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4351
p. 163-164
AVIS AUX BIBLIOGRAPHES du Théâtre.
Début :
Il s'est glisé [sic] une méprise dans le précédent Mercure de Décembre 1763, à [...]
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texteReconnaissance textuelle : AVIS AUX BIBLIOGRAPHES du Théâtre.
AVIS AUX BIBLIOGRAPHES
du Théâtre.
Il s'est glisé [sic] une méprise dans le précédent
Mercure de Décembre 1763, à
l'article des Spectacles de la Cour. En
rappellant , à l'occafion d'un Ballet de
Médée & Jaſon , un Opera de M. de la
B *** & de M. LAUION , repréfenté à
Choify , on a mis , Théagêne & Chari-
clée , au lieu du véritable titre de cet
Opera , qui eft , Ifmene & Ifmenias :
Titre fous lequel nous en avons parle
nous-mêmes , dans le temps de fa repré-
Sentation.
On avertit ceux qui puifent les Anec-
dotes theatrales dans notre Journal ,
comme contenant en effet les Faftes les
plus fuivis & les plus certains fur cette
matière , que s'il arrive quelquefois , ce
qui eft inévitable , de laiffer échapper
quelqu'erreur à cet égard , dans un des
volumes, elle est toujours rectifiée dans le
fuivant.
du Théâtre.
Il s'est glisé [sic] une méprise dans le précédent
Mercure de Décembre 1763, à
l'article des Spectacles de la Cour. En
rappellant , à l'occafion d'un Ballet de
Médée & Jaſon , un Opera de M. de la
B *** & de M. LAUION , repréfenté à
Choify , on a mis , Théagêne & Chari-
clée , au lieu du véritable titre de cet
Opera , qui eft , Ifmene & Ifmenias :
Titre fous lequel nous en avons parle
nous-mêmes , dans le temps de fa repré-
Sentation.
On avertit ceux qui puifent les Anec-
dotes theatrales dans notre Journal ,
comme contenant en effet les Faftes les
plus fuivis & les plus certains fur cette
matière , que s'il arrive quelquefois , ce
qui eft inévitable , de laiffer échapper
quelqu'erreur à cet égard , dans un des
volumes, elle est toujours rectifiée dans le
fuivant.
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4352
p. 165-166
CONCERTS SPIRITUELS.
Début :
LE 8 Décembre, Fête de la Conception, on exécuta Salve Regina, Motet à grand Choeur [...]
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texteReconnaissance textuelle : CONCERTS SPIRITUELS.
CONCERTS SPIRITUELS.
LE 8 Décembre, Fête de la Conception, on
exécuta Salve Regina, Motet à grand Choeur
de la compofition de M. KOHAUT , dans lequel
M. DUPORT accompagnoit un Récit. Nous avons
précédemment rendu compte du bon effet de cet
Ouvrage. M. NOEL Hautecontre chanta un Mo-
tet à voix feule , dans lequel il fit plaifir & fut
applaudi M. CAPRON exécuta un Concerto de
Violon , & M. Duport joua une Sonate. Mlle
HARDI chanta dans ce même Concert deux Airs
Italiens. Il finit par Benedic anima mea Domino,
grand Motet de M. DAUVERGNE , Maître de Mu-
fique de la Chambre du Roi , & l'un des Direc-
teurs du Concert. Les grands talens éprouvés
de ce Compofiteur ne laillent pas douter du mé-
rite de cette nouvelle production.
Le 24 , veille de Noël , le premier Motet à
grand Choeur
?
étoit Fugit nox
,
de feu M.
BOISMORTIER. Nous avons eu occafion , l'année
précédente , de reniarquer tout le goût , tout l'ef
prit & l'art qui régnent dans ce Motet , où les
Noëls connus font fi bien adaptés , qu'ils font le
plus grand plaifir aux Amateurs de la mélodie,
& qu'il eft eftimé par ceux de la Mufique la plus
compofée. M. LEDUC joua une Sonate deviolon,
& M. DUFORT , une de violoncelle . M. BALBATRE
éxécuta fur l'orgue un Concerto de Noëls . Mlle
S. MARCEL chanta , pour la premiere fois , un
Motet à voix feule. C'eſt une très-jeune perfonne
dont la voix n'eft pas encore entierement for-
mée,mais qui paroît très bonne Muficienne. Mlle
166 MERCURE DE FRANCE.
HARDI chanta un air Italien. Le Concert finit par
Quemadmodùm , nouveau Moter de M. MATHIFU,
Ordinaire de la Mufique du Roi fort bien com-
pofé fpécialement dans les Choeurs & qui fut ap-
plaudi.
Le 25 , Jour de Noël on donna le même
Spectacles
>
Motet ( Fugit nox ) dont nous venons de parler.
Mlle FEL chanta un Moret à voix feule de M.
Froco , Mlle HARDI un Air Italien. M. BAL-
BASTRE exécuta le même Concerto de la veille.
M. GAVINIES joua un nouveau Concerto de fa
compofition , dans lequel il avoit fait entrer lé
Sujet d'un Noel connu , qu'il varia avec un arc,
un goût & des grâces qui charmerent les Audi-
teurs les plus accoutumés à l'entendre , comme
s'ils avoient éprouvé pour la première fois le
plaifir & la furprife que procure toujours ce ta-
lent fupérieur. Ce Concert finit par l'agréable
& beau Motet Deus venerunt gentes de feu M.
FANTON.
LE 8 Décembre, Fête de la Conception, on
exécuta Salve Regina, Motet à grand Choeur
de la compofition de M. KOHAUT , dans lequel
M. DUPORT accompagnoit un Récit. Nous avons
précédemment rendu compte du bon effet de cet
Ouvrage. M. NOEL Hautecontre chanta un Mo-
tet à voix feule , dans lequel il fit plaifir & fut
applaudi M. CAPRON exécuta un Concerto de
Violon , & M. Duport joua une Sonate. Mlle
HARDI chanta dans ce même Concert deux Airs
Italiens. Il finit par Benedic anima mea Domino,
grand Motet de M. DAUVERGNE , Maître de Mu-
fique de la Chambre du Roi , & l'un des Direc-
teurs du Concert. Les grands talens éprouvés
de ce Compofiteur ne laillent pas douter du mé-
rite de cette nouvelle production.
Le 24 , veille de Noël , le premier Motet à
grand Choeur
?
étoit Fugit nox
,
de feu M.
BOISMORTIER. Nous avons eu occafion , l'année
précédente , de reniarquer tout le goût , tout l'ef
prit & l'art qui régnent dans ce Motet , où les
Noëls connus font fi bien adaptés , qu'ils font le
plus grand plaifir aux Amateurs de la mélodie,
& qu'il eft eftimé par ceux de la Mufique la plus
compofée. M. LEDUC joua une Sonate deviolon,
& M. DUFORT , une de violoncelle . M. BALBATRE
éxécuta fur l'orgue un Concerto de Noëls . Mlle
S. MARCEL chanta , pour la premiere fois , un
Motet à voix feule. C'eſt une très-jeune perfonne
dont la voix n'eft pas encore entierement for-
mée,mais qui paroît très bonne Muficienne. Mlle
166 MERCURE DE FRANCE.
HARDI chanta un air Italien. Le Concert finit par
Quemadmodùm , nouveau Moter de M. MATHIFU,
Ordinaire de la Mufique du Roi fort bien com-
pofé fpécialement dans les Choeurs & qui fut ap-
plaudi.
Le 25 , Jour de Noël on donna le même
Spectacles
>
Motet ( Fugit nox ) dont nous venons de parler.
Mlle FEL chanta un Moret à voix feule de M.
Froco , Mlle HARDI un Air Italien. M. BAL-
BASTRE exécuta le même Concerto de la veille.
M. GAVINIES joua un nouveau Concerto de fa
compofition , dans lequel il avoit fait entrer lé
Sujet d'un Noel connu , qu'il varia avec un arc,
un goût & des grâces qui charmerent les Audi-
teurs les plus accoutumés à l'entendre , comme
s'ils avoient éprouvé pour la première fois le
plaifir & la furprife que procure toujours ce ta-
lent fupérieur. Ce Concert finit par l'agréable
& beau Motet Deus venerunt gentes de feu M.
FANTON.
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4353
p. 166-167
« N. B. NOUS avons plusieurs fois invité les Citoyens Amateurs des principales [...] »
Début :
N. B. NOUS avons plusieurs fois invité les Citoyens Amateurs des principales [...]
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texteReconnaissance textuelle : « N. B. NOUS avons plusieurs fois invité les Citoyens Amateurs des principales [...] »
N. B. NOUS avons plusieurs fois invité
les Citoyens Amateurs des principales
Villes du Royaume , à nous mettre
en état d'informer nos Lecteurs de ce
qu'il y auroit de remarquable dans leurs
nous fommes trop recon-
noiffans de la complaifance de celui qui
a bien voulu nous adreffer la Lettre fui-
JANVIER. 1764.
167
vante , & l'objet en eft trop intéreſſant
à plufieurs égards , pour ne nous pas em-
preffer de la publier,
les Citoyens Amateurs des principales
Villes du Royaume , à nous mettre
en état d'informer nos Lecteurs de ce
qu'il y auroit de remarquable dans leurs
nous fommes trop recon-
noiffans de la complaifance de celui qui
a bien voulu nous adreffer la Lettre fui-
JANVIER. 1764.
167
vante , & l'objet en eft trop intéreſſant
à plufieurs égards , pour ne nous pas em-
preffer de la publier,
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4354
p. 167-170
LETTRE AUX AUTEURS DU MERCURE. A Bordeaux, ce 9 Décembre 1763.
Début :
MESSIEURS, « M. LE MARÉCHAL-DUC DE RICHELIEU, portant par-tout [...]
Mots clefs :
Spectacle, Arts, Lettre, Goût, Voltaire, Bordeaux, Louis-François-Armand de Vignerot du Plessis
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE AUX AUTEURS DU MERCURE. A Bordeaux, ce 9 Décembre 1763.
LETTRE
AUX AUTEURS DU MERCURE.
A Bordeaux, ce 9 Décembre 1763.
MESSIEURS,
« M. LE MARÉCHAL-DUC DE RICHELIEU,
portant par-tout sur ses
» pas le goût de la Littérature & des
» Beaux-Arts , a voulu que l'on repré
»fentât ici un Spectacle capable de les
"
» réunir tous ; & il a choifi La Princeffe
» de Navarre , Comédie - Ballet , Fête
" donnée fous fes ordres au ROI , à
» Verfailles en 1745, à l'occafion duMa❤
» riage de Monfeigneur LE DAUPHIN
» avec L'INFANTE D'ESPAGNE .
» Aucune Pièce ne pouvoit fi bien
» remplir les grandes vues de M. le Ma-
b.
» réchal , puifque M. DE VOLTAIRE
lui-même annonce dans la Préface ,
» qu'il s'eft efforcé feulement de réunir
» les talens de tous les Artiftes qui ſe dif-
» tinguent le plus ; ajoutant , fans doute
» par modeſtie , que l'unique mérite de
168 MERCURE DE FRANCE.
» l'Auteura été de chercher àfaire valoir
» celui des autres.
" Si ce Spectacle n'a jamais été donné
» qu'à la Cour , il n'en faut chercher la
99
rai on que dans l'impoffibilité de le
» mettre ailleurs. Et c'eft une diftinction
» pour notre Théâtre , que de raffem-
» bler tous les Sujets néceffaires à fon
» exécution...
"
» En effet , où trouver ailleurs , dans
» la même Troupe , l'Opéra réuni à la
» Comédie Françoife & Italienne , la
Tragédie à la Parodie ; & dans chaque
» genre , de bons Acteurs ? Où trouver
cinq hommes & quatre femmes * chan
» tans feuls dans la plus noble Mufique
» de M. RAMEAU ? Des Ballets & un
» Orqueftre , que l'on goûte même en
» arrivant de Paris ? Une profufion dans
» la dépenfe , tant pour les Décorations
» que pour les Habits ? Voilà ce qui ne
» fe trouve qu'à Bordeaux.
» M. DE BELMONT , Directeur des
» Spectacles de cette Ville, a fi bien rem-
» pli l'attente de M. le Maréchal , que ce
» Spectacle a été également admiré par
» la magnificence , par le goût , & par
» l'enfemble de toutes fes parties.
* On tranſcrit fidèlement cette Lettre , fans pré-
tendre en critiquer ni juſtifier quelques expreffions.
M.
JANVIER. 1764.
169
" M. de Voltaire, fe rendant aux de-
» firs de M. de Belmont , lui a envoyé un
» nouveau Prologue , qu'il a prononcé le
» 26 Novembre , avant la première re-
préfentation , en préfence de M. le Ma-
» réchal. Cette feule Pièce fuffit pour
» me faire eſpérer , Meffieurs , que vous
inférerez dans votre Mercure cette
» Lettre-ci , qui du moins aura le mérite
» d'amener une nouveauté, plus rem-
»plie de chofes que de mots.
NOUVEAU PROLOGUE de la Princeſſe
de Navarre , par M. DE VOLTAIRE.
Nous ofons retracer cette Fête éclatante ,
Que donna dans Verfailles , au plus aimé des Rois
Le Héros qui le repréſente ,
Et qui nous fait chérir les loix.
Ses mains en d'autres lieux ont porté la Victoire ;
Il porte ici le Goût , les Beaux-Arts & les Jeux ,
Et c'eſt une nouvelle gloire.
Mars fait des Conquérans, la Paix fait des heureux.
Des Grecs & des Romains , les Spectacles pompeux
De l'Univers encore occupent la mémoire ;
Auffi-bien que leurs Camps , teurs Cirques font
fameux.
Melpomène , Thalie , Eutherpe & Terpficore
Ont enchanté les Grecs , & fçavent plaire encore
A nos Français polis , & qui penfent comme eux.
I. Vol.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
La Guerre défend la Patrie ,
Le Commerce peut l'enrichir ;
Les Loix fontfon repos , les Arts la font fleurir,
La valeur , les talens , les travaux , l'induftrie ,
Tout brille parmi vous : quevos heureux remparts
Soient le Temple éternel de la Paix & des Arts.
» Ce Spectacle a déja été repréſenté
» trois fois , & toujours avec une af-
» fluence égale à la fatisfaction des Spec
» tateurs.
» J'ai l'honneur d'être , avec une ef-
» time refpe&ueuſe ,
MESSIEURS ,
» Votre , &c.
"
»LOUIS-CLAUDE LE CLERC.
AUX AUTEURS DU MERCURE.
A Bordeaux, ce 9 Décembre 1763.
MESSIEURS,
« M. LE MARÉCHAL-DUC DE RICHELIEU,
portant par-tout sur ses
» pas le goût de la Littérature & des
» Beaux-Arts , a voulu que l'on repré
»fentât ici un Spectacle capable de les
"
» réunir tous ; & il a choifi La Princeffe
» de Navarre , Comédie - Ballet , Fête
" donnée fous fes ordres au ROI , à
» Verfailles en 1745, à l'occafion duMa❤
» riage de Monfeigneur LE DAUPHIN
» avec L'INFANTE D'ESPAGNE .
» Aucune Pièce ne pouvoit fi bien
» remplir les grandes vues de M. le Ma-
b.
» réchal , puifque M. DE VOLTAIRE
lui-même annonce dans la Préface ,
» qu'il s'eft efforcé feulement de réunir
» les talens de tous les Artiftes qui ſe dif-
» tinguent le plus ; ajoutant , fans doute
» par modeſtie , que l'unique mérite de
168 MERCURE DE FRANCE.
» l'Auteura été de chercher àfaire valoir
» celui des autres.
" Si ce Spectacle n'a jamais été donné
» qu'à la Cour , il n'en faut chercher la
99
rai on que dans l'impoffibilité de le
» mettre ailleurs. Et c'eft une diftinction
» pour notre Théâtre , que de raffem-
» bler tous les Sujets néceffaires à fon
» exécution...
"
» En effet , où trouver ailleurs , dans
» la même Troupe , l'Opéra réuni à la
» Comédie Françoife & Italienne , la
Tragédie à la Parodie ; & dans chaque
» genre , de bons Acteurs ? Où trouver
cinq hommes & quatre femmes * chan
» tans feuls dans la plus noble Mufique
» de M. RAMEAU ? Des Ballets & un
» Orqueftre , que l'on goûte même en
» arrivant de Paris ? Une profufion dans
» la dépenfe , tant pour les Décorations
» que pour les Habits ? Voilà ce qui ne
» fe trouve qu'à Bordeaux.
» M. DE BELMONT , Directeur des
» Spectacles de cette Ville, a fi bien rem-
» pli l'attente de M. le Maréchal , que ce
» Spectacle a été également admiré par
» la magnificence , par le goût , & par
» l'enfemble de toutes fes parties.
* On tranſcrit fidèlement cette Lettre , fans pré-
tendre en critiquer ni juſtifier quelques expreffions.
M.
JANVIER. 1764.
169
" M. de Voltaire, fe rendant aux de-
» firs de M. de Belmont , lui a envoyé un
» nouveau Prologue , qu'il a prononcé le
» 26 Novembre , avant la première re-
préfentation , en préfence de M. le Ma-
» réchal. Cette feule Pièce fuffit pour
» me faire eſpérer , Meffieurs , que vous
inférerez dans votre Mercure cette
» Lettre-ci , qui du moins aura le mérite
» d'amener une nouveauté, plus rem-
»plie de chofes que de mots.
NOUVEAU PROLOGUE de la Princeſſe
de Navarre , par M. DE VOLTAIRE.
Nous ofons retracer cette Fête éclatante ,
Que donna dans Verfailles , au plus aimé des Rois
Le Héros qui le repréſente ,
Et qui nous fait chérir les loix.
Ses mains en d'autres lieux ont porté la Victoire ;
Il porte ici le Goût , les Beaux-Arts & les Jeux ,
Et c'eſt une nouvelle gloire.
Mars fait des Conquérans, la Paix fait des heureux.
Des Grecs & des Romains , les Spectacles pompeux
De l'Univers encore occupent la mémoire ;
Auffi-bien que leurs Camps , teurs Cirques font
fameux.
Melpomène , Thalie , Eutherpe & Terpficore
Ont enchanté les Grecs , & fçavent plaire encore
A nos Français polis , & qui penfent comme eux.
I. Vol.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
La Guerre défend la Patrie ,
Le Commerce peut l'enrichir ;
Les Loix fontfon repos , les Arts la font fleurir,
La valeur , les talens , les travaux , l'induftrie ,
Tout brille parmi vous : quevos heureux remparts
Soient le Temple éternel de la Paix & des Arts.
» Ce Spectacle a déja été repréſenté
» trois fois , & toujours avec une af-
» fluence égale à la fatisfaction des Spec
» tateurs.
» J'ai l'honneur d'être , avec une ef-
» time refpe&ueuſe ,
MESSIEURS ,
» Votre , &c.
"
»LOUIS-CLAUDE LE CLERC.
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4355
p. 195-203
SUPPLÉMENT aux Nouv. Littéraires. ANNONCE d'une Histoire Naturelle à l'imitation de PLINE ; précédée d'un nouveau systême de Physique, sur les Principes de la Nature, pour rendre raison des effets les plus curieux, & les plus extraordinaires, qui se trouvent depuis la hauteur des Cieux jusqu'au centre de la Terre. Cet Ouvrage formera sept volumes in-4°. il sera orné de planches & de figures concernant l'Histoire Naturelle.
Début :
Le premier volume divisé en deux Parties, renferme les principes physiques de l'Auteur ; [...]
Mots clefs :
Origines de l'univers, Savants, Matière, Mouvement, Cause, Effet, Forces, Physique, Astronomie, Astres, Espace, Terre, Minéraux, Métaux, Météorologie, Végétaux, Animaux, Insectes, Homme
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT aux Nouv. Littéraires. ANNONCE d'une Histoire Naturelle à l'imitation de PLINE ; précédée d'un nouveau systême de Physique, sur les Principes de la Nature, pour rendre raison des effets les plus curieux, & les plus extraordinaires, qui se trouvent depuis la hauteur des Cieux jusqu'au centre de la Terre. Cet Ouvrage formera sept volumes in-4°. il sera orné de planches & de figures concernant l'Histoire Naturelle.
SUPPLÉMENT aux Nouv . Littéraires.
ANNONCE d'une Hiftoire Naturelle à
l'imitation de PLINE ; précédée d'un
nouveau fyftême de Phyfique ,fur les
Principes de la Nature , pour rendre
raifon des effets les plus curieux , &
les plus extraordinaires , qui fe trouvent
depuis la hauteur des Cieuxjufqu'au
centre de la Terre . Cet Ouvrage
formera fept volumes in-4°. ilfera
orné de planches & de figures concer➡
nant l'Hiftoire Naturelle.
Le premier volume divisé en deux Parties , rena E
ferme les principes phyfiques de l'Auteur ; & on
y expofe les divers fentimens des anciens Philofophes
fur l'origine de l'Univers ; le matérialiſme
y eft réfuté , ainfi que l'opinion de quelques Sçavans
modernes fur ce point. On entre enfuite
en matiere , & on explique de quelle maniere
les élémens fenfibles , qui ne font que trois
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
dans ce fyftême , l'air, l'eau & la terre , peuvent
être produits par la premiere mmaattiieerree , ou pro
prement dite matière-éthérée : 0
Les qualités élémentaires font l'objet d'un dé
tail particulier & très- étendu , on traite de leurs
effets , & de quelle maniere elles feré- peuvent
foudre & rentrer dans le fein de la premiere ſubftance
qui les produit continuellement.
On traite fucceffivement du feu & de la lumiere,
des fenfations & des Elprits animaux qui meuvent
les organes des fens ; & l'explication des principes
des Philofophes chymiftes , fait la conclufion ,
de cette premiere Partie.
La feconde renferme un traité complet fur le
mouvement , dont l'objet eft l'examen du principe
& de la caufe du mouvement , qu'allez volontiers
on confond avec le mouvement local ſenſible. On
fait connoître auffi diftinctement qu'il eft poffible,
que ce principe eft uni effentiellement , & inféparablement
à la matière , malgré l'opinion des
Cartefiens , qui veulent perfuader que ce mouvement
n'eft qu'un pur être de raifon c'eft- à-dire
un être entiérement détaché de la matière fubtile
, dont le monde felon eux eft, compofé , & qui
n'eft communiquable que par le feul contact.
Après avoir fait connoître la différence qu'il y
a dans le mouvement , entre la caufe & l'effet , on
paffe aux preuves de ce qu'on avance , & on rap
porte divers éxemples du mouvement local , ce
qui donne une parfaite conviction de la force de
la matière éthérée , en qui feule réfide le principe
du mouvement , & par le feul moyen de laquelle
les corps graves peuvent fe mouvoir.
On prouve clairement que les corps graves ne
peuvent être mûs que de deux manières. 1. Par
eux-mêmes , lorfqu'ils font en poffeffion de cette
JANVIER. 1764. 197
force motrice qui leur fait faire l'action du mouvement
local. 2. Lorsqu'ils n'ont pas en eux cette
puifance particulière ; & qu'il arrive néanmoins
qu'ils fe meuvent encore pendant quelque temps.
C'eft fur ce principe qu'un corps ne peut fe mouvoir
que par lui-même , ou par l'impulfion d'un
autre , qu'on paffe à l'explication du fyftême propolé.
On éxamine d'abord de quelle manière la continuation
du mouvement des corps graves , attribuée
par les Cartefiens à leur prétendue commu
nication du mouvement , peut fe faire par l'unique
moyen des impulfious de l'élément de l'eau ,
& on obferve auffi , comment ces mêmes corps
graves peuvent être mûs par les impulfions de l'air
feul , & de cet élément aidé par le feu.
Les mouvemens produits par les impulfions du
feu élémentaire , tels que font la foudre & les
autres météores enflammés , font l'objet d'un
Chapitre particulier. On explique après , quel eft
le mouvement des corps graves vers le centre d'e
ta terre qu'on appelle pefanteur , & on rend des
Taifons phyfiques de la caufe & de l'accélération de
ce mouvement.
L'ASTRONOMIE fait le fujet du fecond volume.
On y rapporte les obfervations les plus curieufes
qui ont été faites jufqu'à préfent dans le ciel . On
entre en matière fur ces différens fyltêmes aftronomiques
, & on fe détermine en faveur de celui
d'Archytas, Philofophe Pythagoricien , renouvellé
de nos jours par Copernic.
Après avoir éxaminé en général le tourbillon
du foleil , on entre dans un détail plus particuhier
, c'eft-à- dire par la confidération de cet Aftre
regardé aujourd'hui dans l'hypothèſe du monde ,
comme une fimple étoile fixe , qui brille de fa
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
propre lumière. Enfuite on recherche foigneufe
ment quelle peut être la nature & la compofition
de ce globe lumineux , ainfi que celle des
planettes qui tournent autour de lui , fans oublier
les fatellites ou lunes qui en accompagnent
une partie.
A la fuite de la defcription des aftres renfer
més dans le Tourbillon folaire , on donne un calcul
éxact de leurs diſtances du ſoleil , auffi bien
que celui de leurs mouvemens
foit fur euxmêmes
, foit autour de cet aftre qui eft leur cen
we commun.
>
*
On parle auffi des comettes connues ; on rap
porte à cet égard les différens fentimens des plus
grands Aftronomes fur la nature de ces espèces de
planettes errantes , & on hazarde là- deſſus fes
propres conjectures .
Les découvertes qui ont été faites dans les
cieux des étoiles fixes , engagent de rapporter hiſtoriquement
tout ce qu'on y a obſervé de plus nou
veau depuis près de deux fiécles .
On fait un récit intéreffant de ces eſpaces , ou
nuages lumineux , qui font très- fixes , qu'on a obfervé
parmi les étoiles , depuis l'invention des lu
nettes & des télescopes.
En un mot on entre dans un détail circonftan
cié fur tout ce qui concerne les corps céleftes
& on termine par l'éxamen de l'atmosphère de
la terre , connu auffi ſous le nom de la région des
vapeurs ; ce qui conduit infenfiblement a parler
des foudres , des météores , des iris ou arcs- enciel
, des aurores boréales , &c .
La Terre confidérée aujourd'hui dans le ſyſtême
folaire , comme une Planette particuliere , qui
roule dans les airs , devient l'objet du trojfiéme
volume.
JANVIER. 1764. Tog
On examine d'abord en général la compofi
tion de ce globe. On recherche avec foin juf
qu'où pouvoient aller les connoiffances géographiques
que nos Anciens en avoient. La décou
verte de l'Amérique , ainſi que de divers autres
endroits dont on n'avoit autre fois aucune notion
, donnent lieu à une narration auffi étendue
qu'intéreffante.
Les inégalités de la terre qu'on appelle montagnes
, leur origine , leur figure & les fingularités
que quelques- unes d'elles renferment dans leur
intérieur , donnent champ à une longue defcription.
Le récit hiftorique des plaines , des déferts
fabloneux & des forêts , forme un Chapitre particulier.
Après avoir parlé de ce qu'il y a de plus remar
quable fur la fuperficie du globe terreftre , on s'attache
à donner quelque connoiffance de fon inté →
rieur. On commence par les feux que la terre renferme
dans fon fein , & la deſcription qu'on fait
des plus terribles Volcans , engage à examiner
par quel moyen ces feux peuvent s'entretenir & fe
perpétuer contiuuellement , & on en rend phyfiquement
raifon conformément aux principes que
nous avons d'établis .
On donne une explication fur les caufes générales
des tremblemens de terre , & on rapporte
là- deffus , les différens fentimens des plus célébres
Philofophes de l'Antiquité.
Après avoir prouvé que la terre renferme dans
fon fein une grande quantité de feux , on démontre
avec clarté qu'elle eft également pénétrée de
fouffres , qui , en paffant auprès de ces fournaifes
ardentes , acquiérent une chaleur fenfible. Les fontaines
d'eau chaude minérales , qu'on trouve en
différens endroits , qui pour la plûpart ont des ver-
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
as fpécifiques & fingulières , font l'objet d'une
relation fort circonftanciée .
En continuant d'examiner l'intérieur du Globe ,
on fait obferver évidemment que l'eau qui le pénétre
de toutes parts , l'emporte de beaucoup fur
le feu qu'il renferme , ce qui eft juſtifié par le dérail
qu'on fait des eaux d'un grand nombre de rivieres
, de lacs , & de différentes mers qui vont fe
perdre dans la terre pour reparoître après dans
des lieux fort éloignés.
Enfin , après quelques obfervations particulieres
fur les parties qui conftituent le globe terreſtre
on conclut par un traité fort curieux des
changemens qui y arrivent , ou qui y font arrivés.
L'Hiftoire Minérale & Métallique fait le fujet
du quatriéme volume. On propofe d'abord un fentiment
fur la génération du fel , après quoi on en
examine toutes les propriétés.
On fait mention de toutes les minieres qui nous
font connues , auffi bien que de tous les endroits
où l'on tire du fel.
La formation du fable , & les différences qui
s'y rencontrent , font l'objet d'un article curieux .
On paffe immédiatement à la compofition des
autres corps fecs , plus confidérables par leur
grandeur ; tels que font les pierres , tant opaques
que transparentes. Les premieres font d'abord le
fujet de nos recherches physiques , & on donne
des raifons fur leur production.
A la fuite de tous ces récits , on trouve un fyltême
tout- à- fait neuf, fur l'aiman , par le moyen
duquel on peut facilement rendre des raisons probables
de tous les phénomènes que produit cette
merveilleufe pierre.
On traite en particulier de la génération des
Métaux & des Minéraux , dont on explique la naJANVIER.
1764. 201
ure & la compofition , & on finit par l'hiftoire
exacte des pays & des mines où ils fe trouvent.
Le cinquième volume renferme une hypothèſe
nouvelle , touchant le flux & reflux de la mer , où
l'on raifonne d'une manière fenfible , d'un effet
auffi merveilleux ; effet dont on a peu pénétré jufqu'aujourd'hui
les véritables cauſes.
On s'attache enſuite à connoître ce qui peut
occafionner les tempêtes & les autres météores de
la mer les exemples qu'on rapporte là - deffus ,
prouvent non feulement la vérité de ce qui a été
avancé ; mais ils donnent encore de parfaites
connoiffances de ce qui peut produire les mouve
mens orageux de cet élément .
Après cet examen on explique de quelle maniere
fe forment les pluyes ordinaires , & on rend
raifon de celles qu'on ne confidere que comme
furnaturelles , qui font par exemple , les pluyes
de fang , de pierre , d'animaux , de cuivre , &c, ce
qui fait le fujet d'une defcription fort détaillée .
La matière conduit infenfiblement à parler de
l'origine des fources , des rivières , des lacs & des
fontaines. Ce qui fuit , préſente une relation trèsamufante
de tout ce qu'il y a de plus curieux dans
le genre des liquides , c'eſt-à-dire , des lacs , des
fontaines & des viviers qui ont quelque propriété
fingulière.
On fait une recherche phyfique des Végétaux ,
& on donne fur leur génération un ſyſtême particuliers
après quoi on en vient à un autre examen ,
fçavoir , fi les plantes peuvent avoir du fentiment ,
& quel peut être en lui- même ce fentiment : on
termine cette digreffion par un récit de toutes
celles qui peuvent évidemment le prouver.
L'hiftoire particuliere de ce qu'il y a fur la terre
de plus remarquable en ce genre ; la deſcription
1 v
202 MERCURE DE FRANCE.
des Coralloïdes , & de beaucoup d'autres plantes
marines , jointe à celle de quelques Végétaux qui
Le pétrifient , fait la conclufion de ce volume.
Dans le fixiéme on éclaircit d'abord une matière
très-obfcure en elle - même ; c'eft la génération des
animaux. On commence par examiner celle des
quadrupedes. Après avoir expofé le fentiment
de nos Modernes fur la génération , on faitvoir
évidemment , combien tous fe font écartés des lumieres
que le célébre Harvée avoit répandues far
un fujet auffi important.
En fuivant pas à pas ce grand Naturaliſte , on
continue de rechercher avec foin de quelle ma→
niere fe fait la production des volatilles , & o
prouve par des expériences réitérées , que l'animal
ne fe manifefte pas par le feul développe
ment de fes parties , quoiqu'infiniment petites &
très-exiftantes , comme on le foutient hautement
aujourd'hui ; mais qu'elles font toutes en général
formées & perfectionnées fucceffivement.
On traite auffi en particulier de la génération:
des reptiles , des poiffons , des huîtres , & de quelques
autres coquillages. L'hiftoire fuivie de tout
ce qu'il y a de plus curieux dans ces différens gen
res d'animaux , fait le fujet de plufieurs Chapitres
intéreffans .
Les Infectes connus , auffi bien que ceux qui ne
font vifibles que par le fecours du microſcope
deviennent à leur tour l'objet d'un Article particulier.
Après avoir examiné en quoi confifte l'inftinet
& le difcernement , on paffe aux preuves dufen
timent des Bétes ; c'eft dans cette digreffion fufceptible
de toute la curiofité d'un vrai Phyficien
qu'on prouve par un grand nombre d'exemples,
l'abfurdité du Cartéfianiſme fur ce point,
JANVIER . 1764. 203
Enfin on trouve dans ce feptiéme & dernier
volume , un ſyſtême nouveau fur la nature & l'origine
des vents en général , & on donne à la
fuite des obfervations particulières fur les vents
réguliers qui foufflent communément vers certains
endroits , dans certaines faifons de l'année
tels que font les alifées , les mouffons , &
plufieurs autres.
:
On termine par un Traité particulier , ou
on examine fcrupuleufement & dans le plus
grand détail quelles peuvent être les cauſes
de l'amitié & de l'inimitié qui régnent entre les
hommes.
On conclut cet Ouvrage par une differtation
particulière dont l'homme feul eft l'objet , où on
le confidère exactement dans toute l'étendue de
fa définition , c'eſt - â-dire comme animal & con
me raiſonnable.
Cet Ouvrage fera propofé par foufcriptions.
ANNONCE d'une Hiftoire Naturelle à
l'imitation de PLINE ; précédée d'un
nouveau fyftême de Phyfique ,fur les
Principes de la Nature , pour rendre
raifon des effets les plus curieux , &
les plus extraordinaires , qui fe trouvent
depuis la hauteur des Cieuxjufqu'au
centre de la Terre . Cet Ouvrage
formera fept volumes in-4°. ilfera
orné de planches & de figures concer➡
nant l'Hiftoire Naturelle.
Le premier volume divisé en deux Parties , rena E
ferme les principes phyfiques de l'Auteur ; & on
y expofe les divers fentimens des anciens Philofophes
fur l'origine de l'Univers ; le matérialiſme
y eft réfuté , ainfi que l'opinion de quelques Sçavans
modernes fur ce point. On entre enfuite
en matiere , & on explique de quelle maniere
les élémens fenfibles , qui ne font que trois
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
dans ce fyftême , l'air, l'eau & la terre , peuvent
être produits par la premiere mmaattiieerree , ou pro
prement dite matière-éthérée : 0
Les qualités élémentaires font l'objet d'un dé
tail particulier & très- étendu , on traite de leurs
effets , & de quelle maniere elles feré- peuvent
foudre & rentrer dans le fein de la premiere ſubftance
qui les produit continuellement.
On traite fucceffivement du feu & de la lumiere,
des fenfations & des Elprits animaux qui meuvent
les organes des fens ; & l'explication des principes
des Philofophes chymiftes , fait la conclufion ,
de cette premiere Partie.
La feconde renferme un traité complet fur le
mouvement , dont l'objet eft l'examen du principe
& de la caufe du mouvement , qu'allez volontiers
on confond avec le mouvement local ſenſible. On
fait connoître auffi diftinctement qu'il eft poffible,
que ce principe eft uni effentiellement , & inféparablement
à la matière , malgré l'opinion des
Cartefiens , qui veulent perfuader que ce mouvement
n'eft qu'un pur être de raifon c'eft- à-dire
un être entiérement détaché de la matière fubtile
, dont le monde felon eux eft, compofé , & qui
n'eft communiquable que par le feul contact.
Après avoir fait connoître la différence qu'il y
a dans le mouvement , entre la caufe & l'effet , on
paffe aux preuves de ce qu'on avance , & on rap
porte divers éxemples du mouvement local , ce
qui donne une parfaite conviction de la force de
la matière éthérée , en qui feule réfide le principe
du mouvement , & par le feul moyen de laquelle
les corps graves peuvent fe mouvoir.
On prouve clairement que les corps graves ne
peuvent être mûs que de deux manières. 1. Par
eux-mêmes , lorfqu'ils font en poffeffion de cette
JANVIER. 1764. 197
force motrice qui leur fait faire l'action du mouvement
local. 2. Lorsqu'ils n'ont pas en eux cette
puifance particulière ; & qu'il arrive néanmoins
qu'ils fe meuvent encore pendant quelque temps.
C'eft fur ce principe qu'un corps ne peut fe mouvoir
que par lui-même , ou par l'impulfion d'un
autre , qu'on paffe à l'explication du fyftême propolé.
On éxamine d'abord de quelle manière la continuation
du mouvement des corps graves , attribuée
par les Cartefiens à leur prétendue commu
nication du mouvement , peut fe faire par l'unique
moyen des impulfious de l'élément de l'eau ,
& on obferve auffi , comment ces mêmes corps
graves peuvent être mûs par les impulfions de l'air
feul , & de cet élément aidé par le feu.
Les mouvemens produits par les impulfions du
feu élémentaire , tels que font la foudre & les
autres météores enflammés , font l'objet d'un
Chapitre particulier. On explique après , quel eft
le mouvement des corps graves vers le centre d'e
ta terre qu'on appelle pefanteur , & on rend des
Taifons phyfiques de la caufe & de l'accélération de
ce mouvement.
L'ASTRONOMIE fait le fujet du fecond volume.
On y rapporte les obfervations les plus curieufes
qui ont été faites jufqu'à préfent dans le ciel . On
entre en matière fur ces différens fyltêmes aftronomiques
, & on fe détermine en faveur de celui
d'Archytas, Philofophe Pythagoricien , renouvellé
de nos jours par Copernic.
Après avoir éxaminé en général le tourbillon
du foleil , on entre dans un détail plus particuhier
, c'eft-à- dire par la confidération de cet Aftre
regardé aujourd'hui dans l'hypothèſe du monde ,
comme une fimple étoile fixe , qui brille de fa
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
propre lumière. Enfuite on recherche foigneufe
ment quelle peut être la nature & la compofition
de ce globe lumineux , ainfi que celle des
planettes qui tournent autour de lui , fans oublier
les fatellites ou lunes qui en accompagnent
une partie.
A la fuite de la defcription des aftres renfer
més dans le Tourbillon folaire , on donne un calcul
éxact de leurs diſtances du ſoleil , auffi bien
que celui de leurs mouvemens
foit fur euxmêmes
, foit autour de cet aftre qui eft leur cen
we commun.
>
*
On parle auffi des comettes connues ; on rap
porte à cet égard les différens fentimens des plus
grands Aftronomes fur la nature de ces espèces de
planettes errantes , & on hazarde là- deſſus fes
propres conjectures .
Les découvertes qui ont été faites dans les
cieux des étoiles fixes , engagent de rapporter hiſtoriquement
tout ce qu'on y a obſervé de plus nou
veau depuis près de deux fiécles .
On fait un récit intéreffant de ces eſpaces , ou
nuages lumineux , qui font très- fixes , qu'on a obfervé
parmi les étoiles , depuis l'invention des lu
nettes & des télescopes.
En un mot on entre dans un détail circonftan
cié fur tout ce qui concerne les corps céleftes
& on termine par l'éxamen de l'atmosphère de
la terre , connu auffi ſous le nom de la région des
vapeurs ; ce qui conduit infenfiblement a parler
des foudres , des météores , des iris ou arcs- enciel
, des aurores boréales , &c .
La Terre confidérée aujourd'hui dans le ſyſtême
folaire , comme une Planette particuliere , qui
roule dans les airs , devient l'objet du trojfiéme
volume.
JANVIER. 1764. Tog
On examine d'abord en général la compofi
tion de ce globe. On recherche avec foin juf
qu'où pouvoient aller les connoiffances géographiques
que nos Anciens en avoient. La décou
verte de l'Amérique , ainſi que de divers autres
endroits dont on n'avoit autre fois aucune notion
, donnent lieu à une narration auffi étendue
qu'intéreffante.
Les inégalités de la terre qu'on appelle montagnes
, leur origine , leur figure & les fingularités
que quelques- unes d'elles renferment dans leur
intérieur , donnent champ à une longue defcription.
Le récit hiftorique des plaines , des déferts
fabloneux & des forêts , forme un Chapitre particulier.
Après avoir parlé de ce qu'il y a de plus remar
quable fur la fuperficie du globe terreftre , on s'attache
à donner quelque connoiffance de fon inté →
rieur. On commence par les feux que la terre renferme
dans fon fein , & la deſcription qu'on fait
des plus terribles Volcans , engage à examiner
par quel moyen ces feux peuvent s'entretenir & fe
perpétuer contiuuellement , & on en rend phyfiquement
raifon conformément aux principes que
nous avons d'établis .
On donne une explication fur les caufes générales
des tremblemens de terre , & on rapporte
là- deffus , les différens fentimens des plus célébres
Philofophes de l'Antiquité.
Après avoir prouvé que la terre renferme dans
fon fein une grande quantité de feux , on démontre
avec clarté qu'elle eft également pénétrée de
fouffres , qui , en paffant auprès de ces fournaifes
ardentes , acquiérent une chaleur fenfible. Les fontaines
d'eau chaude minérales , qu'on trouve en
différens endroits , qui pour la plûpart ont des ver-
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
as fpécifiques & fingulières , font l'objet d'une
relation fort circonftanciée .
En continuant d'examiner l'intérieur du Globe ,
on fait obferver évidemment que l'eau qui le pénétre
de toutes parts , l'emporte de beaucoup fur
le feu qu'il renferme , ce qui eft juſtifié par le dérail
qu'on fait des eaux d'un grand nombre de rivieres
, de lacs , & de différentes mers qui vont fe
perdre dans la terre pour reparoître après dans
des lieux fort éloignés.
Enfin , après quelques obfervations particulieres
fur les parties qui conftituent le globe terreſtre
on conclut par un traité fort curieux des
changemens qui y arrivent , ou qui y font arrivés.
L'Hiftoire Minérale & Métallique fait le fujet
du quatriéme volume. On propofe d'abord un fentiment
fur la génération du fel , après quoi on en
examine toutes les propriétés.
On fait mention de toutes les minieres qui nous
font connues , auffi bien que de tous les endroits
où l'on tire du fel.
La formation du fable , & les différences qui
s'y rencontrent , font l'objet d'un article curieux .
On paffe immédiatement à la compofition des
autres corps fecs , plus confidérables par leur
grandeur ; tels que font les pierres , tant opaques
que transparentes. Les premieres font d'abord le
fujet de nos recherches physiques , & on donne
des raifons fur leur production.
A la fuite de tous ces récits , on trouve un fyltême
tout- à- fait neuf, fur l'aiman , par le moyen
duquel on peut facilement rendre des raisons probables
de tous les phénomènes que produit cette
merveilleufe pierre.
On traite en particulier de la génération des
Métaux & des Minéraux , dont on explique la naJANVIER.
1764. 201
ure & la compofition , & on finit par l'hiftoire
exacte des pays & des mines où ils fe trouvent.
Le cinquième volume renferme une hypothèſe
nouvelle , touchant le flux & reflux de la mer , où
l'on raifonne d'une manière fenfible , d'un effet
auffi merveilleux ; effet dont on a peu pénétré jufqu'aujourd'hui
les véritables cauſes.
On s'attache enſuite à connoître ce qui peut
occafionner les tempêtes & les autres météores de
la mer les exemples qu'on rapporte là - deffus ,
prouvent non feulement la vérité de ce qui a été
avancé ; mais ils donnent encore de parfaites
connoiffances de ce qui peut produire les mouve
mens orageux de cet élément .
Après cet examen on explique de quelle maniere
fe forment les pluyes ordinaires , & on rend
raifon de celles qu'on ne confidere que comme
furnaturelles , qui font par exemple , les pluyes
de fang , de pierre , d'animaux , de cuivre , &c, ce
qui fait le fujet d'une defcription fort détaillée .
La matière conduit infenfiblement à parler de
l'origine des fources , des rivières , des lacs & des
fontaines. Ce qui fuit , préſente une relation trèsamufante
de tout ce qu'il y a de plus curieux dans
le genre des liquides , c'eſt-à-dire , des lacs , des
fontaines & des viviers qui ont quelque propriété
fingulière.
On fait une recherche phyfique des Végétaux ,
& on donne fur leur génération un ſyſtême particuliers
après quoi on en vient à un autre examen ,
fçavoir , fi les plantes peuvent avoir du fentiment ,
& quel peut être en lui- même ce fentiment : on
termine cette digreffion par un récit de toutes
celles qui peuvent évidemment le prouver.
L'hiftoire particuliere de ce qu'il y a fur la terre
de plus remarquable en ce genre ; la deſcription
1 v
202 MERCURE DE FRANCE.
des Coralloïdes , & de beaucoup d'autres plantes
marines , jointe à celle de quelques Végétaux qui
Le pétrifient , fait la conclufion de ce volume.
Dans le fixiéme on éclaircit d'abord une matière
très-obfcure en elle - même ; c'eft la génération des
animaux. On commence par examiner celle des
quadrupedes. Après avoir expofé le fentiment
de nos Modernes fur la génération , on faitvoir
évidemment , combien tous fe font écartés des lumieres
que le célébre Harvée avoit répandues far
un fujet auffi important.
En fuivant pas à pas ce grand Naturaliſte , on
continue de rechercher avec foin de quelle ma→
niere fe fait la production des volatilles , & o
prouve par des expériences réitérées , que l'animal
ne fe manifefte pas par le feul développe
ment de fes parties , quoiqu'infiniment petites &
très-exiftantes , comme on le foutient hautement
aujourd'hui ; mais qu'elles font toutes en général
formées & perfectionnées fucceffivement.
On traite auffi en particulier de la génération:
des reptiles , des poiffons , des huîtres , & de quelques
autres coquillages. L'hiftoire fuivie de tout
ce qu'il y a de plus curieux dans ces différens gen
res d'animaux , fait le fujet de plufieurs Chapitres
intéreffans .
Les Infectes connus , auffi bien que ceux qui ne
font vifibles que par le fecours du microſcope
deviennent à leur tour l'objet d'un Article particulier.
Après avoir examiné en quoi confifte l'inftinet
& le difcernement , on paffe aux preuves dufen
timent des Bétes ; c'eft dans cette digreffion fufceptible
de toute la curiofité d'un vrai Phyficien
qu'on prouve par un grand nombre d'exemples,
l'abfurdité du Cartéfianiſme fur ce point,
JANVIER . 1764. 203
Enfin on trouve dans ce feptiéme & dernier
volume , un ſyſtême nouveau fur la nature & l'origine
des vents en général , & on donne à la
fuite des obfervations particulières fur les vents
réguliers qui foufflent communément vers certains
endroits , dans certaines faifons de l'année
tels que font les alifées , les mouffons , &
plufieurs autres.
:
On termine par un Traité particulier , ou
on examine fcrupuleufement & dans le plus
grand détail quelles peuvent être les cauſes
de l'amitié & de l'inimitié qui régnent entre les
hommes.
On conclut cet Ouvrage par une differtation
particulière dont l'homme feul eft l'objet , où on
le confidère exactement dans toute l'étendue de
fa définition , c'eſt - â-dire comme animal & con
me raiſonnable.
Cet Ouvrage fera propofé par foufcriptions.
Fermer
Résumé : SUPPLÉMENT aux Nouv. Littéraires. ANNONCE d'une Histoire Naturelle à l'imitation de PLINE ; précédée d'un nouveau systême de Physique, sur les Principes de la Nature, pour rendre raison des effets les plus curieux, & les plus extraordinaires, qui se trouvent depuis la hauteur des Cieux jusqu'au centre de la Terre. Cet Ouvrage formera sept volumes in-4°. il sera orné de planches & de figures concernant l'Histoire Naturelle.
Le document annonce une Histoire Naturelle en sept volumes, inspirée par Pline, précédée d'un nouveau système de physique expliquant les phénomènes naturels depuis les cieux jusqu'au centre de la Terre. Le premier volume, divisé en deux parties, expose les principes physiques de l'auteur et réfute le matérialisme ainsi que certaines opinions modernes. Il traite des éléments sensibles (air, eau, terre) produits par la matière éthérée, des qualités élémentaires, du feu, de la lumière, des sensations et des esprits animaux. La seconde partie examine le mouvement, son principe et sa cause, en opposition à l'opinion des Cartésiens, et prouve que les corps graves peuvent être mus par eux-mêmes ou par des impulsions extérieures. Le second volume aborde l'astronomie, rapportant les observations célestes et adoptant le système d'Archytas, renouvelé par Copernic. Il décrit le soleil, les planètes, les satellites, les comètes et les étoiles fixes, ainsi que les phénomènes atmosphériques comme les foudres et les aurores boréales. Le troisième volume traite de la Terre, considérée comme une planète dans le système solaire. Il explore la composition du globe terrestre, les montagnes, les plaines, les déserts, les forêts, et les phénomènes internes comme les volcans, les tremblements de terre et les sources d'eau chaude. Il conclut par un traité sur les changements géologiques. Le quatrième volume couvre l'histoire minérale et métallique, expliquant la génération du sel, des minéraux, des pierres et des métaux. Il propose un système nouveau sur l'aimant et décrit les mines et les propriétés des métaux. Le cinquième volume présente une hypothèse sur le flux et reflux de la mer, les tempêtes marines et les pluies naturelles ou surnaturelles. Il explore l'origine des sources, des rivières et des lacs. Le sixième volume traite de la génération des animaux, des quadrupèdes, des volatiles, des reptiles, des poissons et des insectes. Il examine également le sentiment et l'instinct des animaux, réfutant le cartésianisme. Le septième et dernier volume propose un système nouveau sur la nature et l'origine des vents, détaillant les vents réguliers comme les alizés et les moussons. Il se conclut par un traité sur les causes des vents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4355
SUPPLÉMENT aux Nouv. Littéraires. ANNONCE d'une Histoire Naturelle à l'imitation de PLINE ; précédée d'un nouveau systême de Physique, sur les Principes de la Nature, pour rendre raison des effets les plus curieux, & les plus extraordinaires, qui se trouvent depuis la hauteur des Cieux jusqu'au centre de la Terre. Cet Ouvrage formera sept volumes in-4°. il sera orné de planches & de figures concernant l'Histoire Naturelle.
4356
p. 203-206
SUPPLÉMENT à l'Art. MÉDECINE. MÉMOIRE de M. GUILBERT DEPREVAL, Docteur-Régent en Médecine de la Faculté de Paris, sur l'usage de l'Antimoine préparé de M. JACQUET.
Début :
La préparation d'Antimoine de M. Jacquet, dont les effets sont déjà connus par [...]
Mots clefs :
Antimoine, Purgatifs, Préparation, Médecins, Maladie, Remède, Pilule
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Art. MÉDECINE. MÉMOIRE de M. GUILBERT DEPREVAL, Docteur-Régent en Médecine de la Faculté de Paris, sur l'usage de l'Antimoine préparé de M. JACQUET.
SUPPLÉMENT à l'Art. MÉDECINE.
1
MÉMOIRE de M. GUILBERT DE
PREVAL, Docteur - Régent en Mé
decine de la Faculté de Paris , fur
l'ufage de l'ANTIMOINE préparé
de M. JACQUET.
La préparation d'Antimoine de M. Jacquer
dont les effets font déja connus par les divers
ufages qu'en ont faits les Médecins , eſt un des
meilleurs fondans qu'on puiffe employer. Elle
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
a cela de particulier , que , fans avoir aucun
des inconvéniens qu'on reproche à toutes les
préparations où entre le Mercure , elle en a toutes
les propriétés , M. Jacquet ayant trouvé le
moyen de réunir les propriétés du Mercure &
celles de l'Antimoine.
:
Sa préparation a de commun avec le Mercure
d'être antivénérienne au meilleur degré ,
puifque par fon moyen on guérir des maladies
qui ont réfifté avec la plus grande opiniâtreté
à toutes les préparations du Mercure les plus
ufitées , aux frictions mêmes comme les exoftofes
, les douleurs , les duretés des glandes ,
les gonorrhées les plus invétérées &c. dans les
nouvelles , c'eſt une choſe bien remarquable que
deux ou trois prifes de cette préparation faſfent
conftamment ceffer les cuiffons & ardeurs ,
qui , dans les premiers temps de cette incommodité
, font les fymptômes les plus infupportables
aux malades . Dans tous les autres vices
lymphatiques , qui femblent dégénérer du vénérien
, comme les fcrophules humeurs froides
, les dartres , herpés & autres maladies cutanées
, il faut convenir qu'il n'eft pas de reméde
plus efficace puifqu'on a guéri par fon
moyen ce que toutes les préparations mercurielles
les plus connues & les plus renommées ,
la cigue même, n'ont pû guérir , quoique ces
remédes fuffent adminiftrés par d'excellens Médecins.
Dans les engorgemens fpontanés des
glandes du foye &c , fa réuffite eſt également
certaine ; tous faits dont on a la preuve en
main.
Cette préparation d'Antimoine fe peut auffi
employer dans tous les cas fans exception où
l'on employe le Kermès minéral , dont tous les
JANVIER. 1764. 205
Médecins clyniques connoiffent les inconvéniens.
En quadruplant la dofe de l'Antimoine de M. Jacquer
, on l'adminiftre de la même maniere que le
Kermès. L'événement convaincra ceux qui l'employeront
, qu'il eft décidément préférable au
Kermès , fur- tout dans tous les cas où la délicatele
de la poitrine & des vifcères demande
du ménagement . La fuite apprendra que dans
les maladies putrides ce reméde n'eft pas indif
férent .
:
On l'employe comme altérant & comme purgatif
comme altérant , on le donne depuis
quatre ou fix jufqu'à douze & quinze grains ,
en pilules ou en poudre , avec tel véhicule qu'on
juge à propos : dans les loochs comme le Kermès
, en mettant 4 grains pour un ; 16 pour
4 comme purgatif , depuis 12 ou 15 grains ,
jufqu'à 25 & 30 , par-deffus chaque prife , le
malade boira toujours l'un des bouillons prefcrits
fuivant l'indication' qu'aura eu à remplir
le Médecin qui l'adminiftrera ; ou bien quelques
taffes d'infufion de Thé , de Sauge , de
Méliffe , ou même de petit Lait.
Chaque pilule eft formée de 6 grains en
la féparant en deux , on a la plus petite dofe
à laquelle on puiffe l'adminiftrer , aux enfans
mêmes on peut également à ce moyen le donner
par gradation , en commençant par fix
grains qui ne forment qu'une pilule , enfuite
neuf , une pilule & demie & ainfi de fuite tous
les jours jufqu'à ce qu'on foit parvenu à le
rendre purgatif ; alors on ne le donne plus
que de deux jours l'un à la doſe où on l'ap-.
perçoit purgatif ; quoiqu'on le puiffe donner
comme altérant le jour qu'on n'a pas intention
de purger en ſe bornant à la doſe de ſiz
206 MERCURE DE FRANCE.
grains. Au furplus c'eft à la fageffe du Méde
ein d'écarter plus ou moins les jours où il le
preferira comme purgatif, faivant fon effet &
les forces du malade.
C'eſt à - peu- près ce que nous pouvons dire
fur les généralités de l'adminiftration de ce reméde
conformément aux engagemens que nous
avons pris dans les Gazettes du courant de Novembre
dernier. G. de P.
1
MÉMOIRE de M. GUILBERT DE
PREVAL, Docteur - Régent en Mé
decine de la Faculté de Paris , fur
l'ufage de l'ANTIMOINE préparé
de M. JACQUET.
La préparation d'Antimoine de M. Jacquer
dont les effets font déja connus par les divers
ufages qu'en ont faits les Médecins , eſt un des
meilleurs fondans qu'on puiffe employer. Elle
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
a cela de particulier , que , fans avoir aucun
des inconvéniens qu'on reproche à toutes les
préparations où entre le Mercure , elle en a toutes
les propriétés , M. Jacquet ayant trouvé le
moyen de réunir les propriétés du Mercure &
celles de l'Antimoine.
:
Sa préparation a de commun avec le Mercure
d'être antivénérienne au meilleur degré ,
puifque par fon moyen on guérir des maladies
qui ont réfifté avec la plus grande opiniâtreté
à toutes les préparations du Mercure les plus
ufitées , aux frictions mêmes comme les exoftofes
, les douleurs , les duretés des glandes ,
les gonorrhées les plus invétérées &c. dans les
nouvelles , c'eſt une choſe bien remarquable que
deux ou trois prifes de cette préparation faſfent
conftamment ceffer les cuiffons & ardeurs ,
qui , dans les premiers temps de cette incommodité
, font les fymptômes les plus infupportables
aux malades . Dans tous les autres vices
lymphatiques , qui femblent dégénérer du vénérien
, comme les fcrophules humeurs froides
, les dartres , herpés & autres maladies cutanées
, il faut convenir qu'il n'eft pas de reméde
plus efficace puifqu'on a guéri par fon
moyen ce que toutes les préparations mercurielles
les plus connues & les plus renommées ,
la cigue même, n'ont pû guérir , quoique ces
remédes fuffent adminiftrés par d'excellens Médecins.
Dans les engorgemens fpontanés des
glandes du foye &c , fa réuffite eſt également
certaine ; tous faits dont on a la preuve en
main.
Cette préparation d'Antimoine fe peut auffi
employer dans tous les cas fans exception où
l'on employe le Kermès minéral , dont tous les
JANVIER. 1764. 205
Médecins clyniques connoiffent les inconvéniens.
En quadruplant la dofe de l'Antimoine de M. Jacquer
, on l'adminiftre de la même maniere que le
Kermès. L'événement convaincra ceux qui l'employeront
, qu'il eft décidément préférable au
Kermès , fur- tout dans tous les cas où la délicatele
de la poitrine & des vifcères demande
du ménagement . La fuite apprendra que dans
les maladies putrides ce reméde n'eft pas indif
férent .
:
On l'employe comme altérant & comme purgatif
comme altérant , on le donne depuis
quatre ou fix jufqu'à douze & quinze grains ,
en pilules ou en poudre , avec tel véhicule qu'on
juge à propos : dans les loochs comme le Kermès
, en mettant 4 grains pour un ; 16 pour
4 comme purgatif , depuis 12 ou 15 grains ,
jufqu'à 25 & 30 , par-deffus chaque prife , le
malade boira toujours l'un des bouillons prefcrits
fuivant l'indication' qu'aura eu à remplir
le Médecin qui l'adminiftrera ; ou bien quelques
taffes d'infufion de Thé , de Sauge , de
Méliffe , ou même de petit Lait.
Chaque pilule eft formée de 6 grains en
la féparant en deux , on a la plus petite dofe
à laquelle on puiffe l'adminiftrer , aux enfans
mêmes on peut également à ce moyen le donner
par gradation , en commençant par fix
grains qui ne forment qu'une pilule , enfuite
neuf , une pilule & demie & ainfi de fuite tous
les jours jufqu'à ce qu'on foit parvenu à le
rendre purgatif ; alors on ne le donne plus
que de deux jours l'un à la doſe où on l'ap-.
perçoit purgatif ; quoiqu'on le puiffe donner
comme altérant le jour qu'on n'a pas intention
de purger en ſe bornant à la doſe de ſiz
206 MERCURE DE FRANCE.
grains. Au furplus c'eft à la fageffe du Méde
ein d'écarter plus ou moins les jours où il le
preferira comme purgatif, faivant fon effet &
les forces du malade.
C'eſt à - peu- près ce que nous pouvons dire
fur les généralités de l'adminiftration de ce reméde
conformément aux engagemens que nous
avons pris dans les Gazettes du courant de Novembre
dernier. G. de P.
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Résumé : SUPPLÉMENT à l'Art. MÉDECINE. MÉMOIRE de M. GUILBERT DEPREVAL, Docteur-Régent en Médecine de la Faculté de Paris, sur l'usage de l'Antimoine préparé de M. JACQUET.
Le document est un supplément à un article sur la médecine, présentant un mémoire de M. Guilbert de Préval, docteur et régent en médecine à la Faculté de Paris. Ce mémoire traite de l'usage de l'antimoine préparé par M. Jacquet. Cette préparation est appréciée pour ses propriétés similaires à celles du mercure, mais sans en avoir les inconvénients. Elle est particulièrement efficace contre les maladies vénériennes résistantes aux traitements mercuriels, ainsi que contre diverses affections cutanées et lymphatiques. L'antimoine peut également remplacer le kermès minéral, offrant des avantages notables dans les cas nécessitant une grande délicatesse, comme les maladies putrides. La préparation est administrée en pilules ou en poudre, en doses variables selon l'effet recherché, qu'il soit altérant ou purgatif. Elle peut être donnée aux enfants par gradation. Le médecin doit ajuster la fréquence et la dose en fonction de l'état du patient.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4357
p. 206-209
RÉPONSE à la LETTRE INTÉRESSANTE pour les bons Citoyens, insérée au Mercure d'Août 1763.
Début :
Faire du bien à ses semblables, Monsieur, est, j'en conviens comme vous, [...]
Mots clefs :
Bien commun, Bons citoyens, Qualités, Raison, Sentiments, Campagnes, Devoirs, Lettre
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à la LETTRE INTÉRESSANTE pour les bons Citoyens, insérée au Mercure d'Août 1763.
RÉPONSE à la LETTRE INTÉRESSANTE
pour les bons Citoyens , inférée
au Mercure d'Août 1763.
FAAIRE du bien à fes femblables , Monfieur ,
eft, j'en conviens comme vous , la plus chère occupation
d'une âme fenfible ; le répandre dans
JANVIER. 1764. 207
lès campagnes , c'eft être éclairé fur les befoins
& c'eft ce dont nous convenons encore. Dans la
lettre que que j'ai fous les
yeux , vous exhortez
les bons Citoyens à faire diftribuer chaque an
née des Prix dans les Villages ; ce font des Livres
qu'on donnera aux enfans qui feront jugés
avoir de bonnes qualités ; & vous vous appuyez
de l'exemple de plufieurs perfonnes pieufes &
refpectables qui l'ont tenté avec fuccès. C'eft le
moyen , ajoutez-vous , de faire fortir de la campagne
plus de Sujets penfants & utiles. C'est ici:
Monfieur , où nous ceffons d'être d'accord.
Je n'examinerai point s'il eft auffi avantageux
que vous le penfez , que les Payfans fçachene
lire , écrire , chiffrer. Je fçai ce que vous pourriez
alléguer en faveur de votre fentiment : mais
fur des raifons non moins puiffantes j'infifterois
pour la négative. Ce ne font pas là pour eux des
chofes de néceffité première , & leur état préſent
ne permet guères d'aller au- delà.
Ne nous prévenons point , Monfieur , l'un
contre l'autre , la diverfité d'avis entre deux
Citoyens n'a jamais l'air d'une difcuffion. Il eft
toujours louable quand on nous montre ce qui
eft bien, de dire ce qu'on croit être mieux.
Depuis longtemps on s'apperçoit que les
campagnes fe dépeuplent , & les Académies d'agriculture
ne ceffent de crier : donnez- nous des bras;
bien loin qu'on fonge aux défrichemens , à peine
les anciennes cultures font fervies. On fent fi bien
cette dépopulation que pour femer & vanner le
bled , on invente des machines qui fuppléent aux
hommes. On attend une charrue qui laboure feule
& ce ne fera pas un petit préfent.
En attendant , permettez , Monfieur , que
nous retenjons ce qui nous refte de cultivateus
208 MERCURE DE FRANCE.
#
& pour cela gardons - nous d'en faire des gens
d'efprit , nous y perdrions. L'éducation qui convient
à un enfant de village eft celle que fon pere
peut lui donner. Dès l'enfance il y a des travaux
qui lui font propres ; à fix ans il eſt déja un ouvrier.
Il faut que de bonne heure fon corps fe courbe
au labourage ; l'expérience apprend qu'il s'y refufe
quand on veut l'y plier trop tard. Qu'on
obferve qu'il foit refpectueux pour les peres &
meres , qu'il ait l'âme honnête , qu'il foit éxact
à fes devoirs rien n'eft mieux ; mais ces devoirs
quels font-ils ? de devancer fon pere aux
champs , de partager avec lui le hâle du jour ;
de le nourrir au déclin de l'âge du pain qu'il a
femé lui-même & que fa femme a pétri ; & de
mériter de fes enfans ce que fon pere mérita de
lui. Ne nous y trompons pas , les devoirs de notre
état font nos premieres vertus & vous n'imagi .
nez pas peut- être que ce que vous propoſez y
faffe diftraction .
·
Suppofons un Village où tous les ans on dif
tribue quatre livres à ceux des enfans qui auront
montré plus de douceur dans le caractère ,
ou qui auront eu l'art de le faire plus aimer , &
que Télémaque , comme vous le dites , foit le
premier Prix. S'il y a de l'émulation parmi eux ,
comme vous le demandez , il faut qu'ils ayent
des prétentions. Ils n'en auront qu'en raison du
temps donné à l'étude ; & cette étude fait diverfion
au travail journalier , & je l'oſe dire , à
des occupations d'un genre plus précieux. Je
m'imagine voir un petit Payfan qui fçait
lire & écrire capter le fuffrage de fes voifins.
Combien dans ce rôle ne s'éloigne- t- il pas de
cente fimplicité par laquelle les égaux font
heureux même par le peu qui leur en reſte ? Le
JANVIER. 1764. 209
petit Courtisan réuffit & eft couronné : croyezvous
que ce nouveau Docteur ne veuille être
qu'un Métayer ? Il fortira des Champs . Ou irat-
il pour être mieux ? Nous ne fçaurions fupputer
trop haut ces émigrations , & la claffe des
Cultivateurs ; cette pépinière de tous les états , ne
fe recrute jamais. Ah ! Monfieur , que le pain
fera cher dès qu'une fois on lira Télémaque dans
les Campagnes !
Je fuis bien loin d'être dur envers le Labou
reur ; perfonne ne le plaint & ne l'aime , j'ai
prèfque dit ne le refpecte plus que moi. Mais
adouciffons fes peines par des plaifirs qui foient
fous la main . Pour le rendre plus heureux , il ne
faut pas l'approcher plus de nous . Que ces âmes
patriotiques & humaines dont vous parlez , répandent
leurs bienfaits à d'autres titres . Il vaut
mieux former une génération vigoureafe . Que
l'enfant le plus robufte de ceux de fon âge , que
celui qui méne un fillon plus droit & plus profond
, foient récompenfés d'un habit fimple ou
plutôt de quelque outil de leur Art. Entretenons
chez eux la force & l'adreffe ; n'y fubftituons pas
T'efprit & le talent. Affez d'autres penferont , &
ci n'en feront pas moins des hommes ceux -
utiles .
J'ai l'honneur d'être , &c.
A la Rochelle , le 1763.
De B....
pour les bons Citoyens , inférée
au Mercure d'Août 1763.
FAAIRE du bien à fes femblables , Monfieur ,
eft, j'en conviens comme vous , la plus chère occupation
d'une âme fenfible ; le répandre dans
JANVIER. 1764. 207
lès campagnes , c'eft être éclairé fur les befoins
& c'eft ce dont nous convenons encore. Dans la
lettre que que j'ai fous les
yeux , vous exhortez
les bons Citoyens à faire diftribuer chaque an
née des Prix dans les Villages ; ce font des Livres
qu'on donnera aux enfans qui feront jugés
avoir de bonnes qualités ; & vous vous appuyez
de l'exemple de plufieurs perfonnes pieufes &
refpectables qui l'ont tenté avec fuccès. C'eft le
moyen , ajoutez-vous , de faire fortir de la campagne
plus de Sujets penfants & utiles. C'est ici:
Monfieur , où nous ceffons d'être d'accord.
Je n'examinerai point s'il eft auffi avantageux
que vous le penfez , que les Payfans fçachene
lire , écrire , chiffrer. Je fçai ce que vous pourriez
alléguer en faveur de votre fentiment : mais
fur des raifons non moins puiffantes j'infifterois
pour la négative. Ce ne font pas là pour eux des
chofes de néceffité première , & leur état préſent
ne permet guères d'aller au- delà.
Ne nous prévenons point , Monfieur , l'un
contre l'autre , la diverfité d'avis entre deux
Citoyens n'a jamais l'air d'une difcuffion. Il eft
toujours louable quand on nous montre ce qui
eft bien, de dire ce qu'on croit être mieux.
Depuis longtemps on s'apperçoit que les
campagnes fe dépeuplent , & les Académies d'agriculture
ne ceffent de crier : donnez- nous des bras;
bien loin qu'on fonge aux défrichemens , à peine
les anciennes cultures font fervies. On fent fi bien
cette dépopulation que pour femer & vanner le
bled , on invente des machines qui fuppléent aux
hommes. On attend une charrue qui laboure feule
& ce ne fera pas un petit préfent.
En attendant , permettez , Monfieur , que
nous retenjons ce qui nous refte de cultivateus
208 MERCURE DE FRANCE.
#
& pour cela gardons - nous d'en faire des gens
d'efprit , nous y perdrions. L'éducation qui convient
à un enfant de village eft celle que fon pere
peut lui donner. Dès l'enfance il y a des travaux
qui lui font propres ; à fix ans il eſt déja un ouvrier.
Il faut que de bonne heure fon corps fe courbe
au labourage ; l'expérience apprend qu'il s'y refufe
quand on veut l'y plier trop tard. Qu'on
obferve qu'il foit refpectueux pour les peres &
meres , qu'il ait l'âme honnête , qu'il foit éxact
à fes devoirs rien n'eft mieux ; mais ces devoirs
quels font-ils ? de devancer fon pere aux
champs , de partager avec lui le hâle du jour ;
de le nourrir au déclin de l'âge du pain qu'il a
femé lui-même & que fa femme a pétri ; & de
mériter de fes enfans ce que fon pere mérita de
lui. Ne nous y trompons pas , les devoirs de notre
état font nos premieres vertus & vous n'imagi .
nez pas peut- être que ce que vous propoſez y
faffe diftraction .
