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1
p. 2255-2261
« L'Election faite à Warsovie le 12. Septembre à 4. heures après midi, ayant été unanime, [...] »
Début :
L'Election faite à Warsovie le 12. Septembre à 4. heures après midi, ayant été unanime, [...]
Mots clefs :
Roi, Couronne, Comte, Opposants, Varsovie, Lituanie, Élection, Sénateurs, Nonces, Diète, Stanislas Leszczynski
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texteReconnaissance textuelle : « L'Election faite à Warsovie le 12. Septembre à 4. heures après midi, ayant été unanime, [...] »
L'Election faite à Warsovie le 12. Septembre
à 4. heures après midi , ayant été una
nime , comme nous l'avons déja dit , le Primar
fit la Proclamation en ces termes ; Comme il a
plu au Roy des Rois , que tous les suffrages soient
unanimes en faveur de Stanislas Leszczinski , je
le nommeRoy de Pologne et Grand- Duc de Lithua
mie et de toutes les Provinces qui dépendent de ce
Royaume : Tous les Assistans s'écrierent là-dessus
, Vive le Roy Stanislas Leszczinski,
D'abord après la Proclamation du Roy , on
mit le feu , suivant l'usage , au Kolo , qui avoir
sé construir pour la tenue de la Diette, et Sa
Majesté
2256 MERCURE DE FRANCE
Majesté ayant entendu dans l'Eglise de S. Jean
le Te Deum , chanté au bruit des acclamations du
Peuple , se rendit , accompagnée du Sénat et des
Nonces , au Château.
Le lendemain Le Roy donna audience aux Mr
nistres Etrangers , aux Grands - Officiers de la
Couronne et à tous les Sénateurs qui sont à
Warsovie.
Le Sénat s'assembla le même jour pour déli
berer sur le parti qu'on prendroit par rapport à
P'entrée des Troupes Moscovites en Lithuanie
et sur la conduite qu'il étoit à propos de tenir
l'égard des Palatins et des Gentilshommes qui
s'étoient retirez du Kolo. Il fut résolu sur le premier
article, que le Roy seroit autorisé par la République
à prendre toutes les mesures convenables
pour s'opposer aux entreprises des Puissan-
Ces voisines.
Pour ce qui regarde le Prince Wienovieski ,
Régimentaire de Lithuanie , et ceux qui l'ont
suivi dans sa retraite , il fut décidé qu'on leur
envoyeroit encore une députation , afin de tâcher
de les ramener. Cette nouvelle tentative n'a pas
cú plus de succès que les précédentes , et non
contens d'avoir refusé de recevoir les Députez
qu'on leur envoya à Praage , où ils étoient campez
, ils dresserent une espece de Manifeste , dans
lequel ils essayent , par de fausses allégations
de justifier leurs démarches.
Le 14 les Gardes de la Couronne prêterent
Serment entre les mains du Roy , et monterent
la Garde au Château , Enseignes déployées , avec
les cérémonies ordinaires. Douze des Grands-
Mousquetaires , monterent aussi la Garde dans
PAnti-Chambre du Roy.
Il s'est formé dans l'Armée de Lithuanie , une
confé-
1
OCTOBRE . 1733- 2257
confédération , dont M. Pocci a été fait Maréchal
, et le Prince Wienovieski , craignant d'être,
abandonné , fit rompre le Pont de la Vistule , et
décampa la nuit du 16. au 17. Septembre pout
se retirer à Wingrouf. On l'a poursuivi et l'on
a pris quelques Domestiques et les Equipages du
Palatin de Cracovie , qui ont été rendus sur le
champ par ordre du Roy.
Le bruit qui a couru que le Prince Wienovies .
ki , frere du Régimentaire de Lithuanie , s'étoit
joint à lui , est sans fondement ; il est allé dans
ses Terres,et n'a point suivi le parti des opposans,
On a reçû avis que la Cavalerie des Moscovites
étoit arrivée à Ticóczin sur le Naref, à
vingt -quatre milles de Warsovie.
Le Sénat et les Nonces , dans la derniere Assemblée
qu'ils ont tenue , ont nommé des Dépu
tez de chaque Palatinat , pour demeurer auprès
de la personne du Roy , et pour l'assister de
leurs conseils. Ils ont laissé à S. M. le soin de
donner les ordres nécessaires pour inhumer les
Corps de ses Prédécesseurs , et la liberté de fixer
le jour de son Couronnement , et ils ont reglé
que l'Armée de la Couronne seroit augmentée de
Cent Compagnies de Cavalerie , composées chacune
de cent hommes, et que S.M. pourroit, quand
elle le jugeroit à propos , publier les Universaux ,
afin de faire monter à cheval toute la Noblesse du
Royaume. A la fin de la Séance , le Primat et
M. Radziewski , Maréchal de la Diette d'Election
, congédierent les Nonces , et la Diette se
sépara.
Le 20. Septembre , le Roi accompagné du Priat
, des Sénateurs et des Nonces , se rendit à
'Eglise S. Jean ; et après avoir fait le Serment
ordinaire et juré d'observer les Pacta Conventa ,
258 MERCURE DE FRANCE
+
il reçût le Diptôme ou Acte d'Election , des mains,
de M. Radziewski , qui le harangua avec beau
soup d'éloquence , au nom de la Noblesse . M.
tint ensuite le Senatus-Consilium , en la maniere
accoûtumée.
Le même jour , le Comte de Poniatowski s'étant
démis volontairement de la Charge de Régimentaire
de la Couronne , le Roy donna certe
Charge au Comte Potocki , frere du Primat er
Palatin de Kiovie , qui expedia sur le champ des
ordres pour faire assembler l'Armée , et qui doiz
faire prendre les Armes à 3000, hommes de ses
Vassaux.
Les Opposans ont fait remettre depuis peu au
Sénat le Manifeste qu'ils ont dressé pour essayer
de se justifier , tant auprès des Etrangers , que de
leurs Compatriotes ; le Sénat ayant fait une ré◄
ponse à ce Manifeste , la leur a envoyée , et leur
a fait déclarer qu'on leur accordoit jusqu'au 22 .
pour se déterminer à reconnoître le Roy uranimement
et légitimement élu , et que si après ca
temps ils n'étoient point rentrez dans leur de
voir , on les poursuivroit à la rigueur , comma
rebelles au Souverain et traîtres à la Patrie .
Le Roy ayant reçû avis le 22 , qu'ils pess
voient dans leur opposition , assembla le Sénat,
où il fut résolu que S M. iroit dans le Palatine .
de Prusse , afin d'être plus à portée d'assemble.
es Troupes et d'entretenir la communication.
entre cette Ville et celle de Dantzick , S. M. et
*consequence de cette Déliberation , partit la nusuivante
pour se rendre à cette derniere Ville ,
coucha le 24. 2 Lowitz , chez le Primat , qui
ayant été averti que le parti des Opposans avo
formé le projet de l'enlever, a été obligé
prendre des mesures pour ne pas tomber, er
eurs mains,
1
OCTOBR E. 1733. 2259.
Le Marquis de Monti , Ambassadeur de Frane
, la plus grande partie des Ministres Etrangers,
et tous les Sénateurs , excepté le Palatin de Kio
vie , qui est resté pour commander les Troupes
que le Roy a laissées à Warsovie , ont suivi
5. M. Les Gardes de la Couronne ne l'ont point
accompagnée , et ils ont eu ordre d'aller joindre
un Corps de Cavalerie qu'on a envoyé près du
Convent de Belliani , et de s'y fortifier pour disputer
le passage de la Vistule à la Cavalerie da
General Lucci.
On a appris qu'un Détachement des Troupes
de la République ayant attaqué l'Infanterie Mos
covite au passage d'une Riviere , avoit tué unc
partie de ceux qui l'avoient déja passée et mis le
reste en fuite. Le Parti opposé a enlevé de l'autre
côté de la Vistule les Bagages de M. Maschalki
, Maréchal de la derniere Diette Generale
de Convocation.
Mo
On a appris de Dantzick, que le 19. Septem- ,
bre , le Magistrat de cette Ville fit annoncer au
Peuple , au son des Trompettes , l'avenement du
Roy Stanislas au Trône de Pologne , et que le
lendemain il fut chanté à cette occasion un Te
Deum dans les Eglises de cette Ville , au bruit
de toute l'Artillerie des Remparts.
Les Lettres de Warsovie du commencement
de ce mois, portent que le Comte Potoscki , Régimentaire
de la Couronne , est campé avec un
Corps de
hommes à Mariemont ,
à 15000. 14.
où on lui a envoyé 18. pieces de Canon , avec
une grande quantité de munitions de guerre.
Les Gardes de la Couronne , qui étoient destinées
à aller disputer le passage de la Vistule aux
Moscovites , ont reçu un contre-ordre , et elles
doivent se rendre incessamment au Camp de ce
General. Gij Од
2260 MERCURE DE FRANCE ¦
On a expedié les ordres nécessaires pour augmenter
l'Armée de 100. Compagnies de Cavales
rie , composées chacune de 10c . hommes , insi
qu'il a été reglé dans la derniere Assemblée que
le Sénat et les Nonces ont tenue avant la sépara →
tion de la Diette d'Election.
Le Roy arriva à Dantzick le 2. Octobre , ac-.
compagné du Comte Poniatowski et de plusieurs
Seigneurs ; il y a été suivi par le Primat ,
le Palatin de Massovie , les trois Princes Czartorinski
, les Palatins de Russie et de Mariembourg
, l'Evêque de Plocko , M. Tobianski ,
Grand-Chambellan de la Couronne , le Comte
de Danhoff , Grand- Chambelan de Lithuanie
M. Ossolenski , Grand - Trésorier de la Couronne
, M. Bielinski , Maréchal de la Cour , et un
grand nombre d'autres personnes de distinction.
Le Comte Sapieha , Grand- Enseigne de Lithua
nie , M. Oginski , Grand- Trésorier de ce Duché
, et plusieurs autres Sénateurs ou Gentilshommes
, qui étoient dans le Camp des Opposans
, ont abandonné ce parti , et ils ont écrit au
Roy , pour l'assurer de leur soumission et de
leur fidelité , et pour le supplier de leur pardonner
s'ils ont differé si long- temps à lui rendre
hommage. Le reste des Opposans s'est retiré dans .
la Ville de Bialla , et ils paroissent persister dans
le dessein de joindre l'Armée du Géneral Lucci.
On écrit de Dantzick , que la plus grande par
tie des Sénateurs et de la principale Noblesse ,
sont venus y joindre le Roy, qui a résolu d'y de
meurer jusqu'à- ce qu'il se puisse mettre à la tête
de l'Armée de la Couronne. On y fait apporter
de Cracovie la Couronne , le Sceptre , le Globe
et les autres marques de la dignité Royale , qui
doivent servir au Couronnement de S. M.
Le
OCTOBR E. 1733- 2261
Le Corps des Grands- Mousquetaires , que le
Roy avoit licentie , ayant fait témoigner à S. M
que tous ceux qui le composoient desiroient de
porter les armes pour son service , S. M. les a
retenus à sa solde, et le Comte Blendowski les
commandera.
Outre les cent Compagnies de Cavalerie dont
la République a ordonné que les Troupes seroient
augmentées , le Roy en a fair lever 40.
chacune aussi de 100 hommes , que S. M. doit
entretenir à ses dépens.. J
Selon les derniers avis reçus du Camp de Mariemart,
le Comte Potoscki , Régimentaire de la
Couronne , a député le Castellan de Trock er
M. Swaykowski , Chanoine de Cracovie , aux
Opposans , pour leur donner part de sa nouvelle
Dignité , et les exhorter à prévenir par une
prompte soumission les Actes d'hostiilté que sa
Charge et leur desobéissance . l'alloient forcer
commettre contre eux. On ajoûte qu'il a fair
prendre les armes , ainsi qu'il s'y est engagé , à
3000. de ses Vassaux , qui sont en marche pour
se rendre à son Camp.
On mande de Warsovie , que les Opposans
persistoient dans leur révolte , malgré la retraite
de plusieurs d'entre eux , et que le 5. Octobre , à
l'instigation du Prince Wienovicsk , Régimentaire
de Lithuanie , et du Prince Lubomirski , et
forcez par les Moscovites , ils avoient élû tumultueusement
l'Electeur de Saxe , qu'ils avoient
fait proclamer à la hâte par l'Evêque de Cracovie
, et à qui ils avoient dépêché le Staroste Linowski
, pour lui donner part de cette préten
duë Election.
à 4. heures après midi , ayant été una
nime , comme nous l'avons déja dit , le Primar
fit la Proclamation en ces termes ; Comme il a
plu au Roy des Rois , que tous les suffrages soient
unanimes en faveur de Stanislas Leszczinski , je
le nommeRoy de Pologne et Grand- Duc de Lithua
mie et de toutes les Provinces qui dépendent de ce
Royaume : Tous les Assistans s'écrierent là-dessus
, Vive le Roy Stanislas Leszczinski,
D'abord après la Proclamation du Roy , on
mit le feu , suivant l'usage , au Kolo , qui avoir
sé construir pour la tenue de la Diette, et Sa
Majesté
2256 MERCURE DE FRANCE
Majesté ayant entendu dans l'Eglise de S. Jean
le Te Deum , chanté au bruit des acclamations du
Peuple , se rendit , accompagnée du Sénat et des
Nonces , au Château.
Le lendemain Le Roy donna audience aux Mr
nistres Etrangers , aux Grands - Officiers de la
Couronne et à tous les Sénateurs qui sont à
Warsovie.
Le Sénat s'assembla le même jour pour déli
berer sur le parti qu'on prendroit par rapport à
P'entrée des Troupes Moscovites en Lithuanie
et sur la conduite qu'il étoit à propos de tenir
l'égard des Palatins et des Gentilshommes qui
s'étoient retirez du Kolo. Il fut résolu sur le premier
article, que le Roy seroit autorisé par la République
à prendre toutes les mesures convenables
pour s'opposer aux entreprises des Puissan-
Ces voisines.
Pour ce qui regarde le Prince Wienovieski ,
Régimentaire de Lithuanie , et ceux qui l'ont
suivi dans sa retraite , il fut décidé qu'on leur
envoyeroit encore une députation , afin de tâcher
de les ramener. Cette nouvelle tentative n'a pas
cú plus de succès que les précédentes , et non
contens d'avoir refusé de recevoir les Députez
qu'on leur envoya à Praage , où ils étoient campez
, ils dresserent une espece de Manifeste , dans
lequel ils essayent , par de fausses allégations
de justifier leurs démarches.
Le 14 les Gardes de la Couronne prêterent
Serment entre les mains du Roy , et monterent
la Garde au Château , Enseignes déployées , avec
les cérémonies ordinaires. Douze des Grands-
Mousquetaires , monterent aussi la Garde dans
PAnti-Chambre du Roy.
