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51
p. 2319-2325
FESTES données dans la Ville de Tours, pour la Convalescence du Roi.
Début :
IL n'y a aucune Ville qui ait témoigné plus de joye pour la Convalescence du Roi, que celle de [...]
Mots clefs :
Roi, Convalescence, Lampions, Fête, Abbaye, Peuple, Joie, Te Deum, Ville, Feu, Magnifique
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texteReconnaissance textuelle : FESTES données dans la Ville de Tours, pour la Convalescence du Roi.
2320 MERCURE DE FRANCE.
Roi , aux deux côtés duquel on avoit placé deux
Palmes d'une grandeur & d'une étenduë proportionnées
, qui jettoient un feu & un éclat admirables.
Des Guirlandes de feu , ſemées de Lampions , en
forme de Diamans , régnoient tout le long de cet
Edifice ; d'autres , de même eſpece , ténoient ſufendus
au milieu de chaque Croiſée & de chaque Porte
, des Luftres de Lampions.
Au-deſſus des Croiſées du rez- de-chauffée , deux
rangs de lumieres , avec des Pots à feu , formoient
une magnifique Balustrade. A l'endroit le plus éminent
du Palais Abbatial , on avoit élevé un grand
Soleil , parfaitement éclairé , avec ces mots au-deffous,
en très-gros Caractéres , garnis de Lampions,
SERENITAS RESTITUTA , CONVALESCENTE REGE ,
de forte qu'on pouvoit les lire de plus de 300 pas.
Tous les Bâtimens qui environnent le Palais Abbatial
, pour être illuminés dans un autre goût , n'en
étoient pas moins éclatans. On y liſoit dans pluſieurs
endroits ces mots VIVE LE Ror , & ceux- ci La-
TITIA PURA .
Le long des Terraſſes , & dans pluſieurs endroits
du Jardin, on avoit placé beaucoup de groſſes Terrines.
Enfin on n'a tien négligé pour rendre cette
Fête digne du Souverain pour qui elle étoit deſtinée.
Flle fut annoncée par le carillon de toutes les
cloches de l'Abbaye, puis precédée & fuivie d'une
décharge d'un grand nombre de Boëtes. Jamais la
joye ne fut plus grande, depuis les plus jeunes Penfionnaires
juſqu'aux plus graves Religieuſes , toutes
en donnerent les marques les plus touchantes.
La fituation de l'Abbaye de Beaumont, qui eft ervironnée
de Ponts & de Levées , permettant à la
vûë de découvrir une grande partie de ſon intérieur,
donna lieu à un grand concours de monde . En effer
le Peuple de la Ville accourut en foule des endroits
les
OCTOBRE.
1744. 2321
les plus éloignés , pour participer à la joye que l'on
faiſoit éclater pour la Convalescence du Roi .
Notre grand Prélat & M. L'Intendant , ſuivirent
cet exemple , & bien-tôt les Fêtes devinrent géné-
Tales. Les réjoniſſances de M. l'Intendant commenrent
le Dimanche 13 Septembre. Il y eut une illumination
magnifique & très -bien entenduë, & un Souper
, où M. l'Archevêque ſe trouva. Il y avoit cinq
tables differentes, qui faisoient plus de 140 couverts,
toutes ſervies avec beaucoup de délicateffe & de
profufion. Le ſouper fut fuivi d'un Bal. Le Peuple
ne fut point oublié , on fit dreffer dans les cours
plufieurs tables , qui toutes retentiſſoient d'acclamations
de VIVE LE ROI , & le Peuple danſa toute
la nuit. On ne décrira point la magnificence des
feux& des illuminations ; c'eſt M. de Bayeux , In .
génieur de la Province & connu par ſes talens , qui
en avoit donné le Plan ; il ſuffira de dire que le ſuc.
cès furpaſſa l'attente , & l'on attendoit d'autant plus
du zéle de M.l'Intendant ,qu'il ne ceſſe point d'en
marquer la vivacité dans toutes les parties de l'Adminiſtration
, dont il eſt chargé , ſurtout dans une
application fans relâche à rétablir les Manufactures
& à rendre la Ville de Tours auſſi floriſſante qu'elle
l'a été autrefois .
Le Dimanche ſuivant 20 du même mois , M. l'Archevêque
fu chanter dans ſa Cathédrale un Te Deum,
qui dès la veille fut annoncé par le ſon de toutes les
Cloches , & peut- être n'est- il pas dans le Royaume
unt plus belle ſonnerie. La Muſique du Te Deum
fut trouvée parfaite& très bien exécutée. Elle étoit
de la compofition du Sr du Luc. L'Auteur , déja diftingué
par d'autres Morceaux en ce genre,remplis
l'idée qu'on avoit de ſa capacité ,& foutint parfaitement
la réputation qu'il s'eſt faite à Paris par les
Piéces qu'il a données aux Concerts Spirituels . Les
Hv Com2322
MERCURE DE FRANCE.
Compagnies de Ville y aſſiſterent en habits de cérémonie.
Jamais on ne vit une ſi grande affluence
de Peuple.
Ily eut au Palais Archiepifcopal un Feu de joye,
tunetrès-belle illumination & un grand fouper pour
tout le Chapitre & autres perſonnes , ce qui forma
deux grandes tables, de 30 couverts chacune. Dans
la cour de l'Archevêché & dans la Place qui eſt auprès
, couloient des Fontaines de vin pour le Peuple.
Tout répondoit à la grandeur de celui pour qui
ſe faifoit la Fête , & à la générofité de celui qui la
donnoit. Le Prélat , admirable en tout , mais particulierement
par ſa bonté , fit diſtribuer des aumônes
confidérables , paroiſſant toujours avec cet air de
grandeur & d'affabilité , qui lui concilie le reſpect
&la tendre confiance des Peuples:
Toute la Bordure du Bâtiment , qui eft d'úne très
grande longueur , & toutes les Croiſées , étoient
éclairées par pluſieurs milliers de Lampions , depuis
le haut juſqu'au bas ; on s'attacha pour ce Deſlein
àl'Ordre d'Architecture , que l'on fuivit exactement.
A la face de la premiere cour à droite , paroiffoient
en differens endroits les Armes de S M. éclairées
de quantité de Lampions: Deux mille Terrines,
poſées avec art , tant en-dedans qu'en - dehors , répandoient
laplus grande clarté ; tout le Portail&&
les Bâtimens contigus , étoient illuminés avec le
même goût.
Vers les onze heures du foir , on tirale Feu d'ar
tifice , élevé dans le Jardin ſur un Amphithéatre
très ſpacieux.
Sur les Piliers de cet Amphithéatre s'élevoient
cinquante groffes Gerbes, qui jettoient un feuétonnant,
& finiffoient par un bruit ſemblable à celui du
canon. On voyoit dans un grand Baffin du Jardin
deux
OCTOBRE. 1744. 2323
deux Soleils tournans , qui au milieu de l'eau , faifoient
un très-bel effet. Cinquante groſſesGerbes ,
fuivies d'une Chaſſe de plus de soo Plongeons, qui
fortoient de l'eau & ſe répandoient fur tout le Parterre
, formoient un ſpectacle auſſi agréable que fingulier.
Sut la Terraffe de l'Archevêché parurent
pluſieurs Gerbes à fix quarts , & dans le même inftant
ſuivirent trois décharges de 300 Sauciffons , qui
imitoient le bruit du canon . Dans toute la Charmille
du Parterre on avoit diſtribué avec ordre 200
Pots à feu , qui jettoient chacun plus de 60 pieds en
ferpenteaux. Tout a été exécuté par le Sr Courſon
Artificier du Roi.
>
Les Réjouiſſances de la Ville ſe firent le même
jour. On ne trouva-point de ſituation plus propre
pour l'illumination , que la Maiſon des PP . Capu
eins. Il eſt impoſſible en effet de ſe repréſenter com
bien le coup d'oeil étoit frappant. La Maiſon de ces
PP. dont les foins ne contribuerent paspeu à l'embelliſſement
de la Fête , eſt parfaitement bien ſituée.
Elle domine toute la Ville,& étant placée au-deſſus
des bords enchantés de la Loire, elle offroit le plus
magnifique ſpectacle. Il y eut plufieurs décharges
de l'Artillerie, & la Ville traita enſuite les Capucins .
Les Particuliers ne montrerent pas moins de vivacité,&
l'empreſſement à célebrer le rétabliſſement
de la ſanté du Roi fut unanime. Le Corps des Marchands
fit chanter un Te Deum , illumina fon Bu
reau , & diftribus d'abondantės aumônes . Les Marchands
Fabriquans firent le lendemain la même choſe.
Tous fans diftinction , marquoient un égal defir
de fignaler leur zéle pour la Pertonne de notre Mo:
narque , & jamais on n'a mieux vu combien cet attachement
eſt gravé dans tous les coeurs Ge qu'on
ne doit pas oublier fur tout , ce font les aumônes.
LePrélat avoit donné l'exemple ,& il fut ſuivi .
Hvj
Les
2324 MERCURE DE FRANCE .
Les PP. Jéſuites donnerent un repas à tous les
Pauvres de la Ville qui ſe préſenterent. Mad. de
Chezelles , dont la Pieté releve encore la Naiſſance,
&connue par ſa grande charité ſous le nom de la
Mere des Prisonniers , chargée des libéralités de
M. l'Archevêque , alla porter la joye juſques dans
les Priſons , & on peut dire que la ſanté du plus
grand des Rois , a fait entrer l'allegreſſe dans les
Lieux condamnés aux larmes & à l'horreur. Il fembloit
que tous les coeurs ne fuflent alors capables
que de ſentimens de plaifir.
Il n'eſt ni Ville , ni Bourg, ni Village, ni Hameau
dans toute la Touraine , qui n'ait ſuivi l'exemple de
laVille Capitale .
Dans l'Abbaye de Cormery , les Peres Bénédictins
, tant en leur nom , qu'en celui de M. de Vaubrun
, leur Abbé , dont tout le monde connoît & le
mérite & l'eſprit , ont donné une Fête , qui mérite
de tenir fa place dans cette Relation.
Le Samedi au foir , 10 Octobre, la Fête fut annoncée
par pluſieurs décharges de l'Artillerie de la
Ville , qui fut ſuivie du ſon des cloches de l'Abbaye.
Le Dimanche ſur les cinq heures du foir , les Religieux
en Chappes , accompagnés de tout le Clergé
de la Ville , fuivis des Officiers de la Jurifdiction ,
tous les Habitans ſous les armes , fe rendirent dans
l'Egliſe de cette Abbaye. Plus de 2000 Lampions
en compartimens , dont les uns formoient des feftons
de fleurs , les autres compofoient differens Emblêmes
à la gloire du Roi , préſentoient un coup
d'oeil des plus brillants. Du hout du Frontifpice de
l'Eglife fortoit un Soleil plein de lumieres , dont
les rayons étoient ménagés avec tant d'art , qu'ils
ne ſe réüniffoient que pour faire briller les Armes
du Roi , autour deſquelles on liſoit , LUCET ET
ORNAT; plus bas le préſentoiens les Armes de M
de
OCTOBRE. 1744. 2325
de Vaubrun , Abbé de Cormery , avec celles de
l'Abbaye , qui étoient décorées d'une infinité de
Lampions. Le grand Autel étoit tout illuminé ; la
Décoration du Sanctuaire étoit formée de Lam.
pions , qui repréſentoient en gros Caractéres cette
Inſcription : QUEM PLANXIT AMOR , EI GRATU
LATUR AMOR. Tout le Choeur des Religieux n'offroit
aux yeux que des VIVA LE ROI.
A la premiere ſalve , le R. P. Prieur précedé du
Maître de Cérémonie , monta ſur un Trône parfemé
de Fleursde Lis , & entonna le Te Deum , qui fut
chanté à trois Choeurs . On fit enſuite défiler la Milice
Bourgeoife , au bruit des Tambours & Violons.
Les Religieux en Chappes, précedés de leur Clergé,
marchoient deux à deux , pour ſe rendre dans la
Place deſtinée pour allumer le Feu de joye.. Le
Prieur , avec quatre Religieux des plus anciens ,
y mit le feu , ce qui fut ſuivi de pluſieurs décharges
d'Artillerie. Tout retentiſſoit des acclamations
& des cris de joye du Peuple , à qui l'on
diftribucit fans meſure des vivres de differentes efpeces
, pendant que deux Fontaines de Vin cou-
Loient avec abondance.
La Fête fut terminée par un beau Feu d'artifice,
de la compofition du St Courſon.
Roi , aux deux côtés duquel on avoit placé deux
Palmes d'une grandeur & d'une étenduë proportionnées
, qui jettoient un feu & un éclat admirables.
Des Guirlandes de feu , ſemées de Lampions , en
forme de Diamans , régnoient tout le long de cet
Edifice ; d'autres , de même eſpece , ténoient ſufendus
au milieu de chaque Croiſée & de chaque Porte
, des Luftres de Lampions.
Au-deſſus des Croiſées du rez- de-chauffée , deux
rangs de lumieres , avec des Pots à feu , formoient
une magnifique Balustrade. A l'endroit le plus éminent
du Palais Abbatial , on avoit élevé un grand
Soleil , parfaitement éclairé , avec ces mots au-deffous,
en très-gros Caractéres , garnis de Lampions,
SERENITAS RESTITUTA , CONVALESCENTE REGE ,
de forte qu'on pouvoit les lire de plus de 300 pas.
Tous les Bâtimens qui environnent le Palais Abbatial
, pour être illuminés dans un autre goût , n'en
étoient pas moins éclatans. On y liſoit dans pluſieurs
endroits ces mots VIVE LE Ror , & ceux- ci La-
TITIA PURA .
Le long des Terraſſes , & dans pluſieurs endroits
du Jardin, on avoit placé beaucoup de groſſes Terrines.
Enfin on n'a tien négligé pour rendre cette
Fête digne du Souverain pour qui elle étoit deſtinée.
Flle fut annoncée par le carillon de toutes les
cloches de l'Abbaye, puis precédée & fuivie d'une
décharge d'un grand nombre de Boëtes. Jamais la
joye ne fut plus grande, depuis les plus jeunes Penfionnaires
juſqu'aux plus graves Religieuſes , toutes
en donnerent les marques les plus touchantes.
La fituation de l'Abbaye de Beaumont, qui eft ervironnée
de Ponts & de Levées , permettant à la
vûë de découvrir une grande partie de ſon intérieur,
donna lieu à un grand concours de monde . En effer
le Peuple de la Ville accourut en foule des endroits
les
OCTOBRE.
1744. 2321
les plus éloignés , pour participer à la joye que l'on
faiſoit éclater pour la Convalescence du Roi .
Notre grand Prélat & M. L'Intendant , ſuivirent
cet exemple , & bien-tôt les Fêtes devinrent géné-
Tales. Les réjoniſſances de M. l'Intendant commenrent
le Dimanche 13 Septembre. Il y eut une illumination
magnifique & très -bien entenduë, & un Souper
, où M. l'Archevêque ſe trouva. Il y avoit cinq
tables differentes, qui faisoient plus de 140 couverts,
toutes ſervies avec beaucoup de délicateffe & de
profufion. Le ſouper fut fuivi d'un Bal. Le Peuple
ne fut point oublié , on fit dreffer dans les cours
plufieurs tables , qui toutes retentiſſoient d'acclamations
de VIVE LE ROI , & le Peuple danſa toute
la nuit. On ne décrira point la magnificence des
feux& des illuminations ; c'eſt M. de Bayeux , In .
génieur de la Province & connu par ſes talens , qui
en avoit donné le Plan ; il ſuffira de dire que le ſuc.
cès furpaſſa l'attente , & l'on attendoit d'autant plus
du zéle de M.l'Intendant ,qu'il ne ceſſe point d'en
marquer la vivacité dans toutes les parties de l'Adminiſtration
, dont il eſt chargé , ſurtout dans une
application fans relâche à rétablir les Manufactures
& à rendre la Ville de Tours auſſi floriſſante qu'elle
l'a été autrefois .
Le Dimanche ſuivant 20 du même mois , M. l'Archevêque
fu chanter dans ſa Cathédrale un Te Deum,
qui dès la veille fut annoncé par le ſon de toutes les
Cloches , & peut- être n'est- il pas dans le Royaume
unt plus belle ſonnerie. La Muſique du Te Deum
fut trouvée parfaite& très bien exécutée. Elle étoit
de la compofition du Sr du Luc. L'Auteur , déja diftingué
par d'autres Morceaux en ce genre,remplis
l'idée qu'on avoit de ſa capacité ,& foutint parfaitement
la réputation qu'il s'eſt faite à Paris par les
Piéces qu'il a données aux Concerts Spirituels . Les
Hv Com2322
MERCURE DE FRANCE.
Compagnies de Ville y aſſiſterent en habits de cérémonie.
Jamais on ne vit une ſi grande affluence
de Peuple.
Ily eut au Palais Archiepifcopal un Feu de joye,
tunetrès-belle illumination & un grand fouper pour
tout le Chapitre & autres perſonnes , ce qui forma
deux grandes tables, de 30 couverts chacune. Dans
la cour de l'Archevêché & dans la Place qui eſt auprès
, couloient des Fontaines de vin pour le Peuple.
Tout répondoit à la grandeur de celui pour qui
ſe faifoit la Fête , & à la générofité de celui qui la
donnoit. Le Prélat , admirable en tout , mais particulierement
par ſa bonté , fit diſtribuer des aumônes
confidérables , paroiſſant toujours avec cet air de
grandeur & d'affabilité , qui lui concilie le reſpect
&la tendre confiance des Peuples:
Toute la Bordure du Bâtiment , qui eft d'úne très
grande longueur , & toutes les Croiſées , étoient
éclairées par pluſieurs milliers de Lampions , depuis
le haut juſqu'au bas ; on s'attacha pour ce Deſlein
àl'Ordre d'Architecture , que l'on fuivit exactement.
A la face de la premiere cour à droite , paroiffoient
en differens endroits les Armes de S M. éclairées
de quantité de Lampions: Deux mille Terrines,
poſées avec art , tant en-dedans qu'en - dehors , répandoient
laplus grande clarté ; tout le Portail&&
les Bâtimens contigus , étoient illuminés avec le
même goût.
Vers les onze heures du foir , on tirale Feu d'ar
tifice , élevé dans le Jardin ſur un Amphithéatre
très ſpacieux.
Sur les Piliers de cet Amphithéatre s'élevoient
cinquante groffes Gerbes, qui jettoient un feuétonnant,
& finiffoient par un bruit ſemblable à celui du
canon. On voyoit dans un grand Baffin du Jardin
deux
OCTOBRE. 1744. 2323
deux Soleils tournans , qui au milieu de l'eau , faifoient
un très-bel effet. Cinquante groſſesGerbes ,
fuivies d'une Chaſſe de plus de soo Plongeons, qui
fortoient de l'eau & ſe répandoient fur tout le Parterre
, formoient un ſpectacle auſſi agréable que fingulier.
Sut la Terraffe de l'Archevêché parurent
pluſieurs Gerbes à fix quarts , & dans le même inftant
ſuivirent trois décharges de 300 Sauciffons , qui
imitoient le bruit du canon . Dans toute la Charmille
du Parterre on avoit diſtribué avec ordre 200
Pots à feu , qui jettoient chacun plus de 60 pieds en
ferpenteaux. Tout a été exécuté par le Sr Courſon
Artificier du Roi.
>
Les Réjouiſſances de la Ville ſe firent le même
jour. On ne trouva-point de ſituation plus propre
pour l'illumination , que la Maiſon des PP . Capu
eins. Il eſt impoſſible en effet de ſe repréſenter com
bien le coup d'oeil étoit frappant. La Maiſon de ces
PP. dont les foins ne contribuerent paspeu à l'embelliſſement
de la Fête , eſt parfaitement bien ſituée.
Elle domine toute la Ville,& étant placée au-deſſus
des bords enchantés de la Loire, elle offroit le plus
magnifique ſpectacle. Il y eut plufieurs décharges
de l'Artillerie, & la Ville traita enſuite les Capucins .
Les Particuliers ne montrerent pas moins de vivacité,&
l'empreſſement à célebrer le rétabliſſement
de la ſanté du Roi fut unanime. Le Corps des Marchands
fit chanter un Te Deum , illumina fon Bu
reau , & diftribus d'abondantės aumônes . Les Marchands
Fabriquans firent le lendemain la même choſe.
Tous fans diftinction , marquoient un égal defir
de fignaler leur zéle pour la Pertonne de notre Mo:
narque , & jamais on n'a mieux vu combien cet attachement
eſt gravé dans tous les coeurs Ge qu'on
ne doit pas oublier fur tout , ce font les aumônes.
LePrélat avoit donné l'exemple ,& il fut ſuivi .
Hvj
Les
2324 MERCURE DE FRANCE .
Les PP. Jéſuites donnerent un repas à tous les
Pauvres de la Ville qui ſe préſenterent. Mad. de
Chezelles , dont la Pieté releve encore la Naiſſance,
&connue par ſa grande charité ſous le nom de la
Mere des Prisonniers , chargée des libéralités de
M. l'Archevêque , alla porter la joye juſques dans
les Priſons , & on peut dire que la ſanté du plus
grand des Rois , a fait entrer l'allegreſſe dans les
Lieux condamnés aux larmes & à l'horreur. Il fembloit
que tous les coeurs ne fuflent alors capables
que de ſentimens de plaifir.
Il n'eſt ni Ville , ni Bourg, ni Village, ni Hameau
dans toute la Touraine , qui n'ait ſuivi l'exemple de
laVille Capitale .
Dans l'Abbaye de Cormery , les Peres Bénédictins
, tant en leur nom , qu'en celui de M. de Vaubrun
, leur Abbé , dont tout le monde connoît & le
mérite & l'eſprit , ont donné une Fête , qui mérite
de tenir fa place dans cette Relation.
Le Samedi au foir , 10 Octobre, la Fête fut annoncée
par pluſieurs décharges de l'Artillerie de la
Ville , qui fut ſuivie du ſon des cloches de l'Abbaye.
Le Dimanche ſur les cinq heures du foir , les Religieux
en Chappes , accompagnés de tout le Clergé
de la Ville , fuivis des Officiers de la Jurifdiction ,
tous les Habitans ſous les armes , fe rendirent dans
l'Egliſe de cette Abbaye. Plus de 2000 Lampions
en compartimens , dont les uns formoient des feftons
de fleurs , les autres compofoient differens Emblêmes
à la gloire du Roi , préſentoient un coup
d'oeil des plus brillants. Du hout du Frontifpice de
l'Eglife fortoit un Soleil plein de lumieres , dont
les rayons étoient ménagés avec tant d'art , qu'ils
ne ſe réüniffoient que pour faire briller les Armes
du Roi , autour deſquelles on liſoit , LUCET ET
ORNAT; plus bas le préſentoiens les Armes de M
de
OCTOBRE. 1744. 2325
de Vaubrun , Abbé de Cormery , avec celles de
l'Abbaye , qui étoient décorées d'une infinité de
Lampions. Le grand Autel étoit tout illuminé ; la
Décoration du Sanctuaire étoit formée de Lam.
pions , qui repréſentoient en gros Caractéres cette
Inſcription : QUEM PLANXIT AMOR , EI GRATU
LATUR AMOR. Tout le Choeur des Religieux n'offroit
aux yeux que des VIVA LE ROI.
A la premiere ſalve , le R. P. Prieur précedé du
Maître de Cérémonie , monta ſur un Trône parfemé
de Fleursde Lis , & entonna le Te Deum , qui fut
chanté à trois Choeurs . On fit enſuite défiler la Milice
Bourgeoife , au bruit des Tambours & Violons.
Les Religieux en Chappes, précedés de leur Clergé,
marchoient deux à deux , pour ſe rendre dans la
Place deſtinée pour allumer le Feu de joye.. Le
Prieur , avec quatre Religieux des plus anciens ,
y mit le feu , ce qui fut ſuivi de pluſieurs décharges
d'Artillerie. Tout retentiſſoit des acclamations
& des cris de joye du Peuple , à qui l'on
diftribucit fans meſure des vivres de differentes efpeces
, pendant que deux Fontaines de Vin cou-
Loient avec abondance.
La Fête fut terminée par un beau Feu d'artifice,
de la compofition du St Courſon.
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52
p. 2328
Les Receveurs Généraux & les Fermiers Généraux font chanter Te Deum, [titre d'après la table]
Début :
Le 26, les Receveurs Généraux des Finances firent chanter dans l'Eglise de la Maison Professe des [...]
Mots clefs :
Receveurs généraux des finances, Fermiers généraux, Te Deum, Chanter, Église
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texteReconnaissance textuelle : Les Receveurs Généraux & les Fermiers Généraux font chanter Te Deum, [titre d'après la table]
Le 26 , les Receveurs Généraux des Finances firent
chanter dans l'Egliſe de la Maiſon Profeſſe des
Jeſuites , pour remercier Dieu du rétabliſſement de
la ſanté du Roi , un Te Deum en Muſique , de la
compoſition de M. Blanchard , un des Maîtres de
Muſique de la Chapelle de S. M. & l'Evêque d'Orange
y officia .
Les Fermiers Généraux s'acquitterent le 30 du
même devoir , & l'Archevêque de Bordeaux officia
au Te Deum , que cette Compagnie fit chanter dans
l'Egliſe des Auguſtins de la Place des Victoires . La
même Compagnie a donné au Curé de S. Eustache
une fomme confidérable , qui doit être employee à
marier cinquante pauvres Ouvrieres.
chanter dans l'Egliſe de la Maiſon Profeſſe des
Jeſuites , pour remercier Dieu du rétabliſſement de
la ſanté du Roi , un Te Deum en Muſique , de la
compoſition de M. Blanchard , un des Maîtres de
Muſique de la Chapelle de S. M. & l'Evêque d'Orange
y officia .
Les Fermiers Généraux s'acquitterent le 30 du
même devoir , & l'Archevêque de Bordeaux officia
au Te Deum , que cette Compagnie fit chanter dans
l'Egliſe des Auguſtins de la Place des Victoires . La
même Compagnie a donné au Curé de S. Eustache
une fomme confidérable , qui doit être employee à
marier cinquante pauvres Ouvrieres.
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53
p. 2329
Le Roi & la Reine entendent la Messe & le Te Deum à Metz, [titre d'après la table]
Début :
La Reine prit le 28 au matin la route de la premiere de ces deux Villes, où Mesdames de France [...]
Mots clefs :
Roi, Reine, Parlement, Santé, Te Deum, Messe, Metz
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Roi & la Reine entendent la Messe & le Te Deum à Metz, [titre d'après la table]
La Reine prit le 28 au matin la route de la premiere
de ces deux Villes , où Meſdamesde Fran
ce arriverent le 23 , & d'où elles partirent le 25 ,
pour retourner à Verſailles .
Le 24 , le Parlement de Metz complimenta le
Roi ſur le sétabliſſement de la ſanté de S. M. & M.
de Montholon , Premier Préſident , porta la parole.
Le Parlement rendit enſuite ſes reſpects à la Reine ,
& il fut préſenté& conduit chés leurs Majeſtés avec
les cérémonies obſervées , lorſqu'il eut audience du
Roi les du mois précédent.
Le Roi & la Reine , accompagnés de toute la
Cour , ſe rendirent le 27 du mois dernier à l'Eglife
Cathédrale , & y entendirent la Meffe , qui fut
célébrée par l'Evêque , & après laquelle on chanta
le Te Deum , en actions de graces de l'heureux état
de la ſanté du Roi, Ce Te Deum fut chanté au bruit
du canon de cette Place. Le ſoir , il y eut une illumination
générale dans toute la Ville & à la Citadelle
; on tira un feu d'artufice ſur l'Eſplanade visà-
vis des fenêtres de l'appartement du Roi , & les
habitans ſe ſont empreſſés de donner , par des réjouiſſances
éclatantes , de nouvelles preuves de
leurs ſentimens pour S. M.
de ces deux Villes , où Meſdamesde Fran
ce arriverent le 23 , & d'où elles partirent le 25 ,
pour retourner à Verſailles .
Le 24 , le Parlement de Metz complimenta le
Roi ſur le sétabliſſement de la ſanté de S. M. & M.
de Montholon , Premier Préſident , porta la parole.
Le Parlement rendit enſuite ſes reſpects à la Reine ,
& il fut préſenté& conduit chés leurs Majeſtés avec
les cérémonies obſervées , lorſqu'il eut audience du
Roi les du mois précédent.
Le Roi & la Reine , accompagnés de toute la
Cour , ſe rendirent le 27 du mois dernier à l'Eglife
Cathédrale , & y entendirent la Meffe , qui fut
célébrée par l'Evêque , & après laquelle on chanta
le Te Deum , en actions de graces de l'heureux état
de la ſanté du Roi, Ce Te Deum fut chanté au bruit
du canon de cette Place. Le ſoir , il y eut une illumination
générale dans toute la Ville & à la Citadelle
; on tira un feu d'artufice ſur l'Eſplanade visà-
vis des fenêtres de l'appartement du Roi , & les
habitans ſe ſont empreſſés de donner , par des réjouiſſances
éclatantes , de nouvelles preuves de
leurs ſentimens pour S. M.
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54
p. 2329-2330
Réjoüissances à S. Quentin, [titre d'après la table]
Début :
Les lettres écrites de différentes Provinces ne parlent que des marques éclatantes que les habitans de [...]
Mots clefs :
Saint-Quentin, Église collégiale, Te Deum, Messe, Procession, Habitants
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texteReconnaissance textuelle : Réjoüissances à S. Quentin, [titre d'après la table]
Les lettres écrites de differentes Provinces ne parlent
que des marques éclatantes que les habitans de
toutes lesVilles ont données de leur joye, en apprenantque
le Roi étoit parfaitement rétabli.
La Ville de S. Quentin s'eſt extrémement diſtinguée
dans cette circonstance , & les Chanoines de
1 Egliſe Collégiale , non contens de faire le 17 une
Proceffion folemnelle , & de chanter le Te Deum ,
ainſi que l'Evêque de Noyon l'avoit ordonné au
Clergé de fon Diocèſe , ont rendu leurs actions de
graces à Dieu par une grande Meſſe , chantée en
Mufi2330
MERCUREDE FRANCE.
Muſique , & à laquelle tous les Corps ont aſſiſte.
Pendant la Meſſe, la Proceſſion & le Te Deum , on
a fait pluſieurs Salves de l'artillerie des remparts ,
&la Proceſſion a été accompagnée de toutes les
Compagnies d'Ordonnance. Le même jour , legliſe
Collégiale fut illuminée , tant en dehors qu'en
dedans, avec un goût & une dépenſe , qui auroient
pû faire honneur à l'une des premieres Villes du
Royaume , & du haut du Frontiſpice du Portail on
fit partir un grand nombre de fuſées. Il y eut aufli
une très -magnifique illumination à l'Hôtel-de-
Ville, vis-à- vis duquel la Ville fit tirer le 20 un feu
d'artifice. Pluſieurs des habitans en ont fait tirer
en particulier les jours ſuivans devant leurs maifons.
que des marques éclatantes que les habitans de
toutes lesVilles ont données de leur joye, en apprenantque
le Roi étoit parfaitement rétabli.
La Ville de S. Quentin s'eſt extrémement diſtinguée
dans cette circonstance , & les Chanoines de
1 Egliſe Collégiale , non contens de faire le 17 une
Proceffion folemnelle , & de chanter le Te Deum ,
ainſi que l'Evêque de Noyon l'avoit ordonné au
Clergé de fon Diocèſe , ont rendu leurs actions de
graces à Dieu par une grande Meſſe , chantée en
Mufi2330
MERCUREDE FRANCE.
Muſique , & à laquelle tous les Corps ont aſſiſte.
Pendant la Meſſe, la Proceſſion & le Te Deum , on
a fait pluſieurs Salves de l'artillerie des remparts ,
&la Proceſſion a été accompagnée de toutes les
Compagnies d'Ordonnance. Le même jour , legliſe
Collégiale fut illuminée , tant en dehors qu'en
dedans, avec un goût & une dépenſe , qui auroient
pû faire honneur à l'une des premieres Villes du
Royaume , & du haut du Frontiſpice du Portail on
fit partir un grand nombre de fuſées. Il y eut aufli
une très -magnifique illumination à l'Hôtel-de-
Ville, vis-à- vis duquel la Ville fit tirer le 20 un feu
d'artifice. Pluſieurs des habitans en ont fait tirer
en particulier les jours ſuivans devant leurs maifons.
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55
p. 2340-2341
Te Deum chanté à Luneville, [titre d'après la table]
Début :
Le premier de ce mois, pendant la Messe que le Roi entendit dans la Chapelle du Château, on [...]
Mots clefs :
Te Deum, Roi, Roi de Pologne, Reine de Pologne, Lunéville, Reine, Stanislas Leszczynski
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texteReconnaissance textuelle : Te Deum chanté à Luneville, [titre d'après la table]
Le premier de ce mois , pendant la Meſſe que le
Roi entendit dans la Chapelle du Château , on
chanta le Te Deum en actions de graces de la guériſon
de S. M. laquelle dîna ce jour- là avec la Reine
, le Roi de Pologne , & les Dames du Palais des
deux Reines.
La Reine de Pologne étant indiſpoſée , le Roi
paſſa au fortir detable dans l'appartement de cette
Princeffe.
Il monta à cheval à cinq heures , & il alla ſe
promener àune petite Maiſon du Roi de Pologne ,
appellée Jolivet , & la principale de pluſieurs Maifons
conſtruites le long du Canal , dont les environs
, qui n'étoient autrefois qu'un Marais impraticable
, font devenus de très-agréables Jardins.
Le Roi partir de Luneville le 2 au matin , &
après avoir fait près de Chanheux la revûë de la
Gendarmerie , il dîna dans cette Maiſon , d'où il
partit à midi & demi , pour aller coucher à Saarburg.
Pendant le ſéjour du Roi à Luneville , le Roi de
Pologne n'a rien oublié,pour que la reception qu'il
a faite à leurs Majestés , pût leur procurer une fatisfaction
égale à l'extrême joye que lui cauſoit leur
préſence à ſa Cour.
Toutes les perſonnes ,qui ont été chargées de
l'exécution des ordres du Roi de Pologue , ont répondu
à ſes intentions avec le plus grand zéle , &
il a paru que le Roi a été auſſi ſenſible au plaifir de
ſe voir à Luneville , que leurs Majestés Polonoiſes
l'étoient à celui d'y recevoir S. M. Le Roi & la
Reine ont été ſervis par les Grands Officiers , & par
Les autres principales perſonnes de la Cour du Roi
de la Reine de Pologne,
La
OCTOBRE. 1744. 2341
La Reine devoit paffer encore quelques jours à
Luneville , & partir enſuite , pour retourner àVerfailles.
Le Roi de Pologne nomma le premier de ce mois
le Maréchal de Belle-Ine Lieutenant Général au
Gouvernement de la Lorraine .
Roi entendit dans la Chapelle du Château , on
chanta le Te Deum en actions de graces de la guériſon
de S. M. laquelle dîna ce jour- là avec la Reine
, le Roi de Pologne , & les Dames du Palais des
deux Reines.
La Reine de Pologne étant indiſpoſée , le Roi
paſſa au fortir detable dans l'appartement de cette
Princeffe.
Il monta à cheval à cinq heures , & il alla ſe
promener àune petite Maiſon du Roi de Pologne ,
appellée Jolivet , & la principale de pluſieurs Maifons
conſtruites le long du Canal , dont les environs
, qui n'étoient autrefois qu'un Marais impraticable
, font devenus de très-agréables Jardins.
Le Roi partir de Luneville le 2 au matin , &
après avoir fait près de Chanheux la revûë de la
Gendarmerie , il dîna dans cette Maiſon , d'où il
partit à midi & demi , pour aller coucher à Saarburg.
Pendant le ſéjour du Roi à Luneville , le Roi de
Pologne n'a rien oublié,pour que la reception qu'il
a faite à leurs Majestés , pût leur procurer une fatisfaction
égale à l'extrême joye que lui cauſoit leur
préſence à ſa Cour.
Toutes les perſonnes ,qui ont été chargées de
l'exécution des ordres du Roi de Pologue , ont répondu
à ſes intentions avec le plus grand zéle , &
il a paru que le Roi a été auſſi ſenſible au plaifir de
ſe voir à Luneville , que leurs Majestés Polonoiſes
l'étoient à celui d'y recevoir S. M. Le Roi & la
Reine ont été ſervis par les Grands Officiers , & par
Les autres principales perſonnes de la Cour du Roi
de la Reine de Pologne,
La
OCTOBRE. 1744. 2341
La Reine devoit paffer encore quelques jours à
Luneville , & partir enſuite , pour retourner àVerfailles.
Le Roi de Pologne nomma le premier de ce mois
le Maréchal de Belle-Ine Lieutenant Général au
Gouvernement de la Lorraine .
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56
p. 2341-2342
Réjoüissances faites à Roüen, [titre d'après la table]
Début :
La Ville de Roüen, par l'éclat des réjoüissances qui s'y sont faites à l'occasion de la Convalescence [...]
Mots clefs :
Te Deum, Rouen, Église, Abbaye Saint-Ouen, Prisonniers, Réjouissances
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texteReconnaissance textuelle : Réjoüissances faites à Roüen, [titre d'après la table]
La Ville de Roüen , par l'éclat des réjoüiſſances
qui s'y ſont faites à l'occaſion de la Convalefcence
du Roi , a ſoûtenu dignement l'honneur qu'elle a
d'être Capitale d'une des plus riches Provinces du
Royaume . Le Parlement , ainſi que les autresCompagnies
, a donné en particulier des marques de ſon
zéle , & a joint aux témoignages publics de ſa joye
ladélivrance de pluſieurs priſonniers , détenus pour
dettes , qu'il a acquittées.
Le jour auquel on chanta le Te Deum dans l'EgliſeMétropolitaine
, toutes les maiſons de la Ville
furent illuminées , & l'on fit couler des Fontaines
de Vin en pluſieurs endroits , particulierement à
l'Archevêché , à l'Hôtel de-Ville , & chés le Préſident
de la Londe , qui préſide à la Chambre des
Vacations.Ce Préſident donna un ſouper ſplendide
I iij
1342 MERCURE DE FRANCE.
àtoutes les perſonnes de distinction de la Ville ,
Pillumination de ſon Hôtel , qui étoit éclairé d'un
grand nombre de Luftres , de Flambeaux , de Potsafeu&
de Lampions , fournit un ſpectacle que tout
le monde vit avec autant de plaiſir que d'empreffement.
Quelques jours auparavant , M. de la Bourdonhaye
, Intendant , avoit fait chanter dans l'Eglife
des Jeſuites le Te Deum , après lequel il avoit donné
ane Fête des plus magnifiques , accompagnée d'une
très belle illuinination & d'un feu d'artifice .
Le 27 du mois dernier , l'Abbaye de S. Oien
marqua auffi d'une façon diftinguée la part qu'elle
prenoit à la joye publique. L'Eglife de cette Abbaye
, l'une des plus belles Eglifes de France, étoit
éclairée par deux rangs de lumieres des deux côtés
de la Nef, par des Luftres dans chacune des Arcades
qui ſéparent les Piliers , & par des Girandoles
attachées aux Piliers avec des agrafes de glaces. La
beauté de l'illumination du Chooeur & de celle de
l'Orgue furpaffoit encore celle de la Nef. Après le
Te Deum , pendant lequel il y eut pluſieurs Salves
de canon les quatre Chantres , précédés de la
Compagnie , nommée la Cinquantaine , allerent allumer
le feu qui avoit été préparé dans la Place , &
qui repréſentoit quatre Baftions, terminés chacun
par un If de lumiere. On tira enfuite du haut de la
façade de l'Egliſe un grand nombre de fufées .
qui s'y ſont faites à l'occaſion de la Convalefcence
du Roi , a ſoûtenu dignement l'honneur qu'elle a
d'être Capitale d'une des plus riches Provinces du
Royaume . Le Parlement , ainſi que les autresCompagnies
, a donné en particulier des marques de ſon
zéle , & a joint aux témoignages publics de ſa joye
ladélivrance de pluſieurs priſonniers , détenus pour
dettes , qu'il a acquittées.
Le jour auquel on chanta le Te Deum dans l'EgliſeMétropolitaine
, toutes les maiſons de la Ville
furent illuminées , & l'on fit couler des Fontaines
de Vin en pluſieurs endroits , particulierement à
l'Archevêché , à l'Hôtel de-Ville , & chés le Préſident
de la Londe , qui préſide à la Chambre des
Vacations.Ce Préſident donna un ſouper ſplendide
I iij
1342 MERCURE DE FRANCE.
àtoutes les perſonnes de distinction de la Ville ,
Pillumination de ſon Hôtel , qui étoit éclairé d'un
grand nombre de Luftres , de Flambeaux , de Potsafeu&
de Lampions , fournit un ſpectacle que tout
le monde vit avec autant de plaiſir que d'empreffement.
Quelques jours auparavant , M. de la Bourdonhaye
, Intendant , avoit fait chanter dans l'Eglife
des Jeſuites le Te Deum , après lequel il avoit donné
ane Fête des plus magnifiques , accompagnée d'une
très belle illuinination & d'un feu d'artifice .
Le 27 du mois dernier , l'Abbaye de S. Oien
marqua auffi d'une façon diftinguée la part qu'elle
prenoit à la joye publique. L'Eglife de cette Abbaye
, l'une des plus belles Eglifes de France, étoit
éclairée par deux rangs de lumieres des deux côtés
de la Nef, par des Luftres dans chacune des Arcades
qui ſéparent les Piliers , & par des Girandoles
attachées aux Piliers avec des agrafes de glaces. La
beauté de l'illumination du Chooeur & de celle de
l'Orgue furpaffoit encore celle de la Nef. Après le
Te Deum , pendant lequel il y eut pluſieurs Salves
de canon les quatre Chantres , précédés de la
Compagnie , nommée la Cinquantaine , allerent allumer
le feu qui avoit été préparé dans la Place , &
qui repréſentoit quatre Baftions, terminés chacun
par un If de lumiere. On tira enfuite du haut de la
façade de l'Egliſe un grand nombre de fufées .
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57
p. 2342-2343
« Le 27 du même mois, les Bénédictins de l'Abbaye de Rebetz rendirent à Dieu de solemnelles actions [...] »
Début :
Le 27 du même mois, les Bénédictins de l'Abbaye de Rebetz rendirent à Dieu de solemnelles actions [...]
Mots clefs :
Abbaye de Rebetz, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 27 du même mois, les Bénédictins de l'Abbaye de Rebetz rendirent à Dieu de solemnelles actions [...] »
Le 27 du même mois , les Bénédictins de l'Abbaye
de Rebetz rendirent à Dieu de folemnelles actions
de graces pour le rétabliſſement de la fanzé
du Roi , en chantant dans leur Egliſe le Te Deum
pendant lequel une partie de la Bourgeonſie de la
Ville fut fous les armes Il y eut enfuite une table
magnifiquement ſervie dans la Maiſon Abbatiale
pour
OCTOBRE. 1744. 2343
pour le Maire , les Echevins & les principaux Bourgeois.
Le foir , on tira un très beau feu d'artifice
dans la grande Place, où l'on avoit élevé un Arc de
Triomphe de 45 pieds de haut fur 25 de large , orné
de Feſtons & de Guirlandes .
Cette Fête , qui a été accompagnée de pluſieurs
Salves d'artilleerriiee , a été ordonnée par l'Abbé de
Ceilles de Fleury , de concert avec les Religieux de
l'Abbaye.
de Rebetz rendirent à Dieu de folemnelles actions
de graces pour le rétabliſſement de la fanzé
du Roi , en chantant dans leur Egliſe le Te Deum
pendant lequel une partie de la Bourgeonſie de la
Ville fut fous les armes Il y eut enfuite une table
magnifiquement ſervie dans la Maiſon Abbatiale
pour
OCTOBRE. 1744. 2343
pour le Maire , les Echevins & les principaux Bourgeois.
Le foir , on tira un très beau feu d'artifice
dans la grande Place, où l'on avoit élevé un Arc de
Triomphe de 45 pieds de haut fur 25 de large , orné
de Feſtons & de Guirlandes .
Cette Fête , qui a été accompagnée de pluſieurs
Salves d'artilleerriiee , a été ordonnée par l'Abbé de
Ceilles de Fleury , de concert avec les Religieux de
l'Abbaye.
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58
p. 2343-2344
Autres Fêtes à Angoulême, [titre d'après la table]
Début :
L'Evêque & la Ville d'Angoulême ont signalé aussi leur zéle, & dès qu'on y fut assûré que le Roi [...]
Mots clefs :
Évêque, Roi, Maire, Te Deum, Tables, Angoulême
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autres Fêtes à Angoulême, [titre d'après la table]
L'Evêque & la Ville d'Angoulême ont fignalé
auſſi leur zéle , & dès qu'on y fut aſſaré que le Roi
étoit hors de danger , on chanta dans l'Egliſe Cathédrale
, au bruit de la mouſqueterie de 1800 hommesde
la Bourgeoiſie , qui étoient ſous les armes ,
le Te Deum , auquel le Préſidial aſſiſta , ainſi que le
Corps de Ville. On illumina le ſoir toutes les ruës ,
& les illuminations du Palais Epifcopal , de l'Hôtelde-
Ville , & de la maiſon du Maire , furent généralement
admirées. Toutes les perſonnes de conſidération
furent invitées à ſouper chés l'Evêque , qui
fit ſervir cinq tables avec autant de profufion que
de délicateſſe ,& par l'ordre duquel on diftribua
pendant le repas beaucoup d'argent au Peuple avec
unegrande quantité de Vin & de Vivres de toute
efpéce.
