Résultats : 7 texte(s)
Détail
Liste
1
p. 187-189
« L'Académie royale de Musique a donné le Dimanche premier Décembre, la [...] »
Début :
L'Académie royale de Musique a donné le Dimanche premier Décembre, la [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Comédiens-Italiens, Académie royale de musique
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texteReconnaissance textuelle : « L'Académie royale de Musique a donné le Dimanche premier Décembre, la [...] »
Académie royale de Mufique a donné
le Dimanche premier Décembre , la
derniere repréſentation des Fêtes de Thalie.
M. Vallée avoit débuté dans ce ballet , le
19 Novembre , par un air qu'on avoit
ajouté dans le troifiéme acte , & il a depuis
chanté dans le prologue . Le nouvel acteur
peut , avec beaucoup de travail & le fecours
des bons maîtres , devenir une jolie haute-
contre.
Le public commençoit à trouver un peu
lents les progrès de Mlle Davaux , dont la
figure , la voix & le talent avoient d'abord
donné de fi grandes efpérances. Cette actrice
a fait de fes cenfeurs autant de partifans
, le 19 Novembre . Elle a ce jour- là , &
les repréſentations fuivantes , fi bien chanté
& joué avec tant de fineffe & d'intelligence
le rolle de Califte dans le troifieme acte
des Fêtes de Thalie , qu'elle a réuni tous les
188 MERCURE DE FRANCE.
fuffrages. Nous efperons que Mlle Davaux
ne regardera pas ce fuccès comme une
preuve qu'elle ait atteint le point de perfection
qu'on defiroit d'elle , mais comme
une certitude qu'elle y arrivera , fi elle
continue à travailler opiniâtrément , & à
fe livrer avec docilité aux foins de l'excellent
maître qui la dirige.
LES Comédiens François ont repris le
Mercredi 20 Novembre , les Troyennes, Tragédie
de M. de Châteaubrun , mife pour
la premiere fois au théatre avec un fuccès
éclatant , le Lundi 11 Mars de cette année.
On ne l'a jouée que cinq fois à cette reprife.
Le Samedi 30 , jour de la derniere
repréſentation , il s'eft préfenté an fpectacle
trois fois plus de monde que la falle
n'en pouvoit contenir. Tout eft naturel
dans cette Tragédie ; il n'y a ni de ces coups
imprévus ni de ces fituations forcées qui
éblouiffent d'abord & qui révoltent enfuite.
La vérité , qui doit être l'effence de tout
poëme dramatique , eft peinte dans tous
les actes , avec une fimplicité noble & touchante
. On s'attendrit par dégrés. Les malheurs
dont la famille de Priam eft accablée,
fe fuccédent fans effort les uns aux autres ,
& les Spectateurs croyent être transportés
devant Troye brûlée & faccagée.
. DECEMBRE . 1754. 189
Nous avons remarqué une chofe qui
doit paroître extraordinaire , & qui prouve
que les acteurs de la Comédie Françoife
font tous leurs efforts pour varier les amufemens
du public . Ils ont repréfenté vingtfept
tragédies depuis le 22 Avril , jour de
l'ouverture du théatre , jufques & compris
le 2 Décembre ; fçavoir , le Cid , les Horaces
, Rodogune , & Polieucte , de Pierre
Corneille ; Andromaque , Britannicus
Bajazet , Mithridate , Phédre , & Athalie
de Racine ; Ariane , de Thomas Corneille ;
Fénelope , de l'Abbé Geneft ; Manlius , de
la Foffe ; Médée , de Longepierre ; Inès de
Caftro , de Lamotte ; Radamiſte & Zénobie
, de M. de Crébillon ; OEdipe , Herode
& Mariamne , Brutus , Zaïre , Ālzire , Mérope,
& Mahomet , de M. de Voltaire ; Guftave
, de M. Piron ; Didon , de M. Lefranc ;
les Troyennes , de M. de Châteaubrun ; &
Amalazonte , de M. le Marquis de Ximenès.
LES Comédiens Italiens continuent avec
un fuccès toujours foutenu , la Servante
maîtreffe. Cet ouvrage eft à fa quarantieme
repréſentation .
le Dimanche premier Décembre , la
derniere repréſentation des Fêtes de Thalie.
M. Vallée avoit débuté dans ce ballet , le
19 Novembre , par un air qu'on avoit
ajouté dans le troifiéme acte , & il a depuis
chanté dans le prologue . Le nouvel acteur
peut , avec beaucoup de travail & le fecours
des bons maîtres , devenir une jolie haute-
contre.
Le public commençoit à trouver un peu
lents les progrès de Mlle Davaux , dont la
figure , la voix & le talent avoient d'abord
donné de fi grandes efpérances. Cette actrice
a fait de fes cenfeurs autant de partifans
, le 19 Novembre . Elle a ce jour- là , &
les repréſentations fuivantes , fi bien chanté
& joué avec tant de fineffe & d'intelligence
le rolle de Califte dans le troifieme acte
des Fêtes de Thalie , qu'elle a réuni tous les
188 MERCURE DE FRANCE.
fuffrages. Nous efperons que Mlle Davaux
ne regardera pas ce fuccès comme une
preuve qu'elle ait atteint le point de perfection
qu'on defiroit d'elle , mais comme
une certitude qu'elle y arrivera , fi elle
continue à travailler opiniâtrément , & à
fe livrer avec docilité aux foins de l'excellent
maître qui la dirige.
LES Comédiens François ont repris le
Mercredi 20 Novembre , les Troyennes, Tragédie
de M. de Châteaubrun , mife pour
la premiere fois au théatre avec un fuccès
éclatant , le Lundi 11 Mars de cette année.
On ne l'a jouée que cinq fois à cette reprife.
Le Samedi 30 , jour de la derniere
repréſentation , il s'eft préfenté an fpectacle
trois fois plus de monde que la falle
n'en pouvoit contenir. Tout eft naturel
dans cette Tragédie ; il n'y a ni de ces coups
imprévus ni de ces fituations forcées qui
éblouiffent d'abord & qui révoltent enfuite.
La vérité , qui doit être l'effence de tout
poëme dramatique , eft peinte dans tous
les actes , avec une fimplicité noble & touchante
. On s'attendrit par dégrés. Les malheurs
dont la famille de Priam eft accablée,
fe fuccédent fans effort les uns aux autres ,
& les Spectateurs croyent être transportés
devant Troye brûlée & faccagée.
. DECEMBRE . 1754. 189
Nous avons remarqué une chofe qui
doit paroître extraordinaire , & qui prouve
que les acteurs de la Comédie Françoife
font tous leurs efforts pour varier les amufemens
du public . Ils ont repréfenté vingtfept
tragédies depuis le 22 Avril , jour de
l'ouverture du théatre , jufques & compris
le 2 Décembre ; fçavoir , le Cid , les Horaces
, Rodogune , & Polieucte , de Pierre
Corneille ; Andromaque , Britannicus
Bajazet , Mithridate , Phédre , & Athalie
de Racine ; Ariane , de Thomas Corneille ;
Fénelope , de l'Abbé Geneft ; Manlius , de
la Foffe ; Médée , de Longepierre ; Inès de
Caftro , de Lamotte ; Radamiſte & Zénobie
, de M. de Crébillon ; OEdipe , Herode
& Mariamne , Brutus , Zaïre , Ālzire , Mérope,
& Mahomet , de M. de Voltaire ; Guftave
, de M. Piron ; Didon , de M. Lefranc ;
les Troyennes , de M. de Châteaubrun ; &
Amalazonte , de M. le Marquis de Ximenès.
LES Comédiens Italiens continuent avec
un fuccès toujours foutenu , la Servante
maîtreffe. Cet ouvrage eft à fa quarantieme
repréſentation .
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Résumé : « L'Académie royale de Musique a donné le Dimanche premier Décembre, la [...] »
L'Académie royale de Musique a présenté la dernière représentation des 'Fêtes de Thalie' le 1er décembre. M. Vallée, débutant le 19 novembre, a montré un potentiel prometteur en tant que haute-contre. Mlle Davaux, après des progrès jugés lents, a gagné des partisans en interprétant le rôle de Calife avec finesse et intelligence. Les Comédiens Français ont repris 'Les Troyennes' de M. de Châteaubrun le 20 novembre, après un succès initial le 11 mars. La dernière représentation, le 30 novembre, a attiré trois fois plus de monde que la salle ne pouvait en contenir. La tragédie se distingue par sa naturalité et sa simplicité touchante, transportant les spectateurs devant Troie en flammes. Depuis l'ouverture du théâtre le 22 avril, les Comédiens Français ont représenté vingt-sept tragédies différentes. Les Comédiens Italiens continuent de présenter 'La Servante maîtresse' avec succès, à sa quarantième représentation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 190-191
SPECTACLES DE FONTAINEBLEAU; pendant le sejour de leurs Majestés en 1754.
Début :
Le goût, la magnificience & le zèle se sont réunis cette année pour rendre [...]
Mots clefs :
Spectacles, Fontainebleau
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texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE FONTAINEBLEAU; pendant le sejour de leurs Majestés en 1754.
SPECTACLES DE FONTAINEBLEAU ;
pendant lefejour de leurs Majeftés en 1754.
L
Egoût , la magnificence & le zéle ſe
font réunis cette année pour rendre
les différens fpectacles qu'on a donnés à
Fontainebleau , auffi agréables à la Cour
qu'honorables pour les lettres , les talens
& les arts. Les fuccès qu'ils ont mérité ,
ont déja éclaté aux yeux du public ; il doit
être avide d'en connoître les détails , nous
nous hâtons de le fatisfaire.
Le 8 Octobre , les Comédiens François
repréſenterent le Curieux impertinent , Comédie
en vers de M. Deftouches , qui fut
fuivie de l'Etourderie , Comédie en profe
de M. Fagan.
Le 9 , les Comédiens Italiens repréſenterent
le Joueur , Comédie italienne en
trois actes.
Le 10 , le Duc de Foix , Tragédie de M.
de Voltaire , de l'Académie Françoiſe ; & le
Rendez-vous , petite piece de M. Fagan ,
furent repréſentés par les acteurs de la Comédie
Françoiſe.
Ce ne fut que le Samedi 12 que l'Opéra
commença fes premieres repréfentations
. Le théatre de Fontainebleau n'a été
1
DECEMBRE. 1754. 191
fait
que pour y jouer la Comédie , & l'efpace
qu'il occupe eft refferré par de gros
murs , dont l'extérieur tient à la décoration
générale du Château : mais les recherches
& les efforts de l'art ont furmonté les obf
tacles qui naiffoient de la petiteffe forcée
du local ; & le théatre , tout refferré qu'il
eſt , a été mis en état de fournir au jeu des
différentes machines que l'exécution de
l'Opéra François exige.
L'ouverture de ce fpectacle fut faite par
uhe premiererepréſentation de la Naiſſance
d'Ofiris , ballet allégorique nouveau , en
un acte ; de l'acte des Incas , un de ceux
des Indesgalantes , & de Pigmalion.
Ces deux derniers ouvrages font déja
fort connus & dans une poffeffion conftante
de plaire : il fuffit de dire à leur
égard qu'ils furent parfaitement rendus
par M. de Chaffé , qui étoit chargé du
rolle de l'Inca ; par Mlle Chevalier , qui
repréfentoit celui de Phanny ; & par M.