Il s'est formé dans l'Armée de Lithuanie , une
confé-
1
OCTOBRE . 1733- 2257
confédération , dont M. Pocci a été fait Maréchal
, et le Prince Wienovieski , craignant d'être,
abandonné , fit rompre le Pont de la Vistule , et
décampa la nuit du 16. au 17. Septembre pout
se retirer à Wingrouf. On l'a poursuivi et l'on
a pris quelques Domestiques et les Equipages du
Palatin de Cracovie , qui ont été rendus sur le
champ par ordre du Roy.
Le bruit qui a couru que le Prince Wienovies .
ki , frere du Régimentaire de Lithuanie , s'étoit
joint à lui , est sans fondement ; il est allé dans
ses Terres,et n'a point suivi le parti des opposans,
On a reçû avis que la Cavalerie des Moscovites
étoit arrivée à Ticóczin sur le Naref, à
vingt -quatre milles de Warsovie.
Le Sénat et les Nonces , dans la derniere Assemblée
qu'ils ont tenue , ont nommé des Dépu
tez de chaque Palatinat , pour demeurer auprès
de la personne du Roy , et pour l'assister de
leurs conseils. Ils ont laissé à S. M. le soin de
donner les ordres nécessaires pour inhumer les
Corps de ses Prédécesseurs , et la liberté de fixer
le jour de son Couronnement , et ils ont reglé
que l'Armée de la Couronne seroit augmentée de
Cent Compagnies de Cavalerie , composées chacune
de cent hommes, et que S.M. pourroit, quand
elle le jugeroit à propos , publier les Universaux ,
afin de faire monter à cheval toute la Noblesse du
Royaume. A la fin de la Séance , le Primat et
M. Radziewski , Maréchal de la Diette d'Election
, congédierent les Nonces , et la Diette se
sépara.
Le 20. Septembre , le Roi accompagné du Priat
, des Sénateurs et des Nonces , se rendit à
'Eglise S. Jean ; et après avoir fait le Serment
ordinaire et juré d'observer les Pacta Conventa ,
258 MERCURE DE FRANCE
+
il reçût le Diptôme ou Acte d'Election , des mains,
de M. Radziewski , qui le harangua avec beau
soup d'éloquence , au nom de la Noblesse . M.
tint ensuite le Senatus-Consilium , en la maniere
accoûtumée.
Le même jour , le Comte de Poniatowski s'étant
démis volontairement de la Charge de Régimentaire
de la Couronne , le Roy donna certe
Charge au Comte Potocki , frere du Primat er
Palatin de Kiovie , qui expedia sur le champ des
ordres pour faire assembler l'Armée , et qui doiz
faire prendre les Armes à 3000, hommes de ses
Vassaux.
Les Opposans ont fait remettre depuis peu au
Sénat le Manifeste qu'ils ont dressé pour essayer
de se justifier , tant auprès des Etrangers , que de
leurs Compatriotes ; le Sénat ayant fait une ré◄
ponse à ce Manifeste , la leur a envoyée , et leur
a fait déclarer qu'on leur accordoit jusqu'au 22 .
pour se déterminer à reconnoître le Roy uranimement
et légitimement élu , et que si après ca
temps ils n'étoient point rentrez dans leur de
voir , on les poursuivroit à la rigueur , comma
rebelles au Souverain et traîtres à la Patrie .
Le Roy ayant reçû avis le 22 , qu'ils pess
voient dans leur opposition , assembla le Sénat,
où il fut résolu que S M. iroit dans le Palatine .
de Prusse , afin d'être plus à portée d'assemble.
es Troupes et d'entretenir la communication.
entre cette Ville et celle de Dantzick , S. M. et
*consequence de cette Déliberation , partit la nusuivante
pour se rendre à cette derniere Ville ,
coucha le 24. 2 Lowitz , chez le Primat , qui
ayant été averti que le parti des Opposans avo
formé le projet de l'enlever, a été obligé
prendre des mesures pour ne pas tomber, er
eurs mains,
1
OCTOBR E. 1733. 2259.
Le Marquis de Monti , Ambassadeur de Frane
, la plus grande partie des Ministres Etrangers,
et tous les Sénateurs , excepté le Palatin de Kio
vie , qui est resté pour commander les Troupes
que le Roy a laissées à Warsovie , ont suivi
5. M. Les Gardes de la Couronne ne l'ont point
accompagnée , et ils ont eu ordre d'aller joindre
un Corps de Cavalerie qu'on a envoyé près du
Convent de Belliani , et de s'y fortifier pour disputer
le passage de la Vistule à la Cavalerie da
General Lucci.
On a appris qu'un Détachement des Troupes
de la République ayant attaqué l'Infanterie Mos
covite au passage d'une Riviere , avoit tué unc
partie de ceux qui l'avoient déja passée et mis le
reste en fuite. Le Parti opposé a enlevé de l'autre
côté de la Vistule les Bagages de M. Maschalki
, Maréchal de la derniere Diette Generale
de Convocation.
Mo
On a appris de Dantzick, que le 19. Septem- ,
bre , le Magistrat de cette Ville fit annoncer au
Peuple , au son des Trompettes , l'avenement du
Roy Stanislas au Trône de Pologne , et que le
lendemain il fut chanté à cette occasion un Te
Deum dans les Eglises de cette Ville , au bruit
de toute l'Artillerie des Remparts.
Les Lettres de Warsovie du commencement
de ce mois, portent que le Comte Potoscki , Régimentaire
de la Couronne , est campé avec un
Corps de
hommes à Mariemont ,
à 15000. 14.
où on lui a envoyé 18. pieces de Canon , avec
une grande quantité de munitions de guerre.
Les Gardes de la Couronne , qui étoient destinées
à aller disputer le passage de la Vistule aux
Moscovites , ont reçu un contre-ordre , et elles
doivent se rendre incessamment au Camp de ce
General. Gij Од
2260 MERCURE DE FRANCE ¦
On a expedié les ordres nécessaires pour augmenter
l'Armée de 100. Compagnies de Cavales
rie , composées chacune de 10c . hommes , insi
qu'il a été reglé dans la derniere Assemblée que
le Sénat et les Nonces ont tenue avant la sépara →
tion de la Diette d'Election.
Le Roy arriva à Dantzick le 2. Octobre , ac-.
compagné du Comte Poniatowski et de plusieurs
Seigneurs ; il y a été suivi par le Primat ,
le Palatin de Massovie , les trois Princes Czartorinski
, les Palatins de Russie et de Mariembourg
, l'Evêque de Plocko , M. Tobianski ,
Grand-Chambellan de la Couronne , le Comte
de Danhoff , Grand- Chambelan de Lithuanie
M. Ossolenski , Grand - Trésorier de la Couronne
, M. Bielinski , Maréchal de la Cour , et un
grand nombre d'autres personnes de distinction.
Le Comte Sapieha , Grand- Enseigne de Lithua
nie , M. Oginski , Grand- Trésorier de ce Duché
, et plusieurs autres Sénateurs ou Gentilshommes
, qui étoient dans le Camp des Opposans
, ont abandonné ce parti , et ils ont écrit au
Roy , pour l'assurer de leur soumission et de
leur fidelité , et pour le supplier de leur pardonner
s'ils ont differé si long- temps à lui rendre
hommage. Le reste des Opposans s'est retiré dans .
la Ville de Bialla , et ils paroissent persister dans
le dessein de joindre l'Armée du Géneral Lucci.
On écrit de Dantzick , que la plus grande par
tie des Sénateurs et de la principale Noblesse ,
sont venus y joindre le Roy, qui a résolu d'y de
meurer jusqu'à- ce qu'il se puisse mettre à la tête
de l'Armée de la Couronne. On y fait apporter
de Cracovie la Couronne , le Sceptre , le Globe
et les autres marques de la dignité Royale , qui
doivent servir au Couronnement de S. M.
Le
OCTOBR E. 1733- 2261
Le Corps des Grands- Mousquetaires , que le
Roy avoit licentie , ayant fait témoigner à S. M
que tous ceux qui le composoient desiroient de
porter les armes pour son service , S. M. les a
retenus à sa solde, et le Comte Blendowski les
commandera.
Outre les cent Compagnies de Cavalerie dont
la République a ordonné que les Troupes seroient
augmentées , le Roy en a fair lever 40.
chacune aussi de 100 hommes , que S. M. doit
entretenir à ses dépens.. J
Selon les derniers avis reçus du Camp de Mariemart,
le Comte Potoscki , Régimentaire de la
Couronne , a député le Castellan de Trock er
M. Swaykowski , Chanoine de Cracovie , aux
Opposans , pour leur donner part de sa nouvelle
Dignité , et les exhorter à prévenir par une
prompte soumission les Actes d'hostiilté que sa
Charge et leur desobéissance . l'alloient forcer
commettre contre eux. On ajoûte qu'il a fair
prendre les armes , ainsi qu'il s'y est engagé , à
3000. de ses Vassaux , qui sont en marche pour
se rendre à son Camp.
On mande de Warsovie , que les Opposans
persistoient dans leur révolte , malgré la retraite
de plusieurs d'entre eux , et que le 5. Octobre , à
l'instigation du Prince Wienovicsk , Régimentaire
de Lithuanie , et du Prince Lubomirski , et
forcez par les Moscovites , ils avoient élû tumultueusement
l'Electeur de Saxe , qu'ils avoient
fait proclamer à la hâte par l'Evêque de Cracovie
, et à qui ils avoient dépêché le Staroste Linowski
, pour lui donner part de cette préten
duë Election.
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Résumé : « L'Election faite à Warsovie le 12. Septembre à 4. heures après midi, ayant été unanime, [...] »
Le 12 septembre, Stanislas Leszczinski est élu roi de Pologne et grand-duc de Lituanie à Varsovie. La proclamation est suivie de l'incendie du Kolo et du chant du Te Deum. Le roi reçoit ensuite les ministres étrangers, les grands officiers et les sénateurs. Le Sénat délibère sur l'entrée des troupes moscovites en Lituanie et la conduite à tenir envers les opposants. Il autorise le roi à prendre des mesures contre les entreprises des puissances voisines et décide d'envoyer une députation au prince Wienovieski et ses partisans. Le 14 septembre, les gardes de la couronne prêtent serment et montent la garde au château. Une confédération se forme dans l'armée de Lituanie, et le prince Wienovieski se retire à Wingrouf. Le Sénat nomme des députés de chaque palatinat pour assister le roi et régule l'augmentation de l'armée. Le 20 septembre, le roi prête serment et reçoit l'acte d'élection. Le comte de Poniatowski démissionne, et le comte Potocki est nommé à sa place. Les opposants, dirigés par le prince Wienovieski et le prince Lubomirski, élisent l'électeur de Saxe comme roi et lui envoient un messager. Le roi Stanislas se rend à Dantzick pour rassembler les troupes et maintenir la communication avec cette ville. Les sénateurs et la noblesse rejoignent le roi à Dantzick, où les insignes royaux sont apportés pour le couronnement. Le roi retient les Grands-Mousquetaires à sa solde et lève 40 compagnies de cavalerie supplémentaires. Malgré la retraite de certains opposants, ces derniers persistent dans leur révolte et élisent l'électeur de Saxe comme roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 2697-2704
PARALLELE, de l'Election à la Couronne de Pologne, faite en faveur du Serénissime STANISLAS LESZCZYNSKI, & du Sérénissime FREDERIC AUGUSTE.
Début :
1o. Le Serénissime Stanislas Leszczynski a eu pour lui les suffrages unanimes et prompts de [...]
Mots clefs :
Élection, Stanislas Leszczynski, Auguste III de Pologne, République, Royaume, Nomination, Constitution, Pologne, Diète de convocation, Suffrages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PARALLELE, de l'Election à la Couronne de Pologne, faite en faveur du Serénissime STANISLAS LESZCZYNSKI, & du Sérénissime FREDERIC AUGUSTE.
PARALLELE , de l'Election à la
Couronne de Pologne , faite en faveur du
Serenissime STANISLAS LESZCZYNSKI ,
du Serénissime FREDERIC AUGUSTE.
de
1°. Le Serénissime Stanislas Leszczynski a en
pour lui les suffrages unanimes et prompts
la Republique entiere , assemblée légitimement ,
c'est- à-dire de tous les Palatinats , Territoires
et Districts , au nombre de plus de 60000 hommes,
après que S. A.le Primat leur a eu demandễ
qui on devoit nommer Roi de Pologne ; et le
Grand Maréchal de la Couronne a proclamé ce
Prince en cette qualité .
I. De tant de milliers d'Hommes qui étoient ,
dans le Camp Electoral , pas un n'a nommé le
Serenissime Frédéric Auguste , et par conséquent
s'il n'a été proposé ni à la République ni par la
L. Voli
Ré
2698 MERCURE DE FRANCE
République , il n'a på en aucune maniere êtrè
nommé.
En quel tems .
2°. Le S. Stanislas a été élû dans le terme fixé
par unc constitution de la Diette de convocation
tenue cette année. Ainsi , on s'est conformé en
l'élisant à cette constitution qui prescrit pour des
raisons très importantes de terminer sans délai
P'Election du Roy , outre que dans le tempsmême
de l'Election , les Palatinats demandoient
qu'on pressa la nomination , comme il s'étoit
pratiqué dans un cas semblable ; sçavoir à l'Election
d'Uladislas IV. à laquelle les Russiens vou
loient mettre obstacle .
II. Lorsque le S. Frédéric Auguste a été élû ,
le temps de l'Election étoit passé , parce que cel
le du S Stanislas étant légitimement terminée
par la même , la Dietre d'Election l'étoit aussi ,
et que tous les Palatinats, Territoires et Districts
s'étoient retirez du Champ d'Election , après
avoir reçu les adieux de leur Maréchal , sans
avoir limité l'Acte d'Election , de sorte que si la
premiere Election avoit été deffectueuse , il en
faudroit faire une nouvelle , indiquer une nouvelle
Diette de Convocation , assembler de nouveau
les Diettines, expédier pour ce sujet de noupeaux
Universaux , & c,
En quel lieu.
3 °. Le S. Stanislas a été élû dans le lieu désigné
par une foule de Constitutions du Royaume,
et dernierement encore par celle de la Distte de
Convocation , tenue cette année ; c'est - à-dire
dans le Champ Electoral , ainsi qu'on l'appelle
proprement , entre Warsovie et le Village de
I. Vol. Vuola
DECEMBRE. 1733. 2899.
Vvola , où de temps immémorial des Elections
ont coûtume de se faire selon les anciennes Cons◄
titutions.
