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451
p. 87
LOGOGRYPHE.
Début :
Quoique d'un naturel assez dur & stupide, [...]
Mots clefs :
Clavecin
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPHE.
Quoique d'un naturel affez dur & ſtupide ,
Plus d'une jeune Iris fçait me toucher ſouvent.
Sans raifon je réfonne , & mon premier talent
Eft de donner le ton & de fervir de guide
Aux fujets d'une des neufs foeurs.
Que l'on m'analyſe d'ailleurs ,
J'offre l'heure la plus hardie :
Je renferme en mon ſein un utile animal ;
Ce que par fois à ſon rival
Ote un Amant par jalousie :
Une Ville de Normandie ;
Une autre de Piedmont; un endroit fombre & bas,
'Avec ce qu'on y fert , dont fouvent les appas
Balancent ceux d'Iſmene : un fameux hérétique ;
Une liqueur très - peu bachique :
Ce que fouvent la beauté rend ;
Ce qu'au mouton chaque an l'on prend :
Enfin , Lecteur , ce que Fillette
Veut être à ce qu'elle aime bien :
Ce que n'eft guere une coquette ,
Quoique ce foit pour plaire un affez für moyen
Quoique d'un naturel affez dur & ſtupide ,
Plus d'une jeune Iris fçait me toucher ſouvent.
Sans raifon je réfonne , & mon premier talent
Eft de donner le ton & de fervir de guide
Aux fujets d'une des neufs foeurs.
Que l'on m'analyſe d'ailleurs ,
J'offre l'heure la plus hardie :
Je renferme en mon ſein un utile animal ;
Ce que par fois à ſon rival
Ote un Amant par jalousie :
Une Ville de Normandie ;
Une autre de Piedmont; un endroit fombre & bas,
'Avec ce qu'on y fert , dont fouvent les appas
Balancent ceux d'Iſmene : un fameux hérétique ;
Une liqueur très - peu bachique :
Ce que fouvent la beauté rend ;
Ce qu'au mouton chaque an l'on prend :
Enfin , Lecteur , ce que Fillette
Veut être à ce qu'elle aime bien :
Ce que n'eft guere une coquette ,
Quoique ce foit pour plaire un affez für moyen
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452
p. 212-216
LETTRE à Madame de ***, sur une Fête donnée à Brest.
Début :
Je vous l'avois bien dit, Madame, avant de partir de Paris, que vous seriez [...]
Mots clefs :
Fête, Brest, Marquis de Constant, Navire, Fleurs, Colonnes, Décors, Baldaquins, Beauté, Buste du roi, Statues, Musique, Bal, Banquets
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à Madame de ***, sur une Fête donnée à Brest.
LETTRE à Madame de *** ſur une
Fête donnée à Breft.
JE vous l'avois bien dit , Madame , avant de
partir de Paris , que vous feriez bientôt furieuſe
de n'avoir pas été de notre voyage , & je gage que
vous allez l'être. Me voilà arrivée à Brest. Vous
croyez peut- être que je vais vous parler de la mer,
& des préparatifs formidables que l'on fait dans
ce port contre les Anglois ? J'ai vraiment bien
d'autres merveilles à vous conter . Je fors d'un palais
des Fées , d'une maison de campagne fur l'eau :
j'y ai vu des jardins , des bois . Oh ! je voudrois
tout vous dire à la fois , ou plutôt je voudrois y
être encore. Laiffez -moi du moins vous donner
une idée des charmes d'une fête que les Graces
feules devroient décrire , & qu'un Général feul
de mer peut donner. M. le Marquis de Conflans
qui commande l'eſcadre qui eft en rade , vient
de donner cette fête en l'honneur de celle de
NOVEMBRE. 1756. 213
Roi. C'eft de fon vaiffeau que je fors : voilà le
château enchanté. Il y avoit invité toutes les
- femmes de cette ville , avec plufieurs étrangeres
voyageuses comme moi. Nous y fûmes toutes
avec lui dans une petite flotte de canots le plus
galamment équipés , & aufli leftes que nos cabriolets.
En vérité , ce font des magiciens que ces Meffieurs
les Marins : j'imaginois devoir entrer en
arrivant à bord du Soleil royal , dans une citadelle
de bois , hériffée de quatre - vingts canons , &
- c'eft fur le gazon d'abord que j'ai marché. Pai
levé les yeux pour appercevoir une girouette , j'étois
fous un lambri de feuillages émaillés de
fleurs ; enfin dans une allée de myrthes & de lauriers.
Le paffavant ( je vous prie de croire que
je fuis déja un peu marine ; & que j'en fçais les
termes ; je vous les expliquerai à mon retour ) ,
le paffavant donc étoit métamorphofé en cette
belle allée qui régnoit tout autour du vaiffeau ; &
- en faifoit une promenade délicieufe : les vents
ne fouffloient ce jour- là que pour répandre l'efprit
des fleurs dont tout le vaiffeau étoit paré.
L'intervalle qui fépare les deux paffavants , étoit
rempli par un plancher très- uni , & formoit un
fallon fpacieux. Ce fut dans ce fallon que j'entrai
enfuite trois de fes côtés étoient ornés de co-
-lonnes d'ifs dans l'ordre Ionique , entrelaffés de
gairlandes de fleurs ; leurs chapiteaux foutenoient
une galerie auffi militaire qu'elle étoit agréable
aux yeux par tous les trophées de Neptune &
de Mars , dont on l'avoit décorée : le fond du
fallon étoit terminé par un baldaquin de verdure
; on y voyoit le portrait du Roi peint de
grandeur naturelle , & appuyé fur une pouppe de
vaiffeau, Près de lui la Renommée lui préfentoit
214 MERCURE DE FRANCE.
d'une main des lauriers , fe foutenant de l'autre
fur l'épaule du Miniftre de la marine , indiqué par
La caffette des Sceaux : tout l'enſemble de ce tableau
repréfentoit très bien l'emblême de la
gloire que notre augufte Monarque vient d'acquérir
fur la mer.
-
Le Général enchanté des éloges que tout le
monde donnoit à cette maniere ingénieuſe de célébrer
les victoires du Roi & les fuccès de fa
marine triomphante même en renaiffant , nous
conduifit delà dans une autre falle auffi vafte ,
mais décorée différemment ; c'est le gaillard d'arriere
où nous étions ( je vous déroute furieufement
, Madame , par tous ces noms- là , mais
je vous l'ai promis , je vous les apprendrai tous ) :
elle étoit tendue de blanc , vous auriez dit d'une
mouffeline ; ce font leurs pavillons de fignaux.
Le grand mât du vaiffeau qui eft au milieu ,
& qui féparoit ces deux falles , étoit revêtu de
myrthes touffus , dans lefquels on avoit pratiqué
avec art une niche en verdure fleurie , où étoit
placé le bufte du Roi fur un piédeſtal élégamment
orné. Nous appellâmes ces deux falles , l'une
de Mars , & l'autre de l'Amour. Ce fut là qu'on
fervit un repas avec autant de magnificence que
de goût ; une table immenfe étoit couverte des
cryftaux les plus joliment imaginés du monde.
Je fçais bien , pour moi , que j'étois devant le
fiege de Mahon , & tout auprès d'une efcadre
Françoife , dont nos vaiffeaux défignés par de petits
pavillons de taffetas blanc , faifoient prefque
fortir à force de voiles , une troupe de pavillons
rouges qui s'enfuyoient devant eux.
Une bonne fymphonie , que l'on n'appercevoir
point , anima tout le dîner ; fur le foir on chanta
folemnellement un Te Deum en musique. Il fut
NOVEMBRE. 1756. 215
Tuivi d'une falve de moufqueterie & de canons, que
tirerent tous les vaiffeaux de la rade : mais de façon
à nous donner l'image d'un combat naval
fpectacle auffi gracieux à poudre feulement , qu'il
doit être terrible à boulets . Je l'ai donc vu auffi ,
Madame, & avec la même gaieté que je fus enfuite
au bal . Le foleil ne fe coucha point , ou celui
où nous étions prit fa place : mille bougies allumées
parmi les feuillages , furent les feux que jetta
le foleil royal & jamais illumination plus brillante
n'avoit éclairé un bal plus galant, ni mieux ordonné.
Les favoris d'Amphitrite vont fans doute dans
leurs voyages de temps en temps à Paphos ou à
Idalie . Ils ne font point du tout Loups de mer , &
j'apperçus dans nos allées de myrthes une foule de
jeunes marins , qui me fembloient conter leurs
peines , & s'y prendre comme à Paris : croyez
qu'ils fçavent galamment chanter leur Roi & leurs
maîtreffes. Lifez plutôt cette chanſon , ou chantez-
là : car je vous l'envoie notée . C'est une production
marine d'un des Officiers du vaiſſeau , &
une efquiffe de la fête , & de ma rélation aufli.
Mais je vais la finir pour ne pas achever de vous
défefpérer de n'être pas venue.
Le bal ne fut interrompu que par un ambigu
fervi avec une profufion & une délicateffe qui ne
laiffoient rien à défirer . Nous y fûmes d'une folie......
Les Dames de Breft furtout étoient d'une
gaieté charmante , & bien faites pour en infpirer,
bien dignes auffi de la fête que nous célébrions.
Elles n'aiment pas le Roi , elles en font amoureufes.
Nous y aurions paffé la nuit , fi les inftrumens
ne nous euffent rappellé dans la falle du bal, qui recommença
avec encore plus de vivacité & de plaifir
qu'auparavant. Je n'en fuis fortie qu'au jour . J'ai
fini par danſer la Mahon , & je ſuis revenye vîte
216 MERCURE DE FRANCE.
vous écrire au ſon des violons qui , j'imagine ,
frappent encore mes oreilles . Adieu , Madame. Je
pars au premier jour pour revenir vous voir. Que
je vais vous parler marine ! Ce fera le fruit de mes
voyages : mais vous qui les aimez fi peu , ne faites
pas de même au moins d'une voyageufe que vous
fçavez vous être attachée bien fincérement , toute
charmante & toute jolie que vous êtes.
Fête donnée à Breft.
JE vous l'avois bien dit , Madame , avant de
partir de Paris , que vous feriez bientôt furieuſe
de n'avoir pas été de notre voyage , & je gage que
vous allez l'être. Me voilà arrivée à Brest. Vous
croyez peut- être que je vais vous parler de la mer,
& des préparatifs formidables que l'on fait dans
ce port contre les Anglois ? J'ai vraiment bien
d'autres merveilles à vous conter . Je fors d'un palais
des Fées , d'une maison de campagne fur l'eau :
j'y ai vu des jardins , des bois . Oh ! je voudrois
tout vous dire à la fois , ou plutôt je voudrois y
être encore. Laiffez -moi du moins vous donner
une idée des charmes d'une fête que les Graces
feules devroient décrire , & qu'un Général feul
de mer peut donner. M. le Marquis de Conflans
qui commande l'eſcadre qui eft en rade , vient
de donner cette fête en l'honneur de celle de
NOVEMBRE. 1756. 213
Roi. C'eft de fon vaiffeau que je fors : voilà le
château enchanté. Il y avoit invité toutes les
- femmes de cette ville , avec plufieurs étrangeres
voyageuses comme moi. Nous y fûmes toutes
avec lui dans une petite flotte de canots le plus
galamment équipés , & aufli leftes que nos cabriolets.
En vérité , ce font des magiciens que ces Meffieurs
les Marins : j'imaginois devoir entrer en
arrivant à bord du Soleil royal , dans une citadelle
de bois , hériffée de quatre - vingts canons , &
- c'eft fur le gazon d'abord que j'ai marché. Pai
levé les yeux pour appercevoir une girouette , j'étois
fous un lambri de feuillages émaillés de
fleurs ; enfin dans une allée de myrthes & de lauriers.
Le paffavant ( je vous prie de croire que
je fuis déja un peu marine ; & que j'en fçais les
termes ; je vous les expliquerai à mon retour ) ,
le paffavant donc étoit métamorphofé en cette
belle allée qui régnoit tout autour du vaiffeau ; &
- en faifoit une promenade délicieufe : les vents
ne fouffloient ce jour- là que pour répandre l'efprit
des fleurs dont tout le vaiffeau étoit paré.
L'intervalle qui fépare les deux paffavants , étoit
rempli par un plancher très- uni , & formoit un
fallon fpacieux. Ce fut dans ce fallon que j'entrai
enfuite trois de fes côtés étoient ornés de co-
-lonnes d'ifs dans l'ordre Ionique , entrelaffés de
gairlandes de fleurs ; leurs chapiteaux foutenoient
une galerie auffi militaire qu'elle étoit agréable
aux yeux par tous les trophées de Neptune &
de Mars , dont on l'avoit décorée : le fond du
fallon étoit terminé par un baldaquin de verdure
; on y voyoit le portrait du Roi peint de
grandeur naturelle , & appuyé fur une pouppe de
vaiffeau, Près de lui la Renommée lui préfentoit
214 MERCURE DE FRANCE.
d'une main des lauriers , fe foutenant de l'autre
fur l'épaule du Miniftre de la marine , indiqué par
La caffette des Sceaux : tout l'enſemble de ce tableau
repréfentoit très bien l'emblême de la
gloire que notre augufte Monarque vient d'acquérir
fur la mer.
-
Le Général enchanté des éloges que tout le
monde donnoit à cette maniere ingénieuſe de célébrer
les victoires du Roi & les fuccès de fa
marine triomphante même en renaiffant , nous
conduifit delà dans une autre falle auffi vafte ,
mais décorée différemment ; c'est le gaillard d'arriere
où nous étions ( je vous déroute furieufement
, Madame , par tous ces noms- là , mais
je vous l'ai promis , je vous les apprendrai tous ) :
elle étoit tendue de blanc , vous auriez dit d'une
mouffeline ; ce font leurs pavillons de fignaux.
Le grand mât du vaiffeau qui eft au milieu ,
& qui féparoit ces deux falles , étoit revêtu de
myrthes touffus , dans lefquels on avoit pratiqué
avec art une niche en verdure fleurie , où étoit
placé le bufte du Roi fur un piédeſtal élégamment
orné. Nous appellâmes ces deux falles , l'une
de Mars , & l'autre de l'Amour. Ce fut là qu'on
fervit un repas avec autant de magnificence que
de goût ; une table immenfe étoit couverte des
cryftaux les plus joliment imaginés du monde.
Je fçais bien , pour moi , que j'étois devant le
fiege de Mahon , & tout auprès d'une efcadre
Françoife , dont nos vaiffeaux défignés par de petits
pavillons de taffetas blanc , faifoient prefque
fortir à force de voiles , une troupe de pavillons
rouges qui s'enfuyoient devant eux.
Une bonne fymphonie , que l'on n'appercevoir
point , anima tout le dîner ; fur le foir on chanta
folemnellement un Te Deum en musique. Il fut
NOVEMBRE. 1756. 215
Tuivi d'une falve de moufqueterie & de canons, que
tirerent tous les vaiffeaux de la rade : mais de façon
à nous donner l'image d'un combat naval
fpectacle auffi gracieux à poudre feulement , qu'il
doit être terrible à boulets . Je l'ai donc vu auffi ,
Madame, & avec la même gaieté que je fus enfuite
au bal . Le foleil ne fe coucha point , ou celui
où nous étions prit fa place : mille bougies allumées
parmi les feuillages , furent les feux que jetta
le foleil royal & jamais illumination plus brillante
n'avoit éclairé un bal plus galant, ni mieux ordonné.
Les favoris d'Amphitrite vont fans doute dans
leurs voyages de temps en temps à Paphos ou à
Idalie . Ils ne font point du tout Loups de mer , &
j'apperçus dans nos allées de myrthes une foule de
jeunes marins , qui me fembloient conter leurs
peines , & s'y prendre comme à Paris : croyez
qu'ils fçavent galamment chanter leur Roi & leurs
maîtreffes. Lifez plutôt cette chanſon , ou chantez-
là : car je vous l'envoie notée . C'est une production
marine d'un des Officiers du vaiſſeau , &
une efquiffe de la fête , & de ma rélation aufli.
Mais je vais la finir pour ne pas achever de vous
défefpérer de n'être pas venue.
Le bal ne fut interrompu que par un ambigu
fervi avec une profufion & une délicateffe qui ne
laiffoient rien à défirer . Nous y fûmes d'une folie......
Les Dames de Breft furtout étoient d'une
gaieté charmante , & bien faites pour en infpirer,
bien dignes auffi de la fête que nous célébrions.
Elles n'aiment pas le Roi , elles en font amoureufes.
Nous y aurions paffé la nuit , fi les inftrumens
ne nous euffent rappellé dans la falle du bal, qui recommença
avec encore plus de vivacité & de plaifir
qu'auparavant. Je n'en fuis fortie qu'au jour . J'ai
fini par danſer la Mahon , & je ſuis revenye vîte
216 MERCURE DE FRANCE.
vous écrire au ſon des violons qui , j'imagine ,
frappent encore mes oreilles . Adieu , Madame. Je
pars au premier jour pour revenir vous voir. Que
je vais vous parler marine ! Ce fera le fruit de mes
voyages : mais vous qui les aimez fi peu , ne faites
pas de même au moins d'une voyageufe que vous
fçavez vous être attachée bien fincérement , toute
charmante & toute jolie que vous êtes.
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Résumé : LETTRE à Madame de ***, sur une Fête donnée à Brest.
La lettre relate une fête somptueuse organisée par le Marquis de Conflans à Brest, à bord de son vaisseau, en novembre 1756, en l'honneur des victoires du Roi. L'auteure, après avoir voyagé à Brest, met en avant les merveilles observées plutôt que les préparatifs militaires contre les Anglais. Le vaisseau, transformé en palais enchanté, accueillait des femmes de la ville et des étrangères, transportées en canots élégamment équipés. Les invités découvraient un décor enchanteur avec des jardins, des bois et des allées de myrtes et de lauriers. Le pont principal, métamorphosé en promenade délicieuse, était paré de fleurs et de verdure. Un salon spacieux, orné de colonnes et de trophées, abritait un portrait du Roi et des symboles de la gloire maritime. La fête se poursuivait dans une autre salle, tendue de blanc, où un repas somptueux a été servi. Une symphonie et un Te Deum animaient le dîner, suivi d'une salve de mousqueterie et de canons imitant un combat naval. La soirée se concluait par un bal illuminé par des bougies, avec des marins chantant des chansons en l'honneur du Roi et de leurs maîtresses. Les dames de Brest, particulièrement gaies et charmantes, participaient avec enthousiasme à la fête, qui se prolongeait jusqu'au matin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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453
p. 194
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
Le mercredi 2 Février, jour de la Purification, le Concert fut très-agréable. Il [...]
Mots clefs :
Concert
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL.
Le mercredi 2 Février , jour de la Purification
, le Concert fut très - agréable . Il
commença par une fymphonie fuivie de
Jubilate Deo , Motet à grand choeur de
M. Mondonville . Enfuite M. Gelin chanta
une Ode de Rouſſeau , miſe en mufique
par M. Blainville . On exécuta une fymphonie
à deux Cors - de- chaffe. Mademoifelle
le Miere chanta Regina Cali , petit
Motet de M. Mondonville, M. Balbâtre
joua un Concerto de fa compofition . Le
Concert finit par Cali enarrant , Moter à
grand choeur , de M, Mondonville
Le mercredi 2 Février , jour de la Purification
, le Concert fut très - agréable . Il
commença par une fymphonie fuivie de
Jubilate Deo , Motet à grand choeur de
M. Mondonville . Enfuite M. Gelin chanta
une Ode de Rouſſeau , miſe en mufique
par M. Blainville . On exécuta une fymphonie
à deux Cors - de- chaffe. Mademoifelle
le Miere chanta Regina Cali , petit
Motet de M. Mondonville, M. Balbâtre
joua un Concerto de fa compofition . Le
Concert finit par Cali enarrant , Moter à
grand choeur , de M, Mondonville
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Résumé : CONCERT SPIRITUEL.
Le 2 février, un concert spirituel a eu lieu. Il débuta par une symphonie et le 'Jubilate Deo' de Mondonville. Gelin interpréta une ode de Rousseau mise en musique par Blainville. Une symphonie pour deux cors de chasse fut exécutée. Le Mire chanta le 'Regina Caeli' de Mondonville. Balbâtre joua un concerto de sa composition. Le concert se conclut par le 'Caeli enarrant' de Mondonville.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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454
p. 217-229
CATALOGUE D'un Cabinet de Musique Italienne, à vendre. Corelli.
Début :
Livre premier, Sonates à premier & second dessus, flûtes & basses, [...]
Mots clefs :
Sonates, Flûte, Basse, Clavecin, Violon, Concert, Haute-contre, Ballet, Hautbois, Trompette, Opéra, Symphonie, Flûte traversière, Menuet, Motet, Cantates, Livres de musique, Cabinet, Vente
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CATALOGUE D'un Cabinet de Musique Italienne, à vendre. Corelli.
CATALOGUE
D'un Cabinet de Musique Italienne, à vendre,
Corelli.
LIVRE premier , Sonates à premier & fecond
deffus , flûtes & baffes ,
3 cahiers in-fol.
Livre 2 , Sonates à deux flûtes & baffes , 3 in-fol
Livre 3 , Sonates à deux flûtes & baffes , 3 in-fol
Livre 6 , de même ,
Livre premier, fuite à un claveffin , un violon &
baffe
4 in-fol
3 in-fol
K
218 MERCURE DE FRANCE:
Livre 2 , de même`, 3 cahiers in-fol.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Opera 2 , de même ,
Opera 3 , de même ,
Opera 4 , de même ,
Operas , id. à un violon & baffe , avec les agrémens
,
Le même à parties féparées ,
4 in-fol.
4 in-fol.
4 in-fol.
in-fol.
3 in-fol.
7 in-fol.
Opera 6 , Concerts à quatre violons , une hautecontre
& deux baffes ,
Ouvrages pofthumes à deux violons & baffe , 3
in-fol.
Et autres Auteurs , Sonates à un violon & baffe
in-fol.
Et autres Auteurs , fix Sonates à 4,
7 in-4°.
Rogs paisible . Corelli,
Huit Sonates à deux flûtes ,
Albinoni.
& 6 parties ,
2 in-4°.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Opera 2 , Concert à deux violons h, c. taille &
baffe , 7 in -fol.
Opera 3 , Ballets à deux violons & baffe , 4 in-fol,
Sonates à un violon & baffe , grand
Opera 4 ,
in-4°.
Opera 5 , Concert à deux violons , h. c. taille &
baffe ,
7'in-fol.
h . c. & baffe ,
Sonates à un violon & baffe
Opera 6 , Sonates à un violon & baffe ,
Opera 7 , Concert à deux violons , haut- bois ,
Albinoni Tibaldi.
in-fol.
7 in-fol.
in-fel.
1
MARS. 1757. 219
Vivaldi.
Opera prima , Sonates à deux violons & baſſes ,
4 cahiers in-fol.
Opera 2 , Sonates à un violon & baffe , in-fol.
Concerts à quatre violons , haute-contre
Opera 3
& baffe
Opera 4,
bale ,
8 in-fol.
id. à trois violons , haute- contre &
6 in-fol.
Opera 5 , Sonates à un & deux violons & baffe
Opera 6 , Concerts à trois violons , haute- contre
2 in-fol,
& baffe ,
Opera 7 , de même ,
Bitti , Vivaldi & Torelli.
6 in-fol.
6 in-fol.
Concerts à cinq , fix , fept inftrumens , dont un
pour la trompette ou le haut-bois.
Veracini , Vivaldi , Alberti , Salvini , Torelli:
Concerts à trois violons , haute-contre & baffe ,
6 in-fol.
Moffi.
Opera prima , Sonates à un violon & baffe
grand ,
in-4®.
Opera 2 , Concerts à trois & cinq Inftrumens ,
6 in-fol.
Opera 3 , id. à quatre violons , haute- contre &
baffe ,
Moffi, Valentini & Vivaldi.
Concerts à cinq , à fix Inftrumens ,
Valentine.
7 in-fol.
7 in fot.
Opera prima , Symphonies à deux violons & baffe,
4 in-fol.
Opera 2 , Bifarreries , id .
Opera 3 , Fantaisies ; id.
4 in-fol.
4 in-fol.
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
Opera 4 , Idées à un violon & baffe , cab. in-fol.
Opera 5 , Sonates à deux violons , ou quatre hautescontre
& deux baſſes , ¨
4 in-fol.
Opera 7 , Concerts à deux & quatre violons , h. c.
& deux baffes , 8 in-fol.
Opera 8 , Sonates à deux violons & baffe , in-fol.
Albicafiro.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Opera 2 , Sonates à un violon & baffe ,
Opera 3 Sonates , id. >
Opera 4 , id. à deux violons & baffe
Operas , de même
Opera 6, Concerts à deux violons ,
& baffe
>
2 in-fol.
3 in-fol.
4 in-fol.
grand in-4°.
haute-contre
grand in-4°.
Opera 7 , Concerts à deux violons , haute- contrè
& baffe , sin-fol.
Opera 8 , Sonates à deux violons & baffe
4 in-fol.
>
Opera 9 , Sonates à un violon & baffe , grand
in-4°.
Paifible Pez.
Sonates à un violon ou hautbois & baffe , 4 in-fol.
Varacini.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in -fol.
Opera 2 , Sonates à un violon & baffe , 2 in-fol.
Operas , Sonates à deux violons & baffe , 3 in -fol.
Valentini , Vivaldi , Abinoni-Veracini, S. Martin-
Marcello , Rampin , Predifi.
Concerts à trois violons , haute- contre & baffe ,
6 in-fol.
Taglietty.
Opera 2 , Concerts à deux violons & baſſe ,
Opera 3 , Airs à un violon & baſſe
2
MARS. 1757. 221
haute- contre
S cahiers in-fol.
Opera 4 , Concerts à deux violons ,
& baffe ,
Opera 5 , Sonates à deux violons & baſſe , 4 in -fol.
Opera 6 , Concerts à deux & trois violons , haute-
Opera 8 , Concerts à quatre violons , haute- contre
contre & deux baſſes ,
& baffe ,
Opera 11 , de même ,
Balbi.
s in-fol.
7 in-fol.
7 in-fol.
Opera prima, Sonates à un violon & baffe, 3 in fol.
Opera 2 , de même grand in-4°.
Opera 3 , Sonates à deux violons & baffe , 4 in-fol.
Schickardt.
Opera prima , Sonates à une flûte & baſſe , grand
in-40.
Opera 2 , Sonates à un hautbois , ou violon &
baffe ,
grand in-4 °.
Opera 3 , Sonates à une flûte & baffe , 2 in-fol.
Opera 4 , Sonates à deux flûtes & baffe , 3 in-fol.
Opera , Sonates à une flûte , deux hautbois &
deux baffes ,
5 in-fol.
Opera 6 , Sonates à deux flûtes & baffe , 3 in-fol.
Sonates à deux hautbois , ou violon & Opera 7 >
baffe ,
Opera
8 , Sonates
à un hautbois
, ou violon
&
baffe ,
baffe ,
4 in-fol.
in -fol.
3 in -fol.
3 in-fol.
Opera 9 , Sonates à deux flûtes & baffe , ou fans
Opera 10 , Sonates à deux violons ou hautbois , &
´Alûte & baffe , ou fans baffe ,
Opera 11 , quatre Recueils de Menuets , deffus &
'baffe ,
Opera 12 , Principes de la flûte avec quarante- deux
Airs à deux flûtes ,
2 in-4°.
2 in-4° .
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
›
Opera 13 , Concerts à deux violons , deux hautbois
, ou violons & deux baffes , 6 cahiers in-fol .
Opera 14 , Sonates à une flûte , hautbois , ou violon
& deux baffes .
4in-fol.
Opera 15 , Principes de hautbois avec cinquantetrois
Airs de hautbois , 2 in-4°.
Opera 16 , Sonates à deux flûtes & baffe , 4 in-fol .
Opera 17 , Sonates à une flûte & baffe , grand
in-4°.
Opera 18 , Recueil d'Airs de mouvemens pour la
Aûte ,
in-4°.
Opera 19 , Concerts à quatre Aûtes & baffe , 6
in-fol.
Opera 20 , Sonates à une flûte , hautbois , ou
violon & baffe ,
Opera 21 , Airs à flûte & baffe ,
Opera 22 , Sonates à deux flûtes , un
Gafpardini & Schickardt.
baffe,
Airs à deux flûtes ,
Torelli.
grand in-4° .
3 in-fol:
haut-bois &
4 in-fol.
z in-fol.
Opera 2 , Concerts à deux violons & baffe , 4
in-fol.
Opera 4 , Sonates à un violon & baffe , 2 in-fol.
Operas , Concerts à deux violons , s in-fol.
Opera 6 , Concerts , id.
s in-fol.
Opera 7, Caprices à un violon & baffe , 2 in -fol.
Torelli & autres Auteurs.
Sonates à un violon & baffe ,
Bernardi Torelli .
2 in-4°.
Livre premier , Concert à quatre , cinq & fix parties
,
Albaco.
7 in-fol.
Opera prima , Sonates à un violon & baffe , grand
in-4°
MARS. 1757. 223
Opera 2 Concerts à deux violons , કે
haute- contre
& baffe , 5 cahiers in -fol
Opera 3 , Sonates à deux violons & baffle , 4 in-fol.
Opera 4 , Sonates à un violon & baffe , in-fol.
Operas , Concerts à quatre violons, haute - contre
& baffe , 8 in-fol.
Marini.
Opera 3 , Sonates à deux & trois violons , hautecontre
& baffe
6 in-fol.
Operas , Sonates à deux violons & baffe , 3 in-4°.
Opera 6 , Sonates à deux violons , haute - contre
´& baſſe ,
s in -fok.
Opera 7 , Sonates à deux violons & baffe , 4 in-fol.
Opera 8 , Sonates à un violon & baffe , grand
in-40.
Caldera.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Opera 2 , Sonates à trois violons & baffe , 4 in-fol.
Buonporti.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Ópera 2 , de même ,
Opera 4 ,
de même ,
Opera 6 de même ,
4 in-4°.
4 in-4°
4 in-4°.
Opera 7 , Sonates à un violon & baſſe , grand
in-4°.
C
Opera 8 , Cent Menucts à un violon & baffe ,
2 in-4°.
Opera 9 , Ballets à un violon & baffe , 2 in-4° .
Opera 10 , Sonates à un violon & baſſe , in-fol.
Pour la flûte , fix Sonates à deux flûtes & baffes ,
4 in-fol.
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE:
L'Oueillet.
Opera prima , Sonates à une flûte & baffe , grand
cahiers in-4°.
Opera 2 , de même ,
Opera 3 , de même ,
Opera 4 ,
de même ,
grand in-4°.
grand in-4°.
grand in-4°.
•
Operas , livre premier , Sonates à une flûte- traverfiere
, hautbois ou violon , premier cahier
in-fol. Livre 2 , Sonates à deux Aûtes-traverfieres
, hautbois ou violon ,
Pepufch.
2 in-fol.
Opera 2 , Sonates à un violon & baffe , grand
in-4°.
Opera 5 ,
de même ,
Opera 6 , de même
grand in-fol.
grand in-4°.
Opera 7 , Concerts à deux flûtes à bec , deux flûtes-
traverfieres , hautbois , ou violon & baffe ,
6 in-fol.
Pez.
Opera prima , Concerts à deux violons & baffe ;
4 in -fol.
Operas , Sonates à deux violons & baſſe , 3 in-fol.
Opera 3 , Sonates , id.
Fings.
4 in-fol.
Opera prima , Sonates à deux & trois violons &
baffe ,
4 in-fol.
Opera , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Opera 4 & 6 , Sonates à deux flûtes & baffe ,
3 in-fol.
1
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Corbett.
Sonates à une trompette ou hautbois , deux vioMAR
S. 1757 . 225
lons & baffe , avec une ouverture & fuite à
deux trompettes , ou hautbois , deux violons ,
haute-contre & baffe .
Corbettes Fings.
Sonates à deux Aûtes & baffe ,
De Fefch.
3 in-fol.
Opera prima , Sonates à deux violons , 2 in-fol.
Opera 2 , Concerts à quatre violons, haute- contre
& baffe .
Opera 3 , de même ,
Tibaldi.
7 in -fol.
7 in-fol.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe'
4 in-fol.
Opera 2 , de même ,
Baldaffini.
4 in-fol.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4in-fol.
Opera 2 , de même
Bianchi.
12 :44 in-fol
Opera prima, Sonates à deux violons & baffe ,
4 in- fol.
Opera 2 , Concerts à deux violons , haute- contre
& baffe ,
Ravencroft.
7 in -fol.
Opera prima , Sonates à deux violons & baſſe ;
4 in-fol.
Opera 2 , de même ,
Scherard.
4 in-fol
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ;
4 in -fol.
Opera 2 , de même >
Haim.
"
4 in-fol.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe
4in-4°.
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
3 cahiers in-4 :
Opera 2 , de même ,
Matteis.
Trois Livres de Sonates à deux violons & baffe ;
10 infol.
Palbertir
Opera prima , Sonates à deux violons & baſſe ;
4 in-fol.
G. Malberti.
Opera prima , Sonates à trois violons , hautecontre
& baffe ,
Cavellio.
6 in-fol.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Dallabella.
Opera prima , de même ,
Facer.
4 in-fol
Opera prima , Concerts à trois violons , hautecontre
& baffe ,
Garpardini.
4 in-fol.
Opera 2 Sonates à deux violons & baffe ;
>
4 in-fol.
Reali.
Opera prima , de même , To stol
Novelli.
4 in-fola
Opera prima , de même , 4 in-fol.
Motta.
Opera prima , Concerts à deux violons , hautecontre-
taille & baſſe ,
Fiore.
4 in-fol.
Opera prima , Sonates à un violon & bafle
ain-fol.
MAR S. 1757 227
Opera 2 •
& baffe ,
Manfredini.
haute-contre
Ss cahiers in-fol.
Sonates à deux violons ,
Vanturini.
Opera prima , Concerts à quatre , cinq , fix ,
fept , huit , neuf inftrumens , 10 in-fol.
Franco.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffes ,
4 in-fol.
Franchi.
Opera prima , de même ,
Rells.
4in-fola
A cinq inftrumens , fix Sonates , dont trois à
trompettes ou hautbois , deux violons , une
haute- contre & baffe , & à trois flûtes , deux
hautbois ou violon & baffes , 6 in-fol.
Romano.
Livre premier , & deuxieme Sonate à deux flûtes
& baffe ,
Caftraci.
4 in-fol
Opera prima , Sonates à un violon & baffe , in-fol.
Germiniani.
Opera prima , de même ,.
Macharani
Marcello.
Opera prima , de même
Opera 2 Sonates à une flûte & baſſe ;
1
Coffini.
in-fol .
in-fol.
in-4°.
Opera prima , Sonates à un violon & baffe , grand
in-4°.
Visconti,
Opera prima , de même , grand in-4°.
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
D.
Opera prima , de même , grand cahiers in-4° ¿
Somis.
Opera prima , de même , in-4".
Vitali.
Opera 9, Sonates à deux violons & baſſes , grand
in-4°.
Gaillard & S.
3 in-4°.
Sonates à une flûte & baffe ,
Bononcini.
'Airs à deux flûtes , ou deux violons & baffes , 3
i
in-4°.
Mule.
Opera prima, Sonates à un hautbois , deux violons,
ou hautbois , haute-contre & baffes , 6 in-fol.
MUSIQUE.
Baflani.
;
Motets à voix feule, deux violons & baffe, 4 in -fol.
Opera 11 , id. à une , deux trois & quatre voix ,
deux violons & baffe , 8 in-fol.
Opera 12 , id. à voix feute , deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Opera 13 ,
de même
4 in-fot.
Opera 20 , Menuets à plufieurs parties , 14 in -fol.
Opera 24 , Motets à deux & trois voix , deux vio-
Opera 26 , Motets à un , deux , trois voix , & à
lons & baffes ,
7 in-fot.
trois & cinq inftrumens , 7 in-fol
sin-fol.
Opera 27 , Motets à voix feule , deux violons &
baffe >
Scarlati.
Opera 2 , Moters à une, deux , trois & quatre voix
& Symphonie, 8. in-fol
MAR S. 1757. 229
Batiftini.
Opera 2 , Motets àune , deux & trois voix & Sym-
8 cahiers in-fol. phonie ,
D'Ave.
Opera prima , Motets à deux , trois , quatre & cinq
voix, & Symphonie ,
Fioco.
11 in-fol.
Opera prima , Motets à quatre voix & quatre inftrumens
,
Allegri.
8 in-fol.
Opera prima , Motets à voix feule , deux violons
• & baffe ,
Aldovrandini.
s in-fol.
Opera prima , Moters à deux & trois voix & Symphonies
,
Cantates de Pifiochi ,
7 in-fol.
in-fol.
Cantates & Ariettes de Pallakoli , à voix ſeule &
deux violons ,
3 in-4°.
Cantates & Ariettes de le Grand , à voix feule , &
avec Symphonie & fans Symphonie , in-4°.
Cantates de Scarlati , à une & deux voix , in-4°.
Cantates de Caldara & autresAuteurs, à une & deux
voix, avec Symphonie & fans Symphonie, in-4°.
Dix Airs Italiens ,
in-12.
Ces Livres de Mufique font très-bien conditionnés
chaque Oeuvre eft renfermé dans un carton
de relieure en veau , avec des attaches de ru
bans , & les titres fur les redos.
On s'adreffera , pour voir cette Collection , chez
M. de la Garde , rue du Chantre Saint Honoré ,
à Paris.
On ne vendra ce Cabinet qu'en entier.
D'un Cabinet de Musique Italienne, à vendre,
Corelli.
LIVRE premier , Sonates à premier & fecond
deffus , flûtes & baffes ,
3 cahiers in-fol.
Livre 2 , Sonates à deux flûtes & baffes , 3 in-fol
Livre 3 , Sonates à deux flûtes & baffes , 3 in-fol
Livre 6 , de même ,
Livre premier, fuite à un claveffin , un violon &
baffe
4 in-fol
3 in-fol
K
218 MERCURE DE FRANCE:
Livre 2 , de même`, 3 cahiers in-fol.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Opera 2 , de même ,
Opera 3 , de même ,
Opera 4 , de même ,
Operas , id. à un violon & baffe , avec les agrémens
,
Le même à parties féparées ,
4 in-fol.
4 in-fol.
4 in-fol.
in-fol.
3 in-fol.
7 in-fol.
Opera 6 , Concerts à quatre violons , une hautecontre
& deux baffes ,
Ouvrages pofthumes à deux violons & baffe , 3
in-fol.
Et autres Auteurs , Sonates à un violon & baffe
in-fol.
Et autres Auteurs , fix Sonates à 4,
7 in-4°.
Rogs paisible . Corelli,
Huit Sonates à deux flûtes ,
Albinoni.
& 6 parties ,
2 in-4°.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Opera 2 , Concert à deux violons h, c. taille &
baffe , 7 in -fol.
Opera 3 , Ballets à deux violons & baffe , 4 in-fol,
Sonates à un violon & baffe , grand
Opera 4 ,
in-4°.
Opera 5 , Concert à deux violons , h. c. taille &
baffe ,
7'in-fol.
h . c. & baffe ,
Sonates à un violon & baffe
Opera 6 , Sonates à un violon & baffe ,
Opera 7 , Concert à deux violons , haut- bois ,
Albinoni Tibaldi.
in-fol.
7 in-fol.
in-fel.
1
MARS. 1757. 219
Vivaldi.
Opera prima , Sonates à deux violons & baſſes ,
4 cahiers in-fol.
Opera 2 , Sonates à un violon & baffe , in-fol.
Concerts à quatre violons , haute-contre
Opera 3
& baffe
Opera 4,
bale ,
8 in-fol.
id. à trois violons , haute- contre &
6 in-fol.
Opera 5 , Sonates à un & deux violons & baffe
Opera 6 , Concerts à trois violons , haute- contre
2 in-fol,
& baffe ,
Opera 7 , de même ,
Bitti , Vivaldi & Torelli.
6 in-fol.
6 in-fol.
Concerts à cinq , fix , fept inftrumens , dont un
pour la trompette ou le haut-bois.
Veracini , Vivaldi , Alberti , Salvini , Torelli:
Concerts à trois violons , haute-contre & baffe ,
6 in-fol.
Moffi.
Opera prima , Sonates à un violon & baffe
grand ,
in-4®.
Opera 2 , Concerts à trois & cinq Inftrumens ,
6 in-fol.
Opera 3 , id. à quatre violons , haute- contre &
baffe ,
Moffi, Valentini & Vivaldi.
Concerts à cinq , à fix Inftrumens ,
Valentine.
7 in-fol.
7 in fot.
Opera prima , Symphonies à deux violons & baffe,
4 in-fol.
Opera 2 , Bifarreries , id .
Opera 3 , Fantaisies ; id.
4 in-fol.
4 in-fol.
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
Opera 4 , Idées à un violon & baffe , cab. in-fol.
Opera 5 , Sonates à deux violons , ou quatre hautescontre
& deux baſſes , ¨
4 in-fol.
Opera 7 , Concerts à deux & quatre violons , h. c.
& deux baffes , 8 in-fol.
Opera 8 , Sonates à deux violons & baffe , in-fol.
Albicafiro.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Opera 2 , Sonates à un violon & baffe ,
Opera 3 Sonates , id. >
Opera 4 , id. à deux violons & baffe
Operas , de même
Opera 6, Concerts à deux violons ,
& baffe
>
2 in-fol.
3 in-fol.
4 in-fol.
grand in-4°.
haute-contre
grand in-4°.
Opera 7 , Concerts à deux violons , haute- contrè
& baffe , sin-fol.
Opera 8 , Sonates à deux violons & baffe
4 in-fol.
>
Opera 9 , Sonates à un violon & baffe , grand
in-4°.
Paifible Pez.
Sonates à un violon ou hautbois & baffe , 4 in-fol.
Varacini.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in -fol.
Opera 2 , Sonates à un violon & baffe , 2 in-fol.
Operas , Sonates à deux violons & baffe , 3 in -fol.
Valentini , Vivaldi , Abinoni-Veracini, S. Martin-
Marcello , Rampin , Predifi.
Concerts à trois violons , haute- contre & baffe ,
6 in-fol.
Taglietty.
Opera 2 , Concerts à deux violons & baſſe ,
Opera 3 , Airs à un violon & baſſe
2
MARS. 1757. 221
haute- contre
S cahiers in-fol.
Opera 4 , Concerts à deux violons ,
& baffe ,
Opera 5 , Sonates à deux violons & baſſe , 4 in -fol.
Opera 6 , Concerts à deux & trois violons , haute-
Opera 8 , Concerts à quatre violons , haute- contre
contre & deux baſſes ,
& baffe ,
Opera 11 , de même ,
Balbi.
s in-fol.
7 in-fol.
7 in-fol.
Opera prima, Sonates à un violon & baffe, 3 in fol.
Opera 2 , de même grand in-4°.
Opera 3 , Sonates à deux violons & baffe , 4 in-fol.
Schickardt.
Opera prima , Sonates à une flûte & baſſe , grand
in-40.
Opera 2 , Sonates à un hautbois , ou violon &
baffe ,
grand in-4 °.
Opera 3 , Sonates à une flûte & baffe , 2 in-fol.
Opera 4 , Sonates à deux flûtes & baffe , 3 in-fol.
Opera , Sonates à une flûte , deux hautbois &
deux baffes ,
5 in-fol.
Opera 6 , Sonates à deux flûtes & baffe , 3 in-fol.
Sonates à deux hautbois , ou violon & Opera 7 >
baffe ,
Opera
8 , Sonates
à un hautbois
, ou violon
&
baffe ,
baffe ,
4 in-fol.
in -fol.
3 in -fol.
3 in-fol.
Opera 9 , Sonates à deux flûtes & baffe , ou fans
Opera 10 , Sonates à deux violons ou hautbois , &
´Alûte & baffe , ou fans baffe ,
Opera 11 , quatre Recueils de Menuets , deffus &
'baffe ,
Opera 12 , Principes de la flûte avec quarante- deux
Airs à deux flûtes ,
2 in-4°.
2 in-4° .
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
›
Opera 13 , Concerts à deux violons , deux hautbois
, ou violons & deux baffes , 6 cahiers in-fol .
Opera 14 , Sonates à une flûte , hautbois , ou violon
& deux baffes .
4in-fol.
Opera 15 , Principes de hautbois avec cinquantetrois
Airs de hautbois , 2 in-4°.
Opera 16 , Sonates à deux flûtes & baffe , 4 in-fol .
Opera 17 , Sonates à une flûte & baffe , grand
in-4°.
Opera 18 , Recueil d'Airs de mouvemens pour la
Aûte ,
in-4°.
Opera 19 , Concerts à quatre Aûtes & baffe , 6
in-fol.
Opera 20 , Sonates à une flûte , hautbois , ou
violon & baffe ,
Opera 21 , Airs à flûte & baffe ,
Opera 22 , Sonates à deux flûtes , un
Gafpardini & Schickardt.
baffe,
Airs à deux flûtes ,
Torelli.
grand in-4° .
3 in-fol:
haut-bois &
4 in-fol.
z in-fol.
Opera 2 , Concerts à deux violons & baffe , 4
in-fol.
Opera 4 , Sonates à un violon & baffe , 2 in-fol.
Operas , Concerts à deux violons , s in-fol.
Opera 6 , Concerts , id.
s in-fol.
Opera 7, Caprices à un violon & baffe , 2 in -fol.
Torelli & autres Auteurs.
Sonates à un violon & baffe ,
Bernardi Torelli .
2 in-4°.
Livre premier , Concert à quatre , cinq & fix parties
,
Albaco.
7 in-fol.
Opera prima , Sonates à un violon & baffe , grand
in-4°
MARS. 1757. 223
Opera 2 Concerts à deux violons , કે
haute- contre
& baffe , 5 cahiers in -fol
Opera 3 , Sonates à deux violons & baffle , 4 in-fol.
Opera 4 , Sonates à un violon & baffe , in-fol.
Operas , Concerts à quatre violons, haute - contre
& baffe , 8 in-fol.
Marini.
Opera 3 , Sonates à deux & trois violons , hautecontre
& baffe
6 in-fol.
Operas , Sonates à deux violons & baffe , 3 in-4°.
Opera 6 , Sonates à deux violons , haute - contre
´& baſſe ,
s in -fok.
Opera 7 , Sonates à deux violons & baffe , 4 in-fol.
Opera 8 , Sonates à un violon & baffe , grand
in-40.
Caldera.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Opera 2 , Sonates à trois violons & baffe , 4 in-fol.
Buonporti.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Ópera 2 , de même ,
Opera 4 ,
de même ,
Opera 6 de même ,
4 in-4°.
4 in-4°
4 in-4°.
Opera 7 , Sonates à un violon & baſſe , grand
in-4°.
C
Opera 8 , Cent Menucts à un violon & baffe ,
2 in-4°.
Opera 9 , Ballets à un violon & baffe , 2 in-4° .
Opera 10 , Sonates à un violon & baſſe , in-fol.
Pour la flûte , fix Sonates à deux flûtes & baffes ,
4 in-fol.
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE:
L'Oueillet.
Opera prima , Sonates à une flûte & baffe , grand
cahiers in-4°.
Opera 2 , de même ,
Opera 3 , de même ,
Opera 4 ,
de même ,
grand in-4°.
grand in-4°.
grand in-4°.
•
Operas , livre premier , Sonates à une flûte- traverfiere
, hautbois ou violon , premier cahier
in-fol. Livre 2 , Sonates à deux Aûtes-traverfieres
, hautbois ou violon ,
Pepufch.
2 in-fol.
Opera 2 , Sonates à un violon & baffe , grand
in-4°.
Opera 5 ,
de même ,
Opera 6 , de même
grand in-fol.
grand in-4°.
Opera 7 , Concerts à deux flûtes à bec , deux flûtes-
traverfieres , hautbois , ou violon & baffe ,
6 in-fol.
Pez.
Opera prima , Concerts à deux violons & baffe ;
4 in -fol.
Operas , Sonates à deux violons & baſſe , 3 in-fol.
Opera 3 , Sonates , id.
Fings.
4 in-fol.
Opera prima , Sonates à deux & trois violons &
baffe ,
4 in-fol.
Opera , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Opera 4 & 6 , Sonates à deux flûtes & baffe ,
3 in-fol.
1
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Corbett.
Sonates à une trompette ou hautbois , deux vioMAR
S. 1757 . 225
lons & baffe , avec une ouverture & fuite à
deux trompettes , ou hautbois , deux violons ,
haute-contre & baffe .
Corbettes Fings.
Sonates à deux Aûtes & baffe ,
De Fefch.
3 in-fol.
Opera prima , Sonates à deux violons , 2 in-fol.
Opera 2 , Concerts à quatre violons, haute- contre
& baffe .
Opera 3 , de même ,
Tibaldi.
7 in -fol.
7 in-fol.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe'
4 in-fol.
Opera 2 , de même ,
Baldaffini.
4 in-fol.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4in-fol.
Opera 2 , de même
Bianchi.
12 :44 in-fol
Opera prima, Sonates à deux violons & baffe ,
4 in- fol.
Opera 2 , Concerts à deux violons , haute- contre
& baffe ,
Ravencroft.
7 in -fol.
Opera prima , Sonates à deux violons & baſſe ;
4 in-fol.
Opera 2 , de même ,
Scherard.
4 in-fol
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ;
4 in -fol.
Opera 2 , de même >
Haim.
"
4 in-fol.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe
4in-4°.
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
3 cahiers in-4 :
Opera 2 , de même ,
Matteis.
Trois Livres de Sonates à deux violons & baffe ;
10 infol.
Palbertir
Opera prima , Sonates à deux violons & baſſe ;
4 in-fol.
G. Malberti.
Opera prima , Sonates à trois violons , hautecontre
& baffe ,
Cavellio.
6 in-fol.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Dallabella.
Opera prima , de même ,
Facer.
4 in-fol
Opera prima , Concerts à trois violons , hautecontre
& baffe ,
Garpardini.
4 in-fol.
Opera 2 Sonates à deux violons & baffe ;
>
4 in-fol.
Reali.
Opera prima , de même , To stol
Novelli.
4 in-fola
Opera prima , de même , 4 in-fol.
Motta.
Opera prima , Concerts à deux violons , hautecontre-
taille & baſſe ,
Fiore.
4 in-fol.
Opera prima , Sonates à un violon & bafle
ain-fol.
MAR S. 1757 227
Opera 2 •
& baffe ,
Manfredini.
haute-contre
Ss cahiers in-fol.
Sonates à deux violons ,
Vanturini.
Opera prima , Concerts à quatre , cinq , fix ,
fept , huit , neuf inftrumens , 10 in-fol.
Franco.
Opera prima , Sonates à deux violons & baffes ,
4 in-fol.
Franchi.
Opera prima , de même ,
Rells.
4in-fola
A cinq inftrumens , fix Sonates , dont trois à
trompettes ou hautbois , deux violons , une
haute- contre & baffe , & à trois flûtes , deux
hautbois ou violon & baffes , 6 in-fol.
Romano.
Livre premier , & deuxieme Sonate à deux flûtes
& baffe ,
Caftraci.
4 in-fol
Opera prima , Sonates à un violon & baffe , in-fol.
Germiniani.
Opera prima , de même ,.
Macharani
Marcello.
Opera prima , de même
Opera 2 Sonates à une flûte & baſſe ;
1
Coffini.
in-fol .
in-fol.
in-4°.
Opera prima , Sonates à un violon & baffe , grand
in-4°.
Visconti,
Opera prima , de même , grand in-4°.
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
D.
Opera prima , de même , grand cahiers in-4° ¿
Somis.
Opera prima , de même , in-4".
Vitali.
Opera 9, Sonates à deux violons & baſſes , grand
in-4°.
Gaillard & S.
3 in-4°.
Sonates à une flûte & baffe ,
Bononcini.
'Airs à deux flûtes , ou deux violons & baffes , 3
i
in-4°.
Mule.
Opera prima, Sonates à un hautbois , deux violons,
ou hautbois , haute-contre & baffes , 6 in-fol.
MUSIQUE.
Baflani.
;
Motets à voix feule, deux violons & baffe, 4 in -fol.
Opera 11 , id. à une , deux trois & quatre voix ,
deux violons & baffe , 8 in-fol.
Opera 12 , id. à voix feute , deux violons & baffe ,
4 in-fol.
Opera 13 ,
de même
4 in-fot.
Opera 20 , Menuets à plufieurs parties , 14 in -fol.
Opera 24 , Motets à deux & trois voix , deux vio-
Opera 26 , Motets à un , deux , trois voix , & à
lons & baffes ,
7 in-fot.
trois & cinq inftrumens , 7 in-fol
sin-fol.
Opera 27 , Motets à voix feule , deux violons &
baffe >
Scarlati.
Opera 2 , Moters à une, deux , trois & quatre voix
& Symphonie, 8. in-fol
MAR S. 1757. 229
Batiftini.
Opera 2 , Motets àune , deux & trois voix & Sym-
8 cahiers in-fol. phonie ,
D'Ave.
Opera prima , Motets à deux , trois , quatre & cinq
voix, & Symphonie ,
Fioco.
11 in-fol.
Opera prima , Motets à quatre voix & quatre inftrumens
,
Allegri.
8 in-fol.
Opera prima , Motets à voix feule , deux violons
• & baffe ,
Aldovrandini.
s in-fol.
Opera prima , Moters à deux & trois voix & Symphonies
,
Cantates de Pifiochi ,
7 in-fol.
in-fol.
Cantates & Ariettes de Pallakoli , à voix ſeule &
deux violons ,
3 in-4°.
Cantates & Ariettes de le Grand , à voix feule , &
avec Symphonie & fans Symphonie , in-4°.
Cantates de Scarlati , à une & deux voix , in-4°.
Cantates de Caldara & autresAuteurs, à une & deux
voix, avec Symphonie & fans Symphonie, in-4°.
Dix Airs Italiens ,
in-12.
Ces Livres de Mufique font très-bien conditionnés
chaque Oeuvre eft renfermé dans un carton
de relieure en veau , avec des attaches de ru
bans , & les titres fur les redos.
On s'adreffera , pour voir cette Collection , chez
M. de la Garde , rue du Chantre Saint Honoré ,
à Paris.
On ne vendra ce Cabinet qu'en entier.
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Résumé : CATALOGUE D'un Cabinet de Musique Italienne, à vendre. Corelli.
Le document est un catalogue de musique italienne à vendre, publié en mars 1757. Il présente une variété d'œuvres de différents compositeurs, principalement sous forme de sonates, concertos et autres compositions instrumentales. Les œuvres sont classées par compositeurs et par opus ou livres. Parmi les compositeurs mentionnés figurent Corelli, Albinoni, Vivaldi, Moffi, Valentini, Veracini, Schickardt, Torelli, Marini, Buonporti, et plusieurs autres. Les formats des œuvres varient, incluant des in-folio, in-4°, et des cahiers. Les instruments mentionnés incluent les violons, flûtes, hautbois, basses, et autres. Le catalogue détaille également des recueils de menuets, airs, et motets. Chaque œuvre est soigneusement conditionnée dans des cartons de reliure en veau avec des attaches de ruban. Le texte annonce également la vente d'une collection de bans et de titres relatifs aux redos. Pour consulter cette collection, il est nécessaire de se rendre chez M. de la Garde, situé rue du Chantre Saint Honoré à Paris. Il est précisé que cette collection ne sera vendue qu'en totalité, et non par lots séparés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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455
p. 35-67
SUITE sur M. de Fontenelle, par M. l'Abbé Trublet.
Début :
XII. LORSQUE dans les Mercures précédens, j'ai indiqué plusieurs morceaux de [...]
Mots clefs :
Fontenelle, Voltaire, M. Rousseau, Bernard de La Monnoye, Lettre, Abbé, Ouvrage, Prix, Poète, Homme, Oracles, Lettres, Musique, Remarques, Recueil, Opéra, Critique, Paroles, Journal, Esprit, Vérité, Magie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE sur M. de Fontenelle, par M. l'Abbé Trublet.
SUITE fur M. de Fontenelle ,• par
XII.
M.TAbbé Trublet.
LORSQUE
ORSQUE dans les Mercures précédens
, j'ai indiqué plufieurs morceaux de
M. de F. tant en profe qu'en vers , & tant
imprimés que manufcrits , qui ne fe trouvent
point dans la derniere édition de fes
Euvres , je ne les connoiffois pas encore
tous , & peut-être ne les connois- je pas
tous encore . Voici ceux qui font venus
depuis à ma connoiffance . Je commence
par les imprimés.
1º . J'ai parlé dans le premier volume
du Mercure d'Avril , page 76 , d'un Poëme
compofé par M. de F , pour le prix de l'Académie
Françoife en 1675 , par confé
quent lorfque l'Auteur n'avoit encore que
18 ans , & j'ai dit que le prix fut remporté
par M. de la Monnoye. Le fujet étoit : La
gloire des Armes & des Lettres fous Louis
XIV. On ne doute point que ce Poëme në
foit de M. de F , puifqu'il y mit fon nom ,
comme on peut le voir dans le Recueil de
l'Académie de ladite année .
Mais il n'eft pas moins fûr qu'il compo
fa encore , à la vérité en gardant l'anony
me , pour le prix de 1677. J'ai trouvé .
Bvj.
36 MERCURE DE FRANCE.
parmi fes papiers une copie de ce fecond
Poëme , apoftillée de fa main , & je me
fuis reffouvenu qu'il m'en avoit parlé.
Aufff l'a - t'on mis , avec plufieurs autres
pieces du même Auteur , dans le Recueil
périodique que j'ai indiqué premier volume
du Mercure d'Avril , p . 74 , & qui a
pour titre , Le petit Réfervoir , & c. Le fujer
de 1677 étoit , L'éducation de Monseigneur
le Dauphin. M. de F. fut encore vaincu par
M. de la Monnoye. ( 1 );
( 1 ) En 1714 , & ainfi au même âge de 20 ans
M. de Voltaire compofa pour le prix de l'Académie,
& fut vaincu par un homme bien inférieur
à M. de la Monnoye , par l'Abbé du Jarry, Le
Poëme couronné , au deffous du médiocre , du
côté de la poésie , étoit encore gâté par une méprife
qui fuppofoit dans le Poëte une ignorance
groffiere en matiere de phyfique & même de
fimple géographie. Un de fes vers commençoit
par Poles , glacés , brûlans , &c . Le Vainqueur fut
très-plaifanté dans le temps , furtout par le vaincu;
& comme de pareilles occafions de plaifanter
ne laiffent pas que d'être rares , M. de V. eft revenu
plufieurs fois à la charge. Cela n'a pas empêché
que le Poëme , imprimé d'abord avec fes
poles glacés & fes poles brûlans , dans le Recueil de
PAcadémie de 1714 , ne l'ait encore été de même:
dans celui de toutes les Pieces couronnées jufqu'en
1747. Cependant l'Abbé du Jarry avoit
Gorrigé fa méprife dès 1715 ; & dans le Recueil
qu'il donna alors de fes Poéfies , parmi lesquelles
Le trouve ſon Poëme , au lieu de poles , il mit ch
SEPTEMBRE. 1757: 37
Page 79 du même Mercure , j'ai indiqué
un autre Recueil contenant beaumats
. Ce dernier mot eft jufte ; mais l'autre étoit
plus poétique , parce qu'il eft moins commun ; &
voilà , fans doute , ce qui le fit préférer au Poëte.
Il feroit aifé de citer plufieurs autres exemples ,
à la vérité un peu moins forts , de la préférence
donnée par des Poëtes célebres fur le mot propre
& jufte , à un mot plus harmonieux , plus noble ,
moins ufité , & par- là , difent- ils , plus poétique ,
mais fouvent très -impropre , & fur cela voici une
petite anecdote affez plaifante.
Un jeune Poëte vint lire à feu M. Danchet des
vers , qu'il avoit faits fur la maîtreffe ; la piece
débutoit ainfi :
Maifon, qui renfermez l'objet de mon amour , &c.
Danchet interrompit le Lecteur avec vivacité.
Maiſon eft bas , lui dit-il , trop commun du moins ..
Il y en a tant d'autres à choisir . Mettez palais ,
beaux lieux , &c . Mais , repliqua le Poëte , c'est
une maison de force.
Pour revenir à l'Abbé du Jarry , dont je n'aurois
peut être jamais d'autre occafion de parler , fi
pourtant celle- ci en eft une , je dirai en paffant
que ce mauvais Poëte a fait quelques vers trèsheureux
; ceux- ci , par exemple , dans un Poëme
couronné par l'Académie en 1679. Le fujet étoit ::
Que la victoire a toujours rendu le Roi plus facile
à la paix. Après avoir dit que ceux des Princes
ligués contre S. M. que leur impuiffance avoit
prudemment engagés à fe foumettre , en avoient:
été épargnés , au lieu que ceux qui avoient cru
pouvoir lui réfifter , étoient tombés fous fes coups
38 MERCURE DE FRANCE .
coup de pieces de M. de F. & imprimé au
commencement de cette année , fous le
vengeurs , le Poëte ajoute cette comparaiſon à la
fois fi jufte & fi poétique :
Pareils à ces rofeaux qu'on voit baiſſant la tête ,
Réfifter par foibleffe aux coups de la tempête ,
Pendant quejusqu'aux cieux les cedres élevés ,
Satisfont par leur chûte aux vents qu'ils ont bravés.
Qu'on me permette de citer encore du même
Poëte deux autres beaux vers , mais d'un carac
tere différent . Ils fe trouvent dans une Epître ou
l'Auteur annonçoit à un ami qu'il alloit prendre
le parti d'une entiere retraite. Elle finit ainfi :
Caché dans ma retraite , & comme enfeveli ,
De quelques jours j'avance un éternel oubli.
L'Abbé du Jarry remporta encore le prix de
l'Académie en 1683 , ou du moins il le partagea
avec M. de la Monnoye . Les deux pieces ayant eu
un égal nombre de fuffrages , l'Académie fit frapper
deux Médailles , chacune valant moitié du
prix , & elles furent données aux deux Auteurs.
C'eft l'unique fois que ce partage eft arrivé .
L'Abbé du Jarry étoit Prédicateur , & il a fait
imprimer des Panégyriques & des Oraifons funebres
, qui , fans être du premier mérite , ont des
beautés , entr'autres l'Oraifon funebre de M. Fléchier.
N'eft il pas fingulier qu'un Orateur de profeffion
ait remporté des prix de Poésie , plutôt que
des prix d'Eloquence ? La même chofe eft arrivée
à M. l'Abbé Séguy , à Paris & à Toulouſe. Ce fait
dit bien des chofes , fi c'étoit ici le lieu de les
י
SEPTEMBRE. 1757. 39
titre de Porte-feuille , & c. On y trouve
(tom. 2 , p. 72 ) , après les deux Lettres de
Mademoiſelle de Launay & de M. de F.
dire , & pourroit être le fujet d'une bonne Differ
tation littéraire. Très - peu de Prédicateurs de réputation
ont remporté des prix d'Eloquence dans
les Académies. Je ne me rappelle même que le
P. Rainaud , de l'Oratoire (1 ) . Beaucoup de Poëtes
très-médiocres , pour ne pas dire davantage ,
ont remporté des prix de Poéfie . Je ne nommerai
que le Poëte Gacon . En général , la profe des
Recueils académiques eft fupérieure aux vers
qu'on y trouve , & la raiſon n'en eft pas feulement
que les vers font plus difficiles que la profe , &
que néanmoins le Lecteur y eft plus difficile auffi ;
c'eft encore parce que les meilleurs efprits font
plutôt profateurs que Poëtes. Cette propofition
paroîtra peut- être un paradoxe , même à de bons
efprits , & paroîtra certainement un blafphême à
la plupart des Poëtes. Je me flatte pourtant que
les plus eftimables feront de mon avis dans le
fonds de leur coeur , du moins ceux qui écrivent
auffi -bien en profe qu'en vers , & , par exemple ,
M. de Voltaire . J'ai toujours penfé , & en le penfant
j'ai cru lui faire honneur , qu'il n'étoit pas
auffi éloigné de l'opinion de M. de la Motte fur
les vers , qu'il l'a paru dans ce qu'il a écrit pour
la combattre , ou que du moins il s'en eft fort
rapproché depuis. Quant à M. de F , il feroit
fuperflu de dire qu'il en étoit abfolument , quoique
, comme M. de la Motte , il aimât auffi beaucoup
les vers , & peut- être même plus que la
poésie.
(1) Il eft forti cette année de cette Congrégation
40 MERCURE DE FRANCE .
fur l'aventure de Mlle Tétar , & avant
une Réponſe de M. de F. à une Lettre de
M. de Voltaire , écrite de Sully ( 1 ) , on y
trouve , dis je , mais fans nom d'Auteur ,
un Poëme fur Le foin que le Roi prend de
( 1 ) M. de V. a fait imprimer fa Lettre & une
partie de la Réponse de M. de F. dans plufieurs
éditions de fes OEuvres . Dans la derniere , où elle
eft en entier ( t. 2 , p. 238 ) , à un vers près , mais
le meilleur de la piece , il a ajouté cette note :
« Cette Réponse de M. de Fontenelle eft très-
» mauvaiſe ; il en fit une autre adreffée à Mada-
» me la Maréchale de Villars , qui vaut beaucoup
» mieux , & dans laquelle eft ce vers : Il faut des
» hochets pour tout âge. Mais nous n'avons pu
retrouver cette piece. »
On ne comprend rien à cette note.
r°. Le vers n'eft pas cité exactement
de V , & M. de F. avoit dit :
Il eft des hochets pour tout âge.
2º. Ce vers étoit après ceux- ci :
J'avouerai bien , & j'en enrage ,
Que le fçavoir & la raison
Ne font auffi qu'un badinage ,
Mais badinage de Grifon ;
Il eft des hochets pour tout âge.
par M..
3. On ne connoit point la Réponſe adreffée
à Madame la Maréchale de Villars.
4º. Celle à M. de V , la feule qui exiſte , eft
wès- défigurée dans l'édition de Geneve „ 1756,
SEPTEMBRE . 1757. 41
l'éducation de la Nobleffe dans fes Places &
dans S. Cyr. C'est le fujet que donna l'Académie
Françoiſe en 1687. Si je connoiffois
l'Editeur de ce Recueil , je lui demanderois
s'il croit ce Poëme de M. de F , &
fur quelles preuves il le croit ; car M. de
F. ne m'en a jamais rien dit. Quoi qu'il en
foit , l'Ouvrage ne me paroît pas indigne
de lui , & j'y trouve affez fa maniere. Cependant
le prix fut donné à une Ode de
Mlle Deshoulieres , fille de la célebre Dame
de ce nom. Comme celle - ci ne mourut
qu'en 1694 , & âgée feulement de 56 ans ;
elle cut peut- être grande part , du moins
par fes confeils , à la Piece couronnée , fi
même elle n'en eft pas l'unique & véritable
Auteur. L'Ode me paroît pourtant inférieure
au Poëme, & je doute que l'Académie de
1757 jugeât comme celle de 1687. Mais
peut-être que l'infériorité de l'Ode fut
excufée , ou même moins fentie , parce
que l'Auteur y déclaroit fon fexe , & qu'on
fçut qu'il ne trompoit point .