Le Maire , dans la ruë où il loge , avoit fait drefſer
plufieurs tables , où l'on donnoit à boire & à
manger à tous ceux qui ſe préſentoient , & divers
particuliers en uſerent de même en quelques endroits
de la Ville .
Afin que la nouvelle de la guériſon du Roi fut
plûtôt répandue dans la Campagne , d'où les Payfans
, en pleurs , accouroient chaque jour , pour
ſçavoir ce qu'on avoit appris de l'état de S. M. l'Evêque
fit illuminer le haut du Clocher de la Cathédra-
I iiij
2344 MERCURE DE FRANCE.
:
drale ,& il annonça par ce moyen à tous les Villa.
ges voiſins , que le Roi étoit rendu à leurs voeux.
auſſi leur zéle , & dès qu'on y fut aſſaré que le Roi
étoit hors de danger , on chanta dans l'Egliſe Cathédrale
, au bruit de la mouſqueterie de 1800 hommesde
la Bourgeoiſie , qui étoient ſous les armes ,
le Te Deum , auquel le Préſidial aſſiſta , ainſi que le
Corps de Ville. On illumina le ſoir toutes les ruës ,
& les illuminations du Palais Epifcopal , de l'Hôtelde-
Ville , & de la maiſon du Maire , furent généralement
admirées. Toutes les perſonnes de conſidération
furent invitées à ſouper chés l'Evêque , qui
fit ſervir cinq tables avec autant de profufion que
de délicateſſe ,& par l'ordre duquel on diftribua
pendant le repas beaucoup d'argent au Peuple avec
unegrande quantité de Vin & de Vivres de toute
efpéce.
Le Maire , dans la ruë où il loge , avoit fait drefſer
plufieurs tables , où l'on donnoit à boire & à
manger à tous ceux qui ſe préſentoient , & divers
particuliers en uſerent de même en quelques endroits
de la Ville .
Afin que la nouvelle de la guériſon du Roi fut
plûtôt répandue dans la Campagne , d'où les Payfans
, en pleurs , accouroient chaque jour , pour
ſçavoir ce qu'on avoit appris de l'état de S. M. l'Evêque
fit illuminer le haut du Clocher de la Cathédra-
I iiij
2344 MERCURE DE FRANCE.
:
drale ,& il annonça par ce moyen à tous les Villa.
ges voiſins , que le Roi étoit rendu à leurs voeux.
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59
p. 2344
Te Deum chanté à S. Germain en Laye, [titre d'après la table]
Début :
Le Te Deum fut chanté le 13 pour la Convalescence du Roi, avec toute la solemnité possible, [...]
Mots clefs :
Te Deum, Roi, Château, Chanter, Saint-Germain-en-Laye
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texteReconnaissance textuelle : Te Deum chanté à S. Germain en Laye, [titre d'après la table]
Le Te Deum fut chanté le 13 pour la Convalefcence
du Roi , avec toute la folemnité poſſible ,
dans l'Egliſe de la Paroiſſe du Château de S. German
en-Laye ,& il y eut le même jour des illuminations
dans toute la Ville .
Les Officiers du Roi , qui y réſident , aſſiſterent
en Corps le 15 au Te Deum , qu'ils firent chanter
dans la même Eglife .
Le mêmejour , les Anglois, qui demeurent dans
le Château , firent chanter auſſi le Te Deum dans la
Chapelle par la Muſique du Roi , & le Château fut
entierement illuminé.
du Roi , avec toute la folemnité poſſible ,
dans l'Egliſe de la Paroiſſe du Château de S. German
en-Laye ,& il y eut le même jour des illuminations
dans toute la Ville .
Les Officiers du Roi , qui y réſident , aſſiſterent
en Corps le 15 au Te Deum , qu'ils firent chanter
dans la même Eglife .
Le mêmejour , les Anglois, qui demeurent dans
le Château , firent chanter auſſi le Te Deum dans la
Chapelle par la Muſique du Roi , & le Château fut
entierement illuminé.
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60
p. 63-64
« Nous avions d'abord formé le dessein de donner au Public une Liste de [...] »
Début :
Nous avions d'abord formé le dessein de donner au Public une Liste de [...]
Mots clefs :
Public, Te Deum, Liste, Peuple, Roi, Compagnies, Communautés, Corps de métiers, Convalescence, Zèle, Fêtes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Nous avions d'abord formé le dessein de donner au Public une Liste de [...] »
Nde donner au Public une Liſte de
tous les Te Deum qui ont été chantés pour
la Convalescence du Roi , mais nous avons
craint que cette Liſte , trop longue& trop
uniforme , ne fatiguât nos Lecteurs & ne
remplît mal une partiede notre Recueil ,
que nous pouvons donner à des matieres
plus intéreſſantes. Il ſuffirade dire que nonſeulement
toutes les Compagnies , toutes
les Communautés , tous les Corps de Métiers
ſe ſont ſignalés à ce ſujet , mais que
même les Compagnons de chaque Métier ,
&tous lesOuvriers qui n'avoient pas encore
l'honneur de faire un Corps , ont été réiinisdans
cette circonſtance par leur zéle , au
défaut des Statuts , & ont fait célébrer des
Meffes folemnelles , ſuivies du Te Deum &
de l'Exaudiat. On n'entendra pas dire, ſans
étonnement , qu'on a vû le Public invité
par des Affiches aux Te Deum des Porteurs
d'Eau , des Bateliers du Port S. Nicolas ,
des Blanchiſſeuſes de la Grenoüillere , &
enfin des Laquais du Fauxbourg S. Germain.
Cette Cérémonie étoit ſuivie le foir
d'Illuminations , & pendant près de trois
mois , Paris n'a point été ſans être illuminé
en quelque endroit ; les Porteurs d'Eau ont
Dij
64 MERCURE DE FRANCE.
illuminé les Fontaines publiques , qui font
leur domicile le plus ordinaire.
Ces circonstances font moins frivoles
qu'elles ne le paroiſſent ; on y voit la joye
fincére du Peuple , & l'amour de la Nation
pour ſon Prince s'y développe mieux que
dans les loüanges les plus pompeuſes , car
le Peuple jamais n'a menti ni flaté.
Nous avons crû ne pouvoir nous diſpenſer
de rendre compte au Public des Fêtes qui
ont été célébrées dans les differentes Villes
du Royaume , à l'occaſion de la Convalefcence
du Roi ; nous croirions leur faire injuſtice
, ſi nous négligions de tranſmettre à
la Poſtérité ces témoignages de leur zéle ,
auſſi honorables pour elles , qu'ils font fla
teurs pour le Prince qui en eſt l'objet,
tous les Te Deum qui ont été chantés pour
la Convalescence du Roi , mais nous avons
craint que cette Liſte , trop longue& trop
uniforme , ne fatiguât nos Lecteurs & ne
remplît mal une partiede notre Recueil ,
que nous pouvons donner à des matieres
plus intéreſſantes. Il ſuffirade dire que nonſeulement
toutes les Compagnies , toutes
les Communautés , tous les Corps de Métiers
ſe ſont ſignalés à ce ſujet , mais que
même les Compagnons de chaque Métier ,
&tous lesOuvriers qui n'avoient pas encore
l'honneur de faire un Corps , ont été réiinisdans
cette circonſtance par leur zéle , au
défaut des Statuts , & ont fait célébrer des
Meffes folemnelles , ſuivies du Te Deum &
de l'Exaudiat. On n'entendra pas dire, ſans
étonnement , qu'on a vû le Public invité
par des Affiches aux Te Deum des Porteurs
d'Eau , des Bateliers du Port S. Nicolas ,
des Blanchiſſeuſes de la Grenoüillere , &
enfin des Laquais du Fauxbourg S. Germain.
Cette Cérémonie étoit ſuivie le foir
d'Illuminations , & pendant près de trois
mois , Paris n'a point été ſans être illuminé
en quelque endroit ; les Porteurs d'Eau ont
Dij
64 MERCURE DE FRANCE.
illuminé les Fontaines publiques , qui font
leur domicile le plus ordinaire.
Ces circonstances font moins frivoles
qu'elles ne le paroiſſent ; on y voit la joye
fincére du Peuple , & l'amour de la Nation
pour ſon Prince s'y développe mieux que
dans les loüanges les plus pompeuſes , car
le Peuple jamais n'a menti ni flaté.
Nous avons crû ne pouvoir nous diſpenſer
de rendre compte au Public des Fêtes qui
ont été célébrées dans les differentes Villes
du Royaume , à l'occaſion de la Convalefcence
du Roi ; nous croirions leur faire injuſtice
, ſi nous négligions de tranſmettre à
la Poſtérité ces témoignages de leur zéle ,
auſſi honorables pour elles , qu'ils font fla
teurs pour le Prince qui en eſt l'objet,
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61
p. 65
SAINT QUENTIN.
Début :
La Ville de Saint Quentin s'est extrêmement distinguée ; une Procession solemnelle [...]
Mots clefs :
Saint-Quentin, Église collégiale, Te Deum, Procession, Illumination, Feu d'artifice, Messe en musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SAINT QUENTIN.
SAINT QUENTIN.
A Ville de
:
L
Saint Quentin s'eft extrê
mement diftinguée; une Proceſſion ſolemnelle
& unTe Deum , ordonnés par l'Evêque
de Noyon , n'ayant pas ſuffi au zéle
des Chanoines de P'Egliſe Collégiale , ils
ont chanté une grande Meſſe en Muſique ;
tous les Corps y ont aſſiſté. Une illumination
magnifique & très -bien entenduë , orna
l'Egliſe Collégiale , & l'Hôtel de Ville
qui fit tirer un très-beau Feu d'artifice ;
beaucoup des Habitans ont fait la même dépenſe
, & les coeurs Picards ont fait briller
leur candeur & leur vivacité naturelles .
A Ville de
:
L
Saint Quentin s'eft extrê
mement diftinguée; une Proceſſion ſolemnelle
& unTe Deum , ordonnés par l'Evêque
de Noyon , n'ayant pas ſuffi au zéle
des Chanoines de P'Egliſe Collégiale , ils
ont chanté une grande Meſſe en Muſique ;
tous les Corps y ont aſſiſté. Une illumination
magnifique & très -bien entenduë , orna
l'Egliſe Collégiale , & l'Hôtel de Ville
qui fit tirer un très-beau Feu d'artifice ;
beaucoup des Habitans ont fait la même dépenſe
, & les coeurs Picards ont fait briller
leur candeur & leur vivacité naturelles .
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62
p. 66-67
ROUEN.
Début :
La Ville de Roüen, par l'éclat des Fêtes occasionnées pour la Convalescence du Roi, [...]
Mots clefs :
Rouen, Fête, Abbaye Saint-Ouen, Te Deum, Feu d'artifice, Royaume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ROUEN.
ROUEN..
La Ville de Roiien , par l'éclat des Fêtes
occaſionnéespour la Convalefcence duRoi,
s'eſt montrée digne d'être la Capitale d'une
des plus conſidérables Provinces du Royaume.
Le Parlement, le Préſident de la Londe,
qui préſide à la Chambre des Vacations,M.
de la Bourdonnaie , Intendant , enfin tous
les Corps Supérieurs & toutes les Communautés
de la Ville , ont prouvé qu'en Normandie
leur coeur vaut bien leur eſprit.
L'Abbaye de S.Oiien a célébré cette Fête,
comme une des principales Abbayes du
Royaume. Elle a décoré fuperbement fon
Eglife , tiré un beau Feu d'artifice. Après le
Te Deum , accompagné de ſalves de canon ,
les quatre Chantres , précédés de la Comr
NOVEMBRE. 1744. 67
pagnie , appellée la Cinquantaine , allumemerent
le Feu élevé dans la Place , qui repréſentoit
quatre Baſtions.
La Ville de Roiien , par l'éclat des Fêtes
occaſionnéespour la Convalefcence duRoi,
s'eſt montrée digne d'être la Capitale d'une
des plus conſidérables Provinces du Royaume.
Le Parlement, le Préſident de la Londe,
qui préſide à la Chambre des Vacations,M.
de la Bourdonnaie , Intendant , enfin tous
les Corps Supérieurs & toutes les Communautés
de la Ville , ont prouvé qu'en Normandie
leur coeur vaut bien leur eſprit.
L'Abbaye de S.Oiien a célébré cette Fête,
comme une des principales Abbayes du
Royaume. Elle a décoré fuperbement fon
Eglife , tiré un beau Feu d'artifice. Après le
Te Deum , accompagné de ſalves de canon ,
les quatre Chantres , précédés de la Comr
NOVEMBRE. 1744. 67
pagnie , appellée la Cinquantaine , allumemerent
le Feu élevé dans la Place , qui repréſentoit
quatre Baſtions.
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63
p. 67-68
LAON.
Début :
La Ville de Laon a donné les plus éclatantes marques de sa joye au retour de la [...]
Mots clefs :
Laon, Te Deum, Illumination, Spectacle
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texteReconnaissance textuelle : LAON.
LAON.
La Ville de Laon a donné les plus éclatantes
marques de ſa joye au retour de la
ſanté du Roi. L'Egliſe Cathédrale a chanté
folemnellement le Te Deum. L'Illumination
a été générale & brillante. L'Evêque a allumé
le feu préparé dans la Place de l'Hôtel
de Ville ; il étoit accompagné par le Corps
de Ville , précédé des Gardes du Gouverneur
& du Lieutenant Général de la Province
, & de toutes les Compagnies Bourgeoiſes.
UneDécoration,d'un goût fingulier,
forma un Spectacle applaudi , ainſi que le
1
Dij
68 MERCURE DE FRANCE.
:
Théarre de l'artifice , qui en partit longtems
avec profuſion .
La Ville de Laon a donné les plus éclatantes
marques de ſa joye au retour de la
ſanté du Roi. L'Egliſe Cathédrale a chanté
folemnellement le Te Deum. L'Illumination
a été générale & brillante. L'Evêque a allumé
le feu préparé dans la Place de l'Hôtel
de Ville ; il étoit accompagné par le Corps
de Ville , précédé des Gardes du Gouverneur
& du Lieutenant Général de la Province
, & de toutes les Compagnies Bourgeoiſes.
UneDécoration,d'un goût fingulier,
forma un Spectacle applaudi , ainſi que le
1
Dij
68 MERCURE DE FRANCE.
:
Théarre de l'artifice , qui en partit longtems
avec profuſion .
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64
p. 68
LIMOGES.
Début :
Nous nous garderons bien d'oublier les Réjoüissances du Chapitre de l'Eglise Royale [...]
Mots clefs :
Limoges, Présidial de Limoges, Église, Te Deum, Bourgeois, Flambeaux, Lustres
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texteReconnaissance textuelle : LIMOGES.
LIMOGES.
Nous nous garderons bien d'oublier les
Réjoüiffances du Chapitre de l'Egliſe Royale&
Collégiale de cette Ville & de fon
Préfidial , ainſi que du Corps de Ville , &
de ſoixante notables Bourgeois du Quartier
S. Martial , qui aſſiſterent au Te Deum , en
habits uniformes. Plus de deux mille Flambeaux
& des Luſtres innombrables , éclairerent
la principale façade de l'Eglife .
Nous nous garderons bien d'oublier les
Réjoüiffances du Chapitre de l'Egliſe Royale&
Collégiale de cette Ville & de fon
Préfidial , ainſi que du Corps de Ville , &
de ſoixante notables Bourgeois du Quartier
S. Martial , qui aſſiſterent au Te Deum , en
habits uniformes. Plus de deux mille Flambeaux
& des Luſtres innombrables , éclairerent
la principale façade de l'Eglife .
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65
p. 68-69
PONTOISE.
Début :
Mad. d'Argouges de Ranes, Prieur de S. Nicolas de Pontoise, & les Religieuses de ce [...]
Mots clefs :
Pontoise, Prieur, Religieuses, Te Deum, Illumination
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texteReconnaissance textuelle : PONTOISE.
PONTOISE.
Mad. d'Argouges de Ranes , Prieur de S.
Nicolas de Pontoiſe,& les Religieuſes de ec
Convent, ont chanté , après le Te Deum, un
Exaudiat , mis en Muſique par le Curé de
NOVEMBRE. 1744. 69
l'Egliſe de S. Pierre de Pontoiſe. L'illumination
a parfaitement réüffi.
Mad. d'Argouges de Ranes , Prieur de S.
Nicolas de Pontoiſe,& les Religieuſes de ec
Convent, ont chanté , après le Te Deum, un
Exaudiat , mis en Muſique par le Curé de
NOVEMBRE. 1744. 69
l'Egliſe de S. Pierre de Pontoiſe. L'illumination
a parfaitement réüffi.
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66
p. 69-73
SOISSONS.
Début :
Les bornes, prescrites à ce Journal, ne permettent pas de détailler tout ce qui s'est [...]
Mots clefs :
Soissons, Intendant, Abbaye Saint-Jean-des-Vignes, François de Fitz-James, Roi, Te Deum, Charles-Blaise Méliand, Illumination, Feu d'artifice, Emblème, Divertissement, Pierre-Charles Roy
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texteReconnaissance textuelle : SOISSONS.
SOISSONS .
1
Les bornes , preſcrites à ce Journal , ne
permettent pas de détailler tout ce qui s'eſt
paffé à Soiffons, quand laConvalefcence du
Roi y a été annoncée. Le Duc de Fitsjames,
Evêque de Soiſſons & Premier Aumônier
du Roi , a peint dans ſon Mandement le
coeur de ce Monarque , & le peindre , c'eſt
le loüer fans adulation. Les vertus n'ont
pas beſoin d'ornemens . Le Te Deum de la
compofition de M. Morel , Organiſte de la
célebre Abbaye de S. Jean des, Vignes , fut
chanté au bruit d'une triple ſalve d'Arcille
Dv
70 MERCURE DE FRANCE.
rie. M. le Comte de Buron , Lieutenant
Général de la Province ,& le Corps de Ville,
accompagnés des Gardes de M.le Duc de
Gêvres , Gouverneur ,& de ceux duComte
deBuron ,y affifterent,ainſi que le Préfidial,
qui les avoit devancés, l'illumination , les
feſtins & les largeſſes faites au Peuple , ca
ractériſerent la fatisfaction généralé. M.
Méliand , Intendant de la Province, ſe dif
ringua dans tout ce qu'il fit dans ces jours
fortunés ; on donna la Comédie fur un
Théatre dreffé dans la Place publique , exécutée
par uneTroupe arrivée à propos.L'ingénieux
Feu d'artifice répréſentoit le Templedu
Deſtin , & quoique l'ordonnance en
fût des plus nobles &des plus frappantes ,
il étoit encore plus orné par les Inſcriptions
qui le décoroient. Il faudroit les tranfcrire
toutes ici , fi on vouloit y rappeller les plus
belles. On ne donnera que le premier Emblême
, compoſé par M. Racine , le petitfils
, âgé de dix ans ; ainſi le nom de Racine
eſt un Eloge depuis trois générations. Cet
Emblême , déſignant le Roi en danger de
mourir , eſt une belle fleur , qu'un Moiffonneur
ſemble reſpecter,avec cette Inſcripzion
: Eft gloria Terra .
Moiffonneur , qu'en ta main cruelle
La Faux s'arrête en ce moment !
NOVEMBRE. 1744. 71
Ah ! reſpecte une fleur fi belle ;
De la Terre elle eſt l'ornement.
L'Emblême deuxième mérite d'être cité ,
puiſqu'il exprime des ſentimens que toutes
les Provinces de France ont également fait
éclater ; c'eſt un Roi d'Abeilles, languiſſant,
environné d'un grand nombre d'Abeilles ,
dont les unes l'épluchent , les autres lui
préſentent du miel au bout de leurs trompes
,d'autres fe gliſſent ſous lui,pour le foulever
, avec cette intéreſſante Inſcription =
Regemfic obfervant nulli.
L'Abeille est l'Image fidelle
Des ſentimens & des coeurs des François
Quel Peuple eut jamais plus de zéle,
Plus de reſpect& d'amour pour ſes Rois !
2
I
Pluſieurs Dames & Cavaliers de la Ville
exécuterent chés M. l'Intendant un Diver
tiſſement , dont les paroles ſontde M. Roy,
Chevalier de l'Ordre de S. Michel , & la
Muſique de M. Morel ,Organiſte de S. Jean
des Vignes , qui fut applaudi par les Connoiffeurs.
On ſouhaiteroit pouvoir donner
ici tout ce Divertiſſement , intitulé : Les
Bergers de l' Aiſne , où l'Auteur ſans s'écarter
du genre lyrique , a raſſemble des traits de
notre Hiſtoire & de la Fable. Voici ſeule-
Dvj
72 MERCURE DE FRANCE.
:
ment la troifiéme & derniere Scéne chantée
par Apollon.
APOLLON AUX BERGERS DE L'AISNE.
Reſpirez après tant d'allarmes,
Vous, * Monſtres de l'Enfer rentrez-y pour jamais
Miniſtres de la mort, ma main briſe vos traits;
Admete , ouvre les yeux à la clartéCéleste ,
Mais à tant de faveurs Apollon aujourd'hui
N'impoſe point de loi funeſte ;
On vous rend un Pere , un appui ,
Sans qu'il en coute à la fidéle Alceſte ,
Des jours que ſa tendreſſe auroit donnés pour lui.
Triomphe , Victoire ;
De vos chants frappez les airs ,
Trompettes & Tambours par vos bruyans Concerts
De ce jour confacrez la gloire ;
C'eſt la Fête de l'Univers.
Le Chapitre & l'Abbaye de S. Jean des
Vignes, ont auſſi donné des Fêtes, qui méritent
une ample Deſcription .
Monſeigneur le Dauphin & Mesdames
de France , en revenant de Metz , firent
l'honneur à M. l'Intendant de ſouper & de
coucher chés lui. Ils virent l'illumination
&le feu d'artifice,d'un goût nouveau,inven-
Al'Envie &sasuite.
NOVEMBRE. 1744. 73
té& exécutépar le frere Philbert, Religieux
Capucin à la Fere .
Les Curieux liront la Relation de ces
Fêtes, imprimée à Soiſſons , chés la veuve de
Charles Courtois , Imprimeur du Roi , près
l'Election ; ils y verront avec plaiſir le Compliment
fait à M. Meliand , Intendant, par
M. Carrier , Maire ; une Paftorale & un
Vaudeville de M. Berſon ; la Nymphe de
l'Aiſne au Roi , de M. de Royaucourt ; une
Ode de M. l'Abbé Portes , Chanoine de
l'Egliſe de Laon .
1
Les bornes , preſcrites à ce Journal , ne
permettent pas de détailler tout ce qui s'eſt
paffé à Soiffons, quand laConvalefcence du
Roi y a été annoncée. Le Duc de Fitsjames,
Evêque de Soiſſons & Premier Aumônier
du Roi , a peint dans ſon Mandement le
coeur de ce Monarque , & le peindre , c'eſt
le loüer fans adulation. Les vertus n'ont
pas beſoin d'ornemens . Le Te Deum de la
compofition de M. Morel , Organiſte de la
célebre Abbaye de S. Jean des, Vignes , fut
chanté au bruit d'une triple ſalve d'Arcille
Dv
70 MERCURE DE FRANCE.
rie. M. le Comte de Buron , Lieutenant
Général de la Province ,& le Corps de Ville,
accompagnés des Gardes de M.le Duc de
Gêvres , Gouverneur ,& de ceux duComte
deBuron ,y affifterent,ainſi que le Préfidial,
qui les avoit devancés, l'illumination , les
feſtins & les largeſſes faites au Peuple , ca
ractériſerent la fatisfaction généralé. M.
Méliand , Intendant de la Province, ſe dif
ringua dans tout ce qu'il fit dans ces jours
fortunés ; on donna la Comédie fur un
Théatre dreffé dans la Place publique , exécutée
par uneTroupe arrivée à propos.L'ingénieux
Feu d'artifice répréſentoit le Templedu
Deſtin , & quoique l'ordonnance en
fût des plus nobles &des plus frappantes ,
il étoit encore plus orné par les Inſcriptions
qui le décoroient. Il faudroit les tranfcrire
toutes ici , fi on vouloit y rappeller les plus
belles. On ne donnera que le premier Emblême
, compoſé par M. Racine , le petitfils
, âgé de dix ans ; ainſi le nom de Racine
eſt un Eloge depuis trois générations. Cet
Emblême , déſignant le Roi en danger de
mourir , eſt une belle fleur , qu'un Moiffonneur
ſemble reſpecter,avec cette Inſcripzion
: Eft gloria Terra .
Moiffonneur , qu'en ta main cruelle
La Faux s'arrête en ce moment !
NOVEMBRE. 1744. 71
Ah ! reſpecte une fleur fi belle ;
De la Terre elle eſt l'ornement.
L'Emblême deuxième mérite d'être cité ,
puiſqu'il exprime des ſentimens que toutes
les Provinces de France ont également fait
éclater ; c'eſt un Roi d'Abeilles, languiſſant,
environné d'un grand nombre d'Abeilles ,
dont les unes l'épluchent , les autres lui
préſentent du miel au bout de leurs trompes
,d'autres fe gliſſent ſous lui,pour le foulever
, avec cette intéreſſante Inſcription =
Regemfic obfervant nulli.
L'Abeille est l'Image fidelle
Des ſentimens & des coeurs des François
Quel Peuple eut jamais plus de zéle,
Plus de reſpect& d'amour pour ſes Rois !
2
I
Pluſieurs Dames & Cavaliers de la Ville
exécuterent chés M. l'Intendant un Diver
tiſſement , dont les paroles ſontde M. Roy,
Chevalier de l'Ordre de S. Michel , & la
Muſique de M. Morel ,Organiſte de S. Jean
des Vignes , qui fut applaudi par les Connoiffeurs.
On ſouhaiteroit pouvoir donner
ici tout ce Divertiſſement , intitulé : Les
Bergers de l' Aiſne , où l'Auteur ſans s'écarter
du genre lyrique , a raſſemble des traits de
notre Hiſtoire & de la Fable. Voici ſeule-
Dvj
72 MERCURE DE FRANCE.
:
ment la troifiéme & derniere Scéne chantée
par Apollon.
APOLLON AUX BERGERS DE L'AISNE.
Reſpirez après tant d'allarmes,
Vous, * Monſtres de l'Enfer rentrez-y pour jamais
Miniſtres de la mort, ma main briſe vos traits;
Admete , ouvre les yeux à la clartéCéleste ,
Mais à tant de faveurs Apollon aujourd'hui
N'impoſe point de loi funeſte ;
On vous rend un Pere , un appui ,
Sans qu'il en coute à la fidéle Alceſte ,
Des jours que ſa tendreſſe auroit donnés pour lui.
Triomphe , Victoire ;
De vos chants frappez les airs ,
Trompettes & Tambours par vos bruyans Concerts
De ce jour confacrez la gloire ;
C'eſt la Fête de l'Univers.
Le Chapitre & l'Abbaye de S. Jean des
Vignes, ont auſſi donné des Fêtes, qui méritent
une ample Deſcription .
Monſeigneur le Dauphin & Mesdames
de France , en revenant de Metz , firent
l'honneur à M. l'Intendant de ſouper & de
coucher chés lui. Ils virent l'illumination
&le feu d'artifice,d'un goût nouveau,inven-
Al'Envie &sasuite.
NOVEMBRE. 1744. 73
té& exécutépar le frere Philbert, Religieux
Capucin à la Fere .
Les Curieux liront la Relation de ces
Fêtes, imprimée à Soiſſons , chés la veuve de
Charles Courtois , Imprimeur du Roi , près
l'Election ; ils y verront avec plaiſir le Compliment
fait à M. Meliand , Intendant, par
M. Carrier , Maire ; une Paftorale & un
Vaudeville de M. Berſon ; la Nymphe de
l'Aiſne au Roi , de M. de Royaucourt ; une
Ode de M. l'Abbé Portes , Chanoine de
l'Egliſe de Laon .
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67
p. 73
S. GERMAIN-EN-LAYE.
Début :
Le 13, la Paroisse de S. Germain-en-Laye, chanta le Te Deum avec grande solemnité, [...]
Mots clefs :
Saint-Germain-en-Laye, Te Deum, Anglais, Illumination, Réjouissances
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : S. GERMAIN-EN-LAYE.
S. GERMAIN - EN - LAYE.
Le 13 , la Paroiſſe de S. Germain-en-
Laye , chanta le Te Deum avec grande folemnité
, & les Anglois,qui demeurent dans
leChâteau , le firent chanter par la Mufique
du Roi ; l'illumination & les autres
réjouiſſances furent dignes d'une Maiſon
Royale.
Le 13 , la Paroiſſe de S. Germain-en-
Laye , chanta le Te Deum avec grande folemnité
, & les Anglois,qui demeurent dans
leChâteau , le firent chanter par la Mufique
du Roi ; l'illumination & les autres
réjouiſſances furent dignes d'une Maiſon
Royale.
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68
p. 74
GENES.
Début :
Le 13 Septembre, on chanta le Te Deum dans la Chapelle de la Nation Françoise. [...]
Mots clefs :
Gênes, Chapelle de la nation française, Te Deum, François Chaillon de Jonville, Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GENES.
GENES.
Le 13 Septembre , on chanta le Te Deum
dans la Chapelle de la Nation Françoiſe.
M. de Jonville , Envoyé Extraordinaire du
Roi de France auprès de cette République ,
foutint parfaitement dans cette occafion la
dignité de ſon caractere. Son Hôtel fut le
foir magnifiquement illuminé ,& les François,
domiciliés àGénes, ſignalerent leur zéle
&leur joye.
Le 13 Septembre , on chanta le Te Deum
dans la Chapelle de la Nation Françoiſe.
M. de Jonville , Envoyé Extraordinaire du
Roi de France auprès de cette République ,
foutint parfaitement dans cette occafion la
dignité de ſon caractere. Son Hôtel fut le
foir magnifiquement illuminé ,& les François,
domiciliés àGénes, ſignalerent leur zéle
&leur joye.
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69
p. 76-77
Te Deum chanté à Toulouse, [titre d'après la table]
Début :
Les habitans de Toulouse ont rendu plusieurs jours de suite des actions de graces & [...]
Mots clefs :
Toulouse, Te Deum, Roi, Parlement, Église métropolitaine, Illumination, Compagnies, Archevêque, Communautés, Académie des Jeux floraux, Feu d'artifice, Place du Capitole
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texteReconnaissance textuelle : Te Deum chanté à Toulouse, [titre d'après la table]
Les habitans de Toulouſe ont rendu plit
ſieurs jours de ſuite des actionsde graces &
de réjoiiiſſances , pour le rétabliſſement de
la ſanté du Roi .
Le Parlement de cette Ville , ſi-tôt qu'il
eut reçû la nouvelle de la Convalefcence
du Roi , fit chanter dans la Grande Sale du
Palais le Te Deum auquel il aſſiſta en Corps ,
& la nuit fuivante toutes les Maiſons des
Préſidens & des Conſeillers furent illuminées
. Le lendemain , le Te Deum fut chanté
dans l'EgliſeMétropolitaine avec une folemnité
extraordinaire,&leParlement s'y trouva
ainſi que les autres Compagnies. Il y eut le
foir une magnifique illumination au Palais
de l'Archevêque. Le Bureau des Finances ,
l'Univerſité , l'Académie des Jeux Floraux ,
le Sénéchal & le Viguier firent éclater auffi
dans les jours fuivans leur zéle par des Fêtes
particulieres. Les préparatifs ordonnés
par les Capitouls , ayant été achevés , le
Chapitre de l'Egliſe Métropolitaine ſe rendit
proceſſionnellement à la Chapelle du
Capitole , & le Prévôt du Chapitre y entonna
le Te Deum , qui fut ſuivi d'une illumination
générale dans toute la Ville. Tou
tes les Communautés Religieuſes & les differens
Corps des Marchands & des Artiſans
ont donné ſucceſſivement des témoignages
finguliers de leur amour reſpecteux pour le
NOVEMBRE. 1744. 77
Roi. Les Jeſuites du College & les Bénédictins
de la Daurade ſe ſont ſurtout diftin
gués à cette occaſion. L'Archevêque , ayant
reçû la Lettre que S. M. lui a écrite , pour
faire rendre à Dieu de ſolemnelles actions
de graces de l'avoir confervée , on chanta
pour la ſeconde fois dans l'Egliſe Métropo
litaine le Te Deum , auquel l'Archevêque
officia pontificalement , & auquel le Parlement&
toutes les Compagnies aſſiſterent,
Le foir , toutes les ruës furent illuminées ,
ainſi qu'elles l'avoient été le jour du Te
Deum du Corps de Ville ,& ces illuminations
furent renouvellées les deux nuits fuivantes
. Toutes ces Fêtes ont été terminées
par un feu d'artifice , que la Ville avoit fait
préparer dans la Place du Capitole , & dont
laDécoration & l'exécution ontdû fatisfaire
les connoiffeurs les plus difficiles.
ſieurs jours de ſuite des actionsde graces &
de réjoiiiſſances , pour le rétabliſſement de
la ſanté du Roi .
Le Parlement de cette Ville , ſi-tôt qu'il
eut reçû la nouvelle de la Convalefcence
du Roi , fit chanter dans la Grande Sale du
Palais le Te Deum auquel il aſſiſta en Corps ,
& la nuit fuivante toutes les Maiſons des
Préſidens & des Conſeillers furent illuminées
. Le lendemain , le Te Deum fut chanté
dans l'EgliſeMétropolitaine avec une folemnité
extraordinaire,&leParlement s'y trouva
ainſi que les autres Compagnies. Il y eut le
foir une magnifique illumination au Palais
de l'Archevêque. Le Bureau des Finances ,
l'Univerſité , l'Académie des Jeux Floraux ,
le Sénéchal & le Viguier firent éclater auffi
dans les jours fuivans leur zéle par des Fêtes
particulieres. Les préparatifs ordonnés
par les Capitouls , ayant été achevés , le
Chapitre de l'Egliſe Métropolitaine ſe rendit
proceſſionnellement à la Chapelle du
Capitole , & le Prévôt du Chapitre y entonna
le Te Deum , qui fut ſuivi d'une illumination
générale dans toute la Ville. Tou
tes les Communautés Religieuſes & les differens
Corps des Marchands & des Artiſans
ont donné ſucceſſivement des témoignages
finguliers de leur amour reſpecteux pour le
NOVEMBRE. 1744. 77
Roi. Les Jeſuites du College & les Bénédictins
de la Daurade ſe ſont ſurtout diftin
gués à cette occaſion. L'Archevêque , ayant
reçû la Lettre que S. M. lui a écrite , pour
faire rendre à Dieu de ſolemnelles actions
de graces de l'avoir confervée , on chanta
pour la ſeconde fois dans l'Egliſe Métropo
litaine le Te Deum , auquel l'Archevêque
officia pontificalement , & auquel le Parlement&
toutes les Compagnies aſſiſterent,
Le foir , toutes les ruës furent illuminées ,
ainſi qu'elles l'avoient été le jour du Te
Deum du Corps de Ville ,& ces illuminations
furent renouvellées les deux nuits fuivantes
. Toutes ces Fêtes ont été terminées
par un feu d'artifice , que la Ville avoit fait
préparer dans la Place du Capitole , & dont
laDécoration & l'exécution ontdû fatisfaire
les connoiffeurs les plus difficiles.
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70
p. 77-78
Autre chanté à Rome, [titre d'après la table]
Début :
On a appris de Rome du 3 du mois dernier, que l'Abbé de Canillac, Auditeur de [...]
Mots clefs :
Rome, Claude-François de Montboissier de Canillac de Beaufort, Église de Saint-Louis, Palais, Te Deum, Cardinaux, Pape, Concert, Académie de France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre chanté à Rome, [titre d'après la table]
On a appris de Rome du 3 du mois dernier
, que l'Abbé de Canillac , Auditeur de
Rote pour la France & chargé des affaires
du Roi Très- Chrétien auprès du S. Siége ,
ayant été informé du rétabliſſement de la
ſanté de ce Monarque , l'Egliſe de S. Loiiis
de la Nation Françoiſe fut éclairée & ornée
par les ordres de ce Miniſtre , avec une magnificence
, qui a excité avec juſtice l'admiration
générale , & que le 27 du même mois
78 MERCURE DE FRANCE.
il y fit chanter le Te Deum en Muſique par
les voix les plus célébres de cette Ville.
Tous les Cardinaux y aſſiſterent avec un
empreſſement , inſpiré par l'intérêt que
toute l'Europe prend à la vie du Roi de
France , & le Pape , voulant témoigner
combien il étoit ſenſible à la conſervation
de S. M. T. C. alla l'après-midi en rendre
graces à Dieu dans la même Egliſe, Le foir
& ceux des deux jours ſuivans , cette Eglife
&celle des Minimes François furent entierement
illuminées , ainſi que le Palais de
l'Abbé de Canillac , ceux de toutes les perſonnes
de distinction attachées à la Couronne
de France , & toutes les maiſons des
François, qui font à Rome.Pendant ces trois
jours ,ungrand nombre de Symphoniſtes ,
placés ſur trois Balcons du Palais de l'Abbé
deCanillac , donnerent au Public , en exécutant
alternativement divers morceaux de
Muſique Inſtrumentale , un Concert prefque
continuel. Ce Miniſtre avoit fait mettre
de pareils Orcheſtres à l'Egliſe de S.
Loiiis & à l'Académie de France ,& tout le
monde a paru également touché & fatisfait
de la maniere dont il a manifeſté ſon zéle
pour ſon Auguſte Souverain.
, que l'Abbé de Canillac , Auditeur de
Rote pour la France & chargé des affaires
du Roi Très- Chrétien auprès du S. Siége ,
ayant été informé du rétabliſſement de la
ſanté de ce Monarque , l'Egliſe de S. Loiiis
de la Nation Françoiſe fut éclairée & ornée
par les ordres de ce Miniſtre , avec une magnificence
, qui a excité avec juſtice l'admiration
générale , & que le 27 du même mois
78 MERCURE DE FRANCE.
il y fit chanter le Te Deum en Muſique par
les voix les plus célébres de cette Ville.
Tous les Cardinaux y aſſiſterent avec un
empreſſement , inſpiré par l'intérêt que
toute l'Europe prend à la vie du Roi de
France , & le Pape , voulant témoigner
combien il étoit ſenſible à la conſervation
de S. M. T. C. alla l'après-midi en rendre
graces à Dieu dans la même Egliſe, Le foir
& ceux des deux jours ſuivans , cette Eglife
&celle des Minimes François furent entierement
illuminées , ainſi que le Palais de
l'Abbé de Canillac , ceux de toutes les perſonnes
de distinction attachées à la Couronne
de France , & toutes les maiſons des
François, qui font à Rome.Pendant ces trois
jours ,ungrand nombre de Symphoniſtes ,
placés ſur trois Balcons du Palais de l'Abbé
deCanillac , donnerent au Public , en exécutant
alternativement divers morceaux de
Muſique Inſtrumentale , un Concert prefque
continuel. Ce Miniſtre avoit fait mettre
de pareils Orcheſtres à l'Egliſe de S.
Loiiis & à l'Académie de France ,& tout le
monde a paru également touché & fatisfait
de la maniere dont il a manifeſté ſon zéle
pour ſon Auguſte Souverain.
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71
p. 78-79
« La Ville de Dax n'a pas moins signalé son zéle, que les autres Villes du Royaume, & [...] »
Début :
La Ville de Dax n'a pas moins signalé son zéle, que les autres Villes du Royaume, & [...]
Mots clefs :
Te Deum, Roi, Corps de ville, Souper, Bal, Peuple, Course de Taureaux, Dax
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Ville de Dax n'a pas moins signalé son zéle, que les autres Villes du Royaume, & [...] »
La Ville de Dax n'a pas moins ſignalé ſon
aéle , quc les autres Villes du Royaume , &
NOVEMBRE. 1744. 79
elle a rendu de ſolemnelles actions de graces
à Dieu pour la conſervation du Roi par
le Te Deum , qui a été chanté dans l'Egliſe
Cathédrale , & auquel le Préſidial , le Corps
de Ville & la Prévôté ont aſſiſté. Le jour
de cette Cérémonie , toute la Ville fut illuminée
, & M. Dantin de S. Pée , qui y commande
pour le Roi , fit ſervir pluſieurs tables
pour toutes les perfonnesde diſtinction
dans une allée ſur le rempart du Château
laquelle étoit éclairée par un grand nombre
de Luftres & de Lampions. Le fouper , pendant
lequel on fit pluſieurs Salves d'artillerie
, fut fuivi d'un Bal. Pluſieurs Fontaines
deVin coulerent toute la nuit pour le Peuple.
M. Dantin de S. Pée donna le lende
main le Spectacle d'une courſe de Taureaux.
La joye du Corps de Ville a éclaté auſſi par
diverſes Fêtes pendant pluſieurs jours confécutifs
.
aéle , quc les autres Villes du Royaume , &
NOVEMBRE. 1744. 79
elle a rendu de ſolemnelles actions de graces
à Dieu pour la conſervation du Roi par
le Te Deum , qui a été chanté dans l'Egliſe
Cathédrale , & auquel le Préſidial , le Corps
de Ville & la Prévôté ont aſſiſté. Le jour
de cette Cérémonie , toute la Ville fut illuminée
, & M. Dantin de S. Pée , qui y commande
pour le Roi , fit ſervir pluſieurs tables
pour toutes les perfonnesde diſtinction
dans une allée ſur le rempart du Château
laquelle étoit éclairée par un grand nombre
de Luftres & de Lampions. Le fouper , pendant
lequel on fit pluſieurs Salves d'artillerie
, fut fuivi d'un Bal. Pluſieurs Fontaines
deVin coulerent toute la nuit pour le Peuple.
M. Dantin de S. Pée donna le lende
main le Spectacle d'une courſe de Taureaux.
La joye du Corps de Ville a éclaté auſſi par
diverſes Fêtes pendant pluſieurs jours confécutifs
.
Fermer
72
p. 79-80
Autre chanté à Brest, [titre d'après la table]
Début :
Le Bailly de Camilly, Chef d'Escadre, & Commandant la Marine pour le Roi à [...]
Mots clefs :
Brest, Bailly de Camilly, Marine, Te Deum, Port, Bal masqué
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texteReconnaissance textuelle : Autre chanté à Brest, [titre d'après la table]
Le Bailly de Camilly , Chef d'Eſcadre
&Commandant la Marine pour le Roi à
Breſt , y a fait chanter le Te Deum & l'Exaudiat
dans la Chapelle de S. M. au bruit
d'une triple décharge de l'artillerie desRemparts
, du Port & des Vaiſſeaux. Le foir ,
toutes les perſonnes de distinction de la
Ville ſouperent chés lui à cinq tables , chacune
de 40 couverts , ſervies avec autant de
80 MERCURE DE FRANCE.
profuſion que de délicateffe. Après le repas,
il y eut un Bal maſqué dans le Jardin , qui
étoit illuminé avec beaucoup de goût, auſſibienque
la façade & les cours de l'Hôtel.
La Fête que M. Bigot de la Mothe , Intendantde
Marine dans le même Port , & à laquelle
il a invité plus de 120 Dames ,&
tous les Officiers qui font à Breſt , n'a point
cédé à celle du Bailly de Camilly.
&Commandant la Marine pour le Roi à
Breſt , y a fait chanter le Te Deum & l'Exaudiat
dans la Chapelle de S. M. au bruit
d'une triple décharge de l'artillerie desRemparts
, du Port & des Vaiſſeaux. Le foir ,
toutes les perſonnes de distinction de la
Ville ſouperent chés lui à cinq tables , chacune
de 40 couverts , ſervies avec autant de
80 MERCURE DE FRANCE.
profuſion que de délicateffe. Après le repas,
il y eut un Bal maſqué dans le Jardin , qui
étoit illuminé avec beaucoup de goût, auſſibienque
la façade & les cours de l'Hôtel.
La Fête que M. Bigot de la Mothe , Intendantde
Marine dans le même Port , & à laquelle
il a invité plus de 120 Dames ,&
tous les Officiers qui font à Breſt , n'a point
cédé à celle du Bailly de Camilly.
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73
p. 80
Autre chanté à l'Abbaye de Fécamp, [titre d'après la table]
Début :
Le jour auquel les Religieux Bénédictins de l'Abbaye de Fécamp ont chanté le Te [...]