III. Le S. Frédéric- Auguste a été élû de l'autre
côté de la Vistule , dans la Plaine de Praage
joignant un Bois , près d'un Village , nommé
Kamien ; et là un grand Chemin a servi de
Champ Electoral , et une Hôtellerie de Szopa .
pour les Sénateurs au mépris des Constitutions,
Usages et Coutumes , et quoique les Dieures de
Convocation fixent toujours le temps et le lieu
où de tels Actes se doivent passer; tellement qu'un
Acte célébré hors du lieu , marqué par la Loy
est déslois absolument nul.
Par qui él .
4°. Le S. Stanislas a eu dans son E'ection , ce
qui en fait le point le plus essentiel ; sçavoir , la,
présence de tous les Palatinats , Terres , et Disericts
, sans en excepter un seul , qui après les
solemnitez ordinaires , Pont élû librement et de
plein gré, tellement que pour lui se sont réunies
les voix de plus de 60000 hommes , et d'un Peu-,
ple Electeur , dont la conduite et le droit song
irreprochables.
IV. Il ne s'est trouvé à l'Election du S. Frédéric-
Auguste, aucun Palatinar , Territoire , ni
District. li n'a été élû que par un petit nombre
de Gens et par de simples Particuliers , à qui la,
République n'avoit point donné pouvoir de le.
faire. Il a été élû par des Gens qu'on arrêta
lorsqu'ils retournoient chez eux après l'Election
et dont les uns donnérent leurs voix , ‹ffrayez,
par les Universaux du Général Lesci , qui menaçoit
de mettre tout à feu et à sang , tandis que
les autres vendirent bien leurs suffrages.
J. Vol.
ป
2700 MERCURE DE FRANCE
Il a été élû par des Parjures , dont quelques
uns avoient juré deux ou trois fois , que , se con
formant à l'intention unanime de la République
et aux Instructions expresses de la plupart des
Palatinats , Terres et Districts , ils n'éliroient
point de Candidat qui ne fut né de pere et de
mere Catholiques Romains , et qui cût des Domaines
ou des Armées hots du Royaume.
Il a eu pour Electeurs des Proscrits et des Ennemis
de la Patrie , déclarez tels , en partie par la
Constitution de la Diette de Convocation , contre
ceux qui éliroient un Roy étranger et ayant
des Domaines hors du Royaume, et en partie par
le Decret de la République entiere , assemblée
dans le Champ Electoral, Décret qu'elle a inséré
dans son Manifeste , contre l'invasion des Russiens
, et que signérent ceux - là même qui ont
adhéré à ces Russiens dans l'Election du S. Fré
deric- Auguste.
Au reste , je dis par le Décret , parce qu'effec
tivement il comprend , non seulement ceux qui
ont attiré l'Armée Russienne , mais encore tous
ceux qui pourroient dans la suite adhérer aux
Russiens , et que la République les y a déclareztous
également Ennemis de la Patrie , abandonnez
à la vengeance d'un chacun , &c.
Il faut aussi remarquer que n'y ayant à l'E
Tection aucun Député de la Grande Pologne , on
ya appellé deux jeunes Seigneurs du nom de
Dzialynski , qui faisoient leurs Etudes à Varsovie.
Ce qu'il y a de plus étrange , c'est qu'ur
Enfant de sept ans , Fils de l'Illustrissime Seigneur
Potocki, Maréchal de la Cour du Royaume
, a été invité à l'Election , et qu'on lui en a
fait signer l'Acte, afin , sans doute , qu'en voyant
ce nom parmi les autres , on puisse croire que
I. Fol. quel
DECEMBRE. 1733. 2701
quelqu'un de la Maison Potocki adhére au parti
de l'Electeur de Saxe.
Par qui nommé.
s . Le S. Stanislas a été nommé par Monsei
gneur Théodore Potocki , Archevêque de Gnêsne,
Primat du Royaume , c'est - à dire , un Prélat à
qui les Loix du Royaume , les Bulles des Papes ,
et particulierement la Constitution de la Diette
de Convocation , Constitution confirmée par le
serment des Evêques , conférent expres ément
et privativement à tous autres Evêques , le droit
de nommer le Roy. Tous sont donc exclus par
leurs sermens et sous certaines peines du droit
de nommer les Rois. Il y a même une Bulle du
Pape Sixte V. qui porté que , si un Roy a été
nommé par un autre que par le Primat du
Royaume , non - seulement l'Evêque qui a fait la
nomination , encourt des peines exprimées dans
cette Bulle , mais encore que cette nomination
est nulle et sans force.
V. Le S. Frederic Auguste a été nommé , non
par le Primat , mais par M. Hostus , Evêque de
Posnanie , en quoi ce Prélat a violé p.emierement
le serment géneral qu'il a prêté comme
Sénateur , de détourner tout ce qui peut être préjudiciable
à la République , puisque par sa nomination
il a attiré sur elle les plus grands maux,
porté atteinte à la liberté des Elections , occasionné
le renversement de l'Etat et des Loix ,
procuré l'effusion du sang humain , la désolation
du Royaume , l'oppression des Pauvres , la vio
lation des immunitez Ecclesiastiques , et enfin
le pillage des biens appartenans au Clergé .
Il a violé en second lieu le serment general
par lequel il s'est obligé dans la Diette de Con-
L. Vol. Vocation
2702 MERCURE DE FRANCE
vocation , de ne point élire de Roy étranger , on
ayant ses Domaines hors du Royaume.
Il a violé enfin le serment particulier que les au
tres Evêques et lui - même ont fait dans la susdite
Diette, de ne point attenter au droit de nommer
le Roy , droit que les Loix ont attaché à la dignité
du Primat. En un mot , le S. Auguste s'est
trouvé n'avoir que la nomination d'un Prélat ,
qui par cette nomination - là même , violoit tout
la fois trois sermens , et qui en même temps
encouroit les peines exprimées par le Decret que
la République entiere a inseré dans son Manifeste
et auquel lui - même a souscrit,
De quelle maniere ?
6. Le S. Stanillas a été élû par la République
avec une entiere liberté , et sans qu'il y cûr ni
Armée ni Troupes qui arrachassent les suffrages
de qui que ce soit en faveur d'un Candidat. Il a
été élú avec le consentement unanime de tous
ceux qui étoient dans le Champ Electoral , et sans
la moindre contradiction : Car il ne faut pas regarder
comme telles ni les oppositions que
M. Kaminski commençoit à faire dans le lieu
de la nomination , ni la retraite du Staroste d'O
poczyn , qui la veille de l'Election sortit du
Champ Electoral; le premier ramené par des re
montrances amiables et par de bons conseils , ré.
voqua son opposition de bon coeur et sans qu'on
lui fit la moindre violence ; il la révoqua à l'instant
et sur le lieu même , et il cria Vive Stanislase
Le second marqua par une Lettre la joye qu'il
avoit de l'heureux succès de l'Election et félicita
le Prince , sur qui elle étoit tombée , et quant
aux autres Electeurs , le lendemain de l'Election
ils allerent saluer l'Elû et l'assurer d'une parfaite
soumission.
DECEMBRE. 1733. 2703.
VI. Le S. Frederic Auguste a été élû avec
tout ce qui marque la derniere violence, puisque
les Electeurs étoient environnez d'une Armée
nombreuse , et qu'on n'obtint leurs suffrages
que par des persuasions armées . L'Election n'a
donc pas été libre. Mais comment eût - ele pů
l'être , lorsqu'un petit nombre de Citoyens pri-"
vez partagez en quatre Candidats , et devant
élire un Roy par confédération , voyoient dans
le parti du S. Frederic Auguste , le General Lesci,
agissant avec une autorité souveraine , nommer
et proclamer le premier ce Prince ? entraînez par.
la force superieure , ils ont accedé à cette Election
avec moins de joye que d'apparence de respect
, et on en trouve les preuves dans une Let-'
tre originale du même General Lesci au Comte
d'Osterman , où il s'exprime en ces termes :
Les Seigneurs Polonois étant divisez entre eux
sur le choix d'un Candidat , je les ai obligez par
des promesses et plus encore par des menaces , à dé
ferer la Couronne à l'Electeur de Saxe. Il sera assez
puissant pour se maintenir sur le Trône et pour
deffendre ceux qui l'y ont élevé.
L'Election du Sérenissime Auguste II. de
glorieuse mémoire , quoique faite par une Session
, a de grands avantages sur la prétendue
Election du S. Frederic Auguste. La premiere
fut l'ouvrage d'une partie considerable de la République
, légitimement assemblée dans le lieu
accoûtumé et désigné par la Constitution et le
temps de l'Election n'étoit pas encore écoulé ,
de sorte qu'en même- temps et au même endroit,
on nomma les deux Candidats en présence de
tous les Palatinats , Terres et Districts . La se
conde n'a été faite ni dans le lieu ni au temps
que les Loix marquaient , ni à la face de la Ré
山
1. Vol. publique
2704 MERCURE DE FRANCE
publique assemblée , et le S. Frederic Augusté a
été proclamé par une poignée d'hommes desti ."
tuez de tout pouvoir et autorité , par des hommes
que les Loix ont notez , par des hommes"
Sujets aux peines décernées contre les Traîtres ,'
et enfin sans qu'il ait assisté à cet Acte aucun
Palatinat , Territoire ni District.
Sans y être mieux
autorisé
, on a transferé
de
Praage
à Warsovie
, les Séances
touchant
les
Pacta
Conventa
, et on les y a continuées
15.
jours de suite aprés cette fausse
Election
. Par les´
mêmes
Pacta-Conventa
, on a ouvert
aux Trou."
pes Russiennes
le passage
en Pologne
, et on leur
a permis
d'y aller en tels lieux qu'il leur plairoit.
On a bien voulu
fournir
par là une occasion
continuelle
à des troubles
domestiques
, et
de justes
raisons
aux Etrangers
de nous déclarer
la guerre
, et on s'est peu soucié
d'einbarasser
la République.
Nous soumettons ce fidelle et exact Parallele
au jugement de l'Univers . Qu'on juge qui il
faut reconnoître pour légitime Roy de Pologne,
ou d'un Prince élû contre toutes sortes de Loix
et Constitutions et par la seule force des Armes
ou d'un autre qui a été élû selon ces Loix er
Constitutions , et que les suffrages libres et unanimes
de tout ce qu'il y avoit d'Electeurs , ont
élevé sur le Trône.
Couronne de Pologne , faite en faveur du
Serenissime STANISLAS LESZCZYNSKI ,
du Serénissime FREDERIC AUGUSTE.
de
1°. Le Serénissime Stanislas Leszczynski a en
pour lui les suffrages unanimes et prompts
la Republique entiere , assemblée légitimement ,
c'est- à-dire de tous les Palatinats , Territoires
et Districts , au nombre de plus de 60000 hommes,
après que S. A.le Primat leur a eu demandễ
qui on devoit nommer Roi de Pologne ; et le
Grand Maréchal de la Couronne a proclamé ce
Prince en cette qualité .
I. De tant de milliers d'Hommes qui étoient ,
dans le Camp Electoral , pas un n'a nommé le
Serenissime Frédéric Auguste , et par conséquent
s'il n'a été proposé ni à la République ni par la
L. Voli
Ré
2698 MERCURE DE FRANCE
République , il n'a på en aucune maniere êtrè
nommé.
En quel tems .
2°. Le S. Stanislas a été élû dans le terme fixé
par unc constitution de la Diette de convocation
tenue cette année. Ainsi , on s'est conformé en
l'élisant à cette constitution qui prescrit pour des
raisons très importantes de terminer sans délai
P'Election du Roy , outre que dans le tempsmême
de l'Election , les Palatinats demandoient
qu'on pressa la nomination , comme il s'étoit
pratiqué dans un cas semblable ; sçavoir à l'Election
d'Uladislas IV. à laquelle les Russiens vou
loient mettre obstacle .
II. Lorsque le S. Frédéric Auguste a été élû ,
le temps de l'Election étoit passé , parce que cel
le du S Stanislas étant légitimement terminée
par la même , la Dietre d'Election l'étoit aussi ,
et que tous les Palatinats, Territoires et Districts
s'étoient retirez du Champ d'Election , après
avoir reçu les adieux de leur Maréchal , sans
avoir limité l'Acte d'Election , de sorte que si la
premiere Election avoit été deffectueuse , il en
faudroit faire une nouvelle , indiquer une nouvelle
Diette de Convocation , assembler de nouveau
les Diettines, expédier pour ce sujet de noupeaux
Universaux , & c,
En quel lieu.
3 °. Le S. Stanislas a été élû dans le lieu désigné
par une foule de Constitutions du Royaume,
et dernierement encore par celle de la Distte de
Convocation , tenue cette année ; c'est - à-dire
dans le Champ Electoral , ainsi qu'on l'appelle
proprement , entre Warsovie et le Village de
I. Vol. Vuola
DECEMBRE. 1733. 2899.
Vvola , où de temps immémorial des Elections
ont coûtume de se faire selon les anciennes Cons◄
titutions.
III. Le S. Frédéric- Auguste a été élû de l'autre
côté de la Vistule , dans la Plaine de Praage
joignant un Bois , près d'un Village , nommé
Kamien ; et là un grand Chemin a servi de
Champ Electoral , et une Hôtellerie de Szopa .
pour les Sénateurs au mépris des Constitutions,
Usages et Coutumes , et quoique les Dieures de
Convocation fixent toujours le temps et le lieu
où de tels Actes se doivent passer; tellement qu'un
Acte célébré hors du lieu , marqué par la Loy
est déslois absolument nul.
Par qui él .
4°. Le S. Stanislas a eu dans son E'ection , ce
qui en fait le point le plus essentiel ; sçavoir , la,
présence de tous les Palatinats , Terres , et Disericts
, sans en excepter un seul , qui après les
solemnitez ordinaires , Pont élû librement et de
plein gré, tellement que pour lui se sont réunies
les voix de plus de 60000 hommes , et d'un Peu-,
ple Electeur , dont la conduite et le droit song
irreprochables.
IV. Il ne s'est trouvé à l'Election du S. Frédéric-
Auguste, aucun Palatinar , Territoire , ni
District. li n'a été élû que par un petit nombre
de Gens et par de simples Particuliers , à qui la,
République n'avoit point donné pouvoir de le.
faire. Il a été élû par des Gens qu'on arrêta
lorsqu'ils retournoient chez eux après l'Election
et dont les uns donnérent leurs voix , ‹ffrayez,
par les Universaux du Général Lesci , qui menaçoit
de mettre tout à feu et à sang , tandis que
les autres vendirent bien leurs suffrages.
J. Vol.
ป
2700 MERCURE DE FRANCE
Il a été élû par des Parjures , dont quelques
uns avoient juré deux ou trois fois , que , se con
formant à l'intention unanime de la République
et aux Instructions expresses de la plupart des
Palatinats , Terres et Districts , ils n'éliroient
point de Candidat qui ne fut né de pere et de
mere Catholiques Romains , et qui cût des Domaines
ou des Armées hots du Royaume.