Dans un fuperbe enclos , où la fageffe habite ,
Où l'on fuit des vertus les fentiers épineux ,
D'un âge plein d'erreurs mon foible fexe évite
Les égaremens dangereux.
D'ailleurs, il ne faut qu'un très- mauvais
vers pour faire manquer le prix à une pie
142 MERCURE DE FRANCE.
ce meilleure , à tout prendre , que celle
-qu'on lui prefere . Or il y en a un trèsmauvais
dans le Poëme. L'Auteur parlant
des Compagnies de Cadets créées en 1682 ,
dit :
Tous ces jeunes Guerriers inftruits de ce qu'ils
doivent
Au bras qui les foutient , au fecours qu'ils reçoi
vent ;
Fiers de porter le nom d'éleves d'un Héros ,
Brûlent de quitter l'ombre & le fein du repos.
De fes nobles leçons qu'il leur demande compte,
Que fa justice excite une vengeance prompte ,
Ils partent , &c.
Voilà , je le répete , un bien mauvais
vers , & on fçait d'autant moins ce que
fignifie excite , qu'il paroît d'abord' fignifier
quelque chofe. Quelqu'un de mes Lecteur
dit fans doute que ce n'eft là qu'une
faute d'impreffion , une faute auffi aiſée à
corriger qu'à appercevoir , & qu'il faut
lire exige au lieu d'excite. Je le penfe auffi .
Cependant cette faute fe trouve , & dans
le Recueil de l'Académie , & dans le Portefeuille
, &c. N'étoit - elle donc point dans
le manufcrit même fur lequel la piece fut
jugée , & ainfi une faute , non du Poëte
fans doute , mais de fon Copifte , plutôt
que de l'Imprimeur
SEPTEMBRE . 1757. 43
Si ce Poëte eft M. de F , & qu'il eût
été couronné , il eût obtenu en 1687 la
double couronne des vers & de la profe ;
car il remporta le prix d'Eloquence par
fon Difcoursfur la patience. C'eft peut- être
une raifon de lui attribuer le Poëme. M.
de F. penfoit dès-lors à fe préfenter pour
l'Académie , & s'y préfenta en effet l'année
fuivante , quoique , comme on le fçait , il
n'ait été élu qu'en 1691. Or deux prix en
deux genres , remportés dans la même année
, auroient ajouté un titre à tous ceux
qu'il avoit déja ; & ce nouveau titre ,
quoique le plus foible , pouvoit bien paroître
le plus fort .
Je demande pardon d'un détail auffi
minutieux ; mais il intéreffe peut - être M.
de F.
2º. Lettre en réponſe à une autre , qui
contenoit une difficulté contre un endroit
de la pluralité des Mondes. J'ai les deux
Lettres.
3. Eclairciffemens fur la premiere partie
de l'extrait que les Auteurs du Journal
Littéraire avoient donné des Elémens de la
géométrie de l'Infini. Ces Eclairciffemens
font dans le tome 16 de ce Journal.
On voit par ces deux écrits , & par un
troifieme dont je parlerai plus bas , que
M. de F. n'étoit pas auffi décidé qu'on l'a
44 MERCURE DE FRANCE.
dit , à ne répondre à aucune critique ; il
auroit eu tort de l'être. Il l'étoit néanmoins
à l'égard des critiques d'ouvrages
de pur agrément. Quoique dans ce dernier
cas , une réponſe puiffe être fort
agréable , utile même par les principes de
goût qu'on y aura répandus , elle eft ordinairement
fuperflue ou inutile à l'ouvrage
critiqué. S'il eft bon , la critique ne lui a
pas fait grand mal , ou ne lui a fait qu'un
mal paffager. S'il eft mauvais ou médiocre
, une réponse à une critique qui l'a
prouvé tel , ne lui fera aucun bien. D'ail
leurs , les critiques de cette efpece d'ouvrages
ne font fouvent que des plaifanteries
, des railleries , & l'on n'y pourroit
guere répondre que par d'autres. Mais celles-
ci , fuffent -elles meilleures , & couvriffent-
elles l'agreffeur du ridicule qu'il a
voulu donner , il y auroit encore plus à
perdre qu'à gagner pour le fage. ( 1 )
( 1 ) Voir la Lettre à M. L. M. D. S. A. à la tête
du Jugement de Pluton fur les Dialogues des Morts.
Ce Jugement eft une véritable critique de ces
Dialogues , & M. de F. ne le donna point fous
fon nom . La Lettre que je cite eft fignée D. H.
J'ignore fi les lettres initiales de l'adreffe , indiquent
un nom & un homme réels . S'il s'agiffoit
d'un Ouvrage très - poftérieur au Jugement de
Pluton ( il parut en 1684 ) , je ne balancerois pas
à croire que la lettre qui le précede eft adreffée
SEPTEMBRE. 1757. $
>
45
Quant aux critiques d'ouvrages
de
fcience , il eft fouvent utile & même né- >
ceffaire d'y répondre
, lorfqu'on
eft en
état de le bien faire ; & on le doit à la vérité
, furtout fi c'eft une vérité importante
, autant qu'à fa propre réputation . Si
M. de F. ne repliqua point au P. Baltus
on en devine aifément les raifons . Feu M.
du Marfais avoit repliqué pour M. de F ,
non feulement fans y être invité
lui
, par
mais encore malgré lui . Le P. le Tellier empêcha
que fon livre ne fût imprimé . M. de
F. m'a conté que lifant la Réponse du P.
Baltus ( c'eft le titre de l'ouvrage
) , trouvant
à chaque page qu'une replique feroit
très-aifée , & l'envie de la faire devenant
de moment en moment plus forte ,
il avoit fermé le livre de peur de fuccomber
à la tentation , & pris la réfolution
de n'en pas achever la lecture. Il m'a
affuré qu'il l'avoit tenue , & qu'il n'avoit
jamais lu l'ouvrage en entier . En cette
matiere , comme en quelques
autres , la
fuite eft fouvent pour les plus forts l'unique
moyen de vaincre . ( 1 )
à M. le Marquis de Saint- Aulaire , fi lié depuis
avec M. de F. mais je doute qu'il le fût déjà en
1684 , puifque M. de F. ne s'étoit pas encore fixé
à Paris.
(1 ) Voici ce que M. de F. écrivit là deffus lo
46 MERCURE DE FRANCE.
Il y a plus encore , M. de F. n'avoit aucun
empreſſement pour lire ce qu'on écri-
3 Août 1707 au célebre M. le Clerc , qui dans la
Bibliotheque choisie ( t . 13 , 1707 ) avoit pris la
défenſe de l'Hiftoire des Oracles contre la Réponse
du P: Baltus.
€ « Je ne répondrai point au Jéfuite de Stras-
» bourg , quoique je ne croye pas l'entrepriſe im-
» poffible ; mais l'Hiftoire de l'Académie des Scien-
» ces me donne trop d'occupation , & tourne
>> toutes mes études fur des matieres trop diffé-
-rentes de celles - là . Ce feroit plutôt à M. Van-
» Dale à répondre qu'à moi ; je ne fuis que fon
» interprete , & il eft mon garant. Enfin je n'ai
» point du tout l'humeur polémique , & toutes les
querelles me déplaifent . J'aime mieux que le
» Diable ait été Prophete , puifque le P. Jéfuite
» le veut , & qu'il croit cela plus orthodoxe. ر د<<
Je ne crois pas que cette Lettre ait été imprimée.
Je la tiens de M. Boullier , qui l'a tirée de la
Bibliotheque des Remontrans à Amſterdam. Il
croit qu'on y en conferve encore quelques autres
de la même main ; je les lui ai demandées.
a pour
L'article de la Bibliotheque choisie auquel a
rapport la Lettre de M. de F. à M. le Clerc ,
titre : Remarques fur le démêlé qui eft entre M. de
Fontenelle , Auteur de l'Histoire des Oracles , &
le P. Baltus , Jéſuite , Auteur de la Réponse à
cette Hiftoire , &c. le Journaliſte donne ces remarques
comme l'ouvrage d'un autre ; je les crois de
lui- même , & on le foupçonneroit à la maniere
feule dont il en parle en les annonçant. Dailleurs,
fes autres Ouvrages y font cités plufieurs fois . Enfin ,
la plupart de ces Remarques font très- bonnes & trèsjudicieuſes.
Cet Auteur , quel qu'il foit, dit dès le
SEPTEMBRE . 1757. 47
voit contre lui ; il ne le lifoit que lorfque
le hazard le faifoit tomber entre fes mains,
α
commencement de fon écrit , « qu'ily a pu avoir des
>>- oracles véritablement rendus par desDémons, ou
» par des Intelligences qui font au deffus de la na-
» ture humaine , quoiqu'il ne doute point que des
>> hommes n'aient fouvent été les auteurs des ré-
» ponfes qu'on attribuoit à ces Intelligences . » Il en
conclur que M. de F. & le Pere B. font allés, chacun »
de fon côté, un peu trop loin. Mais quand il vient
au détail , il eft prefque toujours pour M. de F ,
& le défend prefque furtout contre le Pere B.
De plus , il ne parle jamais du premier qu'avec
beaucoup d'eftime , & peut- être ne ménage-t'il
affez le fecond . Mais M. le Clerc étoit Protef
tant. D'ailleurs le Pere B. avoit auffi trop peu
ménagé M. de F, & l'Auteur des Remarques l'en
blâme en plus d'un endroit . Je n'en citerai qu'un.
pas
* «
« Notre Auteur , dit celui des Remarques , qui
Ds'adreffe perpétuellement à M. de F , comme s'il
Dle fermonoit , & qui lui parle avec beaucoup
» d'autorité , gliffe en divers endroits des fuppofitions
, comme fi c'étoient des vérités claires
>>& fe met à le cenfurer avec gravité , comme fi
» le ton dont on dit les chofes , fervoit à les rendre
démonftratives . Je crois que M. de F. s'en
plaindra , au moins à fes amis , s'il ne le fait
» publiquement. Cet habile homme , &c . »
Cette louange d'habile hømme revient plus d'une
fois. Mais en voici une qui caractériſe encore plus
précisément M. de F. Le Pere B. ayant avancé qu'il
ne voyoit pas ce que l'Auteur de l'Hiftoire des Oracles
pourroit répondre à &c . celui des Remarques ,
dit : Je m'imagine qu'un homme d'un efprit auffi
v pénétrant & auffi éclairé que lui , ne manquera
a
110.
48 MERCURE DE FRANCE.
& ce hazard étoit affez rare . Traité avec
beaucoup d'égards dans les fociétés qu'il
» pas de replique , s'il veut fe donner la peine d'en
» chercher. Mais je répondrai pour lui , en atten :
» tendant , que , &c. »
Dans les nouvelles de la République des Lettres,
Mai 1687 , article premier , on trouve une Lettre
de M. Van- Dale à un de fes amis au fujet de
'Hiftoire des Oracles. En voici le début :"
« J'ai lu avec bien du plaifir l'Hiftoire des Ora-h
» cles faite par unAuteur François, où je fuis copié :
» fidélement. J'approuve la liberté qu'il s'eft don
» née de tourner ce que j'avois avancé dans mes
» deux Differtations fur ce fujet , au génie de fai
» Nation.
>> Celui de nos peuples eft un peu différent : ils
» fe défient furieufement du tour de l'efprit & dès
» graces du langage , & ne fe fatiguent point , en
» matiere de faits conteftés , du nombre des preu-
» ves , pourvu qu'elles foient folides & finceres.<
» Je fuis fort fatisfait que l'ingénieux Auteur des
» Dialogues des Morts ait jugé les miennes de cette
» nature , & qu'il ait eu la bonté de les appuyer
» de beaucoup des fiennes , qui font convain-
>> cantes & judicieuſes. Il eft vrai qu'il change
» & renverſe terriblement toute l'économie de
» mon Ouvrage , dont il témoigne dans la préface
avoir eu d'abord le deffein de fe rendre feule
» ment le Traducteur . »
Deftruit , adificat , mutat quadrata rotundis.
» Mais loin de le trouver mauvais , je le loue
» d'avoir facilité la connoiffance de cette impor-
» tante queſtion aux honnêtes gens de l'un & de
fréquentoit 2
SEPTEMBRE . 1757. 49
fréquentoit , égards qu'il s'attiroit autant
par ceux qu'il avoit lui -même , que par fa
>> l'autre fexe de fon pays , & j'avoue qu'il a eu
» raifon de les décharger de la peine de lire quan-
» tité de citations ennuyeuſes. Mais ce fçavant &
» galant homme me pardonnera fi je dis qu'il a
» oublié des chofes importantes , & qui pouvoient
» être plus décifives & moins ennuyeufes que
» d'autres , dont il a fait emploi dans fon Ouvra-
» ge. C'eft peut - être un malheur pour la cauſe
» qu'il foutient avec moi , qu'il ne foit pas dans
» un pays de liberté car je ne puis imputer à
>> une autre raiſon le filence qu'il a gardé , où les
» déguifemens qui femblent l'avoir commandé
» faits de conféquence. »>
M. Van-Dale explique enfuite en quoi confiftent
ce filence & ces déguisemens . « M. de F , dit-
» il , paffe l'éponge fur ce que j'avois écrit des
livres Sybillins.... Il n'a point voulu toucher
» à la vifite que Saül , troublé d'eſprit , rendit
» la prétendue Magicienne d'Endor . Ces deux
» faits de fi grand éclat où la fourberie une fois
» bien prouvée , porte un fi grand coup à toutes
» les autres que nous combattons , méritoient- ils
» d'être enfèvelis dans un fi profond filence par
» notre Auteur ? >>
M. Van-Dale examine de nouveau ces deux
faits , principalement le dernier.
Il dit plus bas : « Je fuis bien loin de mon
>> compte , fi notre Auteur a parlé fincérement
» lorsqu'il a dit dans fa Préface: Je déclare que fous
» le nom d'Oracles , je ne prétens point comprendre
» la magie , dont il eft indubitable que le Démon
» fe mêle. . . . En vérité cet habile homme a trop
» de lumieres pour ne pas voir que l'un n'eft pas
C
go MERCURE DE FRANCE.
grande réputation & la confidération dont
il jouiffoit , on n'alloit guere lui dire ,
» mieux fondé que l'autre. » C'eft- à- dire , la
magie que les Oracles.
Il cite enfuite plufieurs paffages des Anciens ,
par lefquels on voit qu'ils regardoient la magie
comme une fourberie. Il cite entr'autres Ciceron
& Pline.
« Après cela , continue M. Van-Dale , com-
» ment notre Auteur qui les avoit lus fans doute ,
» a-t'il écrit fi hardiment que les habiles Payens
» regardoient la magie d'un autre ceil que les
>> Oracles » ;
M. Van-Dale ne comprend pas que M. de F,
ait voulu prouver par l'autorité des Poëtes , furtout
de Lucain , que la magie s'exerçoit par
l'intervention du Diable . « Où en fera- t'on , dit-
>> il , fi l'on croit de bonne foi Virgile , lorfqu'il
» dit ( Eglogue 8 ) que les vers ou les charmes font
» defcendre la Lune des Cieux ? &c, »
Enfin M. Van-Dale dit nettement que fi on
laiffe la magie aux Démons , on ne peut pas leur
ôter les Oracles.
Mais fi le témoignage des Poëtes & des beaux
efprits n'eft d'aucun poids , lorfqu'ils paroiffent
croire aux Magiciens , aux Devins , & c. il n'en
eft pas de même , felon M. Van- Dale , lorfqu'ils
s'en moquent & de ceux qui y croient , furtout
s'ils le font publiquement , & avec la permiffion
du Magiftrat ; car il réfulte de- là non feulement
que l'opinion immolée à la rifée publique , n'eſt
qu'une fottife populaire ; mais encore que ceux
qui ont l'autorité en main , ont penſé qu'il étoit
utile d'en défabufer le peuple , quoiqu'il ne le fût
peut-être pas de lui ôter tous fes préjugés,
SEPTEMBRE. 1757 .
sr
quoiqu'on l'eût pu fans lui faire beaucoup
de peine , qu'il couroit une Epigramme
contre lui ; qu'il étoit malignement attaqué
dans une brochure , &c . & de fon côté
il ne faifoit guere de queftions relatives à
lui-même & à fes écrits. Il n'avoit point
cette curiofité , fi vive dans la plupart des
Auteurs , de fçavoir le mal qu'on dit de
M. Van-Dale cite donc avec complaifance le
Livre intitulé , le Comte de Gabalis & la Comédie
de la Devinereffe. « Je ne compte pas pour rien ,
» dit-il , ce qui a été joué publiquement , à Paris
» même , dans cette Comédie ; car j'y trouve une
» partie des fecrets de ces fourbes , affez agréa
» blement découverts. »
On fçait que le fçavant Pere Thomaffin ( & M.
de F. n'a pas manqué de le citer ) avoit déclaré en
termes formels dans la Méthode d'étudier & d'enfeigner
chrétiennement les Poetes : « Que les Ora-
» cles n'étoient que des impoftures où les hom-
» mes fe trompoient les uns les autres par des
» paroles obfcures & à double fens. »
Le Journal des Sçavans donna en 1707 un extrait
fort étendu du Livre du Pere Baltus. « On a laiffé
» jouir M. de F. pendant 20 ans, dit le Journaliſte ,
», de toute la gloire qu'il pouvoit recueillir d'un
>> Ouvrage où il occupoit agréablement le Pu-
» blic , fans prétendre le moins du monde inté
» reffer le Chriftianifme. Quel Ecrivain , après
» une fi longue poffeffion , ne croiroit fon fenti
» ment à couvert de la cenfure ? Voici pourtant
» un Adverfaire qui vient d'entrer en lice contre
» M. de F , au fujet des Oracles. Il traite l'affaire
» fur un ton fort férieux , &c . »
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
leurs Ouvrages ( car ils fçavent bien qu'on
en dit toujours ) , de le fçavoir exactement
& dans le plus grand détail , & furtout de
connoître ceux qui le difent. Auffi ignoroit-
il jufqu'à l'exiftence de plufieurs de
ces Epigrammes & de ces brochures ; & il
l'a quelquefois dit , mais fimplement & fans
malice, à leurs Auteurs mêmes, qui perfuadés
qu'il ne pouvoit ignorerqu'ils avoient
écrit contre lui , venoient lui en marquer
leur repentir vrai ou faux. J'en connois
un entr'autres qui fut très - fâché d'avoir été
apprendre à M. de F. ce qu'il n'auroit jamais
fçu fans lui , & bien plus piqué encore
qu'il ne le fçût pas.
4°. Deux lettres fur le Tutoiement parmi
celles de M. Vernet fur le même fujet.
en 1752. Ce recueil eft très connu , &
mérite de l'être . Il s'agiffoit de fçavoir
fi dans les traductions Françoifes de la bible
, il faut conferver le tutoiement de l'original
. M. de F. eſt pour l'affirmative , &
ainfi de l'avis de M. Vernet qui l'avoit confulté
( 1 ) . Comme les lettres de M. Vernet ,
imprimées à la Haye , ne font pas entre
les mains de tout le monde , je citerai un
morceau d'une de celles de M. de F.
(1 ) Bayle penfoit autrement. Voyez parmi fes
Lettres la 80 & la fuivante,
SEPTEMBRE . 1757. 53
و د
و ر
"Notre Vous étant undéfaut des Lan-
>> gues modernes , il ne faut point cho-
" quer la nature en général , & l'efprit de
l'ouvrage en particulier , pour fuivre ce
» défaut. Je crois que ces remarques au-
» roient lieu à l'égard de tout livre facré
» d'une Religion quelconque , comme l'Al-
» coran , les livres Religieux des Guebres ,
» &c. Comme la nature de ces livres , eft
» de devoir être refpectés , il fera toujours
bon de leur faire garder le caractere
original , & de ne leur jamais donner
des tours d'expreffion populaire. L'exemple
de nos traducteurs qui ont affecté
» le beau langage , ne doit pas plus être
fuivi que celui du Prédicateur du Specta-
» teur Anglois , qui difoit , que , s'il ne
craignoit pas de manquer à la politeffe, &
» aux égards qu'il devoit avoir pour fes
» Auditeurs , il prendroit la liberté de
» leur dire que leurs déportemens les méneroient
tout droit en enfer.
ور
ور
"
و د
و د
s
"
"3 "
M. de Montesquieu , confulté auffi par
M. Vernet , avoit répondu comme M. de
F , & s'étoit déclaré pour le Tutoiement.
Cet avis fut attaqué par des Proteftans même
, quoiqu'ils duffent plutôt en être que
des Catholiques , entr'autres par l'Auteur
de l'écrit intitulé , Remarques fur une dif
fertation qui traite de l'ufage du toi & du
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
vous dans une verfion de la bible . Cet écrit
très bien fait , eft daré de Geneve , premier
Juin 1752 , & fe trouve dans la Bibliotheque
impartiale ( 1 ) , même année , tome
fix , troifieme partie , page 307. L'Auteur
des Remarques n'avoit garde de ne pas
répondre à deux fuffrages d'auffi grand
poids que ceux de MM. de M. & de F. Le
premier ne l'embarraffe guere. L'Auteur des
Lettres Perfannes , dit-il , avec son goût
oriental , ne pouvoit manquer d'être pour le
toi.
M. de F. l'embarraffe davantage , & il
ne l'expédie pas ainfi en un mot. Je rapporterai
néanmoins le paffage en entier ,
quoi qu'un peu long , parce que M. de F.
y eft affez bien caractériſé ; j'ajoute , parce
qu'il y eft juſtement critiqué. J'ai déja
donné plus d'une preuve de fincérité fur
fon compte. Voici donc le paffage.
"
« Le fuffrage de M. de F. n'eft pas fi aifé
à expliquer. S'il avoit
paru s'échauffer
pour les anciens " on pourroit
croire
qu'il regarde
leur toi comme
quelque
chofe de facré qu'il falloit conferver
,
(1 ) C'est le titre d'un Journal imprimé en Hol-
Lande , & ainfi peu répandu en France. M. Formey
, Secretaire de l'Académie de Pruffe , étoit
d'abord feul à le faire . Il y travaille encore aujour
d'hui , mais il aplufi curs affociés,
;
SEPTEMBRE . 1757. 55
23
furtout dans nos verfions de la bible :
» mais dans la fameufe difpute des An-
» ciens & des Modernes , il ne parut point
» un admirateur outré de tout ce qui nous
» vient de l'antiquité. Je crois donc que fa
réponſe a été dictée par la politeffe ; elle
n'eft pas même fi décifive qu'on voudroit
» nous le perfuader. Celui qui l'avoit
» confulté , l'avoit averti , en lui propo-
» fant la queftion , que nous voulions gar-
» der le Tutoiement , foit quand Dieu parle
» à l'homme, foit quand l'homme s'adreſſe
» à Dieu. Qu'a donc fait M. de F ? Il a ex-
» cufé le vous des Catholiques , & approuvé
également notre Toi ; mais il
conclut que le mieux , feroit de s'en te-
» nir uniformément , ou à l'un ou à l'au-
»tre. On en a inféré que pour des gens
» réfolus à retenir le Tutoiement dans une
partie de la verfion , comme en parlant
, à Dieu , on doit le retenir partout , pour
» éviter la bigarrure .
D
"
"
» Il paroît dans cette réponſe de M. de
» F. qu'il a analiſé la queſtion en vrai Phi
» lofophe ; mais on n'y trouve pas tout-à-
» fait le bon critique. En voici un exemple.
Dans une traduction de l'Ecriture
» Sainte , dit-il , Dien ne dira jamais nous
» au lieu de je : il est trop effentiellement un
»feul ; c'est là ſa ſuprême élévation. Com-
23
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
" ment M. de F. veut- il donc qu'on tra-
» duife , faisons l'homme à notre image ? Et à
» l'occafion de la tour de Babel ; defcendons
» & confondons leur langage ( 1 ) . Mais s'il
ne s'eft pas bien fouvenu de fa Geneſe , en
écrivant fa réponſe , il paroît , comme je
l'ai déja remarqué , qu'il n'a pas oublié
»fa politeffe ordinaire.
»
»
30
و د
» Un homme d'efprit me difoit à l'occafion
de cette lettre , qu'on devoit faire
peu de fonds fur ces fuffrages mendiés ;
" que quand il lui importeroit d'en avoir
» des pays étrangers , il fe faifoit fort d'en
» être toujours bien pouryu ; que tout dépend
de la maniere de propofer le fenti-
» ment qu'on veut faire approuver . Dès
qu'on paroît s'y intéreffer beaucoup , le
fçavant que vous confultez , pour peu
» qu'il fçache vivre , fe gardera bien de
» vous contredire .
و ر
ود
ور
"
»
» Il s'agiroit donc de fçavoir fi on a confulté
M. de F. avec beaucoup de fang
» froid , ou fi on lui aura paru s'affection-
» ner beaucoup pour le Toi . C'eft fur quoi
» nous n'avons que des conjectures. Mais
» à en juger par les écrits que nous avons
» vus , l'Auteur s'étoit fort échauffé fur
» fon fujet. »
- ( 1 ) Gen. I , 26. XI , 7.
SEPTEMBRE. 1757. 57
5. Traductions en profe de plufieurs Cantates
& airs Italiens . Elles furent faites
pour le concert Italien qui fe tenoit en
1724 , chez M. Crozat , le cadet , & qui
fe tint depuis dans une falle du château des
Thuilleries. J'étois le bel efprit de ce concert,
difoit quelquefois , M. de F. Comme il
ne fut tiré que peu d'exemplaires du livre
qui contenoit ces traductions avec l'Italien
a côté; qu'il ne fut donné qu'aux afſociés ,
& qu'ainfi il eſt aujourd'hui très - rare , j'en
mettrai ici l'avertiffement qui eft trèscourt.
و د
« Ces Ariettes Italiennes ayant été déta-
" chées d'un grand nombre de différens
» opera , il faut fuppofer qu'elles avoient
" aux fujets & aux fituations des pieces ,
» un rapport qu'on ne découvre plus dans
» la plupart qu'affez imparfaitement.
"
" On n'a traduit ces paroles que pour
" faire mieux goûter les airs qui les expriment
, fouvent attachés aux mots ; &
» par cette raifon , on a rendu la tradue-
» tion la plus littérale qu'il fût poffible ,
quoiqu'elle puiffe en cet état n'être pas
>> affez avantageufe aux Poëtes.
"
Mais on fçait que le génie des deux
» langues , l'Italienne & la Françoiſe ,
» eft très différent , & que furtout en
matiere d'amour & de galanterie , dont
·
C v
58 MERCURE DE FRANCE.
il est principalement queſtion ici , leur
ftyle ne reffemble prefque point. »
"
En voici bien la preuve dans l'Ariette
fuivante :
Col raggio placido della speranza
Lamia cofianza
Lufinghi in me :
Cofi queft'anima di più non chiede ,
Che la fua fede ,
La fua mercè.
Tu flantes ma conftance de quelque doux
rayon d'espoir. Je ne demande rien de plus
pour récompenfe que ma fidelité même .
Ce n'est pas feulement en matiere d'amour
& de galanterie , que le génie des
deux langues ou plutôt des deux Nations
, eft différent ; c'eft en toute matiere.
Voici , par exemple , ce que dit
un Pere , qui après avoir perdu un fils
qui lui étoit très cher , avoit encore
éprouvé les plus cruels malheurs.
-
Vieni , o morte ; il fine è giunto
Del mortal mio grave efiglio ;
Non tardar , ch'è tempo omai.
Se nonfirfe , cifù in quel punto
Che uccidefti il caro figlio ;
Che d'aller non viſſi mai.
SEPTEMBRE. 1757. 59
Viens , ô mort , viens finir pour moi le
trifte exil de cette vie mortelle , ne differe pas ,
il est temps. Si ce n'eft que ce temps arriva
lorfque tu m'enlevas mon cherfils , je n'ai pas
vécu depuis ce moment.
Voici d'autres paroles qui feroient affez
françoifes , fi nous aimions autant les
comparaifons dans nos opera , que les Italiens
les aiment dans les leurs
, parce
qu'elles donnent lieu au muficien de peindre
& de briller.
Bramofo cacciatore
Seguendo và
La preda fugitiva ș
Alfin l'arriva ,
E ottien quel che bramò :
Ma quando fiegue un core
Crudel beltà ,
Ha innanzi ognor l'aspetto
Del caro oggetto ,
Ed ottener non può.
Un Chaffeur ardent pourfuit fa proie fugitive
; enfin il la joint , & obtient ce qu'il a
defiré mais quand on pourſuit une beauté
cruelle , on a à toute heure devant les yeux le
bien que
l'on defire avec ardeur , & on ne
Peut l'obtenir
.
Les Italiens préferent les images fortes
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
& terribles à celles qui font douces & gracieuſes.
C'est qu'ils aiment ce qu'ils appellent
Strepitofa mufica , une mufique
bruyante. Voici un morceau du premier
genre.
Le profonde vie dell' onde
Dammi , o ciel ! di rifolcar
El mio nome, e l'ardimento ,
Di Spavento
Empia ancora i liti , e'l mar ;
E farò ch' il fangue scorra ,
Frà quel liquido elemento ,
I miei torti à vendicar.
O ciel ! accorde moi de fillonner encore le
vafte fein des ondes. Que mon nom & mon
audace rempliffent encore d'épouvanto les rivages
& les mers ; & je vangerai mes injures
en faifant couler lefang fur ce liquide élement.
Au refte , le choix de ces airs ayant été
fait fur la beauté de la mufique , & non
fur celle des paroles , il ne feroit pas julte
d'en tirer une conféquence générale contre
les paroles des airs Italiens , furtout
contre celles des fcenes , & des poëmes
pris en leur entier , furtout encore contre
les poemes d'Apoftolo-zeno , & de l'Abbé
Metaftafio , les uns & les autres très- eſtimés
, principalement les derniersplus conSEPTEMBRE
. 1757 .
61
par la
nus ici que les premiers , du moins
belle traduction de M. Richelet. ( 1 ) Cependant
, en Italie comme en France , le Poëte
qui doit toujours tant de complaifance au
Muficien , lui doit des facrifices dans les
paroles des airs proprement dits , des grands
airs, & qu'ainfi ( pour le remarquer en paffant
) , nous appellons très- improprement
Ariettes . Il faut que ces paroles ne foient que
des mots bien lyriques ; & moins le fens
en fera fort de penfée & même de fentiment,
plus la mufique pourra en être forte ,
par une harmonie plus travaillée , une
mélodie plus variée , & une mefure plus
exacte dans l'exécution . Avec des mots qui
ne difent rien , la mufique vocale a toute
la liberté de l'inftrumentale.
M. de F. n'étoit point parvenu à goûter
la mufique Italienne autant que la Françoife
; mais il étoit affez porté à croire
qu'il avoit tort , & que la feule premiere
habitude lui faifoit prendre plus de plaifir
à la mufique Françoife qu'à l'Italienne . Il
( 1 ) Les Journaliſtes de Trévoux ont donné
Pextrait de quelques- uns des plus beaux Opera de
Metaftafio , non fur la traduction Françoife , mais.
fur l'original Italien . Ils ont même traduit en vers
les morceaux qu'ils ont cités. Voyez le premier
volume du Journal de Janvier , & ceux de Fevrier
& de Mars 175Z+
62 MERCURE DE FRANCE.
featoit d'une façon & jugeoit de l'autre :
peu de gens en ont la force. Il faut néan-.
moins l'avoir pour être Philofophe ; le
fentiment eft quelquefois auffi trompeur
que les fens.
La difpute fur les deux Mufiques avoir
commencé avec le fiecle , par un petit ouvrage
que l'Abbé Raguenet avoit compofé.
à fon retour d'Italie , & qu'il avoit intitulé
; Parallele des François & des Italiens an
fujet de la mufique & des opera M. de F.
en avoit été le Cenfeur ; & fon nom ne fûtil
pas au bas de l'approbation , on auroit
pu le reconnoître , ou du moins le foupçonner
, à la maniere dont elle eſt tournée.
Je crois , dit- il , que ce parallele fera
bien reçu du public , pourvu qu'il foit capable.
d'équité.
M. de Freneufe ( 1 ) écrivit contre l'ouvrage
, l'Auteur , l'Approbateur , & enfuite
contre M. Andry , qui d'abord favorable
au défenfeur de la mufique Françoife
dans le Journal des Sçavans , ceffa de
l'être lorfque l'Abbé Raguenet eut repondu,
& que M. de Frenenfe eut repliqué. Je ne
connois guere d'écrits plus vifs , plus
amers , & plus malins , que ceux que M.
(1 ) Jean- Laurent le Cerf de la Vieville-de Fre
neufe , Garde des Sceaux du Parlement de Noxmandie.
SEPTEMBRE. 1757. 63
de Frenenfe publia à cette occafion. Il n'étoit
pourtant qu'Amateur , & non Artiſte ;
mais il étoit amateur juſqu'à la paffion.
Extrême en tout , il aima l'étude avec la
même ardeur , & s'y livra avec le même
excès ; delà fa mort dans la fleur de fon
âge ( 1 ) . M. de F. qui l'avoit va à Rouen , &
depuis à Paris , m'a dit que fi quelqu'un ,
par une vivacité & une fenfibilité extrêmes,
avoit jamais mérité le nom de fou , de
fou complet , de fou par la tête & par le
coeur , c'étoit ce M. de Freneufe. Mais
comme la folie n'exclut que la raifon &
non l'efprit qu'elle fuppoferoit plutôt , M.
de Freneufe en avoit beaucoup , & même
tant , pour me fervir du mot de Sorbiere ,
qu'il n'avoit pas le fens commun. ( 2)
Sa comparaifon de la musique Italienne &
Françoife ( c'eſt le titre de fon Livre contre
celui de l'Abbé Raguenet ) iuftifie parfaite
ment le portrait que M. de F. m'a fait de
l'Auteur.
Cependant ce Livre eft curieux par un
grand nombre d'anecdores fur l'Opera
François , Acteurs & Actrices , Poëtes &
Muficiens , & c. On l'a réimprimé en Hollande
à la fuire de l'Ouvrage intitulé ,
( 1 ) Né en 1674 , il mourut en 1707 ,
33 ans.
(2) Sarberiana , page 97.
âgé de
64 MERCURE DE FRANCE .
Hiftoire de la Musique & de fes effets , en
2 vol. in- 12. Il commence à la moitié du
premier volume , & forme encore tout le
fecond. (1)
Je me fouviens qu'après la Lettre de M.
Rouffeau de Geneve fur la Mufique , dans le
fort de la difpute qu'elle renouvella , &
lorfqu'on préparoit l'Opera de Roland ,
rappellant à M. de F. l'approbation qu'il
avoit donnée au Parallele , & c. je lui
dis que cet Opera pourroit bien n'avoir pas
aujourd'hui autant de fuccès qu'il en avoit
eu autrefois , parce que les partiſans de la
muſique Italienne & des Bouffons , avoient
prédit qu'il tomberoit ; qu'ils mettoient
tout en oeuvre pour l'accompliffement de
leur prédiction ; qu'ils étoient en trèsgrand
nombre , peu adroits à la vérité, mais
très- ardens , en un mot de vrais Freneuſes ;
qu'enfin il y avoit parmi eux des gens de
beaucoup de réputation & de mérite , &
très-fupérieurs aux Raguenets ; qu'au refte
cet Abbé avoit eu aufli fon coin de folie ,
( 1 ) On trouvera de grands détails fur M. de
Freneuſe , & fur fa diſpute avec l'Abbé Raguenet
& M. Andry , dans une Lettre d'un Religieux Bémédictin
de la Congrégation de S. Maur , imprimée
dans le Mercure d'Avril 1726. Ce Bénédictin eſt
Dom Lecerf, frere de M. de Freneuse , & Auteur
de la Bibliotheque des Ecrivains de la Congréga
sion,
SEPTEMBRE. 1757. 69
ود
puifqu'il finit par fe couper la gorge, & c . ( 1 )
Eh bien , me dit M. de F , quand j'eus
tout dit , ( car il laiffoit volontiers tout dire,
& à moi- même. ) « J'applique mon approbation
du Paralelle à l'Opera de Ro-
» land. Il est très- beau , & je prédis à mon
» tour qu'il réuffira , pourvu que le public
»foit capable d'équité. » Il réuffit en effet ;
mais , foit habitude , foit équité dans le
public , l'une & l'autre furent bien fecondées
, à ce que j'ai entendu dire , par l'excellent
Acteur ( M. de Chaffé ) qui joua le
rôle de Roland.
ود
Du premier Juin.
J'en étois là , lorfque j'ai reçu l'autre
petit livre que j'avois demandé au Public
avec celui des Doutes fur les caufes occafionnelles
, je veux dire , le retour des pieces
choifies , &c. ( 2) J'y ai trouvé ce qui me
le faifoit defirer , de bonnes réflexions d'un
zélé Malebranchifte fur le livre des Doutes ,
&c. une réponse de M. de F. à ces Réflexions
, adreffée en forme de lettre à
leur Auteur , & enfin une replique de celui-
ci. Ces trois pieces font curieuſes , &
(1 ) On fçait qu'il fe la coupa avec fon rafoir.
Il étoit dans l'ufage de fe rafer lui- même .
(2) Premier volume du Mercure d'Avril , p . 65,
ligne derniere.
66 MERCURE DE FRANCE.
on les joindra au livre des Doutes , & c.
dans le fupplément des OEuvres de M. de F.
Le Malébranchifte fon adverfaire , le traite,
fans le connoître , avec toutes fortes d'égards
.
J'ai obligation du retour des pieces choifies
, &c. à M. Thierriat , dont je n'étois
point connu , non plus que de M. l'Abbé
Polonceau Recteur de l'Univerfité de
Rheims. M. T. enfeigne les humanités à
S. Florentin en Bourgogne ; & par la lettre
qu'il a bien voulu m'écrire en m'envoyant
le livre , il me paroît très- capable de les
bien enfeigner.
Jufqu'à préfent je ne connois pas d'autres
petits écrits imprimés de M. de F ,
qu'on puiffe réimprimer par fupplément
aux huit volumes de fes (Euvres. Dans le
Mercure prochain je parlerai des manuf
crits mais j'annonce d'avance que ce ne
font guere que des fragmens plus ou moins
confi lerables , des Ouvrages imparfaits , &
que prefque aucun n'eft entier , foit que
M. de F. ne les ait pas achevés , foit qu'il
en eût perdu quelques feuillets ; car c'eſt
quelquefois le commencement qui manque.
Je prie ceux qui pourroient en avoir
quelques uns , en tout ou en partie , de
vouloir bien me les remettre . Il m'a dit
plus d'une fois qu'il en avoit prêtés qu'on
SEPTEMBRE . 1757. 67
pas
ne lui avoit point rendus , & qu'il n'avoit
même redemandés . Auffi fenfible qu'un
autre , malgré toute fa philofophie , aufort
de fes Ouvrages imprimés , il étoit aſſez
indifférent à celui de fes manufcrits , du
moins lorfqu'ils étoient eux- mêmes indifférens
, & qu'ils ne traitoient pas de certaines
matieres délicates. Il m'a conté
qu'en ayant lu un de ce dernier genre à
feu M. le Régent , le Prince le lui demanda
pour le lire lui - même à tête reposée.
M. de F. refufa ; le Prince infifta , & promit
un fecret inviolable & une prompte
reftitution. M. de F. ne fe laiffant point
gagner , je vous le jure , dit Son Alteſſe
Royale. M. de F. fe taifoit , mais fon filence
étoit un refus .... Je vous le jure ,
foi de Prince.... Silence encore... Foi de
Gentilhomme. M. de F. céda , mais depuis
il redemanda en vain fon manufcrit. Il n'y
penfoit plus , lorfque long - temps après
étant allé faire fa cour à S. A. R , qu'il ne
trouva pas feule , elle le fit paffer dans
fon cabinet . M. de F. apperçut fon manuf
crit fur un bureau , le mit dans fa poche
& n'en dit rien au Prince . Il n'en fut plus
parlé.
La fuite pour un autre Mercure,
XII.
M.TAbbé Trublet.
LORSQUE
ORSQUE dans les Mercures précédens
, j'ai indiqué plufieurs morceaux de
M. de F. tant en profe qu'en vers , & tant
imprimés que manufcrits , qui ne fe trouvent
point dans la derniere édition de fes
Euvres , je ne les connoiffois pas encore
tous , & peut-être ne les connois- je pas
tous encore . Voici ceux qui font venus
depuis à ma connoiffance . Je commence
par les imprimés.
1º . J'ai parlé dans le premier volume
du Mercure d'Avril , page 76 , d'un Poëme
compofé par M. de F , pour le prix de l'Académie
Françoife en 1675 , par confé
quent lorfque l'Auteur n'avoit encore que
18 ans , & j'ai dit que le prix fut remporté
par M. de la Monnoye. Le fujet étoit : La
gloire des Armes & des Lettres fous Louis
XIV. On ne doute point que ce Poëme në
foit de M. de F , puifqu'il y mit fon nom ,
comme on peut le voir dans le Recueil de
l'Académie de ladite année .
Mais il n'eft pas moins fûr qu'il compo
fa encore , à la vérité en gardant l'anony
me , pour le prix de 1677. J'ai trouvé .
Bvj.
36 MERCURE DE FRANCE.
parmi fes papiers une copie de ce fecond
Poëme , apoftillée de fa main , & je me
fuis reffouvenu qu'il m'en avoit parlé.
Aufff l'a - t'on mis , avec plufieurs autres
pieces du même Auteur , dans le Recueil
périodique que j'ai indiqué premier volume
du Mercure d'Avril , p . 74 , & qui a
pour titre , Le petit Réfervoir , & c. Le fujer
de 1677 étoit , L'éducation de Monseigneur
le Dauphin. M. de F. fut encore vaincu par
M. de la Monnoye. ( 1 );
( 1 ) En 1714 , & ainfi au même âge de 20 ans
M. de Voltaire compofa pour le prix de l'Académie,
& fut vaincu par un homme bien inférieur
à M. de la Monnoye , par l'Abbé du Jarry, Le
Poëme couronné , au deffous du médiocre , du
côté de la poésie , étoit encore gâté par une méprife
qui fuppofoit dans le Poëte une ignorance
groffiere en matiere de phyfique & même de
fimple géographie. Un de fes vers commençoit
par Poles , glacés , brûlans , &c . Le Vainqueur fut
très-plaifanté dans le temps , furtout par le vaincu;
& comme de pareilles occafions de plaifanter
ne laiffent pas que d'être rares , M. de V. eft revenu
plufieurs fois à la charge. Cela n'a pas empêché
que le Poëme , imprimé d'abord avec fes
poles glacés & fes poles brûlans , dans le Recueil de
PAcadémie de 1714 , ne l'ait encore été de même:
dans celui de toutes les Pieces couronnées jufqu'en
1747. Cependant l'Abbé du Jarry avoit
Gorrigé fa méprife dès 1715 ; & dans le Recueil
qu'il donna alors de fes Poéfies , parmi lesquelles
Le trouve ſon Poëme , au lieu de poles , il mit ch
SEPTEMBRE. 1757: 37
Page 79 du même Mercure , j'ai indiqué
un autre Recueil contenant beaumats
. Ce dernier mot eft jufte ; mais l'autre étoit
plus poétique , parce qu'il eft moins commun ; &
voilà , fans doute , ce qui le fit préférer au Poëte.
Il feroit aifé de citer plufieurs autres exemples ,
à la vérité un peu moins forts , de la préférence
donnée par des Poëtes célebres fur le mot propre
& jufte , à un mot plus harmonieux , plus noble ,
moins ufité , & par- là , difent- ils , plus poétique ,
mais fouvent très -impropre , & fur cela voici une
petite anecdote affez plaifante.
Un jeune Poëte vint lire à feu M. Danchet des
vers , qu'il avoit faits fur la maîtreffe ; la piece
débutoit ainfi :
Maifon, qui renfermez l'objet de mon amour , &c.
Danchet interrompit le Lecteur avec vivacité.
Maiſon eft bas , lui dit-il , trop commun du moins ..
Il y en a tant d'autres à choisir . Mettez palais ,
beaux lieux , &c . Mais , repliqua le Poëte , c'est
une maison de force.
Pour revenir à l'Abbé du Jarry , dont je n'aurois
peut être jamais d'autre occafion de parler , fi
pourtant celle- ci en eft une , je dirai en paffant
que ce mauvais Poëte a fait quelques vers trèsheureux
; ceux- ci , par exemple , dans un Poëme
couronné par l'Académie en 1679. Le fujet étoit ::
Que la victoire a toujours rendu le Roi plus facile
à la paix. Après avoir dit que ceux des Princes
ligués contre S. M. que leur impuiffance avoit
prudemment engagés à fe foumettre , en avoient:
été épargnés , au lieu que ceux qui avoient cru
pouvoir lui réfifter , étoient tombés fous fes coups
38 MERCURE DE FRANCE .
coup de pieces de M. de F. & imprimé au
commencement de cette année , fous le
vengeurs , le Poëte ajoute cette comparaiſon à la
fois fi jufte & fi poétique :
Pareils à ces rofeaux qu'on voit baiſſant la tête ,
Réfifter par foibleffe aux coups de la tempête ,
Pendant quejusqu'aux cieux les cedres élevés ,
Satisfont par leur chûte aux vents qu'ils ont bravés.
Qu'on me permette de citer encore du même
Poëte deux autres beaux vers , mais d'un carac
tere différent . Ils fe trouvent dans une Epître ou
l'Auteur annonçoit à un ami qu'il alloit prendre
le parti d'une entiere retraite. Elle finit ainfi :
Caché dans ma retraite , & comme enfeveli ,
De quelques jours j'avance un éternel oubli.
L'Abbé du Jarry remporta encore le prix de
l'Académie en 1683 , ou du moins il le partagea
avec M. de la Monnoye . Les deux pieces ayant eu
un égal nombre de fuffrages , l'Académie fit frapper
deux Médailles , chacune valant moitié du
prix , & elles furent données aux deux Auteurs.
C'eft l'unique fois que ce partage eft arrivé .
L'Abbé du Jarry étoit Prédicateur , & il a fait
imprimer des Panégyriques & des Oraifons funebres
, qui , fans être du premier mérite , ont des
beautés , entr'autres l'Oraifon funebre de M. Fléchier.
N'eft il pas fingulier qu'un Orateur de profeffion
ait remporté des prix de Poésie , plutôt que
des prix d'Eloquence ? La même chofe eft arrivée
à M. l'Abbé Séguy , à Paris & à Toulouſe. Ce fait
dit bien des chofes , fi c'étoit ici le lieu de les
י
SEPTEMBRE. 1757. 39
titre de Porte-feuille , & c. On y trouve
(tom. 2 , p. 72 ) , après les deux Lettres de
Mademoiſelle de Launay & de M. de F.
dire , & pourroit être le fujet d'une bonne Differ
tation littéraire. Très - peu de Prédicateurs de réputation
ont remporté des prix d'Eloquence dans
les Académies. Je ne me rappelle même que le
P. Rainaud , de l'Oratoire (1 ) . Beaucoup de Poëtes
très-médiocres , pour ne pas dire davantage ,
ont remporté des prix de Poéfie . Je ne nommerai
que le Poëte Gacon . En général , la profe des
Recueils académiques eft fupérieure aux vers
qu'on y trouve , & la raiſon n'en eft pas feulement
que les vers font plus difficiles que la profe , &
que néanmoins le Lecteur y eft plus difficile auffi ;
c'eft encore parce que les meilleurs efprits font
plutôt profateurs que Poëtes. Cette propofition
paroîtra peut- être un paradoxe , même à de bons
efprits , & paroîtra certainement un blafphême à
la plupart des Poëtes. Je me flatte pourtant que
les plus eftimables feront de mon avis dans le
fonds de leur coeur , du moins ceux qui écrivent
auffi -bien en profe qu'en vers , & , par exemple ,
M. de Voltaire . J'ai toujours penfé , & en le penfant
j'ai cru lui faire honneur , qu'il n'étoit pas
auffi éloigné de l'opinion de M. de la Motte fur
les vers , qu'il l'a paru dans ce qu'il a écrit pour
la combattre , ou que du moins il s'en eft fort
rapproché depuis. Quant à M. de F , il feroit
fuperflu de dire qu'il en étoit abfolument , quoique
, comme M. de la Motte , il aimât auffi beaucoup
les vers , & peut- être même plus que la
poésie.
(1) Il eft forti cette année de cette Congrégation
40 MERCURE DE FRANCE .
fur l'aventure de Mlle Tétar , & avant
une Réponſe de M. de F. à une Lettre de
M. de Voltaire , écrite de Sully ( 1 ) , on y
trouve , dis je , mais fans nom d'Auteur ,
un Poëme fur Le foin que le Roi prend de
( 1 ) M. de V. a fait imprimer fa Lettre & une
partie de la Réponse de M. de F. dans plufieurs
éditions de fes OEuvres . Dans la derniere , où elle
eft en entier ( t. 2 , p. 238 ) , à un vers près , mais
le meilleur de la piece , il a ajouté cette note :
« Cette Réponse de M. de Fontenelle eft très-
» mauvaiſe ; il en fit une autre adreffée à Mada-
» me la Maréchale de Villars , qui vaut beaucoup
» mieux , & dans laquelle eft ce vers : Il faut des
» hochets pour tout âge. Mais nous n'avons pu
retrouver cette piece. »
On ne comprend rien à cette note.
r°. Le vers n'eft pas cité exactement
de V , & M. de F. avoit dit :
Il eft des hochets pour tout âge.
2º. Ce vers étoit après ceux- ci :
J'avouerai bien , & j'en enrage ,
Que le fçavoir & la raison
Ne font auffi qu'un badinage ,
Mais badinage de Grifon ;
Il eft des hochets pour tout âge.
par M..
3. On ne connoit point la Réponſe adreffée
à Madame la Maréchale de Villars.
4º. Celle à M. de V , la feule qui exiſte , eft
wès- défigurée dans l'édition de Geneve „ 1756,
SEPTEMBRE . 1757. 41
l'éducation de la Nobleffe dans fes Places &
dans S. Cyr. C'est le fujet que donna l'Académie
Françoiſe en 1687. Si je connoiffois
l'Editeur de ce Recueil , je lui demanderois
s'il croit ce Poëme de M. de F , &
fur quelles preuves il le croit ; car M. de
F. ne m'en a jamais rien dit. Quoi qu'il en
foit , l'Ouvrage ne me paroît pas indigne
de lui , & j'y trouve affez fa maniere. Cependant
le prix fut donné à une Ode de
Mlle Deshoulieres , fille de la célebre Dame
de ce nom. Comme celle - ci ne mourut
qu'en 1694 , & âgée feulement de 56 ans ;
elle cut peut- être grande part , du moins
par fes confeils , à la Piece couronnée , fi
même elle n'en eft pas l'unique & véritable
Auteur. L'Ode me paroît pourtant inférieure
au Poëme, & je doute que l'Académie de
1757 jugeât comme celle de 1687. Mais
peut-être que l'infériorité de l'Ode fut
excufée , ou même moins fentie , parce
que l'Auteur y déclaroit fon fexe , & qu'on
fçut qu'il ne trompoit point .
Dans un fuperbe enclos , où la fageffe habite ,
Où l'on fuit des vertus les fentiers épineux ,
D'un âge plein d'erreurs mon foible fexe évite
Les égaremens dangereux.
D'ailleurs, il ne faut qu'un très- mauvais
vers pour faire manquer le prix à une pie
142 MERCURE DE FRANCE.
ce meilleure , à tout prendre , que celle
-qu'on lui prefere . Or il y en a un trèsmauvais
dans le Poëme. L'Auteur parlant
des Compagnies de Cadets créées en 1682 ,
dit :
Tous ces jeunes Guerriers inftruits de ce qu'ils
doivent
Au bras qui les foutient , au fecours qu'ils reçoi
vent ;
Fiers de porter le nom d'éleves d'un Héros ,
Brûlent de quitter l'ombre & le fein du repos.
De fes nobles leçons qu'il leur demande compte,
Que fa justice excite une vengeance prompte ,
Ils partent , &c.
Voilà , je le répete , un bien mauvais
vers , & on fçait d'autant moins ce que
fignifie excite , qu'il paroît d'abord' fignifier
quelque chofe. Quelqu'un de mes Lecteur
dit fans doute que ce n'eft là qu'une
faute d'impreffion , une faute auffi aiſée à
corriger qu'à appercevoir , & qu'il faut
lire exige au lieu d'excite. Je le penfe auffi .
Cependant cette faute fe trouve , & dans
le Recueil de l'Académie , & dans le Portefeuille
, &c. N'étoit - elle donc point dans
le manufcrit même fur lequel la piece fut
jugée , & ainfi une faute , non du Poëte
fans doute , mais de fon Copifte , plutôt
que de l'Imprimeur
SEPTEMBRE . 1757. 43
Si ce Poëte eft M. de F , & qu'il eût
été couronné , il eût obtenu en 1687 la
double couronne des vers & de la profe ;
car il remporta le prix d'Eloquence par
fon Difcoursfur la patience. C'eft peut- être
une raifon de lui attribuer le Poëme. M.
de F. penfoit dès-lors à fe préfenter pour
l'Académie , & s'y préfenta en effet l'année
fuivante , quoique , comme on le fçait , il
n'ait été élu qu'en 1691. Or deux prix en
deux genres , remportés dans la même année
, auroient ajouté un titre à tous ceux
qu'il avoit déja ; & ce nouveau titre ,
quoique le plus foible , pouvoit bien paroître
le plus fort .
Je demande pardon d'un détail auffi
minutieux ; mais il intéreffe peut - être M.
de F.
2º. Lettre en réponſe à une autre , qui
contenoit une difficulté contre un endroit
de la pluralité des Mondes. J'ai les deux
Lettres.
3. Eclairciffemens fur la premiere partie
de l'extrait que les Auteurs du Journal
Littéraire avoient donné des Elémens de la
géométrie de l'Infini. Ces Eclairciffemens
font dans le tome 16 de ce Journal.
On voit par ces deux écrits , & par un
troifieme dont je parlerai plus bas , que
M. de F. n'étoit pas auffi décidé qu'on l'a
44 MERCURE DE FRANCE.
dit , à ne répondre à aucune critique ; il
auroit eu tort de l'être. Il l'étoit néanmoins
à l'égard des critiques d'ouvrages
de pur agrément. Quoique dans ce dernier
cas , une réponſe puiffe être fort
agréable , utile même par les principes de
goût qu'on y aura répandus , elle eft ordinairement
fuperflue ou inutile à l'ouvrage
critiqué. S'il eft bon , la critique ne lui a
pas fait grand mal , ou ne lui a fait qu'un
mal paffager. S'il eft mauvais ou médiocre
, une réponse à une critique qui l'a
prouvé tel , ne lui fera aucun bien. D'ail
leurs , les critiques de cette efpece d'ouvrages
ne font fouvent que des plaifanteries
, des railleries , & l'on n'y pourroit
guere répondre que par d'autres. Mais celles-
ci , fuffent -elles meilleures , & couvriffent-
elles l'agreffeur du ridicule qu'il a
voulu donner , il y auroit encore plus à
perdre qu'à gagner pour le fage. ( 1 )
( 1 ) Voir la Lettre à M. L. M. D. S. A. à la tête
du Jugement de Pluton fur les Dialogues des Morts.
Ce Jugement eft une véritable critique de ces
Dialogues , & M. de F. ne le donna point fous
fon nom . La Lettre que je cite eft fignée D. H.
J'ignore fi les lettres initiales de l'adreffe , indiquent
un nom & un homme réels . S'il s'agiffoit
d'un Ouvrage très - poftérieur au Jugement de
Pluton ( il parut en 1684 ) , je ne balancerois pas
à croire que la lettre qui le précede eft adreffée
SEPTEMBRE. 1757. $
>
45
Quant aux critiques d'ouvrages
de
fcience , il eft fouvent utile & même né- >
ceffaire d'y répondre
, lorfqu'on
eft en
état de le bien faire ; & on le doit à la vérité
, furtout fi c'eft une vérité importante
, autant qu'à fa propre réputation . Si
M. de F. ne repliqua point au P. Baltus
on en devine aifément les raifons . Feu M.
du Marfais avoit repliqué pour M. de F ,
non feulement fans y être invité
lui
, par
mais encore malgré lui . Le P. le Tellier empêcha
que fon livre ne fût imprimé . M. de
F. m'a conté que lifant la Réponse du P.
Baltus ( c'eft le titre de l'ouvrage
) , trouvant
à chaque page qu'une replique feroit
très-aifée , & l'envie de la faire devenant
de moment en moment plus forte ,
il avoit fermé le livre de peur de fuccomber
à la tentation , & pris la réfolution
de n'en pas achever la lecture. Il m'a
affuré qu'il l'avoit tenue , & qu'il n'avoit
jamais lu l'ouvrage en entier . En cette
matiere , comme en quelques
autres , la
fuite eft fouvent pour les plus forts l'unique
moyen de vaincre . ( 1 )
à M. le Marquis de Saint- Aulaire , fi lié depuis
avec M. de F. mais je doute qu'il le fût déjà en
1684 , puifque M. de F. ne s'étoit pas encore fixé
à Paris.
(1 ) Voici ce que M. de F. écrivit là deffus lo
46 MERCURE DE FRANCE.
Il y a plus encore , M. de F. n'avoit aucun
empreſſement pour lire ce qu'on écri-
3 Août 1707 au célebre M. le Clerc , qui dans la
Bibliotheque choisie ( t . 13 , 1707 ) avoit pris la
défenſe de l'Hiftoire des Oracles contre la Réponse
du P: Baltus.
€ « Je ne répondrai point au Jéfuite de Stras-
» bourg , quoique je ne croye pas l'entrepriſe im-
» poffible ; mais l'Hiftoire de l'Académie des Scien-
» ces me donne trop d'occupation , & tourne
>> toutes mes études fur des matieres trop diffé-
-rentes de celles - là . Ce feroit plutôt à M. Van-
» Dale à répondre qu'à moi ; je ne fuis que fon
» interprete , & il eft mon garant. Enfin je n'ai
» point du tout l'humeur polémique , & toutes les
querelles me déplaifent . J'aime mieux que le
» Diable ait été Prophete , puifque le P. Jéfuite
» le veut , & qu'il croit cela plus orthodoxe. ر د<<
Je ne crois pas que cette Lettre ait été imprimée.
Je la tiens de M. Boullier , qui l'a tirée de la
Bibliotheque des Remontrans à Amſterdam. Il
croit qu'on y en conferve encore quelques autres
de la même main ; je les lui ai demandées.
a pour
L'article de la Bibliotheque choisie auquel a
rapport la Lettre de M. de F. à M. le Clerc ,
titre : Remarques fur le démêlé qui eft entre M. de
Fontenelle , Auteur de l'Histoire des Oracles , &
le P. Baltus , Jéſuite , Auteur de la Réponse à
cette Hiftoire , &c. le Journaliſte donne ces remarques
comme l'ouvrage d'un autre ; je les crois de
lui- même , & on le foupçonneroit à la maniere
feule dont il en parle en les annonçant. Dailleurs,
fes autres Ouvrages y font cités plufieurs fois . Enfin ,
la plupart de ces Remarques font très- bonnes & trèsjudicieuſes.
Cet Auteur , quel qu'il foit, dit dès le
SEPTEMBRE . 1757. 47
voit contre lui ; il ne le lifoit que lorfque
le hazard le faifoit tomber entre fes mains,
α
commencement de fon écrit , « qu'ily a pu avoir des
>>- oracles véritablement rendus par desDémons, ou
» par des Intelligences qui font au deffus de la na-
» ture humaine , quoiqu'il ne doute point que des
>> hommes n'aient fouvent été les auteurs des ré-
» ponfes qu'on attribuoit à ces Intelligences . » Il en
conclur que M. de F. & le Pere B. font allés, chacun »
de fon côté, un peu trop loin. Mais quand il vient
au détail , il eft prefque toujours pour M. de F ,
& le défend prefque furtout contre le Pere B.
De plus , il ne parle jamais du premier qu'avec
beaucoup d'eftime , & peut- être ne ménage-t'il
affez le fecond . Mais M. le Clerc étoit Protef
tant. D'ailleurs le Pere B. avoit auffi trop peu
ménagé M. de F, & l'Auteur des Remarques l'en
blâme en plus d'un endroit . Je n'en citerai qu'un.
pas
* «
« Notre Auteur , dit celui des Remarques , qui
Ds'adreffe perpétuellement à M. de F , comme s'il
Dle fermonoit , & qui lui parle avec beaucoup
» d'autorité , gliffe en divers endroits des fuppofitions
, comme fi c'étoient des vérités claires
>>& fe met à le cenfurer avec gravité , comme fi
» le ton dont on dit les chofes , fervoit à les rendre
démonftratives . Je crois que M. de F. s'en
plaindra , au moins à fes amis , s'il ne le fait
» publiquement. Cet habile homme , &c . »
Cette louange d'habile hømme revient plus d'une
fois. Mais en voici une qui caractériſe encore plus
précisément M. de F. Le Pere B. ayant avancé qu'il
ne voyoit pas ce que l'Auteur de l'Hiftoire des Oracles
pourroit répondre à &c . celui des Remarques ,
dit : Je m'imagine qu'un homme d'un efprit auffi
v pénétrant & auffi éclairé que lui , ne manquera
a
110.
48 MERCURE DE FRANCE.
& ce hazard étoit affez rare . Traité avec
beaucoup d'égards dans les fociétés qu'il
» pas de replique , s'il veut fe donner la peine d'en
» chercher. Mais je répondrai pour lui , en atten :
» tendant , que , &c. »
Dans les nouvelles de la République des Lettres,
Mai 1687 , article premier , on trouve une Lettre
de M. Van- Dale à un de fes amis au fujet de
'Hiftoire des Oracles. En voici le début :"
« J'ai lu avec bien du plaifir l'Hiftoire des Ora-h
» cles faite par unAuteur François, où je fuis copié :
» fidélement. J'approuve la liberté qu'il s'eft don
» née de tourner ce que j'avois avancé dans mes
» deux Differtations fur ce fujet , au génie de fai
» Nation.
>> Celui de nos peuples eft un peu différent : ils
» fe défient furieufement du tour de l'efprit & dès
» graces du langage , & ne fe fatiguent point , en
» matiere de faits conteftés , du nombre des preu-
» ves , pourvu qu'elles foient folides & finceres.<
» Je fuis fort fatisfait que l'ingénieux Auteur des
» Dialogues des Morts ait jugé les miennes de cette
» nature , & qu'il ait eu la bonté de les appuyer
» de beaucoup des fiennes , qui font convain-
>> cantes & judicieuſes. Il eft vrai qu'il change
» & renverſe terriblement toute l'économie de
» mon Ouvrage , dont il témoigne dans la préface
avoir eu d'abord le deffein de fe rendre feule
» ment le Traducteur . »
Deftruit , adificat , mutat quadrata rotundis.
» Mais loin de le trouver mauvais , je le loue
» d'avoir facilité la connoiffance de cette impor-
» tante queſtion aux honnêtes gens de l'un & de
fréquentoit 2
SEPTEMBRE . 1757. 49
fréquentoit , égards qu'il s'attiroit autant
par ceux qu'il avoit lui -même , que par fa
>> l'autre fexe de fon pays , & j'avoue qu'il a eu
» raifon de les décharger de la peine de lire quan-
» tité de citations ennuyeuſes. Mais ce fçavant &
» galant homme me pardonnera fi je dis qu'il a
» oublié des chofes importantes , & qui pouvoient
» être plus décifives & moins ennuyeufes que
» d'autres , dont il a fait emploi dans fon Ouvra-
» ge. C'eft peut - être un malheur pour la cauſe
» qu'il foutient avec moi , qu'il ne foit pas dans
» un pays de liberté car je ne puis imputer à
>> une autre raiſon le filence qu'il a gardé , où les
» déguifemens qui femblent l'avoir commandé
» faits de conféquence. »>
M. Van-Dale explique enfuite en quoi confiftent
ce filence & ces déguisemens . « M. de F , dit-
» il , paffe l'éponge fur ce que j'avois écrit des
livres Sybillins.... Il n'a point voulu toucher
» à la vifite que Saül , troublé d'eſprit , rendit
» la prétendue Magicienne d'Endor . Ces deux
» faits de fi grand éclat où la fourberie une fois
» bien prouvée , porte un fi grand coup à toutes
» les autres que nous combattons , méritoient- ils
» d'être enfèvelis dans un fi profond filence par
» notre Auteur ? >>
M. Van-Dale examine de nouveau ces deux
faits , principalement le dernier.
Il dit plus bas : « Je fuis bien loin de mon
>> compte , fi notre Auteur a parlé fincérement
» lorsqu'il a dit dans fa Préface: Je déclare que fous
» le nom d'Oracles , je ne prétens point comprendre
» la magie , dont il eft indubitable que le Démon
» fe mêle. . . . En vérité cet habile homme a trop
» de lumieres pour ne pas voir que l'un n'eft pas
C
go MERCURE DE FRANCE.
grande réputation & la confidération dont
il jouiffoit , on n'alloit guere lui dire ,
» mieux fondé que l'autre. » C'eft- à- dire , la
magie que les Oracles.
Il cite enfuite plufieurs paffages des Anciens ,
par lefquels on voit qu'ils regardoient la magie
comme une fourberie. Il cite entr'autres Ciceron
& Pline.
« Après cela , continue M. Van-Dale , com-
» ment notre Auteur qui les avoit lus fans doute ,
» a-t'il écrit fi hardiment que les habiles Payens
» regardoient la magie d'un autre ceil que les
>> Oracles » ;
M. Van-Dale ne comprend pas que M. de F,
ait voulu prouver par l'autorité des Poëtes , furtout
de Lucain , que la magie s'exerçoit par
l'intervention du Diable . « Où en fera- t'on , dit-
>> il , fi l'on croit de bonne foi Virgile , lorfqu'il
» dit ( Eglogue 8 ) que les vers ou les charmes font
» defcendre la Lune des Cieux ? &c, »
Enfin M. Van-Dale dit nettement que fi on
laiffe la magie aux Démons , on ne peut pas leur
ôter les Oracles.
