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p. 27-87
EXTRAIT du discours de Mr de Reaumur.
Début :
Il convient d'abord avec Mr Bon, que la nourriture [...]
Mots clefs :
Araignées, Soie, Vers à soie, Coques, Fils, Oeufs, Nourriture, Mamelons, Insectes, Espèces, Toiles, Réaumur, Bon
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du discours de Mr de Reaumur.
EXTRAIT
du discours de Mrde
Reaumur.
Il convint d'abord avec
Mr Bon ,que la nourriture
la plus ordinaire des Araignées
,
cest la Mouche
mais il ne remarquer que
quand on pourroit prendre
facilement toutes les Mouches
qu'on voit, il y en auroit
à peine assez dans tout
le Royaume pour nourrir
assez d'Araignées pour faire
une quantité de soyeun peu
çonfidcrable.
Ayant ensuite observé
que les Araignées mangent
également les autres Infectes
qui s'embarassent dans
leurs toiles.
Ilnes'agit plus, dit-il,que
de trouver une cfpece d'Insecte,
dont on pût avoir com
modement autant qu'on
voudroit. Les seuls vers de
terre me parurent avoir cet
avantage;il y ena des quantirez
prodigieuses; les Jardins,
les Champs en sont
remplis:il n'y a personne qui
n'ait remarquéqu'aprés des
nuits pluvieuses, les Allées
des Jardins sont couvertes
de divers petitsmonceaux de
terre de figure ronde, &
tournez en spirales. Ils cachent
autant de trous par
lesquels sont sortis les vers
de terre pendant la nuit. Il
n'est aussi rien de plus facile
qued'avoir de ces insectes,
pourvû qu'on aille les chercher
pendant la nuit avec
une chandelle; observant
seulement d'y aller dans des
temps qui n'ont pas esté
precedez d'une longue sécheresse.
A la verité je n'avois
jamais trouvé de vers
de terre dans les toiles, ni
dans les trous d'Araignées,
mais ces infectes rampant
sur la terre, & ayant assez
de force Se de pesanteur
il cftoit également impoffi-,
ble qu'ils se fussentjettez
dans ces filets & dans ces
trous,& que les Araignées
les y eussent transportez.
Ilme parut qu'il n'y avoic
point de nourriture dont
je dusse me promettre davantage.
Lesuccés ne trompa
pas mon attente. Ayant
donc renfermé dans des
boetes plusieurs grosses A.
raignées de diverses especes.
qui avoient passé l'Hyver
, car il y en a qui vivent
plusieurs années
-,
je leur
donnay des morceaux de
Vers, & les conservay en
vie par ce moyen.
Il ne m'auroit pas fufïi
pour me persuaderquecette
nourriture estoit convenable
aux Araignées, de
les avoir veu vivre pendant
plusieurs mois après la leur
avoir donnée. Une experienque
j'avois faite autrefois
m'auroit laissé un doute tresbien
fondé. J'avois gardé
une Araignée de maison en
vie pendant plus de trois
mois sans lui donner aucune
nourriture. On sçait
d'ailleurs que les petites Araignées
qui éclosent dans
le mois de Septembre vivent
environ huit ou neuf
mois sans manger. Mais
comme j'avoisrenfermé ces
Araignées dans des boetes
que j'avois couvertes de
verre, j'obfervois aisément
si elles s'attachoient à la
nourriture que je leur avois
donnée ,& je les voyois attaquer
les morceaux de vers
qu'onsçait se remuer malgré
leur féparatfon du reste
du corps- , comme on les
voit attaquer les Infectes à
qui il reste encore quelque
force aprèss'estrelaissez.
prendre dans leurs filets. Les
divers mouvements de ces
morceaux de vers excitoienr
ces Infectes de proye. Dailleurs
elles conservoient leur
grosseur & leur vivacité,ce
qui n'arrivoit point à celles
que je laissois sans nourriture.
Enfin ce qui est plus
decisif, plusieurs firent. des
coques, dans lesquelles plusieurs
oeufsestoient renfermez.
Je tentay ensuité diverses
fortes de viandes pour voir
si elles ne seroient pas également
propres à les nourrir,
car quelque commodes que
soient les Vers, la viande
l'auroit esté davantage ?
mais je vis qu'elles ne la recherchoient
point, & que
lorsqu'elleslarencontroient
elles s'apliquoient rarement
dessus, parce que le naturel
feroce des Araignées veut
estre excité pas des animaux
vivans.
J'imaginay cependant une
autre nourriturequi suplée
peut estre à cet avantage par
legoût exquis que les Araignées
y trouvent. Les jeunes
Araignées qui ne font que
d'abandonner leur coques le
preferent à toutes autres.
Je ne l'employai qu'à
cause du raport qu'il me
parut avoir avec la chair
tendre & molle des infectes
que les Araignées succent
; elle consiste dans cette
substance molle quiremplit
les plumes des jeunes oyseaux
avant qu'elles soient
venuës à leur parfait accroissement.
On a remarqué sans doute,
que lorsqu'on arrache
de ces jeunes plumes, elles
font sanglantes par le bout
&que le tuyau cil: mol. Alors
ceux qui se feront de plus
donné la peine de presser ce
tuyau, ou de le dissequer
l'auront trouvéremply
d'une substance rendre, &
garnyd'un grand nombre
de petits Vaisseaux qui taitsent
échaper du fang lorsqu'on
les coupe.Après avoir
arraché de ces. plumes à de
jeunes Pigeons ou à des
vieuxausquelsj'avois osté
quelque temps auparavant
les grosses plumes de la
queuë&des aites, je lesdivisay
en divers petits morceaux
d'une ligne ou d'une
demie ligne de longueur ;
je donnay ces petits morceaux
aux Araignées
,
qui
s'en accomoderent,les jeunes
Araignées sur tout: j'entends celles que j'avois
gardées dans leurs coques,
&qui les avoienc abandonnées
depuis peu, sembloient
les préserer à toute autre
nourriture.J'en voyois quelques
fois cinq ou six assemblées
sur un mêmepetit
morceau de plume que chacune
sucçoit du costé où il
avoit cité coupé.
Jusqu'icy tout semble
aller à merveilles pour les
Araignées;voicy desnourrituressimples,
dont il semblc
qu'il eftojc (cuicmcnt
question. Peut estre en trouvera
t on d'autresaussi commode
, mêmeparmy les
InCc:aes) pendant qu'on se
serviroit de celles là qui ne
sont pas plus difficiles à trouver
que lesfeuilles deMeurier
qu'on donne auxvers,& qui
ont quelque chose de plus
commode.On peut les avoir
sans aucun foin, & dans
tous les Pays,sans craindre
pour elles les plus rudes Hyvers.
Les Rorisseursfourniraient
une grande quantité
de ces jeunes plumes,où
l'on en auroit de resteen
nourrissant des poulets ou
des pigeons
,
ausquels on
les arracheroit detemps en
temps, & qui n'en feroient
pas moins leurs oeufs& leurs
petits,comme je l'ay experimenté
; mais nous allons
voir qu'il y aura beaucoup
à decompter lorsqu'il s'agira
d'éleverassez d'Araignées
pour fournir de foye des
Manufactures.
D'abord que les jeunes ¡
Araignées abandonnent la
foye qui les envelopoit
,
j
elles paroissent parfaitement
dacord,elles travaillent de
concert a une même toile ;
les unes étendent de nouveaux
fils sur ceux que les
autres avoient déja fournis;
mais cette parfaire union
ne dure pas long-temps. Je
distribuay en différentes
boëtes quatre à cinq mille
Araignées, ausquelles j'avois
veu abandonner leurs
coques; j'en mis deux ou
trois cens dans de certaines
boëtes,dans d'autres cent
ou cinquante ou même
moins. Ces boëtes avoient
à peu prés la longueur d'une
carte a joüer, & la largeur
d'une semblable carte ;
c'estoit un assez grand espace
pour de si petits animaux
;mêmej'avoisobfervé
qu'elles s'attachoient au
verre qui couvroit ces boëtes.
Je leur avois fait à chacune
une ouverture à une
ligne de distance de ce verre,
par laquelle je faisois entrer
une carte qui estoit appuyée
sur la largeur de laboete;cette
carte bouchoit assez exactement
l'ouverture pour
empêcher les Araignées de
s'échaper. C'est sur cette
carte que je mettois lanourriture
que j'avois trouvé
leur cilre propre. Je la pofois
ainsi prés de la furfacc
interieure de la boëte ou
du verre ,
afin que les Araignées
fussent plus proches
de cette nourriture,& afin
que celles qui estoient au
fond de la boëte, ou sur
ses costez, pussent venir la
chercher. J'avois eu la précaution
de lui faire faire un
grand nombre de trous. On
pouvoir parce moyen donner
à manger à beaucoup
d'Araignées en peu de
temps. On les voyoit les
premiers jouts chercher cette
nourriture avecempressement,
plusieurss'attachoient
amu meêm,e morceau de plu-
-
Mais leur naturel feroce
se déclara: les plus grosses
& les plus fortes prirent,
goust à manger les
plus petites êc les plus foibles;
chaque fois que je les
regardois,j'en voyois une
petite qui estoit devenue la
proye d'une un peu plus
grosse, & au bout de quelque
temps à peine m'en res-
•
ta en une ou deux dans
chaque boëte.
Je sçavois bien que les
grosses Araignées se battent
quelques fois lorsqu'elles se
rencontrent; maisilyavoit
quelque apparence qu'estant
élevées ensemble,elles pourroient
venir plus sociables,
comme nous voyons que les
Poulets, les Dindons élevez
dans une même Bassecourt
vivent fort bien ensemble
,
quoi qu'ils fassent
la guerre aux nouveaux venus
jusqu'à les tuer. Les
grosses Araignées même, se
mangent beaucoup moins
les unes les autres que les
petites,soit parce qu'elles
ontbienmoins besoin de
nourriture, ou qu'estant
plus pesantes elles aiment
moins à se remuer. C'est
aparemment que cette inclination
qu'elles ont à se mangermutuellement,
est partie
cause de ce qu'il y a si
peu d'Araignées à proportion
de ce qu'il devroit yen
avoir,faisant une quantité
d'oeufs aussi prodigieuse
qu'elles enfont.
Je sçay bien qu'il y a divertes
fortes d'infectes qui
les mangent. Pline parle de.
quelques especes de Frelons
& de Lezards qui s'en nourrissent.
J'ay veu de petits Le.
zards en attraperavec beaucoup
d'adresse; mais malgré
cela je crois que nous en
verrions incomparablement
davantage sielles ne semangeoient
point.
Il ne sembleroit donc rester
d'autre party à prendre
si l'on vouloitélever des Araignées
qu'à les loger fcparement
; on pouroit par
exemple avoir des boëtes
divisées en plusieurs petits
compartimens où l'on formeroit
plusieurs Cellules,&
jel'ay fait comme cela;mais
de donner à manger à chacune
de ses Araignées separement
cela engageroit à des
dépenses peu proportionnéesau
profitqu'on en pourroit
cirer.On pourroit en venir
là si nous n'avions la foye
des Vers d'une maniéré infiniment
plus commode.
-
Je sçay qu'on pouroit
trouver des moyens d'abroger
cette maniéré de leur
donner à manger, & j'en
ay
ay même imaginé quelques
uns où l'on employeroit
beaucoup moins de
temps qu'on en met à donner
la nourriture aux Vers.
La necessité où l'on cfl;
de distribuer les Araignées
dans des Cellules se parées,
jette encore dans un nouvel
embarras qui ne diminuë
pas peu l'avantage qu'ellesont
sur les Vers du costé
de leur fecondité
, car pour
profiter de cet avantage,il
faut pouvoir garder un
grand nombre d'oeufs qui
ayent esté fecondez par 1accouplement
,
& pour cela
il faut mettre necessairement
des Araignées ensemble.
Je sçay bien qu'il est un
temps où il se doit faire chez
ces Infectes une douce fermentation
qui leuroste leur
ferocité naturelle, & qu'QI}
pourroit alors les mettre ensemble
sans aucun risque ;
mais comment connoistre
précisement ce temps qui
doit préceder de peu celui
où elles ont envie de faire
leurs oeufs. Il seroit aisé à
trouver si elles les faifoienc
toutes à peu prés dans le
* -
même temps. Mais il y a
plusieurs mois de difference
entre le temps que les uncs
pondent, de celui où les autres
pondent à leur tour.
La fecondité des Araignées
est prodigieuse, comme
Mr Bon l'a parfaitement
observé;mais après tout les
Vers font feconds de reste
quand on fuppofcroit qu'ils
ne font qu'environ cent
oeufs, desquels à peine quarante
donnent des vers qui
fassent leurs coques, au lieu
que les Araignéesfont 6.
à 700. oeufs, quoy que j'aye
remarqué danstousles Vers
quej'ay élevez de faire une
exactecomparaison de leur
foye avec celle des Araignées,
ayent toûjours donné
au moins 3. à400. oeufs. Il
est aisé de voir qu'on peuc
multiplier le nombre des
Versautantquonle voudra,
cela dépendoit seulement
de la quantité de leurs oeaft,
il n'en faut d'autre preuve
que la quantité de foye qu'ils
fournissent aujourd'huy à
l'Europe, où il n'y avoit
autre fois aucuns Vers. Il
seroit donc aisé avec le
temps d avoir des quantitez
de Versqui surpassassentautant
ce que nous en avons
à present, que ce que nous
en avons, surpasse le petit
nombre d'oeufs qu'on aporta
d'Orient en Europe;mais
c'est qu'il est necessaire de
les loger
,
soigner, nourrir,
ce qui fait qu'on n'en éleve
pas davantage, parce qu'en
augmentant la quantité de
la soye,onendiminuëroitle
prix,& les soins qu'on prend
pour élever les Vers ne seroient
plus payezassez cher.
Il semble jusqu'icy que
les Vers l'emportent beaucoup
sur les Araignées par
la facilité qu'on a à les élever)&
par consequent qu'on
doit peu se promettre de la
nouvelle foye
,
si elle n'a
quelque avantage sur l'ancienne,
soit par sa beauté
ou sa force,ou par la quan- titéqu'on en peut tirer;
c'est ce que nous allons examiner
dans le deuxième article.
Comme toures les especes
d'Araignées ne donnent pas
une foye qu'on puisse mettre
en oeuvre, & que celles
qui fournissent cette soyela
filent feulement pour formerles
coques qui envelopent
leursoeufs, il m'a paru
necessaire de donner une
idée generale des diverses
especes d'Araignées au squelles
on peut ramener toutes
les autres, & de la différente
maniere donc les coques de
ces différentes especes sont
faites, afin de faire connoître
celles dont on peut tirer
de la foye dans le Royaume.&
c. Mr de Reaumur dit que
Mr Bon avoit distinguê les
Araignées en deux ci peces
principales, sçavoir les Araignées
à jambes longues, &
lesAraignées à jambes courtes
, & quecestoit la derniere
qui fournissoitla nouvelle
foye. Il fie un grand détail
de toutes les especes d'Araignées
comprises dans ces
deux pricipales,& expliqua
celles dont on pourroit tirer
de la soye, & celles qui
n'en donnent point. Il expliquaaussi
la maniere donc
chaque espece d'Araignées
faisoient leurs coques, &
dit qu'on pourroit avoir des.
soyesd Araignées plus differentes
par leur couleur na.
turelle, quenel'est celle des
Vers quiest toûjours aurore
ou blanche, au lieu que les
coques d'Araignées en donneroient
de jaune, de blanche
,
de grise
,
d'un fort
beau bleu celeste
,
& d'un
beau brun caffé
; mais que
les Araignées qui donnent
la foye couleur de caffé étoient
rares , & qu'il n'en
avoir rencontré que dans
quelques champs de Genets,
oùil avoit aussi trouvé de.
leurs coques, donc la [oic:
estoit tres forte & iits-belle;
que ces coques estoient faites
d'une maniere differente
de toutes les autres coques
d'Araignées dont il avoit
parlé. &c. Ildit en suite,que les Araignées
faisoient leurs oeufs,
ou la foye qui les enveloppe
dans plusieurs mois de l'année,
non feulement dans les
seuls inoisdaoutl & de Septembre,
qui est le seul temps
que Mr Bon donne pour cela
; mais aussi dans le mois
de May & les suivants; que
les Araignéesfiloient deux
sortes de n:s
,
etonc les uns
servent à ourdir les toilles
qu'elles tendent aux Infectes,&
les autres à euveloper
leursoeufs,&quecesfils
-
ne differoient entr'eux que
par le plus ou le moins de
force ; ce qu'il expliqua de
cettemaniere, - Je suppose qu'on sçair que
les Araignées ont
-
auprès de
leur Anus divers mamellons
quisont autant defilieres dans
lesquelles semoule la liqueur
qui doit devenir de la foyc
lorsqu'elle fc fera
-
féchéc
après en estre sortie. Les
Araignées dont il s'agiticy;
c'est à dire celles dontla foye
est propre aux ouvrages ,
ont six de ces mamellons,
donc quatre sont très sensibles,
mais les deux autres le
font moins, & on ne les
distingue pas aisément sans
le secoursde la Loupe. Ces
deux petits mamellons sont
posez chacun proche de la
baze des deux gros qui sont
les plus prés de l'Anus. Chacun
de ces six mamellons
sensibles sont composez
euxmêmes de divers petits
mamellons ou filieresinsenfibles
; c'est. dequoy on est
aisément persuadé, si cependant
on presse avec deux
des doigts d'une même main
le ventre d'une Araignée
pour obliger la liqueur de
couler de ces mamellons
?
on appliquera le doigt sur
l'un d'eux
,
& qu'on le presse
doucement on en tire plusieursfils
distinctement separez
les uns des autres dés
leur sortie, qui par confequent
avoient parte par différentstrous.
Ces fils sont
trop fins pour qu'on puisse
les compter tous d'une ma,-
niere leure ; rn^ib ce que je
sçai de certain; c'est que j'en
ay pu souvent compter
plus de six à sept. On tire
plus ou moins de ces fils
d'un même mamellon si
l'on applique de doigt plus
fortemenr, ou sur une plus
grande partie de ce mamellon.
Ainsi il est aisé à present
de comprendre comment
les Araignées font des fils
plus ou moins gros quand
il leur plaist, car non seulement
,lorsqu'avant de commencer
à filer, elles appliquent
contre quelques corps
plus ou moins des mamellons
sensibles de leur Anus;
mais selon qu'elles appliquent
plus fortement
, ou
une plus grandepartie de
chacun de ces mamellons
,
elles font des fils composez
d'un plus grand nombre
d'autres fils & par confequents
plus sorts & plus
gros.
Il doit y avoir environ
dix-huit fois plus de fils qui
composent un des fils des
Coques qu'il n'yen a dans
ceux des Toiles, si la quantité
des filsquicompoienc
les uns ôc les autres est proportionnée
à leur force,car
ayant collé un poids de deux
grains à un fil de toile, il l'a
ordinairement soûtenu sans
rompre, & s'est ordinairement
rompu lorsque j'yen
ay attaché un de trois
grains, au lieu que les fils
de coque soûtiennent environ
trente six grains; mais
ils se cafient lorsqu'on les
charge d'un plus grand
poids.
Mais si les fils des coques
des Araignées sont plus
forts que les fils des Toiles,
ils font aussiplus foibles que
ceux des coques de Vers,
quoy que dans une moindre
proportion. La force. des
fils que je devidois de dessus
ces dernieres coques a esté
ordinairement jusqu'a soûtenir
un poids de deux gros
& demi. Ainsi la force d'un
fil de coque d'Araignée est
à celle d'un fil de coque de
Vers environ comme un à
cinq, & c'efi; peut -
estre
encore là un des endroits
par lesquels l'ancienne foye
pourroic avoir quelque avantage
sur la nouvelle.
A la verité chaque fil de
coque d'Araignée est à peu
prés moins gros qu'un
fil de foye dans la même
proportion qu'il est plus
foible ; mais cela ne compense
pas entieremcnt ce
desavantage
, car il est plus
difficile de joindre ensemble
plusieurs brins, car sans
compter que c'est une peine
de plus
,
il est toujours à
craindre que lesfilsnetirent
pas tous également, & par
conséquent que leur assemblage
n'ait pas la somme
des forces que chaque fil au..
roit separement. Cettemultiplicité
de brins qui composent
chaque fil de foye
d'Araignée pour le faireaussi
gros qu'un fil de foye de
Vers, contribue peut -
être
en partie à rendre les ouvtages
faits de cette foye moins
lustrez que ceux de la soye de
Vers,car leur luftreefl: effectivement
moins beau, comme
un sçavant Académicien
le remarqua lorsque les Mitaines
furent apportées à
l'Academie; ce qu'on appelle
lustre dans une étoffe ne
me paroissant proven ir
que de ce qu'elleréfléchit
plus de lumiere colorée d'une
certaine façon qu'une
autre étoffe qui paroist de
même couleur. Plus un brin
de foye aura donc de petits
vuides qu'un autre brin de
soye, moinsilparoîtra lustrè
, car il refléchira moins
de lumiere. Or ces petits vuides
feront évidemment en
plus grand nombre dans un
fil composéluy-même de
plusieurs fils differens & réellement
séparez, que dans
celuy qui estant de même
grosseur n'est point compode
differens brins,les parties
de la liqueur visqueuse
qui le composent estant
sans doute appliquées plus
aisément les unes proche
des autres devant se toucher
en plus d'endroits que divers
filsréellement séparez.
