Oeuvre commentée (29)
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Détail
Liste
Résultats : 29 texte(s)
1
p. 97
« RÉFUTATION du nouvel Ouvrage de Jean-Jacques Rousseau, intitulé [...] »
Début :
RÉFUTATION du nouvel Ouvrage de Jean-Jacques Rousseau, intitulé [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « RÉFUTATION du nouvel Ouvrage de Jean-Jacques Rousseau, intitulé [...] »
RÉFUTATION du nouvel Ouvrage
de Jean - Jacques Rouffeau , intitulé
Emile , ou de l'Education . In- 8° . Paris ,
1762. Chez Defaint & Saillant Libraires
, rue S. Jean de Beauvais , visà-
vis le Collége.
de Jean - Jacques Rouffeau , intitulé
Emile , ou de l'Education . In- 8° . Paris ,
1762. Chez Defaint & Saillant Libraires
, rue S. Jean de Beauvais , visà-
vis le Collége.
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2
p. 186
DE GENÉVE, le 23 Juin.
Début :
Le Conseil de cette République vient de condamner, après un examen, l'Ouvrage du sieur [...]
Mots clefs :
Genève, Conseil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE GENÉVE, le 23 Juin.
De GENÉVE , le 23 Juin.
Le Confeil de cette République vient de condamner
, après un examen , l'Ouvrage du fieur
Rouffeau fur l'Education . Ce Livre a été lacéré &
brûlé ; & défenſe a été faite aux Libraires & Imprimeurs
de le débiter.
Le Confeil de cette République vient de condamner
, après un examen , l'Ouvrage du fieur
Rouffeau fur l'Education . Ce Livre a été lacéré &
brûlé ; & défenſe a été faite aux Libraires & Imprimeurs
de le débiter.
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3
p. 108-109
« LETTRE à M. D***, sur le Livre intitulé Emile, ou l'Education, par [...] »
Début :
LETTRE à M. D***, sur le Livre intitulé Emile, ou l'Education, par [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRE à M. D***, sur le Livre intitulé Emile, ou l'Education, par [...] »
LETTRE à M. D *** , fur le Livre
intitulé Emile , ou l'Education , par
Jean- Jacques Rousseau , Citoyen de Ge-
:
1
OCTOBRE. 1762 . 109
nève. Brochure in-8° . & in- 12. à Amfterdam
1762. Et ſetrouve à Paris , chez
Grangé , Imprimeur - Libraire , rue de
la Parcheminerie.
intitulé Emile , ou l'Education , par
Jean- Jacques Rousseau , Citoyen de Ge-
:
1
OCTOBRE. 1762 . 109
nève. Brochure in-8° . & in- 12. à Amfterdam
1762. Et ſetrouve à Paris , chez
Grangé , Imprimeur - Libraire , rue de
la Parcheminerie.
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4
p. 15-21
LETTRE de Mlle *** à Madame... sur l'ÉMILE de M. ROUSSEAU. 1762.
Début :
VOUS me demandez, Madame, quels sont mes amusemens à la campagne ? [...]
Mots clefs :
Amusements, Campagne, Jeu, Lecture, Misanthropie, Vérité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de Mlle *** à Madame... sur l'ÉMILE de M. ROUSSEAU. 1762.
LETTRE de Mlle *** à Madame...
fur l'ÉMILE de M. ROUSSEAU ..
VOUS
17628
me demandez ,, Madame
quels font mes amuſemens à la campagne
? vous pouvez vous les imaginer
fans peine , la promenade , la chaffe , la
pêche , le jeu , la table , & puis le jeu
encore , car cet éternel jeu ne finit jamais
; un peu de lecture , quelques réflexions
bonnes bonnes ou mauvaiſes ;
voilà ce qui nous occupe , non pas
fans regretter Paris : car j'aime le Spec--
tacle , il n'y en a point ici : je chéris
la liberté , on en connoît ici que le
nom : on vous l'ôte a force de fe van--
ter qu'on vous la donne. Je conviens .
qu'on a partout des devoirs de fociété
à obferver , mais ils font plus gênans
à la campagne . Si le coeur étoit.
de la partie ; fi le dévoir devenoit un
16 MERCURE DE FRANCE.
goût , il feroit plus facile à remplir.
Mais on fe voit de trop près pour ne
fe point connoître ; & il eft difficile
de s'aimer , quand on fe connoît fi
bien. Pour me fauver de la néceffité de
jouer , je fuppofe quelquefois que j'ai
des brochures à lire qu'il me faut renvoyer
à Paris , & je dis fouvent la
vérité. Je n'ai eu que quatre jours le
livre d'Emile , & vous m'avouerez que
ce n'eft pas affez .Jel'ai cependant lû tout
entier, excepté une bonne partie de la pro
feffion de foi duVicaireSavoyard.M.Rouf
feau écrit trop bien , pour qu'on puiffe
fe refufer à l'envie & au plaifir de le
lire. J'ai reconnu dans fon Emile , l'aureur
de la nouvelle Heloïfe ; mais je
ne reconnois plus l'Auteur des difcours
contre les Sciences , & fur l'égalité des
conditions , ni même de la lettre contre
les Spectacles. On pardonnoit à M.
Rouffeau , un peu de mifantropie en
faveur de la pureté de fa morale . Il
nous difoit quelquefois des vérités un
peu trop dures ; mais il les difoit avec
l'énergie qu'elles infpirent. Si la vérité
ne plaît pas toujours , elle a du moins
le droit de convaincre. M. Rouffeau
ſe plaint de nos moeurs , il a raiſon . Je
crains bien que leur maligne influence
MARS. 1763. 17
n'ait aniolli les fiennes. Ce Philofophe
févère a déridé fon front. Dans fon
Emile il difcute des matières qui ne
me paroiffent guères propre à l'éducation
d'un jeune homme . Et je crois
qu'en pareil cas les leçons intéreffent
plus le maître que l'écolier. Peut- être ,
Madame , allez -vous me taxer d'ingratitude
envers M. Rouffeau ; vous me
repréſenterez que je lui dois avec mon
fexe beaucoup de reconnoiffance , de
tout le bien qu'il en dit , de ce qu'il
daigne même en parler , foit en bien
foit en mal. Mais je ne crois pas qu'il
fe faffe pour cela beaucoup de violence.
Il aime trop les femmes pour n'y pas
penfer , & pour n'en pas parler plus
qu'il ne voudroit. On m'avoit déja
prévenue qu'il nous exaltoit beaucoup
dans fon dernier ouvrage : je n'en
puis difconvenir. Mais nous ne devons
pas , ce me femble , en tirer beaucoup
de vanité. Il a eu foin d'effacer par le
trait le plus humiliant , tout le plaifir
que cela pouvoit nous faire. Il veut
qu'une femme foit femme , & rien de
plus. Si la comparaiſon eft permiſe
Joferai représenter à M. Rouſſeau ,
qu'un homme élevé comme tout homme
l'eft felon ſon état , eft bien plus
18 MERCURE DE FRANCE.
au- deffus de fon Etre , qu'un femme.
Cependant fouvent vous le voyez qui
non content de l'éducations qu'on lui
donne , veut franchir les bornes qu'elle
lui prefcrit. Son genie tranſcendant veut
être créateur. Il ajoute aux Arts & aux
Sciences , qu'il pofféde , & veut en
produire de nouvelles . S'il s'abîme dans
dans la fpéculation , il veut lire jufques
dans l'avenir ; il interroge les aftres ,
il mefure leur étendue , leur distance ,
il prédit les révolutions qui doivent
leur arriver ; il fait plus , il veut comprendre
celui qui les a créés. Tandis
qu'il n'eft point de limites pour fon
efprit curieux , qu'il veut pénétrer ce
qui eft impénétrable , & percer le voile
que la Providence a mis fur fes décrets ;
enfin tandis qu'il s'éleve juſqu'à la Divinité
même , il ne fera pas permis à
une femme de s'élever feulement jufqu'à
l'homme , en defirant la moindre partie
de l'éducation qu'on lui donne !
Seroit- ce en l'imitant qu'on fe rendroit
indigne de lui ? je conviens qu'il faut
que chacun refte dans fa fphère ; mais
celle d'une femme eft bien étroite , &
il eft naturel de chercher à fortir de
fa prifon. Je conviens qu'il y a des devoirs
d'état à remplir ; que ceux d'une
MARS. 1763. 19
femme font éffentiels , & qu'elle doit les
préférer à toute autre occupation. Mais
enfin toutes les femmes n'ont pas
dirai-je,le bonheur ? ..le mot feroit peutêtre
hazardé : toutes les femmes , dis -je ,
Ine font pas mères; ainfi elles ne peuvent
pas toutes être entourées de hardes d'En--
fans. Que celles qui n'ont pas ce glorieux
avantage, ayent la liberté du moins
d'être entourées de brochures ; il leur ref
tera encore affez de temps pour cultiver
leurs charmes , & pour plaire même
à M. Rouleau. Mais me dira-t- il ,
elles
auront le titre de bel-efprit , & toutefille
bel- efprit , reflera fille , tant qu'ily aura
des hommes fenfes fur la terre ? Heureufement
, qu'ils ne le font pas tous , &
les Demoiſelles beaux-efprits, ne trou--
veront que trop à qui s'allier . Mais fi
elles ne trouvoient pas. ( Le Ciel nous.
offre quelquefois des Phénomènes , la
terre pourroit en offrir à fan tour , ) fi
les hommes alloient devenir raiſonna--
bles ? Eh bien , elles auroient toujours
le tire de bel efprit , & à peu de frais ,
s'il faut feulement pour l'acquérir être
entourées de brochures . Si elles font for
cées de garder le célibat : cet état peut
avoir fes douceurs ; & quoiqu'en dife
M. Diderot , dans fon Père de Famille,,
1
20 MERCURE DE FRANCE.
il ne prépare pas toujours des regrets. La
liberté qu'il laiffe , peut dédommager du
ridicule attaché au bel - efprit . Mais M.
Rouſſeau me paroît trop généreux , de
rejetter ce ridicule fur nous feules : nous
fommes trop juftes pour le recevoir
entierement ; & nous nous contentons
d'en accepter au plus la moité : car
fi l'on compte au Parnaffe neuf Mufes
pour un Apollon , à peine peut-on compter
ici-bas , une mufe pour un bien plus
grand nombre d'Apollons ; & malgré
leur rareté , M. Rouffeau femble douter
encore de leur propre éxiſtence !
Je lui pardonne de nous avoir menacées
de ne point trouver d'époux ce font
de ces malheurs qu'on peut fupporter;
d'ailleurs , l'effet ne fuit pas toujours la
menace. Je lui pardonne auffi de nous
accufer de n'avoir point de génie ; nous
nous contentons de l'efprit , puifqu'il
veut bien nous le laiffer. Mais je ne
lui pardonne point d'ofer affurer , que
toute femme qui écrit a quelqu'un
qui lui conduit la main. Il ne nous
laiffe pas même la gloire de faire du
mauvais. Je ne fçai ; mais il me femble
qu'un Auteur eft trop amoureux de
fes ouvrages , pour les donner ainfi gra
tuitement. Il auroit pourtant dû nom-
?
MARS. 1763. 21
mer les plumes élégantes qui ont bien
voulu facrifier leur gloire à celles des
Sévignés , des la Suze , & des autres
Dames illuftres du dernier fiécle.
A l'égard des modernes qui ont quelque
réputation , M. Rouffeau auroit
pû les prier de fe laiffer enfermer ſeulement
vingt-quatre heures , avec de l'encre
& du papier , & par ce qu'elles auroient
produit , il auroit jugé de leurs
talens. Vous me direz , fans doute ,
Madame , qu'on peur douter de bien
des chofes , lorfqu'on doute de la révélation
: mais tout ce que M. Rouſſeau
dira contre notre Religion , ne lui portera
aucune atteinte. Qu'il prenne le
ton férieux , où le ton ironique , fes
raiſonnemens ne pourront l'ébranler ;
la Religion fe foutient d'elle-même , &
trouve un défenfeur dans chaque confcience
. Mais nous, qui ofera nous défendre
, quand M. Rouffeau nous attaque ?
Il faut donc fe taire , car je n'ai déjà
peut- être que trop parlé. Permettez -moi
feulement, de vous affurer de la vive
fincérité des fentimens avec lesquels
J'ai l'honneur d'être , & c.
fur l'ÉMILE de M. ROUSSEAU ..
VOUS
17628
me demandez ,, Madame
quels font mes amuſemens à la campagne
? vous pouvez vous les imaginer
fans peine , la promenade , la chaffe , la
pêche , le jeu , la table , & puis le jeu
encore , car cet éternel jeu ne finit jamais
; un peu de lecture , quelques réflexions
bonnes bonnes ou mauvaiſes ;
voilà ce qui nous occupe , non pas
fans regretter Paris : car j'aime le Spec--
tacle , il n'y en a point ici : je chéris
la liberté , on en connoît ici que le
nom : on vous l'ôte a force de fe van--
ter qu'on vous la donne. Je conviens .
qu'on a partout des devoirs de fociété
à obferver , mais ils font plus gênans
à la campagne . Si le coeur étoit.
de la partie ; fi le dévoir devenoit un
16 MERCURE DE FRANCE.
goût , il feroit plus facile à remplir.
Mais on fe voit de trop près pour ne
fe point connoître ; & il eft difficile
de s'aimer , quand on fe connoît fi
bien. Pour me fauver de la néceffité de
jouer , je fuppofe quelquefois que j'ai
des brochures à lire qu'il me faut renvoyer
à Paris , & je dis fouvent la
vérité. Je n'ai eu que quatre jours le
livre d'Emile , & vous m'avouerez que
ce n'eft pas affez .Jel'ai cependant lû tout
entier, excepté une bonne partie de la pro
feffion de foi duVicaireSavoyard.M.Rouf
feau écrit trop bien , pour qu'on puiffe
fe refufer à l'envie & au plaifir de le
lire. J'ai reconnu dans fon Emile , l'aureur
de la nouvelle Heloïfe ; mais je
ne reconnois plus l'Auteur des difcours
contre les Sciences , & fur l'égalité des
conditions , ni même de la lettre contre
les Spectacles. On pardonnoit à M.
Rouffeau , un peu de mifantropie en
faveur de la pureté de fa morale . Il
nous difoit quelquefois des vérités un
peu trop dures ; mais il les difoit avec
l'énergie qu'elles infpirent. Si la vérité
ne plaît pas toujours , elle a du moins
le droit de convaincre. M. Rouffeau
ſe plaint de nos moeurs , il a raiſon . Je
crains bien que leur maligne influence
MARS. 1763. 17
n'ait aniolli les fiennes. Ce Philofophe
févère a déridé fon front. Dans fon
Emile il difcute des matières qui ne
me paroiffent guères propre à l'éducation
d'un jeune homme . Et je crois
qu'en pareil cas les leçons intéreffent
plus le maître que l'écolier. Peut- être ,
Madame , allez -vous me taxer d'ingratitude
envers M. Rouffeau ; vous me
repréſenterez que je lui dois avec mon
fexe beaucoup de reconnoiffance , de
tout le bien qu'il en dit , de ce qu'il
daigne même en parler , foit en bien
foit en mal. Mais je ne crois pas qu'il
fe faffe pour cela beaucoup de violence.
Il aime trop les femmes pour n'y pas
penfer , & pour n'en pas parler plus
qu'il ne voudroit. On m'avoit déja
prévenue qu'il nous exaltoit beaucoup
dans fon dernier ouvrage : je n'en
puis difconvenir. Mais nous ne devons
pas , ce me femble , en tirer beaucoup
de vanité. Il a eu foin d'effacer par le
trait le plus humiliant , tout le plaifir
que cela pouvoit nous faire. Il veut
qu'une femme foit femme , & rien de
plus. Si la comparaiſon eft permiſe
Joferai représenter à M. Rouſſeau ,
qu'un homme élevé comme tout homme
l'eft felon ſon état , eft bien plus
18 MERCURE DE FRANCE.
au- deffus de fon Etre , qu'un femme.
Cependant fouvent vous le voyez qui
non content de l'éducations qu'on lui
donne , veut franchir les bornes qu'elle
lui prefcrit. Son genie tranſcendant veut
être créateur. Il ajoute aux Arts & aux
Sciences , qu'il pofféde , & veut en
produire de nouvelles . S'il s'abîme dans
dans la fpéculation , il veut lire jufques
dans l'avenir ; il interroge les aftres ,
il mefure leur étendue , leur distance ,
il prédit les révolutions qui doivent
leur arriver ; il fait plus , il veut comprendre
celui qui les a créés. Tandis
qu'il n'eft point de limites pour fon
efprit curieux , qu'il veut pénétrer ce
qui eft impénétrable , & percer le voile
que la Providence a mis fur fes décrets ;
enfin tandis qu'il s'éleve juſqu'à la Divinité
même , il ne fera pas permis à
une femme de s'élever feulement jufqu'à
l'homme , en defirant la moindre partie
de l'éducation qu'on lui donne !
Seroit- ce en l'imitant qu'on fe rendroit
indigne de lui ? je conviens qu'il faut
que chacun refte dans fa fphère ; mais
celle d'une femme eft bien étroite , &
il eft naturel de chercher à fortir de
fa prifon. Je conviens qu'il y a des devoirs
d'état à remplir ; que ceux d'une
MARS. 1763. 19
femme font éffentiels , & qu'elle doit les
préférer à toute autre occupation. Mais
enfin toutes les femmes n'ont pas
dirai-je,le bonheur ? ..le mot feroit peutêtre
hazardé : toutes les femmes , dis -je ,
Ine font pas mères; ainfi elles ne peuvent
pas toutes être entourées de hardes d'En--
fans. Que celles qui n'ont pas ce glorieux
avantage, ayent la liberté du moins
d'être entourées de brochures ; il leur ref
tera encore affez de temps pour cultiver
leurs charmes , & pour plaire même
à M. Rouleau. Mais me dira-t- il ,
elles
auront le titre de bel-efprit , & toutefille
bel- efprit , reflera fille , tant qu'ily aura
des hommes fenfes fur la terre ? Heureufement
, qu'ils ne le font pas tous , &
les Demoiſelles beaux-efprits, ne trou--
veront que trop à qui s'allier . Mais fi
elles ne trouvoient pas. ( Le Ciel nous.
offre quelquefois des Phénomènes , la
terre pourroit en offrir à fan tour , ) fi
les hommes alloient devenir raiſonna--
bles ? Eh bien , elles auroient toujours
le tire de bel efprit , & à peu de frais ,
s'il faut feulement pour l'acquérir être
entourées de brochures . Si elles font for
cées de garder le célibat : cet état peut
avoir fes douceurs ; & quoiqu'en dife
M. Diderot , dans fon Père de Famille,,
1
20 MERCURE DE FRANCE.
il ne prépare pas toujours des regrets. La
liberté qu'il laiffe , peut dédommager du
ridicule attaché au bel - efprit . Mais M.
Rouſſeau me paroît trop généreux , de
rejetter ce ridicule fur nous feules : nous
fommes trop juftes pour le recevoir
entierement ; & nous nous contentons
d'en accepter au plus la moité : car
fi l'on compte au Parnaffe neuf Mufes
pour un Apollon , à peine peut-on compter
ici-bas , une mufe pour un bien plus
grand nombre d'Apollons ; & malgré
leur rareté , M. Rouffeau femble douter
encore de leur propre éxiſtence !
Je lui pardonne de nous avoir menacées
de ne point trouver d'époux ce font
de ces malheurs qu'on peut fupporter;
d'ailleurs , l'effet ne fuit pas toujours la
menace. Je lui pardonne auffi de nous
accufer de n'avoir point de génie ; nous
nous contentons de l'efprit , puifqu'il
veut bien nous le laiffer. Mais je ne
lui pardonne point d'ofer affurer , que
toute femme qui écrit a quelqu'un
qui lui conduit la main. Il ne nous
laiffe pas même la gloire de faire du
mauvais. Je ne fçai ; mais il me femble
qu'un Auteur eft trop amoureux de
fes ouvrages , pour les donner ainfi gra
tuitement. Il auroit pourtant dû nom-
?
MARS. 1763. 21
mer les plumes élégantes qui ont bien
voulu facrifier leur gloire à celles des
Sévignés , des la Suze , & des autres
Dames illuftres du dernier fiécle.
A l'égard des modernes qui ont quelque
réputation , M. Rouffeau auroit
pû les prier de fe laiffer enfermer ſeulement
vingt-quatre heures , avec de l'encre
& du papier , & par ce qu'elles auroient
produit , il auroit jugé de leurs
talens. Vous me direz , fans doute ,
Madame , qu'on peur douter de bien
des chofes , lorfqu'on doute de la révélation
: mais tout ce que M. Rouſſeau
dira contre notre Religion , ne lui portera
aucune atteinte. Qu'il prenne le
ton férieux , où le ton ironique , fes
raiſonnemens ne pourront l'ébranler ;
la Religion fe foutient d'elle-même , &
trouve un défenfeur dans chaque confcience
. Mais nous, qui ofera nous défendre
, quand M. Rouffeau nous attaque ?
Il faut donc fe taire , car je n'ai déjà
peut- être que trop parlé. Permettez -moi
feulement, de vous affurer de la vive
fincérité des fentimens avec lesquels
J'ai l'honneur d'être , & c.
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Résumé : LETTRE de Mlle *** à Madame... sur l'ÉMILE de M. ROUSSEAU. 1762.
Dans sa lettre à Madame, Mlle *** relate ses activités et réflexions durant son séjour à la campagne, où elle apprécie la liberté et le spectacle offert par la nature, malgré certaines contraintes sociales dues à la proximité des relations. Elle commente le livre 'Émile' de Jean-Jacques Rousseau, admirant son style tout en critiquant certaines divergences avec ses autres œuvres, notamment sur les sciences et l'égalité des conditions. Elle reproche à Rousseau d'avoir adouci ses positions morales et d'aborder des sujets inappropriés pour l'éducation d'un jeune homme. L'auteure critique également la vision de Rousseau sur le rôle des femmes, qu'il limite à leur condition féminine. Elle plaide pour plus de liberté pour les femmes, surtout celles qui ne sont pas mères, et défend leur droit à l'éducation et à la liberté, même au prix de certains ridicules sociaux. La lettre, datée de mars 1763, répond aux critiques de Rousseau sur les femmes écrivains. L'auteur rejette l'idée que les femmes soient ridicules et affirme leur existence et leur esprit. Elle pardonne à Rousseau ses menaces et accusations mais refuse l'affirmation selon laquelle toute femme écrivaine serait guidée par un homme. Elle suggère que Rousseau aurait dû reconnaître les talents des femmes illustres du passé et proposer un test aux modernes pour évaluer leurs compétences littéraires. L'auteur exprime enfin sa confiance inébranlable en la religion et conclut en affirmant sa sincérité et son respect.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 133-134
« On lui annonce de Turin un Ouvrage intitulé : Réfléxions sur la théorie [...] »
Début :
On lui annonce de Turin un Ouvrage intitulé : Réfléxions sur la théorie [...]
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texteReconnaissance textuelle : « On lui annonce de Turin un Ouvrage intitulé : Réfléxions sur la théorie [...] »
On lui annonce de Turin un Ouvrage
intitulé : Réflexions ſur la théorie
-& la pratique de l'Education , contre les
Principes de M. Rousseau , par le P.
134 MERCURE DE FRANCE.
G. B. Imprimé à Turin chez les frères
Reycens & Guibert , Libraires , au coin
de la rue neuve à Turin. Vol . in-8. de
douze feuilles .
intitulé : Réflexions ſur la théorie
-& la pratique de l'Education , contre les
Principes de M. Rousseau , par le P.
134 MERCURE DE FRANCE.
G. B. Imprimé à Turin chez les frères
Reycens & Guibert , Libraires , au coin
de la rue neuve à Turin. Vol . in-8. de
douze feuilles .
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6
p. 49-60
SUITE des Lettres d'un jeune Homme.
Début :
LETTRE IV. Vous voulez connaître les femmes qui sont ici. [...]
Mots clefs :
Jeune homme, Femmes, Amour, Yeux, Nature, Plaisir, Âme, Finesse, Grâces, Beauté, Doute, Femme, Douceur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Lettres d'un jeune Homme.
SUITE des Lettres d'unjeune Homme.
LETTREIV.
Vous voulez connoître les femmes
qui font ici. Vous me demandez des
portraits. Mon ami , c'eſt un ouvrage
délicat, Il eſt dangereux d'être vrai.
Mais, s'il arrive que j'éffleure quelques
ridicules & même quelques vices , je ne
démaſquerai point les Perſonnages , &
d'ailleurs nous avons de jeunes Dames
très - aimables , & dont on ne peut faire
que l'éloge.
Deux femmes qui viſent à la célébrité
, qui par conféquent ſe déteſtent
& ſe mépriſent , & qui , je crois , ſe
rendent juſtice : l'une aimant tout le
monde , & même ſon mari ; l'autre, plus
franche , plus décidée , & déclarant
nettement qu'elle regarde le fien à-peuprès
comme un animal domeftique
que des préjugés ont rendu néceſſaire à
la liberté d'une jolie femme. Toutes
deux aimant le plaifir , mais la première
avec moins d'éclat ; être pufillanime,
qui ne fuit qu'en tremblant ſon illuftre
modele..... Pafſons aux autres.
C
:
,
50 MERCURE DE FRANCE.
Imaginez , mon ami , ce que la jeuneſſe
a de plus brillant , de plus tendre
& de plus délicat. Des cheveux blonds,
de grands yeux bleus pleins de douceur
, un viſage riant & modeſte , l'éclat
des plus belles couleurs , cette fineffe
& cette blancheur de peau particulière
aux blondes , & qui laiſſent
voir la pourpre imperceptible de ces
petites veines qui ornent les tempes &
le front , un ſourire enchanteur , une
taille légère & charmante , une politeſſe
aiſée , un eſprit aimable & cultivé,
un mélange touchant& fingulier de fineffe
& d'ingénuité dans le caractère : il
étoit réſervé à Mlle de Luficour de rafſembler
tant de grâces & tant d'heureuſes
qualités .
Nous avons encore une jeune Brune,
dont les yeux pétillent de tendreffe &
de vivacité. Elle penſe bien & s'exprime
de même. Vous lui trouvez d'abord
quelque timidité. Ce n'eſt point del'embarras
, c'eſt une fage circonfpection
qui naît de la modeſtie. Son eſprit eſt
juſte, ſes manières nobles& naturelles ,
ſa converſation agréable & fimple.
La figure de Madame d'Orville intéreſſe
d'abord. L'élégance & la légéreté
de ſa taille , la fineffe & la vivacité
MARS. 1764. 51
de ſa phyſionomie , le feu de ſes grands
yeux noirs , une certaine dignité répandue
fur toute ſa perſonne , tout cela
frappe & furprend. Avec plus de naïveté
, elle auroit de la grâce ; elle n'a
que de la majeſté. Vous ne lui trouvez
pas ces grâces touchantes qui vont chercherl'âme
* ; mais , permettez-moi l'expreffion
, une Beauté impérieuſe & hardie
, qui ſemble plutôt commander l'amour
, que l'inſpirer. Elle a beaucoup
d'eſprit , encore plus de prétentions.
Concluez de ceci , qu'elle a plus d'art
que de naturel , & vous conviendrez
néanmoins que Madame d'Orville eſt aimable.
Les femmes réuſſiſſent dans tous les
détails où il faut paroître : Mde d'Orville
y excelle. Elle fait parfaitement les
honneurs de ſa table & de ſa maiſon ;
rien ne lui échappe , & tout le monde
eſt ſatisfait : elle a toute l'adreſſe & la
préſence d'eſprit de ſon ſéxe. Mais vous
me ſoupçonnez de vouloir calomnier ce
ſéxe enchanteur , & de ne lui laiffer que
de petits talens . Je m'explique.
Ne pourroit- on pas dire aux femmes :
Ne vous plaignez plus de votre éduca-
* Rouffeau , Emile ou de l'Education.
:
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
tion. Elle est conforme à vos inclinations.
Elle pourroit être plus parfaite ,&
j'avoue que , fi elle ne l'eſt pas , il y a
de notre faute. Mais vous n'êtes pas faites
pour vous appeſantir par l'étude.
Contentez-vous d'être aimables ; régnez
par la douceur & la perfuafion : ne
cherchez point à devenir des honimes ,
vous y perdriez, Vous naiffez toutes coquettes
: ne vous offenſez pas , je vous
ſupplie , de ce diſcours ; je ne vous en
reſpecte pas moins , & la coquetterie
bien dirigée eſt un bienfait de la Nature.
C'eſt par elle que vous gouvernez
les hommes. Vertueuſes , vous faites des
ſages ; & des vives émotions de l'amour
je vois naître & s'établir les moeurs.
Quelle gloire pour vous , & quel autre
empire pourroit vous flatter davantage !
Mais enfin voulez - vous réellement
être hommes ? J'y confens ,j& je partagerai
de bon coeur avec vous les fatigues
& les dangers de la guerre. Devenez
graves & Içavantes , & préférez à
la fineffe du fentiment , à l'aimable enjoûment
de votre eſprit, les ſoins de la
politique & du gouvernement. Jettez
l'aiguille & le fuſeau ,& que vos mains
délicates prennent la bêche du ruſtre ,&
le marteau du forgeron . Non , la Nature
a marqué notre destination & la diffé
MARS. 1764 . 53
rence de nos emplois par la différence
de notre conformation. Une plus
haute ſtature , une organiſation plus folide
& moins fléxible indiquent les devoirs
honorables de Phomme. A Dieu
ne plaiſe que je penſe que notre âme
foit par ſa nature ſupérieure à la vôtre !
Quand toutes ces relations de ſéxes ne
ſubſiſteront plus , quand les temps ſe-l
ront perdus dans le gouffre de l'Eternité
, quand ce corps mortel fera diffous
, nous ferons tous égaux ; les âmes
ont-elles un séxe * ? Quelle différence
reſtera-t- il entre elles ? Mon ami , je me
ſouviendrai fans doute alors , & j'aurai
du plaifir à me rappeller que , lorſque
j'étois un homme , ton aimable ſoeur
étoit une femme dont la ſociété me
charmoit.... Mais vois-tu quelle Métaphyſique
à propos de Mde d'Orville ?
Pardonne à un pauvre Solitaire. L'habitude
du chagrin égare ſon imagination
, mais jamais elle ne corrompra
fon coeur. Adieu , je vais parcourir cette
admirable campagne. Que ne puisje
partager ce plaifir avec toi ! Quelle
belle ſoirée ! La fraîcheur & le calme de
l'air ſemblent paſſer juſqu'à l'âme ! ...
Au revoir , mon ami !
*Rouffeau , Nouvelle Héloïſe.
Cij
54. MERCURE DE FRANCE.
LETTREV.
E reçois enfin votre lettre , mon ami.
Pourquoi l'ai -je fi longtemps attendue ?
Celong filence commençoit à m'inquiéter
, & mon coeur en a murmuré ; mais
l'amitié reſſemble aſſez à l'amour : la
moindre faveur d'une Belle appaiſe un
Amant irrité , & l'on pardonne aisément
à l'ami que l'on retrouve.
Il faut que je vous conte une petite
hiſtoire , qui , je crois , vous divertira .
J'étois curieux de voir un homme à la
mode. Je viens de contempler enfin
cette merveille. Rien n'eſt ſi plaifant, je
vous affure , & je ſuis fatisfait. Mais , fi
j'ai trouvé ce Phénix ridicule , j'ai dû
lui paroître bien fot : il a fans doute eu
pitié de mon étonnement provincial.
L'attention avec laquelle je le confidérois
étoit en effet remarquable ; elle
faiſoit un beau contraſte avec la légéreté
de cet Agréable. Tandis qu'il pirouettoit
fans ceſſe , qu'il tournoit à
tout vent , qu'il parloit à toutes les Dames
, qu'il vantoit les yeux de l'une ,
admiroit la main de l'autre , je me difois
: ce rôle eſt tout-à-fait digne d'un
MARS. 1764. 55.
homme , & cette manière d'honorer les
femmes doit bien les flatter !
Mon ami , ſi je voulois infulter une
jeune perſonne , ſi je le pouvois , je
prendrois le ton de cet impertinent.
Mais rien n'égaloit ſa fade galanterie ,
que l'air ſuffifant avec lequel il s'emparoit
de la conversation . Il débitoit leftement
les plus dangereuſes maximes; il
décidoit , tranchoit ..... Nous étions révoltés
; mais on nous vangea.
Toutes les Dames avoient eu part à
fes hommages.Il n'y eut pas juſqu'à la
vieille Préſident de Fierville à qui il
n'en eût conté. La petite niéce de cette
Dame eut fon tour : il lui adreſſa quelques
propos galans . Monfieur ,dit-elle,
retournez à ma tante , vous venez de
lui dire précisément la même choſe ;
elle eſt beaucoup plus raisonnable que
moi ; elle vous entendra mieux. La naï
veté de cette ſaillie nous frappa ; perſonne
ne put s'empêcher de ſourire. Si
tu n'as jamais vu un Petit- Maître déconcerté
,&déconcerté par une jeune fille
de douze ans ; j'ai vu , moi , j'ai vu ce
phénomène.
Cette gentilleſſe , cette affectation&
ces galans menfonges ne ſont guères
ſéduiſans , il est vrai ; ce n'eſt qu'un
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
vain perfifflage : mais ces lâches adulations
, cette commode & libertine Philofophie
ne laiſſent pas d'être pernicieuſes.
Vils corrupteurs ! ne vous plaignez
plus des vices des femmes : C'eſt
vous qui les faites germer dans leurs
coeurs. Galants eſclaves de la beauté !
c'eſt vous qui leur donnez enfin des armes
contre vous-mêmes. Elles n'ont
pas ufurpé l'empire ; vous le leur avez
tranfmis : heureux & libres en portant
leurs chaînes , fi vous aviez ſçu mieux
diriger ce doux afcendant que leur
donna fur nous la Nature !
Mais , mon ami , croiras - tu que je
fuis moi-même accufé de galanterie ,
moi qui déclame contre elle avec cette
véhémence ? On n'a rien imaginé de
mieux pour me corriger , que de me
propoſer une femme. On veut que j'épouſe
une fille très-riche.... & trèsvieille.
La perſonne n'eſt pas une Beauté
; mais la Raiſon ! ... La Raiſon eſt ſans
doute une très -belle choſe . On me regarde
comme un papillon qu'il faut fixer.
Je doute un peu que je m'attache
à cette fleur dont la fraîcheur & l'éclat
font fort équivoques. Ne fût-ce que par
curiofité , & pour en cauſer avec toi ,
il faut que je voltige autour. J'en ſerai
MARS. 1764. 57
के
57
quitte pour m'envoler bien vite , fi
l'objet me fait peur. Juge de la bonne
fortune ,& fi j'y perdrai mes aîles .
Adieu , mon ami , tâchez de vous
diſtraire. Continuez de vous occuper &
de vous amuſer. Chantez,lifez les loix,
& faites l'amour. L'homme d'efprit
ſçait tout concilier. Je defire ardemment
que la jeune perſonne dont vous me
parlez faffe bientôt votre bonheur. Plus
adroite que ces femmes impérieuſes ,
*qui ne ſçavent que révolter un mari ,
elle fent que l'empire de ſon ſéxe n'est
que celui de la douceur & de la perfuafion
. Elle a de la raifon & des graces
; le fort des malheureux la touche
& l'intéreſſe . N'hésite pas à t'unir à
cette aimable fille ; donne ton coeur au
vrai mérite. Adieu.
LETTRE VI.
H , que tu connois mal ton ami !
Ecoute l'hiſtoire de mon coeur , & juge
mieux de mes ſentimens .
J'aime une fille charmante. Je vais te
peindre les grâces qui parent la ſageſſe
Ce portrait pourra te féduire ; mais il
n'en fera que plus reſſemblant.
Gv
58 MERCURE DE FRANCE.
Mon bon ami , avez-vous vu quelquefois
de ces phyſionomies touchantes
, qui ſemblent demander le coeur
qu'elles raviffent ? La beauté de ma
maîtreſſe eſt d'un caractère fi tendre &
fi naïf ; elle a quelque choſe encore de
fi noble & de ſi gracieux ! ... Vous diriez
que,pour former ce modéle aimable,
la Nature a fondu la majeſté d'une Reine
avec l'ingénuité d'une Bergère. Une
figure brillante & modeſte , beaucoup
de délicateſſe & de ſenſibilité , une ſimplicité
charmante , un coeur généreux &
compatiſſant , une âme enfin voilà
l'objet enchanteur qui diſpoſe de ton
ami.
....
Peux- tu me foupçonner , après cela ,
de prétendre aux faveurs de la .... ? Tu
n'as pu férieuſement interpréter ma
lettre comme tu le fais. L'amour n'achete
point ſes plaiſirs ; il ne les vend
pas ; c'eſt au coeur ſeul de les donner
& de les obtenir. Une maîtreſſe vraîment
eftimable pourroit arracher au libertinage
l'homme le plus vicieux. Tu
ne voudrois pas que je le devinffe.
Mais que penfer de l'homme vil qui
trahit indignement l'innocence , & déſeſpére
la pudeur ? Quel est ce plaifir
barbare , d'abufer du malheur d'une
MARS. 1764. 59
jeune perſonne aimable , de profiter de
fon extrême affliction pour la forcer de
ſe faire violence à elle-même , & de s'avilir
à ſes propres yeux ! Eſt- ce parmi
les horreurs de la miſére la plus déplo
rable que peut régner l'Amour? Homme
brutal ! comment n'éprouves-tu pas
un fupplice plus cruel que celui qu'imagina
cet exécrable tyran qui faifoit
unir un homme vivant à un cadavre ?
Il eſt inſenſible , ce cadavre ; mais
vil Sardanapale , la victime de tes làches
artifices & de ton impudence boit
toute l'amertume de ſon fort ! Es- tu
heureux de ſes peines , de ſes douleurs ?
Tu oſes mêler l'opprobre & la défolation
à la volupté ! O monſtre ! .....
Fuyez , fille infortunée ! Votre vertudépend
encore de vous. Malgré le plus
fanglant outrage , elle n'en ſera que
plus refpectable .... Mais revenons.
Dites-moi , mon ami. Abandonneraije
ce que j'aime, parce que l'or n'a point
tiffu nos noeuds ? Il en faut , je le ſçais ,
de cet or fi recherché ; mais jamais je
ne defirerai d'inutiles & dangereuſes- richeffes.
Si je ne puis adoucir mon fort ni
celui de l'aimable fille qui m'a charmé,
j'irai dans quelque campagne oublier
le monde & la ſociété ; heureux , fi l'a
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
mitié peut chaſſer de mon aſyle l'amour
& les méchans. Je ne ſçais ; mais je
fuis tenté de fuir. O mon ami ! l'on ne
croit plus à la vertu. Une lente mélancolie
me confume. Hâte-toi , viens con .
foler un infortuné qui t'aimera tonjours.
Viens m'aider à ſupporter mes
maux.
LETTREIV.
Vous voulez connoître les femmes
qui font ici. Vous me demandez des
portraits. Mon ami , c'eſt un ouvrage
délicat, Il eſt dangereux d'être vrai.
Mais, s'il arrive que j'éffleure quelques
ridicules & même quelques vices , je ne
démaſquerai point les Perſonnages , &
d'ailleurs nous avons de jeunes Dames
très - aimables , & dont on ne peut faire
que l'éloge.
Deux femmes qui viſent à la célébrité
, qui par conféquent ſe déteſtent
& ſe mépriſent , & qui , je crois , ſe
rendent juſtice : l'une aimant tout le
monde , & même ſon mari ; l'autre, plus
franche , plus décidée , & déclarant
nettement qu'elle regarde le fien à-peuprès
comme un animal domeftique
que des préjugés ont rendu néceſſaire à
la liberté d'une jolie femme. Toutes
deux aimant le plaifir , mais la première
avec moins d'éclat ; être pufillanime,
qui ne fuit qu'en tremblant ſon illuftre
modele..... Pafſons aux autres.
C
:
,
50 MERCURE DE FRANCE.
Imaginez , mon ami , ce que la jeuneſſe
a de plus brillant , de plus tendre
& de plus délicat. Des cheveux blonds,
de grands yeux bleus pleins de douceur
, un viſage riant & modeſte , l'éclat
des plus belles couleurs , cette fineffe
& cette blancheur de peau particulière
aux blondes , & qui laiſſent
voir la pourpre imperceptible de ces
petites veines qui ornent les tempes &
le front , un ſourire enchanteur , une
taille légère & charmante , une politeſſe
aiſée , un eſprit aimable & cultivé,
un mélange touchant& fingulier de fineffe
& d'ingénuité dans le caractère : il
étoit réſervé à Mlle de Luficour de rafſembler
tant de grâces & tant d'heureuſes
qualités .
Nous avons encore une jeune Brune,
dont les yeux pétillent de tendreffe &
de vivacité. Elle penſe bien & s'exprime
de même. Vous lui trouvez d'abord
quelque timidité. Ce n'eſt point del'embarras
, c'eſt une fage circonfpection
qui naît de la modeſtie. Son eſprit eſt
juſte, ſes manières nobles& naturelles ,
ſa converſation agréable & fimple.
La figure de Madame d'Orville intéreſſe
d'abord. L'élégance & la légéreté
de ſa taille , la fineffe & la vivacité
MARS. 1764. 51
de ſa phyſionomie , le feu de ſes grands
yeux noirs , une certaine dignité répandue
fur toute ſa perſonne , tout cela
frappe & furprend. Avec plus de naïveté
, elle auroit de la grâce ; elle n'a
que de la majeſté. Vous ne lui trouvez
pas ces grâces touchantes qui vont chercherl'âme
* ; mais , permettez-moi l'expreffion
, une Beauté impérieuſe & hardie
, qui ſemble plutôt commander l'amour
, que l'inſpirer. Elle a beaucoup
d'eſprit , encore plus de prétentions.
Concluez de ceci , qu'elle a plus d'art
que de naturel , & vous conviendrez
néanmoins que Madame d'Orville eſt aimable.
Les femmes réuſſiſſent dans tous les
détails où il faut paroître : Mde d'Orville
y excelle. Elle fait parfaitement les
honneurs de ſa table & de ſa maiſon ;
rien ne lui échappe , & tout le monde
eſt ſatisfait : elle a toute l'adreſſe & la
préſence d'eſprit de ſon ſéxe. Mais vous
me ſoupçonnez de vouloir calomnier ce
ſéxe enchanteur , & de ne lui laiffer que
de petits talens . Je m'explique.
Ne pourroit- on pas dire aux femmes :
Ne vous plaignez plus de votre éduca-
* Rouffeau , Emile ou de l'Education.
:
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
tion. Elle est conforme à vos inclinations.
Elle pourroit être plus parfaite ,&
j'avoue que , fi elle ne l'eſt pas , il y a
de notre faute. Mais vous n'êtes pas faites
pour vous appeſantir par l'étude.
Contentez-vous d'être aimables ; régnez
par la douceur & la perfuafion : ne
cherchez point à devenir des honimes ,
vous y perdriez, Vous naiffez toutes coquettes
: ne vous offenſez pas , je vous
ſupplie , de ce diſcours ; je ne vous en
reſpecte pas moins , & la coquetterie
bien dirigée eſt un bienfait de la Nature.
C'eſt par elle que vous gouvernez
les hommes. Vertueuſes , vous faites des
ſages ; & des vives émotions de l'amour
je vois naître & s'établir les moeurs.
Quelle gloire pour vous , & quel autre
empire pourroit vous flatter davantage !
Mais enfin voulez - vous réellement
être hommes ? J'y confens ,j& je partagerai
de bon coeur avec vous les fatigues
& les dangers de la guerre. Devenez
graves & Içavantes , & préférez à
la fineffe du fentiment , à l'aimable enjoûment
de votre eſprit, les ſoins de la
politique & du gouvernement. Jettez
l'aiguille & le fuſeau ,& que vos mains
délicates prennent la bêche du ruſtre ,&
le marteau du forgeron . Non , la Nature
a marqué notre destination & la diffé
MARS. 1764 . 53
rence de nos emplois par la différence
de notre conformation. Une plus
haute ſtature , une organiſation plus folide
& moins fléxible indiquent les devoirs
honorables de Phomme. A Dieu
ne plaiſe que je penſe que notre âme
foit par ſa nature ſupérieure à la vôtre !
Quand toutes ces relations de ſéxes ne
ſubſiſteront plus , quand les temps ſe-l
ront perdus dans le gouffre de l'Eternité
, quand ce corps mortel fera diffous
, nous ferons tous égaux ; les âmes
ont-elles un séxe * ? Quelle différence
reſtera-t- il entre elles ? Mon ami , je me
ſouviendrai fans doute alors , & j'aurai
du plaifir à me rappeller que , lorſque
j'étois un homme , ton aimable ſoeur
étoit une femme dont la ſociété me
charmoit.... Mais vois-tu quelle Métaphyſique
à propos de Mde d'Orville ?
Pardonne à un pauvre Solitaire. L'habitude
du chagrin égare ſon imagination
, mais jamais elle ne corrompra
fon coeur. Adieu , je vais parcourir cette
admirable campagne. Que ne puisje
partager ce plaifir avec toi ! Quelle
belle ſoirée ! La fraîcheur & le calme de
l'air ſemblent paſſer juſqu'à l'âme ! ...
Au revoir , mon ami !
*Rouffeau , Nouvelle Héloïſe.
Cij
54. MERCURE DE FRANCE.
LETTREV.
E reçois enfin votre lettre , mon ami.
Pourquoi l'ai -je fi longtemps attendue ?
Celong filence commençoit à m'inquiéter
, & mon coeur en a murmuré ; mais
l'amitié reſſemble aſſez à l'amour : la
moindre faveur d'une Belle appaiſe un
Amant irrité , & l'on pardonne aisément
à l'ami que l'on retrouve.
Il faut que je vous conte une petite
hiſtoire , qui , je crois , vous divertira .
J'étois curieux de voir un homme à la
mode. Je viens de contempler enfin
cette merveille. Rien n'eſt ſi plaifant, je
vous affure , & je ſuis fatisfait. Mais , fi
j'ai trouvé ce Phénix ridicule , j'ai dû
lui paroître bien fot : il a fans doute eu
pitié de mon étonnement provincial.
L'attention avec laquelle je le confidérois
étoit en effet remarquable ; elle
faiſoit un beau contraſte avec la légéreté
de cet Agréable. Tandis qu'il pirouettoit
fans ceſſe , qu'il tournoit à
tout vent , qu'il parloit à toutes les Dames
, qu'il vantoit les yeux de l'une ,
admiroit la main de l'autre , je me difois
: ce rôle eſt tout-à-fait digne d'un
MARS. 1764. 55.
homme , & cette manière d'honorer les
femmes doit bien les flatter !
Mon ami , ſi je voulois infulter une
jeune perſonne , ſi je le pouvois , je
prendrois le ton de cet impertinent.
Mais rien n'égaloit ſa fade galanterie ,
que l'air ſuffifant avec lequel il s'emparoit
de la conversation . Il débitoit leftement
les plus dangereuſes maximes; il
décidoit , tranchoit ..... Nous étions révoltés
; mais on nous vangea.
