Résultats : 1482 texte(s)
Détail
Liste
751
p. 219-221
ESPAGNE.
Début :
Le Roi désirant de favoriser les progrès des Sciences, particulierement [...]
Mots clefs :
Madrid, Sa Majesté, Financement des sciences, Tremblements de terre, Maroc, Dégâts, Tetuan, Tanger, Épouvante, Victimes de catastrophes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
DE MADRID , le 16 Decembre.
Le Roi défirant de favorifer les progrès des
Sciences , particulierement de celles qui femblent
devoir être les plus utiles , a donné au Collège de
Médecine la maifon de plaifance de Migafcalientes
, afin qu'on y forme un jardin des plantes
. En même tems Sa Majesté a affigné une
fomme confiderable , tant pour l'entretien de ce
jardin , que pour la fondation de deux chaires de
Botanique dont elle difpofè en faveur de Don
Jofeph Quer & de Don Juan Mingar. Don Jofeph
Zugnol , premier Médecin du Roi , aura la direction
de cet établiſſement.
Le premier du mois dernier on reffentit à
Maroc un affreux tremblement de terre , à la
même heure qu'en Efpagne. La plupart des
maiſons & des édifices publics de cette ville ont
été totalement renversés , & une grande multirude
d'habitans a été enfevelie fous les ruines.
Le nombre des perfonnes qui ont péri , ne peut
pas encore le fixer. A huit lieues de cette ville
la terre s'eft ouverte , & a englouti une peuplade
entiere d'Arabes , avec leurs tentes , pavillons
chevaux , chameaux , mules , & généralement.
tous leurs beftiaux. Un fort qu'ils avoient pour
leur chef-lieu , & dans lequel il y avoit cinq
mille perfonnes , a difparn. Il a péri auffi fix
mille hommes de Cavalerie qui étoient dans dif
férens quartiers autour de ce fort , fans qu'il
en foit échappé un feul. Dans les villes de Safi
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
& de Sainte-Croix , il y a eu auffi beaucoup de
maifons & d'édifices ruinés qui ont écrasé un
nombre confidérable de perfonnes. La mer fe
retira , & s'éleva enfuite à une hauteur , dont
l'hiftoire ne rapporte point d'exemple. Elle cau
fa un notable dommage aux vaiffeaux qui étoient
dans l'un & l'autre port , & elle remplit tous
les environs de la côte de divers débris qu'elle
jetta fort avant dans les terres , avec une quantité
prodigieufe de poiffon.
On apprend par les lettres de Tetuan , du 24
du même mois , que le 18 à dix heures du foir ,
on y avoit éprouvé pendant quatre minutes ,
ainfi que dans les peuplades des environs , un
fecond tremblement de terre auffi fort que le
premier qu'il avoit continué avec moins de
force jufqu'à l'après- midi du jour ſuivant ; mais
que le 20
à deux heures du matin , à cinq , à
neuf & à midi , il avoit recommencé avec la même
violence que la premiere fois, Tous les ha
bitans fe font fauvés à la campagne , où ils
étoient encore au départ des lettres dans une
confternation générale-
Le même tremblement de terre s'eſt fait ſentir
à Tanger. Les fecouffes y ont été plus ou
moins fortes par intervalles. On y a remarqué
que pendant vingt- quatre heures l'eau s'étoit retige
, & que toutes les fontaines étoient demeurées
à Tec.
Il vient d'arriver un exprès de Fez , avec la nouvelle
que les tremblemens de terre du 18 & du
19 , avoient ruiné la plupart des édifices & des
maifons des deux villes de Fez , où plus de trois
mille perfonnes avoient perdu la vie ; que dans
le même jour la fameufe ville de Méquinez
avoit été détruite , & qu'il n'y reftoit qu'une
JANVIER. 1756 . 221
feule maiſon. Tous les habitans ſe font retirés
dans les champs , où ils font campés. On compte
que quatre mille Maures ont été enterrés fous
les ruines , ainfi que huit mille Juifs qui vivoient
dans un quartier féparé , & dont le nombre
montoit jufqu'à feize mille. Les mêmes lettres
ajoutent qu'on reffent dans toute cette partie
de l'Afrique de continuels mouvemens de
la terre , & qu'on entend des bruits fourds qui
répandent partout l'épouvante.
DE MADRID , le 16 Decembre.
Le Roi défirant de favorifer les progrès des
Sciences , particulierement de celles qui femblent
devoir être les plus utiles , a donné au Collège de
Médecine la maifon de plaifance de Migafcalientes
, afin qu'on y forme un jardin des plantes
. En même tems Sa Majesté a affigné une
fomme confiderable , tant pour l'entretien de ce
jardin , que pour la fondation de deux chaires de
Botanique dont elle difpofè en faveur de Don
Jofeph Quer & de Don Juan Mingar. Don Jofeph
Zugnol , premier Médecin du Roi , aura la direction
de cet établiſſement.
Le premier du mois dernier on reffentit à
Maroc un affreux tremblement de terre , à la
même heure qu'en Efpagne. La plupart des
maiſons & des édifices publics de cette ville ont
été totalement renversés , & une grande multirude
d'habitans a été enfevelie fous les ruines.
Le nombre des perfonnes qui ont péri , ne peut
pas encore le fixer. A huit lieues de cette ville
la terre s'eft ouverte , & a englouti une peuplade
entiere d'Arabes , avec leurs tentes , pavillons
chevaux , chameaux , mules , & généralement.
tous leurs beftiaux. Un fort qu'ils avoient pour
leur chef-lieu , & dans lequel il y avoit cinq
mille perfonnes , a difparn. Il a péri auffi fix
mille hommes de Cavalerie qui étoient dans dif
férens quartiers autour de ce fort , fans qu'il
en foit échappé un feul. Dans les villes de Safi
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
& de Sainte-Croix , il y a eu auffi beaucoup de
maifons & d'édifices ruinés qui ont écrasé un
nombre confidérable de perfonnes. La mer fe
retira , & s'éleva enfuite à une hauteur , dont
l'hiftoire ne rapporte point d'exemple. Elle cau
fa un notable dommage aux vaiffeaux qui étoient
dans l'un & l'autre port , & elle remplit tous
les environs de la côte de divers débris qu'elle
jetta fort avant dans les terres , avec une quantité
prodigieufe de poiffon.
On apprend par les lettres de Tetuan , du 24
du même mois , que le 18 à dix heures du foir ,
on y avoit éprouvé pendant quatre minutes ,
ainfi que dans les peuplades des environs , un
fecond tremblement de terre auffi fort que le
premier qu'il avoit continué avec moins de
force jufqu'à l'après- midi du jour ſuivant ; mais
que le 20
à deux heures du matin , à cinq , à
neuf & à midi , il avoit recommencé avec la même
violence que la premiere fois, Tous les ha
bitans fe font fauvés à la campagne , où ils
étoient encore au départ des lettres dans une
confternation générale-
Le même tremblement de terre s'eſt fait ſentir
à Tanger. Les fecouffes y ont été plus ou
moins fortes par intervalles. On y a remarqué
que pendant vingt- quatre heures l'eau s'étoit retige
, & que toutes les fontaines étoient demeurées
à Tec.
Il vient d'arriver un exprès de Fez , avec la nouvelle
que les tremblemens de terre du 18 & du
19 , avoient ruiné la plupart des édifices & des
maifons des deux villes de Fez , où plus de trois
mille perfonnes avoient perdu la vie ; que dans
le même jour la fameufe ville de Méquinez
avoit été détruite , & qu'il n'y reftoit qu'une
JANVIER. 1756 . 221
feule maiſon. Tous les habitans ſe font retirés
dans les champs , où ils font campés. On compte
que quatre mille Maures ont été enterrés fous
les ruines , ainfi que huit mille Juifs qui vivoient
dans un quartier féparé , & dont le nombre
montoit jufqu'à feize mille. Les mêmes lettres
ajoutent qu'on reffent dans toute cette partie
de l'Afrique de continuels mouvemens de
la terre , & qu'on entend des bruits fourds qui
répandent partout l'épouvante.
Fermer
Résumé : ESPAGNE.
En Espagne, le roi a soutenu les avancées scientifiques, notamment en médecine, en offrant au Collège de Médecine la maison de Migascalientes pour créer un jardin des plantes. Il a également financé deux chaires de botanique, dirigées par Don Joseph Quer et Don Juan Mingar, sous la supervision de Don Joseph Zuniga, médecin du roi. Le 1er décembre, un violent tremblement de terre a frappé le Maroc et l'Espagne simultanément. À Marrakech, la plupart des bâtiments ont été détruits, causant de nombreuses victimes. Une peuplade arabe a été engloutie par une fissure terrestre, et un fort abritant cinq mille personnes a disparu, ainsi que six mille cavaliers. Les villes de Safi et de Sainte-Croix ont également subi des dégâts importants. La mer s'est retirée puis élevée, endommageant les navires et laissant des débris sur les côtes. Le 18 décembre, un second tremblement de terre a touché Tétouan et ses environs, avec des réplices jusqu'au 20 décembre. Les habitants se sont réfugiés à la campagne. Le même phénomène a été ressenti à Tanger, où les eaux se sont retirées pendant vingt-quatre heures. À Fez, les tremblements ont détruit la plupart des édifices, causant la mort de plus de trois mille personnes. La ville de Meknès a été détruite, ne laissant qu'une maison debout. Les habitants se sont réfugiés dans les champs. On compte environ quatre mille Maures et huit mille Juifs parmi les victimes. Des mouvements de terre et des bruits effrayants continuent de semer la peur dans toute cette région d'Afrique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
752
p. 211-212
DU NORD.
Début :
Entre les différens effets que le tremblement de terre, du premier [...]
Mots clefs :
Stockholm, Copenhague, Tremblements de terre, Affaissement des terres, Crue, Globe de feu, Débordement des lacs, Dégâts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DU NORD.
DU NORD.
DE STOCKHOLM , le 30 Décembre.
Entre les différens effets que le tremblentent de
tërre, du premier Novembre , a produits en Dale
earlie , on a remarqué que pendant la crue extraordinaire
des eaux des lacs de Frixem & de
Stora-Leed , le terrein des environs s'eft affaillé
avec un grand bruit , & qu'il s'eft relevé à meſure
que ces lacs font rentrés dans leur lit. Les lettres
de Wexio dans le Smaland marquent , que le 28
du même mois , à huit heures cinquante-une minutes
du foir , on apperçut au ciel un globe de
feu , dont le diametre apparent étoit de la grandeur
de celui de la lune , lorfqu'elle eft dans fon
plein. Ce globe courut rapidement du fud - oueft
au nord- est. Ainfi que plufieurs cometes il traînoit
après lui une queue lumineufe . Il ſe détacha
de ce globe une portion , qui après s'être développée
, remplit un très-grand efpace , & répandit
une clarté égale à celle du jour. La durée de
ce phénomene fut de trente fecondes.
Selon les avis reçus de la Gothie occidentale
, le tremblement de teire du premier Novembre
s'y eft fait fentir avec beaucoup de violence.
De très-gros arbres ont été renversés. En plufieurs
endroits , les eaux ont páru mugir . Sut le lac de
(
212 MERCURE DE FRANCE.
Miorn, près de Gothenbourg , la plupart des ra
deaux ont été emportés & difperfés de côté &
d'autre .
DE COPPENHAGUE, le 19 Déc.
Le 10 Septembre , vers minuit , on fentit une
violente fecouffe de tremblement de terre dans le
diftrict de Hufewig. Il y en eut le lendemain
plufieurs autres . Celle des deux heures après-midi
renverfa un grand nombre de maiſons. On a
perdu par ces accidens une quantité confidérable
de provifions d'hyver. Pendant prefque toute la
journée du 12 , les eaux d'une petite riviere , qui
coule près de Nord- Syffel , devinrent blanches
comme du lait.
DE STOCKHOLM , le 30 Décembre.
Entre les différens effets que le tremblentent de
tërre, du premier Novembre , a produits en Dale
earlie , on a remarqué que pendant la crue extraordinaire
des eaux des lacs de Frixem & de
Stora-Leed , le terrein des environs s'eft affaillé
avec un grand bruit , & qu'il s'eft relevé à meſure
que ces lacs font rentrés dans leur lit. Les lettres
de Wexio dans le Smaland marquent , que le 28
du même mois , à huit heures cinquante-une minutes
du foir , on apperçut au ciel un globe de
feu , dont le diametre apparent étoit de la grandeur
de celui de la lune , lorfqu'elle eft dans fon
plein. Ce globe courut rapidement du fud - oueft
au nord- est. Ainfi que plufieurs cometes il traînoit
après lui une queue lumineufe . Il ſe détacha
de ce globe une portion , qui après s'être développée
, remplit un très-grand efpace , & répandit
une clarté égale à celle du jour. La durée de
ce phénomene fut de trente fecondes.
Selon les avis reçus de la Gothie occidentale
, le tremblement de teire du premier Novembre
s'y eft fait fentir avec beaucoup de violence.
De très-gros arbres ont été renversés. En plufieurs
endroits , les eaux ont páru mugir . Sut le lac de
(
212 MERCURE DE FRANCE.
Miorn, près de Gothenbourg , la plupart des ra
deaux ont été emportés & difperfés de côté &
d'autre .
DE COPPENHAGUE, le 19 Déc.
Le 10 Septembre , vers minuit , on fentit une
violente fecouffe de tremblement de terre dans le
diftrict de Hufewig. Il y en eut le lendemain
plufieurs autres . Celle des deux heures après-midi
renverfa un grand nombre de maiſons. On a
perdu par ces accidens une quantité confidérable
de provifions d'hyver. Pendant prefque toute la
journée du 12 , les eaux d'une petite riviere , qui
coule près de Nord- Syffel , devinrent blanches
comme du lait.
Fermer
Résumé : DU NORD.
Le 30 décembre, des effets du tremblement de terre du 1er novembre ont été observés en Dalécarlie, où le terrain s'est affaissé puis relevé lors d'une crue extraordinaire des lacs de Frixem et de Stora-Leed. Le 28 novembre à 8 heures 51 minutes, un globe de feu apparut dans le ciel au-dessus de Wexio, dans le Småland, se déplaçant rapidement du sud-ouest au nord-est avec une queue lumineuse. Une partie de ce globe se détacha, illuminant la région pendant trente secondes. En Gothie occidentale, le tremblement de terre du 1er novembre fut violent, renversant des arbres et dispersant des radeaux sur le lac de Mjörn près de Göteborg. À Copenhague, un violent tremblement de terre fut ressenti le 10 septembre vers minuit, suivi de plusieurs secousses le lendemain, causant la destruction de nombreuses maisons et la perte de provisions d'hiver. Le 12 septembre, les eaux d'une petite rivière près de Nord-Syssel devinrent blanches comme du lait pendant presque toute la journée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
753
p. 212-213
ALLEMAGNE.
Début :
Une forte secousse de tremblement de terre se fit sentir ici [...]
Mots clefs :
Munich, Töplitz, Secousses, Bains thermaux, Dégâts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
DE TEPLITZ , le 9 Décembre.
Une forte fecouffe de tremblement de terre fa
fit fentir ici le premier de ce mois . Elle ne cauſa
aucun dommage , mais elle affecta fingulierement
les bains chauds de cette ville , qui , ayant
été découverts en 762 , n'avoient point éprouvé
depuis près de mille ans le moindre changement.
Sur le midi , l'eau de la fource fe troubla. Bien
tot elle ceffa de couler. Quelques minutes après
elle revint à grands flots , mais fort épaiffe , &
auffi rouge que du fang. Pendant un quart-d'heure
elle fut abfolument froide. Elle reprit infenfiblement
fa limpidité & fon dégré de chaleur
ordinaire. Depuis cette fecouffe ," la fontaine eft
devenue plus abondante. Lorsqu'on avoit vuidé
les bains , il falloit huit heures pour les remplin,
à préfent il n'en faut plus que quatre. On foupFEVRIER.
1756. 213
çonne qu'il s'eft formé une feconde fource à côsé
de la premiere.
DE MUNICH , le 20 Décembre.
Il y eut ici le 9 de ce mois une légere ſecouſſe
de tremblement de terre . Le même jour on en
fentit une à Donawert. Elle a ébranlé le couvent
des Capucins , & endommagé une partie des murailles
de l'Abbaye de Sainte Croix. A Ingolstadt,
les eaux des fontaines baifferent confidérablement
, & devinrent d'une couleur rouffâtre. Le
11 , on éprouva une nouvelle fecouffe en divers
endroits de cet Electorat.
DE TEPLITZ , le 9 Décembre.
Une forte fecouffe de tremblement de terre fa
fit fentir ici le premier de ce mois . Elle ne cauſa
aucun dommage , mais elle affecta fingulierement
les bains chauds de cette ville , qui , ayant
été découverts en 762 , n'avoient point éprouvé
depuis près de mille ans le moindre changement.
Sur le midi , l'eau de la fource fe troubla. Bien
tot elle ceffa de couler. Quelques minutes après
elle revint à grands flots , mais fort épaiffe , &
auffi rouge que du fang. Pendant un quart-d'heure
elle fut abfolument froide. Elle reprit infenfiblement
fa limpidité & fon dégré de chaleur
ordinaire. Depuis cette fecouffe ," la fontaine eft
devenue plus abondante. Lorsqu'on avoit vuidé
les bains , il falloit huit heures pour les remplin,
à préfent il n'en faut plus que quatre. On foupFEVRIER.
1756. 213
çonne qu'il s'eft formé une feconde fource à côsé
de la premiere.
DE MUNICH , le 20 Décembre.
Il y eut ici le 9 de ce mois une légere ſecouſſe
de tremblement de terre . Le même jour on en
fentit une à Donawert. Elle a ébranlé le couvent
des Capucins , & endommagé une partie des murailles
de l'Abbaye de Sainte Croix. A Ingolstadt,
les eaux des fontaines baifferent confidérablement
, & devinrent d'une couleur rouffâtre. Le
11 , on éprouva une nouvelle fecouffe en divers
endroits de cet Electorat.
Fermer
Résumé : ALLEMAGNE.
Le 1er décembre, une forte secousse sismique a été ressentie à Teplitz, affectant les bains chauds de la ville, découverts en 762. L'eau de la source s'est troublée, a cessé de couler, puis est revenue en grands flots, épaissie et rougeâtre, avant de retrouver sa limpidité et sa température habituelle. Depuis cet événement, la fontaine est devenue plus abondante, remplissant les bains en quatre heures au lieu de huit. On suspecte la formation d'une seconde source à côté de la première. Le 9 décembre, une légère secousse a été ressentie à Munich et à Donawert, endommageant partiellement les murailles de l'Abbaye de Sainte Croix. À Ingolstadt, les eaux des fontaines ont changé de couleur, devenant rouillées. Le 11 décembre, une nouvelle secousse a été ressentie dans divers endroits de l'Électorat.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
754
p. 213-216
ESPAGNE.
Début :
Nous avons éprouvé le même tremblement, dont les lettres de Portugal [...]
Mots clefs :
Ceuta, Belém, Compostelle, Cadix, Málaga, Tremblements de terre, Crue de la mer, Décrue de la mer, Dégâts, Vols et brigandages, Maladies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
DE CEUTA , le 24 Novembre.
Nous avons éprouvé le même tremblement ,
dont les lettres de Portugal rapportent des effets
fi funcftes. Le premier de ce mois , à dix heures
dix minutes du matin , nous eûmes une fecouffe
qui dura environ trente fecondes . Elle fut fuivie
peu après de quelques autres plus légeres , dont
la durée fut de trois minutes. Les fept pointes
du fommet de la montagnedes Sept Freres ont
paru s'élever & s'abaiffer , foit que ce mouvement
ait été réel , foit que ce n'ait été qu'une apparence
occafionnée dans les yeux des Spectateurs
par le propre mouvement de leurs corps.
La mer monta de la hauteur de fept pieds , & un
quart-d'heure après elle baiffa tellement , qu'il
refta quantité de barques & de poiffons à fec fur
le fable. Ces flux & feflux fe fuccéderent alternativement
jufqu'au lendemain matin ; mais à
deux heures après-midi ils commencerent à diminuer
par dégrés . Le 3 , à fept heures du matin ,
214 MERCURE DE FRANCE.
nous effuyâmes une nouvelle fecouffe affez vi
ve , mais très-courte. Il y en eut une légere le
4 , à deux heures après-midi. Les , à huit heures
un quart du foir , nouvelle fecouffle plus forte
que les deux précédentes. On en a eu encore
quelques- unes depuis le 6 jufqu'au 16. Le 17 , à
dix heures & demie du matin , on en reffentit
une autre plus confidérable , accompagnée d'une
horrible tempête . Pendant les fecoufles du premier
de ce mois , les fontaines de cette ville &
du château ont ceffé de couler. Leurs eaux font
enfuite revenues avec autant de rapidité que d'abondance.
Les Maures qui bloquent cette ville , épouvantés
par le tremblement , s'étoient réfugiés
dans l'intérieur des terres. Ils font revenus dans
leur camp , depuis que leur premiere terreur eſt
diffipée.
On mande de Tanger , que de même qu'ici ,
pendant le tremblement les fontaines ont tari , &
qu'enfuite elles ont donné une grande abondance
d'eau rouge comme du fang ; que la mer fur
la côte voisine a monté de cinquante pieds , &
que fes eaux dans cette crue ont perdu prefque
toute leur amertume & toute leur falure.
DE BELEM , le 19 Décembre.
Les exemples de févérité étant néceffaires pour
réprimer les brigandages qui fe commettent journellement
dans ce Royaume , on a exécuté depuis
quinze jours plus de deux cens perfonnes
convaincues de différens délits . Quoique les tremblemens
de terre n'ayent pas entiérement ceffé ,
les & qu'il y ait eu encore le 11 une fecouffe ,
habitans de Lifbonne commencent à ſe remettre
เอา
Les
OL
D
C
FEVRIER. 1756. 215
T
de leur épouvante. Ils font occupés à chercher
dans les ruines de cette malheureufe ville ceux
de leurs effets , qui ont échappé à la voracité des
Hammes , & à l'avidité des voleurs . Il regne quantité
de maladies cauſées par la rigueur de la faifon,
& par les autres incommodités auxquelles
les riches comme les pauvres , ont été exposés
dans le défaftre général. Sa Majesté ne s'eft point
encore expliquée , & elle feroit rebâtir Lisbonne ,
ou fi elle fonderoit iei une nouvelle ville .
DE COMPOSTELLE , le 22 Novemb.
Cette ville n'a pas été exemte du fléau , qui a
caufé en plufieurs endroits tant de ravage ; mais
elle en a peu fouffert. Celle de la Corogne a
efluyé des allarmes plus confidérables. Voici la
copie d'une lettre écrite de ce port. « Le trem-
» blement de terre du premier de ce mois s'eft
» fait fentir ici d'une façon très -violente . Il a du-
» ré cinq minutes. Tous les édifices en ont été
» ébranlés ; cependant il n'y en a eu aucun de
>> renverfé . La mier pendant les fecouffes s'enfla
» prodigieufement. En plufieurs endroits elle Ra-
» roiffoit bouillonner. A midi elle monta telle-
» ment , qu'on ne l'avoit jamais vue à une pa-
» reille hauteur. Depuis une heure jufqu'à une
» heure & demie , elle monta & baiffa fept fois,
> On devoit avoir la baffe mer à fix heures du
» foir , à fept heures & demie on ne l'avoit pas
encore. Peu après la mer baiffa un tiers de plus
que dans les plus vives eaux. La pleine mer paroiffant
devoir venir à proportion , l'on crai-
» gnit que la ville ne fût fubmergée Les flux &
>> reflux ne cefferent que fur les dix heures du ma-
» tin du jour fuivant , que l'oude reprit enfin fon
» affiette ordinaire .
216 MERCURE DE FRANCE .
DE CADIX , le 14 Décembre.
A quelque diſtance de ce port on a découvert
depuis peu un rocher , qui juſqu'à préſent
n'avoit pas été apperçu des Navigateurs . On conjecture
qu'il a été formé par les effets du dernier
tremblement. Le vaiffeau de guerre Anglois le
Briſtol, en allant au devant d'une flotte qui
de Turquie , a heurté contre cet écueil. Ce bâtiment
a été obligé de relâcher ici pour réparer le
dommage qu'il a fouffert.
revient
DE MALAGA , le 10 Décembre.
On fentit le 27 du mois dernier à Cordoue une
fecoufle affez forte. Il y en eut une ici le 29.
Pendant plufieurs jours on a remarqué une agitation
extraordinaire dans les eaux.
DE CEUTA , le 24 Novembre.
Nous avons éprouvé le même tremblement ,
dont les lettres de Portugal rapportent des effets
fi funcftes. Le premier de ce mois , à dix heures
dix minutes du matin , nous eûmes une fecouffe
qui dura environ trente fecondes . Elle fut fuivie
peu après de quelques autres plus légeres , dont
la durée fut de trois minutes. Les fept pointes
du fommet de la montagnedes Sept Freres ont
paru s'élever & s'abaiffer , foit que ce mouvement
ait été réel , foit que ce n'ait été qu'une apparence
occafionnée dans les yeux des Spectateurs
par le propre mouvement de leurs corps.
La mer monta de la hauteur de fept pieds , & un
quart-d'heure après elle baiffa tellement , qu'il
refta quantité de barques & de poiffons à fec fur
le fable. Ces flux & feflux fe fuccéderent alternativement
jufqu'au lendemain matin ; mais à
deux heures après-midi ils commencerent à diminuer
par dégrés . Le 3 , à fept heures du matin ,
214 MERCURE DE FRANCE.
nous effuyâmes une nouvelle fecouffe affez vi
ve , mais très-courte. Il y en eut une légere le
4 , à deux heures après-midi. Les , à huit heures
un quart du foir , nouvelle fecouffle plus forte
que les deux précédentes. On en a eu encore
quelques- unes depuis le 6 jufqu'au 16. Le 17 , à
dix heures & demie du matin , on en reffentit
une autre plus confidérable , accompagnée d'une
horrible tempête . Pendant les fecoufles du premier
de ce mois , les fontaines de cette ville &
du château ont ceffé de couler. Leurs eaux font
enfuite revenues avec autant de rapidité que d'abondance.
Les Maures qui bloquent cette ville , épouvantés
par le tremblement , s'étoient réfugiés
dans l'intérieur des terres. Ils font revenus dans
leur camp , depuis que leur premiere terreur eſt
diffipée.
On mande de Tanger , que de même qu'ici ,
pendant le tremblement les fontaines ont tari , &
qu'enfuite elles ont donné une grande abondance
d'eau rouge comme du fang ; que la mer fur
la côte voisine a monté de cinquante pieds , &
que fes eaux dans cette crue ont perdu prefque
toute leur amertume & toute leur falure.
DE BELEM , le 19 Décembre.
Les exemples de févérité étant néceffaires pour
réprimer les brigandages qui fe commettent journellement
dans ce Royaume , on a exécuté depuis
quinze jours plus de deux cens perfonnes
convaincues de différens délits . Quoique les tremblemens
de terre n'ayent pas entiérement ceffé ,
les & qu'il y ait eu encore le 11 une fecouffe ,
habitans de Lifbonne commencent à ſe remettre
เอา
Les
OL
D
C
FEVRIER. 1756. 215
T
de leur épouvante. Ils font occupés à chercher
dans les ruines de cette malheureufe ville ceux
de leurs effets , qui ont échappé à la voracité des
Hammes , & à l'avidité des voleurs . Il regne quantité
de maladies cauſées par la rigueur de la faifon,
& par les autres incommodités auxquelles
les riches comme les pauvres , ont été exposés
dans le défaftre général. Sa Majesté ne s'eft point
encore expliquée , & elle feroit rebâtir Lisbonne ,
ou fi elle fonderoit iei une nouvelle ville .
DE COMPOSTELLE , le 22 Novemb.
Cette ville n'a pas été exemte du fléau , qui a
caufé en plufieurs endroits tant de ravage ; mais
elle en a peu fouffert. Celle de la Corogne a
efluyé des allarmes plus confidérables. Voici la
copie d'une lettre écrite de ce port. « Le trem-
» blement de terre du premier de ce mois s'eft
» fait fentir ici d'une façon très -violente . Il a du-
» ré cinq minutes. Tous les édifices en ont été
» ébranlés ; cependant il n'y en a eu aucun de
>> renverfé . La mier pendant les fecouffes s'enfla
» prodigieufement. En plufieurs endroits elle Ra-
» roiffoit bouillonner. A midi elle monta telle-
» ment , qu'on ne l'avoit jamais vue à une pa-
» reille hauteur. Depuis une heure jufqu'à une
» heure & demie , elle monta & baiffa fept fois,
> On devoit avoir la baffe mer à fix heures du
» foir , à fept heures & demie on ne l'avoit pas
encore. Peu après la mer baiffa un tiers de plus
que dans les plus vives eaux. La pleine mer paroiffant
devoir venir à proportion , l'on crai-
» gnit que la ville ne fût fubmergée Les flux &
>> reflux ne cefferent que fur les dix heures du ma-
» tin du jour fuivant , que l'oude reprit enfin fon
» affiette ordinaire .
216 MERCURE DE FRANCE .
DE CADIX , le 14 Décembre.
A quelque diſtance de ce port on a découvert
depuis peu un rocher , qui juſqu'à préſent
n'avoit pas été apperçu des Navigateurs . On conjecture
qu'il a été formé par les effets du dernier
tremblement. Le vaiffeau de guerre Anglois le
Briſtol, en allant au devant d'une flotte qui
de Turquie , a heurté contre cet écueil. Ce bâtiment
a été obligé de relâcher ici pour réparer le
dommage qu'il a fouffert.
revient
DE MALAGA , le 10 Décembre.
On fentit le 27 du mois dernier à Cordoue une
fecoufle affez forte. Il y en eut une ici le 29.
Pendant plufieurs jours on a remarqué une agitation
extraordinaire dans les eaux.
Fermer
Résumé : ESPAGNE.
Le 1er novembre, Ceuta a été frappée par un tremblement de terre d'environ trente secondes, suivi de secousses plus légères durant trois minutes. Les habitants ont observé des mouvements dans les montagnes et une montée de la mer de sept pieds, suivie d'un reflux laissant des barques échouées. Ces flux et reflux se sont succédé jusqu'au lendemain matin, diminuant progressivement. Des secousses ont continué jusqu'au 17 novembre, accompagnées d'une tempête. Pendant les secousses, les fontaines de la ville ont cessé de couler avant de revenir avec abondance. Les Maures, qui bloquaient la ville, se sont réfugiés à l'intérieur des terres avant de revenir. À Tanger, les fontaines ont également tari puis ont produit de l'eau rouge. La mer a monté de cinquante pieds, perdant son amertume et sa salure. À Lisbonne, malgré les tremblements persistants, les habitants commencent à se remettre de leur épouvante et cherchent leurs effets parmi les ruines. De nombreuses maladies sévissent en raison du froid et des autres inconvénients. Le roi n'a pas encore décidé s'il reconstruira Lisbonne ou fondera une nouvelle ville. À Compostelle, la ville a peu souffert du séisme, contrairement à La Corogne où le tremblement a duré cinq minutes, ébranlant les édifices sans en renverser. La mer a monté et baissé de manière inhabituelle, causant des inquiétudes de submersion. À Cadix, un nouveau rocher a été découvert, probablement formé par le tremblement, endommageant un vaisseau anglais. À Malaga, une secousse a été ressentie le 29 novembre, accompagnée d'une agitation extraordinaire des eaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
755
p. 216-217
ITALIE.
Début :
Depuis trois semaines on a essuyé dans toute la partie méridionale de [...]
Mots clefs :
Naples, Rome, Milan, Orages violents, Découverte archéologique, Tremblement de terre, Dégâts, Incendie, Guerre Tunis - Alger
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI
E.
DE NAPLES , le 6 Décembre.
Depuis trois ſemaines on a effuyé dans toute
la partie méridionale de l'Italie des orages auffi
fréquens que violens , qui ont caufe de grands
dommages , tant à la campagne que dans les villes
,& beaucoup de naufrages fur les côtes.
DE ROME , le 16 Décembre.
avec
En creufant la terre près d'Orte , on a trouvé
un chandelier de la hauteur d'un homme ,
un grand piedeſtal en forme de pupitre . Ce chandelier
eft d'un métal de compoſition. Sa Sainteté
a ordonné de fouiller dans l'endroit d'où l'on a
tiré cette antiquité , pour voir ſi l'on n'en découvrira
pas quelques autres,
DE
FEVRIER. 1756. 217
DE MILAN , le 26 Décembre.
1 2
Le tremblement de terre qu'on a fenti ici le
de ce mois , a été plus effrayant que celui du premier
Novembre. La bibliothéque Ambrofienne a
éprouvé de fi rudes fecouffes , qu'on l'a crue fur
le point d'être renversée. Les murs du Collége
de Breve ont été confidérablement ébranlés , & la
façade de la falle des exercices publics s'eft entr'-
ouverte.
Le feu a pris ici le 28 du mois dernier , &
tout le quartier de la porte du Tefin a été confumé
par les flammes. Diverfes lettres affurent
qu'il y a eu au Grand Caire un incendie encore
plus terrible. Que plus de fix mille maiſons ont
été brulées , & que la perte causée par cet embrafement
monte à vingt millions . Selon les nouvelles
des côtes de Barbarie , la guerre continue
vivement entre la Régence de Tunis & celle d'Alger.
La Régence de Tripoli s'eft jointe aux Tunifiens.
E.
DE NAPLES , le 6 Décembre.
Depuis trois ſemaines on a effuyé dans toute
la partie méridionale de l'Italie des orages auffi
fréquens que violens , qui ont caufe de grands
dommages , tant à la campagne que dans les villes
,& beaucoup de naufrages fur les côtes.
DE ROME , le 16 Décembre.
avec
En creufant la terre près d'Orte , on a trouvé
un chandelier de la hauteur d'un homme ,
un grand piedeſtal en forme de pupitre . Ce chandelier
eft d'un métal de compoſition. Sa Sainteté
a ordonné de fouiller dans l'endroit d'où l'on a
tiré cette antiquité , pour voir ſi l'on n'en découvrira
pas quelques autres,
DE
FEVRIER. 1756. 217
DE MILAN , le 26 Décembre.
1 2
Le tremblement de terre qu'on a fenti ici le
de ce mois , a été plus effrayant que celui du premier
Novembre. La bibliothéque Ambrofienne a
éprouvé de fi rudes fecouffes , qu'on l'a crue fur
le point d'être renversée. Les murs du Collége
de Breve ont été confidérablement ébranlés , & la
façade de la falle des exercices publics s'eft entr'-
ouverte.
Le feu a pris ici le 28 du mois dernier , &
tout le quartier de la porte du Tefin a été confumé
par les flammes. Diverfes lettres affurent
qu'il y a eu au Grand Caire un incendie encore
plus terrible. Que plus de fix mille maiſons ont
été brulées , & que la perte causée par cet embrafement
monte à vingt millions . Selon les nouvelles
des côtes de Barbarie , la guerre continue
vivement entre la Régence de Tunis & celle d'Alger.
La Régence de Tripoli s'eft jointe aux Tunifiens.
Fermer
Résumé : ITALIE.
En décembre 1755, l'Italie méridionale a subi des orages violents, provoquant des dommages dans les campagnes et les villes, ainsi que des naufrages sur les côtes. À Rome, une découverte archéologique a été réalisée près d'Orte, incluant un chandelier et un piédestal en métal. Le pape a ordonné des fouilles supplémentaires. À Milan, un tremblement de terre le 26 décembre a endommagé la bibliothèque Ambrosienne et le Collège de Brève, tandis qu'un incendie a ravagé le quartier de la porte du Tessin. Par ailleurs, un incendie au Grand Caire a détruit plus de six mille maisons, causant une perte estimée à vingt millions. Des combats intenses se poursuivaient entre les régences de Tunis, Alger et Tripoli sur les côtes de Barbarie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
756
p. 217-219
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
On a reçu avis qu'il y avoit eu à la Barbade, [...]
Mots clefs :
Londres, Comté de Hereford, Tremblement de terre, Dégâts, Colonies américaines, Soulèvement des amérindiens, Troubles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 15 Janvier.
On a reçu avis qu'il y avoit eu à la Barbade ;
à Antigoa , & dans la plupart des autres Illes fous
le Vent , une agitation dans les eaux , ſemblable
à celle qu'on a remarqué , en divers endroits de
l'Europe.
On écrit du village de Glonfow , près de la
Wye dans le Comté de Hereford , qu'on y a été
fort allarmé le 18 du mois dernier par une violente
fecouffe de tremblement de terre , accompagnée
d'un bruit fouterrein affreux , Environ à
cinq cens pas de ce village , un terrein de près
K
218 MERCURE DE FRANCE.
de deux arpens s'eft abîmé. Selon les lettres de la
nouvelle Angleterre , cette province n'a pas été
exemte du fléau qui a caufé tant de ravage en
Europe & en Afrique. Le 18 Novembre , la ville
de Bofton a fouffert plufieurs fecouffes , & il y eft
tombé un grand nombre de cheminées & de toits
de maifons . Pendant ce tremblement , les eaux
partout font montées fubitement de vingt pieds.
Le 6 Janvier , on expédia fept couriers
pour différentes Cours. Il s'eft tenu ces jours- ci
plufieurs Confeils . Le Gouvernement a reçu de la
Virginie , & de la nouvelle Ecoffe des dépêches
qui ont été tenues fecretes , ce qui fait juger
qu'elles ne font pas favorables. Quelques lettres
écrites de ces Colonies à digers particuliers , af
furent que les Sauvages y ont fait de grands ravages.
