Les troupes Ruffiennes fe nourriffent
dans les plus longues marches , avec de la
farine préparée , pour être délayée, avec
de l'eau , fouvent fans autres provifions ,
comme il leur eft arrivé pendant les campagnes
de 1737 , 38 & 39 , dans les deferts
de la petite Tartarie . Chaque foldat porte.
fur lui , dans un petit fac, la quantité néceffaire
de farine pour fubfifter des mois entiers
, comme font les Sauvages du Canada .
Cela fuffit pour démontrer que la dofe de
chaque ration doit être fort petite.
Les peuples Maures , & ceux qui habitent
le Sénégal , vivent d'ordinaire & prinFEVRIER.
1755. 135
cipalement , avec la farine de deux eſpéces
de millet ; l'un grand , què les Botaniftes
nomment Sargo ; l'autre petit , nommé
Pani à épi en maffe : Panicum fpica tiphina.
Ils font avec cette farine une espéce
de bouillie ; & quand ils veulent la rendre
plus agréable par la faveur & le goût ,
ils y ajoutent quelques feuilles des plantes
mucilagineufes , tirées des émollientes ou
des aromatiques : ils nomment cette addition
Lalo.
Ils fe nourriffent quelquefois auffi avec
une farine tirée de la moëlle d'une eſpéce
de palmier on nomme celle- ci le Sagou
des Indes .
Ils font encore ufage de la gomme arabique
, dont ils choififfent la plus blanche
& la plus friable , la mettent en poudre
& en ufent comme de la farine . Tout le
monde fçait combien ces hommes font d'une
bonne fanté , forts & vigoureux , quoiqu'ils
ne vivent d'ordinaire qu'avec des
alimens fimples.
La farine de maïs fert univerfellement
à la nourriture des naturels du Pérou & du
Méxique ; ils en font du pain , de la bouillie
, & une préparation particuliere , mais
toujours fimple , qu'ils nomment Tortilles.
C'eft une espéce de pâte cuite qu'ils mangent
journellement , & qui leur fert de
136 MERCURE DE FRANCE.
nourriture dans les plus longs voyages ,
fans autres alimens : ils la portent fur eux
dans un petit fac , comme font les Canadiens
& les Ruffes.
Les Polonois font le Kacha , préparation
farineuſe , dont l'ufage eft général . Ils employent
tantôt celle d'orge , d'avoine , de
millet , ou du bled farrazin de Cracovie ;
celles- là fervent pour la nourriture des foldats
& des gens pauvres. Ils ont auffi une
autre efpéce de petite graine , dont la préparation
eft plus légere & délicate ; les
riches la font cueillir pour eux dans les
prairies , avant le lever & après le coucher
du foleil on nomme celle-ci la manne. :
Les Lapons ufent beaucoup auffi de farine
de millet & autres grains farineux
pour bafe de leur nourriture . Les monta
gnards d'Irlande & d'Ecoffe employent
celle d'avoine & de feigle. En Italie on
fait la Polenta avec celle de bled de Turquie
, qui eft d'un grand ufage , & beaucoup
d'autres préparations farineufes. Le
bled farrazin fournit la nourriture de beaucoup
de peuplés différens. Les Savoyards
outre les bouillies , en font du pain pour
toute leur année , & en vivent la moitié
du tems. Les payfans du Limoufin , de la
baffe Bretagne , en ufent beaucoup auffi .
Dans le pays des Bafques , la farine de maïs
"
FEVRIE R. 1755. 137
eft d'un fecours journalier , ils en font la
maïture.
C'est un fait que dans prefque tous les
pays éloignés des grandes villes , & furtout
dans les pays de montagnes ,
les peuples
fe nourriffent ordinairement avec différentes
préparations farinenſes ; que dans
les villes les plus floriffantes la difette a
obligé quelquefois à y avoir recours ; &
que le ris , diftribué en médiocre quantité
a fourni lui feul la fubfiftance principale
des peuples , en attendant un tems plus favorable
.
*
3
Le réſultat de ces différens faits remplit
mon objet principal ; c'eft de démontrer à
l'Académie le rapport qu'il y a de la nourriture
des Sauvages de l'Amérique feptentrionale
, des Ruffes , des habitans de la
Turquie , de ceux du Sénégal , du Pérou
du Méxique , & de plufieurs autres nations
, avec celle que M. Bouébe propoſe
dans les occafions embarraffantes : que fa
découverte n'eſt rien moins que nouvelle
& merveilleufe ; que le prix de fa poudre
eft exceffif , en le comparant à celui auxquels
reviennent & la foupe Dauphinoife
& la préparation des ris ; qu'une grande
multitude s'eft nourrie dans la province
de Guyenne , avec ces différentes foupes
fur- tout avec la Dauphinoiſe , auffi bien
138 MERCURE DE FRANCE.
& auffi facilement , moyennant les formules
ci-deffus , que le petit nombre auxquels
M. Bouébe a donné fa poudre . Un point
effentiel encore de cette obfervation eft ,
que la quantité néceffaire de farine & de
ris , eft beaucoup moindre dans ces deux
méthodes que dans celle de cet auteur ; on
fent de quelle conféquence eft cet avantage
, fur-tout dans le cas du tranfport , joint
celui des trois quarts moins de la dépenfe
, en portant les chofes au prix le
plus haut , qui eft celui de Paris , comme
j'ai déja dit. Le calcul le plus fimple fuffic
pour prouver cette vérité.
Pour faire la foupe dauphinoife pour 60
perfonnes , pendant une journée , il faut :
Dix livres de farine de froment à cinq
fols ,
Deux liv. de beurre à 16
fols ,
Trois quarterons de fel à
11 fols ,
2 l. 10 f.
8 3 d.
Total
4 l. 18 f. 3 d.
Pour faire la foupe de ris à l'eau pour 30
perfonnes , pendant une journée , il faut :
Cinq livres de ris à 8 f. 2 1.
Six onces de fel à 11 f. I
4f. 1 d.
Total 2 1.4 f. 1 d . 1.
FEVRIER. 1755. 139
Voilà ce dont j'ai cru devoir faire
à la Compagnie.
avec les differentes farines , lûes à la feance
de l'Académie royale de Chirurgie , le
Jeudis Décembre 1754. Par M. Recolin
, Maire en Chirurgie , &c.
On vient de faire des effais d'une poudre
farineuſe , avec laquelle on peut nour
rir des hommes pendant quelque tems ,
moyennant fix onces par jour à chacun ,
délayées dans fuffifante quantité d'eau
bouillante . Cette poudre coûte ou revient
à un fol l'once , puifque l'auteur dit , que
la ration journaliere d'un homme revient
à fix fols ; que ceux qui en feront nourris
pourront vaquer aux travaux les plus pénibles
, fans que leurs forces & leurs fantés
foient expofées à aucune diminution .
C'eft M. Bouébe , Chirurgien major du
régiment Grifon de Salis , qui en eft l'auteur.
Il y a environ trois mois qu'on en a
fait des épreuves en Flandre , par ordre
de M. le Marquis de Paulmi , fous les yeux
de M. le Prince de Soubife & de M. de Sechelles
; M. Bagieu en fit part à l'Académie.
On vient d'en faire de nouvelles expérien
www
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
ces à l'Hôtel royal des Invalides , par ordre
du même Miniftre : M. Morand en a
lu le procès verbal . Ceux qui ont été nourris
avec cette poudre ou farine , s'en font
bien trouvés .
Cette découverte eft fans doute intéreflante
, & peut être d'une grande utilité
dans certaines conjonctures. L'on doit fçavoir
bon gré à M. Bouébe , d'avoir travaillé
à trov er ce moyen de plus , pour foulager
l'humanité dans les occafions où fes befoins
l'exigent : cependant on ne doit pas
regarder cette découverte avec l'enthoufiafme
de la nouveauté , puifque de tous
les tems les farines tirées principalement
des grains , ont fait le fond de la nourriture
de certains peuples , comme je le dirai
plus bas ; mais que même ceux qui n'y
font point habitués , y ont encore tous les
jours recours , quand ils font privés d'autres
alimens plus conformes à leur goût &
à leurs ufages ; & ils fe foutiennent en
fanté , avec cette nourriture fimple , plus
ou moins de tems , felon la néceffité : enfuite
on en revient à la nourriture ordinaire
, quand le tems de la difette ceffe ,
ce qui n'a guere duré , felon les exemples
du paffé , qu'environ fix femaines. On a
vû la preuve de ce que j'avance ici , il y
a quelques années , dans la province de
Guyenne.
FEVRIER. 1755. 125
En 1747 plufieurs provinces de ce
royaume fe trouverent affligées d'une
difette de grains confidérable ; celle de
Guyenne fut une des plus expofées aux
calamités & aux horreurs d'une famine ;
quelque attention que le miniftere appor
tât pour la foulager , même avant qu'elle
fe fût apperçue du danger , elle ne laiffa
pas d'en éprouver les effets .
Bordeaux , fa capitale , ne reçoit de fecours
que par la mer. Les Anglois inftruits
de tous les chargemens qui fe faifoient
'ailleurs pour la province de Guyenne ,
bloquerent l'entrée de la riviere , & par
ce moyen tout fecours fut intercepté. Le
Commiffaire du Roi dans cette province ,
homme d'un génie fupérieur & d'une grande
expérience , occupé par état des malheurs
qui menaçoient les peuples , eut
recours aux moyens dont les nations étrangeres
fe fervent pour fe préferver de la
famine fléau auquel les peuples d'Afie
font affez fouvent expofés..
Ce Magiftrat fit publier une quantité
confidérable de feuilles imprimées , portant
la maniere de faire une espece de
bouillie avec la farine de froment , ainfi
que la façon de préparer le ris pour nourrir
beaucoup de monde à très-bon marché ;
puifque , calcul fait , au prix même où font
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
les choſes à Paris , la farine cinq fols la
livre , le ris huit fols , la graiffe ou ſaindoux
quatorze fols , le beurre à ſeize ſols ,
le fel a onze fols , la nourriture de chaque
homme reviendroit à un fol fept ou huit
deniers tout au plus . Celui de la foupe du
ris au gras , felon la méthode qu'on va
voir , à quelque chofe de plus ; le ris à
l'eau & au lait à beaucoup moins , ce qui
peut encore fouffrir une diminution confidérable
, relativement au prix où font ces
denrées dans les différentes provinces.
Je vais faire la lecture de deux exemplaires
de ces méthodes qui me parvinrent
dans le tems ; l'une pour la préparation de
la farine de froment , l'autre pour celle du
ris.
COPIE DES DEUX EXEMPLAIRES IMPRIMÉS .
Méthode pourfaire la foupe dauphinoife
dite Touble , en plufieurs endroits de Turquie
, avec laquelle on peut nourrir à trèspeu
de frais ungrand nombre de perfonnes.
Prenez une livre de farine de pur froment
, paîtriffez-la avec de l'eau un peu falée.
Quand la pâte eft faite & paîtrie un
* Ainfi nommée , parce qu'un homme de la province
du Dauphiné donna jādis la formule de cette
foupe en Turquie.
FEVRIER. 1755 . 127
peu molle , partagez -la en morceaux , de
la groffeur d'un ceuf ou environ ; étendezles
avec un rouleau , de maniere que la
pâte de chacun foit fort mince , & rangez
le tout fur une table.
Ayez fur le feu une marmite ou chaudron
, ou un pot de terre , avec deux pots
d'eau. Quand cette eau fera chaude , falezla
, & mettez- y un quarteron de beurre
ou de graiffe .
Lorfqu'elle bout à gros bouillons , jettez-
y la pâte qui a été étendue , &
que
vous
aurez
coupée
en très - petits
morceaux
:
plus
ils
font
minces
&
petits
, plus
ils
foifonnent
. Obfervez
de les
jetter
dans
l'endroit
où l'eau
bout
le plus
fort
.
Il ne faut plus enfuite qu'un petit feu
pour faire bouillir doucement pendant cinq
quarts-d'heure ou une heure & demie cette
foupe , qu'il eft néceffaire de remuer de
tems en tems jufqu'au fond de la marmite
avec une cuiller , afin d'empêcher qu'elle
ne s'attache.
Si l'on s'apperçoit qu'elle épaiffit trop ,
on y mettra de l'eau chaude , ou bien de la
farine fi elle eſt trop liquide. Cette foupe
eft agréable au goût , raffafiante & nourriffante.
La quantité ci - deffus fuffit à fix
perfonnes , qui en prendront la moitié pour
dîner , & le refte pour fouper.
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE.
Comme ce refte s'épaiffit beaucoup en fe
refroidiffant , on le délayera avec de l'eau
chaude quand on voudra le manger , &
on le fera rechauffer à petit feu .
On ne doit point laiffer long-tems cette
foupe dans une marmite ou chaudron , de
peur qu'elle ne prenne un goût de cuivre
ou de fer.
Dix livres de farine mifes en pâte , en
rendent treize livres un quart , lefquelles
apprêtées comme ci- deffus , nourriffent
abondamment foixante perfonnes toute
une journée .
Pour dix livres de farine , faifant treize
livres & plus de pâte , il faut vingt pots.
d'eau , deux livres & demie de beurre ou
de graiffe , & trois quarterons de fel .
Plus la farine de froment eft bonne
fans être toutefois bien fine , plus elle foifonne.
La fleur de farine rendroit moins
en pâte , & fe diffoudroit trop aifément en
bouillant. Une farine trop groffiere ne ſe
lieroit pas affez , & ne s'étendroit pas bien
il faut donc choifir la farine dont on fait
le pain bourgeois dans un ménage,
:
Inftructionfur la façon de préparer le ris pour
en nourrir beaucoup de monde à bon marché.