Toutes les Dames avoient eu part à
fes hommages.Il n'y eut pas juſqu'à la
vieille Préſident de Fierville à qui il
n'en eût conté. La petite niéce de cette
Dame eut fon tour : il lui adreſſa quelques
propos galans . Monfieur ,dit-elle,
retournez à ma tante , vous venez de
lui dire précisément la même choſe ;
elle eſt beaucoup plus raisonnable que
moi ; elle vous entendra mieux. La naï
veté de cette ſaillie nous frappa ; perſonne
ne put s'empêcher de ſourire. Si
tu n'as jamais vu un Petit- Maître déconcerté
,&déconcerté par une jeune fille
de douze ans ; j'ai vu , moi , j'ai vu ce
phénomène.
Cette gentilleſſe , cette affectation&
ces galans menfonges ne ſont guères
ſéduiſans , il est vrai ; ce n'eſt qu'un
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
vain perfifflage : mais ces lâches adulations
, cette commode & libertine Philofophie
ne laiſſent pas d'être pernicieuſes.
Vils corrupteurs ! ne vous plaignez
plus des vices des femmes : C'eſt
vous qui les faites germer dans leurs
coeurs. Galants eſclaves de la beauté !
c'eſt vous qui leur donnez enfin des armes
contre vous-mêmes. Elles n'ont
pas ufurpé l'empire ; vous le leur avez
tranfmis : heureux & libres en portant
leurs chaînes , fi vous aviez ſçu mieux
diriger ce doux afcendant que leur
donna fur nous la Nature !
Mais , mon ami , croiras - tu que je
fuis moi-même accufé de galanterie ,
moi qui déclame contre elle avec cette
véhémence ? On n'a rien imaginé de
mieux pour me corriger , que de me
propoſer une femme. On veut que j'épouſe
une fille très-riche.... & trèsvieille.
La perſonne n'eſt pas une Beauté
; mais la Raiſon ! ... La Raiſon eſt ſans
doute une très -belle choſe . On me regarde
comme un papillon qu'il faut fixer.
Je doute un peu que je m'attache
à cette fleur dont la fraîcheur & l'éclat
font fort équivoques. Ne fût-ce que par
curiofité , & pour en cauſer avec toi ,
il faut que je voltige autour. J'en ſerai
MARS. 1764. 57
के
57
quitte pour m'envoler bien vite , fi
l'objet me fait peur. Juge de la bonne
fortune ,& fi j'y perdrai mes aîles .
Adieu , mon ami , tâchez de vous
diſtraire. Continuez de vous occuper &
de vous amuſer. Chantez,lifez les loix,
& faites l'amour. L'homme d'efprit
ſçait tout concilier. Je defire ardemment
que la jeune perſonne dont vous me
parlez faffe bientôt votre bonheur. Plus
adroite que ces femmes impérieuſes ,
*qui ne ſçavent que révolter un mari ,
elle fent que l'empire de ſon ſéxe n'est
que celui de la douceur & de la perfuafion
. Elle a de la raifon & des graces
; le fort des malheureux la touche
& l'intéreſſe . N'hésite pas à t'unir à
cette aimable fille ; donne ton coeur au
vrai mérite. Adieu.
LETTRE VI.
H , que tu connois mal ton ami !
Ecoute l'hiſtoire de mon coeur , & juge
mieux de mes ſentimens .
J'aime une fille charmante. Je vais te
peindre les grâces qui parent la ſageſſe
Ce portrait pourra te féduire ; mais il
n'en fera que plus reſſemblant.
Gv
58 MERCURE DE FRANCE.
Mon bon ami , avez-vous vu quelquefois
de ces phyſionomies touchantes
, qui ſemblent demander le coeur
qu'elles raviffent ? La beauté de ma
maîtreſſe eſt d'un caractère fi tendre &
fi naïf ; elle a quelque choſe encore de
fi noble & de ſi gracieux ! ... Vous diriez
que,pour former ce modéle aimable,
la Nature a fondu la majeſté d'une Reine
avec l'ingénuité d'une Bergère. Une
figure brillante & modeſte , beaucoup
de délicateſſe & de ſenſibilité , une ſimplicité
charmante , un coeur généreux &
compatiſſant , une âme enfin voilà
l'objet enchanteur qui diſpoſe de ton
ami.
....
Peux- tu me foupçonner , après cela ,
de prétendre aux faveurs de la .... ? Tu
n'as pu férieuſement interpréter ma
lettre comme tu le fais. L'amour n'achete
point ſes plaiſirs ; il ne les vend
pas ; c'eſt au coeur ſeul de les donner
& de les obtenir. Une maîtreſſe vraîment
eftimable pourroit arracher au libertinage
l'homme le plus vicieux. Tu
ne voudrois pas que je le devinffe.
Mais que penfer de l'homme vil qui
trahit indignement l'innocence , & déſeſpére
la pudeur ? Quel est ce plaifir
barbare , d'abufer du malheur d'une
MARS. 1764. 59
jeune perſonne aimable , de profiter de
fon extrême affliction pour la forcer de
ſe faire violence à elle-même , & de s'avilir
à ſes propres yeux ! Eſt- ce parmi
les horreurs de la miſére la plus déplo
rable que peut régner l'Amour? Homme
brutal ! comment n'éprouves-tu pas
un fupplice plus cruel que celui qu'imagina
cet exécrable tyran qui faifoit
unir un homme vivant à un cadavre ?
Il eſt inſenſible , ce cadavre ; mais
vil Sardanapale , la victime de tes làches
artifices & de ton impudence boit
toute l'amertume de ſon fort ! Es- tu
heureux de ſes peines , de ſes douleurs ?
Tu oſes mêler l'opprobre & la défolation
à la volupté ! O monſtre ! .....
Fuyez , fille infortunée ! Votre vertudépend
encore de vous. Malgré le plus
fanglant outrage , elle n'en ſera que
plus refpectable .... Mais revenons.
Dites-moi , mon ami. Abandonneraije
ce que j'aime, parce que l'or n'a point
tiffu nos noeuds ? Il en faut , je le ſçais ,
de cet or fi recherché ; mais jamais je
ne defirerai d'inutiles & dangereuſes- richeffes.
Si je ne puis adoucir mon fort ni
celui de l'aimable fille qui m'a charmé,
j'irai dans quelque campagne oublier
le monde & la ſociété ; heureux , fi l'a
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
mitié peut chaſſer de mon aſyle l'amour
& les méchans. Je ne ſçais ; mais je
fuis tenté de fuir. O mon ami ! l'on ne
croit plus à la vertu. Une lente mélancolie
me confume. Hâte-toi , viens con .
foler un infortuné qui t'aimera tonjours.
Viens m'aider à ſupporter mes
maux.
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Résumé : SUITE des Lettres d'un jeune Homme.
Dans une série de lettres, l'auteur décrit diverses femmes et hommes rencontrés dans un certain lieu, en évitant de blesser quiconque. Il mentionne deux femmes aspirant à la célébrité et se détestant mutuellement. L'une aime tout le monde, y compris son mari, tandis que l'autre voit son mari comme un animal domestique nécessaire à sa liberté. Parmi les jeunes femmes remarquables, Mademoiselle de Lusicour est louée pour sa beauté et sa douceur, une jeune brune pour sa vivacité et sa modestie, et Madame d'Orville pour son élégance et son esprit, bien qu'elle manque de grâce naturelle. L'auteur discute des rôles traditionnels des femmes, éduquées pour être aimables et régner par la douceur et la persuasion, et reconnaît la coquetterie comme un moyen de gouverner les hommes et de promouvoir la vertu. Il affirme que les différences physiques entre les sexes déterminent leurs rôles respectifs, mais que les âmes sont égales. Dans une autre lettre, l'auteur décrit un homme à la mode, superficiel et galant envers les femmes, critiquant sa galanterie pernicieuse. Il mentionne être accusé de galanterie et doute d'une union avec une femme riche et âgée, conseillant à son ami de se marier avec une jeune personne douce et raisonnable. L'auteur révèle aimer une jeune femme charmante, sage et compatissante, capable de redonner le chemin de la vertu. Il condamne ceux qui abusent de la détresse des jeunes femmes. Enfin, le narrateur exprime une profonde détresse et une réflexion morale, décrivant un personnage insensible et cruel. Il exhorte une 'fille infortunée' à préserver sa vertu malgré les outrages subis. Il envisage de se retirer à la campagne pour échapper au monde et aux méchants, espérant que l'amitié puisse lui apporter du réconfort.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 131
« LETTRES à M. Rousseau, pour servir de réponse à son Emile, & à ses autres [...] »
Début :
LETTRES à M. Rousseau, pour servir de réponse à son Emile, & à ses autres [...]
Mots clefs :
M. Rousseau, Lettres, Philosophe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRES à M. Rousseau, pour servir de réponse à son Emile, & à ses autres [...] »
LETTRES à M. Rousseau , pour fervir
de réponſe à fon Emile , & à ſes autres
ouvrages ; in- 8°. chez Panckoucke
, rue & à côté de la Comédie
Françoiſe ; au Bureau du Mercure , au
Palais Royal & chez l'Auteur. Le
prix des deux premières Lettres eſt de
3 liv. 6 fols brochées.
,
L'Ouvrage deſtiné à combattre M.
Rousseau , fuivant le Plan qui en a été
trace dans la Préface , a été circonfcrit
dans quinze Lettres , dont chacune formera
un volume d'environ quinze feuilles.
La réfutation des Ecrits de ce Philoſophe
a été regardée par pluſieurs Prélats
comme d'autant plus néceſſaire ,
qu'à la faveur du ſtyle le plus féduisant ,
il a frappé du même coup fur la Religion
& fur le Gouvernement. On pourra
juger par les deux premieres Lettres , du
tour que doit prendre entre les mains de
l'Auteur, une controverſe , que l'intempérance
du génie a rendue malheureuſement
trop néceſſaire dans ce ſiècle.
de réponſe à fon Emile , & à ſes autres
ouvrages ; in- 8°. chez Panckoucke
, rue & à côté de la Comédie
Françoiſe ; au Bureau du Mercure , au
Palais Royal & chez l'Auteur. Le
prix des deux premières Lettres eſt de
3 liv. 6 fols brochées.
,
L'Ouvrage deſtiné à combattre M.
Rousseau , fuivant le Plan qui en a été
trace dans la Préface , a été circonfcrit
dans quinze Lettres , dont chacune formera
un volume d'environ quinze feuilles.
La réfutation des Ecrits de ce Philoſophe
a été regardée par pluſieurs Prélats
comme d'autant plus néceſſaire ,
qu'à la faveur du ſtyle le plus féduisant ,
il a frappé du même coup fur la Religion
& fur le Gouvernement. On pourra
juger par les deux premieres Lettres , du
tour que doit prendre entre les mains de
l'Auteur, une controverſe , que l'intempérance
du génie a rendue malheureuſement
trop néceſſaire dans ce ſiècle.
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Résumé : « LETTRES à M. Rousseau, pour servir de réponse à son Emile, & à ses autres [...] »
L'ouvrage 'Lettres à M. Rousseau' vise à réfuter les écrits de Jean-Jacques Rousseau, jugés dangereux pour la religion et le gouvernement. Composé de quinze lettres, chaque lettre forme un volume d'environ quinze feuilles. Les deux premières lettres sont disponibles au prix de 3 livres 6 sols. Plusieurs prélats ont approuvé cette réfutation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 106-109
ÉPITRE d'un Père à son Fils, sur la naissance d'un Petit-Fils, qui a remporté le Prix de l'Académie Françoise en 1764 ; par M. DE CHAMFORT : avec cette Epigraphe : C'est du Fils de César que Caton fit Brutus. A Paris, chez Regnard, Imprimeur de l'Académie Françoise, Grand'-Salle du Palais, & rue Basse des Ursins ; 1764 ; brochure in-8o.
Début :
CETTE Epitre a principalement pour objet, l'éducation qu'un Père [...]
Mots clefs :
Fils, Vieillard, Éducation, Vertus, Gloire, M. Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉPITRE d'un Père à son Fils, sur la naissance d'un Petit-Fils, qui a remporté le Prix de l'Académie Françoise en 1764 ; par M. DE CHAMFORT : avec cette Epigraphe : C'est du Fils de César que Caton fit Brutus. A Paris, chez Regnard, Imprimeur de l'Académie Françoise, Grand'-Salle du Palais, & rue Basse des Ursins ; 1764 ; brochure in-8o.
ÉPITRE d'un Père à fon Fils , fur
la naifance d'un Petit - Fils , qui a
remporté le Prix de l'Académie Françoife
en 1764 ; par M. DE CHAMFORT
: avec cette Epigraphe : C'eſt
du Fils de Cefar que Caton fit
Brutus. A Paris , chez Regnard,
Imprimeur de l'Académie Françoife ,
Grand' - Salle du Palais , & rue
Baffe des Urfins ; 1764 ; brochure
in- 8°.
CETTE
-
ETTE Epitre a principale ment
pour objet , l'éducation qu'un Père
doit donner à fon Fils. C'est l'amour
paternel , c'eft l'expérience de la vieilleffe
qui dicte ces leçons , dont le
but eft de rendre l'homme heureux
autant qu'il eft poffible de l'être . Parmi
les différentes fortes d'éducation
qu'un Père peut donner à fon Enfant ,
OCTOBRE. 1764. 107
l'Auteur , ou plutôt le Vieillard dont
il emprunte l'organe , exclut d'abord
celle des Colleges ou des Penfions .
Loin de lui ces prifons où le hazard raffemble.
Des efprits inégaux qu'on fait ramper enſemble ;
Où le vil préjugé vend d'obſcures erreurs ,
Que la jeunetle achete aux dépens de fes moeurs.
L'homme naît ; l'impofture affiége fon enfance;
On fatigue , on féduit fa crédule ignorance ;
On dégrade fon être ! Ah ! cruels , arrêtez ;
C'eſt uue âme immortelle à qui vous inſultez .
De l'educat'on l'influence fuprême
Subjuguant dans nos coeurs la Nature elles
même ,
Pent créer à fon choix des vices , des vertus.
C'eft du fils de César que Caton fit Brutus .
Un père doit être lui - même l'inftructeur
de fon enfant; c'eft le fyftême de
M. Rouffeau ; c'eft auffi celui de notre
Vieillard ; & voici les Leçons qu'il donne
à fon fils , pour l'éducation de fon
petit- fils.
Mais déja de ton fils la raifon vient d'éclore :
Sache épier , faifir l'inftant de fon aurore ,
Où l'homme ouvrant les yeux frappé d'un
nouveau ,
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
S'éveille , & regardant autour de fon berceau ,
Etonné de penfer , & fier de fe connoître ,
Ofe s'interroger , s'appércoit de fon être ;
Dévore les objets autour de lui femés ,
Jadis morts à fes yeux , maintenant animés ;
Demande à ces objets leurs rapports à lui-même ,
Et du monde moral veut faifir le fyftême .
A de fages Leçons confacre ces momens ;
De fes vertus alors pofe les fondemens ;
Des vrais biens , des vrais maux trace-lui les li
mites ;
Renferme fes regards dans les bornes prefcrites .
Qu'il fache tour-à- tour fe concentrer en lui ,
Etendre les rapports , & vivre dans autrui , &c.
Le Viellard fuit le jeune Eléve dans
l'âge des paffions.
Parmi tous ces defirs dans notre ame allumés ,
Le Tyran le plus fier de nos fens enflammés ,
C'est ce fougueux inſtinct , fait pour nous reproduire
;
Bienfaîteur des Mortels , & prêt à les détruire .
Qu'un feul objet , mon fils , t'engage fous la loi ,
Te dérobe à fon féxe anéanti pour toi.
Heureux , fans doute , heureux , fi la beauté qui
t'aime ,
Rempliflant tout ton coeur , te rend cher à toi
même ,
Et mêle au tendre amour qu'elle a f;u t'infpirer
Ce charme des vertus qui les fait adorer.
OCTOBRE . 1764 . 109
Noeuds avoués du Ciel , refpectable hyménée ,
De mon fils à tes Loix foumets la deſtinée ;
Que par toi de fon être étendant le lien ,
Mon fils , pour être heureux , foit homme & Citoyen.
Après avoir conduit fon Eléve jufqu'à
l'âge d'un homme fait, après l'avoir engagé
dans les liens du mariage, le Vieillard
inftituteur lui apprend comment il doit
mettre fa gloire à être utile aux hommes
& à la fociété. Il diftingue deux fortes
de gloire ; l'une n'a pour objet que l'avantage
public : l'autre
Que le foible pourfuit , qu'encenſe le pervers ;
Qui ,
fous différens noms fleau de l'Univers ,
Arme le Conquérant , lui commande des crimes ;
Dicte au Sage infenfé de coupables maximes ;
Aiguife le poignard , prépare le poiſon
Pour fauver de l'oubli le fantôme d'un nom !
Préftige d'un inftant , vaine & cruelle Idole ,
Non , ce n'eft point à toi que le Sage s'immole.
C'eft de cette gloire , que notre Vieillard
'veut détourner fon petit - fils.
Le jugement de l'Académie qui a couronné
cette Piéce eft au - deffus de tous
les éloges que nous pourrions lui donner
, & qu'elle mérite par le ton du fentiment
& de la Philoſophie qui y régne .
la naifance d'un Petit - Fils , qui a
remporté le Prix de l'Académie Françoife
en 1764 ; par M. DE CHAMFORT
: avec cette Epigraphe : C'eſt
du Fils de Cefar que Caton fit
Brutus. A Paris , chez Regnard,
Imprimeur de l'Académie Françoife ,
Grand' - Salle du Palais , & rue
Baffe des Urfins ; 1764 ; brochure
in- 8°.
CETTE
-
ETTE Epitre a principale ment
pour objet , l'éducation qu'un Père
doit donner à fon Fils. C'est l'amour
paternel , c'eft l'expérience de la vieilleffe
qui dicte ces leçons , dont le
but eft de rendre l'homme heureux
autant qu'il eft poffible de l'être . Parmi
les différentes fortes d'éducation
qu'un Père peut donner à fon Enfant ,
OCTOBRE. 1764. 107
l'Auteur , ou plutôt le Vieillard dont
il emprunte l'organe , exclut d'abord
celle des Colleges ou des Penfions .
Loin de lui ces prifons où le hazard raffemble.
Des efprits inégaux qu'on fait ramper enſemble ;
Où le vil préjugé vend d'obſcures erreurs ,
Que la jeunetle achete aux dépens de fes moeurs.
L'homme naît ; l'impofture affiége fon enfance;
On fatigue , on féduit fa crédule ignorance ;
On dégrade fon être ! Ah ! cruels , arrêtez ;
C'eſt uue âme immortelle à qui vous inſultez .
De l'educat'on l'influence fuprême
Subjuguant dans nos coeurs la Nature elles
même ,
Pent créer à fon choix des vices , des vertus.
C'eft du fils de César que Caton fit Brutus .
Un père doit être lui - même l'inftructeur
de fon enfant; c'eft le fyftême de
M. Rouffeau ; c'eft auffi celui de notre
Vieillard ; & voici les Leçons qu'il donne
à fon fils , pour l'éducation de fon
petit- fils.
Mais déja de ton fils la raifon vient d'éclore :
Sache épier , faifir l'inftant de fon aurore ,
Où l'homme ouvrant les yeux frappé d'un
nouveau ,
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
S'éveille , & regardant autour de fon berceau ,
Etonné de penfer , & fier de fe connoître ,
Ofe s'interroger , s'appércoit de fon être ;
Dévore les objets autour de lui femés ,
Jadis morts à fes yeux , maintenant animés ;
Demande à ces objets leurs rapports à lui-même ,
Et du monde moral veut faifir le fyftême .
A de fages Leçons confacre ces momens ;
De fes vertus alors pofe les fondemens ;
Des vrais biens , des vrais maux trace-lui les li
mites ;
Renferme fes regards dans les bornes prefcrites .
Qu'il fache tour-à- tour fe concentrer en lui ,
Etendre les rapports , & vivre dans autrui , &c.
Le Viellard fuit le jeune Eléve dans
l'âge des paffions.
Parmi tous ces defirs dans notre ame allumés ,
Le Tyran le plus fier de nos fens enflammés ,
C'est ce fougueux inſtinct , fait pour nous reproduire
;
Bienfaîteur des Mortels , & prêt à les détruire .
Qu'un feul objet , mon fils , t'engage fous la loi ,
Te dérobe à fon féxe anéanti pour toi.
Heureux , fans doute , heureux , fi la beauté qui
t'aime ,
Rempliflant tout ton coeur , te rend cher à toi
même ,
Et mêle au tendre amour qu'elle a f;u t'infpirer
Ce charme des vertus qui les fait adorer.
OCTOBRE . 1764 . 109
Noeuds avoués du Ciel , refpectable hyménée ,
De mon fils à tes Loix foumets la deſtinée ;
Que par toi de fon être étendant le lien ,
Mon fils , pour être heureux , foit homme & Citoyen.
Après avoir conduit fon Eléve jufqu'à
l'âge d'un homme fait, après l'avoir engagé
dans les liens du mariage, le Vieillard
inftituteur lui apprend comment il doit
mettre fa gloire à être utile aux hommes
& à la fociété. Il diftingue deux fortes
de gloire ; l'une n'a pour objet que l'avantage
public : l'autre
Que le foible pourfuit , qu'encenſe le pervers ;
Qui ,
fous différens noms fleau de l'Univers ,
Arme le Conquérant , lui commande des crimes ;
Dicte au Sage infenfé de coupables maximes ;
Aiguife le poignard , prépare le poiſon
Pour fauver de l'oubli le fantôme d'un nom !
Préftige d'un inftant , vaine & cruelle Idole ,
Non , ce n'eft point à toi que le Sage s'immole.
C'eft de cette gloire , que notre Vieillard
'veut détourner fon petit - fils.
Le jugement de l'Académie qui a couronné
cette Piéce eft au - deffus de tous
les éloges que nous pourrions lui donner
, & qu'elle mérite par le ton du fentiment
& de la Philoſophie qui y régne .
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Résumé : ÉPITRE d'un Père à son Fils, sur la naissance d'un Petit-Fils, qui a remporté le Prix de l'Académie Françoise en 1764 ; par M. DE CHAMFORT : avec cette Epigraphe : C'est du Fils de César que Caton fit Brutus. A Paris, chez Regnard, Imprimeur de l'Académie Françoise, Grand'-Salle du Palais, & rue Basse des Ursins ; 1764 ; brochure in-8o.
L'épître 'd'un Père à son Fils' de Nicolas de Chamfort, publiée en 1764, aborde l'éducation que doit recevoir un enfant de la part de son père. L'auteur, se présentant sous la forme d'un vieillard, critique sévèrement les collèges et pensions, qu'il compare à des prisons où les préjugés et les erreurs sont transmis. Il recommande une éducation dirigée par le père lui-même, en accord avec les idées de Jean-Jacques Rousseau. Le vieillard insiste sur l'importance de profiter des premiers moments de raison de l'enfant pour poser les fondements de ses vertus et lui apprendre à discerner les vrais biens des vrais maux. Il met en garde contre les passions, notamment l'instinct de reproduction, et prône un amour conjugal basé sur les vertus. Après avoir guidé son fils jusqu'au mariage, le vieillard lui enseigne à rechercher la véritable gloire dans l'utilité publique, en distinguant cette forme de gloire de celle qui conduit aux crimes et aux maximes perverses. Cette œuvre a été récompensée par l'Académie Française pour son ton philosophique et sentimental.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
ÉPITRE d'un Père à son Fils, sur la naissance d'un Petit-Fils, qui a remporté le Prix de l'Académie Françoise en 1764 ; par M. DE CHAMFORT : avec cette Epigraphe : C'est du Fils de César que Caton fit Brutus. A Paris, chez Regnard, Imprimeur de l'Académie Françoise, Grand'-Salle du Palais, & rue Basse des Ursins ; 1764 ; brochure in-8o.
9
p. 123
« EMILE Chrétien, consacré à l'utilité publique, rédigé par M. Formey, Auteur [...] »
Début :
EMILE Chrétien, consacré à l'utilité publique, rédigé par M. Formey, Auteur [...]
Mots clefs :
M. Rousseau, Éducation chrétienne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « EMILE Chrétien, consacré à l'utilité publique, rédigé par M. Formey, Auteur [...] »
EMILE Chrétien , confacré à l'utilité
publique , rédigé par M. Formey , Auteur
du Philofophe Chrétien ; à Berlin ,
chez Jean Néaulme , 1764 ; quatre volumes
in-8°.
On fent que ces quatre Volumes de
M. Formey doivent fervir de préfervatif
contre la Doctrine de M. Rouf
feau de Genève , dans fon Traité de l'Éducation
. C'est tout à la fois , & une
réfutation du Livre de M. Rouffeau , &
un Traité d'Education Chrétienne . On
en trouve des Exemplaires chez de Saint
& Saillant , rue S. Jean de Beauvais ,
& chez Duchefne , rue S. Jacques ,
Temple du Goût. Et chez Robin , Libiaire
, rue des Cordeliers
publique , rédigé par M. Formey , Auteur
du Philofophe Chrétien ; à Berlin ,
chez Jean Néaulme , 1764 ; quatre volumes
in-8°.
On fent que ces quatre Volumes de
M. Formey doivent fervir de préfervatif
contre la Doctrine de M. Rouf
feau de Genève , dans fon Traité de l'Éducation
. C'est tout à la fois , & une
réfutation du Livre de M. Rouffeau , &
un Traité d'Education Chrétienne . On
en trouve des Exemplaires chez de Saint
& Saillant , rue S. Jean de Beauvais ,
& chez Duchefne , rue S. Jacques ,
Temple du Goût. Et chez Robin , Libiaire
, rue des Cordeliers
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Résumé : « EMILE Chrétien, consacré à l'utilité publique, rédigé par M. Formey, Auteur [...] »
L'ouvrage 'EMILE Chrétien, conféré à l'utilité publique' de M. Formey, publié en 1764 à Berlin, réfute la doctrine de Jean-Jacques Rousseau sur l'éducation. Composé de quatre volumes, il est disponible chez plusieurs libraires à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 111-113
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
L'AMI des jeunes gens, avec cette épigraphe ; .... Petite [...]
Mots clefs :
Journée, Éducation, Jeunes gens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
L'AMI des jeunes gens , avec cette
épigraphe :
•
Petite hinc , juvenefque , fenefque
Finem animo certum , miferifque viatica canis.
Perf. Satyr. V. vers 64. 65.
Par M. G *** ; A Lille , chez Jean-
Baptifte Henri , Imprimeur - Libraire
fur la grand place ; & fe vend à Paris ,
112 MERCURE DE FRANCE.
chez Duchefne , rue S. Jacques ; 1764 , "
avec approbation & privilege ; 2 parties :
in-1 2.
il
Depuis le célebre ouvrage de l'Ami des
hommes , on a vu paroître fucceflivement
lAmi des femmes , l'Ami des filles , l'Ami
des arts , l'Ami de la paix , l'Ani de la
fortune , l'Ami des mufes , & enfin l'Ami
des jeunes gens , que nous annonçons.
L'Auteur ne fe pique pas de dire des
chofes nouvelles fur l'éducation de la jeuneffe
, qui fait l'objet de fon ouvrage ;
n'a pas balancé de prendre par- tout ce qu'il
a cru de plus propre à perfectionner fon;
fujet. Il fe fert quelquefois des mêmes:
expreffions dont les autres fe font fervis.
Platon , Xenophon , Ciceron , Séneque
Quintillien , Plutarque , Bacon
Loke
,
Montaigne , Fleury , Fenelon , Crouzas
Rollin , La Chalotais , Rouſſeau , &c , lui²
ont fourni quantité de matériaux. Il a dònné
à fon Livre la forme d'entretien , & ill
l'a divifé par journées , dont la première
préfente des confidérations fur nos devoirs.
On fait voir dans la feconde journée
combien l'éducation ordinaire eft défectueufe
, & les foins qu'on doit avoir de
former le corps des enfans. La troifiéme
traite de ce qu'on doit faire pour former
le coeur des jeunes gens. La quatriéme eft
و
JANVIER. 1765. H
intitulée de la culture de l'efprit. Les interlocuteurs
font l'Auteur , un Chevalier ,
une Comteffe , &c. La Scène fe paffe à la
campagne.
L'AMI des jeunes gens , avec cette
épigraphe :
•
Petite hinc , juvenefque , fenefque
Finem animo certum , miferifque viatica canis.
Perf. Satyr. V. vers 64. 65.
Par M. G *** ; A Lille , chez Jean-
Baptifte Henri , Imprimeur - Libraire
fur la grand place ; & fe vend à Paris ,
112 MERCURE DE FRANCE.
chez Duchefne , rue S. Jacques ; 1764 , "
avec approbation & privilege ; 2 parties :
in-1 2.
il
Depuis le célebre ouvrage de l'Ami des
hommes , on a vu paroître fucceflivement
lAmi des femmes , l'Ami des filles , l'Ami
des arts , l'Ami de la paix , l'Ani de la
fortune , l'Ami des mufes , & enfin l'Ami
des jeunes gens , que nous annonçons.
L'Auteur ne fe pique pas de dire des
chofes nouvelles fur l'éducation de la jeuneffe
, qui fait l'objet de fon ouvrage ;
n'a pas balancé de prendre par- tout ce qu'il
a cru de plus propre à perfectionner fon;
fujet. Il fe fert quelquefois des mêmes:
expreffions dont les autres fe font fervis.
Platon , Xenophon , Ciceron , Séneque
Quintillien , Plutarque , Bacon
Loke
,
Montaigne , Fleury , Fenelon , Crouzas
Rollin , La Chalotais , Rouſſeau , &c , lui²
ont fourni quantité de matériaux. Il a dònné
à fon Livre la forme d'entretien , & ill
l'a divifé par journées , dont la première
préfente des confidérations fur nos devoirs.
On fait voir dans la feconde journée
combien l'éducation ordinaire eft défectueufe
, & les foins qu'on doit avoir de
former le corps des enfans. La troifiéme
traite de ce qu'on doit faire pour former
le coeur des jeunes gens. La quatriéme eft
و
JANVIER. 1765. H
intitulée de la culture de l'efprit. Les interlocuteurs
font l'Auteur , un Chevalier ,
une Comteffe , &c. La Scène fe paffe à la
campagne.
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Résumé : ANNONCES DE LIVRES.
Le texte présente une annonce pour le livre 'L'AMI des jeunes gens', publié en 1764. Disponible à Lille chez Jean-Baptiste Henri et à Paris chez Duchefne, cet ouvrage a obtenu une approbation et un privilège. Il s'inscrit dans une série de publications similaires comme 'L'Ami des hommes' et 'L'Ami des femmes'. L'auteur ne revendique pas d'originalité mais compile des éléments issus de divers auteurs classiques tels que Platon, Sénèque, Montaigne et Rousseau. Le livre est structuré en dialogues répartis sur quatre journées. La première journée traite des devoirs, la deuxième critique l'éducation ordinaire et souligne l'importance de former le corps des enfants, la troisième se concentre sur la formation du cœur des jeunes, et la quatrième aborde la culture de l'esprit. Les personnages principaux sont l'auteur, un chevalier et une comtesse, et l'action se déroule à la campagne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 6-10
LETTRES de M. le Pasteur VERNES à M. J. J. ROUSSEAU, avec les réponses, 1765.
Début :
AVERTISSEMENT. Il parut, il y a quelque temps une brochure [...]
Mots clefs :
Lettre, M. Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRES de M. le Pasteur VERNES à M. J. J. ROUSSEAU, avec les réponses, 1765.
LETTRES de M. le Pafteur VERrnes à
M. J. J. ROUSSEAU , avec les réponſes
1765.
AVERTISSEMENT.
IL
parut ,
il
y
a quelque
temps
, une
brochure
anonyme
intitulée
, Sentimens
des
Citoyens
. C'eſt
un
libelle
ſcandaleux
,
où
l'on
fait
dire
à M.
J.
J.
Rouffeau
des
abfurdités
qu'il
n'a
jamais
dites
, &
l'on
lui
impute
des
horreurs
dont
je
n'aurois
pas
même
ofé
foupçonner
qu'il
fe
fût
rendu
coupable
. Cette
piéce
infâme
excita
tellement
mon
indignation
, que
je
ne
voulus
pas
en
fouiller
ma
bibliothéque
. On
jugera
par
-là de
ma
furprife
, lorfque
j'appris
que
M.
Rouffeau
me
l'attribuoit
dans
une
lettre
imprimée
&
publiée
à Paris
. Je
lus
cette
lettre
; elle
me
parut
fi mal
écrite
, le
fondement
de
l'accufation
qu'elle
renfermoit
me
fembla
fi
abfurde
, &
j'accordois
fi peu
JUILLET 1765. ཉ
1
l'accufation elle - même avec le caractère
de M. Rouffeau , que je ne doutai point
que ce ne fût quelqu'un , plus encore de
fes ennemis que des miens , qui , fous fon
nom , nous attaquoit l'un & l'autre. Cependant
quelques phrafes des notes dont le
libelle eft accompagné , & les injures par
lefquelles M. Rouffeau a répondu dans fon
dernier ouvrage , à la manière honnête
dont j'avois parlé de lui , me donnant lieu
de croire qu'il pouvoit être l'auteur de
cette lettre , je pris le parti de lui écrire ,
convaincu que fi , dans un de ces inftans
où la paffion maîtrife l'homme le plus fage ,
il s'étoit laiffé aller à une action , dont un
méchant même auroit de la peine à ne pas
rougir , il fe hâteroit de donner une rétractation
auffi publique que l'injure l'avoit
été . Je n'ignorois pas , il eft vrai , qu'il n'eft
que trop de gens qui fe plaifent & ſe forcent
à demeurer en fufpens fur un jugement
téméraire , dont ils s'avouent intérieurement
la fauffeté , & qu'une juſte
rigueur , exercée fur foi-même, eft au- def
fus des âmes ordinaires , qui ne foupçonnent
pas feulement qu'après l'innocence
il n'eft rien de plus beau que l'aveu de fes
fautes ; mais comment fe perfuader que
M. Rouffeau ne fût pas capable d'un effort
au- deffus des petites âmes ? On verra que
A iv
MERCURE DE FRANCE.
je me fuis trompé fur fon compte , & cependant
je me fais gré de mon erreur.
Puifque j'ai parlé dans cet avertiffement
des injures que m'a dit M. Rouffeau dans
fes lettres de la Montagne , je fuis tenté de
rompre le filence que j'avois deffein de
garder fur cet article. Je n'ai pas dû m'offenfer
de ce qu'il m'appelle un barbouilleur
de papier ; il faut que , felon lui , cette
épithète foit honorable , puiſqu'il ſe l'eft
donnée à lui- même. « On ne vit de la vie
» un pauvre barbouilleur de papier devenir
» pour fon malheur un homme auffi impor-
» tant " . ( 1 ) Quand il m'a accufé d'avoir
abjuré mon chriftianifme en attaquant le
fien , ( 2 ) je me fuis rappellé que lorsqu'il
avoit parlé plus férieufement & avec plus
de fang-froid , il avoit dit : « Ceux quijugentpubliquement
mon chriftianifme, mon-
» trent feulement l'efpéce du leur ; & la
»feule chofe qu'ils ontprouvée, eft qu'eux &
» moi n'avons pas la même religion ( 3 ) ».
Il y auroit eu de l'injuftice à le prendre
dans fes plus grands accès d'humeur pour
connoître la vraie manière de penfer. Il
nous a lui-même averti que « l'homme le
( 1 ) Lettres de la Montagne , page 290 , édit,
d'Amft. in- 8°.
( 2 ) Ibid. page 82.
( 3 ) Ibid. pag. 25.
JUILLET 1765. 9
و ر »plusjufte,quandileftulcéré,voitrare-
» ment les chofes comme elles font. ( 4 ) ».
Enfin , lorfqu'il m'a traité de calomniateur
public ( 5 ) , j'aurois été vivement
affecté de cette injure , fi je n'avois pas
vu clairement qu'il falloit la mettre fur le
compte de fa mémoire , qui ne lui a pas
rappellé ces mots du troifiéme tome d'Emile
, page 116 ( 6 ) , « je m'attendris aux
» bienfaits de Dien , je le bénis de fes
dons , mais je ne le prie pas ; que lui
demanderois- je ? &c. » ? Ce qui prouve
que fa mémoire le fert très - mal , c'eſt
qu'en faifant la note , où il m'accufe de
l'avoir calomnié , il ne s'eſt pas fouvenu
que ce qu'il difoit dans le texte même
donneroit lieu à lui faire le reproche dont
ور
(4 ) Lettres de la Montagne , pag. 3 .
( 5 ) Ibid , pag. 171 la note.
( 6 ) Edit. d'Amft. in - 12 . J'avois cité ce paffage
mot pour mot dans mes lettres fur le chrif
tianifme de M. Rouſſeau , édit . de Genève , p . 81 ,
& je prie que l'on fafle attention que tout ce que
j'ai dit a ce fujet porte uniquement fur la partie
i de la prière , qui a pour objet les demandes que
l'on doit faire à Dieu . Je n'ai rien reproché à
M. Rouffeau fur les autres actes de la prière , tels
que l'adoration , l'action de graces , la réfignation
à la volonté de Dieu , &c . Ne ferois - ce point , au
moyen de cette équivoque , qu'il fe feroit cru en
droit de crier à la calomnie ?
A v
10 MERCURE DE FRANCE .
2)
ور
il paroît fcandalifé , s'il ne lui avoit pas
encore été fait. En général fur toutes ces
injures je m'en fuis tenu à cette décifion
de M. Rouffeau lui - même. « Monfeigneur ,
je me plains que vous m'accabliez d'injures
, qui , fans nuire à ma caufe , atta-
» quent mon honneur , ou plutôt le vôtre ;
» c'est ainsi qu'on fe tire d'affaire , quand
» on veut quereller & qu'on a tort » ( 7)
Et dans l'avertiffement de fes lettres de
la Montagne , « M'échauffer eût été m'a-
» vilir ( 8 ) »
M. J. J. ROUSSEAU , avec les réponſes
1765.
AVERTISSEMENT.
IL
parut ,
il
y
a quelque
temps
, une
brochure
anonyme
intitulée
, Sentimens
des
Citoyens
. C'eſt
un
libelle
ſcandaleux
,
où
l'on
fait
dire
à M.
J.
J.
Rouffeau
des
abfurdités
qu'il
n'a
jamais
dites
, &
l'on
lui
impute
des
horreurs
dont
je
n'aurois
pas
même
ofé
foupçonner
qu'il
fe
fût
rendu
coupable
. Cette
piéce
infâme
excita
tellement
mon
indignation
, que
je
ne
voulus
pas
en
fouiller
ma
bibliothéque
. On
jugera
par
-là de
ma
furprife
, lorfque
j'appris
que
M.
Rouffeau
me
l'attribuoit
dans
une
lettre
imprimée
&
publiée
à Paris
. Je
lus
cette
lettre
; elle
me
parut
fi mal
écrite
, le
fondement
de
l'accufation
qu'elle
renfermoit
me
fembla
fi
abfurde
, &
j'accordois
fi peu
JUILLET 1765. ཉ
1
l'accufation elle - même avec le caractère
de M. Rouffeau , que je ne doutai point
que ce ne fût quelqu'un , plus encore de
fes ennemis que des miens , qui , fous fon
nom , nous attaquoit l'un & l'autre. Cependant
quelques phrafes des notes dont le
libelle eft accompagné , & les injures par
lefquelles M. Rouffeau a répondu dans fon
dernier ouvrage , à la manière honnête
dont j'avois parlé de lui , me donnant lieu
de croire qu'il pouvoit être l'auteur de
cette lettre , je pris le parti de lui écrire ,
convaincu que fi , dans un de ces inftans
où la paffion maîtrife l'homme le plus fage ,
il s'étoit laiffé aller à une action , dont un
méchant même auroit de la peine à ne pas
rougir , il fe hâteroit de donner une rétractation
auffi publique que l'injure l'avoit
été . Je n'ignorois pas , il eft vrai , qu'il n'eft
que trop de gens qui fe plaifent & ſe forcent
à demeurer en fufpens fur un jugement
téméraire , dont ils s'avouent intérieurement
la fauffeté , & qu'une juſte
rigueur , exercée fur foi-même, eft au- def
fus des âmes ordinaires , qui ne foupçonnent
pas feulement qu'après l'innocence
il n'eft rien de plus beau que l'aveu de fes
fautes ; mais comment fe perfuader que
M. Rouffeau ne fût pas capable d'un effort
au- deffus des petites âmes ? On verra que
A iv
MERCURE DE FRANCE.
je me fuis trompé fur fon compte , & cependant
je me fais gré de mon erreur.
Puifque j'ai parlé dans cet avertiffement
des injures que m'a dit M. Rouffeau dans
fes lettres de la Montagne , je fuis tenté de
rompre le filence que j'avois deffein de
garder fur cet article. Je n'ai pas dû m'offenfer
de ce qu'il m'appelle un barbouilleur
de papier ; il faut que , felon lui , cette
épithète foit honorable , puiſqu'il ſe l'eft
donnée à lui- même. « On ne vit de la vie
» un pauvre barbouilleur de papier devenir
» pour fon malheur un homme auffi impor-
» tant " . ( 1 ) Quand il m'a accufé d'avoir
abjuré mon chriftianifme en attaquant le
fien , ( 2 ) je me fuis rappellé que lorsqu'il
avoit parlé plus férieufement & avec plus
de fang-froid , il avoit dit : « Ceux quijugentpubliquement
mon chriftianifme, mon-
» trent feulement l'efpéce du leur ; & la
»feule chofe qu'ils ontprouvée, eft qu'eux &
» moi n'avons pas la même religion ( 3 ) ».
Il y auroit eu de l'injuftice à le prendre
dans fes plus grands accès d'humeur pour
connoître la vraie manière de penfer. Il
nous a lui-même averti que « l'homme le
( 1 ) Lettres de la Montagne , page 290 , édit,
d'Amft. in- 8°.
( 2 ) Ibid. page 82.
( 3 ) Ibid. pag. 25.
JUILLET 1765. 9
و ر »plusjufte,quandileftulcéré,voitrare-
» ment les chofes comme elles font. ( 4 ) ».
Enfin , lorfqu'il m'a traité de calomniateur
public ( 5 ) , j'aurois été vivement
affecté de cette injure , fi je n'avois pas
vu clairement qu'il falloit la mettre fur le
compte de fa mémoire , qui ne lui a pas
rappellé ces mots du troifiéme tome d'Emile
, page 116 ( 6 ) , « je m'attendris aux
» bienfaits de Dien , je le bénis de fes
dons , mais je ne le prie pas ; que lui
demanderois- je ? &c. » ? Ce qui prouve
que fa mémoire le fert très - mal , c'eſt
qu'en faifant la note , où il m'accufe de
l'avoir calomnié , il ne s'eſt pas fouvenu
que ce qu'il difoit dans le texte même
donneroit lieu à lui faire le reproche dont
ور
(4 ) Lettres de la Montagne , pag. 3 .
( 5 ) Ibid , pag. 171 la note.
( 6 ) Edit. d'Amft. in - 12 . J'avois cité ce paffage
mot pour mot dans mes lettres fur le chrif
tianifme de M. Rouſſeau , édit . de Genève , p . 81 ,
& je prie que l'on fafle attention que tout ce que
j'ai dit a ce fujet porte uniquement fur la partie
i de la prière , qui a pour objet les demandes que
l'on doit faire à Dieu . Je n'ai rien reproché à
M. Rouffeau fur les autres actes de la prière , tels
que l'adoration , l'action de graces , la réfignation
à la volonté de Dieu , &c . Ne ferois - ce point , au
moyen de cette équivoque , qu'il fe feroit cru en
droit de crier à la calomnie ?
A v
10 MERCURE DE FRANCE .
2)
ور
il paroît fcandalifé , s'il ne lui avoit pas
encore été fait. En général fur toutes ces
injures je m'en fuis tenu à cette décifion
de M. Rouffeau lui - même. « Monfeigneur ,
je me plains que vous m'accabliez d'injures
, qui , fans nuire à ma caufe , atta-
» quent mon honneur , ou plutôt le vôtre ;
» c'est ainsi qu'on fe tire d'affaire , quand
» on veut quereller & qu'on a tort » ( 7)
Et dans l'avertiffement de fes lettres de
la Montagne , « M'échauffer eût été m'a-
» vilir ( 8 ) »
Fermer
12
p. 39-44
A M. DE LA PLACE, en lui envoyant une lettre de feu M. RAMEAU.
Début :
MONSIEUR, DEPUIS que le célébre M. Rameau mon compatriote a [...]
Mots clefs :
Musique, Auteur, Gloire, Lyrique, Académie de Dijon, Sciences, M. Rousseau, Patrie, Ouvrage, Homme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. DE LA PLACE, en lui envoyant une lettre de feu M. RAMEAU.
A M. DE LA PLACE , en lui envoyant
une lettre de feu M. RAMEAU.
ONSIEUR ,
DEPUIS que le célébre M. Rameau mon
compatriote a tracé les principes d'un art
dont il eſt comme le créateur , & mis en
pratique ces mêmes règles , en enrichiffant
notre lyrique des chefs-d'oeuvres qui feront
à jamais la gloire & les délices de
la nation ; on a porté la mufique françoiſe
à un fi haut degré de perfection
que de tous les paradoxes du fameux M.
Rouffeau , le plus fingulier fans doute eft
l'ouvrage où il foutient que notre langue
n'eft pas lyrique & que nous n'avons
aucune mufique.
Ce fyftême étagé par la force de l'éloquence
, & orné de toutes les grâces du
ftyle , a fait tant de bruit & a été fi mal
réfuté , que l'Auteur a peut-être fini par
foutenir férieufement ce qu'il n'avoit apparemment
enfanté que comme un jeu d'efprit.
On eft d'autant plus porté à le croire ,
dans ce même temps & de la même que
40 MERCURE
DE
FRANCE
.
plume dont il avoit tâché de détruire
l'existence de cette mufique , on a vu
éclore le Devin du Village , ouvrage charmant
qui prouve d'une part que notre langue
eft très-lyrique , & d'une autre , que
nous avons une mufique qui nous eſt particulière
& propre , & qui eft dans le genre
excellent.
C'est peut-être d'après cet événement
que le fameux M. Rouffeau a pris du goût
pour les paradoxes ; la fortune qu'avoit
fait fon premier badinage , l'aura fans
doute engagé à foutenir dans la fuite , que
les arts & les fciences ont été nuifibles aux
maurs. Hafarderois- je beaucoup en avançant
, que ce n'eft encore que par un jeu
d'efprit qu'il a foutenu cette opinion , &
feulement parce qu'il avoit plû à notre
Académie de Dijon de la mettre en queftion
, & d'en faire un problême ? Auffi la
fcience dans nos Auteurs , l'étendue de
leurs talens , & la pureté de leurs moeurs ,
détruifent mieux ce nouveau fyftême que
toutes les longues & ennuyeufes differtations
qui ont paru fur ce fujet. C'eſt de
ce difcours couronné que je vois découler
les autres ouvrages de J. J. fur l'inégalité
des conditions , fur l'éducation , le
contrat focial , &c. Mais quelque fingu .
lières que foient les opinions répandues
OCTOBRE 1765 : 41
dans ces ouvrages , ils n'en font pas moins
refpectables par l'humanité qu'ils refpirent,
& ce feu dévorant de l'amour pour fes
femblables , qui doit l'emporter fur toutes
les autres vertus .