Ainsien supposant quechaque
fil de foye d'Araignéc
n'est pas plus lustré naturel- t lement qu'un fil de foye de'
Vers, il est clair que lors
qu'on aura joint cinq de ces filspourencomposerunautre
de même grosseur que- L fccftlefil deVersnaturelles
ment, que ce fil composé &
l'ouvrage qu'on en formera
paroistront moins lustrez
que le fil de foye de Vers,
& l'ouvrage qui en fera
formé.
Cecy seroit vray , en
suposant, comme je viens
dele dire, que le fil simple
d'Araignée est naturellement
aussi lustré qu'un fil
simple de foye ; mais cette
suposition même seroit
peut-estre trop favorable
à la foye d'Araignée
, car
on peut remarquer que les
fils les plus crespez ont
moins de lustre que ceux
qui le sont moins. Aussi
voyons nous que la lainesr
dont chaque brin est naturellement
pluscrespé qu'un
brin de foye
,
est aussi
moins lustrée, si chaque
brin de soye d'Araignée
est naturellement plus crêpé
qu'un brin de foye de
Vers, il doit donc aussi
avoir moins de lufire,&
c'est ce qui ca tres-aisé à
observer. Il n'est gueres
plus dificile de trouver la
raison pour laquelle ces
fils font plus crespez que
les autres. Lamanieredont
ils sont devidez les uns & les
autresen est apparemment
la cause; car on conçoit
d'abord qu'en devidant
desfils d'une manière lâche
on laisse la liberté au redore
de toutes les petites parties
quilescomposent,d'agir de
toutes leurs forces pour
les plieroules friser en plusieurs
sens differents, au
lieu qu'en devidant ces fils
d'une maniere plus serrée,
comme font les Vers, on
empêche l'action du ressort
de ces petites parties. Lo
redore*
ressort luy même s'use dans
cette situation violente,
ou du moins il s'affaiblit.
On demeurera plus volontiers
d'accord de cecy lors
que l'on fera attention que
les premiers fils de coques
desVers à foye
,
qui sont
eux mêmes entortillez autour
de la coque d'une maniere
lâche sont bien moins
beaux,&moins lustrez, que
ceux qui forment le corps
de la coque, & qui sont
devidez d'une maniere tresserrée.
Quand on s'apperçoit
qu'il n'ya eu que deux des
mamellonsqui ayent four-
-
ny des fils pour en faire un
de toile d'Araignée & que
chacun de ces mamellons
qui fournirent eux mêmes
unfilcomposé de plusieurs
autres en auroient fouiiiy)
un simple
,
les fils de toiles
estant dix huit fois plus
foibles qu'un fil de coque ,t
ce dernier fil que nous avons
dit estre environ cinq foIS2
plus petit qu'un de foye des
Vers, devroic estre composé
de trente six brins au
moins. Peutestrequecette
réflexion pourra servir à
soutenir l'imagination lors
qu'elletâche à comprendre
laprodigieuse divisibilitéde
la matiere,car qu'elle doit
estre la petitesse d'un fil
que les yeux pourtantaperçoivent
& qui n'etf pas plus
gros que la centquatrevingtième
partie d'un fil
de foye simple, lequel fil de
foye simple n'estluymême
que la deux centiéme partie
d'un fil desoye telle qu'on
s'en sert pour coudre
, car
:;, j'ay souvent divisé ces brins
de foye en deux cent fils ou
à peu pres; de sorte quufli
brin de soye d'Araignée de
la grosseur d'un brin de
foye dont on se sert pour
coudre seroit réellement
composé d'environ trente
six milfils, & on pouroic
le diviser actuellement en
mille.
Mais enfin venons au
dernier point essentiel,c'està-
dire voyons quel raport
a la quantité de foye que
chaque Araignée donne
par an , avec celle qu'on
tire des Vers à foye. J'ay
pesé avec grand soin diverses
coques de Vers; j'ay.
trouvé que les plus fortes,
c'est-à-dire, l'ouvraged'une
année d'un Vers, pesoient
quatre grains,& que les
plusfoiblesen pesoient plus
de trois; de forte qu'en prenant
la livre de seize onces
il faut du moins 2304. Vers,
pour avoir une livre de soye.
Lors qu'on porte des habits
de soye,on ne s'avise gueres
de penser que plusieurs mille
Vers ont travaillé toute
leur vie pour en fournir la
matiere.
J'ay pesé avec le même
soin un grand nombre de
coques d'Araignées, & j'ay
toujours trouvé qu'il enfalloit
environ quatre des
plus grosses pour égaler le
poids d'une de Vers
, &
qu'elles pefoient chacune
environ un grain, de sorte
qu'il faudroit quatre des
plus grosses Araignées pour
donner autant de foye
qu'un Vers, s'il n'y avoit
pas plus de déchet sur la
foye des uns que sur celle
des autres, mais le déchet
des coques d'Araignées , les diminuë de plus des deux
tiers,puisquede 13. onces
de soye sale
,
Mr Bon n'en
sa retiré que quarre de foye
mette , ce qui cause ce déchet
dans les coques dÂraignées
,cfl: qu'on les pese
rempliesde toutes lescoques
des oeufs des petites Araignéesavant
qu'elles fussent
écloses,&dediversesordudures
qui Ce trouvent mêlées
parmi la foye. Celles des
Vers n'ont point un pareil
déchet, ou il cil: si petit)
.qu'on peut le compenser
enprenant seulementle déchet
de la foye des Araignecs
aux deux tiers.
Or nous venons de voir
que le poids d'une coque
d'Araignée avant d'estre
nettoyéeefl:au poids d'une
coque de Vers à foye comme
I. està 4.ainsi estant
néttoyée
,
son poids fera au
poids decellecy comme I.
estàiz. Il faudroir donc
déjà11. des plus grosses
Araignées peur donner autant
de foye qu'un Vers.
Mais chaqueVers fait
une coque , parce que les
leurs pour se metamorphoser,
au lieu que les Araignées
ne faisant les leurs que
pour envelopper leurs oeufs,
ils n'y a que les Araignées
femelles qui en fassent d'où il s'ensuit quesi , on
supose que l'on a autant
d'Araignées femelles que
de malles,ce qui doit arriver
à peu pres,24. des
plus grosses Araignées
, ne
donneront pas plus de soye
qu'un seul Vers.
Ilfaudroit donc environ
55296.Araignées des plus
grosses pour avoir une livre
de foye
,
lesquelles Araignées
il auroitesténecessaire
de nourrir separement pen^
dant plusieurs mois
,
d'où
l'on voit combien il est à
craindre que la foye qu'on
en retireroit n'engageast
dans des dépenses peu proportionnées
à sa valeur, puis
qu'elle couteroit24,fois
autant que celle des Vers,
si l'on supposoit mefine
qu'on n'est pas obligé de
mettre les Araignées separement
,
& que chaque
Araignée n'occuperoit pas
plusde place qu'un Vers,
ce quiseroitaussiunesuposition
fausse ,car il faut leur
19 en donner assez à chacune
afin qu'elles puissent faire
leurs toiles. Mais si on
vouloit entrer dans le détail
du calcul des fraisqu'elles
couteroientestant obligé de
les nourrir separement ,&.
de leur donner des espaces
assez grands pour les loger
chacune commodement,
on verra d'une maniere trèsclaire
que la foye des Araignéc,
cousteroit incomparablementplus
quecelle des
Vers.
Qu'on ne croye pas, au
reste, quetout ce que j'ay
dit ne regarde queles Araignées
d'une grosseur commune,
car si on vouloir sça- 1
Voir ce que donnent de foyo
celles qu'on trouve communement
dans les Jardins de
ce Pays, & qui paroissent
tres grosses, on vcrroit qu'il
en faut12. decellecy pour
avoir autant de foye qu'on
en retire d'une des coques
de celles dontj'ay parlé,
& que 28 8. ne donneroient
que le même poids de foye 1
que fournit une seule coque
de Vers,par consequent
qu'à peine 663551. Arai-
-
gnées pourroient faire une
livre de soye.
On aura sans doute regret
de ce qu'il nous reste
si peu d'esperance de prositer
d'une découverte siingenieufe.
Aprés tout ilya
peut-estre encore quelque
ressource. Il pourra se faire
que l'on trouve des Araignées
plus grosses que celles
que nous voyons communement
dans le Royaume.
Il est déja certain
, par le
raport de tous les Voyageurs,
quecelles de l'Amerique
le sont beaucoup plus
que les nostres
,
d'où il
semble aussi qu'elles devroient
donner plus de foye.
Les Vers, qui, quoy qu'originaires
de Pays éloignez,
ont si forr peuplé en Europe,
nous aideroient même à
cfpercr que les Araignées de
l'Amérique, pourroient vivre
dans ceuxcy. Quoy
qu'il en soit, il faut experiïncntcr
; c'est la feule voye
de découvrir des choses
curieuses & utiles. Je ne
negligeray rien de ce qui,
peut avoir raport à la recherche
dont il s'agit icy, dans
1 laquelle si l'on découvre
jamais quelque chose d'utile,
la premiere gloire en fera
due àMr Bon.
du discours de Mrde
Reaumur.
Il convint d'abord avec
Mr Bon ,que la nourriture
la plus ordinaire des Araignées
,
cest la Mouche
mais il ne remarquer que
quand on pourroit prendre
facilement toutes les Mouches
qu'on voit, il y en auroit
à peine assez dans tout
le Royaume pour nourrir
assez d'Araignées pour faire
une quantité de soyeun peu
çonfidcrable.
Ayant ensuite observé
que les Araignées mangent
également les autres Infectes
qui s'embarassent dans
leurs toiles.
Ilnes'agit plus, dit-il,que
de trouver une cfpece d'Insecte,
dont on pût avoir com
modement autant qu'on
voudroit. Les seuls vers de
terre me parurent avoir cet
avantage;il y ena des quantirez
prodigieuses; les Jardins,
les Champs en sont
remplis:il n'y a personne qui
n'ait remarquéqu'aprés des
nuits pluvieuses, les Allées
des Jardins sont couvertes
de divers petitsmonceaux de
terre de figure ronde, &
tournez en spirales. Ils cachent
autant de trous par
lesquels sont sortis les vers
de terre pendant la nuit. Il
n'est aussi rien de plus facile
qued'avoir de ces insectes,
pourvû qu'on aille les chercher
pendant la nuit avec
une chandelle; observant
seulement d'y aller dans des
temps qui n'ont pas esté
precedez d'une longue sécheresse.
A la verité je n'avois
jamais trouvé de vers
de terre dans les toiles, ni
dans les trous d'Araignées,
mais ces infectes rampant
sur la terre, & ayant assez
de force Se de pesanteur
il cftoit également impoffi-,
ble qu'ils se fussentjettez
dans ces filets & dans ces
trous,& que les Araignées
les y eussent transportez.
Ilme parut qu'il n'y avoic
point de nourriture dont
je dusse me promettre davantage.
Lesuccés ne trompa
pas mon attente. Ayant
donc renfermé dans des
boetes plusieurs grosses A.
raignées de diverses especes.
qui avoient passé l'Hyver
, car il y en a qui vivent
plusieurs années
-,
je leur
donnay des morceaux de
Vers, & les conservay en
vie par ce moyen.
Il ne m'auroit pas fufïi
pour me persuaderquecette
nourriture estoit convenable
aux Araignées, de
les avoir veu vivre pendant
plusieurs mois après la leur
avoir donnée. Une experienque
j'avois faite autrefois
m'auroit laissé un doute tresbien
fondé. J'avois gardé
une Araignée de maison en
vie pendant plus de trois
mois sans lui donner aucune
nourriture. On sçait
d'ailleurs que les petites Araignées
qui éclosent dans
le mois de Septembre vivent
environ huit ou neuf
mois sans manger. Mais
comme j'avoisrenfermé ces
Araignées dans des boetes
que j'avois couvertes de
verre, j'obfervois aisément
si elles s'attachoient à la
nourriture que je leur avois
donnée ,& je les voyois attaquer
les morceaux de vers
qu'onsçait se remuer malgré
leur féparatfon du reste
du corps- , comme on les
voit attaquer les Infectes à
qui il reste encore quelque
force aprèss'estrelaissez.
prendre dans leurs filets. Les
divers mouvements de ces
morceaux de vers excitoienr
ces Infectes de proye. Dailleurs
elles conservoient leur
grosseur & leur vivacité,ce
qui n'arrivoit point à celles
que je laissois sans nourriture.
Enfin ce qui est plus
decisif, plusieurs firent. des
coques, dans lesquelles plusieurs
oeufsestoient renfermez.
Je tentay ensuité diverses
fortes de viandes pour voir
si elles ne seroient pas également
propres à les nourrir,
car quelque commodes que
soient les Vers, la viande
l'auroit esté davantage ?
mais je vis qu'elles ne la recherchoient
point, & que
lorsqu'elleslarencontroient
elles s'apliquoient rarement
dessus, parce que le naturel
feroce des Araignées veut
estre excité pas des animaux
vivans.
J'imaginay cependant une
autre nourriturequi suplée
peut estre à cet avantage par
legoût exquis que les Araignées
y trouvent. Les jeunes
Araignées qui ne font que
d'abandonner leur coques le
preferent à toutes autres.
Je ne l'employai qu'à
cause du raport qu'il me
parut avoir avec la chair
tendre & molle des infectes
que les Araignées succent
; elle consiste dans cette
substance molle quiremplit
les plumes des jeunes oyseaux
avant qu'elles soient
venuës à leur parfait accroissement.
On a remarqué sans doute,
que lorsqu'on arrache
de ces jeunes plumes, elles
font sanglantes par le bout
&que le tuyau cil: mol. Alors
ceux qui se feront de plus
donné la peine de presser ce
tuyau, ou de le dissequer
l'auront trouvéremply
d'une substance rendre, &
garnyd'un grand nombre
de petits Vaisseaux qui taitsent
échaper du fang lorsqu'on
les coupe.Après avoir
arraché de ces. plumes à de
jeunes Pigeons ou à des
vieuxausquelsj'avois osté
quelque temps auparavant
les grosses plumes de la
queuë&des aites, je lesdivisay
en divers petits morceaux
d'une ligne ou d'une
demie ligne de longueur ;
je donnay ces petits morceaux
aux Araignées
,
qui
s'en accomoderent,les jeunes
Araignées sur tout: j'entends celles que j'avois
gardées dans leurs coques,
&qui les avoienc abandonnées
depuis peu, sembloient
les préserer à toute autre
nourriture.J'en voyois quelques
fois cinq ou six assemblées
sur un mêmepetit
morceau de plume que chacune
sucçoit du costé où il
avoit cité coupé.
Jusqu'icy tout semble
aller à merveilles pour les
Araignées;voicy desnourrituressimples,
dont il semblc
qu'il eftojc (cuicmcnt
question. Peut estre en trouvera
t on d'autresaussi commode
, mêmeparmy les
InCc:aes) pendant qu'on se
serviroit de celles là qui ne
sont pas plus difficiles à trouver
que lesfeuilles deMeurier
qu'on donne auxvers,& qui
ont quelque chose de plus
commode.On peut les avoir
sans aucun foin, & dans
tous les Pays,sans craindre
pour elles les plus rudes Hyvers.
Les Rorisseursfourniraient
une grande quantité
de ces jeunes plumes,où
l'on en auroit de resteen
nourrissant des poulets ou
des pigeons
,
ausquels on
les arracheroit detemps en
temps, & qui n'en feroient
pas moins leurs oeufs& leurs
petits,comme je l'ay experimenté
; mais nous allons
voir qu'il y aura beaucoup
à decompter lorsqu'il s'agira
d'éleverassez d'Araignées
pour fournir de foye des
Manufactures.
D'abord que les jeunes ¡
Araignées abandonnent la
foye qui les envelopoit
,
j
elles paroissent parfaitement
dacord,elles travaillent de
concert a une même toile ;
les unes étendent de nouveaux
fils sur ceux que les
autres avoient déja fournis;
mais cette parfaire union
ne dure pas long-temps. Je
distribuay en différentes
boëtes quatre à cinq mille
Araignées, ausquelles j'avois
veu abandonner leurs
coques; j'en mis deux ou
trois cens dans de certaines
boëtes,dans d'autres cent
ou cinquante ou même
moins. Ces boëtes avoient
à peu prés la longueur d'une
carte a joüer, & la largeur
d'une semblable carte ;
c'estoit un assez grand espace
pour de si petits animaux
;mêmej'avoisobfervé
qu'elles s'attachoient au
verre qui couvroit ces boëtes.
Je leur avois fait à chacune
une ouverture à une
ligne de distance de ce verre,
par laquelle je faisois entrer
une carte qui estoit appuyée
sur la largeur de laboete;cette
carte bouchoit assez exactement
l'ouverture pour
empêcher les Araignées de
s'échaper. C'est sur cette
carte que je mettois lanourriture
que j'avois trouvé
leur cilre propre. Je la pofois
ainsi prés de la furfacc
interieure de la boëte ou
du verre ,
afin que les Araignées
fussent plus proches
de cette nourriture,& afin
que celles qui estoient au
fond de la boëte, ou sur
ses costez, pussent venir la
chercher. J'avois eu la précaution
de lui faire faire un
grand nombre de trous. On
pouvoir parce moyen donner
à manger à beaucoup
d'Araignées en peu de
temps. On les voyoit les
premiers jouts chercher cette
nourriture avecempressement,
plusieurss'attachoient
amu meêm,e morceau de plu-
-
Mais leur naturel feroce
se déclara: les plus grosses
& les plus fortes prirent,
goust à manger les
plus petites êc les plus foibles;
chaque fois que je les
regardois,j'en voyois une
petite qui estoit devenue la
proye d'une un peu plus
grosse, & au bout de quelque
temps à peine m'en res-
•
ta en une ou deux dans
chaque boëte.
Je sçavois bien que les
grosses Araignées se battent
quelques fois lorsqu'elles se
rencontrent; maisilyavoit
quelque apparence qu'estant
élevées ensemble,elles pourroient
venir plus sociables,
comme nous voyons que les
Poulets, les Dindons élevez
dans une même Bassecourt
vivent fort bien ensemble
,
quoi qu'ils fassent
la guerre aux nouveaux venus
jusqu'à les tuer. Les
grosses Araignées même, se
mangent beaucoup moins
les unes les autres que les
petites,soit parce qu'elles
ontbienmoins besoin de
nourriture, ou qu'estant
plus pesantes elles aiment
moins à se remuer. C'est
aparemment que cette inclination
qu'elles ont à se mangermutuellement,
est partie
cause de ce qu'il y a si
peu d'Araignées à proportion
de ce qu'il devroit yen
avoir,faisant une quantité
d'oeufs aussi prodigieuse
qu'elles enfont.
Je sçay bien qu'il y a divertes
fortes d'infectes qui
les mangent. Pline parle de.
quelques especes de Frelons
& de Lezards qui s'en nourrissent.
J'ay veu de petits Le.
zards en attraperavec beaucoup
d'adresse; mais malgré
cela je crois que nous en
verrions incomparablement
davantage sielles ne semangeoient
point.
Il ne sembleroit donc rester
d'autre party à prendre
si l'on vouloitélever des Araignées
qu'à les loger fcparement
; on pouroit par
exemple avoir des boëtes
divisées en plusieurs petits
compartimens où l'on formeroit
plusieurs Cellules,&
jel'ay fait comme cela;mais
de donner à manger à chacune
de ses Araignées separement
cela engageroit à des
dépenses peu proportionnéesau
profitqu'on en pourroit
cirer.On pourroit en venir
là si nous n'avions la foye
des Vers d'une maniéré infiniment
plus commode.
-
Je sçay qu'on pouroit
trouver des moyens d'abroger
cette maniéré de leur
donner à manger, & j'en
ay
ay même imaginé quelques
uns où l'on employeroit
beaucoup moins de
temps qu'on en met à donner
la nourriture aux Vers.
La necessité où l'on cfl;
de distribuer les Araignées
dans des Cellules se parées,
jette encore dans un nouvel
embarras qui ne diminuë
pas peu l'avantage qu'ellesont
sur les Vers du costé
de leur fecondité
, car pour
profiter de cet avantage,il
faut pouvoir garder un
grand nombre d'oeufs qui
ayent esté fecondez par 1accouplement
,
& pour cela
il faut mettre necessairement
des Araignées ensemble.
Je sçay bien qu'il est un
temps où il se doit faire chez
ces Infectes une douce fermentation
qui leuroste leur
ferocité naturelle, & qu'QI}
pourroit alors les mettre ensemble
sans aucun risque ;
mais comment connoistre
précisement ce temps qui
doit préceder de peu celui
où elles ont envie de faire
leurs oeufs. Il seroit aisé à
trouver si elles les faifoienc
toutes à peu prés dans le
* -
même temps. Mais il y a
plusieurs mois de difference
entre le temps que les uncs
pondent, de celui où les autres
pondent à leur tour.
