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Détail
Liste
201
p. 34-58
Leur Entrée à Cambray avec les honneurs qu'ils y ont reçus, les Harangues des Magistrats, & tout ce qu'ils ont vû, fait, & dit. [titre d'après la table]
Début :
Le lendemain 13. ils partirent pour aller coucher à Cambray, [...]
Mots clefs :
Cambrai, Ville, Comte de Monbron, Roi, Citadelle, Place, Médaille, Peuples, Harangue, Ambassadeurs, Archevêque, Français
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texteReconnaissance textuelle : Leur Entrée à Cambray avec les honneurs qu'ils y ont reçus, les Harangues des Magistrats, & tout ce qu'ils ont vû, fait, & dit. [titre d'après la table]
Le lendemain 13. ils partirentpour
aller coucher àCambray
, & leur fortie fut auffi
éclatante qu'avoit eſté leur en
des Amb. de Siam. 35
:
trée. Cambray eſt une des plus
fortes Villes de l'Europe. Elle
eſt grande , belle , bien bâtie
, & fituée fur l'Elcaut qui
la traverſe d'un coſté. Elle
a double Citadelle. L'Egliſe
Metropolitaine de Notre-
Dame eſt tres - magnifique .
Son Chapitre eft compoſé de
48. Chanoines , & de 95. Eccleſiaſtiques
qui fervent dans
cette Eglife. L'Eveſché qui
avoit efté uny à celuy d'Arras
juſqu'à l'an 1095. fut erigé en
Archeveſché en 1559. par le
Pape Paul II. On tient que
Clodion conquit cette Villa
36 IV. P. du Voyage
en 445. Apres avoir eſté le
partage de Charles le Chauve
en 843. elle devint le ſujet de
la Guerre entre les Rois de
France , les Empereurs & les
Comtes de Flandre. Baudoüin
I. Comte de Flandre , l'ayant
prife & donnée à fon Fils Raoul
, les Empereurs ne laiſſerent
point de la declarer Cité
libre , fans que les François
cedaffent leurs droits . Charles
Quint ne voulut point s'en
tenir à la neutralité que le Roy
François I. luy avoit accordée.
Cet Empereur la prit en 1543 .
&fit bâtir une Citadelle aux
des Amb de Siam. 37
dépens des Habitans , auf
quels il fit croire que c'eſtoit
pour empêcher que les François
ne s'en emparaffent. Le
Duc d'Alençon Frere du Roy
Henry III . ayant eſté fait
Comte de Flandre, fut auffi
Maiſtre de Cambray. Il remit
cette Place à Jean de Montluc
Seigneur de Balagny , qui
prit le party de la ligue , &
fit enſuite ſa Paix avec le Roy
Henry IV. qui le fit Prince de
Cambray , & Marefchal de
France. Ce fut fur luy que les
Eſpagnols ſurprirent cette
Ville en 1595. Ils la fortifie38
IV. P. du Voyage
:
rent , y entretinrentunegroffe
Garnifon , & elle paffoit
pour une Place imprenable ,
mais elle ne l'a pas efté
pour LOUIS LE GRAND ,
qui apres avoir pris la Ville en
peu de jours, força laCitadelleà
ſe rendre le 16. Mars 1677.
La grande Citadelle qui eſt ſur
un lieu éminent , commande
toute la Ville , & a ſes foſſez
taillez dans le roc. Ceux qui
entourent les murailles de la
Ville ſont profonds & larges,
& ces murailles ſont reveſtuës
de bons Baſtions . Cambray
eſt defendu par un Fort du
des Amb. de Siam. 39
côté de la Riviere , & comme
la Ville eſt dans un Pays afſez
bas de ce côté-là , on en
pourroit inonder les environs
eny lâchant les Ecluſes ; les
autres Forts ſont auſſi tresimportans
. De grandes & belles
ruës aboutiſſent à la Place
où eſt la Maiſon de Ville .
C'eſt un magnifique Bâtiment
orné d'une Horloge tres-curieuſe
, que les Eſtrangers y
vont admirer. Male Comte
de Monbron , Gouverneur de
cette Place, envoya la Cavale.
rie au devant des Ambaffadeurs
juſques à moitié che
40 IV . P. du Voyage
mın de Valencienues. Ils trou
verent en approchant de la
Ville une fort grande quantité
de Peuple , & M. le Comte
de Monbron qui les attendoit
à la porte. Ils entreren
au bruit du Canon , & au tra
vers de l'Infanterie de laGar
nifon qui formoit deux haye
juſqu'à leur logis , au devan
duquel toute cette Infanterie
fit une décharge fi-tôt qu'ils
y furent arrivés. Ma le Comte
de Monbron s'y rendit peu
de temps aprés , & leur preſenta
Mdu Magiftrat , &
M Defgruſeliers , premier
Confeiller
des Amb. de Siam. 41
Conſeiller Penfionnaire , en
Robe , & Bonnet de velours
noir , qui leur fit le diſcours
fuivant.
MESSEIGNEURS,
L'honneur que la France vient
de recevoir par l' Ambaffade que le
trés-puiffantRoy de Siam a envoyée
à nostre invincible Monarque, fait
bien voir que l'éclat de fes Vertus
héroïques a prévalufur celuy defes
trésors & de ses finances. En effet,
la charmante conduite que Sa Ma
jefté tient pour gouvernerses peuples
, donne de l'admiration à toute
la terre , & ce n'est pas fans fujet
que le Roy vostre Maistre a voulu
Sefaire instruire de fes belles maxi-
D
42 IV. P. du Voyage
mes pour s'en fervir à l'égard de
fes Sujets , & les rendre heureux
par l'administration de la Iustice.
Cette Ambaſſade, Meßeigneurs, eft
d'autant plus celebre qu'elle s'eft
faite de la part du plus puiſſant
Roy de l'orient , au plus glorieux
Monarque de l'Europe ; &fi l'on
confulte l'Histoire , il ne s'est rien
vû de pareil depuis plusieurs fiecles,
fi ce n'est lorſque Charlemagne
, premier Empereur du Nom
François , ayant humilié l'infolence
l'impieté des Lombards, &affeuré
le Souverain Pontife Adrien I.
dansfon Pontificat, receut de luy la
Couronne Imperiale,&peu de temps
aprés les Ambaſſades des Rois de
Perse & de Fez , Celle que vos
Excellences viennent de faire , s'a
dreſſe à Louis le Grand, digne he-
7
des Amb. de Siam. 43.
ritier des Vertas de ce faint Empereur
, pour avoir donné la paixó
le repos à toute la Chreftienté , &
chaßé de ses Estats les Heresies de
Luther & de Calvin .
Heureux les Peuples qui vivent
Sous cette agreable domination ,
plus heureux encore ceux du grand
Roy de Siam , si profitant des travaux
& des lumieres que vos Excellences
leur donneront, ils parviennent
àla connoiſſance du grandRoy
du Ciel & de la Terre, &joüiffent
du bonheur d'estre gouvernez avec
La mefme douceur, que la bonté de
nostre grand Roy fait goûter àses
fidelles Sujets. C'est à cette fin que
nous leur adreſſons leſouhait duPoëte,
Vivite fælices, quibus eſt fortuna peracta,
Vobis parta quics eft, nullum jam æquor arang
dum,
/
Di
44 IV. P. du Voyage
Loüiffez , Peuples de Siam, de la
douceur du repos, puisque vos illuftres
Ambassadeurs vont repaffer les
mers pourvous porter les belles maximes
d'y parvenir & vous rendre
keureux dans la fuite de tous les
temps. C'est leſouhait que font avec
beaucoup de respect &de tendreſſe,
à vos Excellences , le Magistrat &
Peuple de la Ville de Cambray.
Cette harangue fut ſuivie
du preſent d'une Medaille
d'or du poids de vingt-ſept
piſtoles , dont la face droite
repreſente le Roy avec ces
mots Ludovico Victore
Pacis datore. La Ville de Cambray
paroift au revers avec
د
desAmb. de Siam. 45
ces paroles dulcius vivimus.
Toutes ces Lettres font numerales
hormis la lettre S , &
font enſemble l'an 1678. qui
fuit celle de la reduction de
cette Place en l'obeïſſance du
Roy , & dans laquelle ces
Peuples comencerent à reſſentir
les douceurs du Gouvernement
de Sa Majesté , ainſi
qu'ils le publient par le revers
de la Medaille qu'ils ont
eux-meſmes fait frapper.Cette
Medaille avoit eſté preſentée
au Roy en 1678. au
nom de la Ville de Cambray
par M Defgrufeliers , qui
r
46 IH. P. du Voyage
bien qu'il en ſoit l'Autheur ,
n'a cherché qu'à exprimer les
fentiments du Peuple. Lors
qu'ik la preſenta aux Ambaffadeurs
, il leur dit que cette
Medaille fervoit de preuve incontestable
de la fatisfaction que
Le Peuple de Cambray avoit
d'eftre au nombre des Sujets du
Roy, & qu'ils souhaitoient que
tous les Peuples du Monde en
puffent estre informés.
Le Diſtique ſuivant eſtoit
dansl'envelope de laMedaille.
Vicifti , Princeps , Vrbi pacemque dediſti
Qui Rex &Pater es , dulcius eße dabis.
des Amb. de Siam. 47
,
On preſenta enfuite aux
Ambaſſadeurs trois pieces de
toile tres-fine , de la fabrique
de Cambray & nommée
dans le Commerce , Toile de
Cambray depuis pluſieurs Siecles.
L'Ambaſſadeur répondit
que le Roy leur avoit fait
rendre de grands honneurs , en
les faiſant recevoir magnifiquement
dans tous les lieux où ils
avoient paffé ; qu'on leur avoit
montré par fon ordre toutes ses
Maiſons Royales , & tout ce
que ce Monarque a de plus curieux
; qu'on leur avoit fait voir
une partie de ſes Conquestes , où
48 IV . P. du Voyage
l'on n'avoit rien oublié pour leur
marquer l'estime qu'on a pour
le Roy leur Maître , à qui ils
feroient à leur retour un recit
fidelle de tous les honneurs qu'ils
avoient receus , & qu'ils n'oublieroient
pas de luy remettre entre
les mains la Medaille repre-
Sentant Sa Majesté, &la Ville
de Cambray , afin que la memoire
en fûtconfervée chez eux
pendant tous les Siecles à venir.
Ils ajoûterent qu'ils eftimoient
cette Medaille plus d'un million,
&aprés avoir remercié Ms
duMagiftrat, de l'exactitude
avec laquelle ils leur rendoier
tant
des Amb. de Siam. 49
d'honneurs , le premier Ambaffadeur
demanda une Co
pie de la harangue qui leur
venoit d'eſtre faite , afin , ditil
, qu'ils la puſſent admirer avec
reflexion . M l'Archevef
que de Cambray les vint
voir le meſme ſoir , ils en témoignerent
beaucoup de
joye , parce qu'ils avoient
oüy parler de ſon grand merite
, & qu'ils ont beaucoup
de confideration pour les perſonnes
de ſon caractere. Ils
avoient avec eux deux Interpretes,
dont l'un s'eſt mis depuis
pluſieurs années dans la
E
So IV. P. du Voyage
Miffion qui s'eſt établie à
Siam ; il eſt déja dans les
Ordres ; il parle bien François
, & encore mieux Latin
&ſe nomme M Antoine.M
l'Archeveſque de Cambray
qui en avoit oüy dire beaucoup
de bien, l'émena ſouper
avec luy,&le fit coucher dans
l'Archeveſché. Il luy demanda
quantité de choſes touchant
le Royaume de Siam,
&fut tres-content de ſes réponſes
. Ce Prélat luy donna
un Chapelet avec des Medailles
d'or.
Aprés qu'il eut quitté les
des Amb. de Siam. st
Ambaſſadeurs, M¹ le Comte
de Monbron leur demanda
l'ordre , & ils donnerent
pour mot , Fidelle à fon
choix , ce qui marque que
ce Comte fert le Roy avec
beaucoup d'ardeur & de
fidelité , & qu'il ne dément
point la bonne opinion que
Sa Majefté a euë de luy, en
commençant à reconnoiſtre
ſon merite& ſes ſervices, dans
un âge ou beaucoup d'autres
ne font pas en eſtat de recevoir
ſi- toſt de ſi glorieuſes
recompenfes . Il ſoupa le foir
avec les Ambaſſadeurs , &
Eij
52 IV. P. duVoyage
quoy que toute la Ville fou
haitaſt de les voir manger , la
curioſité des Dames fut ſeule
fatisfaite.
Le lendemain matin , M
le Comte de Monbron leur
envoya quatre Carroffes. Ils
ſe mirent dedans. Lorſqu'ils
furent fortis de la Ville, ils
trouverent des Chevaux que
ce même Comte leur avoit
fait tenir preſts. Ils monterent
deſſus, &viſirerent les
Fortifications avec M de
Monbron & l'Ingenieur qui
tenoit le Plan. On leur fie
voir toutes les Fortifications,
desAmb. de Siam. 53
tous les ouvrages avancez, &
meſme ceux qui n'eſtoient
que commencez. Ils ſe recrierent
de nouveau ſur la grandeur
du Roy , ayant vû non
ſeulement des Ouvriers par
tout , mais auffi en grand
nombre , & travaillant à de
grands ouvrages. Ils remonterent
enfuite en carroffe , &
allerent à la Citadelle, où M
duTilleul qui en eſt Gouverneur
, les attendoit avec les
Officiers majors. Ils y furent
receus comme ils l'avoient
eſté dans les autres Citadelles.
La Compagnie des Cadets
r
E iij
34 IV. P. duVoyage
eſtoit en bataille . L'Ambaf
fadeur qui avoit déja pris
beaucoup de plaifir à en voir
en d'autres Villes , dit que fi
Le Roy estoit plus grand en puiffance
que les autres Monarques,
il l'estoit auſſi en vertu ; qu'il
donnoit du pain à la jeuneNobleſſe
dés l'enfance , & qu'il en
donnoit à ceux qui devenoient
des , foit par de groſſes re
compenses ,foit par des places
dans le lieu qu'il avoit étably
pour les loger ; & qu'ainsi ils
estoient affeurez d'avoir dequoy
vivre, &dans leur jeunesse, &
dans leur vieilleffe. Ils firent le
:
des Amb. de Siam. 55
tour de la Citadelle, & admirerent
la hauteur & la profondeur
des Bastions, ne pouvant
comprendre comment
on avoit pû ſe rendre maiftre
d'une Place fi forte. Le
premier Ambaſſadeur dit que
s'il estoit dans une Place pareille
avec des Troupes Françoiſes,
il ne croyoit pas qu'onfongeast
àl'attaquer. Pendant qu'ils eftoient
ſur les ramparts de la
Citadelle, on fit venir ſur l'EC
planade qui eſt entre la Ville
& la Citadelle , une Compagnie
de Cadets . Ils firent l'exercice;
mais comme le jour
E iiij
56 IV. P. du Voyage
commençoit à finir , & qu'ils
avoient refolu d'aller voir
M l'Archeveſque , l'Ambaffadeur
dit qu'il estoit accoutumé
à voir de la Noblesse &des
Troupes , mais qu'il ne verroit
pas par tout des Archevesques
comme celuy de Cambray. Ils
allerent dans fon Eglife , où
ils le trouverent à la teſte de
ſon Chapitre. Aprés le compliment
de ce Corps, lesAmbaſſadeurs
ne voulurent point
avancer que M'l'Archevefque
ne paſſaſt devant eux, &
luy dirent qu'ils avoient oüy
parlerdefa pieté&desagran
des Amb. de Siam. 57
deur, de toutes manieres. Ce Prélat
leur fit voir tout ce qu'il
y avoit de plus curieux dans
fon Eglife , & leur en fit entendre
la Muſique & les Orgues.
Il voulut enfuire les reconduire
juſques à la porte,
quoyque les Ambaſſadeurs
s'efforçaſſent de ren empefcher
, ne croyant pas qu'il ſe
dûſt donner ces ſoins.Quand
ils furent de retour chez eux,
le Major alla prendre le mot
& on luy donna , Il achevera
fon Ouvrage. Ce mot regarde
le Roy & Me le Comte de
Monbron; & ce n'eft pas à
58 IV. P. du Voyage
moy à raiſonner là- deſſus .
aller coucher àCambray
, & leur fortie fut auffi
éclatante qu'avoit eſté leur en
des Amb. de Siam. 35
:
trée. Cambray eſt une des plus
fortes Villes de l'Europe. Elle
eſt grande , belle , bien bâtie
, & fituée fur l'Elcaut qui
la traverſe d'un coſté. Elle
a double Citadelle. L'Egliſe
Metropolitaine de Notre-
Dame eſt tres - magnifique .
Son Chapitre eft compoſé de
48. Chanoines , & de 95. Eccleſiaſtiques
qui fervent dans
cette Eglife. L'Eveſché qui
avoit efté uny à celuy d'Arras
juſqu'à l'an 1095. fut erigé en
Archeveſché en 1559. par le
Pape Paul II. On tient que
Clodion conquit cette Villa
36 IV. P. du Voyage
en 445. Apres avoir eſté le
partage de Charles le Chauve
en 843. elle devint le ſujet de
la Guerre entre les Rois de
France , les Empereurs & les
Comtes de Flandre. Baudoüin
I. Comte de Flandre , l'ayant
prife & donnée à fon Fils Raoul
, les Empereurs ne laiſſerent
point de la declarer Cité
libre , fans que les François
cedaffent leurs droits . Charles
Quint ne voulut point s'en
tenir à la neutralité que le Roy
François I. luy avoit accordée.
Cet Empereur la prit en 1543 .
&fit bâtir une Citadelle aux
des Amb de Siam. 37
dépens des Habitans , auf
quels il fit croire que c'eſtoit
pour empêcher que les François
ne s'en emparaffent. Le
Duc d'Alençon Frere du Roy
Henry III . ayant eſté fait
Comte de Flandre, fut auffi
Maiſtre de Cambray. Il remit
cette Place à Jean de Montluc
Seigneur de Balagny , qui
prit le party de la ligue , &
fit enſuite ſa Paix avec le Roy
Henry IV. qui le fit Prince de
Cambray , & Marefchal de
France. Ce fut fur luy que les
Eſpagnols ſurprirent cette
Ville en 1595. Ils la fortifie38
IV. P. du Voyage
:
rent , y entretinrentunegroffe
Garnifon , & elle paffoit
pour une Place imprenable ,
mais elle ne l'a pas efté
pour LOUIS LE GRAND ,
qui apres avoir pris la Ville en
peu de jours, força laCitadelleà
ſe rendre le 16. Mars 1677.
La grande Citadelle qui eſt ſur
un lieu éminent , commande
toute la Ville , & a ſes foſſez
taillez dans le roc. Ceux qui
entourent les murailles de la
Ville ſont profonds & larges,
& ces murailles ſont reveſtuës
de bons Baſtions . Cambray
eſt defendu par un Fort du
des Amb. de Siam. 39
côté de la Riviere , & comme
la Ville eſt dans un Pays afſez
bas de ce côté-là , on en
pourroit inonder les environs
eny lâchant les Ecluſes ; les
autres Forts ſont auſſi tresimportans
. De grandes & belles
ruës aboutiſſent à la Place
où eſt la Maiſon de Ville .
C'eſt un magnifique Bâtiment
orné d'une Horloge tres-curieuſe
, que les Eſtrangers y
vont admirer. Male Comte
de Monbron , Gouverneur de
cette Place, envoya la Cavale.
rie au devant des Ambaffadeurs
juſques à moitié che
40 IV . P. du Voyage
mın de Valencienues. Ils trou
verent en approchant de la
Ville une fort grande quantité
de Peuple , & M. le Comte
de Monbron qui les attendoit
à la porte. Ils entreren
au bruit du Canon , & au tra
vers de l'Infanterie de laGar
nifon qui formoit deux haye
juſqu'à leur logis , au devan
duquel toute cette Infanterie
fit une décharge fi-tôt qu'ils
y furent arrivés. Ma le Comte
de Monbron s'y rendit peu
de temps aprés , & leur preſenta
Mdu Magiftrat , &
M Defgruſeliers , premier
Confeiller
des Amb. de Siam. 41
Conſeiller Penfionnaire , en
Robe , & Bonnet de velours
noir , qui leur fit le diſcours
fuivant.
MESSEIGNEURS,
L'honneur que la France vient
de recevoir par l' Ambaffade que le
trés-puiffantRoy de Siam a envoyée
à nostre invincible Monarque, fait
bien voir que l'éclat de fes Vertus
héroïques a prévalufur celuy defes
trésors & de ses finances. En effet,
la charmante conduite que Sa Ma
jefté tient pour gouvernerses peuples
, donne de l'admiration à toute
la terre , & ce n'est pas fans fujet
que le Roy vostre Maistre a voulu
Sefaire instruire de fes belles maxi-
D
42 IV. P. du Voyage
mes pour s'en fervir à l'égard de
fes Sujets , & les rendre heureux
par l'administration de la Iustice.
Cette Ambaſſade, Meßeigneurs, eft
d'autant plus celebre qu'elle s'eft
faite de la part du plus puiſſant
Roy de l'orient , au plus glorieux
Monarque de l'Europe ; &fi l'on
confulte l'Histoire , il ne s'est rien
vû de pareil depuis plusieurs fiecles,
fi ce n'est lorſque Charlemagne
, premier Empereur du Nom
François , ayant humilié l'infolence
l'impieté des Lombards, &affeuré
le Souverain Pontife Adrien I.
dansfon Pontificat, receut de luy la
Couronne Imperiale,&peu de temps
aprés les Ambaſſades des Rois de
Perse & de Fez , Celle que vos
Excellences viennent de faire , s'a
dreſſe à Louis le Grand, digne he-
7
des Amb. de Siam. 43.
ritier des Vertas de ce faint Empereur
, pour avoir donné la paixó
le repos à toute la Chreftienté , &
chaßé de ses Estats les Heresies de
Luther & de Calvin .
Heureux les Peuples qui vivent
Sous cette agreable domination ,
plus heureux encore ceux du grand
Roy de Siam , si profitant des travaux
& des lumieres que vos Excellences
leur donneront, ils parviennent
àla connoiſſance du grandRoy
du Ciel & de la Terre, &joüiffent
du bonheur d'estre gouvernez avec
La mefme douceur, que la bonté de
nostre grand Roy fait goûter àses
fidelles Sujets. C'est à cette fin que
nous leur adreſſons leſouhait duPoëte,
Vivite fælices, quibus eſt fortuna peracta,
Vobis parta quics eft, nullum jam æquor arang
dum,
/
Di
44 IV. P. du Voyage
Loüiffez , Peuples de Siam, de la
douceur du repos, puisque vos illuftres
Ambassadeurs vont repaffer les
mers pourvous porter les belles maximes
d'y parvenir & vous rendre
keureux dans la fuite de tous les
temps. C'est leſouhait que font avec
beaucoup de respect &de tendreſſe,
à vos Excellences , le Magistrat &
Peuple de la Ville de Cambray.
Cette harangue fut ſuivie
du preſent d'une Medaille
d'or du poids de vingt-ſept
piſtoles , dont la face droite
repreſente le Roy avec ces
mots Ludovico Victore
Pacis datore. La Ville de Cambray
paroift au revers avec
د
desAmb. de Siam. 45
ces paroles dulcius vivimus.
Toutes ces Lettres font numerales
hormis la lettre S , &
font enſemble l'an 1678. qui
fuit celle de la reduction de
cette Place en l'obeïſſance du
Roy , & dans laquelle ces
Peuples comencerent à reſſentir
les douceurs du Gouvernement
de Sa Majesté , ainſi
qu'ils le publient par le revers
de la Medaille qu'ils ont
eux-meſmes fait frapper.Cette
Medaille avoit eſté preſentée
au Roy en 1678. au
nom de la Ville de Cambray
par M Defgrufeliers , qui
r
46 IH. P. du Voyage
bien qu'il en ſoit l'Autheur ,
n'a cherché qu'à exprimer les
fentiments du Peuple. Lors
qu'ik la preſenta aux Ambaffadeurs
, il leur dit que cette
Medaille fervoit de preuve incontestable
de la fatisfaction que
Le Peuple de Cambray avoit
d'eftre au nombre des Sujets du
Roy, & qu'ils souhaitoient que
tous les Peuples du Monde en
puffent estre informés.
Le Diſtique ſuivant eſtoit
dansl'envelope de laMedaille.
Vicifti , Princeps , Vrbi pacemque dediſti
Qui Rex &Pater es , dulcius eße dabis.
des Amb. de Siam. 47
,
On preſenta enfuite aux
Ambaſſadeurs trois pieces de
toile tres-fine , de la fabrique
de Cambray & nommée
dans le Commerce , Toile de
Cambray depuis pluſieurs Siecles.
L'Ambaſſadeur répondit
que le Roy leur avoit fait
rendre de grands honneurs , en
les faiſant recevoir magnifiquement
dans tous les lieux où ils
avoient paffé ; qu'on leur avoit
montré par fon ordre toutes ses
Maiſons Royales , & tout ce
que ce Monarque a de plus curieux
; qu'on leur avoit fait voir
une partie de ſes Conquestes , où
48 IV . P. du Voyage
l'on n'avoit rien oublié pour leur
marquer l'estime qu'on a pour
le Roy leur Maître , à qui ils
feroient à leur retour un recit
fidelle de tous les honneurs qu'ils
avoient receus , & qu'ils n'oublieroient
pas de luy remettre entre
les mains la Medaille repre-
Sentant Sa Majesté, &la Ville
de Cambray , afin que la memoire
en fûtconfervée chez eux
pendant tous les Siecles à venir.
Ils ajoûterent qu'ils eftimoient
cette Medaille plus d'un million,
&aprés avoir remercié Ms
duMagiftrat, de l'exactitude
avec laquelle ils leur rendoier
tant
des Amb. de Siam. 49
d'honneurs , le premier Ambaffadeur
demanda une Co
pie de la harangue qui leur
venoit d'eſtre faite , afin , ditil
, qu'ils la puſſent admirer avec
reflexion . M l'Archevef
que de Cambray les vint
voir le meſme ſoir , ils en témoignerent
beaucoup de
joye , parce qu'ils avoient
oüy parler de ſon grand merite
, & qu'ils ont beaucoup
de confideration pour les perſonnes
de ſon caractere. Ils
avoient avec eux deux Interpretes,
dont l'un s'eſt mis depuis
pluſieurs années dans la
E
So IV. P. du Voyage
Miffion qui s'eſt établie à
Siam ; il eſt déja dans les
Ordres ; il parle bien François
, & encore mieux Latin
&ſe nomme M Antoine.M
l'Archeveſque de Cambray
qui en avoit oüy dire beaucoup
de bien, l'émena ſouper
avec luy,&le fit coucher dans
l'Archeveſché. Il luy demanda
quantité de choſes touchant
le Royaume de Siam,
&fut tres-content de ſes réponſes
. Ce Prélat luy donna
un Chapelet avec des Medailles
d'or.
Aprés qu'il eut quitté les
des Amb. de Siam. st
Ambaſſadeurs, M¹ le Comte
de Monbron leur demanda
l'ordre , & ils donnerent
pour mot , Fidelle à fon
choix , ce qui marque que
ce Comte fert le Roy avec
beaucoup d'ardeur & de
fidelité , & qu'il ne dément
point la bonne opinion que
Sa Majefté a euë de luy, en
commençant à reconnoiſtre
ſon merite& ſes ſervices, dans
un âge ou beaucoup d'autres
ne font pas en eſtat de recevoir
ſi- toſt de ſi glorieuſes
recompenfes . Il ſoupa le foir
avec les Ambaſſadeurs , &
Eij
52 IV. P. duVoyage
quoy que toute la Ville fou
haitaſt de les voir manger , la
curioſité des Dames fut ſeule
fatisfaite.
Le lendemain matin , M
le Comte de Monbron leur
envoya quatre Carroffes. Ils
ſe mirent dedans. Lorſqu'ils
furent fortis de la Ville, ils
trouverent des Chevaux que
ce même Comte leur avoit
fait tenir preſts. Ils monterent
deſſus, &viſirerent les
Fortifications avec M de
Monbron & l'Ingenieur qui
tenoit le Plan. On leur fie
voir toutes les Fortifications,
desAmb. de Siam. 53
tous les ouvrages avancez, &
meſme ceux qui n'eſtoient
que commencez. Ils ſe recrierent
de nouveau ſur la grandeur
du Roy , ayant vû non
ſeulement des Ouvriers par
tout , mais auffi en grand
nombre , & travaillant à de
grands ouvrages. Ils remonterent
enfuite en carroffe , &
allerent à la Citadelle, où M
duTilleul qui en eſt Gouverneur
, les attendoit avec les
Officiers majors. Ils y furent
receus comme ils l'avoient
eſté dans les autres Citadelles.
La Compagnie des Cadets
r
E iij
34 IV. P. duVoyage
eſtoit en bataille . L'Ambaf
fadeur qui avoit déja pris
beaucoup de plaifir à en voir
en d'autres Villes , dit que fi
Le Roy estoit plus grand en puiffance
que les autres Monarques,
il l'estoit auſſi en vertu ; qu'il
donnoit du pain à la jeuneNobleſſe
dés l'enfance , & qu'il en
donnoit à ceux qui devenoient
des , foit par de groſſes re
compenses ,foit par des places
dans le lieu qu'il avoit étably
pour les loger ; & qu'ainsi ils
estoient affeurez d'avoir dequoy
vivre, &dans leur jeunesse, &
dans leur vieilleffe. Ils firent le
:
des Amb. de Siam. 55
tour de la Citadelle, & admirerent
la hauteur & la profondeur
des Bastions, ne pouvant
comprendre comment
on avoit pû ſe rendre maiftre
d'une Place fi forte. Le
premier Ambaſſadeur dit que
s'il estoit dans une Place pareille
avec des Troupes Françoiſes,
il ne croyoit pas qu'onfongeast
àl'attaquer. Pendant qu'ils eftoient
ſur les ramparts de la
Citadelle, on fit venir ſur l'EC
planade qui eſt entre la Ville
& la Citadelle , une Compagnie
de Cadets . Ils firent l'exercice;
mais comme le jour
E iiij
56 IV. P. du Voyage
commençoit à finir , & qu'ils
avoient refolu d'aller voir
M l'Archeveſque , l'Ambaffadeur
dit qu'il estoit accoutumé
à voir de la Noblesse &des
Troupes , mais qu'il ne verroit
pas par tout des Archevesques
comme celuy de Cambray. Ils
allerent dans fon Eglife , où
ils le trouverent à la teſte de
ſon Chapitre. Aprés le compliment
de ce Corps, lesAmbaſſadeurs
ne voulurent point
avancer que M'l'Archevefque
ne paſſaſt devant eux, &
luy dirent qu'ils avoient oüy
parlerdefa pieté&desagran
des Amb. de Siam. 57
deur, de toutes manieres. Ce Prélat
leur fit voir tout ce qu'il
y avoit de plus curieux dans
fon Eglife , & leur en fit entendre
la Muſique & les Orgues.
Il voulut enfuire les reconduire
juſques à la porte,
quoyque les Ambaſſadeurs
s'efforçaſſent de ren empefcher
, ne croyant pas qu'il ſe
dûſt donner ces ſoins.Quand
ils furent de retour chez eux,
le Major alla prendre le mot
& on luy donna , Il achevera
fon Ouvrage. Ce mot regarde
le Roy & Me le Comte de
Monbron; & ce n'eft pas à
58 IV. P. du Voyage
moy à raiſonner là- deſſus .
Fermer
Résumé : Leur Entrée à Cambray avec les honneurs qu'ils y ont reçus, les Harangues des Magistrats, & tout ce qu'ils ont vû, fait, & dit. [titre d'après la table]
Le 13, les ambassadeurs quittèrent Cambray après une entrée triomphale. Cambray, une des villes les plus fortes d'Europe, est située sur l'Escaut et possède une double citadelle. L'église métropolitaine de Notre-Dame est majestueuse, avec un chapitre composé de 48 chanoines et 95 ecclésiastiques. L'archevêché, autrefois uni à celui d'Arras jusqu'en 1095, fut érigé en 1559 par le pape Paul IV. La ville a une histoire riche et mouvementée. Elle fut conquise par Clodion en 445 et devint un enjeu de conflits entre les rois de France, les empereurs et les comtes de Flandre. Baudouin Ier de Flandre la prit et la donna à son fils Raoul, mais les empereurs la déclarèrent cité libre. Charles Quint la conquit en 1543 et y fit construire une citadelle. Le duc d'Alençon, frère du roi Henri III, fut maître de Cambray et la remit à Jean de Montluc, qui prit le parti de la Ligue avant de faire la paix avec Henri IV. Les Espagnols surprirent la ville en 1595 et la fortifièrent. Louis XIV la conquit en 1677, forçant la citadelle à se rendre le 16 mars. Cambray est défendue par des fortifications impressionnantes, y compris des fossés taillés dans le roc et des bastions. La ville accueillit les ambassadeurs de Siam avec une grande cérémonie, incluant un discours et des présents, comme une médaille d'or et de la toile fine. Les ambassadeurs visitèrent les fortifications et exprimèrent leur admiration pour la puissance et la vertu du roi de France. Ils rencontrèrent également l'archevêque de Cambray, qui leur montra les curiosités de son église.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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202
p. 58-78
Peronne. [titre d'après la table]
Début :
Ils partirent le lendemain 15. avec tous les honneurs que [...]
Mots clefs :
Péronne, Ville, Ambassadeurs, Ordre, Major, Marquis, Hôtel, Lieutenant, Roi, Porte, Honneur, Drapeaux, Aubé, Hoquincour, Régiment, Milice, Logis, Prince, Hôtel de ville
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texteReconnaissance textuelle : Peronne. [titre d'après la table]
Ils partirent le lendemain
is. avec tous les honneurs que
je vous ay ſouvent repetez,
&prirent le chemin de Peronne
. Ils dînerent à Fain.
Peronne eſt une Place trésforte
, & paffe pour une des
Clefs de la France. Elle eft
en Picardie ſur la riviere de
Somme. Outre les Ouvrages
qui la deffendent, ce qui contribuë
à la rendre forte , ce
font les Marais qui l'environnent.
Les Eſpagnols ont
tâché ſouvent de la furprendre
, & ils n'ont pû en venir
des Amb. de Siam. 59
à bout. On attendoit les
Ambaſſadeurs dans cetteVille-
là avec beaucoup d'impatience
, & quoy qu'il n'y
ait point de Garnison , tout
y avoit l'air guerrier. Les
Habitans ne peuvent oublier
les Exercices Militaires,
auſquels ils ont toûjours paru
fi habiles , quoy que les
Conqueſtes de Sa Majefté les
ayent mis à couverr des alarmes
, dont ils n'ont jamais
eſté épouvantez , ayant herité
de la valeur , & de l'intrepidité
de leurs peres. Trente
&un drapeaux avoient eſté
bo IV. P. du Voyage
mis dés le matin aux feneſtres
de l'Hôtel de Ville pour annoncer
au Peuple la venuë
des Ambafſadeurs , l'on avoit
donné ordre de tenir toutes
les Boutiques fermées; enfin
tout avoit eſté diſpoſé pour
une reception auffi galante
que guerriere par les ſoins de
M de Ville , & par le zele
de M Aubé Major. C'eſt
Gentilhomme qui s'aquite
fi bien de tout ce qui regarde
cette dignité , qu'il a déja
eſté choiſy pluſieurs fois
pour la remplir , tanr Mrs de
Ville ont de plaifir à le voir
un
des Amb. de Siam. 61
leur teſte. Auſſi peut- on
dire qu'un homme de ce caractere
ſe diftingue toûjours
dans tout ce qu'il fait. Me le
Marquis d'Hoquincourt ,
Gouverneur de Peronne
voit expliqué à M's de Ville
les intentions du Roy ,
c'eſt ce qui les rendoit ſi ze-
د
a-
&
du
lez. Ce Marquis eftant accompagné
deM de la Brouë
Lieutenant de Roy
Commandant du Château ,
de l'Estat Major de la Place ,
& de beaucoup de Nobleſſe
de ſon Gouvernement , ſe
rendit à la porte de la Ville ,
62 IV. P du Voyage
ainſi que Mrs les Majeur &
Eſchevins , où ils attendirent
les Ambaſſadeurs. Lors
qu'ils furent arrivez au Pontlevis
de la Ville , M² le Marquis
d'Hoquincour leur preſenta
ſes Clefs par trois fois ,
& M Aubé leur preſenta
auſſi les ſiennes que Sa Majeſté
veut bien confier au
Majeur de la Ville. Ce Privilege
luy eft glorieux , & merire
d'eſtre remarqué. Les Ambaſſadeurs
entrerent enſuitte
au bruit du Canon & du Carillon
des Cloches , & pafferent
au travers de ſeize Comdes
Amb. de Siam. 63
&
pagnies du Regiment de la
Milice qui formoient deux
hayes juſques à l'Hôtel qui
leur avoit eſté preparé. Les
Officiers de ce Regiment
les ſaluerent de la pique ,
les Enſeignes avec leurs
Drapeaux. La Garde de leur
Logis eſtoit de cinquante
Mouſquetaires détachez,commandez
par le plus ancien
Capitaine , un Lieutenant ,
& l'Enſeigne Colonelle avec
le Drapeau de la Pucelle. On
avoit mis au deſſus de la porte
de ce meſme Logis , les
Armes du Roy de Siam , en64
IV. P. duVoyage
vironnées de Lauriers , & de
fleurs. Peu de temps apres
que les Ambaſſadeurs furent
arrivez, M le Marquis d'Hoquincourt
, toûjurs accompagné
de meſme qu'il l'avoit
eſté à la porte de la Ville ,
vint les ſaluer. Mts de Ville
s'étant auſſi rendus au meſme
lieu , M Aubé Majeur qui
eſtoit à leur teſte , leur fit
compliment au nom de ce
Corps , & s'expliqua en ces
termes.
MESSEIGNEVRS,
LesMagistratsde Peronne viendes
Amb. de Siam: 65
nent paroiſtre devantvous, ilsfoubaiteroient
de pouvoir affez bien
répondre aux volontez du Roy leur
Maistre , pour vous recevoir avec
toute la magnificence que vous meritez.
Dieu qui tient les coeurs des
Koisdansses mains, afait un miracle
d'avoir uny deux grands Rois
d'uneétroite amitié, malgré le grand
éloignement de leurs Etats , & les
vaſtes mers qui lesfeparent. Ilfemble
qu'il vienne d'en faire encore
un nouveau , en faveur de noftre
chere Ville de Peronne, puiſque nous
voyons vos Excellences dans ses
murs ; & cette ville toute remplie
qu'elle est de la gloire que nosPe
res luy ont acquiſe dans les fiecles
paſſez, avoit encore beſoin de cette
beureuſe journée pour celle de leurs
fucceffeurs, qui affeurent vos Excel-
F
66 IV. P. du Voyage
lences par la bouche de leurs Magiftrats
, du profond respect qu'ils
ont pour vous, & des voeux qu'ils
feront afin que cette union dure
éternellement.
L'Interprete demanda à
Mr Aubé s'il avoit une copie
de fon difcours. Il luy
répondit que oüy , parcequ'il
ſçavoit que les Ambaſſadeurs
en avoient demandé dans
pluſieurs Villes où ils avoient
paffé ; & l'Interprete l'ayant
receuë des mains de ce premier
Magiftrat, la lût, &l'expliqua
enfuite aux Ambaſſadeurs.
Le premier Ambaſſades
Amb. de Siam. 67
deur répondit , Qu'ils estoient
bien obligez à M les Magiftrats
de Peronne , de l'honneur
qu'ils leur rendoient; Qu'ils s'en
Jouviendroient quand ilsſeroient
de retour dans les Etats du Roy
leur Maistre : Que l'Alliance
qui venoit d'eſtre contractée entre
les deuxRois, dureroit autant
que le Soleil &la Lune ; Qu'ils
Je recommandoient à leurs prieres
, & qu'ils croyoient qu'ily
auroit un jour beaucoup de
Chreftiens dans le Royaume de
Siam , & que les François deviendroient
Siamois, & les Siamois
François. Le Chapitre &
Fij
68 IV. P. du Voyage
leBailliage vinrent enfuite les
complimenter. Le Bailliage
avoit àſa teſte M. Vaillant,
Lieutenant general,& leChapitre
M l'Abbé le Veftier,
Docteur de la Maiſon & Societé
de Navarre , & Doyen
du Chapitre de Peronne. Il
eſtoit accompagné de plus
de trente Chanoines, &du
Clergé de ſes quatre Paroifſes.
Voicy de quelle maniere
il parla.
MONSEIGNEVR,
Si tous les peuplesſont dans l'admiration
des rares qualitezde l'andesAmb.
de Siam. 69
guste Monarque dont voſtre Excellence
representefi dignement la per-
Sonne ; s'ils ne peuvent affez élever
la ſageſſe qui regle toutes les
actions, &particulierement le zele
qui luy a fait rechercher l'amitié de
noftre invincible Monarque , avec
quelles marques d'estime &de vineration
ne devons-nous pas recevoir
les Ambaſſadeurs d'un Prince
fi accomply? Quelle joye ne devonsnous
pas faire paroiſtre du bonheur
que nous avons de poffeder les Ministres
d'un Prince si recommandable
&fi cher à toute l'Eglife, dont
il veut bien eftre le protecteurdans
les Royaumes les plus éloignez ?Illustres
Ambaßadeurs , que le Ciel
beniffe les démarches que vousfaites
pour la gloire d'un si grand &
d'un fi aimable Prince : Que la
70 IV. P. du Voyage
bienveillance dont vous voulezbien
honorer les Ministres du Trés -haut,
vous foit à jamais une femence
d'immortalité : Enfin , que vostre
prudence, voſtre ſageffe &toutes les
béroïques qualitez qui vous font
estimer & cherir de LOVIS LE
GRAND & de tous ses peuples,
foient un jour couronnées desſplendeurs
de la Sageffe Eternelle, de fes
trésors infinis , & de ses richeſſes
inépuisables. Ce font, Monseigneur,
les voeux & les plus ardans defirs
de toute cette Compagnie , & en
particulier de celuy qui a l'honneur
de parler icy pour elle.
Pendant que les Ambaffadeurs
eftoient occupés à
écouter ces harangues , & à
des Amb de Siam. 71
yfaire des réponſes auſſi ſpirituelles
qu'obligeantes , le
Major , & l'aide Major du
Regiment de Milice , firen .
faire un mouvement aux
Troupes qui vinrent en bon
ordre dans la Place , où ils les
mirent en Bataille , devant
l'Hôtel des Ambaſſadeurs . Le
Lieutenant Colonel eſtoit à
la teſte à cauſe de l'indiſpoſition
du Colonel , une partie
des Capitaines faiſoit un
front; les Lieutenans eſtoient
dans les diviſions ,& la queuë
eſtoit fermée par le reſte des
Capitaines , ils avoient tous
72 IV P. duVoyage
des plumes blanches. L'ordre
ayant eſté donné enſuite pour
lesvins de preſent, ils furent
portés dans des Cannes par
douze Huiffiers de Ville , qui
avoient à leur teſte les Avocats
& Procureurs du Roy de
l'Hôtel de Ville precedez du
Major , & de l'aide Major de
la Milice avec les trente Drapeaux
des Arts , & Métiers
qui estoient portez par leurs
Enſeignes , au fon d'un fort
grand nombre de Tambours,
le Mareſchal des Logis étoit
à la queuë . Ils entrerent en
cet ordre chés les Ambaſſadeurs,
des Amb de Siam. 73
deurs , auſquels l'Avocat de
la Ville fit compliment , &
preſenta les Vins. L'Ambaffadeur
répondit qu'ils estoient
obligés à Mas de Peronne de
leurhonneſteté, qu'ils voudroient
trouver occafion de les fervir, &
qu'ils n'avoientpas attendu moins
d'honneur qu'ils en recevoient
Sur le recit qu'on leur avoit fait
de Peronne , qu'ils n'oubliroient
jamais. Ces Meſſieurs s'étant
enfuite retirés dans le même
ordre à l'Hôtel de Ville , les
Arquebuſes à croc du Befroy
tirerent , ce qui fit fortir les
Ambaſſadeurs qui furent fur-
G
74 IV. P. du Voyage
pris de voir le Bataillon, dont
ils furent ſaluez de nouveau
de la pique ; aprés quoy les
Arqucbuſes à croc recommencerent
à tirer pour ſatisfaire
leur curiofité. Ils rentrerent
enfuite chez eux , où
Mele Marquis d'Hoquincour
alla leur demander l'ordre
. L'Ambaſſadeur donna
pour mot la Pucelle , & dit
que ce mot estoit affez beau &
affezglorieux à la Ville , pour
n'en pas donner un autre. On
fçait que la Ville de Peronne
n'a jamais efté priſe , quoyqu'elle
ait eſté attaquée en
des Amb. de Siam. 75
1536. par une puiſſanteArmée
que commandoit le Comte
Henry de Naſſau, ſous Charles-
Quint ; les Habitans de
Peronne la repouſſerent vigoureuſement
, après avoir
eſſuyé pluſieurs aſſauts. Les
cloches carillonnerent pendant
tout le ſoir, & toutes les
feneftres de la Ville ſe trouverent
illuminées , & les ruës
remplies de feux par les ordres
& par les loins de M
Aubé. L'Apartement desAmbaſſadeurs
eſtant ſur le derriere
de l'Hoſtel où ils ef
toient logez , M Torf les
r
Dij
76 IV. P. du Voyage
avertit de l'état brillant où
eſtoit la Ville. Ils voulurent
la voir , & fortirent juſque
dans la Place ; ce qui leur fit
dire qu'ils voyoient par là qu'on
n'oublioit rien pour faire honneur
au Roy leurMaistre. Comme
ils ne ſejournerent point
à Peronne, la foule ſe trouva
ſi grande pour les voir fouper
, que la curioſité d'une
grande partie des Dames ne
pût eſtre ſatisfaire. L'Ambaffadeur
ayant demandé le
Plan de laVille à M. le Marquis
d'Hoquincour, il le luy
fit donner parM.Tifon, Ing
r
des Amb. de Siam. ララン
genieur de Sa Majesté , de la
refidence de Peronne , avec
lequel il l'examina. Le lendemain
le Bataillon s'eſtant
remis en deux hayes, comme
le jour precedent, dés fix heures
du matin , les Ambaffadeurs
partirent à ſept au travers
de cette double haye.
M le Gouverneur , M le
Lieutenant de Roy , & M's
de Ville les attendoient à la
Porte de la Ville , où ils leur
firent de nouveaux complimens
; & les Ambaſſadeurs
aprés les avoir remerciez ,
fortirent au carillon des clo-
Giij
178 IV.P. du Voyage
ches & au bruit du canon,&
allerent dîner à Feſnes , d'où
ils prirent la route de Saint-
Quentin.
is. avec tous les honneurs que
je vous ay ſouvent repetez,
&prirent le chemin de Peronne
. Ils dînerent à Fain.
Peronne eſt une Place trésforte
, & paffe pour une des
Clefs de la France. Elle eft
en Picardie ſur la riviere de
Somme. Outre les Ouvrages
qui la deffendent, ce qui contribuë
à la rendre forte , ce
font les Marais qui l'environnent.
Les Eſpagnols ont
tâché ſouvent de la furprendre
, & ils n'ont pû en venir
des Amb. de Siam. 59
à bout. On attendoit les
Ambaſſadeurs dans cetteVille-
là avec beaucoup d'impatience
, & quoy qu'il n'y
ait point de Garnison , tout
y avoit l'air guerrier. Les
Habitans ne peuvent oublier
les Exercices Militaires,
auſquels ils ont toûjours paru
fi habiles , quoy que les
Conqueſtes de Sa Majefté les
ayent mis à couverr des alarmes
, dont ils n'ont jamais
eſté épouvantez , ayant herité
de la valeur , & de l'intrepidité
de leurs peres. Trente
&un drapeaux avoient eſté
bo IV. P. du Voyage
mis dés le matin aux feneſtres
de l'Hôtel de Ville pour annoncer
au Peuple la venuë
des Ambafſadeurs , l'on avoit
donné ordre de tenir toutes
les Boutiques fermées; enfin
tout avoit eſté diſpoſé pour
une reception auffi galante
que guerriere par les ſoins de
M de Ville , & par le zele
de M Aubé Major. C'eſt
Gentilhomme qui s'aquite
fi bien de tout ce qui regarde
cette dignité , qu'il a déja
eſté choiſy pluſieurs fois
pour la remplir , tanr Mrs de
Ville ont de plaifir à le voir
un
des Amb. de Siam. 61
leur teſte. Auſſi peut- on
dire qu'un homme de ce caractere
ſe diftingue toûjours
dans tout ce qu'il fait. Me le
Marquis d'Hoquincourt ,
Gouverneur de Peronne
voit expliqué à M's de Ville
les intentions du Roy ,
c'eſt ce qui les rendoit ſi ze-
د
a-
&
du
lez. Ce Marquis eftant accompagné
deM de la Brouë
Lieutenant de Roy
Commandant du Château ,
de l'Estat Major de la Place ,
& de beaucoup de Nobleſſe
de ſon Gouvernement , ſe
rendit à la porte de la Ville ,
62 IV. P du Voyage
ainſi que Mrs les Majeur &
Eſchevins , où ils attendirent
les Ambaſſadeurs. Lors
qu'ils furent arrivez au Pontlevis
de la Ville , M² le Marquis
d'Hoquincour leur preſenta
ſes Clefs par trois fois ,
& M Aubé leur preſenta
auſſi les ſiennes que Sa Majeſté
veut bien confier au
Majeur de la Ville. Ce Privilege
luy eft glorieux , & merire
d'eſtre remarqué. Les Ambaſſadeurs
entrerent enſuitte
au bruit du Canon & du Carillon
des Cloches , & pafferent
au travers de ſeize Comdes
Amb. de Siam. 63
&
pagnies du Regiment de la
Milice qui formoient deux
hayes juſques à l'Hôtel qui
leur avoit eſté preparé. Les
Officiers de ce Regiment
les ſaluerent de la pique ,
les Enſeignes avec leurs
Drapeaux. La Garde de leur
Logis eſtoit de cinquante
Mouſquetaires détachez,commandez
par le plus ancien
Capitaine , un Lieutenant ,
& l'Enſeigne Colonelle avec
le Drapeau de la Pucelle. On
avoit mis au deſſus de la porte
de ce meſme Logis , les
Armes du Roy de Siam , en64
IV. P. duVoyage
vironnées de Lauriers , & de
fleurs. Peu de temps apres
que les Ambaſſadeurs furent
arrivez, M le Marquis d'Hoquincourt
, toûjurs accompagné
de meſme qu'il l'avoit
eſté à la porte de la Ville ,
vint les ſaluer. Mts de Ville
s'étant auſſi rendus au meſme
lieu , M Aubé Majeur qui
eſtoit à leur teſte , leur fit
compliment au nom de ce
Corps , & s'expliqua en ces
termes.
MESSEIGNEVRS,
LesMagistratsde Peronne viendes
Amb. de Siam: 65
nent paroiſtre devantvous, ilsfoubaiteroient
de pouvoir affez bien
répondre aux volontez du Roy leur
Maistre , pour vous recevoir avec
toute la magnificence que vous meritez.
Dieu qui tient les coeurs des
Koisdansses mains, afait un miracle
d'avoir uny deux grands Rois
d'uneétroite amitié, malgré le grand
éloignement de leurs Etats , & les
vaſtes mers qui lesfeparent. Ilfemble
qu'il vienne d'en faire encore
un nouveau , en faveur de noftre
chere Ville de Peronne, puiſque nous
voyons vos Excellences dans ses
murs ; & cette ville toute remplie
qu'elle est de la gloire que nosPe
res luy ont acquiſe dans les fiecles
paſſez, avoit encore beſoin de cette
beureuſe journée pour celle de leurs
fucceffeurs, qui affeurent vos Excel-
F
66 IV. P. du Voyage
lences par la bouche de leurs Magiftrats
, du profond respect qu'ils
ont pour vous, & des voeux qu'ils
feront afin que cette union dure
éternellement.
L'Interprete demanda à
Mr Aubé s'il avoit une copie
de fon difcours. Il luy
répondit que oüy , parcequ'il
ſçavoit que les Ambaſſadeurs
en avoient demandé dans
pluſieurs Villes où ils avoient
paffé ; & l'Interprete l'ayant
receuë des mains de ce premier
Magiftrat, la lût, &l'expliqua
enfuite aux Ambaſſadeurs.
Le premier Ambaſſades
Amb. de Siam. 67
deur répondit , Qu'ils estoient
bien obligez à M les Magiftrats
de Peronne , de l'honneur
qu'ils leur rendoient; Qu'ils s'en
Jouviendroient quand ilsſeroient
de retour dans les Etats du Roy
leur Maistre : Que l'Alliance
qui venoit d'eſtre contractée entre
les deuxRois, dureroit autant
que le Soleil &la Lune ; Qu'ils
Je recommandoient à leurs prieres
, & qu'ils croyoient qu'ily
auroit un jour beaucoup de
Chreftiens dans le Royaume de
Siam , & que les François deviendroient
Siamois, & les Siamois
François. Le Chapitre &
Fij
68 IV. P. du Voyage
leBailliage vinrent enfuite les
complimenter. Le Bailliage
avoit àſa teſte M. Vaillant,
Lieutenant general,& leChapitre
M l'Abbé le Veftier,
Docteur de la Maiſon & Societé
de Navarre , & Doyen
du Chapitre de Peronne. Il
eſtoit accompagné de plus
de trente Chanoines, &du
Clergé de ſes quatre Paroifſes.
Voicy de quelle maniere
il parla.
MONSEIGNEVR,
Si tous les peuplesſont dans l'admiration
des rares qualitezde l'andesAmb.
de Siam. 69
guste Monarque dont voſtre Excellence
representefi dignement la per-
Sonne ; s'ils ne peuvent affez élever
la ſageſſe qui regle toutes les
actions, &particulierement le zele
qui luy a fait rechercher l'amitié de
noftre invincible Monarque , avec
quelles marques d'estime &de vineration
ne devons-nous pas recevoir
les Ambaſſadeurs d'un Prince
fi accomply? Quelle joye ne devonsnous
pas faire paroiſtre du bonheur
que nous avons de poffeder les Ministres
d'un Prince si recommandable
&fi cher à toute l'Eglife, dont
il veut bien eftre le protecteurdans
les Royaumes les plus éloignez ?Illustres
Ambaßadeurs , que le Ciel
beniffe les démarches que vousfaites
pour la gloire d'un si grand &
d'un fi aimable Prince : Que la
70 IV. P. du Voyage
bienveillance dont vous voulezbien
honorer les Ministres du Trés -haut,
vous foit à jamais une femence
d'immortalité : Enfin , que vostre
prudence, voſtre ſageffe &toutes les
béroïques qualitez qui vous font
estimer & cherir de LOVIS LE
GRAND & de tous ses peuples,
foient un jour couronnées desſplendeurs
de la Sageffe Eternelle, de fes
trésors infinis , & de ses richeſſes
inépuisables. Ce font, Monseigneur,
les voeux & les plus ardans defirs
de toute cette Compagnie , & en
particulier de celuy qui a l'honneur
de parler icy pour elle.
Pendant que les Ambaffadeurs
eftoient occupés à
écouter ces harangues , & à
des Amb de Siam. 71
yfaire des réponſes auſſi ſpirituelles
qu'obligeantes , le
Major , & l'aide Major du
Regiment de Milice , firen .
faire un mouvement aux
Troupes qui vinrent en bon
ordre dans la Place , où ils les
mirent en Bataille , devant
l'Hôtel des Ambaſſadeurs . Le
Lieutenant Colonel eſtoit à
la teſte à cauſe de l'indiſpoſition
du Colonel , une partie
des Capitaines faiſoit un
front; les Lieutenans eſtoient
dans les diviſions ,& la queuë
eſtoit fermée par le reſte des
Capitaines , ils avoient tous
72 IV P. duVoyage
des plumes blanches. L'ordre
ayant eſté donné enſuite pour
lesvins de preſent, ils furent
portés dans des Cannes par
douze Huiffiers de Ville , qui
avoient à leur teſte les Avocats
& Procureurs du Roy de
l'Hôtel de Ville precedez du
Major , & de l'aide Major de
la Milice avec les trente Drapeaux
des Arts , & Métiers
qui estoient portez par leurs
Enſeignes , au fon d'un fort
grand nombre de Tambours,
le Mareſchal des Logis étoit
à la queuë . Ils entrerent en
cet ordre chés les Ambaſſadeurs,
des Amb de Siam. 73
deurs , auſquels l'Avocat de
la Ville fit compliment , &
preſenta les Vins. L'Ambaffadeur
répondit qu'ils estoient
obligés à Mas de Peronne de
leurhonneſteté, qu'ils voudroient
trouver occafion de les fervir, &
qu'ils n'avoientpas attendu moins
d'honneur qu'ils en recevoient
Sur le recit qu'on leur avoit fait
de Peronne , qu'ils n'oubliroient
jamais. Ces Meſſieurs s'étant
enfuite retirés dans le même
ordre à l'Hôtel de Ville , les
Arquebuſes à croc du Befroy
tirerent , ce qui fit fortir les
Ambaſſadeurs qui furent fur-
G
74 IV. P. du Voyage
pris de voir le Bataillon, dont
ils furent ſaluez de nouveau
de la pique ; aprés quoy les
Arqucbuſes à croc recommencerent
à tirer pour ſatisfaire
leur curiofité. Ils rentrerent
enfuite chez eux , où
Mele Marquis d'Hoquincour
alla leur demander l'ordre
. L'Ambaſſadeur donna
pour mot la Pucelle , & dit
que ce mot estoit affez beau &
affezglorieux à la Ville , pour
n'en pas donner un autre. On
fçait que la Ville de Peronne
n'a jamais efté priſe , quoyqu'elle
ait eſté attaquée en
des Amb. de Siam. 75
1536. par une puiſſanteArmée
que commandoit le Comte
Henry de Naſſau, ſous Charles-
Quint ; les Habitans de
Peronne la repouſſerent vigoureuſement
, après avoir
eſſuyé pluſieurs aſſauts. Les
cloches carillonnerent pendant
tout le ſoir, & toutes les
feneftres de la Ville ſe trouverent
illuminées , & les ruës
remplies de feux par les ordres
& par les loins de M
Aubé. L'Apartement desAmbaſſadeurs
eſtant ſur le derriere
de l'Hoſtel où ils ef
toient logez , M Torf les
r
Dij
76 IV. P. du Voyage
avertit de l'état brillant où
eſtoit la Ville. Ils voulurent
la voir , & fortirent juſque
dans la Place ; ce qui leur fit
dire qu'ils voyoient par là qu'on
n'oublioit rien pour faire honneur
au Roy leurMaistre. Comme
ils ne ſejournerent point
à Peronne, la foule ſe trouva
ſi grande pour les voir fouper
, que la curioſité d'une
grande partie des Dames ne
pût eſtre ſatisfaire. L'Ambaffadeur
ayant demandé le
Plan de laVille à M. le Marquis
d'Hoquincour, il le luy
fit donner parM.Tifon, Ing
r
des Amb. de Siam. ララン
genieur de Sa Majesté , de la
refidence de Peronne , avec
lequel il l'examina. Le lendemain
le Bataillon s'eſtant
remis en deux hayes, comme
le jour precedent, dés fix heures
du matin , les Ambaffadeurs
partirent à ſept au travers
de cette double haye.
M le Gouverneur , M le
Lieutenant de Roy , & M's
de Ville les attendoient à la
Porte de la Ville , où ils leur
firent de nouveaux complimens
; & les Ambaſſadeurs
aprés les avoir remerciez ,
fortirent au carillon des clo-
Giij
178 IV.P. du Voyage
ches & au bruit du canon,&
allerent dîner à Feſnes , d'où
ils prirent la route de Saint-
Quentin.
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Résumé : Peronne. [titre d'après la table]
Le texte relate l'arrivée des ambassadeurs de Siam à Peronne, une ville fortifiée en Picardie située sur la rivière de Somme. Entourée de marais, Peronne a résisté à plusieurs tentatives de prise par les Espagnols. Les habitants, familiers des exercices militaires, étaient impatients d'accueillir les ambassadeurs. Pour l'occasion, trente-et-un drapeaux étaient exposés à l'Hôtel de Ville et les boutiques étaient fermées. Les ambassadeurs ont été reçus par le marquis d'Hoquincourt, gouverneur de Peronne, et le maire Aubé, qui leur ont remis les clés de la ville. Ils ont été escortés par seize compagnies de la milice et logés dans un hôtel spécialement préparé, avec une garde de cinquante mousquetaires. Le marquis d'Hoquincourt et les magistrats de Peronne ont prononcé des discours de bienvenue, soulignant l'amitié entre les rois de France et de Siam. Les ambassadeurs ont répondu en exprimant leur gratitude et en espérant une alliance durable. Le chapitre et le bailliage ont également adressé leurs compliments. Pendant leur séjour, des mouvements militaires ont été effectués et des vins ont été offerts aux ambassadeurs. La ville était illuminée, permettant aux ambassadeurs d'admirer les festivités. Le lendemain, ils ont quitté Peronne sous les honneurs militaires et se sont dirigés vers Saint-Quentin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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203
p. 78-95
Saint-Quentin. [titre d'après la table]
Début :
C'est une Ville sur la Somme, Capitale du Pays de [...]
Mots clefs :
Saint-Quentin, Ville, Roi, Gouverneur, Chevaliers de la couronne, Ambassadeurs, Abancourt, Bourgeois, Décharge, Carrosse, Place, France, Pradel, Arquebuses, Fenêtres, Cavalerie, Somme, Vermandois
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texteReconnaissance textuelle : Saint-Quentin. [titre d'après la table]
C'eſt une Ville ſur
la Somme , Capitale du Pays
de Vermandois en Picardie.
Elle eft grande & bien peuplée
, & on y fait diverſes
Manufactures . Elle a eſté aux
Comtes de Vermandois , &
le Roy Philippe Auguſte
l'ayant réünie à la Couronne
, elle fut depuis engagée
aux Ducs de Bourgogne;
mais elle en a toûjours eſté
retirée avec les autres Villes
fur la Somme, Philibert Ema
des Amb. de Siam. 79
nuel Duc de Savoye , Gouverneur
des Pays-bas, l'ayant
affiegée pour Philippe II.
Roy d'Eſpagne, le Conneſtable
de Montmorency y jetta
quelque ſecours. Il fut attaqué
dans ſa retraite , & fait
prifonnier avec les Ducs de
Montpenfier & de Longueville
, Loüis de Gonzague,
depuis Duc de Nevers , le
Maréchal de S. André , dix
Chevaliers de l'Ordre, & trois
cens Gentilshommes. Cette
Bataille qui fut donnée le 10.
Aouſt 1557. coûta beaucoup
de fang aux François. Jean
Giiij
80 IV. P.du Voyage
de Bourbon, Duc d'Anguien,
fut trouvé parmy les morts.
Les Ennemis , ſans fonger à
profiter de l'avantage qu'ils
venoient de remporter, s'arrefterent
au Siege de Saint-
Quentin, où le Roy Philippes
vint le 27. d'Aouſt. L'Amiral
Coligny qui deffendoit cette
Place , ayant trop tardé à
capituler , la fit ſauter par
cinq bréches , & fut fait prifonnier.
Elle fut rendue à
la France en 1559. par la Paix
de Cateau - Cambreſis . M
d'Abancourt , Lieutenant de
Roy de cette Ville , en fit
r
des Amb. de Siam . 81
les honneurs, en l'absence de
M le Marquis de Pradel ,
Lieutenant general des Armées
du Roy , qui en eft
Gouverneur. Il fortit de Saint
Quentin , dans un Carroſſe
precedé d'une partie des Gardes
de M. de Pradel , tous
bien montez , ainſi que les
Chevaliers de la Couronne,
& de la Jeuneffe , qui l'accompagnoient.
Ils avoient
des Plumes blanches, & eftoient
tous fort leſtement
veſtus , & conduits par leurs
Capitaines. Il y avoit auffi
plus de deux cens notables
82 IV . P. du Voyage
Bourgeois , qui avoient en
teſte Mfs Boutillier &Tabary
, anciens Mayeurs de la
Ville. Ils allerent plus de deux
lieuës au devant des Ambaffadeurs
. M d'Abancourt defcendit
de carroſſe dés qu'il
les eut apperceus , ainſi que
Mt Ainet , Roy de la Couronne
. Cette Compagnie &
celle de la Jeuneſſe , font
composées des jeunes gens
de la Ville , qui s'accoutumant
de bonne heure dans
les Exercices guerriers, ſe difputent
ſouvent des Prix les
uns aux autres , & ces Prix
des Amb. de Siam. 83
font donnez à ceux qui font
voir le plus d'adreſſe. Toutes
ces Troupes, ainſi que les Archers
de la Maréchauffée, faluërent
les Ambaſſadeurs par
une décharge de leurs piftolets,
puis les Chevaliers de la
Couronne environerent leur
Carroſſe l'épée à la main.
Celuy de M d'Abancourt
alloit devant, & eſtoit précedé
de la Maréchauffée. Lors
qu'on fut arrivé à la Porte
de la Ville, le canon des ramparts
ſalüa , comme il avoit
fait par tout ailleurs. LesAmbaſſadeurs
paſſerent au tra
84 III. P. du Voyage
vers d'une double haye de
Bourgeois , dont les ruës eftoient
bordées depuis les
premieres maiſons du Fauxbourg
juſqu'au lieu qui leur
avoit eſté préparé pour leur
logement, & qui estoit gardé
par les deux Compagnies des
Canonniers & Arquebufiers.
Ce logis eftoit fort ſpatieux,
& M de Ville avoient pris
foin de le faire meubler. Ils
avoient fait mettre au deſſus
de la Porte les Armes du Roy
de Siam , qui brilloient extrémement
par les ornemens
dont elles eftoient environ
des Amb. de Siam. 85
nées . LesAmbaſſadeurs eſtant
arrivez à la porte de ce logis,
on fit une décharge de quarante
Arquebuſes à croc , qui
eſtoient aux feneſtres de la
Maiſon de Ville, vis-à-vis de
l'Hoſtel qu'on avoit fait préparer
pour eux ; de forte qu'ils
les entendirent & les virent
de leurs feneftres . Peu de
temps aprés les Mayeur &
Eſchevins en Corps, précedez
de leurs quatre Huiffiers à
longues robbes , & fuivis de
huit autres de robbe courte,
qui portoient lesVins de prefent,
vinrent les complimen
86 IV. P. du Voyage
r
ter. La parole fut portée par
M Rohart , Advocat , &
Mayeur de la Ville. L'Ambaſſadeur
répondit qu'ils eftoient
fort redevables àM*s de
Saint-Quentin des honnestetez
qu'ils leur faisoient,&de l'esti
me qu'ils marquoient pour le
Roy de Siam: Qu'ils auroient
voulu avoir occafion de fervir
la Ville , en revanche de l'honneur
qu'ils en recevoient ; &
qu'ils s'eſtonnoient de voir de ſi
belle Cavalerie , & de fi belle
Infanterie , dans une Place où
il n'y avoit point de Garnison.
L'Infanterie ayant enſuite
des Amb. de Siam. 87
paffé devant leur logis , où
elle fit une décharge, lesAmbaſſadeurs
prierent Mas de
Ville de la renvoyer , & leur
firent de nouveaux remercîmens.
Enſuite le Chapitre
Royal de Saint-Quentin les
vint ſaluër en Corps , & leur
fit auſſi ſes Preſens en particulier
; ce qui merite d'eftre
remarqué , puiſque ce n'eſt
pas une choſe ordinaire aux
Chapitres. M. l'Abbé Gobinet
, Eſcolaſtre & Docteur
en Theologie , parla en l'abfence
de M. de Maupeou,
Doyen , nommé à l'Eveſché
88 IV. P. du Voyage
de Caſtre . L'Ambaſſadeur ré
pondit , qu'ils estoient fort obli
gezà cette Compagnie des honneſtetez
qu'elle venoit leurfaire
; qu'ils sçavoient de quelle
importance estoit le Chapitre de
Saint-Quentin , puiſqu'il avoit
l'honneur d'avoir un des plus
grands Rois de la terre pourfon
premier Chanoine , & qu'il eftoit
Gardien depuis pluſieurs fiecles
du Corps d'un glorieux
Martyr , & qui avoit tant
fouffert; que la modeſtie qu'il
voyoit paroiſtre ſur le visage de
tous les Chanoines , leur estoit
une preuve évidente de la bondes
Amb . de Siam. 89
téde laReligion Chreftienne; que
le Roy de Siam leur Maistre,
qui avoit une eſtime trés-particuliere
pour le Roy de France,
confideroit tous ceux de ſa Religion,
protegeoit dasfonRoyaume
, les Evesques , les Prestres,
les Miffionnaires, pour lefquels
il avoit fait bastir des
Eglifes. Il leur demanda qu'ils
vouluſſent bien prier pour le
Peuple de Siam ; & tous les
Chanoines eſtant enſuite pafſez
devant luy , il les falia
tous chacun en particulier.
Aprés cela ils receurent les
complimens de Mts du Bail
H
90 IV. P. du Voyage
lage , de la Prevoſté, de l'Election
& du Grenier à Sel,
qui tous enſemble ne firent
qu'un Corps. Ces complimens
eſtant achevez, Mª d'Abancourt
leur demanda l'ordre,
& l'Ambaſſadeur donna
pour mot, Plus chargé de lauriers
que d'années, faiſant alluſion
aux grands ſervices de
M. le Marquis de Pradel ,
Gouverneur de S. Quentin,
qui a receu beaucoup de
bleſſeures pendant les Campagnes
qu'il a faites. Mrs de
Ville firent illuminer le ſoir
les feneftres de leur Hoſtel,
r
desAmb. de Siam. gr
qui donnoient vis-à-vis de
celuy où les Ambaſſadeurs
eſtoient logez ; ce qui éclairoit
la grande Place, qui eft
une des plus ſpacieuſes , des
plus regulieres & des plus
belles de France. Toute la
Ville fut auffi illuminée , les
ordres ayant eſté donnez de
mettre des lanternes à toutes
les feneftres .On foupa à l'ordinaire.
L'Afſſemblée fut remarquable
, & les Ambaſſadeurs
trouverentque le nombre
des Dames eſtoit grand
à S. Quentin , & qu'il y en
avoir beaucoup de belles,
Hij
92 IV. P. du Voyage
On leur donna les Violons
aprés foupé, & quand ils eurent
joüé longtemps , ils ſe
mêlerent aux Trompettes des
Chevaliers de la Couronne,
avec lesquels ils s'eſtoient
concertez ; & les plaiſirs de
cette ſoirée finirent par le
bruit de la décharge d'un
grand nombre d'Arquebuſes
à croc , qui estoient à l'Hoftel
de Ville. Le lendemain 17.
quelques Mandarins &quelques
Secretaires allerent par
ordre des Ambaſſadeurs, à la
grande Eglife , afin de leur
faire rapport de ce qu'ils ver
des Amb de Siam. 93
1
roient pour l'écrire enfuite,
comme ils ont fait dans tous
les lieux où ils ont eſté. Ils
trouverent cetre Eglife trésbelle
, tant pour ſa grandeur
que pour ſa conſtruction. Sur
les neuf heures du matin les
Ambaſſadeurs ayant achevé
de déjeuner , les Mayeur &
Eſchevins leur vinrent encore
faire compliment par
la bouche de M Rochart.
L'Ambaſladeur leur marqua
avec les termes les plus ohligeans
& les plus forts, qu'on
ne pouvoit eſtre plus content
qu'ils l'eſtoient de la
94 IV. P. du Voyage
Ville & de luy. Comme ils
avoient defiré d'entendre les
Cloches de la grande Eglife
avant leur départ, ils ſe mirent
à la feneſtre , & on les
fit ſonner à volée, & enſuite
carillonner. Ils furent aprés
falüez des Arquebuſes de
'Hoſtel de Ville , qu'ils avoient
déja veuës & entenduës
avec plaifir, & partirent
precedez des Chevaliers de la
Couronne avec leurs Etendarts
, leurs Trompettes , &
tout ce qui peut marquer des
Troupes reglées , dont ils avoient
l'air. Il y avoit auffi
desAmb. de Siam. 95
plus de deux cens Bourgeois
à cheval', & toute cette Cavalerie
eſtant jointe à la mareſchauffée
, paroiſſoit fort
nombreuſe. Ils pafferent entre
deux hayés de Bourgeois
ſous les armes , ainſi qu'ils
avoient fait en entrant. Le
canon tira à leur fortie , &
la Cavalerie qui les accompagnoit
, ne les quitta qu'à
plus de deux lieuës de laVil-
Ie.
la Somme , Capitale du Pays
de Vermandois en Picardie.
Elle eft grande & bien peuplée
, & on y fait diverſes
Manufactures . Elle a eſté aux
Comtes de Vermandois , &
le Roy Philippe Auguſte
l'ayant réünie à la Couronne
, elle fut depuis engagée
aux Ducs de Bourgogne;
mais elle en a toûjours eſté
retirée avec les autres Villes
fur la Somme, Philibert Ema
des Amb. de Siam. 79
nuel Duc de Savoye , Gouverneur
des Pays-bas, l'ayant
affiegée pour Philippe II.
Roy d'Eſpagne, le Conneſtable
de Montmorency y jetta
quelque ſecours. Il fut attaqué
dans ſa retraite , & fait
prifonnier avec les Ducs de
Montpenfier & de Longueville
, Loüis de Gonzague,
depuis Duc de Nevers , le
Maréchal de S. André , dix
Chevaliers de l'Ordre, & trois
cens Gentilshommes. Cette
Bataille qui fut donnée le 10.
Aouſt 1557. coûta beaucoup
de fang aux François. Jean
Giiij
80 IV. P.du Voyage
de Bourbon, Duc d'Anguien,
fut trouvé parmy les morts.
Les Ennemis , ſans fonger à
profiter de l'avantage qu'ils
venoient de remporter, s'arrefterent
au Siege de Saint-
Quentin, où le Roy Philippes
vint le 27. d'Aouſt. L'Amiral
Coligny qui deffendoit cette
Place , ayant trop tardé à
capituler , la fit ſauter par
cinq bréches , & fut fait prifonnier.
Elle fut rendue à
la France en 1559. par la Paix
de Cateau - Cambreſis . M
d'Abancourt , Lieutenant de
Roy de cette Ville , en fit
r
des Amb. de Siam . 81
les honneurs, en l'absence de
M le Marquis de Pradel ,
Lieutenant general des Armées
du Roy , qui en eft
Gouverneur. Il fortit de Saint
Quentin , dans un Carroſſe
precedé d'une partie des Gardes
de M. de Pradel , tous
bien montez , ainſi que les
Chevaliers de la Couronne,
& de la Jeuneffe , qui l'accompagnoient.
Ils avoient
des Plumes blanches, & eftoient
tous fort leſtement
veſtus , & conduits par leurs
Capitaines. Il y avoit auffi
plus de deux cens notables
82 IV . P. du Voyage
Bourgeois , qui avoient en
teſte Mfs Boutillier &Tabary
, anciens Mayeurs de la
Ville. Ils allerent plus de deux
lieuës au devant des Ambaffadeurs
. M d'Abancourt defcendit
de carroſſe dés qu'il
les eut apperceus , ainſi que
Mt Ainet , Roy de la Couronne
. Cette Compagnie &
celle de la Jeuneſſe , font
composées des jeunes gens
de la Ville , qui s'accoutumant
de bonne heure dans
les Exercices guerriers, ſe difputent
ſouvent des Prix les
uns aux autres , & ces Prix
des Amb. de Siam. 83
font donnez à ceux qui font
voir le plus d'adreſſe. Toutes
ces Troupes, ainſi que les Archers
de la Maréchauffée, faluërent
les Ambaſſadeurs par
une décharge de leurs piftolets,
puis les Chevaliers de la
Couronne environerent leur
Carroſſe l'épée à la main.
Celuy de M d'Abancourt
alloit devant, & eſtoit précedé
de la Maréchauffée. Lors
qu'on fut arrivé à la Porte
de la Ville, le canon des ramparts
ſalüa , comme il avoit
fait par tout ailleurs. LesAmbaſſadeurs
paſſerent au tra
84 III. P. du Voyage
vers d'une double haye de
Bourgeois , dont les ruës eftoient
bordées depuis les
premieres maiſons du Fauxbourg
juſqu'au lieu qui leur
avoit eſté préparé pour leur
logement, & qui estoit gardé
par les deux Compagnies des
Canonniers & Arquebufiers.
Ce logis eftoit fort ſpatieux,
& M de Ville avoient pris
foin de le faire meubler. Ils
avoient fait mettre au deſſus
de la Porte les Armes du Roy
de Siam , qui brilloient extrémement
par les ornemens
dont elles eftoient environ
des Amb. de Siam. 85
nées . LesAmbaſſadeurs eſtant
arrivez à la porte de ce logis,
on fit une décharge de quarante
Arquebuſes à croc , qui
eſtoient aux feneſtres de la
Maiſon de Ville, vis-à-vis de
l'Hoſtel qu'on avoit fait préparer
pour eux ; de forte qu'ils
les entendirent & les virent
de leurs feneftres . Peu de
temps aprés les Mayeur &
Eſchevins en Corps, précedez
de leurs quatre Huiffiers à
longues robbes , & fuivis de
huit autres de robbe courte,
qui portoient lesVins de prefent,
vinrent les complimen
86 IV. P. du Voyage
r
ter. La parole fut portée par
M Rohart , Advocat , &
Mayeur de la Ville. L'Ambaſſadeur
répondit qu'ils eftoient
fort redevables àM*s de
Saint-Quentin des honnestetez
qu'ils leur faisoient,&de l'esti
me qu'ils marquoient pour le
Roy de Siam: Qu'ils auroient
voulu avoir occafion de fervir
la Ville , en revanche de l'honneur
qu'ils en recevoient ; &
qu'ils s'eſtonnoient de voir de ſi
belle Cavalerie , & de fi belle
Infanterie , dans une Place où
il n'y avoit point de Garnison.
L'Infanterie ayant enſuite
des Amb. de Siam. 87
paffé devant leur logis , où
elle fit une décharge, lesAmbaſſadeurs
prierent Mas de
Ville de la renvoyer , & leur
firent de nouveaux remercîmens.
Enſuite le Chapitre
Royal de Saint-Quentin les
vint ſaluër en Corps , & leur
fit auſſi ſes Preſens en particulier
; ce qui merite d'eftre
remarqué , puiſque ce n'eſt
pas une choſe ordinaire aux
Chapitres. M. l'Abbé Gobinet
, Eſcolaſtre & Docteur
en Theologie , parla en l'abfence
de M. de Maupeou,
Doyen , nommé à l'Eveſché
88 IV. P. du Voyage
de Caſtre . L'Ambaſſadeur ré
pondit , qu'ils estoient fort obli
gezà cette Compagnie des honneſtetez
qu'elle venoit leurfaire
; qu'ils sçavoient de quelle
importance estoit le Chapitre de
Saint-Quentin , puiſqu'il avoit
l'honneur d'avoir un des plus
grands Rois de la terre pourfon
premier Chanoine , & qu'il eftoit
Gardien depuis pluſieurs fiecles
du Corps d'un glorieux
Martyr , & qui avoit tant
fouffert; que la modeſtie qu'il
voyoit paroiſtre ſur le visage de
tous les Chanoines , leur estoit
une preuve évidente de la bondes
Amb . de Siam. 89
téde laReligion Chreftienne; que
le Roy de Siam leur Maistre,
qui avoit une eſtime trés-particuliere
pour le Roy de France,
confideroit tous ceux de ſa Religion,
protegeoit dasfonRoyaume
, les Evesques , les Prestres,
les Miffionnaires, pour lefquels
il avoit fait bastir des
Eglifes. Il leur demanda qu'ils
vouluſſent bien prier pour le
Peuple de Siam ; & tous les
Chanoines eſtant enſuite pafſez
devant luy , il les falia
tous chacun en particulier.
Aprés cela ils receurent les
complimens de Mts du Bail
H
90 IV. P. du Voyage
lage , de la Prevoſté, de l'Election
& du Grenier à Sel,
qui tous enſemble ne firent
qu'un Corps. Ces complimens
eſtant achevez, Mª d'Abancourt
leur demanda l'ordre,
& l'Ambaſſadeur donna
pour mot, Plus chargé de lauriers
que d'années, faiſant alluſion
aux grands ſervices de
M. le Marquis de Pradel ,
Gouverneur de S. Quentin,
qui a receu beaucoup de
bleſſeures pendant les Campagnes
qu'il a faites. Mrs de
Ville firent illuminer le ſoir
les feneftres de leur Hoſtel,
r
desAmb. de Siam. gr
qui donnoient vis-à-vis de
celuy où les Ambaſſadeurs
eſtoient logez ; ce qui éclairoit
la grande Place, qui eft
une des plus ſpacieuſes , des
plus regulieres & des plus
belles de France. Toute la
Ville fut auffi illuminée , les
ordres ayant eſté donnez de
mettre des lanternes à toutes
les feneftres .On foupa à l'ordinaire.
L'Afſſemblée fut remarquable
, & les Ambaſſadeurs
trouverentque le nombre
des Dames eſtoit grand
à S. Quentin , & qu'il y en
avoir beaucoup de belles,
Hij
92 IV. P. du Voyage
On leur donna les Violons
aprés foupé, & quand ils eurent
joüé longtemps , ils ſe
mêlerent aux Trompettes des
Chevaliers de la Couronne,
avec lesquels ils s'eſtoient
concertez ; & les plaiſirs de
cette ſoirée finirent par le
bruit de la décharge d'un
grand nombre d'Arquebuſes
à croc , qui estoient à l'Hoftel
de Ville. Le lendemain 17.
quelques Mandarins &quelques
Secretaires allerent par
ordre des Ambaſſadeurs, à la
grande Eglife , afin de leur
faire rapport de ce qu'ils ver
des Amb de Siam. 93
1
roient pour l'écrire enfuite,
comme ils ont fait dans tous
les lieux où ils ont eſté. Ils
trouverent cetre Eglife trésbelle
, tant pour ſa grandeur
que pour ſa conſtruction. Sur
les neuf heures du matin les
Ambaſſadeurs ayant achevé
de déjeuner , les Mayeur &
Eſchevins leur vinrent encore
faire compliment par
la bouche de M Rochart.
L'Ambaſladeur leur marqua
avec les termes les plus ohligeans
& les plus forts, qu'on
ne pouvoit eſtre plus content
qu'ils l'eſtoient de la
94 IV. P. du Voyage
Ville & de luy. Comme ils
avoient defiré d'entendre les
Cloches de la grande Eglife
avant leur départ, ils ſe mirent
à la feneſtre , & on les
fit ſonner à volée, & enſuite
carillonner. Ils furent aprés
falüez des Arquebuſes de
'Hoſtel de Ville , qu'ils avoient
déja veuës & entenduës
avec plaifir, & partirent
precedez des Chevaliers de la
Couronne avec leurs Etendarts
, leurs Trompettes , &
tout ce qui peut marquer des
Troupes reglées , dont ils avoient
l'air. Il y avoit auffi
desAmb. de Siam. 95
plus de deux cens Bourgeois
à cheval', & toute cette Cavalerie
eſtant jointe à la mareſchauffée
, paroiſſoit fort
nombreuſe. Ils pafferent entre
deux hayés de Bourgeois
ſous les armes , ainſi qu'ils
avoient fait en entrant. Le
canon tira à leur fortie , &
la Cavalerie qui les accompagnoit
, ne les quitta qu'à
plus de deux lieuës de laVil-
Ie.
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Résumé : Saint-Quentin. [titre d'après la table]
Le texte présente la ville de Saint-Quentin, située sur la Somme et capitale du Pays de Vermandois en Picardie. Cette ville est notable pour sa taille, sa population et ses diverses manufactures. Historiquement, Saint-Quentin a appartenu aux Comtes de Vermandois avant d'être intégrée à la Couronne par le roi Philippe Auguste. Par la suite, elle a été engagée aux Ducs de Bourgogne. En 1557, la ville a été assiégée par Philibert Emmanuel, Duc de Savoie, agissant pour le compte de Philippe II, roi d'Espagne. Lors de la bataille du 10 août 1557, plusieurs nobles français, dont le Connétable de Montmorency, furent capturés. Saint-Quentin fut restituée à la France en 1559 par la Paix de Cateau-Cambrésis. Le texte mentionne également la visite des ambassadeurs de Siam à Saint-Quentin. La ville leur réserva un accueil solennel, avec des honneurs militaires et des réceptions officielles. Les ambassadeurs furent impressionnés par la beauté et l'organisation de la ville. Ils reçurent des compliments du maire, des échevins et du chapitre royal de Saint-Quentin. La ville fut illuminée en leur honneur, et une assemblée remarquable eut lieu, suivie de musique et de salves d'arquebuses. Le lendemain, les ambassadeurs visitèrent la grande église de la ville avant de partir, escortés par une cavalerie nombreuse et des troupes régulières.
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204
p. 95-104
La Fére. [titre d'après la table]
Début :
Ils allerent le jour mesme coucher à la Fére, forte Place [...]
Mots clefs :
La Fère, Ville, Place, Roi, Marcognet, Ambassadeur, Rivière, Saint-Firmin, Espagnols, Vice-sénéchal
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texteReconnaissance textuelle : La Fére. [titre d'après la table]
Ils allerent le jour meſme
coucher à la Fére, forte Place
en Picardie ſur la riviere
d'Oyſe. Elle eſt ſituée dans
un pays fort marécageux , &
96 IV. P. du Voyage
entourée de pluſieurs Baftions
& de bons remparts.
Ils font reveſtus de fortes
murailles de brique, & la riviere
en lave le pied. Elle s'y
diviſe en diverſes branches.
Il y a un Château, & la Ville
eft entre deux grands Fauxbourgs
, qu'on appelle de S.
Firmin & de Noſtre-Dame .
Elle tomba ſous la Domination
des Eſpagnols, fur la fin
du dernier fiecle, par la perfidie
de Colas Vice-Seneſchal
de Montelimar. Le marquis
de maignelay , qui en eſtoit
Gouverneur pour la Ligue,
avoir
des Amb . de Siam. 97
avoit promis au Roy Henry
IV. de rentrer dans ſon devoir
, & lors qu'il eſtoit preſt
de tenir parole , il fut affaffiné
au milieu de la Ville, par
ce Vice-Seneſchal à qui le
Duc deMayenne en donna
le Gouvernement. Ce nouveauGouverneur
s'eſtant mis
enfuite du party des Eſpagnols,
leur livra la Fére, & ils
luy en laiſſerent le Domaine
ſous le titre de Comté. Elle
fut bloquée ſur la fin de 1596.
par l'Armée du Roy. On en
commença le Siege au mois
de Mars de l'année ſuivante,
I
98 IV. P. du Voyage
& elle fut renduë aux Fran
çois dans le mois de May.
Colas qui figna à la Capitulation,
y prit le titre de Com
te de la Fére.
LesAmbaſſadeurs trouve
rent à une lieuë de cette
Ville-là , M de la Fontaine,
Major de la Place , que M
Marcognet qui y commande
, avoit envoyé au devant
d'eux avec cent Chevaux.
La Compagnie de la Jeuneſſe
les attendoit ſous les armes,
hors des Portes de la Ville.
M Marcognet les complimenta
à l'entrée du Fauxdes
Amb. de Siam. 99
bourg de S. Firmin , & leur
dit , qu'il venoit affeurer leurs
Excellences de la joye que luy
donnoit l'honneur qu'il avoit de
les recevoir , & leur dire que
les Peuples de la Fere la partageoient
avec luy. Il ajoûta ,
qu'il avoit ordre du Roy de leur
faire voir la Place, les Fortifi
cations, les Magaſins, l'Arcenal
& tout ce qu'il y a de plus curieux
, enforte qu'ils y
deroient, & qu'il ne feroitqu'obéir.
L'Ambaſſadeur , aprés
avoir répondu à fon compliment
en termes fort obligeans
, le pria particulierecomman
Lij
100 IV. P. du Voyage
ment de leur faire voir les
Fortifications & le Plan de la
Place , & le remercia en baiffant
le corps & les bras hors
de fon Carroffe. Ils trouverent
dans le Fauxbourg les
Troupes de la Garniſon & la
Milice de la Ville , qui bordoit
les rües juſqu'au lieu
préparé pour les loger , &
furent receus au bruit du canon.
M de Saint-Canal, l'un
des Capitaines de la Garnifon
, avoit monté la Garde
avec cinquante Hommes, devant
le logis où ils allerent
deſcendre. Ils furent haran
des Amb . de Siam. 101
guez à la Porte de la Ville
par M le Procureur du Roy,
àla teſte de la Juſtice; &lors
qu'ils furent entrez dans la
Ville , Ms les Magiſtrats les
complimenterent. M l'Evef.
que de Laon, Duc & Pair de
France , ſuivy de tout fon
Chapitre, alla leur rendre vifite
chez eux, en habit de ceremonie.
Les Ambaſſadeurs
de prierent à fouper, ainſi que
M Marcognet. Les Dames
feules les virent manger , &
en receurent beaucoup de civilitez
, de fruits & de confitures.
M² Marcognet ayant
I nj
102 IV . P. du Voyage
demandé l'ordre avant le
Soupé, l'Ambaſſadeur donna
pour mot , Iefuis aux Indes,
diſant qu'il avoit obſervé qu'il
estoit dans une Ville toute environnée
d'eau , & qui avoit
du rapport à celle de Siam. Le
Plan de la Place luy ayant
paru forr beau, il le demanda
avec des manieres fi obligeantes
qu'il euſt eſté difficile
de refuſer de le ſatisfaire.
Le lendemain aumatin
M Marcognet eſtant allé
à fon lever, l'Ambaſſadeur
luy montra le Plan qu'il avoit
fait mettre à la ruelle de fon
des Amb. de Siam:
103
lit avec ſon ſabre, & luy dit
qu'ilfaisoit tant de cas du prefent
qu'il avoit bien voulu luy
en faire , qu'il le mettoit avec
ce qu'il avoit de plus pretieux.
Ils partirent à huit heures du
matin , au bruit du canon,
ainſi qu'ils eſtoient entrez .
La Garnifon & les Bourgeois
eftoient encore ſous les armes
. Ils allerent dîner à
Croucy-le-Chaſteau , où M²
de Launay, qui a eſté Exemt
des Gardes du Corps du Roy,
les falüa . Comme ils avoient
ſceu que c'eſtoit un Homme
qui avoittres-bien ſervi,ils lui
I iiij
104 IV. P. du Voyage
r
firent de grandes honneftetez
, & firent l'honneur à M
de Launay fon Fils, de le retenir
à manger avec eux. Ils
prirent enfuite le chemin de
Soiffons .
coucher à la Fére, forte Place
en Picardie ſur la riviere
d'Oyſe. Elle eſt ſituée dans
un pays fort marécageux , &
96 IV. P. du Voyage
entourée de pluſieurs Baftions
& de bons remparts.
Ils font reveſtus de fortes
murailles de brique, & la riviere
en lave le pied. Elle s'y
diviſe en diverſes branches.
Il y a un Château, & la Ville
eft entre deux grands Fauxbourgs
, qu'on appelle de S.
Firmin & de Noſtre-Dame .
Elle tomba ſous la Domination
des Eſpagnols, fur la fin
du dernier fiecle, par la perfidie
de Colas Vice-Seneſchal
de Montelimar. Le marquis
de maignelay , qui en eſtoit
Gouverneur pour la Ligue,
avoir
des Amb . de Siam. 97
avoit promis au Roy Henry
IV. de rentrer dans ſon devoir
, & lors qu'il eſtoit preſt
de tenir parole , il fut affaffiné
au milieu de la Ville, par
ce Vice-Seneſchal à qui le
Duc deMayenne en donna
le Gouvernement. Ce nouveauGouverneur
s'eſtant mis
enfuite du party des Eſpagnols,
leur livra la Fére, & ils
luy en laiſſerent le Domaine
ſous le titre de Comté. Elle
fut bloquée ſur la fin de 1596.
par l'Armée du Roy. On en
commença le Siege au mois
de Mars de l'année ſuivante,
I
98 IV. P. du Voyage
& elle fut renduë aux Fran
çois dans le mois de May.
Colas qui figna à la Capitulation,
y prit le titre de Com
te de la Fére.
LesAmbaſſadeurs trouve
rent à une lieuë de cette
Ville-là , M de la Fontaine,
Major de la Place , que M
Marcognet qui y commande
, avoit envoyé au devant
d'eux avec cent Chevaux.
La Compagnie de la Jeuneſſe
les attendoit ſous les armes,
hors des Portes de la Ville.
M Marcognet les complimenta
à l'entrée du Fauxdes
Amb. de Siam. 99
bourg de S. Firmin , & leur
dit , qu'il venoit affeurer leurs
Excellences de la joye que luy
donnoit l'honneur qu'il avoit de
les recevoir , & leur dire que
les Peuples de la Fere la partageoient
avec luy. Il ajoûta ,
qu'il avoit ordre du Roy de leur
faire voir la Place, les Fortifi
cations, les Magaſins, l'Arcenal
& tout ce qu'il y a de plus curieux
, enforte qu'ils y
deroient, & qu'il ne feroitqu'obéir.
L'Ambaſſadeur , aprés
avoir répondu à fon compliment
en termes fort obligeans
, le pria particulierecomman
Lij
100 IV. P. du Voyage
ment de leur faire voir les
Fortifications & le Plan de la
Place , & le remercia en baiffant
le corps & les bras hors
de fon Carroffe. Ils trouverent
dans le Fauxbourg les
Troupes de la Garniſon & la
Milice de la Ville , qui bordoit
les rües juſqu'au lieu
préparé pour les loger , &
furent receus au bruit du canon.
M de Saint-Canal, l'un
des Capitaines de la Garnifon
, avoit monté la Garde
avec cinquante Hommes, devant
le logis où ils allerent
deſcendre. Ils furent haran
des Amb . de Siam. 101
guez à la Porte de la Ville
par M le Procureur du Roy,
àla teſte de la Juſtice; &lors
qu'ils furent entrez dans la
Ville , Ms les Magiſtrats les
complimenterent. M l'Evef.
que de Laon, Duc & Pair de
France , ſuivy de tout fon
Chapitre, alla leur rendre vifite
chez eux, en habit de ceremonie.
Les Ambaſſadeurs
de prierent à fouper, ainſi que
M Marcognet. Les Dames
feules les virent manger , &
en receurent beaucoup de civilitez
, de fruits & de confitures.
M² Marcognet ayant
I nj
102 IV . P. du Voyage
demandé l'ordre avant le
Soupé, l'Ambaſſadeur donna
pour mot , Iefuis aux Indes,
diſant qu'il avoit obſervé qu'il
estoit dans une Ville toute environnée
d'eau , & qui avoit
du rapport à celle de Siam. Le
Plan de la Place luy ayant
paru forr beau, il le demanda
avec des manieres fi obligeantes
qu'il euſt eſté difficile
de refuſer de le ſatisfaire.
Le lendemain aumatin
M Marcognet eſtant allé
à fon lever, l'Ambaſſadeur
luy montra le Plan qu'il avoit
fait mettre à la ruelle de fon
des Amb. de Siam:
103
lit avec ſon ſabre, & luy dit
qu'ilfaisoit tant de cas du prefent
qu'il avoit bien voulu luy
en faire , qu'il le mettoit avec
ce qu'il avoit de plus pretieux.
Ils partirent à huit heures du
matin , au bruit du canon,
ainſi qu'ils eſtoient entrez .
La Garnifon & les Bourgeois
eftoient encore ſous les armes
. Ils allerent dîner à
Croucy-le-Chaſteau , où M²
de Launay, qui a eſté Exemt
des Gardes du Corps du Roy,
les falüa . Comme ils avoient
ſceu que c'eſtoit un Homme
qui avoittres-bien ſervi,ils lui
I iiij
104 IV. P. du Voyage
r
firent de grandes honneftetez
, & firent l'honneur à M
de Launay fon Fils, de le retenir
à manger avec eux. Ils
prirent enfuite le chemin de
Soiffons .
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Résumé : La Fére. [titre d'après la table]
Le texte décrit la ville de La Fère, une forte place en Picardie située sur la rivière d'Oyse, dans une région marécageuse. La ville est entourée de bastions et de remparts, protégée par des murailles de brique, et la rivière se divise en plusieurs branches. La Fère comprend un château et est située entre deux grands faubourgs, Saint-Firmin et Notre-Dame. À la fin du XVIe siècle, La Fère tomba sous la domination des Espagnols après la trahison de Colas, Vice-Seneschal de Montelimar. Le marquis de Maignelay, gouverneur pour la Ligue, avait promis au roi Henri IV de se rallier, mais fut assassiné par Colas, qui livra ensuite la ville aux Espagnols. L'armée du roi bloqua La Fère en fin d'année 1596 et la ville se rendit en mai 1597. Colas obtint le titre de comte de La Fère après la capitulation. Plus tard, les ambassadeurs de Siam furent accueillis à une lieue de La Fère par M. de la Fontaine, Major de la Place, envoyé par M. Marcognet, commandant de la ville. Ils furent reçus par la compagnie de la Jeunesse sous les armes et complimentés par M. Marcognet. Les ambassadeurs visitèrent les fortifications, les magasins et l'arsenal de la ville, accompagnés par les troupes de la garnison et la milice. Ils furent également reçus par les magistrats et l'évêque de Laon, qui leur rendit visite en habit de cérémonie. Les ambassadeurs et M. Marcognet soupèrent ensemble, et les ambassadeurs reçurent de nombreuses civilités. Le lendemain, ils partirent pour Croucy-le-Château, où ils furent reçus par M. de Launay, avant de continuer leur chemin vers Soiffons.
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205
p. 132-151
Harangues faites à Dunkerque, à Gravelines, & à l'Isle, qui avoient esté oubliées dans la premiere Partie du Voyage de Flandres, avec quelques nouvelles particularités. [titre d'après la table]
Début :
Je croyois ne devoir plus vous parler d'aucune des Villes [...]
Mots clefs :
Dunkerque, Gravelines, Lille, Ville, Harangues, Roi, Ambassadeurs, Lieutenant, Compliment, Joie, Invincible monarque, Magistrat, Échevins, Amitié, Vin, Seigneurs, Troupes, Fortifications, Cérémonie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Harangues faites à Dunkerque, à Gravelines, & à l'Isle, qui avoient esté oubliées dans la premiere Partie du Voyage de Flandres, avec quelques nouvelles particularités. [titre d'après la table]
Je croyois ne devoir plus
vous parler d'aucune des Vil
les de Flandre où les Ambaſ
fadeurs ont eſté ; cependant
je ne puis me difpenferdevous
entretenir encore de Gravelines
, de Dunquerque & de
l'Iſle , dont il me reſte pluſieurs
chofes à vous dire, &
les harangues àvous envoyer,
le defir que j'ay eu de fatisfaire
voſtre curioſité , ayant
eſté cauſe que je vous ay écrit
avant que tous mes me-
1
des Amb de Siam. 133
moires ſuſſent arrivez . Ainfi
pour rendre juſtice à tous
ceux qui le meritent , je vais
encore vous apprendre quelques
particularitez de ce qui
s'eſt fait dans ces troisVilles,
mais ſans vous rien repeter
de ce que je vous ay déja dit.
Quoique Gravelines ne fuft
point du nombre de celles
que les Ambaſſadeurs devoient
voir , & qu'elle n'ait
fçû qu'ils y devoient dîner
que deux heures avant qu'ils
y arrivaſſent, comme on n'eſt
jamais ſurpris dans lesPlaces
duRoy, tout s'eſt paffé dans
134 IV. P. du Voyage
د
cette Ville là de la même ma
niere que dans les autres.
M Benoist Lieutenant
de Roy , reçût les Ambafſadeurs
avec l'Etat Major.
Les Troupes qui eſtoient en
haye eſtoient le Regimentde
Foreft, commandé parMde
Cleran , & les Compagnies
de Meuſnier & de Manuel ,
du Regiment d'Erlac. M. de
la Puiſade avec un Lieutenant
, & so hommes eſtoit
de garde au logis qui leur
avoit eſté preparé . M.le Prevoſt
Bailly à la teſte de Mles
Mayeur & Eſchevins , leur
A
des Amb. de Siam. 135
offrit les Vins de Ville, & leur
fit le compliment que je vous
envoye , auquel il avoit eſté
obligé de ſe preparer pref
que fur le champ.
MESSEIGNEVRS ,
Les Magistrats , aussi bien que
tout le Peuplede Graveline, reffentant
une joye extrême de ce qu'il
a plû à vos Excellences , d'honorer
cette ville de leurs illuftres presences
,
vous viennent en donner
des marques, en vous afſeurant qu'-
ils en auront une eternelle reconnoiffance
. Ils souhaiteroient avec
paffion, pouvoirpar un difcours accomply,
&par des Presens magnifiques,
témoigner les respects qu'ils
136 IV. P. du Voyage
ont pour vos Excellences, qui com
me Ambassadeurs reprefentent la
Majesté d'un grand Roy , pourlequel
ils auront toûjours toute la
veneration , qui est deuë à un Allié
de nostre Auguste &Invincible
Monarque ; mais n'ayant rien quż
Soit digne de vos Excellences , ils
leur offrent leurs coeurs pour leur
faire voir combien ils fontſenſibles
à la grace qu'ils reçoivent & ces
Vins de Ville , pour un effet de
leur Zele.
Mrs du Clergé les haranguerent
enſuite. Tous ces
compliments eftant finis , les
Ambaſſadeurs dirent , qu'ils
avoient trouvé les Troupes fi
desAmb. de Siam. 137
leftes &fi belles , qu'ilsfouhaitoient
de les revoir. On ordonna
à Mª de Cleran , Lieutenant
Colonel de Foreft , de
les faire défiler. Tous les OfficiersFrançois&
Suiffes,faluerent
de la Pique avec beaucoup
de grace, & un air qui
furprit les Ambaſſadeurs ,
quoiqu'ils fuſſent accoûtumez
à recevoir tous les jours
de pareils faluts. Comme
le temps eſtoit fort vilain, &
que d'ailleurs ils eſtoient preffez
de partir , ils ne purent
viſiter les Fortifications de la
Place; mais ils en demande-
M
138 IV. P. du Voyage
rent le Plan, qu'ils regarde
rent avec beaucoup de plaifir
& d'attention , juſqu'à ce
qu'ils ſe miſſent à table. Ils
dirent en l'examinant , que
s'estoit avecjustice que cettePlace
avoit une fi grande reputation.
ParmylesDames deBourbourg
qui estoient venues
pour les voir dîner, & celles
de Gravelines qui eurent la
même curiofité, ils en trouverent
de trés-belles , du
nombre deſquelles furent
Meſdemoiselles Charpentier
& de Seine ; auffi reçûrentelles
de grandes honeſtere,z
des Amb. de Siam. 139
des Ambaſſadeurs , qui leur
donnerent des fruits.
J'adjoûteray peu de choſes
à ce que je vous ay déja
dit de leur séjour àDunkerque.
Ils furent conduits dans
la grande Chambre deJuſtice
de l'Hôtel de Ville , où Mrs
du Magiftrat les vinrent
complimenter . A la teſte
anarchoient les quatre Sergens
du Baillage , vêtus de
leurs Caſaques de ceremonie,
& ayant leurs Halebardes fur
leurs épaules. Aprés eux entrerent
leBailly , le Bourguemeſtre,
les Echevins, les trois
міj
140 IV. P. du Voyage
t
Penſionnaires de la Ville , le
Greffier , le Treforier & les
Conſeillers; ceux qui compofent
le Corps du Magiſtrat les
fuivoient en robbes &
avoient aprés eux les quatre
Huiffiers de la Chambre du
Magiftrat , reveſtus auſſi de
leurs Manteaux de ceremonie.
Aprés que le Magiftrat
eut fait les reverences ordinaires
, le ſieur Alonſe Laurent
de Briſe , l'un des trois
Penſionnaires , prononça ce
compliment par ordre de M
Coppens,Bourguemeſtre, fuivant
l'ancien uſage du Païs,
r
desAmb. de Siam. 141
MESSEIGNEVRS ,
Les Bailly , Bourguemestre , Echevins
& Conseillers de cette ville
de Dunkerque ,sçachant aussi bien
que tous les Peuples de l'Europe,
avec combien de joye le Roy Louis
le Grand noftre trés-Auguste &Invincible
Monarque, vous a recens
enſesEtats, &l'eftime trés-particuliere
qu'il fait de l'amitié du puiffant
Royde Siam voſtre Souverain,
ont voulu s'aquiter de leur devoir,
en presentant à vos Excellences
leurs trés-humbles respects &fervices,
avec offre de Vin de Ville.
1
L'Ambaſſadeur répondit ,
qu'ils estoient fort obligez à
Ms du Magistrat , de leurs
142 IV. P. du Voyage
civilitez, &que leur Present
leur feroit fort agreable. Ils
fouperent en public , & M*
Coppens leur députa MSOmair
& Blomme , Echevins
qui leur preſenterent de la
part duMagiſtrat fix douzai
nes de bouteilles du plus excellent
Vin de Champagne,
qu'on euſt pû trouver , pour
Preſent du Vin de Ville.
Les Ambaſſadeurs ayant veu
les Ouvrages de la Marine
qui font àDunkerque, le Fort
du Rifban , & les Fortifications
de la Ville, come je vous
l'ay marqué dans la troifié
desAmb. de Siam. 143
me partie de cette Relation ,
partirent le 31. Octobre au
bruit du Canon , & au fon
des Cloches qui carrillonnerent
tant qu'ils les purent entendre.
Ils prirent leur route
par le Canal de Bergues pour
aller à Ypres, & l'on fit marcher
leurs Carroſſes vuides
par la Digue le long du Canal.
Le Magiſtrat avoit commandé
la Barque ou Yack de
laVille, pour les conduire par
caujuſqu'àlaVilledeBergues.
Cette Barque eft fort propre
&baſtie en forme de Fregate.
Je vous aydéja parlé fi am
144 IV. P.du Voyage
plement de la reception qui
leur a eſté faite à Lifle , que
ne retouchant cet article
que pour la harangue , tout
ce que j'y puis adjouter, c'eſt
que les principaux Officiers
de la Garniſon allerent environ
une lieuë au devant d'eux
avec les Gardes de M.le Marêchal
de Humiere , le reſte
ſe paſſa.comme je vous l'ay
déja maqué à l'égard de la
Gendarmerie. Voicy le compliment
que leur fit au nom
de la VilleM de Broide, Seigneur
de Gondecourt, & pre
mierConfeiller Penſionnaire.
ILLVS
des Amb. de Siam. 145
ILLYSTRES SEIGNEURS,
Les augustes qualitez , & les
triomphes de nôtre trés Haut, trés-
Magnanime & trés - Invincible Monarque
, ne vous avoient parû que
par ce que vous en avoit appris lakenommée
en publiant ses heroïques
exploits ; mais depuis que vous avez
eu l'honneur de ſes Audiences , que
vous avez veu la magnificence de
Sa Cour, la grandeur desa Puiſſance
& l'étendue de ſon Empire, &deſes
glorieuses conquêtes , vous aurez reconnu
au dessus de cette reputation
tout ce que vous aviezconceu de la
personne de cet Auguste Conquerant,
unegrandeurdAme incomparable une
Sageſſe ſurprenante en toutes choses,
& une prudence qui na pono d'é
N
146 IV. P. du Voyage
gale dons le Gouvernement de fes
Etats. Les penibles fatigues & les
travaux que vous avez effuyez dans
ce long trajet de vastes Mers ; l'inconstance
des vents &le dangerdes
écueils où vous vous estes exposez
pour luy rendre les honneurs qui luy
font dûs , & pour rechercher Son
amitié, nous font connoître l'admiration
où vous eſtes de le voir comblé
de gloire. Le commandement que
SaMajesténous afaitde vous recevoir
avec tous leshonneurs qu'on doit aux
personnes de vôtre caractere, marque
l'estime qu'Elle fait de la persoune
des merites du très- Puiſſant & tres-
Excellent Prince le Roy de Siam.
Nous ne doutons point, Illuftres Seigneurs
, que vous n'ayez receu tous
les temoignages que vous attendiez
du Zele de la France, pour la réuffite
des Amb. de Siam. 147
de l'union que vous désirez . Ce zele
n'est point particulier; il est commun
à tous les bons&fideles Suiets do
Roy , & principalement aux Magistrats
& au Peuple de cette ville de
Lifle, qui ne peuvent affez exprimer
la joye qu'ils reçoiventde l'honneur
de vôtre presence. Ils admirent
estiment , Meffeigneurs, vôtre generositéde
paſſer des extrêmitez de l'Ovient
dans ces contrées au peril de
vôtre vie, & ils tiennentcettefera
veur pour une preuve aſſurée de la
finceritéde vos affections. Cette inf
piration de l'Auguste Roy de Siam,
à rechercher l'amitié de ſa Majesté,
preferablement à tous autres , leur
paroit un effet de la Divine Provi
dence , qui leur preſage que cette
union perfuadera plus fortement le
Roy votre Maitre , d'embrasfer la
Nij
148 IV.P du Voyage
même creance, &de sefaire instruire
de la veritéde laReligion Chreftienne.
Noussouhaitons , Meſſeigneurs, que
cette penséefuit lafin heureuse &le
fruit de vôtre Voyage & de vosglorieux
travaux , à l'exemple de ce
Roy très- Pieux&très- Chieſtien, qui
apres avoir heureusement foûtenu la
Guerre ,& donné glorieusement la
Paix à l'Europe , s'applique avec
tous les soins imaginables , à faire
regnersouverainementla Loy du vray
Dieu. Enfin nous souhaitons au Roy
de Siam fous les auspices de cette
Divinité infinie & éternelle , l'accroiſſement
de sa grandeur &prof
perité, & que vous soyez auffi heureux
sous son Regne, que nous le
Sommes fous celuy du plus Sage , du
plus luſte & du plus parfait de tous
les Rois. Aggreez, Illustres Seigneurs,
des Amb. de Siam. 149
tes voeux de vos très-humbles &
três- obeiſſans Serviteurs ."
Pendant le ſéjour que les
Ambaffadeurs firent à Lifle,
ils eurent cent Hommes de
garde à leur logis , & les ruës
furent éclairées le ſoir & toute
la nuit. Ils allerent viſiter
l'Eglife Collegiale de S. Pierre
, & celle des Dominicains,
qui eſt une des plus belles
Eglifes de la Ville , & qu'ils
examinerent avec beaucoup
de ſoin. Je vous ay déja par- .
lé de l'Hôpital Comteſſe, où
ces Ambaſſadeurs allerent
Ninj
150 IV. P. du Voyage
auſſi ; mais je ne vous ay pas
dit qu'il eft ainſi nommé
parcequ'il a eſté fondé par
une Comteffe de Flandres .
Lorſque la Prieure leur preſenta
des Bouquets de Fleurs
de ſoye , comme je vous l'ay
marqué dans ma Relation
précedente , elle leur dit que
la couleur n'en changeroit ja
mais , & garderoit toûjours le
mesme éclat ; & les pria en
meſme temps de ſe ſouvenir
d'elle. Aquoy l'Ambaſſadeur
répondit qu'il s'enfſouviendroit
auſſi longtemps que les Fleurs
qu'elle leur avoit preſentées
des Amb de Siam. 151
garderoient leur couleur.
vous parler d'aucune des Vil
les de Flandre où les Ambaſ
fadeurs ont eſté ; cependant
je ne puis me difpenferdevous
entretenir encore de Gravelines
, de Dunquerque & de
l'Iſle , dont il me reſte pluſieurs
chofes à vous dire, &
les harangues àvous envoyer,
le defir que j'ay eu de fatisfaire
voſtre curioſité , ayant
eſté cauſe que je vous ay écrit
avant que tous mes me-
1
des Amb de Siam. 133
moires ſuſſent arrivez . Ainfi
pour rendre juſtice à tous
ceux qui le meritent , je vais
encore vous apprendre quelques
particularitez de ce qui
s'eſt fait dans ces troisVilles,
mais ſans vous rien repeter
de ce que je vous ay déja dit.
Quoique Gravelines ne fuft
point du nombre de celles
que les Ambaſſadeurs devoient
voir , & qu'elle n'ait
fçû qu'ils y devoient dîner
que deux heures avant qu'ils
y arrivaſſent, comme on n'eſt
jamais ſurpris dans lesPlaces
duRoy, tout s'eſt paffé dans
134 IV. P. du Voyage
د
cette Ville là de la même ma
niere que dans les autres.
M Benoist Lieutenant
de Roy , reçût les Ambafſadeurs
avec l'Etat Major.
Les Troupes qui eſtoient en
haye eſtoient le Regimentde
Foreft, commandé parMde
Cleran , & les Compagnies
de Meuſnier & de Manuel ,
du Regiment d'Erlac. M. de
la Puiſade avec un Lieutenant
, & so hommes eſtoit
de garde au logis qui leur
avoit eſté preparé . M.le Prevoſt
Bailly à la teſte de Mles
Mayeur & Eſchevins , leur
A
des Amb. de Siam. 135
offrit les Vins de Ville, & leur
fit le compliment que je vous
envoye , auquel il avoit eſté
obligé de ſe preparer pref
que fur le champ.
MESSEIGNEVRS ,
Les Magistrats , aussi bien que
tout le Peuplede Graveline, reffentant
une joye extrême de ce qu'il
a plû à vos Excellences , d'honorer
cette ville de leurs illuftres presences
,
vous viennent en donner
des marques, en vous afſeurant qu'-
ils en auront une eternelle reconnoiffance
. Ils souhaiteroient avec
paffion, pouvoirpar un difcours accomply,
&par des Presens magnifiques,
témoigner les respects qu'ils
136 IV. P. du Voyage
ont pour vos Excellences, qui com
me Ambassadeurs reprefentent la
Majesté d'un grand Roy , pourlequel
ils auront toûjours toute la
veneration , qui est deuë à un Allié
de nostre Auguste &Invincible
Monarque ; mais n'ayant rien quż
Soit digne de vos Excellences , ils
leur offrent leurs coeurs pour leur
faire voir combien ils fontſenſibles
à la grace qu'ils reçoivent & ces
Vins de Ville , pour un effet de
leur Zele.
Mrs du Clergé les haranguerent
enſuite. Tous ces
compliments eftant finis , les
Ambaſſadeurs dirent , qu'ils
avoient trouvé les Troupes fi
desAmb. de Siam. 137
leftes &fi belles , qu'ilsfouhaitoient
de les revoir. On ordonna
à Mª de Cleran , Lieutenant
Colonel de Foreft , de
les faire défiler. Tous les OfficiersFrançois&
Suiffes,faluerent
de la Pique avec beaucoup
de grace, & un air qui
furprit les Ambaſſadeurs ,
quoiqu'ils fuſſent accoûtumez
à recevoir tous les jours
de pareils faluts. Comme
le temps eſtoit fort vilain, &
que d'ailleurs ils eſtoient preffez
de partir , ils ne purent
viſiter les Fortifications de la
Place; mais ils en demande-
M
138 IV. P. du Voyage
rent le Plan, qu'ils regarde
rent avec beaucoup de plaifir
& d'attention , juſqu'à ce
qu'ils ſe miſſent à table. Ils
dirent en l'examinant , que
s'estoit avecjustice que cettePlace
avoit une fi grande reputation.
ParmylesDames deBourbourg
qui estoient venues
pour les voir dîner, & celles
de Gravelines qui eurent la
même curiofité, ils en trouverent
de trés-belles , du
nombre deſquelles furent
Meſdemoiselles Charpentier
& de Seine ; auffi reçûrentelles
de grandes honeſtere,z
des Amb. de Siam. 139
des Ambaſſadeurs , qui leur
donnerent des fruits.
J'adjoûteray peu de choſes
à ce que je vous ay déja
dit de leur séjour àDunkerque.
Ils furent conduits dans
la grande Chambre deJuſtice
de l'Hôtel de Ville , où Mrs
du Magiftrat les vinrent
complimenter . A la teſte
anarchoient les quatre Sergens
du Baillage , vêtus de
leurs Caſaques de ceremonie,
& ayant leurs Halebardes fur
leurs épaules. Aprés eux entrerent
leBailly , le Bourguemeſtre,
les Echevins, les trois
міj
140 IV. P. du Voyage
t
Penſionnaires de la Ville , le
Greffier , le Treforier & les
Conſeillers; ceux qui compofent
le Corps du Magiſtrat les
fuivoient en robbes &
avoient aprés eux les quatre
Huiffiers de la Chambre du
Magiftrat , reveſtus auſſi de
leurs Manteaux de ceremonie.
Aprés que le Magiftrat
eut fait les reverences ordinaires
, le ſieur Alonſe Laurent
de Briſe , l'un des trois
Penſionnaires , prononça ce
compliment par ordre de M
Coppens,Bourguemeſtre, fuivant
l'ancien uſage du Païs,
r
desAmb. de Siam. 141
MESSEIGNEVRS ,
Les Bailly , Bourguemestre , Echevins
& Conseillers de cette ville
de Dunkerque ,sçachant aussi bien
que tous les Peuples de l'Europe,
avec combien de joye le Roy Louis
le Grand noftre trés-Auguste &Invincible
Monarque, vous a recens
enſesEtats, &l'eftime trés-particuliere
qu'il fait de l'amitié du puiffant
Royde Siam voſtre Souverain,
ont voulu s'aquiter de leur devoir,
en presentant à vos Excellences
leurs trés-humbles respects &fervices,
avec offre de Vin de Ville.
1
L'Ambaſſadeur répondit ,
qu'ils estoient fort obligez à
Ms du Magistrat , de leurs
142 IV. P. du Voyage
civilitez, &que leur Present
leur feroit fort agreable. Ils
fouperent en public , & M*
Coppens leur députa MSOmair
& Blomme , Echevins
qui leur preſenterent de la
part duMagiſtrat fix douzai
nes de bouteilles du plus excellent
Vin de Champagne,
qu'on euſt pû trouver , pour
Preſent du Vin de Ville.
Les Ambaſſadeurs ayant veu
les Ouvrages de la Marine
qui font àDunkerque, le Fort
du Rifban , & les Fortifications
de la Ville, come je vous
l'ay marqué dans la troifié
desAmb. de Siam. 143
me partie de cette Relation ,
partirent le 31. Octobre au
bruit du Canon , & au fon
des Cloches qui carrillonnerent
tant qu'ils les purent entendre.
Ils prirent leur route
par le Canal de Bergues pour
aller à Ypres, & l'on fit marcher
leurs Carroſſes vuides
par la Digue le long du Canal.
Le Magiſtrat avoit commandé
la Barque ou Yack de
laVille, pour les conduire par
caujuſqu'àlaVilledeBergues.
Cette Barque eft fort propre
&baſtie en forme de Fregate.
Je vous aydéja parlé fi am
144 IV. P.du Voyage
plement de la reception qui
leur a eſté faite à Lifle , que
ne retouchant cet article
que pour la harangue , tout
ce que j'y puis adjouter, c'eſt
que les principaux Officiers
de la Garniſon allerent environ
une lieuë au devant d'eux
avec les Gardes de M.le Marêchal
de Humiere , le reſte
ſe paſſa.comme je vous l'ay
déja maqué à l'égard de la
Gendarmerie. Voicy le compliment
que leur fit au nom
de la VilleM de Broide, Seigneur
de Gondecourt, & pre
mierConfeiller Penſionnaire.
ILLVS
des Amb. de Siam. 145
ILLYSTRES SEIGNEURS,
Les augustes qualitez , & les
triomphes de nôtre trés Haut, trés-
Magnanime & trés - Invincible Monarque
, ne vous avoient parû que
par ce que vous en avoit appris lakenommée
en publiant ses heroïques
exploits ; mais depuis que vous avez
eu l'honneur de ſes Audiences , que
vous avez veu la magnificence de
Sa Cour, la grandeur desa Puiſſance
& l'étendue de ſon Empire, &deſes
glorieuses conquêtes , vous aurez reconnu
au dessus de cette reputation
tout ce que vous aviezconceu de la
personne de cet Auguste Conquerant,
unegrandeurdAme incomparable une
Sageſſe ſurprenante en toutes choses,
& une prudence qui na pono d'é
N
146 IV. P. du Voyage
gale dons le Gouvernement de fes
Etats. Les penibles fatigues & les
travaux que vous avez effuyez dans
ce long trajet de vastes Mers ; l'inconstance
des vents &le dangerdes
écueils où vous vous estes exposez
pour luy rendre les honneurs qui luy
font dûs , & pour rechercher Son
amitié, nous font connoître l'admiration
où vous eſtes de le voir comblé
de gloire. Le commandement que
SaMajesténous afaitde vous recevoir
avec tous leshonneurs qu'on doit aux
personnes de vôtre caractere, marque
l'estime qu'Elle fait de la persoune
des merites du très- Puiſſant & tres-
Excellent Prince le Roy de Siam.
Nous ne doutons point, Illuftres Seigneurs
, que vous n'ayez receu tous
les temoignages que vous attendiez
du Zele de la France, pour la réuffite
des Amb. de Siam. 147
de l'union que vous désirez . Ce zele
n'est point particulier; il est commun
à tous les bons&fideles Suiets do
Roy , & principalement aux Magistrats
& au Peuple de cette ville de
Lifle, qui ne peuvent affez exprimer
la joye qu'ils reçoiventde l'honneur
de vôtre presence. Ils admirent
estiment , Meffeigneurs, vôtre generositéde
paſſer des extrêmitez de l'Ovient
dans ces contrées au peril de
vôtre vie, & ils tiennentcettefera
veur pour une preuve aſſurée de la
finceritéde vos affections. Cette inf
piration de l'Auguste Roy de Siam,
à rechercher l'amitié de ſa Majesté,
preferablement à tous autres , leur
paroit un effet de la Divine Provi
dence , qui leur preſage que cette
union perfuadera plus fortement le
Roy votre Maitre , d'embrasfer la
Nij
148 IV.P du Voyage
même creance, &de sefaire instruire
de la veritéde laReligion Chreftienne.
Noussouhaitons , Meſſeigneurs, que
cette penséefuit lafin heureuse &le
fruit de vôtre Voyage & de vosglorieux
travaux , à l'exemple de ce
Roy très- Pieux&très- Chieſtien, qui
apres avoir heureusement foûtenu la
Guerre ,& donné glorieusement la
Paix à l'Europe , s'applique avec
tous les soins imaginables , à faire
regnersouverainementla Loy du vray
Dieu. Enfin nous souhaitons au Roy
de Siam fous les auspices de cette
Divinité infinie & éternelle , l'accroiſſement
de sa grandeur &prof
perité, & que vous soyez auffi heureux
sous son Regne, que nous le
Sommes fous celuy du plus Sage , du
plus luſte & du plus parfait de tous
les Rois. Aggreez, Illustres Seigneurs,
des Amb. de Siam. 149
tes voeux de vos très-humbles &
três- obeiſſans Serviteurs ."
Pendant le ſéjour que les
Ambaffadeurs firent à Lifle,
ils eurent cent Hommes de
garde à leur logis , & les ruës
furent éclairées le ſoir & toute
la nuit. Ils allerent viſiter
l'Eglife Collegiale de S. Pierre
, & celle des Dominicains,
qui eſt une des plus belles
Eglifes de la Ville , & qu'ils
examinerent avec beaucoup
de ſoin. Je vous ay déja par- .
lé de l'Hôpital Comteſſe, où
ces Ambaſſadeurs allerent
Ninj
150 IV. P. du Voyage
auſſi ; mais je ne vous ay pas
dit qu'il eft ainſi nommé
parcequ'il a eſté fondé par
une Comteffe de Flandres .
Lorſque la Prieure leur preſenta
des Bouquets de Fleurs
de ſoye , comme je vous l'ay
marqué dans ma Relation
précedente , elle leur dit que
la couleur n'en changeroit ja
mais , & garderoit toûjours le
mesme éclat ; & les pria en
meſme temps de ſe ſouvenir
d'elle. Aquoy l'Ambaſſadeur
répondit qu'il s'enfſouviendroit
auſſi longtemps que les Fleurs
qu'elle leur avoit preſentées
des Amb de Siam. 151
garderoient leur couleur.
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Résumé : Harangues faites à Dunkerque, à Gravelines, & à l'Isle, qui avoient esté oubliées dans la premiere Partie du Voyage de Flandres, avec quelques nouvelles particularités. [titre d'après la table]
Le texte décrit la visite des ambassadeurs de Siam dans plusieurs villes de Flandre. À Gravelines, les ambassadeurs furent accueillis par M. Benoist, lieutenant du roi. Les troupes présentes comprenaient le régiment de Forezt, commandé par M. de Cleran, ainsi que les compagnies de Meusnier et de Manuel du régiment d'Erlac. Les magistrats et le peuple exprimèrent leur joie et leur reconnaissance. Les ambassadeurs admirèrent les troupes et demandèrent à voir les fortifications, mais en raison du mauvais temps, ils se contentèrent d'examiner le plan de la place. Ils furent également impressionnés par les dames présentes. À Dunkerque, les ambassadeurs furent conduits à l'Hôtel de Ville où ils reçurent les compliments du magistrat. Ils visitèrent les ouvrages de la marine et les fortifications avant de partir pour Ypres via le canal de Bergues. Le magistrat de Dunkerque leur offrit du vin de Champagne. À Lille, les ambassadeurs furent accueillis par les principaux officiers de la garnison et reçurent une harangue de M. de Broide, seigneur de Gondecourt. La ville fut illuminée pendant leur séjour. Ils visitèrent plusieurs églises et l'hôpital Comtesse, fondé par une comtesse de Flandres. La prieure de l'hôpital leur offrit des bouquets de fleurs en soie et leur demanda de se souvenir d'elle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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206
p. 51-106
Nouvelle Liste des Presens envoyez à Siam. [titre d'après la table]
Début :
Quoy que la Liste que je vous ay envoyée le mois passé [...]
Mots clefs :
Présents, Siam, Pièce, Argent, Or, Taille-douce, Vert, Cristal, Reliefs, Canon, Fusil, Roche, Pièces, Ponceau, Garni, Enrichi, Rouge, Broche, Pistolets, Diamants, Couleur, Étui, Boîte, Montre, Fleurs, Dessins, France, Glace, Représenter, Gravures
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelle Liste des Presens envoyez à Siam. [titre d'après la table]
Quoy que la Lifte que je
vous ay envoyée le mois pafré
des Presens qui sont partis
pour Siam,vous ait paru rres-
~pelle, tres ample, & trescurieuse,
j'ay encore beaucoup
dechoses nouvelles à.
vous apprendre sur le mefne
articl
nearticlee.. Il sfaauutt de ggrraannddss
oins, & d'exactes recherches
iour être pleinement instuit
t un détail pareil à celu y-là,
: sur tout, quand on veut
on seulement estre informe
du nombre des pieces, mais
donner aussi une descriprion
particuliere dechacune.C'est
ce que je vay raire a l'égard
decelles dont jene vousay
parlé que legerement. Je ne
vous diray plus rien des autres
,
& passeray mesme par
dessus sans vous les nommer
une seconde fois, àcause que
je vous les ay amplement décrites
, maisaussi i'en aiouteray
un tres-grand nombre,
dont ie ne vous ay encore
rien dit, & vous décriray susJ
qu'aux étofes ,sans quoy il
feroit impossible d'en
bien
faire voir la richesse, & dq
connoistre en quoy consiste
la magnificence de ces P!c:
:cns. le commenceray par
ceux que Sa Majesté a envoyez.
Une Couronne d'or à fleuons,
enrichie de Diamans,
le Rubis, d'Emeraudes, &
le Perles.
Un grand Panache d'or,
ouvert desmeimes Perles.
Un grand Miroir de cris-
'a) garny d'or, la bordure
enrichie de Diamans, le der-
~icre aussid'or à fleurs dereief,
& émaillées.
UneSelle de ch eval avec
a Housse
,
les Fourreaux de
~?i.ioiets & les Harnois en
Broderie de relief
, & les
Etriers de vermeil le tout
enrichy de Pierreries.
Quatre Vestes de velours,
deux noires & deux rouges,
une de chaque couleur avec
des manches, & une sans
manches, en broderie de
fleurs de soye liserées d'or,
enric hies de Perles; les noires
avec un galon rouge, & les
rouges avec un galon vert,
brodées &enrichies de.mef-J
me, suivantlesmodelles ap.j
portez de Siam.
Deux Baudriers enbro
derie d'or
,
passée avec les
garnitures d'or émaillées.
:> UnBufle tout bordé d'or
de relief avec les manches,
e Ceinturon, les crochets &
es agraffes de vermeil, doré
deux fois.
Un grand Vase d'Ambre
gravé de bas reliefs, avecla
garniture d'or.
Un grand Cabinet de crital
deroche, les garnitures
ravaillées à fleurs de vermeil
loré.
Une paiie d'A rmes de fer
àl'épreuve du pistolet moitié
coul eur d'eau & moitié
gravées de plusieurs ornemens
dorez, complettesà
l'exception des jambes, le
tout doublé de satinbleu,&
galonné d'or.
Deux grands Fusils à la
Siamoise, enrichis de beaucoup
de reliefs, la garniture
d'argent aussi en relief, les
canons enrichis d'or & d'argent,
& les bois avec des
ornemens tres-riches, chacun
dans ion étuy de maroquin
rouge doré au feu.
Quatre pieces de drap d'or,
& de brocard d'or & d'argent,
de la ~Manufacture dc^
M.Charlierà S. Maur, lur
des desseins de France ; sçavoir,
Une piece de drap d'or
rayé, à fond d'argent broché
d'or & d'argent,nue de
plusieurs couleurs.
! Vnepiece deBrocard d'or
à fond couleur de feu
,
broehé
d'or & d'argent, liseré
de vert
Une piece de Brocard d'or
à fond vert broché d'or 6c d argent retors,liseré de couleur
de feu.
Vne piece de Brocardd'or
à fond*brorché-
d'or & d'argent,liseré
Six piecesd'étofes àfleurs
nuées,listrées d'or sur des
desseins de Siam ; sçavoir,
Vne pieceà fond d'or nue
glacé.
Vne autre piece à fond
ponceau à fleurs lilsrées d'or.
Vnepiece à fond pastel. :
Vne autre à fond bleu.
EEttuunnceaauuttrrecààffoonnddgDris
c 1 air. *
Huit picccs de drap & de
brocard or & argent tres-riches,
(ur des desseins de 11
France ; sçavoir,
Vne pièce de brocard tres- ,
1
richeà-fond d'or broché &
à fleurs ciselées d'or rebrodé
de toutes couleurs.
Vne piece ponceau or&
argent passé d'or tors à travers,
& rebrodé d'argent
tors. Vne pièce - or & argent nué
à fond noir rebrochéd'or
-, - , glace&d'or tors avec feyc,
ponceau brodé.
orVnepieced'étoffevert&:
passé d'or à travers, & rebroché
d'or tors.
-
Vne pièce ponceau & or
brochéd'orglacé,&rebrodé,
d'or tors au petitmestier.
Vne piece cramoisy & or
broché d'or lissé avec ortors,
& rebroché d'argentfrisé.
Vne. piece bleue or & argent,
le fond d'or broché
& tors avec argent tors.
Vne piece bleue & or paffé ed'or glacé à travers.
Huit tables de marbre avec
les chassis
..)t.' piedsue Sculpture
tous dorez.
PRESENS DE MONSEIGÑEVK;
au Roy de Sium.
Vne grande Pendule à quatrecristeaux
de loche,&qua*;
tre colomnes surmontées de
quatre Fleurs de Lys,& soûtenuës
de quatreboules, le
tout decristal deroche, les
Portiques garnis d'or, enrichisdepierreries,&
le Do-
De d'acier bruny
,
enrichy
le feüillages d'or, terminé
parune Fleur de Lys
Deux Baudriers en broder
ie d'or, avec les garnitures
l'or émaillecs.
Deux Fusils à la Siamoise,
enrichis de reliefs gravez en
aille douce, la garniture
l'argent, le canon damait
quiné d'or, & le bois enrichy
d'argent de rapport,
chacun dans son étuy de
maroquin rouge, doré au
feu.
Vne piece d'unquarré long doré deux fois, - contenant
un tiroir& une boëte
couverte, sur laquelleil y a
une Ecritoire ornée de reliefs,
& de graveures enrichies
d'or & de festons d'émail
, avec trente-neuf Diamans.
Vne Montre à boëte d'or
àdeux cristaux, dontle jonc
est gravé de bas-reliefs, marquant
le lever &le coucher
du Soleil, faisant voir le
mouvement annuel, & le
iurne, avec le mouvement
e la Lune, suivant la maiere
de compter à la Sialoise.
Cette Montre a son
tuy fleuronnéd'or.
Deux pieces de drap or
& argent, de Mr Charlier,
ut des desseins de France;
çavoir,
Une piece de drap d'or
ayé, à fond d'or & d'argent
tors avec des comparti
mens couleur de feu.
Vne piece de Brocard d'or
fond bleu, broché d'or&
'argent retors: liseré de
couleur de feu.
Deux autres pieces de Broscardçor&
aarvgento,tresi-rirch,es
Une piece ponteau & or,
broché d'or, à fond glacé
d'or à filigrane.
Vne autre piece vert &or
& argent, à fond d'or ciselé,
broché d'or tors, avec
filigrane d'or tors.
Cinq pieces d'étoffes d'or
& d'argent, nuées & liserées
d'or sur des desseins de Siam
sçavoir
I
Vne piece à fond d'ar
gent glacé,nue.
Vuepièce à fond ama.
ante nue.
Une pièce à iondlfàbcllc.
Vue pièceà-tond vert.
Et une à fond ce la don
Vn tres beau Cabinet dc
riftal de roche, garny de
fermeil doré
Quatre 1 ables de marbra
vec leurs chailis, & pieds
le sculpture dorez.
PRESENSDE ¡'/J/:/DAlvlE'
t - !la 'DaUphine pour la Princjje
de Sidm
,
nomméela
!
f)rincefJe Rryne.
Quatre grandes roses dq
Diamans.
Vne autre plus grande aussi
de Diamans. -
Vne grande Rose de bellcsj
& fortes Emeraudes& de
Diamans. :
Vn Miroir de criftaldero^
che garny d'or la bordure
& le derriere à feüillages cin
zelez
,
enrichie de Diamant
& de Rubis.i Vn petit Coffre d'or gar-j
ny de vases en forme dj
cave aussi d'or, le tout gran
ve & garny de Diamans.
Deux boëtes d'or couj
Vertes en pointes émaillées a
fleurs de neuf pouces, j
Deux autres boëtes aussi
d'or de mesme grandeur de
le mesme figure.
Deux grandestasses ci'or"
:-malll-ées
- Vn grand miroir d'or couert
en forme de boëtetout
maill-é à deux glaces,
Vn grand Cabinet d'ambrea
bas reliefs & à graveues
le dessus port nt pluleurs
Figures de Personna- es&arbres-
Vntres-beau & grand Cainet
de cristal de roche gary
de vermeil. t)
Vne Montre à boëte d'or
à deux cristaux, plus grande;
que les autres, qui montra
l'âge de la Lune à la maniére
Siamoise
, avec son estuy
garny de fleurons ayant la
boëtc cizelée & Cadrans;
d'or. 1
Vne autre Montre émaillée
devert à taille d'épargne.
Cinq pieces de Drap ôc\
brocard or & argent tres-riches
sur les desseins de France;
sçivoir,
Vne piece à fond d'argent
nue au petit messier de [OU
tes couleurs &, rebroché
d'ortots. -'
Vne picce vert & or &argent
, rebroché d'or cors avec
des brodenes d'argent.
Vue piece ponceau à fleurs
d'or rebrochées d'un peu.
d'argent avec or cors.
; Vne piece bleue or & argent
passée d'or en filigrane,&
broché d'argent.
Vnepicce de Damas à fond
amarante, les fleurs brochées.
d'or avec des nompareilles
de satinvert.
Une grande Cassette de
marqueccerie & de bois de
raport des plus precieuxavec
son pied toutes les aar,
nitures dorées & d'un trèsbeau
travail.
PRESENS DU ROI
aM. Constance.
- Une grande Boete à Portrait
decDSa Majeste avec l'attache,
le tout garny deDiamans.
Un Sabre tout d'or avec
un revers de quatre pouces
de large à la Siamoise
, tout
le fourreau garnyde pierreri
es.
VueMontre d'or émaillée
derouge à taille d'Epargne
avec son-estuy, ouvragede
M. Turet.
Une autre Montre d'or, le
donc cizelé avec son estuy t
garny de feüillages d'or.
- Une autre Montre d'or émaillée
de vert à taille d'Epargne
or & blanc,avecl'éuy
à doux fleuronnez d'or-
VnFusilenrichy de relief
canon damasquiné d or
ort riche, & canelé de deux
nanieres ,avec son estuy de
Maroquin rouge doré au
1" i c
eu.
Un autre Fusil enrichy de
reliefs
,
le canon canelé à
goutieres
,
enrichy d'or de
rapport, le boisorné d'argent.
de raport la garniture avec
des bas reliefs & d'or de raporr
aussi avec son estuy.
Vn autre Fusil enrichy de
graveure, le canon & laeu-
Uffc damasquinez d'or, avec
son étuy.
Vn autre Fusil, laplatine
unie, le canon ayant un
marque derelief, aussi avec
ion étuy.
Vne paire de Pistolets enrichis
de rel efs, garnis d'or
de rapport,avec leurs étuis
de maroqu n rouge doré au
,feu.Vne autre paire de Piftolers
lets enrichis de graveurescn
taille douce, le canon damasquiné
d'or, le bois orné
d'argent de rapport, avec
son étuy de maroquin.
Vne autre paire montez
d'yvoire avec des testes de
lion, l'ouvrage du canon
gravé de taille douce.
Deux très -
beauxLustres
de cristal à branches de fonte
dorées,enrichies defeftons,
de boules & de fleurs
de cristal de roche.
Vne tenture deTapisserie
de Flandre, representant
l'histoire de Diane,
Un Coffret d'ambre travaillé
à bas reliefs & giavez.
Une manière de Chapelle
aussi d'ambre avec un Crucifix,
le tout ayant de tresbeaux
ornemens.
Six pieces d'étoffe de foye
or & argent sur des desseins
de France ; sçavoir,
Vne pièce à fond vert tresriche.
Vne piece Incarnat or &
argent.
gVnee pniecetble.uë or & ar- Vne autre bleue or & ponceau.
Vne piece de Cramoily
toutor.
Et une piece de ponceau &
raye.
Septpieces de drap tresfin
d'écarlatte,vert, violet,
bleu, gris de perle,& de canelle
contenant 106. aunes,
Vne piece de Camelotcoueur
de feu à pur poil de 28.
aunes un quart.
Deux Selles magnifiques
de l'Ecurie de Sa Majeste avec
leurs housses, le touten
broderie d'or avec tous les
harnois dorez, l'une brodée
sur un velours rouge,l'enharnachement
& testiere dorée
& fourreaux de pistolets; fy.
l'autre brodée sur un velours
vert, tout l'enharnachement
doré, &les fourreaux de pistolets,
PRESENS DU ROY
pour le premier Ambassadeur.
Vne boëte à Portrait de Sa
Majesté avec l'attache toute
garnie de Diamans
Vn Sabre d'or à la Turque,
la garde & le fourreau
tous garnis de grossesTurquoises
de vieille roche, $
deRubis.
-
Vn tres-beau Lustre de
Cristal de roche à dix branches
de fonte dorée enrichies
le consoles de cristaux qui
Suportent un vasegarny de
leurs, jettant des cristauxaucour
,
le dessous garny d'une
campane de boules de cristaux
avec une grossepiece
taillée dans le milieu.
Vnetenturede Tapisserie
de Flandre a Personnages &
verdures, rep resentant les
Muses &autresparties de la
Metamorphose.
VnFusilenrichy de reliefs,
la garniture & porte-viz
relevez d'or: le canon orné
d'or & d'argent de raport.
Vn Fusil à deux coups?
ayant le canon damasquiné
d'or.
Vn autre Fusil enrichy de
graveures en taille-douce.
: Vn autre Fusil enrichy ausside
graveures, ayant quelques
filets d'argent autour de
la visiere de couche.
Vne paire de pistolets enrichis
de reliefs? le canon en- !
richy d'or & d'argent de
raport,
& la garniture de inefme
travail.
Vne autre paire de Pistolets
enrichis de graveures en
taille-douce, le canon damasquiné
d'or en couleur
d'eau.
Vne autre paire de Pistolets
enrichis de graveures en
tulle-douce, le porte-viz
de reliefs &: un masque sur
les culotes.
Vnegrande Pendule quarrée
allant quinze jours,tonnant
les heures & les demyheures,
& la Boete de marqueterie
avec des colomnes,
bazes & chapiteaux corintheà
fonds d'écaille de Tortue
, & son étuy garny de
cuir.
Vne petite Pendule d'or
de poche, la boëte enrichie
de graveure avec son étuy
garny de clouds d'or à feuillages.
Vne Montre d'or d'émail
en mignature, le dessous de
la- boëte representant Mars
avec Venus & l'Amour
,
le
jonc &le dedans de Paysages
avec personnages.
Huit pieces d'étosses de
soye or & argent sur les desseins
de France;sçavoir, 1
1
Vne piece de brocard violet
tout or ? en broderie d'or
glacé&tors. -
Vne piece bleuë or & ar- -
gent à fond de Damas en
broderie d'or, reciselé d'argent
tors.
Vnepiece ponceau & or
1- glacée & rebroché d'or tors.
Vne piece bleue or & argent
pararabesqiued'or glacé,
& rebroché d'argent tors.
Vne piece amarante vert &
or, avec rayes de satin broché
d'or lissé & tors. -
Vne piece ponceau tout
argent par ehamarures d'argent
lissé & broché d'argent
tors.
Vne piece blanc & or nue
en Damas avec soye ponceau
& broché d'or.
Et une piece vert & or en
gros de naples par chamarures.
Quinzepieces de Draps
tres-fins d'écarlatte vert,violet
bleu gris de perles contenant
deux cens quarante
cinq aunes.
Deux pieces de Camelot
couleur de feu contenant
cinquante-cinq aunes & demie
PRESENS DV ROY
pour le fecond Ambassadeur.
VnLustre de cristaux de
roche à dix branches de fonte
dorée, ayant une Couronne
enrichie de plusieurs
cristaux de roche & de Milan,
le dessous garny de campanes
de boules & pieces de
cristaux de Milan, avec une
grosse poire taillée en coste
au milieu.
Vnependule allant quinze
jours, sonnant les heures &
les demyheures,la boëteen
forme de cartouche sur un
I
fond de cuivre doré, les ornemens
aussi dorez d'or
moulu.
Vnegrande Montre d'or
couverte d'email en mignature
,
le dessous de la boëte
repreientantl'enlevement
dEurope, & le dessus representant
une Venus & des
Amoursavec dcs Tritonssur
un Dauphin,& le dedans de
paysages & personnages.
Vne Montre quarrée à
feuillages d'or,ciselez,avec
un cristal de roche.
Vne tenture de Tapisserie
de Flandre,representant
des jeux d'enfans
Vn Fusil enrichy de reliefs
relevez d'or, le canon
de reliefs, le fond d'or, &:
le bouton d'or de rapport.
Vn autre Fusil enrichy
d'une garniture d'argent gravée
entaille douce,
&d'argent
de rapport autour de
lavisiere de couche.
Vn autre Fusil orné de
graveures en taille douce.
Vn autre Fusil le gravé canon de plusieurs ornemens
en taille douce avec du relief
sur la visiere de couche.
.-- Vne paire de Pistolets
enrichis de refiefs,lagarniture
&les cartonsderapport.
Vne autre paite de Pistolets
enrichis de graveure en
taille douce & d'argent de
rapport sur le bois.
Vne autre paire de Pistolets
de graveure en taille
douce? les canons canelez,
& le bois ornéd'argoent de rapport.
Huit pleces d'etofes d'or
& d'argent sur des, desseins
de France,scavoir,
Vne piece pourpre or {SÇ
argent, par chamarures d'or
glacé
,
rebrodé d'ortors à
<
iligranes d'argent,
Vne piècede Brocard d'or
& d'argent, ponceau par
chamarures d'or luisant, &:
proché d'or.
Vne piece, couleur de Caf- é argent, &: nuéaupetit
nétier, rebroché de deux
rgents avec descouleurs.
Vnepiece,amarante&arrent
changeant)broché d'arent.
| Vnepiece, vert, or&argent
,fond de Naples avec
iligrane de soye
| Vnepièce, ponceau,vert
r argent en gros deNaples
changeant par bandes no'u;
velles.
Vne piece cramoisi & or, à
fond de satin brodé de-foy gloire. j
Et une piece bleue, or &j
argent par tissu en chaisne, J
Quinzepieces de draps
tres-fins
,
d'écarlate, vert
violet, bleu, gris de Perle &
de canelle
, contenant deu
cens trente-trois aunf-s.troi
quarts. ]
Vne piece de camelot d^
vingt-neufaunes lX. demie,
i
fPRESENS DU ROY
1 pour letroisiéme Ambassadeur
Vne Pendule allant quinze
jours,sonnant les heures
& les demies, la boëte de
fond d'écaille,de Tortue, de
marqueterie, faite en dome,
des pilastres, des chapiteaux
& bases d'ordre Ionique, les
ornemensdorez d'or moulu.
:.. Vne Montre d'orémaillée
de peintures en mignature;
le dessous representant deux
Amans avec l'Amour,&au
dessus les mesmes Amans
sans l'Amour, le dedans de
paysages & personnages.
Vne autre Montre d'or,
émaillée de vert de taille
d'épargne.
Vn Fusil enrichy de reliefs,
le canon damasquiné
d'or & émaillé.
Vn autre Fusil enrichy de
beaucoup d'ornemens gravez
en taille douce.
Vn autre Fusil aussi de
graveuresen taille
f
douce le
canon damasquiné.
Vn autre Fusil orné de
graveures en taille douce.
Vn autre Fusil ayant les
mesmes ornemens
Vne paire de Pistolets enrichis
de graveures en taille
douce, le canon damasquiné
d'or & en couleur d'eau, le
bois enrichy de feuillages
d'argent de rapport.
Vne autre paire de Pistolets
de graveures en taille
douce,avec quelques reliefs.
Vne autre paire gravée
aussi en taille douce, les
porte-viz de reliefs.
Vne tenture deTapisserie
de Flandre, de verdure avec
de petits personnages & animaux.
Deux grandes Girandoles
à six branches de fonte d
rée, chacune enrichie de pl
sieurs étoiles de cristaux
roche taillez, & plusieur
autres pieces aussi de cr
taux.
Sept pieces d'étofe de so
or &argent, sur les dessei
de France; scavoir,
Vne piece, bleu &: or tre
riche, avec or glacé & bre
ché d'or.
Vne piece de Caffé & a
gent nué, riche & brodé
deux argents de couleur a
Mosaïque.
vne piece, ponceau, or
argent , par galons d'or &
d'argent brochez.
Vnepiece couleur de
chaireargents à fond gros
de Naples nué de soye verte
Vnepiece,bleu&: or avec
ponceau,à fond gros de Naples
en tissu
Vne piece amarante & or,
: gros de Naples &satin en
tissu
Et une piece rouge & vert, changeant en chaisne.
- Sept pieces de draps trèssins,
d'écarlate, vert, violet,
bleu & gris de Perle
, contetenant
quatre - vingts cinq
aunes trois quarts. -
TRESENS
De Monsieur le Duc du Maine
à cJïïl. Confiance.
Vntres-grand Lustre, tout
de cristal de loche à douze
branches de fonte dorée
ayant une couronne enrichie
de plusieurs boules de
rirtaux de roche, garny
d'une tres-belle campane de
ristaux , ayant une gresse
boule de cristal de roche
taillée dans le milieu.
Deux pieces d'étose or &
argent tres-riches, sur des
desseins de France.
Vne tres-belle Pendule,
onnant les heures & les deny-
heures, & allant huit
ours.
Deux Coupes,deux Veres
? une Souscoupe,une Aiguiere
,deux Bouteilles, un
Baril,&un:Tasse de cristal
le roche ciselé avec une
cassette aussi de cristal,
emplie d'Eventails de mignature
, &de ceintures or
& argent, avec un Portrait
en mignature de Monsieur
e Duc du Mayne.
,
Vngrand Livre repreentant
les Conquestes du
Roy, en mignature, avec
les Personnages &: les Places
o
au naturel, &le plan des
Places, le tout sur du velin,
avec une description historique.
Ce Livre est couvert
de chagrin avec des garnitures
&es
tures & desppllaaqquueess dc'o?r dd>'uunn
ouvrage ciselé. Les Armes
du Roy sont au milieu? &
il yades Chiffres aux
coins.
Je vous avois déja dit une
partie des choses qui sont
contenues dans cet article;
mais je ne vous avois pas
mandé le nom du Prince
qui faisoit ce Present. I
PRE-
- '1
Presens De M. le Marquis de
l, Louvois à M. Constance.
Six grandes Tables de marbre
jaspé ovales.
ri Vntres-riche Tapis de U
Savonnerie.
Presens de M. le Marquis de
il Croissy à VJ1. Constance.
t Vn grand Miroir avec
sa bordure de glace à fond
de lapis, lesornemens aussi
de lapis, & le chapiteau d'un
pareil travail.
Douze Corbeilles de cristal
taillé.
Deux grands Bassinsd'argentdore
en ovale, relevez
au fond en bosse ronde de
plusieurs figures representant
lhistoiredeScipion,deMarc-
Antoine, & de Cleopatre.
Vn grand Bassin, où sont
rapportéesplusieurs plaques
d'argent doré, au fond duquel
relevé en demy bosse,est
vn Neptune dans vnchar tiré
par quatre chevaux Marins.
Vntres beau Vase en forme
de fontaine, ayant deux
Bassins en coquille d'argentdoré,
l'un soutenu d'un
Atlas monté sur un chat
d~'anrg$e~nt doré;l'autre élevéau soutenud'uneVenus
d'argent, accompagnee d'un
Cygne aussi d'argent sur une
coquille dor,& au sommet du
>
Vaseest un Mercure d'argent.
Toutes ces Figuresjettent artificiellement
de l'eau.
~, Vngrand Crucifix d'ambre
tres-curieux. 1
Vnegrande Cassette de
cristal taillé & enchassé, entrelassé
de roses de Diamans
avec des feüillages d'or trait,
d'une belle fimetrie
, dans
laquelle Cassette il y a,
: Douze paires de Gands
glacez.
{ Vn Eventail de peau de
senteur, où est peint en mignature
le Carrousel dernier
fait en France, les bastons enrichis
d'or parsemez de Perles
& deDiamans sins,tenant
ensemble par une viz d'or.
Septautres Eventails de
differentes couleurs & representations,
ornez de rubans
or ez argent.
VneCassettede cristal,avec
sa bordureaussi de cristal
tortillé, dans 1 aquelle il y a
Vne paire deBracelets deCorail
taillé, avec une boucle
dVenDeiMamoannstrfeins àchacun.
d'or avec f»
boëte émaillée, garnie de
Diamans fins, la clef enrichie
de Diamans, VneTabatiered'or émaillée,
garnie de Rubis, avec
un plus gros Rubis pour la
fermer.
VnbeauChapelet de corail.
Vn autre de corail uny.
Vn Chapelet d'ambre trèsprecieux.
t' Vntres-beau Cordon de
corail.
Vne Cave couverte de fatin
vert, ornée de galons&
de clous d'argent, contenant
douze flacons de cristal
couverts d'argent, remplis
d'essences & de diffeter
bonnes odeurs.
Vingt- quatre paires de
Gands d'Espagne, garnis de
rubans dediverses couleurs.
Deux grandes peaux d'Espagne>
d'une senteur merveilleuse.
Vne tres-belle Coupe d'émail
avec sacouverture, sur
laquelle sont representées.
diverses Batailles,& un étuy
de satin rouge galonné d'or
Vn Verre de cristal de roche
couvert, figuré, avec
son pied d'argent, & Lon.
étuy de satin rouge.
Vn grand Verre en coupe
aussi decristal de roche, figuré
,avec sa couverture &
son étuy de satin rouge galonné
d'argent.
Vne Cave de satin rouge,
contenant six grands Gobelets
de cristal grav é.
Vne autre Cave ausside
satin rouge, contenant cinq
grands Gobelets de cristal
'figuré,o
Prbesens de M. le Marquis de
Seignelay àM. Constance.
Deux grands Miroirs de
figure octogone,
ngure o ogone avec leurs
?
bordures toutes de cristal. 1
Vn Benitier de cristal de
roche, garny d'argent.
Quatre grandesTables de
marbre, avec leurs chassis &
pieds de sculpture tous dorez.
Vne tenture de Tapisserie
à fond vert.
,
Vne grande Figure de
marbre
,
representant deux
enfans qui tiernent un pied
de Vase.
Cinquante Portraits des
principales personnes de la
Cour, avec leurs bordures
dorées. a
,
Vn grand Fusil de marqueterie
fait en Canada, d'un
ouvrage exquis , avec [on
étuy de maroquin rouge 3 fleurdelisé d'or. -
Vne paire de Pistolets
montez d'yvoire,tirant chacun
- deux coups, avec
quelquesgraveures en taille
douce
Trois grandes Caisses remplies
de differens ouvrages
decristaux d'Allemagne.
Vn grand Verre avec fom
pied de vermeil doré.
Vne grande Sous-coupe
aussi de cristalavec son
y
pied de vermeil doré.
Vn grand Globe de verre,
representant le Labirinthe
de Versailles. 1
Vn tres-beau Cabinet
d'Optique
>
representant plusieurs
belles veuës.
VnTableau representant
Versailles, avec son quadre
doré.
Deux Tableaux de Rocailles
, avec leurs quadres
aussi dorez.
vous ay envoyée le mois pafré
des Presens qui sont partis
pour Siam,vous ait paru rres-
~pelle, tres ample, & trescurieuse,
j'ay encore beaucoup
dechoses nouvelles à.
vous apprendre sur le mefne
articl
nearticlee.. Il sfaauutt de ggrraannddss
oins, & d'exactes recherches
iour être pleinement instuit
t un détail pareil à celu y-là,
: sur tout, quand on veut
on seulement estre informe
du nombre des pieces, mais
donner aussi une descriprion
particuliere dechacune.C'est
ce que je vay raire a l'égard
decelles dont jene vousay
parlé que legerement. Je ne
vous diray plus rien des autres
,
& passeray mesme par
dessus sans vous les nommer
une seconde fois, àcause que
je vous les ay amplement décrites
, maisaussi i'en aiouteray
un tres-grand nombre,
dont ie ne vous ay encore
rien dit, & vous décriray susJ
qu'aux étofes ,sans quoy il
feroit impossible d'en
bien
faire voir la richesse, & dq
connoistre en quoy consiste
la magnificence de ces P!c:
:cns. le commenceray par
ceux que Sa Majesté a envoyez.
Une Couronne d'or à fleuons,
enrichie de Diamans,
le Rubis, d'Emeraudes, &
le Perles.
Un grand Panache d'or,
ouvert desmeimes Perles.
Un grand Miroir de cris-
'a) garny d'or, la bordure
enrichie de Diamans, le der-
~icre aussid'or à fleurs dereief,
& émaillées.
UneSelle de ch eval avec
a Housse
,
les Fourreaux de
~?i.ioiets & les Harnois en
Broderie de relief
, & les
Etriers de vermeil le tout
enrichy de Pierreries.
Quatre Vestes de velours,
deux noires & deux rouges,
une de chaque couleur avec
des manches, & une sans
manches, en broderie de
fleurs de soye liserées d'or,
enric hies de Perles; les noires
avec un galon rouge, & les
rouges avec un galon vert,
brodées &enrichies de.mef-J
me, suivantlesmodelles ap.j
portez de Siam.
Deux Baudriers enbro
derie d'or
,
passée avec les
garnitures d'or émaillées.
:> UnBufle tout bordé d'or
de relief avec les manches,
e Ceinturon, les crochets &
es agraffes de vermeil, doré
deux fois.
Un grand Vase d'Ambre
gravé de bas reliefs, avecla
garniture d'or.
Un grand Cabinet de crital
deroche, les garnitures
ravaillées à fleurs de vermeil
loré.
Une paiie d'A rmes de fer
àl'épreuve du pistolet moitié
coul eur d'eau & moitié
gravées de plusieurs ornemens
dorez, complettesà
l'exception des jambes, le
tout doublé de satinbleu,&
galonné d'or.
Deux grands Fusils à la
Siamoise, enrichis de beaucoup
de reliefs, la garniture
d'argent aussi en relief, les
canons enrichis d'or & d'argent,
& les bois avec des
ornemens tres-riches, chacun
dans ion étuy de maroquin
rouge doré au feu.
Quatre pieces de drap d'or,
& de brocard d'or & d'argent,
de la ~Manufacture dc^
M.Charlierà S. Maur, lur
des desseins de France ; sçavoir,
Une piece de drap d'or
rayé, à fond d'argent broché
d'or & d'argent,nue de
plusieurs couleurs.
! Vnepiece deBrocard d'or
à fond couleur de feu
,
broehé
d'or & d'argent, liseré
de vert
Une piece de Brocard d'or
à fond vert broché d'or 6c d argent retors,liseré de couleur
de feu.
Vne piece de Brocardd'or
à fond*brorché-
d'or & d'argent,liseré
Six piecesd'étofes àfleurs
nuées,listrées d'or sur des
desseins de Siam ; sçavoir,
Vne pieceà fond d'or nue
glacé.
Vne autre piece à fond
ponceau à fleurs lilsrées d'or.
Vnepiece à fond pastel. :
Vne autre à fond bleu.
EEttuunnceaauuttrrecààffoonnddgDris
c 1 air. *
Huit picccs de drap & de
brocard or & argent tres-riches,
(ur des desseins de 11
France ; sçavoir,
Vne pièce de brocard tres- ,
1
richeà-fond d'or broché &
à fleurs ciselées d'or rebrodé
de toutes couleurs.
Vne piece ponceau or&
argent passé d'or tors à travers,
& rebrodé d'argent
tors. Vne pièce - or & argent nué
à fond noir rebrochéd'or
-, - , glace&d'or tors avec feyc,
ponceau brodé.
orVnepieced'étoffevert&:
passé d'or à travers, & rebroché
d'or tors.
-
Vne pièce ponceau & or
brochéd'orglacé,&rebrodé,
d'or tors au petitmestier.
Vne piece cramoisy & or
broché d'or lissé avec ortors,
& rebroché d'argentfrisé.
Vne. piece bleue or & argent,
le fond d'or broché
& tors avec argent tors.
Vne piece bleue & or paffé ed'or glacé à travers.
Huit tables de marbre avec
les chassis
..)t.' piedsue Sculpture
tous dorez.
PRESENS DE MONSEIGÑEVK;
au Roy de Sium.
Vne grande Pendule à quatrecristeaux
de loche,&qua*;
tre colomnes surmontées de
quatre Fleurs de Lys,& soûtenuës
de quatreboules, le
tout decristal deroche, les
Portiques garnis d'or, enrichisdepierreries,&
le Do-
De d'acier bruny
,
enrichy
le feüillages d'or, terminé
parune Fleur de Lys
Deux Baudriers en broder
ie d'or, avec les garnitures
l'or émaillecs.
Deux Fusils à la Siamoise,
enrichis de reliefs gravez en
aille douce, la garniture
l'argent, le canon damait
quiné d'or, & le bois enrichy
d'argent de rapport,
chacun dans son étuy de
maroquin rouge, doré au
feu.
Vne piece d'unquarré long doré deux fois, - contenant
un tiroir& une boëte
couverte, sur laquelleil y a
une Ecritoire ornée de reliefs,
& de graveures enrichies
d'or & de festons d'émail
, avec trente-neuf Diamans.
Vne Montre à boëte d'or
àdeux cristaux, dontle jonc
est gravé de bas-reliefs, marquant
le lever &le coucher
du Soleil, faisant voir le
mouvement annuel, & le
iurne, avec le mouvement
e la Lune, suivant la maiere
de compter à la Sialoise.
Cette Montre a son
tuy fleuronnéd'or.
Deux pieces de drap or
& argent, de Mr Charlier,
ut des desseins de France;
çavoir,
Une piece de drap d'or
ayé, à fond d'or & d'argent
tors avec des comparti
mens couleur de feu.
Vne piece de Brocard d'or
fond bleu, broché d'or&
'argent retors: liseré de
couleur de feu.
Deux autres pieces de Broscardçor&
aarvgento,tresi-rirch,es
Une piece ponteau & or,
broché d'or, à fond glacé
d'or à filigrane.
Vne autre piece vert &or
& argent, à fond d'or ciselé,
broché d'or tors, avec
filigrane d'or tors.
Cinq pieces d'étoffes d'or
& d'argent, nuées & liserées
d'or sur des desseins de Siam
sçavoir
I
Vne piece à fond d'ar
gent glacé,nue.
Vuepièce à fond ama.
ante nue.
Une pièce à iondlfàbcllc.
Vue pièceà-tond vert.
Et une à fond ce la don
Vn tres beau Cabinet dc
riftal de roche, garny de
fermeil doré
Quatre 1 ables de marbra
vec leurs chailis, & pieds
le sculpture dorez.
PRESENSDE ¡'/J/:/DAlvlE'
t - !la 'DaUphine pour la Princjje
de Sidm
,
nomméela
!
f)rincefJe Rryne.
Quatre grandes roses dq
Diamans.
Vne autre plus grande aussi
de Diamans. -
Vne grande Rose de bellcsj
& fortes Emeraudes& de
Diamans. :
Vn Miroir de criftaldero^
che garny d'or la bordure
& le derriere à feüillages cin
zelez
,
enrichie de Diamant
& de Rubis.i Vn petit Coffre d'or gar-j
ny de vases en forme dj
cave aussi d'or, le tout gran
ve & garny de Diamans.
Deux boëtes d'or couj
Vertes en pointes émaillées a
fleurs de neuf pouces, j
Deux autres boëtes aussi
d'or de mesme grandeur de
le mesme figure.
Deux grandestasses ci'or"
:-malll-ées
- Vn grand miroir d'or couert
en forme de boëtetout
maill-é à deux glaces,
Vn grand Cabinet d'ambrea
bas reliefs & à graveues
le dessus port nt pluleurs
Figures de Personna- es&arbres-
Vntres-beau & grand Cainet
de cristal de roche gary
de vermeil. t)
Vne Montre à boëte d'or
à deux cristaux, plus grande;
que les autres, qui montra
l'âge de la Lune à la maniére
Siamoise
, avec son estuy
garny de fleurons ayant la
boëtc cizelée & Cadrans;
d'or. 1
Vne autre Montre émaillée
devert à taille d'épargne.
Cinq pieces de Drap ôc\
brocard or & argent tres-riches
sur les desseins de France;
sçivoir,
Vne piece à fond d'argent
nue au petit messier de [OU
tes couleurs &, rebroché
d'ortots. -'
Vne picce vert & or &argent
, rebroché d'or cors avec
des brodenes d'argent.
Vue piece ponceau à fleurs
d'or rebrochées d'un peu.
d'argent avec or cors.
; Vne piece bleue or & argent
passée d'or en filigrane,&
broché d'argent.
Vnepicce de Damas à fond
amarante, les fleurs brochées.
d'or avec des nompareilles
de satinvert.
Une grande Cassette de
marqueccerie & de bois de
raport des plus precieuxavec
son pied toutes les aar,
nitures dorées & d'un trèsbeau
travail.
PRESENS DU ROI
aM. Constance.
- Une grande Boete à Portrait
decDSa Majeste avec l'attache,
le tout garny deDiamans.
Un Sabre tout d'or avec
un revers de quatre pouces
de large à la Siamoise
, tout
le fourreau garnyde pierreri
es.
VueMontre d'or émaillée
derouge à taille d'Epargne
avec son-estuy, ouvragede
M. Turet.
Une autre Montre d'or, le
donc cizelé avec son estuy t
garny de feüillages d'or.
- Une autre Montre d'or émaillée
de vert à taille d'Epargne
or & blanc,avecl'éuy
à doux fleuronnez d'or-
VnFusilenrichy de relief
canon damasquiné d or
ort riche, & canelé de deux
nanieres ,avec son estuy de
Maroquin rouge doré au
1" i c
eu.
Un autre Fusil enrichy de
reliefs
,
le canon canelé à
goutieres
,
enrichy d'or de
rapport, le boisorné d'argent.
de raport la garniture avec
des bas reliefs & d'or de raporr
aussi avec son estuy.
Vn autre Fusil enrichy de
graveure, le canon & laeu-
Uffc damasquinez d'or, avec
son étuy.
Vn autre Fusil, laplatine
unie, le canon ayant un
marque derelief, aussi avec
ion étuy.
Vne paire de Pistolets enrichis
de rel efs, garnis d'or
de rapport,avec leurs étuis
de maroqu n rouge doré au
,feu.Vne autre paire de Piftolers
lets enrichis de graveurescn
taille douce, le canon damasquiné
d'or, le bois orné
d'argent de rapport, avec
son étuy de maroquin.
Vne autre paire montez
d'yvoire avec des testes de
lion, l'ouvrage du canon
gravé de taille douce.
Deux très -
beauxLustres
de cristal à branches de fonte
dorées,enrichies defeftons,
de boules & de fleurs
de cristal de roche.
Vne tenture deTapisserie
de Flandre, representant
l'histoire de Diane,
Un Coffret d'ambre travaillé
à bas reliefs & giavez.
Une manière de Chapelle
aussi d'ambre avec un Crucifix,
le tout ayant de tresbeaux
ornemens.
Six pieces d'étoffe de foye
or & argent sur des desseins
de France ; sçavoir,
Vne pièce à fond vert tresriche.
Vne piece Incarnat or &
argent.
gVnee pniecetble.uë or & ar- Vne autre bleue or & ponceau.
Vne piece de Cramoily
toutor.
Et une piece de ponceau &
raye.
Septpieces de drap tresfin
d'écarlatte,vert, violet,
bleu, gris de perle,& de canelle
contenant 106. aunes,
Vne piece de Camelotcoueur
de feu à pur poil de 28.
aunes un quart.
Deux Selles magnifiques
de l'Ecurie de Sa Majeste avec
leurs housses, le touten
broderie d'or avec tous les
harnois dorez, l'une brodée
sur un velours rouge,l'enharnachement
& testiere dorée
& fourreaux de pistolets; fy.
l'autre brodée sur un velours
vert, tout l'enharnachement
doré, &les fourreaux de pistolets,
PRESENS DU ROY
pour le premier Ambassadeur.
Vne boëte à Portrait de Sa
Majesté avec l'attache toute
garnie de Diamans
Vn Sabre d'or à la Turque,
la garde & le fourreau
tous garnis de grossesTurquoises
de vieille roche, $
deRubis.
-
Vn tres-beau Lustre de
Cristal de roche à dix branches
de fonte dorée enrichies
le consoles de cristaux qui
Suportent un vasegarny de
leurs, jettant des cristauxaucour
,
le dessous garny d'une
campane de boules de cristaux
avec une grossepiece
taillée dans le milieu.
Vnetenturede Tapisserie
de Flandre a Personnages &
verdures, rep resentant les
Muses &autresparties de la
Metamorphose.
VnFusilenrichy de reliefs,
la garniture & porte-viz
relevez d'or: le canon orné
d'or & d'argent de raport.
Vn Fusil à deux coups?
ayant le canon damasquiné
d'or.
Vn autre Fusil enrichy de
graveures en taille-douce.
: Vn autre Fusil enrichy ausside
graveures, ayant quelques
filets d'argent autour de
la visiere de couche.
Vne paire de pistolets enrichis
de reliefs? le canon en- !
richy d'or & d'argent de
raport,
& la garniture de inefme
travail.
Vne autre paire de Pistolets
enrichis de graveures en
taille-douce, le canon damasquiné
d'or en couleur
d'eau.
Vne autre paire de Pistolets
enrichis de graveures en
tulle-douce, le porte-viz
de reliefs &: un masque sur
les culotes.
Vnegrande Pendule quarrée
allant quinze jours,tonnant
les heures & les demyheures,
& la Boete de marqueterie
avec des colomnes,
bazes & chapiteaux corintheà
fonds d'écaille de Tortue
, & son étuy garny de
cuir.
Vne petite Pendule d'or
de poche, la boëte enrichie
de graveure avec son étuy
garny de clouds d'or à feuillages.
Vne Montre d'or d'émail
en mignature, le dessous de
la- boëte representant Mars
avec Venus & l'Amour
,
le
jonc &le dedans de Paysages
avec personnages.
Huit pieces d'étosses de
soye or & argent sur les desseins
de France;sçavoir, 1
1
Vne piece de brocard violet
tout or ? en broderie d'or
glacé&tors. -
Vne piece bleuë or & ar- -
gent à fond de Damas en
broderie d'or, reciselé d'argent
tors.
Vnepiece ponceau & or
1- glacée & rebroché d'or tors.
Vne piece bleue or & argent
pararabesqiued'or glacé,
& rebroché d'argent tors.
Vne piece amarante vert &
or, avec rayes de satin broché
d'or lissé & tors. -
Vne piece ponceau tout
argent par ehamarures d'argent
lissé & broché d'argent
tors.
Vne piece blanc & or nue
en Damas avec soye ponceau
& broché d'or.
Et une piece vert & or en
gros de naples par chamarures.
Quinzepieces de Draps
tres-fins d'écarlatte vert,violet
bleu gris de perles contenant
deux cens quarante
cinq aunes.
Deux pieces de Camelot
couleur de feu contenant
cinquante-cinq aunes & demie
PRESENS DV ROY
pour le fecond Ambassadeur.
VnLustre de cristaux de
roche à dix branches de fonte
dorée, ayant une Couronne
enrichie de plusieurs
cristaux de roche & de Milan,
le dessous garny de campanes
de boules & pieces de
cristaux de Milan, avec une
grosse poire taillée en coste
au milieu.
Vnependule allant quinze
jours, sonnant les heures &
les demyheures,la boëteen
forme de cartouche sur un
I
fond de cuivre doré, les ornemens
aussi dorez d'or
moulu.
Vnegrande Montre d'or
couverte d'email en mignature
,
le dessous de la boëte
repreientantl'enlevement
dEurope, & le dessus representant
une Venus & des
Amoursavec dcs Tritonssur
un Dauphin,& le dedans de
paysages & personnages.
Vne Montre quarrée à
feuillages d'or,ciselez,avec
un cristal de roche.
Vne tenture de Tapisserie
de Flandre,representant
des jeux d'enfans
Vn Fusil enrichy de reliefs
relevez d'or, le canon
de reliefs, le fond d'or, &:
le bouton d'or de rapport.
Vn autre Fusil enrichy
d'une garniture d'argent gravée
entaille douce,
&d'argent
de rapport autour de
lavisiere de couche.
Vn autre Fusil orné de
graveures en taille douce.
Vn autre Fusil le gravé canon de plusieurs ornemens
en taille douce avec du relief
sur la visiere de couche.
.-- Vne paire de Pistolets
enrichis de refiefs,lagarniture
&les cartonsderapport.
Vne autre paite de Pistolets
enrichis de graveure en
taille douce & d'argent de
rapport sur le bois.
Vne autre paire de Pistolets
de graveure en taille
douce? les canons canelez,
& le bois ornéd'argoent de rapport.
Huit pleces d'etofes d'or
& d'argent sur des, desseins
de France,scavoir,
Vne piece pourpre or {SÇ
argent, par chamarures d'or
glacé
,
rebrodé d'ortors à
<
iligranes d'argent,
Vne piècede Brocard d'or
& d'argent, ponceau par
chamarures d'or luisant, &:
proché d'or.
Vne piece, couleur de Caf- é argent, &: nuéaupetit
nétier, rebroché de deux
rgents avec descouleurs.
Vnepiece,amarante&arrent
changeant)broché d'arent.
| Vnepiece, vert, or&argent
,fond de Naples avec
iligrane de soye
| Vnepièce, ponceau,vert
r argent en gros deNaples
changeant par bandes no'u;
velles.
Vne piece cramoisi & or, à
fond de satin brodé de-foy gloire. j
Et une piece bleue, or &j
argent par tissu en chaisne, J
Quinzepieces de draps
tres-fins
,
d'écarlate, vert
violet, bleu, gris de Perle &
de canelle
, contenant deu
cens trente-trois aunf-s.troi
quarts. ]
Vne piece de camelot d^
vingt-neufaunes lX. demie,
i
fPRESENS DU ROY
1 pour letroisiéme Ambassadeur
Vne Pendule allant quinze
jours,sonnant les heures
& les demies, la boëte de
fond d'écaille,de Tortue, de
marqueterie, faite en dome,
des pilastres, des chapiteaux
& bases d'ordre Ionique, les
ornemensdorez d'or moulu.
:.. Vne Montre d'orémaillée
de peintures en mignature;
le dessous representant deux
Amans avec l'Amour,&au
dessus les mesmes Amans
sans l'Amour, le dedans de
paysages & personnages.
Vne autre Montre d'or,
émaillée de vert de taille
d'épargne.
Vn Fusil enrichy de reliefs,
le canon damasquiné
d'or & émaillé.
Vn autre Fusil enrichy de
beaucoup d'ornemens gravez
en taille douce.
Vn autre Fusil aussi de
graveuresen taille
f
douce le
canon damasquiné.
Vn autre Fusil orné de
graveures en taille douce.
Vn autre Fusil ayant les
mesmes ornemens
Vne paire de Pistolets enrichis
de graveures en taille
douce, le canon damasquiné
d'or & en couleur d'eau, le
bois enrichy de feuillages
d'argent de rapport.
Vne autre paire de Pistolets
de graveures en taille
douce,avec quelques reliefs.
Vne autre paire gravée
aussi en taille douce, les
porte-viz de reliefs.
Vne tenture deTapisserie
de Flandre, de verdure avec
de petits personnages & animaux.
Deux grandes Girandoles
à six branches de fonte d
rée, chacune enrichie de pl
sieurs étoiles de cristaux
roche taillez, & plusieur
autres pieces aussi de cr
taux.
Sept pieces d'étofe de so
or &argent, sur les dessei
de France; scavoir,
Vne piece, bleu &: or tre
riche, avec or glacé & bre
ché d'or.
Vne piece de Caffé & a
gent nué, riche & brodé
deux argents de couleur a
Mosaïque.
vne piece, ponceau, or
argent , par galons d'or &
d'argent brochez.
Vnepiece couleur de
chaireargents à fond gros
de Naples nué de soye verte
Vnepiece,bleu&: or avec
ponceau,à fond gros de Naples
en tissu
Vne piece amarante & or,
: gros de Naples &satin en
tissu
Et une piece rouge & vert, changeant en chaisne.
- Sept pieces de draps trèssins,
d'écarlate, vert, violet,
bleu & gris de Perle
, contetenant
quatre - vingts cinq
aunes trois quarts. -
TRESENS
De Monsieur le Duc du Maine
à cJïïl. Confiance.
Vntres-grand Lustre, tout
de cristal de loche à douze
branches de fonte dorée
ayant une couronne enrichie
de plusieurs boules de
rirtaux de roche, garny
d'une tres-belle campane de
ristaux , ayant une gresse
boule de cristal de roche
taillée dans le milieu.
Deux pieces d'étose or &
argent tres-riches, sur des
desseins de France.
Vne tres-belle Pendule,
onnant les heures & les deny-
heures, & allant huit
ours.
Deux Coupes,deux Veres
? une Souscoupe,une Aiguiere
,deux Bouteilles, un
Baril,&un:Tasse de cristal
le roche ciselé avec une
cassette aussi de cristal,
emplie d'Eventails de mignature
, &de ceintures or
& argent, avec un Portrait
en mignature de Monsieur
e Duc du Mayne.
,
Vngrand Livre repreentant
les Conquestes du
Roy, en mignature, avec
les Personnages &: les Places
o
au naturel, &le plan des
Places, le tout sur du velin,
avec une description historique.
Ce Livre est couvert
de chagrin avec des garnitures
&es
tures & desppllaaqquueess dc'o?r dd>'uunn
ouvrage ciselé. Les Armes
du Roy sont au milieu? &
il yades Chiffres aux
coins.
Je vous avois déja dit une
partie des choses qui sont
contenues dans cet article;
mais je ne vous avois pas
mandé le nom du Prince
qui faisoit ce Present. I
PRE-
- '1
Presens De M. le Marquis de
l, Louvois à M. Constance.
Six grandes Tables de marbre
jaspé ovales.
ri Vntres-riche Tapis de U
Savonnerie.
Presens de M. le Marquis de
il Croissy à VJ1. Constance.
t Vn grand Miroir avec
sa bordure de glace à fond
de lapis, lesornemens aussi
de lapis, & le chapiteau d'un
pareil travail.
Douze Corbeilles de cristal
taillé.
Deux grands Bassinsd'argentdore
en ovale, relevez
au fond en bosse ronde de
plusieurs figures representant
lhistoiredeScipion,deMarc-
Antoine, & de Cleopatre.
Vn grand Bassin, où sont
rapportéesplusieurs plaques
d'argent doré, au fond duquel
relevé en demy bosse,est
vn Neptune dans vnchar tiré
par quatre chevaux Marins.
Vntres beau Vase en forme
de fontaine, ayant deux
Bassins en coquille d'argentdoré,
l'un soutenu d'un
Atlas monté sur un chat
d~'anrg$e~nt doré;l'autre élevéau soutenud'uneVenus
d'argent, accompagnee d'un
Cygne aussi d'argent sur une
coquille dor,& au sommet du
>
Vaseest un Mercure d'argent.
Toutes ces Figuresjettent artificiellement
de l'eau.
~, Vngrand Crucifix d'ambre
tres-curieux. 1
Vnegrande Cassette de
cristal taillé & enchassé, entrelassé
de roses de Diamans
avec des feüillages d'or trait,
d'une belle fimetrie
, dans
laquelle Cassette il y a,
: Douze paires de Gands
glacez.
{ Vn Eventail de peau de
senteur, où est peint en mignature
le Carrousel dernier
fait en France, les bastons enrichis
d'or parsemez de Perles
& deDiamans sins,tenant
ensemble par une viz d'or.
Septautres Eventails de
differentes couleurs & representations,
ornez de rubans
or ez argent.
VneCassettede cristal,avec
sa bordureaussi de cristal
tortillé, dans 1 aquelle il y a
Vne paire deBracelets deCorail
taillé, avec une boucle
dVenDeiMamoannstrfeins àchacun.
d'or avec f»
boëte émaillée, garnie de
Diamans fins, la clef enrichie
de Diamans, VneTabatiered'or émaillée,
garnie de Rubis, avec
un plus gros Rubis pour la
fermer.
VnbeauChapelet de corail.
Vn autre de corail uny.
Vn Chapelet d'ambre trèsprecieux.
t' Vntres-beau Cordon de
corail.
Vne Cave couverte de fatin
vert, ornée de galons&
de clous d'argent, contenant
douze flacons de cristal
couverts d'argent, remplis
d'essences & de diffeter
bonnes odeurs.
Vingt- quatre paires de
Gands d'Espagne, garnis de
rubans dediverses couleurs.
Deux grandes peaux d'Espagne>
d'une senteur merveilleuse.
Vne tres-belle Coupe d'émail
avec sacouverture, sur
laquelle sont representées.
diverses Batailles,& un étuy
de satin rouge galonné d'or
Vn Verre de cristal de roche
couvert, figuré, avec
son pied d'argent, & Lon.
étuy de satin rouge.
Vn grand Verre en coupe
aussi decristal de roche, figuré
,avec sa couverture &
son étuy de satin rouge galonné
d'argent.
Vne Cave de satin rouge,
contenant six grands Gobelets
de cristal grav é.
Vne autre Cave ausside
satin rouge, contenant cinq
grands Gobelets de cristal
'figuré,o
Prbesens de M. le Marquis de
Seignelay àM. Constance.
Deux grands Miroirs de
figure octogone,
ngure o ogone avec leurs
?
bordures toutes de cristal. 1
Vn Benitier de cristal de
roche, garny d'argent.
Quatre grandesTables de
marbre, avec leurs chassis &
pieds de sculpture tous dorez.
Vne tenture de Tapisserie
à fond vert.
,
Vne grande Figure de
marbre
,
representant deux
enfans qui tiernent un pied
de Vase.
Cinquante Portraits des
principales personnes de la
Cour, avec leurs bordures
dorées. a
,
Vn grand Fusil de marqueterie
fait en Canada, d'un
ouvrage exquis , avec [on
étuy de maroquin rouge 3 fleurdelisé d'or. -
Vne paire de Pistolets
montez d'yvoire,tirant chacun
- deux coups, avec
quelquesgraveures en taille
douce
Trois grandes Caisses remplies
de differens ouvrages
decristaux d'Allemagne.
Vn grand Verre avec fom
pied de vermeil doré.
Vne grande Sous-coupe
aussi de cristalavec son
y
pied de vermeil doré.
Vn grand Globe de verre,
representant le Labirinthe
de Versailles. 1
Vn tres-beau Cabinet
d'Optique
>
representant plusieurs
belles veuës.
VnTableau representant
Versailles, avec son quadre
doré.
Deux Tableaux de Rocailles
, avec leurs quadres
aussi dorez.
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Résumé : Nouvelle Liste des Presens envoyez à Siam. [titre d'après la table]
Le texte décrit une liste détaillée de présents envoyés à Siam, incluant divers objets précieux et artistiques. L'auteur mentionne avoir déjà envoyé une liste précédente, mais il dispose de nombreuses nouvelles informations à partager. Il souligne la nécessité de recherches approfondies pour décrire précisément chaque pièce, tant en termes de quantité que de description particulière. Les présents sont destinés au roi de Siam, à la princesse de Sima, à M. Constance, et aux ambassadeurs. Ils incluent des objets d'art et de luxe tels qu'une couronne d'or enrichie de diamants, rubis, émeraudes et perles, un grand miroir de cristal garni d'or, une selle de cheval avec housse et harnais brodés, des vestes de velours brodées, des baudriers en broderie d'or, un vase d'ambre gravé, et plusieurs pièces d'étoffes précieuses. Les descriptions détaillées incluent des pendules, des montres, des fusils richement décorés, des lustres de cristal, des tapisseries de Flandre, des coffrets d'ambre, et diverses pièces d'étoffes en soie, brocart et drap d'or. Chaque objet est décrit avec précision, mettant en avant les matériaux précieux et les techniques de décoration utilisées. Pour le second ambassadeur, les présents incluent un lustre de cristal de roche, une pendule, plusieurs montres d'or ornées, des fusils et pistolets enrichis, des étoffes précieuses, et une tenture de tapisserie. Pour le troisième ambassadeur, les présents comprennent une pendule, une montre, des fusils, des pistolets, des girandoles, et des étoffes. Monsieur le Duc du Maine offre un grand lustre, des étoffes, une pendule, des objets en cristal, et un livre illustré des conquêtes du roi. M. le Marquis de Louvois offre des tables de marbre et un tapis de Savonnerie. M. le Marquis de Croissy offre un miroir, des corbeilles de cristal, des bassins d'argent, un vase en forme de fontaine, un crucifix d'ambre, des éventails, des bracelets, des tabatières, des chapelets, des flacons d'essences, des gants, des peaux d'Espagne, des coupes d'émail, des verres de cristal, et des goblets. M. le Marquis de Seignelay offre des miroirs, un bénitier, des tables de marbre, une tenture de tapisserie, des portraits, un fusil, des pistolets, des caisses de cristaux, des verres, une sous-coupe, un globe, un cabinet d'optique, et des tableaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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207
p. 245-252
Nouvelles de Siam. [titre d'après la table]
Début :
Je sçay que vous avez grande impatience de sçavoir ce [...]
Mots clefs :
Siam, Siamois, Chevalier de Chaumont, Roi, Missionnaires, Pape, Religion chrétienne, Constantin Phaulkon, Français, Claude de Forbin, Alexandre de Chaumont
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Siam. [titre d'après la table]
Je sçay que vous avez grande
impatience de sçavoir ce
qui s'est passéà Siam
?
depuis
que M le Chevalier de Chaumont
en est party.Vous n'efies
pas la feule qui ayezmarque
de la curiosité là-dessus;
mais les Nouvelles qui viennent
de six mille lieuës sont
rares, Se l'on n'en reçoit pas
aussisouvent qu'on voudroit.
Je vay pourtant vous en dire
quelques-unes, & ce font les
feules qui soient venuës de
ce Païs-là depuis le retour de
M le Chevalier de Chaumont.
Voussçavez que ta
Roy de Siam ayant une estime
toute particuliere pour
Sa Majesté, & pour toute la
Nation Françoise, souhaita
d'avoir à son service quelques
Officiers François de distinction,&
pria Mr le Chevalier
de Chaumont de luy
laisser
,
fous le bon plaisir
du Roy ,
Mr le Chevalier
Fourbin, dans ledessein d'en
faire son grand Amiral, parce
qu'il avoit déja fait beaucoup
de Campagnes sur les
Vaisseaux de Sa Majesté, dont
il estoit Officier. M le Chevalier
de Chaumont crut que
le Roy approuveroit ce qu'il
feroit là-dessus, & y donna
son consentement. Il fut suivy
de celuy de M le Chevalier
Fourbin, qui demeura
à Siam. Il ne s'y rrouva pas
seulement utile pour commander
sur Mer, mais encore
pour discipliner les
Troupes de Terre, & leur
faire faire l'Exercice à lamaniere
de France. Un jour
qu'il le faisoit faire à une
Compagnie de Portugais,&
à une de Mores du Roy de
Siam
,
elles se chagrinerent
4c ce qu'il leur fit connoistre
qu'elles s'en acquittoient
mal, & se souleverent contre
luy. Ce n'eftoir qu'un
pretexte pour faire éclater
une conspiration qu'elles avoient
faitecontre sa
- personne,&
contreM Constance.
Ces deux Compagnies
avoient mesme formé le
dessein de piller les Palais de
ce dernier, & de s'emparer
de tous ses Effets.M Constance
en fut averty ?
& armé
de sa feule fermeté, soutenuë
de celle de M- le Chevalier
Fourbin ,il alla au devant
de ces mutins? fit saisir
les plus coupables, dissipa le
reste, & fit avorter leur entreprife.
Certe actionjustifie
tout ce que les Relations
ont dit à la gloire de Mr
Constance
, & fait voir que
les François sontpartout
Francois, c'est à dire, intrepides),
& que ce n'est pas seulement
en France qu'ils font
connoistre l'intelligence qu'-
ils ont dans le métier de la-
Guerre? lors qu'ils ont pris
une fois le party des armes.
Si toutes les circonstances de
cette révolte, dont j'ay lieu
dc croire que le fond estres
veritable,ne sont pas entierementconformes
à la maniere
dont l'action s'est passée,
songez qu'ilest fortdifsicile
d'avoir des éclairciffemens
de si loin. Cependant
si ceux à qui les avis en sont
venus, m'apprennent quelque
chose de nouveau sur cet
Article, je vous en feray part
le moisprochain, soiten augmentant
,
soit en diminuant
les paticularitez de cette
Nouvelle.
Vous vous souvenez d'un
Ecclesiastique Siamois, qui a
£Ûé élevé dans la Million à
Siam. Je vous en ay parle
plusieurs fois, sur tout lors
qu'il soutintenSorbonne, du
temps que les Ambassadeurs
duRoy de Siam estoient en
France. On l'avoit mis dans
la Mission Etrangere de Paris,
d'où sortent les Millionnaires
pour Siam. Le Pape
a esté informé de son merltey
& ayant sceu le progrés qu'il
avoitfait dans la Théologie)
ce qui peut estre fort avantageux
à la Religion Chrefiienne,
parce qu'il pourra beaucoupmieuxqu'un
autre- fuader ceux de G. Nation^
SaSainteté a voulu le voir? &
il est party pour Rome. Comme
les talens qu'il a ne peuvent
manquer à se faire connoistre
en peu de temps dans
un lieu où les esprits lont si
éclairez,il ya sujet de croire
qu'on verra un jour un
Siamois élevé aux premières
dignitcz deI'F-ullfè,
impatience de sçavoir ce
qui s'est passéà Siam
?
depuis
que M le Chevalier de Chaumont
en est party.Vous n'efies
pas la feule qui ayezmarque
de la curiosité là-dessus;
mais les Nouvelles qui viennent
de six mille lieuës sont
rares, Se l'on n'en reçoit pas
aussisouvent qu'on voudroit.
Je vay pourtant vous en dire
quelques-unes, & ce font les
feules qui soient venuës de
ce Païs-là depuis le retour de
M le Chevalier de Chaumont.
Voussçavez que ta
Roy de Siam ayant une estime
toute particuliere pour
Sa Majesté, & pour toute la
Nation Françoise, souhaita
d'avoir à son service quelques
Officiers François de distinction,&
pria Mr le Chevalier
de Chaumont de luy
laisser
,
fous le bon plaisir
du Roy ,
Mr le Chevalier
Fourbin, dans ledessein d'en
faire son grand Amiral, parce
qu'il avoit déja fait beaucoup
de Campagnes sur les
Vaisseaux de Sa Majesté, dont
il estoit Officier. M le Chevalier
de Chaumont crut que
le Roy approuveroit ce qu'il
feroit là-dessus, & y donna
son consentement. Il fut suivy
de celuy de M le Chevalier
Fourbin, qui demeura
à Siam. Il ne s'y rrouva pas
seulement utile pour commander
sur Mer, mais encore
pour discipliner les
Troupes de Terre, & leur
faire faire l'Exercice à lamaniere
de France. Un jour
qu'il le faisoit faire à une
Compagnie de Portugais,&
à une de Mores du Roy de
Siam
,
elles se chagrinerent
4c ce qu'il leur fit connoistre
qu'elles s'en acquittoient
mal, & se souleverent contre
luy. Ce n'eftoir qu'un
pretexte pour faire éclater
une conspiration qu'elles avoient
faitecontre sa
- personne,&
contreM Constance.
Ces deux Compagnies
avoient mesme formé le
dessein de piller les Palais de
ce dernier, & de s'emparer
de tous ses Effets.M Constance
en fut averty ?
& armé
de sa feule fermeté, soutenuë
de celle de M- le Chevalier
Fourbin ,il alla au devant
de ces mutins? fit saisir
les plus coupables, dissipa le
reste, & fit avorter leur entreprife.
Certe actionjustifie
tout ce que les Relations
ont dit à la gloire de Mr
Constance
, & fait voir que
les François sontpartout
Francois, c'est à dire, intrepides),
& que ce n'est pas seulement
en France qu'ils font
connoistre l'intelligence qu'-
ils ont dans le métier de la-
Guerre? lors qu'ils ont pris
une fois le party des armes.
Si toutes les circonstances de
cette révolte, dont j'ay lieu
dc croire que le fond estres
veritable,ne sont pas entierementconformes
à la maniere
dont l'action s'est passée,
songez qu'ilest fortdifsicile
d'avoir des éclairciffemens
de si loin. Cependant
si ceux à qui les avis en sont
venus, m'apprennent quelque
chose de nouveau sur cet
Article, je vous en feray part
le moisprochain, soiten augmentant
,
soit en diminuant
les paticularitez de cette
Nouvelle.
Vous vous souvenez d'un
Ecclesiastique Siamois, qui a
£Ûé élevé dans la Million à
Siam. Je vous en ay parle
plusieurs fois, sur tout lors
qu'il soutintenSorbonne, du
temps que les Ambassadeurs
duRoy de Siam estoient en
France. On l'avoit mis dans
la Mission Etrangere de Paris,
d'où sortent les Millionnaires
pour Siam. Le Pape
a esté informé de son merltey
& ayant sceu le progrés qu'il
avoitfait dans la Théologie)
ce qui peut estre fort avantageux
à la Religion Chrefiienne,
parce qu'il pourra beaucoupmieuxqu'un
autre- fuader ceux de G. Nation^
SaSainteté a voulu le voir? &
il est party pour Rome. Comme
les talens qu'il a ne peuvent
manquer à se faire connoistre
en peu de temps dans
un lieu où les esprits lont si
éclairez,il ya sujet de croire
qu'on verra un jour un
Siamois élevé aux premières
dignitcz deI'F-ullfè,
Fermer
Résumé : Nouvelles de Siam. [titre d'après la table]
Après le départ du Chevalier de Chaumont du Siam, le roi de Siam, admirateur de la France, souhaitait des officiers français à son service. Le Chevalier de Chaumont laissa le Chevalier Fourbin, un officier distingué, devenir l'amiral du roi de Siam. Fourbin se montra compétent en mer et capable de discipliner les troupes terrestres. Lors d'un exercice, des compagnies de Portugais et de Mores se révoltèrent contre lui, prétextant une mauvaise évaluation. Cette révolte cachait une conspiration contre Fourbin et M. Constance. Informé, Constance, soutenu par Fourbin, réprima la mutinerie et arrêta les principaux coupables. Le texte souligne le courage et l'intelligence des Français dans l'art de la guerre. Un ecclésiastique siamois, élevé à la Mission de Siam à Paris, impressionna par ses compétences en théologie. Informé de ses mérites, le Pape souhaita le rencontrer, et l'ecclésiastique se rendit à Rome, où ses talents pourraient lui permettre d'accéder à des dignités élevées dans l'Église.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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208
s. p.
AU ROY.
Début :
SIRE, Quoy que l'usage de renfermer toutes les plus [...]
Mots clefs :
Roi, Actions, France, Épître, Voyage, Soleil, Abondance, Ordonnances, Dieu, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU ROY.
AV ROY.
11
fej- IRE,
Quoy quel*Hfagederenfermer
toutes les plus belles
actions de ceux a qui l'oit
adresse des Epitres dela nature
de celle que j'ose Attjourd'huypresenteraVostre
Majesté, parcifje ftd{[,
presque de tout temps ,
il
est néanmoins atfoinmeut
impossiblede le f ivre
dans celles oue Vousavez,
la bontéde vouloirbien recevoir.
Ledétailde la moindre
de Vosactions pourroit
remplirdesVolumes,quand
toute la vie des autres ne
fiattrait fournir qnoe pente
lesujet d'uneseule Epitre,
Monzelem'en afait entreprendreplusieurs,
maistoutesensembleneforment
qu'-
une très-imparfaiteébauche
de quelques unes des
actions de Vostre Majefiéy
&comme en de pareilles occasions
on a toujourslieu de
craindre dese trouveraccablépar
l'abondance de la
matiere
,
je ne parleray en
celle-cy
, que des fuj-ts de
loüange que vous a'veZdonnez
dans <voftretinnief
Voyage. Vn autre que
Vous, SIRE,n'en auroit
fournyaucun dans le cours
borné d'une simple promenade.
Cependantce quesay
à dire me paroist sivaee
que)eness.tiroispoint,sije
cherchoisà l'étendre.Vojlre
Maiesté fit paroistre sa
bonté avant son départ9
lors quillujplutderasseurer
l'Europeinquiette, à laquelle
on vouloitpersuader
que Vous nepouvituortir
de Versaillessansporteratteinteàson
repos. C,eflun
marii,ie,SIRE,qite Vous
aveZj mis !a France dans
un haut degré de vieire,
que Vousrendue
bien/edoutabie^queVous
ne iettezpasmoins de
crainte dans les coeurs des
jaloux de vostre puissance,
que Vous eaufeT^jCamour,
& d'admiration dans tous
les autres. Vostre Voyage
n'a point allumélaguerre
qu'ilsseignoient de craindre,
&vouloienàeex.
citer pour leurs interests
particuliers. Vous n'estes
pointparty avec laterreur.
Vous n'avez point paru
comme un Mars soudroyant,
quilaisse la desolation
par tout ou il passe ,
maiscommeunSoleilbienfaisant
qui cause lafecondité
dans tous les lieux où
il jettesesregards.Ilflmble
que Fousriajez^quitte'
le delicieux sejour de Versailles
que pour aller porter
labondance dans ces heu-*
reuses Provinces que Vous
ave^ traversees. Vous arueZ
J.o/ic partout dequoy
ornerlesAutels,&embelli
1 r-' r,'" Ir ,"s 11''ilUs.Y''OS 'J"C":
putssefontlur^r^ent i-epandus
sur tous les Pau-
D?es , & ce qui iu/ques icy
n'avoit pointeu d'exemple,
on peut dire que vous a-
*ueZj renchery sur ceux d;e
Soleil. Il ne rend nos terres
secondesqu'unefoisl'année,
&vos L) 1;tetsoutctrouvéa
vostreretour,lesm ; ,. ¡',
beralitez dont ils avoient
senty les effets peu auparavant
, de maniere qu'ils en
ont estécombles.Si les Eglises,
& les Pauvres ont
eu pendantvostre Voyage
de si grandes marques de
vosbontez, la Noblesse detous
les lieux oùVofire
Maiesté a passé>ena recets
desensibles& d'éclatantes
qui seront eternellement
gravées dans tous les coeurs
de leurs Descendans, f0 ils
les estimerontinfiniment
Ol/lus que tous les titres de
leurMaison,parmy lesquels
la posterité les conserï*
vera* Dansquelleconsideration
ne seront-ils point,
quand onsçauraqu'ilssevont
formez, du sang de
,-::euxquj auront eu l'honneur
dese voir à la table de leur
JRoy ! mais quel Roy , le
Monarque quiaura estéla
erreur, l'amour, & l'admiration
detoute la terre,
vnfin LO VIS LE
ZrRAND-Voilà>SJRE>
ce que Vojfre Maiefiê a
produit,enfaisantmanger
àsa tableplusieurspersonnes
de distinction qui onteu
l'honneur de l'avoir pour
Jrfoflre.Si lesouvenir en est :
eternellementgardé dansles
Famillessurlesquelles cette *
insignefaveur est tombée,
avec quelle veneration ne'!J
conservera-t -on point la4
mémoire des Ordonnances
quevous avez faitrendrez
par un celebre Chapilreolt
pourl'augmentationau culz:
st de Dieu
, & de quelle
utilité ne seront point les
exemples de pieté que Vous
avez* donnez aux peuples,
qui en ont esté témoins
v.ouJaveZ!u foin, SIRE,
que Dieusust tous lesiours
servy& honorépartoute 14
Cour, &partoutevostre
Maison,& pendant lasemairie
de l'année qui demande
leplus d'exercices de
devotion
, & la feule ou
sl'oEigrlsisàeecshtanotcecrulpeéselotouuasngleess
du Seigneur, non seulement
VostreMaiesté n'a
pas manquédyassister,&
deseprosternerauxpieds des
Autels en descendant de
Carosse au lieu d'allercher.
cher du repos;mais EUea
evoulu que le Service fuji
célébré avec beaucoup plus
d'éclat
, que nepermettoit
l'estat des lieux, st) lepeude
tempsqu'on avoitpoursy1
préparer.Je passe pardessus,
tout ce quiVous a fait ad-*•
mirer dans Luxembourg*
ma Relation en est remplie;
maisje ne puis mempescher
de dire que la France ne
Vous est pas seule obligée
des nouvelles Fortifications
que VOUIY avez, faitfaire,
& de la nouvelle Forteresse
que Vousfaites élever,pour
couvrirvosfrontières ;toute
l'Europe Vousest autant
redevable que la France,
puisque ces nouveauxRamparts
ostant aux jaloux de
vostre gloire ,la pensée
qnils pourrotent avoir de
Vousattaquer, metient"Vos
Sujets à couvert de toute
tnfulte, & empeschentque
la tranquillité de L' turope
ne soit troublée. En effet,
S1RE ,
yeus ne pourriez,
estre attaqué sans qu'elle
jfufta-issï-tolftoute en firmes.
Quiauroitcru,SIRE,
que vojîreMajefiéeuji
*pùsefaire admirerpartant
d'endroits pendant un si
court voyage j ou plûtost
qui auroit pû en douter,
futfqttElie rte fait aucun
pas quine serve à l'accroissement
desagloire? Person
ne ne lesçait mieux que
moy qui me suis imposé le
glorieux employ de receuillirtoute
les actions de Votre
Majesté pour les apprendre
à tout l':Vni'vers*
Je ne pouvois choisir un
travail qui puft me donner
plus de plaisir
, & qui
me procuraitplus d'honneur
,
puisqu'il me donne
Lku quelquefois d'approcher
de Vostre Sacrée Per-*
Jonne.Iefuis avec le plus
profond refpeff,
1
1 SIRE,
DE VOSTREMAJESTE
$<Ctics-humble & tres-obeissant
Serviteur&Sujcc3
L~
DIVIZ.I',
11
fej- IRE,
Quoy quel*Hfagederenfermer
toutes les plus belles
actions de ceux a qui l'oit
adresse des Epitres dela nature
de celle que j'ose Attjourd'huypresenteraVostre
Majesté, parcifje ftd{[,
presque de tout temps ,
il
est néanmoins atfoinmeut
impossiblede le f ivre
dans celles oue Vousavez,
la bontéde vouloirbien recevoir.
Ledétailde la moindre
de Vosactions pourroit
remplirdesVolumes,quand
toute la vie des autres ne
fiattrait fournir qnoe pente
lesujet d'uneseule Epitre,
Monzelem'en afait entreprendreplusieurs,
maistoutesensembleneforment
qu'-
une très-imparfaiteébauche
de quelques unes des
actions de Vostre Majefiéy
&comme en de pareilles occasions
on a toujourslieu de
craindre dese trouveraccablépar
l'abondance de la
matiere
,
je ne parleray en
celle-cy
, que des fuj-ts de
loüange que vous a'veZdonnez
dans <voftretinnief
Voyage. Vn autre que
Vous, SIRE,n'en auroit
fournyaucun dans le cours
borné d'une simple promenade.
Cependantce quesay
à dire me paroist sivaee
que)eness.tiroispoint,sije
cherchoisà l'étendre.Vojlre
Maiesté fit paroistre sa
bonté avant son départ9
lors quillujplutderasseurer
l'Europeinquiette, à laquelle
on vouloitpersuader
que Vous nepouvituortir
de Versaillessansporteratteinteàson
repos. C,eflun
marii,ie,SIRE,qite Vous
aveZj mis !a France dans
un haut degré de vieire,
que Vousrendue
bien/edoutabie^queVous
ne iettezpasmoins de
crainte dans les coeurs des
jaloux de vostre puissance,
que Vous eaufeT^jCamour,
& d'admiration dans tous
les autres. Vostre Voyage
n'a point allumélaguerre
qu'ilsseignoient de craindre,
&vouloienàeex.
citer pour leurs interests
particuliers. Vous n'estes
pointparty avec laterreur.
Vous n'avez point paru
comme un Mars soudroyant,
quilaisse la desolation
par tout ou il passe ,
maiscommeunSoleilbienfaisant
qui cause lafecondité
dans tous les lieux où
il jettesesregards.Ilflmble
que Fousriajez^quitte'
le delicieux sejour de Versailles
que pour aller porter
labondance dans ces heu-*
reuses Provinces que Vous
ave^ traversees. Vous arueZ
J.o/ic partout dequoy
ornerlesAutels,&embelli
1 r-' r,'" Ir ,"s 11''ilUs.Y''OS 'J"C":
putssefontlur^r^ent i-epandus
sur tous les Pau-
D?es , & ce qui iu/ques icy
n'avoit pointeu d'exemple,
on peut dire que vous a-
*ueZj renchery sur ceux d;e
Soleil. Il ne rend nos terres
secondesqu'unefoisl'année,
&vos L) 1;tetsoutctrouvéa
vostreretour,lesm ; ,. ¡',
beralitez dont ils avoient
senty les effets peu auparavant
, de maniere qu'ils en
ont estécombles.Si les Eglises,
& les Pauvres ont
eu pendantvostre Voyage
de si grandes marques de
vosbontez, la Noblesse detous
les lieux oùVofire
Maiesté a passé>ena recets
desensibles& d'éclatantes
qui seront eternellement
gravées dans tous les coeurs
de leurs Descendans, f0 ils
les estimerontinfiniment
Ol/lus que tous les titres de
leurMaison,parmy lesquels
la posterité les conserï*
vera* Dansquelleconsideration
ne seront-ils point,
quand onsçauraqu'ilssevont
formez, du sang de
,-::euxquj auront eu l'honneur
dese voir à la table de leur
JRoy ! mais quel Roy , le
Monarque quiaura estéla
erreur, l'amour, & l'admiration
detoute la terre,
vnfin LO VIS LE
ZrRAND-Voilà>SJRE>
ce que Vojfre Maiefiê a
produit,enfaisantmanger
àsa tableplusieurspersonnes
de distinction qui onteu
l'honneur de l'avoir pour
Jrfoflre.Si lesouvenir en est :
eternellementgardé dansles
Famillessurlesquelles cette *
insignefaveur est tombée,
avec quelle veneration ne'!J
conservera-t -on point la4
mémoire des Ordonnances
quevous avez faitrendrez
par un celebre Chapilreolt
pourl'augmentationau culz:
st de Dieu
, & de quelle
utilité ne seront point les
exemples de pieté que Vous
avez* donnez aux peuples,
qui en ont esté témoins
v.ouJaveZ!u foin, SIRE,
que Dieusust tous lesiours
servy& honorépartoute 14
Cour, &partoutevostre
Maison,& pendant lasemairie
de l'année qui demande
leplus d'exercices de
devotion
, & la feule ou
sl'oEigrlsisàeecshtanotcecrulpeéselotouuasngleess
du Seigneur, non seulement
VostreMaiesté n'a
pas manquédyassister,&
deseprosternerauxpieds des
Autels en descendant de
Carosse au lieu d'allercher.
cher du repos;mais EUea
evoulu que le Service fuji
célébré avec beaucoup plus
d'éclat
, que nepermettoit
l'estat des lieux, st) lepeude
tempsqu'on avoitpoursy1
préparer.Je passe pardessus,
tout ce quiVous a fait ad-*•
mirer dans Luxembourg*
ma Relation en est remplie;
maisje ne puis mempescher
de dire que la France ne
Vous est pas seule obligée
des nouvelles Fortifications
que VOUIY avez, faitfaire,
& de la nouvelle Forteresse
que Vousfaites élever,pour
couvrirvosfrontières ;toute
l'Europe Vousest autant
redevable que la France,
puisque ces nouveauxRamparts
ostant aux jaloux de
vostre gloire ,la pensée
qnils pourrotent avoir de
Vousattaquer, metient"Vos
Sujets à couvert de toute
tnfulte, & empeschentque
la tranquillité de L' turope
ne soit troublée. En effet,
S1RE ,
yeus ne pourriez,
estre attaqué sans qu'elle
jfufta-issï-tolftoute en firmes.