Jeliote , qui jouoit le rolle de Pigmalion .
Mais nous croyons devoir entrer dans
le détail du premier , dont M. de Cahufac
, de l'Académie royale des Sciences &
Belles Lettres de Pruffe , & M. Rameau
font les auteurs .
pendant lefejour de leurs Majeftés en 1754.
L
Egoût , la magnificence & le zéle ſe
font réunis cette année pour rendre
les différens fpectacles qu'on a donnés à
Fontainebleau , auffi agréables à la Cour
qu'honorables pour les lettres , les talens
& les arts. Les fuccès qu'ils ont mérité ,
ont déja éclaté aux yeux du public ; il doit
être avide d'en connoître les détails , nous
nous hâtons de le fatisfaire.
Le 8 Octobre , les Comédiens François
repréſenterent le Curieux impertinent , Comédie
en vers de M. Deftouches , qui fut
fuivie de l'Etourderie , Comédie en profe
de M. Fagan.
Le 9 , les Comédiens Italiens repréſenterent
le Joueur , Comédie italienne en
trois actes.
Le 10 , le Duc de Foix , Tragédie de M.
de Voltaire , de l'Académie Françoiſe ; & le
Rendez-vous , petite piece de M. Fagan ,
furent repréſentés par les acteurs de la Comédie
Françoiſe.
Ce ne fut que le Samedi 12 que l'Opéra
commença fes premieres repréfentations
. Le théatre de Fontainebleau n'a été
1
DECEMBRE. 1754. 191
fait
que pour y jouer la Comédie , & l'efpace
qu'il occupe eft refferré par de gros
murs , dont l'extérieur tient à la décoration
générale du Château : mais les recherches
& les efforts de l'art ont furmonté les obf
tacles qui naiffoient de la petiteffe forcée
du local ; & le théatre , tout refferré qu'il
eſt , a été mis en état de fournir au jeu des
différentes machines que l'exécution de
l'Opéra François exige.
L'ouverture de ce fpectacle fut faite par
uhe premiererepréſentation de la Naiſſance
d'Ofiris , ballet allégorique nouveau , en
un acte ; de l'acte des Incas , un de ceux
des Indesgalantes , & de Pigmalion.
Ces deux derniers ouvrages font déja
fort connus & dans une poffeffion conftante
de plaire : il fuffit de dire à leur
égard qu'ils furent parfaitement rendus
par M. de Chaffé , qui étoit chargé du
rolle de l'Inca ; par Mlle Chevalier , qui
repréfentoit celui de Phanny ; & par M.
Jeliote , qui jouoit le rolle de Pigmalion .
Mais nous croyons devoir entrer dans
le détail du premier , dont M. de Cahufac
, de l'Académie royale des Sciences &
Belles Lettres de Pruffe , & M. Rameau
font les auteurs .
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Résumé : SPECTACLES DE FONTAINEBLEAU; pendant le sejour de leurs Majestés en 1754.
En 1754, les spectacles de Fontainebleau ont combiné goût, magnificence et zèle pour offrir des divertissements agréables à la cour et honorables pour les lettres, les talents et les arts. Les succès obtenus ont suscité l'intérêt du public, avide de connaître les détails. Le 8 octobre, les Comédiens Français ont joué 'Le Curieux impertinent' de Destouches et 'L'Étourderie' de Fagan. Le 9 octobre, les Comédiens Italiens ont représenté 'Le Joueur'. Le 10 octobre, les acteurs de la Comédie Française ont interprété 'Le Duc de Foix' de Voltaire et 'Le Rendez-vous' de Fagan. L'Opéra a commencé ses représentations le 12 octobre. Le théâtre de Fontainebleau, initialement conçu pour la comédie, a été adapté pour accueillir les machines nécessaires à l'Opéra Français. La première représentation a inclus 'La Naissance d'Osiris', un ballet allégorique nouveau, ainsi que des extraits des 'Incas', des 'Indes galantes' et de 'Pigmalion'. Ces derniers ouvrages, déjà connus et appréciés, ont été parfaitement interprétés par Chassé, Mlle Chevalier et Jéliote. Le ballet 'La Naissance d'Osiris' a été créé par Cahusac et Rameau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 192-196
Extrait de la Naissance d'Osiris, ou la Fête Pamilie.
Début :
La naissance de Monseigneur le Duc de Berry, les différens spectacles qu'on préparoit [...]
Mots clefs :
Naissance du Duc de Berry, Bergers, Amour, Ciel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de la Naissance d'Osiris, ou la Fête Pamilie.
Extrait de la Naiffance d'Ofiris , on la Fête
Pamilie.
La naiffance de Monfeigneur le Duc de
Berry , les différens fpectacles qu'on préparoit
pour leurs Majeftés , les cris de joie
d'un peuple heureux du bonheur de fes
maîtres , voilà ce que l'auteur de ce ballet
nouveau paroît s'être propofé de peindre
par une allégorie . On n'a point la reffource
des louanges directes auprès d'un
Roi auffi modefte que bienfaifant .
Une femme de Thebes , nommée Pamilie
, en fortant du temple de Jupiter , entendit
une voix qui lui annonçoit la naiffance
d'un héros qui devoit faire un jour
la félicité de l'Egypte . C'étoit Ofiris , qu'elle
éleva , & qui fut dans les fuites un des
plus illuftres bienfacteurs de l'humanité.
Pour conferver la mémoire de cet événement
, les Egyptiens inftituerent la Fête
Pamilie , dans laquelle on avoit le foin de
leretracer , & c'eft fur cette ancienne fable
que M. de Cahufac a bâti la fienne.
Le théatre repréfente le devant du temple
de Jupiter. Une troupe de bergers célebre
par leurs danfes & leurs chants la paix
dont ils jouiffent. Pour être parfaitement
heureux , il ne leur manque qu'un feul
bien : mais , difent-ils ,
Chaque
DECEMBRE.
1754. 193
Chaque inftant vole & nous l'amene.
C'est dans ce premier
divertiffement
que Mlle Fel , qui repréfentoit le rolle de
Pamilie , chantoit cette Ariette , dont le
chant fimple exprime d'une maniere ſi
neuve la naïveté des paroles.
Non , non , une flamme volage
Ne peut me ravir mon berger ;
Ce n'eft point un goût paffager
Qui nous enchaîne & nous engage ,
Qui pourroit l'aimer davantage ?
Que gagneroit-il à changer ?
Tout-à - coup un bruit éclatant de tonherre
trouble la fète . Les bergers s'écrient.
du ton dont M. Rameau fçait peindre les
grands mouvemens.
Jupiter s'arme de la foudre ;
Son char brulant s'élance & roule dans les airs:
Quels coups redoublés ! quels éclairs !
O Dieux ! le feu du ciel va nous réduire en poudre
Pendant ce choeur , la danfe ( qu'il ne doit
pas être permis à M. de Cahufac de laiſſer
oifive ou inutile dans fes ballets ) , formoit
des tableaux rapides d'effroi , qui donnoient
une force nouvelle à cette fituation .
Cependant les bergers effrayés & prêts
à partir , font retenus par le Grand Prêtre
du Dieu dont ils redoutoient la colere.
Raffurés par fa préfence & par fes difcours ,
une nouvelle harmonie les frappe & les ar-
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
rête. Ce font des éclats de tonnerre mêlés
de traits de fymphonie les plus mélodieux.
Le ciel s'ouvre ; Jupiter paroît dans tout
l'éclat de fa gloire , ayant à fes pieds les
graces & l'amour , & il dit :
Qu'il eft doux de regner dans une paix profonde !
Que le fort aux mortels prépare de beaux jours !
Rien ne peut plus troubler le ciel , la terre &
l'onde ,
L'amour qui me feconde ,
De leur félicité vient d'affûrer le cours.
Il eſt né , ce héros que vos voeux me demandent
&c.
Les bergers lui répondent par un choeur
d'allégreffe ; les Prêtres lui rendent hommage
par leurs danfes , & Pamilie & fon
berger lui adreffent les vers fuivans.
Enfemble.
Paroiffez , doux tranfports , éclatez en ce jour
Aux regards d'un Dieu qui nous aime.
Pamilie.
L'éclat de la grandeur fuprême
Le flate moins que notre amour.
Enfemble.
Il bannit loin de nous la difcorde & la guerre
Offrons lui tous les jeux que raflemble la paix.
Pamilie.
Qu'il jouiffe de ſes bienfaits ,
En voyant le bonheur qu'il répand fur la terre?
DECEMBRE . 1754 195
Jupiter alors s'exprime ainfi :
Mortels , le foin de ma grandeur
Au féjour des Dieux me rappelle ;
Mais la terre eft l'objet le plus cher à mon coeur :
Je lui laiffe l'Amour. Il en fait le bonheur ;
Que fans ceffe il régne fur elle.
Au moment qu'il remonte dans les cieux ,
l'Amour & les Graces defcendent fur la
terre. Les Bergers les environnent ; mais
l'Amour qui veut lancer fes fléches fur eux ,
les effraye. Une jeune Bergere affronte le
danger , & lui réfifte : il la pourfuit ; il eſt
fur le point de l'atteindre , lorfqu'elle a l'adreffe
de lui ravir la flèche dont il vouloit
la bleffer. Déja la Bergere triomphe ; mais
l'Amour faifit un nouveau trait. Ils levent
tous deux le bras , & font prêts à fe frapper
, lorfque Pamilie les fépare , en difant :
Régne , Amour , fans nous alarmer ;
Quitte tes armes : tout foupire .
Tu n'as befoin pour nous charmer ,
Que de folâtrer & de rire , & c.
Ce premier tableau de danfe , exécuté
par Mile Puvigné , repréfentant la Bergere,
& Mlle Catinon , repréfentant l'Amour ,
ne pouvoit pas manquer de produire un
effet agréable , & il en amenoit naturellement
un fecond , qui termine fort heureufement
cette fête .
L'Amour fe laiffe défarmer : les Graces
Lij
196 MERCURE DE FRANCE.
lui préfentent des guirlandes de fleurs . Il
leur ordonne d'en faire des chaînes pour
les Bergers , & il en prend une qu'il offre à
la jeune Bergere : elle la reçoit avec ingé,
nuité , & dans le moment que l'Amour y
fongé le moins , elle en forme une chaîne
pour lui-même. Tous les Bergers alors les
entourent & les reconduifent , comme en
triomphe , hors du théâtre.
Tel eft ce ballet allégorique , dont la
fimplicité de l'action , l'analogie du fait antique
avec les circonftances du moment ,
le choix des perfonnages , concourent pour
en rendre la compofition heureufe , & l'application
facile.
Pamilie.
La naiffance de Monfeigneur le Duc de
Berry , les différens fpectacles qu'on préparoit
pour leurs Majeftés , les cris de joie
d'un peuple heureux du bonheur de fes
maîtres , voilà ce que l'auteur de ce ballet
nouveau paroît s'être propofé de peindre
par une allégorie . On n'a point la reffource
des louanges directes auprès d'un
Roi auffi modefte que bienfaifant .