La fecondité des Araignées
est prodigieuse, comme
Mr Bon l'a parfaitement
observé;mais après tout les
Vers font feconds de reste
quand on fuppofcroit qu'ils
ne font qu'environ cent
oeufs, desquels à peine quarante
donnent des vers qui
fassent leurs coques, au lieu
que les Araignéesfont 6.
à 700. oeufs, quoy que j'aye
remarqué danstousles Vers
quej'ay élevez de faire une
exactecomparaison de leur
foye avec celle des Araignées,
ayent toûjours donné
au moins 3. à400. oeufs. Il
est aisé de voir qu'on peuc
multiplier le nombre des
Versautantquonle voudra,
cela dépendoit seulement
de la quantité de leurs oeaft,
il n'en faut d'autre preuve
que la quantité de foye qu'ils
fournissent aujourd'huy à
l'Europe, où il n'y avoit
autre fois aucuns Vers. Il
seroit donc aisé avec le
temps d avoir des quantitez
de Versqui surpassassentautant
ce que nous en avons
à present, que ce que nous
en avons, surpasse le petit
nombre d'oeufs qu'on aporta
d'Orient en Europe;mais
c'est qu'il est necessaire de
les loger
,
soigner, nourrir,
ce qui fait qu'on n'en éleve
pas davantage, parce qu'en
augmentant la quantité de
la soye,onendiminuëroitle
prix,& les soins qu'on prend
pour élever les Vers ne seroient
plus payezassez cher.
Il semble jusqu'icy que
les Vers l'emportent beaucoup
sur les Araignées par
la facilité qu'on a à les élever)&
par consequent qu'on
doit peu se promettre de la
nouvelle foye
,
si elle n'a
quelque avantage sur l'ancienne,
soit par sa beauté
ou sa force,ou par la quan- titéqu'on en peut tirer;
c'est ce que nous allons examiner
dans le deuxième article.
Comme toures les especes
d'Araignées ne donnent pas
une foye qu'on puisse mettre
en oeuvre, & que celles
qui fournissent cette soyela
filent feulement pour formerles
coques qui envelopent
leursoeufs, il m'a paru
necessaire de donner une
idée generale des diverses
especes d'Araignées au squelles
on peut ramener toutes
les autres, & de la différente
maniere donc les coques de
ces différentes especes sont
faites, afin de faire connoître
celles dont on peut tirer
de la foye dans le Royaume.&
c. Mr de Reaumur dit que
Mr Bon avoit distinguê les
Araignées en deux ci peces
principales, sçavoir les Araignées
à jambes longues, &
lesAraignées à jambes courtes
, & quecestoit la derniere
qui fournissoitla nouvelle
foye. Il fie un grand détail
de toutes les especes d'Araignées
comprises dans ces
deux pricipales,& expliqua
celles dont on pourroit tirer
de la soye, & celles qui
n'en donnent point. Il expliquaaussi
la maniere donc
chaque espece d'Araignées
faisoient leurs coques, &
dit qu'on pourroit avoir des.
soyesd Araignées plus differentes
par leur couleur na.
turelle, quenel'est celle des
Vers quiest toûjours aurore
ou blanche, au lieu que les
coques d'Araignées en donneroient
de jaune, de blanche
,
de grise
,
d'un fort
beau bleu celeste
,
& d'un
beau brun caffé
; mais que
les Araignées qui donnent
la foye couleur de caffé étoient
rares , & qu'il n'en
avoir rencontré que dans
quelques champs de Genets,
oùil avoit aussi trouvé de.
leurs coques, donc la [oic:
estoit tres forte & iits-belle;
que ces coques estoient faites
d'une maniere differente
de toutes les autres coques
d'Araignées dont il avoit
parlé. &c. Ildit en suite,que les Araignées
faisoient leurs oeufs,
ou la foye qui les enveloppe
dans plusieurs mois de l'année,
non feulement dans les
seuls inoisdaoutl & de Septembre,
qui est le seul temps
que Mr Bon donne pour cela
; mais aussi dans le mois
de May & les suivants; que
les Araignéesfiloient deux
sortes de n:s
,
etonc les uns
servent à ourdir les toilles
qu'elles tendent aux Infectes,&
les autres à euveloper
leursoeufs,&quecesfils
-
ne differoient entr'eux que
par le plus ou le moins de
force ; ce qu'il expliqua de
cettemaniere, - Je suppose qu'on sçair que
les Araignées ont
-
auprès de
leur Anus divers mamellons
quisont autant defilieres dans
lesquelles semoule la liqueur
qui doit devenir de la foyc
lorsqu'elle fc fera
-
féchéc
après en estre sortie. Les
Araignées dont il s'agiticy;
c'est à dire celles dontla foye
est propre aux ouvrages ,
ont six de ces mamellons,
donc quatre sont très sensibles,
mais les deux autres le
font moins, & on ne les
distingue pas aisément sans
le secoursde la Loupe. Ces
deux petits mamellons sont
posez chacun proche de la
baze des deux gros qui sont
les plus prés de l'Anus. Chacun
de ces six mamellons
sensibles sont composez
euxmêmes de divers petits
mamellons ou filieresinsenfibles
; c'est. dequoy on est
aisément persuadé, si cependant
on presse avec deux
des doigts d'une même main
le ventre d'une Araignée
pour obliger la liqueur de
couler de ces mamellons
?
on appliquera le doigt sur
l'un d'eux
,
& qu'on le presse
doucement on en tire plusieursfils
distinctement separez
les uns des autres dés
leur sortie, qui par confequent
avoient parte par différentstrous.
Ces fils sont
trop fins pour qu'on puisse
les compter tous d'une ma,-
niere leure ; rn^ib ce que je
sçai de certain; c'est que j'en
ay pu souvent compter
plus de six à sept. On tire
plus ou moins de ces fils
d'un même mamellon si
l'on applique de doigt plus
fortemenr, ou sur une plus
grande partie de ce mamellon.
Ainsi il est aisé à present
de comprendre comment
les Araignées font des fils
plus ou moins gros quand
il leur plaist, car non seulement
,lorsqu'avant de commencer
à filer, elles appliquent
contre quelques corps
plus ou moins des mamellons
sensibles de leur Anus;
mais selon qu'elles appliquent
plus fortement
, ou
une plus grandepartie de
chacun de ces mamellons
,
elles font des fils composez
d'un plus grand nombre
d'autres fils & par confequents
plus sorts & plus
gros.
Il doit y avoir environ
dix-huit fois plus de fils qui
composent un des fils des
Coques qu'il n'yen a dans
ceux des Toiles, si la quantité
des filsquicompoienc
les uns ôc les autres est proportionnée
à leur force,car
ayant collé un poids de deux
grains à un fil de toile, il l'a
ordinairement soûtenu sans
rompre, & s'est ordinairement
rompu lorsque j'yen
ay attaché un de trois
grains, au lieu que les fils
de coque soûtiennent environ
trente six grains; mais
ils se cafient lorsqu'on les
charge d'un plus grand
poids.
Mais si les fils des coques
des Araignées sont plus
forts que les fils des Toiles,
ils font aussiplus foibles que
ceux des coques de Vers,
quoy que dans une moindre
proportion. La force. des
fils que je devidois de dessus
ces dernieres coques a esté
ordinairement jusqu'a soûtenir
un poids de deux gros
& demi. Ainsi la force d'un
fil de coque d'Araignée est
à celle d'un fil de coque de
Vers environ comme un à
cinq, & c'efi; peut -
estre
encore là un des endroits
par lesquels l'ancienne foye
pourroic avoir quelque avantage
sur la nouvelle.
A la verité chaque fil de
coque d'Araignée est à peu
prés moins gros qu'un
fil de foye dans la même
proportion qu'il est plus
foible ; mais cela ne compense
pas entieremcnt ce
desavantage
, car il est plus
difficile de joindre ensemble
plusieurs brins, car sans
compter que c'est une peine
de plus
,
il est toujours à
craindre que lesfilsnetirent
pas tous également, & par
conséquent que leur assemblage
n'ait pas la somme
des forces que chaque fil au..
roit separement. Cettemultiplicité
de brins qui composent
chaque fil de foye
d'Araignée pour le faireaussi
gros qu'un fil de foye de
Vers, contribue peut -
être
en partie à rendre les ouvtages
faits de cette foye moins
lustrez que ceux de la soye de
Vers,car leur luftreefl: effectivement
moins beau, comme
un sçavant Académicien
le remarqua lorsque les Mitaines
furent apportées à
l'Academie; ce qu'on appelle
lustre dans une étoffe ne
me paroissant proven ir
que de ce qu'elleréfléchit
plus de lumiere colorée d'une
certaine façon qu'une
autre étoffe qui paroist de
même couleur. Plus un brin
de foye aura donc de petits
vuides qu'un autre brin de
soye, moinsilparoîtra lustrè
, car il refléchira moins
de lumiere. Or ces petits vuides
feront évidemment en
plus grand nombre dans un
fil composéluy-même de
plusieurs fils differens & réellement
séparez, que dans
celuy qui estant de même
grosseur n'est point compode
differens brins,les parties
de la liqueur visqueuse
qui le composent estant
sans doute appliquées plus
aisément les unes proche
des autres devant se toucher
en plus d'endroits que divers
filsréellement séparez.
Ainsien supposant quechaque
fil de foye d'Araignéc
n'est pas plus lustré naturel- t lement qu'un fil de foye de'
Vers, il est clair que lors
qu'on aura joint cinq de ces filspourencomposerunautre
de même grosseur que- L fccftlefil deVersnaturelles
ment, que ce fil composé &
l'ouvrage qu'on en formera
paroistront moins lustrez
que le fil de foye de Vers,
& l'ouvrage qui en fera
formé.
Cecy seroit vray , en
suposant, comme je viens
dele dire, que le fil simple
d'Araignée est naturellement
aussi lustré qu'un fil
simple de foye ; mais cette
suposition même seroit
peut-estre trop favorable
à la foye d'Araignée
, car
on peut remarquer que les
fils les plus crespez ont
moins de lustre que ceux
qui le sont moins. Aussi
voyons nous que la lainesr
dont chaque brin est naturellement
pluscrespé qu'un
brin de foye
,
est aussi
moins lustrée, si chaque
brin de soye d'Araignée
est naturellement plus crêpé
qu'un brin de foye de
Vers, il doit donc aussi
avoir moins de lufire,&
c'est ce qui ca tres-aisé à
observer. Il n'est gueres
plus dificile de trouver la
raison pour laquelle ces
fils font plus crespez que
les autres. Lamanieredont
ils sont devidez les uns & les
autresen est apparemment
la cause; car on conçoit
d'abord qu'en devidant
desfils d'une manière lâche
on laisse la liberté au redore
de toutes les petites parties
quilescomposent,d'agir de
toutes leurs forces pour
les plieroules friser en plusieurs
sens differents, au
lieu qu'en devidant ces fils
d'une maniere plus serrée,
comme font les Vers, on
empêche l'action du ressort
de ces petites parties. Lo
redore*
ressort luy même s'use dans
cette situation violente,
ou du moins il s'affaiblit.
On demeurera plus volontiers
d'accord de cecy lors
que l'on fera attention que
les premiers fils de coques
desVers à foye
,
qui sont
eux mêmes entortillez autour
de la coque d'une maniere
lâche sont bien moins
beaux,&moins lustrez, que
ceux qui forment le corps
de la coque, & qui sont
devidez d'une maniere tresserrée.
Quand on s'apperçoit
qu'il n'ya eu que deux des
mamellonsqui ayent four-
-
ny des fils pour en faire un
de toile d'Araignée & que
chacun de ces mamellons
qui fournirent eux mêmes
unfilcomposé de plusieurs
autres en auroient fouiiiy)
un simple
,
les fils de toiles
estant dix huit fois plus
foibles qu'un fil de coque ,t
ce dernier fil que nous avons
dit estre environ cinq foIS2
plus petit qu'un de foye des
Vers, devroic estre composé
de trente six brins au
moins. Peutestrequecette
réflexion pourra servir à
soutenir l'imagination lors
qu'elletâche à comprendre
laprodigieuse divisibilitéde
la matiere,car qu'elle doit
estre la petitesse d'un fil
que les yeux pourtantaperçoivent
& qui n'etf pas plus
gros que la centquatrevingtième
partie d'un fil
de foye simple, lequel fil de
foye simple n'estluymême
que la deux centiéme partie
d'un fil desoye telle qu'on
s'en sert pour coudre
, car
:;, j'ay souvent divisé ces brins
de foye en deux cent fils ou
à peu pres; de sorte quufli
brin de soye d'Araignée de
la grosseur d'un brin de
foye dont on se sert pour
coudre seroit réellement
composé d'environ trente
six milfils, & on pouroic
le diviser actuellement en
mille.
Mais enfin venons au
dernier point essentiel,c'està-
dire voyons quel raport
a la quantité de foye que
chaque Araignée donne
par an , avec celle qu'on
tire des Vers à foye. J'ay
pesé avec grand soin diverses
coques de Vers; j'ay.
trouvé que les plus fortes,
c'est-à-dire, l'ouvraged'une
année d'un Vers, pesoient
quatre grains,& que les
plusfoiblesen pesoient plus
de trois; de forte qu'en prenant
la livre de seize onces
il faut du moins 2304. Vers,
pour avoir une livre de soye.
Lors qu'on porte des habits
de soye,on ne s'avise gueres
de penser que plusieurs mille
Vers ont travaillé toute
leur vie pour en fournir la
matiere.
J'ay pesé avec le même
soin un grand nombre de
coques d'Araignées, & j'ay
toujours trouvé qu'il enfalloit
environ quatre des
plus grosses pour égaler le
poids d'une de Vers
, &
qu'elles pefoient chacune
environ un grain, de sorte
qu'il faudroit quatre des
plus grosses Araignées pour
donner autant de foye
qu'un Vers, s'il n'y avoit
pas plus de déchet sur la
foye des uns que sur celle
des autres, mais le déchet
des coques d'Araignées , les diminuë de plus des deux
tiers,puisquede 13. onces
de soye sale
,
Mr Bon n'en
sa retiré que quarre de foye
mette , ce qui cause ce déchet
dans les coques dÂraignées
,cfl: qu'on les pese
rempliesde toutes lescoques
des oeufs des petites Araignéesavant
qu'elles fussent
écloses,&dediversesordudures
qui Ce trouvent mêlées
parmi la foye. Celles des
Vers n'ont point un pareil
déchet, ou il cil: si petit)
.qu'on peut le compenser
enprenant seulementle déchet
de la foye des Araignecs
aux deux tiers.
Or nous venons de voir
que le poids d'une coque
d'Araignée avant d'estre
nettoyéeefl:au poids d'une
coque de Vers à foye comme
I. està 4.ainsi estant
néttoyée
,
son poids fera au
poids decellecy comme I.
estàiz. Il faudroir donc
déjà11. des plus grosses
Araignées peur donner autant
de foye qu'un Vers.
Mais chaqueVers fait
une coque , parce que les
leurs pour se metamorphoser,
au lieu que les Araignées
ne faisant les leurs que
pour envelopper leurs oeufs,
ils n'y a que les Araignées
femelles qui en fassent d'où il s'ensuit quesi , on
supose que l'on a autant
d'Araignées femelles que
de malles,ce qui doit arriver
à peu pres,24. des
plus grosses Araignées
, ne
donneront pas plus de soye
qu'un seul Vers.
Ilfaudroit donc environ
55296.Araignées des plus
grosses pour avoir une livre
de foye
,
lesquelles Araignées
il auroitesténecessaire
de nourrir separement pen^
dant plusieurs mois
,
d'où
l'on voit combien il est à
craindre que la foye qu'on
en retireroit n'engageast
dans des dépenses peu proportionnées
à sa valeur, puis
qu'elle couteroit24,fois
autant que celle des Vers,
si l'on supposoit mefine
qu'on n'est pas obligé de
mettre les Araignées separement
,
& que chaque
Araignée n'occuperoit pas
plusde place qu'un Vers,
ce quiseroitaussiunesuposition
fausse ,car il faut leur
19 en donner assez à chacune
afin qu'elles puissent faire
leurs toiles. Mais si on
vouloit entrer dans le détail
du calcul des fraisqu'elles
couteroientestant obligé de
les nourrir separement ,&.
de leur donner des espaces
assez grands pour les loger
chacune commodement,
on verra d'une maniere trèsclaire
que la foye des Araignéc,
cousteroit incomparablementplus
quecelle des
Vers.
Qu'on ne croye pas, au
reste, quetout ce que j'ay
dit ne regarde queles Araignées
d'une grosseur commune,
car si on vouloir sça- 1
Voir ce que donnent de foyo
celles qu'on trouve communement
dans les Jardins de
ce Pays, & qui paroissent
tres grosses, on vcrroit qu'il
en faut12. decellecy pour
avoir autant de foye qu'on
en retire d'une des coques
de celles dontj'ay parlé,
& que 28 8. ne donneroient
que le même poids de foye 1
que fournit une seule coque
de Vers,par consequent
qu'à peine 663551. Arai-
-
gnées pourroient faire une
livre de soye.
On aura sans doute regret
de ce qu'il nous reste
si peu d'esperance de prositer
d'une découverte siingenieufe.
Aprés tout ilya
peut-estre encore quelque
ressource. Il pourra se faire
que l'on trouve des Araignées
plus grosses que celles
que nous voyons communement
dans le Royaume.
Il est déja certain
, par le
raport de tous les Voyageurs,
quecelles de l'Amerique
le sont beaucoup plus
que les nostres
,
d'où il
semble aussi qu'elles devroient
donner plus de foye.
Les Vers, qui, quoy qu'originaires
de Pays éloignez,
ont si forr peuplé en Europe,
nous aideroient même à
cfpercr que les Araignées de
l'Amérique, pourroient vivre
dans ceuxcy. Quoy
qu'il en soit, il faut experiïncntcr
; c'est la feule voye
de découvrir des choses
curieuses & utiles. Je ne
negligeray rien de ce qui,
peut avoir raport à la recherche
dont il s'agit icy, dans
1 laquelle si l'on découvre
jamais quelque chose d'utile,
la premiere gloire en fera
due àMr Bon.
Fermer
Résumé : EXTRAIT du discours de Mr de Reaumur.
Le discours de Réaumur aborde les défis liés à l'alimentation et à l'élevage des araignées pour la production de soie. Il observe que les mouches, bien que constituant la nourriture ordinaire des araignées, sont insuffisantes en quantité pour nourrir un grand nombre d'araignées. Réaumur propose d'utiliser des vers de terre, abondants et faciles à collecter, comme alternative. Après des expériences réussies, il constate que les araignées se nourrissent bien de morceaux de vers et conservent leur vitalité. Cependant, les araignées, par nature féroces, se mangent mutuellement, compliquant ainsi leur élevage en groupe. Réaumur tente également d'autres types de nourriture, comme des substances molles trouvées dans les plumes des jeunes oiseaux, mais constate que les araignées préfèrent les proies vivantes. Réaumur explore ensuite les défis pratiques de l'élevage des araignées, notamment leur tendance à se dévorer entre elles et la nécessité de les loger séparément, ce qui augmente les coûts. Il compare la fécondité des araignées à celle des vers, soulignant que les vers sont plus faciles à élever en grande quantité. Enfin, il mentionne la nécessité d'examiner les avantages potentiels de la soie d'araignée par rapport à celle des vers, en termes de beauté, de force et de quantité. Mr Bon avait classé les araignées en deux catégories principales : celles à jambes longues et celles à jambes courtes, ces dernières fournissant la nouvelle soie. Réaumur a détaillé les différentes espèces d'araignées, expliquant celles qui produisent de la soie et celles qui n'en produisent pas. Il a également décrit la manière dont chaque espèce d'araignée fabrique ses cocons, mentionnant que les cocons d'araignées peuvent avoir diverses couleurs naturelles, contrairement à la soie des vers qui est toujours aurore ou blanche. Réaumur a observé que les araignées produisent de la soie à différents moments de l'année, pas seulement en août et septembre comme le pensait Mr Bon. Il a également noté que les araignées filent deux types de fils : ceux utilisés pour les toiles et ceux pour envelopper leurs œufs. Ces fils diffèrent par leur force et sont produits par des mamelons situés près de l'anus de l'araignée. Le texte compare la force des fils d'araignées avec ceux des vers à soie. Les fils de cocons d'araignées sont plus forts que ceux des toiles mais plus faibles que ceux des cocons de vers. La structure des fils d'araignées, composée de nombreux brins, rend les tissus moins lustres que ceux fabriqués à partir de la soie des vers. Enfin, Réaumur a pesé les cocons d'araignées et de vers pour comparer la quantité de soie produite. Il a conclu qu'il faudrait environ 55 296 araignées pour produire une livre de soie, ce qui rend la production de soie d'araignée beaucoup plus coûteuse que celle des vers à soie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 25-44
Nouvelle These soutenuë en l'Ecole de Medecine, [titre d'après la table]
Début :
Le 22. de Fevrier il y eut aux Ecoles de Medecine [...]
Mots clefs :
Mère et enfant, Membrane, Sang, Grossesse, Foetus, Nourriture, Corps
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelle These soutenuë en l'Ecole de Medecine, [titre d'après la table]
Leuza de Ferrier il y
eut aux Ecoles de Medecine
de Paris une nouvelle The-
Se fur la nourriture du Foetus.