Quiauroitcru,SIRE,
que vojîreMajefiéeuji
*pùsefaire admirerpartant
d'endroits pendant un si
court voyage j ou plûtost
qui auroit pû en douter,
futfqttElie rte fait aucun
pas quine serve à l'accroissement
desagloire? Person
ne ne lesçait mieux que
moy qui me suis imposé le
glorieux employ de receuillirtoute
les actions de Votre
Majesté pour les apprendre
à tout l':Vni'vers*
Je ne pouvois choisir un
travail qui puft me donner
plus de plaisir
, & qui
me procuraitplus d'honneur
,
puisqu'il me donne
Lku quelquefois d'approcher
de Vostre Sacrée Per-*
Jonne.Iefuis avec le plus
profond refpeff,
1
1 SIRE,
DE VOSTREMAJESTE
$<Ctics-humble & tres-obeissant
Serviteur&Sujcc3
L~
DIVIZ.I',
Fermer
Résumé : AU ROY.
L'auteur adresse une lettre à un roi, probablement Louis XIV, pour louer ses actions et vertus. Il souligne l'impossibilité de résumer toutes les actions royales en raison de leur abondance et grandeur. Même les moindres actions du roi mériteraient des volumes, contrairement à la vie d'autres personnes qui ne fournirait que le sujet d'une épître. La lettre met en avant la générosité du roi, notamment l'honneur accordé à certaines personnes en les invitant à sa table, et les ordonnances pour augmenter le culte de Dieu. Le roi est également loué pour sa piété et dévotion, notamment pendant le carême, où il a assisté aux services religieux avec éclat. L'auteur mentionne les fortifications et nouvelles forteresses construites par le roi pour protéger les frontières et assurer la tranquillité de l'Europe. Il exprime son admiration pour les actions du roi et son honneur de les recueillir pour les partager avec l'univers. La lettre se termine par une expression de profond respect et loyauté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
209
p. 1-337
JOURNAL DU VOYAGE DE SA MAJESTÉ A LUXEMBOURG.
Début :
Je vous l'ay promis, Madame. Il faut vous satisfaire [...]
Mots clefs :
Roi, Luxembourg, Sa Majesté, Prince, Place, Voyage, Ville, Cour, Gardes, Église, Verdun, François-Henri de Montmorency-Bouteville, Maison, Duc de Luxembourg, Honneur, Bonté, Paris, Comte, Fortifications, Troupes, Officiers, Évêché, Abbé, Versailles, France, Médailles, Corps, Personnes, Messe, Châlons-en-Champagne, Évêque, Marquis, Lieux, Régiment, Champagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DU VOYAGE DE SA MAJESTÉ A LUXEMBOURG.
JOURNAL
1 DV VOYAGE
DE
SA MAJESTÉl
A LUXEMBOURG.
E vous l'aypromis
,
Madame. Il faut
vous satisfaire sur le
grand Article du Voyage
de Sa Majesté à Luxembourg,
Pc. comme vous m'avez ordonné
de n'enoublier aucune
des circonstances, elles
feront le sujet d'une Lettre
entière. Un pareil Journal
doit estre agréable aux Curieux
Tout le monde scait
que le Roy ne peut faire un
pas hors le lieu de sa résidence
ordinaire, que toute
l'Europe ne soit aussi-tost
en mouvement. Le bruit de
ce Voyage n'eut pas plûtost
Commencé à se répandre,
qu'elle fit paroistre de grandes
alarmes. Mais que pouvoit-
elle avoir à craindre?
Elle devoitestre persuadée,
que le Monarque qui luy a
donné la Paix? n'avoir aucun
dessein de la rompre.
C'est son ouvrage, & loin
de songer à le détruire,Sa
Majesté fera toûjours preste
à faire repentir ceux qui travailleront
à troubler le calme
qu'il a étably. Un pareil
dessein ne sçauroitestre
conceu que par des Ambitieux
opiniâtres, & trop constamment
jaloux de la grandeur
de ce Prince;mais c'est
àeux seuls à craindre, dans
letemps qu'ils veulent rendresuspectes
toutes ses démarches,
& jetter dans les
cfprits des frayeurs seditieuses,
afin d'exciter dans la
plus grande partie des Etats
voisinsle desordre & la confusion,
sans quoyils demeurent
dans une fâcheuse obsçuiipé?
qui leur est beaucoup
moins supportable que la
douleur que les Victoires du
Roy ont dû leur causer
, pour
ne pas dire, leurs continuelles
défaites. Comme il y a
peu de Regnes qui ne plaisent
,
a quelques chagrins
que l'on puisse estre exposé
en regnant ,ils voudroient
toûjours jouir de la tristesatisfaction
qu'ils ont de com*.
mander aux dépens de la
tranquillité de l'Europey
mais le Roy quien est leBienfai£
teur> & le Pere, voulant
luy conserver le repos qu'il
luy a si genereusement procuré,&
dontil lafait jodir.,
malgré lescontinuels obstacles
qu'on oppose inutilement
à sabonté, renverse
tous leurs desseins par sa prudente
conduite &: par sa perseverance.
Les défiances que
l'on a voulu donner de son
Voyage) donton pretendoit
que de secrets desseins estoient
les motifs, ont esté
une occasion au Roy de confondre
les Ennemis de sa
gloire. Il n'a pu soffrir qu'on
crustqu'il déguisast ses intentions
,8z pour empescher
que leur sincerité ne fust
foupçonnée
9
il a bien voulu
donner un éclaircissement,
quien faisant voir la bonté
qu'il a de'ne point chercher
à troubler l' Europe qu'il a
l, pris foin de pacifier, a servy
encore, par des assurances
publiques,& dont aucun
Prince ne pouvoir douter, à,
dissiper les frayeurs que les
.1n.1.1 intentionnez avoient
jettées dans les coeurs timides,
afin de parvenir à leur but.
Non seulement ils n'y sont
point parvenus ?
mais tout ce
qu'ils ont pû dire, n'a fait que
fairemieux voir combien le
pouvoir du Royest redoutable,
puisqu'ilsontété obligez
de faire connoistre eux-mêmes
par toutes les chosesqu'ils
ont avancées, qu'il suffitque
ce Monarque fasse une entreprise
pour y réiiflir
, & que
s'il veut vaincre, il n'a qu'à
combattre. On a sujet de les
croire. Ils n'ont pas eu desfein
de flater
,
&sur ce qui se
publie de cette nature ,
les
Ennemis sont plus croyables
que d'autres, puis que leur
sincerité ne peut estresoupçonnée.
Mais comme vous
pourriez douter de la mienne
lors que je vous parleai
& croire que je me suis formé
exprés des monstres pour
les combattre, en faisant paffer
mes conjectures pour des
veritez,à l'égard de tout ce
que je viens de vous dire dt.
l'inquietude que l'on a voulu
donner à la plus grande
partie de l'Europe, pour luy
faire prendre de l'ombrage
des desseins du Roy
?
voicy
une piece justificative.
Sa Majesté
,
à qui rien n'est
inconnu, tant à cause de sa
vive penetration
, que des
foins qu'elle prend sans cesse
pour bien s'acquiterde ce que
son rang demande,sçachant
ce qui se disoit du dessein
qu'Elle avoit pris de faire un
VoyageàLuxembourg, voulut
faire voir la mauvaise intention
de ceux qui en répandant
des bruits contraires
au repos public, pretcndoient
venir à bout de leurs entreprises.
Dans cette pensée, Elle
ordonna à Mrle Marquis de
Croissy Colbert
,
Ministre &
Secretaire d'Estat
, ayant le
département des affaires étrangeres,
d'écrire une Lettre
à Mrle Cardinal Ranuzzi,
Nonce de Sa Sainteté enFrance.
Voicy à peu prés le sujet
de cette Lettre. Ive de Croisfy
marquoit à ce Cardinal
que le Roy luy avoit commandé
d'informer son Eminence de la
resolution qu'ilavoit priscel'al.,
lerdans le mois de May à Luxembourg
, CJTouencore que Sa
Majcflr n'eustpas accoûtumé de
rendre raison de Jes actions,
comme Elle ne vouloit pas
néanmoins renouveller l'alarme
qu'on dvùitprise sans fondement
de l'ouverture qui a esté
faite du convertissement de la
Tréve en un TraitédePaix ; Elle
luy avoit ordonné de /'assurer de
sa part ,
qu'Elle ne faisoit ce
Voyage que pour satisfaire la
curiosité qu'Elle avoit de voir
Elle-mesme en quel estat estoit
otlors cette place;, d'oùelleseroit
de retour,troissemaines, ou tout
A-U plus tard un mois aprésqu'Elle
seroit partie de Versailles;
qu'Elle se promettoit que son
Eminence empescheroit par Je$
Lettres tant à Sa Sainteté que
par tout ailleurs où ellel'estimeroit
à propos , que ce Voyage ne
donnast de l'inquietude aux
Etats Voisins
, 0* qu'aucun
Prince ne pustprendre le pretexte
de la marche de Sa Majestéspour
refuseràl'Empereur lessecours
ausquels ilsseseroientengagez,
Sa Majesté n'ayantpas d'autre
dessein que celuy dontElle l'avoit
chargéde l'instruire.
Cette Lettre qui fut écrite
à Marly,estoitdattée du quatrièmed'Avril.
MrleNonce
qui s'apliqueavec tout le foin
imaginable à tout ce qui peut
maintenir la paix, la reçût
avec une extrêmejoye.Il en
envoya des copiesdans tous
les lieux, où ille crut necessaire
pour remettre les esprits,
& n'en refusa point aux Ministres
Etrangers qui sont à
Paris, ny mesme à tous ceux
qui prirent la libertédeluy
en demander ; de forte que
cesCopies s'estant multipliées
en fort peu de temps , cette
Lettre devint aussi-tost commune.
Chacun l'envoya à ses
Amis, &. elle courut incontinent
, non feulement dans
les Provinces de France;mais
encore dans les Pays Etrangers.
Comme le Roy na
jamais manqué à sa parole,
&que tout le monde en est
fortement persuadé
,
les esprits
qu'on avoit voulu inquicter
en leur faisant entendre
que le Voyage de Sa
Majestécouvroit des desseins,
€jui devoient troubler la tranqnilité
de l'Europe, furent
rassurez> & les ambitieux qui
ire cherchoient qu'à renouseller
la guerre en proposant
<de faire une Ligue pour l'éiriter
, demeurerent dans une
Extrême confusion par l'impossibilitéqu'il
y avoit de
venir à bout de leurs desseins.
On ne parla plus que du
Voyage, mais on en parla
d'une autre maniere qu'on
n'avoit fait jusque-là, & ceux
quiavoientvéritablement apprehendé
devoir le Roy à la
teste d'une Armée par les
soupçons qu'on avoit tâché
de jetter dans leurs esprits, se
proposerent de le venir admirer
lors qu'il feroit sur leurs
frontières
?
& ce fut pour eux
un fort grand sujet de joye
s d'esperer de voir de prés, &
de considerer avec toute l'attention
que demandoit leur
curiosité? un Prince qui remplit
tout l'Univers du bruit
de son naIn, & de ses vertus.
Pendant que la Noblessedes
Pays voisîns de Luxembourg:
goûtoit par avance le plaisir
qu'elle attendoit en voyant
le Koy & qu'elle en avoit
l'idée remplie,comme on l'a
ordinairement de toutes les
choses.guc l'onsouhaiteavec
passion, ceux qui estoient du
Voyage s'y preparoient; d'autres
en parloient & d'autres
écrivoient sur ce sujet.Voicy
une Devise deM Magnin de
l'Academie Royale d'Arles,
surceVoyage.Le Soleil estoit
alors au figne du Belier. Cette
Devise a pour mot
CURSUM INCHOAT
OMINE MITI.
Il renouvelle son cours
Sous de fortunezpresages;
Loin d'icy
)
sombres nuages,
Nous n'aurons que de beaux
jours.
Ces Vers convenoient a£-
sez à ce qu'on venoit de publier
touchant les desseins
cachez fous le Voyage du
Roy.
Voicy une autre Devise
de Mr Rault de Roüen, sur
ce mesme Voyage daSa Majesté,
allant visiter ses Conquestes
,&voir ses nouveaux
X Sujets. Cette Devise a pour
corps le Soleil en son midy
sansnuages & sans ombreJ
&jettant de benignes influences
sur les Regions par
où il passe. Ces mots en sontl'ame.
FELICI BEAT
ASPECTU.
Tel que paroist le Dieu du
jour
Porté dans son char de lu
miere
,
Quand par chaque Climat il
faitsonvaste tour
Pourvisiter la terre entiere
J
k
Et que parsesbrillansrayons
Il produit en tous lieux les biens
quenous voyons;
Tel l'Augure LOUIS ruifitant
ses Conquestes,
Quelque part qu'il porte les
yeux,
SurJes Sujets nouveaux qui s'offrent
en ces lieux,
Répandsesfaveurs toutesprefies,
Et quoy qu'il fajfe voir la fierté
du Dieu Mars
,
( Sesyeux nont que de doux
re7g,ardsoLe
temps du Voyage s'avançoit,
& l'on estoit presque
sur le point de partir,
lors que le Roy fut attaqué
d'un grand Rhume. Mais
loin que cet accident sist
prendre aucune résolution
contraire à ce qui avoit esté
arresté, Sa Majesté ne retrancha
pas mesme un quartd'heure
des Conseils qu'Elle
avoit accoûtumé de tenir-
Mr de Louvoispartit quelques
jours auparavant , pour
unVoyage de prés décrois-
-- - .-- - - - --
cens lieues,& Mr de Seignelay
partit de son costé pour
aller voir les Fortifications de
Dunkerque. Comme il faut
donner quelque ordre à cette
Relation, je ne parleray de
leur Voyage que quand je
vous marqueray leur retour
auprès du Roy, Je vous diray
cependant qu'en s'éloignant
de Sa Majesté,ils avoient
toujours la mesme
part aux affaires. Rien n'est
aujourd'huy épargné en
France pour le bien de l'Etat,
&.
& le Roy, par le moyen des
Courriers
> peut conferer tous
les jours avec ceux qui sont
éloignez de luy.MrdeCroissy
fut le seulMinistre qui
devoit accompagner Sa Majesté.
Le Controleur GeneraI,
dont la presence & les
foins font toûjours neccffaires
icy,ne fait jamais aucun
Voyageavec Elle. Mais comme
je viens de vous le marquer,
ceux qui ont affaire au
Roy,parlent, pour ainsi dire
i tous les jours à Sa Majesté
?
quelque longue distance
qui les en feparc ,rien n'estans
épargné pour cela, & les
Postes du Royaume n'ayant
jamais esté en si bon estat
qu'elles sont presentement.
Des raisons avantageuses à
la France empescherentMadame
la Dauphine de se préparer
à estre de ce Voyage.
Monsieur
, qui relevoit de
maladie resolut de prendre
l'air à Saint Cloud pendant
l'absence du Roy, & Madame
voulut tenir compagnie
à ce Prince, malgré le plaisir
qu'elle prend aux Voyages
& à la Chasse, cette Princesse
estantinfatigable dans
des exercices qui lassent quelquefois
les hommes les plus
robustes.
Le Roy ne voulant pas
fatiguer sa Cour pour un
Voyage qui ne devoit passer
que pour une promenade,
resolut d'aller à petites journées,&
de mener Monsieur le
Duc du Maine,&Monsieur
le Comte de Toulouse.Onne
peut trop tost leur faire voir
des. Fortifications; des Troupes,&
des Reveues,& l'on
peut dire que leur en faire
voir de cette maniere, c'est
commencer à leur apprendre
en les divertissant, tout ce
qu'ilsdoivent sçavoir? ce qui
cft cause souvent qu'ils y
prennent plus de plaisir, &
qu'ils s'y attachent davantage
dans la fuite. Ces jeunes
Princes estant du Voya,
ge )
il fut.arresté que les Dagacs
en seroient aussi;celles
qui furentnommées font
Madame la Duchesse, Madame
la Princesse de Conty,
Madame la Princesse d'Harcour)
Madame la Duchesse
de Chevreuse, Madame de
Maintenon, & Madame de
Croissy? avec les Dames, &
Filles d'honneur des Princesses.
Elles devoient toutes
aller, ou dans le Carosse
duCorps du Roy, ou dans
d'autres Carosses de Sa Majesté,
& avoir l'avantage de
manger avec ce Prince. C'est
un honneur qu'elles ont u
pendant tout le Voyage.
Il fut aussi arresté que le Regiment
desGardes ne marcheroit
point, & que suivant ce
qui s'est souvent pratiqué, le
Roy seroit gardé par l'Infanteriequi
se trouveroit dans
les Places, où Sa Majesté
passeroit, & que dans les lieux
où il n'y auroit point d'Infanterie
en garnison les
Mousquetaires mettroient
pied à terre,& feroient garde
autour
l.
du logis du Roy.
Comme les Gendarmes & les
Chevaux-Legers ne servent
que par quartier, de mesme
que les Officiers de sa Maison
, du nombre desquelsils
* sont, & que ces Corps ne
marchent entiers qu'en temps
de Guerre, & lors que Sa
Majestéfait quelque Camp
Elle ne voulut estre accompagnée
dans ce Voyage
) que
de ceux de ces Corps qui esroient
alors en quartier. A
l'égard des Gardes duCorps,
le Roy resolut de mener seulement
leGuet. Comme vous
pourriez ne pas sçavoir ce
que c'est que ce Guet, il fera
bon de vous l'expliquer. Les
Gardes du Corps font toûjours
dans le service, sans
estre néanmoins toûjoursauprés
du Roy. Ils ne fervent
point par quartier comme
les Gendarmes & les Chevaux-
Legers; mais comme
ils font en fort grand nombre,
on les fait loger en plusieurs
Villes? ce qui pourtant
ne s'appelle pas estre en garnsson
, puis qu'ils y font
moins pour garder ces Places,
que pour y attendre
qu'ils fervent auprèsduRoy,
ce qu'ils font alternativement.
On dit en parlant de
ceux qui ne font pas auprès
de Sa Majesté
,
qu'ils font
dans leurs quartiers, & l'on
appelle relever le Guet? lors
qu'il fort un nombre de Gardes
de ces quartiers
, pour
venir prendre la place de
ceux qui font auprésduRoy?
&: que ces derniers retournent
dans les quartiers où ils
estoient auparavant, Il y a
prés de dix-sept cens Gardes
du Corps, qui font divisez
en quatre Compagnies,& ces
CompagniesensixBrigades
chacune,qui font commandées
par six Officiers ; sçavoir
trois Lieutcnans & trois
Enseignes, Chaque Compagnie
elt reconnuë par les
Bandoulieres des Gardes,qui
font de couleurs differentes,
On reconnoist les Gardes de
la premiere Compagnie , au-"
trement>la Colonelle, commandée
par Mr le Duc de
Noailles, aux Bandoulieres
blanches, & aux Housses
rouges; les Gardes de la
Compagnie de Mr le Maréchal
Duc de Duras, aux Baudoulieres
- & aux Housses
bleuës; les Gardes de la Compagnie
de Mr le Duc de Luxembourg,
aux Bandoulieres
&aux Houssesvertes, 8c les
Gardes de la Compagnie de
Mr le Maréchal de Lorges,
aux Bandoulieres& aux
Housses jaunes. Cette derniere
Compagnie portoit
orangé dans son institution,
mais depuis, elle a changé
l'orangé en jaune. La Colonelle
seule a des Housses d'une
couleur différente de celle
desBandoulieres,& cela vient
de ce que le blanc n'etf pas
une couleur à estre employée
en Housses. Il est à remarquer
que le Guet des Gardes du
Corps qui sert auprès de Sa
Majesté, à pied,& à cheval,
est toûjours de deux cens
Gardes, dont une partie est
de Salle, & l'autre se repose
tour à tour. Ce Guet n'est
jamais d'une seule Compagnie
,
mais de plusieurs ensemble.
ainsi que les Officiers
qui les commandent;
de forte que le Capitaine des
Gardes qui est de quartier,
n'a jamais sousluy aucun Ofsicier
desa Compagnie quand
il est de serviceauprésduRoy.
Vousremarquerezencore que
le Guet ne sert qu'un mois
auprès du Roy> à moins qu'ij
n'y ait quelque force raison
pour le faire servir plus longtemps,
comme dans l'occasion
de quelque Voyage tel
que ccluy que l'on vient de
faire. Ce n'est pas que dans
un Voyage plus long le Guet
ne changeast de la mesme
fortequ'à Versailles
, parce
qu'alors on feroit suivre tous
les Gardes. Rien ne marque
tant la grandeur du Roy que
ce changement de deux cens
Gardes tous les mois. J'ar,
crû vous devoiraprendretoutes
ces choses , & que ce ne
feroit pas sortir de la matiere
que je me fuis proposée dans
cette Lettre? parce qu'autrement
vous n'auriez pas bien
compris ce que c'eil: que le
Guet, dont j'ay este oblige
de vous parler,pour vous faire
une Relation du Voyage
du Roy aussi exacte que celle
que j'ay entrepris de vous
envoyer.
Touteschoses estantainsi
arrestées
)
personne ne douta
du Voyage, parce qu'ontient
toûjours pour certain tout ce
que le Roy resout, &le jour
deson départ aprochant,ceux
qui ne devoient pas l'accompagner
redoublerent leurs
empressemens auprès de ce
Prince. Jamais on ne vit de
Cour si grosse. Les Ministres
Etrangers allerenr prendre
congé de Sa Majesté
,
ainsi
que les Chefs des Compagnies
superieures,& plusieurs
autres personnes distinguées
dans la Robe par leurs emplois,&
par leur mérite. Plusieurs
Etrangers se renditent
aussi à Versailles pendant les
derniers jours que le Roy y
devoit demeurer, & quantité
de Peuple de Paris y courut
pour avoir le plaisir de joüir
feulement quelques momens
de la veuë de ce Monarque'
lors qu'il iroità laMesse, ou
à la promenade, ou pendant
qu'il disneroit. Sa Majesté
devant partir un Samedy pour
aller coucher à Clayes, où la
Cour estoit obligéed'entendre
la Messe le lendemain.
parce qu'ilestoit Dimanche,
Elle eut la précaution de recommander
quelques jours
avant qu'Elle partist, qu'il s'y
rencontrait beaucoup de
Prestres pour en celebrer un
assez grand nombre, & fit
paroistre sa pieté par cet
ordre.
Le Voyage avoit esté arJ
resté d'abord pour le deuxiémede
May,mais la rougeole
quisurvinta Madame la
Duchese,fut cause que le
Roy le Temii au dixiéme dta
mesme mois. Ce jour estant
arrive, Sa Majesté
>
après avoir
entendu la Messe dans le
Chasteau de Versailles
, en
partit avec toutes les personnes
de distinction,&les
Troupes que jeviens de vous
nommer. Le nombre de celles
qui devoient faire le Voyage
estoit grand;cependant, celane
faisoit qu'une tres-petite
partie des Troupes de sa Maison
,puisque le Regimentdes
Gardes ne marchoit pas, &
qu'il n'y avoit qu'un quart des
Gendarmes
, & des Chevaux
Legers, avec la neufou dixiéme
partie des Gardes du
Corps ou environ. Il y avoit
outre cela, tous les Officiers
de sa Maison en quartier dont
je ne vous diray rien, tout ce
qui regarde cette Maison
n'estant inconnu à personne.
Comme le Roy devoit
passer à Paris, le Peuple impatient
de le voir occupa dés
le matin tous les lieux de son
passage, aimant mieux l'attendre
pendantplusieurs heul'es,
que de manquer à luy
souhaiter par ses acclamations
une longuevie, & un
heureux Voyage. Les Religieux
sortirentaussi de leurs
Convents, &: la pluspart des
Fenestres furent remplies de
personnesdistinguées.LeRoy
quis'est toûjours moins attiré
les coeurs par la grandeur
de son rang que par ses manieres
toutes engageantes, salüa presque toutes les Dames
qu'il vit aux fenestres.
Sa Majesté passa par la Place
des Victoires, où Mrle Duc
de la Feüillade & Mle Prevost
des Marchands l'attendoient
avec un grand nombre
de personnes de la premiere
qualité. Vous sçavez
sans doute qu'on n'a fait encore
qu'une partie duBastiment
qui doit embellir cette
Place. Cela fut cause qu'on
pria le Roy d'avoir la bonté
de dire de quelle maniere il
souhaitoit qu'on l'achevaft ,
& si on continueroit ce qu'on
avoit commencé , sur les
desseins de Mr Mansard son
premier Archirecte , c'est à
dire à l'égard de la figure de
la place, car les Bastimens onc
toûjours esté trouvez fort
beaux. Sa Majesté en parut
fort satisfaite, & jugea à proposque
l'on fuivift le dessein
qui avoit esté commencé.Mr
de laFeüilladeayant fait entierement
dorer la Figure du
Roy depuis que Sa Majesté
ne l'a veuë ,
Elle s'attacha à
la considerer attentivement.
Quelques-uns dirent qu'ils
l'auroient mieux aimée de
bronzerd'autresfurent d'un
sentiment contraire, &alleguerent
que la Statuë de
Marc Aurele que l'Antiquité
a tant vantée,& qui a esté
si estimée des Romains,avoit
esté dorée.Onrépondit que
ce n'estoit pas ce qui l'avoit
fait admirer,&quel'Empereur
Neron avoit fait dédorer
uneFigure d'Alexandre.Ceux
qui font profession d'estre
curieux ne prirent pas le party
île l'or, parce qu'il y a plus
de
<fcbronze que d'or dans leurs
Cabinets. Le Roy qui neparle
point sans se distinguer
,
dit
beaucoup en ne disant rien.
Il nevoulut chagriner personne,
& dit obligeamment
pourMrdela Feüillade,qu'il
nefalloitpas s'estonner qu'il eust
fait dorersa Figure
,
puisque si
l'onavoitpû la faire d'une matiere
plus precieuse
iI- & qu'il
-eujl eslé en estat d'en soûtenir ltt
dépense , il estoitpersuade qu'il
n'auraitrien épargnépourcela.
-
Je n'interprété gMnr ca.
paroles qui font voir tout le
bon sens & toute la delicatesse
d'esprit impaginable, &
dont la finesse consiste plus
en ce qu'elles font entendre,
qu'en ce qu'elles expliquent
àl'égard de la dorure.
Rienn'estant égal auzele
de Mrle Duc de la Foüillade,
qui tâche sans ccue de le faire
paroistre
,
par des augmentations
qu'il fait à tout ce qui
regarde la fiegure de la Place
es Victoires, & qui font autant
d'embellissemens nouveaux,
&: de témoins éclatans
delavive ardeur qu'il a pour
Sa Majesté
, on trouva huit
Inscriptions nouvelles écrites
en lettres dorées au feu, &
dans huit Cartouches de
bronze doré, attachezautour
du Piedestal
, qui porte cette
Figure couronnée par la Victoire.
Cette augmentation
de beautez
>
après l'estat où
Mr de la Feüillade a mis la
Figure, fait voir que lors qu'il
s'agit de faire quelque chose
qui regardelagloire du Roy
,
il n' y a rien d'assez grand
pour le pouvoir satisfaire,
Voicy ce qui remplit les huit
Cartouches.Les deux qui font
au dessous du Roy & entre les
deux Esclaves qui regardent
l'Hostel de laFeüillade
, contiennent
les paroles suivantes.
I. CARTOUCHE.
Il avoit sur pied deux cens
quarantemille hommes d'Infanterie
,
vsoixantemille chevaux
pins les Troupes de ses .drmées.
AItvalesjors qu'ildonna laPaix
à l¡''EEuropeen 1678(").
II. CARTOUCHE.
Sa fermetédans "/:,), douleurs
rassura les Peuples desolez au
mois de Novembre 1686.
Voicy ce qu'on lit dans
les deux Cartouches de la
face droite du Piedestal ,qui
est du costé de la ruë des Petits-
Champs.
III. CARTOUCHE.
Aprés avoir fait d'utiles Reglemenspour
le Commerce, (')
reformé les abus de laj'ijlicc> l
donna un grandexcnpled'équité
enjugeantcontresespropres ,jntfrests
en faveur des Habitans de
Paris dans une affaire de! sieurs millions.
IV. CARTOUCHE.
Six mille jeunes Gentilshommes
Jepa^e^ par Compagnies,
gardentsesCitadelles,ven remplacentdes
Ofifciersdeses Troupes
; & leur éducation rft dignt
de leur naissance.
Les deux Cartouches qui
font du costé de l'Eglise des
Religieux appellez les Petits-
Peres,fontvoir ce qui suit.
V.CARTOUCHE.
Deuxcens dix Places,Forts,
Citadelles
, Ports, v Ha'1-'(c5
fortifiez gjf revestusdepuis 1661»
jusques à 1086; cent quarante
mille hommesdepied, vtrentemilleChevaux
p.'ye^ par mois ;, assurent Jes Frontieres.
VI.CARTOUCHE.
Il a bastyplus de cinq cens Esqu'il a dottt'Sde riZ'c/itiy
considerables
, & il a estably
l'entretien dequatre censjeunes
Demoiselles dans la magnifique
Maison de S. Cir.
Voicy ce que renferment
les Cartouches du derriere du
piedestal qui regarde la ruë.
VII.CARTOUCHE.
Il a basty un superbe
j &*'
'Va/le édifice pour les Ofifciers &
Soldats que l'âge er les bltfju•*
res rendentincapablesdejervir^
mille livres de rente.
VIII. CARTOUCHE.
L? nombre desoixante mille.
Matelots enrolez,
,
dont vingt
miÜe fontemployer*sonservice
, (èj les quarante mille
Autres au commerce de ses Sujets,
marque la grandeur, dr le
bonordre delaMarine.
Vousvoyez Madame, que
ce qui est contenu dans ces
huit Cartouches donne uuç
haute idée de la vie du Roy,
&qu'onne peut dire plus de
choses en moins de paroles,
nyen faire concevoir davantage.
Chacun s'attacha à lire
ces Eloges,& l'on y prit beaucoup
de plaisir. Le Roy eut
ensuite la bonté d'aller voir
un des Fanaux qui font aux
quatre coins de la Place. Celuyoù
Sa Majefié alla, est le
seul qui soit achevé. Le nom
de Fanaux a estédonné à ces
ouvrages à cause des Fanaux
quifont au dessus. A chaque
endroit où ils ont esté placez,
il y a un groupe de trois colomnes
de Marbre sur un piedestal
de mesme matiere. Au
dessus de chaque groupe est
un Fanal composé de plusieurs
lampes, qui brulent
pendant toutes les nuits, &
pour l'entretien desquelles,
M le Duc de la Feüillade a
estably un fond. Enrre les
colomnes de chaque Fanal,
pendent six Médailles de
bronze
?
dans chacune desquelles
font representées
quelques actions du Roy, ce
JlUi fait vingt quatre Médailles
pour les quatre Fanaux.
Il y a dans le piedestal de chaque
groupe de colomnes , six.
Vers Latins; de maniéré que
le sujet de chaque Medaille.
cftexpliqué par deux de ces
Vers. Les lettres en font de
bronze doré au feu, ainsi que
les bordures & les autres ornemens
des Médailles.Voicy
lesavions deSaMajesté qui
font representées dans chacune
des six Médailles fonduës
en bronze. - - -
La premiere Médaille marque
la paix que le Roy a donné
à l'Europe en 1677. Elle est
expliquée par les Vers fuivans.
»
Teduce,te Domino, LODOIX,
prona omnia Gatio>
Urbesvicapere dociliquoqueparcere
captis.
La secondé represente le
passage du Raab, où les François
qui sauverent l'Allemagne
acquirent une gloire immortelle,
&: Mr de la Feüillade
une réputation
,
qui fera
vivre éternellement son n0111
dans l'Histoire, Les Vers qui
font connoistre cette grande
action, [one,
Et Traces sensere queat quid
Gallicavirtus,
Arrabo cæde tumens , &servata
Austria testis.
Onvoit dans la troisième
Medaille la grandeur, & la
magnificence des Baftimcns
duRoy, ce qui Ce reconuqi#
par les Vers suivans.
Quanta operum moles, &
-
-
quanto surgit ad auras
Vertice!sic positis LOVOIX
agit otia bellis.
Ces trois Medailles font
du costé de la Rue des Pc..
tirs-Champs, & font une
chute les unes sur les autres. ,Les trois autres font plus en
dedans de la Place
,- & en
regardent leBastiment. Elles
sontplacées de la me[mc
raani^te que celles dont jçL
viens de vous parler, c'est à
dire,qu'elles font entre deux
colomnes,&forment un rang
les unes sur les autres. La plus
élevée represente le Roy qui
ordonne qu'on rende les Places
qui ont estéprises à ses
Alliez. On n'a qu'à lire les
deux Vers suivanspourconnoistre
ce qu'elle contient.
Reddere Germanos LODOIX
regnataSueco
C> Arva jubet , Danosque
,
ladcr
~pe~ ~fflftupet Albis.
La Medaille qui suit fait
voir la jonction des deux
Mers
_j
ce que ces deux Vers
expliquent tres-bien.
Misceri tentata prius,Jeniferque
negata
Æquora,perpetuo LO D01Ji
dat foedere jungi.
On n'a qu'àjetter la veuë
sur la derniere de ces six Medailles,
pour y reconnoistre
d'abord l'Audience donnée
par le Roy aux Abassadeurs
xic Siam, & l'on n'a qu'à lire
les Vers suivans pour apprendre
que la renommée ayant
publié dans les Païs les plus
reculez, tout ce qui rend U
Roy l'admiration de l'Univers,
les Souverains de toutes
les Parties du monde, ont
envoyé des Ambassadeurs
pour estre témoins de sa
grandeur.
Ingentem Lodoicum armis,
ma^ne ,
fidemque
EgrejpimScitbia&Libit vt
nerentur~& Indi.
LLeeRoyaprès avoir consideré
avec une attention dignede
sa bonté, les changemens
qu'on avoit faits à la
Place des Victoires depuis le
jour que Sa Majesté y estoit
venuëj&:avoir fait à Mr de
la Feiiilladc»&àMr le Prévost
des Marchands tout
l'accueil qu'ils en pouvoient
cfpercr, partit aux cris de
Vive leRoy,mille&mille
foisréïterez
, car quoy que
la Place fust déjà fort remplie
de Peuple lors que Sa
Majesté y arriva, la foule
augmenta de telle forte sitost
qu'Elle y fut entrée,
qu'on auroit dit que tout
Paris y estoit,si sa grandeur
& le nombre prodigieux de
ses Habitans estoient moins
connus.
La pluspart des Officiers
qui ont accoutumé d'aller à
cheval, s'estant jointsensemble
pour prendre des Carosses,
afind'éviter la poudre qui iri1
commode beaucoup en cette
saison
)
& pour estre plus en
estat de servir le Roy, il y
tn avoit un nombre infiny
à la suite de la Cour, la dén
pense ne leur coutant rien
lors qu'il s'agit du service
d'un Monarque aussî agreable
à ceuxqui ont l'honneur
de l'approcher souvent, qu'il
est redoutable à ses Ennemis
& admiré de toute la Terre.
Je puis en parler ainsi sans
flaterie; & il merite tous M
jours de nouvelles loüanges.
par desendroits qui n'en ont
jamais attiré à aucun Prince.
Aussi peut-on dire que non
feulement il ne laisse jamais
échaper aucune occasion de
faire du bien, mais qu'il cherche
mesme de nouveaux
moyens d'en faire
, & qu'il
tft ingenieux à les trouver;
Ne croyez pas que cecy soit
avancé comme une loüange
vague. Je ne le dis que parce
que j'ay à parler d'un fait
sur ce sujet, qui découvre le
caractere de bonté du Roy,
autant que ses avions d'éclat
font connoistre sa puissance,
& la grandeur de son ame,
C'est icy le lieu demettreen
ion jour le fait qu'il faut que
Je
vous explique, puis qu'il
regarde la fuite de sonVoyage.
Je vous diray donc que
pendant toute la route? Sa
Majesté a presque toujours
dînédansdesVillages. Vous
allez sans doute vous imaginer
(& vostre sentiment fera
generalemeut suivy) que les
Villages
Villages les plus forts & lc^
plus riches ne leftoient pas
trop, pour avoir l'honneur
de recevoir un si grand Monarque.
C'estoit cependant
tout le contraire; le plus pauvre
avoit l'avantage d'estre
préferé, & l'on a veu cela
observé dans toute la route
avec une exactitude que je ,,'
ne sçaurois assez marquer.
Vous n'en pourrez douter,
lors que je vous auray dit
que Sa Majesté, qui ne fait
., point de Voyages sans avoir
la Carte des Païs où Elle va
examinoit tous les jours sur
celle qu'on luy avoit fournie,
les lieux par lesquels il falloit
qu'Elle passast. Elleyvoyoit
tous les Villages, Elle s'informoit
de leur estat, Ôc
nommoit ensuite le moins
accommodé, parce que la
Cour ne s'arreste en aucun
lieu sans y répandre beaucoup
d'argent. C'est ce qui
s'est fait dans tous les Villages
où l'on a este obligé de
s'arrester pendant ce dernier
Voyage. Le Roy dînoit
fous une Feüillée,&
l'onen dressoit aussi pour
les principales Tables de la
Cour. Ainsi tous lesPaïsans
estoientpayez pour couper
des branches de verdure, &
pour travailler à la construction
de ces Feüillées.Ils tiroient
ausside l'argent de
tout ce qu'il y avoit dans leur
Village qui pouvoit servir
aux Tables, & de tout ce
qu'ils avoient d'utile aux
é,quip- ages de la Cour, a.1insi
que de leur foin & de leur
avoine ; & le Roy ne laissoit
pas outre cela de leur faire
encore sentir ses liberalitez;
en forte que ces heureux Villages
le souviendront longtemps
d'avoir veu un Prince
qu'on vient tous les jours admirer
du fond des Climats
les plus reculez.
LeRoy estant sorty de la
Place des Victoires
, trouva
encore une infinité de peuple
dans les autres ruës de Paris.
qu'ilavoitàtraverser, Les dC4
monstrations d'allègresse ne
cesserent point, non plus que
les cris de Vive le Roy, de maniere
que cous les Peuples étant
animez duineline zelcon
eust dit que ces cris dejoye
n'estoient qu'un concert des
mesmes personnes, quoy qu'à
mesure que Saavançoit,
il fust formé par diverses
voix. Le Roydîna ce jour-là.
au Vllage de Bondy, (^ rencontra
sur le cheminM leBaron
deBeauvaisavec tous les
Gardes & les Officiers des
Chasses de sa Capitainerie,
dans toute l'étendue de laquelle
ce Prince luy permit de
l'entretenir à la portiere de
son Carosse. Les Plaines de
S. Denis dépendent de cette
Capitainerie. Mr le Prévost
des Bandes parut sur la même
route, & posta diverses
Brigadesauxenvirons des
Bois. Les Dames que je vous
ay marqué qui estoient du
Voyage, avoient l'honneur
de dîner avec Sa Majesté,
ainsi que Madame la Comtesse
de Gramont, & Madame
de Mornay, que je ne
vous ay pas nommées. Madame
de Moreüil, & Madame
de Bury? Dames d'honneur
de Madame la Duchesse,
& de Madame la Princesse
de Conty, eurent le mesme
avantage. Les Filles d'honneur
ne dînerent point avec
Sa Majesté,mais elles y souperent.
Il fut réglé ce jour-là
qu'il n'y auroit à l'avenir que
deux Filles d'honneur des
deux Princesses qui auroient
ce privilège. Le nombre des
Princesses auroit esté encore
plus grand dans ce Voyage,si
lors que le Roy partit, Mademoiselle
d'Orléans ne s'estoit
point trouvée àEu, &Madame
la Duchesse de Guise
,
aux Eaux de Bourbon. Madame
de Montespan auroit
aafli esté duVoyage, mais
le foin de sa santé l'avoit
obligée d'aller prendre de
ces mesmes Eaux. Monsieur
le Prince,Monsieur le Duc ,
lx, Monsieur le Prince de
Conty n'ont point quitté le
Roy.
Monseigneur leDauphin.
qui après avoir GÜy la Mette*
estoit party de Versailles des
le grand matin pour aller
chasser dans la Forcit de Livry
, yprit un loup des plus
vieux,&congédia Mr le Chevalier
d'Eudicour, Frere du
Grand Louvetier de France,
&toutl'équipage de la Louveterie;
à la teste duquel il
estoit.Le mesme jour,le Roy
aprèsavoirdîné alla chasser
dans les Plaines& sur les coteaux.
Sa Majesté
, a pris le
mesme divertissement pendant
toute la route, comme
je vous le diray dans la fuite
de cette Relation.
Monseigneur le Dauphin
arriva à Claye avant six heures
du soir, parce qu'ilsçavoit
que c'estoit à peu prés
l heure où le Roy devoit s'y
rendre. Il changea d'habit&
alla au devant de Sa Majesté,
On connoist par là combien
ce Prince est infatigable,qu'il
tn galant, & qu'il a beaucoup
de tendresse pour le Roy.
Sa Majestéarriva à Claye
à l'heure que je viens de vous
marquer, & fut commodementlogée
dans lamaison de7
M Enjorant, Avocat general
duGrand Conseil
>
& Seigneur
en partie de ce Village.
Il eut l'honneur de ialuer
leRoy, qui le receut avec
cet air engageant qui est
si naturel à ce grand Mo*
narque. Comme toute sa
maison estoit marquéepour
le. Roy, les Maréchaux des
Logis en marquerent une
pour luy dans le Village, lors
qu'ilsmirent la craye pour
le logement des Officiers qui
estoient du Voyage; de forte
qu'il fut regardé ce jour-là
comme estant de la Maison
de Sa Majesté. La qualité
d'Hofie duRoy futcelle que
les Maréchaux des Logisécrivirent
en mettant la craye
sur le logis qu'ils luy destinerent.
Monseigneur,& Madame
la Duchesse eurent des
[Appârtemens vers le Château
où le Roy logea.Madame la
Princesse de Conty,&Monsieur
le Duc du Maine loge- 1
rent dans la Ferme de Mr
d'Herouville, Maistred'Hostel
deSaMajesté. Messieurs
les Princes du Sang eurent
ensuite les logis les plus commodes,
&: ceux qui voulurent
estre plus au large,allerent
à Meaux.
} M de laSourdiere, Ecuyer
de Madame la Dauphine, qui
cil le mesme qu'elle envoya
cnBavicrc? pour porter à M*
l'Electeur de cc nom) la nouvelle
de la naissance de Monseigneur
le Duc de Berry,
vint à Claye de la part de
cette Princesse
, pour ravoir
si Sa Majesté y estoit arrivée
en bonne santé.
Il y aicy à remarquer une
choseque personne n'a peutestre
jamais observée.C'est
que lors que les Princes de la
Maison Royale font separez,
sans estreéloignez les uns
des autres -que d'une journée>
ilss'envoyent tous les
jours un Gentilhomme pour
s'informer de l'estat de leur
santé,maisaussi-tost qu'ils
commencent à s'éloigner davantage
,
ils ne se donnent
plus de leurs nouvelles que
par des Courriers, qui leur
en apportent tous les jours.
Dés qu'ils reviennent à une
journée de distance
,
ils recommencent
à se dépescher
un Gentilhomme,& c estpar
cette raison que Madame la
Dauphine n'en renvoya plus
qu'après que le Roy commença
d'approcher de Versailles.
Ce Prince estant arrivé à
Claye entre six & sept heures
du [oir) y receut un Gentilhomme
de Madame, &: dépescha
aussi-tost à leurs AItérés
Royales Mdu Boulay,
Gentilhomme ordinaire de
sa Maion, pour apprendre
des nouvelles de la santé de
Monsieur, qui s'estoit trouvé
mal le matin à la Messe de
Sa Majesté à Versailles.
La Cour fut tres- bien logée
à Claye,parce qu'on étendit
les logemens jusques à un
lieu voisin
)
qui est un Hameau
contigu à ce Village,
dont il n'est separé que par
un petit ruisseau? qui fait
trouver aux portes des maifons
des Païsans,desPrairiestres
agréables,plantées avec
soin &avec compartiment.
Je ne vous marque point
les lieux & les heures où le
Roy a tenu Conseil. Ce Prince
ne manque jamais de temps
pour ce qui regarde les affairesde
l'Etat.Illeur sacrifie son
repos & ses plaisirs
}
il tient
Conseil en tous lieux? & à
toute heure ,quand ille juge
important pour le bien de
son Royaume,& il a travaille
dans le Voyage de Luxembourg,
avec la mesme
application qu'il fait à Versailles.
Il est vray que ce n'a
pas esté avec tous ses Ministres
,Mrde Croissy estant le
seul qui soit party de Paris
avec ce Monarque, mais
tomme il est luy-mesme son
premier Ministre,on peut dire
qu'il travaille souvent seul
autant que dans le Conseil,
Sa Majesté donnant aux
affaires pendant ce Voyage
autant d'application qu'à
l'ordinaire
,
voulut que sa
Cour trouvast par tout les
mesmes plaisirs, pendant
qu'Elle ne vouloit se retrancher
ny les peines,ny les soins
qu'on luy a toûjours veu
prendre depuis qu'Elle gouverne
par Elle-mesme ; &
pourcet effet Elle resolutde
tenirpartout Appartement.,
Ainsi dés lapremiere couchée
,qui estoit à Claye, on
trouva plusieurs chambres
préparées pour divers Jeux.
& chacun joüa avec lamesme
tranquillité? & aussi peu
d'embaras que si l'on eust
citéencoreà Versailles, tant
les ordres avoient esté bien
donnez pour les logemens,
:& pourtoutce qui pouvoit
contribuer à la commodité
desPersonnesde clualt"lui
suivoient la Cour.Les Appartteemmeennssoonntt
pprreeslqquuee ccoonnttIinnuueétous
les jours pendant tout
le restedu Voyage.
Monseigneur le Dauphin,
partit de Claye le lendemainonzièmeàsept
heures du.
matin. Ce Princechassatout
le jour dans la Forest deMonceaux
; &commeSa Majesté
devoir coucher ce jour-là à
laFerté sur Joüare, il prit le
party d'y arriver enchaOanCp
;,&de courre le Cerf dansles
:b.uiflx>ns ; ce qu'il fîtavecles
chiens de Mr le Chevalierde
Lorraine. Il prit plusieurs
Cerfs; entre lesquels il y en
avoit un qui se fit courre
long-temps, & qui passa dixhuit
étangs à la nâge.
Le Roy, après avoir entendu
la Messe à Claye, alla
à Monceaux. Toute la Cour
passa dans Meaux, pour se
rendre à cette Maison Royale
, & lors que Sa Majesté
l'eut traversée au bruit des
acclamations du Peuple,Elle
trouva le Regiment de Vivans
qui l'attendoit en ba.
taille. C'est un Regiment de
Cavalerie
>
auquel on ne peut
rien ajoûter,tant pour la
bonté des Cavaliers, que pour
la beauté des chevaux. Ce
Regiment alloit au Camp de
laSaone,& avoit un sejourâ
Meaux?ce qui fut causequ'il
eut l'honneur d'estre veu du
Roy. Sa Majesté en fut trescontente,
de le trouva beau.
Elle eut mesme labonté de
vouloir bien recevoir un
Chien couchant de Mr Li:"
grades qui le commande. Le
Roy dîna à Monceaux. C'est
un vieux Chasteauqui a fait
le plaisir de plusieurs Rois,.
& qui appartient à Sa Majesté.
Ce lieu qui est fortriant,
a une tres-belle veuë, & le
Bastiment enest magnifique..
Le Roy voulant honorer l'ouvrage
de ses Ayeux? le fait
reparer? & bien-tost on ne
verra plusrien en France qui
ne porte des marques de sa
magnificence&de sabonté.
Toutes les Maisons Royales
ayant
ayant pour Capitaine une
personne d'une qualité distinguée,
MrleDuc deGesvres,
premier Gentilhomme
de la Chambre, & Gouverneur
de Paris,joüit de la Capitainerie
de Monceaux?que
possedoitMrle Duc de Trêmes
son Pere. Il vint recevoir
SaMajesté
,
accompagné du
Lieutenant, & de tous les
Officiers & Gardes des Chasses
qni dépendent de luy, à
l'endroit où la Capitainerie
duit jusqu'au mesme endroit
par Mr le Marquis de Livry ,
aussi Capitaine des Chasses de
Livry &c qui avoir esté recevoir
ce Prince jusques à
Bondy avec tous ses OSiciers.
Le Roy? qui avoit dépesché
le foir précedent Mr du
Pouhy
, pour sçavoir l'estat
de la fanté de Monsieur, en
apprit des nouvellesà Monceaux
parce mesme Gentilhomme
, qui arriva pendant
<qjuuee SSaa Maaj*ecsttlé' estoit à table,
êc luy rapporta que Son Altesse
Royale avoit pris du
Quinquina , & dormy assez,
tranquillement depuis quatre
heures du matin jusques
a dix. Ce Prince monta à
cheval à l'issuë de son dîné.
avec Madame la Princesse de
Conty, & deux des Filles
d'honneur decette Princesse,
& alla à la Chasse de l'Oiseau.
Tant que l'on a demeuré
dans l'étenduë de la Generalité
de Paris,Mde Menars
qui en a l'Intendance
, n'a
point quité le Roy afin d'être
toûjours en estat de recevoir
ses ordres, & luy a
rendu un compte exact de
toutes les choses qui regardent
son Employ.Cela fait
voir que Sa Majestés'applique
sans cesse,puis quemesme
dans le temps de ses plaisirs,
Elles'entretient plûtost de ce.
qui se passe dans son Royau-.
!De, que de ce qui peut avoit
rapport à son divertissement
Ce Prince ayant l'esprit ex-r
'- - -.. - -
tremement pénétrant,unmot
luy fait aprofondir bien des
choses, de forte que ce qu'il
aprend lors qu'ilsemble ne
s'informer que par converfation
de ce qui se passe
,
luy
donne lieu de remedier à
quantité de desordres, & fait
que souvent il en prévient
d'autres. Pendant toute sa
marche il a toûjours esté
prest à écouter & à satisfaire
par ses réponses, ceux à qui
sa bonté a permis de luy parler
; & quelquefois lors qu'il
avoit commencé à jouer)aiffn
<J..e la Cour se divertist, il
quittoit le jeu, & travailloit,
ou s'occupoit à faire du
bien.
Mr l'Evesque de Meaux s'est
prouvé par tout où le Roy
a passé dans son Diocese, &
sçachant que le principal
foin de ce Prince estoit que
toute sa Suite entendist la
Messe, &: particulièrement les
Dimanches, ce Prelat envoya
plusieursReligieux à Claye,
& en envoya aussi dans les
Quartiers desGardes duCorps
& dans ceux des Mousquetaires)
des Gendarmes,&des
Chevaux-Légers.LaCour ne
Cf manquoit pas d'Ecclesiastiques
pour la Maison du Roy,
-& Mr l'Evesque d'Orléans -a--
Voit ,in de regler les tempsauGjaeÊs
chacund'eux devoit
C,elcb,-e"la Messe.
Toute la Cour arriva de
bonne heure àla Ferté sur
Joüare. C'est un lieu situé
dans une gorge enchantée,
au fond d'une plaine. LaRiviere
de Marne contribuë
beaucoup à la beauté du païsage,
& à la fertilité du Terroir.
Le petit Morin vient la
grossir auprés & au dessus
de l'Abbaye, & y forme mille
Prairies abondantes en pâturages.
Ce Bourg est dans la
Brie Champenoise,entre Chasteau-
Thierry & Meaux. Les
Prétendus Reformez le prirent
vers l'an 1562. pendant
les Guerres Civiles du der-
-
nier Siecle. La Chasse y fut
tres-divertissante. Le Roy y
vola des Corneilles. Mr de
Terrameni, Capitaine du Vol
des Oiseaux du Cabinet du
Roy ,a eu beaucoup d'honneur
dans ce Voyage. Les Equipages
y ont fort paru, &
il s'en: attiré beaucoup de
louanges pour tout ce qui
regarde sa Charge.
On admira à Joüare un
Pont qui joint le Chasteau
au Fauxbourg. Ce Pont a
cousté beaucoup. Il effc fait
de bois sans appuy ) tout suspendu,
& soutenu feulement
par l'épaisseur des pieces qui
le composent Il est de soixante
& quatre pieds de
long, & depuis qu'il est construit
>
il n'a rien perd u ny de
sa beauté,ny de saforce. On
coucha dans le Chtsteau, qui
appartient à Mrle Comte de
Roye. - Il est situé dans une
petite Isle fortagreable.Monseigneur
prit place dans le
Carosse du Roy. Une des
Dames luy ceda la sienne, &
se mit dans le second Caloife)-
ce que quelques-unes
ont fait alternativement.
Monseigneur n'y estoit que
pendant une partie du jour,
parce que la Chasse
,
dont on
trouve l'exercice utile à sa
santé
)
l'occupoit souvent.
Madame la Princesse d'Harcour
eut ce jour-là un accés
de Fiévrequil'obligea de
partir plus tard. Il fut suivy
d'un second accès de Fièvre
double-tierce. Elle prit du
Quinquina, &la Fiévre ne
luy revint pas. Toute la Cour
en marqua beaucoup de LOYc..
On dîna le it. à liffct
éloignée de quelques Villages
qui sont aux environs,
&qui appartiennent aux Celestins.
On allasouper à
Monmircl
,
qui appartient à
Mr de Louvois. Toutes les
Dames,& plusieurs Seigneurs
de la Cour eurent l'honneur
de souper ce soir-là avec le
Roy. La Table estoitde seize
couverts, On apprit en ce
lieu-là la mort de Madcmoiselle
de Simiane, dont
je vousaydéjà parlé dans ma
Lettre precedente. On y apporta
aussi la nouvelle de la
mort subite de Mr l'Evesque
d'Amiens, qui surpritd'autant
plus, que M de Breteuïl
assura que depuis deux jours
il avoit soupé avec ce Prélat.
Ces deux morts firent parler
de celle d'un descent Suisses
de la Garde de Sa Majesté,
qui estoit mort le matin en
s'habillant. Il y a une tresgrande
quantité de Lievrts
>
& de Perdrix à Monmirel,
Le Roy y pritle divertissement
de la Chasse, & alla voler.
Ony sejourna le 13 & toute
la Cour y demeura avec
joye, parce que le vent estoit
violent à la campagne, &
qu'il y avoit beaucoup de
poussiere. On se promena
dans les Jardins, & le Roy
au retour de la Chasse prit
le divertissement de la promenade
avec les Dames sur
les Terrasses, qu'il trouva fort
belles. Monmirel efl dans un
territoire tres-fertile.
Mr de Louvois qui ne s'applique
pas moins à tout ce
qui peut faire fleurir les beau::
Arts dans le Royaume,qu'à
ce qui est de la Guerre , va
faire establir une Verrerie à
Montmirel
, & la Cour en vit
tous les apprêts.
Le Roy y tint deux fois
Conseil avec Mr de Ci-oiffy ;
c'est ce que Sa Majesté a fait
chaque soir
>
après estre arrivée
dans tous les lieux où
Elle a esté coucher. Elle prit
! aussiàMontmirel le divertissement
du vol du Milan. Le
sejour que l'on y fît, & qui
n'avoit pas esté marqué dans
1i route, fut cause que
l'on retrancha celuy qu'ondevoit
faire à Châlons
)
afin
que le Roy qui ne manque
jamais à executer les desseins
qu'il prend, puft se rendre à
Luxembourg le jour qu'il y
estoit attendu.
Toute la Cour partit de
Montmirelle 14. & alla dîner
à Fromentiercs. A cinq heures
on avoit paffé le défile
d'Etoges. Sa Majesté prit
congé des Dames, & monta
à cheval pour aller chasset
dans les belles plaines de
Champagne. On alla coucher
à Vertus. Ce lieu a este
autrefois considerable, & étoit
l'apanage des Cadets des
Comtes qui portoient le nom
de la Province. Du temps de
Sigebert Roy de Mets, qui
vivoit en 570. il y avoit un
Duc de Champagne nommé
Loup, qui témoigna beaucoup
de fidélité, à conserver
les Etats du jeune Roy Childebert
, contre ceux qui les
vouloient envahir. Il y eut
ensuite plusieurs Ducs de
Champagne
,
mais ce titre de
Ducqui n'estoitpas alors une
dignité perpetuelle, ne faisoit
que marquerune forte de
gouvernement. Le premier
Comtehereditaire de Champagne,
fut Robert de Vermandois
,
Fils d'Herbert IL
&d'Hildebrante, qui se ren-
,
dit maistre de la Ville de
Troye en 253.Je ne vous dfe
rien de ses Successeurs. Ils
continuerent la poiterité jusqu'à
Thibaud IV. surnommé
le Posthume ou le Faiseur de
Chansonsqui succeda à son
Oncle maternel
,
Sanche le
Fort,au Royaumede Navarre.
Il mourut à Troye en 1254.
estant de retour du Voyage
d'Outremer. ThibautV. fou
Fils qui avoit épousé Isabelle,
Fille du Roy Saint Loüis,
estant mort sans Enfans après
avoir fait lemesme Voyage.
laissà ses Estats à Henry ~HI
son Frere. Ce dernier n'avoit
qu'une Fille nommée Jeanne,
qui en 1184. épousa Philippes
le Bel pendant la vie de
Philippes le Hardy son Pere ,
&. depuis ce temps ,la Champagne
a esté inseparablement
unie à la Couronne de France.
Les Comtes de Champagne
faisoient tenir ks Etats de
leur Pays par sept Comtes
leurs Vassaux
,
qu'ils appelloient
Pairs de Champagne.
C'estoient les Comtes de
Joïgny, de Retel >de Bricnîic>
de Roucy
?
de Braine , de
Grand-Pré, &deBar-fur-
SIelinye.
a trois Eglises à Vertu,
avec deux Abbayes hors les
portes. Les Guerres yont laifsédes
marques de leur fureur,
quine peuvent estreeffacées
que par le regne deLoüisLE
GRAND. Le Roy y fut 1-ogc
fort étroitement, & comme
cestoit sur la rue
?
il fut exposé
au bruit du passage des
équipages de la Cour. Ce
Prince auroit pu estremoinsmal
;mais ne pouvant renoncer
à ses manières honnestes,
qu'il conserve mesme aux dépens
de son repos ,
il aima
mieux que celuy des Princesses,
re fust point troublé ,
fk voulue qu'elles fussent logées
plus commodementque
luy.
Le JJ: toute laCour dlfnx.
àBierge
, ôc alla coucher
à a Bierge >-,
& Châlons. Cette Ville est en
Champagne, ôcson Evesché
est Suiffragant del'Archevesché
de Rheims. Elle est ancienne
,
& dés le temps de
Julien l'Apostat, elle tenoit
rang entre les premieres Villes
de la Gaule Belgique, Il y
a de belles rues avec des
maisonsassez bienbasties. La
Place où l'on voit la Maison
de Ville, & celle où est l'Eglise
Collegiale de Nostre-
Dame,font les plus considerables.
La Cathedrale de Saint
Estienne est dans une Isle que
forme la Riviere de Marne,
dont une partie entre dans la
:Ville, &y fert beaucoup pour
la commodité des Habitans.
Elle a de ce cofté-là d'assez
bonnes Fortificarionsquele
Roy François I y a fait faire,
& elle est entouréedemurailles
avec des Fossez presque
toûjours remplis d'eau. Il y
a encore douzeParoisses,entre
lesquelles plusieurs font Collegiales
Les avenues de Châ-
Ions font tres-agreables >& il
y a autour de la Ville plufleurs
lieux de promenade,
entre lesquels celuy du Jare
cil fort renoffilné. La Riviere
,-' der
de Marne qu'on passe sur divers
Ponts, la rend une Ville
de negoce. Elle a eu des Comtes
qui ont cedé leur droit
aux Evesques. C'est par là
qu'ils font Comtes Pairs de
France.
Le Roy entra à cheval à
Châlons
) & fut receu par
le Maire & les Echevins. On
ne luy fit aucune harangue,
parce qu'il avoit fait donner
lordre dans tous les lieux par
IOÙ il devoit passer
)
qu'on ne
le haranguast point ; mais il
eut la bonté de vouloir bicri
recevoir les Presens de Ville,
Le Chapitre de la Cathédrale
eut aussi l'honneur de le famlücr,
ayant à sa teftcM l'Evê.
que deChâlons. Les Chanoines
se recrierent ensuite sur lai
douceur, & sur l'affabilité det
ce Monarque, dont ilsnecesfent
point de parler, Madame:
la DuchessedeNoailles lai
Douairière, qui a esté Dame
d'Atour de la feuë Reyne:
Mere du Roy, & dont la vertu
exemplaire a toûjours çftç:
applaudie,caril en - cft de
faussesqui n'imposent pas a
tout le monde, eut le mesme
honneur. Sa Majesté luy fit
d'autant plus d'honneftetez,
qu'il y along-temps que son
merite luy est particulierement
connu. Le Roy se retira
ensuite -pour tenir Conseil.
Mr le Duc de Noailles
> &
M l'Evesque de Châlonsfon
Frere ,
firent servir plusieurs
Tables magnifiques, pour
toutes les personnes de la
Cour qui voulurent y manger.
Le Jarc leur servit de promenade
pendant quelques
heures. Je ne m'étens point
icy sur la beauté de ce lieu,
parce que j'en ay fait une
description dans le Volume
que j'ay donné, qui ne contient
que ce qui s'est passé au
Mariage de Monseigneur le
Dauphin. Il y eut au Jare une
prodigieusequantité de personnes
de toutes conditions,
que l'impatient dehr de voir
le Roy avoit fait venir de
toute la Champagne. Les
principaux Officiers de la
Ville de Troyes se rendirent
à Châlons? & firent vingt
lieuës pour avoir l'honneur
de salüer ce Monarque. Les
Dames de la Province eurent
beaucoup de chagrin de l'ordre
qui fut donné, de n'en
laisser entre,r faulc.unIela.u1so1u- per , qui n'eust ellenommée
par Sa MLijefté.C:lles qui
crurent n'estre pas assez connuës
pour pouvoir estre du
nombre, ne se presenterent
point, dans la crainte d'estre
refusées,ce qu'on ne trouva
pas ordinaire, & qui fut fort
remarqué. Le Roy eut la bonté
de permettre qu'on les laissast
toutes entrer le lendemain
dans le Choeur de FIL
g-I.Ife>o-t'i elles eurent le temps
de considerer SaMajesté &.
Jtoute la Cour pendant que
l'on dit la Messe.La Musique
de cette Cathedrale chanta
un Motet, dont il parut que
l'on fut assez content. Mr
Evesque Comte de Châlons,
,& Mr le Ducde Noailles accompagnerent
toûjours le
Roy tant qu'il demeura dans
cette Ville. On auroit bien
voulu sejourner dans un lieu
aussi
-
beau & aussispacieux
que celuy là, où les logemens
estoient fort commodes;mais
les mesuresestant prises pour
se rendre à Luxembourg au
jour marqué, on partit le 16.
à dix heures précises du matimpour
aller coucher à Sainre-
Menehout.MdeChâlons
accompagna le Roy jusques
aux confins de son Evesché,
& Mr l'Evesque de Verdun
le reçût à l'entrée du fien.
La journée de Chalons à
Sainte-Menehout se trouva
fort longue pour les Equipages.
On dîna à Bellay, qui
n'est qu'une Ferme sans aucune
autremaison aumilieu
de la camp.-,gnc,& on rendit le
lieu agreable pour y recevoir
le Roy. Sa Majesté y chassa
pendant une partie Je l'aprésdînée,
& alla coucher à
Sainte-Menhout. Cette Place
qui avoit estéprise sur
nous pendant les temps difsiciles,
fut reprise en 1653. par
Mr le Maréchal du Plessis-
Pralin; & ce Siege que le
Roy voulut presser en per,
sonne
,
obligea Sa Majesté
d'aller en Champagne en ce
temps-là. Le Roy ne trouvant
pas la Cour assez commodement
logéedansSainte-
Menehout, resolut de n'y
passer pas la Feste du S. Sacrement
à son retour, &
nomma Chalons pour y faire
la ceremonie de cette FesteCela
obligea de retrancher
un des jours du sejour, de Luxembourg.
Le Roy conti-
Ilua de donner par là des
marques de sa bonté à toute
la Cour,& Mr l'Evesque de
Châlons montra tantdejoye
de ce qu'il auroit l'honneur
de recevoir encore ce Monarque
,que plufieufs luyen
firent compliment.
Le 17. le Roy entendit la
Messe aux Capucins, & fit
de grandes libéralités a leur
Convent. On alla ensuite dV;
ner à Vricourt ,
prés de Clermont
en Argonne. Les chemins
se trouvèrent fort rudes
,dans des bois, dans des
montagnes, & dans des valées
d'un terroir remply de
pierres. On arriva d'assez
bonne heure à Verdun?où
l'on fut si bien logé) que ce
fut avec plaisir
que l'on y
passa la Feste de la Penteccste.
Verdun est une Ville
forte sur la Meuse, & il en
est peu de mieux situées dans
la Lorraine. L'Evesché est
Suffragant de l'Archevesché
de Reims. Cette Eglise a eu
d'illustres Prelats. Ils se disent
Comtes de Verdun,&
Princes du Saint Empire. La
Riviere de Meuse rend cette
Ville agreable par diverses
Isles qu'elle y formé. Le
Roy HenryII. la prit en
IJJI. Le Chapitre de l'Eglise
Cathedrale de Nostre-Dame
est fort considerable.M l'Evesque
de Verdun receut le
Roy dans son Palais Episcopal.
Il est tres-beau, & l'on
y voit jusques à dix pieces de
plein-pied L'air y est admirable.
Ce Palaisest élevé sur un
Roc d'où toute la baffe-Ville
se découvre. Des Prairiesarrofées
par la Meuse
>
& des
vallons assez éloignez, &
tres-fertiles en tout ce qui
est necessaire pour la vie, en
rendent l'aspect des plus
riants. Les ameublemens de
ce Palais sont fort somptueux,
& fervent beaucoup
à faire voir la magnificence
de Mrde Bethune, qui joüit.
en sa retraite de quarante
mille livres de rente, que
luy rapporte son seul Evesché.
Les Anis qu'on appelle
de Verdun, autrement Dragées
de toutes manieres, se
trouvant meilleurs en cette
Ville-là qu'en aucune autre
du monde, elle ne fuit point
l'exemple des autres Villes
dans les Presens qu'elle fait
aux Souverains? & au lieu
d'offrir du Vin, elle donne
de ses Anis. Ainsi elle en sir
present de cent boëtes au
<
Roy. M l'Evesque de Verdun
est Fils d'Happolite de
Bethune? Comte de Selles,
Marquis de Chabris
>
dit le
Comte de Bcthune
, mort en
1665. aprësavoir esté honoré
du Collier desOrdres du Roy
en 16Cu & fait Chevalier
d'honneur de la Reyne Marie-
Therese d'Austriche. Il
avoit épousé en 1629.Anne-
Marie de Beauvilliers, Soeur
de M le Duc de S. Aignan,
qui tant que la feuë Reync
aYcfçuj a eu l'honneur de
la servir en qualité de Dame
d'Atour. Ce Prelat avoit avec
luy Madame de Rouville sa
Soeur,Veuve de M le Marquis
de Rouville, Gouverneur
d'Ardres.Elle eut l'honneur
de manger avec le Roy
dans les trois Repas que Sa
Majestéfit à Verdun.
Le jour de laPentecoste,pres.
que toute la Cour sir ses devotions,
à l'exemple du Roy.
C'estune choseassez extraor.
dinaire pendant le coursd'une
marche. mais quene voiton
point de nouveau fous le
Regne de Loüis XIV. sur
tout pour leschoses qui regardent
la Religion & la
pièce1 Monseigneur le Dauphin
se rendit dans l'Eglise
Cathedrale dés sept heures
du matin;&: après avoir entendu
la Messede M l'Abbé
Fleury, Aumônier du Roy,
ce Prince communia par les
mains de cet Abbé.
Sur les dix heures, le Roy
passa à travers ses Mousquetaires
rangez en haye des
deux costez de la court de
l'Evesché
, &: au milieu des
cent Suisses dela Garde, postez
dans la mesme Eglise.
SaMajestéestoitenvironnée
de ses Gardes du Corps &de
toute sa Cour. Elle se rendit
dans leChoeur, où Elle fut
suiviede Mr l'Evesque de
Verdun,&de tous les Chanoines
de cetteCathedrale.
LeRoyestoit en Habit de
cérémoniec'eit à dire
> en
Manteau,revestu de son Col-
Jjjcr de l'Ordre. Il entendit
là Méfie de Mr l'Evesque
d'Orléans, son premier Aumônier
,
dont il receut la
Communion La seconde
Messeque Sa Majesté entendit,
fut dite par l'un de ses
Chapelains. Au sortir de
l'Eglise, Sa Majesté toucha
prés de cent Malades, dont
Mr leDuc deNoailles avoit
fait amener une partie de
Chalons. Ils estoientrangez
sous les arbres de la premiere
court de l'Evesché. Ce Prince
quitta ensuite son Habit de
ceremonie, & revint avec
Monseigneur le Dauphin, &
toute la Cour, entendre la
grand' Messe, qui fut pontifïcalemenr
celebrée par Mr
l'Evesque de Verdun, &
chantée par la Musique de
la Cathedrale.Cette Musique
plut assez à toute la Cour,
& on trouva la voix d'un des
Enfans de Choeur tres-agreable.
Plusieurs mesme la jugerent
digne de la Chapelle
du Roy. Il y a quatre de ces
Enfans de Choeur qui joüent
du Violon, qui sont, une
Taille, une Haute-contre, &
deux Baffes.
Le Roy eut la bonté de
toucher encore soixante &
dix Malades en sortant de la
grand' Messe. C'estoit beaucoup
après en avoir entendu
trois,&touché d'autres Malades.
Sa Majesté vint l'aprésdînéeentendre
Vespres dans
la mesme Eglise, &: Mr de
Verdun officiaencore en Habits
pontificaux. Le Roy étoit
dans les hautes Chaises à
droite.& aprèsluy,Monseigneur,
Madame la Duchesse,
& Madame la Phnccffe de
Conty. Aprés ces Princesses
estoient Monsieur le Prince-
Monsieur le Duc , Monsieur
le Duc du Maine, & Monsieur
le Comte de Toulouse.
Les Dames occuperent le reste
des places. Jamais les peuples
de Verdun n'avoient vû
ny tant de magnificencesny
une si augusteAssemblée ; &
l'on peut mesme dire qu'ils
n'avoient jamais vû dans leur
Eglise de si grands ny de si
édifians exemples depieté.
Le Roy s'enferma après
Vespres avec le Pere de la
Chaise pour travailler à remplir
les Beneficesqui vacquoient
depuis le jour de
Pasques, qu'il avoit fait une
nomination. On fut quelque
remps sans sçavoir cette derniere
, parce que lePere de
la Chaise n'en dit rien après
qu'il fut forty du Conseil.
Enfinonappritque Mr rAb..
bé de Saint Georges,Comte
de Saint Jean de Lion vnommé
depuis quelque temps à
l'Evesché de Clermont,avoit
esté fait Archevesque de
Tours, & que l'Evesché de
Clermont avoit esté donné
à M l'Abbé de Champigny
Sarron, Chanoine del'Eglise
de Paris. Je vous parlay amplement
de M l'Abbé de S.
Georges
,
lors que le Roy le
pourveut de l'Evesché de
Clermont. M l'Abbé de
Champigny qui vient d'y
estre nommé, est Fils de François
çoisBochartdeChampigny,
Seigneur de Saron, qui après
avoir esté Maistre des Requestes,
Conseiller d'Etat, &
Intendant pendant trente années?
tant dans la Généralité
de Lyon qu'en Provence &
en Dauphiné,se noya malheureusement
en 1665. C'étoit
un homme d'un rare merite,
dont le nom se trouve
souvent dans les Ecrits des
Grands hommes de ce Siecle.
111 avoit épousé Madeleine
Luillier, Soeur de Madame la
Chanceliere d'Aligre, &
estoit Fils de JeanBochart,
Seigneur de Champigny,
Noroy & Saron, Controlleur
General, Sur Intendant des
Finances, & premier President
au Parlement de Paris,
mort en 1630. Cet illustre
Magistrat descendoit de Jean
Bochart Seigneur de Norcy,
Conseillerau Parlement, qui
fut éleu les Chambres assemblées,
pour remplir la Charge
de premier President en 1447.
Celuy-cy eut pour Fils Jean
Bochart II. du Nom, auquel
Jean Silnon, Evesque de Paris,
donna saTerre deChampigny
en luyfaisant époufer sa Niece.
On iceut aussi que l'Evesché
d' Amiens avoit esté donné
à Mr l'Abbé Feydeau de
Brou, l'un des Aumôniers du
Roy, & que M l'Abbé
d'Hantecour, Aumosnier de
la feuëReyne, avoit eu l'Abbaye
de Longuay, Ordre de
Premontré,DiocesedeReims
vacante par le deceds de M,
l'Abbé du Four. Mr l'Abbé
d'Hantecourt est Frerc du
Pere d'Hantecourt, Religieux
de Sainte Geneviéve,
&Chancelier de l'Université.
Cet Abbé estant de quartier
lorsque la Reyne mourut,
eut le triste honneur de
remplir plusieurs fonctions
qui regardoient sa Charge.
Il a esté employé depuis la
mort de cette Princesse aux
conversions des Protestans
dans plusieursVilles de
Françe. L'AbbayedeBalerme
fut donnée le mesmejourau
Frere de Mde la Chetardie,
Commandant de Brifac
?
&
l'Abbaye de Noyers au Fils
de MPinçomAvocat au Parlement,
qui entend parfaitement
les matieres Beneficiates&
Ecclesiastiques, & qui
a écrit là-dessus touchant les
droitsde SaMajesté.Il-y eut
aussi ce jour-là plusieurs Benefices
de moindre consideration
donnez à des Officiers
d'Armée & de laMaison du
Roy, pour leurs enfans otj
pour leurs parens; mais le
Roy ne les accorda qu'après
que le Pere de la Chaise l'eut
asseuré que leurs vies &
moeurs luy estoient connuës.
Les choses qui ne demandent
pas de secret estant
bien-toit répanduës,on ne
fut pas long-temps sans apprendre
les noms de ceux à
qui les Benefices avoient esté
distribuez,& toute la Courfit
paroistre tant de joye de la
nomination de M l'Abbé de
Brou à l'Evesche d' Amiens,
qu'il m'est impossible de vous
la bien exprimer.
Je ne sçaurois m'empescher
de vous marquer icy
qu'un homme qui possede
une des premieres Charges de
la Cour, ayant prié le Roy
de luy donner un Benefice
pour un de ses Fils quiest
tres-jeune) Sa Majesté luy
demanda quel âge il avoit,
& l'ayant sceu
,
Elle luy dit;
quEHe estoit bien lâchée qu'il
eust encore tant de temps à at.
tendre. Celuy qui demandoit
cettegrace voulut donner des
raisons, & rapporta mesme
quelques endroits de l'Ecrisure;
mais le Roy sit connoistre
qu'il la sçavoit beaucoup
mieux que luy, & dit
qu'il ne donneroitjamais de Benefices
qu'à despersonnes capdbles
de sçarvoir à quevelles s'engageoient,
en prenant le party
d'entrer dans l'Eglise. Ce Prince
ajoüta ,on croyait peuteftrr
qu'on emportait quelquefois
des Benefices par faveury
mmaaisisqquueessiicceeuuxxqquuiiavonrv
cette pensée , pouvaient erre témoins
de ce qui se passe dans le
Conseil
,
lors qu'ils'agit de lA
distributiondesBenefice,ils verroientpar
toutes les précautions
qu'on prend pour ne les donner
qu'a des personnesdignes de les
posseder, la peine où ilse trouve
souvent avant que d'oserfixer
son choix. Sa Majesté fit
enfin connoistre
, que ny faveur,
ny brigue) ny recommandation
,ny naissance,ny
services
, ne pouvoient rien
obtenir, à moins qu'Elle ne
fust persuadée que ceux qu'il
- A
-
luy plaisoit d'en gratifier
n'eussent toutes les qualitez
necessaires pour en remplir
les devoirs. Ce n'est pas à
dire pour cela que tous ceux
qui en possedent,s'en acquits
tent dignement. La possession
du bien, & le peu d'occupation
corrompent fouvent
les moeurs. On s'aveugle
quelquefois dans le temps
où l'on devroit avoir le plus
de fageue?&:on ne conferve
pas toûjours les bonnes incli-,
nations qu'on a fait paroistre
dans ses premieres années. Le
Roy peut donner un Benesiceà
l'homme du monde
qui le meritéle mieux dans
le tcmps qu'il l'en pourvoir,
& qui dans la fuite en deviendra
tres-indigne.
- Je pourrois ajoûter- icy
beaucoup de choses sur ce que
le Roy voulut bien dire en
public touchant la nomination
des Benefices; mais ayant.
accoûtumé de vous rapporterles
faits sans aucun taisonnement
,je vous laisse faire làdessus
toutes les reflexion
que le Roy merite qu'on flÍI.
à sa gloire.
Ce Prince après avoir efii*
ployé la plus grande partie
du jour de la Pentecoste à
des avions de devotion &
de pieté
, & tenu un long
Conseil pour la distribution
des Bencfices qui vaquoient
alors, ne crut pas avoir encore
assez fait; il alla faire
le tour de la Place pour en
viliter les Fortifications, &
vit un Bataillon du Régiment
Soissonnois? qui estoit
en bataille sur le Glacis. Ce
Bataillon luy parut fort lestes
& il futtres-content.Il estoit
commandé par M le Duc de
Valentinois, Fils de M le
Prince de Monaco. Sa Majesté
vit aussi le Regiment
des Vaisseaux dans la Citadelle)
commandé pat Mr le
Marquis de Gandelus
?
Fils
de Mle Duc de Gefvrcs, qui
cnetf Colonel, & elle en fut
fort fatisfaitc. M le Marquis
fie Vaubecour, Gouverneur
de Châlons,&Lieutenant de
Roy du Verdunois
, & du
Pays Messin
, accompagna
toujours le Roy, & tint à
Verdun, tant que Sa Majcftc
y demeura,deuxTabks fort
magnifiqueSj ainsi qu'ilavoit
fait à Châlons, pour toutes
les personnes de la Cour qui
voulurent y aller manger. Le
Roy fut fort content de ce
Marquiseluy donna inefme
des marques de la fatisfadion
qu'il avoit de sa conduite.
Enarrivantà Verdun
» on
voit appris la mort de Madmoiselle
de Jarnac Fille
d'honneur de Madame la
Dauphine.dontje vousay déja
parlé.Elle fut fort regretée
à cause de son humeurdouce,
& complaisante,
Quoy que la Ville de Verdun
soit couverte par Longvvy,
Luxembourg, Sar-Loüis,
Strasbourg &autres, on ne
laisse pas de travailler tous
les jours aux fortifications de
cette Place. Le Roy ordonna
'lu)on y preparait les Ecluses,
afin qu'il puft voir à son retour
l'espace du terrain qu'elles
pourroient occuper.
Lors que Sa Majesté visita
la Citadelle qui est de cinq
Bastions fort reguliers , on
luy fit remarquer le Bastion
nommé le Marillac, qui donna
lieu au Procès qui fut fait
au Mareschal de ce mesme
nom> pour le crime de Peculat
, dont il avoit esté accufé.
L'histoirerapporte que
le Ministre qui nomma les tgommiflàiresquile condamnerent
,
leur dit après avoir
apprissacondamnation, qu'il
falloir que les Jugesenflent des
lumieres que le reste des hommes
n'avoitpas &queplus il avoit
fait de reflexionsur l'affaire dît
Maréchal de Marillac, &sur
toutes les choses dont on l'accusoit
,
moins ill'avoit juge digne
de mort; maisquenfin ilfalloit
croire qu'il estoit coupable
j
puis
qu'ilsïanjoient condamne. Il
n'eut dans la fuite que de la
froideur & de l'indifférence
poureux.
Le19.on ne fit que quatre
lieuës & l'on alla dîner
*
& coucher à Estain ; la journéeauroitesté
trop longue si
on avoit estéjusquesàLongvvy.
Mr Mathieu de Castelus
qui y commande vint à
Estain saluer le Roy,& tecevoir
les ordres de Sa Majesté.
Estain est un gros Bourg
muré, du Diocese de Verdun.
C'est le dernier de sa Jurisditèion
du costé de Luxembourg.
Quoy que ce Diocese
foit fort petit & borné de
toutes parts, sonpeu d'étendue
ne diminue pas néanmoins,
son revenu.MrdeVerdun
accompagna le Roy jusques
à Essain. La Cour eut un
tres-beau temps pour traverser
des ruisseaux, & desPlaines
grasses
?
& fertiles. Les
pluyes l'auroient fort incommodée,
mais le Royqui fait
les beaux jours de tous ceux
qu'il regarde favorablement)
devoit estreanez heureux
pour n'en pas manquer luymesme.
Sa Majesté prit ra:
presdinée le divertissement
de la Chasse. Ertain cft un
Païs de Bois accompagné de
belles plaines) & de Vallons
bien culrivez; les Maisons y
sontgrandes, & logeables
presque toutes bastiesà l'Allemande,&
il n'yen a pas une
qui n'ait quatre Chambres
hautes où l'on peut loger.
Le Roy,Monseigneur?& les.
Princesses eurent leursAppartemens
dans la plus grande,
& chaque Corps d'Officiers
logea dans d'autres. Le lieu.
paroist avoir esté autrefois
considerable;les Guerres l'ont
ruiné , parce qu'il n'estoit pas
assez fort pour se deffendre
des courses. La Paroisse est
unassezbeauVaisseau,surtou
dans l'étendue du Choeur,qui
est tres-beau &: fort élevé
Cette Paroissea esté bastie
par les soins de Guillaume de
Huyen, lequel ayantesté in,
struit à Verdun? passa en Italie
; ou la beauté de son génie
luy acquit la bien-veillance
de la Cour de ROIne. Il fut
d'abord Chanoine de Verdun,
& par degrez elevé à la
pourpre, ayant esté fait Cardinal
au titre de Sainte Sa-;
bine. Il employa ks biens a*
l'embellissementde sa Patrie
mais la mort qui le (urpnd
dans l'exécution de ses. def-i
seins
, en rompit le cours
Les Entrepreneurs volerent
l'argenr & lainerenrnglife
imparfaite.Il avait resolude
fonder douze Prebandes,un
College-, &un Hôpital ;.lnaiscil
ne voit qu'un Choeur de-;
licatement construit
, & la
Barete de ce Cardinal suspendue
à la voûte, pour monument
de sa pieté
, & de sa dignité.
Il vivoit en 1406. Un
Curé, & un Vicaire ont foin
de cette Eglise, & du Peuple.
Les Capucins ont en ce lieu
une Maison habitée par huit
ou neuf Religieux. Ils ont
quelque peine à subsister;
mais ils en auroient encore
davantage s'ils n'estoient prés
de Verdun où on leur fait
de grandes charitez»Ces bons
Peres se sont establis en ce
lieu pour aider le Cure., à
causequ'il n'a qu'un, seul
Vicaire avec luy,
Le lendemain 20. la Cour
partit, d'Estain? &alla dîner
à Pierre-Pont qui n'en est éloigné
que de trois lieuës. La
plulpart des Officiers mangerent
surune verdure arrosée
d'un ruisseau fort agreable.
On traversa ensuite plusieurs
petits torrens;on parcourut
des Valées:on monta
des hauteurs?&on gagnaen
&~
finla cime d'une Montagne
où lenouveau Longvvy entièrement
construit par le
Roy) pour faciliter la prise de
Luxembourg. Le Vallon est
arrosé d'une très- belle eau
vive, qui roule toujours, &
qui rend la Plaine fort fertile
; laveue se promene agréablement
sans estre bornée
que des deux costez par deux
Montagnes, mais elles n'offrent
rien qui ne doive plaire.
L'une est remplie d'arbres;
l'autre est occupée par te
vieille) & par la nouvelle
Ville. On découvre dans le
milieu de la Prairie deux mai.
fons de Religieux) l'une de
Recolets. & l'autre de Carmes
) qui y sont établis, &
qui ont foin des anciens Habitans
de ce Pays-là. Ils ne
font logez que dans des hutes
sur la Colline
, & ils avoient
au dessusun Château antique
qui les mettoit à couvert
des Coureurs; mais presentement
il est ruiné) &
l'on n'y trouve que des cabancs
& des masures. Longvvy
est situé sur une hauteur
bordée d'un précipice à IJEfi:f
& au Sud, s'estendans vers le
Nord,& l'Ouest dans une
Plaine fort fertile. La Place
n'est commandée d'aucun
endroit. On y voit une grande
ruë ,
à l'extrémité de laquelle
font deux portes accompagnées
d'un double fossé
, &: défenduës de bons
Battions. Dans cette ruë principale,
sont les maisons des
Bourgeois qui font environ
deux a trois cens feux. La
Place d'Armes est au milieu.
On y voit un beau puits
) &
à gauche une Eglise une fois
aussi grande que les Recolets
de Versailles
, mais ily a
moins de Chapelles. Cette
Eglise est accompagnée d'uaeTour,
de la hauteur de celle
le Saint Jacques du Hautes
à Paris
, qui sert de Beffroy
>
& de laquelle on dé-*
couvre jusques à six lieuës
dans le Pays. La Maison du
Gouverneur est à droite , &
fait face à l'Eglise. Le reste
des Maisons est basty par fimetrie.
Le long desRamparts,
font des Cazernes pour les
Troupes,-& l'on voit d'espace
en espace des Magazins de
différentes grandeurs.Tous
ces Magasins sont soigneusement
gardez. Le Roy logea
dans la Maison du Gouverneur.
Mrle Marquis de Bouflers
, qui a le Gouvernement
de Luxembourg, vint au de.
vantdeSaMajestéàLongvvy.
Il estoit accompagné de quel..
ques-uns de fcs Gardes qui ne
parurent point avec leurs Ca.
rabines. Le Regiment d'Angoumois
commandé par Mr
de Thouy,estoit dans la Place.
Le Royen fit la Reveue>
êcille trouva tres- bon, tous
les hommes estant bien faits,
&audessus de trente ans. Ce
Regiment eut l'honneur de
garder le Roy. Il fautremarquer
que ce Prince ne fut pas
plûtost arrivé) qu'il donna
des marques de son activité
ordinaire. Pendant que cluCun
alla? ou le reposer? ou fc
divertir dans fcs Appartemens,
où il avoitdonné ordre
qu'il y eust toûjours rou.
tes fortes de Jeux preparez,ce
Prince courut? s'ilm'est permis
de m'expliquer ainsi pour
mieux marquerfonardcur.)11
courut?dis-je où la passion
digne d'un grand Capitaines
&: le devoir d'un grand Roy
rappelloient,&sedonna tout
entier le reste de la journée à
voir des Troupes? & des Fortifications.
Il y a dans Longvvy
quatre cens cinquante
Cadets. Sa Majesté leur vit
faire l'exercice, &dit hautement;,
qu'il rijyanjoitpoint de
Troupes qui s'en acquittent
mieux. Elle resolut mcfrnc
d'en prendresoixante ou quatre-
vingt , pour en faire des
Sous-Lieutenans dans tous
les Corps, excepté dans sois
Régiment ,où l'on ne reçoit
point d'Officier qui n'ait esté
Mousquetaire.Toutes les
places qui y vacquent estant
reservées à la Noblesse qui
tort de ce Corps,ils se perfectionnent
encore dans ce Regiment
en ce qui regarde le
métier de la Guerre? avant
que d'estre élevez à de plus
hauts Emplois. L'exercice
que firent les Cadets? fut à la
voix & au commandement
de leur Capitaine, ensuite au
coup de Tambour, câpres
dans le silence, par une habitude
qui est en tous également
naturelle; ce qui se fait
avec tant de justesse, qu'il
semble que ce soit un feut-
J.
homme qui remuë également
toutes les parties de
son corps. Ceux qui prirent
ce divertissement avec le
Roy eurent un tres-grand
plaisîrde voir un mouvement
uniforme dans quatre cens
cinquante personnes de différentesgrandeurs.
Le Royvisita à cheval les
dehors de la Place, & fit à
pied le tour des Remparts.
-
Ce Prince marqua luy-même
ce qui en pouvoit encore
embellir les Travaux, & ce
qu'ils avoient de plus beau
& deplus seur. Cela fait voir
la parfaite intelligence qu'il
a de l'Art de la Guerre.
Il ne faut que voir Longvvy
pour concevoir une haute
idée de la puissance du Roy,
& l'on ne pourra qu'à peine
sepersuader qu'il ait entièrement
fait bâtirune Ville,
élevée sur une cime inaccessible
r & dont les remparts
font d'une prodigieuse hauteur.
Il est impossible de s'imaginer
la dépensequ'où
a faite à couper le Roc, à
rendre le terrain uny, & à
bâtir tant de beaux logemens.
Cette Place est de figure éxagone
r ayant un Baition
coupé ducodedesprécipices
feulement. Ilestsoûtenu par
deux Delny-Iunes, & deux
Ravclins. On amis trois Cavaliers
aux endroirs foibles,
qui découvrent fort loin,&
qui feront montez de vingt
pieces de Canon. Toutes les-
Fortifications de cette Placc
fontd'une ties-grande regularité
; & ce qu'il ya de surprenantec'est
que le Roy en
aitfait entierement conftruireungrand
nombre d'autres
qui ne sont pas moins fortes,
qu'il y fasse encore tra-*
vailler tous les jours, & qu'il
commence à en faire éleyer
denouvelle.Iln'est pas moins
étonnant que SaMajesté voulant
mettre ses Sujets à couvert
des courses de la Garnison
de Luxemboutg., en la
mettant au rang de ses Conquelles,
Elle ait fait bâtu
Longvvy pour faciliter ses
desseins, cette Place ayant
servy de Magasin pour tou,
tes les provisions neceflaircs
à un Siege aulli important
qu'a esté celuy de Luxembourg.
Comme rien n'altère davantage
la fanté qu'une forte
&continuelle app licationau
travail, M de Croissy , qui
par une longue fuite d'Emplois
&par l'occupation que
luy donne celuy qui l'attache
entièrementaujourd'huy,
s'etf attiré des douleurs de
goute depuis quelques années,
en ressentit de violentes
à Longvvy. Cependant
elles ne l'empefcherent point
de servir le Roy, en quoy
il fut parfaitement bien secondé
par M le Marquis de
Torcy son Fils, qui dans un
âge fort peu avancé, a déja
veu toutes les Cours de l'Europe
> en a étudié les maniéres,
& n'ignore rien de ce
qui regarde la Charge dont
Sa Majesté luy a accordé 1:4
survivance.
La Maison du Roy eftanr
si grande) qu'à peine il se
passe une semaine
>
sans qu'on
apprenne la mort de quelque
Officier) on sceut à
Longvvy celle de M Villacienne,
Gentilhomme servant
du Roy? & celle de Mr
de la Planche ,Valet de
Chambre de SiMajesté
,
la
premiere dépendant de Monsieur
le Prince,comme Grand
Maistre delaMaisonduRoy,
& l'autre deSaMajesté parce
que le défunt xi'çftant poirr
marié
,
n'avoit point d'ensans
à qui ce Prince en eust
pû donner la survivance.
Mrde Seignelay, qui avoit
fait le Voyage de Dunkerque
avec une diligence furprenante,
depuis que le Roy
estoit party pour Luxembour,
joignit Sa Majesté à
Longvvy , & luy fit le rapport
de l'estat des Fortifications
de cette premiere Place.
Je vous en ferois icy le
détail, si je n'estois obligé de
le remettreà unautre ÀrcmS)
a cause de la quantité de choses
curieuses que j'ay encore
à vous apprendre touchant
le voyage de Sa Majesté. Je
vous diray cependant que le
Risban, lesJetrées,lesEcluses,&
le Bassin pour les Vaif-
[caux, sont des choses si extraordinaires
à Dunkerque »
<juà moins de vous en faire
la defeription, quelques paroles
dont je pusse me servir,
pour vous marquer la beauté
deces Ouvages* il me seroit
impossiblede vous rien faire
Concevoir qui en approchait,
& vous auriez mesme encore
beaucoup de peine à vous les
representer tels qu'ils [ont) si
vous ne les aviez vûs.
Le Roy estant party de
Longvvy le 21. entra dans le
Luxembourg, &: dîna à Cherasse,
premier Village de la
Province ducosté de France;
Le Païs par où l'on entra, n'a
pas tant de Bois ny de Mon.,
cagnes que les autres Cantons
de cette Province. Ce font
des Plaines grasses & fertiles?
remplies de tres-bons grains.
Les Villages y sont en affcz
grand nombre,mais les maifons
n'en font pas entièrement
rétablies. En approchantdela
Ville de Luxembourgeonvoitde
toutes parts
destrous, desquels on a tiré
de la brique,& de la chaux,
& d'autres materiaux, pour
les nouvelles Fortifications
<i'un Ouvrage qui va au delà
de tout ce que l'on en peut
concevoir.L'aspect delaVilleestbeauducostédeFrancc.
Le plan paroist égal par.
tout,&lesédifices sontgrands
8c magnifiques. On découvre
plusieursEglises couvertes
d'ardoises, descazernes, des
Magasins, des maisons considerables,
Celles des particuliers
semblent estre bâties
desimetrie; mais lors qu'on
est dans la Ville, on est furpris
de ce qu'on n'a découvertqu'une
partie des Fortifications.
Elles sont toutes irregulieres,
& continuées suivant
l'étduë du terrain, dont
la situationpeut étonner des
Assiegeans qui oseroientl'attaquer.
•*
Je devrois vous parler icy
de l'origine de cette Place,
vous entretenir des Ducs qui
en ont porté le nom, & vous
en faire comme un abregé
d Histoire; mais j'ayamplement
parlé de toutes ces choses
dans le Volume que je
vous ay envoyé du seul Journal
du Siege que le Roy fit
)
lors qu'il joignit la Ville de
Luxembourg à ses premieres
Poiiujrfedr
Conquestes. Ainsi jeme COfitenteray
de vous envoyer le
revers de la Medaille qui sur
¿;'faite en ce temps-là, & que
j'ay pris foin de faire graver.
Le Portrait du Roy [e voit
sur laface droite. Jene vous
dis rien du revers, vous le
pouvez voir.
Ce Prince fut receu à la
Porte parleMajor de la Place,
&,' traversa la Ville au milieu
de six rangs de ceux de
la Garnison qui estoient soue,
lesarmes, & en hâye>j[ufque^
au lieuoùSaMajesté alladescendre.
Ils firent trois salves,
mais on ne tira le Canon qu'aprés
l'arrivée du Roy, parce
que cela auroit marqué une
Entrée, & qu'il avoit déclaré
qu'il ne souhaitoit point
qu'on luyen fist.LesBourgeois
vinrent luy offrir leurs hommages.
oLes ruës étoient toutes
tapissèesde branches d'arbres,
suivant la coutume du Pai's.
Pendant le Soupe du Roy
qui dura deux heures, ils aL
lumcrent unfcudejoyc dans
-- .--' -,. --, -' 1er
té —*
--_.
le Pâté qui eH: entre le Paffendal
& le Grompt, vis-à-vis
les fenestres du Palais du
Gouverneur, prés de la Riviere.
Toutes les ruës furent
illuminées, &ces illuminations
continuerent pendant
tout le temps que Sa Majesté
demeura àLuxembourg. La
façade de l'Hostel de Ville parut
éclairée par plus de deux
cens Lanternes, remplies de
Devises à la gloire de ce Prince.
Les Clochers estoient en
feu, & quantité de flambeaux
de cire blanche brûlerent
toute la nuit devant la maison
du Maire. Toutes ces illuminations
furent accompagnées
de cris de Vive le
Roy. Sa Majestéfutgardée
par un Bataillon de Champagne,
commandé par Mr le
Baron de la Coste, La Ville
estoit plus remplie d'Etrangers
que de gens de la fuite
de la Cour, sans compter les
Gouverneurs, les Lieutenans
de Roy, les Officiers des Garnisons
d'Alsace, de Lorraine,
&de Flandre, qui avoient
eu permission de venir. Mr
l'Evesque
)
& Mr le premier
President du Parlement de
Mets, y estoient aussi venus,
avec tout ce qu'il y a de plus
distingué dans la mesme Ville,
suivy d'un grand peuple,
que la curiosité de voir le
Roy y avoit attiré. Il yestoit
passé plus de dix mille hommes
deTreves,deCologne,
de Mayence. de Juliers, de
Hollande, & de la Flandre
Espagnole;& l'on eust dit
que toute la Champagne s'y
estoit renduë, pour remercier
le Roy d'avoir pris cette
Place, afin deladélivrer des
courses de sa Garnison. M1 de
Louvois y estoit arrivé le
jour precedent
,
après avoir
faitun Voyage de deux cens
cinquante lieues depuis que
Sa Majesté estoit partie de
Versailles pour aller à Luxembourg.
Cette diligence
ne paroiftroit pas croyable,
si ce n'estoit une de ces choses
de fait dont on ne [sa?=-:
roit douter. Ce Ministre
rendit compte au Roy de
son Voyage pendant que Sa
Majesté demeura à Luxembourg
& je vous en feray le
détail
, avec celuy de ce qui
s'est paffé dans le temps de
ce sejour,mais il faut auparavant
vous faire la description
de cette Place.
Tous ceux qui l'ont veuë
avant le Siege ,la regardent
avac un etonnement qu'il seroit
difficile d'exprimer, &
sont fort surpris d'avoir à
chercher Luxembourg dans
Luxembourg mesme. On ne
reconnoift: plus cette Place
que par quelques Edifices publics,
presque tous ruinez
dans la Journée des Carcasses
& dans la fuite duSiège, &."
rétablis dans une plus grande
perfection
, par les soins Ôc
par la pieté duRoy. On m'a
assuré que la Ville est grande
deux fois comme Saint Germain
en Laye, &j'ay vû deux
Relations qui le marquent.-
Je ne vous garantis pas
tjue cette grandeur soit juste
On peut s'abuser dans les
choses qu'on écrit sur lerapport
de sa veuë ; cependant
on peut concevoirpar
là une idée approchante de
la grandeur d'un lieu dont
on fouhaitc avoir connoissance.
La Place d'armes de Luxembourg
peut contenir environ
deux mille hommes
rangez en bataille. Les rues
sont larges,&il yen a douze
ou quinze considerables. Les
Bâtimens y sont de deux éta.:=
ges au moins. Ils sont assez
étroits
) mais presque tous
d'une--nlefme, simetrie. La
Cour y estoit assezbien 1&--
gée. Le Commerce n'y est
pas grand, mais la Garnison
y fait rouler beaucoup d'argent
par ses dépenses. On a
esté obligé de prendre des
Domaines, & des Jardinsà
quelques Bourgeois,& à quelques
Païsans, maisils en ont
esté largement indemnisez.
L'Hostel de Ville e£tpetit?
û façade n'est pas large. La
Paroisse est étroite, & il n'y
a qu'un Doyen,&dixEcclesiastiques;
un plus grand
nombre n'en: pasnecessaire,
puis que les Religieux qui
font dans le mesme lieu, les
déchargent presque de tous
les soins qui regardent les
Pasteurs. Il y a quarante-cinq
Religieux dans le Convent
des Recolets, dont la moitié
font François
, & les autres.
Allemands. Ils vivent
des questes delaVille, & dc:
la Province, & preschent
dans l'une & dans l'autre
Langue. Ils sont commis
pour auministrer les Sacremens
à la Garnison. Les Bourgeois
quisontfort devots, &
Flamans en ce point-la?vont
souvent faire leurs dévotions
chez ces Peres, qui sont en
très-grande reputation en
cette Ville-là?&fort estimez
& aimez de tout le Peuple,
Ils ne le font pas moins de la
Garnison qui les respect
beaucoup. Je pourrois ajouter
qu'ils s'en attirent la crainte
aussi-bien que le respect,
puis que ces Peres font toutes
les fonctions Curiales en ce
qui touche cette Garnison.
LePereOlivier Javenayaprés
avoir esté Gardien, & s'estre
acquis une grande réputation
par ses Sermons, a esté éleu
Custode de douze Maisons
.dependantes de celle-là, dont
celle de Luxembourg est la
principale. Les Jesuitesyont
une tres-grande Eglise, fort
propre, & fort riche. Elle est
plusgrande que celle des
Carmes de la Place - Maubert
, & a deux aillés, &
trois beaux Autels. Ils tiennent
leCollege
, & ces Peres
font ordinairement au nombre
de vingt-cinq dans cette
Maison. Encore qu'ils soient
tous François, il yen a quelques-
unsqui sçavent fort bien
l'Allemande & qui ontesti
élever en Allemagne. Leu.
Jardin est beau & spacieux
îc leur maison toute neuve
êc bien ordonnée. Ilsontune
Musique Allemande, que la
Cour alla entendre le jour de
la Trinité. Les Capucins y
ont aussi unConvent
>
dans
lequel on ne trouve que des
Religieux François ,
dont
le nombre peut égaler celuy
des Jesuites. Il y a
deux Refuges dans la Ville,
& une Eglise, appellée le
Saint Esprit, dansunBastion,
Celle desDominicains?qui a
esté fort endommagée par le
Canon, n'est pas encore rctablieIlsdonnerent
ieui
Tour pendant le Siege, pour
placer une Batterie qui incommoda
fort nostre Camp.
On fut obligé de s'en défendre?
& cela* pensa causerla
ruine entiere de leur Eglise.
J'oubliais à vous dire que
les Recolets ont le Cimetiere
de la Garnison. Leur Eglise
est aussi grande que celle des
Cordeliers du Grand Convent
de Paris. Ils ont d'assez
beaux Ornemens, & tout est
chez eux d'une grande propreté.
Leur Jardin est aiTçz
beau pour une Ville de Guerre
Il tomba pendant le Siege
cinq cens Bombes dans leur
enclos, dont trois tomberént
dans une Chapelle,
qui fert de Mausolee auComte
de Mansfeld, l'un des plus
grands Capitaines de son
temps, & fameux par ses Exploits
fous Charles IX. Il
mourut Gouverneur de Luxembourg
âgé dequatrevingt-
six ans. Son tombeau
estde Marbre blanc; safigure
->
& celles de ses deux Fern;
mes ,
font en bronze au desfus
de ce Tombeau,chacune
de six pieds de haut. L'une
des trois Bombes qui tomberent
dans cette Chapelle,
perça une grosse voûte, fit
tin trou fort large à l'extremitédu
Tombeau duComte..,
tourna à demy une pièce
de marbre qui le couvre, &
4jui a huit pieds en quarré
ôc la rompit environ de la
largeur d'un pied. Les Jefuites&
les Recolets ne font
sjparezquepar une rue* &
ïes Capucins sont dans un autre
quartier de la Ville, proche
la Porte-neuve. Il y a
aussi trois Convents de Filles.
Le Comte de Mansfeld dont
je viensde vous parler, a fait
bastir le Palais des Gouverneurs.
Il a esté tout ruiné par
nos attaques, & si bien reparé
par les soins de Mrle Marquis
de Bouslers
, que le Roy
y logea avec Monseigneur;
& les Princesses,Ilest sur un
Bastion. qui donne sur un
Fauxbourg arrosé par la Riviere?
dont la Prairie dans laquelle
elle se répand estun
objet agreable pour la veuë,
& dans une gorge entre deux
Montagnes. Il a pour point
de veuë un reste de petit bois
de haute Futaye. Pour pouvoir
insulter ce Bastion, il
fauts'estre rendu maistre de
sesdeffenses. Le Roy y avoit
une grande Salle, une
grande Chambre pour les
Jeux, sa Chambre,&trois Cabinets.
Les Gouverneurs de
Luxembourg avoient autrefois
une Maison de plaisance
située sur la Riviere qui sert
de point de veue lieur Palais;
mais les guerres les ont
privez de ce lieu de divertis
sement. Luxembourg est fituésur
une hauteur àl'extremité
d'un grand terrain du
costé de l'Ouest & du Sud
fondé sur un roc qui a este
coupé plus de quatre pieds
en terre dans les endroits ou.
l'Esplanade duGlacis n'est pas
sélon les Réglés? & commandé
par le chemin couvert. A
son Est, & à son Nord, ct
sont des Vallées prodigieuses.
qui semblent inaccessibles à
toutes les Nations; & cependant
c'est par ces abismes
qu'on a pris la Place. L'une de
ces Vallées entre le Nord k
l'Est, estarrosée par TEfle*,
petite Riviere sans commerce
qui vient du cofté du Sud
d'Erfche Bourgade„& qui va
se rendre dans la Moselle aprés
s'estre jointe au Sours
&. àSclbourgversVasbilingrr
L'autre est remplie vers le
Sud-Est de quelques petits
Ruisseaux de Ravines. Il se
trouve pourtant entre l'Esse
une langue de terre où cft la
Porte dé Trêves
,
& une autre
langue plus spacieuse occu\.
pée parunFort nommé du
Saint Espritque l'on a fortifié
depuis que le Roy a coiv
quisla Place. Elle estdiviséce
en haute, & en basse Ville,
La haute cft l'ancien Luxembourg
,reparé,&fortifié dt
nouveau. On afaitune Porter
neuve qu'on appelle de France
vers Nostre-Dame de
Consolation, & l'on a pouse
le Bastion de Chimay,jus
ques au delà de l'Insulte. La
baffe-Ville est composée de
deux Fauxbourgs, rendus c-e*
lebres par le dernier Siege.
L'un est nommé le Passendal.,
arrosé par le principal Canal
del'Effe. L'autre est le Minstier
ou le Grompt mouille
aussi par un bras de l'Effe. Entre
ces deux Fauxbourgs
?
est
la Porte de Treves
?
& une.
Plate-forme au dessousquon
appelloit le Pasté. A l'extremité
du Minfter vers la droite
est le nouveau fort du Saint
Esprit. Mr de Montaigu a
levé avec du carton le Plan
de cette formidable Place,
où Ion en remarque aisément
toutes les beautez, avec toutes
les augmentations que le
Roy y a faites. Toute l'Allemagnea
esté surprise de voir
avec quelle promptitude on
en a reparé les brèches &
avec quelle facilite sans avoir
égard à la dépense on a aug.;
mente cette Ville de plus de
deux tiers, afin d'occuper
tout le terrain qui sembloit
estre favorable pour en approcher.
Aprés vous avoir fait voir
la situation de It Place, il faut
que je vous trace icy le Plan
de ses Fottifications. L'entreprise
est hardie, & un terme
mis au lieu d'un autre, peut
répandre de l'obscurité dans
ce que je vous diray les descriptionsde
cette nature,quelques
ques claires quelles soient,
n'eitant qu'à peine intelligibles
pour ceux qui ne sont pas
dumestier.Joignez à cela que
je puis expliquer mal des cho-
[es, dont je n'ay pas toutes
les lumieres necessaires? pour
estreafleuré que je ne me
trompe point. Cependant je
fuis persuadé que quelques
fautes que je puissefaire
, &:
que j'aye peutestre mcfme
déjà faites depuis que j'ay
commencé à vous parler de
Fortifications dans cette Ler
tre, ce que je vous en ay dit,l
& ce qui me reste à vous expliquer
) ne laissera pas de
donner de hautes idées de la
puissance du Roy? & de la
force de Luxembourg.
L'ancienne Ville qui est
toute sur un terrain élevé
cil: un Heptagone ayant un
Bastion coupé par le deffaut
duterrain de Paffendal. Elle
a trois portes ; l'une vers le
Couchant) c'est celle de France;
l'autre au Nord? c'est celle
de Passendal; la troisiéme;
vers l'Orient, c'est celle de
Trêves, & une quatrième
pour les sorties regardant le
Midy. La premiere & la derniere
sont dans la haute Ville
bien flanquées de bons basions?
& de dix Redoutes,
soutenuës de bons Cavaliers,
où l'on mettra quarante pièces
de Canon. On peut voir
dans la premiere porte quelle
supercherie peuvent faire
ceux qui se desfendent dans
leurs maisons. La premiere
entrée prise , il ne faut aller
que pied à pied à la seconde;
& la troisiéme est encore
mieux gardée que les prémieres.
Les Redoutes sont
portées aux endroits les plus
soibles des Courtines pour
deffendre le chemin couvert,
& pour commander sur toute
l'Esplanade;elles font élevées
jusques au cordon pour répondre
au rez de chauffée, &
pour raser l'Esplanade. Au
dc!fij.S est une Plate-forme
avec un Parapet dont on se
sert jusqu'à ce que le Ganofll
l'ait renversé ; on se retire au
dessous où sont des Sarbacanes
pour tirer sur le chemin
couvert & dans le glacis. Dela
on a encore un étage en
- terre d'où l'on se peut desfendre
long- temps , &quand
on est poursuivy par les Galeries,
on a clei portes avec
du Canon de Campagne. Si
les Ennemis vouloient establir
un logement autour de
ces Redoutes, il y a des Mines
& des contre-mines toutes
disposées pour empescher les
Travailleurs d'avancer leurs
ouvtages. Les Fourneaux sont
si bien menagez qu'ils ne
peuvent manquer leur coup.
On a fait deux demy
-
Lunes
dans cette ancienne enceinte..
Le Bastion de Chimay? qui
est à l'extremité du Roc, &
qui commande sur la Porte
de Paffendal, est soûtenu par
deux autres Bastions avancez
le long de cette cime,qu'on
peut appeller une Demy-lune
1-
& une autre Contre-garde,
ce qui semble estre hors.
d'insulte> parce qu'on a fait
la dépense de railler dans le
roc,&qu'on s'est attache à
le rendre inaccessible; &
comme la Riviere qui passe
au dessous de la Porte, a une
hauteur dans son bord opposé
qui commande la Ville
>
car ce fut là qu'an mit une
Batterie pendant le dernier
Siege, pour ruiner jePalais
du Gouverneur; son Badion,
& la Porte,lePvoy a fait faire
sur la cime de cette hauteur
deux Ouvrages à o cornes
qui renferment tout l'espace
par où l'on avoit à craindra
Une Ligne de communication
prend de l'extrémité de
la Contre-garde du Bastion
de Chimay, descend par la
Porte de Passendal dans la
Riviere, & va joindre ces Ouvrages
, qui sont faits avec
toute l'industrie de l'At[,.
pour batere la Plaine d'audelà,
pour commander sur le
vallon où coule l'Effe,& pour
désendre le Chemin couvert
de la Contre-garde du Baftion
de Chimay;&afin qu'on
ne prenne pas ces O1uvrages par le vallon., Sa Majesté qui
voit tout avec des liimieres
qui necedenten rien àcelle5
de les Ineenieurs? a ordonné
deux Reodoutes au dessous,
prés de la Rivière. Ainsi le
Fauxbourg du Paffendal qui
est sur l'eau, fera défendu 8c
couvert de toutes parts. On
y fait un Hôpital, & il y aura
des Cazernes, & des Magasins
comme dans la Ville.
Il est fermé à la droite par
une autre Ligne de communication
semblable à la premiere,
qui joint le sécond
Ouvrage à la Porte de Trêves,
qui se trouve à l'extremité
d'une languete prise
dans le roc qu'on a percé en
deux endroîts, pour faire
passèr les chariots, & les
Troupes du Paffendal au
Minfier, sans monter dans
la. Ville. Le Minsterest aufll
défendu par cette Porte, ôc.
par le Fort du Saint Esprit,
qui a quatre Bastions coustruits
sur une petite éminence
qui commandoit dans
le Fauxbourg. Ces quatreBastions
sont soutenus de Demy-
lunes) de Contre-gardes,
& de Redoutes, qui battent
toute une campagne qui regne
au delà. Voilà les Ouvrages
qui se trouvent dans
les Dehors de Luxembourg,
&: qui font environ onze Bastions,
quinze Redoutes, deux
Ouvrages à corne,un troisiéme
qu'on y ajoûte prés de la.
Porte des Sorties, quatre:
Demy-lunes, trois Contregardes,&
cinq ou six Cavaliers.
Tous ces Travaux n'ont
pas moins surpris la Cour,
qu'ils ont étonné tous les
Etrangers qui les ont vûs.)
car cette Place qui tiroit de
la France deux millions de
contributions
, pourroit en
temps de Guerre en tirer bien
davanrage, & faire contribuer
juseqz ues à Mayence? à
Cologne, à Rez, au Fort de
Skin,à Namur& à beaucoup
d'autres endroits, ce qui ne
seroit pas difficile à une Garnson
de sept ou huit mille
hommes. Je ne vous diray
point à combien de millions
a monté la dépense des Fortifications
de cette Place,
chacun en parle diversement
&met le prix aux Ouvrages
de cette nature, suivant Tétonnement
qu'ils luy eaufent.
Ainfiil n'est pas facile
de parler d'une dépense?
quand elle se monte à plusieurs
millions. Tout ce que
je puisvous dire, c'est que le
Roy ne cherchant que l'entiere
perfection dans tout ce
qu'il fait faire, il y a encore
de nouveaux fonds destinez
pour travailler à cette Place,
quoy qu'il paroisse qu'on ne
puisse rien ajoûter à ces Fortifications
;mais le Roy a des
yeux& deslumieres dont on
ne sçauroit trop admirer la
pénétration. Je ne dois pas
oublier que la petite Chapelle
de Nostre - Dame des
Consolation dont je vous ay
déjà parlé dans ma Relation
duSiege, est restée en son
entier, les Assiegez, & les
Assiegeans l'ayant épargnée.
Toute
-
la Province y court
avec la mesme devotion
qu'on va à Nostre-Dame de
Liesse en France.
Il faudrait pour se bien representerl'aspect
de cette
Place, avoir vû les deux Tableaux
que Mr de Vandermeulen
enafaits pour le Roy.
Ils sont à Marly, & ont chacun
onze pieds de longueur.
Ils representent deux faces dô
laPlaec, de sesFortifications,
& de ses avenuës; mais avec
une telle regularité, que ceux
qui ont veu ces Tableaux ne
sçauroient se souvenir de la
moindre chose,qu'ils ne lareconnoissentaussi-
tost dans
l'unou dans l'autre. Ces Tableaux
sont gravez avec les
Estampes de Mrde Vandermeulen
dont je vous ay déjà
parlé, qui represententtoutes
les Conquestes du Roy de la
mesme maniere. Ainsi si la
description que je viens de
faire de cette Place, excite en
vous ou en vos Amis, la curiosité
de la voir d'un coup
d'ecil, vous pouvez avoir recours
à ces Estampes, qui sont
recherchées dans toutes les
parties du monde.
Le Roy ayant resolu de ne
demeurer que deux jours àLuxembourg
; monta à cheval
aussitost qu'il y fut arrivé, &
en allavisiter les Dehors. Mr
de Louvois qui estoit de retour
depuis un jour de son
Voyage d'Alsace,&MdeVauban
, qui sont les deux personnes
qui pouvoient rendre
un compte exact à Sa Majesté
des Fortifications de cette
Place, & sur tout de celles
qui ont esté faites nouvellement
par son ordre, l'accompagnerentpar
tout. Elle vit
les attaques de ses Troupes
pendant le Siege, &: trouva
de nouveaux sujets de loüanges,
pour tous ceux qui avoientcontribué
à cette conqueste,
M le Comte de Blanchefort
s'eilant trouvé auprés
du Roy, ce Prince toûjours
plein de reconnoissance
& de bonté pour toutes les
personnes qui ont du merite,
témoigna le regret qu'il avoir
de la mort de Mr le Maréchal
de Crequi son Pere,
qui avoit fait le Siegede Luxembourg;
ce qui parut toucher
fort sensiblemenr Mr
le Comte de Blanchcfort,
& renouveller dans son
coeur le dcfir qu'il a de sui
vre ses traces, &- d'imiter sur
tout sa prudence? & sa fidelité
pour le Roy.
, Le 22. Sa Majesté donna
audience à Mrle Baron d'Ingelheim,
Envoyé
-
extraordinaire
de Mrl'Electeur de
Mayence; à Mr le Baron
d'Elts, Envoyé extraordinaire
de M l'Electeur de Tréves,
& à Mrle Comte de
Chellart, Envoyé extraordinaire
de Mr le Prince Electoral
Palatin, Duc de Juliers.
Ils estoienr venus faire compliment
à Sa Majesté de la
part des Princes leurs MaiRreS)
sur son heureuse arrivée
àLuxembourg. Ces Envoyez
eurent aussi audience
de Monseigneur, où ils furent
conduits par MrdeBonneüil
,
Introducteur des Ambassadeurs,
qui les avoit menez
chez le Roy? & les avoir
esté prendre dans les Carosses
de Sa Majesté. Ils firent
present au Roy dela part des
Princes leurs Maistres
,
de
plusieurs tonneaux de vin
du Rhin, & de vin de Moselle>
que Sa Majestéreceutavec
les manieres honnestes
qui luy sont si ordinaires, &.
pour marquer que ces Presens
luyestoient agreables
de la part dont ils venoient,
Sa Majesté voulut qu'ils fussent
conduits à Versailles par
les mesmesVoituriers qui les
avoient amenez; & les Envoyez,
suivant les ordres qu'iL
luy avoir pieu d'en donner,
furent regalez splendidement,
avec toute leur suite,par
lessoins de Mr Delrieu, Contrôleur
ordinaire dela Maifondu
Roy, qui n'oublia rien
en cette rencontre de tout
ce qu'il crut devoir faire
pour leur satisfaction, &qui
entra parfaitement bien dans
leurs manieres,
Quoy que le Palais où logeoit
le Roy sust fort spacieux,
il estoit neanmoins
impossible que tous ceux qui
estoientpressez de l'impatience
de le voir? y pussent
entrer; ainsi ce Prince eut la
bonté de sortir plusieurs fois
à cheval? & d'aller mesme
doucement, afin de satisfaire
ceux qui ne respiroient qu'aprés
sa veuë. Il alla à la Metre
aux Jesuites;& plusieurs personnes
qui jusques alors ne l'avoient
admiré que par la quantité
surprenante des grandes
choses qu'il a faites,& qui n'avoient
jamais eu le plaisir de
levoir,l'admirerent ce jour-là
par sa bonne mine, & par un
air qui perfuaderoit à ceux qui
ne sçauroient pas tout ce qu'il
a fait de grand, que tout ce
qu'on leur en diroit feroit - veritable,
véritable. Le Roy estant forty
dela Messe,vit le plan de
Luxembourg, qui estoit dans
une maisonproche de l'Eglise
des Jesuites, Il monta à
cheval l'aprésdînée, & descendit
dansles Mines;il voulutvoiraussi
les Contre-mines.
Il visita les Fossez, & se
promena sur les Ramparts.
Pendant tout ce temps il s'entretint
des beautez de cette
Place avec Monsieur le Printce,
qui fit voir la parfaite
connoissance qu'il a de tout
ce qui regarde la Guerre, &
quelle est telle qu'onladoit
attendre du Fils d'un Prince
qui auroit pu apprendre ce
grand Art à toute la terre ,
si on l'avoit ignoré. Monsieur
le Duc, Monsieur le
Prince de Conty
,
& Monsieur
le Duc du Maine su.
rent aussi de la conversation,
& firent voir qu'il est des
sciences pour lesquelles les
Princes ne sont jamais jeunes
&qu'ils semblent avoir aj>„
prises en naissant.
Le mal de Mrle Comte de
Toulouse, qui avoit esté attaqué
le jour precedent d'un
mal de teste
)
& d'un mal de
gorge, continua,& la Rougeole
s'estant declarée, le
Roy resolut de sejourner
deux jours de plus à Luxembourg
, non pas pour y attendre
la parfaite guerison dô
ce Prince, laquelle ne pourvoit
arriver si-tost, mais afin
de voir quel pourroit estre le
cours de son mal. On mir:
auprés de luyMrduChesne
Medecin?MrduTertre, Chirurgien
de Monsieur le Prince,
avec un Apoticaire de Sa
Majesté. Le bruit s'estant répanduque
le retour delaCour
estoit reculé, quelques Etrangers
en parurentinquiets,mais
ils furent rassurez si-tostqu'ils
firent reflexion que le Roy
avoit toujours gardé inviolablement
sa parole;qu'il aimait
Monsieur le Comte de
Toulouseavec tendresse; que
ce jeune Prince estoit chery
<dc toute la Cour, & quainsî
l'incertitude du mal qui luy
pouvoit arriver, estoit la
vraye cause qui portoit le
Roy à retarder son depart.
La Rougeole deMonsieur le
Comte de Toulouse, ne fut
pas la premiere qui parut
à la Cour. Une des Filles
d'honneur de Madame la
Princesse de Conty en avoit
déja esté attaquée. Il yavoit
euaussi d'autres Malades; &
la Gouvernante des Filles
d'honneur de Madame Il
Duchesseavoit eu la Fiévre.
La maladie de ce Prince contribua
à l'indisposition d'une
Dame d'un tres-grand meri-
&
re. Elle fut saignée, & son
mal se passa.
Le 13. Mrle Comte Ferdinand
de Furstemberg, & Mr
Ducker, Envoyez extraordinaires
de Cologne
, eurent
aussi Audience du Roy, &
de Monseigneur le Dauphin.
Ils y furent conduits par Mr
de Boneüil avec les mesmes
ceremonies que l'avoientesté
les autres Envoyez,& traitez
demesme.Mr le Cardinal
LangravedeEurftcmberg
faluaaussileRoyavecdeux
de ses Neveux.M le Comte
d'Avaux, Ambassadeur dfe
France auprès des EtatsGéneraux
dès- Provinces unies
s'estant rendu de la Haye à
Luxembourg, y salüa Sa Majesté,
& receut d'Elle de nouvelles
instructions touchant
les negociations ordinaires de
son Ambassade.Lorsqu'il prit
congé du Roy,ce Prince luy
dit qu'ilcontinuastàle servir
de la mesme sorte,& qu'il seroit
content. Cela fit assez
connoistre que Sa Majesté
estoit satisfaite de ses services
passez. Mr Foucher, Envoyé
extraordinaire des Etats Géneraux
auprèsdel'Electeur
de Mayence , eut aussi l'honneur
de salüer ce Monarque.
LeRoy entendit ce jour là la
Messeaux Recolets. & vit enfuite
dans ure Chambre du
Convent le Plan de Trarback
levé par Mr de Montaigu.Je
vous parleray de ce Plan dans
la fuite de ma Lettre. SaMajesté
alla l'apresdinée à la
teste des Tranchées, & des
Lignes, & en examinant la
Place, Elle previt tout ce qui
pourvoit arriver, si on osoit
un jour entreprendre de l'assieger.
Elle fit le mesme jour
la Reveuë des Troupes de la
Garnison, quiconsistoient en
cinq gros Bataillons, & en
plusieurs Escadrons.
Le 14. le Roy entendit la
Messe à la Paroisse, & tint
Conseil le matin & l'apresdînée,
ayant pendanttoutle
temps qu'il a demeuré à Luxembourg
,donné cinq à six
heures par jour, pour tousles
Conseils qu'il y a tenus; de
forte, que le temps qu'il employoit
à voir des Fortifications
& à faire des
-
Reveuës,
estoit celuy qu'il prenoit
pour donner relâche à fan
esprit. Ainsi l'on peut dire
que l'esprit ne commençait
à se reposer que pour donner
lieu au corps d'agir. Pendant
que le Roy n'eliok occupé
que des soins de son
Etat sans se donner un seul
moment de relache
,
la Cour
se partageoit, pour se divertir
selon son goust. Les uns
se
-
promenoient ,
les autres
joüoient , & quelques autres
se rafraîchissoient chez Mrde
Bouflers.Je ne vous diray
point que durant tout le sejour
- que Sa Majesté a fait
dans cette Place, ce Marquis
a tenu plusieurs Tables chaque
jour, tant le soirquele
matin,à un fart grand nombre
de couverts; ce seroitdire
trop peu,puisque non seulement,
tousceux qui ont voulu
manger chez luy y ont
trouvé a toute heure tout ce
qu'ils ont souhaité, mais
qu'on n'a mesme rien refusé
f aucun de ceux qui en ont
envoyé chercher. Commejamais
homme ne fut plus genereux
> jamais dépense n'a
esté faite de meilleure grace.
Mr deBouslers apprehendoit
si fort de n'estre pas à Luxembourgpour
la faire
a.
qu'ilfol^
licita pour n'aller au Camp
qu'ildevoitcommander,qu'aprés
que Sa Majesté seroit
partie. Le Roy qui sçait distinguerladépense
qui n'est
pas interessée,luy a fait un
Present de trois mille Loüis.
Le z5. SaMajesté entendit
encore la Messe aux Jesuites.
Elle se promena de nouveau
à cheval dans les Fossez
) & à
pied sur les Ramparts. Plus
Elle a regardé la Place avec
application,&enaexaminé
les nouvelles Fortifications,
plus Elle en a esté satisfaite ;
8c comme on ne luy rend
point de grands services sans
recevoir des marques de sa libéralité,
par dessus les recompenses
ordinaires, Elle donna
douze mille écus à Mr de
Vauba n.Toutes les Relations
conviennent qu'Elle luy fit
ce Present d'une maniere si
obligeante, que plusieurs
souhaiteroient enavoir acheté
un semblable de beaucoup
plus, & l'avoir receu
Qvec le mesme agrément. JLf
Royafait aussi des Presens
dans toutes les Eglises où il a
esté. Il donnoit une somme
pour les Ornemens. Cette
somme estoit suivie d'une autre
pour les Pauvres, & ces
deux d'une troisiéme, ou de
quelques graces dont il de":
voit revenir de l'argent pour
l'embellissement des lieux. Sa
Majesté n'ayant point mené
de Musique auVoyage )l'un
de ses Musiçiens nommé Mr
de Ville, qui est Chanoine
de Mets> y prit quelques lastrumens,
& quelques voix ,
& fit chanter dans les Eglises
où le Roy entendit la Messe
à Luxembourg, les Motets de
Mrs du Mont, Robert, &
Minoret. Sa Majesté le recompensa
de ses soins, de son
zele, & de sa dépense. Comme
l'argent n'est pas toûjours
ce qui touche davantage,quelques
charmes qu'il ait pour
tout le monde, par l'indispensable
necessité où chacun
cil d'en avoir, le Roy fïr
ouvrir les Prisons à soixante
&dix Malheureux, qui aimerent
encore mieux la liberté
que toute forte de biens;mais
ce Prince ne leur accorda des
graces que selon le genre des
crimes,ne voulant pas que sa
clemence servist à en faire
commettre de nouveaux, à
ceux qui en avoient fait d'enormes,
& que l'on jugeoit
capables d'y retomber,ce que
Mr l'Evesque d'Orléans, Mr
l'Abbé de Brou
,
nommé à
l'Evesché d'Amiens, Mes,
les Abbez de la Salle «
Fleury,& Mrde Noyon Lieu-»
tenant de Mr le Grand Prevost,
ont examiné par l'ordre
du Roy.
Le26.les uns ne songerent
qu'à partir, & les autres s'affligerent
du départ. LaCour
en voyant les Fortifications
de la place, avoir pris un
grand plaisir à se mettre devant
les yeux tout ce qui s'estoit
passé pendant le Siege-
Elle avoit examiné les Attaques&
les Tranchées) admiré
la conduite du General
)
l'intrepidité
des Soldats, le ge.
nie & l'adresse de M'de Vauban
à conserver les Aillegeans;
car le Roy sçachant
l'humeur boüillante des François
, & leur zele pour son
service
, avoit expressément
ordonné à feu Mr le Maréchal
de Crequi, & à Mrde
Vauban,d'épargner les Troupes,
& de prolonger la durée
du Siege,plûtost que de
hazarder le sang des Soldats.
Ce Prince avoit pris ses mesures
pour cela, Il estoit à la
teste d'une Armée pour em-"
pêcher lesecours,&prest à
donner bataille à ceux qui
auroient voulu le tenter.
Lors que la Cour partoit
satisfaite, & toute pleine de
ce qu'elle avoit veu, elle partoit
avec son Prince, & le
devoit toûjours voir; mais
ceuxàqui il ne s'stoit montre
que pour gagner leur
amour,& ensuite les priver
de sa presence,avoient beaucoup
de cbagrin de son départ.
Ce Prince avoit paru
à Luxembourg plûtost enPere
qu'en Roy. Sa douceur & sa
bonté s'estoient fait connoître.
Il s'estoitmontré familier
sans descendre de son
rang; on avoir eu un libre
accés auprés de luy ; ceux qui
luy avoient presenté des Requestes
avoient esté écoutez,
& la pluspart avoient obtenu
les graces qu'ils avoient demandées
;les Prisons avoient
esté ouvertes;laNoblesseavoit
eu un libre accès jusque dans
saChambre ;il avoit permis
plusieurs fois au Peuple de le
voir dîner , ce qu'il avoit
refusé dans les autres Villes,
à cause de la chaleur; ils
avoient admiré la devotion
de Sa Majesté, & la pieté que
son exemple inspire à toute
sa Cour; il avoit fait de
grands dons dans la Ville;
les dépenses ordinaires de là
Cpur y avoient répandu
beaucoup d'argent,ainsi que
le Etrangers que l'envie de
voir ce Prince avoit fait venir
en fort grandnombre; L*
Noblesse avoit esté receuë
aux Tables de la Maison du
Roy,&les Etrangers de distinctionqui
n'estoient pas
venus avec les Envoyez des
Princes Souverains des environs
, y avoient aussimangé;
enfin tout concouroit à faire
aimer, & regreter ce Grand
Prince. Il partit le 26. aprés
avoir entendu la Méfie aux
Capucins,& alla dîner à un
lieu nommé Cherasse.
J'aurois pu vous parler plûtost
du Voyage dont Mr de
Louvois rendit compte ait
Roy à Luxembourg
, mais je
n'ay pas voulu interrompre
la fuite de la Relation que
j'avois à vous faire de ce qui
s'y est passé.CezeléMinistre
partit de Versaillesle30. d'Avril,
passa à Tonnerre & à
Ancy-le-franc,&après avoir
vû les Fortifications de Besançon
, les Troupes, & les
Cadets, il se rendit le 5. de
May après midy à Befort.
C'est la Capitale du Comté
de Ferrette, située dans le
Sunggovv bb 1
Sunggovv,écheuë au Roy
avec l'Alsace par le Traité
de Munster. Mr le Marquis
dela Suze en a esté longtemps
possesseur, par engagement,
ou autrement. Mrle
<C? ardinalMazarinpossedaenfuite
ce Comté, & Mrle Duc
Mazarin, qui luy a succedé,
en jouitpresentement. La
Ville estassez belle. Il y a
un Chasteau, où l'on a fait
quatre Bastions. Mr de Saint
Justest Gouverneur de cette
Ville
>
où Mr de Dampierre,
Lieutenant de Roy, commande
c-iifôn absence. M" de
Louvois visita la Place, les
Troupes, & les nouveaux
Travaux, qu'il trouva en bon
'estât. Ce Ministre coucha
le 6. à Dainm-arie Village
d'Alsace. Il se rendit le 7. à
Huningue. C'est une Place
quiestfort proche de BaDe,
ÔZ qu'on a nouvellement
fortifiée de six Bastions sur
le Rhin ; on y a aussi fait
- des Dehors? & un Pont
ik bois fut le Rhin avec
quelques Ouvrages au bout
pour en fortifierla teste.
Cette Place rend la France
fort puissante sur le Rhin.
Elle est dans l'Alsace. Mrle
Marquis de Puisieux en est
Gouverneur, & Mr de la Sabliere
, Lieutenant de Roy-
Mrde Louvois en examina les
Fortifications,& fit faire reveuë
aux Troupes qui y et;
toient e& Garnison. Le 8. il
coucha à Fribourg, Capitale
c- duBrifgaw
,
située sur la petite
Rivière deTreiseim,i
bout d'une Plaine fertile, &
sous une hauteur qui cft le
commencement de laForest
loire. Elle est grande, bien
)euprlee.&: a diverfcsEcrllfcs,
&: plusieursMaisons Rcligieuses.
Le Chapitre de Basle
y fait sa residence, quoy que
l'Evesque ne l'y faire pas. Il la
fait à' Potentru, depuis que
les Protestans ont esté Maistres
de Basle. Il y a une Chambre
Souveraine à Fribourg,
& une celebre Université,
qu'Albert VI. dit le Debonnaire
,y fonda en 1450. Les
Ducs de Zeringuen ont possedé
autrefois cette Ville; qui
passa dans la Maisonde FULstemberg,
par le mariage d'Agnes
avec le Comte Hugue
ou Egon, dont les Descendans
l'ont gardée jusque
vers l'an 1386. après quoy les
Bourgeois s'estant mutinez,
se donnerent aux Ducs d'Austriche.
Elle fut prise trois
fois en six ans par les Suédois;
sçavoir en 1632.. en 1634. ôc
en 1638. Son nom s'est rendu
fameux dans toute leuropc,
par la celebre Victoire que
feu Monsieur le Prince, qui
n'estoit alors que Duc d'Anguien,
remporta en 1644. sur
les Troupes Bavaroises, aprés
un Combat sanglant & opïniastré
qui dura trois jours,
pour les postes difputcz de
la Montagne-noire., à une
lieuë de Fribourg. Ces trois
jours furent le 3. le 4. & le 5.
du mois d'Aoust. Feu M le
Maréchal de CrequLqui commandoit
une des Armées,du
Ro.yj.piMt cette Villele17.
Noyen).bre1677.aprèsun Sijer
gaevdoeisteapltorosuckhuuxitmjouurrasi.llIelsy»
uneCitadelle
à quatre Ri-
(rions, dç bons FolLz? o~
quelques autres Ouvrages.
Depuis ce temps-làles François
l'ont fortifiée plus regulierement.
La Rivière- du.
Trcifeim, qui n'est jamais
glacée? nettoye toutes les
rues. On a ajoutéquelques
Bastions aux anciennes muraillesde,
laVille,& les Fortifications
du Chasteau ont
este augmentées. On les a
étendues sur toute la hauteur.
C'est un chef-d'oeuvre de Mr
de Vauban. On yaaussi bâty
d'autres Forts qui commandent
à deux vallées. Les
Archiducs d'Autriche y avoient
étably une Chancelleric.
Il y a quatorze Mona.
stercs à Fribourg, & des Maisons
de trois Ordres de Chevalerie.
Mr du Fay en est
Gouverneur, Mr Barrege.
Lieutenant de Roy, & Mr
Roais commande dans leChasteau,
Mr de Louvois dîna le
,. à Brissac,&vit la Place
&les Troupes.Cest une Ville
d'Alsacedans le Brisgavv qui
donne un passage sur le
Rhin. Elle fut prise en 1638-
par Bernard de Saxe, Duc de
Vveimar, General de l'Armée
de Suede? avec le secours des
Troupes Françoises que conduisoit
le Maréchal de Guebriant.
On y trouva plus de
deux censpieces de Canon)
avec degrandesrichesse -y,
l'annéesuivante le Duc at
Vveimar estant malade à.
Nevvembourg prés de Irifac?
le mesme Maréchal de Guebriànts'aflxiraaumoia.
deJ all--
kx de cetteimportante- rl -
ce-,ôc des autres qui fuienc re-r
mises au Roy j&r TwtÇ du
9.Octobre de lamesme aPT
née.Elles surent cedées à Sll
Majesté en 1648. par leTraité
de Vvestphalie
, ce qui, fJu;
confirmé en 1^59<parcehijfr
des Pyrénées,Brisaa,que
quelques-uns juçmmenp la
Citadelle de l'Alsace, &d'autres,
laClef de l' Allemagne,
passè aujourd huy pour une
des plus fortes Places del Eu-
-
rape, soit qu'onregarde sa
situation sur un Mont,soit
qu'on examine ce eue l'arta
ccoonnctrriibbuuééaà la rreennddrree rrce~guu--
liere. Elle est sur le bord du
Rhin qu'elle commande,
C'estoit autrefois la Capitale
duBrisgavv, qui areceuson
nom d'elle, mais Fribourg
l'a emportédepuis quelque
temps. Il y a aujourd'hui
double Ville,car outre cellequi
estoit audelà du Rhin,
onafortifié une lac, qui est
presentement habitée, avec
grand nombre de Bastions.
Ilya aussi des Fortifications
en deçà du Rhin? & toutes
ensemble elles peuvent faire
environ trente Bastions. On
travaille incessamment à cette
Place, que l'on peut dire
imprenable. Il y a dans Brisac
une Compagnie de jeunes
Gentilshommes. Mr le Duc
Mazarin en est Gouverneur
Mr de la Chetardie y commande
en sa place,& Mr de
Farges y est Lieurcnant de
Roy. (
Mr deLouvois vit lemesme
jour p. d'Avril, les Fortifications
de Schleftadt. &
les Troupes qui y font en
Garnison.C'est une Place située
dans l'Alsace sur la Riviere
d'Ill qui porte Bateaux.
Elle estoit autrefois fortifiée
de bonnes murailles & de
fortes Tours, avec un Rempart,
& des Fossez très-larges
&fort profonds. On y a fait
des Battions depuis ce temps,
là. C'est une Place fort considerable
,
où l'on fait un
grand trafic. CetteVilles''est
toujours maintenue Catholique
au milreu de i'Heresie,
& il y a un College de Jesuites.
Mrde Gondreville en,est
Gouverneur, & Mrde la Provenchere,
Lieutenantde Roy.
Le 10. Mr de Louvois allacoucher
à Benfeld,petite "-il.
le de la baffe Alsace
,
assezforte,
&: des mieux entenduës..
Elle, dépend de Strasbourg-
,
dont elle n'estéloignée que
de trois lieues. Elle est sur
la Riviere d'Ill. Mr de Louvois
dîna le 10. à Strasbourg
)
ôc y sejourna le n. vit la Ville,
la Citadelle, les Forts, &
les Troupes. Mr de Chamil-
.Iy) si célébré par la défense
de Grave. en est Gouverneur.
Mr de Louvois logea chez Mr
de Monclar, qui commande
-
en Alsace. Je ne vous dis rien
de Strasbourg, comme je ne
Vous ay rien dit de Besançon,
parce que ces Places sont entièrement
connues. Ainsi je
ne vous ay parlé que de cellies
dont j'ay cru pouvoir
vous apprendre quelques particularitez
quine se trouvent
dans aucun Ouvrage imprimé.
Le 12. Mrde Louvois dîna
au Fort Louis du Rhin.
C'est un Fort qui a este construit
dans une Isle du haut
Rhin, huit licuës au dessous
de Strasboug, & autant,au
dessus de Philisbourg. Ce poste
estoit presque inconnu.
Toute l'Isle qui est au Roy,
estant dans l'Alsace qui ap.
partient à Sa Majesté
,
doit
estre fortifiée. Il doit y avoir
plusieursBastions, & des
Ponts avec des Fortifications
à la teste. Mr de Bregy est
Gouverneur de cette Place.
Mr de Louvois aprèsavoirs
examiné l'estat de ce Fort
allalemême jour coucher à
Haguenau. C'est une Ville
fort marchande en A lsace,située
entre les rivieres de Meter
& de Sorn.On gardoit autrefois
dans cette Ville-là,
la Couronne,le Sceptre, la
Pomme d'Or, & l'Epée de
Charlemagne avec les autres
ornemens Impériaux. C'est le
Siege du Bailly du Langraviat
d'Alsace. Mr de Louvois
coucha le 13. à Britche, où il
visita les troupes & la Place.
Cette Ville qui a un Châteauassez
considerable, est
dans la nouvelle Province
de la Sare. Mr de Morton
en est Gouverneur, & Mr de
laGuierleLieutenant deRoy. |
3MVT de LLoouuvvooiiss, aapprrèèss aavvooiirr
Nifité lesFortifications & les
groupes> alla dînerle14. à goù il-ne la même.
choseavec unepareille
activité.Hombourgeft assez
considerab- eoniiderable>&:estauasusmi dans la Provence de laSarre. M1
lç Marquisde laBretesche
qui commande dans cette
Province,en est Gouverneur,
& ^lr de la Gardette y
commande
en son ablençe,
M de Louvois alla ce jourlacouch
r à.jatrpctip Village
de la Province de la Sare qui
se nomme Cucelle &le1/
il passaàKirnoù il difha
en visita le Chasteau. Il cb.,.-
chaleITlefmejourlTraDeri
proche Trarback, & visita
la Presque-Isle de Traben, oi|
l'on va bastir une Placequi
s'appellera Mont-Royal. Cette
Place dont on n'a oiïy parler
qu'en apprenant qu'on y
travailloit
)
fait aujourd'huy
l'entretiende toute l'Europe,
le Roy n'entreprenant
rien qui ne soitassez grand
pour servir de conversation
au monde entier.Quoyqu'on
parle beaucoup d'une chose
ce n'est pas à dire qu'on en
partetoujours jùftc
) & il est
mesme presqueimpossible
:quton puissefejavoir au vray
toutes les pârticularitez d'une
entreprise
?
dont a peine,
at-on appris qu'on a forme,
le dessein. Tout ce que je
puis vous dire de celle-cy,
c'est que j'ay ramassé avec
grand foin* beaucoup de circonstances
qui la regardent*
&: que quandil y en aur,Qi,t;
quelques-unes qui ne feroient
pas toux à fjut vrayes;
je ne laiffer4 pas, 4c ycxuj
apprendre plusieurrs çbofcî
qu'on ne peut encore vous avoir
dites. Le Roy voulant
couvrir Luxembourg en 3
J - s cherché -lps tnoyeps ?
& lesa
trouvez danssesterresen.déT
couvrant un lieu. propre à
fairebastiruneVille. Ce lien,
se nomme Traben, & pour
parler à lamaniéré du Païs,
il eit à trente heures dç-Liirxembourg,
à douze de Tre"
ves, &à six de Coblens. Je
ne me puis tromper de beaucoup
sur le plus ou sur le
moins) & l'espace que je vous
marque) vous doit donner à
peu prés l'idée de l'éloignément
où ces Places peuvent
cftre les unes des autres. Tra.
ben est à la teste de Luxembourg.
On dit que Cesar y a
Autrefois campé, & qu'il y a
des vestiges d'une espece de
Fossé que l'on pretend avoir
autrefois fermé son Camp,
La Nature semble avoir faifre
ce lieu-là afin que le Roy le
fin: servir à sa gloire. Il n'a
que huit toises de largeur à
son entrée, que l'on dit estre
une escarpe& un rocher inaccessible.
La Moselle, qui n'eâ
point guéable en ces quartiers-
là ,envelope lereste de
son enceinte. L'entrée du
terrein elt occupée par un
plan deSapinsqu'onfaitjetter
à bas pour servir à cette
entreprise. La terre qui rcftc
lontient un des meilleurs
plans
plans de vignes de tout lePaïs,
& quelques champs qui rapportent
de tres-beaux grains,
&l'on trouve outre celaassez
de vin &de grain dans l'étendue
de cette presqu'Isle pour
nourrir une Garnison de trois
ou quatre mille hommes, Les
costes qui regnent vis-à-vis
le long dela Riviere,ne commanderont
point la Place, &
comme on ne pourra l'attaquer
que par le terrain que je
viens de vous marquer, il est
aise delarendre imprenable.
Il ya quatre Villagessur Iesr
crestes de ces costes dont on
pourra tirer de grands secours
pour les premiers Travaux,
L'extremité du plan de lapins
est une grosse source, qui se
trouvera dans lesFossez de la
Place, & qui fournira de
l'eau à la Ville. Elle aura
plusieurs Bastions
>
& fera
touteirreguliere, & tracée
sur la longueur, & la largeur
du terrain. Il y aura autour
de lapresqu'IsledesRedoutes
d'espace en espace
) pour dé-«-
fendre le passage de la Riviere.
Cequ'ilyade surprenant,
]
c'est qu'on peut dire que ce
que le Roy rcfout,est à demy
fait presqu'au moment
qu'il est resolu, au lieu que
pour l'ordinaire les grands
desseins demeurent au seul
projet. A peine eut-on plante
les piquets) que les Baraques
pour leslogemens des Soldats
le trouvèrent faites. Sept Bataillons
travaillèrent. Ils furent
bientost fortifiez d'autres
Troupest & l'onregarda
cette entr^prife avec unétonnement
donton n'cft pas encore
rovenu? sur tout pendant
que le Roy fait travail1er
dans le mcfmc temps àun
fort grand nombre de Places.
Quelque Souverainqui aitjamais
entrepris d'en faire, elles
ont estel'ouvrage du temps
plûtofi que de ceux dont elles
ont pris le nom; puis que la
pluspart nont presquerien
fait de plus, que d'en avoir
mis la première pierre. Voilà
la France à couvertdes infultes
deTAllemagne, & le Roy
fait plus à son égard
? que les
Chinoisn'ont jamais fait par
leur muraille de cinq cens
lieuës de long à l'égard des
Tarures.Le Royaume de la
Chine n'est à couvert que par
une feule muraille, & la Fran-*
ce l'est aujourdhuy par deux
rangs de Places forces, qui
doivent au Roy tour ce qui
les rend redoutables. tvir de
Louvoisaprès avoir sejourne
le 16.a Traben, & avoir,
pour ainsi dire, donnéle mouvement
à tous les bras devoient qui agir pour la gloire
du Roy,& pour la tranquillité
de l'Europe, alla coucher
le 17- a Sare-Loiiis, où il fit
la reveuë des Troupes, &vifita
les Fortifications de la Place
Elle est Capitale de laPro,
Vince de la Sare. Ce n'estoit
cjiTun Village, dont le Roy
a fait une Place tres-reguliere.
On luy a donné le nom de
-,ç,arc-Loüls, qui est un composé
deceluy duRoy,&de
celuy de la Province. Cette
Ville a six Bastions Royaux
avec quelques Demy-lunes,
& d'autres Ouvrages, M de
Choisyen est Gouverneur éc
Mr le Comtede Perin Lieutenant
de Roy. M deLouvois
y sejourna le 18. &le lendemain
il alla àThionville,
où il se donna les mesmes
soins, &pritles mesmes fatigues
que dans les autresVilles
où il avoit passé. Thionville
n'appartient à la France
que du regne du feu Roy.
C'est une Ville du Luxembourg
assise sur la Moselle.
C'estoit une des clefs du
Royaume avant les nouvelles
Conquestes de Sa Majesté.
On a razé Domvilliers, &
quelques autres petitesPlaces
voisines
>
afin de rendre celle-
là plus considerable. Mr
d'Espagne enest Gouverneur;
Mrd'Argelé,Lieutenant de
Roy, & Mr de Bouflers,Gouverneur
de Luxembourg,&:
Lieutenant general de la Pto-T
vince.Mr deLouvois a trouvé
dans toutes les places qu'il
avisitées,les Troupes & les
Fortifications fort belles. Le
Canton de Basle luyenvoya
faire compliment à Huningue,
& Mrl'Electeur de Treves
fit la mesme chose pendant
que ce Ministre estoit à
Trarbach, Les Magistrats de
tous les lieux qu'il avisitez,
l'ontaussi complimenté, &
les Gouverneurs des Provinces
&des Places que je viens
de vous nommer,& M les
Jntendans la Grange ôc la
Goupiliere ont fait tout ce
qu'ils ont pu pour le bien reé
galer; mais ce Ministre toûjours
agissant n'avoîtqu'à
peine le temps de voir les Repas
qu'on luy preparoit par
tout. Jamais on n'a fait tant
de chemin) ny vu tant de
Villes
,
de Remparts, & de
Troupes, en si peu de temps
Lors qu'on sert ainsi fou
Prince,on le fait servirde
mesme
; & quand les desseins
du Souverain font grands, on
ne voit rien qui ne sente le
prodige. Mr de Louvois dîna
le 20. à Luxembourg,où Sa
Majesté arriva l'aprésdinée.
Je vous ay fait un détail de
tout ce qui s'y est passé,&
vous ay dit que le Roy alla
le 26. dîner à Cheranc. Ce
Prince coucha à Longvvy,cù
• aprésavoir vu faire l'exercice
aux Cadets dans la Place d'armes
, il en choisit quatrevingt,
pour les mettre en diversCorpsenqualitéde
Sousl^
ieurenans, comme jevons
l'aydéja marqué. La Cour
alla dîüer le 27.à Pierre- Pànt.
Sa Majesté montaà cheval
l'apresdinée
, & arriva te soir
àEtain -en prenant le diver-^
tissement de la Chasse. Sa Ma>-
jesté y fut receuë par Mr de
Verdun. Elle entendit la
Messe le 1$. à la ParoiiTe,Se
fit de grandes liberalitez au
Curé5 & aux Capucins qui
sont établis en ce lieu-là,quoy
qu'Elleleur en eust déja fait
en y passant la premiere fois.
Elle dîna le mesme jour à
Verdun chez M" 1tveique,
à quiElleavoit donnéordre'
le jourprécedent pour 'lC{
âaiur qui fut chanté en
Musique sur les six heures dtV
soir. Toute la Cour y am,
ffcaravec une devotion qvd
répondoit à la pieté du Roy.
Le lendémain 29jour du,
S. Sacrement ,
la pluspart dM
Dames qui avoient accompagné
ce Prince , firent leurs
devotions, ce qui parut fort
édifiant. Le temps estant extremement
pluvieux, on ordonna
que la Procession se
seroit feulement jusques à
l'EglisedesJesuites, & qu'elle
reviendroitaussi-tost dans Ii
Cathedrale. La Procession
commença par les Paroisses
de la Ville, suivies des Mandians,
& autres Religieux.Le
Clergé estoit en fort grand
Nombre, accompagne des
Gardes de la Prevosté
,
des
Cent-Suisses de la Garde, ôc
des Gardes du Corps,qui marchoient
sur deux lignesa coté
de la Procession. Messieurs
les Princes du Sang estoient
immédiatement après leDais.
Monseigneur le Dauphin pa..
roissoit ensuite ; deux Huisfiers
portantdesMasses precedoient
le Roy, qui avoit auprésde
luy lePere de laChaise,
& fesAumôniers.Les Princesses
marchoient aprés, suivies
des Dames les plus distinguées,&
ces Dames l'estoient
d'ungrande nombre de Seigneurs
, & d'Officiers de la
Maison du Roy. Le Presidial
deVerdun marchoitenCorps,
Se MP de Ville suivoient le
Presidial.Aprés cette longue
file quiétoiten fort bonordre,
venoit une foule de peuple
innombrable, sans compter
ce qui se trouvoit encore dans
la Ville. Presque toute laLorraine
s'y estoit renduë,&on
en voyoit jusque sur les toits.
On s'arresta à deux Reposoirs,&
la grande Messe fut cclebrée
par Mr l'Evesque de
Verdun. Le Roy, & toute la
Cour occupoient la droite
des hautes Chaises. LesChanoines
estoient à la gauche,
& la Musique au milieu du
-Choeur; elle s'acquita assez
bien de tout ce qu'elle chanta.
Sa Majesté alla à l'Offrande,
& aprés la Messe Elle eut
à peine le temps de dîner *
pour retourner au mesme
lieu, oùla Cour entendit Vespres.
MdeVerdunofficia encore.
Au sortir de cette Eglise,
le Roy se promena autour
de la Citadelle
)
&: alla
voir les Ecluses, qui sont presentement
achevées, & dont
on se doit servit pour empêi
cher qu'on n'approche de la
Ville du costé où elles sont.
Mr deLouvois alla jufclu-aa
lieu où les eaux remontent.
Plusieurs Particuliers ayant
eu leurs beritages endommagez,
ont esté remboursez par
la bonté de Sa Majesté
, quoy
que cet ouvrage foit pour la
défense de leur Patrie.
Le 30.le Roy entendit encore
laMessedans la Cathedrale,&
Mrde Verdun luy
presenta de l'Eau-benite.Ce
Prince eut la bonté de faire
une remontrance au Chapi
tre,) pour l'exhorter de bien
vivre avec son Eve[quc) &
comme il sçavoit que les Chanoines
estoient en possession
depuis un fort grand nombre
d'années
?
d'estre debout pendant
l'Elevation, il leur deT
manda qu'en sa consideration
ilssissent une Ordonnance
pour abolir cetusage, à quoy
ils ne s'opposerent pas. La
Musique chanta un Motet sur
le rétablissement de la santé
de ce Prince, & receut en
mesme temps des marques de
sa libéralité, Toute la Cour
alla ce mesme jour dîner à.
Brabant, & arriva un peu
tard à Sainte-Menehout. M1
l'Evesque de Châlons s'y
trouva avec quelques Ecclesiastiques
qu'il y avoit ame.
nez. Mr le Duc de Noailles
ayant de son costé amené de
LuxembourgMr de Ville, &
prisà Verdun des Musicièns,
qui se joignirent à d'autres
qu'il avoit fait venir de Châlons,
le Salut fut chanté en
Musique aux Capucins sur
les septheures du soir. M de
Châlonsy donna la benediction
du S. Sacrement. Les
Capucins furent extrêmement
édifiez de voir que la
Cour, à l'exemple de son Souverain
faisoit paroistre une
grande pieté. Ils connurent
encore celle de ce Prince, par
les presens qu'il leur fit le
lendemain en partant, quoy
qu'ils en eussent déja receu
lors qu'il estoit paffé à Sainte-
Menehout, pour se rendre à
Luxembourg.
Le 31. le Cour dîna à Cense
de Bellay & allaà Châlons,
où elle trouva un nombre mfïny
depeuple qui s'y eftoic
assemblé
; croyant qu'elle y
passeroitla Feste de Dieu, cqui
seroit arrivé, si la maladie
de Monsieurle Comte de
Toulouse n'eust point rompu
les mesures que l'onavoit prises.
Le Salut fut chanté par
la Musique avec beaucoup de
iolemnité?M1deChâlonsef-
-tantà lateste desonChapi-
"tre. L'Eglise,& les ruës es-
Iaient si remplies
, qu'on
croyoit estre au milieu du
Peuple de Paris. Un nombre
infiny de routes sortes de gens
qui cherchoient à voir le
Roy, occupoit le Jare , &
Tonassure -qu'il n'y en avoit
jamais tanteu.
Ii
Le premier Juin, le Roy
dîna à Bierge, & coucha à
Vertus. Il y entendit le Salut
à la Paroisse, où il y eut une
Musique tres-agreable
,
soutenue
desHautbois des Mousquetaires.
M de Châlons y
officia,assistiéde M de Luzanfy
& de Lerry? qui ont des
Abbayes en ce lieu.
Lei. on partit de Vertus
à dix heures
du
matin, après
avoir entendu la Messe, pendant
laquelle la Musique continua
de chanter des Motets
de M1r du Mont. On ne sçauroit
trop admirer le zele&
l'activitéde Mrde Noailles,
pour le service de Dieu & du
Roy.M deChâlons aofficié
pendant l'Octave du S. Sacrement
, par tout où Sa Majesté
a esté dans son Diocese,
& il s'est par tout trouvé de
la Musique, par les soins de
M le Duc de Noailles son
frere. La Cour alla de Vertus
dîner à Etoge. C'estunlieu
toutremply d'agrémt.Lebastimentenest
beau,les Jardins
en sont charmans
, & l'abondance
des eaux y donne tous
les plaisirs que l'on en peut
recevoir. Ce lieu appartient
à Mr le Marquis d'Anglure,
& sert de retraite à deux freres
& à une soeur, qui par
leur mérité sefont fait une reputation
qui s'estrepandüe
bien avant dans le Monde. La
vertuest leur passion, la charité
fait leur employ, & leur
pieté est exemplaire. Le Roy
leuravoit fait dire qu'il difneroit
chez eux sans les embarasser,&
quoy qu'il n'euisent
pas l'avantage de donner
à mangeràSa Majesté,ny par
consequent l'honneur de la
servir,leur magnificence ne
JailTa pas de paroistre i la maniere
dont ils traiterent toute
la Cour. L'abondance fut
si grande aux tables qu'ils
firent servir
, que celle du
Chambellan ne tint point,
Monsieur le Prince qui mange
ordinairement à cette table
, ayant fait l'honneur à
cesillultres Solitaires de manger
àcelle qu'ils luyavoient
fait préparer. Le Roy inftruit
de leur vertu voulut sçavoir
le détail de leur vie dans
une solitude si peu commune
à des personnes de cette
qualité. Ce Prince apprit que
lesFreres faisoient le plaisir
- - de
de la Soeur, & la Soeur celuy
des Freres? que leurs heures
font reglées pour leurs exercices
ordinaires qui estoient
toujours égaux, sur tout la
Messe
,
les prieres frequentes,
& la visite des Pauvres. Un
fils de l'aisné qui n'a pas encore
cinq ans, eut l'honneur
de manger avec le Roy. Pendant
queSa Majestéfaisoit
son plaifirde s'entretenir de la
pieté de ses hostes,onluy apprit
que Madame la Princesse
deConty avoit un malde teste
& unedouleur de gorgequi
faisoient craindre que cette
Princesse ne fût bientost attaquée
du mesmemal qûeTilc
le Comte de Thoulouze avoit
essuyé à Luxembourg.
Le Roy ordonna qu'on
fïftauffitoft partir pourMo zmirel,
& se prepara a quitter
1-oge pour ta suivre.Il ne faut
pas que j'oublie à dire qu'il ya
une galerie dans ce Chasteau
qui plut beaucoup à Sa Majesté,
& qui auroit fait plus
long-temps le plaisir de toute
la Cour? si elle n'avoit point
esté pressée de partir. Elle
contient les Portraits- de tous
les grands hommes qui ont
paru en Europe depuis environun
Siècle, &; les Portraits
de ceux qui ont vescu
çlaAs, lemesme temps,-sont
pppofez les uns aux autres,
comme pour en faire des
paralelles; leurs principales
actions& leurs alliances font
marquées au bas. Cette Galerie
est plus curieuseque
magnifique, & l'on y voit
regner une simplicité debon
goust
, qui attire plus de
loüanges à ceux à qui appartient
cette maison, qu'une
magnificence mal entendüe..
-
Le Roy ayant quitté un lieu
jS delicieux
,
arriva de bonne
heure à Montmirel. Mr de
Louvois, comme Seigneur du
lieu, receut Sa Majesté à la
descente de son carosse. Ce
qu'on avoit soupçonné du
mal de Madame la Princesse
de Conty? arriva.Les rougeurs
parurent?&elle fut faignée
le lendemain au matin.
Sarougeolle estoit tres forse?
mais les Medecins dirent
qu'ellen'estoit pas dangereuse.
On Iaifïa aupres de
cette Princesse MrPetit,Pr-emier
Medecin de Monseigneur,&
Mr DodartsonMedecin,
avec MrPoisson, Apotiquaire
du Roy. Comme
ce Voyage approchoit de sa
-fin, la
-
Cour commença à défiler,
& M[ le Prince de
Conty partit pour Paris. On
dit ce jour-là des Messes
tout le matin, & à sept
heures du soir il y eut Salut.
LePrieur Curé, qui est un
Religieux de S. Jean de Soissons
,
fit la céremonie.Le
- 4. Monseigneurle Dauphin
ayant
beaucoup d'impatience
de - revoir Madame la
Dauphine, receut de Sa Majesté
la liberté de partir. Ce
Prince
-
arriva le soir mesme
à Versailles. Plusieurs personnes
quitterent la Cour cC;
jour-là. Les Prieres se firent
comme le jour precedent;on
fut fort en doute si on partÍroÍr,
on reeeut des ordres
pour le depart, & ces ordres
furenr révoquez. Le jour de
FOccave du S. Sacrement,le
Roy ayant sceu à quatreheures
& demie du matin l'estac
--de la maladie de Madame la
Princesse de Conty
?
Ordonna
à Mr de Louvois de faire
partir les Officiers, & cependant
cc Prince , quine songe
pas moins a
-
remplir les aevoirsdeChrestien,
que ceux
de Roy, demanda au Pere de
la Chaise
,
s'il estoit Feste dar s
le Diocese de Soissons,& s'il y
avoit obligation pour ses Officiers
d'entendre la Messe, &
pour luy
3
d'assister à la Procession.
Le Pere de la Chaise
luy repondit, qu'il estoit obligé
d'entendre la Messe
) &
non d'aller à la Procession
mais que cependant il feroit
mieux que Sa Majesté rendist
ce devoir aux ordres de l'Egli[
e,quia étably la Procession
de l'Octave. Il n'en falut
pas davantage pour faire
ordonner qu'on cLft coniti-*
nuellement des Messes, ôc
quoy que les Cloches qui
font fort grosses, fussent
près de la Chambre du Roy,
parce que l'Eglise est dans
le Chasteau, ce PrinceVOUrllut
qu'on les sonnast toutes.
Il entendità huit heures
& demie une Messe,dite par
un Chapelain de quartier.
Cependant le Prieur accom*
pagné d'un Diacre,d'un Sous-
Diacre
,
de trois Enfans de
Choeur, dehuit choristes, &
de huit Chapiers tirez de la
Chapelle du Roy, se preparoit
dans la Sacristie. La Procession
commençasur les neuf
heures; on dit ensuite la
grand' Messe,& le Roy partit
pour aller dîner à Vieu-
Maison,quiappartient à Mr
Jacquier. Monsieur le Prince
quitta la Cour, pour se rendre
à Paris. On coucha ce jourlà
à la Ferté sur Joüare dans
le Diocese de Meaux.M l'Evesque
de Meaux s'y trouva
avec quelques Abbez, & ses
Aumôniers.Onchanta le Salut
en plein Chant à la Paroisse
, & la bénédiction y fut
donnée parcePrelat. Sa Majesté,
qu'une marche continuelle
n'a détournéed'aucune
des fonctions de piet
» dont Elle s'acquite avec in
zele si édifiant, termina ce
cette forte tOétave du S.
Sacrement. On dîna à Monceaux.
Mr de Gesvres, comme
Gouverneur du lieu >^vo-t
fait au Roy pendantledîner
un present defruits,de fleurs
& de Gibier, d'une rh-iiierç
tout-à-fait galante. On traversa
Meaux iar,fulr, , &
on alla coucher à Caye. Le
lendemain, Monseigneur entendit
la Messeà Versaillesà
six heuresdumatin,&priten
suite la Poste pour se rendre
à Livry
3
où l'on attendoit le
Roy. Il estoit accompagne
de Monsieur le Prince de
Conty, de Monsieur de
Vendosme 5Se.de plusieurs
Seigneurs de la Cour. Ils
y arriverent sur les dix
heures & demie. Monseigneur
changea d'habit, & aprés
avoir pris quelques
- rafraifchissemens,
ilalla au devant
de Sa Majesté, quiarriva
sur les onze heures & demie.
Le Chasteau de Livry est
depuis long - temps dans la
Maison de MrSanguin, Sa
situation est charmante
, &
dans le voisinage d'une Forest
tres-agreable,& tres- propre
pour la Chasse. On voit un
beau Jet d'eau dans le milieu
de la court. Le grand corps
de Logisest terminé de chaque
costé par un Pavillon,
dont l'un fait face au Jardin,
& à l'Orangerie. Le Parc qui
est au bout, répond sur le
grand chemin. Le Roy descendit
de Carosse à la grille
de ce Parc. Monseigneur l'y
receut accompagné des Princes
qui l'avoient suivy. Madame
Sanguin) Mcre de Mr
le Marquis de Livry. Mr l'Evesque
de Senlis Madame de
Livry, & quelques autres personnes
de la Famille, reeeurent
Sa Majesté à la porte du
Jard in. Elle les faliiaj& leur
parla avec cet air doux &majestueux
qui luygagne tous
les coeurs. On servit le dîné à
midydansl'anti-chambre du
Roy. Elleestoit richement
meublée, & tenduë. des belles
Tapisseries
,
dont le feu
Roy d'Angleterre fit present
à M de Bordeaux, Pere de
Madame Sanguin, lors qu'il
estoit AmbaOEadeurauprés de
ce Prince. Le Buffct estoit
dressé dans une Salle qui joint
l'antichambre. On ne peut
rien ajoutera la propreté,&
au bon ordre que Madame
Sanguin avoit mis par tout.
Les Appartenons estoientornezavecun
agrément admirable,
& que l'on remarque
dans tout ce qu'elle fait. Mr
l'Evesque-de Sentis &M de
Livry sirent les honneurs;
mais ce dernier ne laissa pas
d'exercer sa Charge de premier
Maistred'Hostel. On
servitenpoisson avec autant
d'ordre qu'il yeut de delicaft{
fe & d'abondance. Monseigneurmangea
avec le Roy.
Les Dames qui eurent l'honneur
d'estre àla Table de Sa
Majcfté> furent, Madame la
Duchesse, Madame d' Armar.
gnac, Madame de Maintenon,
Madame de GramoRÇ*
Madame Sanguin, Madame
de Livry, &: Mademoiselle
de Sourdis,qui ayant esté
élevée chez Madame Sanguin,
ne la quitte point de-
-
puis long-temps. Les Princes
quiavoient suivy Monseigneur,
furent servis à une
autre Table. Celle du Grand
Maistre fut servie après le
dîné du Roy. Sa Majesté se
retira dens sa chambre au
sortir de Table. Elle y demeura
quelque temps,& partit
ensuite
,
après avoir fait
de grandes honnestetez à Madame
Sanguin,à M deSenlis,
& à Madame de Livry
)
& leur avoir dit, qu'Elle
n'avoit point esté si bien traitée
dans tout le Voyage.
Quoy que toute la Famille ait
part à l'honneur de cette Feste,
on peut dire que Madame
Sanguin s'est attiré beaucoup
de louanges , & d'estime,&
qu'elle a réussi dans
:.tour ce que la Cour attendoit
d'elle. Ce n'est pas d'aujourd'huy
que la Famille de Bordeaux
s'estdistinguée dans
toutes les choies qui ont regardé
leRoyCePrince donna
ce jour-là à Mr deMassigny,
l'un de ses Ecuyers,cinq cens
écus de pension. Cette grace qui n'avoit point esté demandée,
tomba sur un Sujet
d'autant plus estimé de toute
la Cour, qu'on luy a toûjours
remarqué un grand attachement
pour la personne
de son Prince. Le Roypassa
l'aprésdînée dé fort bbnéfe
heure par Paris, au bruit des
acclamations du Peuple, &
se rendit à Versailles
)'
ou
Monsieur & Madamel'attendoient.
Sa Majesté trouva
en y arrivant un nombre
infiny de personnes de la première
qualite, qui s' y étoient
rendues pour la salüer à la
descente deson Carosse. Plufleurs
Conseillersd'Estat?
ôc Maistres des Requestes,
eurent aussi cet honneur.
Elle montaaussi-tost à 1Appartement
de Madame la
Dauphine, pour voir certç
Princesse, & se promena
ensuite à pied pendant quatre
heures dans les Jardins
deVerailles.Ellevisita tous
les Ouvrages nouveaux qu'on
y avoit faits pendant sen
absence
,
&vitunfort grand
nombre d'Orangersquc'?Elle
avoit donné ordre de placer
dans l'Orangerie, du nom- bre desquels estoit l'Oranger
nomméleBourbon
,
qu'on dit
avoirenviron cinq cens ans.
Une si longue promenade à
pied au-retour d'un Voyage,
donna beaucoup de joye à
toutela Cour, parcequ'elle
estoit une marque de la parfaite
santé du Roy. Le 8. M"
le Cardinal Nonce, les Ambassadeurs
, les Ministres des
Princes Souverains qui sont
icy , & la pluspart des Chefs
des Compagnies superieures,
se trouvèrent au lever de Sa
Majesté, & luy firent compliment
sur son heureux retour.
Jamais ce Prince nes'étoit
mieux porte, & n'avoit
paru de meilleuremine, quoy
que pendant le cours du
Voyage, il se fust toujours
exposé à la poussieres dont il
auroit pû se garantir, si sa
bonté ne l'eust porté à vouloir
satisfaire à l'empressement
que les Peuples de la
Campagne avoient de le voir,
sur tout après une maladie
quiavoit fait paroistre l'excès
de leur amour pour ce Prince.
Le jour iuivancJa foule
continua à son lever &: cc
Prince voyant sa santé parfaitement
rétablie) puifquc
les fatigues d'un long Voyage
ne l'avoient pu alterer ) recompensa
en grand Roy,ceux
à qui, après Dieu & les voeux
de ses Sujets, il en estoit redevable.
Il donna cent mille
francs à Mr Daquin son
premier Medecin
3 quatrevingt-
mille à M Fagon, premier
Medecin de la seuë
Reyne, en qui il a beaucoup
de confiance, & dont la reputation
est solidement établie,
&: cinquante mille écus
à MrFélix, son premier Chirurgien.
Quelque temps auparavant
, Sa Majesté avoit
donné une somme considerable
à M Bessiere, qui pane
pour le plus fameux Chirurgien
de Paris, & qui avoit
esté consulté dans le temps
du mej du Roy. Voilà de
grandes recompenses , mais
qu'auroiton pu moins. faire
pour des personnes ÎL qui la
francs estsi redevable) &- à
quil'Europedoitlafuite de
1a tranquillité dont elle
jouit ?
Le Roy après son retour
donna un magnifique repas
atou-tes-lesDamesquiavoient
esté du Voyage
Jpendant
lequel
les soins de Sa Majesté
leur ont épargné beaucoup
de fatigue, les divertissemens
s'esxant mesme trouvez par
coût ainsi qu'à Versailles;
mais quandily auroit eu des
peines à essuyer pour cc qui
s'appelle la Cour,leplaisir de
voir quelquefois le Itoy sans
estreaccomrpagoné de la foule qui l'environne toûjours à
Versailles
)
& d'avoir le bonheur
de luy parler plus facilement
lour des choses qu'on
ne pourroit trop payer,Jamais
Prince n'ayant paru si
charmant que ce Monarque,
lors qu'il veut bien avoir la
bonté de se dépoüiller de sa
grandeur, il ne se montre
point dans ces momens,qu'il
ne gagne autant de coeurs
qu'il s'attire d'admirateurs
par
~par les grandes actions. Mr
e Comte de Tolouse arriva
e 8. à Versailles
, & Madame
a Princesse de Conty le 11.
'un & l'autre dans une par-
:11tc faute
> ce qui donna
beaucoup de joye à toute la
Cour,dont ils font lecharme
, & deux des principaux
ornemens.
FI N.
1 DV VOYAGE
DE
SA MAJESTÉl
A LUXEMBOURG.
E vous l'aypromis
,
Madame. Il faut
vous satisfaire sur le
grand Article du Voyage
de Sa Majesté à Luxembourg,
Pc. comme vous m'avez ordonné
de n'enoublier aucune
des circonstances, elles
feront le sujet d'une Lettre
entière. Un pareil Journal
doit estre agréable aux Curieux
Tout le monde scait
que le Roy ne peut faire un
pas hors le lieu de sa résidence
ordinaire, que toute
l'Europe ne soit aussi-tost
en mouvement. Le bruit de
ce Voyage n'eut pas plûtost
Commencé à se répandre,
qu'elle fit paroistre de grandes
alarmes. Mais que pouvoit-
elle avoir à craindre?
Elle devoitestre persuadée,
que le Monarque qui luy a
donné la Paix? n'avoir aucun
dessein de la rompre.
C'est son ouvrage, & loin
de songer à le détruire,Sa
Majesté fera toûjours preste
à faire repentir ceux qui travailleront
à troubler le calme
qu'il a étably. Un pareil
dessein ne sçauroitestre
conceu que par des Ambitieux
opiniâtres, & trop constamment
jaloux de la grandeur
de ce Prince;mais c'est
àeux seuls à craindre, dans
letemps qu'ils veulent rendresuspectes
toutes ses démarches,
& jetter dans les
cfprits des frayeurs seditieuses,
afin d'exciter dans la
plus grande partie des Etats
voisinsle desordre & la confusion,
sans quoyils demeurent
dans une fâcheuse obsçuiipé?
qui leur est beaucoup
moins supportable que la
douleur que les Victoires du
Roy ont dû leur causer
, pour
ne pas dire, leurs continuelles
défaites. Comme il y a
peu de Regnes qui ne plaisent
,
a quelques chagrins
que l'on puisse estre exposé
en regnant ,ils voudroient
toûjours jouir de la tristesatisfaction
qu'ils ont de com*.
mander aux dépens de la
tranquillité de l'Europey
mais le Roy quien est leBienfai£
teur> & le Pere, voulant
luy conserver le repos qu'il
luy a si genereusement procuré,&
dontil lafait jodir.,
malgré lescontinuels obstacles
qu'on oppose inutilement
à sabonté, renverse
tous leurs desseins par sa prudente
conduite &: par sa perseverance.
Les défiances que
l'on a voulu donner de son
Voyage) donton pretendoit
que de secrets desseins estoient
les motifs, ont esté
une occasion au Roy de confondre
les Ennemis de sa
gloire. Il n'a pu soffrir qu'on
crustqu'il déguisast ses intentions
,8z pour empescher
que leur sincerité ne fust
foupçonnée
9
il a bien voulu
donner un éclaircissement,
quien faisant voir la bonté
qu'il a de'ne point chercher
à troubler l' Europe qu'il a
l, pris foin de pacifier, a servy
encore, par des assurances
publiques,& dont aucun
Prince ne pouvoir douter, à,
dissiper les frayeurs que les
.1n.1.1 intentionnez avoient
jettées dans les coeurs timides,
afin de parvenir à leur but.
Non seulement ils n'y sont
point parvenus ?
mais tout ce
qu'ils ont pû dire, n'a fait que
fairemieux voir combien le
pouvoir du Royest redoutable,
puisqu'ilsontété obligez
de faire connoistre eux-mêmes
par toutes les chosesqu'ils
ont avancées, qu'il suffitque
ce Monarque fasse une entreprise
pour y réiiflir
, & que
s'il veut vaincre, il n'a qu'à
combattre. On a sujet de les
croire. Ils n'ont pas eu desfein
de flater
,
&sur ce qui se
publie de cette nature ,
les
Ennemis sont plus croyables
que d'autres, puis que leur
sincerité ne peut estresoupçonnée.
Mais comme vous
pourriez douter de la mienne
lors que je vous parleai
& croire que je me suis formé
exprés des monstres pour
les combattre, en faisant paffer
mes conjectures pour des
veritez,à l'égard de tout ce
que je viens de vous dire dt.
l'inquietude que l'on a voulu
donner à la plus grande
partie de l'Europe, pour luy
faire prendre de l'ombrage
des desseins du Roy
?
voicy
une piece justificative.
Sa Majesté
,
à qui rien n'est
inconnu, tant à cause de sa
vive penetration
, que des
foins qu'elle prend sans cesse
pour bien s'acquiterde ce que
son rang demande,sçachant
ce qui se disoit du dessein
qu'Elle avoit pris de faire un
VoyageàLuxembourg, voulut
faire voir la mauvaise intention
de ceux qui en répandant
des bruits contraires
au repos public, pretcndoient
venir à bout de leurs entreprises.
Dans cette pensée, Elle
ordonna à Mrle Marquis de
Croissy Colbert
,
Ministre &
Secretaire d'Estat
, ayant le
département des affaires étrangeres,
d'écrire une Lettre
à Mrle Cardinal Ranuzzi,
Nonce de Sa Sainteté enFrance.
Voicy à peu prés le sujet
de cette Lettre. Ive de Croisfy
marquoit à ce Cardinal
que le Roy luy avoit commandé
d'informer son Eminence de la
resolution qu'ilavoit priscel'al.,
lerdans le mois de May à Luxembourg
, CJTouencore que Sa
Majcflr n'eustpas accoûtumé de
rendre raison de Jes actions,
comme Elle ne vouloit pas
néanmoins renouveller l'alarme
qu'on dvùitprise sans fondement
de l'ouverture qui a esté
faite du convertissement de la
Tréve en un TraitédePaix ; Elle
luy avoit ordonné de /'assurer de
sa part ,
qu'Elle ne faisoit ce
Voyage que pour satisfaire la
curiosité qu'Elle avoit de voir
Elle-mesme en quel estat estoit
otlors cette place;, d'oùelleseroit
de retour,troissemaines, ou tout
A-U plus tard un mois aprésqu'Elle
seroit partie de Versailles;
qu'Elle se promettoit que son
Eminence empescheroit par Je$
Lettres tant à Sa Sainteté que
par tout ailleurs où ellel'estimeroit
à propos , que ce Voyage ne
donnast de l'inquietude aux
Etats Voisins
, 0* qu'aucun
Prince ne pustprendre le pretexte
de la marche de Sa Majestéspour
refuseràl'Empereur lessecours
ausquels ilsseseroientengagez,
Sa Majesté n'ayantpas d'autre
dessein que celuy dontElle l'avoit
chargéde l'instruire.
Cette Lettre qui fut écrite
à Marly,estoitdattée du quatrièmed'Avril.
MrleNonce
qui s'apliqueavec tout le foin
imaginable à tout ce qui peut
maintenir la paix, la reçût
avec une extrêmejoye.Il en
envoya des copiesdans tous
les lieux, où ille crut necessaire
pour remettre les esprits,
& n'en refusa point aux Ministres
Etrangers qui sont à
Paris, ny mesme à tous ceux
qui prirent la libertédeluy
en demander ; de forte que
cesCopies s'estant multipliées
en fort peu de temps , cette
Lettre devint aussi-tost commune.
Chacun l'envoya à ses
Amis, &. elle courut incontinent
, non feulement dans
les Provinces de France;mais
encore dans les Pays Etrangers.
Comme le Roy na
jamais manqué à sa parole,
&que tout le monde en est
fortement persuadé
,
les esprits
qu'on avoit voulu inquicter
en leur faisant entendre
que le Voyage de Sa
Majestécouvroit des desseins,
€jui devoient troubler la tranqnilité
de l'Europe, furent
rassurez> & les ambitieux qui
ire cherchoient qu'à renouseller
la guerre en proposant
<de faire une Ligue pour l'éiriter
, demeurerent dans une
Extrême confusion par l'impossibilitéqu'il
y avoit de
venir à bout de leurs desseins.
On ne parla plus que du
Voyage, mais on en parla
d'une autre maniere qu'on
n'avoit fait jusque-là, & ceux
quiavoientvéritablement apprehendé
devoir le Roy à la
teste d'une Armée par les
soupçons qu'on avoit tâché
de jetter dans leurs esprits, se
proposerent de le venir admirer
lors qu'il feroit sur leurs
frontières
?
& ce fut pour eux
un fort grand sujet de joye
s d'esperer de voir de prés, &
de considerer avec toute l'attention
que demandoit leur
curiosité? un Prince qui remplit
tout l'Univers du bruit
de son naIn, & de ses vertus.
Pendant que la Noblessedes
Pays voisîns de Luxembourg:
goûtoit par avance le plaisir
qu'elle attendoit en voyant
le Koy & qu'elle en avoit
l'idée remplie,comme on l'a
ordinairement de toutes les
choses.guc l'onsouhaiteavec
passion, ceux qui estoient du
Voyage s'y preparoient; d'autres
en parloient & d'autres
écrivoient sur ce sujet.Voicy
une Devise deM Magnin de
l'Academie Royale d'Arles,
surceVoyage.Le Soleil estoit
alors au figne du Belier. Cette
Devise a pour mot
CURSUM INCHOAT
OMINE MITI.
Il renouvelle son cours
Sous de fortunezpresages;
Loin d'icy
)
sombres nuages,
Nous n'aurons que de beaux
jours.
Ces Vers convenoient a£-
sez à ce qu'on venoit de publier
touchant les desseins
cachez fous le Voyage du
Roy.
Voicy une autre Devise
de Mr Rault de Roüen, sur
ce mesme Voyage daSa Majesté,
allant visiter ses Conquestes
,&voir ses nouveaux
X Sujets. Cette Devise a pour
corps le Soleil en son midy
sansnuages & sans ombreJ
&jettant de benignes influences
sur les Regions par
où il passe. Ces mots en sontl'ame.
FELICI BEAT
ASPECTU.
Tel que paroist le Dieu du
jour
Porté dans son char de lu
miere
,
Quand par chaque Climat il
faitsonvaste tour
Pourvisiter la terre entiere
J
k
Et que parsesbrillansrayons
Il produit en tous lieux les biens
quenous voyons;
Tel l'Augure LOUIS ruifitant
ses Conquestes,
Quelque part qu'il porte les
yeux,
SurJes Sujets nouveaux qui s'offrent
en ces lieux,
Répandsesfaveurs toutesprefies,
Et quoy qu'il fajfe voir la fierté
du Dieu Mars
,
( Sesyeux nont que de doux
re7g,ardsoLe
temps du Voyage s'avançoit,
& l'on estoit presque
sur le point de partir,
lors que le Roy fut attaqué
d'un grand Rhume. Mais
loin que cet accident sist
prendre aucune résolution
contraire à ce qui avoit esté
arresté, Sa Majesté ne retrancha
pas mesme un quartd'heure
des Conseils qu'Elle
avoit accoûtumé de tenir-
Mr de Louvoispartit quelques
jours auparavant , pour
unVoyage de prés décrois-
-- - .-- - - - --
cens lieues,& Mr de Seignelay
partit de son costé pour
aller voir les Fortifications de
Dunkerque. Comme il faut
donner quelque ordre à cette
Relation, je ne parleray de
leur Voyage que quand je
vous marqueray leur retour
auprès du Roy, Je vous diray
cependant qu'en s'éloignant
de Sa Majesté,ils avoient
toujours la mesme
part aux affaires. Rien n'est
aujourd'huy épargné en
France pour le bien de l'Etat,
&.
& le Roy, par le moyen des
Courriers
> peut conferer tous
les jours avec ceux qui sont
éloignez de luy.MrdeCroissy
fut le seulMinistre qui
devoit accompagner Sa Majesté.
Le Controleur GeneraI,
dont la presence & les
foins font toûjours neccffaires
icy,ne fait jamais aucun
Voyageavec Elle. Mais comme
je viens de vous le marquer,
ceux qui ont affaire au
Roy,parlent, pour ainsi dire
i tous les jours à Sa Majesté
?
quelque longue distance
qui les en feparc ,rien n'estans
épargné pour cela, & les
Postes du Royaume n'ayant
jamais esté en si bon estat
qu'elles sont presentement.
Des raisons avantageuses à
la France empescherentMadame
la Dauphine de se préparer
à estre de ce Voyage.
Monsieur
, qui relevoit de
maladie resolut de prendre
l'air à Saint Cloud pendant
l'absence du Roy, & Madame
voulut tenir compagnie
à ce Prince, malgré le plaisir
qu'elle prend aux Voyages
& à la Chasse, cette Princesse
estantinfatigable dans
des exercices qui lassent quelquefois
les hommes les plus
robustes.
Le Roy ne voulant pas
fatiguer sa Cour pour un
Voyage qui ne devoit passer
que pour une promenade,
resolut d'aller à petites journées,&
de mener Monsieur le
Duc du Maine,&Monsieur
le Comte de Toulouse.Onne
peut trop tost leur faire voir
des. Fortifications; des Troupes,&
des Reveues,& l'on
peut dire que leur en faire
voir de cette maniere, c'est
commencer à leur apprendre
en les divertissant, tout ce
qu'ilsdoivent sçavoir? ce qui
cft cause souvent qu'ils y
prennent plus de plaisir, &
qu'ils s'y attachent davantage
dans la fuite. Ces jeunes
Princes estant du Voya,
ge )
il fut.arresté que les Dagacs
en seroient aussi;celles
qui furentnommées font
Madame la Duchesse, Madame
la Princesse de Conty,
Madame la Princesse d'Harcour)
Madame la Duchesse
de Chevreuse, Madame de
Maintenon, & Madame de
Croissy? avec les Dames, &
Filles d'honneur des Princesses.
Elles devoient toutes
aller, ou dans le Carosse
duCorps du Roy, ou dans
d'autres Carosses de Sa Majesté,
& avoir l'avantage de
manger avec ce Prince. C'est
un honneur qu'elles ont u
pendant tout le Voyage.
Il fut aussi arresté que le Regiment
desGardes ne marcheroit
point, & que suivant ce
qui s'est souvent pratiqué, le
Roy seroit gardé par l'Infanteriequi
se trouveroit dans
les Places, où Sa Majesté
passeroit, & que dans les lieux
où il n'y auroit point d'Infanterie
en garnison les
Mousquetaires mettroient
pied à terre,& feroient garde
autour
l.
du logis du Roy.
Comme les Gendarmes & les
Chevaux-Legers ne servent
que par quartier, de mesme
que les Officiers de sa Maison
, du nombre desquelsils
* sont, & que ces Corps ne
marchent entiers qu'en temps
de Guerre, & lors que Sa
Majestéfait quelque Camp
Elle ne voulut estre accompagnée
dans ce Voyage
) que
de ceux de ces Corps qui esroient
alors en quartier. A
l'égard des Gardes duCorps,
le Roy resolut de mener seulement
leGuet. Comme vous
pourriez ne pas sçavoir ce
que c'est que ce Guet, il fera
bon de vous l'expliquer. Les
Gardes du Corps font toûjours
dans le service, sans
estre néanmoins toûjoursauprés
du Roy. Ils ne fervent
point par quartier comme
les Gendarmes & les Chevaux-
Legers; mais comme
ils font en fort grand nombre,
on les fait loger en plusieurs
Villes? ce qui pourtant
ne s'appelle pas estre en garnsson
, puis qu'ils y font
moins pour garder ces Places,
que pour y attendre
qu'ils fervent auprèsduRoy,
ce qu'ils font alternativement.
On dit en parlant de
ceux qui ne font pas auprès
de Sa Majesté
,
qu'ils font
dans leurs quartiers, & l'on
appelle relever le Guet? lors
qu'il fort un nombre de Gardes
de ces quartiers
, pour
venir prendre la place de
ceux qui font auprésduRoy?
&: que ces derniers retournent
dans les quartiers où ils
estoient auparavant, Il y a
prés de dix-sept cens Gardes
du Corps, qui font divisez
en quatre Compagnies,& ces
CompagniesensixBrigades
chacune,qui font commandées
par six Officiers ; sçavoir
trois Lieutcnans & trois
Enseignes, Chaque Compagnie
elt reconnuë par les
Bandoulieres des Gardes,qui
font de couleurs differentes,
On reconnoist les Gardes de
la premiere Compagnie , au-"
trement>la Colonelle, commandée
par Mr le Duc de
Noailles, aux Bandoulieres
blanches, & aux Housses
rouges; les Gardes de la
Compagnie de Mr le Maréchal
Duc de Duras, aux Baudoulieres
- & aux Housses
bleuës; les Gardes de la Compagnie
de Mr le Duc de Luxembourg,
aux Bandoulieres
&aux Houssesvertes, 8c les
Gardes de la Compagnie de
Mr le Maréchal de Lorges,
aux Bandoulieres& aux
Housses jaunes. Cette derniere
Compagnie portoit
orangé dans son institution,
mais depuis, elle a changé
l'orangé en jaune. La Colonelle
seule a des Housses d'une
couleur différente de celle
desBandoulieres,& cela vient
de ce que le blanc n'etf pas
une couleur à estre employée
en Housses. Il est à remarquer
que le Guet des Gardes du
Corps qui sert auprès de Sa
Majesté, à pied,& à cheval,
est toûjours de deux cens
Gardes, dont une partie est
de Salle, & l'autre se repose
tour à tour. Ce Guet n'est
jamais d'une seule Compagnie
,
mais de plusieurs ensemble.
ainsi que les Officiers
qui les commandent;
de forte que le Capitaine des
Gardes qui est de quartier,
n'a jamais sousluy aucun Ofsicier
desa Compagnie quand
il est de serviceauprésduRoy.
Vousremarquerezencore que
le Guet ne sert qu'un mois
auprès du Roy> à moins qu'ij
n'y ait quelque force raison
pour le faire servir plus longtemps,
comme dans l'occasion
de quelque Voyage tel
que ccluy que l'on vient de
faire. Ce n'est pas que dans
un Voyage plus long le Guet
ne changeast de la mesme
fortequ'à Versailles
, parce
qu'alors on feroit suivre tous
les Gardes. Rien ne marque
tant la grandeur du Roy que
ce changement de deux cens
Gardes tous les mois. J'ar,
crû vous devoiraprendretoutes
ces choses , & que ce ne
feroit pas sortir de la matiere
que je me fuis proposée dans
cette Lettre? parce qu'autrement
vous n'auriez pas bien
compris ce que c'eil: que le
Guet, dont j'ay este oblige
de vous parler,pour vous faire
une Relation du Voyage
du Roy aussi exacte que celle
que j'ay entrepris de vous
envoyer.
Touteschoses estantainsi
arrestées
)
personne ne douta
du Voyage, parce qu'ontient
toûjours pour certain tout ce
que le Roy resout, &le jour
deson départ aprochant,ceux
qui ne devoient pas l'accompagner
redoublerent leurs
empressemens auprès de ce
Prince. Jamais on ne vit de
Cour si grosse. Les Ministres
Etrangers allerenr prendre
congé de Sa Majesté
,
ainsi
que les Chefs des Compagnies
superieures,& plusieurs
autres personnes distinguées
dans la Robe par leurs emplois,&
par leur mérite. Plusieurs
Etrangers se renditent
aussi à Versailles pendant les
derniers jours que le Roy y
devoit demeurer, & quantité
de Peuple de Paris y courut
pour avoir le plaisir de joüir
feulement quelques momens
de la veuë de ce Monarque'
lors qu'il iroità laMesse, ou
à la promenade, ou pendant
qu'il disneroit. Sa Majesté
devant partir un Samedy pour
aller coucher à Clayes, où la
Cour estoit obligéed'entendre
la Messe le lendemain.
parce qu'ilestoit Dimanche,
Elle eut la précaution de recommander
quelques jours
avant qu'Elle partist, qu'il s'y
rencontrait beaucoup de
Prestres pour en celebrer un
assez grand nombre, & fit
paroistre sa pieté par cet
ordre.
Le Voyage avoit esté arJ
resté d'abord pour le deuxiémede
May,mais la rougeole
quisurvinta Madame la
Duchese,fut cause que le
Roy le Temii au dixiéme dta
mesme mois. Ce jour estant
arrive, Sa Majesté
>
après avoir
entendu la Messe dans le
Chasteau de Versailles
, en
partit avec toutes les personnes
de distinction,&les
Troupes que jeviens de vous
nommer. Le nombre de celles
qui devoient faire le Voyage
estoit grand;cependant, celane
faisoit qu'une tres-petite
partie des Troupes de sa Maison
,puisque le Regimentdes
Gardes ne marchoit pas, &
qu'il n'y avoit qu'un quart des
Gendarmes
, & des Chevaux
Legers, avec la neufou dixiéme
partie des Gardes du
Corps ou environ. Il y avoit
outre cela, tous les Officiers
de sa Maison en quartier dont
je ne vous diray rien, tout ce
qui regarde cette Maison
n'estant inconnu à personne.
Comme le Roy devoit
passer à Paris, le Peuple impatient
de le voir occupa dés
le matin tous les lieux de son
passage, aimant mieux l'attendre
pendantplusieurs heul'es,
que de manquer à luy
souhaiter par ses acclamations
une longuevie, & un
heureux Voyage. Les Religieux
sortirentaussi de leurs
Convents, &: la pluspart des
Fenestres furent remplies de
personnesdistinguées.LeRoy
quis'est toûjours moins attiré
les coeurs par la grandeur
de son rang que par ses manieres
toutes engageantes, salüa presque toutes les Dames
qu'il vit aux fenestres.
Sa Majesté passa par la Place
des Victoires, où Mrle Duc
de la Feüillade & Mle Prevost
des Marchands l'attendoient
avec un grand nombre
de personnes de la premiere
qualité. Vous sçavez
sans doute qu'on n'a fait encore
qu'une partie duBastiment
qui doit embellir cette
Place. Cela fut cause qu'on
pria le Roy d'avoir la bonté
de dire de quelle maniere il
souhaitoit qu'on l'achevaft ,
& si on continueroit ce qu'on
avoit commencé , sur les
desseins de Mr Mansard son
premier Archirecte , c'est à
dire à l'égard de la figure de
la place, car les Bastimens onc
toûjours esté trouvez fort
beaux. Sa Majesté en parut
fort satisfaite, & jugea à proposque
l'on fuivift le dessein
qui avoit esté commencé.Mr
de laFeüilladeayant fait entierement
dorer la Figure du
Roy depuis que Sa Majesté
ne l'a veuë ,
Elle s'attacha à
la considerer attentivement.
Quelques-uns dirent qu'ils
l'auroient mieux aimée de
bronzerd'autresfurent d'un
sentiment contraire, &alleguerent
que la Statuë de
Marc Aurele que l'Antiquité
a tant vantée,& qui a esté
si estimée des Romains,avoit
esté dorée.Onrépondit que
ce n'estoit pas ce qui l'avoit
fait admirer,&quel'Empereur
Neron avoit fait dédorer
uneFigure d'Alexandre.Ceux
qui font profession d'estre
curieux ne prirent pas le party
île l'or, parce qu'il y a plus
de
<fcbronze que d'or dans leurs
Cabinets. Le Roy qui neparle
point sans se distinguer
,
dit
beaucoup en ne disant rien.
Il nevoulut chagriner personne,
& dit obligeamment
pourMrdela Feüillade,qu'il
nefalloitpas s'estonner qu'il eust
fait dorersa Figure
,
puisque si
l'onavoitpû la faire d'une matiere
plus precieuse
iI- & qu'il
-eujl eslé en estat d'en soûtenir ltt
dépense , il estoitpersuade qu'il
n'auraitrien épargnépourcela.
-
Je n'interprété gMnr ca.
paroles qui font voir tout le
bon sens & toute la delicatesse
d'esprit impaginable, &
dont la finesse consiste plus
en ce qu'elles font entendre,
qu'en ce qu'elles expliquent
àl'égard de la dorure.
Rienn'estant égal auzele
de Mrle Duc de la Foüillade,
qui tâche sans ccue de le faire
paroistre
,
par des augmentations
qu'il fait à tout ce qui
regarde la fiegure de la Place
es Victoires, & qui font autant
d'embellissemens nouveaux,
&: de témoins éclatans
delavive ardeur qu'il a pour
Sa Majesté
, on trouva huit
Inscriptions nouvelles écrites
en lettres dorées au feu, &
dans huit Cartouches de
bronze doré, attachezautour
du Piedestal
, qui porte cette
Figure couronnée par la Victoire.
Cette augmentation
de beautez
>
après l'estat où
Mr de la Feüillade a mis la
Figure, fait voir que lors qu'il
s'agit de faire quelque chose
qui regardelagloire du Roy
,
il n' y a rien d'assez grand
pour le pouvoir satisfaire,
Voicy ce qui remplit les huit
Cartouches.Les deux qui font
au dessous du Roy & entre les
deux Esclaves qui regardent
l'Hostel de laFeüillade
, contiennent
les paroles suivantes.
I. CARTOUCHE.
Il avoit sur pied deux cens
quarantemille hommes d'Infanterie
,
vsoixantemille chevaux
pins les Troupes de ses .drmées.
AItvalesjors qu'ildonna laPaix
à l¡''EEuropeen 1678(").
II. CARTOUCHE.
Sa fermetédans "/:,), douleurs
rassura les Peuples desolez au
mois de Novembre 1686.
Voicy ce qu'on lit dans
les deux Cartouches de la
face droite du Piedestal ,qui
est du costé de la ruë des Petits-
Champs.
III. CARTOUCHE.
Aprés avoir fait d'utiles Reglemenspour
le Commerce, (')
reformé les abus de laj'ijlicc> l
donna un grandexcnpled'équité
enjugeantcontresespropres ,jntfrests
en faveur des Habitans de
Paris dans une affaire de! sieurs millions.
IV. CARTOUCHE.
Six mille jeunes Gentilshommes
Jepa^e^ par Compagnies,
gardentsesCitadelles,ven remplacentdes
Ofifciersdeses Troupes
; & leur éducation rft dignt
de leur naissance.
Les deux Cartouches qui
font du costé de l'Eglise des
Religieux appellez les Petits-
Peres,fontvoir ce qui suit.
V.CARTOUCHE.
Deuxcens dix Places,Forts,
Citadelles
, Ports, v Ha'1-'(c5
fortifiez gjf revestusdepuis 1661»
jusques à 1086; cent quarante
mille hommesdepied, vtrentemilleChevaux
p.'ye^ par mois ;, assurent Jes Frontieres.
VI.CARTOUCHE.
Il a bastyplus de cinq cens Esqu'il a dottt'Sde riZ'c/itiy
considerables
, & il a estably
l'entretien dequatre censjeunes
Demoiselles dans la magnifique
Maison de S. Cir.
Voicy ce que renferment
les Cartouches du derriere du
piedestal qui regarde la ruë.
VII.CARTOUCHE.
Il a basty un superbe
j &*'
'Va/le édifice pour les Ofifciers &
Soldats que l'âge er les bltfju•*
res rendentincapablesdejervir^
mille livres de rente.
VIII. CARTOUCHE.
L? nombre desoixante mille.
Matelots enrolez,
,
dont vingt
miÜe fontemployer*sonservice
, (èj les quarante mille
Autres au commerce de ses Sujets,
marque la grandeur, dr le
bonordre delaMarine.
Vousvoyez Madame, que
ce qui est contenu dans ces
huit Cartouches donne uuç
haute idée de la vie du Roy,
&qu'onne peut dire plus de
choses en moins de paroles,
nyen faire concevoir davantage.
Chacun s'attacha à lire
ces Eloges,& l'on y prit beaucoup
de plaisir. Le Roy eut
ensuite la bonté d'aller voir
un des Fanaux qui font aux
quatre coins de la Place. Celuyoù
Sa Majefié alla, est le
seul qui soit achevé. Le nom
de Fanaux a estédonné à ces
ouvrages à cause des Fanaux
quifont au dessus. A chaque
endroit où ils ont esté placez,
il y a un groupe de trois colomnes
de Marbre sur un piedestal
de mesme matiere. Au
dessus de chaque groupe est
un Fanal composé de plusieurs
lampes, qui brulent
pendant toutes les nuits, &
pour l'entretien desquelles,
M le Duc de la Feüillade a
estably un fond. Enrre les
colomnes de chaque Fanal,
pendent six Médailles de
bronze
?
dans chacune desquelles
font representées
quelques actions du Roy, ce
JlUi fait vingt quatre Médailles
pour les quatre Fanaux.
Il y a dans le piedestal de chaque
groupe de colomnes , six.
Vers Latins; de maniéré que
le sujet de chaque Medaille.
cftexpliqué par deux de ces
Vers. Les lettres en font de
bronze doré au feu, ainsi que
les bordures & les autres ornemens
des Médailles.Voicy
lesavions deSaMajesté qui
font representées dans chacune
des six Médailles fonduës
en bronze. - - -
La premiere Médaille marque
la paix que le Roy a donné
à l'Europe en 1677. Elle est
expliquée par les Vers fuivans.
»
Teduce,te Domino, LODOIX,
prona omnia Gatio>
Urbesvicapere dociliquoqueparcere
captis.
La secondé represente le
passage du Raab, où les François
qui sauverent l'Allemagne
acquirent une gloire immortelle,
&: Mr de la Feüillade
une réputation
,
qui fera
vivre éternellement son n0111
dans l'Histoire, Les Vers qui
font connoistre cette grande
action, [one,
Et Traces sensere queat quid
Gallicavirtus,
Arrabo cæde tumens , &servata
Austria testis.
Onvoit dans la troisième
Medaille la grandeur, & la
magnificence des Baftimcns
duRoy, ce qui Ce reconuqi#
par les Vers suivans.
Quanta operum moles, &
-
-
quanto surgit ad auras
Vertice!sic positis LOVOIX
agit otia bellis.
Ces trois Medailles font
du costé de la Rue des Pc..
tirs-Champs, & font une
chute les unes sur les autres. ,Les trois autres font plus en
dedans de la Place
,- & en
regardent leBastiment. Elles
sontplacées de la me[mc
raani^te que celles dont jçL
viens de vous parler, c'est à
dire,qu'elles font entre deux
colomnes,&forment un rang
les unes sur les autres. La plus
élevée represente le Roy qui
ordonne qu'on rende les Places
qui ont estéprises à ses
Alliez. On n'a qu'à lire les
deux Vers suivanspourconnoistre
ce qu'elle contient.
Reddere Germanos LODOIX
regnataSueco
C> Arva jubet , Danosque
,
ladcr
~pe~ ~fflftupet Albis.
La Medaille qui suit fait
voir la jonction des deux
Mers
_j
ce que ces deux Vers
expliquent tres-bien.
Misceri tentata prius,Jeniferque
negata
Æquora,perpetuo LO D01Ji
dat foedere jungi.
On n'a qu'àjetter la veuë
sur la derniere de ces six Medailles,
pour y reconnoistre
d'abord l'Audience donnée
par le Roy aux Abassadeurs
xic Siam, & l'on n'a qu'à lire
les Vers suivans pour apprendre
que la renommée ayant
publié dans les Païs les plus
reculez, tout ce qui rend U
Roy l'admiration de l'Univers,
les Souverains de toutes
les Parties du monde, ont
envoyé des Ambassadeurs
pour estre témoins de sa
grandeur.
Ingentem Lodoicum armis,
ma^ne ,
fidemque
EgrejpimScitbia&Libit vt
nerentur~& Indi.
LLeeRoyaprès avoir consideré
avec une attention dignede
sa bonté, les changemens
qu'on avoit faits à la
Place des Victoires depuis le
jour que Sa Majesté y estoit
venuëj&:avoir fait à Mr de
la Feiiilladc»&àMr le Prévost
des Marchands tout
l'accueil qu'ils en pouvoient
cfpercr, partit aux cris de
Vive leRoy,mille&mille
foisréïterez
, car quoy que
la Place fust déjà fort remplie
de Peuple lors que Sa
Majesté y arriva, la foule
augmenta de telle forte sitost
qu'Elle y fut entrée,
qu'on auroit dit que tout
Paris y estoit,si sa grandeur
& le nombre prodigieux de
ses Habitans estoient moins
connus.
La pluspart des Officiers
qui ont accoutumé d'aller à
cheval, s'estant jointsensemble
pour prendre des Carosses,
afind'éviter la poudre qui iri1
commode beaucoup en cette
saison
)
& pour estre plus en
estat de servir le Roy, il y
tn avoit un nombre infiny
à la suite de la Cour, la dén
pense ne leur coutant rien
lors qu'il s'agit du service
d'un Monarque aussî agreable
à ceuxqui ont l'honneur
de l'approcher souvent, qu'il
est redoutable à ses Ennemis
& admiré de toute la Terre.
Je puis en parler ainsi sans
flaterie; & il merite tous M
jours de nouvelles loüanges.
par desendroits qui n'en ont
jamais attiré à aucun Prince.