Une femme de Thebes , nommée Pamilie
, en fortant du temple de Jupiter , entendit
une voix qui lui annonçoit la naiffance
d'un héros qui devoit faire un jour
la félicité de l'Egypte . C'étoit Ofiris , qu'elle
éleva , & qui fut dans les fuites un des
plus illuftres bienfacteurs de l'humanité.
Pour conferver la mémoire de cet événement
, les Egyptiens inftituerent la Fête
Pamilie , dans laquelle on avoit le foin de
leretracer , & c'eft fur cette ancienne fable
que M. de Cahufac a bâti la fienne.
Le théatre repréfente le devant du temple
de Jupiter. Une troupe de bergers célebre
par leurs danfes & leurs chants la paix
dont ils jouiffent. Pour être parfaitement
heureux , il ne leur manque qu'un feul
bien : mais , difent-ils ,
Chaque
DECEMBRE.
1754. 193
Chaque inftant vole & nous l'amene.
C'est dans ce premier
divertiffement
que Mlle Fel , qui repréfentoit le rolle de
Pamilie , chantoit cette Ariette , dont le
chant fimple exprime d'une maniere ſi
neuve la naïveté des paroles.
Non , non , une flamme volage
Ne peut me ravir mon berger ;
Ce n'eft point un goût paffager
Qui nous enchaîne & nous engage ,
Qui pourroit l'aimer davantage ?
Que gagneroit-il à changer ?
Tout-à - coup un bruit éclatant de tonherre
trouble la fète . Les bergers s'écrient.
du ton dont M. Rameau fçait peindre les
grands mouvemens.
Jupiter s'arme de la foudre ;
Son char brulant s'élance & roule dans les airs:
Quels coups redoublés ! quels éclairs !
O Dieux ! le feu du ciel va nous réduire en poudre
Pendant ce choeur , la danfe ( qu'il ne doit
pas être permis à M. de Cahufac de laiſſer
oifive ou inutile dans fes ballets ) , formoit
des tableaux rapides d'effroi , qui donnoient
une force nouvelle à cette fituation .
Cependant les bergers effrayés & prêts
à partir , font retenus par le Grand Prêtre
du Dieu dont ils redoutoient la colere.
Raffurés par fa préfence & par fes difcours ,
une nouvelle harmonie les frappe & les ar-
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
rête. Ce font des éclats de tonnerre mêlés
de traits de fymphonie les plus mélodieux.
Le ciel s'ouvre ; Jupiter paroît dans tout
l'éclat de fa gloire , ayant à fes pieds les
graces & l'amour , & il dit :
Qu'il eft doux de regner dans une paix profonde !
Que le fort aux mortels prépare de beaux jours !
Rien ne peut plus troubler le ciel , la terre &
l'onde ,
L'amour qui me feconde ,
De leur félicité vient d'affûrer le cours.
Il eſt né , ce héros que vos voeux me demandent
&c.
Les bergers lui répondent par un choeur
d'allégreffe ; les Prêtres lui rendent hommage
par leurs danfes , & Pamilie & fon
berger lui adreffent les vers fuivans.
Enfemble.
Paroiffez , doux tranfports , éclatez en ce jour
Aux regards d'un Dieu qui nous aime.
Pamilie.
L'éclat de la grandeur fuprême
Le flate moins que notre amour.
Enfemble.
Il bannit loin de nous la difcorde & la guerre
Offrons lui tous les jeux que raflemble la paix.
Pamilie.
Qu'il jouiffe de ſes bienfaits ,
En voyant le bonheur qu'il répand fur la terre?
DECEMBRE . 1754 195
Jupiter alors s'exprime ainfi :
Mortels , le foin de ma grandeur
Au féjour des Dieux me rappelle ;
Mais la terre eft l'objet le plus cher à mon coeur :
Je lui laiffe l'Amour. Il en fait le bonheur ;
Que fans ceffe il régne fur elle.
Au moment qu'il remonte dans les cieux ,
l'Amour & les Graces defcendent fur la
terre. Les Bergers les environnent ; mais
l'Amour qui veut lancer fes fléches fur eux ,
les effraye. Une jeune Bergere affronte le
danger , & lui réfifte : il la pourfuit ; il eſt
fur le point de l'atteindre , lorfqu'elle a l'adreffe
de lui ravir la flèche dont il vouloit
la bleffer. Déja la Bergere triomphe ; mais
l'Amour faifit un nouveau trait. Ils levent
tous deux le bras , & font prêts à fe frapper
, lorfque Pamilie les fépare , en difant :
Régne , Amour , fans nous alarmer ;
Quitte tes armes : tout foupire .
Tu n'as befoin pour nous charmer ,
Que de folâtrer & de rire , & c.
Ce premier tableau de danfe , exécuté
par Mile Puvigné , repréfentant la Bergere,
& Mlle Catinon , repréfentant l'Amour ,
ne pouvoit pas manquer de produire un
effet agréable , & il en amenoit naturellement
un fecond , qui termine fort heureufement
cette fête .
L'Amour fe laiffe défarmer : les Graces
Lij
196 MERCURE DE FRANCE.
lui préfentent des guirlandes de fleurs . Il
leur ordonne d'en faire des chaînes pour
les Bergers , & il en prend une qu'il offre à
la jeune Bergere : elle la reçoit avec ingé,
nuité , & dans le moment que l'Amour y
fongé le moins , elle en forme une chaîne
pour lui-même. Tous les Bergers alors les
entourent & les reconduifent , comme en
triomphe , hors du théâtre.
Tel eft ce ballet allégorique , dont la
fimplicité de l'action , l'analogie du fait antique
avec les circonftances du moment ,
le choix des perfonnages , concourent pour
en rendre la compofition heureufe , & l'application
facile.
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Résumé : Extrait de la Naissance d'Osiris, ou la Fête Pamilie.
Le texte présente un ballet intitulé 'La Naissance d'Ofiris, ou la Fête Pamilie', qui commémore la naissance du Duc de Berry. L'auteur utilise une allégorie pour éviter les louanges directes au roi. L'intrigue s'inspire d'une légende égyptienne où Pamilie, une femme de Thèbes, apprend la naissance d'Ofiris, un héros destiné à apporter la félicité à l'Égypte. Les Égyptiens instituèrent la Fête Pamilie pour célébrer cet événement. Le ballet se déroule devant le temple de Jupiter. Une troupe de bergers célèbre la paix, mais attend un bien supplémentaire. Mlle Fel, interprétant Pamilie, chante une ariette exprimant la naïveté et la sincérité de l'amour. Un bruit de tonnerre interrompt la fête, et Jupiter apparaît, annonçant la naissance du héros et la paix durable. Les bergers et les prêtres rendent hommage à Jupiter, qui laisse l'Amour régner sur terre. L'Amour et les Grâces descendent sur terre, et une bergère affronte l'Amour, qui finit par se désarmer. Le ballet se termine par une danse où l'Amour et la bergère sont triomphalement reconduits hors du théâtre. La simplicité de l'action et l'analogie avec les circonstances contemporaines rendent la composition du ballet heureuse et son application facile.
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4
p. 196-197
« Le 14 du même mois d'Octobre, les Comédiens François représenterent le [...] »
Début :
Le 14 du même mois d'Octobre, les Comédiens François représenterent le [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Comédiens-Italiens
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texteReconnaissance textuelle : « Le 14 du même mois d'Octobre, les Comédiens François représenterent le [...] »
Le 14 du même mois d'Octobre , les
Comédiens François repréfenterent le
Muet , de Brueys , avec Crifpin Medecin ,
de Hauteroche.
L'Opera donna le 15 une feconde repréfentation
de la Naiſſance d'Ofiris , de
' Acte des Incas , & de Pigmalion.
Le 16 Herode & Mariamne , tragédie
de M. de Voltaire , & le Legs , petite comé
die de M. de Marivaux , un des quarante
de l'Académie Françoife , furent repréfentées
par les Comédiens François.
Le Vendredi 18 , on repréfenta Thefee,
célébre Opéra de Quinault & de Lulli
avec la plus grande magnificence , & avec
DECEMBRE . 1754. 197
toute la dignité dont cet excellent ouvrage
eft fufceptible . On avoit pris le foin de
l'embellir encore par quelques morceaux
de chant , & plufieurs fymphonies du choix
de MM. Rebel & Francoeur , dont le public
a fi fouvent applaudi le goût , l'intelligence
, & les talens. Les principaux rolles
en furent remplis avec tout le pathétique
, la nobleffe , & l'énergie qu'on eft en
droit d'attendre des talens fupérieurs ; fçavoir
, Médée , par Mlle Chevalier ; Eglé ,
par Mlle Fel ; Théfee , par M. Jeliote ;
Egée , par M. de Chaffé.
Le Lundi fuivant 21 , on exécuta le même
fpectacle avec autant de zéle & de
fuccès.
Le 23 l'Opéra repréfenta Anacréon ,
ballet héroïque nouveau en un acte , précédé
du Mari garçon , Comédie de M. de
Boiffy , de l'Académie Françoife , qui fut
repréfentée par les Comédiens Italiens.
Comédiens François repréfenterent le
Muet , de Brueys , avec Crifpin Medecin ,
de Hauteroche.
L'Opera donna le 15 une feconde repréfentation
de la Naiſſance d'Ofiris , de
' Acte des Incas , & de Pigmalion.
Le 16 Herode & Mariamne , tragédie
de M. de Voltaire , & le Legs , petite comé
die de M. de Marivaux , un des quarante
de l'Académie Françoife , furent repréfentées
par les Comédiens François.
Le Vendredi 18 , on repréfenta Thefee,
célébre Opéra de Quinault & de Lulli
avec la plus grande magnificence , & avec
DECEMBRE . 1754. 197
toute la dignité dont cet excellent ouvrage
eft fufceptible . On avoit pris le foin de
l'embellir encore par quelques morceaux
de chant , & plufieurs fymphonies du choix
de MM. Rebel & Francoeur , dont le public
a fi fouvent applaudi le goût , l'intelligence
, & les talens. Les principaux rolles
en furent remplis avec tout le pathétique
, la nobleffe , & l'énergie qu'on eft en
droit d'attendre des talens fupérieurs ; fçavoir
, Médée , par Mlle Chevalier ; Eglé ,
par Mlle Fel ; Théfee , par M. Jeliote ;
Egée , par M. de Chaffé.
Le Lundi fuivant 21 , on exécuta le même
fpectacle avec autant de zéle & de
fuccès.
Le 23 l'Opéra repréfenta Anacréon ,
ballet héroïque nouveau en un acte , précédé
du Mari garçon , Comédie de M. de
Boiffy , de l'Académie Françoife , qui fut
repréfentée par les Comédiens Italiens.
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Résumé : « Le 14 du même mois d'Octobre, les Comédiens François représenterent le [...] »
Du 14 au 23 octobre, une série de représentations théâtrales et musicales ont été organisées. Le 14 octobre, les Comédiens Français ont joué 'Le Muet' de Brueys et 'Crispin Médecin' de Hauteroche. Le 15 octobre, l'Opéra a présenté 'La Naissance d'Osiris', 'Acte des Incas' et 'Pigmalion'. Le 16 octobre, les Comédiens Français ont interprété 'Hérode et Mariamne' de Voltaire et 'Le Legs' de Marivaux, membre de l'Académie Française. Le 18 octobre, l'Opéra a donné une représentation somptueuse de 'Théée', œuvre de Quinault et Lully, enrichie de morceaux de chant et de symphonies de Rebel et Francoeur. Les rôles principaux ont été interprétés par Mlle Chevalier, Mlle Fel, M. Jéliote et M. de Chassé. Le 21 octobre, cette représentation a été répétée avec succès. Le 23 octobre, l'Opéra a présenté 'Anacréon', ballet héroïque en un acte, précédé de 'Le Mari garçon', comédie de Boissy, interprétée par les Comédiens Italiens.