Mr Falconet le fils Medecin
ordinaire du Roy &
de Mr le Chancelier , qui eft
auteur de la Thefe , en eftoit
le Prefident , & Mr deFuf
fieu Bachelier de la Faculté :
Profeffeur Royal de Botanique
au Jardin du Roy en
eftoit le Soutenant inco
: De tout ce qui fe paffe
dans le corps humain il
n'y a rien de plus merveilleux
que la maniere
C Fevrier.
26 MERCURE
dont l'Enfant fe nourrit
dans le Sein de la Mere
Il femble d'abord qu'il n'y
ait d'autre liqueur que les
fang de la Mere , qui puif
fe fervir de nourriture ab
l'Enfant, Ge fentiment quih
fe prefente naturellement
à l'efprit , a efté celuy desi
la plufpair des Anciens.)
quelques Modernes l'ont
fuivi , & ont cru pouvoir
le confirmer par des obfervations
particulieres ) :
Mais la meilleure partiet,
des Phyficiens d'aujour
d'huy , ayant découvertv
GALANT. 27
qu'une liqueur laiteufe fe
féparoit du fang de la
Mere dans le lieu où
l'Enfant fe nourrit , ont
jugé qué cette liqueur ne
pouvoit eftre deſtinée qu'à
la nourriture de l'Enfant.
Une partie de ceux qui ont
embraffé ce dernier fentiment
, croient pourtant
encore qu'il y a entre le
fang de la Mere & celuy
de l'Enfant , quelque commerce
de circulation
tant il eft vray qu'il refter
toujours quelque chofe
des anciens préjugés, bang
Cij
28 MERCURE
Dans la Thefe dont- il
s'agit , on foutient non
feulement , que le fang de
la Mere ne fert pas d'aliment
à l'Enfant , mais encore
qu'il n'y a aucune
communication de l'un à
l'autre par les vaiſſeaux du
fang Voicy les principes
fur lefquels ce fentiment
cft appuyé.
On ne peut reconnoif
tre de liqueur pour veri
table nourriture de l'Enfant
que celle dont le
pallage de la Merc à l'Enfant
eft manifefte : il faut
1
GALANT. 29
*
de plus que cette liqueur
convienne au corps qui doit
en eſtre nourri ; & cette
convenance doit fe trou .
ver dans la qualité , dins la
quantité & dans le mouvement
.
Toutes ces conditions
fe trouvent dans la liqueur
laiteufe dont- il a etté parlé
, & ne fe trouvent point
dans le fang de la Mere.
Premiere ment , on eft affuré
de l'existence de cette
liqueur , & dans certains
Animaux , comme
ceux qui ruminent
OR
Ciij
30 MERCURE
C
l'exprime en abondance
lorfqu'on preffe les Cotyledons
on appelle ainfi
dans ces Animaux les petits
refervoirs où cette liqueur
samaffe . ) D'abord
les membranes
qui envelopent
l'infant s'imbibent
par des pores imperceptibles
de cette liqueur à mefure
qu'elle s'echape ; dans
la fuite la nourriture
que
les membranes ont ainfi
requë fert à leur faire pouffer
de petites racines , qui
- s'infiuuent dans les bouches
de ces refervoirs
, pour
CALANT . 31
immediatement y puifer
ile fuc nourricier : & c'cft
que
les
de cette maniere
membranes
de L'Enfant
s'attachent
à la Mere , par
le cofté qui regarde
le dedans
: dans ce costé qui eſt
plus charnu que le refte
des membranes
& qu'on
appelle
Placenta
, les vaiffeaux
du fang de l'Enfant
qui compofent
le cordon ,
fe divifenten
une infinité
de rameaux
: c'eſt dans les
rameaux
d'un de ces vaiffeaux
nommé
la vaine
umbilicale
qu'une
partie
Cij
13.2
MERCURE
•
· le
de la liqueur laiteufe eft
portée par les petites racines
qui l'ont fucée , pour
eftre diftribuée de là dans
corps de l'Enfant
, pendant
que l'autre partie eft
portée immediatement
dans la cavité des membranes
où l'Enfant eft contenu
, qui fe nourrit parla
bouche de cette liqueur
dans laquelle il nage , dés
qu'il a affez de force pour
fucer.
Venons au fang de la
Mere ; les routes par où
lon veut le conduire dans
GALANT .
33
•
le corps de l'Enfant font
abfolument inconnues
; car
du cofté de l'Enfant on ne
fcauroit reconnoiftre aucun
vaifléau ouvert dans la
furface du Placenta , & quelque
fortement qu'onpreffe
cette partie on ne peut en
faire fortir une goutte de
fang : du cofté de la Mere,
fi les vaiffeaux du fang
s'ouvroient pour fournir
- cette prétendue nourriture
, il y auroit toûjours des
pertes continuelles au commencement
des groffeffes ;
puifque dans le tems où les
34 MERCURE
Membranes ne font point
attachées , le fang devroit
s'épancher avant que de les
pénétrer , & cet epanchement
feroit marqué par
une perte encore plus confiderable
dans ces Animaux
qui portent leurs
Petits jufqu'au terme , fans
que les membranes foient
jamais attachées : mais bien
loin que les vaiffeaux du
fang foient difpofés à s'ouvrir
au commencement des
groffetles , il paroit au contraire
par la fuppreflion
qui arrive alors des eva-
49
GALANT. 35
cuations
periodiques , que
ces vaiffeaux font plus fermez
que jamais
& c'eft
par cette raifon que ces evacuations
manquent prefque
toujours
aux Nourrices.
En fecond lieu la convenance
du fuc laiteux avec
le corps qu'il doit nourrir
, eft parfaite dans les
trois chefs qu'on a propofés
; & il en eft tout le contraire
à l'égard du fang. Ce
fuc laiteux eft doux & balfamique:
le fang de la Mere
eft chargé de principes
36
MERCURE
trop
bouillans & trop actifs
; & feroit il raifonableque
l'Enfant fuft nourri de
ce lang , dans un tems où
il cft plus tendre & plus
delicat , que lorfque la nature
ne luy donen que du
lait pour aliment ? Ce fuc
abonde en fuffifante quantité
, parceque pendant la
groffeffe tout ce qu'il y a
de laiteux dans le fang de
la Mere eft déterminé vers
l'endroit où l'Enfant fe
nourrit , & il faut bien que
cette liqueur foit l'extrait
le plus pur de tout ce qu'il
GALANT. 37
ya . de nourricier dans le
fang de la Mere , puifque
l'Enfant depuis fon premier
point jufqu'à fa naiffance
croift dans le fein de
fa Mere dix mille fois plus,
qu'il ne croift depuis qu'il
elt né jufqu'à ce qu'il parviene
à fa jufte grandeur :
le fang au contraire , en
quelque quantité qu'il foir,
ne fçauroit fournir une
nourriture qui fuffife à un
accroiffement f prodigieux
, parce qu'à peine ſur
cent de parties s'en
trouve t-il une de nouiriciere.
es
38 MERCURE
Enfin le mouvement du
fuc laiteux eft tres lent &
de forte que cettres
doux ; de forte
te liqueur
s'infinue
dans
les vaiffeaux
delicats
de
l'Enfant fans les endomma--
ger : le fang au contraire
eft porté d'un mouvement
rapide qui forceroit
aifément
tous les refforts d'une
fi foible machine
; & par
cette mefme raifon le batement
du coeur de la Mere
prendroit
bien - toſt le
deffus fur celuy du coeur de
L'Enfant
.
Un ſcavant Anatomiſte
P
GALANT . 39
ayant trouvé un Enfant
fans aucune goutte de fang
dans une Femme groffe
morre d'hemorragie
, a cru
que le fang de l'Enfant s'é
toit écoulé avec celuy de
la Mere , & que cette obfervation
démontroit le
commerce de la Circulation
entre la Mere & l'Enfant
: mais on fait voir que
cet accident peut eftre rapporté
à d'autres cauſes qu'à
cette prétendue communication
par les vaiffeaux
du fang ; & pour mettre
la choſe hors de rout équi .
7
40. MERCURE
voque , on oppofe à cette
obfervation
une experience
qui décide fans laiffer
d'ambiguité . L'experience
confifte à tirer tout le fang
d'une Chienne pleine, dans
laquelle on trouve enfuite
les petits Chiens encore
en vielavec tout leur fang :
cette experience eſtant ai
fée à faire , on invite les
incredules à la réiterer , autant
de fois qu'il fera neneflaire
pour leur convi
aticn .
La caufe qui produit
l'accouchement & les accidents
GALANT . 41
dents qui le fuivent , fourniffent
encore de nouvelles
preuves contre l'opinion
de la communication du
fang de la Mere. On met
le comble à toutes ces preuves
par la comparaiſon que
l'on fait des Animaux qui
en produifent d'autres par
le moyen des oeufs , avec
les Animaux qui produifent
des Animaux vivants.
( on appelle les premiers
Ovipares & les feconds
Vivipares ) & comme dans
les Ovipares on voit manifeftement
que le fang de
Fevrier 1711,
D
42 MERCURE
;
la Mere n'a aucune part à
la
nourriture du
petitanimal
renfermé dans l'oeuf
' il eft tres raifonnable
de
penfer qu'il en eft de meſme
dans les Vivipares . ↓
Cette
comparaison qu'on
appelle Analogic , eftant
fondée fur uniformité
que la nature obferve dans
prefque tous les ouvrages
de la mefme efpece , for-
2 me toûjours un préjugé
qui ne peut eftre detruit
que par une demonſtration
du contraire. Au- refte detbte
analogie fert à lever une
GALANT 43
ne
du fien ;
90
difficulté qui fe préfente
fur l'origine du lang de
'Enfant ; cat on peut demander
d'où vient le fang
de l'Enfant , fi la Mere
communique à l'Enfant
aucune portion
qu
mais puiſque le lang de
l'Animal renfermé dans
l'oeuf fe forme fans le fe-
Cours de celuy de la Mere
pourquoy ne fe formeroit
il pas de mefme dans
les Vivipares ? Ce qui fait
voir que dans tous les Animaux
foit Vivipares , foit
Ovipares il faus neceflai
Dij
44 MERCURE
rement qu'il y ait une goutte
de fang primordiale ,
pour ainfi dire , qui ferve
comme de levain à tout le
fang qui fe forme dans la
fuite.
C'eſt ainfi
que l'on conl'exclut
par la raiſon, par
perience & par l'analogje
que le fang de la Mere ne
fert point de nourriture à
l'Enfant.
eut aux Ecoles de Medecine
de Paris une nouvelle The-
Se fur la nourriture du Foetus.
Mr Falconet le fils Medecin
ordinaire du Roy &
de Mr le Chancelier , qui eft
auteur de la Thefe , en eftoit
le Prefident , & Mr deFuf
fieu Bachelier de la Faculté :
Profeffeur Royal de Botanique
au Jardin du Roy en
eftoit le Soutenant inco
: De tout ce qui fe paffe
dans le corps humain il
n'y a rien de plus merveilleux
que la maniere
C Fevrier.
26 MERCURE
dont l'Enfant fe nourrit
dans le Sein de la Mere
Il femble d'abord qu'il n'y
ait d'autre liqueur que les
fang de la Mere , qui puif
fe fervir de nourriture ab
l'Enfant, Ge fentiment quih
fe prefente naturellement
à l'efprit , a efté celuy desi
la plufpair des Anciens.)
quelques Modernes l'ont
fuivi , & ont cru pouvoir
le confirmer par des obfervations
particulieres ) :
Mais la meilleure partiet,
des Phyficiens d'aujour
d'huy , ayant découvertv
GALANT. 27
qu'une liqueur laiteufe fe
féparoit du fang de la
Mere dans le lieu où
l'Enfant fe nourrit , ont
jugé qué cette liqueur ne
pouvoit eftre deſtinée qu'à
la nourriture de l'Enfant.
Une partie de ceux qui ont
embraffé ce dernier fentiment
, croient pourtant
encore qu'il y a entre le
fang de la Mere & celuy
de l'Enfant , quelque commerce
de circulation
tant il eft vray qu'il refter
toujours quelque chofe
des anciens préjugés, bang
Cij
28 MERCURE
Dans la Thefe dont- il
s'agit , on foutient non
feulement , que le fang de
la Mere ne fert pas d'aliment
à l'Enfant , mais encore
qu'il n'y a aucune
communication de l'un à
l'autre par les vaiſſeaux du
fang Voicy les principes
fur lefquels ce fentiment
cft appuyé.
On ne peut reconnoif
tre de liqueur pour veri
table nourriture de l'Enfant
que celle dont le
pallage de la Merc à l'Enfant
eft manifefte : il faut
1
GALANT. 29
*
de plus que cette liqueur
convienne au corps qui doit
en eſtre nourri ; & cette
convenance doit fe trou .
ver dans la qualité , dins la
quantité & dans le mouvement
.
Toutes ces conditions
fe trouvent dans la liqueur
laiteufe dont- il a etté parlé
, & ne fe trouvent point
dans le fang de la Mere.
Premiere ment , on eft affuré
de l'existence de cette
liqueur , & dans certains
Animaux , comme
ceux qui ruminent
OR
Ciij
30 MERCURE
C
l'exprime en abondance
lorfqu'on preffe les Cotyledons
on appelle ainfi
dans ces Animaux les petits
refervoirs où cette liqueur
samaffe . ) D'abord
les membranes
qui envelopent
l'infant s'imbibent
par des pores imperceptibles
de cette liqueur à mefure
qu'elle s'echape ; dans
la fuite la nourriture
que
les membranes ont ainfi
requë fert à leur faire pouffer
de petites racines , qui
- s'infiuuent dans les bouches
de ces refervoirs
, pour
CALANT . 31
immediatement y puifer
ile fuc nourricier : & c'cft
que
les
de cette maniere
membranes
de L'Enfant
s'attachent
à la Mere , par
le cofté qui regarde
le dedans
: dans ce costé qui eſt
plus charnu que le refte
des membranes
& qu'on
appelle
Placenta
, les vaiffeaux
du fang de l'Enfant
qui compofent
le cordon ,
fe divifenten
une infinité
de rameaux
: c'eſt dans les
rameaux
d'un de ces vaiffeaux
nommé
la vaine
umbilicale
qu'une
partie
Cij
13.2
MERCURE
•
· le
de la liqueur laiteufe eft
portée par les petites racines
qui l'ont fucée , pour
eftre diftribuée de là dans
corps de l'Enfant
, pendant
que l'autre partie eft
portée immediatement
dans la cavité des membranes
où l'Enfant eft contenu
, qui fe nourrit parla
bouche de cette liqueur
dans laquelle il nage , dés
qu'il a affez de force pour
fucer.
Venons au fang de la
Mere ; les routes par où
lon veut le conduire dans
GALANT .
33
•
le corps de l'Enfant font
abfolument inconnues
; car
du cofté de l'Enfant on ne
fcauroit reconnoiftre aucun
vaifléau ouvert dans la
furface du Placenta , & quelque
fortement qu'onpreffe
cette partie on ne peut en
faire fortir une goutte de
fang : du cofté de la Mere,
fi les vaiffeaux du fang
s'ouvroient pour fournir
- cette prétendue nourriture
, il y auroit toûjours des
pertes continuelles au commencement
des groffeffes ;
puifque dans le tems où les
34 MERCURE
Membranes ne font point
attachées , le fang devroit
s'épancher avant que de les
pénétrer , & cet epanchement
feroit marqué par
une perte encore plus confiderable
dans ces Animaux
qui portent leurs
Petits jufqu'au terme , fans
que les membranes foient
jamais attachées : mais bien
loin que les vaiffeaux du
fang foient difpofés à s'ouvrir
au commencement des
groffetles , il paroit au contraire
par la fuppreflion
qui arrive alors des eva-
49
GALANT. 35
cuations
periodiques , que
ces vaiffeaux font plus fermez
que jamais
& c'eft
par cette raifon que ces evacuations
manquent prefque
toujours
aux Nourrices.
En fecond lieu la convenance
du fuc laiteux avec
le corps qu'il doit nourrir
, eft parfaite dans les
trois chefs qu'on a propofés
; & il en eft tout le contraire
à l'égard du fang. Ce
fuc laiteux eft doux & balfamique:
le fang de la Mere
eft chargé de principes
36
MERCURE
trop
bouillans & trop actifs
; & feroit il raifonableque
l'Enfant fuft nourri de
ce lang , dans un tems où
il cft plus tendre & plus
delicat , que lorfque la nature
ne luy donen que du
lait pour aliment ? Ce fuc
abonde en fuffifante quantité
, parceque pendant la
groffeffe tout ce qu'il y a
de laiteux dans le fang de
la Mere eft déterminé vers
l'endroit où l'Enfant fe
nourrit , & il faut bien que
cette liqueur foit l'extrait
le plus pur de tout ce qu'il
GALANT. 37
ya . de nourricier dans le
fang de la Mere , puifque
l'Enfant depuis fon premier
point jufqu'à fa naiffance
croift dans le fein de
fa Mere dix mille fois plus,
qu'il ne croift depuis qu'il
elt né jufqu'à ce qu'il parviene
à fa jufte grandeur :
le fang au contraire , en
quelque quantité qu'il foir,
ne fçauroit fournir une
nourriture qui fuffife à un
accroiffement f prodigieux
, parce qu'à peine ſur
cent de parties s'en
trouve t-il une de nouiriciere.
es
38 MERCURE
Enfin le mouvement du
fuc laiteux eft tres lent &
de forte que cettres
doux ; de forte
te liqueur
s'infinue
dans
les vaiffeaux
delicats
de
l'Enfant fans les endomma--
ger : le fang au contraire
eft porté d'un mouvement
rapide qui forceroit
aifément
tous les refforts d'une
fi foible machine
; & par
cette mefme raifon le batement
du coeur de la Mere
prendroit
bien - toſt le
deffus fur celuy du coeur de
L'Enfant
.
Un ſcavant Anatomiſte
P
GALANT . 39
ayant trouvé un Enfant
fans aucune goutte de fang
dans une Femme groffe
morre d'hemorragie
, a cru
que le fang de l'Enfant s'é
toit écoulé avec celuy de
la Mere , & que cette obfervation
démontroit le
commerce de la Circulation
entre la Mere & l'Enfant
: mais on fait voir que
cet accident peut eftre rapporté
à d'autres cauſes qu'à
cette prétendue communication
par les vaiffeaux
du fang ; & pour mettre
la choſe hors de rout équi .
7
40. MERCURE
voque , on oppofe à cette
obfervation
une experience
qui décide fans laiffer
d'ambiguité . L'experience
confifte à tirer tout le fang
d'une Chienne pleine, dans
laquelle on trouve enfuite
les petits Chiens encore
en vielavec tout leur fang :
cette experience eſtant ai
fée à faire , on invite les
incredules à la réiterer , autant
de fois qu'il fera neneflaire
pour leur convi
aticn .
La caufe qui produit
l'accouchement & les accidents
GALANT . 41
dents qui le fuivent , fourniffent
encore de nouvelles
preuves contre l'opinion
de la communication du
fang de la Mere. On met
le comble à toutes ces preuves
par la comparaiſon que
l'on fait des Animaux qui
en produifent d'autres par
le moyen des oeufs , avec
les Animaux qui produifent
des Animaux vivants.
( on appelle les premiers
Ovipares & les feconds
Vivipares ) & comme dans
les Ovipares on voit manifeftement
que le fang de
Fevrier 1711,
D
42 MERCURE
;
la Mere n'a aucune part à
la
nourriture du
petitanimal
renfermé dans l'oeuf
' il eft tres raifonnable
de
penfer qu'il en eft de meſme
dans les Vivipares . ↓
Cette
comparaison qu'on
appelle Analogic , eftant
fondée fur uniformité
que la nature obferve dans
prefque tous les ouvrages
de la mefme efpece , for-
2 me toûjours un préjugé
qui ne peut eftre detruit
que par une demonſtration
du contraire. Au- refte detbte
analogie fert à lever une
GALANT 43
ne
du fien ;
90
difficulté qui fe préfente
fur l'origine du lang de
'Enfant ; cat on peut demander
d'où vient le fang
de l'Enfant , fi la Mere
communique à l'Enfant
aucune portion
qu
mais puiſque le lang de
l'Animal renfermé dans
l'oeuf fe forme fans le fe-
Cours de celuy de la Mere
pourquoy ne fe formeroit
il pas de mefme dans
les Vivipares ? Ce qui fait
voir que dans tous les Animaux
foit Vivipares , foit
Ovipares il faus neceflai
Dij
44 MERCURE
rement qu'il y ait une goutte
de fang primordiale ,
pour ainfi dire , qui ferve
comme de levain à tout le
fang qui fe forme dans la
fuite.
C'eſt ainfi
que l'on conl'exclut
par la raiſon, par
perience & par l'analogje
que le fang de la Mere ne
fert point de nourriture à
l'Enfant.
