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2656
p. 1-4
ODE Tirée du Cantique de Moïse, Cantemus Domino gloriosè, &c. Exod. ch. xv.
Début :
Du Seigneur, la toute-Puissance, [...]
Mots clefs :
Dieu, Seigneur, Israël
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texteReconnaissance textuelle : ODE Tirée du Cantique de Moïse, Cantemus Domino gloriosè, &c. Exod. ch. xv.
ODE
Tirée da Cantique de Moïse , Cantemuf
Domino gloritsì > &e. Exod. ch. xv.
U Seigneur, la toute- Puissance,-
Se signale.cn notre faveur -, ;>
Marquons notre reconnoiflancejr
Par un Cantique en son honneur.
Publions qu'un Etre supiême
Vient de nous montrer qu'il nous aime,
Puiiqu'il s'«st dsclaié pour nous i
Et
/' MERCURE DE FRANCÉ
Ét que fans fa main secouràble ,
îïous aurions , d'un Roi redoutable ,
Eprouvé l'injuste courroux.
0
Oiii > ce Dieu pbur nous s'interessev
O comble de félicité /
Qu'Israël s'occupe fans cesse,
louer son immensité.
Tandis qu'il nous traite en bon Pere y
Ii punit en Juge fevere ,
Les Egyptiens orgueilleux ;
Pour nous garantir de leur rage ,
ta Mer nous présente un passage S
Qui devient un gouffre pour eux;-
8
Hé quoi? ces Troupes animées ,
Par la fureur d'un Ros cruel,
Walgré le grand Dieu des Aimées ,
Veillent- elles vaincre Israël l
Trop obstiner à nous poursuivre
Infeníèz , voyez où vous livre
tJne folle présomption ;
Ea ghts terrible dés tempêtes
Est prête à fondre fur vos têtes»
Four venger notre oppression,-
.-Comme s'ils n'avoient rien à craindre;
JANVIER. 1730. 3
Ces Idolâtres inhumains
Comptent déja de nous atteindre ,
Et le fer brille dans leurs mains
Mais aux ordres de Dieu soumise »
Cette Mer qui nous favorise,
Nous voyant sortis de ses flancs ,
Cesse de contraindre son Onde »
Se resserre & soudain inonde ,
Tous ces superbes Combattansias
Subis le châtiment terrible,*
Qu'ont mérité tes attentats ,
Roi qui te croyois invincible»
Par le nombre de tes Soldats.
Seigneur , tu rends par leur défakey
Notre vengeance plus parfaite ,
Et ton triomphe plus complet ;
Gette Troupe tantôt si fiere ,
Est , comme une paille legere »
Des flots l'inutile jouet.
&
Hommes puissans, Rois formidables1 3<
Parlez : qui font ceux d'entre vous »
Qui peuvent être comparables-,
A ce Dieu qui veille fur nous ?
Qu'est-ce qui pourroit dans ce monde s
Ouvrage de fa main féconoe <
Egal©?
•+ MERCURE DE FRANCE*
Égaler soh autorité ?
Unique source des miracles .
Jamais il ne trouve d'obstacles ,
A se suprême volonté.
g
Israël , qui pourra te nuire,
Avec un si puissant appui ì
Puisque-ton Dieu veut te conduire,;
Tu peux tout attendre de lui.
Dans une agréable contrée ,
Qu'il s'est lui-même préparée»
II te destine de beaux jours ï
Tes armes seront triomphantes *
Et cent Nations différentes ,
N'en arrêteront point le cours.
m
Dans cette charman te demeure *
Allez , ô Peuple trop heureux ?
Ec que le Seigneur à toute heure >
Y soit l'objec de tous vos voeux*
Tant que vous lui ferez fidèle ,
II couronnera votre zeíc »
Par quelque nouvelle bonté.
Tout autre Règne est périssables
Mais le sien à jamais durable »
Est fondé fur l' Eternité.
Tirée da Cantique de Moïse , Cantemuf
Domino gloritsì > &e. Exod. ch. xv.
U Seigneur, la toute- Puissance,-
Se signale.cn notre faveur -, ;>
Marquons notre reconnoiflancejr
Par un Cantique en son honneur.
Publions qu'un Etre supiême
Vient de nous montrer qu'il nous aime,
Puiiqu'il s'«st dsclaié pour nous i
Et
/' MERCURE DE FRANCÉ
Ét que fans fa main secouràble ,
îïous aurions , d'un Roi redoutable ,
Eprouvé l'injuste courroux.
0
Oiii > ce Dieu pbur nous s'interessev
O comble de félicité /
Qu'Israël s'occupe fans cesse,
louer son immensité.
Tandis qu'il nous traite en bon Pere y
Ii punit en Juge fevere ,
Les Egyptiens orgueilleux ;
Pour nous garantir de leur rage ,
ta Mer nous présente un passage S
Qui devient un gouffre pour eux;-
8
Hé quoi? ces Troupes animées ,
Par la fureur d'un Ros cruel,
Walgré le grand Dieu des Aimées ,
Veillent- elles vaincre Israël l
Trop obstiner à nous poursuivre
Infeníèz , voyez où vous livre
tJne folle présomption ;
Ea ghts terrible dés tempêtes
Est prête à fondre fur vos têtes»
Four venger notre oppression,-
.-Comme s'ils n'avoient rien à craindre;
JANVIER. 1730. 3
Ces Idolâtres inhumains
Comptent déja de nous atteindre ,
Et le fer brille dans leurs mains
Mais aux ordres de Dieu soumise »
Cette Mer qui nous favorise,
Nous voyant sortis de ses flancs ,
Cesse de contraindre son Onde »
Se resserre & soudain inonde ,
Tous ces superbes Combattansias
Subis le châtiment terrible,*
Qu'ont mérité tes attentats ,
Roi qui te croyois invincible»
Par le nombre de tes Soldats.
Seigneur , tu rends par leur défakey
Notre vengeance plus parfaite ,
Et ton triomphe plus complet ;
Gette Troupe tantôt si fiere ,
Est , comme une paille legere »
Des flots l'inutile jouet.
&
Hommes puissans, Rois formidables1 3<
Parlez : qui font ceux d'entre vous »
Qui peuvent être comparables-,
A ce Dieu qui veille fur nous ?
Qu'est-ce qui pourroit dans ce monde s
Ouvrage de fa main féconoe <
Egal©?
•+ MERCURE DE FRANCE*
Égaler soh autorité ?
Unique source des miracles .
Jamais il ne trouve d'obstacles ,
A se suprême volonté.
g
Israël , qui pourra te nuire,
Avec un si puissant appui ì
Puisque-ton Dieu veut te conduire,;
Tu peux tout attendre de lui.
Dans une agréable contrée ,
Qu'il s'est lui-même préparée»
II te destine de beaux jours ï
Tes armes seront triomphantes *
Et cent Nations différentes ,
N'en arrêteront point le cours.
m
Dans cette charman te demeure *
Allez , ô Peuple trop heureux ?
Ec que le Seigneur à toute heure >
Y soit l'objec de tous vos voeux*
Tant que vous lui ferez fidèle ,
II couronnera votre zeíc »
Par quelque nouvelle bonté.
Tout autre Règne est périssables
Mais le sien à jamais durable »
Est fondé fur l' Eternité.
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Résumé : ODE Tirée du Cantique de Moïse, Cantemus Domino gloriosè, &c. Exod. ch. xv.
Le texte est un cantique de Moïse, publié dans le 'Mercure de France' de janvier 1730, qui célèbre la puissance et la protection divine. Il commence par une reconnaissance de la faveur divine et appelle à louer Dieu pour son amour et son intervention en faveur d'Israël. Le cantique rappelle comment Dieu a sauvé Israël de la colère d'un roi redoutable en ouvrant la mer, permettant ainsi au peuple de passer, tandis que la mer se refermait sur les Égyptiens. Ces derniers, malgré leur fureur et leur présomption, furent vaincus par les tempêtes envoyées par Dieu. La mer, soumise aux ordres divins, submergea les Égyptiens, les punissant pour leurs attentats. Le texte souligne la supériorité de Dieu sur les puissants et les rois, affirmant qu'aucun obstacle ne peut arrêter sa volonté. Israël, sous la protection divine, est promis à une victoire certaine et à une vie prospère dans une contrée préparée par Dieu. Le peuple est invité à rester fidèle à Dieu, qui couronnera leur zèle par de nouvelles bontés. Contrairement aux autres royaumes périssables, le règne de Dieu est éternel et durable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2657
p. 24-35
LETTRE du P. A. J. à un Ami.
Début :
Ami veux-tu sçavoir l'usage des momens [...]
Mots clefs :
Yeux, Homme, Esprit, Vie, Raison, Objets
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE du P. A. J. à un Ami.
LETTRE du P. A. J. k un Ami*
AMi , veux-tu sjavoir l'usage des momens
Qui composent ma vie
Peut être en les trouvant si doux &si chair
mans >
Me porteras-tu quelqu'envie.
A ce plaisant début que tu crois impos
teur,
Cher Ami , tu vas rire.
XI me semble. déja te voir d'un air railleur
Me lancer un trait de Satyre,
m
tìfòitbeau j diras- tu , voir au fond d'un Bu»
reau
L'éleve d'Uraniè ,
D'abbatcre , disputer sur le prix (*) d'un Tau*
reau , _ '
Et prostituer son ge'nici
f®
Cette main, qui jadis-calcu loir du Soleil
(m) L'jluttur étoit alors Procureur dnnt
ht Maijm d» Btrry*
Les.
JANVIER. i7jo.
Les mouvemens rapides ,
Suppute maintenant les profits d'un (*')
Chepteil ,
Avec des Paysans stupides.
9-
Mon poste à ce coup d'oeil est âtonjuge-íment
Ignoble autant que rude :
Mais apprens que j'en fais un doux amuse
ment, -
Ei non pas une triste étude.
Par- lâ j'ai trouvé fart d'étayer de mon
cotps
La prochaine ruine s
Je sens de jour en jour s'animer les ressorts »
De cette importante machine.
m
En faisant succéder le travail au repos , ,
La Campagne à la Ville ,
Je médite , je lis , & je mêle à* propos «*
Le doux à l'honnête & futile.
m
Des fameux Orateurs relisant lesEcritJ^
( a) Esfetc de Fermage À U C*r»t*&ne.
Leuç
zS MERCURE DE FRANCE.
Leur sublime m'cngage:
Jfc m'efforce à l'cnvi de ces briltans esprits^
De parler le même langagem
Dès Poètes le feu , le tour , la liberté
M'éleve à l'héroïque :
En lisant de beaux Vers je me sens transiporté
D'une ardeur toute Poétique.
tá
Je n'y succombe pas , les austères leçons-
De la Philosophie
M'avertissent tout bas que ces tours , ces douxsons
,
Ne font qu'une douce folie-
0
Jë l'écoute , & formant de plus nobles f r©»
jets
Au gré de la sagesse ,
J'élève non esprit aux differens objets ,
Qu'elle me présenté sans ceíïè.
Libre depuis long - tems du servile far
deau
\ -
Des préjugez Vulgaires ,
©e la foy cru raison révère le 'bandeau »
Miis>
JANVIER. 175*. s*fc
Mais hors de-li point de mystères.
La sagesse de Dieu . la suprême raisoa ■
A fondé la nature ,
Tout s'y fait . tout s'y meut , par la combi
naison ; .
Le poids , Ic nombre , la mesure*
a
Jè n'y cherche donc point de vaines fa- -
culcez
Qu'enfanta Tignorance
De formes , ni d'horreurs , d'ocultes qualitez
,
Et bien moins encor d'exigence»
Jè contemplé des Cieux le superbe coi*v
tour
Et leurs clartez errantes :
Je les vois ramener & la nuit & le jour» -
Mais par des routes différentes.
m
Je m'éleve en esprit vers cette Région t ,
Qui ce monde limite :
Ah ! qu'alors cette utile & douce fiction
Rend la terre à mes yeux petite !
te
■ff MERCURE DE FRANCE."
Je cherche les raisons qui forment dans lès airs-
L'Eclair & le Tonnere :
Jf apprens celles qui sent se retirer les Mers,
Et se répandre sur la terre.
Mbn esprit curieux, va chercher lès mé
taux
Dans leurs profondes mines :
Et parcourant les Mers-, desselles, des Co*
raux ,
Développe les origines. ,
Ees> corps, des animaux & leurs ressorts di
vers
Sont autant de miracles,
te détail inhni Áe ceváste Univers*
N'otfre que d'étonnans spectacles.
Qu and ces points animer,, ces atomes vivans
Qu'un verre nous découvre
Présentent à mes yeux mille objets surpre
nants :
C'est un monde nouveau qui s'ouvre.
m
Jene méprise poinítes curieux hazards
De.
jANVtËR. 1730. 2?
t)e l'obscure Chymie.-
Xn un mot , cher Ami , je culcive les arcs ,
Que culcive l'Âcadémie.
Exempt d'entêtement comme de passions ,
Tu peux bien me connoître,
Quoiqu'on en dise. Ami, dans mes opi
nions ,
. Je ne me fixe point de Maître.
m
Sectateur dès Anciens- ainsi que des Ré
cens j
Mais toujours équitable »»
De qui fuit la raison, de qui suit le bon*
sens ;
j£ tâche d'être inséparable.
Aristote me plaît > soit dans ses animaux "s
Soit dans fa* Poétique $ .' .
J'admire son esprit dans bien d'autres tra
vaux ,
Mais, je méprise fa Physique.
0
Au reste, ne crois pas que toujours oc
cupé
De Sciences stériles,
Ebloui'
j6 MERCURE DE FRANGÉ.
Ébloui par l'éclat & par l'orgiïeil dupé,
J'en néglige de plus utiles.
m »
Non , non , je dis souvent : cessea de raç
tenter
Eclatantes Etudes :
fc'homme en vous cultivant,que fait-il,qu'fnigf«
menter
Ses travaux • ses inquiétudes /
8
Votre éclat éblouit , votre sublimité
De nos esprits abuse.
Mais vous n'étes pourtant qu'ombre , que
«anité
Où l' homme follement s'amuse-.
m
Pans ce siécle éclairé que les beaux- Arts ont
.fait ,
Un progrès incroyable
L'homme est-il devenu plus heureux, plue
parfait í
. Non : mais pe«t- être plus coupable.
m
Oui , f'homme, en découvrant par de pé
nibles foins
Tant ds choses fi belles ,
N**
JANVIER. 1730. 31
N'a fait que découvrir mille nouveaux be
soins ,
Se former des chaînes nouvelles.
&
Se connoître soi-même est le premier dé
voir
Que le Ciel nous impose.
Osons ce beau dessein fortement concevoir i--
On l'éxecute quand on 1'ose.
C'est ainsi qu'à percer les repKs de no»!
coeur , . •
, Jém'excire moi-même :
Mais on ne devient pas si promptement vaiÌM
queur ,
Des deffáutí que souvent on aime»-
3 * /
J*ai pourtant écrasé des Tyrans de no*
jour*
La tête fastueuse :
Ees désirs de briller , Domestiques VaKr
tours,. ;..
^ ìic troublent plus ma vie heureuse. .
«•*«•-- • •
Ehvain» devant mes yeux éclairent les appas f
De tëestime publique, .
Hea.
i/ï MERCURË DE FRONCÉ
Heureux, je sçais goûter loin d'un brîllarilt
fracas ,
Ême vie humble & pacìfiquev
Content d quelque ami pour moi plein* de
bonté
Dé lire mes Ouvrages »
Qn" ne tneverra point du Public redouté*
Briguer les orgueilleux suffrages.
m
Je cherche dans mon coeur ce qui' faîc'
avorter '
Les efforts de la grâce s
Sûr qu'au gré de mes voeux , qu'elle sçait
Consulter,-
Elle est- > ou n'est pas efficace.
Je nombre toúí les maux qui marchent fur
les pas*
De la fiere opulence;
Je vois que le bonheur ne se rencontré pas-
Dans les biens , mais dans l'innocencem
D"e nos mystères saints je fondé les abords -j
Redoutable entreprise ! < -
tíáis utile pourtant quand on fuit les efforts
D'une raison droite Se soumise.
Mer
JANVIER. 1750. ??
m
Merveilles de la foi , ne peut-on vous pxncr
Pe couleurs encor neuyes ?
rAnciennes Vérités , ne peut-on vous donnei
Encor de nouvelles preuves ì
SB
Pour louer des mortels , on use tous les
tours
Ç£ue fournit l'éloquence ;
Et nous ne pourrions pas par de nouveaux
discours
Rendre aimable la Providence !
Malgré les beaux dehors dont il est revêtus
Je découvre le vice ;
Et des attraits naïfs de l'aimable vertu.
Je fjais distinguer l'artifice.
m
Objets toujours divers de méditation
Les Passions humaines ,
Les haines , les defirs , l'orgueil , l'ambfc
íipn ,
Me fournissent d'étranges Scènes.
m
Observateur exact, je les fuis pas â pa?
Pans leurs routes obliques)
'lai
=54 MERCURE DE FRANCE,
implacable ennemi de quiconque n'est pas
Homme droit à mes yeux stoïques.
8
Je déteste surtout cet Art contagieux
Qui corrompt les oreilles ,•
fQui toûjours chez les Grands d'un son har
monieux
Leur chante leurs propres merveilles.
81
<0 Vous de qui dépend le destia des hu
mains ,
Arbicres du mérite ,
STous les jours vos flatteurs ravissent dans vos
maùis
prix de la vertu proscrite.
m
De vils adulateurs vous recevez Tcncens»
Idoles de la terre ,*
Jkîais fçachez que du Dieu qui jugera íes
Grands
Cet encens forme le Tonnere.
m
Mais oû m'enlevez - vous d'un vol auda
cieux,
Capricieuse Guide?
/íh ! Muse , descendons ; pour voler dans le*
-Cieux
Je n'ai pas l'aile assez rapide. * .
.C'est
. JANVIER. ,730. 15
(C'est ainsi , cher ami , que je passe les
jours
Quela Parque me filej
ïls ne fonc pas brillans , il est yrai / mais
leur cours
En est plus doux & plus tranquille.
AMi , veux-tu sjavoir l'usage des momens
Qui composent ma vie
Peut être en les trouvant si doux &si chair
mans >
Me porteras-tu quelqu'envie.
A ce plaisant début que tu crois impos
teur,
Cher Ami , tu vas rire.
XI me semble. déja te voir d'un air railleur
Me lancer un trait de Satyre,
m
tìfòitbeau j diras- tu , voir au fond d'un Bu»
reau
L'éleve d'Uraniè ,
D'abbatcre , disputer sur le prix (*) d'un Tau*
reau , _ '
Et prostituer son ge'nici
f®
Cette main, qui jadis-calcu loir du Soleil
(m) L'jluttur étoit alors Procureur dnnt
ht Maijm d» Btrry*
Les.
JANVIER. i7jo.
Les mouvemens rapides ,
Suppute maintenant les profits d'un (*')
Chepteil ,
Avec des Paysans stupides.
9-
Mon poste à ce coup d'oeil est âtonjuge-íment
Ignoble autant que rude :
Mais apprens que j'en fais un doux amuse
ment, -
Ei non pas une triste étude.
Par- lâ j'ai trouvé fart d'étayer de mon
cotps
La prochaine ruine s
Je sens de jour en jour s'animer les ressorts »
De cette importante machine.
m
En faisant succéder le travail au repos , ,
La Campagne à la Ville ,
Je médite , je lis , & je mêle à* propos «*
Le doux à l'honnête & futile.
m
Des fameux Orateurs relisant lesEcritJ^
( a) Esfetc de Fermage À U C*r»t*&ne.
Leuç
zS MERCURE DE FRANCE.
Leur sublime m'cngage:
Jfc m'efforce à l'cnvi de ces briltans esprits^
De parler le même langagem
Dès Poètes le feu , le tour , la liberté
M'éleve à l'héroïque :
En lisant de beaux Vers je me sens transiporté
D'une ardeur toute Poétique.
tá
Je n'y succombe pas , les austères leçons-
De la Philosophie
M'avertissent tout bas que ces tours , ces douxsons
,
Ne font qu'une douce folie-
0
Jë l'écoute , & formant de plus nobles f r©»
jets
Au gré de la sagesse ,
J'élève non esprit aux differens objets ,
Qu'elle me présenté sans ceíïè.
Libre depuis long - tems du servile far
deau
\ -
Des préjugez Vulgaires ,
©e la foy cru raison révère le 'bandeau »
Miis>
JANVIER. 175*. s*fc
Mais hors de-li point de mystères.
La sagesse de Dieu . la suprême raisoa ■
A fondé la nature ,
Tout s'y fait . tout s'y meut , par la combi
naison ; .
Le poids , Ic nombre , la mesure*
a
Jè n'y cherche donc point de vaines fa- -
culcez
Qu'enfanta Tignorance
De formes , ni d'horreurs , d'ocultes qualitez
,
Et bien moins encor d'exigence»
Jè contemplé des Cieux le superbe coi*v
tour
Et leurs clartez errantes :
Je les vois ramener & la nuit & le jour» -
Mais par des routes différentes.
m
Je m'éleve en esprit vers cette Région t ,
Qui ce monde limite :
Ah ! qu'alors cette utile & douce fiction
Rend la terre à mes yeux petite !
te
■ff MERCURE DE FRANCE."
Je cherche les raisons qui forment dans lès airs-
L'Eclair & le Tonnere :
Jf apprens celles qui sent se retirer les Mers,
Et se répandre sur la terre.
Mbn esprit curieux, va chercher lès mé
taux
Dans leurs profondes mines :
Et parcourant les Mers-, desselles, des Co*
raux ,
Développe les origines. ,
Ees> corps, des animaux & leurs ressorts di
vers
Sont autant de miracles,
te détail inhni Áe ceváste Univers*
N'otfre que d'étonnans spectacles.
Qu and ces points animer,, ces atomes vivans
Qu'un verre nous découvre
Présentent à mes yeux mille objets surpre
nants :
C'est un monde nouveau qui s'ouvre.
m
Jene méprise poinítes curieux hazards
De.
jANVtËR. 1730. 2?
t)e l'obscure Chymie.-
Xn un mot , cher Ami , je culcive les arcs ,
Que culcive l'Âcadémie.
Exempt d'entêtement comme de passions ,
Tu peux bien me connoître,
Quoiqu'on en dise. Ami, dans mes opi
nions ,
. Je ne me fixe point de Maître.
m
Sectateur dès Anciens- ainsi que des Ré
cens j
Mais toujours équitable »»
De qui fuit la raison, de qui suit le bon*
sens ;
j£ tâche d'être inséparable.
Aristote me plaît > soit dans ses animaux "s
Soit dans fa* Poétique $ .' .
J'admire son esprit dans bien d'autres tra
vaux ,
Mais, je méprise fa Physique.
0
Au reste, ne crois pas que toujours oc
cupé
De Sciences stériles,
Ebloui'
j6 MERCURE DE FRANGÉ.
Ébloui par l'éclat & par l'orgiïeil dupé,
J'en néglige de plus utiles.
m »
Non , non , je dis souvent : cessea de raç
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Eclatantes Etudes :
fc'homme en vous cultivant,que fait-il,qu'fnigf«
menter
Ses travaux • ses inquiétudes /
8
Votre éclat éblouit , votre sublimité
De nos esprits abuse.
Mais vous n'étes pourtant qu'ombre , que
«anité
Où l' homme follement s'amuse-.
m
Pans ce siécle éclairé que les beaux- Arts ont
.fait ,
Un progrès incroyable
L'homme est-il devenu plus heureux, plue
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. Non : mais pe«t- être plus coupable.
m
Oui , f'homme, en découvrant par de pé
nibles foins
Tant ds choses fi belles ,
N**
JANVIER. 1730. 31
N'a fait que découvrir mille nouveaux be
soins ,
Se former des chaînes nouvelles.
&
Se connoître soi-même est le premier dé
voir
Que le Ciel nous impose.
Osons ce beau dessein fortement concevoir i--
On l'éxecute quand on 1'ose.
C'est ainsi qu'à percer les repKs de no»!
coeur , . •
, Jém'excire moi-même :
Mais on ne devient pas si promptement vaiÌM
queur ,
Des deffáutí que souvent on aime»-
3 * /
J*ai pourtant écrasé des Tyrans de no*
jour*
La tête fastueuse :
Ees désirs de briller , Domestiques VaKr
tours,. ;..
^ ìic troublent plus ma vie heureuse. .
«•*«•-- • •
Ehvain» devant mes yeux éclairent les appas f
De tëestime publique, .
Hea.
i/ï MERCURË DE FRONCÉ
Heureux, je sçais goûter loin d'un brîllarilt
fracas ,
Ême vie humble & pacìfiquev
Content d quelque ami pour moi plein* de
bonté
Dé lire mes Ouvrages »
Qn" ne tneverra point du Public redouté*
Briguer les orgueilleux suffrages.
m
Je cherche dans mon coeur ce qui' faîc'
avorter '
Les efforts de la grâce s
Sûr qu'au gré de mes voeux , qu'elle sçait
Consulter,-
Elle est- > ou n'est pas efficace.
Je nombre toúí les maux qui marchent fur
les pas*
De la fiere opulence;
Je vois que le bonheur ne se rencontré pas-
Dans les biens , mais dans l'innocencem
D"e nos mystères saints je fondé les abords -j
Redoutable entreprise ! < -
tíáis utile pourtant quand on fuit les efforts
D'une raison droite Se soumise.
Mer
JANVIER. 1750. ??
m
Merveilles de la foi , ne peut-on vous pxncr
Pe couleurs encor neuyes ?
rAnciennes Vérités , ne peut-on vous donnei
Encor de nouvelles preuves ì
SB
Pour louer des mortels , on use tous les
tours
Ç£ue fournit l'éloquence ;
Et nous ne pourrions pas par de nouveaux
discours
Rendre aimable la Providence !
Malgré les beaux dehors dont il est revêtus
Je découvre le vice ;
Et des attraits naïfs de l'aimable vertu.
Je fjais distinguer l'artifice.
m
Objets toujours divers de méditation
Les Passions humaines ,
Les haines , les defirs , l'orgueil , l'ambfc
íipn ,
Me fournissent d'étranges Scènes.
m
Observateur exact, je les fuis pas â pa?
Pans leurs routes obliques)
'lai
=54 MERCURE DE FRANCE,
implacable ennemi de quiconque n'est pas
Homme droit à mes yeux stoïques.
8
Je déteste surtout cet Art contagieux
Qui corrompt les oreilles ,•
fQui toûjours chez les Grands d'un son har
monieux
Leur chante leurs propres merveilles.
81
<0 Vous de qui dépend le destia des hu
mains ,
Arbicres du mérite ,
STous les jours vos flatteurs ravissent dans vos
maùis
prix de la vertu proscrite.
m
De vils adulateurs vous recevez Tcncens»
Idoles de la terre ,*
Jkîais fçachez que du Dieu qui jugera íes
Grands
Cet encens forme le Tonnere.
m
Mais oû m'enlevez - vous d'un vol auda
cieux,
Capricieuse Guide?
/íh ! Muse , descendons ; pour voler dans le*
-Cieux
Je n'ai pas l'aile assez rapide. * .
.C'est
. JANVIER. ,730. 15
(C'est ainsi , cher ami , que je passe les
jours
Quela Parque me filej
ïls ne fonc pas brillans , il est yrai / mais
leur cours
En est plus doux & plus tranquille.
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Résumé : LETTRE du P. A. J. à un Ami.
Dans sa lettre, le P. A. J. partage ses occupations et réflexions quotidiennes. Il décrit son travail actuel comme ignoble, mais il parvient à en faire un amusement doux plutôt qu'une étude triste. Il alterne entre travail et repos, campagne et ville, méditation et lecture. Les écrits des orateurs et des poètes l'inspirent, bien qu'il soit conscient que ces passions sont des folies douces grâce aux leçons de la philosophie. L'auteur s'intéresse à la contemplation de la nature et de l'univers, cherchant à comprendre des phénomènes naturels tels que les éclairs, les marées et les métaux. Il admire à la fois les anciens et les récents, tout en restant équitable et en suivant le bon sens. Il critique les sciences stériles qui éblouissent sans rendre l'homme plus heureux ou parfait. Il valorise la connaissance de soi et une vie humble et pacifique, loin du bruit et des chaînes des désirs. Il observe les passions humaines et les fuit, détestant l'art de la flatterie. La lettre se termine par une réflexion sur la foi et la vertu, et une critique des flatteurs qui corrompent les grands. L'auteur conclut en décrivant sa vie tranquille et douce, malgré l'absence de brilliance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2658
p. 47-48
A M. LE CHEVALIER COYNART.
Début :
La terre a perdu sa verdure ; [...]
Mots clefs :
Fleurs, Chevalier
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texteReconnaissance textuelle : A M. LE CHEVALIER COYNART.
A M. LE CHEVALIER COYNART,
LA terre a perdu fa verdure ;
Flore atteinte de la froidure
Refuse aujourd'hui fes faveurs >
Ainsi vainement je m* apprête >
Chevalier, àchommer ta Fête,
Je ne fjaurois trouver de fleurs.
Au deffaut dé celles que Flore
Dans ses Parterres fait éclore ,
Et que l'on voie si- rôt mourir,
Je vais , volant avec audace ,
En cueillir fur le Mont-Parnasse
Que ie tems ne pourra flétrir.
Ç vj Newi
43 MERCURE DE FRANCE;
■H;a£ Soeurs plus fcavantes que belles.
Culcivenc ces fleurs immortelles >
Qui bravent le plus grand Hyver *■
Avec ces fleurs je veux te faire
Un bouquet , que jamais n'altère
Aucune impression de l'air.
Sans imposer aux yeuxt fans feindre ».
Avec ces fleurs je sçaurai peindre
Ta politesse , ta candeur ,
Ta mémoire heureuse , admirable
T.. n esprit facile . agréable >
EKs ans * surmontant la froideur».
Ce bouquet disert , patetique, .
De ton ame vraiment stoïqueL .
Exprimera l'égalité;
On y verra par quelle addreflè
Tu sça s donner â la vieillesse
Un air dont on est enchanté».
Ta conversátion charmante »
Auífi solide qu'amusante,
Y paroîtra dans tout son jour.
Voila les fleurs que pour ta gloire
Je vais aux filles de mémoire
Voler en leur faisant ma Cour.
LA terre a perdu fa verdure ;
Flore atteinte de la froidure
Refuse aujourd'hui fes faveurs >
Ainsi vainement je m* apprête >
Chevalier, àchommer ta Fête,
Je ne fjaurois trouver de fleurs.
Au deffaut dé celles que Flore
Dans ses Parterres fait éclore ,
Et que l'on voie si- rôt mourir,
Je vais , volant avec audace ,
En cueillir fur le Mont-Parnasse
Que ie tems ne pourra flétrir.
Ç vj Newi
43 MERCURE DE FRANCE;
■H;a£ Soeurs plus fcavantes que belles.
Culcivenc ces fleurs immortelles >
Qui bravent le plus grand Hyver *■
Avec ces fleurs je veux te faire
Un bouquet , que jamais n'altère
Aucune impression de l'air.
Sans imposer aux yeuxt fans feindre ».
Avec ces fleurs je sçaurai peindre
Ta politesse , ta candeur ,
Ta mémoire heureuse , admirable
T.. n esprit facile . agréable >
EKs ans * surmontant la froideur».
Ce bouquet disert , patetique, .
De ton ame vraiment stoïqueL .
Exprimera l'égalité;
On y verra par quelle addreflè
Tu sça s donner â la vieillesse
Un air dont on est enchanté».
Ta conversátion charmante »
Auífi solide qu'amusante,
Y paroîtra dans tout son jour.
Voila les fleurs que pour ta gloire
Je vais aux filles de mémoire
Voler en leur faisant ma Cour.
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Résumé : A M. LE CHEVALIER COYNART.
L'auteur adresse une lettre poétique à M. le Chevalier Coynart, regrettant de ne pouvoir offrir des fleurs fraîches à cause de l'hiver. Il choisit alors de cueillir des fleurs immortelles sur le Mont-Parnasse, symbolisant des qualités intemporelles telles que la politesse, la candeur, la mémoire et l'esprit agréable du destinataire. Ces fleurs forment un bouquet qui exprime l'égalité et la stoïcité de l'âme du chevalier, ainsi que sa conversation charmante et solide. L'auteur conclut en affirmant qu'il va voler ces fleurs auprès des filles de mémoire pour célébrer la gloire du chevalier.
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2659
p. 94
EXPLICATION du premier Logogryphe.
Début :
Saint Louis est au Ciel, & Louis sur la terre [...]
Mots clefs :
Louis
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texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION du premier Logogryphe.
EXPLICATION du premier Le»
gogrypbe.
S Aine Louis est au Ciel, & Louis sur 1*
terre
Fait trembler mille Nations ;
Quoiqu'il ne faffe point la guerre »
J'entends vanter par tout ses belles actions,
Peut-on trop admirer le bonheur de la
France ,
Dans la Paix & dans l' Abondance,
Sans qu'il en coure un seul Louis !
On voit croîere à la Cour les Roses & les
Lis.
Au contentement de moiï Maître ,
Un charmant Dauphin vient de naître í-
Je voudiois qu'il pût dire en ma saveur un
oui ,
Ou qu'il apprit combien je fais de voeux
pour lui-
Par M"" Angélique Dorvilliers
de Vernon..
gogrypbe.
S Aine Louis est au Ciel, & Louis sur 1*
terre
Fait trembler mille Nations ;
Quoiqu'il ne faffe point la guerre »
J'entends vanter par tout ses belles actions,
Peut-on trop admirer le bonheur de la
France ,
Dans la Paix & dans l' Abondance,
Sans qu'il en coure un seul Louis !
On voit croîere à la Cour les Roses & les
Lis.
Au contentement de moiï Maître ,
Un charmant Dauphin vient de naître í-
Je voudiois qu'il pût dire en ma saveur un
oui ,
Ou qu'il apprit combien je fais de voeux
pour lui-
Par M"" Angélique Dorvilliers
de Vernon..
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Résumé : EXPLICATION du premier Logogryphe.
Le poème 'gogrypbe' d'Angélique Dorvilliers de Vernon célèbre le roi Louis, respecté par de nombreuses nations sans guerre. Il vante la paix et l'abondance en France, symbolisées par les roses et les lys à la cour. La naissance d'un dauphin apporte une joie supplémentaire. L'auteur souhaite que le dauphin reconnaisse ses vœux.
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2660
p. 95
ENIGME.
Début :
Je suis aux plus vives douleurs [...]
Mots clefs :
Temps
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
JE suis aux plus vives douleurs
L'unique & souverain remède ;
Dans la nature touc me cède •
St selon que je change > on ckange aussi da
moeurs.