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5
p. 197-203
Extrait d'Anacréon, nouveau Ballet en un Acte, de MM. de Cabusac & Rameau.
Début :
On s'est proposé dans ce ballet de peindre un caractere ; & celui d'Anacréon, le [...]
Mots clefs :
Ballet, Amour, Plaisir
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texteReconnaissance textuelle : Extrait d'Anacréon, nouveau Ballet en un Acte, de MM. de Cabusac & Rameau.
Extrait d'Anacréon , nouveau Ballet en un
Acte , de MM. de Cabufac & Rameau.jį
On s'eft propofé dans ce ballet de peindre
un caractere ; & celui d'Anacréon , le
Poëte des graces & de l'enjouement , n'étoit
pas aifé à développer fur le théâtre lyrique.
Le nom d'Anacréon nous repréſenté
l'idée d'un vieillard , fort aimable à la vé-
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
rité , mais c'est toujours l'idée d'un vieillard
; & un pareil perfonnage amoureux ,
ou comme le dit M. de C. , jouant fans
celle avec les Amours , touche de bien près
au comique , peut - être même au ridicule.
Il falloit éviter ce premier écueil . On a
mis en scène , à côté même d'Anacréon ,
Batyle , ce perfonnage fi connu dans les
chroniques du Parnaffe . Il étoit indifpenfable
d'imaginer des prétextes honnêtes
qui puffent autorifer une pareille entreprife
, & c'eft ce qu'on a eu l'art de faire
ici , par un ppllaann tthhééaattrraall , qui a tout le mérite
de la difficulté adroitement vaincue .
On fuppofe qu'Anacréon a élevé Batyle
& Chloé , avec tous les foins & la tendreffe
de l'amitié. Ces jeunes enfans inf
truits par cet aimable Maître , faits l'un
pour l'autre , ne fe quittant jamais , s'aiment
, fe le difent , & croyent leur liaiſon
tout-à fait ignorée. Anacréon a facilement
apperçu leur intelligence , il en eft flaté ,
& il s'en amufe. Voici comme il en parle
dans le monologue qui ouvre la fcène .
Myrtes fleuris , naiffant feuillage ,
Où Flore & les Amours ont fixé les zéphirs ;
Berceaux charmans , que votre ombrage
Me promet encor de plaifirs !
Deux cecurs que j'ai formés , qu'un doux penchant
engage ,
Penfent qu'Anacréon ignore leurs foupirs.
DECEMBRE. 1754. 199
D'ici je vois leur trouble , & j'entens leur langage;
J'alarme tour à tour & fate leurs défirs
J'aime à jouir de mon ouvrage ;
Et cet innocent badinage
De l'hyver de mes ans embellit les loifirs.
Une grande fête fe prépare , Chloé &
& Batyle doivent y chanter des vers nouveaux
d'Anacréon ; mais on ignore quel
eft l'objet fecret de tous ces préparatifs :
Chloé arrive pour s'en informer.
Anacreon , qui dans fon monologue a
déja annoncé une partie de fon projet , ne
lui répond que d'une maniere détournée ,
& par des galanteries legeres . Il lui dit enfin
qu'elle eft appellée par l'hymen pour
former une chaîne digne d'elle , & bientôt
après :
En vain le poids des ans me preffe,
Mon coeur n'eft jamais fans defirs ;
Au charme de vos yeux , au feu de ma tendreffe
Je dois ma vie & mes plaifirs.
C'eſt Hébé , fous vos traits , qui me rend la jeu◄
neffe.
Chloé , qui connoît Anacréon , craint
avec raifon que cet hymen ne le regarde :
le vieillard jouit de fon trouble , & pour
l'augmenter , il lui adreffe ce difcours équivoque
en la quittant :
Auprès de cent beautés que j'aimai tour à tour
L'amour a comblé mon attente ;
I iiij
100 MERCURE DE FRANCE.
Mais ce jour eft mon plus beau jour ,
Chloé , j'y veux former une chaîne conſtante ,
Qui de tous fes bienfaits m'acquitte envers l'amour.
Au moment qu'Anacréon fort , Batyle
paroît dans l'enchantement que lui caufent
les vers dont Anacréon l'a chargé pour
la fère qu'on prépare , il apperçoit Chloé ,
& dans fon enthoufiafme , il lui dit :
Ah ma Chloé , daignez entendre
Ce que je chante dans nos jeux.
Et tout de fuite il chante :
» Des zéphirs que Flore rappelle \
» Je voulois chanter le retour.
» Je vis Chloé : qu'elle étoit belle !
» Je ne pus chanter que l'amour.
» Je lui confacrai dès ce jour
>> Tous mes voeux , mes vers , & malyre.
C'est pour Chloé que je refpire ,
Je ne chante qu'elle & l'amour.
Batyle alors tourne fes regards fur elle :
il la voit fondante en larmes ; il frémit. Elle
lui déclare le deffein d'Anacréon . Les vers
que Batyle vient de chanter , le lui confirment
; ceux qu'elle doit chanter elle - même
en font une preuve nouvelle . Ils font en
effet , les uns & les autres , tournés de façon
qu'ils peuvent convenir & à la pofition
qu'ils craignent , & au but fecret d'Anacréon.
Cette fcène vive & touchante eft
DECEMBRE . 1754. 201
interrompue par la fète. La jeuneffe de
Théos environne Anacréon qui joue de fa
lyre , le couronne de rofes , & le pare de
fleurs nouvelles . C'est là qu'on a place
quelques traits de la philofophie aimable
d'Anacréon. Il dit au milieu de cette jeuneffe
, que le plaifir anime :
Mettre à profit tous les inftans
Eft l'unique foin du vrai fage.
11 naît des fleurs dans tous les tems ;
Il eft des plaifirs à tout âge.
Et plus bas ,
Des caprices du fort je crains peu les retours ;
Je jouis du préfent , j'en connois l'avantage.
Je retrouve au déclin de l'âge
Les jeux rians de mes beaux jours.
Livrons au doux plaifir chaque inftant qui nous
refte ,
Et courons au terme funefte ,
En jouant avec les Amours .
Cependant Anacréon ne perd point de
vûe Batyle & Chloé : ils font l'un & l'autre
dans un trouble dont il fe plaît à jouir.
Tous ces préparatifs , ces fleurs dont on le
pare , les vers qu'ils font chargés de chanter
, leur infpirent des alarmes qu'il redouble
en preffant Chloé de commencer .
Il y a dans cet endroit une fcène de trèspeu
de vers , tendre & badine de la part
d'Anacréon , théatrale & naïve de la part
Iy
202 MERCURE DE FRANCE
des deux jeunes amans , qui conduit enfin
à l'explication fuivante.
Anacréon.
J'ai voulu quelque tems jouir de vos foupirs.
Rendre heureux ce qu'on aime eft l'amour de mor
âge.
Qu'a former vos deux coeurs j'ai goûté de plaifirs !
Mais c'eſt en comblant vos defirs
Que je couronne mon ouvrage.
En chantant les derniers vers , il les unit;
& ce dénouement heureux eft fuivi d'un
divertiffement auffi neuf que faillant.
La Ferme du fond s'ouvre. Une terraffe
qui forme un fecond théâtre eft remplie
de jeunes Danfeurs qui fuivent les mouvemens
du ballet qu'on voit fur le devant
du théatre. Cette fète eft formée par une
troupe de jeunes Théoniens , qui repréfentent
une orgie galante . Le ballet , dans lequel
on a vû fucceffivement des pas de 2 , de
3 , de 4 , & de 7 , fort ingénieux , & trèsgais
, fans ceffer d'être nobles , eft pour la
mufique & la danfe , de la plus forte & de
la plus agréable compofition , & il eft terminé
par un choeur de bacchanales , digne
de la réputation de M. Rameau. Ce font
MM. de Chaffé & Jeliote qui ont rempli
les rolles d'Anacréon & de Batyle. Mile
Fel étoit chargée de celui de Chloé.
Le 26 , Anacréon fut donné
pour
la for
DECEMBRE . 1754 203
-
conde fois avec Cenie , comédie de Mad.
de Graffigni ; & le 29 l'Opéra , fans avoir
befoin d'une plus longue préparation , repréfenta
pour la premiere fois Daphnis &
Alcimadure , paftorale Languedocienne ,
en trois actes , précédée d'un prologue.
Acte , de MM. de Cabufac & Rameau.jį
On s'eft propofé dans ce ballet de peindre
un caractere ; & celui d'Anacréon , le
Poëte des graces & de l'enjouement , n'étoit
pas aifé à développer fur le théâtre lyrique.
Le nom d'Anacréon nous repréſenté
l'idée d'un vieillard , fort aimable à la vé-
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
rité , mais c'est toujours l'idée d'un vieillard
; & un pareil perfonnage amoureux ,
ou comme le dit M. de C. , jouant fans
celle avec les Amours , touche de bien près
au comique , peut - être même au ridicule.
Il falloit éviter ce premier écueil . On a
mis en scène , à côté même d'Anacréon ,
Batyle , ce perfonnage fi connu dans les
chroniques du Parnaffe . Il étoit indifpenfable
d'imaginer des prétextes honnêtes
qui puffent autorifer une pareille entreprife
, & c'eft ce qu'on a eu l'art de faire
ici , par un ppllaann tthhééaattrraall , qui a tout le mérite
de la difficulté adroitement vaincue .
On fuppofe qu'Anacréon a élevé Batyle
& Chloé , avec tous les foins & la tendreffe
de l'amitié. Ces jeunes enfans inf
truits par cet aimable Maître , faits l'un
pour l'autre , ne fe quittant jamais , s'aiment
, fe le difent , & croyent leur liaiſon
tout-à fait ignorée. Anacréon a facilement
apperçu leur intelligence , il en eft flaté ,
& il s'en amufe. Voici comme il en parle
dans le monologue qui ouvre la fcène .
Myrtes fleuris , naiffant feuillage ,
Où Flore & les Amours ont fixé les zéphirs ;
Berceaux charmans , que votre ombrage
Me promet encor de plaifirs !
Deux cecurs que j'ai formés , qu'un doux penchant
engage ,
Penfent qu'Anacréon ignore leurs foupirs.
DECEMBRE. 1754. 199
D'ici je vois leur trouble , & j'entens leur langage;
J'alarme tour à tour & fate leurs défirs
J'aime à jouir de mon ouvrage ;
Et cet innocent badinage
De l'hyver de mes ans embellit les loifirs.
Une grande fête fe prépare , Chloé &
& Batyle doivent y chanter des vers nouveaux
d'Anacréon ; mais on ignore quel
eft l'objet fecret de tous ces préparatifs :
Chloé arrive pour s'en informer.