On a été inftruit par les mêmes avis , que
le 18 du mois de Novembre il y avoit eu de fortes
fecouffes de tremblement de terre à Philadelphie
& à la nouvelle York , ainsi qu'en d'autres
endroits de la côte de l'Amérique Septentrionale,
mais qu'elles n'avoient caufé aucun dommage
notable . Ces lettres confirment que les opérations
militaires des Généraux Johnſon & Shirley
font abfolument fufpendues. Depuis quelques
jours on a commencé la vente des marchandifes
fujettes à dépériffement , qui font à bord des
vaiffeaux pris fur les François. Elle fe fait en préfence
des principales perfonnes des équipages
de chaque bâtiment. On fait prendre aux Capitaines
un duplicata de la note des marchandifes ,
& du prix qu'elles font vendues . I eft décidé
que chaque Régiment de Dragons aura défor
mais un Efcadron de Huffards. Chaque Compagnie
des trois Régimens des Gardes à pied doit
être portée de foixante- dix hommes à quatrevingt-
dix.
FEVRIE R. 1756. 219
Les derniers avis qu'on a reçus de nos Colonies
ne font pas plus favorables que les précédens.
On parle de faire paffer quelques troupes
à la Virginie , & l'on affure que le Roi a envoyé
ordre de lever plufieurs nouveaux Régimens
dans l'Amérique Septentrionale.
DE LONDRES , le 15 Janvier.
On a reçu avis qu'il y avoit eu à la Barbade ;
à Antigoa , & dans la plupart des autres Illes fous
le Vent , une agitation dans les eaux , ſemblable
à celle qu'on a remarqué , en divers endroits de
l'Europe.
On écrit du village de Glonfow , près de la
Wye dans le Comté de Hereford , qu'on y a été
fort allarmé le 18 du mois dernier par une violente
fecouffe de tremblement de terre , accompagnée
d'un bruit fouterrein affreux , Environ à
cinq cens pas de ce village , un terrein de près
K
218 MERCURE DE FRANCE.
de deux arpens s'eft abîmé. Selon les lettres de la
nouvelle Angleterre , cette province n'a pas été
exemte du fléau qui a caufé tant de ravage en
Europe & en Afrique. Le 18 Novembre , la ville
de Bofton a fouffert plufieurs fecouffes , & il y eft
tombé un grand nombre de cheminées & de toits
de maifons . Pendant ce tremblement , les eaux
partout font montées fubitement de vingt pieds.
Le 6 Janvier , on expédia fept couriers
pour différentes Cours. Il s'eft tenu ces jours- ci
plufieurs Confeils . Le Gouvernement a reçu de la
Virginie , & de la nouvelle Ecoffe des dépêches
qui ont été tenues fecretes , ce qui fait juger
qu'elles ne font pas favorables. Quelques lettres
écrites de ces Colonies à digers particuliers , af
furent que les Sauvages y ont fait de grands ravages.
On a été inftruit par les mêmes avis , que
le 18 du mois de Novembre il y avoit eu de fortes
fecouffes de tremblement de terre à Philadelphie
& à la nouvelle York , ainsi qu'en d'autres
endroits de la côte de l'Amérique Septentrionale,
mais qu'elles n'avoient caufé aucun dommage
notable . Ces lettres confirment que les opérations
militaires des Généraux Johnſon & Shirley
font abfolument fufpendues. Depuis quelques
jours on a commencé la vente des marchandifes
fujettes à dépériffement , qui font à bord des
vaiffeaux pris fur les François. Elle fe fait en préfence
des principales perfonnes des équipages
de chaque bâtiment. On fait prendre aux Capitaines
un duplicata de la note des marchandifes ,
& du prix qu'elles font vendues . I eft décidé
que chaque Régiment de Dragons aura défor
mais un Efcadron de Huffards. Chaque Compagnie
des trois Régimens des Gardes à pied doit
être portée de foixante- dix hommes à quatrevingt-
dix.
FEVRIE R. 1756. 219
Les derniers avis qu'on a reçus de nos Colonies
ne font pas plus favorables que les précédens.
On parle de faire paffer quelques troupes
à la Virginie , & l'on affure que le Roi a envoyé
ordre de lever plufieurs nouveaux Régimens
dans l'Amérique Septentrionale.
Fermer
Résumé : GRANDE-BRETAGNE.
En janvier 1756, des phénomènes naturels et des troubles ont été observés en Grande-Bretagne et dans ses colonies. Des agitations dans les eaux ont été notées à la Barbade, Antigua et d'autres îles des Caraïbes, ainsi qu'en Europe. Le 18 décembre, un violent tremblement de terre a frappé Glonfow, près de la Wye, causant l'effondrement d'un terrain. En Nouvelle-Angleterre, Boston a subi plusieurs secousses le 18 novembre, entraînant la chute de cheminées et de toits, ainsi qu'une montée subite des eaux. Des dépêches secrètes de Virginie et de Nouvelle-Écosse signalent des raids de Sauvages causant des ravages. Des tremblements de terre ont également été signalés à Philadelphie, New York et d'autres lieux de la côte américaine, sans dommages notables. Les opérations militaires des généraux Johnson et Shirley sont suspendues. La vente des marchandises saisies sur des vaisseaux français a commencé, avec des procédures spécifiques pour les capitaines. Chaque régiment de dragons recevra un escadron de hussards, et les compagnies des trois régiments des Gardes à pied passeront de soixante-dix à quatre-vingt-dix hommes. Les dernières nouvelles des colonies restent défavorables, avec des plans de déploiement de troupes en Virginie et de levée de nouveaux régiments en Amérique du Nord.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
757
p. 219-222
LETTRE à l'Auteur du Mercure, par M. l'Abbé Moreilhon, Prêtre, Docteur en Théologie, Curé de Portet, Jurvielle, & Pobeau, Diocèse de Commenges.
Début :
Un étrange phénomene, Monsieur, a répandu l'effroi dans ce coin de l'Univers. [...]
Mots clefs :
Tremblement de terre, Jurvielle, Eau rouge, Prodige, Fontaines, Couleur de l'eau, Phénomène mystérieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure, par M. l'Abbé Moreilhon, Prêtre, Docteur en Théologie, Curé de Portet, Jurvielle, & Pobeau, Diocèse de Commenges.
LETTRE à l'Auteur du Mercure , par M.
l'Abbé Moreilhon , Prêtre , Docteur en
Théologie , Curé de Portet , Jurvielle , &
Pobean , Diocèfe de Commenges.
UN étrange phénomene , Monfieut , a répandu
l'effroi dans ce coin de l'Univers. Il pourra
mériter l'attention du Public , fi vous daignez
P'expofer à fes yeux dans un de vos recueils périodiques.
Le premier de ce mois , un vieux Paſteur con
duifit fes moutons dans la prairie de Jurvielle.
C'est un petit Bourg fitué à l'extrêmité de la vallée
de Larbouft , dans la Généralité d'Auch ,
tout au pied des Pyrenées. Vers les onze heures
du matin , ce Berger s'aflit auprès d'une fontaine
où il avoit accoutumé de faire fes champêtres repas.
Il avoit déja bu de cette eau pure dans le
creux de fa main , lorfqu'il vit tout- à -coup fa
Cource fe troubler , au point qu'il la crut changée
en fots de fang.
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
Effrayé du fpectacle il fuit d'un lieu qui avoit
fait jufqu'alors fes plus cheres délices ; mais à
peine a -t'il fait quelque pas , que le ruiffeau qui
ferpente dans le vallon , lui préfente un femblable
prodige. Il appelle d'autres Paſteurs. Des
cris mêlés de gémiflemens fe font entendre au
loin . Un peuple nombreux accourt au bord du
Ruiffeau. On crie de plus en plus au miracle. La
crainte redouble à chaque inftant , & l'allarme
vint me troubler dans les fonctions du faint miniftere
dont j'étois occupé.
Je voulois me convaincre par moi - même du
fujet de la terreur publique. J'allai fur les lieux
& je vis qu'on ne m'en avoit point impofé. Les
caux du ruiffeau étoient d'une couleur parfaitement
reffemblante à celle d'un fang livide . Je
remontai à la fource , & par la verification exacte
que j'en fis , je trouvai le long du vallon quatre
fontaines qui avoient fouffert le même changement.
Non feulement le cryſtal de leurs eaux ne
préfentoit plus fa tranfparence ordinaire , mais
leur goût & leur odeur étoient aufli changée ;
& dans le courant cette liqueur dépofoit une efpece
de limon , tel que le mar du caffé au
clair.
Ce n'eft pas tout. L'émotion populaire me
rendit témoin d'un autre prodige ; tandis que
les quatre fources dont j'ai parlé , avoient pris
une couleur rouge en coulant. de l'Ouestau Sud,
ily en a deux du côté de ce même vallon , dont
les eaux étoient blanches , comme fi l'on y avoir'
détrempé du plâtre. Je continuai mes obferva-"
tions vis- à- vis de ces fontaines qui coulent duNord
at Sud. Après les avoir examinées je trouvai que
cette cau fentoit la vafe , & que les parties craffes
qu'elle entraînoit , étoient de la véritable argille ,
FEVRIER. 1756. 221
Je m'informai fi l'on n'avoit jamais vu un pareil
changement dans ces fontaines , & des perfonnes
âgées de quatre-vingts ans me certifierent qu'elles
n'avoient point vu , ni même oui dire , que
la diverfité des faifons eût produit dans ces fources
la moindre altération. Le tems étoit affez ferein
, & mes foins ne me mirent point à même
de foupçonner quelque caufe extérieure qui eût
trait à cet événement .
Pendant environ fix heures , le changement de
couleur dans ces différentes fontaines fut toujours
au même dégré , fans qu'il furvînt aucune altération
dans plus de vingt fources qui fe trouvent
au-deffus , au- deffous , & à côté , dans l'efpace
d'environ demi - quart de lieue que, contient le
vallon de Jurvielle. Dans la nuit , le prodige diminua
, & vers les huit heures du lendemain matin
les fontaines furent parfaitement rétablies dans
leur étát naturel.
J'avois auguré qu'un tremblement de terre ou
des feux fouterreins avoient pu occafionner le
prétendu miracle. Mes conjectures fe font , à mon
avis , trouvées plus vraisemblables , lorfque les
nouvelles publiques ont annoncé les ravages arrivés
par le tremblement de terre qui a eu lieu
le même jour , premier Novembre à Sévile , à
Cadix, à Salamanque, à Ségovie, à Carthagene, à
Valence , à Bilbao , & furtout à Liſbonne.
Mais comment les fecouffes de la terre ébranlée
à l'embouchure du Tage & du Guadalquivir ,
ont- elles pu troubler des fontaines fituées à quatre
cens lieues de diftance ? Quand le tremblement
de terre auroit été encore plus violent &
plus étendu dans les provinces voifines du détroit
de Gibraltar , fe feroit-il communiqué jufqu'à
P'extrémité de la Gafcogne : Les Pyrenées ne font
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
ils pas une barriere fuffifante pour y mettre obf
tacle ? La communication a - t'elle pu fe faire
dans deux heures de tems, puifque le tremblement
a commencé dans Lifbonne à neuf heures, & qu'ici
les fources ont changé de couleur à onze heures
du matin D'où vient la teinture rouge des quatre
fontaines , & la couleur blanche des deux autres
fources dont j'ai parlé , fi les feux fouterreins,
la crue de la mer , ou l'ébranlement de la terre en
font la véritable cauſe D'où vient que les fontaines
voisines font demeurées dans leur état naturel ?
Ne pourroit-on pas dire , en adoptant l'opinion
commune , fur l'origine des fontaines , que celles-
ci tirent leur fource d'un grand refervoir , où
il s'eft fait quelque éboulement qui a communiqué
à l'eau la différente couleur , felon la différente
qualité du terrein ? Les fonctions rédoutables
dont je fuis furchargé , me rendent depuis
long tems étranger à la Philofophie. Je n'ai donc
garde de prévenir le jugement des Sçavans fur
les queftions propofées. Je me fuis borné à conftater
les faits avec exactitude , & je me contente
de les expofer avec fimplicité .
*
4
J'ai l'honneur d'être , &c.
Ce 20 Novembre 1755.
l'Abbé Moreilhon , Prêtre , Docteur en
Théologie , Curé de Portet , Jurvielle , &
Pobean , Diocèfe de Commenges.
UN étrange phénomene , Monfieut , a répandu
l'effroi dans ce coin de l'Univers. Il pourra
mériter l'attention du Public , fi vous daignez
P'expofer à fes yeux dans un de vos recueils périodiques.
Le premier de ce mois , un vieux Paſteur con
duifit fes moutons dans la prairie de Jurvielle.
C'est un petit Bourg fitué à l'extrêmité de la vallée
de Larbouft , dans la Généralité d'Auch ,
tout au pied des Pyrenées. Vers les onze heures
du matin , ce Berger s'aflit auprès d'une fontaine
où il avoit accoutumé de faire fes champêtres repas.
Il avoit déja bu de cette eau pure dans le
creux de fa main , lorfqu'il vit tout- à -coup fa
Cource fe troubler , au point qu'il la crut changée
en fots de fang.
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
Effrayé du fpectacle il fuit d'un lieu qui avoit
fait jufqu'alors fes plus cheres délices ; mais à
peine a -t'il fait quelque pas , que le ruiffeau qui
ferpente dans le vallon , lui préfente un femblable
prodige. Il appelle d'autres Paſteurs. Des
cris mêlés de gémiflemens fe font entendre au
loin . Un peuple nombreux accourt au bord du
Ruiffeau. On crie de plus en plus au miracle. La
crainte redouble à chaque inftant , & l'allarme
vint me troubler dans les fonctions du faint miniftere
dont j'étois occupé.
Je voulois me convaincre par moi - même du
fujet de la terreur publique. J'allai fur les lieux
& je vis qu'on ne m'en avoit point impofé. Les
caux du ruiffeau étoient d'une couleur parfaitement
reffemblante à celle d'un fang livide . Je
remontai à la fource , & par la verification exacte
que j'en fis , je trouvai le long du vallon quatre
fontaines qui avoient fouffert le même changement.
Non feulement le cryſtal de leurs eaux ne
préfentoit plus fa tranfparence ordinaire , mais
leur goût & leur odeur étoient aufli changée ;
& dans le courant cette liqueur dépofoit une efpece
de limon , tel que le mar du caffé au
clair.
Ce n'eft pas tout. L'émotion populaire me
rendit témoin d'un autre prodige ; tandis que
les quatre fources dont j'ai parlé , avoient pris
une couleur rouge en coulant. de l'Ouestau Sud,
ily en a deux du côté de ce même vallon , dont
les eaux étoient blanches , comme fi l'on y avoir'
détrempé du plâtre. Je continuai mes obferva-"
tions vis- à- vis de ces fontaines qui coulent duNord
at Sud. Après les avoir examinées je trouvai que
cette cau fentoit la vafe , & que les parties craffes
qu'elle entraînoit , étoient de la véritable argille ,
FEVRIER. 1756. 221
Je m'informai fi l'on n'avoit jamais vu un pareil
changement dans ces fontaines , & des perfonnes
âgées de quatre-vingts ans me certifierent qu'elles
n'avoient point vu , ni même oui dire , que
la diverfité des faifons eût produit dans ces fources
la moindre altération. Le tems étoit affez ferein
, & mes foins ne me mirent point à même
de foupçonner quelque caufe extérieure qui eût
trait à cet événement .
Pendant environ fix heures , le changement de
couleur dans ces différentes fontaines fut toujours
au même dégré , fans qu'il furvînt aucune altération
dans plus de vingt fources qui fe trouvent
au-deffus , au- deffous , & à côté , dans l'efpace
d'environ demi - quart de lieue que, contient le
vallon de Jurvielle. Dans la nuit , le prodige diminua
, & vers les huit heures du lendemain matin
les fontaines furent parfaitement rétablies dans
leur étát naturel.
J'avois auguré qu'un tremblement de terre ou
des feux fouterreins avoient pu occafionner le
prétendu miracle. Mes conjectures fe font , à mon
avis , trouvées plus vraisemblables , lorfque les
nouvelles publiques ont annoncé les ravages arrivés
par le tremblement de terre qui a eu lieu
le même jour , premier Novembre à Sévile , à
Cadix, à Salamanque, à Ségovie, à Carthagene, à
Valence , à Bilbao , & furtout à Liſbonne.
Mais comment les fecouffes de la terre ébranlée
à l'embouchure du Tage & du Guadalquivir ,
ont- elles pu troubler des fontaines fituées à quatre
cens lieues de diftance ? Quand le tremblement
de terre auroit été encore plus violent &
plus étendu dans les provinces voifines du détroit
de Gibraltar , fe feroit-il communiqué jufqu'à
P'extrémité de la Gafcogne : Les Pyrenées ne font
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
ils pas une barriere fuffifante pour y mettre obf
tacle ? La communication a - t'elle pu fe faire
dans deux heures de tems, puifque le tremblement
a commencé dans Lifbonne à neuf heures, & qu'ici
les fources ont changé de couleur à onze heures
du matin D'où vient la teinture rouge des quatre
fontaines , & la couleur blanche des deux autres
fources dont j'ai parlé , fi les feux fouterreins,
la crue de la mer , ou l'ébranlement de la terre en
font la véritable cauſe D'où vient que les fontaines
voisines font demeurées dans leur état naturel ?
Ne pourroit-on pas dire , en adoptant l'opinion
commune , fur l'origine des fontaines , que celles-
ci tirent leur fource d'un grand refervoir , où
il s'eft fait quelque éboulement qui a communiqué
à l'eau la différente couleur , felon la différente
qualité du terrein ? Les fonctions rédoutables
dont je fuis furchargé , me rendent depuis
long tems étranger à la Philofophie. Je n'ai donc
garde de prévenir le jugement des Sçavans fur
les queftions propofées. Je me fuis borné à conftater
les faits avec exactitude , & je me contente
de les expofer avec fimplicité .
*
4
J'ai l'honneur d'être , &c.
Ce 20 Novembre 1755.
Fermer
Résumé : LETTRE à l'Auteur du Mercure, par M. l'Abbé Moreilhon, Prêtre, Docteur en Théologie, Curé de Portet, Jurvielle, & Pobeau, Diocèse de Commenges.
Le 1er novembre 1755, un événement inhabituel s'est produit à Jurvielle, un petit bourg situé à l'extrémité de la vallée de Larbouf, près des Pyrénées. Vers onze heures du matin, un berger a observé que l'eau de la fontaine où il se trouvait avait subitement changé d'apparence, devenant semblable à des flots de sang. Ce phénomène s'est également manifesté dans le ruisseau voisin, provoquant l'effroi des habitants. L'abbé Moreilhon, curé de Portet, Jurvielle et Pobean, s'est rendu sur place et a constaté que quatre fontaines du vallon avaient changé de couleur. Certaines prenaient une teinte rouge, tandis que d'autres devenaient blanches. L'eau avait également un goût et une odeur altérés, et déposait un limon semblable à celui du marc de café. Ce phénomène a duré environ six heures avant de disparaître complètement le lendemain matin. L'abbé Moreilhon a émis plusieurs hypothèses pour expliquer ce phénomène. Il a d'abord envisagé un tremblement de terre ou des feux souterrains, mais les distances et les délais rendaient cette explication improbable. Il a ensuite suggéré que les fontaines pourraient tirer leur eau d'un réservoir souterrain où un éboulement aurait modifié la couleur de l'eau. L'abbé Moreilhon s'est limité à constater les faits avec exactitude et les a exposés simplement, sans interprétation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
758
p. 226-227
DU NORD.
Début :
On n'apprend poin que les derniers tremblemens ayant causé de dommages dans aucune Ville [...]
Mots clefs :
Copenhague, Trondheim, Tremblement de terre, Agitation des eaux, Dégâts, Petite vérole, Malades, Inoculation de la petite vérole sur des enfants, Guérison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DU NORD.
DU NORD.
DE COPPENHAGUE, le 8 Janvier.
On n'apprend point que les derniers tremble.
mens ayent caufé de dommages dans aucune Ville
de Danemarck. Les effets produits par les fecouffes
ont été beaucoup moins fenfibles fur terre ,
que fur les eaux. Celles d'un Lac du Comté de
Laurvig ont éprouvé une agitation extraordinaire.
Les liens d'un train de bois de charpente
fe font rompus , & tout le bois a été difperfé.
Quelques barques ont été jettées fur le rivage ,
mais une feule a été fubmergée par les flots.
DE DRONTHEIM , le 16 Janvier.
La petite vérole ayant fait ici beaucoup de ravage
l'année derniere , M. Wachsmuth , Chirurgien
, a cru rendre fervice à cette Ville , en y introduifant
l'ufage de l'inoculation . Il en a fair
l'effai fur un de les enfans , âgé de deux ans. Cette
premiere expérience ayant réuffi , on en aten¬
MAR S. 17565 227
té plufieurs autres . Elles ont eu toutes un égal
fuccès , & il y a déja eu quarante enfans inoculés
. Un jeune homme de vingt- deux ans , ne fe
fouvenant pas s'il avoit eu la petite vérole , fe
l'eft fait donner par la même méthode . L'inocu
lation n'a produit aucun effet , & le jeune homme
n'en a point été incommodé .
DE COPPENHAGUE, le 8 Janvier.
On n'apprend point que les derniers tremble.
mens ayent caufé de dommages dans aucune Ville
de Danemarck. Les effets produits par les fecouffes
ont été beaucoup moins fenfibles fur terre ,
que fur les eaux. Celles d'un Lac du Comté de
Laurvig ont éprouvé une agitation extraordinaire.
Les liens d'un train de bois de charpente
fe font rompus , & tout le bois a été difperfé.
Quelques barques ont été jettées fur le rivage ,
mais une feule a été fubmergée par les flots.
DE DRONTHEIM , le 16 Janvier.
La petite vérole ayant fait ici beaucoup de ravage
l'année derniere , M. Wachsmuth , Chirurgien
, a cru rendre fervice à cette Ville , en y introduifant
l'ufage de l'inoculation . Il en a fair
l'effai fur un de les enfans , âgé de deux ans. Cette
premiere expérience ayant réuffi , on en aten¬
MAR S. 17565 227
té plufieurs autres . Elles ont eu toutes un égal
fuccès , & il y a déja eu quarante enfans inoculés
. Un jeune homme de vingt- deux ans , ne fe
fouvenant pas s'il avoit eu la petite vérole , fe
l'eft fait donner par la même méthode . L'inocu
lation n'a produit aucun effet , & le jeune homme
n'en a point été incommodé .
Fermer
Résumé : DU NORD.
En janvier 1756, des tremblements de terre ont eu lieu au Danemark et en Norvège. À Copenhague, ces secousses n'ont pas causé de dommages significatifs dans les villes danoises. Les effets ont été plus notables sur les eaux, notamment dans un lac du comté de Laurvig, où des liens d'un train de bois se sont rompus et des barques ont été jetées sur le rivage, une seule étant submergée. À Drontheim, la variole a causé de nombreux décès en 1755. Le chirurgien M. Wachsmuth a introduit l'inoculation pour prévenir la maladie. Après une première expérience réussie sur un enfant de deux ans, quarante autres enfants ont été inoculés avec succès. Un jeune homme de vingt-deux ans, incertain d'avoir déjà contracté la variole, s'est également fait inoculer sans effet secondaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
759
p. 227-228
ALLEMAGNE.
Début :
On apprend d'Erford, que la nuit du 13 au 14 de Janvier, [...]
Mots clefs :
Dresde, Hanovre, Cologne, Ouragan, Création d'un gouffre, Contrebande, Tabac, Capitation, Tremblement de terre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLE MÀ G N E.
DE DRESDE , le 2 Février.
On apprend d'Erford , que la nuit du 13 au 14
de Janvier , pendant un violent ouragan , la terre
s'eft entr'ouverte dans le village d'Ofermiffen , &
qu'il s'eft formé un gouffre , dont l'ouvertute a 33
pieds de diametre. Sa partie inférieure eft remplie
d'eau , & l'on n'a pu en trouver le fond avec une
corde de cinquante toifes de longueur.
On écrit de Bilvenfels , de Bavenſtein , d'Inwalde
& d'Altenbourg , qu'on y a effuyé diverſes
fecouffes de tremblement de terre , & que plufieurs
maiſons en ont été fortement ébranlées .
DE HANOVRE , le 28 Janvier.
Depuis l'arrivée du dernier courier que la Régence
a reçu de Londres , le bruit court qu'on fera
une réforme de quelques hommes par Compagnie
dans les troupes de cet Electorat . Comme
il eft extrêmement difficile d'empêcher la contrebande
du tabac , on penfe à fupprimer l'impoſition
établie ſur cette marchandiſe , & l'on y ſubftituera
une capitation modique , que payeront
toutes les perfonnes au deflus de l'âge de feize
ans .
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
DE COLOGNE , le 26 Janvier.
Ce matin , à trois heures cinquante - cinq minutes
, on a effuyé ici pendant fept ou huit fecondes
une legere fecouffe de tremblement de terre ,
dont la direction paroiffoit être de l'Ouest à l'Eft
DE DRESDE , le 2 Février.
On apprend d'Erford , que la nuit du 13 au 14
de Janvier , pendant un violent ouragan , la terre
s'eft entr'ouverte dans le village d'Ofermiffen , &
qu'il s'eft formé un gouffre , dont l'ouvertute a 33
pieds de diametre. Sa partie inférieure eft remplie
d'eau , & l'on n'a pu en trouver le fond avec une
corde de cinquante toifes de longueur.
On écrit de Bilvenfels , de Bavenſtein , d'Inwalde
& d'Altenbourg , qu'on y a effuyé diverſes
fecouffes de tremblement de terre , & que plufieurs
maiſons en ont été fortement ébranlées .
DE HANOVRE , le 28 Janvier.
Depuis l'arrivée du dernier courier que la Régence
a reçu de Londres , le bruit court qu'on fera
une réforme de quelques hommes par Compagnie
dans les troupes de cet Electorat . Comme
il eft extrêmement difficile d'empêcher la contrebande
du tabac , on penfe à fupprimer l'impoſition
établie ſur cette marchandiſe , & l'on y ſubftituera
une capitation modique , que payeront
toutes les perfonnes au deflus de l'âge de feize
ans .
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
DE COLOGNE , le 26 Janvier.
Ce matin , à trois heures cinquante - cinq minutes
, on a effuyé ici pendant fept ou huit fecondes
une legere fecouffe de tremblement de terre ,
dont la direction paroiffoit être de l'Ouest à l'Eft
Fermer
Résumé : ALLEMAGNE.
Le 2 février, des nouvelles d'Erfurt signalent la formation d'un gouffre à Ofermiffen la nuit du 13 au 14 janvier, durant un ouragan. Ce gouffre, d'un diamètre de 33 pieds et d'une profondeur supérieure à 50 toises, est rempli d'eau. Des secousses sismiques ont également été ressenties à Bilvenfels, Bavenstein, Inwalde et Altenbourg, provoquant des ébranlements dans plusieurs maisons. Le 28 janvier, des rumeurs à Hanovre évoquent une possible réforme des troupes et la suppression de l'imposition sur le tabac, remplacée par une capitation modique pour les personnes âgées de plus de 12 ans. Le 26 janvier, une légère secousse sismique a été ressentie à Cologne pendant sept ou huit secondes, allant de l'Ouest à l'Est.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
760
p. 228-229
ESPAGNE.
Début :
Il y eut le 21 Décembre une nouvelle secousse de tremblement [...]
Mots clefs :
Belém, Ancône, Tremblement de terre, Incendie, Dégâts, Recherche d'asile, Victimes, Désastre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
DE BELEM , le 10 Janvier.
Il y eut le 21 Décembre une nouvelle fecouffe
de tremblement de terre. L'Hôtel qu'occupe ici
le Comte d'Aranda , Ambaffadeur Extraordinaire
du Roi d'Espagne , fut confidérablement ébranlé.
Pour comble de malheur , le feu prit fubitement
au rez de chauffée & au premier étage avec une
telle violence , que l'Ambaffadeur & plufieurs de
fes Domeftiques coururent rifque d'être la proie
des flamines . Le Comte d'Aranda, en voulant ſauvet
une caffette où étoient fes papiers les plus importans
, a eu la main droite brûlée . Plusieurs des
édifices , qui étoient reſtés ſur pied à Liſbonne ,
ont été totalement détruits. Le Tage a fubmer
gé prefque entiérement le territoire de la Ville
ruinée. Par-là on a perdu en partie l'efpérance
de retirer de deffous les décombres les richeſſes
qui s'y trouvent ensevelies. Il eſt difficile de peindre
la défolation , dans laquelle ce nouveau défaftre
a jetté les efprits . Le découragement augmente
à tel point , qu'il eft impoffible de faivre
aucunes mefures. Les villes de Portugal , ſituées
Près des frontieres de l'Espagne , ayant moins
fouffert que celles qui font fur la côte , regorgent
d'habitans qui font allés y chercher afyle.
Depuis la violente fecouffe du 21 Décembre ,
MARS.
1756.
& ceffe qui l'a fuivie le 25 , on n'a prefque point
229
paffé dejours fans en effuyer quelques- unes. Quoiqu'elles
foient légeres , elles tiennent ici tout le
monde dans
l'épouvante. On paffe l'hyver dans des
barraques ,ou fous des
tentes.Douze
Bataillons ont
forméun camp , & ils détachent
alternativement
des
patrouilles , pour
empêcher les Brigands de
troubler la
tranquillité publique. Il paroît que la
réfolution eft prife de rebâtir cette Capitale dans
fon même
emplacement. Les rues de la nouvelle
Liſbonne feront tirées au cordeau , & l'on donnera
aux places publiques une décoration réguliere . Sa
Majefté a pris de fi juftes mefures , qu'on ne croit
pas qu'elle faffe ufage des fommes qui lui ont été
envoyées ou offertes par diverfes Puiffances .
Selon les avis du
Royaume des Algarves , le
dé faftre n'y eft pas moins grand que das le Portugal.
Plufeurs Villes font en partie ruinées.
Quelques Bourgs font totalement détruits. La
mer fortie de fon lit , a inondé la largeur d'une
lieue de pays le long des côtes. La pointe du Cap
de la Baque s'eft
confidérablemeut
affaiffée.
La flotte deftinée pour
Fernambouc mit à la
voile le 4 Janvier. On lui a donné pour eſcorte
un vaiffeau Garde- Côte , parce que tous les magafins
de la Marine étant réduits en cendres , on
n'a pu équiper le vaiffeau de guerre qui devoit
la
convoyer.
D'AN CÔNE , le 23 Janvier.
Sur la fin du mois dernier , on eut ici deux fe
couffes de
tremblement de terre , qui furent peu
fenfibles. Le premier de ce mois , on en fentit une
plus confidérable. Elle n'a cependant caufé que
très peu de dommage. Il y eat les une légere fecouffe
à Rimini .
DE BELEM , le 10 Janvier.
Il y eut le 21 Décembre une nouvelle fecouffe
de tremblement de terre. L'Hôtel qu'occupe ici
le Comte d'Aranda , Ambaffadeur Extraordinaire
du Roi d'Espagne , fut confidérablement ébranlé.
Pour comble de malheur , le feu prit fubitement
au rez de chauffée & au premier étage avec une
telle violence , que l'Ambaffadeur & plufieurs de
fes Domeftiques coururent rifque d'être la proie
des flamines . Le Comte d'Aranda, en voulant ſauvet
une caffette où étoient fes papiers les plus importans
, a eu la main droite brûlée . Plusieurs des
édifices , qui étoient reſtés ſur pied à Liſbonne ,
ont été totalement détruits. Le Tage a fubmer
gé prefque entiérement le territoire de la Ville
ruinée. Par-là on a perdu en partie l'efpérance
de retirer de deffous les décombres les richeſſes
qui s'y trouvent ensevelies. Il eſt difficile de peindre
la défolation , dans laquelle ce nouveau défaftre
a jetté les efprits . Le découragement augmente
à tel point , qu'il eft impoffible de faivre
aucunes mefures. Les villes de Portugal , ſituées
Près des frontieres de l'Espagne , ayant moins
fouffert que celles qui font fur la côte , regorgent
d'habitans qui font allés y chercher afyle.
Depuis la violente fecouffe du 21 Décembre ,
MARS.
1756.
& ceffe qui l'a fuivie le 25 , on n'a prefque point
229
paffé dejours fans en effuyer quelques- unes. Quoiqu'elles
foient légeres , elles tiennent ici tout le
monde dans
l'épouvante. On paffe l'hyver dans des
barraques ,ou fous des
tentes.Douze
Bataillons ont
forméun camp , & ils détachent
alternativement
des
patrouilles , pour
empêcher les Brigands de
troubler la
tranquillité publique. Il paroît que la
réfolution eft prife de rebâtir cette Capitale dans
fon même
emplacement. Les rues de la nouvelle
Liſbonne feront tirées au cordeau , & l'on donnera
aux places publiques une décoration réguliere . Sa
Majefté a pris de fi juftes mefures , qu'on ne croit
pas qu'elle faffe ufage des fommes qui lui ont été
envoyées ou offertes par diverfes Puiffances .
Selon les avis du
Royaume des Algarves , le
dé faftre n'y eft pas moins grand que das le Portugal.
Plufeurs Villes font en partie ruinées.
Quelques Bourgs font totalement détruits. La
mer fortie de fon lit , a inondé la largeur d'une
lieue de pays le long des côtes. La pointe du Cap
de la Baque s'eft
confidérablemeut
affaiffée.
La flotte deftinée pour
Fernambouc mit à la
voile le 4 Janvier. On lui a donné pour eſcorte
un vaiffeau Garde- Côte , parce que tous les magafins
de la Marine étant réduits en cendres , on
n'a pu équiper le vaiffeau de guerre qui devoit
la
convoyer.
D'AN CÔNE , le 23 Janvier.
Sur la fin du mois dernier , on eut ici deux fe
couffes de
tremblement de terre , qui furent peu
fenfibles. Le premier de ce mois , on en fentit une
plus confidérable. Elle n'a cependant caufé que
très peu de dommage. Il y eat les une légere fecouffe
à Rimini .
Fermer
Résumé : ESPAGNE.
Le 21 décembre, un violent tremblement de terre a frappé Lisbonne, endommageant gravement l'hôtel du Comte d'Aranda, ambassadeur d'Espagne. Un incendie a blessé le comte à la main droite alors qu'il tentait de sauver des documents. De nombreux bâtiments ont été détruits, et le Tage a submergé une grande partie de la ville, rendant difficile la récupération des richesses ensevelies. La population, plongée dans le découragement, a du mal à mettre en place des mesures d'urgence. Les villes portugaises proches des frontières espagnoles accueillent les réfugiés. Depuis le 21 décembre, des secousses fréquentes, bien que légères, maintiennent la peur. Douze bataillons assurent la sécurité publique. Le roi du Portugal a décidé de reconstruire Lisbonne avec des rues et des places mieux planifiées. La flotte destinée à Fernambouc a quitté Lisbonne le 4 janvier, escortée par un vaisseau garde-côte en raison de la destruction des infrastructures navales. Le 23 janvier, des secousses ont été ressenties à Ancone et Rimini, causant peu de dommages.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
761
p. 221-223
ALLEMAGNE.
Début :
Une nouvelle secousse de tremblement de terre, qui s'est fait [...]
Mots clefs :
Prague, Berlin, Bonn, Tremblement de terre, Dégâts, Convention, Roi, Sa Majesté anglaise, Troubles, Amérique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
DE PRAGUE , le 4 Février.
UNB nouvelle fecouffe de tremblement de
terre , qui s'est fait fentir le 12 du mois dernier
en plufieurs endroits de la frontiere de ce Royaume,
a eu une fuite fâcheufe. Il a fallu fufpendie
le travail des mines , à caufe des eaux dont elles
fe font remplies , & des exhalaifons fulfureufes
dont les ouvriers fe font trouvés incommodés .
DE
BERLIN , le 14 Février.
Jufqu'ici on n'avoit eu que des copies infidelles
de la Convention conclue le mois dernier entre
le Roi & Sa Majefté Britannique. Voici les termes
dans lefquels cette Convention eft annoncée par
la Gazette de cette Ville. « Sa Majefté le Roi de
» Pruffe & Sa Majefté le Roi de la Grande- Breta-
>> gne , ayant mûrement confideré que les trou-
» bles qui fe font élevés depuis peu en Amérique ,
» pourroient facilement être étendus plus loin &
» même tranſportés en Europe ; les Hautes Puif-
>> fances Contractantes ayant d'ailleurs pris tou-
» jours fortement à coeur le falut & le bien être
» de l'Allemagne , leur patrie commune , & dé-
>> firant extrêmement d'y maintenir furtout la
paix & la tranquillité , Elles ont cru ne pouvoir
Kinj
222 MERCURE DE FRANCE.
>> mieux faire pour parvenir à un but auffi falu-
» taire , que d'arrêter entr'Elles & de faire figner
>> par leurs Miniftres le 16 Janvier , une Conven-
» tion, de Neutralité, regardant purement l'Alle-
>> magne , & ne tendant à l'offenfe de perfonne ;
» en vertu de laquelle Convention leurfdites Ma-
» jeftés fe font engagées réciproquement de ne
» pas permettre que des troupes étrangeres , de
quelque Nation qu'elles puiffent être en-
» traffent en Allemagne , ou y paffaffent auffi
long-tems que les fufdits troubles , & les fuites
» qui pourront en réfulter dureront ; mais de s'y
>> oppofer dans tous les cas le plus vigoureufe-
>> ment qu'il leur fera poffible , afin de garantir
» par- là l'Allemagne des inconvéniens d'une
» guerre funefte , de maintenir fes Loix fonda-
>> mentales & fes Conftitutions , & de la faire
>> jouir d'une paix non interrompue ; ce qui fait
l'unique objet de la Convention fufmentionnée.