Si d'autres motifs ont éloigné M.
Rouffeau du chemin de la vérité, je reconnois
à ce trait l'humaine foibleffe : les génies
les plus fublimes ne peuvent entièrement
dépouiller le viel homme ; on fe
croiroit humilié de retourner fur fes pas
& on continue à fuivre des routes égarées
pour n'avoir pas à rougir de s'être écarté
du droit chemin : quand on à une fois
endoffé le manteau philofophique , on le
préfére à tout , & Diogène dans fon tonneau
ne fe donneroit pas pour Alexandre.
Mais quittons cet homme refpectable à
tant d'égards, pour revenir au célèbre Artifte-
Auteur , qui me procure l'avantage
de vous écrire.
J'ai vu dans vos Journaux avec la plus
grande fatisfaction , que notre nation commence
à imiter les Anglois dans les hom
mages que ce peuple éclairé rend aux Savans
& aux Artiſtes .
L'ancienne apothéofe des Héros ferviroit
à former des demi -Dieux en fourniffant
des exemples d'héroïfme au deffus
42 MERCURE DE FRANCE.
de l'humanité. Les honneurs rendus au
grand Newton , ont peut être mérité aux
glois , la palme philofophique ; les monumens
élevés en l'honneur de feu M. de
Crébillon, notre compatriote , ont peut-être
donné naiffance à la belle production du
Siége de Calais , fi utile à fon Auteur , &
propre à encourager fi les nouvelles tentatives.
La funébre faite
pompe
M. Rapour
meau le 16 Décembre
1764 , fait encore
plus d'honneur
au goût de la nation qu'à
celui qui en étoit l'objet ; & la préfence
de notre augufte Gouverneur
qui y affiftoit
enperfonne , élève le fucceffeur
du GRAND
CONDÉ même au deffus du Prince fi cela
eft poffible. La patrie de M. Rameau auroit
dû fuivre cet exemple , & lui confacrer un
maufolée qui auroit appris aux fiècles à
venir que ce génie étoit forti de fon fein ,
après avoir déja enfanté les Boffuet , les
La Monnoie , l'Auteur de Rhadamiſte , ce ·
lui de Guftave , & c. & c. & c. & c. & c.
comme elle pourra fe glorifier un jour .
d'avoir élevé dans fon fein le Pline moderne
qui rendra fa patrie & même fon fiècle
illuftre. « O Patrie ! prends part à la
gloire de tes enfans ; encourage & pro-
» tége les fciences , les arts & les talens
fi tu veux que ton nom foit célébre à
و و
OCTOBRE 1765. 43
99
jamais. Souviens -toi que cinq villes fe
» font vivement difputé la gloire d'avoir
» donné le jour à Homère , & épargne- toi
» la honte de voir des temples élevés &
» des autels dreffés à l'Appollon François,
» fans en avoir un feul dans ton en-
>> ceinte "".
Comme on doit être curieux de toutes
les productions d'un génie tel que feu
M. Rameau , je vois avec plaifir que votre
Journal raffemble des pièces fugitives ,
qui fans votre utile collection ne verroient
peut- être jamais le jour. Je fuis l'exemple
de M. Mongeot, en vous adreffant une lettre
de M. Rameau. Il feroit trop long de donner
l'hiſtoire de la difpute qui étoit entré
M. Rameau & moi au fujet des effets de la
Mufique des anciens , & fur fon ouvrage
intitulé l'origine des fciences . Le goût de
la littérature ancienne , n'eſt pas le
dominant ; d'ailleurs les occupations de
mon état & le refpect que j'ai pour le Public
, ne me permettent pas de vous envoyer
une differtation informe qui a occafionné
les deux lettres que M. Rameau
m'a écrites fur cette matière. Celle
dont je vous envoie copie eft d'autant
plus intéreffante qu'elle rend raiſon du
fyftême mufical de cet homme fameux :
c'en eft pour ainfi dire la clef.
44 MERCURE DE FRANCE.
Quelques correfpondances agréables
que j'ai eues , me mettroient à même
de vous fournir des anecdotes femblables ,
fi je ne craignois de vous importuner.
J'attends à ce fujet votre réponſe , &
fuis , & c .
A Dijon, le 31 Août 1765.
BEGUILLET , Avocat au Parlement ,
premier Notaire de la Province de Bourgogne
, place Saint Etienne , à Dijon.
une lettre de feu M. RAMEAU.
ONSIEUR ,
DEPUIS que le célébre M. Rameau mon
compatriote a tracé les principes d'un art
dont il eſt comme le créateur , & mis en
pratique ces mêmes règles , en enrichiffant
notre lyrique des chefs-d'oeuvres qui feront
à jamais la gloire & les délices de
la nation ; on a porté la mufique françoiſe
à un fi haut degré de perfection
que de tous les paradoxes du fameux M.
Rouffeau , le plus fingulier fans doute eft
l'ouvrage où il foutient que notre langue
n'eft pas lyrique & que nous n'avons
aucune mufique.
Ce fyftême étagé par la force de l'éloquence
, & orné de toutes les grâces du
ftyle , a fait tant de bruit & a été fi mal
réfuté , que l'Auteur a peut-être fini par
foutenir férieufement ce qu'il n'avoit apparemment
enfanté que comme un jeu d'efprit.
On eft d'autant plus porté à le croire ,
dans ce même temps & de la même que
40 MERCURE
DE
FRANCE
.
plume dont il avoit tâché de détruire
l'existence de cette mufique , on a vu
éclore le Devin du Village , ouvrage charmant
qui prouve d'une part que notre langue
eft très-lyrique , & d'une autre , que
nous avons une mufique qui nous eſt particulière
& propre , & qui eft dans le genre
excellent.
C'est peut-être d'après cet événement
que le fameux M. Rouffeau a pris du goût
pour les paradoxes ; la fortune qu'avoit
fait fon premier badinage , l'aura fans
doute engagé à foutenir dans la fuite , que
les arts & les fciences ont été nuifibles aux
maurs. Hafarderois- je beaucoup en avançant
, que ce n'eft encore que par un jeu
d'efprit qu'il a foutenu cette opinion , &
feulement parce qu'il avoit plû à notre
Académie de Dijon de la mettre en queftion
, & d'en faire un problême ? Auffi la
fcience dans nos Auteurs , l'étendue de
leurs talens , & la pureté de leurs moeurs ,
détruifent mieux ce nouveau fyftême que
toutes les longues & ennuyeufes differtations
qui ont paru fur ce fujet. C'eſt de
ce difcours couronné que je vois découler
les autres ouvrages de J. J. fur l'inégalité
des conditions , fur l'éducation , le
contrat focial , &c. Mais quelque fingu .
lières que foient les opinions répandues
OCTOBRE 1765 : 41
dans ces ouvrages , ils n'en font pas moins
refpectables par l'humanité qu'ils refpirent,
& ce feu dévorant de l'amour pour fes
femblables , qui doit l'emporter fur toutes
les autres vertus .
Si d'autres motifs ont éloigné M.
Rouffeau du chemin de la vérité, je reconnois
à ce trait l'humaine foibleffe : les génies
les plus fublimes ne peuvent entièrement
dépouiller le viel homme ; on fe
croiroit humilié de retourner fur fes pas
& on continue à fuivre des routes égarées
pour n'avoir pas à rougir de s'être écarté
du droit chemin : quand on à une fois
endoffé le manteau philofophique , on le
préfére à tout , & Diogène dans fon tonneau
ne fe donneroit pas pour Alexandre.
Mais quittons cet homme refpectable à
tant d'égards, pour revenir au célèbre Artifte-
Auteur , qui me procure l'avantage
de vous écrire.
J'ai vu dans vos Journaux avec la plus
grande fatisfaction , que notre nation commence
à imiter les Anglois dans les hom
mages que ce peuple éclairé rend aux Savans
& aux Artiſtes .
L'ancienne apothéofe des Héros ferviroit
à former des demi -Dieux en fourniffant
des exemples d'héroïfme au deffus
42 MERCURE DE FRANCE.
de l'humanité. Les honneurs rendus au
grand Newton , ont peut être mérité aux
glois , la palme philofophique ; les monumens
élevés en l'honneur de feu M. de
Crébillon, notre compatriote , ont peut-être
donné naiffance à la belle production du
Siége de Calais , fi utile à fon Auteur , &
propre à encourager fi les nouvelles tentatives.
La funébre faite
pompe
M. Rapour
meau le 16 Décembre
1764 , fait encore
plus d'honneur
au goût de la nation qu'à
celui qui en étoit l'objet ; & la préfence
de notre augufte Gouverneur
qui y affiftoit
enperfonne , élève le fucceffeur
du GRAND
CONDÉ même au deffus du Prince fi cela
eft poffible. La patrie de M. Rameau auroit
dû fuivre cet exemple , & lui confacrer un
maufolée qui auroit appris aux fiècles à
venir que ce génie étoit forti de fon fein ,
après avoir déja enfanté les Boffuet , les
La Monnoie , l'Auteur de Rhadamiſte , ce ·
lui de Guftave , & c. & c. & c. & c. & c.
comme elle pourra fe glorifier un jour .
d'avoir élevé dans fon fein le Pline moderne
qui rendra fa patrie & même fon fiècle
illuftre. « O Patrie ! prends part à la
gloire de tes enfans ; encourage & pro-
» tége les fciences , les arts & les talens
fi tu veux que ton nom foit célébre à
و و
OCTOBRE 1765. 43
99
jamais. Souviens -toi que cinq villes fe
» font vivement difputé la gloire d'avoir
» donné le jour à Homère , & épargne- toi
» la honte de voir des temples élevés &
» des autels dreffés à l'Appollon François,
» fans en avoir un feul dans ton en-
>> ceinte "".
Comme on doit être curieux de toutes
les productions d'un génie tel que feu
M. Rameau , je vois avec plaifir que votre
Journal raffemble des pièces fugitives ,
qui fans votre utile collection ne verroient
peut- être jamais le jour. Je fuis l'exemple
de M. Mongeot, en vous adreffant une lettre
de M. Rameau. Il feroit trop long de donner
l'hiſtoire de la difpute qui étoit entré
M. Rameau & moi au fujet des effets de la
Mufique des anciens , & fur fon ouvrage
intitulé l'origine des fciences . Le goût de
la littérature ancienne , n'eſt pas le
dominant ; d'ailleurs les occupations de
mon état & le refpect que j'ai pour le Public
, ne me permettent pas de vous envoyer
une differtation informe qui a occafionné
les deux lettres que M. Rameau
m'a écrites fur cette matière. Celle
dont je vous envoie copie eft d'autant
plus intéreffante qu'elle rend raiſon du
fyftême mufical de cet homme fameux :
c'en eft pour ainfi dire la clef.
44 MERCURE DE FRANCE.
Quelques correfpondances agréables
que j'ai eues , me mettroient à même
de vous fournir des anecdotes femblables ,
fi je ne craignois de vous importuner.
J'attends à ce fujet votre réponſe , &
fuis , & c .
A Dijon, le 31 Août 1765.
BEGUILLET , Avocat au Parlement ,
premier Notaire de la Province de Bourgogne
, place Saint Etienne , à Dijon.
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Résumé : A M. DE LA PLACE, en lui envoyant une lettre de feu M. RAMEAU.
La lettre, datée du 31 août 1765, est adressée à M. de La Place par un avocat nommé Beguillet. Elle aborde principalement la musique française et la réputation de Jean-Jacques Rousseau. Beguillet conteste les affirmations de Rousseau selon lesquelles la langue française ne serait pas lyrique et que la France manquerait de musique. Il cite la pièce 'Le Devin du Village' de Rousseau comme contre-exemple. Beguillet suggère que Rousseau pourrait avoir adopté ses propres paradoxes après leur succès initial. La lettre reconnaît également les contributions de Rousseau sur l'inégalité des conditions, l'éducation et le contrat social, tout en soulignant son humanité et son amour pour ses semblables. L'auteur exprime sa satisfaction de voir la France honorer les savants et les artistes, tels que Newton, Crébillon et Rameau. Il regrette que la patrie de Rameau n'ait pas érigé de mausolée en son honneur et encourage la promotion des sciences, des arts et des talents. Beguillet partage également une lettre de Rameau sur les effets de la musique des anciens et son système musical. Il mentionne avoir reçu des correspondances agréables mais craint d'importuner le destinataire. Il attend une réponse concernant ce sujet et se présente comme avocat au Parlement et premier notaire de la province de Bourgogne, résidant place Saint-Étienne à Dijon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 128-129
« LES Plagiats de M. J. J. Rousseau de Genêve, sur l'éducation ; avec cette épigraphe [...] »
Début :
LES Plagiats de M. J. J. Rousseau de Genêve, sur l'éducation ; avec cette épigraphe [...]
Mots clefs :
Éducation, M. Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LES Plagiats de M. J. J. Rousseau de Genêve, sur l'éducation ; avec cette épigraphe [...] »
LES Plagiats de M. J. J. Rouffeau de Genêve
, fur l'éducation ; avec cette épigraphe
:
Grandia verba ubi funt ? Si vir es , ecce nega
Mart. 1. 2. épigr.
D. J. C. B. A La Haye , & fe trouve à
Paris chez Durand , Libraire , rue Saint
Jacques , à la fageffe ; 1766 : un vol in - 12 .
On veut ôter à M. Rouffeau le mérite
de l'invention , & l'on prétend qu'il n'a
rien écrit qui ne foit des répétitions de
tout ce qui fe trouve dans les ouvrages
d'autrui . Nous ne vérifierons pas cette accu
fation , qui nous paroît trop vague & trop
étendue ; mais nous croyons que cette
force de ftyle , cette éloquence vive qui
caractérisent les écrits du Philofophe de
JANVIER 1766. 129
Genêve , eft un bien qu'on ne peut , ni
lui enlever , ni lui conteſter.
, fur l'éducation ; avec cette épigraphe
:
Grandia verba ubi funt ? Si vir es , ecce nega
Mart. 1. 2. épigr.
D. J. C. B. A La Haye , & fe trouve à
Paris chez Durand , Libraire , rue Saint
Jacques , à la fageffe ; 1766 : un vol in - 12 .
On veut ôter à M. Rouffeau le mérite
de l'invention , & l'on prétend qu'il n'a
rien écrit qui ne foit des répétitions de
tout ce qui fe trouve dans les ouvrages
d'autrui . Nous ne vérifierons pas cette accu
fation , qui nous paroît trop vague & trop
étendue ; mais nous croyons que cette
force de ftyle , cette éloquence vive qui
caractérisent les écrits du Philofophe de
JANVIER 1766. 129
Genêve , eft un bien qu'on ne peut , ni
lui enlever , ni lui conteſter.
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Résumé : « LES Plagiats de M. J. J. Rousseau de Genêve, sur l'éducation ; avec cette épigraphe [...] »
En 1766, une publication accuse Jean-Jacques Rousseau, dit le 'Philosophe de Genève', de plagiat. Les accusations, jugées vagues et générales, proviennent de 'Les Plagiats de M. J. J. Rouffeau de Genève'. Le texte reconnaît cependant le style et l'éloquence distinctifs de Rousseau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 135
« LA Religion Chrétienne prouvée par un seul fait, ou Dissertation où l'on démontre [...] »
Début :
LA Religion Chrétienne prouvée par un seul fait, ou Dissertation où l'on démontre [...]
Mots clefs :
Religion chrétienne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LA Religion Chrétienne prouvée par un seul fait, ou Dissertation où l'on démontre [...] »
LA Religion Chrétienne prouvée par
un feul fait , ou Differtation où l'on démontre
que des Catholiques à qui Hunneric
, Roi des Vendales , fit couper la langue ,
parlèrent miraculeufement le refte de leur
vie ; & où l'on déduit les conféquences
de ce miracle contre les Ariens , les Sociniens
& les Déiftes , & en particulier contre
l'Auteur d'Emile , en répondant à leurs
principales difficultés . A Paris , chez Barbou,
rue & vis-à-vis de la grille des Mathurins
, & à Villefranche - de- Rouergue , chez
Pierre Videlhié , Imprimeur ; 1766 : avec
approbation & privilége du Roi ; in 12.
Le titre de cet ouvrage fera fentir de
quelle importance peut être un pareil écrit ,
& l'impreffion qu'il doit faire fur l'efprit
des lecteurs. Le miracle dont il eft ici
queftion eft appuyé de toutes les preuves
qu'il a été poffible de raffembler ; & il eft
difficile de fe refufer aux témoignages des
plus graves hiftoriens.
un feul fait , ou Differtation où l'on démontre
que des Catholiques à qui Hunneric
, Roi des Vendales , fit couper la langue ,
parlèrent miraculeufement le refte de leur
vie ; & où l'on déduit les conféquences
de ce miracle contre les Ariens , les Sociniens
& les Déiftes , & en particulier contre
l'Auteur d'Emile , en répondant à leurs
principales difficultés . A Paris , chez Barbou,
rue & vis-à-vis de la grille des Mathurins
, & à Villefranche - de- Rouergue , chez
Pierre Videlhié , Imprimeur ; 1766 : avec
approbation & privilége du Roi ; in 12.
Le titre de cet ouvrage fera fentir de
quelle importance peut être un pareil écrit ,
& l'impreffion qu'il doit faire fur l'efprit
des lecteurs. Le miracle dont il eft ici
queftion eft appuyé de toutes les preuves
qu'il a été poffible de raffembler ; & il eft
difficile de fe refufer aux témoignages des
plus graves hiftoriens.
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Résumé : « LA Religion Chrétienne prouvée par un seul fait, ou Dissertation où l'on démontre [...] »
L'ouvrage 'La Religion Chrétienne prouvée par un seul fait', publié en 1766, relate un miracle où des catholiques persécutés par Hunneric, roi des Vandales, conservèrent miraculeusement leur capacité à parler après avoir eu la langue coupée. L'auteur utilise ce miracle pour réfuter les Ariens, Sociniens et Déistes, et répondre aux objections de l'auteur d'Émile. Le livre compile des preuves et témoignages d'historiens sérieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 142-143
« EPÎTRE à une Dame qui allaite son enfant, pièce qui a concouru pour le prix [...] »
Début :
EPÎTRE à une Dame qui allaite son enfant, pièce qui a concouru pour le prix [...]
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texteReconnaissance textuelle : « EPÎTRE à une Dame qui allaite son enfant, pièce qui a concouru pour le prix [...] »
EPÎTRE à une Dame qui allaite fon
enfant , pièce qui a concouru pour le prix
de l'Académie Françoife en 1766 ; par
M *** ; avec cette épigraphe :
Où j'ai trouvé les foins d'une mère , ne dois -je
pas l'attachement d'un fils ? J. J. Rouffeau.
A Paris , chez Regnard , Imprimeur de
l'Académie Françoife , grand'falle du Palais
, à la providence , & rue baffe des
Urfins ; 1766 : in- 8 ° .
MARS 1767 . 143
Nous avons remarqué dans cette épître
quelques vers de fentiment.
enfant , pièce qui a concouru pour le prix
de l'Académie Françoife en 1766 ; par
M *** ; avec cette épigraphe :
Où j'ai trouvé les foins d'une mère , ne dois -je
pas l'attachement d'un fils ? J. J. Rouffeau.
A Paris , chez Regnard , Imprimeur de
l'Académie Françoife , grand'falle du Palais
, à la providence , & rue baffe des
Urfins ; 1766 : in- 8 ° .
MARS 1767 . 143
Nous avons remarqué dans cette épître
quelques vers de fentiment.
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16
p. 73-75
EXAMEN des faits qui servent de fondement à la Religion Chrétienne, précédée d'un court traité contre les athées, les matérialistes & les fatalistes ; par M. l'Abbé FRANÇOIS. A Paris, chez LACOMBE, Libraire : quai de Conti ; 1767 : avec approbation & privilége du Roi ; trois vol. in-12 reliés. Prix 7 livres. 10 sols.
Début :
CET ouvrage est nécessaire à un chrétien qui veut s'affermir dans les vrais principes [...]
Mots clefs :
Chrétien, Religion chrétienne, Preuves, Homme, Jean-Jacques Rousseau
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texteReconnaissance textuelle : EXAMEN des faits qui servent de fondement à la Religion Chrétienne, précédée d'un court traité contre les athées, les matérialistes & les fatalistes ; par M. l'Abbé FRANÇOIS. A Paris, chez LACOMBE, Libraire : quai de Conti ; 1767 : avec approbation & privilége du Roi ; trois vol. in-12 reliés. Prix 7 livres. 10 sols.
EXAMEN des faits qui fervent de fondement
à la Religion Chrétienne , précédée
d'un court traité contre les athées , les
matérialistes & les fatalistes ; par M.
Abbé François . A Paris , chez
LACOMBE , Libraire : quai de Conti
1767 : avec approbation & privilége du
Roi ; trois vol. in-12 reliés. Prix 7 liv.
10fols .
CET ET ouvrage eſt néceſſaire àun chrétien
qui veut s'affermir dans les vrais principesde
la religion , qui veut ſe prémunir
contre les attaques de l'impiété , & s'armer
pour combattre l'incrédulité.
M. l'Abbé François a rempli avec fuccès
le plan d'un traité complet de la religion.
Il commence par expofer les preuves
les plus fimples & les plus faciles de l'exifrence
deDieu. Il fait enſuite des réflexions
fur les attributs eſſentiels de la Divinité. II
défend la liberté de l'homme contre les chicanes
des fataliſtes , de même que l'iminorcalité
de l'âme contre les doutes des matérialiſtes
. L'auteur fait enfuite fentir la
Vol. I. D
74 MERCURE DE FRANCE.
*
néceſſité d'une religion révélée. Il indique
les caractères de cette religion , les
preuves dont elle doit être appuyée , la
•certitude que doivent avoir ces preuves ,
les moyens pour les eſprits capables de
réflexions , de parvenir à cette certitude ;
puis il expoſe en général les preuves de la
religion chrétienne : mais , comme la plupart
de ces preuves font des faits conſignés
dans les livres ſacrés des Juifs & des
Chrétiens , M. l'Abbé François s'eſt attaché
d'abord à démontrer l'authenticité &
l'inſpiration de ces livres. Les preuves ſe
préſentent alors d'elles - mêmes. Jéſus-
Chriſt promis au premier homme après ſa
chûte , comme libérateur dugenre humain ,
figuré par la loi donnée au peuple Juif ,
annoncé par les prophétes de la même
nation , ſes miracles , ſes prophéties , ou
plutôt ſes promeſſes touchant les Juifs &
les Gentils , les miracles de ſes apôtres &
de ſes diſciples , les lumières & la ſageſſe
qu'il a répandues ſur la terre , les moyens
qu'il a établis pour les ſimples & pour les
favants de s'inſtruire &de ſe ſanctifier. Ces
preuves forment un tout fi lié , ſi convaincant,
que l'eſprit le plus rebelle à la vérité,
ne peut s'y refuſer.
M. l'Abbé François ne s'eſt pas diſſimulé
les objections les plus fortes & les plus
AVRIL 1767. 75
nombreuſes des incrédules contre les faits
qui fervent de fondement à la religion
chrétienne , perfuadés que ces faits ne
peuvent paroître dans tout leur jour que
par cette voie ; & c'eſt la raiſon du titre
donné à cet ouvrage.
M. l'Abbé François répond avec avantage
aux difficultés que M. Jean- Jacques
Rouffeau a propoſées dans ſon Emile ;
au Cathéchisme de l'honnête homme , à la
critique des preuves employées par les apologistes
de la religion chrétienne , à la lettre
deTraſibule à Leucippe, à l'auteur du Defpotiſme
Oriental , &c. & c. Il ne diſſimule
aucunes des objections qui lui ont été
connues ; & il les réfute d'une manière
claire , préciſe , lumineuſe , & avec les
preuves que la religion fournit elle-même,
Il fait voirque c'eſt faute de l'avoir étudiée
& de la connoître , que l'on peut ſe laiffer
furprendre par les piéges de l'incrédulité.
Nous nous promettons de donner des
extraits particuliers de cet excellent traité ,
biencapable d'aſſurer & d'étendre le triomphe
de la vérité & de la religion chrétienne.
à la Religion Chrétienne , précédée
d'un court traité contre les athées , les
matérialistes & les fatalistes ; par M.
Abbé François . A Paris , chez
LACOMBE , Libraire : quai de Conti
1767 : avec approbation & privilége du
Roi ; trois vol. in-12 reliés. Prix 7 liv.
10fols .
CET ET ouvrage eſt néceſſaire àun chrétien
qui veut s'affermir dans les vrais principesde
la religion , qui veut ſe prémunir
contre les attaques de l'impiété , & s'armer
pour combattre l'incrédulité.
M. l'Abbé François a rempli avec fuccès
le plan d'un traité complet de la religion.
Il commence par expofer les preuves
les plus fimples & les plus faciles de l'exifrence
deDieu. Il fait enſuite des réflexions
fur les attributs eſſentiels de la Divinité. II
défend la liberté de l'homme contre les chicanes
des fataliſtes , de même que l'iminorcalité
de l'âme contre les doutes des matérialiſtes
. L'auteur fait enfuite fentir la
Vol. I. D
74 MERCURE DE FRANCE.
*
néceſſité d'une religion révélée. Il indique
les caractères de cette religion , les
preuves dont elle doit être appuyée , la
•certitude que doivent avoir ces preuves ,
les moyens pour les eſprits capables de
réflexions , de parvenir à cette certitude ;
puis il expoſe en général les preuves de la
religion chrétienne : mais , comme la plupart
de ces preuves font des faits conſignés
dans les livres ſacrés des Juifs & des
Chrétiens , M. l'Abbé François s'eſt attaché
d'abord à démontrer l'authenticité &
l'inſpiration de ces livres. Les preuves ſe
préſentent alors d'elles - mêmes. Jéſus-
Chriſt promis au premier homme après ſa
chûte , comme libérateur dugenre humain ,
figuré par la loi donnée au peuple Juif ,
annoncé par les prophétes de la même
nation , ſes miracles , ſes prophéties , ou
plutôt ſes promeſſes touchant les Juifs &
les Gentils , les miracles de ſes apôtres &
de ſes diſciples , les lumières & la ſageſſe
qu'il a répandues ſur la terre , les moyens
qu'il a établis pour les ſimples & pour les
favants de s'inſtruire &de ſe ſanctifier. Ces
preuves forment un tout fi lié , ſi convaincant,
que l'eſprit le plus rebelle à la vérité,
ne peut s'y refuſer.
M. l'Abbé François ne s'eſt pas diſſimulé
les objections les plus fortes & les plus
AVRIL 1767. 75
nombreuſes des incrédules contre les faits
qui fervent de fondement à la religion
chrétienne , perfuadés que ces faits ne
peuvent paroître dans tout leur jour que
par cette voie ; & c'eſt la raiſon du titre
donné à cet ouvrage.
M. l'Abbé François répond avec avantage
aux difficultés que M. Jean- Jacques
Rouffeau a propoſées dans ſon Emile ;
au Cathéchisme de l'honnête homme , à la
critique des preuves employées par les apologistes
de la religion chrétienne , à la lettre
deTraſibule à Leucippe, à l'auteur du Defpotiſme
Oriental , &c. & c. Il ne diſſimule
aucunes des objections qui lui ont été
connues ; & il les réfute d'une manière
claire , préciſe , lumineuſe , & avec les
preuves que la religion fournit elle-même,
Il fait voirque c'eſt faute de l'avoir étudiée
& de la connoître , que l'on peut ſe laiffer
furprendre par les piéges de l'incrédulité.
Nous nous promettons de donner des
extraits particuliers de cet excellent traité ,
biencapable d'aſſurer & d'étendre le triomphe
de la vérité & de la religion chrétienne.
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Résumé : EXAMEN des faits qui servent de fondement à la Religion Chrétienne, précédée d'un court traité contre les athées, les matérialistes & les fatalistes ; par M. l'Abbé FRANÇOIS. A Paris, chez LACOMBE, Libraire : quai de Conti ; 1767 : avec approbation & privilége du Roi ; trois vol. in-12 reliés. Prix 7 livres. 10 sols.
L'ouvrage 'Examen des faits qui servent de fondement à la Religion Chrétienne' de l'Abbé François, publié en 1767, a pour but de fortifier la foi chrétienne face aux critiques de l'impiété et de l'incrédulité. L'auteur commence par présenter des preuves de l'existence de Dieu, puis traite des attributs divins, de la liberté humaine contre le fatalisme, et de l'immortalité de l'âme contre le matérialisme. Il insiste sur la nécessité d'une religion révélée et expose les caractéristiques et les preuves de la religion chrétienne. Pour cela, il démontre l'authenticité et l'inspiration des livres sacrés juifs et chrétiens, et présente les preuves de la religion chrétienne, telles que les promesses messianiques, les miracles de Jésus-Christ et de ses disciples, ainsi que les enseignements et les moyens de sanctification établis par Jésus. L'Abbé François répond également aux objections des incrédules, notamment celles de Jean-Jacques Rousseau, en utilisant les preuves fournies par la religion elle-même. Il conclut que l'incrédulité découle souvent d'une méconnaissance de la religion. L'ouvrage est apprécié pour sa clarté et son efficacité à renforcer la foi chrétienne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
EXAMEN des faits qui servent de fondement à la Religion Chrétienne, précédée d'un court traité contre les athées, les matérialistes & les fatalistes ; par M. l'Abbé FRANÇOIS. A Paris, chez LACOMBE, Libraire : quai de Conti ; 1767 : avec approbation & privilége du Roi ; trois vol. in-12 reliés. Prix 7 livres. 10 sols.
17
p. 13-15
EMILE ET LE SATRAPE.
Début :
Des rois & des bergers la fortune se joue ; [...]
Mots clefs :
Émile, Satrape, Métier, Mendier, Indépendance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EMILE ET LE SATRAPE.
EMILE * ET LE SATRAPE , **
Des rois & des bergers la fortune ſe joue ; ES
Il fuffit d'un tour de fa roue.
J'ai lu qu'un Satrape jadis ,
Nourri dans l'extrême molleffe ,
Perdit tout à-coup fa richeffe.
Il implora les grands , recourut aux petits5
Il efluya par-tout des refus , des mépris.
Et des affronts de toute espéce.
L'infortuné dans la détreffe
Eut beau payer les gens du peu qui lui reftoit ,
Le financier , fon fuifle & fa maîtreffe encore ,
Et les encenfer , qui pis eſt ,
On ne prit à fon fort qu'un ftérile intérêt.
Plein du chagrin qui le dévore ,
Il va maudiftant fon deftin ,
Lorsqu'il fait rencontre en chemin
D'un jeune homme au teint frais , à la démarche
vive ,
Un air fimple & content ; c'étoit Emile enfin.
Le Satrape l'aborde , & d'une voix plaintive
Il lui raconte fes malheurs ,
* On connoît l'émile de J. J. Rouffeau.
**Cette piéce eft du même recueil .
14 MERCURE DE FRANCE.
Non fans répandre quelques pleurs .
Vous ne m'étonnez point , lui dit le bon Emile ;
Moi-même , comme vous , je fus riche autrefois ,
Et j'ai fubi du fort les rigoureufes loix.
Hélas ! ici tout eft mobile
Et dans un Aux continuel.
Toutefois je rends grace au ciel !
J'eus un maître chéri ; c'étoit plutôt un pere ,
Il me tint lieu de l'auteur de mes jours.
Son zèle & fes foins pour toujours
M'ont armé contre la mifére.
Il exerça mon corps ; il forma mon eſprit ,
Et prévenant du fort la fatale inconſtance ,
Sans tant de myftere il m'apprit
A trouver en tous lieux la paix & l'abondance ,
A conferver l'honneur avec la probité.
Mes bras m'ont fecouru dans la néceffité ,
Sans manége , fans impofture.
Rapprochons nous de la nature
Pour écarter la pauvreté.
Venez , partagez mon aſyle ,
Bravez les préjugés , & devenez tranquille.
Pourquoi d'un fimple menuifier
Dédaigneriez - vous le métier ?
Vous n'étiez qu'un feigneur ; vous fortez de l'ivrefle
,
Soyez homme ; vivez honnête & fans baffeffe ,
Au lieu de foupirer fans cele
DECEMBRE. 1769. 15
Après un faux bonheur , & qui d'ailleurs n'eft
plus.
Chaffez des regrets fuperflus.
Travaillons. Vous avez rampé fans affiftance ,
J'ai vécu dans l'indépendance :
Sans vous reprocher rien , lequel des deux partis
Eft le plus noble , à votre avis ?
Le Satrape fuivit ce confeil falutaire" :
Il embrafla fon hôte , il apprit fon métier ;
Il eut bientôt le néceflaire ,
Et ne voulut plus mendier.
Des rois & des bergers la fortune ſe joue ; ES
Il fuffit d'un tour de fa roue.
J'ai lu qu'un Satrape jadis ,
Nourri dans l'extrême molleffe ,
Perdit tout à-coup fa richeffe.
Il implora les grands , recourut aux petits5
Il efluya par-tout des refus , des mépris.
Et des affronts de toute espéce.
L'infortuné dans la détreffe
Eut beau payer les gens du peu qui lui reftoit ,
Le financier , fon fuifle & fa maîtreffe encore ,
Et les encenfer , qui pis eſt ,
On ne prit à fon fort qu'un ftérile intérêt.
Plein du chagrin qui le dévore ,
Il va maudiftant fon deftin ,
Lorsqu'il fait rencontre en chemin
D'un jeune homme au teint frais , à la démarche
vive ,
Un air fimple & content ; c'étoit Emile enfin.
Le Satrape l'aborde , & d'une voix plaintive
Il lui raconte fes malheurs ,
* On connoît l'émile de J. J. Rouffeau.
**Cette piéce eft du même recueil .
14 MERCURE DE FRANCE.
Non fans répandre quelques pleurs .
Vous ne m'étonnez point , lui dit le bon Emile ;
Moi-même , comme vous , je fus riche autrefois ,
Et j'ai fubi du fort les rigoureufes loix.
Hélas ! ici tout eft mobile
Et dans un Aux continuel.
Toutefois je rends grace au ciel !
J'eus un maître chéri ; c'étoit plutôt un pere ,
Il me tint lieu de l'auteur de mes jours.
Son zèle & fes foins pour toujours
M'ont armé contre la mifére.
Il exerça mon corps ; il forma mon eſprit ,
Et prévenant du fort la fatale inconſtance ,
Sans tant de myftere il m'apprit
A trouver en tous lieux la paix & l'abondance ,
A conferver l'honneur avec la probité.
Mes bras m'ont fecouru dans la néceffité ,
Sans manége , fans impofture.
Rapprochons nous de la nature
Pour écarter la pauvreté.
Venez , partagez mon aſyle ,
Bravez les préjugés , & devenez tranquille.
Pourquoi d'un fimple menuifier
Dédaigneriez - vous le métier ?
Vous n'étiez qu'un feigneur ; vous fortez de l'ivrefle
,
Soyez homme ; vivez honnête & fans baffeffe ,
Au lieu de foupirer fans cele
DECEMBRE. 1769. 15
Après un faux bonheur , & qui d'ailleurs n'eft
plus.
Chaffez des regrets fuperflus.
Travaillons. Vous avez rampé fans affiftance ,
J'ai vécu dans l'indépendance :
Sans vous reprocher rien , lequel des deux partis
Eft le plus noble , à votre avis ?
Le Satrape fuivit ce confeil falutaire" :
Il embrafla fon hôte , il apprit fon métier ;
Il eut bientôt le néceflaire ,
Et ne voulut plus mendier.
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Résumé : EMILE ET LE SATRAPE.
Un satrape, autrefois riche, perdit sa fortune et fut rejeté lorsqu'il demanda de l'aide. Désespéré, il rencontra Émile, un jeune homme ayant connu la richesse puis la pauvreté. Émile, grâce à un maître bienveillant, avait appris à travailler dur et à vivre honnêtement, trouvant ainsi la paix et l'abondance. Il conseilla au satrape d'abandonner ses préjugés et d'apprendre un métier pour subvenir à ses besoins. Le satrape suivit ce conseil, apprit un métier et retrouva son indépendance financière.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 84-92
Recueil de Romances, [titre d'après la table]
Début :
Recueil de Romances, tome second. A Paris, chez le Jay, rue St Jacques. [...]
Mots clefs :
Romance, Vers, Recueil, Ma mie, Couplets, Romances, Genre, Chanson, Imitation, Style
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Recueil de Romances, [titre d'après la table]
Recueil de Romances , tome fecond . A Paris
, chez le Jay , rue St Jacques.
Le premier volume de ce recueil parut
il y a quelques années , & l'édition en
eft épuifée aujourd'hui . Le fuccès que
doit avoir ce fecond volume fait eſpérer
qu'on réimprimera le premier. On doit
bien s'attendre que le feul avantage de
ces fortes de collections , c'eft de réunir
>
FEVRIER. 1774.
85
des pièces du même genre épatfes en différens
endroits , mais cet avantage eft effentiel.
Il y a cependant quelques morceaux
dans ce nouveau recueil , que l'on
ne trouverait pas ailleurs.
La Romance eft l'efpèce de chanfon la
plus intéreflante. La Romance hiftorique,
imitation de nos anciens fabliaux , eft
'un petit poëme qui doit joindre la naïveté
du ftyle à l'intérêt du récit. Cette naïve.
te y eft fi précieufe , que les vieilles tournures
Gauloifes , qui feraient déplacées
ailleurs , y ont été heureuſement employées.
Nous avons dans ce genre des
Romances de feu M. de Moncrif & de
M. le Duc de la V ** , qui paffent pour
des modèles . 3
La Romance est très - bien employée à
chanter l'amour malheureux . Les airs
que demande ce genre de compofition
femblent faits pour la plainte . Cette forte
de Romance n'eft qu'une élégie chantée.
Il y en a une troisième efpèce : c'eſt
la Romance burlefque ou mélangée de
tons férieux & comiques : telle eft la longue
Romance'de Scarron for Héro & Léandre
, où l'on a remarqué cette ftrophe
plaifante , fur un rendez -vous de ces
deux amans :
86 MERCURE
DE FRANCE
.
Il faut, en femblable aventure ,
Preffé d'un femblable defir ,
Avoir un femblable plaifir ,
Pour faire femblable peinture.
Mais en général ce mélange de tons
eft de mauvais goût & a fort peu d'agré
ment : il faudrait , pour y réuffit, trouver un
fujet qui eût un côté pathétique & un
côté ridicule ; & , quand on l'aurait trouvé
, rien ne ferait fi difficile que de paffer
d'un ton à l'autre par des nuances
juftes & délicates . On remarque dans le
recueil qui vient de paraître une romance
burlefque de M. le Mierre fur le Siége
de Calais , fujet où il n'y a pas le mot
pour rire.
Par Edouard , Roi d'Angleterre,
Calais bloqué
Se voyait confilqué.
La Faim , coufine de la Guerre ,
Met aux abois
Les plus riches bourgeois.
Pour tout feftin ,
Même pour pain ,
Dans ce coin de la terre ,
Des offemens pourris ,
Des fouris ,
Par-tout étaient ſervis,
FEVRIER. 1774.
87
.
Indigné de leur réfiftance ,
Le Prince Anglais
Leur envoie un exprès.
Livrez , dit-il , en diligence ,
A votre choix ,
Trois paires de bourgeois ;
Ou bien mon ,Roi ,
Semant l'effroi ,
S'en va, dans la vengeance ,
A grands coups de canon ,
Patapon ,
Mettre tout en charbon.
On demande quelle grâce , quel ef
prit , quel mérite il peut y avoir à dire
d'un ftyle ridicule des chofes qui ne font
point rire . Il y a une forte d'efprit à faifir
un côté plaifant dans un fujet férieux.
Mais un amas d'expreffions burleſques
n'a rien de plaifant.
On remarquera deux couplets en ftyle
de Romance , de M. de Moncrif. L'idée
en eft ingénieuſe.
Autrefois un Temple était :
( La fête en eft paflée ) ; "
Chaque amant y répétait
Sa plus douce penfée ;
Si ce Temple fe Louvrait
88 MERCURE DE FRANCE.
Pour ce tant doux myſtère ,
Que de fois on entendrait
J'adore la Vallière !
Voilà de la galanterie de très bon
goût. Il y a peu de femmes qui aient inf
piré de fi jolis vers. On connaît ceux - ci
de M. de Voltaire , imprimés par- tout.
Etre femme fans jalousie ,
Et belle fans coquetterie ,.
Bien juger fans beaucoup favoir ,
Et bien parler fans le vouloir ; :
N'être haute , ni familière ,
N'avoir point d'inégalité ;
C'eſt le portrait de la Vallière ;
Il n'eft ni fini ni flatté.
Mais peu de gens connaiffent un quatrain
plein d'efprit & de précifion , fait
pour la même perfonne , par une femme
qui fait fouvent de jolis vers & qui les
montre fort peu.
La Nature, indulgente & fage,
Force le Temps à respecter.
Les charmes de ce beau vifage
Qu'elle ne pouvait répéter .
On a de tout temps célébré la beauté ;
mais pas toujours fi heureufement.
FEVRIER. 1774. 89
Les refrains font un des plus grands
charmes de la Romance. Mais il y a
beaucoup d'art à les bien ramener . Surtout
il ne faut pas qu'un refrain ſerve à
redire toujours la même penfée , comme
dans la Romance intitulée les Souhaits .
Point ne voudrais pour bien pafler ma vie ,
Des riches dons du rivage Indien.
Point ne voudrais des parfums d'Arabie ,
Ni des trésors du Peuple Lybien.
Il ne me faut que l'amour de ma mie.
Pour moi fon coeur eft le fouverain bien.
On voit d'abord que ces vers ne font
qu'une très faible imitation de ce conplet
que le Milantrope a rendu fameux ,
j'aime mieux ma mie au gué. J'aime mieux
ma mie. Tous les autres couplets ne font
que la même penſée répétée . L'Auteur ne
veut ni de la gloire , ni de la philofophie,
ni des arts. J'aime mieux ma mie , & c. Il
faudrait varier la penſée en confervant le
refrain . D'ailleurs toutes ces rimes en ien
pendant cinquante vers font un effet gothique
qui eft l'oppofé de l'harmonie .
On ne faurait trop refpecter l'oreille dans.
les vers faits pour être chantés . Il y a des
mots qui ne doivent pas entrer dans une
90 MERCURE DE FRANCE .
chanfon. Comment chanter , par exemple
?
Plaire toujours , c'eft le noeud gordien.
Une femme connue dans la littérature
par un ouvrage très - eftimable , Mde E.
de B. , a répondu à ces couplets par des
couplets bien fupérieurs. Elle n'a point
employé de rimes barbares , & chez elle
chaque couplet amène une nouvelle penfée.
Nous n'en citerens qu'un qui nous a
paru excellent.
D'être un Apelle il m'aurait pris envie :
Mais fans daigner travailler pour les Rois ;
Si , des Rubens imitant la magie ,
La toile cût pu s'animer fous mes doigts ,
Quel beau portrait j'aurais fait de ma mie !
Je l'aurais peinte ainfi que je la vois.
Ce dernier vers eft charmant,
On retrouvera avec plaifir une imitation
très - connue de la fameufe chanfon
de Métaftafe , Grazié à l'inganni , & c . fur
laquelle plufieurs plames célèbres fe font
exercées , entre autres celle de l'auteur
d'Emile. Sa verfion , quoiqu'on y reconnaiffe
un homme trop peu accoutumé à
faire des vers , a quelquefois de la douceur
& de la grâce . Elle eft trop dénuée
FEVRIER. 1774. 91
:
d'élégance & de poëfie. Celle de M. de
St Lambert , qui commence par ces mots,
fans dépit , fans légèreté , &c . eft regardée
comme un chef d'oeuvre. C'eft celle qui
eft inférée dans le recueil. On y a mis
quelques romances de l'auteur de cet article
, déjà imprimées ailleurs . Il y a des
fautes de copilte ; mais , pour prendre la
peine de les relever , il faudroit mettre
quelque prix à ces bagatelles , & l'on n'en
met aucun. D'ailleurs les critiques bien
intentionnés mettront ces fautes fur le
compte de l'auteur. Il faut leur laiffer tous
leurs avantages
.
PS. Pendant qu'on imprimoit cette
feuille , il en paraiffait une de l'auteur
de l'Année littéraire qui juftifiait complet.
tement ce qu'on avait prédit. Dans une
ftrophe de la romance de Léandre on a
mist
Il va flottant fans réfiſtance ,
au lieu de
Il va flottant fans affiſtance.
comme on peut le lire dans un Mercure
de l'année 1768. Le Critique n'a pas
manqué de prouver fort au long que fans
réfiftance ne fignifiait rien , ce qui
n'était
92 MERCURE DE FRANCE.
C
pas une grande découverte. Il y aurait eu
plus d'efprit à s'appercevoir que c'était
une faute d'impreffion . C'eft avec la même
fagacité ou la même bonne foi qu'il
avait relevé dans Mélanie ces deux vers :
Vous aurez en tout temps contre un fort ennemi
Le Ciel & vos vercus , une mère , un ami.
Le plus imbécille des lecteurs s'appercevrait
qu'il faut lire contre un fort ennemi;
mais on eft trop heureux d'avoir des
vers à fouligner. Il ne faut rien perdre.
, chez le Jay , rue St Jacques.
Le premier volume de ce recueil parut
il y a quelques années , & l'édition en
eft épuifée aujourd'hui . Le fuccès que
doit avoir ce fecond volume fait eſpérer
qu'on réimprimera le premier. On doit
bien s'attendre que le feul avantage de
ces fortes de collections , c'eft de réunir
>
FEVRIER. 1774.
85
des pièces du même genre épatfes en différens
endroits , mais cet avantage eft effentiel.
Il y a cependant quelques morceaux
dans ce nouveau recueil , que l'on
ne trouverait pas ailleurs.
La Romance eft l'efpèce de chanfon la
plus intéreflante. La Romance hiftorique,
imitation de nos anciens fabliaux , eft
'un petit poëme qui doit joindre la naïveté
du ftyle à l'intérêt du récit. Cette naïve.
te y eft fi précieufe , que les vieilles tournures
Gauloifes , qui feraient déplacées
ailleurs , y ont été heureuſement employées.
Nous avons dans ce genre des
Romances de feu M. de Moncrif & de
M. le Duc de la V ** , qui paffent pour
des modèles . 3
La Romance est très - bien employée à
chanter l'amour malheureux . Les airs
que demande ce genre de compofition
femblent faits pour la plainte . Cette forte
de Romance n'eft qu'une élégie chantée.
Il y en a une troisième efpèce : c'eſt
la Romance burlefque ou mélangée de
tons férieux & comiques : telle eft la longue
Romance'de Scarron for Héro & Léandre
, où l'on a remarqué cette ftrophe
plaifante , fur un rendez -vous de ces
deux amans :
86 MERCURE
DE FRANCE
.