Le ris eft connu pour être une des meilFEVRIER.
1755. 129
leures nourritures qu'il y ait ; des provinces
, des royaumes entiers s'en nourriffent ,
& d'autres en font plus d'ufage pour leur
fubfiftance que de froment ou de feigle.
Il y a plufieurs façons de le manger ; à
l'eau , au gras & au lait . Quelle que foit
celle de ces façons dont on veuille faire
ufage , il faut commencer par bien laver
& nettoyer dans trois eaux tiédes différentes
, la quantité qu'on en doit employer.
Pour le faire à l'eau , & nourrir pendant
unjour trente perſonnes .
Il faut en mettre cinq livres , poids de
marc , dans une marmite ou chaudiere ,
avec dix pots d'eau , & du fel à proportion,
le faire bouillir à petit feu l'efpace de trois
heures , en le remuant de tems en tems ,
afin d'empêcher qu'il ne s'attache , & verfer
à mesure qu'il paroît s'épaiffir , jufques
à concurrence' de dix autres pots d'eau
chaude ; ces cinq livres rendront foixante
portions , ni trop épaiffes ni trop claires
dont deux fuffifent à la nourriture d'une
perfonne , & par conféquent les cinq livies
font fuffifantes pour nourrir trente
perfonnes.
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
Pour le faire au gras , & nourrir le même
nombre de perfonnes.
Il faut , fur le pied de huit onces de
viande par livre de ris & pour quatre pots
d'eau , mettre une livre de viande de quarante
onces dans les dix premiers pots
d'eau , les faire bouillir & écumer , après
quoi y jetter , avec du fel , les cinq livres
de ris , & fuivre ce qui a été dit ci - deſſus.
A la place des quarante onces de viande
, on peut fe fervir de vingt onces de
graiffe , fur le pied d'un quarteron par
livre , & le ris eſt auſſi bon .
Pour le faire au lait , & nourrir le même
nombre de perfonnes.
Il faut obferver la même chofe qu'à celui
à l'eau , en diminuant de deux pots &
demi la quantité d'eau , & les rempliffant
de même quantité de lait , bouilli féparément
& écrêmé , lequel ne fera jetté dans
la marmite qu'au dernier quart d'heure
de cuiffon.
que
·
On entend felon le nombre de perfonnes
qu'on a intention de nourrir , il
n'y a qu'à augmenter ou diminuer à proportion
les dofes de ris , d'eau , de viande,
de graiffe ou de lait.
FEVRIER . 1755. 131
Le ris à l'eau & au gras peut être préparé
pour deux ou trois jours ; mais il y auroit
du danger que celui au lait ne s'aigrît d'un
jour à l'autre.
Voilà la copie littérale des deux imprimés.
Par ces deux méthodes , ce fage Commiffaire
du Roi préferva les habitans de la
Province de Guyenne de la famine dont
ils étoient menacés , & il donna le moyen
de fubfifter , à très- bon marché , à trois ou
quatre cens mille habitans de tout âge & de
tout fexe , qui s'en nourrirent fix femaines
confécutives ; & enfuite à mefure qu'ils
eurent les fecours ordinaires , ils entremêlerent
cette nourriture avec d'autres ,
dont ils ne difpoferent abondamment qu'après
en avoir été privés totalement , ou en
partie , pendant environ quatre mois.
Je n'ignorai pas que dans cette même,
année de calamité il mourut moins de
monde dans cette province que les années
précédentes , à l'époque de dix ans ; c'eſt
ce qui fut vérifié fur les lieux au moyen
des regiftres , ainfi que le bon fuccès de
cette nourriture , avec laquelle les gens qui
en vêcurent , travaillerent comme à leur
ordinaire. Ils s'y font même fi bien accoutumés
, que l'ufage en eft encore fréquent
parmi eux , dans le tems même d'abondance.
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Un voyage que j'ai fait au Canada em
1739 , m'a mis à portée de voir par moimême
que les Sauvages qui habitent ce
vafte pays , fe nourriffent . fréquemment
avec la farine feute de maïs , bled' d'Inde
ou bled de Turquie. Il ne fe paffe prefque
point d'hivers qu'ils ne foient obligés d'y
avoir recours ; ce pays étant neuf mois de
l'année couvert d'une prodigieufe quantité
de neige & de glace , il n'eft pas furprenant
que le gibier & le poiffon leur
manque fouvent. Les François Canadiens
vont faire des hivernemens avec les Sauvages
, dans les forêts des montagnes , loin
des villes & des habitations , pour faire la
chaffe aux animaux propres à leur commerce
de pelleteries . Ils ne fçauroient porter
beaucoup de provifions dans les canots
d'écorce de bouleau , avec lefquels ils font
obligés de voyager pour paffer les rivieres
& les lacs qui fe rencontrent fréquemment
dans leur chemin ; ils font dans la néceffité
de porter ces mêmes canots par terre ,
ainfi que leur petit bagage néceffaire pour
la chaffe. Arrivés aux lieux de leur deſtination
, qui ne font jamais permanens , ils
fubiflent le fort des Sauvages , vivent comme
eux de gibier & de poiffon , & fouvent
auffi avec la farine de bled d'Inde , délayée
tout fimplement dans l'eau chaude , & le
FEVRIER. 1755. 133
و ت
plus fouvent froide. Beaucoup m'ont dit
qu'ils fe font toujours très- bien foutenus
avec cette feule nourriture , des femaines &
des mois entiers: Tous les habitans de ce
pays-là en font témoins , ainfi que les voyageurs
, & on ne peut le révoquer en doute.
Les Sauvages font cuire à des efpeces de
fours qu'ils pratiquent dans la terre , les
épis de bled d'Inde ; ils féparent enfuite
la farine du fon , & la mettent dans de
petits facs pour s'en fervir au befoin , &
fur - tout quand ils veulent entreprendre'
de longs voyages , comme j'ai dit ci- def
fus , ou pour aller faire la guerre à d'autres
nations ennemies qui en font féparées
ordinairement par des efpaces immenſes.
L'année où j'étois dans ce pays-là , quelques
nations voifines de Quebec étoient
en guerre avec les Chicachas ; ces deux armées
avoient environ fix cens lieues à faire
pour fe trouver au champ de bataille.
Une remarque encore digne d'attention.
Feu M. Sarrazin , Médecin célébre
qui a vécu long- tems au Canada , fit part
à l'Académie royale des Sciences , il y a
environ vingt ans , du bon fuccès de la
nourriture avec la farine de bled d'Inde
dont les guerriers Canadiens & Sauvages
s'étoient nourris pendant une campagne ,
& que ceux qui en avoient vécu depuis
134 MERCURE DE FRANCE.
trois à quatre mois , guériffoient de leurs
bleffures avec une facilité furprenante .
Outre cet ufage particulier & effentiel
de la farine de bled d'Inde , les Sauvages.
en font la fagamité , qu'ils nomment fimple
quand elle ne confifte qu'en une efpéce
de bouillie faite avec cette farine , le
fucre d'érable & l'eau. Mais ils en font
ordinairement une plus compofée , pour
leurs repas de cérémonie. Ils ajoutent dans
la chaudiere même avec la farine , de la
graiffe des différens animaux , du gibier ,
du poiffon , & quelquefois du fruit. Ils
nomment alors ce mêlange , une fagamité
complette : quelques nations prononcent
fagoüité.
Les troupes Ruffiennes fe nourriffent
dans les plus longues marches , avec de la
farine préparée , pour être délayée, avec
de l'eau , fouvent fans autres provifions ,
comme il leur eft arrivé pendant les campagnes
de 1737 , 38 & 39 , dans les deferts
de la petite Tartarie . Chaque foldat porte.
fur lui , dans un petit fac, la quantité néceffaire
de farine pour fubfifter des mois entiers
, comme font les Sauvages du Canada .
Cela fuffit pour démontrer que la dofe de
chaque ration doit être fort petite.
Les peuples Maures , & ceux qui habitent
le Sénégal , vivent d'ordinaire & prinFEVRIER.
1755. 135
cipalement , avec la farine de deux eſpéces
de millet ; l'un grand , què les Botaniftes
nomment Sargo ; l'autre petit , nommé
Pani à épi en maffe : Panicum fpica tiphina.
Ils font avec cette farine une espéce
de bouillie ; & quand ils veulent la rendre
plus agréable par la faveur & le goût ,
ils y ajoutent quelques feuilles des plantes
mucilagineufes , tirées des émollientes ou
des aromatiques : ils nomment cette addition
Lalo.
Ils fe nourriffent quelquefois auffi avec
une farine tirée de la moëlle d'une eſpéce
de palmier on nomme celle- ci le Sagou
des Indes .
Ils font encore ufage de la gomme arabique
, dont ils choififfent la plus blanche
& la plus friable , la mettent en poudre
& en ufent comme de la farine . Tout le
monde fçait combien ces hommes font d'une
bonne fanté , forts & vigoureux , quoiqu'ils
ne vivent d'ordinaire qu'avec des
alimens fimples.
La farine de maïs fert univerfellement
à la nourriture des naturels du Pérou & du
Méxique ; ils en font du pain , de la bouillie
, & une préparation particuliere , mais
toujours fimple , qu'ils nomment Tortilles.
C'eft une espéce de pâte cuite qu'ils mangent
journellement , & qui leur fert de
136 MERCURE DE FRANCE.
nourriture dans les plus longs voyages ,
fans autres alimens : ils la portent fur eux
dans un petit fac , comme font les Canadiens
& les Ruffes.
Les Polonois font le Kacha , préparation
farineuſe , dont l'ufage eft général . Ils employent
tantôt celle d'orge , d'avoine , de
millet , ou du bled farrazin de Cracovie ;
celles- là fervent pour la nourriture des foldats
& des gens pauvres. Ils ont auffi une
autre efpéce de petite graine , dont la préparation
eft plus légere & délicate ; les
riches la font cueillir pour eux dans les
prairies , avant le lever & après le coucher
du foleil on nomme celle-ci la manne. :
Les Lapons ufent beaucoup auffi de farine
de millet & autres grains farineux
pour bafe de leur nourriture . Les monta
gnards d'Irlande & d'Ecoffe employent
celle d'avoine & de feigle. En Italie on
fait la Polenta avec celle de bled de Turquie
, qui eft d'un grand ufage , & beaucoup
d'autres préparations farineufes. Le
bled farrazin fournit la nourriture de beaucoup
de peuplés différens. Les Savoyards
outre les bouillies , en font du pain pour
toute leur année , & en vivent la moitié
du tems. Les payfans du Limoufin , de la
baffe Bretagne , en ufent beaucoup auffi .
Dans le pays des Bafques , la farine de maïs
"
FEVRIE R. 1755. 137
eft d'un fecours journalier , ils en font la
maïture.
C'est un fait que dans prefque tous les
pays éloignés des grandes villes , & furtout
dans les pays de montagnes ,
les peuples
fe nourriffent ordinairement avec différentes
préparations farinenſes ; que dans
les villes les plus floriffantes la difette a
obligé quelquefois à y avoir recours ; &
que le ris , diftribué en médiocre quantité
a fourni lui feul la fubfiftance principale
des peuples , en attendant un tems plus favorable
.
*
3
Le réſultat de ces différens faits remplit
mon objet principal ; c'eft de démontrer à
l'Académie le rapport qu'il y a de la nourriture
des Sauvages de l'Amérique feptentrionale
, des Ruffes , des habitans de la
Turquie , de ceux du Sénégal , du Pérou
du Méxique , & de plufieurs autres nations
, avec celle que M. Bouébe propoſe
dans les occafions embarraffantes : que fa
découverte n'eſt rien moins que nouvelle
& merveilleufe ; que le prix de fa poudre
eft exceffif , en le comparant à celui auxquels
reviennent & la foupe Dauphinoife
& la préparation des ris ; qu'une grande
multitude s'eft nourrie dans la province
de Guyenne , avec ces différentes foupes
fur- tout avec la Dauphinoiſe , auffi bien
138 MERCURE DE FRANCE.
& auffi facilement , moyennant les formules
ci-deffus , que le petit nombre auxquels
M. Bouébe a donné fa poudre . Un point
effentiel encore de cette obfervation eft ,
que la quantité néceffaire de farine & de
ris , eft beaucoup moindre dans ces deux
méthodes que dans celle de cet auteur ; on
fent de quelle conféquence eft cet avantage
, fur-tout dans le cas du tranfport , joint
celui des trois quarts moins de la dépenfe
, en portant les chofes au prix le
plus haut , qui eft celui de Paris , comme
j'ai déja dit. Le calcul le plus fimple fuffic
pour prouver cette vérité.
Pour faire la foupe dauphinoife pour 60
perfonnes , pendant une journée , il faut :
Dix livres de farine de froment à cinq
fols ,
Deux liv. de beurre à 16
fols ,
Trois quarterons de fel à
11 fols ,
2 l. 10 f.
8 3 d.
Total
4 l. 18 f. 3 d.
Pour faire la foupe de ris à l'eau pour 30
perfonnes , pendant une journée , il faut :
Cinq livres de ris à 8 f. 2 1.
Six onces de fel à 11 f. I
4f. 1 d.
Total 2 1.4 f. 1 d . 1.
FEVRIER. 1755. 139
Voilà ce dont j'ai cru devoir faire
à la Compagnie.
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Résumé : Remarques sur la nourriture des hommes avec les differentes farines, lûes à la séance de l'Académie royale de Chirurgie, le Jeudi 5 Décembre 1754. Par M. Recolin, Maitre en Chirurgie, &c.