» Leurs Majeftés le Roi de Pruffe & le Roi de la
» Grande-Bretagne , ayant au furplus faifi cette
» occafion favorable , pour applanir les différends
» qui ont fubfifté jufqu'à préfent entr'Elles , pår
» rapport au reftant des dettes hypothéquées for
» la Siléfie , & payables aux fujets de Sa Majefté
Britannique , auffi -bien qu'à l'égard d'un
» dédommagement à accorder aux fujets de Sa
» Majefté Pruffienne pour les pertes qu'ils ont
» faites far mer pendant la derniere guerre , lés
» deux Hautes Puiffances Contractantes ont heu-
>> reuſement terminé ces deux objets à leur fatis-
» faction réciproque ; de façon que l'arrêt mis il
» y a quelque tems fur lefdites dettes , fera levé
» auffi tôt que la ratification de Sa Majesté Britan-
» nique de la fufdite Convention de Neutralité
» pour l'Allemagne fera arrivée ici .
AVRIL. 1756 . 223
DE BONN , le 23 Février.
Le 18 , à huit heures fix minutes du matin , le
vent étant Sud- Oueft , & l'air légérement chargé ,
on effuya ici une fecouffe de tremblement de
terre , plus violente de beaucoup que celles des
26 & 27 Décembre & du 26 Janvier. Dans la
Ville de Cologne plus de cent cheminées font
tombées. Quelques maiſons ont été confidérablement
endommagées dans leurs murs & dans leur
charpente. Les Bateaux qui étoient fur le Rhin ,
ont éprouvé une agitation extraordinaire , & plufieurs
ont couru rifque de périr . Un peu avant
neuf heures & vingt minutes après , il y eut encore
deux autres fecouffes , Ce tremblement , à ce
qu'on apprend , s'eft fait auffi fentir à Paderborn ,
à Olnabruck , à Arenſberg , à Darmſtadt , à Wetzlar
, à Caffel , à Worms & à Manheim . Les lettres
de Liege confirment qu'il y a cauſé de grands
dommages. Elles marquent qu'entr'autres accidens
une malfe énorme de pierres s'eft détachée
d'une Tour de la Cathédrale , & a enfoncé les
planchers de plufieurs maiſons voifines.
DE PRAGUE , le 4 Février.
UNB nouvelle fecouffe de tremblement de
terre , qui s'est fait fentir le 12 du mois dernier
en plufieurs endroits de la frontiere de ce Royaume,
a eu une fuite fâcheufe. Il a fallu fufpendie
le travail des mines , à caufe des eaux dont elles
fe font remplies , & des exhalaifons fulfureufes
dont les ouvriers fe font trouvés incommodés .
DE
BERLIN , le 14 Février.
Jufqu'ici on n'avoit eu que des copies infidelles
de la Convention conclue le mois dernier entre
le Roi & Sa Majefté Britannique. Voici les termes
dans lefquels cette Convention eft annoncée par
la Gazette de cette Ville. « Sa Majefté le Roi de
» Pruffe & Sa Majefté le Roi de la Grande- Breta-
>> gne , ayant mûrement confideré que les trou-
» bles qui fe font élevés depuis peu en Amérique ,
» pourroient facilement être étendus plus loin &
» même tranſportés en Europe ; les Hautes Puif-
>> fances Contractantes ayant d'ailleurs pris tou-
» jours fortement à coeur le falut & le bien être
» de l'Allemagne , leur patrie commune , & dé-
>> firant extrêmement d'y maintenir furtout la
paix & la tranquillité , Elles ont cru ne pouvoir
Kinj
222 MERCURE DE FRANCE.
>> mieux faire pour parvenir à un but auffi falu-
» taire , que d'arrêter entr'Elles & de faire figner
>> par leurs Miniftres le 16 Janvier , une Conven-
» tion, de Neutralité, regardant purement l'Alle-
>> magne , & ne tendant à l'offenfe de perfonne ;
» en vertu de laquelle Convention leurfdites Ma-
» jeftés fe font engagées réciproquement de ne
» pas permettre que des troupes étrangeres , de
quelque Nation qu'elles puiffent être en-
» traffent en Allemagne , ou y paffaffent auffi
long-tems que les fufdits troubles , & les fuites
» qui pourront en réfulter dureront ; mais de s'y
>> oppofer dans tous les cas le plus vigoureufe-
>> ment qu'il leur fera poffible , afin de garantir
» par- là l'Allemagne des inconvéniens d'une
» guerre funefte , de maintenir fes Loix fonda-
>> mentales & fes Conftitutions , & de la faire
>> jouir d'une paix non interrompue ; ce qui fait
l'unique objet de la Convention fufmentionnée.
» Leurs Majeftés le Roi de Pruffe & le Roi de la
» Grande-Bretagne , ayant au furplus faifi cette
» occafion favorable , pour applanir les différends
» qui ont fubfifté jufqu'à préfent entr'Elles , pår
» rapport au reftant des dettes hypothéquées for
» la Siléfie , & payables aux fujets de Sa Majefté
Britannique , auffi -bien qu'à l'égard d'un
» dédommagement à accorder aux fujets de Sa
» Majefté Pruffienne pour les pertes qu'ils ont
» faites far mer pendant la derniere guerre , lés
» deux Hautes Puiffances Contractantes ont heu-
>> reuſement terminé ces deux objets à leur fatis-
» faction réciproque ; de façon que l'arrêt mis il
» y a quelque tems fur lefdites dettes , fera levé
» auffi tôt que la ratification de Sa Majesté Britan-
» nique de la fufdite Convention de Neutralité
» pour l'Allemagne fera arrivée ici .
AVRIL. 1756 . 223
DE BONN , le 23 Février.
Le 18 , à huit heures fix minutes du matin , le
vent étant Sud- Oueft , & l'air légérement chargé ,
on effuya ici une fecouffe de tremblement de
terre , plus violente de beaucoup que celles des
26 & 27 Décembre & du 26 Janvier. Dans la
Ville de Cologne plus de cent cheminées font
tombées. Quelques maiſons ont été confidérablement
endommagées dans leurs murs & dans leur
charpente. Les Bateaux qui étoient fur le Rhin ,
ont éprouvé une agitation extraordinaire , & plufieurs
ont couru rifque de périr . Un peu avant
neuf heures & vingt minutes après , il y eut encore
deux autres fecouffes , Ce tremblement , à ce
qu'on apprend , s'eft fait auffi fentir à Paderborn ,
à Olnabruck , à Arenſberg , à Darmſtadt , à Wetzlar
, à Caffel , à Worms & à Manheim . Les lettres
de Liege confirment qu'il y a cauſé de grands
dommages. Elles marquent qu'entr'autres accidens
une malfe énorme de pierres s'eft détachée
d'une Tour de la Cathédrale , & a enfoncé les
planchers de plufieurs maiſons voifines.
Fermer
Résumé : ALLEMAGNE.
Du 12 janvier au 18 février, plusieurs régions frontalières du Royaume de Prusse ont été touchées par des tremblements de terre, causant des dommages aux mines et aux bâtiments, et perturbant les activités sur le Rhin. Les secousses ont été ressenties à Bonn, Cologne, Liège, Paderborn, Osnabrück, Arnsberg, Darmstadt, Wetzlar, Cassel, Worms et Mannheim. Parallèlement, le 14 février, les termes de la Convention de neutralité entre le Roi de Prusse et le Roi de Grande-Bretagne ont été annoncés. Signée le 16 janvier, cette convention vise à maintenir la paix en Allemagne en empêchant le passage de troupes étrangères pendant les troubles en Amérique. Les deux monarques ont également réglé des différends concernant des dettes hypothéquées pour la Silésie et des dédommagements pour les pertes subies lors de la dernière guerre. La levée de l'arrêt sur ces dettes interviendra après la ratification de la convention par la Grande-Bretagne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
762
p. 223-225
ESPAGNE.
Début :
Dans le tems qu'on croyoit ce Royaume délivré du tremblement de terre, [...]
Mots clefs :
Belém, Oran, Tremblement de terre, Edifices détruits, Secours étrangers, Marchandises, Indemnités, Sa Majesté, Duc d'Aveyro, Tonnerre, Incendie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
DE BELEM , le 13 Février.
Dans le tems qu'on croyoit ce Royaume délivré
du tremblement de terre , on a effuyé ici de nouvelles
fecouffes. Elles ont été même affez fortes
pour renverser plufieurs des bâtimens que les
précédentes avoient épargnés à Liſbonne. L'Hôtel
du Comte de Refende , Grand Amiral de Portugal
, eft du nombre des édifices nouvellement
détruits.
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
Il eft arrivé d'Irlande dans le Tage cinq Navires
chargés de proviſions. On en attend un fixieme ,
qui a été équipé à Dublin. Le Vaiffeau de guerre
le Hamptoncourt , & les autres Bâtimens partis des
Ports d'Angleterre , n'ont pas encore paru . Le Roi
a ordonné que dans la diftribution des fecours
envoyés par la Grande - Bretagne , on pourvût
avant tout aux befoins des fujets de cette Puiffance
établis en Portugal. Pour fubvenir aux dépenfes
qu'exige la reconstruction de la Douane , du Magafin
des Indes & de celui de la Marine , on a
augmenté de quatre pour cent les droits impofés
fur les marchandifes étrangeres. Le fieur Caftres ,
Envoyé Extraordinaire de Sa Majefté Britannique,
a demandé que les Negocians Anglois fuffent
exemptés de payer ce nouveau droit .
Le Duc d'Aveyro , Grand Maître de la Maiſon
de Sa Majeſté , étant un des Seigneurs qui ont le
plus perdu dans le défaſtre général , le Roi lui a
accordé une indemnité de deux cens mille crufades.
Sa Majefté , animée des fentimens que les
calamités publiques ne pouvoient manquer de
lui infpirer , retranche fur fes plaifirs , afin d'être
plus en état de foulager les malheureux . Elle a
fait dire aux Muficiens Italiens qu'Elle avoit à fon
fervice , qu'ils pouvoient aller ailleurs tirer parti
de leurs talens .
D'ORAN , le 8 Novembre 1755 .
Le premier de ce mois avant le lever du foleil
il fe forma fur cette Ville un nuage épais , duquel
il fortit des flammes à diverſes repriſes . Au bout
d'une heure , ce nuage creva avec un horrible
bruit , & tout l'athmofphere fut inondé d'un déluge
de feu . Le tonnerre tomba fur la grande
AVRIL. 1756. 225
Eglife ,, perça le clocher , & frappa le Sonneur
fans le bleffer. Vers dix heures & un quart du
matin , plufieurs violentes fecouffes de tremblement
de terre augmenterent la frayeur dont chacun
étoit faifi . L'aiguille de la Tour de l'Eglife
des Francifcains fut abattue. La plupart des maifons
de la Ville & des environs ont été ébranlées
mais il n'y en a eu aucune de renversée .
DE BELEM , le 13 Février.
Dans le tems qu'on croyoit ce Royaume délivré
du tremblement de terre , on a effuyé ici de nouvelles
fecouffes. Elles ont été même affez fortes
pour renverser plufieurs des bâtimens que les
précédentes avoient épargnés à Liſbonne. L'Hôtel
du Comte de Refende , Grand Amiral de Portugal
, eft du nombre des édifices nouvellement
détruits.
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
Il eft arrivé d'Irlande dans le Tage cinq Navires
chargés de proviſions. On en attend un fixieme ,
qui a été équipé à Dublin. Le Vaiffeau de guerre
le Hamptoncourt , & les autres Bâtimens partis des
Ports d'Angleterre , n'ont pas encore paru . Le Roi
a ordonné que dans la diftribution des fecours
envoyés par la Grande - Bretagne , on pourvût
avant tout aux befoins des fujets de cette Puiffance
établis en Portugal. Pour fubvenir aux dépenfes
qu'exige la reconstruction de la Douane , du Magafin
des Indes & de celui de la Marine , on a
augmenté de quatre pour cent les droits impofés
fur les marchandifes étrangeres. Le fieur Caftres ,
Envoyé Extraordinaire de Sa Majefté Britannique,
a demandé que les Negocians Anglois fuffent
exemptés de payer ce nouveau droit .
Le Duc d'Aveyro , Grand Maître de la Maiſon
de Sa Majeſté , étant un des Seigneurs qui ont le
plus perdu dans le défaſtre général , le Roi lui a
accordé une indemnité de deux cens mille crufades.
Sa Majefté , animée des fentimens que les
calamités publiques ne pouvoient manquer de
lui infpirer , retranche fur fes plaifirs , afin d'être
plus en état de foulager les malheureux . Elle a
fait dire aux Muficiens Italiens qu'Elle avoit à fon
fervice , qu'ils pouvoient aller ailleurs tirer parti
de leurs talens .
D'ORAN , le 8 Novembre 1755 .
Le premier de ce mois avant le lever du foleil
il fe forma fur cette Ville un nuage épais , duquel
il fortit des flammes à diverſes repriſes . Au bout
d'une heure , ce nuage creva avec un horrible
bruit , & tout l'athmofphere fut inondé d'un déluge
de feu . Le tonnerre tomba fur la grande
AVRIL. 1756. 225
Eglife ,, perça le clocher , & frappa le Sonneur
fans le bleffer. Vers dix heures & un quart du
matin , plufieurs violentes fecouffes de tremblement
de terre augmenterent la frayeur dont chacun
étoit faifi . L'aiguille de la Tour de l'Eglife
des Francifcains fut abattue. La plupart des maifons
de la Ville & des environs ont été ébranlées
mais il n'y en a eu aucune de renversée .
Fermer
Résumé : ESPAGNE.
En 1755 et 1756, des événements significatifs ont eu lieu en Espagne et à Oran. À Lisbonne, après un tremblement de terre, de nouvelles secousses ont détruit plusieurs bâtiments, dont l'Hôtel du Comte de Resende, Grand Amiral de Portugal. Cinq navires irlandais chargés de provisions sont arrivés dans le Tage, avec un sixième attendu. Le roi a ordonné que les secours britanniques soient prioritairement distribués aux sujets britanniques établis au Portugal. Pour financer la reconstruction de la Douane, du Magasin des Indes et de celui de la Marine, les droits sur les marchandises étrangères ont été augmentés de quatre pour cent. Le sieur Castres, Envoyé Extraordinaire de Sa Majesté Britannique, a demandé l'exemption de ce nouveau droit pour les négociants anglais. Le Duc d'Aveyro, ayant subi de lourdes pertes, a reçu une indemnité de deux cents mille cruzades. Le roi a réduit ses dépenses personnelles pour aider les victimes. À Oran, le 1er novembre 1755, un nuage épais a libéré des flammes et un déluge de feu, suivi d'un tonnerre qui a frappé le clocher d'une église sans blesser le sonneur. Des secousses sismiques ont ensuite ébranlé les maisons sans en renverser aucune.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
763
p. 196-197
ESPAGNE.
Début :
On a reçu, au sujet des tremblements de terre qui ont détruit [...]
Mots clefs :
Madrid, Lisbonne, Tremblement de terre, Quito, Pérou, Décombres, Morts, Régiments, Sieur Castres, Droit sur les marchandises étrangères
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
E&SPAGNE.
DE MADRID , le 16 Mars.
On a reçu , au fujet des tremblemens de terre
qui ont détruit la ville de Quíto dans le Pérou ,
une Relation contenant les particularités fuivantes.
Le 26 Avril de l'année derniere , à huit
heures du matin , de violentes fecouffes donnerent
les premieres allarmes , & durerent trois
minutes. Peu après les fecouffes recommencerent
, mais avec moins de force ; elles fe fuccéderent
prefque fans interruption pendant le refte
de la matinée . Le 27 , à cinq heures après- midi ,
la fecouffe fut fi forte , que la plupart des Habitans
fortirent de la Ville , afin de n'être pas enfevelis
fous les ruines de leurs maifons . Entre
onze heures & minuit la terre trembla de nouveau
pendant cinq minutes . Après un court intervalle
on éprouva un nouveau tremblement
& l'on compta quatorze fecouffes confécutives.
Pendant toute la nuit les Eccléfiaftiques & les
Religieux furent occupés à exhorter & à confeffer
dans les rues & dans les places publiques . L'air
retentiffoit de plaintes & de gémiffemens . Le 28
fut l'époque fatale de la ruine de la Ville. On ne
peut fans horreur fe rappeller le fouvenir de cette
affreufe journée . Édifices publics , maifons particulieres
, tout s'écroula fucceffivement . A ce cruel
fpectacle , les Magiftrats firent ouvrir les prifons ,
& donnerent la liberté à toutes les perfonnes qui
n'étoient pas détenues pour des crimes capitaux.
Le Vicaire Général , en l'abſence de l'Evêque ,
donna permiffion aux Religieufes de quitter leur
clôture. Heureufement dans le commun défaftre ,
il n'a péri que 14 ou 15 perfonnes , tant vieillards
AVRIL 1756. no
1.97
que femmes & enfans. Tous les Habitans font
actuellement
difperfés dans la campagne ſous des
Tentes ou dans des Baraques. Le Gouverneur a
retiré dans ſa maiſon de campagne plus de fix cens
perfonnes , & il fournit aux frais de leur fubfiftance
. Depuis le 28 Avril jufqu'au 30 Mai que
cette Relation a été écrite , il s'eft paffé peu de
jours fans qu'on n'ait fenti quelque fecouffe.
DE LISBONNE , le 19 Février.
Le 19 Février au matin , on fentit encore ici
une nouvelle fecouffe de tremblement de terre ;
ellé dara près de trois minutes , & fa direction parut
être de l'Eft au Sud . Plufieurs Régimens d'Infanterie
, & celui de Dragons d'Evora , travaillent
à ouvrir des chemins à travers les ruines des mai
fons pour les voitures deftinées à enlever les décombres.
A l'exemple du fieur Caftres , Envoyé
Extraordinaire du Roi de la Grande- Bretagne , les
autres Miniftres Etrangers ont fait des repréfentations
au fujet de l'augmentation des droits établis
fur les marchandifes qui viennent du dehors .
DE MADRID , le 16 Mars.
On a reçu , au fujet des tremblemens de terre
qui ont détruit la ville de Quíto dans le Pérou ,
une Relation contenant les particularités fuivantes.
Le 26 Avril de l'année derniere , à huit
heures du matin , de violentes fecouffes donnerent
les premieres allarmes , & durerent trois
minutes. Peu après les fecouffes recommencerent
, mais avec moins de force ; elles fe fuccéderent
prefque fans interruption pendant le refte
de la matinée . Le 27 , à cinq heures après- midi ,
la fecouffe fut fi forte , que la plupart des Habitans
fortirent de la Ville , afin de n'être pas enfevelis
fous les ruines de leurs maifons . Entre
onze heures & minuit la terre trembla de nouveau
pendant cinq minutes . Après un court intervalle
on éprouva un nouveau tremblement
& l'on compta quatorze fecouffes confécutives.
Pendant toute la nuit les Eccléfiaftiques & les
Religieux furent occupés à exhorter & à confeffer
dans les rues & dans les places publiques . L'air
retentiffoit de plaintes & de gémiffemens . Le 28
fut l'époque fatale de la ruine de la Ville. On ne
peut fans horreur fe rappeller le fouvenir de cette
affreufe journée . Édifices publics , maifons particulieres
, tout s'écroula fucceffivement . A ce cruel
fpectacle , les Magiftrats firent ouvrir les prifons ,
& donnerent la liberté à toutes les perfonnes qui
n'étoient pas détenues pour des crimes capitaux.
Le Vicaire Général , en l'abſence de l'Evêque ,
donna permiffion aux Religieufes de quitter leur
clôture. Heureufement dans le commun défaftre ,
il n'a péri que 14 ou 15 perfonnes , tant vieillards
AVRIL 1756. no
1.97
que femmes & enfans. Tous les Habitans font
actuellement
difperfés dans la campagne ſous des
Tentes ou dans des Baraques. Le Gouverneur a
retiré dans ſa maiſon de campagne plus de fix cens
perfonnes , & il fournit aux frais de leur fubfiftance
. Depuis le 28 Avril jufqu'au 30 Mai que
cette Relation a été écrite , il s'eft paffé peu de
jours fans qu'on n'ait fenti quelque fecouffe.
DE LISBONNE , le 19 Février.
Le 19 Février au matin , on fentit encore ici
une nouvelle fecouffe de tremblement de terre ;
ellé dara près de trois minutes , & fa direction parut
être de l'Eft au Sud . Plufieurs Régimens d'Infanterie
, & celui de Dragons d'Evora , travaillent
à ouvrir des chemins à travers les ruines des mai
fons pour les voitures deftinées à enlever les décombres.
A l'exemple du fieur Caftres , Envoyé
Extraordinaire du Roi de la Grande- Bretagne , les
autres Miniftres Etrangers ont fait des repréfentations
au fujet de l'augmentation des droits établis
fur les marchandifes qui viennent du dehors .
Fermer
Résumé : ESPAGNE.
Le 26 avril de l'année précédente, Quito, au Pérou, a été ravagée par des tremblements de terre. À huit heures du matin, des secousses violentes ont duré trois minutes, suivies de mouvements sismiques continus jusqu'à l'après-midi. Le 27 avril, une forte secousse a poussé les habitants à fuir la ville. Entre onze heures et minuit, la terre a tremblé à nouveau pendant cinq minutes, avec quatorze secousses consécutives. Les ecclésiastiques ont passé la nuit à réconforter les habitants. Le 28 avril, la ville était entièrement détruite, entraînant la libération des prisonniers non capitaux et la permission pour les religieuses de quitter leur cloître. Seules 14 ou 15 personnes, principalement des vieillards, femmes et enfants, ont péri. Les habitants se sont dispersés dans la campagne sous des tentes ou dans des baraques. Le gouverneur a accueilli plus de six cents personnes dans sa maison de campagne. Des secousses ont continué à être ressenties jusqu'au 30 mai. À Lisbonne, le 19 février, une nouvelle secousse a été ressentie pendant près de trois minutes. Les régiments d'infanterie et de dragons ont travaillé à dégager les ruines. Les ministres étrangers ont protesté contre l'augmentation des droits sur les marchandises étrangères.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
764
p. 250-256
« Le 4 Avril, M. le Marquis de Paulmy, Secretaire d'Etat au [...] »
Début :
Le 4 Avril, M. le Marquis de Paulmy, Secretaire d'Etat au [...]
Mots clefs :
Sa Majesté, Nominations, Arrêt du Conseil d'État, Pensions, Duchesse de Mazarin, Marais, Culture de la terre, Académies, Clergé, Ouragan
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 4 Avril, M. le Marquis de Paulmy, Secretaire d'Etat au [...] »
LE 4 Avril , M. le Marquis de Pauliny , Secretaire
d'Etat au Département de la Guerre ,
furvivance de M. le Comte d'Argenfon , & Chancelier
de l'Ordre Royal & Militaire de Saint
Louis , préfenta au Roi les Commandeurs & Of
ficiers de l'Ordre , & les Bourfes de Jettons , ainfi
qu'il eft d'ufage.
Madame la Marquife de Choifeul & Madame
la Comteffe d'Efpiés furent préfentées le même
jour à Leurs Majeftés & à la Famille Royale.
Ce même jour , M. le Marquis de Monteil partit
pour le rendre à Bonn , en qualité de Miniftre
Plénipotentiaire du Roi près de l'Electeur de Cologne,
1
M.le Duc d'Orléans ayant invité le fieur Tronshin
, célebre Profeffeur de Médecine à Geneve
de fe rendre à Paris , pour inoculer la petite vérole
à M. le Duc de Chartres & à Mademoiſelle , cette
opération s'est faite au Palais Royal , le 25 du
mois dernier , après la préparation néceflaire
fans incifion , au moyen d'un léger véficatoire. Le
fuccès a répondu aux efpérances de M. le Duc &
de Madame la Ducheffe d'Orléans, & aux voeux de
toute la France .
Sur ce qui a été repréfenté au Roi , que plufieurs
terreins en marais & inondés , feroient propres
à produire de la Garance , & que quelques
perfonnes s'offroient à faire les frais néceffaires
pour cultiver cette plante qu'on eft obligé de tirer
MA I. 1756. 25T
par
des pays étrangers , & pour deffécher lesdits marais
, s'il lui plaifoit les faire jouir de quelques
exemptions & privileges , nommément de ceux
qui font attribués par l'Edit de 1607, ainfi que
la Déclaration de 1641 , & autres réglemens
fubféquens , à ceux qui font le defféchement des
marais incultes , Sa Majefté a ordonné que les particuliers
, qui voudroient entreprendre de cultiver
des plantations de Garance dans des marais &
autres lieux de pareille nature , ne pourroient
pendant vingt années , à compter du jour que les
defféchemens & défrichemens auront été commencés
, être impofés à la taille , eux ni ceux
qui feroient employés à ladite exploitation , pour
raifon de la propriété ou du profit à faire fur l'exploitation
des terres cultivées en Garance. Au cas
dans lequel ils feroient d'ailleurs impofables
pour leurs autres biens , facultés & exploitations ,
ils feront taxés d'office par l'Intendant & Commiffaire
départi . Veut de plus Sa Majefté qu'il leur
foit permis de tenir , tant à Paris que dans les autres
Villes & Lieux du Royaume , des magafins
de Garance provenant de leurs exploitations , &
de la vendre , foit en gros , foit en détail , fans
qu'ils puiffent être troublés ni inquiétés. Sa Majefté
évoque à Elle & à fon Confeil tous les procès
, différends & conteftations ; que ceux qui entreprendront
la culture defdites Garances pourront
avoirs, ou en demandant ou en défendant ,
pendant le cours de cinq années , pour raifon de
leurs entreprifes & des privileges à eux accordés .
Conféquemment Elle les renvoie, pardevant les In--
tendans & Commiffaires départis , pour être jugés
par eux en premiere inftance , fauf l'appel aus
Confeil.
22
Parsun Arrêt du Confeil d'Etat , l'Ordre de
Lvj
252 MERCURE DE FRANCE.
Malte , en payant la fomme de deux cens cine
quante mille livres par forme de don gratuit , eft
déchargé de l'exécution de l'Edit du mois de Mai:
1749 , portant établiffement du Vingtieme. Lef
dites deux cens cinquante mille livres feront
payées en cinq années , à raiſon de cinquante
mille livres chaque paiement , dont le premier
fera fait au mois d'Octobre prochain , & ainfi
d'année en année, jafqu'à l'entier acquittement de
la fomme totale. Entend Sa Majefté , que les penfions
établies & conftituées par les familles en faveur
des Chevaliers & Freres Novices , & les biens
'dont la jouiffance leur aura été abandonnée pour
le paiement , ou qui leur tiendront lieu defdites
penfions alimentaires , foient exemts de toute retenue
ou impofition du Vingtieme. Au cas que les
propriétaires , fermiers ou admodiateurs , mé
Tayers , locataires , receveurs , procureurs & autres
faifant valoir les biens chargés defdites penfions
, ayent été compris dans les rôles de ladite
impofition du Vingtieme , pour la totalité du produit
des biens dont ils jouiffent , fans aucune déduction
pour raifon des penfions dont ils font
chargés ; ils obtiendront , en repréſentant au. Prevôt
des Marchands & aux Intendans les titres enbonne
& due forme conftitutifs de ces penfions ,
les modérations du Vingtieme des fommes dont
ils feront tenus envers lefdits Chevaliers & Freres
Novices.
L'Académie Royale des Sciences ayant élu lefeur
Pingré , Chanoine Régulier & Bibliothécai
re de l'Abbaye de Sainte Geneviève , & le fieur
de Belidor , Colonel d'Infanterie , pour remplis
la place d'Affocié Libre qu'occupoit le feu fieur de
Gamaches dans cette Compagnie , le Roi informé
du mérite & des talens de l'un & de l'autre , les a
{
MAI. 1756. 253
nommés tous les deux. En même tems , Sa Majefté
a réglé que la premiere place , qui viendroir
à vaquer dans la Claffe des Affociés Libres , ne
feroit point remplie.
M. d'Alembert , de l'Académie Françoiſe & de
celle des Sciences , vient d'être nommé par cette
derniere Académie , Penfionnaire furnuméraire.
Le même Académicien vient auffi d'être élu extraordinairement
, à la recommandation du Pape ,
Affocié étranger de l'Inftitut de Bologne.
On apprend de Marfeille , que le Navire la
Sainte Elizabeth , Capitaine Jean-Jofeph Portail,
a eu , en revenant de Smirne , deux combats à
foutenir contre deux Bâtimens Anglois.
M. le Duc de Gefvres , Premier Gentilhomme
de la Chambre du Roi , & Gouverneur de Paris ,
& M. le Comte d'Argenſon , Miniftre & Secretaire
d'Etat , accompagnés de M. de Bernage ,, Prevôt
des Marchands, & de M. Stocard, Premier Echevin,
préfenterent le 8 à Sa Majeſté , avec M. le Marquis
de Marigny , Directeur & Ordonnateur Général
des Bâtimens , Arts & Manufactures , le Modele
en relief de la Place que la Ville fait conftruire
pour la Statue équestre du Roi. M. le Marquis de
Marigni conduifit enfuite le Roi au Modele de
P'Ecole Militaire. Sa Majefté donna des marques
de fa fatisfaction de l'un & de l'autre.
Le 9 Avril , à l'occaſion de la mort de la Princeffe
Douairiere de Rohan , le Prince de Condé ,
accompagné du Chevalier de Rohan & du Duc de
Duras , falua en long manteau de deuil leurs Ma
jeftés & la Famille Royale . La Princeffe de Guémené
, la Princeffe de Rohan , la Comteffe de
Marfan , la jeune Princeffe de Soubize , la Ducheffe
de Duras , la Ducheffe de Mazarin & la Ducheffe
de Chaulnes , saquitterent l'après- midi du
même cérémonial
254 MERCURE DE FRANCE.
Le Roi a accordé les Entrées de la Chambre
à l'Evêque de Chartres , Premier Aumônier
de la Reine , & frere de M. le Duc de Fleury .
La mort de Madame la Maréchal de Maillebois
laiffant une place vacante parmi les Dames nommées
pour accompagner Madame , le Roi en a
difpofé en faveur de Madame la Ducheffe de
Mazarin.
Sur la démiffion que M. le Duc de Bethune a
donné de fa place de Capitaine des Gardes du
Corps , Sa Majefté y a nommé M. le Duc de Mirpoix.
3 à
On a été informé par un courier , qui arriva le
14 Avril , de Rome , que le s le Pape avoit fait la
Promotion des Cardinaux pour les Couronnes. Les
nouveaux Membres du Sacré College font , M. de
Saulx de Tavannes , Archevêque de Rouen , à la
nomination du Roi l'Evêque de Conftance ,
la nomination de l'Empereur ; l'Archevêque de
Vienne en Autriche , à la nomination de l'Impératrice
Reine de Bohême & de Hongrie ; l'Archevêque
de Seville , à la nomination du Roi d'Efpagnes
M. de Luynes , Archevêque de Sens , à la
nomination du Chevalier de Saint Georges ; PA
chevêque de Turin , à la nomination du Roi de
Sardaigne ; Don François Saldanha de Gama ,
Principal de la Patriarchale de Lifbonne , à la
nomination du Roi de Portugal , M. dec Gêvre
Evêque de Beauvais , à la nomination du Roi de
Pologne Electeurs de Saxe ; & le fieur Archinto
Gouverneur de Rome
Le 13 Avril , à neuf heures & demie du
matin, Madame la Princeffe de Condé accoucha
heureufement d'un Prince , que le Roi a nommé
Duc de Bourbon. 1
Un Arrêt du Confeil d'Etat fixe à cinq livres da
MA I. 1756. 255
cent pefant les droits d'entrée dans le Royaume
fur les clous moyens & petits , venans de l'étran
ger, & à cinquante fols , auffi du cent pefant , les
droits fur les gros clous , dont le milliers en nombre
fera du poids de deux cens cinquante livres poidsde
marc..
Le premier tirage de la troifieme Loterie
Royale s'eft fait le 7 & les cinq jours fuivans . Le
principal Lot eſt échu au numéro 21959 ,
fecond au numéro 2378.
"
& le
Le Jeudi Saint , l'Evêque de Nantes ayant fait
PAbfoute, & le Roi ayant entendu le Sermon de la
Cêne de M. l'Abbé Bon , Théologal de la Cathédrale
d'Autun , Sa Majesté a lavé les pieds à douze
Pauvres , & les a fervis à table . M. le Prince de
Condé, Grand Maître de la Maiſon du Roi ,, étoit
à la tête des Maîtres d'Hôtel , & il précédoit le
fervice , dont les plats ont été portés par Monfei
gneur leDauphin , M. le Comte de Clermont, M. le
Prince de Conty, M. le Comte de la Marche , M. let
Comte d'Eu , M. le Duc de Penthievre , & par les
principaux Officiers de Sa Majefté .
La Reine entendit le Sermon de la Cêne , de M.
l'Abbé d'Efpiard , Chanoine de l'Eglife Métropo
litaine de Befançon , Confeiller- Clerc au Parle
ment de la même. Ville , & Prédicateur ordinaire
de Sa Majefté . L'Evêque de Nantes fit enfuite l'Abfoute
, après laquelle la Reine lava les pieds à
douze pauvres filles , que Sa Majefté fervit à table.
M.le Marquis de Chalmazel, premier Maître d'Hôtel
de la Reine , précéda le fervice . Les plats furent
portés par Madame la Dauphine , par Madame
, par Madame Sophie , par les Dames du Pa
lais , & par plufieurs autres Dames de la Cour.
M. de Sechelles ayant demandé la permiffion
de remettre la place de Contrôleur Général des
256 MERCURE DE FRANCE.
Finances à M. Peirenc de Moras , que le Roi lui
avoit donné pour adjoint , Sa Majefté y a confenti
; mais en même temps Elle a témoigné défiter
que ce Miniftre continuât d'affifter auConfeil .
Selon les avis reçus de Clermont en Auvergne
il s'y éleva le 18 après-midi un vent violent . Vers
les cinq heures du foir , il devint fi terrible , que
perfonne n'ofoit fortir de chez foi , & chacun
craignoit en même tems d'être enfeveli fous les
ruines de fa maifon . I renverfa plufieurs Bâtimens
& déracina une grande quantité des plus gros
arbres. Toutes les vitres des maiſons ont été caf
fées , prefque toutes les tuiles des toits emportées ,
& la plupart des cheminées abattues . Il y a eu un
homme tué dans la Ville . A.Riom , une Religieufe
du Monaftere de Notre- Dame a eu le même fort.
Plufieurs perfonnes ont été bleffées dangereufement.
Cet ouragan ne s'eft heureufement fait fendans
l'étendue de trois ou quatre lieues . Sa
que
durée n'a guere excédé deux heures .
tir
Sa Majefté a honoré de Lettres de Nobleffe M.
Dulattier , premier Chirurgien de la Reine.
Le 22 Avril , les Actions de la Compagnie des
Indes étoient à quatorze cens quatre-vingt - dixfept
livres ies Billets de la feconde Loterie
Royale , à fept cens trente -fix . Ceux de la premiere
& de la troifieme Loterie n'avoient point .
de prix fixe.
d'Etat au Département de la Guerre ,
furvivance de M. le Comte d'Argenfon , & Chancelier
de l'Ordre Royal & Militaire de Saint
Louis , préfenta au Roi les Commandeurs & Of
ficiers de l'Ordre , & les Bourfes de Jettons , ainfi
qu'il eft d'ufage.
Madame la Marquife de Choifeul & Madame
la Comteffe d'Efpiés furent préfentées le même
jour à Leurs Majeftés & à la Famille Royale.
Ce même jour , M. le Marquis de Monteil partit
pour le rendre à Bonn , en qualité de Miniftre
Plénipotentiaire du Roi près de l'Electeur de Cologne,
1
M.le Duc d'Orléans ayant invité le fieur Tronshin
, célebre Profeffeur de Médecine à Geneve
de fe rendre à Paris , pour inoculer la petite vérole
à M. le Duc de Chartres & à Mademoiſelle , cette
opération s'est faite au Palais Royal , le 25 du
mois dernier , après la préparation néceflaire
fans incifion , au moyen d'un léger véficatoire. Le
fuccès a répondu aux efpérances de M. le Duc &
de Madame la Ducheffe d'Orléans, & aux voeux de
toute la France .