Il faut, en femblable aventure ,
Preffé d'un femblable defir ,
Avoir un femblable plaifir ,
Pour faire femblable peinture.
Mais en général ce mélange de tons
eft de mauvais goût & a fort peu d'agré
ment : il faudrait , pour y réuffit, trouver un
fujet qui eût un côté pathétique & un
côté ridicule ; & , quand on l'aurait trouvé
, rien ne ferait fi difficile que de paffer
d'un ton à l'autre par des nuances
juftes & délicates . On remarque dans le
recueil qui vient de paraître une romance
burlefque de M. le Mierre fur le Siége
de Calais , fujet où il n'y a pas le mot
pour rire.
Par Edouard , Roi d'Angleterre,
Calais bloqué
Se voyait confilqué.
La Faim , coufine de la Guerre ,
Met aux abois
Les plus riches bourgeois.
Pour tout feftin ,
Même pour pain ,
Dans ce coin de la terre ,
Des offemens pourris ,
Des fouris ,
Par-tout étaient ſervis,
FEVRIER. 1774.
87
.
Indigné de leur réfiftance ,
Le Prince Anglais
Leur envoie un exprès.
Livrez , dit-il , en diligence ,
A votre choix ,
Trois paires de bourgeois ;
Ou bien mon ,Roi ,
Semant l'effroi ,
S'en va, dans la vengeance ,
A grands coups de canon ,
Patapon ,
Mettre tout en charbon.
On demande quelle grâce , quel ef
prit , quel mérite il peut y avoir à dire
d'un ftyle ridicule des chofes qui ne font
point rire . Il y a une forte d'efprit à faifir
un côté plaifant dans un fujet férieux.
Mais un amas d'expreffions burleſques
n'a rien de plaifant.
On remarquera deux couplets en ftyle
de Romance , de M. de Moncrif. L'idée
en eft ingénieuſe.
Autrefois un Temple était :
( La fête en eft paflée ) ; "
Chaque amant y répétait
Sa plus douce penfée ;
Si ce Temple fe Louvrait
88 MERCURE DE FRANCE.
Pour ce tant doux myſtère ,
Que de fois on entendrait
J'adore la Vallière !
Voilà de la galanterie de très bon
goût. Il y a peu de femmes qui aient inf
piré de fi jolis vers. On connaît ceux - ci
de M. de Voltaire , imprimés par- tout.
Etre femme fans jalousie ,
Et belle fans coquetterie ,.
Bien juger fans beaucoup favoir ,
Et bien parler fans le vouloir ; :
N'être haute , ni familière ,
N'avoir point d'inégalité ;
C'eſt le portrait de la Vallière ;
Il n'eft ni fini ni flatté.
Mais peu de gens connaiffent un quatrain
plein d'efprit & de précifion , fait
pour la même perfonne , par une femme
qui fait fouvent de jolis vers & qui les
montre fort peu.
La Nature, indulgente & fage,
Force le Temps à respecter.
Les charmes de ce beau vifage
Qu'elle ne pouvait répéter .
On a de tout temps célébré la beauté ;
mais pas toujours fi heureufement.
FEVRIER. 1774. 89
Les refrains font un des plus grands
charmes de la Romance. Mais il y a
beaucoup d'art à les bien ramener . Surtout
il ne faut pas qu'un refrain ſerve à
redire toujours la même penfée , comme
dans la Romance intitulée les Souhaits .
Point ne voudrais pour bien pafler ma vie ,
Des riches dons du rivage Indien.
Point ne voudrais des parfums d'Arabie ,
Ni des trésors du Peuple Lybien.
Il ne me faut que l'amour de ma mie.
Pour moi fon coeur eft le fouverain bien.
On voit d'abord que ces vers ne font
qu'une très faible imitation de ce conplet
que le Milantrope a rendu fameux ,
j'aime mieux ma mie au gué. J'aime mieux
ma mie. Tous les autres couplets ne font
que la même penſée répétée . L'Auteur ne
veut ni de la gloire , ni de la philofophie,
ni des arts. J'aime mieux ma mie , & c. Il
faudrait varier la penſée en confervant le
refrain . D'ailleurs toutes ces rimes en ien
pendant cinquante vers font un effet gothique
qui eft l'oppofé de l'harmonie .
On ne faurait trop refpecter l'oreille dans.
les vers faits pour être chantés . Il y a des
mots qui ne doivent pas entrer dans une
90 MERCURE DE FRANCE .
chanfon. Comment chanter , par exemple
?
Plaire toujours , c'eft le noeud gordien.
Une femme connue dans la littérature
par un ouvrage très - eftimable , Mde E.
de B. , a répondu à ces couplets par des
couplets bien fupérieurs. Elle n'a point
employé de rimes barbares , & chez elle
chaque couplet amène une nouvelle penfée.
Nous n'en citerens qu'un qui nous a
paru excellent.
D'être un Apelle il m'aurait pris envie :
Mais fans daigner travailler pour les Rois ;
Si , des Rubens imitant la magie ,
La toile cût pu s'animer fous mes doigts ,
Quel beau portrait j'aurais fait de ma mie !
Je l'aurais peinte ainfi que je la vois.
Ce dernier vers eft charmant,
On retrouvera avec plaifir une imitation
très - connue de la fameufe chanfon
de Métaftafe , Grazié à l'inganni , & c . fur
laquelle plufieurs plames célèbres fe font
exercées , entre autres celle de l'auteur
d'Emile. Sa verfion , quoiqu'on y reconnaiffe
un homme trop peu accoutumé à
faire des vers , a quelquefois de la douceur
& de la grâce . Elle eft trop dénuée
FEVRIER. 1774. 91
:
d'élégance & de poëfie. Celle de M. de
St Lambert , qui commence par ces mots,
fans dépit , fans légèreté , &c . eft regardée
comme un chef d'oeuvre. C'eft celle qui
eft inférée dans le recueil. On y a mis
quelques romances de l'auteur de cet article
, déjà imprimées ailleurs . Il y a des
fautes de copilte ; mais , pour prendre la
peine de les relever , il faudroit mettre
quelque prix à ces bagatelles , & l'on n'en
met aucun. D'ailleurs les critiques bien
intentionnés mettront ces fautes fur le
compte de l'auteur. Il faut leur laiffer tous
leurs avantages
.
PS. Pendant qu'on imprimoit cette
feuille , il en paraiffait une de l'auteur
de l'Année littéraire qui juftifiait complet.
tement ce qu'on avait prédit. Dans une
ftrophe de la romance de Léandre on a
mist
Il va flottant fans réfiſtance ,
au lieu de
Il va flottant fans affiſtance.
comme on peut le lire dans un Mercure
de l'année 1768. Le Critique n'a pas
manqué de prouver fort au long que fans
réfiftance ne fignifiait rien , ce qui
n'était
92 MERCURE DE FRANCE.
C
pas une grande découverte. Il y aurait eu
plus d'efprit à s'appercevoir que c'était
une faute d'impreffion . C'eft avec la même
fagacité ou la même bonne foi qu'il
avait relevé dans Mélanie ces deux vers :
Vous aurez en tout temps contre un fort ennemi
Le Ciel & vos vercus , une mère , un ami.
Le plus imbécille des lecteurs s'appercevrait
qu'il faut lire contre un fort ennemi;
mais on eft trop heureux d'avoir des
vers à fouligner. Il ne faut rien perdre.
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Résumé : Recueil de Romances, [titre d'après la table]
Le texte traite d'un recueil de romances, dont le second volume a été publié à Paris, avec l'espoir d'une réimpression du premier. Les romances sont des chansons souvent historiques, mêlant naïveté et intérêt narratif, et servent à exprimer l'amour malheureux, s'apparentant ainsi à l'élégie chantée. Des exemples notables incluent les œuvres de Moncrif et du Duc de la V**. Une autre forme de romance, burlesque, combine tons sérieux et comiques mais est généralement mal accueillie. Le texte critique une romance burlesque de Le Mierre sur le siège de Calais pour son manque d'esprit et de mérite. Il mentionne également des couplets de Moncrif et des vers de Voltaire sur la Vallière. Les refrains jouent un rôle crucial dans les romances mais doivent éviter la répétition monotone. Le texte critique une romance intitulée 'Les Souhaits' pour sa faible originalité et ses rimes maladroites, tout en louant une réponse en couplets par Madame E. de B. pour sa qualité supérieure. Le texte discute également de diverses versions d'une chanson célèbre, notamment une imitation de la chanson de Métastase 'Grazie à l'inganni'. La version de M. de St Lambert est particulièrement appréciée. Le texte inclut aussi quelques romances de l'auteur de l'article, malgré des fautes de copie. Un post-scriptum corrige une erreur d'impression dans une strophe de la romance de Léandre, soulignant une absence de discernement du Critique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 49
IMPROMPTU. Pour une très-jolie Demoiselle dont le nom est Sophie.
Début :
Je ne desire plus, Emile, ta Sophie, [...]
Mots clefs :
Sophie, Émile
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IMPROMPTU. Pour une très-jolie Demoiselle dont le nom est Sophie.
IMPROMPTU.
Pour une très -jolie Demoiselle dont le
nom est Sophie.
JE ne defire plus , Emile , ta Sophie,
J'en connois une ici plus aimable cent fois ,
Et le ſort du mortel qui doit fixer ſon choix
Pourra ſeul , dans mon coeur , faire naître l'envic.
Par le même.
Pour une très -jolie Demoiselle dont le
nom est Sophie.
JE ne defire plus , Emile , ta Sophie,
J'en connois une ici plus aimable cent fois ,
Et le ſort du mortel qui doit fixer ſon choix
Pourra ſeul , dans mon coeur , faire naître l'envic.
Par le même.
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20
p. 90-96
Les enfans élevés selon l'ordre de la Nature [titre d'après la table]
Début :
Les enfans élevés dans l'ordre de la Nature, ou abrégé de l'Histoire Naturelle [...]
Mots clefs :
Enfants, Auteur, Petit, Éducation physique, Froid, Nature, Chien, Histoire naturelle, Observations, Expérience, Âge, Mères
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les enfans élevés selon l'ordre de la Nature [titre d'après la table]
Les enfans élevés dans l'ordre de la Nature
, ou abrégé de l'Hiftoire Naturelle
des enfans du premier âge , à l'ufage
des pères & mères de famille , par M.
de Fourcroy , Confeiller du Roi au
Baillage de Clermont en Beauvoiſis .
Experientia , magifter artium.
Vol. in- 12 , petit format , à Paris ,
chez les Frères Etienne , rue St Jac-
: ques , à la vertu.
Ce bon Ouvrage eft divifé en deux
parties. La première contient tout ce qui
peut être regardé comme hiftorique dans
l'éducation phyfique des enfans. Tels
font la difcuffion des principes que l'Au
teur a adoptés , & de ceux qui l'ont été
par quelques Orthopédistes modernes ;
les objections , les réponſes , les exemples
& les obfervations qui en font une
fuite ; les anecdotes curieufes qui y font
NOVEMBRE. 1774. 91
"
"
1.
relatives , enfin les preuves les plus démonftratives
de la fupériorité de la méthode
de l'Auteur fur tout autre , pour
la confervation & la régénération de
l'efpèce humaine .
L'Auteur , dans la feconde partie
rapporte de fuite ce qu'il y a de plus effentiel
à favoir dans l'Hiftoire Naturelle
des enfans du premier âge pour la mère
qui les allaite , & pour le père qui ne dédaigne
pas de s'occuper de leur éducation
phyfique.
Ce n'eft point un fimple Théoricien
qui parle ici , c'eſt un Obſervateur attentif,
un père de famille qui a toujours interrogé
la Nature dans l'éducation phyfique
de fes enfans , & a joint aux épreuves
- qu'il a faites dans fa maiſon , celles qu'il
a pu recueillir au dehors. Si l'Auteur
admet quelquefois fur l'objet qu'il traite,
des obfervations publiées par les Naturaliftes
qui l'ont précédé , ce n'eft qu'après
avoir vérifié ces obfervations
par l'expérience
; ainfi l'on peut avoir la plus
grande confiance en cet abrégé pratique
de l'Hiftoire Naturelle de l'enfance .
f
Un des articles les plus effentiels de
l'éducation phyfique que l'Auteur prefcrit
pour l'enfance , eft le lavage à froid
de l'enfant nouveau- né. « Ce n'eft point
92 MERCURE DE FRANCE.
"
"
n
» dit-il , comme on le lit dans l'Emile de
» J.J. Rouſſeau , ni dans tous les Ouvrages
» modernes , où l'on a fuivi fes principes
» par degré & un thermomètre à la
» main , qu'il faut accoutumer les en-
» fans infenfiblement au lavage à froid.
» Tout cet appareil , de pure fiction ,
qui montre le peu de nerf de ceux
» qui l'ont imaginé , n'eft abfolument
» bon qu'à faire perdre un temps pré-
» cieux. Ces lavages tièdes , dont le
» propre eft d'affoiblir les enfans , font
» directement oppofés au bien qu'on a
» de lesfortifier , & c'eft dès le lendemain
» de leur naiflance qu'il faut y procéder
fans tant de myſtères , en les lavant à
froid, quelque temps qu'il faffle, & en
quelque faifon que ce foit. Si on con-
» tinue , au bout de quatre jours on com-
» mencera déjà à s'appercevoir du bien
» qu'on leur fait , & , qui plus eft , du
plaifir qu'ils y prennent. Il ne s'agit
» que d'avoir le courage d'effayer , & celui
de prolonger l'effai pendant ces
» quatre jours ; on fera bientôt convaincu
» des avantages de cette méthode . pourvu
qu'on y joigne les autres attentions
» que j'ai recommandées ».
"
"
"
39
»
39
L'Auteur ajoute dans une note qu'il a
lieu de foupçonner que le lavage d'eau
NOVEMBRE. 1774. 93
froid pourroit bien être également falutaire
dans le premier âge à quelques animaux
domestiques , quoique le froid
femble être oppofé au voeu de la Nature ,
dans leur éducation phyſique ; & c'eſt encore
, d'après l'expérience , que l'Auteur
fe croit bien fonde à porter ce jugement.
On lui avoit fait préfent , au mois de
Mars 1771 , d'un joli chien de chaffe
qui n'avoit que trois femaines , & qui
fortoit de deffous la mère . Il étoit gras
& très - bien portant ; cependant au bout
de huit jours qu'il fut chez lui , il le
trouva prodigieufement fondu , quoiqu'on
lui affurâ : qu'il mangeoit bien & qu'on
en avoir grand foin ; mais on lui dit en
même temps qu'il ne vouloit pas quitter
le coin du feu , & qu'il avoit toujours le
nez dans les tifons . Notre Obfervateur ,
perfuadé que l'action perpétuelle du feu
fur ce petit animal , étoit la véritable
caufe de fon defléchement , ordonna
qu'on le lavâr tous les matins dans un
feau d'eau fraîche , & qu'on le tint enfaite
en plein air , fans le fouffrir aucunement
à la cuifine. Il donna même une
attention fuivie à cette expérience , pour
s'affarer qu'elle étoit exécutée ponctuellement.
Son remède a eu l'effet qu'il s'en
étoit promis. Non feulement le petit
94 MERCURE DE FRANCE.
chien a été , fur trois réſervés de la portée,
le feul qui ne foit pas mort ; mais il a
acquis une telle force , qu'à un an il lui
falloit une chaîne, comme à un chien de
baffe- cour , pour le tenir à l'attache . Sa
gaieté ou plutôt fa folie a été au- deſſus
de ce qu'on peut imaginer , & il eft devenu
d'une taille prodigieufe , quoique
forti d'une affez petite race. M. de F. a
obfervé fur cet animal prefque tout ce
qui eft arrivé à fes enfans. Cet animal, a ,
comme eux , jetté fa gourme par la tête ,
où il a eu des galles & des puftules trèsabondantes
lors de la dentition . Enfin ,
M. de F. leur a trouvé , à beaucoup d'égards
, des rapports qui l'ont déterminé
à faire une feconde épreuve de même
nature fur un petit barbet , quoique ce
petit chien fût le troisième & le plus foible
de fa portée ; il a été auffi le feul qui ſe ſoit
élevé il a jetté , comme le précedent , fa
gourme par la tête , & a acquis la même
vigueur ; en un mot , il lui a été femblable
en tout ; l'on ne peut obtenir de fuccès
plus complet que celui que M. de
F. a eu dans l'éducation phyfique de ces
deux animaux ; enforte qu'il n'y a point
à douter qu'il ne convienne parfaitement
à leur efpèce. Au furplus , ces expériences
NOVEMBRE. 1774 95.
font très- faciles à renouveler ; & notre
Obfervateur invite les curieux à fe convaincre
par eux-mêmes de la vérité de
ces faits qui ne font pas indifférens , vu
les conféquences qu'on en peut tirer contre
les partifans de la chaleur , & contre
ces efprits ſyſtématiques, qui veulent que
nous apprenions des animaux comment
il faut élever nos enfans .
Nous avons rapporté ces épreuves de
l'Auteur , pour mieux faire connoître fon
efprit de recherches & d'obſervations . M.
de F. dans ce même écrit , fe joint à
ceux qui ont prefcrit aux femmes de
nourrir elles- mêmes leurs enfans. Il les
avertit de la conduite qu'il leur eſt avantageux
de tenir pendant leurs couches &
tout le temps qu'elles nourriffent. On
peut donc regarder cet écrit comme un
manuel commode pour les mères , dans
lequel l'Auteur , en leur mettant fous les
yeux un tableau fidèle de tous les états
fucceffifs de l'enfance , cherche à les prévenir
contre ces inquiétudes dangereufes
auxquelles elles fe livrent fouvent fans
raifon , dès que leur enfant crie un peu
fort , ou paroît éprouver quelque vive
douleur. Il leur indique d'ailleurs des
procédés fimples qui les feront réuffic
96 MERCURE DE FRANCE.
dans tout ce qu'elles voudront entreprendre
pour la meilleure éducation
phyfique de leurs enfans. M. de F. croit
même pouvoir avancer , que parmi les
mères qui voudront fuivre avec exactitude
la méthode qu'il a éprouvée fur
fes propres enfans , il y en aura bien
peu qui ne foient étonnées de leurs
fuccès.
, ou abrégé de l'Hiftoire Naturelle
des enfans du premier âge , à l'ufage
des pères & mères de famille , par M.
de Fourcroy , Confeiller du Roi au
Baillage de Clermont en Beauvoiſis .
Experientia , magifter artium.
Vol. in- 12 , petit format , à Paris ,
chez les Frères Etienne , rue St Jac-
: ques , à la vertu.
Ce bon Ouvrage eft divifé en deux
parties. La première contient tout ce qui
peut être regardé comme hiftorique dans
l'éducation phyfique des enfans. Tels
font la difcuffion des principes que l'Au
teur a adoptés , & de ceux qui l'ont été
par quelques Orthopédistes modernes ;
les objections , les réponſes , les exemples
& les obfervations qui en font une
fuite ; les anecdotes curieufes qui y font
NOVEMBRE. 1774. 91
"
"
1.
relatives , enfin les preuves les plus démonftratives
de la fupériorité de la méthode
de l'Auteur fur tout autre , pour
la confervation & la régénération de
l'efpèce humaine .
L'Auteur , dans la feconde partie
rapporte de fuite ce qu'il y a de plus effentiel
à favoir dans l'Hiftoire Naturelle
des enfans du premier âge pour la mère
qui les allaite , & pour le père qui ne dédaigne
pas de s'occuper de leur éducation
phyfique.
Ce n'eft point un fimple Théoricien
qui parle ici , c'eſt un Obſervateur attentif,
un père de famille qui a toujours interrogé
la Nature dans l'éducation phyfique
de fes enfans , & a joint aux épreuves
- qu'il a faites dans fa maiſon , celles qu'il
a pu recueillir au dehors. Si l'Auteur
admet quelquefois fur l'objet qu'il traite,
des obfervations publiées par les Naturaliftes
qui l'ont précédé , ce n'eft qu'après
avoir vérifié ces obfervations
par l'expérience
; ainfi l'on peut avoir la plus
grande confiance en cet abrégé pratique
de l'Hiftoire Naturelle de l'enfance .
f
Un des articles les plus effentiels de
l'éducation phyfique que l'Auteur prefcrit
pour l'enfance , eft le lavage à froid
de l'enfant nouveau- né. « Ce n'eft point
92 MERCURE DE FRANCE.
"
"
n
» dit-il , comme on le lit dans l'Emile de
» J.J. Rouſſeau , ni dans tous les Ouvrages
» modernes , où l'on a fuivi fes principes
» par degré & un thermomètre à la
» main , qu'il faut accoutumer les en-
» fans infenfiblement au lavage à froid.
» Tout cet appareil , de pure fiction ,
qui montre le peu de nerf de ceux
» qui l'ont imaginé , n'eft abfolument
» bon qu'à faire perdre un temps pré-
» cieux. Ces lavages tièdes , dont le
» propre eft d'affoiblir les enfans , font
» directement oppofés au bien qu'on a
» de lesfortifier , & c'eft dès le lendemain
» de leur naiflance qu'il faut y procéder
fans tant de myſtères , en les lavant à
froid, quelque temps qu'il faffle, & en
quelque faifon que ce foit. Si on con-
» tinue , au bout de quatre jours on com-
» mencera déjà à s'appercevoir du bien
» qu'on leur fait , & , qui plus eft , du
plaifir qu'ils y prennent. Il ne s'agit
» que d'avoir le courage d'effayer , & celui
de prolonger l'effai pendant ces
» quatre jours ; on fera bientôt convaincu
» des avantages de cette méthode . pourvu
qu'on y joigne les autres attentions
» que j'ai recommandées ».
"
"
"
39
»
39
L'Auteur ajoute dans une note qu'il a
lieu de foupçonner que le lavage d'eau
NOVEMBRE. 1774. 93
froid pourroit bien être également falutaire
dans le premier âge à quelques animaux
domestiques , quoique le froid
femble être oppofé au voeu de la Nature ,
dans leur éducation phyſique ; & c'eſt encore
, d'après l'expérience , que l'Auteur
fe croit bien fonde à porter ce jugement.
On lui avoit fait préfent , au mois de
Mars 1771 , d'un joli chien de chaffe
qui n'avoit que trois femaines , & qui
fortoit de deffous la mère . Il étoit gras
& très - bien portant ; cependant au bout
de huit jours qu'il fut chez lui , il le
trouva prodigieufement fondu , quoiqu'on
lui affurâ : qu'il mangeoit bien & qu'on
en avoir grand foin ; mais on lui dit en
même temps qu'il ne vouloit pas quitter
le coin du feu , & qu'il avoit toujours le
nez dans les tifons . Notre Obfervateur ,
perfuadé que l'action perpétuelle du feu
fur ce petit animal , étoit la véritable
caufe de fon defléchement , ordonna
qu'on le lavâr tous les matins dans un
feau d'eau fraîche , & qu'on le tint enfaite
en plein air , fans le fouffrir aucunement
à la cuifine. Il donna même une
attention fuivie à cette expérience , pour
s'affarer qu'elle étoit exécutée ponctuellement.
Son remède a eu l'effet qu'il s'en
étoit promis. Non feulement le petit
94 MERCURE DE FRANCE.
chien a été , fur trois réſervés de la portée,
le feul qui ne foit pas mort ; mais il a
acquis une telle force , qu'à un an il lui
falloit une chaîne, comme à un chien de
baffe- cour , pour le tenir à l'attache . Sa
gaieté ou plutôt fa folie a été au- deſſus
de ce qu'on peut imaginer , & il eft devenu
d'une taille prodigieufe , quoique
forti d'une affez petite race. M. de F. a
obfervé fur cet animal prefque tout ce
qui eft arrivé à fes enfans. Cet animal, a ,
comme eux , jetté fa gourme par la tête ,
où il a eu des galles & des puftules trèsabondantes
lors de la dentition . Enfin ,
M. de F. leur a trouvé , à beaucoup d'égards
, des rapports qui l'ont déterminé
à faire une feconde épreuve de même
nature fur un petit barbet , quoique ce
petit chien fût le troisième & le plus foible
de fa portée ; il a été auffi le feul qui ſe ſoit
élevé il a jetté , comme le précedent , fa
gourme par la tête , & a acquis la même
vigueur ; en un mot , il lui a été femblable
en tout ; l'on ne peut obtenir de fuccès
plus complet que celui que M. de
F. a eu dans l'éducation phyfique de ces
deux animaux ; enforte qu'il n'y a point
à douter qu'il ne convienne parfaitement
à leur efpèce. Au furplus , ces expériences
NOVEMBRE. 1774 95.
font très- faciles à renouveler ; & notre
Obfervateur invite les curieux à fe convaincre
par eux-mêmes de la vérité de
ces faits qui ne font pas indifférens , vu
les conféquences qu'on en peut tirer contre
les partifans de la chaleur , & contre
ces efprits ſyſtématiques, qui veulent que
nous apprenions des animaux comment
il faut élever nos enfans .
Nous avons rapporté ces épreuves de
l'Auteur , pour mieux faire connoître fon
efprit de recherches & d'obſervations . M.
de F. dans ce même écrit , fe joint à
ceux qui ont prefcrit aux femmes de
nourrir elles- mêmes leurs enfans. Il les
avertit de la conduite qu'il leur eſt avantageux
de tenir pendant leurs couches &
tout le temps qu'elles nourriffent. On
peut donc regarder cet écrit comme un
manuel commode pour les mères , dans
lequel l'Auteur , en leur mettant fous les
yeux un tableau fidèle de tous les états
fucceffifs de l'enfance , cherche à les prévenir
contre ces inquiétudes dangereufes
auxquelles elles fe livrent fouvent fans
raifon , dès que leur enfant crie un peu
fort , ou paroît éprouver quelque vive
douleur. Il leur indique d'ailleurs des
procédés fimples qui les feront réuffic
96 MERCURE DE FRANCE.
dans tout ce qu'elles voudront entreprendre
pour la meilleure éducation
phyfique de leurs enfans. M. de F. croit
même pouvoir avancer , que parmi les
mères qui voudront fuivre avec exactitude
la méthode qu'il a éprouvée fur
fes propres enfans , il y en aura bien
peu qui ne foient étonnées de leurs
fuccès.
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Résumé : Les enfans élevés selon l'ordre de la Nature [titre d'après la table]
Le texte présente 'Les enfans élevés dans l'ordre de la Nature', un ouvrage de M. de Fourcroy, conseiller du roi au Bailliage de Clermont en Beauvoisis. Cet ouvrage est divisé en deux parties. La première partie traite de l'éducation physique des enfants, en s'appuyant sur les principes de l'auteur et des orthopédistes modernes, illustrés par des anecdotes et des preuves. La seconde partie fournit des informations sur l'histoire naturelle des jeunes enfants, destinées aux parents. M. de Fourcroy, en tant qu'observateur attentif et père de famille, base ses recommandations sur des expériences personnelles et des observations vérifiées. Il préconise le lavage à froid des nouveau-nés, contrairement aux méthodes tièdes prônées par Jean-Jacques Rousseau et d'autres auteurs modernes. Selon lui, cette pratique renforce les enfants et leur procure du plaisir après quelques jours. Cette méthode serait également bénéfique pour certains animaux domestiques, comme le montre l'amélioration de la santé et de la vigueur d'un chien de chasse et d'un barbet après des bains à l'eau froide et une exposition à l'air frais. L'ouvrage invite les lecteurs à vérifier les faits exposés, pertinents pour les partisans de la chaleur et ceux qui apprennent des méthodes d'élevage des enfants auprès des animaux. M. de Fourcroy encourage les mères à allaiter leurs enfants elles-mêmes et fournit des conseils sur la conduite à adopter pendant l'accouchement et l'allaitement. Il vise à apaiser les inquiétudes maternelles face aux pleurs ou douleurs des enfants et propose des méthodes simples pour une éducation physique optimale. Les mères suivant sa méthode éprouvée obtiendraient des résultats positifs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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21
p. 93-99
Discours sur l'éducation, [titre d'après la table]
Début :
Discours sur l'Education, prononcés au Collége Royal de Rouen, suivis de [...]
Mots clefs :
Éducation, Lois, Élève, Mémoire, Dieu, Discours, Réflexions, Professeur, Jean-Jacques Rousseau, Corps
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur l'éducation, [titre d'après la table]
Difcours fur l'Education , prononcés au
College Royal de Rouen , fuivis de
notes tirées des meilleurs Auteurs anciens
& modernes ; auxquels on a joint
des réflexions fur l'amitié . Par M. Auger
, Prêtre , Profeffeur d'Eloquence
au Collège de Rouen , de l'Académie
des Sciences , Belles Lettres & Arts de
la même ville. A Paris , chez Durand ,
Libraire , rue Galande.
Cet Ouvrage ne peut être que fort
utile aux pères & aux mères qui font
jaloux de bien élever leurs enfans . La
faine morale qu'il refpire , & les notes
excellentes qui font tirées de Platon
Plutarque , Montaigne , Locke , Fénélon ,
Rollin , M. Rouffeau , rendent ces Difcours
très- intéreffans . Ce Profeffeur , que
le zèle feul du bien public anime , ſe
fait un devoir & un plaifir d'avouer que
l'Emile de M. Rouffeau eft un riche tréfor
où l'on trouve fur l'éducation une
foule de vérités neuves & lumineufes ,
les réflexions les plus juftes & les plus
fenfées , la morale la plus pure & la plus
94 MERCURE DE FRANCE.
févère. Ce Philofophe , également profond
& éloquent , s'eft déclaré pour l'éducation
Lacédémoniene , qui s'occupoit
fur- tout à fortifier le corps & à perfectionner
les organes ; il a foutenu que jufqu'à
un âge affez avancé on ne doit former
l'efprit & le coeur que par occafion
& par forme de converfation . Il veut
qu'on n'exerce le jugement de fon Elève
que de vive voir , & qu'on laiffe fa mémoire
oifive ; éloignant de lui toute ef
pèce de livres , it ne l'applique jamais à
l'étude. Quant à la Religion , l'Auteur
d'Emile veut qu'on lui en parle tard , &
qu'on préfère la Religion purement naturelle.
La jufte admiration que notre Profefleur
à conçue pour M. Rouffeau , ne
l'empêche pas de modifier & de corriger
ce nouveau fyftême d'éducation . Il convient
qu'on doit ménager les forces d'un
jeune Élève en ne l'appliquant pas trop
tôt à l'étude : il ne regarde pas comme
une chofe moins effentielle d'exercer de
bonne heure fa mémoire fur des objets
agréables & utiles , comme fables , hiftoires
, & c. parce que c'eft dans la première
jeuneffe que la mémoire eft bonne
& qu'on peut la plier à faire d'heureux
efforts. Il ne fuffit pas de prendre garde
AVRIL.
1775 .
d'y introduire des idées fauffes , mais on
95
doit encore la remplir d'excellens matériaux
, que le jugement trouvera & mettra
en oeuvre quand il fera formé . Le
Profeffeur refpecte trop la
Religion pour
ne pas regarder comme le devoir le plus
effentiel de faire connoître au plutôt à
fon Elève l'Être dont il tient
l'existence ,
& de lui bien inculquer que tout vient
de Dieu par fon amour , & que tout doit
lui être rapporté par le nôtre. Ne doit- on
pas prévoir que ce jeune homme en entrant
dans le monde , fera environné des
ténèbres les plus épaiffes & des maximes
les plus fauffes , & qu'il ne
manquera
pas de marcher dans ces fentiers ténébreux
, fi l'on ne lui a pas appris à ſe
fervir du flambeau célefte que Dieu nous
met en main pour nous éclairer & nous
empêcher de nous égarer. Les Livres
Saints qui renferment les vérités révélées ,
nous font repréfentés comme un cabinet
précieux dont Dieu nous donne l'uſage ,
& dans lequel il a mis en réſerve toutes
fortes de
remèdes propres à guér'r nos
maladies
fpirituelles. Le jeune Elève ,
fentant les propres défauts , pourra trouver
dans ce trésor de la parole de Dieu ,
l'efpèce particulière de remède qui con96
MERCURE DE FRANCE.
vient à fon mal . Comme Dieu aà donné
à la terre la vertu de porter toutes fortes
d'herbes , de plantes & de fucs deftinés
à guérir les plaies du corps ; il a de
même rempli les Livres Saints de préceptes
falutaires pour remédier aux maladies
de notre âme. Qu'on le rappelle le
bel éloge que M. Rouffeau fait de ces
Livres , & l'on fera furpris qu'il n'inſiſte
pas fur la néceffité de les mettre entre
les mains des jeunes gens , en les dirigeant
dans cette lecture.
Le Profeffeur d'Eloquence obferve judicieufeinent
qu'un des plus précieuxavantages
de l'éducation , doit être de
faire contracter l'habitude de travailler
feul & de lutter feul contre les difficultés
fans le fecours d'autrui . C'eſt fans doute
une excellente méthode d'inftruire les
enfans en les amufant , en converfant
avec eux , en leur faifant faire de vive
voix des réflexions qui foient à la portéede
leur âge , fur tout ce qu'ils lifent ,
voyent ou entendent , en arrachant pour
eux & avec eux les épines de la fcience.
Mais l'expérience nous apprend que nous
ne favons bien que ce que nous avons
appris avec quelque peine , ce dont nous
nous fommes efforcés de trouver feuls ,
de
AVRIL. 1775 . 97
de réfoudre feuls les difficultés . En effet ,
on doit craindre qu'un enfant qu'on n'a
inftruit que par la converfation , ne s'ennuie
& ne fe morfonde dès qu'il fera
livré au filence & à la folitude da cabinet.
Quant à l'inconvénient de commencer
tard à étudier , on ne peut fe refuſer
à cette vérité d'expérience , qu'il y a un
temps après lequel on ceffe d'apprendre ;
ou l'on n'apprend que difficilement. Le
jugement a beau être formé , fi le cerveau
, fiége de la mémoire , n'eft rempli
ai de mots ni de faits , fur quoi opérerat-
il? Comment manifeftera- t- il aux autres
fes opérations , fi l'on ne l'a pas accoutumé
de bonne heure à recevoir mille
impreffions différentes , à fe plier & fe
replier de mille manières diverfes , lorfqu'il
étoit comme une cire molle ? Si on
a attendu que les fibres fe foient durcies ,
rien n'y pourra plus entrer , ou n'y entrera
qu'avec peine. Rien ne feroit plus
effentiel au Profefleur que de remplir la
mémoire de fon Elève d'une infinité de
mots , de faits & d'idées qu'il retrouve
au befoin , & de rendre plus facile , par
l'habitude , l'application de l'efprit.
On trouve dans ces Difcours l'éloge
I. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
du Souverain en qui la fagefle a devancé
les années , & qui eft convaincu que
pour affermir fon pouvoir , il doit le
fonder fur les Loix & fur l'amour de fes
Sujets , & que les Loix font l'ornement
& le foutien de la puiflance fouveraine.
En effet l'intérêt invariable du Trône eft
fi visiblement attaché à l'empire des
Loix , qu'il eft rare de voir les Princes
fe porter d'eux -mêmes à les détruire . Cette
corruption vient toujours des Sujets ,
dont les uns veulent fe fouftraire aux
Loix , & les autres afpirent à dominer
fur elles , Mais pour faire honorer ces
Loix , fur lesquelles repofe la gloire du
Souverain & le bonheur des Peuples , il
faut honorer leurs Miniftres , & fur- tout
ces Compagnies utiles , & dépofitaires
des Loix & des formes , que l'Auteur
compare à de fortes chaînes , toutes attachées
au Trône , qui uniffent étroitement
toutes les parties d'un vaſte Empire
; qui lient à la perfonne facrée du
Souverain tous les Membres du Corps
politique , par des noeuds indiffolubles.
L'Auteur a joint aux deux Difcours
fur l'Education , relativement au corps ,
à l'efprit & au coeur , l'extrait d'un plan
d'éducation par Platon , celui de l'éducaAVRIL.
1775 : 99
tion des anciens Perfes , & celui de l'inftitution
Lacédémonienne ; & l'Ouvrage
eft terminé par des réflexions judicieufes
fur la véritable amitié.
College Royal de Rouen , fuivis de
notes tirées des meilleurs Auteurs anciens
& modernes ; auxquels on a joint
des réflexions fur l'amitié . Par M. Auger
, Prêtre , Profeffeur d'Eloquence
au Collège de Rouen , de l'Académie
des Sciences , Belles Lettres & Arts de
la même ville. A Paris , chez Durand ,
Libraire , rue Galande.
Cet Ouvrage ne peut être que fort
utile aux pères & aux mères qui font
jaloux de bien élever leurs enfans . La
faine morale qu'il refpire , & les notes
excellentes qui font tirées de Platon
Plutarque , Montaigne , Locke , Fénélon ,
Rollin , M. Rouffeau , rendent ces Difcours
très- intéreffans . Ce Profeffeur , que
le zèle feul du bien public anime , ſe
fait un devoir & un plaifir d'avouer que
l'Emile de M. Rouffeau eft un riche tréfor
où l'on trouve fur l'éducation une
foule de vérités neuves & lumineufes ,
les réflexions les plus juftes & les plus
fenfées , la morale la plus pure & la plus
94 MERCURE DE FRANCE.
févère. Ce Philofophe , également profond
& éloquent , s'eft déclaré pour l'éducation
Lacédémoniene , qui s'occupoit
fur- tout à fortifier le corps & à perfectionner
les organes ; il a foutenu que jufqu'à
un âge affez avancé on ne doit former
l'efprit & le coeur que par occafion
& par forme de converfation . Il veut
qu'on n'exerce le jugement de fon Elève
que de vive voir , & qu'on laiffe fa mémoire
oifive ; éloignant de lui toute ef
pèce de livres , it ne l'applique jamais à
l'étude. Quant à la Religion , l'Auteur
d'Emile veut qu'on lui en parle tard , &
qu'on préfère la Religion purement naturelle.
La jufte admiration que notre Profefleur
à conçue pour M. Rouffeau , ne
l'empêche pas de modifier & de corriger
ce nouveau fyftême d'éducation . Il convient
qu'on doit ménager les forces d'un
jeune Élève en ne l'appliquant pas trop
tôt à l'étude : il ne regarde pas comme
une chofe moins effentielle d'exercer de
bonne heure fa mémoire fur des objets
agréables & utiles , comme fables , hiftoires
, & c. parce que c'eft dans la première
jeuneffe que la mémoire eft bonne
& qu'on peut la plier à faire d'heureux
efforts. Il ne fuffit pas de prendre garde
AVRIL.
1775 .
d'y introduire des idées fauffes , mais on
95
doit encore la remplir d'excellens matériaux
, que le jugement trouvera & mettra
en oeuvre quand il fera formé . Le
Profeffeur refpecte trop la
Religion pour
ne pas regarder comme le devoir le plus
effentiel de faire connoître au plutôt à
fon Elève l'Être dont il tient
l'existence ,
& de lui bien inculquer que tout vient
de Dieu par fon amour , & que tout doit
lui être rapporté par le nôtre. Ne doit- on
pas prévoir que ce jeune homme en entrant
dans le monde , fera environné des
ténèbres les plus épaiffes & des maximes
les plus fauffes , & qu'il ne
manquera
pas de marcher dans ces fentiers ténébreux
, fi l'on ne lui a pas appris à ſe
fervir du flambeau célefte que Dieu nous
met en main pour nous éclairer & nous
empêcher de nous égarer. Les Livres
Saints qui renferment les vérités révélées ,
nous font repréfentés comme un cabinet
précieux dont Dieu nous donne l'uſage ,
& dans lequel il a mis en réſerve toutes
fortes de
remèdes propres à guér'r nos
maladies
fpirituelles. Le jeune Elève ,
fentant les propres défauts , pourra trouver
dans ce trésor de la parole de Dieu ,
l'efpèce particulière de remède qui con96
MERCURE DE FRANCE.
vient à fon mal . Comme Dieu aà donné
à la terre la vertu de porter toutes fortes
d'herbes , de plantes & de fucs deftinés
à guérir les plaies du corps ; il a de
même rempli les Livres Saints de préceptes
falutaires pour remédier aux maladies
de notre âme. Qu'on le rappelle le
bel éloge que M. Rouffeau fait de ces
Livres , & l'on fera furpris qu'il n'inſiſte
pas fur la néceffité de les mettre entre
les mains des jeunes gens , en les dirigeant
dans cette lecture.
Le Profeffeur d'Eloquence obferve judicieufeinent
qu'un des plus précieuxavantages
de l'éducation , doit être de
faire contracter l'habitude de travailler
feul & de lutter feul contre les difficultés
fans le fecours d'autrui . C'eſt fans doute
une excellente méthode d'inftruire les
enfans en les amufant , en converfant
avec eux , en leur faifant faire de vive
voix des réflexions qui foient à la portéede
leur âge , fur tout ce qu'ils lifent ,
voyent ou entendent , en arrachant pour
eux & avec eux les épines de la fcience.
Mais l'expérience nous apprend que nous
ne favons bien que ce que nous avons
appris avec quelque peine , ce dont nous
nous fommes efforcés de trouver feuls ,
de
AVRIL. 1775 . 97
de réfoudre feuls les difficultés . En effet ,
on doit craindre qu'un enfant qu'on n'a
inftruit que par la converfation , ne s'ennuie
& ne fe morfonde dès qu'il fera
livré au filence & à la folitude da cabinet.
Quant à l'inconvénient de commencer
tard à étudier , on ne peut fe refuſer
à cette vérité d'expérience , qu'il y a un
temps après lequel on ceffe d'apprendre ;
ou l'on n'apprend que difficilement. Le
jugement a beau être formé , fi le cerveau
, fiége de la mémoire , n'eft rempli
ai de mots ni de faits , fur quoi opérerat-
il? Comment manifeftera- t- il aux autres
fes opérations , fi l'on ne l'a pas accoutumé
de bonne heure à recevoir mille
impreffions différentes , à fe plier & fe
replier de mille manières diverfes , lorfqu'il
étoit comme une cire molle ? Si on
a attendu que les fibres fe foient durcies ,
rien n'y pourra plus entrer , ou n'y entrera
qu'avec peine. Rien ne feroit plus
effentiel au Profefleur que de remplir la
mémoire de fon Elève d'une infinité de
mots , de faits & d'idées qu'il retrouve
au befoin , & de rendre plus facile , par
l'habitude , l'application de l'efprit.
On trouve dans ces Difcours l'éloge
I. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
du Souverain en qui la fagefle a devancé
les années , & qui eft convaincu que
pour affermir fon pouvoir , il doit le
fonder fur les Loix & fur l'amour de fes
Sujets , & que les Loix font l'ornement
& le foutien de la puiflance fouveraine.
En effet l'intérêt invariable du Trône eft
fi visiblement attaché à l'empire des
Loix , qu'il eft rare de voir les Princes
fe porter d'eux -mêmes à les détruire . Cette
corruption vient toujours des Sujets ,
dont les uns veulent fe fouftraire aux
Loix , & les autres afpirent à dominer
fur elles , Mais pour faire honorer ces
Loix , fur lesquelles repofe la gloire du
Souverain & le bonheur des Peuples , il
faut honorer leurs Miniftres , & fur- tout
ces Compagnies utiles , & dépofitaires
des Loix & des formes , que l'Auteur
compare à de fortes chaînes , toutes attachées
au Trône , qui uniffent étroitement
toutes les parties d'un vaſte Empire
; qui lient à la perfonne facrée du
Souverain tous les Membres du Corps
politique , par des noeuds indiffolubles.
L'Auteur a joint aux deux Difcours
fur l'Education , relativement au corps ,
à l'efprit & au coeur , l'extrait d'un plan
d'éducation par Platon , celui de l'éducaAVRIL.
1775 : 99
tion des anciens Perfes , & celui de l'inftitution
Lacédémonienne ; & l'Ouvrage
eft terminé par des réflexions judicieufes
fur la véritable amitié.
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Résumé : Discours sur l'éducation, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Discours sur l'Éducation' de M. Auger, professeur d'éloquence au Collège de Rouen et membre de l'Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts de Rouen, vise à guider les parents dans l'éducation de leurs enfants. M. Auger s'inspire de divers auteurs, dont Jean-Jacques Rousseau, dont il apprécie l'œuvre 'Émile'. Rousseau préconise une éducation lacédémonienne axée sur le renforcement physique et l'apprentissage par la conversation. Cependant, M. Auger recommande de développer la mémoire des jeunes élèves dès leur plus jeune âge avec des sujets agréables et utiles, et d'enseigner tôt les principes religieux, contrairement à Rousseau. M. Auger met en avant l'importance de l'autonomie des élèves, capables de travailler seuls et de surmonter les obstacles sans aide extérieure. Il critique l'idée de n'instruire les enfants que par la conversation, estimant nécessaire de remplir leur mémoire de mots, de faits et d'idées dès le jeune âge pour faciliter l'application de l'esprit plus tard. Le texte aborde également la figure du souverain, dont le pouvoir repose sur les lois et l'amour de ses sujets. Les lois sont essentielles pour affirmer la puissance souveraine, et les princes rares sont ceux qui cherchent à les détruire. La corruption des lois provient souvent des sujets, certains voulant s'y soustraire, d'autres aspirant à dominer par leur biais. Pour que les lois soient respectées, il est crucial d'honorer les ministres et les compagnies utiles, comparées à des chaînes solides attachées au trône, unissant toutes les parties d'un vaste empire et liant les membres du corps politique au souverain. Le texte inclut aussi des extraits sur divers plans d'éducation, notamment ceux de Platon, des anciens Perses et de l'institution lacédémonienne, ainsi que des réflexions sur l'amitié.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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22
p. 32-37
EPITRE à mon Ami, qui vouloit se marier plutôt par intérêt que par inclination. Il vaudroit mieux être morts qu'unis ainsi. J. J. Rousseau.
Début :
Quoi l'intérêt fixe ton choix ! [...]
Mots clefs :
Intérêt, Amour, Heureux, Noeuds, Lois, Homme, Coeur, Époux, Douceur, Femme, Marier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE à mon Ami, qui vouloit se marier plutôt par intérêt que par inclination. Il vaudroit mieux être morts qu'unis ainsi. J. J. Rousseau.
EPITRE à mon Ami , qui vouloit fe
marier plutôtpar intérêt que par inclination.
Il vaudroit mieux être morts qu'unis ainfi.
QUC
J. J. Rousseau.
vor l'intérêt fixe ton choix !
Ami , d'un préjugé barbare
Pourquoi veux - tu ſuivre les loix ?
D'une illuſion qui t'égare ,
Crois- moi , n'écoute plusla voix.
Toi qui fis toujours ton étude
Etde penſer &de ſentir ,
AVRIL. 1776. 33
A cette affreuſe ſervitude
Oleras-tu t'aſſujetir ?
Vois le tendre Amour qui ſoupire
Du coup que tu veux lui porter ;
A la douceur de ſon empire ,
Aux doux ſentimens qu'il inſpire ,
Pourras -tu long- temps réſiſter ?
Quand l'animal le plus ſauvage
Devant toi dépouille ſa rage ,
Toi ſeul , inſenſible à ſes traits ,
Tu ne pourrois pas rendre hommage
A la douceur de ſes attraits ?