·
Suppofons un Village où tous les ans on dif
tribue quatre livres à ceux des enfans qui auront
montré plus de douceur dans le caractère ,
ou qui auront eu l'art de le faire plus aimer , &
que Télémaque , comme vous le dites , foit le
premier Prix. S'il y a de l'émulation parmi eux ,
comme vous le demandez , il faut qu'ils ayent
des prétentions. Ils n'en auront qu'en raison du
temps donné à l'étude ; & cette étude fait diverfion
au travail journalier , & je l'oſe dire , à
des occupations d'un genre plus précieux. Je
m'imagine voir un petit Payfan qui fçait
lire & écrire capter le fuffrage de fes voifins.
Combien dans ce rôle ne s'éloigne- t- il pas de
cente fimplicité par laquelle les égaux font
heureux même par le peu qui leur en reſte ? Le
JANVIER. 1764. 209
petit Courtisan réuffit & eft couronné : croyezvous
que ce nouveau Docteur ne veuille être
qu'un Métayer ? Il fortira des Champs . Ou irat-
il pour être mieux ? Nous ne fçaurions fupputer
trop haut ces émigrations , & la claffe des
Cultivateurs ; cette pépinière de tous les états , ne
fe recrute jamais. Ah ! Monfieur , que le pain
fera cher dès qu'une fois on lira Télémaque dans
les Campagnes !
Je fuis bien loin d'être dur envers le Labou
reur ; perfonne ne le plaint & ne l'aime , j'ai
prèfque dit ne le refpecte plus que moi. Mais
adouciffons fes peines par des plaifirs qui foient
fous la main . Pour le rendre plus heureux , il ne
faut pas l'approcher plus de nous . Que ces âmes
patriotiques & humaines dont vous parlez , répandent
leurs bienfaits à d'autres titres . Il vaut
mieux former une génération vigoureafe . Que
l'enfant le plus robufte de ceux de fon âge , que
celui qui méne un fillon plus droit & plus profond
, foient récompenfés d'un habit fimple ou
plutôt de quelque outil de leur Art. Entretenons
chez eux la force & l'adreffe ; n'y fubftituons pas
T'efprit & le talent. Affez d'autres penferont , &
ci n'en feront pas moins des hommes ceux -
utiles .
J'ai l'honneur d'être , &c.
A la Rochelle , le 1763.
De B....
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Résumé : RÉPONSE à la LETTRE INTÉRESSANTE pour les bons Citoyens, insérée au Mercure d'Août 1763.
Le texte est une réponse à une lettre publiée dans le Mercure d'août 1763, abordant l'éducation des enfants dans les campagnes. L'auteur reconnaît la noblesse de l'objectif de faire du bien à ses semblables et approuve l'idée de distribuer des prix sous forme de livres aux enfants méritants pour encourager l'éducation. Cependant, il exprime des réserves sur l'utilité de cette initiative. Il estime que les paysans ont des besoins plus urgents et que leur situation actuelle ne leur permet pas de se concentrer sur l'apprentissage de la lecture, de l'écriture et du calcul. L'auteur souligne la dépopulation des campagnes et l'importance de maintenir une main-d'œuvre agricole. Il propose que l'éducation des enfants de village soit axée sur les travaux agricoles dès le plus jeune âge, afin de les préparer à leur rôle de cultivateurs. Il craint que l'introduction de prix littéraires ne détourne les jeunes des champs et ne les pousse à chercher des occupations plus intellectuelles, aggravant ainsi la pénurie de bras dans les campagnes. L'auteur suggère plutôt de récompenser les enfants pour leur force et leur adresse dans les travaux agricoles, afin de maintenir une génération vigoureuse et utile à l'agriculture.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4358
p. 210
PRIX des Grains, à Paris, à la Mi-Décembre 1763.
Début :
Le Froment se vendoit, à la Halle, de 13 liv. 5. à 15 s. le Septier ; [...]
Mots clefs :
Froment, Seigle, Orge, Avoine, Prix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRIX des Grains, à Paris, à la Mi-Décembre 1763.
ARTICLE VIII.
ECONOMIE ET COMMERCE .
PRIX des Grains , à Paris , à la Mi-
Décembre 1763 .
Le Fromentle vendoit , à la Halle , der 3 liv. så
15 f. le Septier ; plufieurs ont vendu de 9 à 13 liv.
fur le Port de la Grêve de 14 liv . 10 f. à 15 liv. Il
en étoit vendu de 13 liv. S à 1 13 lîv. 10 f.
à
Le Seigle, à la Halle, de 4 liv.10 f. à 6 liv . 10 f.
L'Orge , des liv. rof. à 6 liv..
Vefce , fur le Port , 15 liv. à la Halle , 10 liv.
13 liv. 1 f.
L'Avoine , à la Halle , 12 liv . l'Avoine en facs
fur le Port is liv. en banne , 14 liv. à 14 liv . 10ſ,
ECONOMIE ET COMMERCE .
PRIX des Grains , à Paris , à la Mi-
Décembre 1763 .
Le Fromentle vendoit , à la Halle , der 3 liv. så
15 f. le Septier ; plufieurs ont vendu de 9 à 13 liv.
fur le Port de la Grêve de 14 liv . 10 f. à 15 liv. Il
en étoit vendu de 13 liv. S à 1 13 lîv. 10 f.
à
Le Seigle, à la Halle, de 4 liv.10 f. à 6 liv . 10 f.
L'Orge , des liv. rof. à 6 liv..
Vefce , fur le Port , 15 liv. à la Halle , 10 liv.
13 liv. 1 f.
L'Avoine , à la Halle , 12 liv . l'Avoine en facs
fur le Port is liv. en banne , 14 liv. à 14 liv . 10ſ,
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Résumé : PRIX des Grains, à Paris, à la Mi-Décembre 1763.
En décembre 1763 à Paris, les prix des grains variaient selon les types et les lieux de vente. Le froment coûtait entre 3 livres 15 sous et 15 livres. Le seigle se vendait entre 4 livres 10 sous et 6 livres 10 sous. L'orge était à 5-6 livres. La vesce variait entre 10 et 15 livres. L'avoine était à 12 livres à la Halle et 11-14 livres 10 sous au Port.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4359
p. 42-44
RÉFLÉXIONS SUS LES HOMMES. Par Madame D***.
Début :
LES Hommes sont souvent assez vains pour se dire favorisés des Femmes, & [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉFLÉXIONS SUS LES HOMMES. Par Madame D***.
RÉFLÉXIONS SUS LES HOMMES.
Par Madame D***.
LES Hommes sont souvent assez vains
pour se dire favorisés des Femmes, &
ils font quelquefois affez fincères pour
convenir qu'ils n'en font point aimés
& qu'ils ignorent le vrai moyen de leur
plaire.
Il en est beaucoup , il eft vrai ,
qui doivent leurs bonnes fortunes à leur
générofité , au caprice , à la foibleffe , &
prèfque jamais aux fentimens que le vrai
mérite doit infpirer. Mais , que leur im-
porte après tout d'être aimés , quand ils
n'aiment pas eux-mêmes ? Ils ne s'atta-
chent en effet prèſque tous qu'à l'extérieur
d'une Femme; ils font fipeu de cas du ref-
te , ils font fi perfuadés de la foibleffe de
nos lumières, qu'ils ne daignent pas feule--
ment nous tromper avec art. Ils louent :
9
JANVIER 1764.
43€
la jeuneffe de celle qui n'en a plus les
agrémens ; ils vantent la beauté de qui
n'y peut prétendre ; pour plaire à celles.
qui les écoutent , ils déchirent les abſen-
tes ; mais quand ces dernières paroiffent ,
le mafque tombe, le beau parleur oublie
fon rôle, & rend à celle qu'il vient de mal-
traiter les éloges qu'elle mérite. Je fçai que
la louange plait ; que c'eft par elle qu'on
gagne prefquetous les cœurs : mais qu'il
faut d'art pour bien louer ! Ce n'eft qu'en
penfant ce qu'on dit , qu'on parvient à le
perfuader. Si l'amour-propre nous aveu-
gle , la raifon nous éclaire , & nous fça---
vons apprécier en fecret ce que nous va-
lons. Qu'une Femme ofe tenter de fortir
du cercle étroit où fon éducation femble:
la renfermer , on lui prodigue les éloges ;
on l'élève non-feulement au-deffus de
fon féxe , mais encore au -deffus des
plus illuftres Ecrivains. Que cette même
Femme , enhardie par des éloges fi flat--
teurs , uſe en conféquence du privilége
accordé à tout être penfant ; à peine
daigne - t - on l'écouter. On eft fi con-
vaincu de la fauffété de fes argumens ,
que la feule politeffe femble engager à y
répondre. Eh , Meffieurs ! foyez plus juf
ou connoiffez mieux vos intérêts,
Eft-ce en humiliant les femmes que vous
44 MERCURE DE FRANCE.
prétendez les gagner ? Vantez moins
leurs charmes ; accordez-leur du moins
le fens commun vous leur plairez , je
crois , plus fùrement.
Par Madame D***.
LES Hommes sont souvent assez vains
pour se dire favorisés des Femmes, &
ils font quelquefois affez fincères pour
convenir qu'ils n'en font point aimés
& qu'ils ignorent le vrai moyen de leur
plaire.
Il en est beaucoup , il eft vrai ,
qui doivent leurs bonnes fortunes à leur
générofité , au caprice , à la foibleffe , &
prèfque jamais aux fentimens que le vrai
mérite doit infpirer. Mais , que leur im-
porte après tout d'être aimés , quand ils
n'aiment pas eux-mêmes ? Ils ne s'atta-
chent en effet prèſque tous qu'à l'extérieur
d'une Femme; ils font fipeu de cas du ref-
te , ils font fi perfuadés de la foibleffe de
nos lumières, qu'ils ne daignent pas feule--
ment nous tromper avec art. Ils louent :
9
JANVIER 1764.
43€
la jeuneffe de celle qui n'en a plus les
agrémens ; ils vantent la beauté de qui
n'y peut prétendre ; pour plaire à celles.
qui les écoutent , ils déchirent les abſen-
tes ; mais quand ces dernières paroiffent ,
le mafque tombe, le beau parleur oublie
fon rôle, & rend à celle qu'il vient de mal-
traiter les éloges qu'elle mérite. Je fçai que
la louange plait ; que c'eft par elle qu'on
gagne prefquetous les cœurs : mais qu'il
faut d'art pour bien louer ! Ce n'eft qu'en
penfant ce qu'on dit , qu'on parvient à le
perfuader. Si l'amour-propre nous aveu-
gle , la raifon nous éclaire , & nous fça---
vons apprécier en fecret ce que nous va-
lons. Qu'une Femme ofe tenter de fortir
du cercle étroit où fon éducation femble:
la renfermer , on lui prodigue les éloges ;
on l'élève non-feulement au-deffus de
fon féxe , mais encore au -deffus des
plus illuftres Ecrivains. Que cette même
Femme , enhardie par des éloges fi flat--
teurs , uſe en conféquence du privilége
accordé à tout être penfant ; à peine
daigne - t - on l'écouter. On eft fi con-
vaincu de la fauffété de fes argumens ,
que la feule politeffe femble engager à y
répondre. Eh , Meffieurs ! foyez plus juf
ou connoiffez mieux vos intérêts,
Eft-ce en humiliant les femmes que vous
44 MERCURE DE FRANCE.
prétendez les gagner ? Vantez moins
leurs charmes ; accordez-leur du moins
le fens commun vous leur plairez , je
crois , plus fùrement.
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4360
p. 44-45
LETTRE à M. DE LA PLACE, sur les Priviléges des DAMES DE BEAUVAIS.
Début :
JE N'AI pas l'honneur, Monsieur, de connoître Madame le Begue Dupont, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, sur les Priviléges des DAMES DE BEAUVAIS.
LETTRE à M. DE LA PLACE,
sur les Priviléges des DAMES DE
BEAUVAIS.
JE N'AI pas l'honneur, Monsieur, de
connoître Madame le Begue Dupont,
dont on trouve une Lettre à l'article des
Cérémonies publiques , dans votre Mer-
cure du mois de Décembre 1763 ; je
voudrois cependant fervir d'écho à la
voix publique , & faire part à l'ingénieux
Auteur de cette pièce , de l'effet qu'elle
a produit dans le monde . On a été char-
mé d'apprendre que les Dames de Beau-
vais étoient rentrées dans leurs Privilé-
ges , & qu'elles alloient jouir de nou-
veau d'une prérogative auffi glorieuſe
que juftement méritée. Cet événement
doit faire époque dans le fiécle de la
-Philofophie & de la Politeffe ; il ne fçau-
roit être trop répété : nos faſtes litté
raires doivent l'immortalifer. Si, j'étois
JANVIER. 1764.
45
Poëte , je voudrois faire des vers en
l'honneur des Dames de Beauvais , & de
leur éloquente Panégyrifte. Mais , com-
me le Ciel ne m'a pas départi ce talent ,
je prie Madame le Begue de vouloir bien
fe contenter de cette foible marque de
ma reconnoiffance & de ma fatisfaction.
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , avec
toute la confidération dûe aux talens qui
vous diftinguent dans la République lit-
téraire , &c.
DE DUPUIS,
Gentilhomme de Périgord.
P.S. Vous m'obligerez fenfiblement ,
Monfieur , fi vous voulez bien faire im-
primer ma Lettre dans le fecond volume
du Mercure de Janvier 1764 , à l'article
des Pièces fugitives. L'ufage que vous
en ferez me déterminera à vous envoyer
plufieurs morceaux fur laLittérature &
les Sciences.
sur les Priviléges des DAMES DE
BEAUVAIS.
JE N'AI pas l'honneur, Monsieur, de
connoître Madame le Begue Dupont,
dont on trouve une Lettre à l'article des
Cérémonies publiques , dans votre Mer-
cure du mois de Décembre 1763 ; je
voudrois cependant fervir d'écho à la
voix publique , & faire part à l'ingénieux
Auteur de cette pièce , de l'effet qu'elle
a produit dans le monde . On a été char-
mé d'apprendre que les Dames de Beau-
vais étoient rentrées dans leurs Privilé-
ges , & qu'elles alloient jouir de nou-
veau d'une prérogative auffi glorieuſe
que juftement méritée. Cet événement
doit faire époque dans le fiécle de la
-Philofophie & de la Politeffe ; il ne fçau-
roit être trop répété : nos faſtes litté
raires doivent l'immortalifer. Si, j'étois
JANVIER. 1764.
45
Poëte , je voudrois faire des vers en
l'honneur des Dames de Beauvais , & de
leur éloquente Panégyrifte. Mais , com-
me le Ciel ne m'a pas départi ce talent ,
je prie Madame le Begue de vouloir bien
fe contenter de cette foible marque de
ma reconnoiffance & de ma fatisfaction.
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , avec
toute la confidération dûe aux talens qui
vous diftinguent dans la République lit-
téraire , &c.
DE DUPUIS,
Gentilhomme de Périgord.
P.S. Vous m'obligerez fenfiblement ,
Monfieur , fi vous voulez bien faire im-
primer ma Lettre dans le fecond volume
du Mercure de Janvier 1764 , à l'article
des Pièces fugitives. L'ufage que vous
en ferez me déterminera à vous envoyer
plufieurs morceaux fur laLittérature &
les Sciences.
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4361
p. 46-49
QUATRIÉME LETTRE d'une jeune Etrangère sur les MODES & USAGES DE FRANCE.
Début :
J'AUROIS eu, ma chère Miss, bien des choses encore à t'écrire sur toutes les espèces [...]
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texteReconnaissance textuelle : QUATRIÉME LETTRE d'une jeune Etrangère sur les MODES & USAGES DE FRANCE.
QUATRIÉME LETTRE d'une jeune
Etrangère sur les MODES & USAGES
DE FRANCE.
J'AUROIS eu, ma chère Miss, bien des
choses encore à t'écrire sur toutes les espèces
de coëffures desFrançoifes,fi je m'é-
tois engagée à des détails exacts .Ce feul ar-
ticle fourniroit à des volumes confidéra-
bles
je fuis furpriſe même , attendu la
mode des Ouvrages philofophiques en
France , que l'on n'en ait pas fait déja
une forte de Deſcription Encyclopédi-
que, ou tout au moins un gros Alma-
nach , auffi inftructif que bien d'autres ;
car je conçois bien que la fréquence des
variations exigeroit des éditions fouvent
renouvellées , avec changemens & aug-
mentations. Je t'ai promis de te faire
voir les Dames Françoiſe en deshabillé.
Imagine- toi le fpectacle le plus galant ,
& en même temps le plus modefte : car
elles ne font peut- être jamais plus com-
plettement vêtues que dans plufieurs de
ces Deshabillés. Remarque avec moi,
en cette occafion comme en d'autres ,
l'efprit conféquent & jufte qui gouverne
JANVIER. 1764.
47
cette agréable partie de la Nation. Je
n'entends point par Deshabillé , ces pre-
miers vêtemens très- courts que l'on paffe
négligemment dans les bras , immédiate-
ment en fortant du lit. Ils font charmans
néanmoins , fur- tout dans les premiers
inftans où les vapeurs fugitives du fom-
meil ne laiffent pas encore la force de
nouer tous les rubans qui en font les at-
taches ; ou bien les font nouer filaches ,
qu'ils feroient à la merci de toutes les
furprifes. Quelques inftans après ils de-
viennent des vêtemens qui joignent &
-marquent affez jufte la taille.
Ils font
& garnis , ainfi que les jupons ,
blancs , & garnis , ainfi
d'une quantité prodigieufe de dentelles ,
de blondes , ou de très-belles mouffeli-
nes fort pliffées. Comme le temps où fer-
vent ces demi-vêtemens n'eft confacié
qu'aux foins les plus myftérieux de la
toilette de propreté , ou à la plus intime
familarité , je ne compte le Deshabillé
que de ce qu'on appelle la Robe à peigner,
c'eft-à-dire , celle que l'on prend pour
paffer à la toilette d'apparat. Ces robes
font d'étoffes fimples en foye ou en toile
de Perfe , mais agréables ordinairement
-par la variété des couleurs , que le goût
prefcrit de choifir douces & tranquilles ;
quelquefois même un peu fombres. On
48 MERCURE DE FRANCE.
a fes raifons pour cela. C'eſt le moment
où la nature eft abandonnée à elle-mê-
me , où les charmes d'un beau tein font
livrés à leurs propres forces : ils n'au-
roient pas toujours celle de difputer avec
avantage contre des couleurs trop écla-
tantes. C'eſt pardeffus cette robe que les
Dames prennent , quelquefois affez long-
temps avant la toilette même , un furve-
tement de la mouffeline ou du linon le
plus fin , que l'on appelle Peignoir : or-
nement mille fois plus galant & plus
riche , que l'ufage défigné par fon nom
paroîtroit l'indiquer. Ils font ordinaire-
ment bordés par- tout d'une dentelle ,
plus ou moins large , plus ou moins pré-
cieufe , fuivant l'état de dignité ou de
luxe , & fuivant l'éclat des toilettes. Les
manches fort amples de ces peignoirs ,
ont été abrégées depuis quelque- temps
dans leur longueur,pour ne venir que juf
ques aux coudes. Ingénieufe prévoyance
de ce féxe charmant fur les plus petites
reffources du beau deffein de plaire ! Les
manches de ces peignoirs, ainfi raccour-
cies , accompagnent avec grâces un beau
bras nud qui travaille à la chevelure ,
fans le gêner , ni fans le dérober aux de-
firs des fpectateurs. Si tu voyois , ma
chère Mifs , quelques-unes de ces jolies
Françoiſes ,
JANVIER. 1764.
49
Françoiſes , ainfi vêtues de lin , vis-à-vis
de leurs toilettes chargées de mille bi-
joux dont la richeffe & la galanterie ,
réunies dans une adroite confufion , of
frent un spectacle étincelant ; fi tu les
voyois , dis-je , avec toutes leurs petités
grâces , qu'on ne peut décrire ni imiter
avec ces grâces artificielles en toute autre
qu'une Françoife , mais la nature même
en elles ; tu les prendrois alors pour les
Prêtreffes de l'Amour , facrifiant fur l'au-
tel de la Galanterie ; ou pour quelques
Enchantereffes , d'un ordre fupérieur &
céleste , qui préparent ou qui opérent les
charmes de la volupté,
N. B. C'eft avec regret que les bornes de
notre Journal nous obligent à remettre la
fuite de cette Lettre au volume prochain.
Etrangère sur les MODES & USAGES
DE FRANCE.
J'AUROIS eu, ma chère Miss, bien des
choses encore à t'écrire sur toutes les espèces
de coëffures desFrançoifes,fi je m'é-
tois engagée à des détails exacts .Ce feul ar-
ticle fourniroit à des volumes confidéra-
bles
je fuis furpriſe même , attendu la
mode des Ouvrages philofophiques en
France , que l'on n'en ait pas fait déja
une forte de Deſcription Encyclopédi-
que, ou tout au moins un gros Alma-
nach , auffi inftructif que bien d'autres ;
car je conçois bien que la fréquence des
variations exigeroit des éditions fouvent
renouvellées , avec changemens & aug-
mentations. Je t'ai promis de te faire
voir les Dames Françoiſe en deshabillé.
Imagine- toi le fpectacle le plus galant ,
& en même temps le plus modefte : car
elles ne font peut- être jamais plus com-
plettement vêtues que dans plufieurs de
ces Deshabillés. Remarque avec moi,
en cette occafion comme en d'autres ,
l'efprit conféquent & jufte qui gouverne
JANVIER. 1764.
47
cette agréable partie de la Nation. Je
n'entends point par Deshabillé , ces pre-
miers vêtemens très- courts que l'on paffe
négligemment dans les bras , immédiate-
ment en fortant du lit. Ils font charmans
néanmoins , fur- tout dans les premiers
inftans où les vapeurs fugitives du fom-
meil ne laiffent pas encore la force de
nouer tous les rubans qui en font les at-
taches ; ou bien les font nouer filaches ,
qu'ils feroient à la merci de toutes les
furprifes. Quelques inftans après ils de-
viennent des vêtemens qui joignent &
-marquent affez jufte la taille.
Ils font
& garnis , ainfi que les jupons ,
blancs , & garnis , ainfi
d'une quantité prodigieufe de dentelles ,
de blondes , ou de très-belles mouffeli-
nes fort pliffées. Comme le temps où fer-
vent ces demi-vêtemens n'eft confacié
qu'aux foins les plus myftérieux de la
toilette de propreté , ou à la plus intime
familarité , je ne compte le Deshabillé
que de ce qu'on appelle la Robe à peigner,
c'eft-à-dire , celle que l'on prend pour
paffer à la toilette d'apparat. Ces robes
font d'étoffes fimples en foye ou en toile
de Perfe , mais agréables ordinairement
-par la variété des couleurs , que le goût
prefcrit de choifir douces & tranquilles ;
quelquefois même un peu fombres. On
48 MERCURE DE FRANCE.
a fes raifons pour cela. C'eſt le moment
où la nature eft abandonnée à elle-mê-
me , où les charmes d'un beau tein font
livrés à leurs propres forces : ils n'au-
roient pas toujours celle de difputer avec
avantage contre des couleurs trop écla-
tantes. C'eſt pardeffus cette robe que les
Dames prennent , quelquefois affez long-
temps avant la toilette même , un furve-
tement de la mouffeline ou du linon le
plus fin , que l'on appelle Peignoir : or-
nement mille fois plus galant & plus
riche , que l'ufage défigné par fon nom
paroîtroit l'indiquer. Ils font ordinaire-
ment bordés par- tout d'une dentelle ,
plus ou moins large , plus ou moins pré-
cieufe , fuivant l'état de dignité ou de
luxe , & fuivant l'éclat des toilettes. Les
manches fort amples de ces peignoirs ,
ont été abrégées depuis quelque- temps
dans leur longueur,pour ne venir que juf
ques aux coudes. Ingénieufe prévoyance
de ce féxe charmant fur les plus petites
reffources du beau deffein de plaire ! Les
manches de ces peignoirs, ainfi raccour-
cies , accompagnent avec grâces un beau
bras nud qui travaille à la chevelure ,
fans le gêner , ni fans le dérober aux de-
firs des fpectateurs. Si tu voyois , ma
chère Mifs , quelques-unes de ces jolies
Françoiſes ,
JANVIER. 1764.
49
Françoiſes , ainfi vêtues de lin , vis-à-vis
de leurs toilettes chargées de mille bi-
joux dont la richeffe & la galanterie ,
réunies dans une adroite confufion , of
frent un spectacle étincelant ; fi tu les
voyois , dis-je , avec toutes leurs petités
grâces , qu'on ne peut décrire ni imiter
avec ces grâces artificielles en toute autre
qu'une Françoife , mais la nature même
en elles ; tu les prendrois alors pour les
Prêtreffes de l'Amour , facrifiant fur l'au-
tel de la Galanterie ; ou pour quelques
Enchantereffes , d'un ordre fupérieur &
céleste , qui préparent ou qui opérent les
charmes de la volupté,
N. B. C'eft avec regret que les bornes de
notre Journal nous obligent à remettre la
fuite de cette Lettre au volume prochain.
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4362
p. 54-66
LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur l'ELOGE DE SULLY, par M. THOMAS.
Début :
MONSIEUR, DANS un Ouvrage périodique intitulé, l'Année Littéraire, qui [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur l'ELOGE DE SULLY, par M. THOMAS.
LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur
du Mercure, sur l'ELOGE DE SULLY,
par M. THOMAS.
MONSIEUR,
DANS un Ouvrage périodique intitulé,
l'Année Littéraire, qui fe vend à Pa-
ris chez Panckouke , on a imprimé une
Lettre contre l'Eloge de Sully , par M.
Thomas. On y accufe cet Ecrivain d'a-
voir pris plufieurs morceaux de fon Dif-
cours dans les Confidérations fur les Fi-
nances , de M. de Forbonnais . J'ai voulu
examiner par moi - même fur quoi cette
accufation pouvoit être fondée : voici le
réfultat de mes recherches. Permettez-
moi , Monfieur , de vous en rendre
compte. J'avois efpéré quelque temps ,
que M. Thomas pourroit répondre lui-
même mais fans doute il a dédaigné
des accufations qui étoient trop inju
JANVIER. 1764.
55
rieufes pour pouvoir lui nuire. Je me
charge très-volontiers de ce qu'il n'a
pas voulu faire ; & c'eft encore plus par
Pintérêt de la vérité ,que par l'eftime par-
ticulière qui m'attache à cet Ecrivain .
Je vais commencer par le Diſcours , &
je viendrai enfuite aux notes.
M. Thomas , dans fon Difcours , a dit,
page 30 , que les Membres du Confeil des
Financesforçoient, par d'indignes délais,
des Créanciers de l'Etat à réduire eux-
mêmes leurs fommes , & les portoient en-
fuite toutes entières fur leurs comptes ;
pag. 37 , que Sully commença par remet-
tre aux Provinces vingt millions d'arré-
rages de Taille; que depuis il diminua
d'année en année cet impôt de deux mil-
lions qu'ilregardoit la Taille comme un
impôt vicieux de fa nature , & fur- tout
la Taille arbitraire. Il rapporte , p. 41 ,
ce mot célébre de Sully , contre les Offi-
ciers de Juftice qui avoient ofé défendre
la fortie des bleds de leur Province :
SIRE , fi chaque Officier en faifoit au-
tant , votre Peuple feroit bientôt fans ar-
gent , & par conféquent VOTRE MA-
JESTE. Je vois dans ces trois articles
trois faits qui fe trouvent exactement
Trapportés dans les Mémoires de Sully :
& il feroit affez difficile de prouver que
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
ces faits appartiennent à M. de Forbon-
nais , parce qu'il les a tranfcrits dans fes
Confidérationsfur les Finances.
On a ofé avancer que le parallèle de
Colbert & de Sully étoit puifé tout entier
dans l'Ouvrage de M. de Forbonnais. II
eft vrai que M. Thomas n'a point créé
lesfaits , fur lefquels eft fondé ce paral-
lèle ; il eft vrai encore que les mots de
courage , d'activité , d'ordre , d'œcono-
mie , de droits intérieurs , de commerce ,
de calculs politiques , d'Agriculture , de
combinaifon d'impôts , fe trouvent éga-
lement dans les deux Ouvrages : mais
voilà à - peu - près ce qu'ils ont de com-
mun. M. de Forbonnais a fait quelques
réfléxions générales fur le Ministère de
Sully , p. 88 , & fur celui de Colbert , p.
271
mais il n'y a pas la moindre trace
d'un parallèle. M. Thomas , dans fon
Difcours , a rapproché ces deux grands
Hommes , & il a comparé fucceffive-
ment leurs opérations , leurs principes ,
leurs fuccès , leurs talens , & leur carac-
tère. Il a fait voir en quoi ces deux Mi-
niftres fe reffembloient, en quoi ils dif-
féroient l'un de l'autre. Ce parallèle exact
& détaillé n'avoit été fait , ni par M. de
Forbonnais , ni par aucun Ecrivain avant
l'Auteur de l'Eloge de Sully. S'il y a,
-
JANVIER. 1764.
57
dans les recherches & dans l'Eloge, quel-
ques mots qui fe reffemblent , c'eft que
les faits , dont l'un & l'autre parlent ,
font précisément les mêmes pour tout
le monde ; c'est qu'on ne peut parler
d'adminiſtration , fans employer les ter-
mes d'Agriculture , de Navigation , de
Commerce , d'Impôt ;
c'eft qu'enfin il
n'y a qu'une manière de juger de certai
nes opérations , pour tous ceux qui ont
des lumières & du bon fens.
Je paffe maintenant aux notes. Voyons
fi l'accufation de plagiat , pour cette
partie , eft mieux fondée. M. Thomas ,
pag. 71 , dit que Sully fe transporta en
1596 dans les principales Généralités
du Royaume , pour en connoître les reve-
.nus , હ que les Financiers n'omirent rien
-
pour le traverfer. Il entre là -deffus dans
quelque détail fur les difficultés qu'il eur
à effuyer. Qui ne voit que ce font- là
des faits qui appartiennent à l'Hiftoire ?
Et de quel front ofe- t- on attribuer ces
-faits à M. de Forbonnais , comme fi c'é-
toit un bien qui lui appartînt en propre ?
Qu'on ouvre les Mémoires de Sully , &
F'on trouvera ces faits tels que l'Auteur
de l'Eloge les a rapportés. Falloit- il donc
qu'il les falfifiât , pour ne pas fe rencon-
trer avec M. de Forbonnais ? On cite en-
Cv
$8 MERCURE DE FRANCE.
core trois notes , l'une fur les opérations
de Sully dans les Monnoyes , l'autre fur
la Gabelle , & la dernière fur la réduc-
tion de l'intérêt. Ces trois notes roulent-
également fur des faits. M. Thomas dit:
que les opérations de Sully fur les Mon-
noyes ne valurent rien , & il en rapporte
les raifons. Devoit-il donc en apporter de
fauffes , parce qu'on avoit déja écrit là-
deffus avant lui ? Et ne lui étoit-il pas
auffi permis de dire , qu'il y avoit en
France beaucoup d'Espèces étrangères ,,
& que , malgrél'Ordonnance du Roi , on:
ne voulut pas les porter à la Monnoye ,
parce qu'on devoit y retenir des droits con-
fidérables ? M. Thomas rapporte enfuite
quelle étoit la proportion de l'or à l'ar-
gent en France , en Espagne , en Angle--
terre , & en Allemagne
mais il avoue
de très-bonne foi qu'il n'a pas inventé
cela. Il n'y a pas d'apparence que M. de
Forbonnais l'ait plus inventé que lui ; &
probablement cent perfonnes , qui au-
roient à parler de cette proportion , fe-
roient toutes obligées de dire la même
chofe . Car une opération d'Arithméti-
que , lorfqu'elle eft jufte , appartient , je
crois , à tous ceux qui fçavent compter..
Des faits que M. Thomas cite fur la Ga-.
belle , les uns font dans les Mémoires de
JANVIER. 1754.
59
-Sully , les autres font connus de toute
la France. Qui ne fçait, par exemple ,
que le Sel eft une denrée très-commune
& qu'on la vend fort cher à des pauvres ?
Qui ne fçait que les Troupeaux , faute de
Sel , périffent de plufieurs maladies ; &
qu'on les écarte même des bords de la
Imer, où ilspourroient fe guérir? Qui eſt-
ce qui ne fe plaint tous les jours de ce
grand nombre de brigands qui paffent
leur vie aufaux-faunage , & qui auroient
pu exercer une profeffion utile ? Quoi !
parce que M de Forbonnais a écrit fur
ces abus , il feroit défendu de dire que
ces abus fubfiftent encore ? Il s'agit bien
ici de répéter ou non une phrafe qui ait
déja été dite ; il s'agit du bien de l'Etat ,
& de vérités utiles ; & , ces vérités , il :
-faut les répéter fans ceffe , jufqu'à ce
qu'elles ayent enfin produit leur effet.
Enfin , dans fa note fur la réduction de
Pintérêt , M. Thomas a dit que cette opé-
·ration de Sully avoit été fort utile à la
~France ; & il a remarqué que toutes les
Nations voisines pavent aujourd hui l'in-
térêt de l'argent moins cher que nous. Il
n'y a pas de Banquier , d'Agioteur , ou
d'Agent de Change , qui ne fcache cela ,
& probablement , fans avoir jamais lû les
recherchés de M. de Forbonnais fur les
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
Finances. Pourquoi M. Thomas n'au-
roit-il point eu le même avantage ?
Voilà pourtant à quoi fe réduir cette
prétendue accufation de plagiat. 1º:Quel-
ques faits qui fe trouvent dans les Mé-
moires de Sully , où M. de Forbonnais les
a puifés ainfi que M. Thomas ; desfaits
liés néceffairement à l'Eloge , & qu'il
étoit impoffible de paffer fous filence.
2º. Quelques autres faits , qui ne font
point à la vérité dans les Mémoires , mais
dont les uns font connus de tout le mon-
de , comme les abus de la Gabelle ; les
autres font des faits de calcul , comme
la proportion de l'or à l'argent du temps
de Sully. Il faut voir cependant com-
ment l'Auteur de la Lettre s'accroche à
tous les mots , pour tâcher de trouver
quelque reffemblanche entre les Recher
ches fur les Finances & l'Eloge de Sully.
M. de Forbonnais a employé l'expreffion
puifer dans les mines , & elle fe trouve
auffi dans l'Ouvrage de M. Thomas.
L'Auteur des Recherches a dit , que Sully
foutint en homme de Guerre fon opération
de Finance. L'Auteur de l'Eloge a dit , ce
n'eft point à Sully à trembler ; comme Mi-
niftre , il écrase l'injuftice ; comme Guer-
rier , il brave les menaces. Voilà ce qu'on
appelle plagiat ! En effet , il y a dans les
JANVIER. 1764.
61
deux phraſes le mot de Sully , & le mot
de Guerier reffemble affez à celui d'hom-
me de Guerre.
Quelles accufations ! On prouveroit
de même que l'Oraifon funèbre de Tu-
renne , par Flechier , a été prife toute en-
tière de celle de Mafcaron , parce qu'on
trouve tous les mêmes mots dans l'une
& dans l'autre. En vérité , M. de For-
bonnais lui-même a dû être plus indigné
que M. Thomas contre l'Auteur de cette
Lettre , quel qu'il foit. Connu par un
bon Ouvrage fur les Finances , n'a-t-il
point affez de fa propre gloire , fans
qu'on s'efforce de lui attribuer encore
les Ouvrages des autres ; & fon mérite
a-t-il donc befoin d'être relevé par un fi
petit artifice ?
Il ne tient pas à l'Auteur de la Lettre
qu'on ne croye que tout l'Eloge de Sully
fe trouve dans les Recherches fur les Fi
nances. Il commence d'abord par retran-
cher les deux premières parties , comme
n'ayant pas réuffi . Je conviens qu'elles
ne devoient ni ne pouvoient pas être auffi
intéreffantes que la troifiéme ; mais elles
ont tout le degré d'intérêt & d'éloquen-
ce dont elles étoient fufceptibles : & il
me femble que le Public a retrouvé dans
ces deux parties le Panégyrifte du Maré
(
62 MERCURE DE FRANCE.
chal de Saxe , dù Chandelier Dague
feau, & de Duguay-Trouin. A l'égard
de la troifième partie , l'Auteur de la
Lettre eft forcé d'avouer qu'elle a eu du
fuccès : mais , dit-il , elle n'appartient
point à M. Thomas. Il est bien fingulier
que , cette partie ayant déja été faite ,
پہ
M. Thomas foit le feul qui l'ait trouvée ,
& que perfonne avant lui n'eût fait cette
heureufe découverte. Mais , je demande
à l'Auteur de la Lettre , fi M. Thomas a
trouvé dans les Recherches furles Finan-
ces , le portrait du Miniftre ou de l'Hom-
me d'Etat qui ouvre fa troifiéme partie;
s'il a trouvé cette peinture fi forte de l'é
tat des Finances fous Henri IV , des hor-
ribles déprédations des Financiers , & de
tous les maux qui défoloient les Provint
ces; s'il a trouvé le tableau affreux des
véxations qu'entraîne la Taille arbitrai-
i
re, & tout le morceau où il peint à
grands traits Sully réformant les abus ,
& créant l'Etat une feconde fois ; & ce-
lui où il développe , avec autant de cha
leur que de netteté , les principes de fon
adminiſtration , & tout ce qu'il dit d'é-
loquent fur les Impôts , fur l'Agricul→
ture , fur le Commerce & fur l'Econo
mie ? Je demande enfin s'il a trouvé la
peinture qu'il fait de l'Homme moral
JANVIER, 1764:
63:
dans Sully; ce portrait fi vrai d'une ver-
-tu antique & auftère , & ces détails fi
touchans fur fa retraite , & cette pérorai--
fon qui a paru tout à la fois noble , coul
tageufe & fimple ? Qu'on ofe dire fi
rien de tout cela fe trouve dans les Cón-
fiderations fur les Finances ou ailleurs ?
Voilà pourtant prèfque tout ce qui com
pofe cette troifiéme partie.
A l'égard des faits , comme j'ai déja
dit , on fent bien qu'ils doivent fe trou-
ver dans les Mémoires de Sully , & dans
l'Ouvrage de M. dé Forbonnais ; puifque
M. de Forbonnais a travaillé , comme
M. Thomas , fur ces Mémoires. Pourla
reffemblance d'expreffion , qui paroît
marquée dans trois ou quatre endroits des
notes feulement , ce font fans doute des
-formes qui font reftées dans la tête de
M. Thomas , fans qu'il s'enfoit apperçu
lui-même ; & la plus grande preuve.
qu'il n'a point copié , c'est cette reffem-
-blance même. Car rien affurément . ne
lui eût été plus facile que de changer.ces
phrafes , & de leur donner une autre
tournure. Le plus mince Ecolier n'y au-
roit pas manqué ; à plus forte raiſon un
Ecrivain connu , & qui peut être jaloux
de fa gloire.
Une réfléxion qui fe préfente naturel-
64 MERCURE DE FRANCE.
lement en lifant l'Eloge de Sully , c'eff
que M. Thomas , pour le faire , a dû étu-
dier les Finances , comme il avoit étudié
l'Art Militaire pour l'Eloge du Maréchal
de Saxe , la Jurifprudence pour l'Eloge de
Dagueffeau , & la Marine pour celui de
Duguay-Trouin. Il a donc fallu qu'il lût
beaucoup d'Ouvrages fur les Finances ,
parce que probablement il ne pouvoit pas
s'inftruire de cette matière par lui-même ;
ainfi fon premier travail a conſiſté à exa-
miner une grande partie de ce qui avoit
été écrit là- deffus ; à démêler les vrais prin-
cipes des faux , à fe faire un ſyſtême d'a-
près lequel il pût connoître & juger les
différentes opérations de Sully , & qui
pût lui fervir de guide dans fon Ouvrage.
C'eft après ce travail qu'il a fans doute
compofé fon Difcours , qui lui appar-
tient tout entier comme Orateur. Ceux
qui lui reprochent que tout ce qu'il dit
fur les Finances n'eft pas de lui , font à-
peu-près auffi raifonnables que s'ils pré-
tendoient qu'un Architecte n'a aucun
mérite à avoir conftruit un bel Edifice ,
parce qu'il n'a point créé les matériaux
qui le compofent.
L'Auteur de la Lettre , après avoir ci-
té encore quelques phrafes , qui , pour
la plupart , font tirées des Mémoires de
JANVIER. 1764;
65
Sully , ou qui fe trouvent par-tout com-
me celle-ci , la liberté eft l'âme du Com-
merce ; après avoir tâché de rapprocher
des chofes qui n'ont aucune reffemblan-
ce entre elles , ou qui n'ont que celle
des mots ; après avoir jetté des foupçons
où les accufations lui manquent ; ofe
demander ce qui reftera à M. Thomas.
On répond qu'il lui reftera la première
la feconde & la troifiéme partie de fon
Difcours , excepté ces mots , en parlant
de la Taille , impôt vicieux defa nature ;
& ces autres mots , en parlant de la fa-
meuſe réponſe de Sully fur la fortie des
bleds , paroles mémorables , & qui méri-
teroient d'être écrites.... On avoue que
ces deux bouts de phrafes , qui ne font
pas des faits , fe trouvent dans les Re-
cherches fur les Finances.
I lui reftera
toutes les notes , à l'exception de quel-
ques lignes éparfes çà & la dans les deux
volumes in-4 °. des Recherches fur les Fi
nances , & qui ne contiennent encore
que desfaits , comme on l'a détaillé plus
haut.
Il lui reftera l'ordonnance & le
plan de fon Difcours , la manière dont
il préfente les faits , les réfléxions qu'il y
mêle , l'ordre & l'enchaînement des vé-
rités , l'éloquence qu'il a pu y joindre ,
les fentimens de Citoyen qui l'animent
戛
66 MERCURE DE FRANCE.
Il lui reftera enfin tout fon Ouvrage
excepté les faits hiftoriques qu'il n'a pu
ni dù créer , qui étoient néceffairement
le canevas de l'Eloge , & qui lui appar
tenoient fans doute comme ils appartien
nent à tous ceux qui ont écrit , qui écri
vent , & qui écriront après lui . J'ai
Phonneur d'être , Monfieur , votre très-
humble & rrès-obéiffant Serviteur ,
D'A ***.
du Mercure, sur l'ELOGE DE SULLY,
par M. THOMAS.
MONSIEUR,
DANS un Ouvrage périodique intitulé,
l'Année Littéraire, qui fe vend à Pa-
ris chez Panckouke , on a imprimé une
Lettre contre l'Eloge de Sully , par M.
Thomas. On y accufe cet Ecrivain d'a-
voir pris plufieurs morceaux de fon Dif-
cours dans les Confidérations fur les Fi-
nances , de M. de Forbonnais . J'ai voulu
examiner par moi - même fur quoi cette
accufation pouvoit être fondée : voici le
réfultat de mes recherches. Permettez-
moi , Monfieur , de vous en rendre
compte. J'avois efpéré quelque temps ,
que M. Thomas pourroit répondre lui-
même mais fans doute il a dédaigné
des accufations qui étoient trop inju
JANVIER. 1764.
55
rieufes pour pouvoir lui nuire. Je me
charge très-volontiers de ce qu'il n'a
pas voulu faire ; & c'eft encore plus par
Pintérêt de la vérité ,que par l'eftime par-
ticulière qui m'attache à cet Ecrivain .
Je vais commencer par le Diſcours , &
je viendrai enfuite aux notes.
M. Thomas , dans fon Difcours , a dit,
page 30 , que les Membres du Confeil des
Financesforçoient, par d'indignes délais,
des Créanciers de l'Etat à réduire eux-
mêmes leurs fommes , & les portoient en-
fuite toutes entières fur leurs comptes ;
pag. 37 , que Sully commença par remet-
tre aux Provinces vingt millions d'arré-
rages de Taille; que depuis il diminua
d'année en année cet impôt de deux mil-
lions qu'ilregardoit la Taille comme un
impôt vicieux de fa nature , & fur- tout
la Taille arbitraire. Il rapporte , p. 41 ,
ce mot célébre de Sully , contre les Offi-
ciers de Juftice qui avoient ofé défendre
la fortie des bleds de leur Province :
SIRE , fi chaque Officier en faifoit au-
tant , votre Peuple feroit bientôt fans ar-
gent , & par conféquent VOTRE MA-
JESTE. Je vois dans ces trois articles
trois faits qui fe trouvent exactement
Trapportés dans les Mémoires de Sully :
& il feroit affez difficile de prouver que
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
ces faits appartiennent à M. de Forbon-
nais , parce qu'il les a tranfcrits dans fes
Confidérationsfur les Finances.
On a ofé avancer que le parallèle de
Colbert & de Sully étoit puifé tout entier
dans l'Ouvrage de M. de Forbonnais. II
eft vrai que M. Thomas n'a point créé
lesfaits , fur lefquels eft fondé ce paral-
lèle ; il eft vrai encore que les mots de
courage , d'activité , d'ordre , d'œcono-
mie , de droits intérieurs , de commerce ,
de calculs politiques , d'Agriculture , de
combinaifon d'impôts , fe trouvent éga-
lement dans les deux Ouvrages : mais
voilà à - peu - près ce qu'ils ont de com-
mun. M. de Forbonnais a fait quelques
réfléxions générales fur le Ministère de
Sully , p. 88 , & fur celui de Colbert , p.
271
mais il n'y a pas la moindre trace
d'un parallèle. M. Thomas , dans fon
Difcours , a rapproché ces deux grands
Hommes , & il a comparé fucceffive-
ment leurs opérations , leurs principes ,
leurs fuccès , leurs talens , & leur carac-
tère. Il a fait voir en quoi ces deux Mi-
niftres fe reffembloient, en quoi ils dif-
féroient l'un de l'autre. Ce parallèle exact
& détaillé n'avoit été fait , ni par M. de
Forbonnais , ni par aucun Ecrivain avant
l'Auteur de l'Eloge de Sully. S'il y a,
-
JANVIER. 1764.
57
dans les recherches & dans l'Eloge, quel-
ques mots qui fe reffemblent , c'eft que
les faits , dont l'un & l'autre parlent ,
font précisément les mêmes pour tout
le monde ; c'est qu'on ne peut parler
d'adminiſtration , fans employer les ter-
mes d'Agriculture , de Navigation , de
Commerce , d'Impôt ;
c'eft qu'enfin il
n'y a qu'une manière de juger de certai
nes opérations , pour tous ceux qui ont
des lumières & du bon fens.
Je paffe maintenant aux notes. Voyons
fi l'accufation de plagiat , pour cette
partie , eft mieux fondée. M. Thomas ,
pag. 71 , dit que Sully fe transporta en
1596 dans les principales Généralités
du Royaume , pour en connoître les reve-
.nus , હ que les Financiers n'omirent rien
-
pour le traverfer. Il entre là -deffus dans
quelque détail fur les difficultés qu'il eur
à effuyer. Qui ne voit que ce font- là
des faits qui appartiennent à l'Hiftoire ?
Et de quel front ofe- t- on attribuer ces
-faits à M. de Forbonnais , comme fi c'é-
toit un bien qui lui appartînt en propre ?
Qu'on ouvre les Mémoires de Sully , &
F'on trouvera ces faits tels que l'Auteur
de l'Eloge les a rapportés. Falloit- il donc
qu'il les falfifiât , pour ne pas fe rencon-
trer avec M. de Forbonnais ? On cite en-
Cv
$8 MERCURE DE FRANCE.
core trois notes , l'une fur les opérations
de Sully dans les Monnoyes , l'autre fur
la Gabelle , & la dernière fur la réduc-
tion de l'intérêt. Ces trois notes roulent-
également fur des faits. M. Thomas dit:
que les opérations de Sully fur les Mon-
noyes ne valurent rien , & il en rapporte
les raifons. Devoit-il donc en apporter de
fauffes , parce qu'on avoit déja écrit là-
deffus avant lui ? Et ne lui étoit-il pas
auffi permis de dire , qu'il y avoit en
France beaucoup d'Espèces étrangères ,,
& que , malgrél'Ordonnance du Roi , on:
ne voulut pas les porter à la Monnoye ,
parce qu'on devoit y retenir des droits con-
fidérables ? M. Thomas rapporte enfuite
quelle étoit la proportion de l'or à l'ar-
gent en France , en Espagne , en Angle--
terre , & en Allemagne
mais il avoue
de très-bonne foi qu'il n'a pas inventé
cela. Il n'y a pas d'apparence que M. de
Forbonnais l'ait plus inventé que lui ; &
probablement cent perfonnes , qui au-
roient à parler de cette proportion , fe-
roient toutes obligées de dire la même
chofe . Car une opération d'Arithméti-
que , lorfqu'elle eft jufte , appartient , je
crois , à tous ceux qui fçavent compter..
Des faits que M. Thomas cite fur la Ga-.
belle , les uns font dans les Mémoires de
JANVIER. 1754.
59
-Sully , les autres font connus de toute
la France. Qui ne fçait, par exemple ,
que le Sel eft une denrée très-commune
& qu'on la vend fort cher à des pauvres ?
Qui ne fçait que les Troupeaux , faute de
Sel , périffent de plufieurs maladies ; &
qu'on les écarte même des bords de la
Imer, où ilspourroient fe guérir? Qui eſt-
ce qui ne fe plaint tous les jours de ce
grand nombre de brigands qui paffent
leur vie aufaux-faunage , & qui auroient
pu exercer une profeffion utile ? Quoi !
parce que M de Forbonnais a écrit fur
ces abus , il feroit défendu de dire que
ces abus fubfiftent encore ? Il s'agit bien
ici de répéter ou non une phrafe qui ait
déja été dite ; il s'agit du bien de l'Etat ,
& de vérités utiles ; & , ces vérités , il :
-faut les répéter fans ceffe , jufqu'à ce
qu'elles ayent enfin produit leur effet.
Enfin , dans fa note fur la réduction de
Pintérêt , M. Thomas a dit que cette opé-
·ration de Sully avoit été fort utile à la
~France ; & il a remarqué que toutes les
Nations voisines pavent aujourd hui l'in-
térêt de l'argent moins cher que nous. Il
n'y a pas de Banquier , d'Agioteur , ou
d'Agent de Change , qui ne fcache cela ,
& probablement , fans avoir jamais lû les
recherchés de M. de Forbonnais fur les
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
Finances. Pourquoi M. Thomas n'au-
roit-il point eu le même avantage ?
Voilà pourtant à quoi fe réduir cette
prétendue accufation de plagiat. 1º:Quel-
ques faits qui fe trouvent dans les Mé-
moires de Sully , où M. de Forbonnais les
a puifés ainfi que M. Thomas ; desfaits
liés néceffairement à l'Eloge , & qu'il
étoit impoffible de paffer fous filence.
2º. Quelques autres faits , qui ne font
point à la vérité dans les Mémoires , mais
dont les uns font connus de tout le mon-
de , comme les abus de la Gabelle ; les
autres font des faits de calcul , comme
la proportion de l'or à l'argent du temps
de Sully. Il faut voir cependant com-
ment l'Auteur de la Lettre s'accroche à
tous les mots , pour tâcher de trouver
quelque reffemblanche entre les Recher
ches fur les Finances & l'Eloge de Sully.
M. de Forbonnais a employé l'expreffion
puifer dans les mines , & elle fe trouve
auffi dans l'Ouvrage de M. Thomas.
L'Auteur des Recherches a dit , que Sully
foutint en homme de Guerre fon opération
de Finance. L'Auteur de l'Eloge a dit , ce
n'eft point à Sully à trembler ; comme Mi-
niftre , il écrase l'injuftice ; comme Guer-
rier , il brave les menaces. Voilà ce qu'on
appelle plagiat ! En effet , il y a dans les
JANVIER. 1764.
61
deux phraſes le mot de Sully , & le mot
de Guerier reffemble affez à celui d'hom-
me de Guerre.
Quelles accufations ! On prouveroit
de même que l'Oraifon funèbre de Tu-
renne , par Flechier , a été prife toute en-
tière de celle de Mafcaron , parce qu'on
trouve tous les mêmes mots dans l'une
& dans l'autre. En vérité , M. de For-
bonnais lui-même a dû être plus indigné
que M. Thomas contre l'Auteur de cette
Lettre , quel qu'il foit. Connu par un
bon Ouvrage fur les Finances , n'a-t-il
point affez de fa propre gloire , fans
qu'on s'efforce de lui attribuer encore
les Ouvrages des autres ; & fon mérite
a-t-il donc befoin d'être relevé par un fi
petit artifice ?
Il ne tient pas à l'Auteur de la Lettre
qu'on ne croye que tout l'Eloge de Sully
fe trouve dans les Recherches fur les Fi
nances. Il commence d'abord par retran-
cher les deux premières parties , comme
n'ayant pas réuffi . Je conviens qu'elles
ne devoient ni ne pouvoient pas être auffi
intéreffantes que la troifiéme ; mais elles
ont tout le degré d'intérêt & d'éloquen-
ce dont elles étoient fufceptibles : & il
me femble que le Public a retrouvé dans
ces deux parties le Panégyrifte du Maré
(
62 MERCURE DE FRANCE.
chal de Saxe , dù Chandelier Dague
feau, & de Duguay-Trouin. A l'égard
de la troifième partie , l'Auteur de la
Lettre eft forcé d'avouer qu'elle a eu du
fuccès : mais , dit-il , elle n'appartient
point à M. Thomas. Il est bien fingulier
que , cette partie ayant déja été faite ,
پہ
M. Thomas foit le feul qui l'ait trouvée ,
& que perfonne avant lui n'eût fait cette
heureufe découverte. Mais , je demande
à l'Auteur de la Lettre , fi M. Thomas a
trouvé dans les Recherches furles Finan-
ces , le portrait du Miniftre ou de l'Hom-
me d'Etat qui ouvre fa troifiéme partie;
s'il a trouvé cette peinture fi forte de l'é
tat des Finances fous Henri IV , des hor-
ribles déprédations des Financiers , & de
tous les maux qui défoloient les Provint
ces; s'il a trouvé le tableau affreux des
véxations qu'entraîne la Taille arbitrai-
i
re, & tout le morceau où il peint à
grands traits Sully réformant les abus ,
& créant l'Etat une feconde fois ; & ce-
lui où il développe , avec autant de cha
leur que de netteté , les principes de fon
adminiſtration , & tout ce qu'il dit d'é-
loquent fur les Impôts , fur l'Agricul→
ture , fur le Commerce & fur l'Econo
mie ? Je demande enfin s'il a trouvé la
peinture qu'il fait de l'Homme moral
JANVIER, 1764:
63:
dans Sully; ce portrait fi vrai d'une ver-
-tu antique & auftère , & ces détails fi
touchans fur fa retraite , & cette pérorai--
fon qui a paru tout à la fois noble , coul
tageufe & fimple ? Qu'on ofe dire fi
rien de tout cela fe trouve dans les Cón-
fiderations fur les Finances ou ailleurs ?
Voilà pourtant prèfque tout ce qui com
pofe cette troifiéme partie.
A l'égard des faits , comme j'ai déja
dit , on fent bien qu'ils doivent fe trou-
ver dans les Mémoires de Sully , & dans
l'Ouvrage de M. dé Forbonnais ; puifque
M. de Forbonnais a travaillé , comme
M. Thomas , fur ces Mémoires. Pourla
reffemblance d'expreffion , qui paroît
marquée dans trois ou quatre endroits des
notes feulement , ce font fans doute des
-formes qui font reftées dans la tête de
M. Thomas , fans qu'il s'enfoit apperçu
lui-même ; & la plus grande preuve.
qu'il n'a point copié , c'est cette reffem-
-blance même. Car rien affurément . ne
lui eût été plus facile que de changer.ces
phrafes , & de leur donner une autre
tournure. Le plus mince Ecolier n'y au-
roit pas manqué ; à plus forte raiſon un
Ecrivain connu , & qui peut être jaloux
de fa gloire.
Une réfléxion qui fe préfente naturel-
64 MERCURE DE FRANCE.
lement en lifant l'Eloge de Sully , c'eff
que M. Thomas , pour le faire , a dû étu-
dier les Finances , comme il avoit étudié
l'Art Militaire pour l'Eloge du Maréchal
de Saxe , la Jurifprudence pour l'Eloge de
Dagueffeau , & la Marine pour celui de
Duguay-Trouin. Il a donc fallu qu'il lût
beaucoup d'Ouvrages fur les Finances ,
parce que probablement il ne pouvoit pas
s'inftruire de cette matière par lui-même ;
ainfi fon premier travail a conſiſté à exa-
miner une grande partie de ce qui avoit
été écrit là- deffus ; à démêler les vrais prin-
cipes des faux , à fe faire un ſyſtême d'a-
près lequel il pût connoître & juger les
différentes opérations de Sully , & qui
pût lui fervir de guide dans fon Ouvrage.
C'eft après ce travail qu'il a fans doute
compofé fon Difcours , qui lui appar-
tient tout entier comme Orateur. Ceux
qui lui reprochent que tout ce qu'il dit
fur les Finances n'eft pas de lui , font à-
peu-près auffi raifonnables que s'ils pré-
tendoient qu'un Architecte n'a aucun
mérite à avoir conftruit un bel Edifice ,
parce qu'il n'a point créé les matériaux
qui le compofent.
L'Auteur de la Lettre , après avoir ci-
té encore quelques phrafes , qui , pour
la plupart , font tirées des Mémoires de
JANVIER. 1764;
65
Sully , ou qui fe trouvent par-tout com-
me celle-ci , la liberté eft l'âme du Com-
merce ; après avoir tâché de rapprocher
des chofes qui n'ont aucune reffemblan-
ce entre elles , ou qui n'ont que celle
des mots ; après avoir jetté des foupçons
où les accufations lui manquent ; ofe
demander ce qui reftera à M. Thomas.
On répond qu'il lui reftera la première
la feconde & la troifiéme partie de fon
Difcours , excepté ces mots , en parlant
de la Taille , impôt vicieux defa nature ;
& ces autres mots , en parlant de la fa-
meuſe réponſe de Sully fur la fortie des
bleds , paroles mémorables , & qui méri-
teroient d'être écrites.... On avoue que
ces deux bouts de phrafes , qui ne font
pas des faits , fe trouvent dans les Re-
cherches fur les Finances.
I lui reftera
toutes les notes , à l'exception de quel-
ques lignes éparfes çà & la dans les deux
volumes in-4 °. des Recherches fur les Fi
nances , & qui ne contiennent encore
que desfaits , comme on l'a détaillé plus
haut.
Il lui reftera l'ordonnance & le
plan de fon Difcours , la manière dont
il préfente les faits , les réfléxions qu'il y
mêle , l'ordre & l'enchaînement des vé-
rités , l'éloquence qu'il a pu y joindre ,
les fentimens de Citoyen qui l'animent
戛
66 MERCURE DE FRANCE.
Il lui reftera enfin tout fon Ouvrage
excepté les faits hiftoriques qu'il n'a pu
ni dù créer , qui étoient néceffairement
le canevas de l'Eloge , & qui lui appar
tenoient fans doute comme ils appartien
nent à tous ceux qui ont écrit , qui écri
vent , & qui écriront après lui . J'ai
Phonneur d'être , Monfieur , votre très-
humble & rrès-obéiffant Serviteur ,
D'A ***.
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4363
p. 66-69
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
Début :
L'AUTEUR anonyme, Monsieur, qui dans le Mercure de ce mois m'a fait [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure.
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
L'AUTEUR anonyme, Monsieur, qui
dans le Mercure de ce mois m'a fait
Phonneur de me demander dés éclair-
ciffemens fur le Sujet du Prix de Poëfie
propofé par l'Académie de Rouen , pa-
roit n'avoir pas de connoiffance des
anciens programmes qui ont été en-
voyés aux Ouvrages périodiques en
1760 , 1761 & 1762 , puifque ces pro-
grammes fatisfont à la plupart des quef-
tions fur lefquelles il defire de con-
noître les intentions de l'Académie.
Comme elle n'a jamais entendu y faire
aucun changement , elle me charge ,
Monfieur , de vous prier de fa part de
JANVIER 1764.
Tes inférer de nouveau dans l'un de vos
premiers volumes , tant pour cet Au-
teur que pour tous ceux qui voudront
concourir au même Prix. Voici celui de
1760.
L'Académie a propofé pour Sujet du
Prix de Poëfie fondé par M. le Maré-
chal Duc de Luxembourg , Gouverneur
de Normandie & fon protecteur, la dé-
livrance de Salerne par 40 Chevaliers
Normands & la fondation du Royau-
me de Sicile qui fut la fuite de cette ex.
pédition.
Elle laiffe aux Auteurs liberté entière
fur le choix du genre du Poëme , fur
fon étendue , & fur la meſure des vers..
Elle exige feulement qu'il foit propor
tionné au Sujet , & qu'il célébre digné-
ment l'un des plus finguliers événemens
de notre histoire.
En 1761 ..
L'Académie n'a point reçu de Poëme
qui ait rempli fes vues ; elle propofe
de nouveau le même Sujet & aux mêmes
conditions.
.. Elle exhorte les Auteurs à le traiter-
moins en Hiftoriens qu'en Poëtes . Elle:
-ne demande pas une hiftoire fuivié d'é--
vénemens qui occ pent près d'un fié-
cle. Cette exactitude chronologique ré--
聊
•
68 MERCURE DE FRANCE.
pand un froid mortel fur un Poëme. II
s'agit de choisir celle des deux époques
qu'on croira la plus intéreffante & de
F'embellir par quelque fiction ingénieufe
qui donnera les moyens d'y enchâffer
les événemens qui l'auront ou précédée
ou fuivie. Ce font les feuls avis que
l'Académie croye devoir donner aux
Auteurs , perfuadée qu'il faut laiſſer au
génie une entière liberté , & qu'il eft
peu de faits hiftoriques dont le mer-
veilleux & la fingularité prêtent davan-
tage à la Poëfie.
En 1762.'
On a réïtéré le même Programme &
doublé le Prix.
En 1763.
On a encore remis le Prix , & dans
le Programme inféré dans le Mercure
de Septembre on n'a parlé que de la
délivrance de Salerne , parce qu'on a
fuppofé le Sujet affez connu du Public
pour ne le pas répéter tout au long.
Vous voyez , Monfieur , que PAca-
démie a été bien éloignée de donner
l'exclufion à un Poëme épique régulier,
fi elle étoit affez heureufe pour que fa
perfévérance fît éclore un Ouvrage di-
gne de ce nom. Elle a encore moins
gêné les Auteurs fur le choix du Sujet
JANVIER, 1764.
69 1
principal; elle a feulement exigé que cer
lui des deux événemens qui ne feroit
pas choifi, entrât dans le Poëme comme
Epifode. A l'égard des moyens de lier
cette Epiſode , la difficulté de la diffé-
rence des Chevaliers n'eft pas infur-
montable. L'Académie a même déja
vu des Poëmes qui employent pour y
parvenir des expédiens ingénieux & que
le filence de l'Hiftoire autorife. C'eft
aux Poëtes à fçavoir jufqu'à quel point
ils peuvent altérer la vérité historique.
Qu'une fiction noble & ingénieuſe ré-
pande la chaleur & la vie dans un Su-
jet déja fi difpofé à recevoir le mer
veilleux ; l'Académie bien loin de re-
clamer pour une froide exactitude , ap-
plaudira comme le Public aux fituations
& aux images que le génie créateur
du Poëte aura fçu enchâffer dans fon
Ouvrage.
J'ai l'honneur d'être & c.
MAILLET DU BOULLAY, Maître des Comptes
& Secrétaire de l'Académie de Rouen pour
les Belles-Lettres, derrière l'Archevêché.
A Rouen, le 29 Décembre 1763.
L'AUTEUR anonyme, Monsieur, qui
dans le Mercure de ce mois m'a fait
Phonneur de me demander dés éclair-
ciffemens fur le Sujet du Prix de Poëfie
propofé par l'Académie de Rouen , pa-
roit n'avoir pas de connoiffance des
anciens programmes qui ont été en-
voyés aux Ouvrages périodiques en
1760 , 1761 & 1762 , puifque ces pro-
grammes fatisfont à la plupart des quef-
tions fur lefquelles il defire de con-
noître les intentions de l'Académie.
Comme elle n'a jamais entendu y faire
aucun changement , elle me charge ,
Monfieur , de vous prier de fa part de
JANVIER 1764.
Tes inférer de nouveau dans l'un de vos
premiers volumes , tant pour cet Au-
teur que pour tous ceux qui voudront
concourir au même Prix. Voici celui de
1760.
L'Académie a propofé pour Sujet du
Prix de Poëfie fondé par M. le Maré-
chal Duc de Luxembourg , Gouverneur
de Normandie & fon protecteur, la dé-
livrance de Salerne par 40 Chevaliers
Normands & la fondation du Royau-
me de Sicile qui fut la fuite de cette ex.
pédition.
Elle laiffe aux Auteurs liberté entière
fur le choix du genre du Poëme , fur
fon étendue , & fur la meſure des vers..
Elle exige feulement qu'il foit propor
tionné au Sujet , & qu'il célébre digné-
ment l'un des plus finguliers événemens
de notre histoire.
En 1761 ..
L'Académie n'a point reçu de Poëme
qui ait rempli fes vues ; elle propofe
de nouveau le même Sujet & aux mêmes
conditions.
.. Elle exhorte les Auteurs à le traiter-
moins en Hiftoriens qu'en Poëtes . Elle:
-ne demande pas une hiftoire fuivié d'é--
vénemens qui occ pent près d'un fié-
cle. Cette exactitude chronologique ré--
聊
•
68 MERCURE DE FRANCE.
pand un froid mortel fur un Poëme. II
s'agit de choisir celle des deux époques
qu'on croira la plus intéreffante & de
F'embellir par quelque fiction ingénieufe
qui donnera les moyens d'y enchâffer
les événemens qui l'auront ou précédée
ou fuivie. Ce font les feuls avis que
l'Académie croye devoir donner aux
Auteurs , perfuadée qu'il faut laiſſer au
génie une entière liberté , & qu'il eft
peu de faits hiftoriques dont le mer-
veilleux & la fingularité prêtent davan-
tage à la Poëfie.
En 1762.'
On a réïtéré le même Programme &
doublé le Prix.
En 1763.
On a encore remis le Prix , & dans
le Programme inféré dans le Mercure
de Septembre on n'a parlé que de la
délivrance de Salerne , parce qu'on a
fuppofé le Sujet affez connu du Public
pour ne le pas répéter tout au long.
Vous voyez , Monfieur , que PAca-
démie a été bien éloignée de donner
l'exclufion à un Poëme épique régulier,
fi elle étoit affez heureufe pour que fa
perfévérance fît éclore un Ouvrage di-
gne de ce nom. Elle a encore moins
gêné les Auteurs fur le choix du Sujet
JANVIER, 1764.
69 1
principal; elle a feulement exigé que cer
lui des deux événemens qui ne feroit
pas choifi, entrât dans le Poëme comme
Epifode. A l'égard des moyens de lier
cette Epiſode , la difficulté de la diffé-
rence des Chevaliers n'eft pas infur-
montable. L'Académie a même déja
vu des Poëmes qui employent pour y
parvenir des expédiens ingénieux & que
le filence de l'Hiftoire autorife. C'eft
aux Poëtes à fçavoir jufqu'à quel point
ils peuvent altérer la vérité historique.
Qu'une fiction noble & ingénieuſe ré-
pande la chaleur & la vie dans un Su-
jet déja fi difpofé à recevoir le mer
veilleux ; l'Académie bien loin de re-
clamer pour une froide exactitude , ap-
plaudira comme le Public aux fituations
& aux images que le génie créateur
du Poëte aura fçu enchâffer dans fon
Ouvrage.
J'ai l'honneur d'être & c.
MAILLET DU BOULLAY, Maître des Comptes
& Secrétaire de l'Académie de Rouen pour
les Belles-Lettres, derrière l'Archevêché.
A Rouen, le 29 Décembre 1763.
Fermer
4364
p. 70-78
LETTRE sur un Auteur du 17 e siècle, écrite par M. DE MASSAC, Receveur G[é]néral des Fermes du Roi, Abonné au Mercure, & de la Société Royale d'Agriculture de la Généralité de Limoges, à M. le Chevalier de VIVENS, de la même Société, de celle de Metz, & de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Bordeaux.
Début :
MONSIEUR, PERSONNE ne rend plus de justice que moi à [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur un Auteur du 17 e siècle, écrite par M. DE MASSAC, Receveur G[é]néral des Fermes du Roi, Abonné au Mercure, & de la Société Royale d'Agriculture de la Généralité de Limoges, à M. le Chevalier de VIVENS, de la même Société, de celle de Metz, & de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Bordeaux.
LETTRE sur un Auteur du 17e siècle,
écrite par M. DE MASSAC, Receveur
G[é]néral des Fermes du Roi,
Abonné au Mercure, & de la Société
Royale d'Agriculture de la Généralité
de Limoges, à M. le Chevalier de
VIVENS, de la même Société, de
celle de Metz, & de l'Académie des
Sciences & Belles-Lettres de Bordeaux.
MONSIEUR,
PERSONNE ne rend plus de justice
que moi à M. le Franc de Pompignan.
Tous les efforts que les Beaux-Efprits de ..
ce fiécle ont fait depuis quelque temps
pour indifpofer le Public contre lui , ne
m'ont point fait changer de façon de
penfer fur cet Auteur eftimable, dont
j'admire comme vous , & les talens , &
les vertus. Je viens de relire fes Ouvrages
avec un nouveau plaifir : cette lecture
m'a rappellé ce que vous me fires l'hon A
neur de m'écrire le 11 Février 1762.