Il nV 11 que l'experiencr
Qi' aise voir l'importance
De jcilité dont je suis.
Heureux, qui connoîc tout mon prix.
JE suis aux plus vives douleurs
L'unique & souverain remède ;
Dans la nature touc me cède •
St selon que je change > on ckange aussi da
moeurs.
Il nV 11 que l'experiencr
Qi' aise voir l'importance
De jcilité dont je suis.
Heureux, qui connoîc tout mon prix.
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2661
p. 95-97
LE LOGOGRYPHE. A Madame la Comtesse de B***
Début :
Lorsque jadis Oedipe dévoila [...]
Mots clefs :
Panneau
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texteReconnaissance textuelle : LE LOGOGRYPHE. A Madame la Comtesse de B***
LE LOGOGRYPHE.
A Madame la Comteft de B * * Z
ILorsqueiadis Oedipe dévoila
€e que le Sphinx en mots énigmatiques
Vint proposer , s'il meritoit par là
D'être fait Roi des peuples Thebaniques,
Sage B *"* *> l'Oedipe de nos jours,
Qui voyez clair oû maint Sçavant tâtonne,.
jS'auriez-vous pas avec pareils secours
îlus de cent fois m«rité la Couronne ?
Bien assuré que votre oeil pénétrant
Aura dans peu dtYoilé mon mistere.- -
Evj Poli.
A Madame la Comteft de B * * Z
ILorsqueiadis Oedipe dévoila
€e que le Sphinx en mots énigmatiques
Vint proposer , s'il meritoit par là
D'être fait Roi des peuples Thebaniques,
Sage B *"* *> l'Oedipe de nos jours,
Qui voyez clair oû maint Sçavant tâtonne,.
jS'auriez-vous pas avec pareils secours
îlus de cent fois m«rité la Couronne ?
Bien assuré que votre oeil pénétrant
Aura dans peu dtYoilé mon mistere.- -
Evj Poli.
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2662
p. 120-121
Epitaphe du Cardinal de Noailles, [titre d'après la table]
Début :
AD PEDES DEI-PARAE Quam semper religiosè coluerat. [...]
Mots clefs :
Épitaphe, Cardinal de Noailles, Archevêque de Paris
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texteReconnaissance textuelle : Epitaphe du Cardinal de Noailles, [titre d'après la table]
Nous avons dir dans lé Journal du mois
de Mai 17 z?, que le 7. du même moisie
Cardinal de Noailles Archevêque dé Pari*
fut inhumé dans l' Eglise MtMopolitáirie ,
devant la ChapeUe de la sainte-Vierge-,
suivant qu'il l'avoit ordonné par son Testement.
Qn a depuis couvert d'un marbre
noir le lieu de son inhumation , & on a
gravé fur cc Marbre l'Epitaphe qui fait.
' JANFVÌER. i73<3«.
AD PEDES DEI-PAR*
Quam fimpir religiosè coluerat.
Hic Jacet,
Vt Testament» juftt ,
Iudovicus - AntoniUS De NoaiItLEsJ
S,R-E. Cardinalìs yjtrchiepifccpus Varifienfii*
Due S. Clodoaldi , far Francis. 1
Rfgii Ordinis S. Spiritus Cemmendater ;
Brovifor Sorbona i ac- RegU Navarrt Suptrion
Commiffi Jìbi gregis
Sullicitttdint Pastor , chantait Pater,
'-■ •-' • Moril'us , ferm»,
Domtti fus. berù prifofitus ,
Domus Domìni zelo accenfus ,
In eratione affiduns , in labore indefeffui*
In cuit n modéfiûs , in vi&ìi fimplex-
Sibi parcus , in esterai sanSr prùdigtts ,
A teneris ad fenium tqualis idemque ,
Stmper prudent , mitis pacifeus
t Vitatn tranfegit benefaciend».
Ecclefíam Pnrifienfem J
î> /■ Ahnii XXXIV. ?
. ■ ; Rcxtt , di.exit , excêíuit , omavh :
- i^Ejat beneficentiam hommes fi taceant
Hujus Basilics, lapides clamabunt :
Qbiit plenus dierum , omnibus flebilis ,
JJieMaii^. Ana Dni 1719 traits 78»
Viro MlSïRlCORDI
BivjnamMtpcriiorditmaPPrtcsr*.
de Mai 17 z?, que le 7. du même moisie
Cardinal de Noailles Archevêque dé Pari*
fut inhumé dans l' Eglise MtMopolitáirie ,
devant la ChapeUe de la sainte-Vierge-,
suivant qu'il l'avoit ordonné par son Testement.
Qn a depuis couvert d'un marbre
noir le lieu de son inhumation , & on a
gravé fur cc Marbre l'Epitaphe qui fait.
' JANFVÌER. i73<3«.
AD PEDES DEI-PAR*
Quam fimpir religiosè coluerat.
Hic Jacet,
Vt Testament» juftt ,
Iudovicus - AntoniUS De NoaiItLEsJ
S,R-E. Cardinalìs yjtrchiepifccpus Varifienfii*
Due S. Clodoaldi , far Francis. 1
Rfgii Ordinis S. Spiritus Cemmendater ;
Brovifor Sorbona i ac- RegU Navarrt Suptrion
Commiffi Jìbi gregis
Sullicitttdint Pastor , chantait Pater,
'-■ •-' • Moril'us , ferm»,
Domtti fus. berù prifofitus ,
Domus Domìni zelo accenfus ,
In eratione affiduns , in labore indefeffui*
In cuit n modéfiûs , in vi&ìi fimplex-
Sibi parcus , in esterai sanSr prùdigtts ,
A teneris ad fenium tqualis idemque ,
Stmper prudent , mitis pacifeus
t Vitatn tranfegit benefaciend».
Ecclefíam Pnrifienfem J
î> /■ Ahnii XXXIV. ?
. ■ ; Rcxtt , di.exit , excêíuit , omavh :
- i^Ejat beneficentiam hommes fi taceant
Hujus Basilics, lapides clamabunt :
Qbiit plenus dierum , omnibus flebilis ,
JJieMaii^. Ana Dni 1719 traits 78»
Viro MlSïRlCORDI
BivjnamMtpcriiorditmaPPrtcsr*.
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Résumé : Epitaphe du Cardinal de Noailles, [titre d'après la table]
En mai 1729, le Cardinal de Noailles, Archevêque de Paris, fut inhumé dans l'Église Métropolitaine. Sa tombe, recouverte d'une dalle de marbre noir, porte une épitaphe gravée. Elle mentionne sa mort le 7 mai 1729 à 78 ans et ses vertus miséricordieuses et bienfaisantes.
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2663
p. *127-127
CHANSON,
Début :
Mon amour près de vous ne sçauroit s'éveiller, [...]
Mots clefs :
Amour, Roi de Pologne
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texteReconnaissance textuelle : CHANSON,
CHANSON,
MÒn amour près de vous ne sçaurois
s'éveiller,
Vous Rendormez avec votre sagesse.
Vous baillez au récit de ma vive tendresse ,
Et moi je baille en vous voyant bailler.
Ces paroles & la Musique , envoyées
de Saxe ., font de la composition des
sieurs Faviers & André , au service da
Roi de Pologne. On doit exprimer les
mots de bailler ôc baille par des espèce»
de baillcmens.
MÒn amour près de vous ne sçaurois
s'éveiller,
Vous Rendormez avec votre sagesse.
Vous baillez au récit de ma vive tendresse ,
Et moi je baille en vous voyant bailler.
Ces paroles & la Musique , envoyées
de Saxe ., font de la composition des
sieurs Faviers & André , au service da
Roi de Pologne. On doit exprimer les
mots de bailler ôc baille par des espèce»
de baillcmens.
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2664
p. 176-177
COUPLETS chantés à Madame la Marquise de *** par Mlle sa fille, âgée de 4. à 5. ans, le premier jour de l'année 1730. Air : Reveillez-vous belle endormie.
Début :
Aujourd'hui que chacun s'épuise [...]
Mots clefs :
Mère
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texteReconnaissance textuelle : COUPLETS chantés à Madame la Marquise de *** par Mlle sa fille, âgée de 4. à 5. ans, le premier jour de l'année 1730. Air : Reveillez-vous belle endormie.
COV P LET S chantés à Madame la
Marquise de * * * par M"' sa fille ,
kgèe de 4. à 5. ans, le premier jour
de r'année 1730. Air : Re veillez- vous»
belle endormie.
À Újourd'hui que chacun s'épuise
A faire de vains complîmens ,
Maman , souffrez que je vous dise
Mes véritables sentimens.-
Je fais mon bonheur de vous plaire,
Mon amour ne peut redoubler ,
N'en doutez pas , l'on ne sçait guere*
A mon âge dissimuler.
Mon coeur exprime par ma bouche
L' ardeur dont il se sent presser'»
Si
JANVIER. 1730. 177
Si ce sincère aveu vous touche »
Marquez le moi par un baiser. .
Ah I de grâce , encore un , ma mère ,
<3u'est-ce qu'il vous en coûtera? •
La marchandise n'est pas chere,
£c mon papa vous les rendra,.
Marquise de * * * par M"' sa fille ,
kgèe de 4. à 5. ans, le premier jour
de r'année 1730. Air : Re veillez- vous»
belle endormie.
À Újourd'hui que chacun s'épuise
A faire de vains complîmens ,
Maman , souffrez que je vous dise
Mes véritables sentimens.-
Je fais mon bonheur de vous plaire,
Mon amour ne peut redoubler ,
N'en doutez pas , l'on ne sçait guere*
A mon âge dissimuler.
Mon coeur exprime par ma bouche
L' ardeur dont il se sent presser'»
Si
JANVIER. 1730. 177
Si ce sincère aveu vous touche »
Marquez le moi par un baiser. .
Ah I de grâce , encore un , ma mère ,
<3u'est-ce qu'il vous en coûtera? •
La marchandise n'est pas chere,
£c mon papa vous les rendra,.
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Résumé : COUPLETS chantés à Madame la Marquise de *** par Mlle sa fille, âgée de 4. à 5. ans, le premier jour de l'année 1730. Air : Reveillez-vous belle endormie.
Le poème 'COV P LET S' est chanté par une fille de 4 à 5 ans à sa mère, la Marquise de * * *, le 1er janvier 1730. L'enfant exprime son bonheur de plaire à sa mère et demande un baiser, affirmant que son amour est sincère. Elle souligne que cela ne coûtera rien à sa mère, car son père lui rendra les baisers.
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2665
p. 229-238
REPONSE DE LA RAISON. A M. Rousseau.
Début :
Toi, qui d'une brillante Rime, [...]
Mots clefs :
Homme, Âme, Raison, Mérite, Philosophe
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texteReconnaissance textuelle : REPONSE DE LA RAISON. A M. Rousseau.
REPONSE
DELA RAISON,
A M. Roujseau.
Toi , qui d'une brillante Rime ,
Suivant l'homme en fes actions,
Soutiens dans un discours sublime a
Que je flatte ses passions j
Revien de cette erreur extrême,
Reconnois que toujours la même*
Je leur résiste avec vigueur ,
Mais que soumis â leur empire,
l'homme insensé me laisse dire,
ics fuit & leur livre son coeur.
Pour empêcher qu'il ne s'égare ;
Sans «flè j'observe ses pa», ..
B i) Et
2io MERCURE DE FRANCE;
Et je lui sers comme de Phare,
Sur la Mer qu'il court ici bas :
Rayon de la splendeur divine »
Je réchauffe , je l'illumine.
Je lui montre le droit chemin ;
Je lui dicte ce qu'il doit faire ,
Far plus d'un avis salutaire ,
<^u'U ne reçoit qu'avec dédain,
Ce Grec fameux par fa prudence 3
Ulysse, souvent m' écouta,
Par cette heureuse déférence t
Combien d'écueils il évita !
De rifle * où Calipso charmée,
Tenoit sa gloire renfermée»
Je le tirai , je le sauvai i
Si de Circé , si des Sirènes ,
II rendit les e«buches vaines,
Ce fut moi qui l'en préservai.
Mais quel écart , quelle foibleflë !
Et peut-on le lui pardonner ?
II reste chez l'Enchanterefle ,
Qui le vouloir empoisonner.
Dans le Palais d'une perfide,
Ulysse abandonnant son Guide ,
S'endort dans un indigne amour,
& ce n'est qu'aptçt nue année ,
FEVRIER. 1730. »}i
(Qu'auprès de lui plus fortunée >
Je l'arrache deLcc séjour.
Pour íës Mortels je fais encore*
Ce que pour Ulysse je fis ;
Ma voix du Couchant à l' Aurore,
Se fait entendre; à tous je dis ,
Fuyez ces Sirènes flatteuses ,
Dont les voix douces âc trompeuses ,
Vous attirent dans leurs filets ;
Des Circés galantes , volages ,
Craignez les dangereux breuvages »
Craignez les séduisants attraits.
- V ■
Mais ces avis font inutiles ,
Tous serment l'oreille à ma voix ,
Tous rebelles , tous indociles ,
Refusent de suivre mes loix.
Les passions impérieuses ,
Aveugles , mais audacieuses ,
Ont le dessus fur la raison :
Par une étonnante manie ,
On en aime ía tyrannie ,
On en savoure le poison.
! ; ' .•■ . :
Réprime enf» ta folle verve i
í)is-je à cet esprit de travers i
Tu travailles malgré Minerve , '
B iij Lorsque
ifi MERCURE DE FRANCE.
Lorsque tu tomposes des Vtrs,,
Tu manques de feu i de génie ,
Tes Fers fans sel, fans harmonie %
Sont sifflez au sacre' Vallon.
Mais four moi sourd & sans estime ,
11 va m'immoler k la Rime ,
Et faire jurer Apollon,
Je m'adresse à ce Philosophe*!
Par qui tout paroîc éclairci»
Et par une vive apostrophe ,
Je le picque & lui parle ainsi* :
Tu mesures le Ciel , la Terre ,
Tout ce que l'Univers enserre ,
Dans ton esprit efi renfermés
De ce sf avoir voyons C usage \
E» cs-tu f lus ferme l plus fagt ?•
A la vertu plus animé t
Non , 8c de sa science vaine,
11 ne remporte pour tout fruit»
Qu'une vanité souveraine ,
Dont son coeur vuide se nourrit..
De la vertu , de la sagesse ,
Il sçait parler avec justesse ,,
Il sçait fort bien les définir ;
Mais de passer à la pratique,
Pour lui c'est un cercle excentrique ,
M ne sçauroit y parvenir.
FEVRIER. 1730. 15 J
Je dis à ce Censeur severe ,
Qui , voluptueux & mondain ,
Ose reprendre dans la Chaire ,
La volupté dans son prochain :
Faux imitateur des foires ,
Toi , qui -veux réformer les autres t .
Commence par te réformer •
Ministre pieux & fidèle »
Epure tes motifs , ton zèle >
Plein du feu qui doit t' enflammes.
Quelle est ton audace efrenSe ,
De t'a-taqutr au Dieu jaloux}
Dis-j; à ce nouveau Capanée >
Digne du poids de son couroux.
JE» vain par un brillant fophìfmt ,
Tu veux soutenir l'jithtîfme ,
Êt pajftr pour un esprit fort t
Tes jírgumens vagîtes , frivoles,
Êt tes Dissertations folles ,
~Q'un coeur corrompu font t'effort'
II me sait taire , & chez des femmes ,
Dont ce Docteur est écouté ,
Il s'en va fièrement de* ames »
Combattre l'immortalité.
L'une en rit 5 une autre l'admirei
Mais ce Fanfaron a beau dire , ^
âj4 MERCURE Í>E FRA&CÉ*
Quelque jour tremblant il croira.
Un Dieu touc- puissant , invisible,
Et que l'ame est incorruptible,
Quand la fièvre le pressera»
En vaîn je crie à cet avareV
Joiiii de tes biens am/ijfe^,
Etouffe cette ardeur bizare ,
g«í ne dit jamais , c'est affett
II méprise ma remontrance »
Et pour aller à l'opulence >
II va redoubler ses effort* s
Par la faim , la soif, qu'il endure.
Et par la détestable usure ,
11 accumule des trésors.
A ce Joueur je dis fans cesse j
Use mieux d'un rare métal t
Je lui repete » qui te presse r
D'aller loger à t'Hôpital ?
Sa passion est la plus forte;
Elle l'obsede, elle Temporte, i
H s'en va jouer un Hôtel ;
Et bien-tô t l'aífreuse ruine ,
La have & hideuse famine ,
Vont saisir l'imprudent mortel. •
StHlient mieux ta hnutt naiffance ,
FEVRIER. 1730
Dïs-je à ce Marquis fainéant ;
"Par une honteuse indolence >
Tu retombes dans le néant ,
Tu ne fais voir d'un Tronc illustre ,
Qu'une branche morte fans lustre,
Et qui n'a qu'un freste soutiens
Mais je l'offense & }e le blesse ,
En lui montrant cette noblesse,
Sans qui celle du sang n'est rien.
"D'où te vient cet air d'importance
Dis-ie à cet homme tout nouveau ,
Dont le mérite est la science .
De calculer dans un Bureau/
Le fort, qui des hommes se joue 3
Te trouve enfoncé dans la lotie ,
T'en tire , quel sujet d'orgueil !
II me répond que la richesse ,
Lui donne mérite, noblesse ,
Et vertu ; voila son écueiU
A ce Mortel criârmé du monde «
Et qui court apiès la grandeur »
Je dis : Âme endestrs féconde,
jlmoureuse de la sfUr.it.ur ,
§luoi 1 n'as-tu donc été formée ,
Que four aimer une fumée ,
,Vnt ombre qui s'évanouit f
MERCURE DE FRANCE.'-
Songe du moins que cette pompe,
2V« rien de fixe & qu'on se trompe ,
Si l'on croit que l'on en jouit.
Ce discours fi vrai, si solide,.
N'émeut point cet Ambitieux ;
D'un faux éclat toûjours avide,.
U n'en détourne point ses yeux.
Pour la fortune qu'il médite,
Toûjours inquiet il s'agite ,
II veille & fait tout ce qu'il fautî.
U trouve une place brillante i
Son ame en est-elle contente?
Non, il prétend monter plu; haut;.
Blâmant d'une Coquette antique^,
le fard & les ajustemens»
Avec elle ainsi je m'explique j .
Sur ces frivoles ornemens.
A quoi te sert cette parure t,
Dont pour embellir tu figure ,,
Tu scait te servir avet art ?• 1 - -
En vain tu te peins le visage , „
Tes rides découvrent ton âge ,
Malgré tes atours & *•»
Maïs cet avis est trop sincère,
©n n'aime point la,, vérité,.
FEVRIER. 17 30
Cette folle a juré de plaire»
Avec un masque de beauté.
Elle suit avec soin la mode .
Comme les jeunes s'accommode,
En prends les habits , & les airs ;
Ec cròit par ses afféteries $ '
Et ses fades minauderies ,
Mettre tous les coeurs dans ses fers.
A certe autre, à qui la jeunesse,
Ún teint & des traits enchanteurs ,
Atcirent la brillante presse
Dis profanes > adorateurs >
Jë dis : & ces Lys & ces Roses,
Ces fleurs fur ton visage écloses -,
Avte le temps fi faneront :
Dans la déroute de tes charmes ,
Xîn jour tu verseras ttes larmes
Et tes Esclaves s'enfuiront»
Prévien' Vtnévitable fuite ,
Jiu temps fi prompt à tout faucher,
Pais provision d'un- mérite ,
Où fa faux ne puijfe touchers
Arrête ton esprit volage ;
A la beauté , faible avantage ,
Unis le lustre des vertus.
Mais >'i<uportune cette Belle,
23 8 MERCURE DE FRANCE^
Par un jeune étourdi chez elle >
Tous mes coríscils font combattus.
Bouchât , Chanoine de Sens.
DELA RAISON,
A M. Roujseau.
Toi , qui d'une brillante Rime ,
Suivant l'homme en fes actions,
Soutiens dans un discours sublime a
Que je flatte ses passions j
Revien de cette erreur extrême,
Reconnois que toujours la même*
Je leur résiste avec vigueur ,
Mais que soumis â leur empire,
l'homme insensé me laisse dire,
ics fuit & leur livre son coeur.
Pour empêcher qu'il ne s'égare ;
Sans «flè j'observe ses pa», ..
B i) Et
2io MERCURE DE FRANCE;
Et je lui sers comme de Phare,
Sur la Mer qu'il court ici bas :
Rayon de la splendeur divine »
Je réchauffe , je l'illumine.
Je lui montre le droit chemin ;
Je lui dicte ce qu'il doit faire ,
Far plus d'un avis salutaire ,
<^u'U ne reçoit qu'avec dédain,
Ce Grec fameux par fa prudence 3
Ulysse, souvent m' écouta,
Par cette heureuse déférence t
Combien d'écueils il évita !
De rifle * où Calipso charmée,
Tenoit sa gloire renfermée»
Je le tirai , je le sauvai i
Si de Circé , si des Sirènes ,
II rendit les e«buches vaines,
Ce fut moi qui l'en préservai.
Mais quel écart , quelle foibleflë !
Et peut-on le lui pardonner ?
II reste chez l'Enchanterefle ,
Qui le vouloir empoisonner.
Dans le Palais d'une perfide,
Ulysse abandonnant son Guide ,
S'endort dans un indigne amour,
& ce n'est qu'aptçt nue année ,
FEVRIER. 1730. »}i
(Qu'auprès de lui plus fortunée >
Je l'arrache deLcc séjour.
Pour íës Mortels je fais encore*
Ce que pour Ulysse je fis ;
Ma voix du Couchant à l' Aurore,
Se fait entendre; à tous je dis ,
Fuyez ces Sirènes flatteuses ,
Dont les voix douces âc trompeuses ,
Vous attirent dans leurs filets ;
Des Circés galantes , volages ,
Craignez les dangereux breuvages »
Craignez les séduisants attraits.
- V ■
Mais ces avis font inutiles ,
Tous serment l'oreille à ma voix ,
Tous rebelles , tous indociles ,
Refusent de suivre mes loix.
Les passions impérieuses ,
Aveugles , mais audacieuses ,
Ont le dessus fur la raison :
Par une étonnante manie ,
On en aime ía tyrannie ,
On en savoure le poison.
! ; ' .•■ . :
Réprime enf» ta folle verve i
í)is-je à cet esprit de travers i
Tu travailles malgré Minerve , '
B iij Lorsque
ifi MERCURE DE FRANCE.
Lorsque tu tomposes des Vtrs,,
Tu manques de feu i de génie ,
Tes Fers fans sel, fans harmonie %
Sont sifflez au sacre' Vallon.
Mais four moi sourd & sans estime ,
11 va m'immoler k la Rime ,
Et faire jurer Apollon,
Je m'adresse à ce Philosophe*!
Par qui tout paroîc éclairci»
Et par une vive apostrophe ,
Je le picque & lui parle ainsi* :
Tu mesures le Ciel , la Terre ,
Tout ce que l'Univers enserre ,
Dans ton esprit efi renfermés
De ce sf avoir voyons C usage \
E» cs-tu f lus ferme l plus fagt ?•
A la vertu plus animé t
Non , 8c de sa science vaine,
11 ne remporte pour tout fruit»
Qu'une vanité souveraine ,
Dont son coeur vuide se nourrit..
De la vertu , de la sagesse ,
Il sçait parler avec justesse ,,
Il sçait fort bien les définir ;
Mais de passer à la pratique,
Pour lui c'est un cercle excentrique ,
M ne sçauroit y parvenir.
FEVRIER. 1730. 15 J
Je dis à ce Censeur severe ,
Qui , voluptueux & mondain ,
Ose reprendre dans la Chaire ,
La volupté dans son prochain :
Faux imitateur des foires ,
Toi , qui -veux réformer les autres t .
Commence par te réformer •
Ministre pieux & fidèle »
Epure tes motifs , ton zèle >
Plein du feu qui doit t' enflammes.
Quelle est ton audace efrenSe ,
De t'a-taqutr au Dieu jaloux}
Dis-j; à ce nouveau Capanée >
Digne du poids de son couroux.
JE» vain par un brillant fophìfmt ,
Tu veux soutenir l'jithtîfme ,
Êt pajftr pour un esprit fort t
Tes jírgumens vagîtes , frivoles,
Êt tes Dissertations folles ,
~Q'un coeur corrompu font t'effort'
II me sait taire , & chez des femmes ,
Dont ce Docteur est écouté ,
Il s'en va fièrement de* ames »
Combattre l'immortalité.
L'une en rit 5 une autre l'admirei
Mais ce Fanfaron a beau dire , ^
âj4 MERCURE Í>E FRA&CÉ*
Quelque jour tremblant il croira.
Un Dieu touc- puissant , invisible,
Et que l'ame est incorruptible,
Quand la fièvre le pressera»
En vaîn je crie à cet avareV
Joiiii de tes biens am/ijfe^,
Etouffe cette ardeur bizare ,
g«í ne dit jamais , c'est affett
II méprise ma remontrance »
Et pour aller à l'opulence >
II va redoubler ses effort* s
Par la faim , la soif, qu'il endure.
Et par la détestable usure ,
11 accumule des trésors.
A ce Joueur je dis fans cesse j
Use mieux d'un rare métal t
Je lui repete » qui te presse r
D'aller loger à t'Hôpital ?
Sa passion est la plus forte;
Elle l'obsede, elle Temporte, i
H s'en va jouer un Hôtel ;
Et bien-tô t l'aífreuse ruine ,
La have & hideuse famine ,
Vont saisir l'imprudent mortel. •
StHlient mieux ta hnutt naiffance ,
FEVRIER. 1730
Dïs-je à ce Marquis fainéant ;
"Par une honteuse indolence >
Tu retombes dans le néant ,
Tu ne fais voir d'un Tronc illustre ,
Qu'une branche morte fans lustre,
Et qui n'a qu'un freste soutiens
Mais je l'offense & }e le blesse ,
En lui montrant cette noblesse,
Sans qui celle du sang n'est rien.
"D'où te vient cet air d'importance
Dis-ie à cet homme tout nouveau ,
Dont le mérite est la science .
De calculer dans un Bureau/
Le fort, qui des hommes se joue 3
Te trouve enfoncé dans la lotie ,
T'en tire , quel sujet d'orgueil !
II me répond que la richesse ,
Lui donne mérite, noblesse ,
Et vertu ; voila son écueiU
A ce Mortel criârmé du monde «
Et qui court apiès la grandeur »
Je dis : Âme endestrs féconde,
jlmoureuse de la sfUr.it.ur ,
§luoi 1 n'as-tu donc été formée ,
Que four aimer une fumée ,
,Vnt ombre qui s'évanouit f
MERCURE DE FRANCE.'-
Songe du moins que cette pompe,
2V« rien de fixe & qu'on se trompe ,
Si l'on croit que l'on en jouit.
Ce discours fi vrai, si solide,.
N'émeut point cet Ambitieux ;
D'un faux éclat toûjours avide,.
U n'en détourne point ses yeux.
Pour la fortune qu'il médite,
Toûjours inquiet il s'agite ,
II veille & fait tout ce qu'il fautî.
U trouve une place brillante i
Son ame en est-elle contente?
Non, il prétend monter plu; haut;.
Blâmant d'une Coquette antique^,
le fard & les ajustemens»
Avec elle ainsi je m'explique j .
Sur ces frivoles ornemens.
A quoi te sert cette parure t,
Dont pour embellir tu figure ,,
Tu scait te servir avet art ?• 1 - -
En vain tu te peins le visage , „
Tes rides découvrent ton âge ,
Malgré tes atours & *•»
Maïs cet avis est trop sincère,
©n n'aime point la,, vérité,.
FEVRIER. 17 30
Cette folle a juré de plaire»
Avec un masque de beauté.
Elle suit avec soin la mode .
Comme les jeunes s'accommode,
En prends les habits , & les airs ;
Ec cròit par ses afféteries $ '
Et ses fades minauderies ,
Mettre tous les coeurs dans ses fers.
A certe autre, à qui la jeunesse,
Ún teint & des traits enchanteurs ,
Atcirent la brillante presse
Dis profanes > adorateurs >
Jë dis : & ces Lys & ces Roses,
Ces fleurs fur ton visage écloses -,
Avte le temps fi faneront :
Dans la déroute de tes charmes ,
Xîn jour tu verseras ttes larmes
Et tes Esclaves s'enfuiront»
Prévien' Vtnévitable fuite ,
Jiu temps fi prompt à tout faucher,
Pais provision d'un- mérite ,
Où fa faux ne puijfe touchers
Arrête ton esprit volage ;
A la beauté , faible avantage ,
Unis le lustre des vertus.
Mais >'i<uportune cette Belle,
23 8 MERCURE DE FRANCE^
Par un jeune étourdi chez elle >
Tous mes coríscils font combattus.
Bouchât , Chanoine de Sens.
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Résumé : REPONSE DE LA RAISON. A M. Rousseau.
Le texte est une réponse adressée à M. Rousseau, abordant la raison et les passions humaines. La raison, personnifiée, exprime son désarroi face à l'indifférence des hommes, qui privilégient leurs passions à ses conseils. Elle se compare à un phare, guidant les hommes à travers les périls de la vie, comme elle l'a fait pour Ulysse en l'aidant à éviter les écueils et les tentations. Cependant, elle déplore que les hommes, malgré ses avertissements, restent souvent aveugles à ses conseils et succombent à leurs passions. La raison critique également un philosophe qui, bien qu'il parle avec justesse de la vertu et de la sagesse, ne parvient pas à les mettre en pratique. Elle s'adresse ensuite à divers individus, tels qu'un voluptueux mondain, un athée, un avare, un joueur, un fainéant, un ambitieux, une coquette et une jeune femme séduisante, leur reprochant leurs comportements et leurs erreurs. Elle les exhorte à suivre ses conseils pour éviter les dangers et les malheurs qui les guettent. Néanmoins, elle constate que ses avis sont souvent ignorés et que les hommes préfèrent suivre leurs passions destructrices.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2666
p. 250-252
L'INJUSTE SOUPÇON, CANTATE.
Début :
Sur ces steriles bords que parcourt la Durance, [...]
Mots clefs :
Coeur, Berger, Amant
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texteReconnaissance textuelle : L'INJUSTE SOUPÇON, CANTATE.
L'INJUSTE SOUPÇON.
CANTATE.
n3 rance ,
iEucharis attendoit le Berger Lidamantj
Lidamant > fobjet de mes feux ,
Ici m'a promis de se rendre ,
J'y fuis depuis long- tems ; helas ! j'ai beau
l'attendre ,
II ne vient point encor > quel tourment rigou
reux !
Dieux ! un fatal soupçon vient s'offrir à moa
ame;
L'ingrat ennuyé de mes fers ,
Çst touché des appas de quelqu'autre Bergère*
Et pour avoir trop fçû lui plaire ,
Pour l'avoir trop aimé > Juste Çiel ! je le pers.
Eucharis tu devois te montrer inhumaine ,
désister plus long-tems à ses preffans désirs »
Tu le favorisas , tu mis fin à fa peine ,
£t ce malheureux jour mit fin à ses plaisirs*
Surprise avec raison de son retardement ,
EHe exprimoit ainsi sa triste impatience.
Ornement
TEVR1ER. 1730. 15*
^Ornement de nos lieux, adorables Bergères»
Vous perdiez bientôt vos Amans»
.Si vous cessez d'être sévères ,
Si vous soulagez leurs tourment.
Venez , fierté , jalouse rage *
Venez éteindre mon ardeur ;
Rendons outrage pour outrage ,
Qhaiíons Lidamant de mon coeur.
Torrent impétueux . témoin de mes allirmes,
Daigne arrêter ton cours $
Sois sensible à mes larmes >
ït contre cet ingrat prête- moi ton secours.
S'il venoit fur tes bords déplorer un tour*
ment >
Que pourroit lui causer une flamme nouvelles
D u rance , tes eaux, à l'instant,
Doivent engloutir l'Iníidelle >
Mon coeur de ses transports ne peut être le
maître}
Le cruel n'a que trop mérité mon courroux...
Mais j'apperçois quelqu'un , Ciel : je le vois
paroí tre s
C'elè lui , je4n'abusois <i»ns mes soupçons ja
loux.
L'heureux íetger arrive ; helas .' excuse moi,
3« venois , lui dit.il> mais disgrâce imprévue !
C Belle
45î MERCURE DE FRANCE.
Beíle Eucharis , un Loup s'est offert à nu
vûë ,
Jl m'enlevoit l'Agneau , le gage de ta foi j
Je cours • à fa dent je m'expofe ;
Un Amant craint-il quelque chose ì
Enfin de ce combat je sors victorieux ;
Mais la plus grande gloire en est duë à tes
yeux.
Toi feule excitois mon courage }
Sans un espoir flatteur j'eusse en vain com?
battu ,
Bientôt victime de fa rage
L' animal m'auroir abbatu.
Beautés qui fjavez tout charmer ,
ïaut-il qu'à yos soupçons votre coeur s'a
bandonne;
Souvent l'Amant que l'on soupçonne
Est celui qui sçait mieux aimer*
: - f
l'impatience
Voit tromper ses désirs ;
La moindre absence
Arrache des soupirs j
Sï le retardement de ce berger fidelle
Donne de son amour une preuve nouvelle,
Quel excès de plaisirs ?
f*r M. V. d'Aix.
CANTATE.
n3 rance ,
iEucharis attendoit le Berger Lidamantj
Lidamant > fobjet de mes feux ,
Ici m'a promis de se rendre ,
J'y fuis depuis long- tems ; helas ! j'ai beau
l'attendre ,
II ne vient point encor > quel tourment rigou
reux !
Dieux ! un fatal soupçon vient s'offrir à moa
ame;
L'ingrat ennuyé de mes fers ,
Çst touché des appas de quelqu'autre Bergère*
Et pour avoir trop fçû lui plaire ,
Pour l'avoir trop aimé > Juste Çiel ! je le pers.
Eucharis tu devois te montrer inhumaine ,
désister plus long-tems à ses preffans désirs »
Tu le favorisas , tu mis fin à fa peine ,
£t ce malheureux jour mit fin à ses plaisirs*
Surprise avec raison de son retardement ,
EHe exprimoit ainsi sa triste impatience.
Ornement
TEVR1ER. 1730. 15*
^Ornement de nos lieux, adorables Bergères»
Vous perdiez bientôt vos Amans»
.Si vous cessez d'être sévères ,
Si vous soulagez leurs tourment.
Venez , fierté , jalouse rage *
Venez éteindre mon ardeur ;
Rendons outrage pour outrage ,
Qhaiíons Lidamant de mon coeur.
Torrent impétueux . témoin de mes allirmes,
Daigne arrêter ton cours $
Sois sensible à mes larmes >
ït contre cet ingrat prête- moi ton secours.