Aussi peut-on dire que non
feulement il ne laisse jamais
échaper aucune occasion de
faire du bien, mais qu'il cherche
mesme de nouveaux
moyens d'en faire
, & qu'il
tft ingenieux à les trouver;
Ne croyez pas que cecy soit
avancé comme une loüange
vague. Je ne le dis que parce
que j'ay à parler d'un fait
sur ce sujet, qui découvre le
caractere de bonté du Roy,
autant que ses avions d'éclat
font connoistre sa puissance,
& la grandeur de son ame,
C'est icy le lieu demettreen
ion jour le fait qu'il faut que
Je
vous explique, puis qu'il
regarde la fuite de sonVoyage.
Je vous diray donc que
pendant toute la route? Sa
Majesté a presque toujours
dînédansdesVillages. Vous
allez sans doute vous imaginer
(& vostre sentiment fera
generalemeut suivy) que les
Villages
Villages les plus forts & lc^
plus riches ne leftoient pas
trop, pour avoir l'honneur
de recevoir un si grand Monarque.
C'estoit cependant
tout le contraire; le plus pauvre
avoit l'avantage d'estre
préferé, & l'on a veu cela
observé dans toute la route
avec une exactitude que je ,,'
ne sçaurois assez marquer.
Vous n'en pourrez douter,
lors que je vous auray dit
que Sa Majesté, qui ne fait
., point de Voyages sans avoir
la Carte des Païs où Elle va
examinoit tous les jours sur
celle qu'on luy avoit fournie,
les lieux par lesquels il falloit
qu'Elle passast. Elleyvoyoit
tous les Villages, Elle s'informoit
de leur estat, Ôc
nommoit ensuite le moins
accommodé, parce que la
Cour ne s'arreste en aucun
lieu sans y répandre beaucoup
d'argent. C'est ce qui
s'est fait dans tous les Villages
où l'on a este obligé de
s'arrester pendant ce dernier
Voyage. Le Roy dînoit
fous une Feüillée,&
l'onen dressoit aussi pour
les principales Tables de la
Cour. Ainsi tous lesPaïsans
estoientpayez pour couper
des branches de verdure, &
pour travailler à la construction
de ces Feüillées.Ils tiroient
ausside l'argent de
tout ce qu'il y avoit dans leur
Village qui pouvoit servir
aux Tables, & de tout ce
qu'ils avoient d'utile aux
é,quip- ages de la Cour, a.1insi
que de leur foin & de leur
avoine ; & le Roy ne laissoit
pas outre cela de leur faire
encore sentir ses liberalitez;
en forte que ces heureux Villages
le souviendront longtemps
d'avoir veu un Prince
qu'on vient tous les jours admirer
du fond des Climats
les plus reculez.
LeRoy estant sorty de la
Place des Victoires
, trouva
encore une infinité de peuple
dans les autres ruës de Paris.
qu'ilavoitàtraverser, Les dC4
monstrations d'allègresse ne
cesserent point, non plus que
les cris de Vive le Roy, de maniere
que cous les Peuples étant
animez duineline zelcon
eust dit que ces cris dejoye
n'estoient qu'un concert des
mesmes personnes, quoy qu'à
mesure que Saavançoit,
il fust formé par diverses
voix. Le Roydîna ce jour-là.
au Vllage de Bondy, (^ rencontra
sur le cheminM leBaron
deBeauvaisavec tous les
Gardes & les Officiers des
Chasses de sa Capitainerie,
dans toute l'étendue de laquelle
ce Prince luy permit de
l'entretenir à la portiere de
son Carosse. Les Plaines de
S. Denis dépendent de cette
Capitainerie. Mr le Prévost
des Bandes parut sur la même
route, & posta diverses
Brigadesauxenvirons des
Bois. Les Dames que je vous
ay marqué qui estoient du
Voyage, avoient l'honneur
de dîner avec Sa Majesté,
ainsi que Madame la Comtesse
de Gramont, & Madame
de Mornay, que je ne
vous ay pas nommées. Madame
de Moreüil, & Madame
de Bury? Dames d'honneur
de Madame la Duchesse,
& de Madame la Princesse
de Conty, eurent le mesme
avantage. Les Filles d'honneur
ne dînerent point avec
Sa Majesté,mais elles y souperent.
Il fut réglé ce jour-là
qu'il n'y auroit à l'avenir que
deux Filles d'honneur des
deux Princesses qui auroient
ce privilège. Le nombre des
Princesses auroit esté encore
plus grand dans ce Voyage,si
lors que le Roy partit, Mademoiselle
d'Orléans ne s'estoit
point trouvée àEu, &Madame
la Duchesse de Guise
,
aux Eaux de Bourbon. Madame
de Montespan auroit
aafli esté duVoyage, mais
le foin de sa santé l'avoit
obligée d'aller prendre de
ces mesmes Eaux. Monsieur
le Prince,Monsieur le Duc ,
lx, Monsieur le Prince de
Conty n'ont point quitté le
Roy.
Monseigneur leDauphin.
qui après avoir GÜy la Mette*
estoit party de Versailles des
le grand matin pour aller
chasser dans la Forcit de Livry
, yprit un loup des plus
vieux,&congédia Mr le Chevalier
d'Eudicour, Frere du
Grand Louvetier de France,
&toutl'équipage de la Louveterie;
à la teste duquel il
estoit.Le mesme jour,le Roy
aprèsavoirdîné alla chasser
dans les Plaines& sur les coteaux.
Sa Majesté
, a pris le
mesme divertissement pendant
toute la route, comme
je vous le diray dans la fuite
de cette Relation.
Monseigneur le Dauphin
arriva à Claye avant six heures
du soir, parce qu'ilsçavoit
que c'estoit à peu prés
l heure où le Roy devoit s'y
rendre. Il changea d'habit&
alla au devant de Sa Majesté,
On connoist par là combien
ce Prince est infatigable,qu'il
tn galant, & qu'il a beaucoup
de tendresse pour le Roy.
Sa Majestéarriva à Claye
à l'heure que je viens de vous
marquer, & fut commodementlogée
dans lamaison de7
M Enjorant, Avocat general
duGrand Conseil
>
& Seigneur
en partie de ce Village.
Il eut l'honneur de ialuer
leRoy, qui le receut avec
cet air engageant qui est
si naturel à ce grand Mo*
narque. Comme toute sa
maison estoit marquéepour
le. Roy, les Maréchaux des
Logis en marquerent une
pour luy dans le Village, lors
qu'ilsmirent la craye pour
le logement des Officiers qui
estoient du Voyage; de forte
qu'il fut regardé ce jour-là
comme estant de la Maison
de Sa Majesté. La qualité
d'Hofie duRoy futcelle que
les Maréchaux des Logisécrivirent
en mettant la craye
sur le logis qu'ils luy destinerent.
Monseigneur,& Madame
la Duchesse eurent des
[Appârtemens vers le Château
où le Roy logea.Madame la
Princesse de Conty,&Monsieur
le Duc du Maine loge- 1
rent dans la Ferme de Mr
d'Herouville, Maistred'Hostel
deSaMajesté. Messieurs
les Princes du Sang eurent
ensuite les logis les plus commodes,
&: ceux qui voulurent
estre plus au large,allerent
à Meaux.
} M de laSourdiere, Ecuyer
de Madame la Dauphine, qui
cil le mesme qu'elle envoya
cnBavicrc? pour porter à M*
l'Electeur de cc nom) la nouvelle
de la naissance de Monseigneur
le Duc de Berry,
vint à Claye de la part de
cette Princesse
, pour ravoir
si Sa Majesté y estoit arrivée
en bonne santé.
Il y aicy à remarquer une
choseque personne n'a peutestre
jamais observée.C'est
que lors que les Princes de la
Maison Royale font separez,
sans estreéloignez les uns
des autres -que d'une journée>
ilss'envoyent tous les
jours un Gentilhomme pour
s'informer de l'estat de leur
santé,maisaussi-tost qu'ils
commencent à s'éloigner davantage
,
ils ne se donnent
plus de leurs nouvelles que
par des Courriers, qui leur
en apportent tous les jours.
Dés qu'ils reviennent à une
journée de distance
,
ils recommencent
à se dépescher
un Gentilhomme,& c estpar
cette raison que Madame la
Dauphine n'en renvoya plus
qu'après que le Roy commença
d'approcher de Versailles.
Ce Prince estant arrivé à
Claye entre six & sept heures
du [oir) y receut un Gentilhomme
de Madame, &: dépescha
aussi-tost à leurs AItérés
Royales Mdu Boulay,
Gentilhomme ordinaire de
sa Maion, pour apprendre
des nouvelles de la santé de
Monsieur, qui s'estoit trouvé
mal le matin à la Messe de
Sa Majesté à Versailles.
La Cour fut tres- bien logée
à Claye,parce qu'on étendit
les logemens jusques à un
lieu voisin
)
qui est un Hameau
contigu à ce Village,
dont il n'est separé que par
un petit ruisseau? qui fait
trouver aux portes des maifons
des Païsans,desPrairiestres
agréables,plantées avec
soin &avec compartiment.
Je ne vous marque point
les lieux & les heures où le
Roy a tenu Conseil. Ce Prince
ne manque jamais de temps
pour ce qui regarde les affairesde
l'Etat.Illeur sacrifie son
repos & ses plaisirs
}
il tient
Conseil en tous lieux? & à
toute heure ,quand ille juge
important pour le bien de
son Royaume,& il a travaille
dans le Voyage de Luxembourg,
avec la mesme
application qu'il fait à Versailles.
Il est vray que ce n'a
pas esté avec tous ses Ministres
,Mrde Croissy estant le
seul qui soit party de Paris
avec ce Monarque, mais
tomme il est luy-mesme son
premier Ministre,on peut dire
qu'il travaille souvent seul
autant que dans le Conseil,
Sa Majesté donnant aux
affaires pendant ce Voyage
autant d'application qu'à
l'ordinaire
,
voulut que sa
Cour trouvast par tout les
mesmes plaisirs, pendant
qu'Elle ne vouloit se retrancher
ny les peines,ny les soins
qu'on luy a toûjours veu
prendre depuis qu'Elle gouverne
par Elle-mesme ; &
pourcet effet Elle resolutde
tenirpartout Appartement.,
Ainsi dés lapremiere couchée
,qui estoit à Claye, on
trouva plusieurs chambres
préparées pour divers Jeux.
& chacun joüa avec lamesme
tranquillité? & aussi peu
d'embaras que si l'on eust
citéencoreà Versailles, tant
les ordres avoient esté bien
donnez pour les logemens,
:& pourtoutce qui pouvoit
contribuer à la commodité
desPersonnesde clualt"lui
suivoient la Cour.Les Appartteemmeennssoonntt
pprreeslqquuee ccoonnttIinnuueétous
les jours pendant tout
le restedu Voyage.
Monseigneur le Dauphin,
partit de Claye le lendemainonzièmeàsept
heures du.
matin. Ce Princechassatout
le jour dans la Forest deMonceaux
; &commeSa Majesté
devoir coucher ce jour-là à
laFerté sur Joüare, il prit le
party d'y arriver enchaOanCp
;,&de courre le Cerf dansles
:b.uiflx>ns ; ce qu'il fîtavecles
chiens de Mr le Chevalierde
Lorraine. Il prit plusieurs
Cerfs; entre lesquels il y en
avoit un qui se fit courre
long-temps, & qui passa dixhuit
étangs à la nâge.
Le Roy, après avoir entendu
la Messe à Claye, alla
à Monceaux. Toute la Cour
passa dans Meaux, pour se
rendre à cette Maison Royale
, & lors que Sa Majesté
l'eut traversée au bruit des
acclamations du Peuple,Elle
trouva le Regiment de Vivans
qui l'attendoit en ba.
taille. C'est un Regiment de
Cavalerie
>
auquel on ne peut
rien ajoûter,tant pour la
bonté des Cavaliers, que pour
la beauté des chevaux. Ce
Regiment alloit au Camp de
laSaone,& avoit un sejourâ
Meaux?ce qui fut causequ'il
eut l'honneur d'estre veu du
Roy. Sa Majesté en fut trescontente,
de le trouva beau.
Elle eut mesme labonté de
vouloir bien recevoir un
Chien couchant de Mr Li:"
grades qui le commande. Le
Roy dîna à Monceaux. C'est
un vieux Chasteauqui a fait
le plaisir de plusieurs Rois,.
& qui appartient à Sa Majesté.
Ce lieu qui est fortriant,
a une tres-belle veuë, & le
Bastiment enest magnifique..
Le Roy voulant honorer l'ouvrage
de ses Ayeux? le fait
reparer? & bien-tost on ne
verra plusrien en France qui
ne porte des marques de sa
magnificence&de sabonté.
Toutes les Maisons Royales
ayant
ayant pour Capitaine une
personne d'une qualité distinguée,
MrleDuc deGesvres,
premier Gentilhomme
de la Chambre, & Gouverneur
de Paris,joüit de la Capitainerie
de Monceaux?que
possedoitMrle Duc de Trêmes
son Pere. Il vint recevoir
SaMajesté
,
accompagné du
Lieutenant, & de tous les
Officiers & Gardes des Chasses
qni dépendent de luy, à
l'endroit où la Capitainerie
duit jusqu'au mesme endroit
par Mr le Marquis de Livry ,
aussi Capitaine des Chasses de
Livry &c qui avoir esté recevoir
ce Prince jusques à
Bondy avec tous ses OSiciers.
Le Roy? qui avoit dépesché
le foir précedent Mr du
Pouhy
, pour sçavoir l'estat
de la fanté de Monsieur, en
apprit des nouvellesà Monceaux
parce mesme Gentilhomme
, qui arriva pendant
<qjuuee SSaa Maaj*ecsttlé' estoit à table,
êc luy rapporta que Son Altesse
Royale avoit pris du
Quinquina , & dormy assez,
tranquillement depuis quatre
heures du matin jusques
a dix. Ce Prince monta à
cheval à l'issuë de son dîné.
avec Madame la Princesse de
Conty, & deux des Filles
d'honneur decette Princesse,
& alla à la Chasse de l'Oiseau.
Tant que l'on a demeuré
dans l'étenduë de la Generalité
de Paris,Mde Menars
qui en a l'Intendance
, n'a
point quité le Roy afin d'être
toûjours en estat de recevoir
ses ordres, & luy a
rendu un compte exact de
toutes les choses qui regardent
son Employ.Cela fait
voir que Sa Majestés'applique
sans cesse,puis quemesme
dans le temps de ses plaisirs,
Elles'entretient plûtost de ce.
qui se passe dans son Royau-.
!De, que de ce qui peut avoit
rapport à son divertissement
Ce Prince ayant l'esprit ex-r
'- - -.. - -
tremement pénétrant,unmot
luy fait aprofondir bien des
choses, de forte que ce qu'il
aprend lors qu'ilsemble ne
s'informer que par converfation
de ce qui se passe
,
luy
donne lieu de remedier à
quantité de desordres, & fait
que souvent il en prévient
d'autres. Pendant toute sa
marche il a toûjours esté
prest à écouter & à satisfaire
par ses réponses, ceux à qui
sa bonté a permis de luy parler
; & quelquefois lors qu'il
avoit commencé à jouer)aiffn
<J..e la Cour se divertist, il
quittoit le jeu, & travailloit,
ou s'occupoit à faire du
bien.
Mr l'Evesque de Meaux s'est
prouvé par tout où le Roy
a passé dans son Diocese, &
sçachant que le principal
foin de ce Prince estoit que
toute sa Suite entendist la
Messe, &: particulièrement les
Dimanches, ce Prelat envoya
plusieursReligieux à Claye,
& en envoya aussi dans les
Quartiers desGardes duCorps
& dans ceux des Mousquetaires)
des Gendarmes,&des
Chevaux-Légers.LaCour ne
Cf manquoit pas d'Ecclesiastiques
pour la Maison du Roy,
-& Mr l'Evesque d'Orléans -a--
Voit ,in de regler les tempsauGjaeÊs
chacund'eux devoit
C,elcb,-e"la Messe.
Toute la Cour arriva de
bonne heure àla Ferté sur
Joüare. C'est un lieu situé
dans une gorge enchantée,
au fond d'une plaine. LaRiviere
de Marne contribuë
beaucoup à la beauté du païsage,
& à la fertilité du Terroir.
Le petit Morin vient la
grossir auprés & au dessus
de l'Abbaye, & y forme mille
Prairies abondantes en pâturages.
Ce Bourg est dans la
Brie Champenoise,entre Chasteau-
Thierry & Meaux. Les
Prétendus Reformez le prirent
vers l'an 1562. pendant
les Guerres Civiles du der-
-
nier Siecle. La Chasse y fut
tres-divertissante. Le Roy y
vola des Corneilles. Mr de
Terrameni, Capitaine du Vol
des Oiseaux du Cabinet du
Roy ,a eu beaucoup d'honneur
dans ce Voyage. Les Equipages
y ont fort paru, &
il s'en: attiré beaucoup de
louanges pour tout ce qui
regarde sa Charge.
On admira à Joüare un
Pont qui joint le Chasteau
au Fauxbourg. Ce Pont a
cousté beaucoup. Il effc fait
de bois sans appuy ) tout suspendu,
& soutenu feulement
par l'épaisseur des pieces qui
le composent Il est de soixante
& quatre pieds de
long, & depuis qu'il est construit
>
il n'a rien perd u ny de
sa beauté,ny de saforce. On
coucha dans le Chtsteau, qui
appartient à Mrle Comte de
Roye. - Il est situé dans une
petite Isle fortagreable.Monseigneur
prit place dans le
Carosse du Roy. Une des
Dames luy ceda la sienne, &
se mit dans le second Caloife)-
ce que quelques-unes
ont fait alternativement.
Monseigneur n'y estoit que
pendant une partie du jour,
parce que la Chasse
,
dont on
trouve l'exercice utile à sa
santé
)
l'occupoit souvent.
Madame la Princesse d'Harcour
eut ce jour-là un accés
de Fiévrequil'obligea de
partir plus tard. Il fut suivy
d'un second accès de Fièvre
double-tierce. Elle prit du
Quinquina, &la Fiévre ne
luy revint pas. Toute la Cour
en marqua beaucoup de LOYc..
On dîna le it. à liffct
éloignée de quelques Villages
qui sont aux environs,
&qui appartiennent aux Celestins.
On allasouper à
Monmircl
,
qui appartient à
Mr de Louvois. Toutes les
Dames,& plusieurs Seigneurs
de la Cour eurent l'honneur
de souper ce soir-là avec le
Roy. La Table estoitde seize
couverts, On apprit en ce
lieu-là la mort de Madcmoiselle
de Simiane, dont
je vousaydéjà parlé dans ma
Lettre precedente. On y apporta
aussi la nouvelle de la
mort subite de Mr l'Evesque
d'Amiens, qui surpritd'autant
plus, que M de Breteuïl
assura que depuis deux jours
il avoit soupé avec ce Prélat.
Ces deux morts firent parler
de celle d'un descent Suisses
de la Garde de Sa Majesté,
qui estoit mort le matin en
s'habillant. Il y a une tresgrande
quantité de Lievrts
>
& de Perdrix à Monmirel,
Le Roy y pritle divertissement
de la Chasse, & alla voler.
Ony sejourna le 13 & toute
la Cour y demeura avec
joye, parce que le vent estoit
violent à la campagne, &
qu'il y avoit beaucoup de
poussiere. On se promena
dans les Jardins, & le Roy
au retour de la Chasse prit
le divertissement de la promenade
avec les Dames sur
les Terrasses, qu'il trouva fort
belles. Monmirel efl dans un
territoire tres-fertile.
Mr de Louvois qui ne s'applique
pas moins à tout ce
qui peut faire fleurir les beau::
Arts dans le Royaume,qu'à
ce qui est de la Guerre , va
faire establir une Verrerie à
Montmirel
, & la Cour en vit
tous les apprêts.
Le Roy y tint deux fois
Conseil avec Mr de Ci-oiffy ;
c'est ce que Sa Majesté a fait
chaque soir
>
après estre arrivée
dans tous les lieux où
Elle a esté coucher. Elle prit
! aussiàMontmirel le divertissement
du vol du Milan. Le
sejour que l'on y fît, & qui
n'avoit pas esté marqué dans
1i route, fut cause que
l'on retrancha celuy qu'ondevoit
faire à Châlons
)
afin
que le Roy qui ne manque
jamais à executer les desseins
qu'il prend, puft se rendre à
Luxembourg le jour qu'il y
estoit attendu.
Toute la Cour partit de
Montmirelle 14. & alla dîner
à Fromentiercs. A cinq heures
on avoit paffé le défile
d'Etoges. Sa Majesté prit
congé des Dames, & monta
à cheval pour aller chasset
dans les belles plaines de
Champagne. On alla coucher
à Vertus. Ce lieu a este
autrefois considerable, & étoit
l'apanage des Cadets des
Comtes qui portoient le nom
de la Province. Du temps de
Sigebert Roy de Mets, qui
vivoit en 570. il y avoit un
Duc de Champagne nommé
Loup, qui témoigna beaucoup
de fidélité, à conserver
les Etats du jeune Roy Childebert
, contre ceux qui les
vouloient envahir. Il y eut
ensuite plusieurs Ducs de
Champagne
,
mais ce titre de
Ducqui n'estoitpas alors une
dignité perpetuelle, ne faisoit
que marquerune forte de
gouvernement. Le premier
Comtehereditaire de Champagne,
fut Robert de Vermandois
,
Fils d'Herbert IL
&d'Hildebrante, qui se ren-
,
dit maistre de la Ville de
Troye en 253.Je ne vous dfe
rien de ses Successeurs. Ils
continuerent la poiterité jusqu'à
Thibaud IV. surnommé
le Posthume ou le Faiseur de
Chansonsqui succeda à son
Oncle maternel
,
Sanche le
Fort,au Royaumede Navarre.
Il mourut à Troye en 1254.
estant de retour du Voyage
d'Outremer. ThibautV. fou
Fils qui avoit épousé Isabelle,
Fille du Roy Saint Loüis,
estant mort sans Enfans après
avoir fait lemesme Voyage.
laissà ses Estats à Henry ~HI
son Frere. Ce dernier n'avoit
qu'une Fille nommée Jeanne,
qui en 1184. épousa Philippes
le Bel pendant la vie de
Philippes le Hardy son Pere ,
&. depuis ce temps ,la Champagne
a esté inseparablement
unie à la Couronne de France.
Les Comtes de Champagne
faisoient tenir ks Etats de
leur Pays par sept Comtes
leurs Vassaux
,
qu'ils appelloient
Pairs de Champagne.
C'estoient les Comtes de
Joïgny, de Retel >de Bricnîic>
de Roucy
?
de Braine , de
Grand-Pré, &deBar-fur-
SIelinye.
a trois Eglises à Vertu,
avec deux Abbayes hors les
portes. Les Guerres yont laifsédes
marques de leur fureur,
quine peuvent estreeffacées
que par le regne deLoüisLE
GRAND. Le Roy y fut 1-ogc
fort étroitement, & comme
cestoit sur la rue
?
il fut exposé
au bruit du passage des
équipages de la Cour. Ce
Prince auroit pu estremoinsmal
;mais ne pouvant renoncer
à ses manières honnestes,
qu'il conserve mesme aux dépens
de son repos ,
il aima
mieux que celuy des Princesses,
re fust point troublé ,
fk voulue qu'elles fussent logées
plus commodementque
luy.
Le JJ: toute laCour dlfnx.
àBierge
, ôc alla coucher
à a Bierge >-,
& Châlons. Cette Ville est en
Champagne, ôcson Evesché
est Suiffragant del'Archevesché
de Rheims. Elle est ancienne
,
& dés le temps de
Julien l'Apostat, elle tenoit
rang entre les premieres Villes
de la Gaule Belgique, Il y
a de belles rues avec des
maisonsassez bienbasties. La
Place où l'on voit la Maison
de Ville, & celle où est l'Eglise
Collegiale de Nostre-
Dame,font les plus considerables.
La Cathedrale de Saint
Estienne est dans une Isle que
forme la Riviere de Marne,
dont une partie entre dans la
:Ville, &y fert beaucoup pour
la commodité des Habitans.
Elle a de ce cofté-là d'assez
bonnes Fortificarionsquele
Roy François I y a fait faire,
& elle est entouréedemurailles
avec des Fossez presque
toûjours remplis d'eau. Il y
a encore douzeParoisses,entre
lesquelles plusieurs font Collegiales
Les avenues de Châ-
Ions font tres-agreables >& il
y a autour de la Ville plufleurs
lieux de promenade,
entre lesquels celuy du Jare
cil fort renoffilné. La Riviere
,-' der
de Marne qu'on passe sur divers
Ponts, la rend une Ville
de negoce. Elle a eu des Comtes
qui ont cedé leur droit
aux Evesques. C'est par là
qu'ils font Comtes Pairs de
France.
Le Roy entra à cheval à
Châlons
) & fut receu par
le Maire & les Echevins. On
ne luy fit aucune harangue,
parce qu'il avoit fait donner
lordre dans tous les lieux par
IOÙ il devoit passer
)
qu'on ne
le haranguast point ; mais il
eut la bonté de vouloir bicri
recevoir les Presens de Ville,
Le Chapitre de la Cathédrale
eut aussi l'honneur de le famlücr,
ayant à sa teftcM l'Evê.
que deChâlons. Les Chanoines
se recrierent ensuite sur lai
douceur, & sur l'affabilité det
ce Monarque, dont ilsnecesfent
point de parler, Madame:
la DuchessedeNoailles lai
Douairière, qui a esté Dame
d'Atour de la feuë Reyne:
Mere du Roy, & dont la vertu
exemplaire a toûjours çftç:
applaudie,caril en - cft de
faussesqui n'imposent pas a
tout le monde, eut le mesme
honneur. Sa Majesté luy fit
d'autant plus d'honneftetez,
qu'il y along-temps que son
merite luy est particulierement
connu. Le Roy se retira
ensuite -pour tenir Conseil.
Mr le Duc de Noailles
> &
M l'Evesque de Châlonsfon
Frere ,
firent servir plusieurs
Tables magnifiques, pour
toutes les personnes de la
Cour qui voulurent y manger.
Le Jarc leur servit de promenade
pendant quelques
heures. Je ne m'étens point
icy sur la beauté de ce lieu,
parce que j'en ay fait une
description dans le Volume
que j'ay donné, qui ne contient
que ce qui s'est passé au
Mariage de Monseigneur le
Dauphin. Il y eut au Jare une
prodigieusequantité de personnes
de toutes conditions,
que l'impatient dehr de voir
le Roy avoit fait venir de
toute la Champagne. Les
principaux Officiers de la
Ville de Troyes se rendirent
à Châlons? & firent vingt
lieuës pour avoir l'honneur
de salüer ce Monarque. Les
Dames de la Province eurent
beaucoup de chagrin de l'ordre
qui fut donné, de n'en
laisser entre,r faulc.unIela.u1so1u- per , qui n'eust ellenommée
par Sa MLijefté.C:lles qui
crurent n'estre pas assez connuës
pour pouvoir estre du
nombre, ne se presenterent
point, dans la crainte d'estre
refusées,ce qu'on ne trouva
pas ordinaire, & qui fut fort
remarqué. Le Roy eut la bonté
de permettre qu'on les laissast
toutes entrer le lendemain
dans le Choeur de FIL
g-I.Ife>o-t'i elles eurent le temps
de considerer SaMajesté &.
Jtoute la Cour pendant que
l'on dit la Messe.La Musique
de cette Cathedrale chanta
un Motet, dont il parut que
l'on fut assez content. Mr
Evesque Comte de Châlons,
,& Mr le Ducde Noailles accompagnerent
toûjours le
Roy tant qu'il demeura dans
cette Ville. On auroit bien
voulu sejourner dans un lieu
aussi
-
beau & aussispacieux
que celuy là, où les logemens
estoient fort commodes;mais
les mesuresestant prises pour
se rendre à Luxembourg au
jour marqué, on partit le 16.
à dix heures précises du matimpour
aller coucher à Sainre-
Menehout.MdeChâlons
accompagna le Roy jusques
aux confins de son Evesché,
& Mr l'Evesque de Verdun
le reçût à l'entrée du fien.
La journée de Chalons à
Sainte-Menehout se trouva
fort longue pour les Equipages.
On dîna à Bellay, qui
n'est qu'une Ferme sans aucune
autremaison aumilieu
de la camp.-,gnc,& on rendit le
lieu agreable pour y recevoir
le Roy. Sa Majesté y chassa
pendant une partie Je l'aprésdînée,
& alla coucher à
Sainte-Menhout. Cette Place
qui avoit estéprise sur
nous pendant les temps difsiciles,
fut reprise en 1653. par
Mr le Maréchal du Plessis-
Pralin; & ce Siege que le
Roy voulut presser en per,
sonne
,
obligea Sa Majesté
d'aller en Champagne en ce
temps-là. Le Roy ne trouvant
pas la Cour assez commodement
logéedansSainte-
Menehout, resolut de n'y
passer pas la Feste du S. Sacrement
à son retour, &
nomma Chalons pour y faire
la ceremonie de cette FesteCela
obligea de retrancher
un des jours du sejour, de Luxembourg.
Le Roy conti-
Ilua de donner par là des
marques de sa bonté à toute
la Cour,& Mr l'Evesque de
Châlons montra tantdejoye
de ce qu'il auroit l'honneur
de recevoir encore ce Monarque
,que plufieufs luyen
firent compliment.
Le 17. le Roy entendit la
Messe aux Capucins, & fit
de grandes libéralités a leur
Convent. On alla ensuite dV;
ner à Vricourt ,
prés de Clermont
en Argonne. Les chemins
se trouvèrent fort rudes
,dans des bois, dans des
montagnes, & dans des valées
d'un terroir remply de
pierres. On arriva d'assez
bonne heure à Verdun?où
l'on fut si bien logé) que ce
fut avec plaisir
que l'on y
passa la Feste de la Penteccste.
Verdun est une Ville
forte sur la Meuse, & il en
est peu de mieux situées dans
la Lorraine. L'Evesché est
Suffragant de l'Archevesché
de Reims. Cette Eglise a eu
d'illustres Prelats. Ils se disent
Comtes de Verdun,&
Princes du Saint Empire. La
Riviere de Meuse rend cette
Ville agreable par diverses
Isles qu'elle y formé. Le
Roy HenryII. la prit en
IJJI. Le Chapitre de l'Eglise
Cathedrale de Nostre-Dame
est fort considerable.M l'Evesque
de Verdun receut le
Roy dans son Palais Episcopal.
Il est tres-beau, & l'on
y voit jusques à dix pieces de
plein-pied L'air y est admirable.
Ce Palaisest élevé sur un
Roc d'où toute la baffe-Ville
se découvre. Des Prairiesarrofées
par la Meuse
>
& des
vallons assez éloignez, &
tres-fertiles en tout ce qui
est necessaire pour la vie, en
rendent l'aspect des plus
riants. Les ameublemens de
ce Palais sont fort somptueux,
& fervent beaucoup
à faire voir la magnificence
de Mrde Bethune, qui joüit.
en sa retraite de quarante
mille livres de rente, que
luy rapporte son seul Evesché.
Les Anis qu'on appelle
de Verdun, autrement Dragées
de toutes manieres, se
trouvant meilleurs en cette
Ville-là qu'en aucune autre
du monde, elle ne fuit point
l'exemple des autres Villes
dans les Presens qu'elle fait
aux Souverains? & au lieu
d'offrir du Vin, elle donne
de ses Anis. Ainsi elle en sir
present de cent boëtes au
<
Roy. M l'Evesque de Verdun
est Fils d'Happolite de
Bethune? Comte de Selles,
Marquis de Chabris
>
dit le
Comte de Bcthune
, mort en
1665. aprësavoir esté honoré
du Collier desOrdres du Roy
en 16Cu & fait Chevalier
d'honneur de la Reyne Marie-
Therese d'Austriche. Il
avoit épousé en 1629.Anne-
Marie de Beauvilliers, Soeur
de M le Duc de S. Aignan,
qui tant que la feuë Reync
aYcfçuj a eu l'honneur de
la servir en qualité de Dame
d'Atour. Ce Prelat avoit avec
luy Madame de Rouville sa
Soeur,Veuve de M le Marquis
de Rouville, Gouverneur
d'Ardres.Elle eut l'honneur
de manger avec le Roy
dans les trois Repas que Sa
Majestéfit à Verdun.
Le jour de laPentecoste,pres.
que toute la Cour sir ses devotions,
à l'exemple du Roy.
C'estune choseassez extraor.
dinaire pendant le coursd'une
marche. mais quene voiton
point de nouveau fous le
Regne de Loüis XIV. sur
tout pour leschoses qui regardent
la Religion & la
pièce1 Monseigneur le Dauphin
se rendit dans l'Eglise
Cathedrale dés sept heures
du matin;&: après avoir entendu
la Messede M l'Abbé
Fleury, Aumônier du Roy,
ce Prince communia par les
mains de cet Abbé.
Sur les dix heures, le Roy
passa à travers ses Mousquetaires
rangez en haye des
deux costez de la court de
l'Evesché
, &: au milieu des
cent Suisses dela Garde, postez
dans la mesme Eglise.
SaMajestéestoitenvironnée
de ses Gardes du Corps &de
toute sa Cour. Elle se rendit
dans leChoeur, où Elle fut
suiviede Mr l'Evesque de
Verdun,&de tous les Chanoines
de cetteCathedrale.
LeRoyestoit en Habit de
cérémoniec'eit à dire
> en
Manteau,revestu de son Col-
Jjjcr de l'Ordre. Il entendit
là Méfie de Mr l'Evesque
d'Orléans, son premier Aumônier
,
dont il receut la
Communion La seconde
Messeque Sa Majesté entendit,
fut dite par l'un de ses
Chapelains. Au sortir de
l'Eglise, Sa Majesté toucha
prés de cent Malades, dont
Mr leDuc deNoailles avoit
fait amener une partie de
Chalons. Ils estoientrangez
sous les arbres de la premiere
court de l'Evesché. Ce Prince
quitta ensuite son Habit de
ceremonie, & revint avec
Monseigneur le Dauphin, &
toute la Cour, entendre la
grand' Messe, qui fut pontifïcalemenr
celebrée par Mr
l'Evesque de Verdun, &
chantée par la Musique de
la Cathedrale.Cette Musique
plut assez à toute la Cour,
& on trouva la voix d'un des
Enfans de Choeur tres-agreable.
Plusieurs mesme la jugerent
digne de la Chapelle
du Roy. Il y a quatre de ces
Enfans de Choeur qui joüent
du Violon, qui sont, une
Taille, une Haute-contre, &
deux Baffes.
Le Roy eut la bonté de
toucher encore soixante &
dix Malades en sortant de la
grand' Messe. C'estoit beaucoup
après en avoir entendu
trois,&touché d'autres Malades.
Sa Majesté vint l'aprésdînéeentendre
Vespres dans
la mesme Eglise, &: Mr de
Verdun officiaencore en Habits
pontificaux. Le Roy étoit
dans les hautes Chaises à
droite.& aprèsluy,Monseigneur,
Madame la Duchesse,
& Madame la Phnccffe de
Conty. Aprés ces Princesses
estoient Monsieur le Prince-
Monsieur le Duc , Monsieur
le Duc du Maine, & Monsieur
le Comte de Toulouse.
Les Dames occuperent le reste
des places. Jamais les peuples
de Verdun n'avoient vû
ny tant de magnificencesny
une si augusteAssemblée ; &
l'on peut mesme dire qu'ils
n'avoient jamais vû dans leur
Eglise de si grands ny de si
édifians exemples depieté.
Le Roy s'enferma après
Vespres avec le Pere de la
Chaise pour travailler à remplir
les Beneficesqui vacquoient
depuis le jour de
Pasques, qu'il avoit fait une
nomination. On fut quelque
remps sans sçavoir cette derniere
, parce que lePere de
la Chaise n'en dit rien après
qu'il fut forty du Conseil.
Enfinonappritque Mr rAb..
bé de Saint Georges,Comte
de Saint Jean de Lion vnommé
depuis quelque temps à
l'Evesché de Clermont,avoit
esté fait Archevesque de
Tours, & que l'Evesché de
Clermont avoit esté donné
à M l'Abbé de Champigny
Sarron, Chanoine del'Eglise
de Paris. Je vous parlay amplement
de M l'Abbé de S.
Georges
,
lors que le Roy le
pourveut de l'Evesché de
Clermont. M l'Abbé de
Champigny qui vient d'y
estre nommé, est Fils de François
çoisBochartdeChampigny,
Seigneur de Saron, qui après
avoir esté Maistre des Requestes,
Conseiller d'Etat, &
Intendant pendant trente années?
tant dans la Généralité
de Lyon qu'en Provence &
en Dauphiné,se noya malheureusement
en 1665. C'étoit
un homme d'un rare merite,
dont le nom se trouve
souvent dans les Ecrits des
Grands hommes de ce Siecle.
111 avoit épousé Madeleine
Luillier, Soeur de Madame la
Chanceliere d'Aligre, &
estoit Fils de JeanBochart,
Seigneur de Champigny,
Noroy & Saron, Controlleur
General, Sur Intendant des
Finances, & premier President
au Parlement de Paris,
mort en 1630. Cet illustre
Magistrat descendoit de Jean
Bochart Seigneur de Norcy,
Conseillerau Parlement, qui
fut éleu les Chambres assemblées,
pour remplir la Charge
de premier President en 1447.
Celuy-cy eut pour Fils Jean
Bochart II. du Nom, auquel
Jean Silnon, Evesque de Paris,
donna saTerre deChampigny
en luyfaisant époufer sa Niece.
On iceut aussi que l'Evesché
d' Amiens avoit esté donné
à Mr l'Abbé Feydeau de
Brou, l'un des Aumôniers du
Roy, & que M l'Abbé
d'Hantecour, Aumosnier de
la feuëReyne, avoit eu l'Abbaye
de Longuay, Ordre de
Premontré,DiocesedeReims
vacante par le deceds de M,
l'Abbé du Four. Mr l'Abbé
d'Hantecourt est Frerc du
Pere d'Hantecourt, Religieux
de Sainte Geneviéve,
&Chancelier de l'Université.
Cet Abbé estant de quartier
lorsque la Reyne mourut,
eut le triste honneur de
remplir plusieurs fonctions
qui regardoient sa Charge.
Il a esté employé depuis la
mort de cette Princesse aux
conversions des Protestans
dans plusieursVilles de
Françe. L'AbbayedeBalerme
fut donnée le mesmejourau
Frere de Mde la Chetardie,
Commandant de Brifac
?
&
l'Abbaye de Noyers au Fils
de MPinçomAvocat au Parlement,
qui entend parfaitement
les matieres Beneficiates&
Ecclesiastiques, & qui
a écrit là-dessus touchant les
droitsde SaMajesté.Il-y eut
aussi ce jour-là plusieurs Benefices
de moindre consideration
donnez à des Officiers
d'Armée & de laMaison du
Roy, pour leurs enfans otj
pour leurs parens; mais le
Roy ne les accorda qu'après
que le Pere de la Chaise l'eut
asseuré que leurs vies &
moeurs luy estoient connuës.
Les choses qui ne demandent
pas de secret estant
bien-toit répanduës,on ne
fut pas long-temps sans apprendre
les noms de ceux à
qui les Benefices avoient esté
distribuez,& toute la Courfit
paroistre tant de joye de la
nomination de M l'Abbé de
Brou à l'Evesche d' Amiens,
qu'il m'est impossible de vous
la bien exprimer.
Je ne sçaurois m'empescher
de vous marquer icy
qu'un homme qui possede
une des premieres Charges de
la Cour, ayant prié le Roy
de luy donner un Benefice
pour un de ses Fils quiest
tres-jeune) Sa Majesté luy
demanda quel âge il avoit,
& l'ayant sceu
,
Elle luy dit;
quEHe estoit bien lâchée qu'il
eust encore tant de temps à at.
tendre. Celuy qui demandoit
cettegrace voulut donner des
raisons, & rapporta mesme
quelques endroits de l'Ecrisure;
mais le Roy sit connoistre
qu'il la sçavoit beaucoup
mieux que luy, & dit
qu'il ne donneroitjamais de Benefices
qu'à despersonnes capdbles
de sçarvoir à quevelles s'engageoient,
en prenant le party
d'entrer dans l'Eglise. Ce Prince
ajoüta ,on croyait peuteftrr
qu'on emportait quelquefois
des Benefices par faveury
mmaaisisqquueessiicceeuuxxqquuiiavonrv
cette pensée , pouvaient erre témoins
de ce qui se passe dans le
Conseil
,
lors qu'ils'agit de lA
distributiondesBenefice,ils verroientpar
toutes les précautions
qu'on prend pour ne les donner
qu'a des personnesdignes de les
posseder, la peine où ilse trouve
souvent avant que d'oserfixer
son choix. Sa Majesté fit
enfin connoistre
, que ny faveur,
ny brigue) ny recommandation
,ny naissance,ny
services
, ne pouvoient rien
obtenir, à moins qu'Elle ne
fust persuadée que ceux qu'il
- A
-
luy plaisoit d'en gratifier
n'eussent toutes les qualitez
necessaires pour en remplir
les devoirs. Ce n'est pas à
dire pour cela que tous ceux
qui en possedent,s'en acquits
tent dignement. La possession
du bien, & le peu d'occupation
corrompent fouvent
les moeurs. On s'aveugle
quelquefois dans le temps
où l'on devroit avoir le plus
de fageue?&:on ne conferve
pas toûjours les bonnes incli-,
nations qu'on a fait paroistre
dans ses premieres années. Le
Roy peut donner un Benesiceà
l'homme du monde
qui le meritéle mieux dans
le tcmps qu'il l'en pourvoir,
& qui dans la fuite en deviendra
tres-indigne.
- Je pourrois ajoûter- icy
beaucoup de choses sur ce que
le Roy voulut bien dire en
public touchant la nomination
des Benefices; mais ayant.
accoûtumé de vous rapporterles
faits sans aucun taisonnement
,je vous laisse faire làdessus
toutes les reflexion
que le Roy merite qu'on flÍI.
à sa gloire.
Ce Prince après avoir efii*
ployé la plus grande partie
du jour de la Pentecoste à
des avions de devotion &
de pieté
, & tenu un long
Conseil pour la distribution
des Bencfices qui vaquoient
alors, ne crut pas avoir encore
assez fait; il alla faire
le tour de la Place pour en
viliter les Fortifications, &
vit un Bataillon du Régiment
Soissonnois? qui estoit
en bataille sur le Glacis. Ce
Bataillon luy parut fort lestes
& il futtres-content.Il estoit
commandé par M le Duc de
Valentinois, Fils de M le
Prince de Monaco. Sa Majesté
vit aussi le Regiment
des Vaisseaux dans la Citadelle)
commandé pat Mr le
Marquis de Gandelus
?
Fils
de Mle Duc de Gefvrcs, qui
cnetf Colonel, & elle en fut
fort fatisfaitc. M le Marquis
fie Vaubecour, Gouverneur
de Châlons,&Lieutenant de
Roy du Verdunois
, & du
Pays Messin
, accompagna
toujours le Roy, & tint à
Verdun, tant que Sa Majcftc
y demeura,deuxTabks fort
magnifiqueSj ainsi qu'ilavoit
fait à Châlons, pour toutes
les personnes de la Cour qui
voulurent y aller manger. Le
Roy fut fort content de ce
Marquiseluy donna inefme
des marques de la fatisfadion
qu'il avoit de sa conduite.
Enarrivantà Verdun
» on
voit appris la mort de Madmoiselle
de Jarnac Fille
d'honneur de Madame la
Dauphine.dontje vousay déja
parlé.Elle fut fort regretée
à cause de son humeurdouce,
& complaisante,
Quoy que la Ville de Verdun
soit couverte par Longvvy,
Luxembourg, Sar-Loüis,
Strasbourg &autres, on ne
laisse pas de travailler tous
les jours aux fortifications de
cette Place. Le Roy ordonna
'lu)on y preparait les Ecluses,
afin qu'il puft voir à son retour
l'espace du terrain qu'elles
pourroient occuper.
Lors que Sa Majesté visita
la Citadelle qui est de cinq
Bastions fort reguliers , on
luy fit remarquer le Bastion
nommé le Marillac, qui donna
lieu au Procès qui fut fait
au Mareschal de ce mesme
nom> pour le crime de Peculat
, dont il avoit esté accufé.
L'histoirerapporte que
le Ministre qui nomma les tgommiflàiresquile condamnerent
,
leur dit après avoir
apprissacondamnation, qu'il
falloir que les Jugesenflent des
lumieres que le reste des hommes
n'avoitpas &queplus il avoit
fait de reflexionsur l'affaire dît
Maréchal de Marillac, &sur
toutes les choses dont on l'accusoit
,
moins ill'avoit juge digne
de mort; maisquenfin ilfalloit
croire qu'il estoit coupable
j
puis
qu'ilsïanjoient condamne. Il
n'eut dans la fuite que de la
froideur & de l'indifférence
poureux.
Le19.on ne fit que quatre
lieuës & l'on alla dîner
*
& coucher à Estain ; la journéeauroitesté
trop longue si
on avoit estéjusquesàLongvvy.
Mr Mathieu de Castelus
qui y commande vint à
Estain saluer le Roy,& tecevoir
les ordres de Sa Majesté.
Estain est un gros Bourg
muré, du Diocese de Verdun.
C'est le dernier de sa Jurisditèion
du costé de Luxembourg.
Quoy que ce Diocese
foit fort petit & borné de
toutes parts, sonpeu d'étendue
ne diminue pas néanmoins,
son revenu.MrdeVerdun
accompagna le Roy jusques
à Essain. La Cour eut un
tres-beau temps pour traverser
des ruisseaux, & desPlaines
grasses
?
& fertiles. Les
pluyes l'auroient fort incommodée,
mais le Royqui fait
les beaux jours de tous ceux
qu'il regarde favorablement)
devoit estreanez heureux
pour n'en pas manquer luymesme.
Sa Majesté prit ra:
presdinée le divertissement
de la Chasse. Ertain cft un
Païs de Bois accompagné de
belles plaines) & de Vallons
bien culrivez; les Maisons y
sontgrandes, & logeables
presque toutes bastiesà l'Allemande,&
il n'yen a pas une
qui n'ait quatre Chambres
hautes où l'on peut loger.
Le Roy,Monseigneur?& les.
Princesses eurent leursAppartemens
dans la plus grande,
& chaque Corps d'Officiers
logea dans d'autres. Le lieu.
paroist avoir esté autrefois
considerable;les Guerres l'ont
ruiné , parce qu'il n'estoit pas
assez fort pour se deffendre
des courses. La Paroisse est
unassezbeauVaisseau,surtou
dans l'étendue du Choeur,qui
est tres-beau &: fort élevé
Cette Paroissea esté bastie
par les soins de Guillaume de
Huyen, lequel ayantesté in,
struit à Verdun? passa en Italie
; ou la beauté de son génie
luy acquit la bien-veillance
de la Cour de ROIne. Il fut
d'abord Chanoine de Verdun,
& par degrez elevé à la
pourpre, ayant esté fait Cardinal
au titre de Sainte Sa-;
bine. Il employa ks biens a*
l'embellissementde sa Patrie
mais la mort qui le (urpnd
dans l'exécution de ses. def-i
seins
, en rompit le cours
Les Entrepreneurs volerent
l'argenr & lainerenrnglife
imparfaite.Il avait resolude
fonder douze Prebandes,un
College-, &un Hôpital ;.lnaiscil
ne voit qu'un Choeur de-;
licatement construit
, & la
Barete de ce Cardinal suspendue
à la voûte, pour monument
de sa pieté
, & de sa dignité.
Il vivoit en 1406. Un
Curé, & un Vicaire ont foin
de cette Eglise, & du Peuple.
Les Capucins ont en ce lieu
une Maison habitée par huit
ou neuf Religieux. Ils ont
quelque peine à subsister;
mais ils en auroient encore
davantage s'ils n'estoient prés
de Verdun où on leur fait
de grandes charitez»Ces bons
Peres se sont establis en ce
lieu pour aider le Cure., à
causequ'il n'a qu'un, seul
Vicaire avec luy,
Le lendemain 20. la Cour
partit, d'Estain? &alla dîner
à Pierre-Pont qui n'en est éloigné
que de trois lieuës. La
plulpart des Officiers mangerent
surune verdure arrosée
d'un ruisseau fort agreable.
On traversa ensuite plusieurs
petits torrens;on parcourut
des Valées:on monta
des hauteurs?&on gagnaen
&~
finla cime d'une Montagne
où lenouveau Longvvy entièrement
construit par le
Roy) pour faciliter la prise de
Luxembourg. Le Vallon est
arrosé d'une très- belle eau
vive, qui roule toujours, &
qui rend la Plaine fort fertile
; laveue se promene agréablement
sans estre bornée
que des deux costez par deux
Montagnes, mais elles n'offrent
rien qui ne doive plaire.
L'une est remplie d'arbres;
l'autre est occupée par te
vieille) & par la nouvelle
Ville. On découvre dans le
milieu de la Prairie deux mai.
fons de Religieux) l'une de
Recolets. & l'autre de Carmes
) qui y sont établis, &
qui ont foin des anciens Habitans
de ce Pays-là. Ils ne
font logez que dans des hutes
sur la Colline
, & ils avoient
au dessusun Château antique
qui les mettoit à couvert
des Coureurs; mais presentement
il est ruiné) &
l'on n'y trouve que des cabancs
& des masures. Longvvy
est situé sur une hauteur
bordée d'un précipice à IJEfi:f
& au Sud, s'estendans vers le
Nord,& l'Ouest dans une
Plaine fort fertile. La Place
n'est commandée d'aucun
endroit. On y voit une grande
ruë ,
à l'extrémité de laquelle
font deux portes accompagnées
d'un double fossé
, &: défenduës de bons
Battions. Dans cette ruë principale,
sont les maisons des
Bourgeois qui font environ
deux a trois cens feux. La
Place d'Armes est au milieu.
On y voit un beau puits
) &
à gauche une Eglise une fois
aussi grande que les Recolets
de Versailles
, mais ily a
moins de Chapelles. Cette
Eglise est accompagnée d'uaeTour,
de la hauteur de celle
le Saint Jacques du Hautes
à Paris
, qui sert de Beffroy
>
& de laquelle on dé-*
couvre jusques à six lieuës
dans le Pays. La Maison du
Gouverneur est à droite , &
fait face à l'Eglise. Le reste
des Maisons est basty par fimetrie.
Le long desRamparts,
font des Cazernes pour les
Troupes,-& l'on voit d'espace
en espace des Magazins de
différentes grandeurs.Tous
ces Magasins sont soigneusement
gardez. Le Roy logea
dans la Maison du Gouverneur.
Mrle Marquis de Bouflers
, qui a le Gouvernement
de Luxembourg, vint au de.
vantdeSaMajestéàLongvvy.
Il estoit accompagné de quel..
ques-uns de fcs Gardes qui ne
parurent point avec leurs Ca.
rabines. Le Regiment d'Angoumois
commandé par Mr
de Thouy,estoit dans la Place.
Le Royen fit la Reveue>
êcille trouva tres- bon, tous
les hommes estant bien faits,
&audessus de trente ans. Ce
Regiment eut l'honneur de
garder le Roy. Il fautremarquer
que ce Prince ne fut pas
plûtost arrivé) qu'il donna
des marques de son activité
ordinaire. Pendant que cluCun
alla? ou le reposer? ou fc
divertir dans fcs Appartemens,
où il avoitdonné ordre
qu'il y eust toûjours rou.
tes fortes de Jeux preparez,ce
Prince courut? s'ilm'est permis
de m'expliquer ainsi pour
mieux marquerfonardcur.)11
courut?dis-je où la passion
digne d'un grand Capitaines
&: le devoir d'un grand Roy
rappelloient,&sedonna tout
entier le reste de la journée à
voir des Troupes? & des Fortifications.
Il y a dans Longvvy
quatre cens cinquante
Cadets. Sa Majesté leur vit
faire l'exercice, &dit hautement;,
qu'il rijyanjoitpoint de
Troupes qui s'en acquittent
mieux. Elle resolut mcfrnc
d'en prendresoixante ou quatre-
vingt , pour en faire des
Sous-Lieutenans dans tous
les Corps, excepté dans sois
Régiment ,où l'on ne reçoit
point d'Officier qui n'ait esté
Mousquetaire.Toutes les
places qui y vacquent estant
reservées à la Noblesse qui
tort de ce Corps,ils se perfectionnent
encore dans ce Regiment
en ce qui regarde le
métier de la Guerre? avant
que d'estre élevez à de plus
hauts Emplois. L'exercice
que firent les Cadets? fut à la
voix & au commandement
de leur Capitaine, ensuite au
coup de Tambour, câpres
dans le silence, par une habitude
qui est en tous également
naturelle; ce qui se fait
avec tant de justesse, qu'il
semble que ce soit un feut-
J.
homme qui remuë également
toutes les parties de
son corps. Ceux qui prirent
ce divertissement avec le
Roy eurent un tres-grand
plaisîrde voir un mouvement
uniforme dans quatre cens
cinquante personnes de différentesgrandeurs.
Le Royvisita à cheval les
dehors de la Place, & fit à
pied le tour des Remparts.
-
Ce Prince marqua luy-même
ce qui en pouvoit encore
embellir les Travaux, & ce
qu'ils avoient de plus beau
& deplus seur. Cela fait voir
la parfaite intelligence qu'il
a de l'Art de la Guerre.
Il ne faut que voir Longvvy
pour concevoir une haute
idée de la puissance du Roy,
& l'on ne pourra qu'à peine
sepersuader qu'il ait entièrement
fait bâtirune Ville,
élevée sur une cime inaccessible
r & dont les remparts
font d'une prodigieuse hauteur.
Il est impossible de s'imaginer
la dépensequ'où
a faite à couper le Roc, à
rendre le terrain uny, & à
bâtir tant de beaux logemens.
Cette Place est de figure éxagone
r ayant un Baition
coupé ducodedesprécipices
feulement. Ilestsoûtenu par
deux Delny-Iunes, & deux
Ravclins. On amis trois Cavaliers
aux endroirs foibles,
qui découvrent fort loin,&
qui feront montez de vingt
pieces de Canon. Toutes les-
Fortifications de cette Placc
fontd'une ties-grande regularité
; & ce qu'il ya de surprenantec'est
que le Roy en
aitfait entierement conftruireungrand
nombre d'autres
qui ne sont pas moins fortes,
qu'il y fasse encore tra-*
vailler tous les jours, & qu'il
commence à en faire éleyer
denouvelle.Iln'est pas moins
étonnant que SaMajesté voulant
mettre ses Sujets à couvert
des courses de la Garnison
de Luxemboutg., en la
mettant au rang de ses Conquelles,
Elle ait fait bâtu
Longvvy pour faciliter ses
desseins, cette Place ayant
servy de Magasin pour tou,
tes les provisions neceflaircs
à un Siege aulli important
qu'a esté celuy de Luxembourg.
Comme rien n'altère davantage
la fanté qu'une forte
&continuelle app licationau
travail, M de Croissy , qui
par une longue fuite d'Emplois
&par l'occupation que
luy donne celuy qui l'attache
entièrementaujourd'huy,
s'etf attiré des douleurs de
goute depuis quelques années,
en ressentit de violentes
à Longvvy. Cependant
elles ne l'empefcherent point
de servir le Roy, en quoy
il fut parfaitement bien secondé
par M le Marquis de
Torcy son Fils, qui dans un
âge fort peu avancé, a déja
veu toutes les Cours de l'Europe
> en a étudié les maniéres,
& n'ignore rien de ce
qui regarde la Charge dont
Sa Majesté luy a accordé 1:4
survivance.
La Maison du Roy eftanr
si grande) qu'à peine il se
passe une semaine
>
sans qu'on
apprenne la mort de quelque
Officier) on sceut à
Longvvy celle de M Villacienne,
Gentilhomme servant
du Roy? & celle de Mr
de la Planche ,Valet de
Chambre de SiMajesté
,
la
premiere dépendant de Monsieur
le Prince,comme Grand
Maistre delaMaisonduRoy,
& l'autre deSaMajesté parce
que le défunt xi'çftant poirr
marié
,
n'avoit point d'ensans
à qui ce Prince en eust
pû donner la survivance.
Mrde Seignelay, qui avoit
fait le Voyage de Dunkerque
avec une diligence furprenante,
depuis que le Roy
estoit party pour Luxembour,
joignit Sa Majesté à
Longvvy , & luy fit le rapport
de l'estat des Fortifications
de cette premiere Place.
Je vous en ferois icy le
détail, si je n'estois obligé de
le remettreà unautre ÀrcmS)
a cause de la quantité de choses
curieuses que j'ay encore
à vous apprendre touchant
le voyage de Sa Majesté. Je
vous diray cependant que le
Risban, lesJetrées,lesEcluses,&
le Bassin pour les Vaif-
[caux, sont des choses si extraordinaires
à Dunkerque »
<juà moins de vous en faire
la defeription, quelques paroles
dont je pusse me servir,
pour vous marquer la beauté
deces Ouvages* il me seroit
impossiblede vous rien faire
Concevoir qui en approchait,
& vous auriez mesme encore
beaucoup de peine à vous les
representer tels qu'ils [ont) si
vous ne les aviez vûs.
Le Roy estant party de
Longvvy le 21. entra dans le
Luxembourg, &: dîna à Cherasse,
premier Village de la
Province ducosté de France;
Le Païs par où l'on entra, n'a
pas tant de Bois ny de Mon.,
cagnes que les autres Cantons
de cette Province. Ce font
des Plaines grasses & fertiles?
remplies de tres-bons grains.
Les Villages y sont en affcz
grand nombre,mais les maifons
n'en font pas entièrement
rétablies. En approchantdela
Ville de Luxembourgeonvoitde
toutes parts
destrous, desquels on a tiré
de la brique,& de la chaux,
& d'autres materiaux, pour
les nouvelles Fortifications
<i'un Ouvrage qui va au delà
de tout ce que l'on en peut
concevoir.L'aspect delaVilleestbeauducostédeFrancc.
Le plan paroist égal par.
tout,&lesédifices sontgrands
8c magnifiques. On découvre
plusieursEglises couvertes
d'ardoises, descazernes, des
Magasins, des maisons considerables,
Celles des particuliers
semblent estre bâties
desimetrie; mais lors qu'on
est dans la Ville, on est furpris
de ce qu'on n'a découvertqu'une
partie des Fortifications.
Elles sont toutes irregulieres,
& continuées suivant
l'étduë du terrain, dont
la situationpeut étonner des
Assiegeans qui oseroientl'attaquer.
•*
Je devrois vous parler icy
de l'origine de cette Place,
vous entretenir des Ducs qui
en ont porté le nom, & vous
en faire comme un abregé
d Histoire; mais j'ayamplement
parlé de toutes ces choses
dans le Volume que je
vous ay envoyé du seul Journal
du Siege que le Roy fit
)
lors qu'il joignit la Ville de
Luxembourg à ses premieres
Poiiujrfedr
Conquestes. Ainsi jeme COfitenteray
de vous envoyer le
revers de la Medaille qui sur
¿;'faite en ce temps-là, & que
j'ay pris foin de faire graver.
Le Portrait du Roy [e voit
sur laface droite. Jene vous
dis rien du revers, vous le
pouvez voir.
Ce Prince fut receu à la
Porte parleMajor de la Place,
&,' traversa la Ville au milieu
de six rangs de ceux de
la Garnison qui estoient soue,
lesarmes, & en hâye>j[ufque^
au lieuoùSaMajesté alladescendre.
Ils firent trois salves,
mais on ne tira le Canon qu'aprés
l'arrivée du Roy, parce
que cela auroit marqué une
Entrée, & qu'il avoit déclaré
qu'il ne souhaitoit point
qu'on luyen fist.LesBourgeois
vinrent luy offrir leurs hommages.
oLes ruës étoient toutes
tapissèesde branches d'arbres,
suivant la coutume du Pai's.
Pendant le Soupe du Roy
qui dura deux heures, ils aL
lumcrent unfcudejoyc dans
-- .--' -,. --, -' 1er
té —*
--_.
le Pâté qui eH: entre le Paffendal
& le Grompt, vis-à-vis
les fenestres du Palais du
Gouverneur, prés de la Riviere.
Toutes les ruës furent
illuminées, &ces illuminations
continuerent pendant
tout le temps que Sa Majesté
demeura àLuxembourg. La
façade de l'Hostel de Ville parut
éclairée par plus de deux
cens Lanternes, remplies de
Devises à la gloire de ce Prince.
Les Clochers estoient en
feu, & quantité de flambeaux
de cire blanche brûlerent
toute la nuit devant la maison
du Maire. Toutes ces illuminations
furent accompagnées
de cris de Vive le
Roy. Sa Majestéfutgardée
par un Bataillon de Champagne,
commandé par Mr le
Baron de la Coste, La Ville
estoit plus remplie d'Etrangers
que de gens de la fuite
de la Cour, sans compter les
Gouverneurs, les Lieutenans
de Roy, les Officiers des Garnisons
d'Alsace, de Lorraine,
&de Flandre, qui avoient
eu permission de venir. Mr
l'Evesque
)
& Mr le premier
President du Parlement de
Mets, y estoient aussi venus,
avec tout ce qu'il y a de plus
distingué dans la mesme Ville,
suivy d'un grand peuple,
que la curiosité de voir le
Roy y avoit attiré. Il yestoit
passé plus de dix mille hommes
deTreves,deCologne,
de Mayence. de Juliers, de
Hollande, & de la Flandre
Espagnole;& l'on eust dit
que toute la Champagne s'y
estoit renduë, pour remercier
le Roy d'avoir pris cette
Place, afin deladélivrer des
courses de sa Garnison. M1 de
Louvois y estoit arrivé le
jour precedent
,
après avoir
faitun Voyage de deux cens
cinquante lieues depuis que
Sa Majesté estoit partie de
Versailles pour aller à Luxembourg.
Cette diligence
ne paroiftroit pas croyable,
si ce n'estoit une de ces choses
de fait dont on ne [sa?=-:
roit douter. Ce Ministre
rendit compte au Roy de
son Voyage pendant que Sa
Majesté demeura à Luxembourg
& je vous en feray le
détail
, avec celuy de ce qui
s'est paffé dans le temps de
ce sejour,mais il faut auparavant
vous faire la description
de cette Place.
Tous ceux qui l'ont veuë
avant le Siege ,la regardent
avac un etonnement qu'il seroit
difficile d'exprimer, &
sont fort surpris d'avoir à
chercher Luxembourg dans
Luxembourg mesme. On ne
reconnoift: plus cette Place
que par quelques Edifices publics,
presque tous ruinez
dans la Journée des Carcasses
& dans la fuite duSiège, &."
rétablis dans une plus grande
perfection
, par les soins Ôc
par la pieté duRoy. On m'a
assuré que la Ville est grande
deux fois comme Saint Germain
en Laye, &j'ay vû deux
Relations qui le marquent.-
Je ne vous garantis pas
tjue cette grandeur soit juste
On peut s'abuser dans les
choses qu'on écrit sur lerapport
de sa veuë ; cependant
on peut concevoirpar
là une idée approchante de
la grandeur d'un lieu dont
on fouhaitc avoir connoissance.
La Place d'armes de Luxembourg
peut contenir environ
deux mille hommes
rangez en bataille. Les rues
sont larges,&il yen a douze
ou quinze considerables. Les
Bâtimens y sont de deux éta.:=
ges au moins. Ils sont assez
étroits
) mais presque tous
d'une--nlefme, simetrie. La
Cour y estoit assezbien 1&--
gée. Le Commerce n'y est
pas grand, mais la Garnison
y fait rouler beaucoup d'argent
par ses dépenses. On a
esté obligé de prendre des
Domaines, & des Jardinsà
quelques Bourgeois,& à quelques
Païsans, maisils en ont
esté largement indemnisez.
L'Hostel de Ville e£tpetit?
û façade n'est pas large. La
Paroisse est étroite, & il n'y
a qu'un Doyen,&dixEcclesiastiques;
un plus grand
nombre n'en: pasnecessaire,
puis que les Religieux qui
font dans le mesme lieu, les
déchargent presque de tous
les soins qui regardent les
Pasteurs. Il y a quarante-cinq
Religieux dans le Convent
des Recolets, dont la moitié
font François
, & les autres.
Allemands. Ils vivent
des questes delaVille, & dc:
la Province, & preschent
dans l'une & dans l'autre
Langue. Ils sont commis
pour auministrer les Sacremens
à la Garnison. Les Bourgeois
quisontfort devots, &
Flamans en ce point-la?vont
souvent faire leurs dévotions
chez ces Peres, qui sont en
très-grande reputation en
cette Ville-là?&fort estimez
& aimez de tout le Peuple,
Ils ne le font pas moins de la
Garnison qui les respect
beaucoup. Je pourrois ajouter
qu'ils s'en attirent la crainte
aussi-bien que le respect,
puis que ces Peres font toutes
les fonctions Curiales en ce
qui touche cette Garnison.
LePereOlivier Javenayaprés
avoir esté Gardien, & s'estre
acquis une grande réputation
par ses Sermons, a esté éleu
Custode de douze Maisons
.dependantes de celle-là, dont
celle de Luxembourg est la
principale. Les Jesuitesyont
une tres-grande Eglise, fort
propre, & fort riche. Elle est
plusgrande que celle des
Carmes de la Place - Maubert
, & a deux aillés, &
trois beaux Autels. Ils tiennent
leCollege
, & ces Peres
font ordinairement au nombre
de vingt-cinq dans cette
Maison. Encore qu'ils soient
tous François, il yen a quelques-
unsqui sçavent fort bien
l'Allemande & qui ontesti
élever en Allemagne. Leu.
Jardin est beau & spacieux
îc leur maison toute neuve
êc bien ordonnée. Ilsontune
Musique Allemande, que la
Cour alla entendre le jour de
la Trinité. Les Capucins y
ont aussi unConvent
>
dans
lequel on ne trouve que des
Religieux François ,
dont
le nombre peut égaler celuy
des Jesuites. Il y a
deux Refuges dans la Ville,
& une Eglise, appellée le
Saint Esprit, dansunBastion,
Celle desDominicains?qui a
esté fort endommagée par le
Canon, n'est pas encore rctablieIlsdonnerent
ieui
Tour pendant le Siege, pour
placer une Batterie qui incommoda
fort nostre Camp.
On fut obligé de s'en défendre?
& cela* pensa causerla
ruine entiere de leur Eglise.
J'oubliais à vous dire que
les Recolets ont le Cimetiere
de la Garnison. Leur Eglise
est aussi grande que celle des
Cordeliers du Grand Convent
de Paris. Ils ont d'assez
beaux Ornemens, & tout est
chez eux d'une grande propreté.
Leur Jardin est aiTçz
beau pour une Ville de Guerre
Il tomba pendant le Siege
cinq cens Bombes dans leur
enclos, dont trois tomberént
dans une Chapelle,
qui fert de Mausolee auComte
de Mansfeld, l'un des plus
grands Capitaines de son
temps, & fameux par ses Exploits
fous Charles IX. Il
mourut Gouverneur de Luxembourg
âgé dequatrevingt-
six ans. Son tombeau
estde Marbre blanc; safigure
->
& celles de ses deux Fern;
mes ,
font en bronze au desfus
de ce Tombeau,chacune
de six pieds de haut. L'une
des trois Bombes qui tomberent
dans cette Chapelle,
perça une grosse voûte, fit
tin trou fort large à l'extremitédu
Tombeau duComte..,
tourna à demy une pièce
de marbre qui le couvre, &
4jui a huit pieds en quarré
ôc la rompit environ de la
largeur d'un pied. Les Jefuites&
les Recolets ne font
sjparezquepar une rue* &
ïes Capucins sont dans un autre
quartier de la Ville, proche
la Porte-neuve. Il y a
aussi trois Convents de Filles.
Le Comte de Mansfeld dont
je viensde vous parler, a fait
bastir le Palais des Gouverneurs.
Il a esté tout ruiné par
nos attaques, & si bien reparé
par les soins de Mrle Marquis
de Bouslers
, que le Roy
y logea avec Monseigneur;
& les Princesses,Ilest sur un
Bastion. qui donne sur un
Fauxbourg arrosé par la Riviere?
dont la Prairie dans laquelle
elle se répand estun
objet agreable pour la veuë,
& dans une gorge entre deux
Montagnes. Il a pour point
de veuë un reste de petit bois
de haute Futaye. Pour pouvoir
insulter ce Bastion, il
fauts'estre rendu maistre de
sesdeffenses. Le Roy y avoit
une grande Salle, une
grande Chambre pour les
Jeux, sa Chambre,&trois Cabinets.
Les Gouverneurs de
Luxembourg avoient autrefois
une Maison de plaisance
située sur la Riviere qui sert
de point de veue lieur Palais;
mais les guerres les ont
privez de ce lieu de divertis
sement. Luxembourg est fituésur
une hauteur àl'extremité
d'un grand terrain du
costé de l'Ouest & du Sud
fondé sur un roc qui a este
coupé plus de quatre pieds
en terre dans les endroits ou.
l'Esplanade duGlacis n'est pas
sélon les Réglés? & commandé
par le chemin couvert. A
son Est, & à son Nord, ct
sont des Vallées prodigieuses.
qui semblent inaccessibles à
toutes les Nations; & cependant
c'est par ces abismes
qu'on a pris la Place. L'une de
ces Vallées entre le Nord k
l'Est, estarrosée par TEfle*,
petite Riviere sans commerce
qui vient du cofté du Sud
d'Erfche Bourgade„& qui va
se rendre dans la Moselle aprés
s'estre jointe au Sours
&. àSclbourgversVasbilingrr
L'autre est remplie vers le
Sud-Est de quelques petits
Ruisseaux de Ravines. Il se
trouve pourtant entre l'Esse
une langue de terre où cft la
Porte dé Trêves
,
& une autre
langue plus spacieuse occu\.
pée parunFort nommé du
Saint Espritque l'on a fortifié
depuis que le Roy a coiv
quisla Place. Elle estdiviséce
en haute, & en basse Ville,
La haute cft l'ancien Luxembourg
,reparé,&fortifié dt
nouveau. On afaitune Porter
neuve qu'on appelle de France
vers Nostre-Dame de
Consolation, & l'on a pouse
le Bastion de Chimay,jus
ques au delà de l'Insulte. La
baffe-Ville est composée de
deux Fauxbourgs, rendus c-e*
lebres par le dernier Siege.
L'un est nommé le Passendal.,
arrosé par le principal Canal
del'Effe. L'autre est le Minstier
ou le Grompt mouille
aussi par un bras de l'Effe. Entre
ces deux Fauxbourgs
?
est
la Porte de Treves
?
& une.
Plate-forme au dessousquon
appelloit le Pasté. A l'extremité
du Minfter vers la droite
est le nouveau fort du Saint
Esprit. Mr de Montaigu a
levé avec du carton le Plan
de cette formidable Place,
où Ion en remarque aisément
toutes les beautez, avec toutes
les augmentations que le
Roy y a faites. Toute l'Allemagnea
esté surprise de voir
avec quelle promptitude on
en a reparé les brèches &
avec quelle facilite sans avoir
égard à la dépense on a aug.;
mente cette Ville de plus de
deux tiers, afin d'occuper
tout le terrain qui sembloit
estre favorable pour en approcher.
Aprés vous avoir fait voir
la situation de It Place, il faut
que je vous trace icy le Plan
de ses Fottifications. L'entreprise
est hardie, & un terme
mis au lieu d'un autre, peut
répandre de l'obscurité dans
ce que je vous diray les descriptionsde
cette nature,quelques
ques claires quelles soient,
n'eitant qu'à peine intelligibles
pour ceux qui ne sont pas
dumestier.Joignez à cela que
je puis expliquer mal des cho-
[es, dont je n'ay pas toutes
les lumieres necessaires? pour
estreafleuré que je ne me
trompe point. Cependant je
fuis persuadé que quelques
fautes que je puissefaire
, &:
que j'aye peutestre mcfme
déjà faites depuis que j'ay
commencé à vous parler de
Fortifications dans cette Ler
tre, ce que je vous en ay dit,l
& ce qui me reste à vous expliquer
) ne laissera pas de
donner de hautes idées de la
puissance du Roy? & de la
force de Luxembourg.
L'ancienne Ville qui est
toute sur un terrain élevé
cil: un Heptagone ayant un
Bastion coupé par le deffaut
duterrain de Paffendal. Elle
a trois portes ; l'une vers le
Couchant) c'est celle de France;
l'autre au Nord? c'est celle
de Passendal; la troisiéme;
vers l'Orient, c'est celle de
Trêves, & une quatrième
pour les sorties regardant le
Midy. La premiere & la derniere
sont dans la haute Ville
bien flanquées de bons basions?
& de dix Redoutes,
soutenuës de bons Cavaliers,
où l'on mettra quarante pièces
de Canon. On peut voir
dans la premiere porte quelle
supercherie peuvent faire
ceux qui se desfendent dans
leurs maisons. La premiere
entrée prise , il ne faut aller
que pied à pied à la seconde;
& la troisiéme est encore
mieux gardée que les prémieres.
Les Redoutes sont
portées aux endroits les plus
soibles des Courtines pour
deffendre le chemin couvert,
& pour commander sur toute
l'Esplanade;elles font élevées
jusques au cordon pour répondre
au rez de chauffée, &
pour raser l'Esplanade. Au
dc!fij.S est une Plate-forme
avec un Parapet dont on se
sert jusqu'à ce que le Ganofll
l'ait renversé ; on se retire au
dessous où sont des Sarbacanes
pour tirer sur le chemin
couvert & dans le glacis. Dela
on a encore un étage en
- terre d'où l'on se peut desfendre
long- temps , &quand
on est poursuivy par les Galeries,
on a clei portes avec
du Canon de Campagne. Si
les Ennemis vouloient establir
un logement autour de
ces Redoutes, il y a des Mines
& des contre-mines toutes
disposées pour empescher les
Travailleurs d'avancer leurs
ouvtages. Les Fourneaux sont
si bien menagez qu'ils ne
peuvent manquer leur coup.
On a fait deux demy
-
Lunes
dans cette ancienne enceinte..
Le Bastion de Chimay? qui
est à l'extremité du Roc, &
qui commande sur la Porte
de Paffendal, est soûtenu par
deux autres Bastions avancez
le long de cette cime,qu'on
peut appeller une Demy-lune
1-
& une autre Contre-garde,
ce qui semble estre hors.
d'insulte> parce qu'on a fait
la dépense de railler dans le
roc,&qu'on s'est attache à
le rendre inaccessible; &
comme la Riviere qui passe
au dessous de la Porte, a une
hauteur dans son bord opposé
qui commande la Ville
>
car ce fut là qu'an mit une
Batterie pendant le dernier
Siege, pour ruiner jePalais
du Gouverneur; son Badion,
& la Porte,lePvoy a fait faire
sur la cime de cette hauteur
deux Ouvrages à o cornes
qui renferment tout l'espace
par où l'on avoit à craindra
Une Ligne de communication
prend de l'extrémité de
la Contre-garde du Bastion
de Chimay, descend par la
Porte de Passendal dans la
Riviere, & va joindre ces Ouvrages
, qui sont faits avec
toute l'industrie de l'At[,.
pour batere la Plaine d'audelà,
pour commander sur le
vallon où coule l'Effe,& pour
désendre le Chemin couvert
de la Contre-garde du Baftion
de Chimay;&afin qu'on
ne prenne pas ces O1uvrages par le vallon., Sa Majesté qui
voit tout avec des liimieres
qui necedenten rien àcelle5
de les Ineenieurs? a ordonné
deux Reodoutes au dessous,
prés de la Rivière. Ainsi le
Fauxbourg du Paffendal qui
est sur l'eau, fera défendu 8c
couvert de toutes parts. On
y fait un Hôpital, & il y aura
des Cazernes, & des Magasins
comme dans la Ville.
Il est fermé à la droite par
une autre Ligne de communication
semblable à la premiere,
qui joint le sécond
Ouvrage à la Porte de Trêves,
qui se trouve à l'extremité
d'une languete prise
dans le roc qu'on a percé en
deux endroîts, pour faire
passèr les chariots, & les
Troupes du Paffendal au
Minfier, sans monter dans
la. Ville. Le Minsterest aufll
défendu par cette Porte, ôc.
par le Fort du Saint Esprit,
qui a quatre Bastions coustruits
sur une petite éminence
qui commandoit dans
le Fauxbourg. Ces quatreBastions
sont soutenus de Demy-
lunes) de Contre-gardes,
& de Redoutes, qui battent
toute une campagne qui regne
au delà. Voilà les Ouvrages
qui se trouvent dans
les Dehors de Luxembourg,
&: qui font environ onze Bastions,
quinze Redoutes, deux
Ouvrages à corne,un troisiéme
qu'on y ajoûte prés de la.
Porte des Sorties, quatre:
Demy-lunes, trois Contregardes,&
cinq ou six Cavaliers.
Tous ces Travaux n'ont
pas moins surpris la Cour,
qu'ils ont étonné tous les
Etrangers qui les ont vûs.)
car cette Place qui tiroit de
la France deux millions de
contributions
, pourroit en
temps de Guerre en tirer bien
davanrage, & faire contribuer
juseqz ues à Mayence? à
Cologne, à Rez, au Fort de
Skin,à Namur& à beaucoup
d'autres endroits, ce qui ne
seroit pas difficile à une Garnson
de sept ou huit mille
hommes. Je ne vous diray
point à combien de millions
a monté la dépense des Fortifications
de cette Place,
chacun en parle diversement
&met le prix aux Ouvrages
de cette nature, suivant Tétonnement
qu'ils luy eaufent.
Ainfiil n'est pas facile
de parler d'une dépense?
quand elle se monte à plusieurs
millions. Tout ce que
je puisvous dire, c'est que le
Roy ne cherchant que l'entiere
perfection dans tout ce
qu'il fait faire, il y a encore
de nouveaux fonds destinez
pour travailler à cette Place,
quoy qu'il paroisse qu'on ne
puisse rien ajoûter à ces Fortifications
;mais le Roy a des
yeux& deslumieres dont on
ne sçauroit trop admirer la
pénétration. Je ne dois pas
oublier que la petite Chapelle
de Nostre - Dame des
Consolation dont je vous ay
déjà parlé dans ma Relation
duSiege, est restée en son
entier, les Assiegez, & les
Assiegeans l'ayant épargnée.
Toute
-
la Province y court
avec la mesme devotion
qu'on va à Nostre-Dame de
Liesse en France.
Il faudrait pour se bien representerl'aspect
de cette
Place, avoir vû les deux Tableaux
que Mr de Vandermeulen
enafaits pour le Roy.
Ils sont à Marly, & ont chacun
onze pieds de longueur.
Ils representent deux faces dô
laPlaec, de sesFortifications,
& de ses avenuës; mais avec
une telle regularité, que ceux
qui ont veu ces Tableaux ne
sçauroient se souvenir de la
moindre chose,qu'ils ne lareconnoissentaussi-
tost dans
l'unou dans l'autre. Ces Tableaux
sont gravez avec les
Estampes de Mrde Vandermeulen
dont je vous ay déjà
parlé, qui represententtoutes
les Conquestes du Roy de la
mesme maniere. Ainsi si la
description que je viens de
faire de cette Place, excite en
vous ou en vos Amis, la curiosité
de la voir d'un coup
d'ecil, vous pouvez avoir recours
à ces Estampes, qui sont
recherchées dans toutes les
parties du monde.
Le Roy ayant resolu de ne
demeurer que deux jours àLuxembourg
; monta à cheval
aussitost qu'il y fut arrivé, &
en allavisiter les Dehors. Mr
de Louvois qui estoit de retour
depuis un jour de son
Voyage d'Alsace,&MdeVauban
, qui sont les deux personnes
qui pouvoient rendre
un compte exact à Sa Majesté
des Fortifications de cette
Place, & sur tout de celles
qui ont esté faites nouvellement
par son ordre, l'accompagnerentpar
tout. Elle vit
les attaques de ses Troupes
pendant le Siege, &: trouva
de nouveaux sujets de loüanges,
pour tous ceux qui avoientcontribué
à cette conqueste,
M le Comte de Blanchefort
s'eilant trouvé auprés
du Roy, ce Prince toûjours
plein de reconnoissance
& de bonté pour toutes les
personnes qui ont du merite,
témoigna le regret qu'il avoir
de la mort de Mr le Maréchal
de Crequi son Pere,
qui avoit fait le Siegede Luxembourg;
ce qui parut toucher
fort sensiblemenr Mr
le Comte de Blanchcfort,
& renouveller dans son
coeur le dcfir qu'il a de sui
vre ses traces, &- d'imiter sur
tout sa prudence? & sa fidelité
pour le Roy.
, Le 22. Sa Majesté donna
audience à Mrle Baron d'Ingelheim,
Envoyé
-
extraordinaire
de Mrl'Electeur de
Mayence; à Mr le Baron
d'Elts, Envoyé extraordinaire
de M l'Electeur de Tréves,
& à Mrle Comte de
Chellart, Envoyé extraordinaire
de Mr le Prince Electoral
Palatin, Duc de Juliers.
Ils estoienr venus faire compliment
à Sa Majesté de la
part des Princes leurs MaiRreS)
sur son heureuse arrivée
àLuxembourg. Ces Envoyez
eurent aussi audience
de Monseigneur, où ils furent
conduits par MrdeBonneüil
,
Introducteur des Ambassadeurs,
qui les avoit menez
chez le Roy? & les avoir
esté prendre dans les Carosses
de Sa Majesté. Ils firent
present au Roy dela part des
Princes leurs Maistres
,
de
plusieurs tonneaux de vin
du Rhin, & de vin de Moselle>
que Sa Majestéreceutavec
les manieres honnestes
qui luy sont si ordinaires, &.
pour marquer que ces Presens
luyestoient agreables
de la part dont ils venoient,
Sa Majesté voulut qu'ils fussent
conduits à Versailles par
les mesmesVoituriers qui les
avoient amenez; & les Envoyez,
suivant les ordres qu'iL
luy avoir pieu d'en donner,
furent regalez splendidement,
avec toute leur suite,par
lessoins de Mr Delrieu, Contrôleur
ordinaire dela Maifondu
Roy, qui n'oublia rien
en cette rencontre de tout
ce qu'il crut devoir faire
pour leur satisfaction, &qui
entra parfaitement bien dans
leurs manieres,
Quoy que le Palais où logeoit
le Roy sust fort spacieux,
il estoit neanmoins
impossible que tous ceux qui
estoientpressez de l'impatience
de le voir? y pussent
entrer; ainsi ce Prince eut la
bonté de sortir plusieurs fois
à cheval? & d'aller mesme
doucement, afin de satisfaire
ceux qui ne respiroient qu'aprés
sa veuë. Il alla à la Metre
aux Jesuites;& plusieurs personnes
qui jusques alors ne l'avoient
admiré que par la quantité
surprenante des grandes
choses qu'il a faites,& qui n'avoient
jamais eu le plaisir de
levoir,l'admirerent ce jour-là
par sa bonne mine, & par un
air qui perfuaderoit à ceux qui
ne sçauroient pas tout ce qu'il
a fait de grand, que tout ce
qu'on leur en diroit feroit - veritable,
véritable. Le Roy estant forty
dela Messe,vit le plan de
Luxembourg, qui estoit dans
une maisonproche de l'Eglise
des Jesuites, Il monta à
cheval l'aprésdînée, & descendit
dansles Mines;il voulutvoiraussi
les Contre-mines.
Il visita les Fossez, & se
promena sur les Ramparts.
Pendant tout ce temps il s'entretint
des beautez de cette
Place avec Monsieur le Printce,
qui fit voir la parfaite
connoissance qu'il a de tout
ce qui regarde la Guerre, &
quelle est telle qu'onladoit
attendre du Fils d'un Prince
qui auroit pu apprendre ce
grand Art à toute la terre ,
si on l'avoit ignoré. Monsieur
le Duc, Monsieur le
Prince de Conty
,
& Monsieur
le Duc du Maine su.
rent aussi de la conversation,
& firent voir qu'il est des
sciences pour lesquelles les
Princes ne sont jamais jeunes
&qu'ils semblent avoir aj>„
prises en naissant.
Le mal de Mrle Comte de
Toulouse, qui avoit esté attaqué
le jour precedent d'un
mal de teste
)
& d'un mal de
gorge, continua,& la Rougeole
s'estant declarée, le
Roy resolut de sejourner
deux jours de plus à Luxembourg
, non pas pour y attendre
la parfaite guerison dô
ce Prince, laquelle ne pourvoit
arriver si-tost, mais afin
de voir quel pourroit estre le
cours de son mal. On mir:
auprés de luyMrduChesne
Medecin?MrduTertre, Chirurgien
de Monsieur le Prince,
avec un Apoticaire de Sa
Majesté. Le bruit s'estant répanduque
le retour delaCour
estoit reculé, quelques Etrangers
en parurentinquiets,mais
ils furent rassurez si-tostqu'ils
firent reflexion que le Roy
avoit toujours gardé inviolablement
sa parole;qu'il aimait
Monsieur le Comte de
Toulouseavec tendresse; que
ce jeune Prince estoit chery
<dc toute la Cour, & quainsî
l'incertitude du mal qui luy
pouvoit arriver, estoit la
vraye cause qui portoit le
Roy à retarder son depart.
La Rougeole deMonsieur le
Comte de Toulouse, ne fut
pas la premiere qui parut
à la Cour. Une des Filles
d'honneur de Madame la
Princesse de Conty en avoit
déja esté attaquée. Il yavoit
euaussi d'autres Malades; &
la Gouvernante des Filles
d'honneur de Madame Il
Duchesseavoit eu la Fiévre.
La maladie de ce Prince contribua
à l'indisposition d'une
Dame d'un tres-grand meri-
&
re. Elle fut saignée, & son
mal se passa.
Le 13. Mrle Comte Ferdinand
de Furstemberg, & Mr
Ducker, Envoyez extraordinaires
de Cologne
, eurent
aussi Audience du Roy, &
de Monseigneur le Dauphin.
Ils y furent conduits par Mr
de Boneüil avec les mesmes
ceremonies que l'avoientesté
les autres Envoyez,& traitez
demesme.Mr le Cardinal
LangravedeEurftcmberg
faluaaussileRoyavecdeux
de ses Neveux.M le Comte
d'Avaux, Ambassadeur dfe
France auprès des EtatsGéneraux
dès- Provinces unies
s'estant rendu de la Haye à
Luxembourg, y salüa Sa Majesté,
& receut d'Elle de nouvelles
instructions touchant
les negociations ordinaires de
son Ambassade.Lorsqu'il prit
congé du Roy,ce Prince luy
dit qu'ilcontinuastàle servir
de la mesme sorte,& qu'il seroit
content. Cela fit assez
connoistre que Sa Majesté
estoit satisfaite de ses services
passez. Mr Foucher, Envoyé
extraordinaire des Etats Géneraux
auprèsdel'Electeur
de Mayence , eut aussi l'honneur
de salüer ce Monarque.
LeRoy entendit ce jour là la
Messeaux Recolets. & vit enfuite
dans ure Chambre du
Convent le Plan de Trarback
levé par Mr de Montaigu.Je
vous parleray de ce Plan dans
la fuite de ma Lettre. SaMajesté
alla l'apresdinée à la
teste des Tranchées, & des
Lignes, & en examinant la
Place, Elle previt tout ce qui
pourvoit arriver, si on osoit
un jour entreprendre de l'assieger.
Elle fit le mesme jour
la Reveuë des Troupes de la
Garnison, quiconsistoient en
cinq gros Bataillons, & en
plusieurs Escadrons.
Le 14. le Roy entendit la
Messe à la Paroisse, & tint
Conseil le matin & l'apresdînée,
ayant pendanttoutle
temps qu'il a demeuré à Luxembourg
,donné cinq à six
heures par jour, pour tousles
Conseils qu'il y a tenus; de
forte, que le temps qu'il employoit
à voir des Fortifications
& à faire des
-
Reveuës,
estoit celuy qu'il prenoit
pour donner relâche à fan
esprit. Ainsi l'on peut dire
que l'esprit ne commençait
à se reposer que pour donner
lieu au corps d'agir. Pendant
que le Roy n'eliok occupé
que des soins de son
Etat sans se donner un seul
moment de relache
,
la Cour
se partageoit, pour se divertir
selon son goust. Les uns
se
-
promenoient ,
les autres
joüoient , & quelques autres
se rafraîchissoient chez Mrde
Bouflers.Je ne vous diray
point que durant tout le sejour
- que Sa Majesté a fait
dans cette Place, ce Marquis
a tenu plusieurs Tables chaque
jour, tant le soirquele
matin,à un fart grand nombre
de couverts; ce seroitdire
trop peu,puisque non seulement,
tousceux qui ont voulu
manger chez luy y ont
trouvé a toute heure tout ce
qu'ils ont souhaité, mais
qu'on n'a mesme rien refusé
f aucun de ceux qui en ont
envoyé chercher. Commejamais
homme ne fut plus genereux
> jamais dépense n'a
esté faite de meilleure grace.
Mr deBouslers apprehendoit
si fort de n'estre pas à Luxembourgpour
la faire
a.
qu'ilfol^
licita pour n'aller au Camp
qu'ildevoitcommander,qu'aprés
que Sa Majesté seroit
partie. Le Roy qui sçait distinguerladépense
qui n'est
pas interessée,luy a fait un
Present de trois mille Loüis.
Le z5. SaMajesté entendit
encore la Messe aux Jesuites.
Elle se promena de nouveau
à cheval dans les Fossez
) & à
pied sur les Ramparts. Plus
Elle a regardé la Place avec
application,&enaexaminé
les nouvelles Fortifications,
plus Elle en a esté satisfaite ;
8c comme on ne luy rend
point de grands services sans
recevoir des marques de sa libéralité,
par dessus les recompenses
ordinaires, Elle donna
douze mille écus à Mr de
Vauba n.Toutes les Relations
conviennent qu'Elle luy fit
ce Present d'une maniere si
obligeante, que plusieurs
souhaiteroient enavoir acheté
un semblable de beaucoup
plus, & l'avoir receu
Qvec le mesme agrément. JLf
Royafait aussi des Presens
dans toutes les Eglises où il a
esté. Il donnoit une somme
pour les Ornemens. Cette
somme estoit suivie d'une autre
pour les Pauvres, & ces
deux d'une troisiéme, ou de
quelques graces dont il de":
voit revenir de l'argent pour
l'embellissement des lieux. Sa
Majesté n'ayant point mené
de Musique auVoyage )l'un
de ses Musiçiens nommé Mr
de Ville, qui est Chanoine
de Mets> y prit quelques lastrumens,
& quelques voix ,
& fit chanter dans les Eglises
où le Roy entendit la Messe
à Luxembourg, les Motets de
Mrs du Mont, Robert, &
Minoret. Sa Majesté le recompensa
de ses soins, de son
zele, & de sa dépense. Comme
l'argent n'est pas toûjours
ce qui touche davantage,quelques
charmes qu'il ait pour
tout le monde, par l'indispensable
necessité où chacun
cil d'en avoir, le Roy fïr
ouvrir les Prisons à soixante
&dix Malheureux, qui aimerent
encore mieux la liberté
que toute forte de biens;mais
ce Prince ne leur accorda des
graces que selon le genre des
crimes,ne voulant pas que sa
clemence servist à en faire
commettre de nouveaux, à
ceux qui en avoient fait d'enormes,
& que l'on jugeoit
capables d'y retomber,ce que
Mr l'Evesque d'Orléans, Mr
l'Abbé de Brou
,
nommé à
l'Evesché d'Amiens, Mes,
les Abbez de la Salle «
Fleury,& Mrde Noyon Lieu-»
tenant de Mr le Grand Prevost,
ont examiné par l'ordre
du Roy.
Le26.les uns ne songerent
qu'à partir, & les autres s'affligerent
du départ. LaCour
en voyant les Fortifications
de la place, avoir pris un
grand plaisir à se mettre devant
les yeux tout ce qui s'estoit
passé pendant le Siege-
Elle avoit examiné les Attaques&
les Tranchées) admiré
la conduite du General
)
l'intrepidité
des Soldats, le ge.
nie & l'adresse de M'de Vauban
à conserver les Aillegeans;
car le Roy sçachant
l'humeur boüillante des François
, & leur zele pour son
service
, avoit expressément
ordonné à feu Mr le Maréchal
de Crequi, & à Mrde
Vauban,d'épargner les Troupes,
& de prolonger la durée
du Siege,plûtost que de
hazarder le sang des Soldats.
Ce Prince avoit pris ses mesures
pour cela, Il estoit à la
teste d'une Armée pour em-"
pêcher lesecours,&prest à
donner bataille à ceux qui
auroient voulu le tenter.
Lors que la Cour partoit
satisfaite, & toute pleine de
ce qu'elle avoit veu, elle partoit
avec son Prince, & le
devoit toûjours voir; mais
ceuxàqui il ne s'stoit montre
que pour gagner leur
amour,& ensuite les priver
de sa presence,avoient beaucoup
de cbagrin de son départ.
Ce Prince avoit paru
à Luxembourg plûtost enPere
qu'en Roy. Sa douceur & sa
bonté s'estoient fait connoître.
Il s'estoitmontré familier
sans descendre de son
rang; on avoir eu un libre
accés auprés de luy ; ceux qui
luy avoient presenté des Requestes
avoient esté écoutez,
& la pluspart avoient obtenu
les graces qu'ils avoient demandées
;les Prisons avoient
esté ouvertes;laNoblesseavoit
eu un libre accès jusque dans
saChambre ;il avoit permis
plusieurs fois au Peuple de le
voir dîner , ce qu'il avoit
refusé dans les autres Villes,
à cause de la chaleur; ils
avoient admiré la devotion
de Sa Majesté, & la pieté que
son exemple inspire à toute
sa Cour; il avoit fait de
grands dons dans la Ville;
les dépenses ordinaires de là
Cpur y avoient répandu
beaucoup d'argent,ainsi que
le Etrangers que l'envie de
voir ce Prince avoit fait venir
en fort grandnombre; L*
Noblesse avoit esté receuë
aux Tables de la Maison du
Roy,&les Etrangers de distinctionqui
n'estoient pas
venus avec les Envoyez des
Princes Souverains des environs
, y avoient aussimangé;
enfin tout concouroit à faire
aimer, & regreter ce Grand
Prince. Il partit le 26. aprés
avoir entendu la Méfie aux
Capucins,& alla dîner à un
lieu nommé Cherasse.
J'aurois pu vous parler plûtost
du Voyage dont Mr de
Louvois rendit compte ait
Roy à Luxembourg
, mais je
n'ay pas voulu interrompre
la fuite de la Relation que
j'avois à vous faire de ce qui
s'y est passé.CezeléMinistre
partit de Versaillesle30. d'Avril,
passa à Tonnerre & à
Ancy-le-franc,&après avoir
vû les Fortifications de Besançon
, les Troupes, & les
Cadets, il se rendit le 5. de
May après midy à Befort.
C'est la Capitale du Comté
de Ferrette, située dans le
Sunggovv bb 1
Sunggovv,écheuë au Roy
avec l'Alsace par le Traité
de Munster. Mr le Marquis
dela Suze en a esté longtemps
possesseur, par engagement,
ou autrement. Mrle
<C? ardinalMazarinpossedaenfuite
ce Comté, & Mrle Duc
Mazarin, qui luy a succedé,
en jouitpresentement. La
Ville estassez belle. Il y a
un Chasteau, où l'on a fait
quatre Bastions. Mr de Saint
Justest Gouverneur de cette
Ville
>
où Mr de Dampierre,
Lieutenant de Roy, commande
c-iifôn absence. M" de
Louvois visita la Place, les
Troupes, & les nouveaux
Travaux, qu'il trouva en bon
'estât. Ce Ministre coucha
le 6. à Dainm-arie Village
d'Alsace. Il se rendit le 7. à
Huningue. C'est une Place
quiestfort proche de BaDe,
ÔZ qu'on a nouvellement
fortifiée de six Bastions sur
le Rhin ; on y a aussi fait
- des Dehors? & un Pont
ik bois fut le Rhin avec
quelques Ouvrages au bout
pour en fortifierla teste.
Cette Place rend la France
fort puissante sur le Rhin.
Elle est dans l'Alsace. Mrle
Marquis de Puisieux en est
Gouverneur, & Mr de la Sabliere
, Lieutenant de Roy-
Mrde Louvois en examina les
Fortifications,& fit faire reveuë
aux Troupes qui y et;
toient e& Garnison. Le 8. il
coucha à Fribourg, Capitale
c- duBrifgaw
,
située sur la petite
Rivière deTreiseim,i
bout d'une Plaine fertile, &
sous une hauteur qui cft le
commencement de laForest
loire. Elle est grande, bien
)euprlee.&: a diverfcsEcrllfcs,
&: plusieursMaisons Rcligieuses.
Le Chapitre de Basle
y fait sa residence, quoy que
l'Evesque ne l'y faire pas. Il la
fait à' Potentru, depuis que
les Protestans ont esté Maistres
de Basle. Il y a une Chambre
Souveraine à Fribourg,
& une celebre Université,
qu'Albert VI. dit le Debonnaire
,y fonda en 1450. Les
Ducs de Zeringuen ont possedé
autrefois cette Ville; qui
passa dans la Maisonde FULstemberg,
par le mariage d'Agnes
avec le Comte Hugue
ou Egon, dont les Descendans
l'ont gardée jusque
vers l'an 1386. après quoy les
Bourgeois s'estant mutinez,
se donnerent aux Ducs d'Austriche.
Elle fut prise trois
fois en six ans par les Suédois;
sçavoir en 1632.. en 1634. ôc
en 1638. Son nom s'est rendu
fameux dans toute leuropc,
par la celebre Victoire que
feu Monsieur le Prince, qui
n'estoit alors que Duc d'Anguien,
remporta en 1644. sur
les Troupes Bavaroises, aprés
un Combat sanglant & opïniastré
qui dura trois jours,
pour les postes difputcz de
la Montagne-noire., à une
lieuë de Fribourg. Ces trois
jours furent le 3. le 4. & le 5.
du mois d'Aoust. Feu M le
Maréchal de CrequLqui commandoit
une des Armées,du
Ro.yj.piMt cette Villele17.
Noyen).bre1677.aprèsun Sijer
gaevdoeisteapltorosuckhuuxitmjouurrasi.llIelsy»
uneCitadelle
à quatre Ri-
(rions, dç bons FolLz? o~
quelques autres Ouvrages.
Depuis ce temps-làles François
l'ont fortifiée plus regulierement.
La Rivière- du.
Trcifeim, qui n'est jamais
glacée? nettoye toutes les
rues. On a ajoutéquelques
Bastions aux anciennes muraillesde,
laVille,& les Fortifications
du Chasteau ont
este augmentées. On les a
étendues sur toute la hauteur.
C'est un chef-d'oeuvre de Mr
de Vauban. On yaaussi bâty
d'autres Forts qui commandent
à deux vallées. Les
Archiducs d'Autriche y avoient
étably une Chancelleric.
Il y a quatorze Mona.
stercs à Fribourg, & des Maisons
de trois Ordres de Chevalerie.
Mr du Fay en est
Gouverneur, Mr Barrege.
Lieutenant de Roy, & Mr
Roais commande dans leChasteau,
Mr de Louvois dîna le
,. à Brissac,&vit la Place
&les Troupes.Cest une Ville
d'Alsacedans le Brisgavv qui
donne un passage sur le
Rhin. Elle fut prise en 1638-
par Bernard de Saxe, Duc de
Vveimar, General de l'Armée
de Suede? avec le secours des
Troupes Françoises que conduisoit
le Maréchal de Guebriant.
On y trouva plus de
deux censpieces de Canon)
avec degrandesrichesse -y,
l'annéesuivante le Duc at
Vveimar estant malade à.
Nevvembourg prés de Irifac?
le mesme Maréchal de Guebriànts'aflxiraaumoia.
deJ all--
kx de cetteimportante- rl -
ce-,ôc des autres qui fuienc re-r
mises au Roy j&r TwtÇ du
9.Octobre de lamesme aPT
née.Elles surent cedées à Sll
Majesté en 1648. par leTraité
de Vvestphalie
, ce qui, fJu;
confirmé en 1^59<parcehijfr
des Pyrénées,Brisaa,que
quelques-uns juçmmenp la
Citadelle de l'Alsace, &d'autres,
laClef de l' Allemagne,
passè aujourd huy pour une
des plus fortes Places del Eu-
-
rape, soit qu'onregarde sa
situation sur un Mont,soit
qu'on examine ce eue l'arta
ccoonnctrriibbuuééaà la rreennddrree rrce~guu--
liere. Elle est sur le bord du
Rhin qu'elle commande,
C'estoit autrefois la Capitale
duBrisgavv, qui areceuson
nom d'elle, mais Fribourg
l'a emportédepuis quelque
temps. Il y a aujourd'hui
double Ville,car outre cellequi
estoit audelà du Rhin,
onafortifié une lac, qui est
presentement habitée, avec
grand nombre de Bastions.
Ilya aussi des Fortifications
en deçà du Rhin? & toutes
ensemble elles peuvent faire
environ trente Bastions. On
travaille incessamment à cette
Place, que l'on peut dire
imprenable. Il y a dans Brisac
une Compagnie de jeunes
Gentilshommes. Mr le Duc
Mazarin en est Gouverneur
Mr de la Chetardie y commande
en sa place,& Mr de
Farges y est Lieurcnant de
Roy. (
Mr deLouvois vit lemesme
jour p. d'Avril, les Fortifications
de Schleftadt. &
les Troupes qui y font en
Garnison.C'est une Place située
dans l'Alsace sur la Riviere
d'Ill qui porte Bateaux.
Elle estoit autrefois fortifiée
de bonnes murailles & de
fortes Tours, avec un Rempart,
& des Fossez très-larges
&fort profonds. On y a fait
des Battions depuis ce temps,
là. C'est une Place fort considerable
,
où l'on fait un
grand trafic. CetteVilles''est
toujours maintenue Catholique
au milreu de i'Heresie,
& il y a un College de Jesuites.
Mrde Gondreville en,est
Gouverneur, & Mrde la Provenchere,
Lieutenantde Roy.
Le 10. Mr de Louvois allacoucher
à Benfeld,petite "-il.
le de la baffe Alsace
,
assezforte,
&: des mieux entenduës..
Elle, dépend de Strasbourg-
,
dont elle n'estéloignée que
de trois lieues. Elle est sur
la Riviere d'Ill. Mr de Louvois
dîna le 10. à Strasbourg
)
ôc y sejourna le n. vit la Ville,
la Citadelle, les Forts, &
les Troupes. Mr de Chamil-
.Iy) si célébré par la défense
de Grave. en est Gouverneur.
Mr de Louvois logea chez Mr
de Monclar, qui commande
-
en Alsace. Je ne vous dis rien
de Strasbourg, comme je ne
Vous ay rien dit de Besançon,
parce que ces Places sont entièrement
connues. Ainsi je
ne vous ay parlé que de cellies
dont j'ay cru pouvoir
vous apprendre quelques particularitez
quine se trouvent
dans aucun Ouvrage imprimé.
Le 12. Mrde Louvois dîna
au Fort Louis du Rhin.
C'est un Fort qui a este construit
dans une Isle du haut
Rhin, huit licuës au dessous
de Strasboug, & autant,au
dessus de Philisbourg. Ce poste
estoit presque inconnu.
Toute l'Isle qui est au Roy,
estant dans l'Alsace qui ap.
partient à Sa Majesté
,
doit
estre fortifiée. Il doit y avoir
plusieursBastions, & des
Ponts avec des Fortifications
à la teste. Mr de Bregy est
Gouverneur de cette Place.
Mr de Louvois aprèsavoirs
examiné l'estat de ce Fort
allalemême jour coucher à
Haguenau. C'est une Ville
fort marchande en A lsace,située
entre les rivieres de Meter
& de Sorn.On gardoit autrefois
dans cette Ville-là,
la Couronne,le Sceptre, la
Pomme d'Or, & l'Epée de
Charlemagne avec les autres
ornemens Impériaux. C'est le
Siege du Bailly du Langraviat
d'Alsace. Mr de Louvois
coucha le 13. à Britche, où il
visita les troupes & la Place.
Cette Ville qui a un Châteauassez
considerable, est
dans la nouvelle Province
de la Sare. Mr de Morton
en est Gouverneur, & Mr de
laGuierleLieutenant deRoy. |
3MVT de LLoouuvvooiiss, aapprrèèss aavvooiirr
Nifité lesFortifications & les
groupes> alla dînerle14. à goù il-ne la même.
choseavec unepareille
activité.Hombourgeft assez
considerab- eoniiderable>&:estauasusmi dans la Provence de laSarre. M1
lç Marquisde laBretesche
qui commande dans cette
Province,en est Gouverneur,
& ^lr de la Gardette y
commande
en son ablençe,
M de Louvois alla ce jourlacouch
r à.jatrpctip Village
de la Province de la Sare qui
se nomme Cucelle &le1/
il passaàKirnoù il difha
en visita le Chasteau. Il cb.,.-
chaleITlefmejourlTraDeri
proche Trarback, & visita
la Presque-Isle de Traben, oi|
l'on va bastir une Placequi
s'appellera Mont-Royal. Cette
Place dont on n'a oiïy parler
qu'en apprenant qu'on y
travailloit
)
fait aujourd'huy
l'entretiende toute l'Europe,
le Roy n'entreprenant
rien qui ne soitassez grand
pour servir de conversation
au monde entier.Quoyqu'on
parle beaucoup d'une chose
ce n'est pas à dire qu'on en
partetoujours jùftc
) & il est
mesme presqueimpossible
:quton puissefejavoir au vray
toutes les pârticularitez d'une
entreprise
?
dont a peine,
at-on appris qu'on a forme,
le dessein. Tout ce que je
puis vous dire de celle-cy,
c'est que j'ay ramassé avec
grand foin* beaucoup de circonstances
qui la regardent*
&: que quandil y en aur,Qi,t;
quelques-unes qui ne feroient
pas toux à fjut vrayes;
je ne laiffer4 pas, 4c ycxuj
apprendre plusieurrs çbofcî
qu'on ne peut encore vous avoir
dites. Le Roy voulant
couvrir Luxembourg en 3
J - s cherché -lps tnoyeps ?
& lesa
trouvez danssesterresen.déT
couvrant un lieu. propre à
fairebastiruneVille. Ce lien,
se nomme Traben, & pour
parler à lamaniéré du Païs,
il eit à trente heures dç-Liirxembourg,
à douze de Tre"
ves, &à six de Coblens. Je
ne me puis tromper de beaucoup
sur le plus ou sur le
moins) & l'espace que je vous
marque) vous doit donner à
peu prés l'idée de l'éloignément
où ces Places peuvent
cftre les unes des autres. Tra.
ben est à la teste de Luxembourg.
On dit que Cesar y a
Autrefois campé, & qu'il y a
des vestiges d'une espece de
Fossé que l'on pretend avoir
autrefois fermé son Camp,
La Nature semble avoir faifre
ce lieu-là afin que le Roy le
fin: servir à sa gloire. Il n'a
que huit toises de largeur à
son entrée, que l'on dit estre
une escarpe& un rocher inaccessible.
La Moselle, qui n'eâ
point guéable en ces quartiers-
là ,envelope lereste de
son enceinte. L'entrée du
terrein elt occupée par un
plan deSapinsqu'onfaitjetter
à bas pour servir à cette
entreprise. La terre qui rcftc
lontient un des meilleurs
plans
plans de vignes de tout lePaïs,
& quelques champs qui rapportent
de tres-beaux grains,
&l'on trouve outre celaassez
de vin &de grain dans l'étendue
de cette presqu'Isle pour
nourrir une Garnison de trois
ou quatre mille hommes, Les
costes qui regnent vis-à-vis
le long dela Riviere,ne commanderont
point la Place, &
comme on ne pourra l'attaquer
que par le terrain que je
viens de vous marquer, il est
aise delarendre imprenable.
Il ya quatre Villagessur Iesr
crestes de ces costes dont on
pourra tirer de grands secours
pour les premiers Travaux,
L'extremité du plan de lapins
est une grosse source, qui se
trouvera dans lesFossez de la
Place, & qui fournira de
l'eau à la Ville. Elle aura
plusieurs Bastions
>
& fera
touteirreguliere, & tracée
sur la longueur, & la largeur
du terrain. Il y aura autour
de lapresqu'IsledesRedoutes
d'espace en espace
) pour dé-«-
fendre le passage de la Riviere.
Cequ'ilyade surprenant,
]
c'est qu'on peut dire que ce
que le Roy rcfout,est à demy
fait presqu'au moment
qu'il est resolu, au lieu que
pour l'ordinaire les grands
desseins demeurent au seul
projet. A peine eut-on plante
les piquets) que les Baraques
pour leslogemens des Soldats
le trouvèrent faites. Sept Bataillons
travaillèrent. Ils furent
bientost fortifiez d'autres
Troupest & l'onregarda
cette entr^prife avec unétonnement
donton n'cft pas encore
rovenu? sur tout pendant
que le Roy fait travail1er
dans le mcfmc temps àun
fort grand nombre de Places.
Quelque Souverainqui aitjamais
entrepris d'en faire, elles
ont estel'ouvrage du temps
plûtofi que de ceux dont elles
ont pris le nom; puis que la
pluspart nont presquerien
fait de plus, que d'en avoir
mis la première pierre. Voilà
la France à couvertdes infultes
deTAllemagne, & le Roy
fait plus à son égard
? que les
Chinoisn'ont jamais fait par
leur muraille de cinq cens
lieuës de long à l'égard des
Tarures.Le Royaume de la
Chine n'est à couvert que par
une feule muraille, & la Fran-*
ce l'est aujourdhuy par deux
rangs de Places forces, qui
doivent au Roy tour ce qui
les rend redoutables. tvir de
Louvoisaprès avoir sejourne
le 16.a Traben, & avoir,
pour ainsi dire, donnéle mouvement
à tous les bras devoient qui agir pour la gloire
du Roy,& pour la tranquillité
de l'Europe, alla coucher
le 17- a Sare-Loiiis, où il fit
la reveuë des Troupes, &vifita
les Fortifications de la Place
Elle est Capitale de laPro,
Vince de la Sare. Ce n'estoit
cjiTun Village, dont le Roy
a fait une Place tres-reguliere.
On luy a donné le nom de
-,ç,arc-Loüls, qui est un composé
deceluy duRoy,&de
celuy de la Province. Cette
Ville a six Bastions Royaux
avec quelques Demy-lunes,
& d'autres Ouvrages, M de
Choisyen est Gouverneur éc
Mr le Comtede Perin Lieutenant
de Roy. M deLouvois
y sejourna le 18. &le lendemain
il alla àThionville,
où il se donna les mesmes
soins, &pritles mesmes fatigues
que dans les autresVilles
où il avoit passé. Thionville
n'appartient à la France
que du regne du feu Roy.
C'est une Ville du Luxembourg
assise sur la Moselle.
C'estoit une des clefs du
Royaume avant les nouvelles
Conquestes de Sa Majesté.
On a razé Domvilliers, &
quelques autres petitesPlaces
voisines
>
afin de rendre celle-
là plus considerable. Mr
d'Espagne enest Gouverneur;
Mrd'Argelé,Lieutenant de
Roy, & Mr de Bouflers,Gouverneur
de Luxembourg,&:
Lieutenant general de la Pto-T
vince.Mr deLouvois a trouvé
dans toutes les places qu'il
avisitées,les Troupes & les
Fortifications fort belles. Le
Canton de Basle luyenvoya
faire compliment à Huningue,
& Mrl'Electeur de Treves
fit la mesme chose pendant
que ce Ministre estoit à
Trarbach, Les Magistrats de
tous les lieux qu'il avisitez,
l'ontaussi complimenté, &
les Gouverneurs des Provinces
&des Places que je viens
de vous nommer,& M les
Jntendans la Grange ôc la
Goupiliere ont fait tout ce
qu'ils ont pu pour le bien reé
galer; mais ce Ministre toûjours
agissant n'avoîtqu'à
peine le temps de voir les Repas
qu'on luy preparoit par
tout. Jamais on n'a fait tant
de chemin) ny vu tant de
Villes
,
de Remparts, & de
Troupes, en si peu de temps
Lors qu'on sert ainsi fou
Prince,on le fait servirde
mesme
; & quand les desseins
du Souverain font grands, on
ne voit rien qui ne sente le
prodige. Mr de Louvois dîna
le 20. à Luxembourg,où Sa
Majesté arriva l'aprésdinée.
Je vous ay fait un détail de
tout ce qui s'y est passé,&
vous ay dit que le Roy alla
le 26. dîner à Cheranc. Ce
Prince coucha à Longvvy,cù
• aprésavoir vu faire l'exercice
aux Cadets dans la Place d'armes
, il en choisit quatrevingt,
pour les mettre en diversCorpsenqualitéde
Sousl^
ieurenans, comme jevons
l'aydéja marqué. La Cour
alla dîüer le 27.à Pierre- Pànt.
Sa Majesté montaà cheval
l'apresdinée
, & arriva te soir
àEtain -en prenant le diver-^
tissement de la Chasse. Sa Ma>-
jesté y fut receuë par Mr de
Verdun. Elle entendit la
Messe le 1$. à la ParoiiTe,Se
fit de grandes liberalitez au
Curé5 & aux Capucins qui
sont établis en ce lieu-là,quoy
qu'Elleleur en eust déja fait
en y passant la premiere fois.
Elle dîna le mesme jour à
Verdun chez M" 1tveique,
à quiElleavoit donnéordre'
le jourprécedent pour 'lC{
âaiur qui fut chanté en
Musique sur les six heures dtV
soir. Toute la Cour y am,
ffcaravec une devotion qvd
répondoit à la pieté du Roy.
Le lendémain 29jour du,
S. Sacrement ,
la pluspart dM
Dames qui avoient accompagné
ce Prince , firent leurs
devotions, ce qui parut fort
édifiant. Le temps estant extremement
pluvieux, on ordonna
que la Procession se
seroit feulement jusques à
l'EglisedesJesuites, & qu'elle
reviendroitaussi-tost dans Ii
Cathedrale. La Procession
commença par les Paroisses
de la Ville, suivies des Mandians,
& autres Religieux.Le
Clergé estoit en fort grand
Nombre, accompagne des
Gardes de la Prevosté
,
des
Cent-Suisses de la Garde, ôc
des Gardes du Corps,qui marchoient
sur deux lignesa coté
de la Procession. Messieurs
les Princes du Sang estoient
immédiatement après leDais.
Monseigneur le Dauphin pa..
roissoit ensuite ; deux Huisfiers
portantdesMasses precedoient
le Roy, qui avoit auprésde
luy lePere de laChaise,
& fesAumôniers.Les Princesses
marchoient aprés, suivies
des Dames les plus distinguées,&
ces Dames l'estoient
d'ungrande nombre de Seigneurs
, & d'Officiers de la
Maison du Roy. Le Presidial
deVerdun marchoitenCorps,
Se MP de Ville suivoient le
Presidial.Aprés cette longue
file quiétoiten fort bonordre,
venoit une foule de peuple
innombrable, sans compter
ce qui se trouvoit encore dans
la Ville. Presque toute laLorraine
s'y estoit renduë,&on
en voyoit jusque sur les toits.
On s'arresta à deux Reposoirs,&
la grande Messe fut cclebrée
par Mr l'Evesque de
Verdun. Le Roy, & toute la
Cour occupoient la droite
des hautes Chaises. LesChanoines
estoient à la gauche,
& la Musique au milieu du
-Choeur; elle s'acquita assez
bien de tout ce qu'elle chanta.
Sa Majesté alla à l'Offrande,
& aprés la Messe Elle eut
à peine le temps de dîner *
pour retourner au mesme
lieu, oùla Cour entendit Vespres.
MdeVerdunofficia encore.
Au sortir de cette Eglise,
le Roy se promena autour
de la Citadelle
)
&: alla
voir les Ecluses, qui sont presentement
achevées, & dont
on se doit servit pour empêi
cher qu'on n'approche de la
Ville du costé où elles sont.
Mr deLouvois alla jufclu-aa
lieu où les eaux remontent.
Plusieurs Particuliers ayant
eu leurs beritages endommagez,
ont esté remboursez par
la bonté de Sa Majesté
, quoy
que cet ouvrage foit pour la
défense de leur Patrie.
Le 30.le Roy entendit encore
laMessedans la Cathedrale,&
Mrde Verdun luy
presenta de l'Eau-benite.Ce
Prince eut la bonté de faire
une remontrance au Chapi
tre,) pour l'exhorter de bien
vivre avec son Eve[quc) &
comme il sçavoit que les Chanoines
estoient en possession
depuis un fort grand nombre
d'années
?
d'estre debout pendant
l'Elevation, il leur deT
manda qu'en sa consideration
ilssissent une Ordonnance
pour abolir cetusage, à quoy
ils ne s'opposerent pas. La
Musique chanta un Motet sur
le rétablissement de la santé
de ce Prince, & receut en
mesme temps des marques de
sa libéralité, Toute la Cour
alla ce mesme jour dîner à.
Brabant, & arriva un peu
tard à Sainte-Menehout. M1
l'Evesque de Châlons s'y
trouva avec quelques Ecclesiastiques
qu'il y avoit ame.
nez. Mr le Duc de Noailles
ayant de son costé amené de
LuxembourgMr de Ville, &
prisà Verdun des Musicièns,
qui se joignirent à d'autres
qu'il avoit fait venir de Châlons,
le Salut fut chanté en
Musique aux Capucins sur
les septheures du soir. M de
Châlonsy donna la benediction
du S. Sacrement. Les
Capucins furent extrêmement
édifiez de voir que la
Cour, à l'exemple de son Souverain
faisoit paroistre une
grande pieté. Ils connurent
encore celle de ce Prince, par
les presens qu'il leur fit le
lendemain en partant, quoy
qu'ils en eussent déja receu
lors qu'il estoit paffé à Sainte-
Menehout, pour se rendre à
Luxembourg.
Le 31. le Cour dîna à Cense
de Bellay & allaà Châlons,
où elle trouva un nombre mfïny
depeuple qui s'y eftoic
assemblé
; croyant qu'elle y
passeroitla Feste de Dieu, cqui
seroit arrivé, si la maladie
de Monsieurle Comte de
Toulouse n'eust point rompu
les mesures que l'onavoit prises.
Le Salut fut chanté par
la Musique avec beaucoup de
iolemnité?M1deChâlonsef-
-tantà lateste desonChapi-
"tre. L'Eglise,& les ruës es-
Iaient si remplies
, qu'on
croyoit estre au milieu du
Peuple de Paris. Un nombre
infiny de routes sortes de gens
qui cherchoient à voir le
Roy, occupoit le Jare , &
Tonassure -qu'il n'y en avoit
jamais tanteu.
Ii
Le premier Juin, le Roy
dîna à Bierge, & coucha à
Vertus. Il y entendit le Salut
à la Paroisse, où il y eut une
Musique tres-agreable
,
soutenue
desHautbois des Mousquetaires.
M de Châlons y
officia,assistiéde M de Luzanfy
& de Lerry? qui ont des
Abbayes en ce lieu.
Lei. on partit de Vertus
à dix heures
du
matin, après
avoir entendu la Messe, pendant
laquelle la Musique continua
de chanter des Motets
de M1r du Mont. On ne sçauroit
trop admirer le zele&
l'activitéde Mrde Noailles,
pour le service de Dieu & du
Roy.M deChâlons aofficié
pendant l'Octave du S. Sacrement
, par tout où Sa Majesté
a esté dans son Diocese,
& il s'est par tout trouvé de
la Musique, par les soins de
M le Duc de Noailles son
frere. La Cour alla de Vertus
dîner à Etoge. C'estunlieu
toutremply d'agrémt.Lebastimentenest
beau,les Jardins
en sont charmans
, & l'abondance
des eaux y donne tous
les plaisirs que l'on en peut
recevoir. Ce lieu appartient
à Mr le Marquis d'Anglure,
& sert de retraite à deux freres
& à une soeur, qui par
leur mérité sefont fait une reputation
qui s'estrepandüe
bien avant dans le Monde. La
vertuest leur passion, la charité
fait leur employ, & leur
pieté est exemplaire. Le Roy
leuravoit fait dire qu'il difneroit
chez eux sans les embarasser,&
quoy qu'il n'euisent
pas l'avantage de donner
à mangeràSa Majesté,ny par
consequent l'honneur de la
servir,leur magnificence ne
JailTa pas de paroistre i la maniere
dont ils traiterent toute
la Cour. L'abondance fut
si grande aux tables qu'ils
firent servir
, que celle du
Chambellan ne tint point,
Monsieur le Prince qui mange
ordinairement à cette table
, ayant fait l'honneur à
cesillultres Solitaires de manger
àcelle qu'ils luyavoient
fait préparer. Le Roy inftruit
de leur vertu voulut sçavoir
le détail de leur vie dans
une solitude si peu commune
à des personnes de cette
qualité. Ce Prince apprit que
lesFreres faisoient le plaisir
- - de
de la Soeur, & la Soeur celuy
des Freres? que leurs heures
font reglées pour leurs exercices
ordinaires qui estoient
toujours égaux, sur tout la
Messe
,
les prieres frequentes,
& la visite des Pauvres. Un
fils de l'aisné qui n'a pas encore
cinq ans, eut l'honneur
de manger avec le Roy. Pendant
queSa Majestéfaisoit
son plaifirde s'entretenir de la
pieté de ses hostes,onluy apprit
que Madame la Princesse
deConty avoit un malde teste
& unedouleur de gorgequi
faisoient craindre que cette
Princesse ne fût bientost attaquée
du mesmemal qûeTilc
le Comte de Thoulouze avoit
essuyé à Luxembourg.
Le Roy ordonna qu'on
fïftauffitoft partir pourMo zmirel,
& se prepara a quitter
1-oge pour ta suivre.Il ne faut
pas que j'oublie à dire qu'il ya
une galerie dans ce Chasteau
qui plut beaucoup à Sa Majesté,
& qui auroit fait plus
long-temps le plaisir de toute
la Cour? si elle n'avoit point
esté pressée de partir. Elle
contient les Portraits- de tous
les grands hommes qui ont
paru en Europe depuis environun
Siècle, &; les Portraits
de ceux qui ont vescu
çlaAs, lemesme temps,-sont
pppofez les uns aux autres,
comme pour en faire des
paralelles; leurs principales
actions& leurs alliances font
marquées au bas. Cette Galerie
est plus curieuseque
magnifique, & l'on y voit
regner une simplicité debon
goust
, qui attire plus de
loüanges à ceux à qui appartient
cette maison, qu'une
magnificence mal entendüe..
-
Le Roy ayant quitté un lieu
jS delicieux
,
arriva de bonne
heure à Montmirel. Mr de
Louvois, comme Seigneur du
lieu, receut Sa Majesté à la
descente de son carosse. Ce
qu'on avoit soupçonné du
mal de Madame la Princesse
de Conty? arriva.Les rougeurs
parurent?&elle fut faignée
le lendemain au matin.
Sarougeolle estoit tres forse?
mais les Medecins dirent
qu'ellen'estoit pas dangereuse.
On Iaifïa aupres de
cette Princesse MrPetit,Pr-emier
Medecin de Monseigneur,&
Mr DodartsonMedecin,
avec MrPoisson, Apotiquaire
du Roy. Comme
ce Voyage approchoit de sa
-fin, la
-
Cour commença à défiler,
& M[ le Prince de
Conty partit pour Paris. On
dit ce jour-là des Messes
tout le matin, & à sept
heures du soir il y eut Salut.
LePrieur Curé, qui est un
Religieux de S. Jean de Soissons
,
fit la céremonie.Le
- 4. Monseigneurle Dauphin
ayant
beaucoup d'impatience
de - revoir Madame la
Dauphine, receut de Sa Majesté
la liberté de partir. Ce
Prince
-
arriva le soir mesme
à Versailles. Plusieurs personnes
quitterent la Cour cC;
jour-là. Les Prieres se firent
comme le jour precedent;on
fut fort en doute si on partÍroÍr,
on reeeut des ordres
pour le depart, & ces ordres
furenr révoquez. Le jour de
FOccave du S. Sacrement,le
Roy ayant sceu à quatreheures
& demie du matin l'estac
--de la maladie de Madame la
Princesse de Conty
?
Ordonna
à Mr de Louvois de faire
partir les Officiers, & cependant
cc Prince , quine songe
pas moins a
-
remplir les aevoirsdeChrestien,
que ceux
de Roy, demanda au Pere de
la Chaise
,
s'il estoit Feste dar s
le Diocese de Soissons,& s'il y
avoit obligation pour ses Officiers
d'entendre la Messe, &
pour luy
3
d'assister à la Procession.
Le Pere de la Chaise
luy repondit, qu'il estoit obligé
d'entendre la Messe
) &
non d'aller à la Procession
mais que cependant il feroit
mieux que Sa Majesté rendist
ce devoir aux ordres de l'Egli[
e,quia étably la Procession
de l'Octave. Il n'en falut
pas davantage pour faire
ordonner qu'on cLft coniti-*
nuellement des Messes, ôc
quoy que les Cloches qui
font fort grosses, fussent
près de la Chambre du Roy,
parce que l'Eglise est dans
le Chasteau, ce PrinceVOUrllut
qu'on les sonnast toutes.
Il entendità huit heures
& demie une Messe,dite par
un Chapelain de quartier.
Cependant le Prieur accom*
pagné d'un Diacre,d'un Sous-
Diacre
,
de trois Enfans de
Choeur, dehuit choristes, &
de huit Chapiers tirez de la
Chapelle du Roy, se preparoit
dans la Sacristie. La Procession
commençasur les neuf
heures; on dit ensuite la
grand' Messe,& le Roy partit
pour aller dîner à Vieu-
Maison,quiappartient à Mr
Jacquier. Monsieur le Prince
quitta la Cour, pour se rendre
à Paris. On coucha ce jourlà
à la Ferté sur Joüare dans
le Diocese de Meaux.M l'Evesque
de Meaux s'y trouva
avec quelques Abbez, & ses
Aumôniers.Onchanta le Salut
en plein Chant à la Paroisse
, & la bénédiction y fut
donnée parcePrelat. Sa Majesté,
qu'une marche continuelle
n'a détournéed'aucune
des fonctions de piet
» dont Elle s'acquite avec in
zele si édifiant, termina ce
cette forte tOétave du S.
Sacrement. On dîna à Monceaux.
Mr de Gesvres, comme
Gouverneur du lieu >^vo-t
fait au Roy pendantledîner
un present defruits,de fleurs
& de Gibier, d'une rh-iiierç
tout-à-fait galante. On traversa
Meaux iar,fulr, , &
on alla coucher à Caye. Le
lendemain, Monseigneur entendit
la Messeà Versaillesà
six heuresdumatin,&priten
suite la Poste pour se rendre
à Livry
3
où l'on attendoit le
Roy. Il estoit accompagne
de Monsieur le Prince de
Conty, de Monsieur de
Vendosme 5Se.de plusieurs
Seigneurs de la Cour. Ils
y arriverent sur les dix
heures & demie. Monseigneur
changea d'habit, & aprés
avoir pris quelques
- rafraifchissemens,
ilalla au devant
de Sa Majesté, quiarriva
sur les onze heures & demie.
Le Chasteau de Livry est
depuis long - temps dans la
Maison de MrSanguin, Sa
situation est charmante
, &
dans le voisinage d'une Forest
tres-agreable,& tres- propre
pour la Chasse. On voit un
beau Jet d'eau dans le milieu
de la court. Le grand corps
de Logisest terminé de chaque
costé par un Pavillon,
dont l'un fait face au Jardin,
& à l'Orangerie. Le Parc qui
est au bout, répond sur le
grand chemin. Le Roy descendit
de Carosse à la grille
de ce Parc. Monseigneur l'y
receut accompagné des Princes
qui l'avoient suivy. Madame
Sanguin) Mcre de Mr
le Marquis de Livry. Mr l'Evesque
de Senlis Madame de
Livry, & quelques autres personnes
de la Famille, reeeurent
Sa Majesté à la porte du
Jard in. Elle les faliiaj& leur
parla avec cet air doux &majestueux
qui luygagne tous
les coeurs. On servit le dîné à
midydansl'anti-chambre du
Roy. Elleestoit richement
meublée, & tenduë. des belles
Tapisseries
,
dont le feu
Roy d'Angleterre fit present
à M de Bordeaux, Pere de
Madame Sanguin, lors qu'il
estoit AmbaOEadeurauprés de
ce Prince. Le Buffct estoit
dressé dans une Salle qui joint
l'antichambre. On ne peut
rien ajoutera la propreté,&
au bon ordre que Madame
Sanguin avoit mis par tout.
Les Appartenons estoientornezavecun
agrément admirable,
& que l'on remarque
dans tout ce qu'elle fait. Mr
l'Evesque-de Sentis &M de
Livry sirent les honneurs;
mais ce dernier ne laissa pas
d'exercer sa Charge de premier
Maistred'Hostel. On
servitenpoisson avec autant
d'ordre qu'il yeut de delicaft{
fe & d'abondance. Monseigneurmangea
avec le Roy.
Les Dames qui eurent l'honneur
d'estre àla Table de Sa
Majcfté> furent, Madame la
Duchesse, Madame d' Armar.
gnac, Madame de Maintenon,
Madame de GramoRÇ*
Madame Sanguin, Madame
de Livry, &: Mademoiselle
de Sourdis,qui ayant esté
élevée chez Madame Sanguin,
ne la quitte point de-
-
puis long-temps. Les Princes
quiavoient suivy Monseigneur,
furent servis à une
autre Table. Celle du Grand
Maistre fut servie après le
dîné du Roy. Sa Majesté se
retira dens sa chambre au
sortir de Table. Elle y demeura
quelque temps,& partit
ensuite
,
après avoir fait
de grandes honnestetez à Madame
Sanguin,à M deSenlis,
& à Madame de Livry
)
& leur avoir dit, qu'Elle
n'avoit point esté si bien traitée
dans tout le Voyage.
Quoy que toute la Famille ait
part à l'honneur de cette Feste,
on peut dire que Madame
Sanguin s'est attiré beaucoup
de louanges , & d'estime,&
qu'elle a réussi dans
:.tour ce que la Cour attendoit
d'elle. Ce n'est pas d'aujourd'huy
que la Famille de Bordeaux
s'estdistinguée dans
toutes les choies qui ont regardé
leRoyCePrince donna
ce jour-là à Mr deMassigny,
l'un de ses Ecuyers,cinq cens
écus de pension. Cette grace qui n'avoit point esté demandée,
tomba sur un Sujet
d'autant plus estimé de toute
la Cour, qu'on luy a toûjours
remarqué un grand attachement
pour la personne
de son Prince. Le Roypassa
l'aprésdînée dé fort bbnéfe
heure par Paris, au bruit des
acclamations du Peuple, &
se rendit à Versailles
)'
ou
Monsieur & Madamel'attendoient.
Sa Majesté trouva
en y arrivant un nombre
infiny de personnes de la première
qualite, qui s' y étoient
rendues pour la salüer à la
descente deson Carosse. Plufleurs
Conseillersd'Estat?
ôc Maistres des Requestes,
eurent aussi cet honneur.
Elle montaaussi-tost à 1Appartement
de Madame la
Dauphine, pour voir certç
Princesse, & se promena
ensuite à pied pendant quatre
heures dans les Jardins
deVerailles.Ellevisita tous
les Ouvrages nouveaux qu'on
y avoit faits pendant sen
absence
,
&vitunfort grand
nombre d'Orangersquc'?Elle
avoit donné ordre de placer
dans l'Orangerie, du nom- bre desquels estoit l'Oranger
nomméleBourbon
,
qu'on dit
avoirenviron cinq cens ans.
Une si longue promenade à
pied au-retour d'un Voyage,
donna beaucoup de joye à
toutela Cour, parcequ'elle
estoit une marque de la parfaite
santé du Roy. Le 8. M"
le Cardinal Nonce, les Ambassadeurs
, les Ministres des
Princes Souverains qui sont
icy , & la pluspart des Chefs
des Compagnies superieures,
se trouvèrent au lever de Sa
Majesté, & luy firent compliment
sur son heureux retour.
Jamais ce Prince nes'étoit
mieux porte, & n'avoit
paru de meilleuremine, quoy
que pendant le cours du
Voyage, il se fust toujours
exposé à la poussieres dont il
auroit pû se garantir, si sa
bonté ne l'eust porté à vouloir
satisfaire à l'empressement
que les Peuples de la
Campagne avoient de le voir,
sur tout après une maladie
quiavoit fait paroistre l'excès
de leur amour pour ce Prince.
Le jour iuivancJa foule
continua à son lever &: cc
Prince voyant sa santé parfaitement
rétablie) puifquc
les fatigues d'un long Voyage
ne l'avoient pu alterer ) recompensa
en grand Roy,ceux
à qui, après Dieu & les voeux
de ses Sujets, il en estoit redevable.
Il donna cent mille
francs à Mr Daquin son
premier Medecin
3 quatrevingt-
mille à M Fagon, premier
Medecin de la seuë
Reyne, en qui il a beaucoup
de confiance, & dont la reputation
est solidement établie,
&: cinquante mille écus
à MrFélix, son premier Chirurgien.
Quelque temps auparavant
, Sa Majesté avoit
donné une somme considerable
à M Bessiere, qui pane
pour le plus fameux Chirurgien
de Paris, & qui avoit
esté consulté dans le temps
du mej du Roy. Voilà de
grandes recompenses , mais
qu'auroiton pu moins. faire
pour des personnes ÎL qui la
francs estsi redevable) &- à
quil'Europedoitlafuite de
1a tranquillité dont elle
jouit ?
Le Roy après son retour
donna un magnifique repas
atou-tes-lesDamesquiavoient
esté du Voyage
Jpendant
lequel
les soins de Sa Majesté
leur ont épargné beaucoup
de fatigue, les divertissemens
s'esxant mesme trouvez par
coût ainsi qu'à Versailles;
mais quandily auroit eu des
peines à essuyer pour cc qui
s'appelle la Cour,leplaisir de
voir quelquefois le Itoy sans
estreaccomrpagoné de la foule qui l'environne toûjours à
Versailles
)
& d'avoir le bonheur
de luy parler plus facilement
lour des choses qu'on
ne pourroit trop payer,Jamais
Prince n'ayant paru si
charmant que ce Monarque,
lors qu'il veut bien avoir la
bonté de se dépoüiller de sa
grandeur, il ne se montre
point dans ces momens,qu'il
ne gagne autant de coeurs
qu'il s'attire d'admirateurs
par
~par les grandes actions. Mr
e Comte de Tolouse arriva
e 8. à Versailles
, & Madame
a Princesse de Conty le 11.
'un & l'autre dans une par-
:11tc faute
> ce qui donna
beaucoup de joye à toute la
Cour,dont ils font lecharme
, & deux des principaux
ornemens.
FI N.
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Résumé : JOURNAL DU VOYAGE DE SA MAJESTÉ A LUXEMBOURG.
Le roi entreprit un voyage à Luxembourg pour inspecter la place forte, suscitant des inquiétudes en Europe. Il assura qu'il n'avait pas l'intention de rompre la paix et ordonna à son ministre, le Marquis de Croissy Colbert, d'écrire au Cardinal Ranuzzi pour rassurer les États voisins et l'Empereur. La lettre, datée du 4 avril, expliquait que le voyage était motivé par la curiosité du roi et qu'il serait de retour dans trois semaines. Le roi voyagea à petites journées, accompagné de quelques membres de la cour et de ses fils, les Ducs du Maine et de Toulouse, avec une sécurité assurée par les Gardes du Corps, les Mousquetaires et l'Infanterie. Le départ du roi de Versailles fut marqué par la présence de ministres étrangers et de personnalités distinguées. Le voyage, initialement prévu pour le 2 mai, fut reporté au 10 mai en raison de la rougeole de la Duchesse. Le roi quitta Versailles après la messe, accompagné d'une partie des troupes et de personnes de distinction. À Paris, le peuple acclama le roi, qui passa par la Place des Victoires et examina la statue dorée à son effigie. Il traversa ensuite les rues de Paris, où il fut acclamé, et se rendit au village de Bondy. Il dîna avec plusieurs dames de la cour et tint conseil à Claye. La cour se déplaça ensuite à Monceaux, puis à Montmirel en raison du mauvais temps. Le roi visita plusieurs villes, dont Châlons et Verdun, où il fut reçu par les autorités locales et participa à des cérémonies religieuses. Le texte mentionne également plusieurs décès, dont ceux de Mademoiselle de Simiane et de l'Évêque d'Amiens. Le roi inspecta les fortifications de Verdun et des régiments, exprimant sa satisfaction envers le marquis de Vaubecour, gouverneur de Châlons. Il visita également Estain et Longwy, une place forte récemment construite pour faciliter la prise de Luxembourg. À Longwy, il inspecta des troupes et des fortifications, exprimant sa satisfaction quant à leur état et leur discipline. Le roi entreprit des travaux de fortification dans plusieurs villes, notamment à l'extrémité du plan de lapins, où une source fournira de l'eau à la ville. Les fortifications incluent des bastions et des redoutes pour défendre le passage de la rivière. Les travaux avancent rapidement avec sept bataillons et d'autres troupes, suscitant l'étonnement et l'admiration. Le roi compare ses efforts à ceux des Chinois avec leur muraille, soulignant que la France est protégée par deux rangs de places fortes construites selon sa volonté. Louvois, ministre du roi, inspecta plusieurs places fortes telles que Sarrelouis, Thionville et Luxembourg, et trouva les troupes et les fortifications en excellent état. Il reçut des compliments de divers magistrats et gouverneurs. Le roi et sa cour participèrent à des cérémonies religieuses à Verdun et Sainte-Menehould, où ils assistèrent à des messes, des processions et des saluts chantés en musique. Le roi fit preuve de générosité envers les curés, les capucins et les musiciens. Le roi visita Étoges, admirant la vertu et la piété des habitants. Informé de la maladie de la princesse de Conti, il ordonna son transfert à Montmirail. Le texte mentionne également la galerie du château d'Étoges, contenant les portraits de grands hommes européens, et la simplicité de bon goût qui y règne. Le roi quitta Étoges pour Montmirail, où la princesse de Conti était alitée en raison de sa maladie. Le texte relate ensuite les derniers jours du voyage royal et le retour du roi à Versailles. La cour commença à quitter le lieu de séjour, et plusieurs messes furent célébrées. Le Dauphin partit rejoindre la Dauphine à Versailles. Le roi, informé de la maladie de la princesse de Conti, ordonna la préparation de messes et d'une procession. Le roi et sa suite continuèrent leur voyage, s'arrêtant à divers endroits comme Vieu-Maison et Caye, où ils furent accueillis par des dignitaires locaux. Ils arrivèrent finalement au château de Livry, où le roi fut reçu par la famille Sanguin. Un dîner somptueux fut servi, et le roi exprima sa satisfaction. Le roi passa l'après-midi à Paris avant de retourner à Versailles, où il fut accueilli par de nombreuses personnalités. Il visita les jardins et les nouvelles constructions du palais. À son retour, le roi récompensa ses médecins et chirurgiens pour leurs soins et organisa un repas en l'honneur des dames ayant participé au voyage. Le comte de Toulouse et la princesse de Conti rejoignirent la cour, apportant de la joie à l'ensemble des courtisans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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210
p. 270-303
Tout ce qui s'est passé à l'Academie Françoise le jour de Saint Loüis. [titre d'après la table]
Début :
Le 25. du mois passé, l'Academie Françoise solemnisa à son [...]
Mots clefs :
Académie française, Place, Messe, Cardinal Richelieu, Assemblée, Duc de Saint-Aignan, François-Timoléon de Choisy, Saint Louis, Prix d'éloquence et de poésie, Fontenelle, Discours, M. Perrault, Louis le Grand, Gloire, France, Esprit, Hommes, Monde, Paix, Piété, Secrétaire, Louanges, Compagnie, Honneur, Héros, Zèle, Maison, Europe, Lettres, Vertus, Admirable, Éloquence, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé à l'Academie Françoise le jour de Saint Loüis. [titre d'après la table]
Le 25. du mois passé, l'Academie Françoisesolemnisa
à son ordinaire la Feste de S.
Loüis Roy de France, dans la
Chapelle du Louvre. Mr l'Abbé de la Vau
,
l'un desquarante Academiciens, celebra
la Messe, pendant laquelle il
y eut une excellente Musique. Elle estoit dela composition de MrOudot qui fit
paroistre son habileté ce jourlà plus que jamais. Ensuite
Mr l'Abbé Courcier, Theolop-al de l'Eol
i
f
e
de Paris? prononça le Panegyriqne de S.
Loüis avec un succés qui
*
luy attira beaucoup de loüanges. Il remplit tout ce qu'on
pouvoit attendre d'un homme veritablement éloquent,
& lesrapports qu'il trouva des
achons de ce S. Roy à celles
deLOUIS LE GRAND,furent traitez avec tant d'esprit
& tant de delicatesse, qu'il n'y
eut personne qui n'en fust
charmé.L'Assemblée estoit
nombreuse mais en mesme
temps de gens choisis. Elle
ne le fut pas moins l'apresdinée dans la Seance publique
que tinrent Mrs de l'Académie, pour recevoir Mrl'Abbé deChoisy en la place de
Mr le Duc de Saint Aignan.
Vous connoissez son mérite,
& la Relation que je vous ay
envoyée de l'Ambassade de
MrleChevalier de Chaumont à Siam, vous a
fait voir,
combien Sa Majesté l'avoir
jugé propre aux négociations
qu'on avoit a y
traiter. Il
commença son remerciment
endisant
? que si les loix de
l'Academie le pouvoientper-
mettre, il garderoit le silence,
& ne songeroit qu'à se taire
jusqu'à ce que M" de l'Académie luy eussentappris à
bien parler. Il s'étendit enfuite sur les louanges de cette
sçavante Compagnie
,
dans
laquelle les premiers hommes de
l'Estatsedépoüillentde tout le
faste de la grandeur>(;) ne cherchent de distinction que par la
sublimité du genie é par la
profonde capacité, & dit agréablement, qu'il croyoit'- déja
sentir en luy l'esprit de l'Academie quil'élevoit au dessus de luy-mesme
,
& dont il
reconnnoissoit avoir besoin
pour reparer la perte de l'illustre Duc qu'elle regretoit.
Il prit de là occasion d'en
faire un portraitavantageux,
mais fort ressemblant,& après
avoir dit, que c~Af de
l'Academie
a marquer par des
traits immortels la gloire de ce
vrandHomme, dont la memoire
vivroit à jamais dans leurs Ouvrages
-'
puisque tout ce qui part
de leurs mains se sent du genie
sublime de leur Fondateur; il
ajouta quesil'on a
dit autrefois
que comme Cesar par ses Conquestes avoit augmentél'Empire
.le Rome
>
Ciceron par son e/o-~
quence avoitétendul'esprit des
Romains
5
on pouvoit dire que
le CardinaldeRichelieu seul,
avoit fait en France ce que Cesar £7- Ciceron anvoientfait à
Rome, & que si par les ressorts
d'unepolitiqueadmirable il avoit
reculé
nos Frontieres) il nous avoitélevé, poly
,
& si cela se
pouvoit dire, agrandy l'esprit
par l'établissement de l'Acade.
mie. Il poursuivit l'Eloge de
ce fameux Cardinal, parla de
la perte de M( le Chancelier
Seguier,qui fut après luy le
Protecteur del'Academie ,&
exagera ensuite la gloire dont
elle s'estoit Veuë comblée,
lors que le plus grand des
Rois, daignantagréerlemesme titre, avoit bien voulu
luy faire l'honneur de la recevoir dans son Palais, & de
l'égaler aux premieres Compagnies de son Royaume.
Par là, Messieurs
,
continuat-il, car je ne dois retrancher aucun des termes dont il
se servit en parlant de ce
grand Prince. ) Parlàdans
lesSieclesfuturs, vos noms devenus immortels marcheront à
lasuitedu sien
,
& vous pouue,-,
NOUS répondre avous-mesmes de
l'immortalité que vous sçavez
donnerauxautres. Vous lasçavez donner seurement
,
&vous
ladonnerezà LOUIS.Ilsefait
entre ce Prince & vous un
commerce de gloire, & si
sa protection vous fait tant
d'honneur
,
vous pouve% vous
flater de nestrepas inutiles afk
gloire. Oüy, Messieurs, ce prince
si necessaire à tous; à ses Sujets
qu'il a
rendus lesPeuples les plus
redoutables du monde, & qu'il
va achever de rendre plus
heureux
;
à ses Alliez à qui il
accorde par toutmeprotection si
puisante; àses Ennemis mesmes
dontilfaitle bonheurmalgréeux
enlesforçant à
demeureren paix,
ce Prince, qui à l'exemple de
Dieu dontilestl'image vivante
semblen'avoir besoinque de luymesme, il abesoindevouspour
sa gleire
,
&son nom, toutgrand
quil est
,
auroitpeine à passer
tout entierà la derniere posterite
sans vos Ouvrages. Vous y
travaillez, Messieurs. Déja plus
d'une fois vous l'ave^ montré
auxyeux des hommes également
granddans la Paix & dans la
Guerre. Mais qu'est-ce que la
valeur des plus grands Héros,
comparée à la pieté des verita
bles Chretiens? Il regne ce Roy
glorieux, & toujours attentifà
la reçonnoissance qu'il doit à
celuy dont iltient tout
>
ilsonge
continuellement à faireregner
dansson cœur &danssonRoyaume
,
ce Dieu qui depuis tant d'années répandsursapersonne une
si longue suite de prosperite
N'a-t-ilpasfait taire ces malheureux, qui malgré les lumieres
naturelles de l'ame, affectent
une impietéàlaquelle ilsnesçauroient parvenir? N'a-t-il pas
reprimé cette fureur de blasphême
assèz audacieusepouraller attaquerDieujusque dansson Tros-
m f Ilfaitplus; il s'embrase du
zele de la Maison de Dieu
,
il
n'épargne nysoins ny despense
four augmenter le Royaume du
Seigneur. Son zele traverse les
Mers, (jj* va chercher aux ex-
,tremitez de la Terre
,
desPeuples
ensevelis dans les tenebres de l'Idolatrie. Les premieres diffculte.-<
ne le rebutentpoint; ilsuit avec
constance un dessein
que le Ciel
luy a
inspiré
,
& si nos vœux
font exaucez
,
bien-tostfousses
auspices la foy du njray Dieu
fera triomphante dans les Royaumes de 1'0r1ent. Que diray-je
encore ? Ce Heros Chrestien at-
taque ouvertement ce Party
formidable de l'Heresie
,
qui
avoit fait trembler les Roisses
Predecesseurs.Ilacheve enmoins
d'uneannée, ce
quil/s n>a~
voient osé entreprendre depuis
prés de deux ~fc/,~rle Monstre infernal reduit aux abois
>
rentrepourjamais dans l'abisme,
d'où la malice des Novateurs,
&les mœurs corrompuës de nos
Ayeux l'avoient fait sortir.
Heureuse France,tu neverras plus tes Enfans déchirertes
entrailles.Une mesme Religion
leurfera prendre les mesmes in
teredts j&cejl à Louis -;
Grand que tu es redevable d'un
sigrand bien. Parlonsplusjuste,
c'est à Dieu,& le mesme Djetl
pour asseurernostrebonheur,vient
de nous conserver
ce Prince, &
de le rendre auxprieres ardente s
de toute l'Europe; car, Messieurs,lesfrancois ne font pas
les seuls qui s'interessent à
une
santési précieuse, &si quelques
Princes,jaloux de la gloire du
Roy
,
ont témoigné par de vains
projets de Ligues vouloirprofiter
de l'estatou ils le croyoient
,
leurs
Sujets mesmes
>
& tous les Peuples de l'Europe faisoient des
vœuxsecrets pour
luy
cachant
bien Men
saseulePersonne reside la tranquillitéuniverselleMais ou m'emporte mon
zele?
Apeine placé parmy vous,j'entreprens ce qui feroit trembler les
plus grands Orateurs,& sans
consulter mes forces,j'ose parler
d'un Roy dont il n'estpermis de
parler qu'à ceux3 qui comme
vous, Messieurs, le peuvent
faire d'une manieredigne de luy.
Aprés quelque temps laiïle
aux applaudissemens qui furent donnez à
ce Discours,
Mr deBergeret ,Secretaire du
Cabinet, & premier Commis
deMrdeCroissy,Ministre tk,
Secretaire d'Estat,pritlaparole pour y
répondre, & dit
à M l'Abbé de Choisy
,,
que
l'Academie ne luy pouvoit
donner
une marque plus honorable de l'estime qu'elle
faisoit de luy, qu'en le recevant en la place de Mrle Duc
pe S. Aignan. Dansle Portrait
qu'il fit de ce Duc, il fit voir,
Qu'ilaimoit les belles Lettres de
la mesme passion dont il aimoit
la gloire, & qu'ilavoit pris
tous les soinsnecessaires pour
avoir ce
qu'elles ont de plus utile
&deplusagreable. Il dit qu'il
çflyit bienéloigne de la vaine
erreur de ceux qui s'imaginent
que tout le meriteconsiste dans le
bazard d'estrené d'une ancienne
Maison, & qu'il ne regardoit
l'avantage d'avoirtantd'illustres
Ayeux, que comme une obligation indispensable J,'augmenter
l'éclat de leur nom par un merite
personnel; quese voyantattaché
au service d'un Prince,dont les
vertus beroiques donneront plus
d'employ auxLettres, que n'ont
fait tous les Heros de l'Antiquité,il en avoit pris encore plus
d'affection pourelles
;
qu'il s'estoit acquis une maniere de parler
&d'écrire noble,facile, élegante,
&qu'il avoit fait voir à la
France cette Urbanité Romaine,
qui estoit le caractere des Scipions &des plus illustres Romains. Jepasse beaucoup d'autres louanges qui furent écoutéesavec plaisir
,
& qu'il finit
en disant
>
Quesi M. le Duc de
S.Aignan estoit le Protecteur
d'une celebre Academiepar un
titre particulier
,
on pouvoir
dire encore qu'il l'estoit generalement de tous les
gens de
Lettres par une generosité qui
n'exceptoitpersonne; que lemerite, quelque étranger qu'ilfust,
Çy* de quelque part ~;//7~
Yiir„efloiiseur de trouveren luy
de l'appuy & de la protection;
qu'il recevoit avec des témoin
gnages d'affection tous ceux qui
avoient quelque talent
,
& qu'il
ne leurfaisoitsentirsourang èi;
sa dignité
,
que par les bons offices qu'ilseplaisoità leurrendre
Il parla ensuite de sa mort
chrestienne
,
&, de la confolation qu'il avoit euëen mou- lrant de laïsser après luy un
Fils illustre
,
qui s'estoit toujours dql-ingué' avec honneur &
sans affectation, dans lequel
onavoit toûjours veu decourageavecbeaucoupbeaucoup dedou-
crur, une admirable pureté de
mœurs, une parfaite uniformité
de conduite, de la penetration.
de l'application,de la ruigilancr.)
un cœur confiant pour la vérité
pour la justice, em sur tout
une solide pieté, qui le fait Agir
en secret & aux yeux de Dieu
seul,
comme s'il estoit veu de
tous les hommes. Il ajoûta, que
tantde vertus quiavoientmérité que dans un âge si peu avan~
cé, il eustestéfait Chef du Conseil d s
Finances, jufiifioient
chaque jour un si bon choix,(gjr
fdifoicn^ voir que le Royjufie
dijbenfateurde ses grâces "t'VO::
le don suprême de discernerles
esprits. Aprés cela Mr de Bergeret adressa de nouveau la
paroleàMrl'AbbédeChoi-
\yy&: luy dit, quequelque talent qu'il eust pour l'Eloquence
.J la nouvelle nouvelle obligationqu'il avoit o
bligationqu-'il
a-voit
de consacrerses veilles à lagloire de Louis le Grand, luy seroit
sentir de plus en plus combien il
est difficile de parler dignement
d'unPrince dont la vie est une
suite continuelle de prodiges. Les
Poëtes, poursuivit-il ,se plaignent den'avoir point d'expressionsassez fortes pourrepresenter
lemerveilleuxde sesexploits;
les Historiens au contraire de n'en
avoir point d'assi'{ simples, pour
empescher que tant de merveilles
ne passent pour autant defictions.
Quel art, quelle application,
quelle conduite ne faudra- t-il
point pour conserver la vraysemblance avec la grandeur des
choses qu.i! a
faites?Je
ne parle
point decette valeur étonnante,
qui a
pris comme en courant les
plusfortesVilles du monde, &
devant qui lesArmées les plus
nombreuses ont toujours fuy de
peur de * combattre. Je
ne pense
maintenant qu'à cette glorieuse
paix dont nous joueons., & qui
a tfl; faite dans un temps où l'on
ne voyoit de toutes parts que des
puissancesirritées de nos Viéloires, que des Estats ennemis declarez denosinterests, que des
Princesjaloux de nos avantages,
tous avec des pretentions différentes e- incompatibles. Comment donc parut tout d'un coup
cette Paix si heureuse ? C'est un
miracle de la sagesse de Louis le*
Grand
,
que la Politique neffau..
roit comprendre; & comme luy
seul a
pu la donner à toute 1"Euyope.) luy seul aussi peut la IUJl
conserver.Combien d*a£lion3de
pénétration, de prévoyance pour
faire que tant d'Etats libres, dm
dont les interestssontsi contraires,
demeurent dans les termes
qu'il leur a
prescrits? Il faut
voirégalement
ce qui •riefl plus
&ce quin'est pas encore, comme ce qui est. Il faut avoir un
genied'une force&d'une étenduë extraordinaire
,
que nulle affaire ne change, que nul objet
ne trompe, que nulle difficulté
n'arreste; telenfinqu'estle genie
de Louis le Grand
,
qui est répandu dans toutes les parties de
l'Estat, (fy qui n'yest pointrenfermé,agissant au dehors comme
au dedans avec une forceincon-
cevable. Il est jusque dans les
extrémitez du monde, où l'on a
-veit tant desaintesMissionssoutenues par les secours continuels
de sa puissance & de sa piété.
Il estsurlesFrontières duRoyalime
,
qu'il faitfortifier d'une maniere qui déconcerte ~(7 defj<:entous nos Ennemis. Il efi surles
Ports, ou il fait construire ces
Vaisseaux prodigieuxj qui portent par tout le monde la gloire
du nom François. Il est dans les
calemies de Guerre ~ù de Marine ,où la noble éducation jointe
à la Noblesse du sang,forme des
esprits & des courages également
capables du commandement v
de l'exécution dans les plus grandes entreprises Il est enfin par
tout, quifait que tout est reglé
cemme il doit l'estre.Les Garfiijbns toujours entretenues, les
Magasinstoujours pleins, les
Arsenaux toujours garnis
,
les
Troupes toujoursen baleine, v
aprésles travaux de laGuerre,
maintenant occupées à des Ouvragesmagnifiques, qui font les
fruits de la Paix.C'estainsi
que ce Grand Princeagissanten
mesmetempsde toutes parts,v
faisant des choses qui inspirent
continuellement de la terreur à
Jes Ennemis, de l'amour à Jes
Sujets de l'admiration à tout
le monde
,
il peut malgréleshaines
,
les jalousies, vles défiances, conserver la Paix qu'il a
faite3farce qu'il n'ya pointd'Etat
qui ne voye combien il seroit
dangereux de la vouloir rompre.
Quelques Princes de l'Empire
sembloient en avoir la prnsele)
& commencent à former des
Ligues nouvelles, mais le Roy
toujours également juste vsage,
ne voulant ny surprendre ny
estre surpris
:>
fit dire à l'Empereurj que si dans deux mois du
jourdesa Déclaration il ne rece-
voit de luy des asseurances poJiiives de l'observation de la Treve
,
il prendrait les mesuresqu'il
jugeroit necessaires pour le
bien
deson Efidt. Ses Troupes en même temps volentsur les Frontieres de l'Ailsnugne> (fff l'Empereur luy donne toutes les asseurancesqu'il pourvoit souhaiter.
Ainsil'Europe luy doit une seconde fois le repos & la tranquillité dont elle joüit.D'autre
part l'Espagneavoit fait une
mjujiice à nos
Marchands, (!Ï
les contraignoit de payer une taxeviolente
,
fous pretexte qu
'ils
negocioient dans les Indes contre
les Ordonnances. Le Roy3pour
arrester tout à coup ces commencemens de division
,
a
jugé à propos d'envoyer devant Cadix une
Flote capabledeconquérirtoutes
les Indes. dujfi-tost l'EJpdgne
alarmée, a
proYllÍs de rendre ce
qu'elle avoit pris e~ le Roy qui
s'en est contenté, a paru encore
plusgrand parsa moderationque
parsapuissance; car il est vray
que rienn'est si admirable sur la
Terre, que d'y voir un Prince,
qui pourvant tout ce
qu'il veuty
ne
veüille rien qui ne
soitjuste.
Maisc'est le caractere de Louis
le Grand. C'estlefond de cette
Ame heroiqne
>
où toutes les vertus font pures,sinceres
,
solides,
veritables, cm7ent toutesensemlie3 par une admirable union,
qu'il est non seulement le plus
grand de tous les Rois
,
mais encore
le plusparfait de tous les
Hommes.
Cette réponse fut interrompuëbeaucoup de fois par
des applaudissemens qui firent connoistre combien 1*ACsemblée estoit satisfaite de
l'Eloquence de MrdeBergeret. Il parut par là tres-digne
d'estre à la teile d'une si celebreCompagnie; & tout le
monde convint qu'il ne pouvoit mieux remplir la place
qu'iloccupoit. Mrl'Abbé de
Choisy a
fait connoistre par
un fort bel Ouvrage qu'il a
donné au Public depuissa reception,avec combien de justice il remplit la place qu'on
luy afait ocuper. Cet Ouvrage
est laViede Salomon. Il y
aquelquetemps qu'il fitaussiimprimer celle de David avec une
Paraphrase desPseaumes.Jene
vous dis rien de la beautéde
f- ses Livres. Vous pouvez juger
de quoy il est capable par ce
que vous venez de liredeson
Remerciment à PAcadeniieJ
Ces deuxDiscours ayantesté
prononcez ,
on distribua les
Prix d'Eloquence & dePoësie
& l'on declara que le premieravoir esté remporté par
Mrde Fontenelle,& le second
par Mademoiselle des Houlieres, Fille de l'illustre Ma..
dame desHoulieres,dontvous
avez veu tant de beauxOuvrages. Mrl'Abbé de la 'V'aU1
Secretaire de la Compagnie
en l'absence de Mr l'Abbé
Regnier des Marais, Secretaire perpetuel, leut ces deux
Pieces, dont l'uneestoit sur la
Patience, & l'autre sur l'Eduation de la jeune Noblesse
dans les Compagnies des Genilshommes
3
& dans la Maison de S. Cir, &toutes deux
furent écoutées avec l'artenion qu'elles meritoient. Je
vous en diray davantage une
autre fois. A cette lecture
ucceda celle d'un Discours
qu'avoit apporté M Hebert, le
l'Academie de Soissons,
pour sansfaire * 1à l'obligation
où sont ceux de cette Compagnie
,
suivant les Lettres
Patentes de leur établiffci-nelit,
d'enenvoyeruntous lesans,
en Prose ou en Vers,lejour de
S. Loüis
)
à l'Academie Françoise.On
y remarqua de grandes beautez
,
& M. Hébert
eut place parmy les Académiciens. Le sujet de ce Discours estoit, Que les Peuples
sont toujours heureux,lors qu'ils
sont gouvernez par un Prince,
qui a
dela pieté. Aprés cela,
on leut un Madrigal, à la
gloire de Mademoiselle des
Houliers,sur ce qu'elleavoit
remporté le Prix.M.leClerc
leut aussi quelqnes Ouvrages
dePoësie sur divers fujets>&j
la Scance finit par une
Lettré
en Vers de M. Perrault i,dans
laquelle le Siecle remercioit
le Roy de l'avantage qu'illuy
faisoit remportersur les autres Siec
à son ordinaire la Feste de S.
Loüis Roy de France, dans la
Chapelle du Louvre. Mr l'Abbé de la Vau
,
l'un desquarante Academiciens, celebra
la Messe, pendant laquelle il
y eut une excellente Musique. Elle estoit dela composition de MrOudot qui fit
paroistre son habileté ce jourlà plus que jamais. Ensuite
Mr l'Abbé Courcier, Theolop-al de l'Eol
i
f
e
de Paris? prononça le Panegyriqne de S.
Loüis avec un succés qui
*
luy attira beaucoup de loüanges. Il remplit tout ce qu'on
pouvoit attendre d'un homme veritablement éloquent,
& lesrapports qu'il trouva des
achons de ce S. Roy à celles
deLOUIS LE GRAND,furent traitez avec tant d'esprit
& tant de delicatesse, qu'il n'y
eut personne qui n'en fust
charmé.L'Assemblée estoit
nombreuse mais en mesme
temps de gens choisis. Elle
ne le fut pas moins l'apresdinée dans la Seance publique
que tinrent Mrs de l'Académie, pour recevoir Mrl'Abbé deChoisy en la place de
Mr le Duc de Saint Aignan.
Vous connoissez son mérite,
& la Relation que je vous ay
envoyée de l'Ambassade de
MrleChevalier de Chaumont à Siam, vous a
fait voir,
combien Sa Majesté l'avoir
jugé propre aux négociations
qu'on avoit a y
traiter. Il
commença son remerciment
endisant
? que si les loix de
l'Academie le pouvoientper-
mettre, il garderoit le silence,
& ne songeroit qu'à se taire
jusqu'à ce que M" de l'Académie luy eussentappris à
bien parler. Il s'étendit enfuite sur les louanges de cette
sçavante Compagnie
,
dans
laquelle les premiers hommes de
l'Estatsedépoüillentde tout le
faste de la grandeur>(;) ne cherchent de distinction que par la
sublimité du genie é par la
profonde capacité, & dit agréablement, qu'il croyoit'- déja
sentir en luy l'esprit de l'Academie quil'élevoit au dessus de luy-mesme
,
& dont il
reconnnoissoit avoir besoin
pour reparer la perte de l'illustre Duc qu'elle regretoit.
Il prit de là occasion d'en
faire un portraitavantageux,
mais fort ressemblant,& après
avoir dit, que c~Af de
l'Academie
a marquer par des
traits immortels la gloire de ce
vrandHomme, dont la memoire
vivroit à jamais dans leurs Ouvrages
-'
puisque tout ce qui part
de leurs mains se sent du genie
sublime de leur Fondateur; il
ajouta quesil'on a
dit autrefois
que comme Cesar par ses Conquestes avoit augmentél'Empire
.le Rome
>
Ciceron par son e/o-~
quence avoitétendul'esprit des
Romains
5
on pouvoit dire que
le CardinaldeRichelieu seul,
avoit fait en France ce que Cesar £7- Ciceron anvoientfait à
Rome, & que si par les ressorts
d'unepolitiqueadmirable il avoit
reculé
nos Frontieres) il nous avoitélevé, poly
,
& si cela se
pouvoit dire, agrandy l'esprit
par l'établissement de l'Acade.
mie. Il poursuivit l'Eloge de
ce fameux Cardinal, parla de
la perte de M( le Chancelier
Seguier,qui fut après luy le
Protecteur del'Academie ,&
exagera ensuite la gloire dont
elle s'estoit Veuë comblée,
lors que le plus grand des
Rois, daignantagréerlemesme titre, avoit bien voulu
luy faire l'honneur de la recevoir dans son Palais, & de
l'égaler aux premieres Compagnies de son Royaume.
Par là, Messieurs
,
continuat-il, car je ne dois retrancher aucun des termes dont il
se servit en parlant de ce
grand Prince. ) Parlàdans
lesSieclesfuturs, vos noms devenus immortels marcheront à
lasuitedu sien
,
& vous pouue,-,
NOUS répondre avous-mesmes de
l'immortalité que vous sçavez
donnerauxautres. Vous lasçavez donner seurement
,
&vous
ladonnerezà LOUIS.Ilsefait
entre ce Prince & vous un
commerce de gloire, & si
sa protection vous fait tant
d'honneur
,
vous pouve% vous
flater de nestrepas inutiles afk
gloire. Oüy, Messieurs, ce prince
si necessaire à tous; à ses Sujets
qu'il a
rendus lesPeuples les plus
redoutables du monde, & qu'il
va achever de rendre plus
heureux
;
à ses Alliez à qui il
accorde par toutmeprotection si
puisante; àses Ennemis mesmes
dontilfaitle bonheurmalgréeux
enlesforçant à
demeureren paix,
ce Prince, qui à l'exemple de
Dieu dontilestl'image vivante
semblen'avoir besoinque de luymesme, il abesoindevouspour
sa gleire
,
&son nom, toutgrand
quil est
,
auroitpeine à passer
tout entierà la derniere posterite
sans vos Ouvrages. Vous y
travaillez, Messieurs. Déja plus
d'une fois vous l'ave^ montré
auxyeux des hommes également
granddans la Paix & dans la
Guerre. Mais qu'est-ce que la
valeur des plus grands Héros,
comparée à la pieté des verita
bles Chretiens? Il regne ce Roy
glorieux, & toujours attentifà
la reçonnoissance qu'il doit à
celuy dont iltient tout
>
ilsonge
continuellement à faireregner
dansson cœur &danssonRoyaume
,
ce Dieu qui depuis tant d'années répandsursapersonne une
si longue suite de prosperite
N'a-t-ilpasfait taire ces malheureux, qui malgré les lumieres
naturelles de l'ame, affectent
une impietéàlaquelle ilsnesçauroient parvenir? N'a-t-il pas
reprimé cette fureur de blasphême
assèz audacieusepouraller attaquerDieujusque dansson Tros-
m f Ilfaitplus; il s'embrase du
zele de la Maison de Dieu
,
il
n'épargne nysoins ny despense
four augmenter le Royaume du
Seigneur. Son zele traverse les
Mers, (jj* va chercher aux ex-
,tremitez de la Terre
,
desPeuples
ensevelis dans les tenebres de l'Idolatrie. Les premieres diffculte.-<
ne le rebutentpoint; ilsuit avec
constance un dessein
que le Ciel
luy a
inspiré
,
& si nos vœux
font exaucez
,
bien-tostfousses
auspices la foy du njray Dieu
fera triomphante dans les Royaumes de 1'0r1ent. Que diray-je
encore ? Ce Heros Chrestien at-
taque ouvertement ce Party
formidable de l'Heresie
,
qui
avoit fait trembler les Roisses
Predecesseurs.Ilacheve enmoins
d'uneannée, ce
quil/s n>a~
voient osé entreprendre depuis
prés de deux ~fc/,~rle Monstre infernal reduit aux abois
>
rentrepourjamais dans l'abisme,
d'où la malice des Novateurs,
&les mœurs corrompuës de nos
Ayeux l'avoient fait sortir.
Heureuse France,tu neverras plus tes Enfans déchirertes
entrailles.Une mesme Religion
leurfera prendre les mesmes in
teredts j&cejl à Louis -;
Grand que tu es redevable d'un
sigrand bien. Parlonsplusjuste,
c'est à Dieu,& le mesme Djetl
pour asseurernostrebonheur,vient
de nous conserver
ce Prince, &
de le rendre auxprieres ardente s
de toute l'Europe; car, Messieurs,lesfrancois ne font pas
les seuls qui s'interessent à
une
santési précieuse, &si quelques
Princes,jaloux de la gloire du
Roy
,
ont témoigné par de vains
projets de Ligues vouloirprofiter
de l'estatou ils le croyoient
,
leurs
Sujets mesmes
>
& tous les Peuples de l'Europe faisoient des
vœuxsecrets pour
luy
cachant
bien Men
saseulePersonne reside la tranquillitéuniverselleMais ou m'emporte mon
zele?
Apeine placé parmy vous,j'entreprens ce qui feroit trembler les
plus grands Orateurs,& sans
consulter mes forces,j'ose parler
d'un Roy dont il n'estpermis de
parler qu'à ceux3 qui comme
vous, Messieurs, le peuvent
faire d'une manieredigne de luy.
Aprés quelque temps laiïle
aux applaudissemens qui furent donnez à
ce Discours,
Mr deBergeret ,Secretaire du
Cabinet, & premier Commis
deMrdeCroissy,Ministre tk,
Secretaire d'Estat,pritlaparole pour y
répondre, & dit
à M l'Abbé de Choisy
,,
que
l'Academie ne luy pouvoit
donner
une marque plus honorable de l'estime qu'elle
faisoit de luy, qu'en le recevant en la place de Mrle Duc
pe S. Aignan. Dansle Portrait
qu'il fit de ce Duc, il fit voir,
Qu'ilaimoit les belles Lettres de
la mesme passion dont il aimoit
la gloire, & qu'ilavoit pris
tous les soinsnecessaires pour
avoir ce
qu'elles ont de plus utile
&deplusagreable. Il dit qu'il
çflyit bienéloigne de la vaine
erreur de ceux qui s'imaginent
que tout le meriteconsiste dans le
bazard d'estrené d'une ancienne
Maison, & qu'il ne regardoit
l'avantage d'avoirtantd'illustres
Ayeux, que comme une obligation indispensable J,'augmenter
l'éclat de leur nom par un merite
personnel; quese voyantattaché
au service d'un Prince,dont les
vertus beroiques donneront plus
d'employ auxLettres, que n'ont
fait tous les Heros de l'Antiquité,il en avoit pris encore plus
d'affection pourelles
;
qu'il s'estoit acquis une maniere de parler
&d'écrire noble,facile, élegante,
&qu'il avoit fait voir à la
France cette Urbanité Romaine,
qui estoit le caractere des Scipions &des plus illustres Romains. Jepasse beaucoup d'autres louanges qui furent écoutéesavec plaisir
,
& qu'il finit
en disant
>
Quesi M. le Duc de
S.Aignan estoit le Protecteur
d'une celebre Academiepar un
titre particulier
,
on pouvoir
dire encore qu'il l'estoit generalement de tous les
gens de
Lettres par une generosité qui
n'exceptoitpersonne; que lemerite, quelque étranger qu'ilfust,
Çy* de quelque part ~;//7~
Yiir„efloiiseur de trouveren luy
de l'appuy & de la protection;
qu'il recevoit avec des témoin
gnages d'affection tous ceux qui
avoient quelque talent
,
& qu'il
ne leurfaisoitsentirsourang èi;
sa dignité
,
que par les bons offices qu'ilseplaisoità leurrendre
Il parla ensuite de sa mort
chrestienne
,
&, de la confolation qu'il avoit euëen mou- lrant de laïsser après luy un
Fils illustre
,
qui s'estoit toujours dql-ingué' avec honneur &
sans affectation, dans lequel
onavoit toûjours veu decourageavecbeaucoupbeaucoup dedou-
crur, une admirable pureté de
mœurs, une parfaite uniformité
de conduite, de la penetration.
de l'application,de la ruigilancr.)
un cœur confiant pour la vérité
pour la justice, em sur tout
une solide pieté, qui le fait Agir
en secret & aux yeux de Dieu
seul,
comme s'il estoit veu de
tous les hommes. Il ajoûta, que
tantde vertus quiavoientmérité que dans un âge si peu avan~
cé, il eustestéfait Chef du Conseil d s
Finances, jufiifioient
chaque jour un si bon choix,(gjr
fdifoicn^ voir que le Royjufie
dijbenfateurde ses grâces "t'VO::
le don suprême de discernerles
esprits. Aprés cela Mr de Bergeret adressa de nouveau la
paroleàMrl'AbbédeChoi-
\yy&: luy dit, quequelque talent qu'il eust pour l'Eloquence
.J la nouvelle nouvelle obligationqu'il avoit o
bligationqu-'il
a-voit
de consacrerses veilles à lagloire de Louis le Grand, luy seroit
sentir de plus en plus combien il
est difficile de parler dignement
d'unPrince dont la vie est une
suite continuelle de prodiges. Les
Poëtes, poursuivit-il ,se plaignent den'avoir point d'expressionsassez fortes pourrepresenter
lemerveilleuxde sesexploits;
les Historiens au contraire de n'en
avoir point d'assi'{ simples, pour
empescher que tant de merveilles
ne passent pour autant defictions.
Quel art, quelle application,
quelle conduite ne faudra- t-il
point pour conserver la vraysemblance avec la grandeur des
choses qu.i! a
faites?Je
ne parle
point decette valeur étonnante,
qui a
pris comme en courant les
plusfortesVilles du monde, &
devant qui lesArmées les plus
nombreuses ont toujours fuy de
peur de * combattre. Je
ne pense
maintenant qu'à cette glorieuse
paix dont nous joueons., & qui
a tfl; faite dans un temps où l'on
ne voyoit de toutes parts que des
puissancesirritées de nos Viéloires, que des Estats ennemis declarez denosinterests, que des
Princesjaloux de nos avantages,
tous avec des pretentions différentes e- incompatibles. Comment donc parut tout d'un coup
cette Paix si heureuse ? C'est un
miracle de la sagesse de Louis le*
Grand
,
que la Politique neffau..
roit comprendre; & comme luy
seul a
pu la donner à toute 1"Euyope.) luy seul aussi peut la IUJl
conserver.Combien d*a£lion3de
pénétration, de prévoyance pour
faire que tant d'Etats libres, dm
dont les interestssontsi contraires,
demeurent dans les termes
qu'il leur a
prescrits? Il faut
voirégalement
ce qui •riefl plus
&ce quin'est pas encore, comme ce qui est. Il faut avoir un
genied'une force&d'une étenduë extraordinaire
,
que nulle affaire ne change, que nul objet
ne trompe, que nulle difficulté
n'arreste; telenfinqu'estle genie
de Louis le Grand
,
qui est répandu dans toutes les parties de
l'Estat, (fy qui n'yest pointrenfermé,agissant au dehors comme
au dedans avec une forceincon-
cevable. Il est jusque dans les
extrémitez du monde, où l'on a
-veit tant desaintesMissionssoutenues par les secours continuels
de sa puissance & de sa piété.
Il estsurlesFrontières duRoyalime
,
qu'il faitfortifier d'une maniere qui déconcerte ~(7 defj<:entous nos Ennemis. Il efi surles
Ports, ou il fait construire ces
Vaisseaux prodigieuxj qui portent par tout le monde la gloire
du nom François. Il est dans les
calemies de Guerre ~ù de Marine ,où la noble éducation jointe
à la Noblesse du sang,forme des
esprits & des courages également
capables du commandement v
de l'exécution dans les plus grandes entreprises Il est enfin par
tout, quifait que tout est reglé
cemme il doit l'estre.Les Garfiijbns toujours entretenues, les
Magasinstoujours pleins, les
Arsenaux toujours garnis
,
les
Troupes toujoursen baleine, v
aprésles travaux de laGuerre,
maintenant occupées à des Ouvragesmagnifiques, qui font les
fruits de la Paix.C'estainsi
que ce Grand Princeagissanten
mesmetempsde toutes parts,v
faisant des choses qui inspirent
continuellement de la terreur à
Jes Ennemis, de l'amour à Jes
Sujets de l'admiration à tout
le monde
,
il peut malgréleshaines
,
les jalousies, vles défiances, conserver la Paix qu'il a
faite3farce qu'il n'ya pointd'Etat
qui ne voye combien il seroit
dangereux de la vouloir rompre.
Quelques Princes de l'Empire
sembloient en avoir la prnsele)
& commencent à former des
Ligues nouvelles, mais le Roy
toujours également juste vsage,
ne voulant ny surprendre ny
estre surpris
:>
fit dire à l'Empereurj que si dans deux mois du
jourdesa Déclaration il ne rece-
voit de luy des asseurances poJiiives de l'observation de la Treve
,
il prendrait les mesuresqu'il
jugeroit necessaires pour le
bien
deson Efidt. Ses Troupes en même temps volentsur les Frontieres de l'Ailsnugne> (fff l'Empereur luy donne toutes les asseurancesqu'il pourvoit souhaiter.
Ainsil'Europe luy doit une seconde fois le repos & la tranquillité dont elle joüit.D'autre
part l'Espagneavoit fait une
mjujiice à nos
Marchands, (!Ï
les contraignoit de payer une taxeviolente
,
fous pretexte qu
'ils
negocioient dans les Indes contre
les Ordonnances. Le Roy3pour
arrester tout à coup ces commencemens de division
,
a
jugé à propos d'envoyer devant Cadix une
Flote capabledeconquérirtoutes
les Indes. dujfi-tost l'EJpdgne
alarmée, a
proYllÍs de rendre ce
qu'elle avoit pris e~ le Roy qui
s'en est contenté, a paru encore
plusgrand parsa moderationque
parsapuissance; car il est vray
que rienn'est si admirable sur la
Terre, que d'y voir un Prince,
qui pourvant tout ce
qu'il veuty
ne
veüille rien qui ne
soitjuste.
Maisc'est le caractere de Louis
le Grand. C'estlefond de cette
Ame heroiqne
>
où toutes les vertus font pures,sinceres
,
solides,
veritables, cm7ent toutesensemlie3 par une admirable union,
qu'il est non seulement le plus
grand de tous les Rois
,
mais encore
le plusparfait de tous les
Hommes.
Cette réponse fut interrompuëbeaucoup de fois par
des applaudissemens qui firent connoistre combien 1*ACsemblée estoit satisfaite de
l'Eloquence de MrdeBergeret. Il parut par là tres-digne
d'estre à la teile d'une si celebreCompagnie; & tout le
monde convint qu'il ne pouvoit mieux remplir la place
qu'iloccupoit. Mrl'Abbé de
Choisy a
fait connoistre par
un fort bel Ouvrage qu'il a
donné au Public depuissa reception,avec combien de justice il remplit la place qu'on
luy afait ocuper. Cet Ouvrage
est laViede Salomon. Il y
aquelquetemps qu'il fitaussiimprimer celle de David avec une
Paraphrase desPseaumes.Jene
vous dis rien de la beautéde
f- ses Livres. Vous pouvez juger
de quoy il est capable par ce
que vous venez de liredeson
Remerciment à PAcadeniieJ
Ces deuxDiscours ayantesté
prononcez ,
on distribua les
Prix d'Eloquence & dePoësie
& l'on declara que le premieravoir esté remporté par
Mrde Fontenelle,& le second
par Mademoiselle des Houlieres, Fille de l'illustre Ma..
dame desHoulieres,dontvous
avez veu tant de beauxOuvrages. Mrl'Abbé de la 'V'aU1
Secretaire de la Compagnie
en l'absence de Mr l'Abbé
Regnier des Marais, Secretaire perpetuel, leut ces deux
Pieces, dont l'uneestoit sur la
Patience, & l'autre sur l'Eduation de la jeune Noblesse
dans les Compagnies des Genilshommes
3
& dans la Maison de S. Cir, &toutes deux
furent écoutées avec l'artenion qu'elles meritoient. Je
vous en diray davantage une
autre fois. A cette lecture
ucceda celle d'un Discours
qu'avoit apporté M Hebert, le
l'Academie de Soissons,
pour sansfaire * 1à l'obligation
où sont ceux de cette Compagnie
,
suivant les Lettres
Patentes de leur établiffci-nelit,
d'enenvoyeruntous lesans,
en Prose ou en Vers,lejour de
S. Loüis
)
à l'Academie Françoise.On
y remarqua de grandes beautez
,
& M. Hébert
eut place parmy les Académiciens. Le sujet de ce Discours estoit, Que les Peuples
sont toujours heureux,lors qu'ils
sont gouvernez par un Prince,
qui a
dela pieté. Aprés cela,
on leut un Madrigal, à la
gloire de Mademoiselle des
Houliers,sur ce qu'elleavoit
remporté le Prix.M.leClerc
leut aussi quelqnes Ouvrages
dePoësie sur divers fujets>&j
la Scance finit par une
Lettré
en Vers de M. Perrault i,dans
laquelle le Siecle remercioit
le Roy de l'avantage qu'illuy
faisoit remportersur les autres Siec
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Résumé : Tout ce qui s'est passé à l'Academie Françoise le jour de Saint Loüis. [titre d'après la table]
Le 25 du mois précédent, l'Académie Française a célébré la fête de Saint Louis au Louvre. La cérémonie a commencé par une messe dirigée par l'abbé de la Vau, accompagnée de musique composée par Mr Oudot. L'abbé Courcier a prononcé un panégyrique de Louis XIV, comparant ses actions à celles de Louis le Grand. L'après-midi, l'abbé de Choisy a remplacé le duc de Saint Aignan et a exprimé son humilité et sa gratitude envers l'Académie. Il a souligné son rôle dans les négociations à Siam et a rendu hommage au duc de Saint Aignan et au cardinal de Richelieu. Dans son discours, l'abbé de Choisy a loué le roi Louis XIV, comparant sa protection à celle de César et Cicéron pour Rome. Il a insisté sur la nécessité d'un roi pour l'Académie afin de perpétuer sa gloire et a souligné la piété du roi, son zèle pour la foi chrétienne et ses efforts pour étendre la religion chrétienne. Le discours a également mentionné la lutte contre l'hérésie et la corruption morale. Le texte célèbre la figure de Louis XIV et la paix qu'il a établie en Europe, libérant la France du 'Monstre infernal' grâce à la religion et à la protection divine. Le roi est présenté comme un bienfait pour la nation et l'Europe entière, qui prie pour sa santé. Monsieur de Bergeret, secrétaire du cabinet, a souligné l'honneur fait à l'abbé de Choisy et les vertus du fils du duc de Saint-Aignan. Il a également évoqué les exploits militaires et diplomatiques du roi, notamment la paix établie malgré les tensions européennes. Le texte met en avant les qualités exceptionnelles de Louis XIV, surnommé Louis le Grand, et son habileté à maintenir la paix et la stabilité en Europe. Sa puissance et sa piété soutiennent des missions saintes aux confins du monde. Les troupes françaises, bien entretenues et disciplinées, contribuent à la grandeur du royaume. Louis XIV conserve la paix grâce à sa justice et sa sagesse, dissuadant toute tentative de rupture. La séance s'est conclue par des lectures et des remerciements au roi pour les avantages accordés à l'Académie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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211
p. 336-355
Nouvelles de Siam. [titre d'après la table]
Début :
Je vous tiens parole touchant les nouvelles de Siam, que [...]
Mots clefs :
Siam, Roi de Siam, Prince, Flotte, Hollandais, Constantin Phaulkon, Roi de Jambi, Prince Makassar, Clémence, Barcalon, Clémence, Religion, Tenasserim
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Siam. [titre d'après la table]
- Je vous tiens parole touchant
les nouvelles de Siam,
que je vous promis le mois
passé, & vous envoye deux
Extraits de Lettres tombez
entre mes mains sur la mesme
affaire. Le premier vient d'un
lieu qui n'est éloigné que de
trois ou quatre journées de
Siam;& l'autreest tiré d'une
Lettre venuë de Siam mesme.
Vous les trouverez differens
en quelques endroits, mais
vous ne devez pas vous en étonner.
Nous voyonssouvent
que plusieurspersonnes qui
ont eux-mesmes vu ce qu'ils 4
racontent
racontent, le rapportent difseremment.
Quoy qu'il en
foit , à quelques doutes prés,
vous ne laisserez pas de connoistre
la verité du fait dont
il s'agit. Si l'on pouvoit aisément
avoir des éclaircisse,
mens de six mille lieuës, je
vous envoyerois une Relation
plus reguliere. Ce qui
fuit l'est pourtant assez pour
meriter d'estre lû.
On a etrvoje de Siam à Paris
un détailde la Conjpiration
tyittnPrinceMacassary afaite,
&comme je croyqu'elle tombera
entre vos mainsJje ne
-
njousen
écris point toutes les particularite^.
je vous dirayfeulement
que ce Prince ejloit Frere
j ou
proche Parent du Roy qui gouyernoitlifte
de MacajJar lors
lqeusi les Hollandois s'en rendirent
Maigrest&qu'il 'Vint chercher
azjle à Siam, ou je l'ay 1.;Û1
tycuilvivoitenperjonneprivée.
LaConspiration ayant.eslé découverte,
le Roy de Siam envoya
offrir la grâce à tous ceux quiy
éwoient trempé" & ils ne voulurent
point l'accepter. On resolut
de les forcer dans leurCamp.34
qui efi à un quart de lieue de U
pille-Capitale. On envoya desTroupes
pour cela. Il n'y avoit
que deuxcensMacajjars
)
quelques-
uns disent mejme beaucoup
moins ; mats comme ce
font des gens qui ne reculent »' jamais quand ils ont mangé
leur^Amphion ou Opium, &
qu'ilsJefontdétermine^ a mOt:-
rir, on nepeut les exterminer
qu'avec peIne) & aprèsavoir
perdu beaucoup de monde. plusieurs
Anglois particuliers &
Serviteurs du Royje trouvèrent
dans l'aéîion.Les Officiers de Lt
* Compagnie & quelques au'rcs jjde !.~
Françoisvoulurentc'ire Lt
, partie. L'on fit la brers.cr- ch-fcentedans
le Camp desMacaf
fars en petit nombre &sans,
ordre. L'on fut repousé& oblige
de regagner les Balons ou
Chaloupes. Quarre François y
furent tuez ounoye%.Quelques
Angloisperirent de mesme. Lion
se rallia
> & tony retourna anjec
plus de monde & plus de
précautionqu'auparavant. Les
Jlfacafjarsfe battirent en defef
pere-,1%. ; mais leur Prince ayant
este tue d'un coup de Afoufquet
parunFrançois3 la pluspart demeurerent
sur la place
y
& les
autres furentfaits prisonniers.
jay entendu dire a des person:.-
iftes qui s'efloient trouvées en
flufieurs"Combats5 qu'ils n'avaient
jarnais veu de gens f
flirieux,que ceux-là. Mr du
Hautmejnil emmene avec luy
les deuxFils de ce Prince Macassar.
On les envoie au Roy.
Je croy que ceJontles Peres TVJuites
qui- font ctharge^deles
frefenter,
Voicy l'autre Exrait qui
cft beauco p plusconfidcfable.
Ily a environ vingt-fat ans
• que les Hollandois s'eslans rendus
Maigres du pays de A^fa- •€affar3 qui est aPointe de 1*1fit
Celcbes, le Roy de Adacaffarfut
obligé de se retirer chez'le Roy
de Jambi
3
où il fut fort bien recc'u,
maisejlant naturellement
fort rfmuant, il ne put sempescher
de cabaler contre ce Roy
t
qui estoitJonbienfaiteur. La
ebofeayant esié découverte
3
on le fit mourir. Son Fils alla
si jetter aux pieds du Roy
de Jambi> auquel il representa
que nayant point eu de part a
la maunjaife conduite de[on Pere
til cfperoit de sa clemence
qu'il n'en auroit pointàfinsupplice.
En effet le Roy de Jambi
donna à ce jeune Prince MacaJfJY,
nonfeulement la permif-
Fon de se retirer où il njoudroït,
avec environ deux cens cinquan*
quanteA4aca(jars qu'il anjoit
avec hty3mais encore il leur
fournitunBajlîmrntPour aller
J'- 1 1 d,¿ns les Efiâts duRoy de Siam)
qui leur donna un Camp auprès
île laVille,pouryfaire commodene/'
it leur refdrnce
.>
demesme
que plufî:ro's autresNations qui
ont des Camps autour de Siam.
Ce PrinceMacajJar;, fort zelé
Mahometan3 ayant cru décou-
* urir depuisenviron trois ans3
, que le Royde Siamsongeoit a
* quitter le Pavanifme
3 ci donna
fiujjt-tojt avis au Roy de Perse
)
d}Jti envoya un Ambassadeurà Sa
JWajejléSiamoise3pour l'exhorter
À embrdJfer lAlcotan. Cet Amhafjadeurarriva
a Tennaferim
lors que M. le Chevalier de
Chaumont partoit de Siam pour
retourner en France3 fyy ayant
appris la bonne reception que le
Roy de Siam luy avoit faite3 il
crut que ce Prince avoitembrafe
l'Evangile3 parce que dans l'Orient,
lors que les Rois ontchajigédeReligion,
ils ont toujours
pris la Chreflienne> ou celle de
Adahomet3félon que ceux qui
se font
prefente%les
premiers,
pour les prier àembrajjer leur
Religion3 efioient Chrestiensou
MahometAns.Ainsi cet AmbaffadeurPersan
ne doutant pas
tauuya son retour en Perse on ne
sijs couper le cou parce qu'en
effet contre les ordres du Royjon
Afaiftre ilavoitbeaucoup plus
tardéqu'il ne devoit3 il s'égorgea
luy-mesme à Tennaferim..
Cette nouvelle qui affligea le
Prince Macassar> ne luy ossa
pas l'envie de conspirer contre la
vie du Roy de Siam,&de pren-
Mdre desmefkres pourvenir a bout
'deson deOeinJ qui devoit s'exe-
• euter le If.Aoust de l*année der:
niere. Il voulut en donner avis
aun grandSeigneur qui ejioit à Loi:voavecle
ROJI, qu'il ne
qu-iitoitpointacanjedeJes o de Î(es
Char-es> r<r!ny écrivitunBil- CI.
B
Ict par i:n
Àf.iC<fjarafjidé3qui
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Venu as/o7s' ipr>" .,r..r,c. alon pa,"r llaamtor,i
d,-cc!-
,''y CIIUI de ccl cette Cl;,ir- ':.Y qui Pccfdoit C7 arge.
M. Confiance ayant demandek
ce Afttcajjar qu'ilreconnut)
ce qu'ilvenoitfaire a Louvoy
& s'il ne Jçavoit pds qu'aucun
Etranger ne devoit entrer danJ
ia Maijon du Roysans en avoir
demandé lafermijJion.) iLletrou*
1Ja chancclant
>
ce qui luy fit
soupçonner quelque chosè
„ &
l'obligea d'ordonner qu'on le Ó
- fouetaft
> pour avoir ose entrer
cJJe;( le Roysans leconsentement
du grand Bdrcalon. Lors qu'on
voulut luyosier Id PttJïne, le , J'" Bilktdu PrinceMacaffarc3") qui
cJtoit en chiffre
3
tomhx de la
poche queles Siamois portentdit
devant de cet habillement. On
1
essay t en 'Vain de le déchiffrerj
cc qui fit refondresur le champ
a en mettre le Porteur a la que-.
ion,pour luy faire avouer la
ventéj ce qu'il fit aprèsquon
»
luy eutpromis de luy pardonner.
Lors qu'on eut appris que les
mejurfi soient ejicprises pour
le II. Aoust" & que le grand
,j'eigneur qui elloit alors en (our)
sefioitmis de la païtie., le Roy
-de Siam s'abandonna entierementa
M. Confiance pourfaire
et qu'il jugeroit A propos. Comme
M. Conjlace] est humain3 il
envoya quérir ce Seigneur, &
luy ayantfaitconnoistre que
tout estoit découvert, illuy conseilla
d'avoir recours ala clemence
du Roy
>
auprès duquel
il promit de leservir, A con.
dition qu'il avoueroit toutes
thofeSjCe qu'iljît avecfranchifl;
âpres quoyM. Confiancepartit
toute
la
nuit de Louvo pourse
rendre à Siam3 d'où il alla att
Camp desMacassars> où ayant
fait entendre à leurPrince que
sa Conspiration efioitdécouverte^ qu'il n'y avoitpointd'autre
farty à prendre rour luy que
d'avoir recours a la clemencè dM
Roy, ce Prince loin de l'écouterx
éclata en injures contre la condutte
duRoy de Siam, quil traita
de chien pour avoir préféré
l'Evangile à l'Alcoran. Cela fit
frefoudre M. Confiancederetourner
dans la Ville, ou il
vajjembla ce qu'il put d'amis3
pour venir assieger le Camp du
JMacafjars3 & poury prendre
Uur Prince; maïsayant debarqué
avec une vingtaine de sa
,oinis-, dont il connoijjoitle courage
& le Zele pour luy.) les
Siamois qui estoient dans les Ba-.
Ions pour lesoûtenir3 Je retire^
rent @' emmenoient les Ba-
Ipns, lors que M. Confiance s'é.
tant jette a l'eau pour les faire
revenir
3 en vint a tout fort
heureusement. Le Prince MacajJàr
les voyantvenir3fe presensaavec
deux cens desfient-*
la lance à la main pour les repousser.
M. Confiance efioitalors
devec.stes Troupes sur une pointe
de terre dont le Camp des Maçaffars
cfloit commandé ; leur
Prince efioit presl de le percer,
lors que tJH.Veret, Chef 4%
Comptoir de la Compagnie Fran.
çoife, s'avança
3 & retirant
A4, Confianced'un si grand pe*
ril? tira un coup de fusil dans
fépaule droite du Prince Ala*
cajfar, qui en moûtutpeu après3
ce qui obligea jes gens de Il
rendre. On en fit
mourirlesplus
coupables
3
, ù les autres furent tecondamne^ a porter de la terre refle de leur rouie. Les deux
>
fils de ce Prince malheureux
ont partis pour France>dans le
Navire nomméle Cochc, commandéfarAf.
de Hautmejnih
Cet Article de Siam m'engage
à vous dire que Ion a eu des nouvelles
des Ambaffadeuts de ce
Royaume là qui estoient en France.
Un coup de vent qui avoit incommodé
leur petite Flote, lors
qu'ilsestoient au Cap de Finistierre,&
qui les avoit tourmentez
pendant neuf jours , en separa une
Flûte, qui arriva le 4. de Juin sous
le Fort du Cap de BonneEsperance.
Elle dit qu'elle attendoitson
Amiral. Ce mot d'Amiral fit présuposerune
Flote considerable,& A
les Hollandois ayant pris l'alarme,
deffendirent à cette Flute de moüiller
fous le Fort; en sorte qu'elle fut
obligée de demeurer' deux jours
fous les Voiles, aprés quoy elle
fut réjointe par les autres Bastimens
au nombre de six qui composoient
cette Flote. Les Hollandois
ayant esté eclaircis de ce que
c'estoit
, ne voulurent d'abord permettre
de descendre
,
qu'aux Ambassadeurs,
auxCommandans,&
à cinquante des plus malades;mais
enfin les choses s'accommoderent;
il fut arresté que tout l'Equipage
& toutes les Troupes descendroient,
à condition que les premiers
cinquante qui auroient mis
pied-à-terre s'en retourneroient
aprés un certain temps, & qu'il
enarienviseindroit cinquante autres, de tout le restejusqu'a
ce qu'ils fussent tous dcfcendus.
Celadura jusqu'au 27. du mesme
mois, que toute cette Flote- fit
voile pour Siam. Tant qu'à duré
le dé barquement
,
les Hollandois
ont fait bonne garde dans tout le
Cap, & nos gens se sont fort rafraîchis,
8c ont eu beaucoup de
plaisir à en vi siter les beaux Jardins.
On a appris cesnouvelles
par la Fregate, nommée la Ma-
-ligne, qui est partie du Cap pour •
retourner en France, dans le mesme
temps que le reste de la Flote
en est partie pour Siam. Ce retour
avoitesté resolu dés que l'on
partitde Brest. Les Bastimens destinez
à faire le Voyage de Siam,ne
s'estant pas trouvez suffisans, pour
- porter tous les Balots, & tous les
vivres , on en ajoûta un qui eut
ordre de revenir quand la flote
feroitarrivée auCap,&cela, parce
que la plus grande partie des vivres
devant alors estre consumée,
la Fregate que l'on avoir ajoûtée
ne pourroit plus estre necessaire,
On a sceu que pendant tout le
cours de ce Voyage, les Jesuites
ont eu grand foin de faire faire
beaucoup d'exercices de pieté, à
quoy leurs exhortations & leurs
btornsiexbempulesén'o
les nouvelles de Siam,
que je vous promis le mois
passé, & vous envoye deux
Extraits de Lettres tombez
entre mes mains sur la mesme
affaire. Le premier vient d'un
lieu qui n'est éloigné que de
trois ou quatre journées de
Siam;& l'autreest tiré d'une
Lettre venuë de Siam mesme.
Vous les trouverez differens
en quelques endroits, mais
vous ne devez pas vous en étonner.
Nous voyonssouvent
que plusieurspersonnes qui
ont eux-mesmes vu ce qu'ils 4
racontent
racontent, le rapportent difseremment.
Quoy qu'il en
foit , à quelques doutes prés,
vous ne laisserez pas de connoistre
la verité du fait dont
il s'agit. Si l'on pouvoit aisément
avoir des éclaircisse,
mens de six mille lieuës, je
vous envoyerois une Relation
plus reguliere. Ce qui
fuit l'est pourtant assez pour
meriter d'estre lû.
On a etrvoje de Siam à Paris
un détailde la Conjpiration
tyittnPrinceMacassary afaite,
&comme je croyqu'elle tombera
entre vos mainsJje ne
-
njousen
écris point toutes les particularite^.
je vous dirayfeulement
que ce Prince ejloit Frere
j ou
proche Parent du Roy qui gouyernoitlifte
de MacajJar lors
lqeusi les Hollandois s'en rendirent
Maigrest&qu'il 'Vint chercher
azjle à Siam, ou je l'ay 1.;Û1
tycuilvivoitenperjonneprivée.
LaConspiration ayant.eslé découverte,
le Roy de Siam envoya
offrir la grâce à tous ceux quiy
éwoient trempé" & ils ne voulurent
point l'accepter. On resolut
de les forcer dans leurCamp.34
qui efi à un quart de lieue de U
pille-Capitale. On envoya desTroupes
pour cela. Il n'y avoit
que deuxcensMacajjars
)
quelques-
uns disent mejme beaucoup
moins ; mats comme ce
font des gens qui ne reculent »' jamais quand ils ont mangé
leur^Amphion ou Opium, &
qu'ilsJefontdétermine^ a mOt:-
rir, on nepeut les exterminer
qu'avec peIne) & aprèsavoir
perdu beaucoup de monde. plusieurs
Anglois particuliers &
Serviteurs du Royje trouvèrent
dans l'aéîion.Les Officiers de Lt
* Compagnie & quelques au'rcs jjde !.~
Françoisvoulurentc'ire Lt
, partie. L'on fit la brers.cr- ch-fcentedans
le Camp desMacaf
fars en petit nombre &sans,
ordre. L'on fut repousé& oblige
de regagner les Balons ou
Chaloupes. Quarre François y
furent tuez ounoye%.Quelques
Angloisperirent de mesme. Lion
se rallia
> & tony retourna anjec
plus de monde & plus de
précautionqu'auparavant. Les
Jlfacafjarsfe battirent en defef
pere-,1%. ; mais leur Prince ayant
este tue d'un coup de Afoufquet
parunFrançois3 la pluspart demeurerent
sur la place
y
& les
autres furentfaits prisonniers.
jay entendu dire a des person:.-
iftes qui s'efloient trouvées en
flufieurs"Combats5 qu'ils n'avaient
jarnais veu de gens f
flirieux,que ceux-là. Mr du
Hautmejnil emmene avec luy
les deuxFils de ce Prince Macassar.
On les envoie au Roy.
Je croy que ceJontles Peres TVJuites
qui- font ctharge^deles
frefenter,
Voicy l'autre Exrait qui
cft beauco p plusconfidcfable.
Ily a environ vingt-fat ans
• que les Hollandois s'eslans rendus
Maigres du pays de A^fa- •€affar3 qui est aPointe de 1*1fit
Celcbes, le Roy de Adacaffarfut
obligé de se retirer chez'le Roy
de Jambi
3
où il fut fort bien recc'u,
maisejlant naturellement
fort rfmuant, il ne put sempescher
de cabaler contre ce Roy
t
qui estoitJonbienfaiteur. La
ebofeayant esié découverte
3
on le fit mourir. Son Fils alla
si jetter aux pieds du Roy
de Jambi> auquel il representa
que nayant point eu de part a
la maunjaife conduite de[on Pere
til cfperoit de sa clemence
qu'il n'en auroit pointàfinsupplice.
En effet le Roy de Jambi
donna à ce jeune Prince MacaJfJY,
nonfeulement la permif-
Fon de se retirer où il njoudroït,
avec environ deux cens cinquan*
quanteA4aca(jars qu'il anjoit
avec hty3mais encore il leur
fournitunBajlîmrntPour aller
J'- 1 1 d,¿ns les Efiâts duRoy de Siam)
qui leur donna un Camp auprès
île laVille,pouryfaire commodene/'
it leur refdrnce
.>
demesme
que plufî:ro's autresNations qui
ont des Camps autour de Siam.
Ce PrinceMacajJar;, fort zelé
Mahometan3 ayant cru décou-
* urir depuisenviron trois ans3
, que le Royde Siamsongeoit a
* quitter le Pavanifme
3 ci donna
fiujjt-tojt avis au Roy de Perse
)
d}Jti envoya un Ambassadeurà Sa
JWajejléSiamoise3pour l'exhorter
À embrdJfer lAlcotan. Cet Amhafjadeurarriva
a Tennaferim
lors que M. le Chevalier de
Chaumont partoit de Siam pour
retourner en France3 fyy ayant
appris la bonne reception que le
Roy de Siam luy avoit faite3 il
crut que ce Prince avoitembrafe
l'Evangile3 parce que dans l'Orient,
lors que les Rois ontchajigédeReligion,
ils ont toujours
pris la Chreflienne> ou celle de
Adahomet3félon que ceux qui
se font
prefente%les
premiers,
pour les prier àembrajjer leur
Religion3 efioient Chrestiensou
MahometAns.Ainsi cet AmbaffadeurPersan
ne doutant pas
tauuya son retour en Perse on ne
sijs couper le cou parce qu'en
effet contre les ordres du Royjon
Afaiftre ilavoitbeaucoup plus
tardéqu'il ne devoit3 il s'égorgea
luy-mesme à Tennaferim..
Cette nouvelle qui affligea le
Prince Macassar> ne luy ossa
pas l'envie de conspirer contre la
vie du Roy de Siam,&de pren-
Mdre desmefkres pourvenir a bout
'deson deOeinJ qui devoit s'exe-
• euter le If.Aoust de l*année der:
niere. Il voulut en donner avis
aun grandSeigneur qui ejioit à Loi:voavecle
ROJI, qu'il ne
qu-iitoitpointacanjedeJes o de Î(es
Char-es> r<r!ny écrivitunBil- CI.
B
Ict par i:n
Àf.iC<fjarafjidé3qui
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Venu as/o7s' ipr>" .,r..r,c. alon pa,"r llaamtor,i
d,-cc!-
,''y CIIUI de ccl cette Cl;,ir- ':.Y qui Pccfdoit C7 arge.
M. Confiance ayant demandek
ce Afttcajjar qu'ilreconnut)
ce qu'ilvenoitfaire a Louvoy
& s'il ne Jçavoit pds qu'aucun
Etranger ne devoit entrer danJ
ia Maijon du Roysans en avoir
demandé lafermijJion.) iLletrou*
1Ja chancclant
>
ce qui luy fit
soupçonner quelque chosè
„ &
l'obligea d'ordonner qu'on le Ó
- fouetaft
> pour avoir ose entrer
cJJe;( le Roysans leconsentement
du grand Bdrcalon. Lors qu'on
voulut luyosier Id PttJïne, le , J'" Bilktdu PrinceMacaffarc3") qui
cJtoit en chiffre
3
tomhx de la
poche queles Siamois portentdit
devant de cet habillement. On
1
essay t en 'Vain de le déchiffrerj
cc qui fit refondresur le champ
a en mettre le Porteur a la que-.
ion,pour luy faire avouer la
ventéj ce qu'il fit aprèsquon
»
luy eutpromis de luy pardonner.
Lors qu'on eut appris que les
mejurfi soient ejicprises pour
le II. Aoust" & que le grand
,j'eigneur qui elloit alors en (our)
sefioitmis de la païtie., le Roy
-de Siam s'abandonna entierementa
M. Confiance pourfaire
et qu'il jugeroit A propos. Comme
M. Conjlace] est humain3 il
envoya quérir ce Seigneur, &
luy ayantfaitconnoistre que
tout estoit découvert, illuy conseilla
d'avoir recours ala clemence
du Roy
>
auprès duquel
il promit de leservir, A con.
dition qu'il avoueroit toutes
thofeSjCe qu'iljît avecfranchifl;
âpres quoyM. Confiancepartit
toute
la
nuit de Louvo pourse
rendre à Siam3 d'où il alla att
Camp desMacassars> où ayant
fait entendre à leurPrince que
sa Conspiration efioitdécouverte^ qu'il n'y avoitpointd'autre
farty à prendre rour luy que
d'avoir recours a la clemencè dM
Roy, ce Prince loin de l'écouterx
éclata en injures contre la condutte
duRoy de Siam, quil traita
de chien pour avoir préféré
l'Evangile à l'Alcoran. Cela fit
frefoudre M. Confiancederetourner
dans la Ville, ou il
vajjembla ce qu'il put d'amis3
pour venir assieger le Camp du
JMacafjars3 & poury prendre
Uur Prince; maïsayant debarqué
avec une vingtaine de sa
,oinis-, dont il connoijjoitle courage
& le Zele pour luy.) les
Siamois qui estoient dans les Ba-.