» M. de Pompignan , me marquiez-
JANVIER. 1764.
de Pompignan ,
7 *
» vous , ne dit rien de bien flatteur ( a )
» pour Coftabadie . Sur huit Livres d'Epi-
» grammes latines de cet Auteur , il ne
> reconnoît pour bons que, quatre vers
» que Santeuila pillés. Il paroît étonnant
» que tout le refte foit abfolument mau-
» vais : j'ai quelques doutes fur ce juge-
» ment rigoureux , & j'en appelle avaus
Qui mieux que vous, Monfieur , feroit
en état de réformer , s'il y a lieu , le ju
gement prononcé par M. le Franc , fur le
mérite littéraire du Poëte dont il s'agitè
J'imagine que vous n'avez pas fes Ŏu-
vrages : vous fçavez que j'en fuis poffef-
feur ; ce ne peut être que cette raifon qui
vous engage à me demander ce que j'en
penfe moi-même. Le voici.ve
Je conviens , avec M. de Pompignan ,
que notre Auteur n'avoit pas l'efprit
épigrammatique à un certain point , &
que fes Epigrammes , qui font en génér
ral d'une latinité médiocre , ne font pref
que toutes que des defcriptions des cha
fes , ou des éloges des perfonnes dont il
parle. Mais il faut convenir auffi qu'il y
en a plus de trois ou quatre qui méritoient
de fixer l'attention de notre Critique. Son
( a ) Voyez les Oeuvres diverfes de M.le Frang
282021
3
edit. Paris , 1733. tom .
酱
2:p
2
72 MERCURE DE FRANCE .
jugement me paroît
contradictoire
d'un côté, il reconnoît pour bonnes au
moins trois ou quatre Epigrammes ; de
l'autre côté , il déclare qu'il alloit fer-
mer fon Coftabadius , fans quatre vers
qu'il affure être les feuls bons que cet
Auteur ait fais. Cette derniere affer-
tion fe trouve encore placée après l'a-
veu formel de M. de Pompignan , que
notre Poëte a bien caractériſé la per-
fonne & les Ecrits de M. Garifolles;
qu'il a honoré par fes vers plufieurs au-
tres Montalbanois & qu'on doit être
flatté de l'Epigramme qu'il a compo-
fée à l'honneur de Montauban.
S'il eft vrai qu'il n'y ait que quatre
bons vers dans tout Coftabadie , il fera
également vrai que M. Gariffoles , plu-
fieurs autres Montalbanois & Montau-
ban lui-même ont été honorés par de
mauvais vers, S'il font trouvés bons par
des Montalbanois , parce qu'ils font
faits à leur honneur , comment tous
es hommes en général doivent-ils trou-
yer,par un intérêt commun ,la deuxiéme
Epigramme du Liv.
I. Sur la chute
d'Adam , qui finit ainfi ;
Si locus humano pateat , fine crimine , voto,
Adam , utinam furdus , muta vel Eva fores ,
dont
JANVIER. 1764.
73
dont M. de Pompignan n'a pas jugé à
propos de parler. Celle - ci , euffé - je
l'honneur d'être de Montauban
,
me
paroîtra toujours fupérieure à celles qui
flattent les Montalbanois ; mais vous
& moi , Monfieur , & tous nos com-
patriotes , ne devons-nous pas être pour
le moins auffi flattés de la trente &
uniéme Epigramme du Livre VII. fur
la deftruction de Tonneins , qui eft ter-
minée par ces mots.
• ·
• Mihi patria noftra dediſti
Vitam unam , luctus funera mille dabit.
Coftabadie nous apprend par cette
Epigramme , que Tonneins étoit le lieu
de fa naiffance , qu'il avoit vu cette
Ville avant qu'elle fût détruite ; d'où
l'on peut juger qu'il étoit né vers le
commencement du dix-feptiéme fiécle ,
puifque ce ne fut qu'en 1621 que les
Villes de Tonneins & de Clairac fu-
détruites de fond en comble & réduites
en cendres par ordre de LOUIS XIII .
Sans m'arrêter aux Epigrammes 50
& 58 du Livre V , à la 22° du Livre
VIII , &c , que je crois au-deffus de
celles dont parle M. de P ...... je me
fais un plaifir de tranfcrire en entier
IL Vol.
.: D
74 MERCURE DE FRANCE.
la 36° du Livre VII fur la Garonne. H
n'eft pas douteux , comme vous le dites,
& comme le croit M. de P .... qu'elle
n'ait fourni à Santeuil la plus belle
image de fa belle infcription pour la
Pompe de Notre Dame de Paris :
Sequana cum primum reginæ allabitur urbi
Tardat præcipites ambitiofus aquas ;
Captus amore loci , curfum oblivifcitur , anceps
Quò fluat, & dulces nectit in urbe moras.
Voyons à préfent comment s'expri-
me notre Poëte Gafcon. Quoique fon
idée fur la Garonne ne foit pas auffi
pompeufement rendue que celle de
Santeuil fur la Seine ,
il n'en a pas
moins le mérite de l'invention .
Monte Pyrenæo , & celfis natalibus undans ,
Fæcundo erumpit fonte , garumma levis.
Nafcitur iratus , primâque obmurmurat undâ ;
Huic inimica quies , jamque ruina placet.
Præter greffus abit media impedimenta Tholofe,
Terra & agenna tuos confpuit altus ogros.
Inde falutat aquis & amica voce thonenfum ,
Pronus in oceanum fudat abire fuum .
Burdigalæ fed tantus amor , cum littora tangit
Vivifca
ambiguâ currit & hæret aquâ.
* L'Auteur auroit dû dire Vibifca au lieu de
Vivifca , il y a un V pour un B
tot Buturiges.
>
felon la
mauvaite habitude des Gafcons. Vibifci ou plu-
JANVIER. 1764.
Penituit liquifle urbem fimilisque do lenti
In muros refluis ecce recurrit aquis.
75
» La Garonne fort des Monts Pyren-
» nées : dès fa fource elle eſt abondante ,
» rapide , courroucée ; elle fait entendra
» le bruit de ſes eaux ; le repos lui dé-
» plaît , il faut qu'elle caufe du ravage .
» Franchiffant les digues que Toulouſe
» lui oppoſe , elle traverſe cette ville &
»
groffiffant dans fon cours , Agen , elle
» arrofe tes campagnes. De là après avoir
falué Tonneins du doux bruit de fes
» flots , elle s'efforce d'aller fe précipi-
» te dans l'Océan ; mais à peine tou-
» che-t-elle les rivages du pays Bordelois,
»
qu'éprife d'amour pour Bordeaux , elle
» fe ralentit , n'a qu'un cours incertain ;
» & comme fi elle étoit affligée d'avoir
» quitté cette ville , elle revient fur elle-
» même & reflue jufques fur fes murs.
Au refte il plaît à M. de P
... •
d'appeller notre Auteur Coftabadius, en
ajoutant que ce nom eft fort obfcur,
mais en us & par conféquent en régle ,
dit-il , pour un Verfificateur latin.
Le véritable nom françois de notre
Poëte étoit Coftabadie. Il éxiftoit en-
core une demoiſelle de cette Famille
il n'y a pas long-temps , & elle s'ap-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
pelloit Coftabadie , comme fes ancê
tres. Je ne ne vois pas que ce nom
foit plus obfcur que tout autre. Quand
fa terminaifon eût été en us , cela au-
roit-il pû faire croire
à celui qui le
portoit , qu'il devoit verfifier en la-
tin. Nous voyons à la vérité que les
noms de plufieurs grands Poëtes finif
fent en us , mais n'avons nous pas auf-
fi les Martial , les Juvenal ? & c , & c.
Je pense donc , avec tout le refpect
que je dois à M. de P .... qu'il au-
roit pû fe difpenfer , quand bien même
Coftabadie fe fût appellé Coftabadius ,
de profiter de cette circonftance pour
jetter une espéce de ridicule fur un
Auteur plus digne , à certains égards ,
d'être connu , que plufieurs autres dont
nous voyons les ouvrages célébrés dans
nos Annales Litteraires.
Vibifci étoient des Peuples de l'an-
cienne Aquitaine , qui occupoient le
pays qu'on nomme aujourd'hui Bor ,
delois. Ainfi littora vibifca , fignifie
à la rigueur , les bords de la Garonne
depuis Langon ou S. Macaire , jufqu'à
l'embouchure de ce fleuve dans l'Océan .
Les Bituriges vibifci, étoient ainfi nom-
més pour les diftinguer des Bituriges
JANVIER. 1764.
77 .
cubi , qui font aujourd'hui les Peuples
du Berri.
Je finirai cette lettre , Monfieur
en vous annoncant que la Société d'A-
griculture du Limoufin , qui fe félicite
tous les jours de vous compter au
nombre de fes Affociés , vient enfin
d'acquérir un degré de ftabilité q i
lui étoit abfolument néceffaire . C'eſt aux
foins de M. Turgot notre Intendant, fans
ceffe utilement occupé des moindres dé-
tails de l'adminiftration qui lui eft con-
fiée , que nos Bureaux
font rede-
vables de la jouiffance d'un revenu
annuel pour fubvenir aux frais indifpen-
fables qu'ils font obligés de faire. Cer
événement a ranimé le zéle de la plû
part de nos Confrères. Ils ont com-
mencé l'emploi de leurs fonds par
l'acquifition des inftrumens néceffaires
pour faire des expériences météorologi-
ques , fuivant les inftructions dont vous
avez bien voulu nous faire part. II
faut efpérer que notre exemple fera
fuivi par les autres Sociétés Royales ,
qui ne doivent pas attendre , avec moins
d'empreffement que nous-mêmes , de
voir paroître la cinquième partie de
* Celui de Brive à 300 liv. par an.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
vos obfervations d'Agriculture ,
page 108.
an
noncée dans le Mercure de France , du
mois d'Octobre dernier , premier vol.
à Brive la Gaillarde, le 15 Décembre 1763.
écrite par M. DE MASSAC, Receveur
G[é]néral des Fermes du Roi,
Abonné au Mercure, & de la Société
Royale d'Agriculture de la Généralité
de Limoges, à M. le Chevalier de
VIVENS, de la même Société, de
celle de Metz, & de l'Académie des
Sciences & Belles-Lettres de Bordeaux.
MONSIEUR,
PERSONNE ne rend plus de justice
que moi à M. le Franc de Pompignan.
Tous les efforts que les Beaux-Efprits de ..
ce fiécle ont fait depuis quelque temps
pour indifpofer le Public contre lui , ne
m'ont point fait changer de façon de
penfer fur cet Auteur eftimable, dont
j'admire comme vous , & les talens , &
les vertus. Je viens de relire fes Ouvrages
avec un nouveau plaifir : cette lecture
m'a rappellé ce que vous me fires l'hon A
neur de m'écrire le 11 Février 1762.
» M. de Pompignan , me marquiez-
JANVIER. 1764.
de Pompignan ,
7 *
» vous , ne dit rien de bien flatteur ( a )
» pour Coftabadie . Sur huit Livres d'Epi-
» grammes latines de cet Auteur , il ne
> reconnoît pour bons que, quatre vers
» que Santeuila pillés. Il paroît étonnant
» que tout le refte foit abfolument mau-
» vais : j'ai quelques doutes fur ce juge-
» ment rigoureux , & j'en appelle avaus
Qui mieux que vous, Monfieur , feroit
en état de réformer , s'il y a lieu , le ju
gement prononcé par M. le Franc , fur le
mérite littéraire du Poëte dont il s'agitè
J'imagine que vous n'avez pas fes Ŏu-
vrages : vous fçavez que j'en fuis poffef-
feur ; ce ne peut être que cette raifon qui
vous engage à me demander ce que j'en
penfe moi-même. Le voici.ve
Je conviens , avec M. de Pompignan ,
que notre Auteur n'avoit pas l'efprit
épigrammatique à un certain point , &
que fes Epigrammes , qui font en génér
ral d'une latinité médiocre , ne font pref
que toutes que des defcriptions des cha
fes , ou des éloges des perfonnes dont il
parle. Mais il faut convenir auffi qu'il y
en a plus de trois ou quatre qui méritoient
de fixer l'attention de notre Critique. Son
( a ) Voyez les Oeuvres diverfes de M.le Frang
282021
3
edit. Paris , 1733. tom .
酱
2:p
2
72 MERCURE DE FRANCE .
jugement me paroît
contradictoire
d'un côté, il reconnoît pour bonnes au
moins trois ou quatre Epigrammes ; de
l'autre côté , il déclare qu'il alloit fer-
mer fon Coftabadius , fans quatre vers
qu'il affure être les feuls bons que cet
Auteur ait fais. Cette derniere affer-
tion fe trouve encore placée après l'a-
veu formel de M. de Pompignan , que
notre Poëte a bien caractériſé la per-
fonne & les Ecrits de M. Garifolles;
qu'il a honoré par fes vers plufieurs au-
tres Montalbanois & qu'on doit être
flatté de l'Epigramme qu'il a compo-
fée à l'honneur de Montauban.
S'il eft vrai qu'il n'y ait que quatre
bons vers dans tout Coftabadie , il fera
également vrai que M. Gariffoles , plu-
fieurs autres Montalbanois & Montau-
ban lui-même ont été honorés par de
mauvais vers, S'il font trouvés bons par
des Montalbanois , parce qu'ils font
faits à leur honneur , comment tous
es hommes en général doivent-ils trou-
yer,par un intérêt commun ,la deuxiéme
Epigramme du Liv.
I. Sur la chute
d'Adam , qui finit ainfi ;
Si locus humano pateat , fine crimine , voto,
Adam , utinam furdus , muta vel Eva fores ,
dont
JANVIER. 1764.
73
dont M. de Pompignan n'a pas jugé à
propos de parler. Celle - ci , euffé - je
l'honneur d'être de Montauban
,
me
paroîtra toujours fupérieure à celles qui
flattent les Montalbanois ; mais vous
& moi , Monfieur , & tous nos com-
patriotes , ne devons-nous pas être pour
le moins auffi flattés de la trente &
uniéme Epigramme du Livre VII. fur
la deftruction de Tonneins , qui eft ter-
minée par ces mots.
• ·
• Mihi patria noftra dediſti
Vitam unam , luctus funera mille dabit.
Coftabadie nous apprend par cette
Epigramme , que Tonneins étoit le lieu
de fa naiffance , qu'il avoit vu cette
Ville avant qu'elle fût détruite ; d'où
l'on peut juger qu'il étoit né vers le
commencement du dix-feptiéme fiécle ,
puifque ce ne fut qu'en 1621 que les
Villes de Tonneins & de Clairac fu-
détruites de fond en comble & réduites
en cendres par ordre de LOUIS XIII .
Sans m'arrêter aux Epigrammes 50
& 58 du Livre V , à la 22° du Livre
VIII , &c , que je crois au-deffus de
celles dont parle M. de P ...... je me
fais un plaifir de tranfcrire en entier
IL Vol.
.: D
74 MERCURE DE FRANCE.
la 36° du Livre VII fur la Garonne. H
n'eft pas douteux , comme vous le dites,
& comme le croit M. de P .... qu'elle
n'ait fourni à Santeuil la plus belle
image de fa belle infcription pour la
Pompe de Notre Dame de Paris :
Sequana cum primum reginæ allabitur urbi
Tardat præcipites ambitiofus aquas ;
Captus amore loci , curfum oblivifcitur , anceps
Quò fluat, & dulces nectit in urbe moras.
Voyons à préfent comment s'expri-
me notre Poëte Gafcon. Quoique fon
idée fur la Garonne ne foit pas auffi
pompeufement rendue que celle de
Santeuil fur la Seine ,
il n'en a pas
moins le mérite de l'invention .
Monte Pyrenæo , & celfis natalibus undans ,
Fæcundo erumpit fonte , garumma levis.
Nafcitur iratus , primâque obmurmurat undâ ;
Huic inimica quies , jamque ruina placet.
Præter greffus abit media impedimenta Tholofe,
Terra & agenna tuos confpuit altus ogros.
Inde falutat aquis & amica voce thonenfum ,
Pronus in oceanum fudat abire fuum .
Burdigalæ fed tantus amor , cum littora tangit
Vivifca
ambiguâ currit & hæret aquâ.
* L'Auteur auroit dû dire Vibifca au lieu de
Vivifca , il y a un V pour un B
tot Buturiges.
>
felon la
mauvaite habitude des Gafcons. Vibifci ou plu-
JANVIER. 1764.
Penituit liquifle urbem fimilisque do lenti
In muros refluis ecce recurrit aquis.
75
» La Garonne fort des Monts Pyren-
» nées : dès fa fource elle eſt abondante ,
» rapide , courroucée ; elle fait entendra
» le bruit de ſes eaux ; le repos lui dé-
» plaît , il faut qu'elle caufe du ravage .
» Franchiffant les digues que Toulouſe
» lui oppoſe , elle traverſe cette ville &
»
groffiffant dans fon cours , Agen , elle
» arrofe tes campagnes. De là après avoir
falué Tonneins du doux bruit de fes
» flots , elle s'efforce d'aller fe précipi-
» te dans l'Océan ; mais à peine tou-
» che-t-elle les rivages du pays Bordelois,
»
qu'éprife d'amour pour Bordeaux , elle
» fe ralentit , n'a qu'un cours incertain ;
» & comme fi elle étoit affligée d'avoir
» quitté cette ville , elle revient fur elle-
» même & reflue jufques fur fes murs.
Au refte il plaît à M. de P
... •
d'appeller notre Auteur Coftabadius, en
ajoutant que ce nom eft fort obfcur,
mais en us & par conféquent en régle ,
dit-il , pour un Verfificateur latin.
Le véritable nom françois de notre
Poëte étoit Coftabadie. Il éxiftoit en-
core une demoiſelle de cette Famille
il n'y a pas long-temps , & elle s'ap-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
pelloit Coftabadie , comme fes ancê
tres. Je ne ne vois pas que ce nom
foit plus obfcur que tout autre. Quand
fa terminaifon eût été en us , cela au-
roit-il pû faire croire
à celui qui le
portoit , qu'il devoit verfifier en la-
tin. Nous voyons à la vérité que les
noms de plufieurs grands Poëtes finif
fent en us , mais n'avons nous pas auf-
fi les Martial , les Juvenal ? & c , & c.
Je pense donc , avec tout le refpect
que je dois à M. de P .... qu'il au-
roit pû fe difpenfer , quand bien même
Coftabadie fe fût appellé Coftabadius ,
de profiter de cette circonftance pour
jetter une espéce de ridicule fur un
Auteur plus digne , à certains égards ,
d'être connu , que plufieurs autres dont
nous voyons les ouvrages célébrés dans
nos Annales Litteraires.
Vibifci étoient des Peuples de l'an-
cienne Aquitaine , qui occupoient le
pays qu'on nomme aujourd'hui Bor ,
delois. Ainfi littora vibifca , fignifie
à la rigueur , les bords de la Garonne
depuis Langon ou S. Macaire , jufqu'à
l'embouchure de ce fleuve dans l'Océan .
Les Bituriges vibifci, étoient ainfi nom-
més pour les diftinguer des Bituriges
JANVIER. 1764.
77 .
cubi , qui font aujourd'hui les Peuples
du Berri.
Je finirai cette lettre , Monfieur
en vous annoncant que la Société d'A-
griculture du Limoufin , qui fe félicite
tous les jours de vous compter au
nombre de fes Affociés , vient enfin
d'acquérir un degré de ftabilité q i
lui étoit abfolument néceffaire . C'eſt aux
foins de M. Turgot notre Intendant, fans
ceffe utilement occupé des moindres dé-
tails de l'adminiftration qui lui eft con-
fiée , que nos Bureaux
font rede-
vables de la jouiffance d'un revenu
annuel pour fubvenir aux frais indifpen-
fables qu'ils font obligés de faire. Cer
événement a ranimé le zéle de la plû
part de nos Confrères. Ils ont com-
mencé l'emploi de leurs fonds par
l'acquifition des inftrumens néceffaires
pour faire des expériences météorologi-
ques , fuivant les inftructions dont vous
avez bien voulu nous faire part. II
faut efpérer que notre exemple fera
fuivi par les autres Sociétés Royales ,
qui ne doivent pas attendre , avec moins
d'empreffement que nous-mêmes , de
voir paroître la cinquième partie de
* Celui de Brive à 300 liv. par an.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
vos obfervations d'Agriculture ,
page 108.
an
noncée dans le Mercure de France , du
mois d'Octobre dernier , premier vol.
à Brive la Gaillarde, le 15 Décembre 1763.
Fermer
4364
LETTRE sur un Auteur du 17 e siècle, écrite par M. DE MASSAC, Receveur G[é]néral des Fermes du Roi, Abonné au Mercure, & de la Société Royale d'Agriculture de la Généralité de Limoges, à M. le Chevalier de VIVENS, de la même Société, de celle de Metz, & de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Bordeaux.
4365
p. 78-90
ÉLOGE de MAXIMILIEN DE BÉTHUNE, Duc de SULLY, Sur-Inten[d]ant des Finances sous HENRI IV ; par Mlle Mazarelli ; à Paris, chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques, au Temple du Goût, 1764 ; avec approbation & permission, in-8 o .
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉLOGE de MAXIMILIEN DE BÉTHUNE, Duc de SULLY, Sur-Inten[d]ant des Finances sous HENRI IV ; par Mlle Mazarelli ; à Paris, chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques, au Temple du Goût, 1764 ; avec approbation & permission, in-8 o .
ÉLOGE de MAXIMILIEN DE
BÉTHUNE, Duc de SULLY,
Sur-Inten[d]ant des Finances sous HENRI
IV ; par Mlle Mazarelli ; à Paris,
chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques,
au Temple du Goût, 1764 ;
avec approbation & permission, in-8o.
ENSÉ ES naturelles , diction pure ,
PENSÉES
termes choifis & juftes , fentimens no-
bles , vertueux , pathétiques & touchans,
traits ingénieux fans affectation , rien
qui fente la déclamation , le faux bel-
efprit , le clinquant ; un ton toujours fa-
ge , toujours décent ; une éloquence
en un mot , qui réunit l'élégance & la
précifion à ce goût , à cette politeffe que
donne l'ufage du monde : voilà ce que
le Public , dont nous ne fommes ici que
les interprêtes , a le plus loué dans l'Ou-
vrage de Mlle Mazarelli.
JANVIER. 1764.
79
Sans s'aftreindre à cette marche régu-
lière & fymétrique qui partage , divife &
fubdivife la plupart des Ecrits de ce gen-
re , l'Auteur fuit fon Héros ( qu'on ne
perd jamais de vue ) dans les principales
circonftances de fa vie ; & c'eft d'après
la fimplicité de ce plan , que nous - mê-
mes , fans nous affujettir à aucun ordre ,
nous allons extraire quelques morceaux
qui caractérisent le Duc de Sully , & l'é-
loquence de fon Panégyrifte .
Après un Exorde plein de douceur ,
de fimplicité & de nobleffe fur les carac-
tères de la véritable grandeur , fuit un
tableau de la fituation de la France lorf-
que Sully parut à la Cour de Navarre.
" La France toujours guerrière ne fut
» pas toujours vertueufe. Une politique
» impie alluma dans fon fein les feux de
» la haine & de la vengeance. Ce n'é-
» toient plus ces François fi fidèles à leurs
» Rois , fi généreux aux champs de la
» victoire , fi recommandables par la
» franchiſe & la fimplicité des mœurs.
» Victimes d'un Fanatifme aveugle &
» barbare , ils ne refpiroient que le
» meurtre , les ravages , les profcrip-
tions ; & cet Empire touchoit à fes
» derniers momens , fi , pour lui donner
» une nouvelle fplendeur , le Ciel n'eût
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
» confervé Henri IV , qui , joignant à
» fes qualités héroïques l'heureux talent
» de connoître les hommes , choifit pour
» ami , pour Miniftre , Maximilien de Bé-
» thune , Duc de Sully.
» Agé de douze ans , Sully fut con-
» duit par fon père à la Cour de Na-
varre. Je ne puis vous enrichir , dit
» Béthune à fon fils ; mais vous avez des
» vertus , elles vous placeront au - deffus
» de lafortune. Préparez-vous àSuppor-
» ter les malheurs , lesfatigues. Attachez-
» vous au Maître que je vais vous don
» ner , & méritez l'eftime des gens d'hon-
» neur. C'eft ainfi que ce père éclairé
» voit & peint en grand les principes
» d'une fage conduite. A peine forti de
» l'enfance , Sully les entend & les fuit.
» Béthune laiffoit au vulgaire cette févé-
» rité qui ne fert qu'à rendre fufpects ,
» & celui qui l'employe , & celui qui
» l'éprouve. On peut croire que
l'un a
» dans fon propre cœur des raifons pour
» craindre le vice , & que l'autre laiffe
> entrevoir des difpofitions à s'y livrer.
» Une âme forte ne fuccombe jamais ;
» & tel penfe être féduit qui n'eft que
» foible. Sully avoit atteint l'âge des paf-
» fions & des erreurs. Il accompagne le
» Prince de Navarre à la Cour de Cathe
JANVIER. 1764.
81
rine de Médicis. Cette Cour volup-
» tueufe lui préfente des attraits flat-
» teurs , mais dangereux ; la fortune des
» moyens infaillibles , mais criminels :
» il ne peut être ébranlé ni corrompu ;
» l'honneur feul eft écouté. Plein de l'an-
» tique vertu de fes ayeux , Sully mar-
» che fous les enfeignes de Henri. Aimer
» ce Prince , vivre & mourir à fon fer-
» vice fut le premier ferment de fon
» cœur; fa vie entière en fut l'accompliſ
دو
.ferment
Nous rapporterons quelques-unes des
actions qui ont fignalé ce zèle de Sully
pour Henri IV , & dont Mlle Mazarelli
fait un détail fi brillant dans un récit plein
d'intérêt & de chaleur. » Henri com-
» mande en perfonne à Cahors ; avec
quinze cens hommes il furprend la
» Ville , défendue par une nombreufe,
» garnifon ; ce fuccès même dévient un
» danger ; il irrite , il enflamme , il arme
» jufqu'aux habitans , qui des toits de
» leurs maifons lancent une mort cer-
"
taine ; celui qui foutient le choc des
» armes eft écrafé fous les débris des
» édifices ; un monceau de ruines couvre
» Sully; on l'en retire ; foible , refpi-
rant à peine , il demande , il apprend
"" où eftfon roi. Un fi tendre intérêt r-
Dv
82 MERCURE DE FRANCE .
nime toutes fes forces ; il vole où
» Henri , prefque feul , eft entouré d'un
» peuple furieux qui fe renouvelle fans
» ceffe. Tout eft attaqué , tout réſiſte ;
"
plus on gagne de terrein , plus on s'in-
terdit la retraite ; il faut vaincre ou pé-
» rir. Henri brave les efforts des enne-
mis , les repouffe , les terraffe ,, les
» anéantit ; & Sully , que fon armure,
» brifée livre à tous les coups , Sully.
» meurtri , déchiré , fanglant , combat
» pendant cinq jours & cinq nuits , fans
»jamais abandonner fon Maître.
C'eft avec la même rapidité & la mê-
me précifion, que Mile Mazarelli rappelle
tous les autres exploits de Sully. A l'ac-
tivité du Guerrier il fçut allier la pruden-
ce du Négociateur.
Tout autre au-
» roit vu fes deffeins déconcertés à la
» Cour de Henri III : Cour artificieuſe
» & bifarre , où régnoient le menfonge ,
» la fuperftition & la galanterie ; où les
» conjectures les plus oppofées trou-
» voient à s'appuyer fur d'égales vrai-
» femblances. Sourd aux infinuations ,
» indifférent aux careffes , infenfible
» aux menaces ; tranquille au milieu
» des orages , fidèle à l'aftre qui règle fa
» courſe , il fçait éviter les écueils , veil-
ler aux intérêts du Roi de Navarre ,
१
- JANVIER. 1764.
83
» remplir l'objet important & fecret
» dont il eft chargé.
Nous croyons remarquer dans le ftyle
de Mlle Mazarelli , des nuances qui dif-
férencient les diverfes qualités de fon
Héros. Elle peint le Guerrier avec cette
activité , cette chaleur qui caractériſe
l'Homme de Guerre. Il y a moins de
feu , moins de rapidité dans le portrait
du Négociateur ; le ftyle en eft plus me--
furé , pour ainfi dire , plus réfléchi. Le
caractère du Miniftre., de l'Homme d'E-
tat demandoit plus de variété ; auffi y a---
t-on employé toutes les nuances propres
à exprimer les différentes fonctions du:
Ministère. Comme cette partie du Dif-
cours de Mlle Mazarelli eft la plus éten-
due , nous nous bornerons à quelques
citations prifes au hafard » Avec une
» pénétration vive , un efprit jufte , va
» zèle ardent , Sully conçut , il traça ,
" il exécuta les plans des opérations les
» plus difficiles. Que l'ignorance accufe
» la fatalité ; un Miniftre fage fçait en--
» chaîner les fuccès
22
2271Sully veut que la Nobleffe ne doive
» fa. fplendeur qu'au mérite , & qu'elle
» ne puiffe être confondue avec Phom--
» me vil , à qui les richeſſes attirent unë.
fauffe confidération. Illuftres defcen
D vj
84 ME RCURE DE FRANCE.
» dans des anciens Nobles de la France ,
» quelle gloire peut vous procurer votre
» luxe ? Vous n'atteindrez jamais à la
» magnificence de ces enfans de la for-
» tune , qui chaque jour réparent les dé-
»
penfes qu'ils font , par les injuftices
qu'ils commettent. Ce n'eft pas dans
» des palais fuperbes que vous trou ve-
» rez de vrais titrés ; fi vous avez des
» mœurs , il ne vous faut qu'un champ
» & desarmes. Comptez fur vos actions ,
"
» fi vous aimez la vertu pour elle-même ;
» comptez fur votre Roi , fi vous defi-
» rez des honneurs. La Majefté doit ré-
» pandre fon éclat fur ceux qui font fa
دو
grandeur & fa force. Un fleuve , en
» traverfant les terres ,leur donne l'abon-
» dance & la fertilité ; mais ce font elles
» qui le foutiennent , & lui forment ce
» lit qui le porte jufques aux mers.
» Sully eft un témoignage éclatant ,
» que la récompenfe ne manque point
» aux travaux : la fortune , fans ceffe re-
» pouffée par l'austérité du Miniftre , fut
» contrainte , pour parvenir jufqu'à lui ,
» de prendre le nom de la reconnoiffance
"
» dans les mains du Monarque..
"
رو
» Courtifans , qui trompez vos Maî-
tres , craignez d'étendre juſques fur vos
" defcendans l'opprobre dont vous vous
JANVIER. 1764.
84
» couvrez ; & fi jamais vous élevez vos
» defirs fur le Ministère , apprenez de
» Sully qu'il n'eſt d'autre bonheur que
" celui d'en procurer aux hommes que
» l'on gouverne. Ebloui par l'honneur
» d'être le premier dans l'Etat , on ou-
» blie fouvent d'en être le foutien ; on
» oublie que le pouvoir de difpofer des
» richeffes du peuple , n'eft que celui de
» les faire fervir à fa profpérité. Les temps
» de la guerre veulent fans doute des
» reffources extraordinaires ; mais l'in-
» capacité ou l'infidélité les rendent fi
» funeftes , qu'on ne peut jouir des dou-
» ceurs de la paix lorſqu'elle eft rendue
» au monde. Les malheurs s'accumu-
» lent, la confiance fe perd , & le Mi-
» niftre tombe dans un mépris dont
» toute la faveur du Maître ne peut le re-
» lever. Sully fcait faire marcher les fe-
» cours avec les beſoins ; mais il fçait les
» faire ceffer enfemble. Son pouvoir
» & l'amitié de Henri ne l'aveuglèrent
» point fur la néceffité d'être eftimé de
» fes concitoyens. Il fuyoit les plaifirs
" que la foibleffe nomme délaffement ,
" & cette inaction criminelle ,
fi révol-
» tante pour le malheureux qui voit pro-
» longer fes peines . Pefant les intérêts
» facrés qui lui étoient confiés , il vouloir
86 MERCURE DE FRANCE .
» égaler chaque jour le bonheur de fa Na-
>> tion à la gloire de fon Maître; & fes fuc-
» cès annonçoient auRoifes travaux. Un
"
» Prince peut aifément connoître fi fon
" Peuple eft heureux ; qu'il examine cette
»foule qui s'empreffe auour de lui.
99
Si
» l'on abufe de fon autorité , il ne verra
» qu'une froide curiofité; point de ces
» tranfports , de ces cris d'allégreffe
» qu'infpire le bonheur & la préfence
» de celui qui le donne qu'il life fur les
"
» vifages ; l'injuftice de fes Miniftres y
» fera gravée par la fombre trifteffe.
L'Auteur parcourt toutes les parties du
Ministère de Sully , & peint avec au-
tant de variété que de jufteffe , la con-
duite de ce grand Homme , dans l'é-
xercice de toutes fes Charges. C'eft
dans l'Ouvrage même qu'il faut lire
le morceau touchant & pathétique de la
mort de Henri IV : il eft trop long pour
être cité en entier ; & nous l'affoibli-
rions , fi nous ne le rapportions que par
extrait. D'ailleurs les bornes de l'analyſe
nous forcent de finir ; & nous ne nous
arrêterons plus qu'à la peinture touchante
de la retraite de Sully. » La Cour n'é-
» toit plus à fes yeux qu'un théâtre dé-
"
coré pour le vulgaire , où fouvent l'on
ne voit que des Sujets fans talens , fans
"
JANVIER 1764
87.
vertus , ufurpant , à l'abri dela faveur ,
» les honneurs dûs au mérite. Les Cour
tifans , ce peuple défœuvré , ofent por
» ter.fur lui les regards d'une maligne
» curiofité ; fes vêtemens leur paroiffent
antiques; fa modefte contenance eft pri
fe pour la foible timidité . Sully n'eft
» point décoré de ces Ordres que la po-
litique inventa , dont l'orgueil abuſe ,
» & que la faveur donne ; il portoit un
» figne plus touchant pour les âmes ver-
» tueufes
une chaîne d'or fufpendoit
»fur fa poitrine une médaille où les traits
» de Henri IV étoient gravés. Cette
» image précieufe , qui femble accuſer
» la baffeffe des.Courtifans , ne leur en
» impofe pas encore ; ils ont la raillerie
» fur les lévres , quand la honte devroit
couvrir leur front. Mais Sully leur fait
» fentir enfin tout le mépris qu'ils lui inf-
pirent. Sire , dit - il au jeune. Louis
» XIII , lorfque votre Père de glorieufe
» mémoire m'appelloit auprès de fa Per-
fonne , ilfaifoit retirer fes Bouffons.
» Sully s'éloigne ; il emporte avec lui
»l'eftime & les regrets de la France. Un
Miniftre que tout un Peuple pleure , eft
» au-deffus de toutes les injuftices de la
» Cour ; on l'honore , on le reſpecte ;
» fes ennemis les plus cruels n'ofent fe
88 MERCURE DE FRANCE:
» vanter de leur triomphe , & cachent
leurs fuccès honteux , quand Sully pu-
» blie fa difgrace ... L'éloignement de
» Sully remit la France prèfque au mê-
" me état où il l'avoit trouvée. Ainfi
» l'âme échappée des liens du corps , le
livre aux loix de la diffolution.
» Au milieu d'une Famille qui le rés
» vère , Sully entouré de Nobles , de
» Vaffaux qui l'aiment & le refpe&tent ,
meut & régit tout par les mêmes prin-
» cipes qui l'ont rendu le plus grand des
» Miniftres & le premier des Sages. On
» s'empreffe auprès de lui ; on s'inftruit
» à l'entendre ; on fe plaît à l'admirer.
» Sa magnificence fans fafte , fa géné-
rofité fans oftentation , une dignité
» fans hauteur, une bonté fans cette fauf-
» fe familiarité qui infulte ceux qu'elle
accueille , la fimplicité , la décence de
» fes mœurs , la fermeté , la majeſté mê-
» me de fa conduite : tout le diftingue ,
tout le peint.
» Sa vie régulière annonce la gravité
» de fon caractère , & ce goût qu'il eut
" toujours pour l'ordre. Comme fon
" âme a befoin de faire des heureux ,
fon efprit a befoin de travail : ces deux
» mobiles régloient tout fon temps. Il
avoit confervé l'habitude de fè lever
JANVIER. 1764.
84
avec le jour ; une partie de fa matinée
» étoit employée à prendre connoiffance
» de tout ce qui concernoit les Charges
» dont on n'avoit point ofé le dépouiller;
» l'autre à rédiger ces Mémoires écono-
miques , qui font heureusement par-
» venus jufqu'à nous , & qui dès-lors
" rendoient Sully plus utile à l'Etat , que
» ne l'étoient tous ceux qui l'avoient
» remplacé dans le Ministère. En raf
» femblant tous fes papiers , il relifoit
les précieufes Lettres de Henri ; fou-
» vent il s'arrêtoit à contempler le por-
» trait de ce Héros , il le preffoit de les
" lévres , il le baignoit de fes pleurs , fe
» rappellant les malheurs de ce Prince &
» fes vertus , comparant fa bonté avec
» fa mort cruelle . Chaque inftant enfon-
» ce dans fon cœur le trait dont il eſt
» déchiré , & qui feul l'empêche de jouir
» de la tranquilité de fa retraite. En vain
دو
» il s'occupe du bonheur de fes Vaffaux ;
»> il eft digne époux , fidèle ami , tendre
» père , fes larmes coulent fans ceffe :
trente années qu'il furvécut à fon
Maître chéri , ne purent en tarir la
» fource ; & fes derniers foupirs eurent
» encore toute l'amertume des regrets.
Ainfi finit cet Ouvrage intéreffant ,
qu'on ne peut lire fans fe fentir attendri.
go MERCURE DE FRANCE.
C'eft-là principalement ce qui diftingue
le Difcours de Mlle Mazarelli de tous
ceux avec lesquels elle a concouru . Elle
a peint dans Sully l'ami de Henri IV ;
& , fous ce point de vue , que perfonne
n'a faifi comme elle , elle infpire à tous
les François de l'amour pour fon Héros.
BÉTHUNE, Duc de SULLY,
Sur-Inten[d]ant des Finances sous HENRI
IV ; par Mlle Mazarelli ; à Paris,
chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques,
au Temple du Goût, 1764 ;
avec approbation & permission, in-8o.
ENSÉ ES naturelles , diction pure ,
PENSÉES
termes choifis & juftes , fentimens no-
bles , vertueux , pathétiques & touchans,
traits ingénieux fans affectation , rien
qui fente la déclamation , le faux bel-
efprit , le clinquant ; un ton toujours fa-
ge , toujours décent ; une éloquence
en un mot , qui réunit l'élégance & la
précifion à ce goût , à cette politeffe que
donne l'ufage du monde : voilà ce que
le Public , dont nous ne fommes ici que
les interprêtes , a le plus loué dans l'Ou-
vrage de Mlle Mazarelli.
JANVIER. 1764.
79
Sans s'aftreindre à cette marche régu-
lière & fymétrique qui partage , divife &
fubdivife la plupart des Ecrits de ce gen-
re , l'Auteur fuit fon Héros ( qu'on ne
perd jamais de vue ) dans les principales
circonftances de fa vie ; & c'eft d'après
la fimplicité de ce plan , que nous - mê-
mes , fans nous affujettir à aucun ordre ,
nous allons extraire quelques morceaux
qui caractérisent le Duc de Sully , & l'é-
loquence de fon Panégyrifte .
Après un Exorde plein de douceur ,
de fimplicité & de nobleffe fur les carac-
tères de la véritable grandeur , fuit un
tableau de la fituation de la France lorf-
que Sully parut à la Cour de Navarre.
" La France toujours guerrière ne fut
» pas toujours vertueufe. Une politique
» impie alluma dans fon fein les feux de
» la haine & de la vengeance. Ce n'é-
» toient plus ces François fi fidèles à leurs
» Rois , fi généreux aux champs de la
» victoire , fi recommandables par la
» franchiſe & la fimplicité des mœurs.
» Victimes d'un Fanatifme aveugle &
» barbare , ils ne refpiroient que le
» meurtre , les ravages , les profcrip-
tions ; & cet Empire touchoit à fes
» derniers momens , fi , pour lui donner
» une nouvelle fplendeur , le Ciel n'eût
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
» confervé Henri IV , qui , joignant à
» fes qualités héroïques l'heureux talent
» de connoître les hommes , choifit pour
» ami , pour Miniftre , Maximilien de Bé-
» thune , Duc de Sully.
» Agé de douze ans , Sully fut con-
» duit par fon père à la Cour de Na-
varre. Je ne puis vous enrichir , dit
» Béthune à fon fils ; mais vous avez des
» vertus , elles vous placeront au - deffus
» de lafortune. Préparez-vous àSuppor-
» ter les malheurs , lesfatigues. Attachez-
» vous au Maître que je vais vous don
» ner , & méritez l'eftime des gens d'hon-
» neur. C'eft ainfi que ce père éclairé
» voit & peint en grand les principes
» d'une fage conduite. A peine forti de
» l'enfance , Sully les entend & les fuit.
» Béthune laiffoit au vulgaire cette févé-
» rité qui ne fert qu'à rendre fufpects ,
» & celui qui l'employe , & celui qui
» l'éprouve. On peut croire que
l'un a
» dans fon propre cœur des raifons pour
» craindre le vice , & que l'autre laiffe
> entrevoir des difpofitions à s'y livrer.
» Une âme forte ne fuccombe jamais ;
» & tel penfe être féduit qui n'eft que
» foible. Sully avoit atteint l'âge des paf-
» fions & des erreurs. Il accompagne le
» Prince de Navarre à la Cour de Cathe
JANVIER. 1764.
81
rine de Médicis. Cette Cour volup-
» tueufe lui préfente des attraits flat-
» teurs , mais dangereux ; la fortune des
» moyens infaillibles , mais criminels :
» il ne peut être ébranlé ni corrompu ;
» l'honneur feul eft écouté. Plein de l'an-
» tique vertu de fes ayeux , Sully mar-
» che fous les enfeignes de Henri. Aimer
» ce Prince , vivre & mourir à fon fer-
» vice fut le premier ferment de fon
» cœur; fa vie entière en fut l'accompliſ
دو
.ferment
Nous rapporterons quelques-unes des
actions qui ont fignalé ce zèle de Sully
pour Henri IV , & dont Mlle Mazarelli
fait un détail fi brillant dans un récit plein
d'intérêt & de chaleur. » Henri com-
» mande en perfonne à Cahors ; avec
quinze cens hommes il furprend la
» Ville , défendue par une nombreufe,
» garnifon ; ce fuccès même dévient un
» danger ; il irrite , il enflamme , il arme
» jufqu'aux habitans , qui des toits de
» leurs maifons lancent une mort cer-
"
taine ; celui qui foutient le choc des
» armes eft écrafé fous les débris des
» édifices ; un monceau de ruines couvre
» Sully; on l'en retire ; foible , refpi-
rant à peine , il demande , il apprend
"" où eftfon roi. Un fi tendre intérêt r-
Dv
82 MERCURE DE FRANCE .
nime toutes fes forces ; il vole où
» Henri , prefque feul , eft entouré d'un
» peuple furieux qui fe renouvelle fans
» ceffe. Tout eft attaqué , tout réſiſte ;
"
plus on gagne de terrein , plus on s'in-
terdit la retraite ; il faut vaincre ou pé-
» rir. Henri brave les efforts des enne-
mis , les repouffe , les terraffe ,, les
» anéantit ; & Sully , que fon armure,
» brifée livre à tous les coups , Sully.
» meurtri , déchiré , fanglant , combat
» pendant cinq jours & cinq nuits , fans
»jamais abandonner fon Maître.
C'eft avec la même rapidité & la mê-
me précifion, que Mile Mazarelli rappelle
tous les autres exploits de Sully. A l'ac-
tivité du Guerrier il fçut allier la pruden-
ce du Négociateur.
Tout autre au-
» roit vu fes deffeins déconcertés à la
» Cour de Henri III : Cour artificieuſe
» & bifarre , où régnoient le menfonge ,
» la fuperftition & la galanterie ; où les
» conjectures les plus oppofées trou-
» voient à s'appuyer fur d'égales vrai-
» femblances. Sourd aux infinuations ,
» indifférent aux careffes , infenfible
» aux menaces ; tranquille au milieu
» des orages , fidèle à l'aftre qui règle fa
» courſe , il fçait éviter les écueils , veil-
ler aux intérêts du Roi de Navarre ,
१
- JANVIER. 1764.
83
» remplir l'objet important & fecret
» dont il eft chargé.
Nous croyons remarquer dans le ftyle
de Mlle Mazarelli , des nuances qui dif-
férencient les diverfes qualités de fon
Héros. Elle peint le Guerrier avec cette
activité , cette chaleur qui caractériſe
l'Homme de Guerre. Il y a moins de
feu , moins de rapidité dans le portrait
du Négociateur ; le ftyle en eft plus me--
furé , pour ainfi dire , plus réfléchi. Le
caractère du Miniftre., de l'Homme d'E-
tat demandoit plus de variété ; auffi y a---
t-on employé toutes les nuances propres
à exprimer les différentes fonctions du:
Ministère. Comme cette partie du Dif-
cours de Mlle Mazarelli eft la plus éten-
due , nous nous bornerons à quelques
citations prifes au hafard » Avec une
» pénétration vive , un efprit jufte , va
» zèle ardent , Sully conçut , il traça ,
" il exécuta les plans des opérations les
» plus difficiles. Que l'ignorance accufe
» la fatalité ; un Miniftre fage fçait en--
» chaîner les fuccès
22
2271Sully veut que la Nobleffe ne doive
» fa. fplendeur qu'au mérite , & qu'elle
» ne puiffe être confondue avec Phom--
» me vil , à qui les richeſſes attirent unë.
fauffe confidération. Illuftres defcen
D vj
84 ME RCURE DE FRANCE.
» dans des anciens Nobles de la France ,
» quelle gloire peut vous procurer votre
» luxe ? Vous n'atteindrez jamais à la
» magnificence de ces enfans de la for-
» tune , qui chaque jour réparent les dé-
»
penfes qu'ils font , par les injuftices
qu'ils commettent. Ce n'eft pas dans
» des palais fuperbes que vous trou ve-
» rez de vrais titrés ; fi vous avez des
» mœurs , il ne vous faut qu'un champ
» & desarmes. Comptez fur vos actions ,
"
» fi vous aimez la vertu pour elle-même ;
» comptez fur votre Roi , fi vous defi-
» rez des honneurs. La Majefté doit ré-
» pandre fon éclat fur ceux qui font fa
دو
grandeur & fa force. Un fleuve , en
» traverfant les terres ,leur donne l'abon-
» dance & la fertilité ; mais ce font elles
» qui le foutiennent , & lui forment ce
» lit qui le porte jufques aux mers.
» Sully eft un témoignage éclatant ,
» que la récompenfe ne manque point
» aux travaux : la fortune , fans ceffe re-
» pouffée par l'austérité du Miniftre , fut
» contrainte , pour parvenir jufqu'à lui ,
» de prendre le nom de la reconnoiffance
"
» dans les mains du Monarque..
"
رو
» Courtifans , qui trompez vos Maî-
tres , craignez d'étendre juſques fur vos
" defcendans l'opprobre dont vous vous
JANVIER. 1764.
84
» couvrez ; & fi jamais vous élevez vos
» defirs fur le Ministère , apprenez de
» Sully qu'il n'eſt d'autre bonheur que
" celui d'en procurer aux hommes que
» l'on gouverne. Ebloui par l'honneur
» d'être le premier dans l'Etat , on ou-
» blie fouvent d'en être le foutien ; on
» oublie que le pouvoir de difpofer des
» richeffes du peuple , n'eft que celui de
» les faire fervir à fa profpérité. Les temps
» de la guerre veulent fans doute des
» reffources extraordinaires ; mais l'in-
» capacité ou l'infidélité les rendent fi
» funeftes , qu'on ne peut jouir des dou-
» ceurs de la paix lorſqu'elle eft rendue
» au monde. Les malheurs s'accumu-
» lent, la confiance fe perd , & le Mi-
» niftre tombe dans un mépris dont
» toute la faveur du Maître ne peut le re-
» lever. Sully fcait faire marcher les fe-
» cours avec les beſoins ; mais il fçait les
» faire ceffer enfemble. Son pouvoir
» & l'amitié de Henri ne l'aveuglèrent
» point fur la néceffité d'être eftimé de
» fes concitoyens. Il fuyoit les plaifirs
" que la foibleffe nomme délaffement ,
" & cette inaction criminelle ,
fi révol-
» tante pour le malheureux qui voit pro-
» longer fes peines . Pefant les intérêts
» facrés qui lui étoient confiés , il vouloir
86 MERCURE DE FRANCE .
» égaler chaque jour le bonheur de fa Na-
>> tion à la gloire de fon Maître; & fes fuc-
» cès annonçoient auRoifes travaux. Un
"
» Prince peut aifément connoître fi fon
" Peuple eft heureux ; qu'il examine cette
»foule qui s'empreffe auour de lui.
99
Si
» l'on abufe de fon autorité , il ne verra
» qu'une froide curiofité; point de ces
» tranfports , de ces cris d'allégreffe
» qu'infpire le bonheur & la préfence
» de celui qui le donne qu'il life fur les
"
» vifages ; l'injuftice de fes Miniftres y
» fera gravée par la fombre trifteffe.
L'Auteur parcourt toutes les parties du
Ministère de Sully , & peint avec au-
tant de variété que de jufteffe , la con-
duite de ce grand Homme , dans l'é-
xercice de toutes fes Charges. C'eft
dans l'Ouvrage même qu'il faut lire
le morceau touchant & pathétique de la
mort de Henri IV : il eft trop long pour
être cité en entier ; & nous l'affoibli-
rions , fi nous ne le rapportions que par
extrait. D'ailleurs les bornes de l'analyſe
nous forcent de finir ; & nous ne nous
arrêterons plus qu'à la peinture touchante
de la retraite de Sully. » La Cour n'é-
» toit plus à fes yeux qu'un théâtre dé-
"
coré pour le vulgaire , où fouvent l'on
ne voit que des Sujets fans talens , fans
"
JANVIER 1764
87.
vertus , ufurpant , à l'abri dela faveur ,
» les honneurs dûs au mérite. Les Cour
tifans , ce peuple défœuvré , ofent por
» ter.fur lui les regards d'une maligne
» curiofité ; fes vêtemens leur paroiffent
antiques; fa modefte contenance eft pri
fe pour la foible timidité . Sully n'eft
» point décoré de ces Ordres que la po-
litique inventa , dont l'orgueil abuſe ,
» & que la faveur donne ; il portoit un
» figne plus touchant pour les âmes ver-
» tueufes
une chaîne d'or fufpendoit
»fur fa poitrine une médaille où les traits
» de Henri IV étoient gravés. Cette
» image précieufe , qui femble accuſer
» la baffeffe des.Courtifans , ne leur en
» impofe pas encore ; ils ont la raillerie
» fur les lévres , quand la honte devroit
couvrir leur front. Mais Sully leur fait
» fentir enfin tout le mépris qu'ils lui inf-
pirent. Sire , dit - il au jeune. Louis
» XIII , lorfque votre Père de glorieufe
» mémoire m'appelloit auprès de fa Per-
fonne , ilfaifoit retirer fes Bouffons.
» Sully s'éloigne ; il emporte avec lui
»l'eftime & les regrets de la France. Un
Miniftre que tout un Peuple pleure , eft
» au-deffus de toutes les injuftices de la
» Cour ; on l'honore , on le reſpecte ;
» fes ennemis les plus cruels n'ofent fe
88 MERCURE DE FRANCE:
» vanter de leur triomphe , & cachent
leurs fuccès honteux , quand Sully pu-
» blie fa difgrace ... L'éloignement de
» Sully remit la France prèfque au mê-
" me état où il l'avoit trouvée. Ainfi
» l'âme échappée des liens du corps , le
livre aux loix de la diffolution.
» Au milieu d'une Famille qui le rés
» vère , Sully entouré de Nobles , de
» Vaffaux qui l'aiment & le refpe&tent ,
meut & régit tout par les mêmes prin-
» cipes qui l'ont rendu le plus grand des
» Miniftres & le premier des Sages. On
» s'empreffe auprès de lui ; on s'inftruit
» à l'entendre ; on fe plaît à l'admirer.
» Sa magnificence fans fafte , fa géné-
rofité fans oftentation , une dignité
» fans hauteur, une bonté fans cette fauf-
» fe familiarité qui infulte ceux qu'elle
accueille , la fimplicité , la décence de
» fes mœurs , la fermeté , la majeſté mê-
» me de fa conduite : tout le diftingue ,
tout le peint.
» Sa vie régulière annonce la gravité
» de fon caractère , & ce goût qu'il eut
" toujours pour l'ordre. Comme fon
" âme a befoin de faire des heureux ,
fon efprit a befoin de travail : ces deux
» mobiles régloient tout fon temps. Il
avoit confervé l'habitude de fè lever
JANVIER. 1764.
84
avec le jour ; une partie de fa matinée
» étoit employée à prendre connoiffance
» de tout ce qui concernoit les Charges
» dont on n'avoit point ofé le dépouiller;
» l'autre à rédiger ces Mémoires écono-
miques , qui font heureusement par-
» venus jufqu'à nous , & qui dès-lors
" rendoient Sully plus utile à l'Etat , que
» ne l'étoient tous ceux qui l'avoient
» remplacé dans le Ministère. En raf
» femblant tous fes papiers , il relifoit
les précieufes Lettres de Henri ; fou-
» vent il s'arrêtoit à contempler le por-
» trait de ce Héros , il le preffoit de les
" lévres , il le baignoit de fes pleurs , fe
» rappellant les malheurs de ce Prince &
» fes vertus , comparant fa bonté avec
» fa mort cruelle . Chaque inftant enfon-
» ce dans fon cœur le trait dont il eſt
» déchiré , & qui feul l'empêche de jouir
» de la tranquilité de fa retraite. En vain
دو
» il s'occupe du bonheur de fes Vaffaux ;
»> il eft digne époux , fidèle ami , tendre
» père , fes larmes coulent fans ceffe :
trente années qu'il furvécut à fon
Maître chéri , ne purent en tarir la
» fource ; & fes derniers foupirs eurent
» encore toute l'amertume des regrets.
Ainfi finit cet Ouvrage intéreffant ,
qu'on ne peut lire fans fe fentir attendri.
go MERCURE DE FRANCE.
C'eft-là principalement ce qui diftingue
le Difcours de Mlle Mazarelli de tous
ceux avec lesquels elle a concouru . Elle
a peint dans Sully l'ami de Henri IV ;
& , fous ce point de vue , que perfonne
n'a faifi comme elle , elle infpire à tous
les François de l'amour pour fon Héros.
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4366
p. 90-94
HISTOIRE des Loix & Usages de la Lorraine & du Barrois, dans les matières bénéficiales, suivie d'une Dissertation sur la manière d'accommoder ces Loix & Usages à l'indult du Pape Clément XII, de 1740, & aux Ordonnances & Maximes de France ; par M. François-Timothée Thibault, Chevalier, Conseiller d'Etat, Procureur-Général du Roi en sa Chambre des Comptes de Lorraine, de la Société Royale des Sciences & Belles-Lettres de Nancy. A Nancy, chez Pierre Antoine, Imprimeur ordinaire du Roi, de la Cour souveraine de la Chambre des Comptes, du Bailliage Royal, &c ; 1763, avec Approbation & Privilége du Roi, volume in-folio.
Début :
L'ACADÉMIE de Nanci s'étant proposé de donner une Histoire Civile, Politique, [...]
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE des Loix & Usages de la Lorraine & du Barrois, dans les matières bénéficiales, suivie d'une Dissertation sur la manière d'accommoder ces Loix & Usages à l'indult du Pape Clément XII, de 1740, & aux Ordonnances & Maximes de France ; par M. François-Timothée Thibault, Chevalier, Conseiller d'Etat, Procureur-Général du Roi en sa Chambre des Comptes de Lorraine, de la Société Royale des Sciences & Belles-Lettres de Nancy. A Nancy, chez Pierre Antoine, Imprimeur ordinaire du Roi, de la Cour souveraine de la Chambre des Comptes, du Bailliage Royal, &c ; 1763, avec Approbation & Privilége du Roi, volume in-folio.
HISTOIRE des Loix & Usages de la
Lorraine & du Barrois, dans les matières
bénéficiales, suivie d'une Dissertation
sur la manière d'accommoder
ces Loix & Usages à l'indult du Pape
Clément XII, de 1740, & aux
Ordonnances & Maximes de France ; par
M. François-Timothée Thibault, Chevalier,
Conseiller d'Etat, Procureur-Général
du Roi en sa Chambre des Comptes
de Lorraine, de la Société Royale des
Sciences & Belles-Lettres de Nancy.
A Nancy, chez Pierre Antoine, Imprimeur
ordinaire du Roi, de la Cour
souveraine de la Chambre des Comptes,
du Bailliage Royal, &c ; 1763,
avec Approbation & Privilége du Roi,
volume in-folio.
JANVIER. 1764.
91
L'ACADÉMIE de Nanci s'étant proposé
de donner une Histoire Civile, Politique,
Militaire , Eccléfiaftique , Bé-
néficiale , Littéraire & Naturelle de la
Lorraine & du Barrois , a affigné à
quelques-uns de fes Membres le travail
de ces divers objets , & la matière bé-
néficiale est tombée dans le partage de
M. Thibault , comme la plus relative à
fon état. On fçait que la Lorrainé & le
Barrois faifoient autrefois partie de la
Gaule Belgique ; mais ils avoient trop
perdu de leurs forces , lorfqu'ils en fu
rent détachés, pour pouvoir réfifter aux
réferves apoftoliques qui inonderent
les Etats Catholiques de l'Europe. Les
Ducs montrerent néanmoins la plus
grande fermeté dans la défenfe des
Ufages du Pays ; & c'est l'hiftoire de
leurs Loix & de ces anciennes Coutu-
mes, que l'Auteur entreprend de tracer
dans ce grand Ouvrage.
Il le divife en deux parties : la pre-
mière est toute hiftorique , & commen-
ce à la décadence de l'Empire Ro-
main. L'Auteur la conduit jufqu'à nos
jours ; & quoique fur des matières affez
férieufes par elles-mêmes , il a fçu la
rendre curieufe & intéreffante , même.
2 MERCURE DE FRANCE.
pour les Lecteurs qui ne font point du
Pays. La 2 partie n'eft à proprement
parler qu'un Rudiment des matières
bénéficiales les plus familières au Bar-
teau. On y applique les ufages de la
Lorraine conférés avec les maximes
du Royaume. Nos jeunes Avocats y
trouveront de quoi s'initier plus prompte
ment dans les principes trop répandus ;
pour pouvoir les étudier avec la même
facilité. Il ne faut donc pas croire que
cette hiftoire foit fi particulière à la
Lorraine & au Barrois , qu'elle devienne
inutile pour les Provinces étrangères ;
M. Thibault a comparé les Loix & les
Ufages , & en a tiré des conféquent
ces générales qui conviennent égale-
ment à toutes les Provinces de France:
La différence de leur nature entraînoit
néceffairement la difcuffion des ma-
tières propres aux unes & aux autres.
On fent bien qu'un ouvrage de cette
efpéce n'eft point fufceptible d'une ana
lyfe fuivie & détaillée. Il fuffira d'in-
diquer les divers articles qui compofent
ce volume , & principalement la feconde
partie , pour en faire connoître l'uti
lité. Indépendamment de tout ce qui
concerne ſpécialement la Lorraine , on
y trouve encore des principes généraux
JANVIER. 1764.
93
fur la régale , l'œconomat , le droit de
joyeux avénement , le ferment de fi
délité
de premiere entrée dans les
Eglifes , & des oblats ; les indults des
Chanceliers , des Garde des Sceaux de
France , du Parlement de Paris , des
Maîtres des Requêtes & Univerfités du
Royaume ; l'âge & les qualités, nécef-
faires pour pofféder les bénéfices ; la
maniere d'y pourvoir , la poffeffion ;
le droit de patronage & fes différentes
efpéces ; la vacance des bénéfices ; les
démiffions , réfignations , permutations
penfions & regrès ; les élections , pof-
tulations & compromi ; les unions ,
défunions ; les dévolus , bulles , brefs ,
fignatures , appels des jugemens ecclé-
fiaftiques , le pécule monacal ; l'aliéna-
tion des biens de l'Eglife; les obligations
& charges des bénéficiers ; la juriſdic-
tion éccléfiaftique : voilà les matières
principales qui compofent la feconde
partie du livre eſtimable de M. Thibault,
Les recherches profondes , les difcuf-
fions critiques , la connoiffance des
Loix , la liaifon des matières , l'ordre ,
la clarté, la précision, tout enfin prouve
dans cette ouvrage , que ce travail ne
pouvoit être mieux confié qu'au fage
& fçavant Magiftrat qui décore à la
.
1
94 MERCURE DE FRANCE.
fois la Magiftrature & le Barreau par
fes lumières , & l'Académie de Nan-
cy par l'efprit , le goût , l'élégance qui
régnent dans ce Livre , & dans plu-
fieurs autres écrits de différens genres
qu'il avoit déja donnés au Public.
Lorraine & du Barrois, dans les matières
bénéficiales, suivie d'une Dissertation
sur la manière d'accommoder
ces Loix & Usages à l'indult du Pape
Clément XII, de 1740, & aux
Ordonnances & Maximes de France ; par
M. François-Timothée Thibault, Chevalier,
Conseiller d'Etat, Procureur-Général
du Roi en sa Chambre des Comptes
de Lorraine, de la Société Royale des
Sciences & Belles-Lettres de Nancy.
A Nancy, chez Pierre Antoine, Imprimeur
ordinaire du Roi, de la Cour
souveraine de la Chambre des Comptes,
du Bailliage Royal, &c ; 1763,
avec Approbation & Privilége du Roi,
volume in-folio.
JANVIER. 1764.
91
L'ACADÉMIE de Nanci s'étant proposé
de donner une Histoire Civile, Politique,
Militaire , Eccléfiaftique , Bé-
néficiale , Littéraire & Naturelle de la
Lorraine & du Barrois , a affigné à
quelques-uns de fes Membres le travail
de ces divers objets , & la matière bé-
néficiale est tombée dans le partage de
M. Thibault , comme la plus relative à
fon état. On fçait que la Lorrainé & le
Barrois faifoient autrefois partie de la
Gaule Belgique ; mais ils avoient trop
perdu de leurs forces , lorfqu'ils en fu
rent détachés, pour pouvoir réfifter aux
réferves apoftoliques qui inonderent
les Etats Catholiques de l'Europe. Les
Ducs montrerent néanmoins la plus
grande fermeté dans la défenfe des
Ufages du Pays ; & c'est l'hiftoire de
leurs Loix & de ces anciennes Coutu-
mes, que l'Auteur entreprend de tracer
dans ce grand Ouvrage.
Il le divife en deux parties : la pre-
mière est toute hiftorique , & commen-
ce à la décadence de l'Empire Ro-
main. L'Auteur la conduit jufqu'à nos
jours ; & quoique fur des matières affez
férieufes par elles-mêmes , il a fçu la
rendre curieufe & intéreffante , même.
2 MERCURE DE FRANCE.
pour les Lecteurs qui ne font point du
Pays. La 2 partie n'eft à proprement
parler qu'un Rudiment des matières
bénéficiales les plus familières au Bar-
teau. On y applique les ufages de la
Lorraine conférés avec les maximes
du Royaume. Nos jeunes Avocats y
trouveront de quoi s'initier plus prompte
ment dans les principes trop répandus ;
pour pouvoir les étudier avec la même
facilité. Il ne faut donc pas croire que
cette hiftoire foit fi particulière à la
Lorraine & au Barrois , qu'elle devienne
inutile pour les Provinces étrangères ;
M. Thibault a comparé les Loix & les
Ufages , & en a tiré des conféquent
ces générales qui conviennent égale-
ment à toutes les Provinces de France:
La différence de leur nature entraînoit
néceffairement la difcuffion des ma-
tières propres aux unes & aux autres.
On fent bien qu'un ouvrage de cette
efpéce n'eft point fufceptible d'une ana
lyfe fuivie & détaillée. Il fuffira d'in-
diquer les divers articles qui compofent
ce volume , & principalement la feconde
partie , pour en faire connoître l'uti
lité. Indépendamment de tout ce qui
concerne ſpécialement la Lorraine , on
y trouve encore des principes généraux
JANVIER. 1764.
93
fur la régale , l'œconomat , le droit de
joyeux avénement , le ferment de fi
délité
de premiere entrée dans les
Eglifes , & des oblats ; les indults des
Chanceliers , des Garde des Sceaux de
France , du Parlement de Paris , des
Maîtres des Requêtes & Univerfités du
Royaume ; l'âge & les qualités, nécef-
faires pour pofféder les bénéfices ; la
maniere d'y pourvoir , la poffeffion ;
le droit de patronage & fes différentes
efpéces ; la vacance des bénéfices ; les
démiffions , réfignations , permutations
penfions & regrès ; les élections , pof-
tulations & compromi ; les unions ,
défunions ; les dévolus , bulles , brefs ,
fignatures , appels des jugemens ecclé-
fiaftiques , le pécule monacal ; l'aliéna-
tion des biens de l'Eglife; les obligations
& charges des bénéficiers ; la juriſdic-
tion éccléfiaftique : voilà les matières
principales qui compofent la feconde
partie du livre eſtimable de M. Thibault,
Les recherches profondes , les difcuf-
fions critiques , la connoiffance des
Loix , la liaifon des matières , l'ordre ,
la clarté, la précision, tout enfin prouve
dans cette ouvrage , que ce travail ne
pouvoit être mieux confié qu'au fage
& fçavant Magiftrat qui décore à la
.
1
94 MERCURE DE FRANCE.
fois la Magiftrature & le Barreau par
fes lumières , & l'Académie de Nan-
cy par l'efprit , le goût , l'élégance qui
régnent dans ce Livre , & dans plu-
fieurs autres écrits de différens genres
qu'il avoit déja donnés au Public.
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4366
HISTOIRE des Loix & Usages de la Lorraine & du Barrois, dans les matières bénéficiales, suivie d'une Dissertation sur la manière d'accommoder ces Loix & Usages à l'indult du Pape Clément XII, de 1740, & aux Ordonnances & Maximes de France ; par M. François-Timothée Thibault, Chevalier, Conseiller d'Etat, Procureur-Général du Roi en sa Chambre des Comptes de Lorraine, de la Société Royale des Sciences & Belles-Lettres de Nancy. A Nancy, chez Pierre Antoine, Imprimeur ordinaire du Roi, de la Cour souveraine de la Chambre des Comptes, du Bailliage Royal, &c ; 1763, avec Approbation & Privilége du Roi, volume in-folio.
4367
p. 94-9[7]
INTRODUCTION à la Science des Médailles, pour servir à la connoissance des Dieux, de la Religion, des Sciences, des Arts, & de tout ce qui appartient à l'Histoire ancienne, avec les preuves tirées des Médailles ; Ouvrage propre à servir de Supplément à l'Antiquité expliquée par Dom Monfaucon ; par Dom Thomas Mangeart, Religieux Bénédictin de la Congrégation de S. Vannes & S. Hidulphe, Antiquaire, Bibliothécaire & Conseiller de Son Altesse Monseigneur le Duc CHARLES DE LORRAINE, &c, &c, &c. A Paris, chez D'houry, Imprimeur-Libraire de Monseigneur le Duc d'Orléans, rue de la vieille Bouclerie ; & se trouve aussi chez Davidts & Tilliard, quai des Augustins, 1763 ; avec Approbation & Privilége du Roi, un volume , grand in-folio.
Début :
LE titre de ce Livre en forme le précis, en même temps qu'il en fait voir [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : INTRODUCTION à la Science des Médailles, pour servir à la connoissance des Dieux, de la Religion, des Sciences, des Arts, & de tout ce qui appartient à l'Histoire ancienne, avec les preuves tirées des Médailles ; Ouvrage propre à servir de Supplément à l'Antiquité expliquée par Dom Monfaucon ; par Dom Thomas Mangeart, Religieux Bénédictin de la Congrégation de S. Vannes & S. Hidulphe, Antiquaire, Bibliothécaire & Conseiller de Son Altesse Monseigneur le Duc CHARLES DE LORRAINE, &c, &c, &c. A Paris, chez D'houry, Imprimeur-Libraire de Monseigneur le Duc d'Orléans, rue de la vieille Bouclerie ; & se trouve aussi chez Davidts & Tilliard, quai des Augustins, 1763 ; avec Approbation & Privilége du Roi, un volume , grand in-folio.
INTRODUCTION à la Science des
Médailles, pour servir à la connoissance
des Dieux, de la Religion,
des Sciences, des Arts, & de tout
ce qui appartient à l'Histoire ancienne,
avec les preuves tirées des Médailles ;
Ouvrage propre à servir de
Supplément à l'Antiquité expliquée
par Dom Monfaucon ; par Dom Thomas
Mangeart, Religieux Bénédictin
de la Congrégation de S. Vannes
& S. Hidulphe, Antiquaire, Bibliothécaire
& Conseiller de Son Altesse
Monseigneur le Duc CHARLES DE
LORRAINE, &c, &c, &c. A Paris,
chez D'houry, Imprimeur-Libraire
de Monseigneur le Duc d'Orléans, rue de la vieille Bouclerie ; & se trouve aussi chez Davidts & Tilliard, quai des Augustins, 1763 ; avec Approbation & Privilége du Roi, un volume , grand in-folio.
JANVIER. 1764.
,
95
LE titre de ce Livre en forme le précis,
en même temps qu'il en fait voir
l'objet & l'utilité. Le but de l'Auteur a
été de raffembler , pour ainfi dire , tout
ce qu'il y a de plus utile & de plus in-
téreffànt dans les autres Ouvrages qui
traitent de la même matière. Ce -volu-
me n'eft donc que comme l'Extrait rai-
fonné de plufieurs traités & mémoires
donnés par d'illuftres Antiquaires. Dom
Mangeart n'a fait que raffembler fous
un nouvel ordre , & préfenter fous un
point de vue fimple , tout ce qui peut
faciliter la connoiffance des Médailles.