Anacreon , qui dans fon monologue a
déja annoncé une partie de fon projet , ne
lui répond que d'une maniere détournée ,
& par des galanteries legeres . Il lui dit enfin
qu'elle eft appellée par l'hymen pour
former une chaîne digne d'elle , & bientôt
après :
En vain le poids des ans me preffe,
Mon coeur n'eft jamais fans defirs ;
Au charme de vos yeux , au feu de ma tendreffe
Je dois ma vie & mes plaifirs.
C'eſt Hébé , fous vos traits , qui me rend la jeu◄
neffe.
Chloé , qui connoît Anacréon , craint
avec raifon que cet hymen ne le regarde :
le vieillard jouit de fon trouble , & pour
l'augmenter , il lui adreffe ce difcours équivoque
en la quittant :
Auprès de cent beautés que j'aimai tour à tour
L'amour a comblé mon attente ;
I iiij
100 MERCURE DE FRANCE.
Mais ce jour eft mon plus beau jour ,
Chloé , j'y veux former une chaîne conſtante ,
Qui de tous fes bienfaits m'acquitte envers l'amour.
Au moment qu'Anacréon fort , Batyle
paroît dans l'enchantement que lui caufent
les vers dont Anacréon l'a chargé pour
la fère qu'on prépare , il apperçoit Chloé ,
& dans fon enthoufiafme , il lui dit :
Ah ma Chloé , daignez entendre
Ce que je chante dans nos jeux.
Et tout de fuite il chante :
» Des zéphirs que Flore rappelle \
» Je voulois chanter le retour.
» Je vis Chloé : qu'elle étoit belle !
» Je ne pus chanter que l'amour.
» Je lui confacrai dès ce jour
>> Tous mes voeux , mes vers , & malyre.
C'est pour Chloé que je refpire ,
Je ne chante qu'elle & l'amour.
Batyle alors tourne fes regards fur elle :
il la voit fondante en larmes ; il frémit. Elle
lui déclare le deffein d'Anacréon . Les vers
que Batyle vient de chanter , le lui confirment
; ceux qu'elle doit chanter elle - même
en font une preuve nouvelle . Ils font en
effet , les uns & les autres , tournés de façon
qu'ils peuvent convenir & à la pofition
qu'ils craignent , & au but fecret d'Anacréon.
Cette fcène vive & touchante eft
DECEMBRE . 1754. 201
interrompue par la fète. La jeuneffe de
Théos environne Anacréon qui joue de fa
lyre , le couronne de rofes , & le pare de
fleurs nouvelles . C'est là qu'on a place
quelques traits de la philofophie aimable
d'Anacréon. Il dit au milieu de cette jeuneffe
, que le plaifir anime :
Mettre à profit tous les inftans
Eft l'unique foin du vrai fage.
11 naît des fleurs dans tous les tems ;
Il eft des plaifirs à tout âge.
Et plus bas ,
Des caprices du fort je crains peu les retours ;
Je jouis du préfent , j'en connois l'avantage.
Je retrouve au déclin de l'âge
Les jeux rians de mes beaux jours.
Livrons au doux plaifir chaque inftant qui nous
refte ,
Et courons au terme funefte ,
En jouant avec les Amours .
Cependant Anacréon ne perd point de
vûe Batyle & Chloé : ils font l'un & l'autre
dans un trouble dont il fe plaît à jouir.
Tous ces préparatifs , ces fleurs dont on le
pare , les vers qu'ils font chargés de chanter
, leur infpirent des alarmes qu'il redouble
en preffant Chloé de commencer .
Il y a dans cet endroit une fcène de trèspeu
de vers , tendre & badine de la part
d'Anacréon , théatrale & naïve de la part
Iy
202 MERCURE DE FRANCE
des deux jeunes amans , qui conduit enfin
à l'explication fuivante.
Anacréon.
J'ai voulu quelque tems jouir de vos foupirs.
Rendre heureux ce qu'on aime eft l'amour de mor
âge.
Qu'a former vos deux coeurs j'ai goûté de plaifirs !
Mais c'eſt en comblant vos defirs
Que je couronne mon ouvrage.
En chantant les derniers vers , il les unit;
& ce dénouement heureux eft fuivi d'un
divertiffement auffi neuf que faillant.
La Ferme du fond s'ouvre. Une terraffe
qui forme un fecond théâtre eft remplie
de jeunes Danfeurs qui fuivent les mouvemens
du ballet qu'on voit fur le devant
du théatre. Cette fète eft formée par une
troupe de jeunes Théoniens , qui repréfentent
une orgie galante . Le ballet , dans lequel
on a vû fucceffivement des pas de 2 , de
3 , de 4 , & de 7 , fort ingénieux , & trèsgais
, fans ceffer d'être nobles , eft pour la
mufique & la danfe , de la plus forte & de
la plus agréable compofition , & il eft terminé
par un choeur de bacchanales , digne
de la réputation de M. Rameau. Ce font
MM. de Chaffé & Jeliote qui ont rempli
les rolles d'Anacréon & de Batyle. Mile
Fel étoit chargée de celui de Chloé.
Le 26 , Anacréon fut donné
pour
la for
DECEMBRE . 1754 203
-
conde fois avec Cenie , comédie de Mad.
de Graffigni ; & le 29 l'Opéra , fans avoir
befoin d'une plus longue préparation , repréfenta
pour la premiere fois Daphnis &
Alcimadure , paftorale Languedocienne ,
en trois actes , précédée d'un prologue.
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Résumé : Extrait d'Anacréon, nouveau Ballet en un Acte, de MM. de Cabusac & Rameau.
Le ballet 'Anacréon', créé par MM. de Cabufac et Rameau, met en scène Anacréon, un poète connu pour ses grâces et son enjouement. Pour éviter les aspects comiques ou ridicules d'un vieillard amoureux, les auteurs introduisent Batyle et Chloé, deux jeunes personnes élevés par Anacréon et secrètement amoureux l'un de l'autre. Anacréon, conscient de leur amour, décide de les unir. L'intrigue se déroule lors d'une grande fête où Chloé et Batyle doivent chanter des vers d'Anacréon. Par des monologues et des discours équivoques, Anacréon laisse entendre à Chloé qu'elle est destinée à un hymen, augmentant ainsi son trouble. Batyle, en chantant les vers d'Anacréon, révèle involontairement ses sentiments à Chloé. La fête est interrompue par des danses et des chants, durant lesquels Anacréon exprime sa philosophie de jouir du présent et de profiter de chaque instant. Finalement, Anacréon révèle son plan de les unir, comblant ainsi leurs désirs. Le ballet se termine par un divertissement avec des danses et des chants, mettant en scène des jeunes Théoniens dans une orgie galante. Les rôles principaux sont interprétés par MM. de Chaffé et Jeliote, ainsi que Mlle Fel. Le ballet a été représenté pour la première fois le 26 décembre 1754, suivi de la pastorale 'Daphnis et Alcimadure' le 29 décembre.
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6
p. 203-211
Extrait de Daphnis & Alcimadure.
Début :
Cet opéra nouveau nous rappelle le premier âge en France des lettres & des arts. [...]
Mots clefs :
Opéra, Amour, Coeur, Prologue, Langage, Chants, Peuple, Divertissement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de Daphnis & Alcimadure.
Extrait de Daphnis & Alcimadure.
Cet opéra nouveau nous rappelle le premier
âge en France des lettres & des arts.
M. Mondonville , poëte tout à la fois &.
muficien , eft l'auteur des paroles & de
la mufique tels étoient autrefois nos fameux
Troubadours.
La paftorale eft écrite en langage Tou-,
loufain , le prologue l'eft en notre langue.
L'inftitution des Jeux Floraux , que nous,
devons à Clémence Ifaure , eft le fujet du
prologue , & ce perfonnage eft le feul
chantant qui y paroiffe. Ifaure eft entourée
de peuples , de jardiniers & de jardi
nieres , & elle dit :
Dans ce féjour riant & fortuné
Phébus , Flore & l'Amour ont fixé leur empire
On y voit de leurs mains le printems couronné
Les coeurs font adoucis par l'air qu'on y reſpire.
On n'y craint point la rigueur des hyvers ,
On n'y craint point l'inconftance des belles ;
Nos arbres y font toujours verds ,,
Et nos amans toujours fideles.
Ces chants d'Ifaure très- bien rendus pa
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
Mlle Chevalier , & coupés de danſes &
de choeurs , amenent le développement du
projet qu'elle a formé ; elle dit :
Peuples , il faut dans ce beau jour ,
D'un fiécle fi chéri tranſmettre la mémoire ,
Et je veux que des prix couronnent la victoire
De ceux qui fçauront mieux chanter le tendre
amour.
On voit paroître en effet les nobles , formant
une entrée , & portant les différens
prix que la célébre Académie de Toulouſe
diftribue tous les ans. Ifaure enfuite propofe
de retracer en langage du pays , les
amours de Daphnis & d'Alcimadure ; elle
dit :
Traçons par quel bonheur
Daphnis fçut attendrir la fiere Alcimadure :
De leur fimplicité la naïve peinture
Eft l'image de notre coeur ..
Les peuples lui répondent par des chants
de triomphe & d'allégreffe , & c'eft ainfi
que finit d'une maniere fort noble ce joli
prologue.
La Paftorale roule fur trois acteurs :
Daphnis , qui aime Alcimadure ; celle - ci
qui n'aime encore rien , & qui s'eft dé cidée
pour fuir toujours l'amour ; & Jean net
fon frere , perfonnage toujours gai , qui
prend vivement les intérêts de fa foeur
qui cherche en s'amufant à lui ménager un
&
DECEMBRE . 1754. 205
établiffement qu'il croit fort convenable.
Daphnis en fe montrant , développe la
fituation de fon ame par un monologue ,
dont le chant peint fort bien la tendreffe
naïve des paroles.
Hélas ! pauret que farey jou !
Tant m'a blaffat l'ou Dion d'amou.
Defpey que l'el d'Alcimadouro
A dedins mon cor amourous
Allucat milo fougairous ,
Souffri la peno la pu duro.
Hélas ! & c.
Alcimadure paroît , & il s'éloigne pour
découvrir ce qui l'amene . Voici la maniere
vive dont elle s'anonce.
Gazouillats , auzelets , à l'umbro del feuillatge ;
Quant bous fiulats moun cor es encantat.
Entendi bé qué din boftré lengatgé .
Bous célébrats la libertat .
El' es lou plazé de ma bido ,
Car y ou la canti coumo bous.
Tabé fan ceflo èlo mé crido
Qu'elo foulo pot rend' huroux .
Après cette ariette d'un chant léger &
très-agréable , Daphnis paroît , & ces deux
perfonnages foutiennent dans la fcene , l'un
le ton de la tendreffe , l'autre le ton de
gaieté que leurs monologues avoient annoncé.
Daphnis y déclare fon amour ; Alcimadure
l'écoute fans le croire , elle le
206 MERCURE DE FRANCE.
rebute même , & paroît refolue à le fuir ,
mais il l'arrête en lui propofant une petite
fête où l'on doit danfer pour elle , & court
chercher les bergers du village pour la lui
donner. Jeannet , frere d'Alcimadure , arrive
alors ; elle lui fait confidence d'un
amour dont elle fe feroit bien paffée. Il combat
cette répugnance , & trouve Daphnis
un parti fortable ; mais Alcimadure n'entend
point raifon fur ce point ; elle dit :
L'ou plazé de la bido
A cos la gayetat ;
E quand on fe marido
On perdla libertat ..
