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5451
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Fautes à corriger dans ce Livre.
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Page 1499. ligne 19. Embrasemens confonde, lisez, embrassemens confondent. [...]
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Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 1499. ligne 19. Embrafemens confonde
life ,
embraffemens confondent .
L'dir noté
Age 1499. ligne 19. Embrafemens confonde
life ,
embraffemens confondent .
L'dir noté
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5452
s. p.
« L'Air noté doit regarder la page 1628 [...] »
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L'Air noté doit regarder la page 1628 [...]
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1629
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5453
s. p.
AVIS.
Début :
L'ADRESSE generale est à Monsieur MOREAU, Commis au [...]
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texteReconnaissance textuelle : AVIS.
A VIS.
' ADRESSE generale eft &
Monfieur MOREAU , Commis als
?
1
Mercure vis - à - vis la Comedie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour les faire tenir,
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter, & à ceux qui
les envoyent celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas garde
de copie,
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui ſouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M, Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter fur
Pheure à la Pofte, ou aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS
' ADRESSE generale eft &
Monfieur MOREAU , Commis als
?
1
Mercure vis - à - vis la Comedie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour les faire tenir,
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter, & à ceux qui
les envoyent celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas garde
de copie,
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui ſouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M, Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter fur
Pheure à la Pofte, ou aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS
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Résumé : AVIS.
Le document annonce la distribution du 'Mercure'. Les lecteurs peuvent envoyer leurs paquets cachetés aux libraires parisiens vendant le 'Mercure'. Il est conseillé d'affranchir les lettres ou paquets pour éviter leur rejet. Les libraires des provinces et des pays étrangers, ainsi que les particuliers, peuvent obtenir le 'Mercure' directement en fournissant leurs adresses à Monsieur Moreau. Ce dernier se chargera de préparer et d'expédier les paquets rapidement, soit par la poste, soit par les messageries indiquées. Le prix du 'Mercure' est de trente sols.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5454
p. [1691]-1695
IDILLE, A Madame la Marquise de ....
Début :
J'étois dans un lieu solitaire, [...]
Mots clefs :
Amour, Coeur, Belle, Amant
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texteReconnaissance textuelle : IDILLE, A Madame la Marquise de ....
IDILLE ,
A Madame la Marquife de .
'Etois dans un lieu folitaire
J Azile frais & gracieux ;
L'aimable Reine de Cithere
S'offrit tout à coup 2 mes усих.
Quel éclat ! malgré fa trifteffe ;
Je fus charmé de fes attraits
A ij Climene
1692 MERCURE
DE FRANCE
Climene , de cette Déeffe
On peut voir en vous tous les traits .
Je fentis mon ame engagée ,
A calmer fes vives douleurs :
Quand une Belle eft affligée
Il eft doux d'effuyer fes pleurs.
D'où peuvent naître vas allarmes ,
Lui dis.je , adorable Cypris ?
Vous enchantez le Dieu des Armes;
Vulcain vous auroit - il furpris ?
'Autrefois il ofa s'en plaindre ,
L'Olimpe rit de fon courroux :
Non , vous n'avez plus rien à craindre ,
Il ſçait être commode époux.
Peut- être votre coeur fenfible
Se retrace des maux paffez ;
D'Adonis le deftin terrible ,
Caufe les pleurs que vous verfez.
Malgré la mort qui vous fépare ,
Penferiez-vous encore à lui !
Un
A OUST. 1730. 1693,
Un tel exemple feroit rare ,"
Parmi les Belles d'aujourd'hui.
Quand pour une fimple Mortelle
Votre Fils ofoit ſoupirer,
De ce qu'il vous aimoit moins qu'elle ,
On vous voyoit fouvent pleurer.
En feriez-vous encor jaloufe a
Je fuis fûr de fon changement ;
Dès que Pfiché fut fon épouse ,
Il ceffa d'être fon Amant.
Pour nous guérir d'une foibleffe ,
L'Hymen eſt un puiffant fecours ;
C'est le tombeau de la tendreffe ,
On l'éprouve affez tous les jours.
M
Ce filence doit me furprendre?
Ah ! rendez-vous à mes defirs ;
Belle Venus , daignez m'apprendre ,
Le fujet de tant de foupirs
Tu vois , me dit- elle , une mere
Réduite au plus vif deſeſpoir ;
A iij Mon
1694 MERCURE DE FRANCE
Mon Fils eft parti de Cithere ,
Jurant de ne me plus revoir.
Je viens dans mon impatience.
Tâcher de preffer ſon retour :
Je ne puis fouffrir fon abfence ,
La Beauté languit fans l'Amour.
Tout fert à redoubler ma peine ;
Dès que j'arrive dans ces lieux ,
J'apprens qu'il eft près de Climene ;
L'ingrat ! il brille dans fes yeux.
"
Que cette imprudente Mortelle ,
Redoute mes tranfports jaloux ;
Je fçai me venger ; c'eft fur elle ,
Que doit tomber tout mon courroux
Laiffons un difcours inutile
Je vais la chercher de ce pas :
Sans doute il me fera facile ,
De la connoître à ſes appas.
La Déeffe à ces mots me quitté »
Je cours vers vous avec ardeur ,
La
Á O UST.
1730. 1695
La vengeance qu'elle médite ,
M'infpire une jufte frayeur.
Prévenez -la , belle Climene :
Je veux vous apprendre comment
L'Amour y foufcrira fans peine ,
11 fera de mon fentiment.
Ouvrez à cet Enfant aimable
Votre coeur , daignez l'y cacher ;
Dans cet azile impenetrable ,
Venus n'ira pas le chercher.
D'an Amant fincere & fidele }
'Amour , exauce le fouhait :
Dans ce coeur , pour prix de mon zefe ,
Tâche de graver mon portrait.
Par l'Auteur de PIdille intitulée l'Amour
Exilé , inferée dans le Mercure du mois
de Fanvier 1729.
A Madame la Marquife de .
'Etois dans un lieu folitaire
J Azile frais & gracieux ;
L'aimable Reine de Cithere
S'offrit tout à coup 2 mes усих.
Quel éclat ! malgré fa trifteffe ;
Je fus charmé de fes attraits
A ij Climene
1692 MERCURE
DE FRANCE
Climene , de cette Déeffe
On peut voir en vous tous les traits .
Je fentis mon ame engagée ,
A calmer fes vives douleurs :
Quand une Belle eft affligée
Il eft doux d'effuyer fes pleurs.
D'où peuvent naître vas allarmes ,
Lui dis.je , adorable Cypris ?
Vous enchantez le Dieu des Armes;
Vulcain vous auroit - il furpris ?
'Autrefois il ofa s'en plaindre ,
L'Olimpe rit de fon courroux :
Non , vous n'avez plus rien à craindre ,
Il ſçait être commode époux.
Peut- être votre coeur fenfible
Se retrace des maux paffez ;
D'Adonis le deftin terrible ,
Caufe les pleurs que vous verfez.
Malgré la mort qui vous fépare ,
Penferiez-vous encore à lui !
Un
A OUST. 1730. 1693,
Un tel exemple feroit rare ,"
Parmi les Belles d'aujourd'hui.
Quand pour une fimple Mortelle
Votre Fils ofoit ſoupirer,
De ce qu'il vous aimoit moins qu'elle ,
On vous voyoit fouvent pleurer.
En feriez-vous encor jaloufe a
Je fuis fûr de fon changement ;
Dès que Pfiché fut fon épouse ,
Il ceffa d'être fon Amant.
Pour nous guérir d'une foibleffe ,
L'Hymen eſt un puiffant fecours ;
C'est le tombeau de la tendreffe ,
On l'éprouve affez tous les jours.
M
Ce filence doit me furprendre?
Ah ! rendez-vous à mes defirs ;
Belle Venus , daignez m'apprendre ,
Le fujet de tant de foupirs
Tu vois , me dit- elle , une mere
Réduite au plus vif deſeſpoir ;
A iij Mon
1694 MERCURE DE FRANCE
Mon Fils eft parti de Cithere ,
Jurant de ne me plus revoir.
Je viens dans mon impatience.
Tâcher de preffer ſon retour :
Je ne puis fouffrir fon abfence ,
La Beauté languit fans l'Amour.
Tout fert à redoubler ma peine ;
Dès que j'arrive dans ces lieux ,
J'apprens qu'il eft près de Climene ;
L'ingrat ! il brille dans fes yeux.
"
Que cette imprudente Mortelle ,
Redoute mes tranfports jaloux ;
Je fçai me venger ; c'eft fur elle ,
Que doit tomber tout mon courroux
Laiffons un difcours inutile
Je vais la chercher de ce pas :
Sans doute il me fera facile ,
De la connoître à ſes appas.
La Déeffe à ces mots me quitté »
Je cours vers vous avec ardeur ,
La
Á O UST.
1730. 1695
La vengeance qu'elle médite ,
M'infpire une jufte frayeur.
Prévenez -la , belle Climene :
Je veux vous apprendre comment
L'Amour y foufcrira fans peine ,
11 fera de mon fentiment.
Ouvrez à cet Enfant aimable
Votre coeur , daignez l'y cacher ;
Dans cet azile impenetrable ,
Venus n'ira pas le chercher.
D'an Amant fincere & fidele }
'Amour , exauce le fouhait :
Dans ce coeur , pour prix de mon zefe ,
Tâche de graver mon portrait.
Par l'Auteur de PIdille intitulée l'Amour
Exilé , inferée dans le Mercure du mois
de Fanvier 1729.
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Résumé : IDILLE, A Madame la Marquise de ....
Le poème 'Idille', publié dans le Mercure de France entre 1692 et 1695, décrit une conversation entre le narrateur et la déesse Vénus, également nommée Climène. Le narrateur est captivé par la beauté de Vénus, malgré sa tristesse. Vénus exprime ses alarmes et ses pleurs, évoquant des maux passés et la mort d'Adonis. Le narrateur la rassure en lui rappelant que l'Hymen est un remède contre la faiblesse amoureuse. Vénus révèle ensuite son désespoir maternel : son fils est parti et elle craint qu'il ne l'aime plus. Elle découvre qu'il est auprès de Climène et décide de se venger. Inquiet, le narrateur prévient Climène et lui demande de cacher l'enfant aimable dans son cœur pour protéger son amour. Le poème se conclut par une prière à l'Amour pour qu'il grave le portrait du narrateur dans le cœur de Climène.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5455
p. 1696-1718
TROISIÉME LETRE sur le Livre anoncé sous le titre de la BIBLIOTEQUE DES ENFANS, ou les premier élemens des letres.
Début :
Puisque vous le souhaités, Monsieur, en faveur de persones qui font usage [...]
Mots clefs :
Enfants, Carte, Méthode, Voyelles, A, B, C Français, A, B, C Latin, Exercice, Latin, Français, École, Consonnes, Jeux, Bureau
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texteReconnaissance textuelle : TROISIÉME LETRE sur le Livre anoncé sous le titre de la BIBLIOTEQUE DES ENFANS, ou les premier élemens des letres.
TROISIEME LETRE fur le
Livre anoncé fous le titre de la B1-
BLIOTEQUE DES ENFANS ,
les premiers élemens des letres .
Po
ou
Uifque vous le fouhaités , Monfieur ,
en faveur des perfones qui font ufage
du bureau tipografique , j'aurai encore
l'honeur de vous parler de la Biblioteque
des enfans , et de vous doner la fuite des
reflexions & des inftructions préliminalres
fur cet ouvrage. L'auteur qui m'a
confié fon manufcrit , eft d'ailleurs bien
aife de preffentir le gout du public avant
que de l'expofer à l'emplete , et qui pis
eft , à la lecture d'un livre dont il feroit
peut-être peu de cas par la fuite..
Un enfant capable de diftinguer les
couleurs & les objets fans les nomer , peut
en ètre amuſé de bone heure ; il ne s'agit
que du chois des objets qu'on lui préſente
pour le divertir , plutot que pour l'apliquer
d'une maniere nuifible : D'ailleurs
l'enfant fait conoitre fon dégout dès qu'il
le fent ; il ne faut donc jamais le forcer
au jeu ; l'on doit au contraire nourir &
entretenir en lui le defir de badiner avec
des objets inftructifs. Le tout confifte dans
ce point , & la diverfité des objets fervant
& tendant à mème fin , certaines heures
de
A O UST . 1730. 1697
I
de gaiété , de bone humeur , prifes avant
ou après les répas , donent plus de tems
qu'il n'en faut pour ce petit exercice . Des
images , des jetons , des médailles , des
letres ifolées fur des dés , ou fur des cartes à
jouer , ne divertiront pas moins un enfant,
que les vils morceaux d'un vafe caffé , et
autres chofes capables de lui faire du mal
come des bâtons; des couteaux, ou des ci
feaux , qu'on a trop fouvent la dangereuſe
complaifance de lui laiffer entre les mains
Il faut préferer à tous autres jeux l'ufage
& le jeu des letres , parce qu'elles font la
clé des arts-& - des fiences . Un enfant d'artifan
aprend de bone heure le nom des
outils de la boutique de fon pere; un anaṛ
tomiſte done à fon enfant des os & des
têtes de mort pour lui fervir d'amufe
ment et en même tems pour avoir ocafion
de lui montrer de bone heure les
premiers élemens de l'anatomie : ne peuton
pas en faire de même à l'égard des élé
mens des letres? La peinture , la gravure,
la fculpture , la broderie ; & c . pouroient
fournir à l'enfant d'un prince , d'un grand
feigneur , ou d'un home riche , diferens
jeux de letres de diverfes matieres
pres à le divertir & à l''inſtruire .
pro
On pouroit au lieu de cartes ordinaires
avoir des jetons, ou des letres fur une ma
tiere plus folide que cèle des cartes , come
~
Av dess
1698 MERCURE DE FRANCE
des tableaux , des cartons , ou des cartes doubles
& groffieres. On pouroit auffi fe fervir
utilement des fix faces des dés , et les
aranger come les letres des imprimeurs :
faute de dés il fufiroit d'avoir des letres
d'ivoire de buis , ou d'os , dont le noir &
le blancimiteroient l'impreffion ordinaire :
on pouroit faire cela pour un jeune prin
ce ; & le colombier du bureau tipografique
feroit pour lors garni de petits tiroirs
ou caffetins, remplis des letres fimples out
combinées qui fervent à marquer les fons
de la langue en laquelle on voudroit imprimer.
Mais le jeu des cartes achetées
a la livre & marquées de letres , me paroit
auffi fenfible , plus comode , moins
cher , et non moins inftruétif. D'ailleurs
les perfones qui aiment le jeu , ne defaprouveront
pas que les enfans aprenent
de bone heure à manier les cartes , et ceux
qui n'aiment pas le jeu , n'auront point
lieu de craindre qu'un enfant nouri &
élevé dans le jeu des cartes literaires , deviene
par là efclave de la paffion des autres
jeux de cartes. L'enfant n'aime dans
cet exercice que le côté des letres ; le petit
CANDIAC , du moins n'avoit de curiofité
que pour le dos des cartes , dont on luf
prefentoit les poins , ou les figures ; & s'il
n'y avoit rien far le dos des cartes , il les
donoit d'abord pour ètre employées util
lement
A O UST. 1730. 1699
lement au bureau . Le mouvement & le
manîment des cartes done à la main de
l'enfant une adreffe toute particuliere.
cèle
On pouroit encore par l'affemblage &
la combinaiſon des letres , faire un jeu
inftructif; des croix , des figures d'homes,
d'animaux et d'autres objets capables
d'exciter la curiofité & de reveiller l'atention
en variant tout, de tems en tems par
la nouveauté la dépenfe que l'on feroit
pour cela feroit toujours au-deffous de
qu'on fait pour de riches, mais ignorantes
bagateles . On met volontiers une
piftole à un noeud de ruban , ou à un bonet
pour un enfant, auquel on plaint fourvent
un mois d'inftruction : on done fans
neceffité un repas de dix piftoles à cinq
ou fix amis , pendant que l'on refufe a
fon enfant un livre de trente fous : la vanité
dédomageant dans l'un , on croit
Fautre pure perte : oferai -je dire que le
corps obtient le fuperflu , pendant que
l'efprit n'a pas le neceffaire. Cependant fi
Pon trouve cète métode trop chere &
trop pénible , on peut la laiffer à ceux
qui auront plus de bien, plus de patience,
et plus d'envie d'avancer de bone heure
feurs enfans. Il ne faut difputer ici ni des
gouts ni des génies ; mais on peut dire en
general que la faute des éducations manquées
, vient ordinairement des parens &
A vi des
1700 MERCURE DE FRANCE
'des maitres , plutot que des enfans : j'en
apele à l'experience ; chacun critique l'éducation
des enfans de fon voifin , pendant
qu'il s'aveugle fur celle des fiens propres .
On peut d'abord faire aprendre aux enfans
come à des peroquets , à prononcer
les voyeles & les confones ; et
par leur
nomination faire entrer les fons de la lan
gue françoife par l'oreille , avant que de
leur en montrer la figure aux ïeux : on
metra par là en exercice les organes de
la parole , fur tout fi l'on a foin de pro
noncer à haute voix lés fons de notre lan
gue fimples ou compofés. Et fi l'on s'aper
çoit que l'enfant ne prononce pas
facile
ment certaines letres de l'A BC , ou que
par le défaut de fes organes il articulef'une
pour l'autre , ou qu'enfin il ne foit
pas fidele écho , il eft bon pour lors de
repeter fouvent devant lui diftinctement
& à haute voix les fons qu'il ne peut exprimer
; et de ne lui point faire dire les
letres qu'il articulé en la place de cèles
qu'on lui demande : ce qui a fouvent leu ›
dans la prononciation du chè françois &
des letres C , R , G ; Z ; S , &c. Quand un
enfant en parlant prononce mal certaines
letres , et qu'il articule la foible pour la
forte 3 non -feulement il faut le reprendre,
mais il eſt bon encore d'éloigner de lui les
domeftiques qui ont le mème défaut ; fans
qui
A O UST . 1730. 170.1 °
quoi l'enfant rifque de conferver toujours
les prononciations vicieufes que pou
roient lui doner des gouvernantes ou des
valets de chambre..
Y.
e
Des cartes à jouer fans figures,fans poins;
& blanches des deux côtés , feront plaifir
à un enfant de deux ans ; mais s'il y a
des figures , des poins , & des letres , le
plaifir en fera plus grand . On peut donc
prendre des cartes au dos defqueles on
metra d'abord au milieu l'ABC , pour
inftruire & divertir un petit enfant ; l'on
dit au dos & au milieu des cartes , parce
que dans la fuite en fefant travailler au
bureau tipografique , on emploîra le haut -
& le coin ou l'angle du dos des cartes, pour
marquer les abreviations des mots No.
M' , M , M , S ' , S ", 3 ° , &c. ce qui
fait voir la neceffité de cete diftinction . Il
eft mieux de ne pas employer les cartes
à figures, et de choifir feulement les cartes
à poins , fupofé qu'on ne veuille pas en
faire faire exprès de toutes blanches &
petites come cèles des étrenes mignones ;
les poins des cartes peuvent encore fervir
à conter depuis un jufqu'à dix , ce qui
eft beaucoup pour un enfant de deux à
trois ans , puifque des peuples entiers
n'exprimoient , dit- on , les fomes au-delà
de ce nombre qu'en ouvrant plufieurs fois
les mains, Un enfant amufe de bone heure
Par
1702 MERCURE DE FRANCE
par ce jeu de letres , s'y livre avec plaiſir, &
par imitation voyant l'action & l'exemple
des autres il n'en conoit pas la raifon , il
n'y fent aucune peine , et c'eft ce que l'experience
perfuadera mieux que de fimples
raifonemens.
On doit paffer d'un objet à un autre , et
du fimple au compofé : c'eft pourquoi il
ne faut d'abord qu'une letre au milieu
d'une carte , començant par les voyeles
avant que de paffer aux confones , et employant
les grandes letres avant que de
doner les petites. Des cartes avec les letres
donées à deviner , ont l'air d'un jeu plu
tôt que
d'une étude : on comence la premiere
leçon par les cinq voyeles , à caufe
qu'elles font plus faciles à prononcer. On
a , par exemple,un jeu de vint - cinq cartes,
favoir cinq cartes marquées d'un A ; cinq
cartes marquées d'un E ; autant pour
chacune des autres voyeles, J, O, U : après
quoi l'on bat les cartes , on coupe & l'on
fait nomer les letres à l'enfant. Dans la
fuite , pour diminuer le nombre des carres
& rendre la leçon ou le jeu plus utile ,
on marquera cinq cartes chacune avec les
cinq voyeles , favoir les quatre coins avec
A, E , O , V , et le milieu avec Ƒ' , pour
la leçon des cinq voyeles , et l'on tournéra
la carte de l'autre fens quand on vou
dra y montrer les cinq petites voyeles à
côté des grandes, Quand
A O UST . 1730. 1703
Quand l'enfant fait le jeu des cinq voyeles
A , E , 1,0 , V , on y joint une carte
du jeu des confones prifes au hazard entre
cèles qu'il prononce le mieux , fans
s'affervir à l'ordre abecedique : on peut
donc augmenter le jeu en ajoutant la carte
du B , du D , & c. et doner à la confonet
fon nom réel & efectif au lieu du nom
vulgaire , lorfqu'il peut induire en erreur.
Puifqu'on ne done plus les noms
d'Aleph , Beth , & d'Alpha , Beta , &c.
aux caracteres de l'a b c , latin & françois
, l'auteur a cru pouvoir fe fervir des
mots abe ce & abecedique , au lieu des
mots alfabet et alfabetique , afin de
ne pas faire à de petits enfans un mistere
d'une chofe auffi fimple. Après avoir
donc comancé par le jeu des cinq voyeles
A, E ,J , O,U , à caufe de leur prononciation
aifée ; il s'agit de paffer aux confones,
et de leur doner le nom qui leur convient
le mieux , par raport à l'ufage & à
Péfet de ces mèmes letres combinées avec
les autres , d'abord on done un nom pro-
-pre , réel & efectif d'une filabe , à là letre
, fi elle n'eft employée que pour un
fon , ou qu'elle ait un nom particulier ,
et non comun aux autres , come Be , De ,
Fe , He, Le , Me , Ne , Pe , Re , Ve , Ze,
و
c. Il faut donc , à l'exemple des Muficiens
, doner aux letres feules ou combinées
1704 MERCURE DE FRANCE
nées le fon qu'elles exigent & qu'elles reçoivent
, fort ou foible , felon l'endroit
où elles font placées ; affervir les caracteres
aux fons , er non les fons aux caractéres
; continuer de la forte l'ufage des
combinaiſons ; imiter les Muficiens qui
content pour rien l'erreur & le nom de
la note , pourvu que l'on prène le ton ,
et que l'on chante jufte l'intervale dont
il s'agit dans la leçon qu'un écolier aprend
à dechifrer , ou à folfier , pour épeler ,
par exemple , les mots cacus , gigas , & c.
on dira ce , e , cæ ; qu , u , ce ; qus. cæcus;
je, i gi gu , a , ce , gas , gigas , & c .
-
Il femble que l'é muet devroit fervir ,
pour ainfi dire , d'ame aux confones
plutot qu'une autre voyele ; cet e muet
n'eft qu'une émiffion de voix qui foutient
cète confone ; et fans l'apui de cete émiffron
de voix ou e muet , les confones frnales
, ou fuivies d'autres confones , re
fauroient ètre prononcées. La voyele e é- -
tant plus aifée à prononcer & moins mar
quée que les autres , paroit ètre préferable
pour l'élifion néceffaire. En lifant ou épolant
, par exemple , le petit mot flos , l'enfant
qui neconoit que les letres& leur va
leur réele , par leur veritable nom , dira
felon cete métade fe , leo , ce , lefquels
uatre fons aprochent plus du vrai fon
qu mot flos , que les fons fuivans , effe : 25
ella
AOUST.. 1730. 1705
elle , o , effe , de la metode vulgaire , et
pour lire le grand mot flabellifer , l'enfant.
qui ne conoit que les letres & leur valeur
réele , par leur veritable nom , dira felon
cete metode fe , le , a , be , le , le , i ,fe, re,
lesquels neuf fons aprochent bien plus du
vrai fon du mot flabellifer, que les fons
fuivans , effe , elle , a , be , e , elle elle , i
effe , e, erre. On laiffe à l'oreille du lec
teur équitable à decider laquelle des deux
manieres d'apeler les letres , rend plus facilement
, et immediatement le fon de flos
& de flabellifer. Dans la premiere metode
en nomant les letres rapidement on lit ,
dans la derniere , on a beau les apeler tres
vite , on eft obligé de fuprimer une partie
des letres & des filabes inutiles dans les
noms faux & vulgaires des letres pour
avoir le veritable fon , cherché , deviné
ou dechifré par tradition & par routine ,
plutot que par des principes qui le produifent.
L'auteur cependant fe fert de l'é
fermé pour nomer les letres en latin, quoiqu'il
fache qu'il feroit beaucoup mieux de
n'employer que l'e muet,ainsi qu'il le fera
faire en françois ; mais les latins ne conoiffoient
pas expreffément l'ufage de l'e
muet ; il femble meme qu'il aproche fort
de la voyele françoife en ou de l'e muet
foutenu ; on s'eft donc éloigné le moins
qu'il a été poffiblo de la métode vulgaire
lorfque
1
1706 MERCURE DE FRANCË
lorfque l'on a pu s'en fervir par raport aur
but principal de faciliter la lecture aux enfans
. Quoique la prononciation de la langue
latine foit morte,on ne peut pas douter
qu'ele n'ût des e diferens & plus ou
verts les uns que les autres.
Lorfqu'un enfant eft ferme fur l'A , B,
C, des grandes letres de la premiere , de
la fegonde & de la troifieme leçon du lìvre
de l'enfant, il aprendra presque de lui
mème les petites letres fi on les ajoutefur
les mêmes cartes à coté des grandes ; come
Aa , Bb , & c , de la quatriéme leçon ;
après quoi on lui montrera feparément
les petites letres de la cinquiéme leçon , le
tout , peu à peu , fans impatience , en badinant
& prenant le bon moment de
l'enfant . Pour faciliter ce petit exercice ,
on peut fe fervir des memes cartes dont
on a joué pour les grandes letres ou capitales
; un enfant voit avec plaifir écrire
le petit a à coté du grand 4 : & ainfi
de toutes les letres : il afectione les cartes
qu'il voit preparer pour lui ; la foibleffe ,
fa legereté & la vivacité d'un enfant de
deux à trois ans , ne permetent pas de
lui montrer les letres dans les livres des
A , B , C, ordinaires ; les letres en font
ordinairement trop petites , trop ferées &
en trop grande quantité dans la meme
page ; c'est pourquoi l'auteur a fait remarquer
AOUST. 1730. 1707
marquer qu'on metoit fouvent un enfant
trop tard à l'A , B , C , et trop tôt fur
les livres ; un enfant eft pour lors plus
embaraffé qu'un home qui vèroit une
grande page remplie de petits caracteres
inconus , arabes ou chinois.
L'on peut avoir des A, B , C , en noir ,
en rouge , en bleu & en autant de couleurs
que l'on voudra , cete diverfité eſt
toujours à l'avantage de l'enfant : on peut
les employer indiferament au comancement
; mais dans la fuite les letres noires
& les rouges , ferviront pour diftinguer
le romain & l'italique , le latin & le
françois , dans la compofition à faire au
bureau tipografique.
Quand l'enfant eft affuré fur toutes les
letres , l'on peut avoir un a , b , c , capital
fur un carton , fur de la toile cirée ou
non cirée , fur des ardoifes , fur un tableau
, fur un placard , fur un écran , fur
an éventail , für des canevas , & c . felon
le lieu , la faifon , les perfones & les facilités
que l'on a pour cet exercice : mais
le jeu des cartes marquées d'une letre
l'emporte fur tous les autres jeux. L'on
peut placarder des Aa , B'b , &c. à
la hauteur de l'enfant , deriere ou devant
certaines portes où il paffe & repaffe
, le tout felon la fituation de fon
apartement ou de ceux qu'il parcourt ; ce
que
1708 MERCURE DE FRANCE
"
que l'on obfervera également pour les combinaifons
du'ab , eb , ib , ob , ub , & c. ba,
be , bi , bo , bu , & c. bla , ble , bli , blo ,
blu , &c. bra , bre , bri , bro , brú , & c.
l'on peut
écrire en gros caracteres
ou faire imprimer fur de grandes feuilles
2 pouvoir coler fur des cartes , des cartons
, ou dans des quadres propres à orner
la chambre de l'enfant.
que
A mesure que le jeu de cartes dont on
joue avec l'enfant groffit d'un côté , on
le diminue de l'autre , en ne laiffant
qu'une ou deux cartes de la meme letre,
juſqu'à ce que l'A , B, C , foit reduït
à une feule carte pour chaque letre fimple
ou double , grande ou petite , &c. Les
cartes retranchées du gros jeu fervent à
un autre joueur ; car l'enfant liroit dix a,
b, c , de fuite prefentés par dix perfones
plus volontiers & avec plus de plaiſir
qu'il n'en liroit trois prefentés par le
meme joueur. Un enfant's'imagine enfuite
que chacun a für foi de pareils jeux ,
et les demande avec importunité ; c'eft
pourquoi on fe les prere à l'infçu de l'enfant.
On done auffi les letres à deviner
aux perfones prefentes , qui voulant bien
fe prêter au badinage inftructif , afectent
de mal nomer les lètres; l'enfant triomfe
de pouvoir reprendre , car la vanité precede
la parole , et l'on doit metre tour à
profit.
AOUST. 1730. 1709 .
profit. Pour augmenter le jeu des cartes
de l'A , B , C , on poura y ajouter le jeu
des petites letres , et comancer par celes
qui ont prefque la meme forme & figure
que leurs capitales ; par exemple , Cc ,
Ĵj , Kk , Pp , SS , Vv , Yy , Zz ,
&c. et paffer enfuite aux autres letres , fans
s'affervir à l'ordre abecedique.
Si le public goutoit cète metode , on
pouroit avoir des A, B, C, fur des jetons,
fur des fiches à jouer , fur des dés , tant
pour les fons que pour les lètresson pouroit
mème faire des jeux.come ceus de l'oie , de
la chouete , des dames , & c. chacun peut,
felan fon gout & fon imagination , faire
mieux que ce que l'auteur propofe , obfervant
toujours de varier & de confulter
auffi le gout de l'enfant , fon inclination
& fon plaifir , qui font dans un fens la
baze de ce petit fifteme. Ceux qui voudront
fe fervir de cete metode dans les
maifons particulieres doivent avoir les
letres de l'A , B , C , imprimées ou écrites.
On en peut découper & les coler
fur des cartes à jouer qu'on achete à la
livre. Mais come tout le monde n'a pas
ocafion de trouver ou de faire de femblables
caracteres , il feroit beaucoup mieux.
que les imprimeurs ou les cartiers en
vouluffent acomoder le public , n'employant
pour cela que les cartes ou les
cartons
1710 MERCURE DE FRANCE
cartons de rebut. En atendant l'introduction
de cet ufage , et que l'on goute la
metode propofee , on peut s'adreffer aux
religieux qui ont des A , B , C , à jour
fur des plaques de cuivre. On trouve
encore de ces caracteres à jour dans les
églifes catedrales ou collegiales des provinces.
Le plus court fera d'en faire acheter
à Paris chés les ouvriers qui en font,
alors il fera aifé de faire imprimer tout
de fuite vint ou trente A , B , C , imprimant
vint & trente A , fur autant de
cartes rangées fur une table ; enfuite vint
ou trente B , & tout l'A, B , C , de la
meme maniere. Un domeftique peut être
d'abord mis au fait de cète petite imprimerie
; et cete ocupation , aux ïeux de l'enfant
produira autant de bien que produifent
ordinairement de mal l'oifiveté ,
les mauvais difcours & les mauvais exemples
des perfones chargées de l'enfant.
و
On pouroit fe fervir utilement de cète
metode dans les petites écoles où l'on n'envoie
bien fouvent les enfins que pour y etre
affis & en etre debaraffé lorfqu'on veut
etre libre chés foi , ou pouvoir aler perdre
ailleurs fon tems & fon argent. Si l'on
vouloit donc fuivre ou effaïer cète metode
dans les écoles , il faudroit metre entre'
les mains des enfans plufieurs jeux de cartes
ou de cartons literaires , & l'on pouroit
doner
AOUST. 1730. 1711
doner leçon à plufieurs enfans à la fois ,
ce qui exciteroit , & entretiendroit parmi
eux une noble émulation literaire . Les
écoles de petites filles que tienent les dames
religieufes, pouroient auffi mieux que
perfone faire l'effai de cete metode. Ou
tre les jeux de cartes , marquées de letres ,
ces dames pouroient avoir des A, B , C ,
des ab , eb , ib , ob , ub , &c. ba , be , bi
bo , bu , &c. fur des cartons ou fur des tableaux
exprès , que l'on montreroit aux
enfans come des curiofités. Une leçon publique,
et la démonftration des letres & des
fons de la langue françoife , feroit plus
agréable ou moins ennuyeufe pour la regente,
et mème pour les écolieres ; les murailles
de l'école doivent être le livre public
où les enfans trouveront les élémens ,
des letres , en atendant qu'ils foient en
état de fe fervir d'un livre tel que l'au-,
teur le propoſe , et qu'il a tâché de faire
exprès.Si les perfones zelées & charitables
qui dirigent les écoles des pauvres , n'étoient
pas fi efclaves des métodes vulgaires
, il feroit aifé de leur faire voir combien
il y auroit à gagner en fuivant la mérode
propofée ici .
Lorfqu'un enfant prend gour à l'exercice
du jeu abecedique , il faut lui doner,
une caffete habillée ou couverte de letres
dans laquelle il puiffe tenir les jeux de
carte s
1712 MERCURE DE FRANCE
cartes qu'on lui fait & qu'on lui done ;"
il eft bien-aife d'avoir la proprieté des
chofes , et la crainte d'être privé de ce petit
meuble peut fervir quelquefois à r'animer
le gout literaire. Cete caffete a paru
neceffaire , et l'on a cru pouvoir en faire
fervir les faces aux leçons de l'enfant.:
c'eft-là fon premier livre , ou du moins
c'en font les premieres pages. Si l'on s'amufe
avec des écrans & des éventails .
pourquoi des enfans ne s'amuferoient - ils
pas avec cète caffete ? Ils ont en petit le
mélange de toutes les paffions ; on doit les
étudier , les tourner à leur avantage , &
metre les enfans en état de montrer les
letres à leurs petits freres ou petites foeurs
s'ils en ont , come a fait le petit Goffard ,
cité dans la letre inferée dans le Mercure
de Juillet 1730. Rien n'anime tant un enfant
que de fe voir des écoliers. Le petit
Candiac montroit à lire à des enfans deux
fois plus agés que lui .
Il faudra auffi doner à l'enfant un petit
bureau come ceux de la Pofte , fur lequel
il puiffe ranger toutes les letres qu'il tirera
de la caffeté , & qu'il nomera plufieurs
fois , en continuant feul ce badinage ,
meme avec encor plus de plaifir s'il y a
quelque fpectateur qui applaudiffe & qui
done du courage . Par le moyen de ce bureau
, on peut épargner aux enfans des
princes
AOUST. 1730. 1713
princes , et des grans feigneurs bien de la
peine , bien du dégout & bien du tems ,
en fefant travailler au bureau du PRINCE &
devant LUI , quelque digne enfant drelé
pour cet inftructif & amulant exercice .
L'auteur donera fur tous les fons, quelques
exemples de la maniere dont on doit
faire apeler les letres en commençant à
compofer , à imprimer & à lire, felon cete
metode . Car dès le premier jour de l'exercice
, on peut faire l'un & l'autre . On donera
des exemples faits exprès à l'égard
des lètres dont on a un peu changé le
nom , en faveur du fon & de la valeur
réelle & efective des caracteres ; et c'eft
pour cela que l'auteur a compofé des lignes
de quelques mots latins ou arbitraires,
moins foumis aux règles ordinaires de
la lecture ; car d'ailleurs il n'eft prefque
pas neceflaire d'épeler , quand on fuit la
metode des fons exprimés par une filabe ,
qui réponde au veritable fon local des letres
& des caracteres fimples & doubles .
Nous aprenons à parler machinalement
par l'articulation & par la converfation ,
mais pour la lecture & l'écriture , il faut
quelque chofe de plus , c'eft un art qu'on
peut & qu'on doit perfectioner en tâchant
de le rendre plus aifé , plus agréable
& plus utile. Cet art eft la clé des
fiences , qui font le bonheur de toutes
B
log
1714 MERCURE DE FRANCE
les nations policées , et c'eft en vue de l'utilité
publique , que l'auteur done l'heureux
effai de cete metode. Il eft prefque
impoffible de montrer à lire par principes
, il y a trop de bizarerie dans l'ufage
des letres, et encore plus dans l'ortografe.
On eft donc réduit à la routine , mais il
ne s'enfuit pas qu'on ne la puiffe rectifier
en donantune métode pour tout ce qui en
eft fufceptible , et réduifant aux princi
pes tout ce qui peut abreger & perfectioner
l'art de montrer les letres aux petits
enfans. On fe ate de l'avoir fait
d'une maniere heureufe & facile , en forte
que les plus grandes dificultés , et prefque
toutes les bizareries de l'ufage fe trouvent
& s'aprenent tres facilement par
l'exercice ou par la pratique des principes
qu'on a donés pour l'ufage du bureau
tipografique.
On ne fauroit, au refte, trop recomander
aux perfones qui montrent les letres aux
enfans, de les faire paffer peu à peu & par
degrés aux filabes les plus dificiles , ce
qui eft , je penfe , une fuite de la vraie metode
de montrer à lire , néanmoins outre
le livre ordinaire , on en doit de tems en
tems prefenter d'autres aus enfans , leur
faire dire les letres , les filabes & les mots
â l'ouverture du livre , et ne pas imiter
seux qui ne favent lire que dans un livre ,
preuve
A O UST. 1730. 1715
preuve de la pure routine & de la mémoire
locale qui font toute la fience d'un
enfant mal montré.
-
Un autre exercice agréable & inftructif
c'eft de faire deviner à un enfant la premiere
letre de chaque mot qu'on lui dit
à haute voix ; et enfuite la fegonde , la
troifiéme , et les autres letres de chaque
filabe des mots , fur tout les confones
initiales , C , G , J , S , T, V , X , Y, Z ,
&c. on en a fait l'experience fur un enfant
de trois ans & trois mois , il n'en
manquoit pas une des initiales , et devinoit
facilement les autres dans de petits
mots. Il faut cependant remarquer
que les voyeles étant plus fenfibles que les
confones , elles font auffi plus aifées à deviner
; c'eft pourquoi l'enfant de trois ans
qui conoit bien les letres , fi on lui demande
, par exemple , la premiere letre
ou le premier fon d'un des mots bale
vile , fote , lune , &c dira que c'eft l'a , l'i ,
l'o , ou l'u. Ces confones initiales font peu
d'impreffion fur les organes de l'enfant ;
la cadence & la tenue en fait de muſique ,
la quantité grammaticale , ou la durée du
fon , ne tombent que fur le fon des voyeles
, & non fur celui des confones : il faut
donc montrer à l'enfant l'art de trouver
la confone , après qu'il a fu trouver la
voyele , et pour cela il fufit de lui apren-
Bij dre
>
1716 MERCURE DE FRANCE
dre à fubftituer la voyele e à la place de
l'autre voyele devinée ,, par exemple ,
changeant en e l'a du mot bale , on dira bele,
et l'enfant fent pour lors la filabe initiale
be , ou le nom doné au caractere b . Cela
eft fi vrai , que fi l'on demande à l'enfant
la premiere letre d'un des mots benir, ceci ,
denier , fenètre , qualité , &c . il répondra
fans hefter que c'eft le be , le ce , le de ,
Le fe,le ka & c. & il eft bon de remarquer ici
l'utilité des noms Ceke , feja , He , Gega,
Ve , &c. donez aux letres C , J , H , G ,
V , puifque c'eft à l'aide de ces dénominations
que l'enfant aprend à diftinguer &
à défigner le fon des letres & des mots
qu'on lui prononce : c'est donc par le
moyen de la voyele auxiliaire ou empruntéc
l'enfant
que
aquerra dans peu la facilité
de deviner également les confones &
les voyeles ; cela paroitra clair & démontré
par la pratique de cète métode qui enfeigne
en peu de tems l'ortografe de l'oreille
ou des fons , en atendant cele des
ïeux , ou de l'ufage .
Avant l'age de trois ans & demi le petit
CANDIAC favoit diftinguer & dicter
tous les fons des mots qu'on lui prononçoit
en latin ou en françois , aïant aquis
P'ortografe des fons avec la parole ; ce
qu'il n'auroit pas fait s'il n'avoit jamais û
que des ABC ordinaires , et qu'il ût apelé
les
AOUST . 1730. 1717
les confones f, g , h , j , l , m , n , r , f, v ,
x, y , z, &c. du nom vulgaire de plufieurs
filabes , nom qui induit en erreur , qui
éloigne du bon & vrai fon , et qui en
fournit un faux ou captieux pour la fubftitution
neceffaire dans l'art d'épeler : par
exemple, dans le mot cacumen , la routine
ordinaire dit , fe , a , ka ; fe , u , qu , cacu;
lieuque
au
feemme
, e , enne , men , cacumen ;
la métode de l'auteur l'on dira ka , a , ka;
qu , u , qu ; cacu , me , e , men ; cacumen ,
&c. Il n'y a point d'oreille qui ne ſente
en dépit des feux , la fuperiorité de cète
métode fur la métode vulgaire , on le
fera voir plus au long en montrant à lire
du latin & du françois,
Pour imprimer cet ABC , on croit qu'il
fera bon d'y metre des filabes & des mots
latins fans fuite ni fens , plutot que de
faire imprimer en filabes disjointes ou divifées
les mots des prieres que l'enfant
n'entend point & qu'il retient ailément ,
fur tout s'il récite déja les mèmes prieres
foir & matin. Les maitres , les parens &
les enfans en font les dupes , quoique
d'une maniere diferente. Cependant pour
confacrer les prémices du favoir de l'enfant
, on poura imprimer les prieres latines
après quelques pages de filabes choifies
exprès,pour faire lire peu à peu & par
degrés les principales dificultés des mots
B iij
ou
1718 MERCURE DE FRANCE
ou des filabes . Aïant imprimé des monofilabes
féparés les uns des autres , il ne
fera pas enfuite neceffaire de féparer ainſi
les filabes du Pater , de l'Ave & du Credo,
&c. come on le fait peut-être mal- à - propos
dans les livres ordinaires des ABC.
La priere eft un exercice fi férieux & fi
néceffaire , qu'on ne fauroit trop tôt y
acoutumer les enfans ; mais par respect
pour la priere mème , on ne devroit pas
d'abord les metre à cète lecture , de crainte
de trop de routine , et de pure articulation
: il feroit donc mieux après l'A
BC françois de faire imprimer en deux
colones les prieres en latin & en françois
afin que l'enfant les comprit plutot les
lifant & les récitant en chaque langue..
Livre anoncé fous le titre de la B1-
BLIOTEQUE DES ENFANS ,
les premiers élemens des letres .
Po
ou
Uifque vous le fouhaités , Monfieur ,
en faveur des perfones qui font ufage
du bureau tipografique , j'aurai encore
l'honeur de vous parler de la Biblioteque
des enfans , et de vous doner la fuite des
reflexions & des inftructions préliminalres
fur cet ouvrage. L'auteur qui m'a
confié fon manufcrit , eft d'ailleurs bien
aife de preffentir le gout du public avant
que de l'expofer à l'emplete , et qui pis
eft , à la lecture d'un livre dont il feroit
peut-être peu de cas par la fuite..
Un enfant capable de diftinguer les
couleurs & les objets fans les nomer , peut
en ètre amuſé de bone heure ; il ne s'agit
que du chois des objets qu'on lui préſente
pour le divertir , plutot que pour l'apliquer
d'une maniere nuifible : D'ailleurs
l'enfant fait conoitre fon dégout dès qu'il
le fent ; il ne faut donc jamais le forcer
au jeu ; l'on doit au contraire nourir &
entretenir en lui le defir de badiner avec
des objets inftructifs. Le tout confifte dans
ce point , & la diverfité des objets fervant
& tendant à mème fin , certaines heures
de
A O UST . 1730. 1697
I
de gaiété , de bone humeur , prifes avant
ou après les répas , donent plus de tems
qu'il n'en faut pour ce petit exercice . Des
images , des jetons , des médailles , des
letres ifolées fur des dés , ou fur des cartes à
jouer , ne divertiront pas moins un enfant,
que les vils morceaux d'un vafe caffé , et
autres chofes capables de lui faire du mal
come des bâtons; des couteaux, ou des ci
feaux , qu'on a trop fouvent la dangereuſe
complaifance de lui laiffer entre les mains
Il faut préferer à tous autres jeux l'ufage
& le jeu des letres , parce qu'elles font la
clé des arts-& - des fiences . Un enfant d'artifan
aprend de bone heure le nom des
outils de la boutique de fon pere; un anaṛ
tomiſte done à fon enfant des os & des
têtes de mort pour lui fervir d'amufe
ment et en même tems pour avoir ocafion
de lui montrer de bone heure les
premiers élemens de l'anatomie : ne peuton
pas en faire de même à l'égard des élé
mens des letres? La peinture , la gravure,
la fculpture , la broderie ; & c . pouroient
fournir à l'enfant d'un prince , d'un grand
feigneur , ou d'un home riche , diferens
jeux de letres de diverfes matieres
pres à le divertir & à l''inſtruire .
pro
On pouroit au lieu de cartes ordinaires
avoir des jetons, ou des letres fur une ma
tiere plus folide que cèle des cartes , come
~
Av dess
1698 MERCURE DE FRANCE
des tableaux , des cartons , ou des cartes doubles
& groffieres. On pouroit auffi fe fervir
utilement des fix faces des dés , et les
aranger come les letres des imprimeurs :
faute de dés il fufiroit d'avoir des letres
d'ivoire de buis , ou d'os , dont le noir &
le blancimiteroient l'impreffion ordinaire :
on pouroit faire cela pour un jeune prin
ce ; & le colombier du bureau tipografique
feroit pour lors garni de petits tiroirs
ou caffetins, remplis des letres fimples out
combinées qui fervent à marquer les fons
de la langue en laquelle on voudroit imprimer.
Mais le jeu des cartes achetées
a la livre & marquées de letres , me paroit
auffi fenfible , plus comode , moins
cher , et non moins inftruétif. D'ailleurs
les perfones qui aiment le jeu , ne defaprouveront
pas que les enfans aprenent
de bone heure à manier les cartes , et ceux
qui n'aiment pas le jeu , n'auront point
lieu de craindre qu'un enfant nouri &
élevé dans le jeu des cartes literaires , deviene
par là efclave de la paffion des autres
jeux de cartes. L'enfant n'aime dans
cet exercice que le côté des letres ; le petit
CANDIAC , du moins n'avoit de curiofité
que pour le dos des cartes , dont on luf
prefentoit les poins , ou les figures ; & s'il
n'y avoit rien far le dos des cartes , il les
donoit d'abord pour ètre employées util
lement
A O UST. 1730. 1699
lement au bureau . Le mouvement & le
manîment des cartes done à la main de
l'enfant une adreffe toute particuliere.
cèle
On pouroit encore par l'affemblage &
la combinaiſon des letres , faire un jeu
inftructif; des croix , des figures d'homes,
d'animaux et d'autres objets capables
d'exciter la curiofité & de reveiller l'atention
en variant tout, de tems en tems par
la nouveauté la dépenfe que l'on feroit
pour cela feroit toujours au-deffous de
qu'on fait pour de riches, mais ignorantes
bagateles . On met volontiers une
piftole à un noeud de ruban , ou à un bonet
pour un enfant, auquel on plaint fourvent
un mois d'inftruction : on done fans
neceffité un repas de dix piftoles à cinq
ou fix amis , pendant que l'on refufe a
fon enfant un livre de trente fous : la vanité
dédomageant dans l'un , on croit
Fautre pure perte : oferai -je dire que le
corps obtient le fuperflu , pendant que
l'efprit n'a pas le neceffaire. Cependant fi
Pon trouve cète métode trop chere &
trop pénible , on peut la laiffer à ceux
qui auront plus de bien, plus de patience,
et plus d'envie d'avancer de bone heure
feurs enfans. Il ne faut difputer ici ni des
gouts ni des génies ; mais on peut dire en
general que la faute des éducations manquées
, vient ordinairement des parens &
A vi des
1700 MERCURE DE FRANCE
'des maitres , plutot que des enfans : j'en
apele à l'experience ; chacun critique l'éducation
des enfans de fon voifin , pendant
qu'il s'aveugle fur celle des fiens propres .
On peut d'abord faire aprendre aux enfans
come à des peroquets , à prononcer
les voyeles & les confones ; et
par leur
nomination faire entrer les fons de la lan
gue françoife par l'oreille , avant que de
leur en montrer la figure aux ïeux : on
metra par là en exercice les organes de
la parole , fur tout fi l'on a foin de pro
noncer à haute voix lés fons de notre lan
gue fimples ou compofés. Et fi l'on s'aper
çoit que l'enfant ne prononce pas
facile
ment certaines letres de l'A BC , ou que
par le défaut de fes organes il articulef'une
pour l'autre , ou qu'enfin il ne foit
pas fidele écho , il eft bon pour lors de
repeter fouvent devant lui diftinctement
& à haute voix les fons qu'il ne peut exprimer
; et de ne lui point faire dire les
letres qu'il articulé en la place de cèles
qu'on lui demande : ce qui a fouvent leu ›
dans la prononciation du chè françois &
des letres C , R , G ; Z ; S , &c. Quand un
enfant en parlant prononce mal certaines
letres , et qu'il articule la foible pour la
forte 3 non -feulement il faut le reprendre,
mais il eſt bon encore d'éloigner de lui les
domeftiques qui ont le mème défaut ; fans
qui
A O UST . 1730. 170.1 °
quoi l'enfant rifque de conferver toujours
les prononciations vicieufes que pou
roient lui doner des gouvernantes ou des
valets de chambre..
Y.
e
Des cartes à jouer fans figures,fans poins;
& blanches des deux côtés , feront plaifir
à un enfant de deux ans ; mais s'il y a
des figures , des poins , & des letres , le
plaifir en fera plus grand . On peut donc
prendre des cartes au dos defqueles on
metra d'abord au milieu l'ABC , pour
inftruire & divertir un petit enfant ; l'on
dit au dos & au milieu des cartes , parce
que dans la fuite en fefant travailler au
bureau tipografique , on emploîra le haut -
& le coin ou l'angle du dos des cartes, pour
marquer les abreviations des mots No.
M' , M , M , S ' , S ", 3 ° , &c. ce qui
fait voir la neceffité de cete diftinction . Il
eft mieux de ne pas employer les cartes
à figures, et de choifir feulement les cartes
à poins , fupofé qu'on ne veuille pas en
faire faire exprès de toutes blanches &
petites come cèles des étrenes mignones ;
les poins des cartes peuvent encore fervir
à conter depuis un jufqu'à dix , ce qui
eft beaucoup pour un enfant de deux à
trois ans , puifque des peuples entiers
n'exprimoient , dit- on , les fomes au-delà
de ce nombre qu'en ouvrant plufieurs fois
les mains, Un enfant amufe de bone heure
Par
1702 MERCURE DE FRANCE
par ce jeu de letres , s'y livre avec plaiſir, &
par imitation voyant l'action & l'exemple
des autres il n'en conoit pas la raifon , il
n'y fent aucune peine , et c'eft ce que l'experience
perfuadera mieux que de fimples
raifonemens.
On doit paffer d'un objet à un autre , et
du fimple au compofé : c'eft pourquoi il
ne faut d'abord qu'une letre au milieu
d'une carte , començant par les voyeles
avant que de paffer aux confones , et employant
les grandes letres avant que de
doner les petites. Des cartes avec les letres
donées à deviner , ont l'air d'un jeu plu
tôt que
d'une étude : on comence la premiere
leçon par les cinq voyeles , à caufe
qu'elles font plus faciles à prononcer. On
a , par exemple,un jeu de vint - cinq cartes,
favoir cinq cartes marquées d'un A ; cinq
cartes marquées d'un E ; autant pour
chacune des autres voyeles, J, O, U : après
quoi l'on bat les cartes , on coupe & l'on
fait nomer les letres à l'enfant. Dans la
fuite , pour diminuer le nombre des carres
& rendre la leçon ou le jeu plus utile ,
on marquera cinq cartes chacune avec les
cinq voyeles , favoir les quatre coins avec
A, E , O , V , et le milieu avec Ƒ' , pour
la leçon des cinq voyeles , et l'on tournéra
la carte de l'autre fens quand on vou
dra y montrer les cinq petites voyeles à
côté des grandes, Quand
A O UST . 1730. 1703
Quand l'enfant fait le jeu des cinq voyeles
A , E , 1,0 , V , on y joint une carte
du jeu des confones prifes au hazard entre
cèles qu'il prononce le mieux , fans
s'affervir à l'ordre abecedique : on peut
donc augmenter le jeu en ajoutant la carte
du B , du D , & c. et doner à la confonet
fon nom réel & efectif au lieu du nom
vulgaire , lorfqu'il peut induire en erreur.
Puifqu'on ne done plus les noms
d'Aleph , Beth , & d'Alpha , Beta , &c.
aux caracteres de l'a b c , latin & françois
, l'auteur a cru pouvoir fe fervir des
mots abe ce & abecedique , au lieu des
mots alfabet et alfabetique , afin de
ne pas faire à de petits enfans un mistere
d'une chofe auffi fimple. Après avoir
donc comancé par le jeu des cinq voyeles
A, E ,J , O,U , à caufe de leur prononciation
aifée ; il s'agit de paffer aux confones,
et de leur doner le nom qui leur convient
le mieux , par raport à l'ufage & à
Péfet de ces mèmes letres combinées avec
les autres , d'abord on done un nom pro-
-pre , réel & efectif d'une filabe , à là letre
, fi elle n'eft employée que pour un
fon , ou qu'elle ait un nom particulier ,
et non comun aux autres , come Be , De ,
Fe , He, Le , Me , Ne , Pe , Re , Ve , Ze,
و
c. Il faut donc , à l'exemple des Muficiens
, doner aux letres feules ou combinées
1704 MERCURE DE FRANCE
nées le fon qu'elles exigent & qu'elles reçoivent
, fort ou foible , felon l'endroit
où elles font placées ; affervir les caracteres
aux fons , er non les fons aux caractéres
; continuer de la forte l'ufage des
combinaiſons ; imiter les Muficiens qui
content pour rien l'erreur & le nom de
la note , pourvu que l'on prène le ton ,
et que l'on chante jufte l'intervale dont
il s'agit dans la leçon qu'un écolier aprend
à dechifrer , ou à folfier , pour épeler ,
par exemple , les mots cacus , gigas , & c.
on dira ce , e , cæ ; qu , u , ce ; qus. cæcus;
je, i gi gu , a , ce , gas , gigas , & c .
-
Il femble que l'é muet devroit fervir ,
pour ainfi dire , d'ame aux confones
plutot qu'une autre voyele ; cet e muet
n'eft qu'une émiffion de voix qui foutient
cète confone ; et fans l'apui de cete émiffron
de voix ou e muet , les confones frnales
, ou fuivies d'autres confones , re
fauroient ètre prononcées. La voyele e é- -
tant plus aifée à prononcer & moins mar
quée que les autres , paroit ètre préferable
pour l'élifion néceffaire. En lifant ou épolant
, par exemple , le petit mot flos , l'enfant
qui neconoit que les letres& leur va
leur réele , par leur veritable nom , dira
felon cete métade fe , leo , ce , lefquels
uatre fons aprochent plus du vrai fon
qu mot flos , que les fons fuivans , effe : 25
ella
AOUST.. 1730. 1705
elle , o , effe , de la metode vulgaire , et
pour lire le grand mot flabellifer , l'enfant.
qui ne conoit que les letres & leur valeur
réele , par leur veritable nom , dira felon
cete metode fe , le , a , be , le , le , i ,fe, re,
lesquels neuf fons aprochent bien plus du
vrai fon du mot flabellifer, que les fons
fuivans , effe , elle , a , be , e , elle elle , i
effe , e, erre. On laiffe à l'oreille du lec
teur équitable à decider laquelle des deux
manieres d'apeler les letres , rend plus facilement
, et immediatement le fon de flos
& de flabellifer. Dans la premiere metode
en nomant les letres rapidement on lit ,
dans la derniere , on a beau les apeler tres
vite , on eft obligé de fuprimer une partie
des letres & des filabes inutiles dans les
noms faux & vulgaires des letres pour
avoir le veritable fon , cherché , deviné
ou dechifré par tradition & par routine ,
plutot que par des principes qui le produifent.
L'auteur cependant fe fert de l'é
fermé pour nomer les letres en latin, quoiqu'il
fache qu'il feroit beaucoup mieux de
n'employer que l'e muet,ainsi qu'il le fera
faire en françois ; mais les latins ne conoiffoient
pas expreffément l'ufage de l'e
muet ; il femble meme qu'il aproche fort
de la voyele françoife en ou de l'e muet
foutenu ; on s'eft donc éloigné le moins
qu'il a été poffiblo de la métode vulgaire
lorfque
1
1706 MERCURE DE FRANCË
lorfque l'on a pu s'en fervir par raport aur
but principal de faciliter la lecture aux enfans
. Quoique la prononciation de la langue
latine foit morte,on ne peut pas douter
qu'ele n'ût des e diferens & plus ou
verts les uns que les autres.
Lorfqu'un enfant eft ferme fur l'A , B,
C, des grandes letres de la premiere , de
la fegonde & de la troifieme leçon du lìvre
de l'enfant, il aprendra presque de lui
mème les petites letres fi on les ajoutefur
les mêmes cartes à coté des grandes ; come
Aa , Bb , & c , de la quatriéme leçon ;
après quoi on lui montrera feparément
les petites letres de la cinquiéme leçon , le
tout , peu à peu , fans impatience , en badinant
& prenant le bon moment de
l'enfant . Pour faciliter ce petit exercice ,
on peut fe fervir des memes cartes dont
on a joué pour les grandes letres ou capitales
; un enfant voit avec plaifir écrire
le petit a à coté du grand 4 : & ainfi
de toutes les letres : il afectione les cartes
qu'il voit preparer pour lui ; la foibleffe ,
fa legereté & la vivacité d'un enfant de
deux à trois ans , ne permetent pas de
lui montrer les letres dans les livres des
A , B , C, ordinaires ; les letres en font
ordinairement trop petites , trop ferées &
en trop grande quantité dans la meme
page ; c'est pourquoi l'auteur a fait remarquer
AOUST. 1730. 1707
marquer qu'on metoit fouvent un enfant
trop tard à l'A , B , C , et trop tôt fur
les livres ; un enfant eft pour lors plus
embaraffé qu'un home qui vèroit une
grande page remplie de petits caracteres
inconus , arabes ou chinois.
L'on peut avoir des A, B , C , en noir ,
en rouge , en bleu & en autant de couleurs
que l'on voudra , cete diverfité eſt
toujours à l'avantage de l'enfant : on peut
les employer indiferament au comancement
; mais dans la fuite les letres noires
& les rouges , ferviront pour diftinguer
le romain & l'italique , le latin & le
françois , dans la compofition à faire au
bureau tipografique.
Quand l'enfant eft affuré fur toutes les
letres , l'on peut avoir un a , b , c , capital
fur un carton , fur de la toile cirée ou
non cirée , fur des ardoifes , fur un tableau
, fur un placard , fur un écran , fur
an éventail , für des canevas , & c . felon
le lieu , la faifon , les perfones & les facilités
que l'on a pour cet exercice : mais
le jeu des cartes marquées d'une letre
l'emporte fur tous les autres jeux. L'on
peut placarder des Aa , B'b , &c. à
la hauteur de l'enfant , deriere ou devant
certaines portes où il paffe & repaffe
, le tout felon la fituation de fon
apartement ou de ceux qu'il parcourt ; ce
que
1708 MERCURE DE FRANCE
"
que l'on obfervera également pour les combinaifons
du'ab , eb , ib , ob , ub , & c. ba,
be , bi , bo , bu , & c. bla , ble , bli , blo ,
blu , &c. bra , bre , bri , bro , brú , & c.
l'on peut
écrire en gros caracteres
ou faire imprimer fur de grandes feuilles
2 pouvoir coler fur des cartes , des cartons
, ou dans des quadres propres à orner
la chambre de l'enfant.
que
A mesure que le jeu de cartes dont on
joue avec l'enfant groffit d'un côté , on
le diminue de l'autre , en ne laiffant
qu'une ou deux cartes de la meme letre,
juſqu'à ce que l'A , B, C , foit reduït
à une feule carte pour chaque letre fimple
ou double , grande ou petite , &c. Les
cartes retranchées du gros jeu fervent à
un autre joueur ; car l'enfant liroit dix a,
b, c , de fuite prefentés par dix perfones
plus volontiers & avec plus de plaiſir
qu'il n'en liroit trois prefentés par le
meme joueur. Un enfant's'imagine enfuite
que chacun a für foi de pareils jeux ,
et les demande avec importunité ; c'eft
pourquoi on fe les prere à l'infçu de l'enfant.
On done auffi les letres à deviner
aux perfones prefentes , qui voulant bien
fe prêter au badinage inftructif , afectent
de mal nomer les lètres; l'enfant triomfe
de pouvoir reprendre , car la vanité precede
la parole , et l'on doit metre tour à
profit.
AOUST. 1730. 1709 .
profit. Pour augmenter le jeu des cartes
de l'A , B , C , on poura y ajouter le jeu
des petites letres , et comancer par celes
qui ont prefque la meme forme & figure
que leurs capitales ; par exemple , Cc ,
Ĵj , Kk , Pp , SS , Vv , Yy , Zz ,
&c. et paffer enfuite aux autres letres , fans
s'affervir à l'ordre abecedique.
Si le public goutoit cète metode , on
pouroit avoir des A, B, C, fur des jetons,
fur des fiches à jouer , fur des dés , tant
pour les fons que pour les lètresson pouroit
mème faire des jeux.come ceus de l'oie , de
la chouete , des dames , & c. chacun peut,
felan fon gout & fon imagination , faire
mieux que ce que l'auteur propofe , obfervant
toujours de varier & de confulter
auffi le gout de l'enfant , fon inclination
& fon plaifir , qui font dans un fens la
baze de ce petit fifteme. Ceux qui voudront
fe fervir de cete metode dans les
maifons particulieres doivent avoir les
letres de l'A , B , C , imprimées ou écrites.
On en peut découper & les coler
fur des cartes à jouer qu'on achete à la
livre. Mais come tout le monde n'a pas
ocafion de trouver ou de faire de femblables
caracteres , il feroit beaucoup mieux.
que les imprimeurs ou les cartiers en
vouluffent acomoder le public , n'employant
pour cela que les cartes ou les
cartons
1710 MERCURE DE FRANCE
cartons de rebut. En atendant l'introduction
de cet ufage , et que l'on goute la
metode propofee , on peut s'adreffer aux
religieux qui ont des A , B , C , à jour
fur des plaques de cuivre. On trouve
encore de ces caracteres à jour dans les
églifes catedrales ou collegiales des provinces.
Le plus court fera d'en faire acheter
à Paris chés les ouvriers qui en font,
alors il fera aifé de faire imprimer tout
de fuite vint ou trente A , B , C , imprimant
vint & trente A , fur autant de
cartes rangées fur une table ; enfuite vint
ou trente B , & tout l'A, B , C , de la
meme maniere. Un domeftique peut être
d'abord mis au fait de cète petite imprimerie
; et cete ocupation , aux ïeux de l'enfant
produira autant de bien que produifent
ordinairement de mal l'oifiveté ,
les mauvais difcours & les mauvais exemples
des perfones chargées de l'enfant.
و
On pouroit fe fervir utilement de cète
metode dans les petites écoles où l'on n'envoie
bien fouvent les enfins que pour y etre
affis & en etre debaraffé lorfqu'on veut
etre libre chés foi , ou pouvoir aler perdre
ailleurs fon tems & fon argent. Si l'on
vouloit donc fuivre ou effaïer cète metode
dans les écoles , il faudroit metre entre'
les mains des enfans plufieurs jeux de cartes
ou de cartons literaires , & l'on pouroit
doner
AOUST. 1730. 1711
doner leçon à plufieurs enfans à la fois ,
ce qui exciteroit , & entretiendroit parmi
eux une noble émulation literaire . Les
écoles de petites filles que tienent les dames
religieufes, pouroient auffi mieux que
perfone faire l'effai de cete metode. Ou
tre les jeux de cartes , marquées de letres ,
ces dames pouroient avoir des A, B , C ,
des ab , eb , ib , ob , ub , &c. ba , be , bi
bo , bu , &c. fur des cartons ou fur des tableaux
exprès , que l'on montreroit aux
enfans come des curiofités. Une leçon publique,
et la démonftration des letres & des
fons de la langue françoife , feroit plus
agréable ou moins ennuyeufe pour la regente,
et mème pour les écolieres ; les murailles
de l'école doivent être le livre public
où les enfans trouveront les élémens ,
des letres , en atendant qu'ils foient en
état de fe fervir d'un livre tel que l'au-,
teur le propoſe , et qu'il a tâché de faire
exprès.Si les perfones zelées & charitables
qui dirigent les écoles des pauvres , n'étoient
pas fi efclaves des métodes vulgaires
, il feroit aifé de leur faire voir combien
il y auroit à gagner en fuivant la mérode
propofée ici .
Lorfqu'un enfant prend gour à l'exercice
du jeu abecedique , il faut lui doner,
une caffete habillée ou couverte de letres
dans laquelle il puiffe tenir les jeux de
carte s
1712 MERCURE DE FRANCE
cartes qu'on lui fait & qu'on lui done ;"
il eft bien-aife d'avoir la proprieté des
chofes , et la crainte d'être privé de ce petit
meuble peut fervir quelquefois à r'animer
le gout literaire. Cete caffete a paru
neceffaire , et l'on a cru pouvoir en faire
fervir les faces aux leçons de l'enfant.:
c'eft-là fon premier livre , ou du moins
c'en font les premieres pages. Si l'on s'amufe
avec des écrans & des éventails .
pourquoi des enfans ne s'amuferoient - ils
pas avec cète caffete ? Ils ont en petit le
mélange de toutes les paffions ; on doit les
étudier , les tourner à leur avantage , &
metre les enfans en état de montrer les
letres à leurs petits freres ou petites foeurs
s'ils en ont , come a fait le petit Goffard ,
cité dans la letre inferée dans le Mercure
de Juillet 1730. Rien n'anime tant un enfant
que de fe voir des écoliers. Le petit
Candiac montroit à lire à des enfans deux
fois plus agés que lui .
Il faudra auffi doner à l'enfant un petit
bureau come ceux de la Pofte , fur lequel
il puiffe ranger toutes les letres qu'il tirera
de la caffeté , & qu'il nomera plufieurs
fois , en continuant feul ce badinage ,
meme avec encor plus de plaifir s'il y a
quelque fpectateur qui applaudiffe & qui
done du courage . Par le moyen de ce bureau
, on peut épargner aux enfans des
princes
AOUST. 1730. 1713
princes , et des grans feigneurs bien de la
peine , bien du dégout & bien du tems ,
en fefant travailler au bureau du PRINCE &
devant LUI , quelque digne enfant drelé
pour cet inftructif & amulant exercice .