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Résumé : Nouvelle These soutenuë en l'Ecole de Medecine, [titre d'après la table]
Le texte présente une thèse soutenue par Leuza de Ferrier, avec le soutien de Mr Falconet et Mr de Fussieu, aux Écoles de Médecine de Paris. Cette thèse conteste l'idée que le fœtus se nourrit du sang de la mère. Les auteurs avancent que la véritable nourriture du fœtus est une liqueur laiteuse, distincte du sang maternel. Cette liqueur est décrite comme douce, abondante et se distribuant lentement, adaptée à la délicatesse du corps fœtal. En revanche, le sang maternel est jugé trop actif et bouillant pour convenir à la nutrition du fœtus. La thèse exclut toute communication vasculaire directe entre le sang maternel et le sang fœtal. Cette affirmation est appuyée par des observations et des expériences, notamment celle consistant à retirer tout le sang d'une chienne pleine sans affecter ses petits. De plus, la comparaison avec les animaux ovipares (qui pondent des œufs) renforce l'idée que le sang maternel n'alimente pas directement le fœtus. Ces éléments soutiennent la théorie selon laquelle le fœtus se nourrit par une liqueur spécifique et non par le sang maternel.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 172-178
EPITAPHE d'un Levron qu'on avoit empesché de croistre en luy faisant boire de l'eau de vie.
Début :
Passant Reflechisseur qui vois ce monument, [...]
Mots clefs :
Lévrier, Petite taille, Mort, Nourriture
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texteReconnaissance textuelle : EPITAPHE d'un Levron qu'on avoit empesché de croistre en luy faisant boire de l'eau de vie.
P I T A P H E
d'un Levron qu'on
avoirerapefché de
croistre enluy faisant
boire de l'eaude vie.
PajjrntReflechiff?urqui
vois cemonument,
Dis-moy?puisquel'amour
fut éternellement,
Pourquoy faut- ilquela
xJ nature eaù pointfait d'éternel
amant?
Un petit Chien dontfé~
crisl'aventure,
J'adis d'amourfut un brasier ardent:
Maintenant,chose estrange,
il estfroid comme
glace,
Car il est mort: grand
bien luy faffe
,
Puisse-t'ilestreconfiellé,
C'est-à-dire bien installé
Au dessus du Signe d'Hercule
y Dans le Ciel de la Canicule
:
Helas! combien de pleurs
Amarilhsversa.
Lejourfatalquiltrépassa
Elle auroitmoinspleuré
maint Amant Romanesque,
Qui de bruslantdevient
glacé
Avantque d'estretrépassé.
Feu Levron, quoy quijju
deracegigantesque,
Fit vœu devivre nain 9fn
raison la voicy :
Levriers allonoez, sont
proprespour la chasse,
Maispres des Dames non,
* 1
Levrons en raccourcj,
Nichez au coin du feu
tiennent bien moins de
place,
Cecy confideré, Leruron
voulut refer
Danssapetite taille, en
pria Jupiter,
Jupiterl'exauça
,
biscuit
eS confiture
fiu lieu deJe tourner en
vdine nourriture,
Se convertissoient en amour.
Le Levron temeraire en-
finpourfairecourt,
Sous le jupon desa mais
tresse,
Pour avoir plus chaudse
glissa
,
Sans serupule elle Ij
laissa.
JI estoitsipetit
;
heureuse
petitesse !
S'écria le Levron transporté d'allegresse
0
Si ]efiois Levrier grand
comme mes ayeux,
Pourrois
-
je impunement
promener ma tendresse
Sous ce dosmedelicieux ?
Que je my trouve bien.
Dieux! quelle architecture.
Pour la mieux contempler
Levron leve lesyeux
,
De ce palais jupon la
voute estoit obscure,
Cependant il la prit pour
la voute des deux:
Mais la trouvant voûtée
Trophautpoursaportée,
Alors ilfut fasche d'estre
nési petit-
Je l'ay voulu, dit-il, je
rioseplus m'enplaindre;
Ainsi voyant
les
Cieux
& , n) pouvant atteindre,
Petit Levron mourut d'a-
- mour & de depit.
Si quelquepassants'interesse
jiu sort d'un amant raccourcy
y Passant refiechijJeur, conclus de tout cecyy
Que grandeur en amour
vaut mieux quepetitesse
d'un Levron qu'on
avoirerapefché de
croistre enluy faisant
boire de l'eaude vie.
PajjrntReflechiff?urqui
vois cemonument,
Dis-moy?puisquel'amour
fut éternellement,
Pourquoy faut- ilquela
xJ nature eaù pointfait d'éternel
amant?
Un petit Chien dontfé~
crisl'aventure,
J'adis d'amourfut un brasier ardent:
Maintenant,chose estrange,
il estfroid comme
glace,
Car il est mort: grand
bien luy faffe
,
Puisse-t'ilestreconfiellé,
C'est-à-dire bien installé
Au dessus du Signe d'Hercule
y Dans le Ciel de la Canicule
:
Helas! combien de pleurs
Amarilhsversa.
Lejourfatalquiltrépassa
Elle auroitmoinspleuré
maint Amant Romanesque,
Qui de bruslantdevient
glacé
Avantque d'estretrépassé.
Feu Levron, quoy quijju
deracegigantesque,
Fit vœu devivre nain 9fn
raison la voicy :
Levriers allonoez, sont
proprespour la chasse,
Maispres des Dames non,
* 1
Levrons en raccourcj,
Nichez au coin du feu
tiennent bien moins de
place,
Cecy confideré, Leruron
voulut refer
Danssapetite taille, en
pria Jupiter,
Jupiterl'exauça
,
biscuit
eS confiture
fiu lieu deJe tourner en
vdine nourriture,
Se convertissoient en amour.
Le Levron temeraire en-
finpourfairecourt,
Sous le jupon desa mais
tresse,
Pour avoir plus chaudse
glissa
,
Sans serupule elle Ij
laissa.
JI estoitsipetit
;
heureuse
petitesse !
S'écria le Levron transporté d'allegresse
0
Si ]efiois Levrier grand
comme mes ayeux,
Pourrois
-
je impunement
promener ma tendresse
Sous ce dosmedelicieux ?
Que je my trouve bien.
Dieux! quelle architecture.
Pour la mieux contempler
Levron leve lesyeux
,
De ce palais jupon la
voute estoit obscure,
Cependant il la prit pour
la voute des deux:
Mais la trouvant voûtée
Trophautpoursaportée,
Alors ilfut fasche d'estre
nési petit-
Je l'ay voulu, dit-il, je
rioseplus m'enplaindre;
Ainsi voyant
les
Cieux
& , n) pouvant atteindre,
Petit Levron mourut d'a-
- mour & de depit.
Si quelquepassants'interesse
jiu sort d'un amant raccourcy
y Passant refiechijJeur, conclus de tout cecyy
Que grandeur en amour
vaut mieux quepetitesse
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Résumé : EPITAPHE d'un Levron qu'on avoit empesché de croistre en luy faisant boire de l'eau de vie.
Le texte relate l'histoire de Levron, un petit chien qui, après avoir bu de l'eau-de-vie, exprime le souhait de devenir éternel en amour. Levron, malgré sa race imposante, choisit de vivre en nain. Les levriers sont adaptés à la chasse mais pas aux dames. Les petits levrons, nichés au coin du feu, occupent moins d'espace. Levron prie Jupiter pour se réduire en taille, ce qui lui est accordé. Sa nourriture se transforme alors en amour. Devenu petit, Levron se glisse sous le jupon de sa maîtresse pour avoir plus chaud et se réjouit de sa petite taille. Cependant, en levant les yeux, il prend la voûte du jupon pour celle des cieux et se trouve frustré de ne pouvoir l'atteindre. Il meurt d'amour et de dépit. Le texte conclut que, en amour, la grandeur vaut mieux que la petitesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 46-50
Le Pater noster Chinois expliqué litteralement, avec le chant.
Début :
ut la la la Tsaï thiene gngo ten Etre Ciel [...]
Mots clefs :
Pater, Chanson, Chant, Chinois, Dictionnaire, Difficulté, Tentation, Nourriture
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texteReconnaissance textuelle : Le Pater noster Chinois expliqué litteralement, avec le chant.
Le Pater nosterChinoisexpliquelittéralementy
avec
lechaitt.
ut la la la
Tfai thiene gngo ten
Etre Ciel moy pluficurs
la fol la la
foa thé) gngo ten
pere qui,moy plusieurs
la la sa la
yuen eu min kiene
desirer coy nom manifeste
sol ut la sa sol.
cpin. Eu quoi lirie ke.
saint. Toyroyaume arriver.
ut la sa fol la
Eu tchy tchin hin u
Toy volonté être faite à
sol sa la la fol la
ty, iuuthien (yen.)Gngo
terre,comme au Ciel. Moy
la la sol, la
ten ouan eu,kine
plusieurs esperer roy prela
la fol la g1 u gngo,gngo
fentjour donner moy, moy
sa la fol
gi uyon lian.
jour employer nourriture.
la la la fol
Eu mien gngo tfai,
Toypardonner moy detc
sa la la sol ,
ju gngo y çlien
comme moy aussi pardonla
la la fol
fou gngo tchaï tehé.
ner, portermoy detes qui.
ut lala foi
-
You pou gngo 1m
De plus nonmoy permetut
la la fol
hiene uyiou kane.
tre tomber en tentation.
la la la sa la
Naï kiou rgngo u huon.
Et délivrer moy de mal.
fol
gngo.
Amen.
Ces quatre exemples {ont
fiiffifans pour faire comprendre
la difficulté qu'il y
auroit d'entendre la langue
des Chinois avec le seul secours
d'un Dictionaire, &
la facilité d'y faire des équivoques,
par le défaut des
liaiibns qui se trouvent dans
les autres langues. Il ne
faut, pour en être convaincu,
quejetter les yeux
sur la première Chanson,
dont les seu les paroles ne
déterminent pas certainement
le sens précis) ces paroles
étant susceptibles de
quantité de sens differens
qui n'ont point de rapport
à unemême chose. J'efpere
au restedonner dans
quelque temps lechant des
trois Chansons, dont le premier
est Tartare, & les
deux autres Chinois) de
même que celui du Ptter
noster.
avec
lechaitt.
ut la la la
Tfai thiene gngo ten
Etre Ciel moy pluficurs
la fol la la
foa thé) gngo ten
pere qui,moy plusieurs
la la sa la
yuen eu min kiene
desirer coy nom manifeste
sol ut la sa sol.
cpin. Eu quoi lirie ke.
saint. Toyroyaume arriver.
ut la sa fol la
Eu tchy tchin hin u
Toy volonté être faite à
sol sa la la fol la
ty, iuuthien (yen.)Gngo
terre,comme au Ciel. Moy
la la sol, la
ten ouan eu,kine
plusieurs esperer roy prela
la fol la g1 u gngo,gngo
fentjour donner moy, moy
sa la fol
gi uyon lian.
jour employer nourriture.
la la la fol
Eu mien gngo tfai,
Toypardonner moy detc
sa la la sol ,
ju gngo y çlien
comme moy aussi pardonla
la la fol
fou gngo tchaï tehé.
ner, portermoy detes qui.
ut lala foi
-
You pou gngo 1m
De plus nonmoy permetut
la la fol
hiene uyiou kane.
tre tomber en tentation.
la la la sa la
Naï kiou rgngo u huon.
Et délivrer moy de mal.
fol
gngo.
Amen.
Ces quatre exemples {ont
fiiffifans pour faire comprendre
la difficulté qu'il y
auroit d'entendre la langue
des Chinois avec le seul secours
d'un Dictionaire, &
la facilité d'y faire des équivoques,
par le défaut des
liaiibns qui se trouvent dans
les autres langues. Il ne
faut, pour en être convaincu,
quejetter les yeux
sur la première Chanson,
dont les seu les paroles ne
déterminent pas certainement
le sens précis) ces paroles
étant susceptibles de
quantité de sens differens
qui n'ont point de rapport
à unemême chose. J'efpere
au restedonner dans
quelque temps lechant des
trois Chansons, dont le premier
est Tartare, & les
deux autres Chinois) de
même que celui du Ptter
noster.
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Résumé : Le Pater noster Chinois expliqué litteralement, avec le chant.
Le texte présente une traduction du Pater Noster en chinois, accompagnée d'indications phonétiques pour chaque mot. Il met en lumière les difficultés de compréhension de la langue chinoise, notamment l'absence de liaisons entre les mots, ce qui peut créer des équivoques et rendre le sens précis des phrases incertain. Par exemple, la première chanson mentionnée illustre cette difficulté, car ses paroles peuvent avoir plusieurs sens différents sans rapport entre eux. L'auteur prévoit de publier ultérieurement les traductions de trois chansons, dont une en tartare et deux en chinois, ainsi que celle du Pater Noster.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 97-106
LETTRE de M. Du Breüil, à M. le Marquis D*** contenant l'Analyse de la Dissertation sur la circulation de la Séve dans les Plantes, qui a remporté en 1733. le Prix, au jugement de l'Académie Royale des Belles-Lettres, Sciences et Arts de Bordeaux. Par M. de la Baisse.
Début :
Je vous envoye, Monsieur, une Analyse précise et exacte de la Dissertation [...]
Mots clefs :
Écorce, Plantes, Suc nourricier, Circulation de la sève dans les plantes, Sève, Nourriture, Expériences, Moelle, Arbres, Bois
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Du Breüil, à M. le Marquis D*** contenant l'Analyse de la Dissertation sur la circulation de la Séve dans les Plantes, qui a remporté en 1733. le Prix, au jugement de l'Académie Royale des Belles-Lettres, Sciences et Arts de Bordeaux. Par M. de la Baisse.
LETTRE de M. Du Breuil , à M. le
Marquis D *** contenant * l'Analyse
de la Dissertation sur la circulation de
la Séve dans les Plantes , qui a remporté
en 1733. le Prix , au jugement
de
Académie Royale des Belles Lettres ,
Sciences et Arts de Bordeaux . Par M. de
la Baisse.
E vous envoye , Monsieur , une Analyse
précise et exacte de la Dissertation
sur la circulation de la Séve , qui a
remporté cette année le Prix proposé
par l'Académie de Bordeaux. Je ne suis
entré dans aucun détail sur le mérite et
la bonté de l'Ouvrage ; l'Extrait même
suffita pour l'aprétier à sa juste valeurs
si cependant dans le cours de ma Lettre il
m'échappe quelques Refléxions ( ce que
j'éviterai autant qu'il me sera possible )
ce sera uniquement pour vous mettre en
état de juger si (a) les Physiciens trouveront,
ainsi que l'Académie de Bordeaux, que dans
* Je me servirai le plus souvent que je pourrai
des paroles de l'Auteur , pour ne point alterer la
• force de ses expressions.
(a) Tout ce qui est sousligné se trouve mot powr
mot dans l'Avertitsement de l'Académie de Bordeaux
, qui est à la tête de la Dissertation.
ľ hypon
98 MERCURE DE FRANCE
l'hypothese de la circulation de la Séve , qui
est , suivant ces Académiciens , une des
grandes entreprises de la nouvelle Philosophie
; M. de la Baisse paroît avoir pénetré
plus avant que ceux qui l'ont précedé,
et s'ils conviendront que ses Recherches laborieuses
, qu'il appelle par modestie des
tentatives et des conjectures , sont expliquées
avec netteté et solidité ; et qu'enfin cei Auteur
a mis dans un grand jour le Systême qui admet
dans les Plantes une méchanique approchante
de celle des Animaux.
ART. 1. pag. 3. M. d: 1 Baïsse commence
sa Dissertation par examiner quelles
sont les voyes par lesquelles s'insinue
le suc nourricier dans les Plant s. Il lui
paroît vrai en general que c'est par les racines
que les herbes , comme les arbres,
tirent leur nourriture , mais cette connoissance
étoit trop vague , il falloit quelque
chose de plus philosophique ; la racine
est composée de trois principales substances
, de la moëlle , du bois et de l'écorce
; l'écorce , comme tout le monde
sçait , recouvre les deux autres substances
et la moëlle est environnée du bois
et parconséquent de l'écorce ; il s'agissoit
de déterminer par laquelle de ces
trois substances entre le suc nourricier ;
le bois et la moëlle occupent la partic
interieure
JANVIER 1734. 99
interieure , c'est pourquoi elles ne paroissent
pas au premier coup d'oeil trop
à l'introduction de la séve , il ne
propres
reste plus que l'écorce à qui on puisse
naturellement accorder cet usage , son
tissu spongieux paroissoit à notre Auteur
propre à sucer les humiditez terrestres
ainsi voila bien des raisons qui peuvent
déterminer en faveur de l'écorce.
Mais M. de la Baïsse , en bon Physicien
, voulut s'en assurer et examiner par
quels endroits de l'écorce se fait particu
lierement cette suction ; il fit plusieurs
Experiences qui consistent à faire tremper
dans de l'eau ou dans quelque liqueur
colorée , differentes Plantes , tantôt il les
dépoüilla de l'éco , tantôt il leur laissa
leur écorce. Ces Experiences lui ont
paru prouver que l'écorce contribuoit
beaucoup à l'introduction du suc nourricier
, que la partie ligneuse pouvoit
elle seule recevoir la séve , mais en pe
tite quantité ; enfin , que les menües écor
ces du chevelu de la racine , tirent beaucoup
de nourriture , quoique les plus
épaisses ne laissent pas d'en recevoir.
Les Plantes ausquelles il avoit coupé
tous les menus filamens des racines , et
celles aux racines desquelles il avoit fait
des incisions , profiterent dans l'eau à
mer-
386187
100 MERCURE DE FRANCE
merveille . M. de la Baïsse compare ces
coupures à des bouches artificielles
par lesquelles la nourriture s'insinuë plus
aisément dans la substance de l'écorce ,
et il se sert de cette Experience pour
montrer l'utilité qu'on retire en coupant
tous les menus filamens des racines quand
on transplante. Toutes ces preuves rassemblées
font conclure à notre Auteur
que l'écorce est la voïe principale et naturelle
par laquelle les racines tirent les
sucs extérieurs dont les Plantes se nourrissent.
ART. 2. Il passe ensuite à l'examen des
routes que tient le suc nourricier , lorsqu'il
est introduit dans la Plante , parce
que le suc terrestre a dû , selon lui , recevoir
dans l'écorce une préparation qui
le dispose à s'élever jusqu'aux dernieres
extrémitez des feuilles et des branches.
C'est encore par la voïe sûre des expériences
que M. de la Baïsse cherche à reconnoître
le chemin de la séve ; il a mis
pour cela tremper
à différens
temps
, dans l'eau
teinte
par le suc de Phytolacca
, un
nombre
considérable
de Plantes
différen- tes , les unes avec leurs
racines
, les au- tres coupées
vers le pied
de la tige ; ses
observations
l'ont
porté
à croire
que le
suc nourricier
avant
que d'avoir
reçu les
derJANVIER.
1734. Iot .
dernieres préparations , s'éleve en partie
jusqu'au plus haut sommet des Plantes , et
qu'une autre partie de ce suc non encore
digéré , monte pour se répandre ensuite .
dans les branches et les feuilles .
Notre Auteur flaté de cette découverte
, voulut voir si les tuyaux des Plantes
par où monte le suc , ont quelque disposition
particuliere propre à en faciliter
l'afcension , ou s'ils sont indifférens à le
laisser monter ou descendre ; il observa
des Plantes qui trempoient dans une situation
renversée ; et il examina en même-
temps d'autres Plantes qui trempoient
dans leur situation naturelle; de ces
observations il conclut que les vaisseauz
pouvoient rirer de la nourriture par
leurs parties supérieures , quoique cependant
ces canaux soient plus disposez à
Jaisser monter le suc du pied vers le sommet
; on pourroit tres-aisément trouver
dans la Physique des Plantes , bien
des faits et des expériences , sans doute
, inconnuës à M. de la Baïsse , qui renverseroient
la seconde Partie de sa conclusion
et détruiroient les Observations
qui la soutiennent ; il suppose ensuite
qu'il se fait dans ces premières voies ' , lors
même que le suc y entre à contre- sens,
une digestion par laquelle la nourriture
102 MERCURE DE FRANCE.
ture se façonne en passant de ces canaux
dans d'autres , qui la distribuent
dans toute la substance de la Plante ;
cependant cette digestion qui se fait dans
la situation renversée n'a pas paru à notre
Auteur , ni aussi abondante, ni aussi parfaite
que celle qui se fait dans un état naturel;
c'est pourquoi il remarque que la maniere
dont les Plantes se nourrissent lorsqu'on
les fait tremper la tête en bas , paroît très
analogue à celle dont on prétend que des
hommes ont été nourris durant quelque tems
sans prendre que des clysteres delait ou de
liqueur succulente ; pour rendre l'analogic
complette M. de la Baïsse fait observer
que les orifices superieurs des canaux par
lesquels il a découvert que les Plantes
pouvoient tirer quelque nourriture , ne
seroient pour lors dans leur état naturel
que des ouvertures destinées aux ejections
excrementelles , il n'oublie point non plus
que ces canaux auront dèslors beaucoup
de ressemblance aux boyaux des animaux,
il semble que tout favorise les vuës de
notre Physicien , car sur des feuilles de
Tubereuse arrachées de la tige et plongées
par la pointe dans la teinture de Phytolacca
, il a observé des veines branchuës
et ondoyantes , et il a jugé que ces veines
pourroient bien avoir quelque rapport
aux
JANVIER . 1724. 103
aux veines lactées des animaux et être
des vaisseaux où se filtre la liqueur dont
les tuyaux sont remplis.