Qu'eſt devenu cet heureux âge
Où l'homme moins vain , mais plus ſage,
Ignoroit ce coupable abus ;
Où , luivant un plus noble uſage ,
Son coeur , ſur l'aveugle Plutus ,
Al'Amour donnoit l'avantage ,
Ne cherchoit dans le mariage
Que l'aflemblage des vertus ?
Alors d'heureuſes ſympathies
Joignoient les ames aflorties
Par des noeuds qui duroient toujours .
Prèsde ſon épouſe chérie
Qu'un époux paſloit d'heureux jours !
Les ſoupçons de la jalouſie ,
La crainte ni la perfidie
By
34 MERCURE DE FRANCE.
N'en empoifonnoient point le cours.
Vivant ſans querelles , ſans haines ,
Quoiqu'époux ils étoient amans ;
Et l'Hymen , en formant leurs chaînes ,
Ne changeoit point leurs ſentimens.
Tous deux goûtoient le bien fuprême
Pour prix de ſa ſincere ardeur ,
Chacun jouiſſoit du bonheur
De ſe voir aimé pour lui-même.
L'homme étoit toujours amoureux ,
La femme étoit toujours amante.
Dès que la vieilleſſe tremblante
Venoit mettre fin à leurs feux ,
Une amitié douce & conſtante
Achevoit de les rendre heureux ,
Et d'une union ſi charmante
La mort ſeule briſoit les noeuds.
Bientôt de l'or la folle ivrefle
Changea ce fiecle ſi vanté
Enuntempsde calamité.
Par les foucis & la triſtefle ,
Qu'entraîne après ſoi lamolleſſe,
L'homme fut ſans cefle agité ;
Le luxe enfanta la parefle
Et le travail fut détesté.
Alors, dans le ſein de l'aiſance,
Le vil intérêt prit naiſſance ,
AVRIL. 1776. 35
Et tout fut foumis à ſes loix.
Pour contracter une alliance ,
Ne s'en rapportant qu'à ſon choix ,
On ne chercha que l'opulence ;
La beauté fut ſans apparence ,
Et la vertu n'eut plus de poids.
Alors on vit l'indépendance
Elever fierement la voix .
Enfin , pour comble d'indécence ,
On vit ceque l'on voit encor ,
Et la pudeur & l'innocence
Se vendreau vice pour de l'or.
Vois cette jeune Eléonore
Qui , par un contre- temps fatal ,
Des bras d'un amant qu'elle adore
Paſle dans ceux de ſon rival .
De l'intérêt foible victime ,
En vain d'un pere qui l'opprime
Elle veut fléchir la rigueur.
Rien n'amollit ſon coeur barbare ,
De ſa propre main il prépare
Des noeuds qui feront ſon malheur.
Par une fauſle politique ,
Sur ſon fils un ambitieux ,
Ulant d'un pouvoir tyrannique ,
L'obligede former des noeuds ,
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
Qui toujours font des malheureux.
Un tel hymen n'a point de charmes.
Loin de contenter ſes defirs ,
Souvent il pafle dans les larmes
Des jours deſtinés aux plaiſirs.
De- là ces feux illégitimes
Qu'allume l'infidélité :
Ah! n'imputons qu'à nos maximes
Et les défordres & les crimes
1
Qui troublent la ſociété.
De là naît le libertinage :
L'époux eſt joueur& volage ,
La femme eſt coquette à l'excès.
Toutchange alors dans le ménage ;
On fait des dettes , on s'outrage ,
Lebien lediſſipe en procès ;
On ſe maudit , on ſe déteſte:
Le coeur de haine envenimé ,
Briſe enfin un lien funeſte
Que l'Amour n'avoit point formé.
De ta fauſle philoſophie ,
CherAmi , triomphe en cejour.
Suis la nature , & facrifie
Ton intérêt à ton amour.
Puiflé je , au gré de mon envie ,
Aux pieds d'une épouſe chérie
Te voir abjurer ton erreur !
AVRIL. 1776. 37
Si j'avois détruit ton ſyſtême ,
Jeme croirois heureux moi-même
Content d'avoir fait ton bonheur.
ParM. Croiſzetiere , de la Rochelle ,
Licencié ès Loix.
marier plutôtpar intérêt que par inclination.
Il vaudroit mieux être morts qu'unis ainfi.
QUC
J. J. Rousseau.
vor l'intérêt fixe ton choix !
Ami , d'un préjugé barbare
Pourquoi veux - tu ſuivre les loix ?
D'une illuſion qui t'égare ,
Crois- moi , n'écoute plusla voix.
Toi qui fis toujours ton étude
Etde penſer &de ſentir ,
AVRIL. 1776. 33
A cette affreuſe ſervitude
Oleras-tu t'aſſujetir ?
Vois le tendre Amour qui ſoupire
Du coup que tu veux lui porter ;
A la douceur de ſon empire ,
Aux doux ſentimens qu'il inſpire ,
Pourras -tu long- temps réſiſter ?
Quand l'animal le plus ſauvage
Devant toi dépouille ſa rage ,
Toi ſeul , inſenſible à ſes traits ,
Tu ne pourrois pas rendre hommage
A la douceur de ſes attraits ?
Qu'eſt devenu cet heureux âge
Où l'homme moins vain , mais plus ſage,
Ignoroit ce coupable abus ;
Où , luivant un plus noble uſage ,
Son coeur , ſur l'aveugle Plutus ,
Al'Amour donnoit l'avantage ,
Ne cherchoit dans le mariage
Que l'aflemblage des vertus ?
Alors d'heureuſes ſympathies
Joignoient les ames aflorties
Par des noeuds qui duroient toujours .
Prèsde ſon épouſe chérie
Qu'un époux paſloit d'heureux jours !
Les ſoupçons de la jalouſie ,
La crainte ni la perfidie
By
34 MERCURE DE FRANCE.
N'en empoifonnoient point le cours.
Vivant ſans querelles , ſans haines ,
Quoiqu'époux ils étoient amans ;
Et l'Hymen , en formant leurs chaînes ,
Ne changeoit point leurs ſentimens.
Tous deux goûtoient le bien fuprême
Pour prix de ſa ſincere ardeur ,
Chacun jouiſſoit du bonheur
De ſe voir aimé pour lui-même.
L'homme étoit toujours amoureux ,
La femme étoit toujours amante.
Dès que la vieilleſſe tremblante
Venoit mettre fin à leurs feux ,
Une amitié douce & conſtante
Achevoit de les rendre heureux ,
Et d'une union ſi charmante
La mort ſeule briſoit les noeuds.
Bientôt de l'or la folle ivrefle
Changea ce fiecle ſi vanté
Enuntempsde calamité.
Par les foucis & la triſtefle ,
Qu'entraîne après ſoi lamolleſſe,
L'homme fut ſans cefle agité ;
Le luxe enfanta la parefle
Et le travail fut détesté.
Alors, dans le ſein de l'aiſance,
Le vil intérêt prit naiſſance ,
AVRIL. 1776. 35
Et tout fut foumis à ſes loix.
Pour contracter une alliance ,
Ne s'en rapportant qu'à ſon choix ,
On ne chercha que l'opulence ;
La beauté fut ſans apparence ,
Et la vertu n'eut plus de poids.
Alors on vit l'indépendance
Elever fierement la voix .
Enfin , pour comble d'indécence ,
On vit ceque l'on voit encor ,
Et la pudeur & l'innocence
Se vendreau vice pour de l'or.
Vois cette jeune Eléonore
Qui , par un contre- temps fatal ,
Des bras d'un amant qu'elle adore
Paſle dans ceux de ſon rival .
De l'intérêt foible victime ,
En vain d'un pere qui l'opprime
Elle veut fléchir la rigueur.
Rien n'amollit ſon coeur barbare ,
De ſa propre main il prépare
Des noeuds qui feront ſon malheur.
Par une fauſle politique ,
Sur ſon fils un ambitieux ,
Ulant d'un pouvoir tyrannique ,
L'obligede former des noeuds ,
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
Qui toujours font des malheureux.
Un tel hymen n'a point de charmes.
Loin de contenter ſes defirs ,
Souvent il pafle dans les larmes
Des jours deſtinés aux plaiſirs.
De- là ces feux illégitimes
Qu'allume l'infidélité :
Ah! n'imputons qu'à nos maximes
Et les défordres & les crimes
1
Qui troublent la ſociété.
De là naît le libertinage :
L'époux eſt joueur& volage ,
La femme eſt coquette à l'excès.
Toutchange alors dans le ménage ;
On fait des dettes , on s'outrage ,
Lebien lediſſipe en procès ;
On ſe maudit , on ſe déteſte:
Le coeur de haine envenimé ,
Briſe enfin un lien funeſte
Que l'Amour n'avoit point formé.
De ta fauſle philoſophie ,
CherAmi , triomphe en cejour.
Suis la nature , & facrifie
Ton intérêt à ton amour.
Puiflé je , au gré de mon envie ,
Aux pieds d'une épouſe chérie
Te voir abjurer ton erreur !
AVRIL. 1776. 37
Si j'avois détruit ton ſyſtême ,
Jeme croirois heureux moi-même
Content d'avoir fait ton bonheur.
ParM. Croiſzetiere , de la Rochelle ,
Licencié ès Loix.
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Résumé : EPITRE à mon Ami, qui vouloit se marier plutôt par intérêt que par inclination. Il vaudroit mieux être morts qu'unis ainsi. J. J. Rousseau.
Dans une épître, Jean-Jacques Rousseau s'adresse à un ami qui envisage de se marier par intérêt plutôt que par inclination. Rousseau désapprouve cette décision, préférant le célibat à une union basée sur la servitude. Il rappelle une époque antérieure où l'amour dominait les unions matrimoniales, favorisant ainsi des relations harmonieuses et durables. Avec l'essor de la richesse et du luxe, les mariages sont devenus des alliances intéressées, où la beauté et la vertu sont négligées. Cette évolution a conduit à des conflits, des infidélités et des malheurs. Rousseau illustre son propos par l'exemple d'Éléonore, contrainte d'épouser un rival par intérêt. Il exhorte son ami à suivre son cœur et à privilégier l'amour dans son choix matrimonial, plutôt que des considérations matérielles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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23
p. 83-88
Hist. de la vie de N. S. Jésus-Christ, [titre d'après la table]
Début :
Histoire de la vie de Notre Seigneur Jésus-Christ, depuis son incarnation jusqu'à [...]
Mots clefs :
Jésus-Christ, Histoire, Vie, Étonner, Dieu, Évangélistes, Morale chrétienne, Charité
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texteReconnaissance textuelle : Hist. de la vie de N. S. Jésus-Christ, [titre d'après la table]
Hiftoire de la vie de Notre Seigneur Jésus-
Chrift , depuis fon incarnation jufqu'à
fon afcenfion ; dans laquelle on a confervé
& diftingué les paroles du texte
facré , felon la Vulgate ; par le Père
de Ligny. A Avignon , chez Domergue.
Sous quelque face & de quelque côté .
qu'on envifage le chef & le fondateurde
la Religion Chrétienne , on trouve,
en lui la vertu du Très - Haut ; en lui font
cachés tous les tréfors de la fageffe &
de la fcience ; en lui réfide corporelle ..
ment toute la plénitude de la Divinité.
Non-feulement le ciel eft attentif à lui
rendre témoignagne par une foule de
)
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
1
merveilles , qui fe répètent ou qui fe
diverfifient dans l'hiftoire de fa vie : mais
il opère lui même les plus grands miracles
avec une facilité toute puiffante.
Dans la majestueufe fimplicité de fes
moeurs & de fa conduite , on n'apperçoit
aucun foible de l'humanité. Quand il
ouvre la bouche pour inftruire ceux
qui s'attachent à fes pas , les Peuples
s'écrient que jamais homme n'a parlé
comme lui. Quelle doctrine eft plus fublime
& moins faftueufe que la fienne ?
On fent qu'il n'a pas befoin de s'élever
pour atteindre à la hauteur des plus
grands mystères , & qu'engendré dans la
Splendeur des Saints , il voit fans étonne .
nement les profondeurs de Dieu . Que fon
langage eft différent de celui des Prophètes
! Ils font prefque toujours dans
l'enthoufiafime , parce que les vérités
qu'une vifion célefte leur découvre , font
pour eux d'admirables nouveautés , audeffus
de leurs expreffions & de leurs
penfées . La noble fimplicité des difcours.
les plus fublimes de Jéfus Chrift , nous
fait juger au contraire qu'il est né dans
le fein des merveilles dont il nous entre.
tient , & qu'il eft véritablement le fils.
pour qui il n'y a rien de caché dans la
JUILLE T. 1776. 85
maifon de fon père . Auffi connoît -il à
fond tous les ravages que le péché à faits
dans l'homme ; & il renferme conféquemment
dans quelques maximes cour .
tes , mais décifives , la morale la plus
propre à les réparer . Où trouver ailleurs
qu'à fon école , les reflources qui nous
font néceffaires ? On voit en lui un augufte
mélange de grandeur & de bonté ,
qui nous humilie & qui nous enlève ,
qui nous étonne & qui nous raffure . S'il
a toute l'autorité du Fils unique de Dieu ,
il est le plus doux des enfans des hom .
mes. Voilà comme les dignes Interprètes
des Livres Saints nous parlent de Jéfus-
Chrift . L'hiftoire qui renferme les actions
de fa vie & les préceptes de fa morale ,
eft le feul livre néceffaire à un Chrétien ,
& le plus utile de tous à quiconque
même ne le feroit pas . On ne peut fe
livrer à cette lecture fans defirer de devenir
meilleur. La majefté des Ecritures
m'étonne , la fainteté de l'Evangile parle.
à mon coeur , dit l'éloquent Rouffeau ;
voyez les livres des Philofophes avec
toute leur pompe : qu'ils font petits près
de celui -là ?
* L'Auteur de l'Ouvrage que nous annonçons
a joint , au récit puifé dans les
88 MERCURE DE FRANCE.
» que font les autres. Elle a toujours
devant les yeux le précepte de Saint
» Paul : Qu'il n'y ait point de fchifme ,
ni de divifion dans le corps : mais que
n tous les membres confpirent mutuellement
» à s'entraider les uns les autres . Elle ne
" voit dans cette multitude de Paſteurs
» & de Fidèles répandus par tout l'Uni-
" vers , qu'une feule & même famille ,
où les biens & les maux font com-
" muns , où l'on partage les fouffrances
» de fes frères , le foin de leur pauvreté ,
la crainte de leurs périls , l'inquiétude
23
"
de leurs combats , la reconnoiffance de
» leurs victoires , la douleur & l'hu-
» miliation de leurs chûtes , la joie de
leur retour. Voilà ce qu'eft l'Eglife
aux yeux de la charité ; voilà ce qu'elle
» a été pendant plufieurs fiécles , & ce
qu'elle doit être toujours dans le plan
» de fon divin Fondateur ».
Chrift , depuis fon incarnation jufqu'à
fon afcenfion ; dans laquelle on a confervé
& diftingué les paroles du texte
facré , felon la Vulgate ; par le Père
de Ligny. A Avignon , chez Domergue.
Sous quelque face & de quelque côté .
qu'on envifage le chef & le fondateurde
la Religion Chrétienne , on trouve,
en lui la vertu du Très - Haut ; en lui font
cachés tous les tréfors de la fageffe &
de la fcience ; en lui réfide corporelle ..
ment toute la plénitude de la Divinité.
Non-feulement le ciel eft attentif à lui
rendre témoignagne par une foule de
)
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
1
merveilles , qui fe répètent ou qui fe
diverfifient dans l'hiftoire de fa vie : mais
il opère lui même les plus grands miracles
avec une facilité toute puiffante.
Dans la majestueufe fimplicité de fes
moeurs & de fa conduite , on n'apperçoit
aucun foible de l'humanité. Quand il
ouvre la bouche pour inftruire ceux
qui s'attachent à fes pas , les Peuples
s'écrient que jamais homme n'a parlé
comme lui. Quelle doctrine eft plus fublime
& moins faftueufe que la fienne ?
On fent qu'il n'a pas befoin de s'élever
pour atteindre à la hauteur des plus
grands mystères , & qu'engendré dans la
Splendeur des Saints , il voit fans étonne .
nement les profondeurs de Dieu . Que fon
langage eft différent de celui des Prophètes
! Ils font prefque toujours dans
l'enthoufiafime , parce que les vérités
qu'une vifion célefte leur découvre , font
pour eux d'admirables nouveautés , audeffus
de leurs expreffions & de leurs
penfées . La noble fimplicité des difcours.
les plus fublimes de Jéfus Chrift , nous
fait juger au contraire qu'il est né dans
le fein des merveilles dont il nous entre.
tient , & qu'il eft véritablement le fils.
pour qui il n'y a rien de caché dans la
JUILLE T. 1776. 85
maifon de fon père . Auffi connoît -il à
fond tous les ravages que le péché à faits
dans l'homme ; & il renferme conféquemment
dans quelques maximes cour .
tes , mais décifives , la morale la plus
propre à les réparer . Où trouver ailleurs
qu'à fon école , les reflources qui nous
font néceffaires ? On voit en lui un augufte
mélange de grandeur & de bonté ,
qui nous humilie & qui nous enlève ,
qui nous étonne & qui nous raffure . S'il
a toute l'autorité du Fils unique de Dieu ,
il est le plus doux des enfans des hom .
mes. Voilà comme les dignes Interprètes
des Livres Saints nous parlent de Jéfus-
Chrift . L'hiftoire qui renferme les actions
de fa vie & les préceptes de fa morale ,
eft le feul livre néceffaire à un Chrétien ,
& le plus utile de tous à quiconque
même ne le feroit pas . On ne peut fe
livrer à cette lecture fans defirer de devenir
meilleur. La majefté des Ecritures
m'étonne , la fainteté de l'Evangile parle.
à mon coeur , dit l'éloquent Rouffeau ;
voyez les livres des Philofophes avec
toute leur pompe : qu'ils font petits près
de celui -là ?
* L'Auteur de l'Ouvrage que nous annonçons
a joint , au récit puifé dans les
88 MERCURE DE FRANCE.
» que font les autres. Elle a toujours
devant les yeux le précepte de Saint
» Paul : Qu'il n'y ait point de fchifme ,
ni de divifion dans le corps : mais que
n tous les membres confpirent mutuellement
» à s'entraider les uns les autres . Elle ne
" voit dans cette multitude de Paſteurs
» & de Fidèles répandus par tout l'Uni-
" vers , qu'une feule & même famille ,
où les biens & les maux font com-
" muns , où l'on partage les fouffrances
» de fes frères , le foin de leur pauvreté ,
la crainte de leurs périls , l'inquiétude
23
"
de leurs combats , la reconnoiffance de
» leurs victoires , la douleur & l'hu-
» miliation de leurs chûtes , la joie de
leur retour. Voilà ce qu'eft l'Eglife
aux yeux de la charité ; voilà ce qu'elle
» a été pendant plufieurs fiécles , & ce
qu'elle doit être toujours dans le plan
» de fon divin Fondateur ».
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Résumé : Hist. de la vie de N. S. Jésus-Christ, [titre d'après la table]
L'œuvre 'Histoire de la vie de Notre Seigneur Jésus-Christ' est rédigée par le Père de Ligny et publiée à Avignon chez Domergue. Elle retrace la vie de Jésus-Christ de son incarnation à son ascension, en s'appuyant sur la Vulgate. Jésus y est présenté comme incarnant la vertu divine, détenteur des trésors de la sagesse et de la science, et contenant toute la plénitude de la Divinité. Sa vie est marquée par des miracles et une conduite exemplaire. Sa doctrine, à la fois sublime et simple, révèle une connaissance approfondie des mystères divins. Contrairement aux prophètes, souvent inspirés par l'enthousiasme, Jésus se distingue par sa simplicité noble et sa maîtrise des sujets abordés. Connaissant les ravages du péché, il propose une morale efficace pour les réparer. Sa personnalité allie grandeur et bonté, inspirant humilité et admiration. Le texte insiste sur l'importance de l'Évangile, qui relate les actions et les préceptes de Jésus, essentiel pour tout chrétien. L'auteur souligne l'unité et la solidarité au sein de l'Église, conformément au précepte de Saint Paul sur l'entraide et la communauté des biens et des maux parmi les fidèles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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24
p. 119-124
Essai sur l'éducation Françoise, [titre d'après la table]
Début :
Essai historique & moral sur l'Education Françoise ; par M. de Bury. [...]
Mots clefs :
Éducation, Turenne, Histoire, Richard de Bury, Morale, Officier, Compagnie, Conduite, Jeunes gens, Anecdotes
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texteReconnaissance textuelle : Essai sur l'éducation Françoise, [titre d'après la table]
Effai hiftorique & moral fur l'Education
Françoife ; par M. de Bury.
Dic fapientia foror mea es,
voca amicam tuam.
prudentiam
PROV, cap. VII . verf. 4.
20 MERCURE DE FRANCE.
Dites à la fageffe , vous êtes ma four , & à
la prudence , vous êtes ma bien-aimée ».
Volume in- 12 . de 507 pages ; prix 3
liv. relié . A Paris , chez G. Defprez ,
Impr. rue S. Jacques.
L'Auteur trace un plan d'éducation
qu'il divife en trois parties. La première
regarde l'éducation de la jeuneſſe dans
les Penfions ; la feconde a pour objet
fon éducation dans les Colléges . Les
jeunes gens quittent ordinairement , à
l'âge de feize ou dix- fept ans , cette
feconde éducation , pour entrer dans le
monde ; & c'est alors qu'ils ont le plus
befoin de confeils , d'inftructions , &
d'un guide fûr & fidèle . C'eft auffi à
cette troisième époque de l'éducation
que M. de Bury donne toute fon attention.
Il indique les connoiffances néceffaires
à cet âge . Il ne fait cependant point
mention de l'hiftoire naturelle ; & lorfqu'il
parle de la phyfique , c'est pour
détourner les jeunes gens de s'y appliquer.
Quelle fcience cependant plus capable
de les intéreffer & de les inftruire ,
que celle qui , par des expériences curieufes
AVRIL 1777. 121
1
fes & variées , parle continuellement aux
fens ? L'Auteur infifte principalement fur
l'étude de la Religion , de l'Hiftoire &
de la Morale , dont il enfeigne les préceptes
, qu'il a foin , le plus fouvent ,
d'appuyer fur des traits d'hiſtoire ou fur
des faits connus. On pourroit donc regarder
fon Ouvrage comme un Cours
de morale pratique. L'Auteur , à l'article
Duel , blâme , avec raifon , cette politeffe
mal entendue qui nous empêche de dire
un homme qu'il a tort , lorfqu'il l'a
effectivement. Ün Officier , dont M. de
Bury rapporte le trait fuivant , ne penfoit
point ainfi . «Un jour douze perfonnes
avoient dîné enfemble dans une
honnête maiſon ; après le repas on propofa
de jouer , & l'on fit deux parties
différentes , dans l'une defquelles il s'éleva
entre deux Officiers une difpute , fuivie
de quelques propos affez durs . Les autres
perfonnes préfentes s'emprefsèrent de
Pappaifer , en difant aux conteftans
felon la méthode ordinaire , qu'ils avoient
tort tous les deux . Ceux - ci cependant
commençoient à s'échauffer , lorfqu'un
autre Officier de la compagnie , homme
de tête , très-fage & très - fenfé , fut à la
porte de la falle , ferma la ferrure à
11. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
double tour , & mit la clef dans fa poches
Enfuite fe tournant vers la compagnie ,
il dit ; Perfonne ne fortira d'ici , qu'après
que ces Mellieurs fe feront accommodés.
Il faut que celui qui eft auteur de la ques
-relle , commence ( car c'est lui qui à le
premier tort ) à faire excufe à l'autre de
ce qu'il lui a dits que celui qui fe croit
attaqué , reçoive l'excufe , & témoigne
qu'il eft fâché d'avoir relevé avec trop
de hauteur , l'infulte qu'il croit qu'on
lui a faite , & qu'enfuite ces deux Mef
fieurs s'embraffent , & promettent de ne
fe rien demander davantage. S'ils.refufent
de le faire , j'en porterai mes plain
tes à Meffieurs les Maréchaux de France ,
& je les prierai de donner leurs ordres
pour empêcher un duel entre ces Meffeurs.
La conduite de cet Officier fuc
fort approuvée. La compagnie engagea
les deux conteftans à fe faire des excufes
refpectives, & ils s'embrassèrent
On aime à voir un Héros donner , au
milieu de la fociété & dans fon domeftique
, des exemples de douceur & de
modération , « M. de Turenne regardoit
» un matin par fa fenêtre en déshabillé
vêtu d'une fimple camifole; un de fes
» Domeſtiques vint par derrière, & lai
AVRIL 1777. D23
-1
donna un grand coup fur le dos. M.
» de Turenne s'étant tetourné , le Do-
❤meftique lui demanda pardon , & lai
dit : Monfeigneur, j'ai cru que vous
➡ étiez un tel, mon camarade. Et quand
wc'eût été lui , répliqua M. de Turenne ,
"falloit il frapper fi fort ? » On eſt
un peu fâché que l'Auteur n'ait pas
tranſcrit cette anecdote comme elle fe
trouve dans un Ouvrage très -connu. Un
jour d'été , qu'il faifoit chaud , y eft il
dit , le Vicomte de Turenne , en petite
vefte blanche & en bonnet , étoit à fa
fenêtre dans fon anti-chambre . Un de
fes gens furvient, &, trompé par l'habillement
, le prend pour l'Aide de cuifine ,
avec lequel ce Domestique étoit familier,
Il s'approche doucement par derrière
& d'une main qui n'étoit pas légère , lui
applique un grand coup fur les feffes.
L'homme frappé , ſe retourne à l'inſtant .
Le Valet voit en tremblant le vifage de
fon Maître. Il fe jette à fes genoux tout
éperdu : Monfeigneur , j'ai cru que c'étoit
George. Et quand c'eût été George
s'écrit Turenne en fe frottant le derrière ,
il ne falloit pas frapper fi fort.
Nous ne citerons point d'autres anecdotes
, parce qu'elles ont fouvent été
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
rapportées , & parce que l'Auteur , `en
voulant les raconter à fa manière , en a
fouvent altéré ces traits naïfs & originaux
qui les rendoient plus piquantes .
Mais nous applaudirons à fa méthode
d'appuyer les préceptes d'une morale
ardinairement sèche & rebutante , fur
des faits hiftoriques , agréables & intẻ-
reffans. L'Auteur , dans plufieurs endroits
de fon Ouvrage , donne aux Inftituteurs
des confeils généraux fur la conduite
qu'ils doivent tenir pour enfeigner l'hiftoire
à la jeuneffe. Il leur trace même un
plan de cette conduite dans la partie de
fon Effai qui a pour titre : Inftruction fur
L'étude de l'Hiftoire. Cette inftruction eft
fuivie d'une differtation fur l'ordre de
l'ancienne Chevalerie , & fur l'éducation
que les pères & mères faifoient alors
donner à leurs enfans.
Françoife ; par M. de Bury.
Dic fapientia foror mea es,
voca amicam tuam.
prudentiam
PROV, cap. VII . verf. 4.
20 MERCURE DE FRANCE.
Dites à la fageffe , vous êtes ma four , & à
la prudence , vous êtes ma bien-aimée ».
Volume in- 12 . de 507 pages ; prix 3
liv. relié . A Paris , chez G. Defprez ,
Impr. rue S. Jacques.
L'Auteur trace un plan d'éducation
qu'il divife en trois parties. La première
regarde l'éducation de la jeuneſſe dans
les Penfions ; la feconde a pour objet
fon éducation dans les Colléges . Les
jeunes gens quittent ordinairement , à
l'âge de feize ou dix- fept ans , cette
feconde éducation , pour entrer dans le
monde ; & c'est alors qu'ils ont le plus
befoin de confeils , d'inftructions , &
d'un guide fûr & fidèle . C'eft auffi à
cette troisième époque de l'éducation
que M. de Bury donne toute fon attention.
Il indique les connoiffances néceffaires
à cet âge . Il ne fait cependant point
mention de l'hiftoire naturelle ; & lorfqu'il
parle de la phyfique , c'est pour
détourner les jeunes gens de s'y appliquer.
Quelle fcience cependant plus capable
de les intéreffer & de les inftruire ,
que celle qui , par des expériences curieufes
AVRIL 1777. 121
1
fes & variées , parle continuellement aux
fens ? L'Auteur infifte principalement fur
l'étude de la Religion , de l'Hiftoire &
de la Morale , dont il enfeigne les préceptes
, qu'il a foin , le plus fouvent ,
d'appuyer fur des traits d'hiſtoire ou fur
des faits connus. On pourroit donc regarder
fon Ouvrage comme un Cours
de morale pratique. L'Auteur , à l'article
Duel , blâme , avec raifon , cette politeffe
mal entendue qui nous empêche de dire
un homme qu'il a tort , lorfqu'il l'a
effectivement. Ün Officier , dont M. de
Bury rapporte le trait fuivant , ne penfoit
point ainfi . «Un jour douze perfonnes
avoient dîné enfemble dans une
honnête maiſon ; après le repas on propofa
de jouer , & l'on fit deux parties
différentes , dans l'une defquelles il s'éleva
entre deux Officiers une difpute , fuivie
de quelques propos affez durs . Les autres
perfonnes préfentes s'emprefsèrent de
Pappaifer , en difant aux conteftans
felon la méthode ordinaire , qu'ils avoient
tort tous les deux . Ceux - ci cependant
commençoient à s'échauffer , lorfqu'un
autre Officier de la compagnie , homme
de tête , très-fage & très - fenfé , fut à la
porte de la falle , ferma la ferrure à
11. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
double tour , & mit la clef dans fa poches
Enfuite fe tournant vers la compagnie ,
il dit ; Perfonne ne fortira d'ici , qu'après
que ces Mellieurs fe feront accommodés.
Il faut que celui qui eft auteur de la ques
-relle , commence ( car c'est lui qui à le
premier tort ) à faire excufe à l'autre de
ce qu'il lui a dits que celui qui fe croit
attaqué , reçoive l'excufe , & témoigne
qu'il eft fâché d'avoir relevé avec trop
de hauteur , l'infulte qu'il croit qu'on
lui a faite , & qu'enfuite ces deux Mef
fieurs s'embraffent , & promettent de ne
fe rien demander davantage. S'ils.refufent
de le faire , j'en porterai mes plain
tes à Meffieurs les Maréchaux de France ,
& je les prierai de donner leurs ordres
pour empêcher un duel entre ces Meffeurs.
La conduite de cet Officier fuc
fort approuvée. La compagnie engagea
les deux conteftans à fe faire des excufes
refpectives, & ils s'embrassèrent
On aime à voir un Héros donner , au
milieu de la fociété & dans fon domeftique
, des exemples de douceur & de
modération , « M. de Turenne regardoit
» un matin par fa fenêtre en déshabillé
vêtu d'une fimple camifole; un de fes
» Domeſtiques vint par derrière, & lai
AVRIL 1777. D23
-1
donna un grand coup fur le dos. M.
» de Turenne s'étant tetourné , le Do-
❤meftique lui demanda pardon , & lai
dit : Monfeigneur, j'ai cru que vous
➡ étiez un tel, mon camarade. Et quand
wc'eût été lui , répliqua M. de Turenne ,
"falloit il frapper fi fort ? » On eſt
un peu fâché que l'Auteur n'ait pas
tranſcrit cette anecdote comme elle fe
trouve dans un Ouvrage très -connu. Un
jour d'été , qu'il faifoit chaud , y eft il
dit , le Vicomte de Turenne , en petite
vefte blanche & en bonnet , étoit à fa
fenêtre dans fon anti-chambre . Un de
fes gens furvient, &, trompé par l'habillement
, le prend pour l'Aide de cuifine ,
avec lequel ce Domestique étoit familier,
Il s'approche doucement par derrière
& d'une main qui n'étoit pas légère , lui
applique un grand coup fur les feffes.
L'homme frappé , ſe retourne à l'inſtant .
Le Valet voit en tremblant le vifage de
fon Maître. Il fe jette à fes genoux tout
éperdu : Monfeigneur , j'ai cru que c'étoit
George. Et quand c'eût été George
s'écrit Turenne en fe frottant le derrière ,
il ne falloit pas frapper fi fort.
Nous ne citerons point d'autres anecdotes
, parce qu'elles ont fouvent été
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
rapportées , & parce que l'Auteur , `en
voulant les raconter à fa manière , en a
fouvent altéré ces traits naïfs & originaux
qui les rendoient plus piquantes .
Mais nous applaudirons à fa méthode
d'appuyer les préceptes d'une morale
ardinairement sèche & rebutante , fur
des faits hiftoriques , agréables & intẻ-
reffans. L'Auteur , dans plufieurs endroits
de fon Ouvrage , donne aux Inftituteurs
des confeils généraux fur la conduite
qu'ils doivent tenir pour enfeigner l'hiftoire
à la jeuneffe. Il leur trace même un
plan de cette conduite dans la partie de
fon Effai qui a pour titre : Inftruction fur
L'étude de l'Hiftoire. Cette inftruction eft
fuivie d'une differtation fur l'ordre de
l'ancienne Chevalerie , & fur l'éducation
que les pères & mères faifoient alors
donner à leurs enfans.
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Résumé : Essai sur l'éducation Françoise, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Essai historique & moral sur l'Éducation' de M. de Bury présente un plan d'éducation structuré en trois parties : l'éducation dans les pensions, celle dans les collèges, et l'éducation des jeunes gens lorsqu'ils entrent dans le monde à l'âge de seize ou dix-sept ans. Cette dernière phase est particulièrement soulignée par l'auteur, qui insiste sur l'importance des conseils et des instructions à cet âge. M. de Bury met en avant l'étude de la religion, de l'histoire et de la morale, qu'il illustre souvent par des exemples historiques ou des faits connus. Il critique la pratique des duels et prône la modération et la douceur. Pour appuyer ses propos, il utilise des anecdotes, telles que celle de l'officier qui résout un conflit par des excuses mutuelles et celle du vicomte de Turenne réagissant avec calme à une erreur de son domestique. L'auteur recommande aux instituteurs de rendre l'enseignement de l'histoire plus attrayant et intéressant en s'appuyant sur des faits historiques agréables et instructifs. Il fournit des conseils généraux sur la manière d'enseigner l'histoire et discute de l'ordre de l'ancienne chevalerie ainsi que de l'éducation des enfants à cette époque.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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25
p. 23-35
QUE LA VERTU EST PUISSANTE !
Début :
Le plus pur amour avoit unis depuis quelques-tems, sous les aimables loix d'un [...]
Mots clefs :
Sophie, Émile, Chrysas, Enfants, Bonheur, Coeur, Belle, Époux, Bras, Yeux, Fils, Amour, Ciel, Vertu, Sensible
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUE LA VERTU EST PUISSANTE !
QUE LA VERTU EST PUISSANTE !
LE plus pur amour avoit unis depuis
quelque-tems, fous les aimables loix d'un
heureux hymen , la vertueufe Sophie &
le fage Émile.
Le ciel , d'abord propice aux voeux de
ces tendres Époux , ne leur avoit refufé
aucune de les faveurs : mais bientôt
après , par un deffein que nous admirerons
dans la fuite , il fembloit leur
avoir retiré fa main bienfaifante . Depuis
un an, tout leur étoit contraire : rien
24 MERCURE DE FRANCE .
1
ne leur réuffiffoit ; leur nombreux troupeau
leur fut enlevé par une cruelle maladie
; un fouffle glacial fit avorter dans
leur naiffance leurs précieufes moiffons ;
la grêle défola leurs vignes & les fruſtra
de toutes efpérances.
Dépouillé de tout , Émile avoit eu
déjà recours à la feule reffource qui lui
reftoit ; fes bras forts & nerveux employés
aux travaux des autres , lui fourniffoient
de quoi foutenir fa chère famille.
( Sophie l'avoit déjà rendu père de
deux aimables enfans ).
Au milieu de tous ces revers , ils
étoient encore heureux . De leur infortune
même ces tendres Époux favoient tirer
de quoi ajouter encore à leur bonheur.
Émile fe croyoit heureux d'être malheu
reux avec Sophie : Sophie fembloit ne pas
fentir tout le poids de fes peines qu'elle
partageoit avec Emile . L'amour même ,
loin d'y perdre de fes feux , n'en devint
que plus ardent ; les malheurs les rendirent
plus chers encore l'un à l'autre :
fans de telles épreuves ils n'auroient
point connu tout leur prix. Auffi jamais
Sophie n'avoit paru fi belle à fon cher
Emile ; Emile n'avoit jamais tant plu à
Sophie jamais ils n'avoient été fi vertueux
,
JUILLET . 1777 . 23
tueux , jamais auffi ils ne s'étoient tant
aimés.
Tous les jours après fon travail , à fes
heures de relâche , Emile voloit rejoindre
fa Sophie ; affis alors auprès d'elle ,
devant fon foyer , fous le chaume de
fa pauvre cabane , & balançant fur fes
genoux un de fes enfans , tandis que
Pautre pendoit à la mamelle de fa mère ,
il oublioit fes fatigues ; fon vifage devenoit
plus calme , plus ferein ; une aimable
gaieté s'emparoit de fon ame ;
fon coeur fe fentoit ému : rien ne l'inquiétoit
alors , rien ne lui faifoit envie :
il étoit auprès de Sophie. Il ne pouvoit
imaginer un fort plus doux.
Ces époux ainfi réunis , s'exhortoient
à fupporter avec courage leur mifère.
Cher Emile , répétoit fouvent Sophie , le
ciel nous eft encore affez propice puifqu'il
nous conferve l'un à l'autre qu'il
nous ait enlevé nos biens , il nous laiffe
à nous-mêmes ; pourrions nous être fenfibles
à toutes autres pertes ?
En difant ces paroles , elle embraffoit
tendrement Émile ; des larmes de joie
couloient de fes beaux yeux ; fon viſage
paroiffoit enflammé , & découvroit
les purs fentimens qui affectoient en ce
moment fa belle anie.
I. Vol. B
26 MERCURE
DE FRANCE .
La vue de leurs aimables enfans ne leur
apportoit pas moins de confolation ; ils
n'étoient pas moins touchés de l'embarras
qu'ils remarquoient en eux , lorfqu'ils
vouloient leur exprimer leur tendreffe ,
leur témoigner en bégayant leur amour ,
& comme les dédommager de leurs peines.
& de leurs foins par mille carelles. Qu'ils
prenoient de plaifir à interpréter leurs
volontés , à fatisfaire leurs defirs , à def .
cendre même jufqu'à leurs jeux innocens
! qu'Émile étoit content , lorfqu'il
fentoit les mains tendres & débiles de fes
enfans , s'efforcer de preffer les fiennes ,
endurcies par les travaux les plus rudes !
Sophie ne fe fentoit pas d'aife lorfque
fon jeune enfant paffoit fes petits bras
autour de fon col , & pofoit fon viſage.
fur le fien , comme pour la remercier du
bienfait qu'il venoit d'en recevoir .
Ainfi ils faifoient fervir leur mauvaife,
fortune à leur bonheur , qui ne fut pas.
cependant exempt de traverfes : un événement
furvint qui le troubla quelque .
temps , & caufa d'abord les plus grandes
alarmes , mais dont les fuites furent des .
plus heureufes.
Émile n'avoit pas été le feul qui fut
rouché des charmes de Sophie . Beaucoup .
"
JUILLET. 1777. 27
d'autres en avoient été frappés , fur- tout
le fils d'un riche Particulier s'étoit efforcé
de lui plaire , celui- ci , normé Chryfas
, fe fiant trop fur fa naillance , qui lui
faifoit efpérer de gros biens , avoit cru fe
faire auprès de Sophie un mérite de fa
fortune , & n'avoit pas appréhendé de
fui apprendre qu'il defiroit faire fon
bonheur en l'époufant.
Ce qui avoit paru à Chryfas devoic
l'approcher de Sophie fut precife
ment ce qui l'en éloigna davantage.
L'or n'avoit jamais eu allez d'éclat aux
yeux de Sophie pour pouvoir éblouir ;
elle en connoiffoit le paix .
Emile qui , de fon côté , l'avoit affure
des mêmes promeffes que Chryfas ;
réuffit mieux it s'appuyoit de meilleures
raifons ; il étoit jufte ; la vertit
étoit fa principale rich effe ; un efprit
droit , une ame belle , fenfible , un coeur
tendre , ingénu & rempli de candeur
étoit le bien qu'il offroit à Sophie , cette
dot lui parut précieufe; elle écouta vofontiers
Emile , crut qu'il méritoit fon
coeur, & ne balança pas à fe donner
à lui.
>
Chryfas rejeté , & fur qui Émile
avoit eu la préférence ; Émile qui ne
Bij
28 MERCURE
DE FRANCE
.
poffédoit prefque rien , & qui , par
conféquent , paroiffoit lui être bien inférieur
, en devint furieux , & chercha
depuis les moyens les plus propres à troubler
une fi belle union.
Il lui fut aifé de les trouver : il avoit
pour père Alarias , un de ces hommes
nés pour tourmenter leurs femblables ,
& qu'on pourroit proprement appeler le
Aléau de la fociété , un de ces génies
étroits nés avec une ame vile & baffe ,
fans fentimens , fans honneur ; un coeur
dur & infenfible , pour qui la bonté n'eft
qu'une foibleffe , la pitié un nom , lę
défintéreffement une chimère , la générofité
une folie ; l'intérêt , la feule vertu ;
ambitieux , avares , ignorans , jaloux ,
envieux , qui ne peuvent jamais fe fatisfaire
, qui , loin d'en avoir de trop , n'en
ont jamais affez , parce qu'ils peuvent
en avoir davantage ; en qui l'amour du
gain fe nourrit , s'enflamme par le gain
même.
Émile étoit débiteur d'une fomme affez
confidérable , & , qui plus eft , en étoit
débiteur envers cet Alarias : ce qui étoit
plus que fuffifant
pour les de feins de
Chryfas ; mais , pour combler
de mal
JUILLE T. 1777 29
heurs le fort d'Émile , il devoit encore
une année de taille , & Alarias avoit été
nommé Collecteur .
Chryfas faifit une occafion fi favora
ble ; il obtient aifément de fon père de
remplir fa place , & d'aller en fon nom
recueillir fes deniers. Va , lui dit Ala
rias , qui s'applaudiffoit déjà du zèle
qu'il remarquoit en fon fils ; va , mon
fils , mon cher fils ; car , graces au ciel,
je puis t'appeler ainfi à préfent. Tu as
chaffé de ton coeur cette folle paflion qui
le dominoit ; ce n'eft plus pour foupirer
aux pieds de Sophie , c'eft pour en retirer
ce qui nous eft dû que je te vois fi zélé :
auffi que tu en feras bien récompenfé ! So
phie n'avoit rien : un peu de beauté feulement
; & je te deftine un parti où tu
trouveras ce que tu perds ici ; & , de
plus, ce qui doit t'être bien plús fenfible ,
une dot confidérable .... Je ne te retiens
pas ; vole , mon fils , fuis le beau feu qui
te tranfporte : mais , en même-tems .....
n'ai-je pas encore quelque fujet de crain
te ?... Que j'appréhende ta trop grande
facilité !...Je te connois ; tu n'es pas affez
ferme , affez dur. Peut-être les pleurs de
cette Sophie auront quelque pouvoir fur
toi. Que ne m'imite -tu ... Ah ! fi j'euffe
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
fait comme toi , fi je n'euffe pas ferme
les oreilles & les yeux aux plaintes &
aux cris de tant de miférables , que má
fortune en auroit fouffert ! que tu aurois
lieu de t'en repentir un jour ! mais tu as
pu changer. Au refte je te donne une
élite aflez inftruite qu'elle te guide ,
mon fils ; ces gens te conduiront au folide
; tu verras qu'ils ne fe laiffent pas
fottement attendrir.
Chryfas , plus animé par fon reffen
timent que par les avis paternels , ( il
n'avoit pas encore l'ame propre à les
goûter ) fe hâra d'accomplir fon deffein.
I arrive, lui & fa cohorte , à la
pauvre
habitation du malheureux Émile : la
porre en étoit ouverte , & déjà fes gens
étoient entrés & menaçoient tout. Chry
fas ne les fuivit pas auffi- tôt ; le ſpectacle
qui fe préfenta d'abord à lui le toucha¸
& devint une barrière qu'il n'ofa fran
chir la vue de Sophie lui fit oublier les
leçons d'Alarias. Alarmée de tout ce qui
fe paffoit , Sophie , la tremblante Sophie
s'étoit jetée entre les bras de fon époux ;
fon fein , demi-découvert , offroit alors.
à un de fes enfans une mamelle abondante
; une pâleur mortelle s'étoit répandue
en même-tems fur tout fon viſage ,
JUILLET. 1977.
& en avoit effacé les vives couleurs
fes yeux languiffans & abattus erroient
d'Emile à fes enfans , de fes enfans fur
Emile ; des larmes preffées en fortoient
avec abondance , & achevoient de peindre
ce tableau touchant.
C'en étoit fait de Chryfas : il étoit
vaincu ; mais fa cohorte avide ne le laiſſa
pas long- tems dans ſon raviſſement , &
bientôt le fit reffouvenir de l'objet de fa
démarche .
Chryfas , après les formalités ordinaires,
permit enfin à fés gens de s'emparer
du peu que contenoit la demeure :
il n'en fut pas défobei ; il n'eut pas plutôt
parlé , qu'ils mirent aufli-tôt la main
fur tout, tout fut enlevé en un înftant ;
ils n'y laífsèrent rien ; rien n'y fat oublié ;
la maifon fe trouva vuide en un clin
d'oeil.
Ces forcenés poufsèrent jufques - la
leur acharnement , qu'ils fe faifirent
même d'un vaifléau de terre dans lequel
chauffoient les alimens des deux enfans ,
renversèrent fans égard ce qu'il conténoit
, & l'emportèrent . Sophie en tomba
évanouie : Emile , qui avoit fouffert le
refte avec courage , indigné d'une action
auffi criante , ne put garder davantage
Biv
32 MERCURE
DE FRANCE
.
de mefure , & s'écria , en s'adreffant à
Chryfas : Méchant , prends-leur plutôt
la vie , cette vie que nous ne pouvons
plus prolonger , puifque tu nous fais
enlever jufqu'à ce meuble qui pouvoit
la leur conferver. Que devenir , Sophie
? ...
Sophie , revenue un peu de fon abattement
, lui répondit : Peut- être un fort
plus doux nous eft réfervé. Puis tombant
aux genoux de Chryfas , elle tâcha de
l'appaifer par ce difcours flatteur : Oui ...
j'efpère que la vue de cette malheureufe
famille aura quelque pouvoir fur vous;
vous êtes né généreux ; votre coeur eft
fenfible ; quel objet plus capable de le
toucher !... Graces au ciel ! ... je vois que
vous vous laiffez attendrir. Vos yeux
m'inſtruiſent des mouvemens de votre
belle ame... Ah ! je la vois qui s'intéreffe
à nos maux !
Sophie à genoux , les bras tendus , le
vifage baigné de larmes , les yeux baiffés ,
une aimable rougeur fur le front , offroit
en même tems le fpectacle le plus attendriffant.