L'auteur donera fur tous les fons, quelques
exemples de la maniere dont on doit
faire apeler les letres en commençant à
compofer , à imprimer & à lire, felon cete
metode . Car dès le premier jour de l'exercice
, on peut faire l'un & l'autre . On donera
des exemples faits exprès à l'égard
des lètres dont on a un peu changé le
nom , en faveur du fon & de la valeur
réelle & efective des caracteres ; et c'eft
pour cela que l'auteur a compofé des lignes
de quelques mots latins ou arbitraires,
moins foumis aux règles ordinaires de
la lecture ; car d'ailleurs il n'eft prefque
pas neceflaire d'épeler , quand on fuit la
metode des fons exprimés par une filabe ,
qui réponde au veritable fon local des letres
& des caracteres fimples & doubles .
Nous aprenons à parler machinalement
par l'articulation & par la converfation ,
mais pour la lecture & l'écriture , il faut
quelque chofe de plus , c'eft un art qu'on
peut & qu'on doit perfectioner en tâchant
de le rendre plus aifé , plus agréable
& plus utile. Cet art eft la clé des
fiences , qui font le bonheur de toutes
B
log
1714 MERCURE DE FRANCE
les nations policées , et c'eft en vue de l'utilité
publique , que l'auteur done l'heureux
effai de cete metode. Il eft prefque
impoffible de montrer à lire par principes
, il y a trop de bizarerie dans l'ufage
des letres, et encore plus dans l'ortografe.
On eft donc réduit à la routine , mais il
ne s'enfuit pas qu'on ne la puiffe rectifier
en donantune métode pour tout ce qui en
eft fufceptible , et réduifant aux princi
pes tout ce qui peut abreger & perfectioner
l'art de montrer les letres aux petits
enfans. On fe ate de l'avoir fait
d'une maniere heureufe & facile , en forte
que les plus grandes dificultés , et prefque
toutes les bizareries de l'ufage fe trouvent
& s'aprenent tres facilement par
l'exercice ou par la pratique des principes
qu'on a donés pour l'ufage du bureau
tipografique.
On ne fauroit, au refte, trop recomander
aux perfones qui montrent les letres aux
enfans, de les faire paffer peu à peu & par
degrés aux filabes les plus dificiles , ce
qui eft , je penfe , une fuite de la vraie metode
de montrer à lire , néanmoins outre
le livre ordinaire , on en doit de tems en
tems prefenter d'autres aus enfans , leur
faire dire les letres , les filabes & les mots
â l'ouverture du livre , et ne pas imiter
seux qui ne favent lire que dans un livre ,
preuve
A O UST. 1730. 1715
preuve de la pure routine & de la mémoire
locale qui font toute la fience d'un
enfant mal montré.
-
Un autre exercice agréable & inftructif
c'eft de faire deviner à un enfant la premiere
letre de chaque mot qu'on lui dit
à haute voix ; et enfuite la fegonde , la
troifiéme , et les autres letres de chaque
filabe des mots , fur tout les confones
initiales , C , G , J , S , T, V , X , Y, Z ,
&c. on en a fait l'experience fur un enfant
de trois ans & trois mois , il n'en
manquoit pas une des initiales , et devinoit
facilement les autres dans de petits
mots. Il faut cependant remarquer
que les voyeles étant plus fenfibles que les
confones , elles font auffi plus aifées à deviner
; c'eft pourquoi l'enfant de trois ans
qui conoit bien les letres , fi on lui demande
, par exemple , la premiere letre
ou le premier fon d'un des mots bale
vile , fote , lune , &c dira que c'eft l'a , l'i ,
l'o , ou l'u. Ces confones initiales font peu
d'impreffion fur les organes de l'enfant ;
la cadence & la tenue en fait de muſique ,
la quantité grammaticale , ou la durée du
fon , ne tombent que fur le fon des voyeles
, & non fur celui des confones : il faut
donc montrer à l'enfant l'art de trouver
la confone , après qu'il a fu trouver la
voyele , et pour cela il fufit de lui apren-
Bij dre
>
1716 MERCURE DE FRANCE
dre à fubftituer la voyele e à la place de
l'autre voyele devinée ,, par exemple ,
changeant en e l'a du mot bale , on dira bele,
et l'enfant fent pour lors la filabe initiale
be , ou le nom doné au caractere b . Cela
eft fi vrai , que fi l'on demande à l'enfant
la premiere letre d'un des mots benir, ceci ,
denier , fenètre , qualité , &c . il répondra
fans hefter que c'eft le be , le ce , le de ,
Le fe,le ka & c. & il eft bon de remarquer ici
l'utilité des noms Ceke , feja , He , Gega,
Ve , &c. donez aux letres C , J , H , G ,
V , puifque c'eft à l'aide de ces dénominations
que l'enfant aprend à diftinguer &
à défigner le fon des letres & des mots
qu'on lui prononce : c'est donc par le
moyen de la voyele auxiliaire ou empruntéc
l'enfant
que
aquerra dans peu la facilité
de deviner également les confones &
les voyeles ; cela paroitra clair & démontré
par la pratique de cète métode qui enfeigne
en peu de tems l'ortografe de l'oreille
ou des fons , en atendant cele des
ïeux , ou de l'ufage .
Avant l'age de trois ans & demi le petit
CANDIAC favoit diftinguer & dicter
tous les fons des mots qu'on lui prononçoit
en latin ou en françois , aïant aquis
P'ortografe des fons avec la parole ; ce
qu'il n'auroit pas fait s'il n'avoit jamais û
que des ABC ordinaires , et qu'il ût apelé
les
AOUST . 1730. 1717
les confones f, g , h , j , l , m , n , r , f, v ,
x, y , z, &c. du nom vulgaire de plufieurs
filabes , nom qui induit en erreur , qui
éloigne du bon & vrai fon , et qui en
fournit un faux ou captieux pour la fubftitution
neceffaire dans l'art d'épeler : par
exemple, dans le mot cacumen , la routine
ordinaire dit , fe , a , ka ; fe , u , qu , cacu;
lieuque
au
feemme
, e , enne , men , cacumen ;
la métode de l'auteur l'on dira ka , a , ka;
qu , u , qu ; cacu , me , e , men ; cacumen ,
&c. Il n'y a point d'oreille qui ne ſente
en dépit des feux , la fuperiorité de cète
métode fur la métode vulgaire , on le
fera voir plus au long en montrant à lire
du latin & du françois,
Pour imprimer cet ABC , on croit qu'il
fera bon d'y metre des filabes & des mots
latins fans fuite ni fens , plutot que de
faire imprimer en filabes disjointes ou divifées
les mots des prieres que l'enfant
n'entend point & qu'il retient ailément ,
fur tout s'il récite déja les mèmes prieres
foir & matin. Les maitres , les parens &
les enfans en font les dupes , quoique
d'une maniere diferente. Cependant pour
confacrer les prémices du favoir de l'enfant
, on poura imprimer les prieres latines
après quelques pages de filabes choifies
exprès,pour faire lire peu à peu & par
degrés les principales dificultés des mots
B iij
ou
1718 MERCURE DE FRANCE
ou des filabes . Aïant imprimé des monofilabes
féparés les uns des autres , il ne
fera pas enfuite neceffaire de féparer ainſi
les filabes du Pater , de l'Ave & du Credo,
&c. come on le fait peut-être mal- à - propos
dans les livres ordinaires des ABC.
La priere eft un exercice fi férieux & fi
néceffaire , qu'on ne fauroit trop tôt y
acoutumer les enfans ; mais par respect
pour la priere mème , on ne devroit pas
d'abord les metre à cète lecture , de crainte
de trop de routine , et de pure articulation
: il feroit donc mieux après l'A
BC françois de faire imprimer en deux
colones les prieres en latin & en françois
afin que l'enfant les comprit plutot les
lifant & les récitant en chaque langue..
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Résumé : TROISIÉME LETRE sur le Livre anoncé sous le titre de la BIBLIOTEQUE DES ENFANS, ou les premier élemens des letres.
Le texte du Mercure de France de 1716 présente une méthode pédagogique innovante pour enseigner la lecture et l'orthographe aux enfants. Cette méthode repose sur la substitution d'une voyelle connue à une voyelle inconnue dans les mots, permettant ainsi à l'enfant de prononcer correctement les syllabes initiales. Par exemple, en changeant l'a en e dans le mot 'bale', on obtient 'bele', ce qui aide l'enfant à identifier la lettre b. Les noms donnés aux lettres, tels que 'Ceke' pour C et 'feja' pour J, facilitent la distinction et la définition des sons des lettres et des mots. Cette approche permet à l'enfant d'acquérir rapidement la capacité de deviner les consonnes et les voyelles. Le texte cite l'exemple de Candiac, qui, avant l'âge de trois ans et demi, savait distinguer et dicter les sons des mots en latin et en français grâce à cette méthode. En revanche, les méthodes traditionnelles, qui utilisent des noms vulgaires pour les consonnes, induisent en erreur et éloignent du bon son. Le texte critique ces méthodes, soulignant qu'elles ne permettent pas aux enfants de maîtriser correctement la prononciation des lettres. Pour enseigner la lecture, le texte recommande d'imprimer des syllabes et des mots latins sans suite ni sens, plutôt que des prières que l'enfant ne comprend pas. Les prières latines peuvent être ajoutées après quelques pages de syllabes choisies pour faciliter l'apprentissage des principales difficultés des mots ou des syllabes. De plus, il est suggéré d'imprimer les prières en latin et en français en deux colonnes pour que l'enfant les comprenne mieux en les lisant et en les récitant dans chaque langue. En résumé, cette méthode pédagogique propose une approche ludique et interactive pour enseigner la lecture et l'orthographe aux enfants, en utilisant des substitutions de voyelles et des noms spécifiques pour les lettres. Elle vise à rendre l'apprentissage plus efficace et compréhensible pour les jeunes élèves.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5456
p. 1719-1720
UN MOUCHERON QUI PIQUE LYCORIS.
Début :
Sous un ombrage verd, Lycoris en lisant [...]
Mots clefs :
Moucheron, Lycoris, Belle, Bouche
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : UN MOUCHERON QUI PIQUE LYCORIS.
UN MOUCHERON QUI PIQUE
LYCORIS:
Sous un ombrage verd , Lycoris en lifant
Surpriſe l'autre jour d'un fommeil ſéduiſant
Dermoit fur un Gazon mollement étenduë ;
B iiij.
L'ha1720
MERCURE DE FRANCE
L'haleine du Zephir n'étoit plus entenduë ;
Tout fembloit par refpect fe taire dans ces lieux;
Un feul ruiffeau voifin , de fon bruit gracieux ,
Mais moins fort , y berçoit la belle ;
Quand un fin Moucheron butinant autour d'elle
Vint s'affoir fur fa bouche , attiré par l'odeur
Et le Corail que donne une nouvelle fleur
Croyant jouir alors de la plus raviffante ;
Car la bouche de Licoris
>
N'avoit pas moins d'éclat que la rofe naiffante
De fa méprife heureuſe il goutoit tout le prix.
Mais de ce divin fuc cruellement avide ;
Au moment qu'il fe fert d'un aiguillon perfide ,
La Belle tout à coup au fentiment du mal
S'éveille , y met la main , & voit fuir l'animal ;
Qui , joüiffant encor de fon aimable proye ,
Par un bourdonnement malin & plein de joye
S'applaudit & fe perd entre les arbriffeaux.
Venge ce crime , Amour ; pour furcroît à mes
maux ,
Faut-il que tous tes traits & toute ma tendreffe
Soient toujours impuiſſans, tandis qu'un éguillon
Tel que celui d'un Moucheron
Sçait mieux troubler que toi le coeur de ma Maitreffe.
LYCORIS:
Sous un ombrage verd , Lycoris en lifant
Surpriſe l'autre jour d'un fommeil ſéduiſant
Dermoit fur un Gazon mollement étenduë ;
B iiij.
L'ha1720
MERCURE DE FRANCE
L'haleine du Zephir n'étoit plus entenduë ;
Tout fembloit par refpect fe taire dans ces lieux;
Un feul ruiffeau voifin , de fon bruit gracieux ,
Mais moins fort , y berçoit la belle ;
Quand un fin Moucheron butinant autour d'elle
Vint s'affoir fur fa bouche , attiré par l'odeur
Et le Corail que donne une nouvelle fleur
Croyant jouir alors de la plus raviffante ;
Car la bouche de Licoris
>
N'avoit pas moins d'éclat que la rofe naiffante
De fa méprife heureuſe il goutoit tout le prix.
Mais de ce divin fuc cruellement avide ;
Au moment qu'il fe fert d'un aiguillon perfide ,
La Belle tout à coup au fentiment du mal
S'éveille , y met la main , & voit fuir l'animal ;
Qui , joüiffant encor de fon aimable proye ,
Par un bourdonnement malin & plein de joye
S'applaudit & fe perd entre les arbriffeaux.
Venge ce crime , Amour ; pour furcroît à mes
maux ,
Faut-il que tous tes traits & toute ma tendreffe
Soient toujours impuiſſans, tandis qu'un éguillon
Tel que celui d'un Moucheron
Sçait mieux troubler que toi le coeur de ma Maitreffe.
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Résumé : UN MOUCHERON QUI PIQUE LYCORIS.
Le texte relate une scène où Lycoris, une jeune femme, dort paisiblement à l'ombre. Un moucheron, attiré par sa beauté et son odeur, se pose sur sa bouche, qu'il compare à une rose naissante. Lorsqu'il la pique, Lycoris se réveille en ressentant la douleur et repousse l'insecte, qui s'envole joyeusement. Le narrateur, épris de Lycoris, exprime son désarroi en constatant que même un moucheron peut troubler le sommeil de sa bien-aimée, tandis que ses propres sentiments restent sans effet. Il implore l'Amour de renforcer ses propres traits pour qu'ils puissent enfin toucher le cœur de Lycoris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5457
p. 1721-1730
RÉPONSE aux Reflexions sur une These soutenuë dans les Ecoles de Medecine de Paris, concernant la qualité de l'Eau de vie, inserées dans le Mercure de France du mois de May 1730. page 868.
Début :
Je vous avouë, Monsieur, que j'ai été extrêmement surpris de voir une personne [...]
Mots clefs :
Eau de vie, Écoles de Médecine de Paris, Esprit, Circulation, Vin, Liqueur, Mouvement, Thèse, Coeur, Sang
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE aux Reflexions sur une These soutenuë dans les Ecoles de Medecine de Paris, concernant la qualité de l'Eau de vie, inserées dans le Mercure de France du mois de May 1730. page 868.
REPONSE aux Reflexions fur une
Thefe foutenue dans les Ecoles de Medecine
de Paris , concernant la qualité de
l'Eau de vie , inferées dans le Mercure
de France du mois de May 1730. page
868 .
J
E vous avouë , Monfieur , que j'ai été
extrêmement furpris de voir une perfonne
qui fait profeffion de la Medecine
fe déclarer contre M. le Hoc en faveur de
l'Eau de vie. Ce nom fpecieux n'en impofe
pas d'ordinaire , je ne dis pas aux
gens du métier , qui trouvent dans les
principes & dans les experiences dont leurs
livres font remplis des preuves des effets
funeftes de cette liqueur , mais même à
ceux qu'un jugement fain met en état de
profiter des évenemens qui ſe préſentent
tous les jours , & je me flatte que par des
raifonnemens fimples & àla portée de tout
le monde , je confirmerai dans leur fentiment
ceux qui ont la prudence de s'abftenir
de l'Eau de vie , & que je perfuaderai
du danger de cette liqueur ceux à qui elle
n'a pas encore alteré la raiſon .
Tout le monde fçait que l'Eau de vie
eft un extrait des parties fpiritueufes du
B. v vin
1722 MERCURE DE FRANCE
vin , d'où je conclus qu'elle en renferme
les qualités avec d'autant plus d'energie
que les principes font reunis fous un moindre
volume. Voyons donc les effets du
vin , & nous ferons à portée de connoître
ceux de l'Eau de vie.
Le vin , dit Fernel ( a ) rend le poulx
grand , fort , vîte & fréquent : à force de
s'en fervir fans ménagement , il le rend
inégal & dereglé; fa force (b)n'ayant pû être
domptée par le ventricule , fe répand par
tout le corps , il le fecoue tout entier
principalement le coeur & le cerveau ; il
attaque les nerfs ( c) & les membranes (d)
& devient une caufe de la goute ; enfin
il corrompt la maffe du fang , & cette
corruption fe communique au foye.
★
Le Critique aura de la peine à établir
fes experiences fur les débris de celles de
Fernel ; cependant jufqu'à ce qu'il l'ait fait,
je crois que celles de Fernel pafferont pour
conftantes ; mais comme dans les endroits
cités ce grand homme parle plus en Medecin
qu'en Philofophe , je vais tâcher de
rendre raifon de ce qu'il remarque.
Le vin étant compofé d'un foufre volatil
, & par conféquent capable d'une ex-
( a ) Pathol. Liv. 3. c. 4º
( b ) Ibid. Liv. I. c. 14.
( c ) Ibid. Liv , 6. c 18.
(d) Ibid. Liv. 6. c.41
panfion
A O UST. 1730. 1723
sanfion très confiderable , ne peut le mêler
au fang fans le rarefter très confiderablement
; donc le coeur en recevra une
plus grande quantité , donc le poulx de
viendra plus grand ; il deviendra plus
fort , puifque le fang fera plus d'effort
contre les parois de l'artere ; il fera vîte ,
parceque les fouffres du vin fe changent
facilement en efprits , & augmentent par
une fuite neceffaire le mouvement fiftaltique
des fibres ; il fera fréquent , parceque
la fréquence du poulx eft en raifon
compofée de la quantité du fang & des
efprits .
Sans décompofer les principes du vin ;
en voila plus qu'il n'en faut pour produire
les deux effets qu'apprehende M. Le Hoc,
fçavoir l'eretifme des fibres & l'épaiffiffe
ment des liqueurs .
Preuve de la premiere Propofition.
De ce que les ofcillations des fibres
augmentent à proportion de la viteffe de
la circulation , je concluerai qu'elles chaf--
feront de leurs pores ce mucilage limphatique
qui leur donne de la foupleffe ,
en même tems qu'il augmenté leur diamerre
; donc les fibres s'amaigriront , fe
fronceront , fe racorniront ; les bons effets
même de l'Eau de vie dans les fincopes ;
Bvj les
1724 MERCURE DE FRANCE
les affections foporeufes , les engourdiffe,
mens ne viennent- ils pas de l'irritation
des fibres , dont le reffort augmenté chaffe,
& rend à la circulation les humeurs qui
s'arrêtent dans les parties ? donc les fibres
fe crepent par l'ufage de l'Eau de vie. De
plus, que peut-on conclure des bons effets
de l'Eau de vie dans ces maladies , fi ce
n'eft qu'on peut s'en fervir comme d'un
remede ? & ne fçait- on pas que les remedes
n'agiffent qu'en faifant violence à la
nature ? delà vient qu'Hipocrate les appelle
des poifons , Pharmaca funt venena.
و
Preuve de la feconde Propofition .
Mais la circulation ne peut être plus
promte que les liqueurs ne foient plus
divifées ; donc la tranfpiration augmentera
, le fang fera dépouillé d'une partie
de fa ferofité , les globules qui le compofent
fe raprocheront ; donc il s'épaiffira .
. Combien de maladies ne produira pas
la compilation de ces deux caufes ? delà
le dereglement & l'inegalité du poulx
fuite neceffaire de l'inegalité du tiffu des
parties dont le fang eft compofé : delà cette
chaleur qui fe répand par tout le corps ,
ces fecouffes que reçoivent le coeur , les
nerfs , le cerveau ; en un mot , toutes les
fibres delà ces obftructions du foye qui y
caufent
:
AOUST. 1730. 1725
cauſent la corruption , & qui font fi fou
vent fuivies de l'hydropifie : delà l'interruption
de la circulation dans les glandes
finoviales , où la partie fibreuſe du fang ,
arrêtée , faute d'un vehicule füffifant , féjourne
, & s'épaiffiffant , forme ce tuf , ce
gipfe qui produit les nodofités & des
douleurs des gouteux : delà des engourdiffemens
, des ftupeurs , des affoupiffemens
, avantcoureurs de l'apoplexie : delà
cette hebetation de l'efprit qui rabaiſſe
l'homme à la condition des Quadrupedes.
Si nous penetrons à prefent dans le tiffu
-
des principes du vin , avec quel avantage
n'en établirons nous pas le danger le
fouffre volatil eft-il rien autre choſe qu'un
acide concentré avec un peu de terre &
de phlegme ? acide que la circulation ne
peut manquer de déveloper , & qui ne
peut que coaguler le fang.
Mais , dit le Critique , cette partie fpiritueufe
ne féjourne pas longtems dans les
vaiffeaux ; elle s'exhale promtement par
les pores de la peau .
C'eft ici que j'en appellerois fans crainte
à l'experience de tout le monde ; le con
traire n'arrive- t - il pas tous les jours ? la
foif, la bouche pâteufe , le gout defagréa
ble que l'on a le lendemain d'une débauche
, font- ce des preuves de la prompte
diffipation de ce poifon igné que l'on a
fait
126 MERCURE DE FRANCE
fait couler dans fes veines ? mais accordons
encore au Critique fa propofition ,
& qu'il ait la bonté de me fatisfaire fur
deux points. Je dis d'abord que fi le volatile
du vin féjourne peu dans les vaiſfeaux
, il ne peut produire qu'un effet peu
fenfible ; donc fi les vieillards & les gens
de travail veulent en tirer quelque utilité ,
il faut qu'ils en uſent fréquemment ; c'eft
ce queje ne crois pas que le Critique accorde.
En fecond lieu , je demande , ſuppofant
la verité de nos principes , s'il
voudroit le mettre dans le rifque d'ufer
d'un mauvais remede ou d'un aliment
dangereux fous prétexte qu'il n'agit que
peu fur le corps . S'il eft de cet avis , je crois
qu'il n'aura pas beaucoup de partifans.
Mais , continue-t- il , de ce que l'efprit
de vin coagule les liqueurs hors du corps,
s'enfuit- il , comme M. Le Hoc le préténd,
que pris interieurement il doive faire le
même effet ? l'agilité , la hardieffe , le courage
de ceux qui en ufent prouvent - elles
le ralentiffement , l'épaiffiffement des li ---
queurs .
Il feroit ridicule à M. Le Hoc de con--
clure tellement de l'un à l'autre , qu'il
voulut que tout fut égal dans deux cas
totalement differens. Les liqueurs tirées
des vaiffeaux n'ont plus de mouvement
progreffif , de mouvement de trituration ;
par
A O UST. 1730. 1727
par conféquent la force du poifon n'eft
plus contrebalancée , comme lorfqu'on le
fait prendre à un animal vivant. Tout ce
qu'on doit conclure des Obfervations de
M. Le Hoc , & ce qui fait merveilleuſement
pour lui , c'eft qu'il ne faut rien
moins qu'un mouvement continuel &
violent des liqueurs pour les garantir de la
promte coagulation qu'en font les fouffres
du vin.
L'agilité , la hardieffe & c. ne prouvent
certainement pas l'épaiffiffement des li
queurs ; mais quand elles font produites
par des fouffres volatils , n'en font- elles
pas fuivies c'eft ce que M. Le Hoc niera ,
& avec raifon , tant que nos principes fubfifteront.
L'Objection du Critique tirée de l'a
vantage qui revient de l'ufage de l'Eau de
vie aux vieillards & à ceux qui font un
violent exercice du corps , ne prouve pas
davantage contre M. Le Hoc . Je demanderai
d'abord fi ceux de ces Ouvriers qui
ne boivent que de l'eau ont moins de force
2 S'il oferoit affurer que l'ufage de l'Eau
de vie ne leur nuit pas à la longue. 3 °
Je dirai qu'il ne conclura rien d'une exception
à une regle generale. Il ne faut
pas donner à la propofition de M. Le Hoc
une extenfion qu'elle n'a Dire qu'il
n'y ait point de cas , point de perfonnes
pas.
1728 MERCURE DE FRANCE
qui un ufage moderé de l'Eau de vie
ne puiffe être avantageux , ce feroit avancer
une propofition auffi contraire à la
raifon & à l'experience , qu'il le feroit de
la permettre à tout le monde . On fçait
que dans la Flandre & dans tous les Pays
où l'on fe fert de biere pour boiffon or
dinaire , les perfonnes les plus fobres en
ufent avec utilité. Les fibres engourdies
par le mucilage épais de la biere ont be
foin d'être reveillées par quelque chofe
d'actif. Mais ce n'eft qu'à raison de cette
fobrieté qu'elles ne fe trouvent pas mal de
l'ufage de l'Eau de vie . Les vieillards font
dans un cas à peu près femblable ; ils
tranfpirent moins que les autres à caufe
de la roideur de leurs fibres qui commencent
à devenir cartilagineufes ; leur fang
eft moins divifé : delà les cattarhes , &c.
d'où il fuit que l'Eau de vie augmentant
le mouvement inteftin du fang , peut leur
être utile. Les gens de travail faifant une
grande diffipation d'efprits ont befoin
d'en reparer promtement la perte ; c'eſt ,
comme nous l'avons remarqué , ce que
fait l'Eau de vie , & ce qui peut leur en
rendre l'ufagé avantageux
.
Le Critique va chercher chicane à M.
Le Hoc fur ce qu'il allegue pour prouver
fon fentiment , que l'efprit de vin injecté
dans la jugulaire d'un chien le fait mounirs
A O UST . 1730. 1729.
rir ; il dit qu'il n'eft queftion que de l'Eau
de vie dans fa propofition ; mais fi l'efprit
de vin n'eft qu'une Eau de vie rectifiée ,
il n'y a pas de doute qu'elle ne doive produire
un effet femblable , quoique moins
promtement. De plus étant prife interieu
rement , elle ne paffe dans le fang que petit
à petit , & fon effet ne peut pas
nir auffi fenfible que par l'injection.
Il s'enfuivroit , ajoûte- t- il encore ,
dans
le fentiment de M. Le Hoc , qu'un homme
devroit mourir fubitement pour boire
de l'Eau de vie , comme les oifeaux en
buvant de l'efprit de vin . Ce raifonnement
ne vaut pas mieux que le précedent par la
même raiſon.
deve..
Je finitai par ces paroles de Sydenham ✈
qui ne s'accorderont pas avec le fentiment
du Critique : Plut à Dieu que l'on s'abftine
totalement de l'Eau de vie , ou qu'on ne s'en
Servit que pour reparerfes forces , & non pour
les éteindre , à moins qu'on ne trouvât plus à
propos d'en interdire entierement l'ufage interieur,
& de la laiffer aux Chirurgiens pour
le panfement des ulceres & des brulures. Dans
le premier cas même il ne veut pas qu'on
l'employe pure ; && ss''iill llee permet dans le
fecond , ce n'eft que pour garantir la partie
affligée de la putrefaction. Et fi , felon
* Cap. 6, fect. 6.
la
1730 MERCURE DE FRANCE
la remarque de Sennert les huiles diftil-
Fees & feches demandent à être mêlées
avec quelque matiere graffe , pour ne pas
durcir la matiere qu'on veut diffoudre ,
à combien plus forte raifon doit - on apprehender
les effets d'une liqueur auffi
fpiritueufe & auffi penetrante que l'Eaur
de vie.
je
Voilà , Monfieur , ce que j'avois à remarquer
fur les Reflexions de M. G. B. . '
n'ai pas crû pouvoir me difpenfer de
combattre fon fentiment qui m'a paru
trop dangereux dans la Pratique ; d'autant
plutôt que la Thefe de M. Le Hoc
ne fera pas vue d'autant de perfonnes que vûë
votre Journal. J'ai l'honneur d'être &c.
A Paris le 9. Juillet 1730. BRUHIER
D'ABLANCOURT , Docteur en Mede
cine.
* Prag. lib. x . part. 11, cap 27. p. 141.”
Thefe foutenue dans les Ecoles de Medecine
de Paris , concernant la qualité de
l'Eau de vie , inferées dans le Mercure
de France du mois de May 1730. page
868 .
J
E vous avouë , Monfieur , que j'ai été
extrêmement furpris de voir une perfonne
qui fait profeffion de la Medecine
fe déclarer contre M. le Hoc en faveur de
l'Eau de vie. Ce nom fpecieux n'en impofe
pas d'ordinaire , je ne dis pas aux
gens du métier , qui trouvent dans les
principes & dans les experiences dont leurs
livres font remplis des preuves des effets
funeftes de cette liqueur , mais même à
ceux qu'un jugement fain met en état de
profiter des évenemens qui ſe préſentent
tous les jours , & je me flatte que par des
raifonnemens fimples & àla portée de tout
le monde , je confirmerai dans leur fentiment
ceux qui ont la prudence de s'abftenir
de l'Eau de vie , & que je perfuaderai
du danger de cette liqueur ceux à qui elle
n'a pas encore alteré la raiſon .
Tout le monde fçait que l'Eau de vie
eft un extrait des parties fpiritueufes du
B. v vin
1722 MERCURE DE FRANCE
vin , d'où je conclus qu'elle en renferme
les qualités avec d'autant plus d'energie
que les principes font reunis fous un moindre
volume. Voyons donc les effets du
vin , & nous ferons à portée de connoître
ceux de l'Eau de vie.
Le vin , dit Fernel ( a ) rend le poulx
grand , fort , vîte & fréquent : à force de
s'en fervir fans ménagement , il le rend
inégal & dereglé; fa force (b)n'ayant pû être
domptée par le ventricule , fe répand par
tout le corps , il le fecoue tout entier
principalement le coeur & le cerveau ; il
attaque les nerfs ( c) & les membranes (d)
& devient une caufe de la goute ; enfin
il corrompt la maffe du fang , & cette
corruption fe communique au foye.
★
Le Critique aura de la peine à établir
fes experiences fur les débris de celles de
Fernel ; cependant jufqu'à ce qu'il l'ait fait,
je crois que celles de Fernel pafferont pour
conftantes ; mais comme dans les endroits
cités ce grand homme parle plus en Medecin
qu'en Philofophe , je vais tâcher de
rendre raifon de ce qu'il remarque.
Le vin étant compofé d'un foufre volatil
, & par conféquent capable d'une ex-
( a ) Pathol. Liv. 3. c. 4º
( b ) Ibid. Liv. I. c. 14.
( c ) Ibid. Liv , 6. c 18.
(d) Ibid. Liv. 6. c.41
panfion
A O UST. 1730. 1723
sanfion très confiderable , ne peut le mêler
au fang fans le rarefter très confiderablement
; donc le coeur en recevra une
plus grande quantité , donc le poulx de
viendra plus grand ; il deviendra plus
fort , puifque le fang fera plus d'effort
contre les parois de l'artere ; il fera vîte ,
parceque les fouffres du vin fe changent
facilement en efprits , & augmentent par
une fuite neceffaire le mouvement fiftaltique
des fibres ; il fera fréquent , parceque
la fréquence du poulx eft en raifon
compofée de la quantité du fang & des
efprits .
Sans décompofer les principes du vin ;
en voila plus qu'il n'en faut pour produire
les deux effets qu'apprehende M. Le Hoc,
fçavoir l'eretifme des fibres & l'épaiffiffe
ment des liqueurs .
Preuve de la premiere Propofition.
De ce que les ofcillations des fibres
augmentent à proportion de la viteffe de
la circulation , je concluerai qu'elles chaf--
feront de leurs pores ce mucilage limphatique
qui leur donne de la foupleffe ,
en même tems qu'il augmenté leur diamerre
; donc les fibres s'amaigriront , fe
fronceront , fe racorniront ; les bons effets
même de l'Eau de vie dans les fincopes ;
Bvj les
1724 MERCURE DE FRANCE
les affections foporeufes , les engourdiffe,
mens ne viennent- ils pas de l'irritation
des fibres , dont le reffort augmenté chaffe,
& rend à la circulation les humeurs qui
s'arrêtent dans les parties ? donc les fibres
fe crepent par l'ufage de l'Eau de vie. De
plus, que peut-on conclure des bons effets
de l'Eau de vie dans ces maladies , fi ce
n'eft qu'on peut s'en fervir comme d'un
remede ? & ne fçait- on pas que les remedes
n'agiffent qu'en faifant violence à la
nature ? delà vient qu'Hipocrate les appelle
des poifons , Pharmaca funt venena.
و
Preuve de la feconde Propofition .
Mais la circulation ne peut être plus
promte que les liqueurs ne foient plus
divifées ; donc la tranfpiration augmentera
, le fang fera dépouillé d'une partie
de fa ferofité , les globules qui le compofent
fe raprocheront ; donc il s'épaiffira .
. Combien de maladies ne produira pas
la compilation de ces deux caufes ? delà
le dereglement & l'inegalité du poulx
fuite neceffaire de l'inegalité du tiffu des
parties dont le fang eft compofé : delà cette
chaleur qui fe répand par tout le corps ,
ces fecouffes que reçoivent le coeur , les
nerfs , le cerveau ; en un mot , toutes les
fibres delà ces obftructions du foye qui y
caufent
:
AOUST. 1730. 1725
cauſent la corruption , & qui font fi fou
vent fuivies de l'hydropifie : delà l'interruption
de la circulation dans les glandes
finoviales , où la partie fibreuſe du fang ,
arrêtée , faute d'un vehicule füffifant , féjourne
, & s'épaiffiffant , forme ce tuf , ce
gipfe qui produit les nodofités & des
douleurs des gouteux : delà des engourdiffemens
, des ftupeurs , des affoupiffemens
, avantcoureurs de l'apoplexie : delà
cette hebetation de l'efprit qui rabaiſſe
l'homme à la condition des Quadrupedes.
Si nous penetrons à prefent dans le tiffu
-
des principes du vin , avec quel avantage
n'en établirons nous pas le danger le
fouffre volatil eft-il rien autre choſe qu'un
acide concentré avec un peu de terre &
de phlegme ? acide que la circulation ne
peut manquer de déveloper , & qui ne
peut que coaguler le fang.
Mais , dit le Critique , cette partie fpiritueufe
ne féjourne pas longtems dans les
vaiffeaux ; elle s'exhale promtement par
les pores de la peau .
C'eft ici que j'en appellerois fans crainte
à l'experience de tout le monde ; le con
traire n'arrive- t - il pas tous les jours ? la
foif, la bouche pâteufe , le gout defagréa
ble que l'on a le lendemain d'une débauche
, font- ce des preuves de la prompte
diffipation de ce poifon igné que l'on a
fait
126 MERCURE DE FRANCE
fait couler dans fes veines ? mais accordons
encore au Critique fa propofition ,
& qu'il ait la bonté de me fatisfaire fur
deux points. Je dis d'abord que fi le volatile
du vin féjourne peu dans les vaiſfeaux
, il ne peut produire qu'un effet peu
fenfible ; donc fi les vieillards & les gens
de travail veulent en tirer quelque utilité ,
il faut qu'ils en uſent fréquemment ; c'eft
ce queje ne crois pas que le Critique accorde.
En fecond lieu , je demande , ſuppofant
la verité de nos principes , s'il
voudroit le mettre dans le rifque d'ufer
d'un mauvais remede ou d'un aliment
dangereux fous prétexte qu'il n'agit que
peu fur le corps . S'il eft de cet avis , je crois
qu'il n'aura pas beaucoup de partifans.
Mais , continue-t- il , de ce que l'efprit
de vin coagule les liqueurs hors du corps,
s'enfuit- il , comme M. Le Hoc le préténd,
que pris interieurement il doive faire le
même effet ? l'agilité , la hardieffe , le courage
de ceux qui en ufent prouvent - elles
le ralentiffement , l'épaiffiffement des li ---
queurs .
Il feroit ridicule à M. Le Hoc de con--
clure tellement de l'un à l'autre , qu'il
voulut que tout fut égal dans deux cas
totalement differens. Les liqueurs tirées
des vaiffeaux n'ont plus de mouvement
progreffif , de mouvement de trituration ;
par
A O UST. 1730. 1727
par conféquent la force du poifon n'eft
plus contrebalancée , comme lorfqu'on le
fait prendre à un animal vivant. Tout ce
qu'on doit conclure des Obfervations de
M. Le Hoc , & ce qui fait merveilleuſement
pour lui , c'eft qu'il ne faut rien
moins qu'un mouvement continuel &
violent des liqueurs pour les garantir de la
promte coagulation qu'en font les fouffres
du vin.
L'agilité , la hardieffe & c. ne prouvent
certainement pas l'épaiffiffement des li
queurs ; mais quand elles font produites
par des fouffres volatils , n'en font- elles
pas fuivies c'eft ce que M. Le Hoc niera ,
& avec raifon , tant que nos principes fubfifteront.
L'Objection du Critique tirée de l'a
vantage qui revient de l'ufage de l'Eau de
vie aux vieillards & à ceux qui font un
violent exercice du corps , ne prouve pas
davantage contre M. Le Hoc . Je demanderai
d'abord fi ceux de ces Ouvriers qui
ne boivent que de l'eau ont moins de force
2 S'il oferoit affurer que l'ufage de l'Eau
de vie ne leur nuit pas à la longue. 3 °
Je dirai qu'il ne conclura rien d'une exception
à une regle generale. Il ne faut
pas donner à la propofition de M. Le Hoc
une extenfion qu'elle n'a Dire qu'il
n'y ait point de cas , point de perfonnes
pas.
1728 MERCURE DE FRANCE
qui un ufage moderé de l'Eau de vie
ne puiffe être avantageux , ce feroit avancer
une propofition auffi contraire à la
raifon & à l'experience , qu'il le feroit de
la permettre à tout le monde . On fçait
que dans la Flandre & dans tous les Pays
où l'on fe fert de biere pour boiffon or
dinaire , les perfonnes les plus fobres en
ufent avec utilité. Les fibres engourdies
par le mucilage épais de la biere ont be
foin d'être reveillées par quelque chofe
d'actif. Mais ce n'eft qu'à raison de cette
fobrieté qu'elles ne fe trouvent pas mal de
l'ufage de l'Eau de vie . Les vieillards font
dans un cas à peu près femblable ; ils
tranfpirent moins que les autres à caufe
de la roideur de leurs fibres qui commencent
à devenir cartilagineufes ; leur fang
eft moins divifé : delà les cattarhes , &c.
d'où il fuit que l'Eau de vie augmentant
le mouvement inteftin du fang , peut leur
être utile. Les gens de travail faifant une
grande diffipation d'efprits ont befoin
d'en reparer promtement la perte ; c'eſt ,
comme nous l'avons remarqué , ce que
fait l'Eau de vie , & ce qui peut leur en
rendre l'ufagé avantageux
.
Le Critique va chercher chicane à M.
Le Hoc fur ce qu'il allegue pour prouver
fon fentiment , que l'efprit de vin injecté
dans la jugulaire d'un chien le fait mounirs
A O UST . 1730. 1729.
rir ; il dit qu'il n'eft queftion que de l'Eau
de vie dans fa propofition ; mais fi l'efprit
de vin n'eft qu'une Eau de vie rectifiée ,
il n'y a pas de doute qu'elle ne doive produire
un effet femblable , quoique moins
promtement. De plus étant prife interieu
rement , elle ne paffe dans le fang que petit
à petit , & fon effet ne peut pas
nir auffi fenfible que par l'injection.
Il s'enfuivroit , ajoûte- t- il encore ,
dans
le fentiment de M. Le Hoc , qu'un homme
devroit mourir fubitement pour boire
de l'Eau de vie , comme les oifeaux en
buvant de l'efprit de vin . Ce raifonnement
ne vaut pas mieux que le précedent par la
même raiſon.
deve..
Je finitai par ces paroles de Sydenham ✈
qui ne s'accorderont pas avec le fentiment
du Critique : Plut à Dieu que l'on s'abftine
totalement de l'Eau de vie , ou qu'on ne s'en
Servit que pour reparerfes forces , & non pour
les éteindre , à moins qu'on ne trouvât plus à
propos d'en interdire entierement l'ufage interieur,
& de la laiffer aux Chirurgiens pour
le panfement des ulceres & des brulures. Dans
le premier cas même il ne veut pas qu'on
l'employe pure ; && ss''iill llee permet dans le
fecond , ce n'eft que pour garantir la partie
affligée de la putrefaction. Et fi , felon
* Cap. 6, fect. 6.
la
1730 MERCURE DE FRANCE
la remarque de Sennert les huiles diftil-
Fees & feches demandent à être mêlées
avec quelque matiere graffe , pour ne pas
durcir la matiere qu'on veut diffoudre ,
à combien plus forte raifon doit - on apprehender
les effets d'une liqueur auffi
fpiritueufe & auffi penetrante que l'Eaur
de vie.
je
Voilà , Monfieur , ce que j'avois à remarquer
fur les Reflexions de M. G. B. . '
n'ai pas crû pouvoir me difpenfer de
combattre fon fentiment qui m'a paru
trop dangereux dans la Pratique ; d'autant
plutôt que la Thefe de M. Le Hoc
ne fera pas vue d'autant de perfonnes que vûë
votre Journal. J'ai l'honneur d'être &c.
A Paris le 9. Juillet 1730. BRUHIER
D'ABLANCOURT , Docteur en Mede
cine.
* Prag. lib. x . part. 11, cap 27. p. 141.”
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Résumé : RÉPONSE aux Reflexions sur une These soutenuë dans les Ecoles de Medecine de Paris, concernant la qualité de l'Eau de vie, inserées dans le Mercure de France du mois de May 1730. page 868.
Le texte est une réponse aux réflexions publiées dans le Mercure de France de mai 1730 concernant la qualité de l'eau-de-vie. L'auteur exprime sa surprise face à un médecin qui défend l'eau-de-vie, une liqueur extraite des parties spirituelles du vin. Il souligne que l'eau-de-vie concentre les effets du vin, notamment sur le pouls et la circulation sanguine. Selon Fernel, le vin rend le pouls grand, fort, rapide et fréquent, mais à l'excès, il le dérègle et se répand dans le corps, affectant le cœur, le cerveau et les nerfs. L'auteur argue que l'eau-de-vie, en augmentant la circulation, irrite les fibres et épaissit les liquides, causant divers maux comme la goutte, des engourdissements et des troubles cérébraux. Il réfute les arguments en faveur de l'eau-de-vie pour les vieillards et les travailleurs, affirmant que son usage modéré peut être bénéfique dans certains cas spécifiques. L'auteur conclut en citant Sydenham, prônant l'abstinence totale de l'eau-de-vie ou son usage strictement médical.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5458
p. 1730-1731
BOUQUET, Envoyé à un jeune Poëte, avec des Tabletes.
Début :
Bien, voudrez-vous accepter mon present. [...]
Mots clefs :
Bouquet, Plume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BOUQUET, Envoyé à un jeune Poëte, avec des Tabletes.
BOUQUET ,
Envoyé à un jeune Poëte , avec des Tabletes .
Bien ,voudrez - vous accepter mon prefent.
Direz peut-être , Oh le Bouquet plaifant !
Quoi , du Papier ? oui , c'eſt chofe petite ,
Si comparez la valeur au mérite,
Ce
AOUST. 1730 . 1731
Ce don n'eft rien , & fait même pitié ;
Mais il eft grand , offert par l'amitié.
Après tout , Plume , & Papier , & Tabletes ,
Ne font pas meuble inutile aux Poëtes.
Befoin en ont , pour mettre par écrit
Mille impromtus , mille pointes d'efprit.
Pour vous fur tout fera chofe commode ,
En labourant , Sonnet , Epigramme , Ode ,
Soit par la Ville , ou foit emmi les Champs ,
D'avoir Craïon , pour craïonner vos chants-
Seroit grand tort , que faute d'Ecritoire ,
Et par hazard , faute auffi de mémoire ;
Vos vers fi beaux , fi fins , fi bien tournez
Fuffent perdus , auffi - tôt qu'ils fout nez.
,
O l'heureux fort de ces vîles Tabletes !--
Elles feront des Graces les retraites ,
Un vrai Parnaſſe , un précieux féjour ,
Où feront peints les traits du Dieu du jour ;
Et le Berceau de vos nobles penſées ,
Qui fur l'airain un jour feront traceés
Mieux qu'aujourd'hui fur ce Papier volant ,
Combien voudroient , aimant votre talent ,
Se faire Plume , ou Papier , ou Tabletes ,
Pour voir ainfi les chofes que vous faites.
HIURTA UL
Envoyé à un jeune Poëte , avec des Tabletes .
Bien ,voudrez - vous accepter mon prefent.
Direz peut-être , Oh le Bouquet plaifant !
Quoi , du Papier ? oui , c'eſt chofe petite ,
Si comparez la valeur au mérite,
Ce
AOUST. 1730 . 1731
Ce don n'eft rien , & fait même pitié ;
Mais il eft grand , offert par l'amitié.
Après tout , Plume , & Papier , & Tabletes ,
Ne font pas meuble inutile aux Poëtes.
Befoin en ont , pour mettre par écrit
Mille impromtus , mille pointes d'efprit.
Pour vous fur tout fera chofe commode ,
En labourant , Sonnet , Epigramme , Ode ,
Soit par la Ville , ou foit emmi les Champs ,
D'avoir Craïon , pour craïonner vos chants-
Seroit grand tort , que faute d'Ecritoire ,
Et par hazard , faute auffi de mémoire ;
Vos vers fi beaux , fi fins , fi bien tournez
Fuffent perdus , auffi - tôt qu'ils fout nez.
,
O l'heureux fort de ces vîles Tabletes !--
Elles feront des Graces les retraites ,
Un vrai Parnaſſe , un précieux féjour ,
Où feront peints les traits du Dieu du jour ;
Et le Berceau de vos nobles penſées ,
Qui fur l'airain un jour feront traceés
Mieux qu'aujourd'hui fur ce Papier volant ,
Combien voudroient , aimant votre talent ,
Se faire Plume , ou Papier , ou Tabletes ,
Pour voir ainfi les chofes que vous faites.
HIURTA UL
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Résumé : BOUQUET, Envoyé à un jeune Poëte, avec des Tabletes.
La lettre, datée d'août 1730 à 1731, est adressée à un jeune poète. L'auteur lui offre un bouquet symbolique composé de plume, papier et tablettes, reconnaissant la modestie de ce présent. Ces outils sont essentiels pour les poètes afin d'écrire leurs impulsions créatives et leurs idées brillantes. Les tablettes sont utiles pour composer des sonnets, épigrammes ou odes, que ce soit en ville ou à la campagne. L'auteur met en garde contre le risque de perdre des vers magnifiques faute de matériel d'écriture. Les tablettes sont décrites comme un refuge précieux où les pensées nobles du poète pourront être conservées et éventuellement gravées sur l'airain, un matériau durable. L'auteur exprime l'admiration de ceux qui apprécient le talent du poète et souhaiteraient être les instruments de sa création.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5459
p. 1732-1738
LETTRE écrite de Pezenas, le 11. Juillet 1730. à l'Auteur des Reflexions sur l'usage interieur de l'Eau-de-Vie, inserées dans le Mercure du mois de May de l'année 1730. Contre la These de M. le Hoc.
Début :
Nous sommes trop sensibles, Monsieur, à tout ce qui peut s'opposer à [...]
Mots clefs :
Eau de vie, Thèse, Fibres, Sang, Liqueur spiritueuse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Pezenas, le 11. Juillet 1730. à l'Auteur des Reflexions sur l'usage interieur de l'Eau-de-Vie, inserées dans le Mercure du mois de May de l'année 1730. Contre la These de M. le Hoc.
LETTRE écrite de Pezenas , le 11 .
Juillet 1730. à l'Auteur des Reflexions
Sur l'ufage interieur de l'Eau- de-Vie
inferées dans le Mercure du mois de May
de l'année 1730. Contre la Thefe de
M. le Hoc.
Ous
Nficur , à tout ce qui peut s'oppofer à
fommes trop fenfibles , Mon
la confervation de l'homme , pour laiffer
de votre côtê le droit de la queftion pré
fente ; auffi fans craindre d'encourir vos
difgraces , ( vous en étant pris tout le prea
mier à la conclufion & à l'Ouvrage entier
de M. le Hoc ) nous allons nous en
prendre à notre tour à vos Reflexions ,
quelques judicieufes qu'elles paroiffent.
Vous prétendez , contre la conclufion
de la Theſe dont il s'agit , que l'Eau- de-
Vie eft falutaire à l'homme , qu'elle luf
donne de la force, de la vigueur, & prolonge
même la durée de les jours ; vous vous
trompez grandement , & vous en con
viendrez fans peine , fi vous confiderez
que cette Liqueur ne releve d'abord les
forces que pour les abattre peu après ; en
effet l'Eau de vie dans le temps de fon
action fur les organes du corps , réveillant
AOUST . 1730 . 1733
faut toutes les puillances
que
la nature
y
maintient dans une jufte étenduë , les
porte toûjours au - delà ce qui fait que
cette liqueur fpiritueufe ayant cellé d'agir
, ces mêmes puiffances deviennent fanguiffantes
, & fe trouvent alors de beaucoup
plus éloignées de l'état naturel où
elles étoient avant que d'être preffées
d'en fortir . Les bons beuveurs d'Eau de
vie font de très- fideles garants de ce que
nous avançons.
L'effet que cette Liqueur fpiritueufe
produit dans le corps en lui donnant de
fa vigueur & de la force , agit principa
lement en rendant le tiffu des fibres mufculaires
plus compactes , plus robuftes ,
& les muſcles mêmes par confequent plus
puiffants, mais auffi plus rebelles aux caufes
de leur mouvement qu'ils n'ont coûtume
; ce qui arrive à ces fibres en fe procurant
entre elles un contact plus intime
par le jeu de contraction ou de reffort que
les fréquents érethifmes de cette Liqueur
fpiritueule , fur le genre nerveux , follicitent
; cependant l'humide radical ( fi
l'on peut parler ainfi ) ou ce fuc lymphatique
, que la nature a mis à l'entre- deux
des fibrilles & des fibres mêmes , pour
les humecter dans le befoin & conferver
integrité , fe trouve forcé de fortir de
fa place , de prendre de nouvelles routes
&
1734 MERCURE DE FRANCE
& de priver ainfi ces parties d'un ſecours
dont elles ne fçauroient fe paffer , fans que
les caufes d'une longue vie en reffentent
de rudes atteintes. A quelles pertes de
ce fuc lymphatique ne donnent donc pas
lieu ceux qui fe perfuadent de trouver
leur vie dans l'uſage d'une veritable Eau
de mort ? pertes d'autant plus ou moins
confiderables , que l'ufage d'une telle Liqueur
fera plus ou moins moderé ; & delà
vient qu'on aura toûjours droit de dire
que l'Eau de vie , loin d'être falutaire à
l'homme , eft un mortel ennemi qui alfaillit
( malgré l'ancienne prévention de
Les bons effets qui en autorifent l'ufage parmi
les hommes ) les caufes de la vie même.
C'eft ainfi que l'Eau de vie tariffant les
fources des liqueurs limphatiques qui donnent
la foupleffe aux fibres , d'où dépend
le rythme des fonctions , racornit les folides
, fous une trompeufe apparence de
rendre le corps vigoureux.
Vous objectez enfuite contre l'Ouvrage
entier de l'Auteur , que l'Eau de vie ne
fçauroit racornir les folides , fondé précilement
fur ce que notre corps étant
percé de millions de manieres , cette Liqueur
fpiritueufe n'y féjourne point affez
long- temps ; à la verité , l'objection paroît
jufte du premier abord , mais dans le fond
elle eft peu folide ; faites un moment d'attention
A O UST . 1730. 1735
tention , qu'il ne faut pour donner lieu
à l'effet mentionné de l'Eau de vie , que
le paffage de cette Liqueur fpiritueule de
dedans en dehors , ce qui ne fe fait point
fans contredit auffi fubitement que vous
l'avez penfé fubtilement .
que
Nous avons quelque raifon de préfumer
maintenant , Monfieur , qu'ayant autant
d'efprit , de bon's fens , & de bonne
foi , qu'il en eft dans les veritables Sçavans
, vous devez être fenfible aux fortes
preuves que nous venons d'alleguer pour
détruire vos Reflexions ; cependant comme
il reste encore à vous convaincre
l'Eau de vie prife par la bouche , coagule
les humeurs , nous prévoyons bien que
pour vous venger entierement de notre
parti , il faut vous faire voir que l'évidence
s'y trouve , ce que vous découvrirez
vous-même aifément en diftinguant
deux temps qui fe fuccedent dans l'ufage
de cette Liqueur ; dès le premier tout le
réveille , tout s'anime dans la machine ,
les refforts ſe bandent & fe débandent ,
fuivant les loix de la réaction ; les folides
ainfi débridez , effarouchez ( s'il eft permis
de parler de la forte ) fouëttent le fang,
le divifent , l'aténuënt , l'affinent , en un
mot augmentent fes mouvemens , & pendant
le temps de cette agitation , lorique
fon vehicule ou ce qui fe trouve naturellement
1736 MERCURE DE FRANCE
lement dans cette Liqueur rouge de plus
liquide, s'eft diffipé (dans le fecond temps)
les parties les plus maffives, les plus groffieres,
s'approchent, fe touchent par des plus
larges furfaces ou par plufieurs points , la
difficulté dans leurs frotemens réciproques
de liquidité augmente , & pour lors
le mouvement fe ralentit , ou pour mieux
le dire le fang s'épaiffit & fe coagule.Après
quoi vous avez tout ſujet de vous écrier.
Helas ! mes propres traits fe tournent contre moi.
Ainfi vous jugez bien , M. , que notre
imprudence n'ira jamais jufqu'à donner
de l'Eau de vie dans le cas où vous voulez
qu'elle convienne , fuivant notre fentiment
; la durée de l'homme nous touche
de trop près , & notre pratique de Medecine
, toute faine qu'elle eft , s'accorde
trop bien avec notre théorie , pour nous
écarter des routes fi connuës .
Au refte , vous nous faites un crime
fur ce que dans les Experiences nous nous
fommes fervis auffi indifferemment de
'Efprit de vin que de l'Eau de vie , mais
fi vous avez bien penfé que ces deux Liqueurs
ne different entre- elles que du plus
ou du moins d'énergie , vous auriez été ,
fans doute, plus indulgent . Peut-être croirez-
vous avoir plus de droit dans cette
ennuyeuſe fuite de confequencesque vous
fçavez
A O UST . 1730. 1737
fçavez tirer favorablement de nos Experiences
? Détrompez -vous , nous ne te
nons de ſemblables raifonnemens qu'autant
qu'une injufte prévention contre notre
fentiment , nous en fait les Auteurs ;
en effet , vous ne fçauriez foutenir avec
un fondement d'équité , que quoique
l'Eau de vie ne tue pas l'homme auffi
promptement que les bêtes , elle doive
paffer pour une Eau falutaire , puifqu'il
eft certain par tout ce que nous venons
d'avancer , qu'on doit regarder très - férieufement
cette Liqueur fpiritueufe dans
l'ufage que l'on en fait , comme un poiſon
lent qui retranche tout doucement du
temps de cette féduifante efperance de
longue vie.
Il eſt aifé de voir maintenant , fuivant
l'effet que l'Eau de vie produit dans tout
le corps , principalement fur la texture
des vifceres de l'eftomac ( par exemple )
du foye , &c. que cette Liqueur fpiritueufe
doit non-feulement nuire confiderablement
à la digeſtion , mais encore avancer
les derniers momens de la vie , foit
en dépravant l'exercice des fonctions , foit
en interceptant ou ralentiffant les coups
des fecretions , d'où fuit le dérangement
de la diatheſe du fang , la confufion & le
trouble dans toute la maffe . Ces Phlogoſes,
ces Duretés fchireufes qui en font ordi-
C nairement
1738 MERCURE DE FRANCE
>
nairement le terme dans ces fortes de cas ,
ces concretions calculeufes ; en un mot
ce nombre prodigieux de maux qui fe
mettent de la partie , reconnoiffent enfemble
la même caufe ; & delà vient qu'on
peut regarder juftement l'ufage interieur
de cette Liqueur fpiritueufe , comme la
fource & l'origine de mille maladies , attribuées
bien fouvent à toutes autres
cauſes rebelles à celui qui les traite & combattuës
par des remedes qui tourmentent,
qui tuent même plutôt qu'ils ne foulagent
ou ne guériffent. Je m'apperçois que
que je vous tiens déja depuis trop longtemps
, & que je fuis dans l'obligation de
mettre fin à ma Lettre ; excufez , Monfieur
, mon indifcretion , le deffein de
trouver la verité , m'a fi fortement occupé
, que m'étant oublié moi-même , je
n'ai pas pris garde que j'abufois de votre
patience dans la lecture d'une fi longue
Lettre, que j'aurois peut-être même pouffé
plus loin , fi le devoir de ma Profeffion
ne m'eût appellé ailleurs ; perfuadé , Monfieur,
que quoique je me fois montré contraire
à vos Reflexions , je ne fuis pas moins
attaché à votre perfonne que j'eftime infiniment
, étant avec toute la confideration
poffible , &c,
G. BARRE'S , Docteur en Medecine de
la Faculté de Montpellier,
Juillet 1730. à l'Auteur des Reflexions
Sur l'ufage interieur de l'Eau- de-Vie
inferées dans le Mercure du mois de May
de l'année 1730. Contre la Thefe de
M. le Hoc.
Ous
Nficur , à tout ce qui peut s'oppofer à
fommes trop fenfibles , Mon
la confervation de l'homme , pour laiffer
de votre côtê le droit de la queftion pré
fente ; auffi fans craindre d'encourir vos
difgraces , ( vous en étant pris tout le prea
mier à la conclufion & à l'Ouvrage entier
de M. le Hoc ) nous allons nous en
prendre à notre tour à vos Reflexions ,
quelques judicieufes qu'elles paroiffent.
Vous prétendez , contre la conclufion
de la Theſe dont il s'agit , que l'Eau- de-
Vie eft falutaire à l'homme , qu'elle luf
donne de la force, de la vigueur, & prolonge
même la durée de les jours ; vous vous
trompez grandement , & vous en con
viendrez fans peine , fi vous confiderez
que cette Liqueur ne releve d'abord les
forces que pour les abattre peu après ; en
effet l'Eau de vie dans le temps de fon
action fur les organes du corps , réveillant
AOUST . 1730 . 1733
faut toutes les puillances
que
la nature
y
maintient dans une jufte étenduë , les
porte toûjours au - delà ce qui fait que
cette liqueur fpiritueufe ayant cellé d'agir
, ces mêmes puiffances deviennent fanguiffantes
, & fe trouvent alors de beaucoup
plus éloignées de l'état naturel où
elles étoient avant que d'être preffées
d'en fortir . Les bons beuveurs d'Eau de
vie font de très- fideles garants de ce que
nous avançons.
L'effet que cette Liqueur fpiritueufe
produit dans le corps en lui donnant de
fa vigueur & de la force , agit principa
lement en rendant le tiffu des fibres mufculaires
plus compactes , plus robuftes ,
& les muſcles mêmes par confequent plus
puiffants, mais auffi plus rebelles aux caufes
de leur mouvement qu'ils n'ont coûtume
; ce qui arrive à ces fibres en fe procurant
entre elles un contact plus intime
par le jeu de contraction ou de reffort que
les fréquents érethifmes de cette Liqueur
fpiritueule , fur le genre nerveux , follicitent
; cependant l'humide radical ( fi
l'on peut parler ainfi ) ou ce fuc lymphatique
, que la nature a mis à l'entre- deux
des fibrilles & des fibres mêmes , pour
les humecter dans le befoin & conferver
integrité , fe trouve forcé de fortir de
fa place , de prendre de nouvelles routes
&
1734 MERCURE DE FRANCE
& de priver ainfi ces parties d'un ſecours
dont elles ne fçauroient fe paffer , fans que
les caufes d'une longue vie en reffentent
de rudes atteintes. A quelles pertes de
ce fuc lymphatique ne donnent donc pas
lieu ceux qui fe perfuadent de trouver
leur vie dans l'uſage d'une veritable Eau
de mort ? pertes d'autant plus ou moins
confiderables , que l'ufage d'une telle Liqueur
fera plus ou moins moderé ; & delà
vient qu'on aura toûjours droit de dire
que l'Eau de vie , loin d'être falutaire à
l'homme , eft un mortel ennemi qui alfaillit
( malgré l'ancienne prévention de
Les bons effets qui en autorifent l'ufage parmi
les hommes ) les caufes de la vie même.
C'eft ainfi que l'Eau de vie tariffant les
fources des liqueurs limphatiques qui donnent
la foupleffe aux fibres , d'où dépend
le rythme des fonctions , racornit les folides
, fous une trompeufe apparence de
rendre le corps vigoureux.
Vous objectez enfuite contre l'Ouvrage
entier de l'Auteur , que l'Eau de vie ne
fçauroit racornir les folides , fondé précilement
fur ce que notre corps étant
percé de millions de manieres , cette Liqueur
fpiritueufe n'y féjourne point affez
long- temps ; à la verité , l'objection paroît
jufte du premier abord , mais dans le fond
elle eft peu folide ; faites un moment d'attention
A O UST . 1730. 1735
tention , qu'il ne faut pour donner lieu
à l'effet mentionné de l'Eau de vie , que
le paffage de cette Liqueur fpiritueule de
dedans en dehors , ce qui ne fe fait point
fans contredit auffi fubitement que vous
l'avez penfé fubtilement .
que
Nous avons quelque raifon de préfumer
maintenant , Monfieur , qu'ayant autant
d'efprit , de bon's fens , & de bonne
foi , qu'il en eft dans les veritables Sçavans
, vous devez être fenfible aux fortes
preuves que nous venons d'alleguer pour
détruire vos Reflexions ; cependant comme
il reste encore à vous convaincre
l'Eau de vie prife par la bouche , coagule
les humeurs , nous prévoyons bien que
pour vous venger entierement de notre
parti , il faut vous faire voir que l'évidence
s'y trouve , ce que vous découvrirez
vous-même aifément en diftinguant
deux temps qui fe fuccedent dans l'ufage
de cette Liqueur ; dès le premier tout le
réveille , tout s'anime dans la machine ,
les refforts ſe bandent & fe débandent ,
fuivant les loix de la réaction ; les folides
ainfi débridez , effarouchez ( s'il eft permis
de parler de la forte ) fouëttent le fang,
le divifent , l'aténuënt , l'affinent , en un
mot augmentent fes mouvemens , & pendant
le temps de cette agitation , lorique
fon vehicule ou ce qui fe trouve naturellement
1736 MERCURE DE FRANCE
lement dans cette Liqueur rouge de plus
liquide, s'eft diffipé (dans le fecond temps)
les parties les plus maffives, les plus groffieres,
s'approchent, fe touchent par des plus
larges furfaces ou par plufieurs points , la
difficulté dans leurs frotemens réciproques
de liquidité augmente , & pour lors
le mouvement fe ralentit , ou pour mieux
le dire le fang s'épaiffit & fe coagule.Après
quoi vous avez tout ſujet de vous écrier.
Helas ! mes propres traits fe tournent contre moi.
Ainfi vous jugez bien , M. , que notre
imprudence n'ira jamais jufqu'à donner
de l'Eau de vie dans le cas où vous voulez
qu'elle convienne , fuivant notre fentiment
; la durée de l'homme nous touche
de trop près , & notre pratique de Medecine
, toute faine qu'elle eft , s'accorde
trop bien avec notre théorie , pour nous
écarter des routes fi connuës .
Au refte , vous nous faites un crime
fur ce que dans les Experiences nous nous
fommes fervis auffi indifferemment de
'Efprit de vin que de l'Eau de vie , mais
fi vous avez bien penfé que ces deux Liqueurs
ne different entre- elles que du plus
ou du moins d'énergie , vous auriez été ,
fans doute, plus indulgent . Peut-être croirez-
vous avoir plus de droit dans cette
ennuyeuſe fuite de confequencesque vous
fçavez
A O UST . 1730. 1737
fçavez tirer favorablement de nos Experiences
? Détrompez -vous , nous ne te
nons de ſemblables raifonnemens qu'autant
qu'une injufte prévention contre notre
fentiment , nous en fait les Auteurs ;
en effet , vous ne fçauriez foutenir avec
un fondement d'équité , que quoique
l'Eau de vie ne tue pas l'homme auffi
promptement que les bêtes , elle doive
paffer pour une Eau falutaire , puifqu'il
eft certain par tout ce que nous venons
d'avancer , qu'on doit regarder très - férieufement
cette Liqueur fpiritueufe dans
l'ufage que l'on en fait , comme un poiſon
lent qui retranche tout doucement du
temps de cette féduifante efperance de
longue vie.
Il eſt aifé de voir maintenant , fuivant
l'effet que l'Eau de vie produit dans tout
le corps , principalement fur la texture
des vifceres de l'eftomac ( par exemple )
du foye , &c. que cette Liqueur fpiritueufe
doit non-feulement nuire confiderablement
à la digeſtion , mais encore avancer
les derniers momens de la vie , foit
en dépravant l'exercice des fonctions , foit
en interceptant ou ralentiffant les coups
des fecretions , d'où fuit le dérangement
de la diatheſe du fang , la confufion & le
trouble dans toute la maffe . Ces Phlogoſes,
ces Duretés fchireufes qui en font ordi-
C nairement
1738 MERCURE DE FRANCE
>
nairement le terme dans ces fortes de cas ,
ces concretions calculeufes ; en un mot
ce nombre prodigieux de maux qui fe
mettent de la partie , reconnoiffent enfemble
la même caufe ; & delà vient qu'on
peut regarder juftement l'ufage interieur
de cette Liqueur fpiritueufe , comme la
fource & l'origine de mille maladies , attribuées
bien fouvent à toutes autres
cauſes rebelles à celui qui les traite & combattuës
par des remedes qui tourmentent,
qui tuent même plutôt qu'ils ne foulagent
ou ne guériffent. Je m'apperçois que
que je vous tiens déja depuis trop longtemps
, & que je fuis dans l'obligation de
mettre fin à ma Lettre ; excufez , Monfieur
, mon indifcretion , le deffein de
trouver la verité , m'a fi fortement occupé
, que m'étant oublié moi-même , je
n'ai pas pris garde que j'abufois de votre
patience dans la lecture d'une fi longue
Lettre, que j'aurois peut-être même pouffé
plus loin , fi le devoir de ma Profeffion
ne m'eût appellé ailleurs ; perfuadé , Monfieur,
que quoique je me fois montré contraire
à vos Reflexions , je ne fuis pas moins
attaché à votre perfonne que j'eftime infiniment
, étant avec toute la confideration
poffible , &c,
G. BARRE'S , Docteur en Medecine de
la Faculté de Montpellier,
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Résumé : LETTRE écrite de Pezenas, le 11. Juillet 1730. à l'Auteur des Reflexions sur l'usage interieur de l'Eau-de-Vie, inserées dans le Mercure du mois de May de l'année 1730. Contre la These de M. le Hoc.