Il a eu pour Electeurs des Proscrits et des Ennemis
de la Patrie , déclarez tels , en partie par la
Constitution de la Diette de Convocation , contre
ceux qui éliroient un Roy étranger et ayant
des Domaines hors du Royaume, et en partie par
le Decret de la République entiere , assemblée
dans le Champ Electoral, Décret qu'elle a inséré
dans son Manifeste , contre l'invasion des Russiens
, et que signérent ceux - là même qui ont
adhéré à ces Russiens dans l'Election du S. Fré
deric- Auguste.
Au reste , je dis par le Décret , parce qu'effec
tivement il comprend , non seulement ceux qui
ont attiré l'Armée Russienne , mais encore tous
ceux qui pourroient dans la suite adhérer aux
Russiens , et que la République les y a déclareztous
également Ennemis de la Patrie , abandonnez
à la vengeance d'un chacun , &c.
Il faut aussi remarquer que n'y ayant à l'E
Tection aucun Député de la Grande Pologne , on
ya appellé deux jeunes Seigneurs du nom de
Dzialynski , qui faisoient leurs Etudes à Varsovie.
Ce qu'il y a de plus étrange , c'est qu'ur
Enfant de sept ans , Fils de l'Illustrissime Seigneur
Potocki, Maréchal de la Cour du Royaume
, a été invité à l'Election , et qu'on lui en a
fait signer l'Acte, afin , sans doute , qu'en voyant
ce nom parmi les autres , on puisse croire que
I. Fol. quel
DECEMBRE. 1733. 2701
quelqu'un de la Maison Potocki adhére au parti
de l'Electeur de Saxe.
Par qui nommé.
s . Le S. Stanislas a été nommé par Monsei
gneur Théodore Potocki , Archevêque de Gnêsne,
Primat du Royaume , c'est - à dire , un Prélat à
qui les Loix du Royaume , les Bulles des Papes ,
et particulierement la Constitution de la Diette
de Convocation , Constitution confirmée par le
serment des Evêques , conférent expres ément
et privativement à tous autres Evêques , le droit
de nommer le Roy. Tous sont donc exclus par
leurs sermens et sous certaines peines du droit
de nommer les Rois. Il y a même une Bulle du
Pape Sixte V. qui porté que , si un Roy a été
nommé par un autre que par le Primat du
Royaume , non - seulement l'Evêque qui a fait la
nomination , encourt des peines exprimées dans
cette Bulle , mais encore que cette nomination
est nulle et sans force.
V. Le S. Frederic Auguste a été nommé , non
par le Primat , mais par M. Hostus , Evêque de
Posnanie , en quoi ce Prélat a violé p.emierement
le serment géneral qu'il a prêté comme
Sénateur , de détourner tout ce qui peut être préjudiciable
à la République , puisque par sa nomination
il a attiré sur elle les plus grands maux,
porté atteinte à la liberté des Elections , occasionné
le renversement de l'Etat et des Loix ,
procuré l'effusion du sang humain , la désolation
du Royaume , l'oppression des Pauvres , la vio
lation des immunitez Ecclesiastiques , et enfin
le pillage des biens appartenans au Clergé .
Il a violé en second lieu le serment general
par lequel il s'est obligé dans la Diette de Con-
L. Vol. Vocation
2702 MERCURE DE FRANCE
vocation , de ne point élire de Roy étranger , on
ayant ses Domaines hors du Royaume.
Il a violé enfin le serment particulier que les au
tres Evêques et lui - même ont fait dans la susdite
Diette, de ne point attenter au droit de nommer
le Roy , droit que les Loix ont attaché à la dignité
du Primat. En un mot , le S. Auguste s'est
trouvé n'avoir que la nomination d'un Prélat ,
qui par cette nomination - là même , violoit tout
la fois trois sermens , et qui en même temps
encouroit les peines exprimées par le Decret que
la République entiere a inseré dans son Manifeste
et auquel lui - même a souscrit,
De quelle maniere ?
6. Le S. Stanillas a été élû par la République
avec une entiere liberté , et sans qu'il y cûr ni
Armée ni Troupes qui arrachassent les suffrages
de qui que ce soit en faveur d'un Candidat. Il a
été élú avec le consentement unanime de tous
ceux qui étoient dans le Champ Electoral , et sans
la moindre contradiction : Car il ne faut pas regarder
comme telles ni les oppositions que
M. Kaminski commençoit à faire dans le lieu
de la nomination , ni la retraite du Staroste d'O
poczyn , qui la veille de l'Election sortit du
Champ Electoral; le premier ramené par des re
montrances amiables et par de bons conseils , ré.
voqua son opposition de bon coeur et sans qu'on
lui fit la moindre violence ; il la révoqua à l'instant
et sur le lieu même , et il cria Vive Stanislase
Le second marqua par une Lettre la joye qu'il
avoit de l'heureux succès de l'Election et félicita
le Prince , sur qui elle étoit tombée , et quant
aux autres Electeurs , le lendemain de l'Election
ils allerent saluer l'Elû et l'assurer d'une parfaite
soumission.
DECEMBRE. 1733. 2703.
VI. Le S. Frederic Auguste a été élû avec
tout ce qui marque la derniere violence, puisque
les Electeurs étoient environnez d'une Armée
nombreuse , et qu'on n'obtint leurs suffrages
que par des persuasions armées . L'Election n'a
donc pas été libre. Mais comment eût - ele pů
l'être , lorsqu'un petit nombre de Citoyens pri-"
vez partagez en quatre Candidats , et devant
élire un Roy par confédération , voyoient dans
le parti du S. Frederic Auguste , le General Lesci,
agissant avec une autorité souveraine , nommer
et proclamer le premier ce Prince ? entraînez par.
la force superieure , ils ont accedé à cette Election
avec moins de joye que d'apparence de respect
, et on en trouve les preuves dans une Let-'
tre originale du même General Lesci au Comte
d'Osterman , où il s'exprime en ces termes :
Les Seigneurs Polonois étant divisez entre eux
sur le choix d'un Candidat , je les ai obligez par
des promesses et plus encore par des menaces , à dé
ferer la Couronne à l'Electeur de Saxe. Il sera assez
puissant pour se maintenir sur le Trône et pour
deffendre ceux qui l'y ont élevé.
L'Election du Sérenissime Auguste II. de
glorieuse mémoire , quoique faite par une Session
, a de grands avantages sur la prétendue
Election du S. Frederic Auguste. La premiere
fut l'ouvrage d'une partie considerable de la République
, légitimement assemblée dans le lieu
accoûtumé et désigné par la Constitution et le
temps de l'Election n'étoit pas encore écoulé ,
de sorte qu'en même- temps et au même endroit,
on nomma les deux Candidats en présence de
tous les Palatinats , Terres et Districts . La se
conde n'a été faite ni dans le lieu ni au temps
que les Loix marquaient , ni à la face de la Ré
山
1. Vol. publique
2704 MERCURE DE FRANCE
publique assemblée , et le S. Frederic Augusté a
été proclamé par une poignée d'hommes desti ."
tuez de tout pouvoir et autorité , par des hommes
que les Loix ont notez , par des hommes"
Sujets aux peines décernées contre les Traîtres ,'
et enfin sans qu'il ait assisté à cet Acte aucun
Palatinat , Territoire ni District.
Sans y être mieux
autorisé
, on a transferé
de
Praage
à Warsovie
, les Séances
touchant
les
Pacta
Conventa
, et on les y a continuées
15.
jours de suite aprés cette fausse
Election
. Par les´
mêmes
Pacta-Conventa
, on a ouvert
aux Trou."
pes Russiennes
le passage
en Pologne
, et on leur
a permis
d'y aller en tels lieux qu'il leur plairoit.
On a bien voulu
fournir
par là une occasion
continuelle
à des troubles
domestiques
, et
de justes
raisons
aux Etrangers
de nous déclarer
la guerre
, et on s'est peu soucié
d'einbarasser
la République.
Nous soumettons ce fidelle et exact Parallele
au jugement de l'Univers . Qu'on juge qui il
faut reconnoître pour légitime Roy de Pologne,
ou d'un Prince élû contre toutes sortes de Loix
et Constitutions et par la seule force des Armes
ou d'un autre qui a été élû selon ces Loix er
Constitutions , et que les suffrages libres et unanimes
de tout ce qu'il y avoit d'Electeurs , ont
élevé sur le Trône.
Fermer
Résumé : PARALLELE, de l'Election à la Couronne de Pologne, faite en faveur du Serénissime STANISLAS LESZCZYNSKI, & du Sérénissime FREDERIC AUGUSTE.
Le texte compare les élections de Stanislas Leszczynski et Frédéric Auguste au trône de Pologne. Stanislas Leszczynski a été élu de manière unanime par plus de 60 000 hommes représentant tous les palatinats, territoires et districts de la République. Cette élection a eu lieu dans le champ électoral entre Varsovie et le village de Wola, conformément aux usages traditionnels et aux constitutions. Elle s'est déroulée dans le lieu et le temps prescrits par les lois en vigueur. En revanche, l'élection de Frédéric Auguste a eu lieu après l'expiration du délai légal et dans un lieu non désigné par les constitutions. Elle n'a pas impliqué la présence des palatinats, territoires et districts. Frédéric Auguste a été élu par un petit nombre de particuliers, souvent sous la contrainte et la menace, notamment de l'armée russe. De plus, il a été nommé par un évêque qui a violé plusieurs serments et constitutions, contrairement à Stanislas Leszczynski, nommé par le Primat du Royaume, en conformité avec les lois. L'élection de Stanislas Leszczynski s'est faite librement et sans violence, tandis que celle de Frédéric Auguste a été marquée par la présence de l'armée et des menaces. Le texte conclut en soumettant ce parallèle au jugement de l'univers pour déterminer le roi légitime de Pologne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 2704-2712
MANIFESTE du Primat de Pologne.
Début :
Les faux rapports répandus dans le Public, à l'occasion de ce qui s'est passé en Pologne [...]
Mots clefs :
Élection, Roi, République, Interrègne, Liberté, Diète de convocation, Serment, Royaume, Primat, Ministres, Nation, Stanislas Leszczynski, Ennemis, Conduite, Assemblée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MANIFESTE du Primat de Pologne.
MANIFESTE du Primat de Pologne:
Es faux rapports répandus dans le Public , à
l'occasion de ce qui s'est passé en Pologne
pendant l'interregne , les insinuations injustes ,
et malicieuses dont les ennemis du repos de la
République ont tâché de noircir ma conduite ,
J. Vel.
DECEMBRE. 1733 2705
en m'accusant d'avoir gouverné le Royaume d'une
maniere affectée et interessé , ont arrêté la liberté
des suffrages et violé les droits sur lesquels cette
liberté est fondée , et la necessité enfin de faire
voir au Monde entier que nos ennemis par de
pareils procedez , n'ont eu et n'ont encore pour
but que de ruiner et renverser totalement les
droits , les prérogatives et la liberté de notre
chere Patrie , sont des motifs trop pressans , pour
que je differe plus long- temps à justifier ma
conduite , afin de convaincre tout l'Univers par
une narration succincte et sincere de ce qui s'est
passé avant et après l'Election , la fausseté de ce
qu'on a publié de contraire,
Mon premier soin , depuis la mort du Roy
Auguste, de glorieuse memoire , a été de concilier
et de réunir nos Freres , et j'eus le bonheur
d'y réussir . Je n'entrepris rien que
du consentement
et de l'aveu du Sénat et de la Noblesse encore
assemblée à l'occasion de la Diette extraor
dinaire, convoquée par le feu Roy; j'envoyai des
Ministres aux Cours voisines , je tins de fréquens
Conseils avec les Sénateurs et les Minis
tres des deux Nations ; je ne signai que ce qui
avoit été unanimement résolu ; je pris les mesu
res convenables avec les Régimentaires des deux
Nations pour assurer la sureté interieure et exte
rieure du Royaume et prévenir les inconvéniens
qui pourroient résulter des Assemblées particu
lieres et illicites ; en un mot , afin de n'avoir
rien à me reprocher , je communiquai tout à la
République et ne fis rien sans son approbation ,
quoiqu'en qualité de Primat j'usse pû m'en dis
penser en bien des choses.
Le jour de l'assemblée de la Diette de Convo
Cation étant yenu , je me contentai d'y represen
J. Vol.
2756 MERCURE DE FRANCE
ter le danger auquel le Royaume se trouvoit ex
posé , et je laissai à la prudence d'une Nation libre
le soin de le prévenir. Il y eut au commence
ment de cette Diette de grands débats pour l'E
Jection d'un Maréchal ; les esprits parurent fort
animez , ce qui dura quelques jours et retarda
l'expedition des affaires ; mais par mes soins et
ceux du Sénat , le calmne fut enfin rétabli ; on
élût le Maréchal , et la Noblesse se joignit ensui
te au Sénat ; en qualité de Primat j'écoutai les
avis des Nonces, et me conformai à ce qu'ils désiroient
et à ce qu'ils rejettoient. Le principal
objet de leur délibération regardoit la résolution
prise cy- devant, d'exclure du Trône tout Piaste;
ils ressenroient vivement l'injustice d'une telle
résolution ; ils voyoient , avec indignation , la
honte qui en résultoit à la Nation ; et afin de le
rendre plus efficace , on résolut de le confirmer
par un serment. Cette résolution passa aussi unanimement.
Il est vrai qu'il y a eu à ce sujet des
débats tres vifs , mais ils n'ont eu pour objet que
le formulaire du Serment , et non le Serment
même. Après qu'en qualité de Primat , j'eus
prêté ce Serment , par lequel non seulement
tout Erranger , mais aussi tous ceux qui posse
dent des Provinces Etrangeres , ou qui ont des
Troupes sur pied , qui ne sont pas nez de peres et
de meres Catholiques , sont exclus du Trône.
Les Evêques, Sénateurs et autres le prêterent après
moi , et le firent tous avec joie et sans la moindre
contrainte Les Evêques jurerent aussi qu'ils
m'empiéteroient point sur les Droits du Primat.
La République déclara ensuite ce Serment com
me une Loy fondamentale du Royaume. Oa
dressa quelques Constitutions , et on fixa le jour
pour la Diette d'Election, au lieu ordinaire, con
CI. Vol.
forDECEMBRE.
1733 2707
formément aux Droits ; c'est par là que finit la
Diette de Convocation.