Ions pour lesoûtenir3 Je retire^
rent @' emmenoient les Ba-
Ipns, lors que M. Confiance s'é.
tant jette a l'eau pour les faire
revenir
3 en vint a tout fort
heureusement. Le Prince MacajJàr
les voyantvenir3fe presensaavec
deux cens desfient-*
la lance à la main pour les repousser.
M. Confiance efioitalors
devec.stes Troupes sur une pointe
de terre dont le Camp des Maçaffars
cfloit commandé ; leur
Prince efioit presl de le percer,
lors que tJH.Veret, Chef 4%
Comptoir de la Compagnie Fran.
çoife, s'avança
3 & retirant
A4, Confianced'un si grand pe*
ril? tira un coup de fusil dans
fépaule droite du Prince Ala*
cajfar, qui en moûtutpeu après3
ce qui obligea jes gens de Il
rendre. On en fit
mourirlesplus
coupables
3
, ù les autres furent tecondamne^ a porter de la terre refle de leur rouie. Les deux
>
fils de ce Prince malheureux
ont partis pour France>dans le
Navire nomméle Cochc, commandéfarAf.
de Hautmejnih
Cet Article de Siam m'engage
à vous dire que Ion a eu des nouvelles
des Ambaffadeuts de ce
Royaume là qui estoient en France.
Un coup de vent qui avoit incommodé
leur petite Flote, lors
qu'ilsestoient au Cap de Finistierre,&
qui les avoit tourmentez
pendant neuf jours , en separa une
Flûte, qui arriva le 4. de Juin sous
le Fort du Cap de BonneEsperance.
Elle dit qu'elle attendoitson
Amiral. Ce mot d'Amiral fit présuposerune
Flote considerable,& A
les Hollandois ayant pris l'alarme,
deffendirent à cette Flute de moüiller
fous le Fort; en sorte qu'elle fut
obligée de demeurer' deux jours
fous les Voiles, aprés quoy elle
fut réjointe par les autres Bastimens
au nombre de six qui composoient
cette Flote. Les Hollandois
ayant esté eclaircis de ce que
c'estoit
, ne voulurent d'abord permettre
de descendre
,
qu'aux Ambassadeurs,
auxCommandans,&
à cinquante des plus malades;mais
enfin les choses s'accommoderent;
il fut arresté que tout l'Equipage
& toutes les Troupes descendroient,
à condition que les premiers
cinquante qui auroient mis
pied-à-terre s'en retourneroient
aprés un certain temps, & qu'il
enarienviseindroit cinquante autres, de tout le restejusqu'a
ce qu'ils fussent tous dcfcendus.
Celadura jusqu'au 27. du mesme
mois, que toute cette Flote- fit
voile pour Siam. Tant qu'à duré
le dé barquement
,
les Hollandois
ont fait bonne garde dans tout le
Cap, & nos gens se sont fort rafraîchis,
8c ont eu beaucoup de
plaisir à en vi siter les beaux Jardins.
On a appris cesnouvelles
par la Fregate, nommée la Ma-
-ligne, qui est partie du Cap pour •
retourner en France, dans le mesme
temps que le reste de la Flote
en est partie pour Siam. Ce retour
avoitesté resolu dés que l'on
partitde Brest. Les Bastimens destinez
à faire le Voyage de Siam,ne
s'estant pas trouvez suffisans, pour
- porter tous les Balots, & tous les
vivres , on en ajoûta un qui eut
ordre de revenir quand la flote
feroitarrivée auCap,&cela, parce
que la plus grande partie des vivres
devant alors estre consumée,
la Fregate que l'on avoir ajoûtée
ne pourroit plus estre necessaire,
On a sceu que pendant tout le
cours de ce Voyage, les Jesuites
ont eu grand foin de faire faire
beaucoup d'exercices de pieté, à
quoy leurs exhortations & leurs
btornsiexbempulesén'o
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Résumé : Nouvelles de Siam. [titre d'après la table]
Le texte relate une conspiration orchestrée par le prince Macassar contre le roi de Siam. Le prince Macassar, frère ou parent proche du roi de Macassar, avait trouvé refuge à Siam après avoir été chassé par les Hollandais. Une conspiration fut découverte, mais les conspirateurs rejetèrent la grâce offerte par le roi de Siam. Une bataille éclata, durant laquelle les Macassars, connus pour leur détermination accrue après consommation d'opium, furent difficiles à vaincre. Des Européens, notamment des Français et des Anglais, participèrent à cet affrontement. Le prince Macassar fut tué, et ses fils furent capturés et envoyés au roi de France. Un rapport confidentiel révèle que les Hollandais avaient pris le contrôle du pays de Macassar vingt ans plus tôt, forçant le roi de Macassar à se réfugier chez le roi de Jambi. Le fils du roi de Macassar, installé près de la ville de Siam, avait tenté de convertir le roi de Siam à l'islam via un ambassadeur, qui se suicida à son retour en Perse. La conspiration visait à assassiner le roi de Siam en août de l'année précédente. Un espion macassar fut intercepté en tentant de rencontrer un dignitaire français à Louvois. M. Confiance, représentant français en Siam, découvrit la conspiration après l'arrestation d'un étranger dans la maison du roi. Il interrogea les conspirateurs et conseilla au prince Macassar de se soumettre, mais celui-ci refusa et insulta le roi. M. Confiance organisa alors une attaque contre le camp des Macassars avec l'aide de M. Veret, chef du comptoir français. Le prince fut capturé après avoir été blessé, et les principaux coupables furent exécutés, tandis que les autres furent condamnés à des travaux forcés. Les fils du prince furent envoyés en France. Le texte mentionne également les difficultés rencontrées par les ambassadeurs siamois en France, retardés au Cap de Bonne-Espérance par les Hollandais. Après des négociations, la flotte reprit la mer vers le Siam, tandis que la frégate 'La Maligne' retourna en France. Les Jésuites encouragèrent des exercices de piété parmi l'équipage pendant le voyage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
212
p. 208-225
Particularitez touchant le Cap de Bonne-Esperance. [titre d'après la table]
Début :
Comme les Relations des mesmes endroits faites par divers Voyageurs [...]
Mots clefs :
Cap de Bonne-Espérance, Officiers, Montagne, Siam, Jésuites, Missionnaires, Le Cap, France, Lettre, Voile, Voyage, Dieu, Beau, Hollandais, Femmes, Animaux, Chemin, Soldats, Singes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Particularitez touchant le Cap de Bonne-Esperance. [titre d'après la table]
Comme les Relations des
mefmes endroits faites par
divers Voyageurs ont toûjours
quelque chofe de diffe
rent & que fouvent dans un
mefme Païs , les uns font des
remarques que les autres ne
fonr pas , & voyent des choles
pour lefquelles ces derniers
n'ont point de curiofité
, j'ay cru vous devoir encore
faire part d'une Lettre
qui eft tombée entre mes
GALANT. 2c9
mains , & qui eft fur le mefme
fujet que la precedente :
Quoy que la matiere n'en foit
pas nouvelles tout ne laiffera
pas d'en paroiftre nouveau .
Il ne vous fera pas difficile de
connoiftre qu'elle eſt d'un
des Peres Jefuites qui font
allez à Siam en qualité de
Miffionnaires..
ALABAYE DELA TABLE
au Cap de Bonne- Efpe--
rance , ce 24. Juin 1684
Uit jours aprés nostre départ
de Breft, ayant dou-
Hpar
blé le Cap de Finifterre , nous :
S
Novemb. 1687 .
210 MERCURE
effuyafmes une tempefte de deux
jours , qui nous mit en fi grand
danger, que noftre grand mast
eftant éclaté par le pied , on eut
recours auxprieres, en attachant
une Image de noftre Apoftre S.
Xavier , par l'interceffion du
quel nous fufmes garantis. J'a
voue que je me crus bien des fois
preft à perir. Aprés cet accident
nous eûmes une navigation affez
heureufe , & fans les Flûtes de
nostre Efcadre , Baftimens fort
difficiles à la voile , nous ferions
arrivez prés d'un mois plûtost ,
ronobftant quinze jours ou trois
femaines de calme ,fous la Ligne.
GALANT. 211
fait encore Ainfi nous aurions fait ·
plus de diligence qu'au premier
Voyage. Le retardement de nos
Fluftes , qui ne font point agreables
pour ces Voyages de long
cours , à caufe que pourfe conformer
à leur voilure on eft obligé
d'aller lentement, nousfaifoit
croire nofire voyage perdu pour
cette année; mais, graces à Dieu,
nous commençons à mieux efperer
, voila la moitié de noftre
courfe faite & mesme affez
doucement. Je fuis dans un bon
Vaiffeau , avec de tres - hon--
neftes gens. Dans le beau temps,
fur toutfous la Ligne , nous nous
Sij
212 MERCURE
rendifmes vifite de Bord à Bord.
M. desFarges eft venufouvent
nous voir. Nous avons beu
"
enfemble a vofire Santé fur
les Bords diftinguez , auffi bien
qu'avec M. Bruant. C'est un
homme de coeur , & qui paffe
pour une des meilleures Testes
que nous ayons parmy les Officiers
des Troupes . Le fejour du
Cap eft charmant , & l'établif
fement des Hollandois y eft parfaitement
beau. Tout y abende,
la chaffe , le poiffon , le bled , le
vin , les fruits , les legumes , les
beftiaux , belles eaux , beaux
Jardins, Habitans en fort grand
GALANT. 213
nombre, un Fort regulier de cing
Bions , & une quantité prodigieufe
de gibier . Mrs nos Officiers
en ont rapporté beaucoup
en quatre ou cinq fois qu'ils ont
efté à la Chaffe .Le Commandeur
du Fort,nomméVadeftes , amy des
François , leur fourniffoit quinze
on vingt Chevaux avec des
Chiens , & il y a eu une grande
déconfiture de Gibier. M du
Bruant qui a avancé dans les
terres , eft enchanté de ce Payslà.
La terre y eft admirable , les
moutons gros & grands comme
des Afnes & des Beufs , qui ont
cela de particulier qu'eftant at214
MERCURE
telez à des Chariots , ils vont
duffi vifte que les meilleurs chevaux
de Carroffe. Les Sauva
ges Outentos font les plus infames
& les plus laids de toute la
Terre habitable. On n'en a pas
affez dit dans toutes les Peintures
qu'on a faites d'eux.Ils vont tout
nuds ne fe couvrant que ce
que la nature apprend à cas
cher , & dans le froid ils fe fer
vent d'une peau de Mouton ou
d'Ours qu'ils mettent fur leurs
épaules comme un Manteau. Ils
fe frottent degraiffe huileufe
puante avec ducharbon pilé, &
ffoonntt.hhiiddeeuuxx à voir& àfenti
GALANT 215
·
Les Femmes ont dans leurs che
veux quifont comme de la laine
de Mouton , noirs & huileux
de leur vilaine graiffe puante ,
des coquillages & des jettons de
cuivre rouge. Elles entortillent
le gras de leursjambes de boyause
de toutes fortes d'Animaux, &
quand ils fontfecs , elles enfont
unregale à leurs Maris les bonnes
Feftes. Leurs Cazes font
baffes , couvertes de nattes de
jonc. Ellesfont fept ou buit femmes
avec un bomme dans ces
Cazes. Ils travaillent quelquefois
pour les Hollandois afin d'avoirdequoyfefaculer
, mais dés
216 MERCURE
qu'ilsfontfaouls , ils ne veulent
rienfaire. A douze ans les femmes
ont des enfans, & dés qu'ils
font nez, ils courent & grimpent
comme de plus grands enfans
. Je montay avant hier fur
la montagne de la Table , d'où
je vis omnia regna mundi .
Cette expedition est une folie ,
car il faut grimper de rocher en
rocher par des herbes ,
des herbes , par un
chemin le plus rode du monde .
Il fandroit eftre chevreau pour
bien monter fur cette affreuse.
montagne. Le chemin eft de
quatre ou cinq heures. Tout est
Rocplat fur la Table du cofté du
2
Nord.
GALANT
217
هللا
e font
Nord. Il y a furle Roc une ef
pece de
Marais , car ce ne
que joncs , & de l'eau . Le påffage
de la Mer du cofté du Nord
de l'Ifle
Robin , est
beaucoup
plus
grand que
l'autre par où
nous
fommes
entrez
dans la
Baye de la Table . Je vis une
plus belle Baye
plus
grande ,
paralelle
à celle de la Table . S'il
euft fait un plus beau jour , j'en
aurois tracé une Carte exacte ;
mais je ne pusfaire qu'un crayon
leger & à la haste . Dans de
certains momens je le
décriray
plus au net.
Ily auroit bien des chofes à
Novembre 1687 .
T
218 MERCURE
vous dire de ce Pays , fi le temps
me lepermettoit,auffi- bien que de
noftre occupation fur les Vaif
feaux. Nous y avons commencé
noftre Miffion par des Predications
frequentes aux Soldats &
aux Matelots. Les Officiers y
donnent un grand exemple, les
prieres y font reglées comme
dans un Seminaire . Tous les
jours au matin on fait la Priere,
& l'on dit plufieurs Mcffes.
Nous avons eu le bonheur de la
dire tous les jours , hors trois fois
le
que temps eftoit trop rude.
L'apréfmidy nous eftions trois à
faire le Catechisme dans trois
GALANT. 219
>
poftes differens. Sur les cing
heures l'on fait la Priere comme
dans tous les Vaiffeaux du Roy.
à huit heures on chante les
Litanies de la Sainte Vierge ,
l'on fait faire l'examen de
confcience ; aprés quoy nous
nous partageons par bandes pour
faire dire le Chapelet tout haut
aux Soldats & aux Matelots,
les Officiers fe mettent fouvent
de la partie, celafinit toujours
par un petit mot qui regarde le
falut. Le reste du temps eft employé
à l'Etude. Le Soir & le
matin nous avons fait une leçon
de Fortification & de Geometrie
Tij
220 MERCURE
&
aux Officiers aux Cadets qui
viennent écrire comme des Ecoliers.
On vient me demander
mes Lettres , car l'on met à la
Voile . Fauray l'honneur de
vous écrire dans quatre mois fi
Dieu nous continue un vent favorable.
L'on nous menace de
Mers fort rudes jufques à Bantam
; mais de Batavia à Siam ,
de fort belles. Dieu nousy conduife.
C'est par le Vaiffeau la Maligne
que l'on a trouvé à propos
de renvoyer en France , que je
vous écris. F'oubliois une circonftance
à vous remarquer affez
GALANT. 221
effentielle. C'eft que la Flûte le
Dromadaire qui dans la tem
pefte du Cap de Finisterre s'eftoit
Separée de noftre Efcadre fans
que nous l'avons pu réjoindre ,
arriva le 9. Juin au Cap deux
jours avant noftre Flotte. Les
Hollandois alarmez de cette
arrivée , avoient mis en déliberation
de ne leur point permettre
de mettre à terre leurs Malades ;
maispar le refpect qu'ils eurent
pour les Vaiffeaux de Sa Majefté
, la chofe fut accommodée
au contentement des uns & des
autres. L'on avoit befoin de
trouver un tel azile aprés une
Tiij
222 MERCURE
routefilongue, car les Equipages
& les Soldats eftoient malades »
l'air de la terre & les bonnes
nourritures les ont remis en
fort pett
de temps. Nous avons
laiffé le Pere de Chats au Cap
tombé malade depuis noftre dé
barquement. Il etoit defefpere
quand nous mifmes à la voile.
Ce feroit une grande perte que
ce faint Miffionnaire.
Je dois ajoûter icy qu'on
lit dans une autre Lettre écrite
par une perfonne qui a
auffi monté au haut de la
Montagne dont il eſt parlé
dans celle- cy , que ceux qui
GALANT. 223
,
avoient entrepris de monter
au fommer d'un lieu fi élevé ,
étant environ aux trois quarts
de la
Montagne entendirent
un fort grand bruit ;
& virent tomber des pier
res , qui paroiffoient plûtoft
être jettées,que tomber naturellement
. Ils s'arrefterent , &
demeurerent quelque temps
incertains s'ils acheveroient
leur voyage ; mais enfin la
fermeté Françoife l'emporta
fur la crainte , & ils pourfuivirent
leur chemin. Ils trouverent
au haut de ce lieu, un
fi grand nombre de Singes ,
Tiiij
224 MERCURE
qu'on peut dire qu'il y en
avoit une armée . Les Fran-:
çois commencerent â déliberer
s'ils tireroient fur
ces animaux , & peut- eftre
auroient-ils fait une décharge
fi l'un d'eux ne fe fuft
fouveņu , que quand les Singes
voyent leur fang , ils fe
jettent fur ceux qui les ont
bleffez , & que les autres , s'il
s'en trouve quelque nombre
, s'y jettent pareillement.
Les Singes fe retirerent en
faifant grand , bruit , & def
cendirent par un autre endroit
de la Montagne . On
GALANT. 225
trouva auffi fur le haut de
cette mefmeMontagne beaucoup
d'offemens de divers
Animaux .
mefmes endroits faites par
divers Voyageurs ont toûjours
quelque chofe de diffe
rent & que fouvent dans un
mefme Païs , les uns font des
remarques que les autres ne
fonr pas , & voyent des choles
pour lefquelles ces derniers
n'ont point de curiofité
, j'ay cru vous devoir encore
faire part d'une Lettre
qui eft tombée entre mes
GALANT. 2c9
mains , & qui eft fur le mefme
fujet que la precedente :
Quoy que la matiere n'en foit
pas nouvelles tout ne laiffera
pas d'en paroiftre nouveau .
Il ne vous fera pas difficile de
connoiftre qu'elle eſt d'un
des Peres Jefuites qui font
allez à Siam en qualité de
Miffionnaires..
ALABAYE DELA TABLE
au Cap de Bonne- Efpe--
rance , ce 24. Juin 1684
Uit jours aprés nostre départ
de Breft, ayant dou-
Hpar
blé le Cap de Finifterre , nous :
S
Novemb. 1687 .
210 MERCURE
effuyafmes une tempefte de deux
jours , qui nous mit en fi grand
danger, que noftre grand mast
eftant éclaté par le pied , on eut
recours auxprieres, en attachant
une Image de noftre Apoftre S.
Xavier , par l'interceffion du
quel nous fufmes garantis. J'a
voue que je me crus bien des fois
preft à perir. Aprés cet accident
nous eûmes une navigation affez
heureufe , & fans les Flûtes de
nostre Efcadre , Baftimens fort
difficiles à la voile , nous ferions
arrivez prés d'un mois plûtost ,
ronobftant quinze jours ou trois
femaines de calme ,fous la Ligne.
GALANT. 211
fait encore Ainfi nous aurions fait ·
plus de diligence qu'au premier
Voyage. Le retardement de nos
Fluftes , qui ne font point agreables
pour ces Voyages de long
cours , à caufe que pourfe conformer
à leur voilure on eft obligé
d'aller lentement, nousfaifoit
croire nofire voyage perdu pour
cette année; mais, graces à Dieu,
nous commençons à mieux efperer
, voila la moitié de noftre
courfe faite & mesme affez
doucement. Je fuis dans un bon
Vaiffeau , avec de tres - hon--
neftes gens. Dans le beau temps,
fur toutfous la Ligne , nous nous
Sij
212 MERCURE
rendifmes vifite de Bord à Bord.
M. desFarges eft venufouvent
nous voir. Nous avons beu
"
enfemble a vofire Santé fur
les Bords diftinguez , auffi bien
qu'avec M. Bruant. C'est un
homme de coeur , & qui paffe
pour une des meilleures Testes
que nous ayons parmy les Officiers
des Troupes . Le fejour du
Cap eft charmant , & l'établif
fement des Hollandois y eft parfaitement
beau. Tout y abende,
la chaffe , le poiffon , le bled , le
vin , les fruits , les legumes , les
beftiaux , belles eaux , beaux
Jardins, Habitans en fort grand
GALANT. 213
nombre, un Fort regulier de cing
Bions , & une quantité prodigieufe
de gibier . Mrs nos Officiers
en ont rapporté beaucoup
en quatre ou cinq fois qu'ils ont
efté à la Chaffe .Le Commandeur
du Fort,nomméVadeftes , amy des
François , leur fourniffoit quinze
on vingt Chevaux avec des
Chiens , & il y a eu une grande
déconfiture de Gibier. M du
Bruant qui a avancé dans les
terres , eft enchanté de ce Payslà.
La terre y eft admirable , les
moutons gros & grands comme
des Afnes & des Beufs , qui ont
cela de particulier qu'eftant at214
MERCURE
telez à des Chariots , ils vont
duffi vifte que les meilleurs chevaux
de Carroffe. Les Sauva
ges Outentos font les plus infames
& les plus laids de toute la
Terre habitable. On n'en a pas
affez dit dans toutes les Peintures
qu'on a faites d'eux.Ils vont tout
nuds ne fe couvrant que ce
que la nature apprend à cas
cher , & dans le froid ils fe fer
vent d'une peau de Mouton ou
d'Ours qu'ils mettent fur leurs
épaules comme un Manteau. Ils
fe frottent degraiffe huileufe
puante avec ducharbon pilé, &
ffoonntt.hhiiddeeuuxx à voir& àfenti
GALANT 215
·
Les Femmes ont dans leurs che
veux quifont comme de la laine
de Mouton , noirs & huileux
de leur vilaine graiffe puante ,
des coquillages & des jettons de
cuivre rouge. Elles entortillent
le gras de leursjambes de boyause
de toutes fortes d'Animaux, &
quand ils fontfecs , elles enfont
unregale à leurs Maris les bonnes
Feftes. Leurs Cazes font
baffes , couvertes de nattes de
jonc. Ellesfont fept ou buit femmes
avec un bomme dans ces
Cazes. Ils travaillent quelquefois
pour les Hollandois afin d'avoirdequoyfefaculer
, mais dés
216 MERCURE
qu'ilsfontfaouls , ils ne veulent
rienfaire. A douze ans les femmes
ont des enfans, & dés qu'ils
font nez, ils courent & grimpent
comme de plus grands enfans
. Je montay avant hier fur
la montagne de la Table , d'où
je vis omnia regna mundi .
Cette expedition est une folie ,
car il faut grimper de rocher en
rocher par des herbes ,
des herbes , par un
chemin le plus rode du monde .
Il fandroit eftre chevreau pour
bien monter fur cette affreuse.
montagne. Le chemin eft de
quatre ou cinq heures. Tout est
Rocplat fur la Table du cofté du
2
Nord.
GALANT
217
هللا
e font
Nord. Il y a furle Roc une ef
pece de
Marais , car ce ne
que joncs , & de l'eau . Le påffage
de la Mer du cofté du Nord
de l'Ifle
Robin , est
beaucoup
plus
grand que
l'autre par où
nous
fommes
entrez
dans la
Baye de la Table . Je vis une
plus belle Baye
plus
grande ,
paralelle
à celle de la Table . S'il
euft fait un plus beau jour , j'en
aurois tracé une Carte exacte ;
mais je ne pusfaire qu'un crayon
leger & à la haste . Dans de
certains momens je le
décriray
plus au net.
Ily auroit bien des chofes à
Novembre 1687 .
T
218 MERCURE
vous dire de ce Pays , fi le temps
me lepermettoit,auffi- bien que de
noftre occupation fur les Vaif
feaux. Nous y avons commencé
noftre Miffion par des Predications
frequentes aux Soldats &
aux Matelots. Les Officiers y
donnent un grand exemple, les
prieres y font reglées comme
dans un Seminaire . Tous les
jours au matin on fait la Priere,
& l'on dit plufieurs Mcffes.
Nous avons eu le bonheur de la
dire tous les jours , hors trois fois
le
que temps eftoit trop rude.
L'apréfmidy nous eftions trois à
faire le Catechisme dans trois
GALANT. 219
>
poftes differens. Sur les cing
heures l'on fait la Priere comme
dans tous les Vaiffeaux du Roy.
à huit heures on chante les
Litanies de la Sainte Vierge ,
l'on fait faire l'examen de
confcience ; aprés quoy nous
nous partageons par bandes pour
faire dire le Chapelet tout haut
aux Soldats & aux Matelots,
les Officiers fe mettent fouvent
de la partie, celafinit toujours
par un petit mot qui regarde le
falut. Le reste du temps eft employé
à l'Etude. Le Soir & le
matin nous avons fait une leçon
de Fortification & de Geometrie
Tij
220 MERCURE
&
aux Officiers aux Cadets qui
viennent écrire comme des Ecoliers.
On vient me demander
mes Lettres , car l'on met à la
Voile . Fauray l'honneur de
vous écrire dans quatre mois fi
Dieu nous continue un vent favorable.
L'on nous menace de
Mers fort rudes jufques à Bantam
; mais de Batavia à Siam ,
de fort belles. Dieu nousy conduife.
C'est par le Vaiffeau la Maligne
que l'on a trouvé à propos
de renvoyer en France , que je
vous écris. F'oubliois une circonftance
à vous remarquer affez
GALANT. 221
effentielle. C'eft que la Flûte le
Dromadaire qui dans la tem
pefte du Cap de Finisterre s'eftoit
Separée de noftre Efcadre fans
que nous l'avons pu réjoindre ,
arriva le 9. Juin au Cap deux
jours avant noftre Flotte. Les
Hollandois alarmez de cette
arrivée , avoient mis en déliberation
de ne leur point permettre
de mettre à terre leurs Malades ;
maispar le refpect qu'ils eurent
pour les Vaiffeaux de Sa Majefté
, la chofe fut accommodée
au contentement des uns & des
autres. L'on avoit befoin de
trouver un tel azile aprés une
Tiij
222 MERCURE
routefilongue, car les Equipages
& les Soldats eftoient malades »
l'air de la terre & les bonnes
nourritures les ont remis en
fort pett
de temps. Nous avons
laiffé le Pere de Chats au Cap
tombé malade depuis noftre dé
barquement. Il etoit defefpere
quand nous mifmes à la voile.
Ce feroit une grande perte que
ce faint Miffionnaire.
Je dois ajoûter icy qu'on
lit dans une autre Lettre écrite
par une perfonne qui a
auffi monté au haut de la
Montagne dont il eſt parlé
dans celle- cy , que ceux qui
GALANT. 223
,
avoient entrepris de monter
au fommer d'un lieu fi élevé ,
étant environ aux trois quarts
de la
Montagne entendirent
un fort grand bruit ;
& virent tomber des pier
res , qui paroiffoient plûtoft
être jettées,que tomber naturellement
. Ils s'arrefterent , &
demeurerent quelque temps
incertains s'ils acheveroient
leur voyage ; mais enfin la
fermeté Françoife l'emporta
fur la crainte , & ils pourfuivirent
leur chemin. Ils trouverent
au haut de ce lieu, un
fi grand nombre de Singes ,
Tiiij
224 MERCURE
qu'on peut dire qu'il y en
avoit une armée . Les Fran-:
çois commencerent â déliberer
s'ils tireroient fur
ces animaux , & peut- eftre
auroient-ils fait une décharge
fi l'un d'eux ne fe fuft
fouveņu , que quand les Singes
voyent leur fang , ils fe
jettent fur ceux qui les ont
bleffez , & que les autres , s'il
s'en trouve quelque nombre
, s'y jettent pareillement.
Les Singes fe retirerent en
faifant grand , bruit , & def
cendirent par un autre endroit
de la Montagne . On
GALANT. 225
trouva auffi fur le haut de
cette mefmeMontagne beaucoup
d'offemens de divers
Animaux .
Fermer
Résumé : Particularitez touchant le Cap de Bonne-Esperance. [titre d'après la table]
En juin 1684, un missionnaire jésuite décrit son voyage vers le Siam. Après avoir quitté Brest, le navire a rencontré une violente tempête près du cap Finistère, mais les passagers ont été sauvés grâce à des prières et à une image de saint Xavier. La suite de la navigation s'est déroulée sans incidents majeurs, bien que des retards aient été causés par les flûtes de l'escadre. Le voyageur trouve le Cap de Bonne-Espérance agréable et bien organisé par les Hollandais. Il y pratique la chasse au gibier et rencontre le commandant du fort, Vadeftes. Les Hottentots, les autochtones, y vivent nus et de manière primitive. Le missionnaire escalade la montagne de la Table, notant les difficultés et les paysages observés. À bord, les activités missionnaires incluent des prédications et des prières régulières. La routine quotidienne comprend des prières, des études, ainsi que des leçons de fortification et de géométrie. Le vaisseau se prépare à reprendre la mer, et l'auteur espère écrire à nouveau dans quatre mois si les conditions restent favorables. Le trajet vers Bantam est annoncé comme difficile, tandis que celui de Batavia à Siam est prévu comme agréable. Le vaisseau 'La Maligne' est chargé de renvoyer des lettres en France. L'équipage et les soldats, malades après une longue route, se remettent grâce à l'air de la terre et à une meilleure nourriture. Le père De Chats, tombé malade au Cap, y est laissé. Une lettre mentionne une ascension d'une montagne où des Français ont entendu des bruits et vu des pierres tomber, probablement jetées par des singes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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213
p. 56-97
Prix de l'Arquebuse proposé à cinquante Villes differentes par Mrs de la Ville d'Autun. [titre d'après la table]
Début :
Nous commençons d'entrer dans une Saison où l'on [...]
Mots clefs :
Prix de l'Arquebuse, Autun, Ville, Prix, Chevaliers, Mr Dorné, Roi, Armes, Loges, Bal, Villes, Capitaine, Tente, Comte, Trompettes, Compagnie, Broderie, Ordre, Livrées, Tirer, Dames, Jeunesse, Plumes, Logis, Vin, Tambours, Vierg, Magistrats, Province, Roi de Siam
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prix de l'Arquebuse proposé à cinquante Villes differentes par Mrs de la Ville d'Autun. [titre d'après la table]
Nous commençons d'entrer
dans uneSaison où l'on
doit rendre un Prix magnifique,
sil'on suitl'engagement
qui fut prit l'Esté dernier.
Commeles choses que l'on n'a
point publiées , font toûjours
nouvelles pour tous ceux qui
n'en ont point entendu parler,
je puis vous faire la relation
de cette Feste, quine doit pas
vous estre moins agreable
pour s'estre passéeil y a déja
plu sieurs mois, puis que je ne
vous en ay encore rien mandé.
Les particularitez en sont
assez remarquables pourmeritervostrecuriosité.
LaVille
d'Autun, qui estoir autrefois
la Capitale des Gaules, & la
seule qui fust capable de donner
de laterreuràCesar, cherchant
à se distinguer dan les
exercices qui ont l'apparence
de la Guerre, proposa à cinquante
Villes de différentes
Provinces, un Prix à l'Arquebufe
de dix mille francs;&
un autre de deux mille au
Pistoler. Mr Dorné,Capitaine
choisi par la Jeunesse, écrivit
une Lettre circulaire aux
Chevaliers, pour les exhorter
à prendre part au divertissement
qu'il offroit. Cette Lettre
eut le succés qu'il en
avoit esperé; & il en auroit
eu un plus grand,si la pluspart
desInvitez n'eussentesté
occupezàl'élection des Magistral.
ts deleurs Villes, qui se
faisoit dans ce mesmetemps.
Cependant le 28 Juindernier,
on vit arriver les Chevaliers
de la Ville de Dijon bien
-montez;, en bel ordre, vestus
lestement, & ayant chacun
des Plumes blanches. Deux
Trompettes les precedoient,
& lesgens de livrées estoient
à leur fuite. Ils parcoururent
deux à
-
deux les principales
ruësdelaVille, & le Porte-
Etendard estoit seul au troisiéme
rang. Ceux de Beaune
arrivèrent le lendemaindans
un semblable équipage,ayant
des Plumes rodages, & leur
livrée de mesme couleur.
Ceux de Louën estoient en
plus grand nombre que les
autres.Ils avoient leurs habits
galonnez d'argent d'une même
parure, & estoient montez
superbement, avec quatre
Trompettes
, quatre Hautbois,
& quatre Fifres à leur
teste. Ceux de Châlons, de
Nuids, de Montcenis, de
Tournu
,
& deplusieurs autres
Villes firent la mesme
Cavalcade, & tous se retiremit
au Champ de Mars dans
les logis qui leur avoientesté
destinez. Mr Dorné leurenvoya
le vin de prefenc>8c
MrRabiot, Conseiller, &
nouvellement élu en la Charge
deVierg
,
leur envoya celuy
de la Ville. La chaleur
demandoit qu'on leur laissast
le temps de se rafraîchir, mais
l'impatience genereuse des
Autunois porta les principaux
d'entre eux à leur aller
rendre visite. On entendit
deslors par tout le son des
Trompettes, des Fifres, des
Tambours, des Violons, &
des autres Instrumens qui
font capables d'inspirer l'humeur
guerriere. Les logis
estoient disposez dans le
Champ de Mars de telle forte,
que les Chevaliers estoient
vis à vis les uns des autres.
Ils sevisiterent en ceremonie,
& les Sergens de Ville avec
ceux dela Compagnie de Mr
Dornéau nombre de dix huit,
commencerent à marcher
avec les Tambours pour afsembler
la Compagnie. Ils
estoient vertus d'un grand
Juste-au-corps rouge, galonné
par tout d'argent, avec
deschapeaux bordez de même;
& à mesure qu'ils pat:
soient par les rues, la Jeunesse
qui est fort bien faite,& aussi
aguerriequ'en aucun autre
lieu du Royaume, s'assembloit
en bel ordre,&se trouva
au nombre de quatre cens
hommes richement armez,
avec des habits en broderie
d'or & d'argent. Les rubans
de la cravate & du chapeau
estoient bleus, & les Plumes
répondoient a labeauté de cet
équipage. Ils allerent prendre
l'Enseigne, qu'ils fal üc..
rent pat une décharge de leur
Mousqueterie, & de là ils se
rendirent au logis du Capitailic,
où ils firent un grand
feu. Le Capitaine estant sorty
la pique à la main, alla ramasser
les Chevaliers de chaque
Ville
>
qui marcherent à
sa suite avec leurs Etendards
particuliers, se distinguant
parun peu dedistance,& par
la difference de leurs livrées.
Le Champ de Mars est situé
au milieu de la Ville, & contient
un si grand espace, qu'on
pourroit bastir une Ville considerable
dans son enceinte.
Le Vierg estant logé dans
l'une des extremitez
, on alla
lesalüer. Un peuple infiny
qui estoitaccouru de toutes
parts >
occupoitleChamp>
ravi d'admiration pour tant
de magnificence Le Viergaccompagne
des autres Magiftrats,
Se précédé par six Sergens
deVille veitus de inanteaux
rouges, sur les costez
desquels estoit un lion en
broderie d'or, & armez à
leur ordinaire de grandes pertuisanes
,se mit à la fuite des
Chevaliers, & tous en Corps
ils allèrent à l'Hostel de Mr le
Comte de Roussillon,Lieu--
tenant de Roy de la Province,
où ils le saluerent par une
décharge de leur Mousquetcrie
,
qui fut suivie de celle
des Canons de la Ville. Ce
Comte marcha après cette
belle Compagnie avec cinquante
Gentilshommes les
plus lestes de la Province,
qui le conduisirent au lieu
destinépourfaire l'ouverture
du Prix.Ce lieu est renferme
d'une grande muraille bastie
à la mosaique
,
qui rogne
tour autour d'un grand espace
de terre plus long que large
, aumilieuduquel les Chevaliers
d'Autun firent construire
il y a quarante ans
.)
un
superbe Edifice,au front duquelparoissent
cinq Portiques
fous lesquels font cinqvoûtes
qui soûtiennent un grand Eecalier
, couvert d'un dôme
d'ardoise & de lames de
plomb
, extrêmement beau.
Cet Escalier eH: fait d'une
pierre de taille, revestu d'une
balustrade de marbre artistement
travaillée ; & c'est par
là que l'on va dans les apartemens
de cette superbe maison.
On voit aux deux costez
deux petits Pavillonstrès
propres,destinez pour faire
tirer les Cheval ers. Le Portique
par où l'on entre en ce
lieu, est fait de pierre de taille,
enrichy de plusieurs ornemens,
dans lesquels on a encrousté
du Jaspe qni fait un
tres beleffet àlaveuë. L'Effigie
du Royen marbre est au
dessus
,
& dans une table au
deubus d'un marbre noir, on
lit en caractères d'or les deux
Vers suivans.
Hic exercendis aperit Bellona
pairstram.
Æduacis , animasauget præsentia
Regis.
Le dedans de ce Portique esroit
revestu de feuillages
verds., dontonavoit fait une
voûte ornée de Tableaux, &
de Peintures excellentes. Le
long de la muraille qui fait
face à la maison, estoient six
Loges de menuiserie,revê^
tuës de tous les costez d'une
agreable verdure. Là il y
avoit plusieurs Marchands
qui vendoient toutes fortes
de Confitures,de la Limonade
,
des Citrons, des Oranges
de Portugal,&différences
liqueurs. Quantité deLusfres
estoient arrangez parmy
des Tableaux qui faisoient
une Perspective admirable.
Du cofté droit on avoit bâ-
.ty quinze Loges? composées
chacune d'une Salle & d'une
chambre revestuësde verdure
dehors & dedans, La derniere
estoit pour le Vierg. &
les aurres pour les Chevaliers
des Villes étrangeres. Du costé
gauche regnoient quinze
autres Loges de la mesme
tfrudure, dont les Portiques
estoient ronds, embellis de
couronnes élevées en piramide
qui composoient un agrément
surprenant. La Tente
de M Dorné, qui estoit fous
les cinq Portiques de la maisn,
estoit revestuë au dedans
dun brocard blanc avec des
frangesd'or qui regnoient
depuis le haut jusqu'au bas,
& servoit de Tapisserie. Sur
le haut decette Tente au dehors
, on avoit fait mettre les
Armes du Roy;plus bas celles
de Monsieur le Prince, Gouverneur
de la Province;& plus
bas celles de M' l'Evesque
d'Autun. On conduisit Mr
le Comte deRoussillon au
pas à la main droite, pour
faire l'ouverture du Prix. Son
coup ayant esté tiré à l'honneur
des Dames, les Officiers
de chaque Ville en firent autant,
(5c allerent ensuite arborer
leurs Etendards sur les
portes de leurs Loges. Ceux
deDijon avoient pour Deviles
deux Arquebuses croisées,
avec ces mots en lettres d'en
Non nisiNobilibus. Ceux de
Châlons portoient trois Globes
dans leurs Armes, avec
cette Devise,Vrbi non sufficit
Orbis. Ceux de Belone avoient
une Bellone armée avec cette
inscription,
Office Bellona Bibracle antiqua
vigebat.
Ceux de Mon", tcenis, à cause
de leur sîtuation qui est au
haut d'une montagne? Per
arduA
ardua,virtus. Une autre Ville
avoit la rep esentation d'une
Bombe qui éclatoit
-, avec
cette Devise
, Peream dum
murmure magno. Une autre
avoit un Amour qui tenoit
deux couronnes de Myrthe,
&de Laurier, Ambitutramque.
Une autre avoit une Grenade
preste à tirer, avec ces mots,
Nul ne m'approche sansdanger.
Enfinelles en avoient toutes
d'ingenieuses, & de tresconvenables
au sujet. Mr
Dorné avoit fait peindre dans
un grand Tableau à cofté
droit de sa Tente, deux
grands Elephans avec deux
petits, &: on lisoit ces mots,
Annis boec faciuntmiracula tribus,
voulantdire qu'au bout de
troisannéesil faisoit des merveilles
à rendre le Prix. D'autre
cofté à gaucheilyavoit
des champs de bled avec des
Moissonneurs,&cette inscription,
Cum foenore reddo Les
Villes ne furent pas plûtost
logées dans leurs Loges, que
le Vierg leur envoya du plus
excellent vin de la Bourgogne.
M Dorné fit la mesme
chose
3
& comme il est naturellement
genereux) il donna
un grand & magnifique repas
à toute l'Assemblée
,
où l'on
but à la fanté du Roy avec
de grandes acclamations, &
en faisant des décharges de r• Mousqueterie &de l'Artillerie
de la Ville toutes les fois
qu'on beuvoit à cette fanté
précieuse. Le foir estam venu,
toutes les loges furent illuminées.
Celles des Marchands
qui estoient dans l'enfonceure
)
formoient un objet fort
agréable. Les Dames se rendirent
en cet endroit
,
&
vingt-quatre Violons &: douze
Hautbois qui s'accordaient
parfaitement bien
, sellant
fait entendre par les ordres
deMrleComte deRoussillon)
on fit un grand cercle au milieu
dela place) au dedans
duquel un des plus considerables
des jeunes Gens de la
Ville commença le Bal avec
uneDemoifelle dela campagnequi
avoit de grands avantages
à la danse. Ils eurent
tous deux l'applaudissement
de l'Assemblée,quiétoit composée
de toutes les Personnes
de qualité de l'Autunois, de
l'un & de l'autre sexe. Ce Bal
ayant finyà deux heures après
minuit, chacun se retira jusqu'au
lendemain, que les
Chevaliers des Villes estant
venus dans leurs Loges au
son des Tambours, des Fifres,
des Trompettes & des autres
Instrumens
, on s'exerça le
reste du jour à tirer le Prix.
Ceux de Loüen s'aviferenc
de representer le Roy de
Siam, & l'un d'eux vestu à la
mode de ce Pays-là, estant
monté sur un Char de triomphe,
précedé par vingt-quatre
Gardes avec de bsuperbes
livrées, armez de grandes
halebardes fort propres &
fort luisantes
,
& suivy par
ses Chevaliers, fit le tour des
trente six Loges, au devant
desquelles on luy presentoit
des Confitures & du vin, qu'il
receut avec la gravité d'un
Roy qui ne se fait voir que
rarement à ses Peuples. Il
avoit fait faire un Trône pendant
la nuit, & tout lemonde
accourut pour le voir dans
cette pompe. Madamela Marquise
de Montjeu étant entrée
en sa Tente, illuy jetta son
mouchoir? & luy ni dire par
son Drogman, qu'ill'estimoit
assez pour la mettre dans son
Serrail. Il en fit autant à la
jeune Demoiselle qui avoit
ouvert le Bal le soir précedent,
& lanuit estant survenue
,
il fit un tour de Ville
sur son Char. Il passa devant
le Collège des Jesuites, où les
Ecoliers qui s'y trouvèrent,
crierent à haute voix :Vive»
LV'Ve le Roy de Siam, & il ordonna
qu'on leur donnait
congé pendant le temps du
Prix; ce que ces Peres luy
accordèrent fort honnestement.
Il voulut ensuite souper
en public, & les Musiciens
de la Ville luy donnerent
un tres- beau Concert
peudant ce repas. Le lendemain
il monta encore sur son
Char detriomphe pour venir
en sa Tente,&après que toutes
les Villes furent assemblées,
il se fit conduire chez
Mr Dorné,auquel il fîtsçavoir
par son Interprete, qu'ayant
appris les merveilles de la vie
du grand Empereur des François
, & qu'il estoit l'un de
ses principaux Capitaines, il
venoit l'inviter de dire à son
Prince qu'il avoit quitté son
Royaume pour venir admirer
ses vertus, & luy presenter
ses hommages.MDorne luy
répondit que son Empereur
estant aussi genereux qu'il
l'estoit, ne manqueroit pas
dechérir son amitié. On le
regala ensuite magnifiquement
,
& on ordonna à la
Jeunesse de luy rendre tous
les honneurs qui luy estoient
deus. Celle-cy prompte à
obeir monta sur de petits
chars de triomphe, & sur des
chameaux qui fc trouverent
fortuitementen laVille,-d'autres
montèrent sur des chevaux,
&tousvestus avec de
grandes vestesde brocard d'or
à la façon des Arméniens,
ayant les uns le Turban en
teste, les autres le Bonnet
comme les Siamois? allerent
le prendre en sa Tente, &: le
conduisirent en triomphe
parmy les ruë, & dans son
Palais. Le soir la jeune Demoiselle
qui s'estoit déja fait
admirer à la danse, eut un
Bal reglé chez M' le Lieutenant
général de la Chancel-
• lerie
,
où tout ce qu'il yavoit
de Gens de qualité se trouvèrent.
On y servit de la Limonade
en prosusion, des
Citrons, des Oranges de Portugal,
& de toutes fortes de
Confitures. Ce Bal finy, il restoit
à voir le lendemain qui
emporteroit le Prix. Le bonheur
accom pagna les Chevaliers
de Dijon; le Capitaine
fut le victorieux. On luy
donnauneMédaille d'or d'une
très- grande valeur.Sur
l'un des costezestoitl'Effigie
du Roy, & sur l'autre les
Armes de la Ville d'Autun.
On le conduisit en armes en
son logis;on luy envoya les
presens de laVille & du Capitaine
,
&:. ce dernier regala
encore une fois toute 1*Aflemblée
avec une magnificence
& une propretésans pareille.
Pendant les trois jours du
Prix., on envoyoit en chaque
Loge douze douzaines de
bouteilles de vin, des pastez
de venaison, des jambons de
Mayence,& ce qu'on pouvoit
trouver de
-
plus propre
à réveiller l'apperit des Chevaliers.
Le Vierg tenoit table
ouverte? & Mr Dorné donna
deux magnifiquesColations
aux Dames. Jamais tant de
joye n'avoit paru. Jamais on
n'avoir veu tant d'ordre dans
uneCeremonie, ny tant de
splendeur & d'éclat dans les
habits, & jamais on n'avoit
oüy tant de fois crier
, Vive
le Roy, qu'on l'entendit pendant
tout le temps de ce grand
divertissementsqui se termina
par un Bal donné chez Mrle
Comte d'Aligny,à une belle
Demoiselle du voisinage, qui
avoit tous les agrémens possibles
de la taille, de la beauté,
& de la danse pour meriter cet
honneur. Le quatrième jour,
les Chevaliers parurent en
ordre pour s'en retourner.
On les accompagna en armes
jusques,aux portes, & comme
ceux de Loüen s'estoient le
plus signalez, on les conduisit
àunelieuë de la Ville, dans
une grande plaine sur leur
route, où ils trouvetent un
magnifique repas fous une
Tente de feüillages qu'on
avoitfaitdresserà ce dessein.
M. le Marquis de Montjeu
les regala dans sa bellemaison
de Montjeu,bastie iur une
montagne,, au haut de laquelle
sont deux grands estangs
semblables à deux lacs, & des
Jets d'eau d'une hauteur incroyable.
Illes fit chasser dans
son Parc, & leur donna un
fort beau Concert.
Ce n'estoit pas assez d'avoir
tiré le Prix à l'Arquebuse,il
falloit aussi pour achever la
pompe de cette Feste, qu'on
tirast celuy du Pistolet. La
Noblesse fit l'ornement de
l'Assemblée. M le Comte
d'Aiguli se mit à la teste des
Chevaliers du Charolois, Mr
le Comre de Vauteau, qui
avoit esté élu de la Noblesse
de cette Province là
,
voulut
marcher fous son Etendart,
& Ml's de Fontenaille
,
de
Poülly
,
leCler, deBoucherin,
& plusieurs autres les accompagnerent.
Mr Dorné fut
le Capitaine des Autunois,
suivy
- deMrs de Millery des
Poillots, du Pouriot,la Tour-
Guerin?Coneley
,
& de plusieurs
autres. Mr de Serandey
sur le Capitaine de la Ville
de Luzy
,
& Mrs de Mazelle,
de S. Prix, de Courvoux, des
Champs,de Trezillon,Courcelle,
la Brosse au Comte, &
plusieurs autres furent du
mesme party. Tous ces Messieurs
prirent leurs livrées.
Celle d'Autun fut le bleu;
celle du Charolois le rouge,
& celle de Luzy le Blanc.
L'Etendard d'Autun estoit
d'un brocard bleu avec un
Lion en broderie d'or., & autour
il y avoit cette inscription,
Formidinecuncta replebo.
Celuy de Charolois estoit
d'un tabis rouge avec deux
couronnes, au dessous desquelles
estoient les Armes de
France & d'Espagne avec ces
mots,Duo proteget unus.Celuy
de Luzy estoit d'un satin
blanc de Gennes, bordé d'une
crespine d'or, avec de
grands cordons de mesme.
& au milieu une Levrette
sans collier,avec cette inscriprion,
le tout en broderie
d'or, Vivat amoenoe libertatis
amor. Ces trois illustres Com-
- pagnies montèrent à cheval
ayant esté sal uéesdel'Artillerie
de la Ville,, & elles surent
conduites deux à deux
en armes par la Jeunesse
d'Autun
)
qui les falüa par
une décharge de sa Mousqueterie.
L'équipage suivoit
avec les chevaux de mainJ
couverts de Selles en broderie
de différentes figures avec
des bouffesqui traisnoient
jusquesàterre, sur lesquelles
estoient les Chiffres des Maisons
des Particuliers, & aux
qutre coins leurs Armoiries.
Comme la Noblesse fait prosession
des armes, elle estoit
vestuë cavalierement, les uns
d'une étoffe bleuë, les autres
de rouge, & les autres de
blanc. Les Echarpes en broderie
avec des franges d'or&
,d'a.rgent de la hauteur d'un
demy pied, & les plumes
qu'ils portoient sur leurs chapeaux
,
d'un prix considerable,
rehaussoient leur bonne
mine
,
& faisoient remarquer
un air qui inspiroit de la
crainte & du respect. Cinquante
grands Laquais qui
suivoient portoient les pistolets
dont on devoit se
servir pour tirer le Prix. Leurs
livrées accompagnoient merveilleusement
bien les couleurs
que leurs Maistres avoient
choisies. Quatre trompettes
precedoient la marche
de chaque Compagnie,
& l'ordre estoittel qu'on
pouvoit l'attendre de gens
accoûtumez à ne le jamais
rompre dans les occasions
les plusperilleuses. Ils arriverent
aux Tentes que l'on
avoit préparées,& après une
course legerc pour saluer les
Dames, on arbora les Etendards
sur les Tentes qui se
trouvoient extrêmement propres
pour laSaison. Mr le
Comte d'Aiguli ouvrit le
Prix par un coup au noir,&
tous les Chevaliers tirerent
chacun le leur pour les Dames.
En mesme temps Mr
Rabiot envoya les presens de
vinpar les Valets de Ville,
& M' Dorné en fit autant par
les Sergens
?
& par Its Tambours
de sa Compagnie. On
servit ensuite un grand Repas
où l'on but àlasanté du
Roy avec les fanfares des
Trompettes, & les décharges
de Canons ôcde Mousquets.
Toute la Ville accourut à
cette réjoüissance ; on n'entendoit
autre chose que des
cris de Vive le Roy. Les Chanoines
de la Cathedrale envoyerent
leur Musique, & les
Violons firent un Concert
tres-harmonieux. Enfin tout
Autun estoit uny dans les
voeux qu'il faisoit pour son
Auguste Monarque, qui par
la paix luy procuroit un si
profond repos ,
& les moyens
d'avoir des divertissemens si
agrcables. On proposa aux
Chevaliers de nommerchacun
sa Dame. Le hazard voulut
qu'ils les choisirent avec
distinction,& sans que l'un
pristcelle de l'autre. Le lieu
fut éclairédune quantité de
flambeaux, on dansa sans
faire un Bal reglé
,
& le lendemain
on tira le pix en quatre
volées qui fut remporté
par Mr de Siry de Serandey.
C'est un Gentilhomme de
bonne mine
,
& qui n'a pas
moins d'esprit que de coeur.
Il a servy long-temps dans
les Armées de SaMajesté,en
qualité de Capitaine de Chevaux.
Il alla faire compliment
à la Dame qu'il avoit choisie,
comme ayant esté animé par
elle pour bien tirer, & illuy
donna le Bal où elle parut
avec beaucoup d'avantage.
La nuit s'estant passée en
toutes fortes de divertiissemens,
on donna parole de
rendre le Prix au Printemps
prochain. Le jour suivant, la
Compagnie de Mr Dorné
conduisit en armes Mr de
Serandey jusques à la porte
de la Ville. Cent Cavaliers
l'acccompagnerent à deux
grandes
grandes lieuës, ou chacun se
Pepara, avec promesse dese
revoir au premier Prix qui
seroit donné.
dans uneSaison où l'on
doit rendre un Prix magnifique,
sil'on suitl'engagement
qui fut prit l'Esté dernier.
Commeles choses que l'on n'a
point publiées , font toûjours
nouvelles pour tous ceux qui
n'en ont point entendu parler,
je puis vous faire la relation
de cette Feste, quine doit pas
vous estre moins agreable
pour s'estre passéeil y a déja
plu sieurs mois, puis que je ne
vous en ay encore rien mandé.
Les particularitez en sont
assez remarquables pourmeritervostrecuriosité.
LaVille
d'Autun, qui estoir autrefois
la Capitale des Gaules, & la
seule qui fust capable de donner
de laterreuràCesar, cherchant
à se distinguer dan les
exercices qui ont l'apparence
de la Guerre, proposa à cinquante
Villes de différentes
Provinces, un Prix à l'Arquebufe
de dix mille francs;&
un autre de deux mille au
Pistoler. Mr Dorné,Capitaine
choisi par la Jeunesse, écrivit
une Lettre circulaire aux
Chevaliers, pour les exhorter
à prendre part au divertissement
qu'il offroit. Cette Lettre
eut le succés qu'il en
avoit esperé; & il en auroit
eu un plus grand,si la pluspart
desInvitez n'eussentesté
occupezàl'élection des Magistral.
ts deleurs Villes, qui se
faisoit dans ce mesmetemps.
Cependant le 28 Juindernier,
on vit arriver les Chevaliers
de la Ville de Dijon bien
-montez;, en bel ordre, vestus
lestement, & ayant chacun
des Plumes blanches. Deux
Trompettes les precedoient,
& lesgens de livrées estoient
à leur fuite. Ils parcoururent
deux à
-
deux les principales
ruësdelaVille, & le Porte-
Etendard estoit seul au troisiéme
rang. Ceux de Beaune
arrivèrent le lendemaindans
un semblable équipage,ayant
des Plumes rodages, & leur
livrée de mesme couleur.
Ceux de Louën estoient en
plus grand nombre que les
autres.Ils avoient leurs habits
galonnez d'argent d'une même
parure, & estoient montez
superbement, avec quatre
Trompettes
, quatre Hautbois,
& quatre Fifres à leur
teste. Ceux de Châlons, de
Nuids, de Montcenis, de
Tournu
,
& deplusieurs autres
Villes firent la mesme
Cavalcade, & tous se retiremit
au Champ de Mars dans
les logis qui leur avoientesté
destinez. Mr Dorné leurenvoya
le vin de prefenc>8c
MrRabiot, Conseiller, &
nouvellement élu en la Charge
deVierg
,
leur envoya celuy
de la Ville. La chaleur
demandoit qu'on leur laissast
le temps de se rafraîchir, mais
l'impatience genereuse des
Autunois porta les principaux
d'entre eux à leur aller
rendre visite. On entendit
deslors par tout le son des
Trompettes, des Fifres, des
Tambours, des Violons, &
des autres Instrumens qui
font capables d'inspirer l'humeur
guerriere. Les logis
estoient disposez dans le
Champ de Mars de telle forte,
que les Chevaliers estoient
vis à vis les uns des autres.
Ils sevisiterent en ceremonie,
& les Sergens de Ville avec
ceux dela Compagnie de Mr
Dornéau nombre de dix huit,
commencerent à marcher
avec les Tambours pour afsembler
la Compagnie. Ils
estoient vertus d'un grand
Juste-au-corps rouge, galonné
par tout d'argent, avec
deschapeaux bordez de même;
& à mesure qu'ils pat:
soient par les rues, la Jeunesse
qui est fort bien faite,& aussi
aguerriequ'en aucun autre
lieu du Royaume, s'assembloit
en bel ordre,&se trouva
au nombre de quatre cens
hommes richement armez,
avec des habits en broderie
d'or & d'argent. Les rubans
de la cravate & du chapeau
estoient bleus, & les Plumes
répondoient a labeauté de cet
équipage. Ils allerent prendre
l'Enseigne, qu'ils fal üc..
rent pat une décharge de leur
Mousqueterie, & de là ils se
rendirent au logis du Capitailic,
où ils firent un grand
feu. Le Capitaine estant sorty
la pique à la main, alla ramasser
les Chevaliers de chaque
Ville
>
qui marcherent à
sa suite avec leurs Etendards
particuliers, se distinguant
parun peu dedistance,& par
la difference de leurs livrées.
Le Champ de Mars est situé
au milieu de la Ville, & contient
un si grand espace, qu'on
pourroit bastir une Ville considerable
dans son enceinte.
Le Vierg estant logé dans
l'une des extremitez
, on alla
lesalüer. Un peuple infiny
qui estoitaccouru de toutes
parts >
occupoitleChamp>
ravi d'admiration pour tant
de magnificence Le Viergaccompagne
des autres Magiftrats,
Se précédé par six Sergens
deVille veitus de inanteaux
rouges, sur les costez
desquels estoit un lion en
broderie d'or, & armez à
leur ordinaire de grandes pertuisanes
,se mit à la fuite des
Chevaliers, & tous en Corps
ils allèrent à l'Hostel de Mr le
Comte de Roussillon,Lieu--
tenant de Roy de la Province,
où ils le saluerent par une
décharge de leur Mousquetcrie
,
qui fut suivie de celle
des Canons de la Ville. Ce
Comte marcha après cette
belle Compagnie avec cinquante
Gentilshommes les
plus lestes de la Province,
qui le conduisirent au lieu
destinépourfaire l'ouverture
du Prix.Ce lieu est renferme
d'une grande muraille bastie
à la mosaique
,
qui rogne
tour autour d'un grand espace
de terre plus long que large
, aumilieuduquel les Chevaliers
d'Autun firent construire
il y a quarante ans
.)
un
superbe Edifice,au front duquelparoissent
cinq Portiques
fous lesquels font cinqvoûtes
qui soûtiennent un grand Eecalier
, couvert d'un dôme
d'ardoise & de lames de
plomb
, extrêmement beau.
Cet Escalier eH: fait d'une
pierre de taille, revestu d'une
balustrade de marbre artistement
travaillée ; & c'est par
là que l'on va dans les apartemens
de cette superbe maison.
On voit aux deux costez
deux petits Pavillonstrès
propres,destinez pour faire
tirer les Cheval ers. Le Portique
par où l'on entre en ce
lieu, est fait de pierre de taille,
enrichy de plusieurs ornemens,
dans lesquels on a encrousté
du Jaspe qni fait un
tres beleffet àlaveuë. L'Effigie
du Royen marbre est au
dessus
,
& dans une table au
deubus d'un marbre noir, on
lit en caractères d'or les deux
Vers suivans.
Hic exercendis aperit Bellona
pairstram.
Æduacis , animasauget præsentia
Regis.
Le dedans de ce Portique esroit
revestu de feuillages
verds., dontonavoit fait une
voûte ornée de Tableaux, &
de Peintures excellentes. Le
long de la muraille qui fait
face à la maison, estoient six
Loges de menuiserie,revê^
tuës de tous les costez d'une
agreable verdure. Là il y
avoit plusieurs Marchands
qui vendoient toutes fortes
de Confitures,de la Limonade
,
des Citrons, des Oranges
de Portugal,&différences
liqueurs. Quantité deLusfres
estoient arrangez parmy
des Tableaux qui faisoient
une Perspective admirable.
Du cofté droit on avoit bâ-
.ty quinze Loges? composées
chacune d'une Salle & d'une
chambre revestuësde verdure
dehors & dedans, La derniere
estoit pour le Vierg. &
les aurres pour les Chevaliers
des Villes étrangeres. Du costé
gauche regnoient quinze
autres Loges de la mesme
tfrudure, dont les Portiques
estoient ronds, embellis de
couronnes élevées en piramide
qui composoient un agrément
surprenant. La Tente
de M Dorné, qui estoit fous
les cinq Portiques de la maisn,
estoit revestuë au dedans
dun brocard blanc avec des
frangesd'or qui regnoient
depuis le haut jusqu'au bas,
& servoit de Tapisserie. Sur
le haut decette Tente au dehors
, on avoit fait mettre les
Armes du Roy;plus bas celles
de Monsieur le Prince, Gouverneur
de la Province;& plus
bas celles de M' l'Evesque
d'Autun. On conduisit Mr
le Comte deRoussillon au
pas à la main droite, pour
faire l'ouverture du Prix. Son
coup ayant esté tiré à l'honneur
des Dames, les Officiers
de chaque Ville en firent autant,
(5c allerent ensuite arborer
leurs Etendards sur les
portes de leurs Loges. Ceux
deDijon avoient pour Deviles
deux Arquebuses croisées,
avec ces mots en lettres d'en
Non nisiNobilibus. Ceux de
Châlons portoient trois Globes
dans leurs Armes, avec
cette Devise,Vrbi non sufficit
Orbis. Ceux de Belone avoient
une Bellone armée avec cette
inscription,
Office Bellona Bibracle antiqua
vigebat.
Ceux de Mon", tcenis, à cause
de leur sîtuation qui est au
haut d'une montagne? Per
arduA
ardua,virtus. Une autre Ville
avoit la rep esentation d'une
Bombe qui éclatoit
-, avec
cette Devise
, Peream dum
murmure magno. Une autre
avoit un Amour qui tenoit
deux couronnes de Myrthe,
&de Laurier, Ambitutramque.
Une autre avoit une Grenade
preste à tirer, avec ces mots,
Nul ne m'approche sansdanger.
Enfinelles en avoient toutes
d'ingenieuses, & de tresconvenables
au sujet. Mr
Dorné avoit fait peindre dans
un grand Tableau à cofté
droit de sa Tente, deux
grands Elephans avec deux
petits, &: on lisoit ces mots,
Annis boec faciuntmiracula tribus,
voulantdire qu'au bout de
troisannéesil faisoit des merveilles
à rendre le Prix. D'autre
cofté à gaucheilyavoit
des champs de bled avec des
Moissonneurs,&cette inscription,
Cum foenore reddo Les
Villes ne furent pas plûtost
logées dans leurs Loges, que
le Vierg leur envoya du plus
excellent vin de la Bourgogne.
M Dorné fit la mesme
chose
3
& comme il est naturellement
genereux) il donna
un grand & magnifique repas
à toute l'Assemblée
,
où l'on
but à la fanté du Roy avec
de grandes acclamations, &
en faisant des décharges de r• Mousqueterie &de l'Artillerie
de la Ville toutes les fois
qu'on beuvoit à cette fanté
précieuse. Le foir estam venu,
toutes les loges furent illuminées.
Celles des Marchands
qui estoient dans l'enfonceure
)
formoient un objet fort
agréable. Les Dames se rendirent
en cet endroit
,
&
vingt-quatre Violons &: douze
Hautbois qui s'accordaient
parfaitement bien
, sellant
fait entendre par les ordres
deMrleComte deRoussillon)
on fit un grand cercle au milieu
dela place) au dedans
duquel un des plus considerables
des jeunes Gens de la
Ville commença le Bal avec
uneDemoifelle dela campagnequi
avoit de grands avantages
à la danse. Ils eurent
tous deux l'applaudissement
de l'Assemblée,quiétoit composée
de toutes les Personnes
de qualité de l'Autunois, de
l'un & de l'autre sexe. Ce Bal
ayant finyà deux heures après
minuit, chacun se retira jusqu'au
lendemain, que les
Chevaliers des Villes estant
venus dans leurs Loges au
son des Tambours, des Fifres,
des Trompettes & des autres
Instrumens
, on s'exerça le
reste du jour à tirer le Prix.
Ceux de Loüen s'aviferenc
de representer le Roy de
Siam, & l'un d'eux vestu à la
mode de ce Pays-là, estant
monté sur un Char de triomphe,
précedé par vingt-quatre
Gardes avec de bsuperbes
livrées, armez de grandes
halebardes fort propres &
fort luisantes
,
& suivy par
ses Chevaliers, fit le tour des
trente six Loges, au devant
desquelles on luy presentoit
des Confitures & du vin, qu'il
receut avec la gravité d'un
Roy qui ne se fait voir que
rarement à ses Peuples. Il
avoit fait faire un Trône pendant
la nuit, & tout lemonde
accourut pour le voir dans
cette pompe. Madamela Marquise
de Montjeu étant entrée
en sa Tente, illuy jetta son
mouchoir? & luy ni dire par
son Drogman, qu'ill'estimoit
assez pour la mettre dans son
Serrail. Il en fit autant à la
jeune Demoiselle qui avoit
ouvert le Bal le soir précedent,
& lanuit estant survenue
,
il fit un tour de Ville
sur son Char. Il passa devant
le Collège des Jesuites, où les
Ecoliers qui s'y trouvèrent,
crierent à haute voix :Vive»
LV'Ve le Roy de Siam, & il ordonna
qu'on leur donnait
congé pendant le temps du
Prix; ce que ces Peres luy
accordèrent fort honnestement.
Il voulut ensuite souper
en public, & les Musiciens
de la Ville luy donnerent
un tres- beau Concert
peudant ce repas. Le lendemain
il monta encore sur son
Char detriomphe pour venir
en sa Tente,&après que toutes
les Villes furent assemblées,
il se fit conduire chez
Mr Dorné,auquel il fîtsçavoir
par son Interprete, qu'ayant
appris les merveilles de la vie
du grand Empereur des François
, & qu'il estoit l'un de
ses principaux Capitaines, il
venoit l'inviter de dire à son
Prince qu'il avoit quitté son
Royaume pour venir admirer
ses vertus, & luy presenter
ses hommages.MDorne luy
répondit que son Empereur
estant aussi genereux qu'il
l'estoit, ne manqueroit pas
dechérir son amitié. On le
regala ensuite magnifiquement
,
& on ordonna à la
Jeunesse de luy rendre tous
les honneurs qui luy estoient
deus. Celle-cy prompte à
obeir monta sur de petits
chars de triomphe, & sur des
chameaux qui fc trouverent
fortuitementen laVille,-d'autres
montèrent sur des chevaux,
&tousvestus avec de
grandes vestesde brocard d'or
à la façon des Arméniens,
ayant les uns le Turban en
teste, les autres le Bonnet
comme les Siamois? allerent
le prendre en sa Tente, &: le
conduisirent en triomphe
parmy les ruë, & dans son
Palais. Le soir la jeune Demoiselle
qui s'estoit déja fait
admirer à la danse, eut un
Bal reglé chez M' le Lieutenant
général de la Chancel-
• lerie
,
où tout ce qu'il yavoit
de Gens de qualité se trouvèrent.
On y servit de la Limonade
en prosusion, des
Citrons, des Oranges de Portugal,
& de toutes fortes de
Confitures. Ce Bal finy, il restoit
à voir le lendemain qui
emporteroit le Prix. Le bonheur
accom pagna les Chevaliers
de Dijon; le Capitaine
fut le victorieux. On luy
donnauneMédaille d'or d'une
très- grande valeur.Sur
l'un des costezestoitl'Effigie
du Roy, & sur l'autre les
Armes de la Ville d'Autun.
On le conduisit en armes en
son logis;on luy envoya les
presens de laVille & du Capitaine
,
&:. ce dernier regala
encore une fois toute 1*Aflemblée
avec une magnificence
& une propretésans pareille.
Pendant les trois jours du
Prix., on envoyoit en chaque
Loge douze douzaines de
bouteilles de vin, des pastez
de venaison, des jambons de
Mayence,& ce qu'on pouvoit
trouver de
-
plus propre
à réveiller l'apperit des Chevaliers.
Le Vierg tenoit table
ouverte? & Mr Dorné donna
deux magnifiquesColations
aux Dames. Jamais tant de
joye n'avoit paru. Jamais on
n'avoir veu tant d'ordre dans
uneCeremonie, ny tant de
splendeur & d'éclat dans les
habits, & jamais on n'avoit
oüy tant de fois crier
, Vive
le Roy, qu'on l'entendit pendant
tout le temps de ce grand
divertissementsqui se termina
par un Bal donné chez Mrle
Comte d'Aligny,à une belle
Demoiselle du voisinage, qui
avoit tous les agrémens possibles
de la taille, de la beauté,
& de la danse pour meriter cet
honneur. Le quatrième jour,
les Chevaliers parurent en
ordre pour s'en retourner.
On les accompagna en armes
jusques,aux portes, & comme
ceux de Loüen s'estoient le
plus signalez, on les conduisit
àunelieuë de la Ville, dans
une grande plaine sur leur
route, où ils trouvetent un
magnifique repas fous une
Tente de feüillages qu'on
avoitfaitdresserà ce dessein.
M. le Marquis de Montjeu
les regala dans sa bellemaison
de Montjeu,bastie iur une
montagne,, au haut de laquelle
sont deux grands estangs
semblables à deux lacs, & des
Jets d'eau d'une hauteur incroyable.
Illes fit chasser dans
son Parc, & leur donna un
fort beau Concert.
Ce n'estoit pas assez d'avoir
tiré le Prix à l'Arquebuse,il
falloit aussi pour achever la
pompe de cette Feste, qu'on
tirast celuy du Pistolet. La
Noblesse fit l'ornement de
l'Assemblée. M le Comte
d'Aiguli se mit à la teste des
Chevaliers du Charolois, Mr
le Comre de Vauteau, qui
avoit esté élu de la Noblesse
de cette Province là
,
voulut
marcher fous son Etendart,
& Ml's de Fontenaille
,
de
Poülly
,
leCler, deBoucherin,
& plusieurs autres les accompagnerent.
Mr Dorné fut
le Capitaine des Autunois,
suivy
- deMrs de Millery des
Poillots, du Pouriot,la Tour-
Guerin?Coneley
,
& de plusieurs
autres. Mr de Serandey
sur le Capitaine de la Ville
de Luzy
,
& Mrs de Mazelle,
de S. Prix, de Courvoux, des
Champs,de Trezillon,Courcelle,
la Brosse au Comte, &
plusieurs autres furent du
mesme party. Tous ces Messieurs
prirent leurs livrées.
Celle d'Autun fut le bleu;
celle du Charolois le rouge,
& celle de Luzy le Blanc.
L'Etendard d'Autun estoit
d'un brocard bleu avec un
Lion en broderie d'or., & autour
il y avoit cette inscription,
Formidinecuncta replebo.
Celuy de Charolois estoit
d'un tabis rouge avec deux
couronnes, au dessous desquelles
estoient les Armes de
France & d'Espagne avec ces
mots,Duo proteget unus.Celuy
de Luzy estoit d'un satin
blanc de Gennes, bordé d'une
crespine d'or, avec de
grands cordons de mesme.
& au milieu une Levrette
sans collier,avec cette inscriprion,
le tout en broderie
d'or, Vivat amoenoe libertatis
amor. Ces trois illustres Com-
- pagnies montèrent à cheval
ayant esté sal uéesdel'Artillerie
de la Ville,, & elles surent
conduites deux à deux
en armes par la Jeunesse
d'Autun
)
qui les falüa par
une décharge de sa Mousqueterie.
L'équipage suivoit
avec les chevaux de mainJ
couverts de Selles en broderie
de différentes figures avec
des bouffesqui traisnoient
jusquesàterre, sur lesquelles
estoient les Chiffres des Maisons
des Particuliers, & aux
qutre coins leurs Armoiries.
Comme la Noblesse fait prosession
des armes, elle estoit
vestuë cavalierement, les uns
d'une étoffe bleuë, les autres
de rouge, & les autres de
blanc. Les Echarpes en broderie
avec des franges d'or&
,d'a.rgent de la hauteur d'un
demy pied, & les plumes
qu'ils portoient sur leurs chapeaux
,
d'un prix considerable,
rehaussoient leur bonne
mine
,
& faisoient remarquer
un air qui inspiroit de la
crainte & du respect. Cinquante
grands Laquais qui
suivoient portoient les pistolets
dont on devoit se
servir pour tirer le Prix. Leurs
livrées accompagnoient merveilleusement
bien les couleurs
que leurs Maistres avoient
choisies. Quatre trompettes
precedoient la marche
de chaque Compagnie,
& l'ordre estoittel qu'on
pouvoit l'attendre de gens
accoûtumez à ne le jamais
rompre dans les occasions
les plusperilleuses. Ils arriverent
aux Tentes que l'on
avoit préparées,& après une
course legerc pour saluer les
Dames, on arbora les Etendards
sur les Tentes qui se
trouvoient extrêmement propres
pour laSaison. Mr le
Comte d'Aiguli ouvrit le
Prix par un coup au noir,&
tous les Chevaliers tirerent
chacun le leur pour les Dames.
En mesme temps Mr
Rabiot envoya les presens de
vinpar les Valets de Ville,
& M' Dorné en fit autant par
les Sergens
?
& par Its Tambours
de sa Compagnie. On
servit ensuite un grand Repas
où l'on but àlasanté du
Roy avec les fanfares des
Trompettes, & les décharges
de Canons ôcde Mousquets.
Toute la Ville accourut à
cette réjoüissance ; on n'entendoit
autre chose que des
cris de Vive le Roy. Les Chanoines
de la Cathedrale envoyerent
leur Musique, & les
Violons firent un Concert
tres-harmonieux. Enfin tout
Autun estoit uny dans les
voeux qu'il faisoit pour son
Auguste Monarque, qui par
la paix luy procuroit un si
profond repos ,
& les moyens
d'avoir des divertissemens si
agrcables. On proposa aux
Chevaliers de nommerchacun
sa Dame. Le hazard voulut
qu'ils les choisirent avec
distinction,& sans que l'un
pristcelle de l'autre. Le lieu
fut éclairédune quantité de
flambeaux, on dansa sans
faire un Bal reglé
,
& le lendemain
on tira le pix en quatre
volées qui fut remporté
par Mr de Siry de Serandey.
C'est un Gentilhomme de
bonne mine
,
& qui n'a pas
moins d'esprit que de coeur.
Il a servy long-temps dans
les Armées de SaMajesté,en
qualité de Capitaine de Chevaux.
Il alla faire compliment
à la Dame qu'il avoit choisie,
comme ayant esté animé par
elle pour bien tirer, & illuy
donna le Bal où elle parut
avec beaucoup d'avantage.
La nuit s'estant passée en
toutes fortes de divertiissemens,
on donna parole de
rendre le Prix au Printemps
prochain. Le jour suivant, la
Compagnie de Mr Dorné
conduisit en armes Mr de
Serandey jusques à la porte
de la Ville. Cent Cavaliers
l'acccompagnerent à deux
grandes
grandes lieuës, ou chacun se
Pepara, avec promesse dese
revoir au premier Prix qui
seroit donné.
Fermer
Résumé : Prix de l'Arquebuse proposé à cinquante Villes differentes par Mrs de la Ville d'Autun. [titre d'après la table]
La ville d'Autun, ancienne capitale des Gaules, organisa une fête incluant des compétitions de tir à l'arquebuse et au pistolet. Monsieur Dorné, capitaine désigné par la jeunesse autunoise, invita plusieurs villes à participer. Dijon, Beaune et Louën acceptèrent et arrivèrent avec des équipages impressionnants et des musiciens. Le 28 juin, les chevaliers se réunirent sur le Champ de Mars, accueillis par les habitants d'Autun. Après des rafraîchissements et des visites officielles, les Autunois, élégamment vêtus et armés, se dirigèrent vers l'hôtel du Comte de Roussillon, lieutenant du Roi, salués par des salves de mousqueterie et de canons. La compétition se déroula dans un édifice orné d'une effigie du roi en marbre. La cérémonie, solennelle et festive, comprenait des loges pour les marchands et les représentants étrangers. Monsieur Dorné offrit un grand repas et du vin aux participants. Le soir, un bal fut organisé, suivi d'exercices de tir le lendemain. Les festivités durèrent trois jours, avec des repas somptueux et des divertissements. Le quatrième jour, les Chevaliers furent escortés jusqu'aux portes de la ville et reçurent un repas. Un concours de tir au pistolet eut lieu, avec la noblesse présente en grand apparat. Les compagnies d'Autun, du Charolois et de Luzy défilèrent en armes, accompagnées par la jeunesse locale. La soirée se conclut par une danse improvisée éclairée par des flambeaux. Le lendemain, une nouvelle compétition de tir fut remportée par Monsieur de Siry de Serandey. La fête se termina par des divertissements et la décision de renouveler la compétition au printemps suivant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
214
p. 30-38
EPITRE. De Madame des Houlieres à M. le Duc de Montausier.
Début :
Le Dieu couronné de pavots [...]
Mots clefs :
Gloire, Apollon, Philisbourg, Louis, Valeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE. De Madame des Houlieres à M. le Duc de Montausier.
EPITRE.
De Madame des Houlieres à
M. le Ducde Montaufur.
E Dieu couronné de pavots
Apeinece matin m'avoit abandonnée,
Qu'Apollon à mes yeux encor à demi clos
S'eft fait voir de lauriers la tefte environnée,
Luy que j'avois prié,depuis prés d'une
année',
De ne plus troubler mon repos.
Vien chanter , m'a- t-il dit , vien , il
faut te réfoudre,
A célébrer encor de glorieux Exploits.
31 LOUIS à fon Dauphin vient de pref
ter fa foudre ;
Et ce jeune Heros , dont tout fuivra
les Loix ,
A pour fon coup d'Effay mis Philisbourg en poudre.
Quel plus noble Employ
pour ta voixà
Apollon , à ces mots , m'a préfenté fa
Lyre , (fons.
Dont j'ay déja tiré tant d'agréables
Je l'ay prife ; & malgré les mauxdont
jefoupire ,
Pleine du beau feu qu'il
m'inſpire , Je vais recommencer d'héroïques
chanfons.
IlluAre Montaufier , daigne les faire
entendre.
Au Vainqueur , à qui je les doy.
Sur elles tu fçauras répandre Uncharme , à qui fon coeur fe laiffera
furprendre :
b iv
32
Sers mon zele, & dis-
**
lny pour moy :
La Saifon , la Nature , & l'Art unis
enfemble
On fait pour Philisbourg des efforts
inoüis.
Tu les as furmontez ; par toy l'Empire
tremble ;
Tu reffembleras à LOUIS ,
Grand Prince , s'il fe peut que quelqu'un luy reffemble.
哈哈
Je m'étois attendue à tout ce que tu fais. (racles,
Le Dieu des Vers , dans fes OQuoy qu'on ait dit
jamais.
› ne ment
Lors qu'un Fils vint remplir tes plus
tendres fouhaits,
Apollon par ma bouche annonça les
miracles
Que tu ferois , lors que la paix
A ta fiére valeur ne mettroit plus
d'obstacles.
-33
Tu n'as que trop tenu ce qu'il avoit
promis.
Exposé nuit & jour au feu des Ennemis
On t'a yeû méprifer , en jeune teme- raire ,
Mille & mille volantes morts ,
Et l'on diroit à te voir faire
Que tu crois , qu'en naiffant on ait
plonge ton corps,
Comme celuy d'Achille , au fond des
eaux fatales ,
Qui voyent fur leurs fombres
bords ,
Des Rois & des Bergers les fortunes
égales.
Qu'on vient de découvrir de vertus.
dans ton cœur
Et que tu fais du temps un glorieux
partage!
Que ce partage cauſe &de joye &de
peur !
Reut, onregarder ſans frayeur
34
Les differens perils où ta valeur t'engage ?
Peut-on , fans t'adorer , te voir donnertes foins ,
Tantoft à pourvoir aux befoins
Des Guerriers que la gloire a couverts
de bleſſures ,
Et tantoft à tracer de fidelles peintures
Des grandes actions dont tes yeux
asl
font témoins ?
<
Le Soleil , infortuné Pere
D'un Fils indocile , imprudent ,
Depuis que Philisbourg a fenti ta colere ,
(dent,
Moins lumineux , & moins arD'un cours precipité paffe à l'autre
hemifphere ; (ploy;
11 remplit à regret fon glorieux emTu renouvelles fa trifteffe ,
Lors qu'il te voit conduire avec tant
de fageffe
Les deffeins dont Louis s'eft réposé
fur toy.
35
De quel oil penfes tu que l'Europe
regarde
Ce que tu viens d'executet ?
Tant d'Eftats , qu'en deux mois ton
bras vient d'ajoûter
Aux Eftats que le Ciel te garde,
Luyfont voir tout ce qu'on hazarde
Et tout ce qu'on s'apprête encore de
regrets
Quand on irrite un Roy , de qui rien
ne retarde
Ni les deffeins, ni les progrés.
Quelque loin que ta gloire aujour d'hui foit allée , f
Elle fait le plaifir du plus fage des Rois ,
Quand il voit ta prudence à ta valeur
mcflée ,
Affeurer le bonheur de l'Empire Fran
çois.
Plus feur de fon deftin que ne fut autrefois
b vj
36
Le tonnant Rival de Pelée , 10
Il ne craint point qu'un Fils, efface fes
exploits.
Arrêté une courfe fi belle ,
Aux douceurs du repos la faifon te
rappelle ,
Mars fuit les Aquilons & cherche les
Zephirs ,
Vien fécher les beaux yeux d'une augufte Princelle
Vien remplir fes plus doux defirs:: Ton ardeur pour la gloire allarme fa
tendreffe :
L'inquietude &la trifteffe
En ton abfence ont pris la place des
plaifirs.
Tu jouis , Montaufier , du doux
fruit de tes peines ,
Ton jeune Achille eft triomphant
De l'orgueil des Aigles Romaines ;
Vainement contre lui l'Empire. Le.
défend.
37
Philisbourg , Frankendal , Manhein,
Treves , Mayence ,
Que leurs Dieux n'ont pû garantir ,
Font bien voir,de quel fang le Ciel l'a
fait fortir ,
Et quelle habile main cultiva dés l'enfance ,
Lavaleur du Heros qui vient d'affu
jettir
Et du Necre & du Rhin l'orgueilleu
le puiffance..
Sur nos facrez Autels , on voit fumerl'encens ,.
Pourune fi grande victoire ;
Tout retentit icy du doux bruit de fa
gloire ::
Mais rien n'eft comparable aux tranf
ports que je fens.
Oui , l'amitié , l'eftime , & la recon
noiffance
Que depuis long- temps je te
doy,
38
Me font bien mieux fentir qu'au refte
de la France ,
Unfuccés dont l'éclat réjaillit jufqu'à
toy
De Madame des Houlieres à
M. le Ducde Montaufur.
E Dieu couronné de pavots
Apeinece matin m'avoit abandonnée,
Qu'Apollon à mes yeux encor à demi clos
S'eft fait voir de lauriers la tefte environnée,
Luy que j'avois prié,depuis prés d'une
année',
De ne plus troubler mon repos.
Vien chanter , m'a- t-il dit , vien , il
faut te réfoudre,
A célébrer encor de glorieux Exploits.
31 LOUIS à fon Dauphin vient de pref
ter fa foudre ;
Et ce jeune Heros , dont tout fuivra
les Loix ,
A pour fon coup d'Effay mis Philisbourg en poudre.
Quel plus noble Employ
pour ta voixà
Apollon , à ces mots , m'a préfenté fa
Lyre , (fons.
Dont j'ay déja tiré tant d'agréables
Je l'ay prife ; & malgré les mauxdont
jefoupire ,
Pleine du beau feu qu'il
m'inſpire , Je vais recommencer d'héroïques
chanfons.
IlluAre Montaufier , daigne les faire
entendre.
Au Vainqueur , à qui je les doy.
Sur elles tu fçauras répandre Uncharme , à qui fon coeur fe laiffera
furprendre :
b iv
32
Sers mon zele, & dis-
**
lny pour moy :
La Saifon , la Nature , & l'Art unis
enfemble
On fait pour Philisbourg des efforts
inoüis.
Tu les as furmontez ; par toy l'Empire
tremble ;
Tu reffembleras à LOUIS ,
Grand Prince , s'il fe peut que quelqu'un luy reffemble.
哈哈
Je m'étois attendue à tout ce que tu fais. (racles,
Le Dieu des Vers , dans fes OQuoy qu'on ait dit
jamais.
› ne ment
Lors qu'un Fils vint remplir tes plus
tendres fouhaits,
Apollon par ma bouche annonça les
miracles
Que tu ferois , lors que la paix
A ta fiére valeur ne mettroit plus
d'obstacles.
-33
Tu n'as que trop tenu ce qu'il avoit
promis.
Exposé nuit & jour au feu des Ennemis
On t'a yeû méprifer , en jeune teme- raire ,
Mille & mille volantes morts ,
Et l'on diroit à te voir faire
Que tu crois , qu'en naiffant on ait
plonge ton corps,
Comme celuy d'Achille , au fond des
eaux fatales ,
Qui voyent fur leurs fombres
bords ,
Des Rois & des Bergers les fortunes
égales.
Qu'on vient de découvrir de vertus.
dans ton cœur
Et que tu fais du temps un glorieux
partage!
Que ce partage cauſe &de joye &de
peur !
Reut, onregarder ſans frayeur
34
Les differens perils où ta valeur t'engage ?
Peut-on , fans t'adorer , te voir donnertes foins ,
Tantoft à pourvoir aux befoins
Des Guerriers que la gloire a couverts
de bleſſures ,
Et tantoft à tracer de fidelles peintures
Des grandes actions dont tes yeux
asl
font témoins ?
<
Le Soleil , infortuné Pere
D'un Fils indocile , imprudent ,
Depuis que Philisbourg a fenti ta colere ,
(dent,
Moins lumineux , & moins arD'un cours precipité paffe à l'autre
hemifphere ; (ploy;
11 remplit à regret fon glorieux emTu renouvelles fa trifteffe ,
Lors qu'il te voit conduire avec tant
de fageffe
Les deffeins dont Louis s'eft réposé
fur toy.
35
De quel oil penfes tu que l'Europe
regarde
Ce que tu viens d'executet ?
Tant d'Eftats , qu'en deux mois ton
bras vient d'ajoûter
Aux Eftats que le Ciel te garde,
Luyfont voir tout ce qu'on hazarde
Et tout ce qu'on s'apprête encore de
regrets
Quand on irrite un Roy , de qui rien
ne retarde
Ni les deffeins, ni les progrés.
Quelque loin que ta gloire aujour d'hui foit allée , f
Elle fait le plaifir du plus fage des Rois ,
Quand il voit ta prudence à ta valeur
mcflée ,
Affeurer le bonheur de l'Empire Fran
çois.
Plus feur de fon deftin que ne fut autrefois
b vj
36
Le tonnant Rival de Pelée , 10
Il ne craint point qu'un Fils, efface fes
exploits.
Arrêté une courfe fi belle ,
Aux douceurs du repos la faifon te
rappelle ,
Mars fuit les Aquilons & cherche les
Zephirs ,
Vien fécher les beaux yeux d'une augufte Princelle
Vien remplir fes plus doux defirs:: Ton ardeur pour la gloire allarme fa
tendreffe :
L'inquietude &la trifteffe
En ton abfence ont pris la place des
plaifirs.
Tu jouis , Montaufier , du doux
fruit de tes peines ,
Ton jeune Achille eft triomphant
De l'orgueil des Aigles Romaines ;
Vainement contre lui l'Empire. Le.
défend.
37
Philisbourg , Frankendal , Manhein,
Treves , Mayence ,
Que leurs Dieux n'ont pû garantir ,
Font bien voir,de quel fang le Ciel l'a
fait fortir ,
Et quelle habile main cultiva dés l'enfance ,
Lavaleur du Heros qui vient d'affu
jettir
Et du Necre & du Rhin l'orgueilleu
le puiffance..
Sur nos facrez Autels , on voit fumerl'encens ,.
Pourune fi grande victoire ;
Tout retentit icy du doux bruit de fa
gloire ::
Mais rien n'eft comparable aux tranf
ports que je fens.
Oui , l'amitié , l'eftime , & la recon
noiffance
Que depuis long- temps je te
doy,
38
Me font bien mieux fentir qu'au refte
de la France ,
Unfuccés dont l'éclat réjaillit jufqu'à
toy
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Résumé : EPITRE. De Madame des Houlieres à M. le Duc de Montausier.
L'épître de Madame des Houlières à Monsieur le Duc de Montaufier célèbre les exploits militaires du duc, en particulier la prise de Philisbourg. Madame des Houlières décrit une vision où Apollon lui apparaît pour lui demander de chanter les glorieux exploits du duc. Elle exprime son admiration pour le jeune héros dont les lois seront suivies par tous. Le duc est comparé à Louis XIV, et ses actions sont décrites comme surhumaines, rappelant celles d'Achille. Madame des Houlières loue également la bravoure et la sagesse du duc, soulignant qu'il a su conquérir de nombreux États en peu de temps. Elle mentionne les villes conquises, telles que Philisbourg, Frankendal, Mayence et Trèves, et exprime sa joie et son admiration pour ses victoires. Elle conclut en affirmant que son amitié et son estime pour le duc sont profondes et partagées par toute la France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
215
p. 28-124
DE L'ART DE NAVIGER.
Début :
Il n'y a jamais eu tant de Vaisseaux en Europe que / Entre les Arts qui sont estimez les plus necessaires [...]
Mots clefs :
Navigation, Naviguer, Aimant, Boussole, Fer, Pierre, Traité, Vaisseaux, Année, Mer, Usage, Aiguille, Monde, Art, Manière, Vertus, Nord, Pôle, Ouvrage, Cause, Expérience, Vaisseau, Secours, Pilotes, Nature, Jésuite, Secret, Découverte, Cartes, Curieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE L'ART DE NAVIGER.
Il n'y a jamais eu tant de
Vaisseaux en Europe que
l'année derniere
,
& si l'on
en peut juger par l'apparence,
il y en aura encore plus l'Esté
prochain. Cela m'engage à
vous faire part d'un Ouvrage
fortcurieux
,
dans lequel il
efl: traité detout ce qui regarde
la Navigation.C'est
une matiere d'une fort grande
étenduë, &qui doit faire
pdluaisir non feulement à ceux
mestier, mais mesme aux
indifferens, puis qu'il est fort
agreable de sçavoir unpeu
>dc tout , pour en pouvoir
parler dans le monde quand
l'occasion s'en offre.
DE L'ART DE NJVIGEK ENtre les Arts qui font
estimez les plus necessaires
aux hommes , celuy de
la Navigation a esté un des
premiers & des principaux.
L'obligation qu'il y avoit de
traverser les Rivieres, de pasfer
dans les Isles, & en d'autres
lieux, tant pour le Commerce
que pour la communication
des Habitans,les a
portez à inventer des machines
flotantes & capables de
les soûtenir sur les eaux, pour
les transporterd'un bord à
l'autre, avec ce qu'ils vouloient
y conduire , & cela se
faisoit alors sans aucun Pilote.
De là font venus les
Rats-d'eaux
,
les Bacs
J
les
Pontons, les Canots, les
Gondoles, les Balons, les
Nacelles, & une infinité
d'autres Barques
,
aurquelles
on a donné divers noms selon
l'usage & les Regions où elles
ont elle inventées, & ces
Vaisseaux pour la pluspart
estoient ordinairement faits
tout d'une Iiiece, comme de
troncs d'arbres creu sez
)
d'écorces
& de roleaux
, y en
avanr d'une grosseur & d'une
grandeur suffisante pourcela.
D'autresestoient faits de
joncs pliez & joints ensemble
; quelques-uns de bois
de sciage? & de planches
chevillées, & d'autres de
cuir cousu & end urcy. Il y
en avoit qui estant faciles à
plier, le pouvoient aifémenc
transporter d'un lieu à l'autre,
ou que l'on pouvoit porter
en leur efiarJ comme encore
aujourd'huy les Canots dans
les Indes, & les Balons dans
le Royaume de Siam, ou les
Gondoles à Venise, & les
Pontons ailleurs.
Comme l'usage de tous ces
Vaisseaux n'estoit d'ordinaire
que pour le courant des Rivieres
, ou pour leur trajet,
on n'avoit besoin pour les
conduire que de perches, de
rames, de cordages, de moulinets
3 ou de voiles; on y
employoit les uns& les autres
en ces premiers temps,
& l'on voit encore dans les
Pa ïs qu'on découvre de nouveau,
que leurs Habitans en
usent presque tous de la mes-
: me maniere. Ilyaaussi des lieux vers
le Nort , comme dans la
Norvegue & dans la Groelande
, où les Vaisseaux à
cause des glaces sont si portatifs
, qu'on les faitglisser
sur les neges pour les tranf-
: porter de Rmere à autre,
sans aucun débris,& vers la
Mer Glaciale; les Pyrates y
) ont des Vaisseaux de cuir si
bien fermez, qu'ils n'ont pas
de peine à les faire entrer
l profondement dans Teauj &L
pendant la nuit ils se glissent
sous les grands Vaisseaux)
les percent au fond de cale,
&.les font submerger
, pour
y exercer enfuire leur brigandage.
Voilà pour ce qui regarde
la construction la
matiere îz l'usage des premicrs
Vaisseaux.
On tient generalement que
les Egyptiens ont esté les
premiers qui ayent inventé
l'usage de ces petitsVaisseaux,
par la necessité qu'ils avoient :
des'en servir en certaine faûson
de l'année à cause des
inondations ordinaires que
[ le Nil fait tous les ans dans
leur Païs,ensorte que tou- tes les terresen sont couver- tes; ce qui oblige les Habirr
tans à y faire des Tranchées.
~&: des Fossez pour faciliter
lIes écoulemens de l'eau
, »5C
à se retirer avec leurs Familles
& leurs Troupeaux sur les
» éminences de leurs Terres;
) car ce Fleuve ne croist qu'à
une certaine mesure de hauteur.
Les Venitiens outre leurs,
Gondoles,se servent encore
) aujourd'huy de cette force de
[ petitsVaisseaux
)
qu'ils appellent
Fisoleroe,ils font ex- ;
tremement legers
,
& vont
aussiviste que le vent; c'est
pour la chasse de certains oiseaux
qu'ils appellent Fisoolæ,
& qui se fait sur l'eau avec
assez de divertisement. Outre
ce nom qu'ils donnent à leurs
Vaisseaux
)
ils les appellent
Fusoleroe à cause de leur vi--
tesse, ou parce qu'ils ressemblcnt
à des fuseaux, estant
ronds & pointus par les deux
bouts ; ou comme les Balons
de Siam, cymbala,longs &
ronds.
Les Syriens&lesAffricains
savoient emprunté l'usage de
olleurs Vaisseaux des Egyptiens.
Toutefois pour l'art de navviger
comme il estoit rude
5&& grossier en ce temps-là,
chaque Nation y ajoûta du
sien selon l'occasion
, & suivant
que leur propre ex perience
leur en donnoit lieu;
mais ce n'estoit pas encore our faire des voyages de
olong cours, ny pour sexposer
aux vents, & aux tempestes.
Ils ne faisoient que
costoyer les rivages, sans
entrer en pleine Mer, &
ixherchoient seulement leur
seureté en navigeant.
Il y a diversité d'opinions
entre les Auteurs àl'égard de
ceux qui ont esté les premiers
Inventeurs de la lonHruétion
des grands Vaisseaux, & des
instrumens qui fervent à la
Navigation. Quelques-uns
tiennent qu'A tlas inventa les
Navires & l'art de navi ger;
& d autres disent que ce furent
les Tyriens.
Ensuite les Copeens, habitans
de la Boeotie prés du
Fleuve Caphise, trouverent : l'usage des Rames & des Avi--:
rons. Dedale inventa le Mast ; «j
â.X. les Antennes, Icare, son
Fils, les Voiles. Les Tyrrremiens
forgerent les Ancres;
Mnacharsis fit les Harpons,
& Pericles les Crocs & les Agrafes
, pour servir dans les
combats demer. Les Platéens
J:onlpaiIcrent les premiers la uste largeur des Vaisseaux;
car auparavant ils estoient
oous bien plus longs que lar-
D'res) & toutefois capables de
recevoir beaucoup de personnes&
de bagage, selon la
ongueur des arbres, des ro- caux, ou des écorces dont
2ls estoient conitruits.
Quant à la difference des
Vaisseaux,& à leurs équipages
3
on donne à Tiphis
l'honneur d'avoir inventé
l'art & les regles de bien naviger
, & de conduire les
gouvernail comme un bon
Pilote. Minos composales
premier l'ArméeNavale.Eole
enseigna aux Nautonniers lai)
maniere de gouverner les
Voiles. Enfin on ajoûta tantii de découvertes à la Navigation
,
qu'elle commença àe
devenir plus parfaite, & alors
le desir de connoistre les>3
Regions &les Peuples, pOftaÕJ
ceux qui en avoient déja quelque
experience,àpasser en des
Païsun peu plus éloignez,&
à y transporter des vivres &
d'autres choses necessaires,
puur établir une espece de
commerce.
Entre ces Vaisseaux qui
commençoient déja à pouvoir
souffrir la Mer
3
les Galeres
semblerent d'un ufaec
aasfsletzzccoommmmooddeeppoouurrlleeuurrlele--
gereté & pour leur virefe;
Diodore dit que Sesostris Roy
d'Egypte
, & Successeur de
Moeris
, a esté le premier de
tous qui se soit servyde Galere
?
& qu'ayant dompté les
Habitans d'autour de la Mer
Rouge, il tâcha de conduire
un Canal navigable depuis le
Nil jusqu'à cette Mer.
Thucydide rapporte que
Damased'Erictée inventa
la premiere Galere à deux
bancs, & Aminocle de Corint
he,celle qui estoit à trois.
Aristote aécrit que les Carthaginois
formerent celle qui
en avoit quatre. Nesictonde
Salamine en fitune de cinq;
& selon le témoignage de
Polybej, lesRomains furent
les premiers qui firent construire
une Armée navale de
cette sorte deVaisseaux,dans
l'appareil de guerre contre
les Carthaginois. Xenagoras
de Syracuse inventa des
Galeres à six bancs. Mnefigethon
en composa juiqu'l
dix; Alexandre le Grand,
jusqu'à douze. Ptolemeus Soter
en fit faire une jusqu'à
quinze, Ainsi le progréss'en
augmentoit detempsen
temps, & selonles expcriences
& la force des Vaisseaux
? qui devoient tenir la mer ,
& y resister
,
& alors les rames
estoient autant en usage
que les voiles.
Mais quand le bruit se fut
répandu par toute la Grece,
que Jason commandé par le
Pvoy Pelias devoit entreprendre
un grand voyage par -
mer, pour aller en laColchideàla
conqueste de la Toison
d'or, toute la Fleur de la
jeunesse de Grece voulut avoir
part à cette fameuse navigation
dont tout le monde parloir.
C'est ainsi qu'en usent
les Volontaires dans les grandes
Expéditions. Le nombre
en fut de cinquante-quatre?
des plus braves & des plus
considerables de laGrece.
A ce sujet on construisit
une Galere à trente ttaçcs de
chaque costé,ce qui n'avoit
:, point encore esté fait jusques
alors. Ce fut Argus Fils d'Arestor,
qui en fut l'Architecte
,
&qui luy donna de son
nom celuy d'Argo
,
& ceux
qui le monterent furent delà
appeliezArgonautes, si l'on
encroitApollonius le Rhodien.
ToutefoisDiodore dit
que ce Vaisseau futainsi
nommé à cause de sa legereté;
& Ciceton assure que
cetre Galere portoit ce nom
à cause de celuy des Grecs,
qui s'appelloient alors Argi,
ve5,du nom de la Ville d'Argos
dont ils estoientoriginaires.
Typhis,commePilote
pour son experience, prit la
conduire de ce Vaisseau?qui
a esté si renommé dans la
Grece,& qui pourainsi dire
a merité d'estre transporté
dans le Ciel, pour y faire unes,
constellation entre les autres
Astres.
Moreri dans son Diéèion-I
naire historique, marque que
cette Navigation se fit en
l'année 2792. de la Creation
du monde, s'il y a quelque
ombre de verité en cette histoire
si fabuleuse. Tout le
mistere de cette Conqueste
rin'ciloit que le secret & la
b découverte de la Pierre Philosophale,
que les Anciens
couvroient des voiles decette
IFabïe.
Mais quel que éclat que cet-
,ne Navigation au eu, & quoy
pqu'on l'éleve au dessus de
toutes les autres entreprises
maritimes,elle n'est presque
nrien à l'égard de ces grandes
Navigations qui se sont faites
bdepuis dans toutes les mers
asses plus vastes
,
& jusquss aux
Regions les plus reculées, &
dont la découverte n'a pû
fc faire sans le secours de
l'Aimant & l'usage de lal
Boussole.
Les bancs des Galeress'aug-
-
menterent encore de nombre
,
puis que Ptolomeus Phi-
- ladelphus en fit faire une de
quarante, & Ptoloméus Phi- -
lopator; surnommé Triphon, (J
uneautre desoixante.
Mais de quelle quantité de 3
Vaisseaux
? & de quelle grandeur
Xerxes, Roy des perses,
<; necouvrit-ilpasl'Hellespont
avec son Aimée navale? Le
nombre en estoit du moins
de
bde mille. Quelle hauteur,
quelle force & quelle profondeur
n'avoient pas les Navires,
dont il fit faire un pont ilié de chaifnes pour joindre
l'Asie à l'Europe. Toutefois
avec ce grand appareil de
guerre sur mer) il fut vaincu
par Themistocle prés de Salanine
,
&: contraint de se sauver
avec une petiteBarque.
Aprés tout, l'on remarque
ussu'en ces temps-l à les Pilotes
¡;tn'dvoient point d'autres guiotes
que leurexperience, la
lécouverte des Isles & des
Terres qu'ils avoient euxmêmesveuës,
des Golphcs-oùi
ils étoieut arrivez, des banc
&des écueils qu'ils avoient
€vitez,desRéd uits &desSinus
qu'ils connoissoient, & l'ot<
fervation des Estoiles qui leult
servoient à se conduire; U
quand ils avoient perdu leutfj
tramontane,ils couroient riQ
que de faire naufrage. -Ju-nques
alors les Cartes marines
& les Mappemondes n'e-a
stoient point en usage; aussi
leurs Navigations n'estoient
elles pas fort grandes, & les]
naufrages pouvoient estre aie
sez frequens
Y
puis qu'il
alloit assurer sur la force de
ses bras, sur l'industrie des
Nautonniers, sur la conduite
les voiles & des rames, pour
se tirer des écueils, des bancs
de sable, & des détroits perilleux
quand on y tomboit.
Aussi remarque-t-on que
la pluspart faisoient ferrer
leurs Vaisseaux sur le devant
& fous la carene, pour les rendre
plus solides contre les vagues,
& pour en empescher
le débris contre les rochers
sachez.
On donnoit aussi ancienment
des noms specieux aux
Vaisseaux les plus considerables,
commeon le voit au * combat navaldécric par Virgile
dans le cinquième livre
de son Eneide, où il nomme
trois Vaisseaux, la Balene, le
Centaure, & la Chimere. Et
aujourd huy encore à Venise
n'ya-t-il pas le Bucentaure,
qui est un Vaisseau de solem-
- nité & d'apparat, d'une pro--
digieufe grandeur, qui se démonte,
& qu'on remet enn
efur quand le Doge fait la
ceremonie d'aller e pouser la
Mer. De mesme dans les Arméesnavales
il y a des VaiC-l;
séaux qu'on nomme le Grand
„
Amiral, le Vice -
Amiral, la
) Capitane, &c.
Les Anciens en avoienten-
) core de differente nature, les
uns decharge,& les autres de
3 guerre. Les premiers estoient
) ordinairement plats, & fervoient
au passage des gens
de guerre, du bagage, des
rl harnois & des chevaux. Ce
fut Hippius de Tyr qui les
inventa, & on lesappelloit
Hippagines
, non pas de son
nom, mais dumotGrec de
3 cheval. Les autres qui servoient
dans les combats d.,
mer, estoient gros & ronds)
munis de becs de fer & poin- !
tus> pour percer de roideur :
ceux des Ennemis à force de : bras, & par la violence des ;
rames, & les couler à fond.
Aussi estoient-ils appellez;
rostratæ na-La Navires à bec.
De là cft venu chez les Romains,
que le Senat estoit
apellé l\Eflra, & que pro rostris
dicere,veut dire haranguerdevant
leSena,parce que quand
Romains avoient pris des
Vaisseauxà bec sur les Ennemis
dans quelque combat
on leur coupoit ce bec., &..
~oon l'attachoit le long du
éIBarreau où se faisoient les
harangues, & où fevuidoient
}llcs causes; de mesme que l'on
fc attache aux voûtes des Temples
les Drapeaux & les Eten- bdardsqu'on prend sur les
3 Ennemis.
Ces mesmes Vaisseaux de
guerreavoientaussi des Tourelles
sur la poupe, d'où la
Milice combattoit à coups
) de dards & de Bêcbes) &
jettoit des feux & d'autres
machines de guerre dans les
Vaisseaux des ennemis,comme
du le mesme Virgile dans
la peinture qu'il fait du combat
naval de l'Empereur Auguste
contre Antoine &
Cleopatre.
1 Ces Vaisseaux avoient encore
les Pàvoijddes3 qui cG
toient des ceintures de boucliers
rangezsur le bord
>
avec lesquels la Milice se
mettoit à couvert contre les
traits des ennemis ; & l'usage
s'en garde encore maintenant
dans les grands Vaisseaux de
guerre, maisplûtost par parade
qu'autrement. Ce font
de grandes ceintures d'étose
ordinairement d'écarlate, tausquelles
on donne le nom.
de Pavesades, par le changement
de quelques Lettres.
Il faut maintenant parler
de l'usage de la Boussole
,
qui
estla conduite la plus reguliete
dont les Pilotes se fervent
avec le secours de la
Carte ou Mappemonde,pour
faire de grands voyages par
mer,& ellen'a estéd écouverte
que depuis trois ou quatre
cens ans,par le moyen de l'Aiman,
il estfacile de croire,
comme j'ay dit,que l'on ne se
conduisoit furmpr auparavant
quepar sa propre experience,
par les vents,& par les Af-
!
tres : ce qui se remarque dans
toute la Navigation des Anciens.
Mais il semble que la Divine
Providence avoit renfermé
tout le secret de la Boussole
dans le seul Aiman ; car
en effet sans le secours de :
cette Pierre, l'usage n'en au-«
roit pasesté connu. LaBoussole
que les Latins appellent:
ACHS Magnetica navicularia, Aiguilleaimantée, ou Pixis
nautica,àcausedesa boëte)
est un infiniment fort necessaire
àla navigation. Cest;
une découverte des derniers
ficcles. dont les Anciens
n'ont point eu l'urage. Il est
vray que les vertus & les facultez
de l'Aiman leur ont
esté connuës, en ce qu'il attire
à soy le fer; mais ils n'ont
pas sceu que ce mesme fer
touché de l'Aiman eustune
propriété pour se tourner vers leNord& le Midy; & c'est
là cette noble connoissance,,
qui a servy à découvrir les.
nouveaux Mondes, les Isles
inconnues
?
les Nations les
plus éloignées, & pour ainsi
dire, à enrichir l'Europe par
le commerce& par les frequentes
navigations qui se
font faires,& se font encore:
en toutes Izs parties diu
monde.
Quoy que les Anciensscessent
les vertus de l'Aiman,
&: qu'ils enayentécrit,
comme AnHore, Platon,
Pline,&plusieursautresdont
nous parleronsa on ne voit
rien dans leurs écrits de la
Boussole, & le temps que l'on
commença à se servir dans
l'Europe de l' Aimanaulieu
de Boussole
,
est environ dés
l'an 1260. que Paul Venitien,
ayant fait un voyage dans la
Chine, en apporta le secret.
Les Chinois s'en servoient
de cette maniere. Ils suspendoient
un morceau de la
pierre d'Aman sur un morceau
de Liege, & le laissoient
flotter sur l'eau dans un Basfin
ou un Cuveau, & ce
Liege avec l'Aiman nemanquoit
pas de tourner du
costé du Nort. C'estoit-là
leurBoussolequileurfaisoit
connoistre l'Etoile polaire,
&; la maniere de con duire
leurs Vaisseaux sur la Mer,
ce qui a duré chez eux jufques
au milieu du ficcle precedent.
Ce mesme usage de cette
forte de Boussole a duré aussi
en Europe un assez longtemps,
jusqu'à ce qu'un certain
Flavius Melphitanus,
trouva le secret de la Boussole
, & par cet instrument
il donna moyen aux Espagnols
de naviger au nouveau
Monde,&d'y découvrir
la Castille d'or, & d'autres
parties de l'Amérique,
comme la Riviere de Platoe
& de Parana; c'est ce que
rapporte Petrus Cic'{tt , en
son traité de la Marine. Collenutius
dans son Histoire de
Naples en fait aussi mention;
•ôcjonjitisappelle la Boussole,
la regle des Nautonniers ou
de la Marine.
Mais d'autres attribuent
cette découverte à un certain
Jean Gira, natif du Bourg
d'Amalphi dans la Campanie
au territoire de Rome,
environ l'an 1300. Cela a du
rapport avec ce qu'enécrit
Collenutius. Toutefois il se
peut faire que ce Gira ne
trouva feulement que le
secret de faire la Boussole ;
c'est a dire de faire la Boëtte
êc de suspendre les aiguilles
aimantées sur un pivot, pour
leur donner le mouvement
qu'elles ont. Mais on demande
si le Lys qui se
met en toutes les Boussoles
pour marquer le Pole ou le
Nort , en conduisant l'aiguille
sur ce Lys qui est la
marque du Midy, n'est pas
un indice, que lesFrançois
ont trouvé le secret de mettre
les Boussoles dans leur
perfection
, car toutes les
Boussoles font marquées de
cette fleur Royale, & mesme
en quelque Païs que cesoit
que l'on en fasse
, pourune
instruction generale on y
ajoute ce Lys.
Aussi est-cedepuis ce tempslà,
que l'Art de naviger a
acquis de la perfection,& est
ca si grande estime cheztoutes
les Nations, qu'on a tâché
dans Les deux derniers
Siecles à le porter à son plus
haut point de perfection &
qu'enfin fous le Regne de
Louis LE GRAND
, on Jo
proposé des recompenses
considerables pour ceux qui
y feroient quelques nouvelles
découvertes.
Eneffet, Comme le commerce
unit les Nations les
plus éloignées, & n'enfait
presque pour ainsidire qu'un
seul peuple, qu'il porte les
richesses dans les lieux les
plus infertiles qu'il y répand
l'abondance & qu'il fait
voir les Indes Orientales &
Occidentales, la Chine & le
Perou dans l'Europe, ne doiton
pas dire que la Boussole,
qui fait tant de merveilles,4 trll un ouvrage & un miracle
de l'Art,publique c'est sur
elle que l'onasseure sa vie,
ses biens & sa fortune, & que
l'on va sur toute forte de
Mers par son secours, aussi
aisement & avec autant de
seureté que sur rcrrc)& qu'enfin
l'onattire les peuples les
plus Barbares, & les moins
civilisez à des connoissances
qu'ilsn'auroient jamais euës,
& à des alliances qui ne se
(
seroient jamais faites,témoins
les Ambassadeurs d'Ardra
dans la Guinée, ceux de
Moscovie, d'Alger, de Maroc
de Fez, & de nouveau ceux
de Siam,& d'autres?
Comme l'aiguille aimantée
est la principale partie
& la plus noble de la
Boussole, on doit avoir un
grand foin de la mettre dans
sa perfection
, & dans une
liberté qui la laisse bien agir.
L'aiguille ayant esté frottée
de l'A iman) acquiert les
mesmes proprietcz que cette
pierre renferme en soy, & les
conferve des Siecles entiers.
La Boëte ou elle doit estre
enfermée,est ordinairement
de bois, ronde ou quarrée;
il n'importe, mais sur tout il
faut se donner de garde de ;
n'y mettre aucun clou de fer,
puis qu'il feroit une attraction
de l'aiguille. La grandeur
de la Boëte fera de cinq
ou six pouces de diamettre.
On plantera au milieu un pi-
-
vot à angles droits fait de
cuivre,c'est la matiere la plus
propre, décrivant avec le
Compas un Cercle Concentrique
en la mesme Boëte.
Ceux de Marseille ont acquis
a réputation d'y travailler
excellemment.
Au retour des grandsvoyages
, on doit laisser les Boussoles
en leur état & dans leur
situation naturelle; elles ne :
se gastent pas pour estre dans
le repos. Quelques-uns atta--
chent la roteavec l'aiguilles
pour luy donner plus de fermeté
; celle d'un Cadran solaire
est tropvive pour unn
Vaisseau qui est toujours
dans l'agitation,&on auroit
peine à s'y regler. Pour lasJ
figure de l'aiguille aimantée
cela dépend des habiles Ar..]
tisans, & qui en connoissentir
les défauts & la perfection.
On a remarqué du moin
vingt declinaisons de l'Ai
man ou de la Boussole, c'est
¥
a quoy les habiles Pilotes
prennent ordinairement gar- de,pour se regler sur leurs
Cartes &asseurer leur Navigation
; les. sçavans Auteurs
enseignent à les corriger.
Toutes les Nations del'Europe
se font accord ées à diviser
l'horison en trente-deux
Rumbs
,
qui font autant de
routes différentes
, que le
Vaisseau doit suivre par le
moyen de la Boussole, estant
pouffé du vent. Chaque
Rumb ou route est éloignée
l'une de l'autre de onze degrez
& un quart; & quoy
que cette division puisse s'e
tendre jusqu'à trois cens soi
xante degrez
,
la premiere est
l'ordinaire de tous les Pilotes
& sur laquelleils sereglent
& leurs Cartes font marquées
de ces trente-deux Rumbs:
qui font les vents, & ces
vents font les routes qui regardent
les parties du mon.
de. Je laisse aux Curieux à
visiter les Cartes,& à enapprendre
les noms qui y font
marquez, & principalement
sur la Boussole.
L'aiguille de la BoUssole.
ayant acquis la mesme vertu
de
de l'Aiman qui l'a touchée,
laconserve dans cette admirable
& surprenante proprieté
,
qu'elle tourne naturelle.
ment un de les bouts au Nort
& l'autre auSud, qui luy est
opposé; & le Lys qui en: en
la Rose legarde toujours le
Nort ; ainsi en suivant les lu
gnes qui font marquées en la
Boussole seulement avec
l'oeil, on peut connoistre
en touttempsl'end roit de
l'horison
,
les quatre Vents
principaux, & pareillement
tous les autres.
L'avantage que son tire
de la Boussole., qui rend la
conduite du Vaisseau tresaisée
, est qu'elle represente
toutes les routes dans la mesme
disposition qu'elles font
en effet
) & l'experience &la
pratique en font connoiftrc
lavérité.
C'eil: une chose merveilleuse,&
qui donne un grand
avantage à la Navigation;
que par la conduite de la
Boussole,le Pilote peut tel.
lement gouverner ion Vaisseau,
dans les plus épaisses
tenebres de la nuit qu'il n'a
besoin ny des Astres ny de
;
lumière,& mesme il le gouverne
aussi-bien estant dans
le fond decale, ques'ilestoit
sur la poupe ou sur le tillac.
Il ne leur importe de voir la
Mer, ou de ne la pas voir,
non plus que le Ciel, ny aucune
Estoile remarquable
qui puisse luy designer quelque
Region ou Cap.
Les habiles Pilotes portent
quelquefois plus d'une Bousfoie,
ou une pierre d'A iman
dans leurs voyages de long
cours, à cause des accidens
qui sont à craindre, & c'est
une précaution qu'il est bon
d'avoir. Ce n'est pas que l'aiguille
d'un Cadran ne pust
servir deBoussolleencasdecas denetr.
1 ", 1 cessitépourvûqu'on la mette
sur du liege flotant, sur de
l'eau dans un grand vase
, car
elle marquera toujours le
Nort, ou l'Estoile polaire.
C'est comme les Anciçns en
usoient.
Si l'Aiman ou l'aiguille
aimantée de la Boussole n'avoit
point de declinaison,
l'art de la Navigation Seroit
entierement allure en son
principe;& le Vaisseau suivant
si ligne marquée par le
ent ou le Rumb< ne s'écarteroit
jamais de sa route, ce
pgui ne se peur faire sans dé*-
sliner.
Enfin,comme jel'ay déjai
Hit,ilya un grand nombre
He declinaisons que les Carycs
enseignent, & les Auteurs
qui les marquent dans
eurs traitez, font à consulter.
Comme l'aiguille de la
Boussoleales mesmes vertus
yc proprietez que l' A iman , est à propos de parler de
cette Pierre, pour faire l'uion
de l'une avec l'autre.
PlusieursAuteursontécrie
de la nature & des vertus de
l'Aiman à l'égard du fer qu'il
attire,&en sontun prodige
denature. S. Augustin mesme
en saCité deDieu,Isidore,
Platon & Theophraste en
disent des merveilles, & pour
la découverte, Nicander
&'. Pline aprés luy rapportent
qu'il fut trouvépar ha"
zard de cette maniere.
Un Pasteur l10mnlé¡rAa.,
snety menant paistre son ,troupeau sur le montIda en
Phrygie,s'apperceut que M
fer de sa houlette & lescloud
de ses souliers le tenoient ans
resté. Il en fut surpris, & en
avertit ses Compagnons qui
meurent la curiosité de tirer
p quelquesunes deces Pierres
bdulieuoù elles estoient, &
bd'en faire l'experience, ce
quiayant réussi, ils nommeirent
l'Aiman Magnes, du
nom decePasteur,&ce nom
ulluy est demeuré depuis en
Latin. La chose se divulgua,
&&C cette vertu cachée & secrete
fut ainsidécouverte.
D'autres donnent le nom de Magnesà l' Aimant de
Celuy de Magnesie, Ville de
^Macédoine) tirantversle lac
*Boebti$3 où il se trouve sur le ;
mont appellé Capo virilichi
de Natolie; d'autres le nomment
encore Heraclion
,
du J
nom de la Ville d'Heraclée *t
parce qu'on y en trouve aux
environs;ou du nom d'Hercule,
i cau se de sa foreeattra--
ctive envers le fer.
Sotachus faitcinq especes
d'Aiman
>
& les divise de
cetre forte
,
le premier qui.
vient d'Ethiopie
)
le second,
qui se trouve en Phrygie ou àCapo-Virilichi,le troisiéme
prés d'Echium,Ville de Boeotie,
le quatriéme en Alexan-
,j
drie de Troade, & le cinquiéme
à Capo de S. Georgio
>W*7guiefeo> à une lieuë & den
mie de Prague. Il y en a de
maslme & de femelle, dont les
vertus font différentes. On
en voit de diverse couleur;
mais le bleu est le plus
excel lent & le plus precieux
b de tous. Il s'en trouve de
) cette especeen une Contrée
) sablonneuse appellée Zimiris.
Le blanc n'a pas tant de force,
) & les Italiens l'appellentCalamita
bianca. Ce n'est pas
) qu'il n'yen ait en Allemagne
) d'excellent; mais le meilleur
est celuy quiattirele fer d'une
costé, & lerepousse de l'autre.
Ainsi dans l'Aiman la partie
Boreale qui attire le fer, doit
regarder la Boreale,de mesme
que l'australe qui lerepousse,
doit regarder l'australe.
L'Aiman que l'on nomme
Theamedes,&que les Allemans
appellent Ein Bleser, n'est pas
uneespece difference;car tout
Aiman qui attire le fer, &
montre les plages du monde
par une de ses parties, le
repousse de la partie opposée.
On voit ainsi dans l'Aiman.
que les parties opposées font:
Il des effetsdifferens.
C'est une erreur que les
Vaisseauxqui ont des cloux de fer,demeurentattachez à.
u une Montagneversle Nort,
«» s'ils en approchent de trop- prés, à cause de rAitnan
qui s'y trouve, & qu'ils ont
peine à s'en tirer; mais c'est
une merveille qu'un fer libre
& plus leger qu'une pierre
> d'Aiman, y courtnaturellement,
&tache de s'y joindre,
& si le fer est attaché & plus
pesant que la pierre, l'Aiman,
, court au fer & s'y joint.
Il faut pour la conservation
de l'Aiman qu'il soit enfermé
dans la limaille de fer
..J
où
il conferve ses forces, les
augmente,& en fait sa nourriture
; de plus il communique
sa vertu au fer, comme
on le remarque aux anneaux
d'une chaisne, dont l'un attire
l'autre, parce que la
vertu de l'Aiman [rani pire,
& passe au travers de chaque
anneau jusqu'au bout de la
chaisne&dansl'estenduë ou
cercle de son activité. Dans
cette attraction il est necessaire
que l'Aiman soit plus
pesant que le fer
, autrement
,'lPAiman iroit au fer ; mais
quoy qu'il en soit, c'est toûjoursl'Aiman
qui attire selon
le sentiment de tous ceux qui en ont écrit.
Ce qui est encore de plus
merveilleux, l'Aimanne laissse
pas d'attirer le fer au travers
du bois,de la pierre &
du verre mesme
,
& ces corps
ne mettent point d'obstacle
sa vertuattractrice. Cette
vertu naturelle ressemble à
La lumiere
,
qui passe au travers
des corps diaphanes &
ransparens
, ou au son qui
raverse les corps les plus solides,
& vient fraper lesorei
les; maisc'est une chose a
sez étonnante que l'Aima
ayant tant de simpathie ave
le fer, se fortifiant dans
limaille, & y acquerant me
me de nouvelles forces,
n'agit pas également en tou
tes ses parties, que d'un cost
il l'attire
,
& de l'autre il
repousse. D'où luy vient ce
amour & cette aversion
un mesmetemps? Ce son
des merveilles qui doiven
estre admirées des hommes
& qui ne sçauroient estr
connuës.
L'onpourroit douter sil'Aiman
souhaite s'unir au fer,
ou lefer à l'Aiman pour se
revestir de ses vertus, combine
font, attirer un autre fer,
:Jx, montrer les plages du
)rmonde, & cette propriété
est sans doute la plus Dclle,
a plus curieuse & la plus
dmirable , puis que par le
)lnoyen d'une aiguille aimansèée
,enfermée dans une Boufole
,
l'on trouve le pole, l'on
onnoiftle point arctique&
antarctique, l'on parcourt
joutes les Mers aussi-bien la uit que le jour, & l'on peuc
adresserdes routes sans erreur
à toutes les parties du
monde, & mesme jusqu'aux
Antipodes.
Voicy uneexpérience aC
fez aisée pour connoistre
dans une pierre d'Aiman le
point boreal, & le poin
austral. Il faut la mettre dan
une écuelle de bois sur une
eau reposée dans un bassîn
Cette écuelle tournera assc,,:
long-temps sur l'eau, jusqu'
ce que le point boreal d
la pierre ait trouvé le pol.
boreal
,
& alors elle s'y an
restera, & cela donnera lier
de distinguer dans l'Aiman
v !!a partie boreale & l'australe.
[ La mesme experience se peut
encore faire avec un filet;
) car si vous suspendez une
pierre d'Aiman, elletournera
long-temps jusqu'à ce qu'elle aittrouvé son pole. Ilenest de mesme de l'aiguilleaimantéeenfermée
dans sa Boussole&posée (u-r
son pivot;elle ne se reposera
pas qu'elle n'ait trouvé son
ÎNortj&enle montrant elle
amontre toutesles autres parties
du monde dans le mesme
temps. Elle a la mesme aé\ivite
que l'Aiman, & la garde
pendant tout un siecle sans
en este dépoüillée, à moins;
de quelque accident, comme;
du feu.
!
Il y a encore un moyen de
découvrir le point concentrique
de l'Aiman. Il faut
mettre un fer surun ais bien
poly,& luy presenter la pierre
d'Aiman.Alors on y verra
le point d'attraction & d'activité
; d'abord le fer tremblera
& suivra l'Aiman pour
s'y attacher. C'est une mer-j
veille que l'esprit de l'Aiman.
s'épanche sur le fer fl-J
1
tost qu'il enest coucher dans
son irradiation il se forme
un cetc le où s'étend sa vertu
inspirée.
Theoprafte Paracelse écrit
que les forces de 1" Aiman
peuvent Cllre augmentées à
l'infiny ,jusqu'à arracher un
cloud attaché dans une mu,,
raille, ce qu'il a mesme ex*
perimenté.
Claudien qui a écrit du
temps de l'Empereur Theodose
en l'année427. a fait
une admirable descriprion
de la pierre d'Aiman & de
ses vertus en une de ses Elj-.
L
grammes. Il la represents
sous la figure de la Déesse
Venus,&le fer fous celle du
Dieu Mars, & nous donne
une merveilleuse peinture de
leur simpathie & de leur amour.
Aussi n'y a m1 rien de
plus éclatant en la nature,
& qui paroisse plus aux yeux
que cetteviveimpression qui
feO'ne entre cette pierre& le
fer. On se sert de cet exemple
pour montrer qu'il peut
y avoir d'autres fimpathies
en la Nature, sinon auni
fortes, du moins approchantes
,
telle que la poudre
de simpathie par le vitriol
Romain avec le fang
d'une playe.
* On tient qu'AlbertleGrand,
qui a traité de l'Aimanjavoit
aussi la connoissance de la.
Boussole. C'est la pensée de
Cardan au 7.liv. de la Subtilité,
où il parle amplement
des vertus & des propriétés
de l'Ainlan., de sa découverte,
de ses effets & de ses
especes.
Jean-Baptisse Porta, Napolitain
, a fait un traité particulier
des merveilles de cette
Pierre. Zuingerus en parle
beaucoup en son Theatre de
la Vie humaine; maisjamais
personne n'en a pû découvrir
la cause, &Dieu a voulu
que ce secret demeurait
caché dans la nature.
Ansclme Boëce de Bort,
en son histoire des Pierres
Precieuses, qu'il dédia àl'Empereur
Rodolphe II. dont il
estoit Medecin, & qu'il mit
en lumiere l'an
1 514. comme ;
aussîdans les Commentaites <
qu'il a faits sur la Pratique
dorée de Jean Stocher, im--
primez a Leyde l'an 1634,
parle àfond de l'Aiman^ôc>:
le préfere mesme à toutes les
Pierres les plus precieuses
pour ses vertus & ses proprie.
tez. Il dit que les unes ne
font que pour la couleur, le
brillant&labeauté, & pour
[
plaire
-
aux yeux, & l'autre
pour ravir l'esprit.
Mais à propos de la Bouf-
[ole, il y a encore une autre
L
merveille, que plusieurs Pi-
[ lotes ont ebservée dans leurs
[ Navigations. C'est que quand
[ le Vaisseauapasséau delà de
[ la Ligne meridionale,la Boussole
se sent affoiblir, & panche
ducollédu Pole Antarctique,
comme s'il y
avoit une autre montagne
d'Aiman dans l'extremité de
l'Amerique versle Pole Austral,
qui l'attiraft, cette quatrième
partie du Monde n'estant
pas encore entièrement : découverte.Quelques-uns;
mesme tiennent qu'il y en
peut avoir une, par les declinaifons
qu'ils remarquent en laBoussoleau delà de laLigne;
mais cette Boussole re- - prend toutes ses forces su tost
que le Vaisseau retourne au
dessous de la Ligne? en tirant
un peu vers le Nort:& par là
on
on presumeque cette aiguille
aimantée regarde plûtost les
IPoles que les plages du mon-
3 de. Ceux qui ont navigé le
iplus prés vers l' Amérique, se
sont apperceusque leurBous.
sole declinoit de quelques
bdegrez contre l'Occident, & ils ont remarquécela sur leur
Mappemonde par les hauteurs
du Pole Austral.
.: Comme le rond de la terre
est divisé dans saSphere
en360. degrez, & la Carte
bdes Pilotes en 32. Vents,qui
sont autant de plages;il leur
3eft facile de voir combien ils
sécartent de leur route ,6c
de la reprend re par le secours
de leur Boussole,ensupputant
les degrez. Cette aiguille:
(ertaufS de guide sur laterre;
4
ayant un Cadran solaire, on
y remarque le Nort, en la
faisant tourner sur la pointe:
du Midy, qui est la Fleur de :
Lys:&enconnoissant le Nort,
on connoist les autres parties,,
leMidy,l'Orient & l'Occi--
dent. On peutmesme par
son secours traverser les plus
vastes landes & les plus gran- -
des forests, l'aiguille mar--
quant toûjours le Pole Arctique.
LaBaussole sert aussi à
l'Ichnographie,quiest tracer
& décrirelafigure d'une
Ville, le plan d'un Chasteau,
ou d'une terre, ou d'unautre
lieu par ses éminencces,& par
les reduirs,en se servant de
;
pals ou de pieux pour marquer
lesd istances.
L'on a inventé encore
beaucoup d'autres secretscurieux
par l'usage de la Boussole,
& divers Jeux d'esprit
qui surprennent ceux qui
n'en sçavent pas le Cecree, &
qui se persuadent qu'il y a
de la magie ou de l'enchan..
tement. Boëtius en rapporte
de fort subtils en son histoire
des Pierreries,au chapitrede
l'Aiman.
Il nous reste à voir quelques
Navigations des plus
celebres qui se font faites depuisladécouverte
de cette
Boussole. Celle de Chriftophle
Colomb, natif de Gennés,
ne se fit que plus de cent
quatrevingt ans après ; il
découvrit la quatrième partie
du monde, qui est l'Amerique,
& ce fut l'an 1492.
pette partie futainsi nommée
&Arrimons Vespatius de
j Florence, qui y fit voile en-
1fuite
,
& l'an IJI?/.Ferdinand
ni Magellan trouva ledétroit
: qui porte son naIn, Magella-
„ nique, & fit le circuit du
1 monde. Mais aujourd'huy la
1 Navigation est élevée à un
1 point où elle n'avait point
| encore monré, &la France a | sesTyphis& ses Argonautes,
; qui n'apprehendent point les
écueils, les bancs, & les au-
<
tres perils de la Mer. Le nombre
s'en augmente tous les
l
jours, leur experience les rend
t maistres dés leurs premiers
voyages. De plusonnepeut
donner assez de loüanges, aux
habiles Cosmographes &
aux illustresMathématiciens,
dont les Ouvrages
célébrés onc beaucoup
servy à la Navigation; les
Arias que l'on a faits en
Hollande, pour la defeription
des Mers
1
des Régions
&des Terres, fonr encore
d.un grand secours aux habiles
Pilotes.
J'ajoute icy pour la curiosité
de ceux qui voudront
s'instruire de tout ce qu'on
peut connoistre sur la Navigation,
& sur toutes les parr
ties qui la regardent,un Catalogue
des Auteurs les plus
fameux qui ont écrit de cette
Pierre Nonius, célébré
Mathématicien Portugais, en
l'année 1330. fit un Livre de
la Navigation, divisé en deux
parcies, où il traite des Cartes
marines, & des instrumens
qui fervent pour trouver
l'élévation du Pole: il y
explique lanaturedes Lignes
Loxodromiques
,
quels font
les instrumens les plus propres
pour faire une heureuse
navigation, &lesReglesque
l'on doit suivre pour le mesmeeffet.
De plus) il donne
folurionauxquestionsqu'Alphonse
Sofa luy propose sur
ses doutes qui regardent les
vents & le lever du Soleil. Il
faut dela pénétration pour
un si sçavant Auteur, dont
les queitions font curieuses.
Pierre Medina, Espagnol
) mit au jour en l'année 1561.
un traite en sa langue, divile
en huit livres; où il expose
les principes de la Sphere,
& sur tout ceux qui regardent
la Navigation. il
parle de la Mer, des courans,
des-bancs de fable les plus
fameux
,
des presages de ta
tempeste, desvents & de
leur
- cours, de la hauteur
des Etoiles
,
de l'élévation
du Pole) de la declinaison
du Soleil, & de celles de la
Boussole ; de la Lune & de
ses effets à l'égard du flux'J
des connoissances parfaites
duCalcndtier, & d'autres qui
regardent la Marine. Cet
Ouvrage a semblé assez curieux
pour avoir esté traduit
en François par Nicolas Nicolas
du Dauphiné, Geographe
du Roy. On la imprimé
à Lyon.
Jacques Severrius, donnas
au Public en l'année ijp8,
un Livre intituléde ,-
Orbes
catoptrico, où l' Auteur ex-- ''-' plique plusieurs choses qui
regardent la parfaire Navi.,;
gation, & les regles que
l'on y doit suivre.
Jean Garcia
,
surnommé
Ferdinand, mit en lumiere
en l'année1598. un Traité
fort curieux pour les Pilotes;
& pour la conduite desVaisfcaux
; où sont expliquées:
diveifes matieres, comme Jar;
declinaison du Soleil; lan
maniere de prendre les latiuudes
par la hauteur de TEooile
polaire; & ce qui efi:
sle plus curieux, c'est la defrriprion
presque entiere des
oftes de France, d'Erpagne,
& de Flandre) & de leurs
)Oorrs.
André Garcia Cespedes,
~Eûatif d'Espagne, produisiten
s'année 1606. en sa Langue
, un Livre qui porte pourtitre
ï%epimento de Navigacion
)
diinse
en deux Parties. Il yenseigne
les princi pes de la
~phere
, .&. ajoûteles Tables
sftes declinaisons du Soleil ,&
sa maniere de trouver la hauteur
du Pole par l'Etoile po
laire De plus, il apprend lo
pratiques del'Astrolabe
, cz l'Arbateste, & de plusieur
autres instrumens necessaire
à la Sphere & à la Marine. 7
fait une entiere descriptio
de la Boussole., & de la ma
niere de s'en servir
,
& s'é~
tend sur plusieurs autres pal:J
ticularicez qui la regarden
Il traite de l'Hydrogaphie:
& des secrets pour la prati
quer ; & instruit à faire des
Ccarthes. eCe Lrivcreesht féort.ro
Simon Stevin Mathemai
xien du Prince d'Orange.
n l'année 1608. fit paroistre
Mémoires,divisez en six
livres.Il y traite de la Navigation
& detout ce qui la
regarde
, & de la Geographie,
sur tout il parle de la Navigation
Loxodromique&
lirculaire ; il y enseigne l'ugage
de l'Aiman &de la Boutole)
& de ses declinaisons,
vvec les pratiques ex. connoissances
duflux & reflux.
Guillaume Gilbert, Melecinde
Londres, en l'année
cvéïo. mit au jour un traité de
Aiman,où selon les principesdelaPhysique
,
il pari]
de lanature& de ses effets;
.& des moyens de s'en servin
Cet Ouvrage est Latin & son
curieux. C'est un des premiers
qui ait traité à fond de certl':
pierre.
VillebrordusSnellius en l'ann
née 1-62.0. fitparoistre son
Livre,intitulé Typhis Batavus
il donne une parfaiteconnoissance
des Lignes Loxodromiques,
& en explique h;
nature avec beaucoup de fo-i
lidité ; il y ajoute la methodo
de les réduire en tables; c'cor
jusqu'à presentceluy qui en
A parlé le plusà fond
Le cours de Conimbre parut
en i~.H y est traitede la
mature des vertus & des pro-
~prietez de l'Aiman, & de la
cBouflolc.
Nicolas Cabéc, Jesuite,mit
rmu jour en l'année1619. sa
Philosophie Magnétique,où
selon les principes de la Phisiique,
la nature,&les vertus
bde l'Aiman font expliquées,
àôc les secrets de la Boussole.
Adrianus Metius , donna n l'année1631. un traité du
premier Mobile, divisé en
xinq Livres, oùilenseigne
la Methode de naviger pan
le Globe, & pour l'usage des
Pilotes il y donne une Tables
des Lignes Loxodromiques,
qui est d'une grande érudition
&: utilité. C'est la pre-:
miere qui ait paru.
Jean Tassin, Geographe dun
Roy, en l'année 1633. donna,
au Public des Cartes desa;
costes de la Mer Mediterranée
& de l'Oceane, ce qui
est d'une merveilleuse commodité
pour laNavigation.
Georges Fournier) Jesuite,c:
en l'année1640. fitparoistre
son Hydrographie en François
,
où il traite de l'Art )de naviger ) & de quelques
particularitez qui regardenr
la Marine.
Barthelemy Morisot > en
[ l'année 1643. fit imprimer à
1 Dijon son Livre intitulé Orbis
maritimus. On y voit tout
ce qui Yeft passé de plus
:>
considerable sur laMer,tant
0 en Navigation
,
qu'en Combats
; & tout y est traité
b d'une manière historique. Cet
) Ouvrage est fort agreable & fort utile.
Jean Grandamy, Jesuite,
mit en lumiere en l'année
1646. un traite tres-curieux y
où il fait voir par une nouvelle
demonstration l'immobilitédela
terre par le moyen
de l'Aiman. Il détruit par là
toutes les opinions de ceux
qui onttenu le contraire, &
enseigne une methode d'avoir
la Ligne du Midy Magnétique
sans aucune décli-
Basson. Ses experiences font
admirables, & ses demonstrations
claires.
Nicolas Zuchi
,
de Parme,
Jesuite, publia en l'année
1649. un traité de l'Aiman,
quiestaussi fort curieux. Il
) en explique tous les effets,
) & les fonde sur des rairons,
& en produit des experiences,
sans approfondir la cause primitive
, ne s'attachant qua la finale.
Nous avons aussi un excellent
Traité de l'Aiman du
sçavant Kirker Jesuite,&Bibliothecaire
du Vatican. Cet
) Ouvrage est remplyd'experiences
tirées de cette Pierre,
&enrichi de figures; mais il
s'attache plutôt! aux prati-
) ques, qu'à donner l'explication
de sa nature. Ce fut en
1 l'année1654. qu'il parut.
Bernard Varenius nous
donna en 1660. sa Geographie
Universelle
,
où il traite
de la Navigation assez amplement,
& donne l'explicatior
des Lignes Loxodromiques.
Jean Riccioli,de Ferrare,
Jesuite, en l'année 1661. fil
voir le jour à sa Geographie:
où il ajoûte un traité de la
Navigation. Cet Ouvrage est
divisé en neuf Livres ; il y
joint les Tables Loxodromiques,
explique clairement la
Navigation circulaire, enseigne
la plus grande partie de
Problêmes nautiques, & donne
la maniere de faire des
Cartes hydrographiques.
La mesmeannée il parut
un Cours Mathématique de
Gaspar Schotus, Jesuite,où
il traite de l'art de naviger &
del'Hydrographie assez clairement
, mais avec peu de
démonstrations.
Mr Denis,Prestre,Hydro.
graphe & Professeur Royal
à Dieppe, en l'année 1666.
commença à donner au Public
ses Ouvrages par un trairé
de l'Aiguille aimantée ou
de laBoussole. Il enseigne les
moyens de trouver diverses
declinaisons del'Aimantée:
des Tables des amplitudes ortives.-? >.
Le mesme Mr Denis
xt
en l'année t6,6S. fit imprimer
une façon nouvelle deo
naviger par nombres, c'est à
dire, par Sinus, qui peut feulement
servir dans les Navirgations
de briefcours, & nonn
pas dans les longues.
En la mesme année Vin--l
cent Leontaut mit au jour un
traité de l'Aiman, dans le
quel il fait voir les directions
de la Boussole d'une maniere
nouvelle & solide. Cet Ou-u
ouvrage est d'un grand secours
pour la Navigation circulaire
'1{. Loxodromique.
.,
Le mesme M' Denis, en
année1669. donna au Puolic
un traitéintitulé, Dis
cours de la déclinaison du Soleil.
111 sert dans la Navigation à
observer la latitude en dioversesmanieres.
Le mesme Auteur en l'ananée1673.
mit au jour un autre ivre qui porte pour titre,
L'art de navigerensa plus haute
erfection
,
où il enseigne à
prouver facilement les laIluudes.
Claude - François Milleme
Dechales, Jesuite
> en l'année
1677. fit imprimer fonrii
Livre intitulé, tArt,rie nanji^v
ger, démontré parprincipes,&
confirmé par plusieurs observations
tirées de l'experience. Ce#3
Ouvrage est des plus solides
& est divisé en sept Livres,
avec quantitéde figures pour
l'intelligence, & des Table
fort amples. Il y traitede
grandeurs des Navires,avec
plusieurs circonstances de 1^1
Navigation sur les Rivières
& sur les Canaux; amplemen
de la Boussole & de sa constructionne
instruction;de la Sphere&dela
maniere d'observer la hauteur
tics Astres, des Lignes Loxo-
Hromiques, des Cartes hydrographiques,
des Latitudes
&C des Longitudes,enfindu
flus & du reflus de la Mer.
Maisoutretous ces Auteurs
jjque nous venons de citet,il y
ena encore d'autres qui ont
traitédela Navigation, sçavoir
Pierre AppianRodericus
Zamoranus , André Gaspar
Cespedius,DuRégime de la
'\Mfavigatïon-fèartholomoettsCrefr>:
entius> de Mauttcd Mediterrar,
nca-yAurufilnCoefareus; RoberItts
Dudlé, de arcanis maris
Jacques Colomb,d,ans; lo,
Flambeau de laNavigation
le Livre intitulé la Colomne
flamboyante; Pierre Herigon
en son Cours de Machematique;
Jean Janson, dans [OCI
Intioduction au Monde ma
ritime le P. Mersenne. Minime,
danssonIstiodromie:
LazarusBaytiusdere navali
J'ay leu en manufèrit L\
Phare de laMer, du Sr Bre
byon,Avocat à Dieppe, qui
mourut lors qu'on en impri
moitla premierefeüille.Ce
•Omvifieestoit divisé en si;:FI
ILivres.,& devoit avoir trente
ilfix gcran3de0s figures; le Sieur Bilaine en dévoit faire l'impression.
Il y est traitéàfond
de la Sphere, & de tout ce qui regarde une parfaite Navigation.
Il y a esperance que
aTes Héritiers le feront mettre
en lumiere dans quelque
Dzemps.11 avoit sesattestions
Ibde Mrs les Mathématiciens
ibde Paris.
Toutes les recherches que
vous venez delire sur l'Art
)hle la Navigation, ont este
faires par M Rouic,>deRouer.«i.
dont je vous ay déja envoyé
plusieurs Ouvrages quevous
avezestimez. Onest toujours
obligé a ceux qui par de femblables
foins facilitent au Public
ces fortes de connoiflances,
& qui luy épargnent les
longues lectures qu'il feroit
besoin de faire, pour s'infiruireun
peuàfond sur les
matieres de cette nature.
Vaisseaux en Europe que
l'année derniere
,
& si l'on
en peut juger par l'apparence,
il y en aura encore plus l'Esté
prochain. Cela m'engage à
vous faire part d'un Ouvrage
fortcurieux
,
dans lequel il
efl: traité detout ce qui regarde
la Navigation.C'est
une matiere d'une fort grande
étenduë, &qui doit faire
pdluaisir non feulement à ceux
mestier, mais mesme aux
indifferens, puis qu'il est fort
agreable de sçavoir unpeu
>dc tout , pour en pouvoir
parler dans le monde quand
l'occasion s'en offre.
DE L'ART DE NJVIGEK ENtre les Arts qui font
estimez les plus necessaires
aux hommes , celuy de
la Navigation a esté un des
premiers & des principaux.
L'obligation qu'il y avoit de
traverser les Rivieres, de pasfer
dans les Isles, & en d'autres
lieux, tant pour le Commerce
que pour la communication
des Habitans,les a
portez à inventer des machines
flotantes & capables de
les soûtenir sur les eaux, pour
les transporterd'un bord à
l'autre, avec ce qu'ils vouloient
y conduire , & cela se
faisoit alors sans aucun Pilote.
De là font venus les
Rats-d'eaux
,
les Bacs
J
les
Pontons, les Canots, les
Gondoles, les Balons, les
Nacelles, & une infinité
d'autres Barques
,
aurquelles
on a donné divers noms selon
l'usage & les Regions où elles
ont elle inventées, & ces
Vaisseaux pour la pluspart
estoient ordinairement faits
tout d'une Iiiece, comme de
troncs d'arbres creu sez
)
d'écorces
& de roleaux
, y en
avanr d'une grosseur & d'une
grandeur suffisante pourcela.
D'autresestoient faits de
joncs pliez & joints ensemble
; quelques-uns de bois
de sciage? & de planches
chevillées, & d'autres de
cuir cousu & end urcy. Il y
en avoit qui estant faciles à
plier, le pouvoient aifémenc
transporter d'un lieu à l'autre,
ou que l'on pouvoit porter
en leur efiarJ comme encore
aujourd'huy les Canots dans
les Indes, & les Balons dans
le Royaume de Siam, ou les
Gondoles à Venise, & les
Pontons ailleurs.
Comme l'usage de tous ces
Vaisseaux n'estoit d'ordinaire
que pour le courant des Rivieres
, ou pour leur trajet,
on n'avoit besoin pour les
conduire que de perches, de
rames, de cordages, de moulinets
3 ou de voiles; on y
employoit les uns& les autres
en ces premiers temps,
& l'on voit encore dans les
Pa ïs qu'on découvre de nouveau,
que leurs Habitans en
usent presque tous de la mes-
: me maniere. Ilyaaussi des lieux vers
le Nort , comme dans la
Norvegue & dans la Groelande
, où les Vaisseaux à
cause des glaces sont si portatifs
, qu'on les faitglisser
sur les neges pour les tranf-
: porter de Rmere à autre,
sans aucun débris,& vers la
Mer Glaciale; les Pyrates y
) ont des Vaisseaux de cuir si
bien fermez, qu'ils n'ont pas
de peine à les faire entrer
l profondement dans Teauj &L
pendant la nuit ils se glissent
sous les grands Vaisseaux)
les percent au fond de cale,
&.les font submerger
, pour
y exercer enfuire leur brigandage.
Voilà pour ce qui regarde
la construction la
matiere îz l'usage des premicrs
Vaisseaux.
On tient generalement que
les Egyptiens ont esté les
premiers qui ayent inventé
l'usage de ces petitsVaisseaux,
par la necessité qu'ils avoient :
des'en servir en certaine faûson
de l'année à cause des
inondations ordinaires que
[ le Nil fait tous les ans dans
leur Païs,ensorte que tou- tes les terresen sont couver- tes; ce qui oblige les Habirr
tans à y faire des Tranchées.
~&: des Fossez pour faciliter
lIes écoulemens de l'eau
, »5C
à se retirer avec leurs Familles
& leurs Troupeaux sur les
» éminences de leurs Terres;
) car ce Fleuve ne croist qu'à
une certaine mesure de hauteur.
Les Venitiens outre leurs,
Gondoles,se servent encore
) aujourd'huy de cette force de
[ petitsVaisseaux
)
qu'ils appellent
Fisoleroe,ils font ex- ;
tremement legers
,
& vont
aussiviste que le vent; c'est
pour la chasse de certains oiseaux
qu'ils appellent Fisoolæ,
& qui se fait sur l'eau avec
assez de divertisement. Outre
ce nom qu'ils donnent à leurs
Vaisseaux
)
ils les appellent
Fusoleroe à cause de leur vi--
tesse, ou parce qu'ils ressemblcnt
à des fuseaux, estant
ronds & pointus par les deux
bouts ; ou comme les Balons
de Siam, cymbala,longs &
ronds.
Les Syriens&lesAffricains
savoient emprunté l'usage de
olleurs Vaisseaux des Egyptiens.
Toutefois pour l'art de navviger
comme il estoit rude
5&& grossier en ce temps-là,
chaque Nation y ajoûta du
sien selon l'occasion
, & suivant
que leur propre ex perience
leur en donnoit lieu;
mais ce n'estoit pas encore our faire des voyages de
olong cours, ny pour sexposer
aux vents, & aux tempestes.
Ils ne faisoient que
costoyer les rivages, sans
entrer en pleine Mer, &
ixherchoient seulement leur
seureté en navigeant.
Il y a diversité d'opinions
entre les Auteurs àl'égard de
ceux qui ont esté les premiers
Inventeurs de la lonHruétion
des grands Vaisseaux, & des
instrumens qui fervent à la
Navigation. Quelques-uns
tiennent qu'A tlas inventa les
Navires & l'art de navi ger;
& d autres disent que ce furent
les Tyriens.
Ensuite les Copeens, habitans
de la Boeotie prés du
Fleuve Caphise, trouverent : l'usage des Rames & des Avi--:
rons. Dedale inventa le Mast ; «j
â.X. les Antennes, Icare, son
Fils, les Voiles. Les Tyrrremiens
forgerent les Ancres;
Mnacharsis fit les Harpons,
& Pericles les Crocs & les Agrafes
, pour servir dans les
combats demer. Les Platéens
J:onlpaiIcrent les premiers la uste largeur des Vaisseaux;
car auparavant ils estoient
oous bien plus longs que lar-
D'res) & toutefois capables de
recevoir beaucoup de personnes&
de bagage, selon la
ongueur des arbres, des ro- caux, ou des écorces dont
2ls estoient conitruits.
Quant à la difference des
Vaisseaux,& à leurs équipages
3
on donne à Tiphis
l'honneur d'avoir inventé
l'art & les regles de bien naviger
, & de conduire les
gouvernail comme un bon
Pilote. Minos composales
premier l'ArméeNavale.Eole
enseigna aux Nautonniers lai)
maniere de gouverner les
Voiles. Enfin on ajoûta tantii de découvertes à la Navigation
,
qu'elle commença àe
devenir plus parfaite, & alors
le desir de connoistre les>3
Regions &les Peuples, pOftaÕJ
ceux qui en avoient déja quelque
experience,àpasser en des
Païsun peu plus éloignez,&
à y transporter des vivres &
d'autres choses necessaires,
puur établir une espece de
commerce.
Entre ces Vaisseaux qui
commençoient déja à pouvoir
souffrir la Mer
3
les Galeres
semblerent d'un ufaec
aasfsletzzccoommmmooddeeppoouurrlleeuurrlele--
gereté & pour leur virefe;
Diodore dit que Sesostris Roy
d'Egypte
, & Successeur de
Moeris
, a esté le premier de
tous qui se soit servyde Galere
?
& qu'ayant dompté les
Habitans d'autour de la Mer
Rouge, il tâcha de conduire
un Canal navigable depuis le
Nil jusqu'à cette Mer.
Thucydide rapporte que
Damased'Erictée inventa
la premiere Galere à deux
bancs, & Aminocle de Corint
he,celle qui estoit à trois.
Aristote aécrit que les Carthaginois
formerent celle qui
en avoit quatre. Nesictonde
Salamine en fitune de cinq;
& selon le témoignage de
Polybej, lesRomains furent
les premiers qui firent construire
une Armée navale de
cette sorte deVaisseaux,dans
l'appareil de guerre contre
les Carthaginois. Xenagoras
de Syracuse inventa des
Galeres à six bancs. Mnefigethon
en composa juiqu'l
dix; Alexandre le Grand,
jusqu'à douze. Ptolemeus Soter
en fit faire une jusqu'à
quinze, Ainsi le progréss'en
augmentoit detempsen
temps, & selonles expcriences
& la force des Vaisseaux
? qui devoient tenir la mer ,
& y resister
,
& alors les rames
estoient autant en usage
que les voiles.
Mais quand le bruit se fut
répandu par toute la Grece,
que Jason commandé par le
Pvoy Pelias devoit entreprendre
un grand voyage par -
mer, pour aller en laColchideàla
conqueste de la Toison
d'or, toute la Fleur de la
jeunesse de Grece voulut avoir
part à cette fameuse navigation
dont tout le monde parloir.
C'est ainsi qu'en usent
les Volontaires dans les grandes
Expéditions. Le nombre
en fut de cinquante-quatre?
des plus braves & des plus
considerables de laGrece.
A ce sujet on construisit
une Galere à trente ttaçcs de
chaque costé,ce qui n'avoit
:, point encore esté fait jusques
alors. Ce fut Argus Fils d'Arestor,
qui en fut l'Architecte
,
&qui luy donna de son
nom celuy d'Argo
,
& ceux
qui le monterent furent delà
appeliezArgonautes, si l'on
encroitApollonius le Rhodien.
ToutefoisDiodore dit
que ce Vaisseau futainsi
nommé à cause de sa legereté;
& Ciceton assure que
cetre Galere portoit ce nom
à cause de celuy des Grecs,
qui s'appelloient alors Argi,
ve5,du nom de la Ville d'Argos
dont ils estoientoriginaires.
Typhis,commePilote
pour son experience, prit la
conduire de ce Vaisseau?qui
a esté si renommé dans la
Grece,& qui pourainsi dire
a merité d'estre transporté
dans le Ciel, pour y faire unes,
constellation entre les autres
Astres.
Moreri dans son Diéèion-I
naire historique, marque que
cette Navigation se fit en
l'année 2792. de la Creation
du monde, s'il y a quelque
ombre de verité en cette histoire
si fabuleuse. Tout le
mistere de cette Conqueste
rin'ciloit que le secret & la
b découverte de la Pierre Philosophale,
que les Anciens
couvroient des voiles decette
IFabïe.
Mais quel que éclat que cet-
,ne Navigation au eu, & quoy
pqu'on l'éleve au dessus de
toutes les autres entreprises
maritimes,elle n'est presque
nrien à l'égard de ces grandes
Navigations qui se sont faites
bdepuis dans toutes les mers
asses plus vastes
,
& jusquss aux
Regions les plus reculées, &
dont la découverte n'a pû
fc faire sans le secours de
l'Aimant & l'usage de lal
Boussole.
Les bancs des Galeress'aug-
-
menterent encore de nombre
,
puis que Ptolomeus Phi-
- ladelphus en fit faire une de
quarante, & Ptoloméus Phi- -
lopator; surnommé Triphon, (J
uneautre desoixante.
Mais de quelle quantité de 3
Vaisseaux
? & de quelle grandeur
Xerxes, Roy des perses,
<; necouvrit-ilpasl'Hellespont
avec son Aimée navale? Le
nombre en estoit du moins
de
bde mille. Quelle hauteur,
quelle force & quelle profondeur
n'avoient pas les Navires,
dont il fit faire un pont ilié de chaifnes pour joindre
l'Asie à l'Europe. Toutefois
avec ce grand appareil de
guerre sur mer) il fut vaincu
par Themistocle prés de Salanine
,
&: contraint de se sauver
avec une petiteBarque.
Aprés tout, l'on remarque
ussu'en ces temps-l à les Pilotes
¡;tn'dvoient point d'autres guiotes
que leurexperience, la
lécouverte des Isles & des
Terres qu'ils avoient euxmêmesveuës,
des Golphcs-oùi
ils étoieut arrivez, des banc
&des écueils qu'ils avoient
€vitez,desRéd uits &desSinus
qu'ils connoissoient, & l'ot<
fervation des Estoiles qui leult
servoient à se conduire; U
quand ils avoient perdu leutfj
tramontane,ils couroient riQ
que de faire naufrage. -Ju-nques
alors les Cartes marines
& les Mappemondes n'e-a
stoient point en usage; aussi
leurs Navigations n'estoient
elles pas fort grandes, & les]
naufrages pouvoient estre aie
sez frequens
Y
puis qu'il
alloit assurer sur la force de
ses bras, sur l'industrie des
Nautonniers, sur la conduite
les voiles & des rames, pour
se tirer des écueils, des bancs
de sable, & des détroits perilleux
quand on y tomboit.
Aussi remarque-t-on que
la pluspart faisoient ferrer
leurs Vaisseaux sur le devant
& fous la carene, pour les rendre
plus solides contre les vagues,
& pour en empescher
le débris contre les rochers
sachez.
On donnoit aussi ancienment
des noms specieux aux
Vaisseaux les plus considerables,
commeon le voit au * combat navaldécric par Virgile
dans le cinquième livre
de son Eneide, où il nomme
trois Vaisseaux, la Balene, le
Centaure, & la Chimere. Et
aujourd huy encore à Venise
n'ya-t-il pas le Bucentaure,
qui est un Vaisseau de solem-
- nité & d'apparat, d'une pro--
digieufe grandeur, qui se démonte,
& qu'on remet enn
efur quand le Doge fait la
ceremonie d'aller e pouser la
Mer. De mesme dans les Arméesnavales
il y a des VaiC-l;
séaux qu'on nomme le Grand
„
Amiral, le Vice -
Amiral, la
) Capitane, &c.
Les Anciens en avoienten-
) core de differente nature, les
uns decharge,& les autres de
3 guerre. Les premiers estoient
) ordinairement plats, & fervoient
au passage des gens
de guerre, du bagage, des
rl harnois & des chevaux. Ce
fut Hippius de Tyr qui les
inventa, & on lesappelloit
Hippagines
, non pas de son
nom, mais dumotGrec de
3 cheval. Les autres qui servoient
dans les combats d.,
mer, estoient gros & ronds)
munis de becs de fer & poin- !
tus> pour percer de roideur :
ceux des Ennemis à force de : bras, & par la violence des ;
rames, & les couler à fond.
Aussi estoient-ils appellez;
rostratæ na-La Navires à bec.
De là cft venu chez les Romains,
que le Senat estoit
apellé l\Eflra, & que pro rostris
dicere,veut dire haranguerdevant
leSena,parce que quand
Romains avoient pris des
Vaisseauxà bec sur les Ennemis
dans quelque combat
on leur coupoit ce bec., &..
~oon l'attachoit le long du
éIBarreau où se faisoient les
harangues, & où fevuidoient
}llcs causes; de mesme que l'on
fc attache aux voûtes des Temples
les Drapeaux & les Eten- bdardsqu'on prend sur les
3 Ennemis.
Ces mesmes Vaisseaux de
guerreavoientaussi des Tourelles
sur la poupe, d'où la
Milice combattoit à coups
) de dards & de Bêcbes) &
jettoit des feux & d'autres
machines de guerre dans les
Vaisseaux des ennemis,comme
du le mesme Virgile dans
la peinture qu'il fait du combat
naval de l'Empereur Auguste
contre Antoine &
Cleopatre.
1 Ces Vaisseaux avoient encore
les Pàvoijddes3 qui cG
toient des ceintures de boucliers
rangezsur le bord
>
avec lesquels la Milice se
mettoit à couvert contre les
traits des ennemis ; & l'usage
s'en garde encore maintenant
dans les grands Vaisseaux de
guerre, maisplûtost par parade
qu'autrement. Ce font
de grandes ceintures d'étose
ordinairement d'écarlate, tausquelles
on donne le nom.
de Pavesades, par le changement
de quelques Lettres.
Il faut maintenant parler
de l'usage de la Boussole
,
qui
estla conduite la plus reguliete
dont les Pilotes se fervent
avec le secours de la
Carte ou Mappemonde,pour
faire de grands voyages par
mer,& ellen'a estéd écouverte
que depuis trois ou quatre
cens ans,par le moyen de l'Aiman,
il estfacile de croire,
comme j'ay dit,que l'on ne se
conduisoit furmpr auparavant
quepar sa propre experience,
par les vents,& par les Af-
!
tres : ce qui se remarque dans
toute la Navigation des Anciens.
Mais il semble que la Divine
Providence avoit renfermé
tout le secret de la Boussole
dans le seul Aiman ; car
en effet sans le secours de :
cette Pierre, l'usage n'en au-«
roit pasesté connu. LaBoussole
que les Latins appellent:
ACHS Magnetica navicularia, Aiguilleaimantée, ou Pixis
nautica,àcausedesa boëte)
est un infiniment fort necessaire
àla navigation. Cest;
une découverte des derniers
ficcles. dont les Anciens
n'ont point eu l'urage. Il est
vray que les vertus & les facultez
de l'Aiman leur ont
esté connuës, en ce qu'il attire
à soy le fer; mais ils n'ont
pas sceu que ce mesme fer
touché de l'Aiman eustune
propriété pour se tourner vers leNord& le Midy; & c'est
là cette noble connoissance,,
qui a servy à découvrir les.
nouveaux Mondes, les Isles
inconnues
?
les Nations les
plus éloignées, & pour ainsi
dire, à enrichir l'Europe par
le commerce& par les frequentes
navigations qui se
font faires,& se font encore:
en toutes Izs parties diu
monde.
Quoy que les Anciensscessent
les vertus de l'Aiman,
&: qu'ils enayentécrit,
comme AnHore, Platon,
Pline,&plusieursautresdont
nous parleronsa on ne voit
rien dans leurs écrits de la
Boussole, & le temps que l'on
commença à se servir dans
l'Europe de l' Aimanaulieu
de Boussole
,
est environ dés
l'an 1260. que Paul Venitien,
ayant fait un voyage dans la
Chine, en apporta le secret.
Les Chinois s'en servoient
de cette maniere. Ils suspendoient
un morceau de la
pierre d'Aman sur un morceau
de Liege, & le laissoient
flotter sur l'eau dans un Basfin
ou un Cuveau, & ce
Liege avec l'Aiman nemanquoit
pas de tourner du
costé du Nort. C'estoit-là
leurBoussolequileurfaisoit
connoistre l'Etoile polaire,
&; la maniere de con duire
leurs Vaisseaux sur la Mer,
ce qui a duré chez eux jufques
au milieu du ficcle precedent.
Ce mesme usage de cette
forte de Boussole a duré aussi
en Europe un assez longtemps,
jusqu'à ce qu'un certain
Flavius Melphitanus,
trouva le secret de la Boussole
, & par cet instrument
il donna moyen aux Espagnols
de naviger au nouveau
Monde,&d'y découvrir
la Castille d'or, & d'autres
parties de l'Amérique,
comme la Riviere de Platoe
& de Parana; c'est ce que
rapporte Petrus Cic'{tt , en
son traité de la Marine. Collenutius
dans son Histoire de
Naples en fait aussi mention;
•ôcjonjitisappelle la Boussole,
la regle des Nautonniers ou
de la Marine.
Mais d'autres attribuent
cette découverte à un certain
Jean Gira, natif du Bourg
d'Amalphi dans la Campanie
au territoire de Rome,
environ l'an 1300. Cela a du
rapport avec ce qu'enécrit
Collenutius. Toutefois il se
peut faire que ce Gira ne
trouva feulement que le
secret de faire la Boussole ;
c'est a dire de faire la Boëtte
êc de suspendre les aiguilles
aimantées sur un pivot, pour
leur donner le mouvement
qu'elles ont. Mais on demande
si le Lys qui se
met en toutes les Boussoles
pour marquer le Pole ou le
Nort , en conduisant l'aiguille
sur ce Lys qui est la
marque du Midy, n'est pas
un indice, que lesFrançois
ont trouvé le secret de mettre
les Boussoles dans leur
perfection
, car toutes les
Boussoles font marquées de
cette fleur Royale, & mesme
en quelque Païs que cesoit
que l'on en fasse
, pourune
instruction generale on y
ajoute ce Lys.
Aussi est-cedepuis ce tempslà,
que l'Art de naviger a
acquis de la perfection,& est
ca si grande estime cheztoutes
les Nations, qu'on a tâché
dans Les deux derniers
Siecles à le porter à son plus
haut point de perfection &
qu'enfin fous le Regne de
Louis LE GRAND
, on Jo
proposé des recompenses
considerables pour ceux qui
y feroient quelques nouvelles
découvertes.
Eneffet, Comme le commerce
unit les Nations les
plus éloignées, & n'enfait
presque pour ainsidire qu'un
seul peuple, qu'il porte les
richesses dans les lieux les
plus infertiles qu'il y répand
l'abondance & qu'il fait
voir les Indes Orientales &
Occidentales, la Chine & le
Perou dans l'Europe, ne doiton
pas dire que la Boussole,
qui fait tant de merveilles,4 trll un ouvrage & un miracle
de l'Art,publique c'est sur
elle que l'onasseure sa vie,
ses biens & sa fortune, & que
l'on va sur toute forte de
Mers par son secours, aussi
aisement & avec autant de
seureté que sur rcrrc)& qu'enfin
l'onattire les peuples les
plus Barbares, & les moins
civilisez à des connoissances
qu'ilsn'auroient jamais euës,
& à des alliances qui ne se
(
seroient jamais faites,témoins
les Ambassadeurs d'Ardra
dans la Guinée, ceux de
Moscovie, d'Alger, de Maroc
de Fez, & de nouveau ceux
de Siam,& d'autres?
Comme l'aiguille aimantée
est la principale partie
& la plus noble de la
Boussole, on doit avoir un
grand foin de la mettre dans
sa perfection
, & dans une
liberté qui la laisse bien agir.
L'aiguille ayant esté frottée
de l'A iman) acquiert les
mesmes proprietcz que cette
pierre renferme en soy, & les
conferve des Siecles entiers.
La Boëte ou elle doit estre
enfermée,est ordinairement
de bois, ronde ou quarrée;
il n'importe, mais sur tout il
faut se donner de garde de ;
n'y mettre aucun clou de fer,
puis qu'il feroit une attraction
de l'aiguille. La grandeur
de la Boëte fera de cinq
ou six pouces de diamettre.
On plantera au milieu un pi-
-
vot à angles droits fait de
cuivre,c'est la matiere la plus
propre, décrivant avec le
Compas un Cercle Concentrique
en la mesme Boëte.
Ceux de Marseille ont acquis
a réputation d'y travailler
excellemment.
Au retour des grandsvoyages
, on doit laisser les Boussoles
en leur état & dans leur
situation naturelle; elles ne :
se gastent pas pour estre dans
le repos. Quelques-uns atta--
chent la roteavec l'aiguilles
pour luy donner plus de fermeté
; celle d'un Cadran solaire
est tropvive pour unn
Vaisseau qui est toujours
dans l'agitation,&on auroit
peine à s'y regler. Pour lasJ
figure de l'aiguille aimantée
cela dépend des habiles Ar..]
tisans, & qui en connoissentir
les défauts & la perfection.
On a remarqué du moin
vingt declinaisons de l'Ai
man ou de la Boussole, c'est
¥
a quoy les habiles Pilotes
prennent ordinairement gar- de,pour se regler sur leurs
Cartes &asseurer leur Navigation
; les. sçavans Auteurs
enseignent à les corriger.
Toutes les Nations del'Europe
se font accord ées à diviser
l'horison en trente-deux
Rumbs
,
qui font autant de
routes différentes
, que le
Vaisseau doit suivre par le
moyen de la Boussole, estant
pouffé du vent. Chaque
Rumb ou route est éloignée
l'une de l'autre de onze degrez
& un quart; & quoy
que cette division puisse s'e
tendre jusqu'à trois cens soi
xante degrez
,
la premiere est
l'ordinaire de tous les Pilotes
& sur laquelleils sereglent
& leurs Cartes font marquées
de ces trente-deux Rumbs:
qui font les vents, & ces
vents font les routes qui regardent
les parties du mon.
de. Je laisse aux Curieux à
visiter les Cartes,& à enapprendre
les noms qui y font
marquez, & principalement
sur la Boussole.
L'aiguille de la BoUssole.
ayant acquis la mesme vertu
de
de l'Aiman qui l'a touchée,
laconserve dans cette admirable
& surprenante proprieté
,
qu'elle tourne naturelle.
ment un de les bouts au Nort
& l'autre auSud, qui luy est
opposé; & le Lys qui en: en
la Rose legarde toujours le
Nort ; ainsi en suivant les lu
gnes qui font marquées en la
Boussole seulement avec
l'oeil, on peut connoistre
en touttempsl'end roit de
l'horison
,
les quatre Vents
principaux, & pareillement
tous les autres.
L'avantage que son tire
de la Boussole., qui rend la
conduite du Vaisseau tresaisée
, est qu'elle represente
toutes les routes dans la mesme
disposition qu'elles font
en effet
) & l'experience &la
pratique en font connoiftrc
lavérité.
C'eil: une chose merveilleuse,&
qui donne un grand
avantage à la Navigation;
que par la conduite de la
Boussole,le Pilote peut tel.
lement gouverner ion Vaisseau,
dans les plus épaisses
tenebres de la nuit qu'il n'a
besoin ny des Astres ny de
;
lumière,& mesme il le gouverne
aussi-bien estant dans
le fond decale, ques'ilestoit
sur la poupe ou sur le tillac.
Il ne leur importe de voir la
Mer, ou de ne la pas voir,
non plus que le Ciel, ny aucune
Estoile remarquable
qui puisse luy designer quelque
Region ou Cap.
Les habiles Pilotes portent
quelquefois plus d'une Bousfoie,
ou une pierre d'A iman
dans leurs voyages de long
cours, à cause des accidens
qui sont à craindre, & c'est
une précaution qu'il est bon
d'avoir. Ce n'est pas que l'aiguille
d'un Cadran ne pust
servir deBoussolleencasdecas denetr.
1 ", 1 cessitépourvûqu'on la mette
sur du liege flotant, sur de
l'eau dans un grand vase
, car
elle marquera toujours le
Nort, ou l'Estoile polaire.
C'est comme les Anciçns en
usoient.
Si l'Aiman ou l'aiguille
aimantée de la Boussole n'avoit
point de declinaison,
l'art de la Navigation Seroit
entierement allure en son
principe;& le Vaisseau suivant
si ligne marquée par le
ent ou le Rumb< ne s'écarteroit
jamais de sa route, ce
pgui ne se peur faire sans dé*-
sliner.
Enfin,comme jel'ay déjai
Hit,ilya un grand nombre
He declinaisons que les Carycs
enseignent, & les Auteurs
qui les marquent dans
eurs traitez, font à consulter.
Comme l'aiguille de la
Boussoleales mesmes vertus
yc proprietez que l' A iman , est à propos de parler de
cette Pierre, pour faire l'uion
de l'une avec l'autre.
PlusieursAuteursontécrie
de la nature & des vertus de
l'Aiman à l'égard du fer qu'il
attire,&en sontun prodige
denature. S. Augustin mesme
en saCité deDieu,Isidore,
Platon & Theophraste en
disent des merveilles, & pour
la découverte, Nicander
&'. Pline aprés luy rapportent
qu'il fut trouvépar ha"
zard de cette maniere.
Un Pasteur l10mnlé¡rAa.,
snety menant paistre son ,troupeau sur le montIda en
Phrygie,s'apperceut que M
fer de sa houlette & lescloud
de ses souliers le tenoient ans
resté. Il en fut surpris, & en
avertit ses Compagnons qui
meurent la curiosité de tirer
p quelquesunes deces Pierres
bdulieuoù elles estoient, &
bd'en faire l'experience, ce
quiayant réussi, ils nommeirent
l'Aiman Magnes, du
nom decePasteur,&ce nom
ulluy est demeuré depuis en
Latin. La chose se divulgua,
&&C cette vertu cachée & secrete
fut ainsidécouverte.
D'autres donnent le nom de Magnesà l' Aimant de
Celuy de Magnesie, Ville de
^Macédoine) tirantversle lac
*Boebti$3 où il se trouve sur le ;
mont appellé Capo virilichi
de Natolie; d'autres le nomment
encore Heraclion
,
du J
nom de la Ville d'Heraclée *t
parce qu'on y en trouve aux
environs;ou du nom d'Hercule,
i cau se de sa foreeattra--
ctive envers le fer.
Sotachus faitcinq especes
d'Aiman
>
& les divise de
cetre forte
,
le premier qui.
vient d'Ethiopie
)
le second,
qui se trouve en Phrygie ou àCapo-Virilichi,le troisiéme
prés d'Echium,Ville de Boeotie,
le quatriéme en Alexan-
,j
drie de Troade, & le cinquiéme
à Capo de S. Georgio
>W*7guiefeo> à une lieuë & den
mie de Prague. Il y en a de
maslme & de femelle, dont les
vertus font différentes. On
en voit de diverse couleur;
mais le bleu est le plus
excel lent & le plus precieux
b de tous. Il s'en trouve de
) cette especeen une Contrée
) sablonneuse appellée Zimiris.
Le blanc n'a pas tant de force,
) & les Italiens l'appellentCalamita
bianca. Ce n'est pas
) qu'il n'yen ait en Allemagne
) d'excellent; mais le meilleur
est celuy quiattirele fer d'une
costé, & lerepousse de l'autre.
Ainsi dans l'Aiman la partie
Boreale qui attire le fer, doit
regarder la Boreale,de mesme
que l'australe qui lerepousse,
doit regarder l'australe.
L'Aiman que l'on nomme
Theamedes,&que les Allemans
appellent Ein Bleser, n'est pas
uneespece difference;car tout
Aiman qui attire le fer, &
montre les plages du monde
par une de ses parties, le
repousse de la partie opposée.
On voit ainsi dans l'Aiman.
que les parties opposées font:
Il des effetsdifferens.
C'est une erreur que les
Vaisseauxqui ont des cloux de fer,demeurentattachez à.
u une Montagneversle Nort,
«» s'ils en approchent de trop- prés, à cause de rAitnan
qui s'y trouve, & qu'ils ont
peine à s'en tirer; mais c'est
une merveille qu'un fer libre
& plus leger qu'une pierre
> d'Aiman, y courtnaturellement,
&tache de s'y joindre,
& si le fer est attaché & plus
pesant que la pierre, l'Aiman,
, court au fer & s'y joint.
Il faut pour la conservation
de l'Aiman qu'il soit enfermé
dans la limaille de fer
..J
où
il conferve ses forces, les
augmente,& en fait sa nourriture
; de plus il communique
sa vertu au fer, comme
on le remarque aux anneaux
d'une chaisne, dont l'un attire
l'autre, parce que la
vertu de l'Aiman [rani pire,
& passe au travers de chaque
anneau jusqu'au bout de la
chaisne&dansl'estenduë ou
cercle de son activité. Dans
cette attraction il est necessaire
que l'Aiman soit plus
pesant que le fer
, autrement
,'lPAiman iroit au fer ; mais
quoy qu'il en soit, c'est toûjoursl'Aiman
qui attire selon
le sentiment de tous ceux qui en ont écrit.
Ce qui est encore de plus
merveilleux, l'Aimanne laissse
pas d'attirer le fer au travers
du bois,de la pierre &
du verre mesme
,
& ces corps
ne mettent point d'obstacle
sa vertuattractrice. Cette
vertu naturelle ressemble à
La lumiere
,
qui passe au travers
des corps diaphanes &
ransparens
, ou au son qui
raverse les corps les plus solides,
& vient fraper lesorei
les; maisc'est une chose a
sez étonnante que l'Aima
ayant tant de simpathie ave
le fer, se fortifiant dans
limaille, & y acquerant me
me de nouvelles forces,
n'agit pas également en tou
tes ses parties, que d'un cost
il l'attire
,
& de l'autre il
repousse. D'où luy vient ce
amour & cette aversion
un mesmetemps? Ce son
des merveilles qui doiven
estre admirées des hommes
& qui ne sçauroient estr
connuës.
L'onpourroit douter sil'Aiman
souhaite s'unir au fer,
ou lefer à l'Aiman pour se
revestir de ses vertus, combine
font, attirer un autre fer,
:Jx, montrer les plages du
)rmonde, & cette propriété
est sans doute la plus Dclle,
a plus curieuse & la plus
dmirable , puis que par le
)lnoyen d'une aiguille aimansèée
,enfermée dans une Boufole
,
l'on trouve le pole, l'on
onnoiftle point arctique&
antarctique, l'on parcourt
joutes les Mers aussi-bien la uit que le jour, & l'on peuc
adresserdes routes sans erreur
à toutes les parties du
monde, & mesme jusqu'aux
Antipodes.
Voicy uneexpérience aC
fez aisée pour connoistre
dans une pierre d'Aiman le
point boreal, & le poin
austral. Il faut la mettre dan
une écuelle de bois sur une
eau reposée dans un bassîn
Cette écuelle tournera assc,,:
long-temps sur l'eau, jusqu'
ce que le point boreal d
la pierre ait trouvé le pol.
boreal
,
& alors elle s'y an
restera, & cela donnera lier
de distinguer dans l'Aiman
v !!a partie boreale & l'australe.
[ La mesme experience se peut
encore faire avec un filet;
) car si vous suspendez une
pierre d'Aiman, elletournera
long-temps jusqu'à ce qu'elle aittrouvé son pole. Ilenest de mesme de l'aiguilleaimantéeenfermée
dans sa Boussole&posée (u-r
son pivot;elle ne se reposera
pas qu'elle n'ait trouvé son
ÎNortj&enle montrant elle
amontre toutesles autres parties
du monde dans le mesme
temps. Elle a la mesme aé\ivite
que l'Aiman, & la garde
pendant tout un siecle sans
en este dépoüillée, à moins;
de quelque accident, comme;
du feu.
!
Il y a encore un moyen de
découvrir le point concentrique
de l'Aiman. Il faut
mettre un fer surun ais bien
poly,& luy presenter la pierre
d'Aiman.Alors on y verra
le point d'attraction & d'activité
; d'abord le fer tremblera
& suivra l'Aiman pour
s'y attacher. C'est une mer-j
veille que l'esprit de l'Aiman.
s'épanche sur le fer fl-J
1
tost qu'il enest coucher dans
son irradiation il se forme
un cetc le où s'étend sa vertu
inspirée.
Theoprafte Paracelse écrit
que les forces de 1" Aiman
peuvent Cllre augmentées à
l'infiny ,jusqu'à arracher un
cloud attaché dans une mu,,
raille, ce qu'il a mesme ex*
perimenté.
Claudien qui a écrit du
temps de l'Empereur Theodose
en l'année427. a fait
une admirable descriprion
de la pierre d'Aiman & de
ses vertus en une de ses Elj-.
L
grammes. Il la represents
sous la figure de la Déesse
Venus,&le fer fous celle du
Dieu Mars, & nous donne
une merveilleuse peinture de
leur simpathie & de leur amour.
Aussi n'y a m1 rien de
plus éclatant en la nature,
& qui paroisse plus aux yeux
que cetteviveimpression qui
feO'ne entre cette pierre& le
fer. On se sert de cet exemple
pour montrer qu'il peut
y avoir d'autres fimpathies
en la Nature, sinon auni
fortes, du moins approchantes
,
telle que la poudre
de simpathie par le vitriol
Romain avec le fang
d'une playe.
* On tient qu'AlbertleGrand,
qui a traité de l'Aimanjavoit
aussi la connoissance de la.
Boussole. C'est la pensée de
Cardan au 7.liv. de la Subtilité,
où il parle amplement
des vertus & des propriétés
de l'Ainlan., de sa découverte,
de ses effets & de ses
especes.
Jean-Baptisse Porta, Napolitain
, a fait un traité particulier
des merveilles de cette
Pierre. Zuingerus en parle
beaucoup en son Theatre de
la Vie humaine; maisjamais
personne n'en a pû découvrir
la cause, &Dieu a voulu
que ce secret demeurait
caché dans la nature.
Ansclme Boëce de Bort,
en son histoire des Pierres
Precieuses, qu'il dédia àl'Empereur
Rodolphe II. dont il
estoit Medecin, & qu'il mit
en lumiere l'an
1 514. comme ;
aussîdans les Commentaites <
qu'il a faits sur la Pratique
dorée de Jean Stocher, im--
primez a Leyde l'an 1634,
parle àfond de l'Aiman^ôc>:
le préfere mesme à toutes les
Pierres les plus precieuses
pour ses vertus & ses proprie.
tez. Il dit que les unes ne
font que pour la couleur, le
brillant&labeauté, & pour
[
plaire
-
aux yeux, & l'autre
pour ravir l'esprit.
Mais à propos de la Bouf-
[ole, il y a encore une autre
L
merveille, que plusieurs Pi-
[ lotes ont ebservée dans leurs
[ Navigations. C'est que quand
[ le Vaisseauapasséau delà de
[ la Ligne meridionale,la Boussole
se sent affoiblir, & panche
ducollédu Pole Antarctique,
comme s'il y
avoit une autre montagne
d'Aiman dans l'extremité de
l'Amerique versle Pole Austral,
qui l'attiraft, cette quatrième
partie du Monde n'estant
pas encore entièrement : découverte.Quelques-uns;
mesme tiennent qu'il y en
peut avoir une, par les declinaifons
qu'ils remarquent en laBoussoleau delà de laLigne;
mais cette Boussole re- - prend toutes ses forces su tost
que le Vaisseau retourne au
dessous de la Ligne? en tirant
un peu vers le Nort:& par là
on
on presumeque cette aiguille
aimantée regarde plûtost les
IPoles que les plages du mon-
3 de. Ceux qui ont navigé le
iplus prés vers l' Amérique, se
sont apperceusque leurBous.
sole declinoit de quelques
bdegrez contre l'Occident, & ils ont remarquécela sur leur
Mappemonde par les hauteurs
du Pole Austral.
.: Comme le rond de la terre
est divisé dans saSphere
en360. degrez, & la Carte
bdes Pilotes en 32. Vents,qui
sont autant de plages;il leur
3eft facile de voir combien ils
sécartent de leur route ,6c
de la reprend re par le secours
de leur Boussole,ensupputant
les degrez. Cette aiguille:
(ertaufS de guide sur laterre;
4
ayant un Cadran solaire, on
y remarque le Nort, en la
faisant tourner sur la pointe:
du Midy, qui est la Fleur de :
Lys:&enconnoissant le Nort,
on connoist les autres parties,,
leMidy,l'Orient & l'Occi--
dent. On peutmesme par
son secours traverser les plus
vastes landes & les plus gran- -
des forests, l'aiguille mar--
quant toûjours le Pole Arctique.
LaBaussole sert aussi à
l'Ichnographie,quiest tracer
& décrirelafigure d'une
Ville, le plan d'un Chasteau,
ou d'une terre, ou d'unautre
lieu par ses éminencces,& par
les reduirs,en se servant de
;
pals ou de pieux pour marquer
lesd istances.
L'on a inventé encore
beaucoup d'autres secretscurieux
par l'usage de la Boussole,
& divers Jeux d'esprit
qui surprennent ceux qui
n'en sçavent pas le Cecree, &
qui se persuadent qu'il y a
de la magie ou de l'enchan..
tement. Boëtius en rapporte
de fort subtils en son histoire
des Pierreries,au chapitrede
l'Aiman.
Il nous reste à voir quelques
Navigations des plus
celebres qui se font faites depuisladécouverte
de cette
Boussole. Celle de Chriftophle
Colomb, natif de Gennés,
ne se fit que plus de cent
quatrevingt ans après ; il
découvrit la quatrième partie
du monde, qui est l'Amerique,
& ce fut l'an 1492.
pette partie futainsi nommée
&Arrimons Vespatius de
j Florence, qui y fit voile en-
1fuite
,
& l'an IJI?/.Ferdinand
ni Magellan trouva ledétroit
: qui porte son naIn, Magella-
„ nique, & fit le circuit du
1 monde. Mais aujourd'huy la
1 Navigation est élevée à un
1 point où elle n'avait point
| encore monré, &la France a | sesTyphis& ses Argonautes,
; qui n'apprehendent point les
écueils, les bancs, & les au-
<
tres perils de la Mer. Le nombre
s'en augmente tous les
l
jours, leur experience les rend
t maistres dés leurs premiers
voyages. De plusonnepeut
donner assez de loüanges, aux
habiles Cosmographes &
aux illustresMathématiciens,
dont les Ouvrages
célébrés onc beaucoup
servy à la Navigation; les
Arias que l'on a faits en
Hollande, pour la defeription
des Mers
1
des Régions
&des Terres, fonr encore
d.un grand secours aux habiles
Pilotes.
J'ajoute icy pour la curiosité
de ceux qui voudront
s'instruire de tout ce qu'on
peut connoistre sur la Navigation,
& sur toutes les parr
ties qui la regardent,un Catalogue
des Auteurs les plus
fameux qui ont écrit de cette
Pierre Nonius, célébré
Mathématicien Portugais, en
l'année 1330. fit un Livre de
la Navigation, divisé en deux
parcies, où il traite des Cartes
marines, & des instrumens
qui fervent pour trouver
l'élévation du Pole: il y
explique lanaturedes Lignes
Loxodromiques
,
quels font
les instrumens les plus propres
pour faire une heureuse
navigation, &lesReglesque
l'on doit suivre pour le mesmeeffet.
De plus) il donne
folurionauxquestionsqu'Alphonse
Sofa luy propose sur
ses doutes qui regardent les
vents & le lever du Soleil. Il
faut dela pénétration pour
un si sçavant Auteur, dont
les queitions font curieuses.
Pierre Medina, Espagnol
) mit au jour en l'année 1561.
un traite en sa langue, divile
en huit livres; où il expose
les principes de la Sphere,
& sur tout ceux qui regardent
la Navigation. il
parle de la Mer, des courans,
des-bancs de fable les plus
fameux
,
des presages de ta
tempeste, desvents & de
leur
- cours, de la hauteur
des Etoiles
,
de l'élévation
du Pole) de la declinaison
du Soleil, & de celles de la
Boussole ; de la Lune & de
ses effets à l'égard du flux'J
des connoissances parfaites
duCalcndtier, & d'autres qui
regardent la Marine. Cet
Ouvrage a semblé assez curieux
pour avoir esté traduit
en François par Nicolas Nicolas
du Dauphiné, Geographe
du Roy. On la imprimé
à Lyon.
Jacques Severrius, donnas
au Public en l'année ijp8,
un Livre intituléde ,-
Orbes
catoptrico, où l' Auteur ex-- ''-' plique plusieurs choses qui
regardent la parfaire Navi.,;
gation, & les regles que
l'on y doit suivre.
Jean Garcia
,
surnommé
Ferdinand, mit en lumiere
en l'année1598. un Traité
fort curieux pour les Pilotes;
& pour la conduite desVaisfcaux
; où sont expliquées:
diveifes matieres, comme Jar;
declinaison du Soleil; lan
maniere de prendre les latiuudes
par la hauteur de TEooile
polaire; & ce qui efi:
sle plus curieux, c'est la defrriprion
presque entiere des
oftes de France, d'Erpagne,
& de Flandre) & de leurs
)Oorrs.
André Garcia Cespedes,
~Eûatif d'Espagne, produisiten
s'année 1606. en sa Langue
, un Livre qui porte pourtitre
ï%epimento de Navigacion
)
diinse
en deux Parties. Il yenseigne
les princi pes de la
~phere
, .&. ajoûteles Tables
sftes declinaisons du Soleil ,&
sa maniere de trouver la hauteur
du Pole par l'Etoile po
laire De plus, il apprend lo
pratiques del'Astrolabe
, cz l'Arbateste, & de plusieur
autres instrumens necessaire
à la Sphere & à la Marine. 7
fait une entiere descriptio
de la Boussole., & de la ma
niere de s'en servir
,
& s'é~
tend sur plusieurs autres pal:J
ticularicez qui la regarden
Il traite de l'Hydrogaphie:
& des secrets pour la prati
quer ; & instruit à faire des
Ccarthes. eCe Lrivcreesht féort.ro
Simon Stevin Mathemai
xien du Prince d'Orange.
n l'année 1608. fit paroistre
Mémoires,divisez en six
livres.Il y traite de la Navigation
& detout ce qui la
regarde
, & de la Geographie,
sur tout il parle de la Navigation
Loxodromique&
lirculaire ; il y enseigne l'ugage
de l'Aiman &de la Boutole)
& de ses declinaisons,
vvec les pratiques ex. connoissances
duflux & reflux.
Guillaume Gilbert, Melecinde
Londres, en l'année
cvéïo. mit au jour un traité de
Aiman,où selon les principesdelaPhysique
,
il pari]
de lanature& de ses effets;
.& des moyens de s'en servin
Cet Ouvrage est Latin & son
curieux. C'est un des premiers
qui ait traité à fond de certl':
pierre.
VillebrordusSnellius en l'ann
née 1-62.0. fitparoistre son
Livre,intitulé Typhis Batavus
il donne une parfaiteconnoissance
des Lignes Loxodromiques,
& en explique h;
nature avec beaucoup de fo-i
lidité ; il y ajoute la methodo
de les réduire en tables; c'cor
jusqu'à presentceluy qui en
A parlé le plusà fond
Le cours de Conimbre parut
en i~.H y est traitede la
mature des vertus & des pro-
~prietez de l'Aiman, & de la
cBouflolc.
Nicolas Cabéc, Jesuite,mit
rmu jour en l'année1619. sa
Philosophie Magnétique,où
selon les principes de la Phisiique,
la nature,&les vertus
bde l'Aiman font expliquées,
àôc les secrets de la Boussole.
Adrianus Metius , donna n l'année1631. un traité du
premier Mobile, divisé en
xinq Livres, oùilenseigne
la Methode de naviger pan
le Globe, & pour l'usage des
Pilotes il y donne une Tables
des Lignes Loxodromiques,
qui est d'une grande érudition
&: utilité. C'est la pre-:
miere qui ait paru.
Jean Tassin, Geographe dun
Roy, en l'année 1633. donna,
au Public des Cartes desa;
costes de la Mer Mediterranée
& de l'Oceane, ce qui
est d'une merveilleuse commodité
pour laNavigation.
Georges Fournier) Jesuite,c:
en l'année1640. fitparoistre
son Hydrographie en François
,
où il traite de l'Art )de naviger ) & de quelques
particularitez qui regardenr
la Marine.
Barthelemy Morisot > en
[ l'année 1643. fit imprimer à
1 Dijon son Livre intitulé Orbis
maritimus. On y voit tout
ce qui Yeft passé de plus
:>
considerable sur laMer,tant
0 en Navigation
,
qu'en Combats
; & tout y est traité
b d'une manière historique. Cet
) Ouvrage est fort agreable & fort utile.
Jean Grandamy, Jesuite,
mit en lumiere en l'année
1646. un traite tres-curieux y
où il fait voir par une nouvelle
demonstration l'immobilitédela
terre par le moyen
de l'Aiman. Il détruit par là
toutes les opinions de ceux
qui onttenu le contraire, &
enseigne une methode d'avoir
la Ligne du Midy Magnétique
sans aucune décli-
Basson. Ses experiences font
admirables, & ses demonstrations
claires.
Nicolas Zuchi
,
de Parme,
Jesuite, publia en l'année
1649. un traité de l'Aiman,
quiestaussi fort curieux. Il
) en explique tous les effets,
) & les fonde sur des rairons,
& en produit des experiences,
sans approfondir la cause primitive
, ne s'attachant qua la finale.
Nous avons aussi un excellent
Traité de l'Aiman du
sçavant Kirker Jesuite,&Bibliothecaire
du Vatican. Cet
) Ouvrage est remplyd'experiences
tirées de cette Pierre,
&enrichi de figures; mais il
s'attache plutôt! aux prati-
) ques, qu'à donner l'explication
de sa nature. Ce fut en
1 l'année1654. qu'il parut.
Bernard Varenius nous
donna en 1660. sa Geographie
Universelle
,
où il traite
de la Navigation assez amplement,
& donne l'explicatior
des Lignes Loxodromiques.
Jean Riccioli,de Ferrare,
Jesuite, en l'année 1661. fil
voir le jour à sa Geographie:
où il ajoûte un traité de la
Navigation. Cet Ouvrage est
divisé en neuf Livres ; il y
joint les Tables Loxodromiques,
explique clairement la
Navigation circulaire, enseigne
la plus grande partie de
Problêmes nautiques, & donne
la maniere de faire des
Cartes hydrographiques.
La mesmeannée il parut
un Cours Mathématique de
Gaspar Schotus, Jesuite,où
il traite de l'art de naviger &
del'Hydrographie assez clairement
, mais avec peu de
démonstrations.
Mr Denis,Prestre,Hydro.
graphe & Professeur Royal
à Dieppe, en l'année 1666.
commença à donner au Public
ses Ouvrages par un trairé
de l'Aiguille aimantée ou
de laBoussole. Il enseigne les
moyens de trouver diverses
declinaisons del'Aimantée:
des Tables des amplitudes ortives.-? >.
Le mesme Mr Denis
xt
en l'année t6,6S. fit imprimer
une façon nouvelle deo
naviger par nombres, c'est à
dire, par Sinus, qui peut feulement
servir dans les Navirgations
de briefcours, & nonn
pas dans les longues.
En la mesme année Vin--l
cent Leontaut mit au jour un
traité de l'Aiman, dans le
quel il fait voir les directions
de la Boussole d'une maniere
nouvelle & solide. Cet Ou-u
ouvrage est d'un grand secours
pour la Navigation circulaire
'1{. Loxodromique.
.,
Le mesme M' Denis, en
année1669. donna au Puolic
un traitéintitulé, Dis
cours de la déclinaison du Soleil.
111 sert dans la Navigation à
observer la latitude en dioversesmanieres.
Le mesme Auteur en l'ananée1673.
mit au jour un autre ivre qui porte pour titre,
L'art de navigerensa plus haute
erfection
,
où il enseigne à
prouver facilement les laIluudes.
Claude - François Milleme
Dechales, Jesuite
> en l'année
1677. fit imprimer fonrii
Livre intitulé, tArt,rie nanji^v
ger, démontré parprincipes,&
confirmé par plusieurs observations
tirées de l'experience. Ce#3
Ouvrage est des plus solides
& est divisé en sept Livres,
avec quantitéde figures pour
l'intelligence, & des Table
fort amples. Il y traitede
grandeurs des Navires,avec
plusieurs circonstances de 1^1
Navigation sur les Rivières
& sur les Canaux; amplemen
de la Boussole & de sa constructionne
instruction;de la Sphere&dela
maniere d'observer la hauteur
tics Astres, des Lignes Loxo-
Hromiques, des Cartes hydrographiques,
des Latitudes
&C des Longitudes,enfindu
flus & du reflus de la Mer.
Maisoutretous ces Auteurs
jjque nous venons de citet,il y
ena encore d'autres qui ont
traitédela Navigation, sçavoir
Pierre AppianRodericus
Zamoranus , André Gaspar
Cespedius,DuRégime de la
'\Mfavigatïon-fèartholomoettsCrefr>:
entius> de Mauttcd Mediterrar,
nca-yAurufilnCoefareus; RoberItts
Dudlé, de arcanis maris
Jacques Colomb,d,ans; lo,
Flambeau de laNavigation
le Livre intitulé la Colomne
flamboyante; Pierre Herigon
en son Cours de Machematique;
Jean Janson, dans [OCI
Intioduction au Monde ma
ritime le P. Mersenne. Minime,
danssonIstiodromie:
LazarusBaytiusdere navali
J'ay leu en manufèrit L\
Phare de laMer, du Sr Bre
byon,Avocat à Dieppe, qui
mourut lors qu'on en impri
moitla premierefeüille.Ce
•Omvifieestoit divisé en si;:FI
ILivres.,& devoit avoir trente
ilfix gcran3de0s figures; le Sieur Bilaine en dévoit faire l'impression.
Il y est traitéàfond
de la Sphere, & de tout ce qui regarde une parfaite Navigation.
Il y a esperance que
aTes Héritiers le feront mettre
en lumiere dans quelque
Dzemps.11 avoit sesattestions
Ibde Mrs les Mathématiciens
ibde Paris.
Toutes les recherches que
vous venez delire sur l'Art
)hle la Navigation, ont este
faires par M Rouic,>deRouer.«i.
dont je vous ay déja envoyé
plusieurs Ouvrages quevous
avezestimez. Onest toujours
obligé a ceux qui par de femblables
foins facilitent au Public
ces fortes de connoiflances,
& qui luy épargnent les
longues lectures qu'il feroit
besoin de faire, pour s'infiruireun
peuàfond sur les
matieres de cette nature.
Fermer
Résumé : DE L'ART DE NAVIGER.
Le texte aborde l'évolution de la navigation en Europe et l'importance croissante des vaisseaux. L'année précédente a vu un nombre record de vaisseaux, avec une augmentation prévue pour l'été suivant. La navigation est cruciale pour traverser rivières et îles, utilisant divers types d'embarcations comme des radeaux, des bacs et des gondoles, fabriqués à partir de matériaux naturels. Les Égyptiens sont souvent crédités de l'invention de ces petits vaisseaux, adaptés par les Vénitiens, Syriens et Africains. Le texte mentionne plusieurs inventions liées à la navigation, telles que les rames, les mâts, les voiles, les ancres et les gouvernails, attribuées à différents peuples et individus. Tiphys est crédité des règles de navigation et de l'utilisation du gouvernail, tandis que Minos forma la première armée navale. Les galères, rapides et maniables, furent utilisées par divers peuples, notamment les Égyptiens et les Romains. L'expédition des Argonautes, dirigée par Jason, est évoquée pour sa quête de la Toison d'Or. Les grandes flottes de Ptolémée et de Xerxès sont également mentionnées. Les pilotes anciens se fiaient à leur expérience et aux étoiles pour naviguer. Le texte compare ces navigations à celles plus récentes, facilitées par l'aimant et la boussole. Les vaisseaux anciens incluent ceux décrits par Virgile et des navires spécifiques comme le Bucentaure à Venise. Les vaisseaux de guerre possédaient des becs de fer et des tourelles pour lancer des projectiles. La boussole, introduite en Europe vers 1260, a révolutionné la navigation en permettant de découvrir de nouveaux mondes et d'enrichir l'Europe par le commerce. Les Chinois utilisaient déjà une forme primitive de boussole. Les améliorations apportées par Flavius Melphitanus et Jean Gira ont permis des explorations majeures, comme celles des Espagnols en Amérique. L'aiguille aimantée, ou aiman, est essentielle pour la navigation car elle permet de déterminer le nord et l'étoile polaire. Les cartographes enseignent diverses déclinaisons de l'aiguille. L'aimant, découvert par un pasteur nommé Magnès, attire le fer et repousse d'un côté. Les propriétés de l'aimant sont décrites par plusieurs auteurs anciens comme Saint Augustin et Pline. La boussole, utilisant une aiguille aimantée, aide à orienter les navires et à corriger leur route. Des expériences montrent que l'aimant tourne pour indiquer le nord. La boussole s'affaiblit au-delà de l'équateur, suggérant une autre montagne magnétique en Amérique du Sud.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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216
p. 126-139
PARAPHRASE ALLEGORIQUE Aux Victoires de Monseigneur le Dauphin. Du PSEAUME LXXI.
Début :
Je ne doute pas qu'aprés vous estre fait un si grand / Donne, Seigneur, au Fils du plus grand de nos Rois, [...]
Mots clefs :
Roi, Rois, Efforts, Héros, Lois, Peuples, Valeur, Gloire, Dauphin, Sang
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PARAPHRASE ALLEGORIQUE Aux Victoires de Monseigneur le Dauphin. Du PSEAUME LXXI.
Je ne doute point qu'après
vous estre fait un
si
grand
plaisir des diversOuvrages
que je vous ayenvoyez sur
les Conquestes de Monseigneur
le Dauphin, vous ne
soyez extrêmement sâtisfaite
de celuy que vous allez lire.
Il estdeMr l'Abbé de Viani,
Prieur de l'Eglise de S. Jean
d'Aix, qui l'a adîefleà Mf:,
e Duc de Montausier.Cest
£.'a ParaphraseAllégorique
£Tun P/eaume que David
):zzomposa pour souhaiter à
Ton Fils Salomon) les vertus
rpqui luy estoient necessaires
pour bien regner. Vous y
werrez un juste rapport à tout
ixe qui est connu de lapiet,é
àôc des vertus admirables de
nostre Auguste Monarque.
C'est une matière jnépuifable
J
& qui renouvelle de
I( jour en jour.
PARAPHRASE
ALLEGORIQUE 1
Aux Victoires de Monfcïgneui
le Dauphin.
oDu PsEAUJvIE LXXI. - Onne,Seig&èar, AtéXiù.dté.
plusgrâtîdde nos Rois
1 Vamour ferme &- confiant de tes di^
vines Loix ; ,
Fais quesans s*écartet de la droite
lufiiee, -'
¡fa Pauvre ilfoittoujours fivcrible
& propice)
Et que ses lugemens des Peuples
¡zdgreZ,
Contre l'opprcjjlon les rendent assiren.
kVdiS que ceux qu'unhAut Rang at-.
tache àsaPersonne,
Soutenant a l'envy le poids de la
Couronne )
\Hin ftffint respecter £Augufie Majessé
) [leurVietéy
x'Sien mainspar leur Valeur que par
\*Et que les Magifirats qui dans leur
Rangsuprème
,
\Ont lesacrêdêpojt des droits du Dia*
dême,
\¥ou/fcZ de ton esprit,remplisde
leurdevoir
,
!3En fiachent menager le fouveraw
pouvoir? .-
7Wousverrons dans ces lieux la rAleu",
laPuiss.-.nce
,
Tfaire reg.icrU P:'; ,
la Vertu, VA- bondd
,
fiN&usverrons uj; '(.!i/u' Roy
,
leplus
grand desù Guera^/-s>
De la main definFils recevoir der-
Lauriers,
Etsentir le tranifport de cette doltce--
gloire
£)ne donne , aux leunes Coeurs lapremiert
Viffoire.
Nous verrons ce Vainqueur par fis
premiers exploits,
Biglerdes opprimeZ les légitimés
droits;
Etpar les beaux efforts desa valeur *
guerriere
Rétablir dansfies biens une Augufie
Héritiere.
Cesien vain, Thilisbourg
, que
ceint de toutes parts5 - far des Marais profonds) pardefermes
Rempartsy
Tu mépriflis les coups delàfiere
Tempefie : [ quefie3
De cejeune Héros tu fieras la Con,..
VSi deton Difevfenr le nomsifort
vanté3
-j?,r uniraplus célébré à lapofierrté>
'Q'avoir pu quelques jours arreflet
fin audace>
£^fte d*avoirsurmonté les efforts de
la rhrdce.
Martheinsuivra ta chcllle, &fin
JîerFalAtin
fuyant de ses Eflats le rigoureux
Jifin,
yprés avoir canfé cette cruelle
guerre,
Sentira le premier les éclats du Tonnerre.
Malgréses Bastions & ses fiperbes
Forts,
13frankendal tombera fins les nob, les
efforts
M'un Heros qui suivant sa course
glorieuse
>
Mangerafousses Loix & le Rhin di-
, laMeuse.
En vain,fer Hollandois de fii
grandeurjaloux,
Tu te crois dans tes eaux à couvert
de.fiscoups ;
On aJeu tedomptermalgrétes fortes
Digues,
Et trancherpar le Fer tes Traitez&
tes Ligues , Et te donnant ia Loy dans us propresEtats9
Te rendre le mépris de tous les Potentats..
Jïuinsidelie à fin Sang, à fin
Pere perfide>
Ton ingratProtecteurm:dite un Parricide
4
Jïuefier de ces Vaijjcaux
,
plein de
va/les projets, [ Sujets;
Il arme contre un Roy fis rebelles
*arfespremierssucc,éss*accoAutu,m0'a- n- t
aa crime, ( gitime,
gytfil traite en fippofél'heritier le.
St de la calomnieemprllntaitt le
pinceau, Quil attaque sans honte un Enfant
au Berceau,
\e Cielpour le punirformera des
orages5
Et le Prince anime par tant d'hen.
reuxpréfiges*
ïcrafcra ce Monstre ennemy de la Foy,
57surfinTroneAugufie affermira,
ce Roy.
Rome deceshautsfaits heureusement
sûrprise,
Voyant dans ce Héroslesoutien de
l'Eglifi,
De tous nos démèter, oubliant le
malheur, (Valeur.
De mon Roy
>
defin Fils bénira la
- Cefialors que LOFIS AU dejjk*
de l'Envie,
Prolongeant par fin Fils la gloire
deJaVie,
formera par fis foins des Frinces
genereNx,
Et si verra revivre encor dans siJs
Neveux,
Dont la posterité dessiécles reverée"
Aura du Firmament£éternelle
durée.;
Ettoujoursplus féconde en Héros
immortels,
Expofem fin Sang en faveur des
Autels ;
Et par elle bientost, les Sultans de
Bifance
Malgré , tous leurs efforts, & leur
vaste JNiffince,
rerront far les rayons de ce Soleil
naissant,
Çpbjcurcir a jamais leur funejïe
Croissant.
Ce DAFPHIN que la France&
que le Monde adn ire,
"SDes Fleuves & des Mers hornera
son Empire,
hJEt ses jalonx craignant la force de
son bras, [ pas.
Udifèront,par refpecl la trace deses
Les Flotes de Siam à travers les
orages
t porteront leurs Tresorssur nos heureux
Rivages,
i Et Us Barbares Rois des Peuples
basanez,,
Seront à sesgenoux humblement
profiernez
Le Pirated'Alger cent foisplus
redoutable
Au timideMarchand qu'un écûeil
efrojat-iei
Sous les débrisfumonsdeses MufSte
embrasez,,
Se reverra purty des maux q"
caufcT^.
Des méchants ilflra /'impitoyable
luge,
Des pauvres opprimez, ilfera h\
refuge,
Contre leurs ennemis il fera lettmrî
apuy ; [ lu
Etleur étatabjeEtferagrand devante
L'Indien parfin Orviendra le\
reconnoijlre,
Et les Peuples diversvoulantFavoirtw
pour Maifire
Par de riches Tributsobligeront
leurs Rois
De venirpromptement se foumetire
a ses Loix.
Sous un Regnesifiint, si remply
de lufiiee,
.!."a Vermfousfispiedspra tremblerleVice.
"Nas monts ou ne croisoient que
d'aridesbuissons,
Produiront sans travail de fertiles
moiffins,
\=-t ceux dont Dieu bénit le chasle
Mariage, [partage.
à(De Vertueux Ensansauront le doux
^>ui repeuplant nos Camps des plus
braves soldats
, ^Deviendront lejoûticn desesvases
Etats.