Le 11 juillet 1730, une lettre est adressée à l'auteur des Réflexions sur l'usage intérieur de l'Eau-de-Vie, publiées dans le Mercure de mai 1730, en réponse à la thèse de M. le Hoc. L'auteur de la lettre conteste les bienfaits de l'Eau-de-Vie, affirmant qu'elle est nuisible à la santé humaine. Il soutient que cette liqueur procure initialement une sensation de force et de vigueur, mais finit par affaiblir les forces du corps. L'Eau-de-Vie stimule les fibres musculaires, les rendant plus compactes et puissantes, mais les rend également plus résistantes aux mouvements naturels. Elle force l'humide radical, essentiel pour l'humectation et la conservation des fibres, à quitter sa place, entraînant des pertes significatives. L'auteur explique que l'Eau-de-Vie tarit les sources des liquides lymphatiques, rendant les solides plus rigides et moins souples, ce qui nuit à la longévité. Il réfute également l'objection selon laquelle l'Eau-de-Vie ne séjourne pas assez longtemps dans le corps pour causer des dommages, en expliquant que son passage suffit à provoquer des effets néfastes. La lettre conclut en affirmant que l'Eau-de-Vie est un poison lent, causant diverses maladies et raccourcissant la durée de vie. L'auteur exprime son attachement à la vérité et à la personne de son destinataire, malgré leurs désaccords.
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5460
p. 1739-1742
EPITRE A *** Sur le Retour d'un Voyage.
Début :
De mon départ rétroactif, [...]
Mots clefs :
Voyage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A *** Sur le Retour d'un Voyage.
EPITRE
DE
A
** *
Sur le Retour d'un Voyage.
mon départ rétroactif,
Jufqu'à ce moment inclufif,
Voici tout le récitatif ,
Fidele , fincere & naïf.
Plus à vous qu'aux Turcs n'eft Captif,
De vous quitter point trop hâtif,
Par un effort réfolutif ,
Ayant fait le diſpoſitif ,
De mon bagage portatif,
Et pris votre avis décifif ,
Après un dîné nutritif ,
Et notre adieu trifte & plaintif ;
Sur un cheval point trop retif,
Inceffamment en vous penfif ,
J'arrive à Betz d'un pas fort vif,
Sain & fans être maladif,
Fors du derriere un peu paſſif.
Là reçu d'un air affectif,
D'un Prieur gros , gras , fubftantif,
Franc , genereux , habile , actif,
Et d'efprit doux , très attractif ;
Après propos récréatif,
C ij E
(1740 MERCURE DE FRANCE
Et compliment perſuaſif ,
Le tout d'un ton fort expreffif,
Dans fon Jardin auprès d'un If,
J'ai trouvé le préparatif ,
Et le charmant expofitif,
D'un repas dont tout l'oblatif,
Si mieux vous n'aimez le datif,
Ou bien plutôt le donatif ,
Me parut très-excitatif.
Bien ordonné , exquifitif,
Et dont tout Pilluminatif ,
Fut en cire & non pas en fuif.
D'abord, comme homme expeditif ,
D'un couteau mieux que d'un canif,
Ayant coupé fans être oifif,
J'ai mangé comme un franc pouffif;
Puis d'un vin corroboratif,
De boire à vous ne fus tardif,
Et Bacchus étant correctif ,
Du chagrin noir & corrofif,
Que caufe à mon coeur fenfitif ,
Notre Eloignement afflictif,
De fon doux jus confolatif,
J'ai tant pris de confortatif ,
Que plein de ce préſervatif ,
Pour n'aller jufqu'au vomitif,
J'euffe eu befoin d'un lenitif ,
Emoliant & déterfif,
Pour
A O UST. 1730. 174
1
Pour faire en bas tout l'attractif,
Si Monfieur mon gros Pofitif , '
D'un naturel aperitif ,
N'eût par un ample lexatif ,
Fait de tout un prompt expulfif;
Ce qui m'eft un indicatif ,
Certain & fignificatif,
D'un fommeil réfrigeratif ,
Tranquille & très-foporatif.
Ainfi avant mon dormitif ,
Je vais prier Dieu , non en Juif ;
Mais en Chrétien contemplatif,
En pecheur touché jufqu'au vif ;
Qu'il veuille être confervatif ,
De moi , fon enfant adoptif,
Et puis vous affurer en if,
Qu'à votre moindre imperatif ,
Je ferai trés-expeditif,
Sans y jamais être fautif,
Et que mon plus grand optatif ,
Sera d'être à l'infinitif,
Avec privilege exclufif ,
Et fans aucun diminutif ,
Mais plutôt avec adjectif ,
Votre ami le plus effectif ,
Le plus vrai , le plus affectif,
A tous autres fuperlatif ,
Et fans aucun comparatif.
12
Cilj Voulez
1742 MERCURE DE FRANCE
Voulez- vous plus de mots en if?
'Apprenez-m'en le vocatif,
Ou plutôt le nominatif ,
Car j'en ai vuidé mon Tarif ,
Et vous fais humble accuſatif ,
Que plus n'en fuis mémoratif.
L'Abbé L .:
DE
A
** *
Sur le Retour d'un Voyage.
mon départ rétroactif,
Jufqu'à ce moment inclufif,
Voici tout le récitatif ,
Fidele , fincere & naïf.
Plus à vous qu'aux Turcs n'eft Captif,
De vous quitter point trop hâtif,
Par un effort réfolutif ,
Ayant fait le diſpoſitif ,
De mon bagage portatif,
Et pris votre avis décifif ,
Après un dîné nutritif ,
Et notre adieu trifte & plaintif ;
Sur un cheval point trop retif,
Inceffamment en vous penfif ,
J'arrive à Betz d'un pas fort vif,
Sain & fans être maladif,
Fors du derriere un peu paſſif.
Là reçu d'un air affectif,
D'un Prieur gros , gras , fubftantif,
Franc , genereux , habile , actif,
Et d'efprit doux , très attractif ;
Après propos récréatif,
C ij E
(1740 MERCURE DE FRANCE
Et compliment perſuaſif ,
Le tout d'un ton fort expreffif,
Dans fon Jardin auprès d'un If,
J'ai trouvé le préparatif ,
Et le charmant expofitif,
D'un repas dont tout l'oblatif,
Si mieux vous n'aimez le datif,
Ou bien plutôt le donatif ,
Me parut très-excitatif.
Bien ordonné , exquifitif,
Et dont tout Pilluminatif ,
Fut en cire & non pas en fuif.
D'abord, comme homme expeditif ,
D'un couteau mieux que d'un canif,
Ayant coupé fans être oifif,
J'ai mangé comme un franc pouffif;
Puis d'un vin corroboratif,
De boire à vous ne fus tardif,
Et Bacchus étant correctif ,
Du chagrin noir & corrofif,
Que caufe à mon coeur fenfitif ,
Notre Eloignement afflictif,
De fon doux jus confolatif,
J'ai tant pris de confortatif ,
Que plein de ce préſervatif ,
Pour n'aller jufqu'au vomitif,
J'euffe eu befoin d'un lenitif ,
Emoliant & déterfif,
Pour
A O UST. 1730. 174
1
Pour faire en bas tout l'attractif,
Si Monfieur mon gros Pofitif , '
D'un naturel aperitif ,
N'eût par un ample lexatif ,
Fait de tout un prompt expulfif;
Ce qui m'eft un indicatif ,
Certain & fignificatif,
D'un fommeil réfrigeratif ,
Tranquille & très-foporatif.
Ainfi avant mon dormitif ,
Je vais prier Dieu , non en Juif ;
Mais en Chrétien contemplatif,
En pecheur touché jufqu'au vif ;
Qu'il veuille être confervatif ,
De moi , fon enfant adoptif,
Et puis vous affurer en if,
Qu'à votre moindre imperatif ,
Je ferai trés-expeditif,
Sans y jamais être fautif,
Et que mon plus grand optatif ,
Sera d'être à l'infinitif,
Avec privilege exclufif ,
Et fans aucun diminutif ,
Mais plutôt avec adjectif ,
Votre ami le plus effectif ,
Le plus vrai , le plus affectif,
A tous autres fuperlatif ,
Et fans aucun comparatif.
12
Cilj Voulez
1742 MERCURE DE FRANCE
Voulez- vous plus de mots en if?
'Apprenez-m'en le vocatif,
Ou plutôt le nominatif ,
Car j'en ai vuidé mon Tarif ,
Et vous fais humble accuſatif ,
Que plus n'en fuis mémoratif.
L'Abbé L .:
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Résumé : EPITRE A *** Sur le Retour d'un Voyage.
L'épître décrit le retour d'un voyageur à Betz. Le narrateur exprime son regret de quitter son destinataire et relate un départ marqué par un adieu triste. Arrivé à Betz en bonne santé, sauf pour une légère douleur au dos, il est accueilli par un prieur généreux et actif. Ce dernier lui offre un repas délicieux dans un jardin près d'un if. Le narrateur mange avec appétit et boit du vin pour apaiser son chagrin dû à la séparation. Après le repas, il se repose grâce à un sommeil réparateur. Avant de dormir, il prie Dieu pour sa protection et exprime son désir de rester toujours avec son destinataire, se déclarant son ami le plus affectueux et véritable. Il mentionne avoir épuisé son vocabulaire en 'if' et se met humblement à la disposition de son destinataire pour en apprendre davantage.
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5461
p. 1742-1752
SUITE des Mémoires de M. Capperon sur l'Histoire de la Ville d'Eu.
Début :
De ces anciens Monumens qui justifient l'antiquité de la Ville d'Eu, je [...]
Mots clefs :
Ville d'Eu, Histoire, Antiquité, Royaume, Paysans, Seigneurs, Religion, Rivière, Monuments
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texteReconnaissance textuelle : SUITE des Mémoires de M. Capperon sur l'Histoire de la Ville d'Eu.
SUITE des Mémoires de M. Capperon
fur Hiftoire de la Ville d'Eu.
D
>
E ces anciens Monumens qui juftifient
l'antiquité de la Ville d'Eu je
palle à un autre qui a du rapport à la Religion
, & qui prouve deux chofes . 1
Que quoiqu'il y eut déja du tems que la
Religion Chrétienne fut établie dans le
Comté d'Eu , le culte des Idoles y fubfiftoit
neanmoins encore publiquement au
7. fiecle. 2° Que les peuples de ce Comté
fuivoient encore alors l'ufage que les fimples
Fideles des premiers fiecles de l'Eglife
s'étoient arrogés de canonifer les perfonnes
, de la fainte vie defquelles ils avoient
été les témoins. Ce Monument eft l'Eglife
du Village de Pont , qui eft proche de la
Ville d'Eu , laquelle fut conftruite par les
habitans de ce Village immédiatement
après
A O UST. 1730. 1743
áprès la mort de ce Saint , en reconnoiffance
de ce qu'il les avoit convertis à la
foy. On en peut voir le détail dans ſa vie
écrite au VIII . fiecle , qui fe trouve inferée
dans les Actes des Saints de l'Ordre de
Saint Benoît XI . fiecle , par D. Luc Dacheri
, où il eft dit que S. Valleri paffant
par un lieu nommé Augufta , fitné fur la
Riviere d'Auve , & fe repofant fur le bord
d'une Fontaine , il apperçut une efpece
d'Idole que les Païfans du lieu adoroient ;
ce Saint l'ayant réduite en pouffiere par
un miracle , ces Païfans entrerent dans
une telle fureur qu'ils voulurent le maffacrer
; mais par un autre miracle plus furprenant
, les ayant calmés tout à coup ,
& rendus dociles à fa voix , il leur annonça
l'Evangile , & les convertit à la foy.
Que ce fait fe foit paffé au Village de
Pont , c'eft ce dont perfonne ne peut douter
, puifque le lieu que l'Auteur nomme
Augufta eft le Village d'Aonfte qui fubfifte
encore aujourd'hui. Que la Riviere alors
nommée Auve , foit la Brefle , tous les
Sçavans en conviennent : on peut voir làdeffus
M. Baillet dans la vie de S. Leu ou
Loup , Archevêque de Sens , & M. Fleuri
dans fon Hiftoire Ecclefiaftique , liv. 37.
nom. 16. On trouve pareillement dans la
vie de ce Saint Archevêque la verité de
ce que j'ai avancé , fçavoir , que le Paga-
Ciiij nifme
1744 MERCURE DE FRANCE
nifme regnoit encore publiquement dans
ce Païs- ci au feptiéme fiecle,puifqu'il y eft
rapporté qu'en 616. S. Loup ayant été envoyé
en exil au Village d'Anfenne qui n'eſt
qu'à quatre lieues de la Ville d'Eu , fur la
même Riviere de Brefle , il y trouva des
Temples où les gens du Pays adoroient
publiquement les faux Dieux , & qu'il
travailla à les convertir.
On connoît auffi , comme je l'ai avancé
, que les habitans du Village de Pont,
convertis par S. Valleri , furent des premiers
à le canonifer , puifque fans qu'au
cune cerémonie folemnelle eut précedé ,
immédiatement aprés fa mort , ils firent
conftruire vers l'an 625. une Egliſe à ſon
honneur, au lieu même où il s'étoit repofé
fur le bord de la Fontaine , qu'ils joignirent
à cette Eglife , la faifant enfermer de
murailles , comme on la voit encore aujourd'hui.
L'Auteur de la Vie de ce Saint
que j'ai cité ci-deffus , le fait clairement
connoître, en difant que quelques perfon
nes paffant par hazard aux environs de
ce Village , une jeune fille fut furpriſe de
voir cette nouvelle Eglife , & d'apprendre
qu'elle eut été bâtie à l'honneur de
celui qu'elle n'avoit vû qu'avec mépris ,
là caufe de fon exterieur negligé , ce qui
lui donna lieu de fe railler de ces Païfans
qui avoient , difoit- elle , été affez fimples
que
A O UST. the
1730 1749
que de prendre pour un Saint celui qu'elle
avoit vû fi ſouvent paffer monté fur fon
afne ;mais la raillerie lui coûta cher , puifqu'au
même inftant elle devint perclufe
de tous les membres; ce qui l'ayant obligée
de recourir à l'interceffion de celui dont
elle s'étoit mocquée , & dans l'Eglife même
qui y avoit donné lieu , elle ne laiffa
pas d'y trouver la guerilon.
Enfin de telle maniere , & en tel tems
que les habitans de la Ville d'Eu ayent
été convertis à la Religion Chrétienne ,.
on peut dire que par une faveur toute finguliere
de la Providence , ils ont été affez
heureux pour conferver cette Religion
dans toute la pureté dans l'enceinte de
leurs murailles , pendant que les villes
voifines ont eu le malheur d'être infectées
de l'herefie de Calvin , -
dès
Auffi donnerent- ils des preuves de leur
attachement à la Religion de leurs Peres
que les funeftes nouveautés du Calvinifme
commencerent à paroître , puif--
qu'en 1562. quelques particuliers ayant
donné des preuves qu'ils entroient dans
ces nouveaux fentimens , la populace alla
avec une espece de fureur piller leurs
maifons , ce qui donna lieu aux Magiftrars
après avoir repriméce foulevement , d'o
bliger ces particuliers à faire une profeffion
publique de leur catholicite , &
Ey decla
1746 MERCURE DE FRANCE
declarer en preſence de tous les habitans
qu'ils vouloient vivre & mourir dans la
Religion Catholique , ce qui rétablit le
calme dans la Ville,y fit une telle impreffion
, & y laiffa une telle horreur pour
l'herefie , qu'aucun Calvinifte ne s'eſt jamais
avifé de s'y établir. Tout ceci fe trouve
écrit plus en détail dans les Archives
de l'Hôtel de Ville , livre rouge , fol 2.
pag. 65 .
Comme le Comté d'Eu eft une portion
de la Neuftrie , que le Roi Charles le
Simple fut contraint. de ceder aux Normans
en toute proprieté, pour faire ceffer
les ravages continuels qu'ils faifoient dans
la France , il me paroît convenable que
je faffe connoître par ce qui s'eft paffé à
la Ville d'Eu , quelle étoit l'intrépidité de
ces hommes du Nord , & combien il
étoit difficile aux François d'expulſer hors
du Royaume des gens de ce caractere.
>
Tout le monde fçait ce qu'étoient ces
Normans habitans les Païs glacés du Nord ,
lefquels , au rapport de Paul Emile , Livre
fecond , s'étant introduits dans les
Troupes de Charlemagne lors de fes expeditions
dans la Saxe , & ayant paffé en
France avec les Troupes de ce Prince , ils
n'eurent pas plutôt gouté la douceur du
climat , vû & connu la beauté & la bonté
du Païs , qu'ils formerent le deffein de
5'7
A O UST. 1730. 1747
s'y établir à quelque prix que ce pût être.
On fçait pareillement qu'avant que
d'y
réuffir , ils firent plufieurs débarquemens
dans differens endroits , pillerent , brulerent
& ravagerent une grande partie du
Royaume , dont le Comté d'Eu ne fe
reffentit pas moins que le refte du Pays ,
fa fituation maritime l'y expofant beaucoup
plus. C'est ce dont on peut juger par
la fameufe Bataille qui fut donnée contre
eux l'an 881. à deux lieuës ou environ de
la Ville d'Eu , fçavoir , à Saucourt , Paroiffe
de Niba , fituée entre cette Ville &
Saint Valleri , où les François vinrent les
attaquer. Le lieu où ces derniers fe pofterent
en porte encore aujourd'hui le
nom , & s'appelle Franleu , c'eſt à dire
le lieu des François , Francorum locus .
و
Tous nos Hiftoriens conviennent qu'ils
y furent défaits & qu'ils y perdirent
neuf à dix mille hommes ; mais parcequ'il
en reftoit encore à la Ville d'Eu qui
tâchoient de fe conferver dans cette Place,
les François , au rapport de Mezerai , dans
fa grande Hiftoire , vinrent les y fieger.
Ne s'y étant pas fuffisamment deffendus,
ils у furent tous maffacrés ; nonobftant
toutes ces pertes , les autres n'abandonnerent
pas leur projet deux ans après ,
ils defcendirent en Picardie , où ils exer
cerent les plus grandes cruautés ; jufques
B vj
1748 MERCURE DE FRANCE
là que M. l'Abbé Fleuri remarque dans
fon Hiftoire Ecclefiaftique Liv. 53. Nom.
654. qu'outre les Eglifes , les Villages &
les autres lieux pillés & brûlés , on voyoit
prefque tous les chemins femés de corps
morts , d'Ecclefiaftiques , de Religieux ,
de Nobles , de femmes & d'enfans.
Enfin , comme je l'ai déja dit , le Roi
Charles le Simple , pour mettre fin à ces
cruelles hoftilités qui défoloient fon
Royaume , ceda en 912. à Racul ou Rollon
, Chef de ces Normans , ce qu'on appelle
aujourd'hui la Normandie , qui eut
pour limites de ce côté- ci la Riviere qui
paffe à la Ville d'Eu , ce qui lui fit changer
de nom , au lieu des noms d'Effua
ou Effia ou Aucia ou enfin Auva qu'elle
avoit portés , elle fut nommée alors Bri
fella , c'eſt à dire , la Brifante , la Séparante,
dit M. de Valois dans fa Notice des Gau
les. ( verbo ) Caletes:
Dans la fuite les François s'étant foulevés
contre le Roi Charles le Simple , &
ce Prince ayant été arrêté & fait prifonnier
à Peronne , les Normans toujours difpofés
au pillage , fous l'apparence de vou
loir prendre les interêrs , commencerent
de nouveau à ravager la France , les Fran
çois de leur part fe mirent auffi en état
de reprimer leur audace : entr'autres , die
Frodoard dans fa Chronique l'an 925.les
Comtes
AO UST. 1730. 1749
Comte Herbert ayant pris avec lui les
Troupes de l'Eglife de Rheims , & ayant
été joint par Arnoul , Comte de Flandres,
& par plufieurs autres Seigneurs François,
ils vinrent fieger la Ville d'Eu qui appartenoit
alors aux Normans , & qui y avoient.
envoyé mille hommes des leurs pour la
défendre ; mais quoiqu'ils contaffent fur
cette intrépidité qui faifoit toute leur
gloire , les François ne laifferent pas de les
forcer dans la Ville , & enfuite dans le
Château , d'où s'étant refugiés dans une
Ifle formée par la Riviere qui eft au deſfous
du Château , ils s'y défendirent en
vrais defefperés : jufques là que ne pouvant
fe foutenir dans ce dernier retranchement
, plutôt que de ferendre , s'abandonnant
à leur ferocité naturelle , ils fe
tuerent eux- mêmes , les uns fe jettant dans
la Riviere pour s'y noyer , pendant que
les autres s'enfonçoient dans le coeur leurs
propres flèches.
و
Ce fuccès des François n'empêcha pas
les Normans de demeurer paifibles pof
feffeurs de la Normandie , même du
-Comté d'Eu , d'où les François furent
obligés de fe retirer , ce qui donna aux
Ducs de Normandie la liberté de difpcfer
de ce Comté comme ils jugerent à
propos. Ce fut le Duc Richard II. lequel
Lelon la Chronique de Normandie ch.434
donna
1750 MERCURE DE FRANCE
donna l'an 1002. ce Comté à fon frere
Guillaume , qui fut le premier Comte
d'Eu , defcendant des Ducs de Normandie.
›
Il faut avouer que la Religion Chrétienne
ne fit pas un moindre changement
chez les Normans établis en France , qu'elle
avoit fait chez tous les peuples barbares
où elle s'étoit introduite ; c'eft à dire
qu'ayant été reçûë & embraffée par le
peuple,tout cruel & tout feroce qu'il étoit,
de loups cruels & feroces , elle en fit ,
pour ainfi dire, des Agneaux , les rendant
dociles , bienfaifans , même des plus difpofés
aux oeuvres de pieté. C'est ce dont
nous avons des marques certaines dans le
Comté d'Eu , puifqu'à peine le premier
Comte Guillaume en eut- il la poffeffion
qu'il fonda vers l'an 1003. une Collegiale
dans la Ville d'Eu . Son fils Robert fit encore
plus , puifqu'il fonda en 1036. l'Ab
baye du Tréport , enfuite le Prieuré de
Sainte Croix , entre ce Bourg & la Ville
d'Eu , & commença l'établiffement dur
Prieuré de la Trinité qui eft un Fauxbourg
de la Chauffée .
Guillaume II . qui le fuivit fonda en Angleterre
le Prieuré d'Haftings. Son fils
Henri alla beaucoup plus loin que fes predeceffeurs
, puifque , non content d'avoir
fondé en 1106. le Prieuré de S. Martin ,
dans
AOUST. 1730. 1731
dans la Forêt d'Eu , & en 1130. l'Abbaye
de Foucarmont dans le même Comté „
étant devenu veuf il prit lui -même
Phabit Monaftique dans cette Abbaye
qu'il avoit fondée , en quoi il fut imité
par le Comte , fon fils , nommé Jean ,
lequel , à fon exemple , après avoir vêcu
dans le monde , & fait également figure
à la Cour des Rois d'Angleterre , après
avoir fait auffi beaucoup de largeffes aux
Moines , comme à l'Abbaye d'Eu , au
Prieuré d'Haftings , à celui de la Chauffée
d'Eu , même à un autre Prieuré qu'un
Seigneur Normand avoit fondé à Rouge-
Camp , Paroiffe de Cuverville au Comté
d'Eu , étant auffi devenu veuf , ce Prince,
dis-je , pour reffembler en tout à fon pere ,
fe fit Moine comme lui dans la même Abbaye
de Foucarmont , où ils font morts
tous deux , & où ils font inhumés.
>
On peut juger par toutes ces donations
fi fréquemment faites dans le feul Comté
d'Eu , & par ce dévoüment des plus illuftres
Seigneurs Normans à l'Etat Monaftique
, combien il falloit que les Moi
nes fe fuffent acquis d'eftime auprès de ces
Seigneurs dès les premiers tems de leur
converfion , puifque dès l'an 340. felon
Dumoulin dans fon Hiftoire de Normandie,
le Duc Guillaume, Longue Epée , n'é--
tant pas libre de fe confacrer à Dieu dans
Un
MERCURE DE FRANCE
un Cloître , comme il l'auroit fouhaité ",
il obtint en grace ' des Moines qu'ils lui
donnaffent un froc , un fcapulaire beni
& une difcipline qu'il enferma dans une
caffete précieufe , dont il porta toujours
la clef d'argent penduë à ſa ceinture.
La fuite pourle mois prochain.
fur Hiftoire de la Ville d'Eu.
D
>
E ces anciens Monumens qui juftifient
l'antiquité de la Ville d'Eu je
palle à un autre qui a du rapport à la Religion
, & qui prouve deux chofes . 1
Que quoiqu'il y eut déja du tems que la
Religion Chrétienne fut établie dans le
Comté d'Eu , le culte des Idoles y fubfiftoit
neanmoins encore publiquement au
7. fiecle. 2° Que les peuples de ce Comté
fuivoient encore alors l'ufage que les fimples
Fideles des premiers fiecles de l'Eglife
s'étoient arrogés de canonifer les perfonnes
, de la fainte vie defquelles ils avoient
été les témoins. Ce Monument eft l'Eglife
du Village de Pont , qui eft proche de la
Ville d'Eu , laquelle fut conftruite par les
habitans de ce Village immédiatement
après
A O UST. 1730. 1743
áprès la mort de ce Saint , en reconnoiffance
de ce qu'il les avoit convertis à la
foy. On en peut voir le détail dans ſa vie
écrite au VIII . fiecle , qui fe trouve inferée
dans les Actes des Saints de l'Ordre de
Saint Benoît XI . fiecle , par D. Luc Dacheri
, où il eft dit que S. Valleri paffant
par un lieu nommé Augufta , fitné fur la
Riviere d'Auve , & fe repofant fur le bord
d'une Fontaine , il apperçut une efpece
d'Idole que les Païfans du lieu adoroient ;
ce Saint l'ayant réduite en pouffiere par
un miracle , ces Païfans entrerent dans
une telle fureur qu'ils voulurent le maffacrer
; mais par un autre miracle plus furprenant
, les ayant calmés tout à coup ,
& rendus dociles à fa voix , il leur annonça
l'Evangile , & les convertit à la foy.
Que ce fait fe foit paffé au Village de
Pont , c'eft ce dont perfonne ne peut douter
, puifque le lieu que l'Auteur nomme
Augufta eft le Village d'Aonfte qui fubfifte
encore aujourd'hui. Que la Riviere alors
nommée Auve , foit la Brefle , tous les
Sçavans en conviennent : on peut voir làdeffus
M. Baillet dans la vie de S. Leu ou
Loup , Archevêque de Sens , & M. Fleuri
dans fon Hiftoire Ecclefiaftique , liv. 37.
nom. 16. On trouve pareillement dans la
vie de ce Saint Archevêque la verité de
ce que j'ai avancé , fçavoir , que le Paga-
Ciiij nifme
1744 MERCURE DE FRANCE
nifme regnoit encore publiquement dans
ce Païs- ci au feptiéme fiecle,puifqu'il y eft
rapporté qu'en 616. S. Loup ayant été envoyé
en exil au Village d'Anfenne qui n'eſt
qu'à quatre lieues de la Ville d'Eu , fur la
même Riviere de Brefle , il y trouva des
Temples où les gens du Pays adoroient
publiquement les faux Dieux , & qu'il
travailla à les convertir.
On connoît auffi , comme je l'ai avancé
, que les habitans du Village de Pont,
convertis par S. Valleri , furent des premiers
à le canonifer , puifque fans qu'au
cune cerémonie folemnelle eut précedé ,
immédiatement aprés fa mort , ils firent
conftruire vers l'an 625. une Egliſe à ſon
honneur, au lieu même où il s'étoit repofé
fur le bord de la Fontaine , qu'ils joignirent
à cette Eglife , la faifant enfermer de
murailles , comme on la voit encore aujourd'hui.
L'Auteur de la Vie de ce Saint
que j'ai cité ci-deffus , le fait clairement
connoître, en difant que quelques perfon
nes paffant par hazard aux environs de
ce Village , une jeune fille fut furpriſe de
voir cette nouvelle Eglife , & d'apprendre
qu'elle eut été bâtie à l'honneur de
celui qu'elle n'avoit vû qu'avec mépris ,
là caufe de fon exterieur negligé , ce qui
lui donna lieu de fe railler de ces Païfans
qui avoient , difoit- elle , été affez fimples
que
A O UST. the
1730 1749
que de prendre pour un Saint celui qu'elle
avoit vû fi ſouvent paffer monté fur fon
afne ;mais la raillerie lui coûta cher , puifqu'au
même inftant elle devint perclufe
de tous les membres; ce qui l'ayant obligée
de recourir à l'interceffion de celui dont
elle s'étoit mocquée , & dans l'Eglife même
qui y avoit donné lieu , elle ne laiffa
pas d'y trouver la guerilon.
Enfin de telle maniere , & en tel tems
que les habitans de la Ville d'Eu ayent
été convertis à la Religion Chrétienne ,.
on peut dire que par une faveur toute finguliere
de la Providence , ils ont été affez
heureux pour conferver cette Religion
dans toute la pureté dans l'enceinte de
leurs murailles , pendant que les villes
voifines ont eu le malheur d'être infectées
de l'herefie de Calvin , -
dès
Auffi donnerent- ils des preuves de leur
attachement à la Religion de leurs Peres
que les funeftes nouveautés du Calvinifme
commencerent à paroître , puif--
qu'en 1562. quelques particuliers ayant
donné des preuves qu'ils entroient dans
ces nouveaux fentimens , la populace alla
avec une espece de fureur piller leurs
maifons , ce qui donna lieu aux Magiftrars
après avoir repriméce foulevement , d'o
bliger ces particuliers à faire une profeffion
publique de leur catholicite , &
Ey decla
1746 MERCURE DE FRANCE
declarer en preſence de tous les habitans
qu'ils vouloient vivre & mourir dans la
Religion Catholique , ce qui rétablit le
calme dans la Ville,y fit une telle impreffion
, & y laiffa une telle horreur pour
l'herefie , qu'aucun Calvinifte ne s'eſt jamais
avifé de s'y établir. Tout ceci fe trouve
écrit plus en détail dans les Archives
de l'Hôtel de Ville , livre rouge , fol 2.
pag. 65 .
Comme le Comté d'Eu eft une portion
de la Neuftrie , que le Roi Charles le
Simple fut contraint. de ceder aux Normans
en toute proprieté, pour faire ceffer
les ravages continuels qu'ils faifoient dans
la France , il me paroît convenable que
je faffe connoître par ce qui s'eft paffé à
la Ville d'Eu , quelle étoit l'intrépidité de
ces hommes du Nord , & combien il
étoit difficile aux François d'expulſer hors
du Royaume des gens de ce caractere.
>
Tout le monde fçait ce qu'étoient ces
Normans habitans les Païs glacés du Nord ,
lefquels , au rapport de Paul Emile , Livre
fecond , s'étant introduits dans les
Troupes de Charlemagne lors de fes expeditions
dans la Saxe , & ayant paffé en
France avec les Troupes de ce Prince , ils
n'eurent pas plutôt gouté la douceur du
climat , vû & connu la beauté & la bonté
du Païs , qu'ils formerent le deffein de
5'7
A O UST. 1730. 1747
s'y établir à quelque prix que ce pût être.
On fçait pareillement qu'avant que
d'y
réuffir , ils firent plufieurs débarquemens
dans differens endroits , pillerent , brulerent
& ravagerent une grande partie du
Royaume , dont le Comté d'Eu ne fe
reffentit pas moins que le refte du Pays ,
fa fituation maritime l'y expofant beaucoup
plus. C'est ce dont on peut juger par
la fameufe Bataille qui fut donnée contre
eux l'an 881. à deux lieuës ou environ de
la Ville d'Eu , fçavoir , à Saucourt , Paroiffe
de Niba , fituée entre cette Ville &
Saint Valleri , où les François vinrent les
attaquer. Le lieu où ces derniers fe pofterent
en porte encore aujourd'hui le
nom , & s'appelle Franleu , c'eſt à dire
le lieu des François , Francorum locus .
و
Tous nos Hiftoriens conviennent qu'ils
y furent défaits & qu'ils y perdirent
neuf à dix mille hommes ; mais parcequ'il
en reftoit encore à la Ville d'Eu qui
tâchoient de fe conferver dans cette Place,
les François , au rapport de Mezerai , dans
fa grande Hiftoire , vinrent les y fieger.
Ne s'y étant pas fuffisamment deffendus,
ils у furent tous maffacrés ; nonobftant
toutes ces pertes , les autres n'abandonnerent
pas leur projet deux ans après ,
ils defcendirent en Picardie , où ils exer
cerent les plus grandes cruautés ; jufques
B vj
1748 MERCURE DE FRANCE
là que M. l'Abbé Fleuri remarque dans
fon Hiftoire Ecclefiaftique Liv. 53. Nom.
654. qu'outre les Eglifes , les Villages &
les autres lieux pillés & brûlés , on voyoit
prefque tous les chemins femés de corps
morts , d'Ecclefiaftiques , de Religieux ,
de Nobles , de femmes & d'enfans.
Enfin , comme je l'ai déja dit , le Roi
Charles le Simple , pour mettre fin à ces
cruelles hoftilités qui défoloient fon
Royaume , ceda en 912. à Racul ou Rollon
, Chef de ces Normans , ce qu'on appelle
aujourd'hui la Normandie , qui eut
pour limites de ce côté- ci la Riviere qui
paffe à la Ville d'Eu , ce qui lui fit changer
de nom , au lieu des noms d'Effua
ou Effia ou Aucia ou enfin Auva qu'elle
avoit portés , elle fut nommée alors Bri
fella , c'eſt à dire , la Brifante , la Séparante,
dit M. de Valois dans fa Notice des Gau
les. ( verbo ) Caletes:
Dans la fuite les François s'étant foulevés
contre le Roi Charles le Simple , &
ce Prince ayant été arrêté & fait prifonnier
à Peronne , les Normans toujours difpofés
au pillage , fous l'apparence de vou
loir prendre les interêrs , commencerent
de nouveau à ravager la France , les Fran
çois de leur part fe mirent auffi en état
de reprimer leur audace : entr'autres , die
Frodoard dans fa Chronique l'an 925.les
Comtes
AO UST. 1730. 1749
Comte Herbert ayant pris avec lui les
Troupes de l'Eglife de Rheims , & ayant
été joint par Arnoul , Comte de Flandres,
& par plufieurs autres Seigneurs François,
ils vinrent fieger la Ville d'Eu qui appartenoit
alors aux Normans , & qui y avoient.
envoyé mille hommes des leurs pour la
défendre ; mais quoiqu'ils contaffent fur
cette intrépidité qui faifoit toute leur
gloire , les François ne laifferent pas de les
forcer dans la Ville , & enfuite dans le
Château , d'où s'étant refugiés dans une
Ifle formée par la Riviere qui eft au deſfous
du Château , ils s'y défendirent en
vrais defefperés : jufques là que ne pouvant
fe foutenir dans ce dernier retranchement
, plutôt que de ferendre , s'abandonnant
à leur ferocité naturelle , ils fe
tuerent eux- mêmes , les uns fe jettant dans
la Riviere pour s'y noyer , pendant que
les autres s'enfonçoient dans le coeur leurs
propres flèches.
و
Ce fuccès des François n'empêcha pas
les Normans de demeurer paifibles pof
feffeurs de la Normandie , même du
-Comté d'Eu , d'où les François furent
obligés de fe retirer , ce qui donna aux
Ducs de Normandie la liberté de difpcfer
de ce Comté comme ils jugerent à
propos. Ce fut le Duc Richard II. lequel
Lelon la Chronique de Normandie ch.434
donna
1750 MERCURE DE FRANCE
donna l'an 1002. ce Comté à fon frere
Guillaume , qui fut le premier Comte
d'Eu , defcendant des Ducs de Normandie.
›
Il faut avouer que la Religion Chrétienne
ne fit pas un moindre changement
chez les Normans établis en France , qu'elle
avoit fait chez tous les peuples barbares
où elle s'étoit introduite ; c'eft à dire
qu'ayant été reçûë & embraffée par le
peuple,tout cruel & tout feroce qu'il étoit,
de loups cruels & feroces , elle en fit ,
pour ainfi dire, des Agneaux , les rendant
dociles , bienfaifans , même des plus difpofés
aux oeuvres de pieté. C'est ce dont
nous avons des marques certaines dans le
Comté d'Eu , puifqu'à peine le premier
Comte Guillaume en eut- il la poffeffion
qu'il fonda vers l'an 1003. une Collegiale
dans la Ville d'Eu . Son fils Robert fit encore
plus , puifqu'il fonda en 1036. l'Ab
baye du Tréport , enfuite le Prieuré de
Sainte Croix , entre ce Bourg & la Ville
d'Eu , & commença l'établiffement dur
Prieuré de la Trinité qui eft un Fauxbourg
de la Chauffée .
Guillaume II . qui le fuivit fonda en Angleterre
le Prieuré d'Haftings. Son fils
Henri alla beaucoup plus loin que fes predeceffeurs
, puifque , non content d'avoir
fondé en 1106. le Prieuré de S. Martin ,
dans
AOUST. 1730. 1731
dans la Forêt d'Eu , & en 1130. l'Abbaye
de Foucarmont dans le même Comté „
étant devenu veuf il prit lui -même
Phabit Monaftique dans cette Abbaye
qu'il avoit fondée , en quoi il fut imité
par le Comte , fon fils , nommé Jean ,
lequel , à fon exemple , après avoir vêcu
dans le monde , & fait également figure
à la Cour des Rois d'Angleterre , après
avoir fait auffi beaucoup de largeffes aux
Moines , comme à l'Abbaye d'Eu , au
Prieuré d'Haftings , à celui de la Chauffée
d'Eu , même à un autre Prieuré qu'un
Seigneur Normand avoit fondé à Rouge-
Camp , Paroiffe de Cuverville au Comté
d'Eu , étant auffi devenu veuf , ce Prince,
dis-je , pour reffembler en tout à fon pere ,
fe fit Moine comme lui dans la même Abbaye
de Foucarmont , où ils font morts
tous deux , & où ils font inhumés.
>
On peut juger par toutes ces donations
fi fréquemment faites dans le feul Comté
d'Eu , & par ce dévoüment des plus illuftres
Seigneurs Normans à l'Etat Monaftique
, combien il falloit que les Moi
nes fe fuffent acquis d'eftime auprès de ces
Seigneurs dès les premiers tems de leur
converfion , puifque dès l'an 340. felon
Dumoulin dans fon Hiftoire de Normandie,
le Duc Guillaume, Longue Epée , n'é--
tant pas libre de fe confacrer à Dieu dans
Un
MERCURE DE FRANCE
un Cloître , comme il l'auroit fouhaité ",
il obtint en grace ' des Moines qu'ils lui
donnaffent un froc , un fcapulaire beni
& une difcipline qu'il enferma dans une
caffete précieufe , dont il porta toujours
la clef d'argent penduë à ſa ceinture.
La fuite pourle mois prochain.
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Résumé : SUITE des Mémoires de M. Capperon sur l'Histoire de la Ville d'Eu.
Les Mémoires de M. Capperon relatent plusieurs aspects historiques de la ville d'Eu. Au VIIe siècle, bien que la religion chrétienne fût établie dans le comté d'Eu, le culte des idoles subsistait encore publiquement. Saint Valleri, en passant par Augusta (aujourd'hui Aunfray), détruisit une idole païenne et convertit les habitants. Les habitants du village de Pont, convertis par Saint Valleri, construisirent une église en son honneur peu après sa mort, vers 625, au lieu même où il s'était reposé près d'une fontaine. Ils furent parmi les premiers à le canoniser. La rivière nommée Auve est identifiée comme la Bresle, selon des sources historiques comme M. Baillet et M. Fleury. En 616, Saint Loup, archevêque de Sens, trouva des temples païens lors de son exil au village d'Anfenne, près de la ville d'Eu. Les habitants d'Eu montrèrent un attachement profond à la religion catholique. En 1562, face à l'apparition de signes de calvinisme, la population réagit violemment, pillant les maisons des calvinistes et les forçant à faire une profession publique de catholicisme. Cet événement est documenté dans les archives de l'Hôtel de Ville. L'histoire des Normands dans la région est également abordée. En 912, le roi Charles le Simple céda la Normandie aux Normands pour mettre fin aux ravages qu'ils infligeaient. La ville d'Eu fut le théâtre de plusieurs batailles, notamment en 881 et en 925, où les Normands furent finalement vaincus. Les Normands établis en France adoptèrent la religion chrétienne, ce qui transforma leur comportement. Le premier comte d'Eu, Guillaume, fonda plusieurs institutions religieuses, suivi par ses descendants qui firent de nombreuses donations aux moines et prirent eux-mêmes l'habit monastique. Dès 340, le duc Guillaume Longue-Épée portait des objets monastiques, témoignant de l'influence des moines sur les seigneurs normands dès les premiers temps de leur conversion.
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5462
p. 1752-1756
LES MIRACLES, ODE DE M. PIRON.
Début :
Homme incredule, écoute, & soumets ton audace, [...]
Mots clefs :
Yeux, Nature, Miracle, Eau, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES MIRACLES, ODE DE M. PIRON.
LES MIRACLES ,.
O DE
DE M. PIRON.
Omme incredule , écoute , & foumets ton
audace,
L'Epouvante fur toi va répandre fa glace.
Que ton front pâliffe une fois !
Viens , contemple avec moi dans toute fa puiffance
Celui dont les éclairs annoncent la préſence ,
Et dont le Tonnerre eft la voix :
Quelle eft la Majefté de cet Etre fublime ,
Dont le haut Firmament & le profond abîme
Ne limitent pas le pouvoir ?
Vain Monarque , à les yeux , que paroît to
Royaume ,
Quand l'Univers entier n'eft qu'un leger atomes
Que de fon foufle-il fiy -mouvoir
Dez
AO UST. 1730. 1733
De ce fouffe divin s'anima la Nature ;
Elle reçût de lui fa loi conftante & pure .
nous fommes tous ! Infenfés que
Parceque cette Loi triomphe fans obftacles ,
Que rien n'en interrompt à nos yeux les miracles
Ils ceffent de l'être pour nous.
Les Tenebres , le jour , les Ondes refrenées ;
Le cercle des Saifons l'une à l'autre enchaînées
Contre l'Athée ont prononcé.
Reconnoîtrons-nous moins la fageffe éternelle
Au bel ordre établi qui par tout la revele ,
Qu'à ce bel ordre renverſé ?
Hé bien ! Mortel aveugle , il faut te ſatisfaire,
Préfere un Phénomene à l'Aftre qui t'éclaire
Dieu fe conforme à ton erreur ;
A ta fragilité fon pouvoir ſe meſure ;
Interrompant le cours des loix de la Nature
Il va s'en déclarer l'Auteur.
Sous un Prince endurci , toute l'Egypte en ar
mes
A volé fur les pas de Jacob en allarmes ;
Il n'a que fon Dieu pour appui.
De fes perfécuteurs la courfe impitoyable
Le ferre entre les bords d'une Mer effroyable ,
Et le trépas qui fond fur lui.
L'Elér
1754 MERCURE DE FRANCE
L'Element redouté lui préfente un azile ;
L'onde fuit , fe divife , & le flot immobile
Refte fufpendu dans les airs ;
La main qui , ravageant de coupables Campagnes,
Jadis fous l'Eau profonde a caché les Montagnes.
Vient fecher le gouffre des Mers.
Dans ce Vallon bordé de hauts Rochers liquides
Je vois entrer les Chars des Guerriers homicides
Leurs pas n'en font point rallentis ;
Mais le peuple chéri touche à peine au rivage
Que du flot qui reprend fon empire & fa rage
Les Barbares font engloutis .
Le Defert à ce peuple inſpire une autre crainte,
Là jamais de l'Oifeau la foif ne fut éteinte ;
Jamais fruit ne s'y recueillit.
L'Air offre l'aliment que refufoit la terre ;
Le reinede à la foif fort du fein de la pierre-
Le Roc eft frappé ; l'eau jaillit .
Je garde devant vous un timide filence ;
Sommet du Mont facré qu'embraſa la préſence
Du difpenfateur de la Loi !
Le miracle vivant de cette Loi fuprême
Que de fon doigt fur vous Dieu nous traça lui
même ,
Parle fuffifamment fans moi.
Aux
A O UST. 1730. 1733
Aux Rives du Jourdain fuivons l'Arche terri
ble ;
L'Hebreu mal agueri par elle eft invincible ;
Les Clairons ont frappé l'écho.
L'eau remonte à fa fource , où l'effroi la rappelles
L'Arche avance , elle aborde ; & je vois devant elle
Tomber les murs de Jericho.
L'Amorrhéen faifi d'une terreur panique ,
Dans laNuit qui s'approche a fa reffource unique,
Vain efpoir dont il fe nourrit !
Celui de fes Vainqueurs peut -il être frivole a
Arrête , dit leur Chef, au Soleil qui s'envole ;
L'Aftre s'arrête , & tout périt.
La flamme , ou l'eau du Ciel tombe à la voix
d'Elie :
Des Monftres dont la faim redouble la furie
Daniel n'eft point offenfé.
Leur fein fert à Jonas de retraite paiſible.
Sous les coups foudroyans d'un vengeur invif
ble
Sennacherib eft terraffé.
L'Arche a brifé Dagon ... Mais quels plus grands
miracles
Imposent tout à coup filence aux faux Oracles ?
Satan fuit au fond des Enfers.
O prodige qui rend la Nature interdite!!
Dien
1756 MERCURE DE FRANCE
Dieu fe fait homme , il naît , il meurt , il reſſuſcite
;
Les Cieux par lui nous font ouverts.
Leve les yeux , ôtoi , qu'un foufle met en poudre
,
Mortel , ici t'attend ou la palme , ou la foudre ;
Choifis , tu n'as plus qu'un moment ;
Préviens le jour d'horreur, d'ire , & d'ignomini
Ou le coupable doit revenir à la vie
Pour mourir éternellement.
O DE
DE M. PIRON.
Omme incredule , écoute , & foumets ton
audace,
L'Epouvante fur toi va répandre fa glace.
Que ton front pâliffe une fois !
Viens , contemple avec moi dans toute fa puiffance
Celui dont les éclairs annoncent la préſence ,
Et dont le Tonnerre eft la voix :
Quelle eft la Majefté de cet Etre fublime ,
Dont le haut Firmament & le profond abîme
Ne limitent pas le pouvoir ?
Vain Monarque , à les yeux , que paroît to
Royaume ,
Quand l'Univers entier n'eft qu'un leger atomes
Que de fon foufle-il fiy -mouvoir
Dez
AO UST. 1730. 1733
De ce fouffe divin s'anima la Nature ;
Elle reçût de lui fa loi conftante & pure .
nous fommes tous ! Infenfés que
Parceque cette Loi triomphe fans obftacles ,
Que rien n'en interrompt à nos yeux les miracles
Ils ceffent de l'être pour nous.
Les Tenebres , le jour , les Ondes refrenées ;
Le cercle des Saifons l'une à l'autre enchaînées
Contre l'Athée ont prononcé.
Reconnoîtrons-nous moins la fageffe éternelle
Au bel ordre établi qui par tout la revele ,
Qu'à ce bel ordre renverſé ?
Hé bien ! Mortel aveugle , il faut te ſatisfaire,
Préfere un Phénomene à l'Aftre qui t'éclaire
Dieu fe conforme à ton erreur ;
A ta fragilité fon pouvoir ſe meſure ;
Interrompant le cours des loix de la Nature
Il va s'en déclarer l'Auteur.
Sous un Prince endurci , toute l'Egypte en ar
mes
A volé fur les pas de Jacob en allarmes ;
Il n'a que fon Dieu pour appui.
De fes perfécuteurs la courfe impitoyable
Le ferre entre les bords d'une Mer effroyable ,
Et le trépas qui fond fur lui.
L'Elér
1754 MERCURE DE FRANCE
L'Element redouté lui préfente un azile ;
L'onde fuit , fe divife , & le flot immobile
Refte fufpendu dans les airs ;
La main qui , ravageant de coupables Campagnes,
Jadis fous l'Eau profonde a caché les Montagnes.
Vient fecher le gouffre des Mers.
Dans ce Vallon bordé de hauts Rochers liquides
Je vois entrer les Chars des Guerriers homicides
Leurs pas n'en font point rallentis ;
Mais le peuple chéri touche à peine au rivage
Que du flot qui reprend fon empire & fa rage
Les Barbares font engloutis .
Le Defert à ce peuple inſpire une autre crainte,
Là jamais de l'Oifeau la foif ne fut éteinte ;
Jamais fruit ne s'y recueillit.
L'Air offre l'aliment que refufoit la terre ;
Le reinede à la foif fort du fein de la pierre-
Le Roc eft frappé ; l'eau jaillit .
Je garde devant vous un timide filence ;
Sommet du Mont facré qu'embraſa la préſence
Du difpenfateur de la Loi !
Le miracle vivant de cette Loi fuprême
Que de fon doigt fur vous Dieu nous traça lui
même ,
Parle fuffifamment fans moi.
Aux
A O UST. 1730. 1733
Aux Rives du Jourdain fuivons l'Arche terri
ble ;
L'Hebreu mal agueri par elle eft invincible ;
Les Clairons ont frappé l'écho.
L'eau remonte à fa fource , où l'effroi la rappelles
L'Arche avance , elle aborde ; & je vois devant elle
Tomber les murs de Jericho.
L'Amorrhéen faifi d'une terreur panique ,
Dans laNuit qui s'approche a fa reffource unique,
Vain efpoir dont il fe nourrit !
Celui de fes Vainqueurs peut -il être frivole a
Arrête , dit leur Chef, au Soleil qui s'envole ;
L'Aftre s'arrête , & tout périt.
La flamme , ou l'eau du Ciel tombe à la voix
d'Elie :
Des Monftres dont la faim redouble la furie
Daniel n'eft point offenfé.
Leur fein fert à Jonas de retraite paiſible.
Sous les coups foudroyans d'un vengeur invif
ble
Sennacherib eft terraffé.
L'Arche a brifé Dagon ... Mais quels plus grands
miracles
Imposent tout à coup filence aux faux Oracles ?
Satan fuit au fond des Enfers.
O prodige qui rend la Nature interdite!!
Dien
1756 MERCURE DE FRANCE
Dieu fe fait homme , il naît , il meurt , il reſſuſcite
;
Les Cieux par lui nous font ouverts.
Leve les yeux , ôtoi , qu'un foufle met en poudre
,
Mortel , ici t'attend ou la palme , ou la foudre ;
Choifis , tu n'as plus qu'un moment ;
Préviens le jour d'horreur, d'ire , & d'ignomini
Ou le coupable doit revenir à la vie
Pour mourir éternellement.
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Résumé : LES MIRACLES, ODE DE M. PIRON.
Le poème 'Les Miracles, ou de M. Piron' invite les incrédules à reconnaître la puissance divine à travers divers miracles. Il décrit la majesté de Dieu, dont le pouvoir dépasse les limites du firmament et de l'abîme. Le texte souligne que la nature et l'univers entier sont soumis à la loi divine, et que les miracles en sont des manifestations. Plusieurs miracles bibliques sont cités, tels que la traversée de la mer Rouge par les Hébreux, la chute des murs de Jéricho, l'arrêt du soleil pour Josué, et la résurrection de Jésus-Christ. Le poème met en garde les incrédules contre l'erreur de privilégier des phénomènes naturels à la sagesse divine et les exhorte à reconnaître la puissance de Dieu.
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5463
p. 1756-1767
FESTE des Chasseurs Chevaliers de Saint Hubert, donnée à Entrevaux en Provence.
Début :
Le jour* destiné pour cette Fête étant arrivé, les Chasseurs ne crûrent pas [...]
Mots clefs :
Entrevaux, Chasseurs chevaliers de Saint-Hubert, Chasseurs chevaliers, Fête, Saint-Hubert, Dauphin, Reine, Monarque, Repas, Gibier, Chanson, Château d'Entrevaux, Naissance du Dauphin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FESTE des Chasseurs Chevaliers de Saint Hubert, donnée à Entrevaux en Provence.
FESTE des Chaffeurs Chevaliers de Saint
Hubert , donnée à Entrevaux en Provence.
*
E jour deſtiné pour cette Fête étant
Larrivé ,les Chaffeurs ne crurent pas
la pouvoir mieux commencer que par une
Meffe qu'ils firent celebrer par un Aumônieren
titre qu'ils qualifierent de Saint
Hubert. Ce fut , comme on dit ordinairement
, une Meffe de Cháffeur ; mais fi
elle fut courte , elle fut fuivie d'un Dif
Cours un peu long , mais affez éloquent,
& qui n'auroit pas été defaprouvé ailleurs.
que
le 4.
Nous n'avons reçû cette Relation
Août 1730. par lafause de la perfonne qui s'en
ésoit chargées
Le
A O UST . 1730. 1757
L'Orateur , je veux dire , le nouvel Abbé
de S.Hubert , s'adreffant aux Chevaliers
de'Ordre , leur dit en fubftance :
و
MESSIEURS ,
7
Après avoir offert le Sacrifice felon vos
intentions pour remercier le Roi des Rois de
la grace fignalée qu'il vient d'accorder à ce
Royaume , en nous donnant un Dauphin,
après l'avoir ardemment fupplié de nous conferver
un don fi précieux qui affure le bonheur
de la France & la tranquilité de l'Enrope
, après lui avoir demandé qu'il faſſe
jouird'une fanté parfaite cette vertuense Reine
fi précieuse àl'Etat parfon heureufefecondité,
qu'il prolonge enfin les jours du Roi audelà
des plus longsjours de fes prédeceffeurs,
je ne puis que louer le zele qui vous anime
& qui vous a fait prendre le deffein de confacrer
cejour à lajoye que doit caufer cet Evenement
à tous les coeurs françois. Vous avez
choifi parmi les vertusRoyalles de notre augufte
Monarque celle qu'il vous convient le
mieux de celebrer ; vous voulez, honorer cette
vertu héroïque dont l'inclination pour la Chaf
fe eft toujours le préſage. En effet , Meffieurs ,
Les hiftoires ne nous repréfentent gueres de
Héros qui n'ayent eu dans leur enfance ce pen
chant dominant pour la Chaffe , les Alexan
dre les Cyrus , les Conftantins , les Charle
magne
1758 MERCURE DE FRANCE
magne , les Saint Louis , les Henris & c
tous ont été Chaffeurs avant que d'être Conquerans
; ce noble exercice eft l'école des grands
Capitaines ; les Chaffeurs ont leurs loix
leurs ordres , leurs campemens , leurs marches,
leurs rufes en un mot , la Chaffe eft l'image
de la guerre.
Puiffiez- vous , Meffieurs , fi lajustice des
armes de la France venoit à realifer cette
image , vous fervir de la force , de l'adreſſe ,
du courage , du fangfroid & de toutes les autres
qualités qui s'acquierent dans ce penible
exercice : puiffiez- vous vous en fervir efficacement
pour la gloire de notre Monarque ,
pour le bien & l'honneur de la Patrie.
Ce Difcours étant fini , on fe rendit au
lieu deſtiné , & où tous les préparatifs
avoient été faits les jours précedens . On
avoit choiſi un petit terrain , fitué ſur le
bord duVar , proche des limites qui féparent
la France de la Savoye , du côté de
Nice , à un quart de lieuë de la Ville d'Entrevaux
; on avoit la Riviere à gauche en
regardant le Levant , & à droite un Rocher
fort élevé, du haut duquel fe préci
pitent les eaux d'un ruiffeau qui forment
une affez agréable Caſcade , & qui font
-en cet endroit là la féparation des deux
-Etats.
Il feroit difficile d'exprimer avec quelle
vîteffe
A O UST. 1730. 1759
viteffe & quelle regularité on vit élever
en fi
peu de tems une piramide triangu
laire , il eft vrai qu'on avoit préparé d'avance
des fapins & des peupliers fort
hauts , des planches , des clous & tous les
outils neceflaires , & fur tout des Echelles;
on avoit de même déja peint en autant de
differens chaffis toutes les pieces qui devoient
revêtir cette Piramide , à quoi plu
fieur rames de papier furent employées.
Ici un Lecteur qui ne fe feroit pas défait
des prejugés de l'enfance , pourroit
fur ce mot de papier fe former une idée
peu avantageule du travail & de la peinture
qui ornoient cette Piramide ; mais
eft-ce toujours la matiere feule qui fait le
prix d'un Ouvrage La forme avec tout
ce qu'une habile main peut ajoûter d'agréable
& d'ingénieux à la matiere , de
quelque nature qu'elle foit , ne lui eft- elle
pas ce que l'ame eft au corps ? de quelles
beautés le papier n'eft- il pas fufceptible ?
Et quels tréfors ne lui confie- t- on pas ?
on pourroit en apporter cent exemples
fi cette verité avoit befoin de preuve ; s'il
avoit fallu dans cette occafion que la richeffe
de la matiere eut répondu à l'ar
deur de notre zele , ni les métaux les plus
précieux , ni les marbres les plus riches ,
n'auroient jamais pû le faire ; & quelque
pompeux & folide qu'eut été ce monu
ment
1760 MERCURE DE FRANCE
ment , il n'auroit jamais eu la durée
que
le papier peut lui donner.
On auroit de la peine à
comprendre ,
ainfi que je viens de dire , comme tout fut
mis en place avec tant de jufteffe , fi on
ne faifoit
remarquer que parmi ces Chaf
feurs il y avoit des Ingenieurs , des Architectes
, des Peintres , des Poëtes & c,
fans qu'aucun d'eux en faffe
profeffion .
Venator omnis homo.
Tous ces talens réunis furent d'un grand
fecours pour la perfection de l'Ouvrage
& fur tout fi l'on ajoûte qu'outre la main
& la direction de fept Maîtres , il y avoit
autant de valets , dont les uns étoient
Charpentiers , les autres Maffons. & c. Enfin
avant la nuit tout fut mis en place , &
tout fut illuminé dès qu'elle parut.
Je ne m'amuferai pas à faire un détail
de
l'arrangement , ni de l'effet d'un nombre
infini de falots & de lampions qui entouroient
tout le terrain qu'on avoit choifi
, tout Lecteur qui comprend ce que fçavent
faire des gens entendus , bien intionnés
& genereux , en concevra une
idée plus
avantageufe que celle que je
pourrois lui en donner par des
tions outrées ; il me fuffit de dire qu'on
n'a peut-être jamais rien fait de plus charmant
, & qui ait eu moins de fpectateurs ;
nous en étions les feuls , auffi ne l'avions
exageranous
A O UST. 1730. 1761
nous fait que pour nous , c'eft à dire ,
uniquement pour le plaifir de donner en
particulier les marques les plus finceres
de cette joye que le coeur d'un bon François
peut fentir, & que fa langue ne fçauroit
exprimer.
le
D'ailleurs, fi cette charmante Fête n'eut
pas d'autres témoins , c'eſt qu'il n'appartient
qu'à de gens de guerre ou à de Chaf
feurs de camper , habet fua Caftra Diana,
& de paffer la nuit dans des agitations ſi
differentes & dans des mouvemens qui
ne furent pas même interrompus par
repos de la table ; car quoique des valets
entendus fuffent chargés du foin de faire
tirer par intervale un grand nombre de
Boëtes , dont le bruit s'étendoit fi au loin
par les ondulations & les repercuffions
fucceffives des échos des Montagnes, qu'on
nous a affuré avoir été entendu de trois
ou quatre lieuës à la ronde ; quoique nos
Valets , dis-je , euffent le foin de cette artillerie
bruyante , il fe détachoit toujours
quelque Maître pour ordonner & pour
faire executer à propos. C'eft ainfi que la
préſence de l'Officier eft neceffaire aux
Soldats dans une expedition militaire.
Je ne dis rien du Repas ni de l'apetit.
On ne fervit que du Gibier , & l'on mangea
comme des Chaffeurs ; c'eft tout dire.
La table étoit dreffée à la Turque , la nape
D étoit
7
1762 MERCURE DE FRANCE
étoit étenduë fur le même gazon qui nous.
fervoit de fiege . De cette charmante &
naturelle fituation , non loin de nos Barraques
, gardées par plufieurs chiens à
l'attache , nous admirions la face de la Piramide
qui tournoit de ce côté- là; je donnerai
l'Extrait abregé de ce qu'elle repréfentoit,
& de ce qu'on voyoit fur les deux,
autres faces , après avoir dit en deux mots
ce que j'avois oublié en parlant de ce Monument
élevé en fi peu de temps. Le piédeſtal
de cette Pyramide tranſparente
étoit d'un très -beau Marbre feint & richement
veiné ; elle étoit furmontée d'un .
Globe parfait, ouvert au - deffus , très - bien
illuminé au-dedans. On voyoit fur ce.
Globe de trois côtez les Armes de France
foûtenuës par trois Dauphins , chacun fur
un des Angles , où l'on avoit ménagé , de
même qu'en plufieurs autres endroits , des .
ouvertures pour la fumée des Lampions.
qui étoient en dedans , & dont la lumiere
moins vive , mêlée à celle des Lampions
du dehors qui regnoient tout le long des
trois angles , diftribuoit fi à propos le
clair & l'obfcur fur la Peinture , qu'au jugement
des connoiffeurs , on n'a jamais
rien vû de plus curieux . Auffi M. le Chevalier
de..... qui en eft l'Inventeur , a
promis de faire admirer cet effet furprenant
dans une grande Ville à la naiffance
du
AOUST . 1730. 1763
du fecond Prince que nous attendons.
On voyoit tout le long de ces trois faces
des Devifes & des Emblêmes qui répondoient
au fujet qui étoit repréſenté
au bas ; c'étoit comme trois Tableaux ;
dans l'un on voyoit la Reine avec cet
air de Majefté qui infpire le refpect & la
confiance , elle avoit à fa fuite toutes les
Vertus peintes avec leurs attributs , elles
faifoient paroître leur admiration & leur
joye , & fembloient dire à la Reine qu'elles
avoient contribué à faire defcendre du
Ciel ce cher Dauphin que l'on voyoit fur
une nuée dans un Berceau que deux Anges
foutenoient d'une main , portant de
l'autre plufieurs tiges de Lys. Voici comme
on fait parler les Vertus .
Quem tua vota diù Filium Regina petebant ,"
Hunc Deus , & nobis, dum dedit ipfe tibi.
per-
On avoit repréſenté de l'autre côté une
Mer tranquille avec un Dauphin portant
Arion furfon dos ; une multitude de
fonnes de toutes Nations, très -bien repréfentées
par leurs differens habits , paroiffoit
fur le Rivage , les yeux attachez fur
ce Dauphin. Les Devifes en plufieurs fortes
de Langues, exprimoient parfaitement
l'interêt que doivent prendre ces differens
Peuples au bonheur de la France ; ces Devifes
étoient en Italien , en Efpagnol , en
Dij Allez
1764 MERCURE DE FRANCE
Allemand , en Anglois , en Arabe , & c.
Venator omnis homo. Je le repete , & toûjours
dans le même fens. La plupart de
ces Meffieurs ont voyagé dans ces differens
Pays , mais il y avoit réelement 'un
Gafcon de Nation , qui voulut mettre en
fa propre Langue , une Devife parmi celles
là , ce qui donna lieu au Gafconifme
des derniers Couplets de la Chanfon , où
l'on voit la Lettre b,au lieu de l'u . Ce fut ce
changement de Lettres ou de prononciation
qui fit autrefois dire à Scaliger :
26
Non temerè antiquas mutas vafconia voces
Cui nihil eft aliud vivere quàm bibere.
Lés Gafcons , fans témerité ,
Prononçant aujourd'hui contre l'Antiquité
N'en peuvent dire d'autre cauſe ;
Sinon que la vivacité ,
Avec la bibacité ,
Eft chez eux une même chose.
Enfin dans la troifiéme face en Perfpective
des Chaffeurs , on voyoit fur un nuage
brillant S. Hubert qui fuiyoit le Roi,
& qui fembloit lui marquer la route qu'il
devoit tenir à la Chaffe . Ce Monarque
étoit à pied , & avec cette adreffe & cette
bonne grace qui le font diſtinguer fi facilement
des autres hommes , il couchoit
fon
AOUST. 1730. 1765
fon fufil en jouë fur des Oifeaux de proye,
fur des Corbeaux & autres Oifeaux de
mauvaiſe augure , qu'on voyoit dans le
lointain s'envoler en confufion , comme
on voyoit plus bas fur un terrain éloigné ,
des Loups , des Renards , &c. rentrer avec
précipitation dans leurs tanieres , tandis
qu'il paroiffoit fur une autre ligne & à la
portée du fufil , des Colombes , des Tourterelles
, &c. qui ſembloient ſe réjoüir &
fe raffurer à fon approche.
On avoit peint à fes pieds des Chiens de
Chaffe , à l'arrêt des Perdrix, des Lievres ,
&c. deforte qu'on auroit dit que le Gibier
le venoit offrir lui- même aux dépens
de fa vie , pour le plaifir du Roy. On
avoit exprimé cela par ces Vers :
Agmina nigra fugat , ceffant trepidare Cotumba
,
Heros venator fic LoDoicús erit.
Ecce Lupos cogit & vulpes intrare cavernas ?
Nos verò occidat Regis amica manus.
Voila à peu près , en abregé , la Rela
tion de la Fête des Chaffeurs , qu'on a
fupprimée avec celle de la Fête que le
Grand-Vicaire de Glandé ve fit le même
jour à l'Evêché. Il y avoit devant la porte
un Arc de Triomphe très - bien entendu ,
parfaitement illuminé & chargé de quan-
Diij tité
1766 MERCURE DE FRANCE
tité de Devifes . On ne pouvoit rien ajoûter
aux Illuminations , au bruit continuel
des Boëtes & à tout ce qui peut fuppléer
aux Artifices & aux Fufées qu'il ne
fut pas poffible d'avoir dans ces Montagnes.
Si ces deux Relations , qui étoient une
fuite de celle de la Réjoüiffance du Commandant
d'Entrevaux , avoient paru , le
Public , à qui il ne faut jamais impoſer, &
qu'il fautau contraire inftruire des faits hif
toriques qu'on peut ignorer , auroit appris
des particularitez fur l'établiffement
& l'ancienneté de cet Evêché & de la Ville
d'Entrevaux au lieu que l'Auteur du
;
Memoire qui a été inferé dans le Mercure,
donne pour toute érudition plufieurs fautes
en peu de mots. Il fait entr'autres la petiteVille
d'Entrevaux Frontiere de Piemont,
tandis qu'elle ne l'eft que de cette partie
de Savoye , qu'on appelle la Comté de Nice
, dont les Habitans font Régnicoles de
France. Nice , Villefranche , Vintimille ,
& leurs dépendances , faifoient partie de
la Provence , dont les Rois de France ſe
difent encore Comtes aujourd'hui.
S'il n'eft pas d'une grande importance
de fçavoir ces faits , il eſt au moins trèscertain
qu'il n'étoit pas fi neceffaire de
manquer d'exactitude fur ce point & fur
plufieurs autres , dont les perfonnes de 7
ce
AOUST. 1730. 1767
ce Pays ont été fâchées . On ne fçauroit ,
au refte , affez louer le zele de ce genereux
Commandant , ni la bonne volonté
de M. Paravicini , & non Palavicini , Capitaine
d'une Compagnie Suiffe . Il ne me
refte plus qu'à joindre ici les Vers que fit
un des Chaffeurs , & qui fùrent mis en
Mufique par un autre Chaffeur . Venator
omnis homo.
Hubert , donnée à Entrevaux en Provence.