ART. 3. pag. 16. Après avoir décou
vert que le suc nourricier monte du pied
de la Plante vers le sommet , il falloit
rechercher par quelle partie de la tige se
fait plus particulierement cette ascension ;
parmi les Physiciens les uns ont crû que
la séve monte par l'écorce , d'autres ont
soutenu qu'elle s'éleve entre le bois et
l'écorce , quelques autres enfin ont voulu
que ce fût par la moëlle . Les expériences
rapportées par ces Auteurs pour deffendre
deux sentimens , n'ont nullement paru
décisives à M. de la Baïsse , c'est ce
qui l'a engagé à examiner par lui même
et à faire plusieurs expériences pour tâcher
de découvrir la verité. Il a mis tremper
dans la teinture dePhytolacca différen
tes tiges ou branches d'arbres et de plantes
. Au bout de quelque tems il a examiné
l'écorce et la portion ligneuse , plusieurs
amas de filets dans la substance du bois
lui ont paru rouges sans qu'il trouvât
rien de remarquable dans l'écorce , et sans
que
la moëlle en ait tiré aucune teinture
dans l'antirrhinum , l'écorce étoit devenuë
d'un verd foncé , le calice des fleurs,
lequel bien examiné , n'est , suivant la remar104
MERCURE DE FRANCE
marque de notre Auteur , qu'une production
de l'écorce avoit considérablement
rougi d'un rouge plus foncé vers
les bords. De toutes ces observations , il
conclut que les canaux destinez à porter
la séve dans le corps de la Plante, ne sont
ni dans la moëlle, ni dans l'écorce, ni entré
l'écorce et le bois ; mais dansla substance
ligneuse c.à.d. que ces canaux sont de vé
ritables fibres ligneuses renfermées entre
la moëlle et l'écorce M. de la Baïsse
s'appercevant sans doute de la foiblesse
de ces preuves et de la contradiction manifeste
de ses expériences, a voulu renforcir
sa conclusion par les observations
suivantes.
>
Il dit 1. qu'il est de notorieté publi
que que des arbres cariez dont le tronc
est entierement dépourvû de moëlle
ne laissent pas de vegeter on pourroit
ajouter, le Public n'est pas moins exactement
informé que les mêmes arbres vegetent
très bien sans portion ligneuse avec
la seule écorce , il avance . 2 ° . Que ce ne
peut pas être non plus par l'écorce que
la nourriture monte des racines aux branches
, puisqu'on a vû des arbres croître
et vegeter, quoique le tronc en fut entierement
dépouillé , témoin l'Ormeau des
Thuilleries et ceux du Luxembourg dont
•
il
JAN VIER. 734. 105
il est parlé dans l'Histoire de l'Académic
Royale des Sciences 1709. en 1711. témoins
les Oliviers de Languedoc dont il
a fait mention au même endroit ausquels
on cerne l'écorce , ( a ) au - dessus de l'endroit
où on vient de les enter, ce qui fait
porter plus de fruit aux vieilles branches
qu'on doit couper après la récolte.Je suis,
en verité, surpris que M. de la Baïsse qui
paroît instruit des preuves queM . Parent
proposa à l'Académie Royale des Sciences
, pour soutenir le sistême que notre
Auteur annonce aujourd'hui comme une
grande découverte etune découverte assurée
, ait ignoré combien les faits exposez
par M.Parent péchoient contre la verité,
et de quelle maniere ils furent relevez
par M. Reneaume qui se transporta au
Luxembourg et aux Thuilleries pour
examiner les arbres en question ; il auroit
dû sçavoir aussi ce que l'on répondit à
l'observation des Oliviers de Languedoc ,
communiquée à l'Académie des Sciences
par M. Magnol.
Mais notre Auteur,sans vouloir entrer
dans tout ce détail , soutient que ce qui
a été dit pour expliquer tous ces faits,en
supposant que c'est par l'écorce que mon-
( a ) L'Auteur auroit dû mestre deux doigts
d'écorce pour ne point faire prendre le change.
F te
16 MERCURE DE FRANCE
te la nourriture , est plus subtil que solides
et regardant son sentiment comme victotieux,
il se contente pour refuter l'opinion
des partisants de l'écorce , d'ajouter deux
nouveaux faits assez remarquables , selon
lui , mais qui ne paroîtront peut-être pas
plus frappans que les précedens , et qui
sont sujets aux - mêmes inconveniens . En
finissant cet article M. de la Baisse voyant
sa découverte hors de toute atteinte, veut
bien , en galant homme, avoir la complai
sance de relâcher de ses droits en faveur
de l'écorce ; il accorde que dans les arbres
faits dont le bois est fort compact , comme
chênes et ormeaux , la séve monte par
PAubier ou par la partie du bois la plus
voisine de l'écorce , il dit même qu'il s'est
assuré de cette observation par plusieurs
expériences qu'il passe sous silence.
La suite dans un autre Mercure.
Marquis D *** contenant * l'Analyse
de la Dissertation sur la circulation de
la Séve dans les Plantes , qui a remporté
en 1733. le Prix , au jugement
de
Académie Royale des Belles Lettres ,
Sciences et Arts de Bordeaux . Par M. de
la Baisse.
E vous envoye , Monsieur , une Analyse
précise et exacte de la Dissertation
sur la circulation de la Séve , qui a
remporté cette année le Prix proposé
par l'Académie de Bordeaux. Je ne suis
entré dans aucun détail sur le mérite et
la bonté de l'Ouvrage ; l'Extrait même
suffita pour l'aprétier à sa juste valeurs
si cependant dans le cours de ma Lettre il
m'échappe quelques Refléxions ( ce que
j'éviterai autant qu'il me sera possible )
ce sera uniquement pour vous mettre en
état de juger si (a) les Physiciens trouveront,
ainsi que l'Académie de Bordeaux, que dans
* Je me servirai le plus souvent que je pourrai
des paroles de l'Auteur , pour ne point alterer la
• force de ses expressions.
(a) Tout ce qui est sousligné se trouve mot powr
mot dans l'Avertitsement de l'Académie de Bordeaux
, qui est à la tête de la Dissertation.
ľ hypon
98 MERCURE DE FRANCE
l'hypothese de la circulation de la Séve , qui
est , suivant ces Académiciens , une des
grandes entreprises de la nouvelle Philosophie
; M. de la Baisse paroît avoir pénetré
plus avant que ceux qui l'ont précedé,
et s'ils conviendront que ses Recherches laborieuses
, qu'il appelle par modestie des
tentatives et des conjectures , sont expliquées
avec netteté et solidité ; et qu'enfin cei Auteur
a mis dans un grand jour le Systême qui admet
dans les Plantes une méchanique approchante
de celle des Animaux.
ART. 1. pag. 3. M. d: 1 Baïsse commence
sa Dissertation par examiner quelles
sont les voyes par lesquelles s'insinue
le suc nourricier dans les Plant s. Il lui
paroît vrai en general que c'est par les racines
que les herbes , comme les arbres,
tirent leur nourriture , mais cette connoissance
étoit trop vague , il falloit quelque
chose de plus philosophique ; la racine
est composée de trois principales substances
, de la moëlle , du bois et de l'écorce
; l'écorce , comme tout le monde
sçait , recouvre les deux autres substances
et la moëlle est environnée du bois
et parconséquent de l'écorce ; il s'agissoit
de déterminer par laquelle de ces
trois substances entre le suc nourricier ;
le bois et la moëlle occupent la partic
interieure
JANVIER 1734. 99
interieure , c'est pourquoi elles ne paroissent
pas au premier coup d'oeil trop
à l'introduction de la séve , il ne
propres
reste plus que l'écorce à qui on puisse
naturellement accorder cet usage , son
tissu spongieux paroissoit à notre Auteur
propre à sucer les humiditez terrestres
ainsi voila bien des raisons qui peuvent
déterminer en faveur de l'écorce.
Mais M. de la Baïsse , en bon Physicien
, voulut s'en assurer et examiner par
quels endroits de l'écorce se fait particu
lierement cette suction ; il fit plusieurs
Experiences qui consistent à faire tremper
dans de l'eau ou dans quelque liqueur
colorée , differentes Plantes , tantôt il les
dépoüilla de l'éco , tantôt il leur laissa
leur écorce. Ces Experiences lui ont
paru prouver que l'écorce contribuoit
beaucoup à l'introduction du suc nourricier
, que la partie ligneuse pouvoit
elle seule recevoir la séve , mais en pe
tite quantité ; enfin , que les menües écor
ces du chevelu de la racine , tirent beaucoup
de nourriture , quoique les plus
épaisses ne laissent pas d'en recevoir.
Les Plantes ausquelles il avoit coupé
tous les menus filamens des racines , et
celles aux racines desquelles il avoit fait
des incisions , profiterent dans l'eau à
mer-
386187
100 MERCURE DE FRANCE
merveille . M. de la Baïsse compare ces
coupures à des bouches artificielles
par lesquelles la nourriture s'insinuë plus
aisément dans la substance de l'écorce ,
et il se sert de cette Experience pour
montrer l'utilité qu'on retire en coupant
tous les menus filamens des racines quand
on transplante. Toutes ces preuves rassemblées
font conclure à notre Auteur
que l'écorce est la voïe principale et naturelle
par laquelle les racines tirent les
sucs extérieurs dont les Plantes se nourrissent.
ART. 2. Il passe ensuite à l'examen des
routes que tient le suc nourricier , lorsqu'il
est introduit dans la Plante , parce
que le suc terrestre a dû , selon lui , recevoir
dans l'écorce une préparation qui
le dispose à s'élever jusqu'aux dernieres
extrémitez des feuilles et des branches.
C'est encore par la voïe sûre des expériences
que M. de la Baïsse cherche à reconnoître
le chemin de la séve ; il a mis
pour cela tremper
à différens
temps
, dans l'eau
teinte
par le suc de Phytolacca
, un
nombre
considérable
de Plantes
différen- tes , les unes avec leurs
racines
, les au- tres coupées
vers le pied
de la tige ; ses
observations
l'ont
porté
à croire
que le
suc nourricier
avant
que d'avoir
reçu les
derJANVIER.
1734. Iot .
dernieres préparations , s'éleve en partie
jusqu'au plus haut sommet des Plantes , et
qu'une autre partie de ce suc non encore
digéré , monte pour se répandre ensuite .
dans les branches et les feuilles .
Notre Auteur flaté de cette découverte
, voulut voir si les tuyaux des Plantes
par où monte le suc , ont quelque disposition
particuliere propre à en faciliter
l'afcension , ou s'ils sont indifférens à le
laisser monter ou descendre ; il observa
des Plantes qui trempoient dans une situation
renversée ; et il examina en même-
temps d'autres Plantes qui trempoient
dans leur situation naturelle; de ces
observations il conclut que les vaisseauz
pouvoient rirer de la nourriture par
leurs parties supérieures , quoique cependant
ces canaux soient plus disposez à
Jaisser monter le suc du pied vers le sommet
; on pourroit tres-aisément trouver
dans la Physique des Plantes , bien
des faits et des expériences , sans doute
, inconnuës à M. de la Baïsse , qui renverseroient
la seconde Partie de sa conclusion
et détruiroient les Observations
qui la soutiennent ; il suppose ensuite
qu'il se fait dans ces premières voies ' , lors
même que le suc y entre à contre- sens,
une digestion par laquelle la nourriture
102 MERCURE DE FRANCE.
ture se façonne en passant de ces canaux
dans d'autres , qui la distribuent
dans toute la substance de la Plante ;
cependant cette digestion qui se fait dans
la situation renversée n'a pas paru à notre
Auteur , ni aussi abondante, ni aussi parfaite
que celle qui se fait dans un état naturel;
c'est pourquoi il remarque que la maniere
dont les Plantes se nourrissent lorsqu'on
les fait tremper la tête en bas , paroît très
analogue à celle dont on prétend que des
hommes ont été nourris durant quelque tems
sans prendre que des clysteres delait ou de
liqueur succulente ; pour rendre l'analogic
complette M. de la Baïsse fait observer
que les orifices superieurs des canaux par
lesquels il a découvert que les Plantes
pouvoient tirer quelque nourriture , ne
seroient pour lors dans leur état naturel
que des ouvertures destinées aux ejections
excrementelles , il n'oublie point non plus
que ces canaux auront dèslors beaucoup
de ressemblance aux boyaux des animaux,
il semble que tout favorise les vuës de
notre Physicien , car sur des feuilles de
Tubereuse arrachées de la tige et plongées
par la pointe dans la teinture de Phytolacca
, il a observé des veines branchuës
et ondoyantes , et il a jugé que ces veines
pourroient bien avoir quelque rapport
aux
JANVIER . 1724. 103
aux veines lactées des animaux et être
des vaisseaux où se filtre la liqueur dont
les tuyaux sont remplis.
ART. 3. pag. 16. Après avoir décou
vert que le suc nourricier monte du pied
de la Plante vers le sommet , il falloit
rechercher par quelle partie de la tige se
fait plus particulierement cette ascension ;
parmi les Physiciens les uns ont crû que
la séve monte par l'écorce , d'autres ont
soutenu qu'elle s'éleve entre le bois et
l'écorce , quelques autres enfin ont voulu
que ce fût par la moëlle . Les expériences
rapportées par ces Auteurs pour deffendre
deux sentimens , n'ont nullement paru
décisives à M. de la Baïsse , c'est ce
qui l'a engagé à examiner par lui même
et à faire plusieurs expériences pour tâcher
de découvrir la verité. Il a mis tremper
dans la teinture dePhytolacca différen
tes tiges ou branches d'arbres et de plantes
. Au bout de quelque tems il a examiné
l'écorce et la portion ligneuse , plusieurs
amas de filets dans la substance du bois
lui ont paru rouges sans qu'il trouvât
rien de remarquable dans l'écorce , et sans
que
la moëlle en ait tiré aucune teinture
dans l'antirrhinum , l'écorce étoit devenuë
d'un verd foncé , le calice des fleurs,
lequel bien examiné , n'est , suivant la remar104
MERCURE DE FRANCE
marque de notre Auteur , qu'une production
de l'écorce avoit considérablement
rougi d'un rouge plus foncé vers
les bords. De toutes ces observations , il
conclut que les canaux destinez à porter
la séve dans le corps de la Plante, ne sont
ni dans la moëlle, ni dans l'écorce, ni entré
l'écorce et le bois ; mais dansla substance
ligneuse c.à.d. que ces canaux sont de vé
ritables fibres ligneuses renfermées entre
la moëlle et l'écorce M. de la Baïsse
s'appercevant sans doute de la foiblesse
de ces preuves et de la contradiction manifeste
de ses expériences, a voulu renforcir
sa conclusion par les observations
suivantes.
>
Il dit 1. qu'il est de notorieté publi
que que des arbres cariez dont le tronc
est entierement dépourvû de moëlle
ne laissent pas de vegeter on pourroit
ajouter, le Public n'est pas moins exactement
informé que les mêmes arbres vegetent
très bien sans portion ligneuse avec
la seule écorce , il avance . 2 ° . Que ce ne
peut pas être non plus par l'écorce que
la nourriture monte des racines aux branches
, puisqu'on a vû des arbres croître
et vegeter, quoique le tronc en fut entierement
dépouillé , témoin l'Ormeau des
Thuilleries et ceux du Luxembourg dont
•
il
JAN VIER. 734. 105
il est parlé dans l'Histoire de l'Académic
Royale des Sciences 1709. en 1711. témoins
les Oliviers de Languedoc dont il
a fait mention au même endroit ausquels
on cerne l'écorce , ( a ) au - dessus de l'endroit
où on vient de les enter, ce qui fait
porter plus de fruit aux vieilles branches
qu'on doit couper après la récolte.Je suis,
en verité, surpris que M. de la Baïsse qui
paroît instruit des preuves queM . Parent
proposa à l'Académie Royale des Sciences
, pour soutenir le sistême que notre
Auteur annonce aujourd'hui comme une
grande découverte etune découverte assurée
, ait ignoré combien les faits exposez
par M.Parent péchoient contre la verité,
et de quelle maniere ils furent relevez
par M. Reneaume qui se transporta au
Luxembourg et aux Thuilleries pour
examiner les arbres en question ; il auroit
dû sçavoir aussi ce que l'on répondit à
l'observation des Oliviers de Languedoc ,
communiquée à l'Académie des Sciences
par M. Magnol.
Mais notre Auteur,sans vouloir entrer
dans tout ce détail , soutient que ce qui
a été dit pour expliquer tous ces faits,en
supposant que c'est par l'écorce que mon-
( a ) L'Auteur auroit dû mestre deux doigts
d'écorce pour ne point faire prendre le change.
F te
16 MERCURE DE FRANCE
te la nourriture , est plus subtil que solides
et regardant son sentiment comme victotieux,
il se contente pour refuter l'opinion
des partisants de l'écorce , d'ajouter deux
nouveaux faits assez remarquables , selon
lui , mais qui ne paroîtront peut-être pas
plus frappans que les précedens , et qui
sont sujets aux - mêmes inconveniens . En
finissant cet article M. de la Baisse voyant
sa découverte hors de toute atteinte, veut
bien , en galant homme, avoir la complai
sance de relâcher de ses droits en faveur
de l'écorce ; il accorde que dans les arbres
faits dont le bois est fort compact , comme
chênes et ormeaux , la séve monte par
PAubier ou par la partie du bois la plus
voisine de l'écorce , il dit même qu'il s'est
assuré de cette observation par plusieurs
expériences qu'il passe sous silence.
La suite dans un autre Mercure.
Fermer
Résumé : LETTRE de M. Du Breüil, à M. le Marquis D*** contenant l'Analyse de la Dissertation sur la circulation de la Séve dans les Plantes, qui a remporté en 1733. le Prix, au jugement de l'Académie Royale des Belles-Lettres, Sciences et Arts de Bordeaux. Par M. de la Baisse.
La lettre de M. Du Breuil au Marquis D*** résume la dissertation de M. de la Baïsse sur la circulation de la sève dans les plantes, lauréate du prix de l'Académie Royale des Belles Lettres, Sciences et Arts de Bordeaux en 1733. M. de la Baïsse explore les voies d'absorption de la sève nourricière par les plantes. Il conclut que les racines, constituées de moëlle, de bois et d'écorce, permettent principalement l'absorption de la sève par l'écorce. Des expériences montrent que l'écorce joue un rôle significatif dans cette absorption, tandis que le bois et la moëlle en jouent un moindre. M. de la Baïsse examine ensuite les chemins empruntés par la sève une fois introduite dans la plante. Il observe que la sève monte jusqu'aux extrémités des feuilles et des branches après avoir été préparée dans l'écorce. Des expériences avec des liquides colorés révèlent que la sève monte plus facilement vers le sommet, bien que les vaisseaux puissent aussi tirer de la nourriture par leurs parties supérieures. Pour déterminer par quelle partie de la tige la sève monte, M. de la Baïsse conclut que les canaux destinés à porter la sève se trouvent dans la substance ligneuse, entre la moëlle et l'écorce. Cette conclusion est renforcée par des observations sur des arbres carieux et des expériences sur des tiges trempées dans des teintures. Enfin, M. de la Baïsse reconnaît que, dans certains arbres, la sève peut monter par l'aubier ou la partie du bois proche de l'écorce. Il mentionne des faits observés sur des arbres spécifiques, comme les ormes et les oliviers, pour appuyer ses conclusions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
6
p. 123-139
Remarques sur la nourriture des hommes avec les differentes farines, lûes à la séance de l'Académie royale de Chirurgie, le Jeudi 5 Décembre 1754. Par M. Recolin, Maitre en Chirurgie, &c.
Début :
On vient de faire des essais d'une poudre farineuse, avec laquelle on peut nourrir [...]
Mots clefs :
Nourriture, Nourriture des hommes, Quantité, Sauvages, Soupe, Graisse, Maître en Chirurgie, Académie royale de chirurgie, Eau, Poudre farineuse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Remarques sur la nourriture des hommes avec les differentes farines, lûes à la séance de l'Académie royale de Chirurgie, le Jeudi 5 Décembre 1754. Par M. Recolin, Maitre en Chirurgie, &c.
Remarques fur la nourriture des hommes
avec les differentes farines , lûes à la feance
de l'Académie royale de Chirurgie , le
Jeudis Décembre 1754. Par M. Recolin
, Maire en Chirurgie , &c.
On vient de faire des effais d'une poudre
farineuſe , avec laquelle on peut nour
rir des hommes pendant quelque tems ,
moyennant fix onces par jour à chacun ,
délayées dans fuffifante quantité d'eau
bouillante . Cette poudre coûte ou revient
à un fol l'once , puifque l'auteur dit , que
la ration journaliere d'un homme revient
à fix fols ; que ceux qui en feront nourris
pourront vaquer aux travaux les plus pénibles
, fans que leurs forces & leurs fantés
foient expofées à aucune diminution .
C'eft M. Bouébe , Chirurgien major du
régiment Grifon de Salis , qui en eft l'auteur.