En décembre 1754, M. Recolin présenta à l'Académie royale de Chirurgie une poudre farineuse inventée par M. Bouébé, chirurgien major du régiment Grifon de Salis. Cette poudre, testée en Flandre et à l'Hôtel royal des Invalides, permettait une ration quotidienne de six onces par personne, diluées dans de l'eau bouillante. Historiquement, les farines ont souvent servi de base alimentaire en période de disette. En 1747, en Guyenne, une pénurie de grains fut atténuée par des bouillies économiques à base de farine de froment et de riz. Le texte mentionne également la 'soupe dauphinoise' ou 'Touble', utilisée en Turquie pour nourrir un grand nombre de personnes à faible coût. Cette soupe est préparée avec de la farine de froment, de l'eau salée, du beurre ou de la graisse, et cuite environ une heure et demie. Le riz est également cité comme une nourriture économique et nutritive, préparé à l'eau, au gras ou au lait. Différentes cultures utilisent des farines de céréales pour des bouillies et des pains. Par exemple, les Canadiens et les autochtones d'Amérique du Nord utilisent la farine de maïs, les Russes et les Maures utilisent le millet, et les Italiens utilisent la polenta. Le texte compare ces préparations et souligne que la soupe dauphinoise et la soupe de riz ont été efficaces pour nourrir une grande multitude en Guyenne de manière économique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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394
p. 139
« M. LAPIE , Maître en Chirurgie à Saint-Sevrin-sur-l'Isle, près Coutras en Guyenne [...] »
Début :
M. LAPIE , Maître en Chirurgie à Saint-Sevrin-sur-l'Isle, près Coutras en Guyenne [...]
Mots clefs :
Académie royale de chirurgie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. LAPIE , Maître en Chirurgie à Saint-Sevrin-sur-l'Isle, près Coutras en Guyenne [...] »
M. LAPIE , Maître en Chirurgie à Saint-
Sevrin-fur- l'Ifle , près Coutras en Guyenne
, a communiqué à l'Académie royale de
Chirurgie une obfervation , de laquelle il
réfulte qu'il vient au monde des enfans qui ,
fans avoir le filet ni la langue trop courte ,
ne peuvent point téter , & font en danger
de périr faute de nouriture : qu'il faut
alors examiner s'ils n'ont point la langue
trop fortement appliquée , & comme collée
au palais ; qu'en ce cas il faut la détacher
, & la baiffer avec une fpatule , ou
le manche d'une cuiller , ou chofes femblables
; & que par ce moyen M. Lapie a
donné la vie à deux enfans qui jufqu'à
ce moment n'avoient pû prendre le teton ,
fans qu'il eût été poffible de reconnoître
la caufe de cet empêchement : & comme
cette remarque , toute fimple qu'elle paroiffe
, peut cependant échapper aux fagesfemmes
, & même aux maîtres de l'art ,
l'Académie l'a jugée affez intéreſſante
mériter d'être rendue publique.
MORAND ;
Secrétaire perpétuel.
Ce 28 Décembre 1754.
Sevrin-fur- l'Ifle , près Coutras en Guyenne
, a communiqué à l'Académie royale de
Chirurgie une obfervation , de laquelle il
réfulte qu'il vient au monde des enfans qui ,
fans avoir le filet ni la langue trop courte ,
ne peuvent point téter , & font en danger
de périr faute de nouriture : qu'il faut
alors examiner s'ils n'ont point la langue
trop fortement appliquée , & comme collée
au palais ; qu'en ce cas il faut la détacher
, & la baiffer avec une fpatule , ou
le manche d'une cuiller , ou chofes femblables
; & que par ce moyen M. Lapie a
donné la vie à deux enfans qui jufqu'à
ce moment n'avoient pû prendre le teton ,
fans qu'il eût été poffible de reconnoître
la caufe de cet empêchement : & comme
cette remarque , toute fimple qu'elle paroiffe
, peut cependant échapper aux fagesfemmes
, & même aux maîtres de l'art ,
l'Académie l'a jugée affez intéreſſante
mériter d'être rendue publique.
MORAND ;
Secrétaire perpétuel.
Ce 28 Décembre 1754.
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Résumé : « M. LAPIE , Maître en Chirurgie à Saint-Sevrin-sur-l'Isle, près Coutras en Guyenne [...] »
M. Lapie, Maître en Chirurgie, a observé que certains nouveau-nés ne peuvent pas téter en raison d'une langue trop attachée au palais. Il recommande de détacher la langue avec une spatule ou une cuiller. Cette méthode a sauvé deux enfants. L'Académie royale de Chirurgie a jugé l'observation importante et l'a publiée le 28 décembre 1754.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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395
p. 123-127
Progrès du Lithotome caché pour la taille.
Début :
Si la lettre suivante au Frere Jean de Saint-Côme est une preuve favorable [...]
Mots clefs :
Lithotome, Opération de la taille, Instrument, Douleurs, Chirurgien, Malade
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Progrès du Lithotome caché pour la taille.
Progrès du Lithotome caché pour la taille.
I la lettre fuivante au Frere Jean de
Saint-Come
Saint-Côme eft une preuve favorable
pour fon inftrument , elle ne l'eft pas moins
pour celui qui s'en eft fervi.
* Page 37*
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
A Lille , ce 30 Janvier 1755-
Mon cher Frere , voici l'hiftoire d'une
taille que je viens de faire avec votre inftrument
, & fuivant votre méthode. Le
nommé Augufte , âgé de fept ans & demi ,
fils de Henri Cantinier , au quartier de la
Magdeleine à Lille , fut attaqué des douleurs
de la pierre dès l'âge de deux ans ,
& à quatre ans & demi il fe joignit à ces
douleurs une incontinence d'urine , qu'il
a confervée jufqu'au moment de l'opération
. Les douleurs devenant plus fortes de
jour en jour , les parens me firent appeller
dans le mois de Juillet dernier ; je leur annonçai
l'exiſtence d'une pierre dans la veffie
, & leur propofai l'opération : mais inquiers
fur la réuffice , ils ne voulurent pas
s'y prêter. Enfin je fus de nouveau prié de
revoir ce malade dans le mois de Décem
bre , je le trouvai dans un état déplorable ;
il y avoit plufieufs jours qu'il ne dormoit
plus ; la pierre faifoit une irritation fi confidérable
dans la veffie , que toutes les parties
du ventre étoient dans une contraction
violente , & prefque continuelle ; l'inteſtin
rectum étoit pouffé avec force , & bien loin
au-delà de l'anus : il y eut même une hémorrhagie
affez forte des vaiffeaux de cet
inteftin. Ce dernier accident me déserM.
A RS. $ 755. 125
•
mina à propofer une feconde fois l'opération
, & engagea les parens à l'accepter,
Je la fis le 21 Décembre dernier , malgré
les tems durs & fâcheux. Je tirai une
pierre d'une demi - once , & groffe.comme
un petit ceuf de pigeon ; la couche
extérieure de cette pierre étoit molle , &
fe détacha dans le tems de l'extraction :
j'en tirai le noyau avec la tenette , & la
curette me fervit à tirer le refte . Cette
opération ne fut néanmoins ni longue ni
difficile , quoique je n'eus porté mon inftrument
qu'au feptiéme dégré de dilatation
, qui me fuffit de refte à tirer la
pierre fans efforts & fans difficulté . Auffi
les fpectateurs qui étoient nombreux , furent-
ils fatisfaits . , & rendirent justice à
la méthode. Dès le lendemain les urines
commencerent à paffer par les voies ordinaires
; mais une indigeftion que le malade
fe donna le troifiéme jour , penfa le
faire périr. Il lui furvint de l'altération ,
des felles , & la fiévre ; la plaie deyint
pâle & feche , & les urines prirent cette
route. J'avois formé le deffein de ne faire
aucun panfement à mon malade ; mais. appercevant
le changement furvenu à ſa plaic ,
j'abandonnai ce projet , & le penſai régudierement
deux fois par jour avec un plumaceau
chargé de beaume d'arcoeüs , &
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
une languette de linge garni par fes deux
extrêmités d'emplâtre d'André de la Croix ;
cette languette me fervoit tout à la fois
à contenir mon plumaceau & à rapprocher
les deux levres de la plaie. Les autres
accidens furent combattus fi efficacement ,
que le malade fut parfaitement guéri , &
fa plaie cicatrifée le dix-neuviéme jour ;
fon incontinence d'urine n'eut plus lieu ,
& fut guérie en même tems que le refte.
Voilà , mon cher Frere , un fuccès d'autant
plus complet , que je l'ai obtenu dans
la plus mauvaiſe faifon de l'année , ce qui
prouve tout-à - fair pour votre inftrument.
J'en fuis d'autant plus enchanté que c'eft
ma premiere épreuve ; & je vous avouerai
franchement que fans votre méthode , que
je trouve d'une facile exécution , je n'euffe
peut- être jamais penfé à enrichir ma pratique
d'une opération , qui en me faifant
honneur , me met plus à portée de foulager
l'humanité.1
J'oubliois de vous dire que j'ai taillé ce
malade dans la fituation horizontale , &
des fpectateurs étoient Meffieurs Payerne ,
Chirurgien- major du régiment d'Eu infanterie
; Marchant , que vous connoiſſez ;
Baftide , Chirurgien -major de Royal-dra-
-gons , Prevôt-maître en Chirurgie à Lille ;
Defombrages , Médecin de cette ville , &
MARS. 1755. 727
Planeque , Chirurgien-major des Hôpitaux
militaires. Ce dernier , ainfi que M. Mar
chant , m'ont prié de vous faire mille
complimens.
J'efpere dans peu joindre d'autres fuccès
à celui- ci , pour feconder vos intentions &
celles de tous vos partifans .
Je fuis , & c.
L. CHASTANET ,
Maître en Chirurgie , & Chi
rurgien Aide- major des Hôpitaux
militaires.
I la lettre fuivante au Frere Jean de
Saint-Come
Saint-Côme eft une preuve favorable
pour fon inftrument , elle ne l'eft pas moins
pour celui qui s'en eft fervi.
* Page 37*
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
A Lille , ce 30 Janvier 1755-
Mon cher Frere , voici l'hiftoire d'une
taille que je viens de faire avec votre inftrument
, & fuivant votre méthode. Le
nommé Augufte , âgé de fept ans & demi ,
fils de Henri Cantinier , au quartier de la
Magdeleine à Lille , fut attaqué des douleurs
de la pierre dès l'âge de deux ans ,
& à quatre ans & demi il fe joignit à ces
douleurs une incontinence d'urine , qu'il
a confervée jufqu'au moment de l'opération
. Les douleurs devenant plus fortes de
jour en jour , les parens me firent appeller
dans le mois de Juillet dernier ; je leur annonçai
l'exiſtence d'une pierre dans la veffie
, & leur propofai l'opération : mais inquiers
fur la réuffice , ils ne voulurent pas
s'y prêter. Enfin je fus de nouveau prié de
revoir ce malade dans le mois de Décem
bre , je le trouvai dans un état déplorable ;
il y avoit plufieufs jours qu'il ne dormoit
plus ; la pierre faifoit une irritation fi confidérable
dans la veffie , que toutes les parties
du ventre étoient dans une contraction
violente , & prefque continuelle ; l'inteſtin
rectum étoit pouffé avec force , & bien loin
au-delà de l'anus : il y eut même une hémorrhagie
affez forte des vaiffeaux de cet
inteftin. Ce dernier accident me déserM.
A RS. $ 755. 125
•
mina à propofer une feconde fois l'opération
, & engagea les parens à l'accepter,
Je la fis le 21 Décembre dernier , malgré
les tems durs & fâcheux. Je tirai une
pierre d'une demi - once , & groffe.comme
un petit ceuf de pigeon ; la couche
extérieure de cette pierre étoit molle , &
fe détacha dans le tems de l'extraction :
j'en tirai le noyau avec la tenette , & la
curette me fervit à tirer le refte . Cette
opération ne fut néanmoins ni longue ni
difficile , quoique je n'eus porté mon inftrument
qu'au feptiéme dégré de dilatation
, qui me fuffit de refte à tirer la
pierre fans efforts & fans difficulté . Auffi
les fpectateurs qui étoient nombreux , furent-
ils fatisfaits . , & rendirent justice à
la méthode. Dès le lendemain les urines
commencerent à paffer par les voies ordinaires
; mais une indigeftion que le malade
fe donna le troifiéme jour , penfa le
faire périr. Il lui furvint de l'altération ,
des felles , & la fiévre ; la plaie deyint
pâle & feche , & les urines prirent cette
route. J'avois formé le deffein de ne faire
aucun panfement à mon malade ; mais. appercevant
le changement furvenu à ſa plaic ,
j'abandonnai ce projet , & le penſai régudierement
deux fois par jour avec un plumaceau
chargé de beaume d'arcoeüs , &
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
une languette de linge garni par fes deux
extrêmités d'emplâtre d'André de la Croix ;
cette languette me fervoit tout à la fois
à contenir mon plumaceau & à rapprocher
les deux levres de la plaie. Les autres
accidens furent combattus fi efficacement ,
que le malade fut parfaitement guéri , &
fa plaie cicatrifée le dix-neuviéme jour ;
fon incontinence d'urine n'eut plus lieu ,
& fut guérie en même tems que le refte.
Voilà , mon cher Frere , un fuccès d'autant
plus complet , que je l'ai obtenu dans
la plus mauvaiſe faifon de l'année , ce qui
prouve tout-à - fair pour votre inftrument.