En deux mots , voici l'efquiffe de cet
Ouvrage après avoir traité de tout ce
qui regarde les Médailles en général ,
c'est-à- dire
de leur fabrique , de leur
matière , de leurs modules , de leurs fa-
ces , de leur antiquité , &c , l'Auteur
rapporte à différentes claffes ces mêmes
monumens , & tout ce qui peut y avoir
quelque rapport. Pour donner à fes
96 MERCURE DE FRANCE.
Lecteurs une idée jufte de la Mytholo-
gie ancienne , il commence par les Mé-
dailles qui regardent les divinités des an-
ciens , leurs facrifices , leurs autels , &
tout ce qui eft relatif à la Religion . Il
parle enfuite des Médailles qui ont rap-
port aux Sciences & aux Arts. On trou
ve dans plufieurs Chapitres tout ce que
les Anciens nous ont tranfmis fur les
types des monnoyes , foit au fujet du
au
foleil , de la lune , des étoiles , du
temps , des faifons , &c , ſoit par rap-
port à la terre , aux trois parties du
monde connues de leurs temps , aux
Provinces , aux Villes , aux Animaux ,
aux plantes , aux édifices , & à ce qui
fert d'ornement à la terre , & c ; foit en-
fin concernant la mer , les fleuves , les
rivieres , les animaux , les poiffons qui
les habitent , &c,
De ces différens objets , Dom Man-
geart paffe aux Médailles qui regardent
les jeux des anciens , leurs fpectacles ,
leurs danfes, leurs exercices , leurs guer,
res , leurs armes , leurs victoires , leurs
trophées , leurs triomphes , leurs cou-
ronnes , leurs récompenfes , leurs ha-
billemens , & c, Il donne enfuite tous
les titres & les marques des
les noms , les titres & les
dignités , des charges , des emplois fa-
crés
JANVIER. 1764.
99
crés , civiles & militaires dont les mé-
dailles grecques & latines font mention.
C'eft-la que les curieux apprendront
ce que les Romains entendoient par
les titre de Pontife , de Prêtre , de Prê-
treffe , de Veftale , d'augure , d'Empe-
reur , de Conful , de Cenfeur , de Tri-
bun, d'Ediles , de Prêteur, de Préfet, & c.
& ce que fignifient ceux d'Archonte ,
de Pritanes , & c. chez les Grecs.
Il finit enfin par des réfléxions fur
l'utilité & les avantages que l'on peut
tirer de l'étude de la Numifmatique.
Pour prévenir les jeunes amateurs con-
tre les fraudes de certains marchands de
Médailles , il ajoute le détail des moyens
que l'on met en ufage pour tromper les
nouveaux connoiffeurs , comme de ceux
que l'on peut employer pour fe garan-
tir de leurs rufes & de leurs fuperche-
ries.
Médailles, pour servir à la connoissance
des Dieux, de la Religion,
des Sciences, des Arts, & de tout
ce qui appartient à l'Histoire ancienne,
avec les preuves tirées des Médailles ;
Ouvrage propre à servir de
Supplément à l'Antiquité expliquée
par Dom Monfaucon ; par Dom Thomas
Mangeart, Religieux Bénédictin
de la Congrégation de S. Vannes
& S. Hidulphe, Antiquaire, Bibliothécaire
& Conseiller de Son Altesse
Monseigneur le Duc CHARLES DE
LORRAINE, &c, &c, &c. A Paris,
chez D'houry, Imprimeur-Libraire
de Monseigneur le Duc d'Orléans, rue de la vieille Bouclerie ; & se trouve aussi chez Davidts & Tilliard, quai des Augustins, 1763 ; avec Approbation & Privilége du Roi, un volume , grand in-folio.
JANVIER. 1764.
,
95
LE titre de ce Livre en forme le précis,
en même temps qu'il en fait voir
l'objet & l'utilité. Le but de l'Auteur a
été de raffembler , pour ainfi dire , tout
ce qu'il y a de plus utile & de plus in-
téreffànt dans les autres Ouvrages qui
traitent de la même matière. Ce -volu-
me n'eft donc que comme l'Extrait rai-
fonné de plufieurs traités & mémoires
donnés par d'illuftres Antiquaires. Dom
Mangeart n'a fait que raffembler fous
un nouvel ordre , & préfenter fous un
point de vue fimple , tout ce qui peut
faciliter la connoiffance des Médailles.
En deux mots , voici l'efquiffe de cet
Ouvrage après avoir traité de tout ce
qui regarde les Médailles en général ,
c'est-à- dire
de leur fabrique , de leur
matière , de leurs modules , de leurs fa-
ces , de leur antiquité , &c , l'Auteur
rapporte à différentes claffes ces mêmes
monumens , & tout ce qui peut y avoir
quelque rapport. Pour donner à fes
96 MERCURE DE FRANCE.
Lecteurs une idée jufte de la Mytholo-
gie ancienne , il commence par les Mé-
dailles qui regardent les divinités des an-
ciens , leurs facrifices , leurs autels , &
tout ce qui eft relatif à la Religion . Il
parle enfuite des Médailles qui ont rap-
port aux Sciences & aux Arts. On trou
ve dans plufieurs Chapitres tout ce que
les Anciens nous ont tranfmis fur les
types des monnoyes , foit au fujet du
au
foleil , de la lune , des étoiles , du
temps , des faifons , &c , ſoit par rap-
port à la terre , aux trois parties du
monde connues de leurs temps , aux
Provinces , aux Villes , aux Animaux ,
aux plantes , aux édifices , & à ce qui
fert d'ornement à la terre , & c ; foit en-
fin concernant la mer , les fleuves , les
rivieres , les animaux , les poiffons qui
les habitent , &c,
De ces différens objets , Dom Man-
geart paffe aux Médailles qui regardent
les jeux des anciens , leurs fpectacles ,
leurs danfes, leurs exercices , leurs guer,
res , leurs armes , leurs victoires , leurs
trophées , leurs triomphes , leurs cou-
ronnes , leurs récompenfes , leurs ha-
billemens , & c, Il donne enfuite tous
les titres & les marques des
les noms , les titres & les
dignités , des charges , des emplois fa-
crés
JANVIER. 1764.
99
crés , civiles & militaires dont les mé-
dailles grecques & latines font mention.
C'eft-la que les curieux apprendront
ce que les Romains entendoient par
les titre de Pontife , de Prêtre , de Prê-
treffe , de Veftale , d'augure , d'Empe-
reur , de Conful , de Cenfeur , de Tri-
bun, d'Ediles , de Prêteur, de Préfet, & c.
& ce que fignifient ceux d'Archonte ,
de Pritanes , & c. chez les Grecs.
Il finit enfin par des réfléxions fur
l'utilité & les avantages que l'on peut
tirer de l'étude de la Numifmatique.
Pour prévenir les jeunes amateurs con-
tre les fraudes de certains marchands de
Médailles , il ajoute le détail des moyens
que l'on met en ufage pour tromper les
nouveaux connoiffeurs , comme de ceux
que l'on peut employer pour fe garan-
tir de leurs rufes & de leurs fuperche-
ries.
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4367
INTRODUCTION à la Science des Médailles, pour servir à la connoissance des Dieux, de la Religion, des Sciences, des Arts, & de tout ce qui appartient à l'Histoire ancienne, avec les preuves tirées des Médailles ; Ouvrage propre à servir de Supplément à l'Antiquité expliquée par Dom Monfaucon ; par Dom Thomas Mangeart, Religieux Bénédictin de la Congrégation de S. Vannes & S. Hidulphe, Antiquaire, Bibliothécaire & Conseiller de Son Altesse Monseigneur le Duc CHARLES DE LORRAINE, &c, &c, &c. A Paris, chez D'houry, Imprimeur-Libraire de Monseigneur le Duc d'Orléans, rue de la vieille Bouclerie ; & se trouve aussi chez Davidts & Tilliard, quai des Augustins, 1763 ; avec Approbation & Privilége du Roi, un volume , grand in-folio.
4368
p. 9[7]-100
LETTRE à M. DE LA PLACE, sur M. le Président de MONTESQUIEU.
Début :
PLUSIEURS Gens de Lettres, Monsieur, ont lu avec autant de surprise [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, sur M. le Président de MONTESQUIEU.
LETTRE à M. DE LA PLACE, sur
M. le Président de MONTESQUIEU.
PLUSIEURS Gens de Lettres, Monsieur,
ont lu avec autant de surprise
que de peine, une prétendue Anec-
II. Vol.
E
08 MERCURE DE FRANCE .
dote , rapportée dans le N° 33 , de
l'Année Littéraire , pag. 177 , au fujet
de l'Esprit des Loix , de M.le Préfident
de Montefquieu.
Le but de cette hiftoriette eft de tra-
veftir ce fçavant Magiftrat , nommé par
les Etrangers mêmes , le Légiflateur des
Nations , en un bel-efprit frivole & fu-
perficiel , en un compilateur fans jufteffe
& fans fidélité. Pour y parvenir › on
avance que les 70 premieres pages de
l'Esprit des Loix , font pleines de ci-
tations fauffes , tronquées ou alterées ;
on ajoute que cette infidélité de M. de
Montesquieu a été prouvée par un Livre
en deux volumes que l'illuftre mort eft
venu à bout de faire fupprimer.
Rien de plus mal-adroit qu'une pa-
reille accufation. J'ai vérifié , Monfieur ,
tous les endroits cités avec le texte même
des Auteurs dont ils font tirés. Je puis
vous garantir l'exactitude fcrupuleufe de
tous les paffages renfermés dans ces 70
pages : à l'exception d'une demie dou-
zaine au plus , que la mémoire du dé-
funt lui avoit fait citer d'après un tel
Livre , tandis qu'on le trouve dans l'au-
tre. Mépriſe pardonnable à tour Auteur ,
qui cite beaucoup , & plus encore à
M. de Montefquieu dont le fyftême ,
JANVIER. 1764.
Au refte ,
99
après tout , peut fe paffer des citations.
Je vous enverrois la confrontation
de plus de 54 paffages fur 60 à-
peu-
près qui fe trouvent dans le Livre qu'on
attaque , fi je ne craignois d'occuper déjà
trop de place dans un volume que la
nouvelle année doit remplir de matières
plus intéreffantes
qu'un texte grec ,
d'Ariftote , de Platon , de Lyfias ou de
Denys d'Halicarnaffe.
J'ai les preuves dans les mains , & je
vous les enverrai dans le Mercure fui-
vant , fi vous le defirez & fi le Public,
les Gens de Lettres , ou l'anonyme dont
parle l'Année Littéraire , le demandent.
il fuffit d'avoir des yeux &
de comparer , pour fe convaincre de
de ce j'avance.
J'efpére que vous voudrez bien in-
férer ma Lettre dans votre Journal. C'eſt
remplir fon véritable objet que de laif-
fer rendre à la vérité l'hommage qui
lui eft du , à un Ecrivain fi célébre
le tribut de reconnoiffance que lui doit
la Nation pour l'avoir juſtifiée de la fri-
volité que lui reprochoient les Etran-
gers , indignés de voir outrager ainfi
ce grand homme dans fa Patrie : c'eſt
procurer aux Gens de Lettres , dont
votre Journal oft déja le patrimoine ,
E ij
Too MERCURE DE FRANCE .
la confolation de voir qu'on ne trou-
ble point impunément leurs cendres
après leur mort.
Je fuis , & c.
ANGAR. 9 Décembre 1763.
M. le Président de MONTESQUIEU.
PLUSIEURS Gens de Lettres, Monsieur,
ont lu avec autant de surprise
que de peine, une prétendue Anec-
II. Vol.
E
08 MERCURE DE FRANCE .
dote , rapportée dans le N° 33 , de
l'Année Littéraire , pag. 177 , au fujet
de l'Esprit des Loix , de M.le Préfident
de Montefquieu.
Le but de cette hiftoriette eft de tra-
veftir ce fçavant Magiftrat , nommé par
les Etrangers mêmes , le Légiflateur des
Nations , en un bel-efprit frivole & fu-
perficiel , en un compilateur fans jufteffe
& fans fidélité. Pour y parvenir › on
avance que les 70 premieres pages de
l'Esprit des Loix , font pleines de ci-
tations fauffes , tronquées ou alterées ;
on ajoute que cette infidélité de M. de
Montesquieu a été prouvée par un Livre
en deux volumes que l'illuftre mort eft
venu à bout de faire fupprimer.
Rien de plus mal-adroit qu'une pa-
reille accufation. J'ai vérifié , Monfieur ,
tous les endroits cités avec le texte même
des Auteurs dont ils font tirés. Je puis
vous garantir l'exactitude fcrupuleufe de
tous les paffages renfermés dans ces 70
pages : à l'exception d'une demie dou-
zaine au plus , que la mémoire du dé-
funt lui avoit fait citer d'après un tel
Livre , tandis qu'on le trouve dans l'au-
tre. Mépriſe pardonnable à tour Auteur ,
qui cite beaucoup , & plus encore à
M. de Montefquieu dont le fyftême ,
JANVIER. 1764.
Au refte ,
99
après tout , peut fe paffer des citations.
Je vous enverrois la confrontation
de plus de 54 paffages fur 60 à-
peu-
près qui fe trouvent dans le Livre qu'on
attaque , fi je ne craignois d'occuper déjà
trop de place dans un volume que la
nouvelle année doit remplir de matières
plus intéreffantes
qu'un texte grec ,
d'Ariftote , de Platon , de Lyfias ou de
Denys d'Halicarnaffe.
J'ai les preuves dans les mains , & je
vous les enverrai dans le Mercure fui-
vant , fi vous le defirez & fi le Public,
les Gens de Lettres , ou l'anonyme dont
parle l'Année Littéraire , le demandent.
il fuffit d'avoir des yeux &
de comparer , pour fe convaincre de
de ce j'avance.
J'efpére que vous voudrez bien in-
férer ma Lettre dans votre Journal. C'eſt
remplir fon véritable objet que de laif-
fer rendre à la vérité l'hommage qui
lui eft du , à un Ecrivain fi célébre
le tribut de reconnoiffance que lui doit
la Nation pour l'avoir juſtifiée de la fri-
volité que lui reprochoient les Etran-
gers , indignés de voir outrager ainfi
ce grand homme dans fa Patrie : c'eſt
procurer aux Gens de Lettres , dont
votre Journal oft déja le patrimoine ,
E ij
Too MERCURE DE FRANCE .
la confolation de voir qu'on ne trou-
ble point impunément leurs cendres
après leur mort.
Je fuis , & c.
ANGAR. 9 Décembre 1763.
Fermer
4369
p. 100-101
A L'AUTEUR DU MERCURE, sur deux Médailles.
Début :
ETANT l'année dernière en Picardie, Monsieur, il me tomba entre les [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A L'AUTEUR DU MERCURE, sur deux Médailles.
A L'AUTEUR DU MERCURE,
sur deux Médailles.
ETANT l'année dernière en Picardie,
Monsieur,
il me tomba entre les
mains deux Médailles qui me paroif-
fent fort curieufes , & dont je vou-
drois avoir une explication préciſe. Le
peu de connoiffance que j'ai de ces
fortes de matières , m'a engagé à re-
courir à vous , perfuadé que vous vou-
drez bien inférer ma lettre dans votre
prochain Mercure
peut-être quelque
Antiquaire y répondra-t-il.
La premiere , que je crois fort an-
cienne , repréfente une tête affez gro-
fièrement gravée , fans aucune infcrip-
tion , du moins n'en apperçoit-on point.
J'ai cru lire fur le revers ces mots à
demi effacés : vici Germanos apud cof...
•
*
JANVIER. 1764.
d'exergue.
101
le refte m'eft inconnu , il n'y a point
La feconde qui eft incomparablement
mieux frappée , repréſente auffi une fort
belle tête.
Il paroît que cette perfonne
ainfi repréſentée , portoit une côte d'ar-
mes , ou un collier. Voici ce que j'ai
pu ramaffer de l'infcription qu'on voit
encore affez bien.
I M( effacé) ANAVGCO VIII.
Sur le revers eft une belle femme de-
bout , ayant le bras gauche levé fur
Pépaule , la main fermée , entièrement.
excepté le doigt index ; l'autre bras
eft dans une attitude qui me paroît
ménagée , comme pour donner ou re-
cevoir quelque chofe. Cette figure eft
placée entre ces deux lettres S C qu'on
remarque fur le champ de la médaille.
Il y a une légende que des gens ver-
fés dans ces matières déchiffroient aifé
ment. Il n'y a point d'exergue.
J'ai l'honneur d'être , & c.
DE CAYEUX.
A Paris, le 16 Décembre 1763.
sur deux Médailles.
ETANT l'année dernière en Picardie,
Monsieur,
il me tomba entre les
mains deux Médailles qui me paroif-
fent fort curieufes , & dont je vou-
drois avoir une explication préciſe. Le
peu de connoiffance que j'ai de ces
fortes de matières , m'a engagé à re-
courir à vous , perfuadé que vous vou-
drez bien inférer ma lettre dans votre
prochain Mercure
peut-être quelque
Antiquaire y répondra-t-il.
La premiere , que je crois fort an-
cienne , repréfente une tête affez gro-
fièrement gravée , fans aucune infcrip-
tion , du moins n'en apperçoit-on point.
J'ai cru lire fur le revers ces mots à
demi effacés : vici Germanos apud cof...
•
*
JANVIER. 1764.
d'exergue.
101
le refte m'eft inconnu , il n'y a point
La feconde qui eft incomparablement
mieux frappée , repréſente auffi une fort
belle tête.
Il paroît que cette perfonne
ainfi repréſentée , portoit une côte d'ar-
mes , ou un collier. Voici ce que j'ai
pu ramaffer de l'infcription qu'on voit
encore affez bien.
I M( effacé) ANAVGCO VIII.
Sur le revers eft une belle femme de-
bout , ayant le bras gauche levé fur
Pépaule , la main fermée , entièrement.
excepté le doigt index ; l'autre bras
eft dans une attitude qui me paroît
ménagée , comme pour donner ou re-
cevoir quelque chofe. Cette figure eft
placée entre ces deux lettres S C qu'on
remarque fur le champ de la médaille.
Il y a une légende que des gens ver-
fés dans ces matières déchiffroient aifé
ment. Il n'y a point d'exergue.
J'ai l'honneur d'être , & c.
DE CAYEUX.
A Paris, le 16 Décembre 1763.
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4370
p. 102-103
LETTRE A M. DE LA PLACE.
Début :
L'UTILE & l'agréable, Monsieur, se trouvent mêlés si heureufement dans [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A M. DE LA PLACE.
LETTRE A M. DE LA PLACE.
L'UTILE & l'agréable, Monsieur, se
trouvent mêlés
si heureufement dans
votre Journal , qu'on le voit toujours
avec un nouveau plaifir. L'amour que
j'ai pour les Sciences joint au defir que
j'ai d'être utile au Public , m'ont fait
préférer le Mercure pour lui faire part
de deux problêmes fuivans. Une der-
nière raifon qui m'enhardit à vous prier
'de vouloir bien les y honorer d'une
place , eft qu'ils ont paffé , de tout
tems,pour infolubles : & que je les crois
d'ailleurs propres à donner jour à de
nouvelles découvertes.La chofe trouvera
fans doute bien des incrédules. Je m'y at-
tends.Au refte,fi perfonne ne veut fe don-
ner la peine de les réfoudre , j'aurai
l'honneur de vous faire paffer dans peu
la folution que je me propofe d'en
donner.
JANVIER. 1764.
103
La méthode dont je me fers , & que
je crois unique , eft auffi fimple qu'in-
faillible. Un autre avantage qu'elle
réunit eft d'être applicable à tous les
cas imaginables ; ce qu'on ne sçauroit
faire éxactement par la méthode ordi-
naire de l'extraction des racines quar-
rées & cubiques , fi les nombres fur
lefquelles elle fe propofe d'agir
thode fimple & fans Algèbre.
,
ne
font eux-mêmes des quarrés & des
cubes parfaits ; ce qui éxige déja
comme vous le fcavez , une certaine
fagacité dans les Mathématiques ; au
lieu que par ma méthode il ne faut
fçavoir que le gros de l'Arithmétique.
J'ai l'honneur d'être , & c.
M***.
On propofe de trouver 2 moyennes
géométriques entre 3 & 7 , par une mé-
On propofe de trouver 2 moyennes
proportionnelles Arithmétiques entre les
deux mêmes nombres avec les mêmes
conditions , de forte que les deux mé-
thodes foient appliquables à tous les
.cas poffibles.
L'UTILE & l'agréable, Monsieur, se
trouvent mêlés
si heureufement dans
votre Journal , qu'on le voit toujours
avec un nouveau plaifir. L'amour que
j'ai pour les Sciences joint au defir que
j'ai d'être utile au Public , m'ont fait
préférer le Mercure pour lui faire part
de deux problêmes fuivans. Une der-
nière raifon qui m'enhardit à vous prier
'de vouloir bien les y honorer d'une
place , eft qu'ils ont paffé , de tout
tems,pour infolubles : & que je les crois
d'ailleurs propres à donner jour à de
nouvelles découvertes.La chofe trouvera
fans doute bien des incrédules. Je m'y at-
tends.Au refte,fi perfonne ne veut fe don-
ner la peine de les réfoudre , j'aurai
l'honneur de vous faire paffer dans peu
la folution que je me propofe d'en
donner.
JANVIER. 1764.
103
La méthode dont je me fers , & que
je crois unique , eft auffi fimple qu'in-
faillible. Un autre avantage qu'elle
réunit eft d'être applicable à tous les
cas imaginables ; ce qu'on ne sçauroit
faire éxactement par la méthode ordi-
naire de l'extraction des racines quar-
rées & cubiques , fi les nombres fur
lefquelles elle fe propofe d'agir
thode fimple & fans Algèbre.
,
ne
font eux-mêmes des quarrés & des
cubes parfaits ; ce qui éxige déja
comme vous le fcavez , une certaine
fagacité dans les Mathématiques ; au
lieu que par ma méthode il ne faut
fçavoir que le gros de l'Arithmétique.
J'ai l'honneur d'être , & c.
M***.
On propofe de trouver 2 moyennes
géométriques entre 3 & 7 , par une mé-
On propofe de trouver 2 moyennes
proportionnelles Arithmétiques entre les
deux mêmes nombres avec les mêmes
conditions , de forte que les deux mé-
thodes foient appliquables à tous les
.cas poffibles.
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4371
p. 104-105
NOUVEAUX CADRANS SOLAIRES qu'on peut orienter sans le secours de la Boussole.
Début :
LE Sieur BARADELLE, Ingénieur du Roi pour les Instrumens de Mathématiques, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVEAUX CADRANS SOLAIRES qu'on peut orienter sans le secours de la Boussole.
NOUVEAUX CADRANS SOLAIRES
qu'on peut orienter sans le secours
de la Boussole.
LE Sieur BARADELLE, Ingénieur
du Roi pour les Instrumens de Mathématiques,
demeurant à Paris.
>
Quai de l'Horloge du Palais , à l'en-
feigne de l'Obfervatoire , donne avis
qu'il a conftruit huit Cadrans verticaux
qu'on peut orienter fans le fecours de
la bouffole. Ces Cadrans font collés
fur une feuille de carton de la gran-
deur d'un in-8°. Ils marquent l'heure
par le moyen d'une pinule de peau &
d'un fil à plomb avec une perle qu'on
fait gliffer fur les jours du mois. C'eft
un invention de feu M. de la Hire
qui eft connue & eftimée fous le nom
de la Harpe de M. de la Hire . Les lieux
pour lesquels ces Cadrans font conftruits,
font 1. Paris. 2. Marfeille & Bayonne. 3
Turin & Bordeaux. 4. Lyon . 5. Dijon
& Tours. 6. Vienne en Autriche &
Breft. 7. Rheims & Rouen. 8. Amiens.
Ils peuvent fervir non-feulement pour
1
JANVIER. 1764.
105
tous les lieux qui ont la même latitude,
mais encore pour tous ceux qui n'en
différent que d'un quart ou d'un tiers
de degrés en deffus & en deffous de
chacun de ces Cadrans nommés ci-
deffus ; parce que cette différence n'eft
pas fenfible. Ces Cadrans font tracés
gravés & faits fort proprement : leur
ufage fe trouve derrière le carton fur
lequel ils font collés. L'on y trouve auffi
les temps des Equinoxes de Printemps
& d'Automne , ceux des folftices d'Eté.
& d'Hyver ; on peut encore par leur
moyen , connoître l'heure du lever &
du coucher du folei!. Le prix de cha-
cun de ces Cadrans , eft de 2 liv..
qu'on peut orienter sans le secours
de la Boussole.
LE Sieur BARADELLE, Ingénieur
du Roi pour les Instrumens de Mathématiques,
demeurant à Paris.
>
Quai de l'Horloge du Palais , à l'en-
feigne de l'Obfervatoire , donne avis
qu'il a conftruit huit Cadrans verticaux
qu'on peut orienter fans le fecours de
la bouffole. Ces Cadrans font collés
fur une feuille de carton de la gran-
deur d'un in-8°. Ils marquent l'heure
par le moyen d'une pinule de peau &
d'un fil à plomb avec une perle qu'on
fait gliffer fur les jours du mois. C'eft
un invention de feu M. de la Hire
qui eft connue & eftimée fous le nom
de la Harpe de M. de la Hire . Les lieux
pour lesquels ces Cadrans font conftruits,
font 1. Paris. 2. Marfeille & Bayonne. 3
Turin & Bordeaux. 4. Lyon . 5. Dijon
& Tours. 6. Vienne en Autriche &
Breft. 7. Rheims & Rouen. 8. Amiens.
Ils peuvent fervir non-feulement pour
1
JANVIER. 1764.
105
tous les lieux qui ont la même latitude,
mais encore pour tous ceux qui n'en
différent que d'un quart ou d'un tiers
de degrés en deffus & en deffous de
chacun de ces Cadrans nommés ci-
deffus ; parce que cette différence n'eft
pas fenfible. Ces Cadrans font tracés
gravés & faits fort proprement : leur
ufage fe trouve derrière le carton fur
lequel ils font collés. L'on y trouve auffi
les temps des Equinoxes de Printemps
& d'Automne , ceux des folftices d'Eté.
& d'Hyver ; on peut encore par leur
moyen , connoître l'heure du lever &
du coucher du folei!. Le prix de cha-
cun de ces Cadrans , eft de 2 liv..
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4372
p. 105-108
TOPIQUE pour détourner la GOUTE. LETTRE à M. de BOISANDRÉ, Ecuyer de S. A. S. Mgr le DUC d'ORLÉANS.
Début :
ON vous a dit, Monsieur, que j'avois un secret pour attirer la Goute au [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TOPIQUE pour détourner la GOUTE. LETTRE à M. de BOISANDRÉ, Ecuyer de S. A. S. Mgr le DUC d'ORLÉANS.
TOPIQUE pour détourner la GOUTE.
LETTRE à M. de BOISANDRÉ,
Ecuyer de S. A. S. Mgr le DUC
d'ORLÉANS.
ON vous a dit, Monsieur, que j'avois
un secret pour attirer la Goute au
ped . Je voudrois bien l'avoir ce fecret ;
E.v.
roб MERCURE DE FRANCE .
mais je n'en connois uniquement que
la vertu. Voici le fait.
Un homme digne de foi & affu--
,
rément très-refpectable à tous égards ,
m'adreffa il y a quinze jours un Par-
ticulier qu'il avoit vû détourner une
goute remontée par le fecours d'un fim-
ple topique ; en m'adreffant ce parti-
culier , il me garantit que je pouvois
avoir toute confiance en lui,
Six femaines auparavant j'avois hor-
riblement fouffert de la goute dans les
reins & dans les entrailles , avec des
vomiffemens de vingt-quatre heures.
L'humeur alloit reprendre la même
route. Elle étoit déja au col , dans les
reins , & très
-
forte fur un genou.
Avec le confentement de M. Dixte
mon Médecin & mon ami , j'effayai
de me faire appliquer le topique fur les
deux pieds. Dès le lendemain le col
& les reins fe trouverent dégagés
toute l'humeur enfin tomba des ge-
noux fur les pieds , ils devinrent fort
enflés , un peu rouges. Chaque jour il-
en fortoit des férofités • quelquefois
à percer les linges
les linges , quoiqu'ils fuffent
en plufieurs doubles. Le Topique a agi
pendant douze jours environ
& je
fuis depuis Mercredi fans la moindre
enflure ni la moindre douleur,
JANVIER. 1764. -
107
Je ne prendrai pas la liberté de ha-
zarder des confeils fur une ſanté auffi
précieufe que celle de S. A. mais je di-
rai que ma fanté m'eft très- précieuſe
auffi , & que je fuis bien sûr qu'à la
premiere tracafferie de goute , je ne per-
drai pas un moment à faire encore ufage
du Topique. M. Dixte , témoin du fuc-
cès en a été étonné , & a promis de
bonne foi qu'il en rendroit témoignage
dans l'occafion. Voilà , Monfieur , tout
ce que je fçai de ma goute & du To-
pique ..
Votre homme m'a dit ce matin , en
me remettant votre Lettre , que vous
étiez mieux depuis deux jours . Jugez
du plaifir que j'en ai , par les fentimens
que vous connoiffez depuis fi long-
temps au vieux
MONTDORGE.
A Paris,le 23 Décembre 1763.
P. S. J'oubliois de vous dire , Mon-
fieur , que le poffeffeur du Topique
fe nomme M. de Mezoneis.
Il loge par
entrepôt , au coin de la rue des Foffés
Monmartre , du côté de la rue Mon-
martre même. Il a , de père en fils ,
la goute & le Topique. Il avoue qu'il
Evi
2
108 MERCURE DE FRANCE.
n'eft ni Médecin , ni rien qui en ap-
proche
il répond en conféquence aux
questions qu'on peut lui faire fur les
grands principes. Mais en revanche il
eft affuré, par une longue expérience, de
déloger la goute quand elle eft mal pla-
cée ; & l'expériencc eft plus forte, ce me
femble , que les plus beaux raiſonne-
mens.
LETTRE à M. de BOISANDRÉ,
Ecuyer de S. A. S. Mgr le DUC
d'ORLÉANS.
ON vous a dit, Monsieur, que j'avois
un secret pour attirer la Goute au
ped . Je voudrois bien l'avoir ce fecret ;
E.v.
roб MERCURE DE FRANCE .
mais je n'en connois uniquement que
la vertu. Voici le fait.
Un homme digne de foi & affu--
,
rément très-refpectable à tous égards ,
m'adreffa il y a quinze jours un Par-
ticulier qu'il avoit vû détourner une
goute remontée par le fecours d'un fim-
ple topique ; en m'adreffant ce parti-
culier , il me garantit que je pouvois
avoir toute confiance en lui,
Six femaines auparavant j'avois hor-
riblement fouffert de la goute dans les
reins & dans les entrailles , avec des
vomiffemens de vingt-quatre heures.
L'humeur alloit reprendre la même
route. Elle étoit déja au col , dans les
reins , & très
-
forte fur un genou.
Avec le confentement de M. Dixte
mon Médecin & mon ami , j'effayai
de me faire appliquer le topique fur les
deux pieds. Dès le lendemain le col
& les reins fe trouverent dégagés
toute l'humeur enfin tomba des ge-
noux fur les pieds , ils devinrent fort
enflés , un peu rouges. Chaque jour il-
en fortoit des férofités • quelquefois
à percer les linges
les linges , quoiqu'ils fuffent
en plufieurs doubles. Le Topique a agi
pendant douze jours environ
& je
fuis depuis Mercredi fans la moindre
enflure ni la moindre douleur,
JANVIER. 1764. -
107
Je ne prendrai pas la liberté de ha-
zarder des confeils fur une ſanté auffi
précieufe que celle de S. A. mais je di-
rai que ma fanté m'eft très- précieuſe
auffi , & que je fuis bien sûr qu'à la
premiere tracafferie de goute , je ne per-
drai pas un moment à faire encore ufage
du Topique. M. Dixte , témoin du fuc-
cès en a été étonné , & a promis de
bonne foi qu'il en rendroit témoignage
dans l'occafion. Voilà , Monfieur , tout
ce que je fçai de ma goute & du To-
pique ..
Votre homme m'a dit ce matin , en
me remettant votre Lettre , que vous
étiez mieux depuis deux jours . Jugez
du plaifir que j'en ai , par les fentimens
que vous connoiffez depuis fi long-
temps au vieux
MONTDORGE.
A Paris,le 23 Décembre 1763.
P. S. J'oubliois de vous dire , Mon-
fieur , que le poffeffeur du Topique
fe nomme M. de Mezoneis.
Il loge par
entrepôt , au coin de la rue des Foffés
Monmartre , du côté de la rue Mon-
martre même. Il a , de père en fils ,
la goute & le Topique. Il avoue qu'il
Evi
2
108 MERCURE DE FRANCE.
n'eft ni Médecin , ni rien qui en ap-
proche
il répond en conféquence aux
questions qu'on peut lui faire fur les
grands principes. Mais en revanche il
eft affuré, par une longue expérience, de
déloger la goute quand elle eft mal pla-
cée ; & l'expériencc eft plus forte, ce me
femble , que les plus beaux raiſonne-
mens.
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4373
p. 108-113
OBSERVATION sur les mauvais effets du Sublimé Corrosif employé extérieurement.
Début :
AUTANT il est nécessaire, pour le progrès de la Médecine & l'intérêt [...]
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texteReconnaissance textuelle : OBSERVATION sur les mauvais effets du Sublimé Corrosif employé extérieurement.
OBSERVATION sur les mauvais
effets du Sublimé Corrosif employé
extérieurement.
AUTANT il est nécessaire, pour le
progrès de la Médecine & l'intérêt
commun , de publier les effets falutai-
res des médicamens , autant il feroit.
préjudiciable de celer le danger qu'il
y auroit de faire ufage de quelqu'uns.
Plus ces remédes font préconifés , plus
les perfonnes qui les confeillent ont de
réputation & de connoiffances , & plus
nous devons dévoiler leurs qualités
pernicieufes,quand l'expérience ne nous
laiffe aucun doute à cet égard.
L'obfervation fuivante m'a appris à
me défier d'une infinité de formules
JANVIER. 1764.
109
d'autant plus dangereufes , qu'elles fe
trouvent inférées dans des ouvrages
fort connus , fort eftimés , & que tout
particulier a d'ordinaire entre les mains.
Une Demoiselle avoit à la partie
moyenne de l'avant- bras , une dartre
vive de la largeur de la paume de la
main ; cette perfonne, qui d'ailleurs étoit
affez faine & bien réglée , en reffentoit
peu de douleur ; mais le défagrément.
d'avoir le bras continuellement enve-
loppé de linge & couvert d'onguent , la
détermina à fe faire guérir à quelque
prix que ce fût . Elle avoit déja effuyé
les traitemens les plus méthodiques ; ce-
pendant elle voulut encore que je l'en-
trepriffe. Après avoir mis en ufage les
remédes intérieurs qui conviennent en
pareil cas , & le tout fans fuccès , je
me déterminai à appliquer fur la dartre
quelques uns de ces cauftiques vantés
dans un Ouvrage fort connu. En con-
féquence je fis une pommade avec le
beurre , la cérufe & le fublimé corro-
fif. J'obfervai exactement la dofe pref-
crite , & je pris de ce mêlange à-peu-
près la pefanteur d'un demi gros que
j'étendis fur la dartre. A peine y fut- il
appliqué , qu'il caufa de vives douleurs
410 MERCURE DE FRANCE.
qui fe calmerent: cependant quelques
inftans après. Je méloignai enfuite de
là malade , mais au bout de deux heu-
res on accourut me chercher en me
difant qu'elle alloit périr. En effet je la
trouvais dans l'état le plus fâcheux. Elle
avoit des mouvemens convulfifs dans
prèfque toutes les parties du corps ,
& elle étoit fi violemment
agitée
qu'elle fe rouloit par terre. Elle avoit
en outre des hoquets & des nau-
fées fuivies de vomiffemens fréquens
qui me firent craindre pour fa vie..
Mon premier foin fut d'enlever avec.
de l'huile d'olive le refte du fublimé
enveloppé dans cette pommade , & je
fis prendre à la malade quelques verres
d'eau tiède pour rendre les vomiffemens-
moins pénibles & moins douloureux.
Je lui donnai enfuite du lait coupé avec
de l'eau commune , dans le deffein de
calmer l'irritation que caufoit le corro-
fif qui fans doute avoit paffé dans le
fang & produit tous ces défordres. Elle
prit auffi plufieurs lavemens compofés
de plantes mucilagineufes , & peu-à-
peu les accidens diminuerent au point
qu'elle ne reffentoit plus que de lé-
gères douleurs de colique. La nuit fui-
vante fut affez tranquille ; mais le ma
JANVIER 1764.
MT
tin la bouche parut enflammée , la fa-
Nivation fe manifefta ; & malgré l'eau
+
de caffe que je lui donnai abondam--
ment , je ne pus empêcher qu'elle ne
durât l'efpace de huit jours. Après ce
temps elle n'en fentit plus aucune in-
commodité ; la dartre refta toujours dans
le même état , & la Démoifelle dès
cet inftant réfolut de l'abandonner à la
Nature.
Si une auffi petite quantité de fubli--
mé corrofif a pu porter tant de trouble
dans l'œconomie animale , qu'auroit-ce
donc été fi une dartre plus étendue ou
plufieurs
dartres m'euffent contraint
d'employer une plus grande dofe de
cette pommade ? car dans l'ouvrage
d'où j'ai tiré cette formule
il est dit:
>
qu'on peut s'en frotter tout le corps ,
excepté la tête & la poitrine ; que cet
onguent eft fpécifique pour la galle &
les dartres ; & qu'il eft fans danger.
Pour moi , je penfe bien différemment ;
& d'après cette obfervation je conclus
qu'il peut être très- pernicieux. Il eft des
perfonnes où les pôres de la peau font
Ouverts au point d'abſorber de ce poi-
fon une affez grande quantité pour
faire périr les malades dans des tour
mens affreux .
煮
T MERCURE DE FRANCE.
Je ne prétends cependant pas infir.
mer le mérite de ces Médecins labo
rieux qui ont confacré leurs veilles
nous mettre fous les yeux différente
formules. Par là ils foulagent la mé
moire des jeunes gens qui ne font pas
encore dans l'ufage de compofer , &
rappellent l'idée des médicamens utiles
qu'on auroit pu oublier fans de tels
dépôts. Mais il faut avouer en même
temps que la plupart de ces Ouvrages
préfentés au Public fous des titres fpé-
cieux qui excitent fa curiofité , font
caufe de bien des accidens. Tout le
monde veut les pofféder , on les litlit ,
dès-lors on fe croit un Hypocrate ; &
fans principes , fans expérience , on s'i-
magine fe fuffire à foi- même & être en
état de traiter fon ami , fon voifin , & c.
Il feroit à fouhaiter que les perfonnes
qui s'adonnent à ces fortes de travaux
rejettaffent de leurs formules les dro-
gues violentes dont la plus légère er-
reur dans la dofe & dans l'ufage peut-
caufer un défordre capable de laiffer
Pour
le refte
de la vie les impreffions
les plus fâcheufes
.
En général foyons toujours en garde
contre ces fels métalliques avec excès
d'acide. Il eſt vrai que leur caufticité
JANVIER. 1764.
113
dépend principalement de la nature de
l'acide , & que l'acide végétal ne forme
pas un corrofif fi violent que le miné-
ral ; mais malgré cette différence , ce
font toujours des remédes dont on doit
craindre les fuites . L'expérience n'a que
trop fouvent confirmé leurs pernicieux
effets.
Par M. HOURY, Chirurgien Bréveté du ROI
pour la Guadeloupe & dépendances, ci-devant
Chirurgien interne de l'Hôtel-Dieu de
Paris.
effets du Sublimé Corrosif employé
extérieurement.
AUTANT il est nécessaire, pour le
progrès de la Médecine & l'intérêt
commun , de publier les effets falutai-
res des médicamens , autant il feroit.
préjudiciable de celer le danger qu'il
y auroit de faire ufage de quelqu'uns.
Plus ces remédes font préconifés , plus
les perfonnes qui les confeillent ont de
réputation & de connoiffances , & plus
nous devons dévoiler leurs qualités
pernicieufes,quand l'expérience ne nous
laiffe aucun doute à cet égard.
L'obfervation fuivante m'a appris à
me défier d'une infinité de formules
JANVIER. 1764.
109
d'autant plus dangereufes , qu'elles fe
trouvent inférées dans des ouvrages
fort connus , fort eftimés , & que tout
particulier a d'ordinaire entre les mains.
Une Demoiselle avoit à la partie
moyenne de l'avant- bras , une dartre
vive de la largeur de la paume de la
main ; cette perfonne, qui d'ailleurs étoit
affez faine & bien réglée , en reffentoit
peu de douleur ; mais le défagrément.
d'avoir le bras continuellement enve-
loppé de linge & couvert d'onguent , la
détermina à fe faire guérir à quelque
prix que ce fût . Elle avoit déja effuyé
les traitemens les plus méthodiques ; ce-
pendant elle voulut encore que je l'en-
trepriffe. Après avoir mis en ufage les
remédes intérieurs qui conviennent en
pareil cas , & le tout fans fuccès , je
me déterminai à appliquer fur la dartre
quelques uns de ces cauftiques vantés
dans un Ouvrage fort connu. En con-
féquence je fis une pommade avec le
beurre , la cérufe & le fublimé corro-
fif. J'obfervai exactement la dofe pref-
crite , & je pris de ce mêlange à-peu-
près la pefanteur d'un demi gros que
j'étendis fur la dartre. A peine y fut- il
appliqué , qu'il caufa de vives douleurs
410 MERCURE DE FRANCE.
qui fe calmerent: cependant quelques
inftans après. Je méloignai enfuite de
là malade , mais au bout de deux heu-
res on accourut me chercher en me
difant qu'elle alloit périr. En effet je la
trouvais dans l'état le plus fâcheux. Elle
avoit des mouvemens convulfifs dans
prèfque toutes les parties du corps ,
& elle étoit fi violemment
agitée
qu'elle fe rouloit par terre. Elle avoit
en outre des hoquets & des nau-
fées fuivies de vomiffemens fréquens
qui me firent craindre pour fa vie..
Mon premier foin fut d'enlever avec.
de l'huile d'olive le refte du fublimé
enveloppé dans cette pommade , & je
fis prendre à la malade quelques verres
d'eau tiède pour rendre les vomiffemens-
moins pénibles & moins douloureux.
Je lui donnai enfuite du lait coupé avec
de l'eau commune , dans le deffein de
calmer l'irritation que caufoit le corro-
fif qui fans doute avoit paffé dans le
fang & produit tous ces défordres. Elle
prit auffi plufieurs lavemens compofés
de plantes mucilagineufes , & peu-à-
peu les accidens diminuerent au point
qu'elle ne reffentoit plus que de lé-
gères douleurs de colique. La nuit fui-
vante fut affez tranquille ; mais le ma
JANVIER 1764.
MT
tin la bouche parut enflammée , la fa-
Nivation fe manifefta ; & malgré l'eau
+
de caffe que je lui donnai abondam--
ment , je ne pus empêcher qu'elle ne
durât l'efpace de huit jours. Après ce
temps elle n'en fentit plus aucune in-
commodité ; la dartre refta toujours dans
le même état , & la Démoifelle dès
cet inftant réfolut de l'abandonner à la
Nature.
Si une auffi petite quantité de fubli--
mé corrofif a pu porter tant de trouble
dans l'œconomie animale , qu'auroit-ce
donc été fi une dartre plus étendue ou
plufieurs
dartres m'euffent contraint
d'employer une plus grande dofe de
cette pommade ? car dans l'ouvrage
d'où j'ai tiré cette formule
il est dit:
>
qu'on peut s'en frotter tout le corps ,
excepté la tête & la poitrine ; que cet
onguent eft fpécifique pour la galle &
les dartres ; & qu'il eft fans danger.
Pour moi , je penfe bien différemment ;
& d'après cette obfervation je conclus
qu'il peut être très- pernicieux. Il eft des
perfonnes où les pôres de la peau font
Ouverts au point d'abſorber de ce poi-
fon une affez grande quantité pour
faire périr les malades dans des tour
mens affreux .
煮
T MERCURE DE FRANCE.
Je ne prétends cependant pas infir.
mer le mérite de ces Médecins labo
rieux qui ont confacré leurs veilles
nous mettre fous les yeux différente
formules. Par là ils foulagent la mé
moire des jeunes gens qui ne font pas
encore dans l'ufage de compofer , &
rappellent l'idée des médicamens utiles
qu'on auroit pu oublier fans de tels
dépôts. Mais il faut avouer en même
temps que la plupart de ces Ouvrages
préfentés au Public fous des titres fpé-
cieux qui excitent fa curiofité , font
caufe de bien des accidens. Tout le
monde veut les pofféder , on les litlit ,
dès-lors on fe croit un Hypocrate ; &
fans principes , fans expérience , on s'i-
magine fe fuffire à foi- même & être en
état de traiter fon ami , fon voifin , & c.
Il feroit à fouhaiter que les perfonnes
qui s'adonnent à ces fortes de travaux
rejettaffent de leurs formules les dro-
gues violentes dont la plus légère er-
reur dans la dofe & dans l'ufage peut-
caufer un défordre capable de laiffer
Pour
le refte
de la vie les impreffions
les plus fâcheufes
.
En général foyons toujours en garde
contre ces fels métalliques avec excès
d'acide. Il eſt vrai que leur caufticité
JANVIER. 1764.
113
dépend principalement de la nature de
l'acide , & que l'acide végétal ne forme
pas un corrofif fi violent que le miné-
ral ; mais malgré cette différence , ce
font toujours des remédes dont on doit
craindre les fuites . L'expérience n'a que
trop fouvent confirmé leurs pernicieux
effets.
Par M. HOURY, Chirurgien Bréveté du ROI
pour la Guadeloupe & dépendances, ci-devant
Chirurgien interne de l'Hôtel-Dieu de
Paris.
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4374
p. 113-139
RECHERCHES historiques sur les Casques & sur quelques Vêtemens des Anciens ; lûes à l'Assemblée de l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture, le 31 Décembre 1763. Par M. D. B.
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MESSIEURS, JE viens soumettre à votre Jugement de légères Réfléxions [...]
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texteReconnaissance textuelle : RECHERCHES historiques sur les Casques & sur quelques Vêtemens des Anciens ; lûes à l'Assemblée de l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture, le 31 Décembre 1763. Par M. D. B.
RECHERCHES historiques sur les Casques
& sur quelques Vêtemens des Anciens ;
lûes à l'Assemblée de l'Académie
Royale de Peinture & de Sculpture,
le 31 Décembre 1763. Par M. D. B.
32
MESSIEURS,
JE viens soumettre à votre Jugement
de légères Réfléxions sur les Coëffures
militaires & fur quelques Vêtemens des
Anciens. Trop peu verfé dans la fcience
des difcuffions pour prendre le ton d'An-
tiquaire , je n'envifagerai ces objets du
114 MERCURE DE FRANCE.
coftume que relativement à l'intérêt de
nos Arts.
Le penchant naturel aux hommes de
veiller à leur confervation , fuggéra aux
plus induſtrieux le foin de pourvoir à la
commodité des vêtemens , immédiate-
ment après qu'ils eurent pourvu aux
moyens de la fubfiftance. Leurs pre-
mières précautions n'eurent en vue que
l'ajustement du corps. La cocffure natu-
relle les difpenfoit de chercher d'autres
parures , pour garantir leur tête de l'in-
commodité des faifons. A peine les Pa-
triarches , que l'âge rendoit fenfibles aux
viciffitudes ordinaires , portoient de lé-
gères bandes de lin , dont ils ceignoient
leur front en guife de turban , pour-com-
penfer le dépériffement des cheveux. La
chauffure des Anciens fe réduifoit à des
demi- bottines , terminées par des fan-
dales
précaution indifpenfable à des
hommes que leur état , leur profeffion
& leur goût foumettoient à des fatigués
continuelles.
Telle étoit la fituation des premiers
habitans de l'univers , tant qu'ils ne fu-
rent occupés que du befoin de leur éxif-
tance. Mais dès que l'ambition leur inf-
pira des motifs de cupidité , qu'ils s'avi-
ferent de vouloir augmenter leurs richeſ
JANVIER. 1764.
Bry
fes en étendant leurs domaines , & que
La loi du plus fort parla plus haut dans
leur cœur que la voix de la raiſon & de
l'équité, ils penfèrent à s'armer , pour
ainfi dire , de pied en cap , à garantir
toutes les parties de leur corps , & à fe
précautionner contre les traits de ceux.
dont ils fe propofoient d'ufurper les pof-
feffions. Les inftrumens de la vengeance,
les bâtons , les haches , les flèches , les
maffues leur faifoient craindre des coups
trop violens , pour ne leur oppofer que
les fecours de la nature.
Il fallut avoir recours à l'induſtrie. Le
fecret de réduire le fer en lames , & de
fondre les métaux pour en former des
coeffures n'étoit point encore trouvé.
L'dée que les audacieux mortels avoient
de la fupériorité de leurs forces , les arma
contre les paifibles habitans des forêts.
La préfomption leur perfuada qu'ils fub-
jugueroient aifément des êtres affectés
*
d'une ftupidité invincible. Ils leur ten--
dent des piéges , les attaquent , les for-
cent dans leurs tanières ; ils en devien--
nent vainqueurs , & fe propofent dès-
lors de fe vêtir de leurs dépouilles.
Le premier ufage qu'ils en firent fut
de s'en couronner. On vit la tête de la
bête féroce fervir de coëffure à fon meur-
116 MERCURE DE FRANCE.
trier. I fatisfaifoit ainfi tout-à-la-fois
fes befoins & fon orgueil. En arborant
cette marque de fa victoire fur un animal
redoutable , il croyoit paroître redouta-
ble lui- même aux yeux de fes ennemis .
Cette coëffure , qui vraisemblable-
ment a précédé l'invention des Cafques ,
en a étéle premier modèle. Tous les mo-
numens de l'Antiquité atteftent que les
hommes ont confervé dans leurs coëf-
fures militaires l'idée des animaux les
plus hideux & les plus féroces , ou les
plus nobles & les plus utiles. Herodote
nous apprend , que les Ethiopiens por-
toient des Cafques faits de la peau d'une
tête de cheval : les oreilles & la crinière
y étoient jointes. Les anciens Gaulois
formoient les leurs de la dépouille d'une
tête de bœuf, dont la crinière fervoit
d'aigrette. Les Milyens n'étoient coëffés
qu'avec des bonnets faits de peaux de
toutes fortes de bêtes fauvages.
Après même que les métaux furent
employés à former des armures,plufieurs.
peuples confervèrent dans leurs coëffures
militaires des portions de la tête & fur-
tout le muffle des animaux, dont ils ne
portoient plus les dépouilles. Les Thra-
ciens Afiatiques avoient des Cafques
d'airain , avec des oreilles & des cornes
JANVIER. 1764.
117
de boeuf. Le Brun , cet Artifte érudit .
qui fçut unir fous fon pinceau les véri-
tés hiſtoriques aux bienféances du coftu-
me , a ainfi coëffé , dans fon Paffage du
Granique ( a ) , un Cavalier qui s'élance
fur la rive. Tout le monde fçait qu'une
pareille coëffure étoit l'attribut de Jupi-
ter Ammon. Comment les hommes ne
fe feroient-ils pas fait gloire d'avoir une
parure qu'ils donnoient même à leurs
Dieux ?
Non-feulement les Anciens ména-
geoient à leurs Cafques des ornemens
qui annonçoient la première origine de:
cette armure , mais encore ils affocioient
au métal dont il les formoient,la peau de
la tête de quelque bête fauvage. L'éxem-
ple en eft offert dans plufieurs monu-
mens antiques , & fingulièrement dans
un Cafque élégamment adapté au tro-
phée de la Victoire , placé au pont-tour-
nant du Jardin des Thuileries.
Loin de regarder cet affortiment com-
me l'ouvrage de l'imagination ou du ca-
price de l'habile Coëzevox , nous devons
l'envifager comme une judicieufe imita-
tion de l'Antique. La Colonne érigée
en l'honneur de Trajan , préfente un
(a ) Un des Tableaux des Batailles d'Alé-
xandre.
118 MERCURE DE FRANCE.
nombre infini de foldats coëffés indiffé-
remment avec des peaux de bêtes féro-
ces , & avec des cafques de fer à demi-re-
couverts de femblables dépouilles, Cette
pratique eft répétée dans les bas-reliefs
de la Colonne Antonine , & déposée
dans d'innombrables monumens , que
nous ont tranfmis les fiécles les plus re-
culés.
L'envie de fe donner un air formida-
ble fit naître aux Nations barbares (b) le
deffein de fe former des coëffures monf-
trueuſes , tant par la repréſentation des
animaux choifis dans les espèces malfai-
fantes , que par les horribles crinières que
ces Peuples mettoient à leurs Cafques.
L'idée de cette bifarrerie eft judicieuſe
à quelques égards un ennemi effrayé
eft prèfqu'àdemi vaincu . C'eft dans cette
vue que ces Nations portoient dans leurs
enfeignes militaires des figures d'ani-
maux terribles , ou d'objets capables
d'intimider. Les Phrygiens arboroient un
(b ) Les Romains appelloient Barbares tous
les Peuples , hormis les Grecs & ceux qui vivoient
fous leurs loix. Les Barbares fe faifoient honneur
de cetitre. Il ne fignifioit autre chofe que : Peuple
exempt de la domination des Romains , & n'avoit
aucun rapport avec l'idée de cruauté que cette ex-
preffion nous préfente aujourd'hui.
·
JANVIER. 1764.
114
fanglier , les Gotgs un ours , les Daces
un dragon , les Thraciens la figure de la
mort. Ces Peuples s'accoutumoient ainfi
à ne s'effrayer de rien . Ils fe familiari-
foient avec les fpectacles les plus affreux,
& infpiroient aux foldats la hardieffe &
la férocité des monftres qui leur fer-
voient d'etendarts.
Inſpirer la terreur , éguillonner le cou-
rage,n'étoient pas les feuls motifs que les
Anciens fe propofoient dans la forme
effrayante de leurs Cafques. Les crêtes
redoutables & tranchantes , faites de
lames d'airain , dont les Etrufques ar-
moient leurs coëffures , les pointes fortes
& extrêmement aiguës dont ils les hérif-
foient , transformoient en arme offenfive
un objet qui ſembloit ne devoir fervir
qu'à la défenſe du foldat. Par cet arti-
fice , les combattans fe ménageoient la
double reffource de parer des coups:
meurtriers , & de bleffer les ennemis qui
auroient voulu les forcer à fe rendre (c).
Statagême victorieux pour ſe dégager
de leurs mains !
Quelle variété les Nations Orientales
& les Peuples du Nord n'employèrent
ils pas dans leurs coëffures militaires ? Le
(c) Recueil d' Antiq. par M. le C. de Caylus
Tom. III. pag. 64.
120 MERCURE DE FRANCE .
bois , les nerfs tiffus , le fer , l'airain fer-
virent indifféremment àla conftruction
de ces armures. On leur donna les di-
verfes formes de bonnets , de demi-
fphère , de corno - phrygien & dethiare.
Celle- ci étoit plus ordinairement prati-
quée par les Daces , par les Sarmates ;
& les Parthes , qui la tenoient des Per-
fes , & n'en connoiffoient point d'autres.
Ces Cafques , qui s'élevoient en cône
étoient allongés d'une pièce qui s'éten-
doit entre les deux épaules , où elle finif-
foit en fe rétréciflant. Elle garantifſoit
le foldat des coups que l'ennemi lui
por-
toit fur le col , par préférence , dans le
deffein de lui abattre la tête. La coutume
établie chez les Romains de montrer au
Général la têted'un Barbare, pour obtenir
la récompenfe de leur valeur , avoit fans
doute fuggéré cette précaution à leurs en-
nemis.En combien d'endroits desColon-
nes Trajane & Antonine ne voit-on pas
des Romains montrant à l'Empereur des
têtes qu'ils ont coupées à leurs ennemis ;
des foldats ayant entre leurs dents des tê-,
tes qu'ils tiennent fufpendues par les che-
veux , tandis qu'ils en coupent d'autres ?
Raphaël , le Brun , dans leurs Batailles
de Conftantin , Rubens , dans fon.Com-
bat des Amazones , ont enrichi leurs
compofitions
JANVIER. 1764.
121
compofitions de ces images pathétiques
imitées d'après les Anciens : ils fe les font
appropriées par la manières de les rendre.
Beau privilége des Modernes , dont il
eft louable de fçavoir uſer à propos !
L'attention des Barbares à ne faire
ufage que des inventions utiles , leur fit
négliger la recherche de celles qui ne
leur paroiffoient être que de pur agré-
ment. Ils ne mirent fur leurs Cafques ,
ni riches aigrettes , ni panaches éclatans.
Ils ne fe formèrent des crinières qu'avec
des queues de chevaux flottantes , éta-
blies fur la figure de quelque griffon ou
autre monftre. Ce font eux qui nous ont
particulièrement confervé l'idée de la
première origine des Cafques. On en
trouve cependant encore différentes em-
preintes dans les coëffures militaires des
Grecs & des Romains , malgré la réfor-
me qu'ils y ont faite de certains objets
effrayans , plus capables d'infpirer la fé-
rocité , que de ranimer la valeur.
C'est l'annobliffement ,' la richeffe des
Cafques , leur utilité , & quelques avan-
tages particuliers qui déterminèrent les
Grecs aux formes élégantes qu'ils leur ont
données. La calote de la coëffure étoit
plus élevée dans fa partie fupérieure &
plus large que la tête du guerrier. Par ce
II. Vol.
F
*
122 MERCURE DE FRANCE.
moyen , l'armure ne touchoit point im →
médiatement au crâne. Il étoit d'ailleurs
garanti par la figure de quelque divinité
ou de quelque animal qui fervoit de ba-
fe à de riches aigrettes & à des pana-
ches volumineux. Ces couronnes flot-
tantes étoient ordinairement compofées
de plumés d'autruches ou de hérons,réu-
nies & teintes des plus brillantes couleurs.
Elles ont été , dans les occafions les plus
périlleuses , d'une très-grande utilité aux
combattans, Sans le fecours de cette pa-
rure , qui tout à-la-fois prête de la digni-
té au guerrier , & influe fur la fureté de
fes jours , le Barbare Rofacès eût peut-
être , du premier coup de hache , fendu
la tête à Alexandre : la générofité de
Clius fût venue trop tard au fecours du
Héros . ( d)
Le Cafque des Grecs , qui étoit ſou-
vent à triple aigrette , c'eft à-dire , avec
trois rangs de plumes , avoit encore un
autre avantage : c'étoit une vifière qui
pouvoit fe rabattre fur le vifage & le
couvrir ; mais qui , prèfque toujours re-
levée , formoit une efpèce de petit au-
vent , fous lequel les yeux & toutes les
parties faillantes du vifage étoient à l'a-
bri des traits qui tomboient à plomb.
(d) Quinte-Curce.
JANVIER. 1764.
123
Une double confidération doit , Mef-
fieurs , nous rendre remarquable cette
forme de Cafque. Elle contribue aux
effets des lumières interceptées & des
ombres portées par un corps faillant. Ref-
fource extrêmement pittorefque , qui fa-
acilite à l'Artiſte la rondeur , la fierté &
l'expreffion d'une tête. D'ailleurs ce ga-
barit diftingue particulièrement de Caf-
que Grec du Cafque Romain . Celui-ci
couvroit exactement la tête du guerrier
comme une calote , n'ayant ni éléva-
tion , ni faillie , & ne le garantiffant pas
davantage des coups portés de haut que
de ceux qui lui venoient en face.
Il paroît étonnant que les Romains
n'ayent jamais emprunté les parties avan-
tageufes du Cafque des Grecs ; eux qui ,
dans la guerre qu'ils eurent contre les
Parthes, imitèrent une portion de la thiare
de leurs ennemis , en relevant par der
rière la pointe de leur Cafque , commè
on le voit dans l'Arc de Septime Severe.
Cette forme donne à l'armure une
forte de rapport avec le Bonnet-Phry
gien. Elle peut fervir aux Artiſtes à met-
tre quelque différence entre les princi
paux Officiers Troyens & les Généraux
des Grecs , dans la peinture du fameux
Siége de Troye. La différence que doi-
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
vent préfenter les coëffures de ces illuf-
tres ennemis , ne concerne que les Caf-
ques Troyens. La partie de la crête , fur
laquelle le panache eft attaché , doit en
être arrondie & repliée fur le devant , &
au plus haut de la tête ( e ) .
Les Romains n'imitèrent les coëffures
militaires des Peuples de la Grece , que
dans leur magnificence. Ils les ornèrent
de panaches éclatans , qu'ils faifoient ,
plus ordinairement que les Grecs , de plu-
mes blanches. Lorfqu'ils les décoroient
de la triple aigrette , ils la furmontoient
de quelque figure emblêmatique. Tel
étoit , felon Virgile , le Gafque de Tur
nus une chimère vomiffant des flam-
mes s'élevoit fur le triple rang de plumes
dont l'armure du Prince étoit enrichie.
A l'égard des oreillettes , ces petites
plaques à charnières qui garantiffent
les tempes & les joues du foldat , elles
furent communes à tous les Peuples an-
ciens. Il paroît néanmoins que les Na
tons Septentrionales s'en font fervi plus
invariablement que les autres.
Lorfque les Militaires des premiers fié-
cles eurent éprouvé l'avantage d'avoir
(e)Tableaux tirés d'Homère , &c. Voy. Oba
fervat. fur le Costume , par M. le C. de Caylus ,
Fag.xliv, &fuiv,
Toba
JANVIER . 1764.
125
des coëffures de peaux de bêtes ; de ;
qu'ils eurent fenti que les moelleuſes cri-
nières de ces dépouilles , non-feulement,
les garantiffoient des plus vives impref-
fions de l'air , mais qu'elles amortiffoient
encore les coups les plus rudes de l'en-
nemi , ils ne tardèrent pas à fe vêtir de
la dépouille entière , à l'éxemple de nos
premiers Pères (f) , & l'employèrent à
mille ufages effentiels.
D'abord ils s'en firent uue efpèce de
mantelet , qui ne leur couvtoit que les
épaules. C'étoit l'ajuſtement des Tubi-
cines & des Trompettes. Ils s'en forme-
rent enfuite un manteau qui recouvroit
là
la portion du corps que le volume de la
dépouille pouvoit embraffer. Tel étoit
le vêtement des Porte-étendarts. Ils re-
nouoient les pattes de l'animal fur la poi-
trine & au-deffus de la ceinture. Par ce
moyen , ils n'avoient que le bas des cuif-
fes à découvert Cette forme de vête-
ment eft confignée dans plufieurs ba-
reliefs antiques. Elle eft auffi très- élé-
gamment retracée en la figure d'un Por-
te- enfeigne , dans le Triomphe de Jules-
Cefar , peint par André Mantinea ( g ) .
(£) Geneſe.
<
( g ) Cet Ouvrage, que l'on voit au Palais du
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
Ouvrage qui , par la quantité d'objets
du coftume dont il eft enrichi , mérite
bien de la confidération .
Les Grecs & les Romains ne donnoient
ces fourrures , qu'à certains Officiers mi-
litaires ; dans ces mêmes fiécles des Peu-
ples entiers ne s'habilloient pas autre-
ment en guerre. Herodotenous apprend,
que dans la fameuse expédition de
Xercès , les Cafpiens & les Paties
étoient vêtus de Saïes , faits de peaux
de bêtés fauvages ; les Lyciens fe cou-
vroient de peaux de chêvres ; les Thra-
ciens
étoient habillés de peaux de
renards & les Ethiopiens de peaux de
léopards & de lions.
Les Francs , après même la conquête,
des Gaules & au commencement de la
deuxiéme race de nos Rois , fe faifoient
une gloire & un devoir de conferver l'an-
cien habillement , fait de peaux de bêtes.
Au rapport d'Eginard ( h) , Charlema-
gne , ayant été informé que quelques
Seigneurs de fa Cour avoient pris des vê--
temens plus fomptueux , & propres au
Peuple vaincu , les en inculpa févére-
Duc de Mantoue , eft gravé en dix feuilles & ſe
vend à Rome , alla pace. Voy. feuille 8.
( b ): Vie de Charlemagne
150
JANVIER. 1764.
127
ment en plein Confeil , & les obligea de
reprendre les habits de la Nation Franc-
que victorieufe.
On n'eft pas étonné des moyens qu'a-
voient les Anciens de vêtir de peaux de
bêtes tous les foldats de plufieurs armées,
quand on fe rappelle les innombrables
reffources que leur fourniffoit la chaffe.
Exercice d'autant plus commun dans
ces temps , qu'il éroit abſolument néceſ-
faire , pour empêcher les bêtes fauvages
d'infefter les bois & les campagnes. Aux
profits de la chaffe , ils joignoient ceux
d'une quantité infinie de Sacrifices ,
d'Hécatombes divers , de cinq cens , de
mille victimes , qu'ils immoloient à leurs
Dieux , & dont les dépouilles étoient au
bénéfice des Sacrificateurs. Mais , ce que
l'on ne conçoit que difficilement , c'eſt
qu'il y ait eu des Peuples qui fe revê-
toient de dépouilles humaines .
Tels
étoient les Scythes. Ils écorchoient le
prifonnier de guerre , après en avoir hu-
mé le fang , s'habilloient de fa peau , &
mettoient la tête au faîte de leurs caba-
nes. Les Perfes fe faifoient honneur de
cruautés non moins horribles
témoin
le procédé d'un de leurs Rois , qui , vou-
lant donner l'éxemple de la plus grande
févérité , fit écorcher vifun Juge crimi-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
nel , ordonna qu'on recouvrit de fa dé-
pouille le fiége du Tribunal , & obligea
le fils du prévaricateur à rendre la Justice
affis fur la peau de fon pere. Ce trait ,
pris dans l'Hiftoire de Cambyfe , fe-
cond Roi de Perfe , & fils du grand Cy-
rus , fe trouve gravé dans l'Euvre de
Rubens.
Les mêmes fourrures d'animaux fau-
vages , qui prêtoient un caractère de
férocité aux foldats d'infanterie , don-
noient aux cavaliers un air de magnifi-
cence. Ceux - ci s'en formoient des houf.
fes , qui couvroient prèfque entièrement
le corps de leurs chevaux. Ils agraffoient
au poitrail la tête refendue , & y re-
nouoient les pattes antérieures de la dé-
pouille ; tandis que celles de derrière
voltigeantes fur les flancs & fur la'croupe
du courfier , ajoutoient à la richeffe de
la parure la vivacité de l'action. Quel
affortiment pittorefque ,
Meffieurs !
Qu'il eft favorable à nos Arts ! Tout ce
qui contribue au mouvement des objets
les rend intéreffans , leur communique
de l'efprit , & les difpofe aux effets de
lumière les plus heureux. D'ailleurs , quel
contrafte piquant n'occafionne point la
couleur propre d'une fourrure d'ours ,
de tigre , de lion , foit qu'on l'affortiffe.
a
e
e
B
JANVIER. 1764.
129
avec un courfier blanc , dont elle relève ,
l'éclat , foit qu'on l'oppofe à un cheval
del teinte brune , qu'elle fert à colorer !
Telle la peau du lion de Némée fait bril-
ler avec plus de vivacité le tendre colo-
ris d'Omphale ( i ) , & les tons vigoureux
du Héros qui file auprès d'elle ; tel auffi
le caractère nerveux , & le poil hériffé,
de l'animal qui dévore Milon ( 1 ) , font,
mieux fentir , dans les chairs du Croto-
niate , la force , le fentiment & le moë-
leux du naturel .
Les peaux de bêtes les plus communes,
furent employées à des ufages importans.
Didon fit fervir une peau de bœuf, cou-
pée par lanières , à tracer l'enceinte de
Carthage. Les Peuples de la Colchide ra-
maffoient avec des peaux de moutons le
fable d'or qui rouloit dans certains tor-
rens ( m ). Dans les fiéges des villes , les
deux armées fe fervoient de dépouilles ,
fraîchement écorchées , pour mettre ob-
ftacle aux attaques de l'ennemi. Les
affiégés tendoient des peaux de vaches
ou de moutons , trempées dans des li-
queurs fortes & acides , & enduites
(i ) Tableau de François le Moine , placé chez
M. B.
(1 ) Chef- d'œuvre de Pujet , à Verfailles.
(m )L'Abbé Banier , T. III. p. 237.
Fv
130 MERCURE DE FRANCE .
d'herbe marine , de mouffe , owdeлtesre
molle, pour rompre l'effet des traita,
des pierres } des feux lancés contrer les
ramparts & les tours ( n ). Les affiégeans
matelaffoient avec de pareilles fourrures
les guérites ou les foldats agitoient les
béliers militaires
ils en couvroient auffi
celles qui fervoient à fapper les murs.!
Ce fut fur une toifon de chevreau qué bé
Vainqueur des Madianites exigea & obe
tint un double miracle pour prouyer fas
Miffion , qui devoit procurer la délivrani
ce du Peuple de Dieu (o ). C'eft avec des
peaux de bêtes peu rares qu'alloient vêtus
le Maître d'Elifée,le Précurfeur du Meffie,
plufieurs Anachorettes de la Thébaïde
& quantité de Philofophés de l'Egypte ,
de la Grece & de Rome. Les peaux
moins communes , l'hermine ela mar-
thre , enrichiffoient les mantéaux des
Fézabel , des Thomiris , des Cleopatre , &
les Simarres des plus faftueux Souverains
du Nord & de l'Orient.
On diroit que les oifeaux même ayent
voulu participer au privilége de prêter
leurs dépouilles à l'utilité des Anciens.
Les peaux de grues fervirent aux Ethio-
piens Orientaux à couvrir leurs boucliers.
( n ) Chevalier Follard.
(o ) Gedeon. Jug.
JANVIER 1764
(q Ofiris.
131
Les plumes d'autruches & de hérons for-
mèrent , ainfi que nous l'avons obſervé ,
des aigrettes , des panaches aux Pirrhus
aux Céfars. Ajoutons que celles de la
pintade & du faifan couronnèrent le
bonnet des Lyciens. Ainfi celui de nos
Américains et aujourd'hui décoré des
plumès de la bluette & du courli (p ).
Un autre ufage auquel les dépouilles.
d'oifeaux furent employées , doit leur
valoir quelque confidération de la part
des Artistes. C'eft avec ces peaux que les
Anciens caractérifèrent des événemens .
de la Fable , des objets de la Nature , &
même des traits de Morale. La dépouille
d'un vautour, artiftement dégarnie de
quelques plumes , & groupée avec un
are , fous une maffue environnée de
flêches , défigna Prométhée délivré par
Hercule; celle d'un épervier , ayant fon
chef enté fur un corps humain , annon-
ça le plus grand Dieu des Egyptiens (4).