S'il venoit fur tes bords déplorer un tour*
ment >
Que pourroit lui causer une flamme nouvelles
D u rance , tes eaux, à l'instant,
Doivent engloutir l'Iníidelle >
Mon coeur de ses transports ne peut être le
maître}
Le cruel n'a que trop mérité mon courroux...
Mais j'apperçois quelqu'un , Ciel : je le vois
paroí tre s
C'elè lui , je4n'abusois <i»ns mes soupçons ja
loux.
L'heureux íetger arrive ; helas .' excuse moi,
3« venois , lui dit.il> mais disgrâce imprévue !
C Belle
45î MERCURE DE FRANCE.
Beíle Eucharis , un Loup s'est offert à nu
vûë ,
Jl m'enlevoit l'Agneau , le gage de ta foi j
Je cours • à fa dent je m'expofe ;
Un Amant craint-il quelque chose ì
Enfin de ce combat je sors victorieux ;
Mais la plus grande gloire en est duë à tes
yeux.
Toi feule excitois mon courage }
Sans un espoir flatteur j'eusse en vain com?
battu ,
Bientôt victime de fa rage
L' animal m'auroir abbatu.
Beautés qui fjavez tout charmer ,
ïaut-il qu'à yos soupçons votre coeur s'a
bandonne;
Souvent l'Amant que l'on soupçonne
Est celui qui sçait mieux aimer*
: - f
l'impatience
Voit tromper ses désirs ;
La moindre absence
Arrache des soupirs j
Sï le retardement de ce berger fidelle
Donne de son amour une preuve nouvelle,
Quel excès de plaisirs ?
f*r M. V. d'Aix.
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Résumé : L'INJUSTE SOUPÇON, CANTATE.
Dans la cantate 'L'injuste soupçon', Eucharis, une bergère, attend Lidamant, son amant. Elle exprime son tourment et son impatience face à son retard, suspectant qu'il pourrait être attiré par une autre bergère. Elle se reproche d'avoir trop cherché à lui plaire et d'avoir trop aimé. Eucharis imagine Lidamant lui reprochant son inhumanité et son refus prolongé de ses désirs. Elle exprime sa tristesse et sa colère, souhaitant que les eaux de la Durance engloutissent Lidamant s'il venait déplorer un nouveau tourment. Soudain, elle aperçoit quelqu'un et apprend que Lidamant a combattu un loup pour sauver un agneau, symbole de sa fidélité. Lidamant raconte son combat victorieux, attribuant sa victoire à l'espoir et au soutien d'Eucharis. Il met en garde contre les soupçons injustifiés, affirmant que l'amour véritable sait mieux aimer et que l'absence peut tromper les désirs.
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2667
p. 263-266
LE JEUNE ELEAZAR. POEME.
Début :
Le fils d'Antiochus opprimoit les Hebreux, [...]
Mots clefs :
Sang, Armes, Dieu
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texteReconnaissance textuelle : LE JEUNE ELEAZAR. POEME.
LE JEUNE ELEAZAR.
P- O E M E.
T E fils d'Antiochus opprimoit les Hébreux^-
■■-'D'un pere criminel le châtiment affreux»-
Du céleste courroux monument formidable»
Sert à rendre le fils encore plus coupable y
Au lieu d'en profiter , il jure d'abolir
le culte que les Juifs viennent de rétablir;;
II déclare au vrai Dieu la plus cruelle guerres?
ies Syriens armés couvrent deja la Terre.
Confonds tes ennemis & fauve tes enfans,
Seigneur , vois oes apprêts , ces nombre u*'-
Elephans ;
Chacun d'eux fur son dos porte *des Tours
énormes}
Au sommet deces Tours , fous cent terribles .
formes ,
La mort menace au loin ton peuple consternés
Boúr briser tes Autels le signal est donné.
Notre cause est la tienne , embrasseTa deffenfej ■
Ex au ce nos soupirs, protège l'innocence ;
Que dans leur sang impur les méchans soient
noyés l
•i€4 MEUCtTRÉ DE FRANCE.
Disperse au gré des Vents leurs restes fou
droyés, i
Tels fondes eris des Juifs > ils volent tous»
aux armes ,
Et le Très Haut s'apprête à finir leurs allarmes;
Sur un Trône éternel , digne de fa Grandeur»'
Dieu repose en son sein , revêtu de splendeurs
Le pouvoir , la bonté , la sagesse y résident »
A ce vaste Univers ces attributs président >
ta sagesse conduit ,1a puissance soutient»
La bonté fit le monde , & l'amour l'entretient"'
Cet amour a souvent arraché le tonnere
Au bras de la Justice armé contre la Terre >
Et c'est lui qui pour lors appaìlant son cour--
roux ,■
Surl'ennemi des Juifs en détourna les coupí;
Judas , Eleazar , restes d'un Sang illustre ,
Tous deux touchoient à peine à leur cinquiè
me Luitre ;
Tous deuxd'Anriochus repoussoient les efforts;
E'Eternel seconda leurs généreux transports.
De Siriens mourans la campagne est feme'e ;
Deux Héros font trembler une effroyable Ar
mée.
Qiie ne pent la valeur ! sous lesr coups de l'aî»
■ né t
Ee destin , de six cens , estdéja terminé
Du côté qu'il combat tout tombe , fuit ou cède;
ie carnage le fuit , la teneur le précède ».
t É V R s E R; T7JÒ*: igf
le jeune Eleasar attaque , & se deffend
II voit venir de loin un superbe Eléphant 5
Sous ses pas fastueux des flots de sang ruiflffr
lentV
Et les Armes du Roi fur son dos écincellent ;
De la Tour qu'il soûtient le sommet radieux
Domine suri' Armée, éblouit tous les yeux,
Et fur lui du Soleil les flammes recueillies
Forment de toutes parts de brillans parelies;
Le luxe y réunit les plus rares trésors
Que l'Inde avec éclat voit germer fur ses
bords j ^
On croit qu'en cette Tour d'où cent guerriers
combattent ,
D'où les traits échapés volent, percent» abbâtent
,
Le Roi caché lui même est témoin des Exploits'
D'un monde de Soldats triomphans sous ses
Loix.
Bleatar flatté d'une douce espérance >■
Des Hébreux gemiffans médite la vengeance» .
Et veut pour leur salut sacrifier ses jours ,
Trop heureux à ce prix d'en abréger le cours,- -
Intrépide Lion , guidé par son courage,
A travers mille morts.il se fait un paíJage,.
Se cache sous les flancs de l'énorme animal
Qui portoit, orgueilleux , lePavilloB Royal »
Et dans ses flancs profonds il plonge son épée» -
De leur sang confondu la campagne est crem-.-
L'Elephan».
'éiê MÈRCU-RE DE FRANCE;
i'Elóphant blessé tombe i ô funeste malheur !
Sous son poids effroyable expire le Vainqueur.
On frémit , on s'écatce , on fuit , & la pouClìere
- W:
Sous un nuage épais obscurcie la lumière;
Les juifs encouragés par ce revers heureux'
Poursuivent l'ennemi qui tremble devant eux 5
Judas pleure son frète , il le vange , & ses
: larmes
Coulent avec le sang dont il rougit ses a^rmes
;
Le scul Antiochus échape à son courroux ;
Mais bientôt de Dieu même il subira les
coups ;
Sa vengeance l'attend aux bords du préci.
pice j
ï'Bternel aux Tirans ne fut jamais pro
pice,
J*. B. Poney J.
P- O E M E.
T E fils d'Antiochus opprimoit les Hébreux^-
■■-'D'un pere criminel le châtiment affreux»-
Du céleste courroux monument formidable»
Sert à rendre le fils encore plus coupable y
Au lieu d'en profiter , il jure d'abolir
le culte que les Juifs viennent de rétablir;;
II déclare au vrai Dieu la plus cruelle guerres?
ies Syriens armés couvrent deja la Terre.
Confonds tes ennemis & fauve tes enfans,
Seigneur , vois oes apprêts , ces nombre u*'-
Elephans ;
Chacun d'eux fur son dos porte *des Tours
énormes}
Au sommet deces Tours , fous cent terribles .
formes ,
La mort menace au loin ton peuple consternés
Boúr briser tes Autels le signal est donné.
Notre cause est la tienne , embrasseTa deffenfej ■
Ex au ce nos soupirs, protège l'innocence ;
Que dans leur sang impur les méchans soient
noyés l
•i€4 MEUCtTRÉ DE FRANCE.
Disperse au gré des Vents leurs restes fou
droyés, i
Tels fondes eris des Juifs > ils volent tous»
aux armes ,
Et le Très Haut s'apprête à finir leurs allarmes;
Sur un Trône éternel , digne de fa Grandeur»'
Dieu repose en son sein , revêtu de splendeurs
Le pouvoir , la bonté , la sagesse y résident »
A ce vaste Univers ces attributs président >
ta sagesse conduit ,1a puissance soutient»
La bonté fit le monde , & l'amour l'entretient"'
Cet amour a souvent arraché le tonnere
Au bras de la Justice armé contre la Terre >
Et c'est lui qui pour lors appaìlant son cour--
roux ,■
Surl'ennemi des Juifs en détourna les coupí;
Judas , Eleazar , restes d'un Sang illustre ,
Tous deux touchoient à peine à leur cinquiè
me Luitre ;
Tous deuxd'Anriochus repoussoient les efforts;
E'Eternel seconda leurs généreux transports.
De Siriens mourans la campagne est feme'e ;
Deux Héros font trembler une effroyable Ar
mée.
Qiie ne pent la valeur ! sous lesr coups de l'aî»
■ né t
Ee destin , de six cens , estdéja terminé
Du côté qu'il combat tout tombe , fuit ou cède;
ie carnage le fuit , la teneur le précède ».
t É V R s E R; T7JÒ*: igf
le jeune Eleasar attaque , & se deffend
II voit venir de loin un superbe Eléphant 5
Sous ses pas fastueux des flots de sang ruiflffr
lentV
Et les Armes du Roi fur son dos écincellent ;
De la Tour qu'il soûtient le sommet radieux
Domine suri' Armée, éblouit tous les yeux,
Et fur lui du Soleil les flammes recueillies
Forment de toutes parts de brillans parelies;
Le luxe y réunit les plus rares trésors
Que l'Inde avec éclat voit germer fur ses
bords j ^
On croit qu'en cette Tour d'où cent guerriers
combattent ,
D'où les traits échapés volent, percent» abbâtent
,
Le Roi caché lui même est témoin des Exploits'
D'un monde de Soldats triomphans sous ses
Loix.
Bleatar flatté d'une douce espérance >■
Des Hébreux gemiffans médite la vengeance» .
Et veut pour leur salut sacrifier ses jours ,
Trop heureux à ce prix d'en abréger le cours,- -
Intrépide Lion , guidé par son courage,
A travers mille morts.il se fait un paíJage,.
Se cache sous les flancs de l'énorme animal
Qui portoit, orgueilleux , lePavilloB Royal »
Et dans ses flancs profonds il plonge son épée» -
De leur sang confondu la campagne est crem-.-
L'Elephan».
'éiê MÈRCU-RE DE FRANCE;
i'Elóphant blessé tombe i ô funeste malheur !
Sous son poids effroyable expire le Vainqueur.
On frémit , on s'écatce , on fuit , & la pouClìere
- W:
Sous un nuage épais obscurcie la lumière;
Les juifs encouragés par ce revers heureux'
Poursuivent l'ennemi qui tremble devant eux 5
Judas pleure son frète , il le vange , & ses
: larmes
Coulent avec le sang dont il rougit ses a^rmes
;
Le scul Antiochus échape à son courroux ;
Mais bientôt de Dieu même il subira les
coups ;
Sa vengeance l'attend aux bords du préci.
pice j
ï'Bternel aux Tirans ne fut jamais pro
pice,
J*. B. Poney J.
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Résumé : LE JEUNE ELEAZAR. POEME.
Le poème 'Le Jeune Eleazar' décrit la répression des Hébreux par Antiochus et son fils, qui décide d'abolir le culte juif et de déclarer la guerre au Dieu des Juifs. Les Syriens, équipés d'éléphants portant des tours, menacent les autels juifs. Le peuple juif implore Dieu de les protéger et de confondre leurs ennemis. Dieu, représenté comme tout-puissant, sage et bon, intervient en faveur des Juifs. Judas et Eleazar, deux jeunes héros, repoussent les attaques syriennes. Eleazar attaque un éléphant royal et le blesse mortellement, mais meurt écrasé sous l'animal. La mort d'Eleazar encourage les Juifs, qui poursuivent et vainquent leurs ennemis. Judas venge son frère en combattant Antiochus, qui finit par subir la vengeance divine.
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2668
p. 285
MADRGAL. A Madlle P.
Début :
Falloit il, Belle Iris, ajouter la parure, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRGAL. A Madlle P.
MADRIGAL.
pAUoit il , Belle Iris , ajourer la parure,.
Aux attrait» que fur vous répandit la Nature ?>
N'étiez - vous pas déja trop aimable à ruesyeux
?
Mais en vain I'art vous prête encor de nou«f
veaux charmes ,
Malgré ces foins industrieux,
É'est à vos seuls appas que mon coeur rend lesarmes.-
pAUoit il , Belle Iris , ajourer la parure,.
Aux attrait» que fur vous répandit la Nature ?>
N'étiez - vous pas déja trop aimable à ruesyeux
?
Mais en vain I'art vous prête encor de nou«f
veaux charmes ,
Malgré ces foins industrieux,
É'est à vos seuls appas que mon coeur rend lesarmes.-
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2669
p. 292
A UNE DAME, En lui envoyant une Bourse brodée. MADRIGAL.
Début :
Si le mérite d'une Bourse, [...]
Mots clefs :
Bourse
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texteReconnaissance textuelle : A UNE DAME, En lui envoyant une Bourse brodée. MADRIGAL.
A UNE DAME,
le mérite d'une Bourse ,
Jf'entends bourse remplie , est la seule
source ,
ííon , ce n'est point l'amout » c"eíl l'argent, qui
décide»
Jadis je sçús aimer â la façon d'Ovide ,
Vers galants , petits foins » complaisances»-
soupirs »
Sans séduire mes sens , firent tous mes plaisirs».
Et vous , charmante Iris , dont la délicatesse *
Préfère à la fortune une sage tendresse ,
Surpassant votre sexe en nobles íentimens r
Tous avez des amis qui valent des Amans»
le mérite d'une Bourse ,
Jf'entends bourse remplie , est la seule
source ,
ííon , ce n'est point l'amout » c"eíl l'argent, qui
décide»
Jadis je sçús aimer â la façon d'Ovide ,
Vers galants , petits foins » complaisances»-
soupirs »
Sans séduire mes sens , firent tous mes plaisirs».
Et vous , charmante Iris , dont la délicatesse *
Préfère à la fortune une sage tendresse ,
Surpassant votre sexe en nobles íentimens r
Tous avez des amis qui valent des Amans»
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2670
p. 320-322
CHANSON, Chantée à la Fête des Jesuites de Rennes,
Début :
Chantons du nouveau Dauphin, [...]
Mots clefs :
Naissance du Dauphin, Gloire, Rennes, Fête des jésuites, Jésuites
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texteReconnaissance textuelle : CHANSON, Chantée à la Fête des Jesuites de Rennes,
A l'ouverture des Classes, les Profefîeurj
célébrèrent à l'envi la glorieuse Naissance du
Dauphin j ils exprimèrent en Vers ou en Prose
tout ce que le coeur put leur inspirer de voeux.
& de présages à la gloire du Prince nouveau né,
Chantée a la Fête desjesìtitet de Rentes,
#">Hantons du nouveau Dauphin ,
Nous voyons s'accomplir enfin ,
Nos voeux, notre espérance ,
Que chacun d'un si beau destin S
Applaudislè à la France.
Aussi tôt qu'il a vû le jour «
Une vive allégresse,
Et de la Ville & de la Cour i
A banni la tristeííe ,
Tout François en cet heureux jour,,
fuit l'auâere sagesse
CHANSON,
De*
FEVRIER. 173e.
Des biens que nous en attendons ,
Quelle preuve éclatante ,
Déja dans la nuit des priions ,
Cette Aurore naifíante,
Porte de ses premiers rayons ,
La lueur bienfaisante.
II naît au milieu de la Paix,
Quel favorable augure !
Pour le bonheur de ses fuiets »
Qu'en pouvons- nous conclure ,
Que tous ses jours par des bienfaits 3
Seront conte? , j'en jure.
Il aura l'air , la majesté ,
De son auguste Père,
La .douceur & la pieté
De son aimable Mere :
. Dieux , pour notre félicité ,
En pouviesyous P^us
_
V Amour est , dit-on , en courroux^
Eh , qui pourroit le croire »
Au Piince > des attraits plus doux, -
Assurent la victoire :
Mars ne sera-t-il point jaloux ,
Quelque jour de fa gloire.
Les Jeux Si les Ris à l'iiistanr,
$î* MERCURE DE FRANCE.
iCette Troupe volage,
Au Berceau de ['illustre Ensanc ,
•Coururent faire hommage,
lis feropt son amusement*
Mais pendant 'ion bas âge.
Quand li raison éclairera
Ses premières années ,
A ses yeux on dévoilera ,
Ses hautes destinées ,
Son Pere seul le guidera,
Aux routes fortunées.
Pour faire couler dans son coeur ,
Une ardeur héroïque,
Qu'il ne Use jamais d'Auteur,
Ni de vieille Chronique,
Car dans fa maison la valeur ,
S'apprend par la pratique.
Mais s'il veut frapper l'Univers»
De l'éclat de fa gloire ,
/Voler chez cent Peuples divers ,
Qu'il lise bien l'Histoire
D'un Roi plus grand dans les revers f
Qu'au sein de la victoire.
D. R. J.
On trouvera l^ir noté avec la Chanson
sage 367.
célébrèrent à l'envi la glorieuse Naissance du
Dauphin j ils exprimèrent en Vers ou en Prose
tout ce que le coeur put leur inspirer de voeux.
& de présages à la gloire du Prince nouveau né,
Chantée a la Fête desjesìtitet de Rentes,
#">Hantons du nouveau Dauphin ,
Nous voyons s'accomplir enfin ,
Nos voeux, notre espérance ,
Que chacun d'un si beau destin S
Applaudislè à la France.
Aussi tôt qu'il a vû le jour «
Une vive allégresse,
Et de la Ville & de la Cour i
A banni la tristeííe ,
Tout François en cet heureux jour,,
fuit l'auâere sagesse
CHANSON,
De*
FEVRIER. 173e.
Des biens que nous en attendons ,
Quelle preuve éclatante ,
Déja dans la nuit des priions ,
Cette Aurore naifíante,
Porte de ses premiers rayons ,
La lueur bienfaisante.
II naît au milieu de la Paix,
Quel favorable augure !
Pour le bonheur de ses fuiets »
Qu'en pouvons- nous conclure ,
Que tous ses jours par des bienfaits 3
Seront conte? , j'en jure.
Il aura l'air , la majesté ,
De son auguste Père,
La .douceur & la pieté
De son aimable Mere :
. Dieux , pour notre félicité ,
En pouviesyous P^us
_
V Amour est , dit-on , en courroux^
Eh , qui pourroit le croire »
Au Piince > des attraits plus doux, -
Assurent la victoire :
Mars ne sera-t-il point jaloux ,
Quelque jour de fa gloire.
Les Jeux Si les Ris à l'iiistanr,
$î* MERCURE DE FRANCE.
iCette Troupe volage,
Au Berceau de ['illustre Ensanc ,
•Coururent faire hommage,
lis feropt son amusement*
Mais pendant 'ion bas âge.
Quand li raison éclairera
Ses premières années ,
A ses yeux on dévoilera ,
Ses hautes destinées ,
Son Pere seul le guidera,
Aux routes fortunées.
Pour faire couler dans son coeur ,
Une ardeur héroïque,
Qu'il ne Use jamais d'Auteur,
Ni de vieille Chronique,
Car dans fa maison la valeur ,
S'apprend par la pratique.
Mais s'il veut frapper l'Univers»
De l'éclat de fa gloire ,
/Voler chez cent Peuples divers ,
Qu'il lise bien l'Histoire
D'un Roi plus grand dans les revers f
Qu'au sein de la victoire.
D. R. J.
On trouvera l^ir noté avec la Chanson
sage 367.
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Résumé : CHANSON, Chantée à la Fête des Jesuites de Rennes,
Le texte célèbre la naissance du Dauphin, héritier du trône de France. À l'ouverture des Classes, les professeurs ont exprimé leurs vœux et leurs présages en faveur du nouveau prince. La naissance du Dauphin a suscité une grande allégresse tant à la cour qu'à la ville, mettant fin à la tristesse. Une chanson composée pour l'occasion souligne les bienfaits attendus de ce nouvel héritier, né en temps de paix, et prédit qu'il héritera de la majesté de son père et de la douceur de sa mère. Les dieux sont appelés à favoriser ce prince, dont les attraits doucereux pourraient même apaiser Mars, le dieu de la guerre. Les muses, représentées par la troupe volage de Mercure, rendent hommage au berceau du prince et promettent de l'amuser pendant son bas âge. Plus tard, son père le guidera vers des destinées héroïques, en lui inculquant la valeur par la pratique plutôt que par les livres. Pour briller par sa gloire, il est conseillé au Dauphin de lire l'histoire d'un roi qui a su triompher dans les revers autant que dans les victoires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2671
p. 328-331
LOGOGRYPHE d'une espece particuliere, dont la difficulté n'est pas seulement d'en trouver le mot, mais toutes les explications.
Début :
De six piéces formé, je designe un Empire ; [...]
Mots clefs :
France
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE d'une espece particuliere, dont la difficulté n'est pas seulement d'en trouver le mot, mais toutes les explications.
LOG O G R TP HE A' une espece p*r-\
ticuliere , dont la difficulté n*eft p u feu
lement d'en trouver le mot , mais touteslet
explications.
j
DE six piéces formé , je designe un Em»
pire;
La derniere de moins je fuis homme fans fard; '.
Remets*
FEVRIER. 17 ?o. ils
ièmets tout , & fans chef daigne à présent
f me lire,
tu pourras m'ajuiìrer avec de bon vieux lard s
Ote mon second chef, & je me trouve utilff
Aux seaux , aux panniers , aux chau«í
drons,
I -Voyons , pour me trouver en changement
I fertile
Comme quoi nous nous y prendrons.
Bon. Chiffre mes six parts , 8c me fuis à U?
" - trace ,
je vais te dévoiler mes divers chargemens,
h Et t'exposer le tout aussi clair qu'une glace,.
Dans ces divers arrangemens.
Trois , quatre , six , je fuis Rossignol d' Arca-
' die,.
Trois , quatre, cinq , deux , fix , alors j'expose
aux yeux
Dís S ça vans & des Curieux
Prose 8c Vers, & de plus je peins la mélo»
die j
Si je fais de la Chine, on en fait des Tableaux,
n même arrangement , j'arrête les Vaisseaux.-
Ûn , trois , deux , six , la nuit j'éclaire au
bord des eaux.
Cinq , trois , six . quatre , alors Ville de $oiV
mandie.
Puis un » six , cinq , trois « quatre , une riche
%r Abbaye.
Quatre , six , deux , trois , cinq , Ville près de
Bordeaux,
F iiij Cinq
3?o MERCURE DE FRANCE:
Cinq , deux , trois , quatre , six , je couvre Ia!
cervelle.
Trois , deux > cinq peut armer les Indiens
& l' Amour;
Autre ; trois , cinq , deux , six , j'ai le goût de
prunelle.
Cinq , trois > deux , je me vis presque prescrit
• un jour.
Item , un j trois , cinq , six , je fuis utv gro*
visage í "
)Et deux , trois , quatre , cinq , un Peintre re
cherché.
Plus un , trois , deux » cinq , six , mon ordi
naire usage
Est d'amuser le Peuple au milieu d'un marché.
Trois j quatre, cinq , six , deux , en latin, ma
parole
A jadis des Gaulois sauvé le Capitole.
En François , un , six , deux ; je fuis un dur
métal.
"Cinq , six , deux , un , je fuis chassé par la
Noblesse.
Quatre , trois , cinq , deux , six , Coquille
d'une espece
Auflì brillante qu'un cristal.
Et cinq , trois , quatre , six , je soutiens la
vieillesse.
Bref , quatre , six , deux , un , je fais mouvoir
les doigts >
Les yeux , les pieds , les bras , en avant , en
arriére*
Puis
FEVRIER. 1730. 33 1
Puis trois , deux , quatre , six , je fuis une Ri
vière.
Cinq , trois , deux , quatre , six 1 coin de pierre
ou de bois , j
Ou d'un volet , ou d'une cheminée.
Quatre , trois , un , deux , six , est drogûe
raffinée ,
Dont contre les vapeurs femme use quelque- ^
fois.
Et cinq , trois , un , deux > six , Peuple à sau
vages Loix.
Cinq , trois , quatre > un > deux , six » drogue
d'Apoticaire
Qu'avec de l'Eau de vie on mêle assez sou
vent.
Cinq , deux , troh , quatre enfin , dent de la
crémaillère ,
Ou d'un cri, si l'on veut. Devinez à présent.
ticuliere , dont la difficulté n*eft p u feu
lement d'en trouver le mot , mais touteslet
explications.
j
DE six piéces formé , je designe un Em»
pire;
La derniere de moins je fuis homme fans fard; '.
Remets*
FEVRIER. 17 ?o. ils
ièmets tout , & fans chef daigne à présent
f me lire,
tu pourras m'ajuiìrer avec de bon vieux lard s
Ote mon second chef, & je me trouve utilff
Aux seaux , aux panniers , aux chau«í
drons,
I -Voyons , pour me trouver en changement
I fertile
Comme quoi nous nous y prendrons.
Bon. Chiffre mes six parts , 8c me fuis à U?
" - trace ,
je vais te dévoiler mes divers chargemens,
h Et t'exposer le tout aussi clair qu'une glace,.
Dans ces divers arrangemens.
Trois , quatre , six , je fuis Rossignol d' Arca-
' die,.
Trois , quatre, cinq , deux , fix , alors j'expose
aux yeux
Dís S ça vans & des Curieux
Prose 8c Vers, & de plus je peins la mélo»
die j
Si je fais de la Chine, on en fait des Tableaux,
n même arrangement , j'arrête les Vaisseaux.-
Ûn , trois , deux , six , la nuit j'éclaire au
bord des eaux.
Cinq , trois , six . quatre , alors Ville de $oiV
mandie.
Puis un » six , cinq , trois « quatre , une riche
%r Abbaye.
Quatre , six , deux , trois , cinq , Ville près de
Bordeaux,
F iiij Cinq
3?o MERCURE DE FRANCE:
Cinq , deux , trois , quatre , six , je couvre Ia!
cervelle.
Trois , deux > cinq peut armer les Indiens
& l' Amour;
Autre ; trois , cinq , deux , six , j'ai le goût de
prunelle.
Cinq , trois > deux , je me vis presque prescrit
• un jour.
Item , un j trois , cinq , six , je fuis utv gro*
visage í "
)Et deux , trois , quatre , cinq , un Peintre re
cherché.
Plus un , trois , deux » cinq , six , mon ordi
naire usage
Est d'amuser le Peuple au milieu d'un marché.
Trois j quatre, cinq , six , deux , en latin, ma
parole
A jadis des Gaulois sauvé le Capitole.
En François , un , six , deux ; je fuis un dur
métal.
"Cinq , six , deux , un , je fuis chassé par la
Noblesse.
Quatre , trois , cinq , deux , six , Coquille
d'une espece
Auflì brillante qu'un cristal.
Et cinq , trois , quatre , six , je soutiens la
vieillesse.
Bref , quatre , six , deux , un , je fais mouvoir
les doigts >
Les yeux , les pieds , les bras , en avant , en
arriére*
Puis
FEVRIER. 1730. 33 1
Puis trois , deux , quatre , six , je fuis une Ri
vière.
Cinq , trois , deux , quatre , six 1 coin de pierre
ou de bois , j
Ou d'un volet , ou d'une cheminée.
Quatre , trois , un , deux , six , est drogûe
raffinée ,
Dont contre les vapeurs femme use quelque- ^
fois.
Et cinq , trois , un , deux > six , Peuple à sau
vages Loix.
Cinq , trois , quatre > un > deux , six » drogue
d'Apoticaire
Qu'avec de l'Eau de vie on mêle assez sou
vent.
Cinq , deux , troh , quatre enfin , dent de la
crémaillère ,
Ou d'un cri, si l'on veut. Devinez à présent.
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2672
p. 331-332
PREMIERE ENIGME.
Début :
Je fais souvent bien du chemin [...]
Mots clefs :
Lettre de change
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texteReconnaissance textuelle : PREMIERE ENIGME.
PREMIERE ENIGME.
JE fais souvent bien du chemin
Quoique je sois fans pied , fans patte î
Commç je fuis aussi fans Ratte,
Mon plaisir est d'aller grand train.
Je cours de Province en Provinces
Mon corps est leger , & fort mince t
Le feu m'allarme , & je crains l'eau ;
Fy ftuel*
j-i MERCURE DE FRANCE.
Quelquefois je deviens un très-pesant far*
deau j / - . j ■
Ç'é trait & le suivant vous le feront eonnoître,-
Jè me transforme en ceux qui m'avoicnt don
né l'êcre.
JE fais souvent bien du chemin
Quoique je sois fans pied , fans patte î
Commç je fuis aussi fans Ratte,
Mon plaisir est d'aller grand train.
Je cours de Province en Provinces
Mon corps est leger , & fort mince t
Le feu m'allarme , & je crains l'eau ;
Fy ftuel*
j-i MERCURE DE FRANCE.
Quelquefois je deviens un très-pesant far*
deau j / - . j ■
Ç'é trait & le suivant vous le feront eonnoître,-
Jè me transforme en ceux qui m'avoicnt don
né l'êcre.
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2673
p. 332
DEUXIÈME ENIGME.
Début :
Je me plais à marcher la nuit ; [...]
Mots clefs :
Lune
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texteReconnaissance textuelle : DEUXIÈME ENIGME.
DEVXIE'ME ENIGME.
JE me plais à marcher la nuit t-
Aucun guide ne me conduit ;
Je marche aussi le jour : fa clarté m'est conv
• traire»-
Aux flambeaux seuls j'ài dequoi plaire*,
Je fuis d'un difficile accès j
On ne peut m' approcher de près.
J'ai cependant le regard favorable :
Ma blancheur me rend agréable ,
Le rouge me rend effroyable;
Sur le corps le plus fioid j'exerce mon pou»
voir ;
Je fçai quand il me plaît fortement l'émou.
voir ; .
e fais aussi paroitre en tous lieux ma puîslàn-
J ce»
On est charmé de ma présence.
JE me plais à marcher la nuit t-
Aucun guide ne me conduit ;
Je marche aussi le jour : fa clarté m'est conv
• traire»-
Aux flambeaux seuls j'ài dequoi plaire*,
Je fuis d'un difficile accès j
On ne peut m' approcher de près.
J'ai cependant le regard favorable :
Ma blancheur me rend agréable ,
Le rouge me rend effroyable;
Sur le corps le plus fioid j'exerce mon pou»
voir ;
Je fçai quand il me plaît fortement l'émou.
voir ; .
e fais aussi paroitre en tous lieux ma puîslàn-
J ce»
On est charmé de ma présence.
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2674
p. 361-363
Prix donné au Palinod de Roüen. [titre d'après la table]
Début :
On nous écrit de Roüen, que le 8. du mois de Decembre dernier, on lut, [...]
Mots clefs :
Naissance du Dauphin, Prix académique, Assemblée du Palinod
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texteReconnaissance textuelle : Prix donné au Palinod de Roüen. [titre d'après la table]
On nous écrit de Rouen , que le Si
da mois de Décembre dernier , on lut
selon la- coutume, dans l'AíTemblée du-
Palinod, les Pieces de Poésie qui avoient
été envoyées de çûfserens eàdroits ^fa^iè
ft à MERClTRE DE FRÀNCÊ.
ìt Prix Académique avoit été adjugé a
M. de Becthomas , fils de M. Bois-le-
Vicomte , Conseiller au Parlement , Autheur
de la Piece que voici, au sujet de
ht Naissance du D ab p h in.
*>
yivite ffelices , securi vivite Galli't
Dttlcì* florenti , Lodoix , dabit otia regn»,
Firmabit patrie, soboles pâtre digna salut em*
Jam data frogenies , tdtro cui régna coronas
Ëxtera submittant , qaam G alliea sceptra ma
rierent y -
Masctila fimineìs manions fi Galìia tangì
Sceptra superba finat, Tripljces , tria fidera
natt,
Sunt decus imperiï; solii sed déficit h&ret y.
Aime Deus > gentis spesdeficit : Annue votis }»
Annue regali puerum de sanguine isurgat
Auguftus prinetps ,-populo qui jura ■volenti
Dividat , ér patrittm tra&et non degener enfitm
Ac nevus txoritur fer rum , per oppida plaît*
fus:
Jngeminanf Utt Regalia nomina votes»
Scilicet optati partús rumore secundo ,
tama volant late populos afflavit ovantes*
flaudite , felicès, securi plaudite Galli :'
Farta quies vobis ; veftros quoque Uta nepotes
Sida manet. Solio fedent , uternumaue jedebit
jHclyt* Borbohi»U« proies / qui rìafcitur
Boa.-
FEVRTER. 1750: &f
éoRBONiUS , fuccedet Avis : natalia monflrant
Tempora quantus erit : fofitis concordia beSis
uíptavit placidum tantis natalibus orbem.
Trincipis ad cunas concors Europa volavit
Arma, fimnl, bellique minas pofitura ; Quiefcitï
Arbiter eft, Lodoix , DelphinTJS foederis Obseli
Cresce , Puer; tibi s&cla fittant felicia ; Regum
Cum Lodoix dicetttr Avus , RegHmque Ma
ria.
Filin, Sponfa , Parena Pat rit. die arts Amore s,
da mois de Décembre dernier , on lut
selon la- coutume, dans l'AíTemblée du-
Palinod, les Pieces de Poésie qui avoient
été envoyées de çûfserens eàdroits ^fa^iè
ft à MERClTRE DE FRÀNCÊ.
ìt Prix Académique avoit été adjugé a
M. de Becthomas , fils de M. Bois-le-
Vicomte , Conseiller au Parlement , Autheur
de la Piece que voici, au sujet de
ht Naissance du D ab p h in.
*>
yivite ffelices , securi vivite Galli't
Dttlcì* florenti , Lodoix , dabit otia regn»,
Firmabit patrie, soboles pâtre digna salut em*
Jam data frogenies , tdtro cui régna coronas
Ëxtera submittant , qaam G alliea sceptra ma
rierent y -
Masctila fimineìs manions fi Galìia tangì
Sceptra superba finat, Tripljces , tria fidera
natt,
Sunt decus imperiï; solii sed déficit h&ret y.