Apres tant de bcn-hcuricevrince
incomparable
Mura dans l'Vnivers une gloire
d/trable.
rTiés Ennernisfrilpe- de sa vivt
splendeur,
tenteront vainement d'affaiblir sa
grandeur,
Ori te verra briller d'une lè,2
lumiere,
Tant que fAstre dit jour fournirai
sa carriere.
Grand Dieu, de qui les Rois 0;;1\\
toute leurgrandeur,
jtjïnqunu Monde entier t'adore-v
avec ardeur GonfervedansLOV,IS ton plusw
p.zrJait ouvrage ;
Conflrve en son DArPHI NV
sa rejfemblantc image;
ParEux ton sacré Nom des Mor—\
tels refpcffê
,
Regnera dans son lufire di dansvt , sa Maio/fé.
liluftr* MOKTAFSIER , dcmÀf\
l'ame genereuse
A toâjous protégé la rerlll mal»'
heureuse s
2Toy qui receu du Ciel la Candeur,
la Bonté)
Et du mondenaissant l'antique
Probli'té;
uanddes Cygnes fameux
,
qui , charment tes oreilles ,
De ton jeune Heros annoncent les
merveilles
„ Daigne encore écouter ce quauxbords
du Jourdain
Pn Saint Roy prononça par un
esprit Divin,
Et ne refufl pas de presenter (lM;
PRINCE,
Ce tribut qui luy vient du fond
d'une Province.
vous estre fait un
si
grand
plaisir des diversOuvrages
que je vous ayenvoyez sur
les Conquestes de Monseigneur
le Dauphin, vous ne
soyez extrêmement sâtisfaite
de celuy que vous allez lire.
Il estdeMr l'Abbé de Viani,
Prieur de l'Eglise de S. Jean
d'Aix, qui l'a adîefleà Mf:,
e Duc de Montausier.Cest
£.'a ParaphraseAllégorique
£Tun P/eaume que David
):zzomposa pour souhaiter à
Ton Fils Salomon) les vertus
rpqui luy estoient necessaires
pour bien regner. Vous y
werrez un juste rapport à tout
ixe qui est connu de lapiet,é
àôc des vertus admirables de
nostre Auguste Monarque.
C'est une matière jnépuifable
J
& qui renouvelle de
I( jour en jour.
PARAPHRASE
ALLEGORIQUE 1
Aux Victoires de Monfcïgneui
le Dauphin.
oDu PsEAUJvIE LXXI. - Onne,Seig&èar, AtéXiù.dté.
plusgrâtîdde nos Rois
1 Vamour ferme &- confiant de tes di^
vines Loix ; ,
Fais quesans s*écartet de la droite
lufiiee, -'
¡fa Pauvre ilfoittoujours fivcrible
& propice)
Et que ses lugemens des Peuples
¡zdgreZ,
Contre l'opprcjjlon les rendent assiren.
kVdiS que ceux qu'unhAut Rang at-.
tache àsaPersonne,
Soutenant a l'envy le poids de la
Couronne )
\Hin ftffint respecter £Augufie Majessé
) [leurVietéy
x'Sien mainspar leur Valeur que par
\*Et que les Magifirats qui dans leur
Rangsuprème
,
\Ont lesacrêdêpojt des droits du Dia*
dême,
\¥ou/fcZ de ton esprit,remplisde
leurdevoir
,
!3En fiachent menager le fouveraw
pouvoir? .-
7Wousverrons dans ces lieux la rAleu",
laPuiss.-.nce
,
Tfaire reg.icrU P:'; ,
la Vertu, VA- bondd
,
fiN&usverrons uj; '(.!i/u' Roy
,
leplus
grand desù Guera^/-s>
De la main definFils recevoir der-
Lauriers,
Etsentir le tranifport de cette doltce--
gloire
£)ne donne , aux leunes Coeurs lapremiert
Viffoire.
Nous verrons ce Vainqueur par fis
premiers exploits,
Biglerdes opprimeZ les légitimés
droits;
Etpar les beaux efforts desa valeur *
guerriere
Rétablir dansfies biens une Augufie
Héritiere.
Cesien vain, Thilisbourg
, que
ceint de toutes parts5 - far des Marais profonds) pardefermes
Rempartsy
Tu mépriflis les coups delàfiere
Tempefie : [ quefie3
De cejeune Héros tu fieras la Con,..
VSi deton Difevfenr le nomsifort
vanté3
-j?,r uniraplus célébré à lapofierrté>
'Q'avoir pu quelques jours arreflet
fin audace>
£^fte d*avoirsurmonté les efforts de
la rhrdce.
Martheinsuivra ta chcllle, &fin
JîerFalAtin
fuyant de ses Eflats le rigoureux
Jifin,
yprés avoir canfé cette cruelle
guerre,
Sentira le premier les éclats du Tonnerre.
Malgréses Bastions & ses fiperbes
Forts,
13frankendal tombera fins les nob, les
efforts
M'un Heros qui suivant sa course
glorieuse
>
Mangerafousses Loix & le Rhin di-
, laMeuse.
En vain,fer Hollandois de fii
grandeurjaloux,
Tu te crois dans tes eaux à couvert
de.fiscoups ;
On aJeu tedomptermalgrétes fortes
Digues,
Et trancherpar le Fer tes Traitez&
tes Ligues , Et te donnant ia Loy dans us propresEtats9
Te rendre le mépris de tous les Potentats..
Jïuinsidelie à fin Sang, à fin
Pere perfide>
Ton ingratProtecteurm:dite un Parricide
4
Jïuefier de ces Vaijjcaux
,
plein de
va/les projets, [ Sujets;
Il arme contre un Roy fis rebelles
*arfespremierssucc,éss*accoAutu,m0'a- n- t
aa crime, ( gitime,
gytfil traite en fippofél'heritier le.
St de la calomnieemprllntaitt le
pinceau, Quil attaque sans honte un Enfant
au Berceau,
\e Cielpour le punirformera des
orages5
Et le Prince anime par tant d'hen.
reuxpréfiges*
ïcrafcra ce Monstre ennemy de la Foy,
57surfinTroneAugufie affermira,
ce Roy.
Rome deceshautsfaits heureusement
sûrprise,
Voyant dans ce Héroslesoutien de
l'Eglifi,
De tous nos démèter, oubliant le
malheur, (Valeur.
De mon Roy
>
defin Fils bénira la
- Cefialors que LOFIS AU dejjk*
de l'Envie,
Prolongeant par fin Fils la gloire
deJaVie,
formera par fis foins des Frinces
genereNx,
Et si verra revivre encor dans siJs
Neveux,
Dont la posterité dessiécles reverée"
Aura du Firmament£éternelle
durée.;
Ettoujoursplus féconde en Héros
immortels,
Expofem fin Sang en faveur des
Autels ;
Et par elle bientost, les Sultans de
Bifance
Malgré , tous leurs efforts, & leur
vaste JNiffince,
rerront far les rayons de ce Soleil
naissant,
Çpbjcurcir a jamais leur funejïe
Croissant.
Ce DAFPHIN que la France&
que le Monde adn ire,
"SDes Fleuves & des Mers hornera
son Empire,
hJEt ses jalonx craignant la force de
son bras, [ pas.
Udifèront,par refpecl la trace deses
Les Flotes de Siam à travers les
orages
t porteront leurs Tresorssur nos heureux
Rivages,
i Et Us Barbares Rois des Peuples
basanez,,
Seront à sesgenoux humblement
profiernez
Le Pirated'Alger cent foisplus
redoutable
Au timideMarchand qu'un écûeil
efrojat-iei
Sous les débrisfumonsdeses MufSte
embrasez,,
Se reverra purty des maux q"
caufcT^.
Des méchants ilflra /'impitoyable
luge,
Des pauvres opprimez, ilfera h\
refuge,
Contre leurs ennemis il fera lettmrî
apuy ; [ lu
Etleur étatabjeEtferagrand devante
L'Indien parfin Orviendra le\
reconnoijlre,
Et les Peuples diversvoulantFavoirtw
pour Maifire
Par de riches Tributsobligeront
leurs Rois
De venirpromptement se foumetire
a ses Loix.
Sous un Regnesifiint, si remply
de lufiiee,
.!."a Vermfousfispiedspra tremblerleVice.
"Nas monts ou ne croisoient que
d'aridesbuissons,
Produiront sans travail de fertiles
moiffins,
\=-t ceux dont Dieu bénit le chasle
Mariage, [partage.
à(De Vertueux Ensansauront le doux
^>ui repeuplant nos Camps des plus
braves soldats
, ^Deviendront lejoûticn desesvases
Etats.
Apres tant de bcn-hcuricevrince
incomparable
Mura dans l'Vnivers une gloire
d/trable.
rTiés Ennernisfrilpe- de sa vivt
splendeur,
tenteront vainement d'affaiblir sa
grandeur,
Ori te verra briller d'une lè,2
lumiere,
Tant que fAstre dit jour fournirai
sa carriere.
Grand Dieu, de qui les Rois 0;;1\\
toute leurgrandeur,
jtjïnqunu Monde entier t'adore-v
avec ardeur GonfervedansLOV,IS ton plusw
p.zrJait ouvrage ;
Conflrve en son DArPHI NV
sa rejfemblantc image;
ParEux ton sacré Nom des Mor—\
tels refpcffê
,
Regnera dans son lufire di dansvt , sa Maio/fé.
liluftr* MOKTAFSIER , dcmÀf\
l'ame genereuse
A toâjous protégé la rerlll mal»'
heureuse s
2Toy qui receu du Ciel la Candeur,
la Bonté)
Et du mondenaissant l'antique
Probli'té;
uanddes Cygnes fameux
,
qui , charment tes oreilles ,
De ton jeune Heros annoncent les
merveilles
„ Daigne encore écouter ce quauxbords
du Jourdain
Pn Saint Roy prononça par un
esprit Divin,
Et ne refufl pas de presenter (lM;
PRINCE,
Ce tribut qui luy vient du fond
d'une Province.
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Résumé : PARAPHRASE ALLEGORIQUE Aux Victoires de Monseigneur le Dauphin. Du PSEAUME LXXI.
L'œuvre 'Paraphrase Allégorique' de l'Abbé de Viani, dédiée au Duc de Montausier, est une paraphrase du Psaume 71 de David destinée à Salomon. Elle met en avant les vertus requises pour gouverner et établit un parallèle avec les qualités du Dauphin. Le texte célèbre les exploits militaires du Dauphin, le comparant à un héros guerrier victorieux. Il mentionne des victoires telles que la prise de Thionville et de Frankerdal, ainsi que la soumission des Hollandais. Le Dauphin est également décrit comme un protecteur des opprimés et un défenseur de la foi, capable de soumettre les ennemis et de rétablir les droits légitimes. La lettre souligne la grandeur et la bravoure du Dauphin, prédisant une ère de prospérité et de justice sous son règne. Elle évoque l'impact positif de son règne sur la France et le monde, avec des peuples lointains reconnaissant sa suprématie et apportant des tributs. La gloire éternelle du Dauphin et la bénédiction divine sur son règne sont également exaltées. Le texte se présente comme une prière ou une ode adressée à Dieu, soulignant Sa grandeur et Son adoration universelle. Il mentionne la conservation de l'image divine dans un temple et l'invocation du nom sacré de Dieu pour régner dans la lumière et la majesté. La prière loue un prince jeune, doté d'une âme généreuse, protégé par Dieu, et possédant des qualités telles que la candeur, la bonté et l'antique probité. Des cygnes célèbres chantent ses mérites. La prière demande à Dieu d'écouter les paroles prononcées par un saint roi près du Jourdain, inspirées par un esprit divin, et de ne pas refuser l'hommage venant du cœur d'une province.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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217
p. 13-22
ELOGE en mots d'une syllabe, AU ROY.
Début :
Comme tous ceux qui ont du talent pour les Vers ou / Grand Roy, tout est grand dans toy, le coeur, l'air, [...]
Mots clefs :
Roi, Coeur, Mars, Bras, Oeil, Corps, Foi, Rhin, Voeux, Peur, Éloge, Monosyllabes, Siam
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texteReconnaissance textuelle : ELOGE en mots d'une syllabe, AU ROY.
Comme tous ceux qui
ont du talent pour les Vers
ou pour la Profe , s'empreffent
avec une égale ardeur
à donner au Roy les
louanges qu'il merite , on le
fait auffi de toutes manieres ,
14 MERCURE
& aprés l'exemple qu'on a
"
donné dans ma Lettre du
mois de Fevrier , d'un Dif
cours qui eft composé enticrement
de Monofillabes
vous ne devez pas eftre furprife
qu'on ait employé
ce genre d'écrire dans une
matiere fi relevée . M'Hongnant
eft celuy qui s'en eft
fervy pour faire l'Eloge de
Sa Majesté. On a trouvé cet
Eloge fort ingenieux , & je
fuis perfuadé que vous le
lirez avec plaifir.
ELOGE
En mots d'une fyllabe ,
AU ROY.
le
Rand Roy , tout eft
Jgrand dans toy
coeur , l'air , le port , le bras.
La Paix & Mars font dans tes
mains , & n'y font plus quand
il te plaiſt. Tout eft plein de
ton Nom ; tu fais ce que tu
veux , & tu veux tout ce qui
eft droit & faint . Ton joug
eft tres-doux ; nul ne te fert
16 MERCURE
qu'il n'ait le prix qui luy eft
dû. Tu fçais & fais le fin des
Arts ; ton oeil & tes foinst
vont fort loin ; fous toy le
pur fang de tes Lys a ne fort
plus du corps fur le pré pour
un point fort vain ; on ne
boit pas la mort b dans un
jus trop froid ou trop chaud;
& la Foy n'a que du bon
grain c dans fon champ. Ce
que tu fais n'eſt pas moins
grand que toy. Tu joins les
bords du Rhin fans pont ; les
bords du Mein & de la Lys
a Duels.
b
Poifons.
c Erreurs
abolies.
GALANT. 17
reints du fang de ceux qui
font en tout moins que toy,
font à ce jour pleins de tes
gens de coeur , & ceux à qui
le poids de ton bras da fait
un grand tort , font dans la
peur pour leurs Forts que ta
main a pris il y a prés de dix
ans. En vain ceux dont le
Turc eft las e font- ils un
grand feu vers le Rhin , un
feul de nous fouston oeil
plein du feu de Mars vaut
cent Turcs. Si tu es grand
dans ce qui fert à tes voeux
•
d Hollandois.
e Allemands.
Avril
1689 . B
18 MERCURE
tu ne l'es pas moins dans un
mal: f qui ne t'a pas fait des
loix. Ah dans ce temps
toursfut pour toy dans le
deuil , mais ton coeur plus
que l'art & le temps mit fin
à ce mal qui fut le mal de
tous par las part que l'on y
prit. Que de voeux ! que de
feux !que ddee rriiss!que dejeux
ne vit-on point ? Et l'on n'en
fit pas trop Je ne dis pas que
des Rois qui font loin de
nous , g nous ont fait voir par
XITOY 4
f Maladie du Roy.
& Ambaffade du Roy de Siam,
རྒྱུར་
GALANT. 19
des dons que leurs gens t'one
fait de leur part, & de droit
en quel haut rang tu es dans
leur coeur & dans leur Cour.
En ce temps là le fort d'un h
Chef d'un grand Corps , mais
trop vain fut le fort d'un
Ver. Quels fers i ne romps-
-tu pas ?Je vois la Mer & ceux
qui y font des vols / pour qui
tu mets leurs murs en feu
fous tes Loix. Ton Fils m en
qui tu ta vois peint, va fur
h Doge de Gennes
i Efclaves delivrez .
I Algeriens Bombardez
m Campagne de Monfeigneur le
Dauphin.
Bij
20 MERCURE
tes
pasoù ton coeur s'eft fait
voir . A fa voix les Forts font
pris tout d'un coup , & les
Tours font à bas. En moins
d'un mois è un grand & gras
Champ de Mars fe rend à
luy ; qui ne le fait ? N'a- t-il
pás eu tous les coeurs de
fes gens à foy ? Par ſa main
il rend doux les coups de
Mars ; à ce prix-là ils font
prefts de voir la mort fans
peur ; mais ces hauts faits
font moins grands que ce que
tu as fait pour un Roy , oà
A
n Palatinat du Rhin.
o Reception du Roy , de la Reine de
la Grande Bretagne, & du Prince de
Galles.
GALANT 21
qui des coeurs bas fans Loy &
fans Foy font un grand tort .
Tu luy tens les bras ; fon Fils
& le fein à qui il doit les jours
font fous tes foins , tu romps.
le cours de leurs vrais maux
par tant & tant de dons
que
tu leut fais tous les jours ; ils
ont chez toy leur Cour , leur
train , & tout ce qui eft du à
leur rang. Ce Roy qui t'eft
fi cher p part pour voir fi
les coeurs des Lords ne font:
plus fi durs , & par tes foins
il pleut de l'or fur cent mats
d Depart du Roy d'Angleterre pour
Irlande
•
22 MERCURE
qui vont au gré des vents.
Six-vingt Chefs que Mars
voit de bon oeil , & deux
grands Corps de gens à qui
le fer & le feu ne font point
de peur , font pour luy prés
de Breft. Fais luy voir , Grand
Royce qui fait fes voeux .
Tu le peux toy feul , fais ce
grand coup
& n'en fais
plus ; car je n'ay plus de mots
fi courts , & ils font tort à
ton grand nom . Je me tais .
ont du talent pour les Vers
ou pour la Profe , s'empreffent
avec une égale ardeur
à donner au Roy les
louanges qu'il merite , on le
fait auffi de toutes manieres ,
14 MERCURE
& aprés l'exemple qu'on a
"
donné dans ma Lettre du
mois de Fevrier , d'un Dif
cours qui eft composé enticrement
de Monofillabes
vous ne devez pas eftre furprife
qu'on ait employé
ce genre d'écrire dans une
matiere fi relevée . M'Hongnant
eft celuy qui s'en eft
fervy pour faire l'Eloge de
Sa Majesté. On a trouvé cet
Eloge fort ingenieux , & je
fuis perfuadé que vous le
lirez avec plaifir.
ELOGE
En mots d'une fyllabe ,
AU ROY.
le
Rand Roy , tout eft
Jgrand dans toy
coeur , l'air , le port , le bras.
La Paix & Mars font dans tes
mains , & n'y font plus quand
il te plaiſt. Tout eft plein de
ton Nom ; tu fais ce que tu
veux , & tu veux tout ce qui
eft droit & faint . Ton joug
eft tres-doux ; nul ne te fert
16 MERCURE
qu'il n'ait le prix qui luy eft
dû. Tu fçais & fais le fin des
Arts ; ton oeil & tes foinst
vont fort loin ; fous toy le
pur fang de tes Lys a ne fort
plus du corps fur le pré pour
un point fort vain ; on ne
boit pas la mort b dans un
jus trop froid ou trop chaud;
& la Foy n'a que du bon
grain c dans fon champ. Ce
que tu fais n'eſt pas moins
grand que toy. Tu joins les
bords du Rhin fans pont ; les
bords du Mein & de la Lys
a Duels.
b
Poifons.
c Erreurs
abolies.
GALANT. 17
reints du fang de ceux qui
font en tout moins que toy,
font à ce jour pleins de tes
gens de coeur , & ceux à qui
le poids de ton bras da fait
un grand tort , font dans la
peur pour leurs Forts que ta
main a pris il y a prés de dix
ans. En vain ceux dont le
Turc eft las e font- ils un
grand feu vers le Rhin , un
feul de nous fouston oeil
plein du feu de Mars vaut
cent Turcs. Si tu es grand
dans ce qui fert à tes voeux
•
d Hollandois.
e Allemands.
Avril
1689 . B
18 MERCURE
tu ne l'es pas moins dans un
mal: f qui ne t'a pas fait des
loix. Ah dans ce temps
toursfut pour toy dans le
deuil , mais ton coeur plus
que l'art & le temps mit fin
à ce mal qui fut le mal de
tous par las part que l'on y
prit. Que de voeux ! que de
feux !que ddee rriiss!que dejeux
ne vit-on point ? Et l'on n'en
fit pas trop Je ne dis pas que
des Rois qui font loin de
nous , g nous ont fait voir par
XITOY 4
f Maladie du Roy.
& Ambaffade du Roy de Siam,
རྒྱུར་
GALANT. 19
des dons que leurs gens t'one
fait de leur part, & de droit
en quel haut rang tu es dans
leur coeur & dans leur Cour.
En ce temps là le fort d'un h
Chef d'un grand Corps , mais
trop vain fut le fort d'un
Ver. Quels fers i ne romps-
-tu pas ?Je vois la Mer & ceux
qui y font des vols / pour qui
tu mets leurs murs en feu
fous tes Loix. Ton Fils m en
qui tu ta vois peint, va fur
h Doge de Gennes
i Efclaves delivrez .
I Algeriens Bombardez
m Campagne de Monfeigneur le
Dauphin.
Bij
20 MERCURE
tes
pasoù ton coeur s'eft fait
voir . A fa voix les Forts font
pris tout d'un coup , & les
Tours font à bas. En moins
d'un mois è un grand & gras
Champ de Mars fe rend à
luy ; qui ne le fait ? N'a- t-il
pás eu tous les coeurs de
fes gens à foy ? Par ſa main
il rend doux les coups de
Mars ; à ce prix-là ils font
prefts de voir la mort fans
peur ; mais ces hauts faits
font moins grands que ce que
tu as fait pour un Roy , oà
A
n Palatinat du Rhin.
o Reception du Roy , de la Reine de
la Grande Bretagne, & du Prince de
Galles.
GALANT 21
qui des coeurs bas fans Loy &
fans Foy font un grand tort .
Tu luy tens les bras ; fon Fils
& le fein à qui il doit les jours
font fous tes foins , tu romps.
le cours de leurs vrais maux
par tant & tant de dons
que
tu leut fais tous les jours ; ils
ont chez toy leur Cour , leur
train , & tout ce qui eft du à
leur rang. Ce Roy qui t'eft
fi cher p part pour voir fi
les coeurs des Lords ne font:
plus fi durs , & par tes foins
il pleut de l'or fur cent mats
d Depart du Roy d'Angleterre pour
Irlande
•
22 MERCURE
qui vont au gré des vents.
Six-vingt Chefs que Mars
voit de bon oeil , & deux
grands Corps de gens à qui
le fer & le feu ne font point
de peur , font pour luy prés
de Breft. Fais luy voir , Grand
Royce qui fait fes voeux .
Tu le peux toy feul , fais ce
grand coup
& n'en fais
plus ; car je n'ay plus de mots
fi courts , & ils font tort à
ton grand nom . Je me tais .
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Résumé : ELOGE en mots d'une syllabe, AU ROY.
Le texte est un éloge du roi de France, rédigé en vers monosyllabiques et publié dans le Mercure. L'auteur, M. Hongnant, exalte les qualités et les actions du roi. Le poème souligne la grandeur du souverain, sa justice, ainsi que son autorité sur la paix et la guerre. Il met en lumière les succès militaires du roi, tels que la prise de forteresses et la soumission des ennemis. Le texte aborde également la maladie du roi et les vœux de rétablissement exprimés par le peuple, ainsi que les hommages reçus de rois étrangers. Les exploits du fils du roi, notamment lors de campagnes militaires, sont également célébrés. Enfin, le poème se conclut par une référence aux préparatifs militaires en Bretagne et à l'attente des ordres du roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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218
p. 322-325
Quartiers où les Officiers Generaux doivent demeurer pendant l'hiver. [titre d'après la table]
Début :
On a nommé des quartiers aux Officiers Generaux pour commander [...]
Mots clefs :
Quartiers, Officiers généraux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Quartiers où les Officiers Generaux doivent demeurer pendant l'hiver. [titre d'après la table]
On a nommé des quartiers
aux Officiers Generaux
pour commander
pendant
l'hiver . Je ne fçay s'il n'y a
rien de defectueux
dans la
copic que je vous envoye ,
puis que tout cet Article
n'eft compofé que de noms
propres , foit d'hommes , foit
de Villes , & qu'il eft rare
d'en trouver tant à la fois
fans qu'il y ait quelque chofe
de changé. M le Maréchal
GALANT: 323
de Lorge commandera en
Alface,& reftera à Strasbourg,
ayant fous luy M'S de Monclar
, de Sourdis , Talard ,
Puifieux , Lanion , Vertilly
de Herlac , & le Chevalier
de la Ferté . Mrs de Bertillac
& de Melac feront à Mont-
Royal; M" Duffon & de Romainville
fur la Sarre ; Mr
Prochat en Rouffillon ; M
Servon en Provence ; M
Grillon & Saint Silveftre en
Guyenne ; M Lombrans à
Cazal & Pignerol; M Bachervilliers
en Dauphine ; M ' de
Varenne & Vilpion en Com324
MERCURE
té ; MS S. Franon & Paris
en Champagne ; M¹ Cajena à
Soiffons & Amiens; Mr Courtebonne
en Normandie ; M
Bullonde depuis Abbeville
jufqu'à Calais ; M' Maulevrier
à Ypres , & fous luy M9
de Seppeville , du Thos , &
de Guimors : M de Calvo à
Tournay , & fous luy M's de
la Valette , du Bourg & de
Vaudricourt ; Mr de Vertillac
à Valenciennes , & fous luy
MS Damjan & de Bezons ;
Mr de Gournay en Hainaut ,
& fous luy Mrs de Vignon
M' de Vatteville à Philippors
rs.
GALANT. 325
ville ; M ' de Guifcar à Dinan
: M. de Bouflers à Luxembourg
& en Lorraine , &
fous luy Ms de Catinat , de
Teffé , Lomaria , Imecourt ,
Atargnan , & de Genlis.
aux Officiers Generaux
pour commander
pendant
l'hiver . Je ne fçay s'il n'y a
rien de defectueux
dans la
copic que je vous envoye ,
puis que tout cet Article
n'eft compofé que de noms
propres , foit d'hommes , foit
de Villes , & qu'il eft rare
d'en trouver tant à la fois
fans qu'il y ait quelque chofe
de changé. M le Maréchal
GALANT: 323
de Lorge commandera en
Alface,& reftera à Strasbourg,
ayant fous luy M'S de Monclar
, de Sourdis , Talard ,
Puifieux , Lanion , Vertilly
de Herlac , & le Chevalier
de la Ferté . Mrs de Bertillac
& de Melac feront à Mont-
Royal; M" Duffon & de Romainville
fur la Sarre ; Mr
Prochat en Rouffillon ; M
Servon en Provence ; M
Grillon & Saint Silveftre en
Guyenne ; M Lombrans à
Cazal & Pignerol; M Bachervilliers
en Dauphine ; M ' de
Varenne & Vilpion en Com324
MERCURE
té ; MS S. Franon & Paris
en Champagne ; M¹ Cajena à
Soiffons & Amiens; Mr Courtebonne
en Normandie ; M
Bullonde depuis Abbeville
jufqu'à Calais ; M' Maulevrier
à Ypres , & fous luy M9
de Seppeville , du Thos , &
de Guimors : M de Calvo à
Tournay , & fous luy M's de
la Valette , du Bourg & de
Vaudricourt ; Mr de Vertillac
à Valenciennes , & fous luy
MS Damjan & de Bezons ;
Mr de Gournay en Hainaut ,
& fous luy Mrs de Vignon
M' de Vatteville à Philippors
rs.
GALANT. 325
ville ; M ' de Guifcar à Dinan
: M. de Bouflers à Luxembourg
& en Lorraine , &
fous luy Ms de Catinat , de
Teffé , Lomaria , Imecourt ,
Atargnan , & de Genlis.
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Résumé : Quartiers où les Officiers Generaux doivent demeurer pendant l'hiver. [titre d'après la table]
Le document traite de la nomination de quartiers pour les officiers généraux afin de commander pendant l'hiver. L'auteur mentionne des incertitudes concernant la précision des noms listés. Les nominations sont les suivantes : le maréchal de Lorge en Alsace, basé à Strasbourg, avec plusieurs marquis sous ses ordres ; les marquis de Bertillac et de Melac à Mont-Royal ; les marquis Duffon et de Romainville sur la Sarre ; Monsieur Prochat en Rouffillon ; Monsieur Servon en Provence ; les marquis Grillon et Saint Silvestre en Guyenne ; Monsieur Lombrans à Cazal et Pignerol ; Monsieur Bachervilliers en Dauphiné ; les marquis de Varenne et Vilpion en Comté ; les marquis Saint Franon et Paris en Champagne ; Monsieur Cajena à Soissons et Amiens ; Monsieur Courtebonne en Normandie ; Monsieur Bullonde de Abbeville à Calais ; Monsieur Maulevrier à Ypres, avec plusieurs marquis sous ses ordres ; Monsieur de Calvo à Tournay, avec plusieurs marquis sous ses ordres ; Monsieur de Vertillac à Valenciennes, avec plusieurs marquis sous ses ordres ; Monsieur de Gournay en Hainaut, avec le marquis de Vignon sous ses ordres ; Monsieur de Vatteville à Philippeville ; Monsieur de Guiscar à Dinan ; Monsieur de Bouflers au Luxembourg et en Lorraine, avec plusieurs marquis sous ses ordres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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219
p. 28-54
Détail de tout ce qui s'est passé dans les nouveaux soulevemens arrivez à Siam. [titre d'après la table]
Début :
Je vous manday la derniere fois qu'on devoit avoir bientost [...]
Mots clefs :
Roi de Siam, Constantin Phaulkon, Français, Enfants, Royaume, Religion, Bangkok, Siamois, France, Forteresse, Vaisseau, Lettres de naturalité, Siamoise, Mandarins, Mandarin, Hollandais, Secours, Mourir, Hommes, Troupes, Usurpateur, Assiégés, Canon, Côte, Vivres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Détail de tout ce qui s'est passé dans les nouveaux soulevemens arrivez à Siam. [titre d'après la table]
Je vous manday la derniere
fois qu'on devoit avoir bientoft
des nouvelles feures de
Siam ; en voicy qui viennent
de tres-bonne part . Sa Majeſté
Siamoife eftant dangereufe
mene malade au mois de May
de l'année derniere, un certain
Opra Petrarcha , âgé d'enviGALANT.
29
ron cinquante-cinq ans , le
plus grand, le plus riche, & le
plus devoué à fa Secte de
tous les Mandarins Siamois ,
2
fongea à fe mettre en eftat de
fe faire declarer Souverain de
fes Etats . Il avoit refufé les
plus grandes Dignitez du
Royaume pour s'attacher uniquement
à l'Oraifon , & met
ner la vie d'un parfait -Talapoin,
quoy que feculier . Il en
faifoit entierement les fonctions
, & cette conduite luy
avoit fait gagner
l'amitié
>
non feulement des Grands &
des Talapoins qui ont beau-
Ciij.
30 MERCURE
coup de credit fur les Siamois ,
mais encore du peuple , &
principalement de ceux qui
en font la plus baffe partie , &
à qui il faifoit de tres- grandes
charitez felon leurs befoins
. Il avoit avancé fon Fils
à la Dignité d'Oya , qui eft la
premiere du Royaume , aprés
les Princes du fang Royal.
La maladie du Roy augmenfant
, & la foibleffe où il fe
trouvoit , ne laiſſant pas lieu
de croire qu'il s'en puſt tirer,
ce Mandarin, foir qu'il fuft,
pouffé par les Talapoins qui
croyoient rendre un fervice
GALANT.
31
confiderable à leur Religion
qui paroiffoit meprifée , foit
que l'envie de regner l'empef
chaft de voir du crime dans
fa revolte , & qu'il le fentiſt
flaté, comme difent quelques
uns, du fecours que luy pro
mettoient les Hollandois
refolut d'envahir la Couronne
, & pour executer fon deffein
, il menagea d'abord ceux
des Mandarins, qui n'eftoient
pas fatisfaits du Roy , ou
qui avoient receu quelque
mauvais traitement de M.
Conftance . Il gagna à mefme
temps ceux qui eftoient les
C iiij
32 MERCURE
plus attachez à la Religion
Siamoife , & tous les refforts
qu'il fit jouer luy reuffirene
fibien , que comme la coûtume
de ce pays - là eft que lors
que les Rois font en danger.
de mourir , on s'affeure des
principaux du Royaume en
fes enfermant dans le Palais !
il trouva moyen d'avoir la
garde de ces Mandarins , avec
quinze mille hommes qu'il
avoit amenez . M ' Conftance
qui previt l'orage , & quiconnut
que le deffein de cet Opra
le perdroit s'il n'y mettoit
ordre , manda à M des FarGALANT
33
ges, Gouverneur de Bancok,
qu'il eftoit befoin qu'il vinft
à la Cour avec quelques Trou
pes , & ne douta point qu'en
faifant voir de la fermeté ;
il ne vinft à bout de diffi
per les Rebelles , & de fe faifir
du Mandarin qui eftoir
leur Chef. Mr des Farges ju
geant bien qu'il ne pouvoit
envoyer des Troupes fans les
rifquer , & trouvant d'ailleurs
qu'il y auroit de l'imprudence
à un Gouverneur , d'affoiblir
fa Garnifon , ce qui feroit
expoſer fa Place , demeura
à Bancok, fans envoyér
34 MERCURE
aucun fecours à M Conftance.
Si toft que l'Ufurpateur
fe crut affez fort pour ne devoir
rien apprehender
, il ne
perdit point de temps , &
commença à fe declarer ouvertement
par la mort du Fils
adoptif du Roy, qu'il fit couper
en trois. Mr Conftance ne
put amaffer affez de forces
pour luy tenir tefte , & il fut
coupé en deux . Le Mandarin
que ce premier fuccés anima,
fit mettre les Freres du Roy
dans des facs de velours noir,
& ils furent affommez à
coups de buches d'un bois
GALANT.
35
›
odoriferant . C'eft de cette
forte qu'on fait mourir à
Siam ceux qui font du Sang
Royal . Cela eftant fait on
alla piller la maifon de M
Conftance , & l'on fe faifit de
fa Femme , de fes Enfans , &
de tous fes Domestiques . Le
Fils de l'Ufurpateur follicita
plufieurs fois Madame Conitance
, dont il eftoit amoureux
, de fe mettre au nombre
de fes Femmes , l'affurant
qu'il auroit toujours pour
elle une confideration par
ticuliere ; mais comme elle
eft Catholique , quoy que
Japonnoife , elle répondit
36 MERCURE
toujours conftamment que
toutes les offres feroient incapables
de l'ébranler . Il la
menaça de la faire la derniere
de fes Efclaves , & de luy
faire fouffrir les plus rigoureux
tourmens. Il en vint
mefme à l'effet , afin de luy
faire dire fi elle n'avoit point
d'argent caché. Enfin n'en
pouvant rien obtenirsil luy fit
tordre les bras , & comman
da qu'elle fuft mife en un
lieu où logent les Elefans.
Un Officier François la tira
de là avec fes Enfans , & la
mena à Bancok.
GALANT. 37
Les Revoltez allerent enfuite
au Seminaire , & à la
Maifon des Peres Jefuites
qu'ils pillerent, aprés s'eftre
faifis de leurs perfonnes . Ils
firent la mefine chofe aux
autres Maifons des Chreftiens
François , envers lefquels ils
uferent de beaucoup de
cruauté , non feulement en
les maltraitant , mais encore
en ne leur laiffant aucune
chofe pour vivre , & empef
chant qu'on ne leur donnaft
quelque fecours. Tout çela
ne fe put faire , fans que le
Roy malade en fuft informé .
38 MERCURE
>
11 en fit paroistre une fenfible
douleur , & ne pouvant
remedier à ce grand defordre
parce qu'il eſtoit luymefme
prifonnier dans fon
Palais , & en la difpofition
de fon Ennemy, il luy envoya
demander de l'argent . Le Tiran
luy en fit auffi - toft porter
& ce Monarque ayant
fceu que les Jefuites manquoient
de tout , & qu'on
n'ofoit leur donner de foulagement
, fit diftribuer à chacun
d'eux cinquante écus ,
témoignant que fon plus
grand déplaifir eftoit de voir
,
GALANT. 39
l'ingratitude de fes Sujets
aprés tant de graces dont
l'avoit comblé le Roy de
France , fur tout en luy envoyant
ces Peres . Enfin plus
accablé de trifteffe que de
maladie , il mourut dans ces
mefmes fentimens . Ce Prince
eftant mort , l'Ufurpateur fe
fit proclamer Roy , promettant
le rétabliffement de lá
liberté & de la Religion Siamoife
, aprés quoy il ne fongea
plus qu'à chaffer les
François , & ceux que l'on
avoit veus dans les interefts
du Roy défunt ou de M
Conftance . Ainfi il leur or-
1
40 MERCURE
Y
donna, de mefme qu'aux Anglois,
de fortir de fon Royau
me. Ces derniers fe retirerent
avec les François dans la Fortereffe
de l'Eft de Bancok. Ils
furent affiegez par toutes
les autres Nations qui fe trouyerent
dans les Etats de ce
nouveau Roy , auquel tous
çes divers Peuples eftoient
bien-aifes de faire connoiftre
le zele qu'ils avoient à le
fervir . Ils baftirent huit Forrins
autour de la Fortereffe
à la portée du Moufquet ,
& ils les garnirent de Bombes
& de Canons . Les Bombes
GALANT . 41.
qu'ils ne pouvoient avoir.
eues que des Hollandois.
incommodoient fort les Af.
fiegez, & leur faifoient craindre
le feu dans leurs Ma-:
gazins qui n'eftoient faits
que de bois . Cependant
voyant que les François avoient
rafe à coups de Canon
la Fortereffe de l'autre cofté, s
& qu'ils défaifoient leur Ou-7
vrage en peu de temps , ils :
s'avilerent d'un ftratagême!
qui marque l'efprit des Sra - 1
mois. Ils mirent à la tefte de
leuts Travaux M l'Evefque,;
& tous les autres François ,
Decembre 1689. D
42 MERCURE
"
pas
qu'ils avoient pris à Siam ,
afin que fi les Affiegez tiroient
, ceux de leur mefme
Nation fuffent tuez les premiers
. Malgré tout cela , les
Affiegez ne laifferent
de
refifter cinq mois & quarre
jours , quoy que la Fortereffe
fuft ouverte du cofté de la
terre. Enfin manquant de vivres
& de toutes fortes de
munitions , on fit la Capitulation
par le moyen de M
l'Evefque . Elle portoit que
Siamois fourniroient
des Bateaux
, des vivres , & tout ce
qui feroit neceffaire,pour porles
>
GALANT: 43
ter les François & leur bagage
àl'emboucheure de la Riviere,
où l'Oriflame , Vaiffeau du
Roy, de cinquante pieces de
Canon , eftoit arrivé. On envoya
les Otages à bord, & les
François fortirent de Bancok ,
aprés avoir crevé une partie
des Canons , & encloüé l'autre
. M³ de Bruan , qui eftoit
à Mergui , eut la mefme de
ftinée . Il fut affiegé dans cette
Place par les mêmes Nations ,
n'ayant qu'environ trente
hommes . Il ne laiſſa pas, de
refilter quelque temps , & un
boulet de Canon luy ayant
Dij
44 MERCURE
caffé la derniere Jarre d'eau ,
il refolut de fortir du Fort
avec les gens l'épée à la main ,
& de paffer fur le ventre aux
Siamois . Il executa fon def
fein avec une intrepidité furprenante
, & s'eftant fait jour
au milieu des Ennemis , dont
il y en cut beaucoup de tuez,
il les força de prendre la fuite
, & arriva au bord de la
Mer , où il s'embarqua fur
deux Felouques , fe fauvant
à Bondicheri avec vingt hommes
. Plufieurs Officiers François
& un Jefaite , s'eftant
embarquez dans une de ces
GALANT. 45
mais
Felouques & manquant
de vivres ; åborderent à la
cofte de Pegu , où d'abord
ceux du Pays leur firent
figne de defcendre à terre .
Le Pere & deux Officiers
fe laifferent attirer ,
les autres qu'ils appelloient de
la mefme forte, continuerent
leur route, & arriverent à Bon-1
dicheri dans un pitoyable
état. M des Farges y arriva.
quelque temps aprés avec les
Troupes , & envoya de la M
de Beauchamp en France fur
le Vaiffeau la Normande pour
rendre compte à Sa Majesté .
46 MERCURE
de cette trifte revolution ;
avec ordre de paffer au Cap
de Bonne Efperance , pour,
avertir les Vaiffeaux François.
de n'aller point à Siam . M
de Beauchamp, s'acquitant de
ce qui luy avoit efté ordonné,
& ne fçachant point la declaration
de la guerre , fut pris
par les Hollandois avec un
autre Vaiffeau François , appellé
le Coche. Le Roy envoye
fix Vaiffeaux , tant pour
ramener les Troupes qui font
à Bondicheri, que pour fervir
d'escorte à ceux que la Compagnie
a ence pays - là , & qui
GALANT. 47
doivent rapporter quantité de
Marchandifes. On a cu ayis
que le troifiéme Vaiffeau qui
venoit avec les deux qui ont
efté pris , s'eftoit mis en lieu
de feureté !
Il y a déja quelques années
que M' Conftance prévoy oit
l'orage qui l'a fait perir . Ce
qu'il faifoit pour les Catholiques
luy donnant fujet d'apprehender
un revers fi le Roy
fon Maiftre venoit à mourir ,
il s'eftoit precautionné de
Lettres de naturalité pour
paffer en France s'il arrivoic
quelque changement & Sa
7
48 MERCURE
Majcfté qui ne cherche que le
bien de la Religion , & à qui
par ce feul motif l'Ambaffade
de Siam a tant coufté , luy
voulut bien accorder ces Lettres
en reconnoiffance de ce.
qu'avoit fait ce Miniftre pour
faire recevoir les veritez Ca
tholiques dans les Etats du
Roy de Siam ; mais les Ennemis
du Roy , tant Catholi--
ques que Calvinistes , cherchant
à détruire par toutes
fortes de voyes ce qu'il fait
pour avancer la Religion , ont
precipité les chofes avant que
M Conftance cruft qu'elles
deuffent
GALANT: 49
deuffent arriver. Ainfiil a efté
hors d'eftat d'executer fon
deffein. Ses Lettres de Naruralité
avoient eſté enregistrées
au Parlement le 12. Mars der
nier , & à la Chambre des
Comptes le 16. Elles eftoient
conçeuës en ces termes.
L
la grace
de OUIS par
Dieu
, Roy
de France
de Navarre
: A tous prefens
&
à venir
, Salut. Le zele
que.
noftre
cher & bien
amé le Sieur
Conftance
Phauleon
, Premier
Miniftre
du Roy de Siam
, feit
paroistre
pour
noftre
Service
, &
Decembre 1689 .
E
50 MERCURE
veran
les bons offices qu'il rend à la
Nation Françoife auprés dudit
Roy, Nous conviant à luy donner
des marques de la fatisfaction
que Nous en avons , Nous.
avons efté bien- aife d'en troul'occafion
en luy accordant
& à fes enfans , les Lettres de
Naturalité qu'il nous a fait
demander. A ces cauſes , voulant
favorablement traiter ledit
fieur Conftance , de noftre grace
Speciale , pleine puiffance &
autorité Royale , Nous l'avons
reconnu , tenu , cenfe , is reputés
reconnoiffons, tenons, cenfons &
reputons , pour noftre vray naGALANT
SI
ne
comturel
Sujet & Regnicole
Vonlons & nous plaift que
me tel, lay & fes enfans puif
fent s'eftablir en telle Ville de
noftre Royaume & Pays de
noftre obeiffance qu'ils defireront,
qu'ilsjouiffent des privilegess
franchifes libertez dont
jouiffent nos vrais & originaires
Sujets ; qu'ils puiffent avoir ,
tenir poffeder tous biens
meubles & immeubles qu'ils ont
acquis ou pouront acquerir , &
qui leur feront donnez & délaiffez
, jouir d'iceux , en difpofer
par Teftament , ordonnance
de derniere volonté , donation
E ij
52 MERCURE
entre- vifs ou autrement
qu'aprés leur deceds, leurs enfans
heritiers ou autres en faveur
defquels ils en pouront difpofer,
leur puiffent fucceder , pourveu
qu'ils foient nos Regnicoles , le
tout ainsi que fi ledit Sieur
Conftance & fefdits Enfans
eftoient originaires de noftre
Royaume , fans qu'au moyen
des Ordonnances & Reglemens
faits contre les Eftrangers , il
foit donné audit fieur Conftance
& à fefdits enfans aucun empefchement
, ny que nous purffions
pretendre lefdits biens nous
appartenir par droit d'aubeine,
A
GALANT 53
>
ny autrement , en quelque forte
maniere que cefoit, les ayant
quant à ce, difpenfez & habilitez
difpenfons & habilitons,
fans que pour raifon de ce ', il
foit tenu & fefdits - enfans de
nous payer aucune Finance › ny
à nos Succeffeurs Roys , de laquelle,
à quelque fomme qu'elle
puiffe monter, nous leur avons
fait & faifons don & remife
par ces prefentes. Si donnons en
mandement à nos amez & feaux
les gens tenans notre Cour de
Parlement , Chambre des
Comptes à Paris , que ces prefentes
ils faffent regiſtrer, & du
E iij
54 MERCURE
contenu
en icelles jouir & ufer
lefdits fieur Confiance e fef
dits Enfans pleinements paifiperpetuellement
; blement
ceffant & fuifant ceffer tous
troubles & empefchemens ; Car
tel eft noftre plaifir ; Et afin que
ce foit chofe ferme & ſtable
toujours Nous avons fait mettre
noftre Scel à cefdites prefentes
. Donné à Verfailles au mois
de Février , l'an de grace mil fix
cens quatre- vingt-neuf, & de
noftre regne le quarante -fix .
fois qu'on devoit avoir bientoft
des nouvelles feures de
Siam ; en voicy qui viennent
de tres-bonne part . Sa Majeſté
Siamoife eftant dangereufe
mene malade au mois de May
de l'année derniere, un certain
Opra Petrarcha , âgé d'enviGALANT.
29
ron cinquante-cinq ans , le
plus grand, le plus riche, & le
plus devoué à fa Secte de
tous les Mandarins Siamois ,
2
fongea à fe mettre en eftat de
fe faire declarer Souverain de
fes Etats . Il avoit refufé les
plus grandes Dignitez du
Royaume pour s'attacher uniquement
à l'Oraifon , & met
ner la vie d'un parfait -Talapoin,
quoy que feculier . Il en
faifoit entierement les fonctions
, & cette conduite luy
avoit fait gagner
l'amitié
>
non feulement des Grands &
des Talapoins qui ont beau-
Ciij.
30 MERCURE
coup de credit fur les Siamois ,
mais encore du peuple , &
principalement de ceux qui
en font la plus baffe partie , &
à qui il faifoit de tres- grandes
charitez felon leurs befoins
. Il avoit avancé fon Fils
à la Dignité d'Oya , qui eft la
premiere du Royaume , aprés
les Princes du fang Royal.
La maladie du Roy augmenfant
, & la foibleffe où il fe
trouvoit , ne laiſſant pas lieu
de croire qu'il s'en puſt tirer,
ce Mandarin, foir qu'il fuft,
pouffé par les Talapoins qui
croyoient rendre un fervice
GALANT.
31
confiderable à leur Religion
qui paroiffoit meprifée , foit
que l'envie de regner l'empef
chaft de voir du crime dans
fa revolte , & qu'il le fentiſt
flaté, comme difent quelques
uns, du fecours que luy pro
mettoient les Hollandois
refolut d'envahir la Couronne
, & pour executer fon deffein
, il menagea d'abord ceux
des Mandarins, qui n'eftoient
pas fatisfaits du Roy , ou
qui avoient receu quelque
mauvais traitement de M.
Conftance . Il gagna à mefme
temps ceux qui eftoient les
C iiij
32 MERCURE
plus attachez à la Religion
Siamoife , & tous les refforts
qu'il fit jouer luy reuffirene
fibien , que comme la coûtume
de ce pays - là eft que lors
que les Rois font en danger.
de mourir , on s'affeure des
principaux du Royaume en
fes enfermant dans le Palais !
il trouva moyen d'avoir la
garde de ces Mandarins , avec
quinze mille hommes qu'il
avoit amenez . M ' Conftance
qui previt l'orage , & quiconnut
que le deffein de cet Opra
le perdroit s'il n'y mettoit
ordre , manda à M des FarGALANT
33
ges, Gouverneur de Bancok,
qu'il eftoit befoin qu'il vinft
à la Cour avec quelques Trou
pes , & ne douta point qu'en
faifant voir de la fermeté ;
il ne vinft à bout de diffi
per les Rebelles , & de fe faifir
du Mandarin qui eftoir
leur Chef. Mr des Farges ju
geant bien qu'il ne pouvoit
envoyer des Troupes fans les
rifquer , & trouvant d'ailleurs
qu'il y auroit de l'imprudence
à un Gouverneur , d'affoiblir
fa Garnifon , ce qui feroit
expoſer fa Place , demeura
à Bancok, fans envoyér
34 MERCURE
aucun fecours à M Conftance.
Si toft que l'Ufurpateur
fe crut affez fort pour ne devoir
rien apprehender
, il ne
perdit point de temps , &
commença à fe declarer ouvertement
par la mort du Fils
adoptif du Roy, qu'il fit couper
en trois. Mr Conftance ne
put amaffer affez de forces
pour luy tenir tefte , & il fut
coupé en deux . Le Mandarin
que ce premier fuccés anima,
fit mettre les Freres du Roy
dans des facs de velours noir,
& ils furent affommez à
coups de buches d'un bois
GALANT.
35
›
odoriferant . C'eft de cette
forte qu'on fait mourir à
Siam ceux qui font du Sang
Royal . Cela eftant fait on
alla piller la maifon de M
Conftance , & l'on fe faifit de
fa Femme , de fes Enfans , &
de tous fes Domestiques . Le
Fils de l'Ufurpateur follicita
plufieurs fois Madame Conitance
, dont il eftoit amoureux
, de fe mettre au nombre
de fes Femmes , l'affurant
qu'il auroit toujours pour
elle une confideration par
ticuliere ; mais comme elle
eft Catholique , quoy que
Japonnoife , elle répondit
36 MERCURE
toujours conftamment que
toutes les offres feroient incapables
de l'ébranler . Il la
menaça de la faire la derniere
de fes Efclaves , & de luy
faire fouffrir les plus rigoureux
tourmens. Il en vint
mefme à l'effet , afin de luy
faire dire fi elle n'avoit point
d'argent caché. Enfin n'en
pouvant rien obtenirsil luy fit
tordre les bras , & comman
da qu'elle fuft mife en un
lieu où logent les Elefans.
Un Officier François la tira
de là avec fes Enfans , & la
mena à Bancok.
GALANT. 37
Les Revoltez allerent enfuite
au Seminaire , & à la
Maifon des Peres Jefuites
qu'ils pillerent, aprés s'eftre
faifis de leurs perfonnes . Ils
firent la mefine chofe aux
autres Maifons des Chreftiens
François , envers lefquels ils
uferent de beaucoup de
cruauté , non feulement en
les maltraitant , mais encore
en ne leur laiffant aucune
chofe pour vivre , & empef
chant qu'on ne leur donnaft
quelque fecours. Tout çela
ne fe put faire , fans que le
Roy malade en fuft informé .
38 MERCURE
>
11 en fit paroistre une fenfible
douleur , & ne pouvant
remedier à ce grand defordre
parce qu'il eſtoit luymefme
prifonnier dans fon
Palais , & en la difpofition
de fon Ennemy, il luy envoya
demander de l'argent . Le Tiran
luy en fit auffi - toft porter
& ce Monarque ayant
fceu que les Jefuites manquoient
de tout , & qu'on
n'ofoit leur donner de foulagement
, fit diftribuer à chacun
d'eux cinquante écus ,
témoignant que fon plus
grand déplaifir eftoit de voir
,
GALANT. 39
l'ingratitude de fes Sujets
aprés tant de graces dont
l'avoit comblé le Roy de
France , fur tout en luy envoyant
ces Peres . Enfin plus
accablé de trifteffe que de
maladie , il mourut dans ces
mefmes fentimens . Ce Prince
eftant mort , l'Ufurpateur fe
fit proclamer Roy , promettant
le rétabliffement de lá
liberté & de la Religion Siamoife
, aprés quoy il ne fongea
plus qu'à chaffer les
François , & ceux que l'on
avoit veus dans les interefts
du Roy défunt ou de M
Conftance . Ainfi il leur or-
1
40 MERCURE
Y
donna, de mefme qu'aux Anglois,
de fortir de fon Royau
me. Ces derniers fe retirerent
avec les François dans la Fortereffe
de l'Eft de Bancok. Ils
furent affiegez par toutes
les autres Nations qui fe trouyerent
dans les Etats de ce
nouveau Roy , auquel tous
çes divers Peuples eftoient
bien-aifes de faire connoiftre
le zele qu'ils avoient à le
fervir . Ils baftirent huit Forrins
autour de la Fortereffe
à la portée du Moufquet ,
& ils les garnirent de Bombes
& de Canons . Les Bombes
GALANT . 41.
qu'ils ne pouvoient avoir.
eues que des Hollandois.
incommodoient fort les Af.
fiegez, & leur faifoient craindre
le feu dans leurs Ma-:
gazins qui n'eftoient faits
que de bois . Cependant
voyant que les François avoient
rafe à coups de Canon
la Fortereffe de l'autre cofté, s
& qu'ils défaifoient leur Ou-7
vrage en peu de temps , ils :
s'avilerent d'un ftratagême!
qui marque l'efprit des Sra - 1
mois. Ils mirent à la tefte de
leuts Travaux M l'Evefque,;
& tous les autres François ,
Decembre 1689. D
42 MERCURE
"
pas
qu'ils avoient pris à Siam ,
afin que fi les Affiegez tiroient
, ceux de leur mefme
Nation fuffent tuez les premiers
. Malgré tout cela , les
Affiegez ne laifferent
de
refifter cinq mois & quarre
jours , quoy que la Fortereffe
fuft ouverte du cofté de la
terre. Enfin manquant de vivres
& de toutes fortes de
munitions , on fit la Capitulation
par le moyen de M
l'Evefque . Elle portoit que
Siamois fourniroient
des Bateaux
, des vivres , & tout ce
qui feroit neceffaire,pour porles
>
GALANT: 43
ter les François & leur bagage
àl'emboucheure de la Riviere,
où l'Oriflame , Vaiffeau du
Roy, de cinquante pieces de
Canon , eftoit arrivé. On envoya
les Otages à bord, & les
François fortirent de Bancok ,
aprés avoir crevé une partie
des Canons , & encloüé l'autre
. M³ de Bruan , qui eftoit
à Mergui , eut la mefme de
ftinée . Il fut affiegé dans cette
Place par les mêmes Nations ,
n'ayant qu'environ trente
hommes . Il ne laiſſa pas, de
refilter quelque temps , & un
boulet de Canon luy ayant
Dij
44 MERCURE
caffé la derniere Jarre d'eau ,
il refolut de fortir du Fort
avec les gens l'épée à la main ,
& de paffer fur le ventre aux
Siamois . Il executa fon def
fein avec une intrepidité furprenante
, & s'eftant fait jour
au milieu des Ennemis , dont
il y en cut beaucoup de tuez,
il les força de prendre la fuite
, & arriva au bord de la
Mer , où il s'embarqua fur
deux Felouques , fe fauvant
à Bondicheri avec vingt hommes
. Plufieurs Officiers François
& un Jefaite , s'eftant
embarquez dans une de ces
GALANT. 45
mais
Felouques & manquant
de vivres ; åborderent à la
cofte de Pegu , où d'abord
ceux du Pays leur firent
figne de defcendre à terre .
Le Pere & deux Officiers
fe laifferent attirer ,
les autres qu'ils appelloient de
la mefme forte, continuerent
leur route, & arriverent à Bon-1
dicheri dans un pitoyable
état. M des Farges y arriva.
quelque temps aprés avec les
Troupes , & envoya de la M
de Beauchamp en France fur
le Vaiffeau la Normande pour
rendre compte à Sa Majesté .
46 MERCURE
de cette trifte revolution ;
avec ordre de paffer au Cap
de Bonne Efperance , pour,
avertir les Vaiffeaux François.
de n'aller point à Siam . M
de Beauchamp, s'acquitant de
ce qui luy avoit efté ordonné,
& ne fçachant point la declaration
de la guerre , fut pris
par les Hollandois avec un
autre Vaiffeau François , appellé
le Coche. Le Roy envoye
fix Vaiffeaux , tant pour
ramener les Troupes qui font
à Bondicheri, que pour fervir
d'escorte à ceux que la Compagnie
a ence pays - là , & qui
GALANT. 47
doivent rapporter quantité de
Marchandifes. On a cu ayis
que le troifiéme Vaiffeau qui
venoit avec les deux qui ont
efté pris , s'eftoit mis en lieu
de feureté !
Il y a déja quelques années
que M' Conftance prévoy oit
l'orage qui l'a fait perir . Ce
qu'il faifoit pour les Catholiques
luy donnant fujet d'apprehender
un revers fi le Roy
fon Maiftre venoit à mourir ,
il s'eftoit precautionné de
Lettres de naturalité pour
paffer en France s'il arrivoic
quelque changement & Sa
7
48 MERCURE
Majcfté qui ne cherche que le
bien de la Religion , & à qui
par ce feul motif l'Ambaffade
de Siam a tant coufté , luy
voulut bien accorder ces Lettres
en reconnoiffance de ce.
qu'avoit fait ce Miniftre pour
faire recevoir les veritez Ca
tholiques dans les Etats du
Roy de Siam ; mais les Ennemis
du Roy , tant Catholi--
ques que Calvinistes , cherchant
à détruire par toutes
fortes de voyes ce qu'il fait
pour avancer la Religion , ont
precipité les chofes avant que
M Conftance cruft qu'elles
deuffent
GALANT: 49
deuffent arriver. Ainfiil a efté
hors d'eftat d'executer fon
deffein. Ses Lettres de Naruralité
avoient eſté enregistrées
au Parlement le 12. Mars der
nier , & à la Chambre des
Comptes le 16. Elles eftoient
conçeuës en ces termes.
L
la grace
de OUIS par
Dieu
, Roy
de France
de Navarre
: A tous prefens
&
à venir
, Salut. Le zele
que.
noftre
cher & bien
amé le Sieur
Conftance
Phauleon
, Premier
Miniftre
du Roy de Siam
, feit
paroistre
pour
noftre
Service
, &
Decembre 1689 .
E
50 MERCURE
veran
les bons offices qu'il rend à la
Nation Françoife auprés dudit
Roy, Nous conviant à luy donner
des marques de la fatisfaction
que Nous en avons , Nous.
avons efté bien- aife d'en troul'occafion
en luy accordant
& à fes enfans , les Lettres de
Naturalité qu'il nous a fait
demander. A ces cauſes , voulant
favorablement traiter ledit
fieur Conftance , de noftre grace
Speciale , pleine puiffance &
autorité Royale , Nous l'avons
reconnu , tenu , cenfe , is reputés
reconnoiffons, tenons, cenfons &
reputons , pour noftre vray naGALANT
SI
ne
comturel
Sujet & Regnicole
Vonlons & nous plaift que
me tel, lay & fes enfans puif
fent s'eftablir en telle Ville de
noftre Royaume & Pays de
noftre obeiffance qu'ils defireront,
qu'ilsjouiffent des privilegess
franchifes libertez dont
jouiffent nos vrais & originaires
Sujets ; qu'ils puiffent avoir ,
tenir poffeder tous biens
meubles & immeubles qu'ils ont
acquis ou pouront acquerir , &
qui leur feront donnez & délaiffez
, jouir d'iceux , en difpofer
par Teftament , ordonnance
de derniere volonté , donation
E ij
52 MERCURE
entre- vifs ou autrement
qu'aprés leur deceds, leurs enfans
heritiers ou autres en faveur
defquels ils en pouront difpofer,
leur puiffent fucceder , pourveu
qu'ils foient nos Regnicoles , le
tout ainsi que fi ledit Sieur
Conftance & fefdits Enfans
eftoient originaires de noftre
Royaume , fans qu'au moyen
des Ordonnances & Reglemens
faits contre les Eftrangers , il
foit donné audit fieur Conftance
& à fefdits enfans aucun empefchement
, ny que nous purffions
pretendre lefdits biens nous
appartenir par droit d'aubeine,
A
GALANT 53
>
ny autrement , en quelque forte
maniere que cefoit, les ayant
quant à ce, difpenfez & habilitez
difpenfons & habilitons,
fans que pour raifon de ce ', il
foit tenu & fefdits - enfans de
nous payer aucune Finance › ny
à nos Succeffeurs Roys , de laquelle,
à quelque fomme qu'elle
puiffe monter, nous leur avons
fait & faifons don & remife
par ces prefentes. Si donnons en
mandement à nos amez & feaux
les gens tenans notre Cour de
Parlement , Chambre des
Comptes à Paris , que ces prefentes
ils faffent regiſtrer, & du
E iij
54 MERCURE
contenu
en icelles jouir & ufer
lefdits fieur Confiance e fef
dits Enfans pleinements paifiperpetuellement
; blement
ceffant & fuifant ceffer tous
troubles & empefchemens ; Car
tel eft noftre plaifir ; Et afin que
ce foit chofe ferme & ſtable
toujours Nous avons fait mettre
noftre Scel à cefdites prefentes
. Donné à Verfailles au mois
de Février , l'an de grace mil fix
cens quatre- vingt-neuf, & de
noftre regne le quarante -fix .
Fermer
Résumé : Détail de tout ce qui s'est passé dans les nouveaux soulevemens arrivez à Siam. [titre d'après la table]
En mai de l'année précédente, le roi de Siam tomba gravement malade, ce qui permit à Opra Petrarcha, un mandarin influent, de tenter de prendre le pouvoir avec le soutien des grands, des talapoins et du peuple. Profitant de la coutume qui enferme les principaux du royaume dans le palais lors de la maladie du roi, Opra Petrarcha obtint la garde de ces mandarins avec une armée de quinze mille hommes. Monsieur Constance demanda l'aide de Monsieur des Farges, gouverneur de Bangkok, mais ce dernier refusa. Opra Petrarcha fit alors assassiner le fils adoptif du roi, Monsieur Constance et les frères du roi. Madame Constance, catholique et japonaise, fut torturée avant d'être sauvée par un officier français. Les rebelles pillèrent les biens des chrétiens. Le roi, impuissant et prisonnier, distribua de l'argent aux jésuites et mourut peu après. En décembre 1689, des conflits éclatèrent entre les Français, les Anglais et les alliés du nouveau roi de Siam. Les Français et les Anglais furent assiégés dans une forteresse à Bangkok pendant cinq mois avant de capituler. Les Français quittèrent Bangkok après avoir rendu inutilisables une partie de leurs canons. Parallèlement, M. de Bruan réussit à s'échapper après un siège à Mergui. Plusieurs officiers français furent capturés. M. des Farges envoya M. de Beauchamp en France pour informer le roi de la situation, mais celui-ci fut capturé par les Hollandais. Le roi de France envoya six vaisseaux pour rapatrier les troupes françaises. Un acte royal de février 1689 accorda des privilèges aux enfants du sieur Constance et à leurs descendants, leur permettant de s'établir en France avec les mêmes droits que les sujets originaires. Ils furent dispensés de toute finance ou taxe liée à leur statut d'étranger. L'acte ordonna aux autorités de garantir l'application perpétuelle de ces dispositions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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220
p. 7-13
STANCES IRREGULIERES Sur les Victoires du Roy.
Début :
La conjoncture presente des affaires fait meriter tant de / Fille du Ciel, aimable Paix, [...]
Mots clefs :
Louis, Ennemis, Armes, Gloire, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : STANCES IRREGULIERES Sur les Victoires du Roy.
A
conjoncture prefente des affaires fait
meriter tint de
loüanges au Roy , & ce Monarque en reçoit de tant déloquentes Plumes, que je croy
devoir commencer maLettre
A iiij
8 MERCURE
en vous faifant part de leurs:
productions. L'illuftre Madame des Houlieres ne s'eft
pas teuë fur fes dernieres Vitoires. Je ne vous vanteray
point les Vers que vous allez
lire. On n'envoit point d'elle
qui ne répondent à la réputation qu'elle s'eft acquife.
off of ofcafe ofcofrafc of off of of of je de off of off of of
STANCES
Sur les Victoires du Roy.
IRREGULIERES
FilleIlle du Ciel , aimable Paix,
Vous qui de tous les biens eftes toujoursfuivie ,
Vous que l'aveugle erreur & lajaloufe envie
GALANT. 9
Ontvoulu d'icy-bas exiler pour jamais :
LOVIS eft triomphantfur la terre &
Sur l'onde,
C
Ses nombreux Ennemisfont confus,
font défaits .
Il va vous redonner au monde.
S
Si les fecrets du Cielfe peuvent
penetrer,
Les glorieux fuccés qu'il accorde à
fes armes
Forceront la difcorde & l'envie à
rentrer
Dans ces lieuxdeftinezà d'éternelles·
larmes.
Ouy,jeprevoy qu'avant le temps,
Où les Roffignolspar leurs chants
Font retentir les bois de plaintesamoureuſes,
Vous defcendrez icy du celefte fejour;
10 MERCURE
Plus fes armes feront heureufes,
Plûtoft vousferez de retour.
2
Entre les bras de la Victoire
On a vû ce Heros déja plus d'une
fois ,
Pour n'écouter que vostre voix , 1
Impoſerfilence à fa gloire.
Son ame au deffus des faveurs
Quefait l'inconftante Deeffe,
N'a point ce dur orgueil ny ces lâches
rigueurs,
Qui mettent le comble aux mal--
heurs
D'un Ennemy forcé d'avoüer fafoibleſſe,
Vice des vulgaires vainqueurs.
Icy la mefmemain qui terraffe , releve,
Et toujours de Louis le triomphe
s'acheve
Par le retour de vos douceurs.
GALANT. IL
2
Plus àfes Peuples qu'à luy-même,
Il ne voit qu'à regret ce qu'ilsfont
aujourd'huy,
Et ces Peuples inftruits à quelpoint.
il les aime,
Goûteroient un plaifir extrême
A donner tous leurs biens & tout .
leurfang pour luy.
Il voudroit qu'au milieu de ces brillantes feftes ,
Qu'enfante un doux loifir dans les
lieux où vous eftes ,
Tousfes Sujets puffent vieillir.
Ce genereux foucy fans ceffe l'accompagne,
Des Conqueftes qu'ilfait, des Batailles qu'ilgagne ,
Tous eftes lefeulfruit qu'il pretend
recueillir,
12 MERCURE
&
De rage & de douleurje les voy qui
fremiffent
Au bruit de fes fameux exploits,
Ces fiers Princes qui vous haïffent,
Et qui foulant aux pieds toutesfortes de loix ,
Pour un Ufurpateur trahiſſent
Leurgloire & l'intereft des Rois.
La terre a bû le fang de leurs meil
leures Troupes ,
La mer , malgré les vents qui com-·
battoientpour eux,
Pele mele a receu , Vaiffeaux , Canors , Chaloupes ,
Soldats & Matelots, dans fesgouffres
affreux.
Goutez, charmante Paix , une douce
vangcance
Du mépris qu'ils ontfait de vos plus
facrez nauds,
GALANT. 13
Vous ferez la ressource &l'unique
efperance
De leur monftruenfe Alliance
Qu'a cimentée un crime heureux.
conjoncture prefente des affaires fait
meriter tint de
loüanges au Roy , & ce Monarque en reçoit de tant déloquentes Plumes, que je croy
devoir commencer maLettre
A iiij
8 MERCURE
en vous faifant part de leurs:
productions. L'illuftre Madame des Houlieres ne s'eft
pas teuë fur fes dernieres Vitoires. Je ne vous vanteray
point les Vers que vous allez
lire. On n'envoit point d'elle
qui ne répondent à la réputation qu'elle s'eft acquife.
off of ofcafe ofcofrafc of off of of of je de off of off of of
STANCES
Sur les Victoires du Roy.
IRREGULIERES
FilleIlle du Ciel , aimable Paix,
Vous qui de tous les biens eftes toujoursfuivie ,
Vous que l'aveugle erreur & lajaloufe envie
GALANT. 9
Ontvoulu d'icy-bas exiler pour jamais :
LOVIS eft triomphantfur la terre &
Sur l'onde,
C
Ses nombreux Ennemisfont confus,
font défaits .
Il va vous redonner au monde.
S
Si les fecrets du Cielfe peuvent
penetrer,
Les glorieux fuccés qu'il accorde à
fes armes
Forceront la difcorde & l'envie à
rentrer
Dans ces lieuxdeftinezà d'éternelles·
larmes.
Ouy,jeprevoy qu'avant le temps,
Où les Roffignolspar leurs chants
Font retentir les bois de plaintesamoureuſes,
Vous defcendrez icy du celefte fejour;
10 MERCURE
Plus fes armes feront heureufes,
Plûtoft vousferez de retour.
2
Entre les bras de la Victoire
On a vû ce Heros déja plus d'une
fois ,
Pour n'écouter que vostre voix , 1
Impoſerfilence à fa gloire.
Son ame au deffus des faveurs
Quefait l'inconftante Deeffe,
N'a point ce dur orgueil ny ces lâches
rigueurs,
Qui mettent le comble aux mal--
heurs
D'un Ennemy forcé d'avoüer fafoibleſſe,
Vice des vulgaires vainqueurs.
Icy la mefmemain qui terraffe , releve,
Et toujours de Louis le triomphe
s'acheve
Par le retour de vos douceurs.
GALANT. IL
2
Plus àfes Peuples qu'à luy-même,
Il ne voit qu'à regret ce qu'ilsfont
aujourd'huy,
Et ces Peuples inftruits à quelpoint.
il les aime,
Goûteroient un plaifir extrême
A donner tous leurs biens & tout .
leurfang pour luy.
Il voudroit qu'au milieu de ces brillantes feftes ,
Qu'enfante un doux loifir dans les
lieux où vous eftes ,
Tousfes Sujets puffent vieillir.
Ce genereux foucy fans ceffe l'accompagne,
Des Conqueftes qu'ilfait, des Batailles qu'ilgagne ,
Tous eftes lefeulfruit qu'il pretend
recueillir,
12 MERCURE
&
De rage & de douleurje les voy qui
fremiffent
Au bruit de fes fameux exploits,
Ces fiers Princes qui vous haïffent,
Et qui foulant aux pieds toutesfortes de loix ,
Pour un Ufurpateur trahiſſent
Leurgloire & l'intereft des Rois.
La terre a bû le fang de leurs meil
leures Troupes ,
La mer , malgré les vents qui com-·
battoientpour eux,
Pele mele a receu , Vaiffeaux , Canors , Chaloupes ,
Soldats & Matelots, dans fesgouffres
affreux.
Goutez, charmante Paix , une douce
vangcance
Du mépris qu'ils ontfait de vos plus
facrez nauds,
GALANT. 13
Vous ferez la ressource &l'unique
efperance
De leur monftruenfe Alliance
Qu'a cimentée un crime heureux.
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Résumé : STANCES IRREGULIERES Sur les Victoires du Roy.
Le texte est une lettre du périodique Mercure, qui commence par louer le roi et mentionne les éloges qu'il reçoit. L'auteur décide de partager des poèmes récents, notamment ceux de Madame des Houlières, reconnue pour ses vers de qualité. Le poème principal, intitulé 'Stances sur les Victoires du Roy', célèbre les triomphes du roi Louis. Il décrit la paix comme une fille du ciel, exilée par l'erreur et la jalousie, mais appelée à revenir grâce aux succès du roi. Le poème souligne la générosité du roi, qui préfère la paix et le bien-être de ses peuples à la gloire personnelle. Il mentionne également la rage des ennemis du roi, vaincus sur terre et sur mer, et exprime l'espoir que la paix reviendra grâce aux victoires du roi.
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222
p. 25-35
EPITRE DE MADAME DES HOULIERES, A LA GOUTTE.
Début :
L'Illustre Madame des Houlieres qui ne suit jamais / Fille des plaisirs, triste Goutte, [...]
Mots clefs :
Goutte, Santé, Louis, Guerriers, Héros, Camp de Namur, Ennemis, Plaisir, Victorieux, Espérance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE DE MADAME DES HOULIERES, A LA GOUTTE.
L'Illuftre Madame
S
des
Houlieres qui ne fuit jamais
la route commune & qui
donne toujours fujet d'admirer le furprenant & rare talent qu'elle a pour les Vers,
a trouvé un tour ingenieux
pour peindre les alarmes que
nous caufe l'intrepidité qui
porte le Roy à méprifer le
peril. Vous en conviendrez
quand vous aurez leu l'Ouvrage qui fuit.
Aoust 1692.
26 MERCURE
222252555222 22252
E PITRE
DE MADAME
DES HOULIERES,
A LA GOUTTE.
FIlle des plaifirs , trifte Goutte,
Qu'ondit que la Richeſſe accompagne
toujours,
Vous que jamais on ne redoute
Quandfous un toit ruftiqueon voit
couler fesjours ;
Je ne viens pas icy pleine d'impa- tience ,
Effayerpar des vœux d'ordinaire impuiffans,
GALANT. 27
D'adoucir voftre violence.
Goutte, le croirez- vous ? C'est par
reconnoiffance
Queje vous offre de l'encens
2
De cette nouveauté vous paroissez
charmée.
Faite pour n'infpirer que de durs
fentimens,
A de tendres remercimens .
Vous n'eftespas accoutumée.
Commencez à goûter cequ'ils ont de
douceurs.
Qu'on vous rende par tout defu
prêmes honneurs;
Qu'en bronze, qu'en marbre on
vous voye
Triomphante de la Santé
Rétablir dans nos cœurs le repos
la
joye.
شیخ
Acombien deperils LOVIS feroit em
(proye
Cij
28 MERCURE
Si vous n'aviez pas mis fesjours en
feureté !
2
Toutce qu'affrontoitfon courage
Enforçant deNamur les orgueilleux
Rampars ,
Peignoit l'effroy fur le vifage
Desgenereux Guerriers dont ce Heros
partage
Les penibles travaux , les glorieux
hazards.
Dans la crainte de luy déplaire
On n'ofoit condamnerfon ardeur témeraire,
Bien qu'elle puft nous mettre au comble du malheur.
Aforce de refpect on devenoit coupable.
Vous feule, Goutte fecourable,
Avez ofé donner un frein à favaleur.
GALANT. 29
2
Helas ! qui l'auroit dit , à voir
couler nos larmes
Dans ce temps que la paix confacroit
au repos ,
Où de vivesdouleurs attaquoient ce
Heros ,
Quefes maux quelque jourauroient'
pour nous des charmes?
Mais quel bruit quelle voix fe répard
dans les airs?
Quoy done , Meffagere inviſible
De tout ce qui fe fait dans ce vafte
Univers,
Auprés du grand Roy que tu fers
On voit couler le fang ! Evenement
terrible !
Quelle idée offrez- vous à mon cœur
agité?
Sur l'excés de valeur &d'intrepidité,
Plufieurs perfonnes bleffées auprés du Roy.
Cij
30 MERCURE
Ce Heros fera-t-il toujours incorrigi
ble?
28
Vousn'avez pas affez duré,
Goutte , dont j'eftois fi contente,,
Vous trompez ma plus douce attente ,
Vous en quij'efperois , &quej'avois
juré
De celebrer un jour par quelquegrandefefte ( Tefte ,
Si pour nous conferver une fi chere
Dansle Campde Namur vous aviez
mesuré
Vostre durée à fa conquefte.
S
Ab! que ne laiffe-t-il à son augufte
Fils
Dompterde mortels Ennemis
Fameuxpar leur rang, par leur.
nombre
GALANT. 31
Mais qu'à fuivre fon char le Ciel a
condamnez!
Qu'ilne nous quitte plus , qu'ilje
repose à l'ombre
Des Lauriers qu'il a moiffonnez.
N'eft-ilpoint las de wainore ? & ne
doit- il pas croire
Quefon nompour durertoujours
N'a plus affaire dufecours
De quelque nouvelle Victoire ?
Ces Grecs & ces Romains fi vantez
dans l'Hiftoire
Ont fauvé leurs noms du trépas
Par des faits moins brillans , moins
dignes de memoire.
Affreuse avidité degloire !
La fienne efface tout, & ne luyfuffit
pas.
S
De tant de Nations la chere & vaine
Idole
Cilj
32 MERCURE
Naffau , par plus d'un crime en Mo
narque érigé,
Dés qu'il fçait Namur affiegés
Fremit , raffemble tout, & vers la
Sambre vole ,
A voir fi prés de nous floter fes Etendars..
A quelque noble effort qui n'auroit
du s'attendre?
Mais toutfçavant qu'il eft dans le
Métier de Mars ,
Ilfemble n'eftre enfin venu que pour
apprendre
Le grand Art de forcer une Place à
Se rendresses
E1 pour fes Alliez toujours remply
d'égards ,
Lancerfur noftre Camp de menaçans.
regards ,
Eft tout ce qu'il ofe entreprendre.
GALANT.
33
2
Tout ce qui justifie &nourrit les terreurs ,
་
L'Art , la Nature, cent mille hommes ,
Et ce que l'byver a d'horreurs ;
Malgré lafaifon où nous fommess
Auront vainement entrepris
De rendre Namur imprenable,
Quand Louis l'attaque, il eftpris,
Etces amas de Rois que fa puiſſance
accable ,
Eft la Montagne de la Fable,
Quide l'attention fait passer au mépris.
2
Non, je ne mefuis point trompée,
Je voy courirle Peuple , & je lis dans
fesyeux
Que LOVIS eft victorieux.
Macrainte pourfa vie est enfindiffi
pée,
34 MERCURE
Etje n'afpire plus qu'à revoir dans
ces lieux
Ce Heros dont mon ame est toujours
occupée.
Goutte , qu'on vit trop toft finir ,
Et dontje viens d'avoir l'audace de
me plaindre
Puis que pour ce Vainqueur on n'a
plus rien à craindre,
Gardez-vous bien de revenir.
2.
Ne le dérobez point à noftre impatience.
Lors qu'il eft éloigné de nous
Tout est enfevely dans un morne fi- lence ,
Et le foible plaifir que donne l'efpe
rance,
Eft le feul plaifir qnifoit doux.
Mais , Goutte, s'il eft vray ce qu'on
nous ditfans ceffe ,
GALANT: 35
Que jusqu'à l'extrême vieillefe
Fous conduisez les jours lors que
vous ne venez
Qu'aprésqu'on apaßéhuitLuftres,
Pour des jours précieux , &toujours´
fortunez
Fours quifont tous marquezpar quelquesfaits illuftres ,
Quelle esperance vous donnez !
S
des
Houlieres qui ne fuit jamais
la route commune & qui
donne toujours fujet d'admirer le furprenant & rare talent qu'elle a pour les Vers,
a trouvé un tour ingenieux
pour peindre les alarmes que
nous caufe l'intrepidité qui
porte le Roy à méprifer le
peril. Vous en conviendrez
quand vous aurez leu l'Ouvrage qui fuit.
Aoust 1692.
26 MERCURE
222252555222 22252
E PITRE
DE MADAME
DES HOULIERES,
A LA GOUTTE.
FIlle des plaifirs , trifte Goutte,
Qu'ondit que la Richeſſe accompagne
toujours,
Vous que jamais on ne redoute
Quandfous un toit ruftiqueon voit
couler fesjours ;
Je ne viens pas icy pleine d'impa- tience ,
Effayerpar des vœux d'ordinaire impuiffans,
GALANT. 27
D'adoucir voftre violence.
Goutte, le croirez- vous ? C'est par
reconnoiffance
Queje vous offre de l'encens
2
De cette nouveauté vous paroissez
charmée.
Faite pour n'infpirer que de durs
fentimens,
A de tendres remercimens .
Vous n'eftespas accoutumée.
Commencez à goûter cequ'ils ont de
douceurs.
Qu'on vous rende par tout defu
prêmes honneurs;
Qu'en bronze, qu'en marbre on
vous voye
Triomphante de la Santé
Rétablir dans nos cœurs le repos
la
joye.
شیخ
Acombien deperils LOVIS feroit em
(proye
Cij
28 MERCURE
Si vous n'aviez pas mis fesjours en
feureté !
2
Toutce qu'affrontoitfon courage
Enforçant deNamur les orgueilleux
Rampars ,
Peignoit l'effroy fur le vifage
Desgenereux Guerriers dont ce Heros
partage
Les penibles travaux , les glorieux
hazards.
Dans la crainte de luy déplaire
On n'ofoit condamnerfon ardeur témeraire,
Bien qu'elle puft nous mettre au comble du malheur.
Aforce de refpect on devenoit coupable.
Vous feule, Goutte fecourable,
Avez ofé donner un frein à favaleur.
GALANT. 29
2
Helas ! qui l'auroit dit , à voir
couler nos larmes
Dans ce temps que la paix confacroit
au repos ,
Où de vivesdouleurs attaquoient ce
Heros ,
Quefes maux quelque jourauroient'
pour nous des charmes?
Mais quel bruit quelle voix fe répard
dans les airs?
Quoy done , Meffagere inviſible
De tout ce qui fe fait dans ce vafte
Univers,
Auprés du grand Roy que tu fers
On voit couler le fang ! Evenement
terrible !
Quelle idée offrez- vous à mon cœur
agité?
Sur l'excés de valeur &d'intrepidité,
Plufieurs perfonnes bleffées auprés du Roy.
Cij
30 MERCURE
Ce Heros fera-t-il toujours incorrigi
ble?
28
Vousn'avez pas affez duré,
Goutte , dont j'eftois fi contente,,
Vous trompez ma plus douce attente ,
Vous en quij'efperois , &quej'avois
juré
De celebrer un jour par quelquegrandefefte ( Tefte ,
Si pour nous conferver une fi chere
Dansle Campde Namur vous aviez
mesuré
Vostre durée à fa conquefte.
S
Ab! que ne laiffe-t-il à son augufte
Fils
Dompterde mortels Ennemis
Fameuxpar leur rang, par leur.
nombre
GALANT. 31
Mais qu'à fuivre fon char le Ciel a
condamnez!
Qu'ilne nous quitte plus , qu'ilje
repose à l'ombre
Des Lauriers qu'il a moiffonnez.
N'eft-ilpoint las de wainore ? & ne
doit- il pas croire
Quefon nompour durertoujours
N'a plus affaire dufecours
De quelque nouvelle Victoire ?
Ces Grecs & ces Romains fi vantez
dans l'Hiftoire
Ont fauvé leurs noms du trépas
Par des faits moins brillans , moins
dignes de memoire.
Affreuse avidité degloire !
La fienne efface tout, & ne luyfuffit
pas.
S
De tant de Nations la chere & vaine
Idole
Cilj
32 MERCURE
Naffau , par plus d'un crime en Mo
narque érigé,
Dés qu'il fçait Namur affiegés
Fremit , raffemble tout, & vers la
Sambre vole ,
A voir fi prés de nous floter fes Etendars..
A quelque noble effort qui n'auroit
du s'attendre?
Mais toutfçavant qu'il eft dans le
Métier de Mars ,
Ilfemble n'eftre enfin venu que pour
apprendre
Le grand Art de forcer une Place à
Se rendresses
E1 pour fes Alliez toujours remply
d'égards ,
Lancerfur noftre Camp de menaçans.
regards ,
Eft tout ce qu'il ofe entreprendre.
GALANT.
33
2
Tout ce qui justifie &nourrit les terreurs ,
་
L'Art , la Nature, cent mille hommes ,
Et ce que l'byver a d'horreurs ;
Malgré lafaifon où nous fommess
Auront vainement entrepris
De rendre Namur imprenable,
Quand Louis l'attaque, il eftpris,
Etces amas de Rois que fa puiſſance
accable ,
Eft la Montagne de la Fable,
Quide l'attention fait passer au mépris.
2
Non, je ne mefuis point trompée,
Je voy courirle Peuple , & je lis dans
fesyeux
Que LOVIS eft victorieux.
Macrainte pourfa vie est enfindiffi
pée,
34 MERCURE
Etje n'afpire plus qu'à revoir dans
ces lieux
Ce Heros dont mon ame est toujours
occupée.
Goutte , qu'on vit trop toft finir ,
Et dontje viens d'avoir l'audace de
me plaindre
Puis que pour ce Vainqueur on n'a
plus rien à craindre,
Gardez-vous bien de revenir.
2.
Ne le dérobez point à noftre impatience.
Lors qu'il eft éloigné de nous
Tout est enfevely dans un morne fi- lence ,
Et le foible plaifir que donne l'efpe
rance,
Eft le feul plaifir qnifoit doux.
Mais , Goutte, s'il eft vray ce qu'on
nous ditfans ceffe ,
GALANT: 35
Que jusqu'à l'extrême vieillefe
Fous conduisez les jours lors que
vous ne venez
Qu'aprésqu'on apaßéhuitLuftres,
Pour des jours précieux , &toujours´
fortunez
Fours quifont tous marquezpar quelquesfaits illuftres ,
Quelle esperance vous donnez !
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Résumé : EPITRE DE MADAME DES HOULIERES, A LA GOUTTE.
Le poème est dédié à Madame des Houlières et célèbre son talent poétique ainsi que son courage face aux dangers auxquels le roi Louis XIV est confronté. Il commence par louer Madame des Houlières pour son génie et sa bravoure, soulignant les périls que le roi affronte, notamment lors du siège de Namur. Le texte exprime une admiration profonde pour l'intrépidité du roi malgré les risques qu'il encourt. Le poème aborde également la maladie du roi, la 'Goutte', et exprime le souhait qu'elle ne revienne pas afin de permettre au roi de poursuivre ses exploits militaires. La 'Goutte' est personnifiée et implorée de ne pas revenir, afin que le roi puisse rester en bonne santé et continuer à triompher sur le champ de bataille. Le texte se termine par une expression d'espoir que la 'Goutte' ne revienne jamais, permettant ainsi au roi de rester victorieux et d'inspirer admiration et respect.
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223
p. 37-42
SUR LE PRINTEMPS.
Début :
Nous avons eu le Printemps si tard, que vous ne devez pas / Ma Muse, du Printemps ressens-tu le pouvoir ? [...]
Mots clefs :
Printemps, Guerre, Retour, Louis XIV
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LE PRINTEMPS.
SUR LE PRINTEMPS
tnlepouvoir
f
MAMafiiduPrintempsrejefns
J!>uoy
j cetteJaijon Ji féconde
ai redonne la vie au monde
iémouvoir?
Nefçaurtit-elle
Pendant que CHivei danssagla
ces
lenoitla Nature en prifln)
P»urjujîifcr tes disgraces
menfaisois une uifw*
- Le grandfroidparsaviolence
Rcndoit percluschaque Element.
Tânt paroissoit muet, c~ dans cechan
çiment
jexeufois pour !stJ tonsilence
;
Mais le Ftintetup
Cette belle faisonfo[licite ta Veine.,
s efrde retour,
Bile te fournira cent fujels chaque
jour.
Serais-tuplus longtempssans forct
ân,
sha"aie?
Teins-nous de ccs beauxjoursCcn
ChdiJlane.;Jt nouveau ,
Ledoux bruit des rnisiaux, lesfeurs
&
Mufe
la verdure
:
,
fais-nons unsidelie Tableau
Des emb,litjjcsïteî>
s qui parent laA7 z
ture.
Loin de la neige & desglaçons,
Dis-notts comment la rose ejlsur le
pointd'èclore,
Comme quoy les Zephirssejoignant
avec Flore,
Echauffent à l'envi les naijjantes
moissons.
Voy les Oifcaitx dans ce bocage
J)ai chantent leurs tendres ar
deurs.
Leurs chants nauroientpoint ces
douceurs,
Si l'aimablePrintemps ne formait
leur langage.
Apprens-nous le bonheur des hojles
de ccs bois.
L'amourn'apoint de dures loi:,
Pourleurscœurs qu;znd il les en
chaîne.
Rien nes'opposè à leursdrJirs,
Leseulpancluvnt qui Usentraine
Sert de mejùre à leurs platjïrs.
Entens-tuceBergerafjlsfous ce vieux
chefnef
te fies accens sions doux
! quit
chante tendrement!
L' eau qui fort de cette fontaine
SemblepourCécouter coulerplus len.
tement.
VHiver avoitinterditfitMifietiet
tontourccjjed'cflremuette,
a seeu lerani
Lesieus Printemps
mer.
Neifçattrois tit te réfoudre a rimer?
Four vanter le Frintemps,ah,si rien
ne
texcite,
Parmy tantdefinets divers)
Ecoute celuy-cy ,
jefiais sieur qu'il
mer;te
1outCencens de tesVers.
•n
,
V
J
VinvincibleLOVIS,quifixe la.
Victoire
efii (lit depuislong-tempstrembler
lemonde entier,
.PUOY que l'hiver par un nouveau
Jentier
Souvent le cenduife à la gloirea
De ce grand &famsuxHéros
c'est toujours au Printemps que la
valeur commence
A porter la terreur, à troubler le re-.
pos
chtZles Ennemis de la France.
Peuples liguent dont l'aveuglefil"
reur
Pretend en vain nous donner des
a/armes)
Le retour des Zephirs vous cause au
tait d'horreur,
J^ilramene chez nous de plaisirs
&de charmes.
Cest dws ce temps que nos Guer
Tiers,
Superbes demille conquefies ,
Vont Çe couronnerde Lauriers
Dont la Gloire ceindra leurstejles.
La Meuse, Escaut & leRhin
Nefç.utroient arrêterleurcourage in
trépidé,
Jlnimcz, par le Souverain
JOiti lescommande Crquilesguide>
On leurrefifteroit en vain.
Amesbrttlans desirs fais que ton fca
réponde,
MNjè )
toy que l'on vit mobéir au
trefois ;
Aujourd'huy prête-moy tt voix
Tour celebrer le plus grand Roy du
monde.
Mais) helas ! où rnemporte un projet
inftnsé?
A mes vœux trop hardisgarde-toyde
te rendre,
Réglé-toysur le temps passé,
Ou le fiul Appelles pouvait peindre
Alexandre.
tnlepouvoir
f
MAMafiiduPrintempsrejefns
J!>uoy
j cetteJaijon Ji féconde
ai redonne la vie au monde
iémouvoir?
Nefçaurtit-elle
Pendant que CHivei danssagla
ces
lenoitla Nature en prifln)
P»urjujîifcr tes disgraces
menfaisois une uifw*
- Le grandfroidparsaviolence
Rcndoit percluschaque Element.
Tânt paroissoit muet, c~ dans cechan
çiment
jexeufois pour !stJ tonsilence
;
Mais le Ftintetup
Cette belle faisonfo[licite ta Veine.,
s efrde retour,
Bile te fournira cent fujels chaque
jour.
Serais-tuplus longtempssans forct
ân,
sha"aie?
Teins-nous de ccs beauxjoursCcn
ChdiJlane.;Jt nouveau ,
Ledoux bruit des rnisiaux, lesfeurs
&
Mufe
la verdure
:
,
fais-nons unsidelie Tableau
Des emb,litjjcsïteî>
s qui parent laA7 z
ture.
Loin de la neige & desglaçons,
Dis-notts comment la rose ejlsur le
pointd'èclore,
Comme quoy les Zephirssejoignant
avec Flore,
Echauffent à l'envi les naijjantes
moissons.
Voy les Oifcaitx dans ce bocage
J)ai chantent leurs tendres ar
deurs.
Leurs chants nauroientpoint ces
douceurs,
Si l'aimablePrintemps ne formait
leur langage.
Apprens-nous le bonheur des hojles
de ccs bois.
L'amourn'apoint de dures loi:,
Pourleurscœurs qu;znd il les en
chaîne.
Rien nes'opposè à leursdrJirs,
Leseulpancluvnt qui Usentraine
Sert de mejùre à leurs platjïrs.
Entens-tuceBergerafjlsfous ce vieux
chefnef
te fies accens sions doux
! quit
chante tendrement!
L' eau qui fort de cette fontaine
SemblepourCécouter coulerplus len.
tement.
VHiver avoitinterditfitMifietiet
tontourccjjed'cflremuette,
a seeu lerani
Lesieus Printemps
mer.
Neifçattrois tit te réfoudre a rimer?
Four vanter le Frintemps,ah,si rien
ne
texcite,
Parmy tantdefinets divers)
Ecoute celuy-cy ,
jefiais sieur qu'il
mer;te
1outCencens de tesVers.
•n
,
V
J
VinvincibleLOVIS,quifixe la.
Victoire
efii (lit depuislong-tempstrembler
lemonde entier,
.PUOY que l'hiver par un nouveau
Jentier
Souvent le cenduife à la gloirea
De ce grand &famsuxHéros
c'est toujours au Printemps que la
valeur commence
A porter la terreur, à troubler le re-.
pos
chtZles Ennemis de la France.
Peuples liguent dont l'aveuglefil"
reur
Pretend en vain nous donner des
a/armes)
Le retour des Zephirs vous cause au
tait d'horreur,
J^ilramene chez nous de plaisirs
&de charmes.
Cest dws ce temps que nos Guer
Tiers,
Superbes demille conquefies ,
Vont Çe couronnerde Lauriers
Dont la Gloire ceindra leurstejles.
La Meuse, Escaut & leRhin
Nefç.utroient arrêterleurcourage in
trépidé,
Jlnimcz, par le Souverain
JOiti lescommande Crquilesguide>
On leurrefifteroit en vain.
Amesbrttlans desirs fais que ton fca
réponde,
MNjè )
toy que l'on vit mobéir au
trefois ;
Aujourd'huy prête-moy tt voix
Tour celebrer le plus grand Roy du
monde.
Mais) helas ! où rnemporte un projet
inftnsé?
A mes vœux trop hardisgarde-toyde
te rendre,
Réglé-toysur le temps passé,
Ou le fiul Appelles pouvait peindre
Alexandre.
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224
p. 222-224
SUR LA DEFAITE des Alliez en Piedmont.
Début :
Il auroit esté facheux pour la France qu'un si beau / Tous les Princes liguez sont prest de s'abismer. [...]
Mots clefs :
Turin, Louis, Victoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LA DEFAITE des Alliez en Piedmont.
Ilauroit cfté facheux pour la France qu'un fi
beau morceau d Hiftoire cuft
efté ignoré de la Pofterité.
Cependant je vous envoye des
Vers qui ont efté faits fur la
GALANT. 223
derniere Bataille. Le premier
Madrigal cft de Mademoifelle de Scuderi .
SUR
LA DEFAITE
des Alliez en Piedmont.
Tous les Princes lignez fontprifts de s'abifmer .
L'un veut paffer le Pộ, l'autre paſſe
la mer.
Malgré leurs mouvemens , leurs projets , leurs menaces ,
Nous fauvons Pignerol , nous leur
prenons des Places;
Infpirez parLouis comme parle Dieu
Mars,
Aux partesde Turin unegrande Victoire
Tiiij
224 MERCURE
Couvre encor les François d'une nouvellegloire ,
Et nous voyons enfin vaincus de toutes parts
Les Aigles , les Lions , & les fiers
Leopards
beau morceau d Hiftoire cuft
efté ignoré de la Pofterité.
Cependant je vous envoye des
Vers qui ont efté faits fur la
GALANT. 223
derniere Bataille. Le premier
Madrigal cft de Mademoifelle de Scuderi .
SUR
LA DEFAITE
des Alliez en Piedmont.
Tous les Princes lignez fontprifts de s'abifmer .
L'un veut paffer le Pộ, l'autre paſſe
la mer.
Malgré leurs mouvemens , leurs projets , leurs menaces ,
Nous fauvons Pignerol , nous leur
prenons des Places;
Infpirez parLouis comme parle Dieu
Mars,
Aux partesde Turin unegrande Victoire
Tiiij
224 MERCURE
Couvre encor les François d'une nouvellegloire ,
Et nous voyons enfin vaincus de toutes parts
Les Aigles , les Lions , & les fiers
Leopards
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Résumé : SUR LA DEFAITE des Alliez en Piedmont.
Le texte relate une victoire militaire française en Piémont, malgré les efforts des princes étrangers. Inspirés par Louis XIV, les Français ont sauvé Pignerol et conquis d'autres places fortes. La bataille de Turin a été décisive, vainquant les symboles ennemis. Le poème, attribué à Madame de Scudéry, célèbre cette dernière bataille.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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225
p. 224-225
AU ROY.
Début :
Voicy un autre Madrigal sur cette mesme défaite. Il est / LOUIS, que vous imitez bien [...]
Mots clefs :
Louis, Europe, Guerre, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU ROY.
Voicy un autre Madrigal
fur cetre mefme défaite. Il eft
de Madame des Houlieres.
AU ROY.
OVIS, que vous imitez L°bien
Cet Eftre indépendant dont vous eftes
l'Image"!
Comme luy, des Rois qu'on outrage
Vous eftes le vangeur & l'unique foutien.
GALANT 225
• Comme luy, vostre mainfoudroye
Ces coupables Mortels, dont les noires
Byfureurs
Ont mis toute l'Europe en proyes.
A ce que la guerre a d'horreurs.
Comme luy , rempli de clemence,
Quelque douceur qu'ait la vangeance,
Vons eftes preft à pardonner';
Etfur les bords du Pô‚du Rhin , &
de la Meufe ,
Vous ne les accable que pour les
amener
Par un prompt repentir , à cette Paix
heureuse ,
Que vousfeulpouvezleur donner.
fur cetre mefme défaite. Il eft
de Madame des Houlieres.
AU ROY.
OVIS, que vous imitez L°bien
Cet Eftre indépendant dont vous eftes
l'Image"!
Comme luy, des Rois qu'on outrage
Vous eftes le vangeur & l'unique foutien.
GALANT 225
• Comme luy, vostre mainfoudroye
Ces coupables Mortels, dont les noires
Byfureurs
Ont mis toute l'Europe en proyes.
A ce que la guerre a d'horreurs.
Comme luy , rempli de clemence,
Quelque douceur qu'ait la vangeance,
Vons eftes preft à pardonner';
Etfur les bords du Pô‚du Rhin , &
de la Meufe ,
Vous ne les accable que pour les
amener
Par un prompt repentir , à cette Paix
heureuse ,
Que vousfeulpouvezleur donner.
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Résumé : AU ROY.
Le madrigal de Madame des Houlières compare le roi à Ovide, le décrivant comme un justicier indépendant et vengeur des rois outragés. Le roi punit les coupables ayant plongé l'Europe dans la guerre, mais agit avec clémence et cherche à amener ses ennemis à la paix. Il exerce son influence sur les bords du Pô, du Rhin et de la Meuse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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226
p. 3-35
ETAT PRESENT DES AFFAIRES DE FRANCE, & des Alliez.
Début :
Plus les choses sont rares & extraordinaires, plus elles font [...]
Mots clefs :
France, Ennemis, Alliés, Siège de Namur, Argent, Campagne, Places, Place, Roi, Angleterre, Troupes, Pays, Siège, Hommes, Remporter, Lieu, Prix, Armée, Casale Monferrato, Casal, Guerre, Conquêtes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ETAT PRESENT DES AFFAIRES DE FRANCE, & des Alliez.
ETAT PRESENT
DES AFFAIRES
DE FRANCE,
& des Alliez.
Lus les choses sont ra-
res & extraordinaires,
plus elles font d'impression
sur ceux qui les ont sou-
haitées avec ardeur. Les
Alliez, depuis l'ouverture
a 1)
Etat present
4
de la Guerre presente,
avoient continuellement
perdu des Places & des
Batailles, & un succés de
la nature de celuy de la
Prise de Namur, a este pour
eux une choſe si nouvelle,
que leur joye a de beaucoup
surpassé le cher avan-
tage qu'ils ont remporte.
Toute l'Europe en a retenty;
mais on en a donné
des marques en tant d'E
tats, qu'on n'a pû les faire
paroistre, sans qu'elles fis-
sent connoistre en même
des Affaires, & c.
temps la grandeur de la
France, puis que d'une gloi-
re partagée entre tant de
Souverains, il y en a peu
pour chacun; au lieu que
lorsque la France triomphe,
le Vainqueur remporte seul
toute la gloire, qui n'est
point partagée. Ainsi l'on
peutdire que nos moindres
triomphes sont grands
lors que ceux des Alliez
ne leur sont pas plus ho-
norables, que le seroit la
la Victoire de ceux dont
le nombre seroit grand,
a 11)
Etat present
6
pour accabler une seule
personne; ce qui fait qu'il
y auroit en quelque façon
sujet de dire, que l'avantage
qu'ils ont remporté est
accompagné de honte. Ce-
pendant, cet essay de bon-
heur qui seur a cousté assez
pour leur devoir faire ap-
prehender leur ruine entie-
re, s'ils ſe hazardent encore
à tenter de faire de pareilles
conquestes, les a rendus si
fiers, & les a jettez dans un
tel aveuglement, qu'ils
croyent estre déja maistres
des Affaires, &c.
de Dinant & de Philippeville,
& se voir en Champagne.
On pourroit leur
répondre, que la France
est moins épuisée qu'eux
de Troupes & d'argent;
que toutes nos autres
frontieres sont deffendues
par un grand nombre de
Places ttes fortes, & plus
regulieres que Namur; &
à l'égard de la Champagne,
qu'elle n'est pas tout-a-fait
exposée a leurs courses,
puis qu'elle est encore cou-
verte par dix bonnes Pla-
a 111
8 Etat present
ces, dont il y en a quatre
le long de la Meuſe, ſça
voir, Dinant, Charlemont,
Mezieres & Sedan; quatre
le long de la Sambre, qui
sont, Charleroy, Maubeu-
e, Avesnes, & Landrechies;
& deux entre ces
deux rivieres; sçavoir, Phi-
lippeville & Rocroy.
Ces obstacles sont assez
forts & meriteroient quel-
que reflexion; mais il vaut
mieux examiner si la prise
de Namur est aussi avanta-
geuse aux Alliez qu'ils se l'i-
des Affaires, &c.
maginent, & s' il leur seroit
utile de faire beaucoup de
semblables conquestes.
A la verité, Namur est
considerable par sa situa-
tion au conflans de la Sam-
bre & de la Meuse, & parce
qu'elle met en quelque fa-
çon a couvert le Pays de
Liege, qui est à la gauche
de la Meuse, & une partie
du Brabant Espagnol; mais
comme chaque chose a son
prix, il est certain que cet-
te Place leur coûte plus
qu'elle ne vaut. Les per.
10 Etat present
sonnes les mieux informées
demeurent d'accord que
la dépense de ce Siege va
à plus de trente millions;
qu'ils y ont mis une partie
de leur Artillerie hors d'é-
tat de servir, qu'ils y ont
épuisé leurs Magasins de
munitions & de vivres; &
qu'enfin ils y ont perdu
vingt-cinq à trente mil-
le hommes; ce qui pa-
roist évidemment, en ce
que depuis la prise de cette
Place, leur Armée n’a osé
paroistre devant celle du
des Affaires, &c. II
Roy, qui est demeuree
maiſtreſſe de la Campagne,
consumant les fourages, &
subsistant aux dépens du
Pays ennemi. A l'égard des
Fortifications, elles sont
ruinees de telle sorte, qu'il
faudra employer du moins
cinque millions pour les réta-
blir, puis qu'on a déja de-
mandé quatorze cens mille
florins aux Holsandois pour
leur quote part. Si l'on con-
sidere sans prévention tou-
tes ces circonstances, on
avouëra que les Alliez
Etat present
12
n'ont pas grand sujet de se
réjouir, & qu'il n'y a peut-
estre point de Prince qui
voulust acheter à ce prix
une pareille conqueste. Il
est certain que nous n'a-
vons jamais pris de Places
qui nous ayent tant coûté,
quoy que nos Ennemis
fondassent la ruine de la
France sur ce qu'elles nous
coûtoient si nous en pre-
nions davantage de la mes-
me sorte. Cependant il est
prouvéailleurs, tant par le
procez qu'ils ont fait ou
des Affaires, &c.
13
voulufaire aux Gouverneurs
de leurs Places, & principa-
lement a celuy de Namur
quand le Roy le prit, que
par les recompenses que
nous donnons aux nostres,
que nos Places les ont épuisez
d'argent, ce que n'ont
pas fait a nôre egard celles
que nous avons prises. Ainsi
on leur peut dire avec bien
plus de raison, quils sont
perdus s'ils tâchent encore
d'en prendre a ce mesme
prix. Les Conquestes éloi-
gnées de l'Angleterre sont
Etat present
14
inutiles à la Nation. Il est
pourtant vray que presque
tout ce que l'Angleterre
avoit de vieilles Troupes y
a pery, & que l'Etat s'épuise
d'argent, à cause que l'argent
en sort. Les Anglois
en murmurent, & tout cela
est expliqué dans des écrits
qui se debitent en Angle.
terre. Mais ce n'est pas en-
core tout ce que la con-
queste de Namur leur
coute.
Avant que de commen
cer le Siege, ils attaque
des Affaires, &c. 15
rent le petit Fort de la Kenoque;
mais soit que ce
fust une feinte, ou un des-
sein formé, pour penetrer
vers Furnes & Dunkerque,
ils en furent honteusement
repoussez avec perte d'en-
viron trois mille hommes
tuez ou bleſsez. Pendant le
Siege, on fit sept a huit
cens prisonniers dans trois
Chasteaux au de là de la
Lys. On donna la chaſſe à
l'Armée du Prince de Vaudemont,
& on luy tailla en
pieces deux ou trois Batail-
Etat present
16
lons. On prit Dixmude &
Deinse, avec trente deux
pieces de Canon, des Ma-
gasins de munitions de
guerre, de provisions de
bouche & de fourages, une
infinité de palissades, & on
fit prés de neuf mille pri-
sonniers, dont les deux
tiers ont pris party dans les
Troupes de France. On
obligea ensuite les Alliez
à promettre par un Traité
qu'ils ne fortifieroient plu;
Dixmude. Quelques jours
aprés, on força les Retrandes
Affaires, &c. 17
chemens qui empêchoient
les approches de Bruxelles,
& les Ennemis ayant refusé
de consentir a ne plus bom-
barder les Places qu'on
n'assiegeroit pas, on bom-
barda cette Ville, dont on
brûla les deux tiers, avec
une perte de plus de trente
millions, de l'aveu même
des Habitans. Pendant tout
ce temps là, plus de dix
mille de leurs Soldats sont
venus se rendre, & prendre
parti dans l'Armée de Fran-
ce, qui s'est trouvée plus
Etat present
18
nombreuse a la fin de la
Campagne qu'au commen-
cement, & qui a toujours
subsisté dans le Pays enne-
mi jusqua la distribution
des quartiers d'hiver. On
peut ajoûter a cela qu'on
a levé de grandes contributions
sans en payer au-
cunes; qu'on a fait de nou-
velles Lignes plus fortes
que les précedentes, sur le
rerriroire, & à la vûë des
Ennemis, & qu on a fortifié
Courtray sans qu'ils ayent
pul'empêcher; que les Al
des Affaires, &c19
liez ont besoin de plus de
quarante mille hommes de
recruë aux Pays Bas seule-
ment; que l'argent est fort
rare, & que les vivres sont
fort chers en Angleterre &
en Hollande; que les hom-
mes commencent à man-
quer en Allemagne, & que
les Victoires des Turcs en
Hongrie rendront les le-
vées encore plus difficiles,
parce que l'Empereur aura
besoin d'avoir de grands
renforts de Troupes.
Que si l'on veut consi-
e ij
Etat present
20
derer ce qui s'est fait dans
les autres Frontieres, on
trouvera qu'ils n'ont eu au-
cun avantage sur lequel
ils puissent fonder les es-
perances dont ils se fla-
tent.
En Allemagne, les Ar-
mées de France ont subsi-
ſté une partie de la Campagne
au delà du Rhin, où
elles auroient eu apparem-
ment des succés plus avan-
tageux, sans la maladie de
M le Maréchal Duc de
Lorges qui rompit ses des-
des Affaires, &c. 2.1
feins Elles ont repassé le
Rhiin a la vûë des Armées
du haut & du bas Rhin,
sans qu'elles ayent osé s'y
opposer. Elles ont occupé
tous les passages de cette
Riviere, & sy sont forti-
fiées de telle sorte, que les
Allemans nont pas même
tenté de les fotcer; & enfin
elles ont vêcu le reste
de la Campagne dans le
Palatinat, dans l'Electorat
de Mayence, & dans les
Evêchez de Spire & de
Wormes, toujours dans le
22. Etat present
Pays des Ennemis & à leurs
dépens.
En Italie, la France a
abandonné Casal, mais les
Ennemis n'ont pas forcé
cette Place, & n'en ont
pas profité, puis qu'elle a
esté raſée, & renduë à son
premier Maistre. Le Roy
épargne plus d'un million
qu'il y dépensoit tous les
ans. Il a fait-fortifier tous
les passages & les postes
necessaires pour conserver
une communication libre
entre la France & Pignerol.
des Affaires, &c. 23
On a remporté divers avan-
ges sur les Barbets & leve
les contributions dans le
Piémont. Rien n'a plus
mortifié l'Empereur que le
Traité fait pour la démoli-
tion de Casal, & il a esté
longtemps avant que de se
resoudre a le ratifier, par-
ce qu'il avoit toujours cru
que s'il pouvoit un jour
estre maistre de cette Pla-
ce, il le seroit bientost de
toute l'Italie, ce qui pou-
voit arriver, n'estant pas
impossible que le Roy
Etat present
24.
ayant tantd'Ennemis sur les
bras, perdist une Place, qu'-
on ne pouvoit ravitailler, ny
secourir, qu'en passant au
travers de ses Ennemis.
Ainsi, jamais coup de pru-
dence n'a esté fait plus à
propos. Le Roy na plus
Casal, mais il n'y a plus de
Casal, puisqu'il est démo-
ly. L'Italie délivrée de
crainte, doit au Roy sa dé-
livrance, & les Ennemis
de Sa Majesté sont privez
des avantages que cette
Place pouvoit leur fournir
contre
des affaires, &c.
25
contre ce Monarque, pen-
dant qu'il est delivre du
soin de la garder, ce qu'il ne
pouvoit faire qu’à grands
frais, & en risquant les
hommes & l'argent. qu'on
estoit de temps en temps
obligé d’y envoyer.
En Catalogne, toute la
Campagne a esté glorieu-
se à la France. On a raſé
à la veuë des Ennemis, &
malgré tous les efforts qu-
ils ont faits pour l'empê-
cher. Castelfollit, Sanfeliu
de Quixols, Ostalric, Bla-
Etat presini
26
nes, Tordera, & Palamos,
dont on leur a fait lever le
Siege qu'ils avoient formé
par mer & par terre, & la
démolition de ces Places a
grossi l'Armée, épargné de
grandes sommes, & ou-
vert pour l'avenir l'entrée
en Catalogne.
Les Ennemis ont esté
encore moins heureux par
mer. Ils y ont dépensé
plus de vingt- cinq mil-
lions, sans pouvoir réussir
dans aucun de leurs pro-
jets. Les Bombardemens
des affaires, &c. 2
de Saint Malo, de Grandville
de Dunkerque & de
Calais, ont tous tourné à
leur confusion, & n'ont
servi qu'a nous donner lieu
de mettre pour toujours
nos Costes hors d'insulte.
Ils menaçoient de bom-
barder Toulon & Marseille,
& ils s'en sont ap-
prochez sans oser tenter
aucune chose. Ils mena-
çoient aussi d'assieger Vil-
lefranche, Rose & Pala-
mos; mais ilsn ont assiegé
que cette derniere Place,
1ij
a
28 Etat present
de devant laquelle, comme
on l'a déja remarqué, ils se
sont retirez presque aussi-
tost qu'ils y ont paru, tou-
jours en mer sans rien a-
vancer, toujours agissant
sans rien faire. Ainsi un
armement qui coûte tant
de millions, n'a profite en
rien, & n'a servi qu'à ruiner
la Marine d'Angleterre, le
ver s'estant mis a la plus-
part de leurs Vaisseaux. Ils
ont perdu plus de la moitié
de leurs Equipages, par les
tempestes & par le manque
des Affaires, & c 29
de vivres, ou les mauvais
vivyes, ce qui sera cause
qu'ils manqueront de Ma-
pelors pendant plusieurs
années, l'argent n'en fai-
sant pas trouver quand il
ny en a point. Ily a déja
du temps qu'ils estoient
rares, & cette Campagne
fera qu'il sera impossible
d'en trouver. Les Matelots
manquent aussi en Hollan-
de depuis longtemps C'est
un fait public, & pour en
avoir pour la Guerre, on
retranche des Pêches uti-
1 11)
30 Etat present
les à l'Etat, & une partie
du Commerce.
Les voyages de la Flote
des Alliez dans la Mediterranée,
n'ont abouti qu'à
transporter a grands frais
& fort inutilement quel-
ques Troupes en Catalo-
gne, à ruiner les Vaisseaux
& à faire perir une bonne
partie des Equipages; au
lieu que la France les a amu-
sez & trompez par des fein-
tes, avec fort peu de dépen-
se; & que nos Armateurs
ont fait perdre à leur com-
des Affaires, &c. 31
merce prés de quarante
millions, car des sept Vais-
seaux des Indes Orientales
qu'on attendoit en Angle-
terre, iln en est arrive qu'un
des moins riches. Des six
autres, le Samuel a estè brû-
lé dans la Baye de Dingle
en Irlande; deux autres ont
esté pris par Mr le Marquis
de Nesmond, & les trois
derniers ont esté enlevez
par Mrs de Baubriant l'E-
vesque, & du Guay-Trouin.
Ces six Vaisseaux auroient
valu en Angleterre pres de
32 Etat present
trente millions. Il ne seroit
pas possible de faire le dé-
nombrement de toutes les
prises que nos Armateurs
ont faites dans toutes les
mers voisines, & mesme
dans les Ports de Hollande,
& d'Angleterre, sur les
costes d'Afrique & d'Espa-
gne, aux Isles de l'Ameri-
que, en Groenland, &
dans la Baye de Hudson-
Si on compare ce que
certe Campagne coute aux
Ennemis, avec les avanta-
ges qui leur reviennent de
des Affaires, &c. 33
la Prise de Namur, on
trouvera que leurs pertes
sont infiniment plus gran-
des que les nostres. Elle les
a épuisez de toutes manie-
res, d'hommes & d'argent
par les dépenses, & par les
prises que l'on a faites sur
eux: & si on veut bien faire
reflexion sur ce qu'on vient
de marquer, qui iont des
faits, on trouvera que ja-
mais il ne s'est fait de si
grandes pertes en une seule
Campagne, au lieu que la
France n'a qu'une Ville de
Etat present
34
moins, qui n'estoit pas
à elle, & qu'elle l'a venduë
si cher, qu'elle voudroit
bien que les Alliez se reso-
lussent d'en prendre encore
d'autres à ce prix là. Leurs
rejouissances ne doivent
avoir esté que pour éblouir
les Peuples; & a bien exa-
miner les choses, on n'en
devroit faire que pour
ce qu'on prend, & non
pour ce qu'on reprend sur
ses Ennemis. On ne dit
rien du Journal, puis quon
va le lire; mais on peut
des Affaires, &c.
35
compter qu’on ny verra
rien que de nouveau, parce
qu'il est presque impossible
de bien sçavoir ce qui s' est
passé dans une Place assiegee,
qu'aprés qu'elle est
prise, ou que le Siege est
levé.
DES AFFAIRES
DE FRANCE,
& des Alliez.
Lus les choses sont ra-
res & extraordinaires,
plus elles font d'impression
sur ceux qui les ont sou-
haitées avec ardeur. Les
Alliez, depuis l'ouverture
a 1)
Etat present
4
de la Guerre presente,
avoient continuellement
perdu des Places & des
Batailles, & un succés de
la nature de celuy de la
Prise de Namur, a este pour
eux une choſe si nouvelle,
que leur joye a de beaucoup
surpassé le cher avan-
tage qu'ils ont remporte.
Toute l'Europe en a retenty;
mais on en a donné
des marques en tant d'E
tats, qu'on n'a pû les faire
paroistre, sans qu'elles fis-
sent connoistre en même
des Affaires, & c.
temps la grandeur de la
France, puis que d'une gloi-
re partagée entre tant de
Souverains, il y en a peu
pour chacun; au lieu que
lorsque la France triomphe,
le Vainqueur remporte seul
toute la gloire, qui n'est
point partagée. Ainsi l'on
peutdire que nos moindres
triomphes sont grands
lors que ceux des Alliez
ne leur sont pas plus ho-
norables, que le seroit la
la Victoire de ceux dont
le nombre seroit grand,
a 11)
Etat present
6
pour accabler une seule
personne; ce qui fait qu'il
y auroit en quelque façon
sujet de dire, que l'avantage
qu'ils ont remporté est
accompagné de honte. Ce-
pendant, cet essay de bon-
heur qui seur a cousté assez
pour leur devoir faire ap-
prehender leur ruine entie-
re, s'ils ſe hazardent encore
à tenter de faire de pareilles
conquestes, les a rendus si
fiers, & les a jettez dans un
tel aveuglement, qu'ils
croyent estre déja maistres
des Affaires, &c.
de Dinant & de Philippeville,
& se voir en Champagne.
On pourroit leur
répondre, que la France
est moins épuisée qu'eux
de Troupes & d'argent;
que toutes nos autres
frontieres sont deffendues
par un grand nombre de
Places ttes fortes, & plus
regulieres que Namur; &
à l'égard de la Champagne,
qu'elle n'est pas tout-a-fait
exposée a leurs courses,
puis qu'elle est encore cou-
verte par dix bonnes Pla-
a 111
8 Etat present
ces, dont il y en a quatre
le long de la Meuſe, ſça
voir, Dinant, Charlemont,
Mezieres & Sedan; quatre
le long de la Sambre, qui
sont, Charleroy, Maubeu-
e, Avesnes, & Landrechies;
& deux entre ces
deux rivieres; sçavoir, Phi-
lippeville & Rocroy.
Ces obstacles sont assez
forts & meriteroient quel-
que reflexion; mais il vaut
mieux examiner si la prise
de Namur est aussi avanta-
geuse aux Alliez qu'ils se l'i-
des Affaires, &c.
maginent, & s' il leur seroit
utile de faire beaucoup de
semblables conquestes.
A la verité, Namur est
considerable par sa situa-
tion au conflans de la Sam-
bre & de la Meuse, & parce
qu'elle met en quelque fa-
çon a couvert le Pays de
Liege, qui est à la gauche
de la Meuse, & une partie
du Brabant Espagnol; mais
comme chaque chose a son
prix, il est certain que cet-
te Place leur coûte plus
qu'elle ne vaut. Les per.
10 Etat present
sonnes les mieux informées
demeurent d'accord que
la dépense de ce Siege va
à plus de trente millions;
qu'ils y ont mis une partie
de leur Artillerie hors d'é-
tat de servir, qu'ils y ont
épuisé leurs Magasins de
munitions & de vivres; &
qu'enfin ils y ont perdu
vingt-cinq à trente mil-
le hommes; ce qui pa-
roist évidemment, en ce
que depuis la prise de cette
Place, leur Armée n’a osé
paroistre devant celle du
des Affaires, &c. II
Roy, qui est demeuree
maiſtreſſe de la Campagne,
consumant les fourages, &
subsistant aux dépens du
Pays ennemi. A l'égard des
Fortifications, elles sont
ruinees de telle sorte, qu'il
faudra employer du moins
cinque millions pour les réta-
blir, puis qu'on a déja de-
mandé quatorze cens mille
florins aux Holsandois pour
leur quote part. Si l'on con-
sidere sans prévention tou-
tes ces circonstances, on
avouëra que les Alliez
Etat present
12
n'ont pas grand sujet de se
réjouir, & qu'il n'y a peut-
estre point de Prince qui
voulust acheter à ce prix
une pareille conqueste. Il
est certain que nous n'a-
vons jamais pris de Places
qui nous ayent tant coûté,
quoy que nos Ennemis
fondassent la ruine de la
France sur ce qu'elles nous
coûtoient si nous en pre-
nions davantage de la mes-
me sorte. Cependant il est
prouvéailleurs, tant par le
procez qu'ils ont fait ou
des Affaires, &c.
13
voulufaire aux Gouverneurs
de leurs Places, & principa-
lement a celuy de Namur
quand le Roy le prit, que
par les recompenses que
nous donnons aux nostres,
que nos Places les ont épuisez
d'argent, ce que n'ont
pas fait a nôre egard celles
que nous avons prises. Ainsi
on leur peut dire avec bien
plus de raison, quils sont
perdus s'ils tâchent encore
d'en prendre a ce mesme
prix. Les Conquestes éloi-
gnées de l'Angleterre sont
Etat present
14
inutiles à la Nation. Il est
pourtant vray que presque
tout ce que l'Angleterre
avoit de vieilles Troupes y
a pery, & que l'Etat s'épuise
d'argent, à cause que l'argent
en sort. Les Anglois
en murmurent, & tout cela
est expliqué dans des écrits
qui se debitent en Angle.
terre. Mais ce n'est pas en-
core tout ce que la con-
queste de Namur leur
coute.
Avant que de commen
cer le Siege, ils attaque
des Affaires, &c. 15
rent le petit Fort de la Kenoque;
mais soit que ce
fust une feinte, ou un des-
sein formé, pour penetrer
vers Furnes & Dunkerque,
ils en furent honteusement
repoussez avec perte d'en-
viron trois mille hommes
tuez ou bleſsez. Pendant le
Siege, on fit sept a huit
cens prisonniers dans trois
Chasteaux au de là de la
Lys. On donna la chaſſe à
l'Armée du Prince de Vaudemont,
& on luy tailla en
pieces deux ou trois Batail-
Etat present
16
lons. On prit Dixmude &
Deinse, avec trente deux
pieces de Canon, des Ma-
gasins de munitions de
guerre, de provisions de
bouche & de fourages, une
infinité de palissades, & on
fit prés de neuf mille pri-
sonniers, dont les deux
tiers ont pris party dans les
Troupes de France. On
obligea ensuite les Alliez
à promettre par un Traité
qu'ils ne fortifieroient plu;
Dixmude. Quelques jours
aprés, on força les Retrandes
Affaires, &c. 17
chemens qui empêchoient
les approches de Bruxelles,
& les Ennemis ayant refusé
de consentir a ne plus bom-
barder les Places qu'on
n'assiegeroit pas, on bom-
barda cette Ville, dont on
brûla les deux tiers, avec
une perte de plus de trente
millions, de l'aveu même
des Habitans. Pendant tout
ce temps là, plus de dix
mille de leurs Soldats sont
venus se rendre, & prendre
parti dans l'Armée de Fran-
ce, qui s'est trouvée plus
Etat present
18
nombreuse a la fin de la
Campagne qu'au commen-
cement, & qui a toujours
subsisté dans le Pays enne-
mi jusqua la distribution
des quartiers d'hiver. On
peut ajoûter a cela qu'on
a levé de grandes contributions
sans en payer au-
cunes; qu'on a fait de nou-
velles Lignes plus fortes
que les précedentes, sur le
rerriroire, & à la vûë des
Ennemis, & qu on a fortifié
Courtray sans qu'ils ayent
pul'empêcher; que les Al
des Affaires, &c19
liez ont besoin de plus de
quarante mille hommes de
recruë aux Pays Bas seule-
ment; que l'argent est fort
rare, & que les vivres sont
fort chers en Angleterre &
en Hollande; que les hom-
mes commencent à man-
quer en Allemagne, & que
les Victoires des Turcs en
Hongrie rendront les le-
vées encore plus difficiles,
parce que l'Empereur aura
besoin d'avoir de grands
renforts de Troupes.
Que si l'on veut consi-
e ij
Etat present
20
derer ce qui s'est fait dans
les autres Frontieres, on
trouvera qu'ils n'ont eu au-
cun avantage sur lequel
ils puissent fonder les es-
perances dont ils se fla-
tent.
En Allemagne, les Ar-
mées de France ont subsi-
ſté une partie de la Campagne
au delà du Rhin, où
elles auroient eu apparem-
ment des succés plus avan-
tageux, sans la maladie de
M le Maréchal Duc de
Lorges qui rompit ses des-
des Affaires, &c. 2.1
feins Elles ont repassé le
Rhiin a la vûë des Armées
du haut & du bas Rhin,
sans qu'elles ayent osé s'y
opposer. Elles ont occupé
tous les passages de cette
Riviere, & sy sont forti-
fiées de telle sorte, que les
Allemans nont pas même
tenté de les fotcer; & enfin
elles ont vêcu le reste
de la Campagne dans le
Palatinat, dans l'Electorat
de Mayence, & dans les
Evêchez de Spire & de
Wormes, toujours dans le
22. Etat present
Pays des Ennemis & à leurs
dépens.
En Italie, la France a
abandonné Casal, mais les
Ennemis n'ont pas forcé
cette Place, & n'en ont
pas profité, puis qu'elle a
esté raſée, & renduë à son
premier Maistre. Le Roy
épargne plus d'un million
qu'il y dépensoit tous les
ans. Il a fait-fortifier tous
les passages & les postes
necessaires pour conserver
une communication libre
entre la France & Pignerol.
des Affaires, &c. 23
On a remporté divers avan-
ges sur les Barbets & leve
les contributions dans le
Piémont. Rien n'a plus
mortifié l'Empereur que le
Traité fait pour la démoli-
tion de Casal, & il a esté
longtemps avant que de se
resoudre a le ratifier, par-
ce qu'il avoit toujours cru
que s'il pouvoit un jour
estre maistre de cette Pla-
ce, il le seroit bientost de
toute l'Italie, ce qui pou-
voit arriver, n'estant pas
impossible que le Roy
Etat present
24.
ayant tantd'Ennemis sur les
bras, perdist une Place, qu'-
on ne pouvoit ravitailler, ny
secourir, qu'en passant au
travers de ses Ennemis.
Ainsi, jamais coup de pru-
dence n'a esté fait plus à
propos. Le Roy na plus
Casal, mais il n'y a plus de
Casal, puisqu'il est démo-
ly. L'Italie délivrée de
crainte, doit au Roy sa dé-
livrance, & les Ennemis
de Sa Majesté sont privez
des avantages que cette
Place pouvoit leur fournir
contre
des affaires, &c.
25
contre ce Monarque, pen-
dant qu'il est delivre du
soin de la garder, ce qu'il ne
pouvoit faire qu’à grands
frais, & en risquant les
hommes & l'argent. qu'on
estoit de temps en temps
obligé d’y envoyer.
En Catalogne, toute la
Campagne a esté glorieu-
se à la France. On a raſé
à la veuë des Ennemis, &
malgré tous les efforts qu-
ils ont faits pour l'empê-
cher. Castelfollit, Sanfeliu
de Quixols, Ostalric, Bla-
Etat presini
26
nes, Tordera, & Palamos,
dont on leur a fait lever le
Siege qu'ils avoient formé
par mer & par terre, & la
démolition de ces Places a
grossi l'Armée, épargné de
grandes sommes, & ou-
vert pour l'avenir l'entrée
en Catalogne.
Les Ennemis ont esté
encore moins heureux par
mer. Ils y ont dépensé
plus de vingt- cinq mil-
lions, sans pouvoir réussir
dans aucun de leurs pro-
jets. Les Bombardemens
des affaires, &c. 2
de Saint Malo, de Grandville
de Dunkerque & de
Calais, ont tous tourné à
leur confusion, & n'ont
servi qu'a nous donner lieu
de mettre pour toujours
nos Costes hors d'insulte.
Ils menaçoient de bom-
barder Toulon & Marseille,
& ils s'en sont ap-
prochez sans oser tenter
aucune chose. Ils mena-
çoient aussi d'assieger Vil-
lefranche, Rose & Pala-
mos; mais ilsn ont assiegé
que cette derniere Place,
1ij
a
28 Etat present
de devant laquelle, comme
on l'a déja remarqué, ils se
sont retirez presque aussi-
tost qu'ils y ont paru, tou-
jours en mer sans rien a-
vancer, toujours agissant
sans rien faire. Ainsi un
armement qui coûte tant
de millions, n'a profite en
rien, & n'a servi qu'à ruiner
la Marine d'Angleterre, le
ver s'estant mis a la plus-
part de leurs Vaisseaux. Ils
ont perdu plus de la moitié
de leurs Equipages, par les
tempestes & par le manque
des Affaires, & c 29
de vivres, ou les mauvais
vivyes, ce qui sera cause
qu'ils manqueront de Ma-
pelors pendant plusieurs
années, l'argent n'en fai-
sant pas trouver quand il
ny en a point. Ily a déja
du temps qu'ils estoient
rares, & cette Campagne
fera qu'il sera impossible
d'en trouver. Les Matelots
manquent aussi en Hollan-
de depuis longtemps C'est
un fait public, & pour en
avoir pour la Guerre, on
retranche des Pêches uti-
1 11)
30 Etat present
les à l'Etat, & une partie
du Commerce.
Les voyages de la Flote
des Alliez dans la Mediterranée,
n'ont abouti qu'à
transporter a grands frais
& fort inutilement quel-
ques Troupes en Catalo-
gne, à ruiner les Vaisseaux
& à faire perir une bonne
partie des Equipages; au
lieu que la France les a amu-
sez & trompez par des fein-
tes, avec fort peu de dépen-
se; & que nos Armateurs
ont fait perdre à leur com-
des Affaires, &c. 31
merce prés de quarante
millions, car des sept Vais-
seaux des Indes Orientales
qu'on attendoit en Angle-
terre, iln en est arrive qu'un
des moins riches. Des six
autres, le Samuel a estè brû-
lé dans la Baye de Dingle
en Irlande; deux autres ont
esté pris par Mr le Marquis
de Nesmond, & les trois
derniers ont esté enlevez
par Mrs de Baubriant l'E-
vesque, & du Guay-Trouin.
Ces six Vaisseaux auroient
valu en Angleterre pres de
32 Etat present
trente millions. Il ne seroit
pas possible de faire le dé-
nombrement de toutes les
prises que nos Armateurs
ont faites dans toutes les
mers voisines, & mesme
dans les Ports de Hollande,
& d'Angleterre, sur les
costes d'Afrique & d'Espa-
gne, aux Isles de l'Ameri-
que, en Groenland, &
dans la Baye de Hudson-
Si on compare ce que
certe Campagne coute aux
Ennemis, avec les avanta-
ges qui leur reviennent de
des Affaires, &c. 33
la Prise de Namur, on
trouvera que leurs pertes
sont infiniment plus gran-
des que les nostres. Elle les
a épuisez de toutes manie-
res, d'hommes & d'argent
par les dépenses, & par les
prises que l'on a faites sur
eux: & si on veut bien faire
reflexion sur ce qu'on vient
de marquer, qui iont des
faits, on trouvera que ja-
mais il ne s'est fait de si
grandes pertes en une seule
Campagne, au lieu que la
France n'a qu'une Ville de
Etat present
34
moins, qui n'estoit pas
à elle, & qu'elle l'a venduë
si cher, qu'elle voudroit
bien que les Alliez se reso-
lussent d'en prendre encore
d'autres à ce prix là. Leurs
rejouissances ne doivent
avoir esté que pour éblouir
les Peuples; & a bien exa-
miner les choses, on n'en
devroit faire que pour
ce qu'on prend, & non
pour ce qu'on reprend sur
ses Ennemis. On ne dit
rien du Journal, puis quon
va le lire; mais on peut
des Affaires, &c.
35
compter qu’on ny verra
rien que de nouveau, parce
qu'il est presque impossible
de bien sçavoir ce qui s' est
passé dans une Place assiegee,
qu'aprés qu'elle est
prise, ou que le Siege est
levé.
Fermer
227
p. 1-133
JOURNAL DU SIEGE DE NAMUR.
Début :
Le 26. du mois de Juin, M. le Comte d'Athlone [...]
Mots clefs :
Ennemis, Troupes, Siège de Namur, Retranchement , Jean-Louis de Barberin, M. de Reignac, Attaque, Meuse, Ville, Chemin, Maréchal, Nuit, Jour, Place, Feu, Chemin couvert , Côte, Comte, Dragons, Canon, Régiment, Château, Porte Saint-Nicolas, Régiment de Gramont, Redoute, Bastion, Grenadiers, Colonel, Maison, Hommes, Tranchée, Tranchées, Pièces, Temps, M. de Saint-Laurent, Sambre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DU SIEGE DE NAMUR.
GUR A a
DU SIEGE
DE NAMUR.
E 26. du mois de Juin
M. le Comte d'Athlone
décampa de Falais sur la
Mehaigne, & marcha
avec son Armée qui estoit de
25000. hommes, ayant fait pren-
dre du pain pour six jours, avec
huit pieces de petit canon: il
A
Journal du Siege
campa ce jour là à Peruiis.
M. le Marquis d'Harcourt
estant informé de ce mouvement,
se rendit à Namur, pour
observer la route que tiendroient
les Ennemis, parce que l'on
estoit incertain s'ils marcheroient
du costé de Genap, pour joindre
le Prince d’Orange, ou s'ils s'approcheroient
de Charleroy.
Le 27. on eut avis qu'ils a-
voient décampé, & qu'ils marchoient
du costé de Sombref
cela détermina M. le Marquis
d'Harcourt à se mettre aussi en
mouvement, il tira onze Batail.
lons de la garnison de Namur,
avec le Regiment d'Oneuil,
& celuy de Dragons d'Asfeld
de Namur.
il campa à Estrival avec ces mes-
mes troupes, & s'avança jusqu'à
Charleroy, où il apprit que les
Ennemis avoient plié sur leur
gauche, & arrivoient dans la
Plaine de Fleurus-, il s'en retourna
à son Camp, & voyant
que le 28. ils faisoient paroistre
une teste à Gochelie & à Chastelet,
il détacha le sieur de Mon.
tet, Lieutenant Colonel du Re-
giment de Beauvoisis, avec qua-
tre cens hommes pour entrer à
Charleroy. Il marcha avec tou-
tes ses Troupes pour se rapprocher
de Namur. Il campa à l'Abbaye
de Floref.
Le mesme jour les Ennemis
campérent à Chastelet, & firent
Aij
Fournal du Siege
4
passer la Sambre à une partie de
leuis Troupes, sous les ordres du
Baron d’Eiden, General de celles
de Brandebourg; le Comte
d'Athlone resta à Gochelie,
avec 60. Escadrons, afin de favoriser
un grand convoy de vi-
vres qui leur venoit de Bruxelles.
Le 29. leurs mouvemens firent
croire qu'ils vouloient investir
Charleroy, mais la nuit suivante
ils décampérent. M. le Baron
d'Eiden marcha du costé de Saint
Gerard, & ensuite retourna
camper à Floref, d'où M. le Marquis
d'Harcoutt estoit parti pour
faire rentrer les Troupes dans
Namur. M. le Comte d'Athlo-
ne s'avança au défilé du Mazy,
de Namur.
où il campa le trentiéme.
Le 1. de Juillet la Cavalerie des
Ennemis parut sur les hauteurs
de la Maison rouge, pour in-
vestir Namur, prit des Postes à
Maloigne & à la Maison blanche,
pour investir le costé d'entre Sam-
bre & Meuse.
Le 2. les Ennemis firent leurs
Ponts de communication sur la
Meuse au dessous de la Ville, &
sur la Sambre. Mr de Tilly arriva
à leur Camp avec 30. Escadrons,
& passa sur le Pont de Meuse,
pour investir du costé du Con-
dros, mais il ne put y arriver
assez-tost pour empescher M. le
Mareschal de Bouflers de se
Ai)
6 Fournal du Siege
jetter dans la Place, avec sept
Regimens de Dragons. Il estoit
parti de Flandre en mesme temps
que les Troupes de M. de Baviere
avoient quitté les Lignes, &
ayant fait une diligence incroya-
ble, il se trouva à la hauteur de
Sainte Barbe une heure avant
que les Ennemis eussent ache-
vé de passer la Meuse, & eut le
temps de renvoyer à Dinant tous
les chevaux des Dragons qu'il
avoit avec luy, hors ceux du
Regiment du Roy. L'on croyoit
quun si puissant renfort oblige-
roit les Ennemis de se rejetter sur
quelqu'autre Place, mais comme
ils connoissoient parfaitement cel-
le de Namur, ils ne trouvérent
rien de plus facile que d'en fairede
Namur.
le Siege, parce que la Ville n'est
pas bonne, & que le Chasteau
est si serré que plus on y a de
Troupes, moins on y peut agir;
d'ailleurs les fortifications n'en
estoient point encore achevées.
Le 3 il arriva quantité de
Troupes aux Ennemis, qui se
campérent hors de la portée du
canon de la Place; & aprés qu',
elles eurent pris le terrain qu'el-
les devoient occuper, ils firent
marcher quatre Bataillons soûte-
nus par un grand corps de Ca-
valerie, qui s'emparérent de la
hauteur de Bouge, où ils se re-
tranchérent avec beaucoup de
précaution.
A iiij
8 Fournal du Siege
M. le Comte de Guiscard
avoit fait faire pour la deffense
de la Place, un petit retranchement
le long de certaines carrieres
qui regnent depuis une maison
que l'on a nommée la maison de
Reignac, laquelle est au dessus
de la Redoute de Ballart, embrassant
la creste qui est entre cette
maison & le ravin de l'Hermitage
Saint Fiacre. M. le Mareschal ju-
gea qu'il falloit faire occuper ce
poste, pour y amuser les Ennemis
autant qu'on le pourroit &
mesme l'on mit une garde à une
mauvaise Cense ruinée, nom-
mée le Coquelet, où il ne restoit
qu'un Colombier, dans lequel on
laissa un Sergent & quinze hom-
de Namur.
mes. Elle est située dans la Plaine
à cent toises au dela de ce retranchement,
& n'estoit nulle-
ment soutenue. M. le Mares-
chal donna le commandement
de ce Poste & des quatre Redoutes
qui couvrent la Ville de ce
costé-là, à M. de Reignac, lequel
s'estoit jetté dans la Place le
jour precedent, par ordre de la
Cour. Il occupa ce retranche-
ment avec 500. hommes, un Co-
lonel, & un Lieutenant Colonel;
& comme le terrain estoit tres-
étendu, & qu'il n'estoit presque
passoûtenable, il commença à fai-
re planter quelques mauvaises pa-
lissades sur le parapet, lesquelles
n'estant posées que sur du roc,
nestoient enterrées que d'un
10 Journal du Siege
pied; en sorte qu'elles servoient
bien plus pour la figure que pour
l'utilité. Cela ne laissa pas de faire
impression aux Ennemis, car au
lieu de s'emparer de ce Poste, ils
prirent toutes les précautions qu-
on verta cy-aprés pour l'attaquer.
Le 4. les Ennemis change-
rent leurs Camps de situations.
Il leur arriva de nouvelles trou-
pes, & ils continuerent de se
retrancher dans Bouge, & avan-
cerent quelques gardes du costé
de la Place pour la resserrer, les-
quelles on fit retirer par des escar-
mouches,
M. le Mareschal fit camper la-
moitié des troupes au Chasteau,
de Namur. 11
& l'autre dans les dehors de la
Ville, les distribuant par Brigades.
Les quatre d'Infanterie furent
commandées par Mrs de Saint
Laurent & de la Badie Brigadiers,
& par Mrs le Marquis de Vieux-
bourg & le Comte de Maulevrier
qui estoient les plus anciens Co-
lonels. Il y eut aussi deux Brigades
de Dragons commandées par
Mrs le Marquis de Gramont &
le Chevalier d'Asfeld. M. de
Quélus commandoit tous les
Dragons. Mr de Bragelonne fit
ses fonctions de Major General
pour le détail du service de tou-
tes les troupes. M. de Megrigny
qui estoit entré dans la Place avec
M. le Mareschal, visita les fortifi-
cations, & ordonna ce qu'il y
12 Fournal du Siege
avoit a faire, à quoy on tra-
vailla avec beaucoup de diligence
& d'application. L'on commença
à faire une Digue pour arrester le
cours de la Sambre jusqu'à une
certaine hauteur, qu'elle pust
inonder depuis la Ville jusqu'à
la Maison blanche, afin d’em-
pescher les Ennemis de faire des
Ponts à Salzeines pour passer des
troupes, & pour les obliger d'attaquer
le retranchement du vieux
mur par le front. L'on mit 100
hommes dans l'Abbaye de Salzeines,
& 50. dans une maison qui
est sur le bord de la Sambre
que l'on nomme la Balance, afin
de s'opposer à la construction de
ces Ponts. M. de Reignac fit tra-
vailler à son retranchement, &
de Namur. 13
les troupes qui le gardoient es-
carmoucherent toute la journée
avec celles des Ennemis, qui
estoient à Bouge.
Le 5. les Ennemis firent un
Pont de Batteaux sur la Meuse au
dessous de l'Hermitage Saint
Hubert, & au dessus du premier,
qui estoit de Pontons. M. le
Prince d'Orange arriva au Camp
avec le reste de l'Armée, qui se
campa à la maison rouge; les En-
nemis commencérent à travailler
à deux Batteries sur les hauteurs
au dessous de Sainte Barbe, pour
battre à revers le retranchement
de M. de Reignac, dont les troupes
qui le gardoient estoient re-
levées tous les jours.
Fournal du Siege
14.
L'on continua les tiavaux qu'
on avoit commencez dans la
Ville, l'on porta au Chasteau
les munitions de guerre & de
bouche qui n'estoient pas utiles
à la Ville, à quoy l’on employa
les Regimens de Dragons du
Roy & d'Asfeld, qui estoient à
cheval, & M. le Mareschal fit
aussi travailler pendant le Siege
tous ses domestiques & ses che-
vaux d'équipage.
Le 6. les Ennemis rompirent
leur Pont de Pontons qu'ils avoient
à la basse Meuse, y laissant
celuy de Batteaux; ils por-
terent ce premier au dessus de la
Ville, vis-à- vis du Village de
Wespion, pour faire une commu-
de Namur.
15
nication du Condros entre Sam-
bre & Meuse; ils porterent aussi
quantité de fascines du costé de
Bouge, & l'on apprit par des Deserteurs
que leur canon n'estoit
point arrivé: ils mirent cepen-
dant quelques petites pieces qu'ils
avoient dans leur Armée aux
Batteries des hauteurs de Sainte
Barbe, & continuerent à travail-
ler à leur retranchement de
Bouge.
Pendant la journée M. de Rei-
gnac fit palissader la maison qu'il
occupoit à la droite de son retranchement,
l'on travailla a fai-
re un petit fosse autour du Co-
lombier de Coquelet. A l'égard
de ce retranchement il n'estoit
16 Fournal du Siege
pas possible d'y rien faire, atten-
du qu'estant sur le roc, on ne
pouvoit approfondir le terrain,
ses troupes & celles des Ennemis
qui estoient dans les retranche-
mens de Bouge, escarmouchoient
sans cesse. M. le Maré-
chal visitoit tous les jours les tra-
vaux que l'on faisoit, tant au
Chasteau qu'à la Ville, ayant de
grands égards pour M. le Comte
de Guiscard, à qui il renvoyoit
tout le détail du service de la Place,
laissant aussi M. de Megrigny
le maistre de faire tout ce que
bon luy sembleroit au sujet de la
Fortification, ayant en luy une
parfaite confiance. Lors que plu-
sieurs gens ont la liberté de dire
leurs sentimens sur les projets,
de Namur. 17
l'on trouve rarement que ceux
qui sont en droit de dire leurs
avis, soient d'un mesme senti-
ment: cela estoit ainsi en plu-
sieurs occasions pendant le Siege;
ce qui a fait remarquer combien
M. le Mareschal en a usé prudem-
ment, car il a si bien concilié
les esprits que quelque disposi-
tion qu'il pust y avoir pour quelque
mes. intelligence, l'on ne s'en
est point apperçû, & rien sur cela-
n'a porté de préjudice au Service
du Roy, le tout par la patience
& le bon esprit de M. le Mareschal,
lequel na jamais dit un seul
mot de desobligeant à qui que ce
soit, incitant les Officiers a bien
faire leur devoir, par l'exemple
qu'il leur montroit, les visitant
B.
18 Fournal du Siege
dans tous leurs Postes, disant à
un chacun ce qu'ils devoient faire;
ce qui faisoit que les Troupes ne
se plaignoient jamais de la fatigue
qu on leur donnoit. Quoy qu'il
fust entré dans la Place sans autre
équipage que ses chevaux, &
qu'il dust une tenir grosse ta-
ble, il ne voulut point que la
Ville luy fournist aucune chose
qu'en payant, & il achetoit ses
provisions au double, parce que
ceux qui tenoient table aussi,
s'estoient déja pourvûs de toute-
chose.
Le 7. les Ennemis marquérent
de l'inquietude de ce qu’on occupoit
toûjours le retranchement-
de M. de Reignac; ils ne croyoient
de Namur. 19
pas qu'on se fist une affaire serieuse
de le garder, mais voyant
que non seulement l'on gardoit
ce retranchement, mais que l'on
en faisoit encore d'autres à Cocquelet,
ils eurent quelque envie
d'en interrompre le travail. Ils
firent sortir de leurs retranche-
mens de Bougè trois ou quatre
cens hommes qui coulerent le
long d'un chemin creux, bordé
de quelques hayes, & firent un
grand feu sur Cocquelet. M. des
Rivieres, Capitaine au Regiment
de Piémont, qui y estoit détaché,
leur fit tirer; mais comme il n'a-
voit que trente hommes, M. de
Reignac y mena une Compagnie
de Grenadiers qui fit retirer les
Ennemis, & pour empescher
B'1)
20 Fournal du Siege
qu'ils ne pussent revenir une au-
tre fois par le mesme chemin, M.
de Megrigny fit faire un petit re-
dant à la droite de Cocquelet
qui pouvoit contenir vingt hom-
mes, l'on y fit aussi un boyau
pour y communiquer. L'on tra-
vailla avec grande application à
creuser le fossé devant le grand
retranchement du Chasteau, &
à continuer la Digue sur la Sam-
bre, l'on travallla aussi à faire un
soûterrain dans la demi lune du
front du Fort Guillaume, & à ce-
luy de la redoute de la Cassotte.
M. Derigny Ingenicur estoit
chargé de tous ces Ouvrages.
Le 8. on s'apperceut que les
Ennemis faisoient décamper leurs
de Namur. 2I
troupes, & l'on apprit qu'ils
envoyoient une partie de leur
Cavalerie du costé de Tresigny,
pour avoir plus de facilité à la
faire subsister, n'y ayant pas
beaucoup de foutage aux environs
de Namur. Ce jour là M. le
Comte d'Albert, Colonel des
Dragons du Regiment Dauphin,
se jetta dans la Place sous l'habit
de Batelier. Il passa la Meuse à la
nâge pour y entrer. Les Ennemis
avancerent une ligne de gabions
vingt toises au devant de leurs
retranchemens de Bouge, & éten.
dirent leur gauche sur la pente du-
ravin qui tombe dans la Meuse;
toute la journée se passa à travail-
ler de part & d'autre. On fit monter
sept pieces de canon sur la
2 Fournal du Siege
Redoute de Saint Fiacre, & deux
dans celle de Pied noir. ce qui ser-
vit parfaitement dans la suite. M.
le Maréchal alla visiter le poste
de M. de Reignac; il fit mettre
une Garde de Dragons à cheval à
la gauche de Coquelet, dont les
Vedettes, & celles de là Garde
des Ennemis, n'estoient qu'à une
portée de Carabine. M. de Mégrigny
fit travailler à arrester le
cours du ravin de Vedrin, afin
d'inonder le terrain qui est entre
la Ville & les Redoutes. On reçut
des Passeports pour faire sor-
tir Mesdames de Moulinneuf &
de Fumeron, & elles furent
conduites à Dinant.
Le 9. les Ennemis commence.
de Namur. 23
rent à tirer de leurs Batteries des
hauteurs de Sainte Barbe, dans
le retranchement de Mr de Reignac.
Comme leurs pieces é-
toient tres-petites, cela ne fit
pas un grand effet. Ils s'avancerent
pour occuper le Four à chaux
entre leurs retranchemens de
Bouge & celuy de Coquelet, mais
un détachement de Dragons les en
alla chasser du côté du Chasteau.
Les Ennemis s'estant emparez
d'une hauteur, d'où ils auroient
pû incommoder les Travailleurs
du retranchement, M. le Maré-
chal fit poster deux Compagnies
de Grenadiers sur la creste qui
est devant ce retranchement,
derriere lequel il fit monter sept
cens hommes pour le garder,
24 Journal du Siege
avec un Brigadier & un Colonel.
Ee 10. la Cavalerie des Ennemis
porta tout le jour une
grande quantité de fascines derriere
le village de Bouge, & dans
le ravin de la maison de Casselot,
de l'autre costé de la Meuse. La
nuit suivante il se fit un tres-
grand feu du retranchement des
Ennemis à celuy de Mr de Rei-
gnac; on voulut arrester la Ri-
viere à la Digue de la Sambre,
mais cela ne se put faire ce jour. la-
Le 1I. on vit arriver une par-
tie de l'Artillerie des Ennemis,
qu'ils placerent à leurs batteries
des hauteurs de Sainte Barbe; ils
occuperent la maison des Jesuites
au
de Namur. 25
au bas du ravin, au dessous de
Bouge. M. le Maréchal fit mettre
le feu à toutes celles qui estoient
depuis cet endroit jusqu'à la por-
te Saint Nicolas, & fit achever
de raser le Fauxbourg Sainte
Croix, ne laissant que l'Eglise,
dans laquelle on mit une Garde,
pour en soutenir une autre de
Dragons à cheval que l'on tenoit
en rase campagne. Il y eut une
grande escarmouche entre les
troupes de M. de Reignac &
celles des Ennemis, qui estoient
dans leurs retranchemens de Bou-
ge. Ils voulurent encore occu-
per le Four à chaux, mais il les
en fit chasser par des Grenadiers
du Regiment de Piedmont. Sur
le soir, on vit marcher beaucouj
Fournal du Siege
26
de troupes des Ennemis derriere
Bouge, & l'on ne douta pas qu'ils
n'eussent intention d'attaquer le
retranchement, lequel, comme
on a dit, n'estoit pas soutenable:
M. le Comte de Guiscard estoit
mesme du sentiment d'en retirer
une partie des troupes, & de n’y
laisser qu'une tres-petite garde,
mais M. le Maréchal trouva bon
que M. de Reignac y demeurast.
Il luy envoya quatre Compagnies
de Grenadiers d'augmentation:
l'on fut toute la nuit sous les ar-
mes dans ce poste, & on fut bien
surpris d'entendre travailler les
Ennemis, & encore plus lors qu'-
on s'apperceut au point du jour
qu'ils avoient ouvert la tranchée
pour s'approcher du retranche-
de Namur. 27
ment. On ne pouvoit croire qu'u-
ne Armée de quatre-vingt mille
hommes deust prendre cette pré-
caution pour s'emparer d'un poste
qui n' estoit soutenu sur la droite
que par une mauvaise maison de
Paysan, & au milieu, par un Pi-
geonnier d'une Cense abandonnée,
autour duquel on avoit fait
un fossé, & qui estoit avancé dans
la campagne à plus de cent toises
du retranchement, n'ayant par la
gauche aucune protection.
Le 12. on s'apperceut dés le ma-
tin que les Ennemis avoient ou-
vert la tranchée prés de la maison
des Jesuites, & qu'ils l'avoient
poussée vers la Meuse, environ
trente toises. Dés que l'on vit
Cij
Fournal du Siege
28
qu'ils declaroient leur attaque du
costé de la Porte Saint Nicolas, M.
de Megrigny redoubla ses soins
pour y faire travailler. Il fit en-
foncer les chemins couverts, &
élever les Traverses pour se défiler
des montagnes, desquelles on
estoit vû de revers & de flanc.
Comme il faisoit une grande con-
sommation d'argent dans la Pla-
ce, tant pour les travaux que pour
les autres necessitez, cela avoit
alteré les fonds qui estoient entre
les mains du Tresorier pour la
subsistance des troupes. M. le
Mareschal emprunta en son nom
de grosses sommes des Bourgeois
de la Ville: en sorte que pendant
tout le Siege, on n'a point manqué
d'argent.
de Namur. 29
La nuit du 12. au 13. les Enne-
mis pousserent leurs tranchées de
l'attaque Saint Nicolas jusqu'à la
Meuse; & à celle de Bouge, ils ti-
rérent un boyau le long d'un che-
min vers Cocquelet. Ils ouvrirent
une troisiéme tranchée à la maifon
de Casselot de l'autre costé
de la Meuse, & ils Vavancé-
rent jusqu'au bord de cette ri-
viere, où ils firent un retour.
Dés le point du jour ils tirérent
de leurs Batteries de Sainte Barbe,
ausquelles ils avoient quatorze
pieces de canon & six mortiers,
qui donnoient sur les Travailleurs
du chemin couvert de l'attaque
de Saint Nicolas, dans le retranchement
de M de Reignac, & sur
la Redoute de Ballart; l'on fit
CIIj
30 Fournal du Siege
masquer la porte de cette Redou-
te, & l'on travailla à des Ponts
de communication pour aller du
corps de la Place aux chemins
couverts. M. le Mareschal voyant
que les Ennemis faisoient un Sie-
ge dans les formes pour le Pigeonnier
de Cocquelet, envoya
M de Megrigny pour y faire faire
quelques travaux, & fit monter
quatre Bataillons avec un Colo-
nel pour soutenir M. de Reignac.
M. le Marquis d'Illiers y monta,
& se posta au dessous du ravin de
Saint Fiacre. On envoya aussi
huit Compagnies de Grenadiers
dans le terrain creux qui commu-
niquoit du retranchement à Co-
quelet. Les Ennemis monterent
la tranchée de cette attaque plu-
de Namur. 31
tost qu'à l'ordinaire, & avec un
plus gros corps de troupes, ce qui
fit croire à M. de Reignac qu'on
le vouloit attaquer. Ils avancerent
droit à Coquelet, d'où le sieur
Pascal, Capitaine au Regiment de
Piémont, leur fit faire un tres-
grand feu, & en melme temps
M. de Reignac y marcha avec la
Compagnie de Grenadiers du
Regiment de Nice, qui obligea
les Ennemis de se retirer dans
leurs tranchées, ausquelles ils
commencerent à travailler pour
embrasser Coquelet.
La nuit du 13. au 14. les Enne-
mis firent une Batterie de douze
pieces de canon de l'autre coſté
de la Meuse, prés de la Saline;
CHI)
32 Fournal du Siege
elle commença à tirer au point
du jour sur la demi - contre.
garde du demi Bastion de Saint
Roch, & sur la Redoute de Bal-
lart. Ils avancerent leurs tran-
chées parun retour de la Meuse au
rocher, cequi faisoit une parallele à
l'attaque. Ils voulurent continuer
leurs tranchées pour embrasser
Coquelet; mais M. de Reignac fit
faire un feu si redoublé de tous ces
retranchemens qu'il ne leur fut pas
possible d'avancer leur sappe. Il
eurent quantité de gens tuez. Le
General Fagel y fut blessé. M. de
de Saint Laurent qui avoit mon-
té à la gauche avec une Brigade,
retira ses troupes dans le ravin
de Saint Fiacre. Pendant le jour,
les Ennemis firent une Batterie
de Namur.
33
de canon à Bouge pour battre les
retranchemens. L'Artillerie de la
Place tira sans discontinuer.
La nuit du 14. au 15. M. de
Gramont monta à la gauche de
Coquelet, avec une Brigade
d'Infanterie, & un détachement
de Dragons. Les Ennemis sa-
vancérent pour se loger prés de
ce Poste, mais les troupes de
M. de Reignac & celles de M.
de Gramont, firent un feu si
violent qu'ils n'avancérent leurs
tranchées que de dix toises. Sur
leur gauche ils pousserent un
boyau qui embrassoit le Four à
chaux, & qui s'approchoit de
l'angle du retranchement à l'atraque
de Saint Nicolas. Ils tiré-
Fournal du Siege
34
rent une parallele du Rocher à
la Meuse, derriere laquelle ils fi.
rent une Place d'armes pour soû-
tenir leurs tranchées. Ils élevérent
une Batterie de quatorze
pieces pour battre les chemins
couverts, le demy bastion de
Saint Roch, & la Redoute de
Ballatt, à l'attaque de la basse
Meuse. Ils pousserent un boyau
en remontant le long de la rivie.
re, à la teste de laquelle ils firent
une Place d'armes, vis à-vis de la
contre-garde. Du costé de la
haute Meuse, ils ouvrirent une
tranchée dans le ravin, au delà
de celuy de Gerenssard, qui tra-
versoit la Plaine, & joignoit une
autre tranchée qu'ils avoient ou-
verte le long de la riviere, au.
de Namur.
35
dessous de Wespion. A la teste
du Chasteau, ils occupoient seu-
lement leurs postes sans rien faire
de considerable.
Pendant le jour, ils firent un
tres-grand feu de leur Artillerie,
& rasérent le Colombier de Co-
quelet, & beaucoup de pallissades
du retranchement de M. de Rei-
gnac. Ils firent une grande ou-
verture a l'épaule droite de la
Redoute de Ballart, rasérent aussi
beaucoup de palissades à l'avant
chemin couvert de la Porte Saint
Nicolas, & firent une bréche à la
la demi-contre-garde du demi-
Bastion de Saint Roch. Vers les
quatre heures du soir, ils avance-
rent beaucoup de troupes du costé
35 Fournal du Siege
de Bouge, on crut qu'ils vouloient
attaquer le retranchement, &
comme ils firent un grand feu de
mousqueterie, M. de Reignac,
qui estoit preparé à les recevoir,
leur en opposa un semblable. Cela
ressembloit à une veritable atta-
que, ce qui fit que M. le Mareschal
marcha en personne avec la Bri-
gade de Beauvoisis pour le foûte-
nir; les Ennemis se retirerent, &
fe contenterent de relever leurs
tranchées. L'opiniastreté avec la-
quelle on avoit deffendu ce mau-
vais Poste, donna occasion d'y
faire quelques traverses. Le corps
de troupes qui y passoit la nuit
estant considerable, M. de Guis-
card y voulut rester, & se retira
le lendemain aprés avoir ordonné
en
de Namur
quelques ouvrages à la droite de
Coquelet, où l'on fit porter des
palissades.
La nuit du 15. au 16. M. de la
Badie monta à la gauche de Co-
quelet avec le nombre de troupes
ordinaire; celles du retranchement
furent aussi relevées. M.
de Reignac fit faire un profonde
tranchée de la droite à son retranchement
jusqu'à la hauteur de
Coquelet, faisant un demycercle
qui embrassoit les ouvrages, & il
fit enterrer quarante bombes
de distance en distance. Il y avoit
des augettes de l’une a l'autre,
qui venoient communiquer
dans un endroit du retranche-
ment, d'ou l'on y pouvoit met-
Fournal du Siege
tre le feu. Ensuite il fit recom-
bler cette tranchée, de maniere
qu'on ne pouvoit s'en apperce-
voir. L'on travailla à faire deux
ou trois traverses pour communi-
quer aux ruines de Coquelet, que
l'on occupoit toûjours. M. le
Comte de Guiscard y fit travail-
ler une partie de la nuit. Les Ennemis
avancerent une gabionna-
de vingt toises au devant de leurs
tranchées du costé de Bouge, &
poussérent un boyau jusques sur
le bord du Ravin qui regne vers
la maison des Jesuites. A l'atta-
que de Saint Nicolas, ils firent un
retour de la Meuse vers le rocher,
qu'ils ne purent pousser qu'à moi-
tié du terrain, parce que M. Da-
vejan, Lieutenant de Roy de la
de Namur.
39
Place, qui estoit dans le chemin
couvert, fit faire un tres-grand
feu, ce qui les empescha de con-
tinuer. Ils augmenterent leurs
Batteries de quelques embrasures
où ils placerent du canon. A l'attaque
de la basse Meuse, ils pous-
sérent une tranchée le long de la
riviere, jusque vis-à-vis la grosse
Tour de Meuse; ils continuerent
leurs Tranchées dans la Plaine du
costé de Jambe, & du costé du
Chasteau ils restoient dans l'inac-
tion. L'on gardoit toûjours le re-
tranchement du vieux mur avec
un Brigadier & le mesme nombre
de Troupes qui a esté marqué.
De l'autre costé de la Sambre, ils
firent deux Batteries à fin de battre
la Digue que l'on faisoit pour bar-
40 Journal du Siège
rer la Sambre, elles voyoient à
revers les Troupes qui gardoient
le retranchement du vieux mur.
Les Ennemis firent aussi quelques
ouvrages de terre du costé de la
Porte de Bruxelles, afin de resserrer
les Gardes que la Garnison
tenoit dans les dehors. Pendant
le jour, ils tirérent une grande
quantité de canon & de bombes.
Ils firent une bréche considerable
à la Redoute de Ballart, celle de
la demi-contre-garde ne l'estoit
pas moins. M. de Megrigny fit
en fin arrester le cours de la Sam-
bre, croyant luy faire inonder
la Prairie de Salzeine, mais cela
ne fit presque aucun effet, & ce
grand ouvrage qui avoit cousté
tant de peines demeura inutile.
de Namur. 41
Il tourna tous ses soins à continuer
le Retranchement derriere l'atta-
que de Saint Nicolas, & il fit mi-
ner le demy-Bastion de Saint
Roch. Les sieurs de Bequaire &
de Vauglaisan, Lieutenans d'Artillerie,
travailloient avec applica-
tion à faire servir le canon & les
mortiers de la Place, & faisoient
fournir avec la derniere exactitu-
de les munitions de guerre necessaires
dans chaque poste. M. le
Mareschal qui estoit jour & nuit
en mouvement, ne se contentoit
pos de visiter les Postes, il faisoit
executer devant luy les ordres
qu'il donnoit, & ne s'en rapportoit
presque à personne.
La nuit du 16. au 17. M. d'As-
D
Fournal du Siege
42
feld monta à la gauche de Coque-
let, avec M. de Sainte Hermine.
Les Ennemis avancerent. leurs
Tranchées assez prés de ce Poste;
& du costé de Bouge, ils la poussérent
fort prés du Retranchement.
Ils firent une Batterie aux
Fours à chaux. Pendant toute la
nuit l'on fit faire un feu continuel
de mousqueterie, & remettre des
palissades dans les endroits d'où
le canon les avoit emportées. A-
l'attaque de Saint Nicolas les Ennemis
continuerent leur parallele
jusqu'au rocher. A celle de la basse
Meuse, ils remonterent encore
leurs Tranchées le long de la ri-
viere, & y firent une Place d'armes.
A celle de Jambe, ils pro-
longérent leur boyau de quelques
de Namur.
43
toises, & dans les autres endroits
ils ne firent aucuns ouvrages.
ma is pendant le jour ils firent un
feu extraordinaire de leur Attil-
lerie, qui augmentoit tous les
jours; car n'ayant pû la faire re-
monter entierement par la Meu-
se, parce qu'elle estoit trop basse,
ils estoient obligez de la conduire
par charrois, & à mesure que
leurs pieces arrivoient ils les met-
toient en Batterie. Ce jour-là,
M, de Serville, Capitaine au Re-
giment de Gramont, se jetta dans
la Place, & M. le Mareschal re-
çût des Lettres du Roy par des
Transfuges qui y entrérent.
Sur les quatre heures du soir,
les Ennemis eurent quelque envie
d'attaquer le Retranchement de
Dij
Fournal du Siege
44
M de Reignac; il se fit une gran-
de escarmouche de part & d'autre,
qui se termina par leur retraite.
Ils s'estoient attachez à tirer tout
le jour dans ce Retranchement,
& le poste y estoit devenu si pe-
rilleux, que les Soldats par déri-
sion nommoient la maison où se
tenoit M. de Reignac, le Chas-
teau Gaillard.
La nuit du 17. au 18. M. de
Saint Laurent monta à la gauche
de Coquelet, avec M. de la Marre.
M. de Megrigny commença
à faire une Tranchée pour communiquer
de l'angle du Retranchement
a Coquelet, mais on
ne put l'achever, & malgré le
grand feu qui se fit de part & d'au-
de Namur-
45
tre, les Ennemis poussérent leurs
Tranchées jusqu'à dix toises de
Coquelet. Ils avancérent aussi
celle de leur gauche assez prés du
Retranchement. Il parut qu'ils
avoient donné toute leur atten-
tion de ce costé-là, parce qu'ils
ne travaillérent presque point à
toutes les auttes attaques; ils per-
fectionnérent seulement les ou-
vrages qu'ils avoient commencez
la nuit precedente. Ils établirent
à Bouge sept mortiers qui com-
mencérent a tirer dés le point du
jour avec toute leur Artillerie.
M. de Reignac, qui avoit bien
prévû que lors que l'on jetteroit
des Bombes dans son Retranche
ment, il ne seroit pas possible
d'y tenir, avoit marqué aux
fournal du Siege
46
Troupes les endroits où il y avoic
le moins de peril. Il fut contraint
d'abandonner sa maison qui fut
rasée dés sept heures du matin,
par le canon qui ne cessa point de
tirer jusqu'au moment de l'atta-
que. La quantité de bombes que
l'on y jettoit, faisoit un tel desor-
dre, que les Troupes y souffrirent
beaucoup, il y eut quantité de
Soldats tuez & blessez. M. de
Reignac manda à M. le Mares-
chal que vray-semblablement les
Ennemis l'attaquer oien t ce jourlà.
Depuis le matin on se prepa-
roit à faire une sortie sur l'attaque
de Jambe, & M. le Mareschal
ayant disposé toutes choses, en
donna la conduite à M le Mar-
de Namur.
quis de Gramont. Environ à
deux heures aprés midy, l'on fit
sortir par la Porte de Jambe deux
cens Grenadiers commandez par
M de Princé, Lieutenant Colo-
nel du Regiment Dauphin d'In-
fanterie, qui coulérent le long
de la Meuse en remontant, se
couvrant des houblonnieres qui
les déroboient à la vûë des Troupes
des Ennemis qui gardoient
la Tranchée; ensuite il sortit
cinque cens hommes choisis, com-
mandez par M. le Marquis de
Monbron, qui marchérent droit
a la Tranchée, faisant alte dans
les houblonnieres, pour attendre
le signal qu'on devoit donner
On fit suivre cinq Troupes de
Dragons, d'environ cinquante
Fournal du Siege
Maistres chacune; à la teste de
la premiere estoit M. le Comte
de Nogent Colonel du Regiment
du Roy; à la seconde, M. de
Martinet, Lieutenant Colonel du
mesme Regiment, M de Gra-
mont marchoit à la testè des trois
autres. Aprés que les cinqui troupes
eurent passe le Fauxbourg de Jam-
be, M. de Gramont donna or-
dre de marcher aux Ennemis.
M. de Nogent poussa à toute
bride avec deux Troupes dans la
Plaine, laissant la Tranchée à
droite, & s'en alla jusqu'à la
queve, sur laquelle il se rabatit
pour empescher la fuite des En-
nemis: M. de Princé qui avoit
marché jusqu'à une certaine hau-
teur, pendant que M. de Mon-
bron
de Namur.
49
bron commençoit à les charger
par la teste, les chargea en mesme
temps dans le milieu de la Tranchée,
les Ennemis ne sapperceu-
rent de la sortie que dans le mo-
ment qu'ils se virent coupez par
Mr de Nogent. Ils pritent les
armes, & firent une décharge
mais on les attaqua si vigouteu-
sement de toutes parts que de
mille hommes qu'ils avoient à la
tranchée, il ne s'en sauva que cent
quatre-vingt, qui se precipitérent
au travers des Dragons pour pren-
dre la fuite. Il y en eut soixantéhuit
faits prisonniers; le reste fut
tué sur la place; les Travailleurs
qu'on avoit fait sortir pour raser
la Tranchée, se servirent des
corps morts pour la remplir, &
Fournal du Siege
50
on en combla plus de trois cens
toises. Cette action qui fut saite à
la vuë de tous les Camps des En-
nemis, fit prendre les armes aux
Troupes de celuy du Condros.
Ils accoururent de toutes parts,
pour repousser celles de la sortie.
Mrle Comte de Morstein, Colo-
nel du Regiment de Hainault
qui s'y estoit trouvé volontaire,
sétant avancé trop prés pour re-
connoistre leur contenance, fut
malheureusement tué d'un coup
de mousquet. Deux escadrons des
Ennemis arrivérent à la Chapelle
de Sainte Barbe, & descendirent
dans la Plaine, passant par un
defilé, & comme ils se mettoient
en bataille, M. le Marquis de
Gramont les alla charger, & aprés
de Namur. 51
les avoir rompus, il leur fit pren-
dre la fuite; ils furent fortifiez
par d'autres Troupes, qui descendirent
une seconde fois. Mr de
Martinet alla à leur rencontre, &
les rechassa jusqu'à my-coste
mais leur Infanterie ayant bordé
la Montagne, fit un grand feu
sur la Troupe, & l'obligea de se
retirer. Mr le Marquis de Gra-
mont ayant donné ordre à l'In-
fanterie de se retirer dans la Place
le tout se fit avec beaucoup d'audace
& sans confusion. L'on n'y
perdit, outre Mr de Morstein,
que deux Officiers, & environ
vingt hommes.
Pendant le temps de cette sortie
l'on vit paroistre une Colom-
E 1)
52 Fournal du Siege
ne d'Infanterie, qui se mettoit
en bataille derriere Bouge. Mr
de Reignac vit bien que cela le
regardoit; il en donna avis à Mr
Mareschal, par Mr du Couret, Ca-
pitaine au Regiment Dauphin
d'Infanterie, duquel il se servoit
pour faire la fonction de Major,
Cei Officier fut quelque temps
sans pouvoir joindre Mr le Mares-
chal, parce qu'il estoit à la Porte
de Jambe, pour voir faire la sortie.
A l'instant Mr le Marquis de
Gramont qui estoit de jour pour
monter à Coquelet, eut ordre d'y
marcher avec sa Brigade qui de-
voit relever celle de Mr de Saint
Laurent, ce qu'il fit avec beau-
coup de diligence. Dans ce mo-
ment, le grand feu des bombes
de Namur. 53
des Ennemis fit sauter le Maga-
zin à poudre de Mr de Reignac.
Mr le Mareschal qui estoit déja
sorty de la Ville par la porte de
Fer, l’ayant remarqué, en voya
Mr de Cuchy, l'un de ses Ai-
des de Camp, pour luy en faire
voiturer, ce qu'il fit avec la deiniere
promptitude. Il estoit en-
viron cinque heures lors que Mr de
Gramont arriva au ravin de Co-
quelet, avec la Brigade de Beauvoisis.
Les Bataillons n'estoient
pas encore formez, n'y n'avoient
pas eu le- temps de relever les
Postes qu occupoit la Brigade de
Piémont, que commandoit Mr
de Saint Laurent, lors qu'on vit
paroistre dans la Plaine, un grand
front de Troupes Ennemies qui
E iij
54 Fournal du Siege
marchoient d'un pas grave pour
embrasser Coquelet. M. de Rei-
gnac qui estoit attentif à leurs
mouvemens, & qui avoit des
Troupes en bon ordre, vit venir
à luy quatre Bataillons pour atta-
quer le Retranchement. Il se fit
de part & d'autre un feu qui ne
se peut exprimer. Il avoit avec
luy deux cens Dragons & trois
cens Grenadiers, qui soûtinrent
le choc, ils estoient soûtenus par
cinq cens hommes, détachez de
toutes les Brigades, ayant encore
un Corps de reserve qui devoit
se porter dans les endroits qui
auroient pû estre forcez. Un Ba-
taillon des Ennemis ayant coulé
le long du ravin de la Redoute
de Ballart, & n'ayant pû soûte-
de Namur. 55
nir le feu que luy fit faire M. le
Chevalier de Mons, se retira sans
rien faire, laissant le glacis cou-
vert de leurs morts. Les qua-
tre Bataillons des Ennemis qui
estoient à la portée du pistolet de
la palissade du Retranchement
voulurent y entrer l'épée à la
main. Mr de Villars, Lieutenant
Colonel du Regiment de la Marre,
que Mr de Reignac avoit char-
gé de faire mettre le feu au Sau-
cisson, le fit si àpropos, que les
bombes qui estoient enterrées
ayant fait leur effet sous ces Ba-
taillons, on vit un spectacle ex-
traordinaire, par un nombre de
Soldats qui sautérent en l'air.
Ils en furent si ébranlez qu'ils pri-
rent la fuite. M. de Reignac qui
E iiij
56 Fournal du Siege
attendoit cet effet, sortit par la
branche droite du Retranche-
ment, avec environ trois cens tant
Dragons & Grenadiers, que gens
de bonne volonté. Il marcha a eux
l'épée à la main, & profitant de
leur desordre, il les poussa jusques
dans leurs Tranchées de Bouge
& s'empara d'un de leurs Retranchemens.
Les Ennemis firent
venir de nouvelles Troupes pour
rassurer les premieres. Mr de
Reignac s'estant retiré ne sçavoit
point si la gauche combattoit avec
le mesme avantage, car on ne se
voyoit point dans la fumée de la
poudre; il s'apperçût que l'on y
estoit poussé, parce qu'un Batail-
lon de la Brigade de Beauvoisis
estant sui vy par deux Regimens
de Namur.
9
Anglois, se jetta dans les palissa-
des du Retranchement. Mr de
Villars qui estoit à l'angle avec la
Compagnie des Grenadiers de
Nice, & la seconde de Maulevrier,
arresta par un grand feu ces
deux Regimens; & pour revenir
à ce qui se passa sur la gauche
les Ennemis n'ayant pas donné
le temps à Mr de Gramont de
poster ses Troupes, il y eut un
peu de confusion. Celles de Me
de Saint Laurent qui devoient
estre relevées, estoient déja en
mouvement pour se retirer, lors
que les Ennemis parurent, & l'on
ne put les remettre en bataille,
sans quelque espece de desordre.
Cependant, Mr de Gramont prit
son party, & opposa la Brigade de-
58 Fournal du Siege
Beauvoisis au front des Ennemis.
Mr le Marquis de Vieuxbourg,
Colonel du Regiment de Beauvoisis,
aprés avoir soutenu deux
ou trois charges derriere un Re-
tranchement, fut obligé de se re-
tirer a un second, auquel il fut
encore chargé, il y fut tué en
faisant des actions dignes de luy.
Mr le Comte de Maulevrier qui
deffendoit une Traverse à la teste
de son Regiment, y reçut les Ennemis
avec beaucoup de valeur,
& y fut aussi tué. M. le Marquis
de Gramont qui s'estoit jetté dans
Coquelet, y fut forcé & se retira
derriere un boyau, qu'il soutint
encore quelque temps. Mrde Saint
Laurent qui estoit à l'extrémité de
la gauche, soutint longtemps le
de Namur. 59
choc, & fut obligé de se retirer par
le ravin de Saint Fiacre, & à peu
prés dans le mesme temps les
Troupes de Mr le Marquis de Gramont
se retirerent. Il y avoit deux
heures que l'action estoit com-
mencée avant que les Ennemis eus-
sent pû forcer le Retranchement.
Mrde Reignac se maintenoit toû-
jours à la droite avec beaucoup
d'opiniâtreté; mais les Troupes
des Ennemis, aprés avoir poussé
celles de Mrs de Gramont & de
Saint Laurent, tournérent toutes
à la droite, où il se fit encore un si
grand feu de mousqueterie & de
grenades, qu'il ne s'en est jamais
vû de semblable, & estant en-
trées par la gauche, elles s'emparérent
du Retranchement. Mr de
60 Fournal du Siege
Reignac les en rechassa, & dans
ce moment il reçut un coup d'es-
ponton qui neanmoins ne l'em-
pescha pas d'agir. Il fut enfin ren-
versé dans le ravin à costé de la
Redoute de Ballart, faisant occu-
per par quelques détachemens les
monticules qui voyoient le loge-
ment que faisoient les Ennemis.
ME le Mareschal pendant l'action
fut toûjours à my- coste, arrestant
les Soldats qui se retiroient avec
trop de precipitation, & les ra-
menant assez prés du Retranche.
ment, où il essuya une partie du
grand feu qui se faisoit. Mr de
Reignac ayant rallié les Dragons
& les Grenadiers qui s'estoient
retirez avec luy, leur propoſa d'al-
ler regagner le Retranchement,
de Namur. 61
& aprés qu'il luy eurent dit qu'ils
estoient resolus de le suivre, il y
marcha & le regagna effective-
ment Mr le Marquis de Gramont
fit à peu prés la mesme chose à la
gauche; mais comme les Enne-
mis s'estoient emparez du débris
de la maison retranchée, il ne fut
pas possible de les en déposter,
en sorte qu'ils demeurérent mai-
stres d’une partie du Retranchement,
pendant que l'on occupoit
l'autre. L'on estoit si acharné à
se disputer une palissade l'une
aprés l'autre, qu'il estoit dix heu-
res du soit avant que l'on pust se
reconnoistre tant la fumée estoit
épaisse. Mr le Chevalier de Pe-
zeux, & Mr du Bouchet soûtin-
rent une Traverse pendant- une
62 Fournal du Siege
demi-heure avec beaucoup de va-
leur; & comme il n'estoit pas
possible de se retrancher, Mrs de
Gramont & de Reignac qui s'é-
toient joints, firent ouvrir un
cheval de frise, & sortirent du
Retranchement pour charger les
Ennemis. Mr du Rozeau, Lieu-
tenant Colonel du Regiment de
Quélus, Mr le Comte de Beaujeu
Lieutenant Colonel de Gra-
mont, & Mr Dérigny Ingenieur
qui s'y estoit trouvé, avec nom-
bre d'Officiers, entrérent tous
l'épée à la main dans un Bataillon
des Ennemis & le firent plier
mais la quantité de Troupes qu'ils
avoient obligerent Mrs de Rei-
gnac & de Gramont de rentrer.
Il y avoit deux heures que Mr le
de Namur. 63
Mareschal avoit envoyé ordre de
se retirer, mais il ne fut porté à
Mrs de Reignac & de Gramont
qu à dix heures du soir. Ils firent
leur retraite en fort bon ordre, &
rentrérent dans les chemins couverts
où ils estoient campez. Cette
action fut trop vive pour n'y
pas perdre beaucoup de monde.
Il y eut environ huit cens hommes
tuez ou blessez, & du costé des
Ennemis, de leur propre aveu, ils
laissérent dix huit cens hommes
tuez sur la place, sans compter
plus de quinze cens blessez. On a
rapporté que Mr le Prince d’O-
range qui estoit sur une hauteur,
voyant l'action, avoit dit que
jamais Colombier n'avoit esté
si bien attaqué ny mieux def-
64 Journal du Siege
fendu, & que cela avoit plus l'air
d'une bataille que d'une action
particuliere. Il avoit em ployé à
cette atiaque quatorze Batail-
lons & quatre-vingt Compagnies
de Grenadiers, ce qui faisoit en
tout prés de quinze mille hom-
mes.
La nuit du 18 les Ennemis ne
poussérent presque point leurs
Travaux & leur plus grande oc-
cupation fut de retirér leurs bles-
sez du champ de bataille. Ils
changérent quelques pieces de
canon d'une Batterie à l'autre, &
ils travaillérent a refaire la Tranchée
de l'atraque de Jambe qu'on
leur avoit rasée: ils la remirent à
peu prés au mesme estat qu'elle
de Namur 65
estoit dans le temps de la sortie.
Pendant le 19. ils continuérent
à tirer sur la Redoute de Ballart,
& firent une batterie à Coquelet,
qui battoit la Redoute de Saint
Fiacre. Ils avancérent celle qui
estoit aux Fours à chaux pour rui-
ner le flanc du demi-Bistion de
Saint Roch. Mr le Mareschal
changea la disposition du campe-
ment des Troupes, & refit les
Brigades qui furent formées de
cette manière.
Mr de Saint Laurent, premier
Brigadier d'Infanterie, eut le
commandement de celle de Pié-
mont, composée de trois Batail-
lons de ce Regiment, & du pre-
66. Fournal du Siege
mier Bataillon du Regiment de
Nice. Mr de la Badie eut quatre
Bataillons du Regiment Dauphin.
Mr de Bragelonne eut un
Bataillon de Beauvoisis, les deux
premiers de Maulevrier, & un de
Bugey. Mr de Reignac eut un
Bataillon de Hainault, un de la
Marre, un de Courten, Suisse,
un d'Illiers, Milice d'Alençon
un de Solre, & neuf Compagnies
franches de Fusiliers. On fit aussi
deux Brigades de Dragons. Le
Marquis de Gramont eut les Regimens
du Roy, Quélus, Gramont,
& Sainte Hermine Mi
d'Asfeld eut ceux de Dauphin,
Barreaux, Gange, & Asfeld. Les
Brigades d'Asfeld, la Badie &
Bragelonne, campérent au Chade
Namur. 67
steau. Celles de Gtamont, S Liu-
rent & Reignac, campérent à la
Ville, & un Bataillon de Navarre
demeura au Donjon du Chasteau.
La nuit du 19. au 20. les En-
nemis continuérent leurs Tran-
chées de l'attaque de Jambe, & la
poussérent fort prés du Faux.
bourg. Ils firent de grandes Pla-
ces d'armes pour les soûtenir, &
postérent une grosse garde de
Cavalerie à l'Hermitage de Sainte
Barbe. A l'attaque de Saint Nico-
las, ils tirérent une parallele de
la maison brûlée sur le bord de
la Meuse, au rocher qui est au
dessous des Fours à chaux, Ils
commencérent une batterie de
seize pieces de canon, pour battre
F 1)
68 Fournal du Siege
la face droite du Bastion de Saint
Nicolas, & poussérent leurs Tran-
chées de la basse Meuse jusque
vis-à vis la Porte de Graver.
Tout le jour ils continuérent à
battre les Redoutes de Ballart &
de Saint Fiacre, la courtine de la
Porte de Saint Nicolas, & la demi-
contrescarpe; ils firent deux
Batteries, l'une de trois & l'autre
de quatte pieces de canon, sur la
montagne au dessus de Salzeine,
a fin de battre à revers les Troupes
qui gardoient le Retranchement
du vieux mur, & deux autres de
deux & trois pieces de canon, sur
des monticules qui sont au front
de ce Retranchement. Le mesme
jour on continua de travailler à
raser les Maisons de la Ville qui
de Namur 69
bordoient la Sambre du costé du
Chasteau, afin de faire un Retranchement
pour deffendre la
partie d'entre Sambre & Meuse.
On ne cessa point de porter au
Chasteau toutes les Provisions
dont on n'avoit plus de besoin à
la Ville. Il arriva un Trompette
des Ennemis pour demander un
grand nombre d'Officiers qui ne
se trouvoient point, & qui appa-
remment avoient esté tuez dans
les actions du 18, car on n'avoit
de leurs Prisonniers que trois Ca-
pitaines aux Gardes du Princed'Orangè,
quelques Subalternes
& environ quatre-vingt Soldats.
Ce Trompette avoit un Memoi-
re de ceux qu'ils avoient faits sur
la Garnison, & qui consistoient
70 Four nal du Siege
en deux Subalternes du Regi-
ment de Maulevrier, & environ
dix ou douze Soldats blefsez. Les
Domestiques du Marquis de
Vieuxbourg & du Comte de
Maulevrier, retournérent à la
Ville, sans avoir pu trouver les
corps de leurs Maistres : les Ennemis
les assurérent qu'ils les
avoient fait enterrer.
La nuit du 20. au 21. Mr de
la Badie monta à la Ville, & M.
de Gramont, au Chasteau. Les
Ennemis poussérent leurs Tranchées
de Jambe, jusque dans les
jardins du Fauxbourg qu'on avoit
fait brûler le jour precedent. A
l'attaque de la basse Meuse, ils
tirérent un grand Retranchement
de Namur. 71
le long de la riviere, vis-à-vis le
demi Bastion de Saint Roch, où
ils firent une Batterie de dix pie-
ces de canon pour battre la branche
de ce demi Bastion; à l'attaque
de Saint Nicolas, ils avancérent
leurs Tranchées d'environ
trente toises. Ils voulurent occu-
per pendant le jour une maison
qui est proche la Redoute de Bal-
lart, mais ils en furent chassez par
le grand feu que l'on fit de l'avantchemin
couvert. Leur Batterie de
seize pieces cummença à tirer sur
la face droite du Bastion de Saint
Nicolas, qu'elle battit en bréche
toute la journée. Trois Batteries
de mortiers jettoient continuelle-
ment des bombes dans les Ouvra-
ges de la Porte de Saint Nicolas,
Fournal du Siege
& dans les Redoutes de Ballart
& de Saint Fiacre. Ils avancerent
deux pieces de canon sur la pente
du ravin de Coquelet; elles tiré-
rent sut les Brigades de Saint
Laurent & de Reignac, qui
estoient campées dans les dehors
des Portes de Fer & de Bruxelles.
L'on en retira les Troupes pour
les mettre derriere des Fortifica-
tions, où elles ne pouvoient estre
veuës. Les Ennemis firent aussi
une Batterie de quatre pieces de
canon, & de quelques mortiers
à la maison qui est au dessus de la
Redoute de Ballart, de laquelle
ils battoient à revers les chemins
couverts de Saint Nicolas. L'on
travailla avec vigueur au Retran-
chement de cette attaque, à des
commu.
de Namur.
73
communications souterraines, &
à rétablir de petits Ponts pour
aller du corps de la Place dans les
chemins couverts, ce qui estoit
extrémement difficile & necessai-
re; l'on acheva de munir de toutes
choses les Redoutes de Bal-
lart, Saint Fiacre, Piednoir &
Saint Antoine.
La nuit du 21. au 22. Mr de
Bragelonne monta au Chasteau
& Mr d'Asfeld, à la Ville. Les
Ennemis avancérent leurs tranchées
à quarante toises de l'avant
chemin couvert de l'attaque de
Saint Nicolas, & tirérent une li-
gne de communication de leurs
Tranchées à la maison au dessus
de la Redoute de Ballart. Dés le
Fournaldu Siege
74
point du jour, toutes leurs Bat-
teries tirérent sur les Ouvrages de
cette attaque, ce qui dura tout le
jour. Du costé de Jambe, ils pous-
sérent leurs Tranchées jusqu'au
chemin pavé, & l'une des Batte-
ries de la hauteur de Salzeine ne
cessa point de tirer sur les Tra-
vailleurs de la Digue de la Sambre,
& sur le troupeau de vaches
qui estoient dans la Prairie.
Dans la Place on continual la
démo'ition des maisons & leRetranchement
de la Ville, d'entre
Sambre & Meuse. L'on voulut
aussi travaillet au Retranche-
ment derriere l'attaque de Saint
dicolas, mais les Soldats ne pu-
rent tenir au feu de canon & de
de Namur.
75
bombes que les Ennemis firent
sur eux, & il fallut attendre à la
nuit pout continuer ce travail.
L'on plaça dans les soûterrains du
Chasteau les Provisions de bou-
che qui y avoient esté menées.
La nuit du 22. au 23. Mr de
Reignac monta au Chasteau, &
Mr de Saint Laurent à la Ville.
Les ennemis ne firent pas grands
ouvrages à l'attaque de Jambe;
ils achevérent leurs Batteries &
placérent leur canon à celle de
la basse Meuse. Ils avancérent de
quelques toises à l'attaque de Saint
Nicolas, & dés le point du jour
ils firent un feu extraordinaire de
toutes leurs Batteries, ausquelles
ils avoient plus de soixante pieces
G ij
6 Journal du Siege
de canon, qui ne discontinuérent
point de tirer jusqu'à la nuit. Sur
le soir on s'apperçut que la face
de la demi-contregarde du demi-
Bastion de Saint Roch estoit ex-
trémement renveisée, & que la
bréche du Bastion de Saint Nico-
las estoit assez considerable. Les
Ennemis ouvrirent la Tranchée
à une quatriéme attaque, du costé
de Salzeine. Ils embrassérent la
creste de la hauteur qui plonge
dans l'Abbaye, dans laquelle il
y avoit une Garde de cent hom;
mes sous le commandement d'un
Capitaine de Dragons. L'on avoit
aussi redoublé la Gaide de la Ba-
lance, pour tascher d'empescher
que les Ennemis ne possentijet-
ter un Pont sur la Sambre à por-
de Namur.
tée de ce Poste ; l'on continua le
Retranchement de l'attaque de
Saint Nicolas, & celuy de la
Ville d'entre Sambre & Meuse.
La nuit du 23. au 24. Mrd'As-
feld monta au Chasteau & Mr de
Gramont à la Ville. Les Enne-
mis poussérent leur attaque de
Jambe, cinquante toises en des-
cendant la Meuse, afin de join-
dre celle de la basse Meuse, qu'ils
remontérent pour cet effet. A
l'attaque de Saint Nicolas, ils
poussérent des boyaux du costé
de la Redoute de Ballart, & le
long de la Meuſe, a pottée de
'avant chemin couvert Pendant
tout le jour, le feu de leur Artil-
lerie fut si continuel & si precipité,
G II
78 Fournal du Siege
qu'il ressembloit à celuy de la
mousqueterie. Il y avoit deux
bréches insultables, l'une à la face
de la demi-contregarde, & l'autre
à la branche du demi-Bastion
de Saint Roch. Ils ouvrirent une
Tranchée de l'autre coſté de la
Sambre, vis. a vis la Balance; leurs
Batteries du costé du Chasteau
ne firent qu'un feu tres-mediocre,
L'on continua dans la Place
le rravail du Retranchement der-
riere l'attaque, mais la pluye qui
avoit esté abondante rendoit cet
ouvrage difficile. Mrle Mareschal
resta avec les Soldats pour les y re-
tenir, car les Ennemis y jettérent
une si grande quantité de Bombes
qu'ils abandonnoient souvenr, &
de Namur. 79
Mr le Mareschal y fut enterré plu.
sieurs fois. Comme l'on croyoit
que les Ennemis attaqueroient
l'avant chemin couvert & la Re-
doute de Ballart, la nuit suivante
l'on fit tenir les Grenadiers & le
Piquet prest à matcher, & ME de
la Forest, Capitaine des Mineurs,
demeura à l'avant chemin cou-
vert pour faire jouer les fourneaux
qu'on y avoit faits.
La nuit du 24. au 25. Mt de
Bragelonne monta à la Ville, &
Mr de la Badie au Chasteau. Les
Ennemis prolongétent leurs Tran.
chées de Jambe & de la basse
Meuse, afin de joindre les deux
attaques. Ils poussérent celle de
Saint Nicolas à trente pas de l'an-
GiI
80
Journal du Siege
gle saillant de l'avant chemin
couvert, & s'estant logez à l'angle
du chemin couvert de la Redoute
de Ballart, ils firent trois fois la
descente du fossé, mais ils en fu-
rent toûjours chassez par la quan-
tité de grenades que le Chevalier
de Mons leur fit jetter, de sorte
qu'ils ne purent s'y loger.
Toute la journée leur Artille-
rie ne cessa de tirer par salves.
Les bréches de la demi contregarde
& du demi-Bastion de Saint
Roch, estoient pratiquables, &
l'on s'attendoit que la nuit ils fe-
roient une tentative pour insulter
les dehors de la Place, & qu'ils
prendroient la Redoute de Bal-
lart, ce qui obligea Mr le Ma-
de Namur. 81
reschal de redoubler la garde de
ces Postes.
Ub
La nuit du 25. au 26. Mr de
Saint Laurent monta de Briga-
dier au Chasteau, & Mr de la
Chaise; Colonel de Bugey, Mr
de Reignac Brigadier, à la Ville,
avec Mr de Sainte Hermine, Co-
lonel. Les Ennemis firent une
grande parallele le long de la Di-
gue de la Flaque d’eau, de l'avant
chemin couvert de l'attaque de
Saint Nicolas, appuyant leur gau-
che à la Meuse & la droite fort
prés de la Redoute de Ballart. Ils
attachérent le Mineur à l'angle
de l'épaule droite de cette Re-
doute, d'où ils assurérent une
communication à leurs Tran-
82. Fournal du Siege
chées, & comme l'on croyoit
qu'ils pourroient se loger sur l'a-
vant chemin couvert, l'on y mit
cent cinquante Dragons, ou
Grenadiers, sous les ordres de
Mr des Rozeaux, Lieutenant
Colonel de Quélus. L'on dispersa
huit, cens hommes, dans
tous les Postes de l'attaque aux
ordres de Mr Davejan, Lieutenant
de Roy. Mr le Comte d'e
Guiscard coucha à cette attaque,
disposant toutes choses pout y
faire une vigoureuse resistance.
Mrde Reignac voulut aller chas-
ser les Ennemis du fosse de la Re-
doute de Ballart pour enlever le
Mineur, mais comme l'on re-
connut qu'ils s'estoient emparez
d'une maison, prés de laquelle il
de Namur. 83
falloit passer, Mr le Comie de
Guiscard ne jugea pas à propos
qu'on l'entreprist. Il fit seulement
faire une petite sortie d'un Offi-
cier & de vingt Dragons, qui
chargérent les Troupes qui soûte-
noient les Travailleurs de la
Tranchée. Cela ſe paſsa par une
simple escarmouche. Les Enne-
mis joignirent en fin leurs attaques
de Jambe & de la basse Meuse, &
ils ne travaillérent presque point
dans les autres endroits. Pendant
le jour ils tirérent une prodigieuse
quantité de coups de canon. La
bréche de la demi-contregarde
estoit tout-à-fait pratiquable, &
on pouvoit monter facilement à
celle du demi-Bastion de Roch.
Ils avoient un peu endommagé
84 Fournal du Siege
le batardeau, qui la soûtient dans
le fossé de la seconde envelope de
la Ville. Mr de Megrigny trouva
un moyen pour mettre de l'eau
dans le fossé de la premiere, qui
estoit à sec, & fit aussi continuer
le retranchement derriere l'atta-
que. Le matin, il fit un grand
broüillard, à la faveur duquel,
les Ennemis attaquérent & pri-
rent la Redoute de Ballart; le
Chevalier de Mons y demeura
prisonnier de guerre.
.
La nuit du 26. au 17. Mr. de
Gramont monta de Brigadier au
Chasteau, avec Mr de Monbron
Colonel. Mr de Qiélus, Briga-
dier, qui jusque là avoit fait le
service de Commandant des Dra-
de Namur. 85
gons, voulut prendre jour de Bri-
gadier, & monta en cette qualité à
la Ville, avec Mrle Comte de No-
gent, Colonel. Les Ennemis per-
fectionnérent les ouvrages qu'ils
avoient commencez la nuit prece-
dente à l'attaque de S. Nicolas, &
poussant leur parallele jusqu'à la
Meuse, ils embrassérent la demi-
contregarde; àla gauchede laquelle
ils firent un crochet. Ils firent aussi
trois ou quatre Bateries à my-coste
de la Redoute de Ballart, pour
battre de revers les Troupes des
chemins couverts. Tout le jour
ils ne cesserent de tirer de toutes
leurs Batteries de cette attaque,
à laquelle ils avoient plus de qua-
tre-vingt pieces de canon. Il fal-
loit avoir autant de fermeté qu'en
86 Fournal du Siege
avoient les Troupes, pour y re-
sister. Environ à trois heures
aprés midy, Mr de Moulin-neuf
alla trouver Mr le Mareschal,
pour luy dire qu'il venoit de dé-
couvrir du Chasteau plus de dix
Bataillons des Ennemis, qui mar-
choient du costé de Saint Ni-
colas, & que tous leurs Camps
estoient sous leurs armes. Il arri-
va dans ce moment un Deserteur
Anglois, qui rapporta que tous
les Grenadiers de leur Armée
estoient commandez, avec un
renfort de dix mille hommes
Mr de Guiscard marcha en dili
gence aux deux Bastions de l'attaque,
pour y donner ses ordres.
Mr le Mareſchal monta à cheval,
& alla au Campde la Porte de Brude
Namur. 87
xelles, où il fit battre la generale.
Une partie des Troupes qui
estoient dans la Ville, en arrivant
à leur Drapeau, ſe préparérent à
prendre les armes. Une heure
aprés, on vit sortir de tous les
ravins qui tomboient aux Tranchées,
des colomnes d'Infanterie,
qui à mesure qu'elles arrivoient
se mettoient en bataille, & mal-
gré le feu du canon de la Redoute
de Saint Fiacre, qui les voyoit de
revers, & qui donnoit au travers
de leurs Bataillons, elles de meuré-
rent fermes. Aprés avoir fait leurs
dispositions, lesEnnemis partirent
en bon ordre, & avec la derniere
furie, pour attaquer l'avant che-
min couvert par cinq endroits.
Lon en retira les Troupes, car
88 Fournal du Siege
n'y ayan point de communica-
tion pour les rafraischir, on ne
pouvoit pas s'y maintenir. On lais-
sa seulemeni vingt hommes dans
les angles qui attendirent les En-
nemis aussi fiérement que s'ils
avoient esté bien soutenus. Les
Assiegeanss avancérent jusqu'à la
palissade, & dans ce moment on
fit jouer trois Fourneaux, qui leur
firent sauter beaucoup de mon-
de, ce qui les mit dans un grand
desordre. Ils retournérent à la
charge, & se precipitérent dans
l'avant chemin-couvert. Mr Da-
vejan qui deffendoit le chemin
couvert, avoit si bien posté ses
Troupes qu'il foutint leur premie-
re ardeur, & les chassa de l'avant
chemin couvert, pat un grand
de Namur. 89
seu. En mesme temps, les Enne-
mis coulérent le long de la Meu-
se, où l'on ne pouvoit rien leur
opposer. Ils donnérent un assaut à
la demi contregarde, à la bréche
de laquelle on pouvoit monter à
cheval. Mr de Martinet qui la
deffendoit avec cent Dragons
les reçut si vigoureusement, qu'il
les repoussa avec une tres grande
perte, & comme ils avoient coulé
le long de la face gauche; ils vou-
lurent par cet endroit entrer dans
le chemin couvert, mais ils fu-
rent aussi repoussez par Mr le
Comte de Resnel, & par Mrlle
Chevalier de Quélus, Capitaines
de Dragons. Un Bataillon des
Gardes du Prince d'Orange al-
taqua la Place d'armes du chemin
H
90 Fournal du Siege
couvert à la gauche du Bastion de
Saint Nicolas, & pour y venir ils
passérent dans la flaque d'eau, en
ayant jusqu'à la ceinture. Les Grenadiers
du Regiment de Piémont
conservérent ce Poste quel-
que temps avec beaucoup de va-
leur, mais ils auroient esté em-
portez, si on ne les eust pas fait
soûtenir. Au moment de l'action,
Mr le Mareschal ordonna à Mr le
Comte de Quélus, Brigadier de
jour, de marcher avec quelques
Compagnies de Grenadiers &
de Dragons, pour soutenir les
Troupes du chemin couvert. Il
arriva a propos à cette Place d'ar-
mes, puis qu'il repoussa le Batail-
lon des Gardes du Prince d'O-
range, avec une perte considera-
de Namur. 91
ble; il fut blessé en ce meſme lieu
Mr le Mareſchal en voya auſsi toſt
Mr de Reignac avec cinq cens
hommes pour soûtenir ce chemin
couvert, & ordonna à Mr de
Saint Laurent de le suivre avec
sa Brigade. Celle de Mr de Rei-
gnac fut postée dans la seconde
envelope de la Place. Mr de Saint
te Hermine occupa avec son Re-
giment de Dragons le Bastion de
Jean-Petit, à la gauche de celuy
de Saint Nicolas. Les Ennemis
envoyérent de nouvelles Trou-
pes pour faire une seconde atta-
que, une partie de celles qui
avoient donné la premiere fois,
ayant esté défaites. L'on rafraichit
aussi celles de la Place. M.
Daucourt, Capitaine de Greno-
Hij
92 Fournal du Siege
diers de Maulevrier, & le Capitaine
des Grenadiers de Solre
marchérent à la bréche de la de-
mi-contregarde. Mr de Villars,
Lieutenant Colonel de la Marre,
qui commandoit dans la demi-
lune de l'attaque, envoya Mr du
Paget, Capitaine des Grenadiers
de Nice, au Poste de Mrle Comte
de Resnel, & Mr de Reignac
qui avoit passe à celuy de Mr de
Quélus, mit des renforts de nou-
velles Troupes dans tout le chemin
couvert, Les Ennemis char-
gérent encore avec la mesme im-
petuosité, & aprés un combat
tres-opiniastre, & qui dura prés
de trois quarts d'heure, ils fu-
rent encore repoussez, laissant
le glacis couvert de morts. Mr
81
de Namur.
de la Forest, Capitaine des Mi-
neurs de la Place, fut blessé à
mort: Mr de la Fey Capitaine au
Regiment du Roy, fut aussi bles-
sé, & Mr de Suzy, Capitaine
dans le Regiment de Sainte Hermine,
y fut tué avec Mr de Magny,
Major du Regiment de
Quélus. Le canon de la Place &
de la Redoute de S. Fiacre tira
avec tant de promptitude & de
succés, que si les Ennemis n'a-
voient pas eu la précaution de faire
enivrer d'eau de vie toutes les
troupes destinées pour l'attaque,
il ny en auroit eu aucune, qui
eust pû soutenir de sang froid, la
boucherie que l'on en fai soit. Mr
le Mareschal donnoit des ordres
pour faire passer dans tous les po-
94 fournal du Siege
stes les munitions qui y estoient
necessaires, & il s'exposoit à
cheval dans le chemin couvert,
faisant avancer les troupes à me-
sure qu'il estoit besoin de les re-
nouveller. Les Ennemis firent
poster un Bataillon sur des mon-
ticules à la gauché de la redoute
de Ballart: il se fit un tres- grand
feu sur les troupes du chemin cou-
vert, ce qui les incommoda beau-
coup. Elles estoient tres-fatiguées,
y ayant trois heures que l'action
avoit commencé, & une partie
des armes estoient crevées par le
grand feu qu'on avoit fait. On ne
laiſſa pas de ſe préparer à soutenir
un troisiéme assaut, car les
Ennemis ayant fait venir de nou-
veaux bataillons, revinrent à la
9
de Namur.
charge avec la mesme ardeur. Mr
le Comte de Guiscard envoya le
Regiment de Dragons de Gramont,
commandé par Mr le
Comte de Beaujeu, pour deffendre
la breche de la demi-contregarde.
Mr Davejan fit de nou-
velles dispositions, & Mr de Rei-
gnac fit avancer quelques déta-
chemens de la Brigade de Saint
Laurent pour le soutenir. Les en-
nemis entrerent encore dans l'a-
vant chemin couvert, d'où ils
furent chassez par le grand feu
que Mr Davejan continua de fai-
re, mais ils se logerent sur l'angle
saillant. Mr le Comte de Resnel
les répoussa aussi, & comme ils
monterent jusques au haut de la
breche de la demi-contregarde,
96
Fournal du Siege
Mr le Comte de Beaujeu y fit
une resistance tres grande; il les
rechassa une troisième fois; & ils
se contenterent d'establir un lo-
gement au bas de la breche. A la
gauche du chemin couvert, ils se
présenterent dans un plus gios
corps, & ayant passé par la flaque
d'eau ils y entrerent une seconde
fois. M. de Reignac leur opposa
un détachement de Dragons com-
mandé par Mr le Chevalier de
Pezeu, qui aprés en avoir tué un
nombre considerable les en chassa
l'épée à la main, & les obligea de
se retirer, en sorte qu'il demeura
maistre du chemin couvert. Il
estoit neuf heures du soir que les
choses estoient dans cette situa-
tion. Le tas des moris faisoit un
triste-
de Namur. 97
triste spectacle, & on ne pouvoit
s'empescher d'estre touché des cris
des mourans. Demie heure avant
la troisiéme attaque qui se fit sur
les six heures, Mr de Moulinneuf
envoya avertir Mr le Mareschal
que l'on voyoit approcher du coſté
du Chasteau une Colonne de
Cavalerie, & une d'Infanterie,
qui marchoient pour jetter des
ponts à Salzcine & à la Balance.
afin de passer la Sambre. Mr le
Mareschal s'y rendit dans le mo-
ment, & trouva que les ennemis
s'estoient emparez de la maison
de la Balance, & qu'ils y avoient
déja dressé un pont. Ils coulerent
ensuite le long de la Sambre pour
s'emparer aussi de l'Abbaye de
Salzeine. Il envoya ordre au Che-
98 Fournal du Siege
valier des Rivieres, qui y com-
mandoit un détachement, de se
retirer, ce qu'il fit en tres-bon or-
dre. Les Ennemis firent passer
plusieurs Bataillons, & voulurent
forcer certains postes que l'on oc-
cupoit à my-coste du retranche-
ment du vieux mur. Mr le Mareschal
fit marcher à eux Mr des
Aides à la teste de deux Troupes
de Dragons à cheval du Regiment
d'Asfeld; & comme il abordoit les
Ennemis, ils se jetterent dans des
hayes entre la Balance & Salzeine.