La peau d'un aigle, ingénieufement adap-
tée au bufte d'un jeune homme , repré-
fentoit l'Air. La Terre fur quelquefois in-
diquée par la dépouille d'une chouette ,
pofée fur un vafe de terre près d'un lion
enfin la dépouille du paon , foulée aux
( p ) Oifeaux de Amérique..
{
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
pieds d'un verrat , étoit l'image de la va-
nité humiliée ; & la peau du phénix, ajuſ-
tée autour d'un cercle , fut l'attribut de
l'immortalité. Idées heureufes que lesAn-
ciens nous ont fuggérées , & dont les
plus grands Peintres , & les Sculpteurs
Nota. Les divers ufages d'employer dans les
vêtemens , les peaux de bétes fauvages & d'oi-
feaux carnaciers , pour fe donner un air formida-
ble , fe fontperpétués jufqu'à nos derniers fiécles .
En parlant des Dellys , Nicolaï
*
rapporte que
ccs troupes légères qui combattent fous l'étendart
Mahometan , font vétues d'une camisole aſſez lon-
gues & de hauts- de-chauffe, très-larges ; le tout
fait de dépouilles de jeunes ours , dont le poil
eft en dehors. Le bonnet à la Polaque , quepor-
tent ces Croates , penche fur une épaule. Il eftfor-
mé d'unepeau de léopard , bien moucheté . Sur le
devant de cette coëffure eft attachée , en large , la
queue d'un aigle. Leur bouclier eft orné des deux
ailes de l'oifeau vorace. Elles font ouvertes & at-
tachées avec des clous d'or, de manière que toutes
les plumes préfentent comme autant de lances hé-
riffies contre l'ennemi,
Plufieurs Religieux Mahometans s'ajuftent avec
des fourrures de bêtes , pour ſe donner un airfin-
gulier. Les Calenders n'ontpour tout vêtement que
lapeau de quelque animal féroce , dont ilsfe cou-
vrent les épaules. Les Geomailers portent , en gui-
fe de manteau , une dépouille de lion ou de léo-
pard , qu'ils attachent devant la poitrine , en
y renouant les pattes antérieures de l'animal ; ils
* Voy. les voyages que cet Ecrivain a faits en
Turquie , p. 121 & 160.
JANVIER. 1764.
133
les plus fameux n'ont pas négligé de faire
un utile emploi.
Outre la deftination ordinaire des peaux
de bêtes , à fournir des vêtemens aux fol-
dats , des houffes aux cavaliers , des ar-
mes défenfives aux affiégés, ainfi qu'aux
affiégeans , & à former la parure carac-
tériſtique de divers perfonnages diftin-
gués , elles furent encore deſtinées à faire
des lits aux Héros , & à leur fervir de
fiéges. C'étoit fur de pareilles fourrures
étendues par terre , dit Homère , que les
Anciens couchoient. Sur ces peaux on
mettoit , pour les perfonnes de confidé-
ration , des étoffes de pourpre qui leur
fervoient de matelas ; fur ces étoffes de
beaux tapis , c'étoient leurs draps ; & fur
ces draps de riches couvertures. Les
peaux garnies de tout leur poil fervoient
de fommier contre l'humidité. C'eſt dans
cette vue que le Législateur des Hébreux
fit recouvrir tout le Tabernacle d'une
ajuftent à volonté les autres portions de la four-
rure ; mais ordinairement ils laiffent traîner la
queue par terre ; fe revêtent de peaux de mouton
& de chèvre, dont ils fe font des tuniques fans
manches & dont ils renouent les pattes à l'en-
droit de la ceinture. Ils accompagnent ce vêtement
d'un manteau fait de peau d'ours. Les Dervis
font vêtus à-peu-près de même.
134 MERCURE DE FRANCE.
troifiéme tenture faite de dépouilles d'a
nimaux (r).
Plufieurs Peuples , les Grecs même
tenoient des Perfes la coutume de s'af
feoir fur les peaux des bêtes les plus..
moelleufes . Les Spartiates , Peuple fier
auftère , ennemi de tout luxe , n'adop
terent point cet ufage. Dans la fameufe
entrevue d'Agefilas ( s ) & de Pharna-
bafe. ( t ) Celui-ci , voyant que le Géné
ral Spartiate s'afféyoit uniment par ter
re , s'affit de même , fans
égard aux
peaux très-douces & à longs poils, qu'on
avoit préparées. La fimplicité Spar-
tiate fit honte au fafte Perfan..
A la fatiété de jouir des biens utiles
fuccéde mille fois l'ambition de fe pro-
curer ceux qui font plus difficiles à
abtenir. Etre vêtus de dépouilles d'ani-
maux ordinaires devint un uſage trop
commun. On afpira à la prérogative
d'endoffer les peaux des bêtes les plus
rédoutables & l'on mit la plus grande
gloire à fe procurer celles dont la pof-
feffion étoit plus rare. Dans quels fiécles
cette manie n'a-t-elle pas affecté les
hommes les plus judicieux en appa-
rence ? De nos jours même , ne por-
( r ) Exode.
( s ) Général des Spartiates:
( t ) Commandant des Armées du Roi de Perfe
JANVIER 1764
18?
tons nous pas à l'excès un pareil luxo
en faifant éventerà grands frais , les
brebis d'Aftracanju ) pour arracher
de leurs entrailles des agneaux , à peine
formés , dont les toifans nous fervent
de parure.
Tant que les Anciens furent entichés
de cette prévention bifarre , ils n'efti
mèrent que médiocrement les dépouilles
des animaux, dont on pouvoit fe rendre
maitre fans danger & fans bravoure. Ils
les abandonnèrent aux Miniftres de leurs
Divinités Ce n'eft pas qu'on n'en cong
facrât dé très rares & de fort précieufes
au fervice des Temples. A Delphes , la
peau du ferpent Python recouvroit le
Trépied d'où la Prophéteffe d'Apollon
rendoit fes oracles. La fameufe toifon
du bélier qu'immola Phryxus , faifoit le
riche ornement du Temple que Mars
avoit à Colchos . Mais l'habit facerdotal
étoit fait ordinairement de fourrures les
plus fimples. Les peaux de faon fervirent
à vêtir les initiés aux myftères de Bace
chus ; celles de cabrit les Luperces ; cel
les de chevreuil les Faunes ; celles de bi
ches les Prêtreffes de Diane ; celles de
brebis les compagnes de Palès Les Bac
( u) Ville de la Mofcovie Afiat. dans la Tarta
rie , d'où viennent les ferues de peaux d'a-
gneaux, tirés forcément de venta, le lévéres,
136 MERCURE DE FRANCE.
chantes eurent feules le privilége de por
ter les peaux de panthères , qui défi-
gnoient & redoubloient tout-à-la-fois
leurs tranfports furieux . La dépouille
de l'animal confacré à Silène fut , ainfi
que celle du bouc & du tigre , prodiguée
dans les Orgies à tous les fuppôts de
,
Bacchus , pour défigner l'abrutiffement ,
l'intempérance & la cruauté où fouvent
l'yvreffe conduit. En vain des préjugés
du culte rendoient plufieurs de ces dé-
pouilles fufceptibles d'une forte de di-
gnité ; foit par refpect , foit par préven-
tion , les grands Guerriers affectèrent de
ne s'en point revêtir. Cependant les Ama-
zones s'en firent des plaftrons , à l'imita-
tion de Minerve dont l'Egide étoit re-
couvert de la chévre Amalthée.
' L'Abbé Guyon , Auteur de l'Hiftoire
des Amazones , après avoir fait mention
de leurs divers vêtemens , ajoute d'après
Quinte- Curce : » Mais quelque forme
qu'ils euffent , les uns & les autres
» étoient communément faits de la peau
» des bêtes que les Amazones tuoient à
» la chaffe. Ils étoient attachés fur l'é-
paule gauche , laiffant tout le côté
» droit à découvert , & ne defcendoient
» pas au-deffous du genou. Pag. 65.
On rechercha avec un très- grand foin
JANVIER. 1764.
137
les dépouilles des bêtes les plus furieufes
& les plus carnacières. Les Peuples fe
difputèrent la gloire d'en être poffeffeurs.
Ceux de la Colchide gardèrent avec vé-
nération la dépouille des taureaux domp-
tés, vaincus par Jafon ; ceux de Thébes
confervèrent long- temps dans un afyle
facré la dépouille du Sphinx dont Edipe
les délivra ; les Etoliens s'approprièrent
par la force des armes la peau du fanglier
que tua Méléagre (x ) .
Mais quelque grande que foit l'idée
que les Anciens attachoient à ces objets ,
de leur valeur & de leur fafte , les dé-
pouilles du lion eurent la préférence fur
toutes les autres . On fe fit plus d'hon-
neur à dompter le Roi des Animaux ;
quoique , fuivant la judicieuſe obſerva- >
tion d'un Littérateur , également re-
commandable par fon amour pour les
Lettres & pour les Arts ( y ) , il y ait des
bêtes fauvages plus dangereufes à com-
battre & plus difficile à vaincre que le
(x) Ily eut aufujet de cette dépouille une ba-
taille entre les Etoliens & les Curettes , qui fe don-
na fous les murs de Calydon. Voy. l'Ab Banier.
T. III. p . 352.
(y ) M. le Comte de Caylus , Amateur Hono-
raire de l'Acad. Roy. de Peint & de Sculpt. Mem-
bre de celle des Belles-Lett. & Infcriptions , &c.
138 MERCURE DE FRANCE.
lion. Le volume de fa peau , qui don-
noit la facilité de couvrir une grande
partie du corps, & de renouer commodé--
ment fes pattes fur la poitrine , fut fans
doute une des raifons de la prédilection
qu'on lui accorda.
Des motifs de préférence plus hono-
rables lui étoient refervés. Le lion fut
deftiné a être le fymbole de la puif-
fance fouveraine : les premiers Rois
d'Egypte n'avoient pas d'autre marque
extérieure de leur autorité. ( ) Difons
tout
le lion feul par un privilége
propre & exclufif , fut confacré au plus
noble des emplois ; à être l'attribut ca-
ractéristique de la valeur & de la ver-
tu. Les Héros ont adopté ce ſymbole
d'après l'exemple d'Hercule : les Sou
verains , les Nations , fe font fait gloire
de le fuivre. L'Empereur Commode
veut-il publier les prétentions , qu'il
croit avoir à l'immortalité ? Il ordon-
ne que fa ftatue foit parée de la dé-
pouille que portoit Alcide. Les Lacé-
démoniens veulent - ils
illuftrer leur
Chef, qui avoit défendu le paffage des
Thermopyles , à la tête de trois cens
Spartiates ? ils lui font ériger un mo-
(2) Rec. d'Antig. Tom. IIIpag. 620..
JANVIER 1764.
nument
9"
.
La dépouille du Lion jouit , àà
$39
où la figure d'un lion im-
mortalife la force & le courage de
l'intrépide Général .
cet
égard, du même droit que le lion même.
Elle eft , comme lui , l'emblême de
l'héroïfme. l'image noble , qu'elle pré-
fente , lui donne un jufte rapport avec
nos talens , dont la plus belle préro-
gative eft d'être mille fois confacrés à
éternifer les Héros. Quel avantage d'a-
voir fans ceffe à notre difpofition le
modèle de l'attribut de leurs vertus ?
N'on doutons pas , Meffieurs , cette
confidération infpira à M. le Comte
de Caylus le projet de tirer du fond
de l'Inde ce modèle rare , pour nous
en
gratifier.
3
*
L'intérêt des Arts
& le bien des Artiftes furent de tout
temps , l'objet du zéle de cet illuftre
Amateur. Puiffe- t- il être auffi fenfible
à notre vive reconnoiffance , que nous
le fommes à fes procédés généreux !
Nota. Dans l'Affemblée du
F
Décembre 17633
M. le Comte de Caylus fit préfent à l'Académie
dune magnifique peau de lion , qu'il a fait venir
des Indes. La Compagnie l'en remercia le même.
jour, & dépofa dans fes Regiftres le témoignage
de fa reconnoiffance. A l Affemblée fuivante , M.
Dandre Bardon fit lecture de ce petit Ouviage
Binfçu de l'illuftré Amateur.
& sur quelques Vêtemens des Anciens ;
lûes à l'Assemblée de l'Académie
Royale de Peinture & de Sculpture,
le 31 Décembre 1763. Par M. D. B.
32
MESSIEURS,
JE viens soumettre à votre Jugement
de légères Réfléxions sur les Coëffures
militaires & fur quelques Vêtemens des
Anciens. Trop peu verfé dans la fcience
des difcuffions pour prendre le ton d'An-
tiquaire , je n'envifagerai ces objets du
114 MERCURE DE FRANCE.
coftume que relativement à l'intérêt de
nos Arts.
Le penchant naturel aux hommes de
veiller à leur confervation , fuggéra aux
plus induſtrieux le foin de pourvoir à la
commodité des vêtemens , immédiate-
ment après qu'ils eurent pourvu aux
moyens de la fubfiftance. Leurs pre-
mières précautions n'eurent en vue que
l'ajustement du corps. La cocffure natu-
relle les difpenfoit de chercher d'autres
parures , pour garantir leur tête de l'in-
commodité des faifons. A peine les Pa-
triarches , que l'âge rendoit fenfibles aux
viciffitudes ordinaires , portoient de lé-
gères bandes de lin , dont ils ceignoient
leur front en guife de turban , pour-com-
penfer le dépériffement des cheveux. La
chauffure des Anciens fe réduifoit à des
demi- bottines , terminées par des fan-
dales
précaution indifpenfable à des
hommes que leur état , leur profeffion
& leur goût foumettoient à des fatigués
continuelles.
Telle étoit la fituation des premiers
habitans de l'univers , tant qu'ils ne fu-
rent occupés que du befoin de leur éxif-
tance. Mais dès que l'ambition leur inf-
pira des motifs de cupidité , qu'ils s'avi-
ferent de vouloir augmenter leurs richeſ
JANVIER. 1764.
Bry
fes en étendant leurs domaines , & que
La loi du plus fort parla plus haut dans
leur cœur que la voix de la raiſon & de
l'équité, ils penfèrent à s'armer , pour
ainfi dire , de pied en cap , à garantir
toutes les parties de leur corps , & à fe
précautionner contre les traits de ceux.
dont ils fe propofoient d'ufurper les pof-
feffions. Les inftrumens de la vengeance,
les bâtons , les haches , les flèches , les
maffues leur faifoient craindre des coups
trop violens , pour ne leur oppofer que
les fecours de la nature.
Il fallut avoir recours à l'induſtrie. Le
fecret de réduire le fer en lames , & de
fondre les métaux pour en former des
coeffures n'étoit point encore trouvé.
L'dée que les audacieux mortels avoient
de la fupériorité de leurs forces , les arma
contre les paifibles habitans des forêts.
La préfomption leur perfuada qu'ils fub-
jugueroient aifément des êtres affectés
*
d'une ftupidité invincible. Ils leur ten--
dent des piéges , les attaquent , les for-
cent dans leurs tanières ; ils en devien--
nent vainqueurs , & fe propofent dès-
lors de fe vêtir de leurs dépouilles.
Le premier ufage qu'ils en firent fut
de s'en couronner. On vit la tête de la
bête féroce fervir de coëffure à fon meur-
116 MERCURE DE FRANCE.
trier. I fatisfaifoit ainfi tout-à-la-fois
fes befoins & fon orgueil. En arborant
cette marque de fa victoire fur un animal
redoutable , il croyoit paroître redouta-
ble lui- même aux yeux de fes ennemis .
Cette coëffure , qui vraisemblable-
ment a précédé l'invention des Cafques ,
en a étéle premier modèle. Tous les mo-
numens de l'Antiquité atteftent que les
hommes ont confervé dans leurs coëf-
fures militaires l'idée des animaux les
plus hideux & les plus féroces , ou les
plus nobles & les plus utiles. Herodote
nous apprend , que les Ethiopiens por-
toient des Cafques faits de la peau d'une
tête de cheval : les oreilles & la crinière
y étoient jointes. Les anciens Gaulois
formoient les leurs de la dépouille d'une
tête de bœuf, dont la crinière fervoit
d'aigrette. Les Milyens n'étoient coëffés
qu'avec des bonnets faits de peaux de
toutes fortes de bêtes fauvages.
Après même que les métaux furent
employés à former des armures,plufieurs.
peuples confervèrent dans leurs coëffures
militaires des portions de la tête & fur-
tout le muffle des animaux, dont ils ne
portoient plus les dépouilles. Les Thra-
ciens Afiatiques avoient des Cafques
d'airain , avec des oreilles & des cornes
JANVIER. 1764.
117
de boeuf. Le Brun , cet Artifte érudit .
qui fçut unir fous fon pinceau les véri-
tés hiſtoriques aux bienféances du coftu-
me , a ainfi coëffé , dans fon Paffage du
Granique ( a ) , un Cavalier qui s'élance
fur la rive. Tout le monde fçait qu'une
pareille coëffure étoit l'attribut de Jupi-
ter Ammon. Comment les hommes ne
fe feroient-ils pas fait gloire d'avoir une
parure qu'ils donnoient même à leurs
Dieux ?
Non-feulement les Anciens ména-
geoient à leurs Cafques des ornemens
qui annonçoient la première origine de:
cette armure , mais encore ils affocioient
au métal dont il les formoient,la peau de
la tête de quelque bête fauvage. L'éxem-
ple en eft offert dans plufieurs monu-
mens antiques , & fingulièrement dans
un Cafque élégamment adapté au tro-
phée de la Victoire , placé au pont-tour-
nant du Jardin des Thuileries.
Loin de regarder cet affortiment com-
me l'ouvrage de l'imagination ou du ca-
price de l'habile Coëzevox , nous devons
l'envifager comme une judicieufe imita-
tion de l'Antique. La Colonne érigée
en l'honneur de Trajan , préfente un
(a ) Un des Tableaux des Batailles d'Alé-
xandre.
118 MERCURE DE FRANCE.
nombre infini de foldats coëffés indiffé-
remment avec des peaux de bêtes féro-
ces , & avec des cafques de fer à demi-re-
couverts de femblables dépouilles, Cette
pratique eft répétée dans les bas-reliefs
de la Colonne Antonine , & déposée
dans d'innombrables monumens , que
nous ont tranfmis les fiécles les plus re-
culés.
L'envie de fe donner un air formida-
ble fit naître aux Nations barbares (b) le
deffein de fe former des coëffures monf-
trueuſes , tant par la repréſentation des
animaux choifis dans les espèces malfai-
fantes , que par les horribles crinières que
ces Peuples mettoient à leurs Cafques.
L'idée de cette bifarrerie eft judicieuſe
à quelques égards un ennemi effrayé
eft prèfqu'àdemi vaincu . C'eft dans cette
vue que ces Nations portoient dans leurs
enfeignes militaires des figures d'ani-
maux terribles , ou d'objets capables
d'intimider. Les Phrygiens arboroient un
(b ) Les Romains appelloient Barbares tous
les Peuples , hormis les Grecs & ceux qui vivoient
fous leurs loix. Les Barbares fe faifoient honneur
de cetitre. Il ne fignifioit autre chofe que : Peuple
exempt de la domination des Romains , & n'avoit
aucun rapport avec l'idée de cruauté que cette ex-
preffion nous préfente aujourd'hui.
·
JANVIER. 1764.
114
fanglier , les Gotgs un ours , les Daces
un dragon , les Thraciens la figure de la
mort. Ces Peuples s'accoutumoient ainfi
à ne s'effrayer de rien . Ils fe familiari-
foient avec les fpectacles les plus affreux,
& infpiroient aux foldats la hardieffe &
la férocité des monftres qui leur fer-
voient d'etendarts.
Inſpirer la terreur , éguillonner le cou-
rage,n'étoient pas les feuls motifs que les
Anciens fe propofoient dans la forme
effrayante de leurs Cafques. Les crêtes
redoutables & tranchantes , faites de
lames d'airain , dont les Etrufques ar-
moient leurs coëffures , les pointes fortes
& extrêmement aiguës dont ils les hérif-
foient , transformoient en arme offenfive
un objet qui ſembloit ne devoir fervir
qu'à la défenſe du foldat. Par cet arti-
fice , les combattans fe ménageoient la
double reffource de parer des coups:
meurtriers , & de bleffer les ennemis qui
auroient voulu les forcer à fe rendre (c).
Statagême victorieux pour ſe dégager
de leurs mains !
Quelle variété les Nations Orientales
& les Peuples du Nord n'employèrent
ils pas dans leurs coëffures militaires ? Le
(c) Recueil d' Antiq. par M. le C. de Caylus
Tom. III. pag. 64.
120 MERCURE DE FRANCE .
bois , les nerfs tiffus , le fer , l'airain fer-
virent indifféremment àla conftruction
de ces armures. On leur donna les di-
verfes formes de bonnets , de demi-
fphère , de corno - phrygien & dethiare.
Celle- ci étoit plus ordinairement prati-
quée par les Daces , par les Sarmates ;
& les Parthes , qui la tenoient des Per-
fes , & n'en connoiffoient point d'autres.
Ces Cafques , qui s'élevoient en cône
étoient allongés d'une pièce qui s'éten-
doit entre les deux épaules , où elle finif-
foit en fe rétréciflant. Elle garantifſoit
le foldat des coups que l'ennemi lui
por-
toit fur le col , par préférence , dans le
deffein de lui abattre la tête. La coutume
établie chez les Romains de montrer au
Général la têted'un Barbare, pour obtenir
la récompenfe de leur valeur , avoit fans
doute fuggéré cette précaution à leurs en-
nemis.En combien d'endroits desColon-
nes Trajane & Antonine ne voit-on pas
des Romains montrant à l'Empereur des
têtes qu'ils ont coupées à leurs ennemis ;
des foldats ayant entre leurs dents des tê-,
tes qu'ils tiennent fufpendues par les che-
veux , tandis qu'ils en coupent d'autres ?
Raphaël , le Brun , dans leurs Batailles
de Conftantin , Rubens , dans fon.Com-
bat des Amazones , ont enrichi leurs
compofitions
JANVIER. 1764.
121
compofitions de ces images pathétiques
imitées d'après les Anciens : ils fe les font
appropriées par la manières de les rendre.
Beau privilége des Modernes , dont il
eft louable de fçavoir uſer à propos !
L'attention des Barbares à ne faire
ufage que des inventions utiles , leur fit
négliger la recherche de celles qui ne
leur paroiffoient être que de pur agré-
ment. Ils ne mirent fur leurs Cafques ,
ni riches aigrettes , ni panaches éclatans.
Ils ne fe formèrent des crinières qu'avec
des queues de chevaux flottantes , éta-
blies fur la figure de quelque griffon ou
autre monftre. Ce font eux qui nous ont
particulièrement confervé l'idée de la
première origine des Cafques. On en
trouve cependant encore différentes em-
preintes dans les coëffures militaires des
Grecs & des Romains , malgré la réfor-
me qu'ils y ont faite de certains objets
effrayans , plus capables d'infpirer la fé-
rocité , que de ranimer la valeur.
C'est l'annobliffement ,' la richeffe des
Cafques , leur utilité , & quelques avan-
tages particuliers qui déterminèrent les
Grecs aux formes élégantes qu'ils leur ont
données. La calote de la coëffure étoit
plus élevée dans fa partie fupérieure &
plus large que la tête du guerrier. Par ce
II. Vol.
F
*
122 MERCURE DE FRANCE.
moyen , l'armure ne touchoit point im →
médiatement au crâne. Il étoit d'ailleurs
garanti par la figure de quelque divinité
ou de quelque animal qui fervoit de ba-
fe à de riches aigrettes & à des pana-
ches volumineux. Ces couronnes flot-
tantes étoient ordinairement compofées
de plumés d'autruches ou de hérons,réu-
nies & teintes des plus brillantes couleurs.
Elles ont été , dans les occafions les plus
périlleuses , d'une très-grande utilité aux
combattans, Sans le fecours de cette pa-
rure , qui tout à-la-fois prête de la digni-
té au guerrier , & influe fur la fureté de
fes jours , le Barbare Rofacès eût peut-
être , du premier coup de hache , fendu
la tête à Alexandre : la générofité de
Clius fût venue trop tard au fecours du
Héros . ( d)
Le Cafque des Grecs , qui étoit ſou-
vent à triple aigrette , c'eft à-dire , avec
trois rangs de plumes , avoit encore un
autre avantage : c'étoit une vifière qui
pouvoit fe rabattre fur le vifage & le
couvrir ; mais qui , prèfque toujours re-
levée , formoit une efpèce de petit au-
vent , fous lequel les yeux & toutes les
parties faillantes du vifage étoient à l'a-
bri des traits qui tomboient à plomb.
(d) Quinte-Curce.
JANVIER. 1764.
123
Une double confidération doit , Mef-
fieurs , nous rendre remarquable cette
forme de Cafque. Elle contribue aux
effets des lumières interceptées & des
ombres portées par un corps faillant. Ref-
fource extrêmement pittorefque , qui fa-
acilite à l'Artiſte la rondeur , la fierté &
l'expreffion d'une tête. D'ailleurs ce ga-
barit diftingue particulièrement de Caf-
que Grec du Cafque Romain . Celui-ci
couvroit exactement la tête du guerrier
comme une calote , n'ayant ni éléva-
tion , ni faillie , & ne le garantiffant pas
davantage des coups portés de haut que
de ceux qui lui venoient en face.
Il paroît étonnant que les Romains
n'ayent jamais emprunté les parties avan-
tageufes du Cafque des Grecs ; eux qui ,
dans la guerre qu'ils eurent contre les
Parthes, imitèrent une portion de la thiare
de leurs ennemis , en relevant par der
rière la pointe de leur Cafque , commè
on le voit dans l'Arc de Septime Severe.
Cette forme donne à l'armure une
forte de rapport avec le Bonnet-Phry
gien. Elle peut fervir aux Artiſtes à met-
tre quelque différence entre les princi
paux Officiers Troyens & les Généraux
des Grecs , dans la peinture du fameux
Siége de Troye. La différence que doi-
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
vent préfenter les coëffures de ces illuf-
tres ennemis , ne concerne que les Caf-
ques Troyens. La partie de la crête , fur
laquelle le panache eft attaché , doit en
être arrondie & repliée fur le devant , &
au plus haut de la tête ( e ) .
Les Romains n'imitèrent les coëffures
militaires des Peuples de la Grece , que
dans leur magnificence. Ils les ornèrent
de panaches éclatans , qu'ils faifoient ,
plus ordinairement que les Grecs , de plu-
mes blanches. Lorfqu'ils les décoroient
de la triple aigrette , ils la furmontoient
de quelque figure emblêmatique. Tel
étoit , felon Virgile , le Gafque de Tur
nus une chimère vomiffant des flam-
mes s'élevoit fur le triple rang de plumes
dont l'armure du Prince étoit enrichie.
A l'égard des oreillettes , ces petites
plaques à charnières qui garantiffent
les tempes & les joues du foldat , elles
furent communes à tous les Peuples an-
ciens. Il paroît néanmoins que les Na
tons Septentrionales s'en font fervi plus
invariablement que les autres.
Lorfque les Militaires des premiers fié-
cles eurent éprouvé l'avantage d'avoir
(e)Tableaux tirés d'Homère , &c. Voy. Oba
fervat. fur le Costume , par M. le C. de Caylus ,
Fag.xliv, &fuiv,
Toba
JANVIER . 1764.
125
des coëffures de peaux de bêtes ; de ;
qu'ils eurent fenti que les moelleuſes cri-
nières de ces dépouilles , non-feulement,
les garantiffoient des plus vives impref-
fions de l'air , mais qu'elles amortiffoient
encore les coups les plus rudes de l'en-
nemi , ils ne tardèrent pas à fe vêtir de
la dépouille entière , à l'éxemple de nos
premiers Pères (f) , & l'employèrent à
mille ufages effentiels.
D'abord ils s'en firent uue efpèce de
mantelet , qui ne leur couvtoit que les
épaules. C'étoit l'ajuſtement des Tubi-
cines & des Trompettes. Ils s'en forme-
rent enfuite un manteau qui recouvroit
là
la portion du corps que le volume de la
dépouille pouvoit embraffer. Tel étoit
le vêtement des Porte-étendarts. Ils re-
nouoient les pattes de l'animal fur la poi-
trine & au-deffus de la ceinture. Par ce
moyen , ils n'avoient que le bas des cuif-
fes à découvert Cette forme de vête-
ment eft confignée dans plufieurs ba-
reliefs antiques. Elle eft auffi très- élé-
gamment retracée en la figure d'un Por-
te- enfeigne , dans le Triomphe de Jules-
Cefar , peint par André Mantinea ( g ) .
(£) Geneſe.
<
( g ) Cet Ouvrage, que l'on voit au Palais du
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
Ouvrage qui , par la quantité d'objets
du coftume dont il eft enrichi , mérite
bien de la confidération .
Les Grecs & les Romains ne donnoient
ces fourrures , qu'à certains Officiers mi-
litaires ; dans ces mêmes fiécles des Peu-
ples entiers ne s'habilloient pas autre-
ment en guerre. Herodotenous apprend,
que dans la fameuse expédition de
Xercès , les Cafpiens & les Paties
étoient vêtus de Saïes , faits de peaux
de bêtés fauvages ; les Lyciens fe cou-
vroient de peaux de chêvres ; les Thra-
ciens
étoient habillés de peaux de
renards & les Ethiopiens de peaux de
léopards & de lions.
Les Francs , après même la conquête,
des Gaules & au commencement de la
deuxiéme race de nos Rois , fe faifoient
une gloire & un devoir de conferver l'an-
cien habillement , fait de peaux de bêtes.
Au rapport d'Eginard ( h) , Charlema-
gne , ayant été informé que quelques
Seigneurs de fa Cour avoient pris des vê--
temens plus fomptueux , & propres au
Peuple vaincu , les en inculpa févére-
Duc de Mantoue , eft gravé en dix feuilles & ſe
vend à Rome , alla pace. Voy. feuille 8.
( b ): Vie de Charlemagne
150
JANVIER. 1764.
127
ment en plein Confeil , & les obligea de
reprendre les habits de la Nation Franc-
que victorieufe.
On n'eft pas étonné des moyens qu'a-
voient les Anciens de vêtir de peaux de
bêtes tous les foldats de plufieurs armées,
quand on fe rappelle les innombrables
reffources que leur fourniffoit la chaffe.
Exercice d'autant plus commun dans
ces temps , qu'il éroit abſolument néceſ-
faire , pour empêcher les bêtes fauvages
d'infefter les bois & les campagnes. Aux
profits de la chaffe , ils joignoient ceux
d'une quantité infinie de Sacrifices ,
d'Hécatombes divers , de cinq cens , de
mille victimes , qu'ils immoloient à leurs
Dieux , & dont les dépouilles étoient au
bénéfice des Sacrificateurs. Mais , ce que
l'on ne conçoit que difficilement , c'eſt
qu'il y ait eu des Peuples qui fe revê-
toient de dépouilles humaines .
Tels
étoient les Scythes. Ils écorchoient le
prifonnier de guerre , après en avoir hu-
mé le fang , s'habilloient de fa peau , &
mettoient la tête au faîte de leurs caba-
nes. Les Perfes fe faifoient honneur de
cruautés non moins horribles
témoin
le procédé d'un de leurs Rois , qui , vou-
lant donner l'éxemple de la plus grande
févérité , fit écorcher vifun Juge crimi-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
nel , ordonna qu'on recouvrit de fa dé-
pouille le fiége du Tribunal , & obligea
le fils du prévaricateur à rendre la Justice
affis fur la peau de fon pere. Ce trait ,
pris dans l'Hiftoire de Cambyfe , fe-
cond Roi de Perfe , & fils du grand Cy-
rus , fe trouve gravé dans l'Euvre de
Rubens.
Les mêmes fourrures d'animaux fau-
vages , qui prêtoient un caractère de
férocité aux foldats d'infanterie , don-
noient aux cavaliers un air de magnifi-
cence. Ceux - ci s'en formoient des houf.
fes , qui couvroient prèfque entièrement
le corps de leurs chevaux. Ils agraffoient
au poitrail la tête refendue , & y re-
nouoient les pattes antérieures de la dé-
pouille ; tandis que celles de derrière
voltigeantes fur les flancs & fur la'croupe
du courfier , ajoutoient à la richeffe de
la parure la vivacité de l'action. Quel
affortiment pittorefque ,
Meffieurs !
Qu'il eft favorable à nos Arts ! Tout ce
qui contribue au mouvement des objets
les rend intéreffans , leur communique
de l'efprit , & les difpofe aux effets de
lumière les plus heureux. D'ailleurs , quel
contrafte piquant n'occafionne point la
couleur propre d'une fourrure d'ours ,
de tigre , de lion , foit qu'on l'affortiffe.
a
e
e
B
JANVIER. 1764.
129
avec un courfier blanc , dont elle relève ,
l'éclat , foit qu'on l'oppofe à un cheval
del teinte brune , qu'elle fert à colorer !
Telle la peau du lion de Némée fait bril-
ler avec plus de vivacité le tendre colo-
ris d'Omphale ( i ) , & les tons vigoureux
du Héros qui file auprès d'elle ; tel auffi
le caractère nerveux , & le poil hériffé,
de l'animal qui dévore Milon ( 1 ) , font,
mieux fentir , dans les chairs du Croto-
niate , la force , le fentiment & le moë-
leux du naturel .
Les peaux de bêtes les plus communes,
furent employées à des ufages importans.
Didon fit fervir une peau de bœuf, cou-
pée par lanières , à tracer l'enceinte de
Carthage. Les Peuples de la Colchide ra-
maffoient avec des peaux de moutons le
fable d'or qui rouloit dans certains tor-
rens ( m ). Dans les fiéges des villes , les
deux armées fe fervoient de dépouilles ,
fraîchement écorchées , pour mettre ob-
ftacle aux attaques de l'ennemi. Les
affiégés tendoient des peaux de vaches
ou de moutons , trempées dans des li-
queurs fortes & acides , & enduites
(i ) Tableau de François le Moine , placé chez
M. B.
(1 ) Chef- d'œuvre de Pujet , à Verfailles.
(m )L'Abbé Banier , T. III. p. 237.
Fv
130 MERCURE DE FRANCE .
d'herbe marine , de mouffe , owdeлtesre
molle, pour rompre l'effet des traita,
des pierres } des feux lancés contrer les
ramparts & les tours ( n ). Les affiégeans
matelaffoient avec de pareilles fourrures
les guérites ou les foldats agitoient les
béliers militaires
ils en couvroient auffi
celles qui fervoient à fapper les murs.!
Ce fut fur une toifon de chevreau qué bé
Vainqueur des Madianites exigea & obe
tint un double miracle pour prouyer fas
Miffion , qui devoit procurer la délivrani
ce du Peuple de Dieu (o ). C'eft avec des
peaux de bêtes peu rares qu'alloient vêtus
le Maître d'Elifée,le Précurfeur du Meffie,
plufieurs Anachorettes de la Thébaïde
& quantité de Philofophés de l'Egypte ,
de la Grece & de Rome. Les peaux
moins communes , l'hermine ela mar-
thre , enrichiffoient les mantéaux des
Fézabel , des Thomiris , des Cleopatre , &
les Simarres des plus faftueux Souverains
du Nord & de l'Orient.
On diroit que les oifeaux même ayent
voulu participer au privilége de prêter
leurs dépouilles à l'utilité des Anciens.
Les peaux de grues fervirent aux Ethio-
piens Orientaux à couvrir leurs boucliers.
( n ) Chevalier Follard.
(o ) Gedeon. Jug.
JANVIER 1764
(q Ofiris.
131
Les plumes d'autruches & de hérons for-
mèrent , ainfi que nous l'avons obſervé ,
des aigrettes , des panaches aux Pirrhus
aux Céfars. Ajoutons que celles de la
pintade & du faifan couronnèrent le
bonnet des Lyciens. Ainfi celui de nos
Américains et aujourd'hui décoré des
plumès de la bluette & du courli (p ).
Un autre ufage auquel les dépouilles.
d'oifeaux furent employées , doit leur
valoir quelque confidération de la part
des Artistes. C'eft avec ces peaux que les
Anciens caractérifèrent des événemens .
de la Fable , des objets de la Nature , &
même des traits de Morale. La dépouille
d'un vautour, artiftement dégarnie de
quelques plumes , & groupée avec un
are , fous une maffue environnée de
flêches , défigna Prométhée délivré par
Hercule; celle d'un épervier , ayant fon
chef enté fur un corps humain , annon-
ça le plus grand Dieu des Egyptiens (4).
La peau d'un aigle, ingénieufement adap-
tée au bufte d'un jeune homme , repré-
fentoit l'Air. La Terre fur quelquefois in-
diquée par la dépouille d'une chouette ,
pofée fur un vafe de terre près d'un lion
enfin la dépouille du paon , foulée aux
( p ) Oifeaux de Amérique..
{
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
pieds d'un verrat , étoit l'image de la va-
nité humiliée ; & la peau du phénix, ajuſ-
tée autour d'un cercle , fut l'attribut de
l'immortalité. Idées heureufes que lesAn-
ciens nous ont fuggérées , & dont les
plus grands Peintres , & les Sculpteurs
Nota. Les divers ufages d'employer dans les
vêtemens , les peaux de bétes fauvages & d'oi-
feaux carnaciers , pour fe donner un air formida-
ble , fe fontperpétués jufqu'à nos derniers fiécles .
En parlant des Dellys , Nicolaï
*
rapporte que
ccs troupes légères qui combattent fous l'étendart
Mahometan , font vétues d'une camisole aſſez lon-
gues & de hauts- de-chauffe, très-larges ; le tout
fait de dépouilles de jeunes ours , dont le poil
eft en dehors. Le bonnet à la Polaque , quepor-
tent ces Croates , penche fur une épaule. Il eftfor-
mé d'unepeau de léopard , bien moucheté . Sur le
devant de cette coëffure eft attachée , en large , la
queue d'un aigle. Leur bouclier eft orné des deux
ailes de l'oifeau vorace. Elles font ouvertes & at-
tachées avec des clous d'or, de manière que toutes
les plumes préfentent comme autant de lances hé-
riffies contre l'ennemi,
Plufieurs Religieux Mahometans s'ajuftent avec
des fourrures de bêtes , pour ſe donner un airfin-
gulier. Les Calenders n'ontpour tout vêtement que
lapeau de quelque animal féroce , dont ilsfe cou-
vrent les épaules. Les Geomailers portent , en gui-
fe de manteau , une dépouille de lion ou de léo-
pard , qu'ils attachent devant la poitrine , en
y renouant les pattes antérieures de l'animal ; ils
* Voy. les voyages que cet Ecrivain a faits en
Turquie , p. 121 & 160.
JANVIER. 1764.
133
les plus fameux n'ont pas négligé de faire
un utile emploi.
Outre la deftination ordinaire des peaux
de bêtes , à fournir des vêtemens aux fol-
dats , des houffes aux cavaliers , des ar-
mes défenfives aux affiégés, ainfi qu'aux
affiégeans , & à former la parure carac-
tériſtique de divers perfonnages diftin-
gués , elles furent encore deſtinées à faire
des lits aux Héros , & à leur fervir de
fiéges. C'étoit fur de pareilles fourrures
étendues par terre , dit Homère , que les
Anciens couchoient. Sur ces peaux on
mettoit , pour les perfonnes de confidé-
ration , des étoffes de pourpre qui leur
fervoient de matelas ; fur ces étoffes de
beaux tapis , c'étoient leurs draps ; & fur
ces draps de riches couvertures. Les
peaux garnies de tout leur poil fervoient
de fommier contre l'humidité. C'eſt dans
cette vue que le Législateur des Hébreux
fit recouvrir tout le Tabernacle d'une
ajuftent à volonté les autres portions de la four-
rure ; mais ordinairement ils laiffent traîner la
queue par terre ; fe revêtent de peaux de mouton
& de chèvre, dont ils fe font des tuniques fans
manches & dont ils renouent les pattes à l'en-
droit de la ceinture. Ils accompagnent ce vêtement
d'un manteau fait de peau d'ours. Les Dervis
font vêtus à-peu-près de même.
134 MERCURE DE FRANCE.
troifiéme tenture faite de dépouilles d'a
nimaux (r).
Plufieurs Peuples , les Grecs même
tenoient des Perfes la coutume de s'af
feoir fur les peaux des bêtes les plus..
moelleufes . Les Spartiates , Peuple fier
auftère , ennemi de tout luxe , n'adop
terent point cet ufage. Dans la fameufe
entrevue d'Agefilas ( s ) & de Pharna-
bafe. ( t ) Celui-ci , voyant que le Géné
ral Spartiate s'afféyoit uniment par ter
re , s'affit de même , fans
égard aux
peaux très-douces & à longs poils, qu'on
avoit préparées. La fimplicité Spar-
tiate fit honte au fafte Perfan..
A la fatiété de jouir des biens utiles
fuccéde mille fois l'ambition de fe pro-
curer ceux qui font plus difficiles à
abtenir. Etre vêtus de dépouilles d'ani-
maux ordinaires devint un uſage trop
commun. On afpira à la prérogative
d'endoffer les peaux des bêtes les plus
rédoutables & l'on mit la plus grande
gloire à fe procurer celles dont la pof-
feffion étoit plus rare. Dans quels fiécles
cette manie n'a-t-elle pas affecté les
hommes les plus judicieux en appa-
rence ? De nos jours même , ne por-
( r ) Exode.
( s ) Général des Spartiates:
( t ) Commandant des Armées du Roi de Perfe
JANVIER 1764
18?
tons nous pas à l'excès un pareil luxo
en faifant éventerà grands frais , les
brebis d'Aftracanju ) pour arracher
de leurs entrailles des agneaux , à peine
formés , dont les toifans nous fervent
de parure.
Tant que les Anciens furent entichés
de cette prévention bifarre , ils n'efti
mèrent que médiocrement les dépouilles
des animaux, dont on pouvoit fe rendre
maitre fans danger & fans bravoure. Ils
les abandonnèrent aux Miniftres de leurs
Divinités Ce n'eft pas qu'on n'en cong
facrât dé très rares & de fort précieufes
au fervice des Temples. A Delphes , la
peau du ferpent Python recouvroit le
Trépied d'où la Prophéteffe d'Apollon
rendoit fes oracles. La fameufe toifon
du bélier qu'immola Phryxus , faifoit le
riche ornement du Temple que Mars
avoit à Colchos . Mais l'habit facerdotal
étoit fait ordinairement de fourrures les
plus fimples. Les peaux de faon fervirent
à vêtir les initiés aux myftères de Bace
chus ; celles de cabrit les Luperces ; cel
les de chevreuil les Faunes ; celles de bi
ches les Prêtreffes de Diane ; celles de
brebis les compagnes de Palès Les Bac
( u) Ville de la Mofcovie Afiat. dans la Tarta
rie , d'où viennent les ferues de peaux d'a-
gneaux, tirés forcément de venta, le lévéres,
136 MERCURE DE FRANCE.
chantes eurent feules le privilége de por
ter les peaux de panthères , qui défi-
gnoient & redoubloient tout-à-la-fois
leurs tranfports furieux . La dépouille
de l'animal confacré à Silène fut , ainfi
que celle du bouc & du tigre , prodiguée
dans les Orgies à tous les fuppôts de
,
Bacchus , pour défigner l'abrutiffement ,
l'intempérance & la cruauté où fouvent
l'yvreffe conduit. En vain des préjugés
du culte rendoient plufieurs de ces dé-
pouilles fufceptibles d'une forte de di-
gnité ; foit par refpect , foit par préven-
tion , les grands Guerriers affectèrent de
ne s'en point revêtir. Cependant les Ama-
zones s'en firent des plaftrons , à l'imita-
tion de Minerve dont l'Egide étoit re-
couvert de la chévre Amalthée.
' L'Abbé Guyon , Auteur de l'Hiftoire
des Amazones , après avoir fait mention
de leurs divers vêtemens , ajoute d'après
Quinte- Curce : » Mais quelque forme
qu'ils euffent , les uns & les autres
» étoient communément faits de la peau
» des bêtes que les Amazones tuoient à
» la chaffe. Ils étoient attachés fur l'é-
paule gauche , laiffant tout le côté
» droit à découvert , & ne defcendoient
» pas au-deffous du genou. Pag. 65.
On rechercha avec un très- grand foin
JANVIER. 1764.
137
les dépouilles des bêtes les plus furieufes
& les plus carnacières. Les Peuples fe
difputèrent la gloire d'en être poffeffeurs.
Ceux de la Colchide gardèrent avec vé-
nération la dépouille des taureaux domp-
tés, vaincus par Jafon ; ceux de Thébes
confervèrent long- temps dans un afyle
facré la dépouille du Sphinx dont Edipe
les délivra ; les Etoliens s'approprièrent
par la force des armes la peau du fanglier
que tua Méléagre (x ) .
Mais quelque grande que foit l'idée
que les Anciens attachoient à ces objets ,
de leur valeur & de leur fafte , les dé-
pouilles du lion eurent la préférence fur
toutes les autres . On fe fit plus d'hon-
neur à dompter le Roi des Animaux ;
quoique , fuivant la judicieuſe obſerva- >
tion d'un Littérateur , également re-
commandable par fon amour pour les
Lettres & pour les Arts ( y ) , il y ait des
bêtes fauvages plus dangereufes à com-
battre & plus difficile à vaincre que le
(x) Ily eut aufujet de cette dépouille une ba-
taille entre les Etoliens & les Curettes , qui fe don-
na fous les murs de Calydon. Voy. l'Ab Banier.
T. III. p . 352.
(y ) M. le Comte de Caylus , Amateur Hono-
raire de l'Acad. Roy. de Peint & de Sculpt. Mem-
bre de celle des Belles-Lett. & Infcriptions , &c.
138 MERCURE DE FRANCE.
lion. Le volume de fa peau , qui don-
noit la facilité de couvrir une grande
partie du corps, & de renouer commodé--
ment fes pattes fur la poitrine , fut fans
doute une des raifons de la prédilection
qu'on lui accorda.
Des motifs de préférence plus hono-
rables lui étoient refervés. Le lion fut
deftiné a être le fymbole de la puif-
fance fouveraine : les premiers Rois
d'Egypte n'avoient pas d'autre marque
extérieure de leur autorité. ( ) Difons
tout
le lion feul par un privilége
propre & exclufif , fut confacré au plus
noble des emplois ; à être l'attribut ca-
ractéristique de la valeur & de la ver-
tu. Les Héros ont adopté ce ſymbole
d'après l'exemple d'Hercule : les Sou
verains , les Nations , fe font fait gloire
de le fuivre. L'Empereur Commode
veut-il publier les prétentions , qu'il
croit avoir à l'immortalité ? Il ordon-
ne que fa ftatue foit parée de la dé-
pouille que portoit Alcide. Les Lacé-
démoniens veulent - ils
illuftrer leur
Chef, qui avoit défendu le paffage des
Thermopyles , à la tête de trois cens
Spartiates ? ils lui font ériger un mo-
(2) Rec. d'Antig. Tom. IIIpag. 620..
JANVIER 1764.
nument
9"
.
La dépouille du Lion jouit , àà
$39
où la figure d'un lion im-
mortalife la force & le courage de
l'intrépide Général .
cet
égard, du même droit que le lion même.
Elle eft , comme lui , l'emblême de
l'héroïfme. l'image noble , qu'elle pré-
fente , lui donne un jufte rapport avec
nos talens , dont la plus belle préro-
gative eft d'être mille fois confacrés à
éternifer les Héros. Quel avantage d'a-
voir fans ceffe à notre difpofition le
modèle de l'attribut de leurs vertus ?
N'on doutons pas , Meffieurs , cette
confidération infpira à M. le Comte
de Caylus le projet de tirer du fond
de l'Inde ce modèle rare , pour nous
en
gratifier.
3
*
L'intérêt des Arts
& le bien des Artiftes furent de tout
temps , l'objet du zéle de cet illuftre
Amateur. Puiffe- t- il être auffi fenfible
à notre vive reconnoiffance , que nous
le fommes à fes procédés généreux !
Nota. Dans l'Affemblée du
F
Décembre 17633
M. le Comte de Caylus fit préfent à l'Académie
dune magnifique peau de lion , qu'il a fait venir
des Indes. La Compagnie l'en remercia le même.
jour, & dépofa dans fes Regiftres le témoignage
de fa reconnoiffance. A l Affemblée fuivante , M.
Dandre Bardon fit lecture de ce petit Ouviage
Binfçu de l'illuftré Amateur.
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4375
p. 140
ADDITION envoyée après l'impression de l'Ouvrage.
Début :
A la page 119, lig. 25, où il est parlé des Etrusques, après ces mots : Stratagême [...]
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texteReconnaissance textuelle : ADDITION envoyée après l'impression de l'Ouvrage.
ADDITION envoyée après l'impression
de l'Ouvrage.
A la page 119, lig. 25, où il est parlé
des Etrusques, après ces mots : Stratagême
victorieux pour fe dégager de leurs
mains , ajoutezce quifuit.
Ces Peuples fe coëffoient auffi avec
des peaux de bêtes.
Virgile , parlant
d'Ornyte , ce vieux Chaffeur qui ofa dé-
fier Camille , Reine des Volfques , ra-
conte que le téméraire Etrurien n'avoit
les épaules couvertes que d'une peau
chées des dents très-blanches.
de
boeuf fans apprêt , & que fon cafque
étoit formé de la tête d'un loup qui'ou-
vroit la gueule , où étoient encore atta-
de l'Ouvrage.
A la page 119, lig. 25, où il est parlé
des Etrusques, après ces mots : Stratagême
victorieux pour fe dégager de leurs
mains , ajoutezce quifuit.
Ces Peuples fe coëffoient auffi avec
des peaux de bêtes.
Virgile , parlant
d'Ornyte , ce vieux Chaffeur qui ofa dé-
fier Camille , Reine des Volfques , ra-
conte que le téméraire Etrurien n'avoit
les épaules couvertes que d'une peau
chées des dents très-blanches.
de
boeuf fans apprêt , & que fon cafque
étoit formé de la tête d'un loup qui'ou-
vroit la gueule , où étoient encore atta-
Fermer
4376
p. 140-157
OBSERVATIONS SUR LE VER SOLITAIRE.
Début :
DANS le Mercure de France, mois de Décembre 1749, le sieur Borin, [...]
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texteReconnaissance textuelle : OBSERVATIONS SUR LE VER SOLITAIRE.
OBSERVATIONS SUR LE VER SOLITAIRE.
DANS le Mercure de France, mois
de Décembre 1749, le sieur Borin,
Maître de penfion de cette Ville , fit
inférer des obfervations fur le ver foli-
taire. Il étoit lui- même le fujet de ces
Obfervations , & fe cacha , je ne fçais
JANVIER. 1764.
141
pourquoi , fous le nom du fieur Lion.
On voit dans cette Ouvrage un peu
prolixe , une peinture vive des maux
que caufe cet infecte ; & on y admire
en même tems ce que peut l'induſtrie
lorfque la néceffité & une forte de dé-
fefpoir lui fervent d'aiguillon.
Le fieur Borin eft mort fans avoir pu
donner la fuite des Obfervations qu'il
avoit promiſes , & que deux lettres ve-
nues de Londres demandoient avec inf
tance. J'ai donc penfé qu'on appren-
droit avec plaifir le fort d'un homme
qui s'étoit avifé d'attaquer fon ennemi
avec des crochets de plomb , & dont
les tentatives avoient été courronnées
du fuccès.
Après avoir épuifés tous les Confeils
qu'il pût recevoir de vive voix ou par
écrit ; comme il étoit en état de fouiller
dans les livres de Médecine ; il mit
fucceffivement en ufage tous ceux dont
les livres tant anciens que modernes ,
lui fournirent l'indice.
Il fit enfuite le
voyage de Suiffe pour être traité par
deux Médecins de ce pays , chacun def-
quels prétendoit avoir un fpécifique affu-
ré pour l'expulfion du Ver folitaire. De.
la Suiffe il paffa dans les montagnès
d'Auvergne , où un Païfan , que le Pu
442 MERCURE DE FRANCE.
A
blic avoit fait Médecin , lui dit qu'il
étoit Hydropique , trompé apparemment
par l'étendue prodigieufe de fon ventre :
En conféquence le Paifan propofa la pon-
tion : il fit apporter , dit le fieur Borin ,
un grand bacquet :
il me perça le ven-
tre ; mais il ne vint pas d'eau. Il perça
une feconde fois : rien ne fortit. Il per-
ça une troisième , & tourna fon inftru-
་
ment entre la peau & la chair fans qu'il
fortît de l'eau. Le bruit que j'entendis
de la chair qui fe déchiroit me fit fré-
mir. Les affiftans qui m'avoient encou-
ragé jufques-là ne purent retenir leurs
larmes , & s'emporterent avec menaces
contre mon Auvergnac .
Tel eft le récit du malade que j'ai ſeu-
lement élagué. Il m'a montré la cica-
trice réſultante de cette opération ; & a
ajouté que l'inftrument dont fe fervit le
Païfan étoit un efpéce de couteau ; &
qu'heureuſement il n'avoit pas pénétré
dans le ventre.
Revenu à Lyon , & n'efperant plus
rien de lui - même ,
il erra le long des
bois , des hayes & des rivieres. Il effaya
toutes les plantes qui fe préfentérent
fans diftinction . Lorfqu'il en avoit man
gé quelqu'une , il écoutoit avec attens!
tion quelle impreffion elle feroit au Ver
US
" JANVIER. 1764.
folitaire
143
s'il le fentoit s'agiter ; cet aµ-
gure étoit à l'inftant faifi . Il faifoit am-
ple provifion de la même plante , & en
ufoit en quantité fous toute forte de
forme . Excedé enfin d'une infinité d'ef-
fais infructueux , & quelquefois dan-
gereux , il vint me confulter fur le pro-
jet qu'il avoit formé depuis long- tems
d'attraper fon Ver avec des crochets de
plomb. J'écoutai avec plaifir un hom-
me que fes recherches & fon expé-
rience avoit rendu très-fçavant fur fa
maladie & qui d'ailleurs faifoit de fa
fituation la peinture la plus vive & la
plus pittorefque. Il avoit fabriqué avec
du plomb des crochets parfaitement
femblables à un ancre à trois crampons.
Leurs pointes étoient mouffées& légére-
ment coudées en dedans. A l'anneau
quieft à l'extrêmité de la tige de l'ancre ,
il avoit attaché un fil de quatre pouces
de longueur. Ce fil traverſoit une bale
de plomb de moyen calibre. Il fe pro-
pofoit d'avaler la bale de plomb & en-
fuite le crochet à trois crampons , le-
quel feroit entrainé par le poids de la
bale. Il avoit pour efpérance que les
crampons accrocheroient le Ver , & que
le poids de la bale ainfi que celui du cro-
chet l'entraîneroient.
144 MERCURE DE FRANCE.
Quelques Médecins qu'il avoit déjà
confultés lui avoient fait craindre que
que ces crochets ne déchiraffent les in-
teftins en s'accrochant à leurs valvules :
mais je le raffurai là - deffus , en lui don-
nant une idée plus éxacte de la direc-
tion de ces valvules , & de leur fou-
pleffe. Il avala donc la bale & les cro-
chets. Ce qu'il a réitéré depuis un
grand nombre de fois fans le moindre
inconvénient, Si au bout de quelque-
tems , il ne voyoit point dans les felles
reparoître fon crochet , il en avaloit un
fecond , & quelques jours encore après
un troifiéme. Souvent à ces crochets il
a été obligé de joindre des bales de
plomb unies par une petite traverſe de
même métal en forme de boulets ramés ,
Enfin à l'aide des crochets ,
il a rendu
en différens tems près de trois aunes
de Ver. La totalité du plomb avalé
allant une fois à trois onces & demi ,
fon féjour dans les inteftins fut de trois
mois cependant il n'en reffentoit au-
cune incommodité. Seulement , lorfque
le Ver étoit accroché , il fe fentoit tout
bouleversé par les efforts de cet animal.
Il fe rompit enfin , & le plomb fortit
bientôt après , entraînant avec lui des
portions de Ver plus ou moins longues.
Dégoûté
is
JANVIER. 1764
145
: Dégoûté un jour de ces crochets ,
par la raifon feule , qu'après un séjour
de trois mois dans le ventre , ils étoient
fortis fans emmener avec eux aucune
portion de Ver , il imagina d'en avaler
un dans une telle direction que la tige
de l'ancre fût en haut ; fe propofant de
le retirer de l'ofophage par le moyen du
fil attaché à la tige comme le cable
l'eſt à l'ancre. Son objet étoit de faifir
la partie fupérieure du Ver. Il la fen-
toit en effet quelquefois remonter juſ
ques à la racine de la langue ; & il m'á
dit fouvent qu'il ne lui trouvoit en cette
partie que la groffeur d'un fil terminé
par un nœud.
Pour réuffir dans cette opération qui
lui donnoit quelques inquiétudes à caufe
de la fenfibilité de l'oefophage , il fal-
loit profiter du moment où la tête du Ver
feroit fenfiblement dans le gofier . Un
jour que l'irritation d'une Médecine
avoit fait remonter le Ver dans le go-
fier , de façon qu'il fembloit au mala-
de qu'il alloit être étanglé , il fe déter-.
mina malgré mon abfence à avaler fon.
crochet. Sa femme & fon neveu effrayés
des fuites l'abandonnerent malgré fes
inftances. Il retira néanmoins le crochet,
de la longueur d'un pouce. Une douleur
II. Vol.
G
146 MERCURE DE FRANCE.
aux dents auffi aiguë que fi on les lui eût
a rachées, fans que d'ailleurs l'oefophage
fit fenfiblement irrité & la crainte d'u-
ne défaillance ne lui permirent pas
d'en faire davantage. Il coupa le fil &
avala le crochet.
Il vint me voir quel-
ques heures après , & m'affùra que fi on
m'avoit appellé comme il l'avoit deman-
dé , il n'eût pas craint malgré la dou-
leur de retirer le crochet en entier.
. Cette tentative eut plus de fuccès qu'il
n'en avoit eſpéré. La partie effilée du
Ver , qu'on peut appeller fon col , s'em-
barraffa fans doute dans le crochet au-
cuel il avoit eu foin de faire des dents.
de fcie derriére les crampons. En effet ,
il rendit quelques jours après par les fel-
les , cette partie entraînée par les cro-
chets, avec environ trente aulnes de Ver.
Dépourvû d'un bon microfcope , je lui
confeillai d'avoir recours à M.Bourgelat,
ce Citoyen fi recommandable par fes
Ouvrages fur l'Hippiatrique, & par l'éta-
bliffement de l'Ecole Royale Vétérinai-
re. L'éxamen de cette partie ne montra à
M. Bourgelat qu'une efpéce de noeud.
garni d'un point noir & placé à l'extré-
mité d'un fil. M. Bourgelat conferve
encore ce fil dans fon cabinet.
Des reftes d'incommodité ayanr en-
JANVIER. 1764.
147
gagé le malade à fe purger quelques jours
après , il rendit encore quelques lam-
beaux de Vers vivans. C'en a été affez
pour empoifonner le refte de fes jours.
Perfuadé que fon Ver avoit des com-
pagnons , il n'a pas difcontinué de pren-
dre des remèdes , & en grand nombre
>
& étant tombé dans l'Hydropifie , il
me demanda expreffément d'ouvrir fon
corps après la mort , perfuadé que j'y
trouverois des Vers folitaires , quoiqu'il
n'en eût rendu aucun lambeau depuis
l'époque que je viens de citer. Epoque
qui avoit fix ans d'ancienneté. Je pro-
cédai donc à cette ouverture avec M.
Raft fils , Docteur en Médecine & aggré-
gé, & M. Faure , Docteur en Médecine
& Maître en Chirurgie ; mais les recher-
ches les plus éxactes & les plus étendues
ne montrerent aucune trace de Ver fo-
litaire.
Que penfera-t-on du dernier lam-
beau de Ver encor vivant rendu quel-
ques jours après l'opération du cro-
chet ? Ne peut-on pas le regarder com-
me un débri de celui dont la tête avoit
été fi heureufement entraînée ? Si le
lambeau a furvécu à la deftruction du
Ver dont il faifoit partie ; c'eft que ja-
mais ver ne fut plus vivace que celui là.
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
Un lambeau de deux aulnes ,. ayant été
mis par le malade fur une table , il s'y
promenoit encore plus de deux heures
après. Un des bouts du même lambeau
fut placé fur le bord d'une petite bou-
teille remplie d'eau chaude
il y entra
peu- à-peu tout entier. Le même bout.
ayant été remis fur le dehors de la bou-
teille ,
il s'y accrocha tellement que .
lorfqu'on voulut le tirer en ligne droite.
il fe caffa plutôt que de céder.
Je n'ai point vu ce dernier lambeau
rendu par le fieur Borin. Peut-être y.
aurois - je apperçu quelque régénération
de tête. Cette conjecture n'eft point
hazardée. Qui fe feroit imaginé , avant .
les Obfervations de l'illuftre Trembley ,
qu'un animal pût être coupé en mille
piéces , & que chacune de ces piéces
deviendroit en peu de temps un ani-
mal auffi complet que celui dont elle .
faifoit partie ? C'est cependant ce qu'a
appris la multiplication du Polipe d'eau
douce par bouture. Ily a plus , le fçavant.
M. Bonnet de Genêve a vû des Vers
d'eau douce coupés en plufieurs piéces
former bientôt autant de Vers parfaits
en tout point. Il a vû des Vers de terre.
coupés par moitié , repouffer une tête
d'un côté de la fection & une quene de.
l'autre. Pourquoi la même régénération
JANVIER. 1764.
de celle d'une épingle ordinaire
149
ne fe feroit-elle pas faite dans le lambeau
du Tonia reftant , fi l'effet du purga-
tif ne l'eût entrainé , foible encore &
hors de défenſe par fon état d'imperfec-
tion. Il n'y a point d'objection victo-
rieufe contre cette analogie ?
La longueur du Ver folitaire n'a point
de bornes déterminées. Le fieur Borin
affùroit en avoir rendu neuf cens aulnes
dans une feule année , & cette affertion
n'eſt point exagérée fi je dois en juger
par la quantité qu'il m'en a montrée en
différens temps , & plus encore par la di-
minution extraordinaire de fon ventre
pendant cette année.
Si ce reptile doit prendre chaque jour
une nourriture proportionnée à fon
étendue , les quatres petites ouvertures
ou fuçoirs que M. Bonnet a obfervées
à fa tête ,font-elles fuffifantes pour fu-
cer la quantité néceffaire d'alimens ? Cet-
te tête , qui n'excéde jamais la groffeur
préfumer que le tenia afpire fa nourri-
ture , finon en tout , du moins en gran-
de partie , par ce grand nombre de tra-
chées placées fous les annelures. Nourri-
ture qui n'a pas befoin d'amples prépara-
tions pour fournir à l'accroiffement de
Panimal; puifqu'elle eft extraite de la par-
Gij
fait
150 MERCURE DE FRANCE.
tie chileufe des alimens de l'hôte au dé
pens de qui il fe nourrit.
Cette opinion feroit commé démon-
trée par le grand appétit de ceux en qui
habite le Ver folitaire , fi , dans l'irrita-
tion continuelle des inteftins, par le mou-
vement vermiculaire du tænia , on ne
trouvoit une caufe irritante capable de
troubler l'ordre naturel des digeftions
& d'occafionner tous les fymptomes
concomitans .
Pour découvrir l'origine du tonia , il
eft inutile de fe promettre d'en rencon-
trer des traces , ou dans les eaux , ou fur
la furface de la terre. On ne trouve point
le gui de chêne dans les prés , fur les cô-
teaux , fur le bord des rivières , & c. Sa
femence emportée par les vents , fe loge
en différens endroits. Quelques arbres ,
comme le prunier , le poirier , lui offrent
fans peine des fucs propres à fon déve-
loppement ; tandis que fur le chêne elle
germe très-difficilement. Auffi le véri-
rable gui de chêne eft-il fi rare , que la
recherche de cette plante parafite étoit
chez les Druïdes nn acte folemnel de
religion. Cette raifon ne demande qu'à
être appliquée au toenia. Elle explique
pourquoi quelques animaux y font plus
fujets que d'autres, pourquoi les habitans
JANVIER. 1764.
du Nord & des pays aquatiques y font
plus expofés que ceux du Midi. On fçait
que les poiffons qui vivent dans les eaux ,
ainfi que les oifeaux de rivières , y font
fort fujets ; ainfi la boiffon eft le véhi -
cule le plus commun de la femence du
Ver folitaire .
LeTonia eft donc un animal vraiment
parafite , qu'on ne doit rencontrer que
dans le corps des autres animaux. Qu'on
apprécie à préfent l'obfervation fuivante
tirée du Magafin de Hambourg. Une
femme avoit rendu , par le moyen des
remèdes , un grand nombre de portions
de Vers folitaires. Son Médecin s'avifa
de chercher dans l'eau de puits la pépi-
nière de ces Vers. Il y trouva en effet
une portion de Tonia de la longeur de
deux paulmes de main , & un grand
nombre de lambeaux très-petits. Le re-
mède fut facile à trouver. Cette femme
ceffa de boire de l'eau , & dès-lors elle
ne fut plus incommodée par le Ver foli-
taire. Voilà , fans contredit , un remède
bien fimple contre un reptile qu'on fçait
échapper à l'action des remèdes les plus
violens.
Comment fe multiplie le Tonia, lorſ-
que fon éxiftence ifolée juftifie le nom
de Ver folitaire qu'on lui a donné ? Saus
Giv
152 MERCURE DE FRANCE..
doute , nos idées communes de l'anima
lité répugnent à la fécondité d'un animal
qui n'a pas été fécondé. Mais il s'en faut
de beaucoup que nous connoiffions tous
les poffibles en ce genre. Un puceron ,
renfermé avec foin , fit de petits puce-
rons ; ceux- ci féparés auffi-tôt , eurent
chacun une postérité. M. Bonner croyoit.
déja être fuffifamment affuré qu'il étoit
des êtres animés qui fe multiplioient par
eux-mêmes , lorfqu'on lui demanda ſi
une feconde & même une troifiéme gé-
nération n'auroit pas reçu la fécondation
de la première femelle de puceron qu'il
avoit renfermée avec un puceron mâle.
Il continua donc de féparer fes pucerons
de génération en génération jufques à la
onzième. Il fut ainfi convaincu que cet:
infecte , dont il a vu quelquefois l'accou-
plement , n'en multiploit pas moins fans .
cette allure ordinaire de l'animalité..
Il eſt inutile de preffer davantage des
parties qui s'accolent d'elles-mêmes ; il:
feroit encore fuperflu de les multiplier.
Ainfi le Tonia le plus folitaire dépofe
des œufs féconds ; ces œufs , échappés à
mille dangers , à caufe de leur petiteffe ,
& entraînés par mille hafards qu'on ne
fçauroit apprécier , éclofent enfin lorf-
qu'ils font parvenus dans quelque efta
:
JANVIER. 1764.
153
mach , dont la chaleur & les fucs font
analogues à leurs befoins. Mais cet ani-
mal , qui multiplie par des oeufs , peut
auffi multiplier par bouture , comme
nous l'avons fait obferver au fujet du
-Ver du Sieur Borin. Peut-être auffi mul-
tiplie-t-il par rejetton , à la manière des
polipes. Voyez la figure qui eft à la
page 268 du traité des Vers de M. Andry.
Elle difpofe à ce foupçon. J'ai encore
été tenté de prendre pour rejetton de:
vers folitaire , ces débris blancs en for-
me de grains de courge , que rendent
quelquefois avec les excrémens ceux
sen qui habite cet animal. L'opinion
qui les regarde , comme le dépôt fé-··
cal de l'infecte , n'explique pas pour--
quoi on ne trouve pas toujours & en
tout temps ces débris.
Combattons à préfent un préjugé
qu'accrédite l'épithète de folitaire don--
née au tænia , epithète qu'il faut bien
fe garder de prendre trop à la lettre
-& dont on ne connoît pas encore toute
l'étendue. J'ai vu en effet quelques per-
fonnes attaquées du tænia rendre avec
les excrémens de petits vers blancs.
de trois à quatre lignes de longueur , &
qui fe remuoient avec beaucoup d'agi--
lité. Comme ils en ont été quite auffi
G. v.
154 MERCURE DE FRANCE.
tôt que le tænia a été expulfé , je penfe
que ce font des œufs éclos des petits
tania , lefquels font enchaînés par les
matières fécales. En donnant le ſpécifi-
que contre le ver folitaire , fpécifique
qui ne tue que ce ver-là , j'ai vu ren-
dre par fon effet des vers longs appel-
lés ftrongles & qui étoient en vie.
Ces dernières obfervations ne dé-
mentent pas affez l'épithète de folitaire
fi on la borne à lui faire fignifier que
le tœnia eft feul de fon efpèce ; mais
il s'en faut de beaucoup que cet état
de folitude foit conftant. La veuve du
Docteur Nouter , Médecin Suiffe , de
laquelle j'ai acquis le fpécifique dont
je
Viens de parler , découvert par feu
fon époux , m'a dit qu'il n'étoit pas .
rare de voir rendre par l'effet de ce
reméde deux & quelquefois trois tænia ;
mais elle ne vit qu'avec furprife le fait
fuivant qui fe paffa fous fes yeux le 4
Janvier 1763 , & fous ceux de M. Brun,
Docteur Aggrégé au Collège des Méde-
cins de Lyon : le voici. Dès le lendemain
de l'acquifition de ce reméde , je le
donnai pour premier effai à un Sei-
gneur Ruffe qui avoit fait à Montpel-
lier un féjour de plufieurs mois fous le
nom de Philofophe. Le feul produit
JANVIER. 1764.
ce grand nombre de vers ;
155
d'un grand nombre de remédes qu'on
lui avoit prefcrits , avoit été de faire
fortir plufieurs lambeaux de tænia . Il
prit le ſpécifique à fept heures du matin .