Sur ce qui a été repréfenté au Roi , que plufieurs
terreins en marais & inondés , feroient propres
à produire de la Garance , & que quelques
perfonnes s'offroient à faire les frais néceffaires
pour cultiver cette plante qu'on eft obligé de tirer
MA I. 1756. 25T
par
des pays étrangers , & pour deffécher lesdits marais
, s'il lui plaifoit les faire jouir de quelques
exemptions & privileges , nommément de ceux
qui font attribués par l'Edit de 1607, ainfi que
la Déclaration de 1641 , & autres réglemens
fubféquens , à ceux qui font le defféchement des
marais incultes , Sa Majefté a ordonné que les particuliers
, qui voudroient entreprendre de cultiver
des plantations de Garance dans des marais &
autres lieux de pareille nature , ne pourroient
pendant vingt années , à compter du jour que les
defféchemens & défrichemens auront été commencés
, être impofés à la taille , eux ni ceux
qui feroient employés à ladite exploitation , pour
raifon de la propriété ou du profit à faire fur l'exploitation
des terres cultivées en Garance. Au cas
dans lequel ils feroient d'ailleurs impofables
pour leurs autres biens , facultés & exploitations ,
ils feront taxés d'office par l'Intendant & Commiffaire
départi . Veut de plus Sa Majefté qu'il leur
foit permis de tenir , tant à Paris que dans les autres
Villes & Lieux du Royaume , des magafins
de Garance provenant de leurs exploitations , &
de la vendre , foit en gros , foit en détail , fans
qu'ils puiffent être troublés ni inquiétés. Sa Majefté
évoque à Elle & à fon Confeil tous les procès
, différends & conteftations ; que ceux qui entreprendront
la culture defdites Garances pourront
avoirs, ou en demandant ou en défendant ,
pendant le cours de cinq années , pour raifon de
leurs entreprifes & des privileges à eux accordés .
Conféquemment Elle les renvoie, pardevant les In--
tendans & Commiffaires départis , pour être jugés
par eux en premiere inftance , fauf l'appel aus
Confeil.
22
Parsun Arrêt du Confeil d'Etat , l'Ordre de
Lvj
252 MERCURE DE FRANCE.
Malte , en payant la fomme de deux cens cine
quante mille livres par forme de don gratuit , eft
déchargé de l'exécution de l'Edit du mois de Mai:
1749 , portant établiffement du Vingtieme. Lef
dites deux cens cinquante mille livres feront
payées en cinq années , à raiſon de cinquante
mille livres chaque paiement , dont le premier
fera fait au mois d'Octobre prochain , & ainfi
d'année en année, jafqu'à l'entier acquittement de
la fomme totale. Entend Sa Majefté , que les penfions
établies & conftituées par les familles en faveur
des Chevaliers & Freres Novices , & les biens
'dont la jouiffance leur aura été abandonnée pour
le paiement , ou qui leur tiendront lieu defdites
penfions alimentaires , foient exemts de toute retenue
ou impofition du Vingtieme. Au cas que les
propriétaires , fermiers ou admodiateurs , mé
Tayers , locataires , receveurs , procureurs & autres
faifant valoir les biens chargés defdites penfions
, ayent été compris dans les rôles de ladite
impofition du Vingtieme , pour la totalité du produit
des biens dont ils jouiffent , fans aucune déduction
pour raifon des penfions dont ils font
chargés ; ils obtiendront , en repréſentant au. Prevôt
des Marchands & aux Intendans les titres enbonne
& due forme conftitutifs de ces penfions ,
les modérations du Vingtieme des fommes dont
ils feront tenus envers lefdits Chevaliers & Freres
Novices.
L'Académie Royale des Sciences ayant élu lefeur
Pingré , Chanoine Régulier & Bibliothécai
re de l'Abbaye de Sainte Geneviève , & le fieur
de Belidor , Colonel d'Infanterie , pour remplis
la place d'Affocié Libre qu'occupoit le feu fieur de
Gamaches dans cette Compagnie , le Roi informé
du mérite & des talens de l'un & de l'autre , les a
{
MAI. 1756. 253
nommés tous les deux. En même tems , Sa Majefté
a réglé que la premiere place , qui viendroir
à vaquer dans la Claffe des Affociés Libres , ne
feroit point remplie.
M. d'Alembert , de l'Académie Françoiſe & de
celle des Sciences , vient d'être nommé par cette
derniere Académie , Penfionnaire furnuméraire.
Le même Académicien vient auffi d'être élu extraordinairement
, à la recommandation du Pape ,
Affocié étranger de l'Inftitut de Bologne.
On apprend de Marfeille , que le Navire la
Sainte Elizabeth , Capitaine Jean-Jofeph Portail,
a eu , en revenant de Smirne , deux combats à
foutenir contre deux Bâtimens Anglois.
M. le Duc de Gefvres , Premier Gentilhomme
de la Chambre du Roi , & Gouverneur de Paris ,
& M. le Comte d'Argenſon , Miniftre & Secretaire
d'Etat , accompagnés de M. de Bernage ,, Prevôt
des Marchands, & de M. Stocard, Premier Echevin,
préfenterent le 8 à Sa Majeſté , avec M. le Marquis
de Marigny , Directeur & Ordonnateur Général
des Bâtimens , Arts & Manufactures , le Modele
en relief de la Place que la Ville fait conftruire
pour la Statue équestre du Roi. M. le Marquis de
Marigni conduifit enfuite le Roi au Modele de
P'Ecole Militaire. Sa Majefté donna des marques
de fa fatisfaction de l'un & de l'autre.
Le 9 Avril , à l'occaſion de la mort de la Princeffe
Douairiere de Rohan , le Prince de Condé ,
accompagné du Chevalier de Rohan & du Duc de
Duras , falua en long manteau de deuil leurs Ma
jeftés & la Famille Royale . La Princeffe de Guémené
, la Princeffe de Rohan , la Comteffe de
Marfan , la jeune Princeffe de Soubize , la Ducheffe
de Duras , la Ducheffe de Mazarin & la Ducheffe
de Chaulnes , saquitterent l'après- midi du
même cérémonial
254 MERCURE DE FRANCE.
Le Roi a accordé les Entrées de la Chambre
à l'Evêque de Chartres , Premier Aumônier
de la Reine , & frere de M. le Duc de Fleury .
La mort de Madame la Maréchal de Maillebois
laiffant une place vacante parmi les Dames nommées
pour accompagner Madame , le Roi en a
difpofé en faveur de Madame la Ducheffe de
Mazarin.
Sur la démiffion que M. le Duc de Bethune a
donné de fa place de Capitaine des Gardes du
Corps , Sa Majefté y a nommé M. le Duc de Mirpoix.
3 à
On a été informé par un courier , qui arriva le
14 Avril , de Rome , que le s le Pape avoit fait la
Promotion des Cardinaux pour les Couronnes. Les
nouveaux Membres du Sacré College font , M. de
Saulx de Tavannes , Archevêque de Rouen , à la
nomination du Roi l'Evêque de Conftance ,
la nomination de l'Empereur ; l'Archevêque de
Vienne en Autriche , à la nomination de l'Impératrice
Reine de Bohême & de Hongrie ; l'Archevêque
de Seville , à la nomination du Roi d'Efpagnes
M. de Luynes , Archevêque de Sens , à la
nomination du Chevalier de Saint Georges ; PA
chevêque de Turin , à la nomination du Roi de
Sardaigne ; Don François Saldanha de Gama ,
Principal de la Patriarchale de Lifbonne , à la
nomination du Roi de Portugal , M. dec Gêvre
Evêque de Beauvais , à la nomination du Roi de
Pologne Electeurs de Saxe ; & le fieur Archinto
Gouverneur de Rome
Le 13 Avril , à neuf heures & demie du
matin, Madame la Princeffe de Condé accoucha
heureufement d'un Prince , que le Roi a nommé
Duc de Bourbon. 1
Un Arrêt du Confeil d'Etat fixe à cinq livres da
MA I. 1756. 255
cent pefant les droits d'entrée dans le Royaume
fur les clous moyens & petits , venans de l'étran
ger, & à cinquante fols , auffi du cent pefant , les
droits fur les gros clous , dont le milliers en nombre
fera du poids de deux cens cinquante livres poidsde
marc..
Le premier tirage de la troifieme Loterie
Royale s'eft fait le 7 & les cinq jours fuivans . Le
principal Lot eſt échu au numéro 21959 ,
fecond au numéro 2378.
"
& le
Le Jeudi Saint , l'Evêque de Nantes ayant fait
PAbfoute, & le Roi ayant entendu le Sermon de la
Cêne de M. l'Abbé Bon , Théologal de la Cathédrale
d'Autun , Sa Majesté a lavé les pieds à douze
Pauvres , & les a fervis à table . M. le Prince de
Condé, Grand Maître de la Maiſon du Roi ,, étoit
à la tête des Maîtres d'Hôtel , & il précédoit le
fervice , dont les plats ont été portés par Monfei
gneur leDauphin , M. le Comte de Clermont, M. le
Prince de Conty, M. le Comte de la Marche , M. let
Comte d'Eu , M. le Duc de Penthievre , & par les
principaux Officiers de Sa Majefté .
La Reine entendit le Sermon de la Cêne , de M.
l'Abbé d'Efpiard , Chanoine de l'Eglife Métropo
litaine de Befançon , Confeiller- Clerc au Parle
ment de la même. Ville , & Prédicateur ordinaire
de Sa Majefté . L'Evêque de Nantes fit enfuite l'Abfoute
, après laquelle la Reine lava les pieds à
douze pauvres filles , que Sa Majefté fervit à table.
M.le Marquis de Chalmazel, premier Maître d'Hôtel
de la Reine , précéda le fervice . Les plats furent
portés par Madame la Dauphine , par Madame
, par Madame Sophie , par les Dames du Pa
lais , & par plufieurs autres Dames de la Cour.
M. de Sechelles ayant demandé la permiffion
de remettre la place de Contrôleur Général des
256 MERCURE DE FRANCE.
Finances à M. Peirenc de Moras , que le Roi lui
avoit donné pour adjoint , Sa Majefté y a confenti
; mais en même temps Elle a témoigné défiter
que ce Miniftre continuât d'affifter auConfeil .
Selon les avis reçus de Clermont en Auvergne
il s'y éleva le 18 après-midi un vent violent . Vers
les cinq heures du foir , il devint fi terrible , que
perfonne n'ofoit fortir de chez foi , & chacun
craignoit en même tems d'être enfeveli fous les
ruines de fa maifon . I renverfa plufieurs Bâtimens
& déracina une grande quantité des plus gros
arbres. Toutes les vitres des maiſons ont été caf
fées , prefque toutes les tuiles des toits emportées ,
& la plupart des cheminées abattues . Il y a eu un
homme tué dans la Ville . A.Riom , une Religieufe
du Monaftere de Notre- Dame a eu le même fort.
Plufieurs perfonnes ont été bleffées dangereufement.
Cet ouragan ne s'eft heureufement fait fendans
l'étendue de trois ou quatre lieues . Sa
que
durée n'a guere excédé deux heures .
tir
Sa Majefté a honoré de Lettres de Nobleffe M.
Dulattier , premier Chirurgien de la Reine.
Le 22 Avril , les Actions de la Compagnie des
Indes étoient à quatorze cens quatre-vingt - dixfept
livres ies Billets de la feconde Loterie
Royale , à fept cens trente -fix . Ceux de la premiere
& de la troifieme Loterie n'avoient point .
de prix fixe.
Fermer
Résumé : « Le 4 Avril, M. le Marquis de Paulmy, Secretaire d'Etat au [...] »
Le 4 avril, le Marquis de Pauliny présenta au Roi les Commandeurs et Officiers de l'Ordre Royal et Militaire de Saint-Louis, ainsi que les Bourdes de Jettons. Madame la Marquise de Choiseul et Madame la Comtesse d'Espiès furent également présentées au Roi et à la Famille Royale. Le Marquis de Monteil fut envoyé à Bonn en tant que Ministre Plénipotentiaire du Roi près de l'Électeur de Cologne. Le Duc d'Orléans fit venir le professeur de médecine Tronshin à Paris pour inoculer la petite vérole au Duc de Chartres et à Mademoiselle, opération réussie au Palais Royal le 25 du mois précédent. Le Roi accorda des exemptions fiscales pour vingt ans aux particuliers cultivant la garance dans des marais, ainsi que la permission de vendre cette plante sans être inquiétés. Il suspendit également les procès liés à cette culture pour cinq ans. Un arrêt du Conseil d'État exempta Malte du Vingtième en échange d'un paiement de 250 000 livres sur cinq ans et exempta les pensions des Chevaliers de Malte de cette imposition. L'Académie Royale des Sciences élut Pingré et Belidor comme Associés Libres, nommés par le Roi. D'Alembert fut nommé Pensionnaire surnuméraire et Associé étranger de l'Institut de Bologne. Le navire Sainte Elizabeth eut deux combats contre des bâtiments anglais. Le Duc de Gesvres et le Comte d'Argenson présentèrent au Roi le modèle de la Place pour la Statue équestre du Roi et celui de l'École Militaire. Le 9 avril, le Prince de Condé et plusieurs princesses saluèrent le Roi et la Famille Royale à l'occasion de la mort de la Princesse Douairière de Rohan. Le Roi accorda l'Entrée de la Chambre à l'Évêque de Chartres et nomma la Duchesse de Mazarin pour accompagner Madame, remplaçant la Maréchale de Maillebois. Le Duc de Mirpoix fut nommé Capitaine des Gardes du Corps. Le Pape promit plusieurs nouveaux cardinaux, dont l'Archevêque de Rouen à la nomination du Roi. Le 13 avril, la Princesse de Condé accoucha d'un prince, nommé Duc de Bourbon par le Roi. Un arrêt du Conseil d'État fixa les droits d'entrée pour les clous étrangers. La troisième Loterie Royale eut lieu du 7 au 12 avril. Le Jeudi Saint, le Roi et la Reine lavèrent les pieds de douze pauvres. Un violent ouragan frappa Clermont en Auvergne, causant des dégâts et des victimes. Le Roi anoblit Dulattier, premier Chirurgien de la Reine. Le 22 avril, les actions de la Compagnie des Indes étaient à 1 497 livres et les billets de la seconde Loterie Royale à 736 livres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
765
p. 201-202
ITALIE.
Début :
Le Mont Vesuve, après avoir fait longtemps entendre un grand bruit, a jetté [...]
Mots clefs :
Naples, Venise, Mont Vésuve, Nuages de cendres, Fumée, Attaque, Chabec de Tripoli, Combat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E
DE NAPLES , le 24 Avril.
Le Mont Vefuv
E Mont Vefuve , après avoir fait longtemps
entendre un grand bruit , a jetté pendant quatre
jours beaucoup de matiere bitumineule. Lorfque
cette éruption a ceffé , trois Seigneurs Angloisont
voulu monter au haut du Mont , pour examiner
les bouches du Volcan. Ils ont été prefque
fuffoqués par des nuages de cendres & de fumée
peu s'en eft fallu que leur curiofité ne leur air
fait éprouver le fort de Pline le Naturalifte .
&
DE VENISE , le 14 Mai.
Une Tartane , que commande le Comte Eva
nowitz , Dalmatien , fut attaquée le 19 du mois
dernier près des Bouches de Cattaro par un Chabec
de Tripoli , de quarante-deux canons , & de
cinq cens hommes d'équipage. Quoiqu'elle ne fût
montée que de quarante-fix Efclavons , elle s'eft
emparée du Bâtiment ennemi , après quatre heu
res de combat. Les Efclavons n'ont voulu accor--
der aucun quartier aux Tripolitains . La perte des.
premiers auroit été peu confidérable , fi le Chevalier
Evanowitz n'avoit pas été tué. Le Chabeç
I..
202 MERCURE DE FRANCE.
*
ayant été fi maltraité qu'il n'étoit plus en état de
fervir , on y a mis le feu.
DE NAPLES , le 24 Avril.
Le Mont Vefuv
E Mont Vefuve , après avoir fait longtemps
entendre un grand bruit , a jetté pendant quatre
jours beaucoup de matiere bitumineule. Lorfque
cette éruption a ceffé , trois Seigneurs Angloisont
voulu monter au haut du Mont , pour examiner
les bouches du Volcan. Ils ont été prefque
fuffoqués par des nuages de cendres & de fumée
peu s'en eft fallu que leur curiofité ne leur air
fait éprouver le fort de Pline le Naturalifte .
&
DE VENISE , le 14 Mai.
Une Tartane , que commande le Comte Eva
nowitz , Dalmatien , fut attaquée le 19 du mois
dernier près des Bouches de Cattaro par un Chabec
de Tripoli , de quarante-deux canons , & de
cinq cens hommes d'équipage. Quoiqu'elle ne fût
montée que de quarante-fix Efclavons , elle s'eft
emparée du Bâtiment ennemi , après quatre heu
res de combat. Les Efclavons n'ont voulu accor--
der aucun quartier aux Tripolitains . La perte des.
premiers auroit été peu confidérable , fi le Chevalier
Evanowitz n'avoit pas été tué. Le Chabeç
I..
202 MERCURE DE FRANCE.
*
ayant été fi maltraité qu'il n'étoit plus en état de
fervir , on y a mis le feu.
Fermer
Résumé : ITALIE.
Le 24 avril, le mont Vésuve a émis un grand bruit et expulsé une grande quantité de matière bitumineuse pendant quatre jours. À la fin de l'éruption, trois seigneurs anglais ont tenté de monter au sommet du volcan mais ont failli être asphyxiés par des nuages de cendres et de fumée. Le 14 mai, une tartane commandée par le Comte Evanowitz a été attaquée près des Bouches de Cattaro par un chébec de Tripoli équipé de quarante-deux canons et cinq cents hommes d'équipage. Malgré les quarante-six esclaves à bord de la tartane, ils ont capturé le navire ennemi après quatre heures de combat. Les esclaves n'ont accordé aucun quartier aux Tripolitains. La perte des esclaves aurait été minime si le Chevalier Evanowitz n'avait pas été tué. Le chébec, gravement endommagé, a été incendié.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
766
p. 221
ALLEMAGNE.
Début :
Il y eut ici le 19 de ce mois une affreuse tempête. [...]
Mots clefs :
Francfort, Aix-la-Chapelle, Tempête, Dégâts, Grêle, Animaux morts, Récoltes détruites, Tremblement de terre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
DE FRANCFORT , le 25 Juin.
ItLy eut ici le 19 de ce mois une affreufe
tempête. Les perfonnes les plus âgées ne fe fouviennent
pas d'en avoir vu une femblable.
La plupart des toits ont été emportés par le vent ,
ou brifés par la grêle , dont plufieurs grains
étoit de la groffeur d'un ceuf de poule. Un grand
nombre d'animaux ont été tués dans la campagne ,
Le dommage qu'elle a fouffert , eft d'autant
plus à déplorer , qu'on avoit l'efpérance d'une
abondante récolte. On a éprouvé les mêmes accidens
le même jour à Cologne .
D'AIX LA CHAPELLE , le 8 Juin.
·
Il y eut ici le 3 Juin une fecouffe de tremblement
de terre. On a reçu avis qu'elle avoit
été beaucoup plus violente à Duren , à Sittart ,
à Maeftricht , à Liége & à Cologne. Heureufement
elle n'a cauſé nulle part aucun dommage.
DE FRANCFORT , le 25 Juin.
ItLy eut ici le 19 de ce mois une affreufe
tempête. Les perfonnes les plus âgées ne fe fouviennent
pas d'en avoir vu une femblable.
La plupart des toits ont été emportés par le vent ,
ou brifés par la grêle , dont plufieurs grains
étoit de la groffeur d'un ceuf de poule. Un grand
nombre d'animaux ont été tués dans la campagne ,
Le dommage qu'elle a fouffert , eft d'autant
plus à déplorer , qu'on avoit l'efpérance d'une
abondante récolte. On a éprouvé les mêmes accidens
le même jour à Cologne .
D'AIX LA CHAPELLE , le 8 Juin.
·
Il y eut ici le 3 Juin une fecouffe de tremblement
de terre. On a reçu avis qu'elle avoit
été beaucoup plus violente à Duren , à Sittart ,
à Maeftricht , à Liége & à Cologne. Heureufement
elle n'a cauſé nulle part aucun dommage.
Fermer
Résumé : ALLEMAGNE.
Le 19 juin, Francfort et Cologne ont été touchées par une violente tempête, endommageant les toits et tuant des animaux. Le 3 juin, un séisme a été ressenti à Aix-la-Chapelle et dans plusieurs villes voisines, sans causer de dégâts.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
767
p. 196-198
ESPAGNE.
Début :
Depuis trois semaines on n'a entendu ici aucun bruit souterrein, ni senti [...]
Mots clefs :
Lisbonne, Barcelone, Tempête, Maladies, Elvas, Essaim de sauterelles, Ravages des champs, Don Antoine Barcelos, Galiotes, Combats sur mer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
DE LISBONNE , le 7 Juin.
Depuis trois ſemaines on n'a entendu ici aucun
bruit fouterrein , ni fenti aucune feçouffe . Mais
le 29 Juin on en éprouva une à quatre lieues de
cette Ville dans les environs des montagnes de
Cintra. Il y eut le 24 du même mois , & les deux
jours fuivans , une horrible tempête . Ce ne fur
qu'avec beaucoup de peine qu'on empêcha les
Tentes de la Famille Royale , d'être emportées
par le vent . Le 30 Leurs Majeftés partirent avec
les Infans Don Pedre & Don Antoine , pour Salvaterra
.
Les maladies font de grands ravages dans la
Province d'Alentejo .
La ville d'Elvas & ſes environs , non feulement
ont partagé tous les défaftres communs au refte
du Royaume , mais encore ont éprouvé un féau
particulier. Le ciel fe couvrit fubitement , il y a
quelques jours , d'un nuage fi épais , que la lumière
du foleil en fut prefque toralement éclipfée . Bientôt
ce nuage defcendit jufqu'à terre , & l'on s'apperçut
qu'il n'étoit autre chofe qu'une multitude
infinie de fauterelles . Elles fe répandirent en un
inftant dans toute la campagne ; & il y en avoit
A O UST. 1756. 197
'dans plufieurs endroits jufqu'à la hauteur de deux
palmes. En vain les païfans eurent- ils recours à
tous les moyens poffibles , pour exterminer ces.
infectes. Il en paroiffoit le lendemain un plus
grand nombre , qu'on n'en avoit détruit la veille .
Les champs n'en ont été délivrés , qu'après avoir
été entiérement ravagés. Une partie de ces animaux
voraces eft allée ſe précipiter dans la Guadiana
& dans d'autres rivieres : une autre partie eft
venue fondre fur cette Ville , & s'ils n'y ont pas
caufé le même dommage qu'à la campagne , ils y
ont caufé beaucoup d'incommodité.
DE BARCELONE , le 27 Juin .
Don Antoine Barcelos , Commandant le Cha
bec le Courier de Mayorque , étant parti d'ici
pour Palma , découvrit le 13 de ce mois , entre
deux & trois heures du matin , fur la pointe de
Lio- Liobnegat , deux Galiotes Barbareſques , qui
avoient les voiles ferrées. Dès que les Galiotes
l'apperçurent , elles mirent leurs voiles au vent ,
& s'aidant en même- tems de leurs rames , elles
vinrent fur lui . Lorfqu'elles furent à deux portées
de canon , elles reconnurent à la manceuvre
que le Chabec n'étoit pas un Navire Marchand.
Elles revirerent de bord , dans le deffein de
prendre la fuite. Don Barcelo gagna le vent. Un
calme qui furvint , facilita à l'un des Corfaires
le moyen de dériver fur le Chabec. Les Elpagnols
préfenterent la proue à l'ennemi , qui eut
fon éperon & fa vergue de trinquet rompus . Cet
accident ne le rebuta point . Quelques-uns de fes
gens fauterent avec intrépidité dans le Chabec ,
mais ils furent fur le champ maſſacrés. Tous
ceux qui les fuivirent , eurent le même fort ; &
I j
198 MERCURE DE FRANCE.
les autres furent obligés de fe rendre. La Galiote
étoit armée de deux canons & de douze
pierriers . Il y avoit à bord vingt-quatre Turcs &
quarante-cinq Maures. Cinquante & un hommes
de cet équipage ont été tués à l'abordage ; &
douze , du nombre defquels eft le Capitaine nommé
Ali , ont été bleffés. Perfonne n'a été tué du
côté des Eſpagnols , & ils n'ont eu de bleffés que
leur Contre-Maître & cinq Matelots. Le fuccès de
ce combat fait d'autant plus d'honneur à Don Barcelos
, que fon équipage n'étoit compofé que
de quarante-quatre hommes , y compris huit
Mouffes. On a fçu par le Capitaine Ali , que
la Galiote dont on s'eft emparé , appartenoit au
Bey d'Alger. L'autre Galiote , qui a pris la fuite
pendant l'action , eft plus forte que celle- ci ea
équipage.
DE LISBONNE , le 7 Juin.
Depuis trois ſemaines on n'a entendu ici aucun
bruit fouterrein , ni fenti aucune feçouffe . Mais
le 29 Juin on en éprouva une à quatre lieues de
cette Ville dans les environs des montagnes de
Cintra. Il y eut le 24 du même mois , & les deux
jours fuivans , une horrible tempête . Ce ne fur
qu'avec beaucoup de peine qu'on empêcha les
Tentes de la Famille Royale , d'être emportées
par le vent . Le 30 Leurs Majeftés partirent avec
les Infans Don Pedre & Don Antoine , pour Salvaterra
.
Les maladies font de grands ravages dans la
Province d'Alentejo .
La ville d'Elvas & ſes environs , non feulement
ont partagé tous les défaftres communs au refte
du Royaume , mais encore ont éprouvé un féau
particulier. Le ciel fe couvrit fubitement , il y a
quelques jours , d'un nuage fi épais , que la lumière
du foleil en fut prefque toralement éclipfée . Bientôt
ce nuage defcendit jufqu'à terre , & l'on s'apperçut
qu'il n'étoit autre chofe qu'une multitude
infinie de fauterelles . Elles fe répandirent en un
inftant dans toute la campagne ; & il y en avoit
A O UST. 1756. 197
'dans plufieurs endroits jufqu'à la hauteur de deux
palmes. En vain les païfans eurent- ils recours à
tous les moyens poffibles , pour exterminer ces.
infectes. Il en paroiffoit le lendemain un plus
grand nombre , qu'on n'en avoit détruit la veille .
Les champs n'en ont été délivrés , qu'après avoir
été entiérement ravagés. Une partie de ces animaux
voraces eft allée ſe précipiter dans la Guadiana
& dans d'autres rivieres : une autre partie eft
venue fondre fur cette Ville , & s'ils n'y ont pas
caufé le même dommage qu'à la campagne , ils y
ont caufé beaucoup d'incommodité.
DE BARCELONE , le 27 Juin .
Don Antoine Barcelos , Commandant le Cha
bec le Courier de Mayorque , étant parti d'ici
pour Palma , découvrit le 13 de ce mois , entre
deux & trois heures du matin , fur la pointe de
Lio- Liobnegat , deux Galiotes Barbareſques , qui
avoient les voiles ferrées. Dès que les Galiotes
l'apperçurent , elles mirent leurs voiles au vent ,
& s'aidant en même- tems de leurs rames , elles
vinrent fur lui . Lorfqu'elles furent à deux portées
de canon , elles reconnurent à la manceuvre
que le Chabec n'étoit pas un Navire Marchand.
Elles revirerent de bord , dans le deffein de
prendre la fuite. Don Barcelo gagna le vent. Un
calme qui furvint , facilita à l'un des Corfaires
le moyen de dériver fur le Chabec. Les Elpagnols
préfenterent la proue à l'ennemi , qui eut
fon éperon & fa vergue de trinquet rompus . Cet
accident ne le rebuta point . Quelques-uns de fes
gens fauterent avec intrépidité dans le Chabec ,
mais ils furent fur le champ maſſacrés. Tous
ceux qui les fuivirent , eurent le même fort ; &
I j
198 MERCURE DE FRANCE.
les autres furent obligés de fe rendre. La Galiote
étoit armée de deux canons & de douze
pierriers . Il y avoit à bord vingt-quatre Turcs &
quarante-cinq Maures. Cinquante & un hommes
de cet équipage ont été tués à l'abordage ; &
douze , du nombre defquels eft le Capitaine nommé
Ali , ont été bleffés. Perfonne n'a été tué du
côté des Eſpagnols , & ils n'ont eu de bleffés que
leur Contre-Maître & cinq Matelots. Le fuccès de
ce combat fait d'autant plus d'honneur à Don Barcelos
, que fon équipage n'étoit compofé que
de quarante-quatre hommes , y compris huit
Mouffes. On a fçu par le Capitaine Ali , que
la Galiote dont on s'eft emparé , appartenoit au
Bey d'Alger. L'autre Galiote , qui a pris la fuite
pendant l'action , eft plus forte que celle- ci ea
équipage.
Fermer
Résumé : ESPAGNE.
En juin 1756, plusieurs événements marquants se sont produits en Espagne et ses environs. À Lisbonne, après trois semaines de tranquillité, une secousse sismique a été ressentie près des montagnes de Cintra le 29 juin. Une violente tempête a également frappé la région du 24 au 26 juin, mettant en danger les tentes de la famille royale, qui a quitté Lisbonne pour Salvaterra le 30 juin. La province d'Alentejo était touchée par des maladies. À Elvas, un nuage de sauterelles a causé des ravages malgré les efforts pour les exterminer, envahissant les champs et atteignant la ville. À Barcelone, le 27 juin, Don Antoine Barcelos, commandant le chébec le Courier de Mayorque, a affronté deux galiotes barbaresques près de Lio-Liobnegat. Après un combat acharné, les Espagnols ont capturé une galiote, tuant 51 membres de l'équipage ennemi et en blessant 12, sans perte de leur côté. La galiote capturée appartenait au Bey d'Alger. L'équipage espagnol, composé de 44 hommes, a été salué pour son courage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
768
p. 191-199
ALLEMAGNE.
Début :
Au commencement du mois dernier, l'Impératrice Reine de Hongrie & de [...]
Mots clefs :
Ratisbonne, Impératrice Reine de Hongrie et Bohême, Rescrit, Mémoire, M. de Klinggraff, Ministre du Roi de Prusse, Réponse, Leipzig, Régiments, Ferdinand de Brunswic, Ordonnance, Prise de la ville, Déclaration du Roi de Prusse, Wrocław, Constellations, Globe de feu, Bruit du tonnerre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
DE RATISBONNE , le 28 Août.
Au commencement du mois dernier , l'Impératrice
Reine de Hongrie & de Bohême donna un
Refcrit fur les motifs qui l'ont déterminée à faire
affembler les troupes en Bohême & en Morayie.
Cette Princeffe a fait publier depuis , à l'occafion
de la réponſe du Roi de Pruffe , un fecond Referit
, dont voici la teneur : « Il paroît par les dé-
>>clarations qui ont été faites de la part de la Cour
»de Berlin , que l'on veut s'y difculper de l'im-
»putation d'avoir donné occafion aux difpofitions
qui ont été jugées indifpenfables dans les Etats
de l'Impératrice . S'il eft vrai que les troupes
>>Pruffiennes n'ont pas été confidérablement aug-
»mentées en Siléfie , il n'eft pas moins vrai qu'on
les y a fait affembler & pourvoir d'artillerie , de
>>pontons & de tous les attirails de guerre néceffaires
pour entrer en campagne , & que les mêmes
difpofitions ont été faites dans les autres
Provinces de la dépendance de S. M. Pruffienne ;
deforte que les troupes y ont été mises en état
»de pouvoir fondre , dès qu'on le leur ordonne-
»roit , fur les Pays héréditaires de l'Impératrice ,
»foit par la Silefie , foit par les Etats Electoraux
»de Saxe. L'expérience du paffé doit fervir de
»regle pour l'avenir. Ainfi il doit paroître con-
»forme à la prudence que S. M. Impériale ne fe
»foit pas repofée fur de fimples affurances & pro-
»teftations , fans prendre les précautions conve-
»nables pour fa défenfe & fa fûreté . Du reſte , il
»y a une grande différence dans la nature des dif
pofitions de part & d'autre . Les troupes de l'Im192
MERCURE DE FRANCE.
»pératrice font diftribuées dans des lieux féparés
» par une longue diftance. Il a fallu s'y prendre à
»temps pour les faire fortir de leurs quartiers , &
»l'on ne devoit point attendre que l'événement
» eút vérifié ce que les préparatifs indiquoient , ou
»donnoient à foupçonner. »
On croit devoir joindre ici le Mémoire que le
Roi de Pruffe a fait remettre le 18 de ce mois à
la Cour de Vienne , & la réponſe de l'Impératrice
Reine.
Mémoire de M. de Klinggraff, Miniftre du
Roi de Pruffe , du 18 Août 1756 .
« Le Souffigné a l'honneur d'informer Sa Ma-
»jefté l'Impératrice Reine , que le Roi fon Maître
»vient de lui donner des ordres exprès de repré-
»fenter à fadite Majefté ce qui fuit , fçavoir: Que
»Sa Majesté le Roi de Prufle étoit faché d'impor-
>>tuner encore Sa Majefté l'Impératrice Reine ;
»mais que cela étoit indifpenfable dans la fitua-
»tion préfente des affaires , dont l'importance
pexigeoit des expl cations plus claires que celles
»que Sa Majefté l'Impératrice Reine a données
»en dernier lieu à fadite Majefté Pruflienne par le
Souffigné. Que ce Prince , pour ne rien diffimu-
»ler à Sa Majefté l'Impératrice Reine , ne pouvoit
»abfolument s'empêcher de lui faire connoître ,
» qu'il étoit informé d'une maniere à ne pas en
» douter , qu'Elle a fait au commencement de
>>cette année une alliance offenfive avec la Cour
»de Ruffie contre lui , par laquelle il a été ftipulé
»que les deux Impératrices attaqueront inopiné-
>ment le fufdit Prince ; celle de Ruffie avec cent
>> vingt mille hommes , & Sa Majefté l'Impératrice
>>Reine avec une armé de quatre -vingt mille
combattans.
OCTOBRE . 1756. 193
1
» combattans. Que ce projet , qui devoit fe mettre
nen exécution dès le mois de Mai de cette année ,
» n'avoit été différé juſqu'au printemps prochain
» qu'à cauſe que les troupes de Ruffie ont manqué
de recrues , leur Flotte de matelots , & la Fin-
» lande de bleds pour les nourrir. Que comme à
» préfent il étoit revenu de toutes parts à Sa Majefté
Pruffienne , que Sa Majefté l'Impératrice
»Reine raffemble fes forces principales en Bohê-
>> me & en Moravie , que les troupes campent à
»peu de diftance des frontieres de ce Prince ,
»qu'on fait des magaſins & des amas confidéra-
» bles de munitions de guerre & de bouche , que
>> l'on tire des cordons de Huffards & de Croates
vle long des frontieres du fufdit Prince , de même
»que s'il étoit en pleine guerre avec fadite Ma-
»jefté Impériale & Royale , il fe croyoit en plein
» droit d'exiger d'Elle une déclaration formelle &
» catégorique , confiftant dans une affurance que
» Sa Majefté l'Impératrice Reine n'a eu aucune
intention d'attaquer Sa Majesté Pruffienne ni
>>cette année , ni celle qui vient.Qu'il importoit à
» ce Prince d'être éclairci s'il étoit avec Sa Majeſté
» l'Impératrice Reine en guerre ou en paix , qu'il
>>en rendoit cette Princeffe l'arbitre . Que fi les
»intentions de Sa Majefté Impériale & Royale
wétoient pures , ce feroit à préfent le moment de
»les mettre au jour ; mais que fi au contraire on
>>donnoit à Sa Majeſté Pruſſienne une réponſe iny
certaine & non concluante , Sa Majesté l'Impé-
>>ratrice Reine auroit à fe reprocher toute la fuite
>>qu'attirera cette façon tacite , & qu'Elle confir-
>> meroit par-là les projets dangereux qu'Elle auroit
»formés avec la Ruffie contre fadite Majefté Pruf-
»fienne, & qu'enfin ce Prince atteftoit le Ciel qu'il
weft innocent des malheurs qui s'enfuivroient.a
I. Vol
194 MERCURE
DE FRANCE.
Le Souffigné a ordre de demander fur ce que
deffus , une réponse prompre , catégorique & par
écrit , ainfi que Sa Majefté l'Impératrice Reine le
lui a fait promettre en dernier par fon Excellence
M. le Grand Chancelier de la Cour le Comte de
Kaunitz-kittberg .
A Viennes , le 18 Août 1756 .
Réponse au Mémoire présenté par M. de
Klinggraff, le 18 Août 1756.
a Sa Majesté le Roi de Pruffe étoit déja occupé
»depuis quelque temps de toutes les elpeces de
»préparatifs de guerre les plus confidérables & les
»plus inquiétans pour le repos public , lorſque le
26 du mois dernier , ce Prince jugea à propos de
»faire demander des éclairciffemens ǎ Sa Majefté
l'Impératrice Reine tur les difpofitions militaires
qui fe faifoient dans les Etats , & qui ne
venoient d'être réfolus que d'après tous les préparatifs
qu'avoit déja faits S. M. Pruffienne . Ce
»font des faits à la connoiflance de toute l'Europe.
»Sa Majefté l'Impératrice Reine auroit pu fe dif-
»penfer , moyennant cela , de donner des éclairciflemens
fur des objets qui n'en avoient pas
»befoin ; Elle a bien voulu le faire néanmoins ,
»& déclarer elle - même pour cet effet au fieur de
Klinggraff , dans l'audience qu'Elle lui accorda
ale 26 de Juillet : Que l'état critique des affaires
»générales lui avoit fait envisager les mesures
vqu'Elle prenoit comme néceffaires pour fa fûreté
celle de fes Alliés , & qu'elles ne tendoient
d'ailleurs au préjudice de qui que ce fut. Sa Ma-
»jefté l'Impératrice Reine eft fans doute en droit
»de porter tel jugement qu'il lui plaît fur les circonftances
du temps , & il n'appartient de même
OCTOBRE. 1756.
195
S
-it
»qu'à Elle d'évaluer fes dangers. D'ailleurs fa dé-
» claration eſt ſi claire , qu'Elle n'auroit jamais
»imaginé qu'elle pût ne point être trouvée telle .