Mots clefs :
Fécamp, Bénédictins, Te Deum, Feu d'artifice, Abbaye, Pauvres communautés, Hôpital, Aumônes
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texteReconnaissance textuelle : Autre chanté à l'Abbaye de Fécamp, [titre d'après la table]
Le jour auquel les Religieux Bénédictins
de l'Abbaye de Fécamp ont chanté le Te
Deum , pour remercier Dieu d'avoir rendu
le Roi à la France , leur Egliſe fut éclairée
tant en dedans qu'en dehors avec la plus
grande magnificence. Ils firent tirer le même
jour un très-beau feu d'artifice , & nonſeulement
ils donnerent à manger aux pauvres
Communautés & à toutes les perſonnes
de l'Hôpital , mais ils diſtribuerent encore
d'abondantes aumônes.
de l'Abbaye de Fécamp ont chanté le Te
Deum , pour remercier Dieu d'avoir rendu
le Roi à la France , leur Egliſe fut éclairée
tant en dedans qu'en dehors avec la plus
grande magnificence. Ils firent tirer le même
jour un très-beau feu d'artifice , & nonſeulement
ils donnerent à manger aux pauvres
Communautés & à toutes les perſonnes
de l'Hôpital , mais ils diſtribuerent encore
d'abondantes aumônes.
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74
p. 81-85
RELATION d'une Fête champêtre, donnée par M. de Rol Montpellier, le 20 Septembre 1744, dans son Château de Montpellier, sur la Dour, à deux lieuës de Bayonne.
Début :
M. de Rol Montpellier, Chevalier de l'Ordre de S. Michel, voulant donner [...]
Mots clefs :
Fête, Instruments, Rivière, Roi, Tambours, Terrasse, Enclos, Joie, Bosquets, Te Deum, Vive le roi, Milice, Bal, Paysans, Canot
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texteReconnaissance textuelle : RELATION d'une Fête champêtre, donnée par M. de Rol Montpellier, le 20 Septembre 1744, dans son Château de Montpellier, sur la Dour, à deux lieuës de Bayonne.
RELATION d'une Fête champêtre .
donnée par M. de Rol Montpellier , lo
20 Septembre 1744 , dans son Chateau
de Montpellier , fur la Dour , à deux
lieuës de Bayonne,
Midde
.deRol Montpellier , Chevalier de
S. Michel , voulant donner
des marques de ſon zéle ardent pour la
perſonne ſacrée de S. M. réſolut de faire
chanter le Te Deum dans ſa Chapelle , en
action de graces de la Convalescence du
Roi , & de faire des Réjoüiſſances , auſquelles
ſa maiſon , ſes amis & tous ſes tenanciers
priſſent part. Ayant pris jour pour le Dimanche
vingt Septembre , la Fête fut annoncée
par laGénérale , qui fut battuë à
ſept heures du matin par une bande d'excellens
Tambours , accompagnés de Flutes
du Pays , de Violons & de Cors de Chaſſe ;
àneuf heures on battit l'aſſemblée,& à onze
le Drapeau : à ce ſignal un Canot , extrêmement
propre , moiiillé en face d'une trèsbelle
Terraſſe , qui borde tout l'enclos , fut
orné de Pavois , de Pavillons & de flames ;
toutes les rames étoient peintes avec goût &
placées ſur les bancs ; à midi ce Canor,bien
82 MERCURE DE FRANCE.
équippé , vogua comme un trait le long des
deux rives ; les Matelots criant continuellement
Vive le Roi , ce que les habitans des
deux bords répétoient avec des tranſports
de joye&de tendreſſe , qui rendoient parfaitement
leurs ſentimens : ce Canot vint
enfuite remoüiller à ſon premier poſte
pendant que la Compagnie dîna.
د
Sur les trois heures , tous les tenanciers &
les voiſins s'aſſemblerent en armes & en
très -grand nombre,dans le meilleur équipage
qu'il leur fut poflible. Une multitude infinie
de curieux des deux ſexes ſe rendirent
auffi dans l'enclos ; les Dames leur diſtribuerent
des Cocardes & des Bouquets ; ils
formerent dans les Boſquets & ſur les Terraſſes
plufieurs troupes de Danſeurs au fon
de divers Inſtrumens ; à cinq heures le Te
Deum fut chanté dans la Chapelle, après lequel
M. de Rol , ſuivi des Cavaliers qu'il
avoit invitées à cetre Fête ,& de la plupart
de ſa famille, alla ſe mettre à la tête de la
Milice , qui étoit en bataille dans un avantcour
; il marcha enfuite l'Eſponton à la
main , revêtu de l'Ordre de S. Michel pardeſſus
ſon habit, la troupe défilant par quatre
, au ſon de tous les Inſtrumens ; il fit
tout le tour de l'enclos , qui eſt vaſte , & arrivant
à un bout de la Terraſſe , qui eſt le
long de la Dour , il la fit border , la droite
NOVEMBRE. 1744- 83
appuyée à une eſpece de Baſtion ,& la gauche
à un grand Pavillon , qui avance également
dans la riviere;une demie heure après
il alluma le Feu de joye, placé entre le Château
& la riviere . On fit à l'inſtant une décharge
de toute la mouſqueterie ,& les cris
de VIVE LE ROI ſe firententendre de toutes
parts. Tous ceux qui étoient répandus fur
le bord de la riviere , dans une étenduë
d'une demie- lieuë , répétoient ces mêmes
cris avec une émulation charmante. Vers
les 7 heures du ſoir , on diſtribua des viandes
, du pain , du vin , & des fruits à tout
lemonde ; un peu avant la nuit , les Tambours
rappellerent , & la Milice ayant repris
ſon poſte , les Tambours battant la
Charge , firent une ſeconde décharge, après
laquelle il y eut un grand fouper. Trois tables
furent ſervies avec autantde délicateffe
que de profuſion ; vers les dix heures , le
ſignal ayant été donné par des fuſées volantes
, leChâteau , le Canot & la Terraſſe furent
illuminés , & la Milice fit une troiſiéme
décharge , pendant que les Tambours& les
autres Inſtrumens faisoient un bruit de
guerre , qui fut très-bien exécuté. Enfaite
tout le Peuple ſe diſperſa par bandes dans
les Bois &dans les Boſquets , qui étoient
éclairés , pour danſer au ſondes Inſtrumens
& à la voix ; tandis que la Compagnie pla
84 MERCURE DE FRANCE.
cée ſous un Berceau illuminé avec art, commença
un Bal qui dura juſqu'au jour , les
rafraîchiſſemens furent ſervis avec abondance
, & deux Fontaines de Vin , placées
dans les Boſquets , coulerent pendant tout
ce tems pour les Payſans , qui y paſſerent la
nuit ; les fuſées & les décharges ranimoient
de tems en tems la joye& le bruyant de
cette Fête. Avant le pointdu jour , le Canot
avec ſes armemens & fes falots , & équipé
des plus vigoureux nâgeurs , reconnus pour
les meilleurs qu'il y ait en France , vogua
comme un trait. Un grand nombre de Cavaliers
s'y étoient embarqués avec la Symphonie
; la force des rameurs & l'habileté
duPilote imitoient parfaitement desDanſes
en rond au milieu de la riviere , au ſon des
Inſtrumens ; les rivages retentiſſoient des
cris continuels de Vive le Roi , & la moufqueterie
, faiſant de nouvelles décharges toutes
les fois que le Canot paffoit le long de
la Terraſſe , il parcourut les bords de la riviere
extrêmement garnie de maiſons , dont
les habitans,ſe levant en ſurſaut,ſe plaçoient
aux fenêtres , ou fortoient à demi nuds
pour ſuivre le Canot,& joindre leurs acclamations
& leurs cris à ceux de cette troupe
Horante. La Fête fut terminée par une Danſe
générale du Pays , nommée la Panperuque ,
YesTambours battant un air extrêmement
gay :
NOVEMBRE . 1744 . 85
gay: toutes les Dames , les Cavaliers , les
Payſans& les Payſannes faiſant une chaîne
qui tenoir tout l'enclos.
Il eſt aiſé de donner des Fêtes plus magnifiques
, mais il n'eſt pas poſſible d'en
voir de plus vives ; l'amour & la joye éclatoient
de toutes parts ; les diſcours des Payfans
valoient des Panégyriques , & les Piéces
les plus achevées que les meilleures plumes
ont produit dans un événement auffi
intéreſſant.
donnée par M. de Rol Montpellier , lo
20 Septembre 1744 , dans son Chateau
de Montpellier , fur la Dour , à deux
lieuës de Bayonne,
Midde
.deRol Montpellier , Chevalier de
S. Michel , voulant donner
des marques de ſon zéle ardent pour la
perſonne ſacrée de S. M. réſolut de faire
chanter le Te Deum dans ſa Chapelle , en
action de graces de la Convalescence du
Roi , & de faire des Réjoüiſſances , auſquelles
ſa maiſon , ſes amis & tous ſes tenanciers
priſſent part. Ayant pris jour pour le Dimanche
vingt Septembre , la Fête fut annoncée
par laGénérale , qui fut battuë à
ſept heures du matin par une bande d'excellens
Tambours , accompagnés de Flutes
du Pays , de Violons & de Cors de Chaſſe ;
àneuf heures on battit l'aſſemblée,& à onze
le Drapeau : à ce ſignal un Canot , extrêmement
propre , moiiillé en face d'une trèsbelle
Terraſſe , qui borde tout l'enclos , fut
orné de Pavois , de Pavillons & de flames ;
toutes les rames étoient peintes avec goût &
placées ſur les bancs ; à midi ce Canor,bien
82 MERCURE DE FRANCE.
équippé , vogua comme un trait le long des
deux rives ; les Matelots criant continuellement
Vive le Roi , ce que les habitans des
deux bords répétoient avec des tranſports
de joye&de tendreſſe , qui rendoient parfaitement
leurs ſentimens : ce Canot vint
enfuite remoüiller à ſon premier poſte
pendant que la Compagnie dîna.
د
Sur les trois heures , tous les tenanciers &
les voiſins s'aſſemblerent en armes & en
très -grand nombre,dans le meilleur équipage
qu'il leur fut poflible. Une multitude infinie
de curieux des deux ſexes ſe rendirent
auffi dans l'enclos ; les Dames leur diſtribuerent
des Cocardes & des Bouquets ; ils
formerent dans les Boſquets & ſur les Terraſſes
plufieurs troupes de Danſeurs au fon
de divers Inſtrumens ; à cinq heures le Te
Deum fut chanté dans la Chapelle, après lequel
M. de Rol , ſuivi des Cavaliers qu'il
avoit invitées à cetre Fête ,& de la plupart
de ſa famille, alla ſe mettre à la tête de la
Milice , qui étoit en bataille dans un avantcour
; il marcha enfuite l'Eſponton à la
main , revêtu de l'Ordre de S. Michel pardeſſus
ſon habit, la troupe défilant par quatre
, au ſon de tous les Inſtrumens ; il fit
tout le tour de l'enclos , qui eſt vaſte , & arrivant
à un bout de la Terraſſe , qui eſt le
long de la Dour , il la fit border , la droite
NOVEMBRE. 1744- 83
appuyée à une eſpece de Baſtion ,& la gauche
à un grand Pavillon , qui avance également
dans la riviere;une demie heure après
il alluma le Feu de joye, placé entre le Château
& la riviere . On fit à l'inſtant une décharge
de toute la mouſqueterie ,& les cris
de VIVE LE ROI ſe firententendre de toutes
parts. Tous ceux qui étoient répandus fur
le bord de la riviere , dans une étenduë
d'une demie- lieuë , répétoient ces mêmes
cris avec une émulation charmante. Vers
les 7 heures du ſoir , on diſtribua des viandes
, du pain , du vin , & des fruits à tout
lemonde ; un peu avant la nuit , les Tambours
rappellerent , & la Milice ayant repris
ſon poſte , les Tambours battant la
Charge , firent une ſeconde décharge, après
laquelle il y eut un grand fouper. Trois tables
furent ſervies avec autantde délicateffe
que de profuſion ; vers les dix heures , le
ſignal ayant été donné par des fuſées volantes
, leChâteau , le Canot & la Terraſſe furent
illuminés , & la Milice fit une troiſiéme
décharge , pendant que les Tambours& les
autres Inſtrumens faisoient un bruit de
guerre , qui fut très-bien exécuté. Enfaite
tout le Peuple ſe diſperſa par bandes dans
les Bois &dans les Boſquets , qui étoient
éclairés , pour danſer au ſondes Inſtrumens
& à la voix ; tandis que la Compagnie pla
84 MERCURE DE FRANCE.
cée ſous un Berceau illuminé avec art, commença
un Bal qui dura juſqu'au jour , les
rafraîchiſſemens furent ſervis avec abondance
, & deux Fontaines de Vin , placées
dans les Boſquets , coulerent pendant tout
ce tems pour les Payſans , qui y paſſerent la
nuit ; les fuſées & les décharges ranimoient
de tems en tems la joye& le bruyant de
cette Fête. Avant le pointdu jour , le Canot
avec ſes armemens & fes falots , & équipé
des plus vigoureux nâgeurs , reconnus pour
les meilleurs qu'il y ait en France , vogua
comme un trait. Un grand nombre de Cavaliers
s'y étoient embarqués avec la Symphonie
; la force des rameurs & l'habileté
duPilote imitoient parfaitement desDanſes
en rond au milieu de la riviere , au ſon des
Inſtrumens ; les rivages retentiſſoient des
cris continuels de Vive le Roi , & la moufqueterie
, faiſant de nouvelles décharges toutes
les fois que le Canot paffoit le long de
la Terraſſe , il parcourut les bords de la riviere
extrêmement garnie de maiſons , dont
les habitans,ſe levant en ſurſaut,ſe plaçoient
aux fenêtres , ou fortoient à demi nuds
pour ſuivre le Canot,& joindre leurs acclamations
& leurs cris à ceux de cette troupe
Horante. La Fête fut terminée par une Danſe
générale du Pays , nommée la Panperuque ,
YesTambours battant un air extrêmement
gay :
NOVEMBRE . 1744 . 85
gay: toutes les Dames , les Cavaliers , les
Payſans& les Payſannes faiſant une chaîne
qui tenoir tout l'enclos.
Il eſt aiſé de donner des Fêtes plus magnifiques
, mais il n'eſt pas poſſible d'en
voir de plus vives ; l'amour & la joye éclatoient
de toutes parts ; les diſcours des Payfans
valoient des Panégyriques , & les Piéces
les plus achevées que les meilleures plumes
ont produit dans un événement auffi
intéreſſant.
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75
p. 85-86
Réjoüissances faites par les Dominiquains de Provence, [titre d'après la table]
Début :
Les Peres Dominiquains du Convent Royal de S. Maximin, en Provence, se [...]
Mots clefs :
Provence, Dominicains, Couvent royal de Saint-Maximin, Messe, Illumination, Pauvres, Inscription, Emblèmes, Te Deum, Feu d'artifice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réjoüissances faites par les Dominiquains de Provence, [titre d'après la table]
Les Peres Dominiquains du Convent
Royal de S. Maximin , en Provence , ſe
ſont diftingués par les témoignages de joye
qu'ils ont fait paroître à la Convalefcence
du Roi ; ils commencerent leur Fête par
une grande Meſſe chantée ſolemnellement ;
l'après-midi , le Prieur de la Maiſon fit diftribuer
une grande quantité de pain &d'argent
à tous les Pauvres qui ſe préſenterent ;
al'entrée de la nuit , il y eut tant au dedans
qu'au dehors de l'Egliſe une illumination
des plus brillantes , qui relevoit la beauté
de ce Temple , l'un des plus auguſtes du
Royaume , & fur la porte duquel on liſoit
cette Inſcription : Audivi orationem tuam
vidi lacrimas tuas O fanavi eum. Au-deſſus
de cette Inſcription on avoit placé les Armes
du Roi avec ces mots : Vive Louis le
1. Vol.
E
86 MERCURE DE FRANCE.
Bien-Aimé ; les traits desArmes & des Let
tres , qui étoient ménagés avec la réflexion
de la lumiere , préſentoient un coup d'oeil
des plus fatisfaiſans ; le corps de logis , qui
donne ſur la Place de devant l'Eglife , &
qui eſt deſtiné à recevoir les Rois & les
Princes , lorſqu'ils paſſent à S. Maximin, fut
pareillement illuminé avec ſymmétrie ; on
voyoit ſur la porte du Convent un Arc de
Triomphe , au-deſſus duquel étoient des
Emblêmes avec cette Inſcription au milieu ,
Oravimus ad Dominum , & exauditi fumus ,
obtulimusfacrificium &fimilaginem , & accendimus
lucernas ,& propofuimus panes. Pen
dant l'illumination on chanta le Te Deum
& l'Exaudiat avec la même ſolemnité & le
même concours de monde qu'à la grande
Meſſe. Après l'Exaudiat , pendant lequel
on fit pluſieurs décharges de boëtes , on tira
un très-beau feu d'artifice , qui repréſentoit
les Armes de l'Ordre de S. Dominique , &
qui étoit orné de pluſieurs Emblêmes.
Royal de S. Maximin , en Provence , ſe
ſont diftingués par les témoignages de joye
qu'ils ont fait paroître à la Convalefcence
du Roi ; ils commencerent leur Fête par
une grande Meſſe chantée ſolemnellement ;
l'après-midi , le Prieur de la Maiſon fit diftribuer
une grande quantité de pain &d'argent
à tous les Pauvres qui ſe préſenterent ;
al'entrée de la nuit , il y eut tant au dedans
qu'au dehors de l'Egliſe une illumination
des plus brillantes , qui relevoit la beauté
de ce Temple , l'un des plus auguſtes du
Royaume , & fur la porte duquel on liſoit
cette Inſcription : Audivi orationem tuam
vidi lacrimas tuas O fanavi eum. Au-deſſus
de cette Inſcription on avoit placé les Armes
du Roi avec ces mots : Vive Louis le
1. Vol.
E
86 MERCURE DE FRANCE.
Bien-Aimé ; les traits desArmes & des Let
tres , qui étoient ménagés avec la réflexion
de la lumiere , préſentoient un coup d'oeil
des plus fatisfaiſans ; le corps de logis , qui
donne ſur la Place de devant l'Eglife , &
qui eſt deſtiné à recevoir les Rois & les
Princes , lorſqu'ils paſſent à S. Maximin, fut
pareillement illuminé avec ſymmétrie ; on
voyoit ſur la porte du Convent un Arc de
Triomphe , au-deſſus duquel étoient des
Emblêmes avec cette Inſcription au milieu ,
Oravimus ad Dominum , & exauditi fumus ,
obtulimusfacrificium &fimilaginem , & accendimus
lucernas ,& propofuimus panes. Pen
dant l'illumination on chanta le Te Deum
& l'Exaudiat avec la même ſolemnité & le
même concours de monde qu'à la grande
Meſſe. Après l'Exaudiat , pendant lequel
on fit pluſieurs décharges de boëtes , on tira
un très-beau feu d'artifice , qui repréſentoit
les Armes de l'Ordre de S. Dominique , &
qui étoit orné de pluſieurs Emblêmes.
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76
p. 87-93
DESCRIPTION, des réjouissances faites par les Entrepreneurs Généraux des Poudres, au sujet de la Convalescence du Roi.
Début :
Les Entrepreneurs Généraux des Poudres & Salpêtres de France, desirant [...]
Mots clefs :
Entrepreneurs des Poudres, Te Deum, Église des Célestins, Jardin, Décoration, Arsenal, Terrasse, Girandole, Bateaux, Lampions, Lumières, Rivière, Feu d'artifice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION, des réjouissances faites par les Entrepreneurs Généraux des Poudres, au sujet de la Convalescence du Roi.
DESCRIPTION , des réjouiſſances
faites par les Entrepreneurs Généraux des
Poudres , au sujet de la Convalescence du
Roi.
L
,
defi-
Es Entrepreneurs Généraux des Poudres
& Salpêtres de France
rant donner des témoignages publics de la
joye fincere qu'ils ont reſſentie du rétabliſſement
de la ſanté du Roi , réſolurent d'en
rendre graces à Dieu par un Te Deum, chanté
dans l'Egliſe des R. R. Peres Célestins , d'illuminer
le Jardin de l'Arcenal , & de donner
un feu d'artifice ſur la riviere , en face
de l'extrêmité de la Terraſſe de ce Jardin.
M. le Comte d'Eu , Grand- Maître de l'Artillerie
, leur avoit permis de ſe ſervir des
boëtes qui font gardées dans les magaſins de
l'Arcenal.
Le Lundi 21 Septembre à 6 heures du
matin , il fut fait une décharge de cent boëtes
, pour annoncer la joye de ce jour. Il en
fut fait une ſeconde à midi. La troifiéme à
4 heures. La quatrième à 6 heures , avant
quede commencer le Te Deum. Lacinquiéme
à 8 heures , après le Te Deum. La fixiéme
Eij
88 MERCURE DEFRANCE.
à 10 heures après le feu d'artifice. La ſeptiéme&
derniere à minuit.
TEDEUM, & Décoration dans l'Eglife
des Célestins.
La Nef de l'Egliſe des Célestins étoit décorée
de ſept grands Luſtres de criſtal , garnis
de bougies , cinq dans l'avant-Choeur ,
&deux autres dans le retour , du côté des
Chapelles.
T
Le Choeur étoit éclairé de 336 Lampions
decire , placés tout le long de la corniche du
lambris , au-deſſus des Stalles , & de quatre
girandoles de criſtal , garnies auſſi de bougies
aux quatre extrêmités du lambris.
Le grand Autel , outre les cierges ordinaires
, étoit orné de ſeize girandoles de
criſtal , garnies de bougies , placées ſur les
appuis des Baluſtres de marbre , qui forment
l'enceinte du Sanctuaire , & fur deux traverſes
en diagonale , qui accompagnent
l'Autel ; la régularité du deſſein de ces Baluſtres
favoriſoit extrêmement la diſpoſition
des lumieres , qui fut trouvée de bon goût,
Le Te Deum commença à 6 heures & un
quart , immédiatement après la quatriéme
décharge des boëtes ; on exécuta celui de
M. de la Lande , ſous la direction de Mrs
Rebel & Francoeur , Sur-Intendans de la
NOVEMBRE. 1744. 89
Muſique du Roi en ſurvivance. Le Concert
étoit compoſé de 80 Muſiciens de la Muſique
du Roi , & autres ; l'exécution fut
trouvée parfaite , & dura près d'une heure .
L'Egliſe des Célestins n'ayant point de
Jubé , on avoit conſtruit au-deſſus de la
porte du Choeur , en dehors , dans toute la
largeur de la façade , une Tribune de charpente
, large&commode , avec des Gradins
pour y placer la Muſique , dont le bâtis
étoit couvert de tapiſſerie.
La porte & l'intérieur de l'Egliſe étoient
gardés par des Suiſſes du Régiment des Gardes,
commandés par leurs Sergens, ils furent
aufli placés à la porte ,& dans l'intérieur
du Jardin.
DECORATION DU JARDIN.
Au fortirdu Te Deum , on entra à l'Arcenal
par la porte qui eſt ſur le Quai des Céleftins
, joignant l'Eglife ; cette porte étoit
décorée de deux Pilaſtres , ſurmontés d'une
archivolte , qui portoit trois Girandoles Pyramidales
garnies de Lampions.
Toutes les cours de l'Arcenal , depuis
cette porte , étoient éclairées par des Terrines
, dont la porte qui donne ſur la ruë
de la Ceriſaye , étoit auſſi garnie.
Laporte du Jardin garnie auffi de Terri-
E iij
. MERCURE DEFRANCE.
nes ſur le cintre , étoit maſquée en dedans
au fond du Parterre de ce côté , & en face
de la principale allée qui finit à la Terraffe ,
de trois grandes Arcades de 24 pieds de
haut, furmontées chacune d'une Girandole ;
du cintre de chacune de ces Arcades , il
pendoit une autre Girandole , en forme de
Luftre , foutenuë par une Guirlande de lumieres
, le tout formé de Lampions . L'allée
en face , étoit garnie à droite & à gauche de
40 piedeſtaux , portant chacun une Girandole
des pieds de haut , placée dans les intervales
des Ifs qui entourent les compartimens
du Parterre ,& fur la pointe de chas
cun de ces Ifs étoit placée une groffe Terrine
; cette allée , & le baſſin qui eſt aumilieu
, étoient bordés d'un filet de Terrines ;
aux extrêmités des bordures du Parterre ,
étoient placées deux grandes Pyramides de
lumieres de 21 pieds de haut , terminées
chacune par une Girandole ;& en retour
des Parterres , fur la même ligne des Pyramides
, étoient placés de chacun des côtés
quatre piédeſtaux , portant chacun leur Girandole
, le tout garni de Lampions .
Dans les intervales des Arbres , qui forment
les allées qui accompagnent les côtés
du Parterre , depuis la porte du Jardin jufqu'à
leurs extrêmités , au bord de la Terraffe
, on avoit attaché des fils d'archal , où
NOVEMBRE. 1744. 91
pendoient des Lampes de Sureine , qui formoient
un filet de lumiere .
On avoit rempli de même les intervales
desArbres , qui formoient l'allée de la Terraffe
, depuis le mur de la Baſtille où elle
commence , juſqu'à l'autre extrêmité ſur le
bord de la riviere , ainſi que dans le retour
que la Terraſſe forme en baſtion à cet endroit,
où eſt le Cabinet de plaiſance de S. A.
S. Mad. la Ducheſſe du Maine , ce qui comprend
une longueur au moins de deux cent
toiſes .
Dans toute cette même longueur , depuis
le mur de la Baſtille juſqu'à l'extrêmité fur
la riviere , y compris le rerourdont on vient
de parler , le Parapet de la Terraſſe , qui
n'eſt interrompu que par le magaſin des
Poudres , conftruit dans le foſſe , ſur l'appui
de la Terraſſe , étoit auſſi garni d'un filet de
lumieres , formé par des Terrines à deux
pieds & demi de diſtance l'une de l'autre ,
qui répétoit celui des Lampes de Sureine
placées dans les intervales des Arbres.
FEU D'ARTIFIGE .
Après avoir obtenu la permiffion de M.
le Prevôt des Marchands , on plaça à l'endroit
qu'il lui avoit plû d'indiquer , dans le
milieude la riviere , vis- à- vis de l'extrémité
د
E iiij
MERCURE DE FRANCE.
de la Terraſſe de l'Arcenal , au-deſſus de la
Patache , deux bateaux marnois l'un auprès
de l'autre , de 10 à 12 toiſes de long , fur
18 à 20 pieds de large ,ſur lesquels on avoit
bâti un plancher; autour de ces deux grands ,
étoient rangés fix petits bateaux chargés de
l'artifice .
On avoit pofé ſur le plancher des deux
grands bateaux , quatre chevalets , ſur lefquels
on tira pendant une demie heure 500
fuſées volantes , des cinq plus belles façons
dont on les puiſſe compofer , qui partirent
quatre à quatre ; sçavoir , 382 fufées , appellées
des trois douzaines , 43 , dites de
quatre douzaines, 17, dites de cinq douzaines
, 5 dites, de ſix douzaines , 53 , dites fufées
d'honneur , de 2 pouces & demi de diamétre.
On fit partir enſuite 64 douzaines de fufées
volantes, doubles marquiſes, diſtribuées
en 32 Caiſſes , de deux douzaines chacune ,
tirées des deux extrêmités des bateaux
après leſquelles parut un brin de quatre
douzaines de Pots-à-feu , & une Girande
compoſée de 38 douzaines de fuſées volantes,
auffi doubles marquiſes ; ce qui fut ſuivi
de l'effet de deux Soleils tournans , placés
aux extrêmités des bateaux .
Le feu fut terminé par un Soleil fixe à
douze rayons , à chaque côté duquel on tira
NOVEMBRE. 1744. 93
trois Pots à Aigrettes , remplis de Serpenteaux&
d'Etoiles.
Cette journée finit par le ſouper , qui fut
fervi après le feu à une table de 25 couverts
,& qui dura juſqu'après minuit : on
laiſſa entrer dans la Sale , qui est trèsgrande
, tous ceux , en affés grand nombre ,
qui eurent la curiofité d'être les témoins
par eux-mêmes , de la joye vive & fincere
des Convives , de l'événement heureux
qui les raſſembloit ; celle des Spectateurs
peinte ſur leurs viſages , laiſſoit affés voir
àquel point ils la partageoient & la reffentoient.
Il y eut dans le Jardin des Violons , &
des Danſes , qui durerent juſqu'à trois ou
quatre heures , & ne finirent qu'à l'extinc
tion totale de l'illumination.
faites par les Entrepreneurs Généraux des
Poudres , au sujet de la Convalescence du
Roi.
L
,
defi-
Es Entrepreneurs Généraux des Poudres
& Salpêtres de France
rant donner des témoignages publics de la
joye fincere qu'ils ont reſſentie du rétabliſſement
de la ſanté du Roi , réſolurent d'en
rendre graces à Dieu par un Te Deum, chanté
dans l'Egliſe des R. R. Peres Célestins , d'illuminer
le Jardin de l'Arcenal , & de donner
un feu d'artifice ſur la riviere , en face
de l'extrêmité de la Terraſſe de ce Jardin.
M. le Comte d'Eu , Grand- Maître de l'Artillerie
, leur avoit permis de ſe ſervir des
boëtes qui font gardées dans les magaſins de
l'Arcenal.
Le Lundi 21 Septembre à 6 heures du
matin , il fut fait une décharge de cent boëtes
, pour annoncer la joye de ce jour. Il en
fut fait une ſeconde à midi. La troifiéme à
4 heures. La quatrième à 6 heures , avant
quede commencer le Te Deum. Lacinquiéme
à 8 heures , après le Te Deum. La fixiéme
Eij
88 MERCURE DEFRANCE.
à 10 heures après le feu d'artifice. La ſeptiéme&
derniere à minuit.
TEDEUM, & Décoration dans l'Eglife
des Célestins.
La Nef de l'Egliſe des Célestins étoit décorée
de ſept grands Luſtres de criſtal , garnis
de bougies , cinq dans l'avant-Choeur ,
&deux autres dans le retour , du côté des
Chapelles.
T
Le Choeur étoit éclairé de 336 Lampions
decire , placés tout le long de la corniche du
lambris , au-deſſus des Stalles , & de quatre
girandoles de criſtal , garnies auſſi de bougies
aux quatre extrêmités du lambris.
Le grand Autel , outre les cierges ordinaires
, étoit orné de ſeize girandoles de
criſtal , garnies de bougies , placées ſur les
appuis des Baluſtres de marbre , qui forment
l'enceinte du Sanctuaire , & fur deux traverſes
en diagonale , qui accompagnent
l'Autel ; la régularité du deſſein de ces Baluſtres
favoriſoit extrêmement la diſpoſition
des lumieres , qui fut trouvée de bon goût,
Le Te Deum commença à 6 heures & un
quart , immédiatement après la quatriéme
décharge des boëtes ; on exécuta celui de
M. de la Lande , ſous la direction de Mrs
Rebel & Francoeur , Sur-Intendans de la
NOVEMBRE. 1744. 89
Muſique du Roi en ſurvivance. Le Concert
étoit compoſé de 80 Muſiciens de la Muſique
du Roi , & autres ; l'exécution fut
trouvée parfaite , & dura près d'une heure .
L'Egliſe des Célestins n'ayant point de
Jubé , on avoit conſtruit au-deſſus de la
porte du Choeur , en dehors , dans toute la
largeur de la façade , une Tribune de charpente
, large&commode , avec des Gradins
pour y placer la Muſique , dont le bâtis
étoit couvert de tapiſſerie.
La porte & l'intérieur de l'Egliſe étoient
gardés par des Suiſſes du Régiment des Gardes,
commandés par leurs Sergens, ils furent
aufli placés à la porte ,& dans l'intérieur
du Jardin.
DECORATION DU JARDIN.
Au fortirdu Te Deum , on entra à l'Arcenal
par la porte qui eſt ſur le Quai des Céleftins
, joignant l'Eglife ; cette porte étoit
décorée de deux Pilaſtres , ſurmontés d'une
archivolte , qui portoit trois Girandoles Pyramidales
garnies de Lampions.
Toutes les cours de l'Arcenal , depuis
cette porte , étoient éclairées par des Terrines
, dont la porte qui donne ſur la ruë
de la Ceriſaye , étoit auſſi garnie.
Laporte du Jardin garnie auffi de Terri-
E iij
. MERCURE DEFRANCE.
nes ſur le cintre , étoit maſquée en dedans
au fond du Parterre de ce côté , & en face
de la principale allée qui finit à la Terraffe ,
de trois grandes Arcades de 24 pieds de
haut, furmontées chacune d'une Girandole ;
du cintre de chacune de ces Arcades , il
pendoit une autre Girandole , en forme de
Luftre , foutenuë par une Guirlande de lumieres
, le tout formé de Lampions . L'allée
en face , étoit garnie à droite & à gauche de
40 piedeſtaux , portant chacun une Girandole
des pieds de haut , placée dans les intervales
des Ifs qui entourent les compartimens
du Parterre ,& fur la pointe de chas
cun de ces Ifs étoit placée une groffe Terrine
; cette allée , & le baſſin qui eſt aumilieu
, étoient bordés d'un filet de Terrines ;
aux extrêmités des bordures du Parterre ,
étoient placées deux grandes Pyramides de
lumieres de 21 pieds de haut , terminées
chacune par une Girandole ;& en retour
des Parterres , fur la même ligne des Pyramides
, étoient placés de chacun des côtés
quatre piédeſtaux , portant chacun leur Girandole
, le tout garni de Lampions .
Dans les intervales des Arbres , qui forment
les allées qui accompagnent les côtés
du Parterre , depuis la porte du Jardin jufqu'à
leurs extrêmités , au bord de la Terraffe
, on avoit attaché des fils d'archal , où
NOVEMBRE. 1744. 91
pendoient des Lampes de Sureine , qui formoient
un filet de lumiere .
On avoit rempli de même les intervales
desArbres , qui formoient l'allée de la Terraffe
, depuis le mur de la Baſtille où elle
commence , juſqu'à l'autre extrêmité ſur le
bord de la riviere , ainſi que dans le retour
que la Terraſſe forme en baſtion à cet endroit,
où eſt le Cabinet de plaiſance de S. A.
S. Mad. la Ducheſſe du Maine , ce qui comprend
une longueur au moins de deux cent
toiſes .
Dans toute cette même longueur , depuis
le mur de la Baſtille juſqu'à l'extrêmité fur
la riviere , y compris le rerourdont on vient
de parler , le Parapet de la Terraſſe , qui
n'eſt interrompu que par le magaſin des
Poudres , conftruit dans le foſſe , ſur l'appui
de la Terraſſe , étoit auſſi garni d'un filet de
lumieres , formé par des Terrines à deux
pieds & demi de diſtance l'une de l'autre ,
qui répétoit celui des Lampes de Sureine
placées dans les intervales des Arbres.
FEU D'ARTIFIGE .
Après avoir obtenu la permiffion de M.
le Prevôt des Marchands , on plaça à l'endroit
qu'il lui avoit plû d'indiquer , dans le
milieude la riviere , vis- à- vis de l'extrémité
د
E iiij
MERCURE DE FRANCE.
de la Terraſſe de l'Arcenal , au-deſſus de la
Patache , deux bateaux marnois l'un auprès
de l'autre , de 10 à 12 toiſes de long , fur
18 à 20 pieds de large ,ſur lesquels on avoit
bâti un plancher; autour de ces deux grands ,
étoient rangés fix petits bateaux chargés de
l'artifice .
On avoit pofé ſur le plancher des deux
grands bateaux , quatre chevalets , ſur lefquels
on tira pendant une demie heure 500
fuſées volantes , des cinq plus belles façons
dont on les puiſſe compofer , qui partirent
quatre à quatre ; sçavoir , 382 fufées , appellées
des trois douzaines , 43 , dites de
quatre douzaines, 17, dites de cinq douzaines
, 5 dites, de ſix douzaines , 53 , dites fufées
d'honneur , de 2 pouces & demi de diamétre.
On fit partir enſuite 64 douzaines de fufées
volantes, doubles marquiſes, diſtribuées
en 32 Caiſſes , de deux douzaines chacune ,
tirées des deux extrêmités des bateaux
après leſquelles parut un brin de quatre
douzaines de Pots-à-feu , & une Girande
compoſée de 38 douzaines de fuſées volantes,
auffi doubles marquiſes ; ce qui fut ſuivi
de l'effet de deux Soleils tournans , placés
aux extrêmités des bateaux .
Le feu fut terminé par un Soleil fixe à
douze rayons , à chaque côté duquel on tira
NOVEMBRE. 1744. 93
trois Pots à Aigrettes , remplis de Serpenteaux&
d'Etoiles.
Cette journée finit par le ſouper , qui fut
fervi après le feu à une table de 25 couverts
,& qui dura juſqu'après minuit : on
laiſſa entrer dans la Sale , qui est trèsgrande
, tous ceux , en affés grand nombre ,
qui eurent la curiofité d'être les témoins
par eux-mêmes , de la joye vive & fincere
des Convives , de l'événement heureux
qui les raſſembloit ; celle des Spectateurs
peinte ſur leurs viſages , laiſſoit affés voir
àquel point ils la partageoient & la reffentoient.
Il y eut dans le Jardin des Violons , &
des Danſes , qui durerent juſqu'à trois ou
quatre heures , & ne finirent qu'à l'extinc
tion totale de l'illumination.
Fermer
77
p. 177
« DÈS que la santé du Roi, parfaitement rétablie, lui a permis de monter à cheval, il a [...] »
Début :
DÈS que la santé du Roi, parfaitement rétablie, lui a permis de monter à cheval, il a [...]
Mots clefs :
Roi, Santé, Reine, Metz, Parlement de Metz, Messe, Te Deum, Réjouissances
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DÈS que la santé du Roi, parfaitement rétablie, lui a permis de monter à cheval, il a [...] »
Da
E's que la ſanté du Roi , parfaitement rétapermis
de monter à cheval , il a
déclaré qu'il ſe rendroit inceſſamment à la tête de
ſon armée.
La Reine , très- contente d'un Voyage entrepris
avec la plus vive douleur , ſe rendit le 28 Septembre
de Metz à Luneville , où Mesdames de France
étoient arrivées le 23 , & d'où elles ſont parties let
25 , pour retourner à Versailles . Le 24 , le Roi fut
complimenté ſur le rétabliſſement de ſa ſanté par le
Parlement de Merz ; M. de Montholon , Premier
Préſident , portant la parole ; enſuite il rendit en
Corps ſes reſpects à la Reine. Leurs Majestés ,
accompagnées de toute la Cour, allerent le 27 à
l'Egliſe Cathédrale entendre la Meſſe , célébrée par
l'Evêque , & fuivie d'un Te Deum , chanté au bruit
du canon. Le ſoir , toute la Ville fut illuminée ,
ainſi que la Citadelle : un feu d'artifice , vû de l'appartement
du Roi , fut tiré ſur l'Esplanade. Les
éclatantes réjoüiſſances des habitans ont fourni de
nouvelles preuves de leur zéle pour leur Souverain.
E's que la ſanté du Roi , parfaitement rétapermis
de monter à cheval , il a
déclaré qu'il ſe rendroit inceſſamment à la tête de
ſon armée.
La Reine , très- contente d'un Voyage entrepris
avec la plus vive douleur , ſe rendit le 28 Septembre
de Metz à Luneville , où Mesdames de France
étoient arrivées le 23 , & d'où elles ſont parties let
25 , pour retourner à Versailles . Le 24 , le Roi fut
complimenté ſur le rétabliſſement de ſa ſanté par le
Parlement de Merz ; M. de Montholon , Premier
Préſident , portant la parole ; enſuite il rendit en
Corps ſes reſpects à la Reine. Leurs Majestés ,
accompagnées de toute la Cour, allerent le 27 à
l'Egliſe Cathédrale entendre la Meſſe , célébrée par
l'Evêque , & fuivie d'un Te Deum , chanté au bruit
du canon. Le ſoir , toute la Ville fut illuminée ,
ainſi que la Citadelle : un feu d'artifice , vû de l'appartement
du Roi , fut tiré ſur l'Esplanade. Les
éclatantes réjoüiſſances des habitans ont fourni de
nouvelles preuves de leur zéle pour leur Souverain.
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78
p. 183
« On chanta le 27 Septembre dernier, dans l'Eglise Royale & Collégiale de Moissac en Quercy, dont [...] »
Début :
On chanta le 27 Septembre dernier, dans l'Eglise Royale & Collégiale de Moissac en Quercy, dont [...]
Mots clefs :
Église, Moissac, Messe, Te Deum, Pauvres, Illumination
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On chanta le 27 Septembre dernier, dans l'Eglise Royale & Collégiale de Moissac en Quercy, dont [...] »
On chanta le 27 Septembre dernier , dans l'Eglife
Royale & Collégiale de Moiffac en Quercy , dont
M. le Duc de Biron eſt Abbé,une Meſſe ſolemnelle
& un Te Deum , en grande Muſique , en actions de
graces de la Convalefcence du Roi ; on fit enſuite
une diftribution d'argent conſidérable aux Pauvres ,
qui s'y rendirent en foule , & les Pauvres honteux
ne furent pas oubliés. Le ſoir , il y eut une belle
illumination ſur le Frontispice de cette Eglife , &
on y tira une grande quantité de fufées juſqu'à la
pointedu jour.
Royale & Collégiale de Moiffac en Quercy , dont
M. le Duc de Biron eſt Abbé,une Meſſe ſolemnelle
& un Te Deum , en grande Muſique , en actions de
graces de la Convalefcence du Roi ; on fit enſuite
une diftribution d'argent conſidérable aux Pauvres ,
qui s'y rendirent en foule , & les Pauvres honteux
ne furent pas oubliés. Le ſoir , il y eut une belle
illumination ſur le Frontispice de cette Eglife , &
on y tira une grande quantité de fufées juſqu'à la
pointedu jour.
Fermer
79
p. 184-191
COPIE de la Lettre de M. le Ch. P***, à M. le Ch. S**, à Malte le 27 Octobre.
Début :
Depuis que j'habite notre Rocher, mon cher Chevalier, je vous ai souvent [...]
Mots clefs :
Roi, Grand maître, Charles de Tubières de Caylus, Escadre, Vaisseaux, Commandant, Magnifique, Te Deum, Illumination
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COPIE de la Lettre de M. le Ch. P***, à M. le Ch. S**, à Malte le 27 Octobre.
COPIE de la Lettre de M. le Ch. P ***
àM. le Ch. S ** , à Malte le 27 Octobre .
Depuisque
j'habite notre Rocher , mon
cher Chevalier , je vous ai ſouvent
écrit que je n'avois rien à mander , fur tout
à un habitant de Paris ; il n'en fera pas de
même aujourd'hui , écoutez -moi.
L'Eſcadre du Roi , commandée par le
Chevalier de Caylus , parut devant Malte
le premier Octobre & nous apprit à la fois
la maladie & la convalefcence du Roi ; le
danger fit fur nous une impreflion que la
nouvelle de fon rétabliſſement n'effaçoit
pas ; nous eûmes beſoin des affurances pofitives
qui nous vinrent de tous les côtés de
fon entiere guériſon pour refpirer en liberté
, & quoique notre affliction fut diminuée
, nous ne laiſſions pas d'éprouver
un ferrement de coeur qui nous rendoit
beaucoup plus douces les larmes de joye que
nous répandions.
On ne penſa plus qu'à remercier Dieu , &
à faire éclater ſa reconnoiſſance.
Les Trois Langues de France en Corps &
le Bailly du Bocage , chargé des affaires du
Roi auprès du G. M. firent chanter ſéparéi
:
NOVEMBRE. 1744. 185
ment des Te Deum , aufquels le Grand Maî
tre aſſiſta dans l'Egliſe de S. Jean à l'iſſue
d'une grandeMeſſe en Pontifical.
Notre ami le Chevalier N * * s'eſt chargé
de vous mander le détail de ces deux fêtes ;
je m'en tiens à celle qu'avoit fait préparer
le Chevalier de Caylus ; il n'avoit rien négligé
comme vous le verrez , pour ſignaler
fon zéle & fon attachement pour le Roi ;
aufli il s'en eft acquitté de la façon la plus
nouvelle & la plus magnifique , du moins
je vous aflûre qu'on n'avoit jamais rien vû
de pareil àMalte.
L'Eſcadre du Chevalier de Caylus , compoſée
de cinq Vaiſſeaux , & à laquelle ſe
joignit un fixiéme Vaiſſeau François , commandé
par le Comte de Vaudreuil , entra
dans le Port le 19 , & la fête fut indiquée
au 26 ; le 25 au matin , les Vaiſſeaux furent
pavoiſés & parés de flames & de pavillons
de toutes les couleurs & de toutes les Na-.
tions ; au Soleil couchant , le Commandant
fit une ſalve de 21 coups de canon , & les
s autres Vaiſſeaux une de 19 chacun ; quand
la nuit fut venuë , les Navires parurent abſolument
illuminés jusqu'aux manoeuvres
les plus déliées ; tout étoit formé par des
lumieres ; ces fix Batimens placés avantageuſement
dans le Port & brillans de tous
les côtés , produifurent le plus beau coup
186 MERCURE DE FRANCE.
d'oeil que l'on puiffe imaginer , pendant
deux heures que dura cette ſuperbe illumination
.