Mr le Mareschal envoya Mr
de Moulinneuf pour faire retirer
Mr des Aides, qui avoit esté bles-
sé. On auroit pû disputer le pas-
sage de la Sambre aux Ennemis;
mais les Troupes estoient si fati-
de Namur. 99
guées que s'il leur estoit arrivéun
échec, l'on n'auroit pas esté en
estat de deffendre le Chasteau;
cependant Mr le Mareschal ne
laiſsa pas de faire avancer des Ba-
taillons pour contenir les Enne-
mis, demeurant prés d'eux, où il
essuya un feu de leur artillerie qui
ne se peut dire. L'on ne put le
faire retirer qu'à la nuit; le Mar-
quis de Monguion, l'un de ses Ai-
des de Camp, fut tué auprés de
luy d'un coup de canon. Il coucha
au retranchement & ne se retira
que le lendemain, aprés avoir vû
que les Ennemis s'estoient seule-
ment contentez d'occuper les pos-
tes de Salzeine & de la Balance,
& d'avoir fait quelques retranche
mens pour assurer la teste de leur
Pont. Iij
100 Journal du Siege
La nuit du 27. au 28. Mr de
Bragelonne, Brigadier, monta
au Chasteau avec Mr de la Chaise,
Colonel. Mr d'Asfeld aussi Briga-
diet monta à la Ville avec Mrde la
Marre, Colonel. Mr Dantrague
qui avoit pris la place de Mr de
Bragelonne pour faire la Charge
de Major General, releva les pos-
tes. On prit un Estat des Officiers
& Soldats quion avoit perdus pen-
dant la journée aux attaques du
chemin couvert, & on trouva qu'-
il y avoit treize Officiers & envi-
ron deux cens Dragons ou Soldats
tuez ou bleſsez. Une partie du
jour il parut que le feu de l'Artil-
lerie des Ennemis s'estoit un peu
rallenty. Ils firent une baterie de
Canon de l'autre costé de la Meu-
101
de Namur.
ſe; elle tira sur le Pont de Sambre,
ce qui incommoda beaucoup la
communication de la Ville au Cha-
ſteau, où l'on songeoit à faire ſa
retraite, parce que la breche du
demy-Bastion de saint Roch estoit
parfaitement accessible, & l'on
prévoyoit que si les Ennemis l'at-
taquoient avec vigueur, ils pou-
roient s'y loger. Cependant on a
vû dans la suite que le bon accueil
qu'on leur avoit fait dans la derniere
action, leur faisoit prendre
de grandes précautions pour s'ap-
procher. Environ à deux heures
aprés midy, leur Artillerie tira a-
vec plus de violence sur l'attaque
saint Nicolas, & autant qu'on le
pouvoit distinguer, il y avoit cent
cinq pieces de Canon, & trente-
I1I
102 Journal du Siege
sept Mortiers. Mr le Comte de
Lomont qui demeura toujours à
cette attaque, faisoit travailler a.
vec la derniere diligence à faire
des tetranchemens derriere la bre-
che du demy-Bastion de S. Roch,
& Mr Davejan faisoit aussi travail.
ler dans le chemin couvert à re-
mettre des palissades, dans les endroits
où elles estoient emportées
du Canon. Mrs de Megrigny &
Filley abandonnerent l'ouvrage
de la Digue qu'ils avoient faite
pour faire remonter les eaux de la
Sambre, leur dessein estant deve-
nu inutile, aussi bien que le travail
du retranchement derriere l'atta-
que Saint Nicolas, ne jugeant pas
qu'ils pussent avoir le temps de le
mettre en estat de servir, attendu-
103
de Namur.
qu'on n’y pouvoit travailler que la
nuit. Ils s'attacherent à faire des
traverses & des épaulemens, & à
plusieurs autres ouvrages neces-
faires.
La nuit du 28. au 29. Mr de
Reignac, Brigadier, monta au
Chasteau avec Mr le Marquis de
Quélus, Colonel du Regiment de
Dragons de Languedoc. Mr de
Saint Laurent monta à la Ville
avec Mr de la Marre, Colonel.
Les Ennemis firent un logement
au dessus du bastardeau, contre la
demi-contregarde, & le demi-ba-
stion de Saint Roch. Ils attache.
rent le Mincur à ce bastardeau.
Pendant le jour leur Artillerie a-
cheva de bouleverser ce demy.
Liiij.
104 Fournal du Siege
bastion, & commença à tirer sur
la tour de Meuse, à l'angle de la
derniere envelope, marquant par
là qu'ils vouloient se mettre en
estat d'entrer dans la Ville, en cas
qu un assaut leer pust réussir. Ce
qui faisoit tirer cette conjecture,
c'est que la baterie qu'ils avoient
establie pour battre le Pont de
Sambre, n'estoit que pour couper
la communication de la Ville au
Chasteau, afin que les troupes de
la Ville ne s’y pussent retirer. Pour
prévenir cet accident, Mrle Mareschal
fit faire un pont de batteaux,
au dessus de l'Ecluse, & fit
rompre deux arches de celuy de
pierre, afin que les Ennemis ne
sen pussent servir, dans le des-
sein qu'il avoit de deffendre parde
Namur. 105
ticulierement la partie de la Ville,
d'entre Sambre & Meuse, laquelle
pour cet effet il avoit fait re-
trancher en rasant les maisons qui
regnoient le long de la Sambre.
Les Ennemis establirent à la Ba-
lance une batterie de six pieces de
Canon pour couvrir le pont qu'ils
avoient jetté sur cette rivière, &
ils travaillerent le jour à en faire
une autre de seize pieces, au front
du retranchement du vieux mur,
à laquelle ils placerent du Canon
qui commença à tirer. Mr de Rei-
gnac persuadé qu'ils avoient dessein
d'atiaquer le retranchement,
disposa ses troupes pour le deffen-
dre, & envoya ordre au Regiment
de Dragons d'Asfeld, de monter
à cheval, & aux huit Bitaillons
106 Fournal du Siege
qui estoient campez à la Cassotte,
de se tenir prests à prendre les armes.
Les Ennemis avoient fait
paroistre trois ou quatre mille
hommes au bas de la Meuse, qui
se retirerent quelque temps aprés.
Le reſte de la journée ſe paſſa à ſe
tirer beaucoup de Canon de part
& d'autre.
La nuit du 29. au 30. Mr d'As-
feld, Brigadier, monta au Cha-
steau avec Mr de Barreaux, & Mr
de Gramont, Btigadier, monta à
la Ville avec Mr de Sainte Hermi-
ne, Colonel. Avant la nuit on
s'estoit apperçû d'un grand mou-
vement dans l'Armée des Enne-
mis Deux Soldats Anglois qui se
rendirent à la Ville, assurerent
de Namur. 107
qu'outre les garde: ordinaires des
tranchées, qui estoient de sept
mille hommes, on avoit encore
commandé trois mille Grenadiers
& six hommes par Compagnie de
toute leur Armée, ce qui faisoit
un corps considerable, que le bruit
estoit dans leur Camp, que le Prin-
ce d'Orange avoit intention de
faire attaquer le retranchement
du vieux mur, & en mesme temps
de faire donner un aussaut à la Vil-
le. A l'entrée de la nuit un Espion
raporta la meſme choſe à Mr le
Mareschal, ajoûtant qu'il y avoit
plus de deux mille eschelles de
dix. huit pieds de longueur à la te-
ste de leurs Camps. Mr le Mareschal
fit prendre les armes à toute
la Garnison, & donna ordre de-
108 Fournal du Siege
faire avancer les Troupes à portée
des endroits où elles devoient
combattre. Mr le Comte de
Guiscard le fit prier de luy en-
voyer Mr de Reignac pour le se-
conder dans la deffense des breches.
Mr de Reignac y alla avec
huit Compagnies de Grenadiers,
& deux Bataillons de sa Brigade.
Toutes les Troupes furent distri-
buées de manière qu'elles ne pouvoient
s'incommoder, & que cha-
quedétachement pouvoit agir sans
confusion. La nuit se passa dans
un grand silence à la Porte Saint
Nicolas, ce qui faisoit croire que
les Ennemis se préparoient à don-
ner un assaut, & l'on pouvoit
monter à cheval aux breches du
demy bastion de Saint Roch. Mr
de Namur. 109
le Marquis de Gramont occupoit
une partie du chemin couvert
pour soutenir Mr Davejan, mais il
ne ſe paſſa aucune action du coſté
de la Ville. Les Ennemis firent
sauter la Dame qui soutenoit l'eau
du fossé de la Ville. Cela en fit
écouler trois pieds. Ils avoient
donné leur attention au retranchement
du vieux mur, & ilgl'ar-
taquerent au petit point du jour,
lors que l'on ne s'y attendoit plus.
Ils firent passer quatre mille hom-
mes d'Infanterie sur le pont de la
Balance, soutenus par deux mille
chevaux, & coulerent le long de
la Meuse pareil nombre d'Infante.
rie. En mesme temps ils se pré-
senterent aux deux gorges du re-
tranchement, sans attaquer le
110
Journal du Siege
front. Mr d'Asfeld qui avoit pré-
veu leurs dispositions, & qui avoit
un ordre particulier de Mr le Ma-
reſchal de ne rien opiniaſtrer à la
deffense de ce poste, aprés avoir
fait essuyer toutes ses décharges
aux Ennemis, se retira en fort
bon ordre dans le chemin couvert
de la Cassote, qu'il fit border par
ses Troupes. Les Ennemis enflez
du peu de resistance qu'on leur
avoit faite, marcherent avec une
grande audace aux chemins cou-
verts du Fort Guillaume, & de
la Cassotte, dans lesquels les
Troupes estoient campées. En
arrivant à la palissade ils jetté-
rent plus de deux mille Grena-
des, & firent un feu extraordi-
naire pendant plus d'une demide
Namur. 11I
heure. Mr le Mareschal s'y estant
rendu, trouva les Troupes sous les
armes. Mr d'Asfeld soutenoit le
costé de la Cassotte, & Mr de
Moulin neuf avoit fait avancer
Mrs de la Badie & de Bragelonne
à la droite du Fort Guillaume.
Mr le Mareschal prit les Regi
mens de Dragons du Dauphin,
Languedoc, Barreaux, & Gange,
& ayant fait ouvrir les barrieres
du chemin couvert de la Cassotte,
il marcha aux Ennemis, & aprés
avoir essuyé un tres-grand feu a la
portêe du pistolet, il les fit charger
l'épée à la main. L'on ne scauroit
dire jusqu où alla la valeur des Dra-
gons; ils culbutérent les Bataillons
des Ennemis, & les obligerent
de se retirer jusqu au Retranche112
Journal du Siege
ment qu'on leur avoit abandon-
né, & ensnite ils rentterent dans
le chemin couvert. Dés ce mesme
moment les Ennemis ouvrirent
la Tranchée, laquelle ils ne pousserent
pas bien loin, parce que
Mr de Moulinneuf fit faire un si
grand feu de canon & de mous.
queterie, qu'ils furent obligez de
faire des épaulemens pour leur
seuretè. Toute la journée ils ti-
rerent sur l'attaque de Saint Ni-
colas. Comme la Ville pouvoit
estre emportée d'assaut, & que
l'on ne comptoit que sur la fer-
meté des Troupes, Mr le Comte
de Lomont se presentoit aux bréches
dés qu'il y avoit apparence
que l'on voulust faire quelque
tentative, ayant avec luy Mrs de
de Namui. 113
la Bussiere, de Coufoulin, Conche,
& Vaudragon Mr de Reignac
demeura au Bastion de Saint
Nicolas, avec les Troupes dont
il a eſté parlé: il ne ſe paſſa rien à
cette attaque pendant ce jour.
La nuit du 30. au 31. Mr de
la Badie, Brigadier, monta au
Chasteau, avec Mr de Monbron,
Colonel, & Mr de Saint Laurent,
Brigadier à la Ville, avec Mr de
Marre, Colonel. On estoit toû-
jours dans l'attente que les Ennemis
donneroient un assaut aux
bréches du Bastion de Saint Roch
& de la Tour de Meuse. Il n'y
avoit aucun flanc ny deffense qui
les pust proteger. De cette ma-
niere, ils auroient laissé tous les
K
114 Fournal du Siege
dehors sans les attaquer, car outre
qu'ils pouvoient couler le long
de la Meuse pour aller aux bré-
ches, ils pouvoient encore passer
la Riviere, qui estoit si basse
qu'en certains endroits vis-à-vis
l'attaque, il n'y avoit de l'eau que
jusqu'aux genoux; il parut que
toutes leurs Troupes estoient en
mouvement. Mr le Mareschal
donna ses ordres, afin que celles
de la Place fussent bien disposées
à les recevoir. Mr le Comte de
Guiscard demeura à cette atta-
que avec Mrs de Lomont & de
Reignac. Du coſté du Ghaſteau
on croyoit que Mr de Baviere y
feroit une diversion, mais les
Ennemis ne firent aucune entre-
prise. Ils poussérent un logement
de Namur. 131
de la demi-contregarde, le long
du chemin couvert, où ils allé-
rent à la sappe jusqu'à la cinquié-
me traverse, sans que le feu qu'on
faisoit, les en pust empescher, ce
qui obligea Mr Davejan de se
retirer dans la Place d'armes, de
laquelle on ne le put chasser.
Tout le jour les Ennemis firent
un feu qui rasa presque tous les
ouvrages de l'attaque; ainsi les
Troupes ne pouvoient s'y tenir,
tant le peril estoit grand.
La nuit du dernier de Juillet au
premier d'Aoust, les Troupes de
la Ville & du Chaſteau ne pû-
rent plus rouler ensemble pour
faire le service, de sorte qu'il
domeura trois Brigadiers au Cha--
Kij115
Fournal du Siege
steau. Ce furent Mrs d'Asfeld,
la Badie & Bragelonne. Mrs de
Saint Laurent, Gramont & Reignac
demeurérent à la Ville, où
ils estoient toûjours en mouve-
ment; en sortant d'un Poste, ils
alloient dans un autre. Mr de
Gramont monta à l'attaque, Mr
de Saint Laurent au chemin cou-
vert, & Mr de Reignac resta à
la teste des Troupes qui n'estoient
pas postées, afin de se porter dans
les endroits où un Corps de reserve
seroit necessaire. Les En-
nemis rapprochérent trois Batte-
ries, & en firent deux nouvelles
le long de la Meuse, pour battre
la courtine qui regne depuis la
Tour de Meuse jusqu'à la Porte
de Graver. Ils continuérent leur
de Namur. 117
sappe pour embrasser le chemin
couvert, d'où Mr Davejan fir
faire un si grand feu de mousque-
terie, qu'il les empescha d'appro-
cher de la Place d'armes, Du
costé du Chasteau ils poussérent
un petit boyau du milieu de leur
logement de la creste de la Cassotte,
tirant vers le chemin cou-
vert. A la pointe du jour leur Ar-
tillerie commença à tirer. La
précipitation des salves conti-
nuelles qui durérent jusqu'à la
nuit, obligea les Bourgeois de se
cacher dans leurs caves, croyant
estre à leur derniere heure, tant
le bruit estoit épouvantable. Il y
avoit plus de six vingt pieces de
gros canon en batterie, avec
quarante mortiers. L'on travailla
118 Fournal du Siege
avec beaucoup de soin à s'enfon-
cer dans les logemens, à épaissir
les parapets, & à faite des épau-
lemens. Mr le Mareschal pour
rassurer les Troupes, se portoit
dans tous les endroits les plus
perilleux, où il fut plusieurs fors
enterré par l'effet des Bombes &
des boulets. Mr le Comte de
Guiscard estoit presque toûjours
à l'attaque, où plus de quarante
hommes furent tuez ou blessez.
Mr le Comte de Lomont le secondoit
avec une fermeté digne
de luy. Mr de Megrigny fit miner
la Tour de Meuse, & continua à
saire re parer le desordre que l'Ar-
tillerie des Ennemis pouvoit fai-
re., Environ onze heures du ma-
tin, Mr de Bavicre fit sortir de
de Namur 119
la Tranchée du Chaſteau un
Trompette qui fit un appel. Mrde
Moulin neuf envoya sçavoir ce
qu'il desiroit. Il dit que Mr de
Baviere demandoit une suspen-
sion d'armes pour retirer de part
& d'autre les morts & les blessez
qui estoient demeurez à l'attaque
du vieux mur Mr de Moulin neuf
le fit sçavoir à Mr le Mareschal,
qui répondit qu'il n'avoit point
de connoissance qu'on eust attaqué
ce Rrtranchement; que
n'ayant pas jugé à propos de le
garder, il avoit envoyé ordre à
ses Troupes de se retirer; que si
Mr de Baviere en le faisant occu-
per avoit perdu de ses Soldats par
le feu des chemins couverts de la-
Cassotte & du Eort Guillaume, il
120 Fournal du Siege
vouloit bien que Mr de Moulin-
neuf luy renvoyast ses morts &
ses blessez qui pouvoient estre de-
meurez sur les glacis.; qu'il n'e-
stoit pas necessaite que cela fust
reciproque, parce qu'il n'y en
avoit aucun des siens. Cela fut
executé par Mr de Moulinneuf,
qui fit rassembler environ cent
soixante & huit corps morts, &
quelques blessez que l'on porta
dans leurs Tranchées, ayant eu
l'honnesteté de ne les pas dépouil.
ler. Les Ennemis firent sur cela
beaucoup de civilité, & un mo-
ment aprés les signaux ayant esté
donnez, l'on recommença à tirer
de part & d'autre.
La nuit du premier au 2. Aoust
Mr
de Namur. 121
Mr de Reignac monta à l'attaque
Saint Nicolas, Mr de Gramont,
au chemin couvert, & Mr de
Saint Laurent, à la teste des
Troupes de la Ville. Au Chasteau,
Mr d'Asfeld demeura aux
chemins couverts, & Mr de la
Badie, au fort Guillaume. Mr de
Bragelonne estant malade, fut
quelques jours sans fonction. Mr
de Millancourt, Lieutenant de
Roy du Chaſteau, entra dans le
commandement qu'il devoit a-
voir pour la deffense du chemin
couvert. Les Ennemis ne firent
que tres-peu de chose à l'attaque
de ce Chaſteau, mais à celle de
la Ville ils firent un chemin le
long de la demi-contregarde du
L
122 Fournal du Siege
costé de la Meuse, pour se faire un
accés libre & pou voir couler leurs
troupes, afin que donnant un as-
saut au demy-Bastion de Saint
Roch, ils pussent en mesme
temps monter aux breches de la
Courtine & de la Tour de Meuse.
Mr le Comte de Guiscard fit sa
disposition ordinaire pour la def-
fense des breches. Les Ennemis
commencerent dés le point du
jour à battre cette Courtine, &
avant le soir un Bataillon y auroit
pû monter de front. Il y a-
voit aussi une breche moins gran-
de, mais fort accessible à une
Tour prés de celle de Graver.
Leurs autres batteries tirerent
continuellement sur celles de la
de Namur. 123
Tour de Meuse, & du demy
Bastion de Saint Roch. Une batterie
particuliere battit en breche
la face gauche du Bastion de Saint
Nicolas, & rasoit toutes les pa-
lissades du chemin couvert. Cela
fit juger que l'on avoit envie de
l'attaquer. Mr le Mareschal qui
estoit attentif sur les mouvemens
que les Ennemis pouvoient faire,
connut qu'ils avoient intention
de donner un assaut pendant le
jour. Il alla donner ses ordres a
Mr de Guiscard, & visita luy-
mesme tous les postes, conviant
chacun d’y bien faire son de voir.
Il n'avoit presque pas finy, lors
qu'il fut averty que l'on voyoit du
Chasteau une Colomne d'Infan-
terie qui descendoit par le Ravin
L1)
124 fournal du Siege
derriere Bouge, & peu de temps
aprés l'on vit les Ennemis sortir
de leurs tranchées qui se met-
toient en bataille. Deux Batail-
lons marcherent a la droite de la
place d'Armes du chemin cou-
vert, sur lequel ils commence-
rent l'attaque. M. de Givry, Ca-
pitaine de Dragons au Regiment
du Roy, & Mr du Plessac, Ca-
pitaine au Regiment de Quélus,
qui estoient dans cette Place
d'Armes avec soixante & dix
Dragons, les receurent avec tou-
te la valeur possible, & firent
un grand carnage des Ennemis.
Deux autres Bataillons attaque-
rent un Angle où estoit MrDa-
vejan qui y fit une forte resistan-
ce, ayant avec luy cinquante
de Namur 125
Dragons & le Capitaine des Grenadiers
du Regiment de Hai-
nault. Les Ennemis furent enco-
re repouſsez, & aprés s'estre re-
tirez, ils revinrent avec de nou-
velles Troupes. L'on avoit aussi
fortifié celles du chemin convert;
en sorte que la seconde charge
fut aussi vive que la premiere, &
fut deffenduë de mesme. Cepen-
dant les Ennemis y entrerent, &
pousserent la Troupe de Mr de
Givry jusques à une traverse, à
laquelle il fit ferme, & en estant
sorty l'épée à la main avec Mr
Davejan qui s'y estoit avancé,
tout ce qui estoit entré dans le
chemin couvert fut tué, & ceux
qui estoient sur le glacis se retire-
rent, l'artillerie de la Redoute de
L'iij
126 Fournal du Siege
Saint Fiacre leur ayant deffait
beaucoup de gens, aussi bien
que la mousquererie de la demi-
Lune de Saint Nicolas, à laquel-
le ils voulurent aussi donner un
assaut, mais ils ne sy opiniâtre-
rent pas. Leur grande attention
estoit de montrer au demy-Bas-
tion de Saint Roch, afin de fe
se rendre maistres de la-Place. Ils
commencerent cette attaque en
mesme temps que celle du che-
min couvert, ils coulerent par
le chemin qu'ils avoient fait le
long du bastardeau, & monte-
rent par la branche & par la fa-
ce du demy-Bastion dont les bré-
ches estoient jointes. Mis de Con-
che & de Vaudragon, Capitaines
de Grenadiers au Regiment Dau-
de Namur. 127
phin, ſe présenterent pour les recevoir,
soûtenus par Mr de Martinet,
Lieutenant Colonel du
Regiment du Roy avec cent
Dragons, où estoient Mrs d'Or-
nasne & le Chevalier de Lon-
gueval. Les Ennemis furent vive-
ment repoussez, & l'action dura
deux heures. Ils faisoient mon-
ter de moment à autre, denouvelles
troupes, & à la fin comme
ils commençoient à se loger au
milieu de la bréche, les Grenadiers
du Dauphin avec des Dra-
gons, à la teste desquels estoient
Mr de Lomont & Mrde Rogon,
Major de la Place, monterent sur
le parapet & ramenerent les En-
nemis jusques au bas de la bréche
au pied de laquelle on ne put les
Liii
128 Fournal du Siege
empescher d'establir un loge-
ment. L'action qui avoit com-
mencé à cinq heures du soir, ne
finit qu'a neuf. Jamais Troupes
ne firent si bien que celles du
Roy. L'on ne perdit pas beau-
coup de Dragons ni de Soldats,
mais l'on fit une tres-considera-
ble perte par la mort du Cheva-
lier de Longueval, de Mrs du
Plessac, Vaudragon & de plusieurs
Officiers. Mr Davejan,
Lieutenant de Roy, fut blessé,
& mourut de ses blessures quel-
ques jours aprés, Mr le Mareschal
fut tres content du succez de cer-
te action; à laquelle il avoit la
meilleure part, menant luy mes-
me de nouvelles Troupes dans
les endroits où il estoit besoin
de Namur. 129
de les rafraischir, conservant
son sang froid ordinaire, & sa
mesme tranquilité, au milieu des
coups de mousquet qu'il essuyoit
de fort prés.
Le soir du 2. les Brigadiers du
Chasteaud meurerent dans leurs
mesmes Postes, & on ne fit que
tres-peu de chose à l'attaque de la
Cassotte, ceux de la Ville estant
montez plutost qu'à l'ordinaire.
Mr de Gramont qui avoit relevé
à l'attaque, se trouva à l'action
où il se distingua beaucoup. Mr
de Saint Laurent monta au che-
min couvert, & fut à une partie
du choc. Il prit le poste de Mr
Davejan aprés qu'il eut esté bles.
sé. Mr de Reignac demeura à la
130
Fournal du Sirg.
teste des Troupes, & se porta
dans les endroits où sa presence
estoit necessaire, afin d'y faire
executer les ordres de Mrle Ma-
reschal. Pendant la nuit, les En-
nemis travaillérent à assurer le
logement qu'ils avoient fait au
bas de la bréche, & perfectionnérent
un petit ouvrage sur la
Place d'armes du chemin cou-
vert, qui est tout l'avantage
qu'ils avoient tiré de leur atta-
que.
Le 3. dés le point du jour, tou-
tes leurs Batteries commencérent
à titer, & avant huit heures du
matin les bréches estoient dans
un estat qu'on y auroit pu mon-
ter à cheval. Mr le Mareschal-
de Namur. 131
comptoit de soutenir encore un
assaut, mais sur les dix heures
Mr le Comte de Guiscard l'avertit
que l'on voyoit défiler beau-
coup de Troupes qui entroient
dans les Tranchées, & qu'il ne
doutoit point qu'ils ne voulussent
donner un autre assaut. On en-
voya cherchet Mr de Mégrigny
qui venoit de visiter les bréches
& il rapporta qu'elles estoient
dans un tres-mauvais estat. Mr
le Mareschal demanda leurs avis
& à Mrs les Brigadiers, ne pou-
vant se déterminer à prendre le
party de rendre la Ville. Mr le
Comte de Guiscard ayant dit
qu'elle n'estoit pas soutenable, &
qu'il n'y avoit pas un moment à
perdre pour battre la chamade.
132 Journal du Siege
Mr le Mareschal y consentit, &
ordonna à Mr de Reignac & à
Mr de Fûmeron de dresser les
articles de la Capitulation, &
cependant Mrle Comte de Guis-
card envoya Mr le Comte de No-
gent & Mr de Villefort, en osta-
ge, & ensuite les articles furent
portez par Mr du Gast, qui rentra
dans la Ville a onze heures
du soir, avec Mr le Comte
de Brouay, pour regler toutes
choses.
Le 4. tout le matin se passa
en discussions sur quelques arti-
cles. Mr le Mareschal ne vouloit
se relascher en rien sur ce qui
avoit esté proposé par Mrs de
Reignac & de Fumeron; mais
de Namur. 133
Mr de Guiscard pour qui il avoit
beaucoup d'égards, le persuada
de consentir au Traité qu'il avoit
fait avec Mr le Comte de Brouay.
Mr le Mareschal l'en laissa le
maistre, & Mr de Guiscard signa
la Capitulation qui s'ensuit.
DU SIEGE
DE NAMUR.
E 26. du mois de Juin
M. le Comte d'Athlone
décampa de Falais sur la
Mehaigne, & marcha
avec son Armée qui estoit de
25000. hommes, ayant fait pren-
dre du pain pour six jours, avec
huit pieces de petit canon: il
A
Journal du Siege
campa ce jour là à Peruiis.
M. le Marquis d'Harcourt
estant informé de ce mouvement,
se rendit à Namur, pour
observer la route que tiendroient
les Ennemis, parce que l'on
estoit incertain s'ils marcheroient
du costé de Genap, pour joindre
le Prince d’Orange, ou s'ils s'approcheroient
de Charleroy.
Le 27. on eut avis qu'ils a-
voient décampé, & qu'ils marchoient
du costé de Sombref
cela détermina M. le Marquis
d'Harcourt à se mettre aussi en
mouvement, il tira onze Batail.
lons de la garnison de Namur,
avec le Regiment d'Oneuil,
& celuy de Dragons d'Asfeld
de Namur.
il campa à Estrival avec ces mes-
mes troupes, & s'avança jusqu'à
Charleroy, où il apprit que les
Ennemis avoient plié sur leur
gauche, & arrivoient dans la
Plaine de Fleurus-, il s'en retourna
à son Camp, & voyant
que le 28. ils faisoient paroistre
une teste à Gochelie & à Chastelet,
il détacha le sieur de Mon.
tet, Lieutenant Colonel du Re-
giment de Beauvoisis, avec qua-
tre cens hommes pour entrer à
Charleroy. Il marcha avec tou-
tes ses Troupes pour se rapprocher
de Namur. Il campa à l'Abbaye
de Floref.
Le mesme jour les Ennemis
campérent à Chastelet, & firent
Aij
Fournal du Siege
4
passer la Sambre à une partie de
leuis Troupes, sous les ordres du
Baron d’Eiden, General de celles
de Brandebourg; le Comte
d'Athlone resta à Gochelie,
avec 60. Escadrons, afin de favoriser
un grand convoy de vi-
vres qui leur venoit de Bruxelles.
Le 29. leurs mouvemens firent
croire qu'ils vouloient investir
Charleroy, mais la nuit suivante
ils décampérent. M. le Baron
d'Eiden marcha du costé de Saint
Gerard, & ensuite retourna
camper à Floref, d'où M. le Marquis
d'Harcoutt estoit parti pour
faire rentrer les Troupes dans
Namur. M. le Comte d'Athlo-
ne s'avança au défilé du Mazy,
de Namur.
où il campa le trentiéme.
Le 1. de Juillet la Cavalerie des
Ennemis parut sur les hauteurs
de la Maison rouge, pour in-
vestir Namur, prit des Postes à
Maloigne & à la Maison blanche,
pour investir le costé d'entre Sam-
bre & Meuse.
Le 2. les Ennemis firent leurs
Ponts de communication sur la
Meuse au dessous de la Ville, &
sur la Sambre. Mr de Tilly arriva
à leur Camp avec 30. Escadrons,
& passa sur le Pont de Meuse,
pour investir du costé du Con-
dros, mais il ne put y arriver
assez-tost pour empescher M. le
Mareschal de Bouflers de se
Ai)
6 Fournal du Siege
jetter dans la Place, avec sept
Regimens de Dragons. Il estoit
parti de Flandre en mesme temps
que les Troupes de M. de Baviere
avoient quitté les Lignes, &
ayant fait une diligence incroya-
ble, il se trouva à la hauteur de
Sainte Barbe une heure avant
que les Ennemis eussent ache-
vé de passer la Meuse, & eut le
temps de renvoyer à Dinant tous
les chevaux des Dragons qu'il
avoit avec luy, hors ceux du
Regiment du Roy. L'on croyoit
quun si puissant renfort oblige-
roit les Ennemis de se rejetter sur
quelqu'autre Place, mais comme
ils connoissoient parfaitement cel-
le de Namur, ils ne trouvérent
rien de plus facile que d'en fairede
Namur.
le Siege, parce que la Ville n'est
pas bonne, & que le Chasteau
est si serré que plus on y a de
Troupes, moins on y peut agir;
d'ailleurs les fortifications n'en
estoient point encore achevées.
Le 3 il arriva quantité de
Troupes aux Ennemis, qui se
campérent hors de la portée du
canon de la Place; & aprés qu',
elles eurent pris le terrain qu'el-
les devoient occuper, ils firent
marcher quatre Bataillons soûte-
nus par un grand corps de Ca-
valerie, qui s'emparérent de la
hauteur de Bouge, où ils se re-
tranchérent avec beaucoup de
précaution.
A iiij
8 Fournal du Siege
M. le Comte de Guiscard
avoit fait faire pour la deffense
de la Place, un petit retranchement
le long de certaines carrieres
qui regnent depuis une maison
que l'on a nommée la maison de
Reignac, laquelle est au dessus
de la Redoute de Ballart, embrassant
la creste qui est entre cette
maison & le ravin de l'Hermitage
Saint Fiacre. M. le Mareschal ju-
gea qu'il falloit faire occuper ce
poste, pour y amuser les Ennemis
autant qu'on le pourroit &
mesme l'on mit une garde à une
mauvaise Cense ruinée, nom-
mée le Coquelet, où il ne restoit
qu'un Colombier, dans lequel on
laissa un Sergent & quinze hom-
de Namur.
mes. Elle est située dans la Plaine
à cent toises au dela de ce retranchement,
& n'estoit nulle-
ment soutenue. M. le Mares-
chal donna le commandement
de ce Poste & des quatre Redoutes
qui couvrent la Ville de ce
costé-là, à M. de Reignac, lequel
s'estoit jetté dans la Place le
jour precedent, par ordre de la
Cour. Il occupa ce retranche-
ment avec 500. hommes, un Co-
lonel, & un Lieutenant Colonel;
& comme le terrain estoit tres-
étendu, & qu'il n'estoit presque
passoûtenable, il commença à fai-
re planter quelques mauvaises pa-
lissades sur le parapet, lesquelles
n'estant posées que sur du roc,
nestoient enterrées que d'un
10 Journal du Siege
pied; en sorte qu'elles servoient
bien plus pour la figure que pour
l'utilité. Cela ne laissa pas de faire
impression aux Ennemis, car au
lieu de s'emparer de ce Poste, ils
prirent toutes les précautions qu-
on verta cy-aprés pour l'attaquer.
Le 4. les Ennemis change-
rent leurs Camps de situations.
Il leur arriva de nouvelles trou-
pes, & ils continuerent de se
retrancher dans Bouge, & avan-
cerent quelques gardes du costé
de la Place pour la resserrer, les-
quelles on fit retirer par des escar-
mouches,
M. le Mareschal fit camper la-
moitié des troupes au Chasteau,
de Namur. 11
& l'autre dans les dehors de la
Ville, les distribuant par Brigades.
Les quatre d'Infanterie furent
commandées par Mrs de Saint
Laurent & de la Badie Brigadiers,
& par Mrs le Marquis de Vieux-
bourg & le Comte de Maulevrier
qui estoient les plus anciens Co-
lonels. Il y eut aussi deux Brigades
de Dragons commandées par
Mrs le Marquis de Gramont &
le Chevalier d'Asfeld. M. de
Quélus commandoit tous les
Dragons. Mr de Bragelonne fit
ses fonctions de Major General
pour le détail du service de tou-
tes les troupes. M. de Megrigny
qui estoit entré dans la Place avec
M. le Mareschal, visita les fortifi-
cations, & ordonna ce qu'il y
12 Fournal du Siege
avoit a faire, à quoy on tra-
vailla avec beaucoup de diligence
& d'application. L'on commença
à faire une Digue pour arrester le
cours de la Sambre jusqu'à une
certaine hauteur, qu'elle pust
inonder depuis la Ville jusqu'à
la Maison blanche, afin d’em-
pescher les Ennemis de faire des
Ponts à Salzeines pour passer des
troupes, & pour les obliger d'attaquer
le retranchement du vieux
mur par le front. L'on mit 100
hommes dans l'Abbaye de Salzeines,
& 50. dans une maison qui
est sur le bord de la Sambre
que l'on nomme la Balance, afin
de s'opposer à la construction de
ces Ponts. M. de Reignac fit tra-
vailler à son retranchement, &
de Namur. 13
les troupes qui le gardoient es-
carmoucherent toute la journée
avec celles des Ennemis, qui
estoient à Bouge.
Le 5. les Ennemis firent un
Pont de Batteaux sur la Meuse au
dessous de l'Hermitage Saint
Hubert, & au dessus du premier,
qui estoit de Pontons. M. le
Prince d'Orange arriva au Camp
avec le reste de l'Armée, qui se
campa à la maison rouge; les En-
nemis commencérent à travailler
à deux Batteries sur les hauteurs
au dessous de Sainte Barbe, pour
battre à revers le retranchement
de M. de Reignac, dont les troupes
qui le gardoient estoient re-
levées tous les jours.
Fournal du Siege
14.
L'on continua les tiavaux qu'
on avoit commencez dans la
Ville, l'on porta au Chasteau
les munitions de guerre & de
bouche qui n'estoient pas utiles
à la Ville, à quoy l’on employa
les Regimens de Dragons du
Roy & d'Asfeld, qui estoient à
cheval, & M. le Mareschal fit
aussi travailler pendant le Siege
tous ses domestiques & ses che-
vaux d'équipage.
Le 6. les Ennemis rompirent
leur Pont de Pontons qu'ils avoient
à la basse Meuse, y laissant
celuy de Batteaux; ils por-
terent ce premier au dessus de la
Ville, vis-à- vis du Village de
Wespion, pour faire une commu-
de Namur.
15
nication du Condros entre Sam-
bre & Meuse; ils porterent aussi
quantité de fascines du costé de
Bouge, & l'on apprit par des Deserteurs
que leur canon n'estoit
point arrivé: ils mirent cepen-
dant quelques petites pieces qu'ils
avoient dans leur Armée aux
Batteries des hauteurs de Sainte
Barbe, & continuerent à travail-
ler à leur retranchement de
Bouge.
Pendant la journée M. de Rei-
gnac fit palissader la maison qu'il
occupoit à la droite de son retranchement,
l'on travailla a fai-
re un petit fosse autour du Co-
lombier de Coquelet. A l'égard
de ce retranchement il n'estoit
16 Fournal du Siege
pas possible d'y rien faire, atten-
du qu'estant sur le roc, on ne
pouvoit approfondir le terrain,
ses troupes & celles des Ennemis
qui estoient dans les retranche-
mens de Bouge, escarmouchoient
sans cesse. M. le Maré-
chal visitoit tous les jours les tra-
vaux que l'on faisoit, tant au
Chasteau qu'à la Ville, ayant de
grands égards pour M. le Comte
de Guiscard, à qui il renvoyoit
tout le détail du service de la Place,
laissant aussi M. de Megrigny
le maistre de faire tout ce que
bon luy sembleroit au sujet de la
Fortification, ayant en luy une
parfaite confiance. Lors que plu-
sieurs gens ont la liberté de dire
leurs sentimens sur les projets,
de Namur. 17
l'on trouve rarement que ceux
qui sont en droit de dire leurs
avis, soient d'un mesme senti-
ment: cela estoit ainsi en plu-
sieurs occasions pendant le Siege;
ce qui a fait remarquer combien
M. le Mareschal en a usé prudem-
ment, car il a si bien concilié
les esprits que quelque disposi-
tion qu'il pust y avoir pour quelque
mes. intelligence, l'on ne s'en
est point apperçû, & rien sur cela-
n'a porté de préjudice au Service
du Roy, le tout par la patience
& le bon esprit de M. le Mareschal,
lequel na jamais dit un seul
mot de desobligeant à qui que ce
soit, incitant les Officiers a bien
faire leur devoir, par l'exemple
qu'il leur montroit, les visitant
B.
18 Fournal du Siege
dans tous leurs Postes, disant à
un chacun ce qu'ils devoient faire;
ce qui faisoit que les Troupes ne
se plaignoient jamais de la fatigue
qu on leur donnoit. Quoy qu'il
fust entré dans la Place sans autre
équipage que ses chevaux, &
qu'il dust une tenir grosse ta-
ble, il ne voulut point que la
Ville luy fournist aucune chose
qu'en payant, & il achetoit ses
provisions au double, parce que
ceux qui tenoient table aussi,
s'estoient déja pourvûs de toute-
chose.
Le 7. les Ennemis marquérent
de l'inquietude de ce qu’on occupoit
toûjours le retranchement-
de M. de Reignac; ils ne croyoient
de Namur. 19
pas qu'on se fist une affaire serieuse
de le garder, mais voyant
que non seulement l'on gardoit
ce retranchement, mais que l'on
en faisoit encore d'autres à Cocquelet,
ils eurent quelque envie
d'en interrompre le travail. Ils
firent sortir de leurs retranche-
mens de Bougè trois ou quatre
cens hommes qui coulerent le
long d'un chemin creux, bordé
de quelques hayes, & firent un
grand feu sur Cocquelet. M. des
Rivieres, Capitaine au Regiment
de Piémont, qui y estoit détaché,
leur fit tirer; mais comme il n'a-
voit que trente hommes, M. de
Reignac y mena une Compagnie
de Grenadiers qui fit retirer les
Ennemis, & pour empescher
B'1)
20 Fournal du Siege
qu'ils ne pussent revenir une au-
tre fois par le mesme chemin, M.
de Megrigny fit faire un petit re-
dant à la droite de Cocquelet
qui pouvoit contenir vingt hom-
mes, l'on y fit aussi un boyau
pour y communiquer. L'on tra-
vailla avec grande application à
creuser le fossé devant le grand
retranchement du Chasteau, &
à continuer la Digue sur la Sam-
bre, l'on travallla aussi à faire un
soûterrain dans la demi lune du
front du Fort Guillaume, & à ce-
luy de la redoute de la Cassotte.
M. Derigny Ingenicur estoit
chargé de tous ces Ouvrages.
Le 8. on s'apperceut que les
Ennemis faisoient décamper leurs
de Namur. 2I
troupes, & l'on apprit qu'ils
envoyoient une partie de leur
Cavalerie du costé de Tresigny,
pour avoir plus de facilité à la
faire subsister, n'y ayant pas
beaucoup de foutage aux environs
de Namur. Ce jour là M. le
Comte d'Albert, Colonel des
Dragons du Regiment Dauphin,
se jetta dans la Place sous l'habit
de Batelier. Il passa la Meuse à la
nâge pour y entrer. Les Ennemis
avancerent une ligne de gabions
vingt toises au devant de leurs
retranchemens de Bouge, & éten.
dirent leur gauche sur la pente du-
ravin qui tombe dans la Meuse;
toute la journée se passa à travail-
ler de part & d'autre. On fit monter
sept pieces de canon sur la
2 Fournal du Siege
Redoute de Saint Fiacre, & deux
dans celle de Pied noir. ce qui ser-
vit parfaitement dans la suite. M.
le Maréchal alla visiter le poste
de M. de Reignac; il fit mettre
une Garde de Dragons à cheval à
la gauche de Coquelet, dont les
Vedettes, & celles de là Garde
des Ennemis, n'estoient qu'à une
portée de Carabine. M. de Mégrigny
fit travailler à arrester le
cours du ravin de Vedrin, afin
d'inonder le terrain qui est entre
la Ville & les Redoutes. On reçut
des Passeports pour faire sor-
tir Mesdames de Moulinneuf &
de Fumeron, & elles furent
conduites à Dinant.
Le 9. les Ennemis commence.
de Namur. 23
rent à tirer de leurs Batteries des
hauteurs de Sainte Barbe, dans
le retranchement de Mr de Reignac.
Comme leurs pieces é-
toient tres-petites, cela ne fit
pas un grand effet. Ils s'avancerent
pour occuper le Four à chaux
entre leurs retranchemens de
Bouge & celuy de Coquelet, mais
un détachement de Dragons les en
alla chasser du côté du Chasteau.
Les Ennemis s'estant emparez
d'une hauteur, d'où ils auroient
pû incommoder les Travailleurs
du retranchement, M. le Maré-
chal fit poster deux Compagnies
de Grenadiers sur la creste qui
est devant ce retranchement,
derriere lequel il fit monter sept
cens hommes pour le garder,
24 Journal du Siege
avec un Brigadier & un Colonel.
Ee 10. la Cavalerie des Ennemis
porta tout le jour une
grande quantité de fascines derriere
le village de Bouge, & dans
le ravin de la maison de Casselot,
de l'autre costé de la Meuse. La
nuit suivante il se fit un tres-
grand feu du retranchement des
Ennemis à celuy de Mr de Rei-
gnac; on voulut arrester la Ri-
viere à la Digue de la Sambre,
mais cela ne se put faire ce jour. la-
Le 1I. on vit arriver une par-
tie de l'Artillerie des Ennemis,
qu'ils placerent à leurs batteries
des hauteurs de Sainte Barbe; ils
occuperent la maison des Jesuites
au
de Namur. 25
au bas du ravin, au dessous de
Bouge. M. le Maréchal fit mettre
le feu à toutes celles qui estoient
depuis cet endroit jusqu'à la por-
te Saint Nicolas, & fit achever
de raser le Fauxbourg Sainte
Croix, ne laissant que l'Eglise,
dans laquelle on mit une Garde,
pour en soutenir une autre de
Dragons à cheval que l'on tenoit
en rase campagne. Il y eut une
grande escarmouche entre les
troupes de M. de Reignac &
celles des Ennemis, qui estoient
dans leurs retranchemens de Bou-
ge. Ils voulurent encore occu-
per le Four à chaux, mais il les
en fit chasser par des Grenadiers
du Regiment de Piedmont. Sur
le soir, on vit marcher beaucouj
Fournal du Siege
26
de troupes des Ennemis derriere
Bouge, & l'on ne douta pas qu'ils
n'eussent intention d'attaquer le
retranchement, lequel, comme
on a dit, n'estoit pas soutenable:
M. le Comte de Guiscard estoit
mesme du sentiment d'en retirer
une partie des troupes, & de n’y
laisser qu'une tres-petite garde,
mais M. le Maréchal trouva bon
que M. de Reignac y demeurast.
Il luy envoya quatre Compagnies
de Grenadiers d'augmentation:
l'on fut toute la nuit sous les ar-
mes dans ce poste, & on fut bien
surpris d'entendre travailler les
Ennemis, & encore plus lors qu'-
on s'apperceut au point du jour
qu'ils avoient ouvert la tranchée
pour s'approcher du retranche-
de Namur. 27
ment. On ne pouvoit croire qu'u-
ne Armée de quatre-vingt mille
hommes deust prendre cette pré-
caution pour s'emparer d'un poste
qui n' estoit soutenu sur la droite
que par une mauvaise maison de
Paysan, & au milieu, par un Pi-
geonnier d'une Cense abandonnée,
autour duquel on avoit fait
un fossé, & qui estoit avancé dans
la campagne à plus de cent toises
du retranchement, n'ayant par la
gauche aucune protection.
Le 12. on s'apperceut dés le ma-
tin que les Ennemis avoient ou-
vert la tranchée prés de la maison
des Jesuites, & qu'ils l'avoient
poussée vers la Meuse, environ
trente toises. Dés que l'on vit
Cij
Fournal du Siege
28
qu'ils declaroient leur attaque du
costé de la Porte Saint Nicolas, M.
de Megrigny redoubla ses soins
pour y faire travailler. Il fit en-
foncer les chemins couverts, &
élever les Traverses pour se défiler
des montagnes, desquelles on
estoit vû de revers & de flanc.
Comme il faisoit une grande con-
sommation d'argent dans la Pla-
ce, tant pour les travaux que pour
les autres necessitez, cela avoit
alteré les fonds qui estoient entre
les mains du Tresorier pour la
subsistance des troupes. M. le
Mareschal emprunta en son nom
de grosses sommes des Bourgeois
de la Ville: en sorte que pendant
tout le Siege, on n'a point manqué
d'argent.
de Namur. 29
La nuit du 12. au 13. les Enne-
mis pousserent leurs tranchées de
l'attaque Saint Nicolas jusqu'à la
Meuse; & à celle de Bouge, ils ti-
rérent un boyau le long d'un che-
min vers Cocquelet. Ils ouvrirent
une troisiéme tranchée à la maifon
de Casselot de l'autre costé
de la Meuse, & ils Vavancé-
rent jusqu'au bord de cette ri-
viere, où ils firent un retour.
Dés le point du jour ils tirérent
de leurs Batteries de Sainte Barbe,
ausquelles ils avoient quatorze
pieces de canon & six mortiers,
qui donnoient sur les Travailleurs
du chemin couvert de l'attaque
de Saint Nicolas, dans le retranchement
de M de Reignac, & sur
la Redoute de Ballart; l'on fit
CIIj
30 Fournal du Siege
masquer la porte de cette Redou-
te, & l'on travailla à des Ponts
de communication pour aller du
corps de la Place aux chemins
couverts. M. le Mareschal voyant
que les Ennemis faisoient un Sie-
ge dans les formes pour le Pigeonnier
de Cocquelet, envoya
M de Megrigny pour y faire faire
quelques travaux, & fit monter
quatre Bataillons avec un Colo-
nel pour soutenir M. de Reignac.
M. le Marquis d'Illiers y monta,
& se posta au dessous du ravin de
Saint Fiacre. On envoya aussi
huit Compagnies de Grenadiers
dans le terrain creux qui commu-
niquoit du retranchement à Co-
quelet. Les Ennemis monterent
la tranchée de cette attaque plu-
de Namur. 31
tost qu'à l'ordinaire, & avec un
plus gros corps de troupes, ce qui
fit croire à M. de Reignac qu'on
le vouloit attaquer. Ils avancerent
droit à Coquelet, d'où le sieur
Pascal, Capitaine au Regiment de
Piémont, leur fit faire un tres-
grand feu, & en melme temps
M. de Reignac y marcha avec la
Compagnie de Grenadiers du
Regiment de Nice, qui obligea
les Ennemis de se retirer dans
leurs tranchées, ausquelles ils
commencerent à travailler pour
embrasser Coquelet.
La nuit du 13. au 14. les Enne-
mis firent une Batterie de douze
pieces de canon de l'autre coſté
de la Meuse, prés de la Saline;
CHI)
32 Fournal du Siege
elle commença à tirer au point
du jour sur la demi - contre.
garde du demi Bastion de Saint
Roch, & sur la Redoute de Bal-
lart. Ils avancerent leurs tran-
chées parun retour de la Meuse au
rocher, cequi faisoit une parallele à
l'attaque. Ils voulurent continuer
leurs tranchées pour embrasser
Coquelet; mais M. de Reignac fit
faire un feu si redoublé de tous ces
retranchemens qu'il ne leur fut pas
possible d'avancer leur sappe. Il
eurent quantité de gens tuez. Le
General Fagel y fut blessé. M. de
de Saint Laurent qui avoit mon-
té à la gauche avec une Brigade,
retira ses troupes dans le ravin
de Saint Fiacre. Pendant le jour,
les Ennemis firent une Batterie
de Namur.
33
de canon à Bouge pour battre les
retranchemens. L'Artillerie de la
Place tira sans discontinuer.
La nuit du 14. au 15. M. de
Gramont monta à la gauche de
Coquelet, avec une Brigade
d'Infanterie, & un détachement
de Dragons. Les Ennemis sa-
vancérent pour se loger prés de
ce Poste, mais les troupes de
M. de Reignac & celles de M.
de Gramont, firent un feu si
violent qu'ils n'avancérent leurs
tranchées que de dix toises. Sur
leur gauche ils pousserent un
boyau qui embrassoit le Four à
chaux, & qui s'approchoit de
l'angle du retranchement à l'atraque
de Saint Nicolas. Ils tiré-
Fournal du Siege
34
rent une parallele du Rocher à
la Meuse, derriere laquelle ils fi.
rent une Place d'armes pour soû-
tenir leurs tranchées. Ils élevérent
une Batterie de quatorze
pieces pour battre les chemins
couverts, le demy bastion de
Saint Roch, & la Redoute de
Ballatt, à l'attaque de la basse
Meuse. Ils pousserent un boyau
en remontant le long de la rivie.
re, à la teste de laquelle ils firent
une Place d'armes, vis à-vis de la
contre-garde. Du costé de la
haute Meuse, ils ouvrirent une
tranchée dans le ravin, au delà
de celuy de Gerenssard, qui tra-
versoit la Plaine, & joignoit une
autre tranchée qu'ils avoient ou-
verte le long de la riviere, au.
de Namur.
35
dessous de Wespion. A la teste
du Chasteau, ils occupoient seu-
lement leurs postes sans rien faire
de considerable.
Pendant le jour, ils firent un
tres-grand feu de leur Artillerie,
& rasérent le Colombier de Co-
quelet, & beaucoup de pallissades
du retranchement de M. de Rei-
gnac. Ils firent une grande ou-
verture a l'épaule droite de la
Redoute de Ballart, rasérent aussi
beaucoup de palissades à l'avant
chemin couvert de la Porte Saint
Nicolas, & firent une bréche à la
la demi-contre-garde du demi-
Bastion de Saint Roch. Vers les
quatre heures du soir, ils avance-
rent beaucoup de troupes du costé
35 Fournal du Siege
de Bouge, on crut qu'ils vouloient
attaquer le retranchement, &
comme ils firent un grand feu de
mousqueterie, M. de Reignac,
qui estoit preparé à les recevoir,
leur en opposa un semblable. Cela
ressembloit à une veritable atta-
que, ce qui fit que M. le Mareschal
marcha en personne avec la Bri-
gade de Beauvoisis pour le foûte-
nir; les Ennemis se retirerent, &
fe contenterent de relever leurs
tranchées. L'opiniastreté avec la-
quelle on avoit deffendu ce mau-
vais Poste, donna occasion d'y
faire quelques traverses. Le corps
de troupes qui y passoit la nuit
estant considerable, M. de Guis-
card y voulut rester, & se retira
le lendemain aprés avoir ordonné
en
de Namur
quelques ouvrages à la droite de
Coquelet, où l'on fit porter des
palissades.
La nuit du 15. au 16. M. de la
Badie monta à la gauche de Co-
quelet avec le nombre de troupes
ordinaire; celles du retranchement
furent aussi relevées. M.
de Reignac fit faire un profonde
tranchée de la droite à son retranchement
jusqu'à la hauteur de
Coquelet, faisant un demycercle
qui embrassoit les ouvrages, & il
fit enterrer quarante bombes
de distance en distance. Il y avoit
des augettes de l’une a l'autre,
qui venoient communiquer
dans un endroit du retranche-
ment, d'ou l'on y pouvoit met-
Fournal du Siege
tre le feu. Ensuite il fit recom-
bler cette tranchée, de maniere
qu'on ne pouvoit s'en apperce-
voir. L'on travailla à faire deux
ou trois traverses pour communi-
quer aux ruines de Coquelet, que
l'on occupoit toûjours. M. le
Comte de Guiscard y fit travail-
ler une partie de la nuit. Les Ennemis
avancerent une gabionna-
de vingt toises au devant de leurs
tranchées du costé de Bouge, &
poussérent un boyau jusques sur
le bord du Ravin qui regne vers
la maison des Jesuites. A l'atta-
que de Saint Nicolas, ils firent un
retour de la Meuse vers le rocher,
qu'ils ne purent pousser qu'à moi-
tié du terrain, parce que M. Da-
vejan, Lieutenant de Roy de la
de Namur.
39
Place, qui estoit dans le chemin
couvert, fit faire un tres-grand
feu, ce qui les empescha de con-
tinuer. Ils augmenterent leurs
Batteries de quelques embrasures
où ils placerent du canon. A l'attaque
de la basse Meuse, ils pous-
sérent une tranchée le long de la
riviere, jusque vis-à-vis la grosse
Tour de Meuse; ils continuerent
leurs Tranchées dans la Plaine du
costé de Jambe, & du costé du
Chasteau ils restoient dans l'inac-
tion. L'on gardoit toûjours le re-
tranchement du vieux mur avec
un Brigadier & le mesme nombre
de Troupes qui a esté marqué.
De l'autre costé de la Sambre, ils
firent deux Batteries à fin de battre
la Digue que l'on faisoit pour bar-
40 Journal du Siège
rer la Sambre, elles voyoient à
revers les Troupes qui gardoient
le retranchement du vieux mur.
Les Ennemis firent aussi quelques
ouvrages de terre du costé de la
Porte de Bruxelles, afin de resserrer
les Gardes que la Garnison
tenoit dans les dehors. Pendant
le jour, ils tirérent une grande
quantité de canon & de bombes.
Ils firent une bréche considerable
à la Redoute de Ballart, celle de
la demi-contre-garde ne l'estoit
pas moins. M. de Megrigny fit
en fin arrester le cours de la Sam-
bre, croyant luy faire inonder
la Prairie de Salzeine, mais cela
ne fit presque aucun effet, & ce
grand ouvrage qui avoit cousté
tant de peines demeura inutile.
de Namur. 41
Il tourna tous ses soins à continuer
le Retranchement derriere l'atta-
que de Saint Nicolas, & il fit mi-
ner le demy-Bastion de Saint
Roch. Les sieurs de Bequaire &
de Vauglaisan, Lieutenans d'Artillerie,
travailloient avec applica-
tion à faire servir le canon & les
mortiers de la Place, & faisoient
fournir avec la derniere exactitu-
de les munitions de guerre necessaires
dans chaque poste. M. le
Mareschal qui estoit jour & nuit
en mouvement, ne se contentoit
pos de visiter les Postes, il faisoit
executer devant luy les ordres
qu'il donnoit, & ne s'en rapportoit
presque à personne.
La nuit du 16. au 17. M. d'As-
D
Fournal du Siege
42
feld monta à la gauche de Coque-
let, avec M. de Sainte Hermine.
Les Ennemis avancerent. leurs
Tranchées assez prés de ce Poste;
& du costé de Bouge, ils la poussérent
fort prés du Retranchement.
Ils firent une Batterie aux
Fours à chaux. Pendant toute la
nuit l'on fit faire un feu continuel
de mousqueterie, & remettre des
palissades dans les endroits d'où
le canon les avoit emportées. A-
l'attaque de Saint Nicolas les Ennemis
continuerent leur parallele
jusqu'au rocher. A celle de la basse
Meuse, ils remonterent encore
leurs Tranchées le long de la ri-
viere, & y firent une Place d'armes.
A celle de Jambe, ils pro-
longérent leur boyau de quelques
de Namur.
43
toises, & dans les autres endroits
ils ne firent aucuns ouvrages.
ma is pendant le jour ils firent un
feu extraordinaire de leur Attil-
lerie, qui augmentoit tous les
jours; car n'ayant pû la faire re-
monter entierement par la Meu-
se, parce qu'elle estoit trop basse,
ils estoient obligez de la conduire
par charrois, & à mesure que
leurs pieces arrivoient ils les met-
toient en Batterie. Ce jour-là,
M, de Serville, Capitaine au Re-
giment de Gramont, se jetta dans
la Place, & M. le Mareschal re-
çût des Lettres du Roy par des
Transfuges qui y entrérent.
Sur les quatre heures du soir,
les Ennemis eurent quelque envie
d'attaquer le Retranchement de
Dij
Fournal du Siege
44
M de Reignac; il se fit une gran-
de escarmouche de part & d'autre,
qui se termina par leur retraite.
Ils s'estoient attachez à tirer tout
le jour dans ce Retranchement,
& le poste y estoit devenu si pe-
rilleux, que les Soldats par déri-
sion nommoient la maison où se
tenoit M. de Reignac, le Chas-
teau Gaillard.
La nuit du 17. au 18. M. de
Saint Laurent monta à la gauche
de Coquelet, avec M. de la Marre.
M. de Megrigny commença
à faire une Tranchée pour communiquer
de l'angle du Retranchement
a Coquelet, mais on
ne put l'achever, & malgré le
grand feu qui se fit de part & d'au-
de Namur-
45
tre, les Ennemis poussérent leurs
Tranchées jusqu'à dix toises de
Coquelet. Ils avancérent aussi
celle de leur gauche assez prés du
Retranchement. Il parut qu'ils
avoient donné toute leur atten-
tion de ce costé-là, parce qu'ils
ne travaillérent presque point à
toutes les auttes attaques; ils per-
fectionnérent seulement les ou-
vrages qu'ils avoient commencez
la nuit precedente. Ils établirent
à Bouge sept mortiers qui com-
mencérent a tirer dés le point du
jour avec toute leur Artillerie.
M. de Reignac, qui avoit bien
prévû que lors que l'on jetteroit
des Bombes dans son Retranche
ment, il ne seroit pas possible
d'y tenir, avoit marqué aux
fournal du Siege
46
Troupes les endroits où il y avoic
le moins de peril. Il fut contraint
d'abandonner sa maison qui fut
rasée dés sept heures du matin,
par le canon qui ne cessa point de
tirer jusqu'au moment de l'atta-
que. La quantité de bombes que
l'on y jettoit, faisoit un tel desor-
dre, que les Troupes y souffrirent
beaucoup, il y eut quantité de
Soldats tuez & blessez. M. de
Reignac manda à M. le Mares-
chal que vray-semblablement les
Ennemis l'attaquer oien t ce jourlà.
Depuis le matin on se prepa-
roit à faire une sortie sur l'attaque
de Jambe, & M. le Mareschal
ayant disposé toutes choses, en
donna la conduite à M le Mar-
de Namur.
quis de Gramont. Environ à
deux heures aprés midy, l'on fit
sortir par la Porte de Jambe deux
cens Grenadiers commandez par
M de Princé, Lieutenant Colo-
nel du Regiment Dauphin d'In-
fanterie, qui coulérent le long
de la Meuse en remontant, se
couvrant des houblonnieres qui
les déroboient à la vûë des Troupes
des Ennemis qui gardoient
la Tranchée; ensuite il sortit
cinque cens hommes choisis, com-
mandez par M. le Marquis de
Monbron, qui marchérent droit
a la Tranchée, faisant alte dans
les houblonnieres, pour attendre
le signal qu'on devoit donner
On fit suivre cinq Troupes de
Dragons, d'environ cinquante
Fournal du Siege
Maistres chacune; à la teste de
la premiere estoit M. le Comte
de Nogent Colonel du Regiment
du Roy; à la seconde, M. de
Martinet, Lieutenant Colonel du
mesme Regiment, M de Gra-
mont marchoit à la testè des trois
autres. Aprés que les cinqui troupes
eurent passe le Fauxbourg de Jam-
be, M. de Gramont donna or-
dre de marcher aux Ennemis.
M. de Nogent poussa à toute
bride avec deux Troupes dans la
Plaine, laissant la Tranchée à
droite, & s'en alla jusqu'à la
queve, sur laquelle il se rabatit
pour empescher la fuite des En-
nemis: M. de Princé qui avoit
marché jusqu'à une certaine hau-
teur, pendant que M. de Mon-
bron
de Namur.
49
bron commençoit à les charger
par la teste, les chargea en mesme
temps dans le milieu de la Tranchée,
les Ennemis ne sapperceu-
rent de la sortie que dans le mo-
ment qu'ils se virent coupez par
Mr de Nogent. Ils pritent les
armes, & firent une décharge
mais on les attaqua si vigouteu-
sement de toutes parts que de
mille hommes qu'ils avoient à la
tranchée, il ne s'en sauva que cent
quatre-vingt, qui se precipitérent
au travers des Dragons pour pren-
dre la fuite. Il y en eut soixantéhuit
faits prisonniers; le reste fut
tué sur la place; les Travailleurs
qu'on avoit fait sortir pour raser
la Tranchée, se servirent des
corps morts pour la remplir, &
Fournal du Siege
50
on en combla plus de trois cens
toises. Cette action qui fut saite à
la vuë de tous les Camps des En-
nemis, fit prendre les armes aux
Troupes de celuy du Condros.
Ils accoururent de toutes parts,
pour repousser celles de la sortie.
Mrle Comte de Morstein, Colo-
nel du Regiment de Hainault
qui s'y estoit trouvé volontaire,
sétant avancé trop prés pour re-
connoistre leur contenance, fut
malheureusement tué d'un coup
de mousquet. Deux escadrons des
Ennemis arrivérent à la Chapelle
de Sainte Barbe, & descendirent
dans la Plaine, passant par un
defilé, & comme ils se mettoient
en bataille, M. le Marquis de
Gramont les alla charger, & aprés
de Namur. 51
les avoir rompus, il leur fit pren-
dre la fuite; ils furent fortifiez
par d'autres Troupes, qui descendirent
une seconde fois. Mr de
Martinet alla à leur rencontre, &
les rechassa jusqu'à my-coste
mais leur Infanterie ayant bordé
la Montagne, fit un grand feu
sur la Troupe, & l'obligea de se
retirer. Mr le Marquis de Gra-
mont ayant donné ordre à l'In-
fanterie de se retirer dans la Place
le tout se fit avec beaucoup d'audace
& sans confusion. L'on n'y
perdit, outre Mr de Morstein,
que deux Officiers, & environ
vingt hommes.
Pendant le temps de cette sortie
l'on vit paroistre une Colom-
E 1)
52 Fournal du Siege
ne d'Infanterie, qui se mettoit
en bataille derriere Bouge. Mr
de Reignac vit bien que cela le
regardoit; il en donna avis à Mr
Mareschal, par Mr du Couret, Ca-
pitaine au Regiment Dauphin
d'Infanterie, duquel il se servoit
pour faire la fonction de Major,
Cei Officier fut quelque temps
sans pouvoir joindre Mr le Mares-
chal, parce qu'il estoit à la Porte
de Jambe, pour voir faire la sortie.
A l'instant Mr le Marquis de
Gramont qui estoit de jour pour
monter à Coquelet, eut ordre d'y
marcher avec sa Brigade qui de-
voit relever celle de Mr de Saint
Laurent, ce qu'il fit avec beau-
coup de diligence. Dans ce mo-
ment, le grand feu des bombes
de Namur. 53
des Ennemis fit sauter le Maga-
zin à poudre de Mr de Reignac.
Mr le Mareschal qui estoit déja
sorty de la Ville par la porte de
Fer, l’ayant remarqué, en voya
Mr de Cuchy, l'un de ses Ai-
des de Camp, pour luy en faire
voiturer, ce qu'il fit avec la deiniere
promptitude. Il estoit en-
viron cinque heures lors que Mr de
Gramont arriva au ravin de Co-
quelet, avec la Brigade de Beauvoisis.
Les Bataillons n'estoient
pas encore formez, n'y n'avoient
pas eu le- temps de relever les
Postes qu occupoit la Brigade de
Piémont, que commandoit Mr
de Saint Laurent, lors qu'on vit
paroistre dans la Plaine, un grand
front de Troupes Ennemies qui
E iij
54 Fournal du Siege
marchoient d'un pas grave pour
embrasser Coquelet. M. de Rei-
gnac qui estoit attentif à leurs
mouvemens, & qui avoit des
Troupes en bon ordre, vit venir
à luy quatre Bataillons pour atta-
quer le Retranchement. Il se fit
de part & d'autre un feu qui ne
se peut exprimer. Il avoit avec
luy deux cens Dragons & trois
cens Grenadiers, qui soûtinrent
le choc, ils estoient soûtenus par
cinq cens hommes, détachez de
toutes les Brigades, ayant encore
un Corps de reserve qui devoit
se porter dans les endroits qui
auroient pû estre forcez. Un Ba-
taillon des Ennemis ayant coulé
le long du ravin de la Redoute
de Ballart, & n'ayant pû soûte-
de Namur. 55
nir le feu que luy fit faire M. le
Chevalier de Mons, se retira sans
rien faire, laissant le glacis cou-
vert de leurs morts. Les qua-
tre Bataillons des Ennemis qui
estoient à la portée du pistolet de
la palissade du Retranchement
voulurent y entrer l'épée à la
main. Mr de Villars, Lieutenant
Colonel du Regiment de la Marre,
que Mr de Reignac avoit char-
gé de faire mettre le feu au Sau-
cisson, le fit si àpropos, que les
bombes qui estoient enterrées
ayant fait leur effet sous ces Ba-
taillons, on vit un spectacle ex-
traordinaire, par un nombre de
Soldats qui sautérent en l'air.
Ils en furent si ébranlez qu'ils pri-
rent la fuite. M. de Reignac qui
E iiij
56 Fournal du Siege
attendoit cet effet, sortit par la
branche droite du Retranche-
ment, avec environ trois cens tant
Dragons & Grenadiers, que gens
de bonne volonté. Il marcha a eux
l'épée à la main, & profitant de
leur desordre, il les poussa jusques
dans leurs Tranchées de Bouge
& s'empara d'un de leurs Retranchemens.
Les Ennemis firent
venir de nouvelles Troupes pour
rassurer les premieres. Mr de
Reignac s'estant retiré ne sçavoit
point si la gauche combattoit avec
le mesme avantage, car on ne se
voyoit point dans la fumée de la
poudre; il s'apperçût que l'on y
estoit poussé, parce qu'un Batail-
lon de la Brigade de Beauvoisis
estant sui vy par deux Regimens
de Namur.
9
Anglois, se jetta dans les palissa-
des du Retranchement. Mr de
Villars qui estoit à l'angle avec la
Compagnie des Grenadiers de
Nice, & la seconde de Maulevrier,
arresta par un grand feu ces
deux Regimens; & pour revenir
à ce qui se passa sur la gauche
les Ennemis n'ayant pas donné
le temps à Mr de Gramont de
poster ses Troupes, il y eut un
peu de confusion. Celles de Me
de Saint Laurent qui devoient
estre relevées, estoient déja en
mouvement pour se retirer, lors
que les Ennemis parurent, & l'on
ne put les remettre en bataille,
sans quelque espece de desordre.
Cependant, Mr de Gramont prit
son party, & opposa la Brigade de-
58 Fournal du Siege
Beauvoisis au front des Ennemis.
Mr le Marquis de Vieuxbourg,
Colonel du Regiment de Beauvoisis,
aprés avoir soutenu deux
ou trois charges derriere un Re-
tranchement, fut obligé de se re-
tirer a un second, auquel il fut
encore chargé, il y fut tué en
faisant des actions dignes de luy.
Mr le Comte de Maulevrier qui
deffendoit une Traverse à la teste
de son Regiment, y reçut les Ennemis
avec beaucoup de valeur,
& y fut aussi tué. M. le Marquis
de Gramont qui s'estoit jetté dans
Coquelet, y fut forcé & se retira
derriere un boyau, qu'il soutint
encore quelque temps. Mrde Saint
Laurent qui estoit à l'extrémité de
la gauche, soutint longtemps le
de Namur. 59
choc, & fut obligé de se retirer par
le ravin de Saint Fiacre, & à peu
prés dans le mesme temps les
Troupes de Mr le Marquis de Gramont
se retirerent. Il y avoit deux
heures que l'action estoit com-
mencée avant que les Ennemis eus-
sent pû forcer le Retranchement.
Mrde Reignac se maintenoit toû-
jours à la droite avec beaucoup
d'opiniâtreté; mais les Troupes
des Ennemis, aprés avoir poussé
celles de Mrs de Gramont & de
Saint Laurent, tournérent toutes
à la droite, où il se fit encore un si
grand feu de mousqueterie & de
grenades, qu'il ne s'en est jamais
vû de semblable, & estant en-
trées par la gauche, elles s'emparérent
du Retranchement. Mr de
60 Fournal du Siege
Reignac les en rechassa, & dans
ce moment il reçut un coup d'es-
ponton qui neanmoins ne l'em-
pescha pas d'agir. Il fut enfin ren-
versé dans le ravin à costé de la
Redoute de Ballart, faisant occu-
per par quelques détachemens les
monticules qui voyoient le loge-
ment que faisoient les Ennemis.
ME le Mareschal pendant l'action
fut toûjours à my- coste, arrestant
les Soldats qui se retiroient avec
trop de precipitation, & les ra-
menant assez prés du Retranche.
ment, où il essuya une partie du
grand feu qui se faisoit. Mr de
Reignac ayant rallié les Dragons
& les Grenadiers qui s'estoient
retirez avec luy, leur propoſa d'al-
ler regagner le Retranchement,
de Namur. 61
& aprés qu'il luy eurent dit qu'ils
estoient resolus de le suivre, il y
marcha & le regagna effective-
ment Mr le Marquis de Gramont
fit à peu prés la mesme chose à la
gauche; mais comme les Enne-
mis s'estoient emparez du débris
de la maison retranchée, il ne fut
pas possible de les en déposter,
en sorte qu'ils demeurérent mai-
stres d’une partie du Retranchement,
pendant que l'on occupoit
l'autre. L'on estoit si acharné à
se disputer une palissade l'une
aprés l'autre, qu'il estoit dix heu-
res du soit avant que l'on pust se
reconnoistre tant la fumée estoit
épaisse. Mr le Chevalier de Pe-
zeux, & Mr du Bouchet soûtin-
rent une Traverse pendant- une
62 Fournal du Siege
demi-heure avec beaucoup de va-
leur; & comme il n'estoit pas
possible de se retrancher, Mrs de
Gramont & de Reignac qui s'é-
toient joints, firent ouvrir un
cheval de frise, & sortirent du
Retranchement pour charger les
Ennemis. Mr du Rozeau, Lieu-
tenant Colonel du Regiment de
Quélus, Mr le Comte de Beaujeu
Lieutenant Colonel de Gra-
mont, & Mr Dérigny Ingenieur
qui s'y estoit trouvé, avec nom-
bre d'Officiers, entrérent tous
l'épée à la main dans un Bataillon
des Ennemis & le firent plier
mais la quantité de Troupes qu'ils
avoient obligerent Mrs de Rei-
gnac & de Gramont de rentrer.
Il y avoit deux heures que Mr le
de Namur. 63
Mareschal avoit envoyé ordre de
se retirer, mais il ne fut porté à
Mrs de Reignac & de Gramont
qu à dix heures du soir. Ils firent
leur retraite en fort bon ordre, &
rentrérent dans les chemins couverts
où ils estoient campez. Cette
action fut trop vive pour n'y
pas perdre beaucoup de monde.
Il y eut environ huit cens hommes
tuez ou blessez, & du costé des
Ennemis, de leur propre aveu, ils
laissérent dix huit cens hommes
tuez sur la place, sans compter
plus de quinze cens blessez. On a
rapporté que Mr le Prince d’O-
range qui estoit sur une hauteur,
voyant l'action, avoit dit que
jamais Colombier n'avoit esté
si bien attaqué ny mieux def-
64 Journal du Siege
fendu, & que cela avoit plus l'air
d'une bataille que d'une action
particuliere. Il avoit em ployé à
cette atiaque quatorze Batail-
lons & quatre-vingt Compagnies
de Grenadiers, ce qui faisoit en
tout prés de quinze mille hom-
mes.
La nuit du 18 les Ennemis ne
poussérent presque point leurs
Travaux & leur plus grande oc-
cupation fut de retirér leurs bles-
sez du champ de bataille. Ils
changérent quelques pieces de
canon d'une Batterie à l'autre, &
ils travaillérent a refaire la Tranchée
de l'atraque de Jambe qu'on
leur avoit rasée: ils la remirent à
peu prés au mesme estat qu'elle
de Namur 65
estoit dans le temps de la sortie.
Pendant le 19. ils continuérent
à tirer sur la Redoute de Ballart,
& firent une batterie à Coquelet,
qui battoit la Redoute de Saint
Fiacre. Ils avancérent celle qui
estoit aux Fours à chaux pour rui-
ner le flanc du demi-Bistion de
Saint Roch. Mr le Mareschal
changea la disposition du campe-
ment des Troupes, & refit les
Brigades qui furent formées de
cette manière.
Mr de Saint Laurent, premier
Brigadier d'Infanterie, eut le
commandement de celle de Pié-
mont, composée de trois Batail-
lons de ce Regiment, & du pre-
66. Fournal du Siege
mier Bataillon du Regiment de
Nice. Mr de la Badie eut quatre
Bataillons du Regiment Dauphin.
Mr de Bragelonne eut un
Bataillon de Beauvoisis, les deux
premiers de Maulevrier, & un de
Bugey. Mr de Reignac eut un
Bataillon de Hainault, un de la
Marre, un de Courten, Suisse,
un d'Illiers, Milice d'Alençon
un de Solre, & neuf Compagnies
franches de Fusiliers. On fit aussi
deux Brigades de Dragons. Le
Marquis de Gramont eut les Regimens
du Roy, Quélus, Gramont,
& Sainte Hermine Mi
d'Asfeld eut ceux de Dauphin,
Barreaux, Gange, & Asfeld. Les
Brigades d'Asfeld, la Badie &
Bragelonne, campérent au Chade
Namur. 67
steau. Celles de Gtamont, S Liu-
rent & Reignac, campérent à la
Ville, & un Bataillon de Navarre
demeura au Donjon du Chasteau.
La nuit du 19. au 20. les En-
nemis continuérent leurs Tran-
chées de l'attaque de Jambe, & la
poussérent fort prés du Faux.
bourg. Ils firent de grandes Pla-
ces d'armes pour les soûtenir, &
postérent une grosse garde de
Cavalerie à l'Hermitage de Sainte
Barbe. A l'attaque de Saint Nico-
las, ils tirérent une parallele de
la maison brûlée sur le bord de
la Meuse, au rocher qui est au
dessous des Fours à chaux, Ils
commencérent une batterie de
seize pieces de canon, pour battre
F 1)
68 Fournal du Siege
la face droite du Bastion de Saint
Nicolas, & poussérent leurs Tran-
chées de la basse Meuse jusque
vis-à vis la Porte de Graver.
Tout le jour ils continuérent à
battre les Redoutes de Ballart &
de Saint Fiacre, la courtine de la
Porte de Saint Nicolas, & la demi-
contrescarpe; ils firent deux
Batteries, l'une de trois & l'autre
de quatte pieces de canon, sur la
montagne au dessus de Salzeine,
a fin de battre à revers les Troupes
qui gardoient le Retranchement
du vieux mur, & deux autres de
deux & trois pieces de canon, sur
des monticules qui sont au front
de ce Retranchement. Le mesme
jour on continua de travailler à
raser les Maisons de la Ville qui
de Namur 69
bordoient la Sambre du costé du
Chasteau, afin de faire un Retranchement
pour deffendre la
partie d'entre Sambre & Meuse.
On ne cessa point de porter au
Chasteau toutes les Provisions
dont on n'avoit plus de besoin à
la Ville. Il arriva un Trompette
des Ennemis pour demander un
grand nombre d'Officiers qui ne
se trouvoient point, & qui appa-
remment avoient esté tuez dans
les actions du 18, car on n'avoit
de leurs Prisonniers que trois Ca-
pitaines aux Gardes du Princed'Orangè,
quelques Subalternes
& environ quatre-vingt Soldats.
Ce Trompette avoit un Memoi-
re de ceux qu'ils avoient faits sur
la Garnison, & qui consistoient
70 Four nal du Siege
en deux Subalternes du Regi-
ment de Maulevrier, & environ
dix ou douze Soldats blefsez. Les
Domestiques du Marquis de
Vieuxbourg & du Comte de
Maulevrier, retournérent à la
Ville, sans avoir pu trouver les
corps de leurs Maistres : les Ennemis
les assurérent qu'ils les
avoient fait enterrer.
La nuit du 20. au 21. Mr de
la Badie monta à la Ville, & M.
de Gramont, au Chasteau. Les
Ennemis poussérent leurs Tranchées
de Jambe, jusque dans les
jardins du Fauxbourg qu'on avoit
fait brûler le jour precedent. A
l'attaque de la basse Meuse, ils
tirérent un grand Retranchement
de Namur. 71
le long de la riviere, vis-à-vis le
demi Bastion de Saint Roch, où
ils firent une Batterie de dix pie-
ces de canon pour battre la branche
de ce demi Bastion; à l'attaque
de Saint Nicolas, ils avancérent
leurs Tranchées d'environ
trente toises. Ils voulurent occu-
per pendant le jour une maison
qui est proche la Redoute de Bal-
lart, mais ils en furent chassez par
le grand feu que l'on fit de l'avantchemin
couvert. Leur Batterie de
seize pieces cummença à tirer sur
la face droite du Bastion de Saint
Nicolas, qu'elle battit en bréche
toute la journée. Trois Batteries
de mortiers jettoient continuelle-
ment des bombes dans les Ouvra-
ges de la Porte de Saint Nicolas,
Fournal du Siege
& dans les Redoutes de Ballart
& de Saint Fiacre. Ils avancerent
deux pieces de canon sur la pente
du ravin de Coquelet; elles tiré-
rent sut les Brigades de Saint
Laurent & de Reignac, qui
estoient campées dans les dehors
des Portes de Fer & de Bruxelles.
L'on en retira les Troupes pour
les mettre derriere des Fortifica-
tions, où elles ne pouvoient estre
veuës. Les Ennemis firent aussi
une Batterie de quatre pieces de
canon, & de quelques mortiers
à la maison qui est au dessus de la
Redoute de Ballart, de laquelle
ils battoient à revers les chemins
couverts de Saint Nicolas. L'on
travailla avec vigueur au Retran-
chement de cette attaque, à des
commu.
de Namur.
73
communications souterraines, &
à rétablir de petits Ponts pour
aller du corps de la Place dans les
chemins couverts, ce qui estoit
extrémement difficile & necessai-
re; l'on acheva de munir de toutes
choses les Redoutes de Bal-
lart, Saint Fiacre, Piednoir &
Saint Antoine.
La nuit du 21. au 22. Mr de
Bragelonne monta au Chasteau
& Mr d'Asfeld, à la Ville. Les
Ennemis avancérent leurs tranchées
à quarante toises de l'avant
chemin couvert de l'attaque de
Saint Nicolas, & tirérent une li-
gne de communication de leurs
Tranchées à la maison au dessus
de la Redoute de Ballart. Dés le
Fournaldu Siege
74
point du jour, toutes leurs Bat-
teries tirérent sur les Ouvrages de
cette attaque, ce qui dura tout le
jour. Du costé de Jambe, ils pous-
sérent leurs Tranchées jusqu'au
chemin pavé, & l'une des Batte-
ries de la hauteur de Salzeine ne
cessa point de tirer sur les Tra-
vailleurs de la Digue de la Sambre,
& sur le troupeau de vaches
qui estoient dans la Prairie.
Dans la Place on continual la
démo'ition des maisons & leRetranchement
de la Ville, d'entre
Sambre & Meuse. L'on voulut
aussi travaillet au Retranche-
ment derriere l'attaque de Saint
dicolas, mais les Soldats ne pu-
rent tenir au feu de canon & de
de Namur.
75
bombes que les Ennemis firent
sur eux, & il fallut attendre à la
nuit pout continuer ce travail.
L'on plaça dans les soûterrains du
Chasteau les Provisions de bou-
che qui y avoient esté menées.
La nuit du 22. au 23. Mr de
Reignac monta au Chasteau, &
Mr de Saint Laurent à la Ville.
Les ennemis ne firent pas grands
ouvrages à l'attaque de Jambe;
ils achevérent leurs Batteries &
placérent leur canon à celle de
la basse Meuse. Ils avancérent de
quelques toises à l'attaque de Saint
Nicolas, & dés le point du jour
ils firent un feu extraordinaire de
toutes leurs Batteries, ausquelles
ils avoient plus de soixante pieces
G ij
6 Journal du Siege
de canon, qui ne discontinuérent
point de tirer jusqu'à la nuit. Sur
le soir on s'apperçut que la face
de la demi-contregarde du demi-
Bastion de Saint Roch estoit ex-
trémement renveisée, & que la
bréche du Bastion de Saint Nico-
las estoit assez considerable. Les
Ennemis ouvrirent la Tranchée
à une quatriéme attaque, du costé
de Salzeine. Ils embrassérent la
creste de la hauteur qui plonge
dans l'Abbaye, dans laquelle il
y avoit une Garde de cent hom;
mes sous le commandement d'un
Capitaine de Dragons. L'on avoit
aussi redoublé la Gaide de la Ba-
lance, pour tascher d'empescher
que les Ennemis ne possentijet-
ter un Pont sur la Sambre à por-
de Namur.
tée de ce Poste ; l'on continua le
Retranchement de l'attaque de
Saint Nicolas, & celuy de la
Ville d'entre Sambre & Meuse.
La nuit du 23. au 24. Mrd'As-
feld monta au Chasteau & Mr de
Gramont à la Ville. Les Enne-
mis poussérent leur attaque de
Jambe, cinquante toises en des-
cendant la Meuse, afin de join-
dre celle de la basse Meuse, qu'ils
remontérent pour cet effet. A
l'attaque de Saint Nicolas, ils
poussérent des boyaux du costé
de la Redoute de Ballart, & le
long de la Meuſe, a pottée de
'avant chemin couvert Pendant
tout le jour, le feu de leur Artil-
lerie fut si continuel & si precipité,
G II
78 Fournal du Siege
qu'il ressembloit à celuy de la
mousqueterie. Il y avoit deux
bréches insultables, l'une à la face
de la demi-contregarde, & l'autre
à la branche du demi-Bastion
de Saint Roch. Ils ouvrirent une
Tranchée de l'autre coſté de la
Sambre, vis. a vis la Balance; leurs
Batteries du costé du Chasteau
ne firent qu'un feu tres-mediocre,
L'on continua dans la Place
le rravail du Retranchement der-
riere l'attaque, mais la pluye qui
avoit esté abondante rendoit cet
ouvrage difficile. Mrle Mareschal
resta avec les Soldats pour les y re-
tenir, car les Ennemis y jettérent
une si grande quantité de Bombes
qu'ils abandonnoient souvenr, &
de Namur. 79
Mr le Mareschal y fut enterré plu.
sieurs fois. Comme l'on croyoit
que les Ennemis attaqueroient
l'avant chemin couvert & la Re-
doute de Ballart, la nuit suivante
l'on fit tenir les Grenadiers & le
Piquet prest à matcher, & ME de
la Forest, Capitaine des Mineurs,
demeura à l'avant chemin cou-
vert pour faire jouer les fourneaux
qu'on y avoit faits.
La nuit du 24. au 25. Mt de
Bragelonne monta à la Ville, &
Mr de la Badie au Chasteau. Les
Ennemis prolongétent leurs Tran.
chées de Jambe & de la basse
Meuse, afin de joindre les deux
attaques. Ils poussérent celle de
Saint Nicolas à trente pas de l'an-
GiI
80
Journal du Siege
gle saillant de l'avant chemin
couvert, & s'estant logez à l'angle
du chemin couvert de la Redoute
de Ballart, ils firent trois fois la
descente du fossé, mais ils en fu-
rent toûjours chassez par la quan-
tité de grenades que le Chevalier
de Mons leur fit jetter, de sorte
qu'ils ne purent s'y loger.
Toute la journée leur Artille-
rie ne cessa de tirer par salves.
Les bréches de la demi contregarde
& du demi-Bastion de Saint
Roch, estoient pratiquables, &
l'on s'attendoit que la nuit ils fe-
roient une tentative pour insulter
les dehors de la Place, & qu'ils
prendroient la Redoute de Bal-
lart, ce qui obligea Mr le Ma-
de Namur. 81
reschal de redoubler la garde de
ces Postes.
Ub
La nuit du 25. au 26. Mr de
Saint Laurent monta de Briga-
dier au Chasteau, & Mr de la
Chaise; Colonel de Bugey, Mr
de Reignac Brigadier, à la Ville,
avec Mr de Sainte Hermine, Co-
lonel. Les Ennemis firent une
grande parallele le long de la Di-
gue de la Flaque d’eau, de l'avant
chemin couvert de l'attaque de
Saint Nicolas, appuyant leur gau-
che à la Meuse & la droite fort
prés de la Redoute de Ballart. Ils
attachérent le Mineur à l'angle
de l'épaule droite de cette Re-
doute, d'où ils assurérent une
communication à leurs Tran-
82. Fournal du Siege
chées, & comme l'on croyoit
qu'ils pourroient se loger sur l'a-
vant chemin couvert, l'on y mit
cent cinquante Dragons, ou
Grenadiers, sous les ordres de
Mr des Rozeaux, Lieutenant
Colonel de Quélus. L'on dispersa
huit, cens hommes, dans
tous les Postes de l'attaque aux
ordres de Mr Davejan, Lieutenant
de Roy. Mr le Comte d'e
Guiscard coucha à cette attaque,
disposant toutes choses pout y
faire une vigoureuse resistance.
Mrde Reignac voulut aller chas-
ser les Ennemis du fosse de la Re-
doute de Ballart pour enlever le
Mineur, mais comme l'on re-
connut qu'ils s'estoient emparez
d'une maison, prés de laquelle il
de Namur. 83
falloit passer, Mr le Comie de
Guiscard ne jugea pas à propos
qu'on l'entreprist. Il fit seulement
faire une petite sortie d'un Offi-
cier & de vingt Dragons, qui
chargérent les Troupes qui soûte-
noient les Travailleurs de la
Tranchée. Cela ſe paſsa par une
simple escarmouche. Les Enne-
mis joignirent en fin leurs attaques
de Jambe & de la basse Meuse, &
ils ne travaillérent presque point
dans les autres endroits. Pendant
le jour ils tirérent une prodigieuse
quantité de coups de canon. La
bréche de la demi-contregarde
estoit tout-à-fait pratiquable, &
on pouvoit monter facilement à
celle du demi-Bastion de Roch.
Ils avoient un peu endommagé
84 Fournal du Siege
le batardeau, qui la soûtient dans
le fossé de la seconde envelope de
la Ville. Mr de Megrigny trouva
un moyen pour mettre de l'eau
dans le fossé de la premiere, qui
estoit à sec, & fit aussi continuer
le retranchement derriere l'atta-
que. Le matin, il fit un grand
broüillard, à la faveur duquel,
les Ennemis attaquérent & pri-
rent la Redoute de Ballart; le
Chevalier de Mons y demeura
prisonnier de guerre.
.
La nuit du 26. au 17. Mr. de
Gramont monta de Brigadier au
Chasteau, avec Mr de Monbron
Colonel. Mr de Qiélus, Briga-
dier, qui jusque là avoit fait le
service de Commandant des Dra-
de Namur. 85
gons, voulut prendre jour de Bri-
gadier, & monta en cette qualité à
la Ville, avec Mrle Comte de No-
gent, Colonel. Les Ennemis per-
fectionnérent les ouvrages qu'ils
avoient commencez la nuit prece-
dente à l'attaque de S. Nicolas, &
poussant leur parallele jusqu'à la
Meuse, ils embrassérent la demi-
contregarde; àla gauchede laquelle
ils firent un crochet. Ils firent aussi
trois ou quatre Bateries à my-coste
de la Redoute de Ballart, pour
battre de revers les Troupes des
chemins couverts. Tout le jour
ils ne cesserent de tirer de toutes
leurs Batteries de cette attaque,
à laquelle ils avoient plus de qua-
tre-vingt pieces de canon. Il fal-
loit avoir autant de fermeté qu'en
86 Fournal du Siege
avoient les Troupes, pour y re-
sister. Environ à trois heures
aprés midy, Mr de Moulin-neuf
alla trouver Mr le Mareschal,
pour luy dire qu'il venoit de dé-
couvrir du Chasteau plus de dix
Bataillons des Ennemis, qui mar-
choient du costé de Saint Ni-
colas, & que tous leurs Camps
estoient sous leurs armes. Il arri-
va dans ce moment un Deserteur
Anglois, qui rapporta que tous
les Grenadiers de leur Armée
estoient commandez, avec un
renfort de dix mille hommes
Mr de Guiscard marcha en dili
gence aux deux Bastions de l'attaque,
pour y donner ses ordres.
Mr le Mareſchal monta à cheval,
& alla au Campde la Porte de Brude
Namur. 87
xelles, où il fit battre la generale.
Une partie des Troupes qui
estoient dans la Ville, en arrivant
à leur Drapeau, ſe préparérent à
prendre les armes. Une heure
aprés, on vit sortir de tous les
ravins qui tomboient aux Tranchées,
des colomnes d'Infanterie,
qui à mesure qu'elles arrivoient
se mettoient en bataille, & mal-
gré le feu du canon de la Redoute
de Saint Fiacre, qui les voyoit de
revers, & qui donnoit au travers
de leurs Bataillons, elles de meuré-
rent fermes. Aprés avoir fait leurs
dispositions, lesEnnemis partirent
en bon ordre, & avec la derniere
furie, pour attaquer l'avant che-
min couvert par cinq endroits.
Lon en retira les Troupes, car
88 Fournal du Siege
n'y ayan point de communica-
tion pour les rafraischir, on ne
pouvoit pas s'y maintenir. On lais-
sa seulemeni vingt hommes dans
les angles qui attendirent les En-
nemis aussi fiérement que s'ils
avoient esté bien soutenus. Les
Assiegeanss avancérent jusqu'à la
palissade, & dans ce moment on
fit jouer trois Fourneaux, qui leur
firent sauter beaucoup de mon-
de, ce qui les mit dans un grand
desordre. Ils retournérent à la
charge, & se precipitérent dans
l'avant chemin-couvert. Mr Da-
vejan qui deffendoit le chemin
couvert, avoit si bien posté ses
Troupes qu'il foutint leur premie-
re ardeur, & les chassa de l'avant
chemin couvert, pat un grand
de Namur. 89
seu. En mesme temps, les Enne-
mis coulérent le long de la Meu-
se, où l'on ne pouvoit rien leur
opposer. Ils donnérent un assaut à
la demi contregarde, à la bréche
de laquelle on pouvoit monter à
cheval. Mr de Martinet qui la
deffendoit avec cent Dragons
les reçut si vigoureusement, qu'il
les repoussa avec une tres grande
perte, & comme ils avoient coulé
le long de la face gauche; ils vou-
lurent par cet endroit entrer dans
le chemin couvert, mais ils fu-
rent aussi repoussez par Mr le
Comte de Resnel, & par Mrlle
Chevalier de Quélus, Capitaines
de Dragons. Un Bataillon des
Gardes du Prince d'Orange al-
taqua la Place d'armes du chemin
H
90 Fournal du Siege
couvert à la gauche du Bastion de
Saint Nicolas, & pour y venir ils
passérent dans la flaque d'eau, en
ayant jusqu'à la ceinture. Les Grenadiers
du Regiment de Piémont
conservérent ce Poste quel-
que temps avec beaucoup de va-
leur, mais ils auroient esté em-
portez, si on ne les eust pas fait
soûtenir. Au moment de l'action,
Mr le Mareschal ordonna à Mr le
Comte de Quélus, Brigadier de
jour, de marcher avec quelques
Compagnies de Grenadiers &
de Dragons, pour soutenir les
Troupes du chemin couvert. Il
arriva a propos à cette Place d'ar-
mes, puis qu'il repoussa le Batail-
lon des Gardes du Prince d'O-
range, avec une perte considera-
de Namur. 91
ble; il fut blessé en ce meſme lieu
Mr le Mareſchal en voya auſsi toſt
Mr de Reignac avec cinq cens
hommes pour soûtenir ce chemin
couvert, & ordonna à Mr de
Saint Laurent de le suivre avec
sa Brigade. Celle de Mr de Rei-
gnac fut postée dans la seconde
envelope de la Place. Mr de Saint
te Hermine occupa avec son Re-
giment de Dragons le Bastion de
Jean-Petit, à la gauche de celuy
de Saint Nicolas. Les Ennemis
envoyérent de nouvelles Trou-
pes pour faire une seconde atta-
que, une partie de celles qui
avoient donné la premiere fois,
ayant esté défaites. L'on rafraichit
aussi celles de la Place. M.
Daucourt, Capitaine de Greno-
Hij
92 Fournal du Siege
diers de Maulevrier, & le Capitaine
des Grenadiers de Solre
marchérent à la bréche de la de-
mi-contregarde. Mr de Villars,
Lieutenant Colonel de la Marre,
qui commandoit dans la demi-
lune de l'attaque, envoya Mr du
Paget, Capitaine des Grenadiers
de Nice, au Poste de Mrle Comte
de Resnel, & Mr de Reignac
qui avoit passe à celuy de Mr de
Quélus, mit des renforts de nou-
velles Troupes dans tout le chemin
couvert, Les Ennemis char-
gérent encore avec la mesme im-
petuosité, & aprés un combat
tres-opiniastre, & qui dura prés
de trois quarts d'heure, ils fu-
rent encore repoussez, laissant
le glacis couvert de morts. Mr
81
de Namur.
de la Forest, Capitaine des Mi-
neurs de la Place, fut blessé à
mort: Mr de la Fey Capitaine au
Regiment du Roy, fut aussi bles-
sé, & Mr de Suzy, Capitaine
dans le Regiment de Sainte Hermine,
y fut tué avec Mr de Magny,
Major du Regiment de
Quélus. Le canon de la Place &
de la Redoute de S. Fiacre tira
avec tant de promptitude & de
succés, que si les Ennemis n'a-
voient pas eu la précaution de faire
enivrer d'eau de vie toutes les
troupes destinées pour l'attaque,
il ny en auroit eu aucune, qui
eust pû soutenir de sang froid, la
boucherie que l'on en fai soit. Mr
le Mareschal donnoit des ordres
pour faire passer dans tous les po-
94 fournal du Siege
stes les munitions qui y estoient
necessaires, & il s'exposoit à
cheval dans le chemin couvert,
faisant avancer les troupes à me-
sure qu'il estoit besoin de les re-
nouveller. Les Ennemis firent
poster un Bataillon sur des mon-
ticules à la gauché de la redoute
de Ballart: il se fit un tres- grand
feu sur les troupes du chemin cou-
vert, ce qui les incommoda beau-
coup. Elles estoient tres-fatiguées,
y ayant trois heures que l'action
avoit commencé, & une partie
des armes estoient crevées par le
grand feu qu'on avoit fait. On ne
laiſſa pas de ſe préparer à soutenir
un troisiéme assaut, car les
Ennemis ayant fait venir de nou-
veaux bataillons, revinrent à la
9
de Namur.
charge avec la mesme ardeur. Mr
le Comte de Guiscard envoya le
Regiment de Dragons de Gramont,
commandé par Mr le
Comte de Beaujeu, pour deffendre
la breche de la demi-contregarde.
Mr Davejan fit de nou-
velles dispositions, & Mr de Rei-
gnac fit avancer quelques déta-
chemens de la Brigade de Saint
Laurent pour le soutenir. Les en-
nemis entrerent encore dans l'a-
vant chemin couvert, d'où ils
furent chassez par le grand feu
que Mr Davejan continua de fai-
re, mais ils se logerent sur l'angle
saillant. Mr le Comte de Resnel
les répoussa aussi, & comme ils
monterent jusques au haut de la
breche de la demi-contregarde,
96
Fournal du Siege
Mr le Comte de Beaujeu y fit
une resistance tres grande; il les
rechassa une troisième fois; & ils
se contenterent d'establir un lo-
gement au bas de la breche. A la
gauche du chemin couvert, ils se
présenterent dans un plus gios
corps, & ayant passé par la flaque
d'eau ils y entrerent une seconde
fois. M. de Reignac leur opposa
un détachement de Dragons com-
mandé par Mr le Chevalier de
Pezeu, qui aprés en avoir tué un
nombre considerable les en chassa
l'épée à la main, & les obligea de
se retirer, en sorte qu'il demeura
maistre du chemin couvert. Il
estoit neuf heures du soir que les
choses estoient dans cette situa-
tion. Le tas des moris faisoit un
triste-
de Namur. 97
triste spectacle, & on ne pouvoit
s'empescher d'estre touché des cris
des mourans. Demie heure avant
la troisiéme attaque qui se fit sur
les six heures, Mr de Moulinneuf
envoya avertir Mr le Mareschal
que l'on voyoit approcher du coſté
du Chasteau une Colonne de
Cavalerie, & une d'Infanterie,
qui marchoient pour jetter des
ponts à Salzcine & à la Balance.
afin de passer la Sambre. Mr le
Mareschal s'y rendit dans le mo-
ment, & trouva que les ennemis
s'estoient emparez de la maison
de la Balance, & qu'ils y avoient
déja dressé un pont. Ils coulerent
ensuite le long de la Sambre pour
s'emparer aussi de l'Abbaye de
Salzeine. Il envoya ordre au Che-
98 Fournal du Siege
valier des Rivieres, qui y com-
mandoit un détachement, de se
retirer, ce qu'il fit en tres-bon or-
dre. Les Ennemis firent passer
plusieurs Bataillons, & voulurent
forcer certains postes que l'on oc-
cupoit à my-coste du retranche-
ment du vieux mur. Mr le Mareschal
fit marcher à eux Mr des
Aides à la teste de deux Troupes
de Dragons à cheval du Regiment
d'Asfeld; & comme il abordoit les
Ennemis, ils se jetterent dans des
hayes entre la Balance & Salzeine.
Mr le Mareschal envoya Mr
de Moulinneuf pour faire retirer
Mr des Aides, qui avoit esté bles-
sé. On auroit pû disputer le pas-
sage de la Sambre aux Ennemis;
mais les Troupes estoient si fati-
de Namur. 99
guées que s'il leur estoit arrivéun
échec, l'on n'auroit pas esté en
estat de deffendre le Chasteau;
cependant Mr le Mareschal ne
laiſsa pas de faire avancer des Ba-
taillons pour contenir les Enne-
mis, demeurant prés d'eux, où il
essuya un feu de leur artillerie qui
ne se peut dire. L'on ne put le
faire retirer qu'à la nuit; le Mar-
quis de Monguion, l'un de ses Ai-
des de Camp, fut tué auprés de
luy d'un coup de canon. Il coucha
au retranchement & ne se retira
que le lendemain, aprés avoir vû
que les Ennemis s'estoient seule-
ment contentez d'occuper les pos-
tes de Salzeine & de la Balance,
& d'avoir fait quelques retranche
mens pour assurer la teste de leur
Pont. Iij
100 Journal du Siege
La nuit du 27. au 28. Mr de
Bragelonne, Brigadier, monta
au Chasteau avec Mr de la Chaise,
Colonel. Mr d'Asfeld aussi Briga-
diet monta à la Ville avec Mrde la
Marre, Colonel. Mr Dantrague
qui avoit pris la place de Mr de
Bragelonne pour faire la Charge
de Major General, releva les pos-
tes. On prit un Estat des Officiers
& Soldats quion avoit perdus pen-
dant la journée aux attaques du
chemin couvert, & on trouva qu'-
il y avoit treize Officiers & envi-
ron deux cens Dragons ou Soldats
tuez ou bleſsez. Une partie du
jour il parut que le feu de l'Artil-
lerie des Ennemis s'estoit un peu
rallenty. Ils firent une baterie de
Canon de l'autre costé de la Meu-
101
de Namur.
ſe; elle tira sur le Pont de Sambre,
ce qui incommoda beaucoup la
communication de la Ville au Cha-
ſteau, où l'on songeoit à faire ſa
retraite, parce que la breche du
demy-Bastion de saint Roch estoit
parfaitement accessible, & l'on
prévoyoit que si les Ennemis l'at-
taquoient avec vigueur, ils pou-
roient s'y loger. Cependant on a
vû dans la suite que le bon accueil
qu'on leur avoit fait dans la derniere
action, leur faisoit prendre
de grandes précautions pour s'ap-
procher. Environ à deux heures
aprés midy, leur Artillerie tira a-
vec plus de violence sur l'attaque
saint Nicolas, & autant qu'on le
pouvoit distinguer, il y avoit cent
cinq pieces de Canon, & trente-
I1I
102 Journal du Siege
sept Mortiers. Mr le Comte de
Lomont qui demeura toujours à
cette attaque, faisoit travailler a.
vec la derniere diligence à faire
des tetranchemens derriere la bre-
che du demy-Bastion de S. Roch,
& Mr Davejan faisoit aussi travail.
ler dans le chemin couvert à re-
mettre des palissades, dans les endroits
où elles estoient emportées
du Canon. Mrs de Megrigny &
Filley abandonnerent l'ouvrage
de la Digue qu'ils avoient faite
pour faire remonter les eaux de la
Sambre, leur dessein estant deve-
nu inutile, aussi bien que le travail
du retranchement derriere l'atta-
que Saint Nicolas, ne jugeant pas
qu'ils pussent avoir le temps de le
mettre en estat de servir, attendu-
103
de Namur.
qu'on n’y pouvoit travailler que la
nuit. Ils s'attacherent à faire des
traverses & des épaulemens, & à
plusieurs autres ouvrages neces-
faires.
La nuit du 28. au 29. Mr de
Reignac, Brigadier, monta au
Chasteau avec Mr le Marquis de
Quélus, Colonel du Regiment de
Dragons de Languedoc. Mr de
Saint Laurent monta à la Ville
avec Mr de la Marre, Colonel.
Les Ennemis firent un logement
au dessus du bastardeau, contre la
demi-contregarde, & le demi-ba-
stion de Saint Roch. Ils attache.
rent le Mincur à ce bastardeau.
Pendant le jour leur Artillerie a-
cheva de bouleverser ce demy.
Liiij.
104 Fournal du Siege
bastion, & commença à tirer sur
la tour de Meuse, à l'angle de la
derniere envelope, marquant par
là qu'ils vouloient se mettre en
estat d'entrer dans la Ville, en cas
qu un assaut leer pust réussir. Ce
qui faisoit tirer cette conjecture,
c'est que la baterie qu'ils avoient
establie pour battre le Pont de
Sambre, n'estoit que pour couper
la communication de la Ville au
Chasteau, afin que les troupes de
la Ville ne s’y pussent retirer. Pour
prévenir cet accident, Mrle Mareschal
fit faire un pont de batteaux,
au dessus de l'Ecluse, & fit
rompre deux arches de celuy de
pierre, afin que les Ennemis ne
sen pussent servir, dans le des-
sein qu'il avoit de deffendre parde
Namur. 105
ticulierement la partie de la Ville,
d'entre Sambre & Meuse, laquelle
pour cet effet il avoit fait re-
trancher en rasant les maisons qui
regnoient le long de la Sambre.
Les Ennemis establirent à la Ba-
lance une batterie de six pieces de
Canon pour couvrir le pont qu'ils
avoient jetté sur cette rivière, &
ils travaillerent le jour à en faire
une autre de seize pieces, au front
du retranchement du vieux mur,
à laquelle ils placerent du Canon
qui commença à tirer. Mr de Rei-
gnac persuadé qu'ils avoient dessein
d'atiaquer le retranchement,
disposa ses troupes pour le deffen-
dre, & envoya ordre au Regiment
de Dragons d'Asfeld, de monter
à cheval, & aux huit Bitaillons
106 Fournal du Siege
qui estoient campez à la Cassotte,
de se tenir prests à prendre les armes.
Les Ennemis avoient fait
paroistre trois ou quatre mille
hommes au bas de la Meuse, qui
se retirerent quelque temps aprés.
Le reſte de la journée ſe paſſa à ſe
tirer beaucoup de Canon de part
& d'autre.
La nuit du 29. au 30. Mr d'As-
feld, Brigadier, monta au Cha-
steau avec Mr de Barreaux, & Mr
de Gramont, Btigadier, monta à
la Ville avec Mr de Sainte Hermi-
ne, Colonel. Avant la nuit on
s'estoit apperçû d'un grand mou-
vement dans l'Armée des Enne-
mis Deux Soldats Anglois qui se
rendirent à la Ville, assurerent
de Namur. 107
qu'outre les garde: ordinaires des
tranchées, qui estoient de sept
mille hommes, on avoit encore
commandé trois mille Grenadiers
& six hommes par Compagnie de
toute leur Armée, ce qui faisoit
un corps considerable, que le bruit
estoit dans leur Camp, que le Prin-
ce d'Orange avoit intention de
faire attaquer le retranchement
du vieux mur, & en mesme temps
de faire donner un aussaut à la Vil-
le. A l'entrée de la nuit un Espion
raporta la meſme choſe à Mr le
Mareschal, ajoûtant qu'il y avoit
plus de deux mille eschelles de
dix. huit pieds de longueur à la te-
ste de leurs Camps. Mr le Mareschal
fit prendre les armes à toute
la Garnison, & donna ordre de-
108 Fournal du Siege
faire avancer les Troupes à portée
des endroits où elles devoient
combattre. Mr le Comte de
Guiscard le fit prier de luy en-
voyer Mr de Reignac pour le se-
conder dans la deffense des breches.
Mr de Reignac y alla avec
huit Compagnies de Grenadiers,
& deux Bataillons de sa Brigade.
Toutes les Troupes furent distri-
buées de manière qu'elles ne pouvoient
s'incommoder, & que cha-
quedétachement pouvoit agir sans
confusion. La nuit se passa dans
un grand silence à la Porte Saint
Nicolas, ce qui faisoit croire que
les Ennemis se préparoient à don-
ner un assaut, & l'on pouvoit
monter à cheval aux breches du
demy bastion de Saint Roch. Mr
de Namur. 109
le Marquis de Gramont occupoit
une partie du chemin couvert
pour soutenir Mr Davejan, mais il
ne ſe paſſa aucune action du coſté
de la Ville. Les Ennemis firent
sauter la Dame qui soutenoit l'eau
du fossé de la Ville. Cela en fit
écouler trois pieds. Ils avoient
donné leur attention au retranchement
du vieux mur, & ilgl'ar-
taquerent au petit point du jour,
lors que l'on ne s'y attendoit plus.
Ils firent passer quatre mille hom-
mes d'Infanterie sur le pont de la
Balance, soutenus par deux mille
chevaux, & coulerent le long de
la Meuse pareil nombre d'Infante.
rie. En mesme temps ils se pré-
senterent aux deux gorges du re-
tranchement, sans attaquer le
110
Journal du Siege
front. Mr d'Asfeld qui avoit pré-
veu leurs dispositions, & qui avoit
un ordre particulier de Mr le Ma-
reſchal de ne rien opiniaſtrer à la
deffense de ce poste, aprés avoir
fait essuyer toutes ses décharges
aux Ennemis, se retira en fort
bon ordre dans le chemin couvert
de la Cassote, qu'il fit border par
ses Troupes. Les Ennemis enflez
du peu de resistance qu'on leur
avoit faite, marcherent avec une
grande audace aux chemins cou-
verts du Fort Guillaume, & de
la Cassotte, dans lesquels les
Troupes estoient campées. En
arrivant à la palissade ils jetté-
rent plus de deux mille Grena-
des, & firent un feu extraordi-
naire pendant plus d'une demide
Namur. 11I
heure. Mr le Mareschal s'y estant
rendu, trouva les Troupes sous les
armes. Mr d'Asfeld soutenoit le
costé de la Cassotte, & Mr de
Moulin neuf avoit fait avancer
Mrs de la Badie & de Bragelonne
à la droite du Fort Guillaume.
Mr le Mareschal prit les Regi
mens de Dragons du Dauphin,
Languedoc, Barreaux, & Gange,
& ayant fait ouvrir les barrieres
du chemin couvert de la Cassotte,
il marcha aux Ennemis, & aprés
avoir essuyé un tres-grand feu a la
portêe du pistolet, il les fit charger
l'épée à la main. L'on ne scauroit
dire jusqu où alla la valeur des Dra-
gons; ils culbutérent les Bataillons
des Ennemis, & les obligerent
de se retirer jusqu au Retranche112
Journal du Siege
ment qu'on leur avoit abandon-
né, & ensnite ils rentterent dans
le chemin couvert. Dés ce mesme
moment les Ennemis ouvrirent
la Tranchée, laquelle ils ne pousserent
pas bien loin, parce que
Mr de Moulinneuf fit faire un si
grand feu de canon & de mous.
queterie, qu'ils furent obligez de
faire des épaulemens pour leur
seuretè. Toute la journée ils ti-
rerent sur l'attaque de Saint Ni-
colas. Comme la Ville pouvoit
estre emportée d'assaut, & que
l'on ne comptoit que sur la fer-
meté des Troupes, Mr le Comte
de Lomont se presentoit aux bréches
dés qu'il y avoit apparence
que l'on voulust faire quelque
tentative, ayant avec luy Mrs de
de Namui. 113
la Bussiere, de Coufoulin, Conche,
& Vaudragon Mr de Reignac
demeura au Bastion de Saint
Nicolas, avec les Troupes dont
il a eſté parlé: il ne ſe paſſa rien à
cette attaque pendant ce jour.
La nuit du 30. au 31. Mr de
la Badie, Brigadier, monta au
Chasteau, avec Mr de Monbron,
Colonel, & Mr de Saint Laurent,
Brigadier à la Ville, avec Mr de
Marre, Colonel. On estoit toû-
jours dans l'attente que les Ennemis
donneroient un assaut aux
bréches du Bastion de Saint Roch
& de la Tour de Meuse. Il n'y
avoit aucun flanc ny deffense qui
les pust proteger. De cette ma-
niere, ils auroient laissé tous les
K
114 Fournal du Siege
dehors sans les attaquer, car outre
qu'ils pouvoient couler le long
de la Meuse pour aller aux bré-
ches, ils pouvoient encore passer
la Riviere, qui estoit si basse
qu'en certains endroits vis-à-vis
l'attaque, il n'y avoit de l'eau que
jusqu'aux genoux; il parut que
toutes leurs Troupes estoient en
mouvement. Mr le Mareschal
donna ses ordres, afin que celles
de la Place fussent bien disposées
à les recevoir. Mr le Comte de
Guiscard demeura à cette atta-
que avec Mrs de Lomont & de
Reignac. Du coſté du Ghaſteau
on croyoit que Mr de Baviere y
feroit une diversion, mais les
Ennemis ne firent aucune entre-
prise. Ils poussérent un logement
de Namur. 131
de la demi-contregarde, le long
du chemin couvert, où ils allé-
rent à la sappe jusqu'à la cinquié-
me traverse, sans que le feu qu'on
faisoit, les en pust empescher, ce
qui obligea Mr Davejan de se
retirer dans la Place d'armes, de
laquelle on ne le put chasser.
Tout le jour les Ennemis firent
un feu qui rasa presque tous les
ouvrages de l'attaque; ainsi les
Troupes ne pouvoient s'y tenir,
tant le peril estoit grand.
La nuit du dernier de Juillet au
premier d'Aoust, les Troupes de
la Ville & du Chaſteau ne pû-
rent plus rouler ensemble pour
faire le service, de sorte qu'il
domeura trois Brigadiers au Cha--
Kij115
Fournal du Siege
steau. Ce furent Mrs d'Asfeld,
la Badie & Bragelonne. Mrs de
Saint Laurent, Gramont & Reignac
demeurérent à la Ville, où
ils estoient toûjours en mouve-
ment; en sortant d'un Poste, ils
alloient dans un autre. Mr de
Gramont monta à l'attaque, Mr
de Saint Laurent au chemin cou-
vert, & Mr de Reignac resta à
la teste des Troupes qui n'estoient
pas postées, afin de se porter dans
les endroits où un Corps de reserve
seroit necessaire. Les En-
nemis rapprochérent trois Batte-
ries, & en firent deux nouvelles
le long de la Meuse, pour battre
la courtine qui regne depuis la
Tour de Meuse jusqu'à la Porte
de Graver. Ils continuérent leur
de Namur. 117
sappe pour embrasser le chemin
couvert, d'où Mr Davejan fir
faire un si grand feu de mousque-
terie, qu'il les empescha d'appro-
cher de la Place d'armes, Du
costé du Chasteau ils poussérent
un petit boyau du milieu de leur
logement de la creste de la Cassotte,
tirant vers le chemin cou-
vert. A la pointe du jour leur Ar-
tillerie commença à tirer. La
précipitation des salves conti-
nuelles qui durérent jusqu'à la
nuit, obligea les Bourgeois de se
cacher dans leurs caves, croyant
estre à leur derniere heure, tant
le bruit estoit épouvantable. Il y
avoit plus de six vingt pieces de
gros canon en batterie, avec
quarante mortiers. L'on travailla
118 Fournal du Siege
avec beaucoup de soin à s'enfon-
cer dans les logemens, à épaissir
les parapets, & à faite des épau-
lemens. Mr le Mareschal pour
rassurer les Troupes, se portoit
dans tous les endroits les plus
perilleux, où il fut plusieurs fors
enterré par l'effet des Bombes &
des boulets. Mr le Comte de
Guiscard estoit presque toûjours
à l'attaque, où plus de quarante
hommes furent tuez ou blessez.
Mr le Comte de Lomont le secondoit
avec une fermeté digne
de luy. Mr de Megrigny fit miner
la Tour de Meuse, & continua à
saire re parer le desordre que l'Ar-
tillerie des Ennemis pouvoit fai-
re., Environ onze heures du ma-
tin, Mr de Bavicre fit sortir de
de Namur 119
la Tranchée du Chaſteau un
Trompette qui fit un appel. Mrde
Moulin neuf envoya sçavoir ce
qu'il desiroit. Il dit que Mr de
Baviere demandoit une suspen-
sion d'armes pour retirer de part
& d'autre les morts & les blessez
qui estoient demeurez à l'attaque
du vieux mur Mr de Moulin neuf
le fit sçavoir à Mr le Mareschal,
qui répondit qu'il n'avoit point
de connoissance qu'on eust attaqué
ce Rrtranchement; que
n'ayant pas jugé à propos de le
garder, il avoit envoyé ordre à
ses Troupes de se retirer; que si
Mr de Baviere en le faisant occu-
per avoit perdu de ses Soldats par
le feu des chemins couverts de la-
Cassotte & du Eort Guillaume, il
120 Fournal du Siege
vouloit bien que Mr de Moulin-
neuf luy renvoyast ses morts &
ses blessez qui pouvoient estre de-
meurez sur les glacis.; qu'il n'e-
stoit pas necessaite que cela fust
reciproque, parce qu'il n'y en
avoit aucun des siens. Cela fut
executé par Mr de Moulinneuf,
qui fit rassembler environ cent
soixante & huit corps morts, &
quelques blessez que l'on porta
dans leurs Tranchées, ayant eu
l'honnesteté de ne les pas dépouil.
ler. Les Ennemis firent sur cela
beaucoup de civilité, & un mo-
ment aprés les signaux ayant esté
donnez, l'on recommença à tirer
de part & d'autre.
La nuit du premier au 2. Aoust
Mr
de Namur. 121
Mr de Reignac monta à l'attaque
Saint Nicolas, Mr de Gramont,
au chemin couvert, & Mr de
Saint Laurent, à la teste des
Troupes de la Ville. Au Chasteau,
Mr d'Asfeld demeura aux
chemins couverts, & Mr de la
Badie, au fort Guillaume. Mr de
Bragelonne estant malade, fut
quelques jours sans fonction. Mr
de Millancourt, Lieutenant de
Roy du Chaſteau, entra dans le
commandement qu'il devoit a-
voir pour la deffense du chemin
couvert. Les Ennemis ne firent
que tres-peu de chose à l'attaque
de ce Chaſteau, mais à celle de
la Ville ils firent un chemin le
long de la demi-contregarde du
L
122 Fournal du Siege
costé de la Meuse, pour se faire un
accés libre & pou voir couler leurs
troupes, afin que donnant un as-
saut au demy-Bastion de Saint
Roch, ils pussent en mesme
temps monter aux breches de la
Courtine & de la Tour de Meuse.
Mr le Comte de Guiscard fit sa
disposition ordinaire pour la def-
fense des breches. Les Ennemis
commencerent dés le point du
jour à battre cette Courtine, &
avant le soir un Bataillon y auroit
pû monter de front. Il y a-
voit aussi une breche moins gran-
de, mais fort accessible à une
Tour prés de celle de Graver.
Leurs autres batteries tirerent
continuellement sur celles de la
de Namur. 123
Tour de Meuse, & du demy
Bastion de Saint Roch. Une batterie
particuliere battit en breche
la face gauche du Bastion de Saint
Nicolas, & rasoit toutes les pa-
lissades du chemin couvert. Cela
fit juger que l'on avoit envie de
l'attaquer. Mr le Mareschal qui
estoit attentif sur les mouvemens
que les Ennemis pouvoient faire,
connut qu'ils avoient intention
de donner un assaut pendant le
jour. Il alla donner ses ordres a
Mr de Guiscard, & visita luy-
mesme tous les postes, conviant
chacun d’y bien faire son de voir.
Il n'avoit presque pas finy, lors
qu'il fut averty que l'on voyoit du
Chasteau une Colomne d'Infan-
terie qui descendoit par le Ravin
L1)
124 fournal du Siege
derriere Bouge, & peu de temps
aprés l'on vit les Ennemis sortir
de leurs tranchées qui se met-
toient en bataille. Deux Batail-
lons marcherent a la droite de la
place d'Armes du chemin cou-
vert, sur lequel ils commence-
rent l'attaque. M. de Givry, Ca-
pitaine de Dragons au Regiment
du Roy, & Mr du Plessac, Ca-
pitaine au Regiment de Quélus,
qui estoient dans cette Place
d'Armes avec soixante & dix
Dragons, les receurent avec tou-
te la valeur possible, & firent
un grand carnage des Ennemis.
Deux autres Bataillons attaque-
rent un Angle où estoit MrDa-
vejan qui y fit une forte resistan-
ce, ayant avec luy cinquante
de Namur 125
Dragons & le Capitaine des Grenadiers
du Regiment de Hai-
nault. Les Ennemis furent enco-
re repouſsez, & aprés s'estre re-
tirez, ils revinrent avec de nou-
velles Troupes. L'on avoit aussi
fortifié celles du chemin convert;
en sorte que la seconde charge
fut aussi vive que la premiere, &
fut deffenduë de mesme. Cepen-
dant les Ennemis y entrerent, &
pousserent la Troupe de Mr de
Givry jusques à une traverse, à
laquelle il fit ferme, & en estant
sorty l'épée à la main avec Mr
Davejan qui s'y estoit avancé,
tout ce qui estoit entré dans le
chemin couvert fut tué, & ceux
qui estoient sur le glacis se retire-
rent, l'artillerie de la Redoute de
L'iij
126 Fournal du Siege
Saint Fiacre leur ayant deffait
beaucoup de gens, aussi bien
que la mousquererie de la demi-
Lune de Saint Nicolas, à laquel-
le ils voulurent aussi donner un
assaut, mais ils ne sy opiniâtre-
rent pas. Leur grande attention
estoit de montrer au demy-Bas-
tion de Saint Roch, afin de fe
se rendre maistres de la-Place. Ils
commencerent cette attaque en
mesme temps que celle du che-
min couvert, ils coulerent par
le chemin qu'ils avoient fait le
long du bastardeau, & monte-
rent par la branche & par la fa-
ce du demy-Bastion dont les bré-
ches estoient jointes. Mis de Con-
che & de Vaudragon, Capitaines
de Grenadiers au Regiment Dau-
de Namur. 127
phin, ſe présenterent pour les recevoir,
soûtenus par Mr de Martinet,
Lieutenant Colonel du
Regiment du Roy avec cent
Dragons, où estoient Mrs d'Or-
nasne & le Chevalier de Lon-
gueval. Les Ennemis furent vive-
ment repoussez, & l'action dura
deux heures. Ils faisoient mon-
ter de moment à autre, denouvelles
troupes, & à la fin comme
ils commençoient à se loger au
milieu de la bréche, les Grenadiers
du Dauphin avec des Dra-
gons, à la teste desquels estoient
Mr de Lomont & Mrde Rogon,
Major de la Place, monterent sur
le parapet & ramenerent les En-
nemis jusques au bas de la bréche
au pied de laquelle on ne put les
Liii
128 Fournal du Siege
empescher d'establir un loge-
ment. L'action qui avoit com-
mencé à cinq heures du soir, ne
finit qu'a neuf. Jamais Troupes
ne firent si bien que celles du
Roy. L'on ne perdit pas beau-
coup de Dragons ni de Soldats,
mais l'on fit une tres-considera-
ble perte par la mort du Cheva-
lier de Longueval, de Mrs du
Plessac, Vaudragon & de plusieurs
Officiers. Mr Davejan,
Lieutenant de Roy, fut blessé,
& mourut de ses blessures quel-
ques jours aprés, Mr le Mareschal
fut tres content du succez de cer-
te action; à laquelle il avoit la
meilleure part, menant luy mes-
me de nouvelles Troupes dans
les endroits où il estoit besoin
de Namur. 129
de les rafraischir, conservant
son sang froid ordinaire, & sa
mesme tranquilité, au milieu des
coups de mousquet qu'il essuyoit
de fort prés.
Le soir du 2. les Brigadiers du
Chasteaud meurerent dans leurs
mesmes Postes, & on ne fit que
tres-peu de chose à l'attaque de la
Cassotte, ceux de la Ville estant
montez plutost qu'à l'ordinaire.
Mr de Gramont qui avoit relevé
à l'attaque, se trouva à l'action
où il se distingua beaucoup. Mr
de Saint Laurent monta au che-
min couvert, & fut à une partie
du choc. Il prit le poste de Mr
Davejan aprés qu'il eut esté bles.
sé. Mr de Reignac demeura à la
130
Fournal du Sirg.
teste des Troupes, & se porta
dans les endroits où sa presence
estoit necessaire, afin d'y faire
executer les ordres de Mrle Ma-
reschal. Pendant la nuit, les En-
nemis travaillérent à assurer le
logement qu'ils avoient fait au
bas de la bréche, & perfectionnérent
un petit ouvrage sur la
Place d'armes du chemin cou-
vert, qui est tout l'avantage
qu'ils avoient tiré de leur atta-
que.
Le 3. dés le point du jour, tou-
tes leurs Batteries commencérent
à titer, & avant huit heures du
matin les bréches estoient dans
un estat qu'on y auroit pu mon-
ter à cheval. Mr le Mareschal-
de Namur. 131
comptoit de soutenir encore un
assaut, mais sur les dix heures
Mr le Comte de Guiscard l'avertit
que l'on voyoit défiler beau-
coup de Troupes qui entroient
dans les Tranchées, & qu'il ne
doutoit point qu'ils ne voulussent
donner un autre assaut. On en-
voya cherchet Mr de Mégrigny
qui venoit de visiter les bréches
& il rapporta qu'elles estoient
dans un tres-mauvais estat. Mr
le Mareschal demanda leurs avis
& à Mrs les Brigadiers, ne pou-
vant se déterminer à prendre le
party de rendre la Ville. Mr le
Comte de Guiscard ayant dit
qu'elle n'estoit pas soutenable, &
qu'il n'y avoit pas un moment à
perdre pour battre la chamade.
132 Journal du Siege
Mr le Mareschal y consentit, &
ordonna à Mr de Reignac & à
Mr de Fûmeron de dresser les
articles de la Capitulation, &
cependant Mrle Comte de Guis-
card envoya Mr le Comte de No-
gent & Mr de Villefort, en osta-
ge, & ensuite les articles furent
portez par Mr du Gast, qui rentra
dans la Ville a onze heures
du soir, avec Mr le Comte
de Brouay, pour regler toutes
choses.
Le 4. tout le matin se passa
en discussions sur quelques arti-
cles. Mr le Mareschal ne vouloit
se relascher en rien sur ce qui
avoit esté proposé par Mrs de
Reignac & de Fumeron; mais
de Namur. 133
Mr de Guiscard pour qui il avoit
beaucoup d'égards, le persuada
de consentir au Traité qu'il avoit
fait avec Mr le Comte de Brouay.
Mr le Mareschal l'en laissa le
maistre, & Mr de Guiscard signa
la Capitulation qui s'ensuit.
Fermer
228
p. 133-152
ARTICLES DE LA CAPITULATION.
Début :
I. Que la Religion Catholique, Apostolique & Romaine sera seule [...]
Mots clefs :
Accordé, Ville, Namur, Siège de Namur, Bourgeois, Troupes, Sûreté, Dinant, Passeports, Blessés, Alliés, Château, Capitulation, François, Prétexte, Officiers, Malades, Bateaux, Signature, Garnison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLES DE LA CAPITULATION.
ARTICLES
DE
LA CAPITULATION.
I.
Ue la Religion Ca-
tholique, Apostoli
134 Fournal du Siege
que & Romaine sera seule
maintenuë & conservée
dans la Ville de Namur,
sans que d'autres y puissent
estre exercées.
Accorde.
II.
Que tous les privileges,
franchises, usages & Cou-
tumes, tant generales que
particulieres, dont les Ec-
clesiastiques, Nobles, Bour-
geois, & autres Habitans
de ladite Ville ont jouy,
leur seront maintenus, &
que chacun d'eux rentrera
de Namur.
133
en la possession & jouissan-
ce de leurs biens confis-
quez.
Accordé.
III.
Que tous les Bourgeois
& autres Habitans, tant de
de ladite Ville, que François,
& autres, de l'un &
de l’autre Sexe, de quelque
qualité & condition qu'ils
soient, pourront continuer
d'y demeurer, ou en sortiront
dans trois mois aveg
leur Famille & effets, pour
se retirer ou bon leur sem-
136 Fournal du Siege
blera, sans qu'il leur soit
fait aucun tort, soit
qu'ils ayent esté dans le
commerce, ou fait d'au-
tres emplois, tels qu'ils
puissent estre; auquel effet
il leur sera accordé gratis
les Sauvegardes & Passeports
dont ils auront be-
soin.
Accordé.
IV.
Qu'aucun desdits Bour-
geois, & autres, de telle
Nation qu'ils puissent être,
ne pourra estre recherché
de Namur. 137
ny molesté, sous prétexte
des Emplois dont ils auront
esté chargez pour le service
du Roy, & qu'il leur sera
accordé une amnistie gene-
rale, aussi bien qu'aux Déserteurs.
Accordé, à la reserve des
Déserteurs.
IV.
Que l'on ne pourra re-
prendre les Bestiaux qui
ont esté pris à la guerre, &
achetez par les Bourgeois
de ladite Ville, ou par des
Officiers des Troupes, ou
M
138 Fournal du Siege
autres particuliers, tels-
qu'ils puissent estre.
Accorde.
VI.
Que tous les Officiers,
Soldats, Dragons, & autres,
soit François ou Etrangers,
de telle qualité & condition
qu'ils soient, lesquels
sont malades ou blessez,
tant dans les Hôpitaux
de ladite Ville, que dans
les maisons particulieres
des Bourgeois, seront trans-
portez a Dinant, avec les
Medecins, Chiturgiens,
de Namur.
139
Apoticaires, & autres per-
sonnes qui ont esté établis
pour en prendre soin, &
qu'il leur sera donné par les
Alliez, des Batteaux & autres
Voitures suffisantes en
payant, avec les escortes &
Passeports necessaires pour
y estre conduits en seureté,
aussi bien que les Valets &
Equipages des Malades &
Blessez, six jours aprés la
signature de la presente Ca-
pitulation, & par le chemin
le plus court.
MIj
140 Journal du Siege
Les Assiegez se pourront
pourvoir de Batteaux pour
faire le transport de leurs Malades
& Blessez, & on leur
accordera des Passeports pour
en voyer chercher à Dinant les
Batteaux & Batteliers qui se-
ront necessaires au delà de ce
qui se pourra trouver dans le
Port de la Ville de Namur
dont il sera permis de se servir
& mesme des Batteliers de ladite
Ville, moyennant qu ils les
ren voyent d'abord,
de Namur. 141
VII.
Que ceux desdits Mala-
des ou Blessez, qui ne sont
pas en estat d'estre trans-
portez, resteront dans la-
dite Ville, & dans les mes-
mes logemens qu'ils occu-
pent presentement, jusqu'à
leur entiere guérison, & il
leur sera fourny des vivres
& medicamens, aux dé-
pens des Alliez, selon leurs
caracteres, & aprés leur
guerison il leur sera fourny
des Passeports & des Voitures
pour estre transpor-
142Fournal du Siege
tez a Dinant en seureté,
& par le chemin le plus
court.
Accorde.
VIHI.
Qu'il sera accordé à la
Garnison de ladite Ville six
jours, a compter du jour
de la signature de la pre-
sente Capitulation, pour
se retirer au Chasteau, &
dans ses dépendances avec
leurs Familles, Domesti-
ques & Effets; & que pen-
dant lesdits six jours, il ne
sera fait aucun Acte d'ho-
de Namur.
143
stilité de part ny d'autre,
Tranchées ny Batteries
tant à la Ville que du costé
du Chasteau: & afin qu'il
n'arrive aucun desordre
entre les Troupes dans la-
dite Ville, pendant ledit
temps, que les Troupes des
Alliez occuperont seule
ment la Porte de la pre-
miere enceinte de l'Atta-
que, sans que lesdites Trou-
pes puissent entrer dans
la Ville, qu'aprés que la
Garnison se sera entiere-
ment retirée dans ledit
144 Journal, du Siege
Chasteau, & la seconde
Porte de ladite Attaque
sera gardee par la Garni-
son jusqu'a l'accomplisse
ment desdits six jours.
L'on accorde aux Assiegez
deux jours, a compter du 4.
Aoust à midy, & il sera
seulement cedé les Portes d'En-
tree & la Porte de Fer. Les
Assiegez mettront une Garde
conjointement avec celle des
Alliez, à la Porte de la vieille
Enceinte, pour empescher
qu'il n'y entre personne, &
qu'il ne s'y commette point de
desordre. IX.
de Namur. 14
IX.
Qu'il sera permis aux
Troupes qui sont en gar-
nison dans les Redoutes de
Saint Fiacre, de Piednoir
& de Saint Antoine, de
rentrer dans la Ville, pour
passer au Chasteau, dés le
lendemain de la signature
de cette Capitulation.
Accordé.
X.
Que tous ceux qui ont
esté pourvûs par le Roy
des Charges de Judicatuseront
re, & autres
146 Journal du Siege
maintenus & conservez,
& qu'ils continuëront, de
les exercer, & de jouir des
droits, emolumens, & pri-
vileges qui y sont attribuez.
Accorde.
XI.)
Que nul Officier mala.
de, blesse, sou autrement,
ne pourra estre arreste pour
dettes, ny sous aucun au-
tre pretexte que ce puisse
estre, mais qu'il sera donné
des seuretez a ceux qui jus-
titieront leur estre legiti
de Namur. 147
mement dû, pour en estre
payez.
Accordé.
XII.
Que tous les Contrats &
Obligations faits entre les
François & les Bourgeois
de ladite Ville, seront executez
de bonne foy de
part & d'autre, selon leur
forme & teneur, aussi bien
que ceux qui ont esté ar-
restez avec les Magistrats
de ladite Ville.
Accordé, pourvu que ce ne
soit pas an préjudice de Sa
N ij
148 Journal du Sirg
Majesté Catholique.
XIII.
Que les Chevaux & E.
quipages des Officiers
Commandans dans la Pla-
ce, & des Troupes de
la Garnison, seront con-
duits à Dinant avec escor-
te & seurete, par le che-
min le plus court, &
que sous aucun pretexte,
on ne pourra les fouiller
arrester, ny faire aucun
tort, tant ausdirs Equipa-
de Namur. 14
ges, qu'à ceux qui les con-
duiront.
Accorde.
XIV.
Que les Prisonniers faits
pendant le Siege, seront
rendus de part & d'autre.
Accorde
XV.
Que tous les Ostages
pourront estre conduits à
Dinant en seureté avec
escorte, aussi par le che-
min le plus court.
Accorde.
N- iij
150 Fournal du Siege
XVI. 1.
Il ne ſera cedé que la
Ville qui est entre la Sam-
bre & l'attaque Saint Ni-
colas, mais on veut bien
ceder en même temps la
porte de Fer, & les deux
Tours qui sont au bout du
Pont de la Meuse, du co-
ſte du Condros, à la reserve
du Pont levis, qui reste
aux Asliegez.
Accordé.
XVII.
Que les Ostages donnez
de part & d'autre pour la
de Namur. 151
seureté de la presente Ca-
pitulation, seront rendus
reciproquement aprés l'en-
tiere reduction d'icelle.
Accordé.
XVIII
ie
Les Mines & Fougaces,
avec les Magasins, seront
montrez par les Assiegez a
ceux qui seront commis,
qui ne seront que trois per
sonnes pour les reconnois-
tre. Les Assiegez ne feront
aucun desordre ny insulte
Nii
152 Journal du Siege
aux Bourgeois, en quittant
la Ville.
Signé, EMMANUEL,
Electeur.
DE
LA CAPITULATION.
I.
Ue la Religion Ca-
tholique, Apostoli
134 Fournal du Siege
que & Romaine sera seule
maintenuë & conservée
dans la Ville de Namur,
sans que d'autres y puissent
estre exercées.
Accorde.
II.
Que tous les privileges,
franchises, usages & Cou-
tumes, tant generales que
particulieres, dont les Ec-
clesiastiques, Nobles, Bour-
geois, & autres Habitans
de ladite Ville ont jouy,
leur seront maintenus, &
que chacun d'eux rentrera
de Namur.
133
en la possession & jouissan-
ce de leurs biens confis-
quez.
Accordé.
III.
Que tous les Bourgeois
& autres Habitans, tant de
de ladite Ville, que François,
& autres, de l'un &
de l’autre Sexe, de quelque
qualité & condition qu'ils
soient, pourront continuer
d'y demeurer, ou en sortiront
dans trois mois aveg
leur Famille & effets, pour
se retirer ou bon leur sem-
136 Fournal du Siege
blera, sans qu'il leur soit
fait aucun tort, soit
qu'ils ayent esté dans le
commerce, ou fait d'au-
tres emplois, tels qu'ils
puissent estre; auquel effet
il leur sera accordé gratis
les Sauvegardes & Passeports
dont ils auront be-
soin.
Accordé.
IV.
Qu'aucun desdits Bour-
geois, & autres, de telle
Nation qu'ils puissent être,
ne pourra estre recherché
de Namur. 137
ny molesté, sous prétexte
des Emplois dont ils auront
esté chargez pour le service
du Roy, & qu'il leur sera
accordé une amnistie gene-
rale, aussi bien qu'aux Déserteurs.
Accordé, à la reserve des
Déserteurs.
IV.
Que l'on ne pourra re-
prendre les Bestiaux qui
ont esté pris à la guerre, &
achetez par les Bourgeois
de ladite Ville, ou par des
Officiers des Troupes, ou
M
138 Fournal du Siege
autres particuliers, tels-
qu'ils puissent estre.
Accorde.
VI.
Que tous les Officiers,
Soldats, Dragons, & autres,
soit François ou Etrangers,
de telle qualité & condition
qu'ils soient, lesquels
sont malades ou blessez,
tant dans les Hôpitaux
de ladite Ville, que dans
les maisons particulieres
des Bourgeois, seront trans-
portez a Dinant, avec les
Medecins, Chiturgiens,
de Namur.
139
Apoticaires, & autres per-
sonnes qui ont esté établis
pour en prendre soin, &
qu'il leur sera donné par les
Alliez, des Batteaux & autres
Voitures suffisantes en
payant, avec les escortes &
Passeports necessaires pour
y estre conduits en seureté,
aussi bien que les Valets &
Equipages des Malades &
Blessez, six jours aprés la
signature de la presente Ca-
pitulation, & par le chemin
le plus court.
MIj
140 Journal du Siege
Les Assiegez se pourront
pourvoir de Batteaux pour
faire le transport de leurs Malades
& Blessez, & on leur
accordera des Passeports pour
en voyer chercher à Dinant les
Batteaux & Batteliers qui se-
ront necessaires au delà de ce
qui se pourra trouver dans le
Port de la Ville de Namur
dont il sera permis de se servir
& mesme des Batteliers de ladite
Ville, moyennant qu ils les
ren voyent d'abord,
de Namur. 141
VII.
Que ceux desdits Mala-
des ou Blessez, qui ne sont
pas en estat d'estre trans-
portez, resteront dans la-
dite Ville, & dans les mes-
mes logemens qu'ils occu-
pent presentement, jusqu'à
leur entiere guérison, & il
leur sera fourny des vivres
& medicamens, aux dé-
pens des Alliez, selon leurs
caracteres, & aprés leur
guerison il leur sera fourny
des Passeports & des Voitures
pour estre transpor-
142Fournal du Siege
tez a Dinant en seureté,
& par le chemin le plus
court.
Accorde.
VIHI.
Qu'il sera accordé à la
Garnison de ladite Ville six
jours, a compter du jour
de la signature de la pre-
sente Capitulation, pour
se retirer au Chasteau, &
dans ses dépendances avec
leurs Familles, Domesti-
ques & Effets; & que pen-
dant lesdits six jours, il ne
sera fait aucun Acte d'ho-
de Namur.
143
stilité de part ny d'autre,
Tranchées ny Batteries
tant à la Ville que du costé
du Chasteau: & afin qu'il
n'arrive aucun desordre
entre les Troupes dans la-
dite Ville, pendant ledit
temps, que les Troupes des
Alliez occuperont seule
ment la Porte de la pre-
miere enceinte de l'Atta-
que, sans que lesdites Trou-
pes puissent entrer dans
la Ville, qu'aprés que la
Garnison se sera entiere-
ment retirée dans ledit
144 Journal, du Siege
Chasteau, & la seconde
Porte de ladite Attaque
sera gardee par la Garni-
son jusqu'a l'accomplisse
ment desdits six jours.
L'on accorde aux Assiegez
deux jours, a compter du 4.
Aoust à midy, & il sera
seulement cedé les Portes d'En-
tree & la Porte de Fer. Les
Assiegez mettront une Garde
conjointement avec celle des
Alliez, à la Porte de la vieille
Enceinte, pour empescher
qu'il n'y entre personne, &
qu'il ne s'y commette point de
desordre. IX.
de Namur. 14
IX.
Qu'il sera permis aux
Troupes qui sont en gar-
nison dans les Redoutes de
Saint Fiacre, de Piednoir
& de Saint Antoine, de
rentrer dans la Ville, pour
passer au Chasteau, dés le
lendemain de la signature
de cette Capitulation.
Accordé.
X.
Que tous ceux qui ont
esté pourvûs par le Roy
des Charges de Judicatuseront
re, & autres
146 Journal du Siege
maintenus & conservez,
& qu'ils continuëront, de
les exercer, & de jouir des
droits, emolumens, & pri-
vileges qui y sont attribuez.
Accorde.
XI.)
Que nul Officier mala.
de, blesse, sou autrement,
ne pourra estre arreste pour
dettes, ny sous aucun au-
tre pretexte que ce puisse
estre, mais qu'il sera donné
des seuretez a ceux qui jus-
titieront leur estre legiti
de Namur. 147
mement dû, pour en estre
payez.
Accordé.
XII.
Que tous les Contrats &
Obligations faits entre les
François & les Bourgeois
de ladite Ville, seront executez
de bonne foy de
part & d'autre, selon leur
forme & teneur, aussi bien
que ceux qui ont esté ar-
restez avec les Magistrats
de ladite Ville.
Accordé, pourvu que ce ne
soit pas an préjudice de Sa
N ij
148 Journal du Sirg
Majesté Catholique.
XIII.
Que les Chevaux & E.
quipages des Officiers
Commandans dans la Pla-
ce, & des Troupes de
la Garnison, seront con-
duits à Dinant avec escor-
te & seurete, par le che-
min le plus court, &
que sous aucun pretexte,
on ne pourra les fouiller
arrester, ny faire aucun
tort, tant ausdirs Equipa-
de Namur. 14
ges, qu'à ceux qui les con-
duiront.
Accorde.
XIV.
Que les Prisonniers faits
pendant le Siege, seront
rendus de part & d'autre.
Accorde
XV.
Que tous les Ostages
pourront estre conduits à
Dinant en seureté avec
escorte, aussi par le che-
min le plus court.
Accorde.
N- iij
150 Fournal du Siege
XVI. 1.
Il ne ſera cedé que la
Ville qui est entre la Sam-
bre & l'attaque Saint Ni-
colas, mais on veut bien
ceder en même temps la
porte de Fer, & les deux
Tours qui sont au bout du
Pont de la Meuse, du co-
ſte du Condros, à la reserve
du Pont levis, qui reste
aux Asliegez.
Accordé.
XVII.
Que les Ostages donnez
de part & d'autre pour la
de Namur. 151
seureté de la presente Ca-
pitulation, seront rendus
reciproquement aprés l'en-
tiere reduction d'icelle.
Accordé.
XVIII
ie
Les Mines & Fougaces,
avec les Magasins, seront
montrez par les Assiegez a
ceux qui seront commis,
qui ne seront que trois per
sonnes pour les reconnois-
tre. Les Assiegez ne feront
aucun desordre ny insulte
Nii
152 Journal du Siege
aux Bourgeois, en quittant
la Ville.
Signé, EMMANUEL,
Electeur.
Fermer
229
p. 152-246
« Sur les quatre heures aprés midy, Mr le Comte de Guiscard [...] »
Début :
Sur les quatre heures aprés midy, Mr le Comte de Guiscard [...]
Mots clefs :
Ennemis, Ville, Fort, Siège de Namur, Troupes, Chemin couvert , Brèche, Basse ville, Fort Guillaume, Place, Maréchal, M. de Reignac, Jean-Louis de Barberin, Sambre, Dragons, Comte, Nuit, Artillerie, Porte, Hommes, Grenadiers, Château, Cassotte, Meuse, Attaque, Temps, Poste, Batteries, M. de Lomont, Canon, Grand feu, Officiers, Régiment de Gramont, Assaut, Tranchées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Sur les quatre heures aprés midy, Mr le Comte de Guiscard [...] »
Sur les quatre heures aprés
midy, Mr le Comte de Guis-
card livra la Porte de Fer aux
Ennemis, & les autres Postes
dont on estoit convenu; & Mr.
le Maréchal ſe retira au Cha-
steau pour y donner ses ordres.
Le 5. se passa en negocia-
tions pour les Passeports que les
Ennemis avoient promis, sur-
quoy ils ne furent pas fort ponctuels
à les délivrer, ce qui causa
de Namur. 153
quelque embatras. Mr le Maré-
chal fit passer la Sambré aux
Troupes qui estoient dans la
Ville, n'y laissant que les Gardes.
Li Brigade de Mr de Siint
Laurent monta au Chasteau, &
il mit celle de Dragons de Mr de
Gramont, & celle d'Infanterie
de Mr de Reignac dans la par-
tie de la Ville d'entre Sambre
& Meuse, à laquelle on donna
le nom de Basse-Ville. On fit
rompre un des Ponts de Batteaux
de la Sambre.
Le 6. on envoya à Dinant
les Ostages de la Mairie de Bol-
duc, qui estoient prisonniers au
Chasteau, & cent Chevaux des
équipages des Troupes, ain si
154 Journal du Siege
qu'on en estoit convenu avec
les Alliez. On envoya aussi tous
les Equipages de Mr le Comte
de Guiscard, & generalement
tout ce qu'il avoit à Namur, sur
des Passeports particoliers qui
lui furent accordez. Mr le Ma-
réchal qui avoit soixante Che-
vaux d'équipage , ne voulut
point demander de Passeports
pour les faire passer à Dinant.
Il aima mieux que les Officiers
fissent fortir les Chevaux qu'ils
avoient, que de se prévaloir de
la convention qui avoit esté fai-
te, d'en faire sortirtcent de la
Garnison. L'on chargea sur un
Bitteau quelques Blessez qui
estoient dans la Ville, lesquels
remonterent le mesme jour à
155
de Namur.
Dinant, & l'on remit aux En-
nemis les clefs des Magasins de
la Ville, dans lesquels on n'a-
voit laissé que tre-peu de cho-
se. A dix heures du matin, Mr
le Maréchal fit rompre le der-
nier Pont de Sambre, & on en
brûla les Batteaux, à la reserve
de deux, qu'on laissa pour re-
passer les Gardes qui estoient
encore dans la Ville. Comme
la cessation d'armes devoit finir
à midy, l'on fit border les Pa-
rapets de la Basse-Ville, croyant
que les Ennemis commence-
roient à tirer; mais l'on demeu-
ra dans l'inaction de part &
d'autre. Chacun travaillant à
ses dispositions, on avoit laissé
les Bourgeois dans une espece
156 Journal du Siege
de negociation avec Mr de Ba-
viere, afin d'obtenir que l'on
n'attaqueroit point la Basse-Ville
ni le Chaſteau par la Ville ce-
dée. Ceux qui avoient crû la
choſe faiſable y furent trompez.
Mr le Maréchal regla la ma-
niere de faire le Service, & l'on
ne fit plus qu'une Brigade de
Dragons. Mr le Comte de Lo-
mont demeura dans la Basse-
Ville avec Mis de Gramont &
de Reignac. Il monta un Bri-
gadier au Chemin-couvert du
Fort Guillaume, & un autre à
la Basse-Ville. Mr de Millan-
court; Lieutenant de Roy du
Chasteau, resta toujours dans
le Chemin-couvert de la Cas-
de Namur. 157
sotte, & Mr le Maréchal se lo-
gea dans un Soûterain le plus
prés de l'Attaque. Mr de Guis-
card se logea aussi dans un autre,
& les Troupes s'accommoderent
des Hangards pour tâcher de se
garantir de la Bombe.
La nuit du 6. au 7. les Trou-
pes du Chemin-couvert de la
Cassotte firent un grand feu sur
la Tranchée des Ennemis, qui
en firent un assez mediocré. Ils
n'avancerent presque pas leurs
Travaux; mais ils firent plusieurs
Batteries. Ils en placerent trois
sur le bord de la Meuse devant
l'enceinte de la Basse-Ville, &
quesques autres à la hauteur de
la Cassotte. On travailla avec
158 Fournal du Siege
beaucoup de diligence à démo-
lir des maisons à la Basse-Ville
pour se faire un Rempart con-
tre l'Artillerie des Ennemis.
Dans le Chasteau on fit des
Boyaux pour communiquer d'un
Poste à l'autre. Pendant ce
temps-là on ne tiroit pas un coup
de Mousquet d'une Ville à l'autre,
& personne n'en sçavoit la
raison.
Le 8. ſe paſsa à peu prés dans
les mesmes occupations. Mr le
Maréchal pourveut Mr de Ro-
gon de l'employ de Lieutenant
de Roy, à la place de Mr Da-
vejan. Une partie du jour il
tomba une grande pluye, dont
on se réjouit beaucoup dans la
de Namun. 159
Place, par l'avantage qu'on en
titoit, en ce que cela fit grossir
la. Sambre qui estoit fort basse.
Le 9. la Sambre crut d'un
pied, & la Meuse de deux; en
sorte que les Guez ne furent
plus pratiquables, & Eon n'ap-
prehenda plus que les Ennemis
pussent les passer pour infulter
la nouvelle enceinte. L'on siap-
perceut qu'ils faisoient passer avec
diligence leur Artillerie entre
Sambre & Meuse, & on eut avis
par un Batelier, que l'on par-
loit dans leut Armée qu'il ve-
noit un Secours, & que le Prin-
ce d'Orange avoit marché avec
plus de trente mille hommes,
pour joindte Mrde Vaudemont.
160 Journal du Siege
L'on n'eur pas de peine à croire
cette nouvelle, parce qu'on
voyoit que les Ennemis ne fai-
soient pas une grande diligence
pour avancer leurs Tranchées.
Mr le Maréchal regla la distri
bution des vivres avec Mr de
Fumeron, & selon la suputation
l'on avoit des Provisions pour
deux mois. On commença à
faire tuer soixante Chevaux, &
on en servit sur la Table de Mr
le Maréchal, qui en mangea le
premier, avec les Officiers prin-
cipaux; ce qui fit qu'aprés cela
personne n'en eut du scrupule.
Les Ennemis titerent quelques
coups de Canon d'une Batterie
qu'ils avoient de l'autre costé de
la Meuse. L'Artillerie & la
de Namür. 161
Mousqueterie du Chasteau fi-
rent un grand feu tout le jour
& la nuit les Ennemis n'avancerent
presque point leurs Tran-
chées.
Le 10. les Ennemis firent deux
nouvelles batteries au delà de la
Meuſe, l'une de huit pieces de
canon, & l'autre de sept mortiers.
Ils tirerent tout le jour sur
le Chasteau, des anciennes batteries
qu'ils avoint de ce coſté-la.
Comme on n'avoit aucune certi-
tude qu'ils 'n'attaqueroient pas la
basse-Ville, Mr de Guiscard fit
demander a parler à Mr le Comte
de Brouay qui commandoit pour
les Alliez dans la Ville cedée. Il
luy demanda une explication sur
162 Fournal du Siege
cet article, à quoy il ne répondit
rien de positif. L'on vit bien
pour lors qu'il n'y avoit aucun
fond à faire sur une parole, qu'ils
avoient donnée, que quand on
ne tireroit point sur la Ville ils
ne tireroient pas sur celle que
l'on gardoit. Cela fit que Mr le
Mareschal ordonna d'y travail-
ler avec diligence. Mrs de Lo-
mont, de Gramont, & de Rei-
gnac se relevoient tour à tour, &
l'un d'eux estoit toûjours présent
sur les ouvrages, qui cependant
ne pouvoient estre bons ny soli-
des, parce que les parapets n'estoient
que de pierres seches, &
des bois du débris des maisons
qu'il fall it abattre pour ce su-
jet. Mr de Reignac commença
de Namur. 1163
aussi à faire retranoher l'Eglise
de Nostre-Dame, & il trouva
moyen de communiquer du Clo-
cher au Chasteau. par un pont
que l'on fit avec bienode da pei-
ne. Depuis la Capitulution de la
Ville cedée, on n'avoit rien com-
pris au dessein des Ennemis sur
l'attaque du Chasteau. Il sem-
bloit qu'ils attendoient liévene-
ment de quelque grosse affaire,
pour se declarer sur l'endroit où
Ils devoient faire lęut priincipale
attaque, & ce jour-à ils n'avan-
cerent que tres peu de leurs tran-
chées de la Cassote. Il firent trois
batteries de canon de l'autre co-
sté de la Sambre au dessous de
l'Eglise Sainte GtOIX. ME le Ma-
reschal qui vouloit estre par tout,
O1
164 Fournal du Siege
donnoit ses ordres sur les mesures
qu'il y avoit à prendre pour faire
une vigoureuse resistance Il pas-
soit une partie des nuits dans les
chemins couverts, où l'on faisoit
toujours un grand feu de mous-
queterie. Le danger auquel il
s'exposoit à tous momens, don-
na lieu à des Dragons & Soldats
de luy présenter un Placet, qui
en substance contenoit, qu'ils
estoient prests d'exposer leurs
vies pour le service du Roy, ma is
que ce qui leur amolissoit le
courage, estoit la etainte qu'ils
avoient de le perdre, prévoyant
bien que s'il luy arrivoit quelque
malheur, cela entraisneroit celuy
de la Place. Mr le Mareschal les
remercia de leur zele, & leur
de Namur 165.
donna quelque argent; mais cela
ne l'empescha point de suivre son-
train ordinaire.
Le II. les Ennemis commen-
cerent dés le point du jour à ti-
rer sut le Chasteau de toutes leurs
batteries, ne fixant aucun point
de vûë. Il y eut plus de soixante
hommes tuez ou blessez. Ils s'at-
tacherent pendant quelque temps
à l'entrée du sousterain de Mr le
Mareschal, où il y eut de ses gens
tuez, & l'on fut obligé d'y
faire un épaulement. Vers le soir
ils tirerent sur la Porte du Port
de Grogneau de la basse Ville, la-
quelle est à la jonction de la
Meuse & de la Sambre. Mr de
Lomont alla au Pont de Meuse,
166 Fenrnaldu Siege
pour parler àlOfficier de la Gar-
de des Ennemis qui occupoit les
deux Tours cedées, & il luy de-
manda si on pouvoit prendre
certe conduite pour une rupture,
sut la parole qu'on avoitdonnée
de ne point tirer sur les deux Vil-
les. Cer Officier répondit qu'il
falloit que ce fust une méprise &
qu'il alloit faire cesset; que nean-
moins il envoyeroit scavoir sur
cela les intentions de Mr de Ba-
viere, & que le lendemain il en
rendroit raison. L'on vit remon-
ter sur la Meuse quelquec blessez
que l'on conduisoit à Dinant.
Les Ennemis ouvrirent deux
Tranchées, l'une vers Salzeine,
& l'autre du costé de la Balance,
ce qui declaroit l'attaque du Fort
de Namur. 167
Guillaume. L'on faisoit toutes les
nuits des sorties sur les Travail-
leurs de la teste de leurs Tranchées,
ce qui les dérangeoit beau-
doup. Ili y avoit déja quelques
jours que Mr le Mareschal n'avoit
eu de nouvelles, il en appeit par
un Sergent Itlandois des Enne-
mis, qui allant de lIAbbaye de
Salzeine à la VVille, ne croyoit
pas que l'on cust des Gardes sur
la Sambre. Harriva dans un Po-
ste que l'on occupoit, & ayant
reconnu ſa béveuë il prit la fuite.
Mr du Couret & un Grenadier
du Dauphn l'ayani joint, le con-
duisiren à Mrl Mareschal On
sceut pat luy que le Prince d'O-
range n'avoit pas voulu estre
témoin du Bombardement de
168 fournal da Siege
Bruxelles, qu'il estoit revenu pour
continuer le Siège, & que Mr de
Baviere estoit party pour se met-
tre à la teste de l'Armée qui de-
voit s'y opposer, & joindre Mr
de Vaudemont.
Le 12. Mf le Mareschal
envoya Mr de Moulinneuf au
Fort Guillaume poury comman-
der. Il montoit tous les jours un
Brigadier au Chemin Couvert,
ce qui rouloit entre Mrs de Saint
Laurent, d'Asfeld, la Badie &
Bragelonne. Il montoit aussi un
Colonel au Chemin Couvert de
la Cassote aux ordres de Mr de
Millancourt, & environ douze
cens hommes à chacune de ces
deux attaques. QL'Artillerie du
Chaſteau
ler
de Namur. 169
Chaſteau démontoit de temps en
temps quelques pieces aux Ennemis,
& faisoit un feu continuel.
Mr de Megrigny estoit toujours
en mouvement pour faire travail.
ler dans les endroits par où il
croyoit que les Ennemis devoient
venir. Mr le Mareschal voulut
faire faire une grande sortie pour
culbuter les Tranchées des Enne-
mis; mais on luy representa quil
falloit conserver les Troupes pour
les coups de main dans l'attaque
des Chemins Couverts. Environ
à neuf heures du matin, les En-
nemis recommencerent a tirer
sur la Porte de Grogneau sans rendre
réponse, ainsi qu'ils avoient
promis. Monsieur de Reignac al.
la parler à l'Officier qui estoit de
P
170 Fournal du Siege
garde aux Tours de Jambe, &
luy dit, que puisqu'il manquoit
de parole on alloit brûler la Ville
qu'ils occupoient. Il s'excusa sur
ce qu'il avoit relevé le Poste ſans
qu'on luy eust communiqué l'en-
gagement dans lequel on estoit,
mais qu'il alloit faire cesser de ti-
rer, & qu'il en donneroit avis à
ses Generaux. Sur les deux heu-
res aprés midy, avant qu'il eust
rendu réponse, toutes les batte-
ries qu'ils avoient de l'autre coſté
de la Meuse, continuerent de ti-
rer ſur la meſme porte. On vit
bien qu'ils se declaroient pour y
faire une attaque. Mrle Mares-
chal vouloit dans ce moment faire
écraser leur Ville par le canon &
les bombes du Chaſteau. On luy
de Namur. 171
representa encore, que l'on n'en
tireroit aucune utilité, attendu
que si on y tiroit, les Ennemis ti-
reroient aussi d'une Ville sur l'au-
tre, & qu'il y avoit quelque mé-
nagement à garder. Il n'a point
esté decidé si cette conduite estoit
bien bonne, mais il est seur que
Mr le Mareschal ne s'y rendit
qu'avec peine. L'Artillerie des
Ennemis tirant par salves, ne
tarda pas d'y faire une bréche, &
comme il n'y avoit aucune def-
fence pour la soûtenir, on travail-
la à se retrancher derrière dans
un terrain fort serré.
Le 13. on continua de se re-
trancher dans la basse-Ville, &
l'on fit plusieurs traverses le long
PI
172 Fournal du Siege
du Rempart de Meuse jusques à
l'Eglise Nostre-Dame, M. le
Mareſchal ayant reſolu de la def-
fendre jusques à la dernière ex-
trêmité; car comme il n'y avoit
point d'eau dans le Chaſteau, on
auroit esté obligé de se rendre
peu de temps aprés la perte de
cette Ville. On y laissa les deux
Brigades qui y estoient. Celle de
Gramont estoit de prés de sept
cens Dragons; & celle de Rei-
gnac d'environ seize cens Sol-
dats. Depuis le point du jour jusques
à la nuit, les batteries des
Ennemis ne cesserent point de
tiier sur l'attaque de Grogneau;
en sorte qu'il y avoit,une brêche
tres-considerable, & par laquel-
le on pouvoit monter facilement.
de Namur. 173
Mr le Comte de Lomont croyant
que les Ennemis donnetoient l'as-
faut, fit coucher les Troupes sous
les Armes, & l'on travailla avec
vigueur à racommoder les Parapets.
Mt de Reignac descendit
pendant la nuit au bas de la bréche,
& fit sonder la Sambre dans
l'endroit où les Ennemis la poit-
voient passer pour monter à l'al-
saut; il ne s'y trouva qu'un pied
& demy d'eau. Ils avoient aussi
battu la premiere branche droite
du Fort Guillaume avec les bat-
teries de Sainte Croix. Celle de
la teste de leurs Tranchées sur
les hauteurs du Chaſteou avoit
fait bréche à la Redoute de la
Cassotre. Les Troupes des Che.
mins Couverts faisoient un si
Piij
174 Fournal du Siege
grand feu, qu'ils n'avançoient que
tres-peu leurs travaux aux trois
attaques qu'ils faisoient de ce co-
ſté-la.
Le 14 le feu de l'Artillerie des
Ennemis recommença de toutes
parts avec une grande violence
Ils ouvrirent la Bréche de Gro-
gneau par la droite & par la gau-
che pour y monter avec un plus
grand front. A midy elle fut aussi
grande & aussi praticable qu'ils
le pouvoient desirer. Ensuite ils
tirerent dans les endroits qui la
pouvoient proteger, & raserent
une partie des maisons voisines.
Sur le soir on vit quelque mou
vement de Troupes dans la Ville
des Ennemis. Cela fit croire qu'-
de Namur. 175
ils ſe disposoient à donner un as-
saut. Ils baisserent le Pont-levis
de la Porte de Graver, qui re-
garde la bréche. Les Troupes
prirent les Armes, & chacun se
rendit au Poste qui luy estoit dé-
signé. L'on demeura dans cette
situation jusques au lendemain,
que l'on vit que les Ennemis ne
vouloient rien entreprendre. Hs
pousserent leurs Travaux de l'attaque
de la Cassotte, & tirerent
une parallele pour joindre l'atta-
que de la droite du Fort-Guillau-
me. Mr le Mareschal fit comman-
der les Troupes qu'il jugeost ne-
cessaires pour faire une sortie, la
disposition en estoit mesme faite,
mais Mr de Megrigny luy repre-
senta encore qu'il falloit conser-
Piii
176 Fournal du Siege
ver les Troupes, afin de faire des
actions de vigueur, à la deffense
des Chemins couverts, & son
sentiment fut suivy. Les Enne-
mis jetterent une si grande quan-
tité de bombes que l'on ne sçavoit
où se mettre à couvert. Ils
avoient des mortiers en differen-
tes batteries, qui se croisoient de
maniere qu'on ne pouvoit pren-
dre aucune mesure pour s'en garantir
On avoit estably un Hos-
pital dans la maison du Gouver-
neur, où il y avoit deux cens
blessez qu'il fallut descendre dans
la Ville, parce que les Chirurgiens
n'estoient pas en seureté
pour les panser, & ils furent mis
dans l'Eglise Nostre Dame.
de Namur. 17
Le 15 l'on s'attendoit que les
Ennemis donneroient l'assaut à
la basse-Ville, & rien ne les en
empeschoit. Il y avoit soixante
toises de bréche. Ils pouvoient
passer la Sambre avec facilité, &
avoient un grand terrain pour
se mettre en bataille au sortir de
l'eau. Mr de Megrigny fit travail-
lerien toute diligence à baricader
les ruës avec des tonneaux rem-
plis de terre. Mr le Comte de
Lomont dressa avec Mr de Rei-
gnac un projet pour la distribu-
tion des Troupes & ce fut à peu
pres de cette sorte. La Compa-
gnie de Grenadiers de Dragons
de Quélus commandée par M.
d'Antigny, & celle de Siinte
Hermine commandée par le Mar-
178 Fournal du Siege
quis de Maury, devoient se jetter
sur la brêche au moment que
les Ennemis sy présenteroient,
& au cas qu'elles y fussent for-
cées, Mr de Reignac devoit y
marcher avec les Compagnies de
Grenadiers des Regimens de
Hainault & d'Illiers, derriere la
traverſe de l'Hoſpital, la Com-
pagnie des Grenadiers de Courten
vis-à-vis de la bréche dans
un petit terrain, trente hommes
qui auroient vû les Ennemis de
revers, & qui devoient porter
leur feu jusqu au milieu de la bré-
che. Dans la ruë qui tombe au
milieu de la bréche, on y mit
la Compagnie des Grenadiers du
Regiment de la Marre, pour oc-
cuper deux traverses qui bar-
179
de Namur.
toient cette ruë. Dans une petite
place derriere il y avoit cent hom-
mes détachez, dont une partie
devoit occuper les fenestres des
maisons qui emfilent la mesme
ruë. Cette avenuë estoit aux or-
dres d'un Lieutenant Colonel.
La gauche de la brêche estoit
deffenduë par la Compagnie de
Grenadiers de Dragons de Gramont,
commandée par le Comte
de Reſnel, estant soûtenuë par
celle de Dragons du Roy, com-
mandée par Mr de Givry, &
dans une petite fausse Braye où-
estoit la Poissonnerie, l'on y mit
la Compagnie de Grenadiers du
Regiment de Solre. Mr de Gra-
mont soûtenoit cette attaque
avec le corps des Dragons. Il y
180 fournal du Siege
avoit sur la Place deux cens hom-
mes détachez où se devoit tenir
Mr le Comte de Lomont & M.
de Rogon, afin de se porter dans
les endroits qui pourroient estre
forcez. Les Bataillons de la Bri-
gade de Mr de Reignac de voient
loûtenir la droite, celuy de Hai-
nault occupoit la Traverſe du
Cimetiere Nostre-Dame; celuy
de Solre devoit se tenir dans la
ruë de Bulley ; les deux de la
Marre & d'Illiers, devoient bor-
der le Rempart de Meuse, la
moitié de celuy de Courten gar-
doit les ouvrages de la Porte de
Bulley, & l'autre fut postée au
bout du Pont de Meuse pour voir
les Ennemis de flanc. L'on de-
meura seize heures sous les armes
181
de Namur.
attendant de moment à autre de
voir venir les Ennemis. Pendant
ce temps Mr le Mareschal vint a
tous les Postes, exhortant chacun
de bien faire son devoir. Il vouloit
meſme demeurer pour se
trouver à l'action, mais on luy
dit que les Ennemis en donnant
l'aſſaut à la Baſſe Ville, ne manqueroient
pas d'attaquer en mes-
me temps les Chemins couverts
du Fort Guillaume Cela le dé-
termina de monter au Chasteau,
aux attaques duquel les Ennemis
n'avoient pas beaucoup avancé
leurs ouvrages. La journée ſe
passa dans un grand feu d'Artil-
lerie. Les Ennemis ne tirant pres-
que plus sur la bréche de Gro-
gneau, sattacherent à rompre
182 Journal du Siege
l'Escalier qui monte de la Ville
au Chasteau. Ils battirent aussi
une des grosses Tours du Don-
jon dans laquelle estoit le Ma-
gasin à poudre. Sur le soir com-
me l'on s'attendoit à une grosse
action, il survint une grande
pluye qui dura toute la nuit, ce
qui dérangea beaucoup les Enne-
mis, ayant un pied d'eau dans
leurs Tranchées, & estant mesme
obligez de se mettre en bataille
sur le revers. Une bombe tirée
du Fort Guillaume par Mr de
Marcilly, mit le feu dans les pou-
dres de leurs batteries de Sainte
Croix, ce qui fit qu'ils furent
quelques heures sans tirer.
Le 16. la pluye continua tout
de Namur. 183
leljour, & avant huit heures du
matin les Rivieres estoient crues
d'un pied & demy, ce qui ten-
dit l'attaque de Grogneau moins
accessible, & le soir elle fut pres-
que impraticable. Le mauvais
temps empescha l'artillerie des
Ennemis de faire un feu aussi vif
qu'à l'ordinaire, mais en revan-
che elle tira toute la nuit. Les
Tranchées ne furent presque
point avancées. L'on continua de
faire faire un giand feu aux Trou-
pes des Chemins couverts. M.
de Moulinneuf reçût une contu-
sion à la teste, & une legère bles-
sure au bras, ce qui ne l'empes-
cha point d'agir. Mr de Brage-
lonne estani dans le Chemin cou-
vert avec Mr le Mareschal, y fut
184 Fournal du Siege
blessé, ainsi que quelques autres
Ofnciers.
Le 17. l'on s'apperceut que
les Ennemis en usoient de mau-
vaise foy en tout ce qu'ils avoient
promis, car ils commencerent à
faire quatre batteries dans leur
Ville pour battre la face du Chasteau
qui la regarde. Ils avancerent
leurs Tranchées assez prés
du Chemin couvert du Fort
Guillaume, & firent une nou-
velle batterie de l'autre costé de
la Meuse qui voyoit l'Escalier du
Chaſteau par l'enfilade d'une ruë
de la baſse-Ville. C'estoit la ſep-
tième qu'ils avoient pour lors de
ce costé-la. Elles tirerent toute
la journée dans la communica-
de Namur. 185
tion de l'Escalier, & dans les
fausses Brayes qui regnent depuis
le Donion jusques à l'angle du
demy-Bastion gauche-de Terra
Nova, & abbatirent les maisons
des environs de la bréche de
Grogneau, & celles qui leut em-
pêchoient la vuë de l'Escalier. Il y
avoit toûjours trois cens hommes
détachez pour travailler à la reparation
des traverses, & a percer
des maisons pour communi-
quer à la bréche sans passer dans
les rües.
Le 18. les quatorze Batteries
que les Ennemis avoient autour
de la Place, tirérent dés le point
du jour, & ne cessérent qu'à la
nuit. On n'a jamais vû un si grand
186 fournal du Siege
bouleversement, on n'estoit en
seureté dans aucun endroit. Au
travers de tout ce danger Mr
le Mireschal visitoit les Pos-
tes d'un aussi grand sang froid
que s'il n'y avoit eu aucun peril.
Cependant il y avoit tres-souvent
des gens emportez à ses coſtez.
On n'estoit pas bien reçû lors
qu'on l'exhortoit de ne pas s'ex-
poser de la manière qu'il faisoit.
Comme on l'avoit empesché de-
puis trois jours de faire la sortie
qa'il avoit projettée, il prit enfin
la resolution de la faire, & en
voicy la disposition. Il fit com-
mander six- vingt Dlagons à
cheval qui furent separez en deux
Troupes, l'une commandée par
le Chevalier de Jau, Capitaine
de Namur. 187
au Regiment du Roy, & l'autre
par un Capitaine du Regiment
d'Asfeld, le tout mené par Mr
de Martinet, Lieutenant Colonel
du Regiment du Roy, &
par Mr Collard, aussi Lieute-
nant-Colonel de Dragons. Ces
deux Troupes devoient sortir par
la Porte du secours, & couler a
la droite du Fort Guillaume,
pour entrer dans la Prairie de
Salzeine, où les Ennemis avoient
une Garde de Cavalerie, qui sou-
tenoit leur Tranchée, la teste de
laquelle de voit estre attaquée par
quatre Compagnies de Grena-
diers, commandees par Mr de
Conche, Capitaine au Regiment
Dauphin, soutenues par un autre
gtos détachement que devoit
Qij
188 Fournal du Siege
mener Mr de Monbron, lequel
ne put agir Mr de Martinet char-
gea les Ennemis, & renversa
leurs Escadrons. Au bruit de
l'escarmouche, leur Infanterie
abandonna la Tranchée, & les
Grenadiers les suivirent, faisant
un grand feu sur eux. La nuit
estant fort obscure, les Troupes
de la sortie ne purent se rallier.
Les Ennemis estant venus avec
des Troupes nouvelles. se meslérent
avec celles de la Place, &
marchérent ensemble sans se re-
connoistre, jusqu'au dessous du
Fort Guillaume, où de part &
d'autre on s'apperçeut de la mé-
priſe Aprés s'eſtre tiré pluſieurs
coups, les Ennemis se retirérent
ayant laissé plusieurs des leurs sur
de Namur. 189
la Place, avec cinq ou six Prison-
niers. Mr le Chevalier de Jau y
fut tué, aprés avoir rompu un
Escadron des Ennemis. Le Capitaine
d'Asfeld fut aussi tué
avec six Dragons & deux Grena-
diers. L'on auroit tiré de plus
grands avantages de cette fortie, si
les Ennemisn en eussent pas esté
avertis par des Deserteurs, mais
ils estoient sur leurs gardes. Si tost
que l'action fut finie, ils rentré-
rent dans leurs Tranchées, & la
poussérent prés de quarante toi-
ses, sans que l'on s'en apperçust.
Mrle Mareschal qui estoit à l'an-
gle du chemin couvert, manqua
d'y eſtre tué. Du coſté de la biſſe
Ville on commença à se mettre
dans les caves; les maisons estant
190 Journal du Siege
brisées, on ne pouvoit plus les
habiter.
Le 19. ſe paſſa comme le jour
precedent, c est à dire par un feu
continuel de la part des Ennemis.
Geluy de la Place commença à
se ralentir; toutes les embrasures
estoient rompues, & une partie
des pieces démontées. Mr le Ma-
reschal qui voyoit bien que dés
que la Sambre deviendroit gaya.
ble, les Ennemis ne manque-
roient pas de donner un assaut
general à la basse Ville, en fit
retirer le Magasin des palissades,
& les fit porter au Fort Guillau-
me. Mts d'Entragues & du Cou.
ret y furent occupez toute la
nuit. On ne laiſſa pas de travail-
de Namur- 191
ler toujours à se retrancher, Mr
de Reignac prenant le soin de la
droite, & Mr de Gramont de la
gauche. Mr de Moulinneuf tra-
vailla aussi dans le Fort Guillaume
à le mettre dans le meilleur estat
qu'il estoit possible. L'on payoit
regulierement les Travailleurs
mais le Soldat qui avoit de l'ar-
gent, n'avoit nul moyen de s'en
servir ; ils avoient une livre &
demie de pain par jour, & une
demie de chair de cheval, & autant
de viande sallée. Cela ne
faisoit de peine à personne, &
l'exemple de Mr le Mareschal
ostoit la répugnance qu on auroit
pû avoir d'en manger.
Le 20. l'Artillerie des Enne-
192. Journal du Siege
mis tira de la même maniere. Ils
joignirent leurs deux attaques du
Chaſteau par une parallele qui
embrassoit les chemins couverts
du Fort Guillaume & de la Cas-
sotte Mr de Moulinneuf, qui
avoit bien prévû qu'ils fetoient
ce travail, fit faire toute la nuit
un grand feu de mousqueterie,
& tirer huit pieces de canon à
cartouche dans la jonction des
deux boyaux, ce qui fit, que les
Ennemis y perdirent quantifé de
monde. Le marin, Mr de Mil-
lancourt fut blessé au bras & à
la teste, d'un éclat de bombe; Il
y avoit vingt jours qu'il estoit
dans le chemin couvert, y servant
avec beaucoup de distin-
ction. Mr le Maréchal envoya
chercher
de Namur. 193
chercher Mr de Rogon, qui fai-
soit les fonctions de Lieutenant
de Roy de la Basse Ville, pour
le mettre en la place de Mr de
Millancourt. Les batteries que
les Ennemis avoient faites dans
leur Ville, furent achevées, &
ils en commencerent une sur la
courtine joignant la porte de
Gravet, pour voir à revers toute
la courtine de Meuse, & rompre
les traverses qu'on y avoit faites.
La Garnison vit bien de quelle
consequence cela estoit; nean-
moins ny Officiers ny Soldats ne
marquerent d'inquietude &
comme cela regardoit directe.
ment le costé que Mr de Reignac
de voit défendre, il travailla avec
un grand somn à trouver des
R
194 Fournal du Siege
moyens de mettre ses Troupes
a couvert, mais il estoit presque
impossible; & quoy qu'il fust
malade par la fatigue de cinquan-
te jours de Siege, il ne laiſsa pas
d'agir nuit & jour. On estoit tres-
embarassé pour mettre les pou-
dres en seurété. Mr le Comté
de Lomont fit accommoder des
caves pour les y placer. Il parut
qu'il estoit arrivé un Corps de
Troupes aux Ennemis, & un
grand convoy, avec quarante
pieces de canon & dix mortiers.
Le 21. les Ennemis ne tirerent
point de canon jusqu'à sept heu-
res du matin; & comme on vit
faire plusieurs mouvemens
de Namur. 195
leur Cavalerie, & que presque
toute leur Infanterie estoit en
bataille du coſté de la Hesbée
on crut que le secours paroissoir,
& que l'on estoit au moment
d'une Bataille; mais on fut bien
surpris de voir faire une salve
aux Ennemis de toute leur Artillerie,
qui devoit estre pour
lors de prés de deux cens canons
ou mortiers. Ils en avoient placé
dans tous les jatdins de leur
Ville qui pouvoient découvrir le
Chasteau, & l'on comptoit qu'il
y avoit vingt Batteries, Comme
on n'avoit jamais entendu un si
grand bruit, les Soldats & Dra-
gons marquerent d'abord quel-
que consternation. Mr le Ma-
réchal affecta de se montrer par
Rij
196 Fournal du Siege
tout, pour les rassurer, & les
exhorter à soutenir le danger
avec fermeté. Le Chevalier de
Bouflers, son proche Parent, le
seul qui portoit son nom, & qui
loy ſervoir d'Aide de Camp, fut
tue a ses costez. Il fit débarasser
tous les soutertains pour mettre
les Soldats à couvert, & ne voulut
garder pour luy qu'un seul
endroit pour mettre un matelas.
Ce grand feu continua jusqu'à
la nuit avec tant de violence, qu'à
peine pouvoit-on s'entendre; &
l'air estoit obscurcy de la fumée.
Prés de deux cens hommes fu-
rent tuez ou blessez pendant ce
jour. Il n'y eut cependant d'Of-
nciers de consideration que Mr
de Caubet, Major du Regiment
de Namur. 197
de Dragons de Langledoc, qui
avoit servi avec uhe grande dis-
tinction depuis le commence-
ment du Siege. Mr le Maréchal-
ordonna que l'on tirast toute l'Ar-
tillerie du Chaſteau sur leur Ville.
mais celle des Ennemis imposa
ſilence à une partie des pieces,
qui furent démontées. La ma-
niere dont ils se servoient pour
ce Siege surprit bien des gens, &
particulierement Mr de Megri-
gny, qui avoit donné toutes ses
atrentions à fortifiet les endroits
par où naturellement ils devoient
fairelleur attaque. Il parot qu ils
ne vouloient point s'attachen à
la Cassotte, ny au front du Fort
Guillaume, & ils continuerent
de battre en bréche la première
Riij
198 Fournal du Siege
& seconde branche droite, & la
contre-garde de la troisiéme de
ce mesme Fort. Ils battirent aussi
en breche la branche du demi-
Bastion bas de l'Ouvrage de Terra-
nova, ruinerent tous les para-
pets, & rompirent une partie
des communications de la Basse-
ville au Chasteau. Toute la nuit
on travailla à déblayer les dé-
combres des bréches, & à plan-
ter une double pal ffade auxche-
mins couverts du Fort Guillau-
me & de la Cassotte.
Le 22. il n'y eut aucun chan-
gement sur le feu de l'Attillerie
des Ennemis, qui fut aussi vio-
lent que le jour précedent.
Tous les Officiers & Dragons
de Namur. 199
qui avoient des chevaux, les
abandonnerent, les magasins de
foin ayant esté entierement brû-
lez. Les bombes en tuerent une
grande partie; l'on en distribua
aux Troupes, & l'on en salla pour
leur donner dans la suite Les
fours où l'on cuisoit le pain fu-
rent en partie enfoncez. Mr de
Fumeron fit travailler avec dili-
gence à en construire d'autres,
& l'on se servit de ceux que
l'on trouva en estat dans la Basse
ville Le Commandant du Regi-
ment de Maule vrier eut la cuisse
emportée, & plusieurs Officiers
subalternes furent tuez ou blessez.
Comme la Sambre commençoit
a estre gayable, Mr de Lomont
redoubla ses soins sur les précau-
Rgii)
200 Journal du Siege
tions qu'il devoit prendre pour
soutenir une grande action à la
breche de Grogneau. Mr de
Reignac fit faire une traverse
au devant de celle de l'Hôpital,
laquelle estoit à l'épreuve du
canon, afin d'y pouvoir tenir
& arrester l'Ennemi, au cas que
l'on fuſt forcé à la bréche.
Le 23. les Ennemis tirerent de
la meſme maniere. Il y avoit
pour lors cinq btéches conside-
rables, & par lesquelles on pou-
voit monter, une à la basse Ville,
trois au Fort Guillaume, & l'au-
tre à la Cassotte. Mr de Moulinneuf,
qui se voyoit au moment
d'estre insulté dans ce Fort, n'ou-
blia rien de tout ce qui se pou-
de Namur. 201
voit faire pour s’y bien défendre.
La Brigade du Dauphin qu'il
avoit avec luy, n'ayant pû ſou-
tenir le feu de l'Artillerie des
Ennemis dans ce poste, demanda
à estre relevée. Mr le Maréchal
y fit monter la garde par déta-
chement, & il y avoit tous les
jours un Brigadier.
Le 24 les Ennemis retirerent
presque toute l'Artillerie qu'ils
avoient au delà de la Meuse, &
continuerent avec la mesme fu-
rie à tirer de toutes leurs autres
Batteries. Il y avoit quelque
temps qu'ils n'avançoient point
leur tranchée, mais en plein jour
ils y travaillerent avec beaucoup
de vigueur, poussant devant eux
202 Fournal du Siege
des ballots de laine, pout parer
les coups de mousquet qu'on leur
tiro it du chemin couvert du Fort
Guillaume. On ne put les em-
pêcher de l'embrasser du coſté de
Salzeine. La Batterie du Bastion
de Graver rompit la communi-
cation de l'Escalier du Chasteau,
& le pont que Mr de Reignac
avoit fait faire pour communi-
quer du Clocher Nostre Dame
à ce Chasteau. Mr de Guiscard
visita les retranchemens de la
baſſe Ville, & les trouva dans la
derniere perfection. On vit faire
de grands mouvemens à toute
l'Armée des Ennemis. Cela
donnoit quelque esperance pour
le secours que l'on avroit esté
bien-aise de voir arriver. Depuis
de Namur. 203
qn'ils avoient redoublé leur Artillerie,
il ne ſe paſsoit point de
jour que l'on ne perdist soixante
ou quatre vingt hommes. Le
premier Capitaine du Regiment
de la Marre fut tué d'un coup de
canon. Pendant la nuit, ils tra-
vaillerent fortement à leurs tran-
chées, qu'ils poussoient vers les
Briquerres devant la porte du
bord de l'eau. Ils avancerent aussi
celles de la Cassotte. L'on fit un
feu continuel du chemin couvert,
qui leur tua bien du monde.
Comme la Lune estoit claire,
leur Artillerie tira toute la nuit,
& ils jettoient jusqu'à trente
Bombes à la fois. Mr le Maréchal,
qui estoit presque toujours
dans les dchors, contribua par
204 Fournal du Siege
sa preſence à la fermeté que les
Troupes témoignoient dans cet-
te occasion. Mr de Guiscard vi-
sitoit regulierement les postes
une fois par jour, & Mr de Me-
grigny estoit toujours en mou-
vement, assisté par Mr Dérigny,
principal Ingenieur, qui agissoit
avec beaucoup d'application.
Le 25. il parut que les Ennes
mis avoient encore augmenté
leurs Batteries dans leur Ville,
cat dés le point du jour ils tire
rent par salves, & avec tant de
promptitude, qu'il n'y avoit point
d'inter vale. Ils jetterent beaucoup e
de Carcasses, pots à feu, & bom-
bes dans la basse Ville. Toutes
les brêches estoient insultabl,
de Namur. 205
& lon navoit que les Chemins
a couverts dans lesquels on pouvoit
tenir, mais il eſtoit à craindre
que lors qu'on les attaqueroit on
n'emportast en mesme temps le
Fort Guillaume. Mr le Mares-
chal prenoit toutes les précau-
tions imaginables. Comme tout
dépendoit de la fermeté des Trou-
pes dont une partie des meilleu-
res estoit perie, & que le reste se
trouvoit dans un mauvais estat
tant parce qu'elles ne reposoient
point à cause de l'effet des bom-
bes, que parce qu'elles commen-
çoient à souff ir par la mauvaise
m nourriture, il se trouvoit dans
de grandes perplexitez. Cepen-
dant il ne témoignoit point son
inquietude, & se montroit par
206 Journal du Siege
tout avec un visage tranquile.
Les gens à qui il se confioit le
plus connoissoient bien ce qui se
passoit dans son esprit. Pendant
tout le jour on vit arriver des
Troupes aux Ennemis du costé
de la Condros. Ils occuperent
avec quatre ou cinq cens hom-
mes le Fauxbourg de la Plante
devant la Porte de Bulley, &
firent un grand feu sur un Poste
que l'on occupoit à my coſte du
Chemin couvert de la Cassotte.
Mr le Mareschal ne voulant pas
les y laisser establir, manda à M-
le Comte de Lomont de faire
faire une sortie par la Porte des
Bulley pour les en chasser, &
que dans le mesme temps que
les Troupes de la basse-Ville
de Namur. 207
commenceroient à charger, M-
de Megrigny qui estoit dans le
Chemin couyert de la demy-Lu-
ne calemattée, feroit descendre
deux cens Grenadiers pour les
prendre en flanc. Cela fut fort
bien executé de part & d'autre.
Mr le Comte de Lomont ayant
fait commander deux cens Grenadiers
ou Dragons, Mr de Rei-
gnac les fit passer pat le Chemin
couvert de cette Porte de Bulley,
& les divisa en trois Troupes,
l'une commandée par Mr de la
Borie, Capitaine des Grenadiers
du Regiment de Hainault, qui
devoit suivre le grand chemin
de Dinant. Mr de Givry, Capitaine
de Dragons au Regiment
de Quélus, paſsa dans les jardi-
208 Journal du Siege
nages du Fauxbourg avec la se-
conde, & le Capitaine des Grenadiers
du Regiment d'Illiers
marcha le long de la Meuse avec
la troisiéme. Mr de Cochardiere
estoit sur le tout, cela ne ſe put
faire si promptement que les En-
nemis ne s'en apperceussent. Ils
prirent des Postes avantageux
pour se deffendre, mais on les
attaqua si vivement, qu'ils pri-
rent la fuite, laissant quarante
morts sur la place, & vingt-trois
prisonniers. Mr de Cochardiere,
commandant le Regiment de
Quélus, s'en acquitta tres-digne-
ment. L'on apprit par ces pri-
sonniers qu'ils estoient des Trou-
pes de Hessen, venuës nouvel-
lement d'Allemagne, & que le
de Namur. 209
secours estoit fort proche. Les
Ennemis avancerent de quelques
toises leurs tranchées du coſté de
la Sambre, & vers les neuf heu-
res du soir ils firent descendre
des batteaux le long de cette Ri-
viere, sur lesquels ils avoient
embarqué des Grenadiers qui a-
borderent à la Redoute que l'on
occupoit à la droite de la Porte
du bord de l'eau, laquelle est de.
tachée de tous les ouvrages. Ils
jetterent un Pont de Clayes sur
le fossé de la gorge, & s'en rendirent
maistres, sans que l'Offi-
cier qui y commandoit pust faire
la moindre resistance, parce qu-
il estoit dans une galerie dont la
communication avoit esté cou-
pée par une batterie que les En-
S
210 Journal du Siege
nemis avoient mise sur le Rempart
de la Ville. Il fut fait pri-
sonnier avec quinze hommes qui
estoient avec luy. Ce poste fer-
moit entierement la ligne des
Ennemis jusques à la Sambre.
Quoy que leur Artillerie tirast
toute la nuit, Mr le Mareschal
ne laissa pas de visirer toutes les
brêches. Mr de Moulinneuf qui
commandoit dans le Fort Guil-
laume, eut la jambe cassée auprés
de luy, & il en mourut quelques
jours aprés, ce qui fut une veri-
table perte, car outre qu'il ser-
voit avec toute la vivacité ima-
ginable, Mr le Mareſchal ſe re-
posoit beaucoup sur luy pour la
deffense de ce Poste. Cela fit
changer l'ordre du service, Mt
de Namur. 21I
de Princé fut mis dans ce Fort
pour le détail de la Place, sous
les ordres du Brigadier qui montoit
au Chemin couvert. L'on
fit aussi monter un Brigadier a
celuy de la Cassotte.
Le 26 se passa en salves con-
tinuelles de l'Artillerie des En-
nemis. Ils continuerent de jetter
une prodigieuse quantité de carcasses,
pots à feu & bombes dans
la basse-Ville. Presque toutes les
massons furent ren versées, & ja-
mais l'on ne vit rien de si pitoyable
que le desordre où se
trouverent les Soldats qui es-
toient aux Hospitaux, lesquels
estoient entierement enfoncez.
L'on en voyoit, à qui on avoit
S1)
212 Fournal du Siege
coupé des bras & des jambes, qui
rampoient pour se garantir de
l'incendie. Mr le Comte de Lo-
mont donnoit tous ses soins pour
y remedier, mais comme la plus
grande partie des Chirurgiens
avoient eſté tuez, on ne sçavoit
comment les faire panser. Les
bombes renverserent aussi une
partie des traverses que l'on avoit
faites le long du Rempart de
Meuſe, & du costé de la Sambre.
Ces Rivieres estoient fort basses,
& on n'avoit de ressource pour
se garantir d'une insulte, que de
soûtenit un assaut l'épée à la
main, n’y ayant pas un seul flanc
d'où l'on pust tirer un coup de
mousquet. Le Fort Guillaume
estoit ouvert en trois endroits,
de Namur. 2
& l'on pouvoit monter un Ba-
taillon de front par chaque bré-
che. La branche du demy- Ba-
stion bas de Terra Nova estoit
renversée, & l'on battoit les petits
ouvrages qui tombent en am-
phiteatre jusques à la Riviere,
en sorte que les Ennemis pou-
voient attaquer le Fort Guillau-
me, Terra Nova, la basse-Ville,
& le Chemin Couvert de la Cassotte
tout à la fois. Un autre que
Mr le Mareschal auroit marqué
de l'inquietude, mais il donnoit
ses ordres sans qu'il parust avoir
de la crainte du danger qu'il y
avoit, & l'on estoit toûjours dans
l'attente d'estre attaqué. Il divisa
Mis les Officiers Generaux dans
toutes les attaques. Mt de Gra-
214 Fournal du Siege
mont raſta à la basse-Ville a vec
Mr le Comte de Lomont. Mide
Reignac monta au Chemin cou-
vert de la Cassotte avec trois
Lieutenans Colonels, & Mr de
la Badie à celuy du Fort Guillau-
me. La nuit ſe paſſa ſans aucune
entreprise de la pirt des Ennemis.
Ils pousserent leurs Tran-
chées vers la redoure de la Sam-
bre, & ils mirent encore cinqe
pieces de canon en batterie sur
le Bastion de Graver pour achever
de ruiner les épaulemens
qu'on avoit faits à la bréche de
Grogneau. Mr de Megrigny tra-
vailla à reparer les bréches du
Fort Guillaume, & à se retrancher
derriere celle de Terra No-
va. Mr de Courcelle, Capitaine
de Namur. 215
des Grenadiers du Bataillon des
Fusilliers, fut tué à l'angle Sail-
lant droit du Chemin couvert de
ce Fort. Sur le minuit on enten-
dit plusieurs coups de canon vers
le defilé du Mazy, sans que l'on
pust sçavoir pour lors ce que
c'estoit.
Le 27. les décharges de l'Ar-
tillerie des Ennemis continue-
rent de la mesme force. Celle de
la Place tira toûjours sur leur
Ville, & les bombes écraserent
plusieurs maisons. L'on vit un
grand mouvement dans leur Ar-
mée, laquelle quittoit le costé de
la Condros, & prenoit le grand
chemin de Bruxelles. Toute la
Garnison commença à se réjouir,
216 Journal du Siege
sut ce qu'on ne doutoit plus du
secours. Ce qui le faisoit conjec-
turer, c est la précipitation avec
laquelle les Ennemis poussoient
leurs Travaux. Mrde Saint Lau-
rent monta a la Cassotte, M-
de Gramont au Fort Guillau-
me, & Mr de Reignac à la basse-
Ville. Sur les dix heures du
soir, J'on apperceut un hom-
me proche la bréche de Terra
Nova. Comme on croyoit quil
estoit venu pour l'examiner,
Mr de Sainte Hermine estant à
la Porte du bord de l'eau avec
son Regiment, fit avancer qua-
tre Dragons pour tirer sur luy,
mais il cria qu'il se presentoit
pour parler à Mr le Marechal.
Oni luy jetta une corde, & on
le
de Namur
217
le monta à la basse-Ville. Il dit
qu'il estoit François, qu'il fer-
voit un homme a Mr de Baviere,
qu'il estoit bien-aise d'avertit que
dans peu on seroit secouru, &
que l'Armée de France estoit à
la hauteur du Mazy. Les Ennemis
continuerent leurs travaux
pour joindre la Sambre, & leut
Artillerie tira comme le jour.
Le 28. l'on fut surpris de ce
que l'Artillerie des Ennemis
pouvoit tirer, car les pieces de-
voient estre éventées; cependant
on n’y reconnut aucun
changement. Il sembloit même
qu elle estoit encore mieux servie,
& il falloit qu'ils en eussent
une prodigieuse quantité, pour
Journal du Siege
218
changer celles qui ne pouvoient
plus fervir. Jusques alors on en
avoit ignore le nombre, mais
un Officier de leurs Troupes , à
qui on parla, dit qu'ils avoient
plus de deux cens canons ou
mortiers en batterie, Sur le midy
Mr de Reignac fut avery qu'il
paroissoit une flote de Batteaux
jui descendoient à la Ville. L'on
crut que c'estoit des. Troupes qui
venoient debarquer à la brêche
de Grogneau. Il en donna avis
à Mr le Comte de Lomont, qui
fit prendre les armes, & chacun
occupa son poste. Mr de Reignac
ſoitit bors de la porte de Bulley.
pour les teconnoiſtre. Un Bate-
lier avoit averty que c'estoit dix-
neuf Batteaux que l'on avoit
de Namur. 219
fait descendre de Dinant & de
Givet, pour le transport des Bles-
sez qu'on avoit laissez dans la
Ville, suivant la Capitulation,
lesquels contre la bonne foy,
avoient esté arrestez pendant
seize jours, ce qui fit qu'on les
laissa passer. Les Ennemis ne fi-
rent pas beaucoup d'ouvrages à
leurs tranchées, & l'on vit bien
par leurs mouvemens qu'ils ne
vouloient pas hazarder un assaut
avant la décision de l'action à la.
quelle on s'attendoit pour le se-
cours. Ils firent une batterie de
dix pieces de canon à my-coſte
du Chemin couvert de la droite
du Fort Guillaume, qui battoit la
Porte du Secours, afin de ruiner
la défense du flanc qui voyoit la
TI
220 Fournal du Sirge
bréche de la branche du demy-
Bastion de Terra Nova, qui n'en
est qu'à la portée du pistolet. Elle
battoit aussi la face de ce demy-
Bastion Mr de Megrigny fit tra-
vailler à des Fougaces sous le dé-
bris des brêches. Les Officiers
commencerent à murmurer de
ce que Mr le Maréchal s'exposoit
trop, & luy representerent que
le ſalut de la Place toulant sur sa
ſeule personne, il estoit du sei vi-
ce du Roy qu'il se conservast da-
vantage. Cependant il ne laissa
pas de visiter les postes à l'ordi-
nairc. Mr d'Asfeld monta au
Fort Guillaume, Mr de la Badie
au Chemin couvert de la Cassot.
te, & Mr de Reignac resta à la
basse-Ville avec Mr de Lomont,
de Namur. 221
pout y achever les retranchemens
qu'il, y avoit fait faire, lesquels
estoient détruits en partie
par le canon & les bombes.
Le 29. on vit passer un grand
Convoy qui alloit à l'Armée du
Prince d'Orange, laquelle s'estoit
rapprochée de la Place. L'on
ne sçavoit où estoit celle de Mr
le Maréchal de Villeroy, dont
on n'avost eu aucun avis depuis
le 25. de Juillet. La brêche de
Tetra Nova, qui estoit le corps
de la Place, attendu que l'on ne
pouvoit plus le retirer dans les
deux petites envelopes, estoit si
grande & si accessible que l'on-
estoit dans la crainte diy estre
emporté, si les Ennemis don-
Tiij
111 Fournal du Siege
noient un assaut; mais l'on ne
pouvoit s'imaginer qu'ils deus-
sent y venir, la teste de leur tran-
chée en estant encore à plus de
trois cens toises. Mr de Megri-
gny fit abattre un corps de Ca-
sernes pour continuer le retran-
chement derrière cette bréche.
C'estoit un ouvrage difficile à
cause du grand feu d'Artillerie
que les Ennemis faisoient jour
& nuit dans cet endroit. Mr le
Mareschal qui prévoyoit ce qui
arriva le lendemain, voulut faire
une disposition generale, &
mettte des Commandans avec
des Troupes fixes à toutes les
attaques, afin que chacun re-
connust son terrain, & qu'on s'y
accommodast pour attendre les
de Namur 22
Ennemis. L'execution en fut dif-
ferée, à cause que l'on assuira
qu'il n'estoit pas possible qu'ils
pussent partir de si loin pour ve-
nit a l'assaut, & bien des gens
estoient de cette opinion: Mr de
Saint Laurent monta au Chemin
couvert de la Cassotte, Mr de
Reignac a celuy du Fort Guil-
laume, & Mr de Gramont à la
basse-Ville; & comme l'on estoit
dans l'attente d'une grande action,
l'on redoubla la garde de
ces postes.
Le 30. au point du jour l'on
s'apperceut qu'il yavoit un grand
mouvement dans les tranchées
des Ennemis où l'on vit entrer
quantité de Troupes, Mr de Rei-
Tilij
224 Fournal du Siege
gnac en donna avis à Mr le Ma-
reschal. Mr de Saint Laurent en
fit la mesme chose, vers les six
heures du matin. Comme on vie
distribuer aux Ennemis, quan-
nité de faux à revers, & d'espon-
tons, l'on reconnut qu'ils se dif-
posoient à donner un assaut,
mais l'on croyoit qu'ils ne vou-
loient qu'attaquer le Fort Guil-
laume, & le Chemin couvert de
la Cassotte. Mr de Reignac man
da encore à Mr le Mareschal qu'-
il ne doutoit plus que l'on n'allast
estre attaqué. Sur ce dernier avis
on fit prendre les armes à toute
la Garnison, & chacun courut à
son poste. Mr le Mareschal reſta
à celuy de Terranova, avec Mn
de Megrigny, d'Asteld & de
de Namur.
125
Nogent, & environ cinq cens
hommes. Mr de Guiscard se posta
a la demi-lune casematée avec
un corps d'environ mille hom-
mes, ayant avec luy Mr de la
Badic & Mrs de Montbron &
de la Chaise. Mr de Reignac,
comme il a esté dit, estoit au
poste avancé du Fort Guillaume,
ayant avec luy Mr des Barreaux,
Colonel de Dragons, & Mr de
Fonlongue, avec six cens Dra-
gons ou Grenadiers. Mr de Prin.
cé resta dans ce Fort avec Mrde
Verduisant, & environ cinqui cens
hommes. Mr de Montagnac
commandoit dans la demi-lune,
avec cent hommes. Mr le Mar-
quis de Quélus, Colonel de Dra-
gons de Languedoc, occupoit la-
226 Journal du Siege
gauche du Chemin couvert avec
cent Dragons & deux cens hom-
mes d'Infanterie. MEnde Saint
Laurent commandoit avec trois
Lieutenans Colonels & douze
cens hommes d'Infanterie, dans
tous les Chemins couverts de la
Cassotte. Mr de la Cime, Capi-
taine au Regiment de Beauvoisis,
estoit dans la Redoute de la Cas-
sotte avec soixante hommes. M-
le Comte de Lomont resta dans
la basse-Ville, avec Mrs de Gramont,
de Sainte Hermine, &
de la Marre, ayant trois cens
Dragons & environ quatorze
cens hommes d'Infanterie. Mr
de Marigny, Major du Chaſteau,
estoit dans le Donjon, avec cinqui
cens hommes d'Infanterie.
de Namur. 22.7
Sursles dix heures du matin,
l'Artillerie des Ennemis cessa de
tirer, & les Troupes sortirent de
toures leurs Tranchées, & se mi-
tent en bataille sur le revers, ob-
servant un grand ordre & un
grand silence, aprés quoy elles
se separerent par pelotons. Il
sortit aussi environ trois mille
hommes de l'Abbaye de Salzei-
ne, qui aprés s'estre mis en ba-
taille, s'approcherent des tranchées
dans lesquelles apparem-
ment ils n'avoient pû contenir.
Dans le temps qu'ils faisoient
leurs dispositions, un Officier
parut sur le Rempart de leur
Ville, & demanda à parler a Mt
le Comte de Guiscard, & un
Officier luy ayant répondu qu'il
228 Journal du Siege
pouvoit dire ce qu'il souhaitoit,
il dit qu'il venoit de la part de
Mr de Baviere pour l'avertir qu'-
il n'y avoit plus de secours à esperer,
que Mr de Villeroy s'e-
stoit retiré, & que comme il
estoit sur le point de faire don-
ner un assaut general, il l'exhor-
toit à vouloir faire une bonne
Capitulation, & qu'on la luy
accorderoit fort avantageuse; que
ce seroit le moyen de bien épar-
gner du sang de part & d'autre,
mais que l'on ne luy donnoit
qu'un quart d'heure pour se dé-
terminer. Mr le Comte de Lo-
mont qui estoit sur le Bastion du
bord de l'eau, répondit qu'il ne
se chargeoit pas d'une telle com-
mission, & que Mr de Baviere
de Namur. 229
n'avoit qu'à suivre son chemin
que l'on estoit préparé à le rece-
voit. Dans le mesme temps un
autre Officier se presenta sut le
revers de leurs tranchées, prés
le chemin couvert du Fort Guil-
laume, & demanda l'Officier ge
neral qui y commandoit. Mr de
Reignac ayant paru, il luy fit le
mesme compliment, à quoy il
répondit qu'il n'écoutoit point de
semblables propositions, que tou-
tes choses estoient préparées pour
se bien deffendre, & qu'ils n'a-
voient qu'à commencer. Chacun
se retira, & en un instant les En-
nemis donnerent le signal, qui
fut de trois décharges de toute
leur Artillerie, & ensuite ils mar-
cherent à l'attaque qu'on leur
avoit designée.
Fournal du Siege
230
Comme ils estoient plus pro-
che du Chemin couvert du Fort
Guillaume, que des endroits où
ils devoient aussi donner l'assaut,
l'action commença par la. Ils
l'attaquerent par trois differens
endroits avec une extrême vi-
gueur; mais on s'y deffendit
avec tant de fermeté, qu'ils ne
purent y entrer. Ils firent avan-
cer des Troupes fraîches qui vou-
lurent passer par la droite de ce
Chemin couvert pour s'emparer
des brêches de ce Fort. Mr de
Reignac qui avoit préveu la cho-
se, leur opposa un si grand feu
qu'ils furent obligez de se retirer,
& ils ne s'y piesenterent plus.
Ils rejetterent leurs forces du co-
ſté de la Place d'armes où estoit
de Namur. 231
Mr de Barreaux. Ils y entrerent
& en furent rechassez, mais com-
me ceux qui avoient attaqué par
la gauche s'estoient rendus mai-
stres d'un angle mort, ou estoit
Mrde Quélus, ils porterent leur
feu sur ceux qui deffendoient cet.
te Place d'Armes, qu'ils voyoient
à revers. Cela obligea Mr de Rei-
gnac de les faire reurer derriere
des traverses, & les Ennemis se
logerent six toises au dessous de
Langle. Quelque temps aprés de
nouvelles Troupes leur estant en-
core arrivées & Mrde Barreaux
ayant eſté bleſſé à mort, ils vou-
lurent encore entrer dans le Che-
min couvert par cette Place d'Ar-
mes qui n'estoit pas occupée M-
de Reignac y fit avancer Mis de
232 Fournal du Siege
Fonlongue, le Comte de Sanzée,
Mrs des Rouvilles, Belleisse,
Quarvillé, de Givry, de Saint
Sauveur, & de Mortin, qui les
chargerent avec tant de vigueur
qu'aprés un fort grand carnage
les Ennemis se retirerent à leur
logement. Mr de Reignac qui
avoit eu deux legeres blessures
au commencement de l'action,
en receut une troisiéme d'un é-
clat de palissade qui luy donna
par la teste & le porta par terre.
Le feu estant cesse de part &
d'autre il se retira, estant toujours
maistre du Chemin cou-
vert, quoy qu'il y eust perdu
plus de la moitié des Officiers &
Soldats qui estoient avec luy.
de Namur.
23
Pendant que les choses se passoient
ainsi au Fort Guillaume,
les Ennemis attaquerent le Che-
min couvert de la Cassotte par
quatre endroits avec un grand
nombre de Troupes. Mr de Saint
Laurent le soûtint pendant un
quart d'heure, mais Mr de Guis-
card luy ayant envoyé ordre de
ne rien opiniâtrer, il l'abandonna
& se retira dansceluy de la de-
my-Eune Casematée. Les Ennemis
se logerent sur tout le front de
la Cassotte, & voulurent empor-
ter la Redouie, mais Mr de la
Cime s'y deffendit sicbien qu'ils
ne purent s'en rendre maistres,
ny chasser Mr de Quélus des
Traverses derriere lesquelles il
s'estoit retiré.