Aime Deus > gentis spesdeficit : Annue votis }»
Annue regali puerum de sanguine isurgat
Auguftus prinetps ,-populo qui jura ■volenti
Dividat , ér patrittm tra&et non degener enfitm
Ac nevus txoritur fer rum , per oppida plaît*
fus:
Jngeminanf Utt Regalia nomina votes»
Scilicet optati partús rumore secundo ,
tama volant late populos afflavit ovantes*
flaudite , felicès, securi plaudite Galli :'
Farta quies vobis ; veftros quoque Uta nepotes
Sida manet. Solio fedent , uternumaue jedebit
jHclyt* Borbohi»U« proies / qui rìafcitur
Boa.-
FEVRTER. 1750: &f
éoRBONiUS , fuccedet Avis : natalia monflrant
Tempora quantus erit : fofitis concordia beSis
uíptavit placidum tantis natalibus orbem.
Trincipis ad cunas concors Europa volavit
Arma, fimnl, bellique minas pofitura ; Quiefcitï
Arbiter eft, Lodoix , DelphinTJS foederis Obseli
Cresce , Puer; tibi s&cla fittant felicia ; Regum
Cum Lodoix dicetttr Avus , RegHmque Ma
ria.
Filin, Sponfa , Parena Pat rit. die arts Amore s,
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Résumé : Prix donné au Palinod de Roüen. [titre d'après la table]
En décembre précédent, un événement académique a eu lieu à Rouen lors de la lecture des pièces de poésie à l'Assemblée du Palais. Un prix académique a été décerné à M. de Becthomas, fils de M. Bois-le-Vicomte, Conseiller au Parlement. La pièce primée célèbre la naissance du Dauphin. Le poème exprime des vœux de bonheur et de sécurité pour la France sous le règne de Louis, espérant la consolidation de la patrie et la continuité de la lignée royale. Il mentionne la fin des menaces féminines et la stabilité des trois sceptres, symbolisant la puissance impériale. Le texte se conclut par des vœux pour la prospérité et la paix, espérant que le Dauphin grandira pour devenir un prince auguste et juste, apportant bonheur et stabilité au peuple.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2675
p. 367-369
MUSETTE.
Début :
Je veux chanter sur ma Musette, [...]
Mots clefs :
Musette, Amour, Voeux
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texteReconnaissance textuelle : MUSETTE.
FUSETTE,
ÏE veux chanter sur ma Musette ,
:s doux attraits qui m'ont charmé »
jîvion tendre coeur est enflammé
Des yeux 4e la jeune Lisette:
Elle est favorabje à mes voeux,
Won sort n'est-i.I pas trop heureux t
L'Amour a fait son beau visage ,
Pour lancer ses Traits les plus doux j -t
Dès qu'on la voit on sent ses coups ,
• 1 C«r
3*11 NsERCURE DE FRAÍICE^ „
;Car il s'tst peint dans son Ouvrage :
Elle est favorable à mes voeux ,
ífyoa fort n'est- il pas trop heureux.?
Tous les Bergers de ce Village.»
Adorent ses naiiîans appas ,
En tous lieux ils -suivent ses pas î
Mais elle rit de leur hommage :
Elle est favorable à mes voeux ,
■Mon fort n'est- ii pas trop heureux?
Quand je lut vante ma tendresse,
file m'écoute avec plaisir ,
Et quand au gré de mon désir ,
Sur le gazon je la caresse ; .
ÊUe est favorable à mes voeux*
Mon fort R'est-il pas trop heureux*
Ainsi ,Tircis , qu'Amour inspire,
Assis à l'ombre d'un Ormeau .
Un jour en gardant son Troupeau »
Au tendre Echo faisoic redire :
EUe est favorable à mes voeux ,
Mon fore n'est-il pas trop heureux f
II fut surpris de fa Bergère ,
Qui l'çcoutoit ftès d'«n Bnisspn>" ■ * 4
YT>. Et
FEVRIER. î7jov 3**<
Et le refrain de la Chanson ,
Fut repeté sur la fougère : ,
EUé" est favorable à mes voeux, , i
Mon sort n'etì-il pas trop heureux ?
: Par M. l'stffichtrd.
ÏE veux chanter sur ma Musette ,
:s doux attraits qui m'ont charmé »
jîvion tendre coeur est enflammé
Des yeux 4e la jeune Lisette:
Elle est favorabje à mes voeux,
Won sort n'est-i.I pas trop heureux t
L'Amour a fait son beau visage ,
Pour lancer ses Traits les plus doux j -t
Dès qu'on la voit on sent ses coups ,
• 1 C«r
3*11 NsERCURE DE FRAÍICE^ „
;Car il s'tst peint dans son Ouvrage :
Elle est favorable à mes voeux ,
ífyoa fort n'est- il pas trop heureux.?
Tous les Bergers de ce Village.»
Adorent ses naiiîans appas ,
En tous lieux ils -suivent ses pas î
Mais elle rit de leur hommage :
Elle est favorable à mes voeux ,
■Mon fort n'est- ii pas trop heureux?
Quand je lut vante ma tendresse,
file m'écoute avec plaisir ,
Et quand au gré de mon désir ,
Sur le gazon je la caresse ; .
ÊUe est favorable à mes voeux*
Mon fort R'est-il pas trop heureux*
Ainsi ,Tircis , qu'Amour inspire,
Assis à l'ombre d'un Ormeau .
Un jour en gardant son Troupeau »
Au tendre Echo faisoic redire :
EUe est favorable à mes voeux ,
Mon fore n'est-il pas trop heureux f
II fut surpris de fa Bergère ,
Qui l'çcoutoit ftès d'«n Bnisspn>" ■ * 4
YT>. Et
FEVRIER. î7jov 3**<
Et le refrain de la Chanson ,
Fut repeté sur la fougère : ,
EUé" est favorable à mes voeux, , i
Mon sort n'etì-il pas trop heureux ?
: Par M. l'stffichtrd.
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Résumé : MUSETTE.
La chanson 'Fusette' exprime l'amour du narrateur pour Lisette, une jeune femme dont il admire les doux attraits et les yeux enflammants. Le narrateur se réjouit de l'attention favorable de Lisette et se considère chanceux. Tous les bergers du village sont épris de Lisette, mais elle rit de leurs hommages. Cependant, elle écoute avec plaisir les déclarations du narrateur et accepte ses caresses sur le gazon. Dans une scène, Tircis, inspiré par l'amour, répète son admiration pour Lisette à l'écho, et elle l'écoute en souriant. Le refrain souligne la chance du narrateur d'être aimé par Lisette. La chanson est datée de février 1730 et signée par M. l'Abbé de Frayche.
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2676
p. 373-374
VAUDEVILLE.
Début :
Maris, quand la peur d'avoir un Rival, [...]
Mots clefs :
Coutume, Femme, Coeur
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texteReconnaissance textuelle : VAUDEVILLE.
VAUDEVILLE.
MAris, quand la peur d'avoir un Rivai,'
Vous fait épier votre femme au Bal ,
O la folle coutume!
Vous croyez sauver l'bonneur conjugal}
C'est çe qui vous enrhume,
m
Lorsque dans les Bois , Amans langoureux,
Vous allez pousser des cris douloureux ,
O la sotte coûtume !
Par-là vous croyez devenir heureux,
C'est ce qui vous enrhume.
m
Vieillards amourçux, qui chez le Baigneur .
H ij Ch,erclica
174 MERCURE DE FRANCE,
Cherchez des attraits & de la fraîcheur ,
O la sotte coûtumç
JPar-U vous croyez prendre un jeune coeur î
C'est ce qui vous enrhume.
m '
Quand un Qffider pour vous en tient 14 ; *
Chez votre Notaire il dit qu'il ira ;
Belles , c'est fa coutume-
Vous courez d'abord , croyant qu'il viendra \
C'est ce qui vous enrhume.
m }'
Vous, qui vous flattez d'agir prudemment ,
En prenant pour femme un objet charmant ,
O la sotte coutume !
Vpus croyez l' avoir pour vous feulement i
C'est ce qui vous enrhume.
Quand un Opéra chez nous reu/fic , I
pt que chaque jour la foule grossit ,
Notre ardeur se rallume j
Quand les rangs font clairs, le froid nous fkifìr,
C'est ce qui nous enrhume,
* Le coeur>
On trouvera l'Air notté , p4ge 367.
MAris, quand la peur d'avoir un Rivai,'
Vous fait épier votre femme au Bal ,
O la folle coutume!
Vous croyez sauver l'bonneur conjugal}
C'est çe qui vous enrhume,
m
Lorsque dans les Bois , Amans langoureux,
Vous allez pousser des cris douloureux ,
O la sotte coûtume !
Par-là vous croyez devenir heureux,
C'est ce qui vous enrhume.
m
Vieillards amourçux, qui chez le Baigneur .
H ij Ch,erclica
174 MERCURE DE FRANCE,
Cherchez des attraits & de la fraîcheur ,
O la sotte coûtumç
JPar-U vous croyez prendre un jeune coeur î
C'est ce qui vous enrhume.
m '
Quand un Qffider pour vous en tient 14 ; *
Chez votre Notaire il dit qu'il ira ;
Belles , c'est fa coutume-
Vous courez d'abord , croyant qu'il viendra \
C'est ce qui vous enrhume.
m }'
Vous, qui vous flattez d'agir prudemment ,
En prenant pour femme un objet charmant ,
O la sotte coutume !
Vpus croyez l' avoir pour vous feulement i
C'est ce qui vous enrhume.
Quand un Opéra chez nous reu/fic , I
pt que chaque jour la foule grossit ,
Notre ardeur se rallume j
Quand les rangs font clairs, le froid nous fkifìr,
C'est ce qui nous enrhume,
* Le coeur>
On trouvera l'Air notté , p4ge 367.
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Résumé : VAUDEVILLE.
Le texte est un vaudeville qui critique diverses coutumes sociales et leurs conséquences. Il dénonce les maris jaloux qui surveillent leurs femmes lors des bals, croyant préserver leur honneur, mais finissent par tomber malades. De même, les amants qui expriment leur passion dans les bois et les vieillards cherchant la jeunesse chez les baigneurs tombent malades à cause de ces comportements. Les femmes qui se réjouissent de la visite d'un officier finissent par être déçues et tombent malades. Le texte critique aussi ceux qui se marient par prudence, pensant posséder leur épouse exclusivement, mais qui en souffrent. Il évoque également l'enthousiasme pour les opéras qui attire la foule, mais peut conduire à la maladie lorsque les salles se vident. Le texte se conclut par l'idée que ces coutumes finissent par 'enrhumer' ceux qui les suivent.
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2677
p. 403-405
VERS LIBRES, Sur le Feu d'Artifice tiré sur l'Eau, par ordre du Roy d'Espagne, & les soins de M M. les Ambassadeurs à la Cour de France.
Début :
Hier dans ces Grottes profondes, [...]
Mots clefs :
Feu d'artifice, Naissance du Dauphin, Fête
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texteReconnaissance textuelle : VERS LIBRES, Sur le Feu d'Artifice tiré sur l'Eau, par ordre du Roy d'Espagne, & les soins de M M. les Ambassadeurs à la Cour de France.
VERS LIBRES,
Surje Feu d' Artifice tiré fur l'Eau , par
ordre du Roy d'Espagne , & les foins,,
de MM. les Ambassadeurs à la Cour
de France.
r dans ces Grottes profondes,
D'où la Seine épanche ses Ondes ,
CQui chaque jour la gloire & l'honncur de no*
' champs ,
De la B onde Cerés augmentent les prefens )
Ëífe appella les Dieux soumis à son Empire ;
Nayades, Nimphes &Tritons ,
Sont assis dans leur rang fur des sièges de joncs:
Un mal commun à tous , en ces lieux nous at
tire :
Vous le fçavez , l'hyver, dit la Reine des flots,,
De nos jours tous les ans vient troubler le re
pos,
Ce- n'est plus à présent un tranqui I Zephire,.
Ç£ui folâtre & qui rit sur le sein de mes eaux*.
Non. l' Aquilon bien- tôt, toujours prompt £
me nuire ,
Arrêtera mon corn» & rompra mes roseaux.
1 y Ceffi
'404 MÊRCURE DE FRANCTj .
. C'elt sut ce point » tritons , qu'il faut qu'orïdélibère.
Mettons nous à l'abrides coups de fa coîere j
Voyons par quels moyens on peut s'en ga
rantir i
Ou par quels dons enfin nous pourrons la fle«*
chir ; •
la tristesse à ces mots se peint sur le visage,
Les Nayadea alors regardent le Rivage,
* Où quand le Ciel donnoit des jours purs &
serains >
Elles alloient au son d'un instrument cham
pêtre ,
A l'ombre de quelque vieux hêtre ,
Datiser avec les Dieux Silvains.-
les Nimphes de leurs yeux laissent couler des;
larmes j
t es Tritons affligez n'y trouventplus les char--
mes
Qui sçureht asservir leurs coeurs ;
Ainsi chacun se llvroit aUx douleurs.
Quand une'Nimphe accourt : helasl en Cetteplace
>
Que fahes- vous í'uh mal bien plus grand hotts
menace j. .
Venez , Reine des flots, arrêtez les desseins »
Que forment contre nous des aveugles Hu
mains.
Allons , courons punir une main sacrilège ,
Dit ia Seine . . . elle part en ce même momèhrí
les Nimphes, les Tritons, composent son cor"
■ ' C'est:
• f EV RIE,R. i-fìó. 40í
C'est ainsi qu'en la voie dans le vaste Océan ,
'truand elle offre à ce Dieu les Eaux de son
Hmpire.
Elle approche. .. elle voit. . > & son courrou»
expire.
Sur sa Suite surprise elle jette les yeux j
Enfin elle applaudit d'un rire gracieux »
Elle voit les Jardins dignes de la Nature >
Une Nayade y court sécher sa chevelure >
l'une y cueille à lafois & des fruits & des
fleurs ,
L'autre ne songe plus aux cruelles rigueurs
Que l' Amant fougueux d'Orithie >
Leur prépare dans fa furie.
L'autre fous ces Rochers va chercher le repos i
Tandis que l'une ici contemple cet Ouvrage >
Ett l'autre des Poissons en embrassant le dos >
Coupe rapidement les flots.
Les Himphes . à l'envi , courent fur le Rivages
Élies dansent d'un pas leger ,
-Âu doux chant des Triions qui font retens
tir Pair»
Alors la Seine les appelle 3,
Courez à I'Ocean, chers Tritons, leur dit-elle;
Que ses Dieux fur ces bords se rendent avec
voUî* ! >
Allez encore au Tage , à cet ami fidèle >
Apprendre les apprêts d'une fête fi belle >
Qu'il vienne paitager les plaisirs avec nous-,-
UAbbi Bonnoi de Mably.
Surje Feu d' Artifice tiré fur l'Eau , par
ordre du Roy d'Espagne , & les foins,,
de MM. les Ambassadeurs à la Cour
de France.
r dans ces Grottes profondes,
D'où la Seine épanche ses Ondes ,
CQui chaque jour la gloire & l'honncur de no*
' champs ,
De la B onde Cerés augmentent les prefens )
Ëífe appella les Dieux soumis à son Empire ;
Nayades, Nimphes &Tritons ,
Sont assis dans leur rang fur des sièges de joncs:
Un mal commun à tous , en ces lieux nous at
tire :
Vous le fçavez , l'hyver, dit la Reine des flots,,
De nos jours tous les ans vient troubler le re
pos,
Ce- n'est plus à présent un tranqui I Zephire,.
Ç£ui folâtre & qui rit sur le sein de mes eaux*.
Non. l' Aquilon bien- tôt, toujours prompt £
me nuire ,
Arrêtera mon corn» & rompra mes roseaux.
1 y Ceffi
'404 MÊRCURE DE FRANCTj .
. C'elt sut ce point » tritons , qu'il faut qu'orïdélibère.
Mettons nous à l'abrides coups de fa coîere j
Voyons par quels moyens on peut s'en ga
rantir i
Ou par quels dons enfin nous pourrons la fle«*
chir ; •
la tristesse à ces mots se peint sur le visage,
Les Nayadea alors regardent le Rivage,
* Où quand le Ciel donnoit des jours purs &
serains >
Elles alloient au son d'un instrument cham
pêtre ,
A l'ombre de quelque vieux hêtre ,
Datiser avec les Dieux Silvains.-
les Nimphes de leurs yeux laissent couler des;
larmes j
t es Tritons affligez n'y trouventplus les char--
mes
Qui sçureht asservir leurs coeurs ;
Ainsi chacun se llvroit aUx douleurs.
Quand une'Nimphe accourt : helasl en Cetteplace
>
Que fahes- vous í'uh mal bien plus grand hotts
menace j. .
Venez , Reine des flots, arrêtez les desseins »
Que forment contre nous des aveugles Hu
mains.
Allons , courons punir une main sacrilège ,
Dit ia Seine . . . elle part en ce même momèhrí
les Nimphes, les Tritons, composent son cor"
■ ' C'est:
• f EV RIE,R. i-fìó. 40í
C'est ainsi qu'en la voie dans le vaste Océan ,
'truand elle offre à ce Dieu les Eaux de son
Hmpire.
Elle approche. .. elle voit. . > & son courrou»
expire.
Sur sa Suite surprise elle jette les yeux j
Enfin elle applaudit d'un rire gracieux »
Elle voit les Jardins dignes de la Nature >
Une Nayade y court sécher sa chevelure >
l'une y cueille à lafois & des fruits & des
fleurs ,
L'autre ne songe plus aux cruelles rigueurs
Que l' Amant fougueux d'Orithie >
Leur prépare dans fa furie.
L'autre fous ces Rochers va chercher le repos i
Tandis que l'une ici contemple cet Ouvrage >
Ett l'autre des Poissons en embrassant le dos >
Coupe rapidement les flots.
Les Himphes . à l'envi , courent fur le Rivages
Élies dansent d'un pas leger ,
-Âu doux chant des Triions qui font retens
tir Pair»
Alors la Seine les appelle 3,
Courez à I'Ocean, chers Tritons, leur dit-elle;
Que ses Dieux fur ces bords se rendent avec
voUî* ! >
Allez encore au Tage , à cet ami fidèle >
Apprendre les apprêts d'une fête fi belle >
Qu'il vienne paitager les plaisirs avec nous-,-
UAbbi Bonnoi de Mably.
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Résumé : VERS LIBRES, Sur le Feu d'Artifice tiré sur l'Eau, par ordre du Roy d'Espagne, & les soins de M M. les Ambassadeurs à la Cour de France.
Le texte relate une scène mythologique où la Seine, personnifiée, convoque les Nayades, les Nymphes et les Tritons pour discuter des perturbations causées par l'hiver. La Reine des flots déplore les actions de l'Aquilon, qui troublent ses eaux et menacent ses roseaux. Les Nymphes et les Tritons se souviennent des jours paisibles où ils se divertissaient sur le rivage. Une Nymphe annonce ensuite une menace plus grave : des humains préparent un feu d'artifice sur l'eau, sur ordre du roi d'Espagne et en présence des ambassadeurs à la cour de France. Furieuse, la Seine décide de punir cette offense, mais en chemin, elle découvre des jardins magnifiques et des Nayades profitant de la nature. Apaisée, elle appelle les Tritons à annoncer les préparatifs d'une fête à l'Océan et au Tage. Les Nymphes et les Tritons, ravis, dansent au chant des Tritons, tandis que la Seine les invite à se rendre à l'Océan pour la fête.
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2678
p. 425-428
LE DESESPOIR AMOUREUX. CANTATE.
Début :
Tandis que nos Bergers rassemblez dans la Plaine, [...]
Mots clefs :
Bergère, Berger, Amoureux, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE DESESPOIR AMOUREUX. CANTATE.
LE DESESPOIR AMOUREUX ,
T
CANTATE.
Andis que nos Bergers raffemblez
dans la Plaine ,
Danfoient au fon des Chalumeaux
,
Sur un affreux Rocher le fils du vieux Silene ,
Tircis , le beau Tircis , l'honneur de nos Hameaux
,
Se plaignoit des rigueurs de l'ingrate Climene.
A ij II
426 MERCURE DE FRANCE ;
Il s'adreffoit , mais vainement ,
Aux Zéphirs , aux Echos , à l'Onde fugitive ,
Et d'une voix douce & plaintive ;
Il leur contoit ainfi fon amoureux tourment
Ruiffeaux , ceffez votre murmure ;
Ceffez de foupirer , Zéphirs ;
Laiffez aux peines que j'endure ,
L'ennui , les plaintes , les foupirs ;
Le doux penchant de la Nature ,
Vous mene au gré de vos defirs ;
Ces Champs , ces Fleurs , cette Verdure
Ne vous offrent que des plaifirs.
Ruiffeaux , ceffez votre murmure ,
Ceffez de foupirer , Zéphirs .
Laiffez , &c.
J'aime une Bergere inflexible ;
Mes maux ne peuvent la toucher ?
Son coeur paroît plus infenfible ,
Plus dur que le plus dur Rocher.
Le foin d'accroître mon martire ,
Eft pour elle un plaifir charmants
Plus je languis , plus je foupire ,
Plus elle rit de mon tourment.
Ruiffeaux , ceffez votre murmure
Ceffez de foupirer , Zéphirs ,
Laiffez , & c.
Non
MARS. 1730. 427
Accablé du poids de ma chaîne ,
Non,non, je ne vis point, je ne fais que languit.
Trop aimable Climene ,
Ou foulage ma peine ,
Ou laiffe-moi mourir .
Climene étoit alors dans le prochain Bocage 1
Elle vient au récit des peines du Berger ,
Et bien loin de les foulager ,
Par des fourirs mocqueurs les accroît davan
tage.
Pour ce Berger trop amoureux ,
Ah !quel chagrin ! quel tourment douloureux !
Il gémit , il fe meurt aux pieds de la Bergere ,
Dont la froideur le defefpere.
Son coeur , fon triſte coeur ,
De fi cruels mépris , de tant d'indifference ,
Ne peut plus fupporter la barbare rigueur.
Et fon ame livrée à fa vive douleur ,
Sent enfin fuccomber fa force & fa conſtance,
Ses maux étoient fi vifs & fi preffants ,
Qu'il en marqua la violence ,
Par ces triftes accents:
Defefpoir funefte ,
Viens à mon fecours ;
Acheve le reſte ,
De mes triſtes jours.
Climene détefte ,
Mes tendres amours;
A iij
Dea
428 MERCURE DE FRANCE.
Defefpoir funefte ,
Viens , & c.
Tout à coup agité d'un tranfport furieux ,
Il court au bord d'un affreux précipice ;
Y porte fes regards , puis les fixant aux Cieux ,
S'écrie: ah ! c'en eft fait ! paffons aux fombres
lieux ;
Caron , fois moi propice ;
Et toi , funefte Amour , reçois ce facrifice.
A ces mots , de la Roche il alloit ſe jetter s
Mais quand il vit que la Bergere ,
Ne venoit point l'arrêter ;
Il s'affit doucement fur la tendre fougeres
Non , lui dit-il , ne preffe point tes pas
Raffure-toi , Climene ,
Ta frayeur eſt vaine ;
Je renonces au Trepas .
On oublie en mourant fon amour & fa peine s
Et moi , je veux porter ta chaîne ;
Je veux vivre & fouffrir pour ne t'oublier pas
Raffure - toi , Climene ,
Ta frayeur eft vaine
Je renonce au trépas .
La Bergere fe mit à rire ,
Et le Berger auffi,
Le deſeſpoir dans l'amoureux Empire ,
Finit toûjours ainfi.
Par M. Palmary de Cabors.
T
CANTATE.
Andis que nos Bergers raffemblez
dans la Plaine ,
Danfoient au fon des Chalumeaux
,
Sur un affreux Rocher le fils du vieux Silene ,
Tircis , le beau Tircis , l'honneur de nos Hameaux
,
Se plaignoit des rigueurs de l'ingrate Climene.
A ij II
426 MERCURE DE FRANCE ;
Il s'adreffoit , mais vainement ,
Aux Zéphirs , aux Echos , à l'Onde fugitive ,
Et d'une voix douce & plaintive ;
Il leur contoit ainfi fon amoureux tourment
Ruiffeaux , ceffez votre murmure ;
Ceffez de foupirer , Zéphirs ;
Laiffez aux peines que j'endure ,
L'ennui , les plaintes , les foupirs ;
Le doux penchant de la Nature ,
Vous mene au gré de vos defirs ;
Ces Champs , ces Fleurs , cette Verdure
Ne vous offrent que des plaifirs.
Ruiffeaux , ceffez votre murmure ,
Ceffez de foupirer , Zéphirs .
Laiffez , &c.
J'aime une Bergere inflexible ;
Mes maux ne peuvent la toucher ?
Son coeur paroît plus infenfible ,
Plus dur que le plus dur Rocher.
Le foin d'accroître mon martire ,
Eft pour elle un plaifir charmants
Plus je languis , plus je foupire ,
Plus elle rit de mon tourment.
Ruiffeaux , ceffez votre murmure
Ceffez de foupirer , Zéphirs ,
Laiffez , & c.
Non
MARS. 1730. 427
Accablé du poids de ma chaîne ,
Non,non, je ne vis point, je ne fais que languit.
Trop aimable Climene ,
Ou foulage ma peine ,
Ou laiffe-moi mourir .
Climene étoit alors dans le prochain Bocage 1
Elle vient au récit des peines du Berger ,
Et bien loin de les foulager ,
Par des fourirs mocqueurs les accroît davan
tage.
Pour ce Berger trop amoureux ,
Ah !quel chagrin ! quel tourment douloureux !
Il gémit , il fe meurt aux pieds de la Bergere ,
Dont la froideur le defefpere.
Son coeur , fon triſte coeur ,
De fi cruels mépris , de tant d'indifference ,
Ne peut plus fupporter la barbare rigueur.
Et fon ame livrée à fa vive douleur ,
Sent enfin fuccomber fa force & fa conſtance,
Ses maux étoient fi vifs & fi preffants ,
Qu'il en marqua la violence ,
Par ces triftes accents:
Defefpoir funefte ,
Viens à mon fecours ;
Acheve le reſte ,
De mes triſtes jours.
Climene détefte ,
Mes tendres amours;
A iij
Dea
428 MERCURE DE FRANCE.
Defefpoir funefte ,
Viens , & c.
Tout à coup agité d'un tranfport furieux ,
Il court au bord d'un affreux précipice ;
Y porte fes regards , puis les fixant aux Cieux ,
S'écrie: ah ! c'en eft fait ! paffons aux fombres
lieux ;
Caron , fois moi propice ;
Et toi , funefte Amour , reçois ce facrifice.
A ces mots , de la Roche il alloit ſe jetter s
Mais quand il vit que la Bergere ,
Ne venoit point l'arrêter ;
Il s'affit doucement fur la tendre fougeres
Non , lui dit-il , ne preffe point tes pas
Raffure-toi , Climene ,
Ta frayeur eſt vaine ;
Je renonces au Trepas .
On oublie en mourant fon amour & fa peine s
Et moi , je veux porter ta chaîne ;
Je veux vivre & fouffrir pour ne t'oublier pas
Raffure - toi , Climene ,
Ta frayeur eft vaine
Je renonce au trépas .
La Bergere fe mit à rire ,
Et le Berger auffi,
Le deſeſpoir dans l'amoureux Empire ,
Finit toûjours ainfi.
Par M. Palmary de Cabors.
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Résumé : LE DESESPOIR AMOUREUX. CANTATE.
Le texte 'Le Désespoir Amoureux' est une cantate qui relate la souffrance du berger Tircis, fils de Silène, épris de la bergère Climène. Tircis exprime sa douleur aux éléments naturels, sans trouver de réconfort. Il se plaint de l'insensibilité de Climène, dont le cœur semble se réjouir de ses tourments. Accablé, Tircis implore Climène de soulager sa souffrance ou de le laisser mourir. Cependant, Climène, présente dans un bocage voisin, accentue ses tourments par des soupirs moqueurs. Désespéré, Tircis envisage de se jeter dans un précipice, mais change d'avis en constatant que Climène ne vient pas l'arrêter. Il décide de vivre pour continuer à souffrir et à se souvenir de son amour. La cantate se conclut par le rire de Climène et Tircis, soulignant que le désespoir amoureux finit toujours de manière similaire. L'auteur de cette cantate est M. Palmary de Cabors.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2679
p. 437-439
EPITRE A Madame la Marquise de Chabrillan, Niece du Marquis de la Fare, Commandant en Languedoc, par M. de ** à qui cette Dame avoit reproché en badinant, d'avoir dedaigné de faire des Vers à sa loüange.
Début :
Je n'ai pas dedaigné, peu jaloux de ma gloire, [...]
Mots clefs :
Attraits, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Madame la Marquise de Chabrillan, Niece du Marquis de la Fare, Commandant en Languedoc, par M. de ** à qui cette Dame avoit reproché en badinant, d'avoir dedaigné de faire des Vers à sa loüange.
EPITRE
A Madame la Marquife de Chabrillang
Niece du Marquis de la Fare , Commandant
en Languedoc , par M. de **
à qui cette Dame avoit reproché en bas
dinant , d'avoir dedaigné de faire des
Vers à fa loüange.
E n'ai pas dedaigné , peu jaloux de ma
gloire , JE
De chanter dans mes Vers le plus charmang
objet ;
Pour m'affurer bientôt une heureuſe memoire,
Aurois- je pû choifir un plus digne fujet ?
Et lui-même Apollon & les fçavantes Fées
Pourroient ils infpirer le langage des Dieux ?
Pourroient- ils animer la voix de leurs Orphées
Ainfi que le feroit l'éclat de vos beaux yeux
Nulle autre ne fçauroit vous être comparables
On voit unis en vous tous les attraits divers
Dont un feul orneroit & rendroit adorable
L'objet le moins charmant , qui ſoit dans l'Univers.
Le celebre Zeuxis , preflé par plufieurs Belles
De faire de Venus un portrait reffemblant ,
Reunit leurs attraits , & de chacune d'elles ,
Peignitz
438 MERCURE DE FRANCE.
Peignit dans fon tableau le trait le plus
brillant ;
Il n'eut pas eu beſoin d'un pareil affemblage ,
S'il eut pû copier vos appas enchanteurs ;
Son pinceau fatisfait de tracer votre image ,
Auroit depeint Venus fous des traits plus
flateurs ;
Mais c'eft peu ; de fes dons cruellement avare
,
La Nature à plufieurs partage ſes bienfaits ,
A celle- ci donnant la Beauté la plus rare ,
Lui refuſe l'efprit , ou tant d'autres attraits.
Sans referve pour vous , fa main trop liberale
,
Donne tout ce qu'elle a de grace , d'agré
Et
ment ;
par là devenant à mille coeurs fatale ,
Vous accorde l'efprit , la beauté , l'enjoûment
;
Encor plus , nul deffaut , nulle indigne foibleffe
N'ofe diminuer l'éclat de ces appas ,
Belle , mais fans fierté , fage , mais fans ru
deffe ,
La bonté , la douceur accompagnent vos pas .
Un tel fujet eft beau ; mais qu'il eft difficile
De loüer , fans fadeur , des charmes infinis
L'efprit le plus parfait , la voix la plus habile
,
Le Dieu même des Vers y feroit entrepris ;
Dans
MARS. 1730 439
Dans fon art enchanteur , jeune encore &
novice ,
Pouvois-je me flatter d'un fuccès glorieux
Je ne courus jamais une fi vafte lice ,
J'aurois craint les deftins dûs aux auda
cieux.
Eh ! que feroit- ce encor , fi par un beau més
lange ,
A ceux que vous donnez , & qui font tout
vous ,
Je voulois joindre auffi les fujets de louange,
Dont vous accable un Oncle , une Mere , un
Ероих .
Quel champ femé de fleurs quelle vafte car
riere
N'y trouverois-je pas , pour cueillir des lau
riers ?
Mais encore une fois , une telle matiere
Demande au moins un Maître , & non des
Ecoliers.
A Madame la Marquife de Chabrillang
Niece du Marquis de la Fare , Commandant
en Languedoc , par M. de **
à qui cette Dame avoit reproché en bas
dinant , d'avoir dedaigné de faire des
Vers à fa loüange.
E n'ai pas dedaigné , peu jaloux de ma
gloire , JE
De chanter dans mes Vers le plus charmang
objet ;
Pour m'affurer bientôt une heureuſe memoire,
Aurois- je pû choifir un plus digne fujet ?
Et lui-même Apollon & les fçavantes Fées
Pourroient ils infpirer le langage des Dieux ?
Pourroient- ils animer la voix de leurs Orphées
Ainfi que le feroit l'éclat de vos beaux yeux
Nulle autre ne fçauroit vous être comparables
On voit unis en vous tous les attraits divers
Dont un feul orneroit & rendroit adorable
L'objet le moins charmant , qui ſoit dans l'Univers.
Le celebre Zeuxis , preflé par plufieurs Belles
De faire de Venus un portrait reffemblant ,
Reunit leurs attraits , & de chacune d'elles ,
Peignitz
438 MERCURE DE FRANCE.
Peignit dans fon tableau le trait le plus
brillant ;
Il n'eut pas eu beſoin d'un pareil affemblage ,
S'il eut pû copier vos appas enchanteurs ;
Son pinceau fatisfait de tracer votre image ,
Auroit depeint Venus fous des traits plus
flateurs ;
Mais c'eft peu ; de fes dons cruellement avare
,
La Nature à plufieurs partage ſes bienfaits ,
A celle- ci donnant la Beauté la plus rare ,
Lui refuſe l'efprit , ou tant d'autres attraits.
Sans referve pour vous , fa main trop liberale
,
Donne tout ce qu'elle a de grace , d'agré
Et
ment ;
par là devenant à mille coeurs fatale ,
Vous accorde l'efprit , la beauté , l'enjoûment
;
Encor plus , nul deffaut , nulle indigne foibleffe
N'ofe diminuer l'éclat de ces appas ,
Belle , mais fans fierté , fage , mais fans ru
deffe ,
La bonté , la douceur accompagnent vos pas .
Un tel fujet eft beau ; mais qu'il eft difficile
De loüer , fans fadeur , des charmes infinis
L'efprit le plus parfait , la voix la plus habile
,
Le Dieu même des Vers y feroit entrepris ;
Dans
MARS. 1730 439
Dans fon art enchanteur , jeune encore &
novice ,
Pouvois-je me flatter d'un fuccès glorieux
Je ne courus jamais une fi vafte lice ,
J'aurois craint les deftins dûs aux auda
cieux.