Et plus bas.
Nou boli pas douna moun cor
A qui pot de reni boulatgé.
Qui fe contento de fon for
Nou defiro res dabantagé.
Jeannet infifte , & il fe propofe s'il
rencontre Daphnis dont il n'eft pas connu ,
de l'éprouver fi bien , qu'il ne lui fera pas
poffible de le tromper . Alors le divertiffement
annoncé dans la fcene précédente
arrive. Il eft compofé de bergers & de
bergeres, & les chants qui coupent la danfe
font tous adroitement placés dans la bouche
de Daphnis , & relatifs à la fituation
de fon coeur.-
་
DECEMBRE . 1754. 207
Qui bey la bello Alcimaduro
Bey l'aftré lou pu bel ;
Per charma touto la naturo
Nou li cal qu'un cop d'el.
Per aquelo Benus noubelo
On bey lous amours enfantets
Boultija fan ceffo après elo
Coumo une troupo d'auzelets.
Cette jolie chanfon eft bientôt fuivie
d'une autre , qui peint une image tout auffi
agréable.
Bezets Pourmel per las flouretos
Boulega fous jouinés ramels.
Efcoutats des pichots auzels
Las amouroufos canfounetos.
Per tout charma lou Diu nenet
Tiro fan ceffo de l'arquet.
N'oublido res dins la naturo ,
Hormis lou cor d'Alcimaduro .
Daphnis ne fe laffe point de chanter
l'amour. Ce refrein paroît déplaire à Alcimadure
; elle interrompt brufquement la
fête , & prend pour prétexte qu'elle eft
obligée d'aller joindre fon frere , ce qui
termine le premier acte.
Le ſecond débute par une troupe de vil
lageois conduits par Jeannet , armés pour
une chaffe au loup. Iis s'animent par un
choeur brillant à la chaffe qu'ils doivent
faire , & Jeannet les renvoye après , en
leur difant fierement de l'avertir lofqu'it
208 MERCURE DE FRANCE.
faudra commencer d'entrer en danfe . Avec
les armes qu'il porte , il fe flate d'en impofer
affez à Daphnis pour éprouver fon
amour , & il fe propofe de le fervir auprès
de fa foeur , s'il le trouve fidéle . Daphnis
paroît ; l'explication fe fait par des difcours
naïfs de la part de l'un , & par des bravades
de la part de l'autre . M. M. pour varier
, a voulu jetter du comique dans ce
perfonnage fort bien chanté par M. Delatour.
Sur ce que Daphnis lui dit des
rigueurs qu'il éprouve , il lui répond :
On pot , quand on es malhuroux ,
Se difpenfa d'eftré fidelo .
'Anats , benets , paffejats bous ,
Arpentats coulinos , montagnos ;
Per eftr' encaro pus hurous
Fazets tres ou quatré campagnos.
Daphnis lui réplique :
A qué tout aquo ferbira ,
Per-tout l'amour me ſeguira.
Jeannet fait alors l'étonné. Quoi ! lui
dit-il , vous n'avez jamais vû de batailles ,
de canons , de bombes , &c ?
Daphnis.
Ni lous clarins , ni las troumpetos
Nou troublon pas noftrés hamels.
L'écho n'es rébeillat que per noftros muzetos
E lou ramargé des auzels :
DECEMBRE. 1754 209
Lous els fouls de las paftouretos
Blaffoun lou cor des paftourels.
L'éclairciffement arrive enfuite . Jeannet
feint d'être fur le point de fe marier
avec Alcimadure ; on juge de l'effet d'une
pareille confidence fur Daphnis . Il déclare
avec fermeté qu'il aime cette cruelle. Jeannet
veut le forcer à n'y plus penfer ; il
leve le bras & fon épieu pour l'y contraindre
: mais le berger fidele aime mieux mourir
.... Dans ce moment on entend crier
au fecours : c'eft Alcimadure poursuivie
par un loup prêt à la dévorer . Daphnis arrache
des mains de Jeannet , qui s'enfuit ,
l'épieu dont il étoit armé , combat le loup ,
le tue , revient , & trouve Alcimadure
évanouie. Il lui parle , lui dit que le loup eft
mort , & s'efforce de l'attendrir. Elle n'eft
que reconnoiffante & point tendre. Jeannet
furvient pour faire une nouvelle fanfaronade
tout le village le fuit , & il fe
forme alors un divertiffement qui a pour
objet de célébrer la valeur de Daphnis .
Alcimadure & Jeannet , par ce moyen , fe
trouvent chargés de toutes les chanfons
que M. M. y a placées. L'acte finit par le
projet d'aller préfenter Daphnis en triomphe
au Seigneur du village.
Alcimadure ouvre le troifiéme acte par
un monologue , dans lequel fon coeur dif210
MERCURE DE FRANCE.
pute encore contre l'amour. Jeannet qui
arrive , lui apprend qu'il a éprouvé fon
amant , tâche de vaincre fon indifférence
n'y réuffit pas , & fe retire appercevant
Daphnis. Celui ci fait de nouveaux efforts
, il parle de mourir : Alcimadure fe
trouble , & fe plaint d'avoir été quittée
par Jeannet. A ce nom , que Daphnis croit
être celui de fon rival , il fort au defef
poir , bien réfolu de ne plus vivre. C'eft
alors qu'Alcimadure ne fuit plus que les
mouvemens de fon coeur ; fon amour fe
déclare par fes craintes. Jeannet revient ,
& lui affure que Daphnis eft mort. Elle
ne fe poffede plus à cette nouvelle ; elle
part pour aller percer fon fein du même
couteau qui a percé le coeur de fon amant .
Daphnis paroît alors . Le defefpoir
d'Alcimadure fe change en une joie auffi
vive que tendre. Un duo charmant couronne
le plaifir que caufe tout cet acte ,
& un divertiffement formé par les compagnons
de Daphnis & les compagnes d'Alcimadure
, termine fort heureufement cet
ouvrage , qui joint le piquant de la fingularité
aux graces naïves d'un genre toutà-
fait inconnu . Nous avons déja dit la maniere
dont Mr Delatour s'eft acquitté du
rolle de Jeannet ; ceux d'Alcimadure & de
Daphnis ont été rendus par Mlle Fel & Mr
DE CEM BR E.
1754. 211
Jeliote. Ils font fi fupérieurs l'un & l'autre
, lorfqu'ils chantent le François , qu'il
eft aifé de juger du charme de leur voix ,
de la fineffe de leur expreffion , de la
fection de leurs traits , en rendant le langage
du pays riant auquel nous devons
leur naiffance.
Cet opéra nouveau nous rappelle le premier
âge en France des lettres & des arts.
M. Mondonville , poëte tout à la fois &.
muficien , eft l'auteur des paroles & de
la mufique tels étoient autrefois nos fameux
Troubadours.
La paftorale eft écrite en langage Tou-,
loufain , le prologue l'eft en notre langue.
L'inftitution des Jeux Floraux , que nous,
devons à Clémence Ifaure , eft le fujet du
prologue , & ce perfonnage eft le feul
chantant qui y paroiffe. Ifaure eft entourée
de peuples , de jardiniers & de jardi
nieres , & elle dit :
Dans ce féjour riant & fortuné
Phébus , Flore & l'Amour ont fixé leur empire
On y voit de leurs mains le printems couronné
Les coeurs font adoucis par l'air qu'on y reſpire.
On n'y craint point la rigueur des hyvers ,
On n'y craint point l'inconftance des belles ;
Nos arbres y font toujours verds ,,
Et nos amans toujours fideles.
Ces chants d'Ifaure très- bien rendus pa
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
Mlle Chevalier , & coupés de danſes &
de choeurs , amenent le développement du
projet qu'elle a formé ; elle dit :
Peuples , il faut dans ce beau jour ,
D'un fiécle fi chéri tranſmettre la mémoire ,
Et je veux que des prix couronnent la victoire
De ceux qui fçauront mieux chanter le tendre
amour.
On voit paroître en effet les nobles , formant
une entrée , & portant les différens
prix que la célébre Académie de Toulouſe
diftribue tous les ans. Ifaure enfuite propofe
de retracer en langage du pays , les
amours de Daphnis & d'Alcimadure ; elle
dit :
Traçons par quel bonheur
Daphnis fçut attendrir la fiere Alcimadure :
De leur fimplicité la naïve peinture
Eft l'image de notre coeur ..
Les peuples lui répondent par des chants
de triomphe & d'allégreffe , & c'eft ainfi
que finit d'une maniere fort noble ce joli
prologue.
La Paftorale roule fur trois acteurs :
Daphnis , qui aime Alcimadure ; celle - ci
qui n'aime encore rien , & qui s'eft dé cidée
pour fuir toujours l'amour ; & Jean net
fon frere , perfonnage toujours gai , qui
prend vivement les intérêts de fa foeur
qui cherche en s'amufant à lui ménager un
&
DECEMBRE . 1754. 205
établiffement qu'il croit fort convenable.
Daphnis en fe montrant , développe la
fituation de fon ame par un monologue ,
dont le chant peint fort bien la tendreffe
naïve des paroles.
Hélas ! pauret que farey jou !
Tant m'a blaffat l'ou Dion d'amou.
Defpey que l'el d'Alcimadouro
A dedins mon cor amourous
Allucat milo fougairous ,
Souffri la peno la pu duro.
Hélas ! & c.
Alcimadure paroît , & il s'éloigne pour
découvrir ce qui l'amene . Voici la maniere
vive dont elle s'anonce.
Gazouillats , auzelets , à l'umbro del feuillatge ;
Quant bous fiulats moun cor es encantat.
Entendi bé qué din boftré lengatgé .
Bous célébrats la libertat .
El' es lou plazé de ma bido ,
Car y ou la canti coumo bous.
Tabé fan ceflo èlo mé crido
Qu'elo foulo pot rend' huroux .
Après cette ariette d'un chant léger &
très-agréable , Daphnis paroît , & ces deux
perfonnages foutiennent dans la fcene , l'un
le ton de la tendreffe , l'autre le ton de
gaieté que leurs monologues avoient annoncé.
Daphnis y déclare fon amour ; Alcimadure
l'écoute fans le croire , elle le
206 MERCURE DE FRANCE.
rebute même , & paroît refolue à le fuir ,
mais il l'arrête en lui propofant une petite
fête où l'on doit danfer pour elle , & court
chercher les bergers du village pour la lui
donner. Jeannet , frere d'Alcimadure , arrive
alors ; elle lui fait confidence d'un
amour dont elle fe feroit bien paffée. Il combat
cette répugnance , & trouve Daphnis
un parti fortable ; mais Alcimadure n'entend
point raifon fur ce point ; elle dit :
L'ou plazé de la bido
A cos la gayetat ;
E quand on fe marido
On perdla libertat ..
Et plus bas.
Nou boli pas douna moun cor
A qui pot de reni boulatgé.
Qui fe contento de fon for
Nou defiro res dabantagé.