Le 26 au lever du Soleil , ces Vaiſſeaux
parurent pavoiſés comme ils l'avoient été la
veille , ſans que l'on pût rien découvrir de
tout ce qui avoit porté les lumieres ; ce
fut alors qu'une décharge générale de la
mouſqueterie , fuivie d'un falut de 21 coups
duCommandant& de 19 des autres Vaifſeaux
avertit toute la Ville de la fêre
qu'on devoit célébrer. Avant midi toutes
les fenêtres & les terraſſes ſur le Port furent
remplies d'un monde infini ; le peuple
couvroit le môle & les baſtions dans l'attente
du Te Deum qui devoit ſe chanter ſur.
le Vaiſſeau Commandant , & de l'illumination
qui devoit le ſuivre , mais ce qui redoubloit
encore l'affluence des Spectateurs ,
c'étoit le Grand Maître , qui a fait en cette
occaſion ce qu'aucun de ſes prédéceſſeurs
n'a pratiqué ; jamais il n'y en a eu qui ait
été viſiter ſes propres Vaiſſeaux , encore
moins qui ſoit monté fur un bord étranger
; le Chevalier de Caylus qui n'ignoroit
par cet article de l'étiquette , ne laiſſa pas
d'aller à la tête des Capitaines& des Officiersde
ſon Eſcadre , prier ſon Eminence
d'honorer la fête de ſa préſence ; le Grand
Maître charmé de témoigner ſa vénération
NOVEMBRE. 1744. 187
pour le Roi , oublia les uſages les plus anciennement
établis ; il fortit à quatre heures
& demie de fon Palais , précédé de tous les
Chevaliers qui font à Malte & fuivi de
preſque tous les Grand'Croix , des Baillifs
& des Seigneurs du Conſeil des differentes
Nations. Environné de cette Cour refpectable
, il vint à pied juſques à la Marine ;
tous les canots de l'Eſcadre allerent au- devant
du Grand - Maître , qu'une ſuperbe
Gondole attendoit &dans laquelle il monta
avec les Seigneurs de la Grand'Croix
& fon grand Ecuyer en habit de cérémonie
; les principaux Officiers du Palais également
en habits de cérémonie , le précédoient
dans une autre Gondole . Les Chevaliers
avoient rempli les canots & tous les
petits bâtimens que le Commandant avoit
fait trouver au mole. Le Grand-Maître vo
guoit lentement au bruit des tymbales &
trompettes,& les Vaifleaux François devant
leſquels il paſſa , le ſaluerent de ſept Vivé
le Roi.
Quand fon Alteſſe fut arrivée au Commandant
, elle trouva fur une eſpéce de perron
que l'on avoit ajouté au pied de la
grande échelle , tous les Capitaines de l'Efcadre
& le Chevalier de Caylus à leur tête ;
il donna le bras au Grand- Maître & l'aida a
monter , tandis que les équipages faifoient
و
188 MERCURE DEFRANCE.
retentir l'air de cris redoublés de Vive le
Roi. Son Eminence trouva au haut de l'échelletes
troupes ſous les armes , & fut faluée
par leurs Officiers ; elle paſſa ſur le
gaillard , où les Officiers de la Compagnie
des Gardes de la Marine la faluerent également
; quarante de ces Mrs étoient ſous les
armes ; ils les préſenterent avec tant de grace
que le Grand-Maître en fut charmé ; il
s'arrêta quelques momens pour voir & admirer
cette jeune nobleſſe , dont pluſieurs
fontde notre Ordre , enfuite le Grand-Maî
tre entra dans la chambre du Conſeil , à la
porte de laquelle un Garde Marine étoit en
faction l'épée nuë ; ſon Eminence s'aflit fur
un fauteiiil placé ſur un tapis de pied ; tous
lesGrand'Croix étoient affis autour de lui ;
une décharge de moufqueterie fut le ſignal
d'une ſalve générale de toute l'artillerie
des Vaiſſeaux ; S. E. après quelques momens
d'une converſation polie & agréable, voulut
viſiter l'intérieur du Vaiſſeau ; tout y étoit
diſpoſé comme pour le combat ; le Grand-
Maître alla par tout , examina & parut charmé
de l'ordre &de la propreté de ce beau
Navire , il vint enfuite ſur le Gaillard & fe
plaça fous unDais qu'on lui avoit preparé à
Tribord. Ce Gaillard formoit alors un falon
magnifique , au fond duquel les Gardes de
la Marine étoient ſous les armes , & deux
• NOVEMBRE . 1744. 189
de ces Mrs étoient en faction aux côtés du .
Dais ; les Grand'Croix étoient affis , & les
Chevaliers avec les Officiers de l'Eſcadre
étoient debout. Le Pere de Leſpinaffe , Jefuite
, Aumônier du Commandant , vint à
la tête des Aumôniers de l'Eſcadre complimenter
le Grand Maître , avant que de lui
preſenter l'Eau-Bénite , enſuite il alla devant
un Autel richement paré , & il entonna
le Te Deum qui fut chanté par toute la
Muſique de Malte , que le Chevalier de
Caylus avoit placée ſur la Dunette.
Au fronteau de la Dunette & dans l'endroit
le plus apparent , on avoit placé le
Portrait du Roi . Vous ne pouvez imaginer
, mon cher Chevalier , l'effet que cette
vûë produifit en nous ; c'étoit pour lui que
nous étions aſſemblés , c'étoit pour lui que
nous venions intéreſſer le Ciel ; nos coeurs
en furent remués ; les differentes Nations
qui étoient avec nous , s'en apperçûrent&
convinrent que jamais aucune Nation n'a
aimé ſon Roi comme les François aiment le
leur. Nous cherchâmes dans nous-mêmes la
raifonde cet amour fi tendre & fi vif ; voici
celle que nous trouvames ; je crois que c'eſt
la véritable , du moins nous la donnâmes à
des Portugais étonnés de la vivacité de nos
fentimens. Toutes les Nations , même les
plus fidelles , ne voyent que leur Maître
190 MERCURE DE FRANCE.
dans la perſonne de leur Roi , les François
vont plus loin , ils y voyent un Pere , auquel
ils doivent tout , & un ami pour lequel
ils mourroient. Ces Mrs avouerent
qu'il falloir que cela fut ainſi , pour furprendre
les François dans les mouvemens
involontaires de crainte ou de triſteſſe dont
on voitbien qu'ils ne ſont pas les Maîtres ,
d'abord qu'il s'agit de leur Roi.
Quandles prieres furent finies , le Grand-
Maître revint dans la chambre du Conſeil
où le Commandant lui ſervit lui-même des
rafraîchiſſemens ; on en préſenta à tous les
Seigneurs , parmi leſquels étoit l'Evêque
deMalte & le Prieur de l'Eglife ; ces deux
Prélats ont affifté à toutes les prieres qu'on
a fait pour le Roi , & ſe ſont trouvés à
toutes les fêtes dont ce Monarque étoit
l'objet.
Tous les Officiers s'approcherent auſſi de
ſon Eminence ; ce Prince les reçut avec une
politeffe & un air de fatisfaction , qui flatoit
plus que l'honneur même qu'il avoit
prétendu faire par ſa préſence ; il fit donner
75 Piéces de Portugal valant mille écus
à l'équipage ; il accorda la demi-Croix au
premier Nocher , au premier Pilote & au
premier Canonnier; enfin au coucher du Soleil
, leGrandMaître parût fortir à regret
du Vaiſſeau ; il fut conduit avec les mêmes
NOVEMBRE.
1744. 191
cérémonies & le Commandant lui donna le
bras pour l'aider à deſcendre & à entrer
dans ſaGondole;à peine fut-elle débordée,
qu'une ſalve générale d'artillerie &demoufqueterie
ſe fit entendre.
Le Grand- Maître , pour ne rien perdre
de cette fête , vint débarquer à ſon jardin
de la Marine , dont il avoit fait illuminer le
beau ſalon , pour répondre en quelque façon
aux illuminations des Vaiſſeaux dont il n'avoit
pû joüir: la veille & ce jour-là tout
concourut à luidonner un magnifique ſpectacle
; après avoir demeuré deux heures
dans ſon jardin , S. E. retourna ſur les neuf
heures à ſon Palais , mais pour joüir plus
long-tems de la beauté du coup d'oeil que
fourniſloit cette brillante Eſcadre , ce Prince
paſſa à pied le long du rempart du côté
de la Baraque de Caſtille ; ſa Cour étoit un
peu moins nombreuſe qu'en arrivant à fon
jardin ; 70 Chevaliers ou Baillifs de diffe
rentes Nations qui l'avoient ſuivi, revinrent
au Vaiſſeau du Chevalier de Caylus , où il
les attendoit avec le plus grand & le plus
magnifique ſouper , qu'il appelloit un ambigu
; la gayeté, la bonne chere , les vins
précieux & la Muſique firent durer jufqu'au
jour un ſouper qui lui ſeul eut été
une fête magnifique.
àM. le Ch. S ** , à Malte le 27 Octobre .
Depuisque
j'habite notre Rocher , mon
cher Chevalier , je vous ai ſouvent
écrit que je n'avois rien à mander , fur tout
à un habitant de Paris ; il n'en fera pas de
même aujourd'hui , écoutez -moi.
L'Eſcadre du Roi , commandée par le
Chevalier de Caylus , parut devant Malte
le premier Octobre & nous apprit à la fois
la maladie & la convalefcence du Roi ; le
danger fit fur nous une impreflion que la
nouvelle de fon rétabliſſement n'effaçoit
pas ; nous eûmes beſoin des affurances pofitives
qui nous vinrent de tous les côtés de
fon entiere guériſon pour refpirer en liberté
, & quoique notre affliction fut diminuée
, nous ne laiſſions pas d'éprouver
un ferrement de coeur qui nous rendoit
beaucoup plus douces les larmes de joye que
nous répandions.
On ne penſa plus qu'à remercier Dieu , &
à faire éclater ſa reconnoiſſance.
Les Trois Langues de France en Corps &
le Bailly du Bocage , chargé des affaires du
Roi auprès du G. M. firent chanter ſéparéi
:
NOVEMBRE. 1744. 185
ment des Te Deum , aufquels le Grand Maî
tre aſſiſta dans l'Egliſe de S. Jean à l'iſſue
d'une grandeMeſſe en Pontifical.
Notre ami le Chevalier N * * s'eſt chargé
de vous mander le détail de ces deux fêtes ;
je m'en tiens à celle qu'avoit fait préparer
le Chevalier de Caylus ; il n'avoit rien négligé
comme vous le verrez , pour ſignaler
fon zéle & fon attachement pour le Roi ;
aufli il s'en eft acquitté de la façon la plus
nouvelle & la plus magnifique , du moins
je vous aflûre qu'on n'avoit jamais rien vû
de pareil àMalte.
L'Eſcadre du Chevalier de Caylus , compoſée
de cinq Vaiſſeaux , & à laquelle ſe
joignit un fixiéme Vaiſſeau François , commandé
par le Comte de Vaudreuil , entra
dans le Port le 19 , & la fête fut indiquée
au 26 ; le 25 au matin , les Vaiſſeaux furent
pavoiſés & parés de flames & de pavillons
de toutes les couleurs & de toutes les Na-.
tions ; au Soleil couchant , le Commandant
fit une ſalve de 21 coups de canon , & les
s autres Vaiſſeaux une de 19 chacun ; quand
la nuit fut venuë , les Navires parurent abſolument
illuminés jusqu'aux manoeuvres
les plus déliées ; tout étoit formé par des
lumieres ; ces fix Batimens placés avantageuſement
dans le Port & brillans de tous
les côtés , produifurent le plus beau coup
186 MERCURE DE FRANCE.
d'oeil que l'on puiffe imaginer , pendant
deux heures que dura cette ſuperbe illumination
.
Le 26 au lever du Soleil , ces Vaiſſeaux
parurent pavoiſés comme ils l'avoient été la
veille , ſans que l'on pût rien découvrir de
tout ce qui avoit porté les lumieres ; ce
fut alors qu'une décharge générale de la
mouſqueterie , fuivie d'un falut de 21 coups
duCommandant& de 19 des autres Vaifſeaux
avertit toute la Ville de la fêre
qu'on devoit célébrer. Avant midi toutes
les fenêtres & les terraſſes ſur le Port furent
remplies d'un monde infini ; le peuple
couvroit le môle & les baſtions dans l'attente
du Te Deum qui devoit ſe chanter ſur.
le Vaiſſeau Commandant , & de l'illumination
qui devoit le ſuivre , mais ce qui redoubloit
encore l'affluence des Spectateurs ,
c'étoit le Grand Maître , qui a fait en cette
occaſion ce qu'aucun de ſes prédéceſſeurs
n'a pratiqué ; jamais il n'y en a eu qui ait
été viſiter ſes propres Vaiſſeaux , encore
moins qui ſoit monté fur un bord étranger
; le Chevalier de Caylus qui n'ignoroit
par cet article de l'étiquette , ne laiſſa pas
d'aller à la tête des Capitaines& des Officiersde
ſon Eſcadre , prier ſon Eminence
d'honorer la fête de ſa préſence ; le Grand
Maître charmé de témoigner ſa vénération
NOVEMBRE. 1744. 187
pour le Roi , oublia les uſages les plus anciennement
établis ; il fortit à quatre heures
& demie de fon Palais , précédé de tous les
Chevaliers qui font à Malte & fuivi de
preſque tous les Grand'Croix , des Baillifs
& des Seigneurs du Conſeil des differentes
Nations. Environné de cette Cour refpectable
, il vint à pied juſques à la Marine ;
tous les canots de l'Eſcadre allerent au- devant
du Grand - Maître , qu'une ſuperbe
Gondole attendoit &dans laquelle il monta
avec les Seigneurs de la Grand'Croix
& fon grand Ecuyer en habit de cérémonie
; les principaux Officiers du Palais également
en habits de cérémonie , le précédoient
dans une autre Gondole . Les Chevaliers
avoient rempli les canots & tous les
petits bâtimens que le Commandant avoit
fait trouver au mole. Le Grand-Maître vo
guoit lentement au bruit des tymbales &
trompettes,& les Vaifleaux François devant
leſquels il paſſa , le ſaluerent de ſept Vivé
le Roi.
Quand fon Alteſſe fut arrivée au Commandant
, elle trouva fur une eſpéce de perron
que l'on avoit ajouté au pied de la
grande échelle , tous les Capitaines de l'Efcadre
& le Chevalier de Caylus à leur tête ;
il donna le bras au Grand- Maître & l'aida a
monter , tandis que les équipages faifoient
و
188 MERCURE DEFRANCE.
retentir l'air de cris redoublés de Vive le
Roi. Son Eminence trouva au haut de l'échelletes
troupes ſous les armes , & fut faluée
par leurs Officiers ; elle paſſa ſur le
gaillard , où les Officiers de la Compagnie
des Gardes de la Marine la faluerent également
; quarante de ces Mrs étoient ſous les
armes ; ils les préſenterent avec tant de grace
que le Grand-Maître en fut charmé ; il
s'arrêta quelques momens pour voir & admirer
cette jeune nobleſſe , dont pluſieurs
fontde notre Ordre , enfuite le Grand-Maî
tre entra dans la chambre du Conſeil , à la
porte de laquelle un Garde Marine étoit en
faction l'épée nuë ; ſon Eminence s'aflit fur
un fauteiiil placé ſur un tapis de pied ; tous
lesGrand'Croix étoient affis autour de lui ;
une décharge de moufqueterie fut le ſignal
d'une ſalve générale de toute l'artillerie
des Vaiſſeaux ; S. E. après quelques momens
d'une converſation polie & agréable, voulut
viſiter l'intérieur du Vaiſſeau ; tout y étoit
diſpoſé comme pour le combat ; le Grand-
Maître alla par tout , examina & parut charmé
de l'ordre &de la propreté de ce beau
Navire , il vint enfuite ſur le Gaillard & fe
plaça fous unDais qu'on lui avoit preparé à
Tribord. Ce Gaillard formoit alors un falon
magnifique , au fond duquel les Gardes de
la Marine étoient ſous les armes , & deux
• NOVEMBRE . 1744. 189
de ces Mrs étoient en faction aux côtés du .
Dais ; les Grand'Croix étoient affis , & les
Chevaliers avec les Officiers de l'Eſcadre
étoient debout. Le Pere de Leſpinaffe , Jefuite
, Aumônier du Commandant , vint à
la tête des Aumôniers de l'Eſcadre complimenter
le Grand Maître , avant que de lui
preſenter l'Eau-Bénite , enſuite il alla devant
un Autel richement paré , & il entonna
le Te Deum qui fut chanté par toute la
Muſique de Malte , que le Chevalier de
Caylus avoit placée ſur la Dunette.
Au fronteau de la Dunette & dans l'endroit
le plus apparent , on avoit placé le
Portrait du Roi . Vous ne pouvez imaginer
, mon cher Chevalier , l'effet que cette
vûë produifit en nous ; c'étoit pour lui que
nous étions aſſemblés , c'étoit pour lui que
nous venions intéreſſer le Ciel ; nos coeurs
en furent remués ; les differentes Nations
qui étoient avec nous , s'en apperçûrent&
convinrent que jamais aucune Nation n'a
aimé ſon Roi comme les François aiment le
leur. Nous cherchâmes dans nous-mêmes la
raifonde cet amour fi tendre & fi vif ; voici
celle que nous trouvames ; je crois que c'eſt
la véritable , du moins nous la donnâmes à
des Portugais étonnés de la vivacité de nos
fentimens. Toutes les Nations , même les
plus fidelles , ne voyent que leur Maître
190 MERCURE DE FRANCE.
dans la perſonne de leur Roi , les François
vont plus loin , ils y voyent un Pere , auquel
ils doivent tout , & un ami pour lequel
ils mourroient. Ces Mrs avouerent
qu'il falloir que cela fut ainſi , pour furprendre
les François dans les mouvemens
involontaires de crainte ou de triſteſſe dont
on voitbien qu'ils ne ſont pas les Maîtres ,
d'abord qu'il s'agit de leur Roi.
Quandles prieres furent finies , le Grand-
Maître revint dans la chambre du Conſeil
où le Commandant lui ſervit lui-même des
rafraîchiſſemens ; on en préſenta à tous les
Seigneurs , parmi leſquels étoit l'Evêque
deMalte & le Prieur de l'Eglife ; ces deux
Prélats ont affifté à toutes les prieres qu'on
a fait pour le Roi , & ſe ſont trouvés à
toutes les fêtes dont ce Monarque étoit
l'objet.
Tous les Officiers s'approcherent auſſi de
ſon Eminence ; ce Prince les reçut avec une
politeffe & un air de fatisfaction , qui flatoit
plus que l'honneur même qu'il avoit
prétendu faire par ſa préſence ; il fit donner
75 Piéces de Portugal valant mille écus
à l'équipage ; il accorda la demi-Croix au
premier Nocher , au premier Pilote & au
premier Canonnier; enfin au coucher du Soleil
, leGrandMaître parût fortir à regret
du Vaiſſeau ; il fut conduit avec les mêmes
NOVEMBRE.
1744. 191
cérémonies & le Commandant lui donna le
bras pour l'aider à deſcendre & à entrer
dans ſaGondole;à peine fut-elle débordée,
qu'une ſalve générale d'artillerie &demoufqueterie
ſe fit entendre.
Le Grand- Maître , pour ne rien perdre
de cette fête , vint débarquer à ſon jardin
de la Marine , dont il avoit fait illuminer le
beau ſalon , pour répondre en quelque façon
aux illuminations des Vaiſſeaux dont il n'avoit
pû joüir: la veille & ce jour-là tout
concourut à luidonner un magnifique ſpectacle
; après avoir demeuré deux heures
dans ſon jardin , S. E. retourna ſur les neuf
heures à ſon Palais , mais pour joüir plus
long-tems de la beauté du coup d'oeil que
fourniſloit cette brillante Eſcadre , ce Prince
paſſa à pied le long du rempart du côté
de la Baraque de Caſtille ; ſa Cour étoit un
peu moins nombreuſe qu'en arrivant à fon
jardin ; 70 Chevaliers ou Baillifs de diffe
rentes Nations qui l'avoient ſuivi, revinrent
au Vaiſſeau du Chevalier de Caylus , où il
les attendoit avec le plus grand & le plus
magnifique ſouper , qu'il appelloit un ambigu
; la gayeté, la bonne chere , les vins
précieux & la Muſique firent durer jufqu'au
jour un ſouper qui lui ſeul eut été
une fête magnifique.
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80
p. 199-203
COPIE de la Lettre du Roi écrite à Monseigneur l'Archevêque de Paris, pour faire chanter le TE DEUM en Actions de graces des heureux succès de la Campagne du Roi, & en particulier de la Prise de la Ville de Fribourg.
Début :
MON Cousin, le moment que j'attendois avec tant d'impatience est arrivé, où je puis [...]
Mots clefs :
Dieu, Paris, Roi, Fribourg-en-Brisgau, Sujets, Gloire, Bonté, Actions de grâces, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COPIE de la Lettre du Roi écrite à Monseigneur l'Archevêque de Paris, pour faire chanter le TE DEUM en Actions de graces des heureux succès de la Campagne du Roi, & en particulier de la Prise de la Ville de Fribourg.
COPIE de la Lettre du Roi écrite à Mon
Seigneur l'Archevêque de Paris , pour faire
chanter le TE DEUM en Actions de
graces des heureux ſuccès de la Campagne
du Roi , & en particulier de la Priſedé la
Villede Fribourg.
MOnOn Cousin , le moment que j'attendois
avec tant d'impatience eſt arrivé , où je puis
rendre à Dieu , au milieu de tout mon Peuple ,les
Actions de graces que nous lui devons pour les
bienfaits dont il nous a comblé . Il lui a plú de ſeconder
mes efforts & de me faire triompher à la
tête de mes Armées : il a daigné récompenfer l'amour
que je porte à mes Sujets , & couronner , par
des ſuccès , le déſir que j'avois de contribuer moimême
à leur ſureté & à leur gloire. Mes Conquêzes
en Flandres ont été auſſi rapides qu'elles
étoient importantes ; nul effort n'a été vain. Enfin
mes ennemis déconcertés , reconnoiſſant leur foibleſſe
, n'oſant pas ſe préſenter à force ouverte , &
croyant au moins pouvoir entreprendre aux lieux où
je n'étois pas , ont ſurpris des paſſages pour pénétrer
dans mes Etats , mais la valeur de mes Troupes
m'a donné le tems de voler à leur ſecours. Ni
le regret d'interrompre mes Conquêtes , ni l'éloignement
des lieux ne m'ont point retenu , & Dieu
qui m'en donnoit la force &la volonté , paroiſſoit
approuver mes deſſeins. Si alors ſa grace toute-puiffante
a paru m'abandonner un moment ; fi après
m'avoir protegé dans des entrepriſes difficiles , il a
voulu me faire voir la mort ailleurs que dans les
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
ま
dangers , ce moment d'allarme n'a ſervi qu'à me
faire ſentir plus vivement l'excès de fa bonté , &
j'ai reconnu qu'il ne m'avoit mis à cette épreuve ,
que pour m'accorder la faveur la plus touchante
qui puiſſe être pour un Roi. Sa Providence a voulu
que je jouiffe de tout l'amour de mes Sujets ,
ſans que les marques en fuſſent ſuſpectes , & que
me ſurvivant àmoi -même , je viſſe les regrets que
je laiſſfois après moi : voilà de tous ſes dons , unde
ceux qui m'a le plus touché. Ce Dieu qui lit dans
moncoeur , ſçait combien le prix d'être aimé , y
prévaut ſur un vain défir de gloire , qui coûteroit
trop à mes Sujets. Que fa bonté daigne achever
fon ouvrage , que ce ne ſoit pas vainement que
monPeuple me ſoit cher ; que ſa protection me
fourniſſe les moyens de rendre ce Peuple heureux
par la Paix , & que mes Victoires ne me ſervent
qu'à éteindre pour jamais dans mes ennemis , la
moindre eſpérance de pouvoir me nuire. La priſe
de Fribourg dont je viens de me rendre maître pour
l'Empereur mon Frere , les places de l'Autriche
'Antérieure que je lui ai ſoumiſes , tout acheve de
les convaincre , que les efforts les plus grands ne
peuvent rien contre une Armée que Dieu protége
viſiblement. Qu'ils entendent donc la voix du
Très-Haut ; qu'ils ſe laſſent des maux de leurs
Pays , s'ils ne font pas touchés de ceux de l'Europe;
qu'ils ſe ſouviennent que la France , en poffeffion
de défendre les Souverains opprimés , n'a jamais
foutenu que des cauſes juſtes , & qu'ils soient
enfin convaincus , qu'une Nation guerriere , qui
n'a qu'une langue & qu'un coeur , qui aime fon
Maître autant qu'elle en eſt aimée , & qui combat
pour l'équité, doit tôt ou tard ,par la Miféricorde de
Dieu, triompher de tous ſes ennemis. Pénétré de plus
en plus de tout ce que je dois à ſa divine bonté,je
NOVEMBRE. 1744. 201
,
ne puis que lui en redoubler mes Actions de graces
,& je vous écris cette Lettre pour vous dire
que mon intention eſt , que vous faffiez chanter le
Te Deum dans votre Egliſe Métropolitaine & autres
de votre Diocèſe , avec les ſolemnités requiſes , au
jour & à l'heure que leGrand Maître , ou le Maître
des Cérémonies vous dira de ma part , & que
vousy invitiez tous ceux qu'il conviendra d'y affifter
: ſur ee , je prie Dieu , qu'il vous ait , mon
Couſin, en ſa fainte & digne garde. Ecrit à Verſailles
le vingt- un Novembre mil ſept cent quarantequatre.
Signé , LOUIS ; Et plus bas , PHILYPEAUX.
Et au dos est écrit : A mon Coufin l'Archevêque
de Paris , Duc de Saint Cloud , Pair de France ,
Commandeur de l'Ordre du Saint- Esprit.
:
M. l'Archevêque de Paris , donna ſon Mandement
en conféquence , dont la teneur fuit.
CHARLES - GASPARD - GUILLAUM
DE VINTIMILLE , & C.
Pourrions nous ne pas regarder comme un effet
fenſible de la protection du Ciel , cette ſuite d'événemens
avantageux , qui , depuis que le Roi s'eſt
rendu à la tête de ſes Troupes , ont relevé la gloire
de ſes. Armes , & entre lesquels l'un des plus importans
eſt la priſe de la Villede Fribourg , & des
Forts quila comunandent.
Le premier ſoin de Sa Majesté au retour de ſes
expéditions , a été de remercier le Dieu des Armées
des lecours qu'il en a reçus , & de lui rendre ſes
voeux devant tout son Peuple , dans ce Temple Augufte
, où l'on a offert tant de Sacrifices pour le
ſuccèsde ſes entrepriſes , au milien de cette Capitale
,comme dans le lieu le plus propre pour faire
éclater les ſentimensde Religion & de gratitude .
dont fon coeur étoit pénétré.
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
Aujourd'hui ce même Monarque , par laLettre
que nous vous communiquons , & qui ſera à jamais
un monument précieux de ſa piété envers
Dieu & de ſa tendreſſe pour ſes Sujets , nous ordonne
de rendre de notre part au Très- Haut de ſolemnelles
Actions de graces pour les différentes faveurs
dont il l'a comblé , & en particulier pour l'innportante
conquête que ce Prince , revenu à peine
des portes de la mort , a entrepriſe avec tant de
courage , & qui a ſignalé glorieuſementla fin de fa
campagne.
Animés par un exemple fi édifiant , ſoumis àdes
ordres ſi reſpectables , faiſons retentir le lieu Saint
duchantde ces Cantiques conſacrés par l'Eglife à
la reconnoiſſance des bienfais que Dieu répand fur
nous : allons aux pieds des Autels faire à celui que
nous y adorons , l'hommagé de nos proſpérités &
denos triomphes : reconnoffons que nous en fommes
redevables à ſa main bienfaiſante , & loin de
les attribuer uniquement à l'induſtrie & au courage
de l'homme , écrions- nous avec cette multitude
d'Eſprits Célestes , qui environnent le Trône de
l'Agneau : A notre Dieu , Bénédiction , Gloire , Sageffe,
Actions de graces , honneur , Puissance& force
dans les fiécles des fiécles.
,
Après l'avoir remercié de ce que ſa divine bonté
a fait pour nous , prions-le de nous donner de nouvelles
preuves de ſa protection en calmant les
troubles dont l'Europe eſt agitée , & en nous rendant
un bien que nous avons long-tems poſſédé ,
fans en connoître affés le prix : demandons lui qu'il
diffſipe les jaloufies & les défiances qui ont enfanté
les cruelles diviſions d'où naiſſent chaque jour
nant de malheurs & de défordres : conjurons- le
d'éloigner de nos Frontiéres l'un des plus redoutables
fléaux de ſa colere ; de briſer dan de mettre exz
NOVEMBRE. 1744. 203
pièces , ou du moins de rendre inutiles ces Armes
meurtrieres , que les hommes ont inventées pour
leur mutuelle deſtruction .
Puiffions-nous , par une heureuſe réunion des
Puiſſances diviſées , jouir dans peu du fruit de nos
Prieres , voir bien-tôt ſuccéder aux horreurs d'une
Guerre ſanglante , les douceurs de la Paix , & n'avoir
plus que des voeux à former en faveur de ceux ,
contrequi nous implorons avec ardeur l'aſſiſtance
duCiel!
A ces cauſes , après en avoir conferé avec nos
vénérables Freres les Doyen , Chanoines & Chapi--
tre de notre Egliſe Métropolitaine , Nous ordonnons
: que le Te Deum , avec le Verſet , Benedica
mus Patrem & Filium , &c . & l'Oraiſon Pro gratiarum
actione ; l'Antienne Domine ſalvum fac Regem
, &c. le Verſet Fiat manus tua , &c. & l'Oraifon
Pro Rege or ejus Exercitu , ſera chanté Mercredi
prochain deux du préſent mois de Décembre , dans
notredite Eglife , en actions de graces des heureux
ſuccès de la Campagne du Roi , & en particulier de
la priſe de la Ville & des Forts de Fribourg. Que
Dimanche fix du même mois , il fera pareillement
chanté dans toutes les Abbayes, Chapitres, Paroif
fes & Communautés Séculieres& Régulieres de la
Ville& des Fauxbourgs de Paris ; & le Dimanche
qui ſuivra la réception de notre préſent Mandement
, dans toutes les autres Egliſes de notre Dio
cèſe. Si vous mandons , que ces Préſentes vous
ayez à notifier à tous Abbés , Prieurs , Curés , Su
perieurs & Superieures des Communautés exemp
res& non exemptes , à ce qu'ils n'en ignorent
Donné à Paris en notre Palais Archiepifcopal , le
premier Décembre mil ſept cent quarante- quatre..
Signé CHARLES , Archevêque de Paris,
Seigneur l'Archevêque de Paris , pour faire
chanter le TE DEUM en Actions de
graces des heureux ſuccès de la Campagne
du Roi , & en particulier de la Priſedé la
Villede Fribourg.
MOnOn Cousin , le moment que j'attendois
avec tant d'impatience eſt arrivé , où je puis
rendre à Dieu , au milieu de tout mon Peuple ,les
Actions de graces que nous lui devons pour les
bienfaits dont il nous a comblé . Il lui a plú de ſeconder
mes efforts & de me faire triompher à la
tête de mes Armées : il a daigné récompenfer l'amour
que je porte à mes Sujets , & couronner , par
des ſuccès , le déſir que j'avois de contribuer moimême
à leur ſureté & à leur gloire. Mes Conquêzes
en Flandres ont été auſſi rapides qu'elles
étoient importantes ; nul effort n'a été vain. Enfin
mes ennemis déconcertés , reconnoiſſant leur foibleſſe
, n'oſant pas ſe préſenter à force ouverte , &
croyant au moins pouvoir entreprendre aux lieux où
je n'étois pas , ont ſurpris des paſſages pour pénétrer
dans mes Etats , mais la valeur de mes Troupes
m'a donné le tems de voler à leur ſecours. Ni
le regret d'interrompre mes Conquêtes , ni l'éloignement
des lieux ne m'ont point retenu , & Dieu
qui m'en donnoit la force &la volonté , paroiſſoit
approuver mes deſſeins. Si alors ſa grace toute-puiffante
a paru m'abandonner un moment ; fi après
m'avoir protegé dans des entrepriſes difficiles , il a
voulu me faire voir la mort ailleurs que dans les
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
ま
dangers , ce moment d'allarme n'a ſervi qu'à me
faire ſentir plus vivement l'excès de fa bonté , &
j'ai reconnu qu'il ne m'avoit mis à cette épreuve ,
que pour m'accorder la faveur la plus touchante
qui puiſſe être pour un Roi. Sa Providence a voulu
que je jouiffe de tout l'amour de mes Sujets ,
ſans que les marques en fuſſent ſuſpectes , & que
me ſurvivant àmoi -même , je viſſe les regrets que
je laiſſfois après moi : voilà de tous ſes dons , unde
ceux qui m'a le plus touché. Ce Dieu qui lit dans
moncoeur , ſçait combien le prix d'être aimé , y
prévaut ſur un vain défir de gloire , qui coûteroit
trop à mes Sujets. Que fa bonté daigne achever
fon ouvrage , que ce ne ſoit pas vainement que
monPeuple me ſoit cher ; que ſa protection me
fourniſſe les moyens de rendre ce Peuple heureux
par la Paix , & que mes Victoires ne me ſervent
qu'à éteindre pour jamais dans mes ennemis , la
moindre eſpérance de pouvoir me nuire. La priſe
de Fribourg dont je viens de me rendre maître pour
l'Empereur mon Frere , les places de l'Autriche
'Antérieure que je lui ai ſoumiſes , tout acheve de
les convaincre , que les efforts les plus grands ne
peuvent rien contre une Armée que Dieu protége
viſiblement. Qu'ils entendent donc la voix du
Très-Haut ; qu'ils ſe laſſent des maux de leurs
Pays , s'ils ne font pas touchés de ceux de l'Europe;
qu'ils ſe ſouviennent que la France , en poffeffion
de défendre les Souverains opprimés , n'a jamais
foutenu que des cauſes juſtes , & qu'ils soient
enfin convaincus , qu'une Nation guerriere , qui
n'a qu'une langue & qu'un coeur , qui aime fon
Maître autant qu'elle en eſt aimée , & qui combat
pour l'équité, doit tôt ou tard ,par la Miféricorde de
Dieu, triompher de tous ſes ennemis. Pénétré de plus
en plus de tout ce que je dois à ſa divine bonté,je
NOVEMBRE. 1744. 201
,
ne puis que lui en redoubler mes Actions de graces
,& je vous écris cette Lettre pour vous dire
que mon intention eſt , que vous faffiez chanter le
Te Deum dans votre Egliſe Métropolitaine & autres
de votre Diocèſe , avec les ſolemnités requiſes , au
jour & à l'heure que leGrand Maître , ou le Maître
des Cérémonies vous dira de ma part , & que
vousy invitiez tous ceux qu'il conviendra d'y affifter
: ſur ee , je prie Dieu , qu'il vous ait , mon
Couſin, en ſa fainte & digne garde. Ecrit à Verſailles
le vingt- un Novembre mil ſept cent quarantequatre.
Signé , LOUIS ; Et plus bas , PHILYPEAUX.
Et au dos est écrit : A mon Coufin l'Archevêque
de Paris , Duc de Saint Cloud , Pair de France ,
Commandeur de l'Ordre du Saint- Esprit.
:
M. l'Archevêque de Paris , donna ſon Mandement
en conféquence , dont la teneur fuit.
CHARLES - GASPARD - GUILLAUM
DE VINTIMILLE , & C.
Pourrions nous ne pas regarder comme un effet
fenſible de la protection du Ciel , cette ſuite d'événemens
avantageux , qui , depuis que le Roi s'eſt
rendu à la tête de ſes Troupes , ont relevé la gloire
de ſes. Armes , & entre lesquels l'un des plus importans
eſt la priſe de la Villede Fribourg , & des
Forts quila comunandent.
Le premier ſoin de Sa Majesté au retour de ſes
expéditions , a été de remercier le Dieu des Armées
des lecours qu'il en a reçus , & de lui rendre ſes
voeux devant tout son Peuple , dans ce Temple Augufte
, où l'on a offert tant de Sacrifices pour le
ſuccèsde ſes entrepriſes , au milien de cette Capitale
,comme dans le lieu le plus propre pour faire
éclater les ſentimensde Religion & de gratitude .
dont fon coeur étoit pénétré.
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
Aujourd'hui ce même Monarque , par laLettre
que nous vous communiquons , & qui ſera à jamais
un monument précieux de ſa piété envers
Dieu & de ſa tendreſſe pour ſes Sujets , nous ordonne
de rendre de notre part au Très- Haut de ſolemnelles
Actions de graces pour les différentes faveurs
dont il l'a comblé , & en particulier pour l'innportante
conquête que ce Prince , revenu à peine
des portes de la mort , a entrepriſe avec tant de
courage , & qui a ſignalé glorieuſementla fin de fa
campagne.
Animés par un exemple fi édifiant , ſoumis àdes
ordres ſi reſpectables , faiſons retentir le lieu Saint
duchantde ces Cantiques conſacrés par l'Eglife à
la reconnoiſſance des bienfais que Dieu répand fur
nous : allons aux pieds des Autels faire à celui que
nous y adorons , l'hommagé de nos proſpérités &
denos triomphes : reconnoffons que nous en fommes
redevables à ſa main bienfaiſante , & loin de
les attribuer uniquement à l'induſtrie & au courage
de l'homme , écrions- nous avec cette multitude
d'Eſprits Célestes , qui environnent le Trône de
l'Agneau : A notre Dieu , Bénédiction , Gloire , Sageffe,
Actions de graces , honneur , Puissance& force
dans les fiécles des fiécles.
,
Après l'avoir remercié de ce que ſa divine bonté
a fait pour nous , prions-le de nous donner de nouvelles
preuves de ſa protection en calmant les
troubles dont l'Europe eſt agitée , & en nous rendant
un bien que nous avons long-tems poſſédé ,
fans en connoître affés le prix : demandons lui qu'il
diffſipe les jaloufies & les défiances qui ont enfanté
les cruelles diviſions d'où naiſſent chaque jour
nant de malheurs & de défordres : conjurons- le
d'éloigner de nos Frontiéres l'un des plus redoutables
fléaux de ſa colere ; de briſer dan de mettre exz
NOVEMBRE. 1744. 203
pièces , ou du moins de rendre inutiles ces Armes
meurtrieres , que les hommes ont inventées pour
leur mutuelle deſtruction .
Puiffions-nous , par une heureuſe réunion des
Puiſſances diviſées , jouir dans peu du fruit de nos
Prieres , voir bien-tôt ſuccéder aux horreurs d'une
Guerre ſanglante , les douceurs de la Paix , & n'avoir
plus que des voeux à former en faveur de ceux ,
contrequi nous implorons avec ardeur l'aſſiſtance
duCiel!
A ces cauſes , après en avoir conferé avec nos
vénérables Freres les Doyen , Chanoines & Chapi--
tre de notre Egliſe Métropolitaine , Nous ordonnons
: que le Te Deum , avec le Verſet , Benedica
mus Patrem & Filium , &c . & l'Oraiſon Pro gratiarum
actione ; l'Antienne Domine ſalvum fac Regem
, &c. le Verſet Fiat manus tua , &c. & l'Oraifon
Pro Rege or ejus Exercitu , ſera chanté Mercredi
prochain deux du préſent mois de Décembre , dans
notredite Eglife , en actions de graces des heureux
ſuccès de la Campagne du Roi , & en particulier de
la priſe de la Ville & des Forts de Fribourg. Que
Dimanche fix du même mois , il fera pareillement
chanté dans toutes les Abbayes, Chapitres, Paroif
fes & Communautés Séculieres& Régulieres de la
Ville& des Fauxbourgs de Paris ; & le Dimanche
qui ſuivra la réception de notre préſent Mandement
, dans toutes les autres Egliſes de notre Dio
cèſe. Si vous mandons , que ces Préſentes vous
ayez à notifier à tous Abbés , Prieurs , Curés , Su
perieurs & Superieures des Communautés exemp
res& non exemptes , à ce qu'ils n'en ignorent
Donné à Paris en notre Palais Archiepifcopal , le
premier Décembre mil ſept cent quarante- quatre..
Signé CHARLES , Archevêque de Paris,
Fermer
80
81
p. 144
Te Deum chanté à la Cour, [titre d'après la table]
Début :
Le Mercredi 2 Décembre, M. de Blamont Sur-Intendant de la Musique du Roi [...]
Mots clefs :
Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Te Deum chanté à la Cour, [titre d'après la table]
Le Mercredi 2 Décembre , M. de Blamont
Sur-Intendant de la Muſique du Roi
eut ordre de faire chanter ſon Te Deum
dans la Chapelle de Sa Majesté , pour la
priſe de Fribourg , ainſi qu'il s'eſt toujours
pratiqué aux grandes cérémonies & rejouiflances
de la Cour. L'exécution en fut parfaite
. Mrs. Benoit , Poirier & l'Abbé Dota
s'y font fort diftingués.
Sur-Intendant de la Muſique du Roi
eut ordre de faire chanter ſon Te Deum
dans la Chapelle de Sa Majesté , pour la
priſe de Fribourg , ainſi qu'il s'eſt toujours
pratiqué aux grandes cérémonies & rejouiflances
de la Cour. L'exécution en fut parfaite
. Mrs. Benoit , Poirier & l'Abbé Dota
s'y font fort diftingués.
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82
p. 147-150
L'ASSEMBLÉE publique de l'Académie des Belles Lettres de Montauban, du 25 Aoust 1744.
Début :
La Société Littéraire de Montauban, érigée en Académie des Belles Lettres par Lettres patentes [...]
Mots clefs :
Académie des belles-lettres de Montauban, Roi, Discours, Prix, Te Deum, Illumination
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'ASSEMBLÉE publique de l'Académie des Belles Lettres de Montauban, du 25 Aoust 1744.
L'ASSEMBLEE publique de l'Académie
des Belles Lettres de Montauban ,
du 25 Aoust 1744 .
La Societé Littéraire de Montauban , érigée en
Académie des Belles Lettres par Lettres patentes
du mois de Juillet 1744 , enrégiftrées au Parlement
de Toulouſe le 21 Août fuivant , tint fon
affemblée publique le 25 d'Août dernier , Fête de
S. Louis. Elle avoit affifté le matin à la Meffe cé
lebrée par Mr l'Evêque , pendant laquelle on exécuta
un Motet à grand Choeur , fuivi de l'Exandiat
pour le Roi , & du Panégyrique de S. Louis prononcé
par M. l'Abbé Pons , neveu du R. P. Pons
de la Compagnie de Jefus , Prédicateur de Sa
Majesté .
La féance de l'après - midi ſe tint dans le Palais
Epifcopal , & commença par la lecture des Lettres
atentes , de la Lifte des Académiciens , du Réglement
donné par le Roi à la nouvelle Académie
, & de l'Arrêt d'Enregistrement .
M. Forestier Directeur de l'Académie parla enfuite
fur l'érection de la Societé Littéraire en Académie
des Belles Lettres , & finit par l'éloge du
Roi.
M. de Bernoy lut une Ode , qui étoit une Priere
pour le Roi.
M. l'Abbé Bellet lut un Difcours où il prouva
qu'il n'eft point de meilleur Citoyen que l'homm de Lettres.
M. Pradal lut une traduction en Vers de l'Ode
d'Horace , folvitur acris hyems , & une Epitre à M.
je Franc.
M. l'Abbé de Verthamont lut la premiere partie
1
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
d'un Difcours fur l'ufage des talens , & prouva que la
Religion fournit abondammant dequoi les exercer.
M. de Lamothe lut un Dialogue en vers de Momus
& des Mufes .
M. Duroy lut une Ode intitulée : “le Philofophe
Chrétien .
M. Duclos lut un difcours preliminaire fur la Tra
duction qu'il a faite de l'Oraifon de Ciceron pro Archia
ceta , de l'Epiſode d'Ariftée tirée du quatrieme
livre des Géorgiques , & de l'Idylle d'Aufonne
intitulée Amor cruci affixus ,
La féance fut terminée par la lecture du Programme.
A la nouvelle du Retabliffement de la fanté
du Roi l'Académie s'eft fait un devoir de faire chanter
le Te Deum en actions de graces , fuivi de l'Exaudiat,
Le Soir elle a fait faire une brillante illu
mination dans la maifon de M. Foreftier , où elle
tient fes affemblées ordinaires.
Programme de l'Académie des Belles Lettres
de Montauban.
M. l'Evêque de Montauban ayant deftiné la fomme
de 250 liv. pour donner un Prix de pareille valeur
à celui qui au jugement de la Société Littéraire
établie dans cette Ville par Permiffion du
Roi , fe trouvera avoir fait le meilleur Difcours fur
un fujet relatif à quelque point de Morale tiré des
Livres faints , fuivant l'ufage de l'Académie Françoife
; la focieté Litteraire érigée en Academie de
Belles Lettres par Lettres Patentes du mois de Juillet
1744 , enregistrées au Parlement de Toulouſe le
21 Août fuivant , avertit le Public qu'elle diftribue
ra ce prix le 25 Août prochain , Fête de S, Louis
Roi de France,
E
FEVRIER. 1745 149
Le Sujet de ce Difcours fera pour l'année 1745.