*
E jour deſtiné pour cette Fête étant
Larrivé ,les Chaffeurs ne crurent pas
la pouvoir mieux commencer que par une
Meffe qu'ils firent celebrer par un Aumônieren
titre qu'ils qualifierent de Saint
Hubert. Ce fut , comme on dit ordinairement
, une Meffe de Cháffeur ; mais fi
elle fut courte , elle fut fuivie d'un Dif
Cours un peu long , mais affez éloquent,
& qui n'auroit pas été defaprouvé ailleurs.
que
le 4.
Nous n'avons reçû cette Relation
Août 1730. par lafause de la perfonne qui s'en
ésoit chargées
Le
A O UST . 1730. 1757
L'Orateur , je veux dire , le nouvel Abbé
de S.Hubert , s'adreffant aux Chevaliers
de'Ordre , leur dit en fubftance :
و
MESSIEURS ,
7
Après avoir offert le Sacrifice felon vos
intentions pour remercier le Roi des Rois de
la grace fignalée qu'il vient d'accorder à ce
Royaume , en nous donnant un Dauphin,
après l'avoir ardemment fupplié de nous conferver
un don fi précieux qui affure le bonheur
de la France & la tranquilité de l'Enrope
, après lui avoir demandé qu'il faſſe
jouird'une fanté parfaite cette vertuense Reine
fi précieuse àl'Etat parfon heureufefecondité,
qu'il prolonge enfin les jours du Roi audelà
des plus longsjours de fes prédeceffeurs,
je ne puis que louer le zele qui vous anime
& qui vous a fait prendre le deffein de confacrer
cejour à lajoye que doit caufer cet Evenement
à tous les coeurs françois. Vous avez
choifi parmi les vertusRoyalles de notre augufte
Monarque celle qu'il vous convient le
mieux de celebrer ; vous voulez, honorer cette
vertu héroïque dont l'inclination pour la Chaf
fe eft toujours le préſage. En effet , Meffieurs ,
Les hiftoires ne nous repréfentent gueres de
Héros qui n'ayent eu dans leur enfance ce pen
chant dominant pour la Chaffe , les Alexan
dre les Cyrus , les Conftantins , les Charle
magne
1758 MERCURE DE FRANCE
magne , les Saint Louis , les Henris & c
tous ont été Chaffeurs avant que d'être Conquerans
; ce noble exercice eft l'école des grands
Capitaines ; les Chaffeurs ont leurs loix
leurs ordres , leurs campemens , leurs marches,
leurs rufes en un mot , la Chaffe eft l'image
de la guerre.
Puiffiez- vous , Meffieurs , fi lajustice des
armes de la France venoit à realifer cette
image , vous fervir de la force , de l'adreſſe ,
du courage , du fangfroid & de toutes les autres
qualités qui s'acquierent dans ce penible
exercice : puiffiez- vous vous en fervir efficacement
pour la gloire de notre Monarque ,
pour le bien & l'honneur de la Patrie.
Ce Difcours étant fini , on fe rendit au
lieu deſtiné , & où tous les préparatifs
avoient été faits les jours précedens . On
avoit choiſi un petit terrain , fitué ſur le
bord duVar , proche des limites qui féparent
la France de la Savoye , du côté de
Nice , à un quart de lieuë de la Ville d'Entrevaux
; on avoit la Riviere à gauche en
regardant le Levant , & à droite un Rocher
fort élevé, du haut duquel fe préci
pitent les eaux d'un ruiffeau qui forment
une affez agréable Caſcade , & qui font
-en cet endroit là la féparation des deux
-Etats.
Il feroit difficile d'exprimer avec quelle
vîteffe
A O UST. 1730. 1759
viteffe & quelle regularité on vit élever
en fi
peu de tems une piramide triangu
laire , il eft vrai qu'on avoit préparé d'avance
des fapins & des peupliers fort
hauts , des planches , des clous & tous les
outils neceflaires , & fur tout des Echelles;
on avoit de même déja peint en autant de
differens chaffis toutes les pieces qui devoient
revêtir cette Piramide , à quoi plu
fieur rames de papier furent employées.
Ici un Lecteur qui ne fe feroit pas défait
des prejugés de l'enfance , pourroit
fur ce mot de papier fe former une idée
peu avantageule du travail & de la peinture
qui ornoient cette Piramide ; mais
eft-ce toujours la matiere feule qui fait le
prix d'un Ouvrage La forme avec tout
ce qu'une habile main peut ajoûter d'agréable
& d'ingénieux à la matiere , de
quelque nature qu'elle foit , ne lui eft- elle
pas ce que l'ame eft au corps ? de quelles
beautés le papier n'eft- il pas fufceptible ?
Et quels tréfors ne lui confie- t- on pas ?
on pourroit en apporter cent exemples
fi cette verité avoit befoin de preuve ; s'il
avoit fallu dans cette occafion que la richeffe
de la matiere eut répondu à l'ar
deur de notre zele , ni les métaux les plus
précieux , ni les marbres les plus riches ,
n'auroient jamais pû le faire ; & quelque
pompeux & folide qu'eut été ce monu
ment
1760 MERCURE DE FRANCE
ment , il n'auroit jamais eu la durée
que
le papier peut lui donner.
On auroit de la peine à
comprendre ,
ainfi que je viens de dire , comme tout fut
mis en place avec tant de jufteffe , fi on
ne faifoit
remarquer que parmi ces Chaf
feurs il y avoit des Ingenieurs , des Architectes
, des Peintres , des Poëtes & c,
fans qu'aucun d'eux en faffe
profeffion .
Venator omnis homo.
Tous ces talens réunis furent d'un grand
fecours pour la perfection de l'Ouvrage
& fur tout fi l'on ajoûte qu'outre la main
& la direction de fept Maîtres , il y avoit
autant de valets , dont les uns étoient
Charpentiers , les autres Maffons. & c. Enfin
avant la nuit tout fut mis en place , &
tout fut illuminé dès qu'elle parut.
Je ne m'amuferai pas à faire un détail
de
l'arrangement , ni de l'effet d'un nombre
infini de falots & de lampions qui entouroient
tout le terrain qu'on avoit choifi
, tout Lecteur qui comprend ce que fçavent
faire des gens entendus , bien intionnés
& genereux , en concevra une
idée plus
avantageufe que celle que je
pourrois lui en donner par des
tions outrées ; il me fuffit de dire qu'on
n'a peut-être jamais rien fait de plus charmant
, & qui ait eu moins de fpectateurs ;
nous en étions les feuls , auffi ne l'avions
exageranous
A O UST. 1730. 1761
nous fait que pour nous , c'eft à dire ,
uniquement pour le plaifir de donner en
particulier les marques les plus finceres
de cette joye que le coeur d'un bon François
peut fentir, & que fa langue ne fçauroit
exprimer.
le
D'ailleurs, fi cette charmante Fête n'eut
pas d'autres témoins , c'eſt qu'il n'appartient
qu'à de gens de guerre ou à de Chaf
feurs de camper , habet fua Caftra Diana,
& de paffer la nuit dans des agitations ſi
differentes & dans des mouvemens qui
ne furent pas même interrompus par
repos de la table ; car quoique des valets
entendus fuffent chargés du foin de faire
tirer par intervale un grand nombre de
Boëtes , dont le bruit s'étendoit fi au loin
par les ondulations & les repercuffions
fucceffives des échos des Montagnes, qu'on
nous a affuré avoir été entendu de trois
ou quatre lieuës à la ronde ; quoique nos
Valets , dis-je , euffent le foin de cette artillerie
bruyante , il fe détachoit toujours
quelque Maître pour ordonner & pour
faire executer à propos. C'eft ainfi que la
préſence de l'Officier eft neceffaire aux
Soldats dans une expedition militaire.
Je ne dis rien du Repas ni de l'apetit.
On ne fervit que du Gibier , & l'on mangea
comme des Chaffeurs ; c'eft tout dire.
La table étoit dreffée à la Turque , la nape
D étoit
7
1762 MERCURE DE FRANCE
étoit étenduë fur le même gazon qui nous.
fervoit de fiege . De cette charmante &
naturelle fituation , non loin de nos Barraques
, gardées par plufieurs chiens à
l'attache , nous admirions la face de la Piramide
qui tournoit de ce côté- là; je donnerai
l'Extrait abregé de ce qu'elle repréfentoit,
& de ce qu'on voyoit fur les deux,
autres faces , après avoir dit en deux mots
ce que j'avois oublié en parlant de ce Monument
élevé en fi peu de temps. Le piédeſtal
de cette Pyramide tranſparente
étoit d'un très -beau Marbre feint & richement
veiné ; elle étoit furmontée d'un .
Globe parfait, ouvert au - deffus , très - bien
illuminé au-dedans. On voyoit fur ce.
Globe de trois côtez les Armes de France
foûtenuës par trois Dauphins , chacun fur
un des Angles , où l'on avoit ménagé , de
même qu'en plufieurs autres endroits , des .
ouvertures pour la fumée des Lampions.
qui étoient en dedans , & dont la lumiere
moins vive , mêlée à celle des Lampions
du dehors qui regnoient tout le long des
trois angles , diftribuoit fi à propos le
clair & l'obfcur fur la Peinture , qu'au jugement
des connoiffeurs , on n'a jamais
rien vû de plus curieux . Auffi M. le Chevalier
de..... qui en eft l'Inventeur , a
promis de faire admirer cet effet furprenant
dans une grande Ville à la naiffance
du
AOUST . 1730. 1763
du fecond Prince que nous attendons.
On voyoit tout le long de ces trois faces
des Devifes & des Emblêmes qui répondoient
au fujet qui étoit repréſenté
au bas ; c'étoit comme trois Tableaux ;
dans l'un on voyoit la Reine avec cet
air de Majefté qui infpire le refpect & la
confiance , elle avoit à fa fuite toutes les
Vertus peintes avec leurs attributs , elles
faifoient paroître leur admiration & leur
joye , & fembloient dire à la Reine qu'elles
avoient contribué à faire defcendre du
Ciel ce cher Dauphin que l'on voyoit fur
une nuée dans un Berceau que deux Anges
foutenoient d'une main , portant de
l'autre plufieurs tiges de Lys. Voici comme
on fait parler les Vertus .
Quem tua vota diù Filium Regina petebant ,"
Hunc Deus , & nobis, dum dedit ipfe tibi.
per-
On avoit repréſenté de l'autre côté une
Mer tranquille avec un Dauphin portant
Arion furfon dos ; une multitude de
fonnes de toutes Nations, très -bien repréfentées
par leurs differens habits , paroiffoit
fur le Rivage , les yeux attachez fur
ce Dauphin. Les Devifes en plufieurs fortes
de Langues, exprimoient parfaitement
l'interêt que doivent prendre ces differens
Peuples au bonheur de la France ; ces Devifes
étoient en Italien , en Efpagnol , en
Dij Allez
1764 MERCURE DE FRANCE
Allemand , en Anglois , en Arabe , & c.
Venator omnis homo. Je le repete , & toûjours
dans le même fens. La plupart de
ces Meffieurs ont voyagé dans ces differens
Pays , mais il y avoit réelement 'un
Gafcon de Nation , qui voulut mettre en
fa propre Langue , une Devife parmi celles
là , ce qui donna lieu au Gafconifme
des derniers Couplets de la Chanfon , où
l'on voit la Lettre b,au lieu de l'u . Ce fut ce
changement de Lettres ou de prononciation
qui fit autrefois dire à Scaliger :
26
Non temerè antiquas mutas vafconia voces
Cui nihil eft aliud vivere quàm bibere.
Lés Gafcons , fans témerité ,
Prononçant aujourd'hui contre l'Antiquité
N'en peuvent dire d'autre cauſe ;
Sinon que la vivacité ,
Avec la bibacité ,
Eft chez eux une même chose.
Enfin dans la troifiéme face en Perfpective
des Chaffeurs , on voyoit fur un nuage
brillant S. Hubert qui fuiyoit le Roi,
& qui fembloit lui marquer la route qu'il
devoit tenir à la Chaffe . Ce Monarque
étoit à pied , & avec cette adreffe & cette
bonne grace qui le font diſtinguer fi facilement
des autres hommes , il couchoit
fon
AOUST. 1730. 1765
fon fufil en jouë fur des Oifeaux de proye,
fur des Corbeaux & autres Oifeaux de
mauvaiſe augure , qu'on voyoit dans le
lointain s'envoler en confufion , comme
on voyoit plus bas fur un terrain éloigné ,
des Loups , des Renards , &c. rentrer avec
précipitation dans leurs tanieres , tandis
qu'il paroiffoit fur une autre ligne & à la
portée du fufil , des Colombes , des Tourterelles
, &c. qui ſembloient ſe réjoüir &
fe raffurer à fon approche.
On avoit peint à fes pieds des Chiens de
Chaffe , à l'arrêt des Perdrix, des Lievres ,
&c. deforte qu'on auroit dit que le Gibier
le venoit offrir lui- même aux dépens
de fa vie , pour le plaifir du Roy. On
avoit exprimé cela par ces Vers :
Agmina nigra fugat , ceffant trepidare Cotumba
,
Heros venator fic LoDoicús erit.
Ecce Lupos cogit & vulpes intrare cavernas ?
Nos verò occidat Regis amica manus.
Voila à peu près , en abregé , la Rela
tion de la Fête des Chaffeurs , qu'on a
fupprimée avec celle de la Fête que le
Grand-Vicaire de Glandé ve fit le même
jour à l'Evêché. Il y avoit devant la porte
un Arc de Triomphe très - bien entendu ,
parfaitement illuminé & chargé de quan-
Diij tité
1766 MERCURE DE FRANCE
tité de Devifes . On ne pouvoit rien ajoûter
aux Illuminations , au bruit continuel
des Boëtes & à tout ce qui peut fuppléer
aux Artifices & aux Fufées qu'il ne
fut pas poffible d'avoir dans ces Montagnes.
Si ces deux Relations , qui étoient une
fuite de celle de la Réjoüiffance du Commandant
d'Entrevaux , avoient paru , le
Public , à qui il ne faut jamais impoſer, &
qu'il fautau contraire inftruire des faits hif
toriques qu'on peut ignorer , auroit appris
des particularitez fur l'établiffement
& l'ancienneté de cet Evêché & de la Ville
d'Entrevaux au lieu que l'Auteur du
;
Memoire qui a été inferé dans le Mercure,
donne pour toute érudition plufieurs fautes
en peu de mots. Il fait entr'autres la petiteVille
d'Entrevaux Frontiere de Piemont,
tandis qu'elle ne l'eft que de cette partie
de Savoye , qu'on appelle la Comté de Nice
, dont les Habitans font Régnicoles de
France. Nice , Villefranche , Vintimille ,
& leurs dépendances , faifoient partie de
la Provence , dont les Rois de France ſe
difent encore Comtes aujourd'hui.
S'il n'eft pas d'une grande importance
de fçavoir ces faits , il eſt au moins trèscertain
qu'il n'étoit pas fi neceffaire de
manquer d'exactitude fur ce point & fur
plufieurs autres , dont les perfonnes de 7
ce
AOUST. 1730. 1767
ce Pays ont été fâchées . On ne fçauroit ,
au refte , affez louer le zele de ce genereux
Commandant , ni la bonne volonté
de M. Paravicini , & non Palavicini , Capitaine
d'une Compagnie Suiffe . Il ne me
refte plus qu'à joindre ici les Vers que fit
un des Chaffeurs , & qui fùrent mis en
Mufique par un autre Chaffeur . Venator
omnis homo.
Fermer
Résumé : FESTE des Chasseurs Chevaliers de Saint Hubert, donnée à Entrevaux en Provence.
La fête des Chaffeurs Chevaliers de Saint-Hubert a été organisée à Entrevaux en Provence le 4 août 1730. La célébration a débuté par une messe suivie d'un discours prononcé par le nouvel abbé de Saint-Hubert. Ce discours visait à remercier le Roi des Rois pour la naissance du Dauphin et à prier pour la santé du roi, la fécondité de la reine et la tranquillité de l'Europe. L'orateur a également exalté les vertus des grands héros historiques, tous chasseurs dans leur enfance, et a encouragé les Chevaliers à utiliser les qualités acquises par la chasse pour la gloire du monarque et le bien de la patrie. Après le discours, les participants se sont dirigés vers un terrain près du Var, à la frontière entre la France et la Savoie. Ils y ont rapidement érigé une pyramide triangulaire décorée de sapins, de peupliers, de planches et de papier peint. Cette pyramide représentait des scènes allégoriques : la reine entourée de vertus, une mer tranquille avec un dauphin, et Saint-Hubert guidant le roi vers la chasse. La fête a inclus des illuminations, des feux d'artifice et un repas composé de gibier, servi à la turque sur un gazon. La soirée a été marquée par des activités militaires simulées et des démonstrations de chasse. La fête a été organisée avec une grande précision et un sens esthétique, malgré l'absence de matériaux précieux. Le texte mentionne également des événements spécifiques et des dates, notamment le 7 août 1730 et 1767, ainsi qu'un pays dont les habitants ont été mécontents. Il loue le zèle d'un commandant généreux et la bonne volonté de M. Paravicini, capitaine d'une compagnie suisse. Enfin, il est fait référence à des vers écrits par un des chasseurs et mis en musique par un autre, accompagnés de la phrase latine 'Venator omnis homo'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5464
p. 1767
A LA DÉESSE LUCINE, Qui préside aux Accouchemens.
Début :
Toi, qui des Souverains regles les destinées [...]
Mots clefs :
Accouchement, Naissance du Dauphin, Lucine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A LA DÉESSE LUCINE, Qui préside aux Accouchemens.
A LA DEESSE LUCINE ,
Qui préfide aux Accouchemens.
Toi . Oi , qui des Souverains regles les deſtinées ,
Qui préfides toûjours aux couches fortunées ,
Tu nous comblas de tes bienfaits ,
Sans pourtant combler nos fouhaits.
Quand du Sang des Bourbons tu deftinois des
Reines ,
En deux fois , il eft vrai, ta main en donna trois ;
On dit alors ; quelles Etrennes !
Voilà déja trois Souveraines ,
Pour le bonheur d'autant de Rois
Mais , Lucine , tu fçais fi nos coeurs & nos voix ,
Te demandoient encor avec bien plus d'inſtance ,
De préfider à la Naiffance ,
Du Dauphin , qui fait à la fois ,
Et le bonheur du monde & l'efpoir de la France.
Qui préfide aux Accouchemens.
Toi . Oi , qui des Souverains regles les deſtinées ,
Qui préfides toûjours aux couches fortunées ,
Tu nous comblas de tes bienfaits ,
Sans pourtant combler nos fouhaits.
Quand du Sang des Bourbons tu deftinois des
Reines ,
En deux fois , il eft vrai, ta main en donna trois ;
On dit alors ; quelles Etrennes !
Voilà déja trois Souveraines ,
Pour le bonheur d'autant de Rois
Mais , Lucine , tu fçais fi nos coeurs & nos voix ,
Te demandoient encor avec bien plus d'inſtance ,
De préfider à la Naiffance ,
Du Dauphin , qui fait à la fois ,
Et le bonheur du monde & l'efpoir de la France.
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Résumé : A LA DÉESSE LUCINE, Qui préside aux Accouchemens.
Le texte est une prière à Lucine, déesse des accouchements et des destinées royales. Elle est remerciée pour la naissance de trois reines Bourbons. Les auteurs espèrent qu'elle présidera à la naissance du Dauphin, apportant bonheur et espoir à la France et au monde.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5465
p. 1768-1770
COUPLETS sur l'Air de la Cathereine, qui furent chantez pendant le Repas que donna M. le Commandant de la Ville & Château d'Entrevaux.
Début :
Pour répondre à ces Tonnerres, [...]
Mots clefs :
Dauphin, Monarque
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texteReconnaissance textuelle : COUPLETS sur l'Air de la Cathereine, qui furent chantez pendant le Repas que donna M. le Commandant de la Ville & Château d'Entrevaux.
COUPLETS fur l'Air de la Cathereine
, qui furent chantez pendant le Repas
que donna M. le Commandant de
la Ville & Château d'Entrevaux .
Pour répondre à ces Tonnerres ,
Que fait le bruit du Canon ,
Faifons en choquant nos verres ,
Un Bachique carillon ;
De cette Liqueur charmante ,
On ne fçauroit voir la fin ,
Si fans ceffe l'on ne chante
Vive , vive le Dauphin.
Pour une fanté fi chere ,
Notre zelé Gouverneur ,
Avec la meilleure chere ,
Livre fon vin & fon coeur;
Veut- on fçavoir comme il penſe
Il croit que c'eft être heureux ,
Quand pour l'honneur de la France,
On peut être genereux.
Répondons par notre zele ,
A ces nobles fentimens ,
Sur ce genereux modele ,
Regions nos empreffemens ;
Qu'à fes foins nos voix s'uniffent ,
Et
A O UST. 1730. 1769
Et chantons fi fort qu'enfin ,
Nos Rochers ne retentiffent ,
Que du feul nom du Dauphin.
M
Et toi, Nymphe , qui repetes,
Chante plus haut , c'eſt à toi ,
Porte le bruit de nos Fêtes ,
Jufqu'à l'oreille du Roi ;
Et di lui que Ja Provence ,
Sans richeffe , fans éclat ,
Surpaffe en Réjouiffance
Tout le refte de l'Etat.
粥
Di que rien n'eft magnifique ,
Que notre fimplicité ,
Et que notre politique
N'eft que la fincerité ;
Echo , fidele Interprete ,
Qui rends toûjours fon pour fon'
Vole par tout & repete
,
Tout ce que dit ma Chanfon
Di qu'une Reine féconde ,
En nous donnant ce Heros ;
Affure au refte du monde ,
Le bonheur & le repos;,
La Paix long-temps fur la terre ,
Dv
Amufera
1770 MERCURE DE FRANCE
Amufera le Guerrier ,
Ou s'il veut faire la guerre ,
Ce ne fera qu'au Gibier.
藥
Déja l'augufte Monarque ,
Sans craindre pour fa fanté ,
Lui que la main de la Parque ,
A fi fouvent refpecté ;
Quand Diane le délaffe ,
Des foins du Gouvernement
Nous fait voir combien la Chaffe
Eft un noble amuſement.
Puifque ce noble Exercice
Fait fes innocens plaifirs ,
Saint Hubert lui ſoit propice
Et feconde fes defirs ;
Qu'en chaffant il le conduife ,
Et le conduife fi bien ,
Que jamais rien ne lui nuife,
Pas même à fon petit Chien.
, qui furent chantez pendant le Repas
que donna M. le Commandant de
la Ville & Château d'Entrevaux .
Pour répondre à ces Tonnerres ,
Que fait le bruit du Canon ,
Faifons en choquant nos verres ,
Un Bachique carillon ;
De cette Liqueur charmante ,
On ne fçauroit voir la fin ,
Si fans ceffe l'on ne chante
Vive , vive le Dauphin.
Pour une fanté fi chere ,
Notre zelé Gouverneur ,
Avec la meilleure chere ,
Livre fon vin & fon coeur;
Veut- on fçavoir comme il penſe
Il croit que c'eft être heureux ,
Quand pour l'honneur de la France,
On peut être genereux.
Répondons par notre zele ,
A ces nobles fentimens ,
Sur ce genereux modele ,
Regions nos empreffemens ;
Qu'à fes foins nos voix s'uniffent ,
Et
A O UST. 1730. 1769
Et chantons fi fort qu'enfin ,
Nos Rochers ne retentiffent ,
Que du feul nom du Dauphin.
M
Et toi, Nymphe , qui repetes,
Chante plus haut , c'eſt à toi ,
Porte le bruit de nos Fêtes ,
Jufqu'à l'oreille du Roi ;
Et di lui que Ja Provence ,
Sans richeffe , fans éclat ,
Surpaffe en Réjouiffance
Tout le refte de l'Etat.
粥
Di que rien n'eft magnifique ,
Que notre fimplicité ,
Et que notre politique
N'eft que la fincerité ;
Echo , fidele Interprete ,
Qui rends toûjours fon pour fon'
Vole par tout & repete
,
Tout ce que dit ma Chanfon
Di qu'une Reine féconde ,
En nous donnant ce Heros ;
Affure au refte du monde ,
Le bonheur & le repos;,
La Paix long-temps fur la terre ,
Dv
Amufera
1770 MERCURE DE FRANCE
Amufera le Guerrier ,
Ou s'il veut faire la guerre ,
Ce ne fera qu'au Gibier.
藥
Déja l'augufte Monarque ,
Sans craindre pour fa fanté ,
Lui que la main de la Parque ,
A fi fouvent refpecté ;
Quand Diane le délaffe ,
Des foins du Gouvernement
Nous fait voir combien la Chaffe
Eft un noble amuſement.
Puifque ce noble Exercice
Fait fes innocens plaifirs ,
Saint Hubert lui ſoit propice
Et feconde fes defirs ;
Qu'en chaffant il le conduife ,
Et le conduife fi bien ,
Que jamais rien ne lui nuife,
Pas même à fon petit Chien.
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Résumé : COUPLETS sur l'Air de la Cathereine, qui furent chantez pendant le Repas que donna M. le Commandant de la Ville & Château d'Entrevaux.
Lors d'un repas organisé par le commandant de la ville et du château d'Entrevaux, les convives célèbrent le Dauphin en faisant tinter leurs verres et en chantant en son honneur. Le gouverneur, décrit comme zélé et généreux, offre son vin et son cœur pour l'honneur de la France. Les participants expriment leur zèle et leur générosité, unissant leurs voix pour chanter le nom du Dauphin. Ils souhaitent que leurs réjouissances atteignent le roi et soulignent que la Provence, malgré son manque de richesse, surpasse les autres régions en réjouissance. Le texte vante la simplicité et la sincérité de la Provence et espère que le Dauphin apportera le bonheur et la paix. Il mentionne également le roi, qui se livre à la chasse, un noble amusement, et souhaite que cette activité lui soit bénéfique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5466
p. 1773-1781
RÉPONSE à la Question proposée (dans le Mercure de Juin, page 1179.) Si la gloire des Orateurs est préferable à celle des Poëtes.
Début :
Il est assez dangereux de se déterminer sur cette Question ; on s'expose nécessairement [...]
Mots clefs :
Poésie, Poète, Éloquence, Orateur, Prose, Gloire, Homme, Mérite
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à la Question proposée (dans le Mercure de Juin, page 1179.) Si la gloire des Orateurs est préferable à celle des Poëtes.
REPONSE à la Queſtion proposée
( dans le Mercute de Juin , page 1 179. )
Si la gloire des Orateurs eft préferable
celle des Poëtes.
I
Left affez dangereux de fe déterminer
fur cette Queſtion ; on s'expofe néceffairement
à déplaire aux uns ou aux autres
de ceux qui affectionnent l'un des deux
partis , jufqu'à fe piquer fouvent d'une
préference qui ne peut neanmoins rien
ôter à leur mérite ; en effet, qu'importe à
l'Orateur que le Poëte lui foit préferable ?
S'il y a plus de gloire à parler le langage
des Dieux que celui des hommes , tout
l'honneur en refte à l'une des Profeffions ,
qui eft plus excellente que l'autre ; mais
l'on ne doit rien imputer à celui qui
n'ayant ni moins d'efprit ni moins d'éloquence
, n'a cependant pas eu cet avantage
de naître favori d'Apollon . On doit
donc , fans crainte d'offenfer perfonne ,
difputer & enfin décider cette Queſtion
où il ne s'agit point de balancer le mérite
perfonnel de l'Orateur avec celui du Poëte
, mais feulement de fçavoir en general
en quel genre d'écrire ou de parler , foir
en Vers , foit en Profe , il eft plus glorieux
d'exceller.
>
Si
1774 MERCURE DE FRANCE
Si nous confiderons en premier lieu la
peine qu'il y a d'écrire & de compofer
le Poëte, fans difficulté , l'emporte fur l'Orateur
, il eſt aſtraint à fuivre des regles
très-étroites , la rime , la cadence & mille
autres loix tiennent fa raifon captive ; de
forte que dans les plus heureux efforts de
fon genie , il faut qu'il confulte toûjours
cette rime fatale , qu'il lui facrifie même
fouvent tout ce que fon efprit a pu produire
de plus jufte ou de plus brillant. Son travail
lui doit coûter d'autant plus que
toutes les expreffions doivent être moins
communes , & qu'il ne parle point comme
le refte des hommes : c'eft ce qui fait peutêtre
auffi qu'en general les Poëtes font
vains, & qu'ils s'imaginent qu'il y a autant
de diftance de leur condition à celle des
prophanes Mortels , qu'il y en a entre leur
façon de parler & celle des autres ; ce
qu'il y a de fûr , eft que du haut de leur
orgueil poëtique ils méprifent tous les
hommes , Odi prophanum vulgus . Ils ont
dans leur maniere de s'énoncer tant de
majefté & de grandeur , que la fuperftitieufe
Antiquité ne les a pas écoutés avec
moins de crainte que de refpect , & les
croyant infpirez , adoroit en quelque maniere
leurs productions divines ; n'y a-t-il
même beaucoup de gens aujourd'hui
qui entendent fineſſe en ces Vers de Virgile?
pas
Fam
AOUST. 1730. 1775
Jam redit & Virgo redeunt Saturnia Regna ,
Jam nova progenies Cælo demittitur alto ,
Tu mode nafcenti puero quo ferrea primum »
Definet ac toto furget gens aurea mundo ,
Cafta fave Lucina ; tuus jam regnat Apollo.
Il ne feroit pas incroyable, en effet, que
Dieu fe fut fervi de la bouche d'un Payen
pour annoncer au Monde la Naiffance
d'un Rédempteur , puifque nous voyons
dans les Saintes Ecritures , que les mauvais
comme les bons Prophetes , prédifoient
auffi certainement l'avenir.
Il eft donc certain , pour retourner à notre
fujet , qui ayant dans la Poëfie plus de
choix,plus de façon,& pour ainfi-dire plus
de miftere , il y a conféquemment plus
de travail. L'Orateur doit , à ce qu'il femble
, moins peiner dans fes compofitions ,
parle un langage ordinaire , plus fimple
& beaucoup moins recherché que celui
du Poëte. Cependant les habiles Connoiffeurs
tiennent qu'il ne faut pas moins de
feu, &, pour ainfi - dire , de ce divin entoufiafme
pour faire une belle Profe que pour
compofer les plus excellens Vers , & même
on a remarqué qu'une belle & élegante:
Profe frappe encore plus agréablement
Foreille que la plus belle Poëfic ; car elle a
auffi comme la Poëfie fes loix , fes regles ,
& fes mefures , elle doit être auffi , comme
1476 MERCURE DE FRANCE
me elle , nombreuſe , cadencée , périodi
que.
Cependant il ne faut pas obmettre une
Reflexion qui eft bien à l'avantage du
Poëte , c'eft que prefque tous ceux qui
excellent dans la Poëfie , écrivent bien en
Profe,quand il leurplaît; ainfi nous voyons
que la Profe de M. Defpreaux eft dans
fon genre auffi belle que fes Vers , ce qui
lui procura l'emploi d'écrire la Vie de
Louis XIV. par un choix qui devoit faire
un double honneur à la memoire de ce
grand Monarque , d'avoir pour Hiftorien
un Ectivain fi habile & un Poëte', qui
comme il le dit lui -même , ayant fait
profeffion de dire la verité à tout fon fiecle
, devoit en être moins fufpect de flatterie
envers la Pofterité.
On n'en peut pas dire autant des Orateurs
, qui ne font pas Poëtes , auffi facilement
que les Poëtes deviennent Orateurs.
Ciceron , ce prodige d'éloquence ', ayant
voulu s'évertuer un jour , ne put enfanter
que ce Vers qui ne mit pas les Rieurs de
fon côté.
O fortunatam natam me Confule Romam
On peut donc conclure delà qu'il eſt
plus difficile d'exceller dans la Poëfie , que
de faite une bonne Profe ; mais à ces raifons
on en pourroit ajoûter une beaucoup
plus
AOUST . 1730 1777
plus confiderable, qui eft que le merite du
Poëte eft d'autant plus fuperieur à celui
de l'Orateur , que la médiocrité dans la
Poëfie , comme dans la Muſique , n'eſt pas
fupportable , ce qu'on ne peut pas dire
des Orateurs , puifque ceux- là même qui
font d'un médiocre génie , ne laiffent pas
d'acquerir de la réputation ; au lieu qu'à
moins d'être excellent Poëte , il eft dangereux
de rimer ; enfin c'eft des Poëtes
qu'on pourroit dire avec le plus de raifon
aut Cefar , aut nihil.
Cependant fi on confidere la réputation
d'un Ciceron ou d'un Hortenfe chez les
Romains, d'un Démofthene , ou d'un Pericles
chez les Grecs , à la gloire d'un Vir
gile , d'un Horace, ou d'un Juvenal , d'un
Hefiode , ou d'un Homere , certainement
on ne trouvera pas que les premiers foient
en rien inferieurs aux autres .
Or fi l'eftime des hommes eft la jufte
mefure du mérite , pourquoi égaler la
gloire de l'Orateur , qui coute beaucoup
moins , à celle du Poëte , fi difficile à acquerir
? C'eſt , à dire le vrai , parce que
malgré toutes les refléxions que nous venons
de faire , la gloire de l'Orateur eft
préferable ; Ciceron gouverna la République
Romaine par fon éloquence , & la
préferva une fois de fa ruine. Démofthene
avec le même talent , déconcerta toute
la
1778 MERCURE DE FRANCE
prudence & toute la politique d'un grand
Roi , & regnoit par ce moyen dans fa Patrie
; car le veritable Empire eft celui qui
fe fait fentir fur les coeurs , du plus fecret
mouvement defquels l'Orateur fe rend
le maître Pericles s'étoit rendu fi puiffant
par la parole , qu'on avoit comparé
fon éloquence au foudre , tant ſes effets
étoient prompts & furprenans.
On a bien admiré les Poëtes dans tous
les temps , on a rendu juftice à leur talent
, mais jamais ont-ils eu la gloire de
fe rendre maîtres de la volonté des hommes
, de les gouverner & de les tourner
en quel fens il leur plaît ?
Virgile eut la gloire en entrant au Theatre
de voir les Affiftans fe lever par honneur
, de même que fi l'Empereur eut
paru ; mais cette diftinction toute flatteufe
qu'elle eft , n'a rien de comparable à la
gloire de gouverner des Etats , d'en difpofer
, d'égaler par la feule force de la
parole , la puiffance des plus grands Rois.
Que file prix & la valeur d'une chofe
fe mefure à la regle de l'utilité , il n'eft
point de Profeffion qui ne foit ou plus
utile , ou plus eftimable que l'art de faire
des Vers ; car outre qu'il y a peu d'exemples
que par le fecours de la Poëfie feule
on ait fait fortune , & que ceux qui la
cultivent fe foient procure feulement par
ce
AOUST. 1730. 1779
ce moyen les chofes neceffaires à la vie ,
on ne voit les Poëtes recherchez prefque
de perfonne , & ils ont raifon de fuir les
compagnies , de chercher la folitude dans
les Bois , dans les Campagnes & fur le
bord des Rivieres , ils préviennent en cela
le gout du Public , qui eft affez injufte
pour ne donner fon approbation & fon
eftime qu'à proportion de l'interêt qu'il
trouve & de l'utilité qui lui revient .
Des efprits chagrins trouveront encore
plus à redire qu'on s'amufe à faire des
Vers , c'est-à - dire , à affervir le bon fens à
la rime , comme fi on avoit de la raifon
de refte , & que des gens fages & fenfez
y perdent un temps qui eft fi précieux
& qu'ils pourroient employer ailleurs
beaucoup plus utilement ; en effet , la verfification
, qui n'eft qu'un arrangement
de mots qui frappent toujours l'oreille
d'un même fon , paroît plutôt un amuſement
d'enfant que l'ouvrage férieux d'un
homme raifonnable ; outre qu'il n'eft prefque
perfonne , qui après qu'on a lû une
longue tirade , même des plus beaux Vers,
n'éprouve qu'à la fin on s'ennuye d'un
ftile toujours fi uniforme , d'une cadence
toujours fi égale , & n'avoue que ce qui
avoit d'abord charmé par un faux éclat ,
devient à la fin fade & infipide.
M. Defpreaux avoit peut-être plus de
raifon
1780 MERCURE DE FRANCE
faifon qu'il ne penfoit l'orfqu'il a dit en
fe joüant :
Maudit foit le premier dont la verve inſenſée ,
Dans les bornes d'un Vers renferma ſa penſée. ”
Car fi on peut s'exprimer en Profe plus
naturellement & avec autant de force. A
quoi bon rechercher les phrafes mifterieufes
& alambiquées , que le vulgaire n'entend
qu'à demi , & dont les loix feveres
affoibliffent prefque toujours les penfées
les plus folides , fi elles ne les perdent
abfolument ?
A parler franchement , la Poëfie n'eft
bonne qu'à un feul ufage , & auquel elle
doit fa naiffance , fi on en croit les anciens,
c'eft qu'elle fe retient plus aifément & fe
conferve plus long-temps dans la memoire
; car comme avant l'invention des
Lettres , l'Hiftoire des temps & des éve
nemens & en general toutes fortes de
connoiffances devoient être renfermées
dans la memoire des hommes , la Naif
fance du Monde , l'Hiftoire , la Religion
même , tout fut mis en Vers , qu'on faifoit
apprendre par coeur aux enfans , & dont
ils fe reffouvenoient plus facilement què
de la Profe , pour en tranfmettre le fouvenir
à la pofterité ; mais aujourd'hui
qu'on a non feulement l'ufage des Lettres,
mais encore celui de l'Imprimerie , la Poëfie
AOUST . 1730. 1781
fie n'a pas même confervé fur la Profe
le foible avantage dont elle n'étoit redevable
qu'à l'ignorance des hommes & à
la neceflité des temps .
Ces differentes confiderations fuffiroient
feules pour fe déterminer en faveur des
Orateurs contre les Poëtes ; mais ce qui
leve, entierement toute la difficulté de
cette Queſtion , à ne laiffer plus aucun ſujet
de douter , c'eft qu'il ne fuffit pas pour l'Orateur
de bien écrire & d'exceller dans la
compofition , il lui eft néceffaire de plus
d'avoir le talent de la parole , une heureufe
memoire , un agréable maintien
une prononciation nette, une voix fonore,
un bon gefte , qui font autant de qualitez
dont le Poëte fe paffe aifément : d'où
l'on doit conclure que la gloire de l'Orateur
eft préferable , puifqu'elle demande
l'affemblage d'un plus grand nombre
de belles qualitez.
Par M. M ... D ... de Besançon,
( dans le Mercute de Juin , page 1 179. )
Si la gloire des Orateurs eft préferable
celle des Poëtes.
I
Left affez dangereux de fe déterminer
fur cette Queſtion ; on s'expofe néceffairement
à déplaire aux uns ou aux autres
de ceux qui affectionnent l'un des deux
partis , jufqu'à fe piquer fouvent d'une
préference qui ne peut neanmoins rien
ôter à leur mérite ; en effet, qu'importe à
l'Orateur que le Poëte lui foit préferable ?
S'il y a plus de gloire à parler le langage
des Dieux que celui des hommes , tout
l'honneur en refte à l'une des Profeffions ,
qui eft plus excellente que l'autre ; mais
l'on ne doit rien imputer à celui qui
n'ayant ni moins d'efprit ni moins d'éloquence
, n'a cependant pas eu cet avantage
de naître favori d'Apollon . On doit
donc , fans crainte d'offenfer perfonne ,
difputer & enfin décider cette Queſtion
où il ne s'agit point de balancer le mérite
perfonnel de l'Orateur avec celui du Poëte
, mais feulement de fçavoir en general
en quel genre d'écrire ou de parler , foir
en Vers , foit en Profe , il eft plus glorieux
d'exceller.
>
Si
1774 MERCURE DE FRANCE
Si nous confiderons en premier lieu la
peine qu'il y a d'écrire & de compofer
le Poëte, fans difficulté , l'emporte fur l'Orateur
, il eſt aſtraint à fuivre des regles
très-étroites , la rime , la cadence & mille
autres loix tiennent fa raifon captive ; de
forte que dans les plus heureux efforts de
fon genie , il faut qu'il confulte toûjours
cette rime fatale , qu'il lui facrifie même
fouvent tout ce que fon efprit a pu produire
de plus jufte ou de plus brillant. Son travail
lui doit coûter d'autant plus que
toutes les expreffions doivent être moins
communes , & qu'il ne parle point comme
le refte des hommes : c'eft ce qui fait peutêtre
auffi qu'en general les Poëtes font
vains, & qu'ils s'imaginent qu'il y a autant
de diftance de leur condition à celle des
prophanes Mortels , qu'il y en a entre leur
façon de parler & celle des autres ; ce
qu'il y a de fûr , eft que du haut de leur
orgueil poëtique ils méprifent tous les
hommes , Odi prophanum vulgus . Ils ont
dans leur maniere de s'énoncer tant de
majefté & de grandeur , que la fuperftitieufe
Antiquité ne les a pas écoutés avec
moins de crainte que de refpect , & les
croyant infpirez , adoroit en quelque maniere
leurs productions divines ; n'y a-t-il
même beaucoup de gens aujourd'hui
qui entendent fineſſe en ces Vers de Virgile?
pas
Fam
AOUST. 1730. 1775
Jam redit & Virgo redeunt Saturnia Regna ,
Jam nova progenies Cælo demittitur alto ,
Tu mode nafcenti puero quo ferrea primum »
Definet ac toto furget gens aurea mundo ,
Cafta fave Lucina ; tuus jam regnat Apollo.
Il ne feroit pas incroyable, en effet, que
Dieu fe fut fervi de la bouche d'un Payen
pour annoncer au Monde la Naiffance
d'un Rédempteur , puifque nous voyons
dans les Saintes Ecritures , que les mauvais
comme les bons Prophetes , prédifoient
auffi certainement l'avenir.
Il eft donc certain , pour retourner à notre
fujet , qui ayant dans la Poëfie plus de
choix,plus de façon,& pour ainfi-dire plus
de miftere , il y a conféquemment plus
de travail. L'Orateur doit , à ce qu'il femble
, moins peiner dans fes compofitions ,
parle un langage ordinaire , plus fimple
& beaucoup moins recherché que celui
du Poëte. Cependant les habiles Connoiffeurs
tiennent qu'il ne faut pas moins de
feu, &, pour ainfi - dire , de ce divin entoufiafme
pour faire une belle Profe que pour
compofer les plus excellens Vers , & même
on a remarqué qu'une belle & élegante:
Profe frappe encore plus agréablement
Foreille que la plus belle Poëfic ; car elle a
auffi comme la Poëfie fes loix , fes regles ,
& fes mefures , elle doit être auffi , comme
1476 MERCURE DE FRANCE
me elle , nombreuſe , cadencée , périodi
que.
Cependant il ne faut pas obmettre une
Reflexion qui eft bien à l'avantage du
Poëte , c'eft que prefque tous ceux qui
excellent dans la Poëfie , écrivent bien en
Profe,quand il leurplaît; ainfi nous voyons
que la Profe de M. Defpreaux eft dans
fon genre auffi belle que fes Vers , ce qui
lui procura l'emploi d'écrire la Vie de
Louis XIV. par un choix qui devoit faire
un double honneur à la memoire de ce
grand Monarque , d'avoir pour Hiftorien
un Ectivain fi habile & un Poëte', qui
comme il le dit lui -même , ayant fait
profeffion de dire la verité à tout fon fiecle
, devoit en être moins fufpect de flatterie
envers la Pofterité.
On n'en peut pas dire autant des Orateurs
, qui ne font pas Poëtes , auffi facilement
que les Poëtes deviennent Orateurs.
Ciceron , ce prodige d'éloquence ', ayant
voulu s'évertuer un jour , ne put enfanter
que ce Vers qui ne mit pas les Rieurs de
fon côté.
O fortunatam natam me Confule Romam
On peut donc conclure delà qu'il eſt
plus difficile d'exceller dans la Poëfie , que
de faite une bonne Profe ; mais à ces raifons
on en pourroit ajoûter une beaucoup
plus
AOUST . 1730 1777
plus confiderable, qui eft que le merite du
Poëte eft d'autant plus fuperieur à celui
de l'Orateur , que la médiocrité dans la
Poëfie , comme dans la Muſique , n'eſt pas
fupportable , ce qu'on ne peut pas dire
des Orateurs , puifque ceux- là même qui
font d'un médiocre génie , ne laiffent pas
d'acquerir de la réputation ; au lieu qu'à
moins d'être excellent Poëte , il eft dangereux
de rimer ; enfin c'eft des Poëtes
qu'on pourroit dire avec le plus de raifon
aut Cefar , aut nihil.
Cependant fi on confidere la réputation
d'un Ciceron ou d'un Hortenfe chez les
Romains, d'un Démofthene , ou d'un Pericles
chez les Grecs , à la gloire d'un Vir
gile , d'un Horace, ou d'un Juvenal , d'un
Hefiode , ou d'un Homere , certainement
on ne trouvera pas que les premiers foient
en rien inferieurs aux autres .
Or fi l'eftime des hommes eft la jufte
mefure du mérite , pourquoi égaler la
gloire de l'Orateur , qui coute beaucoup
moins , à celle du Poëte , fi difficile à acquerir
? C'eſt , à dire le vrai , parce que
malgré toutes les refléxions que nous venons
de faire , la gloire de l'Orateur eft
préferable ; Ciceron gouverna la République
Romaine par fon éloquence , & la
préferva une fois de fa ruine. Démofthene
avec le même talent , déconcerta toute
la
1778 MERCURE DE FRANCE
prudence & toute la politique d'un grand
Roi , & regnoit par ce moyen dans fa Patrie
; car le veritable Empire eft celui qui
fe fait fentir fur les coeurs , du plus fecret
mouvement defquels l'Orateur fe rend
le maître Pericles s'étoit rendu fi puiffant
par la parole , qu'on avoit comparé
fon éloquence au foudre , tant ſes effets
étoient prompts & furprenans.
On a bien admiré les Poëtes dans tous
les temps , on a rendu juftice à leur talent
, mais jamais ont-ils eu la gloire de
fe rendre maîtres de la volonté des hommes
, de les gouverner & de les tourner
en quel fens il leur plaît ?
Virgile eut la gloire en entrant au Theatre
de voir les Affiftans fe lever par honneur
, de même que fi l'Empereur eut
paru ; mais cette diftinction toute flatteufe
qu'elle eft , n'a rien de comparable à la
gloire de gouverner des Etats , d'en difpofer
, d'égaler par la feule force de la
parole , la puiffance des plus grands Rois.
Que file prix & la valeur d'une chofe
fe mefure à la regle de l'utilité , il n'eft
point de Profeffion qui ne foit ou plus
utile , ou plus eftimable que l'art de faire
des Vers ; car outre qu'il y a peu d'exemples
que par le fecours de la Poëfie feule
on ait fait fortune , & que ceux qui la
cultivent fe foient procure feulement par
ce
AOUST. 1730. 1779
ce moyen les chofes neceffaires à la vie ,
on ne voit les Poëtes recherchez prefque
de perfonne , & ils ont raifon de fuir les
compagnies , de chercher la folitude dans
les Bois , dans les Campagnes & fur le
bord des Rivieres , ils préviennent en cela
le gout du Public , qui eft affez injufte
pour ne donner fon approbation & fon
eftime qu'à proportion de l'interêt qu'il
trouve & de l'utilité qui lui revient .
Des efprits chagrins trouveront encore
plus à redire qu'on s'amufe à faire des
Vers , c'est-à - dire , à affervir le bon fens à
la rime , comme fi on avoit de la raifon
de refte , & que des gens fages & fenfez
y perdent un temps qui eft fi précieux
& qu'ils pourroient employer ailleurs
beaucoup plus utilement ; en effet , la verfification
, qui n'eft qu'un arrangement
de mots qui frappent toujours l'oreille
d'un même fon , paroît plutôt un amuſement
d'enfant que l'ouvrage férieux d'un
homme raifonnable ; outre qu'il n'eft prefque
perfonne , qui après qu'on a lû une
longue tirade , même des plus beaux Vers,
n'éprouve qu'à la fin on s'ennuye d'un
ftile toujours fi uniforme , d'une cadence
toujours fi égale , & n'avoue que ce qui
avoit d'abord charmé par un faux éclat ,
devient à la fin fade & infipide.
M. Defpreaux avoit peut-être plus de
raifon
1780 MERCURE DE FRANCE
faifon qu'il ne penfoit l'orfqu'il a dit en
fe joüant :
Maudit foit le premier dont la verve inſenſée ,
Dans les bornes d'un Vers renferma ſa penſée. ”
Car fi on peut s'exprimer en Profe plus
naturellement & avec autant de force. A
quoi bon rechercher les phrafes mifterieufes
& alambiquées , que le vulgaire n'entend
qu'à demi , & dont les loix feveres
affoibliffent prefque toujours les penfées
les plus folides , fi elles ne les perdent
abfolument ?
A parler franchement , la Poëfie n'eft
bonne qu'à un feul ufage , & auquel elle
doit fa naiffance , fi on en croit les anciens,
c'eft qu'elle fe retient plus aifément & fe
conferve plus long-temps dans la memoire
; car comme avant l'invention des
Lettres , l'Hiftoire des temps & des éve
nemens & en general toutes fortes de
connoiffances devoient être renfermées
dans la memoire des hommes , la Naif
fance du Monde , l'Hiftoire , la Religion
même , tout fut mis en Vers , qu'on faifoit
apprendre par coeur aux enfans , & dont
ils fe reffouvenoient plus facilement què
de la Profe , pour en tranfmettre le fouvenir
à la pofterité ; mais aujourd'hui
qu'on a non feulement l'ufage des Lettres,
mais encore celui de l'Imprimerie , la Poëfie
AOUST . 1730. 1781
fie n'a pas même confervé fur la Profe
le foible avantage dont elle n'étoit redevable
qu'à l'ignorance des hommes & à
la neceflité des temps .
Ces differentes confiderations fuffiroient
feules pour fe déterminer en faveur des
Orateurs contre les Poëtes ; mais ce qui
leve, entierement toute la difficulté de
cette Queſtion , à ne laiffer plus aucun ſujet
de douter , c'eft qu'il ne fuffit pas pour l'Orateur
de bien écrire & d'exceller dans la
compofition , il lui eft néceffaire de plus
d'avoir le talent de la parole , une heureufe
memoire , un agréable maintien
une prononciation nette, une voix fonore,
un bon gefte , qui font autant de qualitez
dont le Poëte fe paffe aifément : d'où
l'on doit conclure que la gloire de l'Orateur
eft préferable , puifqu'elle demande
l'affemblage d'un plus grand nombre
de belles qualitez.
Par M. M ... D ... de Besançon,
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Résumé : RÉPONSE à la Question proposée (dans le Mercure de Juin, page 1179.) Si la gloire des Orateurs est préferable à celle des Poëtes.
Le texte traite de la supériorité de la gloire des orateurs par rapport à celle des poètes. L'auteur commence par souligner les risques de prendre parti dans cette controverse, car cela peut déplaire à l'un ou l'autre camp. Il précise que la question ne porte pas sur la comparaison des mérites personnels, mais sur la gloire associée à chaque profession. L'auteur examine ensuite les efforts nécessaires pour écrire des poèmes et des discours. Les poètes doivent suivre des règles strictes comme la rime et la cadence, ce qui peut limiter leur expression. Les orateurs, en revanche, utilisent un langage plus simple et ordinaire, mais nécessitent également un grand talent et une élocution parfaite. Le texte mentionne que les poètes, comme Boileau, peuvent également exceller dans la prose, mais que les orateurs ne deviennent pas aussi facilement poètes. Cependant, la réputation des grands orateurs comme Cicéron ou Démosthène est comparable à celle des grands poètes comme Virgile ou Homère. L'auteur conclut que la gloire des orateurs est préférable, car ils peuvent gouverner et influencer les hommes par leur éloquence. Les poètes, bien qu'admirés, n'ont pas cette capacité de diriger ou de gouverner. De plus, la poésie est souvent perçue comme un amusement et non comme une activité sérieuse. Enfin, l'orateur doit posséder un ensemble de qualités supplémentaires, comme une bonne mémoire et une prononciation claire, ce qui renforce la préférence pour la gloire des orateurs.
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5467
p. 1781-[1782]
A MADlle DE V.
Début :
Pour un Amant plein de tendresse [...]
Mots clefs :
Amant, Badinage
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texteReconnaissance textuelle : A MADlle DE V.
A MADLLE DE V.
Pour un Amant plein de tendreffe
N'ayez ni rigueur ni foibleffe ,
Sinon
1682 MERCURE DE FRANCE
Sinon il vous échapera :
Badinez ; mais reftez en là.
Tel fuit une fille fevere ,
Qui près d'une autre moins auftere
S'arrête , & jamais ne s'en va :
Badinez ; mais reftez en là.
Vous êtes jolie , & dans l'âge
Où tout invite au badinage ,
Si vous fuivez cet inſtinct là :
Badinez ; mais reftez en là.
Le badinage exemt d'allarmes ,
D'une fille entretient les charmes ,
En n'allant jamais au -detà :
Badinez ; mais reftez en là.
Comme une fleur la beauté paffe ,
Et trop de fageffe l'efface !
En badinant cultivez la :
Badinez ; inais reftez en là.
L'Amant refte tant qu'il defire ,
L'Amant trop heureux fe retire ;
Il faut un milieu ; le voilà ,
Badinez ; mais reftez en là.
de Sens.
Pour un Amant plein de tendreffe
N'ayez ni rigueur ni foibleffe ,
Sinon
1682 MERCURE DE FRANCE
Sinon il vous échapera :
Badinez ; mais reftez en là.
Tel fuit une fille fevere ,
Qui près d'une autre moins auftere
S'arrête , & jamais ne s'en va :
Badinez ; mais reftez en là.
Vous êtes jolie , & dans l'âge
Où tout invite au badinage ,
Si vous fuivez cet inſtinct là :
Badinez ; mais reftez en là.
Le badinage exemt d'allarmes ,
D'une fille entretient les charmes ,
En n'allant jamais au -detà :
Badinez ; mais reftez en là.
Comme une fleur la beauté paffe ,
Et trop de fageffe l'efface !
En badinant cultivez la :
Badinez ; inais reftez en là.
L'Amant refte tant qu'il defire ,
L'Amant trop heureux fe retire ;
Il faut un milieu ; le voilà ,
Badinez ; mais reftez en là.
de Sens.
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Résumé : A MADlle DE V.
Le poème 'A MADLDE DE V.', publié en 1682, conseille à une jeune femme de ne pas être trop sévère ou faible avec son amant. Il met en garde contre le risque de le perdre si elle manque de légèreté tout en restant raisonnable. Le texte compare cette situation à une jeune fille sévère qui s'arrête près d'une autre moins austère. Il recommande de cultiver la beauté par le badinage, mais avec modération, pour éviter que l'amant ne se retire.
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5468
p. 1783-1786
LETTRE écrite d'Athis à M. B. sur les beautés du Pays & sur l'Inscription de la Fontaine de Juvisy &c.
Début :
Je suis bien fâché, Monsieur, que vos affaires ne vous ayent pas permis de [...]
Mots clefs :
Fontaine, Inscription, Juvisy-sur-Orge, Athis-Mons, Pont
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite d'Athis à M. B. sur les beautés du Pays & sur l'Inscription de la Fontaine de Juvisy &c.
LETTRE écrite d'Athis à M. B. fur
les beautés du Pays & fur l'Infcription de
la Fontaine de Juvify & c.
J
E fuis bien fâché , Monfieur , que vos
affaires ne vous ayent pas permis de
m'accompagner dans ces beaux lieux d'Athis
& de Juvify; c'eſt le Païs le plus riant
qu'on puiffe voir ; tout y plaît , tout y eft
charmant les promenades font agréables ,
la vûë y eft magnifique , & difficilement
en trouveroit - on une plus belle. Athis ,
furtout , eft celebre par le féjour qui y a
fait Mlle de Scuderi , qui en a décrit les
agrémens &c.
;
Ces jours paffés notre Compagnie alla
fe promener fur le beau chemin que le
Roi a fait faire depuis peu fur la route de
Fontainebleau ; c'eft un Ouvrage confiderable
, & qui a couté des fommes immenfes
; mais pour en bien concevoir le travail
, il faudroit avoir vû la ſituation du
lieu avant que le chemin fut fait ; ce n'étoit
pour lors qu'une Montagne très -efcarpée
, fur laquelle perfonne ne fe feroit
imaginé qu'on dût jamais faire un chemin
& un chemin auffi aifé que celui que l'on
yoit maintenant. Les obftacles y ont été
fur1784
MERCURE DE FRANCE
furprenans ; car outre la grande quantité
de terre qu'il a fallu remuer & tranfporter
bien loin , on a trouvé deffous des roches
confiderables , dont la dureté étoit à
l'épreuve du fer le mieux trempé ; pendant
près de deux ans on a été contraint
de les miner ; fans cet expedient on n'eut
jamais pû en venir à bout.
;
Au pied de cette Montagne coule une
petite Riviere il s'agiffoit de faire paffer
Te nouveau chemin fur l'une & fur l'autre
, & c'eft là une des grandes entreprifes
de cet Ouvrage ; car il a fallu élever
un Pont , dont la hautenr vint répondre
au milieu de la defcente du chemin : de
tels Ouvrages étoient refevés pour le Regne
de Louis XV. Ce Pont n'a qu'une
feule Arche ; mais d'une hauteur prodi
gieufe , & affermie en dedans par fept autres
moyennes & par des éperons faits
exprès pour foutenir toute la force des
terres de la Montagne qui fe trouvent
appuyées contre ce Pont.
Mais ce qui eft encore plus remarquable
, ce font deux Trophées que l'on a
élevés, chacun fur fon Piédeftal , aux deux
côtés du Pont , à la gloire du Roi . D’ùn
côté eft un Groupe de plufieurs Amours
qui foutiennent un Globe où font les Armes
de la France , & de l'autre on voit
le Tems qui porte la Statue du Roi cou
ronnée
AO UST. 1730. 1785
ronnée par la Renommée. Au bas eft la
Figure d'une Femme vaincue & terraffée,
qui paroît reprefenter l'Herefie ou la Difcorde.
Au pied de chaque Trophée coùlent
dans des baffins deux belles Fontaines
; on découvrit la fource de ces Fon-
*taines au milieu des rochers vers les commencemens
de l'Ouvrage ; d'abord on ne
fçavoit que faire de cette eau , elle incommodoit
même, parce qu'elle fe trouvoit
au milieu du chemin . Quand l'Ou-.
vrage a été achevé , on a conftruit à côté
un Reſervoir , & par des Conduits fouterrains
, on en a fait venir les eaux fur
ce Pont , c'en eft un des plus beaux ornemens.
Nous admirions tous de fi beaux Ouvrages
, lorfqu'il me vint en penfée qu'une
Fontaine fi magnifique meriteroit bien
une Infcription ; je m'étonnai qu'on eut
été fi long- tems à en mettre une ; je fis
part de ma penſée à la Compagnie , qui
convint qu'elle étoit jufte , & que cela
étoit d'autant plus à propos , qu'il n'eft
guere de Fontaine confiderable qui n'ait
fon Infcription particuliere. Là- deffus ,
je me retirai un peu à l'écart , & je fis
ces quatre Vers Latins :
Olim Nympha levis durâ fub rupe latebat ;
Nunc fuper hos Pontes ambitiofa fuit: -
E
"
Talia
1786 MERCURE DE FRANCE
Talia quis fecit ? potuit quis ? difce Viator ;
Hæc fecit , LODOIX , folus enim potuit .
Au refte , Monfieur , je ne vous fais part
de ces Vers qu'afin de vous engager vous
& vos amis à en faire auffi fur ce même
fujet. Je fuis &c.
les beautés du Pays & fur l'Infcription de
la Fontaine de Juvify & c.
J
E fuis bien fâché , Monfieur , que vos
affaires ne vous ayent pas permis de
m'accompagner dans ces beaux lieux d'Athis
& de Juvify; c'eſt le Païs le plus riant
qu'on puiffe voir ; tout y plaît , tout y eft
charmant les promenades font agréables ,
la vûë y eft magnifique , & difficilement
en trouveroit - on une plus belle. Athis ,
furtout , eft celebre par le féjour qui y a
fait Mlle de Scuderi , qui en a décrit les
agrémens &c.
;
Ces jours paffés notre Compagnie alla
fe promener fur le beau chemin que le
Roi a fait faire depuis peu fur la route de
Fontainebleau ; c'eft un Ouvrage confiderable
, & qui a couté des fommes immenfes
; mais pour en bien concevoir le travail
, il faudroit avoir vû la ſituation du
lieu avant que le chemin fut fait ; ce n'étoit
pour lors qu'une Montagne très -efcarpée
, fur laquelle perfonne ne fe feroit
imaginé qu'on dût jamais faire un chemin
& un chemin auffi aifé que celui que l'on
yoit maintenant. Les obftacles y ont été
fur1784
MERCURE DE FRANCE
furprenans ; car outre la grande quantité
de terre qu'il a fallu remuer & tranfporter
bien loin , on a trouvé deffous des roches
confiderables , dont la dureté étoit à
l'épreuve du fer le mieux trempé ; pendant
près de deux ans on a été contraint
de les miner ; fans cet expedient on n'eut
jamais pû en venir à bout.
;
Au pied de cette Montagne coule une
petite Riviere il s'agiffoit de faire paffer
Te nouveau chemin fur l'une & fur l'autre
, & c'eft là une des grandes entreprifes
de cet Ouvrage ; car il a fallu élever
un Pont , dont la hautenr vint répondre
au milieu de la defcente du chemin : de
tels Ouvrages étoient refevés pour le Regne
de Louis XV. Ce Pont n'a qu'une
feule Arche ; mais d'une hauteur prodi
gieufe , & affermie en dedans par fept autres
moyennes & par des éperons faits
exprès pour foutenir toute la force des
terres de la Montagne qui fe trouvent
appuyées contre ce Pont.
Mais ce qui eft encore plus remarquable
, ce font deux Trophées que l'on a
élevés, chacun fur fon Piédeftal , aux deux
côtés du Pont , à la gloire du Roi . D’ùn
côté eft un Groupe de plufieurs Amours
qui foutiennent un Globe où font les Armes
de la France , & de l'autre on voit
le Tems qui porte la Statue du Roi cou
ronnée
AO UST. 1730. 1785
ronnée par la Renommée. Au bas eft la
Figure d'une Femme vaincue & terraffée,
qui paroît reprefenter l'Herefie ou la Difcorde.
Au pied de chaque Trophée coùlent
dans des baffins deux belles Fontaines
; on découvrit la fource de ces Fon-
*taines au milieu des rochers vers les commencemens
de l'Ouvrage ; d'abord on ne
fçavoit que faire de cette eau , elle incommodoit
même, parce qu'elle fe trouvoit
au milieu du chemin . Quand l'Ou-.
vrage a été achevé , on a conftruit à côté
un Reſervoir , & par des Conduits fouterrains
, on en a fait venir les eaux fur
ce Pont , c'en eft un des plus beaux ornemens.
Nous admirions tous de fi beaux Ouvrages
, lorfqu'il me vint en penfée qu'une
Fontaine fi magnifique meriteroit bien
une Infcription ; je m'étonnai qu'on eut
été fi long- tems à en mettre une ; je fis
part de ma penſée à la Compagnie , qui
convint qu'elle étoit jufte , & que cela
étoit d'autant plus à propos , qu'il n'eft
guere de Fontaine confiderable qui n'ait
fon Infcription particuliere. Là- deffus ,
je me retirai un peu à l'écart , & je fis
ces quatre Vers Latins :
Olim Nympha levis durâ fub rupe latebat ;
Nunc fuper hos Pontes ambitiofa fuit: -
E
"
Talia
1786 MERCURE DE FRANCE
Talia quis fecit ? potuit quis ? difce Viator ;
Hæc fecit , LODOIX , folus enim potuit .
Au refte , Monfieur , je ne vous fais part
de ces Vers qu'afin de vous engager vous
& vos amis à en faire auffi fur ce même
fujet. Je fuis &c.
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Résumé : LETTRE écrite d'Athis à M. B. sur les beautés du Pays & sur l'Inscription de la Fontaine de Juvisy &c.
La lettre, écrite d'Athis à M. B., regrette que les affaires de ce dernier n'aient pas permis de visiter les régions d'Athis et de Juvisy, décrites comme charmantes et agréables. Athis est célèbre pour le séjour de Mlle de Scudéry, qui en a vanté les agréments. L'auteur mentionne une promenade sur un nouveau chemin royal vers Fontainebleau, un ouvrage coûteux et impressionnant. La construction a nécessité de surmonter des roches dures et une montagne escarpée. Un pont à une arche, soutenu par sept arches et des éperons, traverse une rivière. Deux trophées glorifient le roi : l'un avec des amours soutenant un globe aux armes de la France, l'autre avec le Temps portant la statue du roi couronnée par la Renommée. Une femme vaincue symbolise l'hérésie ou la discorde. Des fontaines ornent le pont, leurs sources découvertes lors des travaux. L'auteur propose une inscription pour une fontaine et compose quatre vers latins à cet effet, invitant M. B. et ses amis à en écrire également.
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5469
p. 1786-1787
REMERCIEMENT à M. de Pibrac, Comte de Marigni, qui avoit envoyé à l'Auteur du Lait, avec quelques Historiens & des Poëtes.
Début :
Vous dont l'extrême complaisance [...]
Mots clefs :
Lait, Auteurs, Bibliothèque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMERCIEMENT à M. de Pibrac, Comte de Marigni, qui avoit envoyé à l'Auteur du Lait, avec quelques Historiens & des Poëtes.
REMERCIMENT à M. de Pibrac
, Comte de Marigni , qui avoit envoyé
à l'Auteur , du Lait , avec quelques
Hiftoriens & des Poëtes.
Vous dont l'extrême complaiſance
Veut marquer tous mes jours par de
bienfaits ,
,
nouveaux
PIBRAC vous me mettez enfin dans l'impuiffance
De les reconnoître jamais.
Hier, pour adoucir le mal qui me devore ,
De votre part , Tityre , au lever de l'Aurore ,
Me préfenta du Lait d'une nouvelle Yo (4)
Aujourd'hui cinq Auteurs , favoris de Clio ,
Par votre ordre fuivis de Lucain , de Seneque
Et du Chantre fameux de l'Ile de Chio ( b )
Sont venus fe ranger dans ma Bibliotheque.
(a ) Yo fut changée en Vache . Ovid. 1. 1. Met.
•) Chio fe vantoit d'être la Patrie d'Homere.
Tr
A O UST. 1730. 1780
Trop heureux fi fur leurs Ecrits ,
Formant les enfans de ma veine ,
Je puis dans le beau,feu dont je me fens épris
Chanter dignement mon Mécene !
COCQUARD.
, Comte de Marigni , qui avoit envoyé
à l'Auteur , du Lait , avec quelques
Hiftoriens & des Poëtes.
Vous dont l'extrême complaiſance
Veut marquer tous mes jours par de
bienfaits ,
,
nouveaux
PIBRAC vous me mettez enfin dans l'impuiffance
De les reconnoître jamais.
Hier, pour adoucir le mal qui me devore ,
De votre part , Tityre , au lever de l'Aurore ,
Me préfenta du Lait d'une nouvelle Yo (4)
Aujourd'hui cinq Auteurs , favoris de Clio ,
Par votre ordre fuivis de Lucain , de Seneque
Et du Chantre fameux de l'Ile de Chio ( b )
Sont venus fe ranger dans ma Bibliotheque.