Mais fi le témoignage des Poëtes & des beaux
efprits n'eft d'aucun poids , lorfqu'ils paroiffent
croire aux Magiciens , aux Devins , & c. il n'en
eft pas de même , felon M. Van- Dale , lorfqu'ils
s'en moquent & de ceux qui y croient , furtout
s'ils le font publiquement , & avec la permiffion
du Magiftrat ; car il réfulte de- là non feulement
que l'opinion immolée à la rifée publique , n'eſt
qu'une fottife populaire ; mais encore que ceux
qui ont l'autorité en main , ont penſé qu'il étoit
utile d'en défabufer le peuple , quoiqu'il ne le fût
peut-être pas de lui ôter tous fes préjugés,
SEPTEMBRE. 1757 .
sr
quoiqu'on l'eût pu fans lui faire beaucoup
de peine , qu'il couroit une Epigramme
contre lui ; qu'il étoit malignement attaqué
dans une brochure , &c . & de fon côté
il ne faifoit guere de queftions relatives à
lui-même & à fes écrits. Il n'avoit point
cette curiofité , fi vive dans la plupart des
Auteurs , de fçavoir le mal qu'on dit de
M. Van-Dale cite donc avec complaifance le
Livre intitulé , le Comte de Gabalis & la Comédie
de la Devinereffe. « Je ne compte pas pour rien ,
» dit-il , ce qui a été joué publiquement , à Paris
» même , dans cette Comédie ; car j'y trouve une
» partie des fecrets de ces fourbes , affez agréa
» blement découverts. »
On fçait que le fçavant Pere Thomaffin ( & M.
de F. n'a pas manqué de le citer ) avoit déclaré en
termes formels dans la Méthode d'étudier & d'enfeigner
chrétiennement les Poetes : « Que les Ora-
» cles n'étoient que des impoftures où les hom-
» mes fe trompoient les uns les autres par des
» paroles obfcures & à double fens. »
Le Journal des Sçavans donna en 1707 un extrait
fort étendu du Livre du Pere Baltus. « On a laiffé
» jouir M. de F. pendant 20 ans, dit le Journaliſte ,
», de toute la gloire qu'il pouvoit recueillir d'un
>> Ouvrage où il occupoit agréablement le Pu-
» blic , fans prétendre le moins du monde inté
» reffer le Chriftianifme. Quel Ecrivain , après
» une fi longue poffeffion , ne croiroit fon fenti
» ment à couvert de la cenfure ? Voici pourtant
» un Adverfaire qui vient d'entrer en lice contre
» M. de F , au fujet des Oracles. Il traite l'affaire
» fur un ton fort férieux , &c . »
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
leurs Ouvrages ( car ils fçavent bien qu'on
en dit toujours ) , de le fçavoir exactement
& dans le plus grand détail , & furtout de
connoître ceux qui le difent. Auffi ignoroit-
il jufqu'à l'exiftence de plufieurs de
ces Epigrammes & de ces brochures ; & il
l'a quelquefois dit , mais fimplement & fans
malice, à leurs Auteurs mêmes, qui perfuadés
qu'il ne pouvoit ignorerqu'ils avoient
écrit contre lui , venoient lui en marquer
leur repentir vrai ou faux. J'en connois
un entr'autres qui fut très - fâché d'avoir été
apprendre à M. de F. ce qu'il n'auroit jamais
fçu fans lui , & bien plus piqué encore
qu'il ne le fçût pas.
4°. Deux lettres fur le Tutoiement parmi
celles de M. Vernet fur le même fujet.
en 1752. Ce recueil eft très connu , &
mérite de l'être . Il s'agiffoit de fçavoir
fi dans les traductions Françoifes de la bible
, il faut conferver le tutoiement de l'original
. M. de F. eſt pour l'affirmative , &
ainfi de l'avis de M. Vernet qui l'avoit confulté
( 1 ) . Comme les lettres de M. Vernet ,
imprimées à la Haye , ne font pas entre
les mains de tout le monde , je citerai un
morceau d'une de celles de M. de F.
(1 ) Bayle penfoit autrement. Voyez parmi fes
Lettres la 80 & la fuivante,
SEPTEMBRE . 1757. 53
و د
و ر
"Notre Vous étant undéfaut des Lan-
>> gues modernes , il ne faut point cho-
" quer la nature en général , & l'efprit de
l'ouvrage en particulier , pour fuivre ce
» défaut. Je crois que ces remarques au-
» roient lieu à l'égard de tout livre facré
» d'une Religion quelconque , comme l'Al-
» coran , les livres Religieux des Guebres ,
» &c. Comme la nature de ces livres , eft
» de devoir être refpectés , il fera toujours
bon de leur faire garder le caractere
original , & de ne leur jamais donner
des tours d'expreffion populaire. L'exemple
de nos traducteurs qui ont affecté
» le beau langage , ne doit pas plus être
fuivi que celui du Prédicateur du Specta-
» teur Anglois , qui difoit , que , s'il ne
craignoit pas de manquer à la politeffe, &
» aux égards qu'il devoit avoir pour fes
» Auditeurs , il prendroit la liberté de
» leur dire que leurs déportemens les méneroient
tout droit en enfer.
ور
ور
"
و د
و د
s
"
"3 "
M. de Montesquieu , confulté auffi par
M. Vernet , avoit répondu comme M. de
F , & s'étoit déclaré pour le Tutoiement.
Cet avis fut attaqué par des Proteftans même
, quoiqu'ils duffent plutôt en être que
des Catholiques , entr'autres par l'Auteur
de l'écrit intitulé , Remarques fur une dif
fertation qui traite de l'ufage du toi & du
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
vous dans une verfion de la bible . Cet écrit
très bien fait , eft daré de Geneve , premier
Juin 1752 , & fe trouve dans la Bibliotheque
impartiale ( 1 ) , même année , tome
fix , troifieme partie , page 307. L'Auteur
des Remarques n'avoit garde de ne pas
répondre à deux fuffrages d'auffi grand
poids que ceux de MM. de M. & de F. Le
premier ne l'embarraffe guere. L'Auteur des
Lettres Perfannes , dit-il , avec son goût
oriental , ne pouvoit manquer d'être pour le
toi.
M. de F. l'embarraffe davantage , & il
ne l'expédie pas ainfi en un mot. Je rapporterai
néanmoins le paffage en entier ,
quoi qu'un peu long , parce que M. de F.
y eft affez bien caractériſé ; j'ajoute , parce
qu'il y eft juſtement critiqué. J'ai déja
donné plus d'une preuve de fincérité fur
fon compte. Voici donc le paffage.
"
« Le fuffrage de M. de F. n'eft pas fi aifé
à expliquer. S'il avoit
paru s'échauffer
pour les anciens " on pourroit
croire
qu'il regarde
leur toi comme
quelque
chofe de facré qu'il falloit conferver
,
(1 ) C'est le titre d'un Journal imprimé en Hol-
Lande , & ainfi peu répandu en France. M. Formey
, Secretaire de l'Académie de Pruffe , étoit
d'abord feul à le faire . Il y travaille encore aujour
d'hui , mais il aplufi curs affociés,
;
SEPTEMBRE . 1757. 55
23
furtout dans nos verfions de la bible :
» mais dans la fameufe difpute des An-
» ciens & des Modernes , il ne parut point
» un admirateur outré de tout ce qui nous
» vient de l'antiquité. Je crois donc que fa
réponſe a été dictée par la politeffe ; elle
n'eft pas même fi décifive qu'on voudroit
» nous le perfuader. Celui qui l'avoit
» confulté , l'avoit averti , en lui propo-
» fant la queftion , que nous voulions gar-
» der le Tutoiement , foit quand Dieu parle
» à l'homme, foit quand l'homme s'adreſſe
» à Dieu. Qu'a donc fait M. de F ? Il a ex-
» cufé le vous des Catholiques , & approuvé
également notre Toi ; mais il
conclut que le mieux , feroit de s'en te-
» nir uniformément , ou à l'un ou à l'au-
»tre. On en a inféré que pour des gens
» réfolus à retenir le Tutoiement dans une
partie de la verfion , comme en parlant
, à Dieu , on doit le retenir partout , pour
» éviter la bigarrure .
D
"
"
» Il paroît dans cette réponſe de M. de
» F. qu'il a analiſé la queſtion en vrai Phi
» lofophe ; mais on n'y trouve pas tout-à-
» fait le bon critique. En voici un exemple.
Dans une traduction de l'Ecriture
» Sainte , dit-il , Dien ne dira jamais nous
» au lieu de je : il est trop effentiellement un
»feul ; c'est là ſa ſuprême élévation. Com-
23
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
" ment M. de F. veut- il donc qu'on tra-
» duife , faisons l'homme à notre image ? Et à
» l'occafion de la tour de Babel ; defcendons
» & confondons leur langage ( 1 ) . Mais s'il
ne s'eft pas bien fouvenu de fa Geneſe , en
écrivant fa réponſe , il paroît , comme je
l'ai déja remarqué , qu'il n'a pas oublié
»fa politeffe ordinaire.
»
»
30
و د
» Un homme d'efprit me difoit à l'occafion
de cette lettre , qu'on devoit faire
peu de fonds fur ces fuffrages mendiés ;
" que quand il lui importeroit d'en avoir
» des pays étrangers , il fe faifoit fort d'en
» être toujours bien pouryu ; que tout dépend
de la maniere de propofer le fenti-
» ment qu'on veut faire approuver . Dès
qu'on paroît s'y intéreffer beaucoup , le
fçavant que vous confultez , pour peu
» qu'il fçache vivre , fe gardera bien de
» vous contredire .
و ر
ود
ور
"
»
» Il s'agiroit donc de fçavoir fi on a confulté
M. de F. avec beaucoup de fang
» froid , ou fi on lui aura paru s'affection-
» ner beaucoup pour le Toi . C'eft fur quoi
» nous n'avons que des conjectures. Mais
» à en juger par les écrits que nous avons
» vus , l'Auteur s'étoit fort échauffé fur
» fon fujet. »
- ( 1 ) Gen. I , 26. XI , 7.
SEPTEMBRE. 1757. 57
5. Traductions en profe de plufieurs Cantates
& airs Italiens . Elles furent faites
pour le concert Italien qui fe tenoit en
1724 , chez M. Crozat , le cadet , & qui
fe tint depuis dans une falle du château des
Thuilleries. J'étois le bel efprit de ce concert,
difoit quelquefois , M. de F. Comme il
ne fut tiré que peu d'exemplaires du livre
qui contenoit ces traductions avec l'Italien
a côté; qu'il ne fut donné qu'aux afſociés ,
& qu'ainfi il eſt aujourd'hui très - rare , j'en
mettrai ici l'avertiffement qui eft trèscourt.
و د
« Ces Ariettes Italiennes ayant été déta-
" chées d'un grand nombre de différens
» opera , il faut fuppofer qu'elles avoient
" aux fujets & aux fituations des pieces ,
» un rapport qu'on ne découvre plus dans
» la plupart qu'affez imparfaitement.
"
" On n'a traduit ces paroles que pour
" faire mieux goûter les airs qui les expriment
, fouvent attachés aux mots ; &
» par cette raifon , on a rendu la tradue-
» tion la plus littérale qu'il fût poffible ,
quoiqu'elle puiffe en cet état n'être pas
>> affez avantageufe aux Poëtes.
"
Mais on fçait que le génie des deux
» langues , l'Italienne & la Françoiſe ,
» eft très différent , & que furtout en
matiere d'amour & de galanterie , dont
·
C v
58 MERCURE DE FRANCE.
il est principalement queſtion ici , leur
ftyle ne reffemble prefque point. »
"
En voici bien la preuve dans l'Ariette
fuivante :
Col raggio placido della speranza
Lamia cofianza
Lufinghi in me :
Cofi queft'anima di più non chiede ,
Che la fua fede ,
La fua mercè.
Tu flantes ma conftance de quelque doux
rayon d'espoir. Je ne demande rien de plus
pour récompenfe que ma fidelité même .
Ce n'est pas feulement en matiere d'amour
& de galanterie , que le génie des
deux langues ou plutôt des deux Nations
, eft différent ; c'eft en toute matiere.
Voici , par exemple , ce que dit
un Pere , qui après avoir perdu un fils
qui lui étoit très cher , avoit encore
éprouvé les plus cruels malheurs.
-
Vieni , o morte ; il fine è giunto
Del mortal mio grave efiglio ;
Non tardar , ch'è tempo omai.
Se nonfirfe , cifù in quel punto
Che uccidefti il caro figlio ;
Che d'aller non viſſi mai.
SEPTEMBRE. 1757. 59
Viens , ô mort , viens finir pour moi le
trifte exil de cette vie mortelle , ne differe pas ,
il est temps. Si ce n'eft que ce temps arriva
lorfque tu m'enlevas mon cherfils , je n'ai pas
vécu depuis ce moment.
Voici d'autres paroles qui feroient affez
françoifes , fi nous aimions autant les
comparaifons dans nos opera , que les Italiens
les aiment dans les leurs
, parce
qu'elles donnent lieu au muficien de peindre
& de briller.
Bramofo cacciatore
Seguendo và
La preda fugitiva ș
Alfin l'arriva ,
E ottien quel che bramò :
Ma quando fiegue un core
Crudel beltà ,
Ha innanzi ognor l'aspetto
Del caro oggetto ,
Ed ottener non può.
Un Chaffeur ardent pourfuit fa proie fugitive
; enfin il la joint , & obtient ce qu'il a
defiré mais quand on pourſuit une beauté
cruelle , on a à toute heure devant les yeux le
bien que
l'on defire avec ardeur , & on ne
Peut l'obtenir
.
Les Italiens préferent les images fortes
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
& terribles à celles qui font douces & gracieuſes.
C'est qu'ils aiment ce qu'ils appellent
Strepitofa mufica , une mufique
bruyante. Voici un morceau du premier
genre.
Le profonde vie dell' onde
Dammi , o ciel ! di rifolcar
El mio nome, e l'ardimento ,
Di Spavento
Empia ancora i liti , e'l mar ;
E farò ch' il fangue scorra ,
Frà quel liquido elemento ,
I miei torti à vendicar.
O ciel ! accorde moi de fillonner encore le
vafte fein des ondes. Que mon nom & mon
audace rempliffent encore d'épouvanto les rivages
& les mers ; & je vangerai mes injures
en faifant couler lefang fur ce liquide élement.
Au refte , le choix de ces airs ayant été
fait fur la beauté de la mufique , & non
fur celle des paroles , il ne feroit pas julte
d'en tirer une conféquence générale contre
les paroles des airs Italiens , furtout
contre celles des fcenes , & des poëmes
pris en leur entier , furtout encore contre
les poemes d'Apoftolo-zeno , & de l'Abbé
Metaftafio , les uns & les autres très- eſtimés
, principalement les derniersplus conSEPTEMBRE
. 1757 .
61
par la
nus ici que les premiers , du moins
belle traduction de M. Richelet. ( 1 ) Cependant
, en Italie comme en France , le Poëte
qui doit toujours tant de complaifance au
Muficien , lui doit des facrifices dans les
paroles des airs proprement dits , des grands
airs, & qu'ainfi ( pour le remarquer en paffant
) , nous appellons très- improprement
Ariettes . Il faut que ces paroles ne foient que
des mots bien lyriques ; & moins le fens
en fera fort de penfée & même de fentiment,
plus la mufique pourra en être forte ,
par une harmonie plus travaillée , une
mélodie plus variée , & une mefure plus
exacte dans l'exécution . Avec des mots qui
ne difent rien , la mufique vocale a toute
la liberté de l'inftrumentale.
M. de F. n'étoit point parvenu à goûter
la mufique Italienne autant que la Françoife
; mais il étoit affez porté à croire
qu'il avoit tort , & que la feule premiere
habitude lui faifoit prendre plus de plaifir
à la mufique Françoife qu'à l'Italienne . Il
( 1 ) Les Journaliſtes de Trévoux ont donné
Pextrait de quelques- uns des plus beaux Opera de
Metaftafio , non fur la traduction Françoife , mais.
fur l'original Italien . Ils ont même traduit en vers
les morceaux qu'ils ont cités. Voyez le premier
volume du Journal de Janvier , & ceux de Fevrier
& de Mars 175Z+
62 MERCURE DE FRANCE.
featoit d'une façon & jugeoit de l'autre :
peu de gens en ont la force. Il faut néan-.
moins l'avoir pour être Philofophe ; le
fentiment eft quelquefois auffi trompeur
que les fens.
La difpute fur les deux Mufiques avoir
commencé avec le fiecle , par un petit ouvrage
que l'Abbé Raguenet avoit compofé.
à fon retour d'Italie , & qu'il avoit intitulé
; Parallele des François & des Italiens an
fujet de la mufique & des opera M. de F.
en avoit été le Cenfeur ; & fon nom ne fûtil
pas au bas de l'approbation , on auroit
pu le reconnoître , ou du moins le foupçonner
, à la maniere dont elle eſt tournée.
Je crois , dit- il , que ce parallele fera
bien reçu du public , pourvu qu'il foit capable.
d'équité.
M. de Freneufe ( 1 ) écrivit contre l'ouvrage
, l'Auteur , l'Approbateur , & enfuite
contre M. Andry , qui d'abord favorable
au défenfeur de la mufique Françoife
dans le Journal des Sçavans , ceffa de
l'être lorfque l'Abbé Raguenet eut repondu,
& que M. de Frenenfe eut repliqué. Je ne
connois guere d'écrits plus vifs , plus
amers , & plus malins , que ceux que M.
(1 ) Jean- Laurent le Cerf de la Vieville-de Fre
neufe , Garde des Sceaux du Parlement de Noxmandie.
SEPTEMBRE. 1757. 63
de Frenenfe publia à cette occafion. Il n'étoit
pourtant qu'Amateur , & non Artiſte ;
mais il étoit amateur juſqu'à la paffion.
Extrême en tout , il aima l'étude avec la
même ardeur , & s'y livra avec le même
excès ; delà fa mort dans la fleur de fon
âge ( 1 ) . M. de F. qui l'avoit va à Rouen , &
depuis à Paris , m'a dit que fi quelqu'un ,
par une vivacité & une fenfibilité extrêmes,
avoit jamais mérité le nom de fou , de
fou complet , de fou par la tête & par le
coeur , c'étoit ce M. de Freneufe. Mais
comme la folie n'exclut que la raifon &
non l'efprit qu'elle fuppoferoit plutôt , M.
de Freneufe en avoit beaucoup , & même
tant , pour me fervir du mot de Sorbiere ,
qu'il n'avoit pas le fens commun. ( 2)
Sa comparaifon de la musique Italienne &
Françoife ( c'eſt le titre de fon Livre contre
celui de l'Abbé Raguenet ) iuftifie parfaite
ment le portrait que M. de F. m'a fait de
l'Auteur.
Cependant ce Livre eft curieux par un
grand nombre d'anecdores fur l'Opera
François , Acteurs & Actrices , Poëtes &
Muficiens , & c. On l'a réimprimé en Hollande
à la fuire de l'Ouvrage intitulé ,
( 1 ) Né en 1674 , il mourut en 1707 ,
33 ans.
(2) Sarberiana , page 97.
âgé de
64 MERCURE DE FRANCE .
Hiftoire de la Musique & de fes effets , en
2 vol. in- 12. Il commence à la moitié du
premier volume , & forme encore tout le
fecond. (1)
Je me fouviens qu'après la Lettre de M.
Rouffeau de Geneve fur la Mufique , dans le
fort de la difpute qu'elle renouvella , &
lorfqu'on préparoit l'Opera de Roland ,
rappellant à M. de F. l'approbation qu'il
avoit donnée au Parallele , & c. je lui
dis que cet Opera pourroit bien n'avoir pas
aujourd'hui autant de fuccès qu'il en avoit
eu autrefois , parce que les partiſans de la
muſique Italienne & des Bouffons , avoient
prédit qu'il tomberoit ; qu'ils mettoient
tout en oeuvre pour l'accompliffement de
leur prédiction ; qu'ils étoient en trèsgrand
nombre , peu adroits à la vérité, mais
très- ardens , en un mot de vrais Freneuſes ;
qu'enfin il y avoit parmi eux des gens de
beaucoup de réputation & de mérite , &
très-fupérieurs aux Raguenets ; qu'au refte
cet Abbé avoit eu aufli fon coin de folie ,
( 1 ) On trouvera de grands détails fur M. de
Freneuſe , & fur fa diſpute avec l'Abbé Raguenet
& M. Andry , dans une Lettre d'un Religieux Bémédictin
de la Congrégation de S. Maur , imprimée
dans le Mercure d'Avril 1726. Ce Bénédictin eſt
Dom Lecerf, frere de M. de Freneuse , & Auteur
de la Bibliotheque des Ecrivains de la Congréga
sion,
SEPTEMBRE. 1757. 69
ود
puifqu'il finit par fe couper la gorge, & c . ( 1 )
Eh bien , me dit M. de F , quand j'eus
tout dit , ( car il laiffoit volontiers tout dire,
& à moi- même. ) « J'applique mon approbation
du Paralelle à l'Opera de Ro-
» land. Il est très- beau , & je prédis à mon
» tour qu'il réuffira , pourvu que le public
»foit capable d'équité. » Il réuffit en effet ;
mais , foit habitude , foit équité dans le
public , l'une & l'autre furent bien fecondées
, à ce que j'ai entendu dire , par l'excellent
Acteur ( M. de Chaffé ) qui joua le
rôle de Roland.
ود
Du premier Juin.
J'en étois là , lorfque j'ai reçu l'autre
petit livre que j'avois demandé au Public
avec celui des Doutes fur les caufes occafionnelles
, je veux dire , le retour des pieces
choifies , &c. ( 2) J'y ai trouvé ce qui me
le faifoit defirer , de bonnes réflexions d'un
zélé Malebranchifte fur le livre des Doutes ,
&c. une réponse de M. de F. à ces Réflexions
, adreffée en forme de lettre à
leur Auteur , & enfin une replique de celui-
ci. Ces trois pieces font curieuſes , &
(1 ) On fçait qu'il fe la coupa avec fon rafoir.
Il étoit dans l'ufage de fe rafer lui- même .
(2) Premier volume du Mercure d'Avril , p . 65,
ligne derniere.
66 MERCURE DE FRANCE.
on les joindra au livre des Doutes , & c.
dans le fupplément des OEuvres de M. de F.
Le Malébranchifte fon adverfaire , le traite,
fans le connoître , avec toutes fortes d'égards
.
J'ai obligation du retour des pieces choifies
, &c. à M. Thierriat , dont je n'étois
point connu , non plus que de M. l'Abbé
Polonceau Recteur de l'Univerfité de
Rheims. M. T. enfeigne les humanités à
S. Florentin en Bourgogne ; & par la lettre
qu'il a bien voulu m'écrire en m'envoyant
le livre , il me paroît très- capable de les
bien enfeigner.
Jufqu'à préfent je ne connois pas d'autres
petits écrits imprimés de M. de F ,
qu'on puiffe réimprimer par fupplément
aux huit volumes de fes (Euvres. Dans le
Mercure prochain je parlerai des manuf
crits mais j'annonce d'avance que ce ne
font guere que des fragmens plus ou moins
confi lerables , des Ouvrages imparfaits , &
que prefque aucun n'eft entier , foit que
M. de F. ne les ait pas achevés , foit qu'il
en eût perdu quelques feuillets ; car c'eſt
quelquefois le commencement qui manque.
Je prie ceux qui pourroient en avoir
quelques uns , en tout ou en partie , de
vouloir bien me les remettre . Il m'a dit
plus d'une fois qu'il en avoit prêtés qu'on
SEPTEMBRE . 1757. 67
pas
ne lui avoit point rendus , & qu'il n'avoit
même redemandés . Auffi fenfible qu'un
autre , malgré toute fa philofophie , aufort
de fes Ouvrages imprimés , il étoit aſſez
indifférent à celui de fes manufcrits , du
moins lorfqu'ils étoient eux- mêmes indifférens
, & qu'ils ne traitoient pas de certaines
matieres délicates. Il m'a conté
qu'en ayant lu un de ce dernier genre à
feu M. le Régent , le Prince le lui demanda
pour le lire lui - même à tête reposée.
M. de F. refufa ; le Prince infifta , & promit
un fecret inviolable & une prompte
reftitution. M. de F. ne fe laiffant point
gagner , je vous le jure , dit Son Alteſſe
Royale. M. de F. fe taifoit , mais fon filence
étoit un refus .... Je vous le jure ,
foi de Prince.... Silence encore... Foi de
Gentilhomme. M. de F. céda , mais depuis
il redemanda en vain fon manufcrit. Il n'y
penfoit plus , lorfque long - temps après
étant allé faire fa cour à S. A. R , qu'il ne
trouva pas feule , elle le fit paffer dans
fon cabinet . M. de F. apperçut fon manuf
crit fur un bureau , le mit dans fa poche
& n'en dit rien au Prince . Il n'en fut plus
parlé.
La fuite pour un autre Mercure,
Fermer
Résumé : SUITE sur M. de Fontenelle, par M. l'Abbé Trublet.
L'abbé Trublet évoque les œuvres de Bernard le Bouyer de Fontenelle et divers concours académiques. En 1675 et 1677, Fontenelle participa à des concours de l'Académie française sans succès, battu par M. de la Monnoye. Voltaire, à 20 ans, perdit également un concours en 1714. L'abbé du Jarry, malgré une réputation de mauvais poète, remporta plusieurs prix. Les prédicateurs obtenaient souvent des prix de poésie plutôt que d'éloquence. En 1687, l'Académie française proposa un sujet sur l'éducation des jeunes filles, remporté par Mlle Deshoulières. Fontenelle, élu à l'Académie en 1691, évita les polémiques littéraires et exprima son désintérêt pour les querelles. Cependant, il fut impliqué dans une controverse littéraire avec l'auteur des 'Remarques'. Dans les 'Nouvelles de la République des Lettres', M. Van Dale commenta l''Histoire des Oracles' de Fontenelle, notant des omissions et des interprétations erronées. Van Dale critiqua Fontenelle pour avoir ignoré des preuves contre la magie et les oracles. En 1757, un texte aborda les attitudes de Fontenelle face aux critiques littéraires. Il ignorait souvent les critiques et appréciait des œuvres révélant des impostures. En 1752, une controverse sur le tutoiement dans les traductions françaises de la Bible opposa Fontenelle à d'autres intellectuels. Fontenelle défendait le maintien du tutoiement pour respecter l'original, une position contestée par des protestants. Le texte traite également d'une controverse linguistique sur l'usage du tutoiement et du vouvoiement dans les traductions de l'Écriture Sainte. Fontenelle proposa d'unifier l'usage pour éviter la confusion. Il mentionne aussi des traductions de cantates et d'airs italiens pour un concert en 1724 chez M. Crozat. Une autre partie du texte discute de la controverse entre la musique italienne et française au XVIIIe siècle. Fontenelle, bien qu'il préférait la musique française, reconnaissait la valeur de la musique italienne. La dispute débuta avec un ouvrage de l'Abbé Raguenet, critiqué par M. de Freneuil. Le texte évoque également le succès prédit de l'opéra 'Roland' et l'approbation de l'œuvre 'Parallèle à l'Opéra de Roland'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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456
p. 146-156
Fragment d'une Lettre écrite de Venise.
Début :
Vous voulez sçavoir, Madame, ce que je pense de l'Opera Italien : il faut vous [...]
Mots clefs :
Opéra, Ariette, Musique, Opéra italien, Scène, Intérêt, Chant, Sentiment, Ariettes, Coeur, Récitatif, Nature, Chanter, Oreilles, Bouffons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fragment d'une Lettre écrite de Venise.
Fragment d'une Leure écrite de Venife.
Vou's voulez fçavoir , Madame , ce que
je penfe de l'Opera Italien : il faut vous
obéir , & vous rendre compte des fenfations
que ce Spectacle m'a fait éprouver.
J'ai vu des falles immenfes & magnifi-
"ques , des théâtres vaftes & pompeufement
décorés , beaucoup de fpectacle , des Acteurs
richement vêtus , des danſes d'une
gaieté & d'une légéreté finguliere ; j'ai
entendu des Chanteurs & des Symphoniſres
merveilleux pour la jufteffe & la préci
fion ; une mufique facile , abondante , légere
, ingénieufe , brillante : mes yeux ont
été enchantés , mes oreilles ravies ; mais
'mon coeur eft refté vuide : j'ai cherché
L'intérêt ; je n'ai trouvé que du bruit , fças
AVRIL 1758. 147
vant & délicieux à la vérité ; j'écoutois ,
j'admirois , je n'étois ni attaché , ni ému .
Qu'est-ce que l'Opera Italien ? Il confifte
en vingt ou trente fcenes de récitatif ,
terminées fidélement chacune par une
Ariette. Les Poëmes ont des beautés , mais
fouvent peu propres à être mifes en mulique
: on y trouve des préceptes , des fentences
, des réflexions , des récits , des expofitions
, des harangues , des éclairciffemens
. Le récitatif a donc dû être mauvais
, d'abord par la nature des paroles
qu'il ne pouvoit rendre ; mais il l'eft encore
plus par lui- même : on n'y apperçoit
qu'une efpece bâtarde entre la déclamation
& le chant , voulant tenir de l'un & de
l'autre , & les gâtant tous deux ; une pfalmodie
aride , monotone & forcée , qui
n'eft propre qu'à contrarier le fentiment
& anéantir l'attention , fans vie , fans ame ,
n'infpirant & ne peignant rien : il faut
rendre juftice aux Italiens , ils ne l'écoutent
jamais.
L'Ariette arrive à la fin de chaque fcene
: le perfonnage ne peut quitter le théâtre
fans l'avoir chantée ; qu'on aſſaſſine
fon pere , il ne peut aller au fecours fans
avoir rempli cette loi ; il faut qu'il chante ,
& fans faire grace d'une feule répétition .
Mérope accufée devant les Etats du Royau-
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
me d'avoir fait affaffiner fon mari , exécute
une longue Ariette pour toute réponſe , &
s'en va . Artaban remet à fon fils l'épée
enfanglantée dont il vient d'égorger le Roi ;
on ne fut jamais plus preffé de fuir le
jeune homme chante , & fait des points
d'orgue on ne finiroit pas de rapporter
des exemples pareils tirés des meilleures
Opera.
Toutes les Ariettes ne font pas auffi ridi.
culement déplacées , mais toutes le font
plus ou moins. Souvent la fcene eft terminée
, le perfonnage refte pour rendre en
mufique une penfée ingénieufe qui ne tient
à rien , une maxime , une comparaifon , &
ces comparaifons font toujours tirées des
mêmes objets , dont la répétition ne peut
manquer de paroître froide ; d'autres fois
l'Ariette n'eft que la conclufion même de
la fcene : ce font des ordres , des confeils
des reproches , des incertitudes ; mais en
ce cas , pourquoi quitter la marche du rérécitatif
? pourquoi tout à coup tant de
chant , de bruit , de répétitions fymmétriques
& de cliquetis d'inftrumens ? La nature
défavoue un contrafte fi fubit & fi
bizarre dans une fuite des mêmes fentimens.
Comment place-t'on des roulemens trèslongs
& très - légers dans la trifteffe & la
AVRIL. 1758. 149
douleur comment un point d'orgue termine-
t'il des ordres donnés par un Roi ?
comment le défefpoir le plus violent attend-
t'il la fin de la ritournelle pour éclater
? comment fe permet- il de répéter tant
de fois les mêmes traits ?
Confidérez la longueur périodique de
l'Ariette , fes reprifes , fes retours concertés
, l'excès de fes ornemens , l'action & le
gefte de routine , auquel l'Acteur eſt forcé
par un chant qui l'occupe & le fatigue ; enfin
le défoeuvrement ridicule & inévitable
de ceux qui font en fcene avec lui : fi le
récitatif avoit pu infpirer quelque intérêt ,
il faudroit qu'il expirât à chaque Ariette.
:
Je compare les Ariettes difperfées de
l'Opera Italien à des tableaux qui ornent
une galerie chacun d'eux peut produire
une impreffion ifolée ; mais ils ne fçauroient
jamais concourir tous enſemble à
une émotion totale & continue. L'intérêt
ne marche que par des liaiſons , des nuances
, des gradations imperceptibles ; le
moindre vuide , le plus léger contraſte , la
plus petite interruption l'anéantit : Qui a
jamais dit , ou éprouvé que l'impreffion
d'une Ariette fervît à fortifier celle de la
> fcene précédente ou qu'elle préparât
celle qui doit fuivre ? C'eft le cas dont
parle Horace ; Unus & alter affuitur pan.
Giij
Iso MERCURE DE FRANCE.
nus. Jamais aucun Compofiteur n'a imaginé
de les varier que pour l'oreille : la
nature de l'Ariette eft donc de flatter l'oreille
; mais elle eſt en oppoſition conftante
& abfolue avec l'intérêt . Eh ! qu'eſt-ce
qu'un fpectacle qui dure cinq heures fans
intérêt ? Il faut s'être obftiné à l'écouter ,
pour fçavoir jufqu'à quel point de perfection
l'ennui peut- être porté.
Si je confidere l'Ariette fimplement en
Muficien , je trouve fouvent un fujet heureux
, brillant , naturel même ; mais bientôt
il m'échappe noyé, perdu , fous les ornemens
: l'oreille la plus exercée a peine à
faifir ce Prothée actif à fe varier , à fe contrafter
, à fe tourmenter en cent façons :
toujours même nombre de repriſes , de
variations , de doubles ; qu'il foit queſtion
de tendreffe , de fureur , ou d'une fimple
chanfon , la même marche exifte , on n'y
peut rien changer. La premiere partie de
l'air toujours plus vive , plus ornée ; la feconde
travaillée avec des notes recherchées
, mais moins de mouvement. La
premiere toujours fidélement repriſe avec
toutes les répétitions placées au même
pofte : n'oublions pas les points d'orgue.
qui font exactement l'arriere- garde , les
ritournelles qui précedent toujours le
chant , les coups de force qui terminent
AVRIL. 1758. 15 %
Fair , & les arpeggio qui pourfuivent le
Chanteur après qu'il a fini , & il faut
convenir que c'eft la routine en perfonne
qui a difpofé l'Opera Italien , & les parties
qui le compofent.
En vain les motifs des airs font variés ,
ils font accablés fous la broderie qui les
couvre ; elle eft partout la même , & je
n'apperçois qu'elle.
Je vois la mufique Italienne comme
une coquette bruyante , minaudiere , babillant
joliment , & fouvent ne diſant rien
qui intéreffe ; elle plaît d'abord , & finit
quelquefois par fatiguer ; elle s'annonce
toujours avec fracas , précédée & fuivie
de tout fon cortege , enfevelie dans fa pa¬
rure : n'efperez pas la furprendre jamais
dans une fimplicité naïve , dans un négligé
intéreffant , dans un repos touchant &
tendre ; elle ne veut qu'éblouir , quelquefois
elle s'amufe à jouer le fentiment ; mais
elle ne l'éprouve , ni ne l'inſpire ; toujours
extrême , fi elle l'atteint , c'elt pour aller
au- delà : l'a- t'elle faifi , bientôt elle le défigure
; l'air du caprice fe mêle à fa tendreffe
, le ton de la folie la fuit dans fa
douleur , la fureur de briller éclate jufques
dans fon défefpoir.
Repréfentez - vous enfuite une beauté
noble & intéreffante , tantôt tendre &
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
naïve , tantôt vive & brillante , touchante
, ingénieufe , négligée ou parée ; mais
toujours avec bienféance , dédaignant de
féduire & d'éblouir , ne voulant qu'attacher
, ne prétendant point de fuccès dont
elle ait à rougir , toujours décente même
dans la paffion la plus vive , toujours fidelle
au fentiment jufques dans fa joie la plus
éclatante.
Celle - ci fans doute aura fes partiſans ;
mais la premiere avec tous fes défauts
aura les fiens auffi , & peut-être en plus
grand nombre ; la gaieté , la légèreté ,
l'éclat , ont des droits univerfels : tous les
hommes ont des oreilles , peu de gens ont
une ame ſenſible , un goût jufte , un coeur.
délicat , fufceptible d'une impreffion férieufe
, continue , attachante & profonde.
L'Opera Italien ne préfente aucunes
traces de la variété qui regne dans le nôtre
point de choeurs , point de fêtes liées
au fujet ; vous n'y verrez aucune de nos
belles imitations de la nature , qui annoncent
le débrouillement du cahos , le lever
de l'aurore , des bruits de guerre ou de
chaffe , le foulévement des flots , le fifflement
des vents , la tempête & le calme
renaiffant ; nos belles chanfonnettes , nos
fymphonies céleftes , infernales , fauvages,
paftorales : on n'y trouve point de ces airs
AVRIL. 1758. 153
de chant , d'un genre fimple , tempéré &
doux , qui s'uniffant entr'eux & fe mariant
avec le récitatif , femblent parler
tantôt fi voluptueufement , tantôt fi gaiement
, & qui ont chacun leur caractere ,
& , pour ainfi dire , leur phyfionomie fi
vraie , fi différente & fi décidée ; rien n'y
remplace les tréfors de l'imagination Françoife
; nos bergeries , nos féeries délicieufes
, nos marches , nos facrifices , nos oracles
, nos choeurs , tout tremble devant le
Seigneur... Brillant foleil ... ébranlons la
terre... l'amour triomphe ... nos fcenes fi
bien traitées , nos plaintes fi touchantes ,
que l'on écoute avec une attention fi tendre
, une rêverie fi naïve , un intérêt fi
doux & fi féduifant .
Qu'oppofe t'on à toutes ces richeffes ?
Vingt Ariettes enfilées au bout de vingt
fcenes d'ennui , toutes ces Ariettes marchant
, s'annonçant , finiffant , répétant ,
roulant , reprenant de même. L'Opera
François forme un fpectacle noble , majeftueux
, auffi régulier que varié & intéreffant
dans toutes fes parties : l'Opera Italien
n'eft qu'une Ariette ; il eft abfolument
inécoutable dans la moitié au moins de fa
durée. Les Italiens n'écoutent jamais la
fcene , & c'eft en cela qu'ils ont raifon
G v
154 MERCURE DE FRANCE.
nous écoutons la nôtre , il me femble que
le procès eft jugé.
A l'égard des Opera bouffons , il ne
leur manque que des Poëmes pour être lé
triomphe de la mufique Italienne ; c'eſt
dans ce genre que fes caprices , fes folies
fes contraſtes les plus bizarres peuvent
trouver une place convenable ; mais la
plupart des Poëmes ne préfentent ni inté
rêt , ni caracteres , ni intrigue , ni détails
ce font des Ariettes fur des grimaces ; la
feule nouveauté peut leur donner une vo
gue momentanée : on fe laffe enfin de facrifier
fon coeur & fon goût à fes oreilles .
Un homme d'efprit qui a pris plaifir à
fe jouer des idées les plus évidentes , a
ofé dire que nous n'avions point de mufi
que ; fon opinion n'a fait que le bruit
qu'elle a dû faire : tant de gens qui ne
fentent pas qu'un raifonnement fatigue &
qu'une Epigramme décide , tant d'hommes
communs qui courent après leur original ,
ne pouvoient manquer d'exciter une rumeur
: fi la mufique n'eft faite que pour
être admirée & non pour être fentie , fi
l'homme n'a que des oreilles , fi fon ame
fi fon coeur , font comptés pour rien , fans
doute M. Rouffeau a eu raifon ; en ce cas
L'agilité du gofier eft tout ; la grace , l'exAVRIL
1758. 155
preffion , le fentiment , font des êtres ima
ginaires ; la danfe fur la corde méritera
feule le nom de danfe ; le menuet , la farabande
feront indignes de ce nom.
Si la mufique ne renferme que des combinaifons
de fons fans expreffion , fans
imitation , je dis qu'elle eft indigne d'un
être qui fent & qui penfe. C'eft le fentiment
feul qui doit être l'objet & la perfection
de l'art . Laquelle des deux mufiques
l'a mieux connu : j'en appelle. J'ai entendu
fouvent les Italiens eux- mêmes gémir des
excès de l'art , & du mauvais goût qu'ils
ont introduit chez eux ( 1 ) . Je ſuis bien
éloigné de prétendre que la mufique Fran +
coife foit fans défauts ; fouvent plaintive ,
monotone , peinée , languiffante , elle récite
trop & ne chante pas affez ; elle a befoin
d'embelliflemens , mais elle a faifi la
vraie route.
Les Italiens poffedent , fans doute , à
un haut degré le génie de la mufique ; mais
l'oreille feule a été l'objet de leurs travaux ;
ils fe font amufés à la féduire par de petites
notes brillantes , rapides & volatiles
ils ont négligé le coeur & le fentiment ,
femblent même quelquefois avoir pris à
tâche de leur infulter ; c'eft ce que l'on
&
(1 ) Voyez l'Effai fur l'Opera Italien , par M.
Algarotti , Mercure de France , 1757.
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
voit dans leurs Opera bouffons , où l'imi
tation des fentimens n'eft fouvent qu'une
moquerie ; leur ſcience , leur art même les
a égarés le chant a été fubordonné à la
fymphonie. Le principal perfonnage de
leur Opera n'eft ni Didon , ni Artaxerce ,
c'eſt le premier violon . L'Ariette admirable
dans une fête , eft déplacée dans la fcene ;
elle chante trop , le récitatif ne chante pas
affez : trop oppofés & trop voifins , tous
deux ne font que s'entrenuite ; ils ont méconnu
le beau caractere des voix que la
nature a formées , ils font chanter infipidement
la baffe-taille , & plus encore la
haute contre en revanche , ils fe font
donné des voix factices en dégradant l'humanité.
Titus ne parle , ni ne déclame ;
l'Empereur de Rome n'eft qu'un oifeau
qui gazouille : il leur faut tant de décorations
par Opera , tant d'entrées par
Ballet , tant d'Ariettes par acte & par perfonnage.
Goldoni n'ofa donner une Comédie
fans un Arlequin & un Pantalon . Leur
danſe eſt toute en entrechats , & leur poéfie
en Sonnets.
Vou's voulez fçavoir , Madame , ce que
je penfe de l'Opera Italien : il faut vous
obéir , & vous rendre compte des fenfations
que ce Spectacle m'a fait éprouver.
J'ai vu des falles immenfes & magnifi-
"ques , des théâtres vaftes & pompeufement
décorés , beaucoup de fpectacle , des Acteurs
richement vêtus , des danſes d'une
gaieté & d'une légéreté finguliere ; j'ai
entendu des Chanteurs & des Symphoniſres
merveilleux pour la jufteffe & la préci
fion ; une mufique facile , abondante , légere
, ingénieufe , brillante : mes yeux ont
été enchantés , mes oreilles ravies ; mais
'mon coeur eft refté vuide : j'ai cherché
L'intérêt ; je n'ai trouvé que du bruit , fças
AVRIL 1758. 147
vant & délicieux à la vérité ; j'écoutois ,
j'admirois , je n'étois ni attaché , ni ému .
Qu'est-ce que l'Opera Italien ? Il confifte
en vingt ou trente fcenes de récitatif ,
terminées fidélement chacune par une
Ariette. Les Poëmes ont des beautés , mais
fouvent peu propres à être mifes en mulique
: on y trouve des préceptes , des fentences
, des réflexions , des récits , des expofitions
, des harangues , des éclairciffemens
. Le récitatif a donc dû être mauvais
, d'abord par la nature des paroles
qu'il ne pouvoit rendre ; mais il l'eft encore
plus par lui- même : on n'y apperçoit
qu'une efpece bâtarde entre la déclamation
& le chant , voulant tenir de l'un & de
l'autre , & les gâtant tous deux ; une pfalmodie
aride , monotone & forcée , qui
n'eft propre qu'à contrarier le fentiment
& anéantir l'attention , fans vie , fans ame ,
n'infpirant & ne peignant rien : il faut
rendre juftice aux Italiens , ils ne l'écoutent
jamais.
L'Ariette arrive à la fin de chaque fcene
: le perfonnage ne peut quitter le théâtre
fans l'avoir chantée ; qu'on aſſaſſine
fon pere , il ne peut aller au fecours fans
avoir rempli cette loi ; il faut qu'il chante ,
& fans faire grace d'une feule répétition .
Mérope accufée devant les Etats du Royau-
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
me d'avoir fait affaffiner fon mari , exécute
une longue Ariette pour toute réponſe , &
s'en va . Artaban remet à fon fils l'épée
enfanglantée dont il vient d'égorger le Roi ;
on ne fut jamais plus preffé de fuir le
jeune homme chante , & fait des points
d'orgue on ne finiroit pas de rapporter
des exemples pareils tirés des meilleures
Opera.
Toutes les Ariettes ne font pas auffi ridi.
culement déplacées , mais toutes le font
plus ou moins. Souvent la fcene eft terminée
, le perfonnage refte pour rendre en
mufique une penfée ingénieufe qui ne tient
à rien , une maxime , une comparaifon , &
ces comparaifons font toujours tirées des
mêmes objets , dont la répétition ne peut
manquer de paroître froide ; d'autres fois
l'Ariette n'eft que la conclufion même de
la fcene : ce font des ordres , des confeils
des reproches , des incertitudes ; mais en
ce cas , pourquoi quitter la marche du rérécitatif
? pourquoi tout à coup tant de
chant , de bruit , de répétitions fymmétriques
& de cliquetis d'inftrumens ? La nature
défavoue un contrafte fi fubit & fi
bizarre dans une fuite des mêmes fentimens.
Comment place-t'on des roulemens trèslongs
& très - légers dans la trifteffe & la
AVRIL. 1758. 149
douleur comment un point d'orgue termine-
t'il des ordres donnés par un Roi ?
comment le défefpoir le plus violent attend-
t'il la fin de la ritournelle pour éclater
? comment fe permet- il de répéter tant
de fois les mêmes traits ?
Confidérez la longueur périodique de
l'Ariette , fes reprifes , fes retours concertés
, l'excès de fes ornemens , l'action & le
gefte de routine , auquel l'Acteur eſt forcé
par un chant qui l'occupe & le fatigue ; enfin
le défoeuvrement ridicule & inévitable
de ceux qui font en fcene avec lui : fi le
récitatif avoit pu infpirer quelque intérêt ,
il faudroit qu'il expirât à chaque Ariette.
:
Je compare les Ariettes difperfées de
l'Opera Italien à des tableaux qui ornent
une galerie chacun d'eux peut produire
une impreffion ifolée ; mais ils ne fçauroient
jamais concourir tous enſemble à
une émotion totale & continue. L'intérêt
ne marche que par des liaiſons , des nuances
, des gradations imperceptibles ; le
moindre vuide , le plus léger contraſte , la
plus petite interruption l'anéantit : Qui a
jamais dit , ou éprouvé que l'impreffion
d'une Ariette fervît à fortifier celle de la
> fcene précédente ou qu'elle préparât
celle qui doit fuivre ? C'eft le cas dont
parle Horace ; Unus & alter affuitur pan.
Giij
Iso MERCURE DE FRANCE.
nus. Jamais aucun Compofiteur n'a imaginé
de les varier que pour l'oreille : la
nature de l'Ariette eft donc de flatter l'oreille
; mais elle eſt en oppoſition conftante
& abfolue avec l'intérêt . Eh ! qu'eſt-ce
qu'un fpectacle qui dure cinq heures fans
intérêt ? Il faut s'être obftiné à l'écouter ,
pour fçavoir jufqu'à quel point de perfection
l'ennui peut- être porté.
Si je confidere l'Ariette fimplement en
Muficien , je trouve fouvent un fujet heureux
, brillant , naturel même ; mais bientôt
il m'échappe noyé, perdu , fous les ornemens
: l'oreille la plus exercée a peine à
faifir ce Prothée actif à fe varier , à fe contrafter
, à fe tourmenter en cent façons :
toujours même nombre de repriſes , de
variations , de doubles ; qu'il foit queſtion
de tendreffe , de fureur , ou d'une fimple
chanfon , la même marche exifte , on n'y
peut rien changer. La premiere partie de
l'air toujours plus vive , plus ornée ; la feconde
travaillée avec des notes recherchées
, mais moins de mouvement. La
premiere toujours fidélement repriſe avec
toutes les répétitions placées au même
pofte : n'oublions pas les points d'orgue.
qui font exactement l'arriere- garde , les
ritournelles qui précedent toujours le
chant , les coups de force qui terminent
AVRIL. 1758. 15 %
Fair , & les arpeggio qui pourfuivent le
Chanteur après qu'il a fini , & il faut
convenir que c'eft la routine en perfonne
qui a difpofé l'Opera Italien , & les parties
qui le compofent.
En vain les motifs des airs font variés ,
ils font accablés fous la broderie qui les
couvre ; elle eft partout la même , & je
n'apperçois qu'elle.
Je vois la mufique Italienne comme
une coquette bruyante , minaudiere , babillant
joliment , & fouvent ne diſant rien
qui intéreffe ; elle plaît d'abord , & finit
quelquefois par fatiguer ; elle s'annonce
toujours avec fracas , précédée & fuivie
de tout fon cortege , enfevelie dans fa pa¬
rure : n'efperez pas la furprendre jamais
dans une fimplicité naïve , dans un négligé
intéreffant , dans un repos touchant &
tendre ; elle ne veut qu'éblouir , quelquefois
elle s'amufe à jouer le fentiment ; mais
elle ne l'éprouve , ni ne l'inſpire ; toujours
extrême , fi elle l'atteint , c'elt pour aller
au- delà : l'a- t'elle faifi , bientôt elle le défigure
; l'air du caprice fe mêle à fa tendreffe
, le ton de la folie la fuit dans fa
douleur , la fureur de briller éclate jufques
dans fon défefpoir.
Repréfentez - vous enfuite une beauté
noble & intéreffante , tantôt tendre &
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
naïve , tantôt vive & brillante , touchante
, ingénieufe , négligée ou parée ; mais
toujours avec bienféance , dédaignant de
féduire & d'éblouir , ne voulant qu'attacher
, ne prétendant point de fuccès dont
elle ait à rougir , toujours décente même
dans la paffion la plus vive , toujours fidelle
au fentiment jufques dans fa joie la plus
éclatante.
Celle - ci fans doute aura fes partiſans ;
mais la premiere avec tous fes défauts
aura les fiens auffi , & peut-être en plus
grand nombre ; la gaieté , la légèreté ,
l'éclat , ont des droits univerfels : tous les
hommes ont des oreilles , peu de gens ont
une ame ſenſible , un goût jufte , un coeur.
délicat , fufceptible d'une impreffion férieufe
, continue , attachante & profonde.
L'Opera Italien ne préfente aucunes
traces de la variété qui regne dans le nôtre
point de choeurs , point de fêtes liées
au fujet ; vous n'y verrez aucune de nos
belles imitations de la nature , qui annoncent
le débrouillement du cahos , le lever
de l'aurore , des bruits de guerre ou de
chaffe , le foulévement des flots , le fifflement
des vents , la tempête & le calme
renaiffant ; nos belles chanfonnettes , nos
fymphonies céleftes , infernales , fauvages,
paftorales : on n'y trouve point de ces airs
AVRIL. 1758. 153
de chant , d'un genre fimple , tempéré &
doux , qui s'uniffant entr'eux & fe mariant
avec le récitatif , femblent parler
tantôt fi voluptueufement , tantôt fi gaiement
, & qui ont chacun leur caractere ,
& , pour ainfi dire , leur phyfionomie fi
vraie , fi différente & fi décidée ; rien n'y
remplace les tréfors de l'imagination Françoife
; nos bergeries , nos féeries délicieufes
, nos marches , nos facrifices , nos oracles
, nos choeurs , tout tremble devant le
Seigneur... Brillant foleil ... ébranlons la
terre... l'amour triomphe ... nos fcenes fi
bien traitées , nos plaintes fi touchantes ,
que l'on écoute avec une attention fi tendre
, une rêverie fi naïve , un intérêt fi
doux & fi féduifant .
Qu'oppofe t'on à toutes ces richeffes ?
Vingt Ariettes enfilées au bout de vingt
fcenes d'ennui , toutes ces Ariettes marchant
, s'annonçant , finiffant , répétant ,
roulant , reprenant de même. L'Opera
François forme un fpectacle noble , majeftueux
, auffi régulier que varié & intéreffant
dans toutes fes parties : l'Opera Italien
n'eft qu'une Ariette ; il eft abfolument
inécoutable dans la moitié au moins de fa
durée. Les Italiens n'écoutent jamais la
fcene , & c'eft en cela qu'ils ont raifon
G v
154 MERCURE DE FRANCE.
nous écoutons la nôtre , il me femble que
le procès eft jugé.
A l'égard des Opera bouffons , il ne
leur manque que des Poëmes pour être lé
triomphe de la mufique Italienne ; c'eſt
dans ce genre que fes caprices , fes folies
fes contraſtes les plus bizarres peuvent
trouver une place convenable ; mais la
plupart des Poëmes ne préfentent ni inté
rêt , ni caracteres , ni intrigue , ni détails
ce font des Ariettes fur des grimaces ; la
feule nouveauté peut leur donner une vo
gue momentanée : on fe laffe enfin de facrifier
fon coeur & fon goût à fes oreilles .
Un homme d'efprit qui a pris plaifir à
fe jouer des idées les plus évidentes , a
ofé dire que nous n'avions point de mufi
que ; fon opinion n'a fait que le bruit
qu'elle a dû faire : tant de gens qui ne
fentent pas qu'un raifonnement fatigue &
qu'une Epigramme décide , tant d'hommes
communs qui courent après leur original ,
ne pouvoient manquer d'exciter une rumeur
: fi la mufique n'eft faite que pour
être admirée & non pour être fentie , fi
l'homme n'a que des oreilles , fi fon ame
fi fon coeur , font comptés pour rien , fans
doute M. Rouffeau a eu raifon ; en ce cas
L'agilité du gofier eft tout ; la grace , l'exAVRIL
1758. 155
preffion , le fentiment , font des êtres ima
ginaires ; la danfe fur la corde méritera
feule le nom de danfe ; le menuet , la farabande
feront indignes de ce nom.
Si la mufique ne renferme que des combinaifons
de fons fans expreffion , fans
imitation , je dis qu'elle eft indigne d'un
être qui fent & qui penfe. C'eft le fentiment
feul qui doit être l'objet & la perfection
de l'art . Laquelle des deux mufiques
l'a mieux connu : j'en appelle. J'ai entendu
fouvent les Italiens eux- mêmes gémir des
excès de l'art , & du mauvais goût qu'ils
ont introduit chez eux ( 1 ) . Je ſuis bien
éloigné de prétendre que la mufique Fran +
coife foit fans défauts ; fouvent plaintive ,
monotone , peinée , languiffante , elle récite
trop & ne chante pas affez ; elle a befoin
d'embelliflemens , mais elle a faifi la
vraie route.
Les Italiens poffedent , fans doute , à
un haut degré le génie de la mufique ; mais
l'oreille feule a été l'objet de leurs travaux ;
ils fe font amufés à la féduire par de petites
notes brillantes , rapides & volatiles
ils ont négligé le coeur & le fentiment ,
femblent même quelquefois avoir pris à
tâche de leur infulter ; c'eft ce que l'on
&
(1 ) Voyez l'Effai fur l'Opera Italien , par M.
Algarotti , Mercure de France , 1757.
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
voit dans leurs Opera bouffons , où l'imi
tation des fentimens n'eft fouvent qu'une
moquerie ; leur ſcience , leur art même les
a égarés le chant a été fubordonné à la
fymphonie. Le principal perfonnage de
leur Opera n'eft ni Didon , ni Artaxerce ,
c'eſt le premier violon . L'Ariette admirable
dans une fête , eft déplacée dans la fcene ;
elle chante trop , le récitatif ne chante pas
affez : trop oppofés & trop voifins , tous
deux ne font que s'entrenuite ; ils ont méconnu
le beau caractere des voix que la
nature a formées , ils font chanter infipidement
la baffe-taille , & plus encore la
haute contre en revanche , ils fe font
donné des voix factices en dégradant l'humanité.
Titus ne parle , ni ne déclame ;
l'Empereur de Rome n'eft qu'un oifeau
qui gazouille : il leur faut tant de décorations
par Opera , tant d'entrées par
Ballet , tant d'Ariettes par acte & par perfonnage.
Goldoni n'ofa donner une Comédie
fans un Arlequin & un Pantalon . Leur
danſe eſt toute en entrechats , & leur poéfie
en Sonnets.
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Résumé : Fragment d'une Lettre écrite de Venise.
L'auteur admire les aspects visuels et musicaux de l'opéra italien, notamment ses décors somptueux, costumes riches, danses légères et musique brillante. Cependant, il critique sévèrement le manque d'intérêt émotionnel et dramatique. L'opéra italien est structuré en scènes de récitatif suivies d'ariettes, souvent mal intégrées dans le récit. Ces ariettes, obligatoires à la fin de chaque scène, interrompent le flux narratif et manquent de cohérence émotionnelle. L'auteur les compare à des tableaux isolés dans une galerie, incapables de créer une émotion continue. Il souligne également la rigidité et la répétitivité des structures musicales des ariettes, nuisant à l'intérêt dramatique global. En comparaison, l'opéra français est décrit comme noble et varié, avec des scènes riches et des airs reflétant une imagination fertile. L'auteur critique l'opéra italien pour son manque d'intérêt et de caractère, le réduisant à une succession d'ariettes sans cohérence. Il reconnaît que la musique italienne possède un génie certain mais regrette qu'elle néglige le cœur et le sentiment au profit de la séduction auditive. L'opéra italien est perçu comme une 'coquette bruyante', plaisante initialement mais fatigante par sa complexité et son manque de simplicité. L'auteur conclut que la musique française, bien que perfectible, suit la bonne voie en cherchant à exprimer des émotions authentiques.
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457
p. 90-92
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis fille de l'air, l'on ne me voit jamais : [...]
Mots clefs :
Mélodie
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPHE.
Js fuis fille de l'air , l'on ne me voit jamais : B
Les vents étendent mon empire ;
Et dans le moment où j'expire ,
Au creux d'un rec à demi je renais .
Mon nom contient un pays de l'Attique ;
Une Ville en Hollande , & l'autre en Dauphinés
Et quand il plaît à qui m'a combiné ,
Je deviens un ton de mufique.
J'immortalife & Pindare , & Rouffeau ;
Mes bords font environnés d'eau :
JUIN. 1758.
Je gouverne un état ſur les côtes d'Afrique ,
Où le Chrétien reçoit des fers du Muſulman ;
Et j'embellis par ma ftructure
Un Temple à Rome , à Stamboul le Divan..
Des fimples je fais des victimes ;
Je défends l'innocence , & je punis les crimes ;
Je nourris le Clergé , je nourris le vieillard ;
L'on me recueille fur l'hymette :
Je fus au ciel élevé fur un char ,
Je parois , après la tempête ,
Sur les mâts & fur le gaillard.
De l'Egyptien idolâtre
J'obtins des Autels à Memphis :
D'un fexe léger & folâtre ,
Dans la faifon des amours & des ris ;
Je releve les tendres graces :
Si je lui plais , il plaît par moi.
De l'orage quand les menaces
Répandent un cruel effroi ,
J'offre aux vaiffeaux un für afyle ,
Où dans un parage tranquille ,
Ils bravent la mer en fureur.
Je mords le métal le plus dur.
Diane trouve en moi le nom qu'elle éut d'une
Inle :
Chez les Romains , je divifois les temps :
Victorieux , je montai fur le trône
Des Empereurs de Babylone :
Au fage Grec, je confiai les vents :
2 MERCURE DE FRANCE:
Je fauve un doigt d'une pointe inhumaine ,
Je caufai le trépas du vaillant fils d'Alcmene:
Par moi du corps fe font les mouvemens ;
Je fuis un oifeau de riviere ,
Et des liqueurs la fubftance groffiere
Un fimple contre les poifons :
Enfin , malgré l'éclat du Dieu de la lumiere ,
Si je manquois à l'homme , il iroit à tâtons
Js fuis fille de l'air , l'on ne me voit jamais : B
Les vents étendent mon empire ;
Et dans le moment où j'expire ,
Au creux d'un rec à demi je renais .
Mon nom contient un pays de l'Attique ;
Une Ville en Hollande , & l'autre en Dauphinés
Et quand il plaît à qui m'a combiné ,
Je deviens un ton de mufique.
J'immortalife & Pindare , & Rouffeau ;
Mes bords font environnés d'eau :
JUIN. 1758.
Je gouverne un état ſur les côtes d'Afrique ,
Où le Chrétien reçoit des fers du Muſulman ;
Et j'embellis par ma ftructure
Un Temple à Rome , à Stamboul le Divan..
Des fimples je fais des victimes ;
Je défends l'innocence , & je punis les crimes ;
Je nourris le Clergé , je nourris le vieillard ;
L'on me recueille fur l'hymette :
Je fus au ciel élevé fur un char ,
Je parois , après la tempête ,
Sur les mâts & fur le gaillard.
De l'Egyptien idolâtre
J'obtins des Autels à Memphis :
D'un fexe léger & folâtre ,
Dans la faifon des amours & des ris ;
Je releve les tendres graces :
Si je lui plais , il plaît par moi.
De l'orage quand les menaces
Répandent un cruel effroi ,
J'offre aux vaiffeaux un für afyle ,
Où dans un parage tranquille ,
Ils bravent la mer en fureur.
Je mords le métal le plus dur.
Diane trouve en moi le nom qu'elle éut d'une
Inle :
Chez les Romains , je divifois les temps :
Victorieux , je montai fur le trône
Des Empereurs de Babylone :
Au fage Grec, je confiai les vents :
2 MERCURE DE FRANCE:
Je fauve un doigt d'une pointe inhumaine ,
Je caufai le trépas du vaillant fils d'Alcmene:
Par moi du corps fe font les mouvemens ;
Je fuis un oifeau de riviere ,
Et des liqueurs la fubftance groffiere
Un fimple contre les poifons :
Enfin , malgré l'éclat du Dieu de la lumiere ,
Si je manquois à l'homme , il iroit à tâtons
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458
p. 216
« Le Sieur Laigle, Marchand, rue des Carmes à Rouen avertit Messieurs [...] »
Début :
Le Sieur Laigle, Marchand, rue des Carmes à Rouen avertit Messieurs [...]
Mots clefs :
Marchand, Musique, Ouvrage
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texteReconnaissance textuelle : « Le Sieur Laigle, Marchand, rue des Carmes à Rouen avertit Messieurs [...] »
LE SIEUR Laigle , Marchand , rue des Carme à
Rouen avertit Meffieurs les Auteurs de Mufique ,
que depuis vingt années il fait feul le commerce
de la Mufique , dans ladite Ville , & que pour
rendre fon Magazin plus complet & plus général
, & leur procurer par- là un plus grand débit
de leurs ouvrages , il recevra pour.leur compte ,
celle qu'ils voudront lui envoyer. Ils auront la
bonté de s'adreffer à Paris , à M. Bordet , Maître
de Flute Traverfiere , rue S. Denys , prefque vià-
vis le paffage de l'ancien Grand - Cerf , la porte
cochere à côté d'un Epinglier , à qui l'on adreſfera
les lettres ou paquets francs de portspour
Rouen avertit Meffieurs les Auteurs de Mufique ,
que depuis vingt années il fait feul le commerce
de la Mufique , dans ladite Ville , & que pour
rendre fon Magazin plus complet & plus général
, & leur procurer par- là un plus grand débit
de leurs ouvrages , il recevra pour.leur compte ,
celle qu'ils voudront lui envoyer. Ils auront la
bonté de s'adreffer à Paris , à M. Bordet , Maître
de Flute Traverfiere , rue S. Denys , prefque vià-
vis le paffage de l'ancien Grand - Cerf , la porte
cochere à côté d'un Epinglier , à qui l'on adreſfera
les lettres ou paquets francs de portspour
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Résumé : « Le Sieur Laigle, Marchand, rue des Carmes à Rouen avertit Messieurs [...] »
Le sieur Laigle, marchand de musique à Rouen, propose d'enrichir son magasin en vendant les compositions des auteurs. Ces derniers peuvent contacter M. Bordet, maître de flûte traversière à Paris, pour envoyer leurs œuvres sans frais de port.
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459
p. 209
« MM. les Amateurs de Musique tenants Concert dans l'Hôtel-de-Ville de Troyes, [...] »
Début :
MM. les Amateurs de Musique tenants Concert dans l'Hôtel-de-Ville de Troyes, [...]
Mots clefs :
Musique, Concert, Académie, Violon, Concerto, Symphonie, Harmonie
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texteReconnaissance textuelle : « MM. les Amateurs de Musique tenants Concert dans l'Hôtel-de-Ville de Troyes, [...] »
MM. les Amateurs de Muſique tenants Concert
dans l'Hôtel-de-ville de Troyes, viennent d'ob
tenir un†excluſif. Ce qui leur procure la
ſatisfaction de former une Académie capable de
donner de l'émulation à toures les Perſonnes de
goût. On en a fait l'ouverture le 25 du mois de .
Mars. Le ſieur Bryon Ancien Premier Violon de
l'Académie de Grenoble y a joué un Concerto de
ſa compoſition, ſon goût & ſon exécution lui ont
mérité l'applaudiſſement des Connoiſſeurs. -
· On y a exécuté le Pſeaume Benedictus qui docet,
Motet à grand Choeur & Symphonie de la com
poſition du ſieur de Rouſſy Ancien Maître de Mu
ſique de l'Egliſe de Troyes. La tournure de ſon
chant, les traits d'harmonie bien amenés, l'ar
rangement des choeurs , lui ont mérité l'éloge
des Connoiſſeurs.
dans l'Hôtel-de-ville de Troyes, viennent d'ob
tenir un†excluſif. Ce qui leur procure la
ſatisfaction de former une Académie capable de
donner de l'émulation à toures les Perſonnes de
goût. On en a fait l'ouverture le 25 du mois de .
Mars. Le ſieur Bryon Ancien Premier Violon de
l'Académie de Grenoble y a joué un Concerto de
ſa compoſition, ſon goût & ſon exécution lui ont
mérité l'applaudiſſement des Connoiſſeurs. -
· On y a exécuté le Pſeaume Benedictus qui docet,
Motet à grand Choeur & Symphonie de la com
poſition du ſieur de Rouſſy Ancien Maître de Mu
ſique de l'Egliſe de Troyes. La tournure de ſon
chant, les traits d'harmonie bien amenés, l'ar
rangement des choeurs , lui ont mérité l'éloge
des Connoiſſeurs.
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Résumé : « MM. les Amateurs de Musique tenants Concert dans l'Hôtel-de-Ville de Troyes, [...] »
Les Amateurs de Musique de Troyes ont créé une Académie musicale le 25 mars. Le sieur Bryon a interprété un concerto acclamé. Le sieur de Roussy a présenté un motet salué pour son chant et son harmonie. Les deux œuvres ont été appréciées par les connaisseurs.
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460
p. 209-210
« Le sieur Laigle Marchand rue Carmes à Rouen, avertit Messieurs les Auteurs [...] »
Début :
Le sieur Laigle Marchand rue Carmes à Rouen, avertit Messieurs les Auteurs [...]
Mots clefs :
Marchand, Auteurs de musique, Magasin, Ouvrage
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texteReconnaissance textuelle : « Le sieur Laigle Marchand rue Carmes à Rouen, avertit Messieurs les Auteurs [...] »
Le ſieur Laigle Marchand rue des Carmes à
Rouen, avertit Meſſieurs les Auteurs de Muſique,
que depuis vingt années il fait ſeul ce commerce
dans ladite, Ville & que pour rendre ſon Ma
gaſin plus complet & plus général, & leur pro
curer par-la un plus grand débit de leurs Ou- .
vrages, il recevra pour leur compte celle qu'ils
voudront lui envoyer , ils auront la bonté de
s'adreſſer à Paris à M. Bordet Maître de Flute
Traverſiere, rue S. Denis, preſque vis-à-vis le
paſſage de l'ancien Grand-Cerf, la porte Cochere
-
2 I o M E R C U R E DE F RAN C E.
à côté d'un † à qui l'on adreſſera les Let
tTeS Ou paquets trancs de ports.