En attendant ce jour important je m'abstins de
toute intrigue , préjudiciab.e à la République ,
et bien loin que je fusse porté par un amour
aveugle pour aucun particulier, l'évitai avec soin
d'entrer dans aucune faction , j'avoue cepen ant
que je souhaitois fort que le Serenissime Roy
Stanislas fut élevé au Trône; je l'en croyois tres
digne, et même plus qu'aucun autre , à cause de
ses éminentes qualitez ; mais je declare en même.
temps que quelque fussent mes souhaits , mon
obstination n'alloit pas jusqu'à le vouloir au
préjudice de la République. J'avois mis toute
ma confiance en Dieu ; c'est par son secours et
celui de la libre Nation Polonoise que j'esperois
voir finir les maux de la République par l'E
lection d'un Roy désiré.
On me fit des offres avantageuses , on me fir
même des menaces , mais je rejettai les premieres
et méprisai les autres ; je n'ai jamais voulų
donner les mains directement ni indirectement
à l'entrée de quelqu'Armée Etrangere. J'ai rejetté
constamment les Instances faites par les
Ministres des Puissances voisines, pour une exclusion
, parce que je voyois qu'elle n'avoit pour
but que leur interêt et leur utilité particuliere ,
et qu'une pareille exclusion ne pouvoit être que
deshonorable à la République et tendre à sa totale
ruine . Comme lesdites Puissances ne laissoient
pas de continuer leurs Instances à ce sujet
, je m'apperçûs bien- tôt qu'on avoit dessein
d'enfoncer le Poignard dans le sein de notre -
berté . J'écrivis pour cet effet au nom de la République
, representée par ceux que les deux Na-
Lions avoient nommés à la Diette de Convoca-
I. Vol. tion
2708 MERCURE DE FRANCE
tion , pour me servir de conseil , à toutes le
Cours de l'Europe , pour les prier de ne pas per
mettre qu'on opprimâ: la Répub ique , d'envoir
des Ministres à S. M 1. et à l'Illustrissime Czarine
pour leur representer que nout ctions une
Nution libre que nous ne dépen tions de personne
, que nous ne permettrions jamais qu'on
donna: Pexclusion , les pliant de se désister de
leurs Instances à ce sujet , et de ne pas se mêlet
de notre Election qui ne dépend que de nous
seuls .
Le jour de l'ouverture de la Diette d'Election
étant venu , je n'eus en vue que l'exacte exécution
des Loix établies dans la Diette de Convocation
, en ce qui regarde l'Election et le maintien
inviolable de la liberté de la Patrie , les commencemens
de cette Diette furent fort paisibles,
et le Maréchal fut élû en peu de jours ; mais cette
tranquilité ne , dura guere ; les esprits s'échaufferent
à la nouvelle de l'entrée des Russiens
dans le Royaume , certifiée et affirmée par le
Chancelier et Régimentaire de Lithuanie toute
l'Assemblée en fut troublée , on fut surpris de
la conduite du Régimentaire en cette occasion ,
et après plusieurs Discours qui ne pouvoient lui
être agréables , on résolut de ne rien négliger
pour découvrir ceux qui avoient appellé les Russiens
dans le Royaume .
·
La peur ayant saisi le Régimentaire , apparemment
par un remords de conscience , il quitta
le Champ Electoral, sans faire aucune protes-
Lation et se retira à Praage,
-On lui envoya des Députez pour demander la
cause de sa Retraite ; sa réponse fut que sa Retraite
ne troubleroit en aucune maniere l'Elec
tion .
I. Vol. Peu
DECEMBRE . 1733. 2709
Peu de jours après, les Etats dresserent un Manifeste
contre ceux qui avoient appellé les Kussiens
dans le Royaume. Nous résolumes là - dessus
de proceder incessament à l'Election ,
selon
la teneur de la Constitution de la Diette de Convocation
, qui porte que l'Election se feroit dans
le terme le plus court qu'il seroit possible , mais
qu'au cas qu'elle ne se pût faire si- tôt qu'on le
souhaiteroit , la Diette ne dureroit neanmoins
que six semaines.
·
Avant que de proceder à l'Acte d'Election je
parcourus , à Cheval , selon le Cérémonial , les
Palatinats , les Starosties et les Districts assemblez
, pour
leur demander quel Roy ils souhaitoient
, et pour leur notifier en même temps
que la Proclamation se feroit le lendemain . Pendant
que j'en faisois le tour , on n'entendit
crier par tout que Vive le Roy Stanislas. Je conviens
cependant qu'il paroissoit qu'il y en avoit
quelques- uns qui y étoient contraires , ceux - cy
se retirreent dans leurs Quartiers, apparemment
pour y dresser le Niepozvalam.
Le lendemain j'achevai le tour des Palatinats , *
Starosties et Districts , je fus obligé dele faire à
pied , mon Cheval étant devenu ombrageux
par les cris réiterez de Vive le Roy Stanislas . Ces
cris se redoublerent avec tant de zéle que je ne
pus m'empêcher de me conformer aux pressantes
Instances de l'Assemblée , et de proceder incessamment
à la nomination du Roy ; mais
avant que de le faire, je déclarai absens ceux qui
s'étoient rendus à Praage ; et comme il ne paroissoit
personne pour contre- dire , car les uns se
tûrent , les autres partirent pour leurs Terres .
parmi ces derniers , le Staroste Opoczynski
1. Vol. ᏗᏤ gu
H
2710 MERCURE DE FRANCE
qui m'assura par une Lettre , qu'il s'étoit retiré
sans contradiction .
Je procedai , en vertu de ma Charge , à la no
mination du Roy , mais je fus interrompu park:
S.Kamienski, Capitaine du District de Krziemit,
dans le Palatinat de Vobhinie , qui me présenta
son Niepozwalam , ce qui m'obligea à garder k
silence pendant quelque temps , jusqu'à ce que
s'étant enfin désisté de sa contradiction , je pro
clamé le Serenissime Roy Stanislas , à present
regnant , sans aucune opposition , dont Dieu ,
qui connoît ce qu'il y a de plus caché dans nos
coeurs , est le témoin , ainsi que le Peuple , con
sistant en plus de 100 Enseignes , et criant una
nimement et sans cesse ; Vive le Roy Stanislas,
Je regarde comme un bonheur particulier d'
voir proclamé pour Roy , celui que des Nation
envieuses ont voulu exclure du Trône ; car
elles avoient réussi dans leur dessein , c'éto
fait à jamais de notre liberté , on nous auro
toujours forcé à élire un Roy à leur gré.
Voilà le récit sincere et veritable de tout
qui s'est passé à l'égard de l'Election de not
Roy , cependant , quelqu'unanime et légitin
qu'ait été cette Election , il se trouve de fau
Freres qui la révoquent en doute ; ils osent avar
cer qu'elle n'a été faite qu'en violant la liberté
et par là , ainsi que par toute la conduite qu'i
ont tenue depuis leur retraite à Praage , ils for
voir évidemment qu'ils ont appellé les Russier
dans le Royaume , ce qui les rend coupables e
tant de sang innocent qui sera peut- être vers
Mais supposé qu'il se soit trouvé quelques Pa
sonnes d'un sentiment opposé , le nombre e
étoit tres- petit , et elles n'ont paru que le jo
I.Vel
.qu'o
DECEMBRE. 1732. 2711
qu'on annonçoit au Peuple la prochaine Election
fixée au lendemain , et non le jour de la nomination
du Roy , qui , selon les Loix ou l'usage
ne se fait jamais à Cheval , mais dans les Tran
chées ou Quartiers préparez pour cet effet , et
où il étoit libre encore à ceux qui vouloient contredire
, d'exhiber leur Niepozvalam.
Les Ennemis du Roy voulant exécuter les pernicieux
desseins qu'ils avoient tramez à Praage ,
allérent joindre les Russiens , et formérent entr'eux
une prétendue République, ou, pour mieux
dire ,un Complot tumultueux de gens qui s'é
tant déclarez eux - mêmes Ennemis de la Patrie ,
en conséquence du Manifeste qu'ils avoient signé
, ne cherchent qu'à renverser la liberté , en
opprimant la veritable et innocente République.
Ce qu'il y a de plus déplorable , c'est qu'il se
trouve parmi eux des Apôtres du Seigneur , des
Evêques , qui comme Judas , trahissent leur propre
Mere , c'est- à- dire , leur Patrie. Ce sont ces.
Evêques qui coupables d'un triple parjure endure
cissent encore davantage les coeurs des Seigneurs
séculiers , en autorisant leur témérité ,
en leur faisant accroire qu'elle est juste et per
mise.
Les Opposans retournerent enfin à Praage ; Ils,
s'imaginoient que pourvu qu'ils pûssent proceder
à une nouvelle Election avant l'échéance des
six semaines que la Diette pouvoit durer , cette
Election seroit légitime ; mais ce terme n'ayant
point été établi comme une Loy , mais comme
une prolongation , au cas qu'on ne pût parvenir
plutôt à une Election , ne peut être regardé que
comme une chimere , puisque l'Election avoit
Jéja été faite légitimement et selon les Loix. Ils
crurent aussi que s'ils pouvoient se rendre sur
1
No I. Vol.
le Hij
2712 MERCURE DE FRANCE
le Champ Electoral , entre Varsovie et Vvola ,
leur Election seroit plus valide ; ils firent tous les
efforts imaginables , mais inutiles , afin d'y parvenir,
employant pour cet effet le fer et le feu.
Pendant ce temps-là on découvrit que les Ministres
de Russie et de Saxe entretenoient une
correspondance avec les Opposans; le Régimentaire
résolut là - dessus de les faire sortir de Varsovie,
et de les attaquer, en cas de refus , ce qu'il
fit , les Ministres Etrangers ne doivent jouir des
prérogatives du Droit des Gens , qu'aussi long.
temps qu'ils observent eux- mêmes les Loix qui
y sont attachéts.
Enfin les Opposans voyant qu'ils ne pouvoient
passer la Vistule , se retirerent dans un Bois , y
dressérent une espece de Kolo , et élurent un
Roy , mais quel Roy ? Un Etranger , un Prince
qui possede des Provinces hors du Royaume , et
qui a des Troupes sur pied , un Prince né d'une
Mere Luthérienne , un Prince enfin qui veut employer
ses Troupes pour réduire une Nation libre
, à une obéissance aveugle. Grand Dieu , à
quoi servent les Constitutions établies dans la
Diette de Convocation ? A quoi sert le serment
qu'on y a prêté ? A quoi sert cette Confédéra¬
tion si solemnelle, pour n'élire qu'un Piaste? &c.
Fait à Dantzick , le 10 Octobre 1733 .
Es faux rapports répandus dans le Public , à
l'occasion de ce qui s'est passé en Pologne
pendant l'interregne , les insinuations injustes ,
et malicieuses dont les ennemis du repos de la
République ont tâché de noircir ma conduite ,
J. Vel.
DECEMBRE. 1733 2705
en m'accusant d'avoir gouverné le Royaume d'une
maniere affectée et interessé , ont arrêté la liberté
des suffrages et violé les droits sur lesquels cette
liberté est fondée , et la necessité enfin de faire
voir au Monde entier que nos ennemis par de
pareils procedez , n'ont eu et n'ont encore pour
but que de ruiner et renverser totalement les
droits , les prérogatives et la liberté de notre
chere Patrie , sont des motifs trop pressans , pour
que je differe plus long- temps à justifier ma
conduite , afin de convaincre tout l'Univers par
une narration succincte et sincere de ce qui s'est
passé avant et après l'Election , la fausseté de ce
qu'on a publié de contraire,
Mon premier soin , depuis la mort du Roy
Auguste, de glorieuse memoire , a été de concilier
et de réunir nos Freres , et j'eus le bonheur
d'y réussir . Je n'entrepris rien que
du consentement
et de l'aveu du Sénat et de la Noblesse encore
assemblée à l'occasion de la Diette extraor
dinaire, convoquée par le feu Roy; j'envoyai des
Ministres aux Cours voisines , je tins de fréquens
Conseils avec les Sénateurs et les Minis
tres des deux Nations ; je ne signai que ce qui
avoit été unanimement résolu ; je pris les mesu
res convenables avec les Régimentaires des deux
Nations pour assurer la sureté interieure et exte
rieure du Royaume et prévenir les inconvéniens
qui pourroient résulter des Assemblées particu
lieres et illicites ; en un mot , afin de n'avoir
rien à me reprocher , je communiquai tout à la
République et ne fis rien sans son approbation ,
quoiqu'en qualité de Primat j'usse pû m'en dis
penser en bien des choses.
Le jour de l'assemblée de la Diette de Convo
Cation étant yenu , je me contentai d'y represen
J. Vol.
2756 MERCURE DE FRANCE
ter le danger auquel le Royaume se trouvoit ex
posé , et je laissai à la prudence d'une Nation libre
le soin de le prévenir. Il y eut au commence
ment de cette Diette de grands débats pour l'E
Jection d'un Maréchal ; les esprits parurent fort
animez , ce qui dura quelques jours et retarda
l'expedition des affaires ; mais par mes soins et
ceux du Sénat , le calmne fut enfin rétabli ; on
élût le Maréchal , et la Noblesse se joignit ensui
te au Sénat ; en qualité de Primat j'écoutai les
avis des Nonces, et me conformai à ce qu'ils désiroient
et à ce qu'ils rejettoient. Le principal
objet de leur délibération regardoit la résolution
prise cy- devant, d'exclure du Trône tout Piaste;
ils ressenroient vivement l'injustice d'une telle
résolution ; ils voyoient , avec indignation , la
honte qui en résultoit à la Nation ; et afin de le
rendre plus efficace , on résolut de le confirmer
par un serment. Cette résolution passa aussi unanimement.
Il est vrai qu'il y a eu à ce sujet des
débats tres vifs , mais ils n'ont eu pour objet que
le formulaire du Serment , et non le Serment
même. Après qu'en qualité de Primat , j'eus
prêté ce Serment , par lequel non seulement
tout Erranger , mais aussi tous ceux qui posse
dent des Provinces Etrangeres , ou qui ont des
Troupes sur pied , qui ne sont pas nez de peres et
de meres Catholiques , sont exclus du Trône.
Les Evêques, Sénateurs et autres le prêterent après
moi , et le firent tous avec joie et sans la moindre
contrainte Les Evêques jurerent aussi qu'ils
m'empiéteroient point sur les Droits du Primat.
La République déclara ensuite ce Serment com
me une Loy fondamentale du Royaume. Oa
dressa quelques Constitutions , et on fixa le jour
pour la Diette d'Election, au lieu ordinaire, con
CI. Vol.
forDECEMBRE.
1733 2707
formément aux Droits ; c'est par là que finit la
Diette de Convocation.
En attendant ce jour important je m'abstins de
toute intrigue , préjudiciab.e à la République ,
et bien loin que je fusse porté par un amour
aveugle pour aucun particulier, l'évitai avec soin
d'entrer dans aucune faction , j'avoue cepen ant
que je souhaitois fort que le Serenissime Roy
Stanislas fut élevé au Trône; je l'en croyois tres
digne, et même plus qu'aucun autre , à cause de
ses éminentes qualitez ; mais je declare en même.
temps que quelque fussent mes souhaits , mon
obstination n'alloit pas jusqu'à le vouloir au
préjudice de la République. J'avois mis toute
ma confiance en Dieu ; c'est par son secours et
celui de la libre Nation Polonoise que j'esperois
voir finir les maux de la République par l'E
lection d'un Roy désiré.