J'en fuis d'autant plus enchanté que c'eft
ma premiere épreuve ; & je vous avouerai
franchement que fans votre méthode , que
je trouve d'une facile exécution , je n'euffe
peut- être jamais penfé à enrichir ma pratique
d'une opération , qui en me faifant
honneur , me met plus à portée de foulager
l'humanité.1
J'oubliois de vous dire que j'ai taillé ce
malade dans la fituation horizontale , &
des fpectateurs étoient Meffieurs Payerne ,
Chirurgien- major du régiment d'Eu infanterie
; Marchant , que vous connoiſſez ;
Baftide , Chirurgien -major de Royal-dra-
-gons , Prevôt-maître en Chirurgie à Lille ;
Defombrages , Médecin de cette ville , &
MARS. 1755. 727
Planeque , Chirurgien-major des Hôpitaux
militaires. Ce dernier , ainfi que M. Mar
chant , m'ont prié de vous faire mille
complimens.
J'efpere dans peu joindre d'autres fuccès
à celui- ci , pour feconder vos intentions &
celles de tous vos partifans .
Je fuis , & c.
L. CHASTANET ,
Maître en Chirurgie , & Chi
rurgien Aide- major des Hôpitaux
militaires.
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Résumé : Progrès du Lithotome caché pour la taille.
Le 21 décembre 1755, le chirurgien L. Chastanet a réalisé une opération à Lille pour extraire une pierre de la vessie d'un patient nommé Auguste, âgé de sept ans et demi. Depuis l'âge de deux ans, Auguste souffrait de douleurs et d'incontinence urinaire en raison de cette pierre. Malgré les réticences initiales des parents, l'opération a été effectuée en raison de l'aggravation de l'état du patient. Chastanet a utilisé un instrument et une méthode fournis par le frère Jean de Saint-Côme. La pierre, de la taille d'un petit œuf de pigeon, a été extraite sans difficulté majeure. La guérison complète, incluant la fin de l'incontinence urinaire, a été atteinte en dix-neuf jours. Plusieurs chirurgiens et médecins présents ont témoigné de la réussite de l'intervention. Chastanet a exprimé sa satisfaction et son espoir de reproduire ce succès à l'avenir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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396
p. 127-144
SEANCES PARTICULIERES De la Société Littéraire de Châlons.
Début :
Si quelques critiques chagrins se sont érigés de nos jours en censeurs des [...]
Mots clefs :
Nature, Dieux, Vessie, Remède, Religion, Pierres humaines, Pierre, Maladie, Chaux, Société littéraire de Châlons
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texteReconnaissance textuelle : SEANCES PARTICULIERES De la Société Littéraire de Châlons.
SEANCES PARTICULIERES
De la Société Linéraire de Châlons.
St
1. quelques critiques chagrins fe font
érigés de nos jours en cenfeurs des
Académies , il s'eft auffi trouvé des défenfeurs
de ces fortes d'établiffemens : leur
utilité a été démontrée dans des écrits. publics
: il a été prouvé d'une maniere victorieufe
que leur multiplicité étoit néceffaire
au progrès des fciences , & que loin
de nuire au corps politique de l'Etat, elle
ne pouvoit lui être qu'avantageufe.
C'eft fous ce point de vue que M. Du-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
pré d'Aulnay , ancien Commiffaire des
Guerres , l'a confidéré. Retiré depuis plufieurs
années dans la ville de Châlons-fur-
Marne , fon amour pour l'étude l'y a fuivi
, & les liaifons qu'il a formées avec des
concitoyens animés du même amour , lui
ont fait concevoir le deffein de les unir
par les noeuds d'une fociété littéraire .
Il en a demandé. l'agrément à M. le
Comte de Saint - Florentin . Ce Miniftre
qui chérit les Lettres , autant qu'il eft cher
aux Sçavans , l'a honoré d'une réponſe
favorable , & a promis une autorifation
plus précife , lorfque les affociés auroient
donné des preuves de leurs talens .
Son A. S. M. le Comte de Clermont ,
Gouverneur des provinces de Champagne
& de Brie , a bien voulu concourit de fon
côté à cet établiffement : illuftre par fon
fang & par la faveur finguliere qu'il a fait
aux Mufes d'entrer dans leur fanctuaire ,
il a donné de nouvelles marques de fon
attachement pour elles , en fe déclarant le
protecteur de cette fociété naiffante.
Les membres d'une fociété qui commence
fous de fi heureux aufpices , ont dé
ja produits quelques fruits de leurs veilles
dans les affemblées particulieres qu'ils ont
tenues pendant le cours de cette année.
M. Culoteau de Velye , Avocat du Roi
MARS. 1755. 129
•
au Préfidial de Châlons en Champagne ,
& l'un des membres de cette fociété , a lû
une differtation fur la confécration des
Empereurs romains , & particulierement
fur celle de Pertinax , juftifiée par une médaille.
Il obferve que la confécration en uſage
chez les Romains étoit différente de l'apothéofe
admife chez les autres peuples ;
que cette derniere cérémonie étoit connue
dès le tems de Belus , premier Roi des
Affyriens , & qu'elle a été continuée depuis
en faveur des Princes , des Rois recommendables
par leur fageffe , & même
de fimples particuliers qui s'étoient fignalés
par leurs vertus & des actions éclatantes
. Il fixe au regne des Céfars l'origine de
la confécration qui , lorfque Romulus fut
admis au rang des Dieux , n'étoit point
encore établie de la maniere dont elle l'a
été dans la fuite.
›. Il fait voir que dans tel tems de la République
, le Sénat n'accorda cet honneur
qu'à la feule Acea Laurentia , comme un
tribut de fa reconnoiffance pour les biens
qu'il en avoit reça que s'il décerna par la
fuite les mêmes honneurs à un grand nom
-bre d'Empereurs , il les refufa néanmoins à
ceux qui s'étoient rendus odieux par leurs
vices.
Fy
130 MERCURE DE FRANCE .
Il rapporte pour exemple la joie générale
qu'excita la mort de Tibere , le decret
qui déclara Neron ennemi de la patrie,
les outrages exercés fur les corps de Vitellius
& d'Héliogabale qui , après avoir
été traînés avec ignominie par les rues de
Rome , furent jertés dans le Tibre ; le long
refus du Sénat d'élever Adrien au rang des
Dieux , la fermeté avec laquelle il йétric
la mémoire de Domitien déifié par les armées
, en faifant brifer fes ftatues , fes portraits
& les infcriptions faites en fon honneur.
Il prouve que la cérémonie de la confé
cration des Empereurs a fubfifté jufqu'an
tems du parfait établiſſement de notre religion
; Jovien ayant encore été mis au
rang des Dieux par les foins de fon fuc
ceffeur Valentinien , vers l'an 364 de l'ere
chrétienne .
A l'égard de l'Empereur Pertinax , dont
-M. de la Baftie prétend dans fon ouvrage
fur le P. Joubert , que l'on n'a point encore
trouvé de médailles , M. de Velye en
produit une , qui femble ne laiffer aucun
doute que l'on a déféré à cet Empereur
-les honneurs de la confécration ." col
< Cette médaille , qui eft de moyen broneze
, préfente d'un côté la tête de Pertinax ,
avec la légende Divus Helvius Pertinax , &
MAR S.: 1755. 131
a pour tipe en fon revers un aigle avec les
aîles déployées , fur lefquelles eft la figure
de l'Empereur à demi- couché , avec la légende
Confecratio. Cette médaille paroît
caracterifer d'une façon particuliere la confécration
de Pertinax , & l'on a lieu de
croire qu'elle eft une de celles qui ont été
re nouvellées par Gallien .
M. de Velye penfe que l'on peut porter
le même jugement d'une médaille de Fauftine
, qui du côté de la tête a pour légende
Diva Fauftina ; & au revers une figure
humaine que l'on peut prendre pour un
Prêtre , faifant une libation fur un autel ,
fur lequel il y a du feu , avec la légende
Confecratio : cependant il ne propofe fon
fentiment à cet égard que comme conjecture
, s'en rapportant aux connoiffances des
fçavans en ce genre.
M. de Velye a fait encore lecture d'une
autre differtation, dont l'objet eft de déterminer
quels étoient les principes de la religion
des anciens Romains , & s'ils étoient
différens de ceux qui conftituoient le culte
religieux des Grecs .
Voici fommairement les preuves qu'il
apporte pour établir cette différence .
Les premiers Romains , preſque tous occupés
à nourrir des troupeaux , en tiroient
les fecours néceffaires pour -fubfifter. Pan
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
étoit leur principale Divinité ; ils cétébroient
en fon honneur des fêtes par des
facrifices , & par des jeux appellés Lupeztaux
; ils honoroient auffi comme des
Dieux , Janus , Saturne , Picus , Hercule ,
&c. Mais indépendamment de ces Dieux
de la patrie ils reconnoifloient encore ceux
des grandes nations ; ils admettoient auffi
les augures , les pénates , les génies , &c.
Romulus effaya de détruire les préjugés
de ceux qui compofoient fa colonie , d'établir
une religion fondée fur des principes
raisonnables , & de fixer un culte conforme
à l'idée qu'il avoit conçue de la Divinité
, qu'il reconnoiſſoit comme un être
parfait & immortel .
Numa qui lui fuccéda , approchoit aſſez
des fentimens de fon prédéceffeur au ſujet
de la religion ; il penfoit qu'on ne pouvoit
donner aucune forme fenfible à la caufe
premiere de tous les êtres créés ; en conféquence
l'on ne vit à Rome pendant près
de deux fiécles aucun monument élevé pour
repréfenter la Divinité .
La religion établie par Romulus fubfiſta
long-tems , comme le fondement inébranlable
de la confervation de la chofe publique
; tout fon fyftême confiftoit à propo
fer pour objet du culte religieux un être
pur , efprit fouverainement parfait , imMARS.
1755. 133
mortel , auteur de tout , & de l'honorer
par un culte digne de fon unité & de fa
grandeur.
Les Grecs , au contraire , s'imaginant
qu'il étoit poffible d'appercevoir , par l'organe
des fens , la divinité telle quelle eft
en elle-même , la fixerent d'abord, dans le
foleil ; ils déïferent les élémens , l'univers
entier , & les différentes parties qui le com →
pofent. Orphée , Mufée , Eumolpe , que
S. Auguftin appelle les théologiens des
Grecs , bien loin d'amener leurs compatriotes
à la connoiffance de la vérité , les
en éloignerent , & les plongerent dans des
erreurs injurieufes à l'être fuprême ; ils
propoferent des Dieux fous des fymboles
& des hieroglyphes , dont ils avoient apris
à faire ufage en Egypte. La trop grande
élévation d'efprit de ces philofophes fit
tomber dans l'égarementceux qu'ils fe pro
pofoient d'éclairer , & qui n'étoient point
capables de comprendre le fens des fables
abfurdes qu'ils employoient pour établir les
vérités les plus importantes.
Ce fut des prétendus fages de l'Egypte
qu'ils avoient appris à diftinguer l'âge , le
fexe , la forme & le nombre des Dieux ;
ils apprirent auffi d'eux à les honorer par
des fêtes & par des jeux folemnels ; mais
il n'arrivoit que trop fouvent que l'on
.
134 MERCURE DE FRANCE.
portoit l'impiété en triomphe dans ces cérémonies
, & qu'elles devenoient un affemblage
monftrueux de defordres & de crimes.
La connoiffance de la nature & l'étude
de la phyfique devint la fource de l'erreur ;
on donnoit à chacune des caufes un des
attributs de la divinité , & les attributs diftingués
, fembloient introduire & préfenter
une multiplicité de Dieux. Plufieurs
fages , comme Diagoras & Socrate , furent
les victimes de leur attachement à la vérité
, telle que l'homme peut la découvrir par
l'étude & la force du raifonnement .
Les Romains , dans leur origine , étoient
des hommes durs , groffiers , fauvages ;
mais ils furent amenés à la connoiffance
de l'être fuprême , autant qu'on peut en
approcher par les lumieres de la raifon ;
ils fe diftinguerent par leur inviolable attachement
à une religion plus fainte que
celle des autres nations..
Les Grecs , au contraire , inconftans &
legers , fe livrerent au torrent d'une aveugle
fuperftition ; leur culte avoit fouvent
l'homme pour objet ; leurs fêtes , & les
jeux qu'ils célébroient , n'étoient inſtitués
que pour exciter ceux qui y étoient admis
à fe furpaffer mutuellement par la force ,
l'adreffe & la légereté : on n'y comptoit
MARS 1755 ”ན
135
prefque pour rien le coeur , les moeurs &
la vertu .
la
De cet expofé , on peut conclure que
religion des anciens Romains étoit plus
parfaite que celle des Grecs , & qu'elle
étoit établie fur des principes différens.
- M. Dupré d'Aulnai a lû auffi une differtation
qui a pour objet l'écoulement magne
tique , Pélectricité , l'afcenfion de la feve
dans les végétaux , & le flux de la mer. Il
croit que la même caufe produit ces différens
effets , que le foleil en eft le premier
& le feul mobile , & que cet aftre eft dans
l'univers ce qu'eft le coeur dans l'animal ,
auquel il donne le mouvement , la chaleur
& la vie.
af-
M. Navier , Docteur en Médecine ,
focié correfpondant de l'Académie royale
des Sciences de Paris , & l'un des mem
bres de la Société , a lu dans différentes
féances des differtations fur plufieurs maladies
populaires qui ont regné dans la
vince de Champagne & ailleurs.
་
pro-
La Faculté de Médecine de Paris , & M.
de Vernage , ayant jugé cet ouvrage fondé
-fur une bonne théorie , conforme à la faine
·pratique , & appuyé de l'autorité des grands
maîtres , l'auteur a cru ne devoir point fe
refufer au bien du public , & s'eft en conféquence
déterminé à le faire imprimer. Il
136 MERCURE DE FRANCE.
fe trouve à Paris , chez Cavelier
Saint Jacques , au Lys d'or.