L'EPREUVE DE L'ADVERSITE' EST POUR
LE SAGE UNE SOURCE DE LUMIERE.
Conformément à ces paroles de l'Ecriture : Qui non
eft tentatus quid feit ? Ecclef. cap. 34. . 9.
Le prix de cette année ayant été reſervé , il y
en aura deux à diftribuer l'année 1745 , ce qui doit
exciter l'émulation des Auteurs .
L'Académie a lieu d'attribuer au peu de tems
que les Auteurs ont eu pour travailler à leur Ouvrage
les négligences où les fautes qui les ont
fait exclure du Prix .
Toutes fortes de perfonnés , de quelque qualité
qu'elles foient , feront reçues à prétendre au Prix ,
hors les Membres de l'Académie qui en doivent
être les Juges.
Les Difcours ne feront tout au plus que de demie
heure de lecture , & finiront toujours par une
courte Priere à JESUS - CHRIST . Ceux qui en
auront compofé , les feront remettre le mois
de Mai prochain entre les mains de M DE BERNOY
, Secretaire perpetuel de l'Académie , en fa
maiſon ruë Montmura , ou en ſon abſence , à M.
l'Abbé BELLET , en fa maiſon ruë Cour de Toulouſe.
On n'en recevra aucun qui n'ait une Approbation
fignée de deux Docteurs en Théologie . Les
Auteurs n'y mettront point leur nom , mais feulement
une marque où paraphe , avec un Paffage
de l'Ecriture - Sainte ou d'un Pére de l'Eglife qu'on
écrira auffi fur le Registre du Secretaire de l'Acadé
mie.
Le Prix ne fera délivré à aucun , qu'il ne fe nomme
,& qu'il ne fe prefente en perfonne ou par Procureur
, pour le recevoir , & pour figner le Difcours.
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
Les Auteurs font priés d'adreffer à M. le Secretaire
trois copies bien liſibles de leur Diſcours , &
d'affranchir les Paquets qui feront envoyés par la
pofte. Sans ces deux conditions , les Quvrages ne
feront point admis au concours.
des Belles Lettres de Montauban ,
du 25 Aoust 1744 .
La Societé Littéraire de Montauban , érigée en
Académie des Belles Lettres par Lettres patentes
du mois de Juillet 1744 , enrégiftrées au Parlement
de Toulouſe le 21 Août fuivant , tint fon
affemblée publique le 25 d'Août dernier , Fête de
S. Louis. Elle avoit affifté le matin à la Meffe cé
lebrée par Mr l'Evêque , pendant laquelle on exécuta
un Motet à grand Choeur , fuivi de l'Exandiat
pour le Roi , & du Panégyrique de S. Louis prononcé
par M. l'Abbé Pons , neveu du R. P. Pons
de la Compagnie de Jefus , Prédicateur de Sa
Majesté .
La féance de l'après - midi ſe tint dans le Palais
Epifcopal , & commença par la lecture des Lettres
atentes , de la Lifte des Académiciens , du Réglement
donné par le Roi à la nouvelle Académie
, & de l'Arrêt d'Enregistrement .
M. Forestier Directeur de l'Académie parla enfuite
fur l'érection de la Societé Littéraire en Académie
des Belles Lettres , & finit par l'éloge du
Roi.
M. de Bernoy lut une Ode , qui étoit une Priere
pour le Roi.
M. l'Abbé Bellet lut un Difcours où il prouva
qu'il n'eft point de meilleur Citoyen que l'homm de Lettres.
M. Pradal lut une traduction en Vers de l'Ode
d'Horace , folvitur acris hyems , & une Epitre à M.
je Franc.
M. l'Abbé de Verthamont lut la premiere partie
1
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
d'un Difcours fur l'ufage des talens , & prouva que la
Religion fournit abondammant dequoi les exercer.
M. de Lamothe lut un Dialogue en vers de Momus
& des Mufes .
M. Duroy lut une Ode intitulée : “le Philofophe
Chrétien .
M. Duclos lut un difcours preliminaire fur la Tra
duction qu'il a faite de l'Oraifon de Ciceron pro Archia
ceta , de l'Epiſode d'Ariftée tirée du quatrieme
livre des Géorgiques , & de l'Idylle d'Aufonne
intitulée Amor cruci affixus ,
La féance fut terminée par la lecture du Programme.
A la nouvelle du Retabliffement de la fanté
du Roi l'Académie s'eft fait un devoir de faire chanter
le Te Deum en actions de graces , fuivi de l'Exaudiat,
Le Soir elle a fait faire une brillante illu
mination dans la maifon de M. Foreftier , où elle
tient fes affemblées ordinaires.
Programme de l'Académie des Belles Lettres
de Montauban.
M. l'Evêque de Montauban ayant deftiné la fomme
de 250 liv. pour donner un Prix de pareille valeur
à celui qui au jugement de la Société Littéraire
établie dans cette Ville par Permiffion du
Roi , fe trouvera avoir fait le meilleur Difcours fur
un fujet relatif à quelque point de Morale tiré des
Livres faints , fuivant l'ufage de l'Académie Françoife
; la focieté Litteraire érigée en Academie de
Belles Lettres par Lettres Patentes du mois de Juillet
1744 , enregistrées au Parlement de Toulouſe le
21 Août fuivant , avertit le Public qu'elle diftribue
ra ce prix le 25 Août prochain , Fête de S, Louis
Roi de France,
E
FEVRIER. 1745 149
Le Sujet de ce Difcours fera pour l'année 1745.
L'EPREUVE DE L'ADVERSITE' EST POUR
LE SAGE UNE SOURCE DE LUMIERE.
Conformément à ces paroles de l'Ecriture : Qui non
eft tentatus quid feit ? Ecclef. cap. 34. . 9.
Le prix de cette année ayant été reſervé , il y
en aura deux à diftribuer l'année 1745 , ce qui doit
exciter l'émulation des Auteurs .
L'Académie a lieu d'attribuer au peu de tems
que les Auteurs ont eu pour travailler à leur Ouvrage
les négligences où les fautes qui les ont
fait exclure du Prix .
Toutes fortes de perfonnés , de quelque qualité
qu'elles foient , feront reçues à prétendre au Prix ,
hors les Membres de l'Académie qui en doivent
être les Juges.
Les Difcours ne feront tout au plus que de demie
heure de lecture , & finiront toujours par une
courte Priere à JESUS - CHRIST . Ceux qui en
auront compofé , les feront remettre le mois
de Mai prochain entre les mains de M DE BERNOY
, Secretaire perpetuel de l'Académie , en fa
maiſon ruë Montmura , ou en ſon abſence , à M.
l'Abbé BELLET , en fa maiſon ruë Cour de Toulouſe.
On n'en recevra aucun qui n'ait une Approbation
fignée de deux Docteurs en Théologie . Les
Auteurs n'y mettront point leur nom , mais feulement
une marque où paraphe , avec un Paffage
de l'Ecriture - Sainte ou d'un Pére de l'Eglife qu'on
écrira auffi fur le Registre du Secretaire de l'Acadé
mie.
Le Prix ne fera délivré à aucun , qu'il ne fe nomme
,& qu'il ne fe prefente en perfonne ou par Procureur
, pour le recevoir , & pour figner le Difcours.
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
Les Auteurs font priés d'adreffer à M. le Secretaire
trois copies bien liſibles de leur Diſcours , &
d'affranchir les Paquets qui feront envoyés par la
pofte. Sans ces deux conditions , les Quvrages ne
feront point admis au concours.
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83
p. 164-165
CONCERTS A LA COUR.
Début :
Le Mercredi 12 Août, Lundi 17, Mercredi 19 & Samedi 22, on exécuta chez [...]
Mots clefs :
Madame la Dauphine, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERTS A LA COUR.
CONCERTS A LA COUR.
Le Mercredi 12 Août , Lundi 17 , Mercredi
19 & Samedi 22 , on exécuta chez
Madame la Dauphine le Prologue & les
Actes du Ballet des Fêtes Grecques & Romaines
, de M. de Blâmont , Sur- Intendant
de la Mufique de la Chambre du Roi .
Mlles Chevalier , de Selle , Romainville ,
Mathieu , Canavas & Bezin ; Mrs Jeliotte ,
Poirier , Befche , Benoît & Joguet , en ont
chanté les rôles.
Le 27 , M. de Blâmont , Sur-Intendant
& Maître de la Mufique de la Chambre ,
& actuellement de Semeftre , fit chanter à
la Meffe du Roi le Te Deum , pour l'heureux
accouchement de Madame la Dauphine.
C'est le même qu'il compofa , par
ordre exprès , pour la cérémonie du Sacre
du Roi , & qui a fervi depuis le Mariage ,
à tous les grands évenemens qu'a célebrés
la Cour , tels font la Naiffance de MonOCTOBRE.
1750. 165
feigneur le Dauphin & de tous les autres
Enfans de France ; la Convalescence du
Roi , fes victoires & les conquêtes , à l'oc
cafion defquelles il a fait des changemens
& des augmentations confidérables . Ce
Te Deum fe vend gravé , avec plufieurs
Moters à une & deux voix , fans fymphonie
& avec fymphonie , chez la veuve Boi
vin , à la Régle d'or , rue Saint Honoré ,
& à la Croix d'or , chez le Clerc , rue du
Roule. Le prix eft de neuf livres,
Le Mercredi 12 Août , Lundi 17 , Mercredi
19 & Samedi 22 , on exécuta chez
Madame la Dauphine le Prologue & les
Actes du Ballet des Fêtes Grecques & Romaines
, de M. de Blâmont , Sur- Intendant
de la Mufique de la Chambre du Roi .
Mlles Chevalier , de Selle , Romainville ,
Mathieu , Canavas & Bezin ; Mrs Jeliotte ,
Poirier , Befche , Benoît & Joguet , en ont
chanté les rôles.
Le 27 , M. de Blâmont , Sur-Intendant
& Maître de la Mufique de la Chambre ,
& actuellement de Semeftre , fit chanter à
la Meffe du Roi le Te Deum , pour l'heureux
accouchement de Madame la Dauphine.
C'est le même qu'il compofa , par
ordre exprès , pour la cérémonie du Sacre
du Roi , & qui a fervi depuis le Mariage ,
à tous les grands évenemens qu'a célebrés
la Cour , tels font la Naiffance de MonOCTOBRE.
1750. 165
feigneur le Dauphin & de tous les autres
Enfans de France ; la Convalescence du
Roi , fes victoires & les conquêtes , à l'oc
cafion defquelles il a fait des changemens
& des augmentations confidérables . Ce
Te Deum fe vend gravé , avec plufieurs
Moters à une & deux voix , fans fymphonie
& avec fymphonie , chez la veuve Boi
vin , à la Régle d'or , rue Saint Honoré ,
& à la Croix d'or , chez le Clerc , rue du
Roule. Le prix eft de neuf livres,
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84
p. 193-194
D'Avignon, le 24.
Début :
Les bienfaits que les Habitans de cette Ville ont reçu de la Couronne de France, leur inspirent [...]
Mots clefs :
Avignon, Te Deum, Église, Vice-légat, Ville, Musique, Feu d'artifice, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : D'Avignon, le 24.
D'Avignon, le 24.
Les bienfaits que les Habitans de cette Ville
ont reçu de la Couronne de France, leur inspirent
une reconnoissance trop sincère, pour qu'ils
négligent aucune occasion de la faire éclater.
Pendant trois jours consécutifs, il y a eu ici des
rejouissances publiques pour la naissance de Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne. Le 24 de ce mois,
le Deum fut chanté à plusieurs chœurs de musique
dans l'Eglise Métropolitaine par ordre du Vice-
Légat, qui y assista, étant accompagné de tous
les Tribunaux, ains: que du Corps de-Ville.
Après cette cétémonie, le Vice-Légat, an bruit
d'une décharge d'artillerie, & de plusieurs salves,
de mousqueterie des troupes de la garnison & de
la Milice Bourgeoise, alluma le Buchet qu'on
avoit préparé dans la Place, vis-à vis le Palais.
On tira le soir devant l'Hô el-de Vile un feu
d'artifice, & toutes les rues furent illuininées.
Le 25 & le 26, l'Archevêché, le Corps-de Vil'e
& le Chapitre de l'Eglise Métropolitaive, ont
fait successivement chanter le Te Deum dans cette
Eglise, en action de graces du même évenement.
Chacun de ces deux jours, on a renouvellé les
illuminations, & le : 6 le Corps-de Visse fit tirer.
un seeond seu d'artifice, de beaucoup plus grande
dépense encore que celui du 24. Ces fêtes. furent
terminées par un somptueux repas, que le Vice-
Légat donna à toute la Noblesse. Les, Célestins
dont le Couvent a été fondé par le Roi Charles
VI. out signalé en particulier leur zéle, en faisant
chanter une Messe solemnelle, & le Te Deum en
II. Vol.
tized by Goc
194 MERCUREDEFRANCE.
musique. Le Marquis de Crillon, & le Marquis
d'Aulan, n'ont rien épargné pour marquet leur
joie, & ils se sont distingues surtout par la beauté
des illuminations de leurs Hôtels.
Les bienfaits que les Habitans de cette Ville
ont reçu de la Couronne de France, leur inspirent
une reconnoissance trop sincère, pour qu'ils
négligent aucune occasion de la faire éclater.
Pendant trois jours consécutifs, il y a eu ici des
rejouissances publiques pour la naissance de Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne. Le 24 de ce mois,
le Deum fut chanté à plusieurs chœurs de musique
dans l'Eglise Métropolitaine par ordre du Vice-
Légat, qui y assista, étant accompagné de tous
les Tribunaux, ains: que du Corps de-Ville.
Après cette cétémonie, le Vice-Légat, an bruit
d'une décharge d'artillerie, & de plusieurs salves,
de mousqueterie des troupes de la garnison & de
la Milice Bourgeoise, alluma le Buchet qu'on
avoit préparé dans la Place, vis-à vis le Palais.
On tira le soir devant l'Hô el-de Vile un feu
d'artifice, & toutes les rues furent illuininées.
Le 25 & le 26, l'Archevêché, le Corps-de Vil'e
& le Chapitre de l'Eglise Métropolitaive, ont
fait successivement chanter le Te Deum dans cette
Eglise, en action de graces du même évenement.
Chacun de ces deux jours, on a renouvellé les
illuminations, & le : 6 le Corps-de Visse fit tirer.
un seeond seu d'artifice, de beaucoup plus grande
dépense encore que celui du 24. Ces fêtes. furent
terminées par un somptueux repas, que le Vice-
Légat donna à toute la Noblesse. Les, Célestins
dont le Couvent a été fondé par le Roi Charles
VI. out signalé en particulier leur zéle, en faisant
chanter une Messe solemnelle, & le Te Deum en
II. Vol.
tized by Goc
194 MERCUREDEFRANCE.
musique. Le Marquis de Crillon, & le Marquis
d'Aulan, n'ont rien épargné pour marquet leur
joie, & ils se sont distingues surtout par la beauté
des illuminations de leurs Hôtels.
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85
p. 187-189
« M. de Villefroy, Professeur en Langue Sainte au Collége Royal, Abbé, Seigneur de l'Abbaye [...] »
Début :
M. de Villefroy, Professeur en Langue Sainte au Collége Royal, Abbé, Seigneur de l'Abbaye [...]
Mots clefs :
Juge, Abbaye, Blasimon, Duc d'Aquitaine, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. de Villefroy, Professeur en Langue Sainte au Collége Royal, Abbé, Seigneur de l'Abbaye [...] »
M. de Villefroy , Profeffeur en Langue Sainte
au College Royal , Abbé , Seigneur de l'Abbaye
& Châtellenie de Blazimont , érigée en 721 pour
le fervice perfonnel des Ducs d'Aquitaine , & en
cette qualité premier Aumônier du Prince qui
vient de naître , a donné récemment des marques
'éclatantes de fon zele & de fon attachement refpectueux
à la Famille Royale. Il a ordonné à fon
Juge de Blazimont de faire chanter folennellement
un Te Deum en action de graces , pour
naiffance de Monfeigneur le Duc d'Aquitaine.
la
Le 27 Octobre dernier , la fête & les réjouiffan
ces furent annoncées à l'entrée de la nuit par le fon
des cloches. Le même jour M. Bonnet , Juge
de Blazimont , avoit fait publier que le lendemain
chaque habitant illuminât fa maiſon , & fît un feu
devant fa porte .
Le Dimanche 28 , fur les dix heures , Dom Du
puy, Religieux de la Communauté , prononça um
difcours devant une nombreuſe affemblée . Il s'étendit
beaucoup fur la miféricorde du Seigneur ,.
qui venoit d'accorder aux voux des François un
188 MERCURE DE FRANCE:
Prince dont la naiffance affuroit de plus en plus Is
Coutonne dans la Maifon Royale : il fit enfuite
féloge du Roi & de Monfeigneur le Dauphin .
"A deux heures après -midi , la Bourgeoifie qui
forme deux Compagnies d'environ so hommes
chacune , les Drapeaux déployés , le trouva fous
les armes dans la place : M. M. Augan , de Liffe
& Boutet , Capitaines , étoient à leur tête , ils parti
rent de là au bruit des tambours , fifres & autres
inftrumens , & marcherent vers l'Abbaye fur deux
colonnes , commandés par M. Thouneuf , Major ,
qui fit mettre en haye cette troupe , lorfque les
Religieux de l'Abbaye vinrent au devant des Juges ,
Officiers de Juftice & Jurats ; ces Magiftrars furent
introduits dans 1 Eglife par Dom Prieur .
Les Muficiens que le Juge avoit fait venir de
Bordeaux , chanterent en mufique les Vêpres & le,
Te Deum , qui furent précédés & fuivis de plufieurs
décharges de moufqueterie.
Les deux Compagnies , les Juges , Officiers ;
Jurats , & les Curés du voifinage qui y étoient in
vités , fe rendirent dans le même ordre au lieu où
étoit le feu de joie . M. Bonneau de Monfauzier ,
Seigneur de Madaillan , Capitaine dans le Régiment
de Bourbonnois ; & M. de Saint Maudé de
Donery , ancien Lieutenant de Cavalerie , Chevaliers
de S. Louis , qui avoient affifté au Te Deum ,
allumerent le feu avec M, M. les Juges & Jurars.
On fit couler des fontaines de vin & diftribuer
du pain & de la viande au peuple ; le foir toutes
les maifons furent illuminées.
La place dont les illuminations étoient ordonnées
avec goût,formoit un coup d'oeil des plus gra
cieux. L'on y avoit placé des infcriptions de vive
le Roi , la Famile Royale & Monfeigneur le Duc
Aquitaine.
JANVIER . 1754. 189
Après le feu tous les invités fe rendirent chez
M. le Juge , où il y avoit deux tables de vingt couverts
, qui furent fervies abondamment & délicatement.
A la fuite du fouper , M. Bonnet , de fon propre
mouvement , donna un bal compofé des perfonnes
de l'un & l'autre fexe les plus diftinguées , qui dura
toute la nuit , auffi bien que les décharges de
moufqueterie que l'on répéta jufqu'au jour .
Cette fête s'eft paffée avec un ordre & une tranquillité
admirables . On eût pris tout le peuple pour
une feule famille uniquement animée du défir de
répondre aux fentimens de M. l'Abbé , & de témoigner
comme lui à fon Roi un attachement in
violable à tout ce qui l'intéreſſe,
au College Royal , Abbé , Seigneur de l'Abbaye
& Châtellenie de Blazimont , érigée en 721 pour
le fervice perfonnel des Ducs d'Aquitaine , & en
cette qualité premier Aumônier du Prince qui
vient de naître , a donné récemment des marques
'éclatantes de fon zele & de fon attachement refpectueux
à la Famille Royale. Il a ordonné à fon
Juge de Blazimont de faire chanter folennellement
un Te Deum en action de graces , pour
naiffance de Monfeigneur le Duc d'Aquitaine.
la
Le 27 Octobre dernier , la fête & les réjouiffan
ces furent annoncées à l'entrée de la nuit par le fon
des cloches. Le même jour M. Bonnet , Juge
de Blazimont , avoit fait publier que le lendemain
chaque habitant illuminât fa maiſon , & fît un feu
devant fa porte .
Le Dimanche 28 , fur les dix heures , Dom Du
puy, Religieux de la Communauté , prononça um
difcours devant une nombreuſe affemblée . Il s'étendit
beaucoup fur la miféricorde du Seigneur ,.
qui venoit d'accorder aux voux des François un
188 MERCURE DE FRANCE:
Prince dont la naiffance affuroit de plus en plus Is
Coutonne dans la Maifon Royale : il fit enfuite
féloge du Roi & de Monfeigneur le Dauphin .
"A deux heures après -midi , la Bourgeoifie qui
forme deux Compagnies d'environ so hommes
chacune , les Drapeaux déployés , le trouva fous
les armes dans la place : M. M. Augan , de Liffe
& Boutet , Capitaines , étoient à leur tête , ils parti
rent de là au bruit des tambours , fifres & autres
inftrumens , & marcherent vers l'Abbaye fur deux
colonnes , commandés par M. Thouneuf , Major ,
qui fit mettre en haye cette troupe , lorfque les
Religieux de l'Abbaye vinrent au devant des Juges ,
Officiers de Juftice & Jurats ; ces Magiftrars furent
introduits dans 1 Eglife par Dom Prieur .
Les Muficiens que le Juge avoit fait venir de
Bordeaux , chanterent en mufique les Vêpres & le,
Te Deum , qui furent précédés & fuivis de plufieurs
décharges de moufqueterie.
Les deux Compagnies , les Juges , Officiers ;
Jurats , & les Curés du voifinage qui y étoient in
vités , fe rendirent dans le même ordre au lieu où
étoit le feu de joie . M. Bonneau de Monfauzier ,
Seigneur de Madaillan , Capitaine dans le Régiment
de Bourbonnois ; & M. de Saint Maudé de
Donery , ancien Lieutenant de Cavalerie , Chevaliers
de S. Louis , qui avoient affifté au Te Deum ,
allumerent le feu avec M, M. les Juges & Jurars.
On fit couler des fontaines de vin & diftribuer
du pain & de la viande au peuple ; le foir toutes
les maifons furent illuminées.
La place dont les illuminations étoient ordonnées
avec goût,formoit un coup d'oeil des plus gra
cieux. L'on y avoit placé des infcriptions de vive
le Roi , la Famile Royale & Monfeigneur le Duc
Aquitaine.
JANVIER . 1754. 189
Après le feu tous les invités fe rendirent chez
M. le Juge , où il y avoit deux tables de vingt couverts
, qui furent fervies abondamment & délicatement.
A la fuite du fouper , M. Bonnet , de fon propre
mouvement , donna un bal compofé des perfonnes
de l'un & l'autre fexe les plus diftinguées , qui dura
toute la nuit , auffi bien que les décharges de
moufqueterie que l'on répéta jufqu'au jour .
Cette fête s'eft paffée avec un ordre & une tranquillité
admirables . On eût pris tout le peuple pour
une feule famille uniquement animée du défir de
répondre aux fentimens de M. l'Abbé , & de témoigner
comme lui à fon Roi un attachement in
violable à tout ce qui l'intéreſſe,
Fermer
86
p. 204-205
ITALIE.
Début :
Ces jours derniers, la Nation Françoise fit chanter le Te Deum [...]
Mots clefs :
Rome, Te Deum, Comte de Stainville, Ambassadeur extraordinaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E..
22 +
DE ROME , le 10 Janvier.
de
Ces jours derniers , la Nation Françoife fit
chanter le Te Deum dans l'Eglife de Saint Louis ,
en action de graces du rétabliſſement de la fanté
du Saint Pere, M. le Comte de Stainville , Am➡
MAR S. 1757. 205
baffadeur Extraordinaire du Roi de France auprès
du Saint Siege , fe trouva à cette cérémonie , ainſt
que l'Abbé de Canillac , Prélat - Commandeur de
l'Ordre du Saint- Efprit , & Auditeur de Rote.
22 +
DE ROME , le 10 Janvier.
de
Ces jours derniers , la Nation Françoife fit
chanter le Te Deum dans l'Eglife de Saint Louis ,
en action de graces du rétabliſſement de la fanté
du Saint Pere, M. le Comte de Stainville , Am➡
MAR S. 1757. 205
baffadeur Extraordinaire du Roi de France auprès
du Saint Siege , fe trouva à cette cérémonie , ainſt
que l'Abbé de Canillac , Prélat - Commandeur de
l'Ordre du Saint- Efprit , & Auditeur de Rote.
Fermer
87
p. 208-217
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Il n'est point d'image assez expressive, pour bien peindre la douleur, [...]
Mots clefs :
Blessure du roi, Prières, Lettres innombrables, Attentat contre le roi, Saumur, Régiment de Poitou, Régiment du roi, Célébrations, Te Deum, Royaume, Voeux de santé, Fêtes, Nominations, Fête de la Purification de la Sainte Vierge, Comtes, Princes, Ducs, Marquis, Princes, Vaisseaux, Marchandises, Corsaires, Capitaines, Navires anglais
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
Il n'eft point d'image affez expreffive , pour
bien peindre la douleur , la confternation & les
allarmes , que la bleffure du Roi a caufées dans
tout le Royaume . Partout , dans les Villes &
dans les campagnes , les habitans ont fufpendu
leurs travaux ont oublié même le foin de leurs
maifons & de leurs enfans , pour courir aux Eglifes
demander la guériſon de Sa Majefté. Les bornes
de cet article ne nous permettent pas d'inférer
les Relations que nous avons reçues à ce fujet de
divers endroits du Royaume. D'ailleurs , il feroit
difficile de faire ufage de ces Relations , fans
fe répéter. Toutes préfentent le même tableau.
On voit dans toutes , le Clergé , la Nobleffe , les
Magiftrats , les troupes & le peuple , adreffer
avec la même ferveur les mêmes voeux au Ciel , &
s'efforcer de le fléchir par les mêmes actes de
MARS. 1757: 209
piété & de charité. La Ville de Saumur s'eft principalement
diftinguée . Auffitôt après l'horrible
attentat commis contre la Perfonne Sacrée du
Roi , Mefdames de France dépêcherent le fieur
Primois , Officier de leur Chambre , pour porter
à l'Abbaye de Fontevrault cette fatale nouvelle.
Ces Princeffes , pendant le féjour qu'elles ont fait
dans cette Abbaye où elles ont été élevées , fe
font concilié généralement le reſpect & l'amour de
toute la Province. C'étoit , pour les peuples qui
l'habitent , un nouveau motif de donner des
preuves éclatantes de leur zele. Outre les prieres
ordonnées par l'Evêque d'Angers dans toute l'étendue
de fon Dioceſe , le Clergé & les habitans
de la Ville de Saumur & de tous les lieux voiſins
ont fait des proceffions pendant neufjours confécutifs.
Ils ont terminé la neuvaine par une proceffion
générale , à laquelle la Nobleffe , la Magiftrature
& le Corps de Ville , ont affifté. Les aumônes
ont été fi abondantes , qu'elles ont fuffi
pour fecourir cinq cens pauvres familles .
comman-
Le 16 Janvier , le Régiment de Poitou , qui
eft en garnifon à Bethune , y fit chanter une
Meffe folemnelle dans l'Eglife paroiffiale de
Saint Waft , en action de grace du prompt
rétabliffement du Roi. M. de Fais ,
dant ce Régiment , donna un magnifique dîner
à toute la Nobleffe. L'après- midi , le Te Deum
fut chanté en mufique. On alluma enfuite un bu
cher , que le Régiment avoit fait dreffer fur la
principale Place , & auquel M. de Grimaldi ,
Lieutenant de Roi , mit le feu . Le Régiment fit
trois falves de moufqueterie , entremêlées de fix
falves de canon. Sur les dix heures du foir , commença
un bal , qui dura toute la nuit .
Les Officiers du Régiment du Roi , Cavalerie ,
210 MERCURE DE FRANCE.
célébrerent le 19 à Saint - Dizier , par une fête magnifique,
la convalefcence de Sa Majeſté. Ils firent
diftribuer des cocardes à tout le Régiment , &
trente fols à chaque Cavalier. Après le Te Deum ,
qui fut chanté au bruit de plufieurs falves d'artillerie
& de moufqueterie , il y eut feu d'artifice ,
illumination , fouper & bal. Quatre fontaines de
vin coulerent pour le peuple.
On écrit d'Avelnes , qu'à la même occafion le
Régiment de Cavalerie de Beauvillier a fait éclater
fon zele. M. de Chouppes , Major de ce
Régiment , s'eft diftingué en particulier par un re
pas fplendide , qu'il a donné à tous les Militaires
qui fe font trouvés dans la Ville .
res ,
Les lettres de la Ville d'Eu marquent que le 30
le Régiment d'Artois y a fait auffi chanter le Te
Deum. Ce Régiment , non content de témoigner
fon attachement à la Perfonne du Roi par des priea
donné des marques de fa charité , en faifant
diftribuer abondamment du pain à tous les
pauvres de la Ville & des Paroiffes voisines . Monfear
Jourdain , qui commande le Régiment , à
fait inviter au Te Deum toutes les perfonnes de
diftinction.
Les Juifs Portugais de Bordeaux & de Bayonne
fe font empreffés à l'envi d'adreffer des voeux aut
Ciel pour la guérifon du Roi , & de célébrer la
convalefcence de Sa Majefté. Leurs prieres pour
la confervation du Monarque & pour la profpérité
du Royaume font marquées au coin de la fidélité
& de la reconnoiffance. A Bayonne , ainfi qu'à
Bordeaux , les jours de leurs prieres & de leurs
actions de graces , ils ont fermé leurs Comptoirs
& leurs Boutiques , fe font abftenus de toute
forte d'affaires , ont obfervé un jeûne 24 heures ,
& ont diftribué d'abondantes aumônes.
MAR S. 1757 217
Le 3 Février , les Régimens de Royal Ecoffois
& d'Ogilvy , qui font partie de la Garniſon de
Berg- Saint-Vinox , firent chanter à cinq heures.
du foir , dans l'Abbaye de Saint-Vinox, un TeDeum
en mufique , en action de graces de la confervation
du Roi. L'Abbé de Saint - Vinox y officia en habits
pontificaux. Le Gouverneur & les Magiftrats de la
Ville , ainfi que tous les Officiers du Régiment de
l'Ile de France & des Dragons de la Reine , y
avoient été invités , & y affifterent . Au fortir de
P'Eglife , la compagnie fe rendit à l'Hôtel de Ville
, où le bal s'ouvrit dans une Salle extrêmement
décorée. Ce bal fut interrompu à neuf heures
& l'on paffa dans une autre Salle , où un magnifique
ambigu fut fervi fur plufieurs tables. Après
le repas , on rentra dans la Salle du bal ; il dura
jufqu'à fept heures du matin , & l'on y diftribua en
abondance toute forte de rafraîchiffemens. Cette
fête , qui a été complette en tous points , s'eft
faite aux dépens des Officiers des deux Régimens
Etrangers.
Selon les lettres écrites de Saint -Sauveur- le Vicomte
, le Régiment de Cavalerie de Caraman ,
& en particulier M. du Verger , Lieutenant - Colonel
de ce Corps , ont fignalé auffi leur zele par
une fête très- brillante .
Le Régiment des Cuiraffiers & celui de Royal
Rouffillon , à Haguenau ; la feconde Brigade du
Corps des Volontaires Etrangers , à Avranches
& les Officiers du Bataillon de Senlis , à Rocroy ,
n'ont pas célébré avec moins d'éclat le rétabliffe.
ment de la fanté de Sa Majeſté.
La nuit du 21 au 22 Janvier , à Provins en
Brie , toute la Ville Baſſe ſe trouva fubitement
inondée par la fonte des neiges . En plufieurs endroits
, il y avoit jufqu'à ſept pieds d'eau . Par
212 MERCURE DE FRANCE .
malheur , on avoit amaffé une grande quantité de
chaux dans quatre tanneries du quartier des Bénédictines.
L'eau a allumé cette chaux ; & cet accident
a produit un affreux incendie . Il y a eu plufieurs
maifons de brûlées. Le refte de la Ville ne
doit fon falut qu'à l'activité des Maire & Echevins
, & au zele avec lequel le Régiment de Vatan
a porté du fecours partout où il étoit nécef
faire.
Diverſes lettres annoncent que le 18 on a
fenti quelques fecouffes de tremblement de terre
en Franche-Comté & dans une partie de l'Alface.
Madame la Ducheffe de Coffé- Briffac fut préfentée
le 30 Janvier à Leurs Majeftés , & prit le
tabouret.
Le Roi a mis Madame la Vicomteffe de Choifeul
au nombre des Dames nommées pour ac
compagner Madame la Dauphine.
Le premier Février , M. le Comte de Saint -Florentin
, Miniftre & Secrétaire d'Etat , alla de la
part du Roi redemander les Sceaux à M. de Machault
, avec la démiffion de ſa Charge de Secretaire
d'Etat de la Marine. M. le Comte de Saint-
Florentin a reporté les Sceaux au Roi . M. de M.
de Machault s'eſt retiré à ſa terre d'Arnouville.
Le même jour , M. Rouillé , Miniftre & Secretaire
d'Etat , alla auffi de la part du Roi demander
au Comte d'Argenfon , Miniftre & Secretaire
d'Etat de la Guerre , la démiffion de fa charge.
Le Comte d'Argenfon eft parti pour fa terre des
Ormes- Saint -Martin , fituée en Touraine.
Le 31 Janvier , le Roi affifta au Service qui fut
célébré dans la Chapelle pour le repos des ames
des Chevaliers de l'Ordre du Saint-Elprit , morts
dans le cours de l'année derniere. L'Evêque de
Strafbourg , Prélat - Commandeur , officia à la
MARS. 1757. 213
Meffe , & elle fut chantée par la Mufique.
Le jour de la Purification de la Sainte Vierge ,
les Chevaliers Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint- Efprit , s'étant affemblés vers les
onze heures du matin dans le cabinet du Roi , Sa
Majeſté tint un Chapitre . La profeffion de Foi ,
& l'information des vie & moeurs du Prince de
Beauvau , du Marquis de Gontaut , du Comte de
Maillebois , du Marquis de Bethune , du Marquis
d'Aubeterre & du Comte de Broglie , qui avoient
été proposés le premier Janvier pour être Chevaliers
ayant été admifes , ils furent introduits dans
le cabinet de Sa Majeſté , & reçus Chevaliers de
l'Ordre de Saint Michel. Le Roi fortit enfuite de
fon appartement pour aller à la Chapelle . Sa Majefté
devant laquelle les deux Huiffiers de la
Chambre portoient leurs Maffes , étoit en manteau
, le collier de l'Ordre pardeffus , ainfi que
celui de l'Ordre de la Toifon d'or. Elle étoit
précédée de Monſeigneur le Dauphin , du Prince
de Condé , du Comte de Charolois , du Comte
de Clermont , du Prince de Conty , du Comte de
la Marche , du Comte d'Eu , du Duc de Penthievre
, & des Chevaliers , Commandeurs & Officiers
de l'Ordre. Les nouveaux Chevaliers en
habits de Novices , marchoient entre les Chevaliers
& les Officiers . Le Roi affifta à la Bénédic
tion des Cierges & à la Proceffion qui fe fit dans
la Chapelle. Après la grand'Meffe , célébrée par
l'Evêque Duc de Langres , Prélat- Commandeur ,
Sa Majesté monta à fon trône , & revêtit des
marques de l'Ordre du Saint- Efprit les nouveaux
Chevaliers . Le Prince de Beauvau , le Marquis de
Gontaut & le Comte de Maillebois , eurent pour
Farreins le Duc d'Ayen & le Maréchal Duc de
Belle-Ifle. Les parreins du Marquis de Béthune ,
214 MERCURE DE FRANCE.
du Marquis d'Aubeterre & du Comte de Broglie ,
furent le Comte de Lautrec & le Marquis de
Montal. Cette cérémonie étant finie , le Roi fut
reconduit à fon appartement en la maniere accoutumée.
Le 6 , le Roi admit à fon Confeil d'Etat , en
qualité de Miniftres , M. le Marquis de Paulmy ,
Secretaire d'Etat ayant le Département de la
Guerre , & M. de Moras , Contrôleur Général
des Finances.
Sa Majefté a donné à M. le Comte de Saint-
Florentin , Miniftre & Secretaire d'Etat , le Département
de Paris , dont étoit chargé M. le
Comte d'Argenſon.
Elle a difpofé de la charge de Secretaire d'Etat
au Département de la Marine , en faveur de M.
de Moras , à qui Elle conferve en même temps la
place de Contrôleur Général des Finances.
Le Roi a confervé par un brevet à M. de Machault
tous les honneurs attachés à la Dignité de
Garde des Sceaux de France.
On a célébré le 10 Février dans l'Eglife de la
Paroiffe du Château , pour le repos de l'ame de
Madame Henriette de France , le Service fondé
par Monfeigneur le Dauphin. Ce Prince , Madame
la Dauphine , Madame , & Mefdames Victoire
, Sophie & Louife , y ont affifté.
Le 12 , M. le Duc de Duras fut reçu & prit
féance au Parlement , en qualité de Pair de France.
M. le Duc d'Orléans , M. le Prince de Condé
, M. le Comte de Clermont , M. le Prince de
Conty , le Comte de la Marche , Prince du Sang ,
& MM. les Ducs d'Uzés , de Luynes , Maréchal
Duc de Richelieu , de la Force , de Luxembourg ,
de Villeroi , de Saint- Aignan , Maréchal Duc de
Noialles , d'Aumont , de Fitz -James , d'Antin ,
1
MARS. 1757. 215
de Chaulnes , Prince de Soubize , Duc de Rohan-
Rohan , de Villars - Brancas Lauraguais , Prince
de Monaco , Duc de Valentinois , de Biron , de
la Valliere , de Fleury , Maréchal de Belle - Ifle
Duc de Gifors , fe trouverent à fa réception.
On a reçu avis que les Vaiffeaux le Lys & le Neptune
, de la Compagnie des Indes , étoient arrivés
l'un le 7,
l'autre le ro de Février , au Port de
P'Orient ; & que le Vaiffeau le Duc d'Aquitaine ,
appartenant à la même Compagnie , avoit rélâché
le 10 du mois dernier à Liſbonne. Ainfi la
nouvelle de la prife de ce dernier Bâtiment
Anglois étoit fans fondement.
par les
Ŏn mande de Dunkerque , que le Capitaine
Dhondt , commandant le Corfaire le Comte de
Saint Germain , de ce Port , y a conduit les Navires
Anglois la Penelope , de 180 tonneaux , chargé
de cacao , de bois pour teinture , de vin & de
fruits , & l'Anne- Elifabeth , de 120 tonneaux
chargé de beurre & de biere,
Le même Corfaire s'eft emparé de deux autres
Bâtimens Anglois , appellés l'un le Triton , de
120 tonneaux ; l'autre le Hennefey , de 100 tonneaux
, qui ont été conduits au Havre , & qui
font tous deux chargés de bled , d'orge & d'autres
grains.
Le Corfaire le Duc de Penthievre , de Dunker
que , commandé par le Capitaine de Lifle , s'eft
rendu maître du Brigantin Anglois le Jean &
Jeanne , de 70 tonneaux , chargé de farine & de
couperofe , & l'a fait conduire à Calais,
Le Capitaine Louis Bray , commandant le Cor
faire le Marquis de Villequier , de Boulogne , a
auffi conduit à Calais les Navires Anglois le
Hampfire , de so tonneaux , chargé de vin , &
PEléonore , de 120 tonneaux , dont le charge
216 MERCURE DE FRANCE.
ment confifte en 126 boucauts de tabac.
On apprend encore par des lettres écrites de
Calais , que le Corfaire le Danglemont , de ce
Port, y eft rentré avec le Navire Anglois le Jean
Anne, de 70 tonneaux , chargé de 252 barrils de
faumon falé .
Les Navires Anglois le Mindhede , de 140 tonneaux
, chargé de fucre , & l'Amitié , de 100 tonneaux
, dont le chargement eft compofé de beurre
, de cuirs & de morue feche , ont été pris par
le Corfaire le Machault , de Granville , dont eft
Capitaine le fieur Magnonnet ; & ils font arrivés ,
le premier à Granville , & l'autre au Havre.
>
Il est arrivé à Dieppe deux Bâtimens Anglois
appellés , l'un le Démontant , de Londres , de 80
tonneaux ; l'autre l'Eliſabeth , de so tonneaux
ayant chacun un chargement compofé de grains.
Ils ont été pris par les Corfaires le Gros Thomas ,
de Boulogne , & le Hardi Mendiant , de Dunkerque.
Le Capitaine Canon , commandant le Corfaire
le Prince de Soubize , de ce Port , s'eft rendu maî .
tre du Navire le Williams de Cork , de 180 tonneaux
, chargé de beurre & de boeuf , qui a été
conduit àSaint- Vallery fur Somme.
à
Le Navire Anglois le Prince de Galles , de 200
tonneaux , richement chargé , a fait naufrage
deux lieues de Boulogne. L'équipage compofé de
treize hommes a été fauvé , & l'on efpere que la
cargaiſon fera recouvrée en entier .
Le Petit Jean , autre Navire Anglois , chargé
de foude , de raifins , d'anil & d'amandes , a été
conduit à la Rochelle par le Corfaite le Mentrofier ,
de de Port.
On a été informé que le Capitaine Gautier , qui
commande le Corfaire le Furet , de Bordeaux ,
s'eft
MARS. 1757. 217
s'eft emparé d'un Navire Anglois de 3 50 tonneaux,
armé de 10 canons , chargé d'indigo , de fucre ,
de bois de campeche & de coton.
Il n'eft point d'image affez expreffive , pour
bien peindre la douleur , la confternation & les
allarmes , que la bleffure du Roi a caufées dans
tout le Royaume . Partout , dans les Villes &
dans les campagnes , les habitans ont fufpendu
leurs travaux ont oublié même le foin de leurs
maifons & de leurs enfans , pour courir aux Eglifes
demander la guériſon de Sa Majefté. Les bornes
de cet article ne nous permettent pas d'inférer
les Relations que nous avons reçues à ce fujet de
divers endroits du Royaume. D'ailleurs , il feroit
difficile de faire ufage de ces Relations , fans
fe répéter. Toutes préfentent le même tableau.
On voit dans toutes , le Clergé , la Nobleffe , les
Magiftrats , les troupes & le peuple , adreffer
avec la même ferveur les mêmes voeux au Ciel , &
s'efforcer de le fléchir par les mêmes actes de
MARS. 1757: 209
piété & de charité. La Ville de Saumur s'eft principalement
diftinguée . Auffitôt après l'horrible
attentat commis contre la Perfonne Sacrée du
Roi , Mefdames de France dépêcherent le fieur
Primois , Officier de leur Chambre , pour porter
à l'Abbaye de Fontevrault cette fatale nouvelle.
Ces Princeffes , pendant le féjour qu'elles ont fait
dans cette Abbaye où elles ont été élevées , fe
font concilié généralement le reſpect & l'amour de
toute la Province. C'étoit , pour les peuples qui
l'habitent , un nouveau motif de donner des
preuves éclatantes de leur zele. Outre les prieres
ordonnées par l'Evêque d'Angers dans toute l'étendue
de fon Dioceſe , le Clergé & les habitans
de la Ville de Saumur & de tous les lieux voiſins
ont fait des proceffions pendant neufjours confécutifs.
Ils ont terminé la neuvaine par une proceffion
générale , à laquelle la Nobleffe , la Magiftrature
& le Corps de Ville , ont affifté. Les aumônes
ont été fi abondantes , qu'elles ont fuffi
pour fecourir cinq cens pauvres familles .
comman-
Le 16 Janvier , le Régiment de Poitou , qui
eft en garnifon à Bethune , y fit chanter une
Meffe folemnelle dans l'Eglife paroiffiale de
Saint Waft , en action de grace du prompt
rétabliffement du Roi. M. de Fais ,
dant ce Régiment , donna un magnifique dîner
à toute la Nobleffe. L'après- midi , le Te Deum
fut chanté en mufique. On alluma enfuite un bu
cher , que le Régiment avoit fait dreffer fur la
principale Place , & auquel M. de Grimaldi ,
Lieutenant de Roi , mit le feu . Le Régiment fit
trois falves de moufqueterie , entremêlées de fix
falves de canon. Sur les dix heures du foir , commença
un bal , qui dura toute la nuit .
Les Officiers du Régiment du Roi , Cavalerie ,
210 MERCURE DE FRANCE.
célébrerent le 19 à Saint - Dizier , par une fête magnifique,
la convalefcence de Sa Majeſté. Ils firent
diftribuer des cocardes à tout le Régiment , &
trente fols à chaque Cavalier. Après le Te Deum ,
qui fut chanté au bruit de plufieurs falves d'artillerie
& de moufqueterie , il y eut feu d'artifice ,
illumination , fouper & bal. Quatre fontaines de
vin coulerent pour le peuple.