» Accoutumée à éprouver , ainfi qu'à obferver les
mégards que fe doivent les Souverains , Elle n'a
donc pu apprendre qu'avec étonnement & avec
la plus jufte fenfibilité , le contenu du Mémoire
»préfenté par le fieur Klinggraff . le 18 du cou-
>> rant , dont Elle s'eft fait rendre compte. Ce Mé-
>>moire eft tel quant au fonds , ainfi que quant
»aux expreffions , que S Majefté l'apérà rice
»Reine ſe verroit dans la néceffité de fortir des
> bornes de la mod ration qu'elle s'eft preferite ,
»fi elle répondoit à tout ce qu'il content. Mais
»Elle veut bien encore cependant , qu'en réponfe
» on déclare ultérieurement au fieur de Klinggraff
, que les informations que l'on a données
»à Sa Majefté Pruffienne d'une Alliance offenfive
>> contre Elle , entre Sa Majeſté l'Imperatrice Reine
» & Sa Majeſté l'impératrice de Ruffie , ainſi que
toutes les circonftances & prétendues ftipula-
» tions de ladite Alliance , font abfolument fauffes
»& controuvées , & que pareil Traité contre Sa
» Majeſté Pruſſienne n'existe point & n'a jamais
mexifté. Cette déclaration mettra toute l'Europe
à p rtée de juger de quelle valeur & qualité feroient
les fâcheux événemens qu'annonce le
» Mémoire du fieur de Klinggraff , & de voir
» qu'en tous cas ils ne pourront jamais être imputés
à Sa Majesté Impératrice Reine. Et c'eft
nce que , par ordre exprès de Sa Majesté l'Impépratrice
Reine , on eft chargé de faire connoître
Dau fieur de Kiinggraff , en réponſe à fon Mé
>> moire. »
A Vienne , le 21 Août 1756.
Lij
196 MERCURE DE FRANCE.
DE LEIPSICK , le 2 Septembre.
Quatre Régimens d'Infanterie & un Régiment
de Huffards des troupes du Roi de Pruffe entrerent
ici le 29 du mois dernier , fans qu'on eût eu
aucun avis de leur marche. La plupart des habitans
étoient alors affemblés dans les Eglifes , où
ils vaquoient avec fécurité aux exercices du culte
Divin. Depuis quinze jours , les garnifons de
cette Ville & de la Citadelle en étoient forties
pour le rendre au camp de Pirna. Le Général
Baron de Haxthauſen , Gouverneur de Leipfick ,
chargé par le Roi de prendre le commandement
de ce camp , étoit allé à Drefde recevoir les ordres
de Sa Majesté.
Auffi-tôt après l'arrivée des Pruffiens , le Prince
Ferdinand de Brunſwic qui les commandoit , prit
poffeffion des portes de la Ville , & il pofa des
Gardes à l'Hôtel de Ville , à la Tréforerie & à la
Citadelle. Les foldats des Régimens d'Infanterie
furent logés chez les Bourgeois , & les Huffards
dans les environs de la Ville . Pendant qu'on faifoit
la diftribution des logemens , on apprit que
quatre autres Régimens Pruffiens avoient fuivi la
premiere divifion de leurs troupes , & qu'ils
étoient cantonnés près d'ici en différens Villages.
Le même jour , le Prince de Brunſwic fit publier
une Ordonnance portant ce qui fuit : « Nous
>> Ferdinand , &c. Lieutenant-Général des Armées
»de Sa Majefté Pruffienne , Colonel d'un Régi-
>> ment d'Infanterie , Gouverneur des Ville & For-
»tereffe de Magdebourg , Chevalier de l'Ordre de
>>l'Aigle Noir , &c. Sçavoir faifons , que c'eſt par
» ordre de Sa Majesté Pruffienne que nous sommes
mentrés avec un corps de troupes dans l'Electorat
OCTOBRE . 1756. 197
»de Sare. Comme Sa Majeſté Pruffienne , loin de
»permettre qu'on y faffe le moindre dégât , veut
Dau contraire qu'on épargne le pays le plus qu'il
nfera poffible , & qu'on regarde & protege la
Saxe comme fes propres poffeffions , Elle a or-
»donné très-expreffément d'y faire obſerver à fes
troupes une exacte difcipline , de punir févére-
>>ment les foldats ou Officiers qui feront trouvés
Den faute à cet égard , & de remédier prompte-
>> ment aux défordres qu'ils auront commis. Or ,
»pour maintenir le bon ordre , il eft néceffaire
»que le Pays fourniffe aux troupes du Roi les
»fourrages , le pain , la viande , la biere & les
»légumes dont elles auront befoin . Ainfi il con-
>>vient de prendre des mefures fixes pour les
»livraiſons de ces provifions . En conséquence ,
»Nous mandons par la Préfente , au nom & de la
»part de Sa Majefté , à tous les Membres de la
»Nobleffe de chaque Cercle de l'Electorat , qu'ils
wayent à comparoître devant nous à Leipfick foit
wen perfonne , foit par repréfentans duement
»qualifiés , le 30 Août pour le plûtard , afin de
»délibérer fur lefdites livraifons ; Sa Majesté ayant
»nommé une Commiffion particuliere pour liqui
»der avec eux. Ceux qui manqueront de fe conformer
à la Préfente , ne devront s'en prendre
» qu'à eux-mêmes , fi on les contraint par voie
»d'exécution militaire , à fournir leur quotepart
» des fufdites livraiſons. >>
On publia le lendemain une Déclaration du
Roi de Pruffe , dans laquelle il eft dit « que les
»deffeins de la Cour de Vienne mettant ce Prince
»dans la néceffité de les prévenir , Sa Majesté
»Pruffienne fe voit forcée , malgré elle , & par une
>>fuite des circonftances , à entrer avec fon armée
dans les Etats héréditaires du Roi de Pologne
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
>>Electeur de Saxe . Que c'eft à regret qu'Elle fe
» porte à une démarche que fon amitié perfon-
»nelle pour Sa Majesté Polonoife lui auroit fait
» éviter , fi les loix de la guerre , le malheur des
»temps , & la fûreté de fes propres Etats ne la
»rendoient indifpenfable . Que les événemens de
>> l'année 1744 font encore récens à fa mémoire.
» Que pour n'être pas expofée aux mêmes incon-
»véniens , Sa Majefté Pruflienne eft obligée de ne
DConfulter que les regles de la prudence : mais
»qu'Elle déclare de la maniere la plus folemnelle
tant à Sa Majefté le Roi de Pologne qu'à l'Euprope
entiere , qu'Elle n'a aucun deffein offenfif
contre Sa Majefté Polonoife ni contre fes Etats.
Qu'Elle ne fouhaite rien avec plus d'ardeur que
de voir approcher l'heureux moment de pouvoir
remettre à ce Prince fes Etats , qui font &
feront toujours pour Elle un dépôt facré. »
L'après-midi , le Prince de Brunfwic fit prendre
poffeffion du Bureau de la Douane , de celui des
Affiles & des autres Comptoirs publics . Pendant
tout le jour les boutiques demeurerent fermées.
Le 31 on les ouvrir.
Hier à la pointe du jour , les troupes Pruffiennes
fe remirent en marche pour continuer leur
route. Elles fe font comportées avec beaucoup de
régularité , & elles n'ont rien exigé au- delà de
ce qu'on étoit convenu de leur fournir. Avec les
quatre Régimens qui ne font point entrés dans
cette Ville , elles compofoient un corps de douze
mille hommes . On vient d'être informé de l'approche
de deux autres colonnes de la même armée,
qui font de la même force que la premiere
colonne. Celle- ci s'eft portée le long de l'Elfter
fur Zeitz , qui eft le chemin par lequel on débouche
dans les Cercles de la partie Occidentale de la
Bohême.
OCTOBRE. 1756. 199
Les Magiftrats ayant demandé au Prince de
Brunfwic de quelle maniere on fe conduiroit pour
Ja Foire qui doit fe tenir ici à la Saint Michel , il
leur a confeillé d'envoyer une députation au Roi
de Pruffe. Conformément à cet avis , deux Députés
des Magiftrats partirent hier pour Berlin , avec
deux Députés du Corps des Négocians. La réponfe
qu'ils rapporteront décidera de la tenue
de la Foire.
DE BRESLAU , le
9 Août.
On apperçut le premier de ce mois à neuf
heures quarante- trois minutes du ſoir , ſous la
conftellation de la couronne feptentrionale , un
globe de feu qui avoit une longue queue. I prit
fa direction vers la grande ourfe. Lorfqu'il fut
fous cette derniere conftellation , il s'ouvrit , &
l'on en vit fortir un grand nombre de petites
étoles. Elles difparurent en tombant , & ne
refta plus de ce phénomene qu'une traînée de
lumiere , qui deux minutes après ceffa elle -même
de paroître. Pendant près de deux autres minutes ,
on entendit un bruit femblable à celui du tonnerre
, & fi violent , que les fenêtres & les portes
des maifons en étoient ébranlées . Il faut obferver
que le ciel étoit alors ferein . Un vent de fud-
Queft fouffloit avec affez de force.
DE RATISBONNE , le 28 Août.
Au commencement du mois dernier , l'Impératrice
Reine de Hongrie & de Bohême donna un
Refcrit fur les motifs qui l'ont déterminée à faire
affembler les troupes en Bohême & en Morayie.
Cette Princeffe a fait publier depuis , à l'occafion
de la réponſe du Roi de Pruffe , un fecond Referit
, dont voici la teneur : « Il paroît par les dé-
>>clarations qui ont été faites de la part de la Cour
»de Berlin , que l'on veut s'y difculper de l'im-
»putation d'avoir donné occafion aux difpofitions
qui ont été jugées indifpenfables dans les Etats
de l'Impératrice . S'il eft vrai que les troupes
>>Pruffiennes n'ont pas été confidérablement aug-
»mentées en Siléfie , il n'eft pas moins vrai qu'on
les y a fait affembler & pourvoir d'artillerie , de
>>pontons & de tous les attirails de guerre néceffaires
pour entrer en campagne , & que les mêmes
difpofitions ont été faites dans les autres
Provinces de la dépendance de S. M. Pruffienne ;
deforte que les troupes y ont été mises en état
»de pouvoir fondre , dès qu'on le leur ordonne-
»roit , fur les Pays héréditaires de l'Impératrice ,
»foit par la Silefie , foit par les Etats Electoraux
»de Saxe. L'expérience du paffé doit fervir de
»regle pour l'avenir. Ainfi il doit paroître con-
»forme à la prudence que S. M. Impériale ne fe
»foit pas repofée fur de fimples affurances & pro-
»teftations , fans prendre les précautions conve-
»nables pour fa défenfe & fa fûreté . Du reſte , il
»y a une grande différence dans la nature des dif
pofitions de part & d'autre . Les troupes de l'Im192
MERCURE DE FRANCE.
»pératrice font diftribuées dans des lieux féparés
» par une longue diftance. Il a fallu s'y prendre à
»temps pour les faire fortir de leurs quartiers , &
»l'on ne devoit point attendre que l'événement
» eút vérifié ce que les préparatifs indiquoient , ou
»donnoient à foupçonner. »
On croit devoir joindre ici le Mémoire que le
Roi de Pruffe a fait remettre le 18 de ce mois à
la Cour de Vienne , & la réponſe de l'Impératrice
Reine.
Mémoire de M. de Klinggraff, Miniftre du
Roi de Pruffe , du 18 Août 1756 .
« Le Souffigné a l'honneur d'informer Sa Ma-
»jefté l'Impératrice Reine , que le Roi fon Maître
»vient de lui donner des ordres exprès de repré-
»fenter à fadite Majefté ce qui fuit , fçavoir: Que
»Sa Majesté le Roi de Prufle étoit faché d'impor-
>>tuner encore Sa Majefté l'Impératrice Reine ;
»mais que cela étoit indifpenfable dans la fitua-
»tion préfente des affaires , dont l'importance
pexigeoit des expl cations plus claires que celles
»que Sa Majefté l'Impératrice Reine a données
»en dernier lieu à fadite Majefté Pruflienne par le
Souffigné. Que ce Prince , pour ne rien diffimu-
»ler à Sa Majefté l'Impératrice Reine , ne pouvoit
»abfolument s'empêcher de lui faire connoître ,
» qu'il étoit informé d'une maniere à ne pas en
» douter , qu'Elle a fait au commencement de
>>cette année une alliance offenfive avec la Cour
»de Ruffie contre lui , par laquelle il a été ftipulé
»que les deux Impératrices attaqueront inopiné-
>ment le fufdit Prince ; celle de Ruffie avec cent
>> vingt mille hommes , & Sa Majefté l'Impératrice
>>Reine avec une armé de quatre -vingt mille
combattans.
OCTOBRE . 1756. 193
1
» combattans. Que ce projet , qui devoit fe mettre
nen exécution dès le mois de Mai de cette année ,
» n'avoit été différé juſqu'au printemps prochain
» qu'à cauſe que les troupes de Ruffie ont manqué
de recrues , leur Flotte de matelots , & la Fin-
» lande de bleds pour les nourrir. Que comme à
» préfent il étoit revenu de toutes parts à Sa Majefté
Pruffienne , que Sa Majefté l'Impératrice
»Reine raffemble fes forces principales en Bohê-
>> me & en Moravie , que les troupes campent à
»peu de diftance des frontieres de ce Prince ,
»qu'on fait des magaſins & des amas confidéra-
» bles de munitions de guerre & de bouche , que
>> l'on tire des cordons de Huffards & de Croates
vle long des frontieres du fufdit Prince , de même
»que s'il étoit en pleine guerre avec fadite Ma-
»jefté Impériale & Royale , il fe croyoit en plein
» droit d'exiger d'Elle une déclaration formelle &
» catégorique , confiftant dans une affurance que
» Sa Majefté l'Impératrice Reine n'a eu aucune
intention d'attaquer Sa Majesté Pruffienne ni
>>cette année , ni celle qui vient.Qu'il importoit à
» ce Prince d'être éclairci s'il étoit avec Sa Majeſté
» l'Impératrice Reine en guerre ou en paix , qu'il
>>en rendoit cette Princeffe l'arbitre . Que fi les
»intentions de Sa Majefté Impériale & Royale
wétoient pures , ce feroit à préfent le moment de
»les mettre au jour ; mais que fi au contraire on
>>donnoit à Sa Majeſté Pruſſienne une réponſe iny
certaine & non concluante , Sa Majesté l'Impé-
>>ratrice Reine auroit à fe reprocher toute la fuite
>>qu'attirera cette façon tacite , & qu'Elle confir-
>> meroit par-là les projets dangereux qu'Elle auroit
»formés avec la Ruffie contre fadite Majefté Pruf-
»fienne, & qu'enfin ce Prince atteftoit le Ciel qu'il
weft innocent des malheurs qui s'enfuivroient.a
I. Vol
194 MERCURE
DE FRANCE.
Le Souffigné a ordre de demander fur ce que
deffus , une réponse prompre , catégorique & par
écrit , ainfi que Sa Majefté l'Impératrice Reine le
lui a fait promettre en dernier par fon Excellence
M. le Grand Chancelier de la Cour le Comte de
Kaunitz-kittberg .
A Viennes , le 18 Août 1756 .
Réponse au Mémoire présenté par M. de
Klinggraff, le 18 Août 1756.
a Sa Majesté le Roi de Pruffe étoit déja occupé
»depuis quelque temps de toutes les elpeces de
»préparatifs de guerre les plus confidérables & les
»plus inquiétans pour le repos public , lorſque le
26 du mois dernier , ce Prince jugea à propos de
»faire demander des éclairciffemens ǎ Sa Majefté
l'Impératrice Reine tur les difpofitions militaires
qui fe faifoient dans les Etats , & qui ne
venoient d'être réfolus que d'après tous les préparatifs
qu'avoit déja faits S. M. Pruffienne . Ce
»font des faits à la connoiflance de toute l'Europe.
»Sa Majefté l'Impératrice Reine auroit pu fe dif-
»penfer , moyennant cela , de donner des éclairciflemens
fur des objets qui n'en avoient pas
»befoin ; Elle a bien voulu le faire néanmoins ,
»& déclarer elle - même pour cet effet au fieur de
Klinggraff , dans l'audience qu'Elle lui accorda
ale 26 de Juillet : Que l'état critique des affaires
»générales lui avoit fait envisager les mesures
vqu'Elle prenoit comme néceffaires pour fa fûreté
celle de fes Alliés , & qu'elles ne tendoient
d'ailleurs au préjudice de qui que ce fut. Sa Ma-
»jefté l'Impératrice Reine eft fans doute en droit
»de porter tel jugement qu'il lui plaît fur les circonftances
du temps , & il n'appartient de même
OCTOBRE. 1756.
195
S
-it
»qu'à Elle d'évaluer fes dangers. D'ailleurs fa dé-
» claration eſt ſi claire , qu'Elle n'auroit jamais
»imaginé qu'elle pût ne point être trouvée telle .
» Accoutumée à éprouver , ainfi qu'à obferver les
mégards que fe doivent les Souverains , Elle n'a
donc pu apprendre qu'avec étonnement & avec
la plus jufte fenfibilité , le contenu du Mémoire
»préfenté par le fieur Klinggraff . le 18 du cou-
>> rant , dont Elle s'eft fait rendre compte. Ce Mé-
>>moire eft tel quant au fonds , ainfi que quant
»aux expreffions , que S Majefté l'apérà rice
»Reine ſe verroit dans la néceffité de fortir des
> bornes de la mod ration qu'elle s'eft preferite ,
»fi elle répondoit à tout ce qu'il content. Mais
»Elle veut bien encore cependant , qu'en réponfe
» on déclare ultérieurement au fieur de Klinggraff
, que les informations que l'on a données
»à Sa Majefté Pruffienne d'une Alliance offenfive
>> contre Elle , entre Sa Majeſté l'Imperatrice Reine
» & Sa Majeſté l'impératrice de Ruffie , ainſi que
toutes les circonftances & prétendues ftipula-
» tions de ladite Alliance , font abfolument fauffes
»& controuvées , & que pareil Traité contre Sa
» Majeſté Pruſſienne n'existe point & n'a jamais
mexifté. Cette déclaration mettra toute l'Europe
à p rtée de juger de quelle valeur & qualité feroient
les fâcheux événemens qu'annonce le
» Mémoire du fieur de Klinggraff , & de voir
» qu'en tous cas ils ne pourront jamais être imputés
à Sa Majesté Impératrice Reine. Et c'eft
nce que , par ordre exprès de Sa Majesté l'Impépratrice
Reine , on eft chargé de faire connoître
Dau fieur de Kiinggraff , en réponſe à fon Mé
>> moire. »
A Vienne , le 21 Août 1756.
Lij
196 MERCURE DE FRANCE.
DE LEIPSICK , le 2 Septembre.
Quatre Régimens d'Infanterie & un Régiment
de Huffards des troupes du Roi de Pruffe entrerent
ici le 29 du mois dernier , fans qu'on eût eu
aucun avis de leur marche. La plupart des habitans
étoient alors affemblés dans les Eglifes , où
ils vaquoient avec fécurité aux exercices du culte
Divin. Depuis quinze jours , les garnifons de
cette Ville & de la Citadelle en étoient forties
pour le rendre au camp de Pirna. Le Général
Baron de Haxthauſen , Gouverneur de Leipfick ,
chargé par le Roi de prendre le commandement
de ce camp , étoit allé à Drefde recevoir les ordres
de Sa Majesté.
Auffi-tôt après l'arrivée des Pruffiens , le Prince
Ferdinand de Brunſwic qui les commandoit , prit
poffeffion des portes de la Ville , & il pofa des
Gardes à l'Hôtel de Ville , à la Tréforerie & à la
Citadelle. Les foldats des Régimens d'Infanterie
furent logés chez les Bourgeois , & les Huffards
dans les environs de la Ville . Pendant qu'on faifoit
la diftribution des logemens , on apprit que
quatre autres Régimens Pruffiens avoient fuivi la
premiere divifion de leurs troupes , & qu'ils
étoient cantonnés près d'ici en différens Villages.
Le même jour , le Prince de Brunſwic fit publier
une Ordonnance portant ce qui fuit : « Nous
>> Ferdinand , &c. Lieutenant-Général des Armées
»de Sa Majefté Pruffienne , Colonel d'un Régi-
>> ment d'Infanterie , Gouverneur des Ville & For-
»tereffe de Magdebourg , Chevalier de l'Ordre de
>>l'Aigle Noir , &c. Sçavoir faifons , que c'eſt par
» ordre de Sa Majesté Pruffienne que nous sommes
mentrés avec un corps de troupes dans l'Electorat
OCTOBRE . 1756. 197
»de Sare. Comme Sa Majeſté Pruffienne , loin de
»permettre qu'on y faffe le moindre dégât , veut
Dau contraire qu'on épargne le pays le plus qu'il
nfera poffible , & qu'on regarde & protege la
Saxe comme fes propres poffeffions , Elle a or-
»donné très-expreffément d'y faire obſerver à fes
troupes une exacte difcipline , de punir févére-
>>ment les foldats ou Officiers qui feront trouvés
Den faute à cet égard , & de remédier prompte-
>> ment aux défordres qu'ils auront commis. Or ,
»pour maintenir le bon ordre , il eft néceffaire
»que le Pays fourniffe aux troupes du Roi les
»fourrages , le pain , la viande , la biere & les
»légumes dont elles auront befoin . Ainfi il con-
>>vient de prendre des mefures fixes pour les
»livraiſons de ces provifions . En conséquence ,
»Nous mandons par la Préfente , au nom & de la
»part de Sa Majefté , à tous les Membres de la
»Nobleffe de chaque Cercle de l'Electorat , qu'ils
wayent à comparoître devant nous à Leipfick foit
wen perfonne , foit par repréfentans duement
»qualifiés , le 30 Août pour le plûtard , afin de
»délibérer fur lefdites livraifons ; Sa Majesté ayant
»nommé une Commiffion particuliere pour liqui
»der avec eux. Ceux qui manqueront de fe conformer
à la Préfente , ne devront s'en prendre
» qu'à eux-mêmes , fi on les contraint par voie
»d'exécution militaire , à fournir leur quotepart
» des fufdites livraiſons. >>
On publia le lendemain une Déclaration du
Roi de Pruffe , dans laquelle il eft dit « que les
»deffeins de la Cour de Vienne mettant ce Prince
»dans la néceffité de les prévenir , Sa Majesté
»Pruffienne fe voit forcée , malgré elle , & par une
>>fuite des circonftances , à entrer avec fon armée
dans les Etats héréditaires du Roi de Pologne
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
>>Electeur de Saxe . Que c'eft à regret qu'Elle fe
» porte à une démarche que fon amitié perfon-
»nelle pour Sa Majesté Polonoife lui auroit fait
» éviter , fi les loix de la guerre , le malheur des
»temps , & la fûreté de fes propres Etats ne la
»rendoient indifpenfable . Que les événemens de
>> l'année 1744 font encore récens à fa mémoire.
» Que pour n'être pas expofée aux mêmes incon-
»véniens , Sa Majefté Pruflienne eft obligée de ne
DConfulter que les regles de la prudence : mais
»qu'Elle déclare de la maniere la plus folemnelle
tant à Sa Majefté le Roi de Pologne qu'à l'Euprope
entiere , qu'Elle n'a aucun deffein offenfif
contre Sa Majefté Polonoife ni contre fes Etats.
Qu'Elle ne fouhaite rien avec plus d'ardeur que
de voir approcher l'heureux moment de pouvoir
remettre à ce Prince fes Etats , qui font &
feront toujours pour Elle un dépôt facré. »
L'après-midi , le Prince de Brunfwic fit prendre
poffeffion du Bureau de la Douane , de celui des
Affiles & des autres Comptoirs publics . Pendant
tout le jour les boutiques demeurerent fermées.
Le 31 on les ouvrir.
Hier à la pointe du jour , les troupes Pruffiennes
fe remirent en marche pour continuer leur
route. Elles fe font comportées avec beaucoup de
régularité , & elles n'ont rien exigé au- delà de
ce qu'on étoit convenu de leur fournir. Avec les
quatre Régimens qui ne font point entrés dans
cette Ville , elles compofoient un corps de douze
mille hommes . On vient d'être informé de l'approche
de deux autres colonnes de la même armée,
qui font de la même force que la premiere
colonne. Celle- ci s'eft portée le long de l'Elfter
fur Zeitz , qui eft le chemin par lequel on débouche
dans les Cercles de la partie Occidentale de la
Bohême.
OCTOBRE. 1756. 199
Les Magiftrats ayant demandé au Prince de
Brunfwic de quelle maniere on fe conduiroit pour
Ja Foire qui doit fe tenir ici à la Saint Michel , il
leur a confeillé d'envoyer une députation au Roi
de Pruffe. Conformément à cet avis , deux Députés
des Magiftrats partirent hier pour Berlin , avec
deux Députés du Corps des Négocians. La réponfe
qu'ils rapporteront décidera de la tenue
de la Foire.
DE BRESLAU , le
9 Août.
On apperçut le premier de ce mois à neuf
heures quarante- trois minutes du ſoir , ſous la
conftellation de la couronne feptentrionale , un
globe de feu qui avoit une longue queue. I prit
fa direction vers la grande ourfe. Lorfqu'il fut
fous cette derniere conftellation , il s'ouvrit , &
l'on en vit fortir un grand nombre de petites
étoles. Elles difparurent en tombant , & ne
refta plus de ce phénomene qu'une traînée de
lumiere , qui deux minutes après ceffa elle -même
de paroître. Pendant près de deux autres minutes ,
on entendit un bruit femblable à celui du tonnerre
, & fi violent , que les fenêtres & les portes
des maifons en étoient ébranlées . Il faut obferver
que le ciel étoit alors ferein . Un vent de fud-
Queft fouffloit avec affez de force.
Fermer
Résumé : ALLEMAGNE.
En août 1756, des tensions militaires croissantes opposèrent l'Impératrice Reine de Hongrie et de Bohême au Roi de Prusse. L'Impératrice publia deux réfutations accusant la Prusse d'augmenter ses troupes et ses provisions en Silésie et dans d'autres provinces, prêtes à envahir ses États. Elle souligna la dispersion des troupes impériales et la nécessité de précautions pour assurer la défense. Le 18 août, le Roi de Prusse, par l'intermédiaire de son ministre Klinggraff, accusa l'Impératrice d'avoir formé une alliance offensive avec la Russie. Il demanda une déclaration formelle confirmant l'absence d'intentions hostiles. L'Impératrice répliqua que les préparatifs prussiens étaient connus de toute l'Europe et qu'elle avait agi pour sa sécurité et celle de ses alliés. Elle nia l'existence d'une alliance offensive avec la Russie. Le 29 août, quatre régiments prussiens entrèrent à Leipzig sans avertissement, prenant le contrôle des points stratégiques. Le Prince Ferdinand de Brunswick, commandant les troupes, publia une ordonnance exigeant des provisions pour les soldats et menaçant de sanctions en cas de non-conformité. Le Roi de Prusse publia une déclaration affirmant qu'il entrait en Saxe pour prévenir les desseins de la Cour de Vienne, tout en déclarant qu'il n'avait pas d'intentions offensives contre le Roi de Pologne. Parallèlement, une armée composée de douze mille hommes, incluant quatre régiments, se déplaça le long de l'Elster vers Zeitz, route menant aux cercles occidentaux de la Bohême. Deux autres colonnes de même force approchèrent. À Breslau, le 9 août, un phénomène céleste fut observé : un globe de feu avec une longue queue apparut sous la constellation de la couronne septentrionale, se dirigea vers la grande ourse, et se transforma en plusieurs petites étoiles avant de disparaître, laissant une traînée de lumière et un bruit semblable au tonnerre. Les magistrats de Breslau, ayant consulté le Prince de Brunswick sur la tenue de la foire de la Saint-Michel, envoyèrent une députation au Roi de Prusse pour obtenir une réponse décisive.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
769
p. 199-200
ESPAGNE.
Début :
On essuya encore ici, le 10 & le 11 de ce mois, deux violentes secousses. [...]
Mots clefs :
Tremblements de terre, Fumée, Soufre, Pillage, Chantage, Scélérat, Lisbonne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
DE LISBONNE , le 22 Juillet.
On effuya encore ici , le 10 & le 11 de ce mois
deux violentes fecouffes. Le 10 , il fortit du fein
de la terre un tourbillon de fumée , qui en s'éle-
I AV
200 MERCURE DE FRANCE.
vant s'étendit peu à peu fur tout l'horizon , &
déroba entiérement la lumiere du foleil. Tant
que l'obfcurité dura , l'air fut infecté d'une odeur
infupportable de foufre. Il y eut le 18 au matin
une nouvelle fecouffe , mais elle fur légere . Malgré
tous les foins que le Gouvernement fe donne
pour affurer la tranquillité publique , les vols &
les affaffinats continuent d'être fréquens dans
cette malheureufe Ville. Chaque jour quelquesunes
des perfonnes riches reçoivent des billets
anonymes , par lefquels on les menace de les
brûler dans leurs demeures , fi elles ne portent à
des endroits marqués les fommes qu'on leur demande.
On arrêta dernierement deux fcélérats
qui fe difpofoient à mettre le feu à des baraques
de la Ville - Baffe. Ils ont déclaré que dix - huit de
leurs complices devoient en faire autant dans
différentes rues , & qu'ils auroient profité tous du
défordre général pour piller les habitations qu'ils
auroient trouvées abandonnées.
DE LISBONNE , le 22 Juillet.
On effuya encore ici , le 10 & le 11 de ce mois
deux violentes fecouffes. Le 10 , il fortit du fein
de la terre un tourbillon de fumée , qui en s'éle-
I AV
200 MERCURE DE FRANCE.
vant s'étendit peu à peu fur tout l'horizon , &
déroba entiérement la lumiere du foleil. Tant
que l'obfcurité dura , l'air fut infecté d'une odeur
infupportable de foufre. Il y eut le 18 au matin
une nouvelle fecouffe , mais elle fur légere . Malgré
tous les foins que le Gouvernement fe donne
pour affurer la tranquillité publique , les vols &
les affaffinats continuent d'être fréquens dans
cette malheureufe Ville. Chaque jour quelquesunes
des perfonnes riches reçoivent des billets
anonymes , par lefquels on les menace de les
brûler dans leurs demeures , fi elles ne portent à
des endroits marqués les fommes qu'on leur demande.
On arrêta dernierement deux fcélérats
qui fe difpofoient à mettre le feu à des baraques
de la Ville - Baffe. Ils ont déclaré que dix - huit de
leurs complices devoient en faire autant dans
différentes rues , & qu'ils auroient profité tous du
défordre général pour piller les habitations qu'ils
auroient trouvées abandonnées.
Fermer
Résumé : ESPAGNE.
En juillet, Lisbonne a été frappée par plusieurs secousses sismiques. Le 10 juillet, une violente secousse a provoqué un tourbillon de fumée obscurcissant le ciel et répandant une odeur de soufre. Une autre secousse, plus légère, a eu lieu le 18 juillet. Malgré les efforts du gouvernement pour maintenir l'ordre, des vols et des incendies criminels se multiplient. Des menaces anonymes contraignent des personnes riches à payer des sommes d'argent sous peine d'incendie. Récemment, deux individus ont été arrêtés alors qu'ils s'apprêtaient à mettre le feu à des baraques. Ils ont avoué que dix-huit complices devaient incendier divers endroits de la ville pour piller les habitations abandonnées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
770
p. 200-201
ITALIE.
Début :
Le 17 de ce mois, quelques minutes avant midi, le ciel [...]
Mots clefs :
Padoue, Rafale de vent, Tremblement de terre, Tempête, Ville détruite, Destruction d'édifices, Dégâts, Victimes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
DE PADOUE , le 23 Août.'
Le 17 de ce mois , quelques minutes avant
midi , le ciel s'obfcurcit tout-à- coup , & il s'éleva
un vent fi violent , que les toits de la plupart des
maifons furent emportés. Dans la campagne , les
arbres les plus forts ont été couchés par terre.
Plufieurs voitures chargées ont été jettées dans
des ravins. Prefque tous les bateaux qui étoient
fur la Brente ont péri. Diverfes fecouffes de tremblement
de terre ont fuivi cette horrible tempête
, & ont ajouté de nouveaux défaftres à ceux
qu'on venoit d'éprouver. Une partie de la Ville a
OCTOBRE. 1756. 201
été détruite . Des édifices confidérables , entr'autres
l'Hôtel de Ville , qui faifoit l'admiration des
étrangers , ont été ruinés de fond en comble.
Un grand nombre de perſonnes ont été ensevelies
fous leurs habitations.
DE PADOUE , le 23 Août.'
Le 17 de ce mois , quelques minutes avant
midi , le ciel s'obfcurcit tout-à- coup , & il s'éleva
un vent fi violent , que les toits de la plupart des
maifons furent emportés. Dans la campagne , les
arbres les plus forts ont été couchés par terre.
Plufieurs voitures chargées ont été jettées dans
des ravins. Prefque tous les bateaux qui étoient
fur la Brente ont péri. Diverfes fecouffes de tremblement
de terre ont fuivi cette horrible tempête
, & ont ajouté de nouveaux défaftres à ceux
qu'on venoit d'éprouver. Une partie de la Ville a
OCTOBRE. 1756. 201
été détruite . Des édifices confidérables , entr'autres
l'Hôtel de Ville , qui faifoit l'admiration des
étrangers , ont été ruinés de fond en comble.
Un grand nombre de perſonnes ont été ensevelies
fous leurs habitations.
Fermer
Résumé : ITALIE.
Le 17 août, une violente tempête a frappé Padoue, arrachant des toits et renversant des arbres. Des voitures et des bateaux ont été détruits. Des secousses sismiques ont suivi, aggravant les dégâts. L'Hôtel de Ville et d'autres édifices importants ont été détruits, causant de nombreuses victimes ensevelies sous les décombres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
771
p. 70-71
LOGOGRYPHE.
Début :
Mere d'enfans errans qui bravent mon amour, [...]
Mots clefs :
Source
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYP HE.
MEre Ere d'enfans errans qui bravent mon amour,
Je ne vis que pour eux. Qu'ils me coûtent de
larmes !
Loin d'en être touchés , elles leur fervent d'armes
Pour s'éloigner de moi fans nul retour.
Mais pour faire valoir un avantage unique ,
Qui fert à balancer ce mépris prétendu :
J'oſe avancer qu'aux maux d'un Etat politique ;
Aux vices , aux abus , au corps humain étique ,
On ne remédira qu'après m'avoir connu.
A préfent de mon nom l'anagramme facile
Vous offre un exercice , où jadis plus d'un Grand
Procuroit à fon corps un plaifir fatiguanti
OCTOBRE. 1756. 71
Une machine aux Arts utiles ,
Néceffaire en tous lieux ; un farouche animal ;
Du corps une partie où l'on craint un rival ;
Une Iſle , une proche parente ;
Ce qu'on met au Café fans être trop friand.
Mais finiffons , il faut être prudente :
Un fecret risque trop quand fille parle tant:
MEre Ere d'enfans errans qui bravent mon amour,
Je ne vis que pour eux. Qu'ils me coûtent de
larmes !
Loin d'en être touchés , elles leur fervent d'armes
Pour s'éloigner de moi fans nul retour.
Mais pour faire valoir un avantage unique ,
Qui fert à balancer ce mépris prétendu :
J'oſe avancer qu'aux maux d'un Etat politique ;
Aux vices , aux abus , au corps humain étique ,
On ne remédira qu'après m'avoir connu.
A préfent de mon nom l'anagramme facile
Vous offre un exercice , où jadis plus d'un Grand
Procuroit à fon corps un plaifir fatiguanti
OCTOBRE. 1756. 71
Une machine aux Arts utiles ,
Néceffaire en tous lieux ; un farouche animal ;
Du corps une partie où l'on craint un rival ;
Une Iſle , une proche parente ;
Ce qu'on met au Café fans être trop friand.
Mais finiffons , il faut être prudente :
Un fecret risque trop quand fille parle tant:
Fermer
772
p. 80-81
ENIGME A Madame le B....
Début :
J'habite avec nombre de soeurs [...]
Mots clefs :
Dent
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME A Madame le B....
ENIGME
A Madame le B....
J'habite 'habite avec nombre de fours
Une maifon très - précieuſe
Aceux qui font fes poffeffeurs :
Ainfi qu'une Religieufe ,
Je n'en fors jamais qu'à ma mort;
DECEMBRE . 1756. SI
S'il eft dans ce Couvent un Frere ,
C'est l'effet malheureux du fort ,
Et tout franc , on ne l'aime guere ;
Il ne peut que nous faire tort.
Ce qui me flatte , c'eft qu'en France,
Où regna toujours l'inconftance
Plus que chez le fage Etranger ,
La mode n'ait pas pu changer
L'eftime rare & finguliere
Qu'en tous les temps on eut de moi.
Hélas ! je n'en fuis pas plus fiere :
Car il arrive d'ordinaire
Que je me plais moins chez un Roi ,
Que chez le Paysan robufte ,
Et que la Coquette m'ajuste ,
Pour me fixer bon gré , malgré ,
Tandis que chez la Payſanne ,
Qui ne m'en fçait preſqu'aucun gré ,
Je fuis , en dépit de Madame ,
Belle , faine . C'en eft affez :
Suis-je prife ? Non , relifez.
Par M. HOCH ... D'ET...
A Madame le B....