(a ) Yo fut changée en Vache . Ovid. 1. 1. Met.
•) Chio fe vantoit d'être la Patrie d'Homere.
Tr
A O UST. 1730. 1780
Trop heureux fi fur leurs Ecrits ,
Formant les enfans de ma veine ,
Je puis dans le beau,feu dont je me fens épris
Chanter dignement mon Mécene !
COCQUARD.
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Résumé : REMERCIEMENT à M. de Pibrac, Comte de Marigni, qui avoit envoyé à l'Auteur du Lait, avec quelques Historiens & des Poëtes.
L'auteur remercie M. de Pibrac, Comte de Marigni, pour des présents incluant du lait et des ouvrages d'historiens et de poètes. Il a reçu du lait d'une nouvelle vache et des écrits de cinq auteurs favorisés par Clio, Lucain, Sénèque et Homère. Il se réjouit d'utiliser ces œuvres pour former ses propres écrits et honorer son mécène.
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5470
p. 1787
A MLLE PASQUIER.
Début :
Beau, comme vous, le doux Printems [...]
Mots clefs :
Printemps, Nature, Amours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MLLE PASQUIER.
A MLLE PASQUIER.
BEau , comme vous , le doux Printers
Revient embellir la Nature ;
Et du haut de fon Char femé de feux brillans .
Phoebus verſe ſur nous une clarté plus pure;
" La Terre a repris la parure ,
Flore fes ornemens >
Les Arbres leur verdure ,
Les Ruiffeaux leur murmure
Les Oiseaux leurs tendres accens.
Du Printems qui renaît agréez les hommages ;
Il vous reffemble , & vous devez l'aimer ;
Dès vos plus jeunes ans vous fçûtes le charmer ;'
Vous le confolez des outrages
Qu'il reçoit des frimats , des vents & des orages;
Sur votre teint il est toujours ;
Il y regne au milieu des Ris & des Amours,
Quand la Terre a perdu Lys , Anémones , Rofes
C'est là qu'il les retrouve écloſes :
C'est là qu'il produit les beaux jours.
P.
BEau , comme vous , le doux Printers
Revient embellir la Nature ;
Et du haut de fon Char femé de feux brillans .
Phoebus verſe ſur nous une clarté plus pure;
" La Terre a repris la parure ,
Flore fes ornemens >
Les Arbres leur verdure ,
Les Ruiffeaux leur murmure
Les Oiseaux leurs tendres accens.
Du Printems qui renaît agréez les hommages ;
Il vous reffemble , & vous devez l'aimer ;
Dès vos plus jeunes ans vous fçûtes le charmer ;'
Vous le confolez des outrages
Qu'il reçoit des frimats , des vents & des orages;
Sur votre teint il est toujours ;
Il y regne au milieu des Ris & des Amours,
Quand la Terre a perdu Lys , Anémones , Rofes
C'est là qu'il les retrouve écloſes :
C'est là qu'il produit les beaux jours.
P.
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Résumé : A MLLE PASQUIER.
Le texte est une lettre poétique célébrant l'arrivée du printemps, comparé à Mademoiselle Pasquier. Le printemps embellit la nature, illuminé par Phébus. Fleurs, arbres, ruisseaux et oiseaux retrouvent leur beauté. Mademoiselle Pasquier charme le printemps depuis son jeune âge, le consolant des mauvais traitements. Son visage reflète toujours le printemps, même lorsque la terre a perdu ses fleurs.
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5471
p. 1788
PORTRAIT DE PHILIS.
Début :
Qu'en vous on voit briller de charmes ! [...]
Mots clefs :
Beauté, Portrait
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PORTRAIT DE PHILIS.
PORTRAIT DE PHILIS.
Q
U'en vous on voit briller de charmes !
On ne balance point à vous rendre les armes.
Quel vifage ! quels yeux ! quel éclat de beauté !
Quel air ! quelle vivacité !
Voilà , Philis , votre portrait fidele ;
Mais l'amour à mes yeux vous peint encor plus
belle.
Par M. L'Affichard.
Q
U'en vous on voit briller de charmes !
On ne balance point à vous rendre les armes.
Quel vifage ! quels yeux ! quel éclat de beauté !
Quel air ! quelle vivacité !
Voilà , Philis , votre portrait fidele ;
Mais l'amour à mes yeux vous peint encor plus
belle.
Par M. L'Affichard.
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5472
p. 1788
LA JUSTE CRAINTE. EPIGRAMME.
Début :
Va, Lizette, avec ce Garçon, [...]
Mots clefs :
Crainte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA JUSTE CRAINTE. EPIGRAMME.
LA JUSTE CRAINTE.
EPIGRAMME.
VA , Lizette , avec ce Garçon ,
Au grand Verger cueillir nos pommes ;
Je n'y fçaurois aller avec lui : Pourquoi non ?
Voyez comme elle a peur des hommes !
Mais d'où vient pour lui ce dédain :
Parle , t'a -t'il fait quelqu'injure ?
Non , Madame , mais il eft fin ;
Il me baiferoit , je vous jure ,
Comme j'ai cinq doigts à la main.
Par R ... de la Membraye
EPIGRAMME.
VA , Lizette , avec ce Garçon ,
Au grand Verger cueillir nos pommes ;
Je n'y fçaurois aller avec lui : Pourquoi non ?
Voyez comme elle a peur des hommes !
Mais d'où vient pour lui ce dédain :
Parle , t'a -t'il fait quelqu'injure ?
Non , Madame , mais il eft fin ;
Il me baiferoit , je vous jure ,
Comme j'ai cinq doigts à la main.
Par R ... de la Membraye
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5473
p. 1789
AUTRE.
Début :
La Grece si féconde en fameux Personnages, [...]
Mots clefs :
Grèce
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE .
A Grece fi féconde en fameux Perſonnages
Que l'on vante tant parmi nous ,
Ne peut jamáis trouver chez elle que fept Sages;
Jugez du nombre de ſes foux.
A Grece fi féconde en fameux Perſonnages
Que l'on vante tant parmi nous ,
Ne peut jamáis trouver chez elle que fept Sages;
Jugez du nombre de ſes foux.
Fermer
5474
p. 1789
AUTRE.
Début :
Un Harpagon, Professeur en lezine, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE
UN Harpagon , Profeffeur en lezinez
Voyant de Paul la fuperbe Maifon ,
Le Train brillant , l'élegante Cuifine ;
Je plains , dit-il , ton arriere ſaiſon ;
De tes pareils le fort eſt dans mon Livre ;
Vivant ainsi , ne feras le premier
Qu'on aura vú mourir fur un fumier ;
Mieux vaut , dit Paul , y mourir que d'y vivre.
UN Harpagon , Profeffeur en lezinez
Voyant de Paul la fuperbe Maifon ,
Le Train brillant , l'élegante Cuifine ;
Je plains , dit-il , ton arriere ſaiſon ;
De tes pareils le fort eſt dans mon Livre ;
Vivant ainsi , ne feras le premier
Qu'on aura vú mourir fur un fumier ;
Mieux vaut , dit Paul , y mourir que d'y vivre.
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5475
p. 1789
AUTRE.
Début :
Si Phoebus, au lieu d'Hypocréne, [...]
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE .
I Phoebus , au lieu d'Hypocréne ,
Sur le Sacré Vallon eut fait germer du grain ,
L'on y vivroit du moins fans chagrin & fans
peine ;
Ún Rimeur feröit fûr d'avoir toûjours du pain :
Cependant Cliton meurt de faim :
Maugrébleu de Phoebus , avecques fa fontaine !
I Phoebus , au lieu d'Hypocréne ,
Sur le Sacré Vallon eut fait germer du grain ,
L'on y vivroit du moins fans chagrin & fans
peine ;
Ún Rimeur feröit fûr d'avoir toûjours du pain :
Cependant Cliton meurt de faim :
Maugrébleu de Phoebus , avecques fa fontaine !
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5476
p. 1790
MADRIGAL.
Début :
Helas ! dans mes peines mortelles, [...]
Mots clefs :
Amant
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texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL.
MADRIGA L.
HElas dans mes peines mortelles
Pourquoi, conftantes Tourterelles,
Dont le langage eft fi touchant ,
M'infpirez-vous par votre chant
Ce que vous fentez de tendreffe ?
Je partage vos maux en partageant vos feux j
Helas ! l'Amant le plus heureux ,
Ainfi que vous , fe plaint fans ceſſe.
HElas dans mes peines mortelles
Pourquoi, conftantes Tourterelles,
Dont le langage eft fi touchant ,
M'infpirez-vous par votre chant
Ce que vous fentez de tendreffe ?
Je partage vos maux en partageant vos feux j
Helas ! l'Amant le plus heureux ,
Ainfi que vous , fe plaint fans ceſſe.
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5477
p. 1790
AUTRE.
Début :
Amour, passant près d'un Bois tenebreux, [...]
Mots clefs :
Amour, Berger
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
A Mour, paffant près d'un Bois tenebreux ,
>
Vit Coridon , les yeux baignés de larmes ;
Ami , dit-il , qui te rend malheureux ?
Ne puis-je pas diffiper tes allarmes ?
Helas ! répond ce Berger amoureux
J'aime Cephife ; elle est toujours cruelle ;
Pauvre Mortel , peux-tu donc plus que moi ?
Reprend le Dieu , je fuis vaincu par elle
Et quand Diane eſt ſoumiſe à ma loi ,
Je fuis foumis aux loix de cette Belle .
A Mour, paffant près d'un Bois tenebreux ,
>
Vit Coridon , les yeux baignés de larmes ;
Ami , dit-il , qui te rend malheureux ?
Ne puis-je pas diffiper tes allarmes ?
Helas ! répond ce Berger amoureux
J'aime Cephife ; elle est toujours cruelle ;
Pauvre Mortel , peux-tu donc plus que moi ?
Reprend le Dieu , je fuis vaincu par elle
Et quand Diane eſt ſoumiſe à ma loi ,
Je fuis foumis aux loix de cette Belle .
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5478
p. 1790-1791
« L'Enigme du mois dernier a dû être expliquée par le Chant, & le Logogryphe [...] »
Début :
L'Enigme du mois dernier a dû être expliquée par le Chant, & le Logogryphe [...]
Mots clefs :
Chant, Tombeau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Enigme du mois dernier a dû être expliquée par le Chant, & le Logogryphe [...] »
L'Enigme du mois dernier a dû être
expliquée par le Chant , & le Logogryphe
par
AOUST. 1730. 1791
par Tombeau , dans lequel on trouve tombe
, beau , eau , mot , baume , ame.
expliquée par le Chant , & le Logogryphe
par
AOUST. 1730. 1791
par Tombeau , dans lequel on trouve tombe
, beau , eau , mot , baume , ame.
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5479
p. 1791
ENIGME.
Début :
Nous sommes trois Freres en France ; [...]
Mots clefs :
Accents aigu, grave et circonflexe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
fommes trois Freres en France;
L'un de nous trois felon certains Sçavans',
En Grece a reçu la naiſſance ;
Mais on ne convient pàs du tems.
Par droit d'extenſion , au défaut d'une abfente
Deux de nous réunis préfident aux Forêts ;
L'un des deux , mis avec excès ,
Produit une voix moins fonante ;
Le troifiéme eft plus uſité ;
Il regne à la fin de l'Eté.
Lecteur , fi ta recherche eſt vaine ,
Ne t'en prends pas à nous ; ton defir curieux
Peut être fatisfait ſans peine :
Tu nous as tous trois fous les yeux .
fommes trois Freres en France;
L'un de nous trois felon certains Sçavans',
En Grece a reçu la naiſſance ;
Mais on ne convient pàs du tems.
Par droit d'extenſion , au défaut d'une abfente
Deux de nous réunis préfident aux Forêts ;
L'un des deux , mis avec excès ,
Produit une voix moins fonante ;
Le troifiéme eft plus uſité ;
Il regne à la fin de l'Eté.
Lecteur , fi ta recherche eſt vaine ,
Ne t'en prends pas à nous ; ton defir curieux
Peut être fatisfait ſans peine :
Tu nous as tous trois fous les yeux .
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5480
p. 1791-1793
LOGOGRIPHE.
Début :
Vil & commun débris d'une matiere utile, [...]
Mots clefs :
Charpie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOGO GRIP HE.
Vil & commun débris d'unè matiere utile ;
Quoique mon corps foit en lambeaux ,
Je donne des fecours tant aux Champs qu'à la
Ville ,
Et l'on fait cas de moi dans des Hôtels Royaux ,
E iiij, Où
1792 MERCURE DE FRANCE
Où l'on me tient fouvent dans des Tonneaux.
J'ai trois fillabes en partage ;
Deux nomment un Oiſeau , qui fuivant ſon ramage
,
De la femme , dit- on , n'eft gueres different ;
L'autre , un Trône roulant , fait pour le Conque.
rant.
Mon chef à bas , autre Oifeau de la Fable ;
Qtez encor mon membre avant dernier ,
Je fuis un Inftrument à l'oreille agréable.
En cet état retranchez mon premier ,
Et replacez ma tête délaiffée ,
Je fuis alors poiffon d'eau douce & non falée.
Tout de fuite enlevez ma Lettre du milieu ,
Aux deux fexes en tems & lieu ,
Je puis rendre divers fervices ;
Soit que de miftere il s'agiffe ,
Ou qu'on trouve d'autres raiſons
Dans le caprice des Saiſons.
Ma feconde du tout qu'à l'écart on a miſe ;
Réunie ici dans fon
rang ,
Je deviens ornement d'Egliſe.
Si ce n'eft pas affez , qu'on m'anagrammatife ;
L'on trouvera dequoi tirer au blanc ;
Plus un terrain fermé d'une enceinte mouvante
1
Ou bâti plus folidement..
Chofe encore bien differente ,>
Et qui mord affez rudement .
Machine qui jadis fut fur les eaux flotante ;
Ou
A O UST. 1730. 1793.
Ou , prife tout differement ,
Dans mes jambes je fais paffage ,
Tandis qu'en même-tems on marche fur mon dos
Mais il eft tems de finir ce propos ;
Je n'en dirai pas davantage.
Vil & commun débris d'unè matiere utile ;
Quoique mon corps foit en lambeaux ,
Je donne des fecours tant aux Champs qu'à la
Ville ,
Et l'on fait cas de moi dans des Hôtels Royaux ,
E iiij, Où
1792 MERCURE DE FRANCE
Où l'on me tient fouvent dans des Tonneaux.
J'ai trois fillabes en partage ;
Deux nomment un Oiſeau , qui fuivant ſon ramage
,
De la femme , dit- on , n'eft gueres different ;
L'autre , un Trône roulant , fait pour le Conque.
rant.
Mon chef à bas , autre Oifeau de la Fable ;
Qtez encor mon membre avant dernier ,
Je fuis un Inftrument à l'oreille agréable.
En cet état retranchez mon premier ,
Et replacez ma tête délaiffée ,
Je fuis alors poiffon d'eau douce & non falée.
Tout de fuite enlevez ma Lettre du milieu ,
Aux deux fexes en tems & lieu ,
Je puis rendre divers fervices ;
Soit que de miftere il s'agiffe ,
Ou qu'on trouve d'autres raiſons
Dans le caprice des Saiſons.
Ma feconde du tout qu'à l'écart on a miſe ;
Réunie ici dans fon
rang ,
Je deviens ornement d'Egliſe.
Si ce n'eft pas affez , qu'on m'anagrammatife ;
L'on trouvera dequoi tirer au blanc ;
Plus un terrain fermé d'une enceinte mouvante
1
Ou bâti plus folidement..
Chofe encore bien differente ,>
Et qui mord affez rudement .
Machine qui jadis fut fur les eaux flotante ;
Ou
A O UST. 1730. 1793.
Ou , prife tout differement ,
Dans mes jambes je fais paffage ,
Tandis qu'en même-tems on marche fur mon dos
Mais il eft tems de finir ce propos ;
Je n'en dirai pas davantage.
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5481
p. 1793-1794
Acta Eruditorum, &c. [titre d'après la table]
Début :
ACTA ERUDITORUM, anno M. DCC. XX. publicata, cum [...]
Mots clefs :
Savants, Journaux latins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Acta Eruditorum, &c. [titre d'après la table]
ACTA ERUDITORUM ,
anno
M. DCC. XX. publicata , cum
S. Cæfareæ Majeftatis & Regis Pol . atque
Electoris Saxoniæ Privilegiis . LYPSIE ,
proftant apud Johan . Graffii hæredes ,
Joh . Frid . Gleditfchii B. Fil . & Thomam
Fritschium , typis Bernhardi- Chriftoph.
Breitkopfii. A. 1720. C'est-à-dire , LES
ACTES DES SCAVANS , publiez à
Lypfic , en l'année 1720. &c. 1. vol. in 4.
de 549. pages , fans les Tables ,
Le Projet dont nous avons parle dans
l'Avertiffement qui eft à la tête d'un
de nos Journaux , ne nous permet pas
d'omettre un Journal qui tient un rang
fi confiderable dans la République des
Lettres. C'est le premier & le plus eftimé
de tous les Journaux Latins . Il continue
fans interruption depuis le mois de Janvier
1794 MERCURE DE FRANCE
>
vier de l'année 1681. Son commencement
eft dû à Othon Menkenius & fa continuation
à un nombre de Sçavans choifis ,
à la tête defquels eft M. Jean Burcard
Menkenius , Confeiller de la Cour du
Roi de Pologne , Electeur de Saxe . Le
fuccès de ce Journal eft toûjours égal , &
c'eft fans fondement qu'on a publié dans
des Nouvelles Litteraires qu'il alloit être
diſcontinué , ou du moins qu'il ne feroit
plus compofé en Langue Latine , mais en
Allemand. Il ne faut pas omettre. que lès
Auteurs ont donné des Supplemens & des
Tables generales de dix en dix ans. Nous
ne croyons pas qu'on puiffe trouver des
Sçavans plus infatigables & plus dévouez
à l'avancement des Lettres.
anno
M. DCC. XX. publicata , cum
S. Cæfareæ Majeftatis & Regis Pol . atque
Electoris Saxoniæ Privilegiis . LYPSIE ,
proftant apud Johan . Graffii hæredes ,
Joh . Frid . Gleditfchii B. Fil . & Thomam
Fritschium , typis Bernhardi- Chriftoph.
Breitkopfii. A. 1720. C'est-à-dire , LES
ACTES DES SCAVANS , publiez à
Lypfic , en l'année 1720. &c. 1. vol. in 4.
de 549. pages , fans les Tables ,
Le Projet dont nous avons parle dans
l'Avertiffement qui eft à la tête d'un
de nos Journaux , ne nous permet pas
d'omettre un Journal qui tient un rang
fi confiderable dans la République des
Lettres. C'est le premier & le plus eftimé
de tous les Journaux Latins . Il continue
fans interruption depuis le mois de Janvier
1794 MERCURE DE FRANCE
>
vier de l'année 1681. Son commencement
eft dû à Othon Menkenius & fa continuation
à un nombre de Sçavans choifis ,
à la tête defquels eft M. Jean Burcard
Menkenius , Confeiller de la Cour du
Roi de Pologne , Electeur de Saxe . Le
fuccès de ce Journal eft toûjours égal , &
c'eft fans fondement qu'on a publié dans
des Nouvelles Litteraires qu'il alloit être
diſcontinué , ou du moins qu'il ne feroit
plus compofé en Langue Latine , mais en
Allemand. Il ne faut pas omettre. que lès
Auteurs ont donné des Supplemens & des
Tables generales de dix en dix ans. Nous
ne croyons pas qu'on puiffe trouver des
Sçavans plus infatigables & plus dévouez
à l'avancement des Lettres.
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Résumé : Acta Eruditorum, &c. [titre d'après la table]
Le texte décrit les 'Acta Eruditorum', un journal savant publié à Leipzig depuis 1720. Connu sous le nom de 'Les Actes des Savants', il est le premier et le plus respecté des journaux en latin. Fondé en janvier 1681 par Othon Menkenius, il est actuellement dirigé par Jean Burcard Menkenius, conseiller de la cour du Roi de Pologne et Électeur de Saxe. Le journal est publié sans interruption et connaît un succès continu. Contrairement à certaines rumeurs, il n'est pas discontinué et reste en langue latine. Les auteurs publient des suppléments et des tables générales tous les dix ans, témoignant de leur engagement pour l'avancement des lettres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5482
p. 1794-1800
« MONUMENTI AElia Laelia Crispis, sive celeberrimi AEnigmatis Bononiensis, [...] »
Début :
MONUMENTI AElia Laelia Crispis, sive celeberrimi AEnigmatis Bononiensis, [...]
Mots clefs :
Épitaphe, Tombeau, Monument, Pyramide, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « MONUMENTI AElia Laelia Crispis, sive celeberrimi AEnigmatis Bononiensis, [...] »
MONUMENTI Elia Lælia Crifpis ,.
five celeberrimi Enigmatis Bononienfis ,
Hiftorica Explicatio , Fragmentum Anti--
quum incerti Auctoris Bononiæ Senatui :
FRANCISCUS MASTRIUS . Additis
aliquibus Notis D. D. D. Bononiæ , typis
Conftantini Pifarri , vol . in- 4. 1717. C'eſtà-
dire ,, EXPLICATION hiftorique de las
fameufe Epitaphe énigmatique de Boulogne ,
&c. dédiée au Sénat de cette Ville, parFrançois
Mafirius, & c..
+
Comme ces Sçavans Journaliſtes onts.
parlé de ce Livre en l'année 1706. à l'oc--
afion
AOUST. 1730. 1793
cafion de la premiere Edition qui en fut
faite à Veniſe en 1702. & que dès l'année
1684. ils avoient auffi parlé dans leur
Journal de l'Ouvrage compofé fur le même
fujet par le Docteur Charles- CefarMalvafia
, celebre Jurifconfulte & Profeffeur
en Droit à Boulogne , ils ont eftimé
inutile de donner deux Extraits de la Differtation
de Maftrius ; mais le Public doit
leur fçavoir gré de produire ici , au lieu
d'une répetition , l'Explication de la même
Enigme , donnée par M. Heuman ,
leur Collegue , dans une Differtation imprimée
en 1706. & réimprimée deux ans
après fous ce titre , De Fato Uxoris Loti.
Car ce Sçavant croit , & il eft étonnant ,
difent nos Journaliſtes , que cette penſée
ne foit encore venue à perfonne ; il croit ,
dis- je , que l'Auteur du Monument énigmatique
de Boulogne , n'a eu d'autre intention,
en le compofant ,que d'écrire d'u
ne maniere ingénieufe & obfcure , le
malheur arrivé à la femme de Lor . Mais
avant que de voir l'application qu'il fait
dés termes de l'Infcription au fujer que
nous venons de dire , il eft bon de rap
porter cette Infcription dans fon entier ,
& telle que Maftrius l'a donnée plus ré--
cemment dans la feconde Edition de fon
Ouvrage , faite , comme nous l'avons dit ,
à Boulogne même en l'année 1717.
E vj DI.
(1796 MERCURE DE FRANCE
D. M.
Alia Lalia Crifpis
Nec Vir Nec Mulier
Nec Androgyna
Nec Puella nec Juvenis
Nec Anus
Nec cafta nec Meretrix
Nec Pudica
Sed omnia
Sublata
Neque fame neque ferro
Neque Veneno
Sed omnibus
Nec Colo nec Terris
Nec Aquis
Sed Ubique jacet.
Lucius Agatho Prifcius
Nec Maritus nec Amator
Nec Neceffarius
Neque Moerens neque gaudens
Neque Flens
Hanc
Nec Molem nec Pyramidem
Nec
Sepulcrum
Sed omnia
Scit & nefcit cui Pofuerit.
Nous la donnerons auffi en François , afin
que tous nos Lecteurs puiffent l'entendre
juger de l'interpretation de M. Heuman ,
& ufer auffi du droit que tout le Monde
AOUST . 1730. 1797
a de s'exercer fur cette fameufe Enigme ;
dans un temps , fur tout,où les fujets énigmatiques
paroiffent devenir du gout du
Public.
AUX DIEUX MANE S.
Alia , Lalia Crifpis , qui n'eft ni Hom
me , ni Femme , ni Hermaphrodite , ni Fille,
nijeune , ni vieille , ni chafte , ni prostituée,
ni pudique, mais tout cela enfemble : qui n'eft
ni morte de faim , qui n'a été tuée ni par
le fer , ni par le poifon ; mais par ces trois
chofes ensemble : n'eft ni au Ciel , ni dans
Peau , ni dans la terre ; mais eft par tout.
Lucius Agathon Prifcius , qui n'eft ni fon
mari , ni fon amant , ni fon parent ; ni trifte
ni joyeux , ni pleurant ; fçait & ne sçait pas
pour qui il a pofé ceci , qui n'est ni Monument
, ni Pyramide , ni Tombeau.
Voici quelles font les penfées de M.Heuman.
La femme de Lot , dit- il , changée ,
felon la plus commune opinion , en Statuë
de Sel , n'étoit plus ni homme , ni femme
, ni hermaphrodite , ni rien de tout
ce que marquent les premieres lignes de
l'Epitaphe , cependant elle avoit été tout
cela enfemble. Car elle a été femme & vieille
, & d'elle ont pû fortir un homme , un
Hermaphrodite , une fille , &c. deforte qu'étant
, pour ainfi- dire , la matiere premiere
de
1798 MERCURE DE FRANCE
de toutes ces chofes , on peut dire avec
raifon qu'elle a été tout cela.
Ce qui fuit marque encore mieux fon
deftin , & convient parfaitement à la fenime
de Lot ; car elle n'a péri ni par la faim,
ni par le fer , ni par le poifon ; quoiqu'on
puiffe dire que ces trois chofes enfemble lui
ont ôté la vie. 1º . Elle avala un mortel
poifon répandu dans l'air par la pluye de
fouffre qui tomboit alors du Ciel. 2º . Elle
fouffrit une faim fpirituelle par le regret
qu'elle eut en regardant Sodome , aux
biens qu'elle y laiffoit , dont le defir &
la convoitife la devoroient , regret & faim -
dans lefquels elle ceffa de vivre. 3 ° . J'avouë
, continue M. Heuman , que le fer
m'embarraffe un peu ; peut-être l'Auteur
de l'Epitaphe a- t- il eu en vûe le récit de
quelques Voyageurs , qui content que
cette Statue de Sel eft fouvent mutilée
par ceux qui én coupent des morceauxavec
un couteau ou autre inftrument der
fer , ajoûtant que ce qu'ils en enlevent
eft auffi- tôt reproduit , enforte que la Sta--
tuë ne paroît preſque jamais défectueuſe,
ce que notre Interprete eftime fabuleux.-
Au refte , il est très - vrai de dire que
la femme de Loth n'eft ni au Ciel , ni dans
Les eaux , ni fur la terre , c'est-à - dire fépa--
rément, & cependant elle eſt partout. Car
elle eft fituée comme dans l'air , par con--
Lequenes
AOUST. 1730. 1799
fequent on peut dire qu'elle eft au Ciel ,
elle n'eft pas moins tout enſemble dans
·les eaux lorfqu'il pleut , & fur la terre
puifqu'elle eft pofée deffus .
L'Auteur de ce Monument eft Dieu.
même , ainfi il eft appellé très- à propos
Lucius , car il eft la lumiere , le Pere des
lumieres , qui habite dans une lumiere
inacceffible , &c. Le nom d'Agatho lui
convient auffi parfaitement , car nul n'eft
parfaitement bon , fi ce n'eft Dieu . Enfin ›
ce n'eſt pas fans raifon que Prifcius eft à·
la fuite de ces deux noms , c'eft en effet
ce Vieillard reſpectable qui eft ainfi repré--
fenté par le Prophete Daniel. On peut
bien dire auffi de Dieu , que ce neft ni
le Mari, ni l'Amant , ni le parent de la
femme de Loth , ainfi il n'eft pas éton--
nant qu'en dreffant ce Monument
il
n'ait été ni trifte , ni joyeux , ni en état de
verfer des larmes.
.
,
Si quelqu'un regarde ce Monument
comme une Piramide , un Sépulchre , & c . il·
s'écartera de la maniere ordinaire de par--
ler. Cependant on peut dire que la Statue
de Sel femble avoir été tout cela. En effet
elle a été tout enfemble & Monument &
Pyramide , s'élevant en l'air à la maniere
des Pyramides , elle a été auffi un Séput--
chre , qui contient une perfonne fans vie..
Enfin Dieu fait , fans doute , ce qu'il a :
Rosé,
1800 MERCURE DE FRANCE
pofé , mais on peut dire , en un lens , qu'il
nefçait pas fi c'eft là un Monument ou une
Pyramide , ou un Tombeau , car Dieu n'a
voulu faire aucune de ces trois choſes.
D'autres finiffent l'Epitaphe par ces paroles.
C'est ici un Tombeau qui ne renferme
point de Cadavre , c'eft un Cadavre qui n'a
point de Tombeau , mais c'eft un Cadavre
qui eft lui-même fon Tombeau. Ces paroles
font fi claires , dit M.Heuman , en finiffant
fon Interpretation , & s'appliquent fi parfaitement
à la femme de Loth , que ce
feror perdre le temps que d'en ajoûter ici
l'explication
five celeberrimi Enigmatis Bononienfis ,
Hiftorica Explicatio , Fragmentum Anti--
quum incerti Auctoris Bononiæ Senatui :
FRANCISCUS MASTRIUS . Additis
aliquibus Notis D. D. D. Bononiæ , typis
Conftantini Pifarri , vol . in- 4. 1717. C'eſtà-
dire ,, EXPLICATION hiftorique de las
fameufe Epitaphe énigmatique de Boulogne ,
&c. dédiée au Sénat de cette Ville, parFrançois
Mafirius, & c..
+
Comme ces Sçavans Journaliſtes onts.
parlé de ce Livre en l'année 1706. à l'oc--
afion
AOUST. 1730. 1793
cafion de la premiere Edition qui en fut
faite à Veniſe en 1702. & que dès l'année
1684. ils avoient auffi parlé dans leur
Journal de l'Ouvrage compofé fur le même
fujet par le Docteur Charles- CefarMalvafia
, celebre Jurifconfulte & Profeffeur
en Droit à Boulogne , ils ont eftimé
inutile de donner deux Extraits de la Differtation
de Maftrius ; mais le Public doit
leur fçavoir gré de produire ici , au lieu
d'une répetition , l'Explication de la même
Enigme , donnée par M. Heuman ,
leur Collegue , dans une Differtation imprimée
en 1706. & réimprimée deux ans
après fous ce titre , De Fato Uxoris Loti.
Car ce Sçavant croit , & il eft étonnant ,
difent nos Journaliſtes , que cette penſée
ne foit encore venue à perfonne ; il croit ,
dis- je , que l'Auteur du Monument énigmatique
de Boulogne , n'a eu d'autre intention,
en le compofant ,que d'écrire d'u
ne maniere ingénieufe & obfcure , le
malheur arrivé à la femme de Lor . Mais
avant que de voir l'application qu'il fait
dés termes de l'Infcription au fujer que
nous venons de dire , il eft bon de rap
porter cette Infcription dans fon entier ,
& telle que Maftrius l'a donnée plus ré--
cemment dans la feconde Edition de fon
Ouvrage , faite , comme nous l'avons dit ,
à Boulogne même en l'année 1717.
E vj DI.
(1796 MERCURE DE FRANCE
D. M.
Alia Lalia Crifpis
Nec Vir Nec Mulier
Nec Androgyna
Nec Puella nec Juvenis
Nec Anus
Nec cafta nec Meretrix
Nec Pudica
Sed omnia
Sublata
Neque fame neque ferro
Neque Veneno
Sed omnibus
Nec Colo nec Terris
Nec Aquis
Sed Ubique jacet.
Lucius Agatho Prifcius
Nec Maritus nec Amator
Nec Neceffarius
Neque Moerens neque gaudens
Neque Flens
Hanc
Nec Molem nec Pyramidem
Nec
Sepulcrum
Sed omnia
Scit & nefcit cui Pofuerit.
Nous la donnerons auffi en François , afin
que tous nos Lecteurs puiffent l'entendre
juger de l'interpretation de M. Heuman ,
& ufer auffi du droit que tout le Monde
AOUST . 1730. 1797
a de s'exercer fur cette fameufe Enigme ;
dans un temps , fur tout,où les fujets énigmatiques
paroiffent devenir du gout du
Public.
AUX DIEUX MANE S.
Alia , Lalia Crifpis , qui n'eft ni Hom
me , ni Femme , ni Hermaphrodite , ni Fille,
nijeune , ni vieille , ni chafte , ni prostituée,
ni pudique, mais tout cela enfemble : qui n'eft
ni morte de faim , qui n'a été tuée ni par
le fer , ni par le poifon ; mais par ces trois
chofes ensemble : n'eft ni au Ciel , ni dans
Peau , ni dans la terre ; mais eft par tout.
Lucius Agathon Prifcius , qui n'eft ni fon
mari , ni fon amant , ni fon parent ; ni trifte
ni joyeux , ni pleurant ; fçait & ne sçait pas
pour qui il a pofé ceci , qui n'est ni Monument
, ni Pyramide , ni Tombeau.
Voici quelles font les penfées de M.Heuman.
La femme de Lot , dit- il , changée ,
felon la plus commune opinion , en Statuë
de Sel , n'étoit plus ni homme , ni femme
, ni hermaphrodite , ni rien de tout
ce que marquent les premieres lignes de
l'Epitaphe , cependant elle avoit été tout
cela enfemble. Car elle a été femme & vieille
, & d'elle ont pû fortir un homme , un
Hermaphrodite , une fille , &c. deforte qu'étant
, pour ainfi- dire , la matiere premiere
de
1798 MERCURE DE FRANCE
de toutes ces chofes , on peut dire avec
raifon qu'elle a été tout cela.
Ce qui fuit marque encore mieux fon
deftin , & convient parfaitement à la fenime
de Lot ; car elle n'a péri ni par la faim,
ni par le fer , ni par le poifon ; quoiqu'on
puiffe dire que ces trois chofes enfemble lui
ont ôté la vie. 1º . Elle avala un mortel
poifon répandu dans l'air par la pluye de
fouffre qui tomboit alors du Ciel. 2º . Elle
fouffrit une faim fpirituelle par le regret
qu'elle eut en regardant Sodome , aux
biens qu'elle y laiffoit , dont le defir &
la convoitife la devoroient , regret & faim -
dans lefquels elle ceffa de vivre. 3 ° . J'avouë
, continue M. Heuman , que le fer
m'embarraffe un peu ; peut-être l'Auteur
de l'Epitaphe a- t- il eu en vûe le récit de
quelques Voyageurs , qui content que
cette Statue de Sel eft fouvent mutilée
par ceux qui én coupent des morceauxavec
un couteau ou autre inftrument der
fer , ajoûtant que ce qu'ils en enlevent
eft auffi- tôt reproduit , enforte que la Sta--
tuë ne paroît preſque jamais défectueuſe,
ce que notre Interprete eftime fabuleux.-
Au refte , il est très - vrai de dire que
la femme de Loth n'eft ni au Ciel , ni dans
Les eaux , ni fur la terre , c'est-à - dire fépa--
rément, & cependant elle eſt partout. Car
elle eft fituée comme dans l'air , par con--
Lequenes
AOUST. 1730. 1799
fequent on peut dire qu'elle eft au Ciel ,
elle n'eft pas moins tout enſemble dans
·les eaux lorfqu'il pleut , & fur la terre
puifqu'elle eft pofée deffus .
L'Auteur de ce Monument eft Dieu.
même , ainfi il eft appellé très- à propos
Lucius , car il eft la lumiere , le Pere des
lumieres , qui habite dans une lumiere
inacceffible , &c. Le nom d'Agatho lui
convient auffi parfaitement , car nul n'eft
parfaitement bon , fi ce n'eft Dieu . Enfin ›
ce n'eſt pas fans raifon que Prifcius eft à·
la fuite de ces deux noms , c'eft en effet
ce Vieillard reſpectable qui eft ainfi repré--
fenté par le Prophete Daniel. On peut
bien dire auffi de Dieu , que ce neft ni
le Mari, ni l'Amant , ni le parent de la
femme de Loth , ainfi il n'eft pas éton--
nant qu'en dreffant ce Monument
il
n'ait été ni trifte , ni joyeux , ni en état de
verfer des larmes.
.
,
Si quelqu'un regarde ce Monument
comme une Piramide , un Sépulchre , & c . il·
s'écartera de la maniere ordinaire de par--
ler. Cependant on peut dire que la Statue
de Sel femble avoir été tout cela. En effet
elle a été tout enfemble & Monument &
Pyramide , s'élevant en l'air à la maniere
des Pyramides , elle a été auffi un Séput--
chre , qui contient une perfonne fans vie..
Enfin Dieu fait , fans doute , ce qu'il a :
Rosé,
1800 MERCURE DE FRANCE
pofé , mais on peut dire , en un lens , qu'il
nefçait pas fi c'eft là un Monument ou une
Pyramide , ou un Tombeau , car Dieu n'a
voulu faire aucune de ces trois choſes.
D'autres finiffent l'Epitaphe par ces paroles.
C'est ici un Tombeau qui ne renferme
point de Cadavre , c'eft un Cadavre qui n'a
point de Tombeau , mais c'eft un Cadavre
qui eft lui-même fon Tombeau. Ces paroles
font fi claires , dit M.Heuman , en finiffant
fon Interpretation , & s'appliquent fi parfaitement
à la femme de Loth , que ce
feror perdre le temps que d'en ajoûter ici
l'explication
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Résumé : « MONUMENTI AElia Laelia Crispis, sive celeberrimi AEnigmatis Bononiensis, [...] »
Le texte traite de l'explication historique d'une épitaphe énigmatique de Boulogne, dédiée au Sénat de cette ville par François Mastrius en 1717. Cette épitaphe a été mentionnée dans des journaux savants dès 1706 et 1684, où ils parlaient également d'un ouvrage similaire du Docteur Charles-César Malvasia. Les journalistes ont choisi de ne pas reproduire deux extraits de la dissertation de Mastrius, mais ont présenté l'explication de l'énigme par M. Heuman, publiée en 1706 et réimprimée en 1708. M. Heuman propose que l'épigramme énigmatique de Boulogne fait référence à la femme de Lot, transformée en statue de sel. Il explique que cette femme n'était plus ni homme, ni femme, ni hermaphrodite, mais avait été tout cela ensemble. Elle n'est morte ni de faim, ni par le fer, ni par le poison, mais par une combinaison de ces éléments. Heuman interprète également que la femme de Lot n'est ni au ciel, ni dans les eaux, ni sur la terre, mais partout à la fois. L'auteur du monument est identifié comme étant Dieu, représenté sous le nom de Lucius Agatho Prifcius. Dieu n'est ni le mari, ni l'amant, ni le parent de la femme de Lot, et n'a pas de sentiments humains. L'épigramme est vue comme une métaphore complexe de la condition de la femme de Lot, transformée en statue de sel.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5483
p. 1800-1802
« SPECIMEN LINGUAE PUNICAE in hodierna Melitensium superstitis orbi erudito [...] »
Début :
SPECIMEN LINGUAE PUNICAE in hodierna Melitensium superstitis orbi erudito [...]
Mots clefs :
Langue punique, Malte, Langue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « SPECIMEN LINGUAE PUNICAE in hodierna Melitensium superstitis orbi erudito [...] »
SPECIMEN LINGUE PUNICA in
hodierna Melitenfium fuperftitis orbi erudito
offert Jo. Henr. Majus Antiquit.
Græc. & OO. LL. Profeffor Gieffenfis ,
Marburgi Cattorum . Vol. in 8. 1718. C'està-
dire , Effay fur la Langue Punique qui
fubfifte encore aujourd'hui dans celle des Maltois
prefenté aux Sçavans , par Jean- Henry
Majus , Profeffeur des Antiquitez Grecques
&des Langues Orientales, à Gieſſen. 1. vol.
in 8. à Marpurg. 1718.
Pour prouver ce que M. Majus entreprend
de foutenir dans fa Differtation ,
il établit d'abord que le Peuple de l'Ifle
de Malthe , eft Phénicien d'origine. Les
Phéniciens , dit-il , du moins les Carthaginois
A O UST. 1730. 1801
ginois , leurs defcendans , y envoyerent
une Colonie à caufe de la commodité de
fa fituation entre l'Affrique & la Sicile ,
& de la fureté de fes Ports ; ils lui donnerent
le nom qu'elle porte encore aujourd'hui
, nom qui n'eft pas fans myftere
, & qui s'accorde parfaitement avec
tout ce qui convient à l'ancienne Malthe.
Cette origine eft d'ailleurs confirmée par
le culte commun que les Maltois , les Phé-
Iniciens & les Cartaginois ont rendu particulierement
à deux Divinitez , fçavoir ,
Junon & Hercules. De plus les Habitans
de Malthe ont de tout temps excellé comme
les Phéniciens , dans l'art de faire des
Robbes de pourpre , des Toiles , des Tapis
, &c d'une fabrique particuliere &
très - eftimée par tout où ils portoient leur
commerce. M. Majus venant enfuite au
point principal , rapporte une quantité
de termes très-ufitez dans la Langue des
Maltois d'aujourd'hui , qu'il prétend avoir
une affinité manifefte avec la Lanque Punique
, fans oublier la maniere d'exprimer
, & de tracer les principaux nombres
qui eft , felon lui toute Phénicienne , ce
qui acheve de prouver l'origine du Peuple
dont nous parlons. Le Sçavant Auteur
a mis à la fin de fa Piece l'Oraifon
Dominicale en Langue Maltoife , & il
prétend que les termes & les differentes
"
expreffions
1802 MERCURE DE FRANCE
expreffions qu'on y trouve fentent routà
- fait la Langue Punique.
Quoique M. Majus femble avoir épuifé
fon fujet. On peut affurer qu'il n'a pas
tout dit & que la preuve la plus décifive
lui eft échappée il l'auroit trouvée
dans les Hiftoriens , qui à l'occafion de
la Tranflation de l'Ordre des Chevaliers
de S. Jean de Jerufalem , * à Malthe , ont
parlé hiftoriquement de cette Ifle.M.l'Abbé
de Vertot , Commandeur de Santeni
qui vient d'écrire avec tant de force &
de dignité , l'Hiftoire entiere de cet Ordre
, nous la fournit dans fon troifiéme
Tome, Liv. 9. pag. 522. de l'Edition in 12.
1727. Nous l'emprunterons de cet illuftre
Auteur , perfuadez qu'elle fera plaifir à
M. Majus , & qu'il nous en fçaura gré.
Dans le temps que les Chevaliers de S. Fean
s'en mirent en poffeffion , on y trouvoit encore
fur des morceaux de Marbre & des Colomnes
brifées , des Infcriptions en Langue
Punique. Les Romains , pendant les guerres
de Sicile, en chafferent les Carthaginois, & c.
hodierna Melitenfium fuperftitis orbi erudito
offert Jo. Henr. Majus Antiquit.
Græc. & OO. LL. Profeffor Gieffenfis ,
Marburgi Cattorum . Vol. in 8. 1718. C'està-
dire , Effay fur la Langue Punique qui
fubfifte encore aujourd'hui dans celle des Maltois
prefenté aux Sçavans , par Jean- Henry
Majus , Profeffeur des Antiquitez Grecques
&des Langues Orientales, à Gieſſen. 1. vol.
in 8. à Marpurg. 1718.
Pour prouver ce que M. Majus entreprend
de foutenir dans fa Differtation ,
il établit d'abord que le Peuple de l'Ifle
de Malthe , eft Phénicien d'origine. Les
Phéniciens , dit-il , du moins les Carthaginois
A O UST. 1730. 1801
ginois , leurs defcendans , y envoyerent
une Colonie à caufe de la commodité de
fa fituation entre l'Affrique & la Sicile ,
& de la fureté de fes Ports ; ils lui donnerent
le nom qu'elle porte encore aujourd'hui
, nom qui n'eft pas fans myftere
, & qui s'accorde parfaitement avec
tout ce qui convient à l'ancienne Malthe.
Cette origine eft d'ailleurs confirmée par
le culte commun que les Maltois , les Phé-
Iniciens & les Cartaginois ont rendu particulierement
à deux Divinitez , fçavoir ,
Junon & Hercules. De plus les Habitans
de Malthe ont de tout temps excellé comme
les Phéniciens , dans l'art de faire des
Robbes de pourpre , des Toiles , des Tapis
, &c d'une fabrique particuliere &
très - eftimée par tout où ils portoient leur
commerce. M. Majus venant enfuite au
point principal , rapporte une quantité
de termes très-ufitez dans la Langue des
Maltois d'aujourd'hui , qu'il prétend avoir
une affinité manifefte avec la Lanque Punique
, fans oublier la maniere d'exprimer
, & de tracer les principaux nombres
qui eft , felon lui toute Phénicienne , ce
qui acheve de prouver l'origine du Peuple
dont nous parlons. Le Sçavant Auteur
a mis à la fin de fa Piece l'Oraifon
Dominicale en Langue Maltoife , & il
prétend que les termes & les differentes
"
expreffions
1802 MERCURE DE FRANCE
expreffions qu'on y trouve fentent routà
- fait la Langue Punique.
Quoique M. Majus femble avoir épuifé
fon fujet. On peut affurer qu'il n'a pas
tout dit & que la preuve la plus décifive
lui eft échappée il l'auroit trouvée
dans les Hiftoriens , qui à l'occafion de
la Tranflation de l'Ordre des Chevaliers
de S. Jean de Jerufalem , * à Malthe , ont
parlé hiftoriquement de cette Ifle.M.l'Abbé
de Vertot , Commandeur de Santeni
qui vient d'écrire avec tant de force &
de dignité , l'Hiftoire entiere de cet Ordre
, nous la fournit dans fon troifiéme
Tome, Liv. 9. pag. 522. de l'Edition in 12.
1727. Nous l'emprunterons de cet illuftre
Auteur , perfuadez qu'elle fera plaifir à
M. Majus , & qu'il nous en fçaura gré.
Dans le temps que les Chevaliers de S. Fean
s'en mirent en poffeffion , on y trouvoit encore
fur des morceaux de Marbre & des Colomnes
brifées , des Infcriptions en Langue
Punique. Les Romains , pendant les guerres
de Sicile, en chafferent les Carthaginois, & c.
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Résumé : « SPECIMEN LINGUAE PUNICAE in hodierna Melitensium superstitis orbi erudito [...] »
En 1718, Jean-Henry Majus, professeur des Antiquités Grecques et des Langues Orientales à Giessen, publie 'Specimen Lingue Punicae'. Cet ouvrage examine la persistance de la langue punique dans la langue maltaise contemporaine. Majus affirme que les Maltais sont d'origine phénicienne, les Carthaginois ayant fondé une colonie à Malte en raison de sa position stratégique entre l'Afrique et la Sicile. Cette origine est corroborée par le culte partagé de Junon et Hercule, ainsi que par l'expertise maltaise dans la fabrication de robes de pourpre, de toiles et de tapis, similaire à celle des Phéniciens. Majus identifie plusieurs termes maltais actuels qui montrent une affinité avec la langue punique, notamment dans l'expression et la notation des nombres. Il inclut l'Oraison Dominicale en maltais pour illustrer cette similitude linguistique. Cependant, le texte mentionne que Majus a omis de discuter des inscriptions puniques trouvées sur des morceaux de marbre et des colonnes brisées à Malte, preuves citées par des historiens comme l'Abbé de Vertot lors de la translation de l'Ordre des Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem.
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5484
p. 1802-1804
« WERNERI JACOBI CLAUSII, Angelus Politianus, sive de ejus vitâ, Scriptis [...] »
Début :
WERNERI JACOBI CLAUSII, Angelus Politianus, sive de ejus vitâ, Scriptis [...]
Mots clefs :
Écrivains grecs, Ange Politien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « WERNERI JACOBI CLAUSII, Angelus Politianus, sive de ejus vitâ, Scriptis [...] »
WERNERI JACOBI CLAUSII , Angelus
Politianus , five de ejus vitâ , Scripris
& Moribus Liber. Magdeburgi , typis
Viduæ Chrift. Salfeldii , 1718. C'eftà-
dire , Differtation de M. Werner , fur
* Cela arriva le 26. Octobre 1$ 30.
la
A O UST. 1730. 1803
fur la Vie , les Ouvrages & les Moeurs de
Politien. A Magdebourg , vol. in- 8 . 1718 .
Le nom de Politien eft fi connu dansla
République des Lettres , qu'il eft inutile
de s'étendre ici fur ce fujet. Nous dirons
feulement que M. Werner a entrepris de
le deffendre contre toutes les accufations
qui lui ont été intentées par plufieurs Sçavans
, principalement contre celle qui eft
la plus grave & la plus dehonorante ,
fçavoir , l'Athéïfme.
JOH. ALBERTI FABRICII , SS.
Th. D. & Prof. publici , Bibliothecæ Græ
cæ Volumen IX. feu Libri V. Pars V. &
ultima.Hamburgi , fumptu Chriftiani Lie
bezeit , 1719. in - 4. C'est - à- dire , neuviéme
Volume , ou cinquième & derniere Partie
du cinquième Livre de la Biblioteque Grecque
de M. Fabricius , vol. in 4. A Hambourg
, 1719.
Entre tous les Ecrivains Grecs dont il
eft parlé dans ce IX Tome , & qui font
la matiere d'un long Extrait dans le Journal
de Lipfic , nous choifirons Pallade ,
Auteur du IV. fiecle , pour donner un
échantillon du grand Ouvrage entrepris
par M. Fabrice. Pallade , originaire de
Galatie, & Difciple d'Evagre de Pont, fut
Evêque d'Helenopolis en Bithynie ; nous
avons de lui une Hiftoire parfaitement
bien
1804 MERCURE DE FRANCE
1
bien écrite , des Moines & des femmes
retirées du monde , qui sétoient rendues
recommandables par la fainteté de leur
vie. Elle eft intitulée Xavsand , ou Hif
toire Laufiaque. Ce nom n'eft pas pris du
fond de fon fujet , mais de celui de Laufus,
Gouverneur de Cappadoce , Chambellan
de l'Empereur Théodofe le jeune,
à qui l'Ouvrage eft adreffé. Cette Hiftoire
également curieufe & édifiante , fut d'abord
donnée en Grec par Meurfius , &
imprimée à Amfterdam en 1619. on la
trouve auffi dans la Bibliotheque des Peres
, Édition de 1680. Ceux qui voudront
être inftruits plus à fond fur cet Auteur
& fur fes Ecrits , pourront confulter au
deffaut de la Bibliotheque Grecque de
M. Fabricius , qui n'eft pas entre les mains
de tout le monde , celles de M. Dupin
& de M. Cave , fçavant Anglois . Nous
nous contenterons d'ajoûter que Dom
Jean-Baptifte Bonnaud , Marfeillois , Benedictin
de la Congrégation de S. Maur,
a entrepris une nouvelle Edition , du même
Auteur, où fera non- feulement le Texte
Grec de Pallade , revû furdes Manufcrits
autentiques , -mais encore une Verfion Latine
& des Notes de fa façon , fans compter
la Vie de Pallade , l'Hiftoire & la Critique
de fes Ouvrages , &c.
Politianus , five de ejus vitâ , Scripris
& Moribus Liber. Magdeburgi , typis
Viduæ Chrift. Salfeldii , 1718. C'eftà-
dire , Differtation de M. Werner , fur
* Cela arriva le 26. Octobre 1$ 30.
la
A O UST. 1730. 1803
fur la Vie , les Ouvrages & les Moeurs de
Politien. A Magdebourg , vol. in- 8 . 1718 .
Le nom de Politien eft fi connu dansla
République des Lettres , qu'il eft inutile
de s'étendre ici fur ce fujet. Nous dirons
feulement que M. Werner a entrepris de
le deffendre contre toutes les accufations
qui lui ont été intentées par plufieurs Sçavans
, principalement contre celle qui eft
la plus grave & la plus dehonorante ,
fçavoir , l'Athéïfme.
JOH. ALBERTI FABRICII , SS.
Th. D. & Prof. publici , Bibliothecæ Græ
cæ Volumen IX. feu Libri V. Pars V. &
ultima.Hamburgi , fumptu Chriftiani Lie
bezeit , 1719. in - 4. C'est - à- dire , neuviéme
Volume , ou cinquième & derniere Partie
du cinquième Livre de la Biblioteque Grecque
de M. Fabricius , vol. in 4. A Hambourg
, 1719.
Entre tous les Ecrivains Grecs dont il
eft parlé dans ce IX Tome , & qui font
la matiere d'un long Extrait dans le Journal
de Lipfic , nous choifirons Pallade ,
Auteur du IV. fiecle , pour donner un
échantillon du grand Ouvrage entrepris
par M. Fabrice. Pallade , originaire de
Galatie, & Difciple d'Evagre de Pont, fut
Evêque d'Helenopolis en Bithynie ; nous
avons de lui une Hiftoire parfaitement
bien
1804 MERCURE DE FRANCE
1
bien écrite , des Moines & des femmes
retirées du monde , qui sétoient rendues
recommandables par la fainteté de leur
vie. Elle eft intitulée Xavsand , ou Hif
toire Laufiaque. Ce nom n'eft pas pris du
fond de fon fujet , mais de celui de Laufus,
Gouverneur de Cappadoce , Chambellan
de l'Empereur Théodofe le jeune,
à qui l'Ouvrage eft adreffé. Cette Hiftoire
également curieufe & édifiante , fut d'abord
donnée en Grec par Meurfius , &
imprimée à Amfterdam en 1619. on la
trouve auffi dans la Bibliotheque des Peres
, Édition de 1680. Ceux qui voudront
être inftruits plus à fond fur cet Auteur
& fur fes Ecrits , pourront confulter au
deffaut de la Bibliotheque Grecque de
M. Fabricius , qui n'eft pas entre les mains
de tout le monde , celles de M. Dupin
& de M. Cave , fçavant Anglois . Nous
nous contenterons d'ajoûter que Dom
Jean-Baptifte Bonnaud , Marfeillois , Benedictin
de la Congrégation de S. Maur,
a entrepris une nouvelle Edition , du même
Auteur, où fera non- feulement le Texte
Grec de Pallade , revû furdes Manufcrits
autentiques , -mais encore une Verfion Latine
& des Notes de fa façon , fans compter
la Vie de Pallade , l'Hiftoire & la Critique
de fes Ouvrages , &c.
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Résumé : « WERNERI JACOBI CLAUSII, Angelus Politianus, sive de ejus vitâ, Scriptis [...] »
Le texte présente deux ouvrages historiques et leurs auteurs. Le premier est une 'Dissertation de M. Werner' sur la vie, les œuvres et les mœurs de Politien, publiée à Magdebourg en 1718. Werner défend Politien contre diverses accusations, notamment celle d'athéisme. Le second ouvrage est le neuvième volume de la 'Bibliothèque Grecque' de JOH. ALBERTI FABRICII, publié à Hambourg en 1719. Ce volume discute de Pallade, un auteur du IVe siècle, originaire de Galatie et disciple d'Evagre de Pont. Pallade fut évêque d'Helenopolis en Bithynie et est connu pour son œuvre 'Xavsand, ou Histoire Lausiaque', une histoire des moines et des femmes retirées du monde. Cette œuvre fut d'abord publiée en grec par Meursius à Amsterdam en 1619 et est également disponible dans la Bibliothèque des Pères (édition de 1680). Dom Jean-Baptiste Bonnaud, un bénédictin, a entrepris une nouvelle édition de l'œuvre de Pallade, incluant le texte grec révisé, une version latine et des notes.
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5485
p. 1805-1810
« J. G. ECCARDI Observatio de Nummis ATTILAE Hunnorum Regis. Remarques [...] »
Début :
J. G. ECCARDI Observatio de Nummis ATTILAE Hunnorum Regis. Remarques [...]
Mots clefs :
Attila, Roi des Huns, Médaille, Cheval, Légende, Goths, Prince
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J. G. ECCARDI Observatio de Nummis ATTILAE Hunnorum Regis. Remarques [...] »
J. G. ECCARDI Obfervatio de Nummis
ATTILE Hunnorum Regis . Remarques
de Jean- George Eccard ,fur les Medailles
d'Attila Roi des Huns .
Une Médaille d'Attila rapportée par le
P. Bandouri , Benedictin , dans fon bas Empire
, a donné lieu à M. Eccard , Hiftoriographe
& Bibliotequaire du Roi George
d'Angleterre , Electeur d'Hanover , & c.
de faire les Remarques dont il s'agit ici.
>
•
Il obferve d'abord que c'eft mal à propos
que quelques Auteurs , & furtout les
plus modernes , ont dépeint Attila avec
de noires couleurs ; felon eux ce Conquerant
étoit feroce ,-barbare , & extrê
mement cruel . Un Ecrivain ancien & contemporain
nous le repréfente , au contraire
comme un Prince d'un naturel doux
& de très - bonnes moeurs . Il eft vrai , dit
M. Eccard , que les Romains l'ayant extrêmement
irrité, & lui ayant fouvent tendu
des embuches , Attila mit tout en ufage,
pour le venger & c'eft cette vengeance
pouffée un peu loin qui lui a acquis la mauvaife
réputation dont notre Auteur tâche
de le laver. Il aura peut- être de la peine à
réuffit ; car il faut avouer que le préjugé
eft grand & déja ancien au fujet de ce
Prince. Un habile Hiſtorien ( M. l'Abbé
de Vertot, Hift. de Malte , Liv. VI. ) pour
nous donner une jufte idée du fameux
у
Ta1806
MERCURE DE FRANCE
Tamerlan , dit qu'on peut regarder ce
Conquerant Tartare comme un autre Attila,
comme un fleau de Dieu & c.
Quoiqu'il en foit , cette idée de ferocité
& de barbarie qu'on s'eft faite de la
perfonne d'Attila , a paffé jufques fur fes
Médailles ; ce qui paroît qui paroît principalement
fur celle du Cabinet de Jean André Bofius
, grand bronze , où l'on voit d'un
côté la tête de ce Prince reprefenté vultu
truculento , comme parle notre Auteur , &
la barbe fort longue , avec cette Legen
de, ATTILA REX , & fur le Revers la
Ville d'Aquilée avec fon nom AQUILEIA.
Mais M. Eccard foutient que les meilleurs
Antiquaires ont toujours crû cette
Médaille fauffe & fuppofée.
Il parle enfuite de deux autres Médailles
prétendues d'Attila par J.Jacques Chiflet
, & par lui rapportées , comme ayant
été trouvées dans la terre à Besançon ;
elles font d'argent : d'un côté on voit le
bufte d'un Prince encore jeune , ayant
des aîles aux épaules ; & pour Legende
ATEULA. Au Revers un Cheval, la tête
levée , avec une corne au milieu ; fur le
dos un Bâton augural , & entre les pieds
du Cheval un Pentagone : dans l'Exergue
la Lune dans fon décours , avec ce
mot VLATOS .
Notre Antiquaire fait mention d'une .
troiAOUST.
1730. 1807
rroifiéme Médaille prefque femblable
qui lui a été communiquée par un Sçavant
de fes amis ( Reverendiſſ. Abbas Lucenfis
Gerhardus ) dont la Legende de la
Tête eft AT IU LA, & il n'oublie pas celle
que rapporte le P. Bandouri , dont la Legende
eft ATEUL. ayant fur le Revers
un Cheval fans corne & fans lituus , avec
ce mot , comme à celles de Befançon
VLATOS.
Du Cange & Mezabarbe en ont donné
une autre de bronze , où l'on voit d'un côté
la tête nuë d'un jeune homme avec ce
mot ATILA. Au Revers un Lion , fans.
Legende. Mezabarbe affure en avoir vû
une autre auffi de bronze , où du côté de
la Tête on lifoit ATHIL. au Revers un
Cheval fans Legende.
Si on en croit le P. Bandouri , toutes
ces Médailles font du fameux Attila ; Beger
, au contraire , les attribue à Vlacus .
Ateulus , Prince Celte ; mais fes preuves
ont paru foibles à M. Eccard , qui croit
avec Cambden qu'elles ont été frappées
pour un Prince Breton , fentiment fuivi
Gibſon dans fes Additions à l'Ouvra
de Cambden fur la Grande Bretagne,
& confirmé par de pareilles Médailles qui
ont été trouvées dans le même Pays : outre
que l'argent pur dont -elles font fabriquées
ne convient point au fiecle de
par
gc
barbaric
1808 MERCURE DE FRANCE
barbarie du Vainqueur des Romains
tems auquel on fe fervoit d'une matiere
bien inferieure pour la fabrique des Monnoyes.
Nous ne ferons qu'efleurer les autres
preuves qui concourent à donner ces Médailles
au Prince Breton ; le Pentagone
qu'on y voit êtoit une figure facrée chez
les Celtes , & le fimbole du bonheur
d'où vient qu'encore aujourd'hui dans la
haute Allemagne on appelle cette Figure
mifterieufe Druttenfuſſ. c'eſt- à - dire , Pied
des Druides ou des Prêtres Celtiques. L'épi
qu'on voit fur les Médailles de Cambden
& de Gibfon font un fimbole de la Grande
Bretagne , qui fe trouve auffi fur pluſieurs
Médailles de Cunobellinus , Roi Breton
ainfi que la Lune , autre figne de bonheurs
le Lituus , ou Bâton augural défigne
la Religion , & on trouve le Cheval
prefque fur toutes les Médailles Celtiques
& Britanniques , parcequ'on en nouriffoit
beaucoup dans l'un & dans l'autre Pays.
A l'égard de la Figure aîlée , elle convient
parfaitement , & s'accorde avec la Figure
de la Victoire Britannique VICTORIA
BRITANNICA , fi connue par les Médailles
d'Antonin Pie , de Commode , de
Severe , de Geta & c . Dion dans la Vie de
Neron remarque d'ailleurs que la Victoire
étoit particulierement adorée chez les
Brea
A O UST. 1730. 1809
·
Bretons fous le nom d'Adrafte ; il rapporte
même une Priere addreffée à cette Divinité
par Boodix ou Bundovix , Amazone
* Britannique . Cette derniere preuve
eft fort étendue dans notre Auteur ; mais
en voilà affez pour appuyer un fentiment
qui eft avancé avec beaucoup d'apparence
& de folidité.
M. Eccard après avoir exercé fa critique
fur des Médailles trop legerement
attribuées à Attila , en produit une de ce
Conquerant tirée de fon Cabinet dont il
nous garantit la verité en ces termes :
Attila Numus fi unquamgenuinus extitit ,
nos poffidere certum eft . Elle eft de petit
bronze ; d'un côté ce Prince eft repréfenté
fans barbe avec un air & un regard fort
doux , la tête couverte d'une efpece de
Thiare , qui eft un peu défigurée ſur la
Médaille ; ce qui paroît du corps eft habillé
d'une maniere barbare , corpus paludamento
barbarico veftitum eft ; fur le Re-
* Nous avons employé le terme d'Amazonne
Britannique après M. Eccardo M M. de Lipfic.
Ce terme qui a quelque chofe d'extraordinaire
n'eft point dans le Grec de Dion.ni dans la vers
fion de Xilandre que nous avons confultés; mais
l'Héroïne dont il eft ici queftion le méritoit fans
doute : fon avanture fait un des plus beaux
morceaux de l'Hiftorien Grec
propofons de la prefenter unur à nos Lecteurs
nous nous
F vers
1810 MERCURE DE FRANCE
vers il n'y a autre chofe que ces deux
mots en caracteres fort nets & bien confervés
, A DULA (REX ; ils font enfermés
, auffi bien que la Figure du premier
côté de la Médaille,dans une couronne de
laurier. A bien confiderer l'image & l'ha
billement de ce Prince , on y trouve quelchofe
de reffemblant à Baduila ou Toque
tila , Roi des Goths ; mais cela n'empê
che pas M. Eccard de foûtenir que la Médaille
eft veritablement d'Attilla . Cette
reffemblance , dit- il , vient de l'ufage
dans lequel étoit ce Frince , qui aimoit
les moeurs & la Langue des Goths , de
s'habiller à la Gothique , trouvant cette
manieré plus commode , & fi l'on veut
plus galante , elegantiùs , que celle de fon
Pays , comme les Goths eux - mêmes
avoient emprunté l'habit des Getes après
leur avoir fuccedé , en les chaffant des
Regions qu'ils avoient occupées fur le Danube
, ainfi que M. Eccard s'engage de
le faire voir ailleurs.
ATTILE Hunnorum Regis . Remarques
de Jean- George Eccard ,fur les Medailles
d'Attila Roi des Huns .
Une Médaille d'Attila rapportée par le
P. Bandouri , Benedictin , dans fon bas Empire
, a donné lieu à M. Eccard , Hiftoriographe
& Bibliotequaire du Roi George
d'Angleterre , Electeur d'Hanover , & c.
de faire les Remarques dont il s'agit ici.
>
•
Il obferve d'abord que c'eft mal à propos
que quelques Auteurs , & furtout les
plus modernes , ont dépeint Attila avec
de noires couleurs ; felon eux ce Conquerant
étoit feroce ,-barbare , & extrê
mement cruel . Un Ecrivain ancien & contemporain
nous le repréfente , au contraire
comme un Prince d'un naturel doux
& de très - bonnes moeurs . Il eft vrai , dit
M. Eccard , que les Romains l'ayant extrêmement
irrité, & lui ayant fouvent tendu
des embuches , Attila mit tout en ufage,
pour le venger & c'eft cette vengeance
pouffée un peu loin qui lui a acquis la mauvaife
réputation dont notre Auteur tâche
de le laver. Il aura peut- être de la peine à
réuffit ; car il faut avouer que le préjugé
eft grand & déja ancien au fujet de ce
Prince. Un habile Hiſtorien ( M. l'Abbé
de Vertot, Hift. de Malte , Liv. VI. ) pour
nous donner une jufte idée du fameux
у
Ta1806
MERCURE DE FRANCE
Tamerlan , dit qu'on peut regarder ce
Conquerant Tartare comme un autre Attila,
comme un fleau de Dieu & c.
Quoiqu'il en foit , cette idée de ferocité
& de barbarie qu'on s'eft faite de la
perfonne d'Attila , a paffé jufques fur fes
Médailles ; ce qui paroît qui paroît principalement
fur celle du Cabinet de Jean André Bofius
, grand bronze , où l'on voit d'un
côté la tête de ce Prince reprefenté vultu
truculento , comme parle notre Auteur , &
la barbe fort longue , avec cette Legen
de, ATTILA REX , & fur le Revers la
Ville d'Aquilée avec fon nom AQUILEIA.
Mais M. Eccard foutient que les meilleurs
Antiquaires ont toujours crû cette
Médaille fauffe & fuppofée.
Il parle enfuite de deux autres Médailles
prétendues d'Attila par J.Jacques Chiflet
, & par lui rapportées , comme ayant
été trouvées dans la terre à Besançon ;
elles font d'argent : d'un côté on voit le
bufte d'un Prince encore jeune , ayant
des aîles aux épaules ; & pour Legende
ATEULA. Au Revers un Cheval, la tête
levée , avec une corne au milieu ; fur le
dos un Bâton augural , & entre les pieds
du Cheval un Pentagone : dans l'Exergue
la Lune dans fon décours , avec ce
mot VLATOS .
Notre Antiquaire fait mention d'une .
troiAOUST.