Rouen, avertit Meſſieurs les Auteurs de Muſique,
que depuis vingt années il fait ſeul ce commerce
dans ladite, Ville & que pour rendre ſon Ma
gaſin plus complet & plus général, & leur pro
curer par-la un plus grand débit de leurs Ou- .
vrages, il recevra pour leur compte celle qu'ils
voudront lui envoyer , ils auront la bonté de
s'adreſſer à Paris à M. Bordet Maître de Flute
Traverſiere, rue S. Denis, preſque vis-à-vis le
paſſage de l'ancien Grand-Cerf, la porte Cochere
-
2 I o M E R C U R E DE F RAN C E.
à côté d'un † à qui l'on adreſſera les Let
tTeS Ou paquets trancs de ports.
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Résumé : « Le sieur Laigle Marchand rue Carmes à Rouen, avertit Messieurs les Auteurs [...] »
Le sieur Laigle, résidant à Rouen, est le seul commerçant de musique depuis vingt ans. Il propose aux auteurs de musique de lui envoyer leurs œuvres pour enrichir son magasin. Les auteurs doivent contacter M. Bordet, maître de flûte, à Paris, rue Saint-Denis, pour envoyer leurs lettres ou paquets, frais de port inclus.
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461
p. 73-102
EXAMEN des réfléxions de M. Dalembert sur la liberté de la Musique. IVe vol. des Mélanges de Littérature, d'Histoire, & de Philosophie.
Début :
Les réflexions de M. Dalembert sur la liberté de la Musique, ou plutôt sur [...]
Mots clefs :
Musique, Récitatif, Chant, Jean Le Rond d'Alembert, Voix, Italiens, Opéra, Langue, Expression, Airs, Déclamation, Caractère, Goût, Musique italienne, Italien, Nature, Musiciens, Nombre, Art, Morceaux, Musicien, Harmonie, Discours, Genre, Tons, Nation, Paroles, Naturel, Intervalles, Pathétique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXAMEN des réfléxions de M. Dalembert sur la liberté de la Musique. IVe vol. des Mélanges de Littérature, d'Histoire, & de Philosophie.
EXAMEN des réfléxions de M. Dalembert
fur la liberté de la Mufique. I Ve vol.
des Mélanges de Littérature , d'Hiftoire,
& de Philofophie.
L
Es réfléxions de M. Dalembert fur
la liberté de la Mufique , ou plutôt ſur
les avantages de la Mufique Italienne
comparée à la nôtre , trouveroient parmi
nous moins de Contradicteurs qu'il ne
penfe s'il les avoit réduites à ce qu'elles
ont d'effentiel. Ceft un principe reçu
en France comme en Italie & partout
ailleurs , que la Mufique doit exprimer
& peindre. Il ne s'agit que de fçavoir en
quoi l'Art s'éloigne ou s'approche de ce
but , foit dans la Mufique Françoife , foir
dans la Mufique Italienne . Les morceaux
de l'une & de l'autre qui rendront vivement
la nature , feront les modèles de
· la bonne Mufique ; les morceaux qui
manqueront de coloris ou de deffein ,
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
feront les exemples de la mauvaiſe , & il
n'y aura dès-lors que deux fortes de Mufique
au monde , fçavoir , la bonne &
la mauvaiſe. Dire que la Mufique Françoiſe
eft la mauvaife , & que l'Italienne
eſt la bonne , c'eft fuppofer dans l'une
un principe vicieux par effence , dans
l'autre un caractère de beauté & de bonté
inimitable ; c'eft du moins ainfi qu'on
l'entend , & voilà pourquoi l'on n'eft
point d'accord. Examinons la choſe en
détail .
M. Dalembert reconnoît que la forme
de notre Opéra eft fans comparaifon plus
variće & plus agréable que celle de l'Opéra
Italien. » Chez nous , dit - il , la
Comédie eft le fpectacle de l'efprit , la
» Tragédie celui de l'ame , l'Opéra celui
» des fens. J'admets cette diſtinction ,
pourvu que le caractere dominant attri
bué à chacun de ces Spectacles ne foit
pas exclufif; car je ne penfe point que l'il-
Jufion & l'intérêt foient bannis duThéâtre
du merveilleux. M. D. avoue qu'une ſcène
en Mufique nous arrache quelquefois des
Jarmes , c'eft avouer que le chant n'exclut
point le pathétique de l'expreffion. Il
ajoute que fi la Mufique touchante fait
couler nos pleurs , c'eſt toujours en allant
au coeur par les fens , & qu'elle différe en
<
JUILLET. 1759. 75
cela de la Tragédie déclamée qui va au
coeur par la peinture & le développement
des paffions . Mais les impreffions que la
peinture , le développement des paffions
fait fur l'ame , y vont de même par les
fens , foit qu'on déclame ou que l'on
chante . L'attendriffement que le chant
nous caufe, tient plus de l'émotion phyfique
de l'organe , je l'avoue ; mais il n'en
a pas moins pour premier principe une
affection de l'ame exprimée par le chant .
M. Dalembert reconnoît lui-même que
» la Mufique n'eft propre par fa nature
qu'à rendre avec énergie les impreffions
» vives , les fentimens profonds , les paí-
>> fions violentes , ou à peindre les objets
»qui les font naître . »
La que
preuve
en eft
la Mufique
qui ne peint
rien , eft une Mufique
infipide
.
Auffi M. de Fontenelle
demandoit
-il ,
Sonate , que me veux- tu ? que le merveilleux
, le chant
lui - même
& tout ce qui s'éloigne
de la nature
rende
l'illu- fion plus foible
& l'intérêt
moins
vif, cela doit être ; mais cela prouve
feulement que l'Opéra
eft moins
pathétique
, moins intéreffant
que la Tragédie
, fans toutefois
être réduit
à la feule émotion
des fens. La plupart
même
des réfléxions
de M. Dalembert
portent
fur ce principe
, Que
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
l'Opéra doit affecter l'ame par l'expreffion
du fentiment , & l'imagination par
la force & la vérité des peintures .
Il eſt donc de l'effence de ce ſpectacle
de réunir tout ce qui peut charmer la vue
& l'oreille , étonner ou flatter l'imagination
, émouvoir l'ame & l'attendrir.
L'Opéra Italien donne moins au plaifir
des yeux, pour s'attacher aux affections
de l'ame : mais il manque l'un de fes objets
, & il ne remplit jamais l'autre . Les
Tragédies de Métaftafe , en mufique, n'ont
ni l'intérêt de celles de Racine , ni le
charme de celles de Quinault ; c'est l'opinion
de M. Dalembert , & fi les Italiens
font de bonne foi , ils avoueront
qu'elle eft fondée .
و د
» Si nous étions réduits à l'alternative
» ou de conſerver notre Opéra tel qu'il eſt
» ou d'y fubftituer l'Opéra Italien; peutêtre
conclut M. Dalembert , » ferions-
» nous bien de prendre le premier parti..
» Mais ne feroit- il pas poffible en confer
» vant le genre de notre Opéra tel qu'il
eft , d'y faire par rapport à la Mufique
» des changemens qui le rendroient bien-
" tôt fupérieur à l'Opéra Italien ? » A cette
propofition il n'eft perfonne qui n'applaudiffe
. Mais celle - ci ne fera pas auffi unani
mement reçue. » Il paroît que le feul
"
JUILLET: 1759. 77
» moyen d'y parvenir eft de fubftituer ,
» s'il eft poffible , la Mufique Italienne à
» la Françoife ». Voyons ce qu'il entend
par-là.
» Nous fuppofons , dit - il , comme un'
» fait qui n'a pas befoin d'être prouvé ,
» la fupériorité de la Mufique Italienne
» fur la nôtre ».
J'entends à merveille ce que c'eft que
la diſtinction de deux Langues , & la
fupériorité de l'une fur l'autre ; mais je
n'entends pas la diftinction de deux Mu
fiques. Une Langue a des mots, des tours,
des nombres , une harmonie, une fyntaxe ,
une profodie qui lui font propres , & qui
lui donnent les moyens d'exprimer ce
qu'une autre Langue ne peut rendre. Mais
les tons , les modes , les mouvemens ,
Pharmonie & la mélodie de la Mufique ,
font les mêmes dans tous les Pays du
monde. Il n'y a donc qu'une feule Mufique
: c'eft une Langue univerfelle que les
uns parlent mieux que les autres ; mais il
n'eft décidé nulle- part qu'on doive parler
mal cette Langue . Je fuppofe que le plus
grand nombre des Muficiens François
ayent fait de mauvaiſe Muſique , & que
la Nation l'ait goutée , ne connoiffant ou
n'ayant rien de mieux : s'eft - elle refuſée
à la bonne , dès qu'on lui en a préfenté ?
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
Le préjugé a-t-il fait tomber Hyppolite ,
Caftor , Pigmalion , &c. Le goût de la
Nation n'a donc pas donné à la mauvaiſe
Mufique une préférence exclufive fur la
bonne la Mufique Françoife peut donc
être excellente , comme la Mufique Italienne
peut être mauvaiſe ; & jufques- là
je ne vois entr'elles rien qui foit propre
à l'une ou à l'autre , & qui les diftingue
effentiellement.
و ر
» Les Partifans de la Mufique Françoi-
» fe , dit M. Dalembert , prétendent que
» le beau fimple en fait le caractère , &
» ils appellent fimple ce qui eft froid &
» commun , fans force , fans ame & fans
» idée. S'il y a des Sots qui penfent ainsi ,
ya
leur opinion ne doit pas être prife pour
le fuffrage de la Nation . Elle penfe que
tout ce qui eft beau eft fimple ; mais elle
ne pense pas que tout ce qui eft ſimple
foit beau. Peut -être le goût de la multitude
n'eft- il pas encore affez formé pour
être délicat & févère fur les nuances : mais
M. Dalembert avoue lui - même que les
beautés réelles enlèvent une admiration
unanime. J'en appelle encore aux fuccès
de M. Rameau ; j'en appelle à l'impreffion
que font fur les oreilles françoifes
les plus beaux morceaux des Opéra Italiens
, quoique affez mal exécutés dans
JUILLET. 1759. 79
nos concerts ; j'en appelle au fuccès des
intermèdes bouffons , qu'on ne fe laffe
point d'entendre avec des paroles Françoiſes.
» M. Rameau , dit M. Dalembert ,
» eût manqué fon but en allant plus loin ;
» il nous a donné non pas la meilleure Mufique
dont il fût capable , mais la meil-
» leure que nous puffions recevoir. » Je
fuis perfuadé que M. Rameau a fait de fon
mieux ; mais s'il a voulu nous ménager ,
Pergolefe & Venci n'ont pas eu la même
complaifance : or que l'on prenne au hafard
deux mille Auditeurs parmi les gens
cultivés , & qu'on exécute bien les morceaux
de récit obligé & les airs pathétiques
de l'Olimpiade & de l'Artaxerce ,
jofe affurer qu'ils feront applaudis avec
le même enthouſiafme que la harangue
de Tirtée & le monologue de Caftor.
Voyons cependant quel est le caractère
de ce qu'on appelle la Mufique Françoiſe,
& à quoi il tient qu'on ne la diftingue
plus de ce qu'on appelle la Mafique Italienne.
» Il y a , dit M. Dalembert , dans notre
» Mufique , trois choſes à conſidérer, le ré-
» citatif, les airs chantans & les fympho-
» nies. » Il reproche au récitatif de Lully
de manquer fouvent à la profodie de la
langue. C'eſt un fait qu'il a fans doute
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
"
ور
33
"
r
vérifié ; mais il n'eft point du tout effentiel
à notre récitatif de manquer à la
profodie
, c'eft une maladreffe du Muficien ,
& non pas un défaut de la Mufique. « Le
» récitatif des Italiens , dit-il , eft plus
analogue à leur langue que le récitatif
françois ne l'eft à la nôtre. Ils paroiffent
» avoir bien mieux étudié que nous la
marche & les inflexions de la voix dans
»la converfation. » Si cela eft , la faute
en eſt encore aux Compofiteurs François ,
qui , avec plus d'étude ou de talent, peuvent
égaler en cela les Italiens fans rien
changer à l'effence de la modulation fran
çoiſe ; car le chant devant être l'imitation
exagérée de la déclamation théâtrale , &
les infléxions du langage naturel n'étant
pas les mêmes dans le François que dans
Î'Italien , il s'enfuit que le chant françois
doit avoir une modulation notée fur les
accens de notre langue , comme le chant
des Italiens doit fuivre les intonations &
les inflexions de la teur.
M. Dalembert obferve que le récitatif
Italien déplaît à la plupart des oreilles
françoifes ; mais je doute que l'habitude
de l'entendre jointe à la connoiffance de
la langue italienne & de fa profodie nous
le fit gouter comme il le prétend. J'obferve
même que la plupart de ceux à qui le ré
JUILLET. 1759 .
81
citatif italien déplaît , aiment l'accent naturel
de la langue italienne ; enfin la maniere
dont les Italiens entendent leur
Opéra prouve affez qu'ils s'ennuvent euxmêmes
de cette eſpèce de déclamation ,
» dont la route uniforme & non interrompue
produit une monotonie infuppor
table. » M. Dalembert répond d'abord.
en récriminant. Il ajoute que la monotonie
du récitatif eft peut -être un mal nécef
faire,un inconvénient inévitable de la fcène
lyrique, par la raiſon, dit - il , que » dans une :
" Piéce de théâtre tout n'eft pas deftiné
» aux grands mouvemens des paffions, &
qu'il y a des momens de repos où le
Spectateur ne doit qu'écouter fans être
» ému ; que tout doit être chanté dans
» un Opéra , mais que tout ne doit pas
» être chanté de la même maniere, comme:
» dans le difcours tout n'eft pas dit du
» même ton, avec la même froideur & le
»même mouvement.
Selon cette regle au moins tout ce quij
eft vif & paffionné dans la fcène doit être
préfervé de la monotonie : or il me femble
qu'elle eft continue dans le récitatif italien;
mais je n'oferois prendre l'affirmative : je
n'en ai pas affez entendu. Paffons à la
conclufion de M. Dal. » Il doit donc #
avoir entre les airs & le récitatif nee
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
» différence marquée par l'étendue & la
qualité des fons , par la rapidité du débit
»& par le caractère de l'expreffion .
Il doit y avoir felon moi , proportions
gardées , la même différence qu'entre un
morceau de déclamation véhémente &
un morceau moins vifou plus tranquille ,
en forte que la modulation & l'expreffion
du récitatif approchent du caractère d'un
air paffionné à mefure que les paroles du
récitatif approchent elles mêmes du caractère
des paroles que l'air exprime. Ainfi
le récitatif fimple s'élevera par degré jufqu'au
point de véhémence où le récitatif
obligé lui fuccéde , & celui - ci juſqu'au
point où la violence du fentiment, la force
de l'image , en un mot l'expreffion des
paroles , demande les développemens de
la voix & les éclats d'un air chantant. On
diftinguera moins l'air d'avec le récitatif;&
tant mieux :le paffage fera plus naturel & la
gradation mieux obfervée. En effet pourquoi
veut- on une difference tranchantede
fun à l'autre? Un air pathétique eft-il un
morceau ifolé dans une Scène? Le comble
de l'art n'eft - il pas de préparer inſenſiblement
l'oreille & l'ame à cette vive
émotion ? Il eſt des circonstances où l'harmonie
doit caufer une révolution foudaine
, un ébranlement imprévu ; mais le
JUILLET. 1959. 83
Poëte alors prend foin lui- même de ménager
la furpriſe , & le Muficien n'a qu'à
fuivre la marche de la déclamation naturelle
, pour paffer du calme à l'emportement.
Cette exception ne détruit pas
la régle générale de graduer l'expreffion
du fentiment & d'éviter la monotonie.
Ce que je dis des airs paffionnés ou rapides
doit s'entendre des airs tendres ,
voluptueux, enjoués ou languiffans : comme
ils font le dernier degré d'expreffion
dans leur genre , & que l'harmonie en
foutient & en fortifie l'expreffion , ils
n'ont pas besoin pour être fentis du cɔntrafte
d'un récitatif monotone. Il y a
fans doute dans l'Opéra comme dans la
Tragédie des momens froids où une dé
clamation animée feroit un contre-fens ;
mais ces momens font rares & doivent
Pêtre. L'art d'écrire la fcéne lyrique eft
d'en faire un tiflu varié de fentimens &
d'images , & alors ce récitatif doit peindre
par fa mélodie ou l'image ou le lentiment
que la Pocfie lui préfente. Ainfi ni
le récitatif Italien , ni le récitatif François
ne me femble devoir être une décla
mation monotone.
» La nature du chant ordinaire , de ce
qu'on appelle proprement ainsi , com
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
fifte en trois chofes , pourſuit M. Da+
lembert , en ce que la marche Y eft
» plus lente que dans le difcours , en ce
» que l'on appuye fur les fons comme
» pour les faire gouter davantage à l'o-
» reille ; enfin en ce que les tons de la
» voix & les intervalles qu'elle parcourt ,
y varient fréquemment , & prefqu'à
chaque fyllabe. Le premier & le fe
» cond de ces caractéres n'appartiennent
point à un bon récitatif ; le troifiéme
doit à la vérité s'y trouver , mais d'une
→ maniere moins marquée que dans le
chant. D'un côté la rapidité du débit
rend la fucceffion des intervalles moins
fenfible dans le récitatif, & de l'autre
cette fuccceffion doit y être plus fré-
» quente que dans le difcours , mais moins
» que dans le chant ordinaire : voilà ce
que les Italiens ont fenti, voilà ce qu'ils
pratiquent avec raifon , & l'on ofe dire
avec fuccès.
03
29
Je ne fçais. fi je me trompe , mais il
me femble que le récitatif étant un genre
moyen entre le chant & le difcours ,
il doit participer en tout point de l'un &
de l'autre qu'ainfi la marche du réci–
ratif doit être moins rapide que celle du
difcours , & en général plus rapide que
celle du chant ; que dans le récitatif
on
JUILLET. 1759. $.5
doit appuyer fur les fons moins que
dans le chant , mais plus que dans la déclamation
naturelle ; qu'enfin les fons de
la voix doivent être plus variés & les intervalles
plus fenfibles que dans la déclamation,
comme ils doivent l'être moins
que dans le chant . M. Dalembert ne permet
au récitatif de differer du difcours
que dans ce dernier point , le premier &
le fecond caractère qu' attribue au chant
n'appartiennent point , dit- il , à un bon
récitatif : non fans doute au même degré
, mais je crois qu'il doit les avoir
dans une proportion moyenne , & comme
tenant le milieu entre le difcours &
le chant. Du refte je conviens avec M. D..
que le débit en eft perdu au Théâtre. Les
plus zélés Partiſans de Lully font les premiers
à l'avouer ; mais c'eft encore la
faute des Acteurs , & non pas celle de la
Mufique.
» Si le récitatif , comme tout le monde
» en convient , doit n'être qu'une décla
» mation notée , on peut en conclure ,
dit M. Dalembert , » qu'une des loix les
» plus eſſentielles à obſerver dans le réci—
» tatif , c'eſt de n'y pas faire parcourir à
» la voix un auffi grand efpace que dans
» le chant , & d'en régler l'étendue fur
» celle des tons de la voix dans la décla
86 MERCURE DE FRANCE.
" mation ordinaire. Le feul cas où l'on
puiffe fe permettre de fortir des limites
» naturelles de la voix , c'eſt dans certains
» momens où la voix , même en décla-
» mant , franchiroit ces limites ; encore
» ces momens doivent être rares , & même
ne fe rencontrer guère que dans le
» récitatif obligé , qui par fon objet , fon
" accompagnement & fon caractère , doit
" approcher un peu plus du chant . »
Ce n'eft qu'avec une extrême défiance
de moi - même que d'un principe pofé par
M. Dalembert , je tire une conféquence
oppofée à la fienne. Si le récitatif doit
être une déclamation notée , les intervalles
à parcourir doivent être fenfibles :
dans le chant la voix ne procéde que
par tons & par demi- tons , au lieu que
dans le difcours elle s'élève ou s'abbaiſſe
par degrés fouvent inappréciables.Si d'un
autre côté , comme l'a reconna M. Dalembert
, les tons & les intervalles que
parcourt la voix dans le récitatif , doivent
être plus variés que dans le diſcours , il
у a dans une période un plus grand nombre
d'intervalles à parcourir dans le récitatif
que dans le difcours . Or un plus grand
nombre de plus grands intervalles demandent
une plus grande étendue de voix : il
eft donc d'une néceffité indiſpenſable
JUILLET. 1759. 87
que dans le récitatif la voix franchiffe fes
limites naturelles , c'eft - à - dire , qu'elle
s'éleve & s'abbaiffe beaucoup plus que
dans le diſcours. Il y a longtemps que je
regarde la déclamation muſicale comme
fuivant à-peu- près les mêmes infléxions
que le langage naturel , mais formant ,
s'il eft permis de le dire , des ondulations
plus profondes . Suivant cette idée , la
raifon de la monotonie qui nous frappe
dans le récitatif Italien , n'eft pas difficile
à fentir : car les Italiens ne donnant à la
voix , dans leur récitatif, que fon étendue
naturelle , & les intervalles à parcourir
étant plus grands que dans le diſcours ,
il a fallu les reduire à un plus petit nombre
, & par conféquent réciter fur un
même ton ce qui dans la déclamation
naturelle exigeroit plufieurs inflexions différentes.
On dit que les Chanteurs habiles fçavent
fuppléer à ces inflexions : j'en ai
entendu qui paffoient pour tels , & ceuxlà
même m'ont paru monotones.
A l'é ard de notre récitatif , ayant un
plus grand etpace à parcourir , il eft
moins gêné , moins à l'étroit dans fa
marche ; d'où je conclus qu'un Artiſte
habile peut lui donner plus de variété .
Mais voici l'article important,
88 MERCURE DE FRANCE.
מ
ל כ
" Les cadences , les tenues , les ports
» de voix que nous y prodiguons feront
» toujours , dit M. Dalembert , un écueil
infurmontable au débit ou à l'agrément
» du récitatif: fila voix appuye fur tous
» ces ornemens , le récitatif traînera ; fi
» elle les précipite , il reffemblera à un
chant mutilé. Ne feroit- il pas poffible
» en fupprimant toutes ces entraves , de
" donner au récit François une forme
plus approchante de la déclamation ?
29
J'ignore cominent le Public recevroit
l'effai que M. D. propofe ; mais je connois
des Muficiens habiles & un grand
nombre de gens de goût que l'abus de
ces cadences , de ces tenues, de ces ports .
de voix excéde dans la déclamation mus
ficale , & qui applaudiroient bien fincéres
ment à la noble fimplicité d'un débit
plus naturel & plus rapide. Il fut untemps
où les Acteurs pafoient légérement
fur tous ces agrémens , & je ne crois pas
que la maniere de déclamer libre, fimple,
facile & noble qu'on applaudiffoit dans
Tevenard, fit un chant mutilé du récitatif
de Lully. Mais en fuppofant que quel--
qu'un ofât fupprimer tout-à-fait les ca→
dences , les ports de voix &c. il y auroit
an moyen bien avantageux , à ce qu'il
me femble, de fe dédommager de la
JUILLET. 1759.1 $9.
perte de tous ces petits agrémens , & de
donner à notre récitatif plus de chaleur
& de variété : ce feroit d'employer dans
les morceaux fufceptibles d'une expreffion
vive ou touchante , ce que les Italiens
appellent récitatif obligé , & quelquefois
des airs chantans à leur maniere ,
mais fans aucun de ces papillotages ridicules
qu'ils y mêlent pour faire briller la
voix. Le pathétique de ces morceaux eft
la feule fupériorité réelle que leur Opéra
ait fur le nôtre , & nos Muficiens modernes
ont fait des effais dans ce genre
qui annoncent le plus grand fuccès. Dès -
lors le Poëte d'accord avec le Muficien ,
ménageroit dans le cours de la Scène des
images vives , des traits de fentimens
tantôt plus doux , tantôt plus rapides , &
l'harmonie à chaque inftant ranimeroit le
récitatif : mais il ne faut pas ſe diffimuler
que la Scène ainſi variée eſt une
épreuve continuelle pour le talent du
Compofiteur.
On ne peut fe refufer aux réflexions de
M. Dalembert fur la vérité de l'expreffion
dans la déclamation muficale. Le morceau
de Dardanus qu'il en donne pour modèle
eft bien plus digne d'admiration que tout
ce qu'on a cité de Lully : Je ne prétends
pas, dit-il, » décider abfolument (quelque
.༡༠
90 MERCURE DE FRANCE
porté que je fois à la croire ) que notre
» récitatif réuffit fur le Théâtre de l'Opera
» étant débité comme je le propoſe à l'I-
» talienne & avec rapidité ... Mais il pa-
» roît au moins inconteftable qu'on doit
"rejetter tout récitatif qui étant débité de
»la forte hors du Théâtre , choquera
" groffièrement nos oreilles. C'est une
"preuve certaine que l'Artifte s'eft grof-
»fièrement écarté des tons de la Nature
» qu'il doit avoir toujours préfens. » Cette
règle me paroît infaillible ; toutefois M.
Rameau lui-même ne croit pas que la
modulation du chant doive être une imitation
fervilement exacte de la déclamation
naturelle. Il prétend que c'eſt l'harmonie
qui détermine furtout le caractère
de l'expreffion , & il m'en a donné
exemple les vers du Monologue de
Caftor,
"
Triftes apprêts , pâles flambeaux ,
Jours plus affreux que les ténébres ,
pour
qui dans le même ton & avec une modulation
différente , expriment le même
fentiment .
Le récitatif doit être fimple , naturel ,
expreffif & rapide. Je fuppofe qu'il eft tel
dans la bonne Mufique Italienne ; il l'eft
moins,fouvent, fi l'on veut,dans la Mufique
JUILLET. 1759 . 91
Françoife; mais il peut l'être ni la nature
de la Langue, ni celle de la Mufique, ni le
goût même de la Nation ne s'y oppofe; &
l'on tient encore par habitude aux petits
agrémens qu'on y a mêlés , au moins
defire- t- on que les Muficiens en foient
avares & que les Acteurs n'en abuſent
pas. L'étendue qu'on lui reproche au -delà
des limites de la déclamation naturelle ,
lui donne plus de variété : par -là il peut
s'élever par gradation jufqu'au chant qui
lui fuccéde , & le paffage de l'un à l'autre
en eft beaucoup plus naturel . Je ne vois
donc pas à cet égard de quoi défeſpérer
que nous ayons de bonne Mufique , ni
que pour la rendre telle il faille la dénaturer.
» Si le récitatif de nos Opéra nous
» ennuye , reprend M. Dalembert , les
>> airs chantans ne nous offrent guéres de
" quoi nous dédommager. Nous avons
déjà obfervé en général qu'ils différent
"trop peu du récitatif , cette reflemblan-
" ce fe remarque furtout dans les Scènes.
» Elle est un peu moindre entre le réci
" tatif des Scènes & quelques airs placés
» dans les divertiffemens , où nos Mufi-
» ciens modernes ont ofé quelquefois fe
donner carrière.
Les airs placés dans les Divertiffe
32,
MERCURE DE FRANCE.
mens ne doivent être comptés pour rien:
il faut les regarder comme les airs de
Danfes , deftinés à récréer les Spectateurs
& à donner de la variété au Spectacle.
Dans l'Opéra Italien , les Ariétes chantées
à la fin des Scènes par les Perfonnages les
plus intéreffés à l'action & quelquefois
dans les fituations les plus violentes , font
encore plus ridicules. Le mérite effentiel
de ces Ariétes & de nos petits airs
confifte à faire briller une jolie voix. Si le
Poëte y donne quelque image à peindre
au Muficien , fi le Muficien réuffit à la
rendre , c'eſt un agrément de plus ; mais
tout cela eft peu de chofe. Les Italiens
plus exercés que nous à ce badinage , y
excellent. Avec de l'exercice & du talent
nos Muficiens y excelleront auffi . Le goût
de la Nation leur laiffe toute liberté. Les
parodies des airs bouffons prouvent que
la Langue ne s'y oppofe pas ; la mufique
en eft partout également fufceptible , &
fi la répugnance que nous avons à entendre
badiner à tout propos fur une voyelle,
ne permet pas à nos Artiſtes de tirer d'un
A tout le parti qu'en tirent les Italiens ,
les pas. brillans de nos Danfeufes nous
dédommagent des fredons de leurs Chanteurs
efféminés . M. Dalembert avoue luimême
que du côté des fymphonies dan
JUILLET. 1759. 93
fantes nous avons de l'avantage fur eux.
Venons à quelque chofe de plus effentiel.
Les Italiens ont des airs pathétiques ,
& en grand nombre , & de la plus grande
beauté . Ces airs font gâtés par des agrémens
contre nature ; & quoi qu'on en
dife , Andromaque & Mérope ne doivent
dans leur douleur ni rouler un fon plaintif
, ni le terminer par un point d'orgue .
Cependant tel eft le caractère de cette
Mufique , le naturel de la modulation ,
le choix des fons qui accompagnent la
voix , & qui ajoutent à l'expreffion , en
un mot , la magie de l'art des Italiens
dans ces morceaux pathétiques , qu'ils
vous faififfent , vous pénètrent , vous attendriffent
quelquefois jufqu'aux larmes.
Ceft là réellement & dans le récitatif
accompagné , qu'ils font fupérieurs aux
François , c'eft la partie qu'on doit leur
envier , & dans laquelle nos plus fçavans
Artiftes ne doivent pas rougir de les prendre
pour Maîtres. Mais ce genre fublime
n'appartient pas plus à la Mufique Italienne
qu'à la Mufique Françoife , & il
n'eft pas plus mal -aifé aux Poctes François
qu'aux Poëtes Italiens d'y donner lieu.
En général les airs mefurés de nos Scènes
ne reffemblent point à cela ; mais la prière
de Théfée dans Hypolite , le Monologue
94
MERCURE DE FRANCE.
de Thelaire dans Caftor , la Harangue de
Tirtée , & bien d'autres, font de ce genre.
Il faut du génie pour y exceller ; mais
cette condition eſt la même pour les Italiens
& pour nous. Tous les Muficiens
d'Italie , à beaucoup près , n'y ont pas
réuffi , & c'eft furtout dans cette partie
que les Modernes dégénèrent : leur goût
pour les ponpons , s'il eft permis de le
dire , a tout gâté dans le pathétique , &
les Connoiffeurs regrettent amèrement la
fimplicité touchante de leurs anciens
Compofiteurs. C'est à ces modèles que
nos Muficiens doivent s'attacher ; mais le
grand mérite de ces morceaux , comme
l'obferve M. Dalembert , c'est d'être liés
à la fituation, & d'en augmenter l'intérêt :
ceci eft l'ouvrage du Poete , & l'on ne
peut trop louer le célèbre Métaſtaſe de
l'art avec lequel il a ménagé au Muficien
des tableaux pathétiques , des fituations
violentes , des mouvemens pleins de chaleur
& de force à exprimer dans les airs.
» Point de véritable chant fans expreffion
, dit notre Philofophe , & c'eft en
» quoi la Mufique des Italiens excelle ;
» il n'eft aucun genre de fentiment dont
» elle ne fourniffe des modèles inimita-
» bles. Tantôt douce & infinuante , tan-
» tôt folâtre & gaye , tantôt fimple &
"
JUILLET. 1759 . 95
» naïve , tantôt enfin fublime & pathéti-
» que ; tour- à-tour elle nous charme ,
» nous enléve & nous déchire. » Tout
cela eft vrai , hors inimitable , qu'on ne
doit pas prendre à la lettre. Les encou
ragemens , l'émulation , la rivalité , le
concours nombreux des Artiftes , la direction
générale des efprits vers un objet
, le gout paffionné d'une Nation pour
un Art , font les caufes infaillibles de fes
progrès , & de tout cela réfulte le fuccès
de la Mufique en Italie. Il n'eft pas jufqu'à
l'humanité même que les Italiens
n'y ayent facrifié. Notre goût léger &
tranquille n'a pas excité la même fermentation
, les mêmes efforts , le même
concours. On fe contente dans nos Eglifes
de pfalmodier les louanges de Dieu ;
nos villes n'ont pas toutes un Opéra magnifique
; les dépenfes de la Nobleffe
Françoife & des Citoyens opulens ne fe
tournent pas de ce côté ; nous laiffons à
nos enfans la voix que leur a donnée la
Nature. Il n'eft pas étonnant que les
Italiens ayent été plus loin que nous
dans un Art qu'ils adorent & que nous
aimons foiblement. Mais cet avantage
n'eft dû ni à leur Langue ni à leur Mufique
, & il ne tient qu'aux Muficiens de
génie de prouver qu'il eft très - poffible de
96 MERCURE DE FRANCE.
compofer fur des vers François, par exemple
fur ceux de Quinault , des morceaux
de Mufique comparables à ceux que
nous admirons le plus dans les Opéra Italiens.
Mais le génie eft une chofe rare dans
tous les Pays du Monde : ce n'eſt que
parmi le grand nombre de ceux qui s'exercent
dans un Art que les talens fupérieurs
fe découvrent : en France un Muficien
excellent s'éléve par hafard ; en Italie
il n'eſt preſque pas poffible qu'il n'en paroiffe
quelqu'un dans le nombre. Voilà ce
qui retardera vraiſemblablement la pérfection
de ce qu'on appelle notre Mufique,
& qui au fond n'eft que la Mufique de
toutes les Nations , modifiée ſelon le génie
& le caractère d'une Langue moins
docile , peut- être , moins fonore que l'Italien
, mais affez fléxible , affez harmo
nieufe pour ne fe refufer à aucune forte
d'expreffion , & pour recevoir tous les
genres de modulation & de mouvement.
M. Dal. trouvera peut-être que j'ai trop
infifté fur une difpute de mots , en niant
que les fautes de nos Muficiens foient les
défauts de notre Mufique . Mais ce n'eſt
pas pour lui que je m'attache à lever
l'équivoque , & je le prie de trouver bon
que je diftingue encore au fujet des accompagnemens.
"
» La
JUILLET. 1759 . 97
>>
La fureur de nos Muficiens Fran-
» çois eft , dit- il , d'entaffer parties fur
parties . C'eft dans le bruit qu'il font
» confifter l'effet ... Une harmonie bien
» entendue nourrit & foutient agréable-
» ment le chant ; alors l'oreille la moins
exercée fait naturellement & fans étude
» une égale attention à toutes les parties :
fon plaifir continue d'être un , parce
" que fon attention quoique portée fur
» différens objets eft toujours une. C'est
en quoi confifte un des principaux
" charmes de la bonne Mufique Italien-
"ne. » Et pourquoi non pas de la bonne
Mufique Françoife ? N'a - t - elle point
d'exemple de cette unité , je ne les ai pas
tous préfents , mais je me fouviens d'un
morceau du Prologue des Indes Galantes ,
La gloire vous appelle ,
d'une mufette des Talens lyriques ,"
Suivons les loix ,
d'une Ariéte de Platée
Quittez , Nymphes , quittez vos demeures profondes.
le
Et de beaucoup d'autres airs où certainement
la mélodie n'eft pas couverte par
bruit des inftrumens où l'harmonie loin
II. Vol.
›
E
98 MERCURE DE FRANCE.
de jetter de la confufion dans l'oreille ,
ajoute un nouveau charme au plaifir que
lui fait le chant : & fi quelques-uns de
nos Muficiens donnent fouvent dans le
défaut que M. Dalembert leur reproche ,
tout ce qu'on en doit conclure , c'eft
que la bonne Mufique eft rare en France
comme elle l'eft plus ou moins partout.
La mefure , dit M. Dalembert , man-
» que à notre Mufique par plufieurs rai-
» fons ; par l'incapacité de la plupart de
» nos Acteurs , par la nature de notre
» chant , par celle des prétendus agré
» mens dont nous le chargeons » : Je fouf
cris à la première de ces raifons , mais
j'ofe douter des deux autres. Une meſure
moins articulée n'en eſt pas moins exacte ;
il faut feulement une oreille plus jufte
pour l'obferver , comme pour éviter en
la fuivant les écueils trop fréquens fans
doute des prétendus agrémens du chant.
A l'égard de la variété des mouvemens,
je vais haſarder une choſe bien hardie ;
mais je parle en homme qui n'a dans cet
art que le pur inftinct de la Nature.
» Nous ne fçaurions nous perfuader , dit
M. Dalembert , » grace à la fineffe de no-
>> tre tact en Mufique , qu'une meſure
vive & rapide puiffe exprimer un autre
fentiment que la joie comme fi une
JUILLET. 1759 : 99
» douleur vive & furieufe parloit lente-
» ment. » Je fuis très- perfuadé , comme
tout homme qui a réfléchi , que le mouvement
de la Mufique doit fuivre celui
de l'ame , & que tout ſentiment vif &
rapide doit être rendu tel qu'il eft : cependant
, obſerve M. Dalembert , » les mor-
» ceaux vifs du Stabat , exécutés gaîment
» au Concert - fpirituel , ont paru des
>> contrefens à plufieurs de ceux qui les
» ont entendus. » J'avoue que je fuis de
ce nombre , & ce n'eft pas feulement la
gaîté qui m'en a déplu. Que l'on chante
comme on voudra l'air que Pergoleſe a
a mis fur ces paroles ,
Cujus animam gementem ,
je trouverai encore déplacé le mouvement
vif à deux temps , par la raiſon que l'affiction
& la douleur profonde ne font
pas de ces fentimens rapides dont parle
M. Dalembert , & que la nature répugne
en moi au mouvement qu'on leur a donné
: il en eft de même de quelques autres
morceaux de cet ouvrage , où il y en a de
ſublimes , mais où vraiſemblablement le
Muficien a été obligé de renoncer quelquefois
à la vérité de l'expreffion pour
éviter la monotonie.
Enfin M. Dalembert examine fi l'on
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
peut tranfporter à la Langue Françoife
les beautés de la Mufique Italienne . Il
penſe qu'oui , & je n'en doute pas : il ne
s'agit que de nous entendre . Notre Langue
, ou plutôt notre goût , fe refuſe aux
badinages de la voix dans le férieux pathétique
, fur une fyllabe qui ne fignifie
rien. Ainfi tout ce qui n'eft que du ramage
eft interdit à nos Muficiens dans
une Scène inté: effante. Or M. Dalembert
avoue que tout cela eft de mauvais goût
même dans la Mufique Italienne , & il
reproche aux Modernes de l'avoir char
gée de ces vains ornemens. La Mufique
bouffonne en eft plus fufceptible ; nous
l'avons unanimement adoptée , & nos
premiers effais ont prouvé que notre Langue
s'en accommodoit à merveille : mais
il s'agit ici de la Mufique de nos Tragédies
, & il eft certain que dans ce genre
ces badinages ne font pas des beautés .
La fimplicité des accompagnemens ,
l'unité de deffein & d'expreffion du chant
avec l'harmonie qui l'accompagne , n'eſt
pas plus difficile à obferver fur des paro
les Françoifes que fur des paroles Italiennes
; c'eft un fait inconteftable , & que
l'expérience a déja prouvé.
La vérité , la force de l'expreffion dans
la mélodie & dans l'harmonie , le choix
JUILLET. 1759.
ΙΟΙ
des tons & des modes , le nombre & le
mouvement le plus analogue au fentiment
ou à l'image que l'on doit rendre ,
la préciſion même de la meſure , tout cela
eft compatible avec des paroles Françoiſes
comme avec des paroles Italiennes.
La profodie de notre Langue n'eft peutêtre
pas aflez déterminée ; mais elle n'en
eft
que plus docile aux mouvemens qu'on
veut lui donner. Nos fyllabes abſolument
muettes font bannies de la Poëfie lyrique
, & l'E féminin foutenu d'une confonne
, eft affez fenfible dans le chant ,
comme dans le nombre des vers , pour
appuyer une note brève. Que le Poëte
fcache manier la Langue , qu'il foit d'accord
avec le Muficien , les difficultés de
la profodie feront facilement ou applanies
ou éludées .
De tous les reproches faits à ce qu'on
appelle la Mufique Françoife , il n'y en a
donc qu'un feul qui porte fur un vice inhérent
& diftinctif, fi c'en eft un: je parle des
prétendus agrémens de notre récitatif.
La manière dont il eft chanté , la lenteur,
les cris qu'on y met , font des défauts généralement
reconnus & blâmés par tous
les
gens de goût J'ai déjà obfervé qu'ils
font du Compofiteur ou de l'exécutant ,
non de la Mufique. Il n'en eft pas de
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
même des ports de voix , des tenues , &
de ce qu'on appelle des cadences . Tout
cela eft indépendant du caractère de la
Langue ; elle fe prêteroit mieux encore à
la fimplicité , à la rapidité d'une déclamation
plus naturelle , qu'aux agrémens
faux ou vrais de ce récitatif chanté . Mais
le Public y tient encore , & fi quelque
chofe diftingue la Mufique Françoiſe , c'eſt
ce caractère attaché au récitatif par le
goût unanime de la Nation. Dans tout le
refte , le Muficien a toute fa liberté , &
l'Art toute ſon étendue. Eſt- ce un défaut,
n'en est-ce pas un ? Faut - il fupprimer
abſolument ces tenues , ces ports de voix,
ces cadences , ou feulement en être moins
prodigue & dans la compofition & dans
l'exécution ? En un mot , devons - nous
préférer un récitatif que les Italiens euxmêmes
ne daignent pas entendre , tout
excellent qu'on le fuppofe , à un récitatif
qui fe fait écouter avec plaifir quand il eſt
chanté avec goût ? C'eft ce qu'il ne m'appartient
pas de décider : mais après tout,
ces agrémens ne pourroient être défectueux
qu'autant qu'ils affoibliroient l'expreffion
du pathétique , & ils ne l'affoibliroient
point fi on les paffoit légèrement.
Du refte , toutes les beautés réelles de
CE
103 JUILLET. 1759 .
es.
COTE
apparla
Mufique font reconnues les mêmes par
les François & par les Italiens ; ils ne
goutent pas tout ce que nous applaudiffons
, nous ne goutons pas tout ce qu'ils
applaudiffent chaque Nation a fes
préjugés , mais l'une & l'autre fe réuniffent
en faveur de ce qui peint vivement
& fidèlement la nature , & tant pis
pour celle des deux qui auroit l'orgueil
de ne trouver beau que ce qui lui
tient. J'en reviens donc à ma propofition.
Il n'y a que deux fortes de Mufique , la
bonne & la mauvaiſe ; la mauvaiſe foifonne
partout , & même en Italie ; la
bonne eft rare partout , & plus rare , fi
l'on veut , en France ; mais en France
mêm , la bonne Mufique fera toujours
applaudie avec entoufiafme , comme elle
l'a été. Nous ne fommes pas encore affez
délicats ou plutôt affez difficiles ; mais
cela vient de ce que nous ne fommes pas
affez riches on s'accoutume naturellement
à aimer ce que l'on a , mais on n'en
eft pas moins fenfible au plaifir de trouver
quelque chofe de mieux ; on l'eft peutêtre
davantage. Ce feroit mal juger par
exemple du goût de celui qui applaudit
en Province une mauvaiſe Actrice , que
de le croire incapable de fentir & d'apprécier
le talent de Mlle Clairon.
fur la liberté de la Mufique. I Ve vol.
des Mélanges de Littérature , d'Hiftoire,
& de Philofophie.
L
Es réfléxions de M. Dalembert fur
la liberté de la Mufique , ou plutôt ſur
les avantages de la Mufique Italienne
comparée à la nôtre , trouveroient parmi
nous moins de Contradicteurs qu'il ne
penfe s'il les avoit réduites à ce qu'elles
ont d'effentiel. Ceft un principe reçu
en France comme en Italie & partout
ailleurs , que la Mufique doit exprimer
& peindre. Il ne s'agit que de fçavoir en
quoi l'Art s'éloigne ou s'approche de ce
but , foit dans la Mufique Françoife , foir
dans la Mufique Italienne . Les morceaux
de l'une & de l'autre qui rendront vivement
la nature , feront les modèles de
· la bonne Mufique ; les morceaux qui
manqueront de coloris ou de deffein ,
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
feront les exemples de la mauvaiſe , & il
n'y aura dès-lors que deux fortes de Mufique
au monde , fçavoir , la bonne &
la mauvaiſe. Dire que la Mufique Françoiſe
eft la mauvaife , & que l'Italienne
eſt la bonne , c'eft fuppofer dans l'une
un principe vicieux par effence , dans
l'autre un caractère de beauté & de bonté
inimitable ; c'eft du moins ainfi qu'on
l'entend , & voilà pourquoi l'on n'eft
point d'accord. Examinons la choſe en
détail .
M. Dalembert reconnoît que la forme
de notre Opéra eft fans comparaifon plus
variće & plus agréable que celle de l'Opéra
Italien. » Chez nous , dit - il , la
Comédie eft le fpectacle de l'efprit , la
» Tragédie celui de l'ame , l'Opéra celui
» des fens. J'admets cette diſtinction ,
pourvu que le caractere dominant attri
bué à chacun de ces Spectacles ne foit
pas exclufif; car je ne penfe point que l'il-
Jufion & l'intérêt foient bannis duThéâtre
du merveilleux. M. D. avoue qu'une ſcène
en Mufique nous arrache quelquefois des
Jarmes , c'eft avouer que le chant n'exclut
point le pathétique de l'expreffion. Il
ajoute que fi la Mufique touchante fait
couler nos pleurs , c'eſt toujours en allant
au coeur par les fens , & qu'elle différe en
<
JUILLET. 1759. 75
cela de la Tragédie déclamée qui va au
coeur par la peinture & le développement
des paffions . Mais les impreffions que la
peinture , le développement des paffions
fait fur l'ame , y vont de même par les
fens , foit qu'on déclame ou que l'on
chante . L'attendriffement que le chant
nous caufe, tient plus de l'émotion phyfique
de l'organe , je l'avoue ; mais il n'en
a pas moins pour premier principe une
affection de l'ame exprimée par le chant .
M. Dalembert reconnoît lui-même que
» la Mufique n'eft propre par fa nature
qu'à rendre avec énergie les impreffions
» vives , les fentimens profonds , les paí-
>> fions violentes , ou à peindre les objets
»qui les font naître . »
La que
preuve
en eft
la Mufique
qui ne peint
rien , eft une Mufique
infipide
.
Auffi M. de Fontenelle
demandoit
-il ,
Sonate , que me veux- tu ? que le merveilleux
, le chant
lui - même
& tout ce qui s'éloigne
de la nature
rende
l'illu- fion plus foible
& l'intérêt
moins
vif, cela doit être ; mais cela prouve
feulement que l'Opéra
eft moins
pathétique
, moins intéreffant
que la Tragédie
, fans toutefois
être réduit
à la feule émotion
des fens. La plupart
même
des réfléxions
de M. Dalembert
portent
fur ce principe
, Que
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
l'Opéra doit affecter l'ame par l'expreffion
du fentiment , & l'imagination par
la force & la vérité des peintures .
Il eſt donc de l'effence de ce ſpectacle
de réunir tout ce qui peut charmer la vue
& l'oreille , étonner ou flatter l'imagination
, émouvoir l'ame & l'attendrir.
L'Opéra Italien donne moins au plaifir
des yeux, pour s'attacher aux affections
de l'ame : mais il manque l'un de fes objets
, & il ne remplit jamais l'autre . Les
Tragédies de Métaftafe , en mufique, n'ont
ni l'intérêt de celles de Racine , ni le
charme de celles de Quinault ; c'est l'opinion
de M. Dalembert , & fi les Italiens
font de bonne foi , ils avoueront
qu'elle eft fondée .
و د
» Si nous étions réduits à l'alternative
» ou de conſerver notre Opéra tel qu'il eſt
» ou d'y fubftituer l'Opéra Italien; peutêtre
conclut M. Dalembert , » ferions-
» nous bien de prendre le premier parti..
» Mais ne feroit- il pas poffible en confer
» vant le genre de notre Opéra tel qu'il
eft , d'y faire par rapport à la Mufique
» des changemens qui le rendroient bien-
" tôt fupérieur à l'Opéra Italien ? » A cette
propofition il n'eft perfonne qui n'applaudiffe
. Mais celle - ci ne fera pas auffi unani
mement reçue. » Il paroît que le feul
"
JUILLET: 1759. 77
» moyen d'y parvenir eft de fubftituer ,
» s'il eft poffible , la Mufique Italienne à
» la Françoife ». Voyons ce qu'il entend
par-là.
» Nous fuppofons , dit - il , comme un'
» fait qui n'a pas befoin d'être prouvé ,
» la fupériorité de la Mufique Italienne
» fur la nôtre ».
J'entends à merveille ce que c'eft que
la diſtinction de deux Langues , & la
fupériorité de l'une fur l'autre ; mais je
n'entends pas la diftinction de deux Mu
fiques. Une Langue a des mots, des tours,
des nombres , une harmonie, une fyntaxe ,
une profodie qui lui font propres , & qui
lui donnent les moyens d'exprimer ce
qu'une autre Langue ne peut rendre. Mais
les tons , les modes , les mouvemens ,
Pharmonie & la mélodie de la Mufique ,
font les mêmes dans tous les Pays du
monde. Il n'y a donc qu'une feule Mufique
: c'eft une Langue univerfelle que les
uns parlent mieux que les autres ; mais il
n'eft décidé nulle- part qu'on doive parler
mal cette Langue . Je fuppofe que le plus
grand nombre des Muficiens François
ayent fait de mauvaiſe Muſique , & que
la Nation l'ait goutée , ne connoiffant ou
n'ayant rien de mieux : s'eft - elle refuſée
à la bonne , dès qu'on lui en a préfenté ?
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
Le préjugé a-t-il fait tomber Hyppolite ,
Caftor , Pigmalion , &c. Le goût de la
Nation n'a donc pas donné à la mauvaiſe
Mufique une préférence exclufive fur la
bonne la Mufique Françoife peut donc
être excellente , comme la Mufique Italienne
peut être mauvaiſe ; & jufques- là
je ne vois entr'elles rien qui foit propre
à l'une ou à l'autre , & qui les diftingue
effentiellement.
و ر
» Les Partifans de la Mufique Françoi-
» fe , dit M. Dalembert , prétendent que
» le beau fimple en fait le caractère , &
» ils appellent fimple ce qui eft froid &
» commun , fans force , fans ame & fans
» idée. S'il y a des Sots qui penfent ainsi ,
ya
leur opinion ne doit pas être prife pour
le fuffrage de la Nation . Elle penfe que
tout ce qui eft beau eft fimple ; mais elle
ne pense pas que tout ce qui eft ſimple
foit beau. Peut -être le goût de la multitude
n'eft- il pas encore affez formé pour
être délicat & févère fur les nuances : mais
M. Dalembert avoue lui - même que les
beautés réelles enlèvent une admiration
unanime. J'en appelle encore aux fuccès
de M. Rameau ; j'en appelle à l'impreffion
que font fur les oreilles françoifes
les plus beaux morceaux des Opéra Italiens
, quoique affez mal exécutés dans
JUILLET. 1759. 79
nos concerts ; j'en appelle au fuccès des
intermèdes bouffons , qu'on ne fe laffe
point d'entendre avec des paroles Françoiſes.
» M. Rameau , dit M. Dalembert ,
» eût manqué fon but en allant plus loin ;
» il nous a donné non pas la meilleure Mufique
dont il fût capable , mais la meil-
» leure que nous puffions recevoir. » Je
fuis perfuadé que M. Rameau a fait de fon
mieux ; mais s'il a voulu nous ménager ,
Pergolefe & Venci n'ont pas eu la même
complaifance : or que l'on prenne au hafard
deux mille Auditeurs parmi les gens
cultivés , & qu'on exécute bien les morceaux
de récit obligé & les airs pathétiques
de l'Olimpiade & de l'Artaxerce ,
jofe affurer qu'ils feront applaudis avec
le même enthouſiafme que la harangue
de Tirtée & le monologue de Caftor.
Voyons cependant quel est le caractère
de ce qu'on appelle la Mufique Françoiſe,
& à quoi il tient qu'on ne la diftingue
plus de ce qu'on appelle la Mafique Italienne.
» Il y a , dit M. Dalembert , dans notre
» Mufique , trois choſes à conſidérer, le ré-
» citatif, les airs chantans & les fympho-
» nies. » Il reproche au récitatif de Lully
de manquer fouvent à la profodie de la
langue. C'eſt un fait qu'il a fans doute
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
"
ور
33
"
r
vérifié ; mais il n'eft point du tout effentiel
à notre récitatif de manquer à la
profodie
, c'eft une maladreffe du Muficien ,
& non pas un défaut de la Mufique. « Le
» récitatif des Italiens , dit-il , eft plus
analogue à leur langue que le récitatif
françois ne l'eft à la nôtre. Ils paroiffent
» avoir bien mieux étudié que nous la
marche & les inflexions de la voix dans
»la converfation. » Si cela eft , la faute
en eſt encore aux Compofiteurs François ,
qui , avec plus d'étude ou de talent, peuvent
égaler en cela les Italiens fans rien
changer à l'effence de la modulation fran
çoiſe ; car le chant devant être l'imitation
exagérée de la déclamation théâtrale , &
les infléxions du langage naturel n'étant
pas les mêmes dans le François que dans
Î'Italien , il s'enfuit que le chant françois
doit avoir une modulation notée fur les
accens de notre langue , comme le chant
des Italiens doit fuivre les intonations &
les inflexions de la teur.
M. Dalembert obferve que le récitatif
Italien déplaît à la plupart des oreilles
françoifes ; mais je doute que l'habitude
de l'entendre jointe à la connoiffance de
la langue italienne & de fa profodie nous
le fit gouter comme il le prétend. J'obferve
même que la plupart de ceux à qui le ré
JUILLET. 1759 .
81
citatif italien déplaît , aiment l'accent naturel
de la langue italienne ; enfin la maniere
dont les Italiens entendent leur
Opéra prouve affez qu'ils s'ennuvent euxmêmes
de cette eſpèce de déclamation ,
» dont la route uniforme & non interrompue
produit une monotonie infuppor
table. » M. Dalembert répond d'abord.
en récriminant. Il ajoute que la monotonie
du récitatif eft peut -être un mal nécef
faire,un inconvénient inévitable de la fcène
lyrique, par la raiſon, dit - il , que » dans une :
" Piéce de théâtre tout n'eft pas deftiné
» aux grands mouvemens des paffions, &
qu'il y a des momens de repos où le
Spectateur ne doit qu'écouter fans être
» ému ; que tout doit être chanté dans
» un Opéra , mais que tout ne doit pas
» être chanté de la même maniere, comme:
» dans le difcours tout n'eft pas dit du
» même ton, avec la même froideur & le
»même mouvement.
Selon cette regle au moins tout ce quij
eft vif & paffionné dans la fcène doit être
préfervé de la monotonie : or il me femble
qu'elle eft continue dans le récitatif italien;
mais je n'oferois prendre l'affirmative : je
n'en ai pas affez entendu. Paffons à la
conclufion de M. Dal. » Il doit donc #
avoir entre les airs & le récitatif nee
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
» différence marquée par l'étendue & la
qualité des fons , par la rapidité du débit
»& par le caractère de l'expreffion .
Il doit y avoir felon moi , proportions
gardées , la même différence qu'entre un
morceau de déclamation véhémente &
un morceau moins vifou plus tranquille ,
en forte que la modulation & l'expreffion
du récitatif approchent du caractère d'un
air paffionné à mefure que les paroles du
récitatif approchent elles mêmes du caractère
des paroles que l'air exprime. Ainfi
le récitatif fimple s'élevera par degré jufqu'au
point de véhémence où le récitatif
obligé lui fuccéde , & celui - ci juſqu'au
point où la violence du fentiment, la force
de l'image , en un mot l'expreffion des
paroles , demande les développemens de
la voix & les éclats d'un air chantant. On
diftinguera moins l'air d'avec le récitatif;&
tant mieux :le paffage fera plus naturel & la
gradation mieux obfervée. En effet pourquoi
veut- on une difference tranchantede
fun à l'autre? Un air pathétique eft-il un
morceau ifolé dans une Scène? Le comble
de l'art n'eft - il pas de préparer inſenſiblement
l'oreille & l'ame à cette vive
émotion ? Il eſt des circonstances où l'harmonie
doit caufer une révolution foudaine
, un ébranlement imprévu ; mais le
JUILLET. 1959. 83
Poëte alors prend foin lui- même de ménager
la furpriſe , & le Muficien n'a qu'à
fuivre la marche de la déclamation naturelle
, pour paffer du calme à l'emportement.
Cette exception ne détruit pas
la régle générale de graduer l'expreffion
du fentiment & d'éviter la monotonie.
Ce que je dis des airs paffionnés ou rapides
doit s'entendre des airs tendres ,
voluptueux, enjoués ou languiffans : comme
ils font le dernier degré d'expreffion
dans leur genre , & que l'harmonie en
foutient & en fortifie l'expreffion , ils
n'ont pas besoin pour être fentis du cɔntrafte
d'un récitatif monotone. Il y a
fans doute dans l'Opéra comme dans la
Tragédie des momens froids où une dé
clamation animée feroit un contre-fens ;
mais ces momens font rares & doivent
Pêtre. L'art d'écrire la fcéne lyrique eft
d'en faire un tiflu varié de fentimens &
d'images , & alors ce récitatif doit peindre
par fa mélodie ou l'image ou le lentiment
que la Pocfie lui préfente. Ainfi ni
le récitatif Italien , ni le récitatif François
ne me femble devoir être une décla
mation monotone.
» La nature du chant ordinaire , de ce
qu'on appelle proprement ainsi , com
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
fifte en trois chofes , pourſuit M. Da+
lembert , en ce que la marche Y eft
» plus lente que dans le difcours , en ce
» que l'on appuye fur les fons comme
» pour les faire gouter davantage à l'o-
» reille ; enfin en ce que les tons de la
» voix & les intervalles qu'elle parcourt ,
y varient fréquemment , & prefqu'à
chaque fyllabe. Le premier & le fe
» cond de ces caractéres n'appartiennent
point à un bon récitatif ; le troifiéme
doit à la vérité s'y trouver , mais d'une
→ maniere moins marquée que dans le
chant. D'un côté la rapidité du débit
rend la fucceffion des intervalles moins
fenfible dans le récitatif, & de l'autre
cette fuccceffion doit y être plus fré-
» quente que dans le difcours , mais moins
» que dans le chant ordinaire : voilà ce
que les Italiens ont fenti, voilà ce qu'ils
pratiquent avec raifon , & l'on ofe dire
avec fuccès.
03
29
Je ne fçais. fi je me trompe , mais il
me femble que le récitatif étant un genre
moyen entre le chant & le difcours ,
il doit participer en tout point de l'un &
de l'autre qu'ainfi la marche du réci–
ratif doit être moins rapide que celle du
difcours , & en général plus rapide que
celle du chant ; que dans le récitatif
on
JUILLET. 1759. $.5
doit appuyer fur les fons moins que
dans le chant , mais plus que dans la déclamation
naturelle ; qu'enfin les fons de
la voix doivent être plus variés & les intervalles
plus fenfibles que dans la déclamation,
comme ils doivent l'être moins
que dans le chant . M. Dalembert ne permet
au récitatif de differer du difcours
que dans ce dernier point , le premier &
le fecond caractère qu' attribue au chant
n'appartiennent point , dit- il , à un bon
récitatif : non fans doute au même degré
, mais je crois qu'il doit les avoir
dans une proportion moyenne , & comme
tenant le milieu entre le difcours &
le chant. Du refte je conviens avec M. D..
que le débit en eft perdu au Théâtre. Les
plus zélés Partiſans de Lully font les premiers
à l'avouer ; mais c'eft encore la
faute des Acteurs , & non pas celle de la
Mufique.
» Si le récitatif , comme tout le monde
» en convient , doit n'être qu'une décla
» mation notée , on peut en conclure ,
dit M. Dalembert , » qu'une des loix les
» plus eſſentielles à obſerver dans le réci—
» tatif , c'eſt de n'y pas faire parcourir à
» la voix un auffi grand efpace que dans
» le chant , & d'en régler l'étendue fur
» celle des tons de la voix dans la décla
86 MERCURE DE FRANCE.
" mation ordinaire. Le feul cas où l'on
puiffe fe permettre de fortir des limites
» naturelles de la voix , c'eſt dans certains
» momens où la voix , même en décla-
» mant , franchiroit ces limites ; encore
» ces momens doivent être rares , & même
ne fe rencontrer guère que dans le
» récitatif obligé , qui par fon objet , fon
" accompagnement & fon caractère , doit
" approcher un peu plus du chant . »
Ce n'eft qu'avec une extrême défiance
de moi - même que d'un principe pofé par
M. Dalembert , je tire une conféquence
oppofée à la fienne. Si le récitatif doit
être une déclamation notée , les intervalles
à parcourir doivent être fenfibles :
dans le chant la voix ne procéde que
par tons & par demi- tons , au lieu que
dans le difcours elle s'élève ou s'abbaiſſe
par degrés fouvent inappréciables.Si d'un
autre côté , comme l'a reconna M. Dalembert
, les tons & les intervalles que
parcourt la voix dans le récitatif , doivent
être plus variés que dans le diſcours , il
у a dans une période un plus grand nombre
d'intervalles à parcourir dans le récitatif
que dans le difcours . Or un plus grand
nombre de plus grands intervalles demandent
une plus grande étendue de voix : il
eft donc d'une néceffité indiſpenſable
JUILLET. 1759. 87
que dans le récitatif la voix franchiffe fes
limites naturelles , c'eft - à - dire , qu'elle
s'éleve & s'abbaiffe beaucoup plus que
dans le diſcours. Il y a longtemps que je
regarde la déclamation muſicale comme
fuivant à-peu- près les mêmes infléxions
que le langage naturel , mais formant ,
s'il eft permis de le dire , des ondulations
plus profondes . Suivant cette idée , la
raifon de la monotonie qui nous frappe
dans le récitatif Italien , n'eft pas difficile
à fentir : car les Italiens ne donnant à la
voix , dans leur récitatif, que fon étendue
naturelle , & les intervalles à parcourir
étant plus grands que dans le diſcours ,
il a fallu les reduire à un plus petit nombre
, & par conféquent réciter fur un
même ton ce qui dans la déclamation
naturelle exigeroit plufieurs inflexions différentes.
On dit que les Chanteurs habiles fçavent
fuppléer à ces inflexions : j'en ai
entendu qui paffoient pour tels , & ceuxlà
même m'ont paru monotones.
A l'é ard de notre récitatif , ayant un
plus grand etpace à parcourir , il eft
moins gêné , moins à l'étroit dans fa
marche ; d'où je conclus qu'un Artiſte
habile peut lui donner plus de variété .
Mais voici l'article important,
88 MERCURE DE FRANCE.
מ
ל כ
" Les cadences , les tenues , les ports
» de voix que nous y prodiguons feront
» toujours , dit M. Dalembert , un écueil
infurmontable au débit ou à l'agrément
» du récitatif: fila voix appuye fur tous
» ces ornemens , le récitatif traînera ; fi
» elle les précipite , il reffemblera à un
chant mutilé. Ne feroit- il pas poffible
» en fupprimant toutes ces entraves , de
" donner au récit François une forme
plus approchante de la déclamation ?
29
J'ignore cominent le Public recevroit
l'effai que M. D. propofe ; mais je connois
des Muficiens habiles & un grand
nombre de gens de goût que l'abus de
ces cadences , de ces tenues, de ces ports .
de voix excéde dans la déclamation mus
ficale , & qui applaudiroient bien fincéres
ment à la noble fimplicité d'un débit
plus naturel & plus rapide. Il fut untemps
où les Acteurs pafoient légérement
fur tous ces agrémens , & je ne crois pas
que la maniere de déclamer libre, fimple,
facile & noble qu'on applaudiffoit dans
Tevenard, fit un chant mutilé du récitatif
de Lully. Mais en fuppofant que quel--
qu'un ofât fupprimer tout-à-fait les ca→
dences , les ports de voix &c. il y auroit
an moyen bien avantageux , à ce qu'il
me femble, de fe dédommager de la
JUILLET. 1759.1 $9.
perte de tous ces petits agrémens , & de
donner à notre récitatif plus de chaleur
& de variété : ce feroit d'employer dans
les morceaux fufceptibles d'une expreffion
vive ou touchante , ce que les Italiens
appellent récitatif obligé , & quelquefois
des airs chantans à leur maniere ,
mais fans aucun de ces papillotages ridicules
qu'ils y mêlent pour faire briller la
voix. Le pathétique de ces morceaux eft
la feule fupériorité réelle que leur Opéra
ait fur le nôtre , & nos Muficiens modernes
ont fait des effais dans ce genre
qui annoncent le plus grand fuccès. Dès -
lors le Poëte d'accord avec le Muficien ,
ménageroit dans le cours de la Scène des
images vives , des traits de fentimens
tantôt plus doux , tantôt plus rapides , &
l'harmonie à chaque inftant ranimeroit le
récitatif : mais il ne faut pas ſe diffimuler
que la Scène ainſi variée eſt une
épreuve continuelle pour le talent du
Compofiteur.
On ne peut fe refufer aux réflexions de
M. Dalembert fur la vérité de l'expreffion
dans la déclamation muficale. Le morceau
de Dardanus qu'il en donne pour modèle
eft bien plus digne d'admiration que tout
ce qu'on a cité de Lully : Je ne prétends
pas, dit-il, » décider abfolument (quelque
.༡༠
90 MERCURE DE FRANCE
porté que je fois à la croire ) que notre
» récitatif réuffit fur le Théâtre de l'Opera
» étant débité comme je le propoſe à l'I-
» talienne & avec rapidité ... Mais il pa-
» roît au moins inconteftable qu'on doit
"rejetter tout récitatif qui étant débité de
»la forte hors du Théâtre , choquera
" groffièrement nos oreilles. C'est une
"preuve certaine que l'Artifte s'eft grof-
»fièrement écarté des tons de la Nature
» qu'il doit avoir toujours préfens. » Cette
règle me paroît infaillible ; toutefois M.
Rameau lui-même ne croit pas que la
modulation du chant doive être une imitation
fervilement exacte de la déclamation
naturelle. Il prétend que c'eſt l'harmonie
qui détermine furtout le caractère
de l'expreffion , & il m'en a donné
exemple les vers du Monologue de
Caftor,
"
Triftes apprêts , pâles flambeaux ,
Jours plus affreux que les ténébres ,
pour
qui dans le même ton & avec une modulation
différente , expriment le même
fentiment .