On me fit des offres avantageuses , on me fir
même des menaces , mais je rejettai les premieres
et méprisai les autres ; je n'ai jamais voulų
donner les mains directement ni indirectement
à l'entrée de quelqu'Armée Etrangere. J'ai rejetté
constamment les Instances faites par les
Ministres des Puissances voisines, pour une exclusion
, parce que je voyois qu'elle n'avoit pour
but que leur interêt et leur utilité particuliere ,
et qu'une pareille exclusion ne pouvoit être que
deshonorable à la République et tendre à sa totale
ruine . Comme lesdites Puissances ne laissoient
pas de continuer leurs Instances à ce sujet
, je m'apperçûs bien- tôt qu'on avoit dessein
d'enfoncer le Poignard dans le sein de notre -
berté . J'écrivis pour cet effet au nom de la République
, representée par ceux que les deux Na-
Lions avoient nommés à la Diette de Convoca-
I. Vol. tion
2708 MERCURE DE FRANCE
tion , pour me servir de conseil , à toutes le
Cours de l'Europe , pour les prier de ne pas per
mettre qu'on opprimâ: la Répub ique , d'envoir
des Ministres à S. M 1. et à l'Illustrissime Czarine
pour leur representer que nout ctions une
Nution libre que nous ne dépen tions de personne
, que nous ne permettrions jamais qu'on
donna: Pexclusion , les pliant de se désister de
leurs Instances à ce sujet , et de ne pas se mêlet
de notre Election qui ne dépend que de nous
seuls .
Le jour de l'ouverture de la Diette d'Election
étant venu , je n'eus en vue que l'exacte exécution
des Loix établies dans la Diette de Convocation
, en ce qui regarde l'Election et le maintien
inviolable de la liberté de la Patrie , les commencemens
de cette Diette furent fort paisibles,
et le Maréchal fut élû en peu de jours ; mais cette
tranquilité ne , dura guere ; les esprits s'échaufferent
à la nouvelle de l'entrée des Russiens
dans le Royaume , certifiée et affirmée par le
Chancelier et Régimentaire de Lithuanie toute
l'Assemblée en fut troublée , on fut surpris de
la conduite du Régimentaire en cette occasion ,
et après plusieurs Discours qui ne pouvoient lui
être agréables , on résolut de ne rien négliger
pour découvrir ceux qui avoient appellé les Russiens
dans le Royaume .
·
La peur ayant saisi le Régimentaire , apparemment
par un remords de conscience , il quitta
le Champ Electoral, sans faire aucune protes-
Lation et se retira à Praage,
-On lui envoya des Députez pour demander la
cause de sa Retraite ; sa réponse fut que sa Retraite
ne troubleroit en aucune maniere l'Elec
tion .
I. Vol. Peu
DECEMBRE . 1733. 2709
Peu de jours après, les Etats dresserent un Manifeste
contre ceux qui avoient appellé les Kussiens
dans le Royaume. Nous résolumes là - dessus
de proceder incessament à l'Election ,
selon
la teneur de la Constitution de la Diette de Convocation
, qui porte que l'Election se feroit dans
le terme le plus court qu'il seroit possible , mais
qu'au cas qu'elle ne se pût faire si- tôt qu'on le
souhaiteroit , la Diette ne dureroit neanmoins
que six semaines.
·
Avant que de proceder à l'Acte d'Election je
parcourus , à Cheval , selon le Cérémonial , les
Palatinats , les Starosties et les Districts assemblez
, pour
leur demander quel Roy ils souhaitoient
, et pour leur notifier en même temps
que la Proclamation se feroit le lendemain . Pendant
que j'en faisois le tour , on n'entendit
crier par tout que Vive le Roy Stanislas. Je conviens
cependant qu'il paroissoit qu'il y en avoit
quelques- uns qui y étoient contraires , ceux - cy
se retirreent dans leurs Quartiers, apparemment
pour y dresser le Niepozvalam.
Le lendemain j'achevai le tour des Palatinats , *
Starosties et Districts , je fus obligé dele faire à
pied , mon Cheval étant devenu ombrageux
par les cris réiterez de Vive le Roy Stanislas . Ces
cris se redoublerent avec tant de zéle que je ne
pus m'empêcher de me conformer aux pressantes
Instances de l'Assemblée , et de proceder incessamment
à la nomination du Roy ; mais
avant que de le faire, je déclarai absens ceux qui
s'étoient rendus à Praage ; et comme il ne paroissoit
personne pour contre- dire , car les uns se
tûrent , les autres partirent pour leurs Terres .
parmi ces derniers , le Staroste Opoczynski
1. Vol. ᏗᏤ gu
H
2710 MERCURE DE FRANCE
qui m'assura par une Lettre , qu'il s'étoit retiré
sans contradiction .
Je procedai , en vertu de ma Charge , à la no
mination du Roy , mais je fus interrompu park:
S.Kamienski, Capitaine du District de Krziemit,
dans le Palatinat de Vobhinie , qui me présenta
son Niepozwalam , ce qui m'obligea à garder k
silence pendant quelque temps , jusqu'à ce que
s'étant enfin désisté de sa contradiction , je pro
clamé le Serenissime Roy Stanislas , à present
regnant , sans aucune opposition , dont Dieu ,
qui connoît ce qu'il y a de plus caché dans nos
coeurs , est le témoin , ainsi que le Peuple , con
sistant en plus de 100 Enseignes , et criant una
nimement et sans cesse ; Vive le Roy Stanislas,
Je regarde comme un bonheur particulier d'
voir proclamé pour Roy , celui que des Nation
envieuses ont voulu exclure du Trône ; car
elles avoient réussi dans leur dessein , c'éto
fait à jamais de notre liberté , on nous auro
toujours forcé à élire un Roy à leur gré.
Voilà le récit sincere et veritable de tout
qui s'est passé à l'égard de l'Election de not
Roy , cependant , quelqu'unanime et légitin
qu'ait été cette Election , il se trouve de fau
Freres qui la révoquent en doute ; ils osent avar
cer qu'elle n'a été faite qu'en violant la liberté
et par là , ainsi que par toute la conduite qu'i
ont tenue depuis leur retraite à Praage , ils for
voir évidemment qu'ils ont appellé les Russier
dans le Royaume , ce qui les rend coupables e
tant de sang innocent qui sera peut- être vers
Mais supposé qu'il se soit trouvé quelques Pa
sonnes d'un sentiment opposé , le nombre e
étoit tres- petit , et elles n'ont paru que le jo
I.Vel
.qu'o
DECEMBRE. 1732. 2711
qu'on annonçoit au Peuple la prochaine Election
fixée au lendemain , et non le jour de la nomination
du Roy , qui , selon les Loix ou l'usage
ne se fait jamais à Cheval , mais dans les Tran
chées ou Quartiers préparez pour cet effet , et
où il étoit libre encore à ceux qui vouloient contredire
, d'exhiber leur Niepozvalam.
Les Ennemis du Roy voulant exécuter les pernicieux
desseins qu'ils avoient tramez à Praage ,
allérent joindre les Russiens , et formérent entr'eux
une prétendue République, ou, pour mieux
dire ,un Complot tumultueux de gens qui s'é
tant déclarez eux - mêmes Ennemis de la Patrie ,
en conséquence du Manifeste qu'ils avoient signé
, ne cherchent qu'à renverser la liberté , en
opprimant la veritable et innocente République.
Ce qu'il y a de plus déplorable , c'est qu'il se
trouve parmi eux des Apôtres du Seigneur , des
Evêques , qui comme Judas , trahissent leur propre
Mere , c'est- à- dire , leur Patrie. Ce sont ces.
Evêques qui coupables d'un triple parjure endure
cissent encore davantage les coeurs des Seigneurs
séculiers , en autorisant leur témérité ,
en leur faisant accroire qu'elle est juste et per
mise.
Les Opposans retournerent enfin à Praage ; Ils,
s'imaginoient que pourvu qu'ils pûssent proceder
à une nouvelle Election avant l'échéance des
six semaines que la Diette pouvoit durer , cette
Election seroit légitime ; mais ce terme n'ayant
point été établi comme une Loy , mais comme
une prolongation , au cas qu'on ne pût parvenir
plutôt à une Election , ne peut être regardé que
comme une chimere , puisque l'Election avoit
Jéja été faite légitimement et selon les Loix. Ils
crurent aussi que s'ils pouvoient se rendre sur
1
No I. Vol.
le Hij
2712 MERCURE DE FRANCE
le Champ Electoral , entre Varsovie et Vvola ,
leur Election seroit plus valide ; ils firent tous les
efforts imaginables , mais inutiles , afin d'y parvenir,
employant pour cet effet le fer et le feu.
Pendant ce temps-là on découvrit que les Ministres
de Russie et de Saxe entretenoient une
correspondance avec les Opposans; le Régimentaire
résolut là - dessus de les faire sortir de Varsovie,
et de les attaquer, en cas de refus , ce qu'il
fit , les Ministres Etrangers ne doivent jouir des
prérogatives du Droit des Gens , qu'aussi long.
temps qu'ils observent eux- mêmes les Loix qui
y sont attachéts.
Enfin les Opposans voyant qu'ils ne pouvoient
passer la Vistule , se retirerent dans un Bois , y
dressérent une espece de Kolo , et élurent un
Roy , mais quel Roy ? Un Etranger , un Prince
qui possede des Provinces hors du Royaume , et
qui a des Troupes sur pied , un Prince né d'une
Mere Luthérienne , un Prince enfin qui veut employer
ses Troupes pour réduire une Nation libre
, à une obéissance aveugle. Grand Dieu , à
quoi servent les Constitutions établies dans la
Diette de Convocation ? A quoi sert le serment
qu'on y a prêté ? A quoi sert cette Confédéra¬
tion si solemnelle, pour n'élire qu'un Piaste? &c.
Fait à Dantzick , le 10 Octobre 1733 .
Fermer
Résumé : MANIFESTE du Primat de Pologne.
En décembre 1733, le Primat de Pologne publie un manifeste pour répondre aux accusations portées contre lui concernant sa conduite pendant l'interrègne. L'auteur, J. Vel., réfute les insinuations selon lesquelles il aurait gouverné de manière intéressée et violé les droits de la République. Il affirme avoir agi dans l'intérêt du royaume, en conciliant les frères et en prenant des mesures avec l'approbation du Sénat et de la Noblesse. Il mentionne avoir envoyé des ministres aux cours voisines et avoir pris des mesures pour assurer la sécurité intérieure et extérieure du royaume. Le Primat décrit les événements entourant l'élection du roi, soulignant les débats initiaux et les efforts pour rétablir le calme. Il précise avoir écouté les avis des nonces et s'être conformé à leurs désirs. La principale résolution prise fut l'exclusion des Piastes du trône, confirmée par un serment. Il déclare avoir souhaité l'élection de Stanislas, mais sans préjudice pour la République. Il rejette les offres et menaces des puissances étrangères visant à influencer l'élection. Le manifeste détaille les actions entreprises pour maintenir la liberté de la Pologne et la légitimité de l'élection de Stanislas. Il mentionne les tentatives des opposants de contester l'élection et leur alliance avec les Russiens. Le Primat conclut en affirmant la légitimité de l'élection de Stanislas et en dénonçant les actions des opposants, qu'il qualifie de traîtres à la patrie. Un autre document, daté du 10 octobre 1733 et rédigé à Dantzick, dénonce un prince possédant des provinces en dehors du Royaume et ayant des troupes armées. Ce prince, né d'une mère luthérienne, souhaite utiliser ses troupes pour soumettre une nation libre à une obéissance aveugle. Le texte s'interroge sur l'utilité des constitutions établies lors de la Diète de Convocation, du serment prêté et de la solennelle confédération, qui semblent n'avoir servi qu'à élire un Piaste.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 111-117
AUTRE.
Début :
De trois lettres formé, je suis Ville d'Asie [...]
Mots clefs :
Ana, Jean-Jacques Rousseau, Stanislas Leszczynski
5
p. 95-106
Discours que M. P*** a envoyé à la Société royale & littéraire de Nancy, lorsque Sa Majesté le roi Stanislas lui a fait l'honneur de le nommer pour y remplir une place d'associé étranger.
Début :
MESSIEURS Le premier sentiment que l'on éprouve lorsqu'on [...]
Mots clefs :
Société royale et littéraire de Nancy, Nancy, Associé étranger, Roi Stanislas, Stanislas Leszczynski, Écrivains, Ouvrages, Talents, Justice, Goût
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours que M. P*** a envoyé à la Société royale & littéraire de Nancy, lorsque Sa Majesté le roi Stanislas lui a fait l'honneur de le nommer pour y remplir une place d'associé étranger.
Difcours que M. P *** a envoyé à la Société
royale & littéraire de Nancy , lorsque Sa
Majefté le roi Stanislas lui a fait l'honneur
de le nommer pour y remplir une place d'affocié
étranger.
Cdeux
Omme ce difcours m'a paru réunir
deux objets intéreffans , l'agréable &
l'utile ; les belles- lettres & les financès : j'ai
engagé l'auteur , qui cultive les unes par
goût , en travaillant pour les autres par état,
à me permettre de l'inférer ici.
MESSIEURS
-Le premier fentiment que l'on éprouve
lorfqu'on reçoit une grace que l'on defiroit
ardemment , fans ofer y prétendre , c'eſt
un fentiment de furpriſe & de joye , de
vanité même , qui ne permet guerres de
réfléchir fur les nouveaux devoirs que cette
grace impofe : plus on eft occupé , rempli,
pénétré du bienfait , moins on apperçoit la
difficulté de le reconnoître & de le méri96
MERCURE DE FRANCE .
ter ; mais la réflexion ne tarde pas à nous
découvrir toute l'étendue de nos engagemens
; l'illufion de ce que l'on croyoit
valoir , fait place à la véritable connoiſſance
de ce que l'on vaut ; l'enchantement
difparoît , & l'on ne voit plus qu'une dette
dont on défefpere pouvoir jamais s'acquitter.
Tel étoit , Meffieurs , mon raviffement ,
lorfque vous m'avez fait l'honneur de
m'affocier à vos travaux , tel eft aujourd'hui
mon embarras , pour juftifier votre
choix : mon unique reffource , eft la même
indulgence qui m'a valu vos bontés : elle
voudra bien , fans doute , en me rendant
juftice fur le fentiment , me faire grace fur
l'expreffion , & ne point juger de la vivacité
de ma reconnoiffance , par la foibleffe
de mon remerciement.