Jeannet infifte , & il fe propofe s'il
rencontre Daphnis dont il n'eft pas connu ,
de l'éprouver fi bien , qu'il ne lui fera pas
poffible de le tromper . Alors le divertiffement
annoncé dans la fcene précédente
arrive. Il eft compofé de bergers & de
bergeres, & les chants qui coupent la danfe
font tous adroitement placés dans la bouche
de Daphnis , & relatifs à la fituation
de fon coeur.-
་
DECEMBRE . 1754. 207
Qui bey la bello Alcimaduro
Bey l'aftré lou pu bel ;
Per charma touto la naturo
Nou li cal qu'un cop d'el.
Per aquelo Benus noubelo
On bey lous amours enfantets
Boultija fan ceffo après elo
Coumo une troupo d'auzelets.
Cette jolie chanfon eft bientôt fuivie
d'une autre , qui peint une image tout auffi
agréable.
Bezets Pourmel per las flouretos
Boulega fous jouinés ramels.
Efcoutats des pichots auzels
Las amouroufos canfounetos.
Per tout charma lou Diu nenet
Tiro fan ceffo de l'arquet.
N'oublido res dins la naturo ,
Hormis lou cor d'Alcimaduro .
Daphnis ne fe laffe point de chanter
l'amour. Ce refrein paroît déplaire à Alcimadure
; elle interrompt brufquement la
fête , & prend pour prétexte qu'elle eft
obligée d'aller joindre fon frere , ce qui
termine le premier acte.
Le ſecond débute par une troupe de vil
lageois conduits par Jeannet , armés pour
une chaffe au loup. Iis s'animent par un
choeur brillant à la chaffe qu'ils doivent
faire , & Jeannet les renvoye après , en
leur difant fierement de l'avertir lofqu'it
208 MERCURE DE FRANCE.
faudra commencer d'entrer en danfe . Avec
les armes qu'il porte , il fe flate d'en impofer
affez à Daphnis pour éprouver fon
amour , & il fe propofe de le fervir auprès
de fa foeur , s'il le trouve fidéle . Daphnis
paroît ; l'explication fe fait par des difcours
naïfs de la part de l'un , & par des bravades
de la part de l'autre . M. M. pour varier
, a voulu jetter du comique dans ce
perfonnage fort bien chanté par M. Delatour.
Sur ce que Daphnis lui dit des
rigueurs qu'il éprouve , il lui répond :
On pot , quand on es malhuroux ,
Se difpenfa d'eftré fidelo .
'Anats , benets , paffejats bous ,
Arpentats coulinos , montagnos ;
Per eftr' encaro pus hurous
Fazets tres ou quatré campagnos.
Daphnis lui réplique :
A qué tout aquo ferbira ,
Per-tout l'amour me ſeguira.
Jeannet fait alors l'étonné. Quoi ! lui
dit-il , vous n'avez jamais vû de batailles ,
de canons , de bombes , &c ?
Daphnis.
Ni lous clarins , ni las troumpetos
Nou troublon pas noftrés hamels.
L'écho n'es rébeillat que per noftros muzetos
E lou ramargé des auzels :
DECEMBRE. 1754 209
Lous els fouls de las paftouretos
Blaffoun lou cor des paftourels.
L'éclairciffement arrive enfuite . Jeannet
feint d'être fur le point de fe marier
avec Alcimadure ; on juge de l'effet d'une
pareille confidence fur Daphnis . Il déclare
avec fermeté qu'il aime cette cruelle. Jeannet
veut le forcer à n'y plus penfer ; il
leve le bras & fon épieu pour l'y contraindre
: mais le berger fidele aime mieux mourir
.... Dans ce moment on entend crier
au fecours : c'eft Alcimadure poursuivie
par un loup prêt à la dévorer . Daphnis arrache
des mains de Jeannet , qui s'enfuit ,
l'épieu dont il étoit armé , combat le loup ,
le tue , revient , & trouve Alcimadure
évanouie. Il lui parle , lui dit que le loup eft
mort , & s'efforce de l'attendrir. Elle n'eft
que reconnoiffante & point tendre. Jeannet
furvient pour faire une nouvelle fanfaronade
tout le village le fuit , & il fe
forme alors un divertiffement qui a pour
objet de célébrer la valeur de Daphnis .
Alcimadure & Jeannet , par ce moyen , fe
trouvent chargés de toutes les chanfons
que M. M. y a placées. L'acte finit par le
projet d'aller préfenter Daphnis en triomphe
au Seigneur du village.
Alcimadure ouvre le troifiéme acte par
un monologue , dans lequel fon coeur dif210
MERCURE DE FRANCE.
pute encore contre l'amour. Jeannet qui
arrive , lui apprend qu'il a éprouvé fon
amant , tâche de vaincre fon indifférence
n'y réuffit pas , & fe retire appercevant
Daphnis. Celui ci fait de nouveaux efforts
, il parle de mourir : Alcimadure fe
trouble , & fe plaint d'avoir été quittée
par Jeannet. A ce nom , que Daphnis croit
être celui de fon rival , il fort au defef
poir , bien réfolu de ne plus vivre. C'eft
alors qu'Alcimadure ne fuit plus que les
mouvemens de fon coeur ; fon amour fe
déclare par fes craintes. Jeannet revient ,
& lui affure que Daphnis eft mort. Elle
ne fe poffede plus à cette nouvelle ; elle
part pour aller percer fon fein du même
couteau qui a percé le coeur de fon amant .
Daphnis paroît alors . Le defefpoir
d'Alcimadure fe change en une joie auffi
vive que tendre. Un duo charmant couronne
le plaifir que caufe tout cet acte ,
& un divertiffement formé par les compagnons
de Daphnis & les compagnes d'Alcimadure
, termine fort heureufement cet
ouvrage , qui joint le piquant de la fingularité
aux graces naïves d'un genre toutà-
fait inconnu . Nous avons déja dit la maniere
dont Mr Delatour s'eft acquitté du
rolle de Jeannet ; ceux d'Alcimadure & de
Daphnis ont été rendus par Mlle Fel & Mr
DE CEM BR E.
1754. 211
Jeliote. Ils font fi fupérieurs l'un & l'autre
, lorfqu'ils chantent le François , qu'il
eft aifé de juger du charme de leur voix ,
de la fineffe de leur expreffion , de la
fection de leurs traits , en rendant le langage
du pays riant auquel nous devons
leur naiffance.
Fermer
Résumé : Extrait de Daphnis & Alcimadure.
L'opéra 'Daphnis & Alcimadure' de Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville illustre le premier âge des lettres et des arts en France. Mondonville, à la fois poète et musicien, en est l'auteur des paroles et de la musique, s'inspirant des troubadours d'antan. La pastorale est écrite en langage toulousain, tandis que le prologue est en français. Ce prologue célèbre l'institution des Jeux Floraux, fondée par Clémence Isaure, et la met en scène entourée de peuples, de jardiniers et de jardinières. Clémence Isaure propose de célébrer l'amour à travers des concours de chant et de poésie. L'intrigue se concentre sur trois personnages principaux : Daphnis, amoureux d'Alcimadure, Alcimadure, qui refuse l'amour, et Jeannet, le frère d'Alcimadure, toujours gai et bienveillant. Daphnis exprime son amour pour Alcimadure, qui le repousse initialement. Jeannet tente de convaincre Alcimadure des qualités de Daphnis, mais elle reste réticente, préférant sa liberté. Une fête est organisée, durant laquelle Daphnis chante son amour. Alcimadure interrompt la fête, prétextant devoir rejoindre son frère. Dans le second acte, Jeannet et des villageois partent chasser le loup. Jeannet rencontre Daphnis et le défie, mais finit par reconnaître la sincérité de son amour. Alcimadure est attaquée par un loup, et Daphnis la sauve. Le village célèbre alors la bravoure de Daphnis. Dans le troisième acte, Alcimadure lutte contre ses sentiments amoureux. Jeannet révèle à Alcimadure que Daphnis est mort, la poussant à vouloir se suicider. Daphnis réapparaît, et Alcimadure, folle de joie, lui avoue son amour. Un duo charmant et un divertissement final concluent l'opéra, mettant en scène les compagnons de Daphnis et les compagnes d'Alcimadure. Les rôles de Jeannet, Alcimadure et Daphnis sont interprétés par des artistes dont les performances sont saluées pour leur charme et leur authenticité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 211-215
« Le lendemain 30 Octobre, la Comédie Françoise représenta Cinna, de P. Corneille [...] »
Début :
Le lendemain 30 Octobre, la Comédie Françoise représenta Cinna, de P. Corneille [...]
Mots clefs :
Comédie-Française, Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le lendemain 30 Octobre, la Comédie Françoise représenta Cinna, de P. Corneille [...] »
Le lendemain 30 Octobre , la Comédie
Françoife repréfenta Cinna , de P. Corneille
; & le Fat puni , petite piece , en un acte
& en profe de M ****
Les Fêtes de la Touffaint
fufpendirent
pour peu de jours le cours de tous ces brillans
fpectacles . On le reprit le 4 Novembre
, par une feconde
repréſentation d'Alcimadure
, dans laquelle on chanta deux
fois le duo du dernier acte , ainfi que la
Cour avoit paru le defirer .
Le 7 , c'est- à-dire après deux jours d'intervalle
feulement , on repréſenta Alcefte
ou le Triomphe d'Alcide , un des plus beaux
Opéra de Quinault & de Lulli.
du
Cet ouvrage a un mérite qui lui eft
propre
, & qui lui avoit toujours été contraire.
On ne l'avoit gueres envisagé que
côté du tendre intérêt dont il eft rempli ,
fans s'appercevoir que Quinault avoit en
le deffein d'en faire un chef- d'oeuvre de
grand fpectacle. Ainfi , foit défaut de goût ,
foit économie mal raiſonnée , les différens
212 MERCURE DE FRANCE.
objets que ce bel Opéra raffemble n'avoient
point encore été foignés avec l'habileté
qu'ils exigent , on en avoit toujours
négligé certaines parties ; celles qui dans
l'exécution avoient paru trop difficiles
avoient été mutilées ; quelques autres qui
demandent de la dépenſe , avoient été fupprimées
; d'autres enfin , telles que le Siége
de Scyros , n'avoient été rendues que
d'une maniere ou peu noble ou ridicule .
Les fautes paffées ont été réparées cette
année , & ce bel Opéra a été enfin exécuté
, comme Quinault auroit mérité de le
voir & de l'entendre.
L'orage fufcité par Thétis & calmé par Eole
, traité en grand ; le fiége de Scyros formé
de plufieurs belles manoeuvres de guerre
des anciens , conduit avec art, exécuté avec
chaleur ; les fleuves des enfers & la barque
à Caron préfentés fous des couleurs impofantes
, qui ennobliffoient par un chef.
d'oeuvre de l'art cette fituation hazardée ;
le paffage rapide du rivage fombre au palais
éclatant de Pluton ; les rideaux du fond
prolongeant toujours les perfpectives ; une
derniere décoration de génie , les ballets
animés de tout ce que la danfe peut fournir
de plus pittorefque & de plus brillant ,
la magnificence & la variété des habits ,
le jeu exact des machines , l'accord furDECEMBRE.
1754 213
prenant d'une foule d'exécutans en fousordre
, l'expreffion , les talens marqués &
le feu des premiers acteurs , tout s'eft réuni
pour faire d'Alcefte le fpectacle le mieux
ordonné & le plus étonnant qui eût encore
paru fur les théatres de la nation .