M. Brun , avec qui il avoit lié connoif-
fance à Montpellier , lui tint affiduement
compagnie. A dix heures il fe mit fur
le fiége & y refta jufqu'à onze , ren-
dant une fuite continuelle de vers. Leur
nombre , débrouillé & compté par les
têtes , fe trouva monter à vingt- un ,
·
tous à peu près de la même largeur
mais de longueur différente , depuis
demi aulne jufqu'à deux. Le malade
ne fut aucunement fatigué. Il dina de
bon appetit ; alla le même jour au Spec .
tacle , & partit après un jour de repos.
Sa fanté n'avoit jamais beaucoup foul-
fert de la préſence d'un fi grand nombre
de vers. L'incommodité la plus grande
confiftoit dans des étourdiffemens avec
perte de connoiffance , mais fans con-
vulfions
il en revenoit comme d'un
affoupiffement.
Qu'un feul tænia caffé & recaffé ait
produit par rejettons de ces débris
qu'ils fe
foient multipliés par bouture à la ma-
nière des polipes d'eau douce ou que
les œufs du tænia aient été , ainfi que
G vj
56 MERCURE DE FRANCE.
ceux du puceron ifolé , affez féconds
pour cette multiplication ; il n'y a rien
là qui ne trouve des exemples avérés dans
de vers , parce qu'ils ont trouvé dans
propres à leur accroiffement , voilà à
Il n'y a fans doute que les eaux du
à
l'hiftoire des infectes. Que plufieurs-
œufs de tania avalés en une ou plu-
fieurs fois , aient fourni cette pépinière ·
les inteftins une chaleur & des fucs
mon avis l'opinion la plus vraisemblable..
Nord qui foient fi abondantes en œufs
de toenia. Un jeune homme qui foup-..
çonnoit avoir été affailli en Suiffe par-
le ver folitaire , ne voulut point s'en
débarraffer ayant encore un voyage à
faire en ce pays. Il m'affura s'y être
trouvé le douziéme d'une table de vingt
couverts, attaqué d'un ver folitaire. Ob-
fervons néanmoins qu'un tel recit fait :
par un malade voyageur , annonce fans :
doute par fa nature l'ordre de quel-.
que réduction.
A quoi bon le Ver folitaire ? Cette
queftion n'eft point frivole. Rien ne fut
fait en vain , difoit un malade prétendu
Philofophe ; & fi cet animal héberge
chez moi plutôt que chez un autre , c'eſt
apparemment pour de bonnes raifons.
Les maux qu'il me donne en éloignent
JANVIER 1764
157°
de plus fâcheux . Mais les caufes finales
ne font-elles pas toutes autant d'énig-
mes ? Et avant qu'on en ait trouvé le-
mot , faudra- t-il ne point donner de
vermifuges aux enfans que les vers font
quelquefois périr ? Faudra- t-il ne pas fe
garantir de tant d'infectes qui vivent à
nos dépens ? L'expérience de tous les
pays ne dit-elle pas affez haut , que ces
hôtes incommodes , à qui nous fourniſ--
fons la pâture , & qui font différens en
différens climats , ne fçauroient en au--
cune façon concourir à notre bien-être ?
Par M. P....., Docteur en Médecine,
ancien Chir. en chef du G. H. D. de L.
DANS le Mercure de France, mois
de Décembre 1749, le sieur Borin,
Maître de penfion de cette Ville , fit
inférer des obfervations fur le ver foli-
taire. Il étoit lui- même le fujet de ces
Obfervations , & fe cacha , je ne fçais
JANVIER. 1764.
141
pourquoi , fous le nom du fieur Lion.
On voit dans cette Ouvrage un peu
prolixe , une peinture vive des maux
que caufe cet infecte ; & on y admire
en même tems ce que peut l'induſtrie
lorfque la néceffité & une forte de dé-
fefpoir lui fervent d'aiguillon.
Le fieur Borin eft mort fans avoir pu
donner la fuite des Obfervations qu'il
avoit promiſes , & que deux lettres ve-
nues de Londres demandoient avec inf
tance. J'ai donc penfé qu'on appren-
droit avec plaifir le fort d'un homme
qui s'étoit avifé d'attaquer fon ennemi
avec des crochets de plomb , & dont
les tentatives avoient été courronnées
du fuccès.
Après avoir épuifés tous les Confeils
qu'il pût recevoir de vive voix ou par
écrit ; comme il étoit en état de fouiller
dans les livres de Médecine ; il mit
fucceffivement en ufage tous ceux dont
les livres tant anciens que modernes ,
lui fournirent l'indice.
Il fit enfuite le
voyage de Suiffe pour être traité par
deux Médecins de ce pays , chacun def-
quels prétendoit avoir un fpécifique affu-
ré pour l'expulfion du Ver folitaire. De.
la Suiffe il paffa dans les montagnès
d'Auvergne , où un Païfan , que le Pu
442 MERCURE DE FRANCE.
A
blic avoit fait Médecin , lui dit qu'il
étoit Hydropique , trompé apparemment
par l'étendue prodigieufe de fon ventre :
En conféquence le Paifan propofa la pon-
tion : il fit apporter , dit le fieur Borin ,
un grand bacquet :
il me perça le ven-
tre ; mais il ne vint pas d'eau. Il perça
une feconde fois : rien ne fortit. Il per-
ça une troisième , & tourna fon inftru-
་
ment entre la peau & la chair fans qu'il
fortît de l'eau. Le bruit que j'entendis
de la chair qui fe déchiroit me fit fré-
mir. Les affiftans qui m'avoient encou-
ragé jufques-là ne purent retenir leurs
larmes , & s'emporterent avec menaces
contre mon Auvergnac .
Tel eft le récit du malade que j'ai ſeu-
lement élagué. Il m'a montré la cica-
trice réſultante de cette opération ; & a
ajouté que l'inftrument dont fe fervit le
Païfan étoit un efpéce de couteau ; &
qu'heureuſement il n'avoit pas pénétré
dans le ventre.
Revenu à Lyon , & n'efperant plus
rien de lui - même ,
il erra le long des
bois , des hayes & des rivieres. Il effaya
toutes les plantes qui fe préfentérent
fans diftinction . Lorfqu'il en avoit man
gé quelqu'une , il écoutoit avec attens!
tion quelle impreffion elle feroit au Ver
US
" JANVIER. 1764.
folitaire
143
s'il le fentoit s'agiter ; cet aµ-
gure étoit à l'inftant faifi . Il faifoit am-
ple provifion de la même plante , & en
ufoit en quantité fous toute forte de
forme . Excedé enfin d'une infinité d'ef-
fais infructueux , & quelquefois dan-
gereux , il vint me confulter fur le pro-
jet qu'il avoit formé depuis long- tems
d'attraper fon Ver avec des crochets de
plomb. J'écoutai avec plaifir un hom-
me que fes recherches & fon expé-
rience avoit rendu très-fçavant fur fa
maladie & qui d'ailleurs faifoit de fa
fituation la peinture la plus vive & la
plus pittorefque. Il avoit fabriqué avec
du plomb des crochets parfaitement
femblables à un ancre à trois crampons.
Leurs pointes étoient mouffées& légére-
ment coudées en dedans. A l'anneau
quieft à l'extrêmité de la tige de l'ancre ,
il avoit attaché un fil de quatre pouces
de longueur. Ce fil traverſoit une bale
de plomb de moyen calibre. Il fe pro-
pofoit d'avaler la bale de plomb & en-
fuite le crochet à trois crampons , le-
quel feroit entrainé par le poids de la
bale. Il avoit pour efpérance que les
crampons accrocheroient le Ver , & que
le poids de la bale ainfi que celui du cro-
chet l'entraîneroient.
144 MERCURE DE FRANCE.
Quelques Médecins qu'il avoit déjà
confultés lui avoient fait craindre que
que ces crochets ne déchiraffent les in-
teftins en s'accrochant à leurs valvules :
mais je le raffurai là - deffus , en lui don-
nant une idée plus éxacte de la direc-
tion de ces valvules , & de leur fou-
pleffe. Il avala donc la bale & les cro-
chets. Ce qu'il a réitéré depuis un
grand nombre de fois fans le moindre
inconvénient, Si au bout de quelque-
tems , il ne voyoit point dans les felles
reparoître fon crochet , il en avaloit un
fecond , & quelques jours encore après
un troifiéme. Souvent à ces crochets il
a été obligé de joindre des bales de
plomb unies par une petite traverſe de
même métal en forme de boulets ramés ,
Enfin à l'aide des crochets ,
il a rendu
en différens tems près de trois aunes
de Ver. La totalité du plomb avalé
allant une fois à trois onces & demi ,
fon féjour dans les inteftins fut de trois
mois cependant il n'en reffentoit au-
cune incommodité. Seulement , lorfque
le Ver étoit accroché , il fe fentoit tout
bouleversé par les efforts de cet animal.
Il fe rompit enfin , & le plomb fortit
bientôt après , entraînant avec lui des
portions de Ver plus ou moins longues.
Dégoûté
is
JANVIER. 1764
145
: Dégoûté un jour de ces crochets ,
par la raifon feule , qu'après un séjour
de trois mois dans le ventre , ils étoient
fortis fans emmener avec eux aucune
portion de Ver , il imagina d'en avaler
un dans une telle direction que la tige
de l'ancre fût en haut ; fe propofant de
le retirer de l'ofophage par le moyen du
fil attaché à la tige comme le cable
l'eſt à l'ancre. Son objet étoit de faifir
la partie fupérieure du Ver. Il la fen-
toit en effet quelquefois remonter juſ
ques à la racine de la langue ; & il m'á
dit fouvent qu'il ne lui trouvoit en cette
partie que la groffeur d'un fil terminé
par un nœud.
Pour réuffir dans cette opération qui
lui donnoit quelques inquiétudes à caufe
de la fenfibilité de l'oefophage , il fal-
loit profiter du moment où la tête du Ver
feroit fenfiblement dans le gofier . Un
jour que l'irritation d'une Médecine
avoit fait remonter le Ver dans le go-
fier , de façon qu'il fembloit au mala-
de qu'il alloit être étanglé , il fe déter-.
mina malgré mon abfence à avaler fon.
crochet. Sa femme & fon neveu effrayés
des fuites l'abandonnerent malgré fes
inftances. Il retira néanmoins le crochet,
de la longueur d'un pouce. Une douleur
II. Vol.
G
146 MERCURE DE FRANCE.
aux dents auffi aiguë que fi on les lui eût
a rachées, fans que d'ailleurs l'oefophage
fit fenfiblement irrité & la crainte d'u-
ne défaillance ne lui permirent pas
d'en faire davantage. Il coupa le fil &
avala le crochet.
Il vint me voir quel-
ques heures après , & m'affùra que fi on
m'avoit appellé comme il l'avoit deman-
dé , il n'eût pas craint malgré la dou-
leur de retirer le crochet en entier.
. Cette tentative eut plus de fuccès qu'il
n'en avoit eſpéré. La partie effilée du
Ver , qu'on peut appeller fon col , s'em-
barraffa fans doute dans le crochet au-
cuel il avoit eu foin de faire des dents.
de fcie derriére les crampons. En effet ,
il rendit quelques jours après par les fel-
les , cette partie entraînée par les cro-
chets, avec environ trente aulnes de Ver.
Dépourvû d'un bon microfcope , je lui
confeillai d'avoir recours à M.Bourgelat,
ce Citoyen fi recommandable par fes
Ouvrages fur l'Hippiatrique, & par l'éta-
bliffement de l'Ecole Royale Vétérinai-
re. L'éxamen de cette partie ne montra à
M. Bourgelat qu'une efpéce de noeud.
garni d'un point noir & placé à l'extré-
mité d'un fil. M. Bourgelat conferve
encore ce fil dans fon cabinet.
Des reftes d'incommodité ayanr en-
JANVIER. 1764.
147
gagé le malade à fe purger quelques jours
après , il rendit encore quelques lam-
beaux de Vers vivans. C'en a été affez
pour empoifonner le refte de fes jours.
Perfuadé que fon Ver avoit des com-
pagnons , il n'a pas difcontinué de pren-
dre des remèdes , & en grand nombre
>
& étant tombé dans l'Hydropifie , il
me demanda expreffément d'ouvrir fon
corps après la mort , perfuadé que j'y
trouverois des Vers folitaires , quoiqu'il
n'en eût rendu aucun lambeau depuis
l'époque que je viens de citer. Epoque
qui avoit fix ans d'ancienneté. Je pro-
cédai donc à cette ouverture avec M.
Raft fils , Docteur en Médecine & aggré-
gé, & M. Faure , Docteur en Médecine
& Maître en Chirurgie ; mais les recher-
ches les plus éxactes & les plus étendues
ne montrerent aucune trace de Ver fo-
litaire.
Que penfera-t-on du dernier lam-
beau de Ver encor vivant rendu quel-
ques jours après l'opération du cro-
chet ? Ne peut-on pas le regarder com-
me un débri de celui dont la tête avoit
été fi heureufement entraînée ? Si le
lambeau a furvécu à la deftruction du
Ver dont il faifoit partie ; c'eft que ja-
mais ver ne fut plus vivace que celui là.
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
Un lambeau de deux aulnes ,. ayant été
mis par le malade fur une table , il s'y
promenoit encore plus de deux heures
après. Un des bouts du même lambeau
fut placé fur le bord d'une petite bou-
teille remplie d'eau chaude
il y entra
peu- à-peu tout entier. Le même bout.
ayant été remis fur le dehors de la bou-
teille ,
il s'y accrocha tellement que .
lorfqu'on voulut le tirer en ligne droite.
il fe caffa plutôt que de céder.
Je n'ai point vu ce dernier lambeau
rendu par le fieur Borin. Peut-être y.
aurois - je apperçu quelque régénération
de tête. Cette conjecture n'eft point
hazardée. Qui fe feroit imaginé , avant .
les Obfervations de l'illuftre Trembley ,
qu'un animal pût être coupé en mille
piéces , & que chacune de ces piéces
deviendroit en peu de temps un ani-
mal auffi complet que celui dont elle .
faifoit partie ? C'est cependant ce qu'a
appris la multiplication du Polipe d'eau
douce par bouture. Ily a plus , le fçavant.
M. Bonnet de Genêve a vû des Vers
d'eau douce coupés en plufieurs piéces
former bientôt autant de Vers parfaits
en tout point. Il a vû des Vers de terre.
coupés par moitié , repouffer une tête
d'un côté de la fection & une quene de.
l'autre. Pourquoi la même régénération
JANVIER. 1764.
de celle d'une épingle ordinaire
149
ne fe feroit-elle pas faite dans le lambeau
du Tonia reftant , fi l'effet du purga-
tif ne l'eût entrainé , foible encore &
hors de défenſe par fon état d'imperfec-
tion. Il n'y a point d'objection victo-
rieufe contre cette analogie ?
La longueur du Ver folitaire n'a point
de bornes déterminées. Le fieur Borin
affùroit en avoir rendu neuf cens aulnes
dans une feule année , & cette affertion
n'eſt point exagérée fi je dois en juger
par la quantité qu'il m'en a montrée en
différens temps , & plus encore par la di-
minution extraordinaire de fon ventre
pendant cette année.
Si ce reptile doit prendre chaque jour
une nourriture proportionnée à fon
étendue , les quatres petites ouvertures
ou fuçoirs que M. Bonnet a obfervées
à fa tête ,font-elles fuffifantes pour fu-
cer la quantité néceffaire d'alimens ? Cet-
te tête , qui n'excéde jamais la groffeur
préfumer que le tenia afpire fa nourri-
ture , finon en tout , du moins en gran-
de partie , par ce grand nombre de tra-
chées placées fous les annelures. Nourri-
ture qui n'a pas befoin d'amples prépara-
tions pour fournir à l'accroiffement de
Panimal; puifqu'elle eft extraite de la par-
Gij
fait
150 MERCURE DE FRANCE.
tie chileufe des alimens de l'hôte au dé
pens de qui il fe nourrit.
Cette opinion feroit commé démon-
trée par le grand appétit de ceux en qui
habite le Ver folitaire , fi , dans l'irrita-
tion continuelle des inteftins, par le mou-
vement vermiculaire du tænia , on ne
trouvoit une caufe irritante capable de
troubler l'ordre naturel des digeftions
& d'occafionner tous les fymptomes
concomitans .
Pour découvrir l'origine du tonia , il
eft inutile de fe promettre d'en rencon-
trer des traces , ou dans les eaux , ou fur
la furface de la terre. On ne trouve point
le gui de chêne dans les prés , fur les cô-
teaux , fur le bord des rivières , & c. Sa
femence emportée par les vents , fe loge
en différens endroits. Quelques arbres ,
comme le prunier , le poirier , lui offrent
fans peine des fucs propres à fon déve-
loppement ; tandis que fur le chêne elle
germe très-difficilement. Auffi le véri-
rable gui de chêne eft-il fi rare , que la
recherche de cette plante parafite étoit
chez les Druïdes nn acte folemnel de
religion. Cette raifon ne demande qu'à
être appliquée au toenia. Elle explique
pourquoi quelques animaux y font plus
fujets que d'autres, pourquoi les habitans
JANVIER. 1764.
du Nord & des pays aquatiques y font
plus expofés que ceux du Midi. On fçait
que les poiffons qui vivent dans les eaux ,
ainfi que les oifeaux de rivières , y font
fort fujets ; ainfi la boiffon eft le véhi -
cule le plus commun de la femence du
Ver folitaire .
LeTonia eft donc un animal vraiment
parafite , qu'on ne doit rencontrer que
dans le corps des autres animaux. Qu'on
apprécie à préfent l'obfervation fuivante
tirée du Magafin de Hambourg. Une
femme avoit rendu , par le moyen des
remèdes , un grand nombre de portions
de Vers folitaires. Son Médecin s'avifa
de chercher dans l'eau de puits la pépi-
nière de ces Vers. Il y trouva en effet
une portion de Tonia de la longeur de
deux paulmes de main , & un grand
nombre de lambeaux très-petits. Le re-
mède fut facile à trouver. Cette femme
ceffa de boire de l'eau , & dès-lors elle
ne fut plus incommodée par le Ver foli-
taire. Voilà , fans contredit , un remède
bien fimple contre un reptile qu'on fçait
échapper à l'action des remèdes les plus
violens.
Comment fe multiplie le Tonia, lorſ-
que fon éxiftence ifolée juftifie le nom
de Ver folitaire qu'on lui a donné ? Saus
Giv
152 MERCURE DE FRANCE..
doute , nos idées communes de l'anima
lité répugnent à la fécondité d'un animal
qui n'a pas été fécondé. Mais il s'en faut
de beaucoup que nous connoiffions tous
les poffibles en ce genre. Un puceron ,
renfermé avec foin , fit de petits puce-
rons ; ceux- ci féparés auffi-tôt , eurent
chacun une postérité. M. Bonner croyoit.
déja être fuffifamment affuré qu'il étoit
des êtres animés qui fe multiplioient par
eux-mêmes , lorfqu'on lui demanda ſi
une feconde & même une troifiéme gé-
nération n'auroit pas reçu la fécondation
de la première femelle de puceron qu'il
avoit renfermée avec un puceron mâle.
Il continua donc de féparer fes pucerons
de génération en génération jufques à la
onzième. Il fut ainfi convaincu que cet:
infecte , dont il a vu quelquefois l'accou-
plement , n'en multiploit pas moins fans .
cette allure ordinaire de l'animalité..
Il eſt inutile de preffer davantage des
parties qui s'accolent d'elles-mêmes ; il:
feroit encore fuperflu de les multiplier.
Ainfi le Tonia le plus folitaire dépofe
des œufs féconds ; ces œufs , échappés à
mille dangers , à caufe de leur petiteffe ,
& entraînés par mille hafards qu'on ne
fçauroit apprécier , éclofent enfin lorf-
qu'ils font parvenus dans quelque efta
:
JANVIER. 1764.
153
mach , dont la chaleur & les fucs font
analogues à leurs befoins. Mais cet ani-
mal , qui multiplie par des oeufs , peut
auffi multiplier par bouture , comme
nous l'avons fait obferver au fujet du
-Ver du Sieur Borin. Peut-être auffi mul-
tiplie-t-il par rejetton , à la manière des
polipes. Voyez la figure qui eft à la
page 268 du traité des Vers de M. Andry.
Elle difpofe à ce foupçon. J'ai encore
été tenté de prendre pour rejetton de:
vers folitaire , ces débris blancs en for-
me de grains de courge , que rendent
quelquefois avec les excrémens ceux
sen qui habite cet animal. L'opinion
qui les regarde , comme le dépôt fé-··
cal de l'infecte , n'explique pas pour--
quoi on ne trouve pas toujours & en
tout temps ces débris.
Combattons à préfent un préjugé
qu'accrédite l'épithète de folitaire don--
née au tænia , epithète qu'il faut bien
fe garder de prendre trop à la lettre
-& dont on ne connoît pas encore toute
l'étendue. J'ai vu en effet quelques per-
fonnes attaquées du tænia rendre avec
les excrémens de petits vers blancs.
de trois à quatre lignes de longueur , &
qui fe remuoient avec beaucoup d'agi--
lité. Comme ils en ont été quite auffi
G. v.
154 MERCURE DE FRANCE.
tôt que le tænia a été expulfé , je penfe
que ce font des œufs éclos des petits
tania , lefquels font enchaînés par les
matières fécales. En donnant le ſpécifi-
que contre le ver folitaire , fpécifique
qui ne tue que ce ver-là , j'ai vu ren-
dre par fon effet des vers longs appel-
lés ftrongles & qui étoient en vie.
Ces dernières obfervations ne dé-
mentent pas affez l'épithète de folitaire
fi on la borne à lui faire fignifier que
le tœnia eft feul de fon efpèce ; mais
il s'en faut de beaucoup que cet état
de folitude foit conftant. La veuve du
Docteur Nouter , Médecin Suiffe , de
laquelle j'ai acquis le fpécifique dont
je
Viens de parler , découvert par feu
fon époux , m'a dit qu'il n'étoit pas .
rare de voir rendre par l'effet de ce
reméde deux & quelquefois trois tænia ;
mais elle ne vit qu'avec furprife le fait
fuivant qui fe paffa fous fes yeux le 4
Janvier 1763 , & fous ceux de M. Brun,
Docteur Aggrégé au Collège des Méde-
cins de Lyon : le voici. Dès le lendemain
de l'acquifition de ce reméde , je le
donnai pour premier effai à un Sei-
gneur Ruffe qui avoit fait à Montpel-
lier un féjour de plufieurs mois fous le
nom de Philofophe. Le feul produit
JANVIER. 1764.
ce grand nombre de vers ;
155
d'un grand nombre de remédes qu'on
lui avoit prefcrits , avoit été de faire
fortir plufieurs lambeaux de tænia . Il
prit le ſpécifique à fept heures du matin .
M. Brun , avec qui il avoit lié connoif-
fance à Montpellier , lui tint affiduement
compagnie. A dix heures il fe mit fur
le fiége & y refta jufqu'à onze , ren-
dant une fuite continuelle de vers. Leur
nombre , débrouillé & compté par les
têtes , fe trouva monter à vingt- un ,
·
tous à peu près de la même largeur
mais de longueur différente , depuis
demi aulne jufqu'à deux. Le malade
ne fut aucunement fatigué. Il dina de
bon appetit ; alla le même jour au Spec .
tacle , & partit après un jour de repos.
Sa fanté n'avoit jamais beaucoup foul-
fert de la préſence d'un fi grand nombre
de vers. L'incommodité la plus grande
confiftoit dans des étourdiffemens avec
perte de connoiffance , mais fans con-
vulfions
il en revenoit comme d'un
affoupiffement.
Qu'un feul tænia caffé & recaffé ait
produit par rejettons de ces débris
qu'ils fe
foient multipliés par bouture à la ma-
nière des polipes d'eau douce ou que
les œufs du tænia aient été , ainfi que
G vj
56 MERCURE DE FRANCE.
ceux du puceron ifolé , affez féconds
pour cette multiplication ; il n'y a rien
là qui ne trouve des exemples avérés dans
de vers , parce qu'ils ont trouvé dans
propres à leur accroiffement , voilà à
Il n'y a fans doute que les eaux du
à
l'hiftoire des infectes. Que plufieurs-
œufs de tania avalés en une ou plu-
fieurs fois , aient fourni cette pépinière ·
les inteftins une chaleur & des fucs
mon avis l'opinion la plus vraisemblable..
Nord qui foient fi abondantes en œufs
de toenia. Un jeune homme qui foup-..
çonnoit avoir été affailli en Suiffe par-
le ver folitaire , ne voulut point s'en
débarraffer ayant encore un voyage à
faire en ce pays. Il m'affura s'y être
trouvé le douziéme d'une table de vingt
couverts, attaqué d'un ver folitaire. Ob-
fervons néanmoins qu'un tel recit fait :
par un malade voyageur , annonce fans :
doute par fa nature l'ordre de quel-.
que réduction.
A quoi bon le Ver folitaire ? Cette
queftion n'eft point frivole. Rien ne fut
fait en vain , difoit un malade prétendu
Philofophe ; & fi cet animal héberge
chez moi plutôt que chez un autre , c'eſt
apparemment pour de bonnes raifons.
Les maux qu'il me donne en éloignent
JANVIER 1764
157°
de plus fâcheux . Mais les caufes finales
ne font-elles pas toutes autant d'énig-
mes ? Et avant qu'on en ait trouvé le-
mot , faudra- t-il ne point donner de
vermifuges aux enfans que les vers font
quelquefois périr ? Faudra- t-il ne pas fe
garantir de tant d'infectes qui vivent à
nos dépens ? L'expérience de tous les
pays ne dit-elle pas affez haut , que ces
hôtes incommodes , à qui nous fourniſ--
fons la pâture , & qui font différens en
différens climats , ne fçauroient en au--
cune façon concourir à notre bien-être ?
Par M. P....., Docteur en Médecine,
ancien Chir. en chef du G. H. D. de L.
Fermer
4377
p. 157-167
SUPPLÉMENT à l'Article des Nouvelles Littéraires. ANNONCES DE LIVRES.
Début :
ESSAI critique sur l'Etat présent de la République des Lettres, par M. l'Abbé [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Article des Nouvelles Littéraires. ANNONCES DE LIVRES.
SUPPLÉMENT à l'Article des Nouvelles
Littéraires.
ANNONCES DE LIVRES.
ESSAI critique sur l'Etat présent de la
République des Lettres, par M. l'Abbé
le Franc de Pompignan , aujourd'hui
Evêque du Puy. Nouvelle Edition . Pe-
tite brochure in- 12 , petit format , dont
on trouve des Exemplaires chez Chau
bert ,Libraire, rue du Hurepoix , près le
158 MERCURE DE FRANCE .
quai des Auguftins , 1764. Cet Ecrit a
été compofé il y a environ 24 ans , &
parut imprimé pour la première fois dans
les Recueils de l'Académie de Montau-
ban. On y voit ce que M. de Pompignan
penfoit de la Littérature Françoife , &
du goût qui régnoit en France dans le
temps qu'il écrivoit.
ABRÉGÉ chronologique de l'Hiftoire
générale d'Italie , depuis la chute de
l'Empire Romain en Occident ; c'eſt-à-
dire , depuis l'an 476 de l'Ere Chrétien-
ne, jufqu'au Traité d'Aix- la- Chapelle
en 1748 ; par M. de Saint - Marc , de
l'Académie de la Rochelle ; tome fe-
cond , ou feconde partie du tome pre-
mier , depuis l'an 840jufqu'à l'an 1027 ;
à Paris , chez Jean-Thomas Hériffant ,
Imprimeur ordinaire du Roi , des Cabi-
net & Maifon de Sa Majefté , rue S. Jac-
ques , à S. Paul & à S. Hilaire ; avec ap-
probation & Privilége du Roi , 1763.
Nous avons annoncé dans le temps la
première partie de cet Ouvrage , qui
n'eft point entièrement modelé fur celui
de M. le Préfident Hainault. Il n'auroit
pas fuffi , pour des Lecteurs François à
qui l'Hiftoire d'Italie n'eft pas auffi con-
nue que la nôtre , de rappeller en peu de
JANVIER. 1764.
159
mots les principaux événemens. M. de
Saint-Marc , ayant à conduire fes Lec-
teurs dans des routes peu battues , s'eft
appliqué à les leur applanir : il détaille
donc,jufqu'à un certain point, les événe→
mens , & les préfente avec leurs caufes
& leurs fuites.
DISCOURS de M. d'Açarcq, de la So-
ciété Littéraire d'Arras , pour fa récep-
tion à l'Académie Royale des Belles-
Lettres de la Rochelle ; à Amfterdam ,
1763 , brochure in- 8°. Ce Difcours eft
la première partie d'un Ouvrage que
l'Auteur médite , & qui doit avoir pour
titre , la Balance philofophique . Cette
première partie eft un Effaifur les Idées.
ALMANACH des Centenaires , ou du-
rée de la Vie humaine au-delà de cent
ans , démontrée par des éxemples fans
nombre , tant anciens que modernes ;
avec le Calendrier de l'année 1764. Se-
cond Supplément , avec cette Epigra
phe : Sic vivite juvenes , utfenes ;fenes
ut feniores fiatis. A Paris , chez A. M.
Lottin , Libraire & Imprimeur de M. le
Duc de Berry , rue S. Jacques , près S.
Yves , au Coq , 1764 ; avec approbation
& permiffion , in-16. Voici la troiſième
160 MERCURE DE FRANCE.
annéé que ce petit Almanach paroît. On
continue de prier ceux qui pourrontjuf-
tifier leur qualité de Centenaire , d'en-
voyer leurs noms écrits bien lifiblement
pour être cités dans l'Almanach de l'an-
née prochaine. On trouve chez le même
Libraire les deux premières parties de cet.
Ouvrage..
LE TRIOMPHE du Beau-Séxe , ou Ca
lendrier des Dames Illuftres,contenant les
Eloges hiftoriques des Dames qui fe font:
diftinguées par leur politique , leur atta-
chement pour leurs époux , leur courage,.
leur chasteté & leur efprit ; enrichi de
Chanfons nouvelles fur les plus beaux .
Airs connus ; à Paris , chez Grange &
Dufour, au Cabinet Littéraire , Pont:
Notre-Dame , près la Pompe ; & chez
Manier , dans S. Jean de Latran ; in-32-
On ne doit pas confondre cet Almanach
avec les Etrennes aux Dames , qui fe
vendent chez Mufier. Le deffein en eft
différent. Celui de Mufier contient une
notice des Femmes qui fe font diſtin-
guées dans les Belles- Lettres ; & leur:
Eloge hiftorique.
Campagne de M. le Maréchal de
Créquy, en Lorraine & en Alface., en
JANVIER. 1764.
161
1677 , rédigée par M. Carlet de la Ro-
ziére , Chevalier de l'Ordre Royal & Mi-
litaire de S. Louis , Capitaine réformé de
Dragons , & ci-devant Aide - Maréchal
Général des Logis de l'Armée du Haut-
Rhin ; avec cette Epigraphe : Sæpius:
enim penuria , quam pugna , confumit
exercitum ; &ferrofæviorfames eft. Veg..
lib. 3 , cap. 3. à Paris , 1764. Volume
petit in-8 . Nous rendrons un compte
détaillé de cet Ouvrage utile aux Gens
de Guerre.
MAGASIN hiftorique pour l'Efprit &
le Cœur; à Strasbourg, chez J. Godefroy-
Bauer , Libraire , & fe trouve à Paris ,.
chez Durand neveu , Libraire , rue S.
Jacques , à la Sageffe ; 1764 , 2 volum..
in-12 ; prix 2. liv. 8 f. brochés. Cette
double Brochure renferme . trois cens
traits historiques très-connus pour la plu--
part , & dont nous croyons pouvoir nous
difpenfer d'entretenir nos lecteurs . L'Au--
teur de cette Collection nous apprend
qu'il ne l'a entreprise que pour ceux qui
s'appliquent à l'étude des Langues Fran-
çoife & Allemande ; & , pour cet effet ,
on a eu foin de publier en même temps.
une Traduction Allemande de cet Ou-
vrage ; elle fe trouve chez le même
Libraire..
162 MERCURE DE FRANCE.
OBSERVATIONS fur les Principes de
l'Harmonie , occafionnées par quelques
Ecrits modernes fur ce fujet , & particu
lièrement par l'Article FONDAMENTAL
de M. d'Alembert , dans l'Encyclopédie ;
le Traité de Théorie Muficale de M. Tar
tini , & le Guide Harmonique de M. Ge-
miniani ; par M. J. A. Serra ; avec cette
Epigraphe
Amant alterna camenæ ; à
Genève, chez Henri- Albert Goſſe & Jean
Goffe , Libraires & Imprimeurs ; 1763.
Brochure in-8°. Ce Livre divifé en trois
parties , contient , 1 °. des Réflexions fur
divers points de Théorie Muficale traités
dans l'Encyclopédie par M. d'Alembert ;
2º. une Analyſe critique de l'Ouvrage
de M. Tartini ; 3 ° . des Réfléxions criti-
ques fur l'Ecrit de M. Gemeniani.
TRAITÉ des Odeurs , fuite du Traité
de la Diſtilation , par M. de Jean , Difti-
lateur ; à Paris chez Nyon , à l'Occafion,
chez Guillyn , au Lys d'or , chez Sau-
grain , le jeune , à la Fleurs-de-lys , Quai
des Auguftins , du côté du Pont faint
Michel , 1764 , avec Approbation &
Privilége du Roi , un vol . in
-
12. prix
2 livres. Dans fon Traité de la Diftila-
tion , M. de Jean avoit donné une partie
des parfums, les huiles effentielles, quel-
ques eaux d'odeurs fpiritueufes & fimples,
JANVIER. 1764.
163
Ces différens objets entroient naturel-
lement dans cette feconde partie que
l'Auteur continue fur le même plan ,
pour rendre complet fon premier Ou-
vrage.
AVIS très-important au Public , fur
differentes espèces de Corps & de Botti-
nes d'une nouvelle invention , par le
Sr. d'Offémont , Maître & Marchand
Tailleur de corps de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , rue de la Verrerie
,
vis-à-vis l'Eglife de faint Merry , à côté
du Coq-lié de perles , au coin de la rue
faint Bon , au fecond fur le devant ; à
Paris , chez le Prieur , rue faint Jac-
ques , 1763. Cet avis important que
l'Auteur diftribue gratuitement , paroît
déjà depuis plufieurs années , & ap
prend aux lecteurs de quel avantage
peuvent être les Corps & Bottines de
M. d'Offémont.
》』 》
ECOLE de Littérature , tirée de nos
meilleurs Ecrivains ; à Paris chez Ba-
buty , fils , Libraire , Quai des Auguf-
tins , entre les rues Gille- Coeur & Pavée,
à l'Etoile , & chez Brocas & Humblot
rue faint Jacques , au - deffus de la rue
des Mathurins , au Chef S. Jean ; 1764,
164 MERCURE DE FRANCE.
avec Approbation & Privilége du Roi ;
2 vol. in 12. Prix 2 livres 10 fols brc
ché , 3 liv. relié. M. Duclos a dit dans fes
Confidérations fur les Mœurs , que le
plus grand fervice que les Académies
puffent
rendre aux Lettres
9
aux
Sciences & aux Arts , étoit de faire des
méthodes , & de tracer des routes qui
épargnaffent du travail & des erreurs ,.
& qui conduififfent à la vérité par les
voyes les plus courtes & les plus fûres.
M. de la Chalotais , dans fon plan d'é-
tude pour la jeuneffe , cite les mêmes
paroles de M. Duclos , & forme les mê-
mes vœux dans le cours de fon
ouvrage.
Les Sociétés littéraire n'ont point encore
éxécuté ce projet , & peut- être en feront
elles difpenfées quand elles auront vû
cette Ecole de Littérature composée ex-
actement d'après l'idée de M. Duclos ,
& le plan de M: de la Chalotais : ce font
en effet , non pas des Sociétés littérai-
res , mais tout ce que nous avons eu
d'Ecrivains diftingués , ou de célébres
Académiciens , qui ont fourni le fond
de cet ouvrage , le plus utile que nous
ayons en ce genre , & fur lequel nous
feront obligés de revenir plus d'une fois.
Nous dirons feulement aujourd'hui que
depuis l'impromptu jufqu'au poëme
épique, depuis lé dialogue jufqu'au fer-
JANVIER 1764
165
mon, depuis le conte jufqu'à l'hiftoire
générale , il n'y a point de genre de lit-
térature qui ne trouve ici des précéptes
fournis par les plus grands Maitres ;
non feulement pour juger de ces dif
ferens ouvrages, mais pour en compofer
avec fuccès.
APPEL aux Sçavans & aux Gens de
Lettres , au fujet de la Bibliographie
inftructive. Brochure in-8°. 1764. On
apprend dans cet écrit , que le Sr Debure
Libraire , Auteur d'un Catalogue des
Livres les plus curieux & les plus rares,
ayant effuyé plufieurs critiques fur cet
Ouvrage , s'eft cru enfin obligé d'y ré-
pondre , & il en appelle aux Sçavans &
aux Gens de Lettres qu'il prend pour-
Juges entre lui & fes Adverfaires.
L'OFFICIER Partifan ; par M. de
S. Geniés , Chevalier de l'Ordre Mili-
taire de S. Louis , & Commandant de
Bataillon ; à Paris , chez Mufier , Li-
braire , quai des Auguftins , & chez
Panckoucke , Libraire , rue de la Co-,
médie Françoife ; 1763 , avec approba-
tion & privilége du Roi , 1 vol. in 12.
3
C'est une feconde édition revue & cor-
rigée , & confidérablement augmentée
166 MERCURE DE FRANCE,
par l'Auteur. La première parut en
1754. Cet Ouvrage eft connu , & on
l'a traduit en plufieurs langues. On en
promet inceffamment un fecond volu-
me dont nous rendrons compte dans
le temps.
DISSSERTATION fur la petite Vérole
& l'Inoculation ; Londres , 1763. Bro-
chure in-12 , dont la première partie
prouve que la petite vérole n'eft pas
dangereufe ; & la feconde donne les
moyens de prévenir les dommages qu'-
elle fait à la beauté,
RÉPONSE à une des principales ob-
jections qu'on oppoſe maintenant aux
Partifans de l'Inoculation de la petite
vérole ; feuille in- 12.
NOUVEAUX éclairciffemens fur l'i-
noculation de la petite vérole , pour.
fervir de réponse à un écrit de M. Raft,
Médecin à Lyon ; Brochure in- 12.
LETTRE de Barnevelt dans fa priſon,
à Truman fon ami , précédée d'une Let-
tre de l'Auteur, In-8° . Paris , 1764.
Chez Sébastien Jorry , Imprimeur- Li-
braire, rue & vis-à-vis la Comédie Fran-
goife.
JANVIER. 1764.
1.67
Les âmes fenfibles peuvent feules ap-
précier tout le mérite de cet Ouvrage ,
dont nous nous propofons de rendre
compte dans le Mercure prochain. On
peut d'ailleurs le regarder comme un
petit chef- d'œuvre d'impreffion.
Littéraires.
ANNONCES DE LIVRES.
ESSAI critique sur l'Etat présent de la
République des Lettres, par M. l'Abbé
le Franc de Pompignan , aujourd'hui
Evêque du Puy. Nouvelle Edition . Pe-
tite brochure in- 12 , petit format , dont
on trouve des Exemplaires chez Chau
bert ,Libraire, rue du Hurepoix , près le
158 MERCURE DE FRANCE .
quai des Auguftins , 1764. Cet Ecrit a
été compofé il y a environ 24 ans , &
parut imprimé pour la première fois dans
les Recueils de l'Académie de Montau-
ban. On y voit ce que M. de Pompignan
penfoit de la Littérature Françoife , &
du goût qui régnoit en France dans le
temps qu'il écrivoit.
ABRÉGÉ chronologique de l'Hiftoire
générale d'Italie , depuis la chute de
l'Empire Romain en Occident ; c'eſt-à-
dire , depuis l'an 476 de l'Ere Chrétien-
ne, jufqu'au Traité d'Aix- la- Chapelle
en 1748 ; par M. de Saint - Marc , de
l'Académie de la Rochelle ; tome fe-
cond , ou feconde partie du tome pre-
mier , depuis l'an 840jufqu'à l'an 1027 ;
à Paris , chez Jean-Thomas Hériffant ,
Imprimeur ordinaire du Roi , des Cabi-
net & Maifon de Sa Majefté , rue S. Jac-
ques , à S. Paul & à S. Hilaire ; avec ap-
probation & Privilége du Roi , 1763.
Nous avons annoncé dans le temps la
première partie de cet Ouvrage , qui
n'eft point entièrement modelé fur celui
de M. le Préfident Hainault. Il n'auroit
pas fuffi , pour des Lecteurs François à
qui l'Hiftoire d'Italie n'eft pas auffi con-
nue que la nôtre , de rappeller en peu de
JANVIER. 1764.
159
mots les principaux événemens. M. de
Saint-Marc , ayant à conduire fes Lec-
teurs dans des routes peu battues , s'eft
appliqué à les leur applanir : il détaille
donc,jufqu'à un certain point, les événe→
mens , & les préfente avec leurs caufes
& leurs fuites.
DISCOURS de M. d'Açarcq, de la So-
ciété Littéraire d'Arras , pour fa récep-
tion à l'Académie Royale des Belles-
Lettres de la Rochelle ; à Amfterdam ,
1763 , brochure in- 8°. Ce Difcours eft
la première partie d'un Ouvrage que
l'Auteur médite , & qui doit avoir pour
titre , la Balance philofophique . Cette
première partie eft un Effaifur les Idées.
ALMANACH des Centenaires , ou du-
rée de la Vie humaine au-delà de cent
ans , démontrée par des éxemples fans
nombre , tant anciens que modernes ;
avec le Calendrier de l'année 1764. Se-
cond Supplément , avec cette Epigra
phe : Sic vivite juvenes , utfenes ;fenes
ut feniores fiatis. A Paris , chez A. M.
Lottin , Libraire & Imprimeur de M. le
Duc de Berry , rue S. Jacques , près S.
Yves , au Coq , 1764 ; avec approbation
& permiffion , in-16. Voici la troiſième
160 MERCURE DE FRANCE.
annéé que ce petit Almanach paroît. On
continue de prier ceux qui pourrontjuf-
tifier leur qualité de Centenaire , d'en-
voyer leurs noms écrits bien lifiblement
pour être cités dans l'Almanach de l'an-
née prochaine. On trouve chez le même
Libraire les deux premières parties de cet.
Ouvrage..
LE TRIOMPHE du Beau-Séxe , ou Ca
lendrier des Dames Illuftres,contenant les
Eloges hiftoriques des Dames qui fe font:
diftinguées par leur politique , leur atta-
chement pour leurs époux , leur courage,.
leur chasteté & leur efprit ; enrichi de
Chanfons nouvelles fur les plus beaux .
Airs connus ; à Paris , chez Grange &
Dufour, au Cabinet Littéraire , Pont:
Notre-Dame , près la Pompe ; & chez
Manier , dans S. Jean de Latran ; in-32-
On ne doit pas confondre cet Almanach
avec les Etrennes aux Dames , qui fe
vendent chez Mufier. Le deffein en eft
différent. Celui de Mufier contient une
notice des Femmes qui fe font diſtin-
guées dans les Belles- Lettres ; & leur:
Eloge hiftorique.
Campagne de M. le Maréchal de
Créquy, en Lorraine & en Alface., en
JANVIER. 1764.
161
1677 , rédigée par M. Carlet de la Ro-
ziére , Chevalier de l'Ordre Royal & Mi-
litaire de S. Louis , Capitaine réformé de
Dragons , & ci-devant Aide - Maréchal
Général des Logis de l'Armée du Haut-
Rhin ; avec cette Epigraphe : Sæpius:
enim penuria , quam pugna , confumit
exercitum ; &ferrofæviorfames eft. Veg..
lib. 3 , cap. 3. à Paris , 1764. Volume
petit in-8 . Nous rendrons un compte
détaillé de cet Ouvrage utile aux Gens
de Guerre.
MAGASIN hiftorique pour l'Efprit &
le Cœur; à Strasbourg, chez J. Godefroy-
Bauer , Libraire , & fe trouve à Paris ,.
chez Durand neveu , Libraire , rue S.
Jacques , à la Sageffe ; 1764 , 2 volum..
in-12 ; prix 2. liv. 8 f. brochés. Cette
double Brochure renferme . trois cens
traits historiques très-connus pour la plu--
part , & dont nous croyons pouvoir nous
difpenfer d'entretenir nos lecteurs . L'Au--
teur de cette Collection nous apprend
qu'il ne l'a entreprise que pour ceux qui
s'appliquent à l'étude des Langues Fran-
çoife & Allemande ; & , pour cet effet ,
on a eu foin de publier en même temps.
une Traduction Allemande de cet Ou-
vrage ; elle fe trouve chez le même
Libraire..
162 MERCURE DE FRANCE.
OBSERVATIONS fur les Principes de
l'Harmonie , occafionnées par quelques
Ecrits modernes fur ce fujet , & particu
lièrement par l'Article FONDAMENTAL
de M. d'Alembert , dans l'Encyclopédie ;
le Traité de Théorie Muficale de M. Tar
tini , & le Guide Harmonique de M. Ge-
miniani ; par M. J. A. Serra ; avec cette
Epigraphe
Amant alterna camenæ ; à
Genève, chez Henri- Albert Goſſe & Jean
Goffe , Libraires & Imprimeurs ; 1763.
Brochure in-8°. Ce Livre divifé en trois
parties , contient , 1 °. des Réflexions fur
divers points de Théorie Muficale traités
dans l'Encyclopédie par M. d'Alembert ;
2º. une Analyſe critique de l'Ouvrage
de M. Tartini ; 3 ° . des Réfléxions criti-
ques fur l'Ecrit de M. Gemeniani.
TRAITÉ des Odeurs , fuite du Traité
de la Diſtilation , par M. de Jean , Difti-
lateur ; à Paris chez Nyon , à l'Occafion,
chez Guillyn , au Lys d'or , chez Sau-
grain , le jeune , à la Fleurs-de-lys , Quai
des Auguftins , du côté du Pont faint
Michel , 1764 , avec Approbation &
Privilége du Roi , un vol . in
-
12. prix
2 livres. Dans fon Traité de la Diftila-
tion , M. de Jean avoit donné une partie
des parfums, les huiles effentielles, quel-
ques eaux d'odeurs fpiritueufes & fimples,
JANVIER. 1764.
163
Ces différens objets entroient naturel-
lement dans cette feconde partie que
l'Auteur continue fur le même plan ,
pour rendre complet fon premier Ou-
vrage.
AVIS très-important au Public , fur
differentes espèces de Corps & de Botti-
nes d'une nouvelle invention , par le
Sr. d'Offémont , Maître & Marchand
Tailleur de corps de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , rue de la Verrerie
,
vis-à-vis l'Eglife de faint Merry , à côté
du Coq-lié de perles , au coin de la rue
faint Bon , au fecond fur le devant ; à
Paris , chez le Prieur , rue faint Jac-
ques , 1763. Cet avis important que
l'Auteur diftribue gratuitement , paroît
déjà depuis plufieurs années , & ap
prend aux lecteurs de quel avantage
peuvent être les Corps & Bottines de
M. d'Offémont.
》』 》
ECOLE de Littérature , tirée de nos
meilleurs Ecrivains ; à Paris chez Ba-
buty , fils , Libraire , Quai des Auguf-
tins , entre les rues Gille- Coeur & Pavée,
à l'Etoile , & chez Brocas & Humblot
rue faint Jacques , au - deffus de la rue
des Mathurins , au Chef S. Jean ; 1764,
164 MERCURE DE FRANCE.
avec Approbation & Privilége du Roi ;
2 vol. in 12. Prix 2 livres 10 fols brc
ché , 3 liv. relié. M. Duclos a dit dans fes
Confidérations fur les Mœurs , que le
plus grand fervice que les Académies
puffent
rendre aux Lettres
9
aux
Sciences & aux Arts , étoit de faire des
méthodes , & de tracer des routes qui
épargnaffent du travail & des erreurs ,.
& qui conduififfent à la vérité par les
voyes les plus courtes & les plus fûres.
M. de la Chalotais , dans fon plan d'é-
tude pour la jeuneffe , cite les mêmes
paroles de M. Duclos , & forme les mê-
mes vœux dans le cours de fon
ouvrage.
Les Sociétés littéraire n'ont point encore
éxécuté ce projet , & peut- être en feront
elles difpenfées quand elles auront vû
cette Ecole de Littérature composée ex-
actement d'après l'idée de M. Duclos ,
& le plan de M: de la Chalotais : ce font
en effet , non pas des Sociétés littérai-
res , mais tout ce que nous avons eu
d'Ecrivains diftingués , ou de célébres
Académiciens , qui ont fourni le fond
de cet ouvrage , le plus utile que nous
ayons en ce genre , & fur lequel nous
feront obligés de revenir plus d'une fois.
Nous dirons feulement aujourd'hui que
depuis l'impromptu jufqu'au poëme
épique, depuis lé dialogue jufqu'au fer-
JANVIER 1764
165
mon, depuis le conte jufqu'à l'hiftoire
générale , il n'y a point de genre de lit-
térature qui ne trouve ici des précéptes
fournis par les plus grands Maitres ;
non feulement pour juger de ces dif
ferens ouvrages, mais pour en compofer
avec fuccès.
APPEL aux Sçavans & aux Gens de
Lettres , au fujet de la Bibliographie
inftructive. Brochure in-8°. 1764. On
apprend dans cet écrit , que le Sr Debure
Libraire , Auteur d'un Catalogue des
Livres les plus curieux & les plus rares,
ayant effuyé plufieurs critiques fur cet
Ouvrage , s'eft cru enfin obligé d'y ré-
pondre , & il en appelle aux Sçavans &
aux Gens de Lettres qu'il prend pour-
Juges entre lui & fes Adverfaires.
L'OFFICIER Partifan ; par M. de
S. Geniés , Chevalier de l'Ordre Mili-
taire de S. Louis , & Commandant de
Bataillon ; à Paris , chez Mufier , Li-
braire , quai des Auguftins , & chez
Panckoucke , Libraire , rue de la Co-,
médie Françoife ; 1763 , avec approba-
tion & privilége du Roi , 1 vol. in 12.
3
C'est une feconde édition revue & cor-
rigée , & confidérablement augmentée
166 MERCURE DE FRANCE,
par l'Auteur. La première parut en
1754. Cet Ouvrage eft connu , & on
l'a traduit en plufieurs langues. On en
promet inceffamment un fecond volu-
me dont nous rendrons compte dans
le temps.
DISSSERTATION fur la petite Vérole
& l'Inoculation ; Londres , 1763. Bro-
chure in-12 , dont la première partie
prouve que la petite vérole n'eft pas
dangereufe ; & la feconde donne les
moyens de prévenir les dommages qu'-
elle fait à la beauté,
RÉPONSE à une des principales ob-
jections qu'on oppoſe maintenant aux
Partifans de l'Inoculation de la petite
vérole ; feuille in- 12.
NOUVEAUX éclairciffemens fur l'i-
noculation de la petite vérole , pour.
fervir de réponse à un écrit de M. Raft,
Médecin à Lyon ; Brochure in- 12.
LETTRE de Barnevelt dans fa priſon,
à Truman fon ami , précédée d'une Let-
tre de l'Auteur, In-8° . Paris , 1764.
Chez Sébastien Jorry , Imprimeur- Li-
braire, rue & vis-à-vis la Comédie Fran-
goife.
JANVIER. 1764.
1.67
Les âmes fenfibles peuvent feules ap-
précier tout le mérite de cet Ouvrage ,
dont nous nous propofons de rendre
compte dans le Mercure prochain. On
peut d'ailleurs le regarder comme un
petit chef- d'œuvre d'impreffion.
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4378
p. 167-169
GRAVURE.
Début :
TABLEAU généalogique & chronologique de la Maison Royale de FRANCE, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
TABLEAU généalogique & chronologique
de la Maison Royale de FRANCE,
dédié à Mgr LE COMTE D'AR-
TOIS , par M. Clabault. Gravé en 8
feuilles , grand Colombier , fe vend à
Paris , chez l'Auteur , rue du Petit-Pont ,
près le petit Châtelet , dans la porte
cochère , entre un Marchand Papetier
& un Marchand Chapelier.
Cet Ouvrage plein de recherches in-
téreffantes , eft très- bien exécuté de la
part du Graveur. On en trouve l'ana-
lyfe chez Aug. Mart. Lottin l'aîné
168 MERCURE DE FRANCE.
Imprimeur-Libraire de Mgr le DUC DE
BERRY , rue S. Jacques , près S. Yves ,
au Coq. Brochure in- 8°.
ON diftribue actuellement avec fuc-
cès chez le fieur BASAN , Graveur
rue du Foin S. Jacques à Paris les 2
vol. in-fol. forme d'Atlas , qui compo-
fent l'Ouvrage connu fous le nom du
Cabinet de Crozat qui depuis plufieurs
années étoit devenu rare faute d'être
imprimé.
Ces deux vol. contiennent
182 Eftampes gravées à grands frais &
par les foins de M. Crozat , d'après les
plus beaux Tableaux des plus grands
Maîtres Italiens , qui font en France
dans les cabinets du Roi , du Duc d'Or-
léans , & c. A la tête de chaque volume
il y a une defcription de chaque Ef-
tampe qui le compofe. Les Graveurs
qui ont été employés à cet Ouvrage
ont été & font encore les plus habiles
de ce fiécle , tels que les Chereau , Du-
change , l'Epicié , Desplaces , Larmeſ-
fin , Simoneau , Tardieu , Vallée , Ver-
meulen , Dupuis , le Bas , Ravenet
&c. &c.
Le fieur Bafan aujourd'hui poffef-
feur defi.tes Planches , n'a rien ménagé,
pour la perfection de l'Ouvrage tant
pour
JANVIER. 1764.
pour l'impreffion que le papier ;
fur celui de Colombier
169
il le
vend en feuilles imprimé fur le papier
de grand Aigle fin 192 liv. & 160 liv.
Il eft auffi poffeffeur des 118 Plan
ches qui compofent le volume , connu
fous le nom du Cabinet d'Aguilles , le-
quel étoit auffi devenu rare faute d'ê
tre imprimé ; il vient de l'être avec
foin & fe diftribue auffi chez ledit Sr
pour 90 liv. en feuilles , imprimé fur
le papier de grand aigle fin & 72 liv.
fur celui de Colombier. On trouve
chez le fieur Bafan un affortiment gé-
néral d'Eſtampes anciennes & moder
nes tant Etrangères que Françoifes . II.
vient de mettre en vente une Eftampe
nouvelle d'après Poters , d'après le Sr
Charpentier , dont le Sujet eft une Tem-
pêre . Elle eft d'un très-grand effet , &
foigneufement exécutée.
ro f.
TABLEAU généalogique & chronologique
de la Maison Royale de FRANCE,
dédié à Mgr LE COMTE D'AR-
TOIS , par M. Clabault. Gravé en 8
feuilles , grand Colombier , fe vend à
Paris , chez l'Auteur , rue du Petit-Pont ,
près le petit Châtelet , dans la porte
cochère , entre un Marchand Papetier
& un Marchand Chapelier.
Cet Ouvrage plein de recherches in-
téreffantes , eft très- bien exécuté de la
part du Graveur. On en trouve l'ana-
lyfe chez Aug. Mart. Lottin l'aîné
168 MERCURE DE FRANCE.
Imprimeur-Libraire de Mgr le DUC DE
BERRY , rue S. Jacques , près S. Yves ,
au Coq. Brochure in- 8°.
ON diftribue actuellement avec fuc-
cès chez le fieur BASAN , Graveur
rue du Foin S. Jacques à Paris les 2
vol. in-fol. forme d'Atlas , qui compo-
fent l'Ouvrage connu fous le nom du
Cabinet de Crozat qui depuis plufieurs
années étoit devenu rare faute d'être
imprimé.
Ces deux vol. contiennent
182 Eftampes gravées à grands frais &
par les foins de M. Crozat , d'après les
plus beaux Tableaux des plus grands
Maîtres Italiens , qui font en France
dans les cabinets du Roi , du Duc d'Or-
léans , & c. A la tête de chaque volume
il y a une defcription de chaque Ef-
tampe qui le compofe. Les Graveurs
qui ont été employés à cet Ouvrage
ont été & font encore les plus habiles
de ce fiécle , tels que les Chereau , Du-
change , l'Epicié , Desplaces , Larmeſ-
fin , Simoneau , Tardieu , Vallée , Ver-
meulen , Dupuis , le Bas , Ravenet
&c. &c.
Le fieur Bafan aujourd'hui poffef-
feur defi.tes Planches , n'a rien ménagé,
pour la perfection de l'Ouvrage tant
pour
JANVIER. 1764.
pour l'impreffion que le papier ;
fur celui de Colombier
169
il le
vend en feuilles imprimé fur le papier
de grand Aigle fin 192 liv. & 160 liv.
Il eft auffi poffeffeur des 118 Plan
ches qui compofent le volume , connu
fous le nom du Cabinet d'Aguilles , le-
quel étoit auffi devenu rare faute d'ê
tre imprimé ; il vient de l'être avec
foin & fe diftribue auffi chez ledit Sr
pour 90 liv. en feuilles , imprimé fur
le papier de grand aigle fin & 72 liv.
fur celui de Colombier. On trouve
chez le fieur Bafan un affortiment gé-
néral d'Eſtampes anciennes & moder
nes tant Etrangères que Françoifes . II.
vient de mettre en vente une Eftampe
nouvelle d'après Poters , d'après le Sr
Charpentier , dont le Sujet eft une Tem-
pêre . Elle eft d'un très-grand effet , &
foigneufement exécutée.
ro f.
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4379
p. 169-170
MUSIQUE.
Début :
LES CHARMES de l'HARMONIE, Ariette de Basse-Taille, Taille, ou Bas-dessus, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.
7.
LES CHARMES de l'HARMONIE,
Ariette de Basse-Taille, Taille, ou Bas-dessus,
avec grande Symphonie , chan-
II. Vol.
jouant le rôle de
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Muficien dans les deur Talens , Comé
die nouvelle mife en Mufique par M.
le Chevalier d'Herbain , & repréſentée
fur le Théâtre Italien. Prix , 2 liv. 8 f.
aux adreffes ordinaires de Mufique.
Le Cœur enflammé , Ariette en ron-
deau , avec fymphonie , chantée par
Madame la Ruette , jouant le rôle d'E-
leonore dans les deux Talens. Par le
même Auteur & aux mêmes adreffes.
91-
La Famille chantante , ou le Journal
hebdomadaire , compofé de Chanfons
Vaudevilles , Rondeaux , Ariettes , Ro-
mances , Duo , Brunettes , & c, avec ac-
compagnement de Violon & Baffe chif-
frée pour le Clavecin ou la Harpe , dont
il paroîtra une feuille périodique tous
les Lundis , à commencer, du 2 Janvier
1764. Le prix de la Soufcription pour
Paris eft de 12 liv. par an ,
par an , & pour la
Province , port franc , 18 liv. On fouf-
crit à Paris chez M. de la Chevardiere
Editeur de ce Journal , rue du Roule
à la Croix d'Or.
7.
LES CHARMES de l'HARMONIE,
Ariette de Basse-Taille, Taille, ou Bas-dessus,
avec grande Symphonie , chan-
II. Vol.
jouant le rôle de
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Muficien dans les deur Talens , Comé
die nouvelle mife en Mufique par M.
le Chevalier d'Herbain , & repréſentée
fur le Théâtre Italien. Prix , 2 liv. 8 f.
aux adreffes ordinaires de Mufique.
Le Cœur enflammé , Ariette en ron-
deau , avec fymphonie , chantée par
Madame la Ruette , jouant le rôle d'E-
leonore dans les deux Talens. Par le
même Auteur & aux mêmes adreffes.
91-
La Famille chantante , ou le Journal
hebdomadaire , compofé de Chanfons
Vaudevilles , Rondeaux , Ariettes , Ro-
mances , Duo , Brunettes , & c, avec ac-
compagnement de Violon & Baffe chif-
frée pour le Clavecin ou la Harpe , dont
il paroîtra une feuille périodique tous
les Lundis , à commencer, du 2 Janvier
1764. Le prix de la Soufcription pour
Paris eft de 12 liv. par an ,
par an , & pour la
Province , port franc , 18 liv. On fouf-
crit à Paris chez M. de la Chevardiere
Editeur de ce Journal , rue du Roule
à la Croix d'Or.
Fermer
4380
p. 171-175
« LE Mardi 20 Décembre les Comédiens François représenterent le Jaloux [...] »
Début :
LE Mardi 20 Décembre les Comédiens François représenterent le Jaloux [...]
Mots clefs :
Fleur, Musique, Acte, Rôle, Jouer, Spectacles, Lekain
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE Mardi 20 Décembre les Comédiens François représenterent le Jaloux [...] »
A VERSAILLES.
LE Mardi 20 Décembre les Comédiens
François représenterent le Jaloux
défabufé , Comédie en cinq Actes en
vers de feu M. CAMPISTRON , ( de
1709. ) Le fieur BELLECOUR a joué
le rôle de Dorante , le fieur MOLÉ
celui d'Erafte , le fieur ARMAND celui
de Dubois , & le fieur PRÉVILLE celui
de Champagne. Les rôles de Célie & de
Julie étoient remplis par les Dlles PRÉ-
VILLE & DOLIGNI . Les Dlle BEL-
LECOUR & le KAIN ont joué les
rôles de Juftine & de Babet. Pour la
feconde Piéce on donna Crifpin rival
de fon Maître , Comédie en un Acte
& en profe de feu M. LE SAGE , ( de
1707. ) Le rôle de Crispin a été joué
par le fieur PREVILLE. La Dile
DROUIN jouoit Mde Oronté & la Dlle
Hij
1
*
172 MERCURE DE FRANCE .
DOLIGNI Angélique. La Dlle le Kain
celui de Lifette.
Le Mercredi , jour des Italiens ,
il
n'y eut point de Spectacle à caufe de
la Fête.
Le Jeudi 22 , on repréfenta l'Orphe-
lin de la Chine de M. DE VOLTAIRE ,
( de 1755. ).
Gingis- Kan des Tartares repréfenté
par M. LE Kain , Zamti Mandarin par
le fieur BRIZARD , Idamé par la Dlle
CLAIRON , & c. Pour petite Piéce
Impromptu de Campagne , Comédie
en un Acte & en vers de feu M.
POISSON , ( de 1731. ) Le rôle d'Erafte
joué par le fieur MOLE , celui de Père
par le fieur Brizard
?
par la Dile DROUIN , Ifabelle par la
Dlle DOLIGNI , Lifette par la Dlle
LE KAIN , & c.
la Comtefe
La folemnité des Fêtes de Noël ayant
interrompu les Spectacles, les jours fui-
vans , on a terminé cette année , le
Jeudi 29 Décembre , par la repréfen-
tation de deux Actes d'Opéra. L'un
de ces Actes étoit le Feu , troifiéme
Entrée du Ballet des Elémens , Poëme
de feu M. Roy , Chevalier de l'Ordre
de S. Michel ,
la Mufique de feu M.
* M. Roy , étoit mort peu de temps aupas .
JANVIER. 1764.
173
DESTOUCHES Surintendant de la Mu-
fique du Roi.
( de 1721. )
M. le BERTON , Maître de Mufique
de l'Académie Royale , a fait les aug-
mentations & les changemens qu'on
avoit crû néceffaires à la perfection
de cet Acte , compofé dans un temps
où les progrès de la Mufique n'étoient
pas encore portés en France au point
où cet Art eft aujourd'hui .
D'ailleurs cet Acte eft trop connu
pour en renouveller l'éloge .
La Dile ARNOUD a chanté le rôle
d'Emilie. Le fieur LARRIVÉE celui
de Valere. Le fieur DUBUT jeune
homme dont nous avons eu occafion
de parler avantageufement dans l'article
des Concerts Spirituels , exécuta le rôle
ravant cette repréſentation. Tout le monde con-
noît les Poëmes qu'il a faits pour le Théâtre de
l'Opéra,& les talens particuliers de fa mufe pour
ce genre de Poëfie. Qu'il nous foit permis à
fon occafion de nous plaindre publiquement de
la négligence des familles ou des perfonnes qui
ont des mémoires exacts fur les Gens de Lettres
d'une certaine célébrité , auxquels il ne devroit
pas être auffi indifférent que leur conduite le
laiffe croire , de nous mettre en état de con-
figner dans ce Journal les particularités ou au
moins des époques de réputation littéraire qui
procureroient autant de certitude que de facili-.
té à cette branche intéreffante de notre hiftoire.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
de l'Amour. La Demoifelle LAN Y
danfoit les Entrées feulés dans le ca-
ractère de Prêtreffe , & le fieur LAVAL
dans celui du Chevalier Romain . Les
fieurs GARDEL & CAMPIONI ont
danfé dans les Entrées de Peuples ,
ainfi que la Dlle ALLARD .
L'autre Acte étoit la Guirlande ou
les Fleurs enchantées , Poëme de M.
MARMONTEL , Mufique de M. Ra-
MEAU , ( de 1751. ) Le fieur JÉLIOTE
& la Dile LARRIVÉE ont chanté les
rôles de Berger & de Bergère qui
forment tonte l'action de cet Acte.
La Dlle VESTRIS & la Dile GUI-
MARD ont danfé les principales En-
trées de Bergères , les fieurs GARDEL
& CAMPIONI celles de Bergers. Le
fieur LANY & la Dlle ALLARD étoient
à la tête des Pâtres & des Paftourelles.
Nous avons précédemment nommé
tous ceux dont les talens font employés
à l'ordonnance de ces Spectacles. MM .
LAVALpère & fils , Maîtres des Ballets ,
& c ; ainfi nous ne les répéterons plus .
N B. Nous croyons obliger tous ceux qui
ordonnent & font exécuter des Spectacles en
Europe , de rappeller ici le goût & les talens
du fieur L'ECUYER , Pannacher du Roi , pour tous
les genres de Coeffures en ufage au Théâtre,
JANVIER 1764
# 175
ainfifi que dans tout ce qui a rapport aux orne-
mens en Plumes.
On peut dire de même de l'intelligence du .
fieur de LAITRE chargé de l'exécution des ha-
billemens de Théâtre & Mafcarades des Menus.
Plaifirs du Roi & de l'Académie Royale de
Mufique.
La fuite des Spectacles , en Janvier,
pour le Mercure prochain.
LE Mardi 20 Décembre les Comédiens
François représenterent le Jaloux
défabufé , Comédie en cinq Actes en
vers de feu M. CAMPISTRON , ( de
1709. ) Le fieur BELLECOUR a joué
le rôle de Dorante , le fieur MOLÉ
celui d'Erafte , le fieur ARMAND celui
de Dubois , & le fieur PRÉVILLE celui
de Champagne. Les rôles de Célie & de
Julie étoient remplis par les Dlles PRÉ-
VILLE & DOLIGNI . Les Dlle BEL-
LECOUR & le KAIN ont joué les
rôles de Juftine & de Babet. Pour la
feconde Piéce on donna Crifpin rival
de fon Maître , Comédie en un Acte
& en profe de feu M. LE SAGE , ( de
1707. ) Le rôle de Crispin a été joué
par le fieur PREVILLE. La Dile
DROUIN jouoit Mde Oronté & la Dlle
Hij
1
*
172 MERCURE DE FRANCE .
DOLIGNI Angélique. La Dlle le Kain
celui de Lifette.
Le Mercredi , jour des Italiens ,
il
n'y eut point de Spectacle à caufe de
la Fête.
Le Jeudi 22 , on repréfenta l'Orphe-
lin de la Chine de M. DE VOLTAIRE ,
( de 1755. ).
Gingis- Kan des Tartares repréfenté
par M. LE Kain , Zamti Mandarin par
le fieur BRIZARD , Idamé par la Dlle
CLAIRON , & c. Pour petite Piéce
Impromptu de Campagne , Comédie
en un Acte & en vers de feu M.
POISSON , ( de 1731. ) Le rôle d'Erafte
joué par le fieur MOLE , celui de Père
par le fieur Brizard
?
par la Dile DROUIN , Ifabelle par la
Dlle DOLIGNI , Lifette par la Dlle
LE KAIN , & c.
la Comtefe
La folemnité des Fêtes de Noël ayant
interrompu les Spectacles, les jours fui-
vans , on a terminé cette année , le
Jeudi 29 Décembre , par la repréfen-
tation de deux Actes d'Opéra. L'un
de ces Actes étoit le Feu , troifiéme
Entrée du Ballet des Elémens , Poëme
de feu M. Roy , Chevalier de l'Ordre
de S. Michel ,
la Mufique de feu M.
* M. Roy , étoit mort peu de temps aupas .
JANVIER. 1764.
173
DESTOUCHES Surintendant de la Mu-
fique du Roi.
( de 1721. )
M. le BERTON , Maître de Mufique
de l'Académie Royale , a fait les aug-
mentations & les changemens qu'on
avoit crû néceffaires à la perfection
de cet Acte , compofé dans un temps
où les progrès de la Mufique n'étoient
pas encore portés en France au point
où cet Art eft aujourd'hui .
D'ailleurs cet Acte eft trop connu
pour en renouveller l'éloge .
La Dile ARNOUD a chanté le rôle
d'Emilie. Le fieur LARRIVÉE celui
de Valere. Le fieur DUBUT jeune
homme dont nous avons eu occafion
de parler avantageufement dans l'article
des Concerts Spirituels , exécuta le rôle
ravant cette repréſentation. Tout le monde con-
noît les Poëmes qu'il a faits pour le Théâtre de
l'Opéra,& les talens particuliers de fa mufe pour
ce genre de Poëfie. Qu'il nous foit permis à
fon occafion de nous plaindre publiquement de
la négligence des familles ou des perfonnes qui
ont des mémoires exacts fur les Gens de Lettres
d'une certaine célébrité , auxquels il ne devroit
pas être auffi indifférent que leur conduite le
laiffe croire , de nous mettre en état de con-
figner dans ce Journal les particularités ou au
moins des époques de réputation littéraire qui
procureroient autant de certitude que de facili-.
té à cette branche intéreffante de notre hiftoire.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
de l'Amour. La Demoifelle LAN Y
danfoit les Entrées feulés dans le ca-
ractère de Prêtreffe , & le fieur LAVAL
dans celui du Chevalier Romain . Les
fieurs GARDEL & CAMPIONI ont
danfé dans les Entrées de Peuples ,
ainfi que la Dlle ALLARD .