J'habite 'habite avec nombre de fours
Une maifon très - précieuſe
Aceux qui font fes poffeffeurs :
Ainfi qu'une Religieufe ,
Je n'en fors jamais qu'à ma mort;
DECEMBRE . 1756. SI
S'il eft dans ce Couvent un Frere ,
C'est l'effet malheureux du fort ,
Et tout franc , on ne l'aime guere ;
Il ne peut que nous faire tort.
Ce qui me flatte , c'eft qu'en France,
Où regna toujours l'inconftance
Plus que chez le fage Etranger ,
La mode n'ait pas pu changer
L'eftime rare & finguliere
Qu'en tous les temps on eut de moi.
Hélas ! je n'en fuis pas plus fiere :
Car il arrive d'ordinaire
Que je me plais moins chez un Roi ,
Que chez le Paysan robufte ,
Et que la Coquette m'ajuste ,
Pour me fixer bon gré , malgré ,
Tandis que chez la Payſanne ,
Qui ne m'en fçait preſqu'aucun gré ,
Je fuis , en dépit de Madame ,
Belle , faine . C'en eft affez :
Suis-je prife ? Non , relifez.
Par M. HOCH ... D'ET...
Fermer
775
p. 75
ENIGME.
Début :
Grand, petit, carré, rond, [...]
Mots clefs :
Ver de bois
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
GRAND , petit , carré , rond ,
Pointu , triangulaire ,
Ou mince, ou gros , ou court ou long ;
Quelquefois infulaire.
Je m'alonge & fuis raccourci
Tantôt l'un , tantôt l'autre auffi
Sans autre préambule ,
Je vis content de peu.
Le domaine de ma cellule
Eft très-fouvent en franc-alleu.
GRAND , petit , carré , rond ,
Pointu , triangulaire ,
Ou mince, ou gros , ou court ou long ;
Quelquefois infulaire.
Je m'alonge & fuis raccourci
Tantôt l'un , tantôt l'autre auffi
Sans autre préambule ,
Je vis content de peu.
Le domaine de ma cellule
Eft très-fouvent en franc-alleu.
Fermer
777
p. 203-205
ITALIE.
Début :
Un affreux ouragan a causé de très-grands dommages à Monte-Pulciano [...]
Mots clefs :
Rome, Naples, Gênes, Ouragan, Dégâts, Évêché, Mont Vésuve, Tremblement de terre, Rebelles corses, Attaques, San Pelegrino
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
DE ROME , le 10 Septembre.
Un affreux ouragan a caufé de très- grands dontmages
à Monte-Pulciano & dans les environs . Le
Monaftere des Religieufes a été renversé de fond
en comble , & les deux tiers des perfonnes , qui
étoient dans cette maifon , ont été écrasées fous
les ruines des Bâtimens. Plufieurs autres maifons
ont été totalement détruites , & dans la campagne
la plupart des arbres ont été déracinés .
DE NAPLES , le 31 Août
.
Sur la recommandation du Grand Maître de
Malte , le Roi a diſpoſé de l'Evêché de cette ifle
en faveur du Grand Prieur de l'Eglife de Saint
Jean , un des trois Sujets qui avoient été préſen
tés à Sa Majefté.
Le Mont Véfuve jette depuis quelques jours beau
coup de flammes & de pierres embrafées . Il s'eft fair
dans cette montagne une nouvelle ouverture
d'où ilfort un torrent de matiere bitumineuſe ,
qui coule avec une rapidité extraordinaire.
99
On a reçu de Sicile la facheufe nouvelle , que
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
le 6 d'Août , on y a effuyé un affreux tremblement
de terre; que plus de la moitié de la Ville
de Syracufe a été renversée , & qu'environ douze
mille habitans ont été enfevelis fous les ruines de
leurs maifons.
DE GENES , le 4 Septembre.
Les Rebelles de Corfe ont cru les circonstances
favorables , pour attaquer les poftes que les troupes
de la République occupent dans le circuit de
I'Ifle. Neuf cens d'entr'eux tenterent le 19 du
mois d'Août , d'emporter d'affaut la Tour de San
Pelegrino , qui ne peut contenir qu'une garnison
d'environ quarante hommes. L'attaque n'ayant
pas réuffi , les Rebelles bloquerent ce pofte , dans
T'efpérance de le prendre par famine , & ils fe retrancherent
principalement du côté de la mer ,
afin d'empêcher les fecours .
Sur la nouvelle de l'entreprise de Paoli , la République
a envoyé en Corfe trois de fes Galeres ,
& un renfort de quatre cens hommes . Ces tronpes
y arriverent le 30. Elles defcendirent à terre
, malgré les obftacles qui s'oppofoient à leur
débarquement. La bayonnette au bout du fufil ,
elles chargerent les Rebelles , & les mirent en
fuite avec beaucoup de perte de la part de l'ennemi
. Elles étoient encore à fa pourfuite , dans
le moment du départ du courier que le Commiffaire
Général de l'Ile a dépêché à la Répu
blique. On ne fçauroit trop louer la conftance
& la fermeté des affiégés , qui ont réſiſté fi longtemps
à toutes les incommodités de leur fituasion
, particuliérement à la difette d'eau dont ils
ent manqué pendant une grande partie du fiége.
Les Galeres que le Gouvernement avoit enOCTOBRE
. 1757 : 205
voyées en Corſe , rentrerent avant- hier dans ce
port, & l'on eut à cette occafion le détail de tout
ce qui s'eft fait pour délivrer la Tour de San-
Pelegrino , fituée dans la partie de la Corfe , gardée
par les troupes de la République. Cette Relation
contient en fubftance , que les Rébelles font
dans la plus grande confternation ; plufieurs d'entr'eux
ayant été taillés en pieces , & nommément
quatre de leurs Chefs , parmi lesquels ſe trouve le
fameux Vincentelli Il s'eft élevé de grands différends
entre Paoli & les autres Chefs. Lorfque les
Galeres font parties de l'Ifle , on s'attendoit qu'ils
en viendroient aux mains.
DE ROME , le 10 Septembre.
Un affreux ouragan a caufé de très- grands dontmages
à Monte-Pulciano & dans les environs . Le
Monaftere des Religieufes a été renversé de fond
en comble , & les deux tiers des perfonnes , qui
étoient dans cette maifon , ont été écrasées fous
les ruines des Bâtimens. Plufieurs autres maifons
ont été totalement détruites , & dans la campagne
la plupart des arbres ont été déracinés .
DE NAPLES , le 31 Août
.
Sur la recommandation du Grand Maître de
Malte , le Roi a diſpoſé de l'Evêché de cette ifle
en faveur du Grand Prieur de l'Eglife de Saint
Jean , un des trois Sujets qui avoient été préſen
tés à Sa Majefté.
Le Mont Véfuve jette depuis quelques jours beau
coup de flammes & de pierres embrafées . Il s'eft fair
dans cette montagne une nouvelle ouverture
d'où ilfort un torrent de matiere bitumineuſe ,
qui coule avec une rapidité extraordinaire.
99
On a reçu de Sicile la facheufe nouvelle , que
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
le 6 d'Août , on y a effuyé un affreux tremblement
de terre; que plus de la moitié de la Ville
de Syracufe a été renversée , & qu'environ douze
mille habitans ont été enfevelis fous les ruines de
leurs maifons.
DE GENES , le 4 Septembre.
Les Rebelles de Corfe ont cru les circonstances
favorables , pour attaquer les poftes que les troupes
de la République occupent dans le circuit de
I'Ifle. Neuf cens d'entr'eux tenterent le 19 du
mois d'Août , d'emporter d'affaut la Tour de San
Pelegrino , qui ne peut contenir qu'une garnison
d'environ quarante hommes. L'attaque n'ayant
pas réuffi , les Rebelles bloquerent ce pofte , dans
T'efpérance de le prendre par famine , & ils fe retrancherent
principalement du côté de la mer ,
afin d'empêcher les fecours .
Sur la nouvelle de l'entreprise de Paoli , la République
a envoyé en Corfe trois de fes Galeres ,
& un renfort de quatre cens hommes . Ces tronpes
y arriverent le 30. Elles defcendirent à terre
, malgré les obftacles qui s'oppofoient à leur
débarquement. La bayonnette au bout du fufil ,
elles chargerent les Rebelles , & les mirent en
fuite avec beaucoup de perte de la part de l'ennemi
. Elles étoient encore à fa pourfuite , dans
le moment du départ du courier que le Commiffaire
Général de l'Ile a dépêché à la Répu
blique. On ne fçauroit trop louer la conftance
& la fermeté des affiégés , qui ont réſiſté fi longtemps
à toutes les incommodités de leur fituasion
, particuliérement à la difette d'eau dont ils
ent manqué pendant une grande partie du fiége.
Les Galeres que le Gouvernement avoit enOCTOBRE
. 1757 : 205
voyées en Corſe , rentrerent avant- hier dans ce
port, & l'on eut à cette occafion le détail de tout
ce qui s'eft fait pour délivrer la Tour de San-
Pelegrino , fituée dans la partie de la Corfe , gardée
par les troupes de la République. Cette Relation
contient en fubftance , que les Rébelles font
dans la plus grande confternation ; plufieurs d'entr'eux
ayant été taillés en pieces , & nommément
quatre de leurs Chefs , parmi lesquels ſe trouve le
fameux Vincentelli Il s'eft élevé de grands différends
entre Paoli & les autres Chefs. Lorfque les
Galeres font parties de l'Ifle , on s'attendoit qu'ils
en viendroient aux mains.
Fermer
Résumé : ITALIE.
En Italie, plusieurs événements marquants ont eu lieu. À Monte-Pulciano, un ouragan a causé des dégâts considérables, détruisant le monastère des religieuses et tuant deux tiers des personnes présentes. De nombreuses maisons et arbres ont également été endommagés. À Naples, le roi a nommé le Grand Prieur de l'Église de Saint Jean à l'Évêché de Malte. Le mont Vésuve est entré en éruption, projetant des flammes, des pierres incandescentes et un torrent de matière bitumineuse. En Sicile, un tremblement de terre le 6 août a détruit la moitié de Syracuse et tué environ douze mille habitants. En Corse, les rebelles ont attaqué la tour de San Pellegrino sans succès et ont tenté de la bloquer. La République a envoyé des galères et des renforts, repoussant les rebelles et causant des pertes significatives parmi eux, y compris quatre chefs, dont Vincentelli. Des différends ont surgi entre Paoli et les autres chefs rebelles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
778
p. 213
AUTRE.
Début :
Le sieur Sybille, Maître-ès-Arts en la Faculté de Paris, donne avis [...]
Mots clefs :
Sieur Sybille, Montagne, Minéralogie, Cabinet, Vente, Collection
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Le feur Sybille , Maître- ès-Arts en la Faculté
de Paris , donne avis au Public qu'il s'eft retiré à
Chaumont en Vexin depuis quelques années ; que
pendant le féjour qu'il y a fait , il a trouvé à
Pespace de plus de dix lieues de circonférence
dans les montagnes voisines , une nombreuſe
collection dans la minéralogie ( objet d'histoire
naturelle ) , & que les recherches continuelles , &
Paffortiment auffi précieux que curieux dont fon
cabinet eft compofé , ont fait l'attention & mérité
les voyages de plufieurs Sçavans Naturaliftes
tant du royaume qu'étrangers ; qu'en conféquence
de cet affortiment double & triple en répéti
tion , il l'annonce en vente ou en entier , ou par
diftribution , étant à portée de le remonter fuc
ceffivement. Les Amateurs qui voudront faire les
frais du voyage & l'honorer d'une viſite , ſeront
fatisfaits & dédommagés par l'emplette des ma¬
tieres qu'il diftribue à bon compte.
Nota. Ceux qui ne voudront point faire le voya
ge fans auparavant être inftruits par un détail exact
de ce qui compofe a collection , s'adrefferont à
Paris à M. Bomare- de Valmont , Apothicaire-
Droguifte , rue de la Verrerie , à la Role blanche.
Cette perfonne verfée dans cette partie d'hiftoire
naturelle , & dont l'étude continuelle ( rela
tive à fa profeffion ) fait fon capital des autres
fciences , donnera une idée jufte par divifion &
fubdivifion de cette collection . Il aura même par
correfpondance chez lui un affortiment à l'ordre
& compte du fieur Sybille.
Le feur Sybille , Maître- ès-Arts en la Faculté
de Paris , donne avis au Public qu'il s'eft retiré à
Chaumont en Vexin depuis quelques années ; que
pendant le féjour qu'il y a fait , il a trouvé à
Pespace de plus de dix lieues de circonférence
dans les montagnes voisines , une nombreuſe
collection dans la minéralogie ( objet d'histoire
naturelle ) , & que les recherches continuelles , &
Paffortiment auffi précieux que curieux dont fon
cabinet eft compofé , ont fait l'attention & mérité
les voyages de plufieurs Sçavans Naturaliftes
tant du royaume qu'étrangers ; qu'en conféquence
de cet affortiment double & triple en répéti
tion , il l'annonce en vente ou en entier , ou par
diftribution , étant à portée de le remonter fuc
ceffivement. Les Amateurs qui voudront faire les
frais du voyage & l'honorer d'une viſite , ſeront
fatisfaits & dédommagés par l'emplette des ma¬
tieres qu'il diftribue à bon compte.
Nota. Ceux qui ne voudront point faire le voya
ge fans auparavant être inftruits par un détail exact
de ce qui compofe a collection , s'adrefferont à
Paris à M. Bomare- de Valmont , Apothicaire-
Droguifte , rue de la Verrerie , à la Role blanche.
Cette perfonne verfée dans cette partie d'hiftoire
naturelle , & dont l'étude continuelle ( rela
tive à fa profeffion ) fait fon capital des autres
fciences , donnera une idée jufte par divifion &
fubdivifion de cette collection . Il aura même par
correfpondance chez lui un affortiment à l'ordre
& compte du fieur Sybille.
Fermer
Résumé : AUTRE.
Le Maître-ès-Arts Sybille, de la Faculté de Paris, s'est retiré à Chaumont en Vexin. Lors de son séjour, il a découvert une vaste collection de minéraux dans les montagnes environnantes, couvrant une zone de plus de dix lieues. Cette collection, composée de spécimens précieux et curieux, a attiré de nombreux savants naturalistes, tant français qu'étrangers. Sybille propose de vendre cette collection, soit en entier, soit par distribution. Les amateurs intéressés peuvent se rendre à Chaumont pour acheter les matériaux à bon prix. Pour ceux qui souhaitent plus d'informations avant de voyager, ils peuvent contacter M. Bomare de Valmont, apothicaire-drogiste à Paris, rue de la Verrerie, à la Role blanche. M. Bomare, bien versé en histoire naturelle, peut fournir un détail exact de la collection et même organiser l'achat par correspondance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
779
p. 67-68
LOGOGRYPHE.
Début :
Aux soins d'un Jardinier, mon existence est dûe ; [...]
Mots clefs :
Artichaut
780
p. 192-195
« Cette Ville affligée de tant de maux, sembloit goûter enfin quelque calme ; [...] »
Début :
Cette Ville affligée de tant de maux, sembloit goûter enfin quelque calme ; [...]
Mots clefs :
Espagne, Lisbonne, Tremblement de terre, Secousses violentes, Dégâts, Mer, Victimes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Cette Ville affligée de tant de maux, sembloit goûter enfin quelque calme ; [...] »
DE LISBONNE , le 1 Octobre.
Cette Ville affligée de tant de maux , fembloit
goûter enfin quelque calme ; les fecouffes de la
terre étoient moins fréquentes ; on commençoit
à refpirer, lorfqu'on a reçu le détail de l'horrible
bouleversement caufé dans quelques- unes de nos
Ifles par un nouveau tremblement de terre . Le 9
Juillet dernier à onze heures quarante-cinq minu◄
tes de la nuit , une fecouffe affreuſe , dont la durée
fut d'environ deux minutes , fut reffentie dans
la plupart des Açores. Toutes les maifons de l'lfle
d'Angra furent violemment ébranlées . L'impul
fion du tremblement qui d'abord étoit verticale ,
devint bientôt horifontale , & fuivit la direction
de l'Ouest à l'Et. Pendant ces deux minutes , ļa
SPETS
DECEMBRE. 1757.
195
ferre fut agitée d'une telle force , que fi la fecouffe
eût duré quelques inftans de plus , tous les bâtimens
s'écrouloient , étoient engloutis . Le 10 vers
les dix heures du matin , il y eut une nouvelle fecouffe
, qui reprit à4 heures après midi , avec autant
de violence que la veille ; mais dont la durée
fut plus courte. Dans l'Ile Saint - Georges , à 12
lieues d'Angra , la terre trembla le même jour &
aux mêmes heures ; mais la fecouffe fut fi furieufe,
que 1043 perfonnes furent écraſées fous les
ruines des maifons. La frayeur des habitans redoubla
le 10 au matin , à la vue de dix -huit nouvelle
Ifles qui s'éleverent à la diſtance de cent
braffes & au Nord de l'Ifle. Aux Fayans des Vimes
, la même ſecouffe renverfa tous les édifices ;
on n'y reconnoît plus ni maiſons , ni temples ,
ni rues : on ne voit que des décombres & des
monceaux de pierres. La terre en quelque endroits
s'eft détachée du fol , & a roulé dans la mer. On
voit encore des langues de terre éloignées du rivage
, & entourées d'eau , conferver leur forme
avec tout ce qu'elles contenoient. Sur une de ces
Illes flotantes , eft une maison entourée d'arbres ,
qui n'eft point du tout endommagée . Monte- Formofo
, fitué à P'Eſt - Sud- Eſt de cette Ifle , s'eft
féparé en deux parties : l'une a croulé dans la
Mer , & fe trouve éloignée de l'autre de près de
cent braffes. Depuis la pointe de l'Eft de l'ile de
Topo , jufqu'au Bourg de la Caletha , on ne voit
encore que des ruines ; aucun bâtiment n'a réfifté.
La terre s'eft même ouverte en plufieurs endroits,
& un terrein de près d'un quart de lieue d'étendue
s'eft précipité dans la Mer. Quelques montagnes
ont changé de place ; d'autres ont entièrement
difparu , en forte que la
communication entre
Quelque- unes de ces Illes , qui étoit impraticable
I
194 MERCURE DE FRANCE.
autrefois par l'à plomb ou l'efcarpement des ro
chers , eft maintenant libre ; une plaine a fuccédé
aux montagnes. Une partie du village de Norte-
Grande s'eft auffi ſéparée du refte , & a été former
une Iſle nouvelle à la diſtance de 1 so braffes . Tous
les habitans de ces Ifles , confternés , remplis de
terreur , vivent dans les bois , & l'épouvante les
fuit partout , la terre toujours agitée leur montrant
de tous côtés des tombeaux. D'énormes
maffes de pierre fe détachent continuellement des
rochers ; il s'eft ouvert de toutes parts des gouffres
profonds qui les engloutiffent , & l'on voit
prefque tous les jours des rochers entiers s'affaiffer
, ou s'anéantir. L'Ifle du Pic a foiblement fenti
ces diverfes fecouffes , fi ce n'eft dans la partie
qui répond à l'Ile Saint- Georges. Ce quartier a
beaucoup fouffert , & onze perfonnes y ont péri.
Le jour de la premiere fecoufle , la Mer étoit dans
une agitation extraordinaire : les flots entrerent
avec fureur dans l'Ile Saint - Georges , en fuivant la
direction de l'Oueſt à l'Eft ; dans l'Ile du Pic ,
leur direction fut de l'Eſt à l'Oueft , & du Sud à
l'Queſt dans l'Ifle Gracieuſe. L'ifle du Fayal n'a
éprouvé qu'une légere fecouffe , & le mouvement
de la Mer y a été prefqu'infenfible. Dans les lies
de Saint-Michel & de Sainte-Marie , on a fenti
feulement l'effet d'une fecouffe ordinaire : les
Inles des Fleurs & du Corbeau ont été ſeules entiérement
exemptes du malheur général.
On apprend par un Vaiffeau qui vient d'arriver
du Cap Verd , qu'au mois d'Avril dernier , un
Volcan de l'Ifle du Feu , qui vomiffoit fans ceffe
des flammes , s'eft fubitement affaiffé , & que le
village Dos Mofteiros a été enseveli fous les
débris du mont. Les habitans ayant été avertis de
l'événement par plufieurs fignes, fe font heureu
DECEMBRE. 1757.
195
fement fauvés. Deux Bergers feulement ont perda
la vie avec leurs troupeaux .
Cette Ville affligée de tant de maux , fembloit
goûter enfin quelque calme ; les fecouffes de la
terre étoient moins fréquentes ; on commençoit
à refpirer, lorfqu'on a reçu le détail de l'horrible
bouleversement caufé dans quelques- unes de nos
Ifles par un nouveau tremblement de terre . Le 9
Juillet dernier à onze heures quarante-cinq minu◄
tes de la nuit , une fecouffe affreuſe , dont la durée
fut d'environ deux minutes , fut reffentie dans
la plupart des Açores. Toutes les maifons de l'lfle
d'Angra furent violemment ébranlées . L'impul
fion du tremblement qui d'abord étoit verticale ,
devint bientôt horifontale , & fuivit la direction
de l'Ouest à l'Et. Pendant ces deux minutes , ļa
SPETS
DECEMBRE. 1757.
195
ferre fut agitée d'une telle force , que fi la fecouffe
eût duré quelques inftans de plus , tous les bâtimens
s'écrouloient , étoient engloutis . Le 10 vers
les dix heures du matin , il y eut une nouvelle fecouffe
, qui reprit à4 heures après midi , avec autant
de violence que la veille ; mais dont la durée
fut plus courte. Dans l'Ile Saint - Georges , à 12
lieues d'Angra , la terre trembla le même jour &
aux mêmes heures ; mais la fecouffe fut fi furieufe,
que 1043 perfonnes furent écraſées fous les
ruines des maifons. La frayeur des habitans redoubla
le 10 au matin , à la vue de dix -huit nouvelle
Ifles qui s'éleverent à la diſtance de cent
braffes & au Nord de l'Ifle. Aux Fayans des Vimes
, la même ſecouffe renverfa tous les édifices ;
on n'y reconnoît plus ni maiſons , ni temples ,
ni rues : on ne voit que des décombres & des
monceaux de pierres. La terre en quelque endroits
s'eft détachée du fol , & a roulé dans la mer. On
voit encore des langues de terre éloignées du rivage
, & entourées d'eau , conferver leur forme
avec tout ce qu'elles contenoient. Sur une de ces
Illes flotantes , eft une maison entourée d'arbres ,
qui n'eft point du tout endommagée . Monte- Formofo
, fitué à P'Eſt - Sud- Eſt de cette Ifle , s'eft
féparé en deux parties : l'une a croulé dans la
Mer , & fe trouve éloignée de l'autre de près de
cent braffes. Depuis la pointe de l'Eft de l'ile de
Topo , jufqu'au Bourg de la Caletha , on ne voit
encore que des ruines ; aucun bâtiment n'a réfifté.
La terre s'eft même ouverte en plufieurs endroits,
& un terrein de près d'un quart de lieue d'étendue
s'eft précipité dans la Mer. Quelques montagnes
ont changé de place ; d'autres ont entièrement
difparu , en forte que la
communication entre
Quelque- unes de ces Illes , qui étoit impraticable
I
194 MERCURE DE FRANCE.
autrefois par l'à plomb ou l'efcarpement des ro
chers , eft maintenant libre ; une plaine a fuccédé
aux montagnes. Une partie du village de Norte-
Grande s'eft auffi ſéparée du refte , & a été former
une Iſle nouvelle à la diſtance de 1 so braffes . Tous
les habitans de ces Ifles , confternés , remplis de
terreur , vivent dans les bois , & l'épouvante les
fuit partout , la terre toujours agitée leur montrant
de tous côtés des tombeaux. D'énormes
maffes de pierre fe détachent continuellement des
rochers ; il s'eft ouvert de toutes parts des gouffres
profonds qui les engloutiffent , & l'on voit
prefque tous les jours des rochers entiers s'affaiffer
, ou s'anéantir. L'Ifle du Pic a foiblement fenti
ces diverfes fecouffes , fi ce n'eft dans la partie
qui répond à l'Ile Saint- Georges. Ce quartier a
beaucoup fouffert , & onze perfonnes y ont péri.
Le jour de la premiere fecoufle , la Mer étoit dans
une agitation extraordinaire : les flots entrerent
avec fureur dans l'Ile Saint - Georges , en fuivant la
direction de l'Oueſt à l'Eft ; dans l'Ile du Pic ,
leur direction fut de l'Eſt à l'Oueft , & du Sud à
l'Queſt dans l'Ifle Gracieuſe. L'ifle du Fayal n'a
éprouvé qu'une légere fecouffe , & le mouvement
de la Mer y a été prefqu'infenfible. Dans les lies
de Saint-Michel & de Sainte-Marie , on a fenti
feulement l'effet d'une fecouffe ordinaire : les
Inles des Fleurs & du Corbeau ont été ſeules entiérement
exemptes du malheur général.
On apprend par un Vaiffeau qui vient d'arriver
du Cap Verd , qu'au mois d'Avril dernier , un
Volcan de l'Ifle du Feu , qui vomiffoit fans ceffe
des flammes , s'eft fubitement affaiffé , & que le
village Dos Mofteiros a été enseveli fous les
débris du mont. Les habitans ayant été avertis de
l'événement par plufieurs fignes, fe font heureu
DECEMBRE. 1757.
195
fement fauvés. Deux Bergers feulement ont perda
la vie avec leurs troupeaux .
Fermer
Résumé : « Cette Ville affligée de tant de maux, sembloit goûter enfin quelque calme ; [...] »
Le 9 juillet, Lisbonne, déjà affectée par des tremblements de terre, subit un nouveau séisme à 23h45, qui dura environ deux minutes et toucha principalement les Açores. À Angra, toutes les maisons furent ébranlées par une secousse initialement verticale puis horizontale, allant de l'ouest à l'est. La violence du tremblement menaça de détruire tous les bâtiments. Le 10 juillet, deux nouvelles secousses eurent lieu à 10h et 16h, avec une intensité similaire mais une durée plus courte. À l'île Saint-Georges, 1043 personnes périrent sous les décombres. La terreur des habitants augmenta à la vue de nouvelles îles émergées au nord de l'île. Aux Fayals des Vimes, tous les édifices furent détruits. La terre se détacha en plusieurs endroits, formant des langues de terre flottantes. Monte Formoso se scinda en deux parties, l'une s'effondrant dans la mer. Entre la pointe est de l'île de Topo et le bourg de la Calheta, seuls des ruines étaient visibles. Des montagnes changèrent de place ou disparurent, modifiant la topographie des îles. Les habitants, terrifiés, vivaient dans les bois, évitant les zones instables. L'île du Pic ressentit faiblement les secousses, sauf dans la partie proche de l'île Saint-Georges, où onze personnes périrent. La mer fut également agitée, avec des directions variées selon les îles. Les îles de Saint-Michel et de Sainte-Marie subirent une secousse ordinaire, tandis que les îles des Fleurs et du Corbeau furent épargnées. Par ailleurs, un volcan à l'île du Feu s'effondra en avril, ensevelissant le village Dos Mosteiros, mais les habitants furent sauvés grâce à des signes avant-coureurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
781
p. 88
ENIGME.
Début :
J'ai le corps gros & le col mince ; [...]
Mots clefs :
Thermomètre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
J'AT le corps gros & le col mince -
ΑΙ
Je ſuis fans têté & plein d'eſprit :
Chez le Curieux & le Prince ,
Plus qu'autre part eft mon crédit :
Je ſuis foumis au temps , comme lui, variable :
Je vais & viens ; cependant je fuis ftable ,
Reftant fixe à l'endroit où l'on veut me placer :
C'eft affez , cher Lecteur , je te laiffe y penſer
J'AT le corps gros & le col mince -
ΑΙ
Je ſuis fans têté & plein d'eſprit :
Chez le Curieux & le Prince ,
Plus qu'autre part eft mon crédit :
Je ſuis foumis au temps , comme lui, variable :
Je vais & viens ; cependant je fuis ftable ,
Reftant fixe à l'endroit où l'on veut me placer :
C'eft affez , cher Lecteur , je te laiffe y penſer
Fermer
782
p. 81
ENIGME.
Début :
Je suis esprit, ou bien matiere ; [...]
Mots clefs :
Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Ja fuis efprit , ou bien matiere ;
Je fuis au Ciel , & la fable eft ma mere ;
Je fais auffi parmi les minéraux.
L'art qui ma ſéparé de la terre & des eaux ;
De ma fluidité fçait fixer la vîteffe :
Honteuſe du bien que je fais ,
L'humanité rougit de mes bienfaits ;
Elle devroit rougir de ſa foibleffe :
O Vénus ! Arrêtons , je dois être diſcret :
Un mot de plus , je dirois mon fecret :
Quoi ! mon fecret , je ne fuis plus le même :
Formé de mille mains , on me méprife , on
m'aime ;
La curiofité ſe nourrit à me voir :
Semblable au fombre aftre du ſoir ,
Je brille d'une autre lumiere :
Comme lui douze fois , je remplis ma carriere ;
Et bien fouvent en moins d'un mois ,
Je la remplis une feconde fois :
En trois mots finifſons , ma muſe ;
Je fuis Dieu , je guéris , j'amufe.
Par M. G ** , de S. Domingue.
Ja fuis efprit , ou bien matiere ;
Je fuis au Ciel , & la fable eft ma mere ;
Je fais auffi parmi les minéraux.
L'art qui ma ſéparé de la terre & des eaux ;
De ma fluidité fçait fixer la vîteffe :
Honteuſe du bien que je fais ,
L'humanité rougit de mes bienfaits ;
Elle devroit rougir de ſa foibleffe :
O Vénus ! Arrêtons , je dois être diſcret :
Un mot de plus , je dirois mon fecret :
Quoi ! mon fecret , je ne fuis plus le même :
Formé de mille mains , on me méprife , on
m'aime ;
La curiofité ſe nourrit à me voir :
Semblable au fombre aftre du ſoir ,
Je brille d'une autre lumiere :
Comme lui douze fois , je remplis ma carriere ;
Et bien fouvent en moins d'un mois ,
Je la remplis une feconde fois :
En trois mots finifſons , ma muſe ;
Je fuis Dieu , je guéris , j'amufe.
Par M. G ** , de S. Domingue.
Fermer
783
p. 73
ENIGME.
Début :
Je ne suis point Iris, je ne suis point l'Aurore, [...]
Mots clefs :
Navet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
E ne fuis point Iris , je ne fais point l'Aurore ,
Et j'étale ſouvent les plus vives couleurs .
Je ne fuis Zéphire , ni Flore ,
Etjé fais ſur mes pas éclore mille fleurs ;
Moins riche moins brillante on me voit au Village
Rendre à l'humble Pafteur fes utiles préfents ;
Mais je ne puis fufire à mes dons bienfaiſans ,
Et je me ruine en voyage.
Enfin pour des fils étrangers ,
J'abandonne le feul que dans mon fein je porte.
Mais il trame avec eux une ligue fi forte ,
Qu'après l'avoir conduit à travers les dangers ,
Il me chaffe d'entr'eux , & qu'il faut que je forte
Da lieu même embelli par mes foins pallagers.
E ne fuis point Iris , je ne fais point l'Aurore ,
Et j'étale ſouvent les plus vives couleurs .
Je ne fuis Zéphire , ni Flore ,
Etjé fais ſur mes pas éclore mille fleurs ;
Moins riche moins brillante on me voit au Village
Rendre à l'humble Pafteur fes utiles préfents ;
Mais je ne puis fufire à mes dons bienfaiſans ,
Et je me ruine en voyage.
Enfin pour des fils étrangers ,
J'abandonne le feul que dans mon fein je porte.
Mais il trame avec eux une ligue fi forte ,
Qu'après l'avoir conduit à travers les dangers ,
Il me chaffe d'entr'eux , & qu'il faut que je forte
Da lieu même embelli par mes foins pallagers.
Fermer
784
p. 67
LOGOGRYPHE.
Début :
Dans un gouffre profond je défends un trésor [...]
Mots clefs :
Nacre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRY PHE.
DANS un ANS un gouffre profond je défends un tréfor
Que m'a confié la Nature
Les couleurs de l'Iris font ma riche parure ,
Je garde une beauté plus précieuſe encor .
De mes cinq Eléments variez la texture ,
Sous mes divers afpects voyez quel eft mon fort.
Tantôt en m'approchant , gare votre cervelle ,
Tantôt la garentir eft mon unique emploi ;
Tantôt devant vos yeux je fuis en ſentinelle ,
Tantôt j'ai la Garonne entre Paris & moi ;
Le marbre dans mon fein tantôt le renouvelle.
Eft -ce tout ? Non fous ma forme nouvelle
Si tu me perds , Marin , malheur à toi.
DANS un ANS un gouffre profond je défends un tréfor
Que m'a confié la Nature
Les couleurs de l'Iris font ma riche parure ,
Je garde une beauté plus précieuſe encor .
De mes cinq Eléments variez la texture ,
Sous mes divers afpects voyez quel eft mon fort.
Tantôt en m'approchant , gare votre cervelle ,
Tantôt la garentir eft mon unique emploi ;
Tantôt devant vos yeux je fuis en ſentinelle ,
Tantôt j'ai la Garonne entre Paris & moi ;
Le marbre dans mon fein tantôt le renouvelle.
Eft -ce tout ? Non fous ma forme nouvelle
Si tu me perds , Marin , malheur à toi.
Fermer
785
p. 74-75
ENIGME.
Début :
Nécessaire, dit-on, mais toujours malfaisant [...]
Mots clefs :
Chat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
NÉceffaire , dit on , mais toujours malfaiſant
Dès l'enfance on me voit fouple , vif , amufant ;
Dans un âge plus mût , guerrier infatigable ,
Je fuis pour plus d'un Peupleun voifin redoutable:
La douceur cependant eft peinte fur mon front ,
Et fouvent d'hypocrite on m'a donné le nom .
Tendre Amant , chafte époux , mon nom vous
fait envie
FEVRIER. 1759: 75
Vous l'invoquez fouvent dans les bras de Silvie :
Oh ! je t'en ai trop dit , Lecteur ingénieux ;
Ç'en eft fait , tu me tiens ; mais prends garde à
tes yeux.
NÉceffaire , dit on , mais toujours malfaiſant
Dès l'enfance on me voit fouple , vif , amufant ;
Dans un âge plus mût , guerrier infatigable ,
Je fuis pour plus d'un Peupleun voifin redoutable:
La douceur cependant eft peinte fur mon front ,
Et fouvent d'hypocrite on m'a donné le nom .
Tendre Amant , chafte époux , mon nom vous
fait envie
FEVRIER. 1759: 75
Vous l'invoquez fouvent dans les bras de Silvie :
Oh ! je t'en ai trop dit , Lecteur ingénieux ;
Ç'en eft fait , tu me tiens ; mais prends garde à
tes yeux.
Fermer
786
p. 75-76
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis de ma nature un monstrueux objet ; [...]
Mots clefs :
Rhinocéros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
E fuis de ma nature un monftrueux objet ;
Mais le Séxe , par qui tout fe métamorphofe ,
M'a fçu rendre colifichet.
Ajoute, retranche , compoſe ;
Je t'offre l'Animal qui garde ton foyer ;
Lorſque chez toi chacun fommeille :
que fait éviter un adroit Nautonnier
L'ouvrage utile de l'Abeille :
Ce
Ce qu'un Taureau fait redouter :
Le fonore inftrument qu'à Diane on dédie :
Le contraire d'humide & celui d'atteſter :
Ce qu'une bonne Comédie
Doit dans le parterre
exciter :
De l'Europe une Iſle rébelle :
Un grand Chaffeur; un mot pour les filles char
mant ,
Et qui vient les fouftraire à la loi maternelle
Un Empire , un fon allarmant :
A répéter nos voix la Nymphe trop fidelle ,
Et qui trahit plus d'un Amant :
1
I
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Celui que rajeunit un magique myſtére :
Celle à qui Léandre fut plaire :
Le Centaure expert qui guida
L'enfance du fils de Pelée :
Un Fleuve d'Allemagne , un autre en Canada ,
Où des Guerniers François l'ardeur s'eſt ſignalée :
10. 7, 8 , 3. & 4. Ah ! je chante à ravir :
Souftrais 8. u verras la Bergere innocente
Ates tendres regards me cacher & rougir:
Par 8 , 9 , 10. & 7. je fuis la fleur brillante
¿Que Vénus teignit de fon fang :
6
8, 5. & 3. je me préſente
Revêtu du fuprême rang:
Tu peux trouver encore un titre qu'on révére :
L'oifeau qui défole un étang :
Du Dieu d'Epidaure la mére :
De Cadmus une fille , & ce métal maudit
Qui des humains altére l'ame ;
Mais peut-être en ai-je trop dit ;
Pardonne à l'Auteur : elle eft Femme.
Par une Dame de la Ville de Nantes.
E fuis de ma nature un monftrueux objet ;
Mais le Séxe , par qui tout fe métamorphofe ,
M'a fçu rendre colifichet.