Chryfas n'y put réfifter , & s'y livra
tout entier. Il répondit auffi- tôt à Sophie
en la relevant : N'en doutez pas ,
JUILLE T. 1777.
33
belle Sophie , vous m'avez toujours été
chère .
Je n'en attendois pas moins de vous ,
reprit Sophie. Le digne homme ! continua
- t- elle , en ferrant la main de fon
époux ; mes chers enfans , ce n'eft plus
à moi qu'il faut tendre les bras : voici
votre bienfaiteur ; vous lui devez tout ...
Chryfas , en qui les circonftances préfentes
rallumoient de plus en plus fa
flamme mal étouffée , & fembloient la
favorifer de quelque fuccès , s'approcha
auffi tôt de Sophie ; & , fans attendre
qu'elle parlât davantage , lui dit d'un
ton paffionné : Et toi auffi , belle Sophie ,
ton coeur me doit tout fon amour.
Toujours vous y régnerez auffi , luž
répondit Sophie .
Qu'il me le prouve donc aujourd'hui ,
reprit auffi- tôt Chryfas : qu'il fatisfalle
mes tendres defirs : c'eft à ces conditions
que tu peux te rendre heureufe . Mais ….. ”
tu pâlis & demeures interdite .... Pourroistu
balancer un moment ? ... Ton choix ne:
doit- il pas être tout fait ?....
Il l'eft auffi , méchant , lui répondit:
Sophie , qui courut auffi -tôr entre les
bras de fon époux , en lui difant : Soyons
malheureux , Émile... périffons plutôt ...
B.
34
MERCURE DE FRANCE .
Nous ne pourrions être heureux qu'em
nous rendant coupables : nous recouvrerions
nos biens ; mais nous perdrions:
notre innocence . Je te ferois infidelle ;.
je ne ferois plus ton époufe. Mais ....
mes enfans .... que deviendrez-vous ? .....
Cependant... Ah ! cruelle alternative ! ....
Je pourrois faire leur bonheur ... mais je
ne ferois plus leur mère... Je puis c'être
rendue , cher Émile ; mais avant ,
il me.
faut paffer à un autre. Ou plutôt , pardonne
fi j'hésite : c'en eft fait ; foyons
victimes de nos devoirs ; la vertu ne
mérite pas de moindres facrifices. Soyons.
malheureux : notre bonheur feroit trop
acheté , s'il nous en coûtoit un crime..
Peut-être même le ciel fe laiffera toucher.
N'en doute pas , fidelle époufe , lui
répondit Émile en l'embraffant : il eſt
juſte .
Raffurez -vous , aimable couple , reprit
tout- à-coup Chryfas , qui fembloit revenir
d'une profonde extafe ; ne craignez
plus; que vos coeurs innocens ne s'alarment
plus : votre tendreffe m'a touché
votre fidélité m'a tranfporté , vos vertus
tiomphent de moi. Vivez , vivez unis
jamais votre bonheur déformais ne
JUILLET. 1777. 35
fera plus troublé. Je veux y veiller comme
au mien. Permettez que dès cette
heure j'y puiffe contribuer , recevez ce
préfent... Vos biens vont vous être rendus
avec une partie des miens mais
auffi que vos coeurs , s'ils fe reffouviennent
de l'outrage , fe reffouviennent auffi
de la réparation .
:
Il les quitta en les admirant , les
conibla de bienfaits , & ne cella de leur
donner dans la fuite les marques de l'amitié
la plus fenfible .
A
Émile & Sophie n'en devinrent que
plus attachés Pun à l'autre , & jouiffant
de leur bonheur , ils admirèrent
les deffeins de la Providence , qui ne
laiffe jamais la vertu fans récompenfe
& qui , fi elle fait qu'elle foit perfécutéc
, ne le permet que pour lui donner
un nouvel éclat , en la faifant triompher
& admirer de ceux mêmes qui l'oppri
ment.
Par M. Maréchal
LE plus pur amour avoit unis depuis
quelque-tems, fous les aimables loix d'un
heureux hymen , la vertueufe Sophie &
le fage Émile.
Le ciel , d'abord propice aux voeux de
ces tendres Époux , ne leur avoit refufé
aucune de les faveurs : mais bientôt
après , par un deffein que nous admirerons
dans la fuite , il fembloit leur
avoir retiré fa main bienfaifante . Depuis
un an, tout leur étoit contraire : rien
24 MERCURE DE FRANCE .
1
ne leur réuffiffoit ; leur nombreux troupeau
leur fut enlevé par une cruelle maladie
; un fouffle glacial fit avorter dans
leur naiffance leurs précieufes moiffons ;
la grêle défola leurs vignes & les fruſtra
de toutes efpérances.
Dépouillé de tout , Émile avoit eu
déjà recours à la feule reffource qui lui
reftoit ; fes bras forts & nerveux employés
aux travaux des autres , lui fourniffoient
de quoi foutenir fa chère famille.
( Sophie l'avoit déjà rendu père de
deux aimables enfans ).
Au milieu de tous ces revers , ils
étoient encore heureux . De leur infortune
même ces tendres Époux favoient tirer
de quoi ajouter encore à leur bonheur.
Émile fe croyoit heureux d'être malheu
reux avec Sophie : Sophie fembloit ne pas
fentir tout le poids de fes peines qu'elle
partageoit avec Emile . L'amour même ,
loin d'y perdre de fes feux , n'en devint
que plus ardent ; les malheurs les rendirent
plus chers encore l'un à l'autre :
fans de telles épreuves ils n'auroient
point connu tout leur prix. Auffi jamais
Sophie n'avoit paru fi belle à fon cher
Emile ; Emile n'avoit jamais tant plu à
Sophie jamais ils n'avoient été fi vertueux
,
JUILLET . 1777 . 23
tueux , jamais auffi ils ne s'étoient tant
aimés.
Tous les jours après fon travail , à fes
heures de relâche , Emile voloit rejoindre
fa Sophie ; affis alors auprès d'elle ,
devant fon foyer , fous le chaume de
fa pauvre cabane , & balançant fur fes
genoux un de fes enfans , tandis que
Pautre pendoit à la mamelle de fa mère ,
il oublioit fes fatigues ; fon vifage devenoit
plus calme , plus ferein ; une aimable
gaieté s'emparoit de fon ame ;
fon coeur fe fentoit ému : rien ne l'inquiétoit
alors , rien ne lui faifoit envie :
il étoit auprès de Sophie. Il ne pouvoit
imaginer un fort plus doux.
Ces époux ainfi réunis , s'exhortoient
à fupporter avec courage leur mifère.
Cher Emile , répétoit fouvent Sophie , le
ciel nous eft encore affez propice puifqu'il
nous conferve l'un à l'autre qu'il
nous ait enlevé nos biens , il nous laiffe
à nous-mêmes ; pourrions nous être fenfibles
à toutes autres pertes ?
En difant ces paroles , elle embraffoit
tendrement Émile ; des larmes de joie
couloient de fes beaux yeux ; fon viſage
paroiffoit enflammé , & découvroit
les purs fentimens qui affectoient en ce
moment fa belle anie.
I. Vol. B
26 MERCURE
DE FRANCE .
La vue de leurs aimables enfans ne leur
apportoit pas moins de confolation ; ils
n'étoient pas moins touchés de l'embarras
qu'ils remarquoient en eux , lorfqu'ils
vouloient leur exprimer leur tendreffe ,
leur témoigner en bégayant leur amour ,
& comme les dédommager de leurs peines.
& de leurs foins par mille carelles. Qu'ils
prenoient de plaifir à interpréter leurs
volontés , à fatisfaire leurs defirs , à def .
cendre même jufqu'à leurs jeux innocens
! qu'Émile étoit content , lorfqu'il
fentoit les mains tendres & débiles de fes
enfans , s'efforcer de preffer les fiennes ,
endurcies par les travaux les plus rudes !
Sophie ne fe fentoit pas d'aife lorfque
fon jeune enfant paffoit fes petits bras
autour de fon col , & pofoit fon viſage.
fur le fien , comme pour la remercier du
bienfait qu'il venoit d'en recevoir .
Ainfi ils faifoient fervir leur mauvaife,
fortune à leur bonheur , qui ne fut pas.
cependant exempt de traverfes : un événement
furvint qui le troubla quelque .
temps , & caufa d'abord les plus grandes
alarmes , mais dont les fuites furent des .
plus heureufes.
Émile n'avoit pas été le feul qui fut
rouché des charmes de Sophie . Beaucoup .
"
JUILLET. 1777. 27
d'autres en avoient été frappés , fur- tout
le fils d'un riche Particulier s'étoit efforcé
de lui plaire , celui- ci , normé Chryfas
, fe fiant trop fur fa naillance , qui lui
faifoit efpérer de gros biens , avoit cru fe
faire auprès de Sophie un mérite de fa
fortune , & n'avoit pas appréhendé de
fui apprendre qu'il defiroit faire fon
bonheur en l'époufant.
Ce qui avoit paru à Chryfas devoic
l'approcher de Sophie fut precife
ment ce qui l'en éloigna davantage.
L'or n'avoit jamais eu allez d'éclat aux
yeux de Sophie pour pouvoir éblouir ;
elle en connoiffoit le paix .
Emile qui , de fon côté , l'avoit affure
des mêmes promeffes que Chryfas ;
réuffit mieux it s'appuyoit de meilleures
raifons ; il étoit jufte ; la vertit
étoit fa principale rich effe ; un efprit
droit , une ame belle , fenfible , un coeur
tendre , ingénu & rempli de candeur
étoit le bien qu'il offroit à Sophie , cette
dot lui parut précieufe; elle écouta vofontiers
Emile , crut qu'il méritoit fon
coeur, & ne balança pas à fe donner
à lui.
>
Chryfas rejeté , & fur qui Émile
avoit eu la préférence ; Émile qui ne
Bij
28 MERCURE
DE FRANCE
.
poffédoit prefque rien , & qui , par
conféquent , paroiffoit lui être bien inférieur
, en devint furieux , & chercha
depuis les moyens les plus propres à troubler
une fi belle union.
Il lui fut aifé de les trouver : il avoit
pour père Alarias , un de ces hommes
nés pour tourmenter leurs femblables ,
& qu'on pourroit proprement appeler le
Aléau de la fociété , un de ces génies
étroits nés avec une ame vile & baffe ,
fans fentimens , fans honneur ; un coeur
dur & infenfible , pour qui la bonté n'eft
qu'une foibleffe , la pitié un nom , lę
défintéreffement une chimère , la générofité
une folie ; l'intérêt , la feule vertu ;
ambitieux , avares , ignorans , jaloux ,
envieux , qui ne peuvent jamais fe fatisfaire
, qui , loin d'en avoir de trop , n'en
ont jamais affez , parce qu'ils peuvent
en avoir davantage ; en qui l'amour du
gain fe nourrit , s'enflamme par le gain
même.
Émile étoit débiteur d'une fomme affez
confidérable , & , qui plus eft , en étoit
débiteur envers cet Alarias : ce qui étoit
plus que fuffifant
pour les de feins de
Chryfas ; mais , pour combler
de mal
JUILLE T. 1777 29
heurs le fort d'Émile , il devoit encore
une année de taille , & Alarias avoit été
nommé Collecteur .
Chryfas faifit une occafion fi favora
ble ; il obtient aifément de fon père de
remplir fa place , & d'aller en fon nom
recueillir fes deniers. Va , lui dit Ala
rias , qui s'applaudiffoit déjà du zèle
qu'il remarquoit en fon fils ; va , mon
fils , mon cher fils ; car , graces au ciel,
je puis t'appeler ainfi à préfent. Tu as
chaffé de ton coeur cette folle paflion qui
le dominoit ; ce n'eft plus pour foupirer
aux pieds de Sophie , c'eft pour en retirer
ce qui nous eft dû que je te vois fi zélé :
auffi que tu en feras bien récompenfé ! So
phie n'avoit rien : un peu de beauté feulement
; & je te deftine un parti où tu
trouveras ce que tu perds ici ; & , de
plus, ce qui doit t'être bien plús fenfible ,
une dot confidérable .... Je ne te retiens
pas ; vole , mon fils , fuis le beau feu qui
te tranfporte : mais , en même-tems .....
n'ai-je pas encore quelque fujet de crain
te ?... Que j'appréhende ta trop grande
facilité !...Je te connois ; tu n'es pas affez
ferme , affez dur. Peut-être les pleurs de
cette Sophie auront quelque pouvoir fur
toi. Que ne m'imite -tu ... Ah ! fi j'euffe
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
fait comme toi , fi je n'euffe pas ferme
les oreilles & les yeux aux plaintes &
aux cris de tant de miférables , que má
fortune en auroit fouffert ! que tu aurois
lieu de t'en repentir un jour ! mais tu as
pu changer. Au refte je te donne une
élite aflez inftruite qu'elle te guide ,
mon fils ; ces gens te conduiront au folide
; tu verras qu'ils ne fe laiffent pas
fottement attendrir.
Chryfas , plus animé par fon reffen
timent que par les avis paternels , ( il
n'avoit pas encore l'ame propre à les
goûter ) fe hâra d'accomplir fon deffein.
I arrive, lui & fa cohorte , à la
pauvre
habitation du malheureux Émile : la
porre en étoit ouverte , & déjà fes gens
étoient entrés & menaçoient tout. Chry
fas ne les fuivit pas auffi- tôt ; le ſpectacle
qui fe préfenta d'abord à lui le toucha¸
& devint une barrière qu'il n'ofa fran
chir la vue de Sophie lui fit oublier les
leçons d'Alarias. Alarmée de tout ce qui
fe paffoit , Sophie , la tremblante Sophie
s'étoit jetée entre les bras de fon époux ;
fon fein , demi-découvert , offroit alors.
à un de fes enfans une mamelle abondante
; une pâleur mortelle s'étoit répandue
en même-tems fur tout fon viſage ,
JUILLET. 1977.
& en avoit effacé les vives couleurs
fes yeux languiffans & abattus erroient
d'Emile à fes enfans , de fes enfans fur
Emile ; des larmes preffées en fortoient
avec abondance , & achevoient de peindre
ce tableau touchant.
C'en étoit fait de Chryfas : il étoit
vaincu ; mais fa cohorte avide ne le laiſſa
pas long- tems dans ſon raviſſement , &
bientôt le fit reffouvenir de l'objet de fa
démarche .
Chryfas , après les formalités ordinaires,
permit enfin à fés gens de s'emparer
du peu que contenoit la demeure :
il n'en fut pas défobei ; il n'eut pas plutôt
parlé , qu'ils mirent aufli-tôt la main
fur tout, tout fut enlevé en un înftant ;
ils n'y laífsèrent rien ; rien n'y fat oublié ;
la maifon fe trouva vuide en un clin
d'oeil.
Ces forcenés poufsèrent jufques - la
leur acharnement , qu'ils fe faifirent
même d'un vaifléau de terre dans lequel
chauffoient les alimens des deux enfans ,
renversèrent fans égard ce qu'il conténoit
, & l'emportèrent . Sophie en tomba
évanouie : Emile , qui avoit fouffert le
refte avec courage , indigné d'une action
auffi criante , ne put garder davantage
Biv
32 MERCURE
DE FRANCE
.
de mefure , & s'écria , en s'adreffant à
Chryfas : Méchant , prends-leur plutôt
la vie , cette vie que nous ne pouvons
plus prolonger , puifque tu nous fais
enlever jufqu'à ce meuble qui pouvoit
la leur conferver. Que devenir , Sophie
? ...
Sophie , revenue un peu de fon abattement
, lui répondit : Peut- être un fort
plus doux nous eft réfervé. Puis tombant
aux genoux de Chryfas , elle tâcha de
l'appaifer par ce difcours flatteur : Oui ...
j'efpère que la vue de cette malheureufe
famille aura quelque pouvoir fur vous;
vous êtes né généreux ; votre coeur eft
fenfible ; quel objet plus capable de le
toucher !... Graces au ciel ! ... je vois que
vous vous laiffez attendrir. Vos yeux
m'inſtruiſent des mouvemens de votre
belle ame... Ah ! je la vois qui s'intéreffe
à nos maux !
Sophie à genoux , les bras tendus , le
vifage baigné de larmes , les yeux baiffés ,
une aimable rougeur fur le front , offroit
en même tems le fpectacle le plus attendriffant.
Chryfas n'y put réfifter , & s'y livra
tout entier. Il répondit auffi- tôt à Sophie
en la relevant : N'en doutez pas ,
JUILLE T. 1777.
33
belle Sophie , vous m'avez toujours été
chère .
Je n'en attendois pas moins de vous ,
reprit Sophie. Le digne homme ! continua
- t- elle , en ferrant la main de fon
époux ; mes chers enfans , ce n'eft plus
à moi qu'il faut tendre les bras : voici
votre bienfaiteur ; vous lui devez tout ...
Chryfas , en qui les circonftances préfentes
rallumoient de plus en plus fa
flamme mal étouffée , & fembloient la
favorifer de quelque fuccès , s'approcha
auffi tôt de Sophie ; & , fans attendre
qu'elle parlât davantage , lui dit d'un
ton paffionné : Et toi auffi , belle Sophie ,
ton coeur me doit tout fon amour.
Toujours vous y régnerez auffi , luž
répondit Sophie .
Qu'il me le prouve donc aujourd'hui ,
reprit auffi- tôt Chryfas : qu'il fatisfalle
mes tendres defirs : c'eft à ces conditions
que tu peux te rendre heureufe . Mais ….. ”
tu pâlis & demeures interdite .... Pourroistu
balancer un moment ? ... Ton choix ne:
doit- il pas être tout fait ?....
Il l'eft auffi , méchant , lui répondit:
Sophie , qui courut auffi -tôr entre les
bras de fon époux , en lui difant : Soyons
malheureux , Émile... périffons plutôt ...
B.
34
MERCURE DE FRANCE .
Nous ne pourrions être heureux qu'em
nous rendant coupables : nous recouvrerions
nos biens ; mais nous perdrions:
notre innocence . Je te ferois infidelle ;.
je ne ferois plus ton époufe. Mais ....
mes enfans .... que deviendrez-vous ? .....
Cependant... Ah ! cruelle alternative ! ....
Je pourrois faire leur bonheur ... mais je
ne ferois plus leur mère... Je puis c'être
rendue , cher Émile ; mais avant ,
il me.
faut paffer à un autre. Ou plutôt , pardonne
fi j'hésite : c'en eft fait ; foyons
victimes de nos devoirs ; la vertu ne
mérite pas de moindres facrifices. Soyons.
malheureux : notre bonheur feroit trop
acheté , s'il nous en coûtoit un crime..
Peut-être même le ciel fe laiffera toucher.
N'en doute pas , fidelle époufe , lui
répondit Émile en l'embraffant : il eſt
juſte .
Raffurez -vous , aimable couple , reprit
tout- à-coup Chryfas , qui fembloit revenir
d'une profonde extafe ; ne craignez
plus; que vos coeurs innocens ne s'alarment
plus : votre tendreffe m'a touché
votre fidélité m'a tranfporté , vos vertus
tiomphent de moi. Vivez , vivez unis
jamais votre bonheur déformais ne
JUILLET. 1777. 35
fera plus troublé. Je veux y veiller comme
au mien. Permettez que dès cette
heure j'y puiffe contribuer , recevez ce
préfent... Vos biens vont vous être rendus
avec une partie des miens mais
auffi que vos coeurs , s'ils fe reffouviennent
de l'outrage , fe reffouviennent auffi
de la réparation .
:
Il les quitta en les admirant , les
conibla de bienfaits , & ne cella de leur
donner dans la fuite les marques de l'amitié
la plus fenfible .
A
Émile & Sophie n'en devinrent que
plus attachés Pun à l'autre , & jouiffant
de leur bonheur , ils admirèrent
les deffeins de la Providence , qui ne
laiffe jamais la vertu fans récompenfe
& qui , fi elle fait qu'elle foit perfécutéc
, ne le permet que pour lui donner
un nouvel éclat , en la faifant triompher
& admirer de ceux mêmes qui l'oppri
ment.
Par M. Maréchal
Fermer
Résumé : QUE LA VERTU EST PUISSANTE !
Sophie et Émile forment un couple uni par un amour profond et vertueux. Malgré des malheurs successifs, comme la perte de leur troupeau et la destruction de leurs récoltes, leur amour se renforce. Émile travaille ardemment pour subvenir aux besoins de sa famille, tandis que Sophie et lui trouvent du bonheur dans leur union et l'éducation de leurs deux enfants. Leur misère est adoucie par leur amour mutuel et leur dévotion envers leurs enfants. Un riche prétendant, Chrysas, tente de séduire Sophie avec sa fortune, mais elle reste fidèle à Émile. Chrysas, rejeté, cherche à troubler leur union avec l'aide de son père, Alarias, un homme malveillant. Chrysas, poussé par son père, se rend chez Émile pour récupérer une dette. La vue de Sophie allaitant son enfant émeut Chrysas, mais ses hommes saisissent les biens de la famille. Sophie tente de toucher le cœur de Chrysas en lui rappelant sa générosité, et Chrysas finit par exprimer son amour pour elle, exigeant une preuve réciproque. Confrontés à un dilemme moral, Sophie et Émile hésitent entre récupérer leurs biens en se rendant coupables ou préserver leur innocence. Sophie choisit de sacrifier leur bonheur personnel pour sauvegarder leur vertu et leurs devoirs. Émile approuve cette décision. Chrysas, ému par leur fidélité, décide de leur rendre leurs biens et de les aider, admirant leur innocence et leur loyauté. Émile et Sophie restent unis et reconnaissants envers la Providence, qui récompense toujours la vertu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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26
p. 100-122
Les Principes de la Religion Naturelle & de la Religion Chrétienne, [titre d'après la table]
Début :
Les Principes de la Religion Naturelle & de la Religion Chrétienne, expliqués en [...]
Mots clefs :
Miracles, Religion, Religion naturelle, Religion chrétienne, Dieu, Christianisme, Nature, Jésus-Christ, Hommes, Lois, Esprits, Foi, Preuve, Faits, Effet, Chrétiens, Caractère, Prodiges, Doctrine, Croire, Témoins, Authenticité, Vérité, Jean-Jacques Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Principes de la Religion Naturelle & de la Religion Chrétienne, [titre d'après la table]
Les Principes de la Religion Naturelle &
de la Religion Chrétienne , expliqués en
forme de Catéchifme. A Paris , chez
Berton , rue Saint-Victor ; Crapart ,
rue d'Enfer ; Onfroy , quai des Auguſtins.
Si l'incrédulité prend aujourd'hui toute
forte de formes pour éblouir les efprits
fuperficiels & avides de nouveautés , le
zèle qu'infpire la vraie Religion , n'en
eft aufli que plus actif & plus occupé à
inftruire les fidèles , & à les prémunir
contre la féduction. On voit ce zèle fi
louable , fe fervir tantôt des armes de la
dialectique & de l'érudition , tantôt de
la méthode fimple & claire du catéchifme.
L'Auteur de l'Ouvrage que
nous annonçons a préféré celle des interlocutions
, qui n'eft pas tout-à-fait fi
MARS. 1778 . 101
uniforme , & qui eft d'un autre côté moins
variée que le ton ordinaire du dialogue.
Il a cru devoir prendre ce jufte milieu ,
afin d'éviter l'ennui de la monotonie , &
de mettre par ce moyen dans la marche
du difcours , le plus de fimplicité qu'il
eft poffible. Il a voulu fe proportionner
aux perfonnes les moins inftruites , en
employant le ftyle familier , & fouvent
même populaire.
Comme on rencontre dans les états
même les plus obfcurs , des hommes
préparés à la féduction par leur ignorance
groffière , c'eft pour les Apologiftes
de la Religion Chrétienne un devoir
important de fe faire tout à tous ,
& de choisir de préférence le de
genre
preuves qui convient le mieux aux efprits
les moins pénétrans. Tel eft le but que
s'eft propofé l'Auteur des principes de la
Religion Naturelle , & de la foi chrétienne.
Il a fu rendre fenfibles & familières
, les preuves les plus fortes de
l'existence de Dieu , de la diftinction du
bien & du mal moral , & de la certitude
des vérités renfermées dans les livres de
l'ancien & du nouveau Teftament, Rien
n'eft plus convaincant que ce que cet
Auteur dit , par exemple , fur l'excellence
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
des vertus que le Chriftianiſme a produit
dans les fociétés politiques , & fur la
preuve fondamentale des miracles , &
F'obligation de croire à ceux que l'Inftituteur
adorable de la Religion Chrétienne
, & fes difciples , ont opéré , &
qui ont été atteftés par une multitude de
témoins , fans lefquels on n'auroit jamais
admis , comme authentique , l'Hiftoire.
qui repréfente ces miracles comme des
faits publics. Un Néophite , qui aura
faifi les raifonnemens fimples , claits &
même populaires du nouveau Catéchifte
fur ces deux objets principaux , excellence
de la morale chrétienne force
victorieufe de la preuve des miracles
, un tel Néophite ne fauroit être
ébranlé par les fophifmes de plufieurs
Écrivains modernes. Les lumières qu'il
aura puifées dans l'Ouvrage que nous
annonçons , doivent fuffire pour le prémunir
encore contre les raifonnemens
fpécieux de l'Auteur anonyme qui traite
du fort des Empires dans les différentes
époques . Cet Écrivain, également verfé
dans l'étude de l'Hiftoire , de la Philofophie
, de la Politique , examine , dans
fon Traité rempli d'excellentes vues patriotiques,
fi les hommes font plus heureux
de nos jours , qu'ils ne l'ont été
MARS. 1778. 103
S
dans les fiècles paffés , & indique en
même- tems les moyens d'améliorer le
fort des Empires . Il a cru que la difcuffion
de cette matière fi intéreffante
l'obligeoit à examiner auffi tout ce qui
a rapport à l'établiffement du Chriftianifme
, à fes effets , à fon influence fur
le bonheur des Peuples . Nous ne croyons
pas , comme cet Auteur le fait entendre
, que cette Religion fi admirable
par fa morale & par les vertus fociales.
qu'elle infpire , confidérée même du côté
politique , ait fouvent été contraire, par
plufieurs de fes inftitutions, à la profpérité
des Empires . Nous croyons au contraire
que rien n'eft plus propre à cimenter
, dans un Etat , la félicité publique
, que le Chriftianifme confidéré
dans fa pureté. Que faut-il en effet pour
améliorer les Gouvernemens , & rendre
également heureux les Souverains & les
Sujets ? Il faut que l'autorité foit refpectée
, que l'on obéiffe aux Loix , &
que cette heureufe harmonie foit partout
obfervée , non par la crainte des
homines , qui n'eft qu'une toile d'arraignée
, fuivant l'expreffion d'un Sage
de l'Antiquité ; mais par amour pour le
Législateur fuprême , &- par obéiffance
à fa Loi. Le Chriftianifme élève au
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
)
rang des premiers devoirs de la confcience
, la néceffité de maintenir l'ordre
public par de fages Loix ; la foumiffion
parfaite à ces mêmes Loix ; donne à l'autorité
fouveraine , un caractère facré &
inviolable , réprime les horreurs du defpotifme
, érige en Loix un grand nombre
de vertus fociales , infpire un attachement
tendre & zélé pour les intérêts du
Corps dont nous faifons partie , unit.
les efprits & les coeurs , rapproche
toutes les Nations par la feule Loi de
la charité , & nous délivre des erreurs
fuperftitieufes , & de toutes celles qui
font contraires à la profpérité des Empires
; en un mot , elle nous fait refpecter
les droits de l'humanité , & nous
apprend qu'on ne peut attenter à la liberté
que les hommes tiennent de la
Nature & des Loix , qu'en outrageant
le divin Législateur , qui eft leur bienfaiteur
& leur père. C'est ainsi que cette
Religion, dont le joug eft doux , & le
fardeau léger , formant le caractère national
, fait fentir fon aimable influence
dans toutes les parties de l'adminiſtra
tion d'un Etat pour en tempérer la rigeur
, & pour en affermir la conſtitution.
« Chofe admirable , s'écrie MonMAR
S. 1778. 105
tefquieu : la Religion Chrétienne qui
» ne femble avoir d'objet que la félicité
» de l'autre vie , fait encore notre bon-
» heur dans celle - ci.... Nous devons au
» Chriftianifme , ajoute-t il , un certain
droit politique , & dans la guerre un
» certain droit des gens , que la nature
» humaine ne fauroit affez reconnoître ...
» C'est la Religion Chrétienne qui ,
ود
malgré la grandeur de l'Empire & le
» vice du climat , a empêché le defpo-
» tifme de s'établir en Ethiopie , & a
ود
porté au milieu de l'Afrique , les
» Moeurs de l'Europe & fes Loix.... Nos
» Gouvernemens modernes , dit M.
Rouffeau dans fon Emile , doivent
incontestablement au Chriftianifme
» leur plus folide autorité , & leurs ré-
» volutions moins fréquentes ; il les a
» rendus eux- mêmes moins fanguinaires :
» cela fe prouve par le fait , en les comparant
aux Gouvernemens anciens » .
Il feroit très-aifé de prouver , fans
employer la profonde érudition & les
charmes du ftyle de l'Auteur anonyme ,
que le Chriftianifme , quand on en fépare
les abus que les hommes mêlent
aux chofes les plus excellentes , ne peut
produire dans les Sociétés que d'heureux
E
106 MERCURE DE FRANCE .
J
effets , puifque fa première loi à laquelle
toutes les autres font fubordonnées , eft la
loi de charité. Et qu'eft-ce , en effet
qu'une Société gouvernée par ce fentiment
? C'est une famille de frères &
d'amis , fous l'autorité d'un père commun
, qui aime & qui veut être aimé..
C'est ce même fentiment qui doit unir
auffi les Nations entre elles ; car, ce qu'eft
un homme à l'égard d'un autre homme ,
un Peuple l'eft à l'égard d'un autre Peuple.
» Il en doit être de la Religion , dit le
» célèbre Bacon , comme de la Nature :
» tous les refforts doivent tendre par
"
ود
ود
ود
préférence au bien commun : or il ne
» s'eft trouvé dans aucun fiècle , ni
fyftême de Philofophie , ni fecte de
Religion , ni corps de Jurifprudence ,
ni corps Politique qui ait , autant que
» la Religion Chrétienne , exalté le bien
» de tous , & réduit à fes juftes bornes
» le bien particulier, d'où réfulte évidem-
» ment que c'eft un feul & même Dieu
qui eft P'Auteur des loix de la Nature
» & du Chriftianifme »,
99
Combien d'autres témoignages auffi
favorables pourrions- nous citer les Bolinbroke
, les Maupertuis , les d'Alembert
, qui ont fait les mêmes aveus
MARS. 1778. 107
1
que Montefquieu , Rouffeau & Bacon ,
àl'égard de l'heureufe influence de la ReligionChrétienne
fur les Sociétés politiques.
Ces autorités doivent être impofantes
pour l'Auteur anonyme . Voyons comme
il s'explique fur la preuve victorieufe des
miracles , qui ont fervi à l'établiſſement
du Chriftianifme . « Si la Providence
» avoit voulu, dit- il, (tom I. p . 248) établir
» fon culte fur les miracles , il lui auroit
fuffi d'opérer à Rome une petite partie-
» de ceux dont les Juifs furent les feuls
» témoins ; ou même de donner à ceux-
» là une telle authenticité , qu'il eût été
impoffible de les révoquer en doute ,
» ou de les paffer fous filence , comme
» l'ont fait les deux plus favans Hommes,
Jofeph & Philon » . A cette affertion ,
où l'on cherche à détruire , ou du moins
à affoiblir la preuve fondamentale des
miracles , eft jointe une note fur les
prétendus aveus d'Origène fur les prodiges
, les vertus & la doctrine des Thaumaturges
pour apprécier leurs miracles .
93
"
On établit dans le Catéchifme dont nous
parlons , & on l'a démontré dans une
infinité d'autres , que les miracles qui
ont opéré la converfion du monde en
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
4
tier , avoient eu toute l'authenticité qu'un
efprit jufte , & un coeur droit pouvoient
defirer . Les Apologiftes de la Religion
Chrétienne , ont remarqué que la crédulité
des Peuples & l'illufion ne pouvoient
avoir eu aucune part à la foi qu'on
a ajoutée à ces miracles : les Auteurs qui
les rapportent étoient contemporains , &
plufieurs en parlent comme témoins oculaires
; ils ont été publics , multipliés &
très- bien circonftanciés : de la Judée , où
on les a crus malgré les préventions , le
bruit s'en eft répandu par toute la terre ,
où après avoir paffé par la plus févère
critique , on les a reçus comme indubitables
; la foi qu'on y a donnée s'eft
toujours foutenue fans altération , &
l'on ne peut affigner aucun tems où on
ne les a pas crus véritables .
Seroit-il poffible que la fauffeté eût
été univerfellement adoptée par les Savans
comme par les ignorans ? Auroientils
voulu , les uns & les autres , foumettre
leurs efprits à tant de mystères
impénétrables , & embraffer une Religion
qui prefcrit l'abnégation de foi-
-même , & la mortification des fens , fi
elle n'offroit pas par- tour des preuves
fenfibles de fa divinité ? Si les miracles
MARS. 1778. 109
de Jésus- Chrift euffent été faux , pourquoi
les Juifs ont- ils cherché des explications
pour en éluder la force , les uns
en difant que c'étoit l'opération du Démon
, les autres en recourant à d'autres
Commentaires auffi abfurdes ? Pourquoi
tant de détours , & ne pas tout d'un
coup en montrer la fauffeté ? Si on avoit
pu conteſter les miracles de Jéfus-Chrift,
Celfe & Julien auroient - ils fait tant
pour
-
d'efforts énerver la preuve que les
Chrétiens en tirèrent? Il falloit donc
que les prodiges de Jéfus Chrift fuffent
bien avérés , pour forcer un homme
comme Julien , à faire un aveu dont on
peut tirer des conféquences fi avantageufes
pour la Religion. N'étoit-il pas
plus fimple de les nier , & de défabufer
l'Univers en démafquant l'impoſture ?
Ils ne l'ont pas fait , au contraire , ils en
ont avoué plufieurs ; ainfi l'aveu & la
conduite des ennemis de la Religion
Chrétienne , démontrent évidemment
que l'hiftoire des miracles de Jéfus- Chrift
rapportée par les Évangéliftes , eft conforme
à la vérité.
Le Philofophe Hiftorien qui voudroit
que les miracles , en faveur du Chrif
tianifme , euffent eu plus d'authenticité ,
MERCURE DE FRANCE.
n'a befoin que de lire quelques - uns des
Ouvrages où cette matière eft difcutée ,
pour être perfuadé que les miracles ont
eu toute l'authenticité que l'on pouvoit
exiger ; il verra en lifant l'Histoire ,
que le dernier des fidèles impofoit filence
aux Oracles des Démons , & les forçoit
de déclarer qu'ils étoient des Démons .
Tous les jours les Payens imploroient le
fecours des Chrétiens pour guérir les
poffédés. Il n'étoit point extraordinaire ,
comme le remarque Saint Irenée , de
voir des Églifes fe mettre en prières , &
obtenir la réfurrection d'un Mott. Plufieurs
fe convertiffoient ; mais on doit
l'avouer , le grand nombre n'y faifoit
aucune attention . On auroit cru fe donner
un travers , de prendre la peine d'approfondir
& de faire des informations.
juridiques de tout ce que l'on difoit
en ce genre. Il y avoit dans la Judée ,
comme par - tout ailleurs , des hommes
qui avoient trop d'intérêt d'être
incrédules , pour croire à la preuve des
miracles. En effet , comment s'y prendre
pour convaincre du furnaturel , des gens
bien déterminés , tantôt à donner à la
Nature des forces arbitraires qu'ils étendent
felon le befoin , & à adopter les
J
MARS. 1778. I rr
fyftêmes les plus bizarres pourvu qu'ils
fe débarraffent du miracle , tantôt à
chicanet fans fin fur la certitude des
, &
faits , & le caractère
des
témoins
? Comment
trouver
les
moyens
de
perfuader
ces
efprits
fubtils
, féconds
en
difficultés
contre
les
chofes
les
mieux
établies
, &
ces
Savans
préfomptueux
, qui
, à force
d'examiner
les
chofes
, font
fi bien
que
les
plus
évidentes
leur
deviennent
incroyables
? Eft
-il fi aiſé
de
convaincre
ces
Efprits
foibles
ou
trop
préoccupés
pour
contempler
en
même
-tems
faifir
, tout
à la
fois
par
la
penfée
, les
différentes
circonftances
, les
différens
motifs
qui
, par
leur
concours
, donnent
à un
fait
ou
à une
queftion
, toute
la
certitude
dont
la
matière
eft
fufceptible
?
Comment
, en
effet
, ces
fortes
d'Efprits
trouveront
-ils
une
preuve
complette
qu'ils
femblent
chercher
, lorfqu'ils
ne
la cherchent
pas
où
elle
fe
trouve
, c'eftà-
dire
, dans
le
fecours
mutuel
que
fe
donnent
les
motifs
de
crédibilité
réunis
enfemble
? Peut
- on
aifément
ramener
au
vrai
des
hommes
qui
mefurent
la
certi
tude
des
faits
, non
fur
le
nombre
, la
gravité
, la
fidélité
des
témoins
, mais
fur
la
poffibilité
ou
l'impoffibilité
appa
112 MERCURE DE FRANCE.
+
rente de la chofe , & qui au lieu de dire ,
le fait eft poffible puifque il eft conftaté ,
décident qu'il n'eft point arrivé , parce
qu'ils le jugent impoffible ? C'eft donc
en vain que Jésus- Chrift & les Apôtres
auroient opéré les miracles à Rome?
Cette authenticité de plus , n'auroit pas
fait une plus forte fenfation : l'efprit
humain n'en autoit pas moins été fertile
en prétextes pour les déprifer , &
n'en tirer aucune induction. Les miracles
font certainement la voix de Dieu même,
qui parle aux fens , qui les jette dans la
furprife , & qui leur dit avec une éloquence
inimitable , que celui qui a le
pouvoir de fufpendre , d'interrompre &
de changer à fou gré les loix de la Nature
, mérite d'être écouté . Ils donnent
à celui qui les fait , une fupériorité en
genre de témoignage , qui devroit les
faire triompher de tout. Ils font les fondemens
de la révélation , & ne peuvent
pas par conféquent être joints à l'erreur ,
parce que le propre caractère d'un fondement
de la vérité , eft d'être auffi
immobile , auffi ferme & aufli inva
riable qu'elle. Quant à ceux qu'on trouve
joints à la fauffeté , on les a toujours
regardés comme des prèftiges qui ne peuMARS.
1778. 113
à
vent jamais entret en parallèle avec la
grandeur & la majefté des miracles divins.
Cependant , malgré toutes ces raifons
victorieufes , l'incrédulité fi naturelle
à l'homme corrompu , & fon oppofition
à tout ce qui peut le conduire
à une Religion qui déclare la guerre
fes paffions favorites , ne lui fuggère
que trop de fophifmes pour l'anéantir
s'il pouvoit , ou du moins éluder ce
genre de preuves. L'Evangile nous explique
la caufe de cette contradiction que
les miracles éprouvèrent dans tous les
tems. Voici les paroles terribles qui
furent adreffées aux Juifs incrédules , &
qui doivent être également appliquées à
tous ceux qui , dans tous les fiècles &
dans tous les pays , ont imité & imiteront
leurs funeftes difpofitions : Après tant de
» miracles que Jéfus-Chrift avoit fait à
» leurs yeux ( Saint-Jean , ch . 12 ) ils ne
» croyoient point eenn lluuii ,, afin que ce
» qu'a dit le Prophète Ifaïe s'accomplit.
Qui eft-ce , Seigneur , qui a ajouté foi
» à notre parole ? Et à qui le bras du
Seigneur s'eft il fait connoître ? Auffi
ne pouvoient-ils pas croire , fuivant ce
qu'a dit encore Ifaïe : Il a aveuglé
leurs yeux , & il a endurci leur coeur
>
"9
~
114 MERCURE DE FRANCE.
و د
» de forte qu'ils ne voient point des yeux ,
qu'ils ne comprennent point du coeur ,
» qu'ils ne fe convertiffent point , & que
» je ne les guéris point » . Cette prédiction
, qui ne fe vérifie que trop fouvent
, n'empêche pas que les miracles
ne foient la voix éloquente du Tout-
Puiffant , qui doit éclairer notre foi ,
affermir notre espérance enflammer
notre charité; & que , d'un autre côté ,
l'incrédulité ne foit l'effet propre de
la cupidité de l'homme , & d'un aveuglement
volontaire , fuivant cette parole
du Sage , fap 2. « Leur malice les a aveu
glés ».
و د
›
L'expérience de tous les fiècles , & la
connoiffance du coeur humain fuffifent
pour prouver que , ni les miracles les
plus frappans , ni les plus éclatantes merveilles
de la nature ne peuvent , feules 2
nous fixer invariablement dans le bien.
On trouve dans tous les tems où Dieu
s'eft manifefté d'une manière éclatante ,
une foule d'hommes de tout caractère
& de toute condition , qui , « aimant
» mieux leurs ténèbres que la lumière ,
» parce que leurs oeuvres font mauvaiſes ,
qui , n'ayant point en eux l'amour de
» Dieu ne peuvent croire , parce qu'ils
วง
› `
MARS . 1778. 115
» recherchent la gloire qu'ils fe donnent
» les uns aux autres , & ne recherchent
و د
point la gloire qui vient de Dieu
» feul. ». On peut donc avoir vu les prodiges
les plus étonnans , & n'en être pas
moins difpofé à les oublier & à les nier
même , lorfque l'intérêt des paflions
l'exige : tout dépend des difpofitions de
'ceux qui en font fpectateurs.
Quant au filence de Philon & de
Jofeph , on doit obferver d'abord , par rapport
au premier , qu'il a toujours vécu
hors de la Judée , & qu'il n'a pu compofer
fes Ouvrages que du tems d'Augufte
& de Tibère , étant déjà avancé
en âge quand il fut député par les Juifs
d'Alexandrie vers l'Empereur Caïus - Caligula
. Son filence fur Jéfus- Chrift &
fur les Chrétiens , n'a rien d'étonnant ,
puifque la plupart de fes Ouvrages font
d'une date antérieure . D'ailleurs on a
reproché à Philon d'avoir donné des
preuves de mauvaiſe foi , en cherchant
a affoiblir la certitude des prodiges opérés
par Moïfe. A l'égard de Jofeph , s'il
n'avoit pas ajouté foi aux miracles de
Jésus- Chrift & de fes Apôtres , il n'auroit
eu garde de fetaire dans cette fup116
MERCURE DE FRANCE.
>
pofition, parce que tout le portoit à parler:
l'intérêt de la vérité , le zèle pour
fa Religion , l'amour de fa Nation , le
defir fi naturel de plaire aux Juifs & aux
payens , ennemis déclarés de Jéfus-
Chrift & de fes Difciples . En dévoilant
les impoftures des Apôtres , Jofeph couvroit
les Chrétiens de confufion ; il s'attiroit
les applaudiffemens des Céfars
mêmes qui déteftoient cette Religion
& auroit eu la gloire de détromper les
Chrétiens que les premiers Difciples de
Jéfus avoient féduits . Au refte , perfonne
n'ignore que Jofeph pouffa la flatterie
jufqu'à vouloir faire regarder Vefpafien
comme le Roi que les Prophètes avoient
prédit , & qu'il fe mit par- là dans la néceffité
de rejeter tous les faits qui pou
voient être favorables à la divinité de
Jésus- Chriſt , & à la vérité de fes miracles.
La raifon de fon filence eft connue
, & cette raifon fuppofe la vérité de
tous les faits qu'il fupprime.
Quand l'incrédulité viendroit à ébranler
la force victorieufe de la preuve des miracles
, fuppofition qui certainement ne
fe réalifera jamais , la vérité de l'Évangile
n'en fouffriroit pas la plus légère atteinte .
Car , comme l'obferve Saint-Auguftin ,
M AR S. 1778. 117
fi le monde a cru à l'Evangile fans miracles
, le fait , ' s'il étoit vrai , feroit luimême
un grand miracle . Car il n'eſt pas
dans la nature , ni dans l'ordre de nos
moeurs , qu'une Religion qui humilie
notre efprit par l'incompréhenfibilité de
fes mystères , qui mortifie la cupidité par
l'austérité de la morale , attaquée d'ailleurs
par les préjugés des Nations fur le culte
religieux annoncée enfin
gens groffiers & ignorans , ait été reçue
avec tant de facilité , à moins que Dien
n'eut opéré extraordinairement fur les
efprits & les volontés des hommes. Cer
événement , difent les Apologiftes du
Chriftianifme , s'il avoit eu lieu , auroit
donc été lui-même le plus grand des
prodiges.
>
*
par
des
Quant à la note que l'Auteur joint
,
* cc Origène , dans fa défenfe contre Celle ,
tom. I , p. 248 accorde à la Philofophie
Payenne , que plufieurs miracles ont pu être
opérés par magie ; & la feule règle qu'il donne
pour diftinguer ceux qui viennent du Ciel ,
c'eſt la morale , la doctrine & les moeurs de
ceux qui les opèrent. Perfonne n'ignore les
prodiges enfantés par les Magiciens de Pharaon;
" & l'on fait auffi que , lorfque les Payens vous
118 MERCURE DE FRANCE.
•
à cet endroit de fon Livre où il affoiblit
l'authenticité des miracles de Jéfus Chrift ,
les fuppofitions qu'elle renferme ne nous
paroiffent pas exactes . Nous ne voyons
dans aucun Ouvrage ancien & moderne ,
qu'Origène , ou aucun autre Apologiſte
de la Religion , ait jamais accordé aux
Philofophes Payens , que des miracles
proprement dits , peuvent être opérés
par la magie . Tous ceux qui ont défendu
le Chriftianifme contre les accufations
ou les infultes des Payens , ont conftamment
enfeigné , ce qui eft d'ailleurs évident,
que Dieu feul étant le Souverain
Maître de la nature , lui feul auffi peut
en renverfer ou en fufpendre les Loix ;
& qu'ainfi un vrai miracle ne peut être
que l'effet de fa toute- puiffance , fans que
ni le Démon , ni aucun Être créé puiffe
opérer de femblabes merveilles . Les
ɔɔ
» lurent oppofer les miracles d'Apollonius de
Tyane à ceux de Jefus - Chrift , les Chrétiens,
»pour répondre à cette objection , fe contentè-
» rent de faire la critique de la vie & du caractère
de ce Philofophe ; parce qu'il importoit peu ,
felon eux , quels miracles il pouvoit opérer , s'il
» étoit certain que fa doctrine & fa conduite ac
méritoient ni reſpect ni confiance » .
20
MARS. 1778. 119
fauffes Divinités des Nations , ou les
Démons invoqués dans les opérations de
la magie , peuvent étonner des hommes
ignorans ou peu attentifs, par des preſtiges
& des oeuvres extraordinaires ; mais ils
ne fauroient changer les loix de la nature.