On écrit d'Avelnes , qu'à la même occafion le
Régiment de Cavalerie de Beauvillier a fait éclater
fon zele. M. de Chouppes , Major de ce
Régiment , s'eft diftingué en particulier par un re
pas fplendide , qu'il a donné à tous les Militaires
qui fe font trouvés dans la Ville .
res ,
Les lettres de la Ville d'Eu marquent que le 30
le Régiment d'Artois y a fait auffi chanter le Te
Deum. Ce Régiment , non content de témoigner
fon attachement à la Perfonne du Roi par des priea
donné des marques de fa charité , en faifant
diftribuer abondamment du pain à tous les
pauvres de la Ville & des Paroiffes voisines . Monfear
Jourdain , qui commande le Régiment , à
fait inviter au Te Deum toutes les perfonnes de
diftinction.
Les Juifs Portugais de Bordeaux & de Bayonne
fe font empreffés à l'envi d'adreffer des voeux aut
Ciel pour la guérifon du Roi , & de célébrer la
convalefcence de Sa Majefté. Leurs prieres pour
la confervation du Monarque & pour la profpérité
du Royaume font marquées au coin de la fidélité
& de la reconnoiffance. A Bayonne , ainfi qu'à
Bordeaux , les jours de leurs prieres & de leurs
actions de graces , ils ont fermé leurs Comptoirs
& leurs Boutiques , fe font abftenus de toute
forte d'affaires , ont obfervé un jeûne 24 heures ,
& ont diftribué d'abondantes aumônes.
MAR S. 1757 217
Le 3 Février , les Régimens de Royal Ecoffois
& d'Ogilvy , qui font partie de la Garniſon de
Berg- Saint-Vinox , firent chanter à cinq heures.
du foir , dans l'Abbaye de Saint-Vinox, un TeDeum
en mufique , en action de graces de la confervation
du Roi. L'Abbé de Saint - Vinox y officia en habits
pontificaux. Le Gouverneur & les Magiftrats de la
Ville , ainfi que tous les Officiers du Régiment de
l'Ile de France & des Dragons de la Reine , y
avoient été invités , & y affifterent . Au fortir de
P'Eglife , la compagnie fe rendit à l'Hôtel de Ville
, où le bal s'ouvrit dans une Salle extrêmement
décorée. Ce bal fut interrompu à neuf heures
& l'on paffa dans une autre Salle , où un magnifique
ambigu fut fervi fur plufieurs tables. Après
le repas , on rentra dans la Salle du bal ; il dura
jufqu'à fept heures du matin , & l'on y diftribua en
abondance toute forte de rafraîchiffemens. Cette
fête , qui a été complette en tous points , s'eft
faite aux dépens des Officiers des deux Régimens
Etrangers.
Selon les lettres écrites de Saint -Sauveur- le Vicomte
, le Régiment de Cavalerie de Caraman ,
& en particulier M. du Verger , Lieutenant - Colonel
de ce Corps , ont fignalé auffi leur zele par
une fête très- brillante .
Le Régiment des Cuiraffiers & celui de Royal
Rouffillon , à Haguenau ; la feconde Brigade du
Corps des Volontaires Etrangers , à Avranches
& les Officiers du Bataillon de Senlis , à Rocroy ,
n'ont pas célébré avec moins d'éclat le rétabliffe.
ment de la fanté de Sa Majeſté.
La nuit du 21 au 22 Janvier , à Provins en
Brie , toute la Ville Baſſe ſe trouva fubitement
inondée par la fonte des neiges . En plufieurs endroits
, il y avoit jufqu'à ſept pieds d'eau . Par
212 MERCURE DE FRANCE .
malheur , on avoit amaffé une grande quantité de
chaux dans quatre tanneries du quartier des Bénédictines.
L'eau a allumé cette chaux ; & cet accident
a produit un affreux incendie . Il y a eu plufieurs
maifons de brûlées. Le refte de la Ville ne
doit fon falut qu'à l'activité des Maire & Echevins
, & au zele avec lequel le Régiment de Vatan
a porté du fecours partout où il étoit nécef
faire.
Diverſes lettres annoncent que le 18 on a
fenti quelques fecouffes de tremblement de terre
en Franche-Comté & dans une partie de l'Alface.
Madame la Ducheffe de Coffé- Briffac fut préfentée
le 30 Janvier à Leurs Majeftés , & prit le
tabouret.
Le Roi a mis Madame la Vicomteffe de Choifeul
au nombre des Dames nommées pour ac
compagner Madame la Dauphine.
Le premier Février , M. le Comte de Saint -Florentin
, Miniftre & Secrétaire d'Etat , alla de la
part du Roi redemander les Sceaux à M. de Machault
, avec la démiffion de ſa Charge de Secretaire
d'Etat de la Marine. M. le Comte de Saint-
Florentin a reporté les Sceaux au Roi . M. de M.
de Machault s'eſt retiré à ſa terre d'Arnouville.
Le même jour , M. Rouillé , Miniftre & Secretaire
d'Etat , alla auffi de la part du Roi demander
au Comte d'Argenfon , Miniftre & Secretaire
d'Etat de la Guerre , la démiffion de fa charge.
Le Comte d'Argenfon eft parti pour fa terre des
Ormes- Saint -Martin , fituée en Touraine.
Le 31 Janvier , le Roi affifta au Service qui fut
célébré dans la Chapelle pour le repos des ames
des Chevaliers de l'Ordre du Saint-Elprit , morts
dans le cours de l'année derniere. L'Evêque de
Strafbourg , Prélat - Commandeur , officia à la
MARS. 1757. 213
Meffe , & elle fut chantée par la Mufique.
Le jour de la Purification de la Sainte Vierge ,
les Chevaliers Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint- Efprit , s'étant affemblés vers les
onze heures du matin dans le cabinet du Roi , Sa
Majeſté tint un Chapitre . La profeffion de Foi ,
& l'information des vie & moeurs du Prince de
Beauvau , du Marquis de Gontaut , du Comte de
Maillebois , du Marquis de Bethune , du Marquis
d'Aubeterre & du Comte de Broglie , qui avoient
été proposés le premier Janvier pour être Chevaliers
ayant été admifes , ils furent introduits dans
le cabinet de Sa Majeſté , & reçus Chevaliers de
l'Ordre de Saint Michel. Le Roi fortit enfuite de
fon appartement pour aller à la Chapelle . Sa Majefté
devant laquelle les deux Huiffiers de la
Chambre portoient leurs Maffes , étoit en manteau
, le collier de l'Ordre pardeffus , ainfi que
celui de l'Ordre de la Toifon d'or. Elle étoit
précédée de Monſeigneur le Dauphin , du Prince
de Condé , du Comte de Charolois , du Comte
de Clermont , du Prince de Conty , du Comte de
la Marche , du Comte d'Eu , du Duc de Penthievre
, & des Chevaliers , Commandeurs & Officiers
de l'Ordre. Les nouveaux Chevaliers en
habits de Novices , marchoient entre les Chevaliers
& les Officiers . Le Roi affifta à la Bénédic
tion des Cierges & à la Proceffion qui fe fit dans
la Chapelle. Après la grand'Meffe , célébrée par
l'Evêque Duc de Langres , Prélat- Commandeur ,
Sa Majesté monta à fon trône , & revêtit des
marques de l'Ordre du Saint- Efprit les nouveaux
Chevaliers . Le Prince de Beauvau , le Marquis de
Gontaut & le Comte de Maillebois , eurent pour
Farreins le Duc d'Ayen & le Maréchal Duc de
Belle-Ifle. Les parreins du Marquis de Béthune ,
214 MERCURE DE FRANCE.
du Marquis d'Aubeterre & du Comte de Broglie ,
furent le Comte de Lautrec & le Marquis de
Montal. Cette cérémonie étant finie , le Roi fut
reconduit à fon appartement en la maniere accoutumée.
Le 6 , le Roi admit à fon Confeil d'Etat , en
qualité de Miniftres , M. le Marquis de Paulmy ,
Secretaire d'Etat ayant le Département de la
Guerre , & M. de Moras , Contrôleur Général
des Finances.
Sa Majefté a donné à M. le Comte de Saint-
Florentin , Miniftre & Secretaire d'Etat , le Département
de Paris , dont étoit chargé M. le
Comte d'Argenſon.
Elle a difpofé de la charge de Secretaire d'Etat
au Département de la Marine , en faveur de M.
de Moras , à qui Elle conferve en même temps la
place de Contrôleur Général des Finances.
Le Roi a confervé par un brevet à M. de Machault
tous les honneurs attachés à la Dignité de
Garde des Sceaux de France.
On a célébré le 10 Février dans l'Eglife de la
Paroiffe du Château , pour le repos de l'ame de
Madame Henriette de France , le Service fondé
par Monfeigneur le Dauphin. Ce Prince , Madame
la Dauphine , Madame , & Mefdames Victoire
, Sophie & Louife , y ont affifté.
Le 12 , M. le Duc de Duras fut reçu & prit
féance au Parlement , en qualité de Pair de France.
M. le Duc d'Orléans , M. le Prince de Condé
, M. le Comte de Clermont , M. le Prince de
Conty , le Comte de la Marche , Prince du Sang ,
& MM. les Ducs d'Uzés , de Luynes , Maréchal
Duc de Richelieu , de la Force , de Luxembourg ,
de Villeroi , de Saint- Aignan , Maréchal Duc de
Noialles , d'Aumont , de Fitz -James , d'Antin ,
1
MARS. 1757. 215
de Chaulnes , Prince de Soubize , Duc de Rohan-
Rohan , de Villars - Brancas Lauraguais , Prince
de Monaco , Duc de Valentinois , de Biron , de
la Valliere , de Fleury , Maréchal de Belle - Ifle
Duc de Gifors , fe trouverent à fa réception.
On a reçu avis que les Vaiffeaux le Lys & le Neptune
, de la Compagnie des Indes , étoient arrivés
l'un le 7,
l'autre le ro de Février , au Port de
P'Orient ; & que le Vaiffeau le Duc d'Aquitaine ,
appartenant à la même Compagnie , avoit rélâché
le 10 du mois dernier à Liſbonne. Ainfi la
nouvelle de la prife de ce dernier Bâtiment
Anglois étoit fans fondement.
par les
Ŏn mande de Dunkerque , que le Capitaine
Dhondt , commandant le Corfaire le Comte de
Saint Germain , de ce Port , y a conduit les Navires
Anglois la Penelope , de 180 tonneaux , chargé
de cacao , de bois pour teinture , de vin & de
fruits , & l'Anne- Elifabeth , de 120 tonneaux
chargé de beurre & de biere,
Le même Corfaire s'eft emparé de deux autres
Bâtimens Anglois , appellés l'un le Triton , de
120 tonneaux ; l'autre le Hennefey , de 100 tonneaux
, qui ont été conduits au Havre , & qui
font tous deux chargés de bled , d'orge & d'autres
grains.
Le Corfaire le Duc de Penthievre , de Dunker
que , commandé par le Capitaine de Lifle , s'eft
rendu maître du Brigantin Anglois le Jean &
Jeanne , de 70 tonneaux , chargé de farine & de
couperofe , & l'a fait conduire à Calais,
Le Capitaine Louis Bray , commandant le Cor
faire le Marquis de Villequier , de Boulogne , a
auffi conduit à Calais les Navires Anglois le
Hampfire , de so tonneaux , chargé de vin , &
PEléonore , de 120 tonneaux , dont le charge
216 MERCURE DE FRANCE.
ment confifte en 126 boucauts de tabac.
On apprend encore par des lettres écrites de
Calais , que le Corfaire le Danglemont , de ce
Port, y eft rentré avec le Navire Anglois le Jean
Anne, de 70 tonneaux , chargé de 252 barrils de
faumon falé .
Les Navires Anglois le Mindhede , de 140 tonneaux
, chargé de fucre , & l'Amitié , de 100 tonneaux
, dont le chargement eft compofé de beurre
, de cuirs & de morue feche , ont été pris par
le Corfaire le Machault , de Granville , dont eft
Capitaine le fieur Magnonnet ; & ils font arrivés ,
le premier à Granville , & l'autre au Havre.
>
Il est arrivé à Dieppe deux Bâtimens Anglois
appellés , l'un le Démontant , de Londres , de 80
tonneaux ; l'autre l'Eliſabeth , de so tonneaux
ayant chacun un chargement compofé de grains.
Ils ont été pris par les Corfaires le Gros Thomas ,
de Boulogne , & le Hardi Mendiant , de Dunkerque.
Le Capitaine Canon , commandant le Corfaire
le Prince de Soubize , de ce Port , s'eft rendu maî .
tre du Navire le Williams de Cork , de 180 tonneaux
, chargé de beurre & de boeuf , qui a été
conduit àSaint- Vallery fur Somme.
à
Le Navire Anglois le Prince de Galles , de 200
tonneaux , richement chargé , a fait naufrage
deux lieues de Boulogne. L'équipage compofé de
treize hommes a été fauvé , & l'on efpere que la
cargaiſon fera recouvrée en entier .
Le Petit Jean , autre Navire Anglois , chargé
de foude , de raifins , d'anil & d'amandes , a été
conduit à la Rochelle par le Corfaite le Mentrofier ,
de de Port.
On a été informé que le Capitaine Gautier , qui
commande le Corfaire le Furet , de Bordeaux ,
s'eft
MARS. 1757. 217
s'eft emparé d'un Navire Anglois de 3 50 tonneaux,
armé de 10 canons , chargé d'indigo , de fucre ,
de bois de campeche & de coton.
Fermer
Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
La blessure du Roi a suscité une grande inquiétude à travers le Royaume. Les habitants, qu'ils soient en ville ou à la campagne, ont suspendu leurs activités pour prier dans les églises pour sa guérison. La ville de Saumur s'est particulièrement distinguée en organisant des processions et des prières pendant neuf jours consécutifs, terminées par une procession générale à laquelle ont assisté la noblesse, la magistrature et le corps de ville. Des aumônes abondantes ont été distribuées pour secourir cinq cents pauvres familles. Plusieurs régiments ont célébré la convalescence du Roi par des messes solennelles, des Te Deum, des feux d'artifice et des bals. Le Régiment de Poitou à Béthune, le Régiment du Roi à Saint-Dizier, et d'autres régiments à Avranches, Rocroy et Haguenau ont participé à ces célébrations. Les Juifs Portugais de Bordeaux et de Bayonne ont également prié pour la guérison du Roi et ont distribué des aumônes. À Berg-Saint-Vincent, les régiments de Royal Écossais et d'Ogilvy ont chanté un Te Deum, suivi d'un bal et d'un repas. Le Régiment de Cavalerie de Caraman et d'autres unités ont également célébré le rétablissement du Roi par des fêtes brillantes. À Provins, une inondation et un incendie ont causé des dégâts, mais l'intervention rapide des autorités et du Régiment de Vatan a limité les pertes. Des tremblements de terre ont été ressentis en Franche-Comté et en Alsace. La Duchesse de Cossé-Brissac a été présentée au Roi, et plusieurs changements ministériels ont eu lieu, notamment la démission de Machault et d'Argenson, remplacés par Saint-Florentin et Moras. Le Roi a assisté à une messe pour les âmes des Chevaliers de l'Ordre du Saint-Esprit décédés et a reçu de nouveaux Chevaliers. Il a également admis Paulmy et Moras au Conseil d'État. Un service a été célébré pour l'âme de Madame Henriette de France, et le Duc de Duras a été reçu au Parlement en tant que Pair de France. En mars 1757, plusieurs événements maritimes notables ont été rapportés. Deux bâtiments anglais, le Démontant et l'Elisabeth, chargés de grains, ont été capturés par les corsaires français le Gros Thomas et le Hardi Mendiant. Le capitaine Canon, à bord du corsaire le Prince de Soubize, a pris le contrôle du navire Williams de Cork, chargé de beurre et de bœuf, et l'a conduit à Saint-Valery-sur-Somme. Le navire anglais le Prince de Galles, richement chargé, a fait naufrage à deux lieues de Boulogne, mais son équipage de treize hommes a été sauvé et la cargaison est espérée récupérée en entier. Le Petit Jean, un autre navire anglais chargé de soude, de raisins, d'anil et d'amandes, a été conduit à La Rochelle par le corsaire le Mentorier. De plus, le capitaine Gautier, commandant le corsaire le Furet de Bordeaux, s'est emparé d'un navire anglais de 350 tonneaux, armé de 10 canons et chargé d'indigo, de sucre, de bois de Campeche et de coton.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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88
p. 187-200
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le 15 Février, jour anniversaire de la naissance du Roi, on chanta le [...]
Mots clefs :
Cérémonie, Anniversaire du roi, Honneurs, Régiments, Bataillons, Gendarmerie, Évêque, Mandement, Te Deum, Duc, Bal, Règlement, Maréchal, Sceaux, Corsaires, Navires anglais, Marchandises, Compagnies
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
LE 15 Février , jour anniverfaire de la naiffance
du Roi , on chanta le Te Deum dans l'Eglife Notre-
Dame , Paroiffe du Château . M. le Comte de
Noailles , Gouverneur de Verfailles , y affitta ,
étant accompagné des Officiers du Bailliage,
Après la cérémonie , il alluma le feu , qui avoit
été préparé vis- à- vis de l'Eglife. Les Invalides ,
chargés de la garde de cette Ville , firent une triple
falve de moufqueterie. Il y eut expofition du
Saint-Sacrement Salut & Te Deum , dans les
autres Eglifes , ainfi que dans celle de Notre-
Dame. Le foir on fit des feux dans les rues , &
toutes les maifons furent illuminées.
>
Le Roi a accordé les honneurs de Grand-
Croix de l'Ordre Royal & Militaire de Saint Louis ,
à M. de Crémille , Commandeur de cet Ordre ,
Lieutenant- Général des Armées de Sa Majesté ,
Gouverneur d'Aire , & Infpecteur Général de
l'Infanterie , de la Cavalerie & des Dragons.
Le Roi a ordonné que chacun des Bataillons de
fon Infanterie , tant Françoife qu'Etrangere , fûr
pourvu d'une piece de canon à la Suédoife. Il fera
employé dans chaque Bataillon , pour la manoeu
vre de ces pieces de campagne , un Sergent &
feize Soldats , qui auront une haute paie,
Sa Majesté a réfolu de porter à douze cens quarante
hommes le Corps de fa Gendarmerie , aulieu
de huit cens huit , à quoi il eft actuellement.
188 MERCURE DE FRANCE.
Pour cet effet , les feize Compagnies qui compofent
ce Corps , feront mifes , de quarante- huit
Gendarmes ou Chevaux - Legers , dont elles font
formées , à foixante- quinze non compris les
deux Trompettes de chacune defdites Compagnies
, & indépendamment des huit Timbaliers
attachés aux huit Eſcadrons du Corps. Des vingtfept
hommes ordonnées d'augmentation par compagnie
, il y en aura quatorze à la premiere Brigade
, & treize à la feconde.
M. le Comte de Saint - Florentin , Miniftre &
Secretaire d'Etat , a été élu par l'Académie Royale
des Belles-Lettres , pour remplir la place d'Académicien
Honoraire , qui vaquoit par la mort de
M. le Marquis d'Argenfon.
Sa Majeſté a nommé Confeiller d'Etat M. Bertier
de Sauvigny , Intendant de la Généralité de
Paris.
Les Evêques de Bretagne , affemblés à Rennes
pour les Etats de la Province , ont donné le 11 de
ce , mois un Mandement , par lequel ils inftituent
à perpétuité une Fête à l'honneur des Saints Anges
Gardiens , pour remercier Dieu d'avoir ſauvé
le Roi de l'horrible attentat commis contre fa
Perfonne. Cette Fête fera célébrée tous les ans le
5 Janvier , mais cependant fans être chomée.
M. l'Evêque de Caftres a fait éclater fon zele, en
faifant chanter un Te Deum en mufique dans fa
Cathédrale & en donnant à toutes les perfonnes
de marque , qui fe trouvoient dans la Ville , un
fplendide repas , pendant lequel vingt- quatre
Muficiens exécuterent un très- beau Concert. Au
fortir de table , ce Prélat diftribua deux cens médailles
, & fit tirer une Loterie , dont chaque
billet portoit un lot . En même temps , par ordre
des Officiers Municipaux de la Ville , plufieurs
AVRIL. 1757 . 189
fontaines de vin coulerent , & l'on diſtribua au
peuple un boeuf & plufieurs moutons.
Le 20 Février , M. le Duc de Mirepoix , Commandant
en chef dans le Languedoc , célébra à
Montpellier , par une fête des plus éclatantes , la
convalefcence du Roi . On chanta dans l'Eglife Cathédrale
un Te Deum en mufique, auquel l'Evêque
de cette Ville officia. M. le Duc de Mirepoix y
affifta , accompagné de toute la Nobleffe , & des
Officiers de la Garnifon. La Cour des Comptes ,
Aides & Finances , s'y rendit en robes de cérémonie
, & elle donna l'exemple à tous les autres
Corps , de concourir à la folemnité d'un acte de
piété , dans lequel tout étoit fi intéreflant. Après
le Te Deum , il y eut une triple falve de l'artille
rie de la Ville & de la Citadelle , ainfi que de la
moufqueterie de la Garniſon , qui étoit en bataille
fur le rempart, Dès que la nuit fut venue , on tira
un très-beau feu d'artifice dans la Place de l'Hôtel
de Ville , dont les avenues depuis l'Hôtel du
Gouvernement étoient ornées d'Arcs de Triomphe
éclairés par une prodigieufe quantité de pots
afeu. Toutes les façades de l'Hôtel du Gouverment
étoient illuminées, depuis le rez -de- chauffée
jufqu'au toit , par des lampions qui en deffinoient
l'architecture , & qui dans les divers maffifs formoient
alternativement le Chiffre & les Armes de
Sa Majefté. M. le Duc de Mirepoix fit fervir un
fouper fplendide. La principale table qui étoit de
cinquante couverts , & en fer à cheval , ne fut
remplie que par les Dames les plus qualifiées. Il y
eut plufieurs autres tables , & outre cela on avoit
dreffé dans diverfes Salles des Buffets , où l'on
trouvoit abondamment en mets chauds & froids
tout ce qu'on pouvoit defirer. Un Bal qui dura
jufqu'au jour , termina cette brillante fête , à lag
190 MERCURE DE FRANCE.
quelle tous les habitans de cette Ville s'emprefferent
d'ajouter un nouvel éclat , en illuminant entiérement
les façades de leurs maifons , la plupart
en flambeaux de cire blanche. Des fontaines de
vin coulerent dans différens quartiers pour le
peuple qui , par fes danfes & par les acclamations
réitérées , témoigna la vivacité de fon amour pour
fon Souverain M. le Duc de Mirepoix devoit
partir hier pour retourner à la Cour ; mais il a
différé fon voyage , afin d'affifter au Te Deum
que la Cour des Comptes , Aides & Finances , doit
faire chanter demain avec beaucoup de pompe
dans la Chapelle du Palais .
Le Roi ayant jugé à propos de retenir les Sceaux,
& de faire fceller en fa préſence , Sa Majeſté donna
le 26 Février un Réglement , par lequel Elle a
déclaré fes intentions fur ce qu'Elle vouloit être
obfervé en cette occafion. Par ce Réglement ,
Elle a fait choix de MM. Feydeau -de Brou
Dagueffeau , de Bernage , Dagueffeau - de Frefne,
Trudaine & Poulletier , Confeillers d'Etat ordinaires
, pour avoir féance & voix délibérativedans
ce Confeil , avec fix Maîtres des Requêtes ,
que Sa Majefté choifira au commencement de
chaque quartier , & avec le Confeiller du Grand
Confeil, grand Rapporteur, qui fe trouvera de fervice.
Le 4 Mars , le Roi tint le Sceau dans la piece qui
précede la Chambre de Sa Majesté , & qui avoit
été préparée à cet effet. En conféquence de ce que
Sa Majesté a réglé , les fix Confeillers d'Eta: ordinaires
, ci - deffus nommés y affifterent , étant
affis des deux côtés du Bureau fur des tabourets ;
fçavoir , à droite , MM. Feydeau- de Brou , de
Bernage & Trudaine ; à gauche , MM . Dagueffeau
, Dagueffeau- de Frefne & Poulletier. MM.
Gagnat de Longay , Bignon , Mérault-de VilleAVRIL
1757. 191
fit
ron , Pouyvet de la Bliniere , de Gourgues &
Turgot , Maîtres des Requêtes choifis par le Roi
pour rapporter au Sceau pendant ce trimestre , &
M. de Baraffy , Grand Rapporteur de Service
étoient debout autour du fauteuil de Sa Majeſté .
Les Huiffiers de la Chancellerie ont tenu les portes.
M. le Maréchal - Duc de Richelieu , premier
Gentilhomme de la Chambre du Roi , & M. le
Duc d'Ayen , Capitaine des Gardes du Corps ,
étoient derriere le fauteuil de Sa Majesté. M. Sauvage
, Grand Audiencier de France en quartier
qui étoit debout à droite après M. Trudaine ,
la préfentation des lettres dont il étoit chargé.
Les Maîtres des Requêtes & le Grand Rapporteur,
firent le rapport de celles qui les concernent.
M. Chupin , Garde des Rôles , & M. Brillon-
Duperon , Confervateur des Hypotheques , préfenterent
; le premier , les provifions pour charges
& offices , le fecond les lettres de ratification de
rentes fur les revenus du Roi. Puis les Secretaires du
Roi firent lecture des lettres de grace , lefquelles furent
délibérées par les Confeillers d'Etat & Maîtres
des Requêtes préfens au Sceau , & réfolues par le
Roi. Après les rapports faits , le Roi indiqua le
premier Sceau à la quinzaine. Les Sceaux ayant
été remis dans leur boete , M. de Champcenetz ,
premier Valet de Chambre du Roi , qui les avoit
apportés , les reprit fur le Bureau pour les remporter.
Sa Majefté fe leva , & fut reconduit à la
porte de fa chambre par les Confeillers d'Etat
Maîtres des Requêtes & Grands Officiers de la
Chancellerie . Ce Sceau eft le premier que le Roi
ait tenu depuis fon avénement à la Couronne.
Louis XIV en tint onze en 1672 , après la mort
du Chancelier Seguier.
Le 28 Février , M. Seguier , Avocat, Général
192 MERCURE DE FRANCE.
au Parlement de Paris , fut élu , pour remplir la
place vacante dans l'Académie Françoiſe par la
mort de M. de Fontenelle .
+ Le Roi a nommé Maréchaux de France MM . le
Marquis de Senecterre , le Marquis de la Tour- '
Maubourg , le Comte de Lautrec , le Duc de
Biron , le Duc de Luxembourg, le Comte d'Eſtrées,
le Lord Clare Comte de Thomond , & le Duc de
Mirepoix.
Le 10 Mars , pendant la Meffe du Roi , M. le
Prince Conftantin de Rohan , Premier Aumônier
de Sa Majefté , a prêté ferment , comme Evêque
de Strasbourg , entre les mains du Roi.
"
Le 6 Mars , l'Académie royale des Belles - Lettres
, conduite par M. le Comte de Saint - Florentin
, préſenta au Roi trois volumes de fes Mémoires.
M. de Guignes & M. d'Anville de cette Académie
, préfenterent en même temps à Sa Majeſté
, l'un, trois volumes de l'Hiftoire des Huns &
autres Nations Tartares ; l'autre , une nouvelle
Carte des côtes de la Grece & de l'Archipel , avec
un Mémoire relatif à cette Carte mis fouspreffe
à l'Imprimerie royale , & dans lequel l'Auteur
rend compte des moyens qui ont principalement
contribué à la compofition de l'Ouvrage .
>
Sa Majesté a accordé le Régiment d'Infanterie
royal Comtois , vacant par la promotion de M.
le Marquis de Roquépine au grade de Maréchal
de Camp , à M. le Comte de Puységur , Colonel
du Régiment de Forez ; le Régiment de Forez , à
M. le Marquis de Chaumont- Bernage , Colonel
dans les Grenadiers de France ; le Régiment de
Trainel , vacant par la promotion de M. le Marquis
de Trainel au grade de Maréchal de Camp ,
à M. le Comte de Brancas , Colonel dans les Grenadiers
de France ; le Régiment de Cavalerie
vacant
AVRIL. 1757. 193
vacant par la promotion de M. le Comte d'Egmont
au grade de Maréchal de Camp , à M. le Duc
de Charoft ; & les deux places de Colonels que
M. le Marquis de Chaumont-Bernage & M. le
Comte de Brancas rempliffoient dans les Grenadiers
de France , à M. Rouillé-de Roiffy & à M.'
le Comte de la Luzerne.
La Compagnie , qui vaquoit dans le Régiment
des Gardes Suiffes par la mort de M. de Caftella ,
a été donnée à M. de Caftella fon frere , Capitaine
au Régiment de Planta . MM. de Caſtella ont été
fept freres au ſervice de Sa Majefté , & trois y font
morts.
Le 6 du même mois , en action de graces de la
conſervation du Roi, on a chanté dans l'Eglife Mé,
tropolitaine , conformément au Mandement donné
par l'Archevêque de Paris , une Meffe folemnelle
, & enfuite le Te Deum, en mufique. M. l'Ab
bé de Saint-Exupery , Doyen , a officié. Le lendemain
, le Chapitre a fait remettre des aumônes
pour les pauvres aux Curés des huit Paroiffes de la
Cité , & de celles de ces Eglifes fujetes.
M. le Prince Conftantin-de Rohan , Evêque de
Strasbourg , fut facré le même jour dans la Chapelle
du Séminaire de Saint Sulpice , par M. le
Cardinal de la Rochefoucaud , affifté des Evêques
de Digne & de Saint - Omer.
Le 14, M. l'Evêque d'Autun fut reçu dans l'A
cadémie Françoiſe à la place de M. le Cardinal de
Soubife , & il prononça fon Difcours de remer
ciement , auquel M. Dupré-de S. Maur répondit
au nom de l'Académie. Après cette réponſe ,
M. d'Alembert lut des Réflexions fur l'ufage & fur
l'abus de la Philofophie dans les matieres de goût.
Nous donnerons un extrait des deux Diſcours
'dans le fecond Volume,
I.Vol, I
194 MERCURE DE FRANCE.
Le Corfaire le Don de Dieu , de Calais , y a
fait conduire le Brigantin Anglais les Trois Freres
, de Sunderland , chargé de charbon de terre ,
dont il s'eft emparé.
Un Navire Anglois , de 220 tonneaux , armé
de fix petits canons , ayant pour cargaison 1400
barrils de goudron , 4 barrils de thérébentine , des
merrains & quelques cuirs , a été pris par le Corfaire
le Saint - Louis , de Dunkerque , qui l'a conduit
à Boulogne.
Il eft arrivé dans le même Port un Bateau de
so tonneaux , chargé de fel , dont le Corfaire
le Marquis -de Vilequier s'eft rendu maître .
Le Capitaine Lamy , qui commande le Procu
veur , autre Corfaire de Boulogne , s'eft emparé
des Navires l'Espérance , de Yarmouth ; le Change
& la Chriftine , de Dyfant en Ecoffe ; & il les
a rançonnés pour $ 60 livres fterlings.
Les Navires Anglois le Comte d'Holderneſs ,
de
120 tonneaux , chargé de vin & de quelques autres
marchandifes ; la Bonne Intention , dont le
chargement confifte en orange & citrons ; & un
Bateau de 30 tonneaux , chargé de cidre & de
quelques paquets de poiffon fec , ont été conduits
au Havre par les Corſaires la Favorite &
l'Entreprenante , de ce Port.
Le Navire la France , d'Irlande , de 70 tonneaux
, chargé d'huile d'olive , d'oranges & de
citrons , a été pris par le Corfaire le Machault
de Granville , qui l'a conduit à Morlaix . Le même
Corfaire s'eft rendu maître d'un autre Navire,
Anglois de 100 tonneaux , chargé d'indigo , de
café , de bois pour teinture , & de drogues pour
la Médecine , qui eft arrivé à Roscoff,
Il a été conduit à Saint-Malo deux Bâtimens
Anglois , l'un chargé de citrons & d'oranges ,
AVRIL. 1757. 195
J
pris par le Corfaire la Sauterelle , de Breft ; &
Pautre chargé de fel , pris par les Corfaires la
Vengeance & la Comteffe de Bentheim.
Le Corfaire le Bart , de Calais , Capitaine
François Potier, s'eft emparé de deux petits Brigantins
Anglois , qu'il a rançonnés pour la fomme
de quatorze mille livres.
>
Le Corfaire le Machault , de Granville , ya'
envoyé le Navire la Providence , de Darmouth
de 100 tonneaux , venant de la Jamaïque avec
une cargaison qui confifte en 160 barrils de brai
250 barriques de ris , 14 boucauts de cafcarille
so planches & 8000 livres de bois des Indes.
>
Le Navire Anglois la Marie , de la Nouvelle
Yorck , de 150 tonneaux , chargé de café , d'indigo
, de dents d'élephant , de bois de Campeche,
&c. pris par le Corfaire le Scot , de Saint-Ma
lo , s'eft échoué le 23 du mois dernier à la côte de
Barfleur. On a fauvé fa cargaiſon.
Le même Corſaire a enlevé aux Anglois le Bateau
la Marguerite , de Cherbourg , chargé de
glaces brutes : ce Bateau s'étoit auffi échoué ,
mais il a été relevé & conduit à Barfleur.
Le fieur de Breville , commandant le Corfaire
la Vengeance, de Saint-Malo , s'eſt rendu maître
d'un Navire Anglois dont la cargaison , qui eft
eftimée deux cens mille livres , confifte en ballots
de foyeries, caiffes de drogues , & autres marchandifes
propres pour la traite des Negres.
On mande de Breft , que le Corfaire la Comteffe
de Bentheim, de Saint-Malo , a relâché dans ce pre
mier Port , où il a conduit le Navire Anglois
Affomption , allant de la Jamaïque à Londres
chargé de fucre & de café.
Le Navire l'Afrique , de Plymouth , chargé
dessobarriques de fardines , & de 130 barrils d'é
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
tain , a été pris par le Corfaire l'Intrépide , de
Bayonne , où il a été conduit.
Les lettres écrites de Bayonne , marquent que
le Corfaire l'Aurore , de ce port , Capitaine le
fieur Lavernis , a pris & y a conduit les Navires
Anglois la Rebecca , de Hul , de 200 tonneaux
armé de fix canons, chargé de 1400 barrils de goudron
; l'Entreprise , deLondres , de 160 tonneaux,
chargé de tabac en feuilles , & le Planter , de
Montfarrat , de 200 tonneaux , ayant pour
chargement
340 boucauts de fucre.
Le même Corfaire a fait conduire à Saint-Jeande-
Luz un autre Bâtiment Anglois , dont la cargaifon
eft compofée de 600 quintaux de morue
verte & féche.
Le Capitaine Jean Vergez , commandant le
Diligent , autre Corfaire de Bayonne , y a fait
conduire le Navire Anglois l'Edouard & Susanne,
de 160 tonneaux , chargé de fucre.
Le Capitaine Potier , commandant le Corfaire
l'Amiral Bart , de Calais , étant fur fa croifiere
près des côtes d'Angleterre découvrit un Brigantin
Anglois de cent cinquante tonneaux . A la vue du
Corfaire , ce Brigantin fe réfugia ſous le canon
des trois Forts de Haftings. Quoique le Capitaine
Potier n'eût que quatre canons , il attaqua le Bâtiment
ennemi , & il alloit l'aborder , lorſque l'équipage
Anglois prit le parti d'échouer . Sur ces
entrefaites parut un autre Navire que le Corfaire
enleva , & qu'il amena à Calais . Ce dernier Bâtiment
, qui fe nomme le Waterborn , eft de Boſton
dans la Nouvelle Angleterre. Il venoit de la Jamaïque
, & alloit à Londres. Sa charge eft eftimée
deux cens mille livres. C'eft la quatorzieme
prife qui ait été conduite à Calais depuis trois
mois , &la feptieme depuis le 18 jufqu'au 30 du
mois dernier.
AVRIL. 1757.
197
Ön mande de Marfeille , que le Corfaire le Colibry
, de 12 canons , & de 120 hommes d'équipage
, commandé par le Capitaine Georges-René
de Pleville-le Pelley , s'eft emparé des Navires Anglois
la Reine de Naples , allant de Gallipoly å
Londres , avec un chargement d'huile & de foie ;
le Guillaume , allant de Falmouth à Civita-Vecchia
, chargé d'étaim & de harengs , & la Marie
allant d'Yarmouth à Naples , & dont la charge
confiftoit en harengs & en plomb.
Selon des lettres de Toulon , un Grec établi depuis
quelques années en Provence s'embarqua der.
niérement fur une Tartane , dont l'équipage con
fiftoit feulement en trois François & trois Gênois.
Ce Bâtiment ayant été enlevé par un Corſaire Anglois
, monté de douze hommes ; le Capitaine du
Vaiffeau ennemi fit paffer le Grec & les trois Gênois
fur fon bord ; & y ayant laiffé trois Anglois ,
il monta fur la Tartane avec le refte de fon équipage.
Le Grec faifit une occafion favorable , qui
fe préfenta. Il tua lui feul les trois Anglois , à qui
leur Commandant avoit confié la garde du Corfaire.
Ayant abordé enſuite la Tartanne , il la reprit
avec le fecours des trois François & des trois Gênois.
Il a conduit à Toulon le Bâtiment , dont il
s'eft emparé.
On mande de Calais , que le Corfaire le Bart ;
de ce Port ' , commandé par le Capitaine Potier ,
y a conduit le Navire Anglois le Winterborn , de
130 tonneaux , chargé de fucre & d'autres marchandifes.
200
Le Corfaire le Duc d'Aumont , de Boulogne ,
s'eft rendu maître d'un Navire Anglois , de
tonneaux , qui revenoit de la Jamaïque avec une
cargaifon compofée de fucre , de tafia & de bois
d'Acajou.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Le Corfaire le Gros Thomas , du même Port , a
conduit à Calais le Navire l'Elifabeth & Catherine,
de 70 tonneaux , chargé de beurre & de
cuirs.
Le Tapageur & le Procureur , autres Corfaires
de Boulogne , fe font emparés , le premier de
deux Bâteaux Anglois , chargés l'un de bled ,
Pautre de charbon de terre , & le fecond du Navire
la Comteffe de Murray , de 90 tonneaux , chargé
de faumon falé .
Les Corfaires le Comte de Saint- Germain , de
Dunkerque , & le Don de Dieu , de Calais , ont
fait conduire à Boulogne un Bâteau de 70 tonneaux
, chargé d'oranges & de citrons , & le Brigantin
le Thomas David , de 120 tonneaux ,
chargé de grains.
Il eft arrivé à Fécamp un Navire Anglois de 220
tonneaux , armé de 8 canons , & de 37 hommes
d'équipage. Sa cargaiſon confifte en 1123 barrils
de poudre de guerre , en armes à feu de toutes
efpeces , en foyeries , clincailleries , & c. Ce Navire
a été pris par le Capitaine Canon , commandant
le Corfaire le Prince de Soubise , de Dunkerque.
Une prife Angloiſe faite par le Corſaire le Machault
, de Grandville , a échoué à la côte de
Langrune en Baffe Normandie ; mais on a fauvé
la cargaifon , compofée de 300 cuirs , de 2000
barrils de beurre , & de 1960 morues féches.
Le Corfaire le Comte de Clermont , de Saint-
Malo , commandé par le Capitaine Colin-de la
Brifelaine , s'eft emparé le troifieme jour de fa
croifiere , d'un Navire Anglois , de 240 tonneaux
, venant de la Jamaïque , & dont la charge
eft eftimée deux cens mille livres . Cette prife
que le Capitaine Brifelaine a conduite lui- même à
AVRIL. 1757. 199
k
Saint-Malo , avoit été faite d'abord par un Cor
faire de Bayonne , & lui avoit été enlevée par un
Armateur Anglois , fur qui le Corfaire le Comte
de Clermont l'a repriſe.
> Le Scott , autre Corfaire de Saint - Malo Capitaine
Pattard, s'eft auffi rendu maître du Navire
Anglois le Hardi , de 180 tonneaux , chargé de
fucre , de café , de coton & d'autres marchandifes
qu'il avoit prifes à la Nouvelle York .
On apprend par des lettres écrites de Bayonne,
que les Corfaires la Levrette & le Dauphin , de
ce Port , fe font emparés des Navires Anglois la
Suverne & le Louis , de Londres , de 250 tonneaux
chacun , & l'Owaftel , de Holt . Ces Bâtimens
font chargés , le premier de tabac & de fer ,
le fecond de fucre , de café & de tafia , & le troifieme
de tabac & de merrains.
de 70
Les Navires Anglois le Robert , de la Virginie ,
de 130 tonneaux , chargé de tabac , de fucre & de
pelleteries , & l'Endeavour , de Briſtol ,
tonneaux , dont la cargaifon eft composée d'hui
le , de poiffon & de morue verte , ont été pris
par les Corfaires l'Aimable Dauphin , de Ciboure
& l'Espérance , de Louisbourg , qui les ont
fait conduire à Bayonne.
>
Les Corfaires le Toulousain , le Faucon , le Té
lémaque & le Saint-Antoine , dit le Colibri , de
Marſeille , y ont conduit les Navires Anglois
l'Aigle , de Yarmouth , de 160 tonneaux , armé
de 2 canons , chargé de plomb & de harengs ; la
Vierge , de Bristol , de 130 tonneaux , chargé
de faumon & de morue ; le Harril , de Liverpool
, de 120 tonneaux , armé de 6 petits canons ,
chargé d'eau-de- vie & d'huile ; la Diane , de
Lynn , de 150 tonneaux , chargé de fromage , de
plomb & de harangs , & la Marie , qui a auffi
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
un chargement de harengs & de plomb.
On mande de Marfeille , que M. Pigache ;
Lieutenant de Vaiffeau , commandant le Vaiffeau
du Roi l'Hippopotame , armé en courfe , s'eft rendu
maître , à la hauteur de l'Ile Fromentiere
du Corfaire Anglois le Conftantin , de 18 canons ,
& de 130 hommes d'équipage.
>
Le Capitaine Macquet , qui commande le Corle
Don de Dieu , de Calais , a fait conduire à faire
Dunkerque le Navire Anglois les Trois Freres , de
110 tonneaux , chargé de charbon de terre , dont
il s'eft emparé.
Un Brigantin de 100 tonneaux , chargé d'eaude-
vie , de vin du Rhin , & de plufieurs autres
marchandiſes , a été pris par le Corfaire l'Epervier
, de Calais , & y a été conduit .
Le 17 Mars , les Actions de la Compagnie des
Indes étoient à quinze cens dix livres : les Billets
de la premiere Loterie Royal , à neuf cens quarante,
Ceux de la feconde & de la troisieme Loterie
n'avoient point de prix fixe.
LE 15 Février , jour anniverfaire de la naiffance
du Roi , on chanta le Te Deum dans l'Eglife Notre-
Dame , Paroiffe du Château . M. le Comte de
Noailles , Gouverneur de Verfailles , y affitta ,
étant accompagné des Officiers du Bailliage,
Après la cérémonie , il alluma le feu , qui avoit
été préparé vis- à- vis de l'Eglife. Les Invalides ,
chargés de la garde de cette Ville , firent une triple
falve de moufqueterie. Il y eut expofition du
Saint-Sacrement Salut & Te Deum , dans les
autres Eglifes , ainfi que dans celle de Notre-
Dame. Le foir on fit des feux dans les rues , &
toutes les maifons furent illuminées.
>
Le Roi a accordé les honneurs de Grand-
Croix de l'Ordre Royal & Militaire de Saint Louis ,
à M. de Crémille , Commandeur de cet Ordre ,
Lieutenant- Général des Armées de Sa Majesté ,
Gouverneur d'Aire , & Infpecteur Général de
l'Infanterie , de la Cavalerie & des Dragons.
Le Roi a ordonné que chacun des Bataillons de
fon Infanterie , tant Françoife qu'Etrangere , fûr
pourvu d'une piece de canon à la Suédoife. Il fera
employé dans chaque Bataillon , pour la manoeu
vre de ces pieces de campagne , un Sergent &
feize Soldats , qui auront une haute paie,
Sa Majesté a réfolu de porter à douze cens quarante
hommes le Corps de fa Gendarmerie , aulieu
de huit cens huit , à quoi il eft actuellement.
188 MERCURE DE FRANCE.
Pour cet effet , les feize Compagnies qui compofent
ce Corps , feront mifes , de quarante- huit
Gendarmes ou Chevaux - Legers , dont elles font
formées , à foixante- quinze non compris les
deux Trompettes de chacune defdites Compagnies
, & indépendamment des huit Timbaliers
attachés aux huit Eſcadrons du Corps. Des vingtfept
hommes ordonnées d'augmentation par compagnie
, il y en aura quatorze à la premiere Brigade
, & treize à la feconde.
M. le Comte de Saint - Florentin , Miniftre &
Secretaire d'Etat , a été élu par l'Académie Royale
des Belles-Lettres , pour remplir la place d'Académicien
Honoraire , qui vaquoit par la mort de
M. le Marquis d'Argenfon.
Sa Majeſté a nommé Confeiller d'Etat M. Bertier
de Sauvigny , Intendant de la Généralité de
Paris.