Mile Chevalier & Mile Fel repréſentoient
les rolles d'Alcefte & de Céphife.
Mr de Chaffé , celui d'Alcide ; & Mr Jéliote
, celui d'Admete .
Le lendemain de cette repréſentation
brillante , les Comédiens François donnerent
le Complaifant , Comédie en cinq actes
en profe , du même auteur que celle du
Fat puni ; & l'Impromptu de campagne , de
Poiffon.
Le 9 , l'Opéra repréfenta une feconde
fois Alcefte , avec cet enſemble admirable
dont on avoit été frappé à la premiere repréfentation
; auffi le fuccès fut- il égal . Ik
auroit été plus grand , s'il avoit
tre.
pu croî
On préparoit cependant l'Opéra de Thétis
, qui avoit été demandé quelques jours
auparavant. Rien n'eft impoffible au vrai
zéle ; car après que le 12 , la Comédie
Françoiſe eut repréfenté Amalazonte , Tra→
gédie de M. le Marquis de Ximenès , & le
Préjugé vaincu , petite Comédie de Mr
de Marivaux , on prit deux jours pour l'ar
214 MERCURE DE FRANCE.
rangement du théatre ; & le 14 Thétis &
Pélée , Opéra de M. de Fontenelle & de
Colaffe , fut repréſenté avec tout fon fpectacle
, comme ſi on avoit eu beaucoup
de tems pour le préparer . La fcene du fecond
acte dans laquelle le tonnerre , s'il
eft permis de s'exprimer ainfi , joue un fi
beau rolle , n'a jamais peut- être été rendue
avec tant de feu , de précifion & de
tendreffe , qu'elle le fut par Mlle Chevalier
& Mr Jéliore. Les principaux rolles
de cet Opéra furent exécutés ; fçavoir ,
Thétis par Mlle Chevalier , Doris par
Mlle Fel , Jupiter par Mr Gelin , Neptune
par Mr de Chaffé , & Pélée par Mr
Jéliote .
Le is , la Comédie Françoife repréfenta
les Debors trompeurs , Comédie en vers ,
en cinqactes , de Mr de Boiffy ; & le Mariage
fait & rompu , Comédie en vers , en
trois actes , de Dufrefni ; & le 16 l'Opéra
fit la clôture du théatre par une feconde
repréſentation de Thétis & Pélée , dont
l'exécution fut auffi agréable que la premiere
.
..MM. Slodtz , de l'Académie royale de
Peinture & de Sculpture , Décorateurs des
théatres de S. M , ont été les Décorateurs
de tous ces fpectacles.
Mr. Arnoult Machiniſte du Roi , a
7
DECEMBRE.
1754. 215
conftruit & fait jouer les belles machines
qu'on y a vûes.
Mr de Laval , Compofiteur des ballets
de S. M , a fait les ballets des cinq premiers
Opéras ; & Mr de Laval fon fils eft
entré pour moitié dans la compofition de
ceux de Thétis .
MM . Rebel & Francoeur , Surintendans
de la Mufique du Roi , qui ont fait le
choix des differens morceaux de chant ou
de fymphonies dont on a embelli les ouvrages
anciens , étoient chargés de l'exécution.
Tous ces différens fpectacles ont été ordonnés
par M. le Duc d'Aumont , premier
Gentilhomme de la Chambre de S. M , en
exercice ; & conduits par les foins de M.
Blondel de Gagny , Intendant des menus
plaifirs du Roi , en exercice .
Françoife repréfenta Cinna , de P. Corneille
; & le Fat puni , petite piece , en un acte
& en profe de M ****
Les Fêtes de la Touffaint
fufpendirent
pour peu de jours le cours de tous ces brillans
fpectacles . On le reprit le 4 Novembre
, par une feconde
repréſentation d'Alcimadure
, dans laquelle on chanta deux
fois le duo du dernier acte , ainfi que la
Cour avoit paru le defirer .
Le 7 , c'est- à-dire après deux jours d'intervalle
feulement , on repréſenta Alcefte
ou le Triomphe d'Alcide , un des plus beaux
Opéra de Quinault & de Lulli.
du
Cet ouvrage a un mérite qui lui eft
propre
, & qui lui avoit toujours été contraire.
On ne l'avoit gueres envisagé que
côté du tendre intérêt dont il eft rempli ,
fans s'appercevoir que Quinault avoit en
le deffein d'en faire un chef- d'oeuvre de
grand fpectacle. Ainfi , foit défaut de goût ,
foit économie mal raiſonnée , les différens
212 MERCURE DE FRANCE.
objets que ce bel Opéra raffemble n'avoient
point encore été foignés avec l'habileté
qu'ils exigent , on en avoit toujours
négligé certaines parties ; celles qui dans
l'exécution avoient paru trop difficiles
avoient été mutilées ; quelques autres qui
demandent de la dépenſe , avoient été fupprimées
; d'autres enfin , telles que le Siége
de Scyros , n'avoient été rendues que
d'une maniere ou peu noble ou ridicule .
Les fautes paffées ont été réparées cette
année , & ce bel Opéra a été enfin exécuté
, comme Quinault auroit mérité de le
voir & de l'entendre.
L'orage fufcité par Thétis & calmé par Eole
, traité en grand ; le fiége de Scyros formé
de plufieurs belles manoeuvres de guerre
des anciens , conduit avec art, exécuté avec
chaleur ; les fleuves des enfers & la barque
à Caron préfentés fous des couleurs impofantes
, qui ennobliffoient par un chef.
d'oeuvre de l'art cette fituation hazardée ;
le paffage rapide du rivage fombre au palais
éclatant de Pluton ; les rideaux du fond
prolongeant toujours les perfpectives ; une
derniere décoration de génie , les ballets
animés de tout ce que la danfe peut fournir
de plus pittorefque & de plus brillant ,
la magnificence & la variété des habits ,
le jeu exact des machines , l'accord furDECEMBRE.
1754 213
prenant d'une foule d'exécutans en fousordre
, l'expreffion , les talens marqués &
le feu des premiers acteurs , tout s'eft réuni
pour faire d'Alcefte le fpectacle le mieux
ordonné & le plus étonnant qui eût encore
paru fur les théatres de la nation .
Mile Chevalier & Mile Fel repréſentoient
les rolles d'Alcefte & de Céphife.
Mr de Chaffé , celui d'Alcide ; & Mr Jéliote
, celui d'Admete .
Le lendemain de cette repréſentation
brillante , les Comédiens François donnerent
le Complaifant , Comédie en cinq actes
en profe , du même auteur que celle du
Fat puni ; & l'Impromptu de campagne , de
Poiffon.
Le 9 , l'Opéra repréfenta une feconde
fois Alcefte , avec cet enſemble admirable
dont on avoit été frappé à la premiere repréfentation
; auffi le fuccès fut- il égal . Ik
auroit été plus grand , s'il avoit
tre.
pu croî
On préparoit cependant l'Opéra de Thétis
, qui avoit été demandé quelques jours
auparavant. Rien n'eft impoffible au vrai
zéle ; car après que le 12 , la Comédie
Françoiſe eut repréfenté Amalazonte , Tra→
gédie de M. le Marquis de Ximenès , & le
Préjugé vaincu , petite Comédie de Mr
de Marivaux , on prit deux jours pour l'ar
214 MERCURE DE FRANCE.
rangement du théatre ; & le 14 Thétis &
Pélée , Opéra de M. de Fontenelle & de
Colaffe , fut repréſenté avec tout fon fpectacle
, comme ſi on avoit eu beaucoup
de tems pour le préparer . La fcene du fecond
acte dans laquelle le tonnerre , s'il
eft permis de s'exprimer ainfi , joue un fi
beau rolle , n'a jamais peut- être été rendue
avec tant de feu , de précifion & de
tendreffe , qu'elle le fut par Mlle Chevalier
& Mr Jéliore. Les principaux rolles
de cet Opéra furent exécutés ; fçavoir ,
Thétis par Mlle Chevalier , Doris par
Mlle Fel , Jupiter par Mr Gelin , Neptune
par Mr de Chaffé , & Pélée par Mr
Jéliote .
Le is , la Comédie Françoife repréfenta
les Debors trompeurs , Comédie en vers ,
en cinqactes , de Mr de Boiffy ; & le Mariage
fait & rompu , Comédie en vers , en
trois actes , de Dufrefni ; & le 16 l'Opéra
fit la clôture du théatre par une feconde
repréſentation de Thétis & Pélée , dont
l'exécution fut auffi agréable que la premiere
.
..MM. Slodtz , de l'Académie royale de
Peinture & de Sculpture , Décorateurs des
théatres de S. M , ont été les Décorateurs
de tous ces fpectacles.
Mr. Arnoult Machiniſte du Roi , a
7
DECEMBRE.
1754. 215
conftruit & fait jouer les belles machines
qu'on y a vûes.
Mr de Laval , Compofiteur des ballets
de S. M , a fait les ballets des cinq premiers
Opéras ; & Mr de Laval fon fils eft
entré pour moitié dans la compofition de
ceux de Thétis .
MM . Rebel & Francoeur , Surintendans
de la Mufique du Roi , qui ont fait le
choix des differens morceaux de chant ou
de fymphonies dont on a embelli les ouvrages
anciens , étoient chargés de l'exécution.
Tous ces différens fpectacles ont été ordonnés
par M. le Duc d'Aumont , premier
Gentilhomme de la Chambre de S. M , en
exercice ; & conduits par les foins de M.
Blondel de Gagny , Intendant des menus
plaifirs du Roi , en exercice .
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Résumé : « Le lendemain 30 Octobre, la Comédie Françoise représenta Cinna, de P. Corneille [...] »
Du 30 octobre au 16 décembre 1754, une série de représentations théâtrales et opératiques ont été organisées. Le 30 octobre, la Comédie-Française a présenté 'Cinna' de Pierre Corneille et 'Le Fat puni'. Les festivités de la Toussaint ont interrompu les spectacles pendant quelques jours. Le 4 novembre, 'Alcimadure' a été joué, avec des reprises de duos. Le 7 novembre, 'Alceste ou le Triomphe d'Alcide' de Quinault et Lully a été représenté, avec des améliorations notables dans la mise en scène et les décors. Les acteurs principaux étaient Mlle Chevalier, Mlle Fel, Mr de Chassé et Mr Jéliote. Le 8 novembre, la Comédie-Française a présenté 'Le Complaisant' et 'L'Impromptu de campagne'. Le 9 novembre, 'Alceste' a été rejoué avec le même succès. Le 14 novembre, l'opéra 'Thétis et Pélée' de Fontenelle et Colasse a été représenté, avec une scène du tonnerre particulièrement remarquée. Les 15 et 16 novembre, la Comédie-Française a joué 'Les Dehors trompeurs' et 'Le Mariage fait et rompu', tandis que l'Opéra a clôturé avec une seconde représentation de 'Thétis et Pélée'. Les décorations étaient réalisées par MM. Slodtz, les machines par Mr. Arnoult, et les ballets par Mr. de Laval et son fils. La musique était dirigée par MM. Rebel et Francoeur, sous la supervision de M. le Duc d'Aumont et M. Blondel de Gagny.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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