Il eft , Meffieurs , des talens que l'on n'a
plus qu'à récompenfer ; il en eft qu'il faut
aider , animer , encourager ; les uns , font
des fruits qui ont acquis leur maturité ,
vous n'avez qu'à les cueillir ; les autres
font des fleurs , qui peuvent un jour devenir
des fruits ; mais enfin , ce font encore
des fleurs, & qui par cette raifon , méritent
toutes fortes de ménagemens.
Ce que vous avez fait , Meffieurs , pour
couronner le mérite décidé des hommes
illuftres
A O UST. 1755. 97
黎
illuftres que vous avez fucceffivement affociés
à votre gloire , vous avez cru devoir
le faire pour m'exciter à marcher fur leurs
pas ; ces intentions , quoique différentes ,
concourent au même objet , c'eft à moi de
ne les pas confondre , & de chercher à
mériter par mes efforts , ce que d'autres
avoient fi légitimement acquis par leurs
fuccès.
Que pourrois-je faire de mieux pour les
imiter , que de travailler à réunir dans mes
occupations l'aimable & l'utile , comme on
voit chez vous , Meffieurs , les agrémens
affociés à la folidité ? Le goût des belleslettres
que j'ai cultivées dès mon enfance ,
ne m'a point empêché de me livrer férieufement
aux études particulieres à mon état;
& ces études , à leur tour , n'ont point al-.
téré le goût des connoiffances propres à la
littérature j'ofe au contraire efpérer , que
le concours de tous les deux , ne fera qu'accélérer
& perfectionner l'exécution du plan
que j'ai formé d'un Dictionnaire général
des finances qui manque à la nation.
Les idées philofophiques , dont les fiecles
futurs auront obligation à celui- ci , font
enfin parvenues à faire envifager comme
un objet intéreffant pour la faine politique
, & pour la véritable philofophie , ce
que la cupidité feule enviſageoit aupara-
E
98 MERCURE DE FRANCE.
vant comme un objet d'intérêt ( ce mot
pris dans le fens le moins noble , le moins
eftimable , & le plus borné pour l'ufage &
pour le citoyen. )
le
Et quelle matiere méritoit mieux d'être
affujettie à des principes fûrs , à des regles
conftantes , à des loix judicieufes que
commerce & lesfinances qui tiennent à tout ,
qui font tout fubfifter , &
& que l'on peut
confidérer à la fois , comme la bafe & le
comble de ce grand & fuperbe édifice que
l'on nomme gouvernement? Cet inftant de
lumiere , eft donc à tous égards , le moment
fait pour rendre à mon état toute
l'équité , toute la clarté , toute la dignité ,
dont je le crois fufceptible.
pa- Si je vous entretiens, Meffieurs , d'un
reil projet, fi dans le fanctuaire des Mufes ,
j'ofe vous parler de la finance , & de ce qui
l'intéreffe , c'eft que je ne crois rien d'étranger
à ceux qui penfent ; c'eft que je
fuis infiniment perfuadé que le goût des
arts agréables , n'eft point incompatible
avec les plus grandes vûes ; & je vous avouerai
, Meffieurs , que j'ai befoin de cette
idée , pour me foutenir dans la carriere oùje
fuis entré ; mais quel intervalle immenfe
à parcourir , depuis cette idée , jufqu'aux
chofes qui peuvent la réaliſer en moi ,
comme elle exiſte au milieu de vous !
AOUST. 1755 . 99
Cette réflexion qui n'eft que trop bien
fondée , m'empêchera - t- elle de vous faire
part de quelques obfervations , que vos
écrits , Meffieurs , démontrent encore
mieux que mes raiſonnemens ?
J'ofe donc avancer d'après vous - même ,
( pourrois-je choifir une preuve plus chere
& plus convainquante ? ) j'ofe avancer que
le goût , que la poffeffion , que la culture
des talens agréables , n'excluent point les
talens utiles , qu'ils font faits pour fe réunir
& pour opérer de concert , la gloire &
le bonheur de l'humanité ; fi l'on affecte
fouvent de les divifer , fi les efprits faux
ou bornés s'attachent à féparer ces deux
idées faites aller enfemble , ce ne peut
être que l'effet de la jaloufie des uns , &
de la foibleffe des autres ; de la foibleſſe de ;
ceux qui écrivent , & de la jaloufie de ceux
qui jugent : les uns ne fçauroient confentir
á réunir fur la tête d'un feul homme"
tant de couronnes à la fois , les autres ne'
travaillent point affez pour les raffembler .
pour
Permettez- moi , Meffieurs , que je réclame
contre ces deux abus , la juſteſſe &
la juftice qui devroient toujours préfider
fur les écrivains , & fur ceux qui les jugent.
Jufteffe , de la part de ceux qui décident,
pour ne point fe méprendre fur les chofes
qui font différentes fans être contraires ;
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
l'homme de lettres , par exemple , & l'homme
d'état font différens , mais ils ne font
pas oppofés.
De la part des écrivains , pour ne pasconfondre
l'acceffoire & le principal , pour
ne pas s'appefantir dans un ouvrage d'agrémens
fur des idées rebutantes , par leur
gravité , & pour ne point avilir un écrit
férieux par des agrémens trop légers , trop
frivoles , & trop recherchés.
Juftice de la part de ceux qui jugent ,
pour ne point refufer leur fuffrage aux
graces, qui décorent un homme d'état ,
parce que la gravité doit être , & fait effentiellement
, le fonds de fes ouvrages ;
pour ne point enlever à l'homme agréable
la faculté de penfer , de réfléchir & de raifonner
, parce qu'il eft fur- tout de fon effence
de chercher à plaire & d'y réuffir .
&
De la part des écrivains , juftice égale ,
pour n'efpérer & n'éxiger , felon les différens
genres dans lefquels ils s'exercent particulierement
, que la couronne qui leur
eft fingulierement dûe , pour ne point trouver
injufte & déplacé que le laurier domine
dans celles deftinées aux ouvrages
férieux , & les fleurs dans celles que l'on
accorde aux écrits agréables .
Mais le dirai - je ? il femble que le public
ait réglé le partage de l'eftime & de la
A O UST. 1755. IOI
confidération , de maniere à ne pas fouffrir
que le même écrivain acquierre plus
d'une forte de gloire ; & de leur côté les
écrivains fe font négligés fur les moyens
de ramener au vrai ceux qui les jugent.
On voit , en effet , trop fouvent que les
auteurs qu'un génie riant & leger , rend
facilement créateurs des plus féduifantes
bagatelles , n'ont point le courage de s'élever
jufqu'aux chofes qui pourroient rendre
leurs agrémens même profitables à la
fociété ; tandis que les citoyens nés pour
des objets férieux , croiroient defcendre
, & s'avilir , s'ils ornoient des fonds
intéreffans mais graves de cette forme
enchantereffe qui peut affurer le progrès
des plus fublimes vérités.
Qu'ils le rapprochent , qu'ils fe raffemblent,
& fe concilient , ils entraîneront tous
les fuffrages , parce qu'ils réuniront toutes
les fortes de perfections ; ils deviendront
chaque jour une nouvelle preuve que le
goût des arts agréables , n'eft point incompatible
avec les plus grandes vûes.
Cette vérité fi confolante pour les talens
& fi defefperante pour l'envie , eft portée
jufqu'à la démonftration par une foule
d'exemples qui ne laiffent que l'embarras
du choix.
Si je remontois jufqu'à ceux que fournit
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
la plus célébre antiquité , je ne les rappellerois
, Meffieurs , que pour les comparer
à ceux dont vous avez le bonheur d'être
ici les témoins .
Je ne vous peindrois Alexandre écoutant
les leçons d'Ariftote , s'amufant avec
Appelle , rendant au Prince des Poëtes un
culte prefque religieux , que pour vous
rappeller tout ce qu'a fait en faveur des
talens & de ceux qui les cultivent , votre
augufte fondateur , mille fois plus grand
par la modération que le fils de Philippe
le fut par fes conquêtes .
Je ne vous parlerois de Céfar , écrivant
lui - même fon hiftoire , avec autant de
feu , de nobleffe & de vérité qu'il en avoit
mis dans fes operations , mais avec autant
de modeftie que s'il n'en étoit pas le héros
, que pour vous parler de celui qui
vous a raffemblés & qui joint a l'avantage
fi peu commun d'être à la fois l'ami , le
protecteur & le favori des Mufes , cette
gloire encore plus grande de vouloir en
même tems qu'il nous éclaire , nous cacher
le flambeau qui nous conduit .
Je ne vous ferois voir Augufte accueillant
Homere & Virgile ; Scipion donnant à
Térence des confeils qu'il auroit pû luimême
exécuter ; Marc Aurele écrivant
pour l'humanité des maximes qu'il accréA
O UST. 1755. 103
ditoit par fa vertu , que pour vous retracer
l'image du Prince philofophe , du
Roi citoyen , du Monarque éclairé , qui
ne dédaigne pas d'exciter , d'animer , d`encourager
par fes leçons , par fes exemples
& par fes bienfaits les talens & les arts
même agréables au milieu de ces utiles , &
magnifiques établiffemens dans lefquels
fe peignent d'une maniere fi frappante ,
la bonté de fon coeur , l'élévation de fon
ame , & les reffources de fon efprit , établiffemens
qui lui garantiffent l'amour de
fes fujets , & qui lui donnent les droits
les mieux établis fur l'admiration & la
reconnoiffance de leur poftérité .
Un modele auffi grand , auffi cher , auſſi
frappant ne pouvoit qu'enfanter tout ce
qu'il a produit ; c'eft un aftre dont les
heureufes influences fertilifent tout ce qui
l'environne. Vous devrez , Meffieurs , à
ce Mécene couronné les ouvrages que vous
infpirera le defir de lui plaire , & de juftifier
votre adoption ; comme il vous doit
la douceur & l'avantage d'avoir trouvé les
fujets les plus fufceptibles de fes impreffions
, les plus dignes de fes bienfaits , &
les plus capables de répondre à fes vûes.
Eft-il une de fes vertus qui ne fe retrace
dans ceux qu'il a choifis pour former
cette Académie , & dont yous ne faffiez
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE .
jouir à chaque inftant la bonté royale &
paternelle qui vous a raffemblés ?
Sa piété fincere éclairée fans oftentation
& fans fafte , également éloignée de la
fuperftition & de la témérité , ne fe retrace-
t- elle pas dans ces Prélats refpectables ,
qui ne dédaignent pas de venir prendre
chez les talens & les arts tout ce qui peut
orner la raifon & la vertu . Dans ces Miniftres
de la religion qui viennent puifer
dans vos affemblées cette éloquence douce
& perfuafive , qui pour corriger l'homme
fe prête aux foibleffes de l'humanité , femblables
à ces héros de l'Hiftoire fainte ,
qui ne rougiffoient point de faire fervir
les vafes profanes enlevés des temples des
faux Dieux pour en faire des vafes facrés
dans le temple de l'Eternel .
Le courage de ce Monarque qui doit
vous paroître encore plus grand , plus refpectable
par les conquêtes qu'il a dédaignées
, que par celles qu'il avoit déja faites
, & qu'il auroit pu faire encore , ne l'a
point éloigné des fciences & des arts dont
les grands Rois font les protecteurs nés ,
& le plus ferme appui ; il a même ofé cultiver
de fes propres mains la terre qu'il defiroit
enrichir & fertilifer ; il n'a pas cru
qu'il fut indigne des héros d'étudier les
talens qui font faits pour les célébrer ; &
A OUS T. 1755. 105
>
c'est à fon exemple que vous devez , Melfieurs
, parmi vous , ces guerriers moins
illuftres encore par un grand nom que par
des lumieres fupérieures & diftinguées
qui joignent aux lauriers de Bellone &
de Mars ceux de Minerve & d'Apollon .
Pardonnez - moi , Meffieurs , ces expreffions
, celles de la poëfie font excufables ,
même en profe , lorfque l'on a beſoin de
tout pour bien peindre ce que l'on fent.
Si des vertus militaires nous paffons
aux vertus civiles & pacifiques , l'efprit
de juftice & d'équité qui conduit votre
illuftre fondateur dans tout ce qu'il dit ,
dans tout ce qu'il fait pour les chofes mêmes
dans lefquelles les régles de la Jurif
prudence font place à d'autres loix , fe retrace
dans les Magiftrats intégres , éclairés
, qui jugent parmi vous les ouvrages
d'efprit avec autant de connoiffance &
d'impartialité , qu'ils décident dans les
tribunaux les conteftations des particuliers.
Chacun de vous en un mot , juftifie les
motifs & l'objet de fon adoption , & tous
enfemble font l'éloge d'un établiſſement
qui multiplie & perpétue les modeles des
belles lettres & des bonnes moeurs , du
bon efprit & du bon goût. Le tribut que
je leur paye en parlant de vous , me ra-
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
mene à mon infuffifance , & me fait d'autant
plus vivement fentir mon infériorité ;
mais le plaifir de vous rendre hommage
efface , ou du moins diminue le regret de
ne pouvoir pas vous égaler.
royale & littéraire de Nancy , lorsque Sa
Majefté le roi Stanislas lui a fait l'honneur
de le nommer pour y remplir une place d'affocié
étranger.
Cdeux
Omme ce difcours m'a paru réunir
deux objets intéreffans , l'agréable &
l'utile ; les belles- lettres & les financès : j'ai
engagé l'auteur , qui cultive les unes par
goût , en travaillant pour les autres par état,
à me permettre de l'inférer ici.
MESSIEURS
-Le premier fentiment que l'on éprouve
lorfqu'on reçoit une grace que l'on defiroit
ardemment , fans ofer y prétendre , c'eſt
un fentiment de furpriſe & de joye , de
vanité même , qui ne permet guerres de
réfléchir fur les nouveaux devoirs que cette
grace impofe : plus on eft occupé , rempli,
pénétré du bienfait , moins on apperçoit la
difficulté de le reconnoître & de le méri96
MERCURE DE FRANCE .
ter ; mais la réflexion ne tarde pas à nous
découvrir toute l'étendue de nos engagemens
; l'illufion de ce que l'on croyoit
valoir , fait place à la véritable connoiſſance
de ce que l'on vaut ; l'enchantement
difparoît , & l'on ne voit plus qu'une dette
dont on défefpere pouvoir jamais s'acquitter.
Tel étoit , Meffieurs , mon raviffement ,
lorfque vous m'avez fait l'honneur de
m'affocier à vos travaux , tel eft aujourd'hui
mon embarras , pour juftifier votre
choix : mon unique reffource , eft la même
indulgence qui m'a valu vos bontés : elle
voudra bien , fans doute , en me rendant
juftice fur le fentiment , me faire grace fur
l'expreffion , & ne point juger de la vivacité
de ma reconnoiffance , par la foibleffe
de mon remerciement.