Le récitatif doit être fimple , naturel ,
expreffif & rapide. Je fuppofe qu'il eft tel
dans la bonne Mufique Italienne ; il l'eft
moins,fouvent, fi l'on veut,dans la Mufique
JUILLET. 1759 . 91
Françoife; mais il peut l'être ni la nature
de la Langue, ni celle de la Mufique, ni le
goût même de la Nation ne s'y oppofe; &
l'on tient encore par habitude aux petits
agrémens qu'on y a mêlés , au moins
defire- t- on que les Muficiens en foient
avares & que les Acteurs n'en abuſent
pas. L'étendue qu'on lui reproche au -delà
des limites de la déclamation naturelle ,
lui donne plus de variété : par -là il peut
s'élever par gradation jufqu'au chant qui
lui fuccéde , & le paffage de l'un à l'autre
en eft beaucoup plus naturel . Je ne vois
donc pas à cet égard de quoi défeſpérer
que nous ayons de bonne Mufique , ni
que pour la rendre telle il faille la dénaturer.
» Si le récitatif de nos Opéra nous
» ennuye , reprend M. Dalembert , les
>> airs chantans ne nous offrent guéres de
" quoi nous dédommager. Nous avons
déjà obfervé en général qu'ils différent
"trop peu du récitatif , cette reflemblan-
" ce fe remarque furtout dans les Scènes.
» Elle est un peu moindre entre le réci
" tatif des Scènes & quelques airs placés
» dans les divertiffemens , où nos Mufi-
» ciens modernes ont ofé quelquefois fe
donner carrière.
Les airs placés dans les Divertiffe
32,
MERCURE DE FRANCE.
mens ne doivent être comptés pour rien:
il faut les regarder comme les airs de
Danfes , deftinés à récréer les Spectateurs
& à donner de la variété au Spectacle.
Dans l'Opéra Italien , les Ariétes chantées
à la fin des Scènes par les Perfonnages les
plus intéreffés à l'action & quelquefois
dans les fituations les plus violentes , font
encore plus ridicules. Le mérite effentiel
de ces Ariétes & de nos petits airs
confifte à faire briller une jolie voix. Si le
Poëte y donne quelque image à peindre
au Muficien , fi le Muficien réuffit à la
rendre , c'eſt un agrément de plus ; mais
tout cela eft peu de chofe. Les Italiens
plus exercés que nous à ce badinage , y
excellent. Avec de l'exercice & du talent
nos Muficiens y excelleront auffi . Le goût
de la Nation leur laiffe toute liberté. Les
parodies des airs bouffons prouvent que
la Langue ne s'y oppofe pas ; la mufique
en eft partout également fufceptible , &
fi la répugnance que nous avons à entendre
badiner à tout propos fur une voyelle,
ne permet pas à nos Artiſtes de tirer d'un
A tout le parti qu'en tirent les Italiens ,
les pas. brillans de nos Danfeufes nous
dédommagent des fredons de leurs Chanteurs
efféminés . M. Dalembert avoue luimême
que du côté des fymphonies dan
JUILLET. 1759. 93
fantes nous avons de l'avantage fur eux.
Venons à quelque chofe de plus effentiel.
Les Italiens ont des airs pathétiques ,
& en grand nombre , & de la plus grande
beauté . Ces airs font gâtés par des agrémens
contre nature ; & quoi qu'on en
dife , Andromaque & Mérope ne doivent
dans leur douleur ni rouler un fon plaintif
, ni le terminer par un point d'orgue .
Cependant tel eft le caractère de cette
Mufique , le naturel de la modulation ,
le choix des fons qui accompagnent la
voix , & qui ajoutent à l'expreffion , en
un mot , la magie de l'art des Italiens
dans ces morceaux pathétiques , qu'ils
vous faififfent , vous pénètrent , vous attendriffent
quelquefois jufqu'aux larmes.
Ceft là réellement & dans le récitatif
accompagné , qu'ils font fupérieurs aux
François , c'eft la partie qu'on doit leur
envier , & dans laquelle nos plus fçavans
Artiftes ne doivent pas rougir de les prendre
pour Maîtres. Mais ce genre fublime
n'appartient pas plus à la Mufique Italienne
qu'à la Mufique Françoife , & il
n'eft pas plus mal -aifé aux Poctes François
qu'aux Poëtes Italiens d'y donner lieu.
En général les airs mefurés de nos Scènes
ne reffemblent point à cela ; mais la prière
de Théfée dans Hypolite , le Monologue
94
MERCURE DE FRANCE.
de Thelaire dans Caftor , la Harangue de
Tirtée , & bien d'autres, font de ce genre.
Il faut du génie pour y exceller ; mais
cette condition eſt la même pour les Italiens
& pour nous. Tous les Muficiens
d'Italie , à beaucoup près , n'y ont pas
réuffi , & c'eft furtout dans cette partie
que les Modernes dégénèrent : leur goût
pour les ponpons , s'il eft permis de le
dire , a tout gâté dans le pathétique , &
les Connoiffeurs regrettent amèrement la
fimplicité touchante de leurs anciens
Compofiteurs. C'est à ces modèles que
nos Muficiens doivent s'attacher ; mais le
grand mérite de ces morceaux , comme
l'obferve M. Dalembert , c'est d'être liés
à la fituation, & d'en augmenter l'intérêt :
ceci eft l'ouvrage du Poete , & l'on ne
peut trop louer le célèbre Métaſtaſe de
l'art avec lequel il a ménagé au Muficien
des tableaux pathétiques , des fituations
violentes , des mouvemens pleins de chaleur
& de force à exprimer dans les airs.
» Point de véritable chant fans expreffion
, dit notre Philofophe , & c'eft en
» quoi la Mufique des Italiens excelle ;
» il n'eft aucun genre de fentiment dont
» elle ne fourniffe des modèles inimita-
» bles. Tantôt douce & infinuante , tan-
» tôt folâtre & gaye , tantôt fimple &
"
JUILLET. 1759 . 95
» naïve , tantôt enfin fublime & pathéti-
» que ; tour- à-tour elle nous charme ,
» nous enléve & nous déchire. » Tout
cela eft vrai , hors inimitable , qu'on ne
doit pas prendre à la lettre. Les encou
ragemens , l'émulation , la rivalité , le
concours nombreux des Artiftes , la direction
générale des efprits vers un objet
, le gout paffionné d'une Nation pour
un Art , font les caufes infaillibles de fes
progrès , & de tout cela réfulte le fuccès
de la Mufique en Italie. Il n'eft pas jufqu'à
l'humanité même que les Italiens
n'y ayent facrifié. Notre goût léger &
tranquille n'a pas excité la même fermentation
, les mêmes efforts , le même
concours. On fe contente dans nos Eglifes
de pfalmodier les louanges de Dieu ;
nos villes n'ont pas toutes un Opéra magnifique
; les dépenfes de la Nobleffe
Françoife & des Citoyens opulens ne fe
tournent pas de ce côté ; nous laiffons à
nos enfans la voix que leur a donnée la
Nature. Il n'eft pas étonnant que les
Italiens ayent été plus loin que nous
dans un Art qu'ils adorent & que nous
aimons foiblement. Mais cet avantage
n'eft dû ni à leur Langue ni à leur Mufique
, & il ne tient qu'aux Muficiens de
génie de prouver qu'il eft très - poffible de
96 MERCURE DE FRANCE.
compofer fur des vers François, par exemple
fur ceux de Quinault , des morceaux
de Mufique comparables à ceux que
nous admirons le plus dans les Opéra Italiens.
Mais le génie eft une chofe rare dans
tous les Pays du Monde : ce n'eſt que
parmi le grand nombre de ceux qui s'exercent
dans un Art que les talens fupérieurs
fe découvrent : en France un Muficien
excellent s'éléve par hafard ; en Italie
il n'eſt preſque pas poffible qu'il n'en paroiffe
quelqu'un dans le nombre. Voilà ce
qui retardera vraiſemblablement la pérfection
de ce qu'on appelle notre Mufique,
& qui au fond n'eft que la Mufique de
toutes les Nations , modifiée ſelon le génie
& le caractère d'une Langue moins
docile , peut- être , moins fonore que l'Italien
, mais affez fléxible , affez harmo
nieufe pour ne fe refufer à aucune forte
d'expreffion , & pour recevoir tous les
genres de modulation & de mouvement.
M. Dal. trouvera peut-être que j'ai trop
infifté fur une difpute de mots , en niant
que les fautes de nos Muficiens foient les
défauts de notre Mufique . Mais ce n'eſt
pas pour lui que je m'attache à lever
l'équivoque , & je le prie de trouver bon
que je diftingue encore au fujet des accompagnemens.
"
» La
JUILLET. 1759 . 97
>>
La fureur de nos Muficiens Fran-
» çois eft , dit- il , d'entaffer parties fur
parties . C'eft dans le bruit qu'il font
» confifter l'effet ... Une harmonie bien
» entendue nourrit & foutient agréable-
» ment le chant ; alors l'oreille la moins
exercée fait naturellement & fans étude
» une égale attention à toutes les parties :
fon plaifir continue d'être un , parce
" que fon attention quoique portée fur
» différens objets eft toujours une. C'est
en quoi confifte un des principaux
" charmes de la bonne Mufique Italien-
"ne. » Et pourquoi non pas de la bonne
Mufique Françoife ? N'a - t - elle point
d'exemple de cette unité , je ne les ai pas
tous préfents , mais je me fouviens d'un
morceau du Prologue des Indes Galantes ,
La gloire vous appelle ,
d'une mufette des Talens lyriques ,"
Suivons les loix ,
d'une Ariéte de Platée
Quittez , Nymphes , quittez vos demeures profondes.
le
Et de beaucoup d'autres airs où certainement
la mélodie n'eft pas couverte par
bruit des inftrumens où l'harmonie loin
II. Vol.
›
E
98 MERCURE DE FRANCE.
de jetter de la confufion dans l'oreille ,
ajoute un nouveau charme au plaifir que
lui fait le chant : & fi quelques-uns de
nos Muficiens donnent fouvent dans le
défaut que M. Dalembert leur reproche ,
tout ce qu'on en doit conclure , c'eft
que la bonne Mufique eft rare en France
comme elle l'eft plus ou moins partout.
La mefure , dit M. Dalembert , man-
» que à notre Mufique par plufieurs rai-
» fons ; par l'incapacité de la plupart de
» nos Acteurs , par la nature de notre
» chant , par celle des prétendus agré
» mens dont nous le chargeons » : Je fouf
cris à la première de ces raifons , mais
j'ofe douter des deux autres. Une meſure
moins articulée n'en eſt pas moins exacte ;
il faut feulement une oreille plus jufte
pour l'obferver , comme pour éviter en
la fuivant les écueils trop fréquens fans
doute des prétendus agrémens du chant.
A l'égard de la variété des mouvemens,
je vais haſarder une choſe bien hardie ;
mais je parle en homme qui n'a dans cet
art que le pur inftinct de la Nature.
» Nous ne fçaurions nous perfuader , dit
M. Dalembert , » grace à la fineffe de no-
>> tre tact en Mufique , qu'une meſure
vive & rapide puiffe exprimer un autre
fentiment que la joie comme fi une
JUILLET. 1759 : 99
» douleur vive & furieufe parloit lente-
» ment. » Je fuis très- perfuadé , comme
tout homme qui a réfléchi , que le mouvement
de la Mufique doit fuivre celui
de l'ame , & que tout ſentiment vif &
rapide doit être rendu tel qu'il eft : cependant
, obſerve M. Dalembert , » les mor-
» ceaux vifs du Stabat , exécutés gaîment
» au Concert - fpirituel , ont paru des
>> contrefens à plufieurs de ceux qui les
» ont entendus. » J'avoue que je fuis de
ce nombre , & ce n'eft pas feulement la
gaîté qui m'en a déplu. Que l'on chante
comme on voudra l'air que Pergoleſe a
a mis fur ces paroles ,
Cujus animam gementem ,
je trouverai encore déplacé le mouvement
vif à deux temps , par la raiſon que l'affiction
& la douleur profonde ne font
pas de ces fentimens rapides dont parle
M. Dalembert , & que la nature répugne
en moi au mouvement qu'on leur a donné
: il en eft de même de quelques autres
morceaux de cet ouvrage , où il y en a de
ſublimes , mais où vraiſemblablement le
Muficien a été obligé de renoncer quelquefois
à la vérité de l'expreffion pour
éviter la monotonie.
Enfin M. Dalembert examine fi l'on
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
peut tranfporter à la Langue Françoife
les beautés de la Mufique Italienne . Il
penſe qu'oui , & je n'en doute pas : il ne
s'agit que de nous entendre . Notre Langue
, ou plutôt notre goût , fe refuſe aux
badinages de la voix dans le férieux pathétique
, fur une fyllabe qui ne fignifie
rien. Ainfi tout ce qui n'eft que du ramage
eft interdit à nos Muficiens dans
une Scène inté: effante. Or M. Dalembert
avoue que tout cela eft de mauvais goût
même dans la Mufique Italienne , & il
reproche aux Modernes de l'avoir char
gée de ces vains ornemens. La Mufique
bouffonne en eft plus fufceptible ; nous
l'avons unanimement adoptée , & nos
premiers effais ont prouvé que notre Langue
s'en accommodoit à merveille : mais
il s'agit ici de la Mufique de nos Tragédies
, & il eft certain que dans ce genre
ces badinages ne font pas des beautés .
La fimplicité des accompagnemens ,
l'unité de deffein & d'expreffion du chant
avec l'harmonie qui l'accompagne , n'eſt
pas plus difficile à obferver fur des paro
les Françoifes que fur des paroles Italiennes
; c'eft un fait inconteftable , & que
l'expérience a déja prouvé.
La vérité , la force de l'expreffion dans
la mélodie & dans l'harmonie , le choix
JUILLET. 1759.
ΙΟΙ
des tons & des modes , le nombre & le
mouvement le plus analogue au fentiment
ou à l'image que l'on doit rendre ,
la préciſion même de la meſure , tout cela
eft compatible avec des paroles Françoiſes
comme avec des paroles Italiennes.
La profodie de notre Langue n'eft peutêtre
pas aflez déterminée ; mais elle n'en
eft
que plus docile aux mouvemens qu'on
veut lui donner. Nos fyllabes abſolument
muettes font bannies de la Poëfie lyrique
, & l'E féminin foutenu d'une confonne
, eft affez fenfible dans le chant ,
comme dans le nombre des vers , pour
appuyer une note brève. Que le Poëte
fcache manier la Langue , qu'il foit d'accord
avec le Muficien , les difficultés de
la profodie feront facilement ou applanies
ou éludées .
De tous les reproches faits à ce qu'on
appelle la Mufique Françoife , il n'y en a
donc qu'un feul qui porte fur un vice inhérent
& diftinctif, fi c'en eft un: je parle des
prétendus agrémens de notre récitatif.
La manière dont il eft chanté , la lenteur,
les cris qu'on y met , font des défauts généralement
reconnus & blâmés par tous
les
gens de goût J'ai déjà obfervé qu'ils
font du Compofiteur ou de l'exécutant ,
non de la Mufique. Il n'en eft pas de
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
même des ports de voix , des tenues , &
de ce qu'on appelle des cadences . Tout
cela eft indépendant du caractère de la
Langue ; elle fe prêteroit mieux encore à
la fimplicité , à la rapidité d'une déclamation
plus naturelle , qu'aux agrémens
faux ou vrais de ce récitatif chanté . Mais
le Public y tient encore , & fi quelque
chofe diftingue la Mufique Françoiſe , c'eſt
ce caractère attaché au récitatif par le
goût unanime de la Nation. Dans tout le
refte , le Muficien a toute fa liberté , &
l'Art toute ſon étendue. Eſt- ce un défaut,
n'en est-ce pas un ? Faut - il fupprimer
abſolument ces tenues , ces ports de voix,
ces cadences , ou feulement en être moins
prodigue & dans la compofition & dans
l'exécution ? En un mot , devons - nous
préférer un récitatif que les Italiens euxmêmes
ne daignent pas entendre , tout
excellent qu'on le fuppofe , à un récitatif
qui fe fait écouter avec plaifir quand il eſt
chanté avec goût ? C'eft ce qu'il ne m'appartient
pas de décider : mais après tout,
ces agrémens ne pourroient être défectueux
qu'autant qu'ils affoibliroient l'expreffion
du pathétique , & ils ne l'affoibliroient
point fi on les paffoit légèrement.
Du refte , toutes les beautés réelles de
CE
103 JUILLET. 1759 .
es.
COTE
apparla
Mufique font reconnues les mêmes par
les François & par les Italiens ; ils ne
goutent pas tout ce que nous applaudiffons
, nous ne goutons pas tout ce qu'ils
applaudiffent chaque Nation a fes
préjugés , mais l'une & l'autre fe réuniffent
en faveur de ce qui peint vivement
& fidèlement la nature , & tant pis
pour celle des deux qui auroit l'orgueil
de ne trouver beau que ce qui lui
tient. J'en reviens donc à ma propofition.
Il n'y a que deux fortes de Mufique , la
bonne & la mauvaiſe ; la mauvaiſe foifonne
partout , & même en Italie ; la
bonne eft rare partout , & plus rare , fi
l'on veut , en France ; mais en France
mêm , la bonne Mufique fera toujours
applaudie avec entoufiafme , comme elle
l'a été. Nous ne fommes pas encore affez
délicats ou plutôt affez difficiles ; mais
cela vient de ce que nous ne fommes pas
affez riches on s'accoutume naturellement
à aimer ce que l'on a , mais on n'en
eft pas moins fenfible au plaifir de trouver
quelque chofe de mieux ; on l'eft peutêtre
davantage. Ce feroit mal juger par
exemple du goût de celui qui applaudit
en Province une mauvaiſe Actrice , que
de le croire incapable de fentir & d'apprécier
le talent de Mlle Clairon.
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Résumé : EXAMEN des réfléxions de M. Dalembert sur la liberté de la Musique. IVe vol. des Mélanges de Littérature, d'Histoire, & de Philosophie.
M. Dalembert examine la liberté de la musique en comparant les styles italiens et français. Il considère que la musique italienne exprime mieux les émotions de l'âme, tandis que l'opéra français se distingue par sa variété et son agrément. Dalembert propose d'intégrer des éléments de la musique italienne pour enrichir l'opéra français. Il critique ceux qui confondent la simplicité de la musique française avec la froideur, affirmant que la nation française apprécie la beauté authentique. Dalembert analyse divers éléments de la musique française, tels que le récitatif, les airs chantants et les symphonies. Il note que le récitatif de Lully manque parfois de prosodie, attribuant cette faiblesse à l'incompétence du musicien plutôt qu'à un défaut intrinsèque. Il observe que les Italiens maîtrisent mieux les inflexions vocales, mais il croit que les compositeurs français peuvent s'améliorer. Pour ce faire, il suggère de supprimer les ornements excessifs du récitatif français afin de le rapprocher de la déclamation naturelle et d'adopter le 'récitatif obligé' italien. Le texte compare également les ariettes italiennes, souvent jugées ridicules, aux airs français. Bien que les Italiens excellent dans les airs légers, Dalembert estime que les Français peuvent également y parvenir. Il souligne la flexibilité et l'harmonie de la langue française, permettant diverses expressions musicales. Dalembert affirme que la perfection de la musique française sera atteinte avec l'émergence de plus de musiciens excellents. Il réfute l'idée que les fautes des musiciens français soient des défauts intrinsèques et critique l'exécution rapide de certains morceaux du 'Stabat Mater' de Pergolèse. Enfin, Dalembert explore la possibilité de transposer les beautés de la musique italienne à la langue française, notant que les beautés musicales sont universellement reconnues malgré les préjugés nationaux.
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462
p. 76-77
LOGOGRYPHE.
Début :
Bien que partout ailleurs je sois assez d'usage, [...]
Mots clefs :
Chanson
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE,
BIEN QU IEN que partout ailleurs je fois affez d'uſage ,
Aucun Peuple du monde autant que le François
A ma gaîté piquante , à mes brillants attraits
Ne rendit jamais fon hommage.
Veux-tu pour te guider quelques - uns de me
traits,
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY.
ASTOR,
LENOK
AND
TILDEN
FOUNDATIONS.
+
Egle sous un ombra -gefrais Soup
roit se croyant seulette, Deux tour
relles tout aupres Se contoient tend
ment Fleurette: Aussitot elle
s'écria. Avec une joue un
quiet- te Hélas qu'est ce donc que
100
Hélas! qu'est ce done que
cela .
SEPTEMBRE. 1759. 77
De mes fept pieds trois renferment mon être;
Décompofe le tout , & tu verras paroître
Une carte , un refus , un Amiral Anglois ,
Un inftrument terrible , un figne de ſurpriſe ,
Ce qui vient à pas lents blanchir la barbe grife,
Et ternir le tein le plus frais.
BIEN QU IEN que partout ailleurs je fois affez d'uſage ,
Aucun Peuple du monde autant que le François
A ma gaîté piquante , à mes brillants attraits
Ne rendit jamais fon hommage.
Veux-tu pour te guider quelques - uns de me
traits,
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY.
ASTOR,
LENOK
AND
TILDEN
FOUNDATIONS.
+
Egle sous un ombra -gefrais Soup
roit se croyant seulette, Deux tour
relles tout aupres Se contoient tend
ment Fleurette: Aussitot elle
s'écria. Avec une joue un
quiet- te Hélas qu'est ce donc que
100
Hélas! qu'est ce done que
cela .
SEPTEMBRE. 1759. 77
De mes fept pieds trois renferment mon être;
Décompofe le tout , & tu verras paroître
Une carte , un refus , un Amiral Anglois ,
Un inftrument terrible , un figne de ſurpriſe ,
Ce qui vient à pas lents blanchir la barbe grife,
Et ternir le tein le plus frais.
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463
p. 256-257
MUSIQUE.
Début :
M. Correte, Organiste des RR. PP. Jésuites, vient de donner au Public. [...]
Mots clefs :
Organiste, Cantatille, Symphonie, Violoncelle, Partitions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.
M. Correte , Organifte des RR. PP . Jéfuites ,
vient de donner au Public une Cantatille , qui a
FEVRIER . 1760. 257
our titre , Polymnie , avec fymphonie , dans
aquelle il y a un violoncelle obligé. Prix 1 1. 16 f
Se vend à Paris , chez l'Auteur , rue Montorzueil
; & aux adreſſes ordinaires.
›
L'emploi du temps , Cantatille à voix feule de
feffus ou haute- contre , avec fymphonie. Par M.
e Chevalier d'Herbain. Partition & parties fépaées.
Prix 3 liv . ^
Le portraitd'Iris , Ariette de deffus , avec fymphonie
, ou pour une haute-contre . Par le même
Auteur. Prix , I liv. 4- L.
Le miracle de Thémire , grande Ariette , du même
Auteur . 1 liv. 4 f.
La puiffance de l'Amour , Ariette Italienne ,
avec la traduction françoife , & grande fymphonie.
Idem. Se vend 1 liv . 16 f..
Veggio l'ombra , Aria Italien , & traduction
françoife , avec grande fymphonie. Du même
Auteur. Prix , 2 liv . 8 f
Le tout fe vend à Paris , aux adreffes ordinaires
de Mufique , & chez Made Vendôme , Graveufe,.
rue S. Jacques , vis - à - vis celle de la Parcheminerie..
M. Correte , Organifte des RR. PP . Jéfuites ,
vient de donner au Public une Cantatille , qui a
FEVRIER . 1760. 257
our titre , Polymnie , avec fymphonie , dans
aquelle il y a un violoncelle obligé. Prix 1 1. 16 f
Se vend à Paris , chez l'Auteur , rue Montorzueil
; & aux adreſſes ordinaires.
›
L'emploi du temps , Cantatille à voix feule de
feffus ou haute- contre , avec fymphonie. Par M.
e Chevalier d'Herbain. Partition & parties fépaées.
Prix 3 liv . ^
Le portraitd'Iris , Ariette de deffus , avec fymphonie
, ou pour une haute-contre . Par le même
Auteur. Prix , I liv. 4- L.
Le miracle de Thémire , grande Ariette , du même
Auteur . 1 liv. 4 f.
La puiffance de l'Amour , Ariette Italienne ,
avec la traduction françoife , & grande fymphonie.
Idem. Se vend 1 liv . 16 f..
Veggio l'ombra , Aria Italien , & traduction
françoife , avec grande fymphonie. Du même
Auteur. Prix , 2 liv . 8 f
Le tout fe vend à Paris , aux adreffes ordinaires
de Mufique , & chez Made Vendôme , Graveufe,.
rue S. Jacques , vis - à - vis celle de la Parcheminerie..
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Résumé : MUSIQUE.
En février 1760, plusieurs œuvres musicales ont été publiées à Paris. M. Correte, organiste des Pères Jésuites, a présenté une cantatille intitulée 'Polymnie', accompagnée d'une symphonie incluant un violoncelle obligé. Cette œuvre est disponible au prix de 1 livre 16 sols chez l'auteur, rue Montorgueil, et dans les adresses musicales habituelles. Le Chevalier d'Herbain a composé plusieurs pièces vocales. 'L'emploi du temps' est une cantatille pour voix seule, avec symphonie, vendue 3 livres. 'Le portrait d'Iris' est une ariette pour voix de dessus ou haute-contre, avec symphonie, au prix de 1 livre 4 sols. 'Le miracle de Thémire' est une grande ariette, également au prix de 1 livre 4 sols. 'La puissance de l'Amour' est une ariette italienne avec traduction française et grande symphonie, vendue 1 livre 16 sols. Enfin, 'Veggio l'ombra' est une aria italienne avec traduction française et grande symphonie, au prix de 2 livres 8 sols. Ces œuvres sont disponibles à Paris, dans les adresses musicales ordinaires et chez Madame Vendôme, graveuse, rue Saint-Jacques, en face de la rue de la Parcheminerie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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464
p. 259
IV.e Recueil de Piéces Françoises & Italiennes.
Début :
M. Taillart, l'aîné, excellent Maître de Flûte, demeurant rue du Plat d'Etain, [...]
Mots clefs :
Recueil, Musique, Flûte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IV.e Recueil de Piéces Françoises & Italiennes.
IV. Recueil de Piéces Françoifes & Italiennes .
M. Taillart , l'aîné , excellent Maître de Flûte ,
demeurant rue du Plat d'Etain , même maiſon
qu'un Marchand de Scie , a lieu d'eípérer que ce
nouveau Recueil fera recherché avec autant d'émpreffement
par les Maîtres & Amateurs de Mufique
, que ceux qu'il a donnés précédemment au
Public.
Aux Adreffes ordinaires.
M. Taillart , l'aîné , excellent Maître de Flûte ,
demeurant rue du Plat d'Etain , même maiſon
qu'un Marchand de Scie , a lieu d'eípérer que ce
nouveau Recueil fera recherché avec autant d'émpreffement
par les Maîtres & Amateurs de Mufique
, que ceux qu'il a donnés précédemment au
Public.
Aux Adreffes ordinaires.
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465
p. 73-74
ENIGME, EN CHANSON. Air : du Confiteor.
Début :
Compagnon des enfans de Mars, [...]
Mots clefs :
Tambour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME, EN CHANSON. Air : du Confiteor.
ENIGME , EN CHANSON.
AIR: du Confiteor.
COMPAGN OMPAGNON des enfans de Mars ,
Né pour affermir leur courage ;
Comme eux , j'affronte les haſards ;
Comme eux , au péril je m'engage :
Et dans ce redoutable emploi ,
Jamais je ne connus l'éffroi .
AIR : De tous les Capucins du monde,
Aux complots d'un injufte pere,
C'est mon organe tutélaire
Qui déroba Jupin naiſſant ;
Après qu'une tremblante mère,
Eut caché le céleste enfant ,
Au fein d'un rocher folitaire .
AIR : Du Prevôt des Marchands.
Vous , dont ma voix, dans les combats,
Regle les coups , conduit les pas ;
Malgré le ferment qui nous lie ,
Fuyez-vous en d'autres climats ;
D
74 MERCURE
DE FRANCE
.
Condamnés à perdrela vie ,
C'eſt moi , qui vous mène au trépas.
AIR : Pourpaffer doucement la vie.
Mon pere eft facile à connoître ;
L'en prend communément fon nom
Quand on veut défigner un être
Qui n'a ni rime , ni raiſon.
AIR: Des folies d'Espagne.
Jadis auprès dun bufte ridicule
J'accompagnois de mes pompeux accens ,
L'hommage vain , qu'un Peuple trop crédule ;
Couroit offrir à des Dieux impuiffans
AIR : Non ,je ne ferai pas &c. "
Placé fur un terrein que le Guerrier ſoupçonne ;
Dans ce pofte douteux,fije tremble ou bourdonne,
Sauvons-nous ; , un tombeau fe creuſe ſous nos pas!
Cet oracle eft plus fûr que celui de Calchas.
Même Air,
A me perfécuter , le fort s'opiniâtre :
J'ai beau merendre utile; on fe plaît à me battre .
Le Maitre que je lers , eft un Maître inhumain ,
Qui me traite toujours le bâton à la main.
Il fervoit anciennement au culte des Idôles.
BLANDUREL DE SAINT JUST.
AIR: du Confiteor.
COMPAGN OMPAGNON des enfans de Mars ,
Né pour affermir leur courage ;
Comme eux , j'affronte les haſards ;
Comme eux , au péril je m'engage :
Et dans ce redoutable emploi ,
Jamais je ne connus l'éffroi .
AIR : De tous les Capucins du monde,
Aux complots d'un injufte pere,
C'est mon organe tutélaire
Qui déroba Jupin naiſſant ;
Après qu'une tremblante mère,
Eut caché le céleste enfant ,
Au fein d'un rocher folitaire .
AIR : Du Prevôt des Marchands.
Vous , dont ma voix, dans les combats,
Regle les coups , conduit les pas ;
Malgré le ferment qui nous lie ,
Fuyez-vous en d'autres climats ;
D
74 MERCURE
DE FRANCE
.
Condamnés à perdrela vie ,
C'eſt moi , qui vous mène au trépas.
AIR : Pourpaffer doucement la vie.
Mon pere eft facile à connoître ;
L'en prend communément fon nom
Quand on veut défigner un être
Qui n'a ni rime , ni raiſon.
AIR: Des folies d'Espagne.
Jadis auprès dun bufte ridicule
J'accompagnois de mes pompeux accens ,
L'hommage vain , qu'un Peuple trop crédule ;
Couroit offrir à des Dieux impuiffans
AIR : Non ,je ne ferai pas &c. "
Placé fur un terrein que le Guerrier ſoupçonne ;
Dans ce pofte douteux,fije tremble ou bourdonne,
Sauvons-nous ; , un tombeau fe creuſe ſous nos pas!
Cet oracle eft plus fûr que celui de Calchas.
Même Air,
A me perfécuter , le fort s'opiniâtre :
J'ai beau merendre utile; on fe plaît à me battre .
Le Maitre que je lers , eft un Maître inhumain ,
Qui me traite toujours le bâton à la main.
Il fervoit anciennement au culte des Idôles.
BLANDUREL DE SAINT JUST.
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466
p. 74-80
EFFETS de l'air sur le corps humain, considérés dans le son, ou Discours sur la nature du Chant. EXTRAIT.
Début :
Cet Ouvrage paroît être de la même main qui nous a donné le recueil de Lettres [...]
Mots clefs :
Air, Corps humain, Chant, Son, Musique, Italiens, Sons, Âme, Langue, Goût
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EFFETS de l'air sur le corps humain, considérés dans le son, ou Discours sur la nature du Chant. EXTRAIT.
EFFETS de l'air fur le corps humain ;
confidérés dans le fon , ou Difcours
fur la nature du Chant.
СЕТ
EXTRA I T.
ET Ouvrage paroît être de la même
main qui nous a donné le recueil de Lettres
que je viens d'annoncer. Au Frontifpice,
eft une Eftampe agréable , qui repréfente
Orphée fur le mont Hoémus. L'explication
eft une Traduction de la deuxiéme
Ode d'Horace par le P. Sanadon
fuivie d'un Envoi à Julie , auffi digne
peut- être de la célébrité que la fameufe
Julie Dangennes , la Muſe de l'Hôtel de
Rambouillet . Cet envoi mérite d'être
rapporté , le voici.
ود
» Vous qui difpofez du bonheur de
» mes jours , vous qui embelliffez la Na-
» ture , combien de fois ne m'avez- vous
point fait éprouver le charme que je
» célébre ! Tantôt par la gaîté & la légé-
» reté de votre chant , vous faifiez difparoître
les fombres foucis ; & tantôt
» par une douce & tendre mélodie , je me
» trouvois tranfporté dans un état divin .
» Yous me prépariez infenfiblement au
و د
NOVEMBRE. 1760. 75
»
fentiment que vous m'alliez donner.
» L'air que vous animiez des accens de
» votre voix , paroiffoit être agité par les
aîles de l'amour ; & quand impercep-
» tiblement vous aviez éteint un fon , je
» ne fçai quelle harmonie duroit encore,
& fembloit donner naiffance à celui
qui lui fuccédoit. Quelle vérité dans le
goût ! Quelle variété dans le go fier ! Quels
» fons filés & onctueux ! Etoient - ils
» éclatans , étoient - ils adoucis , c'étoit
» toujours les échos de votre âme qui
» venoient modifier la mienne , déter-
» miner fa puiffance , & fe repofer dans
»
رد
» mon coeur & c.
C'eft en peu de mots donner toutes
les modifications du chant , & pour ainfi
dire nous en repréfenter l'image.
Un avertiffement nous inftruit que cet
effai ne contient que le méchaniſme de
l'air fur le corps humain . C'eſt le feul
but de l'Auteur ; il nous dit auffi que fon
intention n'a pas été de répondre à la
lettre de M. Rouffeau fur notre Mufique .
Il nous rappelle avec goût le fentiment
de M. de Voltaire , fur les langues , qui
entr'autres obfervations penfe que le
plus beau de tous les langages doit être
» celui qui eft à la fois le plus complet ,
» le plus fonore , le plus varié dans fes
رد
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
tons , & le plus régulier dans fa marche
; celui qui a le plus de mots com-
• pofés ; celui qui par fa profodié expri-
» me le mieux les mouvemens de l'âme ;
» celui qui reffemble le plus à la Mufique.
Il ajoute » La plus belle Langue
qu'ayent jamais parlé les hommes ,
c'eft la Langue Grecque, parée de l'har-
» monie naturelle.
و د
83
:
J'oferois dire après M. de Voltaire
que parmi les Langues vivantes le Perfan
eft le langage qui réunit le plus ces qualités
éffentielles à la Langue Grecque : il
a furtout une variété d'infléxions à l'infini ,
ce qui doit être très - propre au chant.
Cette efpéce de differtation fur la Muque
eft pleine de goût , de vérité & de
lumiére , on n'en peut donner ici qu'une
légére idée.
L'Auteur nous dit , que la plupart des
plus beaux récitatifs Italiens ont toujours
le même mouvement , & que ce mouvement
eft d'une peſanteur immenſe , ( ce
font fes expreffions. ) Il ne peut ignorer
que ces mêmes Italiens ont auffi le Récitatifobligé
; qu'ils ont des Récitatifs qui
font admirables , & qui font couler des
larmes ; il faut , pourfuit- il , une longue
و ر
habitude , & toute l'autorité du préju-
» gé , pour applaudir à leurs Eunuques .
NOVEMBRE. 1760 . 77
On répondra , que lorfque ces Chanteurs
ont reçu de laNature d'heureux organes, ils
ont la voix extrêmement mélodieufe . Salinbeni,
à Berlin & à Drefde , excitoit , fi .
l'on peut parler ainfi , le raviffement ;
l'âme fembloit être fufpendue avec for
chant. La critique fur nos Chours François
eft auffi jufte qu'ingénieufe. Je ne
fçais pourquoi l'Auteur veut profcrire les
machines de notre Théâtre Lyrique ; il
les appelle un Phénomène des fiécles barbares
, que nous aurións dû abandonner
avec la Comédie de la Paffion . Qu'il ait la
bonté de confidérer que les Opéra François
font d'un autre genre que les Opéra
Italiens ; ces derniers font des Tragédies
chantantes , qui dans leur récitatif nous
donnent quelque foible idée de la mélopée
des Anciens , au lieu que nos Opéra
femblent être confacrés aux prodiges ,
aux féeries : c'eft un plaifir de plus que
nous avons ; & l'Auteur de la Differtation
n'eft pas d'affez mauvaiſe humeur
pour décrier les plaifirs. M. de Fontenelle
n'a-t- il pas dit , que chaque âge avoit fon
hochet ? Il falloit plutôt fe plaindre de la
maladreffe & de l'informe qui régnent
encore dans nos machines : nous fommes
bien peu avancés dans cet amuſement
des yeux. On a obfervé, avec beau
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
coup de goût dans cette Differtation, que
les Bouffons étoient peut- être parmi les
Italiens les Chanteurs qui font le mieux
fentir ce qu'ils chantent. En effet ils ont
des fons particuliers & analogues aux
divers mouvemens de l'âme qu'ils expriment.
Autre obfervation auffi judicieuſe :
nous allons la citer.
»
» Les Anglois ayant trouvé que les
" Italiens chantoient plus légérement
qu'eux , ont crû qu'ils n'avoient pour
les égaler qu'à abandonner leur Mufi-
» que nationale , & prendre celle d'Italie.
Cette judicieufe réfolution fut d'a-
» bord exécutée ; & on voit aujourd'hui ,
» non fans étonnement , le mode Italien
» avec le jargon Anglois. Quel monf-
» trueux affemblage ! Ces doux fons def-
» tinés à exprimer les tendres voyelles
» Italiennes , font forcés de rendre les
» confonnes Angloifes.
Rien de plus vrai ; ne pourrions- nous
pas nous appliquer cette critique fi fenfée
? Les Italiens doivent trouver que notre
langue avec toutes fes infléxions
muettes , eft difcordante avec leur Mufique.
Quelle différence pour des notes
muficales , entre les paroles chantées de
la Serva Padrona & de la Servante Maitreffe
!
NOVEMBRE. 1760. 79
'Anecdote affez finguliére : » Hendel ,
» ce fameux Compofiteur Allemand , dont
» le talent faifoit la plaifante vanité des
Anglois , a été chercher fa belle mufette
» dans les montagnes d'Ecoffe , comme
» pour lear dire qu'il ne falloit jamais défefpérer
de la Patrie.
ود
L'Auteur traite Lully de monotone
on oferoit demander fi la langue du ſentiment
peut avoir beaucoup de variation ?
Lully eft le Racine de notre Mufique .
On fe plaint avec raiſon , dans cet éffai, que
plus de huit cens Auteurs ont écrit fur la
Mufique , & à force de calculs en ont fait
une fcience abftraite . On répond avec folidité
aux perfonnes qui répétent , qu'il eft
ridicule de mourir en chantant . On finit par
cette obſervation lumineuſe : » La colere,
» ce mouvement violent , cette exploſion
fubite & momentanée du fang , eft ren-
» due à notre imagination par le fon lent
» & traînant de deux fyllabes longues ,
» tandis qu'on n'en employe qu'une pour
»
» nous donner l'idée du charme.
La même faute exifte néceffairement
dans notre Poëfie. Si les premiers hommes
qui ont formé des fons euffent été
un peuple de Philofophes , nous aurions
des expreffions , fideles organes des mouvemens
de l'âme ; & tous les jours il nous
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
échappe des mots , qui ne font
faux fignes de la penſée.
que
de
Cette
differtation
mérite
d'être
lue toute
entiere
. Il eft fâcheux
que
l'Auteur
ne ſe
foit
pas
étendu
davantage
: il fait
toujours
marcher
la Phyſique
à côté
du raifonnement
. Cet
ouvrage
eft enrichi
de Notes
excellentes
; entr'autres
il invite
les Compofiteurs
à retrancher
l'e muet
. Je crois
que
les Poëtes
lyriques
, indépendamment
de la variété
plus
marquée
qu'ils
devroient
employer
dans
le rithme
de la verfification
, pourroient
auffi
fe défendre
les vers
féminins
, & ne
fe fervir
que
des
maſculins
cette
attention
épargneroit
aux
oreilles
délicates
le dégoût
infupportable
que
lui
caufent
ces
fons
muets
&
mores
, la partie
honteufe
de notre
Mufique
vocale
. Cet
éffai
, un
des
meilleurs
écrits
qui
ayent
paru
fur
cette
matiére
,
porte
le nom
d'Amfterdam
pour
infcription
, & fe vend
chez
Lambert
& chez
Duchefne
. Il fait
fouhaiter
que
fon
Auteur
faffe
de nouveaux
pas
dans
la carrière
littéraire
.
confidérés dans le fon , ou Difcours
fur la nature du Chant.
СЕТ
EXTRA I T.
ET Ouvrage paroît être de la même
main qui nous a donné le recueil de Lettres
que je viens d'annoncer. Au Frontifpice,
eft une Eftampe agréable , qui repréfente
Orphée fur le mont Hoémus. L'explication
eft une Traduction de la deuxiéme
Ode d'Horace par le P. Sanadon
fuivie d'un Envoi à Julie , auffi digne
peut- être de la célébrité que la fameufe
Julie Dangennes , la Muſe de l'Hôtel de
Rambouillet . Cet envoi mérite d'être
rapporté , le voici.
ود
» Vous qui difpofez du bonheur de
» mes jours , vous qui embelliffez la Na-
» ture , combien de fois ne m'avez- vous
point fait éprouver le charme que je
» célébre ! Tantôt par la gaîté & la légé-
» reté de votre chant , vous faifiez difparoître
les fombres foucis ; & tantôt
» par une douce & tendre mélodie , je me
» trouvois tranfporté dans un état divin .
» Yous me prépariez infenfiblement au
و د
NOVEMBRE. 1760. 75
»
fentiment que vous m'alliez donner.
» L'air que vous animiez des accens de
» votre voix , paroiffoit être agité par les
aîles de l'amour ; & quand impercep-
» tiblement vous aviez éteint un fon , je
» ne fçai quelle harmonie duroit encore,
& fembloit donner naiffance à celui
qui lui fuccédoit. Quelle vérité dans le
goût ! Quelle variété dans le go fier ! Quels
» fons filés & onctueux ! Etoient - ils
» éclatans , étoient - ils adoucis , c'étoit
» toujours les échos de votre âme qui
» venoient modifier la mienne , déter-
» miner fa puiffance , & fe repofer dans
»
رد
» mon coeur & c.
C'eft en peu de mots donner toutes
les modifications du chant , & pour ainfi
dire nous en repréfenter l'image.
Un avertiffement nous inftruit que cet
effai ne contient que le méchaniſme de
l'air fur le corps humain . C'eſt le feul
but de l'Auteur ; il nous dit auffi que fon
intention n'a pas été de répondre à la
lettre de M. Rouffeau fur notre Mufique .
Il nous rappelle avec goût le fentiment
de M. de Voltaire , fur les langues , qui
entr'autres obfervations penfe que le
plus beau de tous les langages doit être
» celui qui eft à la fois le plus complet ,
» le plus fonore , le plus varié dans fes
رد
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
tons , & le plus régulier dans fa marche
; celui qui a le plus de mots com-
• pofés ; celui qui par fa profodié expri-
» me le mieux les mouvemens de l'âme ;
» celui qui reffemble le plus à la Mufique.
Il ajoute » La plus belle Langue
qu'ayent jamais parlé les hommes ,
c'eft la Langue Grecque, parée de l'har-
» monie naturelle.
و د
83
:
J'oferois dire après M. de Voltaire
que parmi les Langues vivantes le Perfan
eft le langage qui réunit le plus ces qualités
éffentielles à la Langue Grecque : il
a furtout une variété d'infléxions à l'infini ,
ce qui doit être très - propre au chant.
Cette efpéce de differtation fur la Muque
eft pleine de goût , de vérité & de
lumiére , on n'en peut donner ici qu'une
légére idée.
L'Auteur nous dit , que la plupart des
plus beaux récitatifs Italiens ont toujours
le même mouvement , & que ce mouvement
eft d'une peſanteur immenſe , ( ce
font fes expreffions. ) Il ne peut ignorer
que ces mêmes Italiens ont auffi le Récitatifobligé
; qu'ils ont des Récitatifs qui
font admirables , & qui font couler des
larmes ; il faut , pourfuit- il , une longue
و ر
habitude , & toute l'autorité du préju-
» gé , pour applaudir à leurs Eunuques .
NOVEMBRE. 1760 . 77
On répondra , que lorfque ces Chanteurs
ont reçu de laNature d'heureux organes, ils
ont la voix extrêmement mélodieufe . Salinbeni,
à Berlin & à Drefde , excitoit , fi .
l'on peut parler ainfi , le raviffement ;
l'âme fembloit être fufpendue avec for
chant. La critique fur nos Chours François
eft auffi jufte qu'ingénieufe. Je ne
fçais pourquoi l'Auteur veut profcrire les
machines de notre Théâtre Lyrique ; il
les appelle un Phénomène des fiécles barbares
, que nous aurións dû abandonner
avec la Comédie de la Paffion . Qu'il ait la
bonté de confidérer que les Opéra François
font d'un autre genre que les Opéra
Italiens ; ces derniers font des Tragédies
chantantes , qui dans leur récitatif nous
donnent quelque foible idée de la mélopée
des Anciens , au lieu que nos Opéra
femblent être confacrés aux prodiges ,
aux féeries : c'eft un plaifir de plus que
nous avons ; & l'Auteur de la Differtation
n'eft pas d'affez mauvaiſe humeur
pour décrier les plaifirs. M. de Fontenelle
n'a-t- il pas dit , que chaque âge avoit fon
hochet ? Il falloit plutôt fe plaindre de la
maladreffe & de l'informe qui régnent
encore dans nos machines : nous fommes
bien peu avancés dans cet amuſement
des yeux. On a obfervé, avec beau
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
coup de goût dans cette Differtation, que
les Bouffons étoient peut- être parmi les
Italiens les Chanteurs qui font le mieux
fentir ce qu'ils chantent. En effet ils ont
des fons particuliers & analogues aux
divers mouvemens de l'âme qu'ils expriment.
Autre obfervation auffi judicieuſe :
nous allons la citer.
»
» Les Anglois ayant trouvé que les
" Italiens chantoient plus légérement
qu'eux , ont crû qu'ils n'avoient pour
les égaler qu'à abandonner leur Mufi-
» que nationale , & prendre celle d'Italie.
Cette judicieufe réfolution fut d'a-
» bord exécutée ; & on voit aujourd'hui ,
» non fans étonnement , le mode Italien
» avec le jargon Anglois. Quel monf-
» trueux affemblage ! Ces doux fons def-
» tinés à exprimer les tendres voyelles
» Italiennes , font forcés de rendre les
» confonnes Angloifes.
Rien de plus vrai ; ne pourrions- nous
pas nous appliquer cette critique fi fenfée
? Les Italiens doivent trouver que notre
langue avec toutes fes infléxions
muettes , eft difcordante avec leur Mufique.
Quelle différence pour des notes
muficales , entre les paroles chantées de
la Serva Padrona & de la Servante Maitreffe
!
NOVEMBRE. 1760. 79
'Anecdote affez finguliére : » Hendel ,
» ce fameux Compofiteur Allemand , dont
» le talent faifoit la plaifante vanité des
Anglois , a été chercher fa belle mufette
» dans les montagnes d'Ecoffe , comme
» pour lear dire qu'il ne falloit jamais défefpérer
de la Patrie.
ود
L'Auteur traite Lully de monotone
on oferoit demander fi la langue du ſentiment
peut avoir beaucoup de variation ?
Lully eft le Racine de notre Mufique .
On fe plaint avec raiſon , dans cet éffai, que
plus de huit cens Auteurs ont écrit fur la
Mufique , & à force de calculs en ont fait
une fcience abftraite . On répond avec folidité
aux perfonnes qui répétent , qu'il eft
ridicule de mourir en chantant . On finit par
cette obſervation lumineuſe : » La colere,
» ce mouvement violent , cette exploſion
fubite & momentanée du fang , eft ren-
» due à notre imagination par le fon lent
» & traînant de deux fyllabes longues ,
» tandis qu'on n'en employe qu'une pour
»
» nous donner l'idée du charme.
La même faute exifte néceffairement
dans notre Poëfie. Si les premiers hommes
qui ont formé des fons euffent été
un peuple de Philofophes , nous aurions
des expreffions , fideles organes des mouvemens
de l'âme ; & tous les jours il nous
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
échappe des mots , qui ne font
faux fignes de la penſée.
que
de
Cette
differtation
mérite
d'être
lue toute
entiere
. Il eft fâcheux
que
l'Auteur
ne ſe
foit
pas
étendu
davantage
: il fait
toujours
marcher
la Phyſique
à côté
du raifonnement
. Cet
ouvrage
eft enrichi
de Notes
excellentes
; entr'autres
il invite
les Compofiteurs
à retrancher
l'e muet
. Je crois
que
les Poëtes
lyriques
, indépendamment
de la variété
plus
marquée
qu'ils
devroient
employer
dans
le rithme
de la verfification
, pourroient
auffi
fe défendre
les vers
féminins
, & ne
fe fervir
que
des
maſculins
cette
attention
épargneroit
aux
oreilles
délicates
le dégoût
infupportable
que
lui
caufent
ces
fons
muets
&
mores
, la partie
honteufe
de notre
Mufique
vocale
. Cet
éffai
, un
des
meilleurs
écrits
qui
ayent
paru
fur
cette
matiére
,
porte
le nom
d'Amfterdam
pour
infcription
, & fe vend
chez
Lambert
& chez
Duchefne
. Il fait
fouhaiter
que
fon
Auteur
faffe
de nouveaux
pas
dans
la carrière
littéraire
.
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Résumé : EFFETS de l'air sur le corps humain, considérés dans le son, ou Discours sur la nature du Chant. EXTRAIT.
L'ouvrage examine les effets de l'air sur le corps humain et la nature du chant, illustré par une estampe d'Orphée et une traduction de la deuxième Ode d'Horace. L'auteur ne répond pas à une lettre de M. Rousseau sur la musique, mais se concentre sur le mécanisme de l'air sur le corps humain. Il cite M. de Voltaire sur la beauté de la langue grecque et reconnaît ces qualités dans le persan. Le texte critique les récitatifs italiens, jugés monotones, tout en admirant certains chanteurs italiens. Il déplore l'utilisation excessive de machines dans le théâtre lyrique français, soulignant les différences entre les opéras français et italiens. L'auteur apprécie les bouffons italiens pour leur capacité à exprimer les émotions et critique les Anglais pour leur adoption dissonante de la musique italienne. Le texte aborde divers aspects de la musique et de la poésie, incluant une anecdote sur Haendel et une critique de Lully pour sa monotonie. Il réfute l'idée que mourir en chantant soit ridicule et souligne les erreurs dans la représentation musicale des émotions. L'auteur regrette l'excès de calculs dans la musique et propose des améliorations pour les compositeurs et poètes lyriques. L'essai, publié à Amsterdam, est considéré comme l'un des meilleurs sur le sujet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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467
p. 212-213
« Six Sonnates en Duo, travaillées pour six Instrumens différens, Flûte, [...] »
Début :
Six Sonnates en Duo, travaillées pour six Instrumens différens, Flûte, [...]
Mots clefs :
Sonates, Flûte, Haut bois, Violon, Basson, Violoncelle, Son, Livres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Six Sonnates en Duo, travaillées pour six Instrumens différens, Flûte, [...] »
SIX SONNATES en Duo , travaillées pour fix
Inftrumens différens , Flûte Haut-bois , Pardellus
de Viole a cinq cordes fans aucun démanchement
, Violon , Baffon & Violoncelle , en obfervant
la Clefde Fa , qui eft pofée ſur la quatriéme
ligne , avec des fignes pour diminuer & augmenter
les fons par degrés dans les endroits neNOVEMBRE.
1760. 213
ceffaires. Compofées par M. ATYS , Maître de
Flûte. Cuvre IV . Gravées par Jofeph Renou . Prix
4 livres feize fols . A Paris , chez l'Auteur , að
Paffage de la rue Traverfiere , à celle des Bouche
ries Saint Honoré ; M. Bayard, rue Saint Honoré,
à la Régle d'or ; Madeinoifelle Caftagnerie , rue
des Prouvaires , à la Mutique Royale ; M. Le
Menue , à la Clef d'or , rue du Roule.
Pour faciliter le Baffon & le Violoncelle , on a
tranfpofé la troifiéme Sonate en ton demi , grand
pour éviter le grand nombre de bémols
qui rendroit les modulations trop difficiles dans
l'exécution.
diéze
On trouvera aux mêmes adreffes un premier
Livre du grand Duo , le fecond Livre eft en Trio ,
Solo & Duo ; le troifiéme Livre eft une Méthode
pour la Flûte , qui expliqee l'attitude & la manière
de gouverner le foufle , avec des Préludes
en conféquence , le tout du même Auteur. Avec
Privilége du Roi,
Inftrumens différens , Flûte Haut-bois , Pardellus
de Viole a cinq cordes fans aucun démanchement
, Violon , Baffon & Violoncelle , en obfervant
la Clefde Fa , qui eft pofée ſur la quatriéme
ligne , avec des fignes pour diminuer & augmenter
les fons par degrés dans les endroits neNOVEMBRE.
1760. 213
ceffaires. Compofées par M. ATYS , Maître de
Flûte. Cuvre IV . Gravées par Jofeph Renou . Prix
4 livres feize fols . A Paris , chez l'Auteur , að
Paffage de la rue Traverfiere , à celle des Bouche
ries Saint Honoré ; M. Bayard, rue Saint Honoré,
à la Régle d'or ; Madeinoifelle Caftagnerie , rue
des Prouvaires , à la Mutique Royale ; M. Le
Menue , à la Clef d'or , rue du Roule.
Pour faciliter le Baffon & le Violoncelle , on a
tranfpofé la troifiéme Sonate en ton demi , grand
pour éviter le grand nombre de bémols
qui rendroit les modulations trop difficiles dans
l'exécution.
diéze
On trouvera aux mêmes adreffes un premier
Livre du grand Duo , le fecond Livre eft en Trio ,
Solo & Duo ; le troifiéme Livre eft une Méthode
pour la Flûte , qui expliqee l'attitude & la manière
de gouverner le foufle , avec des Préludes
en conféquence , le tout du même Auteur. Avec
Privilége du Roi,
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Résumé : « Six Sonnates en Duo, travaillées pour six Instrumens différens, Flûte, [...] »
Le document décrit une collection de six sonates en duo, adaptées pour divers instruments tels que la flûte, le hautbois, la pardelluse, le violon, le basson et le violoncelle. Ces sonates sont notées en clé de fa sur la quatrième ligne et incluent des signes pour modifier les hauteurs des sons. Composées par M. Atys, maître de flûte, elles constituent la quatrième œuvre de l'auteur. Gravées par Joseph Renou, elles sont disponibles à Paris à un prix de quatre livres seize sols. Les points de vente incluent l'auteur lui-même, M. Bayard, Madame Castagnerie et M. Le Menue. La troisième sonate a été transposée en ton demi-grand pour faciliter l'exécution au basson et au violoncelle, évitant ainsi un grand nombre de bémols. Le document mentionne également d'autres œuvres de l'auteur, telles qu'un premier livre de duos, un second livre en trio, solo et duo, et une méthode pour la flûte avec des préludes explicatifs.
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468
p. 213
« Les Faveurs du Sommeil, Cantatille à voix seule, avec Symphonie, dédiée à M. le Marquis [...] »
Début :
Les Faveurs du Sommeil, Cantatille à voix seule, avec Symphonie, dédiée à M. le Marquis [...]
Mots clefs :
Cantatille, Symphonie, Concert, Pièce de musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Faveurs du Sommeil, Cantatille à voix seule, avec Symphonie, dédiée à M. le Marquis [...] »
LES FAVEURS DU SOMMEIL , Cantatille à voix
feute , avec Symphonie , dédiée à M. Te Marquis
DE BRASSAc , Lieutenant Général des Armées
du Roi , Commandeur de l'Ordre Royal & Milifaire
de Saint Louis , compofée par M. PIZET
l'aîné , Maître de Mufique du Concert de Caen ,
gravée par Labaffée. Prix trente-fix fols. A Caen
chez l'Auteur , rue Saint Pierre , vis- à- vis celle
des Teinturiers. A Paris , aux adreſſes ordinaires
de Mufique , & chez M. Dâton , rue Beaubourg ,
la porte cochere vis- à-vis le cul de-fac des Anglois,
feute , avec Symphonie , dédiée à M. Te Marquis
DE BRASSAc , Lieutenant Général des Armées
du Roi , Commandeur de l'Ordre Royal & Milifaire
de Saint Louis , compofée par M. PIZET
l'aîné , Maître de Mufique du Concert de Caen ,
gravée par Labaffée. Prix trente-fix fols. A Caen
chez l'Auteur , rue Saint Pierre , vis- à- vis celle
des Teinturiers. A Paris , aux adreſſes ordinaires
de Mufique , & chez M. Dâton , rue Beaubourg ,
la porte cochere vis- à-vis le cul de-fac des Anglois,
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Résumé : « Les Faveurs du Sommeil, Cantatille à voix seule, avec Symphonie, dédiée à M. le Marquis [...] »
Le document décrit 'Les faveurs du sommeil', une cantatille à voix feute accompagnée d'une symphonie dédiée au Marquis de Brassac. L'auteur est M. Pizet l'aîné, Maître de Musique du Concert de Caen. La gravure est de Labaffée. L'œuvre coûte trente-six sols et est disponible à Caen et Paris.
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469
p. 77
LOGOGRYPHE.
Début :
Je trouble des forêts la retraite profonde, [...]
Mots clefs :
Cor
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPHE.
I trouble des forêts la retraite profonde , E
Et j'appelle aux combats un peuple courageux,
Sil'on tranche ma tête ; adoré dans le monde .
Je ſuis l'objet de tous les voeux.
I trouble des forêts la retraite profonde , E
Et j'appelle aux combats un peuple courageux,
Sil'on tranche ma tête ; adoré dans le monde .
Je ſuis l'objet de tous les voeux.
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470
p. 77
AUTRE.
Début :
Aux champs de Mars, je fais un bruit terrible, [...]
Mots clefs :
Tambour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Aux champs de Mars , je fais un bruit terrible
,
De mille combattans j'anime les efforts .
Retranchez , belle Eglé , deux membres de mont
corps ; {
Et je ferai le Dieu , dont votre âme fenfible ,
Peut- être avec plaifir , éprouve les tranfports.
Aux champs de Mars , je fais un bruit terrible
,
De mille combattans j'anime les efforts .
Retranchez , belle Eglé , deux membres de mont
corps ; {
Et je ferai le Dieu , dont votre âme fenfible ,
Peut- être avec plaifir , éprouve les tranfports.
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471
p. 66
AUTRE.
Début :
Aux bois, comme à la Ville, on m'entend fort souvent. [...]
Mots clefs :
Cor
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
ux bois , comme à la Ville , on m'entend fort
fouvent.
Dépouillé de mon chef, je rends l'homme puiffants
Remis dans mon entier , prenez-moi par derriere ,
Je fuis exactement , auffi dur que la pierre.
De BORDE A U X.
ux bois , comme à la Ville , on m'entend fort
fouvent.
Dépouillé de mon chef, je rends l'homme puiffants
Remis dans mon entier , prenez-moi par derriere ,
Je fuis exactement , auffi dur que la pierre.
De BORDE A U X.
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473
p. 132-152
RÉPONSE de M. d'ALEMBERT à une Lettre imprimée de M. RAMEAU.
Début :
CEUX qui auront lu, Monsieur, mes Elemens de Musique, sur lesquels vous [...]
Mots clefs :
Accord, Musique, Proportions, Harmonie, Mélodie, Théorie, Proportion géométrique, Rapports géométriques, Mode, Mode mineur, Accords fondamentaux, Basse fondamentale, Encyclopédie, Principes mathématiques, Académie des sciences
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. d'ALEMBERT à une Lettre imprimée de M. RAMEAU.
REPONSE de M. d'ALEM BERT
à une Lettre imprimée de M.
PAMEAU ( a ).
CFUX EUX qui auront lu , Monfieur , mes
Elemens de Mufique , fur lefquels vous
m'avez autrefois témoigné publiquément
votre reconnoiffance dans les termes
(a ) Cetre Lettre , qui a pour objet la critique
des articles FONDAMENTAL & GAMME de l'Encyclopédie
, par M d'Alembert , a paru en mème
temps que le Code de Mufique de M. Rameau.
MAR S. 1762. 133
les plus flateurs (b) , feront un peu furpris
que je fois forcé de me défendre aujourd'hui
contre vous- même. Cela me fera fi
facile, que j'ailong- tems balancé fije prendrois
ce parti , & que je ne m'y ferois jamais
déterminé fans l'attachement que
j'ai pour vous , & fans le defir que vous
marquez d'une réponse de ma part . Je lat
diviferai en plufieurs articles , relatifs aux
différens points fur lefquels vous m'attaquez
.
I. Non , Monfieur , l'Académie des
Sciences n'a point été compromife , com-.
me vous le prétendez , en approuvant ,
d'après mon rapport , les recherches vrai-
(b) Voyez le Mercure de Mai 1752 ; M. Rameau
s'y exprime ainfi , avec beaucoup d'éloges
que je fupprime : M. d'Alembert ... a cherché
dans mes Ouvrages ... des vérités a fimplifier ,
rendre plus familieres , plus luminenfes , & par
conféquent plus utiles au grand nombre ... Il n'a
pas dédaigné de fe mettre à la portée même des Enfans
... Enfin il m'a donné la confolation de voir
ajouter à la folidité de mes principes une fimplicité .
dont je lesfentois fufceptibles , mais que je ne leur
aurois donnée qu'avec beaucoup plus de peine , &
peut-être moins heureufement quelui ... Les fciences
& les arts ... hateroient réciproquement leurs
progrès , fi les Auteurs préférant l'intérêt de la vérité
à celui de l'amour-propre , les uns avoient la modeftie
d'accepter des fecours , les autres la générofité
d'en offrir. མ
134 MERCURE DE FRANCE.
ment neuves & utiles dont la théorie de
votre Art vous eft redevable ; mais elle
n'a point approuvé , & n'approuvera jamais
les efforts que vous avez faits depuis
, pour trouver le principe de la géométrie
dans le corps fonore.
Ce n'eft pas ma faute , fi vous n'êtes
pas encore défabufé des idées plus que
fingulières que vous avez fur ce fujet ,
& auxquelles vous convenez que je me
fuis conftamment oppofé. Le corps fonore
ne nous donne & ne peut nous donner
par lui-même aucune idée des proportions.
1 °. Parce que de votre propre aveu
(c ) on n'y entend point les Octaves ,
du fon fondamental 1 ; 2 °. parce qu'on
entend encore moins les fons des multiples
3 & 5 , qui ne font , felon vousmême
, que frémir fans réfonner ; 3 ° .
( & c'eft ici la raifon principale ) parce
que , quand on entendroit ces octaves
& ces fons des multiples ,le fens de l'ouie
ne peut en aucune manière nous donner
la notion de rapport & de proportion ,
que nous ne pouvons acquérir que par
la vue & par le toucher. Pour avoir une
idée nette des proportions & des rapy
(c) Voyez la Lettre de M. Rameau à M. Euler
fur l'identité des octaves.
MARS. 1762 . 135
,
ports , il eft néceffaire de comparer les
corps par ces deux derniers fens ; la perception
des fons n'y contribue abfolument
en rien , n'y ajoute rien , y eft totalement
étrangère . Pour tout dire en
un mot quand les hommes feroient
fourds , il n'y en auroit pas moins pour
eux , des rapports , des proportions, une
géométrie. En voila , Monfieur , plus
qu'il n'en faut fur ce fujet ; & les Mathématiciens
trouveront à coup
j'en ai encore trop dit.
sûr que
II . En comparant les fons à leur baffe
fondamentale , dont la découverte vous
eft due , Monfieur , vous avez donné
les moyens de fixer d'une manière plus
sûre & plus lumineufe les rapports de's
fons dans les différens genres de Mufi
que ; & c'est en ce fens que la Mufique
eft devenue par votre travail une fcience
plus géométrique , & à laquelle les principes
mathématiques peuvent être appli
qués avec une utilité plus réelle & plus
fenfible qu'ils ne l'ont étéjufqu'ici. Voilà
, Monfieur , ce que l'Académie a
prononcé d'après mon rapport ; mais
ne donnez pas à ces paroles une exten
fion qu'elles n'ont pas , & que cette
Compagnie défavoueroit , ou plutôt
qu'elle n'auroit pas befoin de délavouer.
136 MERCURE DE FRANCE :
La confidération des rapports eft
fans doute néceffaire à quelques égards
dans la Mufique pour la comparaifon
des fons entr'eux ; j'ai fait ufage moimême
des rapports , dans lathéorie du
tempérament & de l'altération des intervalles
; & je n'ai jamais rien avancé
de contraire à cet ufage ; j'ai même dit
expreffément dans l'endroit de l'Encyclopédie
que vous attaquez , que le calcul
( qui n'eft ( d ) autre chofe que l'art
de combiner & de trouver les rapports)
eft utile pour l'intelligence de certains
points de la théorie comme des rapports
entre les tons de la gamme & du tempérament
; mais j'ai dit au même endroit , &
s'il en eft befoin , je le répéte , que la
confidération des rapports eft illufoire
pour rendre raifon du plaifir que la Mufique
nous caufe. On peut en voir les
preuves , ( quoique fommairement expofées
) dans le Difcours préliminairę
qui eft à la tête de la nouvelle Edition
de mes Elémens de Mufique.
3
暑A l'égard des proportions, il eft certain
1 ° . que les proportions arithmétiques &
harmoniques , fi feuvent & fi gratuitement
employées par vous , font entiére-
( d ) Pag. 62. tom. VII.
MARS. 1762. 137
ment étrangeres , & par conféquent inutiles
à l'art mufical ; auffi n'en ai - je fait
abfolument aucun ufage dans mes Elémens
, quoique j'y rende raifon des mémes
faits pour l'explication defquels vous
avez eu recours à ces proportions .
2º. On peut même fe paffer de la théorie
des proportions géométriques dans les
cas où la confidération des rapports géométriques
eft utile , c'eft-à-dire dans la
comparaifon des fons entr'eux ; la notion
de rapport qui eft moins compofée que
celle de proportion (e) , eft alors fuffifante
pour l'objet qu'on fe propofe , & vous
pouvez voir en effet , Monfieur , que
dans mes Elémens je n'ai eu befoin que
de la théorie des rapports fans avoir recours
à celle des proportions ; par la raifon
que j'ai cherché à fimplifier la théorie
le plus qu'il m'a été poffible , & à
n'emprunter du calcul que les notions les
plus indifpenfables.
Néanmoins dans les points de la théo
rie où la confidération des rapports géo-
(e ) Proportion géométrique eft une égalité entre
deux rapports géométriques ; rapport géométrique
eft la maniere dont une quantité en contient une
autre ; ainfi l'idee de proportion renferme au moins
trois quantités , au lieu que l'idée de rapport n'en
renferme que deux.