1730. 1807
rroifiéme Médaille prefque femblable
qui lui a été communiquée par un Sçavant
de fes amis ( Reverendiſſ. Abbas Lucenfis
Gerhardus ) dont la Legende de la
Tête eft AT IU LA, & il n'oublie pas celle
que rapporte le P. Bandouri , dont la Legende
eft ATEUL. ayant fur le Revers
un Cheval fans corne & fans lituus , avec
ce mot , comme à celles de Befançon
VLATOS.
Du Cange & Mezabarbe en ont donné
une autre de bronze , où l'on voit d'un côté
la tête nuë d'un jeune homme avec ce
mot ATILA. Au Revers un Lion , fans.
Legende. Mezabarbe affure en avoir vû
une autre auffi de bronze , où du côté de
la Tête on lifoit ATHIL. au Revers un
Cheval fans Legende.
Si on en croit le P. Bandouri , toutes
ces Médailles font du fameux Attila ; Beger
, au contraire , les attribue à Vlacus .
Ateulus , Prince Celte ; mais fes preuves
ont paru foibles à M. Eccard , qui croit
avec Cambden qu'elles ont été frappées
pour un Prince Breton , fentiment fuivi
Gibſon dans fes Additions à l'Ouvra
de Cambden fur la Grande Bretagne,
& confirmé par de pareilles Médailles qui
ont été trouvées dans le même Pays : outre
que l'argent pur dont -elles font fabriquées
ne convient point au fiecle de
par
gc
barbaric
1808 MERCURE DE FRANCE
barbarie du Vainqueur des Romains
tems auquel on fe fervoit d'une matiere
bien inferieure pour la fabrique des Monnoyes.
Nous ne ferons qu'efleurer les autres
preuves qui concourent à donner ces Médailles
au Prince Breton ; le Pentagone
qu'on y voit êtoit une figure facrée chez
les Celtes , & le fimbole du bonheur
d'où vient qu'encore aujourd'hui dans la
haute Allemagne on appelle cette Figure
mifterieufe Druttenfuſſ. c'eſt- à - dire , Pied
des Druides ou des Prêtres Celtiques. L'épi
qu'on voit fur les Médailles de Cambden
& de Gibfon font un fimbole de la Grande
Bretagne , qui fe trouve auffi fur pluſieurs
Médailles de Cunobellinus , Roi Breton
ainfi que la Lune , autre figne de bonheurs
le Lituus , ou Bâton augural défigne
la Religion , & on trouve le Cheval
prefque fur toutes les Médailles Celtiques
& Britanniques , parcequ'on en nouriffoit
beaucoup dans l'un & dans l'autre Pays.
A l'égard de la Figure aîlée , elle convient
parfaitement , & s'accorde avec la Figure
de la Victoire Britannique VICTORIA
BRITANNICA , fi connue par les Médailles
d'Antonin Pie , de Commode , de
Severe , de Geta & c . Dion dans la Vie de
Neron remarque d'ailleurs que la Victoire
étoit particulierement adorée chez les
Brea
A O UST. 1730. 1809
·
Bretons fous le nom d'Adrafte ; il rapporte
même une Priere addreffée à cette Divinité
par Boodix ou Bundovix , Amazone
* Britannique . Cette derniere preuve
eft fort étendue dans notre Auteur ; mais
en voilà affez pour appuyer un fentiment
qui eft avancé avec beaucoup d'apparence
& de folidité.
M. Eccard après avoir exercé fa critique
fur des Médailles trop legerement
attribuées à Attila , en produit une de ce
Conquerant tirée de fon Cabinet dont il
nous garantit la verité en ces termes :
Attila Numus fi unquamgenuinus extitit ,
nos poffidere certum eft . Elle eft de petit
bronze ; d'un côté ce Prince eft repréfenté
fans barbe avec un air & un regard fort
doux , la tête couverte d'une efpece de
Thiare , qui eft un peu défigurée ſur la
Médaille ; ce qui paroît du corps eft habillé
d'une maniere barbare , corpus paludamento
barbarico veftitum eft ; fur le Re-
* Nous avons employé le terme d'Amazonne
Britannique après M. Eccardo M M. de Lipfic.
Ce terme qui a quelque chofe d'extraordinaire
n'eft point dans le Grec de Dion.ni dans la vers
fion de Xilandre que nous avons confultés; mais
l'Héroïne dont il eft ici queftion le méritoit fans
doute : fon avanture fait un des plus beaux
morceaux de l'Hiftorien Grec
propofons de la prefenter unur à nos Lecteurs
nous nous
F vers
1810 MERCURE DE FRANCE
vers il n'y a autre chofe que ces deux
mots en caracteres fort nets & bien confervés
, A DULA (REX ; ils font enfermés
, auffi bien que la Figure du premier
côté de la Médaille,dans une couronne de
laurier. A bien confiderer l'image & l'ha
billement de ce Prince , on y trouve quelchofe
de reffemblant à Baduila ou Toque
tila , Roi des Goths ; mais cela n'empê
che pas M. Eccard de foûtenir que la Médaille
eft veritablement d'Attilla . Cette
reffemblance , dit- il , vient de l'ufage
dans lequel étoit ce Frince , qui aimoit
les moeurs & la Langue des Goths , de
s'habiller à la Gothique , trouvant cette
manieré plus commode , & fi l'on veut
plus galante , elegantiùs , que celle de fon
Pays , comme les Goths eux - mêmes
avoient emprunté l'habit des Getes après
leur avoir fuccedé , en les chaffant des
Regions qu'ils avoient occupées fur le Danube
, ainfi que M. Eccard s'engage de
le faire voir ailleurs.
Fermer
Résumé : « J. G. ECCARDI Observatio de Nummis ATTILAE Hunnorum Regis. Remarques [...] »
Le texte 'Obfervatio de Nummis' de Jean-George Eccard aborde les médailles attribuées à Attila, roi des Huns. Eccard conteste la vision moderne d'Attila comme un conquérant féroce et barbare, préférant suivre les descriptions des écrivains anciens qui le présentent comme un prince doux et de bonnes mœurs. Cette réputation négative serait le résultat de la vengeance d'Attila contre les Romains, qui lui tendaient souvent des pièges. Eccard analyse plusieurs médailles prétendument d'Attila. La première, en bronze, montre Attila avec une barbe longue et est considérée comme fausse par les antiquaires. Deux autres médailles, en argent et trouvées à Besançon, représentent un prince jeune avec des ailes et un cheval avec une corne. D'autres médailles portent des légendes variées comme 'ATEULA' ou 'ATILA'. Le texte discute des attributions de ces médailles, certaines étant attribuées à Vlacus Ateulus, un prince celte, tandis qu'Eccard les attribue à un prince breton. Les symboles sur les médailles, comme le pentagone et le cheval, sont des figures sacrées chez les Celtes. Eccard conclut en présentant une médaille d'Attila en petit bronze, où le roi est représenté sans barbe et avec un regard doux, habillé à la manière gothique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5486
p. 1810-1816
« GEMMARUM affabrè sculptarum Thesaurus, quem suis sumptibus collegit J. [...] »
Début :
GEMMARUM affabrè sculptarum Thesaurus, quem suis sumptibus collegit J. [...]
Mots clefs :
Pierres précieuses, Marbre antique, Dissertation, Marbre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « GEMMARUM affabrè sculptarum Thesaurus, quem suis sumptibus collegit J. [...] »
GEMMARUM affabrè fculptarum Thefaurus
, quem fuis fumptibus collegit J.
Mart. ab Ebermayer Norimbergenfis ,
Digeffit & recenfuit J. Jacobus Baierus
Ph . & Med. Doctor hujufque in Acad .
Altorfina Profeffor Primarius . Noribergæ
1. vol. in fol. 1720. &c. C'eſt - à-dire 9
Trefor
A O UST . 1730. 181 1
Trefor de Pierres précieufes excellemment gravées
, recueilli par Jean Martin d'Ebermayer
de Nuremberg , mis en ordre & expliqué
parJean Jacques Bayer , Docteur &
Premier Profeffeur en Medecine de l'Univerfité
d'Altor . 1. Vol. in fol. à Nuremberg,
1720. chez l'Auteur du Recueil.
M. d'Ebermayer eft un riche Marchand
de Nuremberg , qui poffede un fort beau
Cabinet , dont les Pierres gravées font la
plus belle & la principale partie . Les Antiquaires
lui doivent le foin qu'il a pris,
de les amaffer à grands frais , & ils doi
vent à M. Bayer la peine qu'il s'eft donnée
de les examiner & de les expliquer. Parmi
les Piéces les plus rares & les plus curieufes
de ce Tréfor , reprefenté dans le Livre
en 30. Planches , d'une très-belle gravure,
on diftingue la Déeffe Flore, l'Enlevement
de Proferpine , le Triomphe de Bacchus
& d'Adiadne , un double Sacrifice à Diane
, le Jugement de Pâris , fur une trèsbelle
Calcedoine ; l'Enlevement des Sabines
le Jugement d'Horace & l'Action
Héroïque de Scevola , divers Empereurs
Romains , le Triomphe de Tite , enfin
plufieurs Divinités & plufieurs Mifteres
de la Théologie Payenne , fur lefquels ,
M. Bayer fait paroître beaucoup d'érudition.
Fij COR
1812 MERCURE DE FRANCE
CORNELII VAN BYNKERSHOEK ,
& Senatoris opufculum de jure occidendi ,
vendendi & exponendi liberos apud veteres
Romanos. Lugduni Batav . 1719. in
4. c'est à dire , Opufcule de Corneille Van
Bynkershoek , Furifconfulte & Senateur , fur
le droit de faire mourir , de vendre & d'expofer
les enfans chez les anciens Romains.
A Leyde, vol . in 4. 1719.
Si nous jugeons de cet Ouvrage par
l'Extrait qu'en ont fait M M. du Journal
de Lipfic , il doit être fort étendu , & le.
Titre d'Opufcule eft un peu trop modefte .
Pour le fonds dans lequel nous nous dif-.
penfons d'entrer , il nous a paru que c'eft
une matiere plus curieufe qu'utile & intereffante
, & qui repreſente parfaitement
bien le génie de domination , la ferocité
& la dureté naturelle des anciensRomains.
ΠΕΡΙ ΤΩΝ ΚΑΘΗΚΟΝΤΩΝ BIBAO
& c. c'est-à-dire , Traité des Offices
ou des Devoirs de la Vi : Civile , écrit par le
Prince Jean Nicolas , Fils d'Alexandre
Maurocordato , Vaivode , & Seigneur de
toute la Valachie & c.1.vol. in 4. à Buchereft
1719 .
Parmi les Princes qui fe font appliqués
à l'étude des Lettres , on en compte plufieurs
qui ont laiffé à la pofterité des Monumens
refpectables de cette application,
&
Á O UST. 1730. 1813
que
>
& dans ce nombre on diftingue particulierement
ceux qui nous ont laiffé des
Traités de Morale ; tels font Marc- Aurele
, Empereur Romain , Leon le Philo
fophe , Bazile & Conftantin , Empereurs
Grecs , Jacques I. Roi d'Angleterre , &
voici le Sereniffime Prince Jean Nicolas
Maurocordato , qui de nos jours , en fuivant
les traces de ces Grands Hommes , à
l'honneur des Lettres & des Lettres
Grecques , dont on peut dire qu'il eft le
Reftaurateur & le Mecéne , nous donne
auffi un Ouvrage de Morale écrit en
Grec , avec autant d'élegance & de politeffe
de folidité ; il eft intitulé nel
Twv xaðnнóvTWV , ou des Devoirs qui conviennent
à la Vie Civile , en commençant
par la Religion , & traittant en particulier
des devoirs du Prince à cet égard . L'illuſtre
Auteur , outre l'Ecriture , les Peres & les
meilleurs Auteurs Ecclefiaftiqnes , n'oublie
pas ce que les Ecrivains Prophanes
ont dit de bon fur la Morale , appuyé
particulierement de l'autorité de S. Bafile
le Grand , qui a fait un excellent Traité
de l'utilité qu'on peut tirer des Ecrits des
Auteurs Prophanes. Nous fommes fâchés
de ne pouvoir pas entrer dans le détail
de cet Ouvrage ; M M. de Lipfic y ont
fuppléé en nous faifant connoître un bon
Livre , imprimé dans le fond de la Vala-
F iij chic
1814 MERCURE DE FRANCE
chie , qui fans eux feroit ignoré dans plu
fieurs Contrées de l'Europe Sçavante.
JOANNIS OLIVE RHODIGINI ,
in marmor Ifiacum Romæ nuper effoffum ,
Exercitationes ad Reverendiffimum Patrem
Magiftrum F. ANTONIUM CLOCHE
, totius Dominicanæ Familiæ Generalem.
1. vol. in 8. Romæ , apud Joannem
Mariam Salvioni , Typographus Vaticuni
, in Archigymnafio Sapientiæ 1719 ..
c'eft à- dire , Differtation de Jean Oliva
fur un marbre antique confacré à la Déeffe
Ifis , découvert depuis peu à Rome , addref
fée au R. P. Antoine Cloche , General des
Dominicains. A Rome vol . in 8. 1719 .
Il y a environ dix ans que les Religieux
de l'Ordre de S. Dominique , du Convent
de la Minerve , en faiſant creufer les fondemens
de quelques nouveaux Edifices ,
pour procurer principalement un eſpace
plus convenable à la fameufe Bibliotheque
du Cardinal Cafenate , trouverent un
Marbre antique , orné de Figures en bas
reliefs, d'une fculpture exquife fur fes
tre faces , bas reliefs qui charmerent les
Connoiffeurs , & qui les déterminerent à
juger que ce marbre a été un Monument
confacré au culte de la Déeffe Ifis . Peu
de tems aprés cette découverte , le fçayant
M. Oliva fe trouvant à Rome étudia ce
qua-
Monu
A O UST. 1730. 1815'
*
Monument, & prononça là deffus un Diſcours
dans la Bibliotheque dont nous venons
de parler. Il fut depuis invité par
les deux habiles hommes qui préſident à
cette Bibliotheque , de publier fon fentiment
, & de faire connoître à tout le mon
de fçavant ce qu'il penfe du Monument
dont il s'agit , ce que M. Oliva ne pût refufer
, & ce qui donna lieu à une Differtation
dont M M. de Lipfic ont fait un
Extrait qui fait honneur à leur goût & à
P'habileté de l'Auteur.
Cet Extrait eft fuivi d'une autre Differtation
fur le même fujet , imprimée toute
entiere dans le même Journal , laquelle
porte pour titre In idem illud marmor
Ifiacum GEORGII CHRISTIANI GEBAVERI,
Vratislavienfis Exercitatio . Ce
fecond Antiquaire fait paroître auffi beaucoup
d'érudition ; mais il n'eft pas du fentiment
de M. Oliva en expliquant les fimboles
qui fe trouvent fur ce marbre Egyptien.
Ils conviennent encore moins du nom
qu'il faut lui donner ; étoit-ce un Autel ?
la Bafe ou le Piédeftal d'une Statuë ? d'une
Colomne ou fimplement une Pierre Votive
&c. c'est ce qu'il n'eft pas aifé de déterminer.
Nous ren voyons les Curieux
aux Recherches de ces M M. & au deffein
parfaitement bien gravé des Bas - Reliefs
en queftion , qui fe trouve auffi dans
F iiij
le
#1816 MERCURE DE FRANCE
le Journal de Lipfic , page 394. de la même
année 1720 .
, quem fuis fumptibus collegit J.
Mart. ab Ebermayer Norimbergenfis ,
Digeffit & recenfuit J. Jacobus Baierus
Ph . & Med. Doctor hujufque in Acad .
Altorfina Profeffor Primarius . Noribergæ
1. vol. in fol. 1720. &c. C'eſt - à-dire 9
Trefor
A O UST . 1730. 181 1
Trefor de Pierres précieufes excellemment gravées
, recueilli par Jean Martin d'Ebermayer
de Nuremberg , mis en ordre & expliqué
parJean Jacques Bayer , Docteur &
Premier Profeffeur en Medecine de l'Univerfité
d'Altor . 1. Vol. in fol. à Nuremberg,
1720. chez l'Auteur du Recueil.
M. d'Ebermayer eft un riche Marchand
de Nuremberg , qui poffede un fort beau
Cabinet , dont les Pierres gravées font la
plus belle & la principale partie . Les Antiquaires
lui doivent le foin qu'il a pris,
de les amaffer à grands frais , & ils doi
vent à M. Bayer la peine qu'il s'eft donnée
de les examiner & de les expliquer. Parmi
les Piéces les plus rares & les plus curieufes
de ce Tréfor , reprefenté dans le Livre
en 30. Planches , d'une très-belle gravure,
on diftingue la Déeffe Flore, l'Enlevement
de Proferpine , le Triomphe de Bacchus
& d'Adiadne , un double Sacrifice à Diane
, le Jugement de Pâris , fur une trèsbelle
Calcedoine ; l'Enlevement des Sabines
le Jugement d'Horace & l'Action
Héroïque de Scevola , divers Empereurs
Romains , le Triomphe de Tite , enfin
plufieurs Divinités & plufieurs Mifteres
de la Théologie Payenne , fur lefquels ,
M. Bayer fait paroître beaucoup d'érudition.
Fij COR
1812 MERCURE DE FRANCE
CORNELII VAN BYNKERSHOEK ,
& Senatoris opufculum de jure occidendi ,
vendendi & exponendi liberos apud veteres
Romanos. Lugduni Batav . 1719. in
4. c'est à dire , Opufcule de Corneille Van
Bynkershoek , Furifconfulte & Senateur , fur
le droit de faire mourir , de vendre & d'expofer
les enfans chez les anciens Romains.
A Leyde, vol . in 4. 1719.
Si nous jugeons de cet Ouvrage par
l'Extrait qu'en ont fait M M. du Journal
de Lipfic , il doit être fort étendu , & le.
Titre d'Opufcule eft un peu trop modefte .
Pour le fonds dans lequel nous nous dif-.
penfons d'entrer , il nous a paru que c'eft
une matiere plus curieufe qu'utile & intereffante
, & qui repreſente parfaitement
bien le génie de domination , la ferocité
& la dureté naturelle des anciensRomains.
ΠΕΡΙ ΤΩΝ ΚΑΘΗΚΟΝΤΩΝ BIBAO
& c. c'est-à-dire , Traité des Offices
ou des Devoirs de la Vi : Civile , écrit par le
Prince Jean Nicolas , Fils d'Alexandre
Maurocordato , Vaivode , & Seigneur de
toute la Valachie & c.1.vol. in 4. à Buchereft
1719 .
Parmi les Princes qui fe font appliqués
à l'étude des Lettres , on en compte plufieurs
qui ont laiffé à la pofterité des Monumens
refpectables de cette application,
&
Á O UST. 1730. 1813
que
>
& dans ce nombre on diftingue particulierement
ceux qui nous ont laiffé des
Traités de Morale ; tels font Marc- Aurele
, Empereur Romain , Leon le Philo
fophe , Bazile & Conftantin , Empereurs
Grecs , Jacques I. Roi d'Angleterre , &
voici le Sereniffime Prince Jean Nicolas
Maurocordato , qui de nos jours , en fuivant
les traces de ces Grands Hommes , à
l'honneur des Lettres & des Lettres
Grecques , dont on peut dire qu'il eft le
Reftaurateur & le Mecéne , nous donne
auffi un Ouvrage de Morale écrit en
Grec , avec autant d'élegance & de politeffe
de folidité ; il eft intitulé nel
Twv xaðnнóvTWV , ou des Devoirs qui conviennent
à la Vie Civile , en commençant
par la Religion , & traittant en particulier
des devoirs du Prince à cet égard . L'illuſtre
Auteur , outre l'Ecriture , les Peres & les
meilleurs Auteurs Ecclefiaftiqnes , n'oublie
pas ce que les Ecrivains Prophanes
ont dit de bon fur la Morale , appuyé
particulierement de l'autorité de S. Bafile
le Grand , qui a fait un excellent Traité
de l'utilité qu'on peut tirer des Ecrits des
Auteurs Prophanes. Nous fommes fâchés
de ne pouvoir pas entrer dans le détail
de cet Ouvrage ; M M. de Lipfic y ont
fuppléé en nous faifant connoître un bon
Livre , imprimé dans le fond de la Vala-
F iij chic
1814 MERCURE DE FRANCE
chie , qui fans eux feroit ignoré dans plu
fieurs Contrées de l'Europe Sçavante.
JOANNIS OLIVE RHODIGINI ,
in marmor Ifiacum Romæ nuper effoffum ,
Exercitationes ad Reverendiffimum Patrem
Magiftrum F. ANTONIUM CLOCHE
, totius Dominicanæ Familiæ Generalem.
1. vol. in 8. Romæ , apud Joannem
Mariam Salvioni , Typographus Vaticuni
, in Archigymnafio Sapientiæ 1719 ..
c'eft à- dire , Differtation de Jean Oliva
fur un marbre antique confacré à la Déeffe
Ifis , découvert depuis peu à Rome , addref
fée au R. P. Antoine Cloche , General des
Dominicains. A Rome vol . in 8. 1719 .
Il y a environ dix ans que les Religieux
de l'Ordre de S. Dominique , du Convent
de la Minerve , en faiſant creufer les fondemens
de quelques nouveaux Edifices ,
pour procurer principalement un eſpace
plus convenable à la fameufe Bibliotheque
du Cardinal Cafenate , trouverent un
Marbre antique , orné de Figures en bas
reliefs, d'une fculpture exquife fur fes
tre faces , bas reliefs qui charmerent les
Connoiffeurs , & qui les déterminerent à
juger que ce marbre a été un Monument
confacré au culte de la Déeffe Ifis . Peu
de tems aprés cette découverte , le fçayant
M. Oliva fe trouvant à Rome étudia ce
qua-
Monu
A O UST. 1730. 1815'
*
Monument, & prononça là deffus un Diſcours
dans la Bibliotheque dont nous venons
de parler. Il fut depuis invité par
les deux habiles hommes qui préſident à
cette Bibliotheque , de publier fon fentiment
, & de faire connoître à tout le mon
de fçavant ce qu'il penfe du Monument
dont il s'agit , ce que M. Oliva ne pût refufer
, & ce qui donna lieu à une Differtation
dont M M. de Lipfic ont fait un
Extrait qui fait honneur à leur goût & à
P'habileté de l'Auteur.
Cet Extrait eft fuivi d'une autre Differtation
fur le même fujet , imprimée toute
entiere dans le même Journal , laquelle
porte pour titre In idem illud marmor
Ifiacum GEORGII CHRISTIANI GEBAVERI,
Vratislavienfis Exercitatio . Ce
fecond Antiquaire fait paroître auffi beaucoup
d'érudition ; mais il n'eft pas du fentiment
de M. Oliva en expliquant les fimboles
qui fe trouvent fur ce marbre Egyptien.
Ils conviennent encore moins du nom
qu'il faut lui donner ; étoit-ce un Autel ?
la Bafe ou le Piédeftal d'une Statuë ? d'une
Colomne ou fimplement une Pierre Votive
&c. c'est ce qu'il n'eft pas aifé de déterminer.
Nous ren voyons les Curieux
aux Recherches de ces M M. & au deffein
parfaitement bien gravé des Bas - Reliefs
en queftion , qui fe trouve auffi dans
F iiij
le
#1816 MERCURE DE FRANCE
le Journal de Lipfic , page 394. de la même
année 1720 .
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Résumé : « GEMMARUM affabrè sculptarum Thesaurus, quem suis sumptibus collegit J. [...] »
Le texte présente plusieurs ouvrages et découvertes historiques. Jean Martin d'Ebermayer, un riche marchand de Nuremberg, a compilé un recueil de pierres précieuses gravées intitulé 'GEMMARUM affabre fculptarum Thefaurus'. Cet ouvrage, publié en 1720, contient 30 planches de gravures représentant des scènes mythologiques et historiques, telles que 'La Déeffe Flore', 'L'Enlevement de Proserpine', et divers empereurs romains. Les explications des gravures ont été fournies par Jean Jacques Bayer, professeur de médecine à l'Université d'Altorf. Corneille Van Bynkershoek, juriste et sénateur, a publié en 1719 à Leyde un ouvrage sur le droit de faire mourir, de vendre et d'exposer les enfants chez les anciens Romains. Le prince Jean Nicolas Maurocordato, vaivode de Valachie, a écrit un traité de morale intitulé 'ΠΕΡΙ ΤΩΝ ΚΑΘΗΚΟΝΤΩΝ BIBAO' ou 'Traité des Offices ou des Devoirs de la Vie Civile'. Publié à Bucarest en 1719, cet ouvrage traite des devoirs civiques et religieux, s'appuyant sur des sources ecclésiastiques et profanes. Enfin, le texte mentionne la découverte d'un marbre antique consacré à la déesse Isis, trouvé à Rome par des dominicains. Jean Oliva et Georg Christian Gebauer ont publié des dissertations sur ce monument, chacune offrant des interprétations différentes des symboles et de la fonction du marbre. Ces dissertations ont été publiées à Rome en 1719 et dans le Journal de Lipfic.
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5487
p. 1816-1818
L'Art d'enseigner le Latin aux enfans en les divertissant & sans qu'ils s'en apperçoivent, [titre d'après la table]
Début :
L'ART D'ENSEIGNER LE LATIN aux petits enfans en les divertissant & sans [...]
Mots clefs :
Latin, Enfants, Éducation
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texteReconnaissance textuelle : L'Art d'enseigner le Latin aux enfans en les divertissant & sans qu'ils s'en apperçoivent, [titre d'après la table]
L'ART D'ENSEIGNER LE LATIN aux
petits enfans en les divertiffant & fans
qu'ils s'en aperçoivent. Dépendance de
L'Art d'élever la jeuneffe , felon la difference
des âges , du fexe & des conditions;
par M. de Vallanges . A Paris , Quay des
Auguftins & rue S. Jacques , chez Gandouin
& Laifnel , 1730.
M. de Vallanges ne fe dément point ;
continuellement animé d'un zele ardent
pour le bien public en general , & pour
l'avancement des Lettres & l'éducation
des enfans , defcend dans ce petit ouvrage
jufques dans les moindres détails ,
fur tout ce qu'il croit pouvoir être utile
à tous les vaftes projets. Quand on joindra
le Latin aux Arts & aux Sciences , dit il ,
on ne verra plus gueres de Faineans , qui
font les Chenilles , les Sauterelles & les
Hannetons de chaque Etat.... Outre les
avantages de la nouvelle Méthode , j'ajouterai
que l'on enfeigne le Latin à peu
de frais , parce qu'on n'eft pas long temps
à l'apprendre, & que l'on n'ufe ni encre ,
ni plumes , ni papier ; par ce moyen les
enfans ne tâcheront ni leur linge, ni leurs
habits , & ils ne gâteront pas leurs mains,
comme ils font à prefent en grifonant
leurs
A O UST. 1730. 1817
leurs Thémes. . . Et comme il n'y
a point de Thémes à compofer , on épargne
auffi les Verges & les Férules , inftrumens
qu'on ne connoît point du tout
dans mon fyftême d'étude .
Il prend la précaution à la page 16 ;
de prier le Lecteur d'excufer fes naïvetez
, les entretiens familiers ne demandant
pas tant de régularité . Je ne parle
point icy en Académicien , dit-il.
Dans l'art d'élever les enfans qui font à la
mammelle, l'Auteur ne veut point que les
enfans connoiffent leurs nourrices. On
peut tirer de tres- grands avantages de
cette pratique , pourfuit- il . Le commerce
d'entretien d'un enfant avec fa nourrice
ne peut être que très
préjudiciable
aux enfans , ainfi je ne le fouffrirois
point
du tout.Vous en verrez la raifon dans mon
Art d'élever
les enfans
à la mammelle
.
Dans ce qui regarde
l'éducation
de la
jeuneffe
, je vous confeille
de tout changer;
j'offre de fournir
dans tres- peu de
temps un tres- grand nombre
de Gouvernantes
& de Promeneufes
, & de Remueufes
Latiniftes
; il ne faudroit
pas un an
pour en fournir
tout Paris , toutes les
Villes de Province
, & tout les Païs Etrangers.
Une Chandelle
allumée
en allume
bien vîte dix autres , les dix autres
en allument
chacune
, &c. & ainfi dans peu de
F v A
(1818 MERCURE DE FRANCE .
temps toute la Terre feroit latine.
A la page 68 , & fuivantes, M. de Vallanges
, donne des idées generales d'Academies
inftructives
, propres
aux garçons
&
aux filles de differens états. N'oublions
pas
cette circonftance
: Je donnerai
le moyen
inceffamment
, dit- il , que cette éducation
ne coute rien du tout aux parens .
le
C'eft par le miniftere des filles , pourfuit
l'Auteur , que l'on donnera la forme
à tous les enfans des deux fexes , de quelques
conditions qu'ils foient . C'eſt par
moyen de ces filles que l'on enfeignera
les Langues , les Sciences , les Arts , les
Hiftoires & même les exercices du corps;
en plaifantera qui voudra , je fçai à quoi
m'en tenir.
petits enfans en les divertiffant & fans
qu'ils s'en aperçoivent. Dépendance de
L'Art d'élever la jeuneffe , felon la difference
des âges , du fexe & des conditions;
par M. de Vallanges . A Paris , Quay des
Auguftins & rue S. Jacques , chez Gandouin
& Laifnel , 1730.
M. de Vallanges ne fe dément point ;
continuellement animé d'un zele ardent
pour le bien public en general , & pour
l'avancement des Lettres & l'éducation
des enfans , defcend dans ce petit ouvrage
jufques dans les moindres détails ,
fur tout ce qu'il croit pouvoir être utile
à tous les vaftes projets. Quand on joindra
le Latin aux Arts & aux Sciences , dit il ,
on ne verra plus gueres de Faineans , qui
font les Chenilles , les Sauterelles & les
Hannetons de chaque Etat.... Outre les
avantages de la nouvelle Méthode , j'ajouterai
que l'on enfeigne le Latin à peu
de frais , parce qu'on n'eft pas long temps
à l'apprendre, & que l'on n'ufe ni encre ,
ni plumes , ni papier ; par ce moyen les
enfans ne tâcheront ni leur linge, ni leurs
habits , & ils ne gâteront pas leurs mains,
comme ils font à prefent en grifonant
leurs
A O UST. 1730. 1817
leurs Thémes. . . Et comme il n'y
a point de Thémes à compofer , on épargne
auffi les Verges & les Férules , inftrumens
qu'on ne connoît point du tout
dans mon fyftême d'étude .
Il prend la précaution à la page 16 ;
de prier le Lecteur d'excufer fes naïvetez
, les entretiens familiers ne demandant
pas tant de régularité . Je ne parle
point icy en Académicien , dit-il.
Dans l'art d'élever les enfans qui font à la
mammelle, l'Auteur ne veut point que les
enfans connoiffent leurs nourrices. On
peut tirer de tres- grands avantages de
cette pratique , pourfuit- il . Le commerce
d'entretien d'un enfant avec fa nourrice
ne peut être que très
préjudiciable
aux enfans , ainfi je ne le fouffrirois
point
du tout.Vous en verrez la raifon dans mon
Art d'élever
les enfans
à la mammelle
.
Dans ce qui regarde
l'éducation
de la
jeuneffe
, je vous confeille
de tout changer;
j'offre de fournir
dans tres- peu de
temps un tres- grand nombre
de Gouvernantes
& de Promeneufes
, & de Remueufes
Latiniftes
; il ne faudroit
pas un an
pour en fournir
tout Paris , toutes les
Villes de Province
, & tout les Païs Etrangers.
Une Chandelle
allumée
en allume
bien vîte dix autres , les dix autres
en allument
chacune
, &c. & ainfi dans peu de
F v A
(1818 MERCURE DE FRANCE .
temps toute la Terre feroit latine.
A la page 68 , & fuivantes, M. de Vallanges
, donne des idées generales d'Academies
inftructives
, propres
aux garçons
&
aux filles de differens états. N'oublions
pas
cette circonftance
: Je donnerai
le moyen
inceffamment
, dit- il , que cette éducation
ne coute rien du tout aux parens .
le
C'eft par le miniftere des filles , pourfuit
l'Auteur , que l'on donnera la forme
à tous les enfans des deux fexes , de quelques
conditions qu'ils foient . C'eſt par
moyen de ces filles que l'on enfeignera
les Langues , les Sciences , les Arts , les
Hiftoires & même les exercices du corps;
en plaifantera qui voudra , je fçai à quoi
m'en tenir.
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Résumé : L'Art d'enseigner le Latin aux enfans en les divertissant & sans qu'ils s'en apperçoivent, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'L'Art d'enseigner le latin aux petits enfans en les divertissant & sans qu'ils s'en aperçoivent' de M. de Vallanges, publié à Paris en 1730, présente une méthode innovante pour l'apprentissage du latin chez les enfants. Vallanges vise à combiner l'enseignement du latin avec les arts et les sciences pour réduire l'oisiveté. Sa méthode permet un apprentissage rapide et économique, sans matériel coûteux, et évite de salir les vêtements et les mains des enfants, tout en supprimant les punitions corporelles. Vallanges recommande également que les nourrissons ne connaissent pas leurs nourrices pour éviter des influences négatives. Pour l'éducation des jeunes filles, il propose de former rapidement des gouvernantes et des promeneuses latinisantes afin de diffuser l'apprentissage du latin à Paris, en province et à l'étranger. L'auteur suggère la création d'académies instructives pour les garçons et les filles de différents milieux sociaux, financées par le ministère des filles, offrant une éducation gratuite en langues, sciences, arts, histoire et exercices physiques.
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5488
p. 1818-1822
Recueil de Têtes de Caracteres de Leonard de Vinci, [titre d'après la table]
Début :
RECUEIL de Têtes de Caractere & de Charges, dessinées par Léonard de Vinci, [...]
Mots clefs :
Léonard de Vinci, Estampes, Dessins
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texteReconnaissance textuelle : Recueil de Têtes de Caracteres de Leonard de Vinci, [titre d'après la table]
RECUEIL de Têtes de Caractere & de
Charges , deffinées par Léonard de Vinci,
Florentin , & gravées par M. le C. de C ..
1730. A Paris , rue S. Jacques , aux Colonnes
d'Hercule , chez J. Mariette . Petit
in folio.
Il n'y a perfonne , pour peu qu'il foit
verfé dans la connoiffance des beaux
Arts , qui ne reconnoiffe Leonard de Vinci
pour un Peintre du premier ordre . Ceux
qui ont entrepris d'écrire fa vie , l'ont remplie
des Eloges les plus flateurs. Eh quelles
louanges , en effet , ne font pas dues à
celui
AOUST . 1730. 1819
celui qu'on peut regarder comme le Ref
taurateur de la Peinture & le modele fur
lequel fe font formez les deux plus excellens
Artiftes d'entre les modernes , Raphaël
& Michel-Ange ? Mais il reftoit encore
à prefenter au public quelque Corps.
d'ouvrage de ce fçavant Peintre , capable
de donner une idée plus complette
de fon mérite. Le Recueil de Deffeins qui
vient d'être mis au jour , y paroît trespropre.
L'application & la lagacité de
Léonard à bien exprimer la diverfité des
caracteres , s'y manifeſtent dans toute leur
étendue , & par là on peut juger des foins
qu'il s'eft donné pour approfondir les autres
parties de fon Art. La Nature qui fut
toujours le principal objet de fes études ,
s'y prefente avec cette naïveté qui en
fait toute la beauté. On y retrouve avec
plaifir ces Phyfionomies fingulieres & variées
que nous rencontrons tous les jours,
mais qui frappent davantage dans les deffeins
de Leonard ; parce que pour fe les
fixer lui- même dans la mémoire avec des.
caracteres plus durables , il les a chargées ,
c'est-à- dire, qu'en s'attachant à imiter les
traits du vilage de fes modeles , dans la
vûe d'en faire des Portraits reffemblans
il a groffi ou diminué certaines parties où
la nature fembloit s'être jouée avec plus
de bifarrerie ; & profitant avec adreffe de
Cep
1820 MERCURE DE FRANCE
cet avantage , il a fçû rendre les reffemblances
plus piquantes , & faire en quelque
forte oublier que les formes avoient
fouffert entre fes mains une altération.
Le talent de Léonard de Vinci pour
deffiner de ces fortes de Charges , étoit
furprenant ; & celles -cy font exécutées
avec un efprit , une légereté , une correction
& un fçavoir dignes de lui. On y
trouve dans un tres-petit efpace , la même
étude , & les mêmes détails qu'on
pourroit défirer dans une Tête de grandeur
naturelle , & le travail y eft diftribué
fi à propos , y eft fi bien ménagé ,
qu'il fait fon effet , fans qu'il y paroiſſe
de l'affectation. Telle eft l'idée qu'on peut
donner de ces rares deffeins de Léonard
de Vinci , qui font paflez depuis peu de
Londres à Paris.
·
Les Estampes qu'on en a gravées les
feront encore mieux connoître , puifqu'elles
font gravées avec beaucoup
d'exactitude & de précifion . Elles font
au nombre de foixante , qui reprefentent
toutes des Têtes de caractere , en
y comprenant celle qui eft à la fin du
livre , & qui eft d'après Louis Cigoli , excellent
Peintre Florentin. Quelques -unes
de cesTêtes avoient été gravées cy - devant
par Vencefis Hollar , Graveur de réputation
, fans doute lorfque les deffeins étoient
entre les mains du Comte d'Arundel , faA
O UST. 1730. 1821
meux curieux ; mais ce qu'il a fait , paroitra
tres- peu fidele , fi on le compare avec
ce qui vient d'être gravé.
Le Frontifpice de ce Recueil de Têtes
répond à la beauté des deffeins de Léonard
, il vient d'après un excellent def
fein d'Auguftin Carrache , qu'on a gràvé
dans la maniere appellée Clairobfcur
pour mieux imiter l'original qui eft lavé
d'Aquarelle.
Une Lettre de 22 pages fuit ce Frontif
pice. Léonard de Vinci , & en particulier
les deffeins dont on vient de parler en
font le fujet ; l'on s'y étend principalement
fur la maniere de penfer & d'operer
de ce grand homme.On s'eft même moins
appliqué à rapporter les faits de fa vie,qu'à
entrer dans le détail de l'Art ; l'un avoit
déja été fait par Vafari & par d'autres
Ecrivains ; l'autre maniere de traiter fon
Hiftoire a paru plus curieufe & peut- être
deviendra t -elle plus inftructive.C'eft dans
cette vûë qu'on y a relevé plufieurs fentimens
qui font particuliers à Léonard .
On n'y donne rien qui ne foit tiré de fes
propres Ecrits, ou de ceux d'Auteurs connus
qu'on a eu la précaution de citer.
L'Hiftoire de ce qui fe paffa à l'occafion dufameux
Tableau de la Cêne, que Léonard
peignit dans le Réfectoire du Monaſtere
de fainte Marie des Graces à Milan , y eſt
rapportée
1822 MERCURE DE FRANCE
rapportée dans un très-grand détail , autfi
étoit-elle néceffaire pour développer &
mettre dans tout fon jour la façon de
penfer ; la plupart des circonstances dont
elle eft chargée , avoient échappé à Vafari
, & ne contribuent pas peu à la rendre
intereffante . Cette Lettre eft encore
accompagnée de plufieurs Notes Hiftoriques
, qui roulent fur la Peinture , & qui
ont prefque toutes le mérite de la nouveauté.
On a auffi crû neceffaire d'ajoûter
à la fin de la Lettre un Catalogue détaillé
de tout ce qu'on fçait avoir été gravé d'après
les Tableaux ou Deffeins de Leonard.
Il ne feroit , fans doute , pas inutile que
quelqu'un prît la peine d'en donner autant
fur les autres Maitres.
Charges , deffinées par Léonard de Vinci,
Florentin , & gravées par M. le C. de C ..
1730. A Paris , rue S. Jacques , aux Colonnes
d'Hercule , chez J. Mariette . Petit
in folio.
Il n'y a perfonne , pour peu qu'il foit
verfé dans la connoiffance des beaux
Arts , qui ne reconnoiffe Leonard de Vinci
pour un Peintre du premier ordre . Ceux
qui ont entrepris d'écrire fa vie , l'ont remplie
des Eloges les plus flateurs. Eh quelles
louanges , en effet , ne font pas dues à
celui
AOUST . 1730. 1819
celui qu'on peut regarder comme le Ref
taurateur de la Peinture & le modele fur
lequel fe font formez les deux plus excellens
Artiftes d'entre les modernes , Raphaël
& Michel-Ange ? Mais il reftoit encore
à prefenter au public quelque Corps.
d'ouvrage de ce fçavant Peintre , capable
de donner une idée plus complette
de fon mérite. Le Recueil de Deffeins qui
vient d'être mis au jour , y paroît trespropre.
L'application & la lagacité de
Léonard à bien exprimer la diverfité des
caracteres , s'y manifeſtent dans toute leur
étendue , & par là on peut juger des foins
qu'il s'eft donné pour approfondir les autres
parties de fon Art. La Nature qui fut
toujours le principal objet de fes études ,
s'y prefente avec cette naïveté qui en
fait toute la beauté. On y retrouve avec
plaifir ces Phyfionomies fingulieres & variées
que nous rencontrons tous les jours,
mais qui frappent davantage dans les deffeins
de Leonard ; parce que pour fe les
fixer lui- même dans la mémoire avec des.
caracteres plus durables , il les a chargées ,
c'est-à- dire, qu'en s'attachant à imiter les
traits du vilage de fes modeles , dans la
vûe d'en faire des Portraits reffemblans
il a groffi ou diminué certaines parties où
la nature fembloit s'être jouée avec plus
de bifarrerie ; & profitant avec adreffe de
Cep
1820 MERCURE DE FRANCE
cet avantage , il a fçû rendre les reffemblances
plus piquantes , & faire en quelque
forte oublier que les formes avoient
fouffert entre fes mains une altération.
Le talent de Léonard de Vinci pour
deffiner de ces fortes de Charges , étoit
furprenant ; & celles -cy font exécutées
avec un efprit , une légereté , une correction
& un fçavoir dignes de lui. On y
trouve dans un tres-petit efpace , la même
étude , & les mêmes détails qu'on
pourroit défirer dans une Tête de grandeur
naturelle , & le travail y eft diftribué
fi à propos , y eft fi bien ménagé ,
qu'il fait fon effet , fans qu'il y paroiſſe
de l'affectation. Telle eft l'idée qu'on peut
donner de ces rares deffeins de Léonard
de Vinci , qui font paflez depuis peu de
Londres à Paris.
·
Les Estampes qu'on en a gravées les
feront encore mieux connoître , puifqu'elles
font gravées avec beaucoup
d'exactitude & de précifion . Elles font
au nombre de foixante , qui reprefentent
toutes des Têtes de caractere , en
y comprenant celle qui eft à la fin du
livre , & qui eft d'après Louis Cigoli , excellent
Peintre Florentin. Quelques -unes
de cesTêtes avoient été gravées cy - devant
par Vencefis Hollar , Graveur de réputation
, fans doute lorfque les deffeins étoient
entre les mains du Comte d'Arundel , faA
O UST. 1730. 1821
meux curieux ; mais ce qu'il a fait , paroitra
tres- peu fidele , fi on le compare avec
ce qui vient d'être gravé.
Le Frontifpice de ce Recueil de Têtes
répond à la beauté des deffeins de Léonard
, il vient d'après un excellent def
fein d'Auguftin Carrache , qu'on a gràvé
dans la maniere appellée Clairobfcur
pour mieux imiter l'original qui eft lavé
d'Aquarelle.
Une Lettre de 22 pages fuit ce Frontif
pice. Léonard de Vinci , & en particulier
les deffeins dont on vient de parler en
font le fujet ; l'on s'y étend principalement
fur la maniere de penfer & d'operer
de ce grand homme.On s'eft même moins
appliqué à rapporter les faits de fa vie,qu'à
entrer dans le détail de l'Art ; l'un avoit
déja été fait par Vafari & par d'autres
Ecrivains ; l'autre maniere de traiter fon
Hiftoire a paru plus curieufe & peut- être
deviendra t -elle plus inftructive.C'eft dans
cette vûë qu'on y a relevé plufieurs fentimens
qui font particuliers à Léonard .
On n'y donne rien qui ne foit tiré de fes
propres Ecrits, ou de ceux d'Auteurs connus
qu'on a eu la précaution de citer.
L'Hiftoire de ce qui fe paffa à l'occafion dufameux
Tableau de la Cêne, que Léonard
peignit dans le Réfectoire du Monaſtere
de fainte Marie des Graces à Milan , y eſt
rapportée
1822 MERCURE DE FRANCE
rapportée dans un très-grand détail , autfi
étoit-elle néceffaire pour développer &
mettre dans tout fon jour la façon de
penfer ; la plupart des circonstances dont
elle eft chargée , avoient échappé à Vafari
, & ne contribuent pas peu à la rendre
intereffante . Cette Lettre eft encore
accompagnée de plufieurs Notes Hiftoriques
, qui roulent fur la Peinture , & qui
ont prefque toutes le mérite de la nouveauté.
On a auffi crû neceffaire d'ajoûter
à la fin de la Lettre un Catalogue détaillé
de tout ce qu'on fçait avoir été gravé d'après
les Tableaux ou Deffeins de Leonard.
Il ne feroit , fans doute , pas inutile que
quelqu'un prît la peine d'en donner autant
fur les autres Maitres.
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Résumé : Recueil de Têtes de Caracteres de Leonard de Vinci, [titre d'après la table]
Le document présente un recueil de dessins et de charges réalisés par Léonard de Vinci et gravés par M. le C. de C., publié à Paris en 1730. Léonard de Vinci est reconnu pour son talent exceptionnel en tant que peintre, capable d'exprimer la diversité des caractères. Le recueil, intitulé 'Recueil de Têtes de Caractere & de Charges', met en évidence l'application et la sagacité de Léonard dans l'art de la définition. Les dessins capturent la nature avec une simplicité qui en accentue la beauté et représentent des physionomies singulières et variées avec précision. Léonard de Vinci avait l'habitude de mettre en relief certaines parties des visages pour accentuer les ressemblances. Son talent pour définir ces charges est remarquable, et les dessins sont exécutés avec esprit, légèreté, correction et savoir. Les estampes, au nombre de soixante, sont gravées avec exactitude et précision et représentent des têtes de caractère, dont une d'après Louis Cigoli. Le recueil inclut également une lettre de 22 pages sur Léonard de Vinci et ses définitions, se concentrant sur sa manière de penser et d'opérer. Cette lettre détaille l'histoire du célèbre tableau de la Cène, peint par Léonard dans le réfectoire du monastère de Sainte-Marie des Grâces à Milan, et inclut des notes historiques sur la peinture. Un catalogue détaillé des œuvres gravées d'après les tableaux ou définitions de Léonard est fourni à la fin de la lettre.
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5489
p. 1822-1826
« MEDITATIONS pour tous les jours de l'année, tirées des Evangiles qui se lisent [...] »
Début :
MEDITATIONS pour tous les jours de l'année, tirées des Evangiles qui se lisent [...]
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texteReconnaissance textuelle : « MEDITATIONS pour tous les jours de l'année, tirées des Evangiles qui se lisent [...] »
MEDITATIONS pour tous les jours
de l'année , tirées des Evangiles qui fe lifent
à la Meffe , & pour les Fêtes principales
des S S. avec leurs Octaves , par
Dom Jean - Firmin Rainffant , Benedictin ,
&c. quatriéme Edition . A Paris , ruë
S. Jacques , chez G. Martin , in 4.
MEDITATION s fur la Regle de faint
Benoît . Par M. A. J. le B. de Rancé
Abbé de la Trape . Troifiéme Edition
augmentée de la veritable préparation à
la mort. In 12. 5o . fols. Chez le même.
MB
>>
"A O UST . 1730. 1823
MEMOIRES du Comte de Buffi
Rabutin . Deuxième Edition . A Paris ,
idem. 3. vol . in 12. 7. liv . 10. fols.
DISCOURS du Comte de Buffi à fes:
Enfans , fur le bon ufage des adverfitez
& des divers évenemens de fa Vie. Troifiéme
Edition , in 12. 50. fols . Chez le
même.
HISTOIRE des Plantes qui naiffent
aux environs de Paris , avec leur ufage
dans la Médecine . Par M. de Tournefort ,
de l'Académie Royale des Sciences . Troifiéme
Edition , augmentée par M. Bernard'
de Juffieu , de la même Académie. Chez.
le même. 2. vol . in 12. 5. livres
ABREGE' DES MEDITATION.S
fur la Vie de J. C. pour tous les jours
de l'année , & pour les Fêtes des Saints ,.
divifées felon les quatre faifons de l'année
; avec celles pour les Retraites . Part
le P. Haynenfve , de la Compagnie de Je
fus. Chez le même. huitiéme Edition . 4.
vol. in 12. 8. livres..
COURS DES SCIENCES fur des principes
nouveaux & fimples pour former le
Langage , l'efprit & le coeur , dans l'ufage
ordinaire de la vie. Par le R..P. Buffiers
Do
1824 MERCURE DE FRANCE
D. L. C. D. J. A Paris , rue S. Jacques
chez Cavelier & chez Giffaut , in folio de
8. à 900. pages, à deux colonnes . Caractere
de S. Auguftin .
ELEMENS HISTORIQUES , ou Méthode
courte & facile pour apprendre
l'Hiftoire aux enfans. Dédiez à S. A. S.
M. le Duc de Chartres. A Paris , ruë de la
vieille Bouclerie & rue du Foin , che J. B.
Lamefle, & la veuve de P. de Lormel ,
1730. 2. vol. in 12 .
LE TRIOMPHE DE L'ELOQUENCE,
dédié à M" de l'Académie Françoiſe . Par
Madame de Gomez. Quai des Auguftins,
& Quai de Gefures , chez le Clerc , Saugrain
& Prault , 1730. brochure in 12 .
de 86. pages.
LES REGLES DU DROIT FRAN
çois , par M. Claude Pocquet de la Livoniere
, A Paris , chez J. B. Coignard ,
ruë S. Jacques , 1730. in 12 .
COMMENTAIRE fur la Géométrie de
Defcantes , par le R. P. Robuel , de la Compagnie
de Jefus. A Lion , ruë Merciere ,
chez Marcellin Duplain , 1733. in 4. de
590. pages,
MIAOUST.
1730. 1825
MEDICINA MUSICA , &c. par M. Richard
Browne. A Londres , chez les Knaptons.
C'eft un Effai dans lequel on examine
l'effet que le Chant ou la Danfe , ou
la Mufique doit faire fur le corps humain ,
fuivant les loix de la Méchanique. On y
a joint un Traité fur la nature des Maladies
de la Rate & des Vapeurs , & fur
les manieres de les guérir.
SENATUS - CONSULTI DE BA CCHANALIBUS
, &c. Explication du
Senatus- Confulte , ou de l'Arrêt du Sénat
concernant les Bacchanales, gravé fur une
ancienne Table d'airain , confervé à Vienne
dans le Cabinet de l'Empereur , par
Mathieu Egittio . A Naples , chez Felix
Mufca , 1729. in folio de 221. pages . 2 .
Planches.
L'ETAT ET LES DELICES DE LA
SUISSE , en forme de Relation critique
, par plufieurs Auteurs celebres , enrichi
de Figures en Taille- douce , defſi- .
nées fur les lieux , & des Cartes Géographiques.
très- exactes. Amfterdam , chez les
Wefteins & Smith , 1730. 4. vol . in 12.
On apprend de Londres , que le Docteur Arthur
Bedford , a prefenté depuis peu au Roi , àla
Reine & au Prince de Galles , fon Livre intitulé,
Chronologie de la Sainte Ecriture , démontrée
par des Calculs Aftronomiques,
1826 MERCURE DE FRANCE
On apprend auffi de Londres , que M. Pope
a mis à la tête des OEuvres de Shakespear , dans
l'Edition nouvelle qu'il en a faite , une Préface
contre laquelle un Auteur , qui fe dit Comédien
de Campagne , a pris la deffenfe des Acteurs qui
ont autrefois repréſenté les Pieces de ce Poëte.
Il éclaircit en même-temps quelques points
de la Vie de Shakeſpear , & de l'Hiftoire du
Théatre de ce temps- là.
de l'année , tirées des Evangiles qui fe lifent
à la Meffe , & pour les Fêtes principales
des S S. avec leurs Octaves , par
Dom Jean - Firmin Rainffant , Benedictin ,
&c. quatriéme Edition . A Paris , ruë
S. Jacques , chez G. Martin , in 4.
MEDITATION s fur la Regle de faint
Benoît . Par M. A. J. le B. de Rancé
Abbé de la Trape . Troifiéme Edition
augmentée de la veritable préparation à
la mort. In 12. 5o . fols. Chez le même.
MB
>>
"A O UST . 1730. 1823
MEMOIRES du Comte de Buffi
Rabutin . Deuxième Edition . A Paris ,
idem. 3. vol . in 12. 7. liv . 10. fols.
DISCOURS du Comte de Buffi à fes:
Enfans , fur le bon ufage des adverfitez
& des divers évenemens de fa Vie. Troifiéme
Edition , in 12. 50. fols . Chez le
même.
HISTOIRE des Plantes qui naiffent
aux environs de Paris , avec leur ufage
dans la Médecine . Par M. de Tournefort ,
de l'Académie Royale des Sciences . Troifiéme
Edition , augmentée par M. Bernard'
de Juffieu , de la même Académie. Chez.
le même. 2. vol . in 12. 5. livres
ABREGE' DES MEDITATION.S
fur la Vie de J. C. pour tous les jours
de l'année , & pour les Fêtes des Saints ,.
divifées felon les quatre faifons de l'année
; avec celles pour les Retraites . Part
le P. Haynenfve , de la Compagnie de Je
fus. Chez le même. huitiéme Edition . 4.
vol. in 12. 8. livres..
COURS DES SCIENCES fur des principes
nouveaux & fimples pour former le
Langage , l'efprit & le coeur , dans l'ufage
ordinaire de la vie. Par le R..P. Buffiers
Do
1824 MERCURE DE FRANCE
D. L. C. D. J. A Paris , rue S. Jacques
chez Cavelier & chez Giffaut , in folio de
8. à 900. pages, à deux colonnes . Caractere
de S. Auguftin .
ELEMENS HISTORIQUES , ou Méthode
courte & facile pour apprendre
l'Hiftoire aux enfans. Dédiez à S. A. S.
M. le Duc de Chartres. A Paris , ruë de la
vieille Bouclerie & rue du Foin , che J. B.
Lamefle, & la veuve de P. de Lormel ,
1730. 2. vol. in 12 .
LE TRIOMPHE DE L'ELOQUENCE,
dédié à M" de l'Académie Françoiſe . Par
Madame de Gomez. Quai des Auguftins,
& Quai de Gefures , chez le Clerc , Saugrain
& Prault , 1730. brochure in 12 .
de 86. pages.
LES REGLES DU DROIT FRAN
çois , par M. Claude Pocquet de la Livoniere
, A Paris , chez J. B. Coignard ,
ruë S. Jacques , 1730. in 12 .
COMMENTAIRE fur la Géométrie de
Defcantes , par le R. P. Robuel , de la Compagnie
de Jefus. A Lion , ruë Merciere ,
chez Marcellin Duplain , 1733. in 4. de
590. pages,
MIAOUST.
1730. 1825
MEDICINA MUSICA , &c. par M. Richard
Browne. A Londres , chez les Knaptons.
C'eft un Effai dans lequel on examine
l'effet que le Chant ou la Danfe , ou
la Mufique doit faire fur le corps humain ,
fuivant les loix de la Méchanique. On y
a joint un Traité fur la nature des Maladies
de la Rate & des Vapeurs , & fur
les manieres de les guérir.
SENATUS - CONSULTI DE BA CCHANALIBUS
, &c. Explication du
Senatus- Confulte , ou de l'Arrêt du Sénat
concernant les Bacchanales, gravé fur une
ancienne Table d'airain , confervé à Vienne
dans le Cabinet de l'Empereur , par
Mathieu Egittio . A Naples , chez Felix
Mufca , 1729. in folio de 221. pages . 2 .
Planches.
L'ETAT ET LES DELICES DE LA
SUISSE , en forme de Relation critique
, par plufieurs Auteurs celebres , enrichi
de Figures en Taille- douce , defſi- .
nées fur les lieux , & des Cartes Géographiques.
très- exactes. Amfterdam , chez les
Wefteins & Smith , 1730. 4. vol . in 12.
On apprend de Londres , que le Docteur Arthur
Bedford , a prefenté depuis peu au Roi , àla
Reine & au Prince de Galles , fon Livre intitulé,
Chronologie de la Sainte Ecriture , démontrée
par des Calculs Aftronomiques,
1826 MERCURE DE FRANCE
On apprend auffi de Londres , que M. Pope
a mis à la tête des OEuvres de Shakespear , dans
l'Edition nouvelle qu'il en a faite , une Préface
contre laquelle un Auteur , qui fe dit Comédien
de Campagne , a pris la deffenfe des Acteurs qui
ont autrefois repréſenté les Pieces de ce Poëte.
Il éclaircit en même-temps quelques points
de la Vie de Shakeſpear , & de l'Hiftoire du
Théatre de ce temps- là.
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Résumé : « MEDITATIONS pour tous les jours de l'année, tirées des Evangiles qui se lisent [...] »
Le document présente une liste de publications diverses parues entre 1729 et 1826. Parmi les ouvrages mentionnés, on trouve des méditations religieuses, telles que les 'Méditations pour tous les jours de l'année' de Dom Jean-Firmin Rainffant et les 'Méditations sur la Règle de saint Benoît' de l'Abbé de Rancé. Les 'Mémoires du Comte de Buffi Rabutin' et ses 'Discours' sont également cités, ainsi qu'une 'Histoire des Plantes' de M. de Tournefort, augmentée par M. Bernard de Jussieu. D'autres publications incluent un 'Abrégé des Méditations' du Père Haynenfve, un 'Cours des Sciences' du Père Buffiers, et des 'Éléments Historiques' dédiés au Duc de Chartres. Le document mentionne aussi des œuvres littéraires et scientifiques, comme 'Le Triomphe de l'Éloquence' de Madame de Gomez, les 'Règles du Droit Français' de M. Claude Pocquet de la Livoniere, et un 'Commentaire sur la Géométrie' du Père Robuel. Des traités médicaux et musicaux, tels que 'Medicina Musica' de Richard Browne, et des ouvrages historiques comme 'L'État et les Délices de la Suisse' sont également listés. Enfin, le document rapporte des nouvelles littéraires concernant des publications récentes à Londres, notamment une 'Chronologie de la Sainte Écriture' du Docteur Arthur Bedford et une nouvelle édition des œuvres de Shakespeare avec une préface controversée de M. Pope.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5490
p. 1826-1829
LETTRE de M. Morand, Chirurgien, à M. Falconet le fils, Docteur en Medecine, de l'Académie des Belles-Lettres, &c.
Début :
MONSIEUR, Démontrer par le raisonnement qu'une découverte peut être bonne, c'est une façon de mettre [...]
Mots clefs :
Pierre, Opération, Malade, Guérison, Opération de la taille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Morand, Chirurgien, à M. Falconet le fils, Docteur en Medecine, de l'Académie des Belles-Lettres, &c.
LETTRE de M. Morand , Chirurgien , à
M. Falconet le fils , Docteur en Medecine
, de l'Académie des Belles - Lettres
, &c.
MONSIEUR ;
Démontrer par le raifonnement qu'une décou
verte peut être bonne , c'eſt une façon de mettre
les connoiffeurs en état de juger du merite de
la choſe , mais elle ne perfuade pas tout le monde.
Prouver par des Experiences que la pratique
en eft utile , c'eſt une façon sûre de convaincre
les incrédules , & de ruiner les préjugés:appuyer
enfin cette découverte fur le raifonnement &
Pexperience en même- tems , n'est- ce pas remplir
tout ce que l'on peut exiger de celui qui la
propofe
>
Je n'examine point ici , Monfieur,fi la Méthode
de tailler de la Pierre par l'appareil lateral
que quelques - uns ont nommé à l'Angloife , eft
une opération nouvelle ou non , cela fera difcuzé
ailleurs ; il me fuffit de la propofer comme
une opération excellente , à laquelle on peut appliquer
A O UST . 1730. 1827
pliquer ce que je viens de dire fur une découverte
en general.
>
Tout ce qui regarde la théorie de cette opération
a été parfaitement traité , Monfieur , dans
votre fçavante Thefe : An , educendo calculo ,
cateris anteferendus Apparatus lateralis . Une
érudition recherchée , une Logique judicieufe ,
un parallele exact de cette Méthode avec les
autres en établiffent le mérite , mais il falloit
des faits , & les plus pénetrés de la verité de la
Thefe fe difoient mutuellement , il ne manque
plus que de mettre l'opération en pratique. Permettez
donc , Monfieur , que je vous adreffe
l'Argument victorieux de votre Theſe , c'eft ainfi
que je nomme la Lifte vraye de ceux qui ont
été taillés à Paris par l'Appareil latéral. /
1. Claude Mony , âgé de 8 ans , taillé chez,
une garde , dans la rue Jacob , le 7 Septembre
1729. par M. Perchet , guéri.
2. M. l'Abbé Lambert ; Curé de Sercey , Diocèfe
de Langres , âgé de 61 ans , je l'ai taillé le 9
mai 1730. je lui ai tiré cinq pierres groffes comme
des maffepains , guéri.
3. Pierre la Chapelle , âgé de 9 ans , je l'ai
taillé le 9. Mai : je lui ai tiré deux petites pierres
, guéri.
4. Louis - Martin Caillau , âgé de 8 aus ; je
l'ai taillé le 9 May : je lui ai tiré une pierre
groffe comme un gros Abricot , guéri.
f . Louis Durié , âgé de 7 ans : je l'ai taillé le
13 May , je lui ai tiré une petite pierre , guéri.
6 Louis - Jofeph Coquo , âgé de 9 ans : je l'ai
taillé le 13 May , jè lui ai tiré une groffe pierre ,
guéri.
7. Nicolas Desjardins , âgé de 26 ans , je l'ai
taillé le 23 May : je lui ai tiré une pierre murale
, pleine d'afperités , mort.
8.
1828 MERCURE DE FRANCE
8. Claude Barbereau , âgé de 22 ans : Je l'ai
taillé le 23 May ; je lui ai tiré une très- groffe
pierre , chargée de trois pointes , guéri.
9. Pierre Goupy , âgé de cinq ans , taillé par
M. Perchet le 9 May : la pierre étoit petite ,
guéri.
10. Jean- Noël Sellier , âgé de 5 ans , taillé
par M. Perchet , le 9 May : il avoit deux petites
pierres , mort.
11. Edme Fievet , âgé de 6 ans , taillé pár
M. Perchet le 13 May : la pierre étoit petite ,
guéri.
12. Jacques Defroſiers , âgé de 7 ans , taillé
par M. Perchet le 13 May : il avoit deux petites
pierres , guéri.
13. Louis Moutier , âgé de 12 ans
taillé pár
M. Perchet le 24 May , la pierre étoit groffe
comme un petit oeuf, guéri.
14. M. l'Abbé Turcan , âgé de 40 ans , taillé
le 16 May par M. Perchet ; la pierre étoit petite ,
guéri.
15. M. Le Muet , Marchand de Troyes , âgé de
55 ans ; je l'ai taillé le 30 Juillet dernier , malgré
la chaleur , attendu qu'il étoit en danger par
les grandes douleurs qu'il fouffroit de la pierre ,
je lui en ai tiré une affez groffe.
Voilà , Monfieur , quinze Malades taillés par
l'Appareil latéral , dont deux font morts , douze
font gueris & le dernier le fera inceffamment
>
Vous imagineriez
des gens
-
>
vous bien , Monfieur
affez déraisonnables pour nier ces faits
dans desAffemblées refpectables , & vouloir affoiblir
des témoignages vivans que Mr de l'Académie
Royale des Sciences ont vus avec plaifir, & que
les Curieux & les bons Citoyens , ont épluchés
eux-mêmes,pour rendre hommage à la verité, Oui,
Monfieur, il y a de ces gens déraisonnables; mais
ce
A O UST . 1730. 1329
ce qu'il y a de monftrueux , c'eft qu'il s'en trouve
parmi mes Confreres . En verité , tel qui jouit
de la réputation de bon Chirurgien , devroit
bien fe menager celle de veridique . C'est au Public.
équitable à juger d'un procedé pareil ; pour
moi je ne fouhaite rien tant que l'examen
des faits que j'avance , les Regiftres de l'Hôpital
de la Charité en prouveront douze , & rien n'eſt
plus facile à verifier que les trois autres. J'ay
T'honneur d'être , & c.
7
A Paris , ce 24 Août 1730.
M. Falconet le fils , Docteur en Medecine
, de l'Académie des Belles - Lettres
, &c.
MONSIEUR ;
Démontrer par le raifonnement qu'une décou
verte peut être bonne , c'eſt une façon de mettre
les connoiffeurs en état de juger du merite de
la choſe , mais elle ne perfuade pas tout le monde.
Prouver par des Experiences que la pratique
en eft utile , c'eſt une façon sûre de convaincre
les incrédules , & de ruiner les préjugés:appuyer
enfin cette découverte fur le raifonnement &
Pexperience en même- tems , n'est- ce pas remplir
tout ce que l'on peut exiger de celui qui la
propofe
>
Je n'examine point ici , Monfieur,fi la Méthode
de tailler de la Pierre par l'appareil lateral
que quelques - uns ont nommé à l'Angloife , eft
une opération nouvelle ou non , cela fera difcuzé
ailleurs ; il me fuffit de la propofer comme
une opération excellente , à laquelle on peut appliquer
A O UST . 1730. 1827
pliquer ce que je viens de dire fur une découverte
en general.
>
Tout ce qui regarde la théorie de cette opération
a été parfaitement traité , Monfieur , dans
votre fçavante Thefe : An , educendo calculo ,
cateris anteferendus Apparatus lateralis . Une
érudition recherchée , une Logique judicieufe ,
un parallele exact de cette Méthode avec les
autres en établiffent le mérite , mais il falloit
des faits , & les plus pénetrés de la verité de la
Thefe fe difoient mutuellement , il ne manque
plus que de mettre l'opération en pratique. Permettez
donc , Monfieur , que je vous adreffe
l'Argument victorieux de votre Theſe , c'eft ainfi
que je nomme la Lifte vraye de ceux qui ont
été taillés à Paris par l'Appareil latéral. /
1. Claude Mony , âgé de 8 ans , taillé chez,
une garde , dans la rue Jacob , le 7 Septembre
1729. par M. Perchet , guéri.
2. M. l'Abbé Lambert ; Curé de Sercey , Diocèfe
de Langres , âgé de 61 ans , je l'ai taillé le 9
mai 1730. je lui ai tiré cinq pierres groffes comme
des maffepains , guéri.
3. Pierre la Chapelle , âgé de 9 ans , je l'ai
taillé le 9. Mai : je lui ai tiré deux petites pierres
, guéri.
4. Louis - Martin Caillau , âgé de 8 aus ; je
l'ai taillé le 9 May : je lui ai tiré une pierre
groffe comme un gros Abricot , guéri.
f . Louis Durié , âgé de 7 ans : je l'ai taillé le
13 May , je lui ai tiré une petite pierre , guéri.
6 Louis - Jofeph Coquo , âgé de 9 ans : je l'ai
taillé le 13 May , jè lui ai tiré une groffe pierre ,
guéri.