·
rue
Après de pareils témoignages , il eft
inutile d'infilter fur la nature de ce travail
; le lecteur jugera par lui-même que
l'auteur a fait nombre de recherches utiles
& intéreffantes pour le traitement de différentes
maladies.
M. Navier a auffi lû des obfervations
théoriques & pratiques fur l'amolliffement
des os en général , & en particulier fur
celui qui a caractériſé la maladie extraor
dinaire de la Dame Supior , dont tout le
royaume a été informé.
Il penfe que cette maladie tenoit du rachitis
& du fcorbut. Pour démontrer le caractere
& la véritable caufe de cette maladie
, l'auteur fuit fon objet par la voie
des expériences & des démonftrations , &
conclut que les levains qui occafionnent
l'amolliffement des os , eft de nature acide.
Pour bien conftater cette vérité , il a fait
des recherches infinies , qui toutes ont concouru
à le convaincre que cette maladie ne
pouvoit reconnoître d'autre caufe . La nature
& le caractere de cette fâcheufe maladie
étant bien connue , l'auteur fait voir
qu'il faut néceffairement la combattre par
les moyens qu'il propofe. Cet ouvrage a
été examiné & approuvé par l'Académie
f
MARS. 1755. 137
royale des Sciences de Paris : il va être mis
fous preffe.
Le même a fait encore lecture d'un
autre ouvrage qui a pour titre : Obfervations
médico-phyfiques fur les dangers auxquels
on s'expofe en mangeant des fruits qui
n'ont point encore atteint leur dégré de maturité
, & fur les avantages au contraire qui
résultent de leur ufage lorfqu'ils ont acquis
toute leur perfection.
L'abus trop commun de manger les
fruits avant qu'ils foient murs , & le zéle
de l'auteur pour le bien public , l'ont engagé
à traiter cette matiere .
Après un court expofé des loix générales
de la végétation , il examine la nature des
fruits qui naiffent dans les pays chauds &
dans les pays froids & tempérés ; il fait
voir que la providence a fait naître dans
chaque contrée de la terre des fruits doués
de toutes les propriétés néceffaires pour
garantir les habitans des maladies auxquel
les les expoferoient l'intempérie de l'air
des régions qu'ils habitent. Il reconnoît
d'une part que les fruits aigrelets & acidules
qui naiffent abondamment dans les pays
chauds , contiennent des fucs merveilleux
pour réprimer les effervefcences fougueufes
, & une infinité d'autres accidens que
la chaleur exceffive occafionne dans le fang
13 8 MERCURE DE FRANCE .
de leurs habitans. D'un autre côté , il re
garde les fruits que produifent les pays
froids & tempérés , comme des matieres
favoneufes & délayantes, extrêmement propres
à diffoudre les concrétions & les
épaiffiffemens des liqueurs de ceux qui ha
bitent ces climats. Il entre à cet égard
dans un certain détail fur la nature des
matieres favoneufes , factices & naturelles :
il reconnoît que les favons naturels font
beaucoup plus parfaits que les factices ,
qu'ils font formés d'une union intime de
parties onctueufes extrêmement fines , pénétrées
par un acide végétal , au lieu que les
favons factices ordinaires font les produits
de parties graffes , fort groffieres , unies affez
imparfaitement avec un fel lixiviel , & c.
On voit que l'auteur reconnoît par- tout
un ordre & une fageffe fuprême dans la
formation & la confervation de tous les
êtres. C'eft effectivement en ne perdant
point de vue cet important objet , que les
fçavans fe rapprocheront toujours de la vérité
; au lieu qu'en fe livrant à des fyſtêmes
erronés & dictés par l'efprit d'illufion
, ils ne feront jamais d'accord ni avec
la nature , ni avec eux-mêmes.
M. Navier a auffi fait part d'un travail
qu'il a commencé en 1738 , pour trouver
un lithontriptique , ou diffolvant des pier,
MARS. 1755. 139
1
res humaines ; ouvrage dont il avoit informé
en différens tems MM. de l'Acadé-.
mie royale des Sciences de Paris ; il paroît
avoir conduit fes recherches déja fort loin
il a même fait voir plufieurs de ces pierres
extraordinairement dures, réduites en bouil
lie en fort peu de tems , par le moyen
d'une liqueur fi douce , qu'elle peut être
bûe fans faire aucune impreffion fâcheufe
fur l'eftomac. Il a déja par devers lui des
expériences du bon effet de ce remede ;
mais ,comme il n'a jamais prétendu réuffic
que par la voie des injections , il n'a pû
encore parvenir à autre chofe , finon qu'à
fe rendre certain que ce remede peut être
porté dans la veffie par les injections , fans
y caufer ni douleur ni altération . Si par
un bonheur ineftimable pour l'humanité
on pouvoit parvenir par cette voie à fondre
la pierre dans la veffie , il réfteroit en
core beaucoup à travailler , tant pour fe
perfectionner dans la maniere d'y introduire
la fonde , que dans la matiere & la
forme de cet inftrument ; car il feroit de
la derniere importance de pouvoir l'intro
duire promptement , fûrement & fans dou
leur. M.Navier defireroit que l'on s'exerçât
à fonder avec des alkalis qui n'euffent
prefque point de courbure ; il penfe que
Cette forme feroit plus commode pour ins
140 MERCURE DE FRANCE.
jecter , pour pouvoir tourner la fonde en
rous fens dans la veffie , & pour y pou
voir féjourner long- tems fans bleffer ce
vifcere , & c.
C'est particulierement du génie de nos
grands Chirurgiens que l'on doit efpérer
la perfection dans la forme de cet inftrument
, & dans la maniere de l'infinuer
dans la veffie , ou même de trouver le
moyen de dilater fon fphincter , & d'y
porter un liquide fans avoir recours au
catheter.
On a annoncé cette année deux ouvra
ges imprimés à Edimbourg , dans lesquels
on prétend que l'eau de chaux eft un excellent
diffolvant des pierres humaines pris
intérieurement , ou porté dans la veffic
par les injections .
M. Navier a fait depuis dix-fept à dixhuit
ans un fi grand nombre d'expériences
& de recherches fur les différens lithontriptiques
, qu'il auroit été furprenant que
celui de la chaux lui eût échappé : il a donc
travaillé fur ce diffolvant , comme fur une
infinité d'autres , & il craint qu'il ne réuffiffe
pas autant qu'on le fait efperer ; car
il a reconnu que ce remede avoit peu ou
point d'action fur un très - grand nombre
de pierres humaines . Si M. Whitt a éprouvé
le contraire , cela ne peut venir , ſelon
MA- R S.
1755 141
M. Navier , que de la différence des pierres
qui fe forment chez les Anglois , dont la
boiffon ordinaire eft la bierre , & de celles
qui prennent naiffance chez les François
qui font ufage du vin.
M. Navier n'a eu occafion de travailler
que fur ces dernieres ; peut-être eft- ce cette
différence de boiffon qui a fait que le diffolvant
de Mlle Stephens a été employé
avec fuccès en Angleterre , & qu'il a fi peu
réuffi en France.
M. Navier croit encore être bien fondé
à fe défier de l'eau de chaux : 1 °. parce que
contenant une grande quantité de parties
de feu , ce reméde pris . intérieurement &
à grandes dofes , comme il feroit néceffaire
pour fondre les calculs humains pourroit
intéreffer la fanté des perfonnes délicates.
2 °. Cette eau étant chargée de beaucoup
de parties pierreufes qu'elle tient en
diffolution , ne pourroit - il pas arriver
qu'elles fe dépoferoient dans différens endroits
du corps , peut-être même dans les
reins & dans la veffie ? M. Navier eſt d'aųtant
mieux fondé dans cette opinion , qu'il
a reconnu par l'expérience , qu'un peu d'urine
chaude verfée far de l'eau de chaux ,
la rend laiteufe , & en fait précipiter de
fa fubftance pierreufe. Si donc la même
chofe arrivoit dans les reins ou dans la
142 MERCURE DE FRANCE.
veffie de ceux qui prendroient beaucoup
de ce lithontriptique , comme il y a tout
lieu de le croire , fur- tout chez les pierreux
, qui ont une urine dont l'alkali volatil
eft fort développé , & par conféquent
plus propre à précipiter la partie pierreufe
de l'eau de chaux , ne doit- on pas préfumer
que ce remede pourroit dépofer dans
ces vifceres autant & peut être plus de
fubftance pierreufe qu'ils n'en éleveroient
de calculs qui s'y rencontreroient ? M. Navier
a connoiffance d'un fait qui paroît
bien confirmer cette théorie .
Une perfonne qui avoit une pierre bien
conftatée dans la veffie , s'étoit déterminée
à prendre du lithontriptique de Mlle Stephens
, qui contient , comme l'on fçait
beaucoup de matieres calcaires réduites en
chaux. Après un certain tems de l'uſage
de ce remede , on apperçut dans les urines
du malade beaucoup de parties terreufesblanches
, que l'on croyoit être infailliblement
des débris de la pierre ; mais la
perfonne étant morte , on reconnut avec
furprife , par l'ouverture de la veffie , que
la pierre n'avoit été en aucune façon endommagée.
Donc les portions blanchâtres
& terreufes que l'urine avoit charriées,
venoient des parties de chaux qui entroient
dans le remede anglois. Cela prou오
Y
MARS. 1755. 143
ve qu'on ne peut avoir trop de circonfpection
, même de défiance , dans la vérification
des faits , car ils font fouvent voilés
par des
apparences trompeufes & féduifantes.
M. Whitt a avancé que tout fel lixiviel
eft abfolument incapable de diffoudre la pierre
humaine . M. Navier a remarqué tout le
contraire , ayant conftamment obfervé
dans le nombre des lithontriptiques qu'il a
découvert , que ces fels avoient tous cette
propriété.
Cette différence entre les obfervations
de nos deux auteurs pourroit bien venir
de celle des pierres fur lefquelles ils ont
travaillé , par la raifon rapportée ci -deffus
. En effet M. Navier , d'après qui nous
parlons toujours , a reconnu que ces fels
agiffoient fort différemment , felon la nature
de la pierre ; & il eft perfuadé que
c'eſt cette différence dans les calculs humains
qui mettra toujours le plus d'obftacles
à la découverte d'un lithontriptique
univerfel , c'est-à - dire qui agiffe également
& d'une maniere douce fur toutes les pierres
humaines.
Nous venons de rapporter une partie
des obfervations de M. Navier , que fon
defintéreffement & fon amour pour le
bien public a déterminé à nous communiquer.
#44 MERCURE DE FRANCE.
Quelle louable émulation ! qu'il eft digne
de notre reconnoiffance de voir dans
deux Royaumes auffi floriffans que la France
& l'Angleterre , la Médecine toujours
occupée d'un objet qui tend à délivrer l'hu
manité du plus cruel de tous les maux !
Les affociés fe font féparés le 28 du
mois d'Août , moins pour fe délaffer de
leurs fatigues que pour préparer les mémoires
dont ils rendront compte l'année
prochaine dans leurs féances ; ils font tous
également difpofés à fe rendre dignes de
la protection qu'un grand Prince leur accorde
, à fe mettre en état d'obtenir la
confirmation de leur établiſſement , & à
mériter l'eftime du public.
De la Société Linéraire de Châlons.
St
1. quelques critiques chagrins fe font
érigés de nos jours en cenfeurs des
Académies , il s'eft auffi trouvé des défenfeurs
de ces fortes d'établiffemens : leur
utilité a été démontrée dans des écrits. publics
: il a été prouvé d'une maniere victorieufe
que leur multiplicité étoit néceffaire
au progrès des fciences , & que loin
de nuire au corps politique de l'Etat, elle
ne pouvoit lui être qu'avantageufe.
C'eft fous ce point de vue que M. Du-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
pré d'Aulnay , ancien Commiffaire des
Guerres , l'a confidéré. Retiré depuis plufieurs
années dans la ville de Châlons-fur-
Marne , fon amour pour l'étude l'y a fuivi
, & les liaifons qu'il a formées avec des
concitoyens animés du même amour , lui
ont fait concevoir le deffein de les unir
par les noeuds d'une fociété littéraire .
Il en a demandé. l'agrément à M. le
Comte de Saint - Florentin . Ce Miniftre
qui chérit les Lettres , autant qu'il eft cher
aux Sçavans , l'a honoré d'une réponſe
favorable , & a promis une autorifation
plus précife , lorfque les affociés auroient
donné des preuves de leurs talens .
Son A. S. M. le Comte de Clermont ,
Gouverneur des provinces de Champagne
& de Brie , a bien voulu concourit de fon
côté à cet établiffement : illuftre par fon
fang & par la faveur finguliere qu'il a fait
aux Mufes d'entrer dans leur fanctuaire ,
il a donné de nouvelles marques de fon
attachement pour elles , en fe déclarant le
protecteur de cette fociété naiffante.
Les membres d'une fociété qui commence
fous de fi heureux aufpices , ont dé
ja produits quelques fruits de leurs veilles
dans les affemblées particulieres qu'ils ont
tenues pendant le cours de cette année.
M. Culoteau de Velye , Avocat du Roi
MARS. 1755. 129
•
au Préfidial de Châlons en Champagne ,
& l'un des membres de cette fociété , a lû
une differtation fur la confécration des
Empereurs romains , & particulierement
fur celle de Pertinax , juftifiée par une médaille.