Eh ! que feroit- ce encor , fi par un beau més
lange ,
A ceux que vous donnez , & qui font tout
vous ,
Je voulois joindre auffi les fujets de louange,
Dont vous accable un Oncle , une Mere , un
Ероих .
Quel champ femé de fleurs quelle vafte car
riere
N'y trouverois-je pas , pour cueillir des lau
riers ?
Mais encore une fois , une telle matiere
Demande au moins un Maître , & non des
Ecoliers.
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Résumé : EPITRE A Madame la Marquise de Chabrillan, Niece du Marquis de la Fare, Commandant en Languedoc, par M. de ** à qui cette Dame avoit reproché en badinant, d'avoir dedaigné de faire des Vers à sa loüange.
L'épître est adressée à Madame la Marquise de Chabrillang, nièce du Marquis de la Fare, commandant en Languedoc. L'auteur répond à un reproche de la marquise, qui lui avait reproché de ne pas avoir écrit de vers en son honneur. Il affirme qu'il n'a pas dédaigné de chanter ses louanges et qu'il n'y a pas de sujet plus digne pour assurer une mémoire heureuse. Il compare la marquise à Vénus, soulignant que tous les attraits divers sont unis en elle, rendant l'objet le moins charmant admirable. Il mentionne le peintre Zeuxis, qui avait réuni les attraits de plusieurs beautés pour peindre Vénus, mais qui n'aurait pas eu besoin de cet assemblage s'il avait pu copier les charmes de la marquise. L'auteur reconnaît que la Nature est avare de ses dons, souvent partageant ses bienfaits entre plusieurs personnes, mais que la marquise possède à la fois l'esprit, la beauté et l'enjouement sans aucun défaut. Il la décrit comme belle sans fierté, sage sans rudesse, accompagnée de bonté et de douceur. Il admet que louer de tels charmes est difficile, même pour l'esprit le plus parfait ou le dieu des vers. Il exprime son inexpérience et sa crainte de l'échec, surtout si l'on ajoute les sujets de louange que lui offrent son oncle, sa mère et son époux. Il conclut en affirmant que cette matière exige un maître et non des écoliers.
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2680
p. 447-450
IMITATION De la onziéme Ode d'Horace, Livre II. Eheu fugaces Posthume Posthume labuntur anni, &c.
Début :
Helas ! de tes plaisirs quel sera le retour ? [...]
Mots clefs :
Horace, Imitation
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texteReconnaissance textuelle : IMITATION De la onziéme Ode d'Horace, Livre II. Eheu fugaces Posthume Posthume labuntur anni, &c.
IMITATION
De la onzième Ode d'Horace , Livre IL
Eheu fugaces Pofthume Posthume
labuntur anni , &c.
HElas !
Elas ! de tes plaifirs quel fera le retour ?
Tu vieilliras , Pofthume, & tu mourras un jour.
Leplus beau de tes ans s'écoule avec vîteſſe
Et tu fens ralentir les feux de ta jeuneffe ;
Ton culte envers le Ciel , ton encens , ni tes
voeux ,
Ne pourront t'exempter d'une lente vicilleffe ,
Ils n'arrêteront pas le temps qui fuit fans ceffe,
Et qui de jour en jour vient blanchir tes cheveux.
Quand tu devrois immoler cent Victimes ,
Au Dieu terrible des Enfers
Au Dieu dont le pouvoir par des droits legitimes
,
Comprend tout ce vafte Univers ,
Tu ne flechiras point fon coeur inexorable.
C'eſt une Loi pour tous inévitable ,
Qu'il faut que chacun à fon tour ,
Le Riche, l'Indigent , le Berger , le Monarque,
Paffent confufément , fans efpoir de retour ,
Dans la funefte Barque ,
B En
448 MERCURE DE FRANCE.
En vain l'on voudroit prolonger ,
Le foible cours de nos années ,
Le terme en eft marqué , les Dieux les ont boşnées
:
En vain l'on tâche à ménager ,
De nos tranquiles jours les douces deſtinées ,
En ne s'expofant pas aux funeftes hazards
De Bellone & de Mars .
En vain l'art d'un Pilote & le vent favorable ;
Conduiront fur les flots d'une Mer redoutable ,
Notre Navire jufqu'au Port .
En vain , pour éloigner la mort qui nous
étonne ,
Nous voudrons éviter dans la faifon d'Automne
,
D'un vent froid & mal fain l'impetueux effort.
Il faut fubir les coups de la Parque fatale ,
Et payer tôt ou tard le tribut à Caron ;
Voir le trifte Cocyte & le noir Acheron ;
Habiter de Pluton la demeure infernale :
Là , parmi les horreurs d'une obfcure prifon ,
La race Danaïde & l'orgueilleux Typhon
Syfiphe , Ixion & Tantale.
Eprouvent éternellement ,
De leurs forfaits divers le jufte châtiment.
II
MARS. 1730. 449
Al te faudra quitter tes Maifons de Campagne ,
Tes meubles fomptueux , tes fuperbes Palais ,
Abandonner & perdre pour jamais ,
Ton Epouſe fi chere & ta douce Compagne ;
Tu périras toi- même , & la mort fans pitié ,
Prendra d'un tout fi beau, l'une & l'autre moitié.
Que deviendront alors ces lieux pleins de dé
lices ,
De tes plaifirs fecrets confidens & complices
?
Ces bois fombres & frais ; ces Jardins toûjours
verds ,
Où pendant la rigueur d'une ſaiſon rebelle ,
Par ton art & tes foins Flore fe renouvelle ,
Et conferve un printemps au milieu des hyvers.
Ces Oeillets , ces Lys & ces Rofes ,
Que dès l'Aurore on voit éclofes ,
Et qui ne durent qu'un matin ,
Sont de tes foibles jours une vive peinture ,
Qui fans ceffe t'apprend quel fera ton deftin.
De tant d'arbres , dont la verdure ,
Découvre à tes yeux mille attraits ,
Quand tu fatisferas aux Loix de la Nature a
Il ne te reftera que les triftes Cyprès.
Bij
Alors
450 MERCURE DE FRANCE.
Alors un heritier & prodigue & peu fage ,
Croira de tes grands biens faire un meilleur
ufage ;
Bientôt on le verra fe livrant aux plaiſirs ,
Les répandre par tout au gré de ſes defirs .
Il boira largement fans nulle prévoyance ,
Tes vins les plus exquis & les plus eſtimez ,
Vins qu'avec tant de foin & tant de vigilance,
Ta tenois fous cent clefs dans ta cave enfer
mez.
శ్రీ శ్రీ
Moreau de Mautour.
De la onzième Ode d'Horace , Livre IL
Eheu fugaces Pofthume Posthume
labuntur anni , &c.
HElas !
Elas ! de tes plaifirs quel fera le retour ?
Tu vieilliras , Pofthume, & tu mourras un jour.
Leplus beau de tes ans s'écoule avec vîteſſe
Et tu fens ralentir les feux de ta jeuneffe ;
Ton culte envers le Ciel , ton encens , ni tes
voeux ,
Ne pourront t'exempter d'une lente vicilleffe ,
Ils n'arrêteront pas le temps qui fuit fans ceffe,
Et qui de jour en jour vient blanchir tes cheveux.
Quand tu devrois immoler cent Victimes ,
Au Dieu terrible des Enfers
Au Dieu dont le pouvoir par des droits legitimes
,
Comprend tout ce vafte Univers ,
Tu ne flechiras point fon coeur inexorable.
C'eſt une Loi pour tous inévitable ,
Qu'il faut que chacun à fon tour ,
Le Riche, l'Indigent , le Berger , le Monarque,
Paffent confufément , fans efpoir de retour ,
Dans la funefte Barque ,
B En
448 MERCURE DE FRANCE.
En vain l'on voudroit prolonger ,
Le foible cours de nos années ,
Le terme en eft marqué , les Dieux les ont boşnées
:
En vain l'on tâche à ménager ,
De nos tranquiles jours les douces deſtinées ,
En ne s'expofant pas aux funeftes hazards
De Bellone & de Mars .
En vain l'art d'un Pilote & le vent favorable ;
Conduiront fur les flots d'une Mer redoutable ,
Notre Navire jufqu'au Port .
En vain , pour éloigner la mort qui nous
étonne ,
Nous voudrons éviter dans la faifon d'Automne
,
D'un vent froid & mal fain l'impetueux effort.
Il faut fubir les coups de la Parque fatale ,
Et payer tôt ou tard le tribut à Caron ;
Voir le trifte Cocyte & le noir Acheron ;
Habiter de Pluton la demeure infernale :
Là , parmi les horreurs d'une obfcure prifon ,
La race Danaïde & l'orgueilleux Typhon
Syfiphe , Ixion & Tantale.
Eprouvent éternellement ,
De leurs forfaits divers le jufte châtiment.
II
MARS. 1730. 449
Al te faudra quitter tes Maifons de Campagne ,
Tes meubles fomptueux , tes fuperbes Palais ,
Abandonner & perdre pour jamais ,
Ton Epouſe fi chere & ta douce Compagne ;
Tu périras toi- même , & la mort fans pitié ,
Prendra d'un tout fi beau, l'une & l'autre moitié.
Que deviendront alors ces lieux pleins de dé
lices ,
De tes plaifirs fecrets confidens & complices
?
Ces bois fombres & frais ; ces Jardins toûjours
verds ,
Où pendant la rigueur d'une ſaiſon rebelle ,
Par ton art & tes foins Flore fe renouvelle ,
Et conferve un printemps au milieu des hyvers.
Ces Oeillets , ces Lys & ces Rofes ,
Que dès l'Aurore on voit éclofes ,
Et qui ne durent qu'un matin ,
Sont de tes foibles jours une vive peinture ,
Qui fans ceffe t'apprend quel fera ton deftin.
De tant d'arbres , dont la verdure ,
Découvre à tes yeux mille attraits ,
Quand tu fatisferas aux Loix de la Nature a
Il ne te reftera que les triftes Cyprès.
Bij
Alors
450 MERCURE DE FRANCE.
Alors un heritier & prodigue & peu fage ,
Croira de tes grands biens faire un meilleur
ufage ;
Bientôt on le verra fe livrant aux plaiſirs ,
Les répandre par tout au gré de ſes defirs .
Il boira largement fans nulle prévoyance ,
Tes vins les plus exquis & les plus eſtimez ,
Vins qu'avec tant de foin & tant de vigilance,
Ta tenois fous cent clefs dans ta cave enfer
mez.
శ్రీ శ్రీ
Moreau de Mautour.
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Résumé : IMITATION De la onziéme Ode d'Horace, Livre II. Eheu fugaces Posthume Posthume labuntur anni, &c.
Le texte imite la onzième Ode d'Horace, Livre II, et médite sur la fugacité du temps et l'inévitabilité de la mort. L'auteur souligne que les années passent rapidement et que nul ne peut échapper au vieillissement et à la mort, même par des prières ou des sacrifices. Le temps avance inexorablement, apportant la vieillesse et blanchissant les cheveux. Les efforts pour prolonger la vie ou éviter les dangers sont vains face à la mort inévitable. L'auteur évoque la nécessité de subir les coups du destin et de payer le tribut à Caron, le passeur des âmes. Il décrit les supplices éternels des damnés dans les enfers, comme Sisyphe, Ixion et Tantale. Le texte se conclut par une réflexion sur la perte des biens matériels et des êtres chers, ainsi que sur la vanité des plaisirs terrestres, comparés à des fleurs éphémères.
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2681
p. 461-462
ALLEGORIE, TRIOMPHE DE PALLAS.
Début :
Venus, pour excuser sa conduite volage, [...]
Mots clefs :
Beauté, Vénus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEGORIE, TRIOMPHE DE PALLAS.
ALLEGORIE
,
TRIOMPHE
DE PALLAS.
r
Venus , pour excufer fa conduite volage ,
Difoit un jour en prefence des Dieux ,
Qu'une extreme Beauté ne peut fuir le nauf
frage :
Pallas foutenoit qu'en tous lieux ,
Quelque belle qu'on foit , quand on veut on
eft fage.
Jupiter fur ce débat-là ,
Sourit & Momus plaifanta 3
Mes Dames , leur dit- il, fi vous voulez m'ent
croire ,
Concourrez toutes deux à faire une Beauté ;
A mille attraits joignez un peu d'honnêteté ,
Nous verrons qui des deux gagnera la victoirey
Pallas accepta le parti ;
+
Mais doutant de la réülfite
Venus voulut en avoir la conduite ,
Ce qui fut à l'inftant par Pallas confenti
Venus forme une Beauté rare ,
Sur elle feule épand tous les tréfors,
Dont la Nature eft fi fouvent avare ;
Pallas, d'un foufie anime ce beau corps
Lafé (car c'eft lenom qu'on donnoit à la Belle)
Souffric
462 MERCURE DE FRANCE.
Souffrit d'abord fortune affez cruelle,
Fort peu de biens , beaucoup d'Admirateurs..
Peines , courfes , travaux & cent Adorateurs ,
Offrant'à fes befoins reffource criminelle ;-
Mais en vain cette Belle avoit une fierté
Par qui fon coeur en fureté ,
Rioit de leur pourſuite vaine ;
Venus même s'en allarma ,
Tant que pour dompter l'Inhumaine ,
Elle la fit entrer à l'Opera.
Ce ne font plus des Amans de Province ; »
Des Ducs, des Financiers , des Marquis , & des
Princes ,
Forment la Cour , chacun de fon côté ,
Fait de fon mieux à vaincre notre Belle ,
Chaque jour Billets doux , fans ceffe offre nou
velle ,
Mais tout eft rebuté.
Et près d'un pere on voit cette fage perfonne,
Jouir en dépit de Venus ,
Des applaudiffemens que le Parterre donne ,.
A fes Graces , à fes Vertus,
,
TRIOMPHE
DE PALLAS.
r
Venus , pour excufer fa conduite volage ,
Difoit un jour en prefence des Dieux ,
Qu'une extreme Beauté ne peut fuir le nauf
frage :
Pallas foutenoit qu'en tous lieux ,
Quelque belle qu'on foit , quand on veut on
eft fage.
Jupiter fur ce débat-là ,
Sourit & Momus plaifanta 3
Mes Dames , leur dit- il, fi vous voulez m'ent
croire ,
Concourrez toutes deux à faire une Beauté ;
A mille attraits joignez un peu d'honnêteté ,
Nous verrons qui des deux gagnera la victoirey
Pallas accepta le parti ;
+
Mais doutant de la réülfite
Venus voulut en avoir la conduite ,
Ce qui fut à l'inftant par Pallas confenti
Venus forme une Beauté rare ,
Sur elle feule épand tous les tréfors,
Dont la Nature eft fi fouvent avare ;
Pallas, d'un foufie anime ce beau corps
Lafé (car c'eft lenom qu'on donnoit à la Belle)
Souffric
462 MERCURE DE FRANCE.
Souffrit d'abord fortune affez cruelle,
Fort peu de biens , beaucoup d'Admirateurs..
Peines , courfes , travaux & cent Adorateurs ,
Offrant'à fes befoins reffource criminelle ;-
Mais en vain cette Belle avoit une fierté
Par qui fon coeur en fureté ,
Rioit de leur pourſuite vaine ;
Venus même s'en allarma ,
Tant que pour dompter l'Inhumaine ,
Elle la fit entrer à l'Opera.
Ce ne font plus des Amans de Province ; »
Des Ducs, des Financiers , des Marquis , & des
Princes ,
Forment la Cour , chacun de fon côté ,
Fait de fon mieux à vaincre notre Belle ,
Chaque jour Billets doux , fans ceffe offre nou
velle ,
Mais tout eft rebuté.
Et près d'un pere on voit cette fage perfonne,
Jouir en dépit de Venus ,
Des applaudiffemens que le Parterre donne ,.
A fes Graces , à fes Vertus,
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Résumé : ALLEGORIE, TRIOMPHE DE PALLAS.
Le texte relate un débat allégorique entre Vénus et Pallas (Athéna) sur la beauté et la vertu. Vénus soutient que l'extrême beauté ne garantit pas la moralité, tandis que Pallas affirme que la beauté peut être sage. Jupiter propose un concours pour créer une beauté parfaite dotée d'honnêteté. Vénus accepte de façonner cette beauté, nommée Laïs, et Pallas s'engage à l'animer. Laïs, bien que belle, connaît des débuts difficiles mais reste insensible aux offres et aux poursuites. Vénus l'introduit à l'Opéra pour la dompter, mais Laïs attire l'attention des nobles et des princes sans céder à leurs avances. Elle gagne finalement la reconnaissance du public pour ses grâces et ses vertus, malgré les tentatives de Vénus de la corrompre.
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2682
p. 471-473
SUR LE MARIAGE DE MADEMOISELLE D***
Début :
Na guere, Amour voulant faire recruë [...]
Mots clefs :
Mariage, Amour, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LE MARIAGE DE MADEMOISELLE D***
SUR LE MARIAGE
DE MADEMOISELLE D ***
NAguere , Amour voulant faire recruë
De nouveaux coeurs Citoyens de Paris ,
( Pour fa Milice & celle de Cypris ,
N'eft Ville en tout de Sujets mieux pourvuë )
Le Dieu remarque en faifant fa Revuë ,
Jeune Tendron d'ineftimable prix.
L'Amour alors n'avoit point à fa fuite
Jeux, Graces, Ris & tout fon Comité :
C 11
472 MERCURE DE FRANCE.
11 le trouva près de cette Beauté.
vertu
?
Trop bien lui plut la rencontre fubite ,
De tel objet. Or je vous veux conter ,
Comment il fit pour nous l'efcamoter.
Ce Dieu fçavoit que notre Jouvencelle ,
En documents d'honneur & de
Etoit nourrie , & que fa parentelle ,
Lui préfentoit le fentier tout battu :
L'Enfant aflé n'ignoroit pas encore ,
Que , furveillant au bonheur des Humains ,
Minerve avoit cultivé de fes mains ,
La chafte Fleur , dès qu'on la vit éclore,
De la cueillir , fans certaine façon ,
N'étoit moyen. Cette façon , fans doute ,
Etoit l'Hymen. Le Dieu pourfuit fa route
Et va trouver cet honnête garçon ,
Le fage Hymen : quand il ne fçait mieux faire
L'Amour fe fert volontiers de fon frere.
Viens , lui dit-il , il nous faut conquêter ,
Sans plus attendre une jeune Mortelle ,
Qui fuit Minerve , & vit fous fa tutelle,
L'exploit eft beau , nous le devons tenter.
Vole au Logis de la gente Pucelle ,
Parois en fonge aux Auteurs de fes jours ,
Difpofe -les à vouloir que leur fille ,
Sous ta Banniere & celle des Amours ,
Faffe l'honneur de plus d'une Famille,
1 dit , l'Hymen l'entend à demi mot ,
Plein
MARS. 1730.
473-
Plein de fon Rôle , il le joué aufli -tôt.
L'Amour content repaffe en fa memoire
Qui des Mortels fenfibles à ſes Traits ,
Parut toûjours plus zelé pour fa gloire ,
Et fut par- là digne de tant d'attraits.
D ** d'abord lui vient à la penſée.
Bon, fa vertu fera récompensée ,
Dit-il , c'eft fait ; je dois juſtice à tous :
Son heureux fort fera bien des jaloux.
Or il s'agit de former l'entrevûë.
Le temps arrive , il le ſaiſit au bond ,
Et c'eft ce temps en fouhaits fi fécond ,
Où quand l'année eſt enfin révoluë ,
Chacun fuivant un ufage reçû ,
De complimens forme un nouveau tiffų.
Notre Heros que ce devoir appelle ,
Court vifiter les Parens de la Belle :
A fes regards le Dieu l'offre d'abord ,
Saifit fon Arc , tire , & fans grand effort ;
A ces deux coeurs fes Traits font breche entiere :
Puis fatisfait d'un triomphe fi beau ,
Il part & laiffe un rayon de lumiere ,
Qui de l'Hymen allume le flambeau.
M. Tanevot.
DE MADEMOISELLE D ***
NAguere , Amour voulant faire recruë
De nouveaux coeurs Citoyens de Paris ,
( Pour fa Milice & celle de Cypris ,
N'eft Ville en tout de Sujets mieux pourvuë )
Le Dieu remarque en faifant fa Revuë ,
Jeune Tendron d'ineftimable prix.
L'Amour alors n'avoit point à fa fuite
Jeux, Graces, Ris & tout fon Comité :
C 11
472 MERCURE DE FRANCE.
11 le trouva près de cette Beauté.
vertu
?
Trop bien lui plut la rencontre fubite ,
De tel objet. Or je vous veux conter ,
Comment il fit pour nous l'efcamoter.
Ce Dieu fçavoit que notre Jouvencelle ,
En documents d'honneur & de
Etoit nourrie , & que fa parentelle ,
Lui préfentoit le fentier tout battu :
L'Enfant aflé n'ignoroit pas encore ,
Que , furveillant au bonheur des Humains ,
Minerve avoit cultivé de fes mains ,
La chafte Fleur , dès qu'on la vit éclore,
De la cueillir , fans certaine façon ,
N'étoit moyen. Cette façon , fans doute ,
Etoit l'Hymen. Le Dieu pourfuit fa route
Et va trouver cet honnête garçon ,
Le fage Hymen : quand il ne fçait mieux faire
L'Amour fe fert volontiers de fon frere.
Viens , lui dit-il , il nous faut conquêter ,
Sans plus attendre une jeune Mortelle ,
Qui fuit Minerve , & vit fous fa tutelle,
L'exploit eft beau , nous le devons tenter.
Vole au Logis de la gente Pucelle ,
Parois en fonge aux Auteurs de fes jours ,
Difpofe -les à vouloir que leur fille ,
Sous ta Banniere & celle des Amours ,
Faffe l'honneur de plus d'une Famille,
1 dit , l'Hymen l'entend à demi mot ,
Plein
MARS. 1730.
473-
Plein de fon Rôle , il le joué aufli -tôt.
L'Amour content repaffe en fa memoire
Qui des Mortels fenfibles à ſes Traits ,
Parut toûjours plus zelé pour fa gloire ,
Et fut par- là digne de tant d'attraits.
D ** d'abord lui vient à la penſée.
Bon, fa vertu fera récompensée ,
Dit-il , c'eft fait ; je dois juſtice à tous :
Son heureux fort fera bien des jaloux.
Or il s'agit de former l'entrevûë.
Le temps arrive , il le ſaiſit au bond ,
Et c'eft ce temps en fouhaits fi fécond ,
Où quand l'année eſt enfin révoluë ,
Chacun fuivant un ufage reçû ,
De complimens forme un nouveau tiffų.
Notre Heros que ce devoir appelle ,
Court vifiter les Parens de la Belle :
A fes regards le Dieu l'offre d'abord ,
Saifit fon Arc , tire , & fans grand effort ;
A ces deux coeurs fes Traits font breche entiere :
Puis fatisfait d'un triomphe fi beau ,
Il part & laiffe un rayon de lumiere ,
Qui de l'Hymen allume le flambeau.
M. Tanevot.
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Résumé : SUR LE MARIAGE DE MADEMOISELLE D***
Le texte relate une intervention divine pour organiser le mariage d'une jeune femme parisienne. L'Amour, désirant recruter de nouveaux cœurs, remarque une jeune fille de grande valeur et décide de la marier. Il sollicite l'aide de l'Hymen, le dieu du mariage. La jeune fille, élevée dans les principes de l'honneur et de la vertu, est sous la protection de Minerve, déesse de la sagesse. L'Amour et l'Hymen convainquent ses parents de la marier. Le futur mari rend visite aux parents de la jeune femme pour préparer le mariage. L'Amour unit les deux cœurs par ses flèches. L'événement se déroule autour de la période des vœux de fin d'année.
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2683
p. 488-489
MADRIGAL. A MADEMOISELLE P. Au sujet de notre nouvelle connoissance.
Début :
Il faut vous faire un aveu veritable, [...]
Mots clefs :
Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL. A MADEMOISELLE P. Au sujet de notre nouvelle connoissance.
MADRIGAL.
A MADEMOISELLE P.
Au fujet de notre nouvelle connoiſſance.
L faut vous faire un aveu veritable ,
It
Le premier jour que je vins en ces lieux ,
Je n'obfervai ni vos traits , ni vos yeux.
Cette negligence coupable
Piqua l'Amour qu'il ne faut point fâcher ;
Ce Dieu m'en a puni. Vous êtes jeune , aimable
Ec
MARS. 1730.
489
Et la feconde fois vous fçûtes me toucher.
Amour fit fon chemin ; je crus le reconnoître ;
De mon état la raifon eut pitié ;
Par fes confeils la fidelle amitié
Prit la place en mon coeur d'un fi dangereus
maître ,
Elle y regna jufqu'à ce jour ;
Ce regne durera , Cloris , quoiqu'il arrive ;
Mais fongez feulement qu'elle veut du retour ,
Et qu'elle n'en eft que plus vive
Quand elle doit fa naiffance à l'Amour.
A MADEMOISELLE P.
Au fujet de notre nouvelle connoiſſance.
L faut vous faire un aveu veritable ,
It
Le premier jour que je vins en ces lieux ,
Je n'obfervai ni vos traits , ni vos yeux.
Cette negligence coupable
Piqua l'Amour qu'il ne faut point fâcher ;
Ce Dieu m'en a puni. Vous êtes jeune , aimable
Ec
MARS. 1730.
489
Et la feconde fois vous fçûtes me toucher.
Amour fit fon chemin ; je crus le reconnoître ;
De mon état la raifon eut pitié ;
Par fes confeils la fidelle amitié
Prit la place en mon coeur d'un fi dangereus
maître ,
Elle y regna jufqu'à ce jour ;
Ce regne durera , Cloris , quoiqu'il arrive ;
Mais fongez feulement qu'elle veut du retour ,
Et qu'elle n'en eft que plus vive
Quand elle doit fa naiffance à l'Amour.
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Résumé : MADRIGAL. A MADEMOISELLE P. Au sujet de notre nouvelle connoissance.
Le texte est un madrigal adressé à Mademoiselle P., relatant une nouvelle connaissance. Lors de leur première rencontre, l'auteur n'a pas remarqué ses traits. En mars 1730, lors de leur seconde rencontre, il a ressenti l'amour. La raison a ensuite pris le dessus, transformant cet amour en amitié durable. L'auteur souligne que l'amitié est plus vive lorsqu'elle découle de l'amour.
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2684
p. 502
A MADEMOISELLE *** Sur la mort de son Chien.
Début :
Que le sort de Raton excite notre envie ! [...]
Mots clefs :
Chien
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texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE *** Sur la mort de son Chien.
A MADEMOISELLE ***
Sur la mort de fon Chien.
Ue le fort de Raton excite notre envie !
Sur les genoux d'Iris il fçut pendant ſa vie
Prendre plus d'une privauté ,
Et même après la mort il eft plus regretté
Que ne le fut jadis le Moineau de Lesbic.
Iris , de la fidelité-
Votre Chien étoit le fimbole
Je le fçais ; mais en verité ,
Faut-il que fi long-tems fa perte vous defole ?
Choififfez un Amant dont les tendres ardeurs
Soient plus dignes de vos faveurs ;
Quoique dans le fiecle où nous fommeɛ
On garde rarement ſa foi >
Votre mérite , croyez moi ,
Vous répond de celle des hommes.
Cocquard.
Sur la mort de fon Chien.
Ue le fort de Raton excite notre envie !
Sur les genoux d'Iris il fçut pendant ſa vie
Prendre plus d'une privauté ,
Et même après la mort il eft plus regretté
Que ne le fut jadis le Moineau de Lesbic.
Iris , de la fidelité-
Votre Chien étoit le fimbole
Je le fçais ; mais en verité ,
Faut-il que fi long-tems fa perte vous defole ?
Choififfez un Amant dont les tendres ardeurs
Soient plus dignes de vos faveurs ;
Quoique dans le fiecle où nous fommeɛ
On garde rarement ſa foi >
Votre mérite , croyez moi ,
Vous répond de celle des hommes.
Cocquard.
Fermer
Résumé : A MADEMOISELLE *** Sur la mort de son Chien.
Le poème 'À Mademoiselle ***' évoque la mort du chien d'Iris, symbole de fidélité. Le poète encourage Iris à trouver un amant digne de ses faveurs, malgré la rareté de la fidélité. Il assure qu'Iris mérite la loyauté des hommes. Le poème est signé 'Cocquard'.
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2685
p. 524-525
IMITATION D'une Ode d'Anacreon.
Début :
Bacchus est ma gloire, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IMITATION D'une Ode d'Anacreon.
IMITATION
D'une Ode d'Anacreon.
Acchus eft ma gloire ,
Sans lui je fuis mort ;
Content de mon fort ,
I
Avec
MARS. 1730. 525
A force de boire ,
Avec ma mémoire , bis ,
Mon chagrin s'endort.
Affis fur la tonne ,
J'ai le front couvert
D'un pampre plus verd
Que n'eft la Couronne
Qu'obtient de Bellonne
Celui qui la fert.
Qu'un autre aille aux armes
Las d'être vivant ,
Pour un peu
de vent
>
"
Chercher des allarmes ;
J'aime les vacarmes ,
Mais c'eft en buvant.
Que chacun fe livre
A ce jus divin ;
Verfe , Poitevin ,
Il vaut mieux être yvre ,
Ou ceffer de vivre ,
Que manquer de vin.
M. Dufrefne l'aîné.
D'une Ode d'Anacreon.
Acchus eft ma gloire ,
Sans lui je fuis mort ;
Content de mon fort ,
I
Avec
MARS. 1730. 525
A force de boire ,
Avec ma mémoire , bis ,
Mon chagrin s'endort.
Affis fur la tonne ,
J'ai le front couvert
D'un pampre plus verd
Que n'eft la Couronne
Qu'obtient de Bellonne
Celui qui la fert.
Qu'un autre aille aux armes
Las d'être vivant ,
Pour un peu
de vent
>
"
Chercher des allarmes ;
J'aime les vacarmes ,
Mais c'eft en buvant.
Que chacun fe livre
A ce jus divin ;
Verfe , Poitevin ,
Il vaut mieux être yvre ,
Ou ceffer de vivre ,
Que manquer de vin.
M. Dufrefne l'aîné.
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Résumé : IMITATION D'une Ode d'Anacreon.
Le texte, une imitation d'une ode d'Anacreon datée de mars 1730, exprime la dépendance de l'auteur à Bacchus. Il trouve du contentement dans l'alcool pour apaiser son chagrin et préfère les plaisirs de la boisson aux combats. Il encourage chacun à se livrer au vin et conclut qu'il vaut mieux être ivre ou cesser de vivre plutôt que de manquer de vin. Le poème est attribué à M. Dufresne l'aîné.
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2686
p. 531-532
EXPLICATION du Logogryphe du Mercure de Fevrier.
Début :
Combinons tous les mots qui se trouvent dans France, [...]
Mots clefs :
France
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texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION du Logogryphe du Mercure de Fevrier.
EXPLICATION du Logogryphe
du Mercure de Fevrier.
C
Ombinons tous les mots qui fe trouvent dans
France ,
D'abord pour préluder , voici Franc , Ance &
Rance ,
En calculant je trouve Ane , Ancre , Fare,Caën,
J'apperçois enfuite Fecan ,
Nerac , Crâne , Arc , joint avec Acre ,
Car , Face , Farce , Ranc , Ancre , Fer , Cerf
& Nacre 2
CATE
552 MERCURE DE FRANCE.
Cane , Arne , Carne , Nerf, Nafre , Canfre , &
pais Cran.
Ma foi fur un feul mot jamais je n'en vis tant.
Par M. d'Orvilliers le fils , de Vernon .
du Mercure de Fevrier.
C
Ombinons tous les mots qui fe trouvent dans
France ,
D'abord pour préluder , voici Franc , Ance &
Rance ,
En calculant je trouve Ane , Ancre , Fare,Caën,
J'apperçois enfuite Fecan ,
Nerac , Crâne , Arc , joint avec Acre ,
Car , Face , Farce , Ranc , Ancre , Fer , Cerf
& Nacre 2
CATE
552 MERCURE DE FRANCE.
Cane , Arne , Carne , Nerf, Nafre , Canfre , &
pais Cran.
Ma foi fur un feul mot jamais je n'en vis tant.
Par M. d'Orvilliers le fils , de Vernon .
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2687
p. 532
EXPLICATION du Logogryphe du Mercure de Janvier, au nom de la Comtesse de B... à qui il est adressé.
Début :
Scavant Abbé, la haute estime, [...]
Mots clefs :
Panneau
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texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION du Logogryphe du Mercure de Janvier, au nom de la Comtesse de B... à qui il est adressé.
EXPLICATION du Logogryphe
du Mercure de Janvier , au nom de la
Comteffe de B... à qui il eft adreffé..
Scavant
Cavant Abbé , la haute eftime ,
Que vous avez de mon habileté ,
Eft un nouveau feu qui m'anime
A dévoiler la verité ,
1.'
Que cherche à cacher votre Rime ,,
Sous une vaine obfcurité.
Je veux , par un effort infigne ,
Me faire aujourd'hui croire digne ,
De l'éloge pompeux que vous faites de moi .
En vain , pour votre honneur , vous voulez que
j'hélite ,
C'eft un détour de Sphinx & qu'il faut que j'évite ..
Edipe des Thébains n'eût jamais été Roi ,
Il auroit rencontré fa perte inévitable ,
S'il avoit pû donner dans un panneau ſemblable.
du Mercure de Janvier , au nom de la
Comteffe de B... à qui il eft adreffé..
Scavant
Cavant Abbé , la haute eftime ,
Que vous avez de mon habileté ,
Eft un nouveau feu qui m'anime
A dévoiler la verité ,
1.'
Que cherche à cacher votre Rime ,,
Sous une vaine obfcurité.
Je veux , par un effort infigne ,
Me faire aujourd'hui croire digne ,
De l'éloge pompeux que vous faites de moi .
En vain , pour votre honneur , vous voulez que
j'hélite ,
C'eft un détour de Sphinx & qu'il faut que j'évite ..
Edipe des Thébains n'eût jamais été Roi ,
Il auroit rencontré fa perte inévitable ,
S'il avoit pû donner dans un panneau ſemblable.
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Résumé : EXPLICATION du Logogryphe du Mercure de Janvier, au nom de la Comtesse de B... à qui il est adressé.
Un individu adresse un logogryphe à la Comtesse de B... pour révéler la vérité cachée dans un poème. L'auteur refuse de se laisser tromper, comparant la situation à celle d'Œdipe. Il affirme que la rime du poème dissimule une réalité qu'il souhaite dévoiler, malgré les efforts de l'Abbé pour maintenir l'obscurité.
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2688
p. 532-534
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis le nom de plus d'une Beauté, [...]
Mots clefs :
Marianne
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
E fuis le nom de plus d'une Beauté ,
D'une fur tout dans l'Hiſtoire fameuſe ,;
Et.