7. Nicolas Desjardins , âgé de 26 ans , je l'ai
taillé le 23 May : je lui ai tiré une pierre murale
, pleine d'afperités , mort.
8.
1828 MERCURE DE FRANCE
8. Claude Barbereau , âgé de 22 ans : Je l'ai
taillé le 23 May ; je lui ai tiré une très- groffe
pierre , chargée de trois pointes , guéri.
9. Pierre Goupy , âgé de cinq ans , taillé par
M. Perchet le 9 May : la pierre étoit petite ,
guéri.
10. Jean- Noël Sellier , âgé de 5 ans , taillé
par M. Perchet , le 9 May : il avoit deux petites
pierres , mort.
11. Edme Fievet , âgé de 6 ans , taillé pár
M. Perchet le 13 May : la pierre étoit petite ,
guéri.
12. Jacques Defroſiers , âgé de 7 ans , taillé
par M. Perchet le 13 May : il avoit deux petites
pierres , guéri.
13. Louis Moutier , âgé de 12 ans
taillé pár
M. Perchet le 24 May , la pierre étoit groffe
comme un petit oeuf, guéri.
14. M. l'Abbé Turcan , âgé de 40 ans , taillé
le 16 May par M. Perchet ; la pierre étoit petite ,
guéri.
15. M. Le Muet , Marchand de Troyes , âgé de
55 ans ; je l'ai taillé le 30 Juillet dernier , malgré
la chaleur , attendu qu'il étoit en danger par
les grandes douleurs qu'il fouffroit de la pierre ,
je lui en ai tiré une affez groffe.
Voilà , Monfieur , quinze Malades taillés par
l'Appareil latéral , dont deux font morts , douze
font gueris & le dernier le fera inceffamment
>
Vous imagineriez
des gens
-
>
vous bien , Monfieur
affez déraisonnables pour nier ces faits
dans desAffemblées refpectables , & vouloir affoiblir
des témoignages vivans que Mr de l'Académie
Royale des Sciences ont vus avec plaifir, & que
les Curieux & les bons Citoyens , ont épluchés
eux-mêmes,pour rendre hommage à la verité, Oui,
Monfieur, il y a de ces gens déraisonnables; mais
ce
A O UST . 1730. 1329
ce qu'il y a de monftrueux , c'eft qu'il s'en trouve
parmi mes Confreres . En verité , tel qui jouit
de la réputation de bon Chirurgien , devroit
bien fe menager celle de veridique . C'est au Public.
équitable à juger d'un procedé pareil ; pour
moi je ne fouhaite rien tant que l'examen
des faits que j'avance , les Regiftres de l'Hôpital
de la Charité en prouveront douze , & rien n'eſt
plus facile à verifier que les trois autres. J'ay
T'honneur d'être , & c.
7
A Paris , ce 24 Août 1730.
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Résumé : LETTRE de M. Morand, Chirurgien, à M. Falconet le fils, Docteur en Medecine, de l'Académie des Belles-Lettres, &c.
La lettre de M. Morand, Chirurgien, adressée à M. Falconet, Docteur en Médecine, traite de la méthode de taille de la pierre par l'appareil latéral, une technique chirurgicale. Morand insiste sur l'importance de démontrer la valeur d'une découverte par le raisonnement et l'expérience pour convaincre les sceptiques et ruiner les préjugés. Il présente cette méthode comme excellente, sans se prononcer sur son caractère novateur. La théorie de cette opération a été abordée dans la thèse de Falconet, mais des faits concrets sont nécessaires pour prouver son efficacité. Morand fournit une liste de quinze patients opérés avec succès par l'appareil latéral, dont douze guéris et deux décédés. Les cas incluent des personnes de différents âges et conditions, opérées par Morand ou M. Perchet. Morand défie ceux qui nient ces faits, notamment certains de ses confrères, et invite à examiner les registres de l'Hôpital de la Charité pour vérifier les résultats. Il exprime son souhait que les faits soient examinés et jugés équitablement par le public. La lettre se conclut par l'expression de son honneur et de sa disponibilité à fournir des preuves supplémentaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5491
p. 1829-1830
EXTRAIT d'une Lettre de Marseille du 24 Juillet, sur une Machine singuliere & utile.
Début :
Il y a ici une Eglise assez jolie, où s'assemblent les Pénitens de la Rédemption des Esclaves [...]
Mots clefs :
Machine, Voûte, Machiniste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre de Marseille du 24 Juillet, sur une Machine singuliere & utile.
EXTRAIT d'une Lettre de Marseille du
24 Juillet ,fur une Machinefinguliere
& utile .
a ici une Eglife affez jolie , où s'affem-
I blent les Pénitens de la Rédemption des Efclaves
;
teur ,
>
cette Eglife a 17 toifes de longueur , & 4
toifes & demi de largeur dans oeuvre La voute
eft foutenue par deux murailles , l'une de 8 toifes
& demi , & l'autre de 7 toifes & demi de haucette
inégalité vient de l'inégalité du terrain.
La pouffée de la voute demandoit toute
l'épaiffeur du mur mais on n'avoit pas donné
à la terre toute la pouffée qui lui étoit neceffaire
pour l'empêcher de s'étendre ; cette inégalité de
terrain , & ce défaut de pouffée avoit caufé un
élargiffement de dix - huit pouces par le haut
& la voute s'étoit abaiffée de huit ou dix pieds
elle s'étoit même fendue par le milieu dans toute
fa longueur , tout l'édifice menaçoit ruine , on
craignoit qu'il ne vint à crouler tout à coup , on
fe difpofoit à le démolir entierement pour le reprendre
dès les fondemens. Un Machiniſte nommé
Pierre Veran de Vaux , s'offrit au commencement
>
18 30 MERCURE DE FRANCE
cement de cette année , de remettre l'Eglife en
fon premier état , de rapprocher les murailles, &
de relever la voute , on lui promit quinze cent
livres , s'il venoit à bout de fon deffein , il entreprit
ce grand ouvrage quinze jours avant Pâques
, il ne fe fervit que de fimples Leviers de
bois , de plufieurs cordages , & d'un Cabeſtan
la voute à été relevée , les murailles fe font approchées
, les fentes ont difparu , l'Eglife eft en
meilleur état qu'auparavant , & à préſent on y
fait l'Office Divin , au grand étonnement de
tous ceux qui avoient vû il y a quelques mois en
quel état étoit pour lors cette Eglife.
24 Juillet ,fur une Machinefinguliere
& utile .
a ici une Eglife affez jolie , où s'affem-
I blent les Pénitens de la Rédemption des Efclaves
;
teur ,
>
cette Eglife a 17 toifes de longueur , & 4
toifes & demi de largeur dans oeuvre La voute
eft foutenue par deux murailles , l'une de 8 toifes
& demi , & l'autre de 7 toifes & demi de haucette
inégalité vient de l'inégalité du terrain.
La pouffée de la voute demandoit toute
l'épaiffeur du mur mais on n'avoit pas donné
à la terre toute la pouffée qui lui étoit neceffaire
pour l'empêcher de s'étendre ; cette inégalité de
terrain , & ce défaut de pouffée avoit caufé un
élargiffement de dix - huit pouces par le haut
& la voute s'étoit abaiffée de huit ou dix pieds
elle s'étoit même fendue par le milieu dans toute
fa longueur , tout l'édifice menaçoit ruine , on
craignoit qu'il ne vint à crouler tout à coup , on
fe difpofoit à le démolir entierement pour le reprendre
dès les fondemens. Un Machiniſte nommé
Pierre Veran de Vaux , s'offrit au commencement
>
18 30 MERCURE DE FRANCE
cement de cette année , de remettre l'Eglife en
fon premier état , de rapprocher les murailles, &
de relever la voute , on lui promit quinze cent
livres , s'il venoit à bout de fon deffein , il entreprit
ce grand ouvrage quinze jours avant Pâques
, il ne fe fervit que de fimples Leviers de
bois , de plufieurs cordages , & d'un Cabeſtan
la voute à été relevée , les murailles fe font approchées
, les fentes ont difparu , l'Eglife eft en
meilleur état qu'auparavant , & à préſent on y
fait l'Office Divin , au grand étonnement de
tous ceux qui avoient vû il y a quelques mois en
quel état étoit pour lors cette Eglife.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre de Marseille du 24 Juillet, sur une Machine singuliere & utile.
Une lettre de Marseille datée du 24 juillet décrit une église fréquentée par les Pénitents de la Rédemption des Esclaves. L'église mesure 17 toises de longueur et 4 toises et demi de largeur. Sa voûte, soutenue par deux murailles inégales en hauteur, a subi des dommages en raison de l'inégalité du terrain et d'un manque de pression sur la terre. Ces problèmes ont causé un élargissement et un abaissement de la voûte, ainsi qu'une fissure sur toute sa longueur, menaçant l'effondrement de l'édifice. Pierre Veran de Vaux, un machiniste, a proposé de restaurer l'église au début de l'année. Quinze jours avant Pâques, il a utilisé des leviers de bois, des cordages et un cabestan pour relever la voûte, rapprocher les murailles et réparer les fissures. L'église est désormais en meilleur état qu'auparavant, permettant la reprise des offices divins, au grand étonnement de tous.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5492
p. 1830-1831
« On nous écrit de Caën que le 12 du mois de Juillet dernier, il se fit un exercice public au [...] »
Début :
On nous écrit de Caën que le 12 du mois de Juillet dernier, il se fit un exercice public au [...]
Mots clefs :
Carte de l'Europe, Collège, Estampes , Antoine Watteau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On nous écrit de Caën que le 12 du mois de Juillet dernier, il se fit un exercice public au [...] »
On nous écrit de Caen que le 12 du mois de
Juillet dernier il fe fit un exercice public au
College du Bois , fur toute l'Andrienne de Terence
; on ouvrit l'Exercice par la récitation du fixiéme
Livre de Telemaque , traduit en Vers Latins
, comme nous l'avons dit dans un de nos
Journaux , par M. Heurtauld , Profeffeur dans
le même College.
Le 21 du même mois il y eut dans le même
College un autre Exercice fur les trois premiers
Livres de Quint- Curce ; on devoit ouvrir cet
Exercice par la récitation du feptiéme & du huitiéme
Livre de Telemaque , traduits par le même
Auteur qui a entrepris le Poeme entier , mais
l'indifpofition d'un Ecolier en empêcha l'éxecution.
L'Affemblée étoit confiderable , & compofée
de perfonnes de diftinction & de fçavoir , qui
ne font pas en petit nombre dans cette Ville.
Le fieur Guillaume Danet , vient de mettre
au jour une nouvelle Carte de l Europe , dreffée
fur les dernieres Obfervations Aftronomiques
, & fur les Itineraires anciens & modernes
;
A O UST. 1730. 1831
nes ; divifée en fes principales parties , exactement
conforme aux poffeffions des Rois & Prinornée
outre cela d'une Bor- ces d'aujourd'hui ;
dure d'un pouce de large , utile & curieuſe , reprefentant
les Armoiries des Royaumes , Républiques
ou Cantons , & autres Etats Souverains,
Cette Carte eft de la derniere utilité pour toutes
fortes de perfonnes , & particulierement
pour le
foulagement de la mémoire des jeunes perfonnes
qu'on veut inftruire dans la Géographie ou dans
la connoiffance de l'ufage de la Carte. Elle fe
Pont Novend
à Paris , chez ledit fieur Danet ,
tre-Dame , à la Sphere Royale,
Il vient de paroître deux nouvelles Eſtampes
en large , de Watteau , d'une compofition admirable
, & toujours d'un gout noble & galand.
Elles fe vendent chez Chereau , rue S. Jacque s ,
& Surugue , rue des Noyers , fous le titre de
Pifle de Cythere , & les Charmes de la vie.
> a ac-
M. de Maifons , Prefident à Mortier
quis depuis peu une très-belle Antique , repre- fentant l'Amour . On a mis au bas ces deux Vers
de M. de Voltaire.
Qui que tu fois , voici ton Maître.
Il l'eft , ou le fut , on doit l'être.
Le 4 Juillet dernier , le Roy fit choix du fieur
Godin pour remplir la place d'Aftronome
affocié
de l'Académie Royale des Sciences , vacante par la promotion du fieur Lieutaud , à celle d'Aftronome-
Penfionnaire
.
Juillet dernier il fe fit un exercice public au
College du Bois , fur toute l'Andrienne de Terence
; on ouvrit l'Exercice par la récitation du fixiéme
Livre de Telemaque , traduit en Vers Latins
, comme nous l'avons dit dans un de nos
Journaux , par M. Heurtauld , Profeffeur dans
le même College.
Le 21 du même mois il y eut dans le même
College un autre Exercice fur les trois premiers
Livres de Quint- Curce ; on devoit ouvrir cet
Exercice par la récitation du feptiéme & du huitiéme
Livre de Telemaque , traduits par le même
Auteur qui a entrepris le Poeme entier , mais
l'indifpofition d'un Ecolier en empêcha l'éxecution.
L'Affemblée étoit confiderable , & compofée
de perfonnes de diftinction & de fçavoir , qui
ne font pas en petit nombre dans cette Ville.
Le fieur Guillaume Danet , vient de mettre
au jour une nouvelle Carte de l Europe , dreffée
fur les dernieres Obfervations Aftronomiques
, & fur les Itineraires anciens & modernes
;
A O UST. 1730. 1831
nes ; divifée en fes principales parties , exactement
conforme aux poffeffions des Rois & Prinornée
outre cela d'une Bor- ces d'aujourd'hui ;
dure d'un pouce de large , utile & curieuſe , reprefentant
les Armoiries des Royaumes , Républiques
ou Cantons , & autres Etats Souverains,
Cette Carte eft de la derniere utilité pour toutes
fortes de perfonnes , & particulierement
pour le
foulagement de la mémoire des jeunes perfonnes
qu'on veut inftruire dans la Géographie ou dans
la connoiffance de l'ufage de la Carte. Elle fe
Pont Novend
à Paris , chez ledit fieur Danet ,
tre-Dame , à la Sphere Royale,
Il vient de paroître deux nouvelles Eſtampes
en large , de Watteau , d'une compofition admirable
, & toujours d'un gout noble & galand.
Elles fe vendent chez Chereau , rue S. Jacque s ,
& Surugue , rue des Noyers , fous le titre de
Pifle de Cythere , & les Charmes de la vie.
> a ac-
M. de Maifons , Prefident à Mortier
quis depuis peu une très-belle Antique , repre- fentant l'Amour . On a mis au bas ces deux Vers
de M. de Voltaire.
Qui que tu fois , voici ton Maître.
Il l'eft , ou le fut , on doit l'être.
Le 4 Juillet dernier , le Roy fit choix du fieur
Godin pour remplir la place d'Aftronome
affocié
de l'Académie Royale des Sciences , vacante par la promotion du fieur Lieutaud , à celle d'Aftronome-
Penfionnaire
.
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Résumé : « On nous écrit de Caën que le 12 du mois de Juillet dernier, il se fit un exercice public au [...] »
Le 12 juillet, le Collège du Bois à Caen a organisé un exercice public durant lequel l'Andrienne de Térence a été interprétée. L'événement a débuté par la récitation du sixième livre de Télémaque, traduit en vers latins par M. Heurtauld. Le 21 juillet, un autre exercice sur les trois premiers livres de Quint-Curce a été perturbé par l'indisposition d'un écolier. Les assemblées étaient composées de personnes distinguées et savantes. Guillaume Danet a publié une nouvelle carte de l'Europe, utile pour l'instruction géographique, disponible à Paris. Deux estampes de Watteau, 'Pilule de Cythère' et 'Les Charmes de la vie', sont en vente chez Chereau et Surugue. M. de Maisons a acquis une antique représentant l'Amour, accompagnée de vers de M. de Voltaire. Le 4 juillet, M. Godin a été choisi pour devenir astronome associé à l'Académie Royale des Sciences, remplaçant M. Lieutaud promu astronome pensionnaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5493
p. *1832-1832
AIR.
Début :
Quels affreux tourbillons ! quels éclairs ! quel tonnerre ! [...]
Mots clefs :
Dieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AIR.
AIR.
Uels affreux tourbillons ! quels éclairs !
quel tonnerre !
Quel débris ! Dieux ! que d'abîmes ouverts ?
Ah! C'en eft fait , les Elémens en guerre ,
Vont bientôt m'engloutir fous l'Empire des
Mers.
Le trépas n'a rien qui m'étonne ;
L'on defcend tôt ou tard dans la nuit du Tombeau.
Mais qu'un Buveur , qu'un enfant de la
Tonne ...
O défefpoir ! ah ! j'en friffonne.
Faudra-t-il , juftes Dieux , que je meure dans
l'eau !
Uels affreux tourbillons ! quels éclairs !
quel tonnerre !
Quel débris ! Dieux ! que d'abîmes ouverts ?
Ah! C'en eft fait , les Elémens en guerre ,
Vont bientôt m'engloutir fous l'Empire des
Mers.
Le trépas n'a rien qui m'étonne ;
L'on defcend tôt ou tard dans la nuit du Tombeau.
Mais qu'un Buveur , qu'un enfant de la
Tonne ...
O défefpoir ! ah ! j'en friffonne.
Faudra-t-il , juftes Dieux , que je meure dans
l'eau !
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5494
p. 1832-1853
Tragedie d'Absalon, [titre d'après la table]
Début :
Nous aurions plutôt donné un Extrait de la Tragédie d'Absalon, si les [...]
Mots clefs :
Absalon, Tragédie, Yeux, Mort, Académie royale des inscriptions et belles-lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tragedie d'Absalon, [titre d'après la table]
SPECTACLES.
Ous aurions plutôt donné un Extrait
de la Tragédie d'Abfalon , fi les
repréſentations de cette excellente Piéce
n'avoient été interrompuës par l'indifpotion
de la Dlle du Freſne , qui y jouë trèsbien
le Rôle de Tharés ; cette interruption
a empeché de recueillir les fentimens
mens des Connoiffeurs ; les obfervations
critiques ne fe manifeftent pas tout à
coup , & ce n'eft que dans une plus longue
fuite de Repréſentations , que les découvertes
fe multiplient , & qu'on eft en
état d'en faire un jufte choix . Nous commencerons
par la fimple marche de l'action
, & nous finirons par les refléxions
qui font venues jufqu'à nous.
M. Duché , de l'Académie Royale des
Infcriptions & Belles-Lettres , eft l'Auteur
d'Abfalon, Tragedie tirée de l'Ecritu
re Sainte . Il excufe dans fa Préface la liberté
qu'il a prife d'adoucir le caractere d'Abfalon
pour le rendre moins odieux ; voici
la raifon qu'il en donne : Un Caractere fi
odieux ne pouvoit être celui d'un Heros de
Tragédie , &c. fon ambition le rend aſſez
criminel pour meriter la mort ; mais il ne l'eft
pas affez pour ne point infpirer quelque
regret quand on le voit mourir ; ainfi en excitant
la pitié , il jette dans le coeur cette
crainte falutaire qui nous fait appréhender.
que de pareilles foibleffes ne nousjettent dans
d'auffi grands malheurs : Cette raiſon eft
d'autant plus fpécieuſe , qu'elle eft fondée
fur les régles prefcrites par Ariftote , qui
veut qu'un Heros de Tragédie ne foit
ni tout-à- fait vertueux , ni tout-à - fait
vicieux ; c'eſt-là ce qui a déterminé M. de
Racine à rendre Phedre moins criminelle
G &
1834 MERCURE DE FRANCE
& Hippolite moins vertueux ; cette régle
n'eft pourtant pas fi fcrupuleufement obfervée
par le grand Corneille dans fa Rodogune
, & l'on ne peut pas dire que la
méchanceté de Cléopatre y foit adoucie.
و
Le fecond fcrupule de M. Duché , c'eſt
d'avoir fait quelque changement auTexte
facré par raport à la mort d'Abfalon ; fcrupule,
dit-il qui fut levé par des perfonnes
refpectables par leur rang & par leur fçavoir.
Ce n'eft pas ici le lieu d'examiner
fi l'Apologie eft recevable ou non ; il finit
fa Préface par ces mots : Voilà les Objections
principales que l'on me pourroit faire ,
on yen pourroit ajouter d'autres , aufquelles
je ne puis répondre d'avance , ne pouvant
Les prévoir. On les fait aujourd'hui ces
Objections , peut-être font elles d'une
nature à ne pouvoir y répondre que foiblement
; peut- être auffi la Critique qu'on
en fait eft -elle trop fevere ; car on n'a jamais
exercé la cenfure avec tant de rigueur.
On a beau dire qu'il y a plus de
Critiques dans ce fiécle qu'il n'y a de
bons Auteurs ; cela n'empêche pas que
la cenfure n'aille toujours fon train. Le
Lecteur jugera fi les nouvelles objections
que M. Duché n'avoit pû prévoir font
bien ou mal fondées.
Au premier Acte , Abfalon ouvre la
Scene avec Achitophel , l'un des Miniftres
A OUST. 1730. 1835
tres de David. Ce fils rebele à fon Pere
& à fon Roy , ſemble d'abord n'en vouloir
qu'à Joab , General des Armées de
David ; il le foupçonne de vouloir faire
paffer le Sceptre d'Ifraël entre les mains
d'Adonias , fon frere cadet ; on expoſe
la naiffance & les progrès de la révolte
qui a obligé le Roy à fortir de Jerufalem ,
pour chercher un azile dans Manhaïm
lieu de la Scene. David arrive ; Achitophel
prie Abfalon de contraindre fon
courroux contre Joab.
David n'oublie rien pour réconcilier Ab.
falon avec Joab , en difant à fon fils que
le péril qui les menace doit les réunir
contre Amafa , Chef de la révolte ; ce
qui donne lieu à continuer l'expofition .
On apprend dans cette feconde Scene
qu'Amala s'avance avec l'Armée rebelle ;
David craint qu'on n'ait déja donné la
mort à fon fils Adonias , il ne tremble
pas moins pour Maacha , fa femme , &
pour Thares , épouse d'Abfalon qu'il
a remifes entre les mains du fidele Cifai.
Joab le raffure fur le fort d'Adonias , &
lui dit que toute la Tribu de Juda a
pris les armes pour le deffendre. Abfalon
tâche de rendre Joab fufpect à David.
Joab fe juftifie ; il avoue que voyant que
tous leurs fecrets étoient revelez à leurs
Gij com
1836 MERCURE DE FRANCE
communs ennemis , il lui eft échappé de
dire que le Prince auroit pû en avoir fait
confidence à quelque traître dont il ne
s'eft pas défié. David ordonne à Abfalon
d'embraffer Joab , ce qu'il fait avec contrainte.
Abfalon reffent quelques remords
qu'Achitophel prend foin d'étouffer
dans leur naiflance.
Zamri , Confident d'Achitophel , vient
annoncer à Abfalon que la Tribu d'Ephraim
, qui fembloit ne vouloir prendre
aucun parti , vient enfin de fe déclarer
pour lui ; il ajoûte que Cifaï , dont David
a déja parlé comme d'un de fes plus
fideles fujets , conduit un renfort de Soldats
auprès du Roi , & qu'il eft arrivé au
Camp avec la Reine , fa mere , fon époufe
& fa fille. Cette derniere nouvelle
trouble Abfalon ; Achitophel lui recommande
de cacher avec foin fon fecret à
Tharés , malgré tout l'amour qu'il a
pour elle. Abfalon fe retire après avoir
dit à Achitophel qu'il s'abandonne
à lui .
Achitophel ouvre fon coeur à Zamri ;
il lui apprend que tout va lui fucceder ;
Voici comment il s'explique.
Je fçais quel eft ton zele & ta fidelité ;
J'en ai befoin , apprends ce que j'ai projetté.
Dès qu'en ces lieux la nuit fera prête à defcendre
,
A O UST. 1730. 1837
Les Troupes d'Amafa doivent ici fe rendre ;
Et le fignal donné des murs de Manahïm ;
Séba doit foulever les Soldats d'Ephraïm :
1
La garde de David , victime de leur rage ,
Laiffera par fa perte un champ libre au car
nage :
Là , mes yeux de plaifir & de haine enyvrez
Du fang de mes Rivaux feront défalterez.
Tel eft le Plan de la confpiration d'Achitophel
; David feul eft excepté ; on
n'en veut qu'à fon Trône , où l'on veut
placer Abfalon . Zamri craint qu'Abfalon
ne condamne cette entrepriſe par
un refte de vertu . Voici la réponſe d'Achitophel
:
Un Trône acquis ainfi le doit épouventer ,
Et qui le lui donna le lui pourroit ôter.
Le fecond Acte qu'on a jugé un des
plus beaux de la Piece eft commencé par
Abfalon , Tharés & Thamar. Tharés fe
plaint à fon Epoux du peu de joye
qu'il témoigne à fa vûë qui lui étoit autrefois
fi chere ; elle lui reproche fon peu
de confiance , & lui dit qu'il reffent quelque
ennui fecret qu'il n'ofe lui réveler.
Abfalon lui avoue qu'il n'eft pas tranquille
, & la prie de lui permettre de garder
le filence, & de partir d'un féjour où tout
Giij ne
1
1738 MERCURE DE FRANCE
ne refpire qu'horreur ; Tharés lui répond
tendrement :
Que je m'éloigne ainfi de ce que j'aime !
Que ma fuite honteuſe aille juſtifier ,
Ce que vos ennemis ont ofé publier .
Ces paroles étonnent Abfalon , il en
'demande l'explication à Tharés ; elle lui
dit qu'on lui impute la confpiration ;
qu'un inconnu qui l'a abordée dans le
Palais , lui a parlé ainſi :
Zamri vient d'arriver en ces lieux ;
Si le Ciel vous permet de rejoindre mon Maître,
Dites-lui qu'il s'affure au plutôt de ce traitre !
Il fçaura des Hebreux le complot criminel ;
Enfin qu'il craigne tout & même Achitophel
Abfalon allarmé de ce qu'il vient d'entendre
, l'eft bien plus encore quand Tharés
lui dit qu'elle va reveler cet important
fecret , afin qu'on arrête Zamri , &
qu'on le force à tout découvrir au milieu
des fupplices . Cette derniere réfolution
de Tharés détermine Abfalon à lui
faire part de fon fecret ; il fait éloigner
Thamar.
A peine Abfalon a- t- il fait connoître
à Tharés qu'il eft de la confpiration ,
qu'elle l'interrompt par ces mots :
Ah !
AOUST. 1730. 1839
Ah ! je vois tout , Seigneur ,
Epargnez-vous l'horreur de me dire le refte ;
O de mes noirs foupçons , fource affreufe & funeſte
, & c.
Voyant qu'il ne peut renoncer au defir
de regner , elle tâche à le ramener à fon
devoir par ces belles paroles :
Duffiez-vous , moins chéri d'un pere qui vous
aime,
Renoncer fans retour à Sceptre , à Diadême ,
Quels maux, quelles horreurs pouvez - vous com
parer ,
Aux malheurs où ce jour est prêt à vous livrer e
Je veux que tout fuccede au gré de votre envie
Quelle honte à jamais va noircir votre vie a
Que n'ofera-t- on point contre vous publier ?
Le Trône a-t-il des droits pour vous juftifier !
Vous chercherez en vain vous même à vous féduire
Vous verrez quels chemins ont fçû vous y conduire
:
La vertu , le devoir , devenus vos bourreaux,
Au fond de votre coeur porteront leurs flambeaux:
La crainte & les remords vous fuivront fur le
Trône ;
Eh ! quoi , pour être heureux , faut -il une Couronne
?
Eft-ce un affront pour vous de ne la point porter 2
Vos vertus feulement doivent la mériter.
Giiij Rien
1840 MERCURE DE FRANCE
que
Rien n'eft plus pathétique que tout ce
Tharés dit dans cette Scene , mais
voyant que fon Epoux eft inflexible , elle
forme un deffein qui va éclater & qui fait
un des plus grands coups de Théatre
qu'on ait jamais vû.
}
David apprend à Abfalon , que les ennemis
viennent fondre fur fa foible armée;
il ajoûte qu'on a répandu dans fon Camp
un bruit injurieux qu'il traite d'impofture
, n'ofant croire que fon propre Fils
confpire contre lui ; Abſalon ouvre à peine
la bouche pour fe juftifier , que Tharés
dit à David :
Et moi , je crois , Seigneur , ne devoir point vous
taire ,
Que ces bruits font peut - être un avis falutaire ;
Je fçais , je vois quel eft le coeur de mon Epoux :
Mais fçait-on s'il n'eft point de traitre parmi
vous ?
-Sçait-on fi dans ce Camp quelque fecret coupable
,
N'a point pour ſe cacher divulgué cette Fable !
M'en croirez -vous , Seigneur qu'un ferment
folemnel ,
Faffe trembler ici quiconque eft criminel.
Le Ciel , votre péril , ma gloire intereffée..
De ce jufte projet m'inſpire la penſée ,
Atteftez l'Eternel qu'avant la fin du jour ,
Si des traîtres cachez par un jufte retour
'N'obAOUST.
1730. 1841+
N'obtiennent le pardon accordé pour leurs crimes
,
Leurs femmes , leurs enfans , en feront les victimes
:
Que dans le même inftant qu'ils feront décou
verts 1
Leurs parens , dévouez à cent tourmens divers ,
Déchirez par le fer , au feu livrez en proye ,
Payeront tous les maux que le Ciel vous envoye!
Ce ferment fait frémir Abfalon ; David
s'y lie & le confirme ; Tharés le prie
de permettre qu'elle commence toute la
premiere à montrer l'exemple en fe mettant
entre les mains de Joab, pour fervir
d'ôtage de la fidelité de fon Epoux ; elle
s'explique ainfi :
Il faut , Seigneur , que mon exemple étonne ,
Et montre qu'il n'eft point de pardon pour per
fonne.
David confent à ce que Tharés lui propoſe
, &c. Ce bel Acte finit par un court
Monologue que fait Abfalon éperdu . En
voici les deux derniers Vers :
Ah ! que j'éprouve bien en ce fatal moment ,
Que le crime avec ſoi porte fon châtiment !
Le troifiéme Acte a paru chargé de trop
d'actions coup fur coup , & c'eft peut-
Gv être
1842 MERCURE DE FRANCE
être ce qui l'a rendu deffectueux aux yeux
des Spectateurs. Voici dequoi il s'agit.
Achitophel apprend à Zamri que Seba ,
Chef de la Tribu d'Ephraïm doit enlever
Tharés & l'arracher à Joab , pour
calmer la frayeur dont fon ferment indifcret
à rempli Abfalon. Zamri lui parle
d'une Lettre qu ' Amafa vouloit lui écrire,
& lui dit que ce Chef des Rebelles en
ayant été détourné par un tumulte foudain
qui eft arrivé dans l'Armée , il la
remettra peut être en d'autres mains .
L'Auteur fait annoncer cette Lettre , parce
qu'elle doit avoir fon utilité dans la
Piece.
Abſalon veut renoncer à ſon entrepriſe ;
Achitophel le raffure en lui apprenant que
Séba doit enlever Thares & Thamar. Abfalon
raffuré , fe réfout à achever fon
projet.
Tharés vient annoncer à fon Epoux que
le Camp ennemi l'ayant proclamé Roi des
Hebreux , on doit s'affurer de fa perfonne
par l'ordre de Davids elle le preffe de
fuir ; Abfalon la prie de fuivre fes pas.
Tharés fe refufe aux inftances qu'il lui en
fait d'autant plus qu'elle eft prifonniere
& obfervée, Abfalon réduit à s'enfuir
fans Tharés , lui protefte qu'il viendra
bien tôt la demander à Joab avec cent
mille bras , & fe retire,
Un
A O UST. 1730. 1843
3
Un Ifraëlite chargé d'une Lettre pour
Abfalon , la remet entre les mains de
Tharés , qui l'ayant lûë tout bas , témoigne
fa furprife par une exclamation.
David furvient avec la Reine ; il n'ofe
encore foupçonner fon fils de trahiſon , &
dit qu'il veut l'entendre en prefence du
fage Achitophel.
Joab arrive tout confterné ; il apprend
à David qu'il n'eft que trop certain qu'Ab
falon eft coupable. Il le prouve par une
lettre qu'on a furprife , & qui vient du
Camp des Révoltez : En voici le contenu .
Ne craignez point un changement funefte ;
Que tous vos conjurez fe repofent fur moi :
Vos Rivaux périront ; Abfalon fera Roy ;
Donnez-nous le fignal , je vous réponds da
refte.
David ne peut plus douter de la perfidie
de fon Fils. Là Reine rejette tout le
crime fur Tharés , qu'elle accable d'injures
, elle impute à feinte la vertų
qu'elle a fait éclater par un ferment , dont
elle prévoyoit bien, dit - elle , qu'on viendroit
la fauver. Tharés ne répond à ces accufations
que par un nouvel effort de
vertu ; elle donne à David la Lettre qu'el
le n'avoit fait que lire tout bas quand un
Ifraëlite l'a lui a remiſe entre les mains
G vj pour
1844 MERCURE DE FRANCE
pour la rendre à Abfalon : Voici ce qui eft
tracé dans cette Lettre.
Le tems me force à vous écrire ,
A vous entretenir je n'ofe m'expofer.
Pour vous affurer cet Empire ,
Les Soldats d'Ephraïm font prêts à tout ofer.
Le fort menace en vain votre augufte famille ;
Kien ne traverfera vos voeux & nos deffeins ,
Et dans une heure au plus je remets en vos mains
Et votre Epoufe & votre Fille.
Après cette lecture , Tharés juftifie Abfalon
autant qu'elle peut , & rejette fa
faute fur les confeils pernicieux d'Achitophel
. Elle fe retire .
David frappé du foupçon que Tharés
fui a donné fur Achitophel , prie la Reine
de la fuivre , & de tâcher de la faire
parler en employant la douceur,
,
Cifai vient apprendre à David que le
Soldat qu'on a pris , venant du Camp des
rebelles , a parlé à l'afpect des Supplices ,
qu'il a révélé tous les complices, dont Achitophel
eft le Chef. David ordonne à
Joab d'aller s'affurer de la perfonne de ce
perfide Miniftre . Cifaï lui dit qu'il s'eft
fauvé;que Seba même s'eft ouvert un chemin
à la fuite , foûtenu des Soldats d'Ephraim
; il ajoute qu'Amafa fait mine de
s'avan
A O UST. 1730. 1845
s'avancer.Joab raffure David étonné d'une
révolte prefque generale; il ne refpire que
le fang , & veut commencer par le Sacrifice
de Tharés. David condamne ce tranfport
, fur tout par rapport à Tharés dont
la vertu la rend refpectable ; il ordonne à
Joab d'aller tout préparer pour faire une
feure retraite , & à Cifaï d'aller joindre
Abfalon & de le menacer de la mort de
fon époufe s'il ne vient implorer pour
elle la clémence de fon pere ; il permet
qu'Abfalon amene à fa fuite deux mille
hommes , s'en réfervant autant pour la
feureté de cette entrevûë , dont il efpere
un grand fuccès .
Le quatrième Acte difpute de beauté
avec le fecond. Le Lecteur en va juger.
Nous fupprimons les trois premieres Scenes
, pour ne pas allonger cet extrait par
des fuperfluitez. Dans la quatriéme Scene.
David reproche à Abfalon fa perfidie envers
fon Pere & fon Roy, Voici comment
il commence.
Enfin nous voilà feuls , je puis joüir fans peine
Du funefte plaifir de confondre ta haine ,
T'inſpirer de toi-même une équitable horreur ,
Et voir au moins ta honte égaler ta fureur,
Car enfin je connois tes complots homicides ;
Te yoilà dans le rang de ces fameux perfides ,
Dont
1846 MERCURE DE FRANCE
Dont les crimes font feuls la honteufe fplendeur
୮
Et qui fur leurs forfaits bâtiffent leur grandeur ,
&c.
Envain ton naturel altier , audacieux ,
Combattoit dans mon coeur le plaifir de mes
yeux ;
Mon amour l'emportoit , je fentois ma foibleffe:
Que n'a point fait pour toi cette indigne tendreffe
?
Je t'ai vâ fans refpect ni des Loix , ni du fang ›
D'Amnon mon fucceffeur ofer percer le flanc ,
Moins pour venger l'honneur d'une foeur éperduë
,
Que pour perdre un Rival qui te bleffoit la vue ;
Ifrael de ce coup fut long- tems confterné ;
Je devois t'en punir , je te l'ai pardonné.
Abfalon voulant rejetter fon crime fur
Joab qui l'y a forcé par fes fecretes
menées , en faveur d'Adonias fon frere ,
David l'interrompt par ces vers :
Foible & honteux détour !
Ceffe de m'accufer de la lâche injuftice
De fuivre d'un fujer la haine ou le caprice ,
Tu veux me détrôner , tu veux trancher mes
jours.
Abfalon veut en vain le nier, il le conpar
ce qui fuit :
fond
Ouy'
AOUST. 1730.
1847.
Oui , tu le veux , perfide.
Ofes-tu me nier ton deffein parricide ?
Ces Gardes , ces Soldats , qui comblant tes fouhaits
,
Devoient dés cette nuit couronner tes forfaits ,
Qui dépofoient mon Sceptre en ta 'main fangui
naire ,
Traître , le pouvoient - ils , fans la mort de ton
pere ?
Tiens , prends , lis ...
Il lui donne le Billet qui a été furpris
entre les mains d'un Soldat. Abfalon à
cette lecture demeure interdit , & voit
bien qu'Achitophel la conduit plus loin
qu'il ne croyoit , & qu'il ne vouloit.David
continue ainfi :
Moi- même en te parlant , faifi d'un jufte ef
froy ,
Mon trouble & ma douleur m'emportent loin de
moi.
Grand Dieu , voilà ce Fils qu'aveugle en mes demandes
,
Ont obtenu de toi , mes voeux & mes offrandes ,
Je le voi ; tu punis mes defirs indifcrets ;
Eh ! bien , Dieu d'Ifrael , accomplis tes décrets.
Confens-tu qu'à fon gré fa rage fe déploye ?
Yeux-tu que dans mon fang ce perfide le noye ?
J'y
1848 MERCURE DE FRANCE
1
J'y foufcris ; à Abfalon , Ouy , barbare accomplis
ton deffein ;
Aux dernieres horreurs ofe en hardir ta main ; &c
Miniftre criminel de fes juftes vengeances ,
Remplis-les par ma mort; couronne tes offenfes,
Frappe , &c.
Abfalon fe jette tremblant & repentant
aux genoux de fon Pere , qui lui pardonne ,
il exige de lui qu'il nommera tous les
con: lices ; Abfalon y confent dans la Scene
fuivante; il réfifte à Achitophel qui veut
le rembarquer dans la révolte , mais apprenant
de Cifaï que Joab , contre la foy
du Traité entre fon pere & lui , vient de
repouffer Amafa ; fa haine pour Joab fe
reveille & le fait courir aux armes une feconde
fois ; un refte de vertu fait qu'il dit
à Achitophel que ce ne font point ſes
perfides confeils qui le déterminent en ce
moment , & lui deffend de le fuivre .
Achitophel s'affermit dans le crime
& termine cet Acte par un court Monologue
, qui finit par ces Vers :
Tous les Chefs font pour moi , même interêt
les guide :
Marchons , & qu'un combat de notre fort décide.
Si nous ſommes Vainqueurs , Abſalon malgré lui
Se trouvera forcé de payer mon apui :
Si,plus puiffant que nous, l'Enemi nous furmonte,
11
AOUST. 1730. 1849
Il eft un fûr moyen d'enſevelir ma honte ;
Et tout homme à fon gré peut défier le fort
Quand il voit d'un même oeil , & la vie & la mort.'
Nous ne nous arrêterons pas long- tems
fur le dernier Acte . Voici la diftribution
des Scenes qui le compofent . Ciſaï fait
efperer la paix à Thamar , fans qu'on voye
fur quel fondement , puifque les deux
Armées font aux mains.
Tharés vient détruire une efperance fi
équivoque , & l'exhorte à fouffrir avec
conftance la mort , où le Peuple en furie
pourra la condamner , après l'avoir immolée
la premiere. David augmente leur
frayeur ; & croyant que tout eft perdu ,
leur dit qu'il ne vient que pour leur ouvrir
un chemin à la fuite ; il fait entendre
qu'il croit pouvoir les fauver malgré fon
ferment , puifqu'Abfalon en a rempli les
conditions par fon repentir.
Cifaï vient annoncer la victoire à David
, & la mort funefte d'Achitophel qui
s'eft étranglé , voyant que tout étoit perdu
: il ajoute qu'Abfalon à la tête des Rebelles
a refté fufpendu par fes cheveux à
un chêne ; mais que Joab prêt à le fecou-"
rir l'a envoyé vers lui pour lui dire qu'il
le remettroit bientôt entre fes mains & c.
David rend graces au Seigneur de fa victoire
&c. Abfalon mourant fe préfente
aux
1850 MERCURE DE FRANCE
aux yeux
de fon pere , & lui raconte ainfi
fon malheur.
Calmez la douleur qui vous preſſe.
Indigne de vos pleurs & de votre tendreffe ,
Mes odieux complots vous ont trop outragé :
Je meurs ; le Ciel eft juſte , & vous êtes vengé &c.
Les mutins ranimés ont voulu , pleins d'audace,
Rompre les noeuds cruels , auteurs de ma dif
grace ,
Et d'un trait qu'en fureur Joab avoit lancé
Votre malheureux Fils en leurs mains eſt percé.
Il recommande ſa femme & fa fille à
David , & meurt.
Voici les Obfervations critiques dont
nous avons été inftruits.
On a trouvé de beaux Vers dans la
Piéce ; mais le ftile n'y eft pas également
foutenu : l'éloquence y regne plus que l'élegance.
La Verfification a paru fur tout
negligée dans tout ce qui eft expofition .
Le fecond Acte & le quatrième l'emportent
infiniment fur les trois autres , & ont
fait le fuccés de la Piéce. Joab & Achitophel
font les deux perfonnages qui agiffent
le plus ; l'un conduit Abfalon & le
tourne comme il lui plaît , l'autre combat
pour David , qui ne fe détermine à
aller aux Ennemis que lorfqu'il apprend
que tout eft perdu . Abfalon agit un peu
plu
A O UST. 1730. 185 1
plus ; mais il paffe trop legerement du repentir
à la rechute : la haine pour Joab
ne paroît point affez fondée dans le plan.
de l'Auteur ; elle l'eft encore moins dans
le Texte Sacré; on y lit au contraire que ce
fut à Joab qu'il dut fon rappel &fa grace
après le meurtre de fon frere Amnon ."
Pour Joab , dont il n'a tenu qu'à l'Auteur
de faire un vrai Heros , on a trouvé
qu'il étoit injufte & fanguinaire dans le
quatrième Acte , quand il a confeillé à
David de faire périr tous les
parens des
Rebelles , & même Tharés dont la vertu
venoit d'éclater àfes yeux. Voici comment
l'Auteur l'a fait parler.
Marchons ; mais que Tharés accompagne mes
pas :
Que tous ceux que le fang unit à des perfides
Soyent remis en mes mains fous de fideles guides.
Allons , & preſentons à nos féditieux
L'Epouſe d'Abfalon immolée à leurs yeux ;
Faifons faire du refte un horrible carnage &c.
David fent bien lui- même que ce grand
homme dément fon caractere ; il le fait
connoître par cette Réponſe :
Non , Joab , fufpendons un Arrêt fanguinaire:
La vertu de Tharés vaut bien qu'on le differe.
Un Roi, quoiqu'un Sujet ait fait pour l'outrager,
Doit
1852 MERCURE DE FRANCE
Doit fçavoir le punir & non pas fe venger ;
Périffons fans foüiller mon rang ni ma memoire,
Et s'il faut fuccomber, fuccombons avec gloire.
Cette petite réprimande de David ,
juftifie la Critique du Public. La vertu
de Tharés eft celle qui fe foutient avec
le plus de vigueur ; quant à Thamar
on n'a trouvé à dire d'elle ni beaucoup
de bien , ni beaucoup de mal , ainfi on
l'a mife au rang des perfonnages inutiles
Le Rôle de la Reine , outre qu'il n'eft
pas plus utile que celui de Thamar , eft
d'autant plus à retrancher , qu'il eft toutà-
fait odieux par l'injuftice du motif qui
la fait agit. C'eft une haîne de belle- mère
qui fe manifefte à tout propos; fon repentir
guere mieux fondé que fes fautes, elle
dit au cinquiéme Acte, parlant à cette même
Tharés , fi injuftement perfecutée :
n'eft
Dans un temps plus heureux , vous connoîtrez ,
Madame ,
>
Ce que le repentir peut produire en une ame ;
Mes yeux fur vos vertus enfin fe font ouverts.
On ne fçait ce qui a pu occafionner ce
changement de volonté , ce qui eft abfolument
contre les regles. Voilà à peu près
ce que nous avons recueilli du jugement
du Public fur la Tragédie d'Abfalon. Ces
petites taches ne terniffent pas l'éclat de
cette
A O UST . 1730. 185 3
cette Piece , qu'on voit toûjours avec plaifir
, & qui a aujourd'hui un fuccès infini.
Elle eft très - bien repréfentée. Les Rôles de
David , d'Abfalon , d'Achitophel, de Joab ,
&c. y font remplis par les fieurs Sarrazin,
Dufresne , le Grand , du Breuil , &c .
La Dlle Du Frefne réüffit beaucoup dans.
celui de Tharés.
Ous aurions plutôt donné un Extrait
de la Tragédie d'Abfalon , fi les
repréſentations de cette excellente Piéce
n'avoient été interrompuës par l'indifpotion
de la Dlle du Freſne , qui y jouë trèsbien
le Rôle de Tharés ; cette interruption
a empeché de recueillir les fentimens
mens des Connoiffeurs ; les obfervations
critiques ne fe manifeftent pas tout à
coup , & ce n'eft que dans une plus longue
fuite de Repréſentations , que les découvertes
fe multiplient , & qu'on eft en
état d'en faire un jufte choix . Nous commencerons
par la fimple marche de l'action
, & nous finirons par les refléxions
qui font venues jufqu'à nous.
M. Duché , de l'Académie Royale des
Infcriptions & Belles-Lettres , eft l'Auteur
d'Abfalon, Tragedie tirée de l'Ecritu
re Sainte . Il excufe dans fa Préface la liberté
qu'il a prife d'adoucir le caractere d'Abfalon
pour le rendre moins odieux ; voici
la raifon qu'il en donne : Un Caractere fi
odieux ne pouvoit être celui d'un Heros de
Tragédie , &c. fon ambition le rend aſſez
criminel pour meriter la mort ; mais il ne l'eft
pas affez pour ne point infpirer quelque
regret quand on le voit mourir ; ainfi en excitant
la pitié , il jette dans le coeur cette
crainte falutaire qui nous fait appréhender.
que de pareilles foibleffes ne nousjettent dans
d'auffi grands malheurs : Cette raiſon eft
d'autant plus fpécieuſe , qu'elle eft fondée
fur les régles prefcrites par Ariftote , qui
veut qu'un Heros de Tragédie ne foit
ni tout-à- fait vertueux , ni tout-à - fait
vicieux ; c'eſt-là ce qui a déterminé M. de
Racine à rendre Phedre moins criminelle
G &
1834 MERCURE DE FRANCE
& Hippolite moins vertueux ; cette régle
n'eft pourtant pas fi fcrupuleufement obfervée
par le grand Corneille dans fa Rodogune
, & l'on ne peut pas dire que la
méchanceté de Cléopatre y foit adoucie.
و
Le fecond fcrupule de M. Duché , c'eſt
d'avoir fait quelque changement auTexte
facré par raport à la mort d'Abfalon ; fcrupule,
dit-il qui fut levé par des perfonnes
refpectables par leur rang & par leur fçavoir.
Ce n'eft pas ici le lieu d'examiner
fi l'Apologie eft recevable ou non ; il finit
fa Préface par ces mots : Voilà les Objections
principales que l'on me pourroit faire ,
on yen pourroit ajouter d'autres , aufquelles
je ne puis répondre d'avance , ne pouvant
Les prévoir. On les fait aujourd'hui ces
Objections , peut-être font elles d'une
nature à ne pouvoir y répondre que foiblement
; peut- être auffi la Critique qu'on
en fait eft -elle trop fevere ; car on n'a jamais
exercé la cenfure avec tant de rigueur.
On a beau dire qu'il y a plus de
Critiques dans ce fiécle qu'il n'y a de
bons Auteurs ; cela n'empêche pas que
la cenfure n'aille toujours fon train. Le
Lecteur jugera fi les nouvelles objections
que M. Duché n'avoit pû prévoir font
bien ou mal fondées.
Au premier Acte , Abfalon ouvre la
Scene avec Achitophel , l'un des Miniftres
A OUST. 1730. 1835
tres de David. Ce fils rebele à fon Pere
& à fon Roy , ſemble d'abord n'en vouloir
qu'à Joab , General des Armées de
David ; il le foupçonne de vouloir faire
paffer le Sceptre d'Ifraël entre les mains
d'Adonias , fon frere cadet ; on expoſe
la naiffance & les progrès de la révolte
qui a obligé le Roy à fortir de Jerufalem ,
pour chercher un azile dans Manhaïm
lieu de la Scene. David arrive ; Achitophel
prie Abfalon de contraindre fon
courroux contre Joab.
David n'oublie rien pour réconcilier Ab.
falon avec Joab , en difant à fon fils que
le péril qui les menace doit les réunir
contre Amafa , Chef de la révolte ; ce
qui donne lieu à continuer l'expofition .
On apprend dans cette feconde Scene
qu'Amala s'avance avec l'Armée rebelle ;
David craint qu'on n'ait déja donné la
mort à fon fils Adonias , il ne tremble
pas moins pour Maacha , fa femme , &
pour Thares , épouse d'Abfalon qu'il
a remifes entre les mains du fidele Cifai.
Joab le raffure fur le fort d'Adonias , &
lui dit que toute la Tribu de Juda a
pris les armes pour le deffendre. Abfalon
tâche de rendre Joab fufpect à David.
Joab fe juftifie ; il avoue que voyant que
tous leurs fecrets étoient revelez à leurs
Gij com
1836 MERCURE DE FRANCE
communs ennemis , il lui eft échappé de
dire que le Prince auroit pû en avoir fait
confidence à quelque traître dont il ne
s'eft pas défié. David ordonne à Abfalon
d'embraffer Joab , ce qu'il fait avec contrainte.
Abfalon reffent quelques remords
qu'Achitophel prend foin d'étouffer
dans leur naiflance.
Zamri , Confident d'Achitophel , vient
annoncer à Abfalon que la Tribu d'Ephraim
, qui fembloit ne vouloir prendre
aucun parti , vient enfin de fe déclarer
pour lui ; il ajoûte que Cifaï , dont David
a déja parlé comme d'un de fes plus
fideles fujets , conduit un renfort de Soldats
auprès du Roi , & qu'il eft arrivé au
Camp avec la Reine , fa mere , fon époufe
& fa fille. Cette derniere nouvelle
trouble Abfalon ; Achitophel lui recommande
de cacher avec foin fon fecret à
Tharés , malgré tout l'amour qu'il a
pour elle. Abfalon fe retire après avoir
dit à Achitophel qu'il s'abandonne
à lui .
Achitophel ouvre fon coeur à Zamri ;
il lui apprend que tout va lui fucceder ;
Voici comment il s'explique.
Je fçais quel eft ton zele & ta fidelité ;
J'en ai befoin , apprends ce que j'ai projetté.
Dès qu'en ces lieux la nuit fera prête à defcendre
,
A O UST. 1730. 1837
Les Troupes d'Amafa doivent ici fe rendre ;
Et le fignal donné des murs de Manahïm ;
Séba doit foulever les Soldats d'Ephraïm :
1
La garde de David , victime de leur rage ,
Laiffera par fa perte un champ libre au car
nage :
Là , mes yeux de plaifir & de haine enyvrez
Du fang de mes Rivaux feront défalterez.
Tel eft le Plan de la confpiration d'Achitophel
; David feul eft excepté ; on
n'en veut qu'à fon Trône , où l'on veut
placer Abfalon . Zamri craint qu'Abfalon
ne condamne cette entrepriſe par
un refte de vertu . Voici la réponſe d'Achitophel
:
Un Trône acquis ainfi le doit épouventer ,
Et qui le lui donna le lui pourroit ôter.
Le fecond Acte qu'on a jugé un des
plus beaux de la Piece eft commencé par
Abfalon , Tharés & Thamar. Tharés fe
plaint à fon Epoux du peu de joye
qu'il témoigne à fa vûë qui lui étoit autrefois
fi chere ; elle lui reproche fon peu
de confiance , & lui dit qu'il reffent quelque
ennui fecret qu'il n'ofe lui réveler.
Abfalon lui avoue qu'il n'eft pas tranquille
, & la prie de lui permettre de garder
le filence, & de partir d'un féjour où tout
Giij ne
1
1738 MERCURE DE FRANCE
ne refpire qu'horreur ; Tharés lui répond
tendrement :
Que je m'éloigne ainfi de ce que j'aime !
Que ma fuite honteuſe aille juſtifier ,
Ce que vos ennemis ont ofé publier .
Ces paroles étonnent Abfalon , il en
'demande l'explication à Tharés ; elle lui
dit qu'on lui impute la confpiration ;
qu'un inconnu qui l'a abordée dans le
Palais , lui a parlé ainſi :
Zamri vient d'arriver en ces lieux ;
Si le Ciel vous permet de rejoindre mon Maître,
Dites-lui qu'il s'affure au plutôt de ce traitre !
Il fçaura des Hebreux le complot criminel ;
Enfin qu'il craigne tout & même Achitophel
Abfalon allarmé de ce qu'il vient d'entendre
, l'eft bien plus encore quand Tharés
lui dit qu'elle va reveler cet important
fecret , afin qu'on arrête Zamri , &
qu'on le force à tout découvrir au milieu
des fupplices . Cette derniere réfolution
de Tharés détermine Abfalon à lui
faire part de fon fecret ; il fait éloigner
Thamar.
A peine Abfalon a- t- il fait connoître
à Tharés qu'il eft de la confpiration ,
qu'elle l'interrompt par ces mots :
Ah !
AOUST. 1730. 1839
Ah ! je vois tout , Seigneur ,
Epargnez-vous l'horreur de me dire le refte ;
O de mes noirs foupçons , fource affreufe & funeſte
, & c.
Voyant qu'il ne peut renoncer au defir
de regner , elle tâche à le ramener à fon
devoir par ces belles paroles :
Duffiez-vous , moins chéri d'un pere qui vous
aime,
Renoncer fans retour à Sceptre , à Diadême ,
Quels maux, quelles horreurs pouvez - vous com
parer ,
Aux malheurs où ce jour est prêt à vous livrer e
Je veux que tout fuccede au gré de votre envie
Quelle honte à jamais va noircir votre vie a
Que n'ofera-t- on point contre vous publier ?
Le Trône a-t-il des droits pour vous juftifier !
Vous chercherez en vain vous même à vous féduire
Vous verrez quels chemins ont fçû vous y conduire
:
La vertu , le devoir , devenus vos bourreaux,
Au fond de votre coeur porteront leurs flambeaux:
La crainte & les remords vous fuivront fur le
Trône ;
Eh ! quoi , pour être heureux , faut -il une Couronne
?
Eft-ce un affront pour vous de ne la point porter 2
Vos vertus feulement doivent la mériter.
Giiij Rien
1840 MERCURE DE FRANCE
que
Rien n'eft plus pathétique que tout ce
Tharés dit dans cette Scene , mais
voyant que fon Epoux eft inflexible , elle
forme un deffein qui va éclater & qui fait
un des plus grands coups de Théatre
qu'on ait jamais vû.
}
David apprend à Abfalon , que les ennemis
viennent fondre fur fa foible armée;
il ajoûte qu'on a répandu dans fon Camp
un bruit injurieux qu'il traite d'impofture
, n'ofant croire que fon propre Fils
confpire contre lui ; Abſalon ouvre à peine
la bouche pour fe juftifier , que Tharés
dit à David :
Et moi , je crois , Seigneur , ne devoir point vous
taire ,
Que ces bruits font peut - être un avis falutaire ;
Je fçais , je vois quel eft le coeur de mon Epoux :
Mais fçait-on s'il n'eft point de traitre parmi
vous ?
-Sçait-on fi dans ce Camp quelque fecret coupable
,
N'a point pour ſe cacher divulgué cette Fable !
M'en croirez -vous , Seigneur qu'un ferment
folemnel ,
Faffe trembler ici quiconque eft criminel.
Le Ciel , votre péril , ma gloire intereffée..
De ce jufte projet m'inſpire la penſée ,
Atteftez l'Eternel qu'avant la fin du jour ,
Si des traîtres cachez par un jufte retour
'N'obAOUST.
1730. 1841+
N'obtiennent le pardon accordé pour leurs crimes
,
Leurs femmes , leurs enfans , en feront les victimes
:
Que dans le même inftant qu'ils feront décou
verts 1
Leurs parens , dévouez à cent tourmens divers ,
Déchirez par le fer , au feu livrez en proye ,
Payeront tous les maux que le Ciel vous envoye!
Ce ferment fait frémir Abfalon ; David
s'y lie & le confirme ; Tharés le prie
de permettre qu'elle commence toute la
premiere à montrer l'exemple en fe mettant
entre les mains de Joab, pour fervir
d'ôtage de la fidelité de fon Epoux ; elle
s'explique ainfi :
Il faut , Seigneur , que mon exemple étonne ,
Et montre qu'il n'eft point de pardon pour per
fonne.
David confent à ce que Tharés lui propoſe
, &c. Ce bel Acte finit par un court
Monologue que fait Abfalon éperdu . En
voici les deux derniers Vers :
Ah ! que j'éprouve bien en ce fatal moment ,
Que le crime avec ſoi porte fon châtiment !
Le troifiéme Acte a paru chargé de trop
d'actions coup fur coup , & c'eft peut-
Gv être
1842 MERCURE DE FRANCE
être ce qui l'a rendu deffectueux aux yeux
des Spectateurs. Voici dequoi il s'agit.
Achitophel apprend à Zamri que Seba ,
Chef de la Tribu d'Ephraïm doit enlever
Tharés & l'arracher à Joab , pour
calmer la frayeur dont fon ferment indifcret
à rempli Abfalon. Zamri lui parle
d'une Lettre qu ' Amafa vouloit lui écrire,
& lui dit que ce Chef des Rebelles en
ayant été détourné par un tumulte foudain
qui eft arrivé dans l'Armée , il la
remettra peut être en d'autres mains .
L'Auteur fait annoncer cette Lettre , parce
qu'elle doit avoir fon utilité dans la
Piece.
Abſalon veut renoncer à ſon entrepriſe ;
Achitophel le raffure en lui apprenant que
Séba doit enlever Thares & Thamar. Abfalon
raffuré , fe réfout à achever fon
projet.
Tharés vient annoncer à fon Epoux que
le Camp ennemi l'ayant proclamé Roi des
Hebreux , on doit s'affurer de fa perfonne
par l'ordre de Davids elle le preffe de
fuir ; Abfalon la prie de fuivre fes pas.
Tharés fe refufe aux inftances qu'il lui en
fait d'autant plus qu'elle eft prifonniere
& obfervée, Abfalon réduit à s'enfuir
fans Tharés , lui protefte qu'il viendra
bien tôt la demander à Joab avec cent
mille bras , & fe retire,
Un
A O UST. 1730. 1843
3
Un Ifraëlite chargé d'une Lettre pour
Abfalon , la remet entre les mains de
Tharés , qui l'ayant lûë tout bas , témoigne
fa furprife par une exclamation.
David furvient avec la Reine ; il n'ofe
encore foupçonner fon fils de trahiſon , &
dit qu'il veut l'entendre en prefence du
fage Achitophel.
Joab arrive tout confterné ; il apprend
à David qu'il n'eft que trop certain qu'Ab
falon eft coupable. Il le prouve par une
lettre qu'on a furprife , & qui vient du
Camp des Révoltez : En voici le contenu .
Ne craignez point un changement funefte ;
Que tous vos conjurez fe repofent fur moi :
Vos Rivaux périront ; Abfalon fera Roy ;
Donnez-nous le fignal , je vous réponds da
refte.
David ne peut plus douter de la perfidie
de fon Fils. Là Reine rejette tout le
crime fur Tharés , qu'elle accable d'injures
, elle impute à feinte la vertų
qu'elle a fait éclater par un ferment , dont
elle prévoyoit bien, dit - elle , qu'on viendroit
la fauver. Tharés ne répond à ces accufations
que par un nouvel effort de
vertu ; elle donne à David la Lettre qu'el
le n'avoit fait que lire tout bas quand un
Ifraëlite l'a lui a remiſe entre les mains
G vj pour
1844 MERCURE DE FRANCE
pour la rendre à Abfalon : Voici ce qui eft
tracé dans cette Lettre.
Le tems me force à vous écrire ,
A vous entretenir je n'ofe m'expofer.
Pour vous affurer cet Empire ,
Les Soldats d'Ephraïm font prêts à tout ofer.
Le fort menace en vain votre augufte famille ;
Kien ne traverfera vos voeux & nos deffeins ,
Et dans une heure au plus je remets en vos mains
Et votre Epoufe & votre Fille.
Après cette lecture , Tharés juftifie Abfalon
autant qu'elle peut , & rejette fa
faute fur les confeils pernicieux d'Achitophel
. Elle fe retire .
David frappé du foupçon que Tharés
fui a donné fur Achitophel , prie la Reine
de la fuivre , & de tâcher de la faire
parler en employant la douceur,
,
Cifai vient apprendre à David que le
Soldat qu'on a pris , venant du Camp des
rebelles , a parlé à l'afpect des Supplices ,
qu'il a révélé tous les complices, dont Achitophel
eft le Chef. David ordonne à
Joab d'aller s'affurer de la perfonne de ce
perfide Miniftre . Cifaï lui dit qu'il s'eft
fauvé;que Seba même s'eft ouvert un chemin
à la fuite , foûtenu des Soldats d'Ephraim
; il ajoute qu'Amafa fait mine de
s'avan
A O UST. 1730. 1845
s'avancer.Joab raffure David étonné d'une
révolte prefque generale; il ne refpire que
le fang , & veut commencer par le Sacrifice
de Tharés. David condamne ce tranfport
, fur tout par rapport à Tharés dont
la vertu la rend refpectable ; il ordonne à
Joab d'aller tout préparer pour faire une
feure retraite , & à Cifaï d'aller joindre
Abfalon & de le menacer de la mort de
fon époufe s'il ne vient implorer pour
elle la clémence de fon pere ; il permet
qu'Abfalon amene à fa fuite deux mille
hommes , s'en réfervant autant pour la
feureté de cette entrevûë , dont il efpere
un grand fuccès .
Le quatrième Acte difpute de beauté
avec le fecond. Le Lecteur en va juger.
Nous fupprimons les trois premieres Scenes
, pour ne pas allonger cet extrait par
des fuperfluitez. Dans la quatriéme Scene.
David reproche à Abfalon fa perfidie envers
fon Pere & fon Roy, Voici comment
il commence.
Enfin nous voilà feuls , je puis joüir fans peine
Du funefte plaifir de confondre ta haine ,
T'inſpirer de toi-même une équitable horreur ,
Et voir au moins ta honte égaler ta fureur,
Car enfin je connois tes complots homicides ;
Te yoilà dans le rang de ces fameux perfides ,
Dont
1846 MERCURE DE FRANCE
Dont les crimes font feuls la honteufe fplendeur
୮
Et qui fur leurs forfaits bâtiffent leur grandeur ,
&c.
Envain ton naturel altier , audacieux ,
Combattoit dans mon coeur le plaifir de mes
yeux ;
Mon amour l'emportoit , je fentois ma foibleffe:
Que n'a point fait pour toi cette indigne tendreffe
?
Je t'ai vâ fans refpect ni des Loix , ni du fang ›
D'Amnon mon fucceffeur ofer percer le flanc ,
Moins pour venger l'honneur d'une foeur éperduë
,
Que pour perdre un Rival qui te bleffoit la vue ;
Ifrael de ce coup fut long- tems confterné ;
Je devois t'en punir , je te l'ai pardonné.
Abfalon voulant rejetter fon crime fur
Joab qui l'y a forcé par fes fecretes
menées , en faveur d'Adonias fon frere ,
David l'interrompt par ces vers :
Foible & honteux détour !
Ceffe de m'accufer de la lâche injuftice
De fuivre d'un fujer la haine ou le caprice ,
Tu veux me détrôner , tu veux trancher mes
jours.
Abfalon veut en vain le nier, il le conpar
ce qui fuit :
fond
Ouy'
AOUST. 1730.
1847.
Oui , tu le veux , perfide.
Ofes-tu me nier ton deffein parricide ?
Ces Gardes , ces Soldats , qui comblant tes fouhaits
,
Devoient dés cette nuit couronner tes forfaits ,
Qui dépofoient mon Sceptre en ta 'main fangui
naire ,
Traître , le pouvoient - ils , fans la mort de ton
pere ?
Tiens , prends , lis ...
Il lui donne le Billet qui a été furpris
entre les mains d'un Soldat. Abfalon à
cette lecture demeure interdit , & voit
bien qu'Achitophel la conduit plus loin
qu'il ne croyoit , & qu'il ne vouloit.David
continue ainfi :
Moi- même en te parlant , faifi d'un jufte ef
froy ,
Mon trouble & ma douleur m'emportent loin de
moi.
Grand Dieu , voilà ce Fils qu'aveugle en mes demandes
,
Ont obtenu de toi , mes voeux & mes offrandes ,
Je le voi ; tu punis mes defirs indifcrets ;
Eh ! bien , Dieu d'Ifrael , accomplis tes décrets.
Confens-tu qu'à fon gré fa rage fe déploye ?
Yeux-tu que dans mon fang ce perfide le noye ?
J'y
1848 MERCURE DE FRANCE
1
J'y foufcris ; à Abfalon , Ouy , barbare accomplis
ton deffein ;
Aux dernieres horreurs ofe en hardir ta main ; &c
Miniftre criminel de fes juftes vengeances ,
Remplis-les par ma mort; couronne tes offenfes,
Frappe , &c.
Abfalon fe jette tremblant & repentant
aux genoux de fon Pere , qui lui pardonne ,
il exige de lui qu'il nommera tous les
con: lices ; Abfalon y confent dans la Scene
fuivante; il réfifte à Achitophel qui veut
le rembarquer dans la révolte , mais apprenant
de Cifaï que Joab , contre la foy
du Traité entre fon pere & lui , vient de
repouffer Amafa ; fa haine pour Joab fe
reveille & le fait courir aux armes une feconde
fois ; un refte de vertu fait qu'il dit
à Achitophel que ce ne font point ſes
perfides confeils qui le déterminent en ce
moment , & lui deffend de le fuivre .
Achitophel s'affermit dans le crime
& termine cet Acte par un court Monologue
, qui finit par ces Vers :
Tous les Chefs font pour moi , même interêt
les guide :
Marchons , & qu'un combat de notre fort décide.
Si nous ſommes Vainqueurs , Abſalon malgré lui
Se trouvera forcé de payer mon apui :
Si,plus puiffant que nous, l'Enemi nous furmonte,
11
AOUST. 1730. 1849
Il eft un fûr moyen d'enſevelir ma honte ;
Et tout homme à fon gré peut défier le fort
Quand il voit d'un même oeil , & la vie & la mort.'