L'autre Acte étoit la Guirlande ou
les Fleurs enchantées , Poëme de M.
MARMONTEL , Mufique de M. Ra-
MEAU , ( de 1751. ) Le fieur JÉLIOTE
& la Dile LARRIVÉE ont chanté les
rôles de Berger & de Bergère qui
forment tonte l'action de cet Acte.
La Dlle VESTRIS & la Dile GUI-
MARD ont danfé les principales En-
trées de Bergères , les fieurs GARDEL
& CAMPIONI celles de Bergers. Le
fieur LANY & la Dlle ALLARD étoient
à la tête des Pâtres & des Paftourelles.
Nous avons précédemment nommé
tous ceux dont les talens font employés
à l'ordonnance de ces Spectacles. MM .
LAVALpère & fils , Maîtres des Ballets ,
& c ; ainfi nous ne les répéterons plus .
N B. Nous croyons obliger tous ceux qui
ordonnent & font exécuter des Spectacles en
Europe , de rappeller ici le goût & les talens
du fieur L'ECUYER , Pannacher du Roi , pour tous
les genres de Coeffures en ufage au Théâtre,
JANVIER 1764
# 175
ainfifi que dans tout ce qui a rapport aux orne-
mens en Plumes.
On peut dire de même de l'intelligence du .
fieur de LAITRE chargé de l'exécution des ha-
billemens de Théâtre & Mafcarades des Menus.
Plaifirs du Roi & de l'Académie Royale de
Mufique.
La fuite des Spectacles , en Janvier,
pour le Mercure prochain.
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4381
p. 175-177
OPERA.
Début :
L'OUVERTURE de ce Théâtre, dans la nouvelle Salle du Palais des Thuileries, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OPERA.
OPERA.
L'OUVERTURE de ce Théâtre, dans
la nouvelle Salle du Palais des Thuileries,
doit fefaire le Mardi 24 de ce mois , par
la repréſentation de Caftor & Pollux ,
Tragédie-Opéra , Poëme de M. BER-
NARD , Mufique de M. RAMEAU .
Nous avons déjà parlé de cet Opéra
dans l'Article des Spectacles de la Cour
à Fontainebleau . Il feroit fuperflu de
répéter ici les éloges tant de fois don-
nés par le Public au mérite de cet
Ouvrage.
Il paroît que l'on fait les
plus grands efforts pour fuppléer par
d'autres parties , dans la repréfentation ,
à Paris , à quelques avantages exclu-
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
fivement attachés à celles qu'on a don-
nées à la Cour.
On continuera le même Opéra les
Jeudi , Vendredi & Dimanche fuivans.
Il y aura Bal le Dimanche 29.
Le Public entrera dans cette Salle par
deux endroits. D'un côté par la prin-
cipale porte , Cour des Suiffes ; de l'autre
par une conduite pratiquée à l'extré-
mité d'une des deux Galleries qui régnent
fur le Jardin , à laquelle on pourra ar-
river à couvert en defcendant dans la
Cour des Princes. Il y aura à chacune de
ces entrées des Bureaux pour délivrer les
billets & recevoir l'argent ; mais on ne
le rendra aux perfonnes qui fortent
avant le Spectacle qu'au Bureau de la
porte principale du côté de la Cour des
Suiffes ; laquelle fera auffi l'unique en-
trée pour les Bals. Lorfqu'on aura pris
des billets on entrera dans un très-grand
veftibule bien éclairé , d'où par deux
perrons on fe diftribuera dans toute
les places de la Salle. Une des portes
de ce veftibule , donnant fur le Jardin
des Thuileries, fera ouverte pour la for-
tie du Public , dans les beaux jours ,
à la fin du Spectacle. Indépendament
des deux entrées générales ,
1
il y en a
de particulières pour fe rendre fur le
JANVIER. 1764:
177
Théâtre & d'autres pour une partie des
Logês louées à l'année.
Ceux qui ont droit d'ordonner fur la
police des Voitures aux entrées & forties
des Spectacles , ont pris les plus fages
mefures pour la circulation libre & fa-
cile de ces voitures , & en même temps
pour la fùreté des gens de pied.
En donnant dans le deuxième vo-
lume de Juillet de l'année précédente
les Etats des Acteurs des deux Comé-
dies , nous avions remis à l'ouverture
du Théâtre après Pâques celui de l'O-
péra ; on fçait les conjonctures qui
l'ont fufpendu. Nous croyons devoir
publier actuellement cet Etat dont nous
pouvons garantir l'éxactitude.
L'OUVERTURE de ce Théâtre, dans
la nouvelle Salle du Palais des Thuileries,
doit fefaire le Mardi 24 de ce mois , par
la repréſentation de Caftor & Pollux ,
Tragédie-Opéra , Poëme de M. BER-
NARD , Mufique de M. RAMEAU .
Nous avons déjà parlé de cet Opéra
dans l'Article des Spectacles de la Cour
à Fontainebleau . Il feroit fuperflu de
répéter ici les éloges tant de fois don-
nés par le Public au mérite de cet
Ouvrage.
Il paroît que l'on fait les
plus grands efforts pour fuppléer par
d'autres parties , dans la repréfentation ,
à Paris , à quelques avantages exclu-
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
fivement attachés à celles qu'on a don-
nées à la Cour.
On continuera le même Opéra les
Jeudi , Vendredi & Dimanche fuivans.
Il y aura Bal le Dimanche 29.
Le Public entrera dans cette Salle par
deux endroits. D'un côté par la prin-
cipale porte , Cour des Suiffes ; de l'autre
par une conduite pratiquée à l'extré-
mité d'une des deux Galleries qui régnent
fur le Jardin , à laquelle on pourra ar-
river à couvert en defcendant dans la
Cour des Princes. Il y aura à chacune de
ces entrées des Bureaux pour délivrer les
billets & recevoir l'argent ; mais on ne
le rendra aux perfonnes qui fortent
avant le Spectacle qu'au Bureau de la
porte principale du côté de la Cour des
Suiffes ; laquelle fera auffi l'unique en-
trée pour les Bals. Lorfqu'on aura pris
des billets on entrera dans un très-grand
veftibule bien éclairé , d'où par deux
perrons on fe diftribuera dans toute
les places de la Salle. Une des portes
de ce veftibule , donnant fur le Jardin
des Thuileries, fera ouverte pour la for-
tie du Public , dans les beaux jours ,
à la fin du Spectacle. Indépendament
des deux entrées générales ,
1
il y en a
de particulières pour fe rendre fur le
JANVIER. 1764:
177
Théâtre & d'autres pour une partie des
Logês louées à l'année.
Ceux qui ont droit d'ordonner fur la
police des Voitures aux entrées & forties
des Spectacles , ont pris les plus fages
mefures pour la circulation libre & fa-
cile de ces voitures , & en même temps
pour la fùreté des gens de pied.
En donnant dans le deuxième vo-
lume de Juillet de l'année précédente
les Etats des Acteurs des deux Comé-
dies , nous avions remis à l'ouverture
du Théâtre après Pâques celui de l'O-
péra ; on fçait les conjonctures qui
l'ont fufpendu. Nous croyons devoir
publier actuellement cet Etat dont nous
pouvons garantir l'éxactitude.
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4382
p. 177
LETTRE à M. DE LA GARDE, par l'Auteur de l'Almanach des Théâtres.
Début :
IL s'est glissé, Monsieur, plusieurs erreurs dans l'Almanach dee Théâtres. Une regarde le Sieur [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA GARDE, par l'Auteur de l'Almanach des Théâtres.
LETTRE à M. DE LA GARDE, par
l'Auteur de l'Almanach des Théâtres.
IL s'est glissé, Monsieur, plusieurs erreurs dans
l'Almanach dee Théâtres. Une regarde le Sieur
Augé , Comédien du Roi , placé parmi les Acteurs
à Pension ; il eft reçu à Demi-part. Dans un au-
tre endroit , j'ai attribué à M. Philidor la Mufique
du Roi & le Fermier ; c'est encore une faute ; cette
Mulique eft de M. de Monfigny. J'ai l'honneur
d'être , &c.
l'Auteur de l'Almanach des Théâtres.
IL s'est glissé, Monsieur, plusieurs erreurs dans
l'Almanach dee Théâtres. Une regarde le Sieur
Augé , Comédien du Roi , placé parmi les Acteurs
à Pension ; il eft reçu à Demi-part. Dans un au-
tre endroit , j'ai attribué à M. Philidor la Mufique
du Roi & le Fermier ; c'est encore une faute ; cette
Mulique eft de M. de Monfigny. J'ai l'honneur
d'être , &c.
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4383
p. 178-180
ETAT de l'Académie Royale de Musique, a l'Ouverture du Théâtre dans la Salle des Thuileries, le 24 Janvier 1764.
Début :
DIRECTEURS, M. REBEL, Chevalier de l'Ordre de S. Michel. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ETAT de l'Académie Royale de Musique, a l'Ouverture du Théâtre dans la Salle des Thuileries, le 24 Janvier 1764.
ETAT de l'Académie Royale de Musique, a
l'Ouverture du Théâtre dans la Salle des Thuileries,
le 24 Janvier 1764.
DIRECTEURS,
M. REBEL, Chevalier de l'Ordre de S. Michel.
GELIN
LARRIVÉE ,
REGNAULT ,
CASSAGNADE ,
Surintendans de la
l'Ordre de S. Michel. 3 Mufique du Roi.
M. FRANCŒUR.
SECRETAIRE PERPÉTUEL ,
PILLOT ,
M. JO LIVEAU.
'ACTEURS chantans dans les Rôles.
DURAND ,
MUGUET ,
LE GROS ,
DU PAR ,
CHEVALIER ,
ARNOUD ,
DU BOIS ,
RIVIERE ,
ROZET ,
MESSIEURS
Baffes-Tailles.
Hautes-Contres.
ACTRICES chantantes dans les Rôles.
MESDEMOISELLES
SAINT-HILLAIRE ,
LE MIERRE ( Epoufe du Sieur Larrivée ) ,
DU RANCI ,
BERNARD ,
DU BRIEULle.
N. B. On n'apas cru devoirgroffir cet Etat decelui
des Chaurs chantans , attendu qu'il fe trouve impri-
mé àlatêtedechaque Edition des Livres de Paroles,
JANVIER 1764.
BALLET
Maitre & Compofiteur des Ballets.
M. LANY.
LANY ,
VESTRIS,
BEAT ,
TRUSTY ,
DANSEURS feuls.
7
HYACINTHE ,
MESSIEURS
3.
LAVAL, Adjoint au Maître des Ballets ,
LYONNOIS J
I. GARDEL.
MESSIEURS
ROGIER ,
DUBOIS
RIVIERE
LANY C
179
DANSEURS en double & figurans,
HAMOCHE L.
CESERON ,
GOUGY ,
LIESSE .
MARTINET
LANY ,
HENRY.
A SURNUMERAIRES.
PESLIN ,
MESSIEURS
ANO DOSSION ,
HAMOCHE COM
DANSEUSES feules
JAMESDEMOISELLES
LYONNOISMESTRIS
,
ALLARD.
MESDEMOISELLES
GUIMARD.
H vj
A
DANSEUSES feules , en double & figurantes
180 MERCURE DE FRANCE.
DANSEUSES en double & figurantes..
DEMIRÉ ,
REI ,
BASSE ,
PERRIN ,
DORNET ,
SIANNE ,
LA HAYE ,
MISDEMOISELLEST
VILLETTE ,
MARTAISE ,
CONTAT
DACHÉ ,
BOUSCARELLE ;
TELIS ,
4.09
SARON ,
SAINT-MARTIN ,
PETITOT,
LE CLERC.
SURNUMERAIRES.
MBSDEMOISELLES
LOZANGE ,
M. BERTON.
*
T
GODEAU ,
MARCILLY
ROUSSILLON ,
LAVEAU ,
COUSTON ,
VERNIER,
MIMI ,
CORNU ,
BUARD.
Maître de Mufique de l'Orchestre battant la Meſure.
ECOLE DE CHANT.
M. LE VASSEUR , Maître de Chant .
M. CHAPOTIN , Maître de Mufique.
4
ECOLE DE DANS E.
M. HYACINTHE , Maître de Danſe.
l'Ouverture du Théâtre dans la Salle des Thuileries,
le 24 Janvier 1764.
DIRECTEURS,
M. REBEL, Chevalier de l'Ordre de S. Michel.
GELIN
LARRIVÉE ,
REGNAULT ,
CASSAGNADE ,
Surintendans de la
l'Ordre de S. Michel. 3 Mufique du Roi.
M. FRANCŒUR.
SECRETAIRE PERPÉTUEL ,
PILLOT ,
M. JO LIVEAU.
'ACTEURS chantans dans les Rôles.
DURAND ,
MUGUET ,
LE GROS ,
DU PAR ,
CHEVALIER ,
ARNOUD ,
DU BOIS ,
RIVIERE ,
ROZET ,
MESSIEURS
Baffes-Tailles.
Hautes-Contres.
ACTRICES chantantes dans les Rôles.
MESDEMOISELLES
SAINT-HILLAIRE ,
LE MIERRE ( Epoufe du Sieur Larrivée ) ,
DU RANCI ,
BERNARD ,
DU BRIEULle.
N. B. On n'apas cru devoirgroffir cet Etat decelui
des Chaurs chantans , attendu qu'il fe trouve impri-
mé àlatêtedechaque Edition des Livres de Paroles,
JANVIER 1764.
BALLET
Maitre & Compofiteur des Ballets.
M. LANY.
LANY ,
VESTRIS,
BEAT ,
TRUSTY ,
DANSEURS feuls.
7
HYACINTHE ,
MESSIEURS
3.
LAVAL, Adjoint au Maître des Ballets ,
LYONNOIS J
I. GARDEL.
MESSIEURS
ROGIER ,
DUBOIS
RIVIERE
LANY C
179
DANSEURS en double & figurans,
HAMOCHE L.
CESERON ,
GOUGY ,
LIESSE .
MARTINET
LANY ,
HENRY.
A SURNUMERAIRES.
PESLIN ,
MESSIEURS
ANO DOSSION ,
HAMOCHE COM
DANSEUSES feules
JAMESDEMOISELLES
LYONNOISMESTRIS
,
ALLARD.
MESDEMOISELLES
GUIMARD.
H vj
A
DANSEUSES feules , en double & figurantes
180 MERCURE DE FRANCE.
DANSEUSES en double & figurantes..
DEMIRÉ ,
REI ,
BASSE ,
PERRIN ,
DORNET ,
SIANNE ,
LA HAYE ,
MISDEMOISELLEST
VILLETTE ,
MARTAISE ,
CONTAT
DACHÉ ,
BOUSCARELLE ;
TELIS ,
4.09
SARON ,
SAINT-MARTIN ,
PETITOT,
LE CLERC.
SURNUMERAIRES.
MBSDEMOISELLES
LOZANGE ,
M. BERTON.
*
T
GODEAU ,
MARCILLY
ROUSSILLON ,
LAVEAU ,
COUSTON ,
VERNIER,
MIMI ,
CORNU ,
BUARD.
Maître de Mufique de l'Orchestre battant la Meſure.
ECOLE DE CHANT.
M. LE VASSEUR , Maître de Chant .
M. CHAPOTIN , Maître de Mufique.
4
ECOLE DE DANS E.
M. HYACINTHE , Maître de Danſe.
Fermer
4384
p. 181-182
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
Νous avions précédemment annoncé, d'après les Affiches publiques, la [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
Νous avions précédemment annoncé,
d'après les Affiches publiques, la
première repréſentation d'une Comédie
de M. BRET , intitulée , la Confiance
trahie. Comme nos Lecteurs éloignés
pourroient foupçonner notre filence fur
cette Piéce , d'un voile officieux à fon
mauvais fuccès , nous fommes obligés
d'avertir qu'elle n'a pas été repréſentée ,
par des raifons particulières qu'il ne nous
appartient pas de fçavoir ; mais qui ne
doivent & ne peuvent donner aucune
idée contre le mérite de l'Ouvrage , ni
le talent de l'Auteur , ni les procédés
des Comédiens.
Le II du préfent mois , Mlle FANİER,
jeune Actrice nouvelle , qui n'avoit para
fur aucun Théâtre , a débuté dans les
rôles de Soubrettes du Diſſipateur , &
du Préjugé vaincu. La taille & le carac-
tère de la phyfionomie de cette jeune
Perfonne ont paru affez convenables à
celui de l'emploi pour lequel elle fe pré-
fente. On a applaudi au commence-
ment de fon premier rôle , dans lequel
182 MERCURE DE FRANCE .
on a été fatisfait de plufieurs traits. Au
furplus , nous avons fi fouvent expofé
les juftes raifons qu'il y a pour ne rien
hazarder fur les talens des Débutans
dans les premiers jours , que l'on ne
doit pas être furpris fi nous différons de
rendre compte du fuccès de ce début.
Νous avions précédemment annoncé,
d'après les Affiches publiques, la
première repréſentation d'une Comédie
de M. BRET , intitulée , la Confiance
trahie. Comme nos Lecteurs éloignés
pourroient foupçonner notre filence fur
cette Piéce , d'un voile officieux à fon
mauvais fuccès , nous fommes obligés
d'avertir qu'elle n'a pas été repréſentée ,
par des raifons particulières qu'il ne nous
appartient pas de fçavoir ; mais qui ne
doivent & ne peuvent donner aucune
idée contre le mérite de l'Ouvrage , ni
le talent de l'Auteur , ni les procédés
des Comédiens.
Le II du préfent mois , Mlle FANİER,
jeune Actrice nouvelle , qui n'avoit para
fur aucun Théâtre , a débuté dans les
rôles de Soubrettes du Diſſipateur , &
du Préjugé vaincu. La taille & le carac-
tère de la phyfionomie de cette jeune
Perfonne ont paru affez convenables à
celui de l'emploi pour lequel elle fe pré-
fente. On a applaudi au commence-
ment de fon premier rôle , dans lequel
182 MERCURE DE FRANCE .
on a été fatisfait de plufieurs traits. Au
furplus , nous avons fi fouvent expofé
les juftes raifons qu'il y a pour ne rien
hazarder fur les talens des Débutans
dans les premiers jours , que l'on ne
doit pas être furpris fi nous différons de
rendre compte du fuccès de ce début.
Fermer
4385
p. 182-183
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
LE 2 de ce mois on donna sur ce Théâtre la première réprésentation du Sorcier, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE 2 de ce mois on donna sur ce Théâtre
la première réprésentation du Sorcier,
Comédie en deux Actes mêlée
d'Ariettes , les paroles font de M. Poin-
cinet le jeune , & la Mufique de M. Phi-
lidor.
Dans ce genre même qui domine
aujourd'hui la raifon en la contra-
il n'avoit paru encore aucun
ouvrage dont le fuccès eût été mar-
qué , à la première répréfentation , par
des circonftances auffi éclatantes. Après
des applaudiffemens redoublés , les Au-
teurs furent forcés par les acclamations
du Public de paroître fur la Scène , ce
qui n'étoit point encore en ufage à ce
Théâtre , & ce qui confirme bien que
les goûts de mode ont des Périodes
JANVIER. 1764.
DANS la première fcène ,
183
dont on ne peut mefurer les bornes.
Ne pouvant tranfmettre à ros Lecteurs
aucune idée précife des beautés qu'on
admire dans la Mufique de cette Piéce ,
nous allons effayer de leur en donner
une du Drame , par une Analyfe exac-
tement fuivie ; afin , s'il eft poffible , de
les mettre en état d'entrevoir les motifs
fur lefquels eft fondé en partie un fi
grand fuccès.
LE 2 de ce mois on donna sur ce Théâtre
la première réprésentation du Sorcier,
Comédie en deux Actes mêlée
d'Ariettes , les paroles font de M. Poin-
cinet le jeune , & la Mufique de M. Phi-
lidor.
Dans ce genre même qui domine
aujourd'hui la raifon en la contra-
il n'avoit paru encore aucun
ouvrage dont le fuccès eût été mar-
qué , à la première répréfentation , par
des circonftances auffi éclatantes. Après
des applaudiffemens redoublés , les Au-
teurs furent forcés par les acclamations
du Public de paroître fur la Scène , ce
qui n'étoit point encore en ufage à ce
Théâtre , & ce qui confirme bien que
les goûts de mode ont des Périodes
JANVIER. 1764.
DANS la première fcène ,
183
dont on ne peut mefurer les bornes.
Ne pouvant tranfmettre à ros Lecteurs
aucune idée précife des beautés qu'on
admire dans la Mufique de cette Piéce ,
nous allons effayer de leur en donner
une du Drame , par une Analyfe exac-
tement fuivie ; afin , s'il eft poffible , de
les mettre en état d'entrevoir les motifs
fur lefquels eft fondé en partie un fi
grand fuccès.
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4386
p. 183-188
ANALYSE du drame de la Piéce intitulée le Sorcier.
Début :
Le Théâtre représente un Paysage. Dans la première scène, Agathe s'occupe à [...]
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texteReconnaissance textuelle : ANALYSE du drame de la Piéce intitulée le Sorcier.
ANALYSE du drame de la Piéce
intitulée le Sorcier.
Le Théâtre représente un Paysage. Dans la première scène, Agathe s'occupe à
repaffer , refléchit fur fes malheurs & regrette
fon Amant Julien. Blaife
Agathe s'occupe ✯
Vigneron , qui la
doit époufer , profite de l'inftant où elle eft feule
& voudroit lui ravir un bailer. Mais Agathe à qui
l'on veut en vain faire accroire qu'elle ne re-
verra plus fon Amant , parce qu'il y a trois ans
qu'on n'a eu de fes nouvelles , Agathe qui n'a
point perdu l'efpoir , reçoit fort mal les careffes
de Blaife. Il s'en plaint à Simone fa future Belle-
Mère. celle - ci qui a intérêt de fe débarraſſer de
fa fille pour fe remarier , la force d'écouter Blaife
qui fait un long éloge de fonétat , & fort pour
avertir le Notaire de tenir le contrat prêt pour
le foir même. Agathe repréfente inutilement
184 MERCURE DE FRANCE .
à fa mère qu'elle eft promiſe à Julien , qu'elle
l'aime , qu'il peut revenir ; en vain elle lui de-
mande la permiffion d'aller confulter un forcier
qui fait grand bruit aux environs. Simone ne
veut rien entendre. Juftine la filleule & foeur
de Julien abfent , vient prier fa maraine de lui
donner un mari ; tout en difant qu'elle n'aime
pas Baflien , l'éloge naïf qu'elle en fait , fâche
Simone, qui voit avec chagrin fa filleule prétendre
à un Garçon fur lequel elle a des vues pour
elle-même. Elle lui défend d'y penfer
mais
Baftien qui furvient , loin d'entrer dans les vues
de Simone ,
protefte qu'il n'a jamais aimé que
Juftine. La bonne femme très-piquée , congédie
les filles ; elle envoye Agathe joindre Blaife &
le Notaire qui l'attendent , défend à Juftine
de jamais caufer avec un Garçon , & fort elle
même en faisant à Baflien quelques careffes qui
lui ouvrent les yeux fur les prétentions de la
mère. Mais elle le prive de Juftine . Le retour de
Julien pourroit aider à fon bonheur , il déter-
mineroit Juftine , qui jeune encore ne voit pas
clair dans fon cœur. C'est en s'occupant de
ces idées & en inftruifant les Auditeurs de la
naiffance & des progrès de fon amour que Baf-
tien , feul alors fur la fcène , chante cette jolie
Romance que nous avons reconnu être imitée
d'un fonnet italien du Chevalier ZAPPI . Nous
croyons faire plaifir à nos Lecteurs de la mettre
fous leurs yeux,
>> Nous étions dans cet âge encore
» Où chacun ignore
» L'amour & l'efpoir ,
J...
כפ
JANVIER. 1764.
Dans fon cœur on ne fent éclore
» Que le feul defir de fe voir.
» D'un bouquet cueilli pour Juftine ,
>> Que ma main badine
» Dans fon fein a mis ,
Sur fa bouche encore enfantine
» Le plus doux baifer fut le prix.
» Aujourd'hui la friponne oublie
» La fleur fi jolie
» Qui fit fon plaifir
» Et je n'oublîrai de ma vie
» Le baiſer que j'oſai cueillir.
185
Cette Romance nous a paru d'autant plas re-
marquable qu'elle a comme un Poëme plus con-
fidérable , une expoſition , un nœud & une con-
clufion , telles que devroient être toutes ces for-
tes de chanfons. L'imitation du Poëte Italien ne
déprime point l'honneur du talent de l'Auteur
françois , elle prouve au contraire le bon ufage
qu'il fait de la connoiffance d'une langue étran
gère. On nous permettra fans doute cette légère
difgreffion : nous revenons à Baftien. Ainsi qu'A-
gathe , il n'attend fon honheur que du retour de
Julien, il fe détermine , comme elle , à con-
fulter le forcier dont on a déja parlé . Un foldat
arrive , Baftien l'envifage , ce foldat eft Julien. Il
apprend à Baflien qu'il revient des Indes , qu'il
s'eft fait foldat. J'étois né pour fervir , dit-il , ah
j'ai choifi le meilleur maître ! Tout François fent
pourquoi cette phraſe eft fi vivement applaudie à
·
186 MERCURE DE FRANCE.
chaque repréſentation. Julien fait la defcription
d'une tempête & s'informe d'Agathe. Quelle eft fa
douleur en apprenant qu'elle va le marier avec le
Vigneron Blaife , qu'il croioit fon plus fidéle ami,
auquel même en partant , il avoit confié tout fon
bien;qu'il n'a pas fait difficulté de s'approprier! Il
fe livre à fa colère , il veurt retourner d'où il
il vient , il veut fuir pour toujours Agathe ;
Cependant il veut auparavant la voir & lui
parler. Tandis qu'il en cherche les moyens, Juf
tine s'avile de lui conter l'hiftoire du forcier
qu'on attend ; elle lui confeille de le faire paf-
fer pour ce forcier. Il accepte ce parti, Il a rap-
porté avec lui l'habit d'un Dervis indien; il fe pro-
pofe de l'employer & fort en terminant cet Acte
par un Duo du plus grand effet. Baftien ouvre
le fecond acte fuivi de Julien travelti. Il lui re-
commande à ſon tour les propres intérêts & le
prie de déterminer la petite Juftine en fa fa-
veur , elle paroît. Baflien le cache. La jeune en-
fant commence par avoir peur du forcier . qu'elle
eft bien loin de croire fon frère. Mais peu-à- peu
elle s'enhardit , & finit par avouer , dans une
chanfon très - applaudie ,
qu'elle aime Baftien.
L'heureux Amant l'entend & paroît. Tout le
Village , informé de l'arrivée du forcier , fe raf-
femble pour le confulter. A l'afpe&t d'Agathe &
de Blaife , Julien a peine à calmer fa colère.
Il fe contient cependant , chacun veut être écouté
le premier. Simone , plus bavarde que les autres ,
s'empare du forcier , chacun fe retire en fe pro-
mettant de revenir dans un moment plus favo-
rable. Simone ne croit pas trop aux forciers , mais.
elle croit defon intérêt de faire parler celui-ci con-
formément à les vues & lui donne de l'argent.
JANVIER. 1764.
187
En conféquence. En caufant avec lui elle lui
dit beaucoup de mal de lui- même , enfin de tout
ce qu'elle lui dit , il ne peut rien conclure qui
ne ferve à le convaincre de l'infidélité d'Agathe
Simone l'apperçoit , fe retire , & entraîne avec
elle Julien. Agathe , feule prête a figner le con-
trat qui l'unit a Blaife , fe livre alors à tout fon
chagrin. Elle appelle Julien , le Sorcier ou plutôt
ce cher Julien arrive ; il fe repand en reproches ,
elle tremble , elle fe juftifie ,
il renaît , en ap-
prenant qu'il eft encore aimé , dans l'exces de fa
joie , il va fe découvrir : mais Blaife le furprend
& l'arrête. Blaife eft jaloux ,
qu'on caufe avec fa future
il n'aime pas
auffi la ren-
voye-t-il auprès de fa mere , & le détermine à
confulter le Sorcier , fur les fuites de fon mariage.
Julien profite de l'occafion pour recouvrer fa
caflette , il en parle a Blaife qui commence par
nier ; mais Julien,affecte de faire des conjurations
terribles. Blaife s'intimide & fe couvre les yeux.
Julien imite fucceffivement un choeur de Démons >
& la voix du Diable même qui prononce a Blaife
fon Arrêt. Le pauvre Vigneron , épouvanté.
Avoue fa furpercherie , il promet de tout rendre
& fort en effet pour aller chercher la caffette.
C'eſt en ce moment que Baftien , Juftine , Agathe ,
accourent rapidément les uns après - les-autres
pour confier au Sorcier , qu'ils font perdus,
s'ils ne les confeille , ou plutôt s'il ne leur rend
Julien , ainsi qu'il l'a promis. Juftement enchan-
té , celui - ci le raffure , les réunit , & les prend
entre fes bras. En moins d'un clin - d'œil cette
robe finiftre , dont il s'étoit affublé , ſe détruit , dif-
paroît , & Julien le montre à leurs yeux tel qu'on
l'a vu aupremier Acte. Il y a dans cette Scène de
la naïveté & de la chaleur, cequi ne peut être bien
188 MERCURE DE FRANCE .
rendu dans un Extrait. La joie fuccéde aux allar-
mes. Blaife arrive avec la caffette ; il reconnoît
Julien , il veut fuir ; on l'arrête. Simone accourt au
bruit qu'elle entend , & reconnoît Julien à lon tour.
D'abord elle veut fe fâcher ; mais elle eft contrainte
de céder elle-même. L'heureux Sorcier , qui n'a
plus befoin de l'être , reprend la Maîtrelle & fon
argent; donne Jufine la foeur à Baftien ; & , pour
terminer les débats , engage Dame Simone à époui-
fer Blaife : elle y confent ; tout le monde s'em-
braffe , & la Piéce finit par un Vaudeville très-
agréable en Paroles & en Mufique.
intitulée le Sorcier.
Le Théâtre représente un Paysage. Dans la première scène, Agathe s'occupe à
repaffer , refléchit fur fes malheurs & regrette
fon Amant Julien. Blaife
Agathe s'occupe ✯
Vigneron , qui la
doit époufer , profite de l'inftant où elle eft feule
& voudroit lui ravir un bailer. Mais Agathe à qui
l'on veut en vain faire accroire qu'elle ne re-
verra plus fon Amant , parce qu'il y a trois ans
qu'on n'a eu de fes nouvelles , Agathe qui n'a
point perdu l'efpoir , reçoit fort mal les careffes
de Blaife. Il s'en plaint à Simone fa future Belle-
Mère. celle - ci qui a intérêt de fe débarraſſer de
fa fille pour fe remarier , la force d'écouter Blaife
qui fait un long éloge de fonétat , & fort pour
avertir le Notaire de tenir le contrat prêt pour
le foir même. Agathe repréfente inutilement
184 MERCURE DE FRANCE .
à fa mère qu'elle eft promiſe à Julien , qu'elle
l'aime , qu'il peut revenir ; en vain elle lui de-
mande la permiffion d'aller confulter un forcier
qui fait grand bruit aux environs. Simone ne
veut rien entendre. Juftine la filleule & foeur
de Julien abfent , vient prier fa maraine de lui
donner un mari ; tout en difant qu'elle n'aime
pas Baflien , l'éloge naïf qu'elle en fait , fâche
Simone, qui voit avec chagrin fa filleule prétendre
à un Garçon fur lequel elle a des vues pour
elle-même. Elle lui défend d'y penfer
mais
Baftien qui furvient , loin d'entrer dans les vues
de Simone ,
protefte qu'il n'a jamais aimé que
Juftine. La bonne femme très-piquée , congédie
les filles ; elle envoye Agathe joindre Blaife &
le Notaire qui l'attendent , défend à Juftine
de jamais caufer avec un Garçon , & fort elle
même en faisant à Baflien quelques careffes qui
lui ouvrent les yeux fur les prétentions de la
mère. Mais elle le prive de Juftine . Le retour de
Julien pourroit aider à fon bonheur , il déter-
mineroit Juftine , qui jeune encore ne voit pas
clair dans fon cœur. C'est en s'occupant de
ces idées & en inftruifant les Auditeurs de la
naiffance & des progrès de fon amour que Baf-
tien , feul alors fur la fcène , chante cette jolie
Romance que nous avons reconnu être imitée
d'un fonnet italien du Chevalier ZAPPI . Nous
croyons faire plaifir à nos Lecteurs de la mettre
fous leurs yeux,
>> Nous étions dans cet âge encore
» Où chacun ignore
» L'amour & l'efpoir ,
J...
כפ
JANVIER. 1764.
Dans fon cœur on ne fent éclore
» Que le feul defir de fe voir.
» D'un bouquet cueilli pour Juftine ,
>> Que ma main badine
» Dans fon fein a mis ,
Sur fa bouche encore enfantine
» Le plus doux baifer fut le prix.
» Aujourd'hui la friponne oublie
» La fleur fi jolie
» Qui fit fon plaifir
» Et je n'oublîrai de ma vie
» Le baiſer que j'oſai cueillir.
185
Cette Romance nous a paru d'autant plas re-
marquable qu'elle a comme un Poëme plus con-
fidérable , une expoſition , un nœud & une con-
clufion , telles que devroient être toutes ces for-
tes de chanfons. L'imitation du Poëte Italien ne
déprime point l'honneur du talent de l'Auteur
françois , elle prouve au contraire le bon ufage
qu'il fait de la connoiffance d'une langue étran
gère. On nous permettra fans doute cette légère
difgreffion : nous revenons à Baftien. Ainsi qu'A-
gathe , il n'attend fon honheur que du retour de
Julien, il fe détermine , comme elle , à con-
fulter le forcier dont on a déja parlé . Un foldat
arrive , Baftien l'envifage , ce foldat eft Julien. Il
apprend à Baflien qu'il revient des Indes , qu'il
s'eft fait foldat. J'étois né pour fervir , dit-il , ah
j'ai choifi le meilleur maître ! Tout François fent
pourquoi cette phraſe eft fi vivement applaudie à
·
186 MERCURE DE FRANCE.
chaque repréſentation. Julien fait la defcription
d'une tempête & s'informe d'Agathe. Quelle eft fa
douleur en apprenant qu'elle va le marier avec le
Vigneron Blaife , qu'il croioit fon plus fidéle ami,
auquel même en partant , il avoit confié tout fon
bien;qu'il n'a pas fait difficulté de s'approprier! Il
fe livre à fa colère , il veurt retourner d'où il
il vient , il veut fuir pour toujours Agathe ;
Cependant il veut auparavant la voir & lui
parler. Tandis qu'il en cherche les moyens, Juf
tine s'avile de lui conter l'hiftoire du forcier
qu'on attend ; elle lui confeille de le faire paf-
fer pour ce forcier. Il accepte ce parti, Il a rap-
porté avec lui l'habit d'un Dervis indien; il fe pro-
pofe de l'employer & fort en terminant cet Acte
par un Duo du plus grand effet. Baftien ouvre
le fecond acte fuivi de Julien travelti. Il lui re-
commande à ſon tour les propres intérêts & le
prie de déterminer la petite Juftine en fa fa-
veur , elle paroît. Baflien le cache. La jeune en-
fant commence par avoir peur du forcier . qu'elle
eft bien loin de croire fon frère. Mais peu-à- peu
elle s'enhardit , & finit par avouer , dans une
chanfon très - applaudie ,
qu'elle aime Baftien.
L'heureux Amant l'entend & paroît. Tout le
Village , informé de l'arrivée du forcier , fe raf-
femble pour le confulter. A l'afpe&t d'Agathe &
de Blaife , Julien a peine à calmer fa colère.
Il fe contient cependant , chacun veut être écouté
le premier. Simone , plus bavarde que les autres ,
s'empare du forcier , chacun fe retire en fe pro-
mettant de revenir dans un moment plus favo-
rable. Simone ne croit pas trop aux forciers , mais.
elle croit defon intérêt de faire parler celui-ci con-
formément à les vues & lui donne de l'argent.
JANVIER. 1764.
187
En conféquence. En caufant avec lui elle lui
dit beaucoup de mal de lui- même , enfin de tout
ce qu'elle lui dit , il ne peut rien conclure qui
ne ferve à le convaincre de l'infidélité d'Agathe
Simone l'apperçoit , fe retire , & entraîne avec
elle Julien. Agathe , feule prête a figner le con-
trat qui l'unit a Blaife , fe livre alors à tout fon
chagrin. Elle appelle Julien , le Sorcier ou plutôt
ce cher Julien arrive ; il fe repand en reproches ,
elle tremble , elle fe juftifie ,
il renaît , en ap-
prenant qu'il eft encore aimé , dans l'exces de fa
joie , il va fe découvrir : mais Blaife le furprend
& l'arrête. Blaife eft jaloux ,
qu'on caufe avec fa future
il n'aime pas
auffi la ren-
voye-t-il auprès de fa mere , & le détermine à
confulter le Sorcier , fur les fuites de fon mariage.
Julien profite de l'occafion pour recouvrer fa
caflette , il en parle a Blaife qui commence par
nier ; mais Julien,affecte de faire des conjurations
terribles. Blaife s'intimide & fe couvre les yeux.
Julien imite fucceffivement un choeur de Démons >
& la voix du Diable même qui prononce a Blaife
fon Arrêt. Le pauvre Vigneron , épouvanté.
Avoue fa furpercherie , il promet de tout rendre
& fort en effet pour aller chercher la caffette.
C'eſt en ce moment que Baftien , Juftine , Agathe ,
accourent rapidément les uns après - les-autres
pour confier au Sorcier , qu'ils font perdus,
s'ils ne les confeille , ou plutôt s'il ne leur rend
Julien , ainsi qu'il l'a promis. Juftement enchan-
té , celui - ci le raffure , les réunit , & les prend
entre fes bras. En moins d'un clin - d'œil cette
robe finiftre , dont il s'étoit affublé , ſe détruit , dif-
paroît , & Julien le montre à leurs yeux tel qu'on
l'a vu aupremier Acte. Il y a dans cette Scène de
la naïveté & de la chaleur, cequi ne peut être bien
188 MERCURE DE FRANCE .
rendu dans un Extrait. La joie fuccéde aux allar-
mes. Blaife arrive avec la caffette ; il reconnoît
Julien , il veut fuir ; on l'arrête. Simone accourt au
bruit qu'elle entend , & reconnoît Julien à lon tour.
D'abord elle veut fe fâcher ; mais elle eft contrainte
de céder elle-même. L'heureux Sorcier , qui n'a
plus befoin de l'être , reprend la Maîtrelle & fon
argent; donne Jufine la foeur à Baftien ; & , pour
terminer les débats , engage Dame Simone à époui-
fer Blaife : elle y confent ; tout le monde s'em-
braffe , & la Piéce finit par un Vaudeville très-
agréable en Paroles & en Mufique.
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4387
p. 188-190
REMARQUES Sur le Drame, & sur la Musique.
Début :
Ce Drame, a par-dessus beaucoup d'autres, dans les Ouvrages de ce genre [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES Sur le Drame, & sur la Musique.
REMARQUES
Sur le Drame, & sur la Musique.
Ce Drame, a par-dessus beaucoup
d'autres, dans les Ouvrages de ce genre
moitié lyrique moitié récité , d'être plus
lié , plus filé , & de contenir une forte
de conduite réguliére dans l'action . Pour
faire fentir cet avantage à nos Lecteurs ,
qui feroient étonnés peut- être de l'éten-
duë de cette Analyfe , il étoit indifpen-
fable d'expofer non feulement le Plan
de toute cette petite intrigue , mais en-
core prèfque celui du Dialogue , afin de
faire connoître le fil des Scènes , & les
mouvemens de l'action : cela nous a
paru d'autant plus nécéffaire qu'un précis
plus abregé n'auroit fait voir que les
fources d'où l'Auteur ne paroît pas dif-
JANVIER. 1764,
189
fimuler avoir puifé la principale par-
tie de l'invention ; mais dont on ne
peut lui refufer le mérite d'un ufage
adroit , d'où réfulte de l'agrément , &
furtout un fond très
heureux pour
mettre en œuvre le génie du Muficien
& lui procurer une grande variété de
caractères. La grande part qu'a ce der-
nier au brillant fuccès de cette Piéce
ne nous permet pas de nous taire fur
les juftes éloges qu'il mérite ; elle fem-
ble en effet mettre le fceau à la réputa
tion de M. Philidor. Les amateurs les
plus outrés de la frivolité du nouveau
genre , ont vu cependant avec fatis-
faction ce jeune Muficien fournir une
carrière nouvelle , & s'éloigner de ce
genre peut-être naturel , mais toujours
trivial quand il n'eft pas bifarre , qui do-
mine dans bien des Pièces de cette nou-
velle eſpéce. Au- contraire ici , fuccef-
fivement intéreffant , fouvent fublime
fçavant fans être moins gracieux, il fem
ble avoir déployé les plus heureuſes ref
fources de fon Art. Nous avons pour
preuves de ce que nous avançons entre
autres morceaux la Romance dont nous
avons rapporté les paroles ; le Duo du
premier Acte , la defcription de la Tem-
pête , l'Ariette de Blaiſe , la Scène de
130 MERCURE DE FRANCE.
la Reconnoiffance de Julien , l'admira-
ble Monologue d'Agathe , enfin le Vau-
deville de la fin , & nous pourrions dire
tout l'ouvrage. Ce qui laiffe efpérer que
le Muficien ne négligera pas d'étendre
fa gloire , en briguant de pareils fuccès
dans le premier genre, plus digne de fes
talens , & auquel il paroît fait pour at-
teindre , & pour y réuffir.
Nous defirerions que l'étenduë qu'a
déjà cet Article nous permît de rendre
inftice en particulier au talent de cha-
que Acteur, dans la jufte appréciation
que l'on doit faire de ce genre. On peut
toujours convenir que M. Caillot , entre
autres , indépendament des dons heureux
de la nature , & du talent de chanter ,
acquiert journellement celui de bon Co-
médien.
Les Amateurs de ce Théâtre ont vu
avec plaifir le retour de M. Audinot, dans
fes , Rôles de certains Caractéres qu'il
avoit pour ainfi dire établis dans leur
origine.
Sur le Drame, & sur la Musique.
Ce Drame, a par-dessus beaucoup
d'autres, dans les Ouvrages de ce genre
moitié lyrique moitié récité , d'être plus
lié , plus filé , & de contenir une forte
de conduite réguliére dans l'action . Pour
faire fentir cet avantage à nos Lecteurs ,
qui feroient étonnés peut- être de l'éten-
duë de cette Analyfe , il étoit indifpen-
fable d'expofer non feulement le Plan
de toute cette petite intrigue , mais en-
core prèfque celui du Dialogue , afin de
faire connoître le fil des Scènes , & les
mouvemens de l'action : cela nous a
paru d'autant plus nécéffaire qu'un précis
plus abregé n'auroit fait voir que les
fources d'où l'Auteur ne paroît pas dif-
JANVIER. 1764,
189
fimuler avoir puifé la principale par-
tie de l'invention ; mais dont on ne
peut lui refufer le mérite d'un ufage
adroit , d'où réfulte de l'agrément , &
furtout un fond très
heureux pour
mettre en œuvre le génie du Muficien
& lui procurer une grande variété de
caractères. La grande part qu'a ce der-
nier au brillant fuccès de cette Piéce
ne nous permet pas de nous taire fur
les juftes éloges qu'il mérite ; elle fem-
ble en effet mettre le fceau à la réputa
tion de M. Philidor. Les amateurs les
plus outrés de la frivolité du nouveau
genre , ont vu cependant avec fatis-
faction ce jeune Muficien fournir une
carrière nouvelle , & s'éloigner de ce
genre peut-être naturel , mais toujours
trivial quand il n'eft pas bifarre , qui do-
mine dans bien des Pièces de cette nou-
velle eſpéce. Au- contraire ici , fuccef-
fivement intéreffant , fouvent fublime
fçavant fans être moins gracieux, il fem
ble avoir déployé les plus heureuſes ref
fources de fon Art. Nous avons pour
preuves de ce que nous avançons entre
autres morceaux la Romance dont nous
avons rapporté les paroles ; le Duo du
premier Acte , la defcription de la Tem-
pête , l'Ariette de Blaiſe , la Scène de
130 MERCURE DE FRANCE.
la Reconnoiffance de Julien , l'admira-
ble Monologue d'Agathe , enfin le Vau-
deville de la fin , & nous pourrions dire
tout l'ouvrage. Ce qui laiffe efpérer que
le Muficien ne négligera pas d'étendre
fa gloire , en briguant de pareils fuccès
dans le premier genre, plus digne de fes
talens , & auquel il paroît fait pour at-
teindre , & pour y réuffir.
Nous defirerions que l'étenduë qu'a
déjà cet Article nous permît de rendre
inftice en particulier au talent de cha-
que Acteur, dans la jufte appréciation
que l'on doit faire de ce genre. On peut
toujours convenir que M. Caillot , entre
autres , indépendament des dons heureux
de la nature , & du talent de chanter ,
acquiert journellement celui de bon Co-
médien.
Les Amateurs de ce Théâtre ont vu
avec plaifir le retour de M. Audinot, dans
fes , Rôles de certains Caractéres qu'il
avoit pour ainfi dire établis dans leur
origine.
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4388
p. 5-6
LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure.
Début :
ON SE PLAINT tous les jours, Monsieur, des progrès que fait l'esprit de [...]
Mots clefs :
Frivolité, République romaine, Annales, Cicéron
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure.
LETTRE à M. DE LAPLACE,
Auteur du Mercure.
N SE PLAINT tous les jours , Monfieur
, des progrès que fait l'eſprit de
frivolité chez la Nation Françoiſe. En
réfléchiffant ſur les cauſes de la décadence
du goût , j'ai cru la trouver
dans l'oubli prèſque total des grands modèles.
Les Ecrivains célébres de l'ancienne
Rome , relégués dans la pouffière des
Aiij
6 MERCURE DE FRANCE .
Ecoles , ſemblent faits poury reſter inconnus
: la lecture de leurs Ouvrages
éffraye ; on croiroit être ſuſpect de pédanterie
pour peu que l'on fût ſoupçonné
d'être en commerce avec ces illuftres
morts. Vous avez trop de lumières , Monfieur
, pour ne pas ſentir combien laRépublique
des Lettres y gagneroit , fi nous
abjurions une pareille façon de penſer.
Mon avis ne ſçauroit faire loi ; puiſſe au
moins mon éxemple être ſuivi par des Littérateurs
plus habiles. Les Plaidoyers de
Ciceron font regardés comme autantd'époques
dans les Annales de la République
Romaine. J'ai formé le deſſein d'en
donner l'Histoire au Public. En voici un
éſſai : fi vous en faites uſage , il ſera ſuivi
des Catilinaires , &c . &c. &c .
J'ai l'honneur d'être , &c .
Auteur du Mercure.
N SE PLAINT tous les jours , Monfieur
, des progrès que fait l'eſprit de
frivolité chez la Nation Françoiſe. En
réfléchiffant ſur les cauſes de la décadence
du goût , j'ai cru la trouver
dans l'oubli prèſque total des grands modèles.
Les Ecrivains célébres de l'ancienne
Rome , relégués dans la pouffière des
Aiij
6 MERCURE DE FRANCE .
Ecoles , ſemblent faits poury reſter inconnus
: la lecture de leurs Ouvrages
éffraye ; on croiroit être ſuſpect de pédanterie
pour peu que l'on fût ſoupçonné
d'être en commerce avec ces illuftres
morts. Vous avez trop de lumières , Monfieur
, pour ne pas ſentir combien laRépublique
des Lettres y gagneroit , fi nous
abjurions une pareille façon de penſer.
Mon avis ne ſçauroit faire loi ; puiſſe au
moins mon éxemple être ſuivi par des Littérateurs
plus habiles. Les Plaidoyers de
Ciceron font regardés comme autantd'époques
dans les Annales de la République
Romaine. J'ai formé le deſſein d'en
donner l'Histoire au Public. En voici un
éſſai : fi vous en faites uſage , il ſera ſuivi
des Catilinaires , &c . &c. &c .
J'ai l'honneur d'être , &c .
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4389
p. 6-9
HISTOIRE du Discours prononcé par M. T. CICERON, en faveur du Poëte ARCHIAS.
Début :
UNE coutume assez ordinaire aux Orateurs du Barreau, c'est de faire l'éloge de [...]
Mots clefs :
Cicéron, Poète Archias, Mérite, Poète, Titre, Maître
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE du Discours prononcé par M. T. CICERON, en faveur du Poëte ARCHIAS.
HISTOIRE du Discours prononcépar
M. T. CICERON , enfaveur du Poëte
ARCHIAS.
UNE coutume aſſez ordinaire aux Orateurs
du Barreau , c'eſt de faire l'éloge de
ceux pour qui ils parlent ; c'eſt un moyen
de plus d'intéreſſer les Juges en leur faveur.
Quoique Ciceron ait uſé de cette
eſpèce de privilége , en plaidant laCauſe
FEVRIER. 1764. 7
du Poëte Archias , les louanges qu'il
prodigue à cet homme célébre ne doivent
point paroître ſuſpectes. Les Ouvrages
de ce génie diſtingué , malheureufement
perdus pour la poſtérité , firent
dans leur temps les délices de tout ce
qu'il y avoit de gens éclairés à Rome.
Le titre du Diſcours de Ciceron porte
qu'il fut prononcé pour défendre la cauſe
du Poëte Archias. Cette épithète ſemble
avoir fait tort à ſes autres qualités. Perfonne
ne lui conteſte ſon mérite en Poëfre
; mais on veut qu'il n'en ait eu que
dans ce genre. Outre qu'il étoit bon
Poëte , il fut cependant encore profond
Mathématicien , Hiſtorien fincère & impartial
, Ecrivain élégant & délicat. Aces
traits d'un mérite peu commun , il joignoit
les qualités du coeur les plus eſtimables.
Philoſophe ami de l'humanité , il ne
fitcasde ſes talens , qu'autant qu'ilput en
faire jouir ſes ſemblables. Il préſida à l'éducation
des Citoyens des meilleures
Maiſons de la République ; & , ce qui
eſt bien rare , prèſque tous ſes élèves
lui firent honneur. Ciceron fut de ce
nombre. C'eſt un problême que je laiſſe
à réfoudre , lequel fut le plus heureux ,
ou le Maître d'avoir eu un tel Diſciple ,
ou le Difciple d'avoir été formé par un
tel Maître ? Aiv
Voici ce qui donna occafion à ce dernier
de compoſer & de prononcer le
Difcours dont il eſt queſtion .
A. Licinius Archias étoit d'Antioche .
Il vint à Rome l'an 648 de ſa fondation .
Treize ans après , c'est-à-dire , l'an 661 ,
on lui donna le droit de Bourgeoifie
Romaine. La République étoit alors
dans ſes beaux jours , & le titre de Citoye.
nRomain honoroit juſqu'aux Souverains.
Une distinction fi flateuſe étoit
bien dûe au mérite de notre Philoſophe .
La Ville d'Héraclée , quelque temps auparavant,
s'étoit empreſſée de rendre
juſtice au mérite , en le faiſant inſcrire
fur le tableau de ſes Citoyens. Il jouit
en paix de tous ces avantages pendant
l'eſpace de vingt-huit ans ; reçu dans les
meilleures ſociétés dont il faiſoit l'ornement
par l'agrément de ſon commerce ,
recherché des Sçavans qu'il éclairoit ,
chéri du Public dont ſes Ouvrages faifoient
les délices , ſes jours ſe paſſoient
dans cette tranquillité philoſophique qui
fait le charme de la vie d'un Sage. Un
certain Grætius, jaloux ſans doute de voir
jouir Archias d'un bonheur ſans mêlange
,& plus encore peut-être de fon mérite
perſonnel,s'aviſa, ſur je ne ſçais quel fondement
, de lui diſputer le titre de Citoyen
Romain , & les prérogatives qui
1704. 9
y étoient attachées. Ciceron ſaiſit avec
empreſſement cette occafion de marquer
fa reconnoiſſance à fon ancien Maître .
Le diſcours qu'il prononça , & dont l'éloquence
victorieuſe triompha des lâches
artifices de ſon adverſaire , a été regardé
par tous les Gens de Lettres comme un
chef d'oeuvre d'éloquence & de délicarefſfe.
Les âmes ſenſibles , & c'eſt ce qui
en fait le plus bel éloge , les âmes fenfibles
yont vu quelque choſe de plus : um
monument élevé à la gloire de leur vertu
favorite. Par M. D.F.
M. T. CICERON , enfaveur du Poëte
ARCHIAS.
UNE coutume aſſez ordinaire aux Orateurs
du Barreau , c'eſt de faire l'éloge de
ceux pour qui ils parlent ; c'eſt un moyen
de plus d'intéreſſer les Juges en leur faveur.
Quoique Ciceron ait uſé de cette
eſpèce de privilége , en plaidant laCauſe
FEVRIER. 1764. 7
du Poëte Archias , les louanges qu'il
prodigue à cet homme célébre ne doivent
point paroître ſuſpectes. Les Ouvrages
de ce génie diſtingué , malheureufement
perdus pour la poſtérité , firent
dans leur temps les délices de tout ce
qu'il y avoit de gens éclairés à Rome.
Le titre du Diſcours de Ciceron porte
qu'il fut prononcé pour défendre la cauſe
du Poëte Archias. Cette épithète ſemble
avoir fait tort à ſes autres qualités. Perfonne
ne lui conteſte ſon mérite en Poëfre
; mais on veut qu'il n'en ait eu que
dans ce genre. Outre qu'il étoit bon
Poëte , il fut cependant encore profond
Mathématicien , Hiſtorien fincère & impartial
, Ecrivain élégant & délicat. Aces
traits d'un mérite peu commun , il joignoit
les qualités du coeur les plus eſtimables.
Philoſophe ami de l'humanité , il ne
fitcasde ſes talens , qu'autant qu'ilput en
faire jouir ſes ſemblables. Il préſida à l'éducation
des Citoyens des meilleures
Maiſons de la République ; & , ce qui
eſt bien rare , prèſque tous ſes élèves
lui firent honneur. Ciceron fut de ce
nombre. C'eſt un problême que je laiſſe
à réfoudre , lequel fut le plus heureux ,
ou le Maître d'avoir eu un tel Diſciple ,
ou le Difciple d'avoir été formé par un
tel Maître ? Aiv
Voici ce qui donna occafion à ce dernier
de compoſer & de prononcer le
Difcours dont il eſt queſtion .
A. Licinius Archias étoit d'Antioche .
Il vint à Rome l'an 648 de ſa fondation .
Treize ans après , c'est-à-dire , l'an 661 ,
on lui donna le droit de Bourgeoifie
Romaine. La République étoit alors
dans ſes beaux jours , & le titre de Citoye.
nRomain honoroit juſqu'aux Souverains.
Une distinction fi flateuſe étoit
bien dûe au mérite de notre Philoſophe .
La Ville d'Héraclée , quelque temps auparavant,
s'étoit empreſſée de rendre
juſtice au mérite , en le faiſant inſcrire
fur le tableau de ſes Citoyens. Il jouit
en paix de tous ces avantages pendant
l'eſpace de vingt-huit ans ; reçu dans les
meilleures ſociétés dont il faiſoit l'ornement
par l'agrément de ſon commerce ,
recherché des Sçavans qu'il éclairoit ,
chéri du Public dont ſes Ouvrages faifoient
les délices , ſes jours ſe paſſoient
dans cette tranquillité philoſophique qui
fait le charme de la vie d'un Sage. Un
certain Grætius, jaloux ſans doute de voir
jouir Archias d'un bonheur ſans mêlange
,& plus encore peut-être de fon mérite
perſonnel,s'aviſa, ſur je ne ſçais quel fondement
, de lui diſputer le titre de Citoyen
Romain , & les prérogatives qui
1704. 9
y étoient attachées. Ciceron ſaiſit avec
empreſſement cette occafion de marquer
fa reconnoiſſance à fon ancien Maître .
Le diſcours qu'il prononça , & dont l'éloquence
victorieuſe triompha des lâches
artifices de ſon adverſaire , a été regardé
par tous les Gens de Lettres comme un
chef d'oeuvre d'éloquence & de délicarefſfe.
Les âmes ſenſibles , & c'eſt ce qui
en fait le plus bel éloge , les âmes fenfibles
yont vu quelque choſe de plus : um
monument élevé à la gloire de leur vertu
favorite. Par M. D.F.
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4390
p. 11-15
LETTRE mêlée de Vers & de Prose, à M. VERNET, Peintre du ROI.
Début :
VOUS ne vous douteriez jamais, mon cher & illustre ami, des étrènnes que [...]
Mots clefs :
Temps, Mot, Claude Joseph Vernet, Tableaux
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE mêlée de Vers & de Prose, à M. VERNET, Peintre du ROI.
LETTRE mêlée de Vers & de Profe , à
M. VERNET , Peintre du Ro1.
Vous ne vous douteriez jamais ,mon
cher & illuftre ami , des étrènnes que
je vous deſtine. C'eſt mon rêve de la
nuit dernière , oui mon rêve ! &
quelque précieux que foient vos momens
, vous en employerez quelquesuns
à l'écouter. Il m'eſt arrivé enfin ce
que je defirois depuis longtemps. Grace
au fommeil , j'ai franchi cette nuit
l'eſpace qui me ſéparoit de vous , & je
me fuis vû dans votre attelier. A côté
de moi étoit un artiſte célébree , debout,
A vj
?
II
12 MERCURE DE FRANCE .
immobile , la vue fortement attachée
fur vos ouvrages , & dans la vraie attitude
d'un contemplatif. Ses yeux fuivoient
de temps en temps les mouvemens
de votre pinceau , & l'inſtant d'après
il retomboit dans la méditation la
plus profonde. Revenu enfin de cette extaſe
, » J'ai vû quantité de belles choſes ,
>>>a- t - il dit ; mais elles n'étoient point
>> un myſtère pour moi. Si je ne puis en
>> faire autant , je ſçais du moins com-
>>ment on y peut parvenir : mais à l'é-
>> gard de ces tableaux , j'ignore abſo-
>> lument par quelle magie on arrive à
>> ce degréde vérité. « * Vous n'êtes pas
un homme morbleu , a-t- il. continué
vivement en vous adreſſant la parole ;
vous êtes le Diable , ou vous avez fait
un pacte avec lui. Cette incartade vous a
fait rire ; pour moi je l'ai priſe fort ſerieuſement
, & je me fuis rangé de
fon parti de la meilleure foi du monde;
car enfin , vous diſois-je , autant que
je puis me le rappeller :
*
Sans quelque peu de diablerie,
Comment expliquer , je vous prie ,
C'est l'éloge qu'un Artiſte distingué afait des
Tableaux de M. Vernet au dernier Sallon, Ann..
Litt. t. 6. p. 15. 1763 .
FEVRIER. 1764.
Certe trompeuſe profondeur
Sur la toile la plus unie ,
Cesfigures dont la rondeur
Au ciſeau pourroit faire envie
Ces traits vivans , ce coloris
Qui n'étoient que dans la nature ,
Avant qu'ils ſe viſſent tranfmis
Dansvotre magique peinture ?
Vous avez , lauf meilleur avis ,
Fort bien fait de prendre naiſſance
Dans un temps comme celui- ci ;
Car au fiécle de Goffredi *,
Notre Parlement de Provence
Vous eût fait un mauvais parti.
Vous auriez pu par aventure
Finir vos jours par la brûlure ,
Comme ce pauvre preſtolet ;
Et votre procès , je vous jure ,
Vous eût même été plutôt fait.
Car, être l'allié du Diable ,
Auroit dit quelque homme capable
Parmi la Gent porte-rabat ;
Est-ce par la métempſycoſe
Entrer au corps de quelque chat ?
Vieilleerreur ! c'eſt tout autre choſe.
Fai lû dans de vieux Almanachs
Qui dévoiloient tous les myſtères
* Louis Goffredy brûlé à Aix pour crime.
Magie en 1611.
14 MERCURE DE FRANCE.
Des gens qui hantent les fabbats ,
Que les plus habiles Sorcières
Prenoient quelquefois leurs ébats
A faire le beau-temps , l'orage ,
Couvrir l'air d'un ſombre nuage ,
Arracher la lune des Cieux ,
Bâtir des maiſons enchantées ,
Elever monts , creuſer vallées ,
A faire enfin mille autres jeux
Peu chrétiens , mais fort curieux.
Vernet depuis maintes années ,
En fait autant ; dans le beſoin
Je pourrois ſervir de témoin.
D'un coup de baguette puiſſante ,
J'ai vu , j'en donne mon ferment ,
J'ai vu la Lune obéiſſante
Deſcendre en ſon appartement.
J'ai vu les Airs , le Firmament ,
Les flots de la mer , le rivage ,
Toutes les horreurs d'un naufrage
Eclore à ſon commandement.
Sorgeant à cet affreux orage ,
Je friſſonne encor de terreur ,
Et je partage la douleur
De ces pauvres gens dont l'image
Reſtera longtemps dans mon coeur.
Hélas ! leur horrible malheur
N'étoit que l'effet de la rage
De ce déteſtable Enchanteur.
FEVRIER 1764 .
'omets mille & mille autres choſes
Plus ſurprenantes à nos yeux
Quetoutes les métamorphoſes
De nos Sorciers les plus fameux.
Partant l'avis que je propoſe
En juge équitable & chrétien ,
C'eſt , Meſſieurs, quoiqu'il nous oppoſe
Pour nous prouver qu'il n'en eſt rien ,
Qu'on le brûle: il eſt Magicien.
Vous fentez bien que fur cette éloquente
harangue , on auroit opiné au
feu du Bonnet. Et voilà à quoi auroient
abouti alors ces mêmes talens qui vous
attirent aujourd'hui l'admiration des
Peuples & des Rois. Toute choſe a fon
temps , dit le Sage. Aujourd'hui c'eſt le
régne des beaux Tableaux; autrefois
c'étoit celui des méchans Vers. Du
temps de feu Cotin j'aurois été de l'Académie
Françoiſe. Heureuſement pour
vous&malheureuſement pour moi,tout
eft rentré dans l'ordre. Je fuis ,&c.
M. VERNET , Peintre du Ro1.
Vous ne vous douteriez jamais ,mon
cher & illuftre ami , des étrènnes que
je vous deſtine. C'eſt mon rêve de la
nuit dernière , oui mon rêve ! &
quelque précieux que foient vos momens
, vous en employerez quelquesuns
à l'écouter. Il m'eſt arrivé enfin ce
que je defirois depuis longtemps. Grace
au fommeil , j'ai franchi cette nuit
l'eſpace qui me ſéparoit de vous , & je
me fuis vû dans votre attelier. A côté
de moi étoit un artiſte célébree , debout,
A vj
?
II
12 MERCURE DE FRANCE .
immobile , la vue fortement attachée
fur vos ouvrages , & dans la vraie attitude
d'un contemplatif. Ses yeux fuivoient
de temps en temps les mouvemens
de votre pinceau , & l'inſtant d'après
il retomboit dans la méditation la
plus profonde. Revenu enfin de cette extaſe
, » J'ai vû quantité de belles choſes ,
>>>a- t - il dit ; mais elles n'étoient point
>> un myſtère pour moi. Si je ne puis en
>> faire autant , je ſçais du moins com-
>>ment on y peut parvenir : mais à l'é-
>> gard de ces tableaux , j'ignore abſo-
>> lument par quelle magie on arrive à
>> ce degréde vérité. « * Vous n'êtes pas
un homme morbleu , a-t- il. continué
vivement en vous adreſſant la parole ;
vous êtes le Diable , ou vous avez fait
un pacte avec lui. Cette incartade vous a
fait rire ; pour moi je l'ai priſe fort ſerieuſement
, & je me fuis rangé de
fon parti de la meilleure foi du monde;
car enfin , vous diſois-je , autant que
je puis me le rappeller :
*
Sans quelque peu de diablerie,
Comment expliquer , je vous prie ,
C'est l'éloge qu'un Artiſte distingué afait des
Tableaux de M. Vernet au dernier Sallon, Ann..
Litt. t. 6. p. 15. 1763 .
FEVRIER. 1764.
Certe trompeuſe profondeur
Sur la toile la plus unie ,
Cesfigures dont la rondeur
Au ciſeau pourroit faire envie
Ces traits vivans , ce coloris
Qui n'étoient que dans la nature ,
Avant qu'ils ſe viſſent tranfmis
Dansvotre magique peinture ?
Vous avez , lauf meilleur avis ,
Fort bien fait de prendre naiſſance
Dans un temps comme celui- ci ;
Car au fiécle de Goffredi *,
Notre Parlement de Provence
Vous eût fait un mauvais parti.
Vous auriez pu par aventure
Finir vos jours par la brûlure ,
Comme ce pauvre preſtolet ;
Et votre procès , je vous jure ,
Vous eût même été plutôt fait.
Car, être l'allié du Diable ,
Auroit dit quelque homme capable
Parmi la Gent porte-rabat ;
Est-ce par la métempſycoſe
Entrer au corps de quelque chat ?
Vieilleerreur ! c'eſt tout autre choſe.
Fai lû dans de vieux Almanachs
Qui dévoiloient tous les myſtères
* Louis Goffredy brûlé à Aix pour crime.
Magie en 1611.
14 MERCURE DE FRANCE.
Des gens qui hantent les fabbats ,
Que les plus habiles Sorcières
Prenoient quelquefois leurs ébats
A faire le beau-temps , l'orage ,
Couvrir l'air d'un ſombre nuage ,
Arracher la lune des Cieux ,
Bâtir des maiſons enchantées ,
Elever monts , creuſer vallées ,
A faire enfin mille autres jeux
Peu chrétiens , mais fort curieux.
Vernet depuis maintes années ,
En fait autant ; dans le beſoin
Je pourrois ſervir de témoin.
D'un coup de baguette puiſſante ,
J'ai vu , j'en donne mon ferment ,
J'ai vu la Lune obéiſſante
Deſcendre en ſon appartement.
J'ai vu les Airs , le Firmament ,
Les flots de la mer , le rivage ,
Toutes les horreurs d'un naufrage
Eclore à ſon commandement.
Sorgeant à cet affreux orage ,
Je friſſonne encor de terreur ,
Et je partage la douleur
De ces pauvres gens dont l'image
Reſtera longtemps dans mon coeur.
Hélas ! leur horrible malheur
N'étoit que l'effet de la rage
De ce déteſtable Enchanteur.
FEVRIER 1764 .
'omets mille & mille autres choſes
Plus ſurprenantes à nos yeux
Quetoutes les métamorphoſes
De nos Sorciers les plus fameux.
Partant l'avis que je propoſe
En juge équitable & chrétien ,
C'eſt , Meſſieurs, quoiqu'il nous oppoſe
Pour nous prouver qu'il n'en eſt rien ,
Qu'on le brûle: il eſt Magicien.
Vous fentez bien que fur cette éloquente
harangue , on auroit opiné au
feu du Bonnet. Et voilà à quoi auroient
abouti alors ces mêmes talens qui vous
attirent aujourd'hui l'admiration des
Peuples & des Rois. Toute choſe a fon
temps , dit le Sage. Aujourd'hui c'eſt le
régne des beaux Tableaux; autrefois
c'étoit celui des méchans Vers. Du
temps de feu Cotin j'aurois été de l'Académie
Françoiſe. Heureuſement pour
vous&malheureuſement pour moi,tout
eft rentré dans l'ordre. Je fuis ,&c.
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4391
p. 185-189
« L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE a donné dans la nouvelle [...] »
Début :
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE a donné dans la nouvelle [...]
Mots clefs :
Théâtre, Opéra, Public, Voix, Rôle, Cour, Exécuter
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texteReconnaissance textuelle : « L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE a donné dans la nouvelle [...] »
L'ACADÉMIE ROYALE DE
MUSIQUE a donné dans la nouvelle
Salle , le Mardi 24 Janvier , la première
Repréſentation de Castor & Pollux ,
Tragédie - Opéra ; Poëme de M. BERNARD
, Muſique de M. RAMEAU.
Cet Opéra avoit été donné pour la
première fois le 24 Octobre 1737 , &
repris en Janvier 1764. Nous ne nous arrêterons
pas à parler du fond de cet Ouvrage,
dont le Public vient de ſentir encore
le mérite & de le marquer nonſeulement
par des applaudiſſemens
mais par fon affluence. * Nous rendrons
compte de l'exécution & de la pompe
de ſon Spectacle. La diſtribution des
rôles eſt la même qu'elle étoit à la
* Les cing premières Repréſentations ont produit
20800 liv.
186 MERCURE DE FRANCE.
Cour ( * excepté le rôle de Caftor exécuté
à Paris par M. PILLOT avec le feu
& l'intelligence d'Acteur. Jamais l'intéreffante
Mlle ARNOULD ne l'a été davantage
pour le Public. Indépendam -
ment des grâces , du ſentiment réglé
par l'intelligence la plus juſte , il ſemble
que fur ce nouveau Théâtre , ſa voix
ait pris de nouvelles forces , plus de
volume & plus de rondeur qu'elle n'en
avoit. Il eſt conſtamment éprouvé qu'à
quelque diſtance qu'elle y chante , non
feulement on ne perd aucune partie de
ſes ſons , mais encore des paroles de
fon rôle. Ce dernier effet eſt ſans doute
le fruit de l'art d'articuler , mérite qui
double celui de toutes les voix : mais on
peut aſſurer que dans cette Salle le fon
eſt en général repercuté plus diftincte .
ment que dans toute autre. Nous
croyons que ce Théâtre a un avantage
particulier , bien favorable à la vérité
des actions , c'eſt d'être plus ſonore audelà
de l'avant-Scène que ſous le plafond
qui la couvre. Nous avons déja
dit que dans le rôle de JupiterM. LARRIVÉE
étoit très-bien entendu à-peuprès
à 70 pieds de diſtance. Nous ré-
*V. dans les précédens Mercures l'Article des
Spectacles de la Cour à Fontainebleau.