Les Evêques de Bretagne , affemblés à Rennes
pour les Etats de la Province , ont donné le 11 de
ce , mois un Mandement , par lequel ils inftituent
à perpétuité une Fête à l'honneur des Saints Anges
Gardiens , pour remercier Dieu d'avoir ſauvé
le Roi de l'horrible attentat commis contre fa
Perfonne. Cette Fête fera célébrée tous les ans le
5 Janvier , mais cependant fans être chomée.
M. l'Evêque de Caftres a fait éclater fon zele, en
faifant chanter un Te Deum en mufique dans fa
Cathédrale & en donnant à toutes les perfonnes
de marque , qui fe trouvoient dans la Ville , un
fplendide repas , pendant lequel vingt- quatre
Muficiens exécuterent un très- beau Concert. Au
fortir de table , ce Prélat diftribua deux cens médailles
, & fit tirer une Loterie , dont chaque
billet portoit un lot . En même temps , par ordre
des Officiers Municipaux de la Ville , plufieurs
AVRIL. 1757 . 189
fontaines de vin coulerent , & l'on diſtribua au
peuple un boeuf & plufieurs moutons.
Le 20 Février , M. le Duc de Mirepoix , Commandant
en chef dans le Languedoc , célébra à
Montpellier , par une fête des plus éclatantes , la
convalefcence du Roi . On chanta dans l'Eglife Cathédrale
un Te Deum en mufique, auquel l'Evêque
de cette Ville officia. M. le Duc de Mirepoix y
affifta , accompagné de toute la Nobleffe , & des
Officiers de la Garnifon. La Cour des Comptes ,
Aides & Finances , s'y rendit en robes de cérémonie
, & elle donna l'exemple à tous les autres
Corps , de concourir à la folemnité d'un acte de
piété , dans lequel tout étoit fi intéreflant. Après
le Te Deum , il y eut une triple falve de l'artille
rie de la Ville & de la Citadelle , ainfi que de la
moufqueterie de la Garniſon , qui étoit en bataille
fur le rempart, Dès que la nuit fut venue , on tira
un très-beau feu d'artifice dans la Place de l'Hôtel
de Ville , dont les avenues depuis l'Hôtel du
Gouvernement étoient ornées d'Arcs de Triomphe
éclairés par une prodigieufe quantité de pots
afeu. Toutes les façades de l'Hôtel du Gouverment
étoient illuminées, depuis le rez -de- chauffée
jufqu'au toit , par des lampions qui en deffinoient
l'architecture , & qui dans les divers maffifs formoient
alternativement le Chiffre & les Armes de
Sa Majefté. M. le Duc de Mirepoix fit fervir un
fouper fplendide. La principale table qui étoit de
cinquante couverts , & en fer à cheval , ne fut
remplie que par les Dames les plus qualifiées. Il y
eut plufieurs autres tables , & outre cela on avoit
dreffé dans diverfes Salles des Buffets , où l'on
trouvoit abondamment en mets chauds & froids
tout ce qu'on pouvoit defirer. Un Bal qui dura
jufqu'au jour , termina cette brillante fête , à lag
190 MERCURE DE FRANCE.
quelle tous les habitans de cette Ville s'emprefferent
d'ajouter un nouvel éclat , en illuminant entiérement
les façades de leurs maifons , la plupart
en flambeaux de cire blanche. Des fontaines de
vin coulerent dans différens quartiers pour le
peuple qui , par fes danfes & par les acclamations
réitérées , témoigna la vivacité de fon amour pour
fon Souverain M. le Duc de Mirepoix devoit
partir hier pour retourner à la Cour ; mais il a
différé fon voyage , afin d'affifter au Te Deum
que la Cour des Comptes , Aides & Finances , doit
faire chanter demain avec beaucoup de pompe
dans la Chapelle du Palais .
Le Roi ayant jugé à propos de retenir les Sceaux,
& de faire fceller en fa préſence , Sa Majeſté donna
le 26 Février un Réglement , par lequel Elle a
déclaré fes intentions fur ce qu'Elle vouloit être
obfervé en cette occafion. Par ce Réglement ,
Elle a fait choix de MM. Feydeau -de Brou
Dagueffeau , de Bernage , Dagueffeau - de Frefne,
Trudaine & Poulletier , Confeillers d'Etat ordinaires
, pour avoir féance & voix délibérativedans
ce Confeil , avec fix Maîtres des Requêtes ,
que Sa Majefté choifira au commencement de
chaque quartier , & avec le Confeiller du Grand
Confeil, grand Rapporteur, qui fe trouvera de fervice.
Le 4 Mars , le Roi tint le Sceau dans la piece qui
précede la Chambre de Sa Majesté , & qui avoit
été préparée à cet effet. En conféquence de ce que
Sa Majesté a réglé , les fix Confeillers d'Eta: ordinaires
, ci - deffus nommés y affifterent , étant
affis des deux côtés du Bureau fur des tabourets ;
fçavoir , à droite , MM. Feydeau- de Brou , de
Bernage & Trudaine ; à gauche , MM . Dagueffeau
, Dagueffeau- de Frefne & Poulletier. MM.
Gagnat de Longay , Bignon , Mérault-de VilleAVRIL
1757. 191
fit
ron , Pouyvet de la Bliniere , de Gourgues &
Turgot , Maîtres des Requêtes choifis par le Roi
pour rapporter au Sceau pendant ce trimestre , &
M. de Baraffy , Grand Rapporteur de Service
étoient debout autour du fauteuil de Sa Majeſté .
Les Huiffiers de la Chancellerie ont tenu les portes.
M. le Maréchal - Duc de Richelieu , premier
Gentilhomme de la Chambre du Roi , & M. le
Duc d'Ayen , Capitaine des Gardes du Corps ,
étoient derriere le fauteuil de Sa Majesté. M. Sauvage
, Grand Audiencier de France en quartier
qui étoit debout à droite après M. Trudaine ,
la préfentation des lettres dont il étoit chargé.
Les Maîtres des Requêtes & le Grand Rapporteur,
firent le rapport de celles qui les concernent.
M. Chupin , Garde des Rôles , & M. Brillon-
Duperon , Confervateur des Hypotheques , préfenterent
; le premier , les provifions pour charges
& offices , le fecond les lettres de ratification de
rentes fur les revenus du Roi. Puis les Secretaires du
Roi firent lecture des lettres de grace , lefquelles furent
délibérées par les Confeillers d'Etat & Maîtres
des Requêtes préfens au Sceau , & réfolues par le
Roi. Après les rapports faits , le Roi indiqua le
premier Sceau à la quinzaine. Les Sceaux ayant
été remis dans leur boete , M. de Champcenetz ,
premier Valet de Chambre du Roi , qui les avoit
apportés , les reprit fur le Bureau pour les remporter.
Sa Majefté fe leva , & fut reconduit à la
porte de fa chambre par les Confeillers d'Etat
Maîtres des Requêtes & Grands Officiers de la
Chancellerie . Ce Sceau eft le premier que le Roi
ait tenu depuis fon avénement à la Couronne.
Louis XIV en tint onze en 1672 , après la mort
du Chancelier Seguier.
Le 28 Février , M. Seguier , Avocat, Général
192 MERCURE DE FRANCE.
au Parlement de Paris , fut élu , pour remplir la
place vacante dans l'Académie Françoiſe par la
mort de M. de Fontenelle .
+ Le Roi a nommé Maréchaux de France MM . le
Marquis de Senecterre , le Marquis de la Tour- '
Maubourg , le Comte de Lautrec , le Duc de
Biron , le Duc de Luxembourg, le Comte d'Eſtrées,
le Lord Clare Comte de Thomond , & le Duc de
Mirepoix.
Le 10 Mars , pendant la Meffe du Roi , M. le
Prince Conftantin de Rohan , Premier Aumônier
de Sa Majefté , a prêté ferment , comme Evêque
de Strasbourg , entre les mains du Roi.
"
Le 6 Mars , l'Académie royale des Belles - Lettres
, conduite par M. le Comte de Saint - Florentin
, préſenta au Roi trois volumes de fes Mémoires.
M. de Guignes & M. d'Anville de cette Académie
, préfenterent en même temps à Sa Majeſté
, l'un, trois volumes de l'Hiftoire des Huns &
autres Nations Tartares ; l'autre , une nouvelle
Carte des côtes de la Grece & de l'Archipel , avec
un Mémoire relatif à cette Carte mis fouspreffe
à l'Imprimerie royale , & dans lequel l'Auteur
rend compte des moyens qui ont principalement
contribué à la compofition de l'Ouvrage .
>
Sa Majesté a accordé le Régiment d'Infanterie
royal Comtois , vacant par la promotion de M.
le Marquis de Roquépine au grade de Maréchal
de Camp , à M. le Comte de Puységur , Colonel
du Régiment de Forez ; le Régiment de Forez , à
M. le Marquis de Chaumont- Bernage , Colonel
dans les Grenadiers de France ; le Régiment de
Trainel , vacant par la promotion de M. le Marquis
de Trainel au grade de Maréchal de Camp ,
à M. le Comte de Brancas , Colonel dans les Grenadiers
de France ; le Régiment de Cavalerie
vacant
AVRIL. 1757. 193
vacant par la promotion de M. le Comte d'Egmont
au grade de Maréchal de Camp , à M. le Duc
de Charoft ; & les deux places de Colonels que
M. le Marquis de Chaumont-Bernage & M. le
Comte de Brancas rempliffoient dans les Grenadiers
de France , à M. Rouillé-de Roiffy & à M.'
le Comte de la Luzerne.
La Compagnie , qui vaquoit dans le Régiment
des Gardes Suiffes par la mort de M. de Caftella ,
a été donnée à M. de Caftella fon frere , Capitaine
au Régiment de Planta . MM. de Caſtella ont été
fept freres au ſervice de Sa Majefté , & trois y font
morts.
Le 6 du même mois , en action de graces de la
conſervation du Roi, on a chanté dans l'Eglife Mé,
tropolitaine , conformément au Mandement donné
par l'Archevêque de Paris , une Meffe folemnelle
, & enfuite le Te Deum, en mufique. M. l'Ab
bé de Saint-Exupery , Doyen , a officié. Le lendemain
, le Chapitre a fait remettre des aumônes
pour les pauvres aux Curés des huit Paroiffes de la
Cité , & de celles de ces Eglifes fujetes.
M. le Prince Conftantin-de Rohan , Evêque de
Strasbourg , fut facré le même jour dans la Chapelle
du Séminaire de Saint Sulpice , par M. le
Cardinal de la Rochefoucaud , affifté des Evêques
de Digne & de Saint - Omer.
Le 14, M. l'Evêque d'Autun fut reçu dans l'A
cadémie Françoiſe à la place de M. le Cardinal de
Soubife , & il prononça fon Difcours de remer
ciement , auquel M. Dupré-de S. Maur répondit
au nom de l'Académie. Après cette réponſe ,
M. d'Alembert lut des Réflexions fur l'ufage & fur
l'abus de la Philofophie dans les matieres de goût.
Nous donnerons un extrait des deux Diſcours
'dans le fecond Volume,
I.Vol, I
194 MERCURE DE FRANCE.
Le Corfaire le Don de Dieu , de Calais , y a
fait conduire le Brigantin Anglais les Trois Freres
, de Sunderland , chargé de charbon de terre ,
dont il s'eft emparé.
Un Navire Anglois , de 220 tonneaux , armé
de fix petits canons , ayant pour cargaison 1400
barrils de goudron , 4 barrils de thérébentine , des
merrains & quelques cuirs , a été pris par le Corfaire
le Saint - Louis , de Dunkerque , qui l'a conduit
à Boulogne.
Il eft arrivé dans le même Port un Bateau de
so tonneaux , chargé de fel , dont le Corfaire
le Marquis -de Vilequier s'eft rendu maître .
Le Capitaine Lamy , qui commande le Procu
veur , autre Corfaire de Boulogne , s'eft emparé
des Navires l'Espérance , de Yarmouth ; le Change
& la Chriftine , de Dyfant en Ecoffe ; & il les
a rançonnés pour $ 60 livres fterlings.
Les Navires Anglois le Comte d'Holderneſs ,
de
120 tonneaux , chargé de vin & de quelques autres
marchandifes ; la Bonne Intention , dont le
chargement confifte en orange & citrons ; & un
Bateau de 30 tonneaux , chargé de cidre & de
quelques paquets de poiffon fec , ont été conduits
au Havre par les Corſaires la Favorite &
l'Entreprenante , de ce Port.
Le Navire la France , d'Irlande , de 70 tonneaux
, chargé d'huile d'olive , d'oranges & de
citrons , a été pris par le Corfaire le Machault
de Granville , qui l'a conduit à Morlaix . Le même
Corfaire s'eft rendu maître d'un autre Navire,
Anglois de 100 tonneaux , chargé d'indigo , de
café , de bois pour teinture , & de drogues pour
la Médecine , qui eft arrivé à Roscoff,
Il a été conduit à Saint-Malo deux Bâtimens
Anglois , l'un chargé de citrons & d'oranges ,
AVRIL. 1757. 195
J
pris par le Corfaire la Sauterelle , de Breft ; &
Pautre chargé de fel , pris par les Corfaires la
Vengeance & la Comteffe de Bentheim.
Le Corfaire le Bart , de Calais , Capitaine
François Potier, s'eft emparé de deux petits Brigantins
Anglois , qu'il a rançonnés pour la fomme
de quatorze mille livres.
>
Le Corfaire le Machault , de Granville , ya'
envoyé le Navire la Providence , de Darmouth
de 100 tonneaux , venant de la Jamaïque avec
une cargaison qui confifte en 160 barrils de brai
250 barriques de ris , 14 boucauts de cafcarille
so planches & 8000 livres de bois des Indes.
>
Le Navire Anglois la Marie , de la Nouvelle
Yorck , de 150 tonneaux , chargé de café , d'indigo
, de dents d'élephant , de bois de Campeche,
&c. pris par le Corfaire le Scot , de Saint-Ma
lo , s'eft échoué le 23 du mois dernier à la côte de
Barfleur. On a fauvé fa cargaiſon.
Le même Corſaire a enlevé aux Anglois le Bateau
la Marguerite , de Cherbourg , chargé de
glaces brutes : ce Bateau s'étoit auffi échoué ,
mais il a été relevé & conduit à Barfleur.
Le fieur de Breville , commandant le Corfaire
la Vengeance, de Saint-Malo , s'eſt rendu maître
d'un Navire Anglois dont la cargaison , qui eft
eftimée deux cens mille livres , confifte en ballots
de foyeries, caiffes de drogues , & autres marchandifes
propres pour la traite des Negres.
On mande de Breft , que le Corfaire la Comteffe
de Bentheim, de Saint-Malo , a relâché dans ce pre
mier Port , où il a conduit le Navire Anglois
Affomption , allant de la Jamaïque à Londres
chargé de fucre & de café.
Le Navire l'Afrique , de Plymouth , chargé
dessobarriques de fardines , & de 130 barrils d'é
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
tain , a été pris par le Corfaire l'Intrépide , de
Bayonne , où il a été conduit.
Les lettres écrites de Bayonne , marquent que
le Corfaire l'Aurore , de ce port , Capitaine le
fieur Lavernis , a pris & y a conduit les Navires
Anglois la Rebecca , de Hul , de 200 tonneaux
armé de fix canons, chargé de 1400 barrils de goudron
; l'Entreprise , deLondres , de 160 tonneaux,
chargé de tabac en feuilles , & le Planter , de
Montfarrat , de 200 tonneaux , ayant pour
chargement
340 boucauts de fucre.
Le même Corfaire a fait conduire à Saint-Jeande-
Luz un autre Bâtiment Anglois , dont la cargaifon
eft compofée de 600 quintaux de morue
verte & féche.
Le Capitaine Jean Vergez , commandant le
Diligent , autre Corfaire de Bayonne , y a fait
conduire le Navire Anglois l'Edouard & Susanne,
de 160 tonneaux , chargé de fucre.
Le Capitaine Potier , commandant le Corfaire
l'Amiral Bart , de Calais , étant fur fa croifiere
près des côtes d'Angleterre découvrit un Brigantin
Anglois de cent cinquante tonneaux . A la vue du
Corfaire , ce Brigantin fe réfugia ſous le canon
des trois Forts de Haftings. Quoique le Capitaine
Potier n'eût que quatre canons , il attaqua le Bâtiment
ennemi , & il alloit l'aborder , lorſque l'équipage
Anglois prit le parti d'échouer . Sur ces
entrefaites parut un autre Navire que le Corfaire
enleva , & qu'il amena à Calais . Ce dernier Bâtiment
, qui fe nomme le Waterborn , eft de Boſton
dans la Nouvelle Angleterre. Il venoit de la Jamaïque
, & alloit à Londres. Sa charge eft eftimée
deux cens mille livres. C'eft la quatorzieme
prife qui ait été conduite à Calais depuis trois
mois , &la feptieme depuis le 18 jufqu'au 30 du
mois dernier.
AVRIL. 1757.
197
Ön mande de Marfeille , que le Corfaire le Colibry
, de 12 canons , & de 120 hommes d'équipage
, commandé par le Capitaine Georges-René
de Pleville-le Pelley , s'eft emparé des Navires Anglois
la Reine de Naples , allant de Gallipoly å
Londres , avec un chargement d'huile & de foie ;
le Guillaume , allant de Falmouth à Civita-Vecchia
, chargé d'étaim & de harengs , & la Marie
allant d'Yarmouth à Naples , & dont la charge
confiftoit en harengs & en plomb.
Selon des lettres de Toulon , un Grec établi depuis
quelques années en Provence s'embarqua der.
niérement fur une Tartane , dont l'équipage con
fiftoit feulement en trois François & trois Gênois.
Ce Bâtiment ayant été enlevé par un Corſaire Anglois
, monté de douze hommes ; le Capitaine du
Vaiffeau ennemi fit paffer le Grec & les trois Gênois
fur fon bord ; & y ayant laiffé trois Anglois ,
il monta fur la Tartane avec le refte de fon équipage.
Le Grec faifit une occafion favorable , qui
fe préfenta. Il tua lui feul les trois Anglois , à qui
leur Commandant avoit confié la garde du Corfaire.
Ayant abordé enſuite la Tartanne , il la reprit
avec le fecours des trois François & des trois Gênois.
Il a conduit à Toulon le Bâtiment , dont il
s'eft emparé.
On mande de Calais , que le Corfaire le Bart ;
de ce Port ' , commandé par le Capitaine Potier ,
y a conduit le Navire Anglois le Winterborn , de
130 tonneaux , chargé de fucre & d'autres marchandifes.
200
Le Corfaire le Duc d'Aumont , de Boulogne ,
s'eft rendu maître d'un Navire Anglois , de
tonneaux , qui revenoit de la Jamaïque avec une
cargaifon compofée de fucre , de tafia & de bois
d'Acajou.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Le Corfaire le Gros Thomas , du même Port , a
conduit à Calais le Navire l'Elifabeth & Catherine,
de 70 tonneaux , chargé de beurre & de
cuirs.
Le Tapageur & le Procureur , autres Corfaires
de Boulogne , fe font emparés , le premier de
deux Bâteaux Anglois , chargés l'un de bled ,
Pautre de charbon de terre , & le fecond du Navire
la Comteffe de Murray , de 90 tonneaux , chargé
de faumon falé .
Les Corfaires le Comte de Saint- Germain , de
Dunkerque , & le Don de Dieu , de Calais , ont
fait conduire à Boulogne un Bâteau de 70 tonneaux
, chargé d'oranges & de citrons , & le Brigantin
le Thomas David , de 120 tonneaux ,
chargé de grains.
Il eft arrivé à Fécamp un Navire Anglois de 220
tonneaux , armé de 8 canons , & de 37 hommes
d'équipage. Sa cargaiſon confifte en 1123 barrils
de poudre de guerre , en armes à feu de toutes
efpeces , en foyeries , clincailleries , & c. Ce Navire
a été pris par le Capitaine Canon , commandant
le Corfaire le Prince de Soubise , de Dunkerque.
Une prife Angloiſe faite par le Corſaire le Machault
, de Grandville , a échoué à la côte de
Langrune en Baffe Normandie ; mais on a fauvé
la cargaifon , compofée de 300 cuirs , de 2000
barrils de beurre , & de 1960 morues féches.
Le Corfaire le Comte de Clermont , de Saint-
Malo , commandé par le Capitaine Colin-de la
Brifelaine , s'eft emparé le troifieme jour de fa
croifiere , d'un Navire Anglois , de 240 tonneaux
, venant de la Jamaïque , & dont la charge
eft eftimée deux cens mille livres . Cette prife
que le Capitaine Brifelaine a conduite lui- même à
AVRIL. 1757. 199
k
Saint-Malo , avoit été faite d'abord par un Cor
faire de Bayonne , & lui avoit été enlevée par un
Armateur Anglois , fur qui le Corfaire le Comte
de Clermont l'a repriſe.
> Le Scott , autre Corfaire de Saint - Malo Capitaine
Pattard, s'eft auffi rendu maître du Navire
Anglois le Hardi , de 180 tonneaux , chargé de
fucre , de café , de coton & d'autres marchandifes
qu'il avoit prifes à la Nouvelle York .
On apprend par des lettres écrites de Bayonne,
que les Corfaires la Levrette & le Dauphin , de
ce Port , fe font emparés des Navires Anglois la
Suverne & le Louis , de Londres , de 250 tonneaux
chacun , & l'Owaftel , de Holt . Ces Bâtimens
font chargés , le premier de tabac & de fer ,
le fecond de fucre , de café & de tafia , & le troifieme
de tabac & de merrains.
de 70
Les Navires Anglois le Robert , de la Virginie ,
de 130 tonneaux , chargé de tabac , de fucre & de
pelleteries , & l'Endeavour , de Briſtol ,
tonneaux , dont la cargaifon eft composée d'hui
le , de poiffon & de morue verte , ont été pris
par les Corfaires l'Aimable Dauphin , de Ciboure
& l'Espérance , de Louisbourg , qui les ont
fait conduire à Bayonne.
>
Les Corfaires le Toulousain , le Faucon , le Té
lémaque & le Saint-Antoine , dit le Colibri , de
Marſeille , y ont conduit les Navires Anglois
l'Aigle , de Yarmouth , de 160 tonneaux , armé
de 2 canons , chargé de plomb & de harengs ; la
Vierge , de Bristol , de 130 tonneaux , chargé
de faumon & de morue ; le Harril , de Liverpool
, de 120 tonneaux , armé de 6 petits canons ,
chargé d'eau-de- vie & d'huile ; la Diane , de
Lynn , de 150 tonneaux , chargé de fromage , de
plomb & de harangs , & la Marie , qui a auffi
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
un chargement de harengs & de plomb.
On mande de Marfeille , que M. Pigache ;
Lieutenant de Vaiffeau , commandant le Vaiffeau
du Roi l'Hippopotame , armé en courfe , s'eft rendu
maître , à la hauteur de l'Ile Fromentiere
du Corfaire Anglois le Conftantin , de 18 canons ,
& de 130 hommes d'équipage.
>
Le Capitaine Macquet , qui commande le Corle
Don de Dieu , de Calais , a fait conduire à faire
Dunkerque le Navire Anglois les Trois Freres , de
110 tonneaux , chargé de charbon de terre , dont
il s'eft emparé.
Un Brigantin de 100 tonneaux , chargé d'eaude-
vie , de vin du Rhin , & de plufieurs autres
marchandiſes , a été pris par le Corfaire l'Epervier
, de Calais , & y a été conduit .
Le 17 Mars , les Actions de la Compagnie des
Indes étoient à quinze cens dix livres : les Billets
de la premiere Loterie Royal , à neuf cens quarante,
Ceux de la feconde & de la troisieme Loterie
n'avoient point de prix fixe.
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Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Le 15 février, à l'occasion de l'anniversaire du Roi, un Te Deum fut chanté à Notre-Dame et dans d'autres églises de Paris. Le Comte de Noailles, Gouverneur de Versailles, y assista avec les officiers du bailliage. Des feux et des salves de mousqueterie furent tirés par les Invalides, et les maisons furent illuminées. Le Roi accorda les honneurs de Grand-Croix de l'Ordre de Saint-Louis à M. de Crémille et ordonna l'équipement de chaque bataillon d'infanterie avec une pièce de canon suédoise. Le corps de la gendarmerie fut augmenté à 1240 hommes. M. le Comte de Saint-Florentin fut élu académicien honoraire à l'Académie Royale des Belles-Lettres, et M. Bertier de Sauvigny fut nommé Conseiller d'État et Intendant de la Généralité de Paris. Les évêques de Bretagne instituèrent une fête perpétuelle en l'honneur des Saints Anges Gardiens pour remercier Dieu d'avoir sauvé le Roi d'un attentat. Le Duc de Mirepoix célébra la convalescence du Roi à Montpellier par une fête incluant un Te Deum, des salves d'artillerie, un feu d'artifice et un bal. Le Roi régla les modalités de la tenue des Sceaux, nommant six Conseillers d'État et six Maîtres des Requêtes. Plusieurs Maréchaux de France furent nommés, dont le Duc de Mirepoix. L'Académie Royale des Belles-Lettres présenta au Roi des volumes de ses Mémoires et des ouvrages sur l'histoire des Huns et une carte des côtes de la Grèce. Divers régiments d'infanterie et de cavalerie furent accordés à plusieurs officiers promus. Des actions de grâce pour la conservation du Roi furent organisées, incluant une messe solennelle et le Te Deum à l'église métropolitaine. Le Prince Constantin de Rohan fut sacré évêque de Strasbourg. Plusieurs navires anglais furent capturés par des corsaires français. En avril 1757, plusieurs actions de corsaires français furent rapportées. À Roscoff, un navire de médecine arriva. Deux bâtiments anglais furent conduits à Saint-Malo, l'un chargé de citrons et d'oranges, l'autre de sel. Divers corsaires capturèrent des navires anglais chargés de marchandises variées, telles que du café, du sucre, du riz, du bois, et des produits pour la traite des nègres. À Marseille, plusieurs corsaires conduisirent des navires anglais chargés de plomb, de harengs, de saumon, de morue, d'eau-de-vie, d'huile et de fromage. Le 14 mars, M. l'Évêque d'Autun fut reçu à l'Académie Française, prononçant un discours de remerciement. Des réflexions sur l'usage et l'abus de la philosophie furent lues par M. d'Alembert.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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89
p. 165-181
Description des Fêtes données en la ville d'Arras, à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Comte d'Artois.
Début :
La joie que cet évènement a répandue dans l'Artois, ne s'est [...]
Mots clefs :
Fêtes, Arras, Monseigneur le Comte d'Artois, Naissance, Évêque d'Arras, Te Deum, Mandement, Heureux, Prince, Royaume, Secrétaire, Lettre du roi, Bonheur, Voeux, Providence, Banquets, Conseillers, Militaires, Religieux, Peuple, Vers d'un citoyen d'Arras, Représentations, Feux d'artifice, Destruction d'édifices, Chronographes, Peinture, Médaillons, Symboles, Histoire de l'Artois, Armes, Inscriptions latines, Arts et sciences, Royauté, Bal, Comtes, Comtesses, Marquis, Cérémonies, Sentiments, Vertus, Architecture, Décors, Concert de musique, Jésuites, Capitale, Villes de France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description des Fêtes données en la ville d'Arras, à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Comte d'Artois.
Defcription des Fêtes données en la ville d'Arras ,
à l'occafion de la Naiffance de Monseigneur le
Comte d'Artois.
LA joie que cet événement a répandue dans
l'Artois , ne s'eft pas bornée aux fentimens de
refpect , d'amour & de reconnoiffance que les
Etats de cette Province ont portés jufqu'au pied
du trône , par la députation nombreufe dont le
Mercure de Novembre a fait mention . Cette joie
a encore éclaté par des fêtes qui méritent qu'on
en conferve le fouvenir ; & nous allons détailler
ce qui s'eft paffé en cette conjoncture dans la
Capitale du pays,
Dès le 11 Octobre , jour auquel un Courier du
cabinet vint apporter aux Députés ordinaires des
Etats ( 1 ) , la nouvelle de l'heureux accouchement
de Madame la Dauphine , & du nom donné par
le Roi au Prince nouveau-né , il y eut des illuminations
& autres démonftrations publiques d'alégreffe
, tant aux Etats & à l'Hôtel de Ville , qu'au
Confeil d'Artois , à l'Evêché , à l'Abbaye de Saint-
Vaaft , &c. mais elles ne furent que le prélude
des réjouiffances brillantes qui devoient les fuivre,
M. l'Evêque fixa au Dimanche 6 Novembre , lé
(1 ) Ce font trois perfonnes choifies dans les trois
Corps des Etats , qui réfident à Arras , & font
chargées de l'adminiftration , hors du temps dés
Affemblées,
166 MERCURE DE FRANCE.
"
Te Deum ordonné par le Roi , & publia à ce fujet
un Mandement conçu en ces terines :
Jean de Bonneguize , par la grace de Dien
» & du S. Siège Apoftolique , Evêque d'Arras : à
tous Abbés , Abbeffes , Chapitres , Doyens ,
Paſteurs , Supérieurs & Supérieures des Eglifes
» & Monafteres exempts & non exempts, & à tous
» fideles de notre Dioceſe , falut & bénédiction.
» Le Seigneur , Mes Très- Chers Freres , tient
dans , fes mains , & la deftinée des Maîtres de
» la terre & le fort des Empires. Heureux les Rois
» & les Peuples , quand ils ne l'apprennent qué
par les preuves qu'il leur donne de fon amour
» & de fa protection !
» Tel eft l'avantage dont nous jouiffons , Mes
Très Chers Freres, furtout depuis que l'heureuſe
fécondité de Madame la Dauphine ajoute à tant
» d'autres faveurs du ciel , les bénédictions dont
≫ il comble par elle le Roi & le Royaume . Cha-
» que année nous ramene au pied des Autels pour
» y rendre graces d'un préſent nouveau à un Dieu
» qui véille au repos & à la profpérité de l'Etar.
» Il donne encore aujourd'hui dans le Prince qui
» vient de naître un nouvel appui au trône déjà le
» mieux affermi , & à la Nation la plus heureufe
un gage de plus de la durée de fon bonheur.
i » Mais fi la naiffance de Monfeigneur le Comté
» d'Artois doit être pour toute la France un fujer
» de joié & un objet de reconnoiffance , vous le
fçavez , M. T. C. F. cet événement intéreffe
» particuliérement cette Province ; & le nom de
ce Prince doit lui feul vous rappeller tout ce que
vous devez dans cette circonftance aux bontés
du Roi , ou plutôt aux miféricordes du Seigneur
qui , après avoir mis dans l'ame du Monarque
, l'amour de tous fes Peuples , daigné
JANVIER. 1758. 167
aujourd'hui fixer finguliérement fur nous les regards
de fa tendrefle.
>> Province heureuſe & préférée , hâtons- nous
» de faire éclater notre joie , & de fignaler notre
» reconnoiffance pour un Dieu qui nous diftingue .
» Mais joignons à nos actions de graces pour ce
préfent ineftimable de fa bonté , les prieres les
plus ferventes , pour qu'il daigne nous le con-
>> ferver. Ce Prince eſt , en naiſſant , le fondement
» & l'appui de nos efpérances : qu'il foit pendant
» le cours d'une longue vie , le gage de notre fé-
» licité , & le lien qui refferre de plus en plus les
>> noeuds de cette tendreffe paternelle , dont le Roi
»> nous donne aujourd'hui dans fa perfonne , la
preuve la plus éclatante.
» Demandons au Seigneur de graver de bonne
>> heure dans fon ame les principes inaltérables de
» de bonté & d'humanité qui nous font trouver
» le meilleur des Peres dans le plus grand des
Rois qu'il lui infpire le goût de cette piété tendre
& folide qui fait de la Reine l'exemple de la
Cour & la gloire de la Religion ; qu'il mette
» dans fon coeur le germe des vertus de Monſeigneur
le Dauphin , & de Madame la Dauphine,
»fi dignes l'un & l'autre des bénédictions multipliées
que le Ciel répand fur leur union , & fi
propres à attirer fur le Royaume celles qui peuvent
en perpétuer la gloire , le répos & la
» profpérité.
Puiffe cet augufte Enfant fi précieux à cette
» Province en particulier , devenit , pour notre
bonheur, tous les jours de fa vie , plus parfait, en
fe formant fur de pareils modeles puiffent
> nos neveux avoir des raifons de renouveller fans
» ceffe au Seigneur pour fa confervation les ac-
» tions de graces que nous allons lui rendre pour
fa naiflance,
16S MERCURE DE FRANCE.
» A ces cauſes , après avoir pris l'avis de nos
» Vénérables Freres les Prévôt , Doyen , Cha-
» noines & Chapitre de notre Eglife Cathédrale ,
» nous ordonnons de faire chanter le Te Deum,
>> chacun dans vos Eglifes , avec les folemnités
>> requifes , le premier Dimanche ou jour de
Fête , après que vous aurez reçu notre préſent
>> Mandement , les Officiers , Magiftrats des
>> lieux , & tous autres qu'il appartiendra , invités
» d'y aſſiſter .
» Donné à Arras , en notre Palais Epiſcopal ,
fous notre feing & la fignature de notre Secre-
D taire , le trois Novembre mil fept cens cinquan-
» te-fept » .
JEAN , Evêque d'Arras.
Par Monfeigneur ,
PECHENA , Secrétaire.
Lettre du Roi , à M. l'Evêque d'Arras .
Monfieur l'Evêque d'Arras , la durée du bonheur
de mes fujets étant l'objet de mes voeux les plus
ardens , tous les événemens capables de le perpétuef,
excitent en moi les fentimens que mérite
un peuple toujours empreffé à me donner des
marques de fon zele , de fa fidélité & de fon
amour. Les princes dont il a plu à Dieu de combler
mes fouhaits , affurent la tranquillité dans
mes états. Celui dont matrès chere Fille la Dauphine
vient d'être heureuſement délivrée , eſt un
nouveau don de la providence , & c'eft pour lui
rendre les actions de graces qui lui font dûes , que
je vous fais cette lettre , pour vous dire que mon
intention eft que vous faffiez chanter le Te Deum
dans votre Eglife Cathédrale , & dans toutes les
autres
JANVIERL
169
. 1758.
autres de votre Dioceſe , avec la folemnité requife
, & que vous invitiez d'y affifter tous ceux qu'il
conviendra ; ce que me promettant de votre zele
je ne vous ferai la préfente plus longue , que pour
prier Dieu qu'il vous ait , Mons. l'Evêque d'Arras
, en fa fainte garde. Ecrit à Versailles le 9 Octobre
1757. Signé , LOUIS . Et plus bas , R. de
Voyer. Etfur le repli : à Mons. l'Evêque d'Arras,
Confeiller en mes Confeils .
La fête fut annoncée le au foir par toutes les
cloches de la Ville , que l'on fonna encore le 6 ,
de grand matin. En même temps des falves d'artillerie
& de boîte fe firent entendre , & recommencerent
à différentes reptiles dans le cours de
la journée. Il y eut ce même jour à l'Hôtel de
Ville un dîner fomptueux de plus de quatre-vingts
couverts , où le trouva M. de Caumartin , Intendant
de la Province . On y avoit auffi invité l'Evêque
, l'Abbé de Saint- Vaaft , le Commandant
de la Place , le premier Préfident du Confeil d'Artois
, & la Nobleffe , ainfi qu'un certain nombre
des Officiers de la garnifon , & des autres principaux
Corps , ecclefiaftiques , civils & militaires.
Pendant ce repas , on jetta de l'argent au peuple
& les Magiftrats lui firent diftribuer du pain , des
viandes & du vin. Immédiatement après que la
fanté de Monfeigneur le Comte d'Artois eût été
bue au fon des inftrumens , on préfenta à tous les
convives des exemplaires de la piece fuivante ,
compofée par M Harduin , Avocat , ancien Député
des Etats d'Artois à la Cour , & Secretaire
perpétuel de la Société Littéraire d'Arras.
L. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
Sentimens d'un Citoyen d'Arras , fur la Naiffance
de Monfeigneur le Comte d'Artois .
It fort donc aujourd'hui de fon obſcurité ,
Ce Titre qu'autrefois des Héros ont porté ( 1 ).
D'un Enfant de Louis il devient le partage :
Louis , pour couronner notre fidélité ,
Daigne de fon amour nous accorder ce gage .
Vous reprenez enfin votre antique fplendeur ,
Lieux où de Pharamond le brave Succeffeur (1 )
Jetta les fondemens du floriffant Empire
Qui commande à l'Europe , & que le monde admire.
Monarque triomphant , que le Ciel a formé
Pour les vertus & pour la gloire ,
Ton peuple réuni , d'un beau zele animé ,
T'a placé dès long-temps au Temple de mémoire ,
Sous le nom de Roi Bien - Aimé.
Mais lorfque furpaffant toute notre eſpérance ,
Tu veux nous diftinguer de tes autres Sujets ,
Lorfque tu mets pour nous le comble à tes bienfaits
,
Quel nom te donnera notre reconnoiffance !
Plaifirs , volez ici fous mille traits divers :
Que Polymnie & Terpsichore
Célebrent à l'envi le Maître qu'on adore.
(1) Robert I & Robert II, Comtes d'Artois.
(2) Clodion.2
JANVIER.
1758.
171
Qu'un bruit guerrier fe mêle aux plus tendres
concerts :
Que la fiere trompette fonne :
Sur nos murs que la foudre tonne :
Que le falpêtre éclate dans les airs.
Que mille bouche enflammées
Annoncent les tranfports de nos ames charmées
Au bout de ce vafte Univers.
Je vois juſques à
l'Empyrée
S'élevér de rapides feux :
Ainfi vers la voûte azurée
S'élance l'ardeur de nos voeux.
Tels que ces
brillantes étoiles ,
Qui de la nuit perçant les voiles ,
Retombent en foule à nos yeux ,
Sur l'Enfant fi cher à la France
Puiffent
defcendre en
abondance
Les plus riches préfens des Cieux.
Dans le
raviffement où mon ame fe livre ,
En lui déja je vois revivre
Ce Frere vertueux du plus faint de nos Rois ( 1).
A nos ayeux il fit chérir fes loix :
Des cruels
Sarrafins il
confondit la rage :
Prince , lis fes exploits , & deviens fon image ...
Mais pourquoi de l'hiftoire
emprunter le fecours ▸
(1) Robert I, frere de Saint Louis , furnommé
le Bon & le
Vaillant, ‹
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Pour acquérir une gloire immortelle ,
Il ne te faut d'autre modele
Que ton augufte Ayeul , ou l'Auteur de tes jours.
Illuftre Enfant , auprès du trône
Tu feras de l'Artois le plus ferme foutien :
De Louis & du peuple à qui fa main te donne ,
Tu refferres encor le fortuné lien .
Si tu pouvois juger de notre amour extrêmê
Si tu lifois au fond de notre coeur ,
Ah ! tu t'applaudirois toi- même
Du nom qui fait notre bonheur .
.
On avoit élevé , vis- à-vis de l'Hôtel de Ville ,
un Feu d'artifice , pour lequel on n'avoit épargné
ni foins , ni dépenfe , non plus que pour les illuminations
de cet hôtel , de la haute & admirable
tour qui l'accompagne , & des autres édifices publics
. Tous les particuliers s'étoient auffi empreffés
à illuminer leurs maiſons , d'une maniere qui
répondît à la folemnité du jour ; mais une pluie
continuelle empêcha l'effet de ces préparatifs. On
ne put faire jouer qu'une petite partie de l'artifice
; & le refte fut remis au furlendemain.
L'édifice conftruit pour le feu , fur les deffeins
du fieur Beffara , Architecte de la Ville , étoit
feint de marbre blanc , & avoit s 2 pieds d'élévation
en deux étages , furmontés d'une pyramide
de 33 pieds . Le premier étage ou rez - de - chauffée
étoit un quarré d'ordre dorique , ayant 44 pieds
de face , dont le côté principal offroit un portique
, avec fronton & baluftrade , orné des Armes
du Roi , de Monfeigneur le Dauphin , & de Mon.
feigneur le Comte d'Artois , Une colonnade ioniJANVIER.
1758. 173
que formoit le fecond étage , qui étoit circulaire.
Vingt-quatre vafes à fleurs & trophées d'armes
ou de mufique , fervoient d'amortiffemens aux
deux ordres d'architecture . Cette décoration étoit
femée de chronogrammes ou chronographes
forte d'infcription fort en ufage aux Pays Bas ,
dans laquelle on trouve , en chiffre Romain , par
la réunion de toutes les lettres numérales qu'elle
contient , l'année de l'événement qui en eſt l'objet.
Voici quelques- uns de ces chronographes :
nasCItVŕ CoMes , spLenDor artesIx.
DonVM CLI aC, regIs.
PVLChra FIDel MerCes .
LætVs aMor aCCenDIt Ignes,
Entre les différentes illuminations qui avoient
été préparées , on remarquoit aux croifées de
Pappartement que la Société Littéraire occupe à
l'hôtel du Gouverneur , trois tranfparens , fur
lefquels étoient peints autant de médaillons , imaginés
par M. Camp , Avocat , Membre de cette
Société , & actuellement Député des Etats à lạ
Cour. On croit devoir donner ici la defcription
de ces morceaux de peinture.
Premier Médaillon.
L'hiftoire de l'Artois caractérisée fpécifiquement
par une femme vêtue d'une faie blanche
rayée de pourpre ( 1 ) . Elle a fur la tête une couronne
de laurier , & une plume à la main . Devant
(1 ) Cette espece d'étoffe fe fabriquoit autrefois
par les habitans d'Arras , nommés Atrebates, avec
tant de réputation que les Romains en faifoient
leurs plus magniques habillemens.
Hiij
74 MERCURE DE FRANCE.
elle eft un grand livre ouvert , fur la couverture
duquel fe voyent les Armes de la province . Elle
tient de la main gauche un médaillon portant
celles de Monfeigneur le Comte d'Artois , qu'elle
regarde avec un étonnement mêlé de joie. Une
pile de volumes imprimés & manuſcrits , fur laquelle
font les aîles & autres attributs du Temps ,
fert d'appui au livre que cette femme tient ouvert.
Elle a un pied pofé fur un débris de monument
antique , dont les reftes font épars. Auprès eft
une urne renverfée , d'où fe répand un grand
nombre de médailles .
Légende.
QUANTA FASTORUM GLORIA !
Exergue.
COMES DATUS IXA. OCT. M. DCC. LVII .
Second médaillon ,
Minerve affife , ferrant de fon bras gauche un
vafe aux Armes d'Artois , dans lequel eft planté
un rejetton de lys , qu'elle prend foin de cultiver.
A fes pieds font des trophées relatifs aux Arts &
aux Sciences.
Légende.
CURAT NOBISQUE COLIT.
Exergue.
SOC. LITT . ATR. SPES ET VOT.
Troisieme médaillon.
Les chiffres des Rois Louis VIII & Louis XV,
figurés par deux doubles IL , placés fous une
même couronne , & accompagnées refpectivement
JANVIER. 1758 . 175
des nombres VIII & XV . Un cordon bleu fort de
la couronne , entrelace les deux chiffres , & ſe
termine par un noeud , d'où pendent les Armes de
Monfeigneur le Comte d'Artois ( 1 ) .
Légende.
AB EVO IN ÆVUM.
Exergue.
DECUS FUNDATUM ET RESTITUTUM.
Le même jour 6 Novembre , vers les dix heures
du foir , il y eut dans la grande falle de l'Hôtel
de Ville , qu'on avoit fuperbement décorée , un
bal qui fut ouvert par M. l'Intendant avec Madame
la Comteffe de Houchin , épouse du Député
ordinaire de la Nobleffe des Etats . On y fervit
fur des buffets en gradins , un ambigu fuffifant
pour fatisfaire les goûts divers de deux mille perfonnes
au moins qui fe trouverent à ce bal .
Les Etats d'Artois différerent jufqu'à l'ouverture
de leur Affemblée générale , la folemnité de
leurs actions de graces & de leurs réjouiflances ,
afin que tous les Membres des trois Ordres fuflent
à portée d'y participer. Ce fut le lundi 21 Novembre
que le fit cette ouverture ; & après la
féance , qui fe tint dans la forme ordinaire fur les
dix heures du matin , on chanta dans l'Eglife des
Récollets un Te Deum en mufique , auquel M.
(1) Louis VIII , par fon Teftament du mois de
Juin 1225 , affigna l'Artois en partage à Robert
fon fecond fils , frere de S. Louis , de qui defcend la
branche de Bourbon. Depuis ce Robert , premier
Comte d'Artois , aucun fils de France n'en avoit
porté le titre.
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE .
l'Evêque d'Arras officia pontificalement. M. fe
Duc de Chaulnes , Gouverneur de la Province ;
M. l'Intendant , & M. Briois , Premier Préfident
du Confeil Provincial , Commiffaires du Roi pour
la tenue des Etats , affifterent à cette cérémonie ,
accompagnés de tous les Membres de l'Affemblée.