138 MERCURE DE FRANCE.
métriques doit être employée , je n'empêcherai
pas qu'on ne faffe auffi ufage
( quoique fans néceffité abfolue ) de la
théorie des proportions géométriques ;
mais à condition qu'on n'étendra pas ,
comme vous l'avez fait , la confidération
des proportions à d'autres objets , où elle
eft abfolument déplacée. C'eft cet abus
des proportions que j'avois principalement
en vue , comme il eft aifé de voir ,
pag. 62 du VII . vol. de l'Encyclopédie ,
quand j'ai dit que la confidération des
proportions géométriques , arithmétiques
& harmoniques , eft illufoire dans la
théorie de l'art mufical.
III . Votre Lettre me raffureroit , s'il
étoit néceffaire , fur la vérité de cette
affertion ; déjà vous convenez aujourd'hui
que vous avez employé les proportions
affez mal-à-propos , ( ce font
vos propres termes ) pour expliquer la
diffonance ; avec un peu de réflexion
vous conviendrez de même que vous
auriez pu vous en paffer dans l'explication
d'un grand nombre d'autres faits ;
comme je m'en fuis paffé dans mes Eléquoique
rédigés d'après vos principes
, mais à la vérité d'après vos principes
fimplifiés , dégagés de tout alliage,
& réduits à ce qu'ils contiennent felon
MARS. 1762. 139
moi , d'éffentiel & de vraiment folide.
J'ai donné dans cette nouvelle édition
, une manière très-fimple d'expliquer
le Mode mineur , fans avoir befoin
dufrémiffement des multiples , que
vous aviez employé jufqu'ici pour trou
ver l'origine de ce Mode ; vous dites
aujourd'hui que vous n'avez propofé
cette origine que comme indice ; & vous
prétendez dans votre Lettre en donner
une autre où j'avoue que je ne comprends
rien ; je ne fçais ce que c'eſt
qu'un principe qui s'en repofe fur fes
premiers produits , qui donne à les
premiers droits en harmonie, de forte que.
ce fe rend l'arbitre de la différence des
deux genres. Le langage des fciences ,
Monfieur , doit être plus fimple , plus
clair & plus précis. Celui que vous y
fubftituez ne peut je crois être goûté,
ou du moins célébré que par un feul
Ecrivain ; je veux parler d'un Journalifte
qui n'a pas la plus légère teinture ni
de mufique , ni de calcul , ni de beaucoup
d'autres chofes dont il décide , &
qui en attendant a déja prononcé ( à la
vérité tout feul ) que vous aviez raifon
contre moi.
IV. Vous faites dans votre Lettre de
140 MERCURE DE FRANCE .
nouveaux éfforts pour expliquer com
ment l'échelle diatonique du mode mineur
de la en defcendant , n'a ni diezes
ni bémols , quoiqu'elle ait deux diezes
en montant ; vous aviez dit dans votre
Mémoire préſenté à l'Académie , page
77, qu'il n'y avoit qu'unfeul moyen de
conferver en defcendant l'impreffion du
Mode mineur, fçavoir d'exclure fol de
l'harmonie , & de l'employerfimplement
pour le goût du chant. J'avois fuivi cette
idée , comme vous le pouvez voir à la
fin du chap. IX de la première Partie de
mes Elémens ; ce n'eft pas qu'elle ne
me paroiffe laiffer quelque chofe à defirer
, comme vous le pouvez voir encoré
par la note que j'ai ajoutée au même
endroit. Aujourd'hui vous femblez
abandonner cette explication , pour y
en fubftituer une autre qui fatisfera encore
moins les Philofophes ; vous faites
porter au fi de la baffe fondamentale
un fauffe quinte fa , parce que la fauſſe
quinte , dites-vous , eft prefcrite par l'ordre
même du même Mode. Mais on vous
demandera en premier lieu , pourquoi
l'ordre du Mode feroit- il troublé , fi on
mettoit en defcendant unfa dieze ? Ce
fa dieze ne fait que l'intervalle d'un fémiMARS.
1762. 141
ton avec le fol précédent , & celui d'un
ton avec le mi fuivant ; ainfi il n'y a
point de faut dans l'échelle , puifqu'il ne
s'y trouve point d'intervalle plus grand
que le ton. 2° . Pourquoi l'ordre du Mode
demande-t- il felon vous un fa naturel ,
puifque l'ordre du Mode , dans vos prin
cipes , n'eft déterminé que par la baffe
fondamentale , & que jamais la baffe
fondamentale primitive , ( tirée de la
réfonnance du corps fonore ) ne peut,
donner dans fon accord une fauffe
quinte ?
י י ז
ces
Permettez- moi d'ajouter une réfléxion
que prouvent , Monfieur
variations de votre part , dans la mar
nière d'expliquer le fait dont il s'agit &
quelques autres , finon que le principe.
de la baffe fondamentale ne vous a pas
toujours paru également lumineux à
vous-même , dans les différentes applications
que vous en avez faires ? Soyez
de bonne - foi là- deffus ou permettez
que d'autres le foient ; il vous, reftera
toujours affez de gloire dans l'ufage
que vous avez fait le premier de cette
bafe fondamentale pour éclaircir &
pour fimplifier la théorie & la pratique
de votre Art. 15 (1 )
V. Vous m'accufez fans fondement
142 MERCURE DE FRANCE .
*
d'avoir attribué l'accord de fixtefuperflue
, aux feuls Italiens. Je ne leur en ai
pas même attribué l'invention , ( comme
vous le prétendez ) parce que je n'en
ai point de preuves fuffifantes. J'ai dit
expreffément que vous aviez employé
cet accord dans vos Ouvrages ; mais j'ai
dit auffi , & cela eft vrai ) qu'il eft
pratiqué furtout par les Italiens ; c'eft
pour cela qu'on l'a nommé accord de
fixte Italienne. J'ai ajouté que cet accord
, pratiqué par vous-même
point que je fache , de baffe fondamentale
dans vos principes (f) ; vous
me répondez là-deffus des chofes où je
ne puis rien entendre , fi ce n'eft que
vous convenez que cet accord n'a point
en effet de pareille, baffe ; il eft vrai que
pour lever la difficulté , vous dites que
cet accord n'en eft pas un ; quel eft- il
n'a
(f)Un favant Italien , homme de beaucong
d'efprit , auffi verfé dans la Mufique & dans les
fciences exactes , que dans celles du Gouverne
ment , & qui occupe aujourd'hui avec la plus
grande diftinction la première place dans la Répu
biique , eft le premier qui m'ait fait cette objection
fur l'accord de fixte fuperflue , dès l'année
1752 où parut la première édition de mesElémens
de Mufique. Je ne pus alors trouver de réponſe à
l'objection , & depuis j'en ai cherché une inutile
ment.
MARS. 1762.
143
7
,
donc ? & pouvez-vous croire que perfonne
fe paye de cette défaite , lorfque
vous donnez une baffe fondamentale à
tous les autres accords ? Choififfez donc
ou de ranger , comme je l'ai fait cet
accord parmi les accords fondamentaux
, ( ce qui paroît d'autant plus indifpenfable
que vous-même vous n'attribuez
point à cet accord de renversement
poffible ) ; ou de convenir que la
baffe
fondamentale ne fatisfait point à
tout, puifqu'il y a un accord qui , felon
vous-même , n'a point de baffe fondamentale
. Ce petit inconvénient &
3 quelques autres moins confidérables
n'empêcheront
pas cette baffe d'être le
principe de l'harmonie & de la mélodie ,
comme le fyftême de la gravitation eſt
le principe de l'Aftronomie phyfique
quoique ce fyftême ne rende pas raifon
de tous les phénomènes qu'on obferve
dans le mouvement des corps céleftes.
A cette occafion vous accufez M ,
Rouffeau d'avoir affigné à l'accord de
quinte fuperflue des renverfemens , y
compris la note furnuméraire, Je ne
fais quel fondement peut avoir cette
imputation , car M. Rouffeau a dit expreffément
au mot ACCORD de l'En144
MERCURE DE FRANCE .
cyclopédie , en parlant de l'accord de
quinte fuperflue , que cet accord nefe
renverfe point , & il en donne les raifons
.
VI. C'eft une erreur , fi on vous en
croit , d'avoir dit , comme je l'ai fait
qu'il y a dix accords fondamentaux
lorfqu'il n'y en a , felon vous , que deux,
Ce langage me furprend , & je ne puis
croire que vous me faffiez férieufement
une pareille objection. J'appelle avec
vous accordsfondamentaux , ceux qui
peuvent fe trouver dans la baffe fondamentale
, & que vous y admettez vousmême
, Or ces accords Monfieur
vous le fçavez mieux que moi , font :
1°. L'accord parfait , majeur ou mineur
, ce qui fait deux.
2º. L'accord de dominante tonique
comme folfi réfa compofé d'une tierce
majeure fuivie de deux tierces mineures .
3. Les accords de dominante fimple
qui font au nombre de trois , celui qui
eft formé d'une tierce majeure entre
deux mineures , comme ré fa la ut ;
celui qui eft formé d'une tierce mineure
entre deux majeures , comme ut mifol
fi ; celui qui eft formé de deux tierces
mineures fuivies d'une tierce majeure ,
comme firéfa la.
4°.
MARS. 1762. 145
4°. L'accord de feptiéme diminuée
qui quoique dérivé de l'accord de dominante
& de fous -dominante du mode
mineur eft employé par vous - même
dans la baffe fondamentale.
5º. L'accord de grande fixte ou de
fous dominante , dont la fixte est toujours
majeure & la tierce majeure ou
mineure fuivant le Mode , ce qui fait
deux .
Comptez maintenant , Monfieur , &
vous trouverez neuf accords , qui de
votre propre aveu , peuvent être employés
dans la baffe fondamentale ; ajoutez
ici l'accord de fixte fuperflue qui ne
peut avoir de baffe fondamentale que
lui-même , ou qui du moins doit en
avoir une différente des neuf accords
nommés ci-deffus , & vous aurez dix
accords fondamentaux .
·
Il n'y a , dites-vous , que deux accords
fondamentaux. 1 °. Selon vous même
il y en auroit au moins trois ; l'accord
parfait , celui de feptiéme , & celui
de grande fixte ; & ne dites pas que ce
dernier eft dérivé de l'accord de feptiéme
; car dans vos propres principes ,
cette baffe fondamentale ut fa ut , dans
laquelle ut eft tonique & fa fous- dominante
, ne peut être changée en celle-ci
G
146 MERCURE DE FRANCE .
que
,
ut ré it , dans laquelle ut feroit tonique
, & ré dominante fimple. Il est vrai
dans quelques-uns de vos ouvrages,
vous avez paru dériver l'accord de fousdominante
, ou de grandefixte fa la ut
ré , de l'accord de feptiéme ré fa la ut
tandis que dans d'autres endroits vous
paroiffez dériver ce dernier accord du
premier , & ce me femble avec beaucoup
plus de raifon . Peut-être vos idées
n'ont- elles été jamais bien arrêtées fur
ce fujet ; je crois les avoir développées
& fixées .
2º. En admettant comme il eft néceffaire
ces trois accords fondamentaux
, il faut ajouter qu'ils forment trois
genres , dont le premier & le troifiéme
ont chacun deux efpécès , & dont le
fecond en a cinq , & que toutes ces
efpéces par conféquent fort ellesmêmes
autant d'accords fondamentaux,
puifque la dénomination du genre
convient toujours à l'espéce. Il faut de
plus remarquer que l'accord de fixte
fuperflue forme une claffe ou un genre
à part , foit qu'on doive le regarder
comme un accord fondamental , foit
qu'on doive le regarder comme ne l'étant
point , & comme ayant une baffe
fondamentale encore ignorée ou incertaine,
MARS. 1762. 147
VII. Dans l'article FONDAMENTAL
de l'Encyclopédie,j'ai propofé un grand
nombre d'accords , jufqu'ici non pra-
-tiqués , & fur lefquels j'ai exhorté les
Muficiens à faire des expériences , perfuadé
que je fuis des progrès confidérafi
ceux
bles
que l'art
peut
faire
encore
,
1
qui le cultivent veulent bien ne s'entêter
d'aucun fyftême & ne fe laiffer captiver
par aucune routine ; le plus fimple
de ces accords , & celui qui renferme
le moins de diffonances , ou plutôt
qui n'en renferme proprement aucune ,
favoir ut mi folut , vous déplaît par
cette feule raiſon , que ut faiſant réfonner
fol naturel , ce fol naturel feroit
diffonance avec fol ; mais 19. ne
-devroit - on pas même rejetter d'après
un pareil principe l'accord de quinte
fuperflue ut mi fol fi ré qui eft pour-
- tant en ufage ? 20. Ne devroit-on pas
même rejetter l'accord parfait ut mi fol
ut ; car mi fait auffi réſonner fol * qui
forme une diffonance avec fol ? 3° . La
réponse à votre objection est bien facile
! c'eft que la note qui ne fait que
réſonner étant comme étouffée par celle
qui eft frappée réellement , n'a point
d'effet fenfible. Vous êtes convenu ,
Monfieur , dans plufieurs endroits de
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
18
vos ouvrages , qu'il eft inutile de vous
rappeller,de ce pouvoir des harmoniques
pour étouffer les diffonances & pour
en diftraire l'oreille. Sur cela je renvoie
le Lecteur à la premiere partie de mes
Elémens , Chap VII , vers la fin , où je
ne parle que d'après vous.
En un mot , Monfieur , expliqueznous
1 °. pourquoi l'accord ut mifol
ut qui n'eft proprement que l'accord ut
mi fol & qui ne contient réellement
aucune diffonance , ne pourroit pas
être employé en certaines occafions ,
lorfqu'on emploie tous les jours l'accord
ut mi folfi ré, qui ajoute à l'accord
ut mi fol ou ut mi fol ut quatre diffonances
ut fi , ut ré , mi ré , fol ★ ré ?
2º, Pourquoi les accords que j'ai propofés
ou du moins quelques-uns de ces
accords ne pourroient pas être employés
malgré les diffonances qu'ils renferment
, lorfqu'on emploie tous les
jours en Mufique tant d'autres accords ,
comme les accords par fuppofition , où
les diffonances font fi multipliées ?
Pour moi , Monfieur , j'ofe croire que
l'Art ira peut-être un jour plus loin que
vous ne penfez. L'expérience m'a rendu
circonfpect fur les affertions en matière
de Mufique ; avant que d'avoir entendu
MARS. 1762: ·149
vos Opéras , je ne croyois pas qu'on pût
aller au- delà de Lully & de Campra ;
avant que d'avoir entendu la Mufique
des Italiens , je n'imaginois rien au -deffus
de la nôtre.
VIII. L'expérience de M. Tartini eft
atteſtée par d'autres perfonnes , qui même
lui en conteſtent la découverte ,comme
vous le verrez dans le Difcours préliminaire
de mes Elémens . Je l'ai d'ailleurs
faite moi-même à Lyon en 1756
avec plufieurs Muficiens habiles ; tous
ont reconnu le troifiéme fon dont il
s'agit ; on l'entend très- diftinctement
mais il faut pour en apprécier la valeur
des Artiſtes exercés ; & je crois qu'on
peut s'en rapporter fur cela à l'oreille
de M. Tartini , qui vaut bien celle d'un
autre.
Au refte quoique j'aie détaillé dans
l'Encyclopédie cette expérience comme
très-curieufe , & comme pouvant fervir
à la perfection de l'Art mufical , je n'en
ai tiré aucune conféquence contre vos
principes , auxquels en effet elle ne me.
paroît point contraire .
IX. C'eſt à la page 133 des Fêtes de
'Hymen , qu'il fe trouve plufieurs tierces
majeures de fuite ; 233 eft une faute
d'impreffion qu'il vous étoit aifé de cor-
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
riger. On trouve en effet en cet endroit
deux parties à la tierce majeure l'une de
l'autre durant un grand nombre de mefures
. Niez-vous le fait ? En convenezvous
? C'est ce que je n'ai pu démêler
dans votre réponfe . Quelque parti que
vous preniez , il reftera toujours certain
que vous avez fait chanter deux parties
pendant plufieurs mefures à la tierce majeure
l'une de l'autre , quoique ces deux
tierces majeures de fuite foient interdites
par tous les Muficiens & par vous- même.
Je n'ai point prétendu blâmer cette licence
; j'en ai feulement fait mention ,
pour montrer combien les licences font
fréquentes en Mufique , & par conféquent
combien on doit être circonfpect
foit à les blâmer fans reftriction , foit à
préfcrire des nouveautés qui peuvent
paroître contraires aux régles reçues .
X. Il ne faut pas , Monfieur, confondre
ces deux propofitions : la baffe fondamentale
eft le principe de la mélodie ;
& l'harmonie Suggére la mélodie. Je
conviens avec vous de la premiere de
ces propofitions , prife dans ce fens ,
qu'il n'y a point de bonne mélodie qui
ne foit fufceptible d'une harmonie régulière
, & qui n'ait fon fondement dans
cette harmonie. A l'égard de la feconde
MARS. 1762.; 151
propofition , je n'ai rien décidé , & j'air
propofé des doutes que vous ne levez
pás en m'objectant les bornes de mon
expérience , & en convenant que la
mélodie eft ce qui frappe principalement
l'homme borné ; car fi la mélodie étoit
toujours fuggérée par l'harmonie , il
vous refteroit à expliquer , Monfieur ,
comment tant d'oreilles bornées , peu
fenfibles à l'harmonie faute d'ufage &
d'exercice , le font pourtant beaucoup à
la mélodie ; & comment des perfonnes
nées avec un goût naturel compofent
même des chants agréables , fans avoir
la moindre teinture d'harmonie . *****
Auffi convenez-vous enfin dans votre
lettre , & même comme d'une chofe
dont il ne faut pas douter , que la
mélodie fuggére la baffe fondamentale ,
( & par conféquent l'harmonie ) mais
vous ajoutez que c'eft avec des reftrictions
; fi c'eft là votte dernier avis , je
n'aurai pas de peine à m'y rendre ; car
j'ai moi-même reconnu & annoncé ces
reftrictions dans l'Article FONDAMENTAL
de l'Encyclopédie , pag. 60 & 61 ,
où je crois avoir expofé d'une maniere
affez exacte , d'après vos principes mê
mes , les droits mutuels & l'influence
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
réciproque que la mélodie & l'harmonie
ont l'une fur l'autre .
[
›
Je me flatte , Monfieur , d'avoir fuffifamment
fatisfait à vos critiques au
moins à celles que j'ai compriſes ; mais
je me flatte auffi de vous avoir donné
des preuves fuffifantes de complaifance
& d'attachement , en vous répondant
une fois , & je crois par-là m'être acquis
le droit de garder déformais le filence.
J'ai l'honneur d'être , & c.
D'ALEMBERT.
N. B. Cette nouvelle édition , dont
on trouvera des exemplaires à Paris ,
chez Defaint & Saillant , & chez Duchefne
, eft augmentée , 1 °. d'un Difcours
préliminaire affez étendu fur la
Théorie de la Mufique. 2°. D'un grand
nombre de Notes nouvelles , miſes au
bas du Texte. 3 °. De plufieurs Additions
& améliorations dans le corps du Texte
même . 4°. De la Réponse d'une Lettre
de M. Rameau .
à une Lettre imprimée de M.
PAMEAU ( a ).
CFUX EUX qui auront lu , Monfieur , mes
Elemens de Mufique , fur lefquels vous
m'avez autrefois témoigné publiquément
votre reconnoiffance dans les termes
(a ) Cetre Lettre , qui a pour objet la critique
des articles FONDAMENTAL & GAMME de l'Encyclopédie
, par M d'Alembert , a paru en mème
temps que le Code de Mufique de M. Rameau.
MAR S. 1762. 133
les plus flateurs (b) , feront un peu furpris
que je fois forcé de me défendre aujourd'hui
contre vous- même. Cela me fera fi
facile, que j'ailong- tems balancé fije prendrois
ce parti , & que je ne m'y ferois jamais
déterminé fans l'attachement que
j'ai pour vous , & fans le defir que vous
marquez d'une réponse de ma part . Je lat
diviferai en plufieurs articles , relatifs aux
différens points fur lefquels vous m'attaquez
.
I. Non , Monfieur , l'Académie des
Sciences n'a point été compromife , com-.
me vous le prétendez , en approuvant ,
d'après mon rapport , les recherches vrai-
(b) Voyez le Mercure de Mai 1752 ; M. Rameau
s'y exprime ainfi , avec beaucoup d'éloges
que je fupprime : M. d'Alembert ... a cherché
dans mes Ouvrages ... des vérités a fimplifier ,
rendre plus familieres , plus luminenfes , & par
conféquent plus utiles au grand nombre ... Il n'a
pas dédaigné de fe mettre à la portée même des Enfans
... Enfin il m'a donné la confolation de voir
ajouter à la folidité de mes principes une fimplicité .
dont je lesfentois fufceptibles , mais que je ne leur
aurois donnée qu'avec beaucoup plus de peine , &
peut-être moins heureufement quelui ... Les fciences
& les arts ... hateroient réciproquement leurs
progrès , fi les Auteurs préférant l'intérêt de la vérité
à celui de l'amour-propre , les uns avoient la modeftie
d'accepter des fecours , les autres la générofité
d'en offrir. མ
134 MERCURE DE FRANCE.
ment neuves & utiles dont la théorie de
votre Art vous eft redevable ; mais elle
n'a point approuvé , & n'approuvera jamais
les efforts que vous avez faits depuis
, pour trouver le principe de la géométrie
dans le corps fonore.
Ce n'eft pas ma faute , fi vous n'êtes
pas encore défabufé des idées plus que
fingulières que vous avez fur ce fujet ,
& auxquelles vous convenez que je me
fuis conftamment oppofé. Le corps fonore
ne nous donne & ne peut nous donner
par lui-même aucune idée des proportions.
1 °. Parce que de votre propre aveu
(c ) on n'y entend point les Octaves ,
du fon fondamental 1 ; 2 °. parce qu'on
entend encore moins les fons des multiples
3 & 5 , qui ne font , felon vousmême
, que frémir fans réfonner ; 3 ° .
( & c'eft ici la raifon principale ) parce
que , quand on entendroit ces octaves
& ces fons des multiples ,le fens de l'ouie
ne peut en aucune manière nous donner
la notion de rapport & de proportion ,
que nous ne pouvons acquérir que par
la vue & par le toucher. Pour avoir une
idée nette des proportions & des rapy
(c) Voyez la Lettre de M. Rameau à M. Euler
fur l'identité des octaves.
MARS. 1762 . 135
,
ports , il eft néceffaire de comparer les
corps par ces deux derniers fens ; la perception
des fons n'y contribue abfolument
en rien , n'y ajoute rien , y eft totalement
étrangère . Pour tout dire en
un mot quand les hommes feroient
fourds , il n'y en auroit pas moins pour
eux , des rapports , des proportions, une
géométrie. En voila , Monfieur , plus
qu'il n'en faut fur ce fujet ; & les Mathématiciens
trouveront à coup
j'en ai encore trop dit.
sûr que
II . En comparant les fons à leur baffe
fondamentale , dont la découverte vous
eft due , Monfieur , vous avez donné
les moyens de fixer d'une manière plus
sûre & plus lumineufe les rapports de's
fons dans les différens genres de Mufi
que ; & c'est en ce fens que la Mufique
eft devenue par votre travail une fcience
plus géométrique , & à laquelle les principes
mathématiques peuvent être appli
qués avec une utilité plus réelle & plus
fenfible qu'ils ne l'ont étéjufqu'ici. Voilà
, Monfieur , ce que l'Académie a
prononcé d'après mon rapport ; mais
ne donnez pas à ces paroles une exten
fion qu'elles n'ont pas , & que cette
Compagnie défavoueroit , ou plutôt
qu'elle n'auroit pas befoin de délavouer.
136 MERCURE DE FRANCE :
La confidération des rapports eft
fans doute néceffaire à quelques égards
dans la Mufique pour la comparaifon
des fons entr'eux ; j'ai fait ufage moimême
des rapports , dans lathéorie du
tempérament & de l'altération des intervalles
; & je n'ai jamais rien avancé
de contraire à cet ufage ; j'ai même dit
expreffément dans l'endroit de l'Encyclopédie
que vous attaquez , que le calcul
( qui n'eft ( d ) autre chofe que l'art
de combiner & de trouver les rapports)
eft utile pour l'intelligence de certains
points de la théorie comme des rapports
entre les tons de la gamme & du tempérament
; mais j'ai dit au même endroit , &
s'il en eft befoin , je le répéte , que la
confidération des rapports eft illufoire
pour rendre raifon du plaifir que la Mufique
nous caufe. On peut en voir les
preuves , ( quoique fommairement expofées
) dans le Difcours préliminairę
qui eft à la tête de la nouvelle Edition
de mes Elémens de Mufique.
3
暑A l'égard des proportions, il eft certain
1 ° . que les proportions arithmétiques &
harmoniques , fi feuvent & fi gratuitement
employées par vous , font entiére-
( d ) Pag. 62. tom. VII.
MARS. 1762. 137
ment étrangeres , & par conféquent inutiles
à l'art mufical ; auffi n'en ai - je fait
abfolument aucun ufage dans mes Elémens
, quoique j'y rende raifon des mémes
faits pour l'explication defquels vous
avez eu recours à ces proportions .
2º. On peut même fe paffer de la théorie
des proportions géométriques dans les
cas où la confidération des rapports géométriques
eft utile , c'eft-à-dire dans la
comparaifon des fons entr'eux ; la notion
de rapport qui eft moins compofée que
celle de proportion (e) , eft alors fuffifante
pour l'objet qu'on fe propofe , & vous
pouvez voir en effet , Monfieur , que
dans mes Elémens je n'ai eu befoin que
de la théorie des rapports fans avoir recours
à celle des proportions ; par la raifon
que j'ai cherché à fimplifier la théorie
le plus qu'il m'a été poffible , & à
n'emprunter du calcul que les notions les
plus indifpenfables.
Néanmoins dans les points de la théo
rie où la confidération des rapports géo-
(e ) Proportion géométrique eft une égalité entre
deux rapports géométriques ; rapport géométrique
eft la maniere dont une quantité en contient une
autre ; ainfi l'idee de proportion renferme au moins
trois quantités , au lieu que l'idée de rapport n'en
renferme que deux.
138 MERCURE DE FRANCE.
métriques doit être employée , je n'empêcherai
pas qu'on ne faffe auffi ufage
( quoique fans néceffité abfolue ) de la
théorie des proportions géométriques ;
mais à condition qu'on n'étendra pas ,
comme vous l'avez fait , la confidération
des proportions à d'autres objets , où elle
eft abfolument déplacée. C'eft cet abus
des proportions que j'avois principalement
en vue , comme il eft aifé de voir ,
pag. 62 du VII . vol. de l'Encyclopédie ,
quand j'ai dit que la confidération des
proportions géométriques , arithmétiques
& harmoniques , eft illufoire dans la
théorie de l'art mufical.
III . Votre Lettre me raffureroit , s'il
étoit néceffaire , fur la vérité de cette
affertion ; déjà vous convenez aujourd'hui
que vous avez employé les proportions
affez mal-à-propos , ( ce font
vos propres termes ) pour expliquer la
diffonance ; avec un peu de réflexion
vous conviendrez de même que vous
auriez pu vous en paffer dans l'explication
d'un grand nombre d'autres faits ;
comme je m'en fuis paffé dans mes Eléquoique
rédigés d'après vos principes
, mais à la vérité d'après vos principes
fimplifiés , dégagés de tout alliage,
& réduits à ce qu'ils contiennent felon
MARS. 1762. 139
moi , d'éffentiel & de vraiment folide.
J'ai donné dans cette nouvelle édition
, une manière très-fimple d'expliquer
le Mode mineur , fans avoir befoin
dufrémiffement des multiples , que
vous aviez employé jufqu'ici pour trou
ver l'origine de ce Mode ; vous dites
aujourd'hui que vous n'avez propofé
cette origine que comme indice ; & vous
prétendez dans votre Lettre en donner
une autre où j'avoue que je ne comprends
rien ; je ne fçais ce que c'eſt
qu'un principe qui s'en repofe fur fes
premiers produits , qui donne à les
premiers droits en harmonie, de forte que.
ce fe rend l'arbitre de la différence des
deux genres. Le langage des fciences ,
Monfieur , doit être plus fimple , plus
clair & plus précis. Celui que vous y
fubftituez ne peut je crois être goûté,
ou du moins célébré que par un feul
Ecrivain ; je veux parler d'un Journalifte
qui n'a pas la plus légère teinture ni
de mufique , ni de calcul , ni de beaucoup
d'autres chofes dont il décide , &
qui en attendant a déja prononcé ( à la
vérité tout feul ) que vous aviez raifon
contre moi.
IV. Vous faites dans votre Lettre de
140 MERCURE DE FRANCE .
nouveaux éfforts pour expliquer com
ment l'échelle diatonique du mode mineur
de la en defcendant , n'a ni diezes
ni bémols , quoiqu'elle ait deux diezes
en montant ; vous aviez dit dans votre
Mémoire préſenté à l'Académie , page
77, qu'il n'y avoit qu'unfeul moyen de
conferver en defcendant l'impreffion du
Mode mineur, fçavoir d'exclure fol de
l'harmonie , & de l'employerfimplement
pour le goût du chant. J'avois fuivi cette
idée , comme vous le pouvez voir à la
fin du chap. IX de la première Partie de
mes Elémens ; ce n'eft pas qu'elle ne
me paroiffe laiffer quelque chofe à defirer
, comme vous le pouvez voir encoré
par la note que j'ai ajoutée au même
endroit. Aujourd'hui vous femblez
abandonner cette explication , pour y
en fubftituer une autre qui fatisfera encore
moins les Philofophes ; vous faites
porter au fi de la baffe fondamentale
un fauffe quinte fa , parce que la fauſſe
quinte , dites-vous , eft prefcrite par l'ordre
même du même Mode. Mais on vous
demandera en premier lieu , pourquoi
l'ordre du Mode feroit- il troublé , fi on
mettoit en defcendant unfa dieze ? Ce
fa dieze ne fait que l'intervalle d'un fémiMARS.
1762. 141
ton avec le fol précédent , & celui d'un
ton avec le mi fuivant ; ainfi il n'y a
point de faut dans l'échelle , puifqu'il ne
s'y trouve point d'intervalle plus grand
que le ton. 2° . Pourquoi l'ordre du Mode
demande-t- il felon vous un fa naturel ,
puifque l'ordre du Mode , dans vos prin
cipes , n'eft déterminé que par la baffe
fondamentale , & que jamais la baffe
fondamentale primitive , ( tirée de la
réfonnance du corps fonore ) ne peut,
donner dans fon accord une fauffe
quinte ?
י י ז
ces
Permettez- moi d'ajouter une réfléxion
que prouvent , Monfieur
variations de votre part , dans la mar
nière d'expliquer le fait dont il s'agit &
quelques autres , finon que le principe.
de la baffe fondamentale ne vous a pas
toujours paru également lumineux à
vous-même , dans les différentes applications
que vous en avez faires ? Soyez
de bonne - foi là- deffus ou permettez
que d'autres le foient ; il vous, reftera
toujours affez de gloire dans l'ufage
que vous avez fait le premier de cette
bafe fondamentale pour éclaircir &
pour fimplifier la théorie & la pratique
de votre Art. 15 (1 )
V. Vous m'accufez fans fondement
142 MERCURE DE FRANCE .
*
d'avoir attribué l'accord de fixtefuperflue
, aux feuls Italiens. Je ne leur en ai
pas même attribué l'invention , ( comme
vous le prétendez ) parce que je n'en
ai point de preuves fuffifantes. J'ai dit
expreffément que vous aviez employé
cet accord dans vos Ouvrages ; mais j'ai
dit auffi , & cela eft vrai ) qu'il eft
pratiqué furtout par les Italiens ; c'eft
pour cela qu'on l'a nommé accord de
fixte Italienne. J'ai ajouté que cet accord
, pratiqué par vous-même
point que je fache , de baffe fondamentale
dans vos principes (f) ; vous
me répondez là-deffus des chofes où je
ne puis rien entendre , fi ce n'eft que
vous convenez que cet accord n'a point
en effet de pareille, baffe ; il eft vrai que
pour lever la difficulté , vous dites que
cet accord n'en eft pas un ; quel eft- il
n'a
(f)Un favant Italien , homme de beaucong
d'efprit , auffi verfé dans la Mufique & dans les
fciences exactes , que dans celles du Gouverne
ment , & qui occupe aujourd'hui avec la plus
grande diftinction la première place dans la Répu
biique , eft le premier qui m'ait fait cette objection
fur l'accord de fixte fuperflue , dès l'année
1752 où parut la première édition de mesElémens
de Mufique. Je ne pus alors trouver de réponſe à
l'objection , & depuis j'en ai cherché une inutile
ment.
MARS. 1762.
143
7
,
donc ? & pouvez-vous croire que perfonne
fe paye de cette défaite , lorfque
vous donnez une baffe fondamentale à
tous les autres accords ? Choififfez donc
ou de ranger , comme je l'ai fait cet
accord parmi les accords fondamentaux
, ( ce qui paroît d'autant plus indifpenfable
que vous-même vous n'attribuez
point à cet accord de renversement
poffible ) ; ou de convenir que la
baffe
fondamentale ne fatisfait point à
tout, puifqu'il y a un accord qui , felon
vous-même , n'a point de baffe fondamentale
. Ce petit inconvénient &
3 quelques autres moins confidérables
n'empêcheront
pas cette baffe d'être le
principe de l'harmonie & de la mélodie ,
comme le fyftême de la gravitation eſt
le principe de l'Aftronomie phyfique
quoique ce fyftême ne rende pas raifon
de tous les phénomènes qu'on obferve
dans le mouvement des corps céleftes.
A cette occafion vous accufez M ,
Rouffeau d'avoir affigné à l'accord de
quinte fuperflue des renverfemens , y
compris la note furnuméraire, Je ne
fais quel fondement peut avoir cette
imputation , car M. Rouffeau a dit expreffément
au mot ACCORD de l'En144
MERCURE DE FRANCE .
cyclopédie , en parlant de l'accord de
quinte fuperflue , que cet accord nefe
renverfe point , & il en donne les raifons
.
VI. C'eft une erreur , fi on vous en
croit , d'avoir dit , comme je l'ai fait
qu'il y a dix accords fondamentaux
lorfqu'il n'y en a , felon vous , que deux,
Ce langage me furprend , & je ne puis
croire que vous me faffiez férieufement
une pareille objection. J'appelle avec
vous accordsfondamentaux , ceux qui
peuvent fe trouver dans la baffe fondamentale
, & que vous y admettez vousmême
, Or ces accords Monfieur
vous le fçavez mieux que moi , font :
1°. L'accord parfait , majeur ou mineur
, ce qui fait deux.
2º. L'accord de dominante tonique
comme folfi réfa compofé d'une tierce
majeure fuivie de deux tierces mineures .
3. Les accords de dominante fimple
qui font au nombre de trois , celui qui
eft formé d'une tierce majeure entre
deux mineures , comme ré fa la ut ;
celui qui eft formé d'une tierce mineure
entre deux majeures , comme ut mifol
fi ; celui qui eft formé de deux tierces
mineures fuivies d'une tierce majeure ,
comme firéfa la.
4°.
MARS. 1762. 145
4°. L'accord de feptiéme diminuée
qui quoique dérivé de l'accord de dominante
& de fous -dominante du mode
mineur eft employé par vous - même
dans la baffe fondamentale.
5º. L'accord de grande fixte ou de
fous dominante , dont la fixte est toujours
majeure & la tierce majeure ou
mineure fuivant le Mode , ce qui fait
deux .
Comptez maintenant , Monfieur , &
vous trouverez neuf accords , qui de
votre propre aveu , peuvent être employés
dans la baffe fondamentale ; ajoutez
ici l'accord de fixte fuperflue qui ne
peut avoir de baffe fondamentale que
lui-même , ou qui du moins doit en
avoir une différente des neuf accords
nommés ci-deffus , & vous aurez dix
accords fondamentaux .
·
Il n'y a , dites-vous , que deux accords
fondamentaux. 1 °. Selon vous même
il y en auroit au moins trois ; l'accord
parfait , celui de feptiéme , & celui
de grande fixte ; & ne dites pas que ce
dernier eft dérivé de l'accord de feptiéme
; car dans vos propres principes ,
cette baffe fondamentale ut fa ut , dans
laquelle ut eft tonique & fa fous- dominante
, ne peut être changée en celle-ci
G
146 MERCURE DE FRANCE .
que
,
ut ré it , dans laquelle ut feroit tonique
, & ré dominante fimple. Il est vrai
dans quelques-uns de vos ouvrages,
vous avez paru dériver l'accord de fousdominante
, ou de grandefixte fa la ut
ré , de l'accord de feptiéme ré fa la ut
tandis que dans d'autres endroits vous
paroiffez dériver ce dernier accord du
premier , & ce me femble avec beaucoup
plus de raifon . Peut-être vos idées
n'ont- elles été jamais bien arrêtées fur
ce fujet ; je crois les avoir développées
& fixées .
2º. En admettant comme il eft néceffaire
ces trois accords fondamentaux
, il faut ajouter qu'ils forment trois
genres , dont le premier & le troifiéme
ont chacun deux efpécès , & dont le
fecond en a cinq , & que toutes ces
efpéces par conféquent fort ellesmêmes
autant d'accords fondamentaux,
puifque la dénomination du genre
convient toujours à l'espéce. Il faut de
plus remarquer que l'accord de fixte
fuperflue forme une claffe ou un genre
à part , foit qu'on doive le regarder
comme un accord fondamental , foit
qu'on doive le regarder comme ne l'étant
point , & comme ayant une baffe
fondamentale encore ignorée ou incertaine,
MARS. 1762. 147
VII. Dans l'article FONDAMENTAL
de l'Encyclopédie,j'ai propofé un grand
nombre d'accords , jufqu'ici non pra-
-tiqués , & fur lefquels j'ai exhorté les
Muficiens à faire des expériences , perfuadé
que je fuis des progrès confidérafi
ceux
bles
que l'art
peut
faire
encore
,
1
qui le cultivent veulent bien ne s'entêter
d'aucun fyftême & ne fe laiffer captiver
par aucune routine ; le plus fimple
de ces accords , & celui qui renferme
le moins de diffonances , ou plutôt
qui n'en renferme proprement aucune ,
favoir ut mi folut , vous déplaît par
cette feule raiſon , que ut faiſant réfonner
fol naturel , ce fol naturel feroit
diffonance avec fol ; mais 19. ne
-devroit - on pas même rejetter d'après
un pareil principe l'accord de quinte
fuperflue ut mi fol fi ré qui eft pour-
- tant en ufage ? 20. Ne devroit-on pas
même rejetter l'accord parfait ut mi fol
ut ; car mi fait auffi réſonner fol * qui
forme une diffonance avec fol ? 3° . La
réponse à votre objection est bien facile
! c'eft que la note qui ne fait que
réſonner étant comme étouffée par celle
qui eft frappée réellement , n'a point
d'effet fenfible. Vous êtes convenu ,
Monfieur , dans plufieurs endroits de
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
18
vos ouvrages , qu'il eft inutile de vous
rappeller,de ce pouvoir des harmoniques
pour étouffer les diffonances & pour
en diftraire l'oreille. Sur cela je renvoie
le Lecteur à la premiere partie de mes
Elémens , Chap VII , vers la fin , où je
ne parle que d'après vous.
En un mot , Monfieur , expliqueznous
1 °. pourquoi l'accord ut mifol
ut qui n'eft proprement que l'accord ut
mi fol & qui ne contient réellement
aucune diffonance , ne pourroit pas
être employé en certaines occafions ,
lorfqu'on emploie tous les jours l'accord
ut mi folfi ré, qui ajoute à l'accord
ut mi fol ou ut mi fol ut quatre diffonances
ut fi , ut ré , mi ré , fol ★ ré ?
2º, Pourquoi les accords que j'ai propofés
ou du moins quelques-uns de ces
accords ne pourroient pas être employés
malgré les diffonances qu'ils renferment
, lorfqu'on emploie tous les
jours en Mufique tant d'autres accords ,
comme les accords par fuppofition , où
les diffonances font fi multipliées ?
Pour moi , Monfieur , j'ofe croire que
l'Art ira peut-être un jour plus loin que
vous ne penfez. L'expérience m'a rendu
circonfpect fur les affertions en matière
de Mufique ; avant que d'avoir entendu
MARS. 1762: ·149
vos Opéras , je ne croyois pas qu'on pût
aller au- delà de Lully & de Campra ;
avant que d'avoir entendu la Mufique
des Italiens , je n'imaginois rien au -deffus
de la nôtre.
VIII. L'expérience de M. Tartini eft
atteſtée par d'autres perfonnes , qui même
lui en conteſtent la découverte ,comme
vous le verrez dans le Difcours préliminaire
de mes Elémens . Je l'ai d'ailleurs
faite moi-même à Lyon en 1756
avec plufieurs Muficiens habiles ; tous
ont reconnu le troifiéme fon dont il
s'agit ; on l'entend très- diftinctement
mais il faut pour en apprécier la valeur
des Artiſtes exercés ; & je crois qu'on
peut s'en rapporter fur cela à l'oreille
de M. Tartini , qui vaut bien celle d'un
autre.
Au refte quoique j'aie détaillé dans
l'Encyclopédie cette expérience comme
très-curieufe , & comme pouvant fervir
à la perfection de l'Art mufical , je n'en
ai tiré aucune conféquence contre vos
principes , auxquels en effet elle ne me.
paroît point contraire .
IX. C'eſt à la page 133 des Fêtes de
'Hymen , qu'il fe trouve plufieurs tierces
majeures de fuite ; 233 eft une faute
d'impreffion qu'il vous étoit aifé de cor-
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
riger. On trouve en effet en cet endroit
deux parties à la tierce majeure l'une de
l'autre durant un grand nombre de mefures
. Niez-vous le fait ? En convenezvous
? C'est ce que je n'ai pu démêler
dans votre réponfe . Quelque parti que
vous preniez , il reftera toujours certain
que vous avez fait chanter deux parties
pendant plufieurs mefures à la tierce majeure
l'une de l'autre , quoique ces deux
tierces majeures de fuite foient interdites
par tous les Muficiens & par vous- même.
Je n'ai point prétendu blâmer cette licence
; j'en ai feulement fait mention ,
pour montrer combien les licences font
fréquentes en Mufique , & par conféquent
combien on doit être circonfpect
foit à les blâmer fans reftriction , foit à
préfcrire des nouveautés qui peuvent
paroître contraires aux régles reçues .
X. Il ne faut pas , Monfieur, confondre
ces deux propofitions : la baffe fondamentale
eft le principe de la mélodie ;
& l'harmonie Suggére la mélodie. Je
conviens avec vous de la premiere de
ces propofitions , prife dans ce fens ,
qu'il n'y a point de bonne mélodie qui
ne foit fufceptible d'une harmonie régulière
, & qui n'ait fon fondement dans
cette harmonie. A l'égard de la feconde
MARS. 1762.; 151
propofition , je n'ai rien décidé , & j'air
propofé des doutes que vous ne levez
pás en m'objectant les bornes de mon
expérience , & en convenant que la
mélodie eft ce qui frappe principalement
l'homme borné ; car fi la mélodie étoit
toujours fuggérée par l'harmonie , il
vous refteroit à expliquer , Monfieur ,
comment tant d'oreilles bornées , peu
fenfibles à l'harmonie faute d'ufage &
d'exercice , le font pourtant beaucoup à
la mélodie ; & comment des perfonnes
nées avec un goût naturel compofent
même des chants agréables , fans avoir
la moindre teinture d'harmonie . *****
Auffi convenez-vous enfin dans votre
lettre , & même comme d'une chofe
dont il ne faut pas douter , que la
mélodie fuggére la baffe fondamentale ,
( & par conféquent l'harmonie ) mais
vous ajoutez que c'eft avec des reftrictions
; fi c'eft là votte dernier avis , je
n'aurai pas de peine à m'y rendre ; car
j'ai moi-même reconnu & annoncé ces
reftrictions dans l'Article FONDAMENTAL
de l'Encyclopédie , pag. 60 & 61 ,
où je crois avoir expofé d'une maniere
affez exacte , d'après vos principes mê
mes , les droits mutuels & l'influence
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
réciproque que la mélodie & l'harmonie
ont l'une fur l'autre .
[
›
Je me flatte , Monfieur , d'avoir fuffifamment
fatisfait à vos critiques au
moins à celles que j'ai compriſes ; mais
je me flatte auffi de vous avoir donné
des preuves fuffifantes de complaifance
& d'attachement , en vous répondant
une fois , & je crois par-là m'être acquis
le droit de garder déformais le filence.
J'ai l'honneur d'être , & c.
D'ALEMBERT.
N. B. Cette nouvelle édition , dont
on trouvera des exemplaires à Paris ,
chez Defaint & Saillant , & chez Duchefne
, eft augmentée , 1 °. d'un Difcours
préliminaire affez étendu fur la
Théorie de la Mufique. 2°. D'un grand
nombre de Notes nouvelles , miſes au
bas du Texte. 3 °. De plufieurs Additions
& améliorations dans le corps du Texte
même . 4°. De la Réponse d'une Lettre
de M. Rameau .
Fermer
Résumé : RÉPONSE de M. d'ALEMBERT à une Lettre imprimée de M. RAMEAU.
Dans une lettre, M. d'Alembert répond à M. Pameau au sujet des articles 'FONDAMENTAL' et 'GAMME' de l'Encyclopédie. Il conteste l'approbation par l'Académie des Sciences des recherches de Pameau sur le principe géométrique dans le corps sonore, affirmant que les proportions doivent être perçues par la vue et le toucher. D'Alembert reconnaît les apports de Pameau à la géométrisation de la musique mais critique l'utilisation des proportions arithmétiques et harmoniques pour expliquer le plaisir musical. Il précise n'avoir pas utilisé ces proportions dans ses Éléments de Musique. Le débat entre les deux hommes porte sur les théories musicales et les proportions géométriques. D'Alembert préfère les rapports aux proportions pour leur simplicité et critique l'application excessive des proportions géométriques en musique. Il reproche à Pameau d'avoir mal utilisé les proportions pour expliquer la dissonance et d'avoir changé d'avis sur l'échelle diatonique du mode mineur. Concernant les accords musicaux, notamment l'accord de quarte superflue, d'Alembert propose deux solutions : reconnaître cet accord comme fondamental ou admettre que la basse fondamentale n'est pas universelle. Il réfute l'accusation d'avoir attribué l'accord de sixte ajoutée uniquement aux Italiens et énumère dix accords fondamentaux, contredisant l'affirmation qu'il n'en existe que deux. D'Alembert critique également l'aversion pour certains accords dissonants et mentionne des expériences musicales, comme celle de M. Tartini, pour illustrer la perception des harmoniques. Il distingue la base fondamentale de la mélodie de l'harmonie qui la suggère, tout en respectant les principes de son interlocuteur. Dans une lettre signée par D'Alembert, l'auteur exprime son désir de ne plus répondre aux questions posées, malgré ses précédentes démonstrations de complaisance et d'attachement. Il conclut en se disant honoré de cette correspondance. La lettre mentionne également la publication d'une nouvelle édition d'un ouvrage, disponible à Paris chez Defaint & Saillant et chez Duchefne, comprenant plusieurs ajouts et améliorations, notamment un discours préliminaire sur la théorie de la musique et une réponse à une lettre de M. Rameau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
474
p. 81
LOGOGRYPHE. A Mlle A... C... Q... J...
Début :
Eglé, si quelquefois j'ai charmé tes loisirs ; [...]
Mots clefs :
Chanson
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE. A Mlle A... C... Q... J...
LOGO GRY PH E.
A Mlle A... C... Q... J...
EGLE , fi quelquefois j'ai charmé tes loiſirs ;
Si quelquefois ta voix touchante
A ravi mille coeurs , fois en reconnoiffante
Et mets en me lifant , le comble à mes defirs.
Sept pieds font toute ma richeſſe ;
Six petits mots dits fans fineffe
Vont bien vite te mettre au fait ,
Et tu vas juger ce que c'eft.
Je t'offre un inftrument de guerre
Dont le bruit feul peut allarmer ;
L'exclamation ordinaire ;
L'Auteur latin de l'art d'aimer.
Après la farine faffée
Ce qui refte dans le bluteau ;
Un Animal plus laid que
beau ;
Puis une carte. Eh bien ! ne fuis-je pas aiſée ?
Par M. GOUDEMETZ,
A Mlle A... C... Q... J...
EGLE , fi quelquefois j'ai charmé tes loiſirs ;
Si quelquefois ta voix touchante
A ravi mille coeurs , fois en reconnoiffante
Et mets en me lifant , le comble à mes defirs.
Sept pieds font toute ma richeſſe ;
Six petits mots dits fans fineffe
Vont bien vite te mettre au fait ,
Et tu vas juger ce que c'eft.
Je t'offre un inftrument de guerre
Dont le bruit feul peut allarmer ;
L'exclamation ordinaire ;
L'Auteur latin de l'art d'aimer.
Après la farine faffée
Ce qui refte dans le bluteau ;
Un Animal plus laid que
beau ;
Puis une carte. Eh bien ! ne fuis-je pas aiſée ?
Par M. GOUDEMETZ,
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475
p. 43
VERS à Mlle ARNOULD, fur le rôle de Psyché qu'elle a chanté devant le Roi à Fontainebleau.
Début :
FIILLE de Melpomène, aimable enchanteresse ; [...]
Mots clefs :
Psyché
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texteReconnaissance textuelle : VERS à Mlle ARNOULD, fur le rôle de Psyché qu'elle a chanté devant le Roi à Fontainebleau.
VERS à Mlle ARNOULD , fur le rôle
de Pfyché qu'elle a chanté devant le
Ror à Fontainebleau .
FIILLLLEEde Melpomène , aimable enchantereffe ;
Toi , fur qui l'oeil des Dieux ſe plaît à s'arrêter ,
Qui leur as de Pfyché fibien peint la Tendreſſe ,
Qu'en te prenant pour elle , ils ont crut la flatter !
Apprends de moi par quel charme invisible ,
Tu fçais tromper ainfi les yeux du Spectateur :
Pfyché fut comme toi jeune , belle & fenfible ;
Elle avoit & ta voix & tes yeux & ton coeur ;
L'efprit qui l'anima fut un rayon de flâme.
Le même fea brille auffi dans ton âme.
Quand Jupiter la fit paroître dans la cour ,
Tout le Ciel l'accueillit , & même la rivale ,
Venus , en abjurant une haine fatale ,
Pour fon époux lui préfenta l'Amour.
Quand tu parus , les Dieux t'applaudirent comme.
elle.
Comme elle tes talens te ren front immortelle.
Lorſqu'on le rellemble fi bien ,
Peut-on diftinguer le modèle ?
Les Amans feuls nuifent au parallèle :
En le voyant , Pfyché perdit le fien ;
En te voyant ,
tout le monde eſt le tien.
de Pfyché qu'elle a chanté devant le
Ror à Fontainebleau .
FIILLLLEEde Melpomène , aimable enchantereffe ;
Toi , fur qui l'oeil des Dieux ſe plaît à s'arrêter ,
Qui leur as de Pfyché fibien peint la Tendreſſe ,
Qu'en te prenant pour elle , ils ont crut la flatter !
Apprends de moi par quel charme invisible ,
Tu fçais tromper ainfi les yeux du Spectateur :
Pfyché fut comme toi jeune , belle & fenfible ;
Elle avoit & ta voix & tes yeux & ton coeur ;
L'efprit qui l'anima fut un rayon de flâme.
Le même fea brille auffi dans ton âme.
Quand Jupiter la fit paroître dans la cour ,
Tout le Ciel l'accueillit , & même la rivale ,
Venus , en abjurant une haine fatale ,
Pour fon époux lui préfenta l'Amour.
Quand tu parus , les Dieux t'applaudirent comme.
elle.
Comme elle tes talens te ren front immortelle.
Lorſqu'on le rellemble fi bien ,
Peut-on diftinguer le modèle ?
Les Amans feuls nuifent au parallèle :
En le voyant , Pfyché perdit le fien ;
En te voyant ,
tout le monde eſt le tien.
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Résumé : VERS à Mlle ARNOULD, fur le rôle de Psyché qu'elle a chanté devant le Roi à Fontainebleau.
Le poème est adressé à Mlle Arnould pour son interprétation du rôle de Psyché à Fontainebleau. L'auteur compare Mlle Arnould à Psyché, mettant en avant sa beauté, sa sensibilité et ses talents. Psyché est décrite comme une jeune femme aimable et tendre, dont la présence enchante les dieux. Vénus, malgré sa rivalité, reconnaît la beauté de Psyché et lui offre l'Amour. De même, les dieux applaudissent Mlle Arnould pour sa performance, la rendant immortelle par ses talents. Le poème conclut en affirmant que l'interprétation de Mlle Arnould est si parfaite qu'elle surpasse même le modèle original, captivant ainsi le cœur de tous les spectateurs.
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476
p. 147
MUSIQUE.
Début :
MDE de Saint-Aubin, connue par ses talens pour la Musique, a imaginé [...]
Mots clefs :
Lyre, Tons
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texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.
·
DE de Saint- Aubin , connue par
fes talens pour la Mufique , a imaginé
une lyre qu'elle a fait exécuter par le
fieur Macra. Il y a un méchanifme de
regiftres pour les diézis & les bémols
qui donne la facilité de jouer fur tous
les
tons.
·
DE de Saint- Aubin , connue par
fes talens pour la Mufique , a imaginé
une lyre qu'elle a fait exécuter par le
fieur Macra. Il y a un méchanifme de
regiftres pour les diézis & les bémols
qui donne la facilité de jouer fur tous
les
tons.
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477
p. 160-162
OPERA.
Début :
L'ACADÉMIE Royale de Musique a continué les représentations d'Iphigénie [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Tragédie, Danseur
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texteReconnaissance textuelle : OPERA.
OPERA.
L'ACADÉMIE Royale de Mufique à
continué le repréfentations d'Iphigénie
les Dimanche , Mardi & Vendredi , &
les Fragmens les Jeudis. Le fieur VARIN
, bafle-taille , nouvellement arrivé
de Bordeaux, a débuté dans un des Actes
des Fragmens par le rôle de Neptune .
JANVIER. 1763 .
161
La voix de ce débutant paroît intéreffer
beaucoup les amateurs de ce Spectacle.
On la trouve belle, bien timbrée , d'une
qualité de fon agréable , jointe à la facilité
des agrémens du chant , & notamment
des plus belles cadences battues
de tout le volume de la voix .
On prépare fur ce Théâtre pour le
courant du préfent mois,un Opéra nouveau
, intitulé Polixène , Tragédie,Poëme
de M. JOLIVEAU , Secrétaire perpétuel
de l'Académie Royale de Mufique,
Mulique de M. DAUVERGNE.
Depuis l'abfence de M. VESTRIS ,
M. GARDEL a danſé , à chaque repréfentation
d'IPHIGENIE , la Chaconne
qui termine cet Opéra avec tant d'éclat.
Dès le premier jour il y eut les plus
grands applaudiffemens , & ils ont êté
chaque fois plus unanimes & plus mérités.
M. GARDEL ne copie point dans ce t
Entrée, & y met cependant tout le feu &
toute la jufteffe d'expreffion qu'on puiffe
defirer. On remarque particuliérement
dans le Couplet du Crefcendo une maniere
de pas précipités & enchaînés par
lefquels ce jeune Danfeur écrit exactement
aux yeux les notes de ce Coupler.
Il joint à cette fidelle & vive expreffion
162 MERCURE DE FRANCE .
dans tout le morceau , une légéreté facile
& un à-plomb furprenant , avec une
force qui laifferoit croire , à la fin de
cette Entrée , une des plus fortes & des
plus longues qu'on ait encore vu danfer
au Théâtre , qu'il fourniroit de fuite
une pareille carrière avec la même facilité.
L'ACADÉMIE Royale de Mufique à
continué le repréfentations d'Iphigénie
les Dimanche , Mardi & Vendredi , &
les Fragmens les Jeudis. Le fieur VARIN
, bafle-taille , nouvellement arrivé
de Bordeaux, a débuté dans un des Actes
des Fragmens par le rôle de Neptune .
JANVIER. 1763 .
161
La voix de ce débutant paroît intéreffer
beaucoup les amateurs de ce Spectacle.
On la trouve belle, bien timbrée , d'une
qualité de fon agréable , jointe à la facilité
des agrémens du chant , & notamment
des plus belles cadences battues
de tout le volume de la voix .
On prépare fur ce Théâtre pour le
courant du préfent mois,un Opéra nouveau
, intitulé Polixène , Tragédie,Poëme
de M. JOLIVEAU , Secrétaire perpétuel
de l'Académie Royale de Mufique,
Mulique de M. DAUVERGNE.
Depuis l'abfence de M. VESTRIS ,
M. GARDEL a danſé , à chaque repréfentation
d'IPHIGENIE , la Chaconne
qui termine cet Opéra avec tant d'éclat.
Dès le premier jour il y eut les plus
grands applaudiffemens , & ils ont êté
chaque fois plus unanimes & plus mérités.
M. GARDEL ne copie point dans ce t
Entrée, & y met cependant tout le feu &
toute la jufteffe d'expreffion qu'on puiffe
defirer. On remarque particuliérement
dans le Couplet du Crefcendo une maniere
de pas précipités & enchaînés par
lefquels ce jeune Danfeur écrit exactement
aux yeux les notes de ce Coupler.
Il joint à cette fidelle & vive expreffion
162 MERCURE DE FRANCE .
dans tout le morceau , une légéreté facile
& un à-plomb furprenant , avec une
force qui laifferoit croire , à la fin de
cette Entrée , une des plus fortes & des
plus longues qu'on ait encore vu danfer
au Théâtre , qu'il fourniroit de fuite
une pareille carrière avec la même facilité.
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Résumé : OPERA.
L'Académie Royale de Musique présente régulièrement 'Iphigénie' les dimanches, mardis et vendredis, ainsi que les 'Fragments' les jeudis. Le baryton Varin, nouvellement arrivé de Bordeaux, a interprété le rôle de Neptune dans les 'Fragments', impressionnant le public par sa voix belle, bien timbrée et agréable, ainsi que par sa maîtrise des agréments du chant. Pour janvier 1763, un nouvel opéra intitulé 'Polixène', une tragédie poétique de M. Joliveau et mise en musique par M. Dauvergne, est en préparation. En l'absence de M. Vestris, M. Gardel a dansé la chaconne finale d''Iphigénie', recevant des applaudissements unanimes. Gardel a su apporter feu et expression à sa performance, notamment dans le couplet du crescendo, où il a exécuté des pas précis et rapides, démontrant légèreté, aplomb et force.
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478
p. 183-184
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
LE Concert du 8 Decembre Fête de la Conception, commença par une symphonie de la [...]
Mots clefs :
Fête de la Conception, Symphonie, Noël, Musique
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texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL .
LA Concert do 8 Decembre Fête de la Conception
, commença par une fymphonie de la
compofition de M. GAVINIES . On éxécuta enfuite
un nouveau Motet a grand choeur de M. l'Abbé
GIROUT , Maître de Mufique de la Cathé
drale d'Orléans. M. BALBATRE éxécura fur l'Orgue
une fymphonie de fa compofition , à Timbales
& à Trompettes . Mile FEL chanta on petit
Motet. M. GAVINIES joua un Concerto de la
compofition & le Concert finit par un nouveau
Te Deum , Motet à grand choeur de M. REBEL
Surintendant de la Mufique du Roi .
Celui de la veille de Noël a commencé par
la Note di Natale de Correlli ; enfuite on éxécuta
un Motet à grand choeur mêlé fort agréablement
de Noëls par feu M. BOISMORTIER.
M. MAYER joua un Concerto fur la Harpe . Mile
Rozer chanta un petit Motet nouveau : le Public
parut content de fes progrès . M. CAPRON
joua avec fuccès le Printemps de VIVALDI , qui
fit un grand plaifir : ce qui devroit être une leçon
pour tous les gran is Talens ea inftrumens ,
qui manquent prèfque toujours l'avantage d'être
agréables aux Auditeurs , à force de vouloir éto:
utile.
184 MERCURE DE FRANCE .
ner un trés-petit nombre en état de leur tenir
compte de difficultés dont tous les autres ne fentent
pas le mérite. Mlle FEL chanta un petit
Motet du jour , mais toujours à l'Italienne. Le
Concert finit par Confitebor , Motet à deux choeurs
de M. FEO , Maître de Mufique de S. M. le Roi
des Deux Siciles . On croit que les Moters de ce
genre auroient de la difficulté à plaire à des
oreilles Françoiſes.
Le lendemain jour de Noël , la même ſymphonie
& les deux mêmes grands Motets de la
veille , ainfi que la fuite de Noël fur l'Orgue,
Petit Motet Italien de Mlle FEL. M. GAVINIES
joua un Concerto de fa compofition , où dans
an point d'Orgue il travailla très-fcavament &
avec beaucoup de variété un Noël connu. Ce
Concert finit par Domini eft Terra , Motet nouveau
à grand choeur d'un Auteur anonyme.
N. B. Depuis la nouvelle Direction , les Concerts
ont étéfort fuivis . L'affemblée étoit fi nombreufe
au Concert de NOEL , que quelque vafte que
foit la Salle , elle n'a pu contenir qu'une partie
des Auditeurs qui s'y font préſentés.
LA Concert do 8 Decembre Fête de la Conception
, commença par une fymphonie de la
compofition de M. GAVINIES . On éxécuta enfuite
un nouveau Motet a grand choeur de M. l'Abbé
GIROUT , Maître de Mufique de la Cathé
drale d'Orléans. M. BALBATRE éxécura fur l'Orgue
une fymphonie de fa compofition , à Timbales
& à Trompettes . Mile FEL chanta on petit
Motet. M. GAVINIES joua un Concerto de la
compofition & le Concert finit par un nouveau
Te Deum , Motet à grand choeur de M. REBEL
Surintendant de la Mufique du Roi .
Celui de la veille de Noël a commencé par
la Note di Natale de Correlli ; enfuite on éxécuta
un Motet à grand choeur mêlé fort agréablement
de Noëls par feu M. BOISMORTIER.
M. MAYER joua un Concerto fur la Harpe . Mile
Rozer chanta un petit Motet nouveau : le Public
parut content de fes progrès . M. CAPRON
joua avec fuccès le Printemps de VIVALDI , qui
fit un grand plaifir : ce qui devroit être une leçon
pour tous les gran is Talens ea inftrumens ,
qui manquent prèfque toujours l'avantage d'être
agréables aux Auditeurs , à force de vouloir éto:
utile.
184 MERCURE DE FRANCE .
ner un trés-petit nombre en état de leur tenir
compte de difficultés dont tous les autres ne fentent
pas le mérite. Mlle FEL chanta un petit
Motet du jour , mais toujours à l'Italienne. Le
Concert finit par Confitebor , Motet à deux choeurs
de M. FEO , Maître de Mufique de S. M. le Roi
des Deux Siciles . On croit que les Moters de ce
genre auroient de la difficulté à plaire à des
oreilles Françoiſes.
Le lendemain jour de Noël , la même ſymphonie
& les deux mêmes grands Motets de la
veille , ainfi que la fuite de Noël fur l'Orgue,
Petit Motet Italien de Mlle FEL. M. GAVINIES
joua un Concerto de fa compofition , où dans
an point d'Orgue il travailla très-fcavament &
avec beaucoup de variété un Noël connu. Ce
Concert finit par Domini eft Terra , Motet nouveau
à grand choeur d'un Auteur anonyme.
N. B. Depuis la nouvelle Direction , les Concerts
ont étéfort fuivis . L'affemblée étoit fi nombreufe
au Concert de NOEL , que quelque vafte que
foit la Salle , elle n'a pu contenir qu'une partie
des Auditeurs qui s'y font préſentés.
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Résumé : CONCERT SPIRITUEL.
Le document relate deux concerts spirituels organisés les 8 décembre et 24 décembre. Le premier concert débuta avec une symphonie de M. Gaviniès, suivie d'un motet à grand chœur de l'Abbé Girout. M. Balbatre joua une symphonie à l'orgue, et Mlle Fel interpréta un petit motet. Le concert se conclut par un Te Deum de M. Rebel. Le concert de la veille de Noël commença avec la 'Nota di Natale' de Corelli, suivi d'un motet de M. Boismortier mêlé de noëls. M. Mayer exécuta un concerto à la harpe, et Mlle Rozer chanta un nouveau petit motet. M. Capron interpréta 'Le Printemps' de Vivaldi, apprécié pour son agrément. Mlle Fel chanta un petit motet italien, et le concert se termina par un motet de M. Feo. Le jour de Noël, les mêmes œuvres furent jouées, avec un concerto de Gaviniès et un motet à grand chœur anonyme. Les concerts ont été bien suivis, notamment celui de Noël, qui attira une foule nombreuse.
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479
p. 60
ENIGME.
Début :
Que ma structure est singulière ! [...]
Mots clefs :
Violon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Us ma ftructure eft fingulière !
Plus je fuis maigre & vieux, & plus j'ai des appas :
Quiconque ne me connoît pas
Trouvera ce début bien extraordinaire .
Souvent par mes expreflions
Je fçais repréfenter toutes les paffions .
Sans même qu'on s'en ſcandaliſe ,
Je fers également le Théâtre & l'Eglife ,
Car de mon naturel je fuis tendre , badin ,
Doux , trifte , furieux , dévot & libertin .
A ces traits , cher Lecteur , fuis-je méconnoiffable
?
Non pas affurément ; quand j'en aurois moins dit ,
Il ne faudroit ni ſe donner au Diable
Ni s'alambiquer trop l'efprit ,
Pour deviner ma nature & mon être.
Ainfi , puifque tu peux aifément me connoître ,
Je me borne à te dire enfin ,
Que traité comme Etre volage ,
Pour de moi faire un bon uſage ,
Souvent on me conduit le bâton à la main .
Par M. FABRE , Licentié enl
à Strasbourg.
Us ma ftructure eft fingulière !
Plus je fuis maigre & vieux, & plus j'ai des appas :
Quiconque ne me connoît pas
Trouvera ce début bien extraordinaire .
Souvent par mes expreflions
Je fçais repréfenter toutes les paffions .
Sans même qu'on s'en ſcandaliſe ,
Je fers également le Théâtre & l'Eglife ,
Car de mon naturel je fuis tendre , badin ,
Doux , trifte , furieux , dévot & libertin .
A ces traits , cher Lecteur , fuis-je méconnoiffable
?
Non pas affurément ; quand j'en aurois moins dit ,
Il ne faudroit ni ſe donner au Diable
Ni s'alambiquer trop l'efprit ,
Pour deviner ma nature & mon être.
Ainfi , puifque tu peux aifément me connoître ,
Je me borne à te dire enfin ,
Que traité comme Etre volage ,
Pour de moi faire un bon uſage ,
Souvent on me conduit le bâton à la main .
Par M. FABRE , Licentié enl
à Strasbourg.
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480
p. 126-128
MUSIQUE. LETTRE de M. le LOUP, Éditeur des Récréations des POLHYMNIE, à l'Auteur du Mercure.
Début :
J'AI l'honneur de vous présenter le troisiéme Recueil de Polhymnie, dont [...]