Journal du Siege
234
Les Etnemis qui vouloient
aussi attaquer la basse-Ville en
mesme tempe que le Chasteau,
firent une fausse attaque à la Porte
de Bulley. Mr de la Marre
qui gardoit ce coſté-là les en
chassa sans beaucoup de peine,
mais dans le moment ils sorti-
rent de leur Ville par la Porte
de Graver, se mirent en bataille
& passerent la Sambre qui estoit
jayable, & ayant voulu monter
à la bréche de Grogneau, Mr de
Lomont leut opposa cent Dra-
gons commandez par Mis Dantigny
& le Marquis de Maury,
soutenus par Mr de la Borie, &
le Capitaine des Grenadiers du
Bataillon de Solre. L'on fit un si
grand feu sur les Ennemis, & on
de Namur
235
uleur tua tant de monde, que la
Riviere estoit teinte de leur sang,
en sorte que ne pouvant plus re-
fister, ils prirent la fuite. Mr le
Marquis de Maury y fut tué, &
plusieurs autres Officiers. Mr de
Lomont s'y porta avec beaucoup
de valeur & de conduite. Quoy
que Mr le Marquis de Gramont,
& Mr. de Sainte Hermine qui
deffendoient le coſté de la Porte
du Baſtion du bord de l'eau,
n'eussent point esté attaquez, il
est certain qu'ils essuyerent un
tres-grand feu, & qu'ils servirent
fort utilement, comme on le
verra dans la suite. Dés que le
signal fut donné pour les atta-
ques, les Ennemis parurent aux
fenestres des maisons qui regnent
236 Fournal du Siege
le long de la Sambre & dans la
Ville cedée, & firent un feu ex-
traordinaire sur le Poste de Mde
Gramont où l'on ne pouvoit
se mettre à couvert, & où il
resta jusques à la fin, mais il per-
dit la moitié des Troupes qu'il
avoit avec luy. Mr de la Vinouze,
Lieutenant Colonel du Regiment
de Hainault fut tué, &
quantité d'Officiers de Dragons.
Le Chevalier de Pezeux y fut
blessé.
L'entreprise la plus hardie que
firent les Ennemis fut celle cy-
Huit cens Grenadiers Anglois
choisis, soutenus de trois mille
hommes qui estoient sortis de
l'Abbaye de Salzeinc, coulerent
de Namur. 235
le long du chemin, entre le
Fort Guillaume & la Sambre
& marcherent droit à Terra
Nova, afin d'y monter à la bréche,
pour la deffense de laquel-
le il y avoit cent hommes de
garde, qui à l'approche des
Ennemis s'y présenterent de
fort bonne grace, & les receurent
avec beaucoup de fermeté.
Ils auroient neanmoins esté
forcez, sans que Mr le Ma-
reschal y envoya Mr de Martinet
avec cent Dragons. Mr
de Martinet y fut tué, aprés
avoir renversé les Grenadiers des
Ennemis aubas de la bréche. Un
de leurs Bataillons estant arrivé,
monta & posa ses Drapeaux sur
le haut de la brêche; mais il fut
23 Journal. du Siege
repouſſe pai Mrs d'Asfeld & de
Nogent. Ce Bitailton ayant pris
la fuite, un autre ſe preſenta, à
la teste duquel il y avoit aussi
des Grenadiers qui s'estoient tal.
liez. Ily en eut plusieurs qui en-
rrerent dans la Place, & y furent
tuez, & comme l'affaire estoit
douteuse, Mr le Marécbal mar-
cha l'épée à la main avec la
Compagnie de ses Gardes, &
combattit avec les Troupes qui
estoient à la bréché, lesquelles
sans ſa presence paroissoient fort
rébutées. L'on fit de si grands
efforts, que les Ennemis furent
rechaſsez avec beaucoup de con-
fusion, ce qui fit qu'ils se cul-
buterent les uns sur les autres
&t renverfetent leur troisième
de Namur. 2-39
Bataillon, qui n'avoit point en-
core combatu. Ils ne purent se
rallier que dans la Prairie de
Salzeine. Il y eut deux choses
essencielles qui les obligerent d'a-
bandonnercette bréche; l'une, le
feu que Mr le Mirquis de Gra-
mont leur fit faire a revers du
Bastion du bord de Leau, qui
ein'en est qu'à une portée de pisto-
let; l'autre, celuy que leur fitent
faire Mr de la Badie & Mr de la
Chaise. Mr le Comte de Guis-
card voyant le danger où estoit
Terranova, les avoit envoyez
avec cent Dragons ou Soldats,
pour prendre les Ennemis en
flanc, & ce fut l'arrivée de ce
detachement, qui détermina les
Ennemis de prendre la fuite M140Journal
du Siege
d'Entragues qui s'y estoit presen-
té dés le commencement, & qui
n'avoit pas assez de Troupes pour
sopposer aux Ennemis, ne laissa
pas de leur tuer beaucoup de
monde. Cette bréche demeura
couverte de leurs morts, & ils
sont convenus depuis, qu'ils eu-
rent trois mille hommes de tuez
ce jour-là, & plus de deux mil-
le bleſſez. Cela ne ſe put paſſer
qu'avec une grande perte du co-
té des Troupes de la Place, Il
y eut un tiers des Officiers tuez
ou blessez, & prés de quinze
cens Soldats. L'affiire ne finit
que sur les cinq heures du soir
& l'on ne s'occupa de part &
d'autre qu'a retirer les blessez,
Pendant la nuit, les Ennemis
s'enfon-
de Namur.
24
s'enfoncerent dans leur loge
ment, & travaillerent à embras
ser plus de terrain.
Le 31. les Ennemis à l'ordi-
naire firent un feu continuel de
leur Arrillerie. Au point du jour,
l'on vit un grand mouvement de
leurs Troupes dans la Prairie de
Salzeine, & elles resterent long.
temps en Bataille. Mr le Mareschal
crut qu'ils avoient intention
de donner un second assaut general,
& il disposa toutes choses
pour le soutenir. Vers les dix
heures du matin, les Ennemis fe
separerent & n'entreprirent rien;
l'on transporta dans la basse Ville
tous les Blessez qui estoient au
Fort Guillaume, & dans les au-
X
Fournal du Siege
242
tres endroits où ils avoient esté
mis le jour précedent. Mr de
Megrigny travailla avec toute la
diligence possible, à mettre en
estat le retranchement auquel il
faisoit travailler derriere la bré-
che de Terra Nova. Mr de Prin-
cé qui estoit resté Commandant
au Fort Guillaume, alla trouver
Mule Maréchal, pour luy répre.
fenter qu'il n estoit presque pas
possible de le deffendte, tous les
ouvrages estant si renverfez qu'-
ils n'avoient presque plus aucune
figure. L'on travailla neanmoins
pendant la nuit à relever des ter-
res dertiere les brêches, pour
mettre à couvert les Troupes qui
devoient les deffendre.
de Namur. 243
Le premier du mois de Sep.
tembre l'on vit un grand mou-
vement dans les Tranchées des
Ennemis, & l'on crut par les dis-
positions qu'ils faisoient, que l'on
de voit s'attendre à une grande
action. Mr le Mareschal n'oublia
rien des mesures qu'il pouvoit
prendre pour la soûtenir. Vers
les six heures du matin, Mr de
Guiscard l'alla trouver, pour luy
répresenter le mauvais estat de
la Place, & combien l'on hazarderoit
les Troupes, s'il vouloit
soûtenir um second assaut. Mr le
Mareschal fut un peu surpris de
se voir reduit à cette exttemité.
Ilne voulut cependant prendre
aucune resolution. Il croyoit que
les Ennemis alloient attaouer de
X 1)
de Namur.
244
moment à autre, lors qu'ils de-
manderent une suspension d'ar
mes, pour retirer les morts &
les blessez qu'ils n'avoient pu
avoir aprés la derniere action,
Mr le Mareschal leur accorda
deux heures, pendant lesquelles
on fit porter à leurs Tranchées
tous ceux qui se trouverent sur
les brêches, & sur les glacis: Tan-
dis que cela s'executoit, Mr de
Guiscard ayant répresenté une
seconde fois à Mr le Mareschal
le mauvais estat de la Place, il
consentit de faire assembler les
Officiers Generaux, afin de sça-
voir leur sentiment. Mr de Megrigny,
aprés avoir rendu com-
pte de l'estat des ouvrages, témoigna
qu'il estoit dangereux de
de Namur.
245
tisquer une affaire semblable a la
derniere. Mr Filley en fit remar-
quer les inconveniens, & Mrs les
Brigadiers qui s y trouverent sui-
virent tous l'avis de Mr le Comte
de Guiscard. Ainsi il fut reso-
lu que l'on capituleroit, & il alla
pour ce sujet au Fort Guillaume,
& lors que la suspension d'armes
fut finie, il demanda a parler à
l'Officier General qui comman-
doit la Tranchée des Ennemis,
qui estoit Mr de Leindebonn
auquel il fit sa proposition, &
ensuite l'on fit les échanges des
Oſtages. Du coſté de la Garni-
son on donna Mt de la Badie &
Mr de Monbron. Le reste du
jour ſe paſſa à negociet la Capi-
tulation, dont les Articles furent
XII)
Fournal du Siege
246
dressez & portez par Mr de Fu-
meron. Cela fut arresté & signé
le meſme jour, ainsi qu'il ensuit.
midy, Mr le Comte de Guis-
card livra la Porte de Fer aux
Ennemis, & les autres Postes
dont on estoit convenu; & Mr.
le Maréchal ſe retira au Cha-
steau pour y donner ses ordres.
Le 5. se passa en negocia-
tions pour les Passeports que les
Ennemis avoient promis, sur-
quoy ils ne furent pas fort ponctuels
à les délivrer, ce qui causa
de Namur. 153
quelque embatras. Mr le Maré-
chal fit passer la Sambré aux
Troupes qui estoient dans la
Ville, n'y laissant que les Gardes.
Li Brigade de Mr de Siint
Laurent monta au Chasteau, &
il mit celle de Dragons de Mr de
Gramont, & celle d'Infanterie
de Mr de Reignac dans la par-
tie de la Ville d'entre Sambre
& Meuse, à laquelle on donna
le nom de Basse-Ville. On fit
rompre un des Ponts de Batteaux
de la Sambre.
Le 6. on envoya à Dinant
les Ostages de la Mairie de Bol-
duc, qui estoient prisonniers au
Chasteau, & cent Chevaux des
équipages des Troupes, ain si
154 Journal du Siege
qu'on en estoit convenu avec
les Alliez. On envoya aussi tous
les Equipages de Mr le Comte
de Guiscard, & generalement
tout ce qu'il avoit à Namur, sur
des Passeports particoliers qui
lui furent accordez. Mr le Ma-
réchal qui avoit soixante Che-
vaux d'équipage , ne voulut
point demander de Passeports
pour les faire passer à Dinant.
Il aima mieux que les Officiers
fissent fortir les Chevaux qu'ils
avoient, que de se prévaloir de
la convention qui avoit esté fai-
te, d'en faire sortirtcent de la
Garnison. L'on chargea sur un
Bitteau quelques Blessez qui
estoient dans la Ville, lesquels
remonterent le mesme jour à
155
de Namur.
Dinant, & l'on remit aux En-
nemis les clefs des Magasins de
la Ville, dans lesquels on n'a-
voit laissé que tre-peu de cho-
se. A dix heures du matin, Mr
le Maréchal fit rompre le der-
nier Pont de Sambre, & on en
brûla les Batteaux, à la reserve
de deux, qu'on laissa pour re-
passer les Gardes qui estoient
encore dans la Ville. Comme
la cessation d'armes devoit finir
à midy, l'on fit border les Pa-
rapets de la Basse-Ville, croyant
que les Ennemis commence-
roient à tirer; mais l'on demeu-
ra dans l'inaction de part &
d'autre. Chacun travaillant à
ses dispositions, on avoit laissé
les Bourgeois dans une espece
156 Journal du Siege
de negociation avec Mr de Ba-
viere, afin d'obtenir que l'on
n'attaqueroit point la Basse-Ville
ni le Chaſteau par la Ville ce-
dée. Ceux qui avoient crû la
choſe faiſable y furent trompez.
Mr le Maréchal regla la ma-
niere de faire le Service, & l'on
ne fit plus qu'une Brigade de
Dragons. Mr le Comte de Lo-
mont demeura dans la Basse-
Ville avec Mis de Gramont &
de Reignac. Il monta un Bri-
gadier au Chemin-couvert du
Fort Guillaume, & un autre à
la Basse-Ville. Mr de Millan-
court; Lieutenant de Roy du
Chasteau, resta toujours dans
le Chemin-couvert de la Cas-
de Namur. 157
sotte, & Mr le Maréchal se lo-
gea dans un Soûterain le plus
prés de l'Attaque. Mr de Guis-
card se logea aussi dans un autre,
& les Troupes s'accommoderent
des Hangards pour tâcher de se
garantir de la Bombe.
La nuit du 6. au 7. les Trou-
pes du Chemin-couvert de la
Cassotte firent un grand feu sur
la Tranchée des Ennemis, qui
en firent un assez mediocré. Ils
n'avancerent presque pas leurs
Travaux; mais ils firent plusieurs
Batteries. Ils en placerent trois
sur le bord de la Meuse devant
l'enceinte de la Basse-Ville, &
quesques autres à la hauteur de
la Cassotte. On travailla avec
158 Fournal du Siege
beaucoup de diligence à démo-
lir des maisons à la Basse-Ville
pour se faire un Rempart con-
tre l'Artillerie des Ennemis.
Dans le Chasteau on fit des
Boyaux pour communiquer d'un
Poste à l'autre. Pendant ce
temps-là on ne tiroit pas un coup
de Mousquet d'une Ville à l'autre,
& personne n'en sçavoit la
raison.
Le 8. ſe paſsa à peu prés dans
les mesmes occupations. Mr le
Maréchal pourveut Mr de Ro-
gon de l'employ de Lieutenant
de Roy, à la place de Mr Da-
vejan. Une partie du jour il
tomba une grande pluye, dont
on se réjouit beaucoup dans la
de Namun. 159
Place, par l'avantage qu'on en
titoit, en ce que cela fit grossir
la. Sambre qui estoit fort basse.
Le 9. la Sambre crut d'un
pied, & la Meuse de deux; en
sorte que les Guez ne furent
plus pratiquables, & Eon n'ap-
prehenda plus que les Ennemis
pussent les passer pour infulter
la nouvelle enceinte. L'on siap-
perceut qu'ils faisoient passer avec
diligence leur Artillerie entre
Sambre & Meuse, & on eut avis
par un Batelier, que l'on par-
loit dans leut Armée qu'il ve-
noit un Secours, & que le Prin-
ce d'Orange avoit marché avec
plus de trente mille hommes,
pour joindte Mrde Vaudemont.
160 Journal du Siege
L'on n'eur pas de peine à croire
cette nouvelle, parce qu'on
voyoit que les Ennemis ne fai-
soient pas une grande diligence
pour avancer leurs Tranchées.
Mr le Maréchal regla la distri
bution des vivres avec Mr de
Fumeron, & selon la suputation
l'on avoit des Provisions pour
deux mois. On commença à
faire tuer soixante Chevaux, &
on en servit sur la Table de Mr
le Maréchal, qui en mangea le
premier, avec les Officiers prin-
cipaux; ce qui fit qu'aprés cela
personne n'en eut du scrupule.
Les Ennemis titerent quelques
coups de Canon d'une Batterie
qu'ils avoient de l'autre costé de
la Meuse. L'Artillerie & la
de Namür. 161
Mousqueterie du Chasteau fi-
rent un grand feu tout le jour
& la nuit les Ennemis n'avancerent
presque point leurs Tran-
chées.
Le 10. les Ennemis firent deux
nouvelles batteries au delà de la
Meuſe, l'une de huit pieces de
canon, & l'autre de sept mortiers.
Ils tirerent tout le jour sur
le Chasteau, des anciennes batteries
qu'ils avoint de ce coſté-la.
Comme on n'avoit aucune certi-
tude qu'ils 'n'attaqueroient pas la
basse-Ville, Mr de Guiscard fit
demander a parler à Mr le Comte
de Brouay qui commandoit pour
les Alliez dans la Ville cedée. Il
luy demanda une explication sur
162 Fournal du Siege
cet article, à quoy il ne répondit
rien de positif. L'on vit bien
pour lors qu'il n'y avoit aucun
fond à faire sur une parole, qu'ils
avoient donnée, que quand on
ne tireroit point sur la Ville ils
ne tireroient pas sur celle que
l'on gardoit. Cela fit que Mr le
Mareschal ordonna d'y travail-
ler avec diligence. Mrs de Lo-
mont, de Gramont, & de Rei-
gnac se relevoient tour à tour, &
l'un d'eux estoit toûjours présent
sur les ouvrages, qui cependant
ne pouvoient estre bons ny soli-
des, parce que les parapets n'estoient
que de pierres seches, &
des bois du débris des maisons
qu'il fall it abattre pour ce su-
jet. Mr de Reignac commença
de Namur. 1163
aussi à faire retranoher l'Eglise
de Nostre-Dame, & il trouva
moyen de communiquer du Clo-
cher au Chasteau. par un pont
que l'on fit avec bienode da pei-
ne. Depuis la Capitulution de la
Ville cedée, on n'avoit rien com-
pris au dessein des Ennemis sur
l'attaque du Chasteau. Il sem-
bloit qu'ils attendoient liévene-
ment de quelque grosse affaire,
pour se declarer sur l'endroit où
Ils devoient faire lęut priincipale
attaque, & ce jour-à ils n'avan-
cerent que tres peu de leurs tran-
chées de la Cassote. Il firent trois
batteries de canon de l'autre co-
sté de la Sambre au dessous de
l'Eglise Sainte GtOIX. ME le Ma-
reschal qui vouloit estre par tout,
O1
164 Fournal du Siege
donnoit ses ordres sur les mesures
qu'il y avoit à prendre pour faire
une vigoureuse resistance Il pas-
soit une partie des nuits dans les
chemins couverts, où l'on faisoit
toujours un grand feu de mous-
queterie. Le danger auquel il
s'exposoit à tous momens, don-
na lieu à des Dragons & Soldats
de luy présenter un Placet, qui
en substance contenoit, qu'ils
estoient prests d'exposer leurs
vies pour le service du Roy, ma is
que ce qui leur amolissoit le
courage, estoit la etainte qu'ils
avoient de le perdre, prévoyant
bien que s'il luy arrivoit quelque
malheur, cela entraisneroit celuy
de la Place. Mr le Mareschal les
remercia de leur zele, & leur
de Namur 165.
donna quelque argent; mais cela
ne l'empescha point de suivre son-
train ordinaire.
Le II. les Ennemis commen-
cerent dés le point du jour à ti-
rer sut le Chasteau de toutes leurs
batteries, ne fixant aucun point
de vûë. Il y eut plus de soixante
hommes tuez ou blessez. Ils s'at-
tacherent pendant quelque temps
à l'entrée du sousterain de Mr le
Mareschal, où il y eut de ses gens
tuez, & l'on fut obligé d'y
faire un épaulement. Vers le soir
ils tirerent sur la Porte du Port
de Grogneau de la basse Ville, la-
quelle est à la jonction de la
Meuse & de la Sambre. Mr de
Lomont alla au Pont de Meuse,
166 Fenrnaldu Siege
pour parler àlOfficier de la Gar-
de des Ennemis qui occupoit les
deux Tours cedées, & il luy de-
manda si on pouvoit prendre
certe conduite pour une rupture,
sut la parole qu'on avoitdonnée
de ne point tirer sur les deux Vil-
les. Cer Officier répondit qu'il
falloit que ce fust une méprise &
qu'il alloit faire cesset; que nean-
moins il envoyeroit scavoir sur
cela les intentions de Mr de Ba-
viere, & que le lendemain il en
rendroit raison. L'on vit remon-
ter sur la Meuse quelquec blessez
que l'on conduisoit à Dinant.
Les Ennemis ouvrirent deux
Tranchées, l'une vers Salzeine,
& l'autre du costé de la Balance,
ce qui declaroit l'attaque du Fort
de Namur. 167
Guillaume. L'on faisoit toutes les
nuits des sorties sur les Travail-
leurs de la teste de leurs Tranchées,
ce qui les dérangeoit beau-
doup. Ili y avoit déja quelques
jours que Mr le Mareschal n'avoit
eu de nouvelles, il en appeit par
un Sergent Itlandois des Enne-
mis, qui allant de lIAbbaye de
Salzeine à la VVille, ne croyoit
pas que l'on cust des Gardes sur
la Sambre. Harriva dans un Po-
ste que l'on occupoit, & ayant
reconnu ſa béveuë il prit la fuite.
Mr du Couret & un Grenadier
du Dauphn l'ayani joint, le con-
duisiren à Mrl Mareschal On
sceut pat luy que le Prince d'O-
range n'avoit pas voulu estre
témoin du Bombardement de
168 fournal da Siege
Bruxelles, qu'il estoit revenu pour
continuer le Siège, & que Mr de
Baviere estoit party pour se met-
tre à la teste de l'Armée qui de-
voit s'y opposer, & joindre Mr
de Vaudemont.
Le 12. Mf le Mareschal
envoya Mr de Moulinneuf au
Fort Guillaume poury comman-
der. Il montoit tous les jours un
Brigadier au Chemin Couvert,
ce qui rouloit entre Mrs de Saint
Laurent, d'Asfeld, la Badie &
Bragelonne. Il montoit aussi un
Colonel au Chemin Couvert de
la Cassote aux ordres de Mr de
Millancourt, & environ douze
cens hommes à chacune de ces
deux attaques. QL'Artillerie du
Chaſteau
ler
de Namur. 169
Chaſteau démontoit de temps en
temps quelques pieces aux Ennemis,
& faisoit un feu continuel.
Mr de Megrigny estoit toujours
en mouvement pour faire travail.
ler dans les endroits par où il
croyoit que les Ennemis devoient
venir. Mr le Mareschal voulut
faire faire une grande sortie pour
culbuter les Tranchées des Enne-
mis; mais on luy representa quil
falloit conserver les Troupes pour
les coups de main dans l'attaque
des Chemins Couverts. Environ
à neuf heures du matin, les En-
nemis recommencerent a tirer
sur la Porte de Grogneau sans rendre
réponse, ainsi qu'ils avoient
promis. Monsieur de Reignac al.
la parler à l'Officier qui estoit de
P
170 Fournal du Siege
garde aux Tours de Jambe, &
luy dit, que puisqu'il manquoit
de parole on alloit brûler la Ville
qu'ils occupoient. Il s'excusa sur
ce qu'il avoit relevé le Poste ſans
qu'on luy eust communiqué l'en-
gagement dans lequel on estoit,
mais qu'il alloit faire cesser de ti-
rer, & qu'il en donneroit avis à
ses Generaux. Sur les deux heu-
res aprés midy, avant qu'il eust
rendu réponse, toutes les batte-
ries qu'ils avoient de l'autre coſté
de la Meuse, continuerent de ti-
rer ſur la meſme porte. On vit
bien qu'ils se declaroient pour y
faire une attaque. Mrle Mares-
chal vouloit dans ce moment faire
écraser leur Ville par le canon &
les bombes du Chaſteau. On luy
de Namur. 171
representa encore, que l'on n'en
tireroit aucune utilité, attendu
que si on y tiroit, les Ennemis ti-
reroient aussi d'une Ville sur l'au-
tre, & qu'il y avoit quelque mé-
nagement à garder. Il n'a point
esté decidé si cette conduite estoit
bien bonne, mais il est seur que
Mr le Mareschal ne s'y rendit
qu'avec peine. L'Artillerie des
Ennemis tirant par salves, ne
tarda pas d'y faire une bréche, &
comme il n'y avoit aucune def-
fence pour la soûtenir, on travail-
la à se retrancher derrière dans
un terrain fort serré.
Le 13. on continua de se re-
trancher dans la basse-Ville, &
l'on fit plusieurs traverses le long
PI
172 Fournal du Siege
du Rempart de Meuse jusques à
l'Eglise Nostre-Dame, M. le
Mareſchal ayant reſolu de la def-
fendre jusques à la dernière ex-
trêmité; car comme il n'y avoit
point d'eau dans le Chaſteau, on
auroit esté obligé de se rendre
peu de temps aprés la perte de
cette Ville. On y laissa les deux
Brigades qui y estoient. Celle de
Gramont estoit de prés de sept
cens Dragons; & celle de Rei-
gnac d'environ seize cens Sol-
dats. Depuis le point du jour jusques
à la nuit, les batteries des
Ennemis ne cesserent point de
tiier sur l'attaque de Grogneau;
en sorte qu'il y avoit,une brêche
tres-considerable, & par laquel-
le on pouvoit monter facilement.
de Namur. 173
Mr le Comte de Lomont croyant
que les Ennemis donnetoient l'as-
faut, fit coucher les Troupes sous
les Armes, & l'on travailla avec
vigueur à racommoder les Parapets.
Mt de Reignac descendit
pendant la nuit au bas de la bréche,
& fit sonder la Sambre dans
l'endroit où les Ennemis la poit-
voient passer pour monter à l'al-
saut; il ne s'y trouva qu'un pied
& demy d'eau. Ils avoient aussi
battu la premiere branche droite
du Fort Guillaume avec les bat-
teries de Sainte Croix. Celle de
la teste de leurs Tranchées sur
les hauteurs du Chaſteou avoit
fait bréche à la Redoute de la
Cassotre. Les Troupes des Che.
mins Couverts faisoient un si
Piij
174 Fournal du Siege
grand feu, qu'ils n'avançoient que
tres-peu leurs travaux aux trois
attaques qu'ils faisoient de ce co-
ſté-la.
Le 14 le feu de l'Artillerie des
Ennemis recommença de toutes
parts avec une grande violence
Ils ouvrirent la Bréche de Gro-
gneau par la droite & par la gau-
che pour y monter avec un plus
grand front. A midy elle fut aussi
grande & aussi praticable qu'ils
le pouvoient desirer. Ensuite ils
tirerent dans les endroits qui la
pouvoient proteger, & raserent
une partie des maisons voisines.
Sur le soir on vit quelque mou
vement de Troupes dans la Ville
des Ennemis. Cela fit croire qu'-
de Namur. 175
ils ſe disposoient à donner un as-
saut. Ils baisserent le Pont-levis
de la Porte de Graver, qui re-
garde la bréche. Les Troupes
prirent les Armes, & chacun se
rendit au Poste qui luy estoit dé-
signé. L'on demeura dans cette
situation jusques au lendemain,
que l'on vit que les Ennemis ne
vouloient rien entreprendre. Hs
pousserent leurs Travaux de l'attaque
de la Cassotte, & tirerent
une parallele pour joindre l'atta-
que de la droite du Fort-Guillau-
me. Mr le Mareschal fit comman-
der les Troupes qu'il jugeost ne-
cessaires pour faire une sortie, la
disposition en estoit mesme faite,
mais Mr de Megrigny luy repre-
senta encore qu'il falloit conser-
Piii
176 Fournal du Siege
ver les Troupes, afin de faire des
actions de vigueur, à la deffense
des Chemins couverts, & son
sentiment fut suivy. Les Enne-
mis jetterent une si grande quan-
tité de bombes que l'on ne sçavoit
où se mettre à couvert. Ils
avoient des mortiers en differen-
tes batteries, qui se croisoient de
maniere qu'on ne pouvoit pren-
dre aucune mesure pour s'en garantir
On avoit estably un Hos-
pital dans la maison du Gouver-
neur, où il y avoit deux cens
blessez qu'il fallut descendre dans
la Ville, parce que les Chirurgiens
n'estoient pas en seureté
pour les panser, & ils furent mis
dans l'Eglise Nostre Dame.
de Namur. 17
Le 15 l'on s'attendoit que les
Ennemis donneroient l'assaut à
la basse-Ville, & rien ne les en
empeschoit. Il y avoit soixante
toises de bréche. Ils pouvoient
passer la Sambre avec facilité, &
avoient un grand terrain pour
se mettre en bataille au sortir de
l'eau. Mr de Megrigny fit travail-
lerien toute diligence à baricader
les ruës avec des tonneaux rem-
plis de terre. Mr le Comte de
Lomont dressa avec Mr de Rei-
gnac un projet pour la distribu-
tion des Troupes & ce fut à peu
pres de cette sorte. La Compa-
gnie de Grenadiers de Dragons
de Quélus commandée par M.
d'Antigny, & celle de Siinte
Hermine commandée par le Mar-
178 Fournal du Siege
quis de Maury, devoient se jetter
sur la brêche au moment que
les Ennemis sy présenteroient,
& au cas qu'elles y fussent for-
cées, Mr de Reignac devoit y
marcher avec les Compagnies de
Grenadiers des Regimens de
Hainault & d'Illiers, derriere la
traverſe de l'Hoſpital, la Com-
pagnie des Grenadiers de Courten
vis-à-vis de la bréche dans
un petit terrain, trente hommes
qui auroient vû les Ennemis de
revers, & qui devoient porter
leur feu jusqu au milieu de la bré-
che. Dans la ruë qui tombe au
milieu de la bréche, on y mit
la Compagnie des Grenadiers du
Regiment de la Marre, pour oc-
cuper deux traverses qui bar-
179
de Namur.
toient cette ruë. Dans une petite
place derriere il y avoit cent hom-
mes détachez, dont une partie
devoit occuper les fenestres des
maisons qui emfilent la mesme
ruë. Cette avenuë estoit aux or-
dres d'un Lieutenant Colonel.
La gauche de la brêche estoit
deffenduë par la Compagnie de
Grenadiers de Dragons de Gramont,
commandée par le Comte
de Reſnel, estant soûtenuë par
celle de Dragons du Roy, com-
mandée par Mr de Givry, &
dans une petite fausse Braye où-
estoit la Poissonnerie, l'on y mit
la Compagnie de Grenadiers du
Regiment de Solre. Mr de Gra-
mont soûtenoit cette attaque
avec le corps des Dragons. Il y
180 fournal du Siege
avoit sur la Place deux cens hom-
mes détachez où se devoit tenir
Mr le Comte de Lomont & M.
de Rogon, afin de se porter dans
les endroits qui pourroient estre
forcez. Les Bataillons de la Bri-
gade de Mr de Reignac de voient
loûtenir la droite, celuy de Hai-
nault occupoit la Traverſe du
Cimetiere Nostre-Dame; celuy
de Solre devoit se tenir dans la
ruë de Bulley ; les deux de la
Marre & d'Illiers, devoient bor-
der le Rempart de Meuse, la
moitié de celuy de Courten gar-
doit les ouvrages de la Porte de
Bulley, & l'autre fut postée au
bout du Pont de Meuse pour voir
les Ennemis de flanc. L'on de-
meura seize heures sous les armes
181
de Namur.
attendant de moment à autre de
voir venir les Ennemis. Pendant
ce temps Mr le Mareschal vint a
tous les Postes, exhortant chacun
de bien faire son devoir. Il vouloit
meſme demeurer pour se
trouver à l'action, mais on luy
dit que les Ennemis en donnant
l'aſſaut à la Baſſe Ville, ne manqueroient
pas d'attaquer en mes-
me temps les Chemins couverts
du Fort Guillaume Cela le dé-
termina de monter au Chasteau,
aux attaques duquel les Ennemis
n'avoient pas beaucoup avancé
leurs ouvrages. La journée ſe
passa dans un grand feu d'Artil-
lerie. Les Ennemis ne tirant pres-
que plus sur la bréche de Gro-
gneau, sattacherent à rompre
182 Journal du Siege
l'Escalier qui monte de la Ville
au Chasteau. Ils battirent aussi
une des grosses Tours du Don-
jon dans laquelle estoit le Ma-
gasin à poudre. Sur le soir com-
me l'on s'attendoit à une grosse
action, il survint une grande
pluye qui dura toute la nuit, ce
qui dérangea beaucoup les Enne-
mis, ayant un pied d'eau dans
leurs Tranchées, & estant mesme
obligez de se mettre en bataille
sur le revers. Une bombe tirée
du Fort Guillaume par Mr de
Marcilly, mit le feu dans les pou-
dres de leurs batteries de Sainte
Croix, ce qui fit qu'ils furent
quelques heures sans tirer.
Le 16. la pluye continua tout
de Namur. 183
leljour, & avant huit heures du
matin les Rivieres estoient crues
d'un pied & demy, ce qui ten-
dit l'attaque de Grogneau moins
accessible, & le soir elle fut pres-
que impraticable. Le mauvais
temps empescha l'artillerie des
Ennemis de faire un feu aussi vif
qu'à l'ordinaire, mais en revan-
che elle tira toute la nuit. Les
Tranchées ne furent presque
point avancées. L'on continua de
faire faire un giand feu aux Trou-
pes des Chemins couverts. M.
de Moulinneuf reçût une contu-
sion à la teste, & une legère bles-
sure au bras, ce qui ne l'empes-
cha point d'agir. Mr de Brage-
lonne estani dans le Chemin cou-
vert avec Mr le Mareschal, y fut
184 Fournal du Siege
blessé, ainsi que quelques autres
Ofnciers.
Le 17. l'on s'apperceut que
les Ennemis en usoient de mau-
vaise foy en tout ce qu'ils avoient
promis, car ils commencerent à
faire quatre batteries dans leur
Ville pour battre la face du Chasteau
qui la regarde. Ils avancerent
leurs Tranchées assez prés
du Chemin couvert du Fort
Guillaume, & firent une nou-
velle batterie de l'autre costé de
la Meuse qui voyoit l'Escalier du
Chaſteau par l'enfilade d'une ruë
de la baſse-Ville. C'estoit la ſep-
tième qu'ils avoient pour lors de
ce costé-la. Elles tirerent toute
la journée dans la communica-
de Namur. 185
tion de l'Escalier, & dans les
fausses Brayes qui regnent depuis
le Donion jusques à l'angle du
demy-Bastion gauche-de Terra
Nova, & abbatirent les maisons
des environs de la bréche de
Grogneau, & celles qui leut em-
pêchoient la vuë de l'Escalier. Il y
avoit toûjours trois cens hommes
détachez pour travailler à la reparation
des traverses, & a percer
des maisons pour communi-
quer à la bréche sans passer dans
les rües.
Le 18. les quatorze Batteries
que les Ennemis avoient autour
de la Place, tirérent dés le point
du jour, & ne cessérent qu'à la
nuit. On n'a jamais vû un si grand
186 fournal du Siege
bouleversement, on n'estoit en
seureté dans aucun endroit. Au
travers de tout ce danger Mr
le Mireschal visitoit les Pos-
tes d'un aussi grand sang froid
que s'il n'y avoit eu aucun peril.
Cependant il y avoit tres-souvent
des gens emportez à ses coſtez.
On n'estoit pas bien reçû lors
qu'on l'exhortoit de ne pas s'ex-
poser de la manière qu'il faisoit.
Comme on l'avoit empesché de-
puis trois jours de faire la sortie
qa'il avoit projettée, il prit enfin
la resolution de la faire, & en
voicy la disposition. Il fit com-
mander six- vingt Dlagons à
cheval qui furent separez en deux
Troupes, l'une commandée par
le Chevalier de Jau, Capitaine
de Namur. 187
au Regiment du Roy, & l'autre
par un Capitaine du Regiment
d'Asfeld, le tout mené par Mr
de Martinet, Lieutenant Colonel
du Regiment du Roy, &
par Mr Collard, aussi Lieute-
nant-Colonel de Dragons. Ces
deux Troupes devoient sortir par
la Porte du secours, & couler a
la droite du Fort Guillaume,
pour entrer dans la Prairie de
Salzeine, où les Ennemis avoient
une Garde de Cavalerie, qui sou-
tenoit leur Tranchée, la teste de
laquelle de voit estre attaquée par
quatre Compagnies de Grena-
diers, commandees par Mr de
Conche, Capitaine au Regiment
Dauphin, soutenues par un autre
gtos détachement que devoit
Qij
188 Fournal du Siege
mener Mr de Monbron, lequel
ne put agir Mr de Martinet char-
gea les Ennemis, & renversa
leurs Escadrons. Au bruit de
l'escarmouche, leur Infanterie
abandonna la Tranchée, & les
Grenadiers les suivirent, faisant
un grand feu sur eux. La nuit
estant fort obscure, les Troupes
de la sortie ne purent se rallier.
Les Ennemis estant venus avec
des Troupes nouvelles. se meslérent
avec celles de la Place, &
marchérent ensemble sans se re-
connoistre, jusqu'au dessous du
Fort Guillaume, où de part &
d'autre on s'apperçeut de la mé-
priſe Aprés s'eſtre tiré pluſieurs
coups, les Ennemis se retirérent
ayant laissé plusieurs des leurs sur
de Namur. 189
la Place, avec cinq ou six Prison-
niers. Mr le Chevalier de Jau y
fut tué, aprés avoir rompu un
Escadron des Ennemis. Le Capitaine
d'Asfeld fut aussi tué
avec six Dragons & deux Grena-
diers. L'on auroit tiré de plus
grands avantages de cette fortie, si
les Ennemisn en eussent pas esté
avertis par des Deserteurs, mais
ils estoient sur leurs gardes. Si tost
que l'action fut finie, ils rentré-
rent dans leurs Tranchées, & la
poussérent prés de quarante toi-
ses, sans que l'on s'en apperçust.
Mrle Mareschal qui estoit à l'an-
gle du chemin couvert, manqua
d'y eſtre tué. Du coſté de la biſſe
Ville on commença à se mettre
dans les caves; les maisons estant
190 Journal du Siege
brisées, on ne pouvoit plus les
habiter.
Le 19. ſe paſſa comme le jour
precedent, c est à dire par un feu
continuel de la part des Ennemis.
Geluy de la Place commença à
se ralentir; toutes les embrasures
estoient rompues, & une partie
des pieces démontées. Mr le Ma-
reschal qui voyoit bien que dés
que la Sambre deviendroit gaya.
ble, les Ennemis ne manque-
roient pas de donner un assaut
general à la basse Ville, en fit
retirer le Magasin des palissades,
& les fit porter au Fort Guillau-
me. Mts d'Entragues & du Cou.
ret y furent occupez toute la
nuit. On ne laiſſa pas de travail-
de Namur- 191
ler toujours à se retrancher, Mr
de Reignac prenant le soin de la
droite, & Mr de Gramont de la
gauche. Mr de Moulinneuf tra-
vailla aussi dans le Fort Guillaume
à le mettre dans le meilleur estat
qu'il estoit possible. L'on payoit
regulierement les Travailleurs
mais le Soldat qui avoit de l'ar-
gent, n'avoit nul moyen de s'en
servir ; ils avoient une livre &
demie de pain par jour, & une
demie de chair de cheval, & autant
de viande sallée. Cela ne
faisoit de peine à personne, &
l'exemple de Mr le Mareschal
ostoit la répugnance qu on auroit
pû avoir d'en manger.
Le 20. l'Artillerie des Enne-
192. Journal du Siege
mis tira de la même maniere. Ils
joignirent leurs deux attaques du
Chaſteau par une parallele qui
embrassoit les chemins couverts
du Fort Guillaume & de la Cas-
sotte Mr de Moulinneuf, qui
avoit bien prévû qu'ils fetoient
ce travail, fit faire toute la nuit
un grand feu de mousqueterie,
& tirer huit pieces de canon à
cartouche dans la jonction des
deux boyaux, ce qui fit, que les
Ennemis y perdirent quantifé de
monde. Le marin, Mr de Mil-
lancourt fut blessé au bras & à
la teste, d'un éclat de bombe; Il
y avoit vingt jours qu'il estoit
dans le chemin couvert, y servant
avec beaucoup de distin-
ction. Mr le Maréchal envoya
chercher
de Namur. 193
chercher Mr de Rogon, qui fai-
soit les fonctions de Lieutenant
de Roy de la Basse Ville, pour
le mettre en la place de Mr de
Millancourt. Les batteries que
les Ennemis avoient faites dans
leur Ville, furent achevées, &
ils en commencerent une sur la
courtine joignant la porte de
Gravet, pour voir à revers toute
la courtine de Meuse, & rompre
les traverses qu'on y avoit faites.
La Garnison vit bien de quelle
consequence cela estoit; nean-
moins ny Officiers ny Soldats ne
marquerent d'inquietude &
comme cela regardoit directe.
ment le costé que Mr de Reignac
de voit défendre, il travailla avec
un grand somn à trouver des
R
194 Fournal du Siege
moyens de mettre ses Troupes
a couvert, mais il estoit presque
impossible; & quoy qu'il fust
malade par la fatigue de cinquan-
te jours de Siege, il ne laiſsa pas
d'agir nuit & jour. On estoit tres-
embarassé pour mettre les pou-
dres en seurété. Mr le Comté
de Lomont fit accommoder des
caves pour les y placer. Il parut
qu'il estoit arrivé un Corps de
Troupes aux Ennemis, & un
grand convoy, avec quarante
pieces de canon & dix mortiers.
Le 21. les Ennemis ne tirerent
point de canon jusqu'à sept heu-
res du matin; & comme on vit
faire plusieurs mouvemens
de Namur. 195
leur Cavalerie, & que presque
toute leur Infanterie estoit en
bataille du coſté de la Hesbée
on crut que le secours paroissoir,
& que l'on estoit au moment
d'une Bataille; mais on fut bien
surpris de voir faire une salve
aux Ennemis de toute leur Artillerie,
qui devoit estre pour
lors de prés de deux cens canons
ou mortiers. Ils en avoient placé
dans tous les jatdins de leur
Ville qui pouvoient découvrir le
Chasteau, & l'on comptoit qu'il
y avoit vingt Batteries, Comme
on n'avoit jamais entendu un si
grand bruit, les Soldats & Dra-
gons marquerent d'abord quel-
que consternation. Mr le Ma-
réchal affecta de se montrer par
Rij
196 Fournal du Siege
tout, pour les rassurer, & les
exhorter à soutenir le danger
avec fermeté. Le Chevalier de
Bouflers, son proche Parent, le
seul qui portoit son nom, & qui
loy ſervoir d'Aide de Camp, fut
tue a ses costez. Il fit débarasser
tous les soutertains pour mettre
les Soldats à couvert, & ne voulut
garder pour luy qu'un seul
endroit pour mettre un matelas.
Ce grand feu continua jusqu'à
la nuit avec tant de violence, qu'à
peine pouvoit-on s'entendre; &
l'air estoit obscurcy de la fumée.
Prés de deux cens hommes fu-
rent tuez ou blessez pendant ce
jour. Il n'y eut cependant d'Of-
nciers de consideration que Mr
de Caubet, Major du Regiment
de Namur. 197
de Dragons de Langledoc, qui
avoit servi avec uhe grande dis-
tinction depuis le commence-
ment du Siege. Mr le Maréchal-
ordonna que l'on tirast toute l'Ar-
tillerie du Chaſteau sur leur Ville.
mais celle des Ennemis imposa
ſilence à une partie des pieces,
qui furent démontées. La ma-
niere dont ils se servoient pour
ce Siege surprit bien des gens, &
particulierement Mr de Megri-
gny, qui avoit donné toutes ses
atrentions à fortifiet les endroits
par où naturellement ils devoient
fairelleur attaque. Il parot qu ils
ne vouloient point s'attachen à
la Cassotte, ny au front du Fort
Guillaume, & ils continuerent
de battre en bréche la première
Riij
198 Fournal du Siege
& seconde branche droite, & la
contre-garde de la troisiéme de
ce mesme Fort. Ils battirent aussi
en breche la branche du demi-
Bastion bas de l'Ouvrage de Terra-
nova, ruinerent tous les para-
pets, & rompirent une partie
des communications de la Basse-
ville au Chasteau. Toute la nuit
on travailla à déblayer les dé-
combres des bréches, & à plan-
ter une double pal ffade auxche-
mins couverts du Fort Guillau-
me & de la Cassotte.
Le 22. il n'y eut aucun chan-
gement sur le feu de l'Attillerie
des Ennemis, qui fut aussi vio-
lent que le jour précedent.
Tous les Officiers & Dragons
de Namur. 199
qui avoient des chevaux, les
abandonnerent, les magasins de
foin ayant esté entierement brû-
lez. Les bombes en tuerent une
grande partie; l'on en distribua
aux Troupes, & l'on en salla pour
leur donner dans la suite Les
fours où l'on cuisoit le pain fu-
rent en partie enfoncez. Mr de
Fumeron fit travailler avec dili-
gence à en construire d'autres,
& l'on se servit de ceux que
l'on trouva en estat dans la Basse
ville Le Commandant du Regi-
ment de Maule vrier eut la cuisse
emportée, & plusieurs Officiers
subalternes furent tuez ou blessez.
Comme la Sambre commençoit
a estre gayable, Mr de Lomont
redoubla ses soins sur les précau-
Rgii)
200 Journal du Siege
tions qu'il devoit prendre pour
soutenir une grande action à la
breche de Grogneau. Mr de
Reignac fit faire une traverse
au devant de celle de l'Hôpital,
laquelle estoit à l'épreuve du
canon, afin d'y pouvoir tenir
& arrester l'Ennemi, au cas que
l'on fuſt forcé à la bréche.
Le 23. les Ennemis tirerent de
la meſme maniere. Il y avoit
pour lors cinq btéches conside-
rables, & par lesquelles on pou-
voit monter, une à la basse Ville,
trois au Fort Guillaume, & l'au-
tre à la Cassotte. Mr de Moulinneuf,
qui se voyoit au moment
d'estre insulté dans ce Fort, n'ou-
blia rien de tout ce qui se pou-
de Namur. 201
voit faire pour s’y bien défendre.
La Brigade du Dauphin qu'il
avoit avec luy, n'ayant pû ſou-
tenir le feu de l'Artillerie des
Ennemis dans ce poste, demanda
à estre relevée. Mr le Maréchal
y fit monter la garde par déta-
chement, & il y avoit tous les
jours un Brigadier.
Le 24 les Ennemis retirerent
presque toute l'Artillerie qu'ils
avoient au delà de la Meuse, &
continuerent avec la mesme fu-
rie à tirer de toutes leurs autres
Batteries. Il y avoit quelque
temps qu'ils n'avançoient point
leur tranchée, mais en plein jour
ils y travaillerent avec beaucoup
de vigueur, poussant devant eux
202 Fournal du Siege
des ballots de laine, pout parer
les coups de mousquet qu'on leur
tiro it du chemin couvert du Fort
Guillaume. On ne put les em-
pêcher de l'embrasser du coſté de
Salzeine. La Batterie du Bastion
de Graver rompit la communi-
cation de l'Escalier du Chasteau,
& le pont que Mr de Reignac
avoit fait faire pour communi-
quer du Clocher Nostre Dame
à ce Chasteau. Mr de Guiscard
visita les retranchemens de la
baſſe Ville, & les trouva dans la
derniere perfection. On vit faire
de grands mouvemens à toute
l'Armée des Ennemis. Cela
donnoit quelque esperance pour
le secours que l'on avroit esté
bien-aise de voir arriver. Depuis
de Namur. 203
qn'ils avoient redoublé leur Artillerie,
il ne ſe paſsoit point de
jour que l'on ne perdist soixante
ou quatre vingt hommes. Le
premier Capitaine du Regiment
de la Marre fut tué d'un coup de
canon. Pendant la nuit, ils tra-
vaillerent fortement à leurs tran-
chées, qu'ils poussoient vers les
Briquerres devant la porte du
bord de l'eau. Ils avancerent aussi
celles de la Cassotte. L'on fit un
feu continuel du chemin couvert,
qui leur tua bien du monde.
Comme la Lune estoit claire,
leur Artillerie tira toute la nuit,
& ils jettoient jusqu'à trente
Bombes à la fois. Mr le Maréchal,
qui estoit presque toujours
dans les dchors, contribua par
204 Fournal du Siege
sa preſence à la fermeté que les
Troupes témoignoient dans cet-
te occasion. Mr de Guiscard vi-
sitoit regulierement les postes
une fois par jour, & Mr de Me-
grigny estoit toujours en mou-
vement, assisté par Mr Dérigny,
principal Ingenieur, qui agissoit
avec beaucoup d'application.
Le 25. il parut que les Ennes
mis avoient encore augmenté
leurs Batteries dans leur Ville,
cat dés le point du jour ils tire
rent par salves, & avec tant de
promptitude, qu'il n'y avoit point
d'inter vale. Ils jetterent beaucoup e
de Carcasses, pots à feu, & bom-
bes dans la basse Ville. Toutes
les brêches estoient insultabl,
de Namur. 205
& lon navoit que les Chemins
a couverts dans lesquels on pouvoit
tenir, mais il eſtoit à craindre
que lors qu'on les attaqueroit on
n'emportast en mesme temps le
Fort Guillaume. Mr le Mares-
chal prenoit toutes les précau-
tions imaginables. Comme tout
dépendoit de la fermeté des Trou-
pes dont une partie des meilleu-
res estoit perie, & que le reste se
trouvoit dans un mauvais estat
tant parce qu'elles ne reposoient
point à cause de l'effet des bom-
bes, que parce qu'elles commen-
çoient à souff ir par la mauvaise
m nourriture, il se trouvoit dans
de grandes perplexitez. Cepen-
dant il ne témoignoit point son
inquietude, & se montroit par
206 Journal du Siege
tout avec un visage tranquile.
Les gens à qui il se confioit le
plus connoissoient bien ce qui se
passoit dans son esprit. Pendant
tout le jour on vit arriver des
Troupes aux Ennemis du costé
de la Condros. Ils occuperent
avec quatre ou cinq cens hom-
mes le Fauxbourg de la Plante
devant la Porte de Bulley, &
firent un grand feu sur un Poste
que l'on occupoit à my coſte du
Chemin couvert de la Cassotte.
Mr le Mareschal ne voulant pas
les y laisser establir, manda à M-
le Comte de Lomont de faire
faire une sortie par la Porte des
Bulley pour les en chasser, &
que dans le mesme temps que
les Troupes de la basse-Ville
de Namur. 207
commenceroient à charger, M-
de Megrigny qui estoit dans le
Chemin couyert de la demy-Lu-
ne calemattée, feroit descendre
deux cens Grenadiers pour les
prendre en flanc. Cela fut fort
bien executé de part & d'autre.
Mr le Comte de Lomont ayant
fait commander deux cens Grenadiers
ou Dragons, Mr de Rei-
gnac les fit passer pat le Chemin
couvert de cette Porte de Bulley,
& les divisa en trois Troupes,
l'une commandée par Mr de la
Borie, Capitaine des Grenadiers
du Regiment de Hainault, qui
devoit suivre le grand chemin
de Dinant. Mr de Givry, Capitaine
de Dragons au Regiment
de Quélus, paſsa dans les jardi-
208 Journal du Siege
nages du Fauxbourg avec la se-
conde, & le Capitaine des Grenadiers
du Regiment d'Illiers
marcha le long de la Meuse avec
la troisiéme. Mr de Cochardiere
estoit sur le tout, cela ne ſe put
faire si promptement que les En-
nemis ne s'en apperceussent. Ils
prirent des Postes avantageux
pour se deffendre, mais on les
attaqua si vivement, qu'ils pri-
rent la fuite, laissant quarante
morts sur la place, & vingt-trois
prisonniers. Mr de Cochardiere,
commandant le Regiment de
Quélus, s'en acquitta tres-digne-
ment. L'on apprit par ces pri-
sonniers qu'ils estoient des Trou-
pes de Hessen, venuës nouvel-
lement d'Allemagne, & que le
de Namur. 209
secours estoit fort proche. Les
Ennemis avancerent de quelques
toises leurs tranchées du coſté de
la Sambre, & vers les neuf heu-
res du soir ils firent descendre
des batteaux le long de cette Ri-
viere, sur lesquels ils avoient
embarqué des Grenadiers qui a-
borderent à la Redoute que l'on
occupoit à la droite de la Porte
du bord de l'eau, laquelle est de.
tachée de tous les ouvrages. Ils
jetterent un Pont de Clayes sur
le fossé de la gorge, & s'en rendirent
maistres, sans que l'Offi-
cier qui y commandoit pust faire
la moindre resistance, parce qu-
il estoit dans une galerie dont la
communication avoit esté cou-
pée par une batterie que les En-
S
210 Journal du Siege
nemis avoient mise sur le Rempart
de la Ville. Il fut fait pri-
sonnier avec quinze hommes qui
estoient avec luy. Ce poste fer-
moit entierement la ligne des
Ennemis jusques à la Sambre.
Quoy que leur Artillerie tirast
toute la nuit, Mr le Mareschal
ne laissa pas de visirer toutes les
brêches. Mr de Moulinneuf qui
commandoit dans le Fort Guil-
laume, eut la jambe cassée auprés
de luy, & il en mourut quelques
jours aprés, ce qui fut une veri-
table perte, car outre qu'il ser-
voit avec toute la vivacité ima-
ginable, Mr le Mareſchal ſe re-
posoit beaucoup sur luy pour la
deffense de ce Poste. Cela fit
changer l'ordre du service, Mt
de Namur. 21I
de Princé fut mis dans ce Fort
pour le détail de la Place, sous
les ordres du Brigadier qui montoit
au Chemin couvert. L'on
fit aussi monter un Brigadier a
celuy de la Cassotte.
Le 26 se passa en salves con-
tinuelles de l'Artillerie des En-
nemis. Ils continuerent de jetter
une prodigieuse quantité de carcasses,
pots à feu & bombes dans
la basse-Ville. Presque toutes les
massons furent ren versées, & ja-
mais l'on ne vit rien de si pitoyable
que le desordre où se
trouverent les Soldats qui es-
toient aux Hospitaux, lesquels
estoient entierement enfoncez.
L'on en voyoit, à qui on avoit
S1)
212 Fournal du Siege
coupé des bras & des jambes, qui
rampoient pour se garantir de
l'incendie. Mr le Comte de Lo-
mont donnoit tous ses soins pour
y remedier, mais comme la plus
grande partie des Chirurgiens
avoient eſté tuez, on ne sçavoit
comment les faire panser. Les
bombes renverserent aussi une
partie des traverses que l'on avoit
faites le long du Rempart de
Meuſe, & du costé de la Sambre.
Ces Rivieres estoient fort basses,
& on n'avoit de ressource pour
se garantir d'une insulte, que de
soûtenit un assaut l'épée à la
main, n’y ayant pas un seul flanc
d'où l'on pust tirer un coup de
mousquet. Le Fort Guillaume
estoit ouvert en trois endroits,
de Namur. 2
& l'on pouvoit monter un Ba-
taillon de front par chaque bré-
che. La branche du demy- Ba-
stion bas de Terra Nova estoit
renversée, & l'on battoit les petits
ouvrages qui tombent en am-
phiteatre jusques à la Riviere,
en sorte que les Ennemis pou-
voient attaquer le Fort Guillau-
me, Terra Nova, la basse-Ville,
& le Chemin Couvert de la Cassotte
tout à la fois. Un autre que
Mr le Mareschal auroit marqué
de l'inquietude, mais il donnoit
ses ordres sans qu'il parust avoir
de la crainte du danger qu'il y
avoit, & l'on estoit toûjours dans
l'attente d'estre attaqué. Il divisa
Mis les Officiers Generaux dans
toutes les attaques. Mt de Gra-
214 Fournal du Siege
mont raſta à la basse-Ville a vec
Mr le Comte de Lomont. Mide
Reignac monta au Chemin cou-
vert de la Cassotte avec trois
Lieutenans Colonels, & Mr de
la Badie à celuy du Fort Guillau-
me. La nuit ſe paſſa ſans aucune
entreprise de la pirt des Ennemis.
Ils pousserent leurs Tran-
chées vers la redoure de la Sam-
bre, & ils mirent encore cinqe
pieces de canon en batterie sur
le Bastion de Graver pour achever
de ruiner les épaulemens
qu'on avoit faits à la bréche de
Grogneau. Mr de Megrigny tra-
vailla à reparer les bréches du
Fort Guillaume, & à se retrancher
derriere celle de Terra No-
va. Mr de Courcelle, Capitaine
de Namur. 215
des Grenadiers du Bataillon des
Fusilliers, fut tué à l'angle Sail-
lant droit du Chemin couvert de
ce Fort. Sur le minuit on enten-
dit plusieurs coups de canon vers
le defilé du Mazy, sans que l'on
pust sçavoir pour lors ce que
c'estoit.
Le 27. les décharges de l'Ar-
tillerie des Ennemis continue-
rent de la mesme force. Celle de
la Place tira toûjours sur leur
Ville, & les bombes écraserent
plusieurs maisons. L'on vit un
grand mouvement dans leur Ar-
mée, laquelle quittoit le costé de
la Condros, & prenoit le grand
chemin de Bruxelles. Toute la
Garnison commença à se réjouir,
216 Journal du Siege
sut ce qu'on ne doutoit plus du
secours. Ce qui le faisoit conjec-
turer, c est la précipitation avec
laquelle les Ennemis poussoient
leurs Travaux. Mrde Saint Lau-
rent monta a la Cassotte, M-
de Gramont au Fort Guillau-
me, & Mr de Reignac à la basse-
Ville. Sur les dix heures du
soir, J'on apperceut un hom-
me proche la bréche de Terra
Nova. Comme on croyoit quil
estoit venu pour l'examiner,
Mr de Sainte Hermine estant à
la Porte du bord de l'eau avec
son Regiment, fit avancer qua-
tre Dragons pour tirer sur luy,
mais il cria qu'il se presentoit
pour parler à Mr le Marechal.
Oni luy jetta une corde, & on
le
de Namur
217
le monta à la basse-Ville. Il dit
qu'il estoit François, qu'il fer-
voit un homme a Mr de Baviere,
qu'il estoit bien-aise d'avertit que
dans peu on seroit secouru, &
que l'Armée de France estoit à
la hauteur du Mazy. Les Ennemis
continuerent leurs travaux
pour joindre la Sambre, & leut
Artillerie tira comme le jour.
Le 28. l'on fut surpris de ce
que l'Artillerie des Ennemis
pouvoit tirer, car les pieces de-
voient estre éventées; cependant
on n’y reconnut aucun
changement. Il sembloit même
qu elle estoit encore mieux servie,
& il falloit qu'ils en eussent
une prodigieuse quantité, pour
Journal du Siege
218
changer celles qui ne pouvoient
plus fervir. Jusques alors on en
avoit ignore le nombre, mais
un Officier de leurs Troupes , à
qui on parla, dit qu'ils avoient
plus de deux cens canons ou
mortiers en batterie, Sur le midy
Mr de Reignac fut avery qu'il
paroissoit une flote de Batteaux
jui descendoient à la Ville. L'on
crut que c'estoit des. Troupes qui
venoient debarquer à la brêche
de Grogneau. Il en donna avis
à Mr le Comte de Lomont, qui
fit prendre les armes, & chacun
occupa son poste. Mr de Reignac
ſoitit bors de la porte de Bulley.
pour les teconnoiſtre. Un Bate-
lier avoit averty que c'estoit dix-
neuf Batteaux que l'on avoit
de Namur. 219
fait descendre de Dinant & de
Givet, pour le transport des Bles-
sez qu'on avoit laissez dans la
Ville, suivant la Capitulation,
lesquels contre la bonne foy,
avoient esté arrestez pendant
seize jours, ce qui fit qu'on les
laissa passer. Les Ennemis ne fi-
rent pas beaucoup d'ouvrages à
leurs tranchées, & l'on vit bien
par leurs mouvemens qu'ils ne
vouloient pas hazarder un assaut
avant la décision de l'action à la.
quelle on s'attendoit pour le se-
cours. Ils firent une batterie de
dix pieces de canon à my-coſte
du Chemin couvert de la droite
du Fort Guillaume, qui battoit la
Porte du Secours, afin de ruiner
la défense du flanc qui voyoit la
TI
220 Fournal du Sirge
bréche de la branche du demy-
Bastion de Terra Nova, qui n'en
est qu'à la portée du pistolet. Elle
battoit aussi la face de ce demy-
Bastion Mr de Megrigny fit tra-
vailler à des Fougaces sous le dé-
bris des brêches. Les Officiers
commencerent à murmurer de
ce que Mr le Maréchal s'exposoit
trop, & luy representerent que
le ſalut de la Place toulant sur sa
ſeule personne, il estoit du sei vi-
ce du Roy qu'il se conservast da-
vantage. Cependant il ne laissa
pas de visiter les postes à l'ordi-
nairc. Mr d'Asfeld monta au
Fort Guillaume, Mr de la Badie
au Chemin couvert de la Cassot.
te, & Mr de Reignac resta à la
basse-Ville avec Mr de Lomont,
de Namur. 221
pout y achever les retranchemens
qu'il, y avoit fait faire, lesquels
estoient détruits en partie
par le canon & les bombes.
Le 29. on vit passer un grand
Convoy qui alloit à l'Armée du
Prince d'Orange, laquelle s'estoit
rapprochée de la Place. L'on
ne sçavoit où estoit celle de Mr
le Maréchal de Villeroy, dont
on n'avost eu aucun avis depuis
le 25. de Juillet. La brêche de
Tetra Nova, qui estoit le corps
de la Place, attendu que l'on ne
pouvoit plus le retirer dans les
deux petites envelopes, estoit si
grande & si accessible que l'on-
estoit dans la crainte diy estre
emporté, si les Ennemis don-
Tiij
111 Fournal du Siege
noient un assaut; mais l'on ne
pouvoit s'imaginer qu'ils deus-
sent y venir, la teste de leur tran-
chée en estant encore à plus de
trois cens toises. Mr de Megri-
gny fit abattre un corps de Ca-
sernes pour continuer le retran-
chement derrière cette bréche.
C'estoit un ouvrage difficile à
cause du grand feu d'Artillerie
que les Ennemis faisoient jour
& nuit dans cet endroit. Mr le
Mareschal qui prévoyoit ce qui
arriva le lendemain, voulut faire
une disposition generale, &
mettte des Commandans avec
des Troupes fixes à toutes les
attaques, afin que chacun re-
connust son terrain, & qu'on s'y
accommodast pour attendre les
de Namur 22
Ennemis. L'execution en fut dif-
ferée, à cause que l'on assuira
qu'il n'estoit pas possible qu'ils
pussent partir de si loin pour ve-
nit a l'assaut, & bien des gens
estoient de cette opinion: Mr de
Saint Laurent monta au Chemin
couvert de la Cassotte, Mr de
Reignac a celuy du Fort Guil-
laume, & Mr de Gramont à la
basse-Ville; & comme l'on estoit
dans l'attente d'une grande action,
l'on redoubla la garde de
ces postes.
Le 30. au point du jour l'on
s'apperceut qu'il yavoit un grand
mouvement dans les tranchées
des Ennemis où l'on vit entrer
quantité de Troupes, Mr de Rei-
Tilij
224 Fournal du Siege
gnac en donna avis à Mr le Ma-
reschal. Mr de Saint Laurent en
fit la mesme chose, vers les six
heures du matin. Comme on vie
distribuer aux Ennemis, quan-
nité de faux à revers, & d'espon-
tons, l'on reconnut qu'ils se dif-
posoient à donner un assaut,
mais l'on croyoit qu'ils ne vou-
loient qu'attaquer le Fort Guil-
laume, & le Chemin couvert de
la Cassotte. Mr de Reignac man
da encore à Mr le Mareschal qu'-
il ne doutoit plus que l'on n'allast
estre attaqué. Sur ce dernier avis
on fit prendre les armes à toute
la Garnison, & chacun courut à
son poste. Mr le Mareschal reſta
à celuy de Terranova, avec Mn
de Megrigny, d'Asteld & de
de Namur.
125
Nogent, & environ cinq cens
hommes. Mr de Guiscard se posta
a la demi-lune casematée avec
un corps d'environ mille hom-
mes, ayant avec luy Mr de la
Badic & Mrs de Montbron &
de la Chaise. Mr de Reignac,
comme il a esté dit, estoit au
poste avancé du Fort Guillaume,
ayant avec luy Mr des Barreaux,
Colonel de Dragons, & Mr de
Fonlongue, avec six cens Dra-
gons ou Grenadiers. Mr de Prin.
cé resta dans ce Fort avec Mrde
Verduisant, & environ cinqui cens
hommes. Mr de Montagnac
commandoit dans la demi-lune,
avec cent hommes. Mr le Mar-
quis de Quélus, Colonel de Dra-
gons de Languedoc, occupoit la-
226 Journal du Siege
gauche du Chemin couvert avec
cent Dragons & deux cens hom-
mes d'Infanterie. MEnde Saint
Laurent commandoit avec trois
Lieutenans Colonels & douze
cens hommes d'Infanterie, dans
tous les Chemins couverts de la
Cassotte. Mr de la Cime, Capi-
taine au Regiment de Beauvoisis,
estoit dans la Redoute de la Cas-
sotte avec soixante hommes. M-
le Comte de Lomont resta dans
la basse-Ville, avec Mrs de Gramont,
de Sainte Hermine, &
de la Marre, ayant trois cens
Dragons & environ quatorze
cens hommes d'Infanterie. Mr
de Marigny, Major du Chaſteau,
estoit dans le Donjon, avec cinqui
cens hommes d'Infanterie.
de Namur. 22.7
Sursles dix heures du matin,
l'Artillerie des Ennemis cessa de
tirer, & les Troupes sortirent de
toures leurs Tranchées, & se mi-
tent en bataille sur le revers, ob-
servant un grand ordre & un
grand silence, aprés quoy elles
se separerent par pelotons. Il
sortit aussi environ trois mille
hommes de l'Abbaye de Salzei-
ne, qui aprés s'estre mis en ba-
taille, s'approcherent des tranchées
dans lesquelles apparem-
ment ils n'avoient pû contenir.
Dans le temps qu'ils faisoient
leurs dispositions, un Officier
parut sur le Rempart de leur
Ville, & demanda à parler a Mt
le Comte de Guiscard, & un
Officier luy ayant répondu qu'il
228 Journal du Siege
pouvoit dire ce qu'il souhaitoit,
il dit qu'il venoit de la part de
Mr de Baviere pour l'avertir qu'-
il n'y avoit plus de secours à esperer,
que Mr de Villeroy s'e-
stoit retiré, & que comme il
estoit sur le point de faire don-
ner un assaut general, il l'exhor-
toit à vouloir faire une bonne
Capitulation, & qu'on la luy
accorderoit fort avantageuse; que
ce seroit le moyen de bien épar-
gner du sang de part & d'autre,
mais que l'on ne luy donnoit
qu'un quart d'heure pour se dé-
terminer. Mr le Comte de Lo-
mont qui estoit sur le Bastion du
bord de l'eau, répondit qu'il ne
se chargeoit pas d'une telle com-
mission, & que Mr de Baviere
de Namur. 229
n'avoit qu'à suivre son chemin
que l'on estoit préparé à le rece-
voit. Dans le mesme temps un
autre Officier se presenta sut le
revers de leurs tranchées, prés
le chemin couvert du Fort Guil-
laume, & demanda l'Officier ge
neral qui y commandoit. Mr de
Reignac ayant paru, il luy fit le
mesme compliment, à quoy il
répondit qu'il n'écoutoit point de
semblables propositions, que tou-
tes choses estoient préparées pour
se bien deffendre, & qu'ils n'a-
voient qu'à commencer. Chacun
se retira, & en un instant les En-
nemis donnerent le signal, qui
fut de trois décharges de toute
leur Artillerie, & ensuite ils mar-
cherent à l'attaque qu'on leur
avoit designée.
Fournal du Siege
230
Comme ils estoient plus pro-
che du Chemin couvert du Fort
Guillaume, que des endroits où
ils devoient aussi donner l'assaut,
l'action commença par la. Ils
l'attaquerent par trois differens
endroits avec une extrême vi-
gueur; mais on s'y deffendit
avec tant de fermeté, qu'ils ne
purent y entrer. Ils firent avan-
cer des Troupes fraîches qui vou-
lurent passer par la droite de ce
Chemin couvert pour s'emparer
des brêches de ce Fort. Mr de
Reignac qui avoit préveu la cho-
se, leur opposa un si grand feu
qu'ils furent obligez de se retirer,
& ils ne s'y piesenterent plus.
Ils rejetterent leurs forces du co-
ſté de la Place d'armes où estoit
de Namur. 231
Mr de Barreaux. Ils y entrerent
& en furent rechassez, mais com-
me ceux qui avoient attaqué par
la gauche s'estoient rendus mai-
stres d'un angle mort, ou estoit
Mrde Quélus, ils porterent leur
feu sur ceux qui deffendoient cet.
te Place d'Armes, qu'ils voyoient
à revers. Cela obligea Mr de Rei-
gnac de les faire reurer derriere
des traverses, & les Ennemis se
logerent six toises au dessous de
Langle. Quelque temps aprés de
nouvelles Troupes leur estant en-
core arrivées & Mrde Barreaux
ayant eſté bleſſé à mort, ils vou-
lurent encore entrer dans le Che-
min couvert par cette Place d'Ar-
mes qui n'estoit pas occupée M-
de Reignac y fit avancer Mis de
232 Fournal du Siege
Fonlongue, le Comte de Sanzée,
Mrs des Rouvilles, Belleisse,
Quarvillé, de Givry, de Saint
Sauveur, & de Mortin, qui les
chargerent avec tant de vigueur
qu'aprés un fort grand carnage
les Ennemis se retirerent à leur
logement. Mr de Reignac qui
avoit eu deux legeres blessures
au commencement de l'action,
en receut une troisiéme d'un é-
clat de palissade qui luy donna
par la teste & le porta par terre.
Le feu estant cesse de part &
d'autre il se retira, estant toujours
maistre du Chemin cou-
vert, quoy qu'il y eust perdu
plus de la moitié des Officiers &
Soldats qui estoient avec luy.
de Namur.
23
Pendant que les choses se passoient
ainsi au Fort Guillaume,
les Ennemis attaquerent le Che-
min couvert de la Cassotte par
quatre endroits avec un grand
nombre de Troupes. Mr de Saint
Laurent le soûtint pendant un
quart d'heure, mais Mr de Guis-
card luy ayant envoyé ordre de
ne rien opiniâtrer, il l'abandonna
& se retira dansceluy de la de-
my-Eune Casematée. Les Ennemis
se logerent sur tout le front de
la Cassotte, & voulurent empor-
ter la Redouie, mais Mr de la
Cime s'y deffendit sicbien qu'ils
ne purent s'en rendre maistres,
ny chasser Mr de Quélus des
Traverses derriere lesquelles il
s'estoit retiré.
Journal du Siege
234
Les Etnemis qui vouloient
aussi attaquer la basse-Ville en
mesme tempe que le Chasteau,
firent une fausse attaque à la Porte
de Bulley. Mr de la Marre
qui gardoit ce coſté-là les en
chassa sans beaucoup de peine,
mais dans le moment ils sorti-
rent de leur Ville par la Porte
de Graver, se mirent en bataille
& passerent la Sambre qui estoit
jayable, & ayant voulu monter
à la bréche de Grogneau, Mr de
Lomont leut opposa cent Dra-
gons commandez par Mis Dantigny
& le Marquis de Maury,
soutenus par Mr de la Borie, &
le Capitaine des Grenadiers du
Bataillon de Solre. L'on fit un si
grand feu sur les Ennemis, & on
de Namur
235
uleur tua tant de monde, que la
Riviere estoit teinte de leur sang,
en sorte que ne pouvant plus re-
fister, ils prirent la fuite. Mr le
Marquis de Maury y fut tué, &
plusieurs autres Officiers. Mr de
Lomont s'y porta avec beaucoup
de valeur & de conduite. Quoy
que Mr le Marquis de Gramont,
& Mr. de Sainte Hermine qui
deffendoient le coſté de la Porte
du Baſtion du bord de l'eau,
n'eussent point esté attaquez, il
est certain qu'ils essuyerent un
tres-grand feu, & qu'ils servirent
fort utilement, comme on le
verra dans la suite. Dés que le
signal fut donné pour les atta-
ques, les Ennemis parurent aux
fenestres des maisons qui regnent
236 Fournal du Siege
le long de la Sambre & dans la
Ville cedée, & firent un feu ex-
traordinaire sur le Poste de Mde
Gramont où l'on ne pouvoit
se mettre à couvert, & où il
resta jusques à la fin, mais il per-
dit la moitié des Troupes qu'il
avoit avec luy. Mr de la Vinouze,
Lieutenant Colonel du Regiment
de Hainault fut tué, &
quantité d'Officiers de Dragons.
Le Chevalier de Pezeux y fut
blessé.
L'entreprise la plus hardie que
firent les Ennemis fut celle cy-
Huit cens Grenadiers Anglois
choisis, soutenus de trois mille
hommes qui estoient sortis de
l'Abbaye de Salzeinc, coulerent
de Namur. 235
le long du chemin, entre le
Fort Guillaume & la Sambre
& marcherent droit à Terra
Nova, afin d'y monter à la bréche,
pour la deffense de laquel-
le il y avoit cent hommes de
garde, qui à l'approche des
Ennemis s'y présenterent de
fort bonne grace, & les receurent
avec beaucoup de fermeté.
Ils auroient neanmoins esté
forcez, sans que Mr le Ma-
reschal y envoya Mr de Martinet
avec cent Dragons. Mr
de Martinet y fut tué, aprés
avoir renversé les Grenadiers des
Ennemis aubas de la bréche. Un
de leurs Bataillons estant arrivé,
monta & posa ses Drapeaux sur
le haut de la brêche; mais il fut
23 Journal. du Siege
repouſſe pai Mrs d'Asfeld & de
Nogent. Ce Bitailton ayant pris
la fuite, un autre ſe preſenta, à
la teste duquel il y avoit aussi
des Grenadiers qui s'estoient tal.
liez. Ily en eut plusieurs qui en-
rrerent dans la Place, & y furent
tuez, & comme l'affaire estoit
douteuse, Mr le Marécbal mar-
cha l'épée à la main avec la
Compagnie de ses Gardes, &
combattit avec les Troupes qui
estoient à la bréché, lesquelles
sans ſa presence paroissoient fort
rébutées. L'on fit de si grands
efforts, que les Ennemis furent
rechaſsez avec beaucoup de con-
fusion, ce qui fit qu'ils se cul-
buterent les uns sur les autres
&t renverfetent leur troisième
de Namur. 2-39
Bataillon, qui n'avoit point en-
core combatu. Ils ne purent se
rallier que dans la Prairie de
Salzeine. Il y eut deux choses
essencielles qui les obligerent d'a-
bandonnercette bréche; l'une, le
feu que Mr le Mirquis de Gra-
mont leur fit faire a revers du
Bastion du bord de Leau, qui
ein'en est qu'à une portée de pisto-
let; l'autre, celuy que leur fitent
faire Mr de la Badie & Mr de la
Chaise. Mr le Comte de Guis-
card voyant le danger où estoit
Terranova, les avoit envoyez
avec cent Dragons ou Soldats,
pour prendre les Ennemis en
flanc, & ce fut l'arrivée de ce
detachement, qui détermina les
Ennemis de prendre la fuite M140Journal
du Siege
d'Entragues qui s'y estoit presen-
té dés le commencement, & qui
n'avoit pas assez de Troupes pour
sopposer aux Ennemis, ne laissa
pas de leur tuer beaucoup de
monde. Cette bréche demeura
couverte de leurs morts, & ils
sont convenus depuis, qu'ils eu-
rent trois mille hommes de tuez
ce jour-là, & plus de deux mil-
le bleſſez. Cela ne ſe put paſſer
qu'avec une grande perte du co-
té des Troupes de la Place, Il
y eut un tiers des Officiers tuez
ou blessez, & prés de quinze
cens Soldats. L'affiire ne finit
que sur les cinq heures du soir
& l'on ne s'occupa de part &
d'autre qu'a retirer les blessez,
Pendant la nuit, les Ennemis
s'enfon-
de Namur.
24
s'enfoncerent dans leur loge
ment, & travaillerent à embras
ser plus de terrain.
Le 31. les Ennemis à l'ordi-
naire firent un feu continuel de
leur Arrillerie. Au point du jour,
l'on vit un grand mouvement de
leurs Troupes dans la Prairie de
Salzeine, & elles resterent long.
temps en Bataille. Mr le Mareschal
crut qu'ils avoient intention
de donner un second assaut general,
& il disposa toutes choses
pour le soutenir. Vers les dix
heures du matin, les Ennemis fe
separerent & n'entreprirent rien;
l'on transporta dans la basse Ville
tous les Blessez qui estoient au
Fort Guillaume, & dans les au-
X
Fournal du Siege
242
tres endroits où ils avoient esté
mis le jour précedent. Mr de
Megrigny travailla avec toute la
diligence possible, à mettre en
estat le retranchement auquel il
faisoit travailler derriere la bré-
che de Terra Nova. Mr de Prin-
cé qui estoit resté Commandant
au Fort Guillaume, alla trouver
Mule Maréchal, pour luy répre.
fenter qu'il n estoit presque pas
possible de le deffendte, tous les
ouvrages estant si renverfez qu'-
ils n'avoient presque plus aucune
figure. L'on travailla neanmoins
pendant la nuit à relever des ter-
res dertiere les brêches, pour
mettre à couvert les Troupes qui
devoient les deffendre.
de Namur. 243
Le premier du mois de Sep.
tembre l'on vit un grand mou-
vement dans les Tranchées des
Ennemis, & l'on crut par les dis-
positions qu'ils faisoient, que l'on
de voit s'attendre à une grande
action. Mr le Mareschal n'oublia
rien des mesures qu'il pouvoit
prendre pour la soûtenir. Vers
les six heures du matin, Mr de
Guiscard l'alla trouver, pour luy
répresenter le mauvais estat de
la Place, & combien l'on hazarderoit
les Troupes, s'il vouloit
soûtenir um second assaut. Mr le
Mareschal fut un peu surpris de
se voir reduit à cette exttemité.
Ilne voulut cependant prendre
aucune resolution. Il croyoit que
les Ennemis alloient attaouer de
X 1)
de Namur.
244
moment à autre, lors qu'ils de-
manderent une suspension d'ar
mes, pour retirer les morts &
les blessez qu'ils n'avoient pu
avoir aprés la derniere action,
Mr le Mareschal leur accorda
deux heures, pendant lesquelles
on fit porter à leurs Tranchées
tous ceux qui se trouverent sur
les brêches, & sur les glacis: Tan-
dis que cela s'executoit, Mr de
Guiscard ayant répresenté une
seconde fois à Mr le Mareschal
le mauvais estat de la Place, il
consentit de faire assembler les
Officiers Generaux, afin de sça-
voir leur sentiment. Mr de Megrigny,
aprés avoir rendu com-
pte de l'estat des ouvrages, témoigna
qu'il estoit dangereux de
de Namur.
245
tisquer une affaire semblable a la
derniere. Mr Filley en fit remar-
quer les inconveniens, & Mrs les
Brigadiers qui s y trouverent sui-
virent tous l'avis de Mr le Comte
de Guiscard. Ainsi il fut reso-
lu que l'on capituleroit, & il alla
pour ce sujet au Fort Guillaume,
& lors que la suspension d'armes
fut finie, il demanda a parler à
l'Officier General qui comman-
doit la Tranchée des Ennemis,
qui estoit Mr de Leindebonn
auquel il fit sa proposition, &
ensuite l'on fit les échanges des
Oſtages. Du coſté de la Garni-
son on donna Mt de la Badie &
Mr de Monbron. Le reste du
jour ſe paſſa à negociet la Capi-
tulation, dont les Articles furent
XII)
Fournal du Siege
246
dressez & portez par Mr de Fu-
meron. Cela fut arresté & signé
le meſme jour, ainsi qu'il ensuit.
Fermer
230
p. 246-268
ARTICLES PROPOSEZ.
Début :
I. Que le Chasteau de Namur avec la basse-Ville [...]
Mots clefs :
Siège de Namur, Garnison, Château, Alliés, Givet, Assiégés, Basse ville, Officiers, Mortiers, Temps, Roi, Chemin, Sûreté, Équipages, Bateaux, Son Altesse Électorale, Troupes, Matin, Comte, Maréchal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLES PROPOSEZ.
ARTICLES
PROPOSEZ.
I.
Ue le Chasteau de
Namur avec la basse.
Ville ſera remis aux Trou-
pes des Alliez le 10. du
present mois de Septem-
bre, en cas qu'il ne soit
pas secouru, & que pen-
de Namur. 247
dant ledit temps il ne sera
fait aucun acte d'hostilité
entre les Assiegez & les As-
siegeans.
II.
Que ledit jour 10. de
Septembre il sera livré aus-
dits Alliez la premiere Por-
re d'entrée dudit Chasteau
du costé de la campagne,
ou il sera mis aussi une Gar-
de des Troupes de la Garnison,
pour empescher le
mélange des Troupes & le
desordre.
X iiij
248 Journal du Siege
Sur le premier & le second
Articles.
M
Les fortifications exterieu.
res, bien entendu le Fort de
Cohorne, la Redoute caxema.
tee, la Cassote & l'ouvrage à
Corne de Bulley, seront cedez
demain 2 de ce mois à neuf
heures du matin.
III.
Que Mr le Mareschal
de Bouflers, M le Comte
de Guiscard, Lieutenant
General des Armees du
Roy, Gouverneur de Na-
mur, avec tous les Officiers
de Namur. 249
Generaux, & ceux de l'Etat
Major de la Place, les Of-
ficiers des gardes de M le
Mareschal, les Froupes
tant Françoises qu'Etrangeres,
les Officiers d'Artil-
lerie & autres, tels qu'ils
puissent estre, qui sont dans
le Chasteau pour le Service
du Roy Tres Chrestien, en
sortiront le 12. du present
mois, par les bréches, avec
armes, bagages, & Che
vaux, tambour battant,
méches allumées, & En-
seignes déployées, douze
250 Fournal du Siege
pieces de Canon de gros
calibre, & quatre Mortiers,
au choix des Assiegez,
avec leurs effets & armes,
& des munitions pour tirer
douze coups de chaque
piece, pour se rendre tous
ensemble, le long de la
Meuse, à Givet, par le
chemin le plus court, & en-
deux ou trois jours, au
choix des Assiegez, sans
que sous quelque pretexte
que ce soit, on puisse leur
faire prendre une autre rou-
te, & qu'il sera donné une
de Namur. 251
escorte de la part des Al-
liez, tant pour la seureté de
la Garnison que des Equi-
pages.
Ils sortiront le 5. de ce mois
à sept heures du matin, avec
deux pieces de Canon de vingtquatre
livres, deux de douxe
livres, & deux de six, deux
Mortiers, & le surplus de l'Ar-
ticle, s'accorde.
n IV.
Que pour le transport
desdites pieces de canon
& mortiers, des équipages
des Troupes & des Mala-
252 Fournal da Siege
des & Blessez de ladite Garnison,
iil sera fourny parles
Alliez, & à leurs frais, cent
Chevaux de trait avec leurs
harnois, cent Chariots at-
telez chacun de quatre
Chevaux, & cinquante
grands Batteaux de Meuse,
de mesme; avec le nombre
de Batteliers & Chevaux
suffisans pour les conduire
à Givet, & que le tout sera
fourny ledit jour 10. du
present mois, pour les fai-
re charger aussi- tost, afin
que le tout parte avec la
de Namur. 253
Garnison, & suive la mes-
me route, pour arriver en
mesme temps à Givet.
un
On leur fournira les Che.
vaux en nombre suffisant pour
les Canons & Mortiers, quatre
vingt Chariots, & tous
les Batteaux qu'on pourra
trouver deux jours avant ce-
luy fixé pour la sortie de la
Garnison, & le surplus à me-
sure que l'on les pourra faire
venir, de manière que le tout
sera fourny avant le 12. dudit
mois.
254 Fournal du Siege
V.
Que les Malades & Bles-
sez qui sont restez dans la
Ville de Namur, lesquels
seront en estat de partir
avec la Garnison du Cha-
steau, le pourront faire en
mesme temps, & qu'il leur
sera fourny des Barteaux &
Batteliers, pour les trans-
porter à Giver, aux dépens
desdits Alliez.
Les Assiegez pourront lais-
ser des Officiers & Commis
pour prendre soin des Blessex
Malades, & équipages qui
de Namur. 255
n'auront pupartir avec la
Garnison le 5. faute de Bat-
teaux, & il leur sera donnem
des Passeponts, & le surplus.
de cet Article accordé.
VI.
Que lesdits Malades &
Blessez, lesquels sont pre-
sentement dans le Cha-
steau & dans la basse Ville,
& qui ne seront pas en estat
d'estre transportez à Givet
en mesme temps que la
Garnison qui sortira du
Chasteau, seront transpor
256 Journal du Siege
tez dans la Ville de Namur,
par des Voitures & autres
commoditez, que les As-
siegeans fourniront avant
l'évacuation du Chaſteau,
& qu'il leur sera donné dans
la Ville, par les Alliez, des
logemens convenables aux
Officiers, Dragons, & Sol-
dats, avec des lits, des vivres
& des medicamens,
aux frais des Alliez, jusqu'à
leur entiere guerison, de
mesme qu'ils sont accoû-
tumez d'estre traitez &
nourris dans les Hospitaux
de Namur.
257
du Roy Tres-Chrestien,
aussi bien qu'aux Mede-
cins, Chirurgiens, & au-
tres personnes qui seront
employes pour en prendre
soin, & à mesure qu'il y au-
ra quelqu'un desdits Mala-
des & Blessez de gueris
qu'il leur sera fourny par
lesdits Alliez, des Passe-
ports & Batteaux & Batte-
liers, pour estre conduits
en seureté à Givet, par la
Meuse, avec les Mede-
cins, Chirurgiens, & au-
tres, qui seront préposez
258 Fournaldu Siege
pour, en prendre soin en
chemin.
Acorde.
VII.
Que Mr de Megrigny,
Mareschal de Camp des
Armées du Roy, le Sieur
Filley, Directeur des Forti-
fications, les Ingenieurs,
les Entrepreneurs, & les
autres employez pour la
Fortification, jouiront de
la presente Capitulation,
& sortiront avec les Trou-
pes, pour se rendre par la-
meſme route a Givet, avec
de Namur.
259
leurs equipages & effets.
Accordé.
mn
VIII.
Que le Sieur de Fume-
ron, employé pour les Fi-
nances, les Commissaires
de guerre, les Receveurs
des Contributions & Con-
fiscations, le Tresorier ex-
traordinaire de la guerre,
les Commlssaires des vi-
vres & des Hospitaux, &
generalement tous les em-
ployez, qui sont dans le
Chasteau, nommez ou
non, dans la preſente Ca-
Y 1j.
260 Journal du Siege
pitulation, sortiront pareil
lement dudit Chasteau
avec la Garnison pour aller
par le mesme chemin à Gi-
vet, sans que sous quelque
pretexte que ce soit, ils
puissent estre arrestez, ny
leurs equipages, papiers &
essets, soit qu'ils soient au
Chasteau ou dans la Ville
de Namur.
Accorde.
IX. .
Qu'aucun Officier, ny
autre personne à qui les
Bourgeois de Namur ont
de Namur. 261
presté quelque argent, ou
fourny quelques Marchan-
dises ou Denrées, ne pour-
ront aussi estre arrestez.
Accorde en donnant aupa-
ravant des seuretez ou ostages,
à la satisfaction de Son Al-
tesse Electorale, pour ce qu'ils
peuvent devoir.
X.
Qu'il sera fourny par les
Alliez aux. Assiegez, six
Chariots couverts qui sor-
tiront du Chasteau, & se-
ront conduits à Givet,
262. Fournal du Siege
lavec la Garnison, sans que
es Alliez puissent prendre
connoissance de ce qu'ils
auront chargez, ny les vi-
siter.
Accordé.
XI.
Que les Prisonniers faits
de part & d'autre pendant
le Siege, seront rendus, &
que ceux qui sont dans
l'Armée des Alliez, ou dans
la Ville, ſeront renvoyez
au Chasteau avant que la-
Garnison en sorte, & les
autres qui sont dans les Pla-
de Namur. 240
ces plus éloignées, seront
renvoyez a Dinant dans
quinze jours, à compter de
cejourd'huy, avec les Pas-
seports necessaires pour sy
rendre en seureté, par le-
chemin le plus court.
Accordé.
XII.
Que l'on ne pourra pre-
tendre aucune indemnité
des Assiegez, tant pour les
Bestiaux qui ont esté pris
dans le Comté de Namur
avant le Siege, que pour
les maisons qui ont esté dé-
264 Journal du Siege
molies dans la basse Ville
ou ailleurs, pour la deffen-
se de la Place, non plus que
pour les Batteaux brûlez
ou rompus pendant le
Siege.
Ne s'accorde que pour les
maisons demolies, & le surplus
sera paye.
XIII.
Que les Ostages qui se-
ront donnez de part &
d'aurre pour la seurete de
l'execution de la presente
Capitulation, seront ren-
dus reciproquemeut apres
l'entiere
de Namur. 2
l'entiere execution d'icelle,
& l'arrivée de la Garni-
son à Givet.
Accorde.
XIV.
Les Assiegez seront obli-
gez de livrer de bonne foy
leurs Magasins de muni-
tions, d'armes, Canons,
Mortiers, Affuts & dépendances,
& tous autres Instru-
mens de guerre, nuls reservez
ny exceptez, qui se
trouveront dans le Cha-
ſteau, & dans tous les Ouvrages
, dés demain matin
L
266 Journal du Siege
2. de ce mois, entre les
mains des Commissaires
que Son Altesse Electorale
commettra.
XV.
Ils seront obligez de mê-
me de montrer de bonne
foy, leurs Mines & Fougaces
aux Officiers des Mi-
neurs qui seront envoyez
pour en prendre inspe-
ction.
XVI.
Ils délivreront avec la
même bonne foy tous les
vivres qui seront dans les
de Namur. 267
Magasins, au dessus de ce
qu'ils consumeront jusqua
l'évacuation du Chaſteau,
& de ce qui leur sera ne-
cessaire jusqu'a Givet, sans
en rien distraire ou detour-
ner, dont ils donneront
dés demain inspection aux
Commissaires que Son Al-
tesse Electorale leur en-
voyera a cet effet.
XVII.
Que tous les Espagnols,
Italiens, & aurres Sujets
L)
168 Fournal du Siege
de Sa Majesté Catholique
qui se trouveront parmy
la Garnison du Chaſteau,
auront la liberté de reve-
nir, sans que pour cet effet
il leur soit fait aucune
violence de part & d'autre.
FAIr au Camp devant
le Chasteau de Namur, le
premier de Septembre 1695.
Signé d'une part par Son
Altesse Electorale de Ba-
viere; & d'autre, par le Ma-
réchal de Bouflers, & par
le Comte de Guiscard.
PROPOSEZ.
I.
Ue le Chasteau de
Namur avec la basse.
Ville ſera remis aux Trou-
pes des Alliez le 10. du
present mois de Septem-
bre, en cas qu'il ne soit
pas secouru, & que pen-
de Namur. 247
dant ledit temps il ne sera
fait aucun acte d'hostilité
entre les Assiegez & les As-
siegeans.
II.
Que ledit jour 10. de
Septembre il sera livré aus-
dits Alliez la premiere Por-
re d'entrée dudit Chasteau
du costé de la campagne,
ou il sera mis aussi une Gar-
de des Troupes de la Garnison,
pour empescher le
mélange des Troupes & le
desordre.
X iiij
248 Journal du Siege
Sur le premier & le second
Articles.
M
Les fortifications exterieu.
res, bien entendu le Fort de
Cohorne, la Redoute caxema.
tee, la Cassote & l'ouvrage à
Corne de Bulley, seront cedez
demain 2 de ce mois à neuf
heures du matin.
III.
Que Mr le Mareschal
de Bouflers, M le Comte
de Guiscard, Lieutenant
General des Armees du
Roy, Gouverneur de Na-
mur, avec tous les Officiers
de Namur. 249
Generaux, & ceux de l'Etat
Major de la Place, les Of-
ficiers des gardes de M le
Mareschal, les Froupes
tant Françoises qu'Etrangeres,
les Officiers d'Artil-
lerie & autres, tels qu'ils
puissent estre, qui sont dans
le Chasteau pour le Service
du Roy Tres Chrestien, en
sortiront le 12. du present
mois, par les bréches, avec
armes, bagages, & Che
vaux, tambour battant,
méches allumées, & En-
seignes déployées, douze
250 Fournal du Siege
pieces de Canon de gros
calibre, & quatre Mortiers,
au choix des Assiegez,
avec leurs effets & armes,
& des munitions pour tirer
douze coups de chaque
piece, pour se rendre tous
ensemble, le long de la
Meuse, à Givet, par le
chemin le plus court, & en-
deux ou trois jours, au
choix des Assiegez, sans
que sous quelque pretexte
que ce soit, on puisse leur
faire prendre une autre rou-
te, & qu'il sera donné une
de Namur. 251
escorte de la part des Al-
liez, tant pour la seureté de
la Garnison que des Equi-
pages.
Ils sortiront le 5. de ce mois
à sept heures du matin, avec
deux pieces de Canon de vingtquatre
livres, deux de douxe
livres, & deux de six, deux
Mortiers, & le surplus de l'Ar-
ticle, s'accorde.
n IV.
Que pour le transport
desdites pieces de canon
& mortiers, des équipages
des Troupes & des Mala-
252 Fournal da Siege
des & Blessez de ladite Garnison,
iil sera fourny parles
Alliez, & à leurs frais, cent
Chevaux de trait avec leurs
harnois, cent Chariots at-
telez chacun de quatre
Chevaux, & cinquante
grands Batteaux de Meuse,
de mesme; avec le nombre
de Batteliers & Chevaux
suffisans pour les conduire
à Givet, & que le tout sera
fourny ledit jour 10. du
present mois, pour les fai-
re charger aussi- tost, afin
que le tout parte avec la
de Namur. 253
Garnison, & suive la mes-
me route, pour arriver en
mesme temps à Givet.
un
On leur fournira les Che.
vaux en nombre suffisant pour
les Canons & Mortiers, quatre
vingt Chariots, & tous
les Batteaux qu'on pourra
trouver deux jours avant ce-
luy fixé pour la sortie de la
Garnison, & le surplus à me-
sure que l'on les pourra faire
venir, de manière que le tout
sera fourny avant le 12. dudit
mois.
254 Fournal du Siege
V.
Que les Malades & Bles-
sez qui sont restez dans la
Ville de Namur, lesquels
seront en estat de partir
avec la Garnison du Cha-
steau, le pourront faire en
mesme temps, & qu'il leur
sera fourny des Barteaux &
Batteliers, pour les trans-
porter à Giver, aux dépens
desdits Alliez.
Les Assiegez pourront lais-
ser des Officiers & Commis
pour prendre soin des Blessex
Malades, & équipages qui
de Namur. 255
n'auront pupartir avec la
Garnison le 5. faute de Bat-
teaux, & il leur sera donnem
des Passeponts, & le surplus.
de cet Article accordé.
VI.
Que lesdits Malades &
Blessez, lesquels sont pre-
sentement dans le Cha-
steau & dans la basse Ville,
& qui ne seront pas en estat
d'estre transportez à Givet
en mesme temps que la
Garnison qui sortira du
Chasteau, seront transpor
256 Journal du Siege
tez dans la Ville de Namur,
par des Voitures & autres
commoditez, que les As-
siegeans fourniront avant
l'évacuation du Chaſteau,
& qu'il leur sera donné dans
la Ville, par les Alliez, des
logemens convenables aux
Officiers, Dragons, & Sol-
dats, avec des lits, des vivres
& des medicamens,
aux frais des Alliez, jusqu'à
leur entiere guerison, de
mesme qu'ils sont accoû-
tumez d'estre traitez &
nourris dans les Hospitaux
de Namur.
257
du Roy Tres-Chrestien,
aussi bien qu'aux Mede-
cins, Chirurgiens, & au-
tres personnes qui seront
employes pour en prendre
soin, & à mesure qu'il y au-
ra quelqu'un desdits Mala-
des & Blessez de gueris
qu'il leur sera fourny par
lesdits Alliez, des Passe-
ports & Batteaux & Batte-
liers, pour estre conduits
en seureté à Givet, par la
Meuse, avec les Mede-
cins, Chirurgiens, & au-
tres, qui seront préposez
258 Fournaldu Siege
pour, en prendre soin en
chemin.
Acorde.
VII.
Que Mr de Megrigny,
Mareschal de Camp des
Armées du Roy, le Sieur
Filley, Directeur des Forti-
fications, les Ingenieurs,
les Entrepreneurs, & les
autres employez pour la
Fortification, jouiront de
la presente Capitulation,
& sortiront avec les Trou-
pes, pour se rendre par la-
meſme route a Givet, avec
de Namur.
259
leurs equipages & effets.
Accordé.
mn
VIII.
Que le Sieur de Fume-
ron, employé pour les Fi-
nances, les Commissaires
de guerre, les Receveurs
des Contributions & Con-
fiscations, le Tresorier ex-
traordinaire de la guerre,
les Commlssaires des vi-
vres & des Hospitaux, &
generalement tous les em-
ployez, qui sont dans le
Chasteau, nommez ou
non, dans la preſente Ca-
Y 1j.
260 Journal du Siege
pitulation, sortiront pareil
lement dudit Chasteau
avec la Garnison pour aller
par le mesme chemin à Gi-
vet, sans que sous quelque
pretexte que ce soit, ils
puissent estre arrestez, ny
leurs equipages, papiers &
essets, soit qu'ils soient au
Chasteau ou dans la Ville
de Namur.
Accorde.
IX. .
Qu'aucun Officier, ny
autre personne à qui les
Bourgeois de Namur ont
de Namur. 261
presté quelque argent, ou
fourny quelques Marchan-
dises ou Denrées, ne pour-
ront aussi estre arrestez.
Accorde en donnant aupa-
ravant des seuretez ou ostages,
à la satisfaction de Son Al-
tesse Electorale, pour ce qu'ils
peuvent devoir.
X.
Qu'il sera fourny par les
Alliez aux. Assiegez, six
Chariots couverts qui sor-
tiront du Chasteau, & se-
ront conduits à Givet,
262. Fournal du Siege
lavec la Garnison, sans que
es Alliez puissent prendre
connoissance de ce qu'ils
auront chargez, ny les vi-
siter.
Accordé.
XI.
Que les Prisonniers faits
de part & d'autre pendant
le Siege, seront rendus, &
que ceux qui sont dans
l'Armée des Alliez, ou dans
la Ville, ſeront renvoyez
au Chasteau avant que la-
Garnison en sorte, & les
autres qui sont dans les Pla-
de Namur. 240
ces plus éloignées, seront
renvoyez a Dinant dans
quinze jours, à compter de
cejourd'huy, avec les Pas-
seports necessaires pour sy
rendre en seureté, par le-
chemin le plus court.
Accordé.
XII.
Que l'on ne pourra pre-
tendre aucune indemnité
des Assiegez, tant pour les
Bestiaux qui ont esté pris
dans le Comté de Namur
avant le Siege, que pour
les maisons qui ont esté dé-
264 Journal du Siege
molies dans la basse Ville
ou ailleurs, pour la deffen-
se de la Place, non plus que
pour les Batteaux brûlez
ou rompus pendant le
Siege.
Ne s'accorde que pour les
maisons demolies, & le surplus
sera paye.
XIII.
Que les Ostages qui se-
ront donnez de part &
d'aurre pour la seurete de
l'execution de la presente
Capitulation, seront ren-
dus reciproquemeut apres
l'entiere
de Namur. 2
l'entiere execution d'icelle,
& l'arrivée de la Garni-
son à Givet.
Accorde.
XIV.
Les Assiegez seront obli-
gez de livrer de bonne foy
leurs Magasins de muni-
tions, d'armes, Canons,
Mortiers, Affuts & dépendances,
& tous autres Instru-
mens de guerre, nuls reservez
ny exceptez, qui se
trouveront dans le Cha-
ſteau, & dans tous les Ouvrages
, dés demain matin
L
266 Journal du Siege
2. de ce mois, entre les
mains des Commissaires
que Son Altesse Electorale
commettra.
XV.
Ils seront obligez de mê-
me de montrer de bonne
foy, leurs Mines & Fougaces
aux Officiers des Mi-
neurs qui seront envoyez
pour en prendre inspe-
ction.
XVI.
Ils délivreront avec la
même bonne foy tous les
vivres qui seront dans les
de Namur. 267
Magasins, au dessus de ce
qu'ils consumeront jusqua
l'évacuation du Chaſteau,
& de ce qui leur sera ne-
cessaire jusqu'a Givet, sans
en rien distraire ou detour-
ner, dont ils donneront
dés demain inspection aux
Commissaires que Son Al-
tesse Electorale leur en-
voyera a cet effet.
XVII.
Que tous les Espagnols,
Italiens, & aurres Sujets
L)
168 Fournal du Siege
de Sa Majesté Catholique
qui se trouveront parmy
la Garnison du Chaſteau,
auront la liberté de reve-
nir, sans que pour cet effet
il leur soit fait aucune
violence de part & d'autre.
FAIr au Camp devant
le Chasteau de Namur, le
premier de Septembre 1695.
Signé d'une part par Son
Altesse Electorale de Ba-
viere; & d'autre, par le Ma-
réchal de Bouflers, & par
le Comte de Guiscard.
Fermer
231
p. 269-274
« Le 2. & le 3. on travailla à regler les dettes que l'on devoit [...] »
Début :
Le 2. & le 3. on travailla à regler les dettes que l'on devoit [...]
Mots clefs :
Maréchal, Siège de Namur, Troupes, Garnison, Dragons, Gardes, Prince d'Orange
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 2. & le 3. on travailla à regler les dettes que l'on devoit [...] »
Le 2. & le 3. on travailla à
regler les dettes que l'on de voit
dans la Ville, pour le payement
desquelles Mr de Fumeron donna
des assurances qui furent ac-
ceptées.
Le 4. l'on fit embarquer les
malades & les blessez sur les bat-
teaux que les Alliez avoient fait
avancer proche de la basse-Ville.
Mr de Bavière donna plusieurs
passeports particuliers pour les
choses dont on avoit besoin. Mr
de Megrigny en eut un pour al-
ler à Tournay, & aussi Mr de
Reignac pour se faire transporter
à Charleroy.
Le 5. au point du jour Mr le
Z ii)
270 Journal du Siege
Maréchal fit mettre les Troupes
sous les armes pour se disposer à
sortir. Les Alliez envoyerent les
chariots & les chevaux dont on
estoit convenu, & firent mettre
une grande partie de leurs Trou-
pes en bataille sur deux lignes,
au milieu desquelles il falloir que
la Garnison défilast. Environ
à neuf heures du matin, Mr le
Maréchal sortit du Chaſteau par
une des brêches, estant a cheval
a la teste des Dragons dont les
chevaux n'avoient pas esté tuez
pendant le Siége. Chaque corps
suivantson anciennete marcha en-
suite; & comme l'on dé filoit hors
des fortifications de la Place, l'on
proposa à Mr le Maréchal de sa-
luer Mr de Baviere, Il sen deffen271
de Namur.
dit honnestement, disant qu'un
hommede son caractere ne saluoit
que le Roy. Un moment aprés
Mr le Maréchal marchant tou-
jours sans avoir que fort peu de
ses gens avec luy, un Lieutenant
des Gardes du Prince d'Orange
s'estant approché, luy dit qu'il-
souhaitoit de l'entretenir en par-
ticulier, & voulut pour cela le
faire sortir hors de la ligne des
Troupes. Mr le Maréchal qui ne
voulut point s'éloigner, dit à cet
Officier qu'il neavoit qu'à parler,
& comme il insistoit, Mrle Ma-
réchal s'apperceut bien qu'il y
avoit quelque chose d'extraord i-
naire, & voyant que beaucoup
de gens l'environnoient, il vou-
lut s'avancer pour se tenir en li-
Z in)
272 Fournal du Siege
berté. Dans ce moment les deux
rangs des Troupes des Ennemis
se raprocherent, & luy ferme-
rent le chemin Il mit le pistolet
à la main, & cria, à moy Dragons,
mais on avoit eu la précaution
de couper la file, & par
le moyen de cet embarras, ils ne
purent entendre Mr le Maréchal,
qui se trouva seul avec Mr de
Chaussepot, son Lieutenant des
Gardes, & Mr d'Entrague. Ils
voulurent se mettre en deffense,
mais la quantité des Ennemis
leur en oſta la liberté. Le Lieu-
renant des Gardes du Prince
d'Orange répresenta civilement
à Mr le Maréchal qu'il ne devoit
point les exposer à luy faire vio-
jence, & qu'il avoit ordre de Mi
de Namur.
273
le Prince d'Orange de l'arrester.
On le mena avec une escorte
dans Namur. Les Troupes de la
Garnison qui défiloient & qui ne
scavoient rien de ce qui se pas-
soit à la teste, n'apprirent la détention
de Mr le Maréchal que
long-temps aprés. Mr le Comte
de Lomont mena la Garnison à
Givet ainsi qu'il estoit porté par
la Capitulation, laquelle se trouva
de quatre mille huit cens hom-
mes, y ayant eu pendant le Siége
quatre cens trente Officiers
tuez ou blessez, & environ sept
mille cinq cens, tant Dragons
que Soldats. Qielque précau-
cion que les Ennemis ayent pris
de cacher leur perte, ils n'ont
cependant pû s'empescher de
274 Journal du Siege
convenir qu'ils y avoient perdu
plus de vingt mille hommes,
regler les dettes que l'on de voit
dans la Ville, pour le payement
desquelles Mr de Fumeron donna
des assurances qui furent ac-
ceptées.
Le 4. l'on fit embarquer les
malades & les blessez sur les bat-
teaux que les Alliez avoient fait
avancer proche de la basse-Ville.
Mr de Bavière donna plusieurs
passeports particuliers pour les
choses dont on avoit besoin. Mr
de Megrigny en eut un pour al-
ler à Tournay, & aussi Mr de
Reignac pour se faire transporter
à Charleroy.
Le 5. au point du jour Mr le
Z ii)
270 Journal du Siege
Maréchal fit mettre les Troupes
sous les armes pour se disposer à
sortir. Les Alliez envoyerent les
chariots & les chevaux dont on
estoit convenu, & firent mettre
une grande partie de leurs Trou-
pes en bataille sur deux lignes,
au milieu desquelles il falloir que
la Garnison défilast. Environ
à neuf heures du matin, Mr le
Maréchal sortit du Chaſteau par
une des brêches, estant a cheval
a la teste des Dragons dont les
chevaux n'avoient pas esté tuez
pendant le Siége. Chaque corps
suivantson anciennete marcha en-
suite; & comme l'on dé filoit hors
des fortifications de la Place, l'on
proposa à Mr le Maréchal de sa-
luer Mr de Baviere, Il sen deffen271
de Namur.
dit honnestement, disant qu'un
hommede son caractere ne saluoit
que le Roy. Un moment aprés
Mr le Maréchal marchant tou-
jours sans avoir que fort peu de
ses gens avec luy, un Lieutenant
des Gardes du Prince d'Orange
s'estant approché, luy dit qu'il-
souhaitoit de l'entretenir en par-
ticulier, & voulut pour cela le
faire sortir hors de la ligne des
Troupes. Mr le Maréchal qui ne
voulut point s'éloigner, dit à cet
Officier qu'il neavoit qu'à parler,
& comme il insistoit, Mrle Ma-
réchal s'apperceut bien qu'il y
avoit quelque chose d'extraord i-
naire, & voyant que beaucoup
de gens l'environnoient, il vou-
lut s'avancer pour se tenir en li-
Z in)
272 Fournal du Siege
berté. Dans ce moment les deux
rangs des Troupes des Ennemis
se raprocherent, & luy ferme-
rent le chemin Il mit le pistolet
à la main, & cria, à moy Dragons,
mais on avoit eu la précaution
de couper la file, & par
le moyen de cet embarras, ils ne
purent entendre Mr le Maréchal,
qui se trouva seul avec Mr de
Chaussepot, son Lieutenant des
Gardes, & Mr d'Entrague. Ils
voulurent se mettre en deffense,
mais la quantité des Ennemis
leur en oſta la liberté. Le Lieu-
renant des Gardes du Prince
d'Orange répresenta civilement
à Mr le Maréchal qu'il ne devoit
point les exposer à luy faire vio-
jence, & qu'il avoit ordre de Mi
de Namur.
273
le Prince d'Orange de l'arrester.
On le mena avec une escorte
dans Namur. Les Troupes de la
Garnison qui défiloient & qui ne
scavoient rien de ce qui se pas-
soit à la teste, n'apprirent la détention
de Mr le Maréchal que
long-temps aprés. Mr le Comte
de Lomont mena la Garnison à
Givet ainsi qu'il estoit porté par
la Capitulation, laquelle se trouva
de quatre mille huit cens hom-
mes, y ayant eu pendant le Siége
quatre cens trente Officiers
tuez ou blessez, & environ sept
mille cinq cens, tant Dragons
que Soldats. Qielque précau-
cion que les Ennemis ayent pris
de cacher leur perte, ils n'ont
cependant pû s'empescher de
274 Journal du Siege
convenir qu'ils y avoient perdu
plus de vingt mille hommes,
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232
p. 274-282
« Le Roy qui n'oublie jamais les services qu'on luy [...] »
Début :
Le Roy qui n'oublie jamais les services qu'on luy [...]
Mots clefs :
Colonel de régiment, Brevet, Brigadier, Dragons, Comte, Infanterie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Roy qui n'oublie jamais les services qu'on luy [...] »
Le Roy qui n'oublie ja-
mais les services qu'on luy
rend, a recompensé de cet-
te maniere les principaux
Officiers qui ont eu part à
la deffense de Namur.
M le Mareschal de
Bouflers a esté fait Duc &
Pair de France, avec vingt
mille livres de rente sur
l'Hoſtel de Ville de Paris,
pour ach. ter une Duché.
de Namur.
275
M de Guiscard, Lieu-
tenant General & Gouver-
neur de Namur, a eu ses
appointemens de Gouverneur
de Sedan, augmentez
de six mille livres, avec
douze mille francs de pen-
sion. On luy a donné le
Commandement des Pla-
ces de la Meuse, depuis
Sedan jusques à Dinant.
M de Megrigny, Ma-
reschal des Camps & Ar-
mées du Roy, & prémier
Ingenieur, a esté fait Lieu-
276 Fournal du Siege
tenant General. Il a eu six
mille livres de pension, &
a esté fait Commandeur de
S. Louis.
Mr de Saint Laurent
Colonel du Regiment de
Nice, & Brigadier d'In-
fanterie, a este fait Mares-
chal de Camp.
M le Comte de Lomont,
Brigadier d'Infanterie, &
Commandant dans Na-
mur, a este fait Mareschal
de Camp, & a eu le Comde
Namur. 277
mandement de Dunxerque.
M le Comte de Quélus,
Colonel de Dragons & Bri-
gadier, a esté fait Mares-
chal de Camp.
M le Marquis de Gra-
mont, Colonel de Dra-
gons & Brigadier, a esté
fait aussi Mareschal de
Camp.
M le Marquis de Sain-
te Hermine, Colonel de
Fournal du Siege
278
Dragons, a esté fait Brigadier.
Mle Comte de Nogent,
Colonel de Dragons du
Regiment du Roy, a esté
fait Brigadier de Dragons.
M le Comte de Horn,
Colonel de Cavalerie, a este
fait Brigadier.
M de Bragelone, Capi-
taine aux Gardes, a osté
fait Brigadier d'Infante-
rie.
de Namur. 279
M de Reignac ci de-
vant Commandant à Huy,
a esté fait Brigadier.
Mr de Princé, Lieutenant
Colonel du Regiment
Danphin, a esté fait Bri-
gadier d'Infanterie.
M Filley, Ingenieur, a
eu un Brevet de Brigadier
d'Infanterie.
Mr le Marquis de la
Chaise, Colonel du Re-
giment de Bugey, a eu le
280 Journal du Siege
Regiment de Beauvoisis.
Mr d'Entrague, Lieutenant
aux Gardes, a eu le
Regiment de Bugey.
Mr des Rouvilles, Ca-
pitaine au Regiment d'Infanterie
Dauphin, a eu le
Regiment de Hainaut
M de Maulevrier a eu
le Regiment d'Infanterie,
vacant par la mort de M.
de Maulevrier, son Frere.
de Namur. 281
Me des Aides, Lieute-
nant Colonel du Regiment
d'Asfeld, a eu le Regi-
ment de Barreaux, de Dra-
gons.
iLDIE
M de Grand Val, Lieutenant
Colonel du Regi-
ment de Dragons de Barreaux,
a eu un Brevet de
Colonel.
n
Mr de la Fosse, Lieutenant
Colonel du Regiment
de Dragons Dauphin, a eu
Aa
282 fournal du Siege, &c.
un Brevet de Colonel de
Dragons.
M le Comte de Beaujeu,
Lieutenant Colonel
du Regiment de Dragons
de M le Marquis de Gramont,
a eu un Brevet de
Colonel.
41
M des Rozeaux; Licu-
tenant Colonel du Regi-
ment de Dragons de Quélus,
a eu un Brevet de Colonel
mais les services qu'on luy
rend, a recompensé de cet-
te maniere les principaux
Officiers qui ont eu part à
la deffense de Namur.
M le Mareschal de
Bouflers a esté fait Duc &
Pair de France, avec vingt
mille livres de rente sur
l'Hoſtel de Ville de Paris,
pour ach. ter une Duché.
de Namur.
275
M de Guiscard, Lieu-
tenant General & Gouver-
neur de Namur, a eu ses
appointemens de Gouverneur
de Sedan, augmentez
de six mille livres, avec
douze mille francs de pen-
sion. On luy a donné le
Commandement des Pla-
ces de la Meuse, depuis
Sedan jusques à Dinant.
M de Megrigny, Ma-
reschal des Camps & Ar-
mées du Roy, & prémier
Ingenieur, a esté fait Lieu-
276 Fournal du Siege
tenant General. Il a eu six
mille livres de pension, &
a esté fait Commandeur de
S. Louis.
Mr de Saint Laurent
Colonel du Regiment de
Nice, & Brigadier d'In-
fanterie, a este fait Mares-
chal de Camp.
M le Comte de Lomont,
Brigadier d'Infanterie, &
Commandant dans Na-
mur, a este fait Mareschal
de Camp, & a eu le Comde
Namur. 277
mandement de Dunxerque.
M le Comte de Quélus,
Colonel de Dragons & Bri-
gadier, a esté fait Mares-
chal de Camp.
M le Marquis de Gra-
mont, Colonel de Dra-
gons & Brigadier, a esté
fait aussi Mareschal de
Camp.
M le Marquis de Sain-
te Hermine, Colonel de
Fournal du Siege
278
Dragons, a esté fait Brigadier.
Mle Comte de Nogent,
Colonel de Dragons du
Regiment du Roy, a esté
fait Brigadier de Dragons.
M le Comte de Horn,
Colonel de Cavalerie, a este
fait Brigadier.
M de Bragelone, Capi-
taine aux Gardes, a osté
fait Brigadier d'Infante-
rie.
de Namur. 279
M de Reignac ci de-
vant Commandant à Huy,
a esté fait Brigadier.
Mr de Princé, Lieutenant
Colonel du Regiment
Danphin, a esté fait Bri-
gadier d'Infanterie.
M Filley, Ingenieur, a
eu un Brevet de Brigadier
d'Infanterie.
Mr le Marquis de la
Chaise, Colonel du Re-
giment de Bugey, a eu le
280 Journal du Siege
Regiment de Beauvoisis.
Mr d'Entrague, Lieutenant
aux Gardes, a eu le
Regiment de Bugey.
Mr des Rouvilles, Ca-
pitaine au Regiment d'Infanterie
Dauphin, a eu le
Regiment de Hainaut
M de Maulevrier a eu
le Regiment d'Infanterie,
vacant par la mort de M.
de Maulevrier, son Frere.
de Namur. 281
Me des Aides, Lieute-
nant Colonel du Regiment
d'Asfeld, a eu le Regi-
ment de Barreaux, de Dra-
gons.
iLDIE
M de Grand Val, Lieutenant
Colonel du Regi-
ment de Dragons de Barreaux,
a eu un Brevet de
Colonel.
n
Mr de la Fosse, Lieutenant
Colonel du Regiment
de Dragons Dauphin, a eu
Aa
282 fournal du Siege, &c.
un Brevet de Colonel de
Dragons.
M le Comte de Beaujeu,
Lieutenant Colonel
du Regiment de Dragons
de M le Marquis de Gramont,
a eu un Brevet de
Colonel.
41
M des Rozeaux; Licu-
tenant Colonel du Regi-
ment de Dragons de Quélus,
a eu un Brevet de Colonel
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233
p. 282-283
ENIGME.
Début :
Vos Amies n'auront pas un long examen à faire pour trouver le sens / Dans les querelles [...]
Mots clefs :
Bombe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Vos Amies n'auront pas un long
examen à faire pour trouver le fens
de la nouvelle Enigme que je vous
envoye , puis qu'il eftcompris en fort
peu de Vers.
D
ENIGME.
Aus les querelles
Les plus cruelles ,
Te fers bien le couroux des Rois
CALANT - 433
"
Aa 11
GALANT: 283
Teleur foumets les plus rebelles :
Mais je nefers jamais deux fois.
examen à faire pour trouver le fens
de la nouvelle Enigme que je vous
envoye , puis qu'il eftcompris en fort
peu de Vers.
D
ENIGME.
Aus les querelles
Les plus cruelles ,
Te fers bien le couroux des Rois
CALANT - 433
"
Aa 11
GALANT: 283
Teleur foumets les plus rebelles :
Mais je nefers jamais deux fois.
Fermer
236
p. 89-97
Premier Article de Marine. [titre d'après la table]
Début :
Je passe aux Articles de Marine, que d'autres vous ont déja [...]
Mots clefs :
Vaisseau, Marine, Tonneaux, Canons, Equipage
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texteReconnaissance textuelle : Premier Article de Marine. [titre d'après la table]
Je paffe aux Articles de Marine , qued'autres vous ont déja appris ; mais avec moins de
détail que ce que vous allez
lire.
Le Vaiffeau le Saint Louis
appartenant à Mrs de la Compagnie Royale des Indes
Orientalles , eft arrivé au Port
Louis venant de Pondichery
d'où il eftoit party le
Fevrier 1768. commandé par
Mr de Boiffieux , Lieutenant
17.
Fanvier 1710.
+ H
90 MERCURE
& d'autres
de Vaiffeau de Roy. Il a aporté
plus de 5oo. ballots de poivre,
dindigo , de cannes , de benjouin , de muc
marchandiſes precieuſes qu'il
avoit chargées à Pondichery ,
à Bengale , & à la Côte de
Coromandel. Il a paffé aux
Indes par le Cap de Horne
c'eſt une Navigation qui n'avoit point encore eſté entrepriſe.
La Fregate la Rufée commandée par M' Simon Taillefier , & la Trompeuſe par M
Jean Bachelier , de quatre
canons chacune , font rentrées
GALANT 91
·
3
à Calais avec plufieurs ballots
de Pelleteries , & de cuir de
Rouffi , pris fur une Flufte
Hollandoife de soo. tonneaux nommée le Corbeau de
Roterdam , qu'ils avoient enlevée venant de Mofcovie
quoyque fon équipage fut
fortifié de trente foldats qui y
avoient efté mis par le Gouverneur d'Yarmouth avec un
Officier pour la conduire
Londres. Ces deux Corfaires
en amenant cette prife ont
cû le malheur de rencontrer
à la veüe de Calais deux Vaiffeaux de Guerre Anglois de
Hij
92 MERCURE
60. & de 26. canons qui les
ont obligez de l'abandonner :
elle eftoit chargée de 300.
tonneaux de bled , de Pelleteries , de chanvres , & de cuir
de Rouffi.
Le Capitaine Jean l'Eguillon , commandant la Barque
longue la Prompte a amené à
Calais deux rançons l'une de
4000. livres en argent , & une
45. livres fterlin en billets.
Le Vaiffeau du Roy le Sor
lingue , armé en courſe a amené à Saint Malo le Vaiffeau
la Marie de Londres , de 200.
tonneaux chargé de 300.
SCALANT 93
boucauts de fucre , vingt- fix
barils d'Indigo , & de douze
de tefte de clouds de geroffle ,
venant de Montfarra , eftimé
foixante mille livres . La Couronne , autre Corfaire a amené
auffià Saint Malo deux prifes ,
l'unc nommée le Richard Henry de Plimouth , venant de la
Virginie chargée de 350.
boucauts de tabac , l'autre
nommée la Prudence , venant
de la Caroline chargée de
bray de ris & de goudron.
Le Vaiffeau du Roy le Tigre,
arrivé en courfe s'eft battu
contre un Corfaire de Fleffin-
94 MERCURE
gue , de 32. pieces de canon.
Ce Vaiffeau eftoit en compagnie de deux autres qui forcerent de Voille pour avoir part
àl'action mais cepremierCorfaire eftoit déja fi incommodé
qu'il fut obligé de mettre à
la bande & de tirer plufieurs
coups de canon d'affiſtance ;
enforte que fes camarades arriverent fur luy pour le fecourir ; mais inutilement puifqu'on a appris qu'il a coulé
bas. Les Corfaires Fleffingois
ont efté malheureux pendant
le cours de l'année derniere
M' Saus , commandant les
GALANT 95
Vaiffeaux du Roy l'Augufte ,
& le Blakwal , en ayant pris
encore nouvellement , deux
l'un nommé la Dianne , de
36. canons , tout neuf tresbeau & d'un pont avec deux
gaillards. Il avoit 300. hommes d'équipage & il avoit
mieux aimé s'échouer fur la
cofte de Nieuport que de fe
鲞
l'autre eſt laiffer prendre
le Faucon , de 28. canons &
de 200. hommes d'équipage ;
le premier a efté relevé de la
colte ; & ces deux Vaiffeaux
ont eſté amenez à Dunkerque.
M'
Vandebruce comman
96 MERCURE
une
dant un petit Corſaire de Calais de fix canons , a pris u
Flutte Hollandoife , chargée
de mats ; & de graine de lin
venant de Riga eftimée 70000.
livres.
Un autre Corfaire a amené
à Dunkerque , une prife venant de Lille de Fayal , chargée
de 300. caiffes de fucre , chaque caiffe pefant douze mille
livres eftimée cent mille francs.
La Fregatte la Victoire ,
conduit au Havre , une prife
ftimée cent mille livres ; elle
eft chargée d'eftain , de cacao ,
de draps , de harangs , &
a
d'autres
GALANT 97
d'autres Marchandiſes.
M Blanque commandant
la Fregatte du Roy le Zephire,
prit le trois Decembre entre
Qüellant &
Sorlingue un Brigantin de 40. tonneaux venant
de Bafton , chargé de molüe
verte & feche , d'huille de
baleine , &de Pelleteries.
Le 22. du même mois eftant
fur le Cap Lezard il prit auffi
un Navire Anglois de 250.
tonneaux venant de la Virginie chargé de 532. boucauts
de tabac cftimé 85. mille
livres
détail que ce que vous allez
lire.
Le Vaiffeau le Saint Louis
appartenant à Mrs de la Compagnie Royale des Indes
Orientalles , eft arrivé au Port
Louis venant de Pondichery
d'où il eftoit party le
Fevrier 1768. commandé par
Mr de Boiffieux , Lieutenant
17.
Fanvier 1710.
+ H
90 MERCURE
& d'autres
de Vaiffeau de Roy. Il a aporté
plus de 5oo. ballots de poivre,
dindigo , de cannes , de benjouin , de muc
marchandiſes precieuſes qu'il
avoit chargées à Pondichery ,
à Bengale , & à la Côte de
Coromandel. Il a paffé aux
Indes par le Cap de Horne
c'eſt une Navigation qui n'avoit point encore eſté entrepriſe.
La Fregate la Rufée commandée par M' Simon Taillefier , & la Trompeuſe par M
Jean Bachelier , de quatre
canons chacune , font rentrées
GALANT 91
·
3
à Calais avec plufieurs ballots
de Pelleteries , & de cuir de
Rouffi , pris fur une Flufte
Hollandoife de soo. tonneaux nommée le Corbeau de
Roterdam , qu'ils avoient enlevée venant de Mofcovie
quoyque fon équipage fut
fortifié de trente foldats qui y
avoient efté mis par le Gouverneur d'Yarmouth avec un
Officier pour la conduire
Londres. Ces deux Corfaires
en amenant cette prife ont
cû le malheur de rencontrer
à la veüe de Calais deux Vaiffeaux de Guerre Anglois de
Hij
92 MERCURE
60. & de 26. canons qui les
ont obligez de l'abandonner :
elle eftoit chargée de 300.
tonneaux de bled , de Pelleteries , de chanvres , & de cuir
de Rouffi.
Le Capitaine Jean l'Eguillon , commandant la Barque
longue la Prompte a amené à
Calais deux rançons l'une de
4000. livres en argent , & une
45. livres fterlin en billets.
Le Vaiffeau du Roy le Sor
lingue , armé en courſe a amené à Saint Malo le Vaiffeau
la Marie de Londres , de 200.
tonneaux chargé de 300.
SCALANT 93
boucauts de fucre , vingt- fix
barils d'Indigo , & de douze
de tefte de clouds de geroffle ,
venant de Montfarra , eftimé
foixante mille livres . La Couronne , autre Corfaire a amené
auffià Saint Malo deux prifes ,
l'unc nommée le Richard Henry de Plimouth , venant de la
Virginie chargée de 350.
boucauts de tabac , l'autre
nommée la Prudence , venant
de la Caroline chargée de
bray de ris & de goudron.
Le Vaiffeau du Roy le Tigre,
arrivé en courfe s'eft battu
contre un Corfaire de Fleffin-
94 MERCURE
gue , de 32. pieces de canon.
Ce Vaiffeau eftoit en compagnie de deux autres qui forcerent de Voille pour avoir part
àl'action mais cepremierCorfaire eftoit déja fi incommodé
qu'il fut obligé de mettre à
la bande & de tirer plufieurs
coups de canon d'affiſtance ;
enforte que fes camarades arriverent fur luy pour le fecourir ; mais inutilement puifqu'on a appris qu'il a coulé
bas. Les Corfaires Fleffingois
ont efté malheureux pendant
le cours de l'année derniere
M' Saus , commandant les
GALANT 95
Vaiffeaux du Roy l'Augufte ,
& le Blakwal , en ayant pris
encore nouvellement , deux
l'un nommé la Dianne , de
36. canons , tout neuf tresbeau & d'un pont avec deux
gaillards. Il avoit 300. hommes d'équipage & il avoit
mieux aimé s'échouer fur la
cofte de Nieuport que de fe
鲞
l'autre eſt laiffer prendre
le Faucon , de 28. canons &
de 200. hommes d'équipage ;
le premier a efté relevé de la
colte ; & ces deux Vaiffeaux
ont eſté amenez à Dunkerque.
M'
Vandebruce comman
96 MERCURE
une
dant un petit Corſaire de Calais de fix canons , a pris u
Flutte Hollandoife , chargée
de mats ; & de graine de lin
venant de Riga eftimée 70000.
livres.
Un autre Corfaire a amené
à Dunkerque , une prife venant de Lille de Fayal , chargée
de 300. caiffes de fucre , chaque caiffe pefant douze mille
livres eftimée cent mille francs.
La Fregatte la Victoire ,
conduit au Havre , une prife
ftimée cent mille livres ; elle
eft chargée d'eftain , de cacao ,
de draps , de harangs , &
a
d'autres
GALANT 97
d'autres Marchandiſes.
M Blanque commandant
la Fregatte du Roy le Zephire,
prit le trois Decembre entre
Qüellant &
Sorlingue un Brigantin de 40. tonneaux venant
de Bafton , chargé de molüe
verte & feche , d'huille de
baleine , &de Pelleteries.
Le 22. du même mois eftant
fur le Cap Lezard il prit auffi
un Navire Anglois de 250.
tonneaux venant de la Virginie chargé de 532. boucauts
de tabac cftimé 85. mille
livres
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Résumé : Premier Article de Marine. [titre d'après la table]
Le texte décrit plusieurs événements maritimes et commerciaux impliquant des navires français. En février 1768, le vaisseau le Saint Louis, appartenant à la Compagnie Royale des Indes Orientales, est arrivé au Port Louis en provenance de Pondichéry, commandé par M. de Boiffieux. Il transportait plus de 500 ballots de poivre, d'indigo, de cannes, de benjoin et de muc, chargés à Pondichéry, au Bengale et sur la Côte de Coromandel. Le Saint Louis a emprunté une route inédite en passant par le Cap de Horn. Les frégates la Rufée et la Trompeuse, commandées respectivement par M. Simon Taillevier et M. Jean Bachelier, ont capturé une flûte hollandaise nommée le Corbeau de Rotterdam, chargée de pelleteries et de cuir de Russie. Cependant, elles ont dû abandonner leur prise face à deux vaisseaux de guerre anglais près de Calais. Le capitaine Jean L'Eguillon a ramené à Calais deux rançons, l'une en argent et l'autre en billets. Le vaisseau du roi le Sorlingue a capturé le vaisseau la Marie de Londres, chargé de sucre, d'indigo et de girofle. La Couronne a également ramené deux prises à Saint-Malo : le Richard Henry de Plymouth, chargé de tabac, et la Prudence de la Caroline, chargée de brai de riz et de goudron. Le vaisseau du roi le Tigre s'est battu contre un corsaire de Flessingue et a coulé après avoir été secouru par deux autres vaisseaux français. Les corsaires français ont également capturé deux navires anglais, la Diane et le Faucon, près de Nieuport. D'autres prises notables incluent une flûte hollandaise capturée par un corsaire de Calais, commandé par M. Vandebruce, et une prise venue de Lille à Fayal, chargée de sucre. La frégate la Victoire a ramené une prise estimée à cent mille livres au Havre, chargée d'étain, de cacao, de draps et d'autres marchandises. Enfin, la frégate le Zéphire a capturé un brigantin et un navire anglais chargé de tabac près du Cap Lizard.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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237
p. 351-376
Article qui regarde les Affaires du temps. Cet Article a esté fait avant que l'on sçut la situation des Affaires presentes. [titre d'après la table]
Début :
Enfin l'on ne doit plus avoir d'inquietude touchant la playe [...]
Mots clefs :
Maréchal de Villars, Ennemis, Flandre, Troupes, Campagne, Argent, Hollande, Nations, Guerre, Vaisseaux
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texteReconnaissance textuelle : Article qui regarde les Affaires du temps. Cet Article a esté fait avant que l'on sçut la situation des Affaires presentes. [titre d'après la table]
Enfin l'on ne doit plus avoir
d'inquietude couchant la playe
de Mr le Maréchal de Villars ,
devant eſtre à prefent reputée
comme guerie, puifqu'un pois
pourroit à peine y entrer prefentement , & qu'il pourroit fc
mettre en Campagne fi la neceffité le demandoit ; & comme ce Maréchal netefpire que,
la guerre & qu'il veut eftre en
cftat de bonne heure de fe
fignaler & de faire voir aux
Alliez qu'il n'apprehende pas
leurs menaces, il a tres certainementdonnéordre qu'on travaillaft à tous les équipages
352 MERCURE
& qu'on luy fift venir quantité de vin de Bourgogne.
Il fembloit que les Ennemis
le preparoient à faire quelques
mouvemens en Flandre , & Mr
le Maréchal de Barwick avoir
eſté nommé pour y faire une
tournée & pour les obferver ;
mais comme l'on a cfté informé qu'ils eftoient tranquiles
&quefa prefencen y eftoit pas
neceffaire , ce Maréchal n'eft
pas parti.
Mrle Maréchal d'Harcourt
eftant retombé en paralyfie ,
Mr Fagon l'a fait faigner , &
luy a fait prendre l'Emerique ,
GALANT 353
prétendant que cette paralyfie
ne vient point du dedans , &
qu'elle n'eſt qu'exterieure , &
par confequent point dangereufe. Ce Maréchal partit le
28. pour aller aux caux de
Bourbon & fon, deffein eft
de faire encore la Campagne
fur le Rhin ou nos Troupes
fontnombreufes, en boneftat,
& ne manquent de rien , ſuivant que les Ennemis le publient eux - mêmes tous les
jours , & il y a lieu de croire
qu'ils ne feront pas en eftat de
leur refifter , ny d'envoyer des
Troupes en Flandres & fur le
Fanvier 1710. Gg
354 MERCURE
Rhin , les Princes d'Allemagne
n'eftant pas payez des fubfides
que l'Angleterre & la Hollande font convenus de leur donner , & que ſelon toutes les apparences , ils ne pourront leur
payer encore de long- temps ,
l'argent manquant abfolument à ces deux Nations.
Je fçay de certitude par un
homme revenu depuis peu
d'Angleterre , qu'il a efté furpris en y arrivant , d'y trouver
le pain plus cher qu'à Paris , &
la rareté de l'argent encore
plus grande , & l'on ne doit pas
s'en étonner , les fubfides que
GALANT 355
l'Angleterre a payez depuis le
commencement de la guerre ,
toutes les Nations quiluy donne des Troupes ou qui font diverfion en la faveur , l'ayant
entierement épuifée , joint que
l'argent que luy coûte fes
Troupes pendant chaque cam
pagne , eft dépenſé hors du
Royaume, & que depuis plufieurs années l'argent en fort
fans qu'il y entre d'efpeces, tou
tes les Marchandifes que fes
Flotes luy apportent n'cftant
que pour l'ufage de fes Habitans.
A l'égard de la Holande,
Ggij
356 MERCURE
y a déja plufieurs années
que je vous ay marqué que
quelques Provinces avoient declaré qu'elles n'eftoient pas en
eftat de fournir aux frais de la
Guerre; ce que vient encore
de declarer la Province d'Utrecht . Je vous ay marqué auffi
y a long-temps , que la plufpart de ceux qui poffedoient
des Terres à la Campagne, les
ont abandonnées , les Taxes
qu'elles payoient eftant beau
coup plus fortes que les revenus qu'ils en tiroient ; & prefentement encore les Etats Genetaux viennent d'impofer
GALANT 357
quatre fois pour cette année
le deux centiéme denier fur
les Terres , les Obligations, les
Actions des deux Compagnies , les Rentes viageres , &
generalement fur tous les
biens qui y font fujers. Et
comme ce fond , quand mefme il feroit entierement rem
ply , ne fuffiroit qu'à peine
pour fubvenir à la moitié des
dépenses ordinaires &extraordinaires de la Guerre, il faudra
avoir recours à de nouveaux
emprunts ; mais le credit des
Etats ayant déja ſouffert quelques atteintes , tant par leur
358 MERCURE
derniere Lotterie qui n'a pû
eftre remplie que par la neceflité où ils le font trouvez
de donner leurs Obligations
en payement des avances confiderables qui devoient eftre
remboursées en argent comptant , il eft à prefent queſtion
de fçavoir s'ils pourront par
le moyen defdits nouveaux
emprunts qui font leur unique reffource , fuppléer à l'autre moitié defdites dépenfes.
Il eft à remarquer queceux
qui ont des Obligations de
l'Etat , auront de la peine à
trouver de l'argent fur ces
GALANT 359
•
Obligations, & qu'ils n'enpouront trouver qu'avec beaucoup de perte.
D'ailleurs , vous avez déja
fçû le pitoyable cftat où fe
trouve aujourd'huy la Marine
d'Holande ; qu'il eft dû beaucoup aux Capitaines qui ont
avancé , fuivant l'ufage du
Pays , tout ce qui a regardé
depuis long- temps l'équipement de leurs Vaiffeaux, & qui
n'ayant plus dequoy y fournir,
demandent ce qui leur eſt dû,
& que l'on paye toutes les
fommes qui font neceffaires
pour mettre en Mer cette an
360 MERCURE
née , moyennantquoy ils s'offrent de fervir , l'impoffibilité
eftant entiere qu'ils puiffent
fervir autrement.
Au reste , les dernieres nouvelles d'Amfterdam portent
que la plupart des Negocians
voyant chaquejour leur Commerce déperir , & le rifque
qu'ils courent d'eftre entierement ruïnez fi la Guerre continue , n'ont plus la mefme
opiniaftreté qu'ils avoient à la
continuer.
Il eft aifé de juger par tou
tes ces chofes de l'eftat our fe
trouve la Holande , & qu'elle
ne
GALANT 361
ne peutabfolument continuer
la guerre beaucoup de temps.
Je reviens encore à l'Angleterre , qui par les fonds accordez par le Parlement pour
la Campagne prochaine , pretend éblouir tout le monde;
& en effet rien n'eft plus ébloüiffant que les calculs de
toutes les fommes que le Parlement accorde ; mais fans
entrer dans les détails & dans
l'impoffibilité qui fe trouve de
les lever tous , quand mefine.
l'Angleterre feroit dans l'opulence , il eft certain que quand
tous les Anglois feroient por
Fanvier 1710. Hh
36 MERCURE
tez à fournir ces fommes , la
rareté de l'argent qui eft au
jourd'huy plus grande en Angleterre qu'en aucun autre lieu
de l'Europa, en empefcheroit,
& que le Proverbe , qui dic,
Perfonne nedonne ce qu'il n'apas,
eft veritable. Elle doit des
fommes immenfes à Monfieur
le Duc de Savoye , qui n'eft
pas un Prince à attendre longtemps , craignant que le boul
verfement des Affaires ne luy!
fift perdre ce qui luy ´eft dû ;!
ce qui n'embaraffe pas peu les
Anglois.
Quant à ce qui regarde la.
GALANT 363
France , elle renferme des
fommes immenfes qui font
cachéos , & l'abondance y fera grande lors que l'on aura
trouvé les moyens de les faire
fortir des mains de ceux qui
les gardent avec tant de foin ;
& pour n'en pas dourerazil
n'y a qu'à fe fouvenir que da
derniere reforme eftoit de fix
cens millions ; ce qui eft un
fait inconteftable , & qu'on a
reconnu lors qu'on a donné
coursà toutes les efpeces reformées & non reformées,
qu'il y avoit un tiers de l'argent du Royaume qui n'avort
Hhij
364 MERCURE
point efté porté à la Monnoye pour eftre reformé ; &
ce qui obligea de leur donner
cours , fut que l'on trouvoit
tous les jours des fommes
tres confiderables fous les
fcellez faits chez les perfonInes qui mouroient , & j'en
pourrois rapporter pour plu
fieurs millions , fi je voulois
nommer ceux qui n'avoient
pas fait reformer leur argent.
Il eft auffi entré en France
plufieurs millions depuis que
Monfeigneur le Duc d'Anjou
a pris poffeffion de la Cou
ronne d'Espagne , tant parce
2
GALANT 365
qu'elle lui appartenoit , que
parce que Charles II. l'avoir
reconnu pour fon Succeffeur.
Tout cet argent n'y est pas entré par le Commerce que les
François ont fait au Perou ;
mais par les grandes depenfes
queles Eſpagnols ont faites en
Francepour foutenir la Guerre
las France leur ayant foutny
des Armes , des Draps &
quantité d'autres choſes neceffaires à la Guerre. NosModes
font auffi caufe que les Efpagnols ont acheté beaucoup
de chofes en France & plu
ficurs qui ont eu des Emplois
34
Hhij
366 MERCURE
dans le Perou , d'où ils ont
raporté de grandes fommes ,
& qui ont demeuré affez longtemps en France , &fur tout à
Paris , y ont fait de grandes
dépenfes , enforte que lorsque
tout l'argent caché commencera à voir le jour , on verra
plus dedouze cens millions circuler au lieu qu'il n'y a pas aujourd'huy dans le Commerce,
200. millions de nouvelles ef-
< peces qui font tout l'argent qui
circule dans le Royaume. 1
A l'égard des bleds , il fufit
qu'il ait commencé à entrer
dans le Royaume pour que
GALANT 367
Fabondance s'y trouve bien
toft , & pour engager les Ufuriers à mettre en vente ceux
qu'ils tiennent cachez , &d'ailleurs comme il paroift que la
srecolter doit cftre des plus
abondantes , on ne manquera
bien- toft plus dans le Royaume ni d'argent ni de bleds.
Mrs de l'Academie Françoi
fe s'eftant affemblez felon l'ufage , quarante jours aprés la
mort de Mr.de Corneille , &
de Mr le Comte de Crecy pour
nommerceuxquidoivent remplir leurs places , ont choifi Mr
le Prefident de Melmes & Mr
368 MERCURE
l'Abbé Oudart de la Mothe,
connu par plusieurs ouvrages
de Theatre & par le beau Ree
cueil d'Odes qu'il a donné zau
public , & qui a reçu un aps
plaudiffementgeneral . Il a rem
porté ſept ou huit Prix del'Academie de Toulouſe , & deux
ou trois de l'Academie Françoife , oùilaleu l'avantage de
parler plufieurs fois & de faire
des Remerciemens à ce fçavant
& illuftre: Corps.
Mrle President de Melines,
diftingué pár fon nom, par ſon
efpriti & par fes dignitez elt
entré par detteb nomination
CALANT 369
dans un Corps ou l'on atoujours vû des Cardinaux , des
Evêques , des Ducs & Pairs &
des Miniftres d'Etat. Ainfi l'on
peut dire qu'il n'eft pas déplacé.
Je dois ajoûtericy ce que j'ay
oublié de vous dire dans 1 E.
loge que j'ay fait de Mr de
Corneille ; fçavoir , que fon
grand travail , & fur tout le
grand nombre de Livres & de
Memoires qu'il a cfté obligé
de lire pour compofer les cinq
Volumes infolio qu'il a donnez
au Public , luy avoient fait perdre la vûë quelques années
370 MERCURE
avant,fa mort; que fon Eloge
aefté fait par un Aveugle, &
que fa place a efté remplie par
unautre Aveugle qui doit faire
auffi fon Eloge le jour de fa res
ception.
Avant que d'entrer dans
Article de la Marine dont
j'ay beaucoup à vous entrete
nit , je dois vous dire que ce
Corps qui a toujours fait honneur à la France , & qui dans
les temps les plus difficiles a
toujours tenu tefte en mefme
temps aux deux Nations qui
pretendent à l'Empire de la
Mer, & qui ne font riches &
GALANT 37£
celebres que par leur Com
merce ; je dois , dis-je , vous
dire que ce Corps , qui tous
les mois fe rend fameux par
un grand nombre de Prifes,
d'actions éclatantes , & de
Vaiffeaux Ennemis pris on
coulez à fond , va malgré la
rareté d'argent qui ſe trouve
aujourd'huy prefque chez tous
les Princes de l'Europe , recevoir une fomme confiderable,
MrleComte de Pontchartrain?
ayant trouvé des expediens
de luy en faire toucher fans
qu'il en coûte rien au Roy.
Je paffe à la fuite des Expe
372 MERCURE
ditions dont je vous envoye
unJournal tous les mois beaucoup plus circonftancié que
celuy que l'on trouve dans plu .
fieurs nouvelles publiques.
De Cartagenne du Détroit
le 25. Decembre.
Mrle Chevalier de Norey,
Commandant les Vaiffeaux du
Roy le Rubis & le Trident, fic
rencontre le 19. Decembre,
eftant Nord & Sud d'Alborand, à 5 ou 6. licues de.
la Cofte d'Espagne , de deux
Vaiffeaux de guerre Anglois,
l'un
GALANT 373
l'un de 70. Canons , & l'autre
de cinquante - quatre fous le
vent Mr le Chevalier de
Norey, quoy qu'avec des for.
ces inégales , attaqua ces deux
Vaiffeaux à demy portée du
moufquet. Le Combat dura
depuis dix heures du matin juſqu'à deux heures aprés midy,
•fans qu'il pût les aborder , &
il en fut feparé par les Courans en forte qu'ils furent
obligez de faire route à Gibraltar , n'ayant que la Mizaine & le Petit Hunier, & la
plufpart de leurs Equipages
eftant tuez ou bleffez. Mr de
Janvier 1710.
I i
374 MERCURE
Norey n'a eu que 29. hommes hors de combat. Mr du
Vigné , Lieutenant de Vaifſeau , y aa efté tué ,,
ainfi que
Mr le Chevalier de Caftelanne
Enfeigne , qui fervoit fur le
Trident.
Mr Robert Leguillon, Commandant la Barque Longue la
Revanche , armée à Calais , y
conduifit le 4. Janvier un Bâtiment Anglois , chargé de
5oo. barils de beurre , & de
200. barils de boeuf fallé.
Lemefme Capitaine a auffi
débarqué une rançon de 100.
livres sterlin.
GALANT · 375
Le Capitaine Louvet qui
monte la Barque la Toifon , a
pris un Navire Anglois , chargé de 136. Caiffes d'oranges
aigres , & de 8. Caiffes de citrons.
Le Capitaine François Polu,
Commandant la Triumphante,
& Jacques du Pleffis qui monte la Revanche , ont pris un
Dogre Hollandois.
Le Capitaine Marc- Tefte,
Commandant la Barque le
Comte de Brionne , a apporté
pour 2000. livres de rançons
Angloifes en efpeces.
François Bachelier , ComIi ij
376 MERCURE
4
ATM
mandant le Dogre le Prompt,
a amené une rançon Hollandoife de 1600. florins
d'inquietude couchant la playe
de Mr le Maréchal de Villars ,
devant eſtre à prefent reputée
comme guerie, puifqu'un pois
pourroit à peine y entrer prefentement , & qu'il pourroit fc
mettre en Campagne fi la neceffité le demandoit ; & comme ce Maréchal netefpire que,
la guerre & qu'il veut eftre en
cftat de bonne heure de fe
fignaler & de faire voir aux
Alliez qu'il n'apprehende pas
leurs menaces, il a tres certainementdonnéordre qu'on travaillaft à tous les équipages
352 MERCURE
& qu'on luy fift venir quantité de vin de Bourgogne.
Il fembloit que les Ennemis
le preparoient à faire quelques
mouvemens en Flandre , & Mr
le Maréchal de Barwick avoir
eſté nommé pour y faire une
tournée & pour les obferver ;
mais comme l'on a cfté informé qu'ils eftoient tranquiles
&quefa prefencen y eftoit pas
neceffaire , ce Maréchal n'eft
pas parti.
Mrle Maréchal d'Harcourt
eftant retombé en paralyfie ,
Mr Fagon l'a fait faigner , &
luy a fait prendre l'Emerique ,
GALANT 353
prétendant que cette paralyfie
ne vient point du dedans , &
qu'elle n'eſt qu'exterieure , &
par confequent point dangereufe. Ce Maréchal partit le
28. pour aller aux caux de
Bourbon & fon, deffein eft
de faire encore la Campagne
fur le Rhin ou nos Troupes
fontnombreufes, en boneftat,
& ne manquent de rien , ſuivant que les Ennemis le publient eux - mêmes tous les
jours , & il y a lieu de croire
qu'ils ne feront pas en eftat de
leur refifter , ny d'envoyer des
Troupes en Flandres & fur le
Fanvier 1710. Gg
354 MERCURE
Rhin , les Princes d'Allemagne
n'eftant pas payez des fubfides
que l'Angleterre & la Hollande font convenus de leur donner , & que ſelon toutes les apparences , ils ne pourront leur
payer encore de long- temps ,
l'argent manquant abfolument à ces deux Nations.
Je fçay de certitude par un
homme revenu depuis peu
d'Angleterre , qu'il a efté furpris en y arrivant , d'y trouver
le pain plus cher qu'à Paris , &
la rareté de l'argent encore
plus grande , & l'on ne doit pas
s'en étonner , les fubfides que
GALANT 355
l'Angleterre a payez depuis le
commencement de la guerre ,
toutes les Nations quiluy donne des Troupes ou qui font diverfion en la faveur , l'ayant
entierement épuifée , joint que
l'argent que luy coûte fes
Troupes pendant chaque cam
pagne , eft dépenſé hors du
Royaume, & que depuis plufieurs années l'argent en fort
fans qu'il y entre d'efpeces, tou
tes les Marchandifes que fes
Flotes luy apportent n'cftant
que pour l'ufage de fes Habitans.
A l'égard de la Holande,
Ggij
356 MERCURE
y a déja plufieurs années
que je vous ay marqué que
quelques Provinces avoient declaré qu'elles n'eftoient pas en
eftat de fournir aux frais de la
Guerre; ce que vient encore
de declarer la Province d'Utrecht . Je vous ay marqué auffi
y a long-temps , que la plufpart de ceux qui poffedoient
des Terres à la Campagne, les
ont abandonnées , les Taxes
qu'elles payoient eftant beau
coup plus fortes que les revenus qu'ils en tiroient ; & prefentement encore les Etats Genetaux viennent d'impofer
GALANT 357
quatre fois pour cette année
le deux centiéme denier fur
les Terres , les Obligations, les
Actions des deux Compagnies , les Rentes viageres , &
generalement fur tous les
biens qui y font fujers. Et
comme ce fond , quand mefme il feroit entierement rem
ply , ne fuffiroit qu'à peine
pour fubvenir à la moitié des
dépenses ordinaires &extraordinaires de la Guerre, il faudra
avoir recours à de nouveaux
emprunts ; mais le credit des
Etats ayant déja ſouffert quelques atteintes , tant par leur
358 MERCURE
derniere Lotterie qui n'a pû
eftre remplie que par la neceflité où ils le font trouvez
de donner leurs Obligations
en payement des avances confiderables qui devoient eftre
remboursées en argent comptant , il eft à prefent queſtion
de fçavoir s'ils pourront par
le moyen defdits nouveaux
emprunts qui font leur unique reffource , fuppléer à l'autre moitié defdites dépenfes.
Il eft à remarquer queceux
qui ont des Obligations de
l'Etat , auront de la peine à
trouver de l'argent fur ces
GALANT 359
•
Obligations, & qu'ils n'enpouront trouver qu'avec beaucoup de perte.
D'ailleurs , vous avez déja
fçû le pitoyable cftat où fe
trouve aujourd'huy la Marine
d'Holande ; qu'il eft dû beaucoup aux Capitaines qui ont
avancé , fuivant l'ufage du
Pays , tout ce qui a regardé
depuis long- temps l'équipement de leurs Vaiffeaux, & qui
n'ayant plus dequoy y fournir,
demandent ce qui leur eſt dû,
& que l'on paye toutes les
fommes qui font neceffaires
pour mettre en Mer cette an
360 MERCURE
née , moyennantquoy ils s'offrent de fervir , l'impoffibilité
eftant entiere qu'ils puiffent
fervir autrement.
Au reste , les dernieres nouvelles d'Amfterdam portent
que la plupart des Negocians
voyant chaquejour leur Commerce déperir , & le rifque
qu'ils courent d'eftre entierement ruïnez fi la Guerre continue , n'ont plus la mefme
opiniaftreté qu'ils avoient à la
continuer.
Il eft aifé de juger par tou
tes ces chofes de l'eftat our fe
trouve la Holande , & qu'elle
ne
GALANT 361
ne peutabfolument continuer
la guerre beaucoup de temps.
Je reviens encore à l'Angleterre , qui par les fonds accordez par le Parlement pour
la Campagne prochaine , pretend éblouir tout le monde;
& en effet rien n'eft plus ébloüiffant que les calculs de
toutes les fommes que le Parlement accorde ; mais fans
entrer dans les détails & dans
l'impoffibilité qui fe trouve de
les lever tous , quand mefine.
l'Angleterre feroit dans l'opulence , il eft certain que quand
tous les Anglois feroient por
Fanvier 1710. Hh
36 MERCURE
tez à fournir ces fommes , la
rareté de l'argent qui eft au
jourd'huy plus grande en Angleterre qu'en aucun autre lieu
de l'Europa, en empefcheroit,
& que le Proverbe , qui dic,
Perfonne nedonne ce qu'il n'apas,
eft veritable. Elle doit des
fommes immenfes à Monfieur
le Duc de Savoye , qui n'eft
pas un Prince à attendre longtemps , craignant que le boul
verfement des Affaires ne luy!
fift perdre ce qui luy ´eft dû ;!
ce qui n'embaraffe pas peu les
Anglois.
Quant à ce qui regarde la.
GALANT 363
France , elle renferme des
fommes immenfes qui font
cachéos , & l'abondance y fera grande lors que l'on aura
trouvé les moyens de les faire
fortir des mains de ceux qui
les gardent avec tant de foin ;
& pour n'en pas dourerazil
n'y a qu'à fe fouvenir que da
derniere reforme eftoit de fix
cens millions ; ce qui eft un
fait inconteftable , & qu'on a
reconnu lors qu'on a donné
coursà toutes les efpeces reformées & non reformées,
qu'il y avoit un tiers de l'argent du Royaume qui n'avort
Hhij
364 MERCURE
point efté porté à la Monnoye pour eftre reformé ; &
ce qui obligea de leur donner
cours , fut que l'on trouvoit
tous les jours des fommes
tres confiderables fous les
fcellez faits chez les perfonInes qui mouroient , & j'en
pourrois rapporter pour plu
fieurs millions , fi je voulois
nommer ceux qui n'avoient
pas fait reformer leur argent.
Il eft auffi entré en France
plufieurs millions depuis que
Monfeigneur le Duc d'Anjou
a pris poffeffion de la Cou
ronne d'Espagne , tant parce
2
GALANT 365
qu'elle lui appartenoit , que
parce que Charles II. l'avoir
reconnu pour fon Succeffeur.
Tout cet argent n'y est pas entré par le Commerce que les
François ont fait au Perou ;
mais par les grandes depenfes
queles Eſpagnols ont faites en
Francepour foutenir la Guerre
las France leur ayant foutny
des Armes , des Draps &
quantité d'autres choſes neceffaires à la Guerre. NosModes
font auffi caufe que les Efpagnols ont acheté beaucoup
de chofes en France & plu
ficurs qui ont eu des Emplois
34
Hhij
366 MERCURE
dans le Perou , d'où ils ont
raporté de grandes fommes ,
& qui ont demeuré affez longtemps en France , &fur tout à
Paris , y ont fait de grandes
dépenfes , enforte que lorsque
tout l'argent caché commencera à voir le jour , on verra
plus dedouze cens millions circuler au lieu qu'il n'y a pas aujourd'huy dans le Commerce,
200. millions de nouvelles ef-
< peces qui font tout l'argent qui
circule dans le Royaume. 1
A l'égard des bleds , il fufit
qu'il ait commencé à entrer
dans le Royaume pour que
GALANT 367
Fabondance s'y trouve bien
toft , & pour engager les Ufuriers à mettre en vente ceux
qu'ils tiennent cachez , &d'ailleurs comme il paroift que la
srecolter doit cftre des plus
abondantes , on ne manquera
bien- toft plus dans le Royaume ni d'argent ni de bleds.
Mrs de l'Academie Françoi
fe s'eftant affemblez felon l'ufage , quarante jours aprés la
mort de Mr.de Corneille , &
de Mr le Comte de Crecy pour
nommerceuxquidoivent remplir leurs places , ont choifi Mr
le Prefident de Melmes & Mr
368 MERCURE
l'Abbé Oudart de la Mothe,
connu par plusieurs ouvrages
de Theatre & par le beau Ree
cueil d'Odes qu'il a donné zau
public , & qui a reçu un aps
plaudiffementgeneral . Il a rem
porté ſept ou huit Prix del'Academie de Toulouſe , & deux
ou trois de l'Academie Françoife , oùilaleu l'avantage de
parler plufieurs fois & de faire
des Remerciemens à ce fçavant
& illuftre: Corps.
Mrle President de Melines,
diftingué pár fon nom, par ſon
efpriti & par fes dignitez elt
entré par detteb nomination
CALANT 369
dans un Corps ou l'on atoujours vû des Cardinaux , des
Evêques , des Ducs & Pairs &
des Miniftres d'Etat. Ainfi l'on
peut dire qu'il n'eft pas déplacé.
Je dois ajoûtericy ce que j'ay
oublié de vous dire dans 1 E.
loge que j'ay fait de Mr de
Corneille ; fçavoir , que fon
grand travail , & fur tout le
grand nombre de Livres & de
Memoires qu'il a cfté obligé
de lire pour compofer les cinq
Volumes infolio qu'il a donnez
au Public , luy avoient fait perdre la vûë quelques années
370 MERCURE
avant,fa mort; que fon Eloge
aefté fait par un Aveugle, &
que fa place a efté remplie par
unautre Aveugle qui doit faire
auffi fon Eloge le jour de fa res
ception.
Avant que d'entrer dans
Article de la Marine dont
j'ay beaucoup à vous entrete
nit , je dois vous dire que ce
Corps qui a toujours fait honneur à la France , & qui dans
les temps les plus difficiles a
toujours tenu tefte en mefme
temps aux deux Nations qui
pretendent à l'Empire de la
Mer, & qui ne font riches &
GALANT 37£
celebres que par leur Com
merce ; je dois , dis-je , vous
dire que ce Corps , qui tous
les mois fe rend fameux par
un grand nombre de Prifes,
d'actions éclatantes , & de
Vaiffeaux Ennemis pris on
coulez à fond , va malgré la
rareté d'argent qui ſe trouve
aujourd'huy prefque chez tous
les Princes de l'Europe , recevoir une fomme confiderable,
MrleComte de Pontchartrain?
ayant trouvé des expediens
de luy en faire toucher fans
qu'il en coûte rien au Roy.
Je paffe à la fuite des Expe
372 MERCURE
ditions dont je vous envoye
unJournal tous les mois beaucoup plus circonftancié que
celuy que l'on trouve dans plu .
fieurs nouvelles publiques.
De Cartagenne du Détroit
le 25. Decembre.
Mrle Chevalier de Norey,
Commandant les Vaiffeaux du
Roy le Rubis & le Trident, fic
rencontre le 19. Decembre,
eftant Nord & Sud d'Alborand, à 5 ou 6. licues de.
la Cofte d'Espagne , de deux
Vaiffeaux de guerre Anglois,
l'un
GALANT 373
l'un de 70. Canons , & l'autre
de cinquante - quatre fous le
vent Mr le Chevalier de
Norey, quoy qu'avec des for.
ces inégales , attaqua ces deux
Vaiffeaux à demy portée du
moufquet. Le Combat dura
depuis dix heures du matin juſqu'à deux heures aprés midy,
•fans qu'il pût les aborder , &
il en fut feparé par les Courans en forte qu'ils furent
obligez de faire route à Gibraltar , n'ayant que la Mizaine & le Petit Hunier, & la
plufpart de leurs Equipages
eftant tuez ou bleffez. Mr de
Janvier 1710.
I i
374 MERCURE
Norey n'a eu que 29. hommes hors de combat. Mr du
Vigné , Lieutenant de Vaifſeau , y aa efté tué ,,
ainfi que
Mr le Chevalier de Caftelanne
Enfeigne , qui fervoit fur le
Trident.
Mr Robert Leguillon, Commandant la Barque Longue la
Revanche , armée à Calais , y
conduifit le 4. Janvier un Bâtiment Anglois , chargé de
5oo. barils de beurre , & de
200. barils de boeuf fallé.
Lemefme Capitaine a auffi
débarqué une rançon de 100.
livres sterlin.
GALANT · 375
Le Capitaine Louvet qui
monte la Barque la Toifon , a
pris un Navire Anglois , chargé de 136. Caiffes d'oranges
aigres , & de 8. Caiffes de citrons.
Le Capitaine François Polu,
Commandant la Triumphante,
& Jacques du Pleffis qui monte la Revanche , ont pris un
Dogre Hollandois.
Le Capitaine Marc- Tefte,
Commandant la Barque le
Comte de Brionne , a apporté
pour 2000. livres de rançons
Angloifes en efpeces.
François Bachelier , ComIi ij
376 MERCURE
4
ATM
mandant le Dogre le Prompt,
a amené une rançon Hollandoife de 1600. florins
Fermer
Résumé : Article qui regarde les Affaires du temps. Cet Article a esté fait avant que l'on sçut la situation des Affaires presentes. [titre d'après la table]
En début d'année 1710, plusieurs événements militaires et politiques marquent l'Europe. Le maréchal de Villars, guéri de sa blessure, est prêt à reprendre le combat. Le maréchal de Barwick est nommé pour surveiller les mouvements ennemis en Flandre, mais cette mission est annulée en raison de la tranquillité des ennemis. Le maréchal d'Harcourt, souffrant de paralysie, est soigné par Mr Fagon et se prépare à rejoindre les troupes sur le Rhin. Les ennemis, notamment les princes d'Allemagne, manquent de fonds en raison des retards de paiement des subsides par l'Angleterre et la Hollande. La Hollande, confrontée à des difficultés financières, impose de nouvelles taxes et peine à trouver des crédits. L'Angleterre, malgré ses efforts pour lever des fonds, souffre d'une grande rareté d'argent. En revanche, la France possède des réserves d'argent cachées et bénéficie de l'afflux de fonds liés à la succession espagnole. Sur le plan maritime, la marine française continue de se distinguer par ses prises et ses actions éclatantes. Plusieurs capitaines français ont récemment capturé des navires ennemis et des rançons. Par ailleurs, l'Académie française a élu deux nouveaux membres pour remplacer Corneille et le comte de Crecy.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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238
p. 376-393
Article contenant un grand nombre de Particularitez de l'arrivée en France, du Convoy qui a apporté des Bleds du Levant, avec beaucoup d'autres Marchandises. [titre d'après la table]
Début :
Vous sçavez que Mr de Ferriol, Ambassadeur du Roy à [...]
Mots clefs :
Vaisseaux, Frégates, Constantinople, Relations, Convoi, Ennemis, Equipage, Combat, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Article contenant un grand nombre de Particularitez de l'arrivée en France, du Convoy qui a apporté des Bleds du Levant, avec beaucoup d'autres Marchandises. [titre d'après la table]
Vous fçavez que Mr de
Ferriol , Ambaffadeur du Roy
àConftantinople , avoit obte
nu de fa Hauteffe de faire
charger des Bleds à Conftantinople & dans les Echelles du
Levant. Il s'eft heureufement
acquitté de fa Commiſſion. Il
y a plufieurs Relations qui
peuvent toutes paffer pour des
Originaux , eftant écrites par
des Officiers de confideration,
& qui font tous dans des poftès à pouvoir fçavoir ce qu'ils.
GALANY 377
mandent , qui neanmoins ne
s'accordent pas , particulierement à l'égard des dates ; tel
eft le fort des Relations que
´l'on reçoit des Affaires les plus
importantes. Perfonne ne le
connoift mieux que moy qui
ay toûjours ramaffé toutes celles qui ont efté répanduës dans
le monde des actions les plus
remarquables , & j'ay trouvé
une fois une circonſtance aſſez
confiderable , toute differente
dans neuf Relations de la même Affaire , fans qu'il m'ait
efté poffible de découvrir celle qui parloit le plus jufte.
Li iij
378 MERCURE
ގ
%%
cmAinfi en fait de nouvelles , la
premiere qu'on lit fait plaifir,
& l'on croit d'abord eftre
bien inftruit. La feconde Relation , dans laquelle on trouve
des faits differens embaraffe un
peu ; & lors qu'on en a lû
beaucoup, on fe trouve fi
baraffé qu'on eft contraint de
parler au hazard , ou de donner au Public les Extraits de
PArticle qui embaraffe afin de
fe difculper , & qu'il en juge
par luy- mefme. J'ay trouvé le
mefme embaras pour des da
tes , dans la Relation que vous
allez lire , qui d'ailleurs vous
GALANT 379
paroiftra tres- curieufe. Entre
fept ou huit Relations dont
j'ay formé celle que vous allez
lire , il y en a une feule qui
-prend l'affaire de plus haut,
par laquelle je vais commencer, & qui n'eft contredite en
rien parce qu'elle eft feule.
Mr de Feuquieres eftoit allé
àu Levant pour amener un
Convoy de bled. Tous les autres Vaiffeaux tant du Roy que
des Marchands qui eftoient allez pour le mefme ſujet s'affemblerent à Smirne fous les
ordres de Mrde Feuquieres au
nombre de 84. Baftimens tant
380 MERCURE
Vaiffeaux, Barques , Pinques ,
ou Tartanes , parmy lefquels
cftoit compris le Temeraire , de
60. canons , monté par Mr de
Feuquieres ; le Toulouſe de mêmeforce; l'Etendart & le Flenron de 50; l'Hirondelle & la Vef
tale de 36. tous Vaiffeaux de
Roy, & une trentaine d'autres
Vaiffeaux particuliers ; le refte
eftoit de petits Baftimens".
Ils partirent dans le mois d'Octobre, & quoy que la faifon
fût la plus rude de toute l'année, à caufe des divers coups
de vents qui regnent en ce
temps- là &que l'on fut obligé
GALANT 281
de paffer dans toutes les Croifieres ordinaires nonobitant
25. ou 30. gros Vaifféaux Ennemis qui font dans ces Mers ;
ce Convoy franchit tout fans
voir aucun Vaiffeau ennemy,
& fans qu'il ſe foit écarté aucun Baftiment pendant untrajet de plus de 6oo. licuês.
Comme on avoit apprisque
le Convoy eftoit parti , & que
l'on voyoit tous les jours aux
Coftes de Provence une Efcadre ennemie de huit Vaiffeaux
qui fe relevoient les uns aprés
les autres , on eftoit à Toulon
& à Marſeille dans une grande
382 MERCURE
confternation , parce qu'on découvroit tous les jours les Ennemis aux avenues , & que nos
Vaiffeaux n'eftoient pas en état
de s'oppofer à cette Efcadre ,
eftant tous chargez de bled.
Mais par un effet de la Providence , dans le temps que l'Avant-garde de ce Convoyavoit
découvert les Illes d'Hieres defquelles il s'approchoit , que les
Ennemis n'auroient pas manqué d'appercevoir , & d'en
prendre finon tout , au moins
la plus grande partie , un gros
coup de vent de Nord Oüeft
s'éleva fi fort qu'il obligea les
GALANT 383
Ennemis de pouffer au large
& le Convoy d'arriver au
Gourjan.
Dans le moment que l'on
cut appris àToulon l'arrivée de
ce Convoy au Gourjan par un
fecond effet , & tout particulier de la même Providence,qui
l'avoit ainfi reglé, Mr Caffart ,
qui monte le Parfait de 70.
canons , fe trouva enrade avec
le Serieux , de 60. & Mr Laigle avec le Phoenix , de 52. canons.
Il eſt à remarquer que le
Vaiffeau le Toulouze , de so.
canons monté par Mr Lam-
384 MERCURE
bert , & qui faifoit partie du
Convoy, s'eftant trouvé à por
tée d'entrer à Toulon le 6 informa Mr Daligre de Saint Lié
qui y commande la Marine , de
la fituation oùil avoit laiffé Mr
de Feuquieres , avec le Convoy. On ne perdit pas un moment pour décharger en partie ce Vaiffeau qui eftoir char
gé debled, afinde le foulager,
& on augmenta confiderablement fon équipage , afin de le
mettre en eftat de fortir & d'aller rejoindre Mr de Feuquieresavec les 3. autres Vaiffeaux
dont on augmenta auffi confiderablement
GALANT 385
de
fiderablement les Equipages ;
ce qui fut fait en tres - peu
temps , en forte qu'ils mirent
à la voile le 8 à 10, heures
du matin , avec un Brulot , &
un autre petit Baltiment , qui
tous enſemble avoient deux
mille hommes d'Equipage.
Quoy que je vous aye dit
dans le Prelude de cet Article,
que de plufieurs Relations j'en
formois une feule , j'en ay
trouvé deux qui regardent le
Combat qui m'ont paru dignes de vous cftre envoyées
toutes deux.
Fanvier 1710.
Кк
386 MERCURE
a
Premiere Relation duCombat.
Le 9º eftant à la vûë er de
vant le Gourjan , ils virent paroiftre deux Vaiffeaux qui faifoient route fur eux ; & lors
qu'ils furent à demy lieuë , le
Parfait les chaſſa à toutes voiles,
les joignit fe mit en travers
de ces deux Vaiffeaux , & les
canonna jufqu'à ce que
rieux le Phoenix y fuffent
arrivez le premier attaqua le
Faucon Anglois de 44. Canons
qu'il démata & qu'il prit. Mr
Caffard tomba enfuite fur le
Pembrok de 70. Canons
Mr Laigle avoit déja démâté,
dont il avoit tué le Capi-
:
le Serque
GALANT 387
taine ,
plus de hommes 70.
de l'Equipage ; ce Vaiffean fe
-rendit , & il a esté amené à
Toulon avec le Faucon. Cette
action a efté tres-vive , &n'a
pas duré plus d'une heure ; ces
deux Vaiffeaux venoient de ca
renner au Port Mahon pour fortifier l'Escadre Angloife qui croifait depuis long-temps fur les
Coftes de Provence , en attendant
Mrde Feuquieres & fon Convoy , dont aucun Baſtiment n'a
efté pris ny perdu depuis fon départ de Levant.
Seconde Relation du Combat.
Le 9ºeftant prés du moüillage
KK
388 MERCURE
•
>
où le Toulouze , avoit déja jetté
l'Ancre , on aperçut deux Vaif
feaux qui s'aprochoient de terre.
Mr de Feuquieres fit fignal au
Parfait , au Serieux & au
Phoenix , de les aller reconnoiftre ,
ce qu'ils firent. Comme nos Vaiffeauxfortoient defiprés de terre
ces deux Vaiffeaux Ennemis l'un
de 66.canons , & l'autre de 40.
crurent que c'eftoient des Vaiffeaux chargez de bleds. Ils allerent deffus ; mais ayant reconnu
aprés la force de nos Vaiſſeaux
ils tâcherent defe fauver ; mais
Mr Caffart avec le Parfait
donna une bordée à la flute qui
la mit hort d'état. En effet, elle
GALANT 389
aculafur le Parfait , &luy emporta fa Gallerie , l'ayant remife , le Serieux y alla , & la
prit. Pendant ce temps Mr de
Laigle alla augros , & l'ayant approché de prés il le combatit pendant une große heure & demie
avec unfeu extraordinaire , &il
luy emportafon Maft d'Artimon.
Le Capitainey fut tué le Capitaine en fecond voyant que
Parfait venoit à luy fe voyant
beaucoup de monde tué parle gros
feu du Canon& de la moufqueterie de MrLaigle ,ferendit à luy
nevoulutpoint connoiftrel'Of
ficier queMrCaffart luy, envoya
le
Kij
390 MERCURE
le premier; de maniere que ces 2 •
Angloisfont àToulonprefentement
avec tout le Convoy dont chaque
Baftiment va à fa deftination.
Au refte ce Convoy eft des
plus confiderables & l'on peut
affurer qu'il vaut bien huit millions , puifqu'il y a de compte
fait pour le Languedoc &pour
la Provence cent mille charges
de bled, la charge pefant à peu
prés 300. livres poids de Paris ;
à 36. livres ce font déja trois
millions fix cens mille livres :
il y en a du moins pour autant
en Marchandifes fines , & ce
qu'un grand nombre de particuliers a de provifions de
GALANT 391
bled fur ces Vaiffeaux va encore fort loin. Il faut ajoûter
à tout cela quantité de farines ,
huit mille quintaux de Legumes , fept mille quintaux de
Ris , & beaucoup de viandes.
Les Officiers qui fe font diftinguez dans le Combat , n'ont
pas attendu long- temps leur
recompenfe , puifqu'en même
temps quenous avons appris la
maniere dont ils fe font diftinguez , nousavons fçu que S. M.
a nommé Mr Caffart , Capitai
ne de Fregate ; Mr des Hayes,
Lieutenantde Vaiffeau , & Mr.
Laigle , Capitaine de Brulot .
Le Vaiffeau l'Entreprenant
392 MERCURE
1
arriva auffi de Barbarie le 12, avec cinq
mille charges de bled.
Je vous diray peu de chofes ce moiscy de l'Espagne. Elle fe trouve aujourd'huy dans une fituation tres-avantageufe par raport à celle de tous les Sou
verains de l'Europe. Elle eft tranquile
chez elle , où rien ne manque: elle tra
vaille à mettre 80. mille hommes fur
pied, avec lefquels elle ne peut faire
qu'avantageufement la paix ou la guerre,ce qui provient de la grande union
qui fe trouve entre Sa Majefté Catholique & tous fes Sujets . Ce Monarque
apour eux tout l'amour qu'un Souverain peut avoir pour fes Sujets , & depuis qu'il eft fur le Trône , il a fait plufieurs Campagnes , dans lefquelles il a
expoféfon fang pour leur défenfe , ce
que les Espagnols reconnoiffent par un
amour & une fidelité à l'épreuve de
toutes choſes. Aufli trouve-t-il abondamment de l'argent & des hommes
dans tous les Etats , & c'eft dequoy fai
re de bonnes & degrandes Armées ; car
pourpeu que les Efpagnols foient inf
GALANT 393
truits du métier de la guerre , jamais on
n'a vû de Peuple plus intrepide. Il ne
fçait ce que c'eft que de fuir, & l'Hiftoire nous fournit une infinité d'exemples
éclatans de cette intrepidité , & toute la
terre fe fouvient encore de celle du
Comte des Fontaines , dont tout le Bataillon perit dans le mefme terrain où il
eftoit en bataille , ce Comte affis au milieu du Bataillon animant tous fes Soldats.
#
Je devrois en finiffant vous parler de
l'heureufe face qu'il paroît que l'Europe
doit prendre dans peu ; mais ce font des
Affaires delquelles la prudence ne veut
pas que l'on parle trop , de crainte de
n'en pas parler jufte. Je fuis , Madame,
voftre , &c.
APariscedernierJanvier 1710.
Ferriol , Ambaffadeur du Roy
àConftantinople , avoit obte
nu de fa Hauteffe de faire
charger des Bleds à Conftantinople & dans les Echelles du
Levant. Il s'eft heureufement
acquitté de fa Commiſſion. Il
y a plufieurs Relations qui
peuvent toutes paffer pour des
Originaux , eftant écrites par
des Officiers de confideration,
& qui font tous dans des poftès à pouvoir fçavoir ce qu'ils.
GALANY 377
mandent , qui neanmoins ne
s'accordent pas , particulierement à l'égard des dates ; tel
eft le fort des Relations que
´l'on reçoit des Affaires les plus
importantes. Perfonne ne le
connoift mieux que moy qui
ay toûjours ramaffé toutes celles qui ont efté répanduës dans
le monde des actions les plus
remarquables , & j'ay trouvé
une fois une circonſtance aſſez
confiderable , toute differente
dans neuf Relations de la même Affaire , fans qu'il m'ait
efté poffible de découvrir celle qui parloit le plus jufte.
Li iij
378 MERCURE
ގ
%%
cmAinfi en fait de nouvelles , la
premiere qu'on lit fait plaifir,
& l'on croit d'abord eftre
bien inftruit. La feconde Relation , dans laquelle on trouve
des faits differens embaraffe un
peu ; & lors qu'on en a lû
beaucoup, on fe trouve fi
baraffé qu'on eft contraint de
parler au hazard , ou de donner au Public les Extraits de
PArticle qui embaraffe afin de
fe difculper , & qu'il en juge
par luy- mefme. J'ay trouvé le
mefme embaras pour des da
tes , dans la Relation que vous
allez lire , qui d'ailleurs vous
GALANT 379
paroiftra tres- curieufe. Entre
fept ou huit Relations dont
j'ay formé celle que vous allez
lire , il y en a une feule qui
-prend l'affaire de plus haut,
par laquelle je vais commencer, & qui n'eft contredite en
rien parce qu'elle eft feule.
Mr de Feuquieres eftoit allé
àu Levant pour amener un
Convoy de bled. Tous les autres Vaiffeaux tant du Roy que
des Marchands qui eftoient allez pour le mefme ſujet s'affemblerent à Smirne fous les
ordres de Mrde Feuquieres au
nombre de 84. Baftimens tant
380 MERCURE
Vaiffeaux, Barques , Pinques ,
ou Tartanes , parmy lefquels
cftoit compris le Temeraire , de
60. canons , monté par Mr de
Feuquieres ; le Toulouſe de mêmeforce; l'Etendart & le Flenron de 50; l'Hirondelle & la Vef
tale de 36. tous Vaiffeaux de
Roy, & une trentaine d'autres
Vaiffeaux particuliers ; le refte
eftoit de petits Baftimens".
Ils partirent dans le mois d'Octobre, & quoy que la faifon
fût la plus rude de toute l'année, à caufe des divers coups
de vents qui regnent en ce
temps- là &que l'on fut obligé
GALANT 281
de paffer dans toutes les Croifieres ordinaires nonobitant
25. ou 30. gros Vaifféaux Ennemis qui font dans ces Mers ;
ce Convoy franchit tout fans
voir aucun Vaiffeau ennemy,
& fans qu'il ſe foit écarté aucun Baftiment pendant untrajet de plus de 6oo. licuês.
Comme on avoit apprisque
le Convoy eftoit parti , & que
l'on voyoit tous les jours aux
Coftes de Provence une Efcadre ennemie de huit Vaiffeaux
qui fe relevoient les uns aprés
les autres , on eftoit à Toulon
& à Marſeille dans une grande
382 MERCURE
confternation , parce qu'on découvroit tous les jours les Ennemis aux avenues , & que nos
Vaiffeaux n'eftoient pas en état
de s'oppofer à cette Efcadre ,
eftant tous chargez de bled.
Mais par un effet de la Providence , dans le temps que l'Avant-garde de ce Convoyavoit
découvert les Illes d'Hieres defquelles il s'approchoit , que les
Ennemis n'auroient pas manqué d'appercevoir , & d'en
prendre finon tout , au moins
la plus grande partie , un gros
coup de vent de Nord Oüeft
s'éleva fi fort qu'il obligea les
GALANT 383
Ennemis de pouffer au large
& le Convoy d'arriver au
Gourjan.
Dans le moment que l'on
cut appris àToulon l'arrivée de
ce Convoy au Gourjan par un
fecond effet , & tout particulier de la même Providence,qui
l'avoit ainfi reglé, Mr Caffart ,
qui monte le Parfait de 70.
canons , fe trouva enrade avec
le Serieux , de 60. & Mr Laigle avec le Phoenix , de 52. canons.
Il eſt à remarquer que le
Vaiffeau le Toulouze , de so.
canons monté par Mr Lam-
384 MERCURE
bert , & qui faifoit partie du
Convoy, s'eftant trouvé à por
tée d'entrer à Toulon le 6 informa Mr Daligre de Saint Lié
qui y commande la Marine , de
la fituation oùil avoit laiffé Mr
de Feuquieres , avec le Convoy. On ne perdit pas un moment pour décharger en partie ce Vaiffeau qui eftoir char
gé debled, afinde le foulager,
& on augmenta confiderablement fon équipage , afin de le
mettre en eftat de fortir & d'aller rejoindre Mr de Feuquieresavec les 3. autres Vaiffeaux
dont on augmenta auffi confiderablement
GALANT 385
de
fiderablement les Equipages ;
ce qui fut fait en tres - peu
temps , en forte qu'ils mirent
à la voile le 8 à 10, heures
du matin , avec un Brulot , &
un autre petit Baltiment , qui
tous enſemble avoient deux
mille hommes d'Equipage.
Quoy que je vous aye dit
dans le Prelude de cet Article,
que de plufieurs Relations j'en
formois une feule , j'en ay
trouvé deux qui regardent le
Combat qui m'ont paru dignes de vous cftre envoyées
toutes deux.
Fanvier 1710.
Кк
386 MERCURE
a
Premiere Relation duCombat.
Le 9º eftant à la vûë er de
vant le Gourjan , ils virent paroiftre deux Vaiffeaux qui faifoient route fur eux ; & lors
qu'ils furent à demy lieuë , le
Parfait les chaſſa à toutes voiles,
les joignit fe mit en travers
de ces deux Vaiffeaux , & les
canonna jufqu'à ce que
rieux le Phoenix y fuffent
arrivez le premier attaqua le
Faucon Anglois de 44. Canons
qu'il démata & qu'il prit. Mr
Caffard tomba enfuite fur le
Pembrok de 70. Canons
Mr Laigle avoit déja démâté,
dont il avoit tué le Capi-
:
le Serque
GALANT 387
taine ,
plus de hommes 70.
de l'Equipage ; ce Vaiffean fe
-rendit , & il a esté amené à
Toulon avec le Faucon. Cette
action a efté tres-vive , &n'a
pas duré plus d'une heure ; ces
deux Vaiffeaux venoient de ca
renner au Port Mahon pour fortifier l'Escadre Angloife qui croifait depuis long-temps fur les
Coftes de Provence , en attendant
Mrde Feuquieres & fon Convoy , dont aucun Baſtiment n'a
efté pris ny perdu depuis fon départ de Levant.
Seconde Relation du Combat.
Le 9ºeftant prés du moüillage
KK
388 MERCURE
•
>
où le Toulouze , avoit déja jetté
l'Ancre , on aperçut deux Vaif
feaux qui s'aprochoient de terre.
Mr de Feuquieres fit fignal au
Parfait , au Serieux & au
Phoenix , de les aller reconnoiftre ,
ce qu'ils firent. Comme nos Vaiffeauxfortoient defiprés de terre
ces deux Vaiffeaux Ennemis l'un
de 66.canons , & l'autre de 40.
crurent que c'eftoient des Vaiffeaux chargez de bleds. Ils allerent deffus ; mais ayant reconnu
aprés la force de nos Vaiſſeaux
ils tâcherent defe fauver ; mais
Mr Caffart avec le Parfait
donna une bordée à la flute qui
la mit hort d'état. En effet, elle
GALANT 389
aculafur le Parfait , &luy emporta fa Gallerie , l'ayant remife , le Serieux y alla , & la
prit. Pendant ce temps Mr de
Laigle alla augros , & l'ayant approché de prés il le combatit pendant une große heure & demie
avec unfeu extraordinaire , &il
luy emportafon Maft d'Artimon.
Le Capitainey fut tué le Capitaine en fecond voyant que
Parfait venoit à luy fe voyant
beaucoup de monde tué parle gros
feu du Canon& de la moufqueterie de MrLaigle ,ferendit à luy
nevoulutpoint connoiftrel'Of
ficier queMrCaffart luy, envoya
le
Kij
390 MERCURE
le premier; de maniere que ces 2 •
Angloisfont àToulonprefentement
avec tout le Convoy dont chaque
Baftiment va à fa deftination.
Au refte ce Convoy eft des
plus confiderables & l'on peut
affurer qu'il vaut bien huit millions , puifqu'il y a de compte
fait pour le Languedoc &pour
la Provence cent mille charges
de bled, la charge pefant à peu
prés 300. livres poids de Paris ;
à 36. livres ce font déja trois
millions fix cens mille livres :
il y en a du moins pour autant
en Marchandifes fines , & ce
qu'un grand nombre de particuliers a de provifions de
GALANT 391
bled fur ces Vaiffeaux va encore fort loin. Il faut ajoûter
à tout cela quantité de farines ,
huit mille quintaux de Legumes , fept mille quintaux de
Ris , & beaucoup de viandes.
Les Officiers qui fe font diftinguez dans le Combat , n'ont
pas attendu long- temps leur
recompenfe , puifqu'en même
temps quenous avons appris la
maniere dont ils fe font diftinguez , nousavons fçu que S. M.
a nommé Mr Caffart , Capitai
ne de Fregate ; Mr des Hayes,
Lieutenantde Vaiffeau , & Mr.
Laigle , Capitaine de Brulot .
Le Vaiffeau l'Entreprenant
392 MERCURE
1
arriva auffi de Barbarie le 12, avec cinq
mille charges de bled.
Je vous diray peu de chofes ce moiscy de l'Espagne. Elle fe trouve aujourd'huy dans une fituation tres-avantageufe par raport à celle de tous les Sou
verains de l'Europe. Elle eft tranquile
chez elle , où rien ne manque: elle tra
vaille à mettre 80. mille hommes fur
pied, avec lefquels elle ne peut faire
qu'avantageufement la paix ou la guerre,ce qui provient de la grande union
qui fe trouve entre Sa Majefté Catholique & tous fes Sujets . Ce Monarque
apour eux tout l'amour qu'un Souverain peut avoir pour fes Sujets , & depuis qu'il eft fur le Trône , il a fait plufieurs Campagnes , dans lefquelles il a
expoféfon fang pour leur défenfe , ce
que les Espagnols reconnoiffent par un
amour & une fidelité à l'épreuve de
toutes choſes. Aufli trouve-t-il abondamment de l'argent & des hommes
dans tous les Etats , & c'eft dequoy fai
re de bonnes & degrandes Armées ; car
pourpeu que les Efpagnols foient inf
GALANT 393
truits du métier de la guerre , jamais on
n'a vû de Peuple plus intrepide. Il ne
fçait ce que c'eft que de fuir, & l'Hiftoire nous fournit une infinité d'exemples
éclatans de cette intrepidité , & toute la
terre fe fouvient encore de celle du
Comte des Fontaines , dont tout le Bataillon perit dans le mefme terrain où il
eftoit en bataille , ce Comte affis au milieu du Bataillon animant tous fes Soldats.
#
Je devrois en finiffant vous parler de
l'heureufe face qu'il paroît que l'Europe
doit prendre dans peu ; mais ce font des
Affaires delquelles la prudence ne veut
pas que l'on parle trop , de crainte de
n'en pas parler jufte. Je fuis , Madame,
voftre , &c.
APariscedernierJanvier 1710.
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Résumé : Article contenant un grand nombre de Particularitez de l'arrivée en France, du Convoy qui a apporté des Bleds du Levant, avec beaucoup d'autres Marchandises. [titre d'après la table]
Le texte décrit une mission diplomatique et militaire impliquant M. de Ferriol, ambassadeur du roi à Constantinople, qui a organisé le chargement de blé dans cette ville et dans les Échelles du Levant. Plusieurs rapports, rédigés par des officiers de confiance, divergent sur les détails, notamment les dates, soulignant la complexité de la vérification des informations. M. de Feuquières a été envoyé au Levant pour escorter un convoi de blé composé de 84 bâtiments, incluant des navires de guerre et des vaisseaux marchands. Malgré des conditions météorologiques difficiles et la présence d'une escadre ennemie, le convoi a quitté Smirne en octobre et a évité les ennemis grâce à un coup de vent, arrivant ainsi au Goujan. À Toulon, l'arrivée du convoi a été accueillie avec soulagement. Le vaisseau Toulouse a informé de la situation de M. de Feuquières. Les vaisseaux Parfait, Sérieux, et Phoenix, sous les ordres de M. Caffart, M. Laigle, et M. Daligre, ont été préparés pour rejoindre le convoi. Deux rapports différents relatent un combat naval le 9 janvier 1710, où les vaisseaux français ont capturé deux vaisseaux ennemis près du Goujan. Le convoi, d'une valeur estimée à huit millions de livres, comprenait cent mille charges de blé et diverses marchandises. Les officiers distingués lors du combat ont été récompensés par le roi. De plus, le vaisseau Entreprenant est arrivé de Barbarie avec cinq mille charges de blé. Le texte se conclut par une description de la situation en Espagne, soulignant sa stabilité et sa préparation militaire, ainsi que la loyauté de ses sujets envers le monarque.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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239
p. 80-124
A Quebec le 12e. Novembre 1709.
Début :
Il y a déja plusieurs années que je vous envoye une Relation / MONSIEUR, La Description étonnante que vous me faites de l'Hyver [...]
Mots clefs :
Québec, Relation, Hiver, Froid, Nouvelle France, Colonie, Capitaine, Pierriers, New York, Manhate, Espions, Canada, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Quebec le 12e. Novembre 1709.
Il y a déja plufieurs années
que je vous envoye une Relation de ce qui s'eft paffé en
Canada pendant le cours de
chaque année ; mais quelques
incidens font caufe que je vous
envoye celle que vous allez lire , quelques mois plus tard
quevous n'avez accoûtumé de
la recevoir tous les ans. Elled
vient d'un Officier François quis
eft dans l'Armée Canadienne.
"
GALANTNY 81
$ srpos ench notede af M
A Quebec le 12°. Novembre
299NING 27731709. riba vit
MONSIEUR,
La Defcription étonnante que
vous mefaites de l'Hyver qui a
ravagé l'Europe cette année , m’a
fait faire les reflexions ordinaires
fur le froid que l'on fent en ce
pays - cy. Et effectivement j'ay
admiré plus d'une fois.comment
les racines des Plantes , les Bois,
లో les Animaux, fans parler des
Habitans , refiftoient non-feulement a de tels froids , mais encore
82 MERCURE
à celuy que nous avons éprouvé
icy , vers la fin de l'année 1708 .
peu prés vers le temps que je
finiffois les dernieres Lettres queje
vous ay adreffées ; car il a eftéfi
pénetrant & fi vif, que s'il avoit
continué de la mêmeforce , je crois
quenous aurions tous peri & que
nous ferions tous morts dans les
commencemens d'un Hyverfi affreux. Mais le Seigneur n'a point
permis que nous avons fouffert au
deffus de nos forces.
Ainfi quelque rude qu'ait éfté
Hyver dans vos climats temperez d'ailleurs , il l'a efté incompa
rablement davantage en Canada,
GALANT 83
où la gelée commença vers la fin
de Novembre & perfevera fi
fortement, que dans les derniers
jours de Decembre ( 1708. ) le
Fleuve de S. Laurent , fe trouvaglacéjusqu'à laprofondeur de
dix pieds , & qu'il y avoit déja
quatre pieds de nége fur terre. Je
le repete encore , Monfieur , jepenfe que la Colonie auroit peryſi la
gelée avoit continué de cette violence. Et certes les Anglois fiirritez contre nous auroient eu alors
bon marché du Canada.
Ce froid exceffif nous quitta
fans doute pour vous aller rendre
vifte, puifque vous me marquez
84. MERCURE
que le premierjour de la grande
gelée commença le 6. ou 7. deFanvier de l'année fuivante ( 1709)
ce que je puis vous dire , c'est que
toutes ces horreurs de la nature ,
n'ontpoint efté un obftacle à la terre dela Nouvelle France , de nous
donnerd'affez bonsfruits, &aux
hommes de vivre ; au contraire
nous remarquons que ce froid
tribue à la fanté, & que la nége
qui regnefi longtemps dans l'AmeriqueSeptentrionale , l'engraifmerveilleufement , la moiffon
ayant efté abondante cette année-ci
en bled & enfruits; quoy qu'on
ne féme qu'à lafin d'Avril , le
fe
con-
GALANT 85
blé eft preft à couper au mois
( Je ne commenceray points
Monfieur, les Nouvelles que j'ay
à vous mander de ce pays-cy, par
ce qui s'eft paffé en l'Ile de Terre
Neuve au Fort S. Jean que nous
avons pris aux Anglois , parce
queje connois par vos Lettres que
vous en avez eftéinftruit en France , même d'aſſez bonne heure ;
à quoy je vous prie de faire
attention icy , eft que cette entreprife qui a estéexecutée avecbeaucoupde vigueur où entr'autres,
le fieur de la Ronde , d'une ancien="
ciennefamille de Canada s'eft dif-
86 MERCURE
tingué parfa bravoure intrigue
fort, non - feulement les Anglois
nos voiſins , mais encore ceux que
nous appellons icy les Anglois de
la Vieille- Angleterre, qui au
retour de ce qu'ils poffedent aux
Ifles - Antilles & ailleurs dans
l'Amerique, venoientfe relâcher,
ou radouber en ce Port , qui par
confequent leur eftoit fort commode.
Plufieurs des noftres difent icy
que la prife de ce Pofle & le ravage qu'on afait aux environs ,
va àfix millions. On dit que
Pefche que l'on faifoit proche la
Rade de S.Jean & aux Bancs
la
GALANT 87
voifins , valloit quatre millions de
rente à la Reine Anne. Nous
avons icy le Commandant ( le
Colonel Lloyd ) de ce Fort , prifonnieravecplufieurs Officiers, &
Soldats on Habitans de fon Gouvernement. Ila , àce qu'onpublie
dans Quebec , cent mille livres de
bien, & il veut fe marier icy &
époufer la veuve de Mr de Maricourt mort en 1704. Il eftoit
Capitaine dans cette Colonie &
freredu fameux Mr d'Yberville
qui s'eft fi fort diftingué fur mer
par fa valeur. Un Ecclefiaftique
tres-zelé, du Seminaire de Saint
Sulpice de Ville - Marie en l'Ifle
88 MERCURE
de Montreal, qui fait parfaite
ment l'Anglois , eft defcendu icy
pour travailler à la converfion de
ce Gouverneur Anglois , car
prétend, & il a témoigné librementfon deffein là-deffus , renoncer à la Religion Proteftante &
fe faire Catholique.
L'affaire de l'habitation de S.
Jean en Terre-Neuve futfuivie
d'une autre entrepriſe dans laBaye
d'Hudson , au lieu appellé le petit
Nord.
Mr Capitai- de Mantet
ne dans la Colonie enfut le Chef;
ce fut au mois d'Avril de cette
année 1709. Le Partife trouva
compofé de centhommes tous Ha.
GALANT 89
bitans & mariez pour la pluspart , mais alertes & entrepre P
nans ; Mr de la Nouě Lieutenant commandoit en ſecond ; à ces
deux Officiers s'en joignirent quel.
ques autres Subalternes ; la marche dura un peu plus de deux
mois , au bout duquel temps , nos
gens arrivez au but , déterminerent lejour de l'attaque au fixiémejour de Juillet. On choifit la
nuitpourcela: les Enfans perdus ,
je veux dire ceux qui marcherent
les premiers , donnerent brufquement & tefte baiffée fur un des
Fortsflanqué de quatre Baſtions ,
Février 1710. H
90 MERCURE
munisfelon le rapport de quelquesuns de ceux qui enfont revenus
de foixantepieces de Canon & de
plufieurs Pierriers. Des Boucaniers a qui le gardoient firent une
decharge terrible & du canon &
de leurs longs fufils qui cependant n'empêcha point ces premiers
des noftres , de pouffer leur pointe
avec une ardeur étonnante , de
rompre la paliẞade faite de gros ·
a Gens déterminez, Chaffeurs , propres
à la découverte , foit dans les terres
foit en mer; on pourroit les appeller
Flibuftiers de terre , auffi bien quede
mer. Les Boucaniers vivent fans façon de chair rôtic plus à la fumé
qu'au feu..
GALANT 91
un
pieux de traverſer un foffe
plein d'eau , large de quinzepieds,
qui estoit au de- là ; comme le feu
de l'Ennemy eftoit violent & continuel , & que le canonfaifoit
fracas horrible , & qu'avec cela
le nombre des Soldats oppofez aux
moftres eftoit tout-à-faitfuperieur,
il fallut fe retirer.
Mrde Mantet qui s'eft particulierement fignalé dans cette action , une des plus vives qui fe
foit faite en Amerique , y a efté
tues MrdeMartigny & douze
on quinze Canadiens ont eu le
mêmefort.
Hij
92 MERCURE
Les Anglois de la Vieille er de
la Nouvelle Angleterre ont efté
cette année dans de grands mouvemens pour s'emparer , fuivant
leur deffein , des trois Gouvernemens de la Colonie ; il neferoit
pas facile de vous expliquer combien ilsfe font remuez pour celae
voicy à peu prés la manœuvre
qu'ils ontfaite pourl'execution
ce projet.
uer.comDés que les Anglois de la Nouvelle Angleterre , & furtout ceux
de Bafton qui en eft la Capitale ,
eurentfçu certainement laprife de
leur Habitation du Port S.Jean ,
une des plus confiderables , ſans
GALANT 93
contredit , qu'ils euffent en TerreNeavepour la Pefche & lafureté de leurs Vaiffeaux qui paſſent
ouquireviennent d'Amerique , its
en donnerent avis à la Reine Anne par de petits Baftimens qu'ils
firent partir en diligence ; de forte
que vers la fin de May, un de
nos PartisSauvages ayantpris un
Officier Anglois du cofté de Bafton,
nous apprimes de luy qu'il leur
eftoit arriué des ordres de leur
Reine , par le Capitaine V'éché ,
dont voicy le contenu , autant que
jay pû m'en reſſouvenir: Que
tous les paysde fa domination
voifins de la Nouvelle - Angle-
$
94 MERCURE
terre ; fçavoir b la NouvelleYorck , le New-Jersey , bla
Penſylvanie , Mariland ( qui
veut dire terre de Marie ) la Vir
ginie & la Caroline ( quifemble
eftre une partie de la Floride ) feroient inceffamment proviſion
de vivres & de munitions de
guerre ; Qu'il feroit levé mille
hommes bien équipez & armez , qui fe joindroient à huit
mille Ecoffois prefts à s'embarquer au premier vent favora
ble & former une Efcadre de
dix Vaiffeaux de ligne , fans
Tous ces Pays font entre les 45. & 30.
degrez de Latitude Nord.
GALANT 95
compter les Baftimens de char
ge pour les munitions & les
vivres dont on pouvoit avoir
befoin , & cela pour venir
moüiller devant Bafton à la fin
du mois de Juin. Ces Ecoffois
aidez des Anglois de la Nouvelle
Angleterre devoient , felon leur
intention , affieger Quebec &fe
rendre maiftres detoutes les Coftes
d'en bas , jufqu'à la mer;
pays devoit , dans la pensée de la
Reine, leur demeurer , pour récom
penfe de la dépense & des avan
ces faites par ces Ecoffois les
mêmes ordres de la Reine Anne
marquoient : Que les Habitans
o
7
ce
96 MERCURE
du Gouvernement d'Orange
dans New-Yorck avecceux de
Manhate & les Sauvages leurs
Alliez ou Amis , s'uniroient
enfemble pour faire un Corps
d'Armée de trois mille hommes , qui iroit tomber fur le
Montreal , & feroit ainfi diverfion des forces des François.
d'arMrle Marquis de Vaudreüil,
Gouverneur general de la Nonvelle-France ne faifoit que
river à Ville-Marie , la feule
Ville quifoitdans l'Ile de Montreal éloignée foixante lieues de
Quebec ,lors qu'il apprit les deffeins
GALANT 97
feins des Anglois nos voisins, il
affembla le Confeil de Guerre
pour déliberer fur les mesures
qu'onavoit à prendre , &on fut
d'avis d'aller au devant des Ennemis & de les prévenir. Mr de
Ramezay Gouverneur de Mont
real fut destiné pour né pour commander
les Troupes ou Milices defon Gouvernement , &l'on convint d'y
joindre les Sauvages Iroquois
Algonkins , Abnakis , les autres qui font dans le voisinage.
Tout eftant preft ne vous attendez point icy , Monfieur , à des
Arméesdecent mille hommes comme en Europe , mais à des Partis
Février 1710. I
98 MERCURE.
pluteft qu'à des Armées , proportionnez aux Habitans de ces Regions froides ) la petite Armée , ou
le Partifi vous l'aimez mieux ,
commença à fe mettre en marche
vers le 15. deFuillet, & elle fe
* trouva cftre de treize àquatorze
cens hommes ; compofée des Habitans du Gouvernement de lIfle
de Montreal & de Sauvages de
plufieurs Nations. Onfut juf
qu'au c Lac Champlain , ainfi
eCe Lac s'etend depuis le 44. environ,
jufqu'au 45. degré de latitude Septentrionale. On en diftingue deux à
fes extremitez ; c'eft-à dire au Nord
& au Sud, le Lac de S. François au
Nord, & le Lac, dit du S. Sacrement,
au Sud.
QUA
LYON
GALANT 99
DE
appellé d'un ancien Gour
de Canada de ce nom ; Mrle
Marquis de Vaudreuil qui eft
fage & tres vigilantfaifoit pendantce temps- la fortifier de nouveau Quebec & Ville Marie ,
vulgairement dite Montreal ,
l'Habitation la plus importante
de l'Ifle de ce nom. Les Forts des
environs de l'Ile de Montrealfurent vifitez &reparez où ilfalloit on s'attacha beaucoup à d
celuy de Mrle Baron de Longüeil
Major de Montreal qui eft de
d Le Fort de Longueil eft à peu prés au
Sud de l'Ile de Montreal, fur le bord
du Fleuve S. Laurent.
I ij
100 MERCURE
pierre & un desplus confiderables
dela Colonie; celuy de la Prairie,
dité de la Madeleine , au Sudde
de l'Ifle de Montrealfut auffifortifié de nouveau en même temps
que celuy de e Chambly qui eftoit
Le plus expofe aux infultes de
l'Ennemi ; on en conftruifit un de
pierres à Lorette , Miffionfauvage au Nord de Ville -Marie ,
gouvernée par Mrsde S. Sulpice.
Les Découvreurs marchant devant noftre Arméejufques à trois
ou quatre licuës , rencontrerent un
eCe Fott cft au Nord du Lac Champlain , & à environ dix lieues de la
Rivierb de S. Laurent.
GALANT 101
Parti ennemi au lieu dit la Poinre , fà la chevelure de cent vingt
hommes ou environ ; Mr de Ra
mezay le Commandantfut auſſitoft averti , ilfit rangerfes gens en
ordrede Bataille le fignal donné,
on marcha droit aux Anglois , les
noftres donnerent avec vigueurfur
l'Ennemi en tuerent on firent
Prifonniers une bonne partie
mirent le refte en fuite ; quatre
de nos Sauvages qui s'eftoient un
f Ce lieu est éloigné de Quebec d'environ 6o. lieuës , & il n'eft aing nommé qu'à l'occafion de quelques chevelares levées par des Sauvages; mes
Lettres vous ont déja dit comment
cela fe faifoit.
I iij
102 MERCURE
25.
peu trop avancez ,yfurent tuez.
Les Prifonniers nous apprirent que
les Anglois s'eftoient retranchez à
lieues en deça d'Orange , le
long d'une petite riviere , appellée
la Riviere au Chicot , g qu'ils
faifoient conftruire en cet endroit
de grands Batteaux & des Pirogues &un bon nombre de Canots pour venir ravager le Canada, à lafaveur de la Riviere de
Saint Laurent , dans laquelle ils
feroient entrez par le moyen du
Lac Champlain les Anglois
g
s
Du cofté du Lac du S. Sacrement &
vers l'entrie du Lac Champlain, dans
le voisinage de la Nouvelle- Angleterre & de New-Yorck.
GALANT 103.
avoient en effet élevé trois Forts
avec de gros & grands pieux de
bois de cedre blanc qui eft commun
dans l'Amerique Septentrionale,
dans l'un defquels on diſoit qu'ily
avoit fix ou buitpieces de canon ,
des bombes , quantitédegrenades ,
environ quinze ou dix - huit
cens hommespour les garder.
Sur le rapport de ces Prifonniers Anglois , Mr de Ramezay
affembla tous les Officiers de fa
petite Armée, le Confeil trouvantque ceferoit , cefemble , une
temerité quede s'expofer en avançant contre des Ennemis & plus
nombreux, avec cela tres - bien
I iiij)
104 MERCURE
retranchez , on prit le parti de les
attendre de pied ferme , s'ils en
vouloient venir aux mains ; cer
pendant les Efpions des Anglois
ayant rapporté àleur Camp que
noftre Armée eftoitformidable
que le Lac Champlain eftoit tout
couvert de canots , l'allarme fe mit
parmi eux , & aucun des- leurs
neparoiffant , aprésplufieursjours
d'attente , le Chefdu Parti Canadien confiderant que la recolte
dans l'Ile de Montreal & aux
contrées adjacentespreffait, &mêmé qu'elle eftoit déja commencées
renvoya la Milice & les Habitans de Montreal & des Coftes
+
GALANT 105
cela n'empêchapoint qu'on ne laiffaft des Découvreurs aux environs du Pofte que l'on quittoit ,
c'eft à dire vers les Lacs S. François , de Champlain & du S. Sacrement , celuy - cy cftant le plus.
proche des Ennemis , pour avertir
de tout en cas de befoin. La moiffonfefit pendant ce temps- là &a
efté abondante , non-feulement en
blé , mais encore en legumes & en
fruits tels qu'on les peut conferver
en Canada.