Ajoute, retranche , compoſe ;
Je t'offre l'Animal qui garde ton foyer ;
Lorſque chez toi chacun fommeille :
que fait éviter un adroit Nautonnier
L'ouvrage utile de l'Abeille :
Ce
Ce qu'un Taureau fait redouter :
Le fonore inftrument qu'à Diane on dédie :
Le contraire d'humide & celui d'atteſter :
Ce qu'une bonne Comédie
Doit dans le parterre
exciter :
De l'Europe une Iſle rébelle :
Un grand Chaffeur; un mot pour les filles char
mant ,
Et qui vient les fouftraire à la loi maternelle
Un Empire , un fon allarmant :
A répéter nos voix la Nymphe trop fidelle ,
Et qui trahit plus d'un Amant :
1
I
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Celui que rajeunit un magique myſtére :
Celle à qui Léandre fut plaire :
Le Centaure expert qui guida
L'enfance du fils de Pelée :
Un Fleuve d'Allemagne , un autre en Canada ,
Où des Guerniers François l'ardeur s'eſt ſignalée :
10. 7, 8 , 3. & 4. Ah ! je chante à ravir :
Souftrais 8. u verras la Bergere innocente
Ates tendres regards me cacher & rougir:
Par 8 , 9 , 10. & 7. je fuis la fleur brillante
¿Que Vénus teignit de fon fang :
6
8, 5. & 3. je me préſente
Revêtu du fuprême rang:
Tu peux trouver encore un titre qu'on révére :
L'oifeau qui défole un étang :
Du Dieu d'Epidaure la mére :
De Cadmus une fille , & ce métal maudit
Qui des humains altére l'ame ;
Mais peut-être en ai-je trop dit ;
Pardonne à l'Auteur : elle eft Femme.
Par une Dame de la Ville de Nantes.
Fermer
787
p. 77
AUTRE.
Début :
Ma tête à bas ; de grand je deviens fort petit, [...]
Mots clefs :
Boeuf
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
a tête à bas ; dé grand je deviens fort petit ,
Et je n'ai plus ni piés ni pates.
De fçavoir qui je ſuis , Lecteur , ſi tu te flates ,
Tu crois avoir beaucoup d'eſprit.
a tête à bas ; dé grand je deviens fort petit ,
Et je n'ai plus ni piés ni pates.
De fçavoir qui je ſuis , Lecteur , ſi tu te flates ,
Tu crois avoir beaucoup d'eſprit.
Fermer
788
p. 206
DE NAPLES, le 18 Février.
Début :
Il s'est fait au sommet du Vésuve une ouverture nouvelle par où [...]
Mots clefs :
Vésuve, Feu, Lave
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE NAPLES, le 18 Février.
De NAPLES , le 18 Février.
Il s'eft fait au fommet du Véfuve une ouver
ture nouvelle par où s'écoulent des torrents de
feu qui ſe répandent à des diſtances confidérables.
Il s'eft fait au fommet du Véfuve une ouver
ture nouvelle par où s'écoulent des torrents de
feu qui ſe répandent à des diſtances confidérables.
Fermer
789
p. 71-72
LOGOGRYPHE.
Début :
Monstre d'humanité, mon nom seul fait horreur ; [...]
Mots clefs :
Anthropophage
790
p. 224
« Le sieur André Behaque, Marchand, demeurant au coin des Halles sur la petite place à Lille, [...] »
Début :
Le sieur André Behaque, Marchand, demeurant au coin des Halles sur la petite place à Lille, [...]
Mots clefs :
Marchand, Voyages, Cabinet, Rareté, Visite, Merveilles, Art, Nature
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le sieur André Behaque, Marchand, demeurant au coin des Halles sur la petite place à Lille, [...] »
Le fieur André Behaque , Marchand , demeurant
au coin des Halles fur la petite Place à Lille ,
à l'Enfeigne de l'Acteur Romain , étant parvenu
après de longues années de voyage & recherches
pénibles qu'il a faites & fait faire dans différentes
Parties de l'Europe , à former un Cabinet , & à
mettre en ordre toutes les raretés fans nombre
& de tout genre qu'il a pu recueillir ; & les complimens
flatteurs qu'il a reçus de tous les Connoiffeurs
qui lui ont fait la grace de l'aller voir ,
ayant enfin rempli fes vues , il a l'honneur d'annoncer
aux Sçavans , Curieux & Artiſtes que
ledit
Cabinet fera vifible tous les jours de la femaine
à raifon de 14 fols par perfonne lorſque le nombre
fera au moins cinq , & la valeur , c'eſt- àdire
fix livres , lorfqu'on fera feul .
Comme il n'eft pas poffible d'inférer ici le dénombrement
de Piéces rares que ce Cabinet contient
, le fieur André Behaque dira ſeulement que
fon cabinet occupe quatre grandes Places richement
ornées , & qui renferment dans leur fein
tout ce que l'Art & la Nature ont produit en tous
genres de curieux & de merveilleux,
au coin des Halles fur la petite Place à Lille ,
à l'Enfeigne de l'Acteur Romain , étant parvenu
après de longues années de voyage & recherches
pénibles qu'il a faites & fait faire dans différentes
Parties de l'Europe , à former un Cabinet , & à
mettre en ordre toutes les raretés fans nombre
& de tout genre qu'il a pu recueillir ; & les complimens
flatteurs qu'il a reçus de tous les Connoiffeurs
qui lui ont fait la grace de l'aller voir ,
ayant enfin rempli fes vues , il a l'honneur d'annoncer
aux Sçavans , Curieux & Artiſtes que
ledit
Cabinet fera vifible tous les jours de la femaine
à raifon de 14 fols par perfonne lorſque le nombre
fera au moins cinq , & la valeur , c'eſt- àdire
fix livres , lorfqu'on fera feul .
Comme il n'eft pas poffible d'inférer ici le dénombrement
de Piéces rares que ce Cabinet contient
, le fieur André Behaque dira ſeulement que
fon cabinet occupe quatre grandes Places richement
ornées , & qui renferment dans leur fein
tout ce que l'Art & la Nature ont produit en tous
genres de curieux & de merveilleux,
Fermer
Résumé : « Le sieur André Behaque, Marchand, demeurant au coin des Halles sur la petite place à Lille, [...] »
André Behaque, marchand résidant à Lille, ouvre un cabinet de curiosités au coin des Halles sur la petite Place, sous l'enseigne de l'Acteur Romain. Après des années de voyages et de recherches en Europe, Behaque a rassemblé de nombreuses raretés. Son cabinet a été salué par des connaisseurs. Il est accessible tous les jours de la semaine à un tarif de 14 sols par personne, à condition qu'il y ait au moins cinq visiteurs, ou pour six livres pour une visite individuelle. Le cabinet occupe quatre grandes salles richement ornées et expose des pièces rares représentant les curiosités de l'art et de la nature.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
791
p. 225
« Le sieur Perrin, Sellier, demeurant au Pont de Sève, donne avis au Public [...] »
Début :
Le sieur Perrin, Sellier, demeurant au Pont de Sève, donne avis au Public [...]
Mots clefs :
Selles, Nouveauté, Amélioration, Réussite, Chevaux, Guérison, Pansement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le sieur Perrin, Sellier, demeurant au Pont de Sève, donne avis au Public [...] »
Le feur Perrin, Sellier , demeurant au Pont de
Séve, donne avis au Public qu'il a inventé une
nouvelle forme de Selles pliantes & élastiques
des deux cinquièmes plus légères & en même
temps plus commodes pour homme & cheval :
qu'il en a déjà fourni plufieurs à S. A. S. Mgr.
le Duc d'Orléans , defquelles ce Prince est trèscontent.
Qu'il a le fecret de guérir les chevaux ,
par un ſeul panſement , des nouveaux & vieux
écarts, de même que les allonges tenant à la
noix , fans leur faire aucun mal . Bien loin que
ce panfement les empêche de travailler , le tirage
alors , dit - il , leur procure une guérifon plus
prompte & plus parfaite. On peut s'en informer
au Bureau de la Pofte aux chevaux de Paris , aú
fieur Gueldre , Marchand de chevaux , & à bien
d'autres. Il travaille gratis pour ceux qui n'ont
pas le moyen de payer , & fe tranſporte partout
où il eſt appellé , n'ayant pour objet principal
que d'être utile au Public.
Séve, donne avis au Public qu'il a inventé une
nouvelle forme de Selles pliantes & élastiques
des deux cinquièmes plus légères & en même
temps plus commodes pour homme & cheval :
qu'il en a déjà fourni plufieurs à S. A. S. Mgr.
le Duc d'Orléans , defquelles ce Prince est trèscontent.
Qu'il a le fecret de guérir les chevaux ,
par un ſeul panſement , des nouveaux & vieux
écarts, de même que les allonges tenant à la
noix , fans leur faire aucun mal . Bien loin que
ce panfement les empêche de travailler , le tirage
alors , dit - il , leur procure une guérifon plus
prompte & plus parfaite. On peut s'en informer
au Bureau de la Pofte aux chevaux de Paris , aú
fieur Gueldre , Marchand de chevaux , & à bien
d'autres. Il travaille gratis pour ceux qui n'ont
pas le moyen de payer , & fe tranſporte partout
où il eſt appellé , n'ayant pour objet principal
que d'être utile au Public.
Fermer
Résumé : « Le sieur Perrin, Sellier, demeurant au Pont de Sève, donne avis au Public [...] »
Le sieur Perrin, Sellier au Pont de Séve, a inventé des selles pliantes et élastiques pour hommes et chevaux. Son Altesse Sérénissime Monseigneur le Duc d'Orléans en est satisfait. Perrin soigne aussi les chevaux sans douleur, accélérant leur guérison. Il offre ses services gratuitement et se déplace partout. Pour plus d'informations, contacter le Bureau de la Poste aux chevaux de Paris ou le sieur Gueldre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
792
p. 67
ENIGME.
Début :
Quoiqu'en naissant on m'accoutume au bruit, [...]
Mots clefs :
Écho
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
QUOIQU'EN naiffant on m'accoutume at
bruit ,
J'aime le filence & la nuit.
Je dormirois toujours fi l'on me laiſſoit faire.
Et peu fenfible à tout ce qui n'eft pas mon pere
S'il s'éloigne , je meurs ; s'il revient , je revis ;
Comme lui je me déſeſpére ,
Et comme lui je chante & ris.
QUOIQU'EN naiffant on m'accoutume at
bruit ,
J'aime le filence & la nuit.
Je dormirois toujours fi l'on me laiſſoit faire.
Et peu fenfible à tout ce qui n'eft pas mon pere
S'il s'éloigne , je meurs ; s'il revient , je revis ;
Comme lui je me déſeſpére ,
Et comme lui je chante & ris.
Fermer
793
p. 101-121
SUITE DES MÉLANGES DE LITTÉRATURE. ESSAI sur les Elémens de Philosophie ou sur les principes des connoissances humaines.
Début :
Cet Essai dont on voit les germes dans l'article Elémens de l'Encyclopédie, est le [...]
Mots clefs :
Jean Le Rond d'Alembert, Philosophie, Éléments de philosophie, Morale, Lois, Nature, Physique, Objets, Principes, Observation, Objet, Vérités, Science, Ouvrages, Esprit, Idées, Géométrie, Anciens, Hommes, Étude
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DES MÉLANGES DE LITTÉRATURE. ESSAI sur les Elémens de Philosophie ou sur les principes des connoissances humaines.
SUITE DES MÉLANGES DE LITTÉRATURE.
ESSAIfur lesElémens de Philofophie oufur
les principes des connoiffances humaines.
CET Effai dorit on voit les germes dans
Τ
l'article Elémens de l'Encyclopédie , eft le
morceau le plus confidérable de la nou-.
velle Edition de ces Mélanges. L'impor
tance du føjet & la maniere noble , fage
& hardie dont il eft traité , méritent
qu'on s'y arrête ; le ton de Philofophie &
le caractere d'efprit de M. Dalembert ne
fe montrent dans aucun de fes ouvrages
plus fenfiblement que dans celui- ci
Cet Ecrivain célébre comme ncepat
une obfervation affez finguliere : il remar
que que depuis environ 300 ans la Nature
avoit deftiné le milieu de chaque fiécle à
être l'époque d'une révolution dans l'efprit
humain. La prife de Conftantinople dans
le milieu du quinziéme amena des Sçavans
diftingués en Italie , & y fit revivre les
Lettres. La réformation ranima l'émulation
& l'étude de toutes les Sciences vers
le milieu du feiziéme ; Defcartes donne
une nouvelle face à la Philofophie au mi-
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
lieu du dix - feptiéme ; & pour peu que l'on
confidére avec des yeux attentifs le temps
où nous vivons , il eft aifé d'appercevoir
qu'il s'eft fait dans nos idées un changement
rapide & fenfible qui femble en
préparer un plus confidérable encore . Ces
révolutions de l'efprit humain , ces efpéces
de fecouffes qu'il reçoit de temps
en temps de la Nature , font pour un
Spectateur Philofophe un objet agréable
& furtout inftructif ; il feroit donc à fou
haiter, pour le progrès des Sciences , que
nous en euffions un tableau exact à chaque
époque le plan de l'Encyclopédie
a été formé dans cette vue ; mais il feroit
poffible de rendre ce grand ouvra
ge d'une utilité plus générale & plus ferr
fible , il feroit très-important de réunir
& de rapprocher les vérités effentielles
qu'il contient dans des élémens de Philofophie
qui ferviroient comme d'introduction
à l'Encyclopédie ; c'eft ce que
M. Dalembert femble promettre d'exé
cuter un jour dans un ouvrage dout
Peffai qu'il publie aujourd'hui n'eft , ditil
, qu'une espèce d'efquiffe ; mais c'eſt une
efquiffe de main de Maître, & dont le fuccès
doit encourager cet Écrivain célébre
à remplir ce plan dans toute fon étendue.
La Philofophie n'eft autre chofe que
AOUST. 1759 . 103
12
l'application de la raifon aux différens
objets fur lefquels elle peut s'exercer.
» Des élémens de Philofophie doivent
» donc contenir les principes fondamen-
» taux de toutes les connoiffances humai-
» nes ; or ces connoiffances font de trois
" efpéces ou de fait , ou de fentiment ,
» ou de difcuffion . Cette derniere espéce
» feule appartient uniquement & par
» tous fes côtés à la Philofophie , mais
» les deux autres s'en rapprochent par
» quelques unes des faces fous lefquelles
on peut les envifager. Il n'y a » a qu'un »
feul genre de connoiffance qui ne doive
point entrer dans des élémens de Philo
fophie ; ce font les vérités qui tiennent à
la révélation . La Philofophie les refpecte,
& ne peut fe permettre en matiere de
Religion que la difcuffion des motifs de
notre croyance.
Après avoir fixé les différens objets qui
appartiennent à des élémens de Philofophie
, M. Dalembert expofe les rapports:
que ces objets ont entr'eux & l'ordre
qu'il faudroit fuivre dans leurs diftributions.
Si les vérités préfentoient à notre
efprit une chaîne continue , il n'y auroit
point d'élémens à faire ; on remonteroit
fans peine d'une vérité à toutes les autres
; mais cette chaîne eft rompue en
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
mille endroits quelles font donc les vêrités,
qui doivent entrer dans des élémens?
» Il y en a de deux fortes, répond
M. Dalembert ; « celles qui forment la
ور
tête de chaque partie de la chaîne , &
» celles qui fe trouvent au point de réu-
» nion de plufieurs branches. » Les vérités
du premier genre font celles qui ne
dépendent d'aucune autre & qui n'ont de
preuves que dans elles - mêmes ; mais i
ne faut pas croire que M. Dalembert
veuille ici parler des axiomes qu'on fe
donne la peine d'expliquer fi gratuitement
dans la plupart des ouvrages élémentaires.
Ces axiomes ne préfentent que
des vérités ſtériles & frivoles , qui n'éclairent
point & égarent fouvent par les
fauffes applications qu'on en fait.Les vrais
principes d'où l'on doit partir dans chaque
fcience , doivent être des faics fimples
& reconnus , qui n'en fuppofent point
d'autres , & qui foient indépendans de
toute hypothèſe particulière , tels que les
proportions de l'étendue en Géométrie ,
l'impénétrabilité en Méchanique , &c.
M. Dalembert après avoir indiqué les
procédés qu'il falloit fuivre dans le choix ,
le développement & l'énonciation des
principes fondamentaux de chaque fcience
, fait lui-même l'application de fa
A O UST. 1759 . 105
méthode fur les différens objets qui doivent
former un corps complet de Philofophie
élémentaire .
La Logique eft l'inftrument général
de toutes les fciences ; elle eft donc la
premiere qu'on doive traiter dans les
élémens de Philofophie , & en former
comme le frontispice & l'entrée . Mais
la Logique ne confifte ni dans cet amas:
ridicule & fcolaftique de formules inintelligibles
, ni dans l'appareil géométri
que qu'ont affecté plufieurs Philofophes
modernes dans des ouvrages peu fufcep
tibles de démonftrations . Déterminer
avec foin le fens des termes , décompo
fer & fimplifier autant qu'on peut les
objets , fuivre leurs rapports , remonter
par degrés continus d'une vérité à une
autre , & obferver exactement leurs dépendances
mutuelles ; voilà à quoi ſe
réduit la Logique. » Pour comparer des
" objets éloignés , on fe fert de plufieurs
» objets intermédiaires : il en eſt de mê-
" me quand on veut comparer deux où
" plufieurs idées. L'art du raifonnement
» n'eft que le développement de ce principe
& des conféquences. qui en réful-
» tent. »
L'art de conjecturer eft une branche de
la Logique : c'est l'art de ſuppléer par des
E-v
106 MERCURE DE FRANCE.
à-peu- près à des déterminations rigoureu
fes , & de fubftituer les probabilités aux
preuves dans les cas où l'on ne peut atteindre
à une certitude entiere , ou du
moins s'affurer d'y être parvenu.
M. Dalembert fait fuccéder la Métaphy
fique à la Logique , & cet ordre eft trés
naturel. « Nos idées font le principe de
» nos connoiffances , & ces idées ont
» elles- mêmes leur principe dans nos fen
» fations. La génération de nos idées ap
» partient à la Métaphyſique , c'eſt un de
fes objets principaux & peut-être de
» vroit- elle s'y borner. Prefque toutes les
33
autres queſtions qu'elle fe propofe font
» ou infolubles ou frivoles ; elles font l'a-
» liment des efprits téméraires ou des
" efprits faux. » M. Dalembert ne rétrécit
fa fphère de la Métaphyfique que pour
rendre fes recherches plus folides & plus
utiles. La cauſe productrice de nos idées ,
la maniere dont nous acquérons la notion
de l'exiſtence des objets extérieurs , l'exiftence
de Dieu , Fimmortalité & la fpiritualité
de l'ame , voilà des fujets bien di
gnes d'exercer & d'occuper entièrement
le Métaphyficien le plus profond & le
plus laborieux. M. Dalembert jette fur
ces grands objets des idées générales qui
n'ont befoin que d'être développées pour
former un corps de doctrine auffi complet
A O UST. 1759. 107
que l'obſcurité de la matiere peut le permettre.
L'exiſtence de l'Etre Suprême étant une
fois reconnue , nous conduit à chercher
le culte que nous devons lui rendre , mais
la nature de ce culte eft l'objet de la révélation.
Ce qui appartient effentiellement
à la raiſon , ce ſont les devoirs dont nous
fommes tenus envers nos femblables . La
connoiffance de ces devoirs eft ce qu'on
appelle Morale , & elle eft une fuite néceffaire
de l'établiffement des Sociétés. La
connoiffance de nos rapports avec les autres
homines & de nos befoins réciproques
nous conduit à celle de ce que nous
devons à la Société & de ce qu'elle nous
doit . « Il ſemble donc , dit M. Dalembert,
qu'on peut définir très- exactement l'in-
»jufte , ou ce qui revient au même , le
" mal moral : ce qui tend à nuire à la So-
» ciété en troublant le repos de fes Membres.
En effet le mal phyfique eft la fuite
» ordinaire du mal moral ; & comme
» nos fenfations fuffifent pour nous don→
» ner l'idée du mal phyfique , il eſt évi-
» dent que c'eft cette idée qui nous con-
» duit à celle du mal moral , quoique
» l'une & l'autre foient de nature diffe→
"rente. Que ceux qui nieront cette vérité,.
» fuppofent l'homme impaffible , & qu'ils:
E vj.
108 MERCURE DE FRANCE..
effayent de lui faire acquérir dans cette;
hypothèſe la notion de l'injufte.
99
M. Dalembert traite la morale avec plus
d'étendue qu'on ne lui en donne ordinairement
dans les élémens de Philofophie
, ou cette fcience la plus intéreffante
de toutes eft la plus négligée. Il la divife
en plufieurs branches , fuivant les différens
rapports fous lefquels on confidère
les hommes entr'eux. La connoiſſance de
ce que les hommes fe doivent comme
membres de la fociété générale forme la
premiere branche qu'il appelle Morale de
l'homme, Ces devoirs renferment les loix
générales & naturelles , & ces loix font:
de deux efpéces , écrites ou non écrites,
L'obfervation des loix naturelles écrites ,
et ce qu'on nomme probité ; la pratique
des loix naturelles non écrites eft ce qu'on
appelle vertu. Tout ce morceau eft plein
de force , de fineffe & de clarté : voici
une obfervation d'une vérité ſimple &
profonde. » Pourquoi les Légiflateurs femblent-
ils avoir remis à la volonté des
Peuples l'obfervation des loix non écrites
? Pourquoi n'eft - il point ďaction
» contre l'avarice , la dureté envers les
» malheureux, l'ingratitude & la perfidie ?
Celui qui laiffe périr de mifère un Citoyen
qu'il peut fecourir , n'eft-il- pas
و د
AOUST. 1759. 100
"
» à peu-près auffi coupable envers la So-
» ciété , que s'il faifoit périr ce malheu-
» reux par une mort lente ? Pourquoi
» donc les loix l'ont-elles épargné ? C'eſt
» que le bien de cet Avare étant fuppofé
acquis par des moyens que les loix ne
réprouvent pas , elles ne peuvent le lui
» arracher pour le donner à d'autres ; &
que fi la loi qui nous oblige de foula-
» ger nos ſemblables eſt une des premiè-
» res dans l'état de nature , elle eft fubor-
» donnée dans l'ordre de la fociété à la
» loi , qui veut que chacun jouiffe tranquillement
& en liberté de ce qu'il
poffede . »
»
Après la Morale de l'homme , vient la
Morale des Légiflateurs. Celle- ci a deux
branches ; ce que tout Gouvernement
doit à chacun de fes Membres, & ce que
chaque eſpèce de Gouvernement doit à
ceux qui lui font foumis. Le premier principe
de la morale des Légiflateurs eft ,
qu'il n'y a de bon Gouvernement que
celui dans lequel les Citoyens font également
protégés & également liés par les
loix. La Morale doit éclairer le Légiflateur
fur l'objet , l'établiffement & l'exécution,
des loix. M. Dalembert entre ici
dans plufieurs détails pleins d'humanité
& de raifon.. Il examine en particulier la
Fio MERCURE DE FRANCE .
trop fameufe queftion de la tolérance -fur пор
laquelle il donne des principes clairs &
modérés, également éloignés de la licence
& de la fuperftition .
Chaque Etat outre fes loix particuliè
res a auffi des loix a obferver par rapport
aux autres : c'est l'objet de la Morale
des Etats fur laquelle M. Dalembert ne
met qu'une page, & malheureufement pour
le genre humain , dit- il , elle eft encore plus
courte dans la pratique .
La Morale du Citoyen vient immédiatement
après celle des Etats: elle fe réduità
être fidèle obfervateur des loix civiles de
fa Patrie & à fe rendre le plus utile à fes
Concitoyens qu'il eft poffible.
M. Dalembert apprend à chaque Citoyen
jufqu'à quel point il eft comptable
à fa Patrie de fa vie , de fes talens & de
leur emploi il entre dans la difcuffion
du Suicide , qu'il regarde comme un crime
en Morale ainfi qu'en Religion : & fon
objet le ramène naturellement à cette an
cienne queftion que M. Rouffeau a rendue
fi célèbre : » Jufqu'à quel point un
Citoyen peut - il fe livrer à l'étude des
» Sciences & des Arts , & cette étude
» n'eft-elle pas plus nuifible qu'avanta
geufe aux Etats ? » M. Dalembert eſt
fort loin d'adopter les paradoxes exagérés
"
و ر
AOUST. 1759.
de M. Rouffeau , mais il ne pense pas non
plus que les Arts foient propres à rendré
les Sociétés plus fages & plus heureuſes. '
La Morale du Philofophe forme la der
nière branche de la Morale : elle n'a
pour objet que nous-mêmes & la manière
dont nous devons penfer pour nous ren
dre heureux indépendamment des autres ;
elle détermine jufqu'où il eft permis de
rechercher les honneurs & de fe livrer à
l'ambition. La raifon permet fans doute
d'être flatté des honneurs , mais fans les
exiger ni les attendre. » C'eft y mettre
» un trop grand prix , ajoute- t- il , que de
"les fuir avec empreffement , ou de les
" rechercher avec avidité : le même excès-
» de vanité produit ces deux effets con
» traires. » M. Dalembert entre ici dansquelques
détails fur les paffions , fur leur
objet , leurs peines & leurs plaifirs : fa
Philofophie n'eft pas toujours confolante,
mais elle est toujours ferme , droite &
humaine. Il termine fes Elémens de Morale
par un fouhait que lui infpire l'amour
du bien public , & dont il defireroit qu'un
Citoyen Philofophe jugeât l'exécution digne
de lui. Ce feroit celle d'un Catéchifme
de Morale à l'ufage & à la por-
» tée des enfans. Peut- être n'y auroit-it
"pas de moyen plus efficace de mult
"
112 MERCURE DE FRANCE.
23.
plier dans la fociété les hommes ver
» tueux on apprendroit de bonne heure
»à l'être par principes ; & l'on fçait quelle
» eft fur notre ame la force des vérités
qu'on y a gravées dès l'enfance . "
Dieu , l'Homme & la Nature , voilà
les trois grands objets de l'étude du Phi-
Lofophe après avoir marqué la route
qu'on doit fuivre dans l'étude des deux
premières; M. Dalembert va paffer au troifième
mais les bornes qui me font pref
crites & la nature des matières ne me permettent
pas de le fuivre dans les détails ;
je me contenterai d'indiquer l'ordre qu'il
a obfervé dans la diftribution des Sciences
, & de faifir les vues générales qu'il y
a répandues..
Il commence par la Grammaire , qu'il
préfente fous un point de vue philofophique
, le feul qui doive être confidéré
dans des élémens de Philofophie. 11 paffe
enfuite aux Mathématiques dont l'Algébre
eft la première branche. « L'Algébre eft
» une efpéce de langue qui a , comme les
» autres , fa Métaphyfique ; cette Métaphyfique
a précédé la formation de la
langue ; mais quoiqu'elle foit implicite
ment contenue dans les règles , elle
» n'y eft pas développée ; le vulgaire ne
"
AOUST. 1759. 113
jouit que du réfultat , l'homme éclairé
» voit le germe qui le produit.
Cette Métaphyfique fimple & lamíneuſe
qui a guidé les inventeurs , eft donc
la partie que le Philofophe doit s'attacher
à développer dans des élémens d'Algébre
: muni des premières notions de
PAlgébre , il s'en fervira pour paffer à la
Géométrie , qui eft la fcience des propriétés
de l'étendue en tant qu'on la confidère
comme fimplement étendue & figurée.
Les termes de point , de ligne & de furface
que le Géomètre employe ne font
que des abftractions dont il fe fert pour
Simplifier ſon objet : ainfi les vérités qui
en résultent font des vérités purement
hypotétiques , mais elles n'en font pas
moins utiles par l'application qu'on en
fait dans la pratique . M. Dalembert répond
aux détracteurs de la Géométrie &
prouve fans replique la certitude & l'uti
lité de cette ſcience. La méthode qu'il
exige dans les élémens de Géométrie doît
faire juger que de tels élémens ne font
pas l'ouvrage d'un Géomètre ordinaire ,
& les Defcartes , les Leibnitz , & les
Newton n'étoient pas trop bons pour
bien exécuter cette entreprife. M. Dalembert
termine cet article par examiner
une queftion fouvent difcutée & toujours
114 MERCURE DE FRANCE.
problématique. C'eft de fçavoir quel
genre d'efprit doit obtenir par fa fupéiorité
le premier rang dans l'eftime
» des hommes ; celui qui excelle dans les
» Lettres , ou celui qui fe diftingue au
» même degré dans les Sciences ? Cette
» queſtion eſt décidée tous les jours en
faveur des Lettres ( à la vérité fans intérêt
) par une foule d'Ecrivains fubal-
» ternes , incapables , je ne dis pas d'ap
" précier Corneille & de fire Newton ,
» mais de juger Campiſtron & d'entendre
» Euclide. Pour nous , plus timides ou
plus juftes , nous avouerons que la fupériorité
en ces deux genres nous pa
roit d'un mérite égal. Qui auroit à
» choifir d'être Newton ou Corneille fe
roit bien d'être embarraffé , ou ne me
riteroit pas d'avoir à choifir . » Les principes
de la Géométrie & ceux de PALgébre
renferment tout ce qui eft néceffaire
pour arriver à la Méchanique . Le
mouvement , fes propriétés générales ,
font le premier & le principal objet de
cette fcience ; mais dans le mouvement
on confidère en Méchanique non feulement
l'efpace parcouru , mais auffi le
temps employé à parcourir cet eſpace.
Le principe de l'équilibre , joint à ceux
de la force d'inertie & du mouvement
AQUST . 1759. Ir
compofé , fuffit pour donner la folution
de tous les problèmes de Méchanique ;
c'eft avoir réduit cette fcience , dit M.
Dalembert , au plus petit nombre de
principes poffibles que d'établir fur ces
trois points toutes les loix du mouve
ment des corps .
L'Aftronomie doit fuivre immédiatement
la Méchanique , comme étant de
toutes les parties de la Phyfique la plus
certaine. « Si quelque fcience , die M. Da-
» lembert , mérite à tous égards d'être
traitée felon la méthode des inventeurs
, ou du moins felon celle qu'ils
ont Fire , e'eft l'Aftronomie. Rien
un'eft peut-être plus fatisfaisant pour l'ef-
» prit humain que de voir par quelle
fuite d'obfervations , de recherches , de
combinaiſons & de calculs les hommes
» font parvenus à connoître le mouve‐
» ment de ce globe qu'ils habitent , &
» celui des autres corps de notre fyftême
» planitaire……… Le génie des Philoſophes,
» en cela peu différent de celui des autres
hommes , les porte à ne chercher
» d'abord ni uniformité ni loix dans les .
phénomênes qu'ils obfervent. Com-
» mencent-ils à y foupçonner quelque
» marche régulière ? ils imaginent auffi-
» tôt la plus parfaite & la plus fimple..
116 MERCURE DE FRANCE.
و د
"
25
» Bientôt une obfervation plus fuivie les
détrompe , & fouvent même les ra
» mène précipitamment à leur premier
» avis. Enfin une étude longue , affidue ,
dégagée de préventions & de fyftême ,
» les remet dans les limités du vrai , &
-> leur apprend que pour l'ordinaire la lời
» des phénomènes n'eft ni affez peu com
pofée pour être apperçue tout d'un
» coup , ni auffi irrégulière qu'on pour
roit le penfer. » Voilà l'hiftoire de tou
tes les Hypothèses Aftronomiques.
L'Aftronomie phyfique eft une des
fciences qui font le plus d'honneur à la
Philofophie moderne : les ouvrages des
Anciens n'ont prefque été d'aucun fe
cours aux Phyficiens qui font venus de
puis. M. Dalembert refute ici d'une ma
nière très- folide les prétentions de ceux
qui trouvent tout dans les Anciens. « Ce
»que les Anciens ont imaginé fur le fy
» tême du monde , ou du moins ce qui
» nous refte là- deffus , eft fi vague & h
"
mal prouvé qu'on n'en fçauroit ther
>> aucune lumière réelle. Qu'importe à
» l'honneur de Copernic que quelques
"anciens Philofophes ayent cru le mo
» vement de la terre , fi les preuves qu'ils
»en donnoient n'ont pas été fuffifantes
AOUST. 1759. 117
pour empêcher le plus grand nombre
de croire le mouvement du Soleil ?
M.Dalembert analyſe enfuite le fyftême
des tourbillons, & celui de la gravitation,'
On imagine bien en faveur duquel il fe
détermine. L'accord qu'on remarque tous
les jours de plus en plus entre les phé
nomênes célestes & la théorie Newtonienne
ſemble avoir décidé tous les Philofophes
pour le Newtonianifme. M. Da
lembert entre enfuite dans le détail des
procédés qui peuvent perfectionner l'Aftronomie
& reculer fes limites , & il finit
cet article par une obfervation à la gloire
de notre Nation . « Qu'on examine avec
» attention ce qui a été fait depuis quel-
» ques années par les plus habiles Ma-
" thématiciens fur ie fyftême du monde ;
» on conviendra , ce me femble , que
» l'Aftronomie Phyfique eft encore au-
» jourd'hui plus redevable aux François
» qu'à aucune autre Nation. C'eſt dans
» les travaux qu'ils ont entrepris , dans
» les ouvrages qu'ils ont mis fous les yeux
» de l'Europe , que le fyftême Newtonien
» trouvera déſormais fes preuves les plus
» inconteftables & les plus profondes.
M. Dalembert paffe rapidement fur
POptique & l'Acoustique ; je remarquerai
feulement qu'en parlant de la théorie des
118 MERCURE DE FRANCE.
رد
fons , il faifit l'occafion de louer les dé-
Couvertes qu'a faites M. Rameau dans
cette partie , d'une manière qui honore
l'un & l'autre. » L'illuftre Artiſte dont il
s'agit a été pour nous le Defcartes de
» la Mufique. On ne peut fe flatter , ce
» me femble , de faire quelque progrès
» dans cette fcience , qu'en fuivant la
» méthode qu'il a tracée.
L'Hydroftatique & l'Hydraulique n'offrent
que des détails trop mathématiques
pour être fufceptibles d'extrait ; mais je
m'arrête encore un moment fur la Phyfique
générale qui termine les élémens de
Philofophie.
وي
و د
"
» L'étude de cette Science roule fur
» deux points qu'il ne faut pas con-
» fondre , l'obfervation & l'expérience.
» L'obfervation , moins recherchée &
» moins fubtile , fe borne aux faits qu'elle
a fous les yeux , à bien voir & à bien
» détailler les phénomênes de toute ef
pèce que la Nature nous préfente . L'expérience
cherche à pénétrer la Nature
plus profondément , à lui dérober ce
qu'elle cache , à créer en quelque mala
différente combinaiſon des
par
» corps , de nouveaux phénomênes pour
» les étudier : enfin elle ne fe reftreint
» pas à écouter la Nature , mais elle l'in-
» terroge & la preffe.
30
">
ور
"
ود
nière
AOUST. 1759. 119
119'
M. Dalembert trace une efquite abrégée
de l'hiftoire & des prog: ès de la Phy-,
fique : les Anciens felon lui , n'ont pas
autant négligé la Nature qu'on le croit
communément , & il apporte en preuve
les ouvrages d'Hypocrate , qui font les,
monumens les plus confidérables qui
nons restent de la Phyfique ancienne , &
dans lesquels on trouve un ſyſtème d'obfervations
& une fuite de faits bien fürs &
bien rapprochés ; cependant il paroît que
les Anciens ont plus cultivé l'obfervation
que l'expérience. Les plus fages d'entre
eux ont fait la table de qu'ils voyoient ,
l'ont bien faite & s'en font tenus là. C'eft
dans l'hiftoire des Animaux , d'Ariſtote ,
qu'il faut chercher le vrai goût de Phyfique
des Anciens , plutôt que dans fes autres
ouvrages où il est moins riche en faits
& plus abondant en paroles , plus raifonneur
& moins inftruit.
Les fiécles les plus ignorans ont eu
des génies fupérieurs qui ont cultivé l'étude
de la Nature & accéléré les progrès
de la Phyfique , tel étoit le Moine
Bacon , » qui fçut par la force de fon gé-
» nie s'élever au- deffus de fon fiécle & le
» laiffer bien loin derriere lui. Auffi fut-
» il perfécuté par fes Confreres & regar-
» dé par le Peuple comme un Magicien
120 MERCURE DE FRANCE.
"
» à- peu- près comme Gerbert l'avoit été
près de trois fiécles auparavant pour les
inventions méchaniques , avec cette
» différence que Gerbert devint Pape , &
" que Bacon refta Moine & malheureux.
Le Chancelier Bacon & Defcartes paroiffent
ici comme les Reftaurateurs de
la Phyfique expérimentale. M. Dalembert
qui connoit fi bien les obligations que
leur a la Philofophie , leur reproche auffi
d'avoir été plus Phyficiens de fpéculation
que de pratique. Le plaifir oifif de la méditation
& de la conjecture , entraîne les
grands génies , & ils laiffent le travail mé.
chanique à d'autres qui ne vont pas auffi
loin que leurs maîtres auroient été. Ainfi
les uns penfent ou rêvent , les autres
agiffent ou manoeuvrent & l'enfance des
fciences eft éternelle .
Après une courte hiftoire de la Phylque
expérimentale , M. Dalembert propofe
quelques réflexions fur la manière de
traiter cette fcience. Il demande la plus
grande attention à n'établir la théorie
que fur des faits inconteftables ; & à ne
pas trop foumettre les hypothèfes au calcul
, dont tant de Phyficiens ont abufé.
