OBSERVATION sur les mauvais
effets du Sublimé Corrosif employé
extérieurement.
AUTANT il est nécessaire, pour le
progrès de la Médecine & l'intérêt
commun , de publier les effets falutai-
res des médicamens , autant il feroit.
préjudiciable de celer le danger qu'il
y auroit de faire ufage de quelqu'uns.
Plus ces remédes font préconifés , plus
les perfonnes qui les confeillent ont de
réputation & de connoiffances , & plus
nous devons dévoiler leurs qualités
pernicieufes,quand l'expérience ne nous
laiffe aucun doute à cet égard.
L'obfervation fuivante m'a appris à
me défier d'une infinité de formules
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d'autant plus dangereufes , qu'elles fe
trouvent inférées dans des ouvrages
fort connus , fort eftimés , & que tout
particulier a d'ordinaire entre les mains.
Une Demoiselle avoit à la partie
moyenne de l'avant- bras , une dartre
vive de la largeur de la paume de la
main ; cette perfonne, qui d'ailleurs étoit
affez faine & bien réglée , en reffentoit
peu de douleur ; mais le défagrément.
d'avoir le bras continuellement enve-
loppé de linge & couvert d'onguent , la
détermina à fe faire guérir à quelque
prix que ce fût . Elle avoit déja effuyé
les traitemens les plus méthodiques ; ce-
pendant elle voulut encore que je l'en-
trepriffe. Après avoir mis en ufage les
remédes intérieurs qui conviennent en
pareil cas , & le tout fans fuccès , je
me déterminai à appliquer fur la dartre
quelques uns de ces cauftiques vantés
dans un Ouvrage fort connu. En con-
féquence je fis une pommade avec le
beurre , la cérufe & le fublimé corro-
fif. J'obfervai exactement la dofe pref-
crite , & je pris de ce mêlange à-peu-
près la pefanteur d'un demi gros que
j'étendis fur la dartre. A peine y fut- il
appliqué , qu'il caufa de vives douleurs
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qui fe calmerent: cependant quelques
inftans après. Je méloignai enfuite de
là malade , mais au bout de deux heu-
res on accourut me chercher en me
difant qu'elle alloit périr. En effet je la
trouvais dans l'état le plus fâcheux. Elle
avoit des mouvemens convulfifs dans
prèfque toutes les parties du corps ,
& elle étoit fi violemment
agitée
qu'elle fe rouloit par terre. Elle avoit
en outre des hoquets & des nau-
fées fuivies de vomiffemens fréquens
qui me firent craindre pour fa vie..
Mon premier foin fut d'enlever avec.
de l'huile d'olive le refte du fublimé
enveloppé dans cette pommade , & je
fis prendre à la malade quelques verres
d'eau tiède pour rendre les vomiffemens-
moins pénibles & moins douloureux.
Je lui donnai enfuite du lait coupé avec
de l'eau commune , dans le deffein de
calmer l'irritation que caufoit le corro-
fif qui fans doute avoit paffé dans le
fang & produit tous ces défordres. Elle
prit auffi plufieurs lavemens compofés
de plantes mucilagineufes , & peu-à-
peu les accidens diminuerent au point
qu'elle ne reffentoit plus que de lé-
gères douleurs de colique. La nuit fui-
vante fut affez tranquille ; mais le ma
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MT
tin la bouche parut enflammée , la fa-
Nivation fe manifefta ; & malgré l'eau
+
de caffe que je lui donnai abondam--
ment , je ne pus empêcher qu'elle ne
durât l'efpace de huit jours. Après ce
temps elle n'en fentit plus aucune in-
commodité ; la dartre refta toujours dans
le même état , & la Démoifelle dès
cet inftant réfolut de l'abandonner à la
Nature.
Si une auffi petite quantité de fubli--
mé corrofif a pu porter tant de trouble
dans l'œconomie animale , qu'auroit-ce
donc été fi une dartre plus étendue ou
plufieurs
dartres m'euffent contraint
d'employer une plus grande dofe de
cette pommade ? car dans l'ouvrage
d'où j'ai tiré cette formule
il est dit:
>
qu'on peut s'en frotter tout le corps ,
excepté la tête & la poitrine ; que cet
onguent eft fpécifique pour la galle &
les dartres ; & qu'il eft fans danger.
Pour moi , je penfe bien différemment ;
& d'après cette obfervation je conclus
qu'il peut être très- pernicieux. Il eft des
perfonnes où les pôres de la peau font
Ouverts au point d'abſorber de ce poi-
fon une affez grande quantité pour
faire périr les malades dans des tour
mens affreux .
煮
T MERCURE DE FRANCE.
Je ne prétends cependant pas infir.
mer le mérite de ces Médecins labo
rieux qui ont confacré leurs veilles
nous mettre fous les yeux différente
formules. Par là ils foulagent la mé
moire des jeunes gens qui ne font pas
encore dans l'ufage de compofer , &
rappellent l'idée des médicamens utiles
qu'on auroit pu oublier fans de tels
dépôts. Mais il faut avouer en même
temps que la plupart de ces Ouvrages
préfentés au Public fous des titres fpé-
cieux qui excitent fa curiofité , font
caufe de bien des accidens. Tout le
monde veut les pofféder , on les litlit ,
dès-lors on fe croit un Hypocrate ; &
fans principes , fans expérience , on s'i-
magine fe fuffire à foi- même & être en
état de traiter fon ami , fon voifin , & c.
Il feroit à fouhaiter que les perfonnes
qui s'adonnent à ces fortes de travaux
rejettaffent de leurs formules les dro-
gues violentes dont la plus légère er-
reur dans la dofe & dans l'ufage peut-
caufer un défordre capable de laiffer
Pour
le refte
de la vie les impreffions
les plus fâcheufes
.
En général foyons toujours en garde
contre ces fels métalliques avec excès
d'acide. Il eſt vrai que leur caufticité
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dépend principalement de la nature de
l'acide , & que l'acide végétal ne forme
pas un corrofif fi violent que le miné-
ral ; mais malgré cette différence , ce
font toujours des remédes dont on doit
craindre les fuites . L'expérience n'a que
trop fouvent confirmé leurs pernicieux
effets.
Par M. HOURY, Chirurgien Bréveté du ROI
pour la Guadeloupe & dépendances, ci-devant
Chirurgien interne de l'Hôtel-Dieu de
Paris.