Mots clefs :
Polymnie, Airs, Chants, Recueils
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE. LETTRE de M. le LOUP, Éditeur des Récréations des POLHYMNIE, à l'Auteur du Mercure.
MUSIQUE.
LETTRE de M. le LOUP , Éditeur des
Récréations des POLHYMNIE , à
l'Auteur du Mercure.
'AI l'honneur de vous préfenter le
troifiéme Recueil de Polhymnie , dont
la plupart des airs font ainfi que vous
l'avez annoncé , de la compofition de
M. Ponteau , Organifte de S. Jacques
de la Boucherie , & de S. Martin des
JANVIER. 1763 127
,
Champs. C'eſt un Eléve de feu M.
Forcroy , & qui a hérité des talens de
fon oncle , qui étoit célébre pour le
beau chant : vous jugerez en parcourant
fes airs . Il y en a auffi de M. le Jay
Maître de Mufique , ainfi que de M.
Hanot. Si j'en crois plufieurs perfonnes
de goût , ce recueil leur femble le meilleur
des trois . C'eſt au Public à en juger.
J'ofe vous fupplier feulement de
vouloir bien annoncer , que les marchands
de Province qui voudront s'adreffer
à moi pour les avoir , auront
lieu d'être fatisfaits des arrangemens que
je ferai avec eux . Je vous réitére mes
très-humbles remercimens de la manière
obligeante avec laquelle vous
avez annoncé ces recueils .
J'ai l'honneur d'être , & c.
LELOUP.
Premier Livre de piéces de clavecin
, compofé de fix fonates , par M.
Legrand , Organiſte de S. Germain des
Prés , prix , 9 liv.
Six divertiffemens , avec accompagnement
de deux violons ad libitum ,
par M. Wendenbochk , dédié à M.Jean-
François Kniff , premier Bourguemeftre
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
de la ville d'Anvers , prix , 12 livres.
Six due pour deux violons ou pardeffus
de viole , par M. Sebetosky ,
prix , 6 liv.
Méthode pour apprendre la Mufique ,
dont toutes les leçons font à deux parties
, par M. Rollay , prix , 9 liv .
.
Six Sonates pour le violoncelle , par
M. Natat-Refta , oeuvre premier . Prix ,
6. liv.
Le tout fe trouve à Paris , rue du
Roule , chez M. Lemenu , Marchand
de Mufique , à la clef d'or.
LETTRE de M. le LOUP , Éditeur des
Récréations des POLHYMNIE , à
l'Auteur du Mercure.
'AI l'honneur de vous préfenter le
troifiéme Recueil de Polhymnie , dont
la plupart des airs font ainfi que vous
l'avez annoncé , de la compofition de
M. Ponteau , Organifte de S. Jacques
de la Boucherie , & de S. Martin des
JANVIER. 1763 127
,
Champs. C'eſt un Eléve de feu M.
Forcroy , & qui a hérité des talens de
fon oncle , qui étoit célébre pour le
beau chant : vous jugerez en parcourant
fes airs . Il y en a auffi de M. le Jay
Maître de Mufique , ainfi que de M.
Hanot. Si j'en crois plufieurs perfonnes
de goût , ce recueil leur femble le meilleur
des trois . C'eſt au Public à en juger.
J'ofe vous fupplier feulement de
vouloir bien annoncer , que les marchands
de Province qui voudront s'adreffer
à moi pour les avoir , auront
lieu d'être fatisfaits des arrangemens que
je ferai avec eux . Je vous réitére mes
très-humbles remercimens de la manière
obligeante avec laquelle vous
avez annoncé ces recueils .
J'ai l'honneur d'être , & c.
LELOUP.
Premier Livre de piéces de clavecin
, compofé de fix fonates , par M.
Legrand , Organiſte de S. Germain des
Prés , prix , 9 liv.
Six divertiffemens , avec accompagnement
de deux violons ad libitum ,
par M. Wendenbochk , dédié à M.Jean-
François Kniff , premier Bourguemeftre
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
de la ville d'Anvers , prix , 12 livres.
Six due pour deux violons ou pardeffus
de viole , par M. Sebetosky ,
prix , 6 liv.
Méthode pour apprendre la Mufique ,
dont toutes les leçons font à deux parties
, par M. Rollay , prix , 9 liv .
.
Six Sonates pour le violoncelle , par
M. Natat-Refta , oeuvre premier . Prix ,
6. liv.
Le tout fe trouve à Paris , rue du
Roule , chez M. Lemenu , Marchand
de Mufique , à la clef d'or.
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Résumé : MUSIQUE. LETTRE de M. le LOUP, Éditeur des Récréations des POLHYMNIE, à l'Auteur du Mercure.
Le texte est une lettre de M. le Loup, éditeur des 'Récréations des Polhymnie', adressée à l'auteur du Mercure. Elle annonce la publication du troisième recueil de Polhymnie, principalement composé par M. Ponteau, organiste de Saint-Jacques de la Boucherie et de Saint-Martin. Ponteau est présenté comme un élève de feu M. Forcroy et héritier des talents de son oncle, connu pour son beau chant. Le recueil inclut également des airs de M. le Jay et M. Hanot. Plusieurs experts estiment ce recueil comme le meilleur des trois. M. le Loup propose des arrangements pour les marchands de province souhaitant acquérir ces recueils et remercie l'auteur du Mercure pour la promotion des précédents recueils. Le texte mentionne aussi plusieurs publications musicales disponibles à Paris, rue du Roule, chez M. Lemenu, marchand de musique. Ces publications incluent un premier livre de pièces de clavecin par M. Legrand, six divertissements avec accompagnement de deux violons par M. Wendenbochk, six duos pour deux violons ou pardessus de viole par M. Sebetosky, une méthode pour apprendre la musique par M. Rollay, et six sonates pour le violoncelle par M. Natat-Resta. Les prix de ces œuvres varient de 6 à 12 livres.
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481
p. 147-149
LETTRE à M. DE LA GARDE, Auteur du Mercure pour la partie des Spectacles.
Début :
MONSIEUR, Je crois qu'en parlant de l'Opéra, vous ferez plaisir aux Amateurs de Musique, [...]
Mots clefs :
Lyre, Doubles cordes, Semi-tons, Colonnade
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA GARDE, Auteur du Mercure pour la partie des Spectacles.
LETTRE à M. DE LA
GARDE ,
Auteur du Mercure pour la partie des
Spectacles.
MONSIE CONSIEUR ,
Je crois qu'en parlant de l'Opéra, vous
E
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
ferez plaifir aux Amateurs de Mufique ,
de leur annoncer un Inftrument nouveau
qui ramenera parmi nous l'ufage
de la Lyre des Anciens ; il en aura le
nom d'autant plus qu'il en a trèséxactement
la forme. Vous fçavez que
cette forme eft celle qui eft la plus
agréable à la vue , & que les Peintres
choififfent par préférence. Elle a d'ailleurs
l'avantage de donner à celui qui
la touche une attitude noble , facile &
naturelle. Celle-ci a des doubles cordes
de chaque côté avec un regître dans le
haut pour les femi-tons : ce qui donne
une affez grande étendue à ſon jeu . La
Lyre fera à la Harpe à-peu-près ce qu'eſtl'altoviola
aux Baffes de violon , avec
néanmoins plus d'étendue dans le bas ;
elle fe pofe fur les genoux & n'eft point
d'une pefanteur incommode , moyennant
quoi elle eft infiniment plus
portative que la Harpe. On croit
que l'on fera très- fatisfait du Concert
de ces deux Inftrumens dont l'harmonie
eft très-analogue l'une à l'autre.
Le fieur COUSINEAU , Luthier , demeurant
rue des Poulies , vis-à-vis la
Colonade du Louvre , a travaillé pour
donner plus de perfection à cet Inf
trument , qu'il n'avoit pu faire à ſon
JANVIER. 1763. 149
premier éffai. Il fe flatte de répondre
au choix qu'on a bien voulu faire de
lui pour remplir une idée auffi agréable.
Il fera en état de fournir des Lyres
à ceux qui en defireront , dans le
courant du mois prochain.
J'ai l'honneur d'être , &c.
"
P. **
GARDE ,
Auteur du Mercure pour la partie des
Spectacles.
MONSIE CONSIEUR ,
Je crois qu'en parlant de l'Opéra, vous
E
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
ferez plaifir aux Amateurs de Mufique ,
de leur annoncer un Inftrument nouveau
qui ramenera parmi nous l'ufage
de la Lyre des Anciens ; il en aura le
nom d'autant plus qu'il en a trèséxactement
la forme. Vous fçavez que
cette forme eft celle qui eft la plus
agréable à la vue , & que les Peintres
choififfent par préférence. Elle a d'ailleurs
l'avantage de donner à celui qui
la touche une attitude noble , facile &
naturelle. Celle-ci a des doubles cordes
de chaque côté avec un regître dans le
haut pour les femi-tons : ce qui donne
une affez grande étendue à ſon jeu . La
Lyre fera à la Harpe à-peu-près ce qu'eſtl'altoviola
aux Baffes de violon , avec
néanmoins plus d'étendue dans le bas ;
elle fe pofe fur les genoux & n'eft point
d'une pefanteur incommode , moyennant
quoi elle eft infiniment plus
portative que la Harpe. On croit
que l'on fera très- fatisfait du Concert
de ces deux Inftrumens dont l'harmonie
eft très-analogue l'une à l'autre.
Le fieur COUSINEAU , Luthier , demeurant
rue des Poulies , vis-à-vis la
Colonade du Louvre , a travaillé pour
donner plus de perfection à cet Inf
trument , qu'il n'avoit pu faire à ſon
JANVIER. 1763. 149
premier éffai. Il fe flatte de répondre
au choix qu'on a bien voulu faire de
lui pour remplir une idée auffi agréable.
Il fera en état de fournir des Lyres
à ceux qui en defireront , dans le
courant du mois prochain.
J'ai l'honneur d'être , &c.
"
P. **
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Résumé : LETTRE à M. DE LA GARDE, Auteur du Mercure pour la partie des Spectacles.
L'auteur d'une lettre informe M. de La Garde, rédacteur du Mercure pour la partie des Spectacles, de l'introduction d'un nouvel instrument musical, la Lyre, inspirée de la lyre antique. Cet instrument se distingue par sa forme esthétique, appréciée des peintres, et permet au musicien une attitude noble et naturelle. La Lyre est équipée de doubles cordes de chaque côté et d'un registre pour les demi-tons, offrant une large gamme de jeu. Contrairement à la harpe, elle se pose sur les genoux et est plus portable. L'harmonie entre la Lyre et la harpe est comparable, promettant un concert agréable. Le luthier Cousineau, résidant rue des Poulies, a perfectionné cet instrument et sera en mesure de le fournir dès le mois prochain. L'auteur exprime son honneur de transmettre cette information.
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482
p. 48-50
CHANSON SUR le mariage de Mlle d'ALLENCOURT avec M. le Marquis DE NOAILLES. Par M. TANEVOT. Sur l'air : Il n'eft rien dans tout l'Univers, &c.
Début :
AVONS-nous changé de séjour ? [...]
Mots clefs :
Amour, Plaisirs, Victoire, Olive
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texteReconnaissance textuelle : CHANSON SUR le mariage de Mlle d'ALLENCOURT avec M. le Marquis DE NOAILLES. Par M. TANEVOT. Sur l'air : Il n'eft rien dans tout l'Univers, &c.
CHANSON
SUR le mariage de Mlle d'ALLENCOURT
avec M. le Marquis DE
NOAILLES . Par M. TA NEVOT.
Sur l'air : Il n'eft rien dans tout l'Univers , &c.
AVONS- Not VONS- nous changé de féjour?
Sommes-nous à Cythère ?
Eft-ce ici la charmante Cour
D'Amour , & de fa Mère ?
Quel Dieu , propice à nos déſirs ,
Nous luit & nous enflâme ?
Durables feux , chaftes plaifirs ,
Vous embrâfez notre âme.
Couple adoré , jeunes Epoux ,
Tel eft votre partage ,
Au fein des tranſports les plus doux ,
Recevez notre hommage.
Vous rappellez en ce moment ,
Le brillant hyménée
Qui de Pfyché , de fon amant ,
Fixa la deftinée.
On célébra des plus grands Dieux
La majefté fuprême. ,
Des
FEVRIER. 1763. 49
Des Héros s'offrent à nos yeux
Que nous chantons de même ;
Mais leurs exploits qu'ont fçu former
Et Mars , & la Victoire ,
Jamais du Dieu qui fait aimer ,
N'égaleront la gloire.
Vous répandez dans tous ces lieux
Une vive lumière :
Ainfi l'aftre éclatant des cieux
Commence fa carrière ;
Ses rayons font naître les fleurs ,
Charme de la Nature.
La vertu nourrit dans vos coeurs ,
Une flâme auffi pure.
e
Sous les aufpices de la Paix
Ces noeuds ont pris naiſſance ;
Ainfi le Ciel par ſes bienfaits ,
Signale fa puiffance :
Mufes , répondez à nos voix ,
Tout ici vous attire ;
L'Olive & le Myrthe à la fois ,
Sont faits pour votre Empire.
Vos Eléves , vos favoris
Fondent notre allégreffe :
Venez ceindre leurs fronts chéris
Des lauriers du Permeſſe :
C
50 MERCURE DE FRANCE .
1
Ils ont moiffonné les talens
Qu'on trouve fur vos traces ,
Et fous des guides vigilants ,
Joint la fageffe aux grâces.
Les tendres enfans de Cypris¸
Animent cette fête ;
Mais l'Hymen remporte le prix
Par fa belle conquête ;
Lucine , unjour du haut des cieux
On te verra defcendre ;
Car la poftérité des Dieux
Ne le fait point attendre.
SUR le mariage de Mlle d'ALLENCOURT
avec M. le Marquis DE
NOAILLES . Par M. TA NEVOT.
Sur l'air : Il n'eft rien dans tout l'Univers , &c.
AVONS- Not VONS- nous changé de féjour?
Sommes-nous à Cythère ?
Eft-ce ici la charmante Cour
D'Amour , & de fa Mère ?
Quel Dieu , propice à nos déſirs ,
Nous luit & nous enflâme ?
Durables feux , chaftes plaifirs ,
Vous embrâfez notre âme.
Couple adoré , jeunes Epoux ,
Tel eft votre partage ,
Au fein des tranſports les plus doux ,
Recevez notre hommage.
Vous rappellez en ce moment ,
Le brillant hyménée
Qui de Pfyché , de fon amant ,
Fixa la deftinée.
On célébra des plus grands Dieux
La majefté fuprême. ,
Des
FEVRIER. 1763. 49
Des Héros s'offrent à nos yeux
Que nous chantons de même ;
Mais leurs exploits qu'ont fçu former
Et Mars , & la Victoire ,
Jamais du Dieu qui fait aimer ,
N'égaleront la gloire.
Vous répandez dans tous ces lieux
Une vive lumière :
Ainfi l'aftre éclatant des cieux
Commence fa carrière ;
Ses rayons font naître les fleurs ,
Charme de la Nature.
La vertu nourrit dans vos coeurs ,
Une flâme auffi pure.
e
Sous les aufpices de la Paix
Ces noeuds ont pris naiſſance ;
Ainfi le Ciel par ſes bienfaits ,
Signale fa puiffance :
Mufes , répondez à nos voix ,
Tout ici vous attire ;
L'Olive & le Myrthe à la fois ,
Sont faits pour votre Empire.
Vos Eléves , vos favoris
Fondent notre allégreffe :
Venez ceindre leurs fronts chéris
Des lauriers du Permeſſe :
C
50 MERCURE DE FRANCE .
1
Ils ont moiffonné les talens
Qu'on trouve fur vos traces ,
Et fous des guides vigilants ,
Joint la fageffe aux grâces.
Les tendres enfans de Cypris¸
Animent cette fête ;
Mais l'Hymen remporte le prix
Par fa belle conquête ;
Lucine , unjour du haut des cieux
On te verra defcendre ;
Car la poftérité des Dieux
Ne le fait point attendre.
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Résumé : CHANSON SUR le mariage de Mlle d'ALLENCOURT avec M. le Marquis DE NOAILLES. Par M. TANEVOT. Sur l'air : Il n'eft rien dans tout l'Univers, &c.
La chanson célèbre le mariage de Mlle d'Allencourt avec le Marquis de Noailles. Elle s'interroge sur le lieu et la divinité propice à cette union, évoquant des feux durables et des plaisirs chastes. Le couple est comparé à Psyché et son amant, et leur union est célébrée par les dieux. La lumière et la vertu des jeunes époux sont mises en avant, comparées à l'astre du jour. Le mariage est placé sous les auspices de la paix, et les Muses sont invitées à célébrer cet événement. Les talents et la sagesse des élèves des époux sont également loués. La fête est animée par les enfants de Cypris, mais Hymen remporte le prix par sa belle conquête. Enfin, la postérité des dieux est attendue.
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483
p. 63
CHANSON.
Début :
DOIS-JE t'aimer encore, [...]
Mots clefs :
Aimer, Haïr, Languir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON...
DOIS-JE t'aimer encore ,
Ou dois-je te hair ?
Depuis que je t'adore ,
Je ne fais que languir.
Dois-je t'aimer encore ,
Ou dois-je te hair ?
Les appas de Climene
Auront fçu t'aveugler ;
Cruel , de chaîne en chaîne ,
Tu te plais à voler !
Toi que mon coeur implore ,
Dis -moi , Dieu du plaifir ,
Dois-je l'aimer encore ,
Ou dois-je le hair ?
Les Paroles & la Mufique , font de M.
CUMINAL , de Montpellier.
DOIS-JE t'aimer encore ,
Ou dois-je te hair ?
Depuis que je t'adore ,
Je ne fais que languir.
Dois-je t'aimer encore ,
Ou dois-je te hair ?
Les appas de Climene
Auront fçu t'aveugler ;
Cruel , de chaîne en chaîne ,
Tu te plais à voler !
Toi que mon coeur implore ,
Dis -moi , Dieu du plaifir ,
Dois-je l'aimer encore ,
Ou dois-je le hair ?
Les Paroles & la Mufique , font de M.
CUMINAL , de Montpellier.
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484
p. 138-139
MUSIQUE.
Début :
MÉTHODE, ou Principes pour enseigner & apprendre facilement l'accompagnement [...]
Mots clefs :
Adresses, Méthode, Basse
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texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.
MÉTHODE , ou Principes pour enfeigner
& apprendre facilement l'accompagnement
du clavecin ou l'harmonie
de raifonnement
, ou la théorie des
marches de la Baffe fondamentale
avec les paffages de Baffe- continues
quelconques
, & la façon de les accompagner
à coup für, même fans chiffres ,
& une planche gravée à la fin du Livre
pour les exemples ; par M. Bretheau ,
Organifte de la Métropole de Tours.
Cette Méthode coûte douze fols , & fe
trouve à Paris aux adreffes ordinaires
de Mufique. A Orléans , chez Chevillon
, Libraire , rue Royale. A Angers ,
chez Boutemy. A Tours , chez Lambert.
SEI SONATE a due flauti , del
Signor Francefco Krafft , opera prima ,
in-folio : prix , 6 liv. A Paris , chez
Leclerc , rue S. Honoré , entre la rue
des Prouvaires & la rue du Four , à
Sainte Cécile, & aux adreffes ordinaires.
On trouve aux mêmes adreffes un
FEVRIER. 1763. 139
Trio fur la Paix , de M. ***. Prix , 18
fols.
MÉTHODE , ou Principes pour enfeigner
& apprendre facilement l'accompagnement
du clavecin ou l'harmonie
de raifonnement
, ou la théorie des
marches de la Baffe fondamentale
avec les paffages de Baffe- continues
quelconques
, & la façon de les accompagner
à coup für, même fans chiffres ,
& une planche gravée à la fin du Livre
pour les exemples ; par M. Bretheau ,
Organifte de la Métropole de Tours.
Cette Méthode coûte douze fols , & fe
trouve à Paris aux adreffes ordinaires
de Mufique. A Orléans , chez Chevillon
, Libraire , rue Royale. A Angers ,
chez Boutemy. A Tours , chez Lambert.
SEI SONATE a due flauti , del
Signor Francefco Krafft , opera prima ,
in-folio : prix , 6 liv. A Paris , chez
Leclerc , rue S. Honoré , entre la rue
des Prouvaires & la rue du Four , à
Sainte Cécile, & aux adreffes ordinaires.
On trouve aux mêmes adreffes un
FEVRIER. 1763. 139
Trio fur la Paix , de M. ***. Prix , 18
fols.
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Résumé : MUSIQUE.
Le document liste plusieurs publications musicales. La 'MÉTHODE' de M. Bretheau, organiste de Tours, enseigne l'accompagnement au clavecin ou l'harmonie. Elle inclut une planche gravée et coûte douze sols. Six sonates pour deux flûtes de Francesco Krafft et un trio pour la Paix sont également disponibles, respectivement à six livres et dix-huit sols. Ces publications sont vendues à Paris, Orléans, Angers et Tours.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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485
p. 186-189
De VERSAILLES, le 22 Janvier 1763.
Début :
SA Majesté a donné le Gouvernement de Jour & de Pontarlier au Chevalier de Montbarrey, [...]
Mots clefs :
Ordre royal et militaire de Saint-Louis, Ministre plénipotentiaire, Bal, Chevaliers
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texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 22 Janvier 1763.
De VERSAILLES , le 22 Janvier 1763 .
SA Majefté a donné le Gouvernement de Jour
& de Pontarlier au Chevalier de Montbarrey ,
Maréchal de Camp , à qui Elle a accordé auff
la dignité de Grand Croix de l'Ordre Royal &
Militaire de S. Louis , vacante par la mort du
Marquis de Villemur.
Sa Majefté a nommé le fieur O- Dune pour
remplacer le Marquis d'Alefme en qualité de fon
Miniftre Plénipotentiaire auprès de l'Electeur Palatin
; & le Chevalier du Buat , pour remplacer le
Baron de Mackau en qualité de fon Miniſtre à la
Diete générale de l'Empire à Ratisbonne.
La Marquife de Noailles a été préſentée l
16 au Roi , à la Reine & à la Famille Royale ,
par la Duchelle d'Ayen. Le même jour , Leurs
FEVRIER . 1763 .
187
Majeftés , ainsi que la Famille Royale , fignerent
le Contrat de Mariage du fieur Thiroux de Crofne,
Maître des Requêtes , avec la Demoiſelle de la
Michodiere.
Le 17 , il y eut un Bal dans la Salle de Spectacle
du Château . Leurs Majeftés , ainfi que Monfei
gneur le Dauphin , Madame la Dauphine & Madame
Sophie l'honorerent de leur préfence. Le
Duc d'Orléans , le Duc de Chartres , le Comte de
la Marche , le Comte de Luface & la Comteffe de
Henneberg , affifterent à cette Affemblée , que
le concours des Seigneurs & Dames de la Cour
rendit très-brillante.
Le 18 , le Comte de Wedelfriz , Envoyé Extraordinaire
de Dannemarck , a eu l'honneur de
préfenter au Roi avec les formalités ordinaires ,
cinquante-huit Gerfaulx d'Iflande , de la part dur
Roi de Danemarck ; Sa Majefté a témoigné au
Comte de Wedelfriz combien elle étoit fatisfaite
de ce préfent.
Le Comte de Starhemberg , Ambaſſadear de
leurs Majeftés Impériales , ayant notifié au Roi la
mort de l'Archiducheffe Jeanne , Sa Majesté a
pris le deuil le 21 pour 12 jours.
Le fieur Dejean , Maître en Chirurgie de Pa
ris a eu l'honneur de préfenter au Roi un Ouvra
ge touchant les hernies ou defcentes.
Le Roi a nommé Chevaliers des Ordres Royaux
Militaires & Hofpitaliers de Notre Dame du
Mont Carmel & de S. Lazare de Jérufalem , le
Marquis de Marbeuf , Maréchal de Camp ; le
Comte de Luppé , Colonel d'Infanterie , le Comte
de la Billarderie d'Angivilé , Meftre de Camp de
Cavalerie ; le Marquis de Montefquiou , Colonel
d'Infanterie , le Comte de Montault- Benac , Co-
Jonel d'Infanterie ; & le Vicomte de Boifgelin ,
188 MERCURE DE FRANCE.
Lieutenant des Vaiffeaux du Roi , tous fix Gen
tilshommes de la Manche de Monfeigneur le Duc
de Berry ; & le Baron Galucci- l'Hôpital , Colonet
d'Infanterie étrangere ; le Comte Laizer de Siougeat
, Colonel d'Infanterie & Députés des Etats
d'Artois auprès de Sa Majefté ; le Comte de
Quelen , Capitaine des Vaiffeaux du Roi ; le fieur
de Ruis Embito , Intendant de la Marine à Rochefort
; le fieur Durand , Miniftre de Sa Majefté
près du Roi & de la République de Pologne . Les
nouveaux Chevaliers , à l'exception du Comte de
Montault , qui s'eft trouvé indifpofé , du Marquis
de Montefquiou , qui n'a pas encore atteint l'âge
prefcrit par le réglement de fa Majefté ; du fieur
de Ruis- Embito , employé à fon Département ,
& du fieur , Durand , réfident actuellement a Londres
le fervice du Roi , ont été reçus le 20
de ce mois , dans l'Appartement & en préfence
de Monſeigneur le Duc de Berry , Grand- Maître
defdits Ordres , après avoir fait leur profeffion &
l'émiffion de leurs voeux entre les mains du
Comte de S. Florentin , Gérent & Adminiftrateur-
Général de ces Ordres pendant la minorité
de Monſeigneur le Duc de Berry . Ils furent enfaite
admis à baiſer la main du Prince Grand-
Maître , en figne d'obédience.Les Grands Officiers ,
un grand nombre de Chevaliers & Comman
deurs Eccléfiaftiques defdits Ordres , ont affifté à
cette cérémonie.
pour
Le Marquis d'Epinay Saint - Luc , Capitaine
au Régiment de Penthievre , Cavalerie , a eu
l'honneur d'être préſenté au Roi & à la Famille
Royale, par le Duc de Duras.
Le Comte de S. Florentin a préſenté à Sa Majefté
les Planches anatomiques de la troifiéme &
derniere diftribution du fupplément que donne
FEVRIER. 1763. 189
au Public le fieur Gautier. Cet Ouvrage préfenrement
complet , & éxécuté à la fatisfaction des
Amateurs , fe diftribue à Paris chez le fieur le
Roi , Marchand Bijoutier , vis-à-vis la Comédie
Françoiſe.
SA Majefté a donné le Gouvernement de Jour
& de Pontarlier au Chevalier de Montbarrey ,
Maréchal de Camp , à qui Elle a accordé auff
la dignité de Grand Croix de l'Ordre Royal &
Militaire de S. Louis , vacante par la mort du
Marquis de Villemur.
Sa Majefté a nommé le fieur O- Dune pour
remplacer le Marquis d'Alefme en qualité de fon
Miniftre Plénipotentiaire auprès de l'Electeur Palatin
; & le Chevalier du Buat , pour remplacer le
Baron de Mackau en qualité de fon Miniſtre à la
Diete générale de l'Empire à Ratisbonne.
La Marquife de Noailles a été préſentée l
16 au Roi , à la Reine & à la Famille Royale ,
par la Duchelle d'Ayen. Le même jour , Leurs
FEVRIER . 1763 .
187
Majeftés , ainsi que la Famille Royale , fignerent
le Contrat de Mariage du fieur Thiroux de Crofne,
Maître des Requêtes , avec la Demoiſelle de la
Michodiere.
Le 17 , il y eut un Bal dans la Salle de Spectacle
du Château . Leurs Majeftés , ainfi que Monfei
gneur le Dauphin , Madame la Dauphine & Madame
Sophie l'honorerent de leur préfence. Le
Duc d'Orléans , le Duc de Chartres , le Comte de
la Marche , le Comte de Luface & la Comteffe de
Henneberg , affifterent à cette Affemblée , que
le concours des Seigneurs & Dames de la Cour
rendit très-brillante.
Le 18 , le Comte de Wedelfriz , Envoyé Extraordinaire
de Dannemarck , a eu l'honneur de
préfenter au Roi avec les formalités ordinaires ,
cinquante-huit Gerfaulx d'Iflande , de la part dur
Roi de Danemarck ; Sa Majefté a témoigné au
Comte de Wedelfriz combien elle étoit fatisfaite
de ce préfent.
Le Comte de Starhemberg , Ambaſſadear de
leurs Majeftés Impériales , ayant notifié au Roi la
mort de l'Archiducheffe Jeanne , Sa Majesté a
pris le deuil le 21 pour 12 jours.
Le fieur Dejean , Maître en Chirurgie de Pa
ris a eu l'honneur de préfenter au Roi un Ouvra
ge touchant les hernies ou defcentes.
Le Roi a nommé Chevaliers des Ordres Royaux
Militaires & Hofpitaliers de Notre Dame du
Mont Carmel & de S. Lazare de Jérufalem , le
Marquis de Marbeuf , Maréchal de Camp ; le
Comte de Luppé , Colonel d'Infanterie , le Comte
de la Billarderie d'Angivilé , Meftre de Camp de
Cavalerie ; le Marquis de Montefquiou , Colonel
d'Infanterie , le Comte de Montault- Benac , Co-
Jonel d'Infanterie ; & le Vicomte de Boifgelin ,
188 MERCURE DE FRANCE.
Lieutenant des Vaiffeaux du Roi , tous fix Gen
tilshommes de la Manche de Monfeigneur le Duc
de Berry ; & le Baron Galucci- l'Hôpital , Colonet
d'Infanterie étrangere ; le Comte Laizer de Siougeat
, Colonel d'Infanterie & Députés des Etats
d'Artois auprès de Sa Majefté ; le Comte de
Quelen , Capitaine des Vaiffeaux du Roi ; le fieur
de Ruis Embito , Intendant de la Marine à Rochefort
; le fieur Durand , Miniftre de Sa Majefté
près du Roi & de la République de Pologne . Les
nouveaux Chevaliers , à l'exception du Comte de
Montault , qui s'eft trouvé indifpofé , du Marquis
de Montefquiou , qui n'a pas encore atteint l'âge
prefcrit par le réglement de fa Majefté ; du fieur
de Ruis- Embito , employé à fon Département ,
& du fieur , Durand , réfident actuellement a Londres
le fervice du Roi , ont été reçus le 20
de ce mois , dans l'Appartement & en préfence
de Monſeigneur le Duc de Berry , Grand- Maître
defdits Ordres , après avoir fait leur profeffion &
l'émiffion de leurs voeux entre les mains du
Comte de S. Florentin , Gérent & Adminiftrateur-
Général de ces Ordres pendant la minorité
de Monſeigneur le Duc de Berry . Ils furent enfaite
admis à baiſer la main du Prince Grand-
Maître , en figne d'obédience.Les Grands Officiers ,
un grand nombre de Chevaliers & Comman
deurs Eccléfiaftiques defdits Ordres , ont affifté à
cette cérémonie.
pour
Le Marquis d'Epinay Saint - Luc , Capitaine
au Régiment de Penthievre , Cavalerie , a eu
l'honneur d'être préſenté au Roi & à la Famille
Royale, par le Duc de Duras.
Le Comte de S. Florentin a préſenté à Sa Majefté
les Planches anatomiques de la troifiéme &
derniere diftribution du fupplément que donne
FEVRIER. 1763. 189
au Public le fieur Gautier. Cet Ouvrage préfenrement
complet , & éxécuté à la fatisfaction des
Amateurs , fe diftribue à Paris chez le fieur le
Roi , Marchand Bijoutier , vis-à-vis la Comédie
Françoiſe.
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Résumé : De VERSAILLES, le 22 Janvier 1763.
Le 22 janvier 1763, à Versailles, le Chevalier de Montbarrey a été nommé Maréchal de Camp et Gouverneur de Jour et de Pontarlier. Il a également reçu la dignité de Grand Croix de l'Ordre Royal et Militaire de Saint-Louis, après la mort du Marquis de Villemur. Le sieur O-Dune a été désigné pour remplacer le Marquis d'Alefme en tant que Ministre Plénipotentiaire auprès de l'Électeur Palatin, et le Chevalier du Buat a succédé au Baron de Mackau en tant que Ministre à la Diète générale de l'Empire à Ratisbonne. Le 16 février, la Marquise de Noailles a été présentée au Roi, à la Reine et à la Famille Royale par la Duchesse d'Ayen. Ce même jour, Leurs Majestés et la Famille Royale ont signé le contrat de mariage du sieur Thiroux de Croisne, Maître des Requêtes, avec la Demoiselle de la Michodière. Le 17 février, un bal a eu lieu dans la Salle de Spectacle du Château, en présence de Leurs Majestés, du Dauphin, de Madame la Dauphine, de Madame Sophie et de plusieurs membres de la cour. Le 18 février, le Comte de Wedelfriz, Envoyé Extraordinaire du Danemark, a offert au Roi cinquante-huit gerfauts d'Islande de la part du Roi de Danemark. Le Comte de Starhemberg, Ambassadeur des Majestés Impériales, a informé le Roi de la mort de l'Archiduchesse Jeanne. Le Roi a observé le deuil pendant douze jours à partir du 21 février. Le sieur Dejean, Maître en Chirurgie de Paris, a présenté au Roi un ouvrage sur les hernies. Le Roi a nommé plusieurs nouveaux Chevaliers des Ordres Royaux Militaires et Hospitaliers de Notre Dame du Mont Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem, dont le Marquis de Marbeuf, le Comte de Luppé et le Vicomte de Boisgelin. Le Marquis d'Epinay Saint-Luc, Capitaine au Régiment de Penthièvre, Cavalerie, a été présenté au Roi et à la Famille Royale par le Duc de Duras. Le Comte de Saint-Florentin a présenté à Sa Majesté les planches anatomiques de la troisième et dernière distribution du supplément de l'ouvrage du sieur Gautier, distribué à Paris chez le sieur le Roi, Marchand Bijoutier.
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486
p. 63
« La Chanson notée se trouvera à l'Article des Spectacles. [...] »
Début :
La Chanson notée se trouvera à l'Article des Spectacles. [...]
Mots clefs :
Chanson notée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Chanson notée se trouvera à l'Article des Spectacles. [...] »
La Chanfon notée se trouvera à
l'Article des Spectacles.
l'Article des Spectacles.
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487
p. 148-149
MUSIQUE.
Début :
SIX ARIETTES Françoises, dans le goût Italien, avec accompagnement d'un [...]
Mots clefs :
Violon, Cantate, Guitare
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.
>
SIX ARIETTES Françoiſes , dans le
goût Italien avec accompagnement
d'un violon & d'une baffe , fuivis d'une
Cantate à grande fymphonie. Dédiées
à M. le Marquis de l'Hôpital , Lieutenant
Général des Armées du Roi.
Par M. Ciampalenfi , ordinaire de la
Mufique du Roi . Prix des Ariettes
féparées 3 1. de la Cantate 1. 10 f. aux
adreffes ordinaires de Muſique.
LA GUITTARRE de bonne humeur
, ou Recueil de Vaudevilles badins
, avec accompagnement de guittare.
Par M. Merchi. Septiéme livre
de guittare. OEuvre 10. Prix 6 livres.
A Paris , chez l'Auteur , rue du Rempart
S. Honoré près des Quinze-Vingts ,
chez un Tapiffier ; & aux adreffes or
dinaires de Mufique.
LES RÉCRÉATIONS chantantes
ou Journal Lyrique , contenant des airs
choifis dans les Opéra-Comiques , avec
accompagnement de violon , flute , ou
pardeffus de viole , notés fur la clef
MARS. 1763. 149
de Gréfol , & ajuftés de façon qu'on
peut les jouer en duo fur les inftrumens
; par M. Legat de Fourcy , Maître
de chant , & Organifte de S. Germainle-
vieux fixiéme Recueil. A Paris
chez M. la Chevardiere , rue du Roule ,
à la Croix d'or. Prix , 3 liv.
?
CONCERTO pour le clavecin , avec
accompagnement de deux violons alto
viola & baffa , dédiés à Madame Couftard
, compofés par M. Wondradfchek.
Prix , 6 liv, A Paris , chez l'Auteur
rue Mazarine , chez un Perruquier , &
aux adreffes ordinaires. La réputation
méritée de l'Auteur inſpire un préjugé
très-favorable pour ce nouvel ouvrage.
>
SIX ARIETTES Françoiſes , dans le
goût Italien avec accompagnement
d'un violon & d'une baffe , fuivis d'une
Cantate à grande fymphonie. Dédiées
à M. le Marquis de l'Hôpital , Lieutenant
Général des Armées du Roi.
Par M. Ciampalenfi , ordinaire de la
Mufique du Roi . Prix des Ariettes
féparées 3 1. de la Cantate 1. 10 f. aux
adreffes ordinaires de Muſique.
LA GUITTARRE de bonne humeur
, ou Recueil de Vaudevilles badins
, avec accompagnement de guittare.
Par M. Merchi. Septiéme livre
de guittare. OEuvre 10. Prix 6 livres.
A Paris , chez l'Auteur , rue du Rempart
S. Honoré près des Quinze-Vingts ,
chez un Tapiffier ; & aux adreffes or
dinaires de Mufique.
LES RÉCRÉATIONS chantantes
ou Journal Lyrique , contenant des airs
choifis dans les Opéra-Comiques , avec
accompagnement de violon , flute , ou
pardeffus de viole , notés fur la clef
MARS. 1763. 149
de Gréfol , & ajuftés de façon qu'on
peut les jouer en duo fur les inftrumens
; par M. Legat de Fourcy , Maître
de chant , & Organifte de S. Germainle-
vieux fixiéme Recueil. A Paris
chez M. la Chevardiere , rue du Roule ,
à la Croix d'or. Prix , 3 liv.
?
CONCERTO pour le clavecin , avec
accompagnement de deux violons alto
viola & baffa , dédiés à Madame Couftard
, compofés par M. Wondradfchek.
Prix , 6 liv, A Paris , chez l'Auteur
rue Mazarine , chez un Perruquier , &
aux adreffes ordinaires. La réputation
méritée de l'Auteur inſpire un préjugé
très-favorable pour ce nouvel ouvrage.
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Résumé : MUSIQUE.
En mars 1763, plusieurs œuvres musicales étaient disponibles à Paris. Parmi elles, 'Six Ariettes Françoises' dans le goût italien, accompagnées d'un violon et d'une basse, suivies d'une cantate à grande symphonie, dédiées au Marquis de l'Hôpital. Ces œuvres, composées par M. Ciampalenfi, musicien du Roi, étaient vendues à 3 livres pour les ariettes et 1 livre 10 sols pour la cantate. Le document mentionne également 'La Guitarre de bonne humeur', un recueil de vaudevilles badins avec accompagnement de guitare, par M. Merchi, vendu 6 livres. 'Les Récréations chantantes', un journal lyrique contenant des airs choisis des opéras-comiques, était présenté par M. Legat de Fourcy, maître de chant, et vendu 3 livres. Enfin, un concerto pour clavecin avec accompagnement de deux violons, alto, viole et basse, composé par M. Wondradfchek et dédié à Madame Couftard, était également disponible, vendu 6 livres. La réputation de l'auteur inspirait un préjugé favorable pour ce nouvel ouvrage.
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488
p. 174-177
SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES,
Début :
LE Mardi 1 Février les Comédiens François représenterent le Glorieux [...]
Mots clefs :
Comédie, Spectacles, Ballet, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES,
SPECTACLES DE LA COUR A VER
SAILLES,
LE Mardi 1 Février les Comédiens
François repréfenterent le Glorieux
Comédie en cinq Actes & en vers du
feu fieur NÉRICAULT DESTOUCHES .
Le fieur BELCOUR y jouoit le principal
rôle ( a ) . Pour feconde Piéce les
Orignaux , Comédie en un Acte , en
profe , du feu fieur FAGAN (b).
(a) Premiére Repréſentation en 17320
(b ) En 1737.
}
座
MARS. 1763. 175
€ Le Mercredi il n'y a point eu de
fpectacle à caufe de la Fête .
Le Jeudi les mêmes Comédiens re-
3
préfenterent Zulime , Tragédie du fieur
de VOLTAIRE (c). La Dile CLAIRON
jouoit le rôle de Zulime. La Dlle Du-
BOIS celui d'Atide ; la Dile PREVILLE
celui de Serame. Les rôles de Benafar
& de fon confident étoient remplis par
les fieurs BRISART & DUBOIS : ceux
de Ramir & du Confident, par les fieurs
le KAIN & d'AUBERVAL. La Tragédie
fut fuivie de l'Indifcret , Comédie
en un Acte en vers du même Auteur
(d) ..
"
Le Mardi 8 on repréfenta l'Esprit
follet , Comédie en 5 Actes & en vers
du feu fieur HAUTEROCHE ( e) , qui
fut fuivie du Cocherfuppofé (f) , Comédie
en un Acte & en profe du même
Auteur.
Le lendemain 9 les Comédiens Italiens
repréſenterent la Cantatrice , Comédie
Italienne , dans laquelle la Dlle
PICCINELLI exécutoit le rôle de Cantatrice.
Cette Comédie précédoit Ver-
(c) En 2740.
( d) En 1725.11
( e )En 1684.
f)Dans la même année.
Ħ iv
176 MERCURE DE FRANCE.
tumne & Pomone , ballet en un Acte ;
( extrait du ballet des Elémens ) repréfenté
par l'Académie Royale de Mufique
, conjointement avec la Mufique du
Roi. Le Poëme de ce Ballet eft du fieur
ROY , Chevalier de l'Ordre de S. Michel.
La Mufique , du feu fieur DESTOUCHES
. Les rôles de Vertumne & de
Pan furent exécutés par les fieurs GELIOTE
& GELIN ; celui de Pomone
par la Dile ARNOULD. Les Grâces &
l'expreffion des chants de ce ballet , l'ef
prit & l'agrément qui régnent dans le
Poëme , les talens fi connus & fi admirés
des Acteurs qui en rendoient les
principaux rôles , tant de charmes réunis
ne pouvoient manquer de plaire & de
rendre cette repréſentation très-agréable.
La Dlle LANI danfoit feule une
principale entrée dans les Bergeres . Le
fieur CAMPIONI & la Dlle DUMONCEAU
un pas de deux, Les fieurs LAVAL
& GARDEL danfoient dans les
Faunes , ainfi que les fieurs d'AUBERVAL
, GROSSET & CAMPIONI . Le
fieur LANI & la Dlle ALLARD exécutoient
les principales entrées dans les
Paftres.
"
Le Jeudi 10 , les Comédiens François
repréſenterent Mérope , Tragédie du
fieur de VOLTAIRE , dans laquelle la
MARS. 1763 . 177
Dlle DUMESNIL joua le rôle de Mérope.
(g).
Pour feconde Pièce le Galant Coureur
, Comédie en un Acte en profe du
feu fieur le GRAND ( h ) . Le fieur Mo-
LE y jouoit le principal rôle .
Le Mardi 15 , dernier jour du Carnaval
, par extraordinaire , les Sujets de la
Comédie Italienne -exécuterent à la
Cour deux Opéra- Comiques ; le Roi &
le Fermier , Paroles du fieur SEDAINE ,
Mufique du fieur MONCIGNI & On ne
s'avife jamais de tout.
On donnera dans le Mercure prochain
le Journal des autres repréfentations
jufques à la clôture.
.. N. B. Nous n'avons fait qu'annoncer
fommairement , dans le précédent
Vol. les premiers BALS DE LA COUR.
Nous ne doutons pas que nos Lecteurs
n'en defirent une relation détaillée jufques
à la fin du Carnaval : mais comme
ce genre de Spectacles doit à tous égards
être diftingué des repréfentations theatrales
dont nous venons de rendre compte
, on en a fait un Article particulier.
que l'on trouvera après notre Article des
Théâtres & autres Spectacles ordinaires .
(g) Première fois en 1743-
(h) En 1722.
SAILLES,
LE Mardi 1 Février les Comédiens
François repréfenterent le Glorieux
Comédie en cinq Actes & en vers du
feu fieur NÉRICAULT DESTOUCHES .
Le fieur BELCOUR y jouoit le principal
rôle ( a ) . Pour feconde Piéce les
Orignaux , Comédie en un Acte , en
profe , du feu fieur FAGAN (b).
(a) Premiére Repréſentation en 17320
(b ) En 1737.
}
座
MARS. 1763. 175
€ Le Mercredi il n'y a point eu de
fpectacle à caufe de la Fête .
Le Jeudi les mêmes Comédiens re-
3
préfenterent Zulime , Tragédie du fieur
de VOLTAIRE (c). La Dile CLAIRON
jouoit le rôle de Zulime. La Dlle Du-
BOIS celui d'Atide ; la Dile PREVILLE
celui de Serame. Les rôles de Benafar
& de fon confident étoient remplis par
les fieurs BRISART & DUBOIS : ceux
de Ramir & du Confident, par les fieurs
le KAIN & d'AUBERVAL. La Tragédie
fut fuivie de l'Indifcret , Comédie
en un Acte en vers du même Auteur
(d) ..
"
Le Mardi 8 on repréfenta l'Esprit
follet , Comédie en 5 Actes & en vers
du feu fieur HAUTEROCHE ( e) , qui
fut fuivie du Cocherfuppofé (f) , Comédie
en un Acte & en profe du même
Auteur.
Le lendemain 9 les Comédiens Italiens
repréſenterent la Cantatrice , Comédie
Italienne , dans laquelle la Dlle
PICCINELLI exécutoit le rôle de Cantatrice.
Cette Comédie précédoit Ver-
(c) En 2740.
( d) En 1725.11
( e )En 1684.
f)Dans la même année.
Ħ iv
176 MERCURE DE FRANCE.
tumne & Pomone , ballet en un Acte ;
( extrait du ballet des Elémens ) repréfenté
par l'Académie Royale de Mufique
, conjointement avec la Mufique du
Roi. Le Poëme de ce Ballet eft du fieur
ROY , Chevalier de l'Ordre de S. Michel.
La Mufique , du feu fieur DESTOUCHES
. Les rôles de Vertumne & de
Pan furent exécutés par les fieurs GELIOTE
& GELIN ; celui de Pomone
par la Dile ARNOULD. Les Grâces &
l'expreffion des chants de ce ballet , l'ef
prit & l'agrément qui régnent dans le
Poëme , les talens fi connus & fi admirés
des Acteurs qui en rendoient les
principaux rôles , tant de charmes réunis
ne pouvoient manquer de plaire & de
rendre cette repréſentation très-agréable.
La Dlle LANI danfoit feule une
principale entrée dans les Bergeres . Le
fieur CAMPIONI & la Dlle DUMONCEAU
un pas de deux, Les fieurs LAVAL
& GARDEL danfoient dans les
Faunes , ainfi que les fieurs d'AUBERVAL
, GROSSET & CAMPIONI . Le
fieur LANI & la Dlle ALLARD exécutoient
les principales entrées dans les
Paftres.
"
Le Jeudi 10 , les Comédiens François
repréſenterent Mérope , Tragédie du
fieur de VOLTAIRE , dans laquelle la
MARS. 1763 . 177
Dlle DUMESNIL joua le rôle de Mérope.
(g).
Pour feconde Pièce le Galant Coureur
, Comédie en un Acte en profe du
feu fieur le GRAND ( h ) . Le fieur Mo-
LE y jouoit le principal rôle .
Le Mardi 15 , dernier jour du Carnaval
, par extraordinaire , les Sujets de la
Comédie Italienne -exécuterent à la
Cour deux Opéra- Comiques ; le Roi &
le Fermier , Paroles du fieur SEDAINE ,
Mufique du fieur MONCIGNI & On ne
s'avife jamais de tout.
On donnera dans le Mercure prochain
le Journal des autres repréfentations
jufques à la clôture.
.. N. B. Nous n'avons fait qu'annoncer
fommairement , dans le précédent
Vol. les premiers BALS DE LA COUR.
Nous ne doutons pas que nos Lecteurs
n'en defirent une relation détaillée jufques
à la fin du Carnaval : mais comme
ce genre de Spectacles doit à tous égards
être diftingué des repréfentations theatrales
dont nous venons de rendre compte
, on en a fait un Article particulier.
que l'on trouvera après notre Article des
Théâtres & autres Spectacles ordinaires .
(g) Première fois en 1743-
(h) En 1722.
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Résumé : SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES,
En février et mars 1763, la cour de Versailles a organisé divers spectacles. Le 1er février, les comédiens français ont joué 'Le Glorieux' de Néricault Destouches, avec Belcour dans le rôle principal, et 'Les Orignaux' de Fagan. Le 3 mars, ils ont représenté 'Zulime' et 'L'Indiscret' de Voltaire, avec Clairon dans le rôle-titre de la première pièce. Le 8 mars, 'L'Esprit follet' de Hauteroche et 'Le Cocher supposé' ont été présentés. Le 9 mars, les comédiens italiens ont joué 'La Cantatrice', suivi du ballet 'Vertumne et Pomone' de l'Académie Royale de Musique. Le 10 mars, 'Mérope' de Voltaire et 'Le Galant Coureur' de Le Grand ont été présentés. Le 15 mars, les sujets de la comédie italienne ont exécuté les opéras-comiques 'Le Roi et le Fermier' de Sedaine et Moncigni. Le texte mentionne également des bals de la cour et des représentations théâtrales ordinaires.
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489
p. 211
CONCERT SPIRITUEL du 2 Février, Fête de la Purification.
Début :
On a éxécuté deux grands Motets, l'un le Magnificat de feu M. BELISSEN, l'autre In exitu de [...]
Mots clefs :
Motet, Musique, Chapelle du Roi, Concerto
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL du 2 Février, Fête de la Purification.
CONCERT SPIRITUEL
du 2 Février , Fête de la Purification .
On a éxécuté deux grands Motets , l'un le Magnificat
de feu M. BELISSEN , l'autre In exitu de
M. BLANCHARD , Maître de Mufique de la Chapelle
du Roi. M. BESCHE a chanté dans ces deux
Motets. M. JOLY a chanté avec fuccès Coronate
petit Motet de M. LE FEVRE , & felon l'ufage ,
Mlle FEL n petit Motet italien . M. GAVINIES
joua un nouveau Concerto de fa compofition qui
fut très- applaudi. On parut content de l'éxécution
& de la compofition de M. LE GRAND dans le Concerto
qu'il éxécuta fur l'Orgue. Le concours de
monde à ce Concert ainfi qu'aux précédens , continue
de marquer la fatisfaction du Public.
du 2 Février , Fête de la Purification .
On a éxécuté deux grands Motets , l'un le Magnificat
de feu M. BELISSEN , l'autre In exitu de
M. BLANCHARD , Maître de Mufique de la Chapelle
du Roi. M. BESCHE a chanté dans ces deux
Motets. M. JOLY a chanté avec fuccès Coronate
petit Motet de M. LE FEVRE , & felon l'ufage ,
Mlle FEL n petit Motet italien . M. GAVINIES
joua un nouveau Concerto de fa compofition qui
fut très- applaudi. On parut content de l'éxécution
& de la compofition de M. LE GRAND dans le Concerto
qu'il éxécuta fur l'Orgue. Le concours de
monde à ce Concert ainfi qu'aux précédens , continue
de marquer la fatisfaction du Public.
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Résumé : CONCERT SPIRITUEL du 2 Février, Fête de la Purification.
Le concert spirituel du 2 février a célébré la Fête de la Purification avec deux grands motets : le Magnificat de Belissen et In exitu de Blanchard. Besche a chanté dans ces deux motets. Joly a interprété Coronate de Le Fèvre, et Fel a chanté un motet italien. Gaviniès a joué un concerto applaudi, et Le Grand a bien exécuté un concerto à l'orgue. Le public a montré sa satisfaction.
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490
p. 212
« INDÉPENDAMENT des Danses d'usage exécutées par plusieurs Princes du Sang [...] »
Début :
INDÉPENDAMENT des Danses d'usage exécutées par plusieurs Princes du Sang [...]
Mots clefs :
Danses, Jeunesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « INDÉPENDAMENT des Danses d'usage exécutées par plusieurs Princes du Sang [...] »
INDÉPENDAMENT des Danſes d'uſage
exécutées par plufieurs Princes du
Sang & par la Jeuneffe la plus brillante
& la plus diftinguée de la Cour ; les
mêmes Perfonnes ont danfé , à chacun
de ces Bals , des Ballets figurés dont
nous allons rendre compte.
exécutées par plufieurs Princes du
Sang & par la Jeuneffe la plus brillante
& la plus diftinguée de la Cour ; les
mêmes Perfonnes ont danfé , à chacun
de ces Bals , des Ballets figurés dont
nous allons rendre compte.
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491
p. 212-214
PREMIER BAL, le Lundi 17 Janvier.
Début :
Le Sujet du Ballet, étoit les SAISONS Ce Ballet étoit [...]
Mots clefs :
Quadrille, Marquis, Comtesse, Ballet
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texteReconnaissance textuelle : PREMIER BAL, le Lundi 17 Janvier.
PREMIER BAL , le Lundi 17 Janvier.
Le Sujet du Ballet , étoit les SAISONS
.
Ce Ballet étoit divifé en 4 Quadrilles,
defquels voici la diftribution.
MARS. 1763.
213
LE PRINTEMPS.
M. le Prince de GUIMENÉ .
M. le Marquis de LAVAIR.
Mde la Princeffe de CHIMAI .
Mde la Comteffe d'ESPARBES .
L'ÉTÉ.
M. le Prince de BOURNONVILLE .
M. le Marquis d'HARCOURT.
Mde la Princeffe de GUIMENÉ.
Mde la Comteffe de LAN MARIE.
L'AUTOMNE
M. le Marquis de VAUDREUIL.
M. le Marquis de SERAN.
Mde la Marquife de DURAS.
Mde la Comteffe de l'ILLEBONNE .
L'HYV ER.
M. le Marquis d'Entragues.
M. le Chevalier de CLERMOnt.
Mde la Comteffe de MAILLY .
Mde la Comteffe de SALUCES.
214 MERCURE DE FRANCE .
1
Ces Quadrilles , dont les Perfonnages
étoient vêtus dans les caractères propres
à chaque Saifon , entrerent fur une
marche
, à quelque diftance l'un de
l'autre , par le fond de la partie ceintrée
de la falle , en face des loges de Leurs-
MAJESTÉS.ChaqueQuadrille danfa fucceffivement
fon Entrée,& elles fe réunirent
enfuite toutes les quatre dans une
Entrée générale qui terminoit ce Ballet.
Il fut applaudi par des battemens de
mains réïtérés. La Cour le redemanda ,
& il fut danfé une feconde fois dans cé
même Bal.
Les Entrées de l'Hyver & de l'Été
étoient de la compofition du fieur de
Heffe , Comédien ordinaire du Roi au
Théâtre Italien. Les deux autres & le
Ballet général étoient du fieur Gardel,
de l'Académie Royale de Mufique .
Le Sujet du Ballet , étoit les SAISONS
.
Ce Ballet étoit divifé en 4 Quadrilles,
defquels voici la diftribution.
MARS. 1763.
213
LE PRINTEMPS.
M. le Prince de GUIMENÉ .
M. le Marquis de LAVAIR.
Mde la Princeffe de CHIMAI .
Mde la Comteffe d'ESPARBES .
L'ÉTÉ.
M. le Prince de BOURNONVILLE .
M. le Marquis d'HARCOURT.
Mde la Princeffe de GUIMENÉ.
Mde la Comteffe de LAN MARIE.
L'AUTOMNE
M. le Marquis de VAUDREUIL.
M. le Marquis de SERAN.
Mde la Marquife de DURAS.
Mde la Comteffe de l'ILLEBONNE .
L'HYV ER.
M. le Marquis d'Entragues.
M. le Chevalier de CLERMOnt.
Mde la Comteffe de MAILLY .
Mde la Comteffe de SALUCES.
214 MERCURE DE FRANCE .
1
Ces Quadrilles , dont les Perfonnages
étoient vêtus dans les caractères propres
à chaque Saifon , entrerent fur une
marche
, à quelque diftance l'un de
l'autre , par le fond de la partie ceintrée
de la falle , en face des loges de Leurs-
MAJESTÉS.ChaqueQuadrille danfa fucceffivement
fon Entrée,& elles fe réunirent
enfuite toutes les quatre dans une
Entrée générale qui terminoit ce Ballet.
Il fut applaudi par des battemens de
mains réïtérés. La Cour le redemanda ,
& il fut danfé une feconde fois dans cé
même Bal.
Les Entrées de l'Hyver & de l'Été
étoient de la compofition du fieur de
Heffe , Comédien ordinaire du Roi au
Théâtre Italien. Les deux autres & le
Ballet général étoient du fieur Gardel,
de l'Académie Royale de Mufique .
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Résumé : PREMIER BAL, le Lundi 17 Janvier.
Le premier bal de l'année 1763 se tint le lundi 17 janvier. Le ballet, intitulé 'Les Saisons', était divisé en quatre quadrilles représentant chacune une saison. Pour 'Le Printemps', les rôles étaient tenus par M. le Prince de Guiméné, M. le Marquis de Lavair, Mde la Princesse de Chimai et Mde la Comtesse d'Esparbes. Pour 'L'Été', les danseurs étaient M. le Prince de Bournonville, M. le Marquis d'Harcourt, Mde la Princesse de Guiméné et Mde la Comtesse de Lan Marie. 'L'Automne' voyait la participation de M. le Marquis de Vaudreuil, M. le Marquis de Seran, Mde la Marquise de Duras et Mde la Comtesse de l'Illebonne. Enfin, 'L'Hiver' était interprété par M. le Marquis d'Entragues, le Chevalier de Clermont, Mde la Comtesse de Mailly et Mde la Comtesse de Saluces. Les personnages étaient habillés en fonction des caractéristiques de chaque saison. Les quadrilles entrèrent en marchant à distance les uns des autres, face aux loges des Majestés, et dansèrent successivement avant de se réunir pour une entrée générale. Le ballet fut acclamé et redemandé par la Cour, qui le fit danser une seconde fois lors du même bal. Les entrées de 'L'Hiver' et 'L'Été' étaient composées par le sieur de Heffe, tandis que les deux autres entrées et le ballet général étaient de la composition du sieur Gardel.
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492
p. 214-215
SECOND BAL, le 24 Janvier.
Début :
On redansa le Ballet des Saisons ainsi qu'il avoit été exécuté au Bal précédent [...]
Mots clefs :
Comte, Marquise , Plaisir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECOND BAL, le 24 Janvier.
SECOND BAL , le 24 Janvier.
(1
P
On redanfa le Ballet des Saifons
ainfi qu'il avoit été exécuté au Bal précédent
, & il fit le même plaifir. Enfuite
parut un Quadrille de Provençaux & de
Provençales,habillés fuivant le Coſtume
National. Ce qui faifoit le Sujet d'un-
Ballet nouveau.
MARS. 1763.
215
1
PROVENÇAUX.
M. le Comte de GENLIS.
M. le Marquis de DURAS.
M. le Marquis de VIBRAY .
M. le Comte de
RABODANGE .
PROVENÇALES.
1
Mde la Marquife de RONCÉ.
Mde la Comteffe de MAILLÉ.
Mde la Marquife de
ROCHAMBEAU .
Mde la Marquife de BEZONS .
2
L'effet de ce Ballet, de la
compofition
du fieur de Heffe étoit fort agréable &
parut faire plaifir ; il fut auffi danfé
deux fois .
(1
P
On redanfa le Ballet des Saifons
ainfi qu'il avoit été exécuté au Bal précédent
, & il fit le même plaifir. Enfuite
parut un Quadrille de Provençaux & de
Provençales,habillés fuivant le Coſtume
National. Ce qui faifoit le Sujet d'un-
Ballet nouveau.
MARS. 1763.
215
1
PROVENÇAUX.
M. le Comte de GENLIS.
M. le Marquis de DURAS.
M. le Marquis de VIBRAY .
M. le Comte de
RABODANGE .
PROVENÇALES.
1
Mde la Marquife de RONCÉ.
Mde la Comteffe de MAILLÉ.
Mde la Marquife de
ROCHAMBEAU .
Mde la Marquife de BEZONS .
2
L'effet de ce Ballet, de la
compofition
du fieur de Heffe étoit fort agréable &
parut faire plaifir ; il fut auffi danfé
deux fois .
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Résumé : SECOND BAL, le 24 Janvier.
Le 24 janvier, le Ballet des Saisons fut redonné lors du second bal. Un quadrille de Provençaux et de Provençales, en costumes nationaux, fut présenté comme nouveau ballet. En mars 1763, le ballet des Provençaux, composé par le sieur de Heffe, fut dansé deux fois avec des nobles tels que le Comte de Genlis et la Marquise de Roncé.
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493
p. 215-220
TROISIÈME BAL, le 31 Janvier.
Début :
On redonna les Provençaux. Le Sujet du nouveau Ballet étoit pour cette nuit, [...]
Mots clefs :
Noce, Garçons, Filles, Bouquets, Marquis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TROISIÈME BAL, le 31 Janvier.
TROISIÈME BAL , le 31
On redonna les
Provençaux. Le Sujet
du nouveau Ballet étoit pour cette nuit,
la Noce de Village. Celui- ci , d'un autre
genre & beaucoup plus confidérable
que les précédens , offroit à -peu-près
le même tableau que la Fête champêtre
dans Rolland. Nous
donnerons
d'abord la
diftribution des Danfeurs
fuivant les perſonnages qu'ils avoient
figurer.
216 MERCURE DE FRANCE .
LE SEIGNEUR DU
VILLAGE ,
LA DAME ,
LE MARIÉ ,
LA MARIÉE ,
M. le Duc d'ORLÉANS.
Mde la Duchele,
de MAZARIN.
M. le Prince de
CONDÉ.
Mde la Marquife
de DURAS .
Le Frere de la MA- M. le Duc de
2 RIÉE ,
CHARTRES.
d'ESPARBÉS .
La Soeur du MA- Mde la Comteſſe
RIÉ,
Le Père du MA- M. le Marquis de
RIÉ ,
VAUDREUIL.
La Mère de la MA- Mde la Comteffe de
-RIÉE ,
Le MAGISTER
L'ILLEBONNE.
M. le Marquis de
SERAN.
La Femme du MA- Mde la Marquife
GISTER ,
de BRANCAS .
GARÇONS DE
FILLES DE
LA NOCE. LA NOCE.
M. le Marquis de Mde la Marquiſe
VIBRAL. de RONCÉ.
M.
MARS. 1763. 217
M. le Marquis de Mde la Comteffe
DURAS .
M. le Marquis de
BELSUNCE .
M. le Comte de
RABODANge .
de MAILLÉ .
Mde la Marquife de
ROCHANBAU.
Mde la Marquife
de BEZONS.
SYMPHONISTES jouans de divers
inftrumens à la tête de la Marche.
,
Cette Troupe arrivoit dans l'ordre
fuivant. Le Magifter & fa femme conduifoient
des Symphoniſtes , après lefquels
venoient les Garçons & les Filles
de la Nôce , précédans le Seigneur
& la Dame. La Marche étoit fermée par
un groupe , compofé du Marié & de
la Mariée fe tenans par la main lė
Pere & la Mere à leurs côtés ; le frere
& la foeur à leur fuite . On jouoit la marche
de la fête des Mariés de Roland.
Le Seigneur & la Dame alloient s'affeoir
en face, fous les loges de leurs Majeftés.
Les Joueurs d'inftrumens fe plaçoient
fur des banquetes de gazon aux deux
côtés de la Salle .
Le Ballet ouvroit par une Danfe générale
des Garçons & des Filles du Vil-
K
218 MERCURE DE FRANCE.
lage , après laquelle le frère & la foeeuk
des Mariés , danfant un pas- de - deux
alloient préfenter des Bouquets au Seigneur
& à la Dame , que tous les Garçons
& toutes les Filles, réunis au frère
& à la four , alloient enfuite inviter à
prendre part à la fête .
Le Seigneur & la Dame danfoient
une courante , un menuet & une gigue
de caractère , après quoi ils retournoient
à leur place . On ne pouvoit trop¨admirer
la nobleffe & les graces avec
lefquelles étoient exécutées ces Danſes ,
que leur ancienneté ainfi que celle des
habillemens quoique fort riches , rendoient
comiques ; mais de ce genre de
comique que peut - être les perfonnes
du plus haut rang font feules en état
de bien rendre,& dont elles peuvent s'amufer
avec dignité.
Les Filles de la nôce formoient enfuite
une danſe entr'elles pour aller préfenter
des bouquets au Marié. Le Magifter
& fa femme danfoient enfemble.
Les garçons de la nôce faifoient
à la Mariée la même galanterie de
bouquets que les Filles avoient faite au
Marie. Le Père & la Mère dansoient
feuls enfemble . Après leur Entrée , le
frère , la foeur , les garçons & les filles
MARS. 1763. 219
Te joignoient tous pour aller inviter le
Marie & la Mariée à danfer : ce que
faifoient ceux- ci , après en avoir demandé
la permiffion au Père & à la
Mère . Ce pas de Deux étoit une des Entrées
diftinguées & des plus applaudies ,
dans ce joli Ballet , par les grâces nobles
& naturelles des perfonnes qui l'exécutoient.
Leurs habillemens étoient
charmans,& d'une galanterie peut- être
un peu au-deffus de la condition villageoife
, mais qui en rappelloit néanmoins
le caractère .
Le Magifter & fa femme , les Garçons
& les Filles de la Noce , le frère
la foeur , le Marié & la Mariée fe joignoient
tous pour aller prendre le Seigneur
& la Dame, Ceux-ci fe mêloient
avec toute la Nôce pour former les Entrées
générales qui terminoient le Ballet.
On doit penfer avec quelle vivacité
ce Ballet fut applaudi par toute la Cour ,
& avec quel empreffement il fut redemandé
; on le danfa une feconde fois,
Il étoit de la compofition du fieur de
Heffe.
On avoit changé la premiere décoration
de la falle pour ce nouveau Ballet.
La partie ceintréé repréfentoit un ancien
Château avec quelques arbres ; &
Kij
220 MERCURE DE FRANCE .
la partie de la falle où l'on danfoit étoit
ornée en guirlandes & en feftons de
fleurs
On redonna les
Provençaux. Le Sujet
du nouveau Ballet étoit pour cette nuit,
la Noce de Village. Celui- ci , d'un autre
genre & beaucoup plus confidérable
que les précédens , offroit à -peu-près
le même tableau que la Fête champêtre
dans Rolland. Nous
donnerons
d'abord la
diftribution des Danfeurs
fuivant les perſonnages qu'ils avoient
figurer.
216 MERCURE DE FRANCE .
LE SEIGNEUR DU
VILLAGE ,
LA DAME ,
LE MARIÉ ,
LA MARIÉE ,
M. le Duc d'ORLÉANS.
Mde la Duchele,
de MAZARIN.
M. le Prince de
CONDÉ.
Mde la Marquife
de DURAS .
Le Frere de la MA- M. le Duc de
2 RIÉE ,
CHARTRES.
d'ESPARBÉS .
La Soeur du MA- Mde la Comteſſe
RIÉ,
Le Père du MA- M. le Marquis de
RIÉ ,
VAUDREUIL.