La Géométrie doit obéir à la Phyfique
quand elle fe réunit à elle , & tous les
jers de Phyfique ne font pas également
fufceptibles
AOUST. 1759. 121
fufceptibles de l'application de la Géométrie
. M. Dalembert recommande aux Phyficiens
de fe défier de cette fureur d'expliquer
tout , que Defcartes a introduite
dans la Phyfique , mais il n'a garde de
profcrire ni cet efprit de conjecture , qui
tout à la fois timide & éclairé conduit
quelquefois à des découvertes , ni cet efprit
d'analogie, dont la fage hardieffe peut
aller au- delà de ce que la Nature femble
vouloir montrer , & prévoit les faits
avant que de les avoir vûs. La fageffe &
la circonfpection doivent guider le Phyficien
dans la marche ; la patience & le
courage doivent d'un autre côté le foutenir
dans fon travail . Tel eft en raccourci
le plan que M. Dalembert propofe à exécuter
& que perfonne peut-être ne rempliroit
mieux que celui qui l'a conçu &
tracé : on trouvera dans tout cet Ouvrage
des vues faines & étendues ; un ton noble
& ferme , des principes fages , un fcepticiſme
modefte , un ftyle net , libre &
concis , tel qu'il convient furtout aux
matieres philofophiques ; enfin cet effai
porte le caractere que les efprits ſupérieurs
impriment à leurs ouvrages : il
laiſſe beaucoup à penſer.
Le refte des Mélanges auprochain Mercure,
ESSAIfur lesElémens de Philofophie oufur
les principes des connoiffances humaines.
CET Effai dorit on voit les germes dans
Τ
l'article Elémens de l'Encyclopédie , eft le
morceau le plus confidérable de la nou-.
velle Edition de ces Mélanges. L'impor
tance du føjet & la maniere noble , fage
& hardie dont il eft traité , méritent
qu'on s'y arrête ; le ton de Philofophie &
le caractere d'efprit de M. Dalembert ne
fe montrent dans aucun de fes ouvrages
plus fenfiblement que dans celui- ci
Cet Ecrivain célébre comme ncepat
une obfervation affez finguliere : il remar
que que depuis environ 300 ans la Nature
avoit deftiné le milieu de chaque fiécle à
être l'époque d'une révolution dans l'efprit
humain. La prife de Conftantinople dans
le milieu du quinziéme amena des Sçavans
diftingués en Italie , & y fit revivre les
Lettres. La réformation ranima l'émulation
& l'étude de toutes les Sciences vers
le milieu du feiziéme ; Defcartes donne
une nouvelle face à la Philofophie au mi-
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
lieu du dix - feptiéme ; & pour peu que l'on
confidére avec des yeux attentifs le temps
où nous vivons , il eft aifé d'appercevoir
qu'il s'eft fait dans nos idées un changement
rapide & fenfible qui femble en
préparer un plus confidérable encore . Ces
révolutions de l'efprit humain , ces efpéces
de fecouffes qu'il reçoit de temps
en temps de la Nature , font pour un
Spectateur Philofophe un objet agréable
& furtout inftructif ; il feroit donc à fou
haiter, pour le progrès des Sciences , que
nous en euffions un tableau exact à chaque
époque le plan de l'Encyclopédie
a été formé dans cette vue ; mais il feroit
poffible de rendre ce grand ouvra
ge d'une utilité plus générale & plus ferr
fible , il feroit très-important de réunir
& de rapprocher les vérités effentielles
qu'il contient dans des élémens de Philofophie
qui ferviroient comme d'introduction
à l'Encyclopédie ; c'eft ce que
M. Dalembert femble promettre d'exé
cuter un jour dans un ouvrage dout
Peffai qu'il publie aujourd'hui n'eft , ditil
, qu'une espèce d'efquiffe ; mais c'eſt une
efquiffe de main de Maître, & dont le fuccès
doit encourager cet Écrivain célébre
à remplir ce plan dans toute fon étendue.
La Philofophie n'eft autre chofe que
AOUST. 1759 . 103
12
l'application de la raifon aux différens
objets fur lefquels elle peut s'exercer.
» Des élémens de Philofophie doivent
» donc contenir les principes fondamen-
» taux de toutes les connoiffances humai-
» nes ; or ces connoiffances font de trois
" efpéces ou de fait , ou de fentiment ,
» ou de difcuffion . Cette derniere espéce
» feule appartient uniquement & par
» tous fes côtés à la Philofophie , mais
» les deux autres s'en rapprochent par
» quelques unes des faces fous lefquelles
on peut les envifager. Il n'y a » a qu'un »
feul genre de connoiffance qui ne doive
point entrer dans des élémens de Philo
fophie ; ce font les vérités qui tiennent à
la révélation . La Philofophie les refpecte,
& ne peut fe permettre en matiere de
Religion que la difcuffion des motifs de
notre croyance.
Après avoir fixé les différens objets qui
appartiennent à des élémens de Philofophie
, M. Dalembert expofe les rapports:
que ces objets ont entr'eux & l'ordre
qu'il faudroit fuivre dans leurs diftributions.
Si les vérités préfentoient à notre
efprit une chaîne continue , il n'y auroit
point d'élémens à faire ; on remonteroit
fans peine d'une vérité à toutes les autres
; mais cette chaîne eft rompue en
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
mille endroits quelles font donc les vêrités,
qui doivent entrer dans des élémens?
» Il y en a de deux fortes, répond
M. Dalembert ; « celles qui forment la
ور
tête de chaque partie de la chaîne , &
» celles qui fe trouvent au point de réu-
» nion de plufieurs branches. » Les vérités
du premier genre font celles qui ne
dépendent d'aucune autre & qui n'ont de
preuves que dans elles - mêmes ; mais i
ne faut pas croire que M. Dalembert
veuille ici parler des axiomes qu'on fe
donne la peine d'expliquer fi gratuitement
dans la plupart des ouvrages élémentaires.
Ces axiomes ne préfentent que
des vérités ſtériles & frivoles , qui n'éclairent
point & égarent fouvent par les
fauffes applications qu'on en fait.Les vrais
principes d'où l'on doit partir dans chaque
fcience , doivent être des faics fimples
& reconnus , qui n'en fuppofent point
d'autres , & qui foient indépendans de
toute hypothèſe particulière , tels que les
proportions de l'étendue en Géométrie ,
l'impénétrabilité en Méchanique , &c.
M. Dalembert après avoir indiqué les
procédés qu'il falloit fuivre dans le choix ,
le développement & l'énonciation des
principes fondamentaux de chaque fcience
, fait lui-même l'application de fa
A O UST. 1759 . 105
méthode fur les différens objets qui doivent
former un corps complet de Philofophie
élémentaire .
La Logique eft l'inftrument général
de toutes les fciences ; elle eft donc la
premiere qu'on doive traiter dans les
élémens de Philofophie , & en former
comme le frontispice & l'entrée . Mais
la Logique ne confifte ni dans cet amas:
ridicule & fcolaftique de formules inintelligibles
, ni dans l'appareil géométri
que qu'ont affecté plufieurs Philofophes
modernes dans des ouvrages peu fufcep
tibles de démonftrations . Déterminer
avec foin le fens des termes , décompo
fer & fimplifier autant qu'on peut les
objets , fuivre leurs rapports , remonter
par degrés continus d'une vérité à une
autre , & obferver exactement leurs dépendances
mutuelles ; voilà à quoi ſe
réduit la Logique. » Pour comparer des
" objets éloignés , on fe fert de plufieurs
» objets intermédiaires : il en eſt de mê-
" me quand on veut comparer deux où
" plufieurs idées. L'art du raifonnement
» n'eft que le développement de ce principe
& des conféquences. qui en réful-
» tent. »
L'art de conjecturer eft une branche de
la Logique : c'est l'art de ſuppléer par des
E-v
106 MERCURE DE FRANCE.
à-peu- près à des déterminations rigoureu
fes , & de fubftituer les probabilités aux
preuves dans les cas où l'on ne peut atteindre
à une certitude entiere , ou du
moins s'affurer d'y être parvenu.
M. Dalembert fait fuccéder la Métaphy
fique à la Logique , & cet ordre eft trés
naturel. « Nos idées font le principe de
» nos connoiffances , & ces idées ont
» elles- mêmes leur principe dans nos fen
» fations. La génération de nos idées ap
» partient à la Métaphyſique , c'eſt un de
fes objets principaux & peut-être de
» vroit- elle s'y borner. Prefque toutes les
33
autres queſtions qu'elle fe propofe font
» ou infolubles ou frivoles ; elles font l'a-
» liment des efprits téméraires ou des
" efprits faux. » M. Dalembert ne rétrécit
fa fphère de la Métaphyfique que pour
rendre fes recherches plus folides & plus
utiles. La cauſe productrice de nos idées ,
la maniere dont nous acquérons la notion
de l'exiſtence des objets extérieurs , l'exiftence
de Dieu , Fimmortalité & la fpiritualité
de l'ame , voilà des fujets bien di
gnes d'exercer & d'occuper entièrement
le Métaphyficien le plus profond & le
plus laborieux. M. Dalembert jette fur
ces grands objets des idées générales qui
n'ont befoin que d'être développées pour
former un corps de doctrine auffi complet
A O UST. 1759. 107
que l'obſcurité de la matiere peut le permettre.
L'exiſtence de l'Etre Suprême étant une
fois reconnue , nous conduit à chercher
le culte que nous devons lui rendre , mais
la nature de ce culte eft l'objet de la révélation.
Ce qui appartient effentiellement
à la raiſon , ce ſont les devoirs dont nous
fommes tenus envers nos femblables . La
connoiffance de ces devoirs eft ce qu'on
appelle Morale , & elle eft une fuite néceffaire
de l'établiffement des Sociétés. La
connoiffance de nos rapports avec les autres
homines & de nos befoins réciproques
nous conduit à celle de ce que nous
devons à la Société & de ce qu'elle nous
doit . « Il ſemble donc , dit M. Dalembert,
qu'on peut définir très- exactement l'in-
»jufte , ou ce qui revient au même , le
" mal moral : ce qui tend à nuire à la So-
» ciété en troublant le repos de fes Membres.
En effet le mal phyfique eft la fuite
» ordinaire du mal moral ; & comme
» nos fenfations fuffifent pour nous don→
» ner l'idée du mal phyfique , il eſt évi-
» dent que c'eft cette idée qui nous con-
» duit à celle du mal moral , quoique
» l'une & l'autre foient de nature diffe→
"rente. Que ceux qui nieront cette vérité,.
» fuppofent l'homme impaffible , & qu'ils:
E vj.
108 MERCURE DE FRANCE..
effayent de lui faire acquérir dans cette;
hypothèſe la notion de l'injufte.
99
M. Dalembert traite la morale avec plus
d'étendue qu'on ne lui en donne ordinairement
dans les élémens de Philofophie
, ou cette fcience la plus intéreffante
de toutes eft la plus négligée. Il la divife
en plufieurs branches , fuivant les différens
rapports fous lefquels on confidère
les hommes entr'eux. La connoiſſance de
ce que les hommes fe doivent comme
membres de la fociété générale forme la
premiere branche qu'il appelle Morale de
l'homme, Ces devoirs renferment les loix
générales & naturelles , & ces loix font:
de deux efpéces , écrites ou non écrites,
L'obfervation des loix naturelles écrites ,
et ce qu'on nomme probité ; la pratique
des loix naturelles non écrites eft ce qu'on
appelle vertu. Tout ce morceau eft plein
de force , de fineffe & de clarté : voici
une obfervation d'une vérité ſimple &
profonde. » Pourquoi les Légiflateurs femblent-
ils avoir remis à la volonté des
Peuples l'obfervation des loix non écrites
? Pourquoi n'eft - il point ďaction
» contre l'avarice , la dureté envers les
» malheureux, l'ingratitude & la perfidie ?
Celui qui laiffe périr de mifère un Citoyen
qu'il peut fecourir , n'eft-il- pas
و د
AOUST. 1759. 100
"
» à peu-près auffi coupable envers la So-
» ciété , que s'il faifoit périr ce malheu-
» reux par une mort lente ? Pourquoi
» donc les loix l'ont-elles épargné ? C'eſt
» que le bien de cet Avare étant fuppofé
acquis par des moyens que les loix ne
réprouvent pas , elles ne peuvent le lui
» arracher pour le donner à d'autres ; &
que fi la loi qui nous oblige de foula-
» ger nos ſemblables eſt une des premiè-
» res dans l'état de nature , elle eft fubor-
» donnée dans l'ordre de la fociété à la
» loi , qui veut que chacun jouiffe tranquillement
& en liberté de ce qu'il
poffede . »
»
Après la Morale de l'homme , vient la
Morale des Légiflateurs. Celle- ci a deux
branches ; ce que tout Gouvernement
doit à chacun de fes Membres, & ce que
chaque eſpèce de Gouvernement doit à
ceux qui lui font foumis. Le premier principe
de la morale des Légiflateurs eft ,
qu'il n'y a de bon Gouvernement que
celui dans lequel les Citoyens font également
protégés & également liés par les
loix. La Morale doit éclairer le Légiflateur
fur l'objet , l'établiffement & l'exécution,
des loix. M. Dalembert entre ici
dans plufieurs détails pleins d'humanité
& de raifon.. Il examine en particulier la
Fio MERCURE DE FRANCE .
trop fameufe queftion de la tolérance -fur пор
laquelle il donne des principes clairs &
modérés, également éloignés de la licence
& de la fuperftition .
Chaque Etat outre fes loix particuliè
res a auffi des loix a obferver par rapport
aux autres : c'est l'objet de la Morale
des Etats fur laquelle M. Dalembert ne
met qu'une page, & malheureufement pour
le genre humain , dit- il , elle eft encore plus
courte dans la pratique .
La Morale du Citoyen vient immédiatement
après celle des Etats: elle fe réduità
être fidèle obfervateur des loix civiles de
fa Patrie & à fe rendre le plus utile à fes
Concitoyens qu'il eft poffible.
M. Dalembert apprend à chaque Citoyen
jufqu'à quel point il eft comptable
à fa Patrie de fa vie , de fes talens & de
leur emploi il entre dans la difcuffion
du Suicide , qu'il regarde comme un crime
en Morale ainfi qu'en Religion : & fon
objet le ramène naturellement à cette an
cienne queftion que M. Rouffeau a rendue
fi célèbre : » Jufqu'à quel point un
Citoyen peut - il fe livrer à l'étude des
» Sciences & des Arts , & cette étude
» n'eft-elle pas plus nuifible qu'avanta
geufe aux Etats ? » M. Dalembert eſt
fort loin d'adopter les paradoxes exagérés
"
و ر
AOUST. 1759.
de M. Rouffeau , mais il ne pense pas non
plus que les Arts foient propres à rendré
les Sociétés plus fages & plus heureuſes. '
La Morale du Philofophe forme la der
nière branche de la Morale : elle n'a
pour objet que nous-mêmes & la manière
dont nous devons penfer pour nous ren
dre heureux indépendamment des autres ;
elle détermine jufqu'où il eft permis de
rechercher les honneurs & de fe livrer à
l'ambition. La raifon permet fans doute
d'être flatté des honneurs , mais fans les
exiger ni les attendre. » C'eft y mettre
» un trop grand prix , ajoute- t- il , que de
"les fuir avec empreffement , ou de les
" rechercher avec avidité : le même excès-
» de vanité produit ces deux effets con
» traires. » M. Dalembert entre ici dansquelques
détails fur les paffions , fur leur
objet , leurs peines & leurs plaifirs : fa
Philofophie n'eft pas toujours confolante,
mais elle est toujours ferme , droite &
humaine. Il termine fes Elémens de Morale
par un fouhait que lui infpire l'amour
du bien public , & dont il defireroit qu'un
Citoyen Philofophe jugeât l'exécution digne
de lui. Ce feroit celle d'un Catéchifme
de Morale à l'ufage & à la por-
» tée des enfans. Peut- être n'y auroit-it
"pas de moyen plus efficace de mult
"
112 MERCURE DE FRANCE.
23.
plier dans la fociété les hommes ver
» tueux on apprendroit de bonne heure
»à l'être par principes ; & l'on fçait quelle
» eft fur notre ame la force des vérités
qu'on y a gravées dès l'enfance . "
Dieu , l'Homme & la Nature , voilà
les trois grands objets de l'étude du Phi-
Lofophe après avoir marqué la route
qu'on doit fuivre dans l'étude des deux
premières; M. Dalembert va paffer au troifième
mais les bornes qui me font pref
crites & la nature des matières ne me permettent
pas de le fuivre dans les détails ;
je me contenterai d'indiquer l'ordre qu'il
a obfervé dans la diftribution des Sciences
, & de faifir les vues générales qu'il y
a répandues..
Il commence par la Grammaire , qu'il
préfente fous un point de vue philofophique
, le feul qui doive être confidéré
dans des élémens de Philofophie. 11 paffe
enfuite aux Mathématiques dont l'Algébre
eft la première branche. « L'Algébre eft
» une efpéce de langue qui a , comme les
» autres , fa Métaphyfique ; cette Métaphyfique
a précédé la formation de la
langue ; mais quoiqu'elle foit implicite
ment contenue dans les règles , elle
» n'y eft pas développée ; le vulgaire ne
"
AOUST. 1759. 113
jouit que du réfultat , l'homme éclairé
» voit le germe qui le produit.
Cette Métaphyfique fimple & lamíneuſe
qui a guidé les inventeurs , eft donc
la partie que le Philofophe doit s'attacher
à développer dans des élémens d'Algébre
: muni des premières notions de
PAlgébre , il s'en fervira pour paffer à la
Géométrie , qui eft la fcience des propriétés
de l'étendue en tant qu'on la confidère
comme fimplement étendue & figurée.
Les termes de point , de ligne & de furface
que le Géomètre employe ne font
que des abftractions dont il fe fert pour
Simplifier ſon objet : ainfi les vérités qui
en résultent font des vérités purement
hypotétiques , mais elles n'en font pas
moins utiles par l'application qu'on en
fait dans la pratique . M. Dalembert répond
aux détracteurs de la Géométrie &
prouve fans replique la certitude & l'uti
lité de cette ſcience. La méthode qu'il
exige dans les élémens de Géométrie doît
faire juger que de tels élémens ne font
pas l'ouvrage d'un Géomètre ordinaire ,
& les Defcartes , les Leibnitz , & les
Newton n'étoient pas trop bons pour
bien exécuter cette entreprife. M. Dalembert
termine cet article par examiner
une queftion fouvent difcutée & toujours
114 MERCURE DE FRANCE.
problématique. C'eft de fçavoir quel
genre d'efprit doit obtenir par fa fupéiorité
le premier rang dans l'eftime
» des hommes ; celui qui excelle dans les
» Lettres , ou celui qui fe diftingue au
» même degré dans les Sciences ? Cette
» queſtion eſt décidée tous les jours en
faveur des Lettres ( à la vérité fans intérêt
) par une foule d'Ecrivains fubal-
» ternes , incapables , je ne dis pas d'ap
" précier Corneille & de fire Newton ,
» mais de juger Campiſtron & d'entendre
» Euclide. Pour nous , plus timides ou
plus juftes , nous avouerons que la fupériorité
en ces deux genres nous pa
roit d'un mérite égal. Qui auroit à
» choifir d'être Newton ou Corneille fe
roit bien d'être embarraffé , ou ne me
riteroit pas d'avoir à choifir . » Les principes
de la Géométrie & ceux de PALgébre
renferment tout ce qui eft néceffaire
pour arriver à la Méchanique . Le
mouvement , fes propriétés générales ,
font le premier & le principal objet de
cette fcience ; mais dans le mouvement
on confidère en Méchanique non feulement
l'efpace parcouru , mais auffi le
temps employé à parcourir cet eſpace.
Le principe de l'équilibre , joint à ceux
de la force d'inertie & du mouvement
AQUST . 1759. Ir
compofé , fuffit pour donner la folution
de tous les problèmes de Méchanique ;
c'eft avoir réduit cette fcience , dit M.
Dalembert , au plus petit nombre de
principes poffibles que d'établir fur ces
trois points toutes les loix du mouve
ment des corps .
L'Aftronomie doit fuivre immédiatement
la Méchanique , comme étant de
toutes les parties de la Phyfique la plus
certaine. « Si quelque fcience , die M. Da-
» lembert , mérite à tous égards d'être
traitée felon la méthode des inventeurs
, ou du moins felon celle qu'ils
ont Fire , e'eft l'Aftronomie. Rien
un'eft peut-être plus fatisfaisant pour l'ef-
» prit humain que de voir par quelle
fuite d'obfervations , de recherches , de
combinaiſons & de calculs les hommes
» font parvenus à connoître le mouve‐
» ment de ce globe qu'ils habitent , &
» celui des autres corps de notre fyftême
» planitaire……… Le génie des Philoſophes,
» en cela peu différent de celui des autres
hommes , les porte à ne chercher
» d'abord ni uniformité ni loix dans les .
phénomênes qu'ils obfervent. Com-
» mencent-ils à y foupçonner quelque
» marche régulière ? ils imaginent auffi-
» tôt la plus parfaite & la plus fimple..
116 MERCURE DE FRANCE.
و د
"
25
» Bientôt une obfervation plus fuivie les
détrompe , & fouvent même les ra
» mène précipitamment à leur premier
» avis. Enfin une étude longue , affidue ,
dégagée de préventions & de fyftême ,
» les remet dans les limités du vrai , &
-> leur apprend que pour l'ordinaire la lời
» des phénomènes n'eft ni affez peu com
pofée pour être apperçue tout d'un
» coup , ni auffi irrégulière qu'on pour
roit le penfer. » Voilà l'hiftoire de tou
tes les Hypothèses Aftronomiques.
L'Aftronomie phyfique eft une des
fciences qui font le plus d'honneur à la
Philofophie moderne : les ouvrages des
Anciens n'ont prefque été d'aucun fe
cours aux Phyficiens qui font venus de
puis. M. Dalembert refute ici d'une ma
nière très- folide les prétentions de ceux
qui trouvent tout dans les Anciens. « Ce
»que les Anciens ont imaginé fur le fy
» tême du monde , ou du moins ce qui
» nous refte là- deffus , eft fi vague & h
"
mal prouvé qu'on n'en fçauroit ther
>> aucune lumière réelle. Qu'importe à
» l'honneur de Copernic que quelques
"anciens Philofophes ayent cru le mo
» vement de la terre , fi les preuves qu'ils
»en donnoient n'ont pas été fuffifantes
AOUST. 1759. 117
pour empêcher le plus grand nombre
de croire le mouvement du Soleil ?
M.Dalembert analyſe enfuite le fyftême
des tourbillons, & celui de la gravitation,'
On imagine bien en faveur duquel il fe
détermine. L'accord qu'on remarque tous
les jours de plus en plus entre les phé
nomênes célestes & la théorie Newtonienne
ſemble avoir décidé tous les Philofophes
pour le Newtonianifme. M. Da
lembert entre enfuite dans le détail des
procédés qui peuvent perfectionner l'Aftronomie
& reculer fes limites , & il finit
cet article par une obfervation à la gloire
de notre Nation . « Qu'on examine avec
» attention ce qui a été fait depuis quel-
» ques années par les plus habiles Ma-
" thématiciens fur ie fyftême du monde ;
» on conviendra , ce me femble , que
» l'Aftronomie Phyfique eft encore au-
» jourd'hui plus redevable aux François
» qu'à aucune autre Nation. C'eſt dans
» les travaux qu'ils ont entrepris , dans
» les ouvrages qu'ils ont mis fous les yeux
» de l'Europe , que le fyftême Newtonien
» trouvera déſormais fes preuves les plus
» inconteftables & les plus profondes.
M. Dalembert paffe rapidement fur
POptique & l'Acoustique ; je remarquerai
feulement qu'en parlant de la théorie des
118 MERCURE DE FRANCE.
رد
fons , il faifit l'occafion de louer les dé-
Couvertes qu'a faites M. Rameau dans
cette partie , d'une manière qui honore
l'un & l'autre. » L'illuftre Artiſte dont il
s'agit a été pour nous le Defcartes de
» la Mufique. On ne peut fe flatter , ce
» me femble , de faire quelque progrès
» dans cette fcience , qu'en fuivant la
» méthode qu'il a tracée.
L'Hydroftatique & l'Hydraulique n'offrent
que des détails trop mathématiques
pour être fufceptibles d'extrait ; mais je
m'arrête encore un moment fur la Phyfique
générale qui termine les élémens de
Philofophie.
وي
و د
"
» L'étude de cette Science roule fur
» deux points qu'il ne faut pas con-
» fondre , l'obfervation & l'expérience.
» L'obfervation , moins recherchée &
» moins fubtile , fe borne aux faits qu'elle
a fous les yeux , à bien voir & à bien
» détailler les phénomênes de toute ef
pèce que la Nature nous préfente . L'expérience
cherche à pénétrer la Nature
plus profondément , à lui dérober ce
qu'elle cache , à créer en quelque mala
différente combinaiſon des
par
» corps , de nouveaux phénomênes pour
» les étudier : enfin elle ne fe reftreint
» pas à écouter la Nature , mais elle l'in-
» terroge & la preffe.
30
">
ور
"
ود
nière
AOUST. 1759. 119
119'
M. Dalembert trace une efquite abrégée
de l'hiftoire & des prog: ès de la Phy-,
fique : les Anciens felon lui , n'ont pas
autant négligé la Nature qu'on le croit
communément , & il apporte en preuve
les ouvrages d'Hypocrate , qui font les,
monumens les plus confidérables qui
nons restent de la Phyfique ancienne , &
dans lesquels on trouve un ſyſtème d'obfervations
& une fuite de faits bien fürs &
bien rapprochés ; cependant il paroît que
les Anciens ont plus cultivé l'obfervation
que l'expérience. Les plus fages d'entre
eux ont fait la table de qu'ils voyoient ,
l'ont bien faite & s'en font tenus là. C'eft
dans l'hiftoire des Animaux , d'Ariſtote ,
qu'il faut chercher le vrai goût de Phyfique
des Anciens , plutôt que dans fes autres
ouvrages où il est moins riche en faits
& plus abondant en paroles , plus raifonneur
& moins inftruit.
Les fiécles les plus ignorans ont eu
des génies fupérieurs qui ont cultivé l'étude
de la Nature & accéléré les progrès
de la Phyfique , tel étoit le Moine
Bacon , » qui fçut par la force de fon gé-
» nie s'élever au- deffus de fon fiécle & le
» laiffer bien loin derriere lui. Auffi fut-
» il perfécuté par fes Confreres & regar-
» dé par le Peuple comme un Magicien
120 MERCURE DE FRANCE.
"
» à- peu- près comme Gerbert l'avoit été
près de trois fiécles auparavant pour les
inventions méchaniques , avec cette
» différence que Gerbert devint Pape , &
" que Bacon refta Moine & malheureux.
Le Chancelier Bacon & Defcartes paroiffent
ici comme les Reftaurateurs de
la Phyfique expérimentale. M. Dalembert
qui connoit fi bien les obligations que
leur a la Philofophie , leur reproche auffi
d'avoir été plus Phyficiens de fpéculation
que de pratique. Le plaifir oifif de la méditation
& de la conjecture , entraîne les
grands génies , & ils laiffent le travail mé.
chanique à d'autres qui ne vont pas auffi
loin que leurs maîtres auroient été. Ainfi
les uns penfent ou rêvent , les autres
agiffent ou manoeuvrent & l'enfance des
fciences eft éternelle .
Après une courte hiftoire de la Phylque
expérimentale , M. Dalembert propofe
quelques réflexions fur la manière de
traiter cette fcience. Il demande la plus
grande attention à n'établir la théorie
que fur des faits inconteftables ; & à ne
pas trop foumettre les hypothèfes au calcul
, dont tant de Phyficiens ont abufé.
La Géométrie doit obéir à la Phyfique
quand elle fe réunit à elle , & tous les
jers de Phyfique ne font pas également
fufceptibles
AOUST. 1759. 121
fufceptibles de l'application de la Géométrie
. M. Dalembert recommande aux Phyficiens
de fe défier de cette fureur d'expliquer
tout , que Defcartes a introduite
dans la Phyfique , mais il n'a garde de
profcrire ni cet efprit de conjecture , qui
tout à la fois timide & éclairé conduit
quelquefois à des découvertes , ni cet efprit
d'analogie, dont la fage hardieffe peut
aller au- delà de ce que la Nature femble
vouloir montrer , & prévoit les faits
avant que de les avoir vûs. La fageffe &
la circonfpection doivent guider le Phyficien
dans la marche ; la patience & le
courage doivent d'un autre côté le foutenir
dans fon travail . Tel eft en raccourci
le plan que M. Dalembert propofe à exécuter
& que perfonne peut-être ne rempliroit
mieux que celui qui l'a conçu &
tracé : on trouvera dans tout cet Ouvrage
des vues faines & étendues ; un ton noble
& ferme , des principes fages , un fcepticiſme
modefte , un ftyle net , libre &
concis , tel qu'il convient furtout aux
matieres philofophiques ; enfin cet effai
porte le caractere que les efprits ſupérieurs
impriment à leurs ouvrages : il
laiſſe beaucoup à penſer.
Le refte des Mélanges auprochain Mercure,
Fermer
Résumé : SUITE DES MÉLANGES DE LITTÉRATURE. ESSAI sur les Elémens de Philosophie ou sur les principes des connoissances humaines.
L'essai 'Élémens de Philosophie' de D'Alembert est une œuvre majeure des 'Mélanges de Littérature'. Il explore les principes des connaissances humaines, classés en trois types : de fait, de sentiment et de discussion, cette dernière étant spécifique à la philosophie. D'Alembert identifie des révolutions intellectuelles tous les 300 ans, illustrées par des événements comme la prise de Constantinople, la Réforme et les contributions de Descartes. L'ouvrage commence par la logique, définie comme l'art de déterminer le sens des termes et leurs rapports. Il aborde ensuite la métaphysique et la morale, subdivisée en morale de l'homme et morale des législateurs. D'Alembert discute de la moralité, de l'éducation et des sciences, soulignant la responsabilité des citoyens envers leur patrie. Il traite de l'éducation scientifique, débutant par la grammaire et les mathématiques, notamment l'algèbre et la géométrie, qu'il défend contre ses détracteurs. L'astronomie est présentée comme la science la plus certaine en physique, liée à la mécanique. D'Alembert valorise les progrès modernes en astronomie physique et préfère le système de la gravitation de Newton. Il reconnaît les contributions des Anciens mais note que les avancées significatives en physique proviennent des générations ultérieures. Le texte examine les contributions de Roger Bacon et René Descartes à la physique expérimentale, tout en critiquant leur penchant pour la spéculation théorique. D'Alembert propose une méthode pour la physique expérimentale basée sur des faits incontestables et la modération dans l'usage des hypothèses mathématiques. Il insiste sur l'importance de la géométrie au service de la physique et met en garde contre l'excès d'hypothèses. Il valorise l'esprit de conjecture et d'analogie, tout en prônant la sagesse, la circonspection, la patience et le courage dans la recherche scientifique. Le style de l'ouvrage est décrit comme noble, ferme, concis et adapté aux matières philosophiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
795
p. 92
ENIGME.
Début :
Tout fier des trésors que je porte, [...]
Mots clefs :
Épi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
TOUT OUT fier des trésors que je porte ,
J'élevois mon front hériffé ;
Ils m'ont pris , ils m'ont renversé ,
Et m'ont battu de telle forte ,
Qu'enfin je leur ai tout laillé ,
Mais plus pauvre que Job ils m'ont mis à la porte.
Que mon état préfent diffère du premier !
J'arrivai fur un char , je fuis fur un fumier.
TOUT OUT fier des trésors que je porte ,
J'élevois mon front hériffé ;
Ils m'ont pris , ils m'ont renversé ,
Et m'ont battu de telle forte ,
Qu'enfin je leur ai tout laillé ,
Mais plus pauvre que Job ils m'ont mis à la porte.
Que mon état préfent diffère du premier !
J'arrivai fur un char , je fuis fur un fumier.
Fermer
796
p. 92
LOGOGRYPHE.
Début :
Sous mille & mille aspects plus ou moins séduisans, [...]
Mots clefs :
Arbre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
SOUouSs mille & mille afpects plus ou moins féduifans
,
J'ai dequoi plaire aux yeux, dequoi flatter les fens
Si dans mes jeunes ans j'embellis la Nature ,
Sur mon déclin , hélas ! que de tourmens j'endure!
Sur mon corps mutilé chacun frappe & lévit ;
De mès membres épars chacun fait ſon profit .
Déplacez l'un des pieds dont mon tout ſe com- -
poſe ,
Ce pied feul pris au centre , à leur tête porté ,
Préſente à tes regards une toute autre choſe
Utile à qui chez foi veut être en fureté .
Regarde tes jardins , ta porte , ta fenêtre ,
Ce corps, même le mien, s'y remarquent peut-être.
SOUouSs mille & mille afpects plus ou moins féduifans
,
J'ai dequoi plaire aux yeux, dequoi flatter les fens
Si dans mes jeunes ans j'embellis la Nature ,
Sur mon déclin , hélas ! que de tourmens j'endure!
Sur mon corps mutilé chacun frappe & lévit ;
De mès membres épars chacun fait ſon profit .
Déplacez l'un des pieds dont mon tout ſe com- -
poſe ,
Ce pied feul pris au centre , à leur tête porté ,
Préſente à tes regards une toute autre choſe
Utile à qui chez foi veut être en fureté .
Regarde tes jardins , ta porte , ta fenêtre ,
Ce corps, même le mien, s'y remarquent peut-être.
Fermer
797
p. 103
AUTRE.
Début :
Des Physiciens, de grand renom, [...]
Mots clefs :
Baromètre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE .
Es Phyficiens , de grand renom ,
M'ont jadis donné la naiſſance.
Veux-tu fçavoir quel eft mon nom ?
Deux corps , Lecteur , font ma ſubſtance,
L'un , eft tiré des Minéraux :
Il eft pefant , & très-utile ;
L'autre , eft tiré des Végétaux :
Il pèfe moins ; il eft fragile.
Souvent , tu viens me confulter ;
Toûjours je te donne réponſe ;
Et je te dis , fans te parler ,
Ce qu'il convient que je t'annonce.
Par M. DE SAINT-MARTIN , Vicomte
de Briouze.
Es Phyficiens , de grand renom ,
M'ont jadis donné la naiſſance.
Veux-tu fçavoir quel eft mon nom ?
Deux corps , Lecteur , font ma ſubſtance,
L'un , eft tiré des Minéraux :
Il eft pefant , & très-utile ;
L'autre , eft tiré des Végétaux :
Il pèfe moins ; il eft fragile.
Souvent , tu viens me confulter ;
Toûjours je te donne réponſe ;
Et je te dis , fans te parler ,
Ce qu'il convient que je t'annonce.
Par M. DE SAINT-MARTIN , Vicomte
de Briouze.
Fermer
799
p. 79-80
LOGOGRYPHE.
Début :
Ce n'est qu'avec effroi, Lecteur, qu'on me voit naître. [...]
Mots clefs :
Orage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
CEn'eft E n'eft qu'avec effroi , Lecteur , qu'on me
voit naître.
Mes cinq pieds réunis , caufent bien du fracas ;
Mais étant divifés , il te plairont peut- être.
Les deux premiers , ont de puiffans appas :
Garde- toi , néanmoins , d'en faire trop de cas ;
Sans quoi,de bon valet, je deviens mauvais maître .
Des trois derniers , le ſort eſt varić :
Leur printemps en plaiſirs fertile ,
Aux ris , aux jeux fe voit afſocié ;
Mais leur hyver fombre & débile ,
Aux rebuts , aux ennuis , paroît facrifié .
Sous une image , encore plas frappante ,
Je vais tâcher de m'offrir à tes yeux.
Ote ma tête... alors na fureur dévorante ,
Seme la terreur en tous lieux .
Ote mon ventre, en me rendant la tête ,
Je m'offre à tes befoins de plus d'une façon .
De moi l'on fait du pain ... & certaine boiſſon ,
Entr'autres , avec moi fe compofe & s'apprête.
Lecteur , tant je me vois en train ,
Je pourrois bien m'étendre davantage.
Mais dois-je être l'objet d'un plus long badinage ,
Div
to MERCURE DE FRANCE.
Moi , qui jamais n'annonce au genre humain,
Que débris , horreurs , & ravage ?
Par M. DESMARAIS DU CHAMBON.
CEn'eft E n'eft qu'avec effroi , Lecteur , qu'on me
voit naître.
Mes cinq pieds réunis , caufent bien du fracas ;
Mais étant divifés , il te plairont peut- être.
Les deux premiers , ont de puiffans appas :
Garde- toi , néanmoins , d'en faire trop de cas ;
Sans quoi,de bon valet, je deviens mauvais maître .
Des trois derniers , le ſort eſt varić :
Leur printemps en plaiſirs fertile ,
Aux ris , aux jeux fe voit afſocié ;
Mais leur hyver fombre & débile ,
Aux rebuts , aux ennuis , paroît facrifié .
Sous une image , encore plas frappante ,
Je vais tâcher de m'offrir à tes yeux.
Ote ma tête... alors na fureur dévorante ,
Seme la terreur en tous lieux .
Ote mon ventre, en me rendant la tête ,
Je m'offre à tes befoins de plus d'une façon .
De moi l'on fait du pain ... & certaine boiſſon ,
Entr'autres , avec moi fe compofe & s'apprête.
Lecteur , tant je me vois en train ,
Je pourrois bien m'étendre davantage.
Mais dois-je être l'objet d'un plus long badinage ,
Div
to MERCURE DE FRANCE.
Moi , qui jamais n'annonce au genre humain,
Que débris , horreurs , & ravage ?
Par M. DESMARAIS DU CHAMBON.
Fermer