Nous ne nous arrêterons pas long- tems
fur le dernier Acte . Voici la diftribution
des Scenes qui le compofent . Ciſaï fait
efperer la paix à Thamar , fans qu'on voye
fur quel fondement , puifque les deux
Armées font aux mains.
Tharés vient détruire une efperance fi
équivoque , & l'exhorte à fouffrir avec
conftance la mort , où le Peuple en furie
pourra la condamner , après l'avoir immolée
la premiere. David augmente leur
frayeur ; & croyant que tout eft perdu ,
leur dit qu'il ne vient que pour leur ouvrir
un chemin à la fuite ; il fait entendre
qu'il croit pouvoir les fauver malgré fon
ferment , puifqu'Abfalon en a rempli les
conditions par fon repentir.
Cifaï vient annoncer la victoire à David
, & la mort funefte d'Achitophel qui
s'eft étranglé , voyant que tout étoit perdu
: il ajoute qu'Abfalon à la tête des Rebelles
a refté fufpendu par fes cheveux à
un chêne ; mais que Joab prêt à le fecou-"
rir l'a envoyé vers lui pour lui dire qu'il
le remettroit bientôt entre fes mains & c.
David rend graces au Seigneur de fa victoire
&c. Abfalon mourant fe préfente
aux
1850 MERCURE DE FRANCE
aux yeux
de fon pere , & lui raconte ainfi
fon malheur.
Calmez la douleur qui vous preſſe.
Indigne de vos pleurs & de votre tendreffe ,
Mes odieux complots vous ont trop outragé :
Je meurs ; le Ciel eft juſte , & vous êtes vengé &c.
Les mutins ranimés ont voulu , pleins d'audace,
Rompre les noeuds cruels , auteurs de ma dif
grace ,
Et d'un trait qu'en fureur Joab avoit lancé
Votre malheureux Fils en leurs mains eſt percé.
Il recommande ſa femme & fa fille à
David , & meurt.
Voici les Obfervations critiques dont
nous avons été inftruits.
On a trouvé de beaux Vers dans la
Piéce ; mais le ftile n'y eft pas également
foutenu : l'éloquence y regne plus que l'élegance.
La Verfification a paru fur tout
negligée dans tout ce qui eft expofition .
Le fecond Acte & le quatrième l'emportent
infiniment fur les trois autres , & ont
fait le fuccés de la Piéce. Joab & Achitophel
font les deux perfonnages qui agiffent
le plus ; l'un conduit Abfalon & le
tourne comme il lui plaît , l'autre combat
pour David , qui ne fe détermine à
aller aux Ennemis que lorfqu'il apprend
que tout eft perdu . Abfalon agit un peu
plu
A O UST. 1730. 185 1
plus ; mais il paffe trop legerement du repentir
à la rechute : la haine pour Joab
ne paroît point affez fondée dans le plan.
de l'Auteur ; elle l'eft encore moins dans
le Texte Sacré; on y lit au contraire que ce
fut à Joab qu'il dut fon rappel &fa grace
après le meurtre de fon frere Amnon ."
Pour Joab , dont il n'a tenu qu'à l'Auteur
de faire un vrai Heros , on a trouvé
qu'il étoit injufte & fanguinaire dans le
quatrième Acte , quand il a confeillé à
David de faire périr tous les
parens des
Rebelles , & même Tharés dont la vertu
venoit d'éclater àfes yeux. Voici comment
l'Auteur l'a fait parler.
Marchons ; mais que Tharés accompagne mes
pas :
Que tous ceux que le fang unit à des perfides
Soyent remis en mes mains fous de fideles guides.
Allons , & preſentons à nos féditieux
L'Epouſe d'Abfalon immolée à leurs yeux ;
Faifons faire du refte un horrible carnage &c.
David fent bien lui- même que ce grand
homme dément fon caractere ; il le fait
connoître par cette Réponſe :
Non , Joab , fufpendons un Arrêt fanguinaire:
La vertu de Tharés vaut bien qu'on le differe.
Un Roi, quoiqu'un Sujet ait fait pour l'outrager,
Doit
1852 MERCURE DE FRANCE
Doit fçavoir le punir & non pas fe venger ;
Périffons fans foüiller mon rang ni ma memoire,
Et s'il faut fuccomber, fuccombons avec gloire.
Cette petite réprimande de David ,
juftifie la Critique du Public. La vertu
de Tharés eft celle qui fe foutient avec
le plus de vigueur ; quant à Thamar
on n'a trouvé à dire d'elle ni beaucoup
de bien , ni beaucoup de mal , ainfi on
l'a mife au rang des perfonnages inutiles
Le Rôle de la Reine , outre qu'il n'eft
pas plus utile que celui de Thamar , eft
d'autant plus à retrancher , qu'il eft toutà-
fait odieux par l'injuftice du motif qui
la fait agit. C'eft une haîne de belle- mère
qui fe manifefte à tout propos; fon repentir
guere mieux fondé que fes fautes, elle
dit au cinquiéme Acte, parlant à cette même
Tharés , fi injuftement perfecutée :
n'eft
Dans un temps plus heureux , vous connoîtrez ,
Madame ,
>
Ce que le repentir peut produire en une ame ;
Mes yeux fur vos vertus enfin fe font ouverts.
On ne fçait ce qui a pu occafionner ce
changement de volonté , ce qui eft abfolument
contre les regles. Voilà à peu près
ce que nous avons recueilli du jugement
du Public fur la Tragédie d'Abfalon. Ces
petites taches ne terniffent pas l'éclat de
cette
A O UST . 1730. 185 3
cette Piece , qu'on voit toûjours avec plaifir
, & qui a aujourd'hui un fuccès infini.
Elle eft très - bien repréfentée. Les Rôles de
David , d'Abfalon , d'Achitophel, de Joab ,
&c. y font remplis par les fieurs Sarrazin,
Dufresne , le Grand , du Breuil , &c .
La Dlle Du Frefne réüffit beaucoup dans.
celui de Tharés.
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Résumé : Tragedie d'Absalon, [titre d'après la table]
Le texte présente une critique de la tragédie 'Abfalon' de M. Duché, membre de l'Académie Royale des Inscriptions & Belles-Lettres. L'auteur justifie dans sa préface les libertés prises pour adoucir le caractère d'Abfalon, afin de le rendre moins odieux et de susciter la pitié du public, conformément aux règles aristotéliciennes. Il mentionne également des changements apportés au texte sacré concernant la mort d'Abfalon, justifiés par des personnes respectables. La pièce commence avec Abfalon et Achitophel, ministre de David. Abfalon, rebelle à son père et roi, soupçonne Joab, général des armées de David, de vouloir transférer le sceptre à Adonias, son frère cadet. David tente de réconcilier Abfalon avec Joab, mais Abfalon essaie de semer la discorde. Achitophel et Zamri, son confident, préparent une conspiration pour placer Abfalon sur le trône. Tharés, épouse d'Abfalon, découvre la conspiration et tente de le dissuader, mais il reste déterminé. Dans le deuxième acte, Tharés apprend à Abfalon qu'elle est au courant de la conspiration et menace de révéler le secret. Abfalon lui avoue alors sa participation. Tharés propose un serment pour démasquer les traîtres et se livre elle-même à Joab en otage de la fidélité de son époux. Abfalon est troublé par cette situation. Le troisième acte est jugé trop chargé en actions. Achitophel rassure Abfalon en lui annonçant l'enlèvement de Tharés et Thamar par Séba. Tharés informe Abfalon qu'il a été proclamé roi par le camp ennemi et le presse de fuir. Abfalon s'enfuit après avoir promis de revenir chercher Tharés. David découvre la trahison d'Abfalon grâce à une lettre interceptée et accuse Tharés de complicité, mais elle maintient sa vertu. Dans le quatrième acte, David reproche à Abfalon sa perfidie et révèle les complots homicides. Abfalon tente de rejeter la faute sur Joab, mais David le confronte avec des preuves. Abfalon se repent et nomme les complices, mais se révolte à nouveau après l'attaque de Joab contre Amaasa. Achitophel incite à la révolte. Dans le dernier acte, Cisaï espère la paix, mais Tharés exhorte à souffrir la mort avec confiance. David annonce un chemin de fuite et Cifaï annonce la victoire et la mort d'Achitophel et d'Absalon. Abfalon, mourant, se présente à David et recommande sa femme et sa fille avant de mourir. La critique mentionne que la pièce contient de beaux vers mais un style inégal, avec des personnages comme Joab et Achitophel particulièrement marquants. La vertu de Tharés est soulignée, tandis que les rôles de Thamar et de la Reine sont jugés inutiles ou odieux. La pièce est bien représentée et appréciée du public.
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5495
p. 1853-1856
La Réünion forcée, Comédie, &c. [titre d'après la table]
Début :
Les Comédiens Italiens donnerent la premiere Représentation d'une petite Comédie [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Comtesse, Procureur, Maître
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La Réünion forcée, Comédie, &c. [titre d'après la table]
Les Comédiens Italiens donnerent la
premiere Repréfentation d'une petite Comédie
en Profe, en un Acte , avec un Divertiffement
; elle a pour titre la Réunion
forcée. Cette Piece ne promet pas un grand
fuccès , le Lecteur en va juger par la legere
idée que nous en allons donner.
Une Comteffe fur le retour , ayant
époufé un jeune Cavalier appellé Damon ,
qui n'a pas pour elle les égards qu'elle s'en
étoit promis , veut fe venger de lui par
le divorce ; elle ouvre la Scene avec fa
fuivante Finette , qui la flatte d'un fort
plus heureux qui fuivra le gain de fon
procès. M.du Doffier, fon Procureur , vient
lui annoncer un triomphe prématuré ,
qui n'exifte que dans fon imagination , &
qu'il dit infaillible
P'heureuſe difpofition
qu'il dit avoir mife dans ce Procès.
Sur cette frivole efperance , il ofe parler
d'Amour & d'Hymen à la Comteffe , qui
reçoit fa déclaration avec fierté , attendu
par
l'inegalté
1854 MERCURE DE FRANCE
l'inegalité des conditions. Du Doſſier a
recours à Finette ; & pour la mettre dans
fes interêts , il lui promet de lui faire
époufer l'Avenir , fon Maître Clerc, Finette
, non moins fiere que fa Maîtreffe ,
ne veut pas d'un Clerc de Procureur pour
Mari. Du Doffier lui promet de le mettre
en poffeffion d'une belle & bonne Charge
d'Huiffier à Verge. Finette l'accepte à ce
prix , mais elle doute que fa Maîtreſſe
puiffe fe réfoudre à époufer un Procureur ;
elle dit à du Doffier que le gout de la
Comteffe feroit plutôt pour un Financier,
ce qui détermine du Doffier à revenir ſe
prefenter à elle fous le nom & l'habit
d'un frere qu'il a dans la Finance , appellé
M. du Zero. Il execute fon projet ,
& fous le nom de Financier il eft parfaitement
bien reçû de la Comteffe . Damon
fon jeune mary , vient troubler leur naiffante
intelligence ; il demande à la Comteffe
cent piftoles dont il a befoin , &
qu'il veut avoir fur le champ ; les injures
ne font épargnées de part & d'autre ;
M.du Zero , pour faire fa cour à la Comteffe
, donne un billet au porteur de mille
francs , que Finette reçoit malgré fa Maîtreffe.
Oronte , pere de Damon , vient annoncer
à la Comteffe fa Bru , qu'elle a perdu
fon Procès tout au long , & qu'on vient
de
A O UST. 1730. 1855
de la déclarer non - recevable ; elle ſe plaint
de l'injustice de fes premiers Juges, & dit
qu'elle en veut appeller. Damon fait le
doucereux auprès d'elle & la détermine
à fe réconcilier avec lui ; elle y confent ;
le faux du Zero redemande fon Billet à
Finette, qui le garde comme étant de bonne
prife ; l'Avenir reconnoît fon Maître
du Doffier , fous les habits de du Zero. La
Piece finit par un Divertiffement qu'on
trouvé trop bien amené ; cette
Fête a été préparée par l'étourdi Damon ;
c'eſt à proprement parler une nouvelle
infulte qu'il fait à la Comteſſe ſa femme ;
on en peut juger par ce premier Air
qu'on chante :
n'a
pas
Au premier âge ,
On méprifoit les biens ;
L'Amour feul formoit les liens ,
D'un heureux mariage :
Plutus ne regnoit point encor ;
Ce Dieu , Maître à prefent de notre destinée ,
Nous vend au poids de l'or ,
Le plus trifte Hymenée,
Le Vaudeville eft fur le même ton ;
en voici deux Couplets .
Femme riche & fur le retour ,
Voit croître les Amans près d'elle ;
Filla
1856 MERCURE DE FRANCE
Fille fans biens , mais jeune & belle ,
Les voit déferter de la Cour ,
Point d'argent , point de mariage ;
Argent & vieilleffe , on dit bon ;
Sans argent , jeuneſſe , on dit non :
C'eſt aujourd'hui l'uſage.
Arlequin au Parterre.
"
Si chacun de vous eft content ;
Qu'aujourd'hui l'on vous ait fait rire ,
Oh ! Meffieurs , vous n'avez qu'à dire ;
Apportez-nous bien de l'argent :
Point d'argent , adieu le courage ;
Quand j'en vois beaucoup , je dis bon ;
Mais quand j'en vois peu , je dis non :
Je fuis dans cet uſage.
La Mufique du Divertiſſement eſt toûjours
de M. Mouret.
premiere Repréfentation d'une petite Comédie
en Profe, en un Acte , avec un Divertiffement
; elle a pour titre la Réunion
forcée. Cette Piece ne promet pas un grand
fuccès , le Lecteur en va juger par la legere
idée que nous en allons donner.
Une Comteffe fur le retour , ayant
époufé un jeune Cavalier appellé Damon ,
qui n'a pas pour elle les égards qu'elle s'en
étoit promis , veut fe venger de lui par
le divorce ; elle ouvre la Scene avec fa
fuivante Finette , qui la flatte d'un fort
plus heureux qui fuivra le gain de fon
procès. M.du Doffier, fon Procureur , vient
lui annoncer un triomphe prématuré ,
qui n'exifte que dans fon imagination , &
qu'il dit infaillible
P'heureuſe difpofition
qu'il dit avoir mife dans ce Procès.
Sur cette frivole efperance , il ofe parler
d'Amour & d'Hymen à la Comteffe , qui
reçoit fa déclaration avec fierté , attendu
par
l'inegalté
1854 MERCURE DE FRANCE
l'inegalité des conditions. Du Doſſier a
recours à Finette ; & pour la mettre dans
fes interêts , il lui promet de lui faire
époufer l'Avenir , fon Maître Clerc, Finette
, non moins fiere que fa Maîtreffe ,
ne veut pas d'un Clerc de Procureur pour
Mari. Du Doffier lui promet de le mettre
en poffeffion d'une belle & bonne Charge
d'Huiffier à Verge. Finette l'accepte à ce
prix , mais elle doute que fa Maîtreſſe
puiffe fe réfoudre à époufer un Procureur ;
elle dit à du Doffier que le gout de la
Comteffe feroit plutôt pour un Financier,
ce qui détermine du Doffier à revenir ſe
prefenter à elle fous le nom & l'habit
d'un frere qu'il a dans la Finance , appellé
M. du Zero. Il execute fon projet ,
& fous le nom de Financier il eft parfaitement
bien reçû de la Comteffe . Damon
fon jeune mary , vient troubler leur naiffante
intelligence ; il demande à la Comteffe
cent piftoles dont il a befoin , &
qu'il veut avoir fur le champ ; les injures
ne font épargnées de part & d'autre ;
M.du Zero , pour faire fa cour à la Comteffe
, donne un billet au porteur de mille
francs , que Finette reçoit malgré fa Maîtreffe.
Oronte , pere de Damon , vient annoncer
à la Comteffe fa Bru , qu'elle a perdu
fon Procès tout au long , & qu'on vient
de
A O UST. 1730. 1855
de la déclarer non - recevable ; elle ſe plaint
de l'injustice de fes premiers Juges, & dit
qu'elle en veut appeller. Damon fait le
doucereux auprès d'elle & la détermine
à fe réconcilier avec lui ; elle y confent ;
le faux du Zero redemande fon Billet à
Finette, qui le garde comme étant de bonne
prife ; l'Avenir reconnoît fon Maître
du Doffier , fous les habits de du Zero. La
Piece finit par un Divertiffement qu'on
trouvé trop bien amené ; cette
Fête a été préparée par l'étourdi Damon ;
c'eſt à proprement parler une nouvelle
infulte qu'il fait à la Comteſſe ſa femme ;
on en peut juger par ce premier Air
qu'on chante :
n'a
pas
Au premier âge ,
On méprifoit les biens ;
L'Amour feul formoit les liens ,
D'un heureux mariage :
Plutus ne regnoit point encor ;
Ce Dieu , Maître à prefent de notre destinée ,
Nous vend au poids de l'or ,
Le plus trifte Hymenée,
Le Vaudeville eft fur le même ton ;
en voici deux Couplets .
Femme riche & fur le retour ,
Voit croître les Amans près d'elle ;
Filla
1856 MERCURE DE FRANCE
Fille fans biens , mais jeune & belle ,
Les voit déferter de la Cour ,
Point d'argent , point de mariage ;
Argent & vieilleffe , on dit bon ;
Sans argent , jeuneſſe , on dit non :
C'eſt aujourd'hui l'uſage.
Arlequin au Parterre.
"
Si chacun de vous eft content ;
Qu'aujourd'hui l'on vous ait fait rire ,
Oh ! Meffieurs , vous n'avez qu'à dire ;
Apportez-nous bien de l'argent :
Point d'argent , adieu le courage ;
Quand j'en vois beaucoup , je dis bon ;
Mais quand j'en vois peu , je dis non :
Je fuis dans cet uſage.
La Mufique du Divertiſſement eſt toûjours
de M. Mouret.
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Résumé : La Réünion forcée, Comédie, &c. [titre d'après la table]
Le texte relate la première représentation de 'La Réunion forcée', une comédie en prose des Comédiens Italiens. La pièce, en un acte, raconte l'histoire d'une comtesse souhaitant divorcer de son mari, Damon, en raison de son manque de respect. Encouragée par sa servante, Finette, et son procureur, M. du Dossier, elle refuse les avances de ce dernier en raison de la différence de leurs conditions sociales. M. du Dossier, se faisant passer pour un financier, M. du Zero, tente de séduire la comtesse. Damon interrompt leur entretien en réclamant de l'argent, ce qui provoque des échanges tendus. M. du Zero offre un billet de mille francs à la comtesse via Finette. Oronte, le père de Damon, annonce que la comtesse a perdu son procès. Damon convainc alors la comtesse de se réconcilier. M. du Zero réclame son billet, mais Finette le garde. La pièce se conclut par un divertissement organisé par Damon, incluant des airs et des couplets sur l'amour et l'argent, avec une musique de M. Mouret.
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5496
p. 1856-1864
La Tragédie de Maurice, &c. & Ballet, [titre d'après la table]
Début :
Le 2 Août, on representa au College de Louis le Grand, pour la Distribution [...]
Mots clefs :
Théâtre, Ballet, Ridicule, Dieu, Armée, Mort, Collège de Louis le Grand, Histoire, Tyran, Prince, Tragédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La Tragédie de Maurice, &c. & Ballet, [titre d'après la table]
Le 2 Août , on reprefenta au College
de Louis le Grand , pour la Diftribution
des Prix , fondé par S. M. la Tragédie
de Maurice , Empereur d'Orient cette
Tragédie fut fuivie d'un Ballet . Nous allons
donner de l'une & de l'autre un Extrait
le plus fuccinct qu'il nous fera
poffible.
Argument de la Tragédie.
Maurice
AOUST. 1730. 1857
Maurice agité de remords pour avoir
laiffé périr dans les fers un nombre confiderable
de fes fujets , qu'il n'avoit tenu
qu'à lui de racheter , fe reconnoît coupable
devant Dieu , & le prie de lui faire
expier fon crime dans ce monde plutôt
que dans l'autre. Sa priere eft exaucée ;
Dieu lui fait voir fon châtiment en fonge ;
il confeffe humblement qu'il l'a merité.
Il est déthrôné par Phocas ; & prêt à
mourir il prononce fouvent ces paroles ,
qui furent les dernieres de ſa vie : Vous
êtes jufte , Seigneur , & votre Jugement eft
équitable.
La Scene eft à Conftantinople , dans le
Palais Imperial.
ACTE I.
Maurice avoit fait arrêter Germain , Beau
Pere de fon fils Theodore , fur une Lettre anonyme
, par laquelle on lui offroit l'Empire ; mais
ayant vú en fonge un ufurpateur qui vouloit lui
arracher le Sceptre , & la lettre Ph. étant
gravée fur le front du coupable , fes foupçons
tombent fur Philipiccus , fon beau- frere ; il fait
remettre Germain en liberté , & ordonne qu'on
lui amene Philipiccus ; celui- ci fe contente de
faire parler fon innocence dans le tems que Mau
rice l'accable de fanglans reproches . Ce dernier
accufé eft encore juftifié par la nouvelle que
PEmpereur apprend de la révolte de Phocas , l'un
des Officiers Generaux de fon Armée. Il veug
aller
H
1858 MERCURE DE FRANCE
aller reprimer les Rebelles ; Philippicus l'en détourne
, en lui reprefentant le danger évident
où il s'expoferoit ; cependant il va raffembler ce
qui refte de fujets fideles à Maurice pour le mettre
en état de diffiper les Factieux . Maurice effrayé
du fonge qu'il a fait ; & voyant bien que
Dieu eft prêt à le punir de fon crime , fonge
plutôt à fauver fes Enfans qu'à fe fauver lui-même
; il leur ordonne d'aller chercher un azile fous
la conduite de Prifcus , Gouverneur de Juftin ,
fon fils. Theodofe , fon autre fils , refuſe d'obéïr
, & veut périr en deffendant le Trône & la
vie de fon Pere ; l'Empereur confie à Prifcus le
fecond de fes Enfans , & va fe mettre à la tête
de quelques Troupes que Philippicus à ramaffées
pour combattre les révoltez .
ACTE I I..
Maurice ayant été lâchement abandonné des
Troupes qu'il croyoit lui être fideles , Germain
irrité de fon emprifonnement , fe flate que Phocas
n'a confpiré que pour le mettre fur le Trône
; il introduit ce traître dans le Palais . Alcime ,
Officier de l'Armée , & Confident de Phocas
vient annoncer à Germain la défaite & la prife
de Maurice & de Theodore , fon fils aîné. Germain
voudroit qu'on leur eut laiffé la liberté de
fuïr ; il craint que leur préfence n'intereffe les
Peuples en leur faveur ; Alcime ſoutient au contraire
que
la fuite les auroit pû mettre en état
de remonter fur le Trône. On préfente à Phocas
Maurice chargé de fers ; Germain , par un reſte
de vertu , ne peut en foûtenir la vûë , & fe reti
re. Phocas s'efforce envain d'engager Maurice à
lui livrer fon fecond fils Juftin , fous prétexte.
de le mettre à couvert de la fureur du peuple ; co
pere
A O UST . 1730. 1859
ce
Pere infortuné ne donne pas dans un piége fi
groffier ; on amene Theodore à Phocas
Prince fier & intrépide détefte la perfidie de Ger
main , & reproche à Phocas d'avoir confpiré
pour le mettre fur le Trône. Phocas lui fait entendre
en termes équivoques , qu'il n'ôtera jamais
la Couronne à Maurice , pour la mettre
fur la tête d'un autre. L'Empereur & fon fils
s'étant retirez , il ouvre fon coeur à Alcime , &
lui déclare qu'il n'a travaillé que pour lui - mêil
l'envoye recevoir en fon nom le ferment
de l'Armée , & fort pour aller donner ordre à
la recherche de Juftin , frere de Theodore.
me ;
ACTE I I I..
pour faire rentrer Philippicus n'oublie rien
Germain dans fon devoir ; ce dernier offre le
Trône Imperial à fon Gendre Theodore , qui le
refufe genereufement comme appartenant à fon
pere ; il fait entendre à Germain que Phocas ne
l'a ufurpé que pour lui - même. Germain ne le
peut croire ; cependant il fort avec Philippicus
pour penetrer avec lui un deffein dont il commence
à fe défier. Prifcus , dont Phocas a enfin
découvert la retraite , eft amené au Palais , avec
fon fils Heraclius , à qui il a donné le nom &
l'habit de Juftin , pour fauver ce jeune Prince
aux dépens de la vie de fon propre fils . Les difcours
du faux Juftin épouventent Phocas , qu'on
fuppofe n'avoir jamais vu le fecond fils de Maurice
; il efpere abbattre ce noble orgüeil , en luž
montrant Maurice chargé de fers ; Prifcus tâ
che envain de détourner une entr'vûë qui doit
trahir fon fecret. Heureufement pour lui Phocas
fe retire , & ce n'eft qu'en fon abfence que
Murice reconnoît le genereux artifice de Prif-
Hij cus i
1860 MERCURE DE FRANCE
cus ; il veut genereulement en avertir Phocas ;
mais l'un & l'autre le prient fi ardemment de
laiffer le Tyran dans l'erreur , qu'il y confent ,
dans la crainte d'expofer infructueufement Heraclius
au reffentiment de Phocas , qui ne manqueroit
pas de fe venger fur le Pere & fur le Fils
d'un fi genereux artifice. Prifcus ordonne qu'on
enferme fon fils , & va retrouver le veritable
Justin,
ACTE I V,
Germain ne doutant plus que Phocas ne
yeuille s'emparer du Trône au lieu de lui , fe
réfout à le perdre ; il a un entretien avec cet
ambitieux concurrent , où ce dernier s'explique
affez ouvertement, Germain s'emporte , & fort
pour courir à la vengeance , en fe joignant à
Philippicus. Alcime confeille à Phocas de le faire
obferver & arrêter s'il fe peut ; mais Phocas occupé
des frayeurs que la fierté d'Heraclius lui a
infpirée, le veut entretenir ; il croit le faire trembler
, & tremble lui -même ; il fe réfout à le
faire périr , mais Heraclius furvenant , lui déclare
qu'il n'eft point fon fils. Phocas ordonne
qu'on cherche le vrai Juftin. Ce dernier s'étant
échappé des mains de Prifcus , vient redemander
fon Pere & reprendre fon nom qu'Heraclius lui
a dérobé. Tout femble flatter la fureur de Phocas
, lorfqu'il apprend que Theodore a briſé ſes
fers ; il veut s'en venger par la mort de Juftin ;
mais l'avis foudain qu'il reçoit , que Germain
foutenu de Philippicus & de Prifcus a foulevé le
peuple , & vient l'inveſtir dans le Palais , l'oblige
fufpendre fa fanglante execution,
ACTE
A OUST . 1730. 1861
ACTE V..
Phocas triomphant de Germain , qui vient
d'être tué , & de Theodore qui a été bleffé , veut
faire périr Philippicus & Prifcus ; mais comme
ces deux Generaux font refpectés de l'Armée ;
Alcime lui fait voir à quel danger il s'expoferoit
s'il leur faifoit donner la mort . Phocas ordonne
qu'on les amene devant lui avec Heraclius ; il fe
réfout à facrifier à fa sûreté Maurice & fes
deux enfans . Philippicus , Prifcus , & Heraclius
paroiffent devant Phocas ; ils ne daignent pas
écouter les flatteufes promeffes qu'il leur fait , &
demandent pour toute grace qu'on leur faffe
voir leur Empereur. Phocas y confent , & fort
pour aller entretenir les Chefs de l'Armée , qui
fe font affemblés , & qui lui demandent la grace
de ces trois Prifonniers ; Maurice eft amené
chargé de fers ; quel fpectacle pour ces trois fideles
fujets ! le fon de la Trompette leur annonce
la proclamation de Phocas ; on les fépare de
Maurice ; ce déplorable Prince demeure feul . On
aporte leTrône Imperial où Phocas fe doit placer
à fes yeux ; Maurice s'humilie devant Dieu ,
confeffe qu'il a merité le fort dont la justice Paccable
; il demande au Ciel vengeur , pour toute
grace , que fes Enfans ne foyent pas enveloppés
dans fa ruïne. Phocas n'eft pas plutôt affis fur le
Trône , qu'il commande qu'on enleve Theodore
& Juftin pour leur donner la mort. Theodore
déja bleffé expire aux yeux de fon malheureux
Pere , Juftin eft arraché d'entre les bras de Maurice,
Le Tyran envoye Maurice à la mort , quoique
le Peuple & l'Armée lui laiffent la liberté de
vivre ; le Heros allant à la mort , prédit à Phocas
le châtiment que le Ciel vengeur réſerve à
Hiij tous
& -
1862 MERCURE DE FRANCE
tous fes crimes. L'ufurpateur en eft fi épouvanté
, que le Sceptre lui tombe des mains , c'eft
ainfi qu'il commence à recevoir la peine dûë à
fon parricide. Le Théatre fut fermé par un éloge
du Roy.
Cette Tragédie fut fuivie du Ballet
dont nous allons parler. Le ridicule
des hommes en fit le fujet : en voici la
Divifion. Ce ridicule , exprimé par la
Danfe , fe fait connoître dans le Balet en
quatre manieres , qui en font le partage.
1º . Dans leurs Caracteres . 2 ° . Dans leurs
Entreprises. 3. Dans leurs Déguisemens.
4 Dans leurs Amuſemens. Ce ridicule a
trop d'étenduë pour pouvoir être contenu
dans un feul Ballet ; on s'eft contenté
de le borner à ces quatre parties ; la Fable
& l'Hiftoire y ont été employées avec
beaucoup d'art.
Minerve defcend du Ciel avec plufieurs Génies
férieux pour corriger les deffauts des hommes
; elle n'y réuffit prefque point , ce qui l'oblige
de ceder la place à Momus. Ce dernier
contrefait le ridicule de plufieurs perfonnes qui
commencent à fe corriger. Ce premier fuccès enhardit
ce Dieu de la cenfure , & lui fait former
le deffein de donner le ridicule des hommes en
fpectacle.
Les Amateurs d'eux - mêmes font la premiere
Entrée ; la feconde eft compofée des foupçonneux
, & la troifiéme des préfomptueux. La Fable
de Narciffe fonde la premiere. Denis le Tyran
AOUST. 1730. 1863
ran de Siracuſe , amene la feconde , & Mydas ,
Roi de Phrigie , eft à la tête des préfomptueux ,
pour avoir préferé la Flute de Pan à la Lyre
d'Apollon.
Anthée voulant éprouver les forces contre le
fils de Jupiter , fonde la premiere Entrée de la
feconde Partie , fçavoir , l'Entreprife au- deffus
des forces. L'Entreprise au- deffus des moyens
fait la feconde Entrée , l'Hiftoire qui y donne
lieu , eft celle de Pyrrhus , Roy d'Epire , qui for
me le deffein de conftruire un Pont d'environ
dix-fept lieuës fur la Mer Adriatique . Bavins ,
Mavius , & autres Poëtes femblables , font plufieurs
tentatives pour occuper le Parnaffe ; ce qui
amene la troifiéme Entrée , qui a pour
treprise au- deffus des talens .
titre : Enveut
Pâris , qui , couvert d'une peau de Lion ,
combattre Menelas , à qui il n'échappe que par
une honteuſe fuite , établit la premiere Entrée ,
qui a pour titre la Lâcheté mafquée . La feconde
qui eft la Fidelité fimulée , eft marquée par un
Monument élevé à la memoire de Nabopharzan,
par ordre de fon Epouſe qui ne l'avoit jamais
aimé. La troifiéme Entrée , qui eft la Débauche
cachée , eft peinte par ce trait d'Hiftoire des
Etruciens paroiffent accompagnez des Vertus pendant
le jour , l'Abftinence & la Temperance leur
fervent un repas frugal , fur le modele de celui
du fameux Curius ; mais à peine la nuit eft - elle
arrivée que ces faux Curius font une Bacchanale,
dans laquelle les Vices danfent à la place des
Vertus.
:
La vaine Parure , la Curiofité frivole & les
Idées chimériques , forment les trois Entrées de
cette derniere Partie. De jeunes Sibarites établiffent
la premiere. Des Athéniens , qui s'étant affemblez
pour entendre difcourir leurs plus cele-
Hij bres
1864 MERCURE DE FRANCE
bres Orateurs fur des affaires importantes , les
quittent pour voir des Joueurs de Gobelets , fondent
la feconde. Quelques traits bizarrès du fameux
Chevalier de la Manche , donnent lieu à la
troifléme , &c. Minerve voyant l'utilité des leçons
de Momus , fe réconcilie avee lui ; ce qui
fait le Balet general & l'Epilogue du deffein .
de Louis le Grand , pour la Diftribution
des Prix , fondé par S. M. la Tragédie
de Maurice , Empereur d'Orient cette
Tragédie fut fuivie d'un Ballet . Nous allons
donner de l'une & de l'autre un Extrait
le plus fuccinct qu'il nous fera
poffible.
Argument de la Tragédie.
Maurice
AOUST. 1730. 1857
Maurice agité de remords pour avoir
laiffé périr dans les fers un nombre confiderable
de fes fujets , qu'il n'avoit tenu
qu'à lui de racheter , fe reconnoît coupable
devant Dieu , & le prie de lui faire
expier fon crime dans ce monde plutôt
que dans l'autre. Sa priere eft exaucée ;
Dieu lui fait voir fon châtiment en fonge ;
il confeffe humblement qu'il l'a merité.
Il est déthrôné par Phocas ; & prêt à
mourir il prononce fouvent ces paroles ,
qui furent les dernieres de ſa vie : Vous
êtes jufte , Seigneur , & votre Jugement eft
équitable.
La Scene eft à Conftantinople , dans le
Palais Imperial.
ACTE I.
Maurice avoit fait arrêter Germain , Beau
Pere de fon fils Theodore , fur une Lettre anonyme
, par laquelle on lui offroit l'Empire ; mais
ayant vú en fonge un ufurpateur qui vouloit lui
arracher le Sceptre , & la lettre Ph. étant
gravée fur le front du coupable , fes foupçons
tombent fur Philipiccus , fon beau- frere ; il fait
remettre Germain en liberté , & ordonne qu'on
lui amene Philipiccus ; celui- ci fe contente de
faire parler fon innocence dans le tems que Mau
rice l'accable de fanglans reproches . Ce dernier
accufé eft encore juftifié par la nouvelle que
PEmpereur apprend de la révolte de Phocas , l'un
des Officiers Generaux de fon Armée. Il veug
aller
H
1858 MERCURE DE FRANCE
aller reprimer les Rebelles ; Philippicus l'en détourne
, en lui reprefentant le danger évident
où il s'expoferoit ; cependant il va raffembler ce
qui refte de fujets fideles à Maurice pour le mettre
en état de diffiper les Factieux . Maurice effrayé
du fonge qu'il a fait ; & voyant bien que
Dieu eft prêt à le punir de fon crime , fonge
plutôt à fauver fes Enfans qu'à fe fauver lui-même
; il leur ordonne d'aller chercher un azile fous
la conduite de Prifcus , Gouverneur de Juftin ,
fon fils. Theodofe , fon autre fils , refuſe d'obéïr
, & veut périr en deffendant le Trône & la
vie de fon Pere ; l'Empereur confie à Prifcus le
fecond de fes Enfans , & va fe mettre à la tête
de quelques Troupes que Philippicus à ramaffées
pour combattre les révoltez .
ACTE I I..
Maurice ayant été lâchement abandonné des
Troupes qu'il croyoit lui être fideles , Germain
irrité de fon emprifonnement , fe flate que Phocas
n'a confpiré que pour le mettre fur le Trône
; il introduit ce traître dans le Palais . Alcime ,
Officier de l'Armée , & Confident de Phocas
vient annoncer à Germain la défaite & la prife
de Maurice & de Theodore , fon fils aîné. Germain
voudroit qu'on leur eut laiffé la liberté de
fuïr ; il craint que leur préfence n'intereffe les
Peuples en leur faveur ; Alcime ſoutient au contraire
que
la fuite les auroit pû mettre en état
de remonter fur le Trône. On préfente à Phocas
Maurice chargé de fers ; Germain , par un reſte
de vertu , ne peut en foûtenir la vûë , & fe reti
re. Phocas s'efforce envain d'engager Maurice à
lui livrer fon fecond fils Juftin , fous prétexte.
de le mettre à couvert de la fureur du peuple ; co
pere
A O UST . 1730. 1859
ce
Pere infortuné ne donne pas dans un piége fi
groffier ; on amene Theodore à Phocas
Prince fier & intrépide détefte la perfidie de Ger
main , & reproche à Phocas d'avoir confpiré
pour le mettre fur le Trône. Phocas lui fait entendre
en termes équivoques , qu'il n'ôtera jamais
la Couronne à Maurice , pour la mettre
fur la tête d'un autre. L'Empereur & fon fils
s'étant retirez , il ouvre fon coeur à Alcime , &
lui déclare qu'il n'a travaillé que pour lui - mêil
l'envoye recevoir en fon nom le ferment
de l'Armée , & fort pour aller donner ordre à
la recherche de Juftin , frere de Theodore.
me ;
ACTE I I I..
pour faire rentrer Philippicus n'oublie rien
Germain dans fon devoir ; ce dernier offre le
Trône Imperial à fon Gendre Theodore , qui le
refufe genereufement comme appartenant à fon
pere ; il fait entendre à Germain que Phocas ne
l'a ufurpé que pour lui - même. Germain ne le
peut croire ; cependant il fort avec Philippicus
pour penetrer avec lui un deffein dont il commence
à fe défier. Prifcus , dont Phocas a enfin
découvert la retraite , eft amené au Palais , avec
fon fils Heraclius , à qui il a donné le nom &
l'habit de Juftin , pour fauver ce jeune Prince
aux dépens de la vie de fon propre fils . Les difcours
du faux Juftin épouventent Phocas , qu'on
fuppofe n'avoir jamais vu le fecond fils de Maurice
; il efpere abbattre ce noble orgüeil , en luž
montrant Maurice chargé de fers ; Prifcus tâ
che envain de détourner une entr'vûë qui doit
trahir fon fecret. Heureufement pour lui Phocas
fe retire , & ce n'eft qu'en fon abfence que
Murice reconnoît le genereux artifice de Prif-
Hij cus i
1860 MERCURE DE FRANCE
cus ; il veut genereulement en avertir Phocas ;
mais l'un & l'autre le prient fi ardemment de
laiffer le Tyran dans l'erreur , qu'il y confent ,
dans la crainte d'expofer infructueufement Heraclius
au reffentiment de Phocas , qui ne manqueroit
pas de fe venger fur le Pere & fur le Fils
d'un fi genereux artifice. Prifcus ordonne qu'on
enferme fon fils , & va retrouver le veritable
Justin,
ACTE I V,
Germain ne doutant plus que Phocas ne
yeuille s'emparer du Trône au lieu de lui , fe
réfout à le perdre ; il a un entretien avec cet
ambitieux concurrent , où ce dernier s'explique
affez ouvertement, Germain s'emporte , & fort
pour courir à la vengeance , en fe joignant à
Philippicus. Alcime confeille à Phocas de le faire
obferver & arrêter s'il fe peut ; mais Phocas occupé
des frayeurs que la fierté d'Heraclius lui a
infpirée, le veut entretenir ; il croit le faire trembler
, & tremble lui -même ; il fe réfout à le
faire périr , mais Heraclius furvenant , lui déclare
qu'il n'eft point fon fils. Phocas ordonne
qu'on cherche le vrai Juftin. Ce dernier s'étant
échappé des mains de Prifcus , vient redemander
fon Pere & reprendre fon nom qu'Heraclius lui
a dérobé. Tout femble flatter la fureur de Phocas
, lorfqu'il apprend que Theodore a briſé ſes
fers ; il veut s'en venger par la mort de Juftin ;
mais l'avis foudain qu'il reçoit , que Germain
foutenu de Philippicus & de Prifcus a foulevé le
peuple , & vient l'inveſtir dans le Palais , l'oblige
fufpendre fa fanglante execution,
ACTE
A OUST . 1730. 1861
ACTE V..
Phocas triomphant de Germain , qui vient
d'être tué , & de Theodore qui a été bleffé , veut
faire périr Philippicus & Prifcus ; mais comme
ces deux Generaux font refpectés de l'Armée ;
Alcime lui fait voir à quel danger il s'expoferoit
s'il leur faifoit donner la mort . Phocas ordonne
qu'on les amene devant lui avec Heraclius ; il fe
réfout à facrifier à fa sûreté Maurice & fes
deux enfans . Philippicus , Prifcus , & Heraclius
paroiffent devant Phocas ; ils ne daignent pas
écouter les flatteufes promeffes qu'il leur fait , &
demandent pour toute grace qu'on leur faffe
voir leur Empereur. Phocas y confent , & fort
pour aller entretenir les Chefs de l'Armée , qui
fe font affemblés , & qui lui demandent la grace
de ces trois Prifonniers ; Maurice eft amené
chargé de fers ; quel fpectacle pour ces trois fideles
fujets ! le fon de la Trompette leur annonce
la proclamation de Phocas ; on les fépare de
Maurice ; ce déplorable Prince demeure feul . On
aporte leTrône Imperial où Phocas fe doit placer
à fes yeux ; Maurice s'humilie devant Dieu ,
confeffe qu'il a merité le fort dont la justice Paccable
; il demande au Ciel vengeur , pour toute
grace , que fes Enfans ne foyent pas enveloppés
dans fa ruïne. Phocas n'eft pas plutôt affis fur le
Trône , qu'il commande qu'on enleve Theodore
& Juftin pour leur donner la mort. Theodore
déja bleffé expire aux yeux de fon malheureux
Pere , Juftin eft arraché d'entre les bras de Maurice,
Le Tyran envoye Maurice à la mort , quoique
le Peuple & l'Armée lui laiffent la liberté de
vivre ; le Heros allant à la mort , prédit à Phocas
le châtiment que le Ciel vengeur réſerve à
Hiij tous
& -
1862 MERCURE DE FRANCE
tous fes crimes. L'ufurpateur en eft fi épouvanté
, que le Sceptre lui tombe des mains , c'eft
ainfi qu'il commence à recevoir la peine dûë à
fon parricide. Le Théatre fut fermé par un éloge
du Roy.
Cette Tragédie fut fuivie du Ballet
dont nous allons parler. Le ridicule
des hommes en fit le fujet : en voici la
Divifion. Ce ridicule , exprimé par la
Danfe , fe fait connoître dans le Balet en
quatre manieres , qui en font le partage.
1º . Dans leurs Caracteres . 2 ° . Dans leurs
Entreprises. 3. Dans leurs Déguisemens.
4 Dans leurs Amuſemens. Ce ridicule a
trop d'étenduë pour pouvoir être contenu
dans un feul Ballet ; on s'eft contenté
de le borner à ces quatre parties ; la Fable
& l'Hiftoire y ont été employées avec
beaucoup d'art.
Minerve defcend du Ciel avec plufieurs Génies
férieux pour corriger les deffauts des hommes
; elle n'y réuffit prefque point , ce qui l'oblige
de ceder la place à Momus. Ce dernier
contrefait le ridicule de plufieurs perfonnes qui
commencent à fe corriger. Ce premier fuccès enhardit
ce Dieu de la cenfure , & lui fait former
le deffein de donner le ridicule des hommes en
fpectacle.
Les Amateurs d'eux - mêmes font la premiere
Entrée ; la feconde eft compofée des foupçonneux
, & la troifiéme des préfomptueux. La Fable
de Narciffe fonde la premiere. Denis le Tyran
AOUST. 1730. 1863
ran de Siracuſe , amene la feconde , & Mydas ,
Roi de Phrigie , eft à la tête des préfomptueux ,
pour avoir préferé la Flute de Pan à la Lyre
d'Apollon.
Anthée voulant éprouver les forces contre le
fils de Jupiter , fonde la premiere Entrée de la
feconde Partie , fçavoir , l'Entreprife au- deffus
des forces. L'Entreprise au- deffus des moyens
fait la feconde Entrée , l'Hiftoire qui y donne
lieu , eft celle de Pyrrhus , Roy d'Epire , qui for
me le deffein de conftruire un Pont d'environ
dix-fept lieuës fur la Mer Adriatique . Bavins ,
Mavius , & autres Poëtes femblables , font plufieurs
tentatives pour occuper le Parnaffe ; ce qui
amene la troifiéme Entrée , qui a pour
treprise au- deffus des talens .
titre : Enveut
Pâris , qui , couvert d'une peau de Lion ,
combattre Menelas , à qui il n'échappe que par
une honteuſe fuite , établit la premiere Entrée ,
qui a pour titre la Lâcheté mafquée . La feconde
qui eft la Fidelité fimulée , eft marquée par un
Monument élevé à la memoire de Nabopharzan,
par ordre de fon Epouſe qui ne l'avoit jamais
aimé. La troifiéme Entrée , qui eft la Débauche
cachée , eft peinte par ce trait d'Hiftoire des
Etruciens paroiffent accompagnez des Vertus pendant
le jour , l'Abftinence & la Temperance leur
fervent un repas frugal , fur le modele de celui
du fameux Curius ; mais à peine la nuit eft - elle
arrivée que ces faux Curius font une Bacchanale,
dans laquelle les Vices danfent à la place des
Vertus.
:
La vaine Parure , la Curiofité frivole & les
Idées chimériques , forment les trois Entrées de
cette derniere Partie. De jeunes Sibarites établiffent
la premiere. Des Athéniens , qui s'étant affemblez
pour entendre difcourir leurs plus cele-
Hij bres
1864 MERCURE DE FRANCE
bres Orateurs fur des affaires importantes , les
quittent pour voir des Joueurs de Gobelets , fondent
la feconde. Quelques traits bizarrès du fameux
Chevalier de la Manche , donnent lieu à la
troifléme , &c. Minerve voyant l'utilité des leçons
de Momus , fe réconcilie avee lui ; ce qui
fait le Balet general & l'Epilogue du deffein .
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Résumé : La Tragédie de Maurice, &c. & Ballet, [titre d'après la table]
Le 2 août 1730, la tragédie 'Maurice, Empereur d'Orient' a été représentée au Collège de Louis le Grand pour la distribution des prix. Cette tragédie, suivie d'un ballet, raconte l'histoire de Maurice, empereur de Constantinople, tourmenté par des remords pour avoir laissé périr de nombreux sujets qu'il aurait pu sauver. Il prie Dieu de lui faire expier son crime dans ce monde plutôt que dans l'autre. Sa prière est exaucée, et il est déchu de son trône par Phocas, qui le fait emprisonner. Maurice meurt en confessant la justice de Dieu. L'intrigue se déroule en cinq actes. Dans le premier acte, Maurice, après avoir fait arrêter Germain, le beau-père de son fils Theodore, sur la base d'une lettre anonyme, découvre que Philippicus, son beau-frère, est le véritable coupable. Il libère Germain et prépare une armée pour réprimer la révolte de Phocas. Maurice, effrayé par un songe, décide de sauver ses enfants plutôt que lui-même. Theodore refuse de fuir et veut défendre le trône. Dans le deuxième acte, Maurice est abandonné par ses troupes et capturé par Phocas. Germain, irrité par son emprisonnement, introduit Phocas dans le palais. Alcime, confident de Phocas, annonce la défaite de Maurice et de Theodore. Phocas tente de faire livrer Justin, le fils cadet de Maurice, mais ce dernier refuse de tomber dans le piège. Dans le troisième acte, Philippicus et Germain découvrent les intentions de Phocas. Priscus, gouverneur de Justin, sauve le jeune prince en le faisant passer pour son propre fils, Heraclius. Phocas, trompé, ne reconnaît pas Justin. Dans le quatrième acte, Germain, réalisant les ambitions de Phocas, se joint à Philippicus pour le combattre. Phocas, effrayé par la fierté d'Heraclius, décide de le faire périr. Justin, échappant à Priscus, réclame son père et son nom. Phocas, apprenant la révolte de Germain soutenue par Philippicus et Priscus, suspend l'exécution de Justin. Dans le cinquième et dernier acte, Phocas triomphe de Germain et de Theodore, mais épargne Philippicus et Priscus en raison de leur respect au sein de l'armée. Maurice, amené chargé de fers, confesse ses fautes et demande que ses enfants soient épargnés. Phocas fait exécuter Theodore et Justin sous les yeux de Maurice, qui prédit à Phocas un châtiment divin. Le théâtre se ferme par un éloge du roi. La tragédie est suivie d'un ballet satirique sur le ridicule des hommes, divisé en quatre parties : leurs caractères, leurs entreprises, leurs déguisements et leurs amusements. Minerve et Momus tentent de corriger les défauts humains, mais sans grand succès. Le ballet se conclut par une réconciliation entre Minerve et Momus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5497
p. 1864
« Les Comédiens François représenterent le 5. Août, la Tragédie du Cid, telle [...] »
Début :
Les Comédiens François représenterent le 5. Août, la Tragédie du Cid, telle [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Le Cid
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François représenterent le 5. Août, la Tragédie du Cid, telle [...] »
Les Comédiens François repréfenterent
le 5. Août , la Tragédie du Cid , telle
que M. Rouffeau l'avoit fait jouer & imprimer
à Bruxelles. On en a retranché
quelques Rôles inutiles , comme celui de
FInfante. Ce changement a paru raiſonnable
; il n'en a coûté que fort peu de
Vers au Réformateur , pour faire les liaifons
neceffaires
le 5. Août , la Tragédie du Cid , telle
que M. Rouffeau l'avoit fait jouer & imprimer
à Bruxelles. On en a retranché
quelques Rôles inutiles , comme celui de
FInfante. Ce changement a paru raiſonnable
; il n'en a coûté que fort peu de
Vers au Réformateur , pour faire les liaifons
neceffaires
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5498
p. 1864-1868
Les deux Suivantes, Comédie, [titre d'après la table]
Début :
Le 20. Juillet, l'Opera Comique de la Foire S. Laurent, donna la premiere Représentation de [...]
Mots clefs :
Opéra comique, Foire Saint-Laurent, Vaudeville, Coeur, Cavalier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les deux Suivantes, Comédie, [titre d'après la table]
Le 20. Juillet , l'Opera Comique de la Foire
S. Laurent , donna la premiere Repréſentation de
la Piece nouvelle , Les deux Suivantes , dont voici
en peu de mots le Sujet.
Lucinde a une fille fort aimable , qu'elle doit
marier à M. Orgon , Gentilhomme de Province
lequel doit arriver inceffamment chez fa future
Belle- mere pour finir ce Mariage. Ce Gentilhomme
n'a qu'un fils nommé Leandre , qui a quitté
la Maifon de fon pere pour voyager , & dont
ce pere eft fort en peine , n'ayant eu aucune de fes
nouvelles depuis qu'il eft parti ; c'eft ce qui lui
fait prendre la réfolution de fe remarier , croyant
d'avoir perdu le feul fils qu'il avoit. Le hazard
fait que Leandre fe trouve dans un Bal avec la
fille de Lucinde , nommée Flavie , accompagnée
de fa Suivante Lifette ; ils ne font pas long- tems
A O UST. 1730. 1865
à faire connoiffance , & ne fe féparent qu'à regret
à la fin du Bal. Léandre , qui eft fort en peine de
revoir Flavie , trouve le moyen de parler à Liſette
pour l'engager de le fervir auprès de fa Maîtreffe;
cette Suivante promet à Leandre de le fervir dans
fes amours , & l'expedient qu'elle trouve eft de
feindre de vouloir quitter fa Maîtreffe fous prétexte
qu'elle va fe marier , & de donner une autre
Suivante de fa main à Flavie . C'est justement
Léandre qu'elle fait traveftir en Suivante , & la
préfente à Lucinde & à fa fille. La fauffe Suivante
fous le nom de Clarice , eſt reçûë avec toute forte
d'agrémens dans la maiſon , comme venant
de la main de Lifette , qu'on eft bien fâché de
perdre , Flavie , fur tout , trouve cette nouvelle
Suivante fort à fon gré , ayant , dit-elle , beaucoup
de l'air & des manieres d'un Cavalier qu'elle
a vû depuis peu au Bal. Cependant Léandre a
tout le temps d'entretenir fa belle Maîtreffe , quoique
celle-ci ne le connoiffe pas encore pour
´P'homme du Bal ; mais Lifette qui furvient , &
qui craint à tous momens que cette fauffe Suivante
ne foit découverte , déclare à Flavie le traveſtiſſement
, & lui apprend que c'eſt Léandte.
Lucinde n'est détrompée de la fourberie qu'à
l'arrivée d'Orgon , qui ayant defcendu chez Lucinde
, a trouvé dans le jardin Flavie, tête- à- tête
avec un Cavalier , c'est justement Clarice qui
avoit quitté l'habit de Suivante pour reprendre
le fien on fait entendre à la mere que Clarice s'eft
déguifée en Cavalier pour réjouir fa jeune Maîtreffe
; on dit la même chofe à Orgon , qui eft
fort irrité d'avoir trouvé Flavie avec un Cavalier ;
on lui prefente enfin la fauffe Suivante, mais il eſt
bien étonné de trouver en elle Léandre fon fils ,
qu'il croyoit perdu. Lifette vient découvrir la
fourberie dont elle s'eft mêlée , & on n'eſt pas
Hv long1866
MERCURE
DE FRANCE
Jong -temps à conclure le Mariage de ces deux
Amans , qui font enfin parvenus à s'époufer par
cette Métamorphofe amoureufe . La Piece finit
par un Divertiffement qui eft terminé par un
Vaudeville de la compofition de M. Gilliers. En
yoici quelques Couplets .
VAUDEVILLE
.
Quar
Uand de fes feux unjeune coeur ,
D'un ton flateur
Nous affure ,
Croyez-moi , répondons toujours ,
A fes difcours ,
Turelure .
Mettez -vous bien cela ,
La ;
Jeunes Fillettes ,
Songez que tout Amant ;
Ment ,
Dans fes fleuretes.
Ton petit minois fans deffaut ,
M'a rendu chaud
Comme braife ;
Toujours brulant pour tes appas
Guillot n'eft pas
A fon aife.
Je mourrai de fouci ,
Si
Ta
A O UST . 1730. 1767
Ta rigueur dure ,
De ton coeur fais-moi donc
Don ,
Je t'en conjure.
Pour moi ton coeur n'eft point ingrat
Mais fans Contrat ,
Point d'affaire ;
C'est un trompeur que Cupidon ,
Et la Raifon ,
Me függere
Qu'on n'a de ce vaurien
Rien ,
Quand la Bérgere ,
Donne à quelque garçon ,
Son
Coeur fans Notaire.
Maître d'un joli Jardinet,
f
Lucas y fait
Peu d'ouvrage ,
7
Et quand quelqu'un veut ſe mêler
D'y travailler ,
Il fait rage ,
N'a-t-il pas , ce Butord
Tort ,
Quand il nous prive
D'un bien que ce Balourd ,
H vj
Lourd
1
1868 MERCURE DE FRANCE
C
Lourt
Très-mal cultive.
Pour nous aimer , trinquons fouvent }
L'amour ſe prend
Dans le verre ;
Les coeurs forment des noeuds en vain
Si le bon vin
Ne les ferre ,
Cela ne tient jamais
Mais ,
La fimpatie ,
Quand Bacchus l'entretient ;
Tient
Toute la vie.
Maris , voulez-vous fuir l'affront ;
Qu'à votre front ,
On peut faire ;
Au logis ne léfinez point ,
C'eft - là le point
Neceffaire ;
On eft pour vous conſtant
Tant ,
Que rien ne chomme ;
Qui ménage l'argent ,
Jean
Bien- tôt fe nomme.
S. Laurent , donna la premiere Repréſentation de
la Piece nouvelle , Les deux Suivantes , dont voici
en peu de mots le Sujet.
Lucinde a une fille fort aimable , qu'elle doit
marier à M. Orgon , Gentilhomme de Province
lequel doit arriver inceffamment chez fa future
Belle- mere pour finir ce Mariage. Ce Gentilhomme
n'a qu'un fils nommé Leandre , qui a quitté
la Maifon de fon pere pour voyager , & dont
ce pere eft fort en peine , n'ayant eu aucune de fes
nouvelles depuis qu'il eft parti ; c'eft ce qui lui
fait prendre la réfolution de fe remarier , croyant
d'avoir perdu le feul fils qu'il avoit. Le hazard
fait que Leandre fe trouve dans un Bal avec la
fille de Lucinde , nommée Flavie , accompagnée
de fa Suivante Lifette ; ils ne font pas long- tems
A O UST. 1730. 1865
à faire connoiffance , & ne fe féparent qu'à regret
à la fin du Bal. Léandre , qui eft fort en peine de
revoir Flavie , trouve le moyen de parler à Liſette
pour l'engager de le fervir auprès de fa Maîtreffe;
cette Suivante promet à Leandre de le fervir dans
fes amours , & l'expedient qu'elle trouve eft de
feindre de vouloir quitter fa Maîtreffe fous prétexte
qu'elle va fe marier , & de donner une autre
Suivante de fa main à Flavie . C'est justement
Léandre qu'elle fait traveftir en Suivante , & la
préfente à Lucinde & à fa fille. La fauffe Suivante
fous le nom de Clarice , eſt reçûë avec toute forte
d'agrémens dans la maiſon , comme venant
de la main de Lifette , qu'on eft bien fâché de
perdre , Flavie , fur tout , trouve cette nouvelle
Suivante fort à fon gré , ayant , dit-elle , beaucoup
de l'air & des manieres d'un Cavalier qu'elle
a vû depuis peu au Bal. Cependant Léandre a
tout le temps d'entretenir fa belle Maîtreffe , quoique
celle-ci ne le connoiffe pas encore pour
´P'homme du Bal ; mais Lifette qui furvient , &
qui craint à tous momens que cette fauffe Suivante
ne foit découverte , déclare à Flavie le traveſtiſſement
, & lui apprend que c'eſt Léandte.
Lucinde n'est détrompée de la fourberie qu'à
l'arrivée d'Orgon , qui ayant defcendu chez Lucinde
, a trouvé dans le jardin Flavie, tête- à- tête
avec un Cavalier , c'est justement Clarice qui
avoit quitté l'habit de Suivante pour reprendre
le fien on fait entendre à la mere que Clarice s'eft
déguifée en Cavalier pour réjouir fa jeune Maîtreffe
; on dit la même chofe à Orgon , qui eft
fort irrité d'avoir trouvé Flavie avec un Cavalier ;
on lui prefente enfin la fauffe Suivante, mais il eſt
bien étonné de trouver en elle Léandre fon fils ,
qu'il croyoit perdu. Lifette vient découvrir la
fourberie dont elle s'eft mêlée , & on n'eſt pas
Hv long1866
MERCURE
DE FRANCE
Jong -temps à conclure le Mariage de ces deux
Amans , qui font enfin parvenus à s'époufer par
cette Métamorphofe amoureufe . La Piece finit
par un Divertiffement qui eft terminé par un
Vaudeville de la compofition de M. Gilliers. En
yoici quelques Couplets .
VAUDEVILLE
.
Quar
Uand de fes feux unjeune coeur ,
D'un ton flateur
Nous affure ,
Croyez-moi , répondons toujours ,
A fes difcours ,
Turelure .
Mettez -vous bien cela ,
La ;
Jeunes Fillettes ,
Songez que tout Amant ;
Ment ,
Dans fes fleuretes.
Ton petit minois fans deffaut ,
M'a rendu chaud
Comme braife ;
Toujours brulant pour tes appas
Guillot n'eft pas
A fon aife.
Je mourrai de fouci ,
Si
Ta
A O UST . 1730. 1767
Ta rigueur dure ,
De ton coeur fais-moi donc
Don ,
Je t'en conjure.
Pour moi ton coeur n'eft point ingrat
Mais fans Contrat ,
Point d'affaire ;
C'est un trompeur que Cupidon ,
Et la Raifon ,
Me függere
Qu'on n'a de ce vaurien
Rien ,
Quand la Bérgere ,
Donne à quelque garçon ,
Son
Coeur fans Notaire.
Maître d'un joli Jardinet,
f
Lucas y fait
Peu d'ouvrage ,
7
Et quand quelqu'un veut ſe mêler
D'y travailler ,
Il fait rage ,
N'a-t-il pas , ce Butord
Tort ,
Quand il nous prive
D'un bien que ce Balourd ,
H vj
Lourd
1
1868 MERCURE DE FRANCE
C
Lourt
Très-mal cultive.
Pour nous aimer , trinquons fouvent }
L'amour ſe prend
Dans le verre ;
Les coeurs forment des noeuds en vain
Si le bon vin
Ne les ferre ,
Cela ne tient jamais
Mais ,
La fimpatie ,
Quand Bacchus l'entretient ;
Tient
Toute la vie.
Maris , voulez-vous fuir l'affront ;
Qu'à votre front ,
On peut faire ;
Au logis ne léfinez point ,
C'eft - là le point
Neceffaire ;
On eft pour vous conſtant
Tant ,
Que rien ne chomme ;
Qui ménage l'argent ,
Jean
Bien- tôt fe nomme.
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Résumé : Les deux Suivantes, Comédie, [titre d'après la table]
Le 20 juillet 1730, l'Opéra Comique de la Foire Saint-Laurent a présenté pour la première fois la pièce 'Les deux Suivantes'. L'intrigue se concentre sur Lucinde, qui organise le mariage de sa fille Flavie avec M. Orgon, un gentilhomme de province. Orgon a un fils, Léandre, parti en voyage, dont il est sans nouvelles, ce qui le pousse à envisager de se remarier. Par hasard, Léandre rencontre Flavie lors d'un bal et en tombe amoureux. Pour la revoir, il convainc Lisette, la suivante de Flavie, de l'aider en se déguisant en suivante. Lisette présente Léandre, déguisé en Clarice, à Lucinde et Flavie. Flavie trouve Clarice charmante et remarque qu'elle ressemble à un cavalier rencontré au bal. Lisette révèle finalement à Flavie la véritable identité de Clarice. Lorsque Orgon arrive, il découvre Flavie en compagnie de Léandre, déguisé en cavalier. Lisette avoue alors son rôle dans la supercherie. Orgon, irrité, reconnaît finalement Léandre comme son fils. La pièce se conclut par le mariage de Léandre et Flavie, suivi d'un divertissement et d'un vaudeville composé par M. Gilliers.
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5499
p. 1868
« On trouvera l'Air noté avec la Chanson, page 1831. [...] »
Début :
On trouvera l'Air noté avec la Chanson, page 1831. [...]
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On trouvera l'Air noté avec la Chanson ,
page 1831.
page 1831.
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5500
p. 1869-1870
D'AFRIQUE, TURQUIE ET PERSE.
Début :
La nouvelle de la mort de Muley Abdallah, Roi de Maroc, ne s'est pas confirmée, & les [...]
Mots clefs :
Roi du Maroc, Roi de Perse, Perse, Afrique, Turquie
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texteReconnaissance textuelle : D'AFRIQUE, TURQUIE ET PERSE.
D'AFRIQUE , TURQUIE ET PERSE.
A nouvelle de la mort de Muley Abdallah ;
LRoi de Maroc , ne s'eft pas confirmée , or les
Lettres de Tetuan , du 15. Juin dernier , portent
que ce Prince marchoit contre les Rebelles , à la
tête d'une puiffante armée , & que Lotabi , l'un
des Chefs du Parti contraire , qui commandoit
un Corps d'armée de 12 à 15000. hommes , s'étoit
foumis avec toutes fes Troupes .
Les Lettres de Ceuta du 20. Juin , portent que
le Pacha- Hamet , Gouverneur de Tétouan , avoit
été difgracié , que fon Agent auprès du Roi de
Maroc avoit été condamné à mort ; qu'en atten-,
dant l'execution , il étoit aux chaînes , & qu'on
le mettoit tous les jours à differentes tortures ,
pour lui faire avouer en quel lieu fon Maître &
lui avoient caché les fommes exorbitantes qu'on
les accufe d'avoir détournées ; que l'Alcade noir
qui commandoit les Troupes de ce Pacha ,
avoit
été mandé en Cour pour rendre compte de fa
conduite.
On mande de Conftantinople , qu'on avoit ap
porté au Divan affemblé , les têtes des cinq plus
fameux Rebelles d'Egypte, qui avoient été miſes
à prix , entr'autres celles des Chefs Zulficar &
Cherchis , dont l'armée avoit été battuë en trois
occafions differentes par le Pacha Kupruli .
On a appris d'Ifpaham , que le Roi de Perfe
étoit prefentement maître de toute la Province de
Candahar , & de la Ville capitale de cette Proyince,
où le Gouverneur avoitintroduit les Troupes
1870 MERCURE DE FRANCE
pes de ce Prince , lequel tint prifonnier à
A nouvelle de la mort de Muley Abdallah ;
LRoi de Maroc , ne s'eft pas confirmée , or les
Lettres de Tetuan , du 15. Juin dernier , portent
que ce Prince marchoit contre les Rebelles , à la
tête d'une puiffante armée , & que Lotabi , l'un
des Chefs du Parti contraire , qui commandoit
un Corps d'armée de 12 à 15000. hommes , s'étoit
foumis avec toutes fes Troupes .
Les Lettres de Ceuta du 20. Juin , portent que
le Pacha- Hamet , Gouverneur de Tétouan , avoit
été difgracié , que fon Agent auprès du Roi de
Maroc avoit été condamné à mort ; qu'en atten-,
dant l'execution , il étoit aux chaînes , & qu'on
le mettoit tous les jours à differentes tortures ,
pour lui faire avouer en quel lieu fon Maître &
lui avoient caché les fommes exorbitantes qu'on
les accufe d'avoir détournées ; que l'Alcade noir
qui commandoit les Troupes de ce Pacha ,
avoit
été mandé en Cour pour rendre compte de fa
conduite.
On mande de Conftantinople , qu'on avoit ap
porté au Divan affemblé , les têtes des cinq plus
fameux Rebelles d'Egypte, qui avoient été miſes
à prix , entr'autres celles des Chefs Zulficar &
Cherchis , dont l'armée avoit été battuë en trois
occafions differentes par le Pacha Kupruli .
On a appris d'Ifpaham , que le Roi de Perfe
étoit prefentement maître de toute la Province de
Candahar , & de la Ville capitale de cette Proyince,
où le Gouverneur avoitintroduit les Troupes
1870 MERCURE DE FRANCE
pes de ce Prince , lequel tint prifonnier à
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Résumé : D'AFRIQUE, TURQUIE ET PERSE.
Le texte relate divers événements politiques et militaires en Afrique, en Turquie et en Perse. Au Maroc, la mort du roi Muley Abdallah n'est pas confirmée. Des lettres de Tétouan du 15 juin indiquent que le roi menait une armée contre les rebelles, dont Lotabi, chef rebelle avec 12 000 à 15 000 hommes, qui s'est soumis. À Ceuta, le 20 juin, le pacha Hamet de Tétouan a été disgracié et son agent condamné à mort pour détournement de fonds. L'alcade noir commandant les troupes du pacha a été convoqué à la cour. À Constantinople, les têtes de cinq rebelles égyptiens, dont Zulficar et Cherchis, ont été présentées au Divan après avoir été vaincus par le pacha Kupruli. En Perse, le roi contrôle la province de Candahar et sa capitale, où le gouverneur a introduit les troupes du prince, qui détient un prisonnier.
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