Il y a environ trois mois qu'on en a
fait des épreuves en Flandre , par ordre
de M. le Marquis de Paulmi , fous les yeux
de M. le Prince de Soubife & de M. de Sechelles
; M. Bagieu en fit part à l'Académie.
On vient d'en faire de nouvelles expérien
www
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
ces à l'Hôtel royal des Invalides , par ordre
du même Miniftre : M. Morand en a
lu le procès verbal . Ceux qui ont été nourris
avec cette poudre ou farine , s'en font
bien trouvés .
Cette découverte eft fans doute intéreflante
, & peut être d'une grande utilité
dans certaines conjonctures. L'on doit fçavoir
bon gré à M. Bouébe , d'avoir travaillé
à trov er ce moyen de plus , pour foulager
l'humanité dans les occafions où fes befoins
l'exigent : cependant on ne doit pas
regarder cette découverte avec l'enthoufiafme
de la nouveauté , puifque de tous
les tems les farines tirées principalement
des grains , ont fait le fond de la nourriture
de certains peuples , comme je le dirai
plus bas ; mais que même ceux qui n'y
font point habitués , y ont encore tous les
jours recours , quand ils font privés d'autres
alimens plus conformes à leur goût &
à leurs ufages ; & ils fe foutiennent en
fanté , avec cette nourriture fimple , plus
ou moins de tems , felon la néceffité : enfuite
on en revient à la nourriture ordinaire
, quand le tems de la difette ceffe ,
ce qui n'a guere duré , felon les exemples
du paffé , qu'environ fix femaines. On a
vû la preuve de ce que j'avance ici , il y
a quelques années , dans la province de
Guyenne.
FEVRIER. 1755. 125
En 1747 plufieurs provinces de ce
royaume fe trouverent affligées d'une
difette de grains confidérable ; celle de
Guyenne fut une des plus expofées aux
calamités & aux horreurs d'une famine ;
quelque attention que le miniftere appor
tât pour la foulager , même avant qu'elle
fe fût apperçue du danger , elle ne laiffa
pas d'en éprouver les effets .
Bordeaux , fa capitale , ne reçoit de fecours
que par la mer. Les Anglois inftruits
de tous les chargemens qui fe faifoient
'ailleurs pour la province de Guyenne ,
bloquerent l'entrée de la riviere , & par
ce moyen tout fecours fut intercepté. Le
Commiffaire du Roi dans cette province ,
homme d'un génie fupérieur & d'une grande
expérience , occupé par état des malheurs
qui menaçoient les peuples , eut
recours aux moyens dont les nations étrangeres
fe fervent pour fe préferver de la
famine fléau auquel les peuples d'Afie
font affez fouvent expofés..
Ce Magiftrat fit publier une quantité
confidérable de feuilles imprimées , portant
la maniere de faire une espece de
bouillie avec la farine de froment , ainfi
que la façon de préparer le ris pour nourrir
beaucoup de monde à très-bon marché ;
puifque , calcul fait , au prix même où font
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
les choſes à Paris , la farine cinq fols la
livre , le ris huit fols , la graiffe ou ſaindoux
quatorze fols , le beurre à ſeize ſols ,
le fel a onze fols , la nourriture de chaque
homme reviendroit à un fol fept ou huit
deniers tout au plus . Celui de la foupe du
ris au gras , felon la méthode qu'on va
voir , à quelque chofe de plus ; le ris à
l'eau & au lait à beaucoup moins , ce qui
peut encore fouffrir une diminution confidérable
, relativement au prix où font ces
denrées dans les différentes provinces.
Je vais faire la lecture de deux exemplaires
de ces méthodes qui me parvinrent
dans le tems ; l'une pour la préparation de
la farine de froment , l'autre pour celle du
ris.
COPIE DES DEUX EXEMPLAIRES IMPRIMÉS .
Méthode pourfaire la foupe dauphinoife
dite Touble , en plufieurs endroits de Turquie
, avec laquelle on peut nourrir à trèspeu
de frais ungrand nombre de perfonnes.
Prenez une livre de farine de pur froment
, paîtriffez-la avec de l'eau un peu falée.
Quand la pâte eft faite & paîtrie un
* Ainfi nommée , parce qu'un homme de la province
du Dauphiné donna jādis la formule de cette
foupe en Turquie.
FEVRIER. 1755 . 127
peu molle , partagez -la en morceaux , de
la groffeur d'un ceuf ou environ ; étendezles
avec un rouleau , de maniere que la
pâte de chacun foit fort mince , & rangez
le tout fur une table.
Ayez fur le feu une marmite ou chaudron
, ou un pot de terre , avec deux pots
d'eau. Quand cette eau fera chaude , falezla
, & mettez- y un quarteron de beurre
ou de graiffe .
Lorfqu'elle bout à gros bouillons , jettez-
y la pâte qui a été étendue , &
que
vous
aurez
coupée
en très - petits
morceaux
:
plus
ils
font
minces
&
petits
, plus
ils
foifonnent
. Obfervez
de les
jetter
dans
l'endroit
où l'eau
bout
le plus
fort
.
Il ne faut plus enfuite qu'un petit feu
pour faire bouillir doucement pendant cinq
quarts-d'heure ou une heure & demie cette
foupe , qu'il eft néceffaire de remuer de
tems en tems jufqu'au fond de la marmite
avec une cuiller , afin d'empêcher qu'elle
ne s'attache.
Si l'on s'apperçoit qu'elle épaiffit trop ,
on y mettra de l'eau chaude , ou bien de la
farine fi elle eſt trop liquide. Cette foupe
eft agréable au goût , raffafiante & nourriffante.
La quantité ci - deffus fuffit à fix
perfonnes , qui en prendront la moitié pour
dîner , & le refte pour fouper.
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE.
Comme ce refte s'épaiffit beaucoup en fe
refroidiffant , on le délayera avec de l'eau
chaude quand on voudra le manger , &
on le fera rechauffer à petit feu .
On ne doit point laiffer long-tems cette
foupe dans une marmite ou chaudron , de
peur qu'elle ne prenne un goût de cuivre
ou de fer.
Dix livres de farine mifes en pâte , en
rendent treize livres un quart , lefquelles
apprêtées comme ci- deffus , nourriffent
abondamment foixante perfonnes toute
une journée .
Pour dix livres de farine , faifant treize
livres & plus de pâte , il faut vingt pots.
d'eau , deux livres & demie de beurre ou
de graiffe , & trois quarterons de fel .
Plus la farine de froment eft bonne
fans être toutefois bien fine , plus elle foifonne.
La fleur de farine rendroit moins
en pâte , & fe diffoudroit trop aifément en
bouillant. Une farine trop groffiere ne ſe
lieroit pas affez , & ne s'étendroit pas bien
il faut donc choifir la farine dont on fait
le pain bourgeois dans un ménage,
:
Inftructionfur la façon de préparer le ris pour
en nourrir beaucoup de monde à bon marché.
Le ris eft connu pour être une des meilFEVRIER.
1755. 129
leures nourritures qu'il y ait ; des provinces
, des royaumes entiers s'en nourriffent ,
& d'autres en font plus d'ufage pour leur
fubfiftance que de froment ou de feigle.
Il y a plufieurs façons de le manger ; à
l'eau , au gras & au lait . Quelle que foit
celle de ces façons dont on veuille faire
ufage , il faut commencer par bien laver
& nettoyer dans trois eaux tiédes différentes
, la quantité qu'on en doit employer.
Pour le faire à l'eau , & nourrir pendant
unjour trente perſonnes .
Il faut en mettre cinq livres , poids de
marc , dans une marmite ou chaudiere ,
avec dix pots d'eau , & du fel à proportion,
le faire bouillir à petit feu l'efpace de trois
heures , en le remuant de tems en tems ,
afin d'empêcher qu'il ne s'attache , & verfer
à mesure qu'il paroît s'épaiffir , jufques
à concurrence' de dix autres pots d'eau
chaude ; ces cinq livres rendront foixante
portions , ni trop épaiffes ni trop claires
dont deux fuffifent à la nourriture d'une
perfonne , & par conféquent les cinq livies
font fuffifantes pour nourrir trente
perfonnes.
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
Pour le faire au gras , & nourrir le même
nombre de perfonnes.
Il faut , fur le pied de huit onces de
viande par livre de ris & pour quatre pots
d'eau , mettre une livre de viande de quarante
onces dans les dix premiers pots
d'eau , les faire bouillir & écumer , après
quoi y jetter , avec du fel , les cinq livres
de ris , & fuivre ce qui a été dit ci - deſſus.
A la place des quarante onces de viande
, on peut fe fervir de vingt onces de
graiffe , fur le pied d'un quarteron par
livre , & le ris eſt auſſi bon .
Pour le faire au lait , & nourrir le même
nombre de perfonnes.
Il faut obferver la même chofe qu'à celui
à l'eau , en diminuant de deux pots &
demi la quantité d'eau , & les rempliffant
de même quantité de lait , bouilli féparément
& écrêmé , lequel ne fera jetté dans
la marmite qu'au dernier quart d'heure
de cuiffon.
que
·
On entend felon le nombre de perfonnes
qu'on a intention de nourrir , il
n'y a qu'à augmenter ou diminuer à proportion
les dofes de ris , d'eau , de viande,
de graiffe ou de lait.
FEVRIER . 1755. 131
Le ris à l'eau & au gras peut être préparé
pour deux ou trois jours ; mais il y auroit
du danger que celui au lait ne s'aigrît d'un
jour à l'autre.
Voilà la copie littérale des deux imprimés.
Par ces deux méthodes , ce fage Commiffaire
du Roi préferva les habitans de la
Province de Guyenne de la famine dont
ils étoient menacés , & il donna le moyen
de fubfifter , à très- bon marché , à trois ou
quatre cens mille habitans de tout âge & de
tout fexe , qui s'en nourrirent fix femaines
confécutives ; & enfuite à mefure qu'ils
eurent les fecours ordinaires , ils entremêlerent
cette nourriture avec d'autres ,
dont ils ne difpoferent abondamment qu'après
en avoir été privés totalement , ou en
partie , pendant environ quatre mois.
Je n'ignorai pas que dans cette même,
année de calamité il mourut moins de
monde dans cette province que les années
précédentes , à l'époque de dix ans ; c'eſt
ce qui fut vérifié fur les lieux au moyen
des regiftres , ainfi que le bon fuccès de
cette nourriture , avec laquelle les gens qui
en vêcurent , travaillerent comme à leur
ordinaire. Ils s'y font même fi bien accoutumés
, que l'ufage en eft encore fréquent
parmi eux , dans le tems même d'abondance.
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Un voyage que j'ai fait au Canada em
1739 , m'a mis à portée de voir par moimême
que les Sauvages qui habitent ce
vafte pays , fe nourriffent . fréquemment
avec la farine feute de maïs , bled' d'Inde
ou bled de Turquie. Il ne fe paffe prefque
point d'hivers qu'ils ne foient obligés d'y
avoir recours ; ce pays étant neuf mois de
l'année couvert d'une prodigieufe quantité
de neige & de glace , il n'eft pas furprenant
que le gibier & le poiffon leur
manque fouvent. Les François Canadiens
vont faire des hivernemens avec les Sauvages
, dans les forêts des montagnes , loin
des villes & des habitations , pour faire la
chaffe aux animaux propres à leur commerce
de pelleteries . Ils ne fçauroient porter
beaucoup de provifions dans les canots
d'écorce de bouleau , avec lefquels ils font
obligés de voyager pour paffer les rivieres
& les lacs qui fe rencontrent fréquemment
dans leur chemin ; ils font dans la néceffité
de porter ces mêmes canots par terre ,
ainfi que leur petit bagage néceffaire pour
la chaffe. Arrivés aux lieux de leur deſtination
, qui ne font jamais permanens , ils
fubiflent le fort des Sauvages , vivent comme
eux de gibier & de poiffon , & fouvent
auffi avec la farine de bled d'Inde , délayée
tout fimplement dans l'eau chaude , & le
FEVRIER. 1755. 133
و ت
plus fouvent froide. Beaucoup m'ont dit
qu'ils fe font toujours très- bien foutenus
avec cette feule nourriture , des femaines &
des mois entiers: Tous les habitans de ce
pays-là en font témoins , ainfi que les voyageurs
, & on ne peut le révoquer en doute.
Les Sauvages font cuire à des efpeces de
fours qu'ils pratiquent dans la terre , les
épis de bled d'Inde ; ils féparent enfuite
la farine du fon , & la mettent dans de
petits facs pour s'en fervir au befoin , &
fur - tout quand ils veulent entreprendre'
de longs voyages , comme j'ai dit ci- def
fus , ou pour aller faire la guerre à d'autres
nations ennemies qui en font féparées
ordinairement par des efpaces immenſes.
L'année où j'étois dans ce pays-là , quelques
nations voifines de Quebec étoient
en guerre avec les Chicachas ; ces deux armées
avoient environ fix cens lieues à faire
pour fe trouver au champ de bataille.
Une remarque encore digne d'attention.
Feu M. Sarrazin , Médecin célébre
qui a vécu long- tems au Canada , fit part
à l'Académie royale des Sciences , il y a
environ vingt ans , du bon fuccès de la
nourriture avec la farine de bled d'Inde
dont les guerriers Canadiens & Sauvages
s'étoient nourris pendant une campagne ,
& que ceux qui en avoient vécu depuis
134 MERCURE DE FRANCE.
trois à quatre mois , guériffoient de leurs
bleffures avec une facilité furprenante .
Outre cet ufage particulier & effentiel
de la farine de bled d'Inde , les Sauvages.
en font la fagamité , qu'ils nomment fimple
quand elle ne confifte qu'en une efpéce
de bouillie faite avec cette farine , le
fucre d'érable & l'eau. Mais ils en font
ordinairement une plus compofée , pour
leurs repas de cérémonie. Ils ajoutent dans
la chaudiere même avec la farine , de la
graiffe des différens animaux , du gibier ,
du poiffon , & quelquefois du fruit. Ils
nomment alors ce mêlange , une fagamité
complette : quelques nations prononcent
fagoüité.
Les troupes Ruffiennes fe nourriffent
dans les plus longues marches , avec de la
farine préparée , pour être délayée, avec
de l'eau , fouvent fans autres provifions ,
comme il leur eft arrivé pendant les campagnes
de 1737 , 38 & 39 , dans les deferts
de la petite Tartarie . Chaque foldat porte.
fur lui , dans un petit fac, la quantité néceffaire
de farine pour fubfifter des mois entiers
, comme font les Sauvages du Canada .
Cela fuffit pour démontrer que la dofe de
chaque ration doit être fort petite.
Les peuples Maures , & ceux qui habitent
le Sénégal , vivent d'ordinaire & prinFEVRIER.
1755. 135
cipalement , avec la farine de deux eſpéces
de millet ; l'un grand , què les Botaniftes
nomment Sargo ; l'autre petit , nommé
Pani à épi en maffe : Panicum fpica tiphina.
Ils font avec cette farine une espéce
de bouillie ; & quand ils veulent la rendre
plus agréable par la faveur & le goût ,
ils y ajoutent quelques feuilles des plantes
mucilagineufes , tirées des émollientes ou
des aromatiques : ils nomment cette addition
Lalo.
Ils fe nourriffent quelquefois auffi avec
une farine tirée de la moëlle d'une eſpéce
de palmier on nomme celle- ci le Sagou
des Indes .
Ils font encore ufage de la gomme arabique
, dont ils choififfent la plus blanche
& la plus friable , la mettent en poudre
& en ufent comme de la farine . Tout le
monde fçait combien ces hommes font d'une
bonne fanté , forts & vigoureux , quoiqu'ils
ne vivent d'ordinaire qu'avec des
alimens fimples.
La farine de maïs fert univerfellement
à la nourriture des naturels du Pérou & du
Méxique ; ils en font du pain , de la bouillie
, & une préparation particuliere , mais
toujours fimple , qu'ils nomment Tortilles.
C'eft une espéce de pâte cuite qu'ils mangent
journellement , & qui leur fert de
136 MERCURE DE FRANCE.
nourriture dans les plus longs voyages ,
fans autres alimens : ils la portent fur eux
dans un petit fac , comme font les Canadiens
& les Ruffes.
Les Polonois font le Kacha , préparation
farineuſe , dont l'ufage eft général . Ils employent
tantôt celle d'orge , d'avoine , de
millet , ou du bled farrazin de Cracovie ;
celles- là fervent pour la nourriture des foldats
& des gens pauvres. Ils ont auffi une
autre efpéce de petite graine , dont la préparation
eft plus légere & délicate ; les
riches la font cueillir pour eux dans les
prairies , avant le lever & après le coucher
du foleil on nomme celle-ci la manne. :
Les Lapons ufent beaucoup auffi de farine
de millet & autres grains farineux
pour bafe de leur nourriture . Les monta
gnards d'Irlande & d'Ecoffe employent
celle d'avoine & de feigle. En Italie on
fait la Polenta avec celle de bled de Turquie
, qui eft d'un grand ufage , & beaucoup
d'autres préparations farineufes. Le
bled farrazin fournit la nourriture de beaucoup
de peuplés différens. Les Savoyards
outre les bouillies , en font du pain pour
toute leur année , & en vivent la moitié
du tems. Les payfans du Limoufin , de la
baffe Bretagne , en ufent beaucoup auffi .
Dans le pays des Bafques , la farine de maïs
"
FEVRIE R. 1755. 137
eft d'un fecours journalier , ils en font la
maïture.
C'est un fait que dans prefque tous les
pays éloignés des grandes villes , & furtout
dans les pays de montagnes ,
les peuples
fe nourriffent ordinairement avec différentes
préparations farinenſes ; que dans
les villes les plus floriffantes la difette a
obligé quelquefois à y avoir recours ; &
que le ris , diftribué en médiocre quantité
a fourni lui feul la fubfiftance principale
des peuples , en attendant un tems plus favorable
.
*
3
Le réſultat de ces différens faits remplit
mon objet principal ; c'eft de démontrer à
l'Académie le rapport qu'il y a de la nourriture
des Sauvages de l'Amérique feptentrionale
, des Ruffes , des habitans de la
Turquie , de ceux du Sénégal , du Pérou
du Méxique , & de plufieurs autres nations
, avec celle que M. Bouébe propoſe
dans les occafions embarraffantes : que fa
découverte n'eſt rien moins que nouvelle
& merveilleufe ; que le prix de fa poudre
eft exceffif , en le comparant à celui auxquels
reviennent & la foupe Dauphinoife
& la préparation des ris ; qu'une grande
multitude s'eft nourrie dans la province
de Guyenne , avec ces différentes foupes
fur- tout avec la Dauphinoiſe , auffi bien
138 MERCURE DE FRANCE.
& auffi facilement , moyennant les formules
ci-deffus , que le petit nombre auxquels
M. Bouébe a donné fa poudre . Un point
effentiel encore de cette obfervation eft ,
que la quantité néceffaire de farine & de
ris , eft beaucoup moindre dans ces deux
méthodes que dans celle de cet auteur ; on
fent de quelle conféquence eft cet avantage
, fur-tout dans le cas du tranfport , joint
celui des trois quarts moins de la dépenfe
, en portant les chofes au prix le
plus haut , qui eft celui de Paris , comme
j'ai déja dit. Le calcul le plus fimple fuffic
pour prouver cette vérité.
Pour faire la foupe dauphinoife pour 60
perfonnes , pendant une journée , il faut :
Dix livres de farine de froment à cinq
fols ,
Deux liv. de beurre à 16
fols ,
Trois quarterons de fel à
11 fols ,
2 l. 10 f.
8 3 d.
Total
4 l. 18 f. 3 d.
Pour faire la foupe de ris à l'eau pour 30
perfonnes , pendant une journée , il faut :
Cinq livres de ris à 8 f. 2 1.
Six onces de fel à 11 f. I
4f. 1 d.
Total 2 1.4 f. 1 d . 1.
FEVRIER. 1755. 139
Voilà ce dont j'ai cru devoir faire
à la Compagnie.
avec les differentes farines , lûes à la feance
de l'Académie royale de Chirurgie , le
Jeudis Décembre 1754. Par M. Recolin
, Maire en Chirurgie , &c.
On vient de faire des effais d'une poudre
farineuſe , avec laquelle on peut nour
rir des hommes pendant quelque tems ,
moyennant fix onces par jour à chacun ,
délayées dans fuffifante quantité d'eau
bouillante . Cette poudre coûte ou revient
à un fol l'once , puifque l'auteur dit , que
la ration journaliere d'un homme revient
à fix fols ; que ceux qui en feront nourris
pourront vaquer aux travaux les plus pénibles
, fans que leurs forces & leurs fantés
foient expofées à aucune diminution .
C'eft M. Bouébe , Chirurgien major du
régiment Grifon de Salis , qui en eft l'auteur.
Il y a environ trois mois qu'on en a
fait des épreuves en Flandre , par ordre
de M. le Marquis de Paulmi , fous les yeux
de M. le Prince de Soubife & de M. de Sechelles
; M. Bagieu en fit part à l'Académie.