On ramaffoittranquilement les
biens que le Ciel nous avoit don
nez de fa main toute liberale , lors
que vers le 15.du mois de Septem-
106 MERCURE
bre tout à coup un Sauvage qui
avoitdefertédu Camp des ennemis».
vintdire au Montreal queles En
nemis eftoient enmarche du cofté du
LacChamplain. MrdeRamezay
envoya en diligence ce Sauvage à
Mr le Marquis de Vaudreuil
qui eftoit defcendu à Quebecpour .
j bien recevoir les Ennemis , qui
felon le bruit qui couroit, prétendoient l'affieger avec des forces
nombreuſes &par mer &parterre. Les Officiers s'eftant affemblez
chez Mrle Gouverneur general ,
onconclutque le Montrealfe trouvant endanger, ilfalloit lefecou
courir, les Découvreurs que Mr
GALANY 107.
deVaudreuilavoit envoyez àplus
de foixante lieuës au - deffous de
Quebec , ne voyant rien fur le
Fleuve nyfur les Coftes ; l'ordre
ayant donc efté donnépour monter
le Fleuve de S. Laurent , il fe
trouva mille hommes du Gouver
ment de Quebec , preſts à marchers
Mr le Marquis deVaudreuil General de toute la Colonie , fe mit
à la tefte & fut droit au Fort
Chambly, vers l'entrée du Lac
Champlain tous les Sauvages
d'enbas premierement ceux des
environs de Quebec & des trois
Rivieres , fejoignirent à la Milice de la Cpitaledu Canada. Ace
108 MERCURE
Corps de Troupes fe joignit celuy
du Gouverneur de Montreal Mr
de Ramezay , ce qui forma une
Armée d'environ trois mille hom
mes. Le lieu du Campfut affigné
auLac & Fort de Chambly affez
prés du LacS. François quife communique à celuy de Champlain
mais comme aprés trois semaines
ou environ , l'Ennemi ne faifoir
aucun mouvement , on commença
à fe défier du Sauvage deferteur
de fon rapport: ce futen cette
fituation que Mr le Gouverneur
general reçut avis de Quebec , au
commencement d'Octobre , que la
Bellone Fregatte Françoise venois
GALANT 109
"de mouiller devant cette Ville , &
que l'Efcadre Ecoffoife deftinée
pourfaire le Siege de la Capitale
du Canada & favorifer l'attaque
des Anglois par en haut , c'est- àdire du cofté de Montreal , avoit
eu ordre de la Reine Anne de faire
voile vers le Portugal , à caufe
que MrleMarquis de Bay Commandant en Eftramadoure pour
PhilippeV. Roy d'Espagne, avoit
battue défait les Portugais &
les Anglois leurs Alliez. Mr le
General les Officiers de l'Armée Canadiennejugeantdoncqu'il
n'y avoit plus rien à craindre , la
faifon d'ailleurs eftant fort avan
براج
110 MERCURE
cée , on congedia la plupart des
Troupes. Neanmoins MrdeVaudreüil permit à Mr de Montigny
Capitaine tres-brave defaperfonne , que vous avez pu voir à la
Courily a quelques années , accompagné d'un ChefdesSauvages de la nation des Abnakis , de
fe mettre à la tefte d'un petit Parti, compofé de Canadiens experimentez &de Sauvages aguèrris,
pour tacher defaire quelques Prifonniers. Quelques- uns de ce petit
Parti , s'avancerent fi prés des
Forts des Anglois , qu'ils en fçûrent aisément & le nombre
forme. Fuſques à prefent , nous
la
*
GALANT III
n'avons perdu aucun des noftres ,
fice n'eft quatre Sauvages qui s'étoient engagez trop avant , dans
-le combat fous Mrde Ramezay.
Les Ennemis, fi on en croit un
Anglois amené depuis peu par un
Sauvage Abnaki , appellé Carnaret , efperent executer l'année
prochaine ce qu'ils n'ont pas fait
・
celle-cy.
La conclufion de toute la manœuvre des Anglois nos voisins &
de tout ce qu'avoit projetté leur
Reine , eft qu'il leur en coûte environfix millionspour le tout. On
compte cinq millions cinq ou fix
recent mille livres pour la Flotte
112 MERCURE
d'Ecoffe , fur lefquels cinq mil
lions , la Reine avoit fourni la
fomme de cinq ou fix cens mille
Livres , pour encourager les Ecoffois à fe rendre maiftres de toute
la Nouvelle- France , &environ
un million , tant au Baftonnois
qu'à ceuxde la Ménade on Manhate e d'Orange à qui la Reine
Anne donnoit en recompenfe tout
le Pays de Canada qui eft depuis
l'Ile de Montreal jufqu'à Quebec.
Lefuccés n'ayant point répondu à l'atente des Peuples de la
Nouvelle- Angleterre , de NewYork , & autres Pays fujets àla
CALANT 113
Reine Anne en Amerique , fur
lefquels on avoit levé de rudes
impôts & tiré d'exceffives contributions , ils commencent déja à
temoigner hautement leur mécontentementfur tout contre Pitref
culle , Major d'Orange , le principalboute-feu de la Guerre alumée contre nous qui jufqu'à .
prefent les à leurré de vaines
promeffes , leur faifant entendre
qu'il attireroit dans le parti de
l'Angleterre toutes les Nations
Iroquoifes par de magnifiques &
de riches prefens ; fur de fi belles
paroles les Habitans d'Orange,
d'Efope , & de Corlard , abanFévrier 1710.
K
114 MERCURE
#
donent leurs habitations &leurs
biens , courent aux armes.
Ceux de Manhate qui eft da
principale Place de la NouvelleYork , avec leur Gouverneur fe
·laiffent auffi éblouir par les difcours qu'on a foinde femer parmy.
eux , les Habitans de Bafton les
entrainent comme , malgré eux
dans cet expedition ; ils fe mettent
en marche , charient quantité
de provifions de bouche , bâtiffent
des Forts , pour leur fervir de
refuge en cas de défavantage , ils
fontde grandes dépenfes pour des
Convoys & des Munitons prodigieufes en Bombes , Canons ,
GALANT
Grenades , Pierriers . Toutes
ces démarches fembloient devoir
porter la terrear non feulement à
ta nouvelle France ; mais encore à
toute l'Amerique Septentrionalle ,
attirer tous les Sauvages dans
leur parti , neanmoins les Iroquois les plus aguerris d'entr'eux
nebranlentpoint , & les Sonontboüans demeurent neutres. Les
François loin de craindre les Anglois , vont au - devant d'eux ,
battent un de leur parti , font des
Prifonniers & les provoquent
de nouveau au Combat fans que
ces mêmes François ayant perdu
ancun des leurs. Tout nouvelleKij
116 MERCURE
ment nous venons de leur prendre
un Lieutenant qu'on a amené icy
Prifonnier. Une Flutte GardeCôtede Baftonavoit eſtépriſe par
nos gens avec buit Barques chargées de munitions qui alloient audevant de la Flote d'Ecoffe , qui
avoit ordre de la Reine Anne de
Se rendre maistre du Canada.
Ajoutez à cela tous nos petits
partis , difperfez çà , & là, qui
nous ont aporté plufieurs cheve
lures d'Anglois , ce qui a furieufement inquieté nos Ennemis
comptant laplupartdes Sauvages
dans leur parti,
pran
Nous avons vu icy au mois
GALANT 117
de Juillet un Phénomene qui a
fait parler diferemment bien des
fortes de ge
moyenne région de l'Air & avoit
à peu prés le difque apparent de
la Lune. Il yen eut à qui ilne
Sembla eftre qu'à la hauteur des
Arbres àdeuxcents pas d'eux,
tout Montreal l'a vu auffi- bien
que Quebec. Comme tout eft extrême en ce Pays- cy, & quepar
opofition au grandfroid , ilyfait
une chaleur exceffive en Esté
cette exhalaifon s'eft aparamment
formée d'une matiere déja toute
prefte:mais laiffons à Meffieurs
les Philofophes deviner ces effets
gens. Il parut dans la
118 MERCURE
de la nature , racontons quel
que chose qui vous touchera
peut- êtredavantage.
Les Iroquois quoyque battus
deux ou troisfois parles Outaouacs
depuis la Paix , n'ont pas encore remué , quoyque dans l'ame ,
ils ayent , à ce que quelques gens
croyent , bien envie defe vanger.
Les Aniés une des cinq Nations ,
la bonne amie des Anglois la
plus voifine de New York
incitez par nos Ennemis ,fe font
hazardez de venir , par une
lâchefurprife , lever la chevelure
à trois on quatre de nos Iroquois,
du Sant Saint Louis , à une lieuë
GALANT 119
&demie du Montreal,
Nous ménageons les Sauvages & ce n'eft pas peu de les
conferver dans la neutralité
contre lesfollicitations importunes
tres artificieufes de PeterSchuyler , vulgairement appellé
Pitre-Schulle , Major d'Elbanie où Orange en New York, fin
Renard , quipar des prefens réïterez e des difcours adroits
tâche de les metre ( au moins quelques Nations ) dans le parti des
Anglois. Mr de Jonquiere
réuffi merveilleufement auprés des
Sononthouans des Goyogouens
durant plufieurs années qu'il
120 MERCURE
efté auprés d'eux , pour les tenir
affectionnez à la Colonie , ce qui
luy a fait effuyer bien des fatigues. Mr le Baron de Longüeil
Major de Montreal , cheri de
pere en fils de ces Nations , eft allé
chez eux en Ambaffade pour Ne
gotier au moins une neutralité qui
foit ferme & pour les tenir en
refpect. La Nation des Sononthoüans femble être toute entiere.
pournous , & celle des Goyogoüins
enpartie ; ceux - cy quoyque gouvernezpar les premiers , je veux
dire par les Sononthoüans , une
des cinq Nations laplus nombreuSe,font partagez ce qu'ily a
de
GALANT 121
les
de remarquable c'est que les Iro
quois appellent les François ( en
la perfonne de leur Gouverneur
General ) leur Pere , & que
Anglois ne font confiderez chez
eux (fi peut-être on n'en excepte
les Aniez qui depuis du temps
paroiffent leurs grands amis ) que
comme leur Frere.
Voicy les morts les plus confiderables dans la Colonie , de cette
année. Mrle Marquis de Chryfaphi Gouverneur de la Ville des
Trois Rivieres , je ne vous apren
dray point icy , comme une chofe
nouvelle que cette Place eft égale
ment éloignée de Quebec , & de
Février 1710. L
122 MERCURE
Montreal , c'est ce que vous avez
pú connoître par mes precedentes
auffi-bien que beaucoup d'autres
éclairciffemens ou explications
que je ne repeteray pas dans cette
Lettre- ci, depeurde vous ennuyer.
Nous avons auffiperdu Mr de
Linetot MajordesTrois Rivieres.
Mrde Lorimier Capitaine. Mr
de Lor Biniere Doyen des Confeillers du Confeil Souverain de
Quebec un Chanoine de la
Cathedrale , ( Mr Petit ) jou
bliois le Pere ChauffetierJefuite ,
ce bon Pere-ci prétendoit il y a
quelques années avoir trouvé
le fecret de faire du pain avec
د
*
GALANT 123
certaine racine , qui auroit pû
fupléer au pain ordinaire dans un
befoin.
Je finis ma Lettre , que vous
recevez par la Bellone , petite
Fregate defeize Canons , en vous
marquant les perfonnes les plus
confiderables quipaffent en France dans ce Vaiffeau. Me la
Marquife de Vaudreuil femme
de Mrle Gouverneur General ,
s'y embarqua avec Me du Mefnil femme du Major des Troupes
de la Colonie. Mrle Vallet Chanoine de cette Ville & Secretaire
de Monfeigneurde Saint Vallier
noftre Evêque , Mr le Vaſſeur
Lij
124 MERCURE
Ingenieur envoyépar le Roy , c.
C'est avec les mêmes fentimens d'eftime & de wespect que
j'auray toujours pour vous , que
je fuis tres-parfaitement.
·
MONSIEUR,
Voftre tres- humble tresobéiffant ferviteur,
N.D.D
que je vous envoye une Relation de ce qui s'eft paffé en
Canada pendant le cours de
chaque année ; mais quelques
incidens font caufe que je vous
envoye celle que vous allez lire , quelques mois plus tard
quevous n'avez accoûtumé de
la recevoir tous les ans. Elled
vient d'un Officier François quis
eft dans l'Armée Canadienne.
"
GALANTNY 81
$ srpos ench notede af M
A Quebec le 12°. Novembre
299NING 27731709. riba vit
MONSIEUR,
La Defcription étonnante que
vous mefaites de l'Hyver qui a
ravagé l'Europe cette année , m’a
fait faire les reflexions ordinaires
fur le froid que l'on fent en ce
pays - cy. Et effectivement j'ay
admiré plus d'une fois.comment
les racines des Plantes , les Bois,
లో les Animaux, fans parler des
Habitans , refiftoient non-feulement a de tels froids , mais encore
82 MERCURE
à celuy que nous avons éprouvé
icy , vers la fin de l'année 1708 .
peu prés vers le temps que je
finiffois les dernieres Lettres queje
vous ay adreffées ; car il a eftéfi
pénetrant & fi vif, que s'il avoit
continué de la mêmeforce , je crois
quenous aurions tous peri & que
nous ferions tous morts dans les
commencemens d'un Hyverfi affreux. Mais le Seigneur n'a point
permis que nous avons fouffert au
deffus de nos forces.
Ainfi quelque rude qu'ait éfté
Hyver dans vos climats temperez d'ailleurs , il l'a efté incompa
rablement davantage en Canada,
GALANT 83
où la gelée commença vers la fin
de Novembre & perfevera fi
fortement, que dans les derniers
jours de Decembre ( 1708. ) le
Fleuve de S. Laurent , fe trouvaglacéjusqu'à laprofondeur de
dix pieds , & qu'il y avoit déja
quatre pieds de nége fur terre. Je
le repete encore , Monfieur , jepenfe que la Colonie auroit peryſi la
gelée avoit continué de cette violence. Et certes les Anglois fiirritez contre nous auroient eu alors
bon marché du Canada.
Ce froid exceffif nous quitta
fans doute pour vous aller rendre
vifte, puifque vous me marquez
84. MERCURE
que le premierjour de la grande
gelée commença le 6. ou 7. deFanvier de l'année fuivante ( 1709)
ce que je puis vous dire , c'est que
toutes ces horreurs de la nature ,
n'ontpoint efté un obftacle à la terre dela Nouvelle France , de nous
donnerd'affez bonsfruits, &aux
hommes de vivre ; au contraire
nous remarquons que ce froid
tribue à la fanté, & que la nége
qui regnefi longtemps dans l'AmeriqueSeptentrionale , l'engraifmerveilleufement , la moiffon
ayant efté abondante cette année-ci
en bled & enfruits; quoy qu'on
ne féme qu'à lafin d'Avril , le
fe
con-
GALANT 85
blé eft preft à couper au mois
( Je ne commenceray points
Monfieur, les Nouvelles que j'ay
à vous mander de ce pays-cy, par
ce qui s'eft paffé en l'Ile de Terre
Neuve au Fort S. Jean que nous
avons pris aux Anglois , parce
queje connois par vos Lettres que
vous en avez eftéinftruit en France , même d'aſſez bonne heure ;
à quoy je vous prie de faire
attention icy , eft que cette entreprife qui a estéexecutée avecbeaucoupde vigueur où entr'autres,
le fieur de la Ronde , d'une ancien="
ciennefamille de Canada s'eft dif-
86 MERCURE
tingué parfa bravoure intrigue
fort, non - feulement les Anglois
nos voiſins , mais encore ceux que
nous appellons icy les Anglois de
la Vieille- Angleterre, qui au
retour de ce qu'ils poffedent aux
Ifles - Antilles & ailleurs dans
l'Amerique, venoientfe relâcher,
ou radouber en ce Port , qui par
confequent leur eftoit fort commode.
Plufieurs des noftres difent icy
que la prife de ce Pofle & le ravage qu'on afait aux environs ,
va àfix millions. On dit que
Pefche que l'on faifoit proche la
Rade de S.Jean & aux Bancs
la
GALANT 87
voifins , valloit quatre millions de
rente à la Reine Anne. Nous
avons icy le Commandant ( le
Colonel Lloyd ) de ce Fort , prifonnieravecplufieurs Officiers, &
Soldats on Habitans de fon Gouvernement. Ila , àce qu'onpublie
dans Quebec , cent mille livres de
bien, & il veut fe marier icy &
époufer la veuve de Mr de Maricourt mort en 1704. Il eftoit
Capitaine dans cette Colonie &
freredu fameux Mr d'Yberville
qui s'eft fi fort diftingué fur mer
par fa valeur. Un Ecclefiaftique
tres-zelé, du Seminaire de Saint
Sulpice de Ville - Marie en l'Ifle
88 MERCURE
de Montreal, qui fait parfaite
ment l'Anglois , eft defcendu icy
pour travailler à la converfion de
ce Gouverneur Anglois , car
prétend, & il a témoigné librementfon deffein là-deffus , renoncer à la Religion Proteftante &
fe faire Catholique.
L'affaire de l'habitation de S.
Jean en Terre-Neuve futfuivie
d'une autre entrepriſe dans laBaye
d'Hudson , au lieu appellé le petit
Nord.
Mr Capitai- de Mantet
ne dans la Colonie enfut le Chef;
ce fut au mois d'Avril de cette
année 1709. Le Partife trouva
compofé de centhommes tous Ha.
GALANT 89
bitans & mariez pour la pluspart , mais alertes & entrepre P
nans ; Mr de la Nouě Lieutenant commandoit en ſecond ; à ces
deux Officiers s'en joignirent quel.
ques autres Subalternes ; la marche dura un peu plus de deux
mois , au bout duquel temps , nos
gens arrivez au but , déterminerent lejour de l'attaque au fixiémejour de Juillet. On choifit la
nuitpourcela: les Enfans perdus ,
je veux dire ceux qui marcherent
les premiers , donnerent brufquement & tefte baiffée fur un des
Fortsflanqué de quatre Baſtions ,
Février 1710. H
90 MERCURE
munisfelon le rapport de quelquesuns de ceux qui enfont revenus
de foixantepieces de Canon & de
plufieurs Pierriers. Des Boucaniers a qui le gardoient firent une
decharge terrible & du canon &
de leurs longs fufils qui cependant n'empêcha point ces premiers
des noftres , de pouffer leur pointe
avec une ardeur étonnante , de
rompre la paliẞade faite de gros ·
a Gens déterminez, Chaffeurs , propres
à la découverte , foit dans les terres
foit en mer; on pourroit les appeller
Flibuftiers de terre , auffi bien quede
mer. Les Boucaniers vivent fans façon de chair rôtic plus à la fumé
qu'au feu..
GALANT 91
un
pieux de traverſer un foffe
plein d'eau , large de quinzepieds,
qui estoit au de- là ; comme le feu
de l'Ennemy eftoit violent & continuel , & que le canonfaifoit
fracas horrible , & qu'avec cela
le nombre des Soldats oppofez aux
moftres eftoit tout-à-faitfuperieur,
il fallut fe retirer.
Mrde Mantet qui s'eft particulierement fignalé dans cette action , une des plus vives qui fe
foit faite en Amerique , y a efté
tues MrdeMartigny & douze
on quinze Canadiens ont eu le
mêmefort.
Hij
92 MERCURE
Les Anglois de la Vieille er de
la Nouvelle Angleterre ont efté
cette année dans de grands mouvemens pour s'emparer , fuivant
leur deffein , des trois Gouvernemens de la Colonie ; il neferoit
pas facile de vous expliquer combien ilsfe font remuez pour celae
voicy à peu prés la manœuvre
qu'ils ontfaite pourl'execution
ce projet.
uer.comDés que les Anglois de la Nouvelle Angleterre , & furtout ceux
de Bafton qui en eft la Capitale ,
eurentfçu certainement laprife de
leur Habitation du Port S.Jean ,
une des plus confiderables , ſans
GALANT 93
contredit , qu'ils euffent en TerreNeavepour la Pefche & lafureté de leurs Vaiffeaux qui paſſent
ouquireviennent d'Amerique , its
en donnerent avis à la Reine Anne par de petits Baftimens qu'ils
firent partir en diligence ; de forte
que vers la fin de May, un de
nos PartisSauvages ayantpris un
Officier Anglois du cofté de Bafton,
nous apprimes de luy qu'il leur
eftoit arriué des ordres de leur
Reine , par le Capitaine V'éché ,
dont voicy le contenu , autant que
jay pû m'en reſſouvenir: Que
tous les paysde fa domination
voifins de la Nouvelle - Angle-
$
94 MERCURE
terre ; fçavoir b la NouvelleYorck , le New-Jersey , bla
Penſylvanie , Mariland ( qui
veut dire terre de Marie ) la Vir
ginie & la Caroline ( quifemble
eftre une partie de la Floride ) feroient inceffamment proviſion
de vivres & de munitions de
guerre ; Qu'il feroit levé mille
hommes bien équipez & armez , qui fe joindroient à huit
mille Ecoffois prefts à s'embarquer au premier vent favora
ble & former une Efcadre de
dix Vaiffeaux de ligne , fans
Tous ces Pays font entre les 45. & 30.
degrez de Latitude Nord.
GALANT 95
compter les Baftimens de char
ge pour les munitions & les
vivres dont on pouvoit avoir
befoin , & cela pour venir
moüiller devant Bafton à la fin
du mois de Juin. Ces Ecoffois
aidez des Anglois de la Nouvelle
Angleterre devoient , felon leur
intention , affieger Quebec &fe
rendre maiftres detoutes les Coftes
d'en bas , jufqu'à la mer;
pays devoit , dans la pensée de la
Reine, leur demeurer , pour récom
penfe de la dépense & des avan
ces faites par ces Ecoffois les
mêmes ordres de la Reine Anne
marquoient : Que les Habitans
o
7
ce
96 MERCURE
du Gouvernement d'Orange
dans New-Yorck avecceux de
Manhate & les Sauvages leurs
Alliez ou Amis , s'uniroient
enfemble pour faire un Corps
d'Armée de trois mille hommes , qui iroit tomber fur le
Montreal , & feroit ainfi diverfion des forces des François.
d'arMrle Marquis de Vaudreüil,
Gouverneur general de la Nonvelle-France ne faifoit que
river à Ville-Marie , la feule
Ville quifoitdans l'Ile de Montreal éloignée foixante lieues de
Quebec ,lors qu'il apprit les deffeins
GALANT 97
feins des Anglois nos voisins, il
affembla le Confeil de Guerre
pour déliberer fur les mesures
qu'onavoit à prendre , &on fut
d'avis d'aller au devant des Ennemis & de les prévenir. Mr de
Ramezay Gouverneur de Mont
real fut destiné pour né pour commander
les Troupes ou Milices defon Gouvernement , &l'on convint d'y
joindre les Sauvages Iroquois
Algonkins , Abnakis , les autres qui font dans le voisinage.
Tout eftant preft ne vous attendez point icy , Monfieur , à des
Arméesdecent mille hommes comme en Europe , mais à des Partis
Février 1710. I
98 MERCURE.
pluteft qu'à des Armées , proportionnez aux Habitans de ces Regions froides ) la petite Armée , ou
le Partifi vous l'aimez mieux ,
commença à fe mettre en marche
vers le 15. deFuillet, & elle fe
* trouva cftre de treize àquatorze
cens hommes ; compofée des Habitans du Gouvernement de lIfle
de Montreal & de Sauvages de
plufieurs Nations. Onfut juf
qu'au c Lac Champlain , ainfi
eCe Lac s'etend depuis le 44. environ,
jufqu'au 45. degré de latitude Septentrionale. On en diftingue deux à
fes extremitez ; c'eft-à dire au Nord
& au Sud, le Lac de S. François au
Nord, & le Lac, dit du S. Sacrement,
au Sud.
QUA
LYON
GALANT 99
DE
appellé d'un ancien Gour
de Canada de ce nom ; Mrle
Marquis de Vaudreuil qui eft
fage & tres vigilantfaifoit pendantce temps- la fortifier de nouveau Quebec & Ville Marie ,
vulgairement dite Montreal ,
l'Habitation la plus importante
de l'Ifle de ce nom. Les Forts des
environs de l'Ile de Montrealfurent vifitez &reparez où ilfalloit on s'attacha beaucoup à d
celuy de Mrle Baron de Longüeil
Major de Montreal qui eft de
d Le Fort de Longueil eft à peu prés au
Sud de l'Ile de Montreal, fur le bord
du Fleuve S. Laurent.
I ij
100 MERCURE
pierre & un desplus confiderables
dela Colonie; celuy de la Prairie,
dité de la Madeleine , au Sudde
de l'Ifle de Montrealfut auffifortifié de nouveau en même temps
que celuy de e Chambly qui eftoit
Le plus expofe aux infultes de
l'Ennemi ; on en conftruifit un de
pierres à Lorette , Miffionfauvage au Nord de Ville -Marie ,
gouvernée par Mrsde S. Sulpice.
Les Découvreurs marchant devant noftre Arméejufques à trois
ou quatre licuës , rencontrerent un
eCe Fott cft au Nord du Lac Champlain , & à environ dix lieues de la
Rivierb de S. Laurent.
GALANT 101
Parti ennemi au lieu dit la Poinre , fà la chevelure de cent vingt
hommes ou environ ; Mr de Ra
mezay le Commandantfut auſſitoft averti , ilfit rangerfes gens en
ordrede Bataille le fignal donné,
on marcha droit aux Anglois , les
noftres donnerent avec vigueurfur
l'Ennemi en tuerent on firent
Prifonniers une bonne partie
mirent le refte en fuite ; quatre
de nos Sauvages qui s'eftoient un
f Ce lieu est éloigné de Quebec d'environ 6o. lieuës , & il n'eft aing nommé qu'à l'occafion de quelques chevelares levées par des Sauvages; mes
Lettres vous ont déja dit comment
cela fe faifoit.
I iij
102 MERCURE
25.
peu trop avancez ,yfurent tuez.
Les Prifonniers nous apprirent que
les Anglois s'eftoient retranchez à
lieues en deça d'Orange , le
long d'une petite riviere , appellée
la Riviere au Chicot , g qu'ils
faifoient conftruire en cet endroit
de grands Batteaux & des Pirogues &un bon nombre de Canots pour venir ravager le Canada, à lafaveur de la Riviere de
Saint Laurent , dans laquelle ils
feroient entrez par le moyen du
Lac Champlain les Anglois
g
s
Du cofté du Lac du S. Sacrement &
vers l'entrie du Lac Champlain, dans
le voisinage de la Nouvelle- Angleterre & de New-Yorck.
GALANT 103.
avoient en effet élevé trois Forts
avec de gros & grands pieux de
bois de cedre blanc qui eft commun
dans l'Amerique Septentrionale,
dans l'un defquels on diſoit qu'ily
avoit fix ou buitpieces de canon ,
des bombes , quantitédegrenades ,
environ quinze ou dix - huit
cens hommespour les garder.
Sur le rapport de ces Prifonniers Anglois , Mr de Ramezay
affembla tous les Officiers de fa
petite Armée, le Confeil trouvantque ceferoit , cefemble , une
temerité quede s'expofer en avançant contre des Ennemis & plus
nombreux, avec cela tres - bien
I iiij)
104 MERCURE
retranchez , on prit le parti de les
attendre de pied ferme , s'ils en
vouloient venir aux mains ; cer
pendant les Efpions des Anglois
ayant rapporté àleur Camp que
noftre Armée eftoitformidable
que le Lac Champlain eftoit tout
couvert de canots , l'allarme fe mit
parmi eux , & aucun des- leurs
neparoiffant , aprésplufieursjours
d'attente , le Chefdu Parti Canadien confiderant que la recolte
dans l'Ile de Montreal & aux
contrées adjacentespreffait, &mêmé qu'elle eftoit déja commencées
renvoya la Milice & les Habitans de Montreal & des Coftes
+
GALANT 105
cela n'empêchapoint qu'on ne laiffaft des Découvreurs aux environs du Pofte que l'on quittoit ,
c'eft à dire vers les Lacs S. François , de Champlain & du S. Sacrement , celuy - cy cftant le plus.
proche des Ennemis , pour avertir
de tout en cas de befoin. La moiffonfefit pendant ce temps- là &a
efté abondante , non-feulement en
blé , mais encore en legumes & en
fruits tels qu'on les peut conferver
en Canada.
On ramaffoittranquilement les
biens que le Ciel nous avoit don
nez de fa main toute liberale , lors
que vers le 15.du mois de Septem-
106 MERCURE
bre tout à coup un Sauvage qui
avoitdefertédu Camp des ennemis».
vintdire au Montreal queles En
nemis eftoient enmarche du cofté du
LacChamplain. MrdeRamezay
envoya en diligence ce Sauvage à
Mr le Marquis de Vaudreuil
qui eftoit defcendu à Quebecpour .
j bien recevoir les Ennemis , qui
felon le bruit qui couroit, prétendoient l'affieger avec des forces
nombreuſes &par mer &parterre. Les Officiers s'eftant affemblez
chez Mrle Gouverneur general ,
onconclutque le Montrealfe trouvant endanger, ilfalloit lefecou
courir, les Découvreurs que Mr
GALANY 107.
deVaudreuilavoit envoyez àplus
de foixante lieuës au - deffous de
Quebec , ne voyant rien fur le
Fleuve nyfur les Coftes ; l'ordre
ayant donc efté donnépour monter
le Fleuve de S. Laurent , il fe
trouva mille hommes du Gouver
ment de Quebec , preſts à marchers
Mr le Marquis deVaudreuil General de toute la Colonie , fe mit
à la tefte & fut droit au Fort
Chambly, vers l'entrée du Lac
Champlain tous les Sauvages
d'enbas premierement ceux des
environs de Quebec & des trois
Rivieres , fejoignirent à la Milice de la Cpitaledu Canada. Ace
108 MERCURE
Corps de Troupes fe joignit celuy
du Gouverneur de Montreal Mr
de Ramezay , ce qui forma une
Armée d'environ trois mille hom
mes. Le lieu du Campfut affigné
auLac & Fort de Chambly affez
prés du LacS. François quife communique à celuy de Champlain
mais comme aprés trois semaines
ou environ , l'Ennemi ne faifoir
aucun mouvement , on commença
à fe défier du Sauvage deferteur
de fon rapport: ce futen cette
fituation que Mr le Gouverneur
general reçut avis de Quebec , au
commencement d'Octobre , que la
Bellone Fregatte Françoise venois
GALANT 109
"de mouiller devant cette Ville , &
que l'Efcadre Ecoffoife deftinée
pourfaire le Siege de la Capitale
du Canada & favorifer l'attaque
des Anglois par en haut , c'est- àdire du cofté de Montreal , avoit
eu ordre de la Reine Anne de faire
voile vers le Portugal , à caufe
que MrleMarquis de Bay Commandant en Eftramadoure pour
PhilippeV. Roy d'Espagne, avoit
battue défait les Portugais &
les Anglois leurs Alliez. Mr le
General les Officiers de l'Armée Canadiennejugeantdoncqu'il
n'y avoit plus rien à craindre , la
faifon d'ailleurs eftant fort avan
براج
110 MERCURE
cée , on congedia la plupart des
Troupes. Neanmoins MrdeVaudreüil permit à Mr de Montigny
Capitaine tres-brave defaperfonne , que vous avez pu voir à la
Courily a quelques années , accompagné d'un ChefdesSauvages de la nation des Abnakis , de
fe mettre à la tefte d'un petit Parti, compofé de Canadiens experimentez &de Sauvages aguèrris,
pour tacher defaire quelques Prifonniers. Quelques- uns de ce petit
Parti , s'avancerent fi prés des
Forts des Anglois , qu'ils en fçûrent aisément & le nombre
forme. Fuſques à prefent , nous
la
*
GALANT III
n'avons perdu aucun des noftres ,
fice n'eft quatre Sauvages qui s'étoient engagez trop avant , dans
-le combat fous Mrde Ramezay.
Les Ennemis, fi on en croit un
Anglois amené depuis peu par un
Sauvage Abnaki , appellé Carnaret , efperent executer l'année
prochaine ce qu'ils n'ont pas fait
・
celle-cy.
La conclufion de toute la manœuvre des Anglois nos voisins &
de tout ce qu'avoit projetté leur
Reine , eft qu'il leur en coûte environfix millionspour le tout. On
compte cinq millions cinq ou fix
recent mille livres pour la Flotte
112 MERCURE
d'Ecoffe , fur lefquels cinq mil
lions , la Reine avoit fourni la
fomme de cinq ou fix cens mille
Livres , pour encourager les Ecoffois à fe rendre maiftres de toute
la Nouvelle- France , &environ
un million , tant au Baftonnois
qu'à ceuxde la Ménade on Manhate e d'Orange à qui la Reine
Anne donnoit en recompenfe tout
le Pays de Canada qui eft depuis
l'Ile de Montreal jufqu'à Quebec.
Lefuccés n'ayant point répondu à l'atente des Peuples de la
Nouvelle- Angleterre , de NewYork , & autres Pays fujets àla
CALANT 113
Reine Anne en Amerique , fur
lefquels on avoit levé de rudes
impôts & tiré d'exceffives contributions , ils commencent déja à
temoigner hautement leur mécontentementfur tout contre Pitref
culle , Major d'Orange , le principalboute-feu de la Guerre alumée contre nous qui jufqu'à .
prefent les à leurré de vaines
promeffes , leur faifant entendre
qu'il attireroit dans le parti de
l'Angleterre toutes les Nations
Iroquoifes par de magnifiques &
de riches prefens ; fur de fi belles
paroles les Habitans d'Orange,
d'Efope , & de Corlard , abanFévrier 1710.
K
114 MERCURE
#
donent leurs habitations &leurs
biens , courent aux armes.
Ceux de Manhate qui eft da
principale Place de la NouvelleYork , avec leur Gouverneur fe
·laiffent auffi éblouir par les difcours qu'on a foinde femer parmy.
eux , les Habitans de Bafton les
entrainent comme , malgré eux
dans cet expedition ; ils fe mettent
en marche , charient quantité
de provifions de bouche , bâtiffent
des Forts , pour leur fervir de
refuge en cas de défavantage , ils
fontde grandes dépenfes pour des
Convoys & des Munitons prodigieufes en Bombes , Canons ,
GALANT
Grenades , Pierriers . Toutes
ces démarches fembloient devoir
porter la terrear non feulement à
ta nouvelle France ; mais encore à
toute l'Amerique Septentrionalle ,
attirer tous les Sauvages dans
leur parti , neanmoins les Iroquois les plus aguerris d'entr'eux
nebranlentpoint , & les Sonontboüans demeurent neutres. Les
François loin de craindre les Anglois , vont au - devant d'eux ,
battent un de leur parti , font des
Prifonniers & les provoquent
de nouveau au Combat fans que
ces mêmes François ayant perdu
ancun des leurs. Tout nouvelleKij
116 MERCURE
ment nous venons de leur prendre
un Lieutenant qu'on a amené icy
Prifonnier. Une Flutte GardeCôtede Baftonavoit eſtépriſe par
nos gens avec buit Barques chargées de munitions qui alloient audevant de la Flote d'Ecoffe , qui
avoit ordre de la Reine Anne de
Se rendre maistre du Canada.
Ajoutez à cela tous nos petits
partis , difperfez çà , & là, qui
nous ont aporté plufieurs cheve
lures d'Anglois , ce qui a furieufement inquieté nos Ennemis
comptant laplupartdes Sauvages
dans leur parti,
pran
Nous avons vu icy au mois
GALANT 117
de Juillet un Phénomene qui a
fait parler diferemment bien des
fortes de ge
moyenne région de l'Air & avoit
à peu prés le difque apparent de
la Lune. Il yen eut à qui ilne
Sembla eftre qu'à la hauteur des
Arbres àdeuxcents pas d'eux,
tout Montreal l'a vu auffi- bien
que Quebec. Comme tout eft extrême en ce Pays- cy, & quepar
opofition au grandfroid , ilyfait
une chaleur exceffive en Esté
cette exhalaifon s'eft aparamment
formée d'une matiere déja toute
prefte:mais laiffons à Meffieurs
les Philofophes deviner ces effets
gens. Il parut dans la
118 MERCURE
de la nature , racontons quel
que chose qui vous touchera
peut- êtredavantage.
Les Iroquois quoyque battus
deux ou troisfois parles Outaouacs
depuis la Paix , n'ont pas encore remué , quoyque dans l'ame ,
ils ayent , à ce que quelques gens
croyent , bien envie defe vanger.
Les Aniés une des cinq Nations ,
la bonne amie des Anglois la
plus voifine de New York
incitez par nos Ennemis ,fe font
hazardez de venir , par une
lâchefurprife , lever la chevelure
à trois on quatre de nos Iroquois,
du Sant Saint Louis , à une lieuë
GALANT 119
&demie du Montreal,
Nous ménageons les Sauvages & ce n'eft pas peu de les
conferver dans la neutralité
contre lesfollicitations importunes
tres artificieufes de PeterSchuyler , vulgairement appellé
Pitre-Schulle , Major d'Elbanie où Orange en New York, fin
Renard , quipar des prefens réïterez e des difcours adroits
tâche de les metre ( au moins quelques Nations ) dans le parti des
Anglois. Mr de Jonquiere
réuffi merveilleufement auprés des
Sononthouans des Goyogouens
durant plufieurs années qu'il
120 MERCURE
efté auprés d'eux , pour les tenir
affectionnez à la Colonie , ce qui
luy a fait effuyer bien des fatigues. Mr le Baron de Longüeil
Major de Montreal , cheri de
pere en fils de ces Nations , eft allé
chez eux en Ambaffade pour Ne
gotier au moins une neutralité qui
foit ferme & pour les tenir en
refpect. La Nation des Sononthoüans femble être toute entiere.
pournous , & celle des Goyogoüins
enpartie ; ceux - cy quoyque gouvernezpar les premiers , je veux
dire par les Sononthoüans , une
des cinq Nations laplus nombreuSe,font partagez ce qu'ily a
de
GALANT 121
les
de remarquable c'est que les Iro
quois appellent les François ( en
la perfonne de leur Gouverneur
General ) leur Pere , & que
Anglois ne font confiderez chez
eux (fi peut-être on n'en excepte
les Aniez qui depuis du temps
paroiffent leurs grands amis ) que
comme leur Frere.
Voicy les morts les plus confiderables dans la Colonie , de cette
année. Mrle Marquis de Chryfaphi Gouverneur de la Ville des
Trois Rivieres , je ne vous apren
dray point icy , comme une chofe
nouvelle que cette Place eft égale
ment éloignée de Quebec , & de
Février 1710. L
122 MERCURE
Montreal , c'est ce que vous avez
pú connoître par mes precedentes
auffi-bien que beaucoup d'autres
éclairciffemens ou explications
que je ne repeteray pas dans cette
Lettre- ci, depeurde vous ennuyer.
Nous avons auffiperdu Mr de
Linetot MajordesTrois Rivieres.
Mrde Lorimier Capitaine. Mr
de Lor Biniere Doyen des Confeillers du Confeil Souverain de
Quebec un Chanoine de la
Cathedrale , ( Mr Petit ) jou
bliois le Pere ChauffetierJefuite ,
ce bon Pere-ci prétendoit il y a
quelques années avoir trouvé
le fecret de faire du pain avec
د
*
GALANT 123
certaine racine , qui auroit pû
fupléer au pain ordinaire dans un
befoin.
Je finis ma Lettre , que vous
recevez par la Bellone , petite
Fregate defeize Canons , en vous
marquant les perfonnes les plus
confiderables quipaffent en France dans ce Vaiffeau. Me la
Marquife de Vaudreuil femme
de Mrle Gouverneur General ,
s'y embarqua avec Me du Mefnil femme du Major des Troupes
de la Colonie. Mrle Vallet Chanoine de cette Ville & Secretaire
de Monfeigneurde Saint Vallier
noftre Evêque , Mr le Vaſſeur
Lij
124 MERCURE
Ingenieur envoyépar le Roy , c.
C'est avec les mêmes fentimens d'eftime & de wespect que
j'auray toujours pour vous , que
je fuis tres-parfaitement.
·
MONSIEUR,
Voftre tres- humble tresobéiffant ferviteur,
N.D.D
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Résumé : A Quebec le 12e. Novembre 1709.
La lettre datée du 12 novembre 1709, rédigée à Québec, relate les événements récents au Canada. Un hiver rigoureux a frappé l'Europe et le Canada, avec des températures extrêmement basses et une épaisse couverture de neige. Cependant, les récoltes ont été abondantes grâce à la neige et à la pluie. Sur le front militaire, les forces françaises ont pris le Fort Saint-Jean à Terre-Neuve, sous le commandement du sieur de la Ronde, infligeant des pertes de six millions de livres aux Anglais. Le colonel Lloyd, commandant anglais, a été capturé. Par ailleurs, une expédition française dirigée par le capitaine de Mantet a conquis un fort dans la baie d'Hudson, s'emparant de soixante pièces de canon et de plusieurs pierriers. Les Anglais de la Vieille et de la Nouvelle-Angleterre se préparent à lancer une offensive contre les trois gouvernements de la colonie française. En réponse, le Marquis de Vaudreuil, gouverneur général de la Nouvelle-France, a renforcé les fortifications de Québec, Montréal et des forts environnants. Une victoire française a été obtenue près de la Pointe-à-la-Chevelure, avec la capture de plusieurs prisonniers. En septembre 1709, une armée de trois mille hommes a été rassemblée au fort Chambly, mais elle a été démobilisée après trois semaines sans signe de mouvement ennemi. Les Français ont réussi à maintenir la neutralité des Iroquois et des Sonontouans grâce à des efforts diplomatiques. En février 1710, plusieurs décès notables ont été signalés, incluant ceux de Monsieur de Linetot, Monsieur de Lorimier, Monsieur de Lor Biniere, Monsieur Petit et le Père Chauffetier. De plus, plusieurs personnalités, parmi lesquelles Madame la Marquise de Vaudreuil, ont quitté la colonie à bord de la frégate 'Bellone'.
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240
p. 124-129
Changement fait dans la Marine, de laquelle l'Intendance generale est donnée à Mr de Beauharnois, [titre d'après la table]
Début :
Je devois vous avoir envoyé dés le mois dernier l'Article que [...]
Mots clefs :
Intendance Générale, Intendant des Galères, Marine, Navigation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Changement fait dans la Marine, de laquelle l'Intendance generale est donnée à Mr de Beauharnois, [titre d'après la table]
Jedevois vous avoir envoyé
dés le mois dernier l'Article que
vous allezlire ; mais je n'eftois
pas encore affez bien informé
de tout ce qui le regarde.
GALANT 125
LeRoya donné l'Intendance Generale de la Marine à Mr
de Beauharnois , qui avoit celle
des Armées Navalles , dont
Sa Majefté a pourveu Mr de
Montmor Maiſtre des Requef
tes & Intendant des Galeres à
Marſeille ; le choix de S. M.
en faveur de ces deux Mrs qui
vous font connus par leurs
fervices , a efté generalement
applaudy dans la Marine, dont
Mr de Beauharnois remplit
aujourd'huy la premiere Intendance & qui l'a toujours
efté par des perfonnes de diftinction , quand la Charge
Liij
126 MERCURE
d'Amiral fut fuprimée par
Louis XIII. & celle de Grand
Maiftre Chef & Surintendant'
de la Navigation & Commerce de France crée en faveur du
Cardinal de Richelieu , qui
le premier commença à former
unCorps confiderable de Marine pour faire connoiſtre fur,
la Mer l'autorité du Royfon
Maiftre ; le Commandeur de
la Porte oncle de ce Cardinal
cut fous ce Miniftre l'Intendance Generale de la Navigation & Commerce de France
avec une Infpection fur les
affaires de la Marine. Le Roy
GALANT 127
ayant en 1681. ordonné que
tous les Matelots du Royaume
fuffent enrôllez & diftribuez.
par claffes , S. M. attribua à
cette Intendance dont fût
pourveu Mr de Bonrepos , qui
depuis a efté Ambaffadeur Extraordinaire en Dannemarck ,
& en Hollande & Plenipotentiaire auprés des Princes d'Allemagne, uneautorité fur tous
les Officiers Mariniers & Matelots des Provinces maritimes.
du Royaume avec pouvoir de
juger en dernier reffort avec le
plus prochain Prefidial , où le
nombre de Graduez porté par
Liiij
128 MERCURE
l'Ordonnance de toutes les
contraventions aux Ordonnances &
Reglemens du Roy
fur l'enrôllement des Matelots
& le fait des Claffes; d'en ordon
ner des fonds , d'en faire rendrecompte aux Commiffaires
de la Marine & aux Claffes &
de tout ce qui regarde leurs
fonctions &
d'avoir entrée
&
fceance dans, les Confeils
qui fe tiennent pour les entreprifes dela Guerre &
pour tout
ce qui concerne l'action des
forces maritimes.
Lorfque Mr
de Beauharnois remercia le
Royde l'avoir nommé à cette
GALANT 129
Intendance , Sa Majesté luy
dit avec l'air de bonté dont
elle accompagne toujours les
graces qu'elle fait qu'Elle eftoit
perfuadée qu'il la rempliroit auffi
dignement qu'il avoit fait les
autres emplois qu'Elle luy avoit
jufqu'à prefent confiez pourfon
Service.
dés le mois dernier l'Article que
vous allezlire ; mais je n'eftois
pas encore affez bien informé
de tout ce qui le regarde.
GALANT 125
LeRoya donné l'Intendance Generale de la Marine à Mr
de Beauharnois , qui avoit celle
des Armées Navalles , dont
Sa Majefté a pourveu Mr de
Montmor Maiſtre des Requef
tes & Intendant des Galeres à
Marſeille ; le choix de S. M.
en faveur de ces deux Mrs qui
vous font connus par leurs
fervices , a efté generalement
applaudy dans la Marine, dont
Mr de Beauharnois remplit
aujourd'huy la premiere Intendance & qui l'a toujours
efté par des perfonnes de diftinction , quand la Charge
Liij
126 MERCURE
d'Amiral fut fuprimée par
Louis XIII. & celle de Grand
Maiftre Chef & Surintendant'
de la Navigation & Commerce de France crée en faveur du
Cardinal de Richelieu , qui
le premier commença à former
unCorps confiderable de Marine pour faire connoiſtre fur,
la Mer l'autorité du Royfon
Maiftre ; le Commandeur de
la Porte oncle de ce Cardinal
cut fous ce Miniftre l'Intendance Generale de la Navigation & Commerce de France
avec une Infpection fur les
affaires de la Marine. Le Roy
GALANT 127
ayant en 1681. ordonné que
tous les Matelots du Royaume
fuffent enrôllez & diftribuez.
par claffes , S. M. attribua à
cette Intendance dont fût
pourveu Mr de Bonrepos , qui
depuis a efté Ambaffadeur Extraordinaire en Dannemarck ,
& en Hollande & Plenipotentiaire auprés des Princes d'Allemagne, uneautorité fur tous
les Officiers Mariniers & Matelots des Provinces maritimes.
du Royaume avec pouvoir de
juger en dernier reffort avec le
plus prochain Prefidial , où le
nombre de Graduez porté par
Liiij
128 MERCURE
l'Ordonnance de toutes les
contraventions aux Ordonnances &
Reglemens du Roy
fur l'enrôllement des Matelots
& le fait des Claffes; d'en ordon
ner des fonds , d'en faire rendrecompte aux Commiffaires
de la Marine & aux Claffes &
de tout ce qui regarde leurs
fonctions &
d'avoir entrée
&
fceance dans, les Confeils
qui fe tiennent pour les entreprifes dela Guerre &
pour tout
ce qui concerne l'action des
forces maritimes.
Lorfque Mr
de Beauharnois remercia le
Royde l'avoir nommé à cette
GALANT 129
Intendance , Sa Majesté luy
dit avec l'air de bonté dont
elle accompagne toujours les
graces qu'elle fait qu'Elle eftoit
perfuadée qu'il la rempliroit auffi
dignement qu'il avoit fait les
autres emplois qu'Elle luy avoit
jufqu'à prefent confiez pourfon
Service.
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Résumé : Changement fait dans la Marine, de laquelle l'Intendance generale est donnée à Mr de Beauharnois, [titre d'après la table]
Le texte évoque les récentes nominations au sein de la Marine française. Monsieur de Beauharnais a été nommé Intendant Général de la Marine, succédant à son rôle précédent aux Armées Navales. Monsieur de Montmor a été désigné Maître des Requêtes et Intendant des Galères à Marseille. Ces nominations ont été favorablement accueillies en raison de la reconnaissance des services de ces individus. Le texte retrace également l'histoire des hautes fonctions de la Marine. Sous Louis XIII, la charge d'Amiral fut abolie et remplacée par celle de Grand Maître et Surintendant de la Navigation et du Commerce de France, attribuée au Cardinal de Richelieu. Ce dernier constitua une marine importante pour renforcer l'autorité royale en mer. Le Commandeur de la Porte, oncle du Cardinal, supervisa l'Intendance Générale de la Navigation et du Commerce, ainsi que les affaires maritimes. En 1681, le Roi institua l'enrôlement et la distribution des matelots par classes. Monsieur de Bonrepos, Intendant, obtint une autorité sur tous les officiers mariniers et matelots des provinces maritimes. Il pouvait juger les infractions aux ordonnances royales, gérer les fonds, et participer aux conseils concernant les opérations militaires et les actions navales. Lors de sa nomination, Monsieur de Beauharnais a exprimé sa gratitude au Roi, qui lui a renouvelé sa confiance.
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241
p. 269-275
De Calais.
Début :
Je vous envoye la suite des Affaires de Mer qui se sont [...]
Mots clefs :
Affaires de Mer, Vaisseaux, Corsaire, Equipage, Calais, Dunkerque, Toulon, Saint-Malo
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Calais.
Je vous envoye la fuite des
Affaires de Mer qui fe font
paffées depuis ma derniere
Lettre.
DeCalais
François Bachelier comman
dant le Corfaire le Prompt, a
pris un Baftiment Hollandois
chargé de chanvres & de toilles.
François Polet comman
dant la Triomphante , a enlevé
un Brigantin Anglois de huit
Z iij .
250 MERCURE
canons , fur lequel il avoit fait
paffer neuf hommes de fon
équipage ; mais les Anglois
ayant mis le feu aux poudres ,
la pluſpart ont efté brûlez , &
l'on a fauvé feulement huit
François.
Les Capitaines Gouvel &
Duchoncommandans les Barques en courfe la Pucelle & la
Pauline , ont auffi amené à Calais un Baſtiment Anglois de
cent trente tonneaux , chargé
d'oranges & de citrons , allant
à Londres.
Trois autres Corfaires ont
pris unVaiffeau Irlandois char-
GALANT 271
gé de beurre , de fuif&de cuirs
verts.
Mrs Saus & Battement commandans les Vaiffeaux du Roy
l'Augufte & le Blackwal , ont
pris & conduit à Dunkerque
un Vaiffeau Anglois fortant
des Dunes pour aller à la Jamaïque.
Les Fregattes du Roy l'Amazone & l'Argonaute , commandées par Mrs de la Jaille
& du Bois de la Morte , font
entrées à Breft avec 4. prifes
qui alloient à Madere & à la
Virginie.
དྷུ་
Un Armateur de Calais a
Z iiij
272 MERCURE
•
auffi amené à Breft un Bâtiment chargé de poudres , de
cordages & d'autres marchan
difes venant d'Hollande.
DeDunkerquele 18. Février.
Mrs de Saus & Battement
commandans les Vaiffeaux du
Roy l'Augufle & le Blakwal ,
ont amené à Dunkerque deux
prifes Angloifes , l'une venant
de Ligourne , chargée de vin
Florence , de fouffre & de marbre ; & l'autre allant d'Yarmouth dans le Détroit , chargée d harengs fors & de fardines.
GALANT 273
Mr Combrug commandant la Fregate la Fidelle, a con
duità Cherbourgune prifeAngloiſe allant à la Nouvelle Angleterre, chargée de balors de
draps eftimée cent mille livres.
De S. Malo le 12. Février.
La Couronne Corfaire de S.
Malo y a conduit une rançon
Angloife de 650. livres fterlin.
Le Marquis de Roye , autre
Corfaire , y a amené une prife
Angloife de cent tonneaux
allant de Dublin à Liſbonne,
274 MERCURE
avec une cargaison de bœuf,
debeurre & de farine.
LeVictorieux ,autre Corfaire, a auffi amené une prife Angloife venant de Barcelone
chargée de vin du cru du Pays
& de raifins.
DeToulon
Mr Laigle eft rentré avec
fon Vaiffeau armé en courfe
dans les Rades de Toulon
d'où il eftoit forti depuis quinze jours , & il y a amené deux
prifes ;l'une d'un Corfaire Fleffinguois de trente - fix canons
GALANT 275
& de deuxcent cinquante hommes d'équipage , ayant pour
fon left deux cent cinquante
faumons de plomb ; & l'autre
d'un Vaiffeau MarchandHollandois chargé de 1400. charges de bled. Mr Laigle n'a
perduperfonne de fon équipage , le Vaiffeau Fleffinguois luy
tira une bordée de canon , Mr
Laigle luy tira enfuite la fienne ; l'Equipage Fleffinguois
ayant reconnu à qui il avoit à
faire fe mità crier c'eft Laigle ,
il nous abîmera , & ils mirent les
armes bas
Affaires de Mer qui fe font
paffées depuis ma derniere
Lettre.
DeCalais
François Bachelier comman
dant le Corfaire le Prompt, a
pris un Baftiment Hollandois
chargé de chanvres & de toilles.
François Polet comman
dant la Triomphante , a enlevé
un Brigantin Anglois de huit
Z iij .
250 MERCURE
canons , fur lequel il avoit fait
paffer neuf hommes de fon
équipage ; mais les Anglois
ayant mis le feu aux poudres ,
la pluſpart ont efté brûlez , &
l'on a fauvé feulement huit
François.
Les Capitaines Gouvel &
Duchoncommandans les Barques en courfe la Pucelle & la
Pauline , ont auffi amené à Calais un Baſtiment Anglois de
cent trente tonneaux , chargé
d'oranges & de citrons , allant
à Londres.
Trois autres Corfaires ont
pris unVaiffeau Irlandois char-
GALANT 271
gé de beurre , de fuif&de cuirs
verts.
Mrs Saus & Battement commandans les Vaiffeaux du Roy
l'Augufte & le Blackwal , ont
pris & conduit à Dunkerque
un Vaiffeau Anglois fortant
des Dunes pour aller à la Jamaïque.
Les Fregattes du Roy l'Amazone & l'Argonaute , commandées par Mrs de la Jaille
& du Bois de la Morte , font
entrées à Breft avec 4. prifes
qui alloient à Madere & à la
Virginie.
དྷུ་
Un Armateur de Calais a
Z iiij
272 MERCURE
•
auffi amené à Breft un Bâtiment chargé de poudres , de
cordages & d'autres marchan
difes venant d'Hollande.
DeDunkerquele 18. Février.
Mrs de Saus & Battement
commandans les Vaiffeaux du
Roy l'Augufle & le Blakwal ,
ont amené à Dunkerque deux
prifes Angloifes , l'une venant
de Ligourne , chargée de vin
Florence , de fouffre & de marbre ; & l'autre allant d'Yarmouth dans le Détroit , chargée d harengs fors & de fardines.
GALANT 273
Mr Combrug commandant la Fregate la Fidelle, a con
duità Cherbourgune prifeAngloiſe allant à la Nouvelle Angleterre, chargée de balors de
draps eftimée cent mille livres.
De S. Malo le 12. Février.
La Couronne Corfaire de S.
Malo y a conduit une rançon
Angloife de 650. livres fterlin.
Le Marquis de Roye , autre
Corfaire , y a amené une prife
Angloife de cent tonneaux
allant de Dublin à Liſbonne,
274 MERCURE
avec une cargaison de bœuf,
debeurre & de farine.
LeVictorieux ,autre Corfaire, a auffi amené une prife Angloife venant de Barcelone
chargée de vin du cru du Pays
& de raifins.
DeToulon
Mr Laigle eft rentré avec
fon Vaiffeau armé en courfe
dans les Rades de Toulon
d'où il eftoit forti depuis quinze jours , & il y a amené deux
prifes ;l'une d'un Corfaire Fleffinguois de trente - fix canons
GALANT 275
& de deuxcent cinquante hommes d'équipage , ayant pour
fon left deux cent cinquante
faumons de plomb ; & l'autre
d'un Vaiffeau MarchandHollandois chargé de 1400. charges de bled. Mr Laigle n'a
perduperfonne de fon équipage , le Vaiffeau Fleffinguois luy
tira une bordée de canon , Mr
Laigle luy tira enfuite la fienne ; l'Equipage Fleffinguois
ayant reconnu à qui il avoit à
faire fe mità crier c'eft Laigle ,
il nous abîmera , & ils mirent les
armes bas
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Résumé : De Calais.
Le document décrit plusieurs actions navales françaises contre des navires étrangers. À Calais, François Bachelier a capturé un bâtiment hollandais chargé de chanvre et de toiles. François Polet a pris un brigantin anglais de huit canons, mais une explosion a blessé la plupart de son équipage. Les capitaines Gouvel et Duchon ont ramené un bâtiment anglais chargé de fruits. Trois corvettes ont capturé un vaisseau irlandais transportant du beurre, du suif et des cuirs verts. À Dunkerque, les capitaines de Saus et Battement ont conduit un vaisseau anglais destiné à la Jamaïque. Les frégates royales l'Amazone et l'Argonaute ont ramené à Brest quatre prises destinées à Madère et à la Virginie. Un armateur de Calais a également amené à Brest un bâtiment chargé de poudres, de cordages et d'autres marchandises venant de Hollande. À Dunkerque, les mêmes capitaines ont ramené deux prises anglaises, l'une chargée de vin, de soufre et de marbre, l'autre de harengs et de farines. Le commandant Combrug a conduit à Cherbourg une prise anglaise chargée de draps. À Saint-Malo, une corvette a ramené une rançon anglaise de 650 livres sterling. Le Marquis de Roye a amené une prise anglaise de cent tonneaux chargée de bœuf, de beurre et de farine. Le Victorieux a capturé une prise anglaise venant de Barcelone chargée de vin et de raisins. À Toulon, Monsieur Laigle est rentré avec deux prises : un corsaire flessinguois de trente-six canons et un vaisseau marchand hollandais chargé de blé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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242
p. 336-355
Situation generale des Affaires de l'Europe, [titre d'après la table]
Début :
Il seroit difficile de vous parler juste de la veritable [...]
Mots clefs :
Affaires de l'Europe, Campagne, Suède, Haut-Rhin, Pologne, Armée, Milan, France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Situation generale des Affaires de l'Europe, [titre d'après la table]
Il feroit difficile de vous
parler jufte de la veritable
fituation generale des Affaires
GALANT 1337
res del'Europe dans le moment
que je vous écris , car avant
qu'elles puiffent cftre fixées
pour la Campagne prochaine,
& quechacun puiffe voir quel
party il prendra , il faut que
les Parties intereffées fçachent
comment finiront certaines
chofes qui ont des faces differentes , &qui font en mouve
ment.
Il faut que le Roy de Suede,
dont on nous parle tous les
jours differemment , ait commencé d'entrer en action
car s'il entre en Pologne avec
une Armée formidable pour
Février 1710. Ff
>
338 MERCURE
rétablir le Roy Staniflas , le
Roy Auguſte avec toutes les
forces aura de la peine à fe
maintenir fur le Trône , & il
fera obligé de retirer toutes les
Troupes qu'il a en Flandre
ce qui apportera un grand
changement aux Affaires de
ce colté-là , & fera changer
toutes les mesures que les
Alliez peuvent avoir prifes
pour la Campagne.
Ils feront encore obligez de les
changer, fi l'Electeur de Brandebourg tient fa parole , &retire fes Troupes de Flandre , en
cas que l'on neluy rende pas la
GALANT 339
juftice qu'il pretend touchant
la fucceffion du feu Prince
d'Orange , ce qui eſt abſolument impoffible , les chofes
qu'il demande eftant trop fortes & regardant un Prince
dont les Hollandois font
charmez.
·
A l'égard des Affaires du
Haut Rhinqui paroiffent nonfeulement ; mais qui font en
effet tres avangeufes pour
nous il eft impoffible de
pouvoir dire quel party on
prendra de part & d'autre de
ce cofté- là , jufqu'à ce que
l'on ait fçu fi le Duc d'HaFfij
340 MERCURE
novre y commandera l'Armée , & fi elle fera nombreufe ou non , & il n'y a pas d'apparence qu'elle doive eftre
forte , puifque plus le temps
de l'ouverture de la Campagne avance , plus ceux qui
doivent fournir des Troupes pour cette Armée , déclarent qu'ils font dans l'impoffi
bilité de le faire , & quand
même ils en fourniroient , il
n'y a nulle apparence que
Armée puiffe eftrefuperieure à
la noſtre qui ne manque de
rien , & qui a fait payer en
bleds une partie des Contribu
leur
GALANT 341
tions qu'elle auroit pu tirere n
argent , dont elle ne manque
point , enayant tiré de l'un &
de l'autre, & de quelque manicre que ce foit , les Affaires ne
peuvent que nous eftre avantageufes de ce cofté - là , car
s'ils n'y ont pas de grandes
forces , nous penetrerons dans
leur Pays , & s'ils en ont affez,
non pas pour avoir des avantages fur nous car cela paroift impoffible , mais feulement pour nous empêcher
d'en avoirfur eux , ils ne pour
ront envoyer que tres peu
de Troupes en Flandre , ou
Ffiij
342 MERCURE
?
s'il arrive , felon que je vous
viens de marquer , que les
Troupes Saxonnes , les Pruffiennes , & les Allemandes
manquent aux Alliez , auffi
bien que l'argent qui manque
abfolument aux Hollandois
& dont les Anglois manquent
auffi beaucoup , les fubfides
accordez par le Parlement
n'ayant pû eſtre remplis à beaucoup prés , les Alliez feront
en Flandre hors d'eftat de faire
aucune Conquefte , & pendant
qu'ils y manquent d'argent
on fait tous les jours des fonds
nouveaux en France pour en
ALANT 343
avoir fuffifamment pour faire
la Campagne, Ainfi l'on ne
peut dire encore comment les
chofes tourneront. Il vient en
France du bled de toutes parts ,
& il y en aura bien- toft abondamment à Paris même , ce
qui fuffira juſqu'au temps de
la recolte , qui fera des plus
abondantes , & le vin même
diminuë de prix tous les jours
dans toute la France. Enfin
nous fommes dans le temps
des grandes revolutions , &
nous voyons des chofes dans
trop violent pour y
un eftat
pouvoir
demeurer
long- temps
,
344 MERCURE
gent
La France, comme je vous ay
fait voir le mois paffé ade l'arabondamment , & la circulation y manque feulement ,
au lieu que l'efpece manque
tout-à - fait en Angleterre , par
les raifons dont je vous ay envoyé le détail le mois paffé.
Al'égard des Affaires d'Italie , elles font dans un eſtat
trop violent pour y pouvoir
demeurer long- temps , & particulierement le Royaume de
Naples. Les peuples yfont dans
le dernier accablement , & fur
tour à Naples , où le Viceroy
fe fert tour à tour de divers
GALANT 345
pretextes pour ne point paroître en public , craignant d'eftre
infulté. Enfinles Peuples y font
dans le dernier defeſpoir , &
l'on doit tout craindre du defeſpoir d'un Peuple qu'on a
pouffé à bout, qui n'a plus rien
a menager, & qui eftoit florif
fant fous le de fon pre- regne
cedent Monarque , qu'il n'a
point ceffé d'aimer , la revolu
tion n'eftant arrivée que par
des traîtres , qui ont plongé
leur Patrie dans l'état où elle fe
trouve.
L'Etat de Milan n'eft pas
mieux. Onen tire jufqu'au der
346 MERCURE
nier fol, comme l'on a fait du
Royaume de Naples , & quand
la Maifon d'Autriche a mis
une fois le pied dans un Païs ,
elle n'en traite pas les Peuples
en fujets , mais en efclaves.
Les autres Puiffances d'Italic
ne font pas moins outrées de
la maniere dont on les traite,
& les cent mille piftoles de
contribution qu'on tire d'eux
tous les ans en font une preu
ve parlante, & qui crient vengeance ; & il n'eft enfin pas
poffible que les chofes demeurent toûjours en cet état , &
ce qu'une revolution a fait naî
GALANT 347
tre en peu de temps , finira par
une autre revolution.
Il n'en eft pas de mefme en
Espagne, où l'amour que le
Peuple a pour fon Roy cft cauLe que tout ce qui s'y fait pour
ce Monarque , eft auffi volon
taire qu'il eft forcé en Italie.
On n'a jamais vû dans aucun
fiecle , & dans aucun Etat , ce
qui fe paffe aujourd'huy en Efpagne. Les hommes s'offrent
en foule , les Troupes y paroiffent fortir de terre , auffi-bien
que les chevaux , que les Provinces qui en abondent offrent
au Roy, à qui l'on offre de 2.
348 MERCURE
l'argent de toutes parts. Enfin
il paroift par la formidable &
nombreufe Armée que S. M.
C. met fur pied, que l'Europe
entiere n'en pourroit faire davantage, & comme tout s'y
fait avec zele & de plein gré,
il y a d'autant plus lieu de croire qu'une pareille Armée fera
des prodiges , & fur tout eſtant
compofée d'Espagnols qui ne
reculent jamais , fuivant les
grands exemples que je vous
ay fouvent raportez là- deſſus,
&l'on peut dire que dans cette
occafion l'Armée d'Espagne a
pris pour Devife , Vaincre on
mourir.
Voilà
GALANT 349
Voilà la fituation oùfe trouvent aujourd'huy toutes les
affaires de l'Europe ; nous ver
rons à la fin du mois prochain
en quoy elle aura changé.
La maniere dont le Carnaval s'eft paffé à Paris , doit paroître bien differente aux Alliez, de la fituation où ils pretendent que nous nous trouvons, & dont ils font tous les
jours des peintures dans leurs
Ecrits publics bien contraires
à la verité. L'état où la France
s'eft trouvée eft venu de la
cherté du bled, qui commença
au mois de Fevrier de l'année
Février 1710. Gg
350 MERCUR F
derniere; ce quifut caufé, comme vous fçavez , par la force
de la gelée qu'il fit cette annéelà , & vous fçavez comment
les chofes fe pafferent à cette
occafion. Le Roy fe facrifia
alors pourle bien de fes Sujets;
il fit ceffer le payement des
Tailles , & de divers autres
Droits, & dans le Prelude d'une de mes Lettres , je vous fis
voir alors jufqu'à neuf Articles par lefquels Sa Majesté
abandonnoit fes Droits , & je
ne vous impofois pas , puifque
je vous raportay autant d'Arrefts , d'Edits ou de Declara
GALANT 351
tions qui regardoient le facri
fice qu'Elle faifoit à fes Peuples , outre la dépense qu'Elle
fit de plufieurs Bâtimens armez à fes dépens pour aller en
courfe , fans vouloir rien pren
dre pour les frais de l'armement , ni partager des bleds
que tous ces Bâtimens raporteroient; Sa Majeſté n'a rétably les Tailles , & commencé à recevoir plufieurs autres
Droits qu'Elle avoit abandonnez que depuis quelques mois.
Ainfi l'on ne doit pas s'étonner fi l'argent luy manquoit ;
mais l'on peut dire prefenteGg ij
352 MERCURE
ment que les chofes vont leur
train ordinaire ; mais comme
S. M. eftoit fort arrierée, il faut
encore quelque temps pour
que tous ceux à qui Elle doit ,
puiffent eftre contens , & l'on
pourroit mefme dire qu'ils le
font déja par avance, puifqu'il
eft feur que leurs efperances
ne feront pas vaines, & que la
verité de ce que j'avance eſt de
notorieté publique. Ainfi l'on
ne doit pas s'étonner fi.le Carnaval s'eft paffé à Paris de la
mefme maniere qu'il s'y eft
paffé dans tous les temps. Il eft
vray que les chofes ne s'y font
1
GALANT 353
pas faites avec les emporte
mens de joye immoderez qui
ont paru en de certains temps ;
mais pendant tout le Carnaval
il y a eu des Bals à l'ordinaire ;
on s'eft regalé , tous les fpectacles ont cfté remplis ; la foule
des Caroffes a efté auffi grande
au Fauxbourg Saint Antoine
dans les derniers jours du Carnaval , qu'elle l'a toûjours efté,
& rien n'a marqué la miferable
fituation dont tous les écrits
publics des Alliez font remplis,
dans le deffein d'éblouir leurs
Sujets en publiant des chofes
entierement contraires à la veGg iij rité.
354 MERCURE
Outre tous les bleds dont je
vous ay déja parlé qui font entrez de plufieurs endroits dans
le Royaume , je ne vous repeteray point ce que nos nouvelles publiques vous ont dit des
fix à fept mille charges de
bled , arrivées du Levant à
Toulon, & dont les Commandans des Vaiffeaux qui les ont
amenées ont rapporté qu'il en
viendroit encore beaucoup ;
de manière que tous ces bleds ,
joints à ceux des Provinces
dont la recolte a efté bonne
l'année derniere , & à l'eſpoir
de celle de cette année qui pa-
GALANY 355
roift devoir eftre des plus abondantes dans toute la France ,
& l'eſpoir du bon effet que
produira le rétabliffement des
revenus du Roy, n'ont pas peu.
contribué aux divertiffemens
du Carnaval qui ont étégrands
& continuels ; mais fans avoir
efté outrez.-
parler jufte de la veritable
fituation generale des Affaires
GALANT 1337
res del'Europe dans le moment
que je vous écris , car avant
qu'elles puiffent cftre fixées
pour la Campagne prochaine,
& quechacun puiffe voir quel
party il prendra , il faut que
les Parties intereffées fçachent
comment finiront certaines
chofes qui ont des faces differentes , &qui font en mouve
ment.
Il faut que le Roy de Suede,
dont on nous parle tous les
jours differemment , ait commencé d'entrer en action
car s'il entre en Pologne avec
une Armée formidable pour
Février 1710. Ff
>
338 MERCURE
rétablir le Roy Staniflas , le
Roy Auguſte avec toutes les
forces aura de la peine à fe
maintenir fur le Trône , & il
fera obligé de retirer toutes les
Troupes qu'il a en Flandre
ce qui apportera un grand
changement aux Affaires de
ce colté-là , & fera changer
toutes les mesures que les
Alliez peuvent avoir prifes
pour la Campagne.
Ils feront encore obligez de les
changer, fi l'Electeur de Brandebourg tient fa parole , &retire fes Troupes de Flandre , en
cas que l'on neluy rende pas la
GALANT 339
juftice qu'il pretend touchant
la fucceffion du feu Prince
d'Orange , ce qui eſt abſolument impoffible , les chofes
qu'il demande eftant trop fortes & regardant un Prince
dont les Hollandois font
charmez.
·
A l'égard des Affaires du
Haut Rhinqui paroiffent nonfeulement ; mais qui font en
effet tres avangeufes pour
nous il eft impoffible de
pouvoir dire quel party on
prendra de part & d'autre de
ce cofté- là , jufqu'à ce que
l'on ait fçu fi le Duc d'HaFfij
340 MERCURE
novre y commandera l'Armée , & fi elle fera nombreufe ou non , & il n'y a pas d'apparence qu'elle doive eftre
forte , puifque plus le temps
de l'ouverture de la Campagne avance , plus ceux qui
doivent fournir des Troupes pour cette Armée , déclarent qu'ils font dans l'impoffi
bilité de le faire , & quand
même ils en fourniroient , il
n'y a nulle apparence que
Armée puiffe eftrefuperieure à
la noſtre qui ne manque de
rien , & qui a fait payer en
bleds une partie des Contribu
leur
GALANT 341
tions qu'elle auroit pu tirere n
argent , dont elle ne manque
point , enayant tiré de l'un &
de l'autre, & de quelque manicre que ce foit , les Affaires ne
peuvent que nous eftre avantageufes de ce cofté - là , car
s'ils n'y ont pas de grandes
forces , nous penetrerons dans
leur Pays , & s'ils en ont affez,
non pas pour avoir des avantages fur nous car cela paroift impoffible , mais feulement pour nous empêcher
d'en avoirfur eux , ils ne pour
ront envoyer que tres peu
de Troupes en Flandre , ou
Ffiij
342 MERCURE
?
s'il arrive , felon que je vous
viens de marquer , que les
Troupes Saxonnes , les Pruffiennes , & les Allemandes
manquent aux Alliez , auffi
bien que l'argent qui manque
abfolument aux Hollandois
& dont les Anglois manquent
auffi beaucoup , les fubfides
accordez par le Parlement
n'ayant pû eſtre remplis à beaucoup prés , les Alliez feront
en Flandre hors d'eftat de faire
aucune Conquefte , & pendant
qu'ils y manquent d'argent
on fait tous les jours des fonds
nouveaux en France pour en
ALANT 343
avoir fuffifamment pour faire
la Campagne, Ainfi l'on ne
peut dire encore comment les
chofes tourneront. Il vient en
France du bled de toutes parts ,
& il y en aura bien- toft abondamment à Paris même , ce
qui fuffira juſqu'au temps de
la recolte , qui fera des plus
abondantes , & le vin même
diminuë de prix tous les jours
dans toute la France. Enfin
nous fommes dans le temps
des grandes revolutions , &
nous voyons des chofes dans
trop violent pour y
un eftat
pouvoir
demeurer
long- temps
,
344 MERCURE
gent
La France, comme je vous ay
fait voir le mois paffé ade l'arabondamment , & la circulation y manque feulement ,
au lieu que l'efpece manque
tout-à - fait en Angleterre , par
les raifons dont je vous ay envoyé le détail le mois paffé.
Al'égard des Affaires d'Italie , elles font dans un eſtat
trop violent pour y pouvoir
demeurer long- temps , & particulierement le Royaume de
Naples. Les peuples yfont dans
le dernier accablement , & fur
tour à Naples , où le Viceroy
fe fert tour à tour de divers
GALANT 345
pretextes pour ne point paroître en public , craignant d'eftre
infulté. Enfinles Peuples y font
dans le dernier defeſpoir , &
l'on doit tout craindre du defeſpoir d'un Peuple qu'on a
pouffé à bout, qui n'a plus rien
a menager, & qui eftoit florif
fant fous le de fon pre- regne
cedent Monarque , qu'il n'a
point ceffé d'aimer , la revolu
tion n'eftant arrivée que par
des traîtres , qui ont plongé
leur Patrie dans l'état où elle fe
trouve.
L'Etat de Milan n'eft pas
mieux. Onen tire jufqu'au der
346 MERCURE
nier fol, comme l'on a fait du
Royaume de Naples , & quand
la Maifon d'Autriche a mis
une fois le pied dans un Païs ,
elle n'en traite pas les Peuples
en fujets , mais en efclaves.
Les autres Puiffances d'Italic
ne font pas moins outrées de
la maniere dont on les traite,
& les cent mille piftoles de
contribution qu'on tire d'eux
tous les ans en font une preu
ve parlante, & qui crient vengeance ; & il n'eft enfin pas
poffible que les chofes demeurent toûjours en cet état , &
ce qu'une revolution a fait naî
GALANT 347
tre en peu de temps , finira par
une autre revolution.
Il n'en eft pas de mefme en
Espagne, où l'amour que le
Peuple a pour fon Roy cft cauLe que tout ce qui s'y fait pour
ce Monarque , eft auffi volon
taire qu'il eft forcé en Italie.
On n'a jamais vû dans aucun
fiecle , & dans aucun Etat , ce
qui fe paffe aujourd'huy en Efpagne. Les hommes s'offrent
en foule , les Troupes y paroiffent fortir de terre , auffi-bien
que les chevaux , que les Provinces qui en abondent offrent
au Roy, à qui l'on offre de 2.
348 MERCURE
l'argent de toutes parts. Enfin
il paroift par la formidable &
nombreufe Armée que S. M.
C. met fur pied, que l'Europe
entiere n'en pourroit faire davantage, & comme tout s'y
fait avec zele & de plein gré,
il y a d'autant plus lieu de croire qu'une pareille Armée fera
des prodiges , & fur tout eſtant
compofée d'Espagnols qui ne
reculent jamais , fuivant les
grands exemples que je vous
ay fouvent raportez là- deſſus,
&l'on peut dire que dans cette
occafion l'Armée d'Espagne a
pris pour Devife , Vaincre on
mourir.
Voilà
GALANT 349
Voilà la fituation oùfe trouvent aujourd'huy toutes les
affaires de l'Europe ; nous ver
rons à la fin du mois prochain
en quoy elle aura changé.
La maniere dont le Carnaval s'eft paffé à Paris , doit paroître bien differente aux Alliez, de la fituation où ils pretendent que nous nous trouvons, & dont ils font tous les
jours des peintures dans leurs
Ecrits publics bien contraires
à la verité. L'état où la France
s'eft trouvée eft venu de la
cherté du bled, qui commença
au mois de Fevrier de l'année
Février 1710. Gg
350 MERCUR F
derniere; ce quifut caufé, comme vous fçavez , par la force
de la gelée qu'il fit cette annéelà , & vous fçavez comment
les chofes fe pafferent à cette
occafion. Le Roy fe facrifia
alors pourle bien de fes Sujets;
il fit ceffer le payement des
Tailles , & de divers autres
Droits, & dans le Prelude d'une de mes Lettres , je vous fis
voir alors jufqu'à neuf Articles par lefquels Sa Majesté
abandonnoit fes Droits , & je
ne vous impofois pas , puifque
je vous raportay autant d'Arrefts , d'Edits ou de Declara
GALANT 351
tions qui regardoient le facri
fice qu'Elle faifoit à fes Peuples , outre la dépense qu'Elle
fit de plufieurs Bâtimens armez à fes dépens pour aller en
courfe , fans vouloir rien pren
dre pour les frais de l'armement , ni partager des bleds
que tous ces Bâtimens raporteroient; Sa Majeſté n'a rétably les Tailles , & commencé à recevoir plufieurs autres
Droits qu'Elle avoit abandonnez que depuis quelques mois.
Ainfi l'on ne doit pas s'étonner fi l'argent luy manquoit ;
mais l'on peut dire prefenteGg ij
352 MERCURE
ment que les chofes vont leur
train ordinaire ; mais comme
S. M. eftoit fort arrierée, il faut
encore quelque temps pour
que tous ceux à qui Elle doit ,
puiffent eftre contens , & l'on
pourroit mefme dire qu'ils le
font déja par avance, puifqu'il
eft feur que leurs efperances
ne feront pas vaines, & que la
verité de ce que j'avance eſt de
notorieté publique. Ainfi l'on
ne doit pas s'étonner fi.le Carnaval s'eft paffé à Paris de la
mefme maniere qu'il s'y eft
paffé dans tous les temps. Il eft
vray que les chofes ne s'y font
1
GALANT 353
pas faites avec les emporte
mens de joye immoderez qui
ont paru en de certains temps ;
mais pendant tout le Carnaval
il y a eu des Bals à l'ordinaire ;
on s'eft regalé , tous les fpectacles ont cfté remplis ; la foule
des Caroffes a efté auffi grande
au Fauxbourg Saint Antoine
dans les derniers jours du Carnaval , qu'elle l'a toûjours efté,
& rien n'a marqué la miferable
fituation dont tous les écrits
publics des Alliez font remplis,
dans le deffein d'éblouir leurs
Sujets en publiant des chofes
entierement contraires à la veGg iij rité.
354 MERCURE
Outre tous les bleds dont je
vous ay déja parlé qui font entrez de plufieurs endroits dans
le Royaume , je ne vous repeteray point ce que nos nouvelles publiques vous ont dit des
fix à fept mille charges de
bled , arrivées du Levant à
Toulon, & dont les Commandans des Vaiffeaux qui les ont
amenées ont rapporté qu'il en
viendroit encore beaucoup ;
de manière que tous ces bleds ,
joints à ceux des Provinces
dont la recolte a efté bonne
l'année derniere , & à l'eſpoir
de celle de cette année qui pa-
GALANY 355
roift devoir eftre des plus abondantes dans toute la France ,
& l'eſpoir du bon effet que
produira le rétabliffement des
revenus du Roy, n'ont pas peu.
contribué aux divertiffemens
du Carnaval qui ont étégrands
& continuels ; mais fans avoir
efté outrez.-
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Résumé : Situation generale des Affaires de l'Europe, [titre d'après la table]
En février 1710, l'Europe est marquée par une grande incertitude politique et économique. En Pologne, la situation est critique car le roi de Suède pourrait intervenir pour rétablir Stanislas sur le trône, ce qui obligerait le roi Auguste à retirer ses troupes de Flandre, perturbant ainsi les plans des alliés pour la prochaine campagne. De plus, l'électeur de Brandebourg menace de retirer ses troupes de Flandre si ses revendications successorales ne sont pas satisfaites. Dans le Haut-Rhin, l'incertitude règne également, dépendant de la composition et de la force de l'armée du duc de Savoie. Sur le plan économique, la France est bien approvisionnée en blé et en vin, ce qui lui permet de se préparer pour la prochaine campagne malgré des difficultés financières passées. En Italie, les populations sont dans un état de désespoir, notamment à Naples et en Espagne, où l'armée royale se prépare à combattre avec zèle. À Paris, le carnaval s'est déroulé normalement, contrairement aux descriptions alarmistes des alliés. La France a récemment rétabli certains droits et taxes qu'elle avait suspendus en raison de la cherté du blé causée par un hiver rigoureux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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243
p. 350-379
Situation des Affaires de l'Europe, [titre d'après la table]
Début :
Je passe à la situation des Affaires de l'Europe telles qu'elles [...]
Mots clefs :
Affaires de l'Europe, France, Espagne, Monarque, Puissances, Armée, Angleterre, Doctrine, Ministère, Chambre des pairs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Situation des Affaires de l'Europe, [titre d'après la table]
Je paffe à la fituation des
Affaires de l'Europe telles qu'el
les fe trouvent dans le moment
que je vous écris. Je dis dans le
moment que je vous écris , car
il pourroit y avoir du changement dans le temps que vous
recevrez ma Lettre.
TITIT
ยม
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una
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cuqu'à
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LYON
#1893
19TH THE 1971
35
ឬŠ/đឬ
SULE
rec
GALANT 35%
De quelque cofté que l'Em
pereur regarde fes Affaires , il
fe trouve fort embaraffé. Il eft
certain que fes Troupes ont
efté battues en plufieurs occafions par les Confederez
d'Hongrie , & qu'il a fait une
perte confiderable , qui a efté
fuivie de celle de l'Ile de Schut.
Ce font des faits conftants
dont les nouvelles publiques
imprimées chez les Alliez mêmes font mention. On doit
remarquer que l'Ifle de Schut,
n'eftant qu'à douze lieües de
Vienne , les Confederez peuvent faire des courfes juſqu'à
352 MERCURE
fes Porres , & que l'on n'en
fortir fans rifquer beau- peut
coup.
Les Cercles ne fe font pas
encore mis en devoir de lever
un fol, ni un homme pour tenir tefte à une Armée victoricufe & de prés de cinquante
millehommes que les François
ont du cofté du haut Rhin.
Cette Armée ne manque de
rien , ayant tiré les Contributions que les Allemans ont efté
obligez de luy payer moitié en
argent & moitié en grains.
L'Empereur ne peut efperer
aucunes Troupes de Danne-
GALANT 353
marck , & fur tout depuis la
derniere Bataille , ny d'aucun
autre cofté ; de maniere qu'il
fe trouve obligé de faire revenir d'Italie huit mille hömmes de fes meilleures Troupes,
qui ne fuffiront pas pour envoyer du cofte d'Hongrie &
du cofté du Rhin ; & ces Troupes , tirées d'Italie feront caufe
que Monfieur le Duc de Savoyenefera pas affez fort pour
mettre une Armée en Campagne. Joignez à cela qu'il luy
fera tres- difficile de tirer des
fubfides d'Angleterre , puis
qu'elle n'a pas tous les fonds
"Mars 1710. Gg
354 MERCURE
neceffaires pour faire la Campagne prochaine , & qu'il luy
fera abfolument impoffible de
rien tirer des Hollandois , qui
manquent encore beaucoup
plus d'argent , & des chofes
neceffaires pour faire la Campagne que les Anglois. Cefone
des faits connus, & publiezpar
eux-mêmes.
2
Quant à la France elle ne
manque point de Troupes , &
elles font invincibles lorfqu'elles font bien conduites. Ses
fonds feront plus que fuffifans
pout faire une gleufe Campagne. Le rachatla Paulet-
GALANT 355
de celuy de la Capitation
du Clergé , de plufieurs Affaires & de plufieurs autres
Particuliers qui ont laiffé en
mourant des fommes immenfes qui appartiennent au Roy,
& de fes revenus ordinaires qui
commencent à produire beaucoup , & qu'une grande recolte que le Ciel femble luy promettre , doit encore augmenter beaucoup , remettront fes
affaires dans une bonne fituation. Joignez à cela qu'elle
doit tirer une grande quantité
de bleds du Languedoc , que
la Bretagne luy en fournit tous
•
Gg ij
356 MERCURE
les jours ; qu'il en eſto venu
beaucoup du Levant ; qu'il en
vient encore tous les jours deo
ce cofté- là , & que tout celuy
du premier envoy que les Ge
nois devoient faire eft arrivé à
Marſeille , oùilyena quaranté
mille muids que l'on a com
mencé à fairevenir de ce coftécy, & dont une partie arrivera
inceffamment à Paris. Jenedis
rien de tous les fruits de la terre dont il paroift que nous de
vons avoir une abondante recolte. Toutes les Recrues des
Troupes font faites il ya déja
long temps , & lorfqu'il fera
GALANT 357
temps d'entrer en Campagne,
les Alliez connoîtront qu'ils
onc efté longtemps abufez fur
la veritable fituation de nos
affaires.
Il paroift qu'ils doivent peu
compter fur les Troupes Saxo
nes. Le Roy Auguſte , il eft
vray, cft retourné en Pologne;
mais comme les affaires de ce
Royaume font encore dans un
granddefordre , & que tous les
Partis ne luy font pas favorables , il a beſoin de Troupes
pour s'y maintenir , & moins
les Polonois veulent voir de
Saxons dans leurs Etats , plus
358 MERCURE
"
il y doit faire groffir le nombre de fes Troupes , fans lef
quelles il ne peut eftre bien af
fermi fur le Tiône. Enfin de
quelque cofté que l'on envifa
ge la fituation des Affaires , il
paroift que toutes les Puiffan
ces ont befoin de leurs Troum
pes , & que quand les Alliezauroient plus d'argent à leur don
ner qu'ils n'en ont en effet , ils
ont trop befoin deleurs Trou.
pes pour les envoyer hors de
chez eux , & peut- cftre , comme nous verrons dans la fuite,
les Augios feront- ils obligez
d'en referver beaucoup chez
GALANT 359
eux , puifqu'il eft impoffible
que le feu de la divifion quis'y
eft mis , puiffe eftre ftoft
éteint , & qu'il le puiffe même
eftre qu'en apparence , car les
divifions caufées par des affaires de Religion finiffent rarement ; & lors qu'on les croit
finies , elles ne font qu'affoupics , & font toûjours prêtes à
reprendre feu. A l'égard des Affaires d'El
pagne , elles fe trouvent, aujourd'huy dans une fi heureufe fituation qu'elle eft en état
de fe procurer feule fa gloire
& fon bonheur fans rien de-
360 MERCURE
voir à perfonne , & de maintenir fur fes Trônes le Monarqueà qui ils appartiennentlegitiment ; qu'elle a reconnu avec
joye , & audevant duquel elle a
envoyé avec unempreffement
remplyd'allegreffe ; de maniere
qu'elle n'auroir pas fait autre
ment quand elle l'auroit ellement choifi. Et en effet c'étoit
le choifir que de reconnoître
fesdroits fondez fur la nature
& declarez juftes par fon dernier Monarque mourant , &
en prefence de fon Dieu , ce
qu'il n'auroit pas fait s'il avoit
ctû le contraire dans le moment
GALANT 361
ment qu'il eftoit preft de luy
aller rendre compte de fes actions , &fes droits font fi vifi;
bles & fi inconteſtables , que
toutes les Puiffances de l'Europe qui les luy diſputent aujourd'huy , les ont non feulementreconnus , mais ont même efté jufqu'à Madrid l'affurer de cette reconnoiſſance , &
ont demeuré à fa Cour, foit
en qualité d'Ambaffadeurs ,
foit en qualité d'Envoyez pour
yrefider. De maniere quetoutes les Puiffances qui font liguées aujourd huy contre luy,
excepté la Maifon d'Autriche
Mars 1710.
.Hh
362 MERCURE
fur
qui ne veut pas reconnoître
fon droit , n'ont des rai- que
fons politiques pour le faire
defcendre d'un Trône auquel
tant d'autres font unis , & qui
luy appartient legitimement.
Leurs raifons font fi foibles ,
que n'eftint fondées que
la politique, &non fur le droit,
ils fe font laffez d'en parler, ou
plûtôt ils en ont eu honte.
Ainfi il n'eft plus queftion parmy les Alliez pour détrôner
Philippes V. d'autres raifons ,
que de raifons de bien-ſeance;
& c'eft pourquoy le Ciel qui
n'approuve pas ces raifons , a
GALANT 363
toûjours protegé fi vifiblement cette Couronne , & la
protege encore contre toutes
les Puiffances liguées qui l'attaquent , & que les feuls Elpagnols ont entrepris de défendre aux dépens de tout leur
fang & de tout leur bien. Ils
font charmez de la juftice
de l'efprit , de la valeur &
de la douceur du Monarque
qui les gouverne , & de la Reine fon époufe en qui toutes
les vertus abondent , & qui en
plufieurs occafions a fait voir
le cœur d'une veritable Amazone, & qui feroit digne de
Hhij
364 MERCURE
commander fi , ayant dit que
l'occafion s'en prefentoit , elle
iroit à la tefte de l'Armée avec
le Prince fon fils ; qui ne fait
pas plus de dépenfe qu'une
Dame particuliere , & qui envoye chaque jour à la Caiſſe
Militaire tout ce qu'elle reçoit
pour fon entretien , fuivant la
grandeur de fon rang. Enfin
il paroît que le Ciel a beny
cette Monarchie , & le Roy &
la Reine d'Efpagne , puifqu'il
leur a donné un fucceffeur , la
feule chofe qu'il pouvoit leur
manquer. Ils ont le plaifir de
voir aujourd'huy ſous les ar-
GALANT 365
més , pour maintenir leurs
droits , toute l'Efpagne ; c'eftà-dire , un monde entier , fans
avoir befoin d'aucun fecours
étranger. L'argent ne leur manque point non plus que les
hommes. Tous les Royaumes
leur donnent gratuitement
tout ce qui fe trouvent chez
eux , les uns des Chevaux ,
les autres des Vivres , & le
Clergé , même leur a offert
toute l'Argenterie de leurs Eglifes qui eft nombreuſe en Efpagne , ce qu'ils n'accepteront
qu'en cas qu'ils en ayent un
preffant befoin , ce qui n'arriHhv
366 MERCURE
vera pas pendant le cours de la
Campagne qui va commencer;
de forte qu'ils pourront garder
cette reffource pour une autre
Campagne, ainfi que l'argent
de la florte du Mexique qui
vient d'arriver à Cadix , fans
les grandes fommes qui peuvent continuellement arriver
du Perou, d'où ils peuvent toû
jours en attendre , & que l'on
ne manquera pas de leur envoyer pour foûtenir la gloire
d'une Nation qui va feule fe
défendre glorieuſement contre un Monde d'Ennemis. La
fituation des affaires eft telle ,
9
GALANT 367
que les Alliez ne pouvant envoyer contre l'Espagne des
Troupes que par Mer , toute
l'Europe s'épuiferoit d'hommes avant que de pouvoir former en Espagne une Armée
qui fut à beaucoup prés capable de tenir tefte aux fidelles
Efpagnols , parce que le trajet
feroit périr beaucoup d'hommes & de chevaux , à caufe des
maladies que l'air de la Mer
caufe parmy les Troupes de
tranfport qui ne font pas accoûtumées à faire un long féjour fur Mer , & de la mortalité qu'il caufe parmy les Che
368 MERCURE
;
vaux , joint à ce que les tempêtes fontperir de Vaiffeaux
& par confequent d'hommes
& de chevaux , & que l'air du
Pays atoûjours fait auffi mourir beaucoup de ceux qui yfont
arrivez à bon port ; en forte
que par les calculs que l'on a
fouvent faits , on a trouvé que
de toutes les troupes qu'on envoyoit par Mer en Espagne &
en Portugal , le cinquième
homme pouvoit à peine être
en état de rendre fervice.
Quand aprés tant de pertes
&de dépenfes , les Alliez pourroient former une Armée ca-
GALANT 369
pable de faire quelque tentative , il luy feroit abfolument
impoffible de conquerir tous
les Royaumes d'Espagne les
uns aprés les autres , & avant
que d'avoir pû emporter quelques Places , ces troupes feroient tellement diminuées que
les Alliez feroient obligez à
recommencer les mêmes dépenfes , & à faire les mêmes.
efforts ; de forte qu'aprés quelque temps toutes leurs forces
periroient , & qu'ils ne pou
roient continuer à faire des
levées qui n'auroient pas un
meilleur fuccés. Ainfil'on peut
370 MERCURE
dire que l'Espagne eft prefentement comme un rocher au
milieu de la Mer , contre lequeltous les Vaiffeaux qui en
approcheroient fe briferoient.
Je reviens à ce qui regarde
l'affaire du Docteur Sacheverel dont je vous ay déja parlé.
Il eft impoffible , tant que la
face des affaires , & la face du
Gouvernement ne feront pas
changées , que l'Angleterre ,
&fur tout la Ville de Londres
ne s'en reffentent , & que
plus grande partie des Troupes de l'un & de l'autre Parti
puiffent abandonner Londres
la
GALANT 371
1
fans craindre que leur party
foit infulté , ce quifera grand
tort aux Affaires du Royaumedans la fituation où elles fe
trouvent aujourd'huy, puifque,
de la maniereque tournent les
Affaires , les Alliez doivent avoir befoin de Troupes Angloifes , &fur tout s'il arrive ,
comme il s'y trouve beaucoup
d'apparence que les Troupes
Danoifes , celle du Roy Augufte , & celles de l'Electeur de
Brandebourg en foient rappellées. Ce qui donne lieu
de le craindre , eft que ces
Puiffances ayant engagé pour
372 MERCURE
leurs propres intereft le Roy
de Dannemarck d'attaquer le
Royde Suede , elles fe trouvent
engagées à foûtenir S. M. D.
pour nela pas laiffer périr , &
que d'ailleurs fi elles l'abandonnent , le Roy de Suede avançant toûjours , & fe faifant
jour par tout , pouroit encore
s'agrandir , & leur tailler bien
de la befogne. Et ainfi les Allicz qui fouffrent de tant de
manieres en Flandre auroient
bien de la peine à y continuer
guerre, ou pour mieux dire
nel'y pouroient foûtenir. Ainfila Cour d'Angleterre doit de
plus
la
GALANT 373
plus en plus ouvrir lesyeux fur
la faute qu'elle a faite en attaquant le Docteur Sacheverel.
Tous ceux dont on a pillé les
Temples auront raiſon auffibien que les Anglicans , de ne
pas envoyer hors du Royaume
les Troupes de leur Religion
& fi les premiers ont cité infultez ils n'en doivent accufer
que ceux qui gouvernent en
Angleterre qui auroient pû
feindre de n'avoir pas remarqué ce que le Docteur Sacheverel avoit prêché,puifqu'il n'a
fait que parler pour la Religion dominante du Pays , &
Mars 1710. I i
374 MERCURE
établie par les Loix , & que les
autres ne font que tollerées
pour les interefts de la Reine ,
& par une politique dont je
vous ay fouvent parlé , & que
je vous ay amplement expli
quée.
La Caufe du Docteur Sacheverel eft fi jufte que fes Avocats le jour qu'ils commencerent à répondre à fes accufations , ne firent autre chofe que
lire des Homelies , des Sermons , & d'autres ouvrages
qui enfeignent la même Doctrine qu'il a prêchée & qui elt
autorisée par les Livres ap-
GALANT 375
prouvez par le Parlement
Le Chevalier Harcourt plaidant en faveur de ce Docteur
fur le premier Chef d'accufation , dit entre autres chofes ,
que le Docteur Sacheverel n'avoit rien avancé contre la revolution , & que s'il avoit toûjours foûtenu la Doctrine de
l'obéïffance paffive , il avoit une foule de garents & d'autoritez parmy les fameux Docteurs de l'Eglife Anglicane ,
tant morts que vivants , & entr'autres plus de vingt Archevêques ou Evêques , dont quelques-uns étoient là pour le ju
Ii ij
376 MERCURE
ger , & dans les Sermons ou
certe Doctrine étoit maintenuë , quiavoient eftéimprimez
par ordre exprés de S. M. ou
de la Chambredes Pairs.
Le lendemain les quatre Avocats du Docteur Sacheverel
produifirent un figrand nombre de preuves pour la Doctrine de l'obéillance paffive ,
que cela occupa la Cour depuis onze heures du matin juf
qu'à fix heures du ſoir.
Les accufations faites contre le Docteur Sacheverelfont
fi criantes , & ont tellement
irrité tous les Anglicans , que
GALANT 377
2
nonobſtant les pourſuites qu'2
ils ont vû faire contre ce Docteur , ils font prefts de l'imiter
en tout ce qui regardera leur
Miniftere lorfqu'ils fe trouveront en pareilles occafions fans
craindre d'encourir la difgrace
de la Cour , & il eft arrivé làdeffus un fait auffi extraordinaire que furprenant , & qui
fait voir que les Docteurs de
Egliſe Anglicane la défendront toûjours. Ce fait eft arrivé en preſence de la Reine , &
l'on pouroit dire en s'adreffant
à elle-même , puifqu'il parloit
à l'Auditoire dont cette PrinIi iij
378 MERCURE
ceffe étoit à la tête.
Mr Palmer ayant eſté nommé par l'Evêque de Londres
pour prêcher dans la Chapelle
de la Reine à Witchall , il obéït ; mais dans fon Sermon il
pria Dieu pour le Docteur Sacheverel commepour unhomme perfecuté , & comme la
Reine a donné ordre à l'Evêque de Londres de le fufpendre de fes fonctions ; ce procedé qui eſt auſſi hardy que
glorieux pour ce Predicateur ,
a efté fort applaudi des Anglicans , & l'on peut juger par là
des fuites que l'on doit crainK
GALANT 379
dre de cette affaire , & de la
combuftion où se trouve toute la Nation Angloiſe , qui
penfera moins à l'avenir aux
affaires du dehors qu'à celles du
dedans , tous les chaftimens
n'ayant fait que l'aigrir , &
chacun ne fongeant plus qu'à
la défenfe de fa caufe, & à fa
défenſe même.
Enfin pour mieux faire remarquer la fituation violente
oùfe trouvent les chofes , il me
fuffira de vous dire que l'on
prêche hautement dans Londres contre l'injuftice du Gou
vernement.
Affaires de l'Europe telles qu'el
les fe trouvent dans le moment
que je vous écris. Je dis dans le
moment que je vous écris , car
il pourroit y avoir du changement dans le temps que vous
recevrez ma Lettre.
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GALANT 35%
De quelque cofté que l'Em
pereur regarde fes Affaires , il
fe trouve fort embaraffé. Il eft
certain que fes Troupes ont
efté battues en plufieurs occafions par les Confederez
d'Hongrie , & qu'il a fait une
perte confiderable , qui a efté
fuivie de celle de l'Ile de Schut.
Ce font des faits conftants
dont les nouvelles publiques
imprimées chez les Alliez mêmes font mention. On doit
remarquer que l'Ifle de Schut,
n'eftant qu'à douze lieües de
Vienne , les Confederez peuvent faire des courfes juſqu'à
352 MERCURE
fes Porres , & que l'on n'en
fortir fans rifquer beau- peut
coup.
Les Cercles ne fe font pas
encore mis en devoir de lever
un fol, ni un homme pour tenir tefte à une Armée victoricufe & de prés de cinquante
millehommes que les François
ont du cofté du haut Rhin.
Cette Armée ne manque de
rien , ayant tiré les Contributions que les Allemans ont efté
obligez de luy payer moitié en
argent & moitié en grains.
L'Empereur ne peut efperer
aucunes Troupes de Danne-
GALANT 353
marck , & fur tout depuis la
derniere Bataille , ny d'aucun
autre cofté ; de maniere qu'il
fe trouve obligé de faire revenir d'Italie huit mille hömmes de fes meilleures Troupes,
qui ne fuffiront pas pour envoyer du cofte d'Hongrie &
du cofté du Rhin ; & ces Troupes , tirées d'Italie feront caufe
que Monfieur le Duc de Savoyenefera pas affez fort pour
mettre une Armée en Campagne. Joignez à cela qu'il luy
fera tres- difficile de tirer des
fubfides d'Angleterre , puis
qu'elle n'a pas tous les fonds
"Mars 1710. Gg
354 MERCURE
neceffaires pour faire la Campagne prochaine , & qu'il luy
fera abfolument impoffible de
rien tirer des Hollandois , qui
manquent encore beaucoup
plus d'argent , & des chofes
neceffaires pour faire la Campagne que les Anglois. Cefone
des faits connus, & publiezpar
eux-mêmes.
2
Quant à la France elle ne
manque point de Troupes , &
elles font invincibles lorfqu'elles font bien conduites. Ses
fonds feront plus que fuffifans
pout faire une gleufe Campagne. Le rachatla Paulet-
GALANT 355
de celuy de la Capitation
du Clergé , de plufieurs Affaires & de plufieurs autres
Particuliers qui ont laiffé en
mourant des fommes immenfes qui appartiennent au Roy,
& de fes revenus ordinaires qui
commencent à produire beaucoup , & qu'une grande recolte que le Ciel femble luy promettre , doit encore augmenter beaucoup , remettront fes
affaires dans une bonne fituation. Joignez à cela qu'elle
doit tirer une grande quantité
de bleds du Languedoc , que
la Bretagne luy en fournit tous
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Gg ij
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les jours ; qu'il en eſto venu
beaucoup du Levant ; qu'il en
vient encore tous les jours deo
ce cofté- là , & que tout celuy
du premier envoy que les Ge
nois devoient faire eft arrivé à
Marſeille , oùilyena quaranté
mille muids que l'on a com
mencé à fairevenir de ce coftécy, & dont une partie arrivera
inceffamment à Paris. Jenedis
rien de tous les fruits de la terre dont il paroift que nous de
vons avoir une abondante recolte. Toutes les Recrues des
Troupes font faites il ya déja
long temps , & lorfqu'il fera
GALANT 357
temps d'entrer en Campagne,
les Alliez connoîtront qu'ils
onc efté longtemps abufez fur
la veritable fituation de nos
affaires.
Il paroift qu'ils doivent peu
compter fur les Troupes Saxo
nes. Le Roy Auguſte , il eft
vray, cft retourné en Pologne;
mais comme les affaires de ce
Royaume font encore dans un
granddefordre , & que tous les
Partis ne luy font pas favorables , il a beſoin de Troupes
pour s'y maintenir , & moins
les Polonois veulent voir de
Saxons dans leurs Etats , plus
358 MERCURE
"
il y doit faire groffir le nombre de fes Troupes , fans lef
quelles il ne peut eftre bien af
fermi fur le Tiône. Enfin de
quelque cofté que l'on envifa
ge la fituation des Affaires , il
paroift que toutes les Puiffan
ces ont befoin de leurs Troum
pes , & que quand les Alliezauroient plus d'argent à leur don
ner qu'ils n'en ont en effet , ils
ont trop befoin deleurs Trou.
pes pour les envoyer hors de
chez eux , & peut- cftre , comme nous verrons dans la fuite,
les Augios feront- ils obligez
d'en referver beaucoup chez
GALANT 359
eux , puifqu'il eft impoffible
que le feu de la divifion quis'y
eft mis , puiffe eftre ftoft
éteint , & qu'il le puiffe même
eftre qu'en apparence , car les
divifions caufées par des affaires de Religion finiffent rarement ; & lors qu'on les croit
finies , elles ne font qu'affoupics , & font toûjours prêtes à
reprendre feu. A l'égard des Affaires d'El
pagne , elles fe trouvent, aujourd'huy dans une fi heureufe fituation qu'elle eft en état
de fe procurer feule fa gloire
& fon bonheur fans rien de-
360 MERCURE
voir à perfonne , & de maintenir fur fes Trônes le Monarqueà qui ils appartiennentlegitiment ; qu'elle a reconnu avec
joye , & audevant duquel elle a
envoyé avec unempreffement
remplyd'allegreffe ; de maniere
qu'elle n'auroir pas fait autre
ment quand elle l'auroit ellement choifi. Et en effet c'étoit
le choifir que de reconnoître
fesdroits fondez fur la nature
& declarez juftes par fon dernier Monarque mourant , &
en prefence de fon Dieu , ce
qu'il n'auroit pas fait s'il avoit
ctû le contraire dans le moment
GALANT 361
ment qu'il eftoit preft de luy
aller rendre compte de fes actions , &fes droits font fi vifi;
bles & fi inconteſtables , que
toutes les Puiffances de l'Europe qui les luy diſputent aujourd'huy , les ont non feulementreconnus , mais ont même efté jufqu'à Madrid l'affurer de cette reconnoiſſance , &
ont demeuré à fa Cour, foit
en qualité d'Ambaffadeurs ,
foit en qualité d'Envoyez pour
yrefider. De maniere quetoutes les Puiffances qui font liguées aujourd huy contre luy,
excepté la Maifon d'Autriche
Mars 1710.
.Hh
362 MERCURE
fur
qui ne veut pas reconnoître
fon droit , n'ont des rai- que
fons politiques pour le faire
defcendre d'un Trône auquel
tant d'autres font unis , & qui
luy appartient legitimement.
Leurs raifons font fi foibles ,
que n'eftint fondées que
la politique, &non fur le droit,
ils fe font laffez d'en parler, ou
plûtôt ils en ont eu honte.
Ainfi il n'eft plus queftion parmy les Alliez pour détrôner
Philippes V. d'autres raifons ,
que de raifons de bien-ſeance;
& c'eft pourquoy le Ciel qui
n'approuve pas ces raifons , a
GALANT 363
toûjours protegé fi vifiblement cette Couronne , & la
protege encore contre toutes
les Puiffances liguées qui l'attaquent , & que les feuls Elpagnols ont entrepris de défendre aux dépens de tout leur
fang & de tout leur bien. Ils
font charmez de la juftice
de l'efprit , de la valeur &
de la douceur du Monarque
qui les gouverne , & de la Reine fon époufe en qui toutes
les vertus abondent , & qui en
plufieurs occafions a fait voir
le cœur d'une veritable Amazone, & qui feroit digne de
Hhij
364 MERCURE
commander fi , ayant dit que
l'occafion s'en prefentoit , elle
iroit à la tefte de l'Armée avec
le Prince fon fils ; qui ne fait
pas plus de dépenfe qu'une
Dame particuliere , & qui envoye chaque jour à la Caiſſe
Militaire tout ce qu'elle reçoit
pour fon entretien , fuivant la
grandeur de fon rang. Enfin
il paroît que le Ciel a beny
cette Monarchie , & le Roy &
la Reine d'Efpagne , puifqu'il
leur a donné un fucceffeur , la
feule chofe qu'il pouvoit leur
manquer. Ils ont le plaifir de
voir aujourd'huy ſous les ar-
GALANT 365
més , pour maintenir leurs
droits , toute l'Efpagne ; c'eftà-dire , un monde entier , fans
avoir befoin d'aucun fecours
étranger. L'argent ne leur manque point non plus que les
hommes. Tous les Royaumes
leur donnent gratuitement
tout ce qui fe trouvent chez
eux , les uns des Chevaux ,
les autres des Vivres , & le
Clergé , même leur a offert
toute l'Argenterie de leurs Eglifes qui eft nombreuſe en Efpagne , ce qu'ils n'accepteront
qu'en cas qu'ils en ayent un
preffant befoin , ce qui n'arriHhv
366 MERCURE
vera pas pendant le cours de la
Campagne qui va commencer;
de forte qu'ils pourront garder
cette reffource pour une autre
Campagne, ainfi que l'argent
de la florte du Mexique qui
vient d'arriver à Cadix , fans
les grandes fommes qui peuvent continuellement arriver
du Perou, d'où ils peuvent toû
jours en attendre , & que l'on
ne manquera pas de leur envoyer pour foûtenir la gloire
d'une Nation qui va feule fe
défendre glorieuſement contre un Monde d'Ennemis. La
fituation des affaires eft telle ,
9
GALANT 367
que les Alliez ne pouvant envoyer contre l'Espagne des
Troupes que par Mer , toute
l'Europe s'épuiferoit d'hommes avant que de pouvoir former en Espagne une Armée
qui fut à beaucoup prés capable de tenir tefte aux fidelles
Efpagnols , parce que le trajet
feroit périr beaucoup d'hommes & de chevaux , à caufe des
maladies que l'air de la Mer
caufe parmy les Troupes de
tranfport qui ne font pas accoûtumées à faire un long féjour fur Mer , & de la mortalité qu'il caufe parmy les Che
368 MERCURE
;
vaux , joint à ce que les tempêtes fontperir de Vaiffeaux
& par confequent d'hommes
& de chevaux , & que l'air du
Pays atoûjours fait auffi mourir beaucoup de ceux qui yfont
arrivez à bon port ; en forte
que par les calculs que l'on a
fouvent faits , on a trouvé que
de toutes les troupes qu'on envoyoit par Mer en Espagne &
en Portugal , le cinquième
homme pouvoit à peine être
en état de rendre fervice.
Quand aprés tant de pertes
&de dépenfes , les Alliez pourroient former une Armée ca-
GALANT 369
pable de faire quelque tentative , il luy feroit abfolument
impoffible de conquerir tous
les Royaumes d'Espagne les
uns aprés les autres , & avant
que d'avoir pû emporter quelques Places , ces troupes feroient tellement diminuées que
les Alliez feroient obligez à
recommencer les mêmes dépenfes , & à faire les mêmes.
efforts ; de forte qu'aprés quelque temps toutes leurs forces
periroient , & qu'ils ne pou
roient continuer à faire des
levées qui n'auroient pas un
meilleur fuccés. Ainfil'on peut
370 MERCURE
dire que l'Espagne eft prefentement comme un rocher au
milieu de la Mer , contre lequeltous les Vaiffeaux qui en
approcheroient fe briferoient.
Je reviens à ce qui regarde
l'affaire du Docteur Sacheverel dont je vous ay déja parlé.
Il eft impoffible , tant que la
face des affaires , & la face du
Gouvernement ne feront pas
changées , que l'Angleterre ,
&fur tout la Ville de Londres
ne s'en reffentent , & que
plus grande partie des Troupes de l'un & de l'autre Parti
puiffent abandonner Londres
la
GALANT 371
1
fans craindre que leur party
foit infulté , ce quifera grand
tort aux Affaires du Royaumedans la fituation où elles fe
trouvent aujourd'huy, puifque,
de la maniereque tournent les
Affaires , les Alliez doivent avoir befoin de Troupes Angloifes , &fur tout s'il arrive ,
comme il s'y trouve beaucoup
d'apparence que les Troupes
Danoifes , celle du Roy Augufte , & celles de l'Electeur de
Brandebourg en foient rappellées. Ce qui donne lieu
de le craindre , eft que ces
Puiffances ayant engagé pour
372 MERCURE
leurs propres intereft le Roy
de Dannemarck d'attaquer le
Royde Suede , elles fe trouvent
engagées à foûtenir S. M. D.
pour nela pas laiffer périr , &
que d'ailleurs fi elles l'abandonnent , le Roy de Suede avançant toûjours , & fe faifant
jour par tout , pouroit encore
s'agrandir , & leur tailler bien
de la befogne. Et ainfi les Allicz qui fouffrent de tant de
manieres en Flandre auroient
bien de la peine à y continuer
guerre, ou pour mieux dire
nel'y pouroient foûtenir. Ainfila Cour d'Angleterre doit de
plus
la
GALANT 373
plus en plus ouvrir lesyeux fur
la faute qu'elle a faite en attaquant le Docteur Sacheverel.
Tous ceux dont on a pillé les
Temples auront raiſon auffibien que les Anglicans , de ne
pas envoyer hors du Royaume
les Troupes de leur Religion
& fi les premiers ont cité infultez ils n'en doivent accufer
que ceux qui gouvernent en
Angleterre qui auroient pû
feindre de n'avoir pas remarqué ce que le Docteur Sacheverel avoit prêché,puifqu'il n'a
fait que parler pour la Religion dominante du Pays , &
Mars 1710. I i
374 MERCURE
établie par les Loix , & que les
autres ne font que tollerées
pour les interefts de la Reine ,
& par une politique dont je
vous ay fouvent parlé , & que
je vous ay amplement expli
quée.
La Caufe du Docteur Sacheverel eft fi jufte que fes Avocats le jour qu'ils commencerent à répondre à fes accufations , ne firent autre chofe que
lire des Homelies , des Sermons , & d'autres ouvrages
qui enfeignent la même Doctrine qu'il a prêchée & qui elt
autorisée par les Livres ap-
GALANT 375
prouvez par le Parlement
Le Chevalier Harcourt plaidant en faveur de ce Docteur
fur le premier Chef d'accufation , dit entre autres chofes ,
que le Docteur Sacheverel n'avoit rien avancé contre la revolution , & que s'il avoit toûjours foûtenu la Doctrine de
l'obéïffance paffive , il avoit une foule de garents & d'autoritez parmy les fameux Docteurs de l'Eglife Anglicane ,
tant morts que vivants , & entr'autres plus de vingt Archevêques ou Evêques , dont quelques-uns étoient là pour le ju
Ii ij
376 MERCURE
ger , & dans les Sermons ou
certe Doctrine étoit maintenuë , quiavoient eftéimprimez
par ordre exprés de S. M. ou
de la Chambredes Pairs.
Le lendemain les quatre Avocats du Docteur Sacheverel
produifirent un figrand nombre de preuves pour la Doctrine de l'obéillance paffive ,
que cela occupa la Cour depuis onze heures du matin juf
qu'à fix heures du ſoir.
Les accufations faites contre le Docteur Sacheverelfont
fi criantes , & ont tellement
irrité tous les Anglicans , que
GALANT 377
2
nonobſtant les pourſuites qu'2
ils ont vû faire contre ce Docteur , ils font prefts de l'imiter
en tout ce qui regardera leur
Miniftere lorfqu'ils fe trouveront en pareilles occafions fans
craindre d'encourir la difgrace
de la Cour , & il eft arrivé làdeffus un fait auffi extraordinaire que furprenant , & qui
fait voir que les Docteurs de
Egliſe Anglicane la défendront toûjours. Ce fait eft arrivé en preſence de la Reine , &
l'on pouroit dire en s'adreffant
à elle-même , puifqu'il parloit
à l'Auditoire dont cette PrinIi iij
378 MERCURE
ceffe étoit à la tête.
Mr Palmer ayant eſté nommé par l'Evêque de Londres
pour prêcher dans la Chapelle
de la Reine à Witchall , il obéït ; mais dans fon Sermon il
pria Dieu pour le Docteur Sacheverel commepour unhomme perfecuté , & comme la
Reine a donné ordre à l'Evêque de Londres de le fufpendre de fes fonctions ; ce procedé qui eſt auſſi hardy que
glorieux pour ce Predicateur ,
a efté fort applaudi des Anglicans , & l'on peut juger par là
des fuites que l'on doit crainK
GALANT 379
dre de cette affaire , & de la
combuftion où se trouve toute la Nation Angloiſe , qui
penfera moins à l'avenir aux
affaires du dehors qu'à celles du
dedans , tous les chaftimens
n'ayant fait que l'aigrir , &
chacun ne fongeant plus qu'à
la défenfe de fa caufe, & à fa
défenſe même.
Enfin pour mieux faire remarquer la fituation violente
oùfe trouvent les chofes , il me
fuffira de vous dire que l'on
prêche hautement dans Londres contre l'injuftice du Gou
vernement.
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Résumé : Situation des Affaires de l'Europe, [titre d'après la table]
En mars 1710, la situation politique et militaire en Europe est marquée par des difficultés pour l'Empereur. Ses troupes ont subi plusieurs défaites, notamment en Hongrie et à l'île de Schut, près de Vienne. Les cercles impériaux n'ont pas encore mobilisé de fonds ou de soldats pour affronter l'armée française victorieuse près du Rhin. L'Empereur ne peut compter sur des renforts du Danemark ou d'autres alliés et doit rapatrier des troupes d'Italie, affaiblissant ainsi la défense en Savoie. Les finances de l'Angleterre et des Pays-Bas sont également insuffisantes pour soutenir une campagne. En revanche, la France dispose de troupes nombreuses et bien équipées, avec des fonds suffisants grâce à divers rachats et revenus royaux. Les récoltes abondantes et les importations de blé assurent une bonne situation alimentaire. Les recrues sont prêtes et les alliés sous-estiment la véritable situation des affaires françaises. Les troupes saxonnes sont nécessaires en Pologne pour maintenir le roi Auguste face à l'opposition locale. Toutes les puissances européennes ont besoin de leurs troupes et les alliés, malgré leurs ressources financières, manquent de soldats à envoyer à l'extérieur. En Espagne, la situation est favorable au roi Philippe V, légitimement reconnu et soutenu par les Espagnols, qui fournissent volontairement hommes et ressources. Les alliés ne peuvent envoyer des troupes par mer sans subir de lourdes pertes, comparant la situation en Espagne à un rocher imprenable. En Angleterre, l'affaire du Docteur Sacheverell, dont les prédications ont causé des tensions, est un point crucial. Le Chevalier Harcourt, chef d'accusation contre Sacheverell, a affirmé que ce dernier n'avait jamais contesté la révolution et soutenait la doctrine de l'obéissance passive, partagée par de nombreux docteurs de l'Église Anglicane. Les sermons de ces autorités, imprimés par ordre du roi ou de la Chambre des Pairs, maintenaient cette doctrine. Les accusations ont suscité une forte réaction parmi les Anglicans, prêts à imiter Sacheverell malgré les poursuites. Un fait notable est survenu en présence de la reine : Mr Palmer, nommé par l'évêque de Londres pour prêcher à la chapelle de la reine, a prié pour Sacheverell comme pour un homme persécuté, acte applaudi par les Anglicans. La situation est tendue, avec des prêches contre l'injustice du gouvernement à Londres, la nation étant plus préoccupée par les affaires intérieures que par les affaires extérieures.
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244
p. 164-167
Article de Marine. [titre d'après la table]
Début :
J'oubliay le mois passé lors que je fermay ma Lettre, d'y [...]
Mots clefs :
Marine, Commandant, Bâtiment, Capitaine, Corsaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Article de Marine. [titre d'après la table]
J'oubliay le mois paffé lors
que je fermay ma Lettre , d'y
mettre les Articles de Marine
que vous allez lire.
De Dunkerque le 6. Mars.
Les Vaiffeaux du Roy l'Augufte & le Blackwal , ont amené
un Baftiment Hollandois char
gé de Moruë.
De Bordeaux le 8. Mars.
Le Vaiffeau la -Bellone de
Bordeauxya conduit une Priſe
CALANT 165
Angloife nommée l'Agnés de
Glafcom, chargée de Sucre , de
Cotton, & de Gingembre , venant d'Antigue , Ifle Angloife.
De Breft le 10. Mars.
Mr Hamel Commandant
la Fregatte du Roy la Victoire,
a pris le Navire l'Ecureuil , venant de Ligourne chargé de
vin de Florence & de marbre ,
deſtiné pour Londres , aprés
une heure de Combat dans lequel Mr Hamel a eu trois
hommes tuez & cinq bleffez.
166 MERCURE
De Calais le z2 . Mars
Le Capitaine Mathieu Car--
don Commandant le Corfaire
nommé le Maréchal de Boufflers, a pris un Baftiment Hol
landois de 70. tonneaux fortant de Rotterdam pour
Aberdein, Nord- d'Angleterre,
chargé de briques , poteries
chanvres , papiers , fil de fer ,
peintures , & épiceries.
aller à
,
Le Capitaine Alexandre
Dalzel Commandant le Dogre
l'Experience , a amené une rançon de 32 50. livres.
GALANT 167
De S. Malo le 5. Mars.
Le Corfaire le Chaffeura pris
un Paquebot Anglois venant
de Lifbonne , fur lequel il y
avoit plufieurs Officiers de cette Nation , deux Suedois , &
quatre Marchands Hollandoispaffagers.
LaMarguerite a repris deux
Barques chargées de vin de
Bordeaux qui avoient eſté enlevées par des Corfaires de
Jerfé.
que je fermay ma Lettre , d'y
mettre les Articles de Marine
que vous allez lire.
De Dunkerque le 6. Mars.
Les Vaiffeaux du Roy l'Augufte & le Blackwal , ont amené
un Baftiment Hollandois char
gé de Moruë.
De Bordeaux le 8. Mars.
Le Vaiffeau la -Bellone de
Bordeauxya conduit une Priſe
CALANT 165
Angloife nommée l'Agnés de
Glafcom, chargée de Sucre , de
Cotton, & de Gingembre , venant d'Antigue , Ifle Angloife.
De Breft le 10. Mars.
Mr Hamel Commandant
la Fregatte du Roy la Victoire,
a pris le Navire l'Ecureuil , venant de Ligourne chargé de
vin de Florence & de marbre ,
deſtiné pour Londres , aprés
une heure de Combat dans lequel Mr Hamel a eu trois
hommes tuez & cinq bleffez.
166 MERCURE
De Calais le z2 . Mars
Le Capitaine Mathieu Car--
don Commandant le Corfaire
nommé le Maréchal de Boufflers, a pris un Baftiment Hol
landois de 70. tonneaux fortant de Rotterdam pour
Aberdein, Nord- d'Angleterre,
chargé de briques , poteries
chanvres , papiers , fil de fer ,
peintures , & épiceries.
aller à
,
Le Capitaine Alexandre
Dalzel Commandant le Dogre
l'Experience , a amené une rançon de 32 50. livres.
GALANT 167
De S. Malo le 5. Mars.
Le Corfaire le Chaffeura pris
un Paquebot Anglois venant
de Lifbonne , fur lequel il y
avoit plufieurs Officiers de cette Nation , deux Suedois , &
quatre Marchands Hollandoispaffagers.
LaMarguerite a repris deux
Barques chargées de vin de
Bordeaux qui avoient eſté enlevées par des Corfaires de
Jerfé.
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Résumé : Article de Marine. [titre d'après la table]
En mars, plusieurs événements maritimes notables ont été rapportés. À Dunkerque, le 6 mars, les vaisseaux Auguste et Blackwall ont capturé un navire hollandais chargé de morue. À Bordeaux, le 8 mars, La Bellone a conduit une prise anglaise, l'Agnès de Glascom, chargée de sucre, de coton et de gingembre, en provenance d'Antigua. À Brest, le 10 mars, la frégate La Victoire, commandée par M. Hamel, a pris le navire L'Écureuil, venant de Livourne et chargé de vin de Florence et de marbre destiné à Londres, après un combat ayant causé trois morts et cinq blessés. À Calais, le 22 mars, le corsaire Le Maréchal de Boufflers a capturé un bâtiment hollandais de 70 tonneaux en provenance de Rotterdam à destination d'Aberdeen, chargé de divers produits. Le capitaine Alexandre Dalzel a amené une rançon de 32 500 livres. À Saint-Malo, le 5 mars, le corsaire Le Chasseur a pris un paquebot anglais venant de Lisbonne avec plusieurs passagers, et La Marguerite a repris deux barques chargées de vin de Bordeaux enlevées par des corsaires de Jersey.
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245
p. 266-310
Article concernant tous les nouveaux Brigadiers, & qui fait connoistre leurs services, & les Corps dont ils ont esté tirez. [titre d'après la table]
Début :
Je vous marquay dans ma derniere Lettre que je ne vous [...]
Mots clefs :
Nouveaux brigadiers, Colonel, Régiment, Marquis, Chevalier, Bataille, Roi, Lieutenants généraux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Article concernant tous les nouveaux Brigadiers, & qui fait connoistre leurs services, & les Corps dont ils ont esté tirez. [titre d'après la table]
Je vous marquay dans Ima
derniere Lettre que ju nd vous
dirois rien des nouveaux Lieutenans Generaux , & des nouveaux Maréchaux de Camp ,
parce que je vous en ay parlé à
meſure qu'ils font montez à
ces premiers poftes de la guer
re ; mais comme il left plus
difficile de parler des nouveaux
3GALANT 267
Brigadiers , à caufe que n'ayant
point encore rempli le pofte
d'Officiers generaux , ils ne font
fouvent connus que par leurs
noms , & que l'on a mefme de
la peine à fçavoir quels eftoient
leurs Emplois avant que d'avoir la qualité de Brigadiers.
La recherchequ'il en faut faire
pour en parler jufte , eſt tresgrande , & je crois en eftre venu à boutàa peu de chofe prés;
carab eft prefque impoffible
que l'on ne faffe quelques fau
tes en parlant d'un fi grand
nombre d Officiers. Je com
mence par les Brigadiers d'InZ ij
268 MERCURE
fanterie fuivant l'ordre de leur
nomination. AM Steegia
Mr.Reynold de Valier , Capitaine aux Gardes Suiffes , &
Chevalier de S. Louis. Il fert
en France il y a plus de 20.
ans. Il fe trouva à la Bataille de
Nerwinde où il fut bleffery
n'eftant alors qu'Officier fubalterne.
ede
Mr Reding, Capitaine aux
Gardes Suiffes , avec Brevet de
Colonel. Il eft attaché au Service de la France depuis prés de
25. ans. Il eft parent de Mrs
Stoupe & de Mollondin qui
Occupent les premieres places.
$
GALANT 209
de la Magiftrature de la Prin
cipauté de Neufchaftel. left
auffi parent de Mrs Courte &
Grenu , Brigadiers & de la mês
me Nation.
Mr Mergeret, Capitaine aux
Girdes Françoiſes. Il eft de
Paris ; fon fon pere a efté longtemps dans les Illes, où il avoit
un Commandemenr tres confiderable. Ce nouveau Brigadier a donné de grandes preu
ves de fa valeur à la Bataille de
Malplaquet.
Mrde Villiers, Capitaine aux
Gardes Françoifes, avec Brevet
de Colonel. Il fert depuis l'âge
Z iij
270 MERCURE
يا
de 15 ans avec beaucoup de
diftinction. Il a fervi en Italie
fous Monfieur de Vendofme
qui l'a employé dans des occafions importantes qui luy
ont fait beaucoup d'honneur.
Il eft d'une famille originaire
de l'Ile de France , & alliée à
celle de Mr Poitevin Confeil
ler au Parlement. Il eft parent
deMrideVilliers leMorier,Ma
jor du Regiment de la Reine
Dragons , & Brigadier , & de
Mr de Villiers le Morier Ma
réchal de Camp.
Mr le Comte de Mongon,
Capitaine de Grenadiers aux
GALANT 271
易
Gardes Françoifes , avec Brevet
de Colonel alpa donné des
marques de fa valeur en plu
fieurs occafions. It eft fils de
Mr de Mongon , Lieutenant
General & Inſpecteur d'Infanterie , & de feuë Dame N...!
Sublet d'Heudicourt , fille de
Mr le Marquis d'Heudicourt
-grand Louvetier de France , &
foeur de Mr.le Comte d'Heudicourt Brigadier des Armées
du Roy, & de feu Mr l'Abbé
d'Heudicourt , mort nommé
Evêque d'Evreux. Feuë Me la
Comteffe de Mongon eftoit
Dame du Palais de Madame
Z iiij
រឺ
272 MERCURE
la Ducheffe de Bourgogne. 19
Mr le Marquis de Gallion ,
Colonel du Regimens de Nav
varre, Il combattit à la Batailleb
de Malplaquet a côté de Mrle
Maréchal deBoufflers ,
lorfque
les Ennemis furent fi mal-trai
tez à la droite du bois , par la
Brigade de Navarre. Ce Maréchal & tous ceux qui fe trous
verent en cet endroit rendirenca
juſtice à la valeur de Mr dep
Gaffion , dont le Roy d'Anglet
terre fut auffi témoin , & ill
combattit juſqu'à ce que Mrs
de Boufflers craignant quel'Infanterie ne fût coupée, la fitp
BALANT 273
pric
retirer. Il repric quelques drapeaux que les Ennemis nous
avoient pris , & leur en
des leurs nye lats if
Mr le Chevalier de Givry,
Colonel du Regiment de la
Marche. Il y a 22, ans qu'il
fert , & il n'a point laiffe paffer
d'occafions fans donner des
marques de fa valeur. Il s'eft
trouvé à la Bataille de Malplaquet , où il a fait des actions
furprenantes. Voyant que les
Ennemis avoient penetré dans
un Pofte important , il marcha
à eux avec fon Regiment
qu'on avoit mis en reſerve , &
+
274 MERCUR
les en chafla. Mr de Gaffion
fon oncle commandoit alors
l'aifle droite de la Cavalerie , &
*
fit à la tête de la Maifon du
Roy les plus belles charges de
Cavalerie qui ayent jamais eſté
faites.
Mr le Comte du Montal ,
Colonel du Regiment de Poitou. Il est petit fils de Mr du
Montal , mort Chevalier des
Ordres du Roy , & l'un des
plus grands hommes de guerre
que la France ait eus dans
dernier fiecle. Celuy qui donne
lieu à cet Article avoit d'abord
efté destiné à l'Eglife ; mais fe
GALANT 275
fentant plus d'inclination pour
la profeffion des Armes , il
s'y attacha , & y a donné de
frequentes preuves de fa valeur.
24 Mr de Colandres , Colonel
du Regiment des Vaiffeaux. Il
eft fils de feu Mr le Gendre
de Rouen , frere de Mr de
Barville Capitaine aux Cardes
qui a épousé Alle de Saillant ;
de MePecoil , femme du Maître des Requeftes de ce nom ,
&de Mc la Prefidente de Feu
mechon 'de Rouen. Un de fes
freres , auffi Colonel , fut tué
à la Bataille d'Hochfter.
276 MERCURE
Mr le Comtede Guiraud, Co
lonel du Regiment de Bour
gogne. Il porte un nom des
plus illuftres , & tous ceux qui
le portent ont toûjours fair
voir dans les occaſions autant
de valeur que de fidelitépins
Mr le Comte de Laval , Com
lonel du Regiment de Bourq
bon. Il a donné des marques
de fa valeur dans les principa
les actions de cette guerre où
il s'eft trouvé, & où il a foû
tenu glorieufement l'illuftre
nom qu'il porte. Mr de Buran
lure , fon Lieutenant Colonel,
l'a tiré deux fois des bras de la
GALANT 277
mort , où fon courage l'avoit
precipité. Il eſt de la Maiſon
de Montmorency, & never
de Mc la Ducheffe de Roquelaure.zochild
僖
Mr le Comte Marquis de
Lannion , Colonel du Regiment de Xaintonge. Il paſſe
pour un des plus braves de
l'Armée. Il est d'une ancienne
famille de Bretagne , dont je
yous ai amplement parlé en
vous apprenant fon mariager
Il eft parent de Mr le Marquis
de Lannion , Lieutenant GCneral des Armées du Roy. øj
Mr leMarquis deFeryaques
278 MERCURE
Colonel du Regiment de Piémont. Il a donné plufieurs
preuves de fon courage dans
cette guerre,& fur tout dans
la Bataille de Malplaquet , oùil
ſe trouva , &de qui un Officier
du Regiment de Monfieur le
Prince de Baviere , dit dans fa
Relation que c'eftoit un hom
me d'un grand merite , & un
fort bon Officier , qui meri
toit d'entre loué. Heft fils de
MrleMarquis de Bullion, Prevoſt de Paris , & frere de Mt
le Marquis de Bonnelles , mort
des bleffures qu'il reçût au com
mencement de cette guerre,
GALANT 299
dans une des premières Batailles qui fe font données. Il eſt
auffi frere de M la Ducheffe
d'Uzés , & de MⓇ la Princeffe
deTalmont. Visuel asi
Mr le Marquis d'Aubigné,
Colonel du Regiment Royal.
Hefe trouva à la Bataille
d'Hochfter , ou il donna des
marques de fa valeur , & ou
MrdeSaint Maurice, fon Lieutenant Colonel, luy fauva la
vielen de fecourant à propos
contre un peloton d'ennemis
qui adlavoient invefti , & qui
Fauroient fait perit fans ce fecours qui
སྙ
vine fort à propos
280 MERCURE
2
pour luy. Il a acquis dans d'autres occafions fa reputation
d'un Officier fort entendu dans
la difcipline militaire. L'Offi
cier dont j'ay parlé dans l'Ar,
ticle precedent , dit de Mr
d'Aubigné qu'il fit dans cette
Bataille merveilles , & qu'il s'y
comporta en bon Officier, & en
brave homme; ce font fes termes auſquels je nechange rich,
Il eft certain que ce Colonel à
la tefte de fon Regiment, chargea jufqu'à onze fois douze
Bataillons retranchez dans un
Village, duquel il les chaffa
enfin. Mr de Villars fut fi char,
*
GALANT 281
mede cette action de vigueur,
qu'il dit en embraffant ce jeune Colonel , qu'il mourroit
content s'il avoit une femblable action pardevers luy. Ce
Colonel emporta auffi dans la
mefme journée fept traverſes ,
avec le retranchement qui les
lioit , & lorfqu'il en voulut attaquer un autre , il fut bleffé
d'un coup de Fufil dans la
cuiffe. Il eft fils de Mr le Marquis de Tigny de Poitou , neveu de Mr. l'Archevêque de
Rouen , & proche parent de
Madame de Maintenon,
Mr Berthelot de Bourceau ,
Aa
Avril 1710.
282 MERCURE
Colonel du Regiment de Bretagne. Il fert depuis l'âge de
15. ans , & il s'eft trouvédans
dans toutes les occafions confiderables de fon temps. A la
Bataille de Nerwinde , où il
n'eftoit que fimple Capitaine,
il merita par la valeur qu'il y
fit paroître des louanges de Mr
le Maréchal de Luxembourg,
qui en écrivit mefme à la Cour.
Il eft parent de Mr le Lieutenant de Roy de Châlons , &
d'une famille originaire de Paris , qui a efté dans les Charges
de la Robbe depuis plus d'un
ficcle & demy.
@GALANT 283
Mr de la Chau-Montauban ,
Colonel d'un Regiment d'Infanterie qui porte fon nom.
Il s'eft trouvé à la Bataille que
Mr le Comtedu Bourggagna
fur le General Mercy P'Elte
dernier prés de Rumersheim.
Il eftoit à la tefte de la Brigade
de l'Auxerrois , & il tua de fa
main d'un coup de Sponton
le Colonel du Bataillon ennemyqui marchoirà luy. Il eftoit
alors auprés de Mr le Comte
de Tallard , & de Mfl de Bethune Monime. Ce nouveau
Brigadier eft de Creft en Dauphiné, & d'une Maiſon tresqualifiée.
Aa ij
3
284 MERCURE
Mdle Marquis de Crecy ,
Colonel du Regiment de Boulonnois. Il eft fils de feu Mre
Louis Verjus , Chevalier Com
te de Crecy, MarquisdeTreon
& Fort Ifle , Baron de Couvé,
Seigneur du Boulay, les deux:
Eglifes , le Menillet , &c. Confeiller d'Etat ordinaire , cys
devant Envoyé Extraordinaire
dans toutes les Cours d'Alle
magne, & Ambaſſadeur Extraordinaire à la Paix Genera
le de Rifwick. Le nouveau
Brigadier eft neveu de Mr l'E
vêque de Graffe, & du feu
Pere Verjus Jefuite. to d
*
GALANT 2899
Me le Comte de Sauvebeof,
Colonel du Regiment de Blai- >
fois. Il adonné des preuves de
fa valeur dans toutes les occafions où il s'eft trouvé , & l'on
ena rendu uncompte à la Cour
dont le Roy s'eft ſouvenu. Ik
fçait parfaitement la difcipline militaire. Il eft parent de
Mrs les Abbez de Sauvebeuf.
Mr leMarquis de Balincourt,
Colonel du Regiment d'Ar
tois. Il fervoit la Campagne
derniere en Rouffillon , où Mr
le Duc de Noailles a efté plufieurs fois témoin de fa valeur.
Il eft fils de Mr le Marquis de
286 MERCURE
Balincourt , & de Dame N. de
Seve fa premiere femme.
Mr le Chevalier Sanguin
de Livry , Colonel du Regiment de Nivernois. Il joint à
une grande experience de tout
ce qui regarde la guerre , un
courage éprouvé en plufieurs
occafions , &fur tour aux ders
nieres actions de certe guerre.
Il eft fils de Mr le Marquis de
Livry , Premier Maiftre d'Hô
tel du Roy, & perit neveu de
feu Mr l'Evêque de Senlis 5
Mr le Marquis de Gondrin
Colonel d'un Regiment qui
porte fon nom. Il a donnédes
GALANT 287
1.
preuves éclatantes de fon courage à Hochftet & à Ramilly.
Ileft fils aîné de Mr le Marquis d'Antin , & beau - frere de
Mr le Duc de Noailles. Perfonne n'ignore la grandeur &
l'éclat de la Maifon de Gondrin Pardaillan.
Mr Obrien , Chevalier de
S. Louis , & Colonel d'un Regiment Irlandois qui porte fon
nom. A la tefte de fon Regiment, & avec celuy de Lee,
auffi Irlandois , il a foûtenu à
la Bataille de Malplaquet , malgré le grand feu des Ennemis
noftre Artillerie , & à la faveur
1
88 MERCURE
e ces deux Regimens , celuy
ui commandoit cette Artille- rie leur renverfa des Batailons entiers , qui furent obligezde fe retirer pour fe cacher
à fes coups redoublez. Mr
Obrien & un autre Mr Obrien,
auffi Chevalier de Saint Louis,
Lieutenant Colonel fe diftinguerent beaucoup dans cette
occafion.
Mr Perrin , Chevalier de S.
Louis , Colonel d'un Regiment
qui portoit le nom de Beaufermé , & qu'on appelle prefentement Noailles. Il eft fort
attaché à la Maifon de Noailles.
GALANT 289
les. Le Duc de ce nom qui
connoît les gens de merite,
ayant connu il y a long- temps
tout celuy de Mr Perrin ,
l'eft voulu attacher.
fe
Mr de Saint Morel , Lieutenant Colonel du Regiment
dePoitou dont Mr du Montal eft Colonel , a prés de 35.
ans de fervice. Il brilla dans
la derniere guerre par un
grand nombre d'actions de
valeur , & Mr le Maréchal de
Luxembourg qui en fut ſouvent témoin en rendit des
temoignages avantageaux à la
-Cour. Il a toujours fervi dans
Avril 1710. Bb
290 MERCURE
Infanterie , & il eft peu
d'Officiers qui l'entendent,
mieux que luy. H&M
Mr de Chaftenet , Licutenant Colonel duRegiment de
Xaintonge , dont Mr le Mar-
* quis de Lannion qui a auffi efté
fait Brigadier, eft Colonel , eft
un vieux Officier qui n'a pas
manqué une feule Campagne
depuis prés de 35 ans qu'il
porte les armes pour le Service
du Roy. Il fut bleffe dangereufement à la Bataille de Nerwinde, n'eftant alors que
ple Capitaine. Il y fit des actions de valeur qui luy artirofim-
IGALANT 291
es
rent de grandes loüanges des
Generaux.
Mr de Curty, Chevalier de
S. Louis , Lieutenant Colonel
du Regiment de Provence,
dont Mr le Comte de Nonant
eft Colonel. Il fert depuis plus
de 30. ans avec beaucoup de
reputation. Il fervit au commencement de la Guerre en
Efpagne, oùil merita par quelques actions de valeur des témoignages d'eftime de S. M.C.
qui luy ont fait beaucoup
d'honneur.
Mr le Marquis de la Deveze,
Chevalier de S. Louis , Lieute
Bb ij
292 MERCURE
nant Colonel du Royal Artil
lerie. Il eft Lieutenant de Roy
de la haute Guyenne , & de
l'illuftre Maiſon de Loupiat.
Il a plufieurs parens de fon
nom dans le Service.
Mr de Roiffy Major du Re
giment de Leuville , & Major
general de l'Armée d'Italie , où
il a fervy dans les premieres
années de la Guerre. Il fe trouva à la Bataille de Luzzara , ou
il fut bleffé d'un coup de Fau
conneau à coté de Mr le Marquis de Crequy qui fut tué
dans le mefme temps. Monfieur de Vendôme qui l'avoit
A-
戀情
GALANT 293
fouvent employé , & qui avoit
efté témoin de ce qu'il avoit
fait à la Journée de Luzzara ,
rendit un bon témoignage en
fa faveur à la Cour.
Mr du Magny Chevalier de
S. Louis , Lieutenant general
d'Artillerie.
Mr le Chevalier de Saint
Perrier , Chevalier de S. Louis,
Lieutenant general d'Artillerie,
& Chefen Espagne. C'eſt un
des Officiers de S. M. qui entend le mieux l'Artillerie, ayant
efté élevé fous les yeux de Mr
de Saint Hilaire.
Je paffe à ce qui regarde
Bb iij
294 MERCURE
ceuxqui ont efté nommez Brigadiers de Cavalerie. "obs zalew
Mr le Comte de Voluiré
fecond Sous- Lieutenant des
Gendarmes du Roy. Il s'eft
diftingué par tout où ce Corps
qui eft des plus braves du
Royaume a combattu. Je ne
vous dis rien de la naiffance de
Mrde Voluire ; perfonne n'ignore qu'elle cft des plus illuftres ; fon nom eft Ruffec.
Mr le Comte de Biffy, Colo
nel de Cavalerie. Il est proche
parent de Mr le Marquis de
Biffy auffiBrigadier , & Colonel de Cavalerie , & neveu de
GALANT 295
Mrile Marquis de Biffy Che
valier de S. Louis, Gouverneur
d'Auffonne, & Lieutenant ge
neral des Armées du Roy , &
de Mr. l'Evêque de Meaux. Le
nom.deMrs.de Biffy,elt Thyard,
Cette Maiſon eft originaire de
Bourgogne , & elle a donné
plufieurs Evêques à l'Eglife de
Châlons fur Saone. Elle eſtoir
connue en Bourgogne dés le
temps des Ducs de Bourgo
gne.
Mr le Comte de S. Sernin,
Colonel de Dragons. Il a longtemps fervy en Italie ; & il ya
merité par plufieurs actions de
Bb iiij
296 MERCURE
valeur , l'eltime & la confiance
de Mr le Duc de Vendofnio.
Il eft d'une tres grandes naiffance. Sa famille eft originaire
de Languedoc, où elle a toujours tenu un rang confide
rable.
Mr le Chevalier de Montmain , Capitaine des Gendar- i
mes dOrleans. Il a beaucoup
de valeur , & il en a fouvent l
donné des marques à la reftest
du Regiment qui a porté fon
nom , & qui a prefque toûjours fervy en Flandre. Il eft
d'une illuftre Maifon originaiz 3
re d'Auvergne , & allié à Mr
GALANT 297
le Duc de la Feuillade , feue
Me la Comteffe de Montmain .
fœur de Me de la Ville auxClercs , eftant de la Maifon
d'Aubuffon. Les deux fils de
certe Dame , & coufins de celuy qui donne lieu à cet Article,font tous deux morts dans
le Service. Ainfi Mr de Montmain que le Roy vient de faire
Brigadier , eft devenu l'aîné de
fa Maiſon.
Mr le Comte de Bouzols ,
Colonel d'un Regiment de
Cavalerie qui porte fon nom,
& dont Mr de Blangy fon parent eft Lieutenant Colonel.
298 MERCURE
Il est proche parent de Mrle
Marquis de Bouzols , Brigadier
&Inspecteur de Cavalerie , &
Breaufrere de Mr le Marquis
de Torcy. Ce nouveau Briga
dier s'eft diftingué dans toutes
les occafions où il s'eft trouvé
& fur tout en Rouffillon & en
Allemagne , où il a prefque
toûjours fervy.
non
Mr le Comte Marquis de la
Fare Tournac , Chevalier de
S. Loüis, Colonel du Regiment
du petit Languedoc Dragons,
Ce nouveau Brigadier, qui por
te dans fes Titres la qualité de
Comte- Marquis, ainsi queplus
THEQUE
GALANT 299
fieurs autres Seigneurs Fran
çois , eft d'une illuftre Mailon
originaire de Guyenne, & pro
che parent de Mr le Marquis
de la Fare- Laugere , Capitaine
des Gardes de Monfieur le
Duc d'Orleans ; de Mr de la
Fare Colonel d'un Regiment
d'Infanterie qui porte fon
nom, & de Mr de la Fare Lau
gere Brigadier & Colonel du
Regiment de Gaftinois.
3.Mr le Marquis de Bouville ,
Colonel d'un Regiment de
Dragons qui porte fon nom.
Il s'eft acquis une grande repu
tation en Espagne , où il a
BE
LA
300 MERCURE
à lá
long tempsfervy. Il donna des
marques de fon courage
Bataille que Mr de Barwick y
gagna en 1707. Il eft de l'ancienne Maifon de Jubert , &
frere de Mr de Bouville Intent
dant d'Alençon , & de Mrle
Marquis de Bizy; ils font neq
yeux de Mr Defmaretz , Controlleur General des Finances,
Mede Bouville leur Mere étang
fœur de ce Miniftre. Mr de
Bouville leur pere ,
a efté longtemps Intendant d'Orleans. D
Mr de Skelton , Colonel Reformé de Cavalerie ; il eft Ches
valier de Saint Louis , & l'on
GALANT 3or
4
ne parvient point à ce degré
d'honneur fans avoir efté blef
fé , ou avoir efté fort longtemps dans le fervice.
Mr de Montiers , Capitaine
de Gendarmerie. Il s'eft diftingué dans plufieurs actions importantes. Il fut bleffé à la Bataille d'Hochfter , & à celle de
Malplaquet. Il fert dés fa plus
grande jeuneffe ; il s'eft trouvé à toutes les Campagnes, &
il a donné prefque dans toutes,
des marques de fa valeur.
Mr de la Billarderie, Exempt
& Ayde Major de la Compagnie de Boufflers. Il eft Cheva-
302 MERCURI
lier de Saint Louis de la promotion de 1705. Il eſt d'une ancienne famille originaire de
Normandie. Il eft dans la Maifon du Roy depuis plus de 20.
ans , & il y a donné des marques de fa valeur dans des
Journées de Fleurus , de Leuze,
de Steinkerque , & de Nerwinde. Mr le Prince de Turenne
fut bleffé à mort àfes coftez,
à la Bataille de Steinkerque. Il
fut bleffe au Siege de Mons
d'un coup de fufil au bras.
Mr le Chevalier de Velleron
Enfeigne des Gardes du Corps.
Il a un Brevet de Colonel de
GALANT 303
Cavalerie , que fes longs fervices luy ontfait meriter. Depuis
qu'il eft entré dans le fervice,
-il n'a pas manqué une feule
Campagne. Il fut dangereufement bleffé au Siege de Naamur.
Mr le Marquis de Courcil-
-don , Colonel d'un Regiment
de Cavalerie qui porte fon
nom, & qui portoit auparavant celuy de Furftemberg. Il cft
Chevalier de Saint Lazare , &
fut le fecond de la promotion
side: 1704. Il eft fils de Mr le
Marquis de Dangeau Grand-
•Maître de cet Ordre , & Che-
304 MERCURE
valier de l'Ordre du S. Efprit ,
& petit neveu de feu Mr le
Cardinal de Furftemberg par
Me la Marquife de Dangeau
fa Mere, qui al'honneur d'appartenir à S. A. R. Madame.
Ce jeune Marquis a époufé
l'heritiere de l'illuftre Maiſon
de Pompadour. Je ne vous
parle point de la naiffance ny
de la valeur de Mr le Marquis
de Courcillon. Sa naiffance eſt
.connue de toute la France. , &
fa valeur n'éclara que trop à la
Bataille de Malplaquet , puifqu'il en porte de triftes marques.
GALANT 305
Mr le Marquis d'Ancenis ,
Colonel du Regiment de Bourgogne Cavaleric. Il eſt ſecond
fils de Mr le Duc de CharoftBethune,& de fa premiere femme Louife- Therefe - Marie de
Meleun fille d'Alexandre Guillaume Prince d'Epinoy , & de
Louife Marie- Anne de Bethune fa premiere femme. Mr le
Marquis d'Ancenis n'a que 28.
ans , & Mr Lauret fon LieutenantColonel, a fouvent témoigné que dans les Batailles où il
s'eft trouvé, fa plus grande application n'avoit efté que de retenir Mrle Marquis d'Ancenis.
Avril 1710. Cc
306 MERCURE
Mr de Pujol Capitaine Lientenant des Carabiniers. Il eft
Chevalier de S. Louis de la promotion de 1707. Il a donné
des preuves de fon courage
dans toutes les occafions où il
s'eft trouvé avec la Maifon du
Roy. Il eft d'une ancienne Maifon originaire du Rouergue.
Mr Darifat Chevalier de S.
Louis , Enfeigne des Moufque
toires gris. Il fut bleffé à la
Bataille de Nerwinde , où une
partie de la Maiſon du Roy fe
trouva , & il y donna de grana
des marques de fa valeur ,ainfi
que toutes les Relations de cet-
GALANT 307
te Bataille le font connoître.
Il fut du détachement qui ac
compagna le Roy d'Espagne
jufqu'à la Frontiere d'Espagne,
& lorfqu'il prit congé de ce
Prince S. M. C. luy témoigna
beaucoup de fatisfaction de
fes fervices , & eut pour luy
des diftinctions particulieres.
2 Mr de Trudaine , Enfeigne
de Gendarmerie , Chevalier de
l'Ordre de S. Louis. C'eft un
Gentilhomme de Picardie qui
depuis 20. ans fert le Roy dans
fa Gendarmerie avec beaucoup
de diftinction. Il a eu le malheur de perdre une jambe à
Cc ij
308 M* RCURE
la Bataille de Malplaquet. Il eft
de la mefme famille que Me
Voyfin & Mr Trudaine , cy
devant Intendant de Lyon , &
àprefent Intendant de Dijon .
Mr Miran , Chevalier de
de S. Louis , Enfeigne de Gendarmerie. Il a fervy en Elpagne & en Catalogne au com
mencement de cette guerre ,
& fur la fin de la precedente.
Il fut bleffé à la Bataille de
Nerwinde , où il donna des
preuves fignalées de fon cou->
'rage. Mr le Maréchal de Luxembourg dans la Relation
qu'il envoya au Roy de cette-
GALANY 309
Journée , fit un éloge particu
lier de Mr Miran , quifut applaudy de toute l'Armée.
Mr le Comte de Coëtanfão,
Aide Major de la Gendarmerie , Chevalier de Saint Louis,
de la promotion de 1705. Il eft
neveu de Mr l'Evêque d'A
vranches , & de Mr le Marquis de Coëtanfao Maréchal
de Camp, & Sous- Lieutenant
des Chevaux Legers de la Garde. Ils font d'une ancienne famille de Normandie. Ce nouveau Brigadier s'eft diftingué
dans toutes les occafions où il
' eft trouvé depuis qu'il fert
310 MERCURE
& il a toûjours donné des preuves de fa valeur , & de fon experience en tout ce qui regarde la guerre. Il a commencé à
porter les armes à l'âge de 29.
ans , & depuis ce temps- là il
n'a pas manqué une feule Cam
pagne. Il porte un nom celebre parmy les gens de guerre.
Tout ce que je viens de vous
dire de ces nouveaux Brigadiers, doit vous faire connoître
qu'il n'y en a pas un feul qui
n'ait merité le pofte d'honneur auquel le Royle vient d'élever.
derniere Lettre que ju nd vous
dirois rien des nouveaux Lieutenans Generaux , & des nouveaux Maréchaux de Camp ,
parce que je vous en ay parlé à
meſure qu'ils font montez à
ces premiers poftes de la guer
re ; mais comme il left plus
difficile de parler des nouveaux
3GALANT 267
Brigadiers , à caufe que n'ayant
point encore rempli le pofte
d'Officiers generaux , ils ne font
fouvent connus que par leurs
noms , & que l'on a mefme de
la peine à fçavoir quels eftoient
leurs Emplois avant que d'avoir la qualité de Brigadiers.
La recherchequ'il en faut faire
pour en parler jufte , eſt tresgrande , & je crois en eftre venu à boutàa peu de chofe prés;
carab eft prefque impoffible
que l'on ne faffe quelques fau
tes en parlant d'un fi grand
nombre d Officiers. Je com
mence par les Brigadiers d'InZ ij
268 MERCURE
fanterie fuivant l'ordre de leur
nomination. AM Steegia
Mr.Reynold de Valier , Capitaine aux Gardes Suiffes , &
Chevalier de S. Louis. Il fert
en France il y a plus de 20.
ans. Il fe trouva à la Bataille de
Nerwinde où il fut bleffery
n'eftant alors qu'Officier fubalterne.
ede
Mr Reding, Capitaine aux
Gardes Suiffes , avec Brevet de
Colonel. Il eft attaché au Service de la France depuis prés de
25. ans. Il eft parent de Mrs
Stoupe & de Mollondin qui
Occupent les premieres places.
$
GALANT 209
de la Magiftrature de la Prin
cipauté de Neufchaftel. left
auffi parent de Mrs Courte &
Grenu , Brigadiers & de la mês
me Nation.
Mr Mergeret, Capitaine aux
Girdes Françoiſes. Il eft de
Paris ; fon fon pere a efté longtemps dans les Illes, où il avoit
un Commandemenr tres confiderable. Ce nouveau Brigadier a donné de grandes preu
ves de fa valeur à la Bataille de
Malplaquet.
Mrde Villiers, Capitaine aux
Gardes Françoifes, avec Brevet
de Colonel. Il fert depuis l'âge
Z iij
270 MERCURE
يا
de 15 ans avec beaucoup de
diftinction. Il a fervi en Italie
fous Monfieur de Vendofme
qui l'a employé dans des occafions importantes qui luy
ont fait beaucoup d'honneur.
Il eft d'une famille originaire
de l'Ile de France , & alliée à
celle de Mr Poitevin Confeil
ler au Parlement. Il eft parent
deMrideVilliers leMorier,Ma
jor du Regiment de la Reine
Dragons , & Brigadier , & de
Mr de Villiers le Morier Ma
réchal de Camp.
Mr le Comte de Mongon,
Capitaine de Grenadiers aux
GALANT 271
易
Gardes Françoifes , avec Brevet
de Colonel alpa donné des
marques de fa valeur en plu
fieurs occafions. It eft fils de
Mr de Mongon , Lieutenant
General & Inſpecteur d'Infanterie , & de feuë Dame N...!
Sublet d'Heudicourt , fille de
Mr le Marquis d'Heudicourt
-grand Louvetier de France , &
foeur de Mr.le Comte d'Heudicourt Brigadier des Armées
du Roy, & de feu Mr l'Abbé
d'Heudicourt , mort nommé
Evêque d'Evreux. Feuë Me la
Comteffe de Mongon eftoit
Dame du Palais de Madame
Z iiij
រឺ
272 MERCURE
la Ducheffe de Bourgogne. 19
Mr le Marquis de Gallion ,
Colonel du Regimens de Nav
varre, Il combattit à la Batailleb
de Malplaquet a côté de Mrle
Maréchal deBoufflers ,
lorfque
les Ennemis furent fi mal-trai
tez à la droite du bois , par la
Brigade de Navarre. Ce Maréchal & tous ceux qui fe trous
verent en cet endroit rendirenca
juſtice à la valeur de Mr dep
Gaffion , dont le Roy d'Anglet
terre fut auffi témoin , & ill
combattit juſqu'à ce que Mrs
de Boufflers craignant quel'Infanterie ne fût coupée, la fitp
BALANT 273
pric
retirer. Il repric quelques drapeaux que les Ennemis nous
avoient pris , & leur en
des leurs nye lats if
Mr le Chevalier de Givry,
Colonel du Regiment de la
Marche. Il y a 22, ans qu'il
fert , & il n'a point laiffe paffer
d'occafions fans donner des
marques de fa valeur. Il s'eft
trouvé à la Bataille de Malplaquet , où il a fait des actions
furprenantes. Voyant que les
Ennemis avoient penetré dans
un Pofte important , il marcha
à eux avec fon Regiment
qu'on avoit mis en reſerve , &
+
274 MERCUR
les en chafla. Mr de Gaffion
fon oncle commandoit alors
l'aifle droite de la Cavalerie , &
*
fit à la tête de la Maifon du
Roy les plus belles charges de
Cavalerie qui ayent jamais eſté
faites.
Mr le Comte du Montal ,
Colonel du Regiment de Poitou. Il est petit fils de Mr du
Montal , mort Chevalier des
Ordres du Roy , & l'un des
plus grands hommes de guerre
que la France ait eus dans
dernier fiecle. Celuy qui donne
lieu à cet Article avoit d'abord
efté destiné à l'Eglife ; mais fe
GALANT 275
fentant plus d'inclination pour
la profeffion des Armes , il
s'y attacha , & y a donné de
frequentes preuves de fa valeur.
24 Mr de Colandres , Colonel
du Regiment des Vaiffeaux. Il
eft fils de feu Mr le Gendre
de Rouen , frere de Mr de
Barville Capitaine aux Cardes
qui a épousé Alle de Saillant ;
de MePecoil , femme du Maître des Requeftes de ce nom ,
&de Mc la Prefidente de Feu
mechon 'de Rouen. Un de fes
freres , auffi Colonel , fut tué
à la Bataille d'Hochfter.
276 MERCURE
Mr le Comtede Guiraud, Co
lonel du Regiment de Bour
gogne. Il porte un nom des
plus illuftres , & tous ceux qui
le portent ont toûjours fair
voir dans les occaſions autant
de valeur que de fidelitépins
Mr le Comte de Laval , Com
lonel du Regiment de Bourq
bon. Il a donné des marques
de fa valeur dans les principa
les actions de cette guerre où
il s'eft trouvé, & où il a foû
tenu glorieufement l'illuftre
nom qu'il porte. Mr de Buran
lure , fon Lieutenant Colonel,
l'a tiré deux fois des bras de la
GALANT 277
mort , où fon courage l'avoit
precipité. Il eſt de la Maiſon
de Montmorency, & never
de Mc la Ducheffe de Roquelaure.zochild
僖
Mr le Comte Marquis de
Lannion , Colonel du Regiment de Xaintonge. Il paſſe
pour un des plus braves de
l'Armée. Il est d'une ancienne
famille de Bretagne , dont je
yous ai amplement parlé en
vous apprenant fon mariager
Il eft parent de Mr le Marquis
de Lannion , Lieutenant GCneral des Armées du Roy. øj
Mr leMarquis deFeryaques
278 MERCURE
Colonel du Regiment de Piémont. Il a donné plufieurs
preuves de fon courage dans
cette guerre,& fur tout dans
la Bataille de Malplaquet , oùil
ſe trouva , &de qui un Officier
du Regiment de Monfieur le
Prince de Baviere , dit dans fa
Relation que c'eftoit un hom
me d'un grand merite , & un
fort bon Officier , qui meri
toit d'entre loué. Heft fils de
MrleMarquis de Bullion, Prevoſt de Paris , & frere de Mt
le Marquis de Bonnelles , mort
des bleffures qu'il reçût au com
mencement de cette guerre,
GALANT 299
dans une des premières Batailles qui fe font données. Il eſt
auffi frere de M la Ducheffe
d'Uzés , & de MⓇ la Princeffe
deTalmont. Visuel asi
Mr le Marquis d'Aubigné,
Colonel du Regiment Royal.
Hefe trouva à la Bataille
d'Hochfter , ou il donna des
marques de fa valeur , & ou
MrdeSaint Maurice, fon Lieutenant Colonel, luy fauva la
vielen de fecourant à propos
contre un peloton d'ennemis
qui adlavoient invefti , & qui
Fauroient fait perit fans ce fecours qui
སྙ
vine fort à propos
280 MERCURE
2
pour luy. Il a acquis dans d'autres occafions fa reputation
d'un Officier fort entendu dans
la difcipline militaire. L'Offi
cier dont j'ay parlé dans l'Ar,
ticle precedent , dit de Mr
d'Aubigné qu'il fit dans cette
Bataille merveilles , & qu'il s'y
comporta en bon Officier, & en
brave homme; ce font fes termes auſquels je nechange rich,
Il eft certain que ce Colonel à
la tefte de fon Regiment, chargea jufqu'à onze fois douze
Bataillons retranchez dans un
Village, duquel il les chaffa
enfin. Mr de Villars fut fi char,
*
GALANT 281
mede cette action de vigueur,
qu'il dit en embraffant ce jeune Colonel , qu'il mourroit
content s'il avoit une femblable action pardevers luy. Ce
Colonel emporta auffi dans la
mefme journée fept traverſes ,
avec le retranchement qui les
lioit , & lorfqu'il en voulut attaquer un autre , il fut bleffé
d'un coup de Fufil dans la
cuiffe. Il eft fils de Mr le Marquis de Tigny de Poitou , neveu de Mr. l'Archevêque de
Rouen , & proche parent de
Madame de Maintenon,
Mr Berthelot de Bourceau ,
Aa
Avril 1710.
282 MERCURE
Colonel du Regiment de Bretagne. Il fert depuis l'âge de
15. ans , & il s'eft trouvédans
dans toutes les occafions confiderables de fon temps. A la
Bataille de Nerwinde , où il
n'eftoit que fimple Capitaine,
il merita par la valeur qu'il y
fit paroître des louanges de Mr
le Maréchal de Luxembourg,
qui en écrivit mefme à la Cour.
Il eft parent de Mr le Lieutenant de Roy de Châlons , &
d'une famille originaire de Paris , qui a efté dans les Charges
de la Robbe depuis plus d'un
ficcle & demy.
@GALANT 283
Mr de la Chau-Montauban ,
Colonel d'un Regiment d'Infanterie qui porte fon nom.
Il s'eft trouvé à la Bataille que
Mr le Comtedu Bourggagna
fur le General Mercy P'Elte
dernier prés de Rumersheim.
Il eftoit à la tefte de la Brigade
de l'Auxerrois , & il tua de fa
main d'un coup de Sponton
le Colonel du Bataillon ennemyqui marchoirà luy. Il eftoit
alors auprés de Mr le Comte
de Tallard , & de Mfl de Bethune Monime. Ce nouveau
Brigadier eft de Creft en Dauphiné, & d'une Maiſon tresqualifiée.
Aa ij
3
284 MERCURE
Mdle Marquis de Crecy ,
Colonel du Regiment de Boulonnois. Il eft fils de feu Mre
Louis Verjus , Chevalier Com
te de Crecy, MarquisdeTreon
& Fort Ifle , Baron de Couvé,
Seigneur du Boulay, les deux:
Eglifes , le Menillet , &c. Confeiller d'Etat ordinaire , cys
devant Envoyé Extraordinaire
dans toutes les Cours d'Alle
magne, & Ambaſſadeur Extraordinaire à la Paix Genera
le de Rifwick. Le nouveau
Brigadier eft neveu de Mr l'E
vêque de Graffe, & du feu
Pere Verjus Jefuite. to d
*
GALANT 2899
Me le Comte de Sauvebeof,
Colonel du Regiment de Blai- >
fois. Il adonné des preuves de
fa valeur dans toutes les occafions où il s'eft trouvé , & l'on
ena rendu uncompte à la Cour
dont le Roy s'eft ſouvenu. Ik
fçait parfaitement la difcipline militaire. Il eft parent de
Mrs les Abbez de Sauvebeuf.
Mr leMarquis de Balincourt,
Colonel du Regiment d'Ar
tois. Il fervoit la Campagne
derniere en Rouffillon , où Mr
le Duc de Noailles a efté plufieurs fois témoin de fa valeur.
Il eft fils de Mr le Marquis de
286 MERCURE
Balincourt , & de Dame N. de
Seve fa premiere femme.
Mr le Chevalier Sanguin
de Livry , Colonel du Regiment de Nivernois. Il joint à
une grande experience de tout
ce qui regarde la guerre , un
courage éprouvé en plufieurs
occafions , &fur tour aux ders
nieres actions de certe guerre.
Il eft fils de Mr le Marquis de
Livry , Premier Maiftre d'Hô
tel du Roy, & perit neveu de
feu Mr l'Evêque de Senlis 5
Mr le Marquis de Gondrin
Colonel d'un Regiment qui
porte fon nom. Il a donnédes
GALANT 287
1.
preuves éclatantes de fon courage à Hochftet & à Ramilly.
Ileft fils aîné de Mr le Marquis d'Antin , & beau - frere de
Mr le Duc de Noailles. Perfonne n'ignore la grandeur &
l'éclat de la Maifon de Gondrin Pardaillan.
Mr Obrien , Chevalier de
S. Louis , & Colonel d'un Regiment Irlandois qui porte fon
nom. A la tefte de fon Regiment, & avec celuy de Lee,
auffi Irlandois , il a foûtenu à
la Bataille de Malplaquet , malgré le grand feu des Ennemis
noftre Artillerie , & à la faveur
1
88 MERCURE
e ces deux Regimens , celuy
ui commandoit cette Artille- rie leur renverfa des Batailons entiers , qui furent obligezde fe retirer pour fe cacher
à fes coups redoublez. Mr
Obrien & un autre Mr Obrien,
auffi Chevalier de Saint Louis,
Lieutenant Colonel fe diftinguerent beaucoup dans cette
occafion.
Mr Perrin , Chevalier de S.
Louis , Colonel d'un Regiment
qui portoit le nom de Beaufermé , & qu'on appelle prefentement Noailles. Il eft fort
attaché à la Maifon de Noailles.
GALANT 289
les. Le Duc de ce nom qui
connoît les gens de merite,
ayant connu il y a long- temps
tout celuy de Mr Perrin ,
l'eft voulu attacher.
fe
Mr de Saint Morel , Lieutenant Colonel du Regiment
dePoitou dont Mr du Montal eft Colonel , a prés de 35.
ans de fervice. Il brilla dans
la derniere guerre par un
grand nombre d'actions de
valeur , & Mr le Maréchal de
Luxembourg qui en fut ſouvent témoin en rendit des
temoignages avantageaux à la
-Cour. Il a toujours fervi dans
Avril 1710. Bb
290 MERCURE
Infanterie , & il eft peu
d'Officiers qui l'entendent,
mieux que luy. H&M
Mr de Chaftenet , Licutenant Colonel duRegiment de
Xaintonge , dont Mr le Mar-
* quis de Lannion qui a auffi efté
fait Brigadier, eft Colonel , eft
un vieux Officier qui n'a pas
manqué une feule Campagne
depuis prés de 35 ans qu'il
porte les armes pour le Service
du Roy. Il fut bleffe dangereufement à la Bataille de Nerwinde, n'eftant alors que
ple Capitaine. Il y fit des actions de valeur qui luy artirofim-
IGALANT 291
es
rent de grandes loüanges des
Generaux.
Mr de Curty, Chevalier de
S. Louis , Lieutenant Colonel
du Regiment de Provence,
dont Mr le Comte de Nonant
eft Colonel. Il fert depuis plus
de 30. ans avec beaucoup de
reputation. Il fervit au commencement de la Guerre en
Efpagne, oùil merita par quelques actions de valeur des témoignages d'eftime de S. M.C.
qui luy ont fait beaucoup
d'honneur.
Mr le Marquis de la Deveze,
Chevalier de S. Louis , Lieute
Bb ij
292 MERCURE
nant Colonel du Royal Artil
lerie. Il eft Lieutenant de Roy
de la haute Guyenne , & de
l'illuftre Maiſon de Loupiat.
Il a plufieurs parens de fon
nom dans le Service.
Mr de Roiffy Major du Re
giment de Leuville , & Major
general de l'Armée d'Italie , où
il a fervy dans les premieres
années de la Guerre. Il fe trouva à la Bataille de Luzzara , ou
il fut bleffé d'un coup de Fau
conneau à coté de Mr le Marquis de Crequy qui fut tué
dans le mefme temps. Monfieur de Vendôme qui l'avoit
A-
戀情
GALANT 293
fouvent employé , & qui avoit
efté témoin de ce qu'il avoit
fait à la Journée de Luzzara ,
rendit un bon témoignage en
fa faveur à la Cour.
Mr du Magny Chevalier de
S. Louis , Lieutenant general
d'Artillerie.
Mr le Chevalier de Saint
Perrier , Chevalier de S. Louis,
Lieutenant general d'Artillerie,
& Chefen Espagne. C'eſt un
des Officiers de S. M. qui entend le mieux l'Artillerie, ayant
efté élevé fous les yeux de Mr
de Saint Hilaire.
Je paffe à ce qui regarde
Bb iij
294 MERCURE
ceuxqui ont efté nommez Brigadiers de Cavalerie. "obs zalew
Mr le Comte de Voluiré
fecond Sous- Lieutenant des
Gendarmes du Roy. Il s'eft
diftingué par tout où ce Corps
qui eft des plus braves du
Royaume a combattu. Je ne
vous dis rien de la naiffance de
Mrde Voluire ; perfonne n'ignore qu'elle cft des plus illuftres ; fon nom eft Ruffec.
Mr le Comte de Biffy, Colo
nel de Cavalerie. Il est proche
parent de Mr le Marquis de
Biffy auffiBrigadier , & Colonel de Cavalerie , & neveu de
GALANT 295
Mrile Marquis de Biffy Che
valier de S. Louis, Gouverneur
d'Auffonne, & Lieutenant ge
neral des Armées du Roy , &
de Mr. l'Evêque de Meaux. Le
nom.deMrs.de Biffy,elt Thyard,
Cette Maiſon eft originaire de
Bourgogne , & elle a donné
plufieurs Evêques à l'Eglife de
Châlons fur Saone. Elle eſtoir
connue en Bourgogne dés le
temps des Ducs de Bourgo
gne.
Mr le Comte de S. Sernin,
Colonel de Dragons. Il a longtemps fervy en Italie ; & il ya
merité par plufieurs actions de
Bb iiij
296 MERCURE
valeur , l'eltime & la confiance
de Mr le Duc de Vendofnio.
Il eft d'une tres grandes naiffance. Sa famille eft originaire
de Languedoc, où elle a toujours tenu un rang confide
rable.
Mr le Chevalier de Montmain , Capitaine des Gendar- i
mes dOrleans. Il a beaucoup
de valeur , & il en a fouvent l
donné des marques à la reftest
du Regiment qui a porté fon
nom , & qui a prefque toûjours fervy en Flandre. Il eft
d'une illuftre Maifon originaiz 3
re d'Auvergne , & allié à Mr
GALANT 297
le Duc de la Feuillade , feue
Me la Comteffe de Montmain .
fœur de Me de la Ville auxClercs , eftant de la Maifon
d'Aubuffon. Les deux fils de
certe Dame , & coufins de celuy qui donne lieu à cet Article,font tous deux morts dans
le Service. Ainfi Mr de Montmain que le Roy vient de faire
Brigadier , eft devenu l'aîné de
fa Maiſon.
Mr le Comte de Bouzols ,
Colonel d'un Regiment de
Cavalerie qui porte fon nom,
& dont Mr de Blangy fon parent eft Lieutenant Colonel.
298 MERCURE
Il est proche parent de Mrle
Marquis de Bouzols , Brigadier
&Inspecteur de Cavalerie , &
Breaufrere de Mr le Marquis
de Torcy. Ce nouveau Briga
dier s'eft diftingué dans toutes
les occafions où il s'eft trouvé
& fur tout en Rouffillon & en
Allemagne , où il a prefque
toûjours fervy.
non
Mr le Comte Marquis de la
Fare Tournac , Chevalier de
S. Loüis, Colonel du Regiment
du petit Languedoc Dragons,
Ce nouveau Brigadier, qui por
te dans fes Titres la qualité de
Comte- Marquis, ainsi queplus
THEQUE
GALANT 299
fieurs autres Seigneurs Fran
çois , eft d'une illuftre Mailon
originaire de Guyenne, & pro
che parent de Mr le Marquis
de la Fare- Laugere , Capitaine
des Gardes de Monfieur le
Duc d'Orleans ; de Mr de la
Fare Colonel d'un Regiment
d'Infanterie qui porte fon
nom, & de Mr de la Fare Lau
gere Brigadier & Colonel du
Regiment de Gaftinois.
3.Mr le Marquis de Bouville ,
Colonel d'un Regiment de
Dragons qui porte fon nom.
Il s'eft acquis une grande repu
tation en Espagne , où il a
BE
LA
300 MERCURE
à lá
long tempsfervy. Il donna des
marques de fon courage
Bataille que Mr de Barwick y
gagna en 1707. Il eft de l'ancienne Maifon de Jubert , &
frere de Mr de Bouville Intent
dant d'Alençon , & de Mrle
Marquis de Bizy; ils font neq
yeux de Mr Defmaretz , Controlleur General des Finances,
Mede Bouville leur Mere étang
fœur de ce Miniftre. Mr de
Bouville leur pere ,
a efté longtemps Intendant d'Orleans. D
Mr de Skelton , Colonel Reformé de Cavalerie ; il eft Ches
valier de Saint Louis , & l'on
GALANT 3or
4
ne parvient point à ce degré
d'honneur fans avoir efté blef
fé , ou avoir efté fort longtemps dans le fervice.
Mr de Montiers , Capitaine
de Gendarmerie. Il s'eft diftingué dans plufieurs actions importantes. Il fut bleffé à la Bataille d'Hochfter , & à celle de
Malplaquet. Il fert dés fa plus
grande jeuneffe ; il s'eft trouvé à toutes les Campagnes, &
il a donné prefque dans toutes,
des marques de fa valeur.
Mr de la Billarderie, Exempt
& Ayde Major de la Compagnie de Boufflers. Il eft Cheva-
302 MERCURI
lier de Saint Louis de la promotion de 1705. Il eſt d'une ancienne famille originaire de
Normandie. Il eft dans la Maifon du Roy depuis plus de 20.
ans , & il y a donné des marques de fa valeur dans des
Journées de Fleurus , de Leuze,
de Steinkerque , & de Nerwinde. Mr le Prince de Turenne
fut bleffé à mort àfes coftez,
à la Bataille de Steinkerque. Il
fut bleffe au Siege de Mons
d'un coup de fufil au bras.
Mr le Chevalier de Velleron
Enfeigne des Gardes du Corps.
Il a un Brevet de Colonel de
GALANT 303
Cavalerie , que fes longs fervices luy ontfait meriter. Depuis
qu'il eft entré dans le fervice,
-il n'a pas manqué une feule
Campagne. Il fut dangereufement bleffé au Siege de Naamur.
Mr le Marquis de Courcil-
-don , Colonel d'un Regiment
de Cavalerie qui porte fon
nom, & qui portoit auparavant celuy de Furftemberg. Il cft
Chevalier de Saint Lazare , &
fut le fecond de la promotion
side: 1704. Il eft fils de Mr le
Marquis de Dangeau Grand-
•Maître de cet Ordre , & Che-
304 MERCURE
valier de l'Ordre du S. Efprit ,
& petit neveu de feu Mr le
Cardinal de Furftemberg par
Me la Marquife de Dangeau
fa Mere, qui al'honneur d'appartenir à S. A. R. Madame.
Ce jeune Marquis a époufé
l'heritiere de l'illuftre Maiſon
de Pompadour. Je ne vous
parle point de la naiffance ny
de la valeur de Mr le Marquis
de Courcillon. Sa naiffance eſt
.connue de toute la France. , &
fa valeur n'éclara que trop à la
Bataille de Malplaquet , puifqu'il en porte de triftes marques.
GALANT 305
Mr le Marquis d'Ancenis ,
Colonel du Regiment de Bourgogne Cavaleric. Il eſt ſecond
fils de Mr le Duc de CharoftBethune,& de fa premiere femme Louife- Therefe - Marie de
Meleun fille d'Alexandre Guillaume Prince d'Epinoy , & de
Louife Marie- Anne de Bethune fa premiere femme. Mr le
Marquis d'Ancenis n'a que 28.
ans , & Mr Lauret fon LieutenantColonel, a fouvent témoigné que dans les Batailles où il
s'eft trouvé, fa plus grande application n'avoit efté que de retenir Mrle Marquis d'Ancenis.
Avril 1710. Cc
306 MERCURE
Mr de Pujol Capitaine Lientenant des Carabiniers. Il eft
Chevalier de S. Louis de la promotion de 1707. Il a donné
des preuves de fon courage
dans toutes les occafions où il
s'eft trouvé avec la Maifon du
Roy. Il eft d'une ancienne Maifon originaire du Rouergue.
Mr Darifat Chevalier de S.
Louis , Enfeigne des Moufque
toires gris. Il fut bleffé à la
Bataille de Nerwinde , où une
partie de la Maiſon du Roy fe
trouva , & il y donna de grana
des marques de fa valeur ,ainfi
que toutes les Relations de cet-
GALANT 307
te Bataille le font connoître.
Il fut du détachement qui ac
compagna le Roy d'Espagne
jufqu'à la Frontiere d'Espagne,
& lorfqu'il prit congé de ce
Prince S. M. C. luy témoigna
beaucoup de fatisfaction de
fes fervices , & eut pour luy
des diftinctions particulieres.
2 Mr de Trudaine , Enfeigne
de Gendarmerie , Chevalier de
l'Ordre de S. Louis. C'eft un
Gentilhomme de Picardie qui
depuis 20. ans fert le Roy dans
fa Gendarmerie avec beaucoup
de diftinction. Il a eu le malheur de perdre une jambe à
Cc ij
308 M* RCURE
la Bataille de Malplaquet. Il eft
de la mefme famille que Me
Voyfin & Mr Trudaine , cy
devant Intendant de Lyon , &
àprefent Intendant de Dijon .
Mr Miran , Chevalier de
de S. Louis , Enfeigne de Gendarmerie. Il a fervy en Elpagne & en Catalogne au com
mencement de cette guerre ,
& fur la fin de la precedente.
Il fut bleffé à la Bataille de
Nerwinde , où il donna des
preuves fignalées de fon cou->
'rage. Mr le Maréchal de Luxembourg dans la Relation
qu'il envoya au Roy de cette-
GALANY 309
Journée , fit un éloge particu
lier de Mr Miran , quifut applaudy de toute l'Armée.
Mr le Comte de Coëtanfão,
Aide Major de la Gendarmerie , Chevalier de Saint Louis,
de la promotion de 1705. Il eft
neveu de Mr l'Evêque d'A
vranches , & de Mr le Marquis de Coëtanfao Maréchal
de Camp, & Sous- Lieutenant
des Chevaux Legers de la Garde. Ils font d'une ancienne famille de Normandie. Ce nouveau Brigadier s'eft diftingué
dans toutes les occafions où il
' eft trouvé depuis qu'il fert
310 MERCURE
& il a toûjours donné des preuves de fa valeur , & de fon experience en tout ce qui regarde la guerre. Il a commencé à
porter les armes à l'âge de 29.
ans , & depuis ce temps- là il
n'a pas manqué une feule Cam
pagne. Il porte un nom celebre parmy les gens de guerre.
Tout ce que je viens de vous
dire de ces nouveaux Brigadiers, doit vous faire connoître
qu'il n'y en a pas un feul qui
n'ait merité le pofte d'honneur auquel le Royle vient d'élever.
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Résumé : Article concernant tous les nouveaux Brigadiers, & qui fait connoistre leurs services, & les Corps dont ils ont esté tirez. [titre d'après la table]
Le texte traite de la nomination de nouveaux brigadiers et des difficultés à les connaître en raison de leur manque d'expérience dans les postes d'officiers généraux. L'auteur a effectué des recherches approfondies pour fournir des informations précises sur ces nouveaux brigadiers, en commençant par lister les brigadiers d'infanterie dans l'ordre de leur nomination. Parmi les brigadiers d'infanterie mentionnés, on trouve Mr. Reynold de Valier, capitaine aux Gardes Suisses, chevalier de Saint-Louis, en France depuis plus de 20 ans, blessé à la bataille de Nerwinde. Mr. Reding, capitaine aux Gardes Suisses avec brevet de colonel, est au service de la France depuis près de 25 ans et est parent de plusieurs personnalités influentes. Mr. Mergeret, capitaine aux Gardes Françaises, originaire de Paris, a montré sa valeur à la bataille de Malplaquet. Mr. de Villiers, capitaine aux Gardes Françaises avec brevet de colonel, a servi en Italie sous Monsieur de Vendôme. Mr. le Comte de Mongon, capitaine de grenadiers aux Gardes Françaises avec brevet de colonel, est le fils de Mr. de Mongon, lieutenant général et inspecteur d'infanterie. D'autres brigadiers notables incluent Mr. le Marquis de Gallion, colonel du régiment de Navarre, qui a combattu à la bataille de Malplaquet, et Mr. le Chevalier de Givry, colonel du régiment de la Marche, ayant servi pendant 22 ans et s'étant distingué à la bataille de Malplaquet. Mr. le Comte du Montal, colonel du régiment de Poitou, est le petit-fils d'un célèbre homme de guerre. Mr. de Colandres, colonel du régiment des Vaisseaux, est le fils de feu Mr. le Gendre de Rouen. Mr. le Comte de Guiraud, colonel du régiment de Bourgogne, porte un nom illustre. Mr. le Comte de Laval, colonel du régiment de Bourbon, a montré sa valeur dans plusieurs actions de guerre. Mr. le Marquis de Lannion, colonel du régiment de Xaintonge, est connu pour sa bravoure. Mr. le Marquis de Fériac, colonel du régiment de Piémont, a montré son courage à la bataille de Malplaquet. Mr. le Marquis d'Aubigné, colonel du régiment Royal, a montré sa valeur à la bataille d'Hochstädt. Mr. Berthelot de Bourceau, colonel du régiment de Bretagne, a servi depuis l'âge de 15 ans. Mr. de la Chau-Montauban, colonel d'un régiment d'infanterie portant son nom, a combattu près de Rumersheim. Mr. le Marquis de Crécy, colonel du régiment de Boulonnais, est le fils de feu Mr. Louis Verjus, chevalier comte de Crécy. Mr. le Comte de Sauvebeuf, colonel du régiment de Blaisois, a montré sa valeur dans plusieurs occasions. Mr. le Marquis de Balincourt, colonel du régiment d'Artois, a servi en Rouffillon. Mr. le Chevalier Sanguin de Livry, colonel du régiment de Nivernois, a montré son courage dans plusieurs actions de guerre. Mr. le Marquis de Gondrin, colonel d'un régiment portant son nom, a montré son courage à Hochstädt et à Ramillies. Mr. Obrien, colonel d'un régiment irlandais portant son nom, a combattu à la bataille de Malplaquet. Mr. Perrin, colonel du régiment de Beaufremé, actuellement Noailles, est attaché à la maison de Noailles. Mr. de Saint Morel, lieutenant colonel du régiment de Poitou, a servi pendant près de 35 ans. Mr. de Chastenet, lieutenant colonel du régiment de Xaintonge, a servi pendant près de 35 ans. Mr. de Curty, chevalier de Saint-Louis, lieutenant colonel du régiment de Provence, a servi pendant plus de 30 ans. Le texte se termine par la mention de l'année 1710.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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246
p. 322-326
Empressement de Monsieur le Duc, pour faire la Campagne, avec plusieurs remarques curieuses sur ce sujet. [titre d'après la table]
Début :
Vous serez bien asie d'apprendre que la nouvelle qui [...]
Mots clefs :
Héros, Campagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Empressement de Monsieur le Duc, pour faire la Campagne, avec plusieurs remarques curieuses sur ce sujet. [titre d'après la table]
Vous ferez bien aife d'ap-
GALANT - 323
·
prendre que la nouvelle qui
court depuis quelque temps ,
que S. A. S. Monfieur le Duc,
fervira cette année eft pleinement confirmée, & vous n'aurez pas moins de plaifir d'apprendre que jamais Prince n'a
fait voir un plus grand empreffement de fervir , & ne l'a
demandé avec plus d'ardeur.
Ce grand defir ne s'eft point
dementy, & il n'a point ceffe
defolliciter & de prier le Roy,
en forte que S. M. qui jufqu'à
prefent avoit fait difficulté
d'accorder à fes preffantes
inftances ce qu'il demandoit ,
•
324 MERCURE
à caufe de la foibleffe de fon
âge , n'ayant pas encore dixhuit ans accomplis , s'eft enfin
laiffée perfuader. La joye que
ce Prince témoigna lors qu'il
reçut l'agrément du Roy de
faire cette Campagne , va audelà de toute imagination , &
ne fe peut exprimer. Il courut
dans tous fes Appartemens
pour annoncer luy-mefme cette nouvelle à tous fes Officiers
qui luy en témoignerent beaucoup de joye. Ce Prince donna ordre auffi-toft qu'on preparât fes Equipages. Son Intendant, luy envoya l'Etat de
GALANT 325
fa Maiſon , & aprés l'avoir
examiné , on fut furpris de
voir qu'il le doubla , & qu'il
refolut de fournir des Chevaux & des Equipages à tous
fes Gentilshommes , afin de
leur en épargner la dépenſe.
Ainfi, il n'a pas feulement donné en cette occafion des marques de la plus boüillante ardeur dont le cœur d'un Prince
puiffe eftre animé ; mais auſſi
d'une liberalité toute Royale,
ce qui ne luy attirera pas moins
que fa naiffance , l'amour & la
veneration des Troupes , &
fur tout du Corps à la teſte
326 MERCURE
duquel il fervira , & qui facrifiera toutfonfangpour le bien
de l'Etat, & pour la gloire d'un
Prince auffi genereux que
grand. Joignez à tout cela
l'effet que peut faire la preſence d'un Prince iffu des plus parfaits Heros. Il fervira pondant fa premiere Campagne , à
la tefte de fon Regiment de
Condé.
GALANT - 323
·
prendre que la nouvelle qui
court depuis quelque temps ,
que S. A. S. Monfieur le Duc,
fervira cette année eft pleinement confirmée, & vous n'aurez pas moins de plaifir d'apprendre que jamais Prince n'a
fait voir un plus grand empreffement de fervir , & ne l'a
demandé avec plus d'ardeur.
Ce grand defir ne s'eft point
dementy, & il n'a point ceffe
defolliciter & de prier le Roy,
en forte que S. M. qui jufqu'à
prefent avoit fait difficulté
d'accorder à fes preffantes
inftances ce qu'il demandoit ,
•
324 MERCURE
à caufe de la foibleffe de fon
âge , n'ayant pas encore dixhuit ans accomplis , s'eft enfin
laiffée perfuader. La joye que
ce Prince témoigna lors qu'il
reçut l'agrément du Roy de
faire cette Campagne , va audelà de toute imagination , &
ne fe peut exprimer. Il courut
dans tous fes Appartemens
pour annoncer luy-mefme cette nouvelle à tous fes Officiers
qui luy en témoignerent beaucoup de joye. Ce Prince donna ordre auffi-toft qu'on preparât fes Equipages. Son Intendant, luy envoya l'Etat de
GALANT 325
fa Maiſon , & aprés l'avoir
examiné , on fut furpris de
voir qu'il le doubla , & qu'il
refolut de fournir des Chevaux & des Equipages à tous
fes Gentilshommes , afin de
leur en épargner la dépenſe.
Ainfi, il n'a pas feulement donné en cette occafion des marques de la plus boüillante ardeur dont le cœur d'un Prince
puiffe eftre animé ; mais auſſi
d'une liberalité toute Royale,
ce qui ne luy attirera pas moins
que fa naiffance , l'amour & la
veneration des Troupes , &
fur tout du Corps à la teſte
326 MERCURE
duquel il fervira , & qui facrifiera toutfonfangpour le bien
de l'Etat, & pour la gloire d'un
Prince auffi genereux que
grand. Joignez à tout cela
l'effet que peut faire la preſence d'un Prince iffu des plus parfaits Heros. Il fervira pondant fa premiere Campagne , à
la tefte de fon Regiment de
Condé.
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Résumé : Empressement de Monsieur le Duc, pour faire la Campagne, avec plusieurs remarques curieuses sur ce sujet. [titre d'après la table]
Le texte décrit la confirmation de la participation du Duc à une campagne militaire. Bien que n'ayant pas encore dix-huit ans, le Duc a manifesté un grand empressement et une ardente demande pour servir. Le roi, initialement réticent en raison de sa jeunesse, a finalement accepté. À l'annonce de l'accord royal, le Duc a exprimé une immense joie et a immédiatement informé ses officiers et préparé ses équipages. Il a doublé les ressources de sa maison pour fournir des chevaux et des équipements à ses gentilshommes, évitant ainsi des dépenses supplémentaires. Cette générosité et cette ardeur royale lui attireront l'amour et la vénération des troupes. Le Duc servira pendant sa première campagne à la tête de son régiment de Condé.
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247
p. 347
Eloge de la Marine. [titre d'après la table]
Début :
J'aurois encore à vous entretenir de beaucoup de prises [...]
Mots clefs :
Marine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Eloge de la Marine. [titre d'après la table]
J'aurois encore à vous entretenir de beaucoup de prifes
faites fur les ennemis par Mrs
de la Marine ; mais il ne me
refte ny de temps ny de place.
Il fuffit de vous dire , que la
Marine de France remportede
continuels avantages dans l'une & dans l'autre Mer.
faites fur les ennemis par Mrs
de la Marine ; mais il ne me
refte ny de temps ny de place.
Il fuffit de vous dire , que la
Marine de France remportede
continuels avantages dans l'une & dans l'autre Mer.
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248
p. 349-351
Prises nouvelles. [titre d'après la table]
Début :
Je crois que vous devez être satisfaite de ma Lettre, ne vous [...]
Mots clefs :
Charge, Expéditions de Mer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prises nouvelles. [titre d'après la table]
Je crois que vous devez être
fatisfaite de ma Lettre , ne vous
en ayant jamais envoyé qui ait
efté remplie d'un auffi grand
nombre d'Articles curieux .
Comme on reçoit fouvent
des nouvelles de nos Expeditions de Mer , & que vous
Avril 1710.
Gg
350 MERCURE.
n'avez encore ouy parler que de la prife
duVaiffeau nommé la Galere d'Amfterdam ,je dois vous faire part de la Lifte
nouvellement arrivée de Toulon , de la
maniere qu'elle eft venue , & dans laquelle vous trouverez que cette prife a
efté accompagnée de plufieurs autres
Expeditions.
Ala Rade de Toulon le 22 , Avril.
Mr l'Aigle prit le 11. Mars , un Vail
feau Anglois, chargé de Hareng , & de
Stocfiche , eftimé 30. mille livres.
Le 28. Mars il prit un autre Vaiffeau
Anglois chargé de pareilles Marchandifes , eftimé 20. mille livres.
Le 15. Avril il prit un Corfaire Fleffingois de 28. cañons , & de 180. hom.
mes d'équipage , & reprit un Navire
François chargé d'huile , que ce Cor- faire avoit enlevé.
Le 17. Avril , il prit le Vaiffeau Hollandois nommé la Galere d'Amfterdam
commandé par le Capitaine d'Ierfeland,
& charge de Marchandifes de Levant,
foye, caffé , & autres , eftimées quatre
cens mille livres.
GALANT 351
Le Capitaine Houdart , Commandant le Corfaire , François nommé le
Prince deFrife , a auffi enlevé un Corfaire Fleffingois de 14. canons , & de 100.
hommes d'équipage.
fatisfaite de ma Lettre , ne vous
en ayant jamais envoyé qui ait
efté remplie d'un auffi grand
nombre d'Articles curieux .
Comme on reçoit fouvent
des nouvelles de nos Expeditions de Mer , & que vous
Avril 1710.
Gg
350 MERCURE.
n'avez encore ouy parler que de la prife
duVaiffeau nommé la Galere d'Amfterdam ,je dois vous faire part de la Lifte
nouvellement arrivée de Toulon , de la
maniere qu'elle eft venue , & dans laquelle vous trouverez que cette prife a
efté accompagnée de plufieurs autres
Expeditions.
Ala Rade de Toulon le 22 , Avril.
Mr l'Aigle prit le 11. Mars , un Vail
feau Anglois, chargé de Hareng , & de
Stocfiche , eftimé 30. mille livres.
Le 28. Mars il prit un autre Vaiffeau
Anglois chargé de pareilles Marchandifes , eftimé 20. mille livres.
Le 15. Avril il prit un Corfaire Fleffingois de 28. cañons , & de 180. hom.
mes d'équipage , & reprit un Navire
François chargé d'huile , que ce Cor- faire avoit enlevé.
Le 17. Avril , il prit le Vaiffeau Hollandois nommé la Galere d'Amfterdam
commandé par le Capitaine d'Ierfeland,
& charge de Marchandifes de Levant,
foye, caffé , & autres , eftimées quatre
cens mille livres.
GALANT 351
Le Capitaine Houdart , Commandant le Corfaire , François nommé le
Prince deFrife , a auffi enlevé un Corfaire Fleffingois de 14. canons , & de 100.
hommes d'équipage.
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Résumé : Prises nouvelles. [titre d'après la table]
En avril 1710, l'auteur d'une lettre exprime sa satisfaction quant au contenu riche en informations curieuses. Il relate plusieurs prises effectuées par des navires français. Le 11 mars, le navire 'Mr l'Aigle' a capturé un vaisseau anglais chargé de hareng et de stockfish, estimé à 30 000 livres. Le 28 mars, le même navire a pris un autre vaisseau anglais avec des marchandises similaires, estimé à 20 000 livres. Le 15 avril, 'Mr l'Aigle' a capturé un corsaire flessingois de 28 canons et 180 hommes d'équipage, et a repris un navire français chargé d'huile. Le 17 avril, il a pris le vaisseau hollandais 'la Galère d'Amsterdam', commandé par le Capitaine d'Ierfeland, chargé de marchandises du Levant, de soie, de café et d'autres produits, estimés à 400 000 livres. Par ailleurs, le Capitaine Houdart, commandant le corsaire français 'le Prince de Frise', a capturé un corsaire flessingois de 14 canons et 100 hommes d'équipage.
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249
p. 108-110
A Nantes le premier May.
Début :
Je vous envoye de nouvelles Expeditions de Mer. J'espere [...]
Mots clefs :
Expéditions de Mer, Nantes, Vaisseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Nantes le premier May.
Je vous envoye de nouvelles
Expéditions de Mer. J'espere
vous en envoyer encore de
nouvelles avant defermer m.
Letttre.
A Nantes le premier May.
Mr Paul Laurens de Dutv
kerque, Capitaine du Navire
nommé le Duc de Baviere, de
180.tonneaux & de 11. canons, étant à la hauteur de 11.
1à
23. degrez latitude Nord à
20. lieües deVigo, a rencontré
-
un Brigantin venant de
Montbay -
en Angleterre
,
du
port de 24. tonneaux chargé
de 50. Barriques deSardines
& de quelques Saumons de
Plomb dont il s'est saisi.
-
Le 22.dumême mois étant
dans le même parage, il arencontré un Paquebot d'Angleterre armé de dix canons avec 1
son lest, & 45. Matelots &
Soldats,& sixOfficiers Anglois
venant de Lisbonne pour aller
en Angleterre, qu'il a
aussi pris,
& l'a conduit dans la Riviere
de Nantes.
Mr de la Moincrie- Miniac
commandant le Vaisseau du
Roy le Superbe, a
pris une Frcgatte Angloise de 8. canons,
qui alloit en Terre-Neuve
Expéditions de Mer. J'espere
vous en envoyer encore de
nouvelles avant defermer m.
Letttre.
A Nantes le premier May.
Mr Paul Laurens de Dutv
kerque, Capitaine du Navire
nommé le Duc de Baviere, de
180.tonneaux & de 11. canons, étant à la hauteur de 11.
1à
23. degrez latitude Nord à
20. lieües deVigo, a rencontré
-
un Brigantin venant de
Montbay -
en Angleterre
,
du
port de 24. tonneaux chargé
de 50. Barriques deSardines
& de quelques Saumons de
Plomb dont il s'est saisi.
-
Le 22.dumême mois étant
dans le même parage, il arencontré un Paquebot d'Angleterre armé de dix canons avec 1
son lest, & 45. Matelots &
Soldats,& sixOfficiers Anglois
venant de Lisbonne pour aller
en Angleterre, qu'il a
aussi pris,
& l'a conduit dans la Riviere
de Nantes.
Mr de la Moincrie- Miniac
commandant le Vaisseau du
Roy le Superbe, a
pris une Frcgatte Angloise de 8. canons,
qui alloit en Terre-Neuve
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Résumé : A Nantes le premier May.
Le 1er mai, le 'Duc de Bavière' a capturé un brigantin anglais près de Vigo. Le 22 mai, il a intercepté un paquebot anglais armé de dix canons, en route vers l'Angleterre. Le 'Le Superbe' a pris une frégate anglaise de 8 canons se dirigeant vers Terre-Neuve.
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250
p. 110-116
Benediction des Etendars des Compagnies des Gardes du Corps de Villeroy & de Bouflers, avec les Discours faits à cette occasion, [titre d'après la table]
Début :
Le 11e de ce mois on fit dans l'Eglise Royale de Saint [...]
Mots clefs :
Église royale de Saint-Quentin, Bénédiction des étendards, Compagnies des gardes du corps, Abbé Despagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Benediction des Etendars des Compagnies des Gardes du Corps de Villeroy & de Bouflers, avec les Discours faits à cette occasion, [titre d'après la table]
Le IIe de ce mois on fie
dans l'Eglise Royale de Saint
Quentin avec beaucoup de
pompe
,
la Benediction des
Etcndarts des Compagnies des
Gardes du Corps de Villeroy
& de Boufflers. Mr l'Abbé
Despagne,Chancelier& Cha-
noine de cette Eglise qui fit la
Ceremonie, fit le Dscours suivant à Mrs les Commandans
de la Maison du Roy, Officiers
& Gardes du Corps de Sa Majessé.
L'hommage
,
MefFeurs
,
que
'Vous faites de vos Etendarts au
Dieu des Armées, en
les déposant
sur nos Autels, pour ensuite les
<
recevoir de la main de tEglzfe)
cft sans doute de vôtre part une
reconnoissance publique, & un
aveu solemnel que la valeur &
la force sans la protection du Ciel
ne sontrien; queDieu tientdans
le seinde sa Providence toutes les
ressources de la guerre, & que
luy seul donne la victoire. Ces
justes sentimens que vôtre foy &
vostrepieté vous donnent de la
puissance du Tres-haut, produisent en vous la sainte e noble
confiance avec laquelle vous entrez en campagne.
La France, Messieurs,vous
regarde comme son principal ap..
puy, & les Troupes de Sa Aiajestétrouventenvousleurs Anges
tutelaires; vous devene^ l'ame
des Armées où t
on vousvoitparcîtrcivousfaites tout à la fois
leur beauté c, leurforce eéucs
doiventordinairementleursgrands
succés au mouvement que vous
leur donnez.On vous connoît
moins à
vos armes & 4 vos habits qu'à la valeur, à
l'honneur
& à la politisse qui vous distinguent. La reputation de vojlre
Corps a
toujours estéinalterable,
malgré lecaprice & la diversité
des évenemens; Ë7 quelqu'issuë
qu'ayent eu pour vous les Combats ,vosactions n'ont jamais
rien perdu du prodige. Puis en
s'adressant à Mr le Comte de
Montesson, Gouverneur de
S. Quentin, Commandant la
Maison du Roy, il dit: susi
tien au monde ne peut encherir
sur la gloire de commander,comme vous faites,Monsieur, un
Corpssi auguste &siredoutable,
que de joindre à
cet honneur la
garde de la Personne sacrée. du
Roy, & d'avoirJçu luy plaire.
Le Commandement de sa Massion
ne pouvoitse refuser à vos longs
services, ny à vostre ancienneté.
Si le chemin d'arriver à cet Employ n'avoitestéfait, vostre bravoure & vostre intrépiditédans le
Combat de l'année derniere,suffisoientseules pour l'abreger;mais
l'endroit leplusbrillant& leplus
solide de vostre gloire, efl devous
trouverselon lecœur dupiussage
& du plus grand Prince du monde, par l'assemblage de toutes les
vertus qui font trouver un parfait Chrestien dans le Haros.
PuifFe={-'VouJ, Monsieur, jouïr
long-temps de
ce
bonheur; fasse le
Ciel, Messieurs, qu'une Paix
prochaine couronne vos travaux,
& que cet amas de gloire qui
vous revient de tant de Guerres
longues & penibles se répande
sur vostrevieillisse, Com la rende
respectable jusqu'au tombeau.
Puissent Us larmes Ci les gemissemens de l'Eglise S'éleverjusqu'aDieu, ~(7 en obtenirle sou-
lagement de son Peuple, & la
réunion desesEnfans;puissent
ces Etendarts benis & confaetez
que ÏEgliJe vous met en main
J
n'estrejamais soüillez du fang
Cbrestien, ~&seconserver tous
entiers par une Paix aussi durable
que le siecle.
dans l'Eglise Royale de Saint
Quentin avec beaucoup de
pompe
,
la Benediction des
Etcndarts des Compagnies des
Gardes du Corps de Villeroy
& de Boufflers. Mr l'Abbé
Despagne,Chancelier& Cha-
noine de cette Eglise qui fit la
Ceremonie, fit le Dscours suivant à Mrs les Commandans
de la Maison du Roy, Officiers
& Gardes du Corps de Sa Majessé.
L'hommage
,
MefFeurs
,
que
'Vous faites de vos Etendarts au
Dieu des Armées, en
les déposant
sur nos Autels, pour ensuite les
<
recevoir de la main de tEglzfe)
cft sans doute de vôtre part une
reconnoissance publique, & un
aveu solemnel que la valeur &
la force sans la protection du Ciel
ne sontrien; queDieu tientdans
le seinde sa Providence toutes les
ressources de la guerre, & que
luy seul donne la victoire. Ces
justes sentimens que vôtre foy &
vostrepieté vous donnent de la
puissance du Tres-haut, produisent en vous la sainte e noble
confiance avec laquelle vous entrez en campagne.
La France, Messieurs,vous
regarde comme son principal ap..
puy, & les Troupes de Sa Aiajestétrouventenvousleurs Anges
tutelaires; vous devene^ l'ame
des Armées où t
on vousvoitparcîtrcivousfaites tout à la fois
leur beauté c, leurforce eéucs
doiventordinairementleursgrands
succés au mouvement que vous
leur donnez.On vous connoît
moins à
vos armes & 4 vos habits qu'à la valeur, à
l'honneur
& à la politisse qui vous distinguent. La reputation de vojlre
Corps a
toujours estéinalterable,
malgré lecaprice & la diversité
des évenemens; Ë7 quelqu'issuë
qu'ayent eu pour vous les Combats ,vosactions n'ont jamais
rien perdu du prodige. Puis en
s'adressant à Mr le Comte de
Montesson, Gouverneur de
S. Quentin, Commandant la
Maison du Roy, il dit: susi
tien au monde ne peut encherir
sur la gloire de commander,comme vous faites,Monsieur, un
Corpssi auguste &siredoutable,
que de joindre à
cet honneur la
garde de la Personne sacrée. du
Roy, & d'avoirJçu luy plaire.
Le Commandement de sa Massion
ne pouvoitse refuser à vos longs
services, ny à vostre ancienneté.
Si le chemin d'arriver à cet Employ n'avoitestéfait, vostre bravoure & vostre intrépiditédans le
Combat de l'année derniere,suffisoientseules pour l'abreger;mais
l'endroit leplusbrillant& leplus
solide de vostre gloire, efl devous
trouverselon lecœur dupiussage
& du plus grand Prince du monde, par l'assemblage de toutes les
vertus qui font trouver un parfait Chrestien dans le Haros.
PuifFe={-'VouJ, Monsieur, jouïr
long-temps de
ce
bonheur; fasse le
Ciel, Messieurs, qu'une Paix
prochaine couronne vos travaux,
& que cet amas de gloire qui
vous revient de tant de Guerres
longues & penibles se répande
sur vostrevieillisse, Com la rende
respectable jusqu'au tombeau.
Puissent Us larmes Ci les gemissemens de l'Eglise S'éleverjusqu'aDieu, ~(7 en obtenirle sou-
lagement de son Peuple, & la
réunion desesEnfans;puissent
ces Etendarts benis & confaetez
que ÏEgliJe vous met en main
J
n'estrejamais soüillez du fang
Cbrestien, ~&seconserver tous
entiers par une Paix aussi durable
que le siecle.
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Résumé : Benediction des Etendars des Compagnies des Gardes du Corps de Villeroy & de Bouflers, avec les Discours faits à cette occasion, [titre d'après la table]
Le 22 du mois, une cérémonie solennelle a eu lieu dans l'Église Royale de Saint Quentin pour la bénédiction des étendards des Compagnies des Gardes du Corps de Villeroy et de Boufflers. L'Abbé Despagne, Chancelier et Chanoine de cette église, a prononcé un discours à l'attention des commandants, officiers et gardes du corps du roi. Il a souligné que l'hommage rendu par les Gardes du Corps en déposant leurs étendards sur les autels était une reconnaissance publique de la protection divine. Il a insisté sur le fait que la valeur et la force sans la protection du Ciel ne sont rien, et que Dieu tient dans sa Providence toutes les ressources de la guerre, accordant la victoire. Ces sentiments de foi et de piété engendrent une sainte et noble confiance chez les Gardes du Corps lorsqu'ils entrent en campagne. La France considère les Gardes du Corps comme son principal appui, et les troupes royales les voient comme leurs anges tutélaires. Leur présence donne vie et force aux armées, et leurs succès sont souvent attribués à leur influence. Leur réputation est inaltérable, malgré les caprices et la diversité des événements. L'Abbé Despagne a adressé des louanges au Comte de Montesson pour sa bravoure et son intrépidité, notamment lors du combat de l'année précédente. Il a également souhaité une paix prochaine pour couronner leurs travaux et prolonger leur vieillesse dans le respect et la gloire. Enfin, il a prié pour que les étendards bénis ne soient jamais souillés du sang chrétien et que la paix soit durable.
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