Il eft , Meffieurs , des talens que l'on n'a
plus qu'à récompenfer ; il en eft qu'il faut
aider , animer , encourager ; les uns , font
des fruits qui ont acquis leur maturité ,
vous n'avez qu'à les cueillir ; les autres
font des fleurs , qui peuvent un jour devenir
des fruits ; mais enfin , ce font encore
des fleurs, & qui par cette raifon , méritent
toutes fortes de ménagemens.
Ce que vous avez fait , Meffieurs , pour
couronner le mérite décidé des hommes
illuftres
A O UST. 1755. 97
黎
illuftres que vous avez fucceffivement affociés
à votre gloire , vous avez cru devoir
le faire pour m'exciter à marcher fur leurs
pas ; ces intentions , quoique différentes ,
concourent au même objet , c'eft à moi de
ne les pas confondre , & de chercher à
mériter par mes efforts , ce que d'autres
avoient fi légitimement acquis par leurs
fuccès.
Que pourrois-je faire de mieux pour les
imiter , que de travailler à réunir dans mes
occupations l'aimable & l'utile , comme on
voit chez vous , Meffieurs , les agrémens
affociés à la folidité ? Le goût des belleslettres
que j'ai cultivées dès mon enfance ,
ne m'a point empêché de me livrer férieufement
aux études particulieres à mon état;
& ces études , à leur tour , n'ont point al-.
téré le goût des connoiffances propres à la
littérature j'ofe au contraire efpérer , que
le concours de tous les deux , ne fera qu'accélérer
& perfectionner l'exécution du plan
que j'ai formé d'un Dictionnaire général
des finances qui manque à la nation.
Les idées philofophiques , dont les fiecles
futurs auront obligation à celui- ci , font
enfin parvenues à faire envifager comme
un objet intéreffant pour la faine politique
, & pour la véritable philofophie , ce
que la cupidité feule enviſageoit aupara-
E
98 MERCURE DE FRANCE.
vant comme un objet d'intérêt ( ce mot
pris dans le fens le moins noble , le moins
eftimable , & le plus borné pour l'ufage &
pour le citoyen. )
le
Et quelle matiere méritoit mieux d'être
affujettie à des principes fûrs , à des regles
conftantes , à des loix judicieufes que
commerce & lesfinances qui tiennent à tout ,
qui font tout fubfifter , &
& que l'on peut
confidérer à la fois , comme la bafe & le
comble de ce grand & fuperbe édifice que
l'on nomme gouvernement? Cet inftant de
lumiere , eft donc à tous égards , le moment
fait pour rendre à mon état toute
l'équité , toute la clarté , toute la dignité ,
dont je le crois fufceptible.
pa- Si je vous entretiens, Meffieurs , d'un
reil projet, fi dans le fanctuaire des Mufes ,
j'ofe vous parler de la finance , & de ce qui
l'intéreffe , c'eft que je ne crois rien d'étranger
à ceux qui penfent ; c'eft que je
fuis infiniment perfuadé que le goût des
arts agréables , n'eft point incompatible
avec les plus grandes vûes ; & je vous avouerai
, Meffieurs , que j'ai befoin de cette
idée , pour me foutenir dans la carriere oùje
fuis entré ; mais quel intervalle immenfe
à parcourir , depuis cette idée , jufqu'aux
chofes qui peuvent la réaliſer en moi ,
comme elle exiſte au milieu de vous !
AOUST. 1755 . 99
Cette réflexion qui n'eft que trop bien
fondée , m'empêchera - t- elle de vous faire
part de quelques obfervations , que vos
écrits , Meffieurs , démontrent encore
mieux que mes raiſonnemens ?
J'ofe donc avancer d'après vous - même ,
( pourrois-je choifir une preuve plus chere
& plus convainquante ? ) j'ofe avancer que
le goût , que la poffeffion , que la culture
des talens agréables , n'excluent point les
talens utiles , qu'ils font faits pour fe réunir
& pour opérer de concert , la gloire &
le bonheur de l'humanité ; fi l'on affecte
fouvent de les divifer , fi les efprits faux
ou bornés s'attachent à féparer ces deux
idées faites aller enfemble , ce ne peut
être que l'effet de la jaloufie des uns , &
de la foibleffe des autres ; de la foibleſſe de ;
ceux qui écrivent , & de la jaloufie de ceux
qui jugent : les uns ne fçauroient confentir
á réunir fur la tête d'un feul homme"
tant de couronnes à la fois , les autres ne'
travaillent point affez pour les raffembler .
pour
Permettez- moi , Meffieurs , que je réclame
contre ces deux abus , la juſteſſe &
la juftice qui devroient toujours préfider
fur les écrivains , & fur ceux qui les jugent.
Jufteffe , de la part de ceux qui décident,
pour ne point fe méprendre fur les chofes
qui font différentes fans être contraires ;
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
l'homme de lettres , par exemple , & l'homme
d'état font différens , mais ils ne font
pas oppofés.
De la part des écrivains , pour ne pasconfondre
l'acceffoire & le principal , pour
ne pas s'appefantir dans un ouvrage d'agrémens
fur des idées rebutantes , par leur
gravité , & pour ne point avilir un écrit
férieux par des agrémens trop légers , trop
frivoles , & trop recherchés.
Juftice de la part de ceux qui jugent ,
pour ne point refufer leur fuffrage aux
graces, qui décorent un homme d'état ,
parce que la gravité doit être , & fait effentiellement
, le fonds de fes ouvrages ;
pour ne point enlever à l'homme agréable
la faculté de penfer , de réfléchir & de raifonner
, parce qu'il eft fur- tout de fon effence
de chercher à plaire & d'y réuffir .
&
De la part des écrivains , juftice égale ,
pour n'efpérer & n'éxiger , felon les différens
genres dans lefquels ils s'exercent particulierement
, que la couronne qui leur
eft fingulierement dûe , pour ne point trouver
injufte & déplacé que le laurier domine
dans celles deftinées aux ouvrages
férieux , & les fleurs dans celles que l'on
accorde aux écrits agréables .
Mais le dirai - je ? il femble que le public
ait réglé le partage de l'eftime & de la
A O UST. 1755. IOI
confidération , de maniere à ne pas fouffrir
que le même écrivain acquierre plus
d'une forte de gloire ; & de leur côté les
écrivains fe font négligés fur les moyens
de ramener au vrai ceux qui les jugent.
On voit , en effet , trop fouvent que les
auteurs qu'un génie riant & leger , rend
facilement créateurs des plus féduifantes
bagatelles , n'ont point le courage de s'élever
jufqu'aux chofes qui pourroient rendre
leurs agrémens même profitables à la
fociété ; tandis que les citoyens nés pour
des objets férieux , croiroient defcendre
, & s'avilir , s'ils ornoient des fonds
intéreffans mais graves de cette forme
enchantereffe qui peut affurer le progrès
des plus fublimes vérités.
Qu'ils le rapprochent , qu'ils fe raffemblent,
& fe concilient , ils entraîneront tous
les fuffrages , parce qu'ils réuniront toutes
les fortes de perfections ; ils deviendront
chaque jour une nouvelle preuve que le
goût des arts agréables , n'eft point incompatible
avec les plus grandes vûes.
Cette vérité fi confolante pour les talens
& fi defefperante pour l'envie , eft portée
jufqu'à la démonftration par une foule
d'exemples qui ne laiffent que l'embarras
du choix.
Si je remontois jufqu'à ceux que fournit
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
la plus célébre antiquité , je ne les rappellerois
, Meffieurs , que pour les comparer
à ceux dont vous avez le bonheur d'être
ici les témoins .
Je ne vous peindrois Alexandre écoutant
les leçons d'Ariftote , s'amufant avec
Appelle , rendant au Prince des Poëtes un
culte prefque religieux , que pour vous
rappeller tout ce qu'a fait en faveur des
talens & de ceux qui les cultivent , votre
augufte fondateur , mille fois plus grand
par la modération que le fils de Philippe
le fut par fes conquêtes .
Je ne vous parlerois de Céfar , écrivant
lui - même fon hiftoire , avec autant de
feu , de nobleffe & de vérité qu'il en avoit
mis dans fes operations , mais avec autant
de modeftie que s'il n'en étoit pas le héros
, que pour vous parler de celui qui
vous a raffemblés & qui joint a l'avantage
fi peu commun d'être à la fois l'ami , le
protecteur & le favori des Mufes , cette
gloire encore plus grande de vouloir en
même tems qu'il nous éclaire , nous cacher
le flambeau qui nous conduit .
Je ne vous ferois voir Augufte accueillant
Homere & Virgile ; Scipion donnant à
Térence des confeils qu'il auroit pû luimême
exécuter ; Marc Aurele écrivant
pour l'humanité des maximes qu'il accréA
O UST. 1755. 103
ditoit par fa vertu , que pour vous retracer
l'image du Prince philofophe , du
Roi citoyen , du Monarque éclairé , qui
ne dédaigne pas d'exciter , d'animer , d`encourager
par fes leçons , par fes exemples
& par fes bienfaits les talens & les arts
même agréables au milieu de ces utiles , &
magnifiques établiffemens dans lefquels
fe peignent d'une maniere fi frappante ,
la bonté de fon coeur , l'élévation de fon
ame , & les reffources de fon efprit , établiffemens
qui lui garantiffent l'amour de
fes fujets , & qui lui donnent les droits
les mieux établis fur l'admiration & la
reconnoiffance de leur poftérité .
Un modele auffi grand , auffi cher , auſſi
frappant ne pouvoit qu'enfanter tout ce
qu'il a produit ; c'eft un aftre dont les
heureufes influences fertilifent tout ce qui
l'environne. Vous devrez , Meffieurs , à
ce Mécene couronné les ouvrages que vous
infpirera le defir de lui plaire , & de juftifier
votre adoption ; comme il vous doit
la douceur & l'avantage d'avoir trouvé les
fujets les plus fufceptibles de fes impreffions
, les plus dignes de fes bienfaits , &
les plus capables de répondre à fes vûes.
Eft-il une de fes vertus qui ne fe retrace
dans ceux qu'il a choifis pour former
cette Académie , & dont yous ne faffiez
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE .
jouir à chaque inftant la bonté royale &
paternelle qui vous a raffemblés ?
Sa piété fincere éclairée fans oftentation
& fans fafte , également éloignée de la
fuperftition & de la témérité , ne fe retrace-
t- elle pas dans ces Prélats refpectables ,
qui ne dédaignent pas de venir prendre
chez les talens & les arts tout ce qui peut
orner la raifon & la vertu . Dans ces Miniftres
de la religion qui viennent puifer
dans vos affemblées cette éloquence douce
& perfuafive , qui pour corriger l'homme
fe prête aux foibleffes de l'humanité , femblables
à ces héros de l'Hiftoire fainte ,
qui ne rougiffoient point de faire fervir
les vafes profanes enlevés des temples des
faux Dieux pour en faire des vafes facrés
dans le temple de l'Eternel .
Le courage de ce Monarque qui doit
vous paroître encore plus grand , plus refpectable
par les conquêtes qu'il a dédaignées
, que par celles qu'il avoit déja faites
, & qu'il auroit pu faire encore , ne l'a
point éloigné des fciences & des arts dont
les grands Rois font les protecteurs nés ,
& le plus ferme appui ; il a même ofé cultiver
de fes propres mains la terre qu'il defiroit
enrichir & fertilifer ; il n'a pas cru
qu'il fut indigne des héros d'étudier les
talens qui font faits pour les célébrer ; &
A OUS T. 1755. 105
>
c'est à fon exemple que vous devez , Melfieurs
, parmi vous , ces guerriers moins
illuftres encore par un grand nom que par
des lumieres fupérieures & diftinguées
qui joignent aux lauriers de Bellone &
de Mars ceux de Minerve & d'Apollon .
Pardonnez - moi , Meffieurs , ces expreffions
, celles de la poëfie font excufables ,
même en profe , lorfque l'on a beſoin de
tout pour bien peindre ce que l'on fent.
Si des vertus militaires nous paffons
aux vertus civiles & pacifiques , l'efprit
de juftice & d'équité qui conduit votre
illuftre fondateur dans tout ce qu'il dit ,
dans tout ce qu'il fait pour les chofes mêmes
dans lefquelles les régles de la Jurif
prudence font place à d'autres loix , fe retrace
dans les Magiftrats intégres , éclairés
, qui jugent parmi vous les ouvrages
d'efprit avec autant de connoiffance &
d'impartialité , qu'ils décident dans les
tribunaux les conteftations des particuliers.
Chacun de vous en un mot , juftifie les
motifs & l'objet de fon adoption , & tous
enfemble font l'éloge d'un établiſſement
qui multiplie & perpétue les modeles des
belles lettres & des bonnes moeurs , du
bon efprit & du bon goût. Le tribut que
je leur paye en parlant de vous , me ra-
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
mene à mon infuffifance , & me fait d'autant
plus vivement fentir mon infériorité ;
mais le plaifir de vous rendre hommage
efface , ou du moins diminue le regret de
ne pouvoir pas vous égaler.
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Résumé : Discours que M. P*** a envoyé à la Société royale & littéraire de Nancy, lorsque Sa Majesté le roi Stanislas lui a fait l'honneur de le nommer pour y remplir une place d'associé étranger.
M. P*** adresse un discours à la Société royale et littéraire de Nancy après sa nomination comme associé étranger par le roi Stanislas. Il exprime sa surprise et sa joie face à cet honneur, tout en reconnaissant la difficulté de le mériter. La Société, selon lui, récompense et encourage les talents, couronnant les mérites des hommes illustres et incitant à suivre leurs pas. L'auteur se propose de réunir dans ses travaux l'agréable et l'utile, comme le fait la Société. Il cultive les belles-lettres par goût et les finances par état, espérant que cette combinaison accélérera et perfectionnera son projet de créer un Dictionnaire général des finances, manquant à la nation. Il souligne l'importance des finances et du commerce pour le gouvernement, affirmant que le goût des arts agréables n'est pas incompatible avec les grandes vues. Les talents agréables et utiles peuvent se réunir pour le bonheur de l'humanité. Le discours se termine par des références historiques à des figures illustres, comparant leur soutien aux arts et aux talents avec celui du roi Stanislas. L'auteur exprime sa gratitude et son désir de justifier la confiance placée en lui par la Société. Il admire les tribunaux et les particuliers pour leur soutien à une institution qui promeut les belles lettres, les bonnes mœurs, l'esprit et le goût. Chaque individu justifie les motifs et l'objet de cette adoption, et l'auteur reconnaît son infériorité et son insuffisance par rapport à l'institution. Cependant, le plaisir de rendre hommage à cette institution efface ou diminue le regret de ne pas pouvoir lui être égal.
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