On vient d'en faire de nouvelles expérien
www
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
ces à l'Hôtel royal des Invalides , par ordre
du même Miniftre : M. Morand en a
lu le procès verbal . Ceux qui ont été nourris
avec cette poudre ou farine , s'en font
bien trouvés .
Cette découverte eft fans doute intéreflante
, & peut être d'une grande utilité
dans certaines conjonctures. L'on doit fçavoir
bon gré à M. Bouébe , d'avoir travaillé
à trov er ce moyen de plus , pour foulager
l'humanité dans les occafions où fes befoins
l'exigent : cependant on ne doit pas
regarder cette découverte avec l'enthoufiafme
de la nouveauté , puifque de tous
les tems les farines tirées principalement
des grains , ont fait le fond de la nourriture
de certains peuples , comme je le dirai
plus bas ; mais que même ceux qui n'y
font point habitués , y ont encore tous les
jours recours , quand ils font privés d'autres
alimens plus conformes à leur goût &
à leurs ufages ; & ils fe foutiennent en
fanté , avec cette nourriture fimple , plus
ou moins de tems , felon la néceffité : enfuite
on en revient à la nourriture ordinaire
, quand le tems de la difette ceffe ,
ce qui n'a guere duré , felon les exemples
du paffé , qu'environ fix femaines. On a
vû la preuve de ce que j'avance ici , il y
a quelques années , dans la province de
Guyenne.
FEVRIER. 1755. 125
En 1747 plufieurs provinces de ce
royaume fe trouverent affligées d'une
difette de grains confidérable ; celle de
Guyenne fut une des plus expofées aux
calamités & aux horreurs d'une famine ;
quelque attention que le miniftere appor
tât pour la foulager , même avant qu'elle
fe fût apperçue du danger , elle ne laiffa
pas d'en éprouver les effets .
Bordeaux , fa capitale , ne reçoit de fecours
que par la mer. Les Anglois inftruits
de tous les chargemens qui fe faifoient
'ailleurs pour la province de Guyenne ,
bloquerent l'entrée de la riviere , & par
ce moyen tout fecours fut intercepté. Le
Commiffaire du Roi dans cette province ,
homme d'un génie fupérieur & d'une grande
expérience , occupé par état des malheurs
qui menaçoient les peuples , eut
recours aux moyens dont les nations étrangeres
fe fervent pour fe préferver de la
famine fléau auquel les peuples d'Afie
font affez fouvent expofés..
Ce Magiftrat fit publier une quantité
confidérable de feuilles imprimées , portant
la maniere de faire une espece de
bouillie avec la farine de froment , ainfi
que la façon de préparer le ris pour nourrir
beaucoup de monde à très-bon marché ;
puifque , calcul fait , au prix même où font
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
les choſes à Paris , la farine cinq fols la
livre , le ris huit fols , la graiffe ou ſaindoux
quatorze fols , le beurre à ſeize ſols ,
le fel a onze fols , la nourriture de chaque
homme reviendroit à un fol fept ou huit
deniers tout au plus . Celui de la foupe du
ris au gras , felon la méthode qu'on va
voir , à quelque chofe de plus ; le ris à
l'eau & au lait à beaucoup moins , ce qui
peut encore fouffrir une diminution confidérable
, relativement au prix où font ces
denrées dans les différentes provinces.
Je vais faire la lecture de deux exemplaires
de ces méthodes qui me parvinrent
dans le tems ; l'une pour la préparation de
la farine de froment , l'autre pour celle du
ris.
COPIE DES DEUX EXEMPLAIRES IMPRIMÉS .
Méthode pourfaire la foupe dauphinoife
dite Touble , en plufieurs endroits de Turquie
, avec laquelle on peut nourrir à trèspeu
de frais ungrand nombre de perfonnes.
Prenez une livre de farine de pur froment
, paîtriffez-la avec de l'eau un peu falée.
Quand la pâte eft faite & paîtrie un
* Ainfi nommée , parce qu'un homme de la province
du Dauphiné donna jādis la formule de cette
foupe en Turquie.
FEVRIER. 1755 . 127
peu molle , partagez -la en morceaux , de
la groffeur d'un ceuf ou environ ; étendezles
avec un rouleau , de maniere que la
pâte de chacun foit fort mince , & rangez
le tout fur une table.
Ayez fur le feu une marmite ou chaudron
, ou un pot de terre , avec deux pots
d'eau. Quand cette eau fera chaude , falezla
, & mettez- y un quarteron de beurre
ou de graiffe .
Lorfqu'elle bout à gros bouillons , jettez-
y la pâte qui a été étendue , &
que
vous
aurez
coupée
en très - petits
morceaux
:
plus
ils
font
minces
&
petits
, plus
ils
foifonnent
. Obfervez
de les
jetter
dans
l'endroit
où l'eau
bout
le plus
fort
.
Il ne faut plus enfuite qu'un petit feu
pour faire bouillir doucement pendant cinq
quarts-d'heure ou une heure & demie cette
foupe , qu'il eft néceffaire de remuer de
tems en tems jufqu'au fond de la marmite
avec une cuiller , afin d'empêcher qu'elle
ne s'attache.
Si l'on s'apperçoit qu'elle épaiffit trop ,
on y mettra de l'eau chaude , ou bien de la
farine fi elle eſt trop liquide. Cette foupe
eft agréable au goût , raffafiante & nourriffante.
La quantité ci - deffus fuffit à fix
perfonnes , qui en prendront la moitié pour
dîner , & le refte pour fouper.
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE.
Comme ce refte s'épaiffit beaucoup en fe
refroidiffant , on le délayera avec de l'eau
chaude quand on voudra le manger , &
on le fera rechauffer à petit feu .
On ne doit point laiffer long-tems cette
foupe dans une marmite ou chaudron , de
peur qu'elle ne prenne un goût de cuivre
ou de fer.
Dix livres de farine mifes en pâte , en
rendent treize livres un quart , lefquelles
apprêtées comme ci- deffus , nourriffent
abondamment foixante perfonnes toute
une journée .
Pour dix livres de farine , faifant treize
livres & plus de pâte , il faut vingt pots.
d'eau , deux livres & demie de beurre ou
de graiffe , & trois quarterons de fel .
Plus la farine de froment eft bonne
fans être toutefois bien fine , plus elle foifonne.
La fleur de farine rendroit moins
en pâte , & fe diffoudroit trop aifément en
bouillant. Une farine trop groffiere ne ſe
lieroit pas affez , & ne s'étendroit pas bien
il faut donc choifir la farine dont on fait
le pain bourgeois dans un ménage,
:
Inftructionfur la façon de préparer le ris pour
en nourrir beaucoup de monde à bon marché.
Le ris eft connu pour être une des meilFEVRIER.
1755. 129
leures nourritures qu'il y ait ; des provinces
, des royaumes entiers s'en nourriffent ,
& d'autres en font plus d'ufage pour leur
fubfiftance que de froment ou de feigle.
Il y a plufieurs façons de le manger ; à
l'eau , au gras & au lait . Quelle que foit
celle de ces façons dont on veuille faire
ufage , il faut commencer par bien laver
& nettoyer dans trois eaux tiédes différentes
, la quantité qu'on en doit employer.
Pour le faire à l'eau , & nourrir pendant
unjour trente perſonnes .
Il faut en mettre cinq livres , poids de
marc , dans une marmite ou chaudiere ,
avec dix pots d'eau , & du fel à proportion,
le faire bouillir à petit feu l'efpace de trois
heures , en le remuant de tems en tems ,
afin d'empêcher qu'il ne s'attache , & verfer
à mesure qu'il paroît s'épaiffir , jufques
à concurrence' de dix autres pots d'eau
chaude ; ces cinq livres rendront foixante
portions , ni trop épaiffes ni trop claires
dont deux fuffifent à la nourriture d'une
perfonne , & par conféquent les cinq livies
font fuffifantes pour nourrir trente
perfonnes.
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
Pour le faire au gras , & nourrir le même
nombre de perfonnes.
Il faut , fur le pied de huit onces de
viande par livre de ris & pour quatre pots
d'eau , mettre une livre de viande de quarante
onces dans les dix premiers pots
d'eau , les faire bouillir & écumer , après
quoi y jetter , avec du fel , les cinq livres
de ris , & fuivre ce qui a été dit ci - deſſus.
A la place des quarante onces de viande
, on peut fe fervir de vingt onces de
graiffe , fur le pied d'un quarteron par
livre , & le ris eſt auſſi bon .
Pour le faire au lait , & nourrir le même
nombre de perfonnes.
Il faut obferver la même chofe qu'à celui
à l'eau , en diminuant de deux pots &
demi la quantité d'eau , & les rempliffant
de même quantité de lait , bouilli féparément
& écrêmé , lequel ne fera jetté dans
la marmite qu'au dernier quart d'heure
de cuiffon.
que
·
On entend felon le nombre de perfonnes
qu'on a intention de nourrir , il
n'y a qu'à augmenter ou diminuer à proportion
les dofes de ris , d'eau , de viande,
de graiffe ou de lait.
FEVRIER . 1755. 131
Le ris à l'eau & au gras peut être préparé
pour deux ou trois jours ; mais il y auroit
du danger que celui au lait ne s'aigrît d'un
jour à l'autre.
Voilà la copie littérale des deux imprimés.
Par ces deux méthodes , ce fage Commiffaire
du Roi préferva les habitans de la
Province de Guyenne de la famine dont
ils étoient menacés , & il donna le moyen
de fubfifter , à très- bon marché , à trois ou
quatre cens mille habitans de tout âge & de
tout fexe , qui s'en nourrirent fix femaines
confécutives ; & enfuite à mefure qu'ils
eurent les fecours ordinaires , ils entremêlerent
cette nourriture avec d'autres ,
dont ils ne difpoferent abondamment qu'après
en avoir été privés totalement , ou en
partie , pendant environ quatre mois.
Je n'ignorai pas que dans cette même,
année de calamité il mourut moins de
monde dans cette province que les années
précédentes , à l'époque de dix ans ; c'eſt
ce qui fut vérifié fur les lieux au moyen
des regiftres , ainfi que le bon fuccès de
cette nourriture , avec laquelle les gens qui
en vêcurent , travaillerent comme à leur
ordinaire. Ils s'y font même fi bien accoutumés
, que l'ufage en eft encore fréquent
parmi eux , dans le tems même d'abondance.
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Un voyage que j'ai fait au Canada em
1739 , m'a mis à portée de voir par moimême
que les Sauvages qui habitent ce
vafte pays , fe nourriffent . fréquemment
avec la farine feute de maïs , bled' d'Inde
ou bled de Turquie. Il ne fe paffe prefque
point d'hivers qu'ils ne foient obligés d'y
avoir recours ; ce pays étant neuf mois de
l'année couvert d'une prodigieufe quantité
de neige & de glace , il n'eft pas furprenant
que le gibier & le poiffon leur
manque fouvent. Les François Canadiens
vont faire des hivernemens avec les Sauvages
, dans les forêts des montagnes , loin
des villes & des habitations , pour faire la
chaffe aux animaux propres à leur commerce
de pelleteries . Ils ne fçauroient porter
beaucoup de provifions dans les canots
d'écorce de bouleau , avec lefquels ils font
obligés de voyager pour paffer les rivieres
& les lacs qui fe rencontrent fréquemment
dans leur chemin ; ils font dans la néceffité
de porter ces mêmes canots par terre ,
ainfi que leur petit bagage néceffaire pour
la chaffe. Arrivés aux lieux de leur deſtination
, qui ne font jamais permanens , ils
fubiflent le fort des Sauvages , vivent comme
eux de gibier & de poiffon , & fouvent
auffi avec la farine de bled d'Inde , délayée
tout fimplement dans l'eau chaude , & le
FEVRIER. 1755. 133
و ت
plus fouvent froide. Beaucoup m'ont dit
qu'ils fe font toujours très- bien foutenus
avec cette feule nourriture , des femaines &
des mois entiers: Tous les habitans de ce
pays-là en font témoins , ainfi que les voyageurs
, & on ne peut le révoquer en doute.
Les Sauvages font cuire à des efpeces de
fours qu'ils pratiquent dans la terre , les
épis de bled d'Inde ; ils féparent enfuite
la farine du fon , & la mettent dans de
petits facs pour s'en fervir au befoin , &
fur - tout quand ils veulent entreprendre'
de longs voyages , comme j'ai dit ci- def
fus , ou pour aller faire la guerre à d'autres
nations ennemies qui en font féparées
ordinairement par des efpaces immenſes.
L'année où j'étois dans ce pays-là , quelques
nations voifines de Quebec étoient
en guerre avec les Chicachas ; ces deux armées
avoient environ fix cens lieues à faire
pour fe trouver au champ de bataille.
Une remarque encore digne d'attention.
Feu M. Sarrazin , Médecin célébre
qui a vécu long- tems au Canada , fit part
à l'Académie royale des Sciences , il y a
environ vingt ans , du bon fuccès de la
nourriture avec la farine de bled d'Inde
dont les guerriers Canadiens & Sauvages
s'étoient nourris pendant une campagne ,
& que ceux qui en avoient vécu depuis
134 MERCURE DE FRANCE.
trois à quatre mois , guériffoient de leurs
bleffures avec une facilité furprenante .
Outre cet ufage particulier & effentiel
de la farine de bled d'Inde , les Sauvages.
en font la fagamité , qu'ils nomment fimple
quand elle ne confifte qu'en une efpéce
de bouillie faite avec cette farine , le
fucre d'érable & l'eau. Mais ils en font
ordinairement une plus compofée , pour
leurs repas de cérémonie. Ils ajoutent dans
la chaudiere même avec la farine , de la
graiffe des différens animaux , du gibier ,
du poiffon , & quelquefois du fruit. Ils
nomment alors ce mêlange , une fagamité
complette : quelques nations prononcent
fagoüité.
Les troupes Ruffiennes fe nourriffent
dans les plus longues marches , avec de la
farine préparée , pour être délayée, avec
de l'eau , fouvent fans autres provifions ,
comme il leur eft arrivé pendant les campagnes
de 1737 , 38 & 39 , dans les deferts
de la petite Tartarie . Chaque foldat porte.
fur lui , dans un petit fac, la quantité néceffaire
de farine pour fubfifter des mois entiers
, comme font les Sauvages du Canada .
Cela fuffit pour démontrer que la dofe de
chaque ration doit être fort petite.
Les peuples Maures , & ceux qui habitent
le Sénégal , vivent d'ordinaire & prinFEVRIER.
1755. 135
cipalement , avec la farine de deux eſpéces
de millet ; l'un grand , què les Botaniftes
nomment Sargo ; l'autre petit , nommé
Pani à épi en maffe : Panicum fpica tiphina.
Ils font avec cette farine une espéce
de bouillie ; & quand ils veulent la rendre
plus agréable par la faveur & le goût ,
ils y ajoutent quelques feuilles des plantes
mucilagineufes , tirées des émollientes ou
des aromatiques : ils nomment cette addition
Lalo.
Ils fe nourriffent quelquefois auffi avec
une farine tirée de la moëlle d'une eſpéce
de palmier on nomme celle- ci le Sagou
des Indes .
Ils font encore ufage de la gomme arabique
, dont ils choififfent la plus blanche
& la plus friable , la mettent en poudre
& en ufent comme de la farine . Tout le
monde fçait combien ces hommes font d'une
bonne fanté , forts & vigoureux , quoiqu'ils
ne vivent d'ordinaire qu'avec des
alimens fimples.
La farine de maïs fert univerfellement
à la nourriture des naturels du Pérou & du
Méxique ; ils en font du pain , de la bouillie
, & une préparation particuliere , mais
toujours fimple , qu'ils nomment Tortilles.
C'eft une espéce de pâte cuite qu'ils mangent
journellement , & qui leur fert de
136 MERCURE DE FRANCE.
nourriture dans les plus longs voyages ,
fans autres alimens : ils la portent fur eux
dans un petit fac , comme font les Canadiens
& les Ruffes.
Les Polonois font le Kacha , préparation
farineuſe , dont l'ufage eft général . Ils employent
tantôt celle d'orge , d'avoine , de
millet , ou du bled farrazin de Cracovie ;
celles- là fervent pour la nourriture des foldats
& des gens pauvres. Ils ont auffi une
autre efpéce de petite graine , dont la préparation
eft plus légere & délicate ; les
riches la font cueillir pour eux dans les
prairies , avant le lever & après le coucher
du foleil on nomme celle-ci la manne. :
Les Lapons ufent beaucoup auffi de farine
de millet & autres grains farineux
pour bafe de leur nourriture . Les monta
gnards d'Irlande & d'Ecoffe employent
celle d'avoine & de feigle. En Italie on
fait la Polenta avec celle de bled de Turquie
, qui eft d'un grand ufage , & beaucoup
d'autres préparations farineufes. Le
bled farrazin fournit la nourriture de beaucoup
de peuplés différens. Les Savoyards
outre les bouillies , en font du pain pour
toute leur année , & en vivent la moitié
du tems. Les payfans du Limoufin , de la
baffe Bretagne , en ufent beaucoup auffi .
Dans le pays des Bafques , la farine de maïs
"
FEVRIE R. 1755. 137
eft d'un fecours journalier , ils en font la
maïture.
C'est un fait que dans prefque tous les
pays éloignés des grandes villes , & furtout
dans les pays de montagnes ,
les peuples
fe nourriffent ordinairement avec différentes
préparations farinenſes ; que dans
les villes les plus floriffantes la difette a
obligé quelquefois à y avoir recours ; &
que le ris , diftribué en médiocre quantité
a fourni lui feul la fubfiftance principale
des peuples , en attendant un tems plus favorable
.
*
3
Le réſultat de ces différens faits remplit
mon objet principal ; c'eft de démontrer à
l'Académie le rapport qu'il y a de la nourriture
des Sauvages de l'Amérique feptentrionale
, des Ruffes , des habitans de la
Turquie , de ceux du Sénégal , du Pérou
du Méxique , & de plufieurs autres nations
, avec celle que M. Bouébe propoſe
dans les occafions embarraffantes : que fa
découverte n'eſt rien moins que nouvelle
& merveilleufe ; que le prix de fa poudre
eft exceffif , en le comparant à celui auxquels
reviennent & la foupe Dauphinoife
& la préparation des ris ; qu'une grande
multitude s'eft nourrie dans la province
de Guyenne , avec ces différentes foupes
fur- tout avec la Dauphinoiſe , auffi bien
138 MERCURE DE FRANCE.
& auffi facilement , moyennant les formules
ci-deffus , que le petit nombre auxquels
M. Bouébe a donné fa poudre . Un point
effentiel encore de cette obfervation eft ,
que la quantité néceffaire de farine & de
ris , eft beaucoup moindre dans ces deux
méthodes que dans celle de cet auteur ; on
fent de quelle conféquence eft cet avantage
, fur-tout dans le cas du tranfport , joint
celui des trois quarts moins de la dépenfe
, en portant les chofes au prix le
plus haut , qui eft celui de Paris , comme
j'ai déja dit. Le calcul le plus fimple fuffic
pour prouver cette vérité.
Pour faire la foupe dauphinoife pour 60
perfonnes , pendant une journée , il faut :
Dix livres de farine de froment à cinq
fols ,
Deux liv. de beurre à 16
fols ,
Trois quarterons de fel à
11 fols ,
2 l. 10 f.
8 3 d.
Total
4 l. 18 f. 3 d.
Pour faire la foupe de ris à l'eau pour 30
perfonnes , pendant une journée , il faut :
Cinq livres de ris à 8 f. 2 1.
Six onces de fel à 11 f. I
4f. 1 d.
Total 2 1.4 f. 1 d . 1.
FEVRIER. 1755. 139
Voilà ce dont j'ai cru devoir faire
à la Compagnie.
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Résumé : Remarques sur la nourriture des hommes avec les differentes farines, lûes à la séance de l'Académie royale de Chirurgie, le Jeudi 5 Décembre 1754. Par M. Recolin, Maitre en Chirurgie, &c.
En décembre 1754, M. Recolin présenta à l'Académie royale de Chirurgie une poudre farineuse inventée par M. Bouébé, chirurgien major du régiment Grifon de Salis. Cette poudre, testée en Flandre et à l'Hôtel royal des Invalides, permettait une ration quotidienne de six onces par personne, diluées dans de l'eau bouillante. Historiquement, les farines ont souvent servi de base alimentaire en période de disette. En 1747, en Guyenne, une pénurie de grains fut atténuée par des bouillies économiques à base de farine de froment et de riz. Le texte mentionne également la 'soupe dauphinoise' ou 'Touble', utilisée en Turquie pour nourrir un grand nombre de personnes à faible coût. Cette soupe est préparée avec de la farine de froment, de l'eau salée, du beurre ou de la graisse, et cuite environ une heure et demie. Le riz est également cité comme une nourriture économique et nutritive, préparé à l'eau, au gras ou au lait. Différentes cultures utilisent des farines de céréales pour des bouillies et des pains. Par exemple, les Canadiens et les autochtones d'Amérique du Nord utilisent la farine de maïs, les Russes et les Maures utilisent le millet, et les Italiens utilisent la polenta. Le texte compare ces préparations et souligne que la soupe dauphinoise et la soupe de riz ont été efficaces pour nourrir une grande multitude en Guyenne de manière économique.
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