Il y eut enfuite un magnifique dîner de deux cens
vingt-cinq couverts, auquel tous les Corps avoient
été invités. Sur la fin du repas , on but avec appareil
les fantés du Roi , de Monfeigneur le Dauphin
& du nouveau Prince , qui furent annoncées
fucceffivement par des falves de boîtes & d'artillerie
; & les Députés ordinaires jetterent de l'argent
au peuple. Dès que la nuit fut venue , on tira
avec toute la réuffite poffible , un très- beau Feu
d'artifice au milieu de la grande place.
Ce feu avoit la forme d'un temple , dont le
premier
étage , quarré & élevé d'environ fept pieds
au deffus du pavé , fervoit de focle à tout l'édifice.
Quatre grandes rampes de dix marches occupoient
le milieu de chaque face , & conduifoient
à une galerie fermée de panneaux & d'acroteres
enrichis d'Armes du Roi , de Monfeigneur le Dauphin
, & de Monfeigneur le Comte d'Artois , ainfi
que des Chiffres de la province.
Le principal corps établi fur le premier étage
avoit huit côtés , dont quatre plus larges que les
autres , faifant faillie & avant- corps , formoient
des portiques , & répondoient aux rampes. Aux
entrées de ces portiques étoient les figures fymboliques
de la fincérité & de la fidélité , qui caractérifent
les Artéfiens , & celles de la reconnoiffance
& de l'espérance , fentimens dont ce peuple eft
particuliérement affecté dans la circonftance préfente.
Les quatre côtés enfoncés étoient ornés de
iches , avec d'autres figures qui défignoient les
JANVIER. 1758. 177
Vertus protectrices du jeune Prince ; fçavoir , la
Religion , la Bonté , la Valeur & la Prudence.
Des emblêmes relatifs à ces vertus rempliffoient
le deffus des niches. La décoration générale de
toute cette partie étoit un ordre Ionique régulier ,
dont l'entablement faillant foutenoit une baluftrade
mêlée d'acroteres , fur chacun defquels on
voyoit des grouppes d'enfans , qui fembloient , en
exprimant leur joie , difputer à qui porteroit les
Armes du Roi , & celles des autres perfonnes de
la Famille Royale.
Sur le deuxieme étage étoit pofé un attique à
quatre faces , dont trois préfentoient des tableaux
emblématiques , & l'autre contenoir cette infcription
:
NOVO ARTESIA COMITI
Il y avoit des pilaftres aux angles de ce corps
d'architecture avec un entablement en faillie ,
lequel étoit couronné de quatre vafes de ronde
bolle. Une pyramide en mofaïque évidée , s'élevoit
fur l'attique qui lui fervoit de baſe , & portoit
fur fa cime les Armes d'Artois , furmontées
d'un foleil .
Aux quatre coins du temple , & à une diſtance
convenable , étoient de grands obéliſques décorés,
de chiffres , de médaillons , &c.
Toutes les parties de l'édifice étoient peintes
en grifaille , à l'exception des tableaux & des
emblêmes , qui l'étoient en camayeu de couleur
bleue. Mais cette fimplicité étoit relevée par l'éclat
de l'or répandu fur les armoiries , les infcriptions
, les cartouches , les guirlandes ; fur la pyramide
, fur les vafes , & fur tous les ornemens
où l'on avoit pu l'employer avec goût.
Cet ouvrage fut exécuté par les foins & fur les
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
deffeins du fieur Linque , Architecte , natif & hæ
bitant d'Arras.
Les Commiffaires de Sa Majesté & les Etats
virent jouer l'artifice d'un amphithéâtre dreffé à
l'un des bouts de la place , qui eft une des plus
vaftes du Royaume. Des fanfares de cors , trompettes
& timbales , animerent ce fpectacle , aprèslequel
plufieurs fontaines de vin coulerent pour
le peuple.
Les deux façades de l'Hôtel des Etats furent
illuminés par une quantité immenfe de lamprons
, dont l'arrangement deffinoit , fans confufion
, toute la belle architecture de cet hôtel Dans
un grand tableau tranfparent placé au deffus de
la porte d'entrée , on voyoit Lucine defcendant
du Ciel , & tenant dans fes bras le Prince nouveau-
né. Le Roi montroit à cette Déeffe la Province
d'Artois perſonnifiée qui , d'un air empreffé
, tendoit les mains pour recevoir l'augufte Enfant.
Un rayon de lumiere partant du vifage de
ce nouveau Comte , fe répandoit fur celui de la
Province ; & on lifoit fur une banderole ce chronographe
:
novo spLenDes CIt CoMIte.
A neuf heures du foir commença un concert ,
dans lequel on exécuta plufieurs pieces de mufique
Françoife & Italienne . A ce concert fuccéda
un ambigu pour les Dames , fervi fur deux tables
de foixante perfonnes chacune . La fête fut terminée
par un grand bal , que M. le Duc de
Chaulnes ouvrit avec Madame la Comteffe de
Houchin , & qui dura jufqu'au jour. Rien n'y
fut oublié , foit pour la décoration des trois falles
où l'on danfa , foit pour la maniere dont elles
furent éclairées , foit pour la fymphonie & les
rafraîchiffemens de toute efpece.
JANVIER . 1758. 179
M. l'Evêque d'Arras donna de grands foupers
la veille de l'ouverture & le jour de la clôture
des Etats. Pendant la fête du 21 , on diftribua
abondamment dans fon palais du pain , des viandes
, de la biere , du bois & de Pargent à cinq
cens perfonnes au moins . La maison du Bon
Pafteur , qui renferme plus de cent pauvres filles ,
a éprouvé les mêmes libéralités de la part de ce
Prélat.
Le 6 & le 21 , M. de Briois , Abbé de S. Vaaſt ,
fit tirer beaucoup d'artifice. Il a pareillement
fignalé fa charité , en faisant délivrer aux pauvres
quatre mille pains , du poids de trois livres &
demie:
M. de Caumartin qui , depuis le commencement
de l'Affemblée des Etats avoit donné des
preuves de fa magnificence ordinaire , y ajouta
le Dimanche 27 Novembre un dîner de cent trente
couverts. Ce feftin ne fut que pour les hommes ;
mais environ quatre- vingts Dames fouperent le
même jour à l'intendance , où il y eut audi un
bal qui ne laiffa rien à défirer . M. le premier
Préſident du Confeil d'Artois s'étoit diftingué de
fon côté le jeudi précédent , par un dîner fuivi
d'un bal , qui fut interrompu pour voir un bouquet
d'artifice & une illumination terreftre , formée
avec goût dans le parterre du jardin de ce
Magiftrat. Il fit fervir fur les neuf heures un ambigu
; après lequel il y eut concert , & l'on reprit
le bal qui ne finit qu'avec la nuit.
Enfin le 30 Novembre , les RR. PP. Jéfuites
du College d'Arras firent chanter dans leur Eglife
le Te Deum & l'Exaudiat , par toute la mufique
de la Cathédrale . M. l'Evêque d'Arra y officia ,
& les Etats qu'on avoit invités à la cérémonie ,
affifterent en corps ; après quoi ils pafferent dans
y
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
la falle des Actes , où le R. P. Dubuiffon , Profeffeur
de Rhétorique , leur adreffa une harangue
latine , dont l'objet étoit de féliciter la province
d'Artois fur la naiffance du nouveau Comte.
L'Orateur s'attacha à prouver dans la premiere
partie de fon difcours , qu'il ne pouvoit rien arriver
de plus avantageux à la Province , que de
voir fon nom porté par un Prince de la Maifon de
Bourbon ; & dans la feconde , qu'aucune Province
n'étoit plus digne de cette grace.
Les PP. Jéfuites ont fourni ce jour là de quoi
dîner à douze pauvres familles de chacune des
onze Paroiffes de la Ville. Les écoliers , tant externes
que penfionnaires , qui font de la Congré
gation de la Vierge , ont donné le même jour à
dîner & à fouper aux malheureux détenus dans
les prifons royales , lefquels étoient au nombre
de quarante , les ont fervis eux- mêmes , & leur ont
encore diftribué des aumônes.
Les autres Villes de l'Artois n'ont pas témoi
gné moins d'ardeur que la Capitale à célébrer
une époque fi glorieufe pour la Province ; & de
fimples Bourgades ont donné en cette occafion
les marques les plus éclatantes de leur zele & de
leur alégreffe.
Le Roi a nommé le Maréchal de Tomond ,
pour commander fur les côtes de la Méditerranée .
Sa Majefté a auffi difpofé du commandement de
la Guyenne en faveur du Comte de Langeron
Lieutenant-Général de fes armées , & Elle a donné
au Comte de Gramont , Brigadier d'Infanterie,
& Menin de Monfeigneur le Dauphin , le Commandement
des troupes , dans la partie du Gouvernement
de la Guyenne , qui dépend de la Généralité
d'Aufch.
Sur la démiffion de Madame la Ducheffe d'Antin,
JANVIER. 1758.
181
de la place de Dame du Palais de la Reine , le Roi a
nommé le 25 Novembre Madame la Comteffe de
Clermont-Tonnere pour la remplacer.
Le 27, M. le Comte de Rochechouart prêta ferment
entre les mains du Roi , pour le Gouvernement
de l'Orléannois.
M. Le Duc de Chaulnes étant revenu de l'armée
du Maréchal Duc de Richelieu , pour tenir les
Etats d'Artois , en fit l'ouverture à Arras le 21
Novembre.
à l'occafion de la Naiffance de Monseigneur le
Comte d'Artois.
LA joie que cet événement a répandue dans
l'Artois , ne s'eft pas bornée aux fentimens de
refpect , d'amour & de reconnoiffance que les
Etats de cette Province ont portés jufqu'au pied
du trône , par la députation nombreufe dont le
Mercure de Novembre a fait mention . Cette joie
a encore éclaté par des fêtes qui méritent qu'on
en conferve le fouvenir ; & nous allons détailler
ce qui s'eft paffé en cette conjoncture dans la
Capitale du pays,
Dès le 11 Octobre , jour auquel un Courier du
cabinet vint apporter aux Députés ordinaires des
Etats ( 1 ) , la nouvelle de l'heureux accouchement
de Madame la Dauphine , & du nom donné par
le Roi au Prince nouveau-né , il y eut des illuminations
& autres démonftrations publiques d'alégreffe
, tant aux Etats & à l'Hôtel de Ville , qu'au
Confeil d'Artois , à l'Evêché , à l'Abbaye de Saint-
Vaaft , &c. mais elles ne furent que le prélude
des réjouiffances brillantes qui devoient les fuivre,
M. l'Evêque fixa au Dimanche 6 Novembre , lé
(1 ) Ce font trois perfonnes choifies dans les trois
Corps des Etats , qui réfident à Arras , & font
chargées de l'adminiftration , hors du temps dés
Affemblées,
166 MERCURE DE FRANCE.
"
Te Deum ordonné par le Roi , & publia à ce fujet
un Mandement conçu en ces terines :
Jean de Bonneguize , par la grace de Dien
» & du S. Siège Apoftolique , Evêque d'Arras : à
tous Abbés , Abbeffes , Chapitres , Doyens ,
Paſteurs , Supérieurs & Supérieures des Eglifes
» & Monafteres exempts & non exempts, & à tous
» fideles de notre Dioceſe , falut & bénédiction.
» Le Seigneur , Mes Très- Chers Freres , tient
dans , fes mains , & la deftinée des Maîtres de
» la terre & le fort des Empires. Heureux les Rois
» & les Peuples , quand ils ne l'apprennent qué
par les preuves qu'il leur donne de fon amour
» & de fa protection !
» Tel eft l'avantage dont nous jouiffons , Mes
Très Chers Freres, furtout depuis que l'heureuſe
fécondité de Madame la Dauphine ajoute à tant
» d'autres faveurs du ciel , les bénédictions dont
≫ il comble par elle le Roi & le Royaume . Cha-
» que année nous ramene au pied des Autels pour
» y rendre graces d'un préſent nouveau à un Dieu
» qui véille au repos & à la profpérité de l'Etar.
» Il donne encore aujourd'hui dans le Prince qui
» vient de naître un nouvel appui au trône déjà le
» mieux affermi , & à la Nation la plus heureufe
un gage de plus de la durée de fon bonheur.
i » Mais fi la naiffance de Monfeigneur le Comté
» d'Artois doit être pour toute la France un fujer
» de joié & un objet de reconnoiffance , vous le
fçavez , M. T. C. F. cet événement intéreffe
» particuliérement cette Province ; & le nom de
ce Prince doit lui feul vous rappeller tout ce que
vous devez dans cette circonftance aux bontés
du Roi , ou plutôt aux miféricordes du Seigneur
qui , après avoir mis dans l'ame du Monarque
, l'amour de tous fes Peuples , daigné
JANVIER. 1758. 167
aujourd'hui fixer finguliérement fur nous les regards
de fa tendrefle.
>> Province heureuſe & préférée , hâtons- nous
» de faire éclater notre joie , & de fignaler notre
» reconnoiffance pour un Dieu qui nous diftingue .
» Mais joignons à nos actions de graces pour ce
préfent ineftimable de fa bonté , les prieres les
plus ferventes , pour qu'il daigne nous le con-
>> ferver. Ce Prince eſt , en naiſſant , le fondement
» & l'appui de nos efpérances : qu'il foit pendant
» le cours d'une longue vie , le gage de notre fé-
» licité , & le lien qui refferre de plus en plus les
>> noeuds de cette tendreffe paternelle , dont le Roi
»> nous donne aujourd'hui dans fa perfonne , la
preuve la plus éclatante.
» Demandons au Seigneur de graver de bonne
>> heure dans fon ame les principes inaltérables de
» de bonté & d'humanité qui nous font trouver
» le meilleur des Peres dans le plus grand des
Rois qu'il lui infpire le goût de cette piété tendre
& folide qui fait de la Reine l'exemple de la
Cour & la gloire de la Religion ; qu'il mette
» dans fon coeur le germe des vertus de Monſeigneur
le Dauphin , & de Madame la Dauphine,
»fi dignes l'un & l'autre des bénédictions multipliées
que le Ciel répand fur leur union , & fi
propres à attirer fur le Royaume celles qui peuvent
en perpétuer la gloire , le répos & la
» profpérité.
Puiffe cet augufte Enfant fi précieux à cette
» Province en particulier , devenit , pour notre
bonheur, tous les jours de fa vie , plus parfait, en
fe formant fur de pareils modeles puiffent
> nos neveux avoir des raifons de renouveller fans
» ceffe au Seigneur pour fa confervation les ac-
» tions de graces que nous allons lui rendre pour
fa naiflance,
16S MERCURE DE FRANCE.
» A ces cauſes , après avoir pris l'avis de nos
» Vénérables Freres les Prévôt , Doyen , Cha-
» noines & Chapitre de notre Eglife Cathédrale ,
» nous ordonnons de faire chanter le Te Deum,
>> chacun dans vos Eglifes , avec les folemnités
>> requifes , le premier Dimanche ou jour de
Fête , après que vous aurez reçu notre préſent
>> Mandement , les Officiers , Magiftrats des
>> lieux , & tous autres qu'il appartiendra , invités
» d'y aſſiſter .
» Donné à Arras , en notre Palais Epiſcopal ,
fous notre feing & la fignature de notre Secre-
D taire , le trois Novembre mil fept cens cinquan-
» te-fept » .
JEAN , Evêque d'Arras.
Par Monfeigneur ,
PECHENA , Secrétaire.
Lettre du Roi , à M. l'Evêque d'Arras .
Monfieur l'Evêque d'Arras , la durée du bonheur
de mes fujets étant l'objet de mes voeux les plus
ardens , tous les événemens capables de le perpétuef,
excitent en moi les fentimens que mérite
un peuple toujours empreffé à me donner des
marques de fon zele , de fa fidélité & de fon
amour. Les princes dont il a plu à Dieu de combler
mes fouhaits , affurent la tranquillité dans
mes états. Celui dont matrès chere Fille la Dauphine
vient d'être heureuſement délivrée , eſt un
nouveau don de la providence , & c'eft pour lui
rendre les actions de graces qui lui font dûes , que
je vous fais cette lettre , pour vous dire que mon
intention eft que vous faffiez chanter le Te Deum
dans votre Eglife Cathédrale , & dans toutes les
autres
JANVIERL
169
. 1758.
autres de votre Dioceſe , avec la folemnité requife
, & que vous invitiez d'y affifter tous ceux qu'il
conviendra ; ce que me promettant de votre zele
je ne vous ferai la préfente plus longue , que pour
prier Dieu qu'il vous ait , Mons. l'Evêque d'Arras
, en fa fainte garde. Ecrit à Versailles le 9 Octobre
1757. Signé , LOUIS . Et plus bas , R. de
Voyer. Etfur le repli : à Mons. l'Evêque d'Arras,
Confeiller en mes Confeils .
La fête fut annoncée le au foir par toutes les
cloches de la Ville , que l'on fonna encore le 6 ,
de grand matin. En même temps des falves d'artillerie
& de boîte fe firent entendre , & recommencerent
à différentes reptiles dans le cours de
la journée. Il y eut ce même jour à l'Hôtel de
Ville un dîner fomptueux de plus de quatre-vingts
couverts , où le trouva M. de Caumartin , Intendant
de la Province . On y avoit auffi invité l'Evêque
, l'Abbé de Saint- Vaaft , le Commandant
de la Place , le premier Préfident du Confeil d'Artois
, & la Nobleffe , ainfi qu'un certain nombre
des Officiers de la garnifon , & des autres principaux
Corps , ecclefiaftiques , civils & militaires.
Pendant ce repas , on jetta de l'argent au peuple
& les Magiftrats lui firent diftribuer du pain , des
viandes & du vin. Immédiatement après que la
fanté de Monfeigneur le Comte d'Artois eût été
bue au fon des inftrumens , on préfenta à tous les
convives des exemplaires de la piece fuivante ,
compofée par M Harduin , Avocat , ancien Député
des Etats d'Artois à la Cour , & Secretaire
perpétuel de la Société Littéraire d'Arras.
L. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
Sentimens d'un Citoyen d'Arras , fur la Naiffance
de Monfeigneur le Comte d'Artois .
It fort donc aujourd'hui de fon obſcurité ,
Ce Titre qu'autrefois des Héros ont porté ( 1 ).
D'un Enfant de Louis il devient le partage :
Louis , pour couronner notre fidélité ,
Daigne de fon amour nous accorder ce gage .
Vous reprenez enfin votre antique fplendeur ,
Lieux où de Pharamond le brave Succeffeur (1 )
Jetta les fondemens du floriffant Empire
Qui commande à l'Europe , & que le monde admire.
Monarque triomphant , que le Ciel a formé
Pour les vertus & pour la gloire ,
Ton peuple réuni , d'un beau zele animé ,
T'a placé dès long-temps au Temple de mémoire ,
Sous le nom de Roi Bien - Aimé.
Mais lorfque furpaffant toute notre eſpérance ,
Tu veux nous diftinguer de tes autres Sujets ,
Lorfque tu mets pour nous le comble à tes bienfaits
,
Quel nom te donnera notre reconnoiffance !
Plaifirs , volez ici fous mille traits divers :
Que Polymnie & Terpsichore
Célebrent à l'envi le Maître qu'on adore.
(1) Robert I & Robert II, Comtes d'Artois.
(2) Clodion.2
JANVIER.
1758.
171
Qu'un bruit guerrier fe mêle aux plus tendres
concerts :
Que la fiere trompette fonne :
Sur nos murs que la foudre tonne :
Que le falpêtre éclate dans les airs.
Que mille bouche enflammées
Annoncent les tranfports de nos ames charmées
Au bout de ce vafte Univers.
Je vois juſques à
l'Empyrée
S'élevér de rapides feux :
Ainfi vers la voûte azurée
S'élance l'ardeur de nos voeux.
Tels que ces
brillantes étoiles ,
Qui de la nuit perçant les voiles ,
Retombent en foule à nos yeux ,
Sur l'Enfant fi cher à la France
Puiffent
defcendre en
abondance
Les plus riches préfens des Cieux.
Dans le
raviffement où mon ame fe livre ,
En lui déja je vois revivre
Ce Frere vertueux du plus faint de nos Rois ( 1).
A nos ayeux il fit chérir fes loix :
Des cruels
Sarrafins il
confondit la rage :
Prince , lis fes exploits , & deviens fon image ...
Mais pourquoi de l'hiftoire
emprunter le fecours ▸
(1) Robert I, frere de Saint Louis , furnommé
le Bon & le
Vaillant, ‹
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Pour acquérir une gloire immortelle ,
Il ne te faut d'autre modele
Que ton augufte Ayeul , ou l'Auteur de tes jours.
Illuftre Enfant , auprès du trône
Tu feras de l'Artois le plus ferme foutien :
De Louis & du peuple à qui fa main te donne ,
Tu refferres encor le fortuné lien .
Si tu pouvois juger de notre amour extrêmê
Si tu lifois au fond de notre coeur ,
Ah ! tu t'applaudirois toi- même
Du nom qui fait notre bonheur .
.
On avoit élevé , vis- à-vis de l'Hôtel de Ville ,
un Feu d'artifice , pour lequel on n'avoit épargné
ni foins , ni dépenfe , non plus que pour les illuminations
de cet hôtel , de la haute & admirable
tour qui l'accompagne , & des autres édifices publics
. Tous les particuliers s'étoient auffi empreffés
à illuminer leurs maiſons , d'une maniere qui
répondît à la folemnité du jour ; mais une pluie
continuelle empêcha l'effet de ces préparatifs. On
ne put faire jouer qu'une petite partie de l'artifice
; & le refte fut remis au furlendemain.
L'édifice conftruit pour le feu , fur les deffeins
du fieur Beffara , Architecte de la Ville , étoit
feint de marbre blanc , & avoit s 2 pieds d'élévation
en deux étages , furmontés d'une pyramide
de 33 pieds . Le premier étage ou rez - de - chauffée
étoit un quarré d'ordre dorique , ayant 44 pieds
de face , dont le côté principal offroit un portique
, avec fronton & baluftrade , orné des Armes
du Roi , de Monfeigneur le Dauphin , & de Mon.
feigneur le Comte d'Artois , Une colonnade ioniJANVIER.
1758. 173
que formoit le fecond étage , qui étoit circulaire.
Vingt-quatre vafes à fleurs & trophées d'armes
ou de mufique , fervoient d'amortiffemens aux
deux ordres d'architecture . Cette décoration étoit
femée de chronogrammes ou chronographes
forte d'infcription fort en ufage aux Pays Bas ,
dans laquelle on trouve , en chiffre Romain , par
la réunion de toutes les lettres numérales qu'elle
contient , l'année de l'événement qui en eſt l'objet.
Voici quelques- uns de ces chronographes :
nasCItVŕ CoMes , spLenDor artesIx.
DonVM CLI aC, regIs.
PVLChra FIDel MerCes .
LætVs aMor aCCenDIt Ignes,
Entre les différentes illuminations qui avoient
été préparées , on remarquoit aux croifées de
Pappartement que la Société Littéraire occupe à
l'hôtel du Gouverneur , trois tranfparens , fur
lefquels étoient peints autant de médaillons , imaginés
par M. Camp , Avocat , Membre de cette
Société , & actuellement Député des Etats à lạ
Cour. On croit devoir donner ici la defcription
de ces morceaux de peinture.
Premier Médaillon.
L'hiftoire de l'Artois caractérisée fpécifiquement
par une femme vêtue d'une faie blanche
rayée de pourpre ( 1 ) . Elle a fur la tête une couronne
de laurier , & une plume à la main . Devant
(1 ) Cette espece d'étoffe fe fabriquoit autrefois
par les habitans d'Arras , nommés Atrebates, avec
tant de réputation que les Romains en faifoient
leurs plus magniques habillemens.
Hiij
74 MERCURE DE FRANCE.
elle eft un grand livre ouvert , fur la couverture
duquel fe voyent les Armes de la province . Elle
tient de la main gauche un médaillon portant
celles de Monfeigneur le Comte d'Artois , qu'elle
regarde avec un étonnement mêlé de joie. Une
pile de volumes imprimés & manuſcrits , fur laquelle
font les aîles & autres attributs du Temps ,
fert d'appui au livre que cette femme tient ouvert.
Elle a un pied pofé fur un débris de monument
antique , dont les reftes font épars. Auprès eft
une urne renverfée , d'où fe répand un grand
nombre de médailles .
Légende.
QUANTA FASTORUM GLORIA !
Exergue.
COMES DATUS IXA. OCT. M. DCC. LVII .
Second médaillon ,
Minerve affife , ferrant de fon bras gauche un
vafe aux Armes d'Artois , dans lequel eft planté
un rejetton de lys , qu'elle prend foin de cultiver.
A fes pieds font des trophées relatifs aux Arts &
aux Sciences.
Légende.
CURAT NOBISQUE COLIT.
Exergue.
SOC. LITT . ATR. SPES ET VOT.
Troisieme médaillon.
Les chiffres des Rois Louis VIII & Louis XV,
figurés par deux doubles IL , placés fous une
même couronne , & accompagnées refpectivement
JANVIER. 1758 . 175
des nombres VIII & XV . Un cordon bleu fort de
la couronne , entrelace les deux chiffres , & ſe
termine par un noeud , d'où pendent les Armes de
Monfeigneur le Comte d'Artois ( 1 ) .
Légende.
AB EVO IN ÆVUM.
Exergue.
DECUS FUNDATUM ET RESTITUTUM.
Le même jour 6 Novembre , vers les dix heures
du foir , il y eut dans la grande falle de l'Hôtel
de Ville , qu'on avoit fuperbement décorée , un
bal qui fut ouvert par M. l'Intendant avec Madame
la Comteffe de Houchin , épouse du Député
ordinaire de la Nobleffe des Etats . On y fervit
fur des buffets en gradins , un ambigu fuffifant
pour fatisfaire les goûts divers de deux mille perfonnes
au moins qui fe trouverent à ce bal .
Les Etats d'Artois différerent jufqu'à l'ouverture
de leur Affemblée générale , la folemnité de
leurs actions de graces & de leurs réjouiflances ,
afin que tous les Membres des trois Ordres fuflent
à portée d'y participer. Ce fut le lundi 21 Novembre
que le fit cette ouverture ; & après la
féance , qui fe tint dans la forme ordinaire fur les
dix heures du matin , on chanta dans l'Eglife des
Récollets un Te Deum en mufique , auquel M.
(1) Louis VIII , par fon Teftament du mois de
Juin 1225 , affigna l'Artois en partage à Robert
fon fecond fils , frere de S. Louis , de qui defcend la
branche de Bourbon. Depuis ce Robert , premier
Comte d'Artois , aucun fils de France n'en avoit
porté le titre.
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE .
l'Evêque d'Arras officia pontificalement. M. fe
Duc de Chaulnes , Gouverneur de la Province ;
M. l'Intendant , & M. Briois , Premier Préfident
du Confeil Provincial , Commiffaires du Roi pour
la tenue des Etats , affifterent à cette cérémonie ,
accompagnés de tous les Membres de l'Affemblée.
Il y eut enfuite un magnifique dîner de deux cens
vingt-cinq couverts, auquel tous les Corps avoient
été invités. Sur la fin du repas , on but avec appareil
les fantés du Roi , de Monfeigneur le Dauphin
& du nouveau Prince , qui furent annoncées
fucceffivement par des falves de boîtes & d'artillerie
; & les Députés ordinaires jetterent de l'argent
au peuple. Dès que la nuit fut venue , on tira
avec toute la réuffite poffible , un très- beau Feu
d'artifice au milieu de la grande place.
Ce feu avoit la forme d'un temple , dont le
premier
étage , quarré & élevé d'environ fept pieds
au deffus du pavé , fervoit de focle à tout l'édifice.
Quatre grandes rampes de dix marches occupoient
le milieu de chaque face , & conduifoient
à une galerie fermée de panneaux & d'acroteres
enrichis d'Armes du Roi , de Monfeigneur le Dauphin
, & de Monfeigneur le Comte d'Artois , ainfi
que des Chiffres de la province.
Le principal corps établi fur le premier étage
avoit huit côtés , dont quatre plus larges que les
autres , faifant faillie & avant- corps , formoient
des portiques , & répondoient aux rampes. Aux
entrées de ces portiques étoient les figures fymboliques
de la fincérité & de la fidélité , qui caractérifent
les Artéfiens , & celles de la reconnoiffance
& de l'espérance , fentimens dont ce peuple eft
particuliérement affecté dans la circonftance préfente.
Les quatre côtés enfoncés étoient ornés de
iches , avec d'autres figures qui défignoient les
JANVIER. 1758. 177
Vertus protectrices du jeune Prince ; fçavoir , la
Religion , la Bonté , la Valeur & la Prudence.
Des emblêmes relatifs à ces vertus rempliffoient
le deffus des niches. La décoration générale de
toute cette partie étoit un ordre Ionique régulier ,
dont l'entablement faillant foutenoit une baluftrade
mêlée d'acroteres , fur chacun defquels on
voyoit des grouppes d'enfans , qui fembloient , en
exprimant leur joie , difputer à qui porteroit les
Armes du Roi , & celles des autres perfonnes de
la Famille Royale.
Sur le deuxieme étage étoit pofé un attique à
quatre faces , dont trois préfentoient des tableaux
emblématiques , & l'autre contenoir cette infcription
:
NOVO ARTESIA COMITI
Il y avoit des pilaftres aux angles de ce corps
d'architecture avec un entablement en faillie ,
lequel étoit couronné de quatre vafes de ronde
bolle. Une pyramide en mofaïque évidée , s'élevoit
fur l'attique qui lui fervoit de baſe , & portoit
fur fa cime les Armes d'Artois , furmontées
d'un foleil .
Aux quatre coins du temple , & à une diſtance
convenable , étoient de grands obéliſques décorés,
de chiffres , de médaillons , &c.
Toutes les parties de l'édifice étoient peintes
en grifaille , à l'exception des tableaux & des
emblêmes , qui l'étoient en camayeu de couleur
bleue. Mais cette fimplicité étoit relevée par l'éclat
de l'or répandu fur les armoiries , les infcriptions
, les cartouches , les guirlandes ; fur la pyramide
, fur les vafes , & fur tous les ornemens
où l'on avoit pu l'employer avec goût.
Cet ouvrage fut exécuté par les foins & fur les
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
deffeins du fieur Linque , Architecte , natif & hæ
bitant d'Arras.
Les Commiffaires de Sa Majesté & les Etats
virent jouer l'artifice d'un amphithéâtre dreffé à
l'un des bouts de la place , qui eft une des plus
vaftes du Royaume. Des fanfares de cors , trompettes
& timbales , animerent ce fpectacle , aprèslequel
plufieurs fontaines de vin coulerent pour
le peuple.
Les deux façades de l'Hôtel des Etats furent
illuminés par une quantité immenfe de lamprons
, dont l'arrangement deffinoit , fans confufion
, toute la belle architecture de cet hôtel Dans
un grand tableau tranfparent placé au deffus de
la porte d'entrée , on voyoit Lucine defcendant
du Ciel , & tenant dans fes bras le Prince nouveau-
né. Le Roi montroit à cette Déeffe la Province
d'Artois perſonnifiée qui , d'un air empreffé
, tendoit les mains pour recevoir l'augufte Enfant.
Un rayon de lumiere partant du vifage de
ce nouveau Comte , fe répandoit fur celui de la
Province ; & on lifoit fur une banderole ce chronographe
:
novo spLenDes CIt CoMIte.
A neuf heures du foir commença un concert ,
dans lequel on exécuta plufieurs pieces de mufique
Françoife & Italienne . A ce concert fuccéda
un ambigu pour les Dames , fervi fur deux tables
de foixante perfonnes chacune . La fête fut terminée
par un grand bal , que M. le Duc de
Chaulnes ouvrit avec Madame la Comteffe de
Houchin , & qui dura jufqu'au jour. Rien n'y
fut oublié , foit pour la décoration des trois falles
où l'on danfa , foit pour la maniere dont elles
furent éclairées , foit pour la fymphonie & les
rafraîchiffemens de toute efpece.
JANVIER . 1758. 179
M. l'Evêque d'Arras donna de grands foupers
la veille de l'ouverture & le jour de la clôture
des Etats. Pendant la fête du 21 , on diftribua
abondamment dans fon palais du pain , des viandes
, de la biere , du bois & de Pargent à cinq
cens perfonnes au moins . La maison du Bon
Pafteur , qui renferme plus de cent pauvres filles ,
a éprouvé les mêmes libéralités de la part de ce
Prélat.
Le 6 & le 21 , M. de Briois , Abbé de S. Vaaſt ,
fit tirer beaucoup d'artifice. Il a pareillement
fignalé fa charité , en faisant délivrer aux pauvres
quatre mille pains , du poids de trois livres &
demie:
M. de Caumartin qui , depuis le commencement
de l'Affemblée des Etats avoit donné des
preuves de fa magnificence ordinaire , y ajouta
le Dimanche 27 Novembre un dîner de cent trente
couverts. Ce feftin ne fut que pour les hommes ;
mais environ quatre- vingts Dames fouperent le
même jour à l'intendance , où il y eut audi un
bal qui ne laiffa rien à défirer . M. le premier
Préſident du Confeil d'Artois s'étoit diftingué de
fon côté le jeudi précédent , par un dîner fuivi
d'un bal , qui fut interrompu pour voir un bouquet
d'artifice & une illumination terreftre , formée
avec goût dans le parterre du jardin de ce
Magiftrat. Il fit fervir fur les neuf heures un ambigu
; après lequel il y eut concert , & l'on reprit
le bal qui ne finit qu'avec la nuit.
Enfin le 30 Novembre , les RR. PP. Jéfuites
du College d'Arras firent chanter dans leur Eglife
le Te Deum & l'Exaudiat , par toute la mufique
de la Cathédrale . M. l'Evêque d'Arra y officia ,
& les Etats qu'on avoit invités à la cérémonie ,
affifterent en corps ; après quoi ils pafferent dans
y
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
la falle des Actes , où le R. P. Dubuiffon , Profeffeur
de Rhétorique , leur adreffa une harangue
latine , dont l'objet étoit de féliciter la province
d'Artois fur la naiffance du nouveau Comte.
L'Orateur s'attacha à prouver dans la premiere
partie de fon difcours , qu'il ne pouvoit rien arriver
de plus avantageux à la Province , que de
voir fon nom porté par un Prince de la Maifon de
Bourbon ; & dans la feconde , qu'aucune Province
n'étoit plus digne de cette grace.
Les PP. Jéfuites ont fourni ce jour là de quoi
dîner à douze pauvres familles de chacune des
onze Paroiffes de la Ville. Les écoliers , tant externes
que penfionnaires , qui font de la Congré
gation de la Vierge , ont donné le même jour à
dîner & à fouper aux malheureux détenus dans
les prifons royales , lefquels étoient au nombre
de quarante , les ont fervis eux- mêmes , & leur ont
encore diftribué des aumônes.
Les autres Villes de l'Artois n'ont pas témoi
gné moins d'ardeur que la Capitale à célébrer
une époque fi glorieufe pour la Province ; & de
fimples Bourgades ont donné en cette occafion
les marques les plus éclatantes de leur zele & de
leur alégreffe.
Le Roi a nommé le Maréchal de Tomond ,
pour commander fur les côtes de la Méditerranée .
Sa Majefté a auffi difpofé du commandement de
la Guyenne en faveur du Comte de Langeron
Lieutenant-Général de fes armées , & Elle a donné
au Comte de Gramont , Brigadier d'Infanterie,
& Menin de Monfeigneur le Dauphin , le Commandement
des troupes , dans la partie du Gouvernement
de la Guyenne , qui dépend de la Généralité
d'Aufch.
Sur la démiffion de Madame la Ducheffe d'Antin,
JANVIER. 1758.
181
de la place de Dame du Palais de la Reine , le Roi a
nommé le 25 Novembre Madame la Comteffe de
Clermont-Tonnere pour la remplacer.
Le 27, M. le Comte de Rochechouart prêta ferment
entre les mains du Roi , pour le Gouvernement
de l'Orléannois.
M. Le Duc de Chaulnes étant revenu de l'armée
du Maréchal Duc de Richelieu , pour tenir les
Etats d'Artois , en fit l'ouverture à Arras le 21
Novembre.
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Résumé : Description des Fêtes données en la ville d'Arras, à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Comte d'Artois.
À l'occasion de la naissance du Comte d'Artois, Arras a organisé des festivités marquantes. Dès l'annonce de la nouvelle le 11 octobre, des illuminations et des salves d'artillerie ont exprimé la joie publique. L'évêque d'Arras a ordonné un Te Deum le 6 novembre, accompagné d'un mandement célébrant la naissance du prince et appelant à la prière pour sa conservation. Le roi a demandé la célébration du Te Deum dans toutes les églises du diocèse. Le jour de la fête, des cloches ont sonné, des salves d'artillerie ont retenti, et un dîner somptueux a été organisé à l'Hôtel de Ville, avec la présence de personnalités locales. Pendant le repas, de l'argent et des vivres ont été distribués au peuple. Une pièce poétique de M. Harduin a été lue, exprimant la joie et la reconnaissance des citoyens d'Arras. Un feu d'artifice et des illuminations étaient prévus, mais la pluie a perturbé leur réalisation. L'édifice pour le feu d'artifice, conçu par l'architecte Beffara, était orné des armes royales et de chronogrammes. La Société Littéraire a exposé des transparents avec des médaillons imaginés par M. Camp, dont le premier représentait l'histoire de l'Artois symbolisée par une femme tenant un médaillon aux armes du Comte d'Artois. Le 6 novembre, un bal a été organisé à l'Hôtel de Ville, décoré somptueusement, avec un buffet pour deux mille personnes. Les États d'Artois ont reporté leurs actions de grâce pour permettre à tous les membres de participer. Le 21 novembre, après une séance solennelle, un Te Deum a été chanté à l'église des Récollets, suivi d'un dîner pour deux cent vingt-cinq personnes. Des salves d'artillerie ont annoncé les santés du Roi, du Dauphin et du nouveau prince, et des pièces d'argent ont été jetées au peuple. Un feu d'artifice en forme de temple a été tiré sur la grande place, illustrant diverses vertus et emblèmes. Les façades de l'Hôtel des États ont été illuminées, et un concert ainsi qu'un bal ont clôturé la fête. Des soupers et distributions de vivres aux pauvres ont été organisés par l'évêque d'Arras et d'autres dignitaires. Le 30 novembre, les Jésuites ont chanté un Te Deum, et une harangue latine a félicité la province pour la naissance du nouveau Comte. D'autres villes de l'Artois ont également célébré cet événement. Par ailleurs, le Roi a nommé de nouveaux commandants pour les côtes de la Méditerranée, la Guyenne, et le Gouvernement de l'Orléannois.
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90
p. 208
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Sa Majesté a écrit aux Archevêques & Evêques de son Royaume, pour faire [...]
Mots clefs :
Archevêques, Évêques, Victoire en Amérique, Te Deum, Victoire en Bretagne
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour de Paris , & c.
SAA Majefté a écrit aux Archevêques & Evêques
de fon Royaume , pour faire chanter le Te Deum ,
en actions de graces de la victoire remportée en
Amérique par M. le Marquis de Montcalm , ou
quatre mille François ont combattu & vaincu
vingt- deux mille hommes ; & de la défaite totale
des Anglois , à Saint- Caft en Bretagne , par M. le
Duc d'Aiguillon , qui a donné dans cette journée
les preuves les plus éclatantes de fon habileté &
de fa valeur.
SAA Majefté a écrit aux Archevêques & Evêques
de fon Royaume , pour faire chanter le Te Deum ,
en actions de graces de la victoire remportée en
Amérique par M. le Marquis de Montcalm , ou
quatre mille François ont combattu & vaincu
vingt- deux mille hommes ; & de la défaite totale
des Anglois , à Saint- Caft en Bretagne , par M. le
Duc d'Aiguillon , qui a donné dans cette journée
les preuves les plus éclatantes de fon habileté &
de fa valeur.
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91
p. 198-199
DE VERSAILLES, le 14 Février.
Début :
Le Roi a donné la Prévôté de S. Pierre de Lille, à l'Abbé de Valory [...]
Mots clefs :
Prévôté, Abbé, Anniversaire du roi, Te Deum, Comte, Purger, État de santé
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texteReconnaissance textuelle : DE VERSAILLES, le 14 Février.
De VERSAILLES , le 14 Février.
LEE Roi a donné la Prévôté de S. Pierre de
Lille, à l'Abbé de Valory la Pommerays, Chanoine
de la même Eglife.
Du 21 du même mois.
Le 15 , jour anniverfaire de la naiffance du
MARS. 1760. 199
Roi , on chanta le Te Deum dans l'Eglife de Notre-
Dame , paroiffe du Château , & dans celles
de Saint Louis & des Récollets. Après la cérémo
nie , on alluma le Bucher qui avoit été préparé
vis- à - vis du portail de l'Eglife. Les Invalides
chargés de la garde de cette Ville , firent une
triple falve de moufquetterie.
>
Le même jour , Sa Majefté tint le Sceau ; & le
Comte de Luface arriva de l'Armée d'Allemagne.
Le 17 , le Roi s'étant fenti un peu indifpofé ,
Sa Majefté fe purgea le 19 ; & la ſanté eſt à préfent
entiérement rétablie.
LEE Roi a donné la Prévôté de S. Pierre de
Lille, à l'Abbé de Valory la Pommerays, Chanoine
de la même Eglife.
Du 21 du même mois.
Le 15 , jour anniverfaire de la naiffance du
MARS. 1760. 199
Roi , on chanta le Te Deum dans l'Eglife de Notre-
Dame , paroiffe du Château , & dans celles
de Saint Louis & des Récollets. Après la cérémo
nie , on alluma le Bucher qui avoit été préparé
vis- à - vis du portail de l'Eglife. Les Invalides
chargés de la garde de cette Ville , firent une
triple falve de moufquetterie.
>
Le même jour , Sa Majefté tint le Sceau ; & le
Comte de Luface arriva de l'Armée d'Allemagne.
Le 17 , le Roi s'étant fenti un peu indifpofé ,
Sa Majefté fe purgea le 19 ; & la ſanté eſt à préfent
entiérement rétablie.
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Résumé : DE VERSAILLES, le 14 Février.
Le 14 février, le roi a nommé l'abbé de Valory la Pommerays prévôt de Saint-Pierre de Lille. Le 15 février, un Te Deum a été chanté dans plusieurs églises pour l'anniversaire du roi, suivi d'un bûcher et de salves de mousqueterie. Le comte de Luface est revenu d'Allemagne. Le roi s'est purgé le 19 février, rétablissant sa santé.
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92
p. 210
« Les fêtes pour l'inauguration de la Statue du Roi érigée dans la Place de [...] »
Début :
Les fêtes pour l'inauguration de la Statue du Roi érigée dans la Place de [...]
Mots clefs :
Fête, Statue du roi de France, Inauguration, Cérémonie, Illumination, Te Deum, Feu d'artifice
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texteReconnaissance textuelle : « Les fêtes pour l'inauguration de la Statue du Roi érigée dans la Place de [...] »
ARTICLE VI .
CÉRÉMONIES ET FESTES
PUBLIQUES.
Les fêtes pour l'inauguration de la
Statue du Roi érigée dans la Place de
Louis XV , & celles qui doivent avoir
lieu à l'occaſion de la paix , occuperont
trois jours , ſçavoir le 20 , 21 & 22 de
ce mois.
Le premier jour est destiné à célébrer
l'auguſte & pompeuſe Cérémonie
de l'inauguration de la Statue. On prépare
des illuminations dans tout le pourtour
de la nouvelle Place & dans l'étendue
des façades , tant conſtruites qu'â
contruire ,des grands bâtimens du côté
du fauxbourg S. Honoré.
Le ſecondjour , ſe fera la publication
de la paix ; & le ſoir de ce même jour
l'Hôtel-de-Ville ſera illuminé.
Le troifiéme jour , Te Deum à Notre
-Dame , Feu d'Artifice ſur l'eau ,&
Illumination générale.
CÉRÉMONIES ET FESTES
PUBLIQUES.
Les fêtes pour l'inauguration de la
Statue du Roi érigée dans la Place de
Louis XV , & celles qui doivent avoir
lieu à l'occaſion de la paix , occuperont
trois jours , ſçavoir le 20 , 21 & 22 de
ce mois.
Le premier jour est destiné à célébrer
l'auguſte & pompeuſe Cérémonie
de l'inauguration de la Statue. On prépare
des illuminations dans tout le pourtour
de la nouvelle Place & dans l'étendue
des façades , tant conſtruites qu'â
contruire ,des grands bâtimens du côté
du fauxbourg S. Honoré.
Le ſecondjour , ſe fera la publication
de la paix ; & le ſoir de ce même jour
l'Hôtel-de-Ville ſera illuminé.
Le troifiéme jour , Te Deum à Notre
-Dame , Feu d'Artifice ſur l'eau ,&
Illumination générale.
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Résumé : « Les fêtes pour l'inauguration de la Statue du Roi érigée dans la Place de [...] »
L'article VI décrit les cérémonies pour l'inauguration de la Statue du Roi et la célébration de la paix sur la Place de Louis XV. Les festivités durent trois jours. Le premier jour, inauguration avec illuminations. Le deuxième jour, proclamation de la paix et illumination de l'Hôtel-de-Ville. Le troisième jour, Te Deum à Notre-Dame, feu d'artifice et illuminations générales.
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