Il obferve que la confécration en uſage
chez les Romains étoit différente de l'apothéofe
admife chez les autres peuples ;
que cette derniere cérémonie étoit connue
dès le tems de Belus , premier Roi des
Affyriens , & qu'elle a été continuée depuis
en faveur des Princes , des Rois recommendables
par leur fageffe , & même
de fimples particuliers qui s'étoient fignalés
par leurs vertus & des actions éclatantes
. Il fixe au regne des Céfars l'origine de
la confécration qui , lorfque Romulus fut
admis au rang des Dieux , n'étoit point
encore établie de la maniere dont elle l'a
été dans la fuite.
›. Il fait voir que dans tel tems de la République
, le Sénat n'accorda cet honneur
qu'à la feule Acea Laurentia , comme un
tribut de fa reconnoiffance pour les biens
qu'il en avoit reça que s'il décerna par la
fuite les mêmes honneurs à un grand nom
-bre d'Empereurs , il les refufa néanmoins à
ceux qui s'étoient rendus odieux par leurs
vices.
Fy
130 MERCURE DE FRANCE .
Il rapporte pour exemple la joie générale
qu'excita la mort de Tibere , le decret
qui déclara Neron ennemi de la patrie,
les outrages exercés fur les corps de Vitellius
& d'Héliogabale qui , après avoir
été traînés avec ignominie par les rues de
Rome , furent jertés dans le Tibre ; le long
refus du Sénat d'élever Adrien au rang des
Dieux , la fermeté avec laquelle il йétric
la mémoire de Domitien déifié par les armées
, en faifant brifer fes ftatues , fes portraits
& les infcriptions faites en fon honneur.
Il prouve que la cérémonie de la confé
cration des Empereurs a fubfifté jufqu'an
tems du parfait établiſſement de notre religion
; Jovien ayant encore été mis au
rang des Dieux par les foins de fon fuc
ceffeur Valentinien , vers l'an 364 de l'ere
chrétienne .
A l'égard de l'Empereur Pertinax , dont
-M. de la Baftie prétend dans fon ouvrage
fur le P. Joubert , que l'on n'a point encore
trouvé de médailles , M. de Velye en
produit une , qui femble ne laiffer aucun
doute que l'on a déféré à cet Empereur
-les honneurs de la confécration ." col
< Cette médaille , qui eft de moyen broneze
, préfente d'un côté la tête de Pertinax ,
avec la légende Divus Helvius Pertinax , &
MAR S.: 1755. 131
a pour tipe en fon revers un aigle avec les
aîles déployées , fur lefquelles eft la figure
de l'Empereur à demi- couché , avec la légende
Confecratio. Cette médaille paroît
caracterifer d'une façon particuliere la confécration
de Pertinax , & l'on a lieu de
croire qu'elle eft une de celles qui ont été
re nouvellées par Gallien .
M. de Velye penfe que l'on peut porter
le même jugement d'une médaille de Fauftine
, qui du côté de la tête a pour légende
Diva Fauftina ; & au revers une figure
humaine que l'on peut prendre pour un
Prêtre , faifant une libation fur un autel ,
fur lequel il y a du feu , avec la légende
Confecratio : cependant il ne propofe fon
fentiment à cet égard que comme conjecture
, s'en rapportant aux connoiffances des
fçavans en ce genre.
M. de Velye a fait encore lecture d'une
autre differtation, dont l'objet eft de déterminer
quels étoient les principes de la religion
des anciens Romains , & s'ils étoient
différens de ceux qui conftituoient le culte
religieux des Grecs .
Voici fommairement les preuves qu'il
apporte pour établir cette différence .
Les premiers Romains , preſque tous occupés
à nourrir des troupeaux , en tiroient
les fecours néceffaires pour -fubfifter. Pan
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
étoit leur principale Divinité ; ils cétébroient
en fon honneur des fêtes par des
facrifices , & par des jeux appellés Lupeztaux
; ils honoroient auffi comme des
Dieux , Janus , Saturne , Picus , Hercule ,
&c. Mais indépendamment de ces Dieux
de la patrie ils reconnoifloient encore ceux
des grandes nations ; ils admettoient auffi
les augures , les pénates , les génies , &c.
Romulus effaya de détruire les préjugés
de ceux qui compofoient fa colonie , d'établir
une religion fondée fur des principes
raisonnables , & de fixer un culte conforme
à l'idée qu'il avoit conçue de la Divinité
, qu'il reconnoiſſoit comme un être
parfait & immortel .
Numa qui lui fuccéda , approchoit aſſez
des fentimens de fon prédéceffeur au ſujet
de la religion ; il penfoit qu'on ne pouvoit
donner aucune forme fenfible à la caufe
premiere de tous les êtres créés ; en conféquence
l'on ne vit à Rome pendant près
de deux fiécles aucun monument élevé pour
repréfenter la Divinité .
La religion établie par Romulus fubfiſta
long-tems , comme le fondement inébranlable
de la confervation de la chofe publique
; tout fon fyftême confiftoit à propo
fer pour objet du culte religieux un être
pur , efprit fouverainement parfait , imMARS.
1755. 133
mortel , auteur de tout , & de l'honorer
par un culte digne de fon unité & de fa
grandeur.
Les Grecs , au contraire , s'imaginant
qu'il étoit poffible d'appercevoir , par l'organe
des fens , la divinité telle quelle eft
en elle-même , la fixerent d'abord, dans le
foleil ; ils déïferent les élémens , l'univers
entier , & les différentes parties qui le com →
pofent. Orphée , Mufée , Eumolpe , que
S. Auguftin appelle les théologiens des
Grecs , bien loin d'amener leurs compatriotes
à la connoiffance de la vérité , les
en éloignerent , & les plongerent dans des
erreurs injurieufes à l'être fuprême ; ils
propoferent des Dieux fous des fymboles
& des hieroglyphes , dont ils avoient apris
à faire ufage en Egypte. La trop grande
élévation d'efprit de ces philofophes fit
tomber dans l'égarementceux qu'ils fe pro
pofoient d'éclairer , & qui n'étoient point
capables de comprendre le fens des fables
abfurdes qu'ils employoient pour établir les
vérités les plus importantes.
Ce fut des prétendus fages de l'Egypte
qu'ils avoient appris à diftinguer l'âge , le
fexe , la forme & le nombre des Dieux ;
ils apprirent auffi d'eux à les honorer par
des fêtes & par des jeux folemnels ; mais
il n'arrivoit que trop fouvent que l'on
.
134 MERCURE DE FRANCE.
portoit l'impiété en triomphe dans ces cérémonies
, & qu'elles devenoient un affemblage
monftrueux de defordres & de crimes.
La connoiffance de la nature & l'étude
de la phyfique devint la fource de l'erreur ;
on donnoit à chacune des caufes un des
attributs de la divinité , & les attributs diftingués
, fembloient introduire & préfenter
une multiplicité de Dieux. Plufieurs
fages , comme Diagoras & Socrate , furent
les victimes de leur attachement à la vérité
, telle que l'homme peut la découvrir par
l'étude & la force du raifonnement .
Les Romains , dans leur origine , étoient
des hommes durs , groffiers , fauvages ;
mais ils furent amenés à la connoiffance
de l'être fuprême , autant qu'on peut en
approcher par les lumieres de la raifon ;
ils fe diftinguerent par leur inviolable attachement
à une religion plus fainte que
celle des autres nations..
Les Grecs , au contraire , inconftans &
legers , fe livrerent au torrent d'une aveugle
fuperftition ; leur culte avoit fouvent
l'homme pour objet ; leurs fêtes , & les
jeux qu'ils célébroient , n'étoient inſtitués
que pour exciter ceux qui y étoient admis
à fe furpaffer mutuellement par la force ,
l'adreffe & la légereté : on n'y comptoit
MARS 1755 ”ན
135
prefque pour rien le coeur , les moeurs &
la vertu .
la
De cet expofé , on peut conclure que
religion des anciens Romains étoit plus
parfaite que celle des Grecs , & qu'elle
étoit établie fur des principes différens.
- M. Dupré d'Aulnai a lû auffi une differtation
qui a pour objet l'écoulement magne
tique , Pélectricité , l'afcenfion de la feve
dans les végétaux , & le flux de la mer. Il
croit que la même caufe produit ces différens
effets , que le foleil en eft le premier
& le feul mobile , & que cet aftre eft dans
l'univers ce qu'eft le coeur dans l'animal ,
auquel il donne le mouvement , la chaleur
& la vie.
af-
M. Navier , Docteur en Médecine ,
focié correfpondant de l'Académie royale
des Sciences de Paris , & l'un des mem
bres de la Société , a lu dans différentes
féances des differtations fur plufieurs maladies
populaires qui ont regné dans la
vince de Champagne & ailleurs.
་
pro-
La Faculté de Médecine de Paris , & M.
de Vernage , ayant jugé cet ouvrage fondé
-fur une bonne théorie , conforme à la faine
·pratique , & appuyé de l'autorité des grands
maîtres , l'auteur a cru ne devoir point fe
refufer au bien du public , & s'eft en conféquence
déterminé à le faire imprimer. Il
136 MERCURE DE FRANCE.
fe trouve à Paris , chez Cavelier
Saint Jacques , au Lys d'or.
·
rue
Après de pareils témoignages , il eft
inutile d'infilter fur la nature de ce travail
; le lecteur jugera par lui-même que
l'auteur a fait nombre de recherches utiles
& intéreffantes pour le traitement de différentes
maladies.
M. Navier a auffi lû des obfervations
théoriques & pratiques fur l'amolliffement
des os en général , & en particulier fur
celui qui a caractériſé la maladie extraor
dinaire de la Dame Supior , dont tout le
royaume a été informé.
Il penfe que cette maladie tenoit du rachitis
& du fcorbut. Pour démontrer le caractere
& la véritable caufe de cette maladie
, l'auteur fuit fon objet par la voie
des expériences & des démonftrations , &
conclut que les levains qui occafionnent
l'amolliffement des os , eft de nature acide.
Pour bien conftater cette vérité , il a fait
des recherches infinies , qui toutes ont concouru
à le convaincre que cette maladie ne
pouvoit reconnoître d'autre caufe . La nature
& le caractere de cette fâcheufe maladie
étant bien connue , l'auteur fait voir
qu'il faut néceffairement la combattre par
les moyens qu'il propofe. Cet ouvrage a
été examiné & approuvé par l'Académie
f
MARS. 1755. 137
royale des Sciences de Paris : il va être mis
fous preffe.
Le même a fait encore lecture d'un
autre ouvrage qui a pour titre : Obfervations
médico-phyfiques fur les dangers auxquels
on s'expofe en mangeant des fruits qui
n'ont point encore atteint leur dégré de maturité
, & fur les avantages au contraire qui
résultent de leur ufage lorfqu'ils ont acquis
toute leur perfection.
L'abus trop commun de manger les
fruits avant qu'ils foient murs , & le zéle
de l'auteur pour le bien public , l'ont engagé
à traiter cette matiere .
Après un court expofé des loix générales
de la végétation , il examine la nature des
fruits qui naiffent dans les pays chauds &
dans les pays froids & tempérés ; il fait
voir que la providence a fait naître dans
chaque contrée de la terre des fruits doués
de toutes les propriétés néceffaires pour
garantir les habitans des maladies auxquel
les les expoferoient l'intempérie de l'air
des régions qu'ils habitent. Il reconnoît
d'une part que les fruits aigrelets & acidules
qui naiffent abondamment dans les pays
chauds , contiennent des fucs merveilleux
pour réprimer les effervefcences fougueufes
, & une infinité d'autres accidens que
la chaleur exceffive occafionne dans le fang
13 8 MERCURE DE FRANCE .
de leurs habitans. D'un autre côté , il re
garde les fruits que produifent les pays
froids & tempérés , comme des matieres
favoneufes & délayantes, extrêmement propres
à diffoudre les concrétions & les
épaiffiffemens des liqueurs de ceux qui ha
bitent ces climats. Il entre à cet égard
dans un certain détail fur la nature des
matieres favoneufes , factices & naturelles :
il reconnoît que les favons naturels font
beaucoup plus parfaits que les factices ,
qu'ils font formés d'une union intime de
parties onctueufes extrêmement fines , pénétrées
par un acide végétal , au lieu que les
favons factices ordinaires font les produits
de parties graffes , fort groffieres , unies affez
imparfaitement avec un fel lixiviel , & c.
On voit que l'auteur reconnoît par- tout
un ordre & une fageffe fuprême dans la
formation & la confervation de tous les
êtres. C'eft effectivement en ne perdant
point de vue cet important objet , que les
fçavans fe rapprocheront toujours de la vérité
; au lieu qu'en fe livrant à des fyſtêmes
erronés & dictés par l'efprit d'illufion
, ils ne feront jamais d'accord ni avec
la nature , ni avec eux-mêmes.
M. Navier a auffi fait part d'un travail
qu'il a commencé en 1738 , pour trouver
un lithontriptique , ou diffolvant des pier,
MARS. 1755. 139
1
res humaines ; ouvrage dont il avoit informé
en différens tems MM. de l'Acadé-.
mie royale des Sciences de Paris ; il paroît
avoir conduit fes recherches déja fort loin
il a même fait voir plufieurs de ces pierres
extraordinairement dures, réduites en bouil
lie en fort peu de tems , par le moyen
d'une liqueur fi douce , qu'elle peut être
bûe fans faire aucune impreffion fâcheufe
fur l'eftomac. Il a déja par devers lui des
expériences du bon effet de ce remede ;
mais ,comme il n'a jamais prétendu réuffic
que par la voie des injections , il n'a pû
encore parvenir à autre chofe , finon qu'à
fe rendre certain que ce remede peut être
porté dans la veffie par les injections , fans
y caufer ni douleur ni altération . Si par
un bonheur ineftimable pour l'humanité
on pouvoit parvenir par cette voie à fondre
la pierre dans la veffie , il réfteroit en
core beaucoup à travailler , tant pour fe
perfectionner dans la maniere d'y introduire
la fonde , que dans la matiere & la
forme de cet inftrument ; car il feroit de
la derniere importance de pouvoir l'intro
duire promptement , fûrement & fans dou
leur. M.Navier defireroit que l'on s'exerçât
à fonder avec des alkalis qui n'euffent
prefque point de courbure ; il penfe que
Cette forme feroit plus commode pour ins
140 MERCURE DE FRANCE.
jecter , pour pouvoir tourner la fonde en
rous fens dans la veffie , & pour y pou
voir féjourner long- tems fans bleffer ce
vifcere , & c.