MAR S. 1730. 533
Et qu'un excès de cruauté ,
Rendit encor plus malheureuſe.
Si vous preniez ma premiere moitié ,
Je devrois infpirer la plus tendre amitié ,
Et je ne fçais par quel fort déplorable ,
Le plus fouvent je fuis defagréable .
Mais de-là retranchant un pié ,
Auffi- tôt je deviens aimable ,
Et par tout en un certain jour ,
L'on celebre mon doux retour ;
Alors , fi du milieu vous me faites la tête ,
Il n'eſt petit ni grand , qui ne cherche à m'avoir,
Le plus cruel même s'apprête ,.
A me bien recevoir ;:
Cette tête coupée , il eft très - peu de Fête ,
Où je ne fois utile étant avec mes Soeurs ;;
N'ôtant que le milieu , je fuis par les douleurs ,
Ou par quelque ſurpriſe ,;
Subitement produit ;;
Ou fi fans rien ôter , on me tourne & déguife ,
On voit que de ma langue on voudroit être inf
truit.
Ma feconde partie eft un nom refpectable ,,
Communement du Sexe feminin ,
Porté pourant par un fameux coupable
Digne d'être abhorré de tout le genre humain :-
Otez un de fes pieds , un animal vous reſte.
One
$34 MERCURE DE FRANCE .
Que ma tête , foit chef de ma derniere part ,
Et je deviens un don celeſte.
Ajoûtant ma queue avec art ,
A ma moitié premiere ;
Je fuis connue au bout de l'Univers ,
Et refpectée aux Cieux , fur la Terre, aux Enfers.
Ma voyelle derniere ,
Ajoûtée à ma tête , en lui donnant pour col ,
Ma Lettre quatriéme ,
Pour tête ma troifiéme ,
Celui-là que j'occupe eft tancé d'être fol :
Otez ma tête avec ma pénultiéme ,
Sur la Scene fouvent , expofant mes malheurs ,
A mon trifte deftin l'on a donné des pleurs .
Enfin dans moi l'on trouve une illuftre Romaine,
De tréfor une fource , un Prince , un Element ,
Une pierre , un pronom , l'ennemi d'une Reine ,
Qui reçut de fon crime un jufte châtiment ,
Une Riviere , un Verbe , un Adjectif encore ;
Et bien plus d'un Amant ,
Y trouvera le nom de celle qu'il adore.
E fuis le nom de plus d'une Beauté ,
D'une fur tout dans l'Hiſtoire fameuſe ,;
Et.
MAR S. 1730. 533
Et qu'un excès de cruauté ,
Rendit encor plus malheureuſe.
Si vous preniez ma premiere moitié ,
Je devrois infpirer la plus tendre amitié ,
Et je ne fçais par quel fort déplorable ,
Le plus fouvent je fuis defagréable .
Mais de-là retranchant un pié ,
Auffi- tôt je deviens aimable ,
Et par tout en un certain jour ,
L'on celebre mon doux retour ;
Alors , fi du milieu vous me faites la tête ,
Il n'eſt petit ni grand , qui ne cherche à m'avoir,
Le plus cruel même s'apprête ,.
A me bien recevoir ;:
Cette tête coupée , il eft très - peu de Fête ,
Où je ne fois utile étant avec mes Soeurs ;;
N'ôtant que le milieu , je fuis par les douleurs ,
Ou par quelque ſurpriſe ,;
Subitement produit ;;
Ou fi fans rien ôter , on me tourne & déguife ,
On voit que de ma langue on voudroit être inf
truit.
Ma feconde partie eft un nom refpectable ,,
Communement du Sexe feminin ,
Porté pourant par un fameux coupable
Digne d'être abhorré de tout le genre humain :-
Otez un de fes pieds , un animal vous reſte.
One
$34 MERCURE DE FRANCE .
Que ma tête , foit chef de ma derniere part ,
Et je deviens un don celeſte.
Ajoûtant ma queue avec art ,
A ma moitié premiere ;
Je fuis connue au bout de l'Univers ,
Et refpectée aux Cieux , fur la Terre, aux Enfers.
Ma voyelle derniere ,
Ajoûtée à ma tête , en lui donnant pour col ,
Ma Lettre quatriéme ,
Pour tête ma troifiéme ,
Celui-là que j'occupe eft tancé d'être fol :
Otez ma tête avec ma pénultiéme ,
Sur la Scene fouvent , expofant mes malheurs ,
A mon trifte deftin l'on a donné des pleurs .
Enfin dans moi l'on trouve une illuftre Romaine,
De tréfor une fource , un Prince , un Element ,
Une pierre , un pronom , l'ennemi d'une Reine ,
Qui reçut de fon crime un jufte châtiment ,
Une Riviere , un Verbe , un Adjectif encore ;
Et bien plus d'un Amant ,
Y trouvera le nom de celle qu'il adore.
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2689
p. 534-535
PREMIERE ENIGME.
Début :
Mon Commerce est très-innocent, [...]
Mots clefs :
Flûte allemande
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PREMIERE ENIGME.
PREMIERE ENIGME.
Mon Commerce eft très-innocent ,
Ma conquête pourtant n'eft pas des plus faciles ;
Il faut du goût & du talent,
Sans
MARS. 1730
538
Sans quoi les foins font inutiles.
Que je fois belle ou non , c'eft fort indifferent.
Celui de qui je deviens favorite ,
Dans ma feule bonté trouve tout mon mérite
Et fans elle il ne peut , au gré de fes defirs ,
Triompher avec moi , ni gouter des plaifirs.
Pour que je fois & fenfible & touchante ,
Il faut fans hefiter ,
Me careffer, me baifer , me flatter ,
Nulle autre chofe ne me tente.
Je fuis douce & conftante , & je donne la loi¹,
A ceux qui dans leurs jeux veulent s'unir à moi¿
Mon Commerce eft très-innocent ,
Ma conquête pourtant n'eft pas des plus faciles ;
Il faut du goût & du talent,
Sans
MARS. 1730
538
Sans quoi les foins font inutiles.
Que je fois belle ou non , c'eft fort indifferent.
Celui de qui je deviens favorite ,
Dans ma feule bonté trouve tout mon mérite
Et fans elle il ne peut , au gré de fes defirs ,
Triompher avec moi , ni gouter des plaifirs.
Pour que je fois & fenfible & touchante ,
Il faut fans hefiter ,
Me careffer, me baifer , me flatter ,
Nulle autre chofe ne me tente.
Je fuis douce & conftante , & je donne la loi¹,
A ceux qui dans leurs jeux veulent s'unir à moi¿
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2690
p. 535
DEUXIÈME ENIGME.
Début :
L'Amour le plus souvent me donne la naissance, [...]
Mots clefs :
Soupir
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texteReconnaissance textuelle : DEUXIÈME ENIGME.
DEUXIE' ME ENIGME.
L'Amou
'Amour le plus fouvent me donne la naiffance,
D'autrefois je fuis fils de chagrin & d'ennui ,
J'expire d'ordinaire après la jouiffance
Du bien qui m'attiroit à lui :
Quand réciproquement mon empire s'exerce ,
Au milieu d'un tendre commerce ,
Il n'en peut réfulter qu'un gracieux Tableau :
Loin de toucher , mal placé , je fais rire ,
Mais de moi l'on ne peut pas dire ,
Meffieurs , au dernier le beau ,
Car quiconque en eft là , n'eft pas bien dans fa
peau.
Dubruit de Charville.
L'Amou
'Amour le plus fouvent me donne la naiffance,
D'autrefois je fuis fils de chagrin & d'ennui ,
J'expire d'ordinaire après la jouiffance
Du bien qui m'attiroit à lui :
Quand réciproquement mon empire s'exerce ,
Au milieu d'un tendre commerce ,
Il n'en peut réfulter qu'un gracieux Tableau :
Loin de toucher , mal placé , je fais rire ,
Mais de moi l'on ne peut pas dire ,
Meffieurs , au dernier le beau ,
Car quiconque en eft là , n'eft pas bien dans fa
peau.
Dubruit de Charville.
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2691
p. 567-569
COUPLETS.
Début :
Ce n'est point à la Trompette, [...]
Mots clefs :
Naissance du Dauphin, Dauphin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COUPLETS.
COUPLETS.
CE n'eft point à la
Trompette
A chanter notre Dauphin ,
C'eſt à vous , tendre Muſette ;
Chantez fon heureux deftin.
Sorti du plus beau Sang du Monde ,
Il nous promet un Héros ;
Né dans la paix la plus profonde ,
Il nous annonce le
repos.
Refrein.
Chantez , chantez , tendre Mufette
Notre bonheur & fon deftin.
Qu'après vous , l'écho répete ;
Vive , vive notre Dauphin.
柒
Dans les jours de fa colere ;
Le Ciel nous avoit punis ;
568 MERCURE DE FRANCE,
Sa main jufte , mais fevere ,
Avoit moiffonné nos Lys .
Par un retour de la clémence ,
Le Ciel à feché nos pleurs ;
Donner un Dauphin à la France ,
C'eft réparer tous nos malheurs.
Chantez , chantez , &c .
2
Tout Peuple , à l'envi , celebre
Le fort du Dauphin nouveau
Par divers prodiges l'Ebre
Vient éclairer fon Berceau.
Sur cet Enfant le Tibre arrête
Ses plus amoureux regards ,
Et pour lui fe met plus en fête ,
Qu'à la naiffance des Cefars ,
Chantez , chantez , &c.
Venez , aimable Jeuneſſe ,
Témoigez-lui votre amour ;
Notre âge nous intereffe
A lui faire notre cour.
Tous doivent chanter fa Naiffance
Le Dauphin eft né pour tous.
Moins éloignez de fon Enfance ,
Il eft encor plus né pour nous.
Chantez , chantez , &c.
Dans
MARS. 1730. 559
*
Dans ce jour qui nous rappelle
La Naiffance de Louis ,
Faifons voir un même zele ,
Pour le Pere & pour le Fils.
L'un fans prendre en main fon Tonnerre ;
A furpaffé les Vainqueurs ;
L'autre fans regner fur la Terre ,
Regne en naiffant fur tous les coeurs.
Chantez , chantez, tendre Muſette ,
Notre bonheur & leur deftin ;
Qu'après vous l'Echo repete ,
Vive Louis & fon Dauphin.
>
* Cette petite Fête Paſtorale ſe donna le 【e.
Février , jour de la Naiſſance du Roi. Réciterent
les Idles , André de Creil , Louis de Maupeou
de Bruyeres , Eugene Blondel d'Aubert
Vincent Maynon. Chants. Chantala Mufette ,
Louis Marie de la Salle . Accompagnérent avec
des Inftrumens de Mufique , Gabriël de Trellon,
Michel Larcher , Pierre Couet.
CE n'eft point à la
Trompette
A chanter notre Dauphin ,
C'eſt à vous , tendre Muſette ;
Chantez fon heureux deftin.
Sorti du plus beau Sang du Monde ,
Il nous promet un Héros ;
Né dans la paix la plus profonde ,
Il nous annonce le
repos.
Refrein.
Chantez , chantez , tendre Mufette
Notre bonheur & fon deftin.
Qu'après vous , l'écho répete ;
Vive , vive notre Dauphin.
柒
Dans les jours de fa colere ;
Le Ciel nous avoit punis ;
568 MERCURE DE FRANCE,
Sa main jufte , mais fevere ,
Avoit moiffonné nos Lys .
Par un retour de la clémence ,
Le Ciel à feché nos pleurs ;
Donner un Dauphin à la France ,
C'eft réparer tous nos malheurs.
Chantez , chantez , &c .
2
Tout Peuple , à l'envi , celebre
Le fort du Dauphin nouveau
Par divers prodiges l'Ebre
Vient éclairer fon Berceau.
Sur cet Enfant le Tibre arrête
Ses plus amoureux regards ,
Et pour lui fe met plus en fête ,
Qu'à la naiffance des Cefars ,
Chantez , chantez , &c.
Venez , aimable Jeuneſſe ,
Témoigez-lui votre amour ;
Notre âge nous intereffe
A lui faire notre cour.
Tous doivent chanter fa Naiffance
Le Dauphin eft né pour tous.
Moins éloignez de fon Enfance ,
Il eft encor plus né pour nous.
Chantez , chantez , &c.
Dans
MARS. 1730. 559
*
Dans ce jour qui nous rappelle
La Naiffance de Louis ,
Faifons voir un même zele ,
Pour le Pere & pour le Fils.
L'un fans prendre en main fon Tonnerre ;
A furpaffé les Vainqueurs ;
L'autre fans regner fur la Terre ,
Regne en naiffant fur tous les coeurs.
Chantez , chantez, tendre Muſette ,
Notre bonheur & leur deftin ;
Qu'après vous l'Echo repete ,
Vive Louis & fon Dauphin.
>
* Cette petite Fête Paſtorale ſe donna le 【e.
Février , jour de la Naiſſance du Roi. Réciterent
les Idles , André de Creil , Louis de Maupeou
de Bruyeres , Eugene Blondel d'Aubert
Vincent Maynon. Chants. Chantala Mufette ,
Louis Marie de la Salle . Accompagnérent avec
des Inftrumens de Mufique , Gabriël de Trellon,
Michel Larcher , Pierre Couet.
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Résumé : COUPLETS.
Le poème célèbre la naissance du Dauphin, fils du roi de France, en invitant la musette à chanter son bonheur et son destin heureux. Le Dauphin, issu du 'plus beau Sang du Monde', est annoncé comme un héros prometteur de paix. Le refrain répète l'invitation à chanter ces thèmes. La France, autrefois punie par le Ciel, voit ses malheurs réparés par cette naissance. Divers prodiges et fleuves, comme l'Èbre et le Tibre, célèbrent cet événement. La jeunesse est encouragée à témoigner son amour au Dauphin, né pour tous et particulièrement pour les jeunes. Le poème conclut par une célébration conjointe du roi Louis et de son fils, soulignant que le roi a surpassé les vainqueurs sans prendre en main son tonnerre, et que le Dauphin règne déjà sur les cœurs à sa naissance. La fête pastorale a eu lieu en février, jour de la naissance du roi, et a été récitée par plusieurs personnes, accompagnée de chants et d'instruments de musique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2692
p. 569-576
Tragedie de Callisthene, [titre d'après la table]
Début :
Les Comediens François ont cessé les Représentations de la Tragedie de Callisthene ; M. Piron [...]
Mots clefs :
Callisthène, Coeur, Rival, Auteur, Soeur, Vainqueur, Amour, Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tragedie de Callisthene, [titre d'après la table]
Les Comediens François ont ceffé les Repréfentations
de la Tragedie de Callifthene ; M. Piqui
en eft l'Auteur , avoit donné l'année
derniere une Comédie en cinq Actes , fous le titre
des Fils Ingrats , & avoit fait juger par la
force de fa verfification , qu'il étoit en état de
chauffer le Cothurne, quand il lui plairoit.Nos efperances
n'ont point été trompées; Callifthene eſt
rempli d'une infinité de Vers des plus forts & des
plus nerveux qu'on ait encore entendus fur leThéa
tre François. La premiere Repréfentation fut tu-
Gij multueufe
570 MERCURE DE FRANCE .
multueufe , comme il arrive affez fouvent ; la
conftitution de la Fable ne fit pas tout le plaifir
auquel on s'étoit attendu ; mais les gens équitables
n'en attribuerent la faute qu'au fujet qui n'eft
pas fufceptible d'une action fort intereffante ; ce
contretemps n'empêcha pas qu'on ne rendît juftice
à la main de l'Ouvrier , & qu'on n'y revint
le lendemain en grand concours , pour y entendre
une feconde fois ce qu'on y avoit trouvé
d'admirable, ce qui continua avec le même fuccès.
Le Lecteur s'attend à en trouver un Extrait ici ,
mais n'ayant pas affez vû la Piece pour le pouvoir
donner tel que nous fouhaiterions , nous
nous contenterons d'en donner une espece d'Argument
, nous réſervant d'en mieux détailler les
beautez quand la Piece aura été imprimée.
Callifthene étoit un Philofophe Lacédémonien,
qu'Alexandre le Grand attacha auprès de fa Perfonne
& pour lequel il eut toûjours une confideration
qui alloit jufqu'au refpect . Ce Spartiate,
pour qui le nom de Conquerant n'avoit pas un
grand attrait , ne laiffa pas d'approuver les premiers
Exploits d'Alexandre , contre les Perfans ;
c'étoit une douce confolation pour lui de voir
porter le fer & la flamme chez des Peuples qui les
avoient fi fouvent portez dans le fein de ſa Patrie
& par toute la Grece ; mais la Perſe étant détruite
, il trouva mauvais que le Vainqueur voulût
défoler le refte du monde , il lui repréſenta
qu'il devoit s'en tenir à fes premieres conquêtes ;
bien plus , Alexandre , fe difant fils de Jupiter &
voulant que toute fon Armée l'honorât de ce
titre glorieux , qui devoit contribuer à rendre fes
Soldats d'autant plus courageux qu'ils croiroient
leur Chef invincible ; Callifthene lui refufa ce
nom , & lui fit entendre qu'une telle impofture
'alloit qu'à le deshonorer.
Cette
MARS. 1720. 571
Cette derniere circonftance fait tout le fujet de
la Tragedie , & femble dégrader Alexandre. Il eft
vrai que ce n'eft point là le feul crime dont ce
Roi irrité accufe Callifthene. C'est pour avoir
trempé dans la conjuration d'Hermolaus , qu'il
veut le faire mourir dès le premier Acte ; mais
Lifimachus prénd fi bien fa deffenſe , qu'Alexandre
eft forcé d'avouer à ce dernier , qu'aucun des
Conjurez n'a déclaré fon ami complice . Il promet
non-feulement de lui rendre la liberté , mais
de le combler de bienfaits , pourvû qu'il foit plus
retenu dans fes paroles & moins auftere dans fes
moeurs ; il n'ofe lui dire qu'il feroit parfaitement
réconcilié avec lui, s'il confentoit qu'on l'appellât
fils de Jupiter.
La promeffe qu'Alexandre a faite à Lifimachus
de rendre la vie & la liberté à Callifthene , n'empêche
pas qu'il ne tremble pour les jours ; il y
prend trop d'interêt pour être fans crainte , &
cet interêt eft d'autant plus vif , qu'il agit nonfeulement
en Ami , mais en Amant ; il a vú la
foeur de Callifthene à Sparte , il l'a aimée , &
c'eft ce qui lui rend les jours du frere encore plus
chers ; Plutarque fait de ce même Lifimachas un
des plus ardents accufateurs du frere de Leonide
, ( c'eft le nom que l'Auteur donne à la foeur
du Heros de fa Tragedic; ) on voit bien que ce
n'eft que malgré lui qu'il a mis de l'amour dans
fa Piece , & que Léonide eft un Perfonnage dont
il auroit pû fe paffer , puifqu'elle ne fait rien que
Callifthene ne pût faire. Anaxarque,ennemi mortel
de Callifthene & flatteur d'Alexandre , n'avoit
pas befoin d'être Amant pour être Rival de Lifimachus
; la feule ambition étoit plufque fuffifante
pour les rendre jaloux l'un de l'autre.
Anaxarque eft un de ces perfonnages odieux ,
qui ne font jamais agréables aux Spectateurs ,
Giij quel372
MERCURE DE FRANCE.
quelques beaux Vers qu'un Auteur leur mette
dans la bouche , en effet , rien n'eft mieux écrit, ni
plus également tourné que la defcription que
fait Anaxarque des Jeux des filles & des femmes
Spartiates , dont la foeur de Callifthene étoit le
principal ornement , & dont il devint éperdument
amoureux , fans qu'il fçût de qui elle avoit
reçû le jour. Anaxarque s'exprime ainfi :
'Apprenez feulement comme au fond de mon
coeur '
pas ;
L'Amour le plus ardent lança le Trait vainqueur,
Quand de Perfépolis méditant la conquête ,
Tous les Grecs eurent mis Alexandre à leur tête :
Pour moi qui de fa part au bord de l'Euròtas ,
Mandiai des fecours que nous n'obtinmes
Le jour que je quittai cette Ville orgueilleuse ,
Que les Loix de Lucurgue ont rendu fi fameufe;
La Jeuneffe intrépide y celebroit des Jeux ,
Dont le Prix difputé refte au plus courageux.
Je m'approchai du Cirque, & j'y vis la Vaillance,
Par la témerité , s'annoncer dès l'enfance,
J'admirai quelque temps les Eleyes de Mars ;
Mais un plus beau Spectacle attachoit mes regards
;
La plus tendre moitié de l'efpoir des familles ,
Tout ce que Sparte avoit de rare entre fes filles ;
La Couronne à la main , affiftant au combat ,
Y brilloient à l'envi du plus naïf éclat.
On veut être invincible aux yeux de ce qu'on aime;
Et de Licurgue ainfi la ſageſſe ſuprême ,
Voulut
MAR S. 1730. 573
Voulut que la Beauté triomphant en ce jour ,
Allumât le couragé en infpirant l'amour.
D'inutiles atours ne brilloient point fur elles
Le luxe eût avili leurs graces naturelles ;
La fimple modeftie étoit leur vêtement ,
Et l'aimable pudeur leur unique ornement.
Quelle ame à cet aſpect ne ſe fût
Parmi cent beaux objets où s'égaroiť ma vûë
J'en vis un , qui bientôt fixa par
pas
émuë !
fes attraits ,
Mes yeux pour un moment & mon coeur pour
jamais.
" Celle qu'au même lieu ramenerent nos armes
La fille de Tindare , Helene cut moins de charmes.
Plein d'un feu juſqu'alors à mon coeur inconnu ,
Surpris , frappé , ravi , sien né m'eût retenu.
J'allois fendant la preffe , en Amant témeraire ,
Par un aveu public l'offenfer ou lui plaire.
Quand du Peuple attentif la fondaine clameur
Marqua la fin des Jeux par le nom du Vainqueur.
La foule fe difperfe & m'entraîne avec elle ;
Aux foins d'un prompt retour mon devoir me
rappelle ,
J'y pourvois, & je pars fans pouvoir être inſtruit.
Du nom de la Beauté dont l'image me fuit.
J'efperois Feffacer , mais , Dieux ! qui l'eût på
croire !
Le temps de plus en plus la grave en ma mémoire
G iiij
Plus
374 MERCURE DE FRANCE :
Plus je veux l'oublier , plus je crois la revoir."
L'abſence , la raiſon , juſqu'à mon peu d'eſpoir ;
Tout eft un aliment au feu qui me confume.
Ce feu plus que jamais , aujourd'hui ſe rallume ;
Et je retourne enfin , loin qu'il foit amorti
Plus amoureux cent fois que je ne fuis parti
"
Ce ne font pas là les feuls Vers , à beaucoup
près , que nous aurions voulu apprendre par
coeur , pour en faire part au Lecteur.
Leonide touchée du péril qui menace les jours
de fon frere , arrive dès le ſecond Acte ; mais
ce n'eft que dans le quatrième qu'Anaxarque apprend
que Lifimachus eft fon Rival , & Rival
aimé , il efpere pourtant fe rendre heureux &
arracher Léonide à Lifimachus par la faveur
d'Alexandre , qu'il efpere de fe rendre favorable
en flattant la paffion dominante qu'il a de paffer
pour fils de Jupiter ; voici comment il s'y prend :
Alexandre s'étant réconcilié avec Callifthene
& lui ayant promis de lui rendre toute fa confiance
, affemble fes Lieutenans Generaux , & leur
déclare en preſence de Callifthene , qu'il ne veut
pas languir dans un repos fatal à ſa gloire , &
qu'il prétend que fes conquêtes n'ayent point
d'autres bornes que celles du monde ; encore
voudroit- il qu'il y en eût plufieurs à conquerir.
Après une très-belle tirade qui met fon ambition
dans fon plus grand jour , il fe retire . C'eſt delà
qu'Anaxarque prend occafion de dire qu'un Mortel
ne feroit pas capable de former un projet fi
grand & digne des plus grands Dieux ; & qu'ils
ne doivent plus balancer à lui dreffer des Autels ,
& à l'adorer comme fils de Jupiter. Callifthene
ne peut entendre çe blafphême fans frémir ; il
s'cmMARS.
1730. 575
s'emporte contre Anaxarque ; Lifimachus le feconde
, & tous les autres Chefs témoignent leur
indignation par les regards qu'ils jettent fur Anaxarque
; ce dernier fait entendre à Callifthene ,
avec qui il refte feul, qu'il ne doit pas efperer qu'Alexandre
lui pardonne ce dernier crime ; il lui
offre en même-temps de faire fa paix avec ce
Roi irrité , à condition qu'il l'acceptera pour
Gendre ; Callifthene ne daigne pas lui répondre
un feul mot , & le quitte avec le dernier mépris ,
ce qui acheve de déterminer Anaxarque à le perdre
avec fon Rival .
Alexandre inftruit par Anaxarque de tout ce qui
s'eft paffé , en parle à Callifthene avec beaucoup
d'aigreur ; il a la foibleffe de lui avouer qu'Anaxarque
n'a rien dit que par fon ordre exprès ;
il ordonne à Callifthene de le reconnoître pour
fils de Jupiter , ou de fe réfoudre à mourir. Callifthene
choifit le filence & la mort.
Alexandre jure de perdre cet ennemi prétendu
de fa gloire ; il ordonne à Léonide de fe préparer
à époufer Anaxarque ; Léonide le traite avec le
mépris le plus marqué , qui eft l'ironie.
Voila à peu près ce qui fe paffe dans les quatre
premiers Actes de la Tragedie de Callifthene .
Dans le cinquième , Lifimachus ayant tué Anaxarque
, Alexandre , pour venger la mort de cet
indigne Favori , condamne fon Meurtrier à combattre
un Lion dans une efpece de Cirque. La
victoire que Lifimachus fur un fi terri- remporta
ble ennemi , eft un trait d'Hiſtoire ; mais on n'a
pas trouvé qu'un pareil évenement fût bien néceffaire
pour remplir un cinquiéme Acte , ne
pouvant produire tout au plus qu'un coup dè
furpriſe momentanée , en voyant rentrer für la
Scene un Acteur qu'on vient d'annoncer pour
• mort ; encore ne reffufcite- t-il que pour apporter
G v te
$76 MERCURE DE FRANCE.
le fecours d'un poignard à Callifthene , pour le
Lauver d'un indigne & long efclavage . Callifthene
fe plonge ce poignard dans le coeur en preſence
d'Alexandre , qui en témoigne un tardifrepentir.
Au refte , fi nous avons groffi cet Argument de
quelques Remarques , nous les avons recueillies
du Public ; bien entendu que nous laiffons nes
Lecteurs dans une pleine liberté de les adopter ou
de les rejetter. Ce que nous venons de dire n'empêche
pas que l'Auteur de Calliftene ne ſoit en
état d'égaler nos meilleurs Auteurs Dramatiques.
par ce génie mâle , qui s'eft dévelopé dès fes
premiers Ouvrages ; & par le vrai qui regne dans .
fes maximes, de forte qu'on pourroit avec juftice
lui appliquer ces Vers d'Horace.
.... Cui lecta potenter erit res , °
Necfacundia deferet hunc , nec lucidus ordo
de la Tragedie de Callifthene ; M. Piqui
en eft l'Auteur , avoit donné l'année
derniere une Comédie en cinq Actes , fous le titre
des Fils Ingrats , & avoit fait juger par la
force de fa verfification , qu'il étoit en état de
chauffer le Cothurne, quand il lui plairoit.Nos efperances
n'ont point été trompées; Callifthene eſt
rempli d'une infinité de Vers des plus forts & des
plus nerveux qu'on ait encore entendus fur leThéa
tre François. La premiere Repréfentation fut tu-
Gij multueufe
570 MERCURE DE FRANCE .
multueufe , comme il arrive affez fouvent ; la
conftitution de la Fable ne fit pas tout le plaifir
auquel on s'étoit attendu ; mais les gens équitables
n'en attribuerent la faute qu'au fujet qui n'eft
pas fufceptible d'une action fort intereffante ; ce
contretemps n'empêcha pas qu'on ne rendît juftice
à la main de l'Ouvrier , & qu'on n'y revint
le lendemain en grand concours , pour y entendre
une feconde fois ce qu'on y avoit trouvé
d'admirable, ce qui continua avec le même fuccès.
Le Lecteur s'attend à en trouver un Extrait ici ,
mais n'ayant pas affez vû la Piece pour le pouvoir
donner tel que nous fouhaiterions , nous
nous contenterons d'en donner une espece d'Argument
, nous réſervant d'en mieux détailler les
beautez quand la Piece aura été imprimée.
Callifthene étoit un Philofophe Lacédémonien,
qu'Alexandre le Grand attacha auprès de fa Perfonne
& pour lequel il eut toûjours une confideration
qui alloit jufqu'au refpect . Ce Spartiate,
pour qui le nom de Conquerant n'avoit pas un
grand attrait , ne laiffa pas d'approuver les premiers
Exploits d'Alexandre , contre les Perfans ;
c'étoit une douce confolation pour lui de voir
porter le fer & la flamme chez des Peuples qui les
avoient fi fouvent portez dans le fein de ſa Patrie
& par toute la Grece ; mais la Perſe étant détruite
, il trouva mauvais que le Vainqueur voulût
défoler le refte du monde , il lui repréſenta
qu'il devoit s'en tenir à fes premieres conquêtes ;
bien plus , Alexandre , fe difant fils de Jupiter &
voulant que toute fon Armée l'honorât de ce
titre glorieux , qui devoit contribuer à rendre fes
Soldats d'autant plus courageux qu'ils croiroient
leur Chef invincible ; Callifthene lui refufa ce
nom , & lui fit entendre qu'une telle impofture
'alloit qu'à le deshonorer.
Cette
MARS. 1720. 571
Cette derniere circonftance fait tout le fujet de
la Tragedie , & femble dégrader Alexandre. Il eft
vrai que ce n'eft point là le feul crime dont ce
Roi irrité accufe Callifthene. C'est pour avoir
trempé dans la conjuration d'Hermolaus , qu'il
veut le faire mourir dès le premier Acte ; mais
Lifimachus prénd fi bien fa deffenſe , qu'Alexandre
eft forcé d'avouer à ce dernier , qu'aucun des
Conjurez n'a déclaré fon ami complice . Il promet
non-feulement de lui rendre la liberté , mais
de le combler de bienfaits , pourvû qu'il foit plus
retenu dans fes paroles & moins auftere dans fes
moeurs ; il n'ofe lui dire qu'il feroit parfaitement
réconcilié avec lui, s'il confentoit qu'on l'appellât
fils de Jupiter.
La promeffe qu'Alexandre a faite à Lifimachus
de rendre la vie & la liberté à Callifthene , n'empêche
pas qu'il ne tremble pour les jours ; il y
prend trop d'interêt pour être fans crainte , &
cet interêt eft d'autant plus vif , qu'il agit nonfeulement
en Ami , mais en Amant ; il a vú la
foeur de Callifthene à Sparte , il l'a aimée , &
c'eft ce qui lui rend les jours du frere encore plus
chers ; Plutarque fait de ce même Lifimachas un
des plus ardents accufateurs du frere de Leonide
, ( c'eft le nom que l'Auteur donne à la foeur
du Heros de fa Tragedic; ) on voit bien que ce
n'eft que malgré lui qu'il a mis de l'amour dans
fa Piece , & que Léonide eft un Perfonnage dont
il auroit pû fe paffer , puifqu'elle ne fait rien que
Callifthene ne pût faire. Anaxarque,ennemi mortel
de Callifthene & flatteur d'Alexandre , n'avoit
pas befoin d'être Amant pour être Rival de Lifimachus
; la feule ambition étoit plufque fuffifante
pour les rendre jaloux l'un de l'autre.
Anaxarque eft un de ces perfonnages odieux ,
qui ne font jamais agréables aux Spectateurs ,
Giij quel372
MERCURE DE FRANCE.
quelques beaux Vers qu'un Auteur leur mette
dans la bouche , en effet , rien n'eft mieux écrit, ni
plus également tourné que la defcription que
fait Anaxarque des Jeux des filles & des femmes
Spartiates , dont la foeur de Callifthene étoit le
principal ornement , & dont il devint éperdument
amoureux , fans qu'il fçût de qui elle avoit
reçû le jour. Anaxarque s'exprime ainfi :
'Apprenez feulement comme au fond de mon
coeur '
pas ;
L'Amour le plus ardent lança le Trait vainqueur,
Quand de Perfépolis méditant la conquête ,
Tous les Grecs eurent mis Alexandre à leur tête :
Pour moi qui de fa part au bord de l'Euròtas ,
Mandiai des fecours que nous n'obtinmes
Le jour que je quittai cette Ville orgueilleuse ,
Que les Loix de Lucurgue ont rendu fi fameufe;
La Jeuneffe intrépide y celebroit des Jeux ,
Dont le Prix difputé refte au plus courageux.
Je m'approchai du Cirque, & j'y vis la Vaillance,
Par la témerité , s'annoncer dès l'enfance,
J'admirai quelque temps les Eleyes de Mars ;
Mais un plus beau Spectacle attachoit mes regards
;
La plus tendre moitié de l'efpoir des familles ,
Tout ce que Sparte avoit de rare entre fes filles ;
La Couronne à la main , affiftant au combat ,
Y brilloient à l'envi du plus naïf éclat.
On veut être invincible aux yeux de ce qu'on aime;
Et de Licurgue ainfi la ſageſſe ſuprême ,
Voulut
MAR S. 1730. 573
Voulut que la Beauté triomphant en ce jour ,
Allumât le couragé en infpirant l'amour.
D'inutiles atours ne brilloient point fur elles
Le luxe eût avili leurs graces naturelles ;
La fimple modeftie étoit leur vêtement ,
Et l'aimable pudeur leur unique ornement.
Quelle ame à cet aſpect ne ſe fût
Parmi cent beaux objets où s'égaroiť ma vûë
J'en vis un , qui bientôt fixa par
pas
émuë !
fes attraits ,
Mes yeux pour un moment & mon coeur pour
jamais.
" Celle qu'au même lieu ramenerent nos armes
La fille de Tindare , Helene cut moins de charmes.
Plein d'un feu juſqu'alors à mon coeur inconnu ,
Surpris , frappé , ravi , sien né m'eût retenu.
J'allois fendant la preffe , en Amant témeraire ,
Par un aveu public l'offenfer ou lui plaire.
Quand du Peuple attentif la fondaine clameur
Marqua la fin des Jeux par le nom du Vainqueur.
La foule fe difperfe & m'entraîne avec elle ;
Aux foins d'un prompt retour mon devoir me
rappelle ,
J'y pourvois, & je pars fans pouvoir être inſtruit.
Du nom de la Beauté dont l'image me fuit.