Ce pouvoir a été regardé par Origène
& par les autres Défenfeurs de la Religion
, comme un caractère incommunicable
du vrai Dieu , & le fondement principal de
la révélation . C'eft un principe que l'on
puife également dans la faine Philofophie
& dans la tradition , que les
Efprits créés ne peuvent opérer un miracle
proprement dit , c'eſt- à dire
و
un
effet fupérieur à l'ordre de toute nature.
créée ; que la matière ne leur est pas
tellement foumife, qu'ils puiffent à leur
gré la changer d'une forme en une autre ,
que les Démons ne peuvent agir qu'en
mettant en oeuvre les femences les
germes , les principes cachés que Dieu
a mis dans le monde en le créeant pour
produire certains effets. C'eft fans aucun
fondement que l'Anonyme foutient que
les Chrétiens n'ont eu à oppoſer aux
prétendus miracles d'Appollonius , que
les vices de fa conduite ou la fauffeté
de fa doctrine, Ce qu'on a fur- tout ré120
MERCURE DE FRANCE.
+
pondu à ceux qui oppofoient au Chriftianifme
les faits de cet étrange Thaumaturge
, c'eft que le premier qui en
ait parlé , eft Philoftrate , ce méprifable
Écrivain qui n'a compofé fon Roman
que plus de cent ans après la mort d'Appollonius
; & qu'au contraire les Auteurs
contemporains , tels qu'Euphrate , ce Philofophe
fi célébré par Pline le jeune , ne
difent mot de ces prétendues merveilles
& nous reprefentent Appollonius comme
un Aventurier & un Impofteur . Il eſt
bien fingulier que ceux qui font fi féconds
en difficultés quand il s'agit de croire les
faits fi bien atteftés , qui fervent d'appui
à la Religion , reçoivent avec une fi
aveugle crédulité , le témoignage d'un
Auteur tel que Philoftrate & faffent
femblant de croire à une hiftoire remplie
de menfonges groffiers & de fables ridicules.
Le favant Huet compare l'Hiſtoire
d'Appollonius aux Contes des Fées . On
ne prouvera jamais que les Chrétiens
n'ayent fait aucun cas des miracles , &
qu'ils ne fe foient attachés qu'à l'examen
de la doctrine . Ils n'ont cru dans aucun
tems que la doctrine véritable , & des
miracles proprement dits , puffent être
en contradiction ; qu'il y eût jamais des
>
cas
MAR S. 1778. 121
cas où l'on fut obligé d'opter , & de
rejeter de vrais miracles , pour conferver
la pureté de la doctrine. L'indifférence
que l'Auteur de la note leur attribue
pour les miracles , eft une pure fuppofition
, & un outrage fait aux Apologiftes
de la Religion.
Perfonne affurément n'ignore les prodiges
enfantés par les Magiciens de Pharaon.
Mais qu'ont de commun ces preftiges de
l'Efprit impur avec les miracles opérés
en faveur de la Religion ? Ces Magiciens
eux-mêmes s'avouent vaincus. Ils confeffent
malgré eux , & leur impuiffance
& le fouverain pouvoir du vrai Dieu ,
dont Moyfe eft dépofitaire. Eft-ce que la
fcience & l'érudition ne produiroient aujourd'hui
d'autre effet que de nous rendre
féconds en difficultés , & plus ingénieux
que les Impofteurs de l'Égypte , à trouver
des prétextes pour méconnoître le doigt
de Dieu dans les merveilles qui ont opéré
la converfion du monde ?
Nos pères ont fouvent péché par une crédulité
fuperftitieufe , & par un amour déréglé
du merveilleux . Pour éviter cet excès ,
nous fommes tombés dans l'excès contraire.
A une critique judicieuſe qui n'admet
dans ce genre extraordinaire , que ce
F
122 MERCURE
DE FRANCE.
qui eft bien prouvé , a fuccédé une critique
hardie & fère de fes lumières , qui
rejette tout ce qu'elle n'entend pas , par
cela feul qu'elle ne peut le comprendre.
Sous prétexte de faire valoir les droits de
la raifon , on en a oublié le légitime
ufage & l'on s'eft livré à un pyrronifme
hiſtorique , qui mefure la certitude
des faits , non fur le nombre , la
gravité , la fidélité des Témoins , mais
fur la poffibilité ou l'impoffibilité apparente
de la chofe.
de la Religion Chrétienne , expliqués en
forme de Catéchifme. A Paris , chez
Berton , rue Saint-Victor ; Crapart ,
rue d'Enfer ; Onfroy , quai des Auguſtins.
Si l'incrédulité prend aujourd'hui toute
forte de formes pour éblouir les efprits
fuperficiels & avides de nouveautés , le
zèle qu'infpire la vraie Religion , n'en
eft aufli que plus actif & plus occupé à
inftruire les fidèles , & à les prémunir
contre la féduction. On voit ce zèle fi
louable , fe fervir tantôt des armes de la
dialectique & de l'érudition , tantôt de
la méthode fimple & claire du catéchifme.
L'Auteur de l'Ouvrage que
nous annonçons a préféré celle des interlocutions
, qui n'eft pas tout-à-fait fi
MARS. 1778 . 101
uniforme , & qui eft d'un autre côté moins
variée que le ton ordinaire du dialogue.
Il a cru devoir prendre ce jufte milieu ,
afin d'éviter l'ennui de la monotonie , &
de mettre par ce moyen dans la marche
du difcours , le plus de fimplicité qu'il
eft poffible. Il a voulu fe proportionner
aux perfonnes les moins inftruites , en
employant le ftyle familier , & fouvent
même populaire.
Comme on rencontre dans les états
même les plus obfcurs , des hommes
préparés à la féduction par leur ignorance
groffière , c'eft pour les Apologiftes
de la Religion Chrétienne un devoir
important de fe faire tout à tous ,
& de choisir de préférence le de
genre
preuves qui convient le mieux aux efprits
les moins pénétrans. Tel eft le but que
s'eft propofé l'Auteur des principes de la
Religion Naturelle , & de la foi chrétienne.
Il a fu rendre fenfibles & familières
, les preuves les plus fortes de
l'existence de Dieu , de la diftinction du
bien & du mal moral , & de la certitude
des vérités renfermées dans les livres de
l'ancien & du nouveau Teftament, Rien
n'eft plus convaincant que ce que cet
Auteur dit , par exemple , fur l'excellence
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
des vertus que le Chriftianiſme a produit
dans les fociétés politiques , & fur la
preuve fondamentale des miracles , &
F'obligation de croire à ceux que l'Inftituteur
adorable de la Religion Chrétienne
, & fes difciples , ont opéré , &
qui ont été atteftés par une multitude de
témoins , fans lefquels on n'auroit jamais
admis , comme authentique , l'Hiftoire.
qui repréfente ces miracles comme des
faits publics. Un Néophite , qui aura
faifi les raifonnemens fimples , claits &
même populaires du nouveau Catéchifte
fur ces deux objets principaux , excellence
de la morale chrétienne force
victorieufe de la preuve des miracles
, un tel Néophite ne fauroit être
ébranlé par les fophifmes de plufieurs
Écrivains modernes. Les lumières qu'il
aura puifées dans l'Ouvrage que nous
annonçons , doivent fuffire pour le prémunir
encore contre les raifonnemens
fpécieux de l'Auteur anonyme qui traite
du fort des Empires dans les différentes
époques . Cet Écrivain, également verfé
dans l'étude de l'Hiftoire , de la Philofophie
, de la Politique , examine , dans
fon Traité rempli d'excellentes vues patriotiques,
fi les hommes font plus heureux
de nos jours , qu'ils ne l'ont été
MARS. 1778. 103
S
dans les fiècles paffés , & indique en
même- tems les moyens d'améliorer le
fort des Empires . Il a cru que la difcuffion
de cette matière fi intéreffante
l'obligeoit à examiner auffi tout ce qui
a rapport à l'établiffement du Chriftianifme
, à fes effets , à fon influence fur
le bonheur des Peuples . Nous ne croyons
pas , comme cet Auteur le fait entendre
, que cette Religion fi admirable
par fa morale & par les vertus fociales.
qu'elle infpire , confidérée même du côté
politique , ait fouvent été contraire, par
plufieurs de fes inftitutions, à la profpérité
des Empires . Nous croyons au contraire
que rien n'eft plus propre à cimenter
, dans un Etat , la félicité publique
, que le Chriftianifme confidéré
dans fa pureté. Que faut-il en effet pour
améliorer les Gouvernemens , & rendre
également heureux les Souverains & les
Sujets ? Il faut que l'autorité foit refpectée
, que l'on obéiffe aux Loix , &
que cette heureufe harmonie foit partout
obfervée , non par la crainte des
homines , qui n'eft qu'une toile d'arraignée
, fuivant l'expreffion d'un Sage
de l'Antiquité ; mais par amour pour le
Législateur fuprême , &- par obéiffance
à fa Loi. Le Chriftianifme élève au
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
)
rang des premiers devoirs de la confcience
, la néceffité de maintenir l'ordre
public par de fages Loix ; la foumiffion
parfaite à ces mêmes Loix ; donne à l'autorité
fouveraine , un caractère facré &
inviolable , réprime les horreurs du defpotifme
, érige en Loix un grand nombre
de vertus fociales , infpire un attachement
tendre & zélé pour les intérêts du
Corps dont nous faifons partie , unit.
les efprits & les coeurs , rapproche
toutes les Nations par la feule Loi de
la charité , & nous délivre des erreurs
fuperftitieufes , & de toutes celles qui
font contraires à la profpérité des Empires
; en un mot , elle nous fait refpecter
les droits de l'humanité , & nous
apprend qu'on ne peut attenter à la liberté
que les hommes tiennent de la
Nature & des Loix , qu'en outrageant
le divin Législateur , qui eft leur bienfaiteur
& leur père. C'est ainsi que cette
Religion, dont le joug eft doux , & le
fardeau léger , formant le caractère national
, fait fentir fon aimable influence
dans toutes les parties de l'adminiſtra
tion d'un Etat pour en tempérer la rigeur
, & pour en affermir la conſtitution.
« Chofe admirable , s'écrie MonMAR
S. 1778. 105
tefquieu : la Religion Chrétienne qui
» ne femble avoir d'objet que la félicité
» de l'autre vie , fait encore notre bon-
» heur dans celle - ci.... Nous devons au
» Chriftianifme , ajoute-t il , un certain
droit politique , & dans la guerre un
» certain droit des gens , que la nature
» humaine ne fauroit affez reconnoître ...
» C'est la Religion Chrétienne qui ,
ود
malgré la grandeur de l'Empire & le
» vice du climat , a empêché le defpo-
» tifme de s'établir en Ethiopie , & a
ود
porté au milieu de l'Afrique , les
» Moeurs de l'Europe & fes Loix.... Nos
» Gouvernemens modernes , dit M.
Rouffeau dans fon Emile , doivent
incontestablement au Chriftianifme
» leur plus folide autorité , & leurs ré-
» volutions moins fréquentes ; il les a
» rendus eux- mêmes moins fanguinaires :
» cela fe prouve par le fait , en les comparant
aux Gouvernemens anciens » .
Il feroit très-aifé de prouver , fans
employer la profonde érudition & les
charmes du ftyle de l'Auteur anonyme ,
que le Chriftianifme , quand on en fépare
les abus que les hommes mêlent
aux chofes les plus excellentes , ne peut
produire dans les Sociétés que d'heureux
E
106 MERCURE DE FRANCE .
J
effets , puifque fa première loi à laquelle
toutes les autres font fubordonnées , eft la
loi de charité. Et qu'eft-ce , en effet
qu'une Société gouvernée par ce fentiment
? C'est une famille de frères &
d'amis , fous l'autorité d'un père commun
, qui aime & qui veut être aimé..
C'est ce même fentiment qui doit unir
auffi les Nations entre elles ; car, ce qu'eft
un homme à l'égard d'un autre homme ,
un Peuple l'eft à l'égard d'un autre Peuple.
» Il en doit être de la Religion , dit le
» célèbre Bacon , comme de la Nature :
» tous les refforts doivent tendre par
"
ود
ود
ود
préférence au bien commun : or il ne
» s'eft trouvé dans aucun fiècle , ni
fyftême de Philofophie , ni fecte de
Religion , ni corps de Jurifprudence ,
ni corps Politique qui ait , autant que
» la Religion Chrétienne , exalté le bien
» de tous , & réduit à fes juftes bornes
» le bien particulier, d'où réfulte évidem-
» ment que c'eft un feul & même Dieu
qui eft P'Auteur des loix de la Nature
» & du Chriftianifme »,
99
Combien d'autres témoignages auffi
favorables pourrions- nous citer les Bolinbroke
, les Maupertuis , les d'Alembert
, qui ont fait les mêmes aveus
MARS. 1778. 107
1
que Montefquieu , Rouffeau & Bacon ,
àl'égard de l'heureufe influence de la ReligionChrétienne
fur les Sociétés politiques.
Ces autorités doivent être impofantes
pour l'Auteur anonyme . Voyons comme
il s'explique fur la preuve victorieufe des
miracles , qui ont fervi à l'établiſſement
du Chriftianifme . « Si la Providence
» avoit voulu, dit- il, (tom I. p . 248) établir
» fon culte fur les miracles , il lui auroit
fuffi d'opérer à Rome une petite partie-
» de ceux dont les Juifs furent les feuls
» témoins ; ou même de donner à ceux-
» là une telle authenticité , qu'il eût été
impoffible de les révoquer en doute ,
» ou de les paffer fous filence , comme
» l'ont fait les deux plus favans Hommes,
Jofeph & Philon » . A cette affertion ,
où l'on cherche à détruire , ou du moins
à affoiblir la preuve fondamentale des
miracles , eft jointe une note fur les
prétendus aveus d'Origène fur les prodiges
, les vertus & la doctrine des Thaumaturges
pour apprécier leurs miracles .
93
"
On établit dans le Catéchifme dont nous
parlons , & on l'a démontré dans une
infinité d'autres , que les miracles qui
ont opéré la converfion du monde en
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
4
tier , avoient eu toute l'authenticité qu'un
efprit jufte , & un coeur droit pouvoient
defirer . Les Apologiftes de la Religion
Chrétienne , ont remarqué que la crédulité
des Peuples & l'illufion ne pouvoient
avoir eu aucune part à la foi qu'on
a ajoutée à ces miracles : les Auteurs qui
les rapportent étoient contemporains , &
plufieurs en parlent comme témoins oculaires
; ils ont été publics , multipliés &
très- bien circonftanciés : de la Judée , où
on les a crus malgré les préventions , le
bruit s'en eft répandu par toute la terre ,
où après avoir paffé par la plus févère
critique , on les a reçus comme indubitables
; la foi qu'on y a donnée s'eft
toujours foutenue fans altération , &
l'on ne peut affigner aucun tems où on
ne les a pas crus véritables .
Seroit-il poffible que la fauffeté eût
été univerfellement adoptée par les Savans
comme par les ignorans ? Auroientils
voulu , les uns & les autres , foumettre
leurs efprits à tant de mystères
impénétrables , & embraffer une Religion
qui prefcrit l'abnégation de foi-
-même , & la mortification des fens , fi
elle n'offroit pas par- tour des preuves
fenfibles de fa divinité ? Si les miracles
MARS. 1778. 109
de Jésus- Chrift euffent été faux , pourquoi
les Juifs ont- ils cherché des explications
pour en éluder la force , les uns
en difant que c'étoit l'opération du Démon
, les autres en recourant à d'autres
Commentaires auffi abfurdes ? Pourquoi
tant de détours , & ne pas tout d'un
coup en montrer la fauffeté ? Si on avoit
pu conteſter les miracles de Jéfus-Chrift,
Celfe & Julien auroient - ils fait tant
pour
-
d'efforts énerver la preuve que les
Chrétiens en tirèrent? Il falloit donc
que les prodiges de Jéfus Chrift fuffent
bien avérés , pour forcer un homme
comme Julien , à faire un aveu dont on
peut tirer des conféquences fi avantageufes
pour la Religion. N'étoit-il pas
plus fimple de les nier , & de défabufer
l'Univers en démafquant l'impoſture ?
Ils ne l'ont pas fait , au contraire , ils en
ont avoué plufieurs ; ainfi l'aveu & la
conduite des ennemis de la Religion
Chrétienne , démontrent évidemment
que l'hiftoire des miracles de Jéfus- Chrift
rapportée par les Évangéliftes , eft conforme
à la vérité.
Le Philofophe Hiftorien qui voudroit
que les miracles , en faveur du Chrif
tianifme , euffent eu plus d'authenticité ,
MERCURE DE FRANCE.
n'a befoin que de lire quelques - uns des
Ouvrages où cette matière eft difcutée ,
pour être perfuadé que les miracles ont
eu toute l'authenticité que l'on pouvoit
exiger ; il verra en lifant l'Histoire ,
que le dernier des fidèles impofoit filence
aux Oracles des Démons , & les forçoit
de déclarer qu'ils étoient des Démons .
Tous les jours les Payens imploroient le
fecours des Chrétiens pour guérir les
poffédés. Il n'étoit point extraordinaire ,
comme le remarque Saint Irenée , de
voir des Églifes fe mettre en prières , &
obtenir la réfurrection d'un Mott. Plufieurs
fe convertiffoient ; mais on doit
l'avouer , le grand nombre n'y faifoit
aucune attention . On auroit cru fe donner
un travers , de prendre la peine d'approfondir
& de faire des informations.
juridiques de tout ce que l'on difoit
en ce genre. Il y avoit dans la Judée ,
comme par - tout ailleurs , des hommes
qui avoient trop d'intérêt d'être
incrédules , pour croire à la preuve des
miracles. En effet , comment s'y prendre
pour convaincre du furnaturel , des gens
bien déterminés , tantôt à donner à la
Nature des forces arbitraires qu'ils étendent
felon le befoin , & à adopter les
J
MARS. 1778. I rr
fyftêmes les plus bizarres pourvu qu'ils
fe débarraffent du miracle , tantôt à
chicanet fans fin fur la certitude des
, &
faits , & le caractère
des
témoins
? Comment
trouver
les
moyens
de
perfuader
ces
efprits
fubtils
, féconds
en
difficultés
contre
les
chofes
les
mieux
établies
, &
ces
Savans
préfomptueux
, qui
, à force
d'examiner
les
chofes
, font
fi bien
que
les
plus
évidentes
leur
deviennent
incroyables
? Eft
-il fi aiſé
de
convaincre
ces
Efprits
foibles
ou
trop
préoccupés
pour
contempler
en
même
-tems
faifir
, tout
à la
fois
par
la
penfée
, les
différentes
circonftances
, les
différens
motifs
qui
, par
leur
concours
, donnent
à un
fait
ou
à une
queftion
, toute
la
certitude
dont
la
matière
eft
fufceptible
?
Comment
, en
effet
, ces
fortes
d'Efprits
trouveront
-ils
une
preuve
complette
qu'ils
femblent
chercher
, lorfqu'ils
ne
la cherchent
pas
où
elle
fe
trouve
, c'eftà-
dire
, dans
le
fecours
mutuel
que
fe
donnent
les
motifs
de
crédibilité
réunis
enfemble
? Peut
- on
aifément
ramener
au
vrai
des
hommes
qui
mefurent
la
certi
tude
des
faits
, non
fur
le
nombre
, la
gravité
, la
fidélité
des
témoins
, mais
fur
la
poffibilité
ou
l'impoffibilité
appa
112 MERCURE DE FRANCE.
+
rente de la chofe , & qui au lieu de dire ,
le fait eft poffible puifque il eft conftaté ,
décident qu'il n'eft point arrivé , parce
qu'ils le jugent impoffible ? C'eft donc
en vain que Jésus- Chrift & les Apôtres
auroient opéré les miracles à Rome?
Cette authenticité de plus , n'auroit pas
fait une plus forte fenfation : l'efprit
humain n'en autoit pas moins été fertile
en prétextes pour les déprifer , &
n'en tirer aucune induction. Les miracles
font certainement la voix de Dieu même,
qui parle aux fens , qui les jette dans la
furprife , & qui leur dit avec une éloquence
inimitable , que celui qui a le
pouvoir de fufpendre , d'interrompre &
de changer à fou gré les loix de la Nature
, mérite d'être écouté . Ils donnent
à celui qui les fait , une fupériorité en
genre de témoignage , qui devroit les
faire triompher de tout. Ils font les fondemens
de la révélation , & ne peuvent
pas par conféquent être joints à l'erreur ,
parce que le propre caractère d'un fondement
de la vérité , eft d'être auffi
immobile , auffi ferme & aufli inva
riable qu'elle. Quant à ceux qu'on trouve
joints à la fauffeté , on les a toujours
regardés comme des prèftiges qui ne peuMARS.
1778. 113
à
vent jamais entret en parallèle avec la
grandeur & la majefté des miracles divins.
Cependant , malgré toutes ces raifons
victorieufes , l'incrédulité fi naturelle
à l'homme corrompu , & fon oppofition
à tout ce qui peut le conduire
à une Religion qui déclare la guerre
fes paffions favorites , ne lui fuggère
que trop de fophifmes pour l'anéantir
s'il pouvoit , ou du moins éluder ce
genre de preuves. L'Evangile nous explique
la caufe de cette contradiction que
les miracles éprouvèrent dans tous les
tems. Voici les paroles terribles qui
furent adreffées aux Juifs incrédules , &
qui doivent être également appliquées à
tous ceux qui , dans tous les fiècles &
dans tous les pays , ont imité & imiteront
leurs funeftes difpofitions : Après tant de
» miracles que Jéfus-Chrift avoit fait à
» leurs yeux ( Saint-Jean , ch . 12 ) ils ne
» croyoient point eenn lluuii ,, afin que ce
» qu'a dit le Prophète Ifaïe s'accomplit.
Qui eft-ce , Seigneur , qui a ajouté foi
» à notre parole ? Et à qui le bras du
Seigneur s'eft il fait connoître ? Auffi
ne pouvoient-ils pas croire , fuivant ce
qu'a dit encore Ifaïe : Il a aveuglé
leurs yeux , & il a endurci leur coeur
>
"9
~
114 MERCURE DE FRANCE.
و د
» de forte qu'ils ne voient point des yeux ,
qu'ils ne comprennent point du coeur ,
» qu'ils ne fe convertiffent point , & que
» je ne les guéris point » . Cette prédiction
, qui ne fe vérifie que trop fouvent
, n'empêche pas que les miracles
ne foient la voix éloquente du Tout-
Puiffant , qui doit éclairer notre foi ,
affermir notre espérance enflammer
notre charité; & que , d'un autre côté ,
l'incrédulité ne foit l'effet propre de
la cupidité de l'homme , & d'un aveuglement
volontaire , fuivant cette parole
du Sage , fap 2. « Leur malice les a aveu
glés ».
و د
›
L'expérience de tous les fiècles , & la
connoiffance du coeur humain fuffifent
pour prouver que , ni les miracles les
plus frappans , ni les plus éclatantes merveilles
de la nature ne peuvent , feules 2
nous fixer invariablement dans le bien.
On trouve dans tous les tems où Dieu
s'eft manifefté d'une manière éclatante ,
une foule d'hommes de tout caractère
& de toute condition , qui , « aimant
» mieux leurs ténèbres que la lumière ,
» parce que leurs oeuvres font mauvaiſes ,
qui , n'ayant point en eux l'amour de
» Dieu ne peuvent croire , parce qu'ils
วง
› `
MARS . 1778. 115
» recherchent la gloire qu'ils fe donnent
» les uns aux autres , & ne recherchent
و د
point la gloire qui vient de Dieu
» feul. ». On peut donc avoir vu les prodiges
les plus étonnans , & n'en être pas
moins difpofé à les oublier & à les nier
même , lorfque l'intérêt des paflions
l'exige : tout dépend des difpofitions de
'ceux qui en font fpectateurs.
Quant au filence de Philon & de
Jofeph , on doit obferver d'abord , par rapport
au premier , qu'il a toujours vécu
hors de la Judée , & qu'il n'a pu compofer
fes Ouvrages que du tems d'Augufte
& de Tibère , étant déjà avancé
en âge quand il fut député par les Juifs
d'Alexandrie vers l'Empereur Caïus - Caligula
. Son filence fur Jéfus- Chrift &
fur les Chrétiens , n'a rien d'étonnant ,
puifque la plupart de fes Ouvrages font
d'une date antérieure . D'ailleurs on a
reproché à Philon d'avoir donné des
preuves de mauvaiſe foi , en cherchant
a affoiblir la certitude des prodiges opérés
par Moïfe. A l'égard de Jofeph , s'il
n'avoit pas ajouté foi aux miracles de
Jésus- Chrift & de fes Apôtres , il n'auroit
eu garde de fetaire dans cette fup116
MERCURE DE FRANCE.
>
pofition, parce que tout le portoit à parler:
l'intérêt de la vérité , le zèle pour
fa Religion , l'amour de fa Nation , le
defir fi naturel de plaire aux Juifs & aux
payens , ennemis déclarés de Jéfus-
Chrift & de fes Difciples . En dévoilant
les impoftures des Apôtres , Jofeph couvroit
les Chrétiens de confufion ; il s'attiroit
les applaudiffemens des Céfars
mêmes qui déteftoient cette Religion
& auroit eu la gloire de détromper les
Chrétiens que les premiers Difciples de
Jéfus avoient féduits . Au refte , perfonne
n'ignore que Jofeph pouffa la flatterie
jufqu'à vouloir faire regarder Vefpafien
comme le Roi que les Prophètes avoient
prédit , & qu'il fe mit par- là dans la néceffité
de rejeter tous les faits qui pou
voient être favorables à la divinité de
Jésus- Chriſt , & à la vérité de fes miracles.
La raifon de fon filence eft connue
, & cette raifon fuppofe la vérité de
tous les faits qu'il fupprime.
Quand l'incrédulité viendroit à ébranler
la force victorieufe de la preuve des miracles
, fuppofition qui certainement ne
fe réalifera jamais , la vérité de l'Évangile
n'en fouffriroit pas la plus légère atteinte .
Car , comme l'obferve Saint-Auguftin ,
M AR S. 1778. 117
fi le monde a cru à l'Evangile fans miracles
, le fait , ' s'il étoit vrai , feroit luimême
un grand miracle . Car il n'eſt pas
dans la nature , ni dans l'ordre de nos
moeurs , qu'une Religion qui humilie
notre efprit par l'incompréhenfibilité de
fes mystères , qui mortifie la cupidité par
l'austérité de la morale , attaquée d'ailleurs
par les préjugés des Nations fur le culte
religieux annoncée enfin
gens groffiers & ignorans , ait été reçue
avec tant de facilité , à moins que Dien
n'eut opéré extraordinairement fur les
efprits & les volontés des hommes. Cer
événement , difent les Apologiftes du
Chriftianifme , s'il avoit eu lieu , auroit
donc été lui-même le plus grand des
prodiges.
>
*
par
des
Quant à la note que l'Auteur joint
,
* cc Origène , dans fa défenfe contre Celle ,
tom. I , p. 248 accorde à la Philofophie
Payenne , que plufieurs miracles ont pu être
opérés par magie ; & la feule règle qu'il donne
pour diftinguer ceux qui viennent du Ciel ,
c'eſt la morale , la doctrine & les moeurs de
ceux qui les opèrent. Perfonne n'ignore les
prodiges enfantés par les Magiciens de Pharaon;
" & l'on fait auffi que , lorfque les Payens vous
118 MERCURE DE FRANCE.
•
à cet endroit de fon Livre où il affoiblit
l'authenticité des miracles de Jéfus Chrift ,
les fuppofitions qu'elle renferme ne nous
paroiffent pas exactes . Nous ne voyons
dans aucun Ouvrage ancien & moderne ,
qu'Origène , ou aucun autre Apologiſte
de la Religion , ait jamais accordé aux
Philofophes Payens , que des miracles
proprement dits , peuvent être opérés
par la magie . Tous ceux qui ont défendu
le Chriftianifme contre les accufations
ou les infultes des Payens , ont conftamment
enfeigné , ce qui eft d'ailleurs évident,
que Dieu feul étant le Souverain
Maître de la nature , lui feul auffi peut
en renverfer ou en fufpendre les Loix ;
& qu'ainfi un vrai miracle ne peut être
que l'effet de fa toute- puiffance , fans que
ni le Démon , ni aucun Être créé puiffe
opérer de femblabes merveilles . Les
ɔɔ
» lurent oppofer les miracles d'Apollonius de
Tyane à ceux de Jefus - Chrift , les Chrétiens,
»pour répondre à cette objection , fe contentè-
» rent de faire la critique de la vie & du caractère
de ce Philofophe ; parce qu'il importoit peu ,
felon eux , quels miracles il pouvoit opérer , s'il
» étoit certain que fa doctrine & fa conduite ac
méritoient ni reſpect ni confiance » .
20
MARS. 1778. 119
fauffes Divinités des Nations , ou les
Démons invoqués dans les opérations de
la magie , peuvent étonner des hommes
ignorans ou peu attentifs, par des preſtiges
& des oeuvres extraordinaires ; mais ils
ne fauroient changer les loix de la nature.
Ce pouvoir a été regardé par Origène
& par les autres Défenfeurs de la Religion
, comme un caractère incommunicable
du vrai Dieu , & le fondement principal de
la révélation . C'eft un principe que l'on
puife également dans la faine Philofophie
& dans la tradition , que les
Efprits créés ne peuvent opérer un miracle
proprement dit , c'eſt- à dire
و
un
effet fupérieur à l'ordre de toute nature.
créée ; que la matière ne leur est pas
tellement foumife, qu'ils puiffent à leur
gré la changer d'une forme en une autre ,
que les Démons ne peuvent agir qu'en
mettant en oeuvre les femences les
germes , les principes cachés que Dieu
a mis dans le monde en le créeant pour
produire certains effets. C'eft fans aucun
fondement que l'Anonyme foutient que
les Chrétiens n'ont eu à oppoſer aux
prétendus miracles d'Appollonius , que
les vices de fa conduite ou la fauffeté
de fa doctrine, Ce qu'on a fur- tout ré120
MERCURE DE FRANCE.
+
pondu à ceux qui oppofoient au Chriftianifme
les faits de cet étrange Thaumaturge
, c'eft que le premier qui en
ait parlé , eft Philoftrate , ce méprifable
Écrivain qui n'a compofé fon Roman
que plus de cent ans après la mort d'Appollonius
; & qu'au contraire les Auteurs
contemporains , tels qu'Euphrate , ce Philofophe
fi célébré par Pline le jeune , ne
difent mot de ces prétendues merveilles
& nous reprefentent Appollonius comme
un Aventurier & un Impofteur . Il eſt
bien fingulier que ceux qui font fi féconds
en difficultés quand il s'agit de croire les
faits fi bien atteftés , qui fervent d'appui
à la Religion , reçoivent avec une fi
aveugle crédulité , le témoignage d'un
Auteur tel que Philoftrate & faffent
femblant de croire à une hiftoire remplie
de menfonges groffiers & de fables ridicules.
Le favant Huet compare l'Hiſtoire
d'Appollonius aux Contes des Fées . On
ne prouvera jamais que les Chrétiens
n'ayent fait aucun cas des miracles , &
qu'ils ne fe foient attachés qu'à l'examen
de la doctrine . Ils n'ont cru dans aucun
tems que la doctrine véritable , & des
miracles proprement dits , puffent être
en contradiction ; qu'il y eût jamais des
>
cas
MAR S. 1778. 121
cas où l'on fut obligé d'opter , & de
rejeter de vrais miracles , pour conferver
la pureté de la doctrine. L'indifférence
que l'Auteur de la note leur attribue
pour les miracles , eft une pure fuppofition
, & un outrage fait aux Apologiftes
de la Religion.
Perfonne affurément n'ignore les prodiges
enfantés par les Magiciens de Pharaon.
Mais qu'ont de commun ces preftiges de
l'Efprit impur avec les miracles opérés
en faveur de la Religion ? Ces Magiciens
eux-mêmes s'avouent vaincus. Ils confeffent
malgré eux , & leur impuiffance
& le fouverain pouvoir du vrai Dieu ,
dont Moyfe eft dépofitaire. Eft-ce que la
fcience & l'érudition ne produiroient aujourd'hui
d'autre effet que de nous rendre
féconds en difficultés , & plus ingénieux
que les Impofteurs de l'Égypte , à trouver
des prétextes pour méconnoître le doigt
de Dieu dans les merveilles qui ont opéré
la converfion du monde ?
Nos pères ont fouvent péché par une crédulité
fuperftitieufe , & par un amour déréglé
du merveilleux . Pour éviter cet excès ,
nous fommes tombés dans l'excès contraire.
A une critique judicieuſe qui n'admet
dans ce genre extraordinaire , que ce
F
122 MERCURE
DE FRANCE.
qui eft bien prouvé , a fuccédé une critique
hardie & fère de fes lumières , qui
rejette tout ce qu'elle n'entend pas , par
cela feul qu'elle ne peut le comprendre.
Sous prétexte de faire valoir les droits de
la raifon , on en a oublié le légitime
ufage & l'on s'eft livré à un pyrronifme
hiſtorique , qui mefure la certitude
des faits , non fur le nombre , la
gravité , la fidélité des Témoins , mais
fur la poffibilité ou l'impoffibilité apparente
de la chofe.
Fermer
Résumé : Les Principes de la Religion Naturelle & de la Religion Chrétienne, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Les Principes de la Religion Naturelle & de la Religion Chrétienne, expliqués en forme de Catéchisme' prouve l'existence de Dieu, distingue le bien du mal et valide les Écritures bibliques. L'auteur adopte une méthode pédagogique pour rendre le discours accessible aux personnes peu instruites et renforcer la foi chrétienne face aux incrédules. Le texte souligne l'impact positif du christianisme sur les sociétés politiques, en promouvant les vertus morales, le respect des lois et l'unité entre les citoyens. Il réfute l'idée que le christianisme soit nuisible à la prospérité des empires, affirmant qu'il contribue à la stabilité et au bonheur public. Le christianisme est décrit comme une force stabilisatrice pour les gouvernements modernes grâce à sa loi fondamentale de charité, favorisant la fraternité et l'amour entre les individus et les nations. Plusieurs penseurs, tels que Francis Bacon, Bolingbroke, Maupertuis et d'Alembert, reconnaissent l'impact positif du christianisme. Le texte discute des miracles, affirmant leur authenticité et leur rôle dans la conversion du monde. Les apologistes chrétiens soulignent que les auteurs des Évangiles étaient contemporains et témoins oculaires des miracles, qui furent acceptés malgré les critiques. L'incrédulité humaine, souvent motivée par des passions et des intérêts personnels, persiste malgré les preuves miraculeuses. Le texte cite des passages bibliques pour expliquer que cette incrédulité était prévue et résultait d'un aveuglement volontaire. La crédibilité des miracles est liée à la foi et à l'amour de Dieu, et les miracles doivent être jugés en fonction de la moralité et de la doctrine de ceux qui les accomplissent. Le texte examine également la crédibilité des miracles attribués à Apollonius et les critiques adressées aux chrétiens pour leur scepticisme envers ces phénomènes. Les chrétiens ont contesté les miracles d'Apollonius en soulignant ses vices et la faiblesse de sa doctrine. Philostrate, qui a écrit sur Apollonius plus d'un siècle après sa mort, est jugé peu fiable. En revanche, les contemporains d'Apollonius, comme Euphrate, le décrivent comme un aventurier et un imposteur sans mentionner ses miracles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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27
p. 7-28
DE J. J. ROUSSEAU.
Début :
Ce seroit une chose également curieuse & intéressante, de suivre, dans tout le [...]
Mots clefs :
Jean-Jacques Rousseau, Homme, Perfectibilité, Hommes, Discours, Lettres, Musique, Société, Paradoxe, Nature, Auteur, Livre, Droit, Vérité, Esprit, Idées, Force, Philosophie, Éloquence, Écrivain, Raison, Chaleur, Émile, Imagination, Sentiment
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texteReconnaissance textuelle : DE J. J. ROUSSEAU.
DE J. J. ROUSSEAU.
CE SEROIT une chofe également curieuſe
& intéreffante , de fuivre , dans tout le
cours de la vie de Rouffeau , les rapports
de fon caractère avec fes Ouvrages , d'étu
dier à la fois l'homme & l'écrivain , d'obferver
à quel point l'humeur & la myfantropie
de l'un a pu influer fur le ftyle de
l'autre , & combien cette fenfibilité d'imagination
qui , dans la conduite , fait fi
fouvent reffembler l'homme à un enfant ,
fert à l'élever au- deffus des autres hommes
dans fes écrits. C'eft fous ce point de vue
que le Philofophe fe plaît à étudier les
perfonnages extraordinaires , & s'il préfère
cette recherche inftructive à la
pompe
menfongère du Panégyrique , ce n'eft pas
que la louange lui foit importune , c'eft que
la vérité lui eft chère. S'il veut être le juge
des hommes célèbres , ce n'eft pas pour en
être le détracteur ; c'eft pour apprendre à
connoître l'humanité , qu'il faut fur- tout
obferver dans ce qu'elle a produit de grand..
Ce n'eft pas par un fentiment d'orgueil ou
d'envie qu'il obferve les fautes & les foibleffes
, c'eft au contraire pour en montrer
la caufe & l'excufe ; & le réfultat de cet
examen , qui fait voir le bien & le mal ,
A iv
8 MERCURE
nés tous deux de la inême fource , eft une
leçon d'indulgence .
Mais quand on feroit sûr d'être exactement
inftruit des faits , & de ne rien don
ner à l'efprit de parti , ( deux conditions
indifpenfables pour toute efpèce de jugement
, & dont pourtant on s'embarraffe
fort peu , tant on eft preffé de juger ) il
ne faudroit pas encore choifir le moment
où l'on vient de perdre un Ecrivain célèbre
, pour foumettre fa mémoire à cet examen
philofophique , qui ne fépare point
la perfonne & les ouvrages. Le talent
comme on l'a dit ailleurs , n'eft jamais plus
intéreffant qu'au moment où il difparoît
pour toujours. Auparavant on fouffroit qu'il
fût déchiré pour l'amufement de la malignité
; à peine alors veut-on permettre qu'il
foit jugé pour l'inftruction ; & fi , pendant
la vie , les torts de l'homme nuifent à la
renommée de l'Écrivain , c'eft tout le contraire
après la mort : cette renommée
couvre tout de fon éclat , & la poftérité qui
jonit des écrits , prend fous fa protection
l'Auteur dont elle a recueilli l'héritage.
D'ailleurs , il faut l'avouer , ce fentiment
eft équitable. A l'inftant où l'homme fupérieur
nous eft enlevé par la mort , il
femble qu'on ne doit rien fentir que fa
perte. La tombe follicite l'indulgence en
infpirant la douleur , & il y a un temps
DE FRANCE. 2
à donner au deuil du Génie , avant de
fonger à le juger.
Bornons - nous donc à jeter un coup - d'oeil
rapide fur les productions du Citoyen de
Genève , devenu l'un des ornemens de la
Littérature françoife.
. Il commença tard à écrire , & ce fut
pour lui un avantage réel qu'il dut à des
circonftances malheureuſes. Condamné depuis
l'enfance à mener une vie pauvre , laborieufe
& agitée, il eut tout le tems d'exercer
fon efprit par l'étude , & fon coeur
par les paffions ; & l'un & l'autre débordoient
, pour ainfi dire , d'idées & de fentimens
, forfqu'il fe préfenta une occafion
de les répandre. Aufli parut- il riche , parce
qu'il avoit amaffé long- temps , & cette terre
qui étoit neuve n'en fut que plus féconde.
Communément on écrit trop tôt ; & , fi
l'on en excepte les ouvrages d'imagination ,
dans lefquels les effais font pardonnables
à la jeuneffe , comme les premières études
à un Peintre , il faudroit d'ailleurs étudier
lorfqu'on eft jeune , & compofer lorſqu'on
eft mûr. L'efprit des jeunes Auteurs n'eft
guères que de la mémoire ; leur jugement
n'eſt pas formé , & leur goût n'eft pas fûr.
Ils affoibliffent les idées d'autrui ou exagèrent
les leurs , parce qu'ils manquent également
de meſure & de choix. Auffi , tandis
qu'il eft affez commun de voir à cet
A v
101 MERCURE
âge du talent pour la poéfie , rien n'eft plus
rare que de voir un jeune homme en état
d'écrire une bonne page de profe.
Le premier ouvrage de Rouffeau eft ce
lui qu'il a le plus élégamment écrit, & c'eſt
le moins eftimable de tous. On fait qu'une
queftion fingulière , propofée par une Académie
, & qui peut-être n'auroit pas dû
l'être , donna lieu à ce fameux Difcours
qui commença la réputation de Rouffeau ,.
& qui ne prouvoit que le talent affez facile.
de mettre de l'efprit dans un paradoxe . Ce
Difcours , où l'on prétendoit que les arts
& les fciences avoient corrompu les incurs
n'étoit qu'un fophifme continuel , fondé fure
cet artifice ſi commun & fiaifé , de ne pré .
fenter qu'un côté des objets & de les mon
trer fous un faux jour. Il eft ridicule d'ima
giner que l'on puiffe corrompre fon âme
en cultivant fa raifon. Le principe d'erreut
qui règne dans tout le Difcours , confifte à
fuppofer que le progrès des arts & la cor
ruption des moeurs , qui vont ordinairement
enfemble , font l'un à l'autre comme lá
caufe eft à l'effet ..Point du tout. L'homme
neft point corrompu parce qu'il eft éclairés ;
mais quand il eft corrompu , il peut fe fer
vir , pour ajouter à fes vices , de ces mêmes
lumières qui pouvoient ajouter à fes vertus
La corruption vient à la fuite de la puif
fance & des richeffes , & la puiflance &c less
1
•
DE FRANCE.
richeffes produifent en même temps les
arts qui embelliffent la fociété . Or , il eft.
de la nature de l'homme d'ufer de fa force
en tout fens . Ainfi les moyens de dépravation
ont dû fe multiplier avec fes connoiffances
, comme la chaleur qui fait circuler
la fève , forme en même temps les
vapeurs qui font naître les orages. Ce fujet ,
ainfi confidéré , pouvoit être très - philoſophique.
Mais l'Auteur ne vouloit être que
fingulier. C'étoit le confeil que lui avoit
donné un Homme de Lettres célèbre , avec
lequel il étoit alors fort lié. Quel parti
prendrez-vous ? dit il au Génevois , qui alloit
compofer pour l'Académie de Dijon .
Celui des Lettres, dit Rouffeau : Non
o'eft le pont aux- ânes. Prenez le parti con
traire , & vous verrez quel bruit vous ferez
Il en fit beaucoup en effet. Il eut l'honneur
affez rare d'être d'abord réfuté par
un Souverain * ; enfuite il ent le bonheur
de trouver dans un Profeffeur de Nancy un
adverfaire très - mal-adroit : ainfi il lui arriva
ce qu'il y a de plus heureux dans une
mauvaife caufe ; fathèfe fut célèbre & mall
combattue. Il battit avec l'arme du ridicule
des Adverfaires qui avoient raifon de mauvaife
grâce. D'ailleurs , la difcuffion valoit
mieux que le difcours , & Rouffeau fee
* Le feu Roi de Pologne , Staniflas
A vjj
12 MERCURE
trouvoit dans fon élément , qui étoit la
controverfe. Il vint pourtant un dernier
Adverfaire , ( M. Bordes , de Lyon ) qui
défendit la vérité avec éloquence ; mais le
Public fit moins d'accueil à fes raiſons qu'aux
paradoxes de Rouleau. La même chofe arriva
depuis, lorfque deux excellens Ecrivains,
réfutèrent , d'une manière victorieufe , fa
· Lettrefur les Spectacles. Malgré tout leur mé
rite , fuffifamment prouvé d'ailleurs par tant
de titres reconnus , le Public, qui aime mieux
être amufé qu'inftruit, & remué que convaincu,
parut goûter plus les écarts & l'enthoufiafme
de Rouffeau, que la raifon fupérieure de
fes Adverfaires. En général, le paradoxe doit
avoir cette eſpèce de vogue , & entre les
mains d'un homme de talent , il offre de
grands attraits à la multitude ; d'abord celui
de la nouveauté ; enfuite il eft affez naturel
que l'Auteur à paradoxe mette plus de
chaleur & d'intérêt dans fa caufe , que n'en
peuvent mettre dans la leur ceux qui le
réfutent. On fe paffionne volontiers pour
T'opinion qu'on a créée ; on la défend comme
fon propre bien ; au - lieu que la vérité eft
à tout le monde.
Cependant , tel fut l'effet de la première
difpute de Rouffeau fur les Arts & les
Sciences , que cette opinion , qui d'abord
n'étoit pas la fienne , & qu'il n'avoit embraffée
que pour être extraordinaire , lui
devint
propre à force de la foutenir . Après
DE FRANCE. ་ 3
avoir commencé par écrire contre les Lettres
, il prit de l'humeur contre ceux qui les
cultivoient. Il étoit poffible qu'il eût déjà
contre eux un levain d'animofité & d'aigreur.
Ce premier fuccès , plus grand qu'il
ne l'avoit attendu , lui avoit fait fentir fa
force , qui ne fe développoit qu'après avoir
été vingt ans étouffée dans l'obfcurité &
la misère . Ces vingt ans paffés à n'être rien ,
pouvoient tourmenter alors fon amour- propre
dans fes premières jouiffances ; car pour
l'homme qui fe fent au- deffus des autres ,
c'eſt un fardeau , fans doute , que d'en être
long-temps méconnu . Rouffeau ne commen
çoit que bien tardà être à fa place , & peutêtre
eft- ce là le principe de cette efpèce de
mifantropie , qui depuis ne fit que s'accroître
& fe fortifier. Il fe fouvenoit ( & cette
anecdote eft auffi certaine qu'elle eft remar
quable ) que lorfqu'il étoit Commis chez
M. D*** , il ne dînoit pas à table le jour
que les Gens de Lettres s'y raffemblaient.
Ainfi , Rouffeau entroit dans le champ de
la Littérature , comme Marius rentroit dans
Rome, refpirant la vengeance , & fe fouvenant
des marais de Minturnes .
Le Difcours fur l'inégalité n'étoit encore
qu'une fuite & un développement de fes
premiers paradoxes , & de la haine qui fembloit
l'animer contre les Lettres & les Arts.
C'est là qu'il foutint cet étrange fophifme
14 MERCURE
que
que
bon
l'homme a contredit la nature en éterre
dant & perfectionnant l'ufage des facul
tés qu'il en a reçues. Cette affertion étoit
d'autant plus extraordinaire , que Rouffeau
lui-même avouoit que la perfectibilité étoit
la différence fpécifique qui diftinguoit l'hom
me des autres animaux. Après cet aveu
comment pouvoit- il avancer que l'homme
qui penfe eft un animal dépravé ? Il n'eft pas
que l'homme foit feul , dit l'Être Suprê
me , dans les livres de Moïfe . Rouſſeau eſt
d'un avis bien différent. Il prétend que
Fhomme a été rébelle à la nature , lorfqu'il
a commencé à vivre en fociété. Il prouve:
Très bien & très-éloquemment qu'en établif
fant de nouveaux rapports avec fes fembla
bles , l'homme s'eft fait de nouveaux be
foins , qui ontproduit de nouveaux crimes ;
mais il oublie que l'homme , en mêmetemps
, s'eft ouvert une fource de nouvelles
jouiffances & de nouvelles vertus. Il oublie
que l'homme ne vit nulle part feul , & que
dans les peuplades les plus ifolées & les
plus fauvages , il y a des rapports néceffaires
& inévitables, d'où il faudroit conclure
que ceux mêmes que nous appelons fauva+
ges , font comme nous hors de la nature..