C'est particulierement du génie de nos
grands Chirurgiens que l'on doit efpérer
la perfection dans la forme de cet inftrument
, & dans la maniere de l'infinuer
dans la veffie , ou même de trouver le
moyen de dilater fon fphincter , & d'y
porter un liquide fans avoir recours au
catheter.
On a annoncé cette année deux ouvra
ges imprimés à Edimbourg , dans lesquels
on prétend que l'eau de chaux eft un excellent
diffolvant des pierres humaines pris
intérieurement , ou porté dans la veffic
par les injections .
M. Navier a fait depuis dix-fept à dixhuit
ans un fi grand nombre d'expériences
& de recherches fur les différens lithontriptiques
, qu'il auroit été furprenant que
celui de la chaux lui eût échappé : il a donc
travaillé fur ce diffolvant , comme fur une
infinité d'autres , & il craint qu'il ne réuffiffe
pas autant qu'on le fait efperer ; car
il a reconnu que ce remede avoit peu ou
point d'action fur un très - grand nombre
de pierres humaines . Si M. Whitt a éprouvé
le contraire , cela ne peut venir , ſelon
MA- R S.
1755 141
M. Navier , que de la différence des pierres
qui fe forment chez les Anglois , dont la
boiffon ordinaire eft la bierre , & de celles
qui prennent naiffance chez les François
qui font ufage du vin.
M. Navier n'a eu occafion de travailler
que fur ces dernieres ; peut-être eft- ce cette
différence de boiffon qui a fait que le diffolvant
de Mlle Stephens a été employé
avec fuccès en Angleterre , & qu'il a fi peu
réuffi en France.
M. Navier croit encore être bien fondé
à fe défier de l'eau de chaux : 1 °. parce que
contenant une grande quantité de parties
de feu , ce reméde pris . intérieurement &
à grandes dofes , comme il feroit néceffaire
pour fondre les calculs humains pourroit
intéreffer la fanté des perfonnes délicates.
2 °. Cette eau étant chargée de beaucoup
de parties pierreufes qu'elle tient en
diffolution , ne pourroit - il pas arriver
qu'elles fe dépoferoient dans différens endroits
du corps , peut-être même dans les
reins & dans la veffie ? M. Navier eſt d'aųtant
mieux fondé dans cette opinion , qu'il
a reconnu par l'expérience , qu'un peu d'urine
chaude verfée far de l'eau de chaux ,
la rend laiteufe , & en fait précipiter de
fa fubftance pierreufe. Si donc la même
chofe arrivoit dans les reins ou dans la
142 MERCURE DE FRANCE.
veffie de ceux qui prendroient beaucoup
de ce lithontriptique , comme il y a tout
lieu de le croire , fur- tout chez les pierreux
, qui ont une urine dont l'alkali volatil
eft fort développé , & par conféquent
plus propre à précipiter la partie pierreufe
de l'eau de chaux , ne doit- on pas préfumer
que ce remede pourroit dépofer dans
ces vifceres autant & peut être plus de
fubftance pierreufe qu'ils n'en éleveroient
de calculs qui s'y rencontreroient ? M. Navier
a connoiffance d'un fait qui paroît
bien confirmer cette théorie .
Une perfonne qui avoit une pierre bien
conftatée dans la veffie , s'étoit déterminée
à prendre du lithontriptique de Mlle Stephens
, qui contient , comme l'on fçait
beaucoup de matieres calcaires réduites en
chaux. Après un certain tems de l'uſage
de ce remede , on apperçut dans les urines
du malade beaucoup de parties terreufesblanches
, que l'on croyoit être infailliblement
des débris de la pierre ; mais la
perfonne étant morte , on reconnut avec
furprife , par l'ouverture de la veffie , que
la pierre n'avoit été en aucune façon endommagée.
Donc les portions blanchâtres
& terreufes que l'urine avoit charriées,
venoient des parties de chaux qui entroient
dans le remede anglois. Cela prou오
Y
MARS. 1755. 143
ve qu'on ne peut avoir trop de circonfpection
, même de défiance , dans la vérification
des faits , car ils font fouvent voilés
par des
apparences trompeufes & féduifantes.
M. Whitt a avancé que tout fel lixiviel
eft abfolument incapable de diffoudre la pierre
humaine . M. Navier a remarqué tout le
contraire , ayant conftamment obfervé
dans le nombre des lithontriptiques qu'il a
découvert , que ces fels avoient tous cette
propriété.
Cette différence entre les obfervations
de nos deux auteurs pourroit bien venir
de celle des pierres fur lefquelles ils ont
travaillé , par la raifon rapportée ci -deffus
. En effet M. Navier , d'après qui nous
parlons toujours , a reconnu que ces fels
agiffoient fort différemment , felon la nature
de la pierre ; & il eft perfuadé que
c'eſt cette différence dans les calculs humains
qui mettra toujours le plus d'obftacles
à la découverte d'un lithontriptique
univerfel , c'est-à - dire qui agiffe également
& d'une maniere douce fur toutes les pierres
humaines.
Nous venons de rapporter une partie
des obfervations de M. Navier , que fon
defintéreffement & fon amour pour le
bien public a déterminé à nous communiquer.
#44 MERCURE DE FRANCE.
Quelle louable émulation ! qu'il eft digne
de notre reconnoiffance de voir dans
deux Royaumes auffi floriffans que la France
& l'Angleterre , la Médecine toujours
occupée d'un objet qui tend à délivrer l'hu
manité du plus cruel de tous les maux !
Les affociés fe font féparés le 28 du
mois d'Août , moins pour fe délaffer de
leurs fatigues que pour préparer les mémoires
dont ils rendront compte l'année
prochaine dans leurs féances ; ils font tous
également difpofés à fe rendre dignes de
la protection qu'un grand Prince leur accorde
, à fe mettre en état d'obtenir la
confirmation de leur établiſſement , & à
mériter l'eftime du public.
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Résumé : SEANCES PARTICULIERES De la Société Littéraire de Châlons.
Le texte présente les activités de la Société Linéraire de Châlons, une association littéraire fondée par M. Dupré d'Aulnay, ancien commissaire des Guerres, avec le soutien de M. le Comte de Saint-Florentin et de M. le Comte de Clermont. Cette société vise à promouvoir les sciences et les lettres. Lors de réunions privées, plusieurs membres ont présenté des dissertations. M. Culoteau de Velye a lu une dissertation sur la consécration des empereurs romains, en se concentrant sur Pertinax, et a présenté une médaille attestant de cette consécration. Il a également comparé la religion des anciens Romains à celle des Grecs, soulignant que la religion romaine était plus rationnelle et fondée sur des principes raisonnables. M. Dupré d'Aulnay a présenté une dissertation sur divers phénomènes naturels, comme l'écoulement magnétique et l'électricité, attribuant ces effets à l'influence du soleil. M. Navier, docteur en médecine, a lu des dissertations sur des maladies populaires en Champagne, sur l'amollissement des os, et sur les dangers de consommer des fruits non mûrs. Ses travaux ont été approuvés par l'Académie royale des Sciences de Paris. Le texte détaille également les recherches de M. Navier sur les lithontriptiques, des substances capables de dissoudre les calculs rénaux. Navier reconnaît la supériorité des savons naturels sur les savons artificiels en raison de leur composition plus fine et plus efficace. Il souligne l'importance de l'ordre et de la sagesse divine dans la formation des êtres vivants. Navier a commencé ses travaux en 1738 pour trouver un lithontriptique efficace. Il a présenté plusieurs pierres dures réduites en bouillie grâce à une liqueur douce, pouvant être bue sans effet nocif sur l'estomac. Cependant, il n'a pas encore pu administrer ce remède par voie interne sans causer de douleur ou d'altération. Le texte mentionne des ouvrages imprimés à Edimbourg qui prétendent que l'eau de chaux est un excellent dissolvant des calculs rénaux. Navier, après de nombreuses expériences, doute de l'efficacité de ce remède, estimant qu'il pourrait causer des dépôts de substances pierreuses dans le corps. Navier critique l'eau de chaux pour ses risques potentiels de déposer des particules pierreuses dans les reins et la vessie, et pour son inefficacité constatée sur de nombreux calculs rénaux. Il relate un cas où une personne ayant pris un lithontriptique à base de chaux a vu des particules blanches dans ses urines, mais la pierre rénale n'a pas été dissoute. Enfin, le texte souligne la différence d'observations entre Navier et M. Whitt concernant l'efficacité des lessives sur les calculs rénaux, attribuant ces divergences à la variabilité des types de calculs. Navier conclut que la découverte d'un lithontriptique universel est complexe en raison de cette variabilité.
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397
p. 203-204
AUTRE.
Début :
Le sieur Houdemart, Apoticaire-Droguiste ordinaire du Roi, demeurant à Paris, rue Bourg-l'Abbé [...]
Mots clefs :
Apothicaire-droguiste du roi, Maladies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
E fieur Houdemart , Apoticaire-Droguifte or
dinaire du Roi , demeurant à Paris , rue Bourgl'Abbé,
en face de l'Hôtel royal , dans une grande
maison neuve , donne avis au public qu'il continue
de diftribuer l'Esprit Catelemit , qui a la vertu de
préferver de toutes maladies contagieufes , comme
le charbon , le fcorbut , la petite vérole , fiévres
malignes Pufage en eft très-facile & agréable ;
il donne des imprimés inftructifs à ce fujer.
:
Il guérit les maladies fecrettes fans garder la
chambre , par une méthode approuvée de M M.
les Médecins ; de même les dartres vives , farineufes
, toutes maladies affujetties à la peau , fans
crainte de faire repercurfer les humeurs dans la
maffe du fang.
Ledit Sieur continue toujours fon balfamique
fi connu pour les maladies de poitrine , comme
toux invétérées , crachement de fang , inflammation
, l'afthme naiffant , de même que le lait
répandu chez les femmes; & l'on trouve chez
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
l'auteur des mémoires raifonnés de ce qu'il an
ponce , de même que tout ce qu'il y a de plus.
tare dans la pratique de fon état.
E fieur Houdemart , Apoticaire-Droguifte or
dinaire du Roi , demeurant à Paris , rue Bourgl'Abbé,
en face de l'Hôtel royal , dans une grande
maison neuve , donne avis au public qu'il continue
de diftribuer l'Esprit Catelemit , qui a la vertu de
préferver de toutes maladies contagieufes , comme
le charbon , le fcorbut , la petite vérole , fiévres
malignes Pufage en eft très-facile & agréable ;
il donne des imprimés inftructifs à ce fujer.
:
Il guérit les maladies fecrettes fans garder la
chambre , par une méthode approuvée de M M.
les Médecins ; de même les dartres vives , farineufes
, toutes maladies affujetties à la peau , fans
crainte de faire repercurfer les humeurs dans la
maffe du fang.
Ledit Sieur continue toujours fon balfamique
fi connu pour les maladies de poitrine , comme
toux invétérées , crachement de fang , inflammation
, l'afthme naiffant , de même que le lait
répandu chez les femmes; & l'on trouve chez
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
l'auteur des mémoires raifonnés de ce qu'il an
ponce , de même que tout ce qu'il y a de plus.
tare dans la pratique de fon état.
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Résumé : AUTRE.
Le Sieur Houdemart, apothicaire et droguiste du Roi à Paris, rue Bourg-l'Abbé, annonce la distribution de l'Esprit Cataleptique, un remède contre les maladies contagieuses telles que le charbon, le scorbut, la petite vérole et les fièvres malignes. Ce produit est facile et agréable à utiliser, et des imprimés instructifs sont disponibles. Houdemart propose également des traitements pour les maladies secrètes sans repos au lit, selon une méthode approuvée par des médecins. Il traite les dartres vives et farineuses ainsi que toutes les maladies de la peau sans risque de faire resurgir les humeurs dans le sang. Il est réputé pour ses remèdes contre les maladies de poitrine, incluant la toux invétérée, le crachement de sang, l'inflammation et l'asthme naissant. Il offre aussi des solutions pour le lait répandu chez les femmes. Chez lui, on peut trouver des mémoires rafraîchis de ses œuvres et tout le nécessaire à la pratique de son métier.
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398
p. 204-205
AUTRE.
Début :
Le public est averti que le sieur Angot, reçu à la Chambre & Jurisdiction de MM. les Chirurgiens [...]
Mots clefs :
Bandages, Chirurgien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
E public eft averti que le fieur Angot , reçu
rurgiens Jurés de la ville de Verſailles , expert
pour la fabrique de toutes fortes de bandages pour
la guérifon d'efforts & de defcentes , en fait à
refforts & fans liens de fer , qui rempliffent exactement
l'objet qu'on fe propofe , de retenir dans.
leurs lieux naturels les parties qui font forties , ou
qui tendent à fe déplacer ; ce qui eft prouvé par
les certificats & approbations de M. de La Martiniere
, premier Chirurgien du Roi ; de M. Defport
, premier Chirurgien de la Reine , & de
tous Meffieurs les Chirurgiens de ladite ville.