J'efperois Feffacer , mais , Dieux ! qui l'eût på
croire !
Le temps de plus en plus la grave en ma mémoire
G iiij
Plus
374 MERCURE DE FRANCE :
Plus je veux l'oublier , plus je crois la revoir."
L'abſence , la raiſon , juſqu'à mon peu d'eſpoir ;
Tout eft un aliment au feu qui me confume.
Ce feu plus que jamais , aujourd'hui ſe rallume ;
Et je retourne enfin , loin qu'il foit amorti
Plus amoureux cent fois que je ne fuis parti
"
Ce ne font pas là les feuls Vers , à beaucoup
près , que nous aurions voulu apprendre par
coeur , pour en faire part au Lecteur.
Leonide touchée du péril qui menace les jours
de fon frere , arrive dès le ſecond Acte ; mais
ce n'eft que dans le quatrième qu'Anaxarque apprend
que Lifimachus eft fon Rival , & Rival
aimé , il efpere pourtant fe rendre heureux &
arracher Léonide à Lifimachus par la faveur
d'Alexandre , qu'il efpere de fe rendre favorable
en flattant la paffion dominante qu'il a de paffer
pour fils de Jupiter ; voici comment il s'y prend :
Alexandre s'étant réconcilié avec Callifthene
& lui ayant promis de lui rendre toute fa confiance
, affemble fes Lieutenans Generaux , & leur
déclare en preſence de Callifthene , qu'il ne veut
pas languir dans un repos fatal à ſa gloire , &
qu'il prétend que fes conquêtes n'ayent point
d'autres bornes que celles du monde ; encore
voudroit- il qu'il y en eût plufieurs à conquerir.
Après une très-belle tirade qui met fon ambition
dans fon plus grand jour , il fe retire . C'eſt delà
qu'Anaxarque prend occafion de dire qu'un Mortel
ne feroit pas capable de former un projet fi
grand & digne des plus grands Dieux ; & qu'ils
ne doivent plus balancer à lui dreffer des Autels ,
& à l'adorer comme fils de Jupiter. Callifthene
ne peut entendre çe blafphême fans frémir ; il
s'cmMARS.
1730. 575
s'emporte contre Anaxarque ; Lifimachus le feconde
, & tous les autres Chefs témoignent leur
indignation par les regards qu'ils jettent fur Anaxarque
; ce dernier fait entendre à Callifthene ,
avec qui il refte feul, qu'il ne doit pas efperer qu'Alexandre
lui pardonne ce dernier crime ; il lui
offre en même-temps de faire fa paix avec ce
Roi irrité , à condition qu'il l'acceptera pour
Gendre ; Callifthene ne daigne pas lui répondre
un feul mot , & le quitte avec le dernier mépris ,
ce qui acheve de déterminer Anaxarque à le perdre
avec fon Rival .
Alexandre inftruit par Anaxarque de tout ce qui
s'eft paffé , en parle à Callifthene avec beaucoup
d'aigreur ; il a la foibleffe de lui avouer qu'Anaxarque
n'a rien dit que par fon ordre exprès ;
il ordonne à Callifthene de le reconnoître pour
fils de Jupiter , ou de fe réfoudre à mourir. Callifthene
choifit le filence & la mort.
Alexandre jure de perdre cet ennemi prétendu
de fa gloire ; il ordonne à Léonide de fe préparer
à époufer Anaxarque ; Léonide le traite avec le
mépris le plus marqué , qui eft l'ironie.
Voila à peu près ce qui fe paffe dans les quatre
premiers Actes de la Tragedie de Callifthene .
Dans le cinquième , Lifimachus ayant tué Anaxarque
, Alexandre , pour venger la mort de cet
indigne Favori , condamne fon Meurtrier à combattre
un Lion dans une efpece de Cirque. La
victoire que Lifimachus fur un fi terri- remporta
ble ennemi , eft un trait d'Hiſtoire ; mais on n'a
pas trouvé qu'un pareil évenement fût bien néceffaire
pour remplir un cinquiéme Acte , ne
pouvant produire tout au plus qu'un coup dè
furpriſe momentanée , en voyant rentrer für la
Scene un Acteur qu'on vient d'annoncer pour
• mort ; encore ne reffufcite- t-il que pour apporter
G v te
$76 MERCURE DE FRANCE.
le fecours d'un poignard à Callifthene , pour le
Lauver d'un indigne & long efclavage . Callifthene
fe plonge ce poignard dans le coeur en preſence
d'Alexandre , qui en témoigne un tardifrepentir.
Au refte , fi nous avons groffi cet Argument de
quelques Remarques , nous les avons recueillies
du Public ; bien entendu que nous laiffons nes
Lecteurs dans une pleine liberté de les adopter ou
de les rejetter. Ce que nous venons de dire n'empêche
pas que l'Auteur de Calliftene ne ſoit en
état d'égaler nos meilleurs Auteurs Dramatiques.
par ce génie mâle , qui s'eft dévelopé dès fes
premiers Ouvrages ; & par le vrai qui regne dans .
fes maximes, de forte qu'on pourroit avec juftice
lui appliquer ces Vers d'Horace.
.... Cui lecta potenter erit res , °
Necfacundia deferet hunc , nec lucidus ordo
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Résumé : Tragedie de Callisthene, [titre d'après la table]
Le texte relate la fin des représentations de la tragédie 'Callifthene' de M. Piqui, auteur déjà reconnu pour sa comédie 'Les Fils Ingrats'. La première de 'Callifthene' a suscité des réactions variées, mais les spectateurs ont apprécié la qualité des vers, ce qui a conduit à une affluence croissante lors des représentations suivantes. La pièce raconte l'histoire de Callifthene, un philosophe lacédémonien respecté par Alexandre le Grand. Callifthene approuve les premières conquêtes d'Alexandre contre les Perses mais désapprouve ses ambitions ultérieures. La tragédie se concentre sur le refus de Callifthene de reconnaître Alexandre comme fils de Jupiter, ce qui conduit à son procès pour trahison. Lisimachus, ami et amant de la sœur de Callifthene, Léonide, défend Callifthene. Anaxarque, ennemi de Callifthene et flatteur d'Alexandre, complique la situation par sa rivalité avec Lisimachus. La pièce se termine par la mort de Callifthene, qui se suicide après avoir été condamné par Alexandre. Lisimachus tue Anaxarque et survit à un combat contre un lion. Malgré quelques critiques sur la structure de la pièce, l'auteur est reconnu pour son talent et la vérité de ses maximes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2693
p. 580
EPITAPHE.
Début :
Cy git le corps mortel qu'empruntoit Melpomene, [...]
Mots clefs :
Adrienne Lecouvreur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITAPHE.
EPITAPHE.
CYgit le corps mortel qu'empruntoit Melpomene
,
Quand, fous le nom de Le Couvreur
Elle enchantoit fur notre Scene ,
Les yeux , & l'efprit & le coeur.
و د
M. Dalinval.
CYgit le corps mortel qu'empruntoit Melpomene
,
Quand, fous le nom de Le Couvreur
Elle enchantoit fur notre Scene ,
Les yeux , & l'efprit & le coeur.
و د
M. Dalinval.
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2694
p. 581
TOMBEAU. De Mlle Le Couvreur.
Début :
Que renferme, helas ! ce Tombeau ? [...]
Mots clefs :
Adrienne Lecouvreur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TOMBEAU. De Mlle Le Couvreur.
TOMBEA U.
De M Le Couvreur.
Ue renferme , helas ! ce Tombeau ?
Les Muſes y verfent des larmes
Les Amours y brifent leurs armes
Et l'éclairent de leur flambeau ;
C'eſt Le Couvreur qui de la Scene:
Formoit les plus touchans appas ,
Les Graces avant fon trépas.
Ne fuivoient plus que Melpomene..
De M Le Couvreur.
Ue renferme , helas ! ce Tombeau ?
Les Muſes y verfent des larmes
Les Amours y brifent leurs armes
Et l'éclairent de leur flambeau ;
C'eſt Le Couvreur qui de la Scene:
Formoit les plus touchans appas ,
Les Graces avant fon trépas.
Ne fuivoient plus que Melpomene..
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2695
p. 635-642
LES SEREINS, ou LA NAIVETÉ. CONTE.
Début :
Naïveté du Ciel nous est venuë, [...]
Mots clefs :
Naïveté, Serins, Ciel, Cage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES SEREINS, ou LA NAIVETÉ. CONTE.
LES SEREINSS
ou LA NAIVETE.
CONT E.
Aïveté du Ciel nous eft venue ,
Au Siecle d'or Dieu nous en fit un don,
De tous alors la Bonne étoit connuë
Onc pour un oui n'eût été dit un non ;
Elle charmoit par fa face ingenuë ,
De qui Nature étoit l'unique fard ;
A ij Comme
636 MERCURE DE FRANCE
Comme fa four ( a) fouvent elle alloit nuë ,
Où s'ajuftoit fimplement & fans art.
De fa douceur toute ame prévenue ,
N'eût på la voir fans un fecret tranfport
Langue qui foit ne fe fût retenue ,
En la voyant , de s'écrier d'abord ;
Naïveté du Ciel nous eft venue ;
Mais quand menfonge au difcours enchanteur ,
Eût pris les droits de Thémis & d'Aftrée
Siecle de fer enfanta maint flateur ,
Par qui Juftice étant adminiſtrée ,
Loin de la Cour , du fourbe ufurpateur
Naïveté fe vit tôt féqueftrée ;
Chacun farda fon viſage & fes dits ,
Au plus offrant toute ame fut venduë ,
Et nul ne fut criant comme jadis ;
Naïveté du Ciel eft défcenduë.
On l'éxila. L'homme , quoique peu fin ,
Vit qu'en fon lieu l'on avoit mis fallace , ( b)
Grand bruit en fut , peu la crurent ; enfin
Pour mieux tromper , Aftuce ( c ) prit fa place.
Qui non pas nuë ainfi que verité ,
Mais fous l'atour de la Naïveté ,
Dupa des Grands avec la Populace,
Naïveté pour obéir aux Loix.
(a) La Verité.
(b ) Fallacia , Tromperie groffiere.
(c) Aftutia , Tromperie fine.
L
AVRIL. 1730 .
637
Du fier vainqueur , au perfide langage ,
Les yeux en pleurs , fuit au travers des bois ,
Laffe , alterée , enfin preſque aux abois ,
On la reçoit dans un lointain Village ;
Elle
y
demeure avec gens à fon choix ,
Sans regretter le vain ſéjour des Rois :
Donc , quoiqu'ici nous la croyons perdue ,
Dans des Hameaux on la trouve par fois ;
Bergers encor chantent à haute voix :
Naïveté du Ciel eft defcendue.
Bergers pourtant ne font feuls heritiers
Des biens fans prix de la franche Déeffe ;
Chez les Bourgeois fe trouvent volontiers
Collateraux , mais grande n'eft l'efpèce :
Si quelqu'un d'eux nous fait voir ſon portrait
( Peinture à nous prefque autant deffenduë ,
Que nuditez , partant moins attenduë , )
Dabord diſons , beniffant chaque trait :
Naïveté du Ciel eſt deſcenduë.
Chez le Manant plus fouvent la voit - on ;
Preuve j'en tiens à qui loüange eft duë
Pour la montrer je quitte mon dictum :
Naïveté du Ciel eft defcendue ;
Et dis enfin prefque fur même ton ,
Fuyant de Cour la race empoifonnée ,
Naïveté s'eft aux Champs confinée.
Remi Richard, Marchand affez aifé.
Dans le Martigue avoit fon domicile ;
A iij
Claude
638 MERCURE DE FRANCE
Claude Croit- tout , Païfan peu rufé ,
D'un lieu voifin , fréquentoit à la Ville :
Le bon Pitaut , non encor déniaiſé ,
Rien n'y cherchoit qu'à gagner croix ou pile ;
Richard ayant quelque méchant procès ,
( Car pour de bons, je crois qu'il n'en eft guere, )
Pour avancer d'icelui le fuccès ,
Voulut graiffer la patte , à l'ordinaire,
Au Rapporteur dudit en la Cour d'Aix.
Deux Habitans des Iles Canaries , (a)
Furent choifis chez le meilleur Marchand ;
Onc on n'oüit Mufiques fi fleuries ;
Lully tout pur diftiloit de leur chant.
Fredons , fur tout , ornemens du ramage
De leurs goziers frôlant le doux plumage ,
Si tendrement l'oreille chatouilloient ,
Qu'on fe pâmoit fi -tôt qu'ils gazoüilloient.
Or l'embarras fut de trouver voiture ,,
Pour envoyer ce précieux ballot ,
Ballot craignant vent , cahots , chaud, froidure,
Le bon Richard pour envoi fi fallot ,
Jamais, je croi , n'avoit dreffé facture..
Tant y rêva , qu'enfin fut arrêté ,:
( Et franchement c'étoit un doux voyage , )
Que ledit couple en main feroit porté ,
Et que d'un voile on couvriroit la cage ,
Pour qu'en chemin ne fût épouvanté.
(a ) Deux Sereins.
Rona
AVRIL. 1730. 1730.639
>
Pour cet effet Richard cherchant un homme ,
En plein marché trouve Claude , & d'abord
Lui dit le fait , lui propofe une fomme ,
Puis plus , puis tant qu'enfin ils font d'accord.
Le Couple part ; s'il arrive à bon port ,
C'eft autre cas : plus bas on verra comme
Il en avint. Il chargea Claude encor ,
D'un mot d'écrit , & voici ce qu'en fomme
Portoit l'écrit. » Il vous plaira , Monfieur
» Avoir bon oeil fur ma petite affaire :
» Si je la gagne , à bon jeu , bon payeur ;
J'aurai le foin de vous bien fatisfaire ;
» En attendant , recevez du Porteur ,
» Les deux Sereins de la meilleure efpece ,
» Ils m'ont coûté quatre piſtoles piece ;
»Je fuis , Monfieur , votre humble ferviteur.
Claude , chargé de ce double meffage ,
Richard l'inftruit du foin qu'il doit avoir ,
Mets-les à l'air , dit-il , & fonge à voir ,
Avant dîner , s'il n'ont manque en leur cage
De graine ou d'eau , c'eft ton premier devoir ;
Puis , quand après voudras rentrer en marche
Recouvre-les , enfin fais de ton mieux ,
Car nul depuis l'ouverture de l'Arche ,
ѳa vû , je croi , couple fi précieux .
Claude promet plus qu'on ne lui demande ;
Et Dieu l'ayant de jambes bien monté ,
En peu de temps il fait traite affez grande ,
A iiij Malgré
646 MERCURE DE FRANCE
Malgré l'ardeur du flambeau de l'Eté .
Mais l'Aftre chaud lui cuiſant la cervelle ,
Sous des Tilleuls au bord d'un clair Ruiffeau
11 va faire alte , & fur l'herbe nouvelle ,
Fait table & lit au pied d'un Arbriffeau.
Auprès de lui le Couple au doux ramage ,
Eft mis à l'ombre , & d'un jugement clair ,
Croit- tout, au lieu de découvrir la cage ,
Ouvre la porte , afin qu'il ait de l'air';
Le grain & l'eau n'eft pas ce qui le touche
Son plus grand foin n'eft que pour le bétail ,
Son ventre alors importunant fa bouche ,
De fon biffac il tire pain , gourde , ail ,
Fromage auffi , mange , boit & fe couche ;
Mais cependant que ronfle le beneft ,
Un des Sereins qu'une branche effarouche ,
Sans demander à Claude s'il lui plaît ,
Sort de la cage & pourfuit une mouche ;
Pas ne la manque , & fur l'arbre voiſin ,
Va ſe percher pour manger à fon aife ;
Là le Petit trouvant quelque coufin ,
Chenille encore à ſon gout non mauvaiſe ,
Il s'en régale , appelle fon fecond ;
L'autre écoutant fuit la voix qui le guide ;
Claude fortant de fon fommeil profond ,
A fon réveil trouve la cage vuide ;
Il fe démene , il fiffle , il va , revient ,
Apperçoit l'un , l'appelle , le cajolle ;
L'OyAVRIL
1730. 641
L'Oyfeau l'attend , Croit-tout croit qu'il le tient,
Mais , lui plus près , l'Oiſeau malin s'envole
Puis avec l'autre il fait le même jeu ,
Tant que laffé d'une inutile courſe.
"
·
Le bon Croit tout commence à croire un peu :
Que les Sereins font perdus fans reffource.
Pourtant encor flatté d'un peu d'efpoir ,
Qu'ils reviendront d'eux-mêmes dans la cage,
Il fe recouche , il attend ; mais le foir
Chaffant le jour , lui fait plier bagage.
Etant déja plus d'amoitié chemin ,
Allons , dit-il toûjours porter la Lettre
Laiffons la cage , & peut- être demain ,
Sereins viendront d'eux-mêmes s'y remettre
Il part , arrive , & d'un coeur fatisfait
Au Rapporteur de la fufdite inftance ,
Il met en main la Lettre & fa Sentence
Sans ſe vanter du beau coup qu'il a fait.
Le Confeiller ayant lû cette Lettre ,
Dit au Porteur : » Richard peut ſe promettre
Que de ma part j'aurai foin du Procès ;
» Il peut dormir fans douter du fuccès ;
" La Cour fera bon droit fur fa Requête ;
Mais , notre ami , les Sereins que voici .
Où ? quels Sereins ? » deux Oifeaux , groffe bête
Lire fçais-tu ? tiens ; vois , ils font ici.
Comment , dit Claude , en avançant la tête ,
Pour regarder la Lettre de Remy ,
Av . Tous
642 MERCURE DE FRANCE
Tous deux font là ! pefte foit d'eux ! j'enrage ;
Ils m'ont tantôt preſque mis fur les dents
J'ai tant couru , qu'encore en fuis en nage ,
Mais tout va bien , puiſqu'ils font la dedans ;
Attendez-moi , je vais chercher la cage..
ou LA NAIVETE.
CONT E.
Aïveté du Ciel nous eft venue ,
Au Siecle d'or Dieu nous en fit un don,
De tous alors la Bonne étoit connuë
Onc pour un oui n'eût été dit un non ;
Elle charmoit par fa face ingenuë ,
De qui Nature étoit l'unique fard ;
A ij Comme
636 MERCURE DE FRANCE
Comme fa four ( a) fouvent elle alloit nuë ,
Où s'ajuftoit fimplement & fans art.
De fa douceur toute ame prévenue ,
N'eût på la voir fans un fecret tranfport
Langue qui foit ne fe fût retenue ,
En la voyant , de s'écrier d'abord ;
Naïveté du Ciel nous eft venue ;
Mais quand menfonge au difcours enchanteur ,
Eût pris les droits de Thémis & d'Aftrée
Siecle de fer enfanta maint flateur ,
Par qui Juftice étant adminiſtrée ,
Loin de la Cour , du fourbe ufurpateur
Naïveté fe vit tôt féqueftrée ;
Chacun farda fon viſage & fes dits ,
Au plus offrant toute ame fut venduë ,
Et nul ne fut criant comme jadis ;
Naïveté du Ciel eft défcenduë.
On l'éxila. L'homme , quoique peu fin ,
Vit qu'en fon lieu l'on avoit mis fallace , ( b)
Grand bruit en fut , peu la crurent ; enfin
Pour mieux tromper , Aftuce ( c ) prit fa place.
Qui non pas nuë ainfi que verité ,
Mais fous l'atour de la Naïveté ,
Dupa des Grands avec la Populace,
Naïveté pour obéir aux Loix.
(a) La Verité.
(b ) Fallacia , Tromperie groffiere.
(c) Aftutia , Tromperie fine.
L
AVRIL. 1730 .
637
Du fier vainqueur , au perfide langage ,
Les yeux en pleurs , fuit au travers des bois ,
Laffe , alterée , enfin preſque aux abois ,
On la reçoit dans un lointain Village ;
Elle
y
demeure avec gens à fon choix ,
Sans regretter le vain ſéjour des Rois :
Donc , quoiqu'ici nous la croyons perdue ,
Dans des Hameaux on la trouve par fois ;
Bergers encor chantent à haute voix :
Naïveté du Ciel eft defcendue.
Bergers pourtant ne font feuls heritiers
Des biens fans prix de la franche Déeffe ;
Chez les Bourgeois fe trouvent volontiers
Collateraux , mais grande n'eft l'efpèce :
Si quelqu'un d'eux nous fait voir ſon portrait
( Peinture à nous prefque autant deffenduë ,
Que nuditez , partant moins attenduë , )
Dabord diſons , beniffant chaque trait :
Naïveté du Ciel eſt deſcenduë.
Chez le Manant plus fouvent la voit - on ;
Preuve j'en tiens à qui loüange eft duë
Pour la montrer je quitte mon dictum :
Naïveté du Ciel eft defcendue ;
Et dis enfin prefque fur même ton ,
Fuyant de Cour la race empoifonnée ,
Naïveté s'eft aux Champs confinée.
Remi Richard, Marchand affez aifé.
Dans le Martigue avoit fon domicile ;
A iij
Claude
638 MERCURE DE FRANCE
Claude Croit- tout , Païfan peu rufé ,
D'un lieu voifin , fréquentoit à la Ville :
Le bon Pitaut , non encor déniaiſé ,
Rien n'y cherchoit qu'à gagner croix ou pile ;
Richard ayant quelque méchant procès ,
( Car pour de bons, je crois qu'il n'en eft guere, )
Pour avancer d'icelui le fuccès ,
Voulut graiffer la patte , à l'ordinaire,
Au Rapporteur dudit en la Cour d'Aix.
Deux Habitans des Iles Canaries , (a)
Furent choifis chez le meilleur Marchand ;
Onc on n'oüit Mufiques fi fleuries ;
Lully tout pur diftiloit de leur chant.
Fredons , fur tout , ornemens du ramage
De leurs goziers frôlant le doux plumage ,
Si tendrement l'oreille chatouilloient ,
Qu'on fe pâmoit fi -tôt qu'ils gazoüilloient.
Or l'embarras fut de trouver voiture ,,
Pour envoyer ce précieux ballot ,
Ballot craignant vent , cahots , chaud, froidure,
Le bon Richard pour envoi fi fallot ,
Jamais, je croi , n'avoit dreffé facture..
Tant y rêva , qu'enfin fut arrêté ,:
( Et franchement c'étoit un doux voyage , )
Que ledit couple en main feroit porté ,
Et que d'un voile on couvriroit la cage ,
Pour qu'en chemin ne fût épouvanté.
(a ) Deux Sereins.
Rona
AVRIL. 1730. 1730.639
>
Pour cet effet Richard cherchant un homme ,
En plein marché trouve Claude , & d'abord
Lui dit le fait , lui propofe une fomme ,
Puis plus , puis tant qu'enfin ils font d'accord.
Le Couple part ; s'il arrive à bon port ,
C'eft autre cas : plus bas on verra comme
Il en avint. Il chargea Claude encor ,
D'un mot d'écrit , & voici ce qu'en fomme
Portoit l'écrit. » Il vous plaira , Monfieur
» Avoir bon oeil fur ma petite affaire :
» Si je la gagne , à bon jeu , bon payeur ;
J'aurai le foin de vous bien fatisfaire ;
» En attendant , recevez du Porteur ,
» Les deux Sereins de la meilleure efpece ,
» Ils m'ont coûté quatre piſtoles piece ;
»Je fuis , Monfieur , votre humble ferviteur.
Claude , chargé de ce double meffage ,
Richard l'inftruit du foin qu'il doit avoir ,
Mets-les à l'air , dit-il , & fonge à voir ,
Avant dîner , s'il n'ont manque en leur cage
De graine ou d'eau , c'eft ton premier devoir ;
Puis , quand après voudras rentrer en marche
Recouvre-les , enfin fais de ton mieux ,
Car nul depuis l'ouverture de l'Arche ,
ѳa vû , je croi , couple fi précieux .
Claude promet plus qu'on ne lui demande ;
Et Dieu l'ayant de jambes bien monté ,
En peu de temps il fait traite affez grande ,
A iiij Malgré
646 MERCURE DE FRANCE
Malgré l'ardeur du flambeau de l'Eté .
Mais l'Aftre chaud lui cuiſant la cervelle ,
Sous des Tilleuls au bord d'un clair Ruiffeau
11 va faire alte , & fur l'herbe nouvelle ,
Fait table & lit au pied d'un Arbriffeau.
Auprès de lui le Couple au doux ramage ,
Eft mis à l'ombre , & d'un jugement clair ,
Croit- tout, au lieu de découvrir la cage ,
Ouvre la porte , afin qu'il ait de l'air';
Le grain & l'eau n'eft pas ce qui le touche
Son plus grand foin n'eft que pour le bétail ,
Son ventre alors importunant fa bouche ,
De fon biffac il tire pain , gourde , ail ,
Fromage auffi , mange , boit & fe couche ;
Mais cependant que ronfle le beneft ,
Un des Sereins qu'une branche effarouche ,
Sans demander à Claude s'il lui plaît ,
Sort de la cage & pourfuit une mouche ;
Pas ne la manque , & fur l'arbre voiſin ,
Va ſe percher pour manger à fon aife ;
Là le Petit trouvant quelque coufin ,
Chenille encore à ſon gout non mauvaiſe ,
Il s'en régale , appelle fon fecond ;
L'autre écoutant fuit la voix qui le guide ;
Claude fortant de fon fommeil profond ,
A fon réveil trouve la cage vuide ;
Il fe démene , il fiffle , il va , revient ,
Apperçoit l'un , l'appelle , le cajolle ;
L'OyAVRIL
1730. 641
L'Oyfeau l'attend , Croit-tout croit qu'il le tient,
Mais , lui plus près , l'Oiſeau malin s'envole
Puis avec l'autre il fait le même jeu ,
Tant que laffé d'une inutile courſe.
"
·
Le bon Croit tout commence à croire un peu :
Que les Sereins font perdus fans reffource.
Pourtant encor flatté d'un peu d'efpoir ,
Qu'ils reviendront d'eux-mêmes dans la cage,
Il fe recouche , il attend ; mais le foir
Chaffant le jour , lui fait plier bagage.
Etant déja plus d'amoitié chemin ,
Allons , dit-il toûjours porter la Lettre
Laiffons la cage , & peut- être demain ,
Sereins viendront d'eux-mêmes s'y remettre
Il part , arrive , & d'un coeur fatisfait
Au Rapporteur de la fufdite inftance ,
Il met en main la Lettre & fa Sentence
Sans ſe vanter du beau coup qu'il a fait.
Le Confeiller ayant lû cette Lettre ,
Dit au Porteur : » Richard peut ſe promettre
Que de ma part j'aurai foin du Procès ;
» Il peut dormir fans douter du fuccès ;
" La Cour fera bon droit fur fa Requête ;
Mais , notre ami , les Sereins que voici .
Où ? quels Sereins ? » deux Oifeaux , groffe bête
Lire fçais-tu ? tiens ; vois , ils font ici.
Comment , dit Claude , en avançant la tête ,
Pour regarder la Lettre de Remy ,
Av . Tous
642 MERCURE DE FRANCE
Tous deux font là ! pefte foit d'eux ! j'enrage ;
Ils m'ont tantôt preſque mis fur les dents
J'ai tant couru , qu'encore en fuis en nage ,
Mais tout va bien , puiſqu'ils font la dedans ;
Attendez-moi , je vais chercher la cage..
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Résumé : LES SEREINS, ou LA NAIVETÉ. CONTE.
Le texte 'Les Sérénissimes ou La Naïveté' explore l'évolution de la naïveté à travers les époques. À l'âge d'or, la naïveté était perçue comme un don céleste, valorisée pour sa sincérité et sa pureté. Elle était appréciée pour son innocence naturelle et son absence d'artifice. Cependant, avec l'avènement du 'siècle de fer', la flatterie et la tromperie ont pris le dessus, et la naïveté a été remplacée par la ruse et la duplicité. La véritable naïveté a été exilée, et l'astuce s'est dissimulée sous les traits de la naïveté pour mieux tromper. Malgré cette transformation, la naïveté persiste encore dans les villages et parmi les bergers, les bourgeois et les manants. Le texte illustre cette persistance à travers deux personnages : Remi Richard, un marchand, et Claude Croit-tout, un paysan. Richard, impliqué dans un procès, envoie deux sérins (oiseaux) à un rapporteur via Claude. Ce dernier, chargé de transporter les oiseaux, les perd en chemin après les avoir libérés par inadvertance. Malgré ses efforts pour les retrouver, Claude arrive finalement au tribunal sans les oiseaux. Le conseiller, après avoir lu la lettre de Richard, assure que le procès sera traité favorablement, mais remarque l'absence des sérins, ignorant que Claude les avait perdus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2696
p. 650-654
L'AMANT FIDELE Et malheureux. CANTATE. Mise en Musique par M. Bouvard, & dediée à Madame F...
Début :
N'étoit-ce point assez d'une si longue absence ? [...]
Mots clefs :
Amour, Coeur, Coeurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'AMANT FIDELE Et malheureux. CANTATE. Mise en Musique par M. Bouvard, & dediée à Madame F...
L'AMANT FIDELE
Et malheureux.
CANT AT E.
Mife en Mufique par M. Bouvard , &
dediée à Madame F ...
N'étoit- ce point affez d'une fi longue abſences
Falloit-il , inhumaine , y joindre le filence,
,
Tandis que Cupidon , fidele Meffager
Fendant les vaftes airs de fes rapides afles ,
Et fans ceffe chargé de tes cheres nouvelles ,
Dans ma vive douleur devoit me foulager.
Pour
AVRIL 1730. 653
Pour adoucir la violence
Des peines que caufe l'abſence
De la pointe de ſes traits ,
L'Amour traçant l'art d'écrire,
Aux Sujets de fon Empire ,
En apprit les premiers traits.
Par une magie innocente ,
Des Lettres la vertu puiſſante
Semble rapprocher deux coeurs ,
Et fait entrer ; à la place
Des noirs chagrins qu'elle chaffe,
Les plus flateufes douceurs.
Ingrate , je le vois , un feu de tant d'années
A ton coeur inconftant a paru trop
durer ,
Mais apprends
que l'amour
dans les ames bien
nées
S'affermit Par le tems au lieu de s'alterer.
Coulez , coulez avec viteffe ,
Triomphez , rapides jours
De la honteufe foibleffe
De la plupart des Amours ;
Vous ne fçauriez dans votre cours
Que faire honneur à ma tendreffe
Qui vous refiftera toujours ..
Quand
652 MERCURE DE FRANCE.
Quand fuivant une humeur changeante
Notre coeur laiffe éteindre une flamme innocente,
Orgueilleufe raifon , chimérique vertu ,
ous vous vantez alors d'avoir bien combattu ;
Mais quand l'amour ne fait que naître ,
Tandis qu'il plaît encor , quel eft votre pouvoir ?
Vous n'avez le fecret de vous faire valoir ,
Que lorfque de lui-même il vient à difparoître
Par un goût pour la nouveauté ,
Par la propre fragilité.
Amans délicats & finceres ,
Ah ! que vous êtes malheureux
Lorfque vous confacrez vos feux
A des coeurs legers & vulgaires ;
Aux moindres revers fâcheux ,
Auffi bien qu'à la moindre abfence ,
Vous voyez bientôt fous le nom
Du fcrupule , de la raiſon ,
Du devoir , de la bienféance
Paroître leur inconftance.
Mais malgré cette ingratitude ,
Amans dignes d'un fort plus doux ,
Vous fuivez vos premiers goûts ;
La conftance fait votre étude ;
Helas ! je fais comme vous
J'aime toujours une infidele ,
ร่
Dont
AVRIL.
1730. 653
Dont je hais le perfide coeur ;
Au feul fouvenir de l'ardeur
Dont je brulai d'abord pour elle ,
Cette ardeur fe renouvelle.
Ceffe , Berger , de gémir
Loin d'entretenir
Des peines cruelles ,
Il faut plutôt bannir
Le fouvenir
De toutes les Belles,
L'Amour a des aîles
Afin qu'avec elles
Il puiffe finir
Avec plus de viteffe
L'affreufe trifteffe
Et mieux courir
Au devant du plaifir,
D'un efpoir frivole
S'il nourrit nos ardeurs ;
S'il nous immole
Aux chagrins , aux langueurs ,
Et nous défole
Par mille rigueurs ,
Qu'à jamais il s'envole
Loin de nos coeurs ,
Que fa gloire s'éteigne
Aink
54 MERCURE DE FRANCE C
Ainfi que fon flambeau ,
Et qu'à fon tour il baigne
De pleurs fon bandeau.
Par M. Moraine.
Et malheureux.
CANT AT E.
Mife en Mufique par M. Bouvard , &
dediée à Madame F ...
N'étoit- ce point affez d'une fi longue abſences
Falloit-il , inhumaine , y joindre le filence,
,
Tandis que Cupidon , fidele Meffager
Fendant les vaftes airs de fes rapides afles ,
Et fans ceffe chargé de tes cheres nouvelles ,
Dans ma vive douleur devoit me foulager.
Pour
AVRIL 1730. 653
Pour adoucir la violence
Des peines que caufe l'abſence
De la pointe de ſes traits ,
L'Amour traçant l'art d'écrire,
Aux Sujets de fon Empire ,
En apprit les premiers traits.
Par une magie innocente ,
Des Lettres la vertu puiſſante
Semble rapprocher deux coeurs ,
Et fait entrer ; à la place
Des noirs chagrins qu'elle chaffe,
Les plus flateufes douceurs.
Ingrate , je le vois , un feu de tant d'années
A ton coeur inconftant a paru trop
durer ,
Mais apprends
que l'amour
dans les ames bien
nées
S'affermit Par le tems au lieu de s'alterer.
Coulez , coulez avec viteffe ,
Triomphez , rapides jours
De la honteufe foibleffe
De la plupart des Amours ;
Vous ne fçauriez dans votre cours
Que faire honneur à ma tendreffe
Qui vous refiftera toujours ..
Quand
652 MERCURE DE FRANCE.
Quand fuivant une humeur changeante
Notre coeur laiffe éteindre une flamme innocente,
Orgueilleufe raifon , chimérique vertu ,
ous vous vantez alors d'avoir bien combattu ;
Mais quand l'amour ne fait que naître ,
Tandis qu'il plaît encor , quel eft votre pouvoir ?
Vous n'avez le fecret de vous faire valoir ,
Que lorfque de lui-même il vient à difparoître
Par un goût pour la nouveauté ,
Par la propre fragilité.
Amans délicats & finceres ,
Ah ! que vous êtes malheureux
Lorfque vous confacrez vos feux
A des coeurs legers & vulgaires ;
Aux moindres revers fâcheux ,
Auffi bien qu'à la moindre abfence ,
Vous voyez bientôt fous le nom
Du fcrupule , de la raiſon ,
Du devoir , de la bienféance
Paroître leur inconftance.