La Mère de la MA- Mde la Comteffe de
-RIÉE ,
Le MAGISTER
L'ILLEBONNE.
M. le Marquis de
SERAN.
La Femme du MA- Mde la Marquife
GISTER ,
de BRANCAS .
GARÇONS DE
FILLES DE
LA NOCE. LA NOCE.
M. le Marquis de Mde la Marquiſe
VIBRAL. de RONCÉ.
M.
MARS. 1763. 217
M. le Marquis de Mde la Comteffe
DURAS .
M. le Marquis de
BELSUNCE .
M. le Comte de
RABODANge .
de MAILLÉ .
Mde la Marquife de
ROCHANBAU.
Mde la Marquife
de BEZONS.
SYMPHONISTES jouans de divers
inftrumens à la tête de la Marche.
,
Cette Troupe arrivoit dans l'ordre
fuivant. Le Magifter & fa femme conduifoient
des Symphoniſtes , après lefquels
venoient les Garçons & les Filles
de la Nôce , précédans le Seigneur
& la Dame. La Marche étoit fermée par
un groupe , compofé du Marié & de
la Mariée fe tenans par la main lė
Pere & la Mere à leurs côtés ; le frere
& la foeur à leur fuite . On jouoit la marche
de la fête des Mariés de Roland.
Le Seigneur & la Dame alloient s'affeoir
en face, fous les loges de leurs Majeftés.
Les Joueurs d'inftrumens fe plaçoient
fur des banquetes de gazon aux deux
côtés de la Salle .
Le Ballet ouvroit par une Danfe générale
des Garçons & des Filles du Vil-
K
218 MERCURE DE FRANCE.
lage , après laquelle le frère & la foeeuk
des Mariés , danfant un pas- de - deux
alloient préfenter des Bouquets au Seigneur
& à la Dame , que tous les Garçons
& toutes les Filles, réunis au frère
& à la four , alloient enfuite inviter à
prendre part à la fête .
Le Seigneur & la Dame danfoient
une courante , un menuet & une gigue
de caractère , après quoi ils retournoient
à leur place . On ne pouvoit trop¨admirer
la nobleffe & les graces avec
lefquelles étoient exécutées ces Danſes ,
que leur ancienneté ainfi que celle des
habillemens quoique fort riches , rendoient
comiques ; mais de ce genre de
comique que peut - être les perfonnes
du plus haut rang font feules en état
de bien rendre,& dont elles peuvent s'amufer
avec dignité.
Les Filles de la nôce formoient enfuite
une danſe entr'elles pour aller préfenter
des bouquets au Marié. Le Magifter
& fa femme danfoient enfemble.
Les garçons de la nôce faifoient
à la Mariée la même galanterie de
bouquets que les Filles avoient faite au
Marie. Le Père & la Mère dansoient
feuls enfemble . Après leur Entrée , le
frère , la foeur , les garçons & les filles
MARS. 1763. 219
Te joignoient tous pour aller inviter le
Marie & la Mariée à danfer : ce que
faifoient ceux- ci , après en avoir demandé
la permiffion au Père & à la
Mère . Ce pas de Deux étoit une des Entrées
diftinguées & des plus applaudies ,
dans ce joli Ballet , par les grâces nobles
& naturelles des perfonnes qui l'exécutoient.
Leurs habillemens étoient
charmans,& d'une galanterie peut- être
un peu au-deffus de la condition villageoife
, mais qui en rappelloit néanmoins
le caractère .
Le Magifter & fa femme , les Garçons
& les Filles de la Noce , le frère
la foeur , le Marié & la Mariée fe joignoient
tous pour aller prendre le Seigneur
& la Dame, Ceux-ci fe mêloient
avec toute la Nôce pour former les Entrées
générales qui terminoient le Ballet.
On doit penfer avec quelle vivacité
ce Ballet fut applaudi par toute la Cour ,
& avec quel empreffement il fut redemandé
; on le danfa une feconde fois,
Il étoit de la compofition du fieur de
Heffe.
On avoit changé la premiere décoration
de la falle pour ce nouveau Ballet.
La partie ceintréé repréfentoit un ancien
Château avec quelques arbres ; &
Kij
220 MERCURE DE FRANCE .
la partie de la falle où l'on danfoit étoit
ornée en guirlandes & en feftons de
fleurs
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Résumé : TROISIÈME BAL, le 31 Janvier.
Le 31 mars 1763, un troisième bal fut organisé lors duquel le ballet 'La Noce de Village' fut présenté. Ce ballet, plus élaboré que les précédents, offrait un tableau similaire à 'La Fête champêtre' de Rolland. La distribution des danseurs était basée sur les personnages qu'ils incarnaient, incluant des figures notables telles que M. le Duc d'Orléans, Mde la Duchesse de Mazarin, et M. le Prince de Condé. La troupe arrivait dans un ordre précis : le magister et sa femme conduisaient les symphonistes, suivis des garçons et des filles de la noce, puis du seigneur et de la dame. La marche était fermée par un groupe composé du marié et de la mariée, accompagnés de leurs parents et frères et sœurs. Le ballet débutait par une danse générale des garçons et des filles du village, suivie d'un pas-de-deux du frère et de la sœur des mariés, qui présentaient des bouquets au seigneur et à la dame. Ces derniers dansaient ensuite une courante, un menuet et une gigue, exécutés avec noblesse et grâce malgré leur ancienneté et les habits riches mais comiques. Les filles et les garçons de la noce présentaient à leur tour des bouquets au marié et à la mariée. Le magister et sa femme, ainsi que les parents des mariés, dansaient ensemble. Tous les participants se joignaient ensuite pour inviter le marié et la mariée à danser, formant des entrées générales qui terminaient le ballet. Le ballet, composé par le sieur de Heffe, fut acclamé par la cour et redemandé une seconde fois. La décoration de la salle avait été modifiée pour l'occasion, représentant un ancien château avec des arbres et des guirlandes de fleurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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494
p. 220-224
QUATRIÈME BAL, le 7 Février.
Début :
Le Sujet du Ballet préparé pour ce quatriéme Bal étoit les Élémens, distribué [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUATRIÈME BAL, le 7 Février.
QUATRIÈME BAL , le 7 Février.
Le Sujet du Ballet préparé pour ce
quatriéme Bal étoit les Elémens , dif
tribué comme celui des Saifons e
quatre Quadrilles.
LE FE U
M. le Marquis d'ENTRAGUES,
M. le Marquis d'ESCARS .
Mde la Marquife de SALUCES,
Mde la Marquife de MAILLY,
L'AIR.
M. le Baron de FRISENDorff,
M. le Marquis d'HARCOUR . *
Mde la Marquife de STAINVILLE.
Mde la Marquife de BELSUNce.
* Au Bal ſuivant M. le Marquis de CHABRILLAN
prit la place de M. le Marquis d'HARCOUR.
MARS. 1763.
221
LA TERRE.
M. le Comte d'EGREVILLE,
M. le Marquis de POLIGNAC.
Mde la Marquife de GLION.
Mde la Marquife de NAGU.
L'EAU.
M. le Prince de BOURNONVILLE.
M. le Prince de GUIMENÉ.
Mde la Princeffe de CHIMAY.
Mde la Marquife de SERAN.
On s'étoit propofé , dans les habillemens
de ce Ballet , de repréfenter les
Elémens , moins par les Etres connus
dans les fictions ordinaires , que par la
fupofition de Corps fantaftiques qui
feroient formés de chaque Elément
même. L'éxécution a repondu à ce pro
jet , autant que l'art peut atteindre à
cette forte de repréfentation. Ainfi
pour les Perfonnages de la Terre , on
avoit arrangé des habits de forme fimplé
& peu drapée , dont les fonds , de
différens gris , étoient rayés de couches
, ou lames d'or & d'argent , tournées
en ornemens måles fur certaines
K. iij
222 MERCURE DE FRANCÈ.
parties. Le tout enrichi de pierreries.
Le Quadrille de l'Eau étoit très-brillant
, & paroiffoit vêtu de cet Elément
même , dont on avoit imité les diverfes
couleurs & quelques- uns de fes effets.
Celui du Feu fembloit couvert de feux
de différentes nuances , fans aucun rapport
aux repréſentations de Furies ou
de Démons. Ces trois Quadrilles étoient
fort riches. Dans celui de l'Airil régnoit
plus de galanterie : des fonds d'un bleu
célefte ornés de nuages légers & tranf
parens , de volans ddee gaze que l'air agitoit
, & d'étoiles brillantes entrevues
dans plufieurs endroits. Tels étoient les
habillemens de ce Quadrille.
Ainfi que dans le Ballet des Saifons,
les quatre Quadrilles entroient fur une
Marche , en groupes féparés les uns des
autres. Ils danfoient chacun des Entrées
adaptées au caractère de chaque
Elément. Ils fe mêloient enfemble, enfuite
ils fe repartageoient & formoient
des Danfes particulières à certaines diftances
les uns des autres. Enfin ils fe
réuniffoient pour former l'Entrée gé
nérale de la fin .
- Ce Ballet , dont la compofition étoit
ingénieufe & agréable , fut éxécuté
MARS. 1763. 223
avec une précifion que l'on auroit à
peine éxigé des gens de l'art ; & avec
des grâces plus faciles à rencontrer dans
des Danfeurs de l'ordre de ceux qui
figuroient à ces Bals , que dans ceux
mêmes qui font profeffion de ce talent
.
La compofition des Entrées de ce
Ballet étoit du fieur Lani , Maître des
Pallets de l'Académie Royale de Mufique.
Il fit une impreffion très-agréable
fur la Cour, qui le redemanda , & il fut
danfé deux fois .
Dans le même Bal on revit avec un
nouveau plaifir le Ballet de la Noce
de Village , qui avoit été redemandé
& qui fut danſé deux fois .
La Décoration de la Salle avoit été
totalement changée pour ce Bal . Elle
fut enrichie de Pierreries qui formoient
des ornemens dans toutes fes parties ,
relatifs à ceux de l'Architecture ou affortis
& mariés avec ces mêmes ornemens
ainfi que de fuperbes rofettes aux
endroits du plafond , d'où pendoient les
luftres. Ceux-ci étoient fufpendus - par
des guirlandes des mêmes Pierreries entremêlées
de fleurs .Toute cette brillante
décoration avoit été difpofée & exé-
,
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
cutée par le fieur Levêque , Garde -magazin
général des Menus & Plaiſirs du
ROI.
Le Sujet du Ballet préparé pour ce
quatriéme Bal étoit les Elémens , dif
tribué comme celui des Saifons e
quatre Quadrilles.
LE FE U
M. le Marquis d'ENTRAGUES,
M. le Marquis d'ESCARS .
Mde la Marquife de SALUCES,
Mde la Marquife de MAILLY,
L'AIR.
M. le Baron de FRISENDorff,
M. le Marquis d'HARCOUR . *
Mde la Marquife de STAINVILLE.
Mde la Marquife de BELSUNce.
* Au Bal ſuivant M. le Marquis de CHABRILLAN
prit la place de M. le Marquis d'HARCOUR.
MARS. 1763.
221
LA TERRE.
M. le Comte d'EGREVILLE,
M. le Marquis de POLIGNAC.
Mde la Marquife de GLION.
Mde la Marquife de NAGU.
L'EAU.
M. le Prince de BOURNONVILLE.
M. le Prince de GUIMENÉ.
Mde la Princeffe de CHIMAY.
Mde la Marquife de SERAN.
On s'étoit propofé , dans les habillemens
de ce Ballet , de repréfenter les
Elémens , moins par les Etres connus
dans les fictions ordinaires , que par la
fupofition de Corps fantaftiques qui
feroient formés de chaque Elément
même. L'éxécution a repondu à ce pro
jet , autant que l'art peut atteindre à
cette forte de repréfentation. Ainfi
pour les Perfonnages de la Terre , on
avoit arrangé des habits de forme fimplé
& peu drapée , dont les fonds , de
différens gris , étoient rayés de couches
, ou lames d'or & d'argent , tournées
en ornemens måles fur certaines
K. iij
222 MERCURE DE FRANCÈ.
parties. Le tout enrichi de pierreries.
Le Quadrille de l'Eau étoit très-brillant
, & paroiffoit vêtu de cet Elément
même , dont on avoit imité les diverfes
couleurs & quelques- uns de fes effets.
Celui du Feu fembloit couvert de feux
de différentes nuances , fans aucun rapport
aux repréſentations de Furies ou
de Démons. Ces trois Quadrilles étoient
fort riches. Dans celui de l'Airil régnoit
plus de galanterie : des fonds d'un bleu
célefte ornés de nuages légers & tranf
parens , de volans ddee gaze que l'air agitoit
, & d'étoiles brillantes entrevues
dans plufieurs endroits. Tels étoient les
habillemens de ce Quadrille.
Ainfi que dans le Ballet des Saifons,
les quatre Quadrilles entroient fur une
Marche , en groupes féparés les uns des
autres. Ils danfoient chacun des Entrées
adaptées au caractère de chaque
Elément. Ils fe mêloient enfemble, enfuite
ils fe repartageoient & formoient
des Danfes particulières à certaines diftances
les uns des autres. Enfin ils fe
réuniffoient pour former l'Entrée gé
nérale de la fin .
- Ce Ballet , dont la compofition étoit
ingénieufe & agréable , fut éxécuté
MARS. 1763. 223
avec une précifion que l'on auroit à
peine éxigé des gens de l'art ; & avec
des grâces plus faciles à rencontrer dans
des Danfeurs de l'ordre de ceux qui
figuroient à ces Bals , que dans ceux
mêmes qui font profeffion de ce talent
.
La compofition des Entrées de ce
Ballet étoit du fieur Lani , Maître des
Pallets de l'Académie Royale de Mufique.
Il fit une impreffion très-agréable
fur la Cour, qui le redemanda , & il fut
danfé deux fois .
Dans le même Bal on revit avec un
nouveau plaifir le Ballet de la Noce
de Village , qui avoit été redemandé
& qui fut danſé deux fois .
La Décoration de la Salle avoit été
totalement changée pour ce Bal . Elle
fut enrichie de Pierreries qui formoient
des ornemens dans toutes fes parties ,
relatifs à ceux de l'Architecture ou affortis
& mariés avec ces mêmes ornemens
ainfi que de fuperbes rofettes aux
endroits du plafond , d'où pendoient les
luftres. Ceux-ci étoient fufpendus - par
des guirlandes des mêmes Pierreries entremêlées
de fleurs .Toute cette brillante
décoration avoit été difpofée & exé-
,
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
cutée par le fieur Levêque , Garde -magazin
général des Menus & Plaiſirs du
ROI.
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Résumé : QUATRIÈME BAL, le 7 Février.
Le quatrième bal, organisé le 7 février, proposait un ballet sur le thème des éléments, divisé en quatre quadrilles représentant le feu, la terre, l'eau et l'air. Chaque quadrille était incarné par des personnages en costumes fantastiques évoquant les éléments. Le quadrille du feu était orné de feux de différentes nuances, celui de l'eau imitait les couleurs et effets de l'eau, celui de la terre portait des habits gris enrichis de pierreries, et celui de l'air était décoré de bleus célestes, de nuages et d'étoiles. Les quadrilles entraient en marche, dansaient des entrées adaptées à chaque élément, se mêlaient, se séparaient et se réunissaient pour une entrée générale finale. La composition du ballet, due au sieur Lani, fut exécutée avec précision et grâce, et fut redemandée par la cour. Le ballet de la Noce de Village fut également redansé. La salle fut redécorée avec des pierreries formant des ornements architecturaux et des rosettes au plafond, le tout exécuté par le sieur Levêque.
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495
p. 224-232
CINQUIÈME BAL, le 14 Février.
Début :
Le Mai Flamand fut le Sujet d'un nouveau Ballet, pour cette dernière [...]
Mots clefs :
Seigneur, Cœur, Ballet, Filles
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texteReconnaissance textuelle : CINQUIÈME BAL, le 14 Février.
CINQUIÈME BAL , le 14 Février.
Le Mai Flamand fut le Sujet d'un
nouveau Ballet , pour cette dernière
Nuit. Plus Pantomime , plus en action
& plus compofé qu'aucun des précédens
, nous allons éffayer de détailler
la compofition & les parties du tableau
qu'il repréfentoit. L'objet en étoit l'hom
mage rendu les habitans d'un canton
de Flandres à un ancien & très - grand
Seigneur de ce Pays. On fuppofe quel'action
de cet hommage étoit de planter un
Mai devant fon château , avec tout
l'appareil & toute la gaîé des fêtes qui
peuvent embellir cette forte de cérémonial
champêtre.
par
Ainfi cela formoit deux corps de ballet
diftingués. L'un compofé du Seigneur
avec fa famille , les Seigneurs & Dames
de fa Cour ou de fa compagnie , &
tout le cortége qui accompagnoit les
Seigneurs de ce pays. Dans l'autre corps
de Ballet étoient les Habitans avec un
Bourgmestre à leur tête.
ر
MARS. 1763. 225
La Salle du Bal repréfentoit la Scène
convenable à cette action : un château
antique dans le fond , du genre des anciens
édifices de Flandres , & la partie
où l'on danfoit ornée de verdure & de
fleurs.
Diftribution des Perfonnages danfans
dans le Ballet.
LE
SEIGNEUR ,
Un SEIGNEUR de
fa Compagnie ,
Le Fils du SEIgneur
,
La Fille du SEIGNEUR
,
Une Dame de la
Cour du SEIGNEUR
,
M. le Marquis de
SERAN.
M. leMarquis d'AVARAI.
MM.. llee Comte de
LAVAIR.
Mde la Comteffe
d'ESPARBÉS
.”
Mde la Marquife
de BRANCAS.
La Gouvernante , Mdela Ducheffe de
MAZARIN.
Le Bourgmestre , M. le Marquis de
GARÇONS duVillage,
ouPayfans
Flamans.
VAUDREUIL.
FILLES du Villa
ge ou Flamandes.
M. le Duc de Mde la Marquife
FRONSAC .
de BEZONS .
K v z
226 MERCURE DE FRANCE.
M. le Marquis de
DURAS : mo ha
M. le Comte de
RABODANGE.
M. le Vicomte de
CHABOT.
M. le Comte
COIGNY.
de
M. le Chevalier de
COIGNYAY
Mde la Baronne de
WASSEBERGH
.
Mde la Ducheffe
de CoSSÉ.
Mde la Marquife
d'AVARAI.
Mde la Vicomteffe
de BEAUNE.
Mde de ROCHAMBEAU
.
Six Pages vêtus à l'antique & à la
Flamande.
Symphonistes.
Deux Pages , portant chacun un faucon
fur le poing , ouvroient la marche.
Enfuite paroiffoit le Seigneur , fuivi de
deux autres Pages , dont l'un portoir fa
Rondache & l'autre fon Epée. Le jeune
Seigneur , fa Soeur , avec la Gouvernante
, entroient à la fuite avec deux
autres Pages , dont l'un portoit un Arc
& l'autre une Lance. La Dame & le Seigneur
de cette Cour les fuivoient.
Le Bourgmestre ( vêtu de noir & dans
l'exact habillement des portraits de Wandeik
& Reimbranz ) étoit fuivi des Payfannes
Flamandes & dé Symphoniſtes ,
dont les inftrumens étoient ornés de rubans
& d'oripeaux,
MARS. 1763. 227
Le Seigneur , avec fa Famille & fa
Cour , alloir prendre place au fond de
la Salle. Quelques Garçons du Village
faifoient groupe au milieu de la Salle ;
d'autres pofoient par derriere des gradins
de gazon. On apportoit enfuite le Mai ,
& les Payfans Flamands qui le portoient
avoient des maillets & des coins pour le
planter.
Le Bourgmestre faifoit ranger les Filles
du Village en demi-rond. Il ordonnoit
enfuite aux Symphonistes de commencer
une Sérénade en l'honneur du
Seigneur , pendant laquelle les Garçons
élevoient le Mai , qui étoit orné de cercles
de fleurs par étages. Sur la fin de
la Sérénade , les Symphoniftes alloient
fe placer fur les gradins de gazons , au
pied du Mai qu'ils environnoient.
Ces Joueurs d'inftrumens , vêtus à
la Flamande & de couleur forte , ainfi
groupés au centre , faifoient valoir &
reffortir les autres parties éclatantes du
tableau .
Les filles du Village conduifoient
en danfant le Bourguemeftre à un fiége
préparé auprès du Mai en face de la
Cour. Dès qu'il y étoit affis , les Garçons
Flamands & les Filles formoient
enfemble plufieurs danfes autour de ce
Mai. K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
Le Bourguemeftre fe levoit ; il alloit
inviter le Seigneur à danfer avec fa
Compagnie , & retournoit gravement
reprendre fa place. Le Seigneur fa
Famille & fa Compagnie , danfoient
des Entrées conformes à la dignité de
leurs caractères..
,
Tout le Village applaudiffoit par des
battemens de mains à la complaifance
du Seigneur & de fa Cour. Tous formoient
une Entrée de trois en trois, ce
qui faifoit quatre groupes aux quatre
coins de la Salle .
Les Pages s'approchoient du Mai , en
détachoient de très-longues guirlandes
de fleurs , dont il étoit entouré. Sur la
fin des précédentes entrées , ils alloient
occuper les quatre angles , & les deux
milieux de côté de la Salle , en tenant &
foulevant les extrémités des guirlandes ,
ce qui formoit un Baldaquin très- galant.
Sur des Allemandes que jouoit la
Symphonie , le Seigneur fe levoit avec
vivacité & alloit inviter les Dames du
Bal à danfer , en leur préfentant les
hommes de fa cour. Les Filles du Village
alloient prendre des hommes dans
le Bal , & tous enfemble danfoient
fous le Baldaquin de fleurs. Ce moment
MARS. 1763. 229
de mêlange des Flamands avec les autres
Perfonnes du Bal produifoit un
tumulte de gaîté très-piquant & trèsagréable.
Le Bourgmeftre interrompoit
ces Danfes ; & lorfque le Seigneur
avec fa cour avoit repris fa place au bas
des loges de SA MAJESTÉ , il raffembloit
tous fes habitans en demi cercle
& chantoit les couplets fuivans
fur
l'Air de la Ronde des Amours Grivois
ainfi qu'il eft notté ci- contre. Tous les
couplets étoient adreffés au Seigneur
& les Affiftans en répétoient le
refrain au Choeur,
Vla donc not' Mai qu'eſt planté !
Je viens compléter l'hommage.
Pour nous donner plus d'gaîté ,
Et couronner notre ouvrage,
Faut la chanson du Seigneur ;
C'est dans l'ordre & c'eft l'ufage ;
Le coeur doit donner au coeur ( refrain . )
Le vrai droit du Seigneur.
Son Domaine eft ben peuplé ;
Quoiqu'ça falle ben du monde ,
Tout ç'monde- là raſſemblé ,
F'roit chorus à notre ronde ,
Diroit comm'nous : »> notre bonheur
» Sur vos jours , fur vous fe fonde ;
230 MERCURE DE FRANCE.
> Tous nos coeurs ne font qu'un coeur ;
» C'eft l'vrai droit du Seigneur.
On l'aim'roit quand i'n' feroit
Pas d'une auffi bonn'famille :
Pourquoi ? ç'eft qu'il brillercit
Partout où la bonté brille .
Et quand nous l'chantons , l'ardeur
Qui dans tous nos yeux petille ,
Rend ben moins au rang qu'au coeur
De notre bon Seigneur.
A par foi chacun penſoit
C'que jly dis , qu'eft ben , c'que j'penſe
A tous nos coeurs ça peloit ;
Pour eux l'mien rompt le filence :
Au furplus ça n'fait qu'un coeur
De plus dans la confidence.
Ouvrons donc nos coeurs en choeur
A notre bon Seigneur.
Sa Famill' qu'il couv' des yeux
En bonté comin'ça lui r'ſemble !
Tous ont leur part dans les voeux
Qu'un mêm' zéle ici raffemble :
Ils aimont tant not' bonheur
Que pour nous ils n'ont enſemble
Qu'un mêm' coeur qui tient du coeur
De notre bon Seigneur .
MARS. 231
Avant de v'nir , je m'difois :
Comment eft-c' que j'vais m'y prendre ?
J'voulois chanter ; puis j'nofois :
V'la pourtant qui'l vient d'mentendre !
Sa bonté guérit d'la peur ;
Si ça m'fait trop entreprendre ;
Le pardon eft dans fon coeur :
C'eſt d'vrai droit du Seigneur.
Cette Ronde fut chantée très- agréablement
, avec beaucoup de naturel &
d'enjouement. Chaque couplet en étoit
univerfellement applaudi.
Après la Ronde , les Garçons alloient
inviter le Bourgmestre à danfer : il s'en
défendoit beaucoup , il refufoit même
les Filles : mais il étoit entraîné par
toutes ces troupes réunies . Enfuite il
s'animoit ; enforte qu'il danfoit une entrée
feul ; puis il alloit prendre le Seigneur
& fa cour, qu'il engageoit à danfer
avec lui . Les Garçons & les Filles formoient
un Rond , qui environnoit le
Seigneur , fa Cour & le Bourgmeftre.
Un groupe général de tous les perfonnages
terminoit le Ballet d'une manière
très- brillante.
La compofition générale du Ballet &
de toutes les Entrées eft du fieur de
132 MERCURE DE FRANCE.
Heffe ; le fieur Lani avoit compofé les
premieres Entrées du Seigneur & de fa
Cour.
Nous ne donnerons point le détail
des Habillemens , il nous fuffira de dire
que l'effet général en parut brillant &
agréable. Ils étoient tous dans le genre
convenable , & l'Enfemble produifoit
deux Tableaux réunis fidélement
”
,
copiés mais avec choix choix , d'après
Vauwermans , pour les Flamands de
qualité , & d'après Tenieres pour les
Villageois.
Ce Ballet eût le fuccès qu'on
s'en étoit promis . Il fut exécuté avec la
plus grande précifion & les grâces propres
du genre , dans tous les caractères
différens dont il étoit compofé . Il fut
redemandé & danfé trois fois dans cette
même nuit , & toutes les fois applaudi
avec une nouvelle vivacité.
M. le DUC DE DURAS , Premier
Gentilhomme de la Chambre en exercice
, fecondé de MM. les autres Gentilshommes
de la Chambre , faifoit les
honneurs à tous ces Bals.
Il y avoit dans les Salles joignantes
celle du Bal , toutes les fortes de rafraîchiffemens
que l'on pouvoit defirer,
ainfi que les Bouillons , confommés & c.
Le Mai Flamand fut le Sujet d'un
nouveau Ballet , pour cette dernière
Nuit. Plus Pantomime , plus en action
& plus compofé qu'aucun des précédens
, nous allons éffayer de détailler
la compofition & les parties du tableau
qu'il repréfentoit. L'objet en étoit l'hom
mage rendu les habitans d'un canton
de Flandres à un ancien & très - grand
Seigneur de ce Pays. On fuppofe quel'action
de cet hommage étoit de planter un
Mai devant fon château , avec tout
l'appareil & toute la gaîé des fêtes qui
peuvent embellir cette forte de cérémonial
champêtre.
par
Ainfi cela formoit deux corps de ballet
diftingués. L'un compofé du Seigneur
avec fa famille , les Seigneurs & Dames
de fa Cour ou de fa compagnie , &
tout le cortége qui accompagnoit les
Seigneurs de ce pays. Dans l'autre corps
de Ballet étoient les Habitans avec un
Bourgmestre à leur tête.
ر
MARS. 1763. 225
La Salle du Bal repréfentoit la Scène
convenable à cette action : un château
antique dans le fond , du genre des anciens
édifices de Flandres , & la partie
où l'on danfoit ornée de verdure & de
fleurs.
Diftribution des Perfonnages danfans
dans le Ballet.
LE
SEIGNEUR ,
Un SEIGNEUR de
fa Compagnie ,
Le Fils du SEIgneur
,
La Fille du SEIGNEUR
,
Une Dame de la
Cour du SEIGNEUR
,
M. le Marquis de
SERAN.
M. leMarquis d'AVARAI.
MM.. llee Comte de
LAVAIR.
Mde la Comteffe
d'ESPARBÉS
.”
Mde la Marquife
de BRANCAS.
La Gouvernante , Mdela Ducheffe de
MAZARIN.
Le Bourgmestre , M. le Marquis de
GARÇONS duVillage,
ouPayfans
Flamans.
VAUDREUIL.
FILLES du Villa
ge ou Flamandes.
M. le Duc de Mde la Marquife
FRONSAC .
de BEZONS .
K v z
226 MERCURE DE FRANCE.
M. le Marquis de
DURAS : mo ha
M. le Comte de
RABODANGE.
M. le Vicomte de
CHABOT.
M. le Comte
COIGNY.
de
M. le Chevalier de
COIGNYAY
Mde la Baronne de
WASSEBERGH
.
Mde la Ducheffe
de CoSSÉ.
Mde la Marquife
d'AVARAI.
Mde la Vicomteffe
de BEAUNE.
Mde de ROCHAMBEAU
.
Six Pages vêtus à l'antique & à la
Flamande.
Symphonistes.
Deux Pages , portant chacun un faucon
fur le poing , ouvroient la marche.
Enfuite paroiffoit le Seigneur , fuivi de
deux autres Pages , dont l'un portoir fa
Rondache & l'autre fon Epée. Le jeune
Seigneur , fa Soeur , avec la Gouvernante
, entroient à la fuite avec deux
autres Pages , dont l'un portoit un Arc
& l'autre une Lance. La Dame & le Seigneur
de cette Cour les fuivoient.
Le Bourgmestre ( vêtu de noir & dans
l'exact habillement des portraits de Wandeik
& Reimbranz ) étoit fuivi des Payfannes
Flamandes & dé Symphoniſtes ,
dont les inftrumens étoient ornés de rubans
& d'oripeaux,
MARS. 1763. 227
Le Seigneur , avec fa Famille & fa
Cour , alloir prendre place au fond de
la Salle. Quelques Garçons du Village
faifoient groupe au milieu de la Salle ;
d'autres pofoient par derriere des gradins
de gazon. On apportoit enfuite le Mai ,
& les Payfans Flamands qui le portoient
avoient des maillets & des coins pour le
planter.
Le Bourgmestre faifoit ranger les Filles
du Village en demi-rond. Il ordonnoit
enfuite aux Symphonistes de commencer
une Sérénade en l'honneur du
Seigneur , pendant laquelle les Garçons
élevoient le Mai , qui étoit orné de cercles
de fleurs par étages. Sur la fin de
la Sérénade , les Symphoniftes alloient
fe placer fur les gradins de gazons , au
pied du Mai qu'ils environnoient.
Ces Joueurs d'inftrumens , vêtus à
la Flamande & de couleur forte , ainfi
groupés au centre , faifoient valoir &
reffortir les autres parties éclatantes du
tableau .
Les filles du Village conduifoient
en danfant le Bourguemeftre à un fiége
préparé auprès du Mai en face de la
Cour. Dès qu'il y étoit affis , les Garçons
Flamands & les Filles formoient
enfemble plufieurs danfes autour de ce
Mai. K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
Le Bourguemeftre fe levoit ; il alloit
inviter le Seigneur à danfer avec fa
Compagnie , & retournoit gravement
reprendre fa place. Le Seigneur fa
Famille & fa Compagnie , danfoient
des Entrées conformes à la dignité de
leurs caractères..
,
Tout le Village applaudiffoit par des
battemens de mains à la complaifance
du Seigneur & de fa Cour. Tous formoient
une Entrée de trois en trois, ce
qui faifoit quatre groupes aux quatre
coins de la Salle .
Les Pages s'approchoient du Mai , en
détachoient de très-longues guirlandes
de fleurs , dont il étoit entouré. Sur la
fin des précédentes entrées , ils alloient
occuper les quatre angles , & les deux
milieux de côté de la Salle , en tenant &
foulevant les extrémités des guirlandes ,
ce qui formoit un Baldaquin très- galant.
Sur des Allemandes que jouoit la
Symphonie , le Seigneur fe levoit avec
vivacité & alloit inviter les Dames du
Bal à danfer , en leur préfentant les
hommes de fa cour. Les Filles du Village
alloient prendre des hommes dans
le Bal , & tous enfemble danfoient
fous le Baldaquin de fleurs. Ce moment
MARS. 1763. 229
de mêlange des Flamands avec les autres
Perfonnes du Bal produifoit un
tumulte de gaîté très-piquant & trèsagréable.
Le Bourgmeftre interrompoit
ces Danfes ; & lorfque le Seigneur
avec fa cour avoit repris fa place au bas
des loges de SA MAJESTÉ , il raffembloit
tous fes habitans en demi cercle
& chantoit les couplets fuivans
fur
l'Air de la Ronde des Amours Grivois
ainfi qu'il eft notté ci- contre. Tous les
couplets étoient adreffés au Seigneur
& les Affiftans en répétoient le
refrain au Choeur,
Vla donc not' Mai qu'eſt planté !
Je viens compléter l'hommage.
Pour nous donner plus d'gaîté ,
Et couronner notre ouvrage,
Faut la chanson du Seigneur ;
C'est dans l'ordre & c'eft l'ufage ;
Le coeur doit donner au coeur ( refrain . )
Le vrai droit du Seigneur.
Son Domaine eft ben peuplé ;
Quoiqu'ça falle ben du monde ,
Tout ç'monde- là raſſemblé ,
F'roit chorus à notre ronde ,
Diroit comm'nous : »> notre bonheur
» Sur vos jours , fur vous fe fonde ;
230 MERCURE DE FRANCE.
> Tous nos coeurs ne font qu'un coeur ;
» C'eft l'vrai droit du Seigneur.
On l'aim'roit quand i'n' feroit
Pas d'une auffi bonn'famille :
Pourquoi ? ç'eft qu'il brillercit
Partout où la bonté brille .
Et quand nous l'chantons , l'ardeur
Qui dans tous nos yeux petille ,
Rend ben moins au rang qu'au coeur
De notre bon Seigneur.
A par foi chacun penſoit
C'que jly dis , qu'eft ben , c'que j'penſe
A tous nos coeurs ça peloit ;
Pour eux l'mien rompt le filence :
Au furplus ça n'fait qu'un coeur
De plus dans la confidence.
Ouvrons donc nos coeurs en choeur
A notre bon Seigneur.
Sa Famill' qu'il couv' des yeux
En bonté comin'ça lui r'ſemble !
Tous ont leur part dans les voeux
Qu'un mêm' zéle ici raffemble :
Ils aimont tant not' bonheur
Que pour nous ils n'ont enſemble
Qu'un mêm' coeur qui tient du coeur
De notre bon Seigneur .
MARS. 231
Avant de v'nir , je m'difois :
Comment eft-c' que j'vais m'y prendre ?
J'voulois chanter ; puis j'nofois :
V'la pourtant qui'l vient d'mentendre !
Sa bonté guérit d'la peur ;
Si ça m'fait trop entreprendre ;
Le pardon eft dans fon coeur :
C'eſt d'vrai droit du Seigneur.
Cette Ronde fut chantée très- agréablement
, avec beaucoup de naturel &
d'enjouement. Chaque couplet en étoit
univerfellement applaudi.
Après la Ronde , les Garçons alloient
inviter le Bourgmestre à danfer : il s'en
défendoit beaucoup , il refufoit même
les Filles : mais il étoit entraîné par
toutes ces troupes réunies . Enfuite il
s'animoit ; enforte qu'il danfoit une entrée
feul ; puis il alloit prendre le Seigneur
& fa cour, qu'il engageoit à danfer
avec lui . Les Garçons & les Filles formoient
un Rond , qui environnoit le
Seigneur , fa Cour & le Bourgmeftre.
Un groupe général de tous les perfonnages
terminoit le Ballet d'une manière
très- brillante.
La compofition générale du Ballet &
de toutes les Entrées eft du fieur de
132 MERCURE DE FRANCE.
Heffe ; le fieur Lani avoit compofé les
premieres Entrées du Seigneur & de fa
Cour.
Nous ne donnerons point le détail
des Habillemens , il nous fuffira de dire
que l'effet général en parut brillant &
agréable. Ils étoient tous dans le genre
convenable , & l'Enfemble produifoit
deux Tableaux réunis fidélement
”
,
copiés mais avec choix choix , d'après
Vauwermans , pour les Flamands de
qualité , & d'après Tenieres pour les
Villageois.
Ce Ballet eût le fuccès qu'on
s'en étoit promis . Il fut exécuté avec la
plus grande précifion & les grâces propres
du genre , dans tous les caractères
différens dont il étoit compofé . Il fut
redemandé & danfé trois fois dans cette
même nuit , & toutes les fois applaudi
avec une nouvelle vivacité.
M. le DUC DE DURAS , Premier
Gentilhomme de la Chambre en exercice
, fecondé de MM. les autres Gentilshommes
de la Chambre , faifoit les
honneurs à tous ces Bals.
Il y avoit dans les Salles joignantes
celle du Bal , toutes les fortes de rafraîchiffemens
que l'on pouvoit defirer,
ainfi que les Bouillons , confommés & c.
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Résumé : CINQUIÈME BAL, le 14 Février.
Le 14 février, un ballet intitulé 'Le Mai Flamand' a été présenté lors du cinquième bal. Ce ballet, plus pantomimique et en action que les précédents, mettait en scène l'hommage rendu par les habitants d'un canton de Flandres à un ancien et grand seigneur du pays. L'action principale consistait à planter un mai devant le château du seigneur, accompagné de festivités champêtres. La salle de bal était décorée pour ressembler à une scène flamande, avec un château antique en fond et des ornements de verdure et de fleurs là où l'on dansait. Le ballet se divisait en deux groupes distincts : l'un composé du seigneur, de sa famille, des seigneurs et dames de sa cour, et de leur cortège ; l'autre formé par les habitants, dirigés par un bourgmestre. Les personnages principaux incluaient le seigneur, sa famille, des membres de la cour, et divers nobles tels que le marquis de Seran, le marquis d'Avaray, et la comtesse d'Esparbès. Le bourgmestre, vêtu à la manière des portraits de Vandeyck et Rembrandt, était suivi par des paysans et des symphonistes. Le ballet débutait par l'entrée du seigneur, suivi de sa famille et de sa cour, puis par l'arrivée du bourgmestre et des habitants. Le mai, orné de fleurs, était planté au centre de la salle. Les symphonistes jouaient une sérénade pendant que le mai était élevé. Ensuite, le bourgmestre invitait le seigneur à danser, et tous les participants formaient des danses autour du mai. Le ballet se poursuivait avec des danses et des chants, notamment une ronde en l'honneur du seigneur. Après la ronde, les garçons invitaient le bourgmestre à danser, et tous les personnages se rejoignaient pour une entrée générale. La composition du ballet et des entrées était attribuée à M. Heffe, tandis que M. Lani avait composé les premières entrées du seigneur et de sa cour. Les costumes, inspirés des œuvres de Vauwermans et Teniers, étaient brillants et appropriés. Le ballet a rencontré un grand succès et a été redemandé trois fois au cours de la même nuit, chaque fois acclamé avec enthousiasme. M. le duc de Duras, Premier Gentilhomme de la Chambre, et les autres gentilshommes de la Chambre faisaient les honneurs de ces bals. Des rafraîchissements étaient disponibles dans les salles adjacentes.
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496
p. 233-234
AUTRES BALS A LA COUR.
Début :
Il y a eu, pendant ce Carnaval, plusieurs Bals particuliers à la Cour. [...]
Mots clefs :
Jeunesse, Carnaval, Maréchale de Duras
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRES BALS A LA COUR.
AUTRES BALS A LA COUR.
Il y a eu , pendant ce Carnaval ,
plufieurs Bals particuliers à la Cour.
Entre-autres, il y en avoit reguliérement
chaque femaine , chez Madame la Princeffe
de GUIMENÉ , où danfoit la
plus brillante Jeuneffe . Le Mardi
dernier jour du Carnaval , Madame
la Maréchale de DURAS en donna un
pour les Dames qui n'étoient plus dans
l'ufage de danfer. La plupart des Dames
& des Seigneurs qui formoient ce Bal
étoient Pères & Mères de ceux qui danfoient
cette même nuît à l'autre Bal.
Vers 5 heures du matin , toute la Jeuneffe
qui avoit danfé chez Mde la Princeffe
de GUIMENÉ fe rendit chez
Mde la Maréchale de DURAS , & les
deux Bals fe trouvant réunis , les Pères
danferent avec leurs filles , & les fils
avec leurs mères . Ce dernier Bal dura
jufqu'à 10 heures du matin.
On fit à cette occafion la Chanfon
fuivante :
AIR Monfeigneur , vous ne voyez rien dans
Annette & Lubin ) ou Dodo , l'Enfant dormira
tantôt.
A moi , charmant Anacreon;
234 MERCURE DE FRANCE .
J'invoque aujourd'hui ton génie.
Des Jeux prolonger la faifon ,
C'eft ajouter à notre vie.
Appellons ici la gaîté ,
L'innocence & la liberté.
氰
Enfans de quinze ans ,
Laiffez danfer vos Mamans.
Conviens , Amour , qu'ici des ans
Tu méconnoîtrois l'intervalle :
La moins jeune de ces Mamans
Peut de fa fille être rivale.
Appellons , &c.
Belles , qui formez des projets ,
Trente ans eft pour vous le bel âge
Vous n'en avez pas moins d'attraits 3
Vous en connoiffez mieux l'ufage .
C'est le vrai noment d'être heureux :
On plait autant , on aime mieux.
Enfans , & c .
Croyez - vous que le Dieu malin ,
Dont je chéris & crains la flâme ,
Allume aux rayons du matin
Le flambeau qui brûle notre âme ?
Son feu , fi je l'ai bien fenti ,
Reflemble aux ardeurs du Midi.
Enfans , &c.
Il y a eu , pendant ce Carnaval ,
plufieurs Bals particuliers à la Cour.
Entre-autres, il y en avoit reguliérement
chaque femaine , chez Madame la Princeffe
de GUIMENÉ , où danfoit la
plus brillante Jeuneffe . Le Mardi
dernier jour du Carnaval , Madame
la Maréchale de DURAS en donna un
pour les Dames qui n'étoient plus dans
l'ufage de danfer. La plupart des Dames
& des Seigneurs qui formoient ce Bal
étoient Pères & Mères de ceux qui danfoient
cette même nuît à l'autre Bal.
Vers 5 heures du matin , toute la Jeuneffe
qui avoit danfé chez Mde la Princeffe
de GUIMENÉ fe rendit chez
Mde la Maréchale de DURAS , & les
deux Bals fe trouvant réunis , les Pères
danferent avec leurs filles , & les fils
avec leurs mères . Ce dernier Bal dura
jufqu'à 10 heures du matin.
On fit à cette occafion la Chanfon
fuivante :
AIR Monfeigneur , vous ne voyez rien dans
Annette & Lubin ) ou Dodo , l'Enfant dormira
tantôt.
A moi , charmant Anacreon;
234 MERCURE DE FRANCE .
J'invoque aujourd'hui ton génie.
Des Jeux prolonger la faifon ,
C'eft ajouter à notre vie.
Appellons ici la gaîté ,
L'innocence & la liberté.
氰
Enfans de quinze ans ,
Laiffez danfer vos Mamans.
Conviens , Amour , qu'ici des ans
Tu méconnoîtrois l'intervalle :
La moins jeune de ces Mamans
Peut de fa fille être rivale.
Appellons , &c.
Belles , qui formez des projets ,
Trente ans eft pour vous le bel âge
Vous n'en avez pas moins d'attraits 3
Vous en connoiffez mieux l'ufage .
C'est le vrai noment d'être heureux :
On plait autant , on aime mieux.
Enfans , & c .
Croyez - vous que le Dieu malin ,
Dont je chéris & crains la flâme ,
Allume aux rayons du matin
Le flambeau qui brûle notre âme ?
Son feu , fi je l'ai bien fenti ,
Reflemble aux ardeurs du Midi.
Enfans , &c.
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Résumé : AUTRES BALS A LA COUR.
Pendant le Carnaval, plusieurs bals ont eu lieu à la Cour. Chaque semaine, un bal se tenait chez Madame la Princesse de Guiméné, attirant la jeunesse la plus brillante. Le Mardi gras, Madame la Maréchale de Duras a organisé un bal pour les dames qui ne dansaient plus, principalement les parents des participants du bal de Madame de Guiméné. Vers 5 heures du matin, la jeunesse du premier bal s'est rendue chez Madame de Duras, réunissant ainsi les deux bals. Les pères ont dansé avec leurs filles et les fils avec leurs mères. Ce dernier bal a duré jusqu'à 10 heures du matin. Une chanson a été interprétée, invitant à la gaieté, l'innocence et la liberté, et soulignant que l'âge de trente ans est le bel âge pour les femmes. La chanson encourageait également les enfants à laisser danser leurs mères et mettait en avant la beauté et l'expérience des femmes plus âgées.
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497
p. 67
AUTRE.
Début :
Cinq pieds composent mon essence ; [...]
Mots clefs :
Orgue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
CINQpieds compofent mon effence ;
Lecteur , pour me trouver donne - toi patience.
D'abord j'offre à tes yeux un métal ſéduiſant ;
Certain pronom Latin ; un Monstre dévorant ;
Un Adverbe François ; un Oiſeau de paſſage ;
Un endroit où tu fais fouvent plus d'un voyage ;
Enfin , ami Lecteur , fi tu veux raſſembler
Tous mes membres épars , tu peux te rappeller
Que tu me vois fouvent dans un faint domicile ,
Et que je fçais te plaire & t'attacher ,
Surtout lorfqu'une main habile
Sçait me toucher.
CINQpieds compofent mon effence ;
Lecteur , pour me trouver donne - toi patience.
D'abord j'offre à tes yeux un métal ſéduiſant ;
Certain pronom Latin ; un Monstre dévorant ;
Un Adverbe François ; un Oiſeau de paſſage ;
Un endroit où tu fais fouvent plus d'un voyage ;
Enfin , ami Lecteur , fi tu veux raſſembler
Tous mes membres épars , tu peux te rappeller
Que tu me vois fouvent dans un faint domicile ,
Et que je fçais te plaire & t'attacher ,
Surtout lorfqu'une main habile
Sçait me toucher.
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498
p. 148
COUPLETS Sur l'AIR : Laissez danser vos Mamans. SUR l'Elévation de la Statue du Roi ; & sur la PAIX.
Début :
QUELS transports ! quelle émotion ! [...]
Mots clefs :
Roi, Statue, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COUPLETS Sur l'AIR : Laissez danser vos Mamans. SUR l'Elévation de la Statue du Roi ; & sur la PAIX.
COUPLETS
Sur l'AIR : Laiffex danfer vos Mamans.
SUR l'Elévation de la Statue du Roi ;
& fur la PAIX.
Q
UELS tranfports ! quelle émotion !
En voyant de Louis l'Image ?
Des Enfans de Pygmalion
C'eſt pour nous le plus bel ouvrage ;
Notre Roi s'élève à nos yeux ,
Au moment qu'il nous rend heureux !
Français , bons Français ,
Chantons Louis & la Paix ,
Le laurier croît dans les cyprès ,
Et fa recherche eſt une yvreffe :
L'olivier produit des Sujets ,
Et c'eft d'un bon Roi la richeffe :
LOUIS a les fiens dans fon coeur
Et fa gloire eft dans leur bonheur.
Français , bons Français !
Chantons Louis & la Paix.
Par M. B,,... Auteur de deux petites Piéces de
Vers inférées par erreur dans le Mercure de Mars
fous le nom de Madame B……….. pag. $ 9 & 60 . .....
Sur l'AIR : Laiffex danfer vos Mamans.
SUR l'Elévation de la Statue du Roi ;
& fur la PAIX.
Q
UELS tranfports ! quelle émotion !
En voyant de Louis l'Image ?
Des Enfans de Pygmalion
C'eſt pour nous le plus bel ouvrage ;
Notre Roi s'élève à nos yeux ,
Au moment qu'il nous rend heureux !
Français , bons Français ,
Chantons Louis & la Paix ,
Le laurier croît dans les cyprès ,
Et fa recherche eſt une yvreffe :
L'olivier produit des Sujets ,
Et c'eft d'un bon Roi la richeffe :
LOUIS a les fiens dans fon coeur
Et fa gloire eft dans leur bonheur.
Français , bons Français !
Chantons Louis & la Paix.
Par M. B,,... Auteur de deux petites Piéces de
Vers inférées par erreur dans le Mercure de Mars
fous le nom de Madame B……….. pag. $ 9 & 60 . .....
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Résumé : COUPLETS Sur l'AIR : Laissez danser vos Mamans. SUR l'Elévation de la Statue du Roi ; & sur la PAIX.
Le poème 'COUPLETS' célèbre l'élévation de la statue du roi Louis et la paix. Les auteurs expriment leur admiration pour le roi, comparé à l'œuvre de Pygmalion. La statue symbolise la prospérité et le bonheur des sujets, représentés par le laurier et l'olivier. La gloire du roi est liée au bien-être de ses sujets. Le poème se conclut par un appel à chanter Louis et la paix. L'auteur est M. B.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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499
p. 163-167
MUSIQUE.
Début :
MÉTHODE ou Principes pour enseigner & apprendre facilement l'accompagnement du Clavecin [...]
Mots clefs :
Flûte, Auteur, Méthode, Adresse, Ouvrage, Clavecin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE...
METHODE THODE ou Principes pour enfeigner
& apprendre facilement l'accompagnement
du Clavecin ou l'harmonie
, le raifonnement , ou la théorie
de baffe fondamentale avec les
paffages de baffe- continue quelcon--
ques , & la façon de les accompagner
à coup-für , même fans chiffres & une.
Planche gravée à la fin du Livre pour
les exemples ; par M. Bertheau , Organifte
de la Métropole de Tours. Cette
méthode coûte 12 fols , & fe trouve à
Paris aux adreffes ordinaires de Mufique
; à Orléans , chez Chevillon , Li-.
braire , rue Royale ; à Angers chez
Boutemy ; à Tours , chez Lambert.
•
L'ART de la Flute Traverfière , par
M. de Luffe. Prix , 7 liv . 4 f. Se vend
aux adreffes ordinaires de Mufique , &
chez l'Auteur , rue S. Jacques , près S..
164 MERCURE DE FRANCE.
Yves , maifon de l'Univerfité à Paris.
L'Auteur a eu pour but dans cet ouvrage
de tirer des ténébres le principe
théorique & pratique de la flute , & de
l'expofer au grand jour avec toute la
précifion & la clarté dont il étoit fufceptible.
Par là ce principe devient à la
portée même de ceux qui n'ont aucune
connoiffance de la Mufique.
M. D. L, dans fon Difcours préliminaire
enfeigne à bien placer les mains
fur la flute donne la vraie façon de
l'emboucher , & démontre enfuite les
divers tacs ou coups de langue , leurs
différentes propriétés , la manière de les
articuler , les pofitions des doigts pour
former tous les tons des gammes naturelle,
diézée & bémolifée , & leurs tremblemens
appellés cadences.
Nous pouvons affurer que ces démonftrations
font faites plus nettement
qu'elles ne l'ont encore été.
L'Auteur entre fçavamment dans le
détail inftructif des agrémens , dans celui
de leur genre & du caractère d'expreffion
auquel ils font propres . Il parle
très-bien de la fixation des phraſes muficales
, du lieu & des momens confacrés
à la refpiration . Cet Article nous
paroît important pour la confervation
AVRIL 1763. 165
•
des poulmons. Si on eût pris ces mefures-
là plutôt , les Médecins n'auroient
pas affuré que la flute eft contraire aux
petites fantés ; la méthode victorieuſe
de M. D. L. doit faire évanouir ce préjugé.
Qu'on fçache ménager fa refpiration
, alors l'un des plus agréable inftrumens
de la Mufique reprendra vigueur
parmi nous. Un foufle doux & léger ne
ruinera jamais la poitrine. Nous confeillons
aux Amateurs de la flute de fe procurer
le Livre eſtimable de M. D. L. il
leur développera ce que nous ne faifons
qu'indiquer ici.
Après une tablature des fons harmoniques
, fuivent plufieurs leçons en forme
de petites Sonates avec la baffe , mais
proportionnées aux forces des Commencans.
L'ouvrage fe termine par douze
Caprices ou cadences finales remplis de
traits & de difficultés propres à faciliter
l'exercice de l'embouchure & des
doigts . On peut les inférer dans les Concertos
pour la flute .
Nous ne pouvons qu'applaudir à cette
nouvelle méthode ; elle jette de la
lumiére fur un art agréable , & foulage
les Maîtres en les difpenfant de la rebu-
´tante occupation d'écrire eux-mêmes des
principes ; mais fon plus grand mérite
166 MERCURE DE FRANCE .
eft de conduire leurs éléves à des fuc
cès auffi certains que rapides.
SEI SINFONIE , con violini , alto
viola , baffo , & corni da caccia a
piacimento , da Gio Battifta Cirri da
Forlir Opera feconda. Prix 9 liv . Chez
PAuteur , rue Croix des Petits - Champs ,
chez le fieur Mique , Perruquier , &
aux Adreffes ordinaires. Ces Symphonies
font d'un nouveau genre & fort
goûtées .
SONATES DE CLAVECIN , Premier
Livre. Par J. P. le Grand , Maître
de Clavecin & Organifte de l'Abbaye
S. Germain des Près. Chez l'Auteur
, rue S. Honoré , vis-à -vis la rue
neuve du Luxembourg ; & chez le fieur
le Menu , Marchand de Mufique , rue
du Roule , à la Clef d'Or, Prix 19 liv.
Cet Ouvrage fait honneur à fon
Auteur.
RÉFLEXIONS fur la Mufique ,
& la vraie manière de l'exécuter fur
le violon ; Par M. Brijon. Prix en blanc ,
avec les exemples & les airs gravés ,
3 liv . 12 f. à Paris chez l'Auteur , logé
chez M. Prudent , Profeffeur de Mu
fique & d'Inftrumens , rue du Petit
AVRIL. 1763 . 167
Pont , au bas de la rue S. Jacques , la
porte cochere à côté d'un Marchand
Papetier. On en trouve auffi des Exemplaires
chez M. Vaudemont , rue Beaurepaire
, près la rue Montorgueil , &
aux Adreffes ordinaires de Mufique.
Cet Ouvrage renferme des idées neuves
, auffi heureufement que clairement
exprimées. Nous en donnerons
ipceffamment l'Extrait.
METHODE THODE ou Principes pour enfeigner
& apprendre facilement l'accompagnement
du Clavecin ou l'harmonie
, le raifonnement , ou la théorie
de baffe fondamentale avec les
paffages de baffe- continue quelcon--
ques , & la façon de les accompagner
à coup-für , même fans chiffres & une.
Planche gravée à la fin du Livre pour
les exemples ; par M. Bertheau , Organifte
de la Métropole de Tours. Cette
méthode coûte 12 fols , & fe trouve à
Paris aux adreffes ordinaires de Mufique
; à Orléans , chez Chevillon , Li-.
braire , rue Royale ; à Angers chez
Boutemy ; à Tours , chez Lambert.
•
L'ART de la Flute Traverfière , par
M. de Luffe. Prix , 7 liv . 4 f. Se vend
aux adreffes ordinaires de Mufique , &
chez l'Auteur , rue S. Jacques , près S..
164 MERCURE DE FRANCE.
Yves , maifon de l'Univerfité à Paris.
L'Auteur a eu pour but dans cet ouvrage
de tirer des ténébres le principe
théorique & pratique de la flute , & de
l'expofer au grand jour avec toute la
précifion & la clarté dont il étoit fufceptible.
Par là ce principe devient à la
portée même de ceux qui n'ont aucune
connoiffance de la Mufique.
M. D. L, dans fon Difcours préliminaire
enfeigne à bien placer les mains
fur la flute donne la vraie façon de
l'emboucher , & démontre enfuite les
divers tacs ou coups de langue , leurs
différentes propriétés , la manière de les
articuler , les pofitions des doigts pour
former tous les tons des gammes naturelle,
diézée & bémolifée , & leurs tremblemens
appellés cadences.
Nous pouvons affurer que ces démonftrations
font faites plus nettement
qu'elles ne l'ont encore été.
L'Auteur entre fçavamment dans le
détail inftructif des agrémens , dans celui
de leur genre & du caractère d'expreffion
auquel ils font propres . Il parle
très-bien de la fixation des phraſes muficales
, du lieu & des momens confacrés
à la refpiration . Cet Article nous
paroît important pour la confervation
AVRIL 1763. 165
•
des poulmons. Si on eût pris ces mefures-
là plutôt , les Médecins n'auroient
pas affuré que la flute eft contraire aux
petites fantés ; la méthode victorieuſe
de M. D. L. doit faire évanouir ce préjugé.
Qu'on fçache ménager fa refpiration
, alors l'un des plus agréable inftrumens
de la Mufique reprendra vigueur
parmi nous. Un foufle doux & léger ne
ruinera jamais la poitrine. Nous confeillons
aux Amateurs de la flute de fe procurer
le Livre eſtimable de M. D. L. il
leur développera ce que nous ne faifons
qu'indiquer ici.
Après une tablature des fons harmoniques
, fuivent plufieurs leçons en forme
de petites Sonates avec la baffe , mais
proportionnées aux forces des Commencans.
L'ouvrage fe termine par douze
Caprices ou cadences finales remplis de
traits & de difficultés propres à faciliter
l'exercice de l'embouchure & des
doigts . On peut les inférer dans les Concertos
pour la flute .
Nous ne pouvons qu'applaudir à cette
nouvelle méthode ; elle jette de la
lumiére fur un art agréable , & foulage
les Maîtres en les difpenfant de la rebu-
´tante occupation d'écrire eux-mêmes des
principes ; mais fon plus grand mérite
166 MERCURE DE FRANCE .
eft de conduire leurs éléves à des fuc
cès auffi certains que rapides.
SEI SINFONIE , con violini , alto
viola , baffo , & corni da caccia a
piacimento , da Gio Battifta Cirri da
Forlir Opera feconda. Prix 9 liv . Chez
PAuteur , rue Croix des Petits - Champs ,
chez le fieur Mique , Perruquier , &
aux Adreffes ordinaires. Ces Symphonies
font d'un nouveau genre & fort
goûtées .
SONATES DE CLAVECIN , Premier
Livre. Par J. P. le Grand , Maître
de Clavecin & Organifte de l'Abbaye
S. Germain des Près. Chez l'Auteur
, rue S. Honoré , vis-à -vis la rue
neuve du Luxembourg ; & chez le fieur
le Menu , Marchand de Mufique , rue
du Roule , à la Clef d'Or, Prix 19 liv.
Cet Ouvrage fait honneur à fon
Auteur.
RÉFLEXIONS fur la Mufique ,
& la vraie manière de l'exécuter fur
le violon ; Par M. Brijon. Prix en blanc ,
avec les exemples & les airs gravés ,
3 liv . 12 f. à Paris chez l'Auteur , logé
chez M. Prudent , Profeffeur de Mu
fique & d'Inftrumens , rue du Petit
AVRIL. 1763 . 167
Pont , au bas de la rue S. Jacques , la
porte cochere à côté d'un Marchand
Papetier. On en trouve auffi des Exemplaires
chez M. Vaudemont , rue Beaurepaire
, près la rue Montorgueil , &
aux Adreffes ordinaires de Mufique.
Cet Ouvrage renferme des idées neuves
, auffi heureufement que clairement
exprimées. Nous en donnerons
ipceffamment l'Extrait.
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Résumé : MUSIQUE.
Le texte présente divers ouvrages et méthodes liés à la musique. La 'Méthode Thode' de M. Bertheau, organiste de Tours, se concentre sur l'accompagnement au clavecin et l'harmonie, avec des exemples illustrés. Ce livre est disponible à Paris, Orléans, Angers et Tours pour un coût de 12 francs. L'ouvrage 'L'Art de la Flûte Traversière' de M. de Luffe, vendu 7 livres 4 francs, expose les principes théoriques et pratiques de la flûte. Il couvre la position des mains, l'embouchure, les coups de langue, et les positions des doigts. Il aborde également les agréments, la respiration, et les soins des poumons, contredisant l'idée que la flûte est nuisible aux enfants. Le livre inclut des sonates et des caprices pour exercer l'embouchure et les doigts. Les 'Sei Sinfonie' de Gio Battista Cirri sont des symphonies d'un nouveau genre, vendues 9 livres. Les 'Sonates de Clavecin' de J. P. le Grand, maître de clavecin, sont également mentionnées. Enfin, les 'Réflexions sur la Musique' de M. Brijon, à 3 livres 12 francs, proposent des idées nouvelles sur l'exécution musicale au violon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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500
p. 178-180
OPÉRA.
Début :
L'ACADÉMIE Royale de Musique a continué Titon & l'Aurore, (ainsi que [...]
Mots clefs :
Théâtre, Académie, Usage
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texteReconnaissance textuelle : OPÉRA.
OPERA.
L'ACADÉMIE Royale de Mufique a
continué Titon & l'Aurore , ( ainfi que
les Fêtes Grecques & Romaines les
Jeudi , jufques à la clôture de fon
Théâtre , laquelle s'eft faite cette année
, le Samedi 19 Mars , pour le com- le.compte
de l'Académie , & non pour les Acteurs
, comme il étoit d'ufage. Ceux- ci
ont penfé qu'il feroit plus utile au produit
du Bene-fit vulgairement nommé
Capitation , de donner quelques BALS
à la rentrée ; ils ont indiqué le premier
pour le 12 du préfent mois d'Avril.
M. MUGUET , dont nous avons précédemment
parlé à l'occafion de l'Ariette
du Dieu des Coeurs , a chanté le
rôle entier de Titon , dans lequel il a
été applaudi avec juſtice.
M. DUPAR , jeune Hautecontre
d'une figure & d'une taille avantageufe
pour le Théâtre , a débuté par un MorAVRIL.
1763. 179
ceau détaché. Les Connoiffeurs font
très-contens de la qualité de cette voix
qu'ils comparent même à celles dont la
mémoire eft célébre . Ils trouvent dans
ce Sujet le véritable caractère du fon
de Hautecontre joint à l'aptitude des
agrémens éffentiels dans le chant. Lorfqu'un
peu plus d'expérience & d'ufage
aura mis M. DUPAR en état d'être
mieux connu du Public , nous le ferons
nous-mêmes d'en rendre un compte
plus exact.
Mlle DUPLAN , jeune Sujet de l'Académie
, a eu occafion de paroître
quelquefois , & de faire entendre un
très-beau corps de voix , avec une difpofition
très-favorable à l'expreffion
d'un fentiment vif & des paffions les
plus fortes.
La figure de cette jeune Perfonne eft
heureufement coupée , & fpécialement
pour le genre d'expreffion auquel elle
paroît portée.
Les reprefentations des Jeudis , comme
nous l'avons déja fait remarquer ,
ont été une école très - avantageufe ,
tant pour former les jeunes Sujets de
ce Théâtre , que pour faire développer,
par l'ufage , les talens de quelques autres
qui n'ont pas de fréquentes occa
· ༄
Hvi
180 MERCURE DE FRANCE.
fions de fervir , & par conféquent d'être
connus du Public .
N. B. M. GELIOTE , dont nous.
avions indiqué la retraite du Théâtre
après les représentations de TITON &
L'AURORE , ne s'eft retiré qu'en 1754,
à la clôture du Théâtre , après les re- .
préfentations d'une remife de CASTOR
& POLLUX. Ce qui avoit induit en
erreur à cet égard , c'est qu'en effet il devoit
quitter après l'Opéra de TITON
& qu'il fut engagé à refterencore une
année
L'ACADÉMIE Royale de Mufique a
continué Titon & l'Aurore , ( ainfi que
les Fêtes Grecques & Romaines les
Jeudi , jufques à la clôture de fon
Théâtre , laquelle s'eft faite cette année
, le Samedi 19 Mars , pour le com- le.compte
de l'Académie , & non pour les Acteurs
, comme il étoit d'ufage. Ceux- ci
ont penfé qu'il feroit plus utile au produit
du Bene-fit vulgairement nommé
Capitation , de donner quelques BALS
à la rentrée ; ils ont indiqué le premier
pour le 12 du préfent mois d'Avril.
M. MUGUET , dont nous avons précédemment
parlé à l'occafion de l'Ariette
du Dieu des Coeurs , a chanté le
rôle entier de Titon , dans lequel il a
été applaudi avec juſtice.
M. DUPAR , jeune Hautecontre
d'une figure & d'une taille avantageufe
pour le Théâtre , a débuté par un MorAVRIL.
1763. 179
ceau détaché. Les Connoiffeurs font
très-contens de la qualité de cette voix
qu'ils comparent même à celles dont la
mémoire eft célébre . Ils trouvent dans
ce Sujet le véritable caractère du fon
de Hautecontre joint à l'aptitude des
agrémens éffentiels dans le chant. Lorfqu'un
peu plus d'expérience & d'ufage
aura mis M. DUPAR en état d'être
mieux connu du Public , nous le ferons
nous-mêmes d'en rendre un compte
plus exact.
Mlle DUPLAN , jeune Sujet de l'Académie
, a eu occafion de paroître
quelquefois , & de faire entendre un
très-beau corps de voix , avec une difpofition
très-favorable à l'expreffion
d'un fentiment vif & des paffions les
plus fortes.
La figure de cette jeune Perfonne eft
heureufement coupée , & fpécialement
pour le genre d'expreffion auquel elle
paroît portée.
Les reprefentations des Jeudis , comme
nous l'avons déja fait remarquer ,
ont été une école très - avantageufe ,
tant pour former les jeunes Sujets de
ce Théâtre , que pour faire développer,
par l'ufage , les talens de quelques autres
qui n'ont pas de fréquentes occa
· ༄
Hvi
180 MERCURE DE FRANCE.
fions de fervir , & par conféquent d'être
connus du Public .
N. B. M. GELIOTE , dont nous.
avions indiqué la retraite du Théâtre
après les représentations de TITON &
L'AURORE , ne s'eft retiré qu'en 1754,
à la clôture du Théâtre , après les re- .
préfentations d'une remife de CASTOR
& POLLUX. Ce qui avoit induit en
erreur à cet égard , c'est qu'en effet il devoit
quitter après l'Opéra de TITON
& qu'il fut engagé à refterencore une
année
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Résumé : OPÉRA.
En 1763, la saison de l'Académie Royale de Musique s'est achevée le 19 mars, avec une clôture bénéficiant à l'Académie plutôt qu'aux acteurs. Ces derniers ont proposé d'organiser des bals à partir du 12 avril. M. Muguet a interprété Titon dans l'opéra 'Titon & l'Aurore' et a été acclamé. M. Dupar, un jeune haute-contre, a fait ses débuts avec succès, impressionnant par la qualité de sa voix. Mlle Duplan, une jeune artiste de l'Académie, a également montré un beau timbre vocal et une grande expressivité. Les représentations du jeudi ont servi de formation pour les jeunes talents, permettant de développer les compétences de certains artistes moins fréquemment sur scène. Une note précise que M. Geliote s'est retiré du théâtre en 1754, après les représentations de 'Castor & Pollux', et non après 'Titon & l'Aurore'.
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