Il fait des refforts pour les perfonnes âgées
qui ne peuvent retenir leurs urines , & des bottines
à écrou pour les enfans qui ont de la difpo
fition à porter leurs jambes dans une mauvaiſe
attitude.
Il fait des fufpenfoirs à l'ufage des perfonnes
qui montent à cheval ou qui font des armes , pour
prévenir les accidens ordinaires dans ces occa-
Lions.
Ses bandages ne manquent jamais , & fe porfent
en tout tems fans être incommodes , &
fans fe déranger par les plus violens exercices.
Il fait des bandages pour les fiftules lachryma
les ; il continue auffi l'application. des bandages ...
de fer dans le cas où ils conviennent & des
bandages élastiques pour ceux qui y font attachés.
MARS. 1755. 205
Comme les bandages en général demandent à
être autant diverfifiés que les defcentes le font
elles-mêmes , les perfonnes qui lui feront l'honneur
de lui écrire , auront foin de lui marquer la
nature & la fituation de la defcente , & de quel
côté et la plus groffe , s'il y en a deux , fans oublier
le détail de la feconde , & lui enverront- desmeſures
juftes.
Son adreffe eft à M. Angor , Bandagiſte , rue de
FOrangerie , près la porte des Coches , dans la mai-
Jon de Mme Spérat.
Il prie les perfonnes qui lui écriront de province
, d'affranchir leurs lettres.
E public eft averti que le fieur Angot , reçu
rurgiens Jurés de la ville de Verſailles , expert
pour la fabrique de toutes fortes de bandages pour
la guérifon d'efforts & de defcentes , en fait à
refforts & fans liens de fer , qui rempliffent exactement
l'objet qu'on fe propofe , de retenir dans.
leurs lieux naturels les parties qui font forties , ou
qui tendent à fe déplacer ; ce qui eft prouvé par
les certificats & approbations de M. de La Martiniere
, premier Chirurgien du Roi ; de M. Defport
, premier Chirurgien de la Reine , & de
tous Meffieurs les Chirurgiens de ladite ville.
Il fait des refforts pour les perfonnes âgées
qui ne peuvent retenir leurs urines , & des bottines
à écrou pour les enfans qui ont de la difpo
fition à porter leurs jambes dans une mauvaiſe
attitude.
Il fait des fufpenfoirs à l'ufage des perfonnes
qui montent à cheval ou qui font des armes , pour
prévenir les accidens ordinaires dans ces occa-
Lions.
Ses bandages ne manquent jamais , & fe porfent
en tout tems fans être incommodes , &
fans fe déranger par les plus violens exercices.
Il fait des bandages pour les fiftules lachryma
les ; il continue auffi l'application. des bandages ...
de fer dans le cas où ils conviennent & des
bandages élastiques pour ceux qui y font attachés.
MARS. 1755. 205
Comme les bandages en général demandent à
être autant diverfifiés que les defcentes le font
elles-mêmes , les perfonnes qui lui feront l'honneur
de lui écrire , auront foin de lui marquer la
nature & la fituation de la defcente , & de quel
côté et la plus groffe , s'il y en a deux , fans oublier
le détail de la feconde , & lui enverront- desmeſures
juftes.
Son adreffe eft à M. Angor , Bandagiſte , rue de
FOrangerie , près la porte des Coches , dans la mai-
Jon de Mme Spérat.
Il prie les perfonnes qui lui écriront de province
, d'affranchir leurs lettres.
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Résumé : AUTRE.
Le sieur Angot, chirurgien juré de Versailles, fabrique divers bandages pour traiter les efforts et les descentes. Ses créations, sans liens de fer, maintiennent efficacement les parties affectées, comme le confirment des certificats de M. de La Martinière, premier chirurgien du Roi, M. Desport, premier chirurgien de la Reine, et d'autres chirurgiens versaillais. Angot propose des bandages pour les personnes âgées souffrant d'incontinence urinaire, des bottines à écrou pour les enfants ayant des problèmes de posture, et des suspensoires pour les cavaliers et les escrimeurs afin de prévenir les accidents. Ses bandages sont conçus pour être portés en permanence sans inconfort, même lors d'exercices intenses. Il fabrique également des bandages pour les fistules lacrymales et utilise des bandages de fer ou élastiques selon les besoins. Les intéressés doivent décrire la nature et la situation de leur descente, ainsi que fournir des mesures précises. Angot réside rue de l'Orangerie, près la porte des Coches, dans la maison de Mme Spérat, et demande aux correspondants provinciaux d'affranchir leurs lettres.
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399
p. 205-206
AUTRE.
Début :
Le sieur Cuenotte, Chirurgien-major d'Artillerie, demeurant à Strasbourg, a le secret [...]
Mots clefs :
Baume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
E fieur Cuenotte , Chirurgien- major d'Artild'un
baume fpécifique pour toutes les douleurs
de rhumatifme & de goutte fciatique . Il arrive
très-fouvent qu'au bout de trois heures dès la
premiere application , qui agit par tranfpiration
fur la partie douloureufe , on eft foulagé de plus
de la moitié , & qu'à la feconde on ne reffent
plus de douleurs. Les anciens rhumatifmes exigent
quelquefois plus de deux applications , & l'on
s'y déterminera aifément par le foulagement qu'on
aura déja éprouvé. Le fieur Cuenotte peut encore
affurer qu'il a appliqué avec fuccès ledit baume
fur des dépôts goutteux ; que par ce remede les
de goutte font moins douloureuſes , &
qu'elles ne durent pas fi long-tems ; il a même
obfervé que les perfonnes qui s'en font fervies
ont eu des attaques plus rares & moins aiguës,
attaques
206 MERCURE DE FRANCE.
On peut confulter M. de Gervafi , Médecin , Infpecteur
général des Hôpitaux militaires d'Alface ,
qui ne refufera pas de certifier ledit expoſé ; mais
il faut avoir foin d'affranchir les lettres qu'on lui
écrira à ce sujet.
E fieur Cuenotte , Chirurgien- major d'Artild'un
baume fpécifique pour toutes les douleurs
de rhumatifme & de goutte fciatique . Il arrive
très-fouvent qu'au bout de trois heures dès la
premiere application , qui agit par tranfpiration
fur la partie douloureufe , on eft foulagé de plus
de la moitié , & qu'à la feconde on ne reffent
plus de douleurs. Les anciens rhumatifmes exigent
quelquefois plus de deux applications , & l'on
s'y déterminera aifément par le foulagement qu'on
aura déja éprouvé. Le fieur Cuenotte peut encore
affurer qu'il a appliqué avec fuccès ledit baume
fur des dépôts goutteux ; que par ce remede les
de goutte font moins douloureuſes , &
qu'elles ne durent pas fi long-tems ; il a même
obfervé que les perfonnes qui s'en font fervies
ont eu des attaques plus rares & moins aiguës,
attaques
206 MERCURE DE FRANCE.
On peut confulter M. de Gervafi , Médecin , Infpecteur
général des Hôpitaux militaires d'Alface ,
qui ne refufera pas de certifier ledit expoſé ; mais
il faut avoir foin d'affranchir les lettres qu'on lui
écrira à ce sujet.
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Résumé : AUTRE.
Le texte décrit un baume élaboré par le sieur Cuenotte, Chirurgien-major d'Artillerie, destiné à traiter les douleurs rhumatismales et la goutte sciatique. Ce baume agit par transpiration sur la zone douloureuse et soulage significativement les douleurs dès la première application, souvent en trois heures. Après une seconde application, les douleurs peuvent disparaître complètement. Pour les rhumatismes anciens, plusieurs applications peuvent être nécessaires, mais le soulagement ressenti après la première application guide la décision. Le sieur Cuenotte affirme avoir utilisé ce baume avec succès sur des dépôts goutteux, réduisant ainsi la douleur et la durée des crises. Les utilisateurs signalent également des attaques moins fréquentes et moins sévères. Le texte mentionne que M. de Gervais, Médecin et Inspecteur général des Hôpitaux militaires d'Alsace, peut certifier ces informations, mais il est nécessaire d'affranchir les lettres destinées à ce dernier.
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400
p. 206-207
AUTRE.
Début :
Mademoiselle Collet continue de vendre pour l'utilité du public une pommade de sa composition [...]
Mots clefs :
Pommade
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
MP'utilité dupublic une pommade de fa com
pofition , qui foulage dans l'inftant & guérit radicalement
les hémorroïdes , de quelque nature ,
qu'elles puiffent être , les internes comme les externes
, & même les plus invétérées , les ulceres
& les fiftuleuſes ; elle ne craint point de trop avancer.
Cette pommade eft fi connue , qu'elle n'a pas
befoin de recommendation , l'épreuve en a été
faite à l'Hôtel royal des Invalides par ordre de
feu M. de Breteuil , Miniſtre d'Etat . M. Morand ,
Chirurgien , lui a expédié fon certificat ; & M.
Peyrard , Maître Chirurgien & Accoucheur de la
Reine , lui a délivré un pareil certificat , de mê
me que M. le Suire & autres perfonnes de diftinction
, après en avoir fait l'épreuve eux – mêmes.
Cette pommade ne peut produire aucun mauvais
effet. Ceux qui craignent , par un préjugé mal fon.
dé , de fe faire guérir radicalement , pourront en
ufer feulement pour fe foulager dans leurs fouf
frances. Après de telles preuves nous ne devons
point craindre d'affurer le public qu'il n'eft point
de remede plus für & plus efficace pour en opérer
la guérifon. Elle avertit le public qu'il n'y a qu'elle
feule qui débite fa pommade ; fon nom & la
valeur de chaque pot font écrits deffus, de ſa main.
Ademoiſelle Collet continue de vendre pour
MAR S. 1755. 207
Cette pommade fe garde autant de tems que
l'on veut , & fe peut tranfporter par- tout , pourvu
qu'on ait foin de la garantir de la chaleur &
du feu.
Les moindres pots font de 3 , 6 , 12 , 18 & 20
livres , & de tous les prix que l'on fouhaitera : on
donnera la façon de s'en fervir. Les perfonnes
étrangeres qui voudront en faire ufage , auront la
bonté d'affranchir les lettres.
Mlle Collet demeure à préfent rue de la Croix
des petits Champs , vis- à-vis la petite porte S. Honoré,
dans la maifon de M. Jolivet, Marchand P
petier , à l'enfeigne de l'Espérance.
MP'utilité dupublic une pommade de fa com
pofition , qui foulage dans l'inftant & guérit radicalement
les hémorroïdes , de quelque nature ,
qu'elles puiffent être , les internes comme les externes
, & même les plus invétérées , les ulceres
& les fiftuleuſes ; elle ne craint point de trop avancer.
Cette pommade eft fi connue , qu'elle n'a pas
befoin de recommendation , l'épreuve en a été
faite à l'Hôtel royal des Invalides par ordre de
feu M. de Breteuil , Miniſtre d'Etat . M. Morand ,
Chirurgien , lui a expédié fon certificat ; & M.
Peyrard , Maître Chirurgien & Accoucheur de la
Reine , lui a délivré un pareil certificat , de mê
me que M. le Suire & autres perfonnes de diftinction
, après en avoir fait l'épreuve eux – mêmes.
Cette pommade ne peut produire aucun mauvais
effet. Ceux qui craignent , par un préjugé mal fon.
dé , de fe faire guérir radicalement , pourront en
ufer feulement pour fe foulager dans leurs fouf
frances. Après de telles preuves nous ne devons
point craindre d'affurer le public qu'il n'eft point
de remede plus für & plus efficace pour en opérer
la guérifon. Elle avertit le public qu'il n'y a qu'elle
feule qui débite fa pommade ; fon nom & la
valeur de chaque pot font écrits deffus, de ſa main.
Ademoiſelle Collet continue de vendre pour
MAR S. 1755. 207
Cette pommade fe garde autant de tems que
l'on veut , & fe peut tranfporter par- tout , pourvu
qu'on ait foin de la garantir de la chaleur &
du feu.
Les moindres pots font de 3 , 6 , 12 , 18 & 20
livres , & de tous les prix que l'on fouhaitera : on
donnera la façon de s'en fervir. Les perfonnes
étrangeres qui voudront en faire ufage , auront la
bonté d'affranchir les lettres.
Mlle Collet demeure à préfent rue de la Croix
des petits Champs , vis- à-vis la petite porte S. Honoré,
dans la maifon de M. Jolivet, Marchand P
petier , à l'enfeigne de l'Espérance.
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Résumé : AUTRE.
Le texte décrit une pommade destinée au traitement des hémorroïdes, qu'elles soient internes, externes, invétérées, ulcérées ou fistuleuses. Cette pommade est reconnue pour son efficacité immédiate et radicale. Elle a été testée à l'Hôtel royal des Invalides sur ordre de M. de Breteuil, Ministre d'État, et a reçu des certificats de M. Morand, Chirurgien, et de M. Peyrard, Maître Chirurgien et Accoucheur de la Reine, ainsi que d'autres personnes distinguées. La pommade est sans danger et peut être utilisée uniquement pour soulager les douleurs. Elle se conserve longtemps et peut être transportée à condition d'être protégée de la chaleur et du feu. Les pots sont disponibles en différentes tailles et prix, et des instructions d'utilisation sont fournies. Pour les étrangers, il est recommandé d'affranchir les lettres. Mlle Collet, qui vend cette pommade, réside rue de la Croix des petits Champs, vis-à-vis la petite porte Saint-Honoré, dans la maison de M. Jolivet, Marchand Papetier, à l'enseigne de l'Espérance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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