Mais malgré cette ingratitude ,
Amans dignes d'un fort plus doux ,
Vous fuivez vos premiers goûts ;
La conftance fait votre étude ;
Helas ! je fais comme vous
J'aime toujours une infidele ,
ร่
Dont
AVRIL.
1730. 653
Dont je hais le perfide coeur ;
Au feul fouvenir de l'ardeur
Dont je brulai d'abord pour elle ,
Cette ardeur fe renouvelle.
Ceffe , Berger , de gémir
Loin d'entretenir
Des peines cruelles ,
Il faut plutôt bannir
Le fouvenir
De toutes les Belles,
L'Amour a des aîles
Afin qu'avec elles
Il puiffe finir
Avec plus de viteffe
L'affreufe trifteffe
Et mieux courir
Au devant du plaifir,
D'un efpoir frivole
S'il nourrit nos ardeurs ;
S'il nous immole
Aux chagrins , aux langueurs ,
Et nous défole
Par mille rigueurs ,
Qu'à jamais il s'envole
Loin de nos coeurs ,
Que fa gloire s'éteigne
Aink
54 MERCURE DE FRANCE C
Ainfi que fon flambeau ,
Et qu'à fon tour il baigne
De pleurs fon bandeau.
Par M. Moraine.
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Résumé : L'AMANT FIDELE Et malheureux. CANTATE. Mise en Musique par M. Bouvard, & dediée à Madame F...
Le poème 'L'Amant Fidèle', publié en avril 1730 dans le Mercure de France, explore les tourments d'un amant fidèle mais malheureux en raison de l'absence et du silence de sa bien-aimée. L'auteur exprime sa douleur et son espoir que Cupidon lui apporte des nouvelles, soulignant le pouvoir des lettres pour rapprocher les cœurs éloignés. Il déplore l'ingratitude de sa bien-aimée, dont l'amour semble s'affaiblir avec le temps, et affirme que l'amour véritable s'affermit avec les années. Le texte critique la raison et la vertu qui combattent l'amour naissant mais montrent leur pouvoir seulement lorsque l'amour disparaît. Le poème met en garde contre les cœurs légers et volatils, inconstants aux premiers revers ou absences. Malgré l'ingratitude, les amants fidèles restent constants. L'auteur avoue aimer une infidèle dont il hait le cœur perfide, mais dont le souvenir ravive son ardeur. Enfin, il conseille de bannir les souvenirs douloureux des amours passées pour éviter les chagrins.
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2697
p. 679-681
A GRIBOURI, PETIT MOINEAU PRIVÉ.
Début :
Vous n'avez qu'à former des voeux, [...]
Mots clefs :
Moineau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A GRIBOURI, PETIT MOINEAU PRIVÉ.
A
GRIBOURI ,
PETIT MOINEAU PRIVE.
Vous n'avez qu'à former des voeux ,
Je fuis prêt à les fatisfaire ,
Petit Moineau , je veux vous rendre heureux ;
C'est tout le bien qu'à preſent je puis faire.
M
Eclos , nourri dans la maiſon ,
Vous ignorez des Champs les plaifirs & les peines,
Et pour votre bonheur , privé de la raiſon ,
Vous ignorez aufli les miferes humaines.
來
Cette trifte Prifon où je fuis confiné ,
Eft pour vous un lieu comme un autre ;
Vivez-y toujours fortuné ;
Faites- y mon plaifir , je prendrai foin du vôtre,
Pour votre fûreté , j'écarterai les Chats ;
Un fidele Barbet , nuit & jour à la quête ,
Vieux Routier qui connoît ces fubtils Scelerats ,
De vos jours précieux me répond fur fa tête :
Prenez en liberté tous vos petits ébats.
De
680 MERCURE DE FRANCE
De mets friands & délicats ,
Je vous ferai chere complete ;
Nul Medecin fâcheux ne prêchera, la diete ;
Vous toucherez à tous les plats ,
Et bien fouvent à mon affiete.
粥
Si par hazard vous daignez convoiter,
Quelque morceau que ma main indifcrete ,
A ma bouche veuille porter ;
Fâchez-vous , pincez-moi , volez fur ma fourchette
Et fur ma levre enfin venez le becqueter.
Mais ce n'eft pas affez de faire bonne chere ;
Il faut encor fonger à ſa ſanté ,
Et pourvoir à la propreté ;
Tous les matins de l'eau nouvelle & claire ,
Vous offrira la douceur de choifir >
Les délices du bain , ou de boire à loiſir.
Dans un petit réduit que le Soleil éclaire ,
J'ai fait tout exprès ramaffer ,
Un tas de fable & de pouffiere ,
Où follement vous irez vous placer ,
Pour y faire la pouffiniere.
La
AVRIL. 685 1730.
Là , je vous vois blotti , puis femillant ,
Battre de l'afle & grater en arriere ,
Puis tout à coup venir en fautillant
Auprès de moi mandier des carreffes ;
Eh ! qui pourroit y refifter ?
Moineau charmant , les plus belles Maîtreffes
Avec bien moins d'attraits fçavent les exciter.
Du moins chez vous tout eft fincere ;'
Quand vous me careffez , je fuis fur de vous plains
Chez les Belles , helas ! le plaiſir décevant
Se donne & ſe reçoit fans amour bien ſou venti
Mais déja vous portez cette cravate noire ,
Ornement dont Venus décora les Moineaux ,
Pour avoir celebré ſa gloire ,
Et mieux & plus fouvent que les autres Oifeaux
Gribonry, de mes foins vous pouvez tout attendre
Je vous donnerai dès demain ,
Une Compagne jeune & tendre ;
Toujours d'accord puiffiez-vous rendre
A Venus , à l'Amour des hommages fans fin.
Par M. M. Prifonnier.
GRIBOURI ,
PETIT MOINEAU PRIVE.
Vous n'avez qu'à former des voeux ,
Je fuis prêt à les fatisfaire ,
Petit Moineau , je veux vous rendre heureux ;
C'est tout le bien qu'à preſent je puis faire.
M
Eclos , nourri dans la maiſon ,
Vous ignorez des Champs les plaifirs & les peines,
Et pour votre bonheur , privé de la raiſon ,
Vous ignorez aufli les miferes humaines.
來
Cette trifte Prifon où je fuis confiné ,
Eft pour vous un lieu comme un autre ;
Vivez-y toujours fortuné ;
Faites- y mon plaifir , je prendrai foin du vôtre,
Pour votre fûreté , j'écarterai les Chats ;
Un fidele Barbet , nuit & jour à la quête ,
Vieux Routier qui connoît ces fubtils Scelerats ,
De vos jours précieux me répond fur fa tête :
Prenez en liberté tous vos petits ébats.
De
680 MERCURE DE FRANCE
De mets friands & délicats ,
Je vous ferai chere complete ;
Nul Medecin fâcheux ne prêchera, la diete ;
Vous toucherez à tous les plats ,
Et bien fouvent à mon affiete.
粥
Si par hazard vous daignez convoiter,
Quelque morceau que ma main indifcrete ,
A ma bouche veuille porter ;
Fâchez-vous , pincez-moi , volez fur ma fourchette
Et fur ma levre enfin venez le becqueter.
Mais ce n'eft pas affez de faire bonne chere ;
Il faut encor fonger à ſa ſanté ,
Et pourvoir à la propreté ;
Tous les matins de l'eau nouvelle & claire ,
Vous offrira la douceur de choifir >
Les délices du bain , ou de boire à loiſir.
Dans un petit réduit que le Soleil éclaire ,
J'ai fait tout exprès ramaffer ,
Un tas de fable & de pouffiere ,
Où follement vous irez vous placer ,
Pour y faire la pouffiniere.
La
AVRIL. 685 1730.
Là , je vous vois blotti , puis femillant ,
Battre de l'afle & grater en arriere ,
Puis tout à coup venir en fautillant
Auprès de moi mandier des carreffes ;
Eh ! qui pourroit y refifter ?
Moineau charmant , les plus belles Maîtreffes
Avec bien moins d'attraits fçavent les exciter.
Du moins chez vous tout eft fincere ;'
Quand vous me careffez , je fuis fur de vous plains
Chez les Belles , helas ! le plaiſir décevant
Se donne & ſe reçoit fans amour bien ſou venti
Mais déja vous portez cette cravate noire ,
Ornement dont Venus décora les Moineaux ,
Pour avoir celebré ſa gloire ,
Et mieux & plus fouvent que les autres Oifeaux
Gribonry, de mes foins vous pouvez tout attendre
Je vous donnerai dès demain ,
Une Compagne jeune & tendre ;
Toujours d'accord puiffiez-vous rendre
A Venus , à l'Amour des hommages fans fin.
Par M. M. Prifonnier.
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Résumé : A GRIBOURI, PETIT MOINEAU PRIVÉ.
Dans une lettre adressée à Griboüri, un petit moineau, un prisonnier nommé M. M. Prisonnier exprime son désir de rendre l'oiseau heureux malgré sa propre captivité. Il promet de protéger Griboüri des dangers, notamment des chats, et de lui fournir un chien fidèle pour assurer sa sécurité. Le narrateur s'engage à offrir une alimentation abondante et variée sans restrictions. Il prévoit également de prendre soin de la santé et de la propreté de Griboüri en lui offrant de l'eau fraîche chaque matin pour se baigner ou boire. Un espace confortable est préparé pour que le moineau puisse se reposer et se divertir. Le narrateur admire les attentions sincères de Griboüri et compare ses caresses à celles des belles maîtresses. Enfin, il annonce qu'il lui trouvera une compagne pour partager sa vie et honorer Vénus et l'Amour.
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2698
p. 702-708
ODE Sur la Fête magnifique, donnée par leurs Excellences M M. le Marquis de Santa Cruz, & de Barrenechea, Ambassadeurs Extraordinaires & Plenipotentiaires de S. M. Catholique, au sujet de la Naissance de Monseigneur le Dauphin, le 24. Janvier 1730.
Début :
Sur les Rivages de la Seine, [...]
Mots clefs :
Naissance du Dauphin, Dauphin, Fête, Yeux, Ambassadeurs d'Espagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE Sur la Fête magnifique, donnée par leurs Excellences M M. le Marquis de Santa Cruz, & de Barrenechea, Ambassadeurs Extraordinaires & Plenipotentiaires de S. M. Catholique, au sujet de la Naissance de Monseigneur le Dauphin, le 24. Janvier 1730.
O DE
Sur la Fête magnifique , donnée par leurs
Excellences M M. le Marquis de Santa
Cruz , & de Barrenechea , Ambaſſadeurs
Extraordinaires & Plenipotentiaires de
S. M. Catholique , au fujet de la Naiffance
de Monfeigneur le Dauphin , le
24. Fanvier 1730 .
Sur les Rivages de la Seine , Ur
Quels font ces Spectacles charmans ,
Où l'Art ingenieux enchaîne ,
Et réunit les Elemens ?
AVRIL. 1730. 703
Le Soleil plus brillant éclaire ·
Ce jour fi beau , fi fortuné ;
Le Fleuve impetueux tempête,
Et calme fon flot -mutiné.
Au temps même de la froidure
Je vois naître le doux Printemps ,
Et par une aimable impofture ,
L'Art imite fes ornemens.
Sur les eaux flottent des Parterres
Entourez d'Ifs & d'Orangers ;
Ils lancent d'innocens Tonnerres ,
Dont on ne craint point les dangers,
Ici tout plaît , ici tout brille ,
On croit voir nos Bords ennoblis
Quand fur les Tours de la Caftille
Flotte le Pavillon des Lys.
Le Lyon fuperbe y domine ,
Près de fon Fleuve imperieux ;
A fon afpect tout s'illumine ,
Tout rit, tout enchante les yeux.
鼗
Fiere
4
704 MERCURE DE FRANCE
Fiere de parures fi belles ,
La Seine voit orner fes Bords ;
Par le battement de ſes aîles ,
Le Cocq exprime ſes tranſports.
>
Ah ! que de brillantes Etoiles ,
Se détachent du Firmament !
O nuit , elle perce tes voiles ,
Pour marquer cet heureux moment.
Eft- ce pour nous livrer la guerre,
Que brûle ce nouvel Ethna ?
Tel fur les Enfans de la Terre ,
Jupiter autrefois tonna
Après que ces Feux à lá ronde ,
Ont fait ferpenter mille Eclairs ,
Ils vont folâtrer deffus 1.Onde ,
Ainfi qu'ils ont fait dans les Airs.
Mille fleurs vives & brillantes ,
Parent ces Jardins enchantez ;
Les Fruits font Grenades bruyantes ,
Qui partent de tous les côtes.
Gera
AVRIL
1730.
705
Cette fulphureufe matiere ,
S'enflame de mille façons ,
Bondit , fe plonge en la Riviere
Et nage comme des poiffons.
Les Lampions, les Girandoles
Y ramenent l'éclat du jour ,
Et dans de fuperbes Gondoles
S'unit la Trompette au Tambour.'
'Au fon de la vive trompette
Se mêle le bruit du Canon
Et le Peuple charmé repéte
De nos deux Rois l'augufte nom .
Par mainte Bachique Fontaine
Tout le Peuple eft defalteré ,
Ainfi que l'eau coule en la Seine ,
Par tout le vin coule à fon gré.
Que vois -je ! une naiflante Aurore.
Se leve , & dore ces côteaux ,
Et dans l'Univers qui l'implore
Lance des rayons tout nouveaux.
來
D Iris
706 MERCURE DE FRANCE
Iris la fuit , & va defcendre ;
Elle nous annonce la paix ,
Sa préſence doit nous l'apprendre ,
Et confirmer tous nos fouhaits.
Que d'aimables Métamorphofes
S'achevent dans le même inftant
?
Où l'on voyoit croître des Rofes
S'éleve un Palais éclatant.
Sa face toute décorée
Brille d'un éclat fans pareil ;
Ainfi dans la Voute azurée
Brille le Palais du Soleil.
Là j'entens de fçavans Orphées
Former mille Concerts charmans ;
N'est- ce pas ainfi que les Fées
Faifoient de doux enchantemens ?
On ne voit , n'entend que merveilles ,
Le Ballet ſe mêle aux Concerts ,
On charme les yeux , les oreilles ,
Et
par
les pas , & par les airs.
Pour marquer leur réjouiſſance
Des Bergere quittant leurs Hameaux ;
Chantent
AVRIL
1730 .
707
Chantent le bonheur de la France
Au fon de leurs doux chalumeaux.
Des Dieux , des Déeffes charmantes
S'empreffent d'embellir ces lieux ,
Et leurs parures éclatantes
Sont moins brillantes que leurs
yeux.
On a depeuplé pour la Fête
Les Mers ainfi que les Forêts ,
Des feftins que Comus aprête ,
C'eft Philippe qui fait les frais.
De mille facons differentes
Le goût s'y trouve déguiſé ,
Et fous des figures galantes
Le fucre eft métamorphofé.
Un partere de confiture
Y charme le goût & les yeux ;
On craint d'en brifer la ſtructure
Tant on le trouve précieux.
La vive , la legere danſe
Succede bientôt au repas ;
Alors mille Amours en cadence
De nos Beautés fuivent les pas.
Dij A
708 MERCURE DE FRANCE
A voir tant de magnificence ,
D'Eſpagne on connoît les grandeurs
D'un Dauphin l'heureuſe Naiffance
Anime fes Ambaffadeurs.
A vous chanter nos voix font prêtes ;
Vous feuls avez fçû parvenir
A donner de fuperbes Fêtes
Dont parlera tout l'avenir.
淤
En ces lieux d'un augufte maître
yous foûtenez la Majefté ;
Nous y faifons auffi paroître
Tout l'amour qu'il a merité.
Peuples , accourez de l'Eſpagne
Boire la fanté du Dauphin ;
Et la Bourgogne & la Champagne
Vous refervent leur meilleur vin.
Rien ne fçauroit plus nous contraindre ;
Tous les Peuples font nos amis ;
Deformais qu'avons nous à craindre ?,
PHILIPPE s'unit à LOUIS.
D. L. T
Sur la Fête magnifique , donnée par leurs
Excellences M M. le Marquis de Santa
Cruz , & de Barrenechea , Ambaſſadeurs
Extraordinaires & Plenipotentiaires de
S. M. Catholique , au fujet de la Naiffance
de Monfeigneur le Dauphin , le
24. Fanvier 1730 .
Sur les Rivages de la Seine , Ur
Quels font ces Spectacles charmans ,
Où l'Art ingenieux enchaîne ,
Et réunit les Elemens ?
AVRIL. 1730. 703
Le Soleil plus brillant éclaire ·
Ce jour fi beau , fi fortuné ;
Le Fleuve impetueux tempête,
Et calme fon flot -mutiné.
Au temps même de la froidure
Je vois naître le doux Printemps ,
Et par une aimable impofture ,
L'Art imite fes ornemens.
Sur les eaux flottent des Parterres
Entourez d'Ifs & d'Orangers ;
Ils lancent d'innocens Tonnerres ,
Dont on ne craint point les dangers,
Ici tout plaît , ici tout brille ,
On croit voir nos Bords ennoblis
Quand fur les Tours de la Caftille
Flotte le Pavillon des Lys.
Le Lyon fuperbe y domine ,
Près de fon Fleuve imperieux ;
A fon afpect tout s'illumine ,
Tout rit, tout enchante les yeux.
鼗
Fiere
4
704 MERCURE DE FRANCE
Fiere de parures fi belles ,
La Seine voit orner fes Bords ;
Par le battement de ſes aîles ,
Le Cocq exprime ſes tranſports.
>
Ah ! que de brillantes Etoiles ,
Se détachent du Firmament !
O nuit , elle perce tes voiles ,
Pour marquer cet heureux moment.
Eft- ce pour nous livrer la guerre,
Que brûle ce nouvel Ethna ?
Tel fur les Enfans de la Terre ,
Jupiter autrefois tonna
Après que ces Feux à lá ronde ,
Ont fait ferpenter mille Eclairs ,
Ils vont folâtrer deffus 1.Onde ,
Ainfi qu'ils ont fait dans les Airs.
Mille fleurs vives & brillantes ,
Parent ces Jardins enchantez ;
Les Fruits font Grenades bruyantes ,
Qui partent de tous les côtes.
Gera
AVRIL
1730.
705
Cette fulphureufe matiere ,
S'enflame de mille façons ,
Bondit , fe plonge en la Riviere
Et nage comme des poiffons.
Les Lampions, les Girandoles
Y ramenent l'éclat du jour ,
Et dans de fuperbes Gondoles
S'unit la Trompette au Tambour.'
'Au fon de la vive trompette
Se mêle le bruit du Canon
Et le Peuple charmé repéte
De nos deux Rois l'augufte nom .
Par mainte Bachique Fontaine
Tout le Peuple eft defalteré ,
Ainfi que l'eau coule en la Seine ,
Par tout le vin coule à fon gré.
Que vois -je ! une naiflante Aurore.
Se leve , & dore ces côteaux ,
Et dans l'Univers qui l'implore
Lance des rayons tout nouveaux.
來
D Iris
706 MERCURE DE FRANCE
Iris la fuit , & va defcendre ;
Elle nous annonce la paix ,
Sa préſence doit nous l'apprendre ,
Et confirmer tous nos fouhaits.
Que d'aimables Métamorphofes
S'achevent dans le même inftant
?
Où l'on voyoit croître des Rofes
S'éleve un Palais éclatant.
Sa face toute décorée
Brille d'un éclat fans pareil ;
Ainfi dans la Voute azurée
Brille le Palais du Soleil.
Là j'entens de fçavans Orphées
Former mille Concerts charmans ;
N'est- ce pas ainfi que les Fées
Faifoient de doux enchantemens ?
On ne voit , n'entend que merveilles ,
Le Ballet ſe mêle aux Concerts ,
On charme les yeux , les oreilles ,
Et
par
les pas , & par les airs.
Pour marquer leur réjouiſſance
Des Bergere quittant leurs Hameaux ;
Chantent
AVRIL
1730 .
707
Chantent le bonheur de la France
Au fon de leurs doux chalumeaux.
Des Dieux , des Déeffes charmantes
S'empreffent d'embellir ces lieux ,
Et leurs parures éclatantes
Sont moins brillantes que leurs
yeux.
On a depeuplé pour la Fête
Les Mers ainfi que les Forêts ,
Des feftins que Comus aprête ,
C'eft Philippe qui fait les frais.
De mille facons differentes
Le goût s'y trouve déguiſé ,
Et fous des figures galantes
Le fucre eft métamorphofé.
Un partere de confiture
Y charme le goût & les yeux ;
On craint d'en brifer la ſtructure
Tant on le trouve précieux.
La vive , la legere danſe
Succede bientôt au repas ;
Alors mille Amours en cadence
De nos Beautés fuivent les pas.
Dij A
708 MERCURE DE FRANCE
A voir tant de magnificence ,
D'Eſpagne on connoît les grandeurs
D'un Dauphin l'heureuſe Naiffance
Anime fes Ambaffadeurs.
A vous chanter nos voix font prêtes ;
Vous feuls avez fçû parvenir
A donner de fuperbes Fêtes
Dont parlera tout l'avenir.
淤
En ces lieux d'un augufte maître
yous foûtenez la Majefté ;
Nous y faifons auffi paroître
Tout l'amour qu'il a merité.
Peuples , accourez de l'Eſpagne
Boire la fanté du Dauphin ;
Et la Bourgogne & la Champagne
Vous refervent leur meilleur vin.
Rien ne fçauroit plus nous contraindre ;
Tous les Peuples font nos amis ;
Deformais qu'avons nous à craindre ?,
PHILIPPE s'unit à LOUIS.
D. L. T
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Résumé : ODE Sur la Fête magnifique, donnée par leurs Excellences M M. le Marquis de Santa Cruz, & de Barrenechea, Ambassadeurs Extraordinaires & Plenipotentiaires de S. M. Catholique, au sujet de la Naissance de Monseigneur le Dauphin, le 24. Janvier 1730.
Le texte relate une fête somptueuse organisée par les ambassadeurs extraordinaires et plénipotentiaires de Sa Majesté Catholique, le Marquis de Santa Cruz et de Barrenechea, pour célébrer la naissance du Dauphin le 24 janvier 1730. Cette célébration se déroule sur les rives de la Seine et présente des spectacles enchanteurs où l'art s'unit aux éléments naturels. Le jour est décrit comme brillant et fortuné, avec un fleuve alternant entre impétuosité et calme, symbolisant la transition entre l'hiver et le printemps. Les eaux de la Seine sont ornées de parterres flottants entourés d'ifs et d'orangers, lançant des tonnerres inoffensifs. La rivière est décorée de parures, et un coq exprime sa joie par le battement de ses ailes. Le ciel est illuminé de brillantes étoiles, et des feux d'artifice imitent des éclairs et des tonnerres. Des jardins enchanteurs sont parés de fleurs vives et de fruits éclatants, tandis que des lampions et des girandoles éclairent la scène. La trompette et le tambour résonnent, accompagnés par le canon, et le peuple répète les noms augustes des deux rois. Des fontaines de vin désaltèrent la foule, et une aurore naissante dore les coteaux. Iris annonce la paix, et des métamorphoses se produisent, transformant des roses en un palais éclatant. Des concerts et des ballets enchantent les invités, et des bergères chantent le bonheur de la France. Des dieux et des déesses embellissent les lieux, et des festins somptueux sont offerts. La fête met en scène diverses métamorphoses culinaires, comme un parterre de confiture, et des danses légères succèdent aux repas. La magnificence de la fête témoigne des grandeurs de l'Espagne et de la France unies par la naissance du Dauphin. Les peuples sont invités à célébrer cet événement, et la Bourgogne et la Champagne offrent leurs meilleurs vins. La fête symbolise l'union entre Philippe et Louis, et l'amitié entre les peuples.
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2699
p. 715-717
PARAPHRASE de l'Hymne Vexilla Regis prodeunt &c. Par M. de Senecé.
Début :
Voci l'Etendart glorieux [...]
Mots clefs :
Bois, Croix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PARAPHRASE de l'Hymne Vexilla Regis prodeunt &c. Par M. de Senecé.
PARAPHRASE de l'Hymne Vexilla
Regis prodeunt &c. Par M. de
Senecé.
V
Oici l'Etendart glorieux
Du Roi de la Terre & des Cieux ;
Voici le miftere adorable
D'un Dieu fur la Croix attaché ,
Pour laver l'homme miferable
Des fouileures de fon peché..
C'eft fur ce bois que d'un Romain
Seigneur , la criminelle main
Vous fit la bleffure profonde ,
Qui par un prodige nouveau ,
Pour guerir tous les maux du monde
Ruiffella du fang & de l'eau.
Oracles d'Efprit Saint remplis ,
Que vous fûtes bien accomplis !!
O que David rencontra juſte ,
Quand il prédit que par le bois
D vj
Notre
716 MERCURE DE FRANCE
Notre Legiſlateur Augufte
Nous donneroit fes faintes Loix .
柒
O bois brillant , bois fortuné,
Bois magnifiquement orné
D'une pourpre fi précieuſe
Deftinée à nous racheter !
Que cette fouche fut heureuſe
Qui mérita de vous porter !
Que vous étalez de Tréfors !
Vous portez ce précieux corps
Du Ciel le plus parfait Ouvrage ,
Et vos bras foûtiennent en l'air
Les débris de notre naufrage
Et les dépouilles de l'Enfer.
Sainte Croix , notre unique efpoir ,
Des Fideles dans leur devoir
Augmentez la perfeverance ,
Et dans ces jours de Paffion
Aux pecheurs par votre indulgence
Accordez la remiffion.
Inconcevable Trinité ,
Vous qui regnez dans l'Unité
Fait
AVRIL. 1730. 717
Faites que l'Univers vous louë ,
Rappellez -nous à votre voix ;
Sauvez l'homme qui n'eſt que bouë
Sans le mérite de la Croix .
Regis prodeunt &c. Par M. de
Senecé.
V
Oici l'Etendart glorieux
Du Roi de la Terre & des Cieux ;
Voici le miftere adorable
D'un Dieu fur la Croix attaché ,
Pour laver l'homme miferable
Des fouileures de fon peché..
C'eft fur ce bois que d'un Romain
Seigneur , la criminelle main
Vous fit la bleffure profonde ,
Qui par un prodige nouveau ,
Pour guerir tous les maux du monde
Ruiffella du fang & de l'eau.
Oracles d'Efprit Saint remplis ,
Que vous fûtes bien accomplis !!
O que David rencontra juſte ,
Quand il prédit que par le bois
D vj
Notre
716 MERCURE DE FRANCE
Notre Legiſlateur Augufte
Nous donneroit fes faintes Loix .
柒
O bois brillant , bois fortuné,
Bois magnifiquement orné
D'une pourpre fi précieuſe
Deftinée à nous racheter !
Que cette fouche fut heureuſe
Qui mérita de vous porter !
Que vous étalez de Tréfors !
Vous portez ce précieux corps
Du Ciel le plus parfait Ouvrage ,
Et vos bras foûtiennent en l'air
Les débris de notre naufrage
Et les dépouilles de l'Enfer.
Sainte Croix , notre unique efpoir ,
Des Fideles dans leur devoir
Augmentez la perfeverance ,
Et dans ces jours de Paffion
Aux pecheurs par votre indulgence
Accordez la remiffion.
Inconcevable Trinité ,
Vous qui regnez dans l'Unité
Fait
AVRIL. 1730. 717
Faites que l'Univers vous louë ,
Rappellez -nous à votre voix ;
Sauvez l'homme qui n'eſt que bouë
Sans le mérite de la Croix .
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Résumé : PARAPHRASE de l'Hymne Vexilla Regis prodeunt &c. Par M. de Senecé.
L'hymne 'Vexilla Regis' célèbre la Croix du Christ, présentée comme l'étendard glorieux du Roi des Cieux et symbole de la rédemption. Le texte décrit la crucifixion de Jésus, soulignant que la blessure infligée par un Romain a guéri les maux du monde. Il mentionne la prophétie de David concernant la loi donnée par le législateur auguste. La Croix est décrite comme un bois précieux et fortuné, orné d'une pourpre destinée à racheter l'humanité. Elle porte le corps parfait du Christ, soutenant les débris du naufrage humain et les dépouilles de l'Enfer. Le texte prie la Sainte Croix d'augmenter la persévérance des fidèles et d'accorder la rémission aux pécheurs. Enfin, il s'adresse à la Trinité, demandant que l'univers loue Dieu et que l'homme soit sauvé par le mérite de la Croix.
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2700
p. 731-732
EXPLICATION du Logogryphe du Mercure de Fevrier, sur les mêmes Rimes.
Début :
Le Royaume des Lys est un puissant Empire, [...]
Mots clefs :
France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION du Logogryphe du Mercure de Fevrier, sur les mêmes Rimes.
EXPLICATION du Logogryphe du
Mercure de Fevrier, fur les mêmes Rimes.
LE Royaume des Lys eft un puiſſant Empire , ”
Ou bienheureux qui trouve un coeur franc & lans
fard ,
Au fond duquel il puiffe lire.
Pour rance , il convient au vieux lard
Chacun fçait que l'ance eft utile ,
Aux fceaux , aux paniers , aux chaudrons ;
Chiffrons ce Logogriphe en changemens fertile
Voyons pour deviner comment nous nous prendrons
;
Je vais donc le ſuivre à la trace ,
Malgré les divers changemens ,
Et rendre plus clairs qu'une glace ,
Tous les obfcurs arrangemens.
L'Afne eft Roffignol d'Arcadie ;
L'Ancre fçait expofer aux yeux
Des Sçavans & des Curieux
Profe , Poëme & Melodie ;
>
Quand elle eft de la Chine on en fait des Tableaux.
Une Ancre arrête les Vaiffeaux ;
Caën , eft Ville de Normandie ,
Un Fare éclaire au bord des Eaux ;
E ij Fecan
A
732 MERCURE DE FRANCE
Fecan , eft très-bonne Abbaye ,
Et Nerac eft près de Bourdeaux.
Le Crâne couvre la cervelle ;
L'Arc fert aux Indiens, auffi - bien qu'à l'Amour;`
Très-acre , eft le goût de Prunelle ;
Peu s'enfallut que Car ne fût profcript un jour.
Une Face eft un gros viſage ;
C Rane eft un Peintre recherché ;
i Les Charlatans font dans l'uſage ,
D'executer leur Farce au milieu d'un Marché.
Ancer , Oye en François jadis par fa parole ,
Ou plutôt par fes cris fauva le Capitole.
Le Fer eft un très -dur métal ;
Et le Cerf à la chaffe exerce la Nobleſſe,
C
Nacre eft Coquille d'une espece
Auffi brillante que criftal.
Cane ou Canne eft l'appui de la foible vieilleffe ;
Le Nerf fait remuer les doigts ,
Ainfi que tout le corps en avant , en arriere
Je crois qu'Arne eft une Riviere ;
Angle ou Carne fe dit de la pierre , du bois ,
D'un volet , d'une Table, ou d'une cheminée,
Nafre, beaucoup mieux Naffe,eft drogue raffinée,
Utile aux femmes quelquefois,
Le Cafre ne connoît que de barbares loix.
Le Canfre eft en tous lieux drogue d'Apoticaire
Dont on fe fert affez fouvent ;
On dit Cran de la Crémaillere ;
En France l'on peut voir tous ces mots à prefent.
Mercure de Fevrier, fur les mêmes Rimes.
LE Royaume des Lys eft un puiſſant Empire , ”
Ou bienheureux qui trouve un coeur franc & lans
fard ,
Au fond duquel il puiffe lire.
Pour rance , il convient au vieux lard
Chacun fçait que l'ance eft utile ,
Aux fceaux , aux paniers , aux chaudrons ;
Chiffrons ce Logogriphe en changemens fertile
Voyons pour deviner comment nous nous prendrons
;
Je vais donc le ſuivre à la trace ,
Malgré les divers changemens ,
Et rendre plus clairs qu'une glace ,
Tous les obfcurs arrangemens.
L'Afne eft Roffignol d'Arcadie ;
L'Ancre fçait expofer aux yeux
Des Sçavans & des Curieux
Profe , Poëme & Melodie ;
>
Quand elle eft de la Chine on en fait des Tableaux.
Une Ancre arrête les Vaiffeaux ;
Caën , eft Ville de Normandie ,
Un Fare éclaire au bord des Eaux ;
E ij Fecan
A
732 MERCURE DE FRANCE
Fecan , eft très-bonne Abbaye ,
Et Nerac eft près de Bourdeaux.
Le Crâne couvre la cervelle ;
L'Arc fert aux Indiens, auffi - bien qu'à l'Amour;`
Très-acre , eft le goût de Prunelle ;
Peu s'enfallut que Car ne fût profcript un jour.
Une Face eft un gros viſage ;
C Rane eft un Peintre recherché ;
i Les Charlatans font dans l'uſage ,
D'executer leur Farce au milieu d'un Marché.
Ancer , Oye en François jadis par fa parole ,
Ou plutôt par fes cris fauva le Capitole.
Le Fer eft un très -dur métal ;
Et le Cerf à la chaffe exerce la Nobleſſe,
C
Nacre eft Coquille d'une espece
Auffi brillante que criftal.
Cane ou Canne eft l'appui de la foible vieilleffe ;
Le Nerf fait remuer les doigts ,
Ainfi que tout le corps en avant , en arriere
Je crois qu'Arne eft une Riviere ;
Angle ou Carne fe dit de la pierre , du bois ,
D'un volet , d'une Table, ou d'une cheminée,
Nafre, beaucoup mieux Naffe,eft drogue raffinée,
Utile aux femmes quelquefois,
Le Cafre ne connoît que de barbares loix.
Le Canfre eft en tous lieux drogue d'Apoticaire
Dont on fe fert affez fouvent ;
On dit Cran de la Crémaillere ;
En France l'on peut voir tous ces mots à prefent.
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Résumé : EXPLICATION du Logogryphe du Mercure de Fevrier, sur les mêmes Rimes.
Le texte explique un logogryphe, un puzzle littéraire publié dans le Mercure de février. Il décrit le Royaume des Lys comme un puissant empire valorisant la franchise. Divers mots et leurs significations sont énumérés, souvent en lien avec des lieux ou des objets. Par exemple, l'anse est utile pour divers récipients, l'afne est un rossignol d'Arcadie, et l'ancre arrête les vaisseaux. Le texte mentionne également Caen, une ville de Normandie, et Sécan, une abbaye. Il explore les significations multiples des mots, comme le crâne qui couvre la cervelle, ou l'arc utilisé par les Indiens et dans l'amour. Le texte se termine par une liste de mots et leurs définitions, allant de la nacre, une coquille brillante, au nerf qui fait bouger les doigts, en passant par le canfre, une drogue d'apothicaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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