FEVRIER. 1764. 187
avec lefeu
,
Jamais
l'ince
D ne l'a été da
ic. Indépendamdu
fentiment
réglé
plus juſte , ilſemble
u Théâtre , ſa voix
elles forces plus de
- rondeur qu'elle n'en
tamment éprouvéqu'
qu'elle y chante , non
e perd aucune partiede
encore des paroles de
ernier effet eſtfansdoute
= d'articuler , mérite qui
etoutes les voix : mais on
De dans cette Salle le fon
repercuté plus distincte. dans
toute
autre
. Nous ce Théâtre
a un avantage en favorable
à la vérité 'eſt d'être
plus fonore
au -Scène
que ſous le pla uvre. Nous
avons
dép rôlede Jupiter
M. LAR- ès- bien
entendu
à-peu- s de diſtance
. Nous
ré
cédens
Mercures
l'Article
des
ir àFontainebleau
.
pétons d'autant plus volontiers cette
vérité , qu'elle ne peut être imputée à
une illufion officieuſe , puiſque nous
en avons pour garants l'impreſſion &
le témoignage général de tous les Auditeurs
. Mlle LARRIVÉE a donné des
preuves très-agréables au Public de fon
zéle, en chantant les airs des divertiſſemens
de cet Opéra. On paroît auffi
très content de la manière dont M.
GELIN rend le rôle de Pollux. Mlle
CHEVALIER remplit très-bien leRôle
de Phébé, ainſi quelle avoit fait à la
Cour.
M. DUPAR , nouvelle Hautecontre ,
a débuté à la troifiéme repréſentation
par l'Ariette du ſecond Acte , Eclatez ,
fières trompettes , &c. & par le rôle de
Mercure. Le fon de ſa voix paroît agréable&
d'un volume ſuffifant. Il fournit
aux tons les plus hauts & fans héſiter.
Les agrémens du chant font bien exécutés
; on lui trouve de la netteté dans
la prononciation , beaucoup de juſteſſe
& d'oreille. Enfin on a lieu d'en eſpérer
favorablement , lorſque l'uſage du
Théâtre & des foins auront formé fon
maintien & fon jeu. On croit que l'ons
entendra encore d'autres Débutans dans
188 MERCURE DE FRANCE.
ce même genre de voix ſur lequel il
paroît que l'on prend toutes les meſures
poffibles pour fatisfaire le Public.
Les Ballets , par M. LANI , Maître
des Ballets de l'Opéra , font bien deffinés
, convenablement caractériſés &
produiſent ſur ce grand Théâtre uneffet
bien plus avantageux que ſur l'ancien.
Mlle LANI danſe dans les Ombres
heureuſes du quatriéme Acte & dans
l'Entrée de Génies qui préſident aux
Planettes . Nous croyons que tout éloge
feroit fuperflu ; la nommer , c'eſt indiquer
ſuffisamment l'admiration du Public.&
la fupériorité du Sujet qui l'occafionne
. Mlle ALLARD danſe au premierActe
en Spartiate & dans le Pas de
Trois en Furie, au quatrième Acte. Au
gré des Connoiffeurs , cette Danſeuſe
exécute dans cet Opéra les choſes les
plus fortes de fon art& d'une manière
dont à peine on conçoit les moyens.
Mlle VESTRIS , en Hébé , danſe l'enchantement
au troiſiéme Acte , & dans
les Planettes au cinquiéme. Mlle LYONNOIS
dans l'Entrée des Furies avec
Mlle ALLARD & M. BEAT . Le Pas des
Gladiateurs eft exécuté par MM. LANI
& GARDEL au premier Acte , & celui
NCE FEVRIER. 1764. 189
Tur lea
ares les mesufaire
le Public
LANT
Maître
, font bien deff
ent caractérisés
&
rand Theatre
un ef
tageux que ſur l'andes
Lutteurs par MM . LAVAL, LYONNOIS
, HIACINTE & ROGIER .
M. GARDEL danſe avec beaucoup
de ſuccès au cinquiéme Acte , ſous la
forme du Génie qui préſide au Soleil, ce
que M. VESTRIS danſoit à la Cour
dans le même Opéra . Mlle GUIMARD
exécute pluſieurs Pas de Deux avec M.
CAMPIONI au premier Acte & avec
Mlle LECLERC dans les trois autres,
MUSIQUE a donné dans la nouvelle
Salle , le Mardi 24 Janvier , la première
Repréſentation de Castor & Pollux ,
Tragédie - Opéra ; Poëme de M. BERNARD
, Muſique de M. RAMEAU.
Cet Opéra avoit été donné pour la
première fois le 24 Octobre 1737 , &
repris en Janvier 1764. Nous ne nous arrêterons
pas à parler du fond de cet Ouvrage,
dont le Public vient de ſentir encore
le mérite & de le marquer nonſeulement
par des applaudiſſemens
mais par fon affluence. * Nous rendrons
compte de l'exécution & de la pompe
de ſon Spectacle. La diſtribution des
rôles eſt la même qu'elle étoit à la
* Les cing premières Repréſentations ont produit
20800 liv.
186 MERCURE DE FRANCE.
Cour ( * excepté le rôle de Caftor exécuté
à Paris par M. PILLOT avec le feu
& l'intelligence d'Acteur. Jamais l'intéreffante
Mlle ARNOULD ne l'a été davantage
pour le Public. Indépendam -
ment des grâces , du ſentiment réglé
par l'intelligence la plus juſte , il ſemble
que fur ce nouveau Théâtre , ſa voix
ait pris de nouvelles forces , plus de
volume & plus de rondeur qu'elle n'en
avoit. Il eſt conſtamment éprouvé qu'à
quelque diſtance qu'elle y chante , non
feulement on ne perd aucune partie de
ſes ſons , mais encore des paroles de
fon rôle. Ce dernier effet eſt ſans doute
le fruit de l'art d'articuler , mérite qui
double celui de toutes les voix : mais on
peut aſſurer que dans cette Salle le fon
eſt en général repercuté plus diftincte .
ment que dans toute autre. Nous
croyons que ce Théâtre a un avantage
particulier , bien favorable à la vérité
des actions , c'eſt d'être plus ſonore audelà
de l'avant-Scène que ſous le plafond
qui la couvre. Nous avons déja
dit que dans le rôle de JupiterM. LARRIVÉE
étoit très-bien entendu à-peuprès
à 70 pieds de diſtance. Nous ré-
*V. dans les précédens Mercures l'Article des
Spectacles de la Cour à Fontainebleau.
FEVRIER. 1764. 187
avec lefeu
,
Jamais
l'ince
D ne l'a été da
ic. Indépendamdu
fentiment
réglé
plus juſte , ilſemble
u Théâtre , ſa voix
elles forces plus de
- rondeur qu'elle n'en
tamment éprouvéqu'
qu'elle y chante , non
e perd aucune partiede
encore des paroles de
ernier effet eſtfansdoute
= d'articuler , mérite qui
etoutes les voix : mais on
De dans cette Salle le fon
repercuté plus distincte. dans
toute
autre
. Nous ce Théâtre
a un avantage en favorable
à la vérité 'eſt d'être
plus fonore
au -Scène
que ſous le pla uvre. Nous
avons
dép rôlede Jupiter
M. LAR- ès- bien
entendu
à-peu- s de diſtance
. Nous
ré
cédens
Mercures
l'Article
des
ir àFontainebleau
.
pétons d'autant plus volontiers cette
vérité , qu'elle ne peut être imputée à
une illufion officieuſe , puiſque nous
en avons pour garants l'impreſſion &
le témoignage général de tous les Auditeurs
. Mlle LARRIVÉE a donné des
preuves très-agréables au Public de fon
zéle, en chantant les airs des divertiſſemens
de cet Opéra. On paroît auffi
très content de la manière dont M.
GELIN rend le rôle de Pollux. Mlle
CHEVALIER remplit très-bien leRôle
de Phébé, ainſi quelle avoit fait à la
Cour.
M. DUPAR , nouvelle Hautecontre ,
a débuté à la troifiéme repréſentation
par l'Ariette du ſecond Acte , Eclatez ,
fières trompettes , &c. & par le rôle de
Mercure. Le fon de ſa voix paroît agréable&
d'un volume ſuffifant. Il fournit
aux tons les plus hauts & fans héſiter.
Les agrémens du chant font bien exécutés
; on lui trouve de la netteté dans
la prononciation , beaucoup de juſteſſe
& d'oreille. Enfin on a lieu d'en eſpérer
favorablement , lorſque l'uſage du
Théâtre & des foins auront formé fon
maintien & fon jeu. On croit que l'ons
entendra encore d'autres Débutans dans
188 MERCURE DE FRANCE.
ce même genre de voix ſur lequel il
paroît que l'on prend toutes les meſures
poffibles pour fatisfaire le Public.
Les Ballets , par M. LANI , Maître
des Ballets de l'Opéra , font bien deffinés
, convenablement caractériſés &
produiſent ſur ce grand Théâtre uneffet
bien plus avantageux que ſur l'ancien.
Mlle LANI danſe dans les Ombres
heureuſes du quatriéme Acte & dans
l'Entrée de Génies qui préſident aux
Planettes . Nous croyons que tout éloge
feroit fuperflu ; la nommer , c'eſt indiquer
ſuffisamment l'admiration du Public.&
la fupériorité du Sujet qui l'occafionne
. Mlle ALLARD danſe au premierActe
en Spartiate & dans le Pas de
Trois en Furie, au quatrième Acte. Au
gré des Connoiffeurs , cette Danſeuſe
exécute dans cet Opéra les choſes les
plus fortes de fon art& d'une manière
dont à peine on conçoit les moyens.
Mlle VESTRIS , en Hébé , danſe l'enchantement
au troiſiéme Acte , & dans
les Planettes au cinquiéme. Mlle LYONNOIS
dans l'Entrée des Furies avec
Mlle ALLARD & M. BEAT . Le Pas des
Gladiateurs eft exécuté par MM. LANI
& GARDEL au premier Acte , & celui
NCE FEVRIER. 1764. 189
Tur lea
ares les mesufaire
le Public
LANT
Maître
, font bien deff
ent caractérisés
&
rand Theatre
un ef
tageux que ſur l'andes
Lutteurs par MM . LAVAL, LYONNOIS
, HIACINTE & ROGIER .
M. GARDEL danſe avec beaucoup
de ſuccès au cinquiéme Acte , ſous la
forme du Génie qui préſide au Soleil, ce
que M. VESTRIS danſoit à la Cour
dans le même Opéra . Mlle GUIMARD
exécute pluſieurs Pas de Deux avec M.
CAMPIONI au premier Acte & avec
Mlle LECLERC dans les trois autres,
Fermer
4392
p. 189-197
DÉCORATIONS du nouveau Théâtre.
Début :
Quelqu'étendue que nous ayent déja couté les détails de cet Article, plus intéressant [...]
Mots clefs :
Décorations, Décoration, Opéra, Théâtre, Acte, Palais, Architecture, Genre, Jupiter, Spectacle, Palais des Tuileries
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texteReconnaissance textuelle : DÉCORATIONS du nouveau Théâtre.
DÉCORATIONS du nouveau Théâtre.
Quelqu'étendue que nous ayent déja
couté les détails de cet Article , plus intéreſſant
qu'à l'ordinaire par les circonſtances
, nous ne pourrions refufer
ſans injustice , de configner ici & d'apprendre
aux Lecteurs le ſuccès des foins
qu'on a pris pour la ſplendeur du Spectacle.
Le premier Acte offre à l'ouverture
du rideau un vaſte Palais , d'une belle
architecture , percé par des colonades
en point de côté. Cette décoration occupe
une grande partie de la fuperficie
du Théâtre dont elle annonce d'abord
affez avantageuſement l'étendue. En
effet diverſes évolutions & tous les évé
nemens de deux combats y ſont exécutés
par près de 80 hommes armés,ſans
embarras ,& les Tableaux en font toujours
distinctement apperçus dans l'ordre
naturel des vraiſemblances , par
ceque les eſpaces qui les environnens
font toujours aſſez vaſtes.
Les curieux voyent avec plaifir au
deuxiéme Acte , un de ces grands Monumens
funéraires de l'Antiquité ; où
l'on dépoſoit les Corps ou les Cendres
des Rois , & des Héros. On en apperçoit
l'intérieur par une vaſte ouverture qui
laiſſe voir, parmi d'autres, le Mauſolée de
Caſtor,au-deſſusduquel ſont ſuſpendues
des lampes ſépulcrales. On n'eſt pas
tombé dans l'erreur d'en faire un Catafalque
moderne. Les ornemens font
caractériſtiques ; ce lieu eſt environné
d'obéliſques , de pyramides ,&de Tombeaux.
Le tout eſt dans le vrai genre de
l'Antique , & d'un fort bon Ton de
couleur. Des perſonnages , couverts de
grands voiles de deuil ,pleurans ſur ce
Tombeau & tout le reſte de la Pompe
funébre, ajoutent à la vérité de l'image,
analogue aux admirables morceaux
de muſique que tout le monde connoît.
L'intérieur du Palais de Jupiter enFEVRIER
. 1764. Ign 1
vironné de toute ſa gloire , au troifiéme
Acte , est d'autant plus impoſant
qu'il laiſſe voir prèſque toute la grandeur
de ce Théâtre. Le Péryſtile du
Temple de ce Dieu , qui précéde l'ouverture
de cette décoration , a pour les
connoiffeurs le mérite de la compofition&
de l'execution d'unTableau d'Architecture.
Ils donnent en même tems
de juſtes éloges à la maniére dont eſt
traitée la Cavernne , qui ſert d'entrée
aux Enfers, au quatriéme Acte. Ce qui
plaît , ou plutôt , ce qui enchante généralement
tous les yeux , eſt la décoration
qui ſuit immédiatement celle-ci ,
pour repréſenter les Champs Elyſées . Il
n'eſt pas poſſible au Génie pittoreſque
de mieux réaliſer le Génie Poëtique
que l'on a fait en cette occaſion. L'image
que l'on y donne,du ſéjour délicieux
des ombres , eſt le plus beau choix de
la nature , c'eſt en même temps plus que
la nature ; dans le charme des effets.
L'oeil ſe promene , perce dans les allées
& fur les bords du Léthé. La vue
s'y repoſe ; elle y fixe , pour ainſi dire
l'âme par une volupté penſible , dont
rien ne trouble la douceur. Une gradation
bien ménagée , une entente heureuſe
des lumières , une fraîcheur ſuave
,
192 MERCURE DE FRANCE.
dans le coloris , tout donne à cette décoration
, le vrai , le fini , & le précieux
du plus agréable Tableau de Païfage
peint ſur le chevalet. Si cette précédente
décoration raſſemble tout ce
qu'on peut imaginer d'agrémens dans
l'ordre de la nature , celle qui termine
l'Opéra ,fait voir , par un effort ſupérieur
de l'Art , tout ce que l'imagination pourroit
ſe peindre dans l'ordre ſurnaturel
des merveilles .
Elle repréſente , au milieu des Airs , un
Palais iſolé de Jupiter , d'une Architecture
légère , foutenu fur des nuages. Il
communique par des galleries aux (pavillons
des Génies qui préfident aux Planettes
, déſignés par les attributs de ces
Divinités; celui de Jupiter , couronné
d'une coupole élégante & riche eſt défigné
par les Aigles. On voit au-delà une
partie du Zodiaque où ſont les deux Jumeaux
nouvellement inſtallés. Le globe
du Soleil y parcourt ſa carrière . Indépendamment
des attributs, on a fort ingénieufement
exprimé le Phyſique des
Planettes , par la ſuppoſition de globes
lumineux , placés dans chaque Pavillon,
dont les émiſſions rayonnantes paſſent
à travers les entre-colonnes . Un feul ,
qui fait fond au Pavillon de Jupiter ,
eft
FEVRIER. 1764. 193
eſt vû de face & en plein . Une chaleur,
un feu vaporeux , régne tellement dans
cette décoration , que tout eſt lumière
, & qu'il ſemble que la couleur
en ſoit la cauſe première. L'ordonnance
des parties d'Architecture eſt élégante
, noble & céleste. La matière paroît
en être de lapis ſurhauffé d'or. Mais
plutôt , par un preſtige fingulier la matière
s'y diftingue à peine , tout y eſt
fondu & tout y eſt diſtinct , en forte que
dans ce brillant enſemble on ne voit ,
on ne fent que la Divinité dont on peint
le ſéjour. Par un effet étonnant , les
rayons des globes lumineux ſemblent
abfolument diaphanes ſur des fonds de
la matière la plus opaque . En un mot ,
toute cette décoration peut être regardée
comme une forte de magie qui ne
doit ſes preſtiges qu'aux propres forces
de l'art. Nous n'avons encore rien vû
d'auffi neuf en ce genre au Théâtre
ſans qu'on ait employé aucuns de ces
fecours étrangers à la Peinture, qui doivent
toujours être dédaignés par les
Artiſtes dans les imitations d'un
grand genre . On ſera moins furpris de
ce que nous rapportons ici de ces deux
décorations , quand on ſçaura que le
célébre M. BOUCHER prèſque toujours
I
194 MERCURE DE FRANCE .
inſpiré par le génie & guidé par
le goût , s'eſt prêté à en donner
l'idée , & qu'elles ont été exécutées
ſur ſes deſſeins par d'habiles Artiſtes
qui ont déja donné des preuves de
leurs talens. Ils ont tellement ſaiſi
la penſée & même la manière de ce
grand Maître , qu'on diroit que ſa main
&fon eſprit ont conduit leurs pinceaux.
C'eſt une fatisfaction pour les
Amateurs de voir renaître & perfectionner
en France un genre qui paroifſoit
devoir, après le fameux Servandoni,
retomber dans la barbarie d'où il l'avoit
tiré. Ces deux principales décorations
ne doivent pas faire négliger le
mérite d'une autre qui précéde la grande
décoration de la fin& qui repréſente
les dehors de la Ville de Sparte avec
un Arc de Triomphe. Le ſeul rideau du
fond eſt pour les Connoiffeurs une
preuve du talent le plus diftingué ; la
compofition & l'exécution font , ainſi
que toutes les autres décorations de l'Opéra
, des mêmes Artiſtes qui ont peint
* M. Baudon a peint les Champs Elysées & la
Caverne de l'Enfer , MM. Canot & Lallemand la
Décoration de l'Olympe du cinquiéme Acte. Le
Rideau des dehors de la Ville de Sparte eſt encore
de M. Baudon .
FEVRIER . 1764. 195
d'après M. Boucher , les Champs Elyfées
& la derniere décoration .
En conſidérant le nombre & la
richeſſe des habillemens ; en y joignant
le détail que nous venons de faire des
décorations, dans le nombre deſquelles
deux ſeulement * ne ſont pas entièrement
neuves,mais réparées & augmenrées
relativement aux nouvelles proportions
; on ne peut refuſer de juſtes
Eloges au zèle & a l'attention des Directeurs
de ce Spectacle , qui doit faire
la gloire de la Nation, mais où tous
les genres de dépenſes vont ſe trouver
confidérablement multipliés.
On doit remettre l'Opéra de Titon &
l'Aurore , le Jeudi 9 du préſent mois
de Février . Onle continuera les Jeudis
de chaque ſemaine.
La nuit du deux au trois de ce mois
on donna le premier Bal , dans la nouvelle
Salle qui a été univerſellement admirée.
En décrivant celle de l'Opéra ,
nous avons décrit plus haut celle-ci qui
eſt une répétition entiére &exacte des
trois rangs de Loges ſur le Théâtre , depuis
les Balcons qui forment la Partie
du milieu & dans lesquels ſont établis
*Celle du premier Alte & celle du troifiéme..
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
**
des Buffets vis-à-vis de grands trumeaux
de glaces . Les deux extrémités
de la Salle font ceintrées uniformément.
Sur le Plafond, qui eſt continué , ſont répétés
les mêmes compartimens & il eſt
terminé par une coupole,pareille à celle
du deffus de l'Amphiteâtre. La Salle , en
totalité, eſt plus longue & plus large qu'à
l'ancienOpéra.Celle - ci a d'une extrémité
à l'autre environ 80 pieds dans oeuvre
& 28 a 30 de largeur. Les proportions
en font d'un effet fatisfaiſantau premier
coup d'oeil. Sa régularité & l'uniformité
des Ornemens des Loges , lui donnent
en même tems une nobleſſe & un éclat
dont il paroît que tout le monde convient.
Nous ne rappellons pas ici les
commodités & les agrémens que procurent
les parties extérieures, dont nous
avons parlé dans l'Article de la Salle
d'Opéra , & dont la néceſſité dans
celle-ci , en fait encore mieux fentir
tous les avantages.
:
Elle est éclairée par une quantité
confidérable de fort beaux Luftres &
Girandoles de Criſtal.
,
Le Roi ayant bien voulu favoriſer la
commodité du Public juſqu'à permettre
la même liberté de paſſage ,
indiſtinctement dans toutes les Cours ,
FEVRIER. 1764 . 197
tant
du Palais des Thuileries , que dans les
rues de la Ville , on arrive à toutes les
heures , dans toute eſpéce de Voitures ,
Carroffes de Place , comme autres ,
à l'Opéra qu'au Bal. On peut dans
tel temps de la nuit que ce fait , faire
avancer en ſortant un Carroſſe de Place .
juſques a la Porte de la Salle , moyennant
une marque qu'on délivre à ceux
qui en demandent.
Ces Salles pour l'Opéra & pour le
Bal , ont été ainſi diſpoſées dans celle
des Thuileries , avec les aſſujettiſſemens
preſcrits, par les ſoins de M. GABRIEL,
premier Architecte du ROI , concertés
avec M. SoUFFLOT , Contrôleur des
Bâtimens pour ce Palais ,& fous fa conduite.
M. GIRAULD, Ingénieur Machiniſte
de l'Académie Royale de Muſique , &
des Menus Plaiſirs du Roi , a donné de
nouvelles preuves , en cette occafion ,
de ſes talens & de fa grande intelligence.
Aucuns des mouvemens , fi compliqués
, n'ayant manqué leur jeu dès la
première repréſentation , & le changement
fingulier de la Salle de Spectacle
en celle de Bal , s'opérant en moins de
trois heures.
Quelqu'étendue que nous ayent déja
couté les détails de cet Article , plus intéreſſant
qu'à l'ordinaire par les circonſtances
, nous ne pourrions refufer
ſans injustice , de configner ici & d'apprendre
aux Lecteurs le ſuccès des foins
qu'on a pris pour la ſplendeur du Spectacle.
Le premier Acte offre à l'ouverture
du rideau un vaſte Palais , d'une belle
architecture , percé par des colonades
en point de côté. Cette décoration occupe
une grande partie de la fuperficie
du Théâtre dont elle annonce d'abord
affez avantageuſement l'étendue. En
effet diverſes évolutions & tous les évé
nemens de deux combats y ſont exécutés
par près de 80 hommes armés,ſans
embarras ,& les Tableaux en font toujours
distinctement apperçus dans l'ordre
naturel des vraiſemblances , par
ceque les eſpaces qui les environnens
font toujours aſſez vaſtes.
Les curieux voyent avec plaifir au
deuxiéme Acte , un de ces grands Monumens
funéraires de l'Antiquité ; où
l'on dépoſoit les Corps ou les Cendres
des Rois , & des Héros. On en apperçoit
l'intérieur par une vaſte ouverture qui
laiſſe voir, parmi d'autres, le Mauſolée de
Caſtor,au-deſſusduquel ſont ſuſpendues
des lampes ſépulcrales. On n'eſt pas
tombé dans l'erreur d'en faire un Catafalque
moderne. Les ornemens font
caractériſtiques ; ce lieu eſt environné
d'obéliſques , de pyramides ,&de Tombeaux.
Le tout eſt dans le vrai genre de
l'Antique , & d'un fort bon Ton de
couleur. Des perſonnages , couverts de
grands voiles de deuil ,pleurans ſur ce
Tombeau & tout le reſte de la Pompe
funébre, ajoutent à la vérité de l'image,
analogue aux admirables morceaux
de muſique que tout le monde connoît.
L'intérieur du Palais de Jupiter enFEVRIER
. 1764. Ign 1
vironné de toute ſa gloire , au troifiéme
Acte , est d'autant plus impoſant
qu'il laiſſe voir prèſque toute la grandeur
de ce Théâtre. Le Péryſtile du
Temple de ce Dieu , qui précéde l'ouverture
de cette décoration , a pour les
connoiffeurs le mérite de la compofition&
de l'execution d'unTableau d'Architecture.
Ils donnent en même tems
de juſtes éloges à la maniére dont eſt
traitée la Cavernne , qui ſert d'entrée
aux Enfers, au quatriéme Acte. Ce qui
plaît , ou plutôt , ce qui enchante généralement
tous les yeux , eſt la décoration
qui ſuit immédiatement celle-ci ,
pour repréſenter les Champs Elyſées . Il
n'eſt pas poſſible au Génie pittoreſque
de mieux réaliſer le Génie Poëtique
que l'on a fait en cette occaſion. L'image
que l'on y donne,du ſéjour délicieux
des ombres , eſt le plus beau choix de
la nature , c'eſt en même temps plus que
la nature ; dans le charme des effets.
L'oeil ſe promene , perce dans les allées
& fur les bords du Léthé. La vue
s'y repoſe ; elle y fixe , pour ainſi dire
l'âme par une volupté penſible , dont
rien ne trouble la douceur. Une gradation
bien ménagée , une entente heureuſe
des lumières , une fraîcheur ſuave
,
192 MERCURE DE FRANCE.
dans le coloris , tout donne à cette décoration
, le vrai , le fini , & le précieux
du plus agréable Tableau de Païfage
peint ſur le chevalet. Si cette précédente
décoration raſſemble tout ce
qu'on peut imaginer d'agrémens dans
l'ordre de la nature , celle qui termine
l'Opéra ,fait voir , par un effort ſupérieur
de l'Art , tout ce que l'imagination pourroit
ſe peindre dans l'ordre ſurnaturel
des merveilles .
Elle repréſente , au milieu des Airs , un
Palais iſolé de Jupiter , d'une Architecture
légère , foutenu fur des nuages. Il
communique par des galleries aux (pavillons
des Génies qui préfident aux Planettes
, déſignés par les attributs de ces
Divinités; celui de Jupiter , couronné
d'une coupole élégante & riche eſt défigné
par les Aigles. On voit au-delà une
partie du Zodiaque où ſont les deux Jumeaux
nouvellement inſtallés. Le globe
du Soleil y parcourt ſa carrière . Indépendamment
des attributs, on a fort ingénieufement
exprimé le Phyſique des
Planettes , par la ſuppoſition de globes
lumineux , placés dans chaque Pavillon,
dont les émiſſions rayonnantes paſſent
à travers les entre-colonnes . Un feul ,
qui fait fond au Pavillon de Jupiter ,
eft
FEVRIER. 1764. 193
eſt vû de face & en plein . Une chaleur,
un feu vaporeux , régne tellement dans
cette décoration , que tout eſt lumière
, & qu'il ſemble que la couleur
en ſoit la cauſe première. L'ordonnance
des parties d'Architecture eſt élégante
, noble & céleste. La matière paroît
en être de lapis ſurhauffé d'or. Mais
plutôt , par un preſtige fingulier la matière
s'y diftingue à peine , tout y eſt
fondu & tout y eſt diſtinct , en forte que
dans ce brillant enſemble on ne voit ,
on ne fent que la Divinité dont on peint
le ſéjour. Par un effet étonnant , les
rayons des globes lumineux ſemblent
abfolument diaphanes ſur des fonds de
la matière la plus opaque . En un mot ,
toute cette décoration peut être regardée
comme une forte de magie qui ne
doit ſes preſtiges qu'aux propres forces
de l'art. Nous n'avons encore rien vû
d'auffi neuf en ce genre au Théâtre
ſans qu'on ait employé aucuns de ces
fecours étrangers à la Peinture, qui doivent
toujours être dédaignés par les
Artiſtes dans les imitations d'un
grand genre . On ſera moins furpris de
ce que nous rapportons ici de ces deux
décorations , quand on ſçaura que le
célébre M. BOUCHER prèſque toujours
I
194 MERCURE DE FRANCE .
inſpiré par le génie & guidé par
le goût , s'eſt prêté à en donner
l'idée , & qu'elles ont été exécutées
ſur ſes deſſeins par d'habiles Artiſtes
qui ont déja donné des preuves de
leurs talens. Ils ont tellement ſaiſi
la penſée & même la manière de ce
grand Maître , qu'on diroit que ſa main
&fon eſprit ont conduit leurs pinceaux.
C'eſt une fatisfaction pour les
Amateurs de voir renaître & perfectionner
en France un genre qui paroifſoit
devoir, après le fameux Servandoni,
retomber dans la barbarie d'où il l'avoit
tiré. Ces deux principales décorations
ne doivent pas faire négliger le
mérite d'une autre qui précéde la grande
décoration de la fin& qui repréſente
les dehors de la Ville de Sparte avec
un Arc de Triomphe. Le ſeul rideau du
fond eſt pour les Connoiffeurs une
preuve du talent le plus diftingué ; la
compofition & l'exécution font , ainſi
que toutes les autres décorations de l'Opéra
, des mêmes Artiſtes qui ont peint
* M. Baudon a peint les Champs Elysées & la
Caverne de l'Enfer , MM. Canot & Lallemand la
Décoration de l'Olympe du cinquiéme Acte. Le
Rideau des dehors de la Ville de Sparte eſt encore
de M. Baudon .
FEVRIER . 1764. 195
d'après M. Boucher , les Champs Elyfées
& la derniere décoration .
En conſidérant le nombre & la
richeſſe des habillemens ; en y joignant
le détail que nous venons de faire des
décorations, dans le nombre deſquelles
deux ſeulement * ne ſont pas entièrement
neuves,mais réparées & augmenrées
relativement aux nouvelles proportions
; on ne peut refuſer de juſtes
Eloges au zèle & a l'attention des Directeurs
de ce Spectacle , qui doit faire
la gloire de la Nation, mais où tous
les genres de dépenſes vont ſe trouver
confidérablement multipliés.
On doit remettre l'Opéra de Titon &
l'Aurore , le Jeudi 9 du préſent mois
de Février . Onle continuera les Jeudis
de chaque ſemaine.
La nuit du deux au trois de ce mois
on donna le premier Bal , dans la nouvelle
Salle qui a été univerſellement admirée.
En décrivant celle de l'Opéra ,
nous avons décrit plus haut celle-ci qui
eſt une répétition entiére &exacte des
trois rangs de Loges ſur le Théâtre , depuis
les Balcons qui forment la Partie
du milieu & dans lesquels ſont établis
*Celle du premier Alte & celle du troifiéme..
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
**
des Buffets vis-à-vis de grands trumeaux
de glaces . Les deux extrémités
de la Salle font ceintrées uniformément.
Sur le Plafond, qui eſt continué , ſont répétés
les mêmes compartimens & il eſt
terminé par une coupole,pareille à celle
du deffus de l'Amphiteâtre. La Salle , en
totalité, eſt plus longue & plus large qu'à
l'ancienOpéra.Celle - ci a d'une extrémité
à l'autre environ 80 pieds dans oeuvre
& 28 a 30 de largeur. Les proportions
en font d'un effet fatisfaiſantau premier
coup d'oeil. Sa régularité & l'uniformité
des Ornemens des Loges , lui donnent
en même tems une nobleſſe & un éclat
dont il paroît que tout le monde convient.
Nous ne rappellons pas ici les
commodités & les agrémens que procurent
les parties extérieures, dont nous
avons parlé dans l'Article de la Salle
d'Opéra , & dont la néceſſité dans
celle-ci , en fait encore mieux fentir
tous les avantages.
:
Elle est éclairée par une quantité
confidérable de fort beaux Luftres &
Girandoles de Criſtal.
,
Le Roi ayant bien voulu favoriſer la
commodité du Public juſqu'à permettre
la même liberté de paſſage ,
indiſtinctement dans toutes les Cours ,
FEVRIER. 1764 . 197
tant
du Palais des Thuileries , que dans les
rues de la Ville , on arrive à toutes les
heures , dans toute eſpéce de Voitures ,
Carroffes de Place , comme autres ,
à l'Opéra qu'au Bal. On peut dans
tel temps de la nuit que ce fait , faire
avancer en ſortant un Carroſſe de Place .
juſques a la Porte de la Salle , moyennant
une marque qu'on délivre à ceux
qui en demandent.
Ces Salles pour l'Opéra & pour le
Bal , ont été ainſi diſpoſées dans celle
des Thuileries , avec les aſſujettiſſemens
preſcrits, par les ſoins de M. GABRIEL,
premier Architecte du ROI , concertés
avec M. SoUFFLOT , Contrôleur des
Bâtimens pour ce Palais ,& fous fa conduite.
M. GIRAULD, Ingénieur Machiniſte
de l'Académie Royale de Muſique , &
des Menus Plaiſirs du Roi , a donné de
nouvelles preuves , en cette occafion ,
de ſes talens & de fa grande intelligence.
Aucuns des mouvemens , fi compliqués
, n'ayant manqué leur jeu dès la
première repréſentation , & le changement
fingulier de la Salle de Spectacle
en celle de Bal , s'opérant en moins de
trois heures.
Fermer
4393
p. 131
« LETTRES à M. Rousseau, pour servir de réponse à son Emile, & à ses autres [...] »
Début :
LETTRES à M. Rousseau, pour servir de réponse à son Emile, & à ses autres [...]
Mots clefs :
M. Rousseau, Lettres, Philosophe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRES à M. Rousseau, pour servir de réponse à son Emile, & à ses autres [...] »
LETTRES à M. Rousseau , pour fervir
de réponſe à fon Emile , & à ſes autres
ouvrages ; in- 8°. chez Panckoucke
, rue & à côté de la Comédie
Françoiſe ; au Bureau du Mercure , au
Palais Royal & chez l'Auteur. Le
prix des deux premières Lettres eſt de
3 liv. 6 fols brochées.
,
L'Ouvrage deſtiné à combattre M.
Rousseau , fuivant le Plan qui en a été
trace dans la Préface , a été circonfcrit
dans quinze Lettres , dont chacune formera
un volume d'environ quinze feuilles.
La réfutation des Ecrits de ce Philoſophe
a été regardée par pluſieurs Prélats
comme d'autant plus néceſſaire ,
qu'à la faveur du ſtyle le plus féduisant ,
il a frappé du même coup fur la Religion
& fur le Gouvernement. On pourra
juger par les deux premieres Lettres , du
tour que doit prendre entre les mains de
l'Auteur, une controverſe , que l'intempérance
du génie a rendue malheureuſement
trop néceſſaire dans ce ſiècle.
de réponſe à fon Emile , & à ſes autres
ouvrages ; in- 8°. chez Panckoucke
, rue & à côté de la Comédie
Françoiſe ; au Bureau du Mercure , au
Palais Royal & chez l'Auteur. Le
prix des deux premières Lettres eſt de
3 liv. 6 fols brochées.
,
L'Ouvrage deſtiné à combattre M.
Rousseau , fuivant le Plan qui en a été
trace dans la Préface , a été circonfcrit
dans quinze Lettres , dont chacune formera
un volume d'environ quinze feuilles.
La réfutation des Ecrits de ce Philoſophe
a été regardée par pluſieurs Prélats
comme d'autant plus néceſſaire ,
qu'à la faveur du ſtyle le plus féduisant ,
il a frappé du même coup fur la Religion
& fur le Gouvernement. On pourra
juger par les deux premieres Lettres , du
tour que doit prendre entre les mains de
l'Auteur, une controverſe , que l'intempérance
du génie a rendue malheureuſement
trop néceſſaire dans ce ſiècle.
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Résumé : « LETTRES à M. Rousseau, pour servir de réponse à son Emile, & à ses autres [...] »
L'ouvrage 'Lettres à M. Rousseau' vise à réfuter les écrits de Jean-Jacques Rousseau, jugés dangereux pour la religion et le gouvernement. Composé de quinze lettres, chaque lettre forme un volume d'environ quinze feuilles. Les deux premières lettres sont disponibles au prix de 3 livres 6 sols. Plusieurs prélats ont approuvé cette réfutation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4394
p. 221-222
SUPPLÉMENT aux Beaux-Arts. PEINTURE.
Début :
L'Académie de S. Luc, toujours attentive au progrès des Arts [...]
Mots clefs :
Peinture, Académie, Sculpture, Anatomie, Organes, Enseignement, Curiosité
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT aux Beaux-Arts. PEINTURE.
SupplÉm ENT aux Beaux-Ans* PEINTURE, L’Académie de S. Luc, toujours attentive au progrès des Arts de Peinture & de Sculpture , fait faire un Cours d'Anatomie relative aux connoiflances indifpenlablesà ces Ans. On y parte même à l’expofition & à la démonilration des Organes qui y ont un rapport moins direél, afin de fatisfaire les Curieux & les Sçavans que ce Cours attire. li a recommencé le a8 Janvier dernier , pour durer jufqu’à la fin de Mars, & fera continué exactement tous les ans pen-
• • • K ii]
ziz MERCURE DE FRANCE, dant trois mois, dans l’Amphithéâtre de l’Académie , rue du Haut-Moulin, près S.Denis delà Chartre.il commence à fept heures du fuir, apiès la levée du Modèle.
• • • K ii]
ziz MERCURE DE FRANCE, dant trois mois, dans l’Amphithéâtre de l’Académie , rue du Haut-Moulin, près S.Denis delà Chartre.il commence à fept heures du fuir, apiès la levée du Modèle.
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Résumé : SUPPLÉMENT aux Beaux-Arts. PEINTURE.
L'Académie de Saint-Luc organise un cours d'anatomie pour les arts de la peinture et de la sculpture. Ce cours, débuté le 18 janvier, se poursuit jusqu'à fin mars et inclut des démonstrations d'organes. Les sessions se tiennent à sept heures du matin dans l'amphithéâtre de l'Académie, rue du Haut-Moulin.
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4395
p. 222-223
SUPPLÉMENT A L'ART. DE L'OPÉRA.
Début :
On ne peut trop se hâter d'annoncer aux Amateurs de ce Spectacle, [...]
Mots clefs :
Spectacle, Satisfaction, Public, Théâtre, Modération, Gestes, Sujets, Scène
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT A L'ART. DE L'OPÉRA.
Supplément a l’Aht, de l’Opera.
On ne peut trop fe hâter d’annoncer aux Amateurs de ce Spedacle , l’efpoir le mieux fondé qu’il y ait eu depuis longtemps de remplir , à la (aûsfaftion du Public , les principaux tôles de Haurecontre.
Le Jeudi, premier de ce mois, ( Mars) M. La Gros , qui n'avoit chanté ni représenté fur aucun Théâtre > a débute par le rôle de Titon. Sa voix > bien timbrée & delà plus agréable qualité , flé- xib* , touchante & Icgcrea fait le plus grand plai- fir.La manière dont il a chanté prouve qu’il eft déjà confommé dans la mu tique. On ne peut avoir plus de précifion & de juftelle 5 011 ne peut, même ap-ès un long éxercice , articuler plus nettement , prononcer plus correctement, & mieux jca.idcr' ks paroles. Sa figure eft agréable &
MAR S. 1764. 224
h taille'forc théâtrale. Une Cage modération de geftes, a (auvé (on début dos difgraces de prcfque cous ceux qui parodient pour la piemicre fois. 11 y a tout lieu d’elpérer de ce Sujet,qu’il ne s’abandonnera pas aux ridicules & furieux coups debras, I on peur s exprimer ai nu , donc il ne crouveroïc que trop de modèles fur cette Scène. On peuc déjà prélTentir aufli , par la fenlibilitc de fa voix» celle de Ion âme. Telles font les b?ureuf.*s difpofi- tions d’un calent qu’on ne peuc devoir qu’a la Nature , mais qu’il ell nécelfaire que i’An & la J pratique mettent en auvre.
On ne peut trop fe hâter d’annoncer aux Amateurs de ce Spedacle , l’efpoir le mieux fondé qu’il y ait eu depuis longtemps de remplir , à la (aûsfaftion du Public , les principaux tôles de Haurecontre.
Le Jeudi, premier de ce mois, ( Mars) M. La Gros , qui n'avoit chanté ni représenté fur aucun Théâtre > a débute par le rôle de Titon. Sa voix > bien timbrée & delà plus agréable qualité , flé- xib* , touchante & Icgcrea fait le plus grand plai- fir.La manière dont il a chanté prouve qu’il eft déjà confommé dans la mu tique. On ne peut avoir plus de précifion & de juftelle 5 011 ne peut, même ap-ès un long éxercice , articuler plus nettement , prononcer plus correctement, & mieux jca.idcr' ks paroles. Sa figure eft agréable &
MAR S. 1764. 224
h taille'forc théâtrale. Une Cage modération de geftes, a (auvé (on début dos difgraces de prcfque cous ceux qui parodient pour la piemicre fois. 11 y a tout lieu d’elpérer de ce Sujet,qu’il ne s’abandonnera pas aux ridicules & furieux coups debras, I on peur s exprimer ai nu , donc il ne crouveroïc que trop de modèles fur cette Scène. On peuc déjà prélTentir aufli , par la fenlibilitc de fa voix» celle de Ion âme. Telles font les b?ureuf.*s difpofi- tions d’un calent qu’on ne peuc devoir qu’a la Nature , mais qu’il ell nécelfaire que i’An & la J pratique mettent en auvre.
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Résumé : SUPPLÉMENT A L'ART. DE L'OPÉRA.
Le document annonce la prochaine représentation de l'opéra 'Haurecontre' et exprime l'espoir de satisfaire le public grâce à la distribution des rôles principaux. Le 1er mars 1764, M. La Gros, un débutant, a interprété le rôle de Titon. Sa voix, bien timbrée et agréable, a été saluée pour sa flexibilité, sa touche et sa légèreté, démontrant une maîtrise de la musique. Sa prononciation et son articulation des paroles étaient précises et correctes. Physiquement, il possède une figure agréable et une taille adaptée à la scène. Sa modération dans les gestes a évité les erreurs courantes chez les débutants. On espère qu'il ne succombera pas aux excès gestuels souvent observés sur scène. Sa voix sensible laisse présager une âme sensible. Ces qualités, naturelles, doivent être développées par l'art et la pratique.
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4396
p. 124-337
« DE l'imitation théâtrale, Essai tiré des Dialogues de Platon ; par M. J. J. [...] »
Début :
DE l'imitation théâtrale, Essai tiré des Dialogues de Platon ; par M. J. J. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « DE l'imitation théâtrale, Essai tiré des Dialogues de Platon ; par M. J. J. [...] »
DE l'imitation théâtrale , Eſſai tiré
des Dialogues de Platon; par M. J. J.
Rouſſeau de Genêve. A Amſterdam ,
chez Marc-Miehel Rey , & ſe trouve
à Paris , chez Ducheſne , rue S. Jac
ques , au Temple du Goût ; in-8°. de
48 pages. -
Ce petit Ecrit n'eſt qu'une eſpéce
d'Extrait de divers endroits où Platon
traite de l'imitation théâtrale. M. Rouſ
ſeau les a raſſemblés & liés dans la for
me d'un Diſcours ſuivi , au lieu de
celle du Dialogue qu'ils ont dans l'Ori
inal. L'occaſion de ce travail fut la
§ à M. d'Alembert ſur les Specta
cles ; mais n'ayant pû commodément
A V R I L. 1764. I2.5
l'y faire entrer , on l'a imprimé ſépa
rément.
des Dialogues de Platon; par M. J. J.
Rouſſeau de Genêve. A Amſterdam ,
chez Marc-Miehel Rey , & ſe trouve
à Paris , chez Ducheſne , rue S. Jac
ques , au Temple du Goût ; in-8°. de
48 pages. -
Ce petit Ecrit n'eſt qu'une eſpéce
d'Extrait de divers endroits où Platon
traite de l'imitation théâtrale. M. Rouſ
ſeau les a raſſemblés & liés dans la for
me d'un Diſcours ſuivi , au lieu de
celle du Dialogue qu'ils ont dans l'Ori
inal. L'occaſion de ce travail fut la
§ à M. d'Alembert ſur les Specta
cles ; mais n'ayant pû commodément
A V R I L. 1764. I2.5
l'y faire entrer , on l'a imprimé ſépa
rément.
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Résumé : « DE l'imitation théâtrale, Essai tiré des Dialogues de Platon ; par M. J. J. [...] »
L'essai 'De l'imitation théâtrale' de Jean-Jacques Rousseau, publié à Amsterdam et Paris, compile des extraits des dialogues de Platon sur l'imitation théâtrale en un discours continu. Motivé par une réponse à l'article de D'Alembert sur les spectacles, cet ouvrage de 48 pages en format in-octavo a été publié séparément.
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4397
p. 129-131
« OEUVRES de M. Rousseau de Genéve ; nouvelle édition revue, corrigée & [...] »
Début :
OEUVRES de M. Rousseau de Genéve ; nouvelle édition revue, corrigée & [...]
Mots clefs :
M. Rousseau, Ouvrages
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texteReconnaissance textuelle : « OEUVRES de M. Rousseau de Genéve ; nouvelle édition revue, corrigée & [...] »
GEUvREs de M. Rouſſeau de Gené
ve; nouvelle édition revue, corrigée &
augmentée de pluſieurs morceaux qui
n'avoient point encore paru. A Neu
chatel, 1764 ; pluſieurs vol. in-8°; &
une autre Edition en autant de vol. in
I2. : On en trouve à Paris chez les Li
braires qui vendent les Nouveautés.
Nous avions déjà différentes éditions
des OEuvres de M. Rouſſeau ; mais elles
ſont ſi défectueuſes, qu'elles ont excité
les juſtes plaintes de l'Auteur , qui les
, déſavoue , & du Public qui n'y retrou
ve pas toutes les Piéces qu'il connoît.
Le recueil qu'on lui préſente aujour
d'hui , ſans avoir été imprimé ſous les
F v
13o MERCURE DE FRANCE.
yeux deM Rouſſeau , n'en a pas été
fait avec moins de ſoin. On a re
cueilli dans cette double Edition, non
ſeulement tous les Ouvrages connus de
cet Auteur, mais encore pluſieurs écrits
qui n'avoient point encore paru. On y a
fait entrer auſſi différentes critiques que
M.Rouſſeau a jugées dignes d'une répon
ſe;& à l'égard de cette multitude de Bro
· chures auxquelles ſes Ouvrages ont don
né lieu, elles n'y ſont inſérées que par
extrait. Quant à la partie typographique,
il nous a paru qu'on ne pouvoit y appor
ter plus d'attention , ni de ſoin , ni de
dépenſe. La beauté du papier, la nette
té des caractères , la fineſſe du deſſein ,
le mérite de la gravure & des eſtampes,
tout concourt à donner à cette nouvelle
Edition toute la perfection dont elle eſt
ſuſceptible. Elle ne peut être ni plus bel
le, ni plus exacte, ni plus complette ; &
dans celles qu'on pourra faire déſormais,
aucune ne contiendra un plus grand
nombre de Piéces, à moins que l'Au
teur ne donne de nouveaux Ouvrages.
Dans ce cas,ſans rien changer à ce recueil
on les imprimera ſéparémènt dans le mê
me format & on les placera à la ſuite de
cette Edition ; ce qui diſpenſera le Public
d'acheter deux fois le même Livre.Nous
n'entrerons aujourd'hui dans aucun dé
M A I. 1764 . 131
tail de ce que contient chacun des
volumes'; nous dirons ſeulement qu'ils
ne renferment que les dEUvREs D1
vERsEs de M. Rouſſeau.
ve; nouvelle édition revue, corrigée &
augmentée de pluſieurs morceaux qui
n'avoient point encore paru. A Neu
chatel, 1764 ; pluſieurs vol. in-8°; &
une autre Edition en autant de vol. in
I2. : On en trouve à Paris chez les Li
braires qui vendent les Nouveautés.
Nous avions déjà différentes éditions
des OEuvres de M. Rouſſeau ; mais elles
ſont ſi défectueuſes, qu'elles ont excité
les juſtes plaintes de l'Auteur , qui les
, déſavoue , & du Public qui n'y retrou
ve pas toutes les Piéces qu'il connoît.
Le recueil qu'on lui préſente aujour
d'hui , ſans avoir été imprimé ſous les
F v
13o MERCURE DE FRANCE.
yeux deM Rouſſeau , n'en a pas été
fait avec moins de ſoin. On a re
cueilli dans cette double Edition, non
ſeulement tous les Ouvrages connus de
cet Auteur, mais encore pluſieurs écrits
qui n'avoient point encore paru. On y a
fait entrer auſſi différentes critiques que
M.Rouſſeau a jugées dignes d'une répon
ſe;& à l'égard de cette multitude de Bro
· chures auxquelles ſes Ouvrages ont don
né lieu, elles n'y ſont inſérées que par
extrait. Quant à la partie typographique,
il nous a paru qu'on ne pouvoit y appor
ter plus d'attention , ni de ſoin , ni de
dépenſe. La beauté du papier, la nette
té des caractères , la fineſſe du deſſein ,
le mérite de la gravure & des eſtampes,
tout concourt à donner à cette nouvelle
Edition toute la perfection dont elle eſt
ſuſceptible. Elle ne peut être ni plus bel
le, ni plus exacte, ni plus complette ; &
dans celles qu'on pourra faire déſormais,
aucune ne contiendra un plus grand
nombre de Piéces, à moins que l'Au
teur ne donne de nouveaux Ouvrages.
Dans ce cas,ſans rien changer à ce recueil
on les imprimera ſéparémènt dans le mê
me format & on les placera à la ſuite de
cette Edition ; ce qui diſpenſera le Public
d'acheter deux fois le même Livre.Nous
n'entrerons aujourd'hui dans aucun dé
M A I. 1764 . 131
tail de ce que contient chacun des
volumes'; nous dirons ſeulement qu'ils
ne renferment que les dEUvREs D1
vERsEs de M. Rouſſeau.
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Résumé : « OEUVRES de M. Rousseau de Genéve ; nouvelle édition revue, corrigée & [...] »
En 1764, une nouvelle édition des œuvres de Jean-Jacques Rousseau est publiée à Neuchâtel et à Paris. Disponible en formats in-8° et in-12°, elle est revue, corrigée et enrichie de morceaux inédits. Les précédentes éditions étaient incomplètes et défectueuses, ce qui avait provoqué des plaintes de l'auteur et du public. Cette édition inclut tous les ouvrages connus de Rousseau, ainsi que des écrits jamais publiés et des critiques auxquelles l'auteur a jugé bon de répondre. La qualité typographique est remarquable, avec un papier de belle qualité, des caractères nets, des dessins fins et des gravures de mérite. Présentée comme la plus belle, exacte et complète possible, elle contient un grand nombre de pièces. Pour éviter aux lecteurs d'acheter deux fois le même livre, les futurs ouvrages de Rousseau seront imprimés séparément dans le même format et ajoutés à cette édition. Les volumes renferment uniquement les œuvres diverses de Rousseau.
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4398
p. 210-211
LETTRE à l'Auteur du Mercure. A Tours, le 7 Mars 1764.
Début :
Monsieur, Le détail de la Fête que nous avons l'honneur de vous [...]
Mots clefs :
Fête, Récit
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure. A Tours, le 7 Mars 1764.
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
A Tours, le 7 Mars 1764.
M o N s 1 E U R , } .
Le détail de la Fête que nousavons l'honneur de
vous adreſſer eſt intéreſſant, parce qu'il eſt une
preuve de nos ſentimens & de notre façon de pen
ſer pour M. l'Eſcalopier. Nous vous prions de
vouloir bien l'inſérer dans votre premier Mercure,
& de nous croire avec une parfaite conſidération ,
Monſieur,
- Vos très-humbles & très
obéiſſans Serviteurs,
· Signé par les trois Etats
de la Ville de Tours. .
A Tours, le 7 Mars 1764.
M o N s 1 E U R , } .
Le détail de la Fête que nousavons l'honneur de
vous adreſſer eſt intéreſſant, parce qu'il eſt une
preuve de nos ſentimens & de notre façon de pen
ſer pour M. l'Eſcalopier. Nous vous prions de
vouloir bien l'inſérer dans votre premier Mercure,
& de nous croire avec une parfaite conſidération ,
Monſieur,
- Vos très-humbles & très
obéiſſans Serviteurs,
· Signé par les trois Etats
de la Ville de Tours. .
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4399
p. 202
SERVICE.
Début :
Les Religieux de la Merci, au Marais, célébrérent, le 14 Mars, [...]
Mots clefs :
Religieux, Célébration, Ordre, Dame
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texteReconnaissance textuelle : SERVICE.
S E R V I C E.
Les Religieux de la Merci, au Marais, célé
brérent, le 14 Mars, un Service Solemnel pour
le Père Chriſtophe-Emmanuel de Ximenès, Gé
néral de l'Ordre Royal & Militaire de Notre
Dame de la Merci , Rédemption des Captifs ,.
Docteur en l'Univerſité d'Alcala & Henarez en
la nouvelle Caſtille , Profeſſeur de l'Ecole de S.
Thomas, & Théologien de Sa Majeſté Catholi
que, mort à Madrid le 26 Janvier dernier.
Les Religieux de la Merci, au Marais, célé
brérent, le 14 Mars, un Service Solemnel pour
le Père Chriſtophe-Emmanuel de Ximenès, Gé
néral de l'Ordre Royal & Militaire de Notre
Dame de la Merci , Rédemption des Captifs ,.
Docteur en l'Univerſité d'Alcala & Henarez en
la nouvelle Caſtille , Profeſſeur de l'Ecole de S.
Thomas, & Théologien de Sa Majeſté Catholi
que, mort à Madrid le 26 Janvier dernier.
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4400
p. 202-205
DESCRIPTION de la Fête donnée à Madrid par le Marquis d'Ossun, Ambassadeur du Roi auprès de Sa Majesté Catholique, à l'occasion du Mariage de l'Infante Marie-Louise avec l'Archiduc Leopold.
Début :
Sa Majesté Catholique ayant fixé au 24 le jour de cette fête, [...]
Mots clefs :
Mariage, Ambassadeur, Dieu, Amour, Madrid, Marquis, Ballet, Table, Fête, Palais, Temple
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texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION de la Fête donnée à Madrid par le Marquis d'Ossun, Ambassadeur du Roi auprès de Sa Majesté Catholique, à l'occasion du Mariage de l'Infante Marie-Louise avec l'Archiduc Leopold.
DEscRIPTIoN de la Fête donnée à Madrid par
le Marquis d'OssvN , Ambaſſadeur du RoI
auprès de Sa Majeſté Catholique, à l'occaſion
du Mariage de l'Infante Marie-Louiſe avec
l'Archiduc LEoPoED.
Sa Majeſté Catholique ayant fixé au 24 lejour de
cette fête, les Grands & Grandes d'Eſpagne , les
Ambaſſadeurs & les Miniſtres Etrangers, ainſi que
phuſieurs autres perſonnes de la première diſ
tinction, qui y avoient été invitées, ſe rendirent
. vers les ſix heures du ſoir à l'Hôtel de l'Ambaſſa
deur : la façade de la maiſon étoit illuminée , un
grand nombre de flambeaux éclairoit la rue à
droite & à gauche & conduiſoit, d'un côté, à
e
- J U I N. 1764. 2o3
une maiſon qui étoit deſtinée à recevoir les Pages
des Dames & où l'on devoit,ſelon l'uſage du Pays,
leur diſtribuer des confitures & des rafraîchiſſe
mens, & de l'autre, à de grandes Salles préparées
pour les gens de livrée. La † fut reçue
Par l'Ambaſſadeur & par la Ducheſſe de Medina
Sidonia qui s'étoit chargée de faire les honneurs
de la fête; les Dames & les Cavaliers furent con
duits dans les appartemens qui leur étoient deſ--
tinés , &, quoique ſéparés les uns des autres, ſelon
le cérémonial Eſpagnol , les Cavaliers avoient la
liberté de voir les Dames & de cauſer avec elles ,
la ſéparation n'étant formée que par des canapés
que perſonne n'avoit l'indiſcrétion de franchir.
Tous ces appartemens étoient magnifiquement
meublés & bien éclairés. A huit heures, le refreſco
( le rafraîchiſſement ) fut ſervi par ſoixante-dix
Pages richement habillés; après ce ſervice, qui ſe
fit avec autant d'ordre que de magnificence & pro
fuſion, on préſenta à toute la compagnie le Livre
de la Comédie qu'on alloit exécuter. Alors quatre
portes, qui juſqu'à ce moment avoient été maſ
quées & qui donnoient ſur le jardin, préſenterent .
aux yeux des ſpectateurs au lieu de ce jardin une
magnifique Salle de Spectacle : les bancs des Da--
mes étoient diſpoſés autour de la Salle ſur trois
rangs en forme d'Amphithéâtre, & ceux des Ca
valiers étoient placés dans le Parterre. La Piéce
commença par un Prologue relatif à l'objet de
la fête. Le Théâtre repréſentoit le Veſtibule du
Palais des Dieux, Apollon & Mars paroiſſent ſur
la ſcène & forment le projet de changer la face
de l'Europe en uniſſant enſemble l'Eſpagne, l'Al
lemagne, l'Italie & la France, Vénus & Minerve
decendent dans un char & leur annoncent la réu--
mion de l'Hymen & de l'Amour : en ce moment.
L vj.
2o4 MERCURE DE FRANCE.
la porte du Palais des Dieux s'ouvre & laiſſe voir
dans l'intérieur ſur un piédeſtal les portraits de
l'Archiduc & de l'Infante dans un médaillon ſou
tenu par des Amours.Vénus fait l'éloge du Princes
Minerve fait l'eloge de la Princeſſe, dans lequel
ſe trouve naturellement amené celui de ſon au
guſte Père & de la Reine-Mere. Apollon & Mars
applaudiſſent au choix des Dieux qui ont prévenu
le leur & ordonnent aux Plaiſirs d'aller annoncer
cet Hymen à la Terre. Enfin, Apollon invite les
Muſes à célébrer le jour où les Dieux ſe ſont ainſi
réunis pour le bonheur du monde. Ce Prologue,
terminé par un Ballet qui répondoit à la grandeur
du Sujet, fut ſuivi d'un Intermé de intitulé : la
Valleé du Plaiſir, où l'on voyoit la peinture de
l'Amour vertueux & tranquille; des Bergers & des
Bergères y faiſoient des voeux pour le bonheur
des auguſtes époux qui étoient l'objet de leurs
fêtes : l'interméde finit par un Ballet Paſtoral,
après lequel on repréſenta le Futeur Amoureux,
Cpéra-Comique, traduit du François en Eſpagnol.
A cette Comédie ſuccéda un autre Interméde que
les Eſpagnols appellent Fin de la fieſta : il fut
terminé par un Ballet de Hongrois & de Citoyen
nes de Madrid , connues ſous le nom de Majas :
la décoration repréſentoit exactement la façade
illuminée de l'Hôtel de l'Ambaſſadeur. Le Specta
de dura environ trois heures. On en ſortit après
minuit & l'on monta à l'appartement d'enhaut
uniquement deſtiné pour le ſouper qui fut ſervi
à une table de cent vingt-quatre couverts, placée
dans une Salle qui formoit un jardin orné de
berceaux fleuris entre leſquels étoient peints,
d'eſpace en eſpace des thermes en marbre blanc
& des ſtatues de grandeur naturelle : à l'un des
bouts de la Salle § repréſenté le coucher du
t
J U I N. 1764. 2o5
Soleil , & à l'autre le lever de la Lune. Sur cette
table étoit auſſi figuré en ſucre le Temple de
l'Hymen au milieu d'un parterre d'orangers,en
trecoupé de fontaines & terminé par des pavillons
de la plus belle Architecture. De cette grande
Salle on paſſoit dans une autre richement meu
blée où étoit le dais du Roi de France & dans
laquelle on avoit placé une table de quatre vingt
dix couverts : elle étoit ornée des portraits de la
Famille Royale, entre chacun deſquels étoit une
guirlande courante de gaze d'or , d'argent & de
fleurs. Comme le nombre des convives étoit de
près de ſept cens perſonnes, parmi leſquelles on
comptoit environ cent cinquante Dames , on
dreſſa ſur le champ pluſieurs tables dans les piéces
d'en-bas : il y avoit auſſi ſur le Théâtre dèux
tables de ſoixante couverts chacune, pour les
Comédiens & les Muſiciens. Après le ſervice, on
en dreſſa d'autres pour ſoixante-dix Pages & pour
plus de cent Valets de Chambre. Le ſouper fini,
on deſendit à la Salle du Bal qui repréſentoit le
Temple de l'Hymen. Sur la face extérieure d'un
Autel placé dans le fond on voyoit le mariage de
Pſyché & de l'Amour, & à côté de l'Autel , ſur
les deux aîles de la Salle, quatre ſtatues de gran
deur naturelle, l'Hymen & l'Amour, le Plaiſir
& la Pudeur. Le Bal s'ouvrit vers les deux heures
du matin & dura juſqu'à neuf heures. On ſervit
alors une table de quatre-vingt couverts pour
les perſonnes qui étoient reſtées juſqu'à ce mo
ment. L'Ambaſſadeur & la Ducheſſe de Medina
Sidonia ne négligerent rien pour rendre cette
fête agréable ;ils furent ſecondés par le Comte
d'Egmont, le Marquis de Confians & le Marquis
de Crillon, qui ſe trouvoient alors à Madrid.
le Marquis d'OssvN , Ambaſſadeur du RoI
auprès de Sa Majeſté Catholique, à l'occaſion
du Mariage de l'Infante Marie-Louiſe avec
l'Archiduc LEoPoED.
Sa Majeſté Catholique ayant fixé au 24 lejour de
cette fête, les Grands & Grandes d'Eſpagne , les
Ambaſſadeurs & les Miniſtres Etrangers, ainſi que
phuſieurs autres perſonnes de la première diſ
tinction, qui y avoient été invitées, ſe rendirent
. vers les ſix heures du ſoir à l'Hôtel de l'Ambaſſa
deur : la façade de la maiſon étoit illuminée , un
grand nombre de flambeaux éclairoit la rue à
droite & à gauche & conduiſoit, d'un côté, à
e
- J U I N. 1764. 2o3
une maiſon qui étoit deſtinée à recevoir les Pages
des Dames & où l'on devoit,ſelon l'uſage du Pays,
leur diſtribuer des confitures & des rafraîchiſſe
mens, & de l'autre, à de grandes Salles préparées
pour les gens de livrée. La † fut reçue
Par l'Ambaſſadeur & par la Ducheſſe de Medina
Sidonia qui s'étoit chargée de faire les honneurs
de la fête; les Dames & les Cavaliers furent con
duits dans les appartemens qui leur étoient deſ--
tinés , &, quoique ſéparés les uns des autres, ſelon
le cérémonial Eſpagnol , les Cavaliers avoient la
liberté de voir les Dames & de cauſer avec elles ,
la ſéparation n'étant formée que par des canapés
que perſonne n'avoit l'indiſcrétion de franchir.
Tous ces appartemens étoient magnifiquement
meublés & bien éclairés. A huit heures, le refreſco
( le rafraîchiſſement ) fut ſervi par ſoixante-dix
Pages richement habillés; après ce ſervice, qui ſe
fit avec autant d'ordre que de magnificence & pro
fuſion, on préſenta à toute la compagnie le Livre
de la Comédie qu'on alloit exécuter. Alors quatre
portes, qui juſqu'à ce moment avoient été maſ
quées & qui donnoient ſur le jardin, préſenterent .
aux yeux des ſpectateurs au lieu de ce jardin une
magnifique Salle de Spectacle : les bancs des Da--
mes étoient diſpoſés autour de la Salle ſur trois
rangs en forme d'Amphithéâtre, & ceux des Ca
valiers étoient placés dans le Parterre. La Piéce
commença par un Prologue relatif à l'objet de
la fête. Le Théâtre repréſentoit le Veſtibule du
Palais des Dieux, Apollon & Mars paroiſſent ſur
la ſcène & forment le projet de changer la face
de l'Europe en uniſſant enſemble l'Eſpagne, l'Al
lemagne, l'Italie & la France, Vénus & Minerve
decendent dans un char & leur annoncent la réu--
mion de l'Hymen & de l'Amour : en ce moment.
L vj.
2o4 MERCURE DE FRANCE.
la porte du Palais des Dieux s'ouvre & laiſſe voir
dans l'intérieur ſur un piédeſtal les portraits de
l'Archiduc & de l'Infante dans un médaillon ſou
tenu par des Amours.Vénus fait l'éloge du Princes
Minerve fait l'eloge de la Princeſſe, dans lequel
ſe trouve naturellement amené celui de ſon au
guſte Père & de la Reine-Mere. Apollon & Mars
applaudiſſent au choix des Dieux qui ont prévenu
le leur & ordonnent aux Plaiſirs d'aller annoncer
cet Hymen à la Terre. Enfin, Apollon invite les
Muſes à célébrer le jour où les Dieux ſe ſont ainſi
réunis pour le bonheur du monde. Ce Prologue,
terminé par un Ballet qui répondoit à la grandeur
du Sujet, fut ſuivi d'un Intermé de intitulé : la
Valleé du Plaiſir, où l'on voyoit la peinture de
l'Amour vertueux & tranquille; des Bergers & des
Bergères y faiſoient des voeux pour le bonheur
des auguſtes époux qui étoient l'objet de leurs
fêtes : l'interméde finit par un Ballet Paſtoral,
après lequel on repréſenta le Futeur Amoureux,
Cpéra-Comique, traduit du François en Eſpagnol.
A cette Comédie ſuccéda un autre Interméde que
les Eſpagnols appellent Fin de la fieſta : il fut
terminé par un Ballet de Hongrois & de Citoyen
nes de Madrid , connues ſous le nom de Majas :
la décoration repréſentoit exactement la façade
illuminée de l'Hôtel de l'Ambaſſadeur. Le Specta
de dura environ trois heures. On en ſortit après
minuit & l'on monta à l'appartement d'enhaut
uniquement deſtiné pour le ſouper qui fut ſervi
à une table de cent vingt-quatre couverts, placée
dans une Salle qui formoit un jardin orné de
berceaux fleuris entre leſquels étoient peints,
d'eſpace en eſpace des thermes en marbre blanc
& des ſtatues de grandeur naturelle : à l'un des
bouts de la Salle § repréſenté le coucher du
t
J U I N. 1764. 2o5
Soleil , & à l'autre le lever de la Lune. Sur cette
table étoit auſſi figuré en ſucre le Temple de
l'Hymen au milieu d'un parterre d'orangers,en
trecoupé de fontaines & terminé par des pavillons
de la plus belle Architecture. De cette grande
Salle on paſſoit dans une autre richement meu
blée où étoit le dais du Roi de France & dans
laquelle on avoit placé une table de quatre vingt
dix couverts : elle étoit ornée des portraits de la
Famille Royale, entre chacun deſquels étoit une
guirlande courante de gaze d'or , d'argent & de
fleurs. Comme le nombre des convives étoit de
près de ſept cens perſonnes, parmi leſquelles on
comptoit environ cent cinquante Dames , on
dreſſa ſur le champ pluſieurs tables dans les piéces
d'en-bas : il y avoit auſſi ſur le Théâtre dèux
tables de ſoixante couverts chacune, pour les
Comédiens & les Muſiciens. Après le ſervice, on
en dreſſa d'autres pour ſoixante-dix Pages & pour
plus de cent Valets de Chambre. Le ſouper fini,
on deſendit à la Salle du Bal qui repréſentoit le
Temple de l'Hymen. Sur la face extérieure d'un
Autel placé dans le fond on voyoit le mariage de
Pſyché & de l'Amour, & à côté de l'Autel , ſur
les deux aîles de la Salle, quatre ſtatues de gran
deur naturelle, l'Hymen & l'Amour, le Plaiſir
& la Pudeur. Le Bal s'ouvrit vers les deux heures
du matin & dura juſqu'à neuf heures. On ſervit
alors une table de quatre-vingt couverts pour
les perſonnes qui étoient reſtées juſqu'à ce mo
ment. L'Ambaſſadeur & la Ducheſſe de Medina
Sidonia ne négligerent rien pour rendre cette
fête agréable ;ils furent ſecondés par le Comte
d'Egmont, le Marquis de Confians & le Marquis
de Crillon, qui ſe trouvoient alors à Madrid.
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Résumé : DESCRIPTION de la Fête donnée à Madrid par le Marquis d'Ossun, Ambassadeur du Roi auprès de Sa Majesté Catholique, à l'occasion du Mariage de l'Infante Marie-Louise avec l'Archiduc Leopold.
Le 24 juin 1764, le Marquis d'Ossun, Ambassadeur du Roi auprès de Sa Majesté Catholique, organisa une fête somptueuse à Madrid pour célébrer le mariage de l'Infante Marie-Louise avec l'Archiduc Léopold. La fête se déroula à l'hôtel de l'Ambassadeur, dont la façade et la rue étaient illuminées par de nombreux flambeaux. Les invités, comprenant les Grands d'Espagne, les Ambassadeurs et les Ministres Étrangers, furent accueillis par l'Ambassadeur et la Duchesse de Medina Sidonia. Les appartements étaient magnifiquement meublés et bien éclairés, permettant aux invités de se voir et de converser tout en respectant le cérémonial espagnol. À huit heures, un rafraîchissement fut servi par soixante-dix Pages richement habillés. Ensuite, une pièce de théâtre fut présentée, débutant par un prologue relatant l'union de l'Espagne, l'Allemagne, l'Italie et la France. La pièce fut suivie d'intermèdes et d'un opéra-comique traduit en espagnol, le spectacle durant environ trois heures. Après minuit, les invités montèrent à l'appartement supérieur pour le souper, servi à une table de cent vingt-quatre couverts dans une salle décorée de berceaux fleuris et de statues. Une autre salle, ornée des portraits de la Famille Royale, accueillit une table de quatre-vingt-dix couverts. Plusieurs tables supplémentaires furent dressées pour les convives, les comédiens, les musiciens, les Pages et les Valets de Chambre. Le bal, représentant le Temple de l'Hymen, débuta à deux heures du matin et se poursuivit jusqu'à neuf heures. Une table de quatre-vingt couverts fut ensuite servie pour les personnes restées jusqu'à ce moment. L'Ambassadeur et la Duchesse de Medina Sidonia, aidés par le Comte d'Egmont, le Marquis de Confians et le Marquis de Crillon, veillèrent à rendre la fête agréable.
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