Aufli eft- il forcé d'en convenir ; mais alors.
comment prouver que l'homme étoit eſſen--
tiellement né pour vivre feul Comment
prouver qu'un état , qui peut-être n'a jamais
DE FRANCE.
eu lieu ,, dont au moins nous n'avons ni
aucun exemple , ni aucune preuve , étoit
Vetar naturel de l'homme ? D'ailleurs , e
mor de nature , qui eft très - oratoire , eft:
très- peu philofophique. Il préfente à l'ima
gination ce qu'on veut , & il échappe trop
à la définition . Il n'eft pas fait pour être
employé lorsqu'on raiforine en rigueur , part
ce qu'alors on s'apperçoit que fon accept
tion eft vague , & que c'eft prefque tou
jours un fynonyme imparfait. Rouffeau ;.
frappé des vices & des malheurs de l'hom
me en fociété , imagina qu'il eût été meil
leur & plus heureux , qu'il eût mieux reme
pli fa deftination , fi la terre eût été couverte
d'individus ifolés. Il n'examine pas
même fi cette fuppofition eft dans l'ordre
des poflibles ; & , dans le fait , fi on l'examioit
, elle fe trouveroit évidemment ab
furde. Il n'examine pas fi l'homme ayant
une tendance irréfiftible à exercer plus ou
moins fes facultés , il eft poffible de mar
quer précisément les limites où cet exercice.
doit s'arrêter , pour n'être pas ce qu'il ap
pelle une dépravation, & f , preffe lui- même:
de tracer le modèle abfolu de l'homme dè :
la nature , il feroit bien sûr d'en venit
about. Rouffeau femble dire : le mal
» eft parmi les hommes : c'eft leur faute.
A
Pourquoi les hommes font-ils enfemble
• Certes , fi chacun étoit feul , il ne feroit,
16 MERCURE
n pas de mal à autrui ». Je demande fi
ce font là des idées raiſonñables ?
Il n'y a de rapine , de brigandage , de
violence , que parce qu'il y a des proprié
tés. Rouffeau , qui veut que ce foit toujours
l'homme qui ait tort , & jamais la
nature ( comme fi , philofophiquement parlant
, l'homme & tout ce qui eft de l'homme
n'étoit
pas dans la nature , c'est- à- dire ,
dans l'ordre effentiel des chofes ) Rouffeau
prétend que la propriété eft un droit de
convention. Certes d'eft un droit naturel >
ou jamais ce mot n'a eu de fens. Quand
il n'y auroit que deux hommes fur la
terre , & que l'un des deux , rencontrant
l'autre , voudroit lui ôter le fruit qu'il auroit
cueilli , le gibier qu'il auroit tué , &
peau de bêre qui le couvriroit , celui
qui défendroit fes propriétés , les défendroit
en vertu d'un droit très- naturel , antérieur
à toute police , & né feulement du
fens intime. Rouffeau démontre très bien
que de la propriété naiffent de très grands
maux ; mais il oublie ce qui eſt tout auffi
évident ,,
que s'il n'y avoit point de propriété
, il y auroit de bien plus grands maux
encore ; que non- feulement toute fociété
feroit diffoute , ce qui , à la vérité , ne ſeroit
pas un très grand mal dans fon fyftême
; mais que les hommes ne fe rencon
treroient plus que pour fe faire la guerre ,
la
DE FRANCE.
17
se qui eft juftement le mal qu'il voudroit
éviter.
Quelle est l'origine de tous ces paradoxes
infoutenables ? L'oubli d'une vérité trèsfimple
, à laquelle ne peuvent pas s'accoutumer
les imaginations ardentes , entêtées
de la chimère d'un optimifme poffible ,
mais à laquelle pourtant la réflexion ramène
toujours : c'eft que l'homme étant à la fois
effentiellement perfectible & effentiellement
imparfait, doit également être porté
à acquérir , & néceffité à abufer. S'il lui
étoit donné d'avoir quelque chofe d'incorruptible
, ce ne feroit plus une qualité humaine
, ce feroit un attribut de la divinité.
Il réfulte que , bien loin de vouloir remédier
à l'abus en détruifant l'ufage , il faut
au contraire effayer de réformer l'abus par
un ufage mieux entendu ; & c'eft l'ouvrage
de la vraie Philofophie , non celle qui égaroit
Rouffeau , lorfqu'il employoit tant
d'art & d'efprit à foutenir fes hypothèſes
brillantes & erronnées ; mais celle qui l'enflammoit
de l'amour du genre humain ,
lorfqu'il compofoit fon chef d'oeuvre d'Emile.
节
Lé monde est bien vieux , difent les
Phyficiens cela peut - être ; mais à confidérer
les révolutions que le globe a dû
éprouver , l'homme eft peut-être encore
bien neuf. A voir combien il y a peu de
48 MERCURE
temps qu'une partie des Nations connues,
eft fortie de la barbarie , combien crow
piffent encore dans l'ignorance ; combien
parmi celles mêmes qui ont fait le plus de
progrès , on s'eft peu occupé jufqu'ici des
moyens de rendre l'homme meilleur &
plus heureux ? On
peut croire que la Philofophie
a beaucoup à efpérer , parce qu'il
lui refte beaucoup à faire.
Au furplus , le Difcours fur l'inégalité,
quoique fondé fur un fyftême d'erreurs ,
comme le Difcours fur les Sciences , étoit
bien fupérieur à ce premier effai de l'Auteur.
Ici fe faifoit fentir une bien plus
grande force d'idées & de ftyle. Le morceau
fur la formation des Sociétés étoit
d'une tête penfante , & l'on appercevait
déjà ce mêlange d'une philofophie vigou
reufe & d'une éloquence entraînante , qui
depuis ont caractérifé les ouvrages de
Rouffeau. A la fuite d'un faux principe , il
amène une foule de vérités particulières ,
dont il porte le fentiment dans l'âme de
fes Lecteurs. En le lifant il faut s'embar
raffer peu du fond de la queftion , & faifir
toutes les beautés qui fe préfentent à l'ene
tour ; & ce feroit le lire comme il a écrit
s'il étoit vrai , comme on le lui a reproché
d'après fes premiers paradoxes , qu'en
effet il fe jouât de la vérité , & qu'il ne
fangeât qu'à faire briller fon efprit; mais
DE FRANCE.
fat peine à fuppofer dans un fi grand
Ecrivain ce défaut de bonne-foi qui diminueroit
trop le plaifir que j'ai à le lire. Il fe
peut qu'en effet l'amour de la fingularité
ait infué fur le choix de fes premières opimions
; mais il eft très- poffible qu'en les
foutenant , il s'y foit fincèrement attaché ,
& que la contradiction même n'ait fervi
qu'à l'y affermir. Pour les têtes auffi vives
que la fienne , s'échauffer , c'eft fe con
vaincre.
N'oublions pas que ce Difcours fur l'inégalité
, quoique fort au- deffus du Dif
cours für les fciences , ne fut point couronné.
Ce fur M. l'Abbé Talbert qui eut le Prix..
Je ne connois point fon ouvrage ; mais
fans vouloir lui rien difputer de fon mérite,
en lifant les Difcours qui lui ont valu des
couronnes dans les Académies de Province
, il eſt difficile de croire qu'il ait fait un
meilleur ouvrage que celui de Rouffeau.
La Lettre fur la Mufique avoit encore
pour bafe un paradoxe. Il y foutenoit que
les François ne pouvoient pas avoir de Mu
fique. Il donnoit en même- temps le Devin:
de Village , petit Drame plein de grâce &
de mélodie , qui , eut un fuccès prodigieux..
On a remarqué que le charme de cet ou
vrage naiffoit furtout de l'accord le plus par
fait entre les paroles & la mufique , accord
qui fembleroit ne pouvoir fe trouver auk
20
MERCURE
même degré que dans un Auteur qui , comme
Rouffeau, auroit conçu à la fois les vers
& le chant ; mais ceux qui favent que le fa
meux duo de Sylvain , l'un des beaux morceaux
d'expreflion dont notre Mufique
Théâtrale puiffe fe glorifier , n'eft pourtant
qu'une parodie , & que le Poëte travailla fur
des notes , ceux- là concevront qu'il eft poffible
que le Poëte & le Muficien n'aient qu'une
même âme , fans être réunis dans la même
perfonne.
1
Quoique la Lettre fur la Mufique eut le
défaut de porter tout à l'extrême ; quoi
que les compofitions de Duni , de Phili
dor , de Monfigni , les chef- d'oeuvres de
Grétri chantés dans toute l'Europe , &
admirés en Italie , & en dernier lieu les
Opéras de M. Gluk , aient réfuté le
fyftême de Rouffeau ; cependant cette
lettre que produifit la querelle des Bouffons
, contribua , ainfi qu'eux , à faire con
noître , en France , les principes de la bonne
Mufique , & les défauts de la nôtre . Elle
excita un grand foulèvement parmi les partifans
de l'Opéra François ; & l'animofité
fut pouffée jufqu'à ôter les entrées de ce
Spectacle à l'Auteur du Devin de Village ,
quoiqu'on n'en eût pas le droit. On fut
fur le point d'intéreffer le Gouvernement
dans la querelle ; & ne pouvant faire traiter
Rouffeau en criminel d'Etat , on le brûla
DE FRANCE. 21
du moins en effigie fur le Théâtre de l'Opéra
, & la haine applaudiffoit à ces farces ,
auffi indécentes que ridicules..
On fait qu'il compofa depuis un Diction
naire de Mufique , dans lequel il refondit
les articles qu'il avoit inférés ſur cette Science
, dans le grand ouvrage de l'Encyclopédie.
Il y prouve en plus d'un endroit que lorf
qu'on a du génie , on en peut mettre même
dans un livre élémentaire. A l'égard de fa
doctrine fur la Mufique Théâtrale , elle eſt
précisément l'oppofé de celle que veulent
introduire aujourd'hui de nouveaux Légiflateurs
, qui n'ont pas tout-à-fait les mêmes
droits ni la même autorité que lui . Il veut
abfolument faire régner fur le Théâtre ce
genre de Mufique qu'ils veulent reléguer
dans les Concerts . Il foutient d'un bout
à l'autre de fon livre , avec toute la cha
leur de la perfuafion intime , que la puif
fance de la Mufique réfide principalement
dans le chant régulier , dans la mélodie
des airs dramatiques . On a prétendu qu'il
s'étoit rétracté depuis ; mais ce qu'il a im
primé eft un peu plus fûr que ce qu'on
lui fait dire.
Après ces différentes excurfions , Rouf
feau parut vouloir raffembler fa Philofo
phie , fes querelles & fes amours dans
l'efpèce d'Ouvrage qu'on lit le plus , dans
Roman ; car en effet la Nouvelle Héloïfe
22 MERCURE
"
fembloit n'être qu'un prétexte pour réunir
dans un même cadre les lambeaux d'un
porte-feuille. Il eft vrai qu'il y en a de
bien précieux ; on yremarque des morceaux
de paflion & de philofophie également ad
mirables ; & M. de Voltaire , grand- maî
tre & grand connoiffeur en fait de pa
thétique , M. de Voltaire , qui ne regardoit
pas la Nouvelle Héloïfe comme un
bon livre , avoit diftingué plufieurs Lettres
qu'il eût voulu , difoit- il , en arracher. J'ai
dir ailleurs * ce que je penfois de cet ou
vrage , confidéré comme Roman. Il fut lu
ou plutôt dévoré avec une extrême avidité .
C'eft de tous ceux de l'Auteur celui qui eut
le plus de vogue , & qui prête le plus à
la critique. Le mariage de l'Héroïne eft
révoltant , le caractère de Mylord Edouard
eft une caricature , & fes amours enItalie
une énigme. La fatyre de l'Opéra de Paris ,
& furtout celle des femmes Françoiſes , eft
outrée , & tombe dans la déclamation.
L'ouvrage en lui - même eft un tout indi
gefte ; mais puifque fes défauts ne l'ont pas
fait oublier , fes beautés le feront vivre.
2
Emile eft d'un ordre plus élevé ; c'eſt- là ,
fur-tout , ( en mettant à part ce que le Chriſtianifme
peut y trouver de répréhenſible }
* Tome III des OEuvres de M. de là Harpe ,
Article des Romans.
DE FRANCE. 23
qu'il a mis le plus de véritable éloquence
& de bonne philofophie . Ce n'eft pas que
fon fyftême d'éducation foit praticable en
tour ; mais dans les diverfes fituations où
il place Emile , depuis l'enfance jufqu'à
la maturité, il donne d'excellentes leçons ,
& par-tout la morale eft en action & animée
de l'intérêt le plus touchant. Son ſtyle
n'eft nulle part plus beau que dans Emile.
Les Prêtres , qui avoient cru voir leur
ennemidans Rouſſeau , s'étoient bien trompés
, & ils s'en font apperçus depuis. Les
imaginations fenfibles font naturellement
religieufes, & Rouffeau l'a prouvé plus que
perfonne. Cette qualité domine dans tous
fes Ecrits. C'eft elle qui , dans la Nouvelle
Héloïfe , donne à l'appareil des cérémonies
& à la fainteté d'un Temple , tant de pouvoir
fur l'âme de Julie ; qui , dans la profeffion
de foi du Vicaire Savoyard , le
ramène fentiment à des mystères que
fa raifon ne peut admettre ; qui , dans tour
ce morceau , répand tant de charmes furles
confolations attachées aux idées d'un avenir.
par
Cette même fenfibilité femble éclairer
fa raifon & la rendre plus puiffante ,
lorfqu'il plaide dans ce même livre la cauſe
de l'enfance trop long-temps opprimée
parmi nous. Quoique j'aye déjà rendu témoignage
ailleurs aux obligations impor
tantes que nous lui avons à cet égard ,
24
MERCURE
je ne puis me refufer au plaifir de rappeler
ici un des titres qui doivent rendre la mémoire
chère & refpectable , & le placer:
parmi les bienfaiteurs de l'humanité. Il ne
m'arrive jamais de rencontrer de ces enfans
, qui femblent d'autant plus aimables
qu'ils font plus heureux , que je ne béniſſe le
nom de Roulfeau, qui nous a procuré un des
plus doux afpects dont nous puiffions jouir ,;
celui de l'innocence & du bonheur. C'eſt
Rouffeau qui a délivré des plus ridicules
entraves & de la plus trifte contrainte , un
âge qui ne peut avoir toutes fes grâces que
lorfqu'il a toute liberté , & de qui l'on
peut dire ( avec les reftrictions convenables
qu'on peut lui laiffer tout faire , parce qu'il
ne peut pas nuire , & tout dire parce qu'il
ne peut pas tromper.
Emile caufa tous les malheurs de Rouffeau.
Il paroît que le plus fenfible de tous
fut la condamnation de fon livre , & celle
du Contrat Social , par le Confeil de Genève.
Bien des gens mettent ce Contrat,
Social au- deffus de tout ce qu'a fait Rouffeau
, pour la force de tête & la profonfondeur
des idées. Quoi qu'il en foit , ces
deux ouvrages parurent dangereux à la
République dont il étoit Citoyen , & Rouf
feau fe croyant injuftement outragé par fa
Patrie, qu'il fe flattoit , non fans fondement ,
d'avoir honorée, abdiqua fon droit de Bourgeoifie
,
DE FRANCE.
25
geoifie , & fon titre de Citoyen , vengeance
légitime & noble , & qui appartenoit à
un homme fupérieur. Il ne parut pas également
irréprochable , lorfqu'il publia dans
la fuite les Lettres de la Montagne , qui fomentèrent
les troubles de Genève , & aigrirent
des efprits déjà trop échauffés.
Son livre devint l'étendard de la difcorde,
& l'évangile des mécontents. On prétendit
qu'ayant renoncé à fa Patrie , il n'avoit
plus le droit de prendre parti dans les querelles
qui la divifoient. Mais cette interdiction
abfolue n'eft-elle pas un peu rigoureufe
? Si Rouffeau voyoit des vices effentiels
dans l'adminiftration de la République
fi fon livre pouvoit contribuer à la réformation
de l'État, étoit il coupable de l'avoir
publié ? La difcorde eftun mal , fans doute ;
mais quand elle doit produire la liberté
c'eft un mal néceffaire chez les peuples qui
ont le droit d'être libres. Rouffeau écouta
fans doute la vengeance qui l'animoit contre
ceux qui l'avoient condamné ; mais fi
en effet cette condamnation fut illégale ,
fi les Citoyens proteftèrent contre l'Arrêt
du Confeil , fi cet Arrêt & les Lettres de
la Montagne hâtèrent le moment d'une
révolution qui tendoit à améliorer le Gouvernement
, Rouffeau a fait un bien réel ,
& fes Lettres de la Montagne font alors
5 Octobre 1778.
B
26 MERCURE
l'ouvrage que les Genevois doivent le plus
aimer.
Je ne parlerai point de quelques autres
morceaux détachés fur l'imitation Théâtrale
, fur la Paix perpétuelle , fur l'économie
Politique ; d'une Lettre à M. de Voltaire
fur la Providence , &c. Il n'y a rien de ce
qu'a fait Rouffeau qui ne mérite d'être lu ,
& qui ne le foit avec plus ou moins de
plaifir,
Cet Ecrivain dût avoir , & il a encore
beaucoup d'enthoufiaftes parmi les femmes
& les jeunes gens , parce qu'il parle
beaucoup à l'imagination . Il eft jugé plus
févèrement par laraifon des hommes mûrs ;
mais fa place eft belle , même au jugement
de ces derniers, Il plaît aux femmes quoiqu'il
les ait fort maltraitées. Comme elles
ne le font guères que par des hommes trèspaffionnés
pour elles , le pardon eft dans la
faute même. Rouffeau , malgré les injures
qu'il leur dit , a près d'elles le premier de
de tous les mérites , celui de les aimer
& fatisfait le premier de leurs befoins
celui des émotions,
On a voulu comparer Rouffeau à Vol
taire , à qui l'on comparoit auffi , pendant
un temps , Crébillon , Piron & d'autres
Ecrivains. Celui à qui l'on oppoſe tous
les autres , eft inconteftablement le premier.
Laiffons- là cette manie trop commune ,
DE FRANCE.
27
de rapprocher des hommes qui n'ont aucunpoint
de contact. Laiffons Voltaire dans
une place qui fera long - temps unique :
contentons- nous de placer Rouffeau parmi
nos plus grands Profateurs. C'eft au temps ,
à la pofterité , à marquer le rang qu'il doit
occuper dans le petit nombre d'hommes
qui ont joint à une tête penfante une
imagination fenfible , & l'éloquence à la
philofophie.
Les deux Auteurs dont Rouffeau paroît
avoir le plus profité, font Sénèque & Montagne.
Il a quelquefois les tournures franches
& naïves de l'un, & l'ingénieufe abondance
de l'autre ; mais en général , ce qui
diftingue fon ftyle , c'eſt la chaleur & l'énergie
; cette chaleur véritable a fait une
foule de mauvais imitateurs, qui n'en avoient
que l'affectation & la grimace , & qui en
répétant fans ceffe ce mot devenu parafite ,
ne mettoient plus aucune différence entré
la déraifon & la chaleur ; & l'on ne fait
jufqu'où cet abus autoit été porté , fi l'on
n'en eût pas fait fentir le ridicule.
Rouffeau a compofé les mémoires de
fa vie. Beaucoup de gens en ont entendu
la lecture. On dit que plufieurs perfonnes
y font maltraitées ; mais pas une autant que
lui. I fe peut que l'on mette à avouer fes
fautes , l'amour- propre que l'on met communément
à les diffimuler , & médire de
Bij
28 MERCURE
foi eft encore une manière d'être extraordinaire
, concevable dans un homme qui a
voulu être fingulier.
CE SEROIT une chofe également curieuſe
& intéreffante , de fuivre , dans tout le
cours de la vie de Rouffeau , les rapports
de fon caractère avec fes Ouvrages , d'étu
dier à la fois l'homme & l'écrivain , d'obferver
à quel point l'humeur & la myfantropie
de l'un a pu influer fur le ftyle de
l'autre , & combien cette fenfibilité d'imagination
qui , dans la conduite , fait fi
fouvent reffembler l'homme à un enfant ,
fert à l'élever au- deffus des autres hommes
dans fes écrits. C'eft fous ce point de vue
que le Philofophe fe plaît à étudier les
perfonnages extraordinaires , & s'il préfère
cette recherche inftructive à la
pompe
menfongère du Panégyrique , ce n'eft pas
que la louange lui foit importune , c'eft que
la vérité lui eft chère. S'il veut être le juge
des hommes célèbres , ce n'eft pas pour en
être le détracteur ; c'eft pour apprendre à
connoître l'humanité , qu'il faut fur- tout
obferver dans ce qu'elle a produit de grand..
Ce n'eft pas par un fentiment d'orgueil ou
d'envie qu'il obferve les fautes & les foibleffes
, c'eft au contraire pour en montrer
la caufe & l'excufe ; & le réfultat de cet
examen , qui fait voir le bien & le mal ,
A iv
8 MERCURE
nés tous deux de la inême fource , eft une
leçon d'indulgence .
Mais quand on feroit sûr d'être exactement
inftruit des faits , & de ne rien don
ner à l'efprit de parti , ( deux conditions
indifpenfables pour toute efpèce de jugement
, & dont pourtant on s'embarraffe
fort peu , tant on eft preffé de juger ) il
ne faudroit pas encore choifir le moment
où l'on vient de perdre un Ecrivain célèbre
, pour foumettre fa mémoire à cet examen
philofophique , qui ne fépare point
la perfonne & les ouvrages. Le talent
comme on l'a dit ailleurs , n'eft jamais plus
intéreffant qu'au moment où il difparoît
pour toujours. Auparavant on fouffroit qu'il
fût déchiré pour l'amufement de la malignité
; à peine alors veut-on permettre qu'il
foit jugé pour l'inftruction ; & fi , pendant
la vie , les torts de l'homme nuifent à la
renommée de l'Écrivain , c'eft tout le contraire
après la mort : cette renommée
couvre tout de fon éclat , & la poftérité qui
jonit des écrits , prend fous fa protection
l'Auteur dont elle a recueilli l'héritage.
D'ailleurs , il faut l'avouer , ce fentiment
eft équitable. A l'inftant où l'homme fupérieur
nous eft enlevé par la mort , il
femble qu'on ne doit rien fentir que fa
perte. La tombe follicite l'indulgence en
infpirant la douleur , & il y a un temps
DE FRANCE. 2
à donner au deuil du Génie , avant de
fonger à le juger.
Bornons - nous donc à jeter un coup - d'oeil
rapide fur les productions du Citoyen de
Genève , devenu l'un des ornemens de la
Littérature françoife.
. Il commença tard à écrire , & ce fut
pour lui un avantage réel qu'il dut à des
circonftances malheureuſes. Condamné depuis
l'enfance à mener une vie pauvre , laborieufe
& agitée, il eut tout le tems d'exercer
fon efprit par l'étude , & fon coeur
par les paffions ; & l'un & l'autre débordoient
, pour ainfi dire , d'idées & de fentimens
, forfqu'il fe préfenta une occafion
de les répandre. Aufli parut- il riche , parce
qu'il avoit amaffé long- temps , & cette terre
qui étoit neuve n'en fut que plus féconde.
Communément on écrit trop tôt ; & , fi
l'on en excepte les ouvrages d'imagination ,
dans lefquels les effais font pardonnables
à la jeuneffe , comme les premières études
à un Peintre , il faudroit d'ailleurs étudier
lorfqu'on eft jeune , & compofer lorſqu'on
eft mûr. L'efprit des jeunes Auteurs n'eft
guères que de la mémoire ; leur jugement
n'eſt pas formé , & leur goût n'eft pas fûr.
Ils affoibliffent les idées d'autrui ou exagèrent
les leurs , parce qu'ils manquent également
de meſure & de choix. Auffi , tandis
qu'il eft affez commun de voir à cet
A v
101 MERCURE
âge du talent pour la poéfie , rien n'eft plus
rare que de voir un jeune homme en état
d'écrire une bonne page de profe.
Le premier ouvrage de Rouffeau eft ce
lui qu'il a le plus élégamment écrit, & c'eſt
le moins eftimable de tous. On fait qu'une
queftion fingulière , propofée par une Académie
, & qui peut-être n'auroit pas dû
l'être , donna lieu à ce fameux Difcours
qui commença la réputation de Rouffeau ,.
& qui ne prouvoit que le talent affez facile.
de mettre de l'efprit dans un paradoxe . Ce
Difcours , où l'on prétendoit que les arts
& les fciences avoient corrompu les incurs
n'étoit qu'un fophifme continuel , fondé fure
cet artifice ſi commun & fiaifé , de ne pré .
fenter qu'un côté des objets & de les mon
trer fous un faux jour. Il eft ridicule d'ima
giner que l'on puiffe corrompre fon âme
en cultivant fa raifon. Le principe d'erreut
qui règne dans tout le Difcours , confifte à
fuppofer que le progrès des arts & la cor
ruption des moeurs , qui vont ordinairement
enfemble , font l'un à l'autre comme lá
caufe eft à l'effet ..Point du tout. L'homme
neft point corrompu parce qu'il eft éclairés ;
mais quand il eft corrompu , il peut fe fer
vir , pour ajouter à fes vices , de ces mêmes
lumières qui pouvoient ajouter à fes vertus
La corruption vient à la fuite de la puif
fance & des richeffes , & la puiflance &c less
1
•
DE FRANCE.
richeffes produifent en même temps les
arts qui embelliffent la fociété . Or , il eft.
de la nature de l'homme d'ufer de fa force
en tout fens . Ainfi les moyens de dépravation
ont dû fe multiplier avec fes connoiffances
, comme la chaleur qui fait circuler
la fève , forme en même temps les
vapeurs qui font naître les orages. Ce fujet ,
ainfi confidéré , pouvoit être très - philoſophique.
Mais l'Auteur ne vouloit être que
fingulier. C'étoit le confeil que lui avoit
donné un Homme de Lettres célèbre , avec
lequel il étoit alors fort lié. Quel parti
prendrez-vous ? dit il au Génevois , qui alloit
compofer pour l'Académie de Dijon .
Celui des Lettres, dit Rouffeau : Non
o'eft le pont aux- ânes. Prenez le parti con
traire , & vous verrez quel bruit vous ferez
Il en fit beaucoup en effet. Il eut l'honneur
affez rare d'être d'abord réfuté par
un Souverain * ; enfuite il ent le bonheur
de trouver dans un Profeffeur de Nancy un
adverfaire très - mal-adroit : ainfi il lui arriva
ce qu'il y a de plus heureux dans une
mauvaife caufe ; fathèfe fut célèbre & mall
combattue. Il battit avec l'arme du ridicule
des Adverfaires qui avoient raifon de mauvaife
grâce. D'ailleurs , la difcuffion valoit
mieux que le difcours , & Rouffeau fee
* Le feu Roi de Pologne , Staniflas
A vjj
12 MERCURE
trouvoit dans fon élément , qui étoit la
controverfe. Il vint pourtant un dernier
Adverfaire , ( M. Bordes , de Lyon ) qui
défendit la vérité avec éloquence ; mais le
Public fit moins d'accueil à fes raiſons qu'aux
paradoxes de Rouleau. La même chofe arriva
depuis, lorfque deux excellens Ecrivains,
réfutèrent , d'une manière victorieufe , fa
· Lettrefur les Spectacles. Malgré tout leur mé
rite , fuffifamment prouvé d'ailleurs par tant
de titres reconnus , le Public, qui aime mieux
être amufé qu'inftruit, & remué que convaincu,
parut goûter plus les écarts & l'enthoufiafme
de Rouffeau, que la raifon fupérieure de
fes Adverfaires. En général, le paradoxe doit
avoir cette eſpèce de vogue , & entre les
mains d'un homme de talent , il offre de
grands attraits à la multitude ; d'abord celui
de la nouveauté ; enfuite il eft affez naturel
que l'Auteur à paradoxe mette plus de
chaleur & d'intérêt dans fa caufe , que n'en
peuvent mettre dans la leur ceux qui le
réfutent. On fe paffionne volontiers pour
T'opinion qu'on a créée ; on la défend comme
fon propre bien ; au - lieu que la vérité eft
à tout le monde.
Cependant , tel fut l'effet de la première
difpute de Rouffeau fur les Arts & les
Sciences , que cette opinion , qui d'abord
n'étoit pas la fienne , & qu'il n'avoit embraffée
que pour être extraordinaire , lui
devint
propre à force de la foutenir . Après
DE FRANCE. ་ 3
avoir commencé par écrire contre les Lettres
, il prit de l'humeur contre ceux qui les
cultivoient. Il étoit poffible qu'il eût déjà
contre eux un levain d'animofité & d'aigreur.
Ce premier fuccès , plus grand qu'il
ne l'avoit attendu , lui avoit fait fentir fa
force , qui ne fe développoit qu'après avoir
été vingt ans étouffée dans l'obfcurité &
la misère . Ces vingt ans paffés à n'être rien ,
pouvoient tourmenter alors fon amour- propre
dans fes premières jouiffances ; car pour
l'homme qui fe fent au- deffus des autres ,
c'eſt un fardeau , fans doute , que d'en être
long-temps méconnu . Rouffeau ne commen
çoit que bien tardà être à fa place , & peutêtre
eft- ce là le principe de cette efpèce de
mifantropie , qui depuis ne fit que s'accroître
& fe fortifier. Il fe fouvenoit ( & cette
anecdote eft auffi certaine qu'elle eft remar
quable ) que lorfqu'il étoit Commis chez
M. D*** , il ne dînoit pas à table le jour
que les Gens de Lettres s'y raffemblaient.
Ainfi , Rouffeau entroit dans le champ de
la Littérature , comme Marius rentroit dans
Rome, refpirant la vengeance , & fe fouvenant
des marais de Minturnes .
Le Difcours fur l'inégalité n'étoit encore
qu'une fuite & un développement de fes
premiers paradoxes , & de la haine qui fembloit
l'animer contre les Lettres & les Arts.
C'est là qu'il foutint cet étrange fophifme
14 MERCURE
que
que
bon
l'homme a contredit la nature en éterre
dant & perfectionnant l'ufage des facul
tés qu'il en a reçues. Cette affertion étoit
d'autant plus extraordinaire , que Rouffeau
lui-même avouoit que la perfectibilité étoit
la différence fpécifique qui diftinguoit l'hom
me des autres animaux. Après cet aveu
comment pouvoit- il avancer que l'homme
qui penfe eft un animal dépravé ? Il n'eft pas
que l'homme foit feul , dit l'Être Suprê
me , dans les livres de Moïfe . Rouſſeau eſt
d'un avis bien différent. Il prétend que
Fhomme a été rébelle à la nature , lorfqu'il
a commencé à vivre en fociété. Il prouve:
Très bien & très-éloquemment qu'en établif
fant de nouveaux rapports avec fes fembla
bles , l'homme s'eft fait de nouveaux be
foins , qui ontproduit de nouveaux crimes ;
mais il oublie que l'homme , en mêmetemps
, s'eft ouvert une fource de nouvelles
jouiffances & de nouvelles vertus. Il oublie
que l'homme ne vit nulle part feul , & que
dans les peuplades les plus ifolées & les
plus fauvages , il y a des rapports néceffaires
& inévitables, d'où il faudroit conclure
que ceux mêmes que nous appelons fauva+
ges , font comme nous hors de la nature..
Aufli eft- il forcé d'en convenir ; mais alors.
comment prouver que l'homme étoit eſſen--
tiellement né pour vivre feul Comment
prouver qu'un état , qui peut-être n'a jamais
DE FRANCE.
eu lieu ,, dont au moins nous n'avons ni
aucun exemple , ni aucune preuve , étoit
Vetar naturel de l'homme ? D'ailleurs , e
mor de nature , qui eft très - oratoire , eft:
très- peu philofophique. Il préfente à l'ima
gination ce qu'on veut , & il échappe trop
à la définition . Il n'eft pas fait pour être
employé lorsqu'on raiforine en rigueur , part
ce qu'alors on s'apperçoit que fon accept
tion eft vague , & que c'eft prefque tou
jours un fynonyme imparfait. Rouffeau ;.
frappé des vices & des malheurs de l'hom
me en fociété , imagina qu'il eût été meil
leur & plus heureux , qu'il eût mieux reme
pli fa deftination , fi la terre eût été couverte
d'individus ifolés. Il n'examine pas
même fi cette fuppofition eft dans l'ordre
des poflibles ; & , dans le fait , fi on l'examioit
, elle fe trouveroit évidemment ab
furde. Il n'examine pas fi l'homme ayant
une tendance irréfiftible à exercer plus ou
moins fes facultés , il eft poffible de mar
quer précisément les limites où cet exercice.
doit s'arrêter , pour n'être pas ce qu'il ap
pelle une dépravation, & f , preffe lui- même:
de tracer le modèle abfolu de l'homme dè :
la nature , il feroit bien sûr d'en venit
about. Rouffeau femble dire : le mal
» eft parmi les hommes : c'eft leur faute.
A
Pourquoi les hommes font-ils enfemble
• Certes , fi chacun étoit feul , il ne feroit,
16 MERCURE
n pas de mal à autrui ». Je demande fi
ce font là des idées raiſonñables ?
Il n'y a de rapine , de brigandage , de
violence , que parce qu'il y a des proprié
tés. Rouffeau , qui veut que ce foit toujours
l'homme qui ait tort , & jamais la
nature ( comme fi , philofophiquement parlant
, l'homme & tout ce qui eft de l'homme
n'étoit
pas dans la nature , c'est- à- dire ,
dans l'ordre effentiel des chofes ) Rouffeau
prétend que la propriété eft un droit de
convention. Certes d'eft un droit naturel >
ou jamais ce mot n'a eu de fens. Quand
il n'y auroit que deux hommes fur la
terre , & que l'un des deux , rencontrant
l'autre , voudroit lui ôter le fruit qu'il auroit
cueilli , le gibier qu'il auroit tué , &
peau de bêre qui le couvriroit , celui
qui défendroit fes propriétés , les défendroit
en vertu d'un droit très- naturel , antérieur
à toute police , & né feulement du
fens intime. Rouffeau démontre très bien
que de la propriété naiffent de très grands
maux ; mais il oublie ce qui eſt tout auffi
évident ,,
que s'il n'y avoit point de propriété
, il y auroit de bien plus grands maux
encore ; que non- feulement toute fociété
feroit diffoute , ce qui , à la vérité , ne ſeroit
pas un très grand mal dans fon fyftême
; mais que les hommes ne fe rencon
treroient plus que pour fe faire la guerre ,
la
DE FRANCE.
17
se qui eft juftement le mal qu'il voudroit
éviter.
Quelle est l'origine de tous ces paradoxes
infoutenables ? L'oubli d'une vérité trèsfimple
, à laquelle ne peuvent pas s'accoutumer
les imaginations ardentes , entêtées
de la chimère d'un optimifme poffible ,
mais à laquelle pourtant la réflexion ramène
toujours : c'eft que l'homme étant à la fois
effentiellement perfectible & effentiellement
imparfait, doit également être porté
à acquérir , & néceffité à abufer. S'il lui
étoit donné d'avoir quelque chofe d'incorruptible
, ce ne feroit plus une qualité humaine
, ce feroit un attribut de la divinité.
Il réfulte que , bien loin de vouloir remédier
à l'abus en détruifant l'ufage , il faut
au contraire effayer de réformer l'abus par
un ufage mieux entendu ; & c'eft l'ouvrage
de la vraie Philofophie , non celle qui égaroit
Rouffeau , lorfqu'il employoit tant
d'art & d'efprit à foutenir fes hypothèſes
brillantes & erronnées ; mais celle qui l'enflammoit
de l'amour du genre humain ,
lorfqu'il compofoit fon chef d'oeuvre d'Emile.
节
Lé monde est bien vieux , difent les
Phyficiens cela peut - être ; mais à confidérer
les révolutions que le globe a dû
éprouver , l'homme eft peut-être encore
bien neuf. A voir combien il y a peu de
48 MERCURE
temps qu'une partie des Nations connues,
eft fortie de la barbarie , combien crow
piffent encore dans l'ignorance ; combien
parmi celles mêmes qui ont fait le plus de
progrès , on s'eft peu occupé jufqu'ici des
moyens de rendre l'homme meilleur &
plus heureux ? On
peut croire que la Philofophie
a beaucoup à efpérer , parce qu'il
lui refte beaucoup à faire.
Au furplus , le Difcours fur l'inégalité,
quoique fondé fur un fyftême d'erreurs ,
comme le Difcours fur les Sciences , étoit
bien fupérieur à ce premier effai de l'Auteur.
Ici fe faifoit fentir une bien plus
grande force d'idées & de ftyle. Le morceau
fur la formation des Sociétés étoit
d'une tête penfante , & l'on appercevait
déjà ce mêlange d'une philofophie vigou
reufe & d'une éloquence entraînante , qui
depuis ont caractérifé les ouvrages de
Rouffeau. A la fuite d'un faux principe , il
amène une foule de vérités particulières ,
dont il porte le fentiment dans l'âme de
fes Lecteurs. En le lifant il faut s'embar
raffer peu du fond de la queftion , & faifir
toutes les beautés qui fe préfentent à l'ene
tour ; & ce feroit le lire comme il a écrit
s'il étoit vrai , comme on le lui a reproché
d'après fes premiers paradoxes , qu'en
effet il fe jouât de la vérité , & qu'il ne
fangeât qu'à faire briller fon efprit; mais
DE FRANCE.
fat peine à fuppofer dans un fi grand
Ecrivain ce défaut de bonne-foi qui diminueroit
trop le plaifir que j'ai à le lire. Il fe
peut qu'en effet l'amour de la fingularité
ait infué fur le choix de fes premières opimions
; mais il eft très- poffible qu'en les
foutenant , il s'y foit fincèrement attaché ,
& que la contradiction même n'ait fervi
qu'à l'y affermir. Pour les têtes auffi vives
que la fienne , s'échauffer , c'eft fe con
vaincre.
N'oublions pas que ce Difcours fur l'inégalité
, quoique fort au- deffus du Dif
cours für les fciences , ne fut point couronné.
Ce fur M. l'Abbé Talbert qui eut le Prix..
Je ne connois point fon ouvrage ; mais
fans vouloir lui rien difputer de fon mérite,
en lifant les Difcours qui lui ont valu des
couronnes dans les Académies de Province
, il eſt difficile de croire qu'il ait fait un
meilleur ouvrage que celui de Rouffeau.
La Lettre fur la Mufique avoit encore
pour bafe un paradoxe. Il y foutenoit que
les François ne pouvoient pas avoir de Mu
fique. Il donnoit en même- temps le Devin:
de Village , petit Drame plein de grâce &
de mélodie , qui , eut un fuccès prodigieux..
On a remarqué que le charme de cet ou
vrage naiffoit furtout de l'accord le plus par
fait entre les paroles & la mufique , accord
qui fembleroit ne pouvoir fe trouver auk
20
MERCURE
même degré que dans un Auteur qui , comme
Rouffeau, auroit conçu à la fois les vers
& le chant ; mais ceux qui favent que le fa
meux duo de Sylvain , l'un des beaux morceaux
d'expreflion dont notre Mufique
Théâtrale puiffe fe glorifier , n'eft pourtant
qu'une parodie , & que le Poëte travailla fur
des notes , ceux- là concevront qu'il eft poffible
que le Poëte & le Muficien n'aient qu'une
même âme , fans être réunis dans la même
perfonne.
1
Quoique la Lettre fur la Mufique eut le
défaut de porter tout à l'extrême ; quoi
que les compofitions de Duni , de Phili
dor , de Monfigni , les chef- d'oeuvres de
Grétri chantés dans toute l'Europe , &
admirés en Italie , & en dernier lieu les
Opéras de M. Gluk , aient réfuté le
fyftême de Rouffeau ; cependant cette
lettre que produifit la querelle des Bouffons
, contribua , ainfi qu'eux , à faire con
noître , en France , les principes de la bonne
Mufique , & les défauts de la nôtre . Elle
excita un grand foulèvement parmi les partifans
de l'Opéra François ; & l'animofité
fut pouffée jufqu'à ôter les entrées de ce
Spectacle à l'Auteur du Devin de Village ,
quoiqu'on n'en eût pas le droit. On fut
fur le point d'intéreffer le Gouvernement
dans la querelle ; & ne pouvant faire traiter
Rouffeau en criminel d'Etat , on le brûla
DE FRANCE. 21
du moins en effigie fur le Théâtre de l'Opéra
, & la haine applaudiffoit à ces farces ,
auffi indécentes que ridicules..
On fait qu'il compofa depuis un Diction
naire de Mufique , dans lequel il refondit
les articles qu'il avoit inférés ſur cette Science
, dans le grand ouvrage de l'Encyclopédie.
Il y prouve en plus d'un endroit que lorf
qu'on a du génie , on en peut mettre même
dans un livre élémentaire. A l'égard de fa
doctrine fur la Mufique Théâtrale , elle eſt
précisément l'oppofé de celle que veulent
introduire aujourd'hui de nouveaux Légiflateurs
, qui n'ont pas tout-à-fait les mêmes
droits ni la même autorité que lui . Il veut
abfolument faire régner fur le Théâtre ce
genre de Mufique qu'ils veulent reléguer
dans les Concerts . Il foutient d'un bout
à l'autre de fon livre , avec toute la cha
leur de la perfuafion intime , que la puif
fance de la Mufique réfide principalement
dans le chant régulier , dans la mélodie
des airs dramatiques . On a prétendu qu'il
s'étoit rétracté depuis ; mais ce qu'il a im
primé eft un peu plus fûr que ce qu'on
lui fait dire.
Après ces différentes excurfions , Rouf
feau parut vouloir raffembler fa Philofo
phie , fes querelles & fes amours dans
l'efpèce d'Ouvrage qu'on lit le plus , dans
Roman ; car en effet la Nouvelle Héloïfe
22 MERCURE
"
fembloit n'être qu'un prétexte pour réunir
dans un même cadre les lambeaux d'un
porte-feuille. Il eft vrai qu'il y en a de
bien précieux ; on yremarque des morceaux
de paflion & de philofophie également ad
mirables ; & M. de Voltaire , grand- maî
tre & grand connoiffeur en fait de pa
thétique , M. de Voltaire , qui ne regardoit
pas la Nouvelle Héloïfe comme un
bon livre , avoit diftingué plufieurs Lettres
qu'il eût voulu , difoit- il , en arracher. J'ai
dir ailleurs * ce que je penfois de cet ou
vrage , confidéré comme Roman. Il fut lu
ou plutôt dévoré avec une extrême avidité .
C'eft de tous ceux de l'Auteur celui qui eut
le plus de vogue , & qui prête le plus à
la critique. Le mariage de l'Héroïne eft
révoltant , le caractère de Mylord Edouard
eft une caricature , & fes amours enItalie
une énigme. La fatyre de l'Opéra de Paris ,
& furtout celle des femmes Françoiſes , eft
outrée , & tombe dans la déclamation.
L'ouvrage en lui - même eft un tout indi
gefte ; mais puifque fes défauts ne l'ont pas
fait oublier , fes beautés le feront vivre.
2
Emile eft d'un ordre plus élevé ; c'eſt- là ,
fur-tout , ( en mettant à part ce que le Chriſtianifme
peut y trouver de répréhenſible }
* Tome III des OEuvres de M. de là Harpe ,
Article des Romans.
DE FRANCE. 23
qu'il a mis le plus de véritable éloquence
& de bonne philofophie . Ce n'eft pas que
fon fyftême d'éducation foit praticable en
tour ; mais dans les diverfes fituations où
il place Emile , depuis l'enfance jufqu'à
la maturité, il donne d'excellentes leçons ,
& par-tout la morale eft en action & animée
de l'intérêt le plus touchant. Son ſtyle
n'eft nulle part plus beau que dans Emile.
Les Prêtres , qui avoient cru voir leur
ennemidans Rouſſeau , s'étoient bien trompés
, & ils s'en font apperçus depuis. Les
imaginations fenfibles font naturellement
religieufes, & Rouffeau l'a prouvé plus que
perfonne. Cette qualité domine dans tous
fes Ecrits. C'eft elle qui , dans la Nouvelle
Héloïfe , donne à l'appareil des cérémonies
& à la fainteté d'un Temple , tant de pouvoir
fur l'âme de Julie ; qui , dans la profeffion
de foi du Vicaire Savoyard , le
ramène fentiment à des mystères que
fa raifon ne peut admettre ; qui , dans tour
ce morceau , répand tant de charmes furles
confolations attachées aux idées d'un avenir.
par
Cette même fenfibilité femble éclairer
fa raifon & la rendre plus puiffante ,
lorfqu'il plaide dans ce même livre la cauſe
de l'enfance trop long-temps opprimée
parmi nous. Quoique j'aye déjà rendu témoignage
ailleurs aux obligations impor
tantes que nous lui avons à cet égard ,
24
MERCURE
je ne puis me refufer au plaifir de rappeler
ici un des titres qui doivent rendre la mémoire
chère & refpectable , & le placer:
parmi les bienfaiteurs de l'humanité. Il ne
m'arrive jamais de rencontrer de ces enfans
, qui femblent d'autant plus aimables
qu'ils font plus heureux , que je ne béniſſe le
nom de Roulfeau, qui nous a procuré un des
plus doux afpects dont nous puiffions jouir ,;
celui de l'innocence & du bonheur. C'eſt
Rouffeau qui a délivré des plus ridicules
entraves & de la plus trifte contrainte , un
âge qui ne peut avoir toutes fes grâces que
lorfqu'il a toute liberté , & de qui l'on
peut dire ( avec les reftrictions convenables
qu'on peut lui laiffer tout faire , parce qu'il
ne peut pas nuire , & tout dire parce qu'il
ne peut pas tromper.
Emile caufa tous les malheurs de Rouffeau.
Il paroît que le plus fenfible de tous
fut la condamnation de fon livre , & celle
du Contrat Social , par le Confeil de Genève.
Bien des gens mettent ce Contrat,
Social au- deffus de tout ce qu'a fait Rouffeau
, pour la force de tête & la profonfondeur
des idées. Quoi qu'il en foit , ces
deux ouvrages parurent dangereux à la
République dont il étoit Citoyen , & Rouf
feau fe croyant injuftement outragé par fa
Patrie, qu'il fe flattoit , non fans fondement ,
d'avoir honorée, abdiqua fon droit de Bourgeoifie
,
DE FRANCE.
25
geoifie , & fon titre de Citoyen , vengeance
légitime & noble , & qui appartenoit à
un homme fupérieur. Il ne parut pas également
irréprochable , lorfqu'il publia dans
la fuite les Lettres de la Montagne , qui fomentèrent
les troubles de Genève , & aigrirent
des efprits déjà trop échauffés.
Son livre devint l'étendard de la difcorde,
& l'évangile des mécontents. On prétendit
qu'ayant renoncé à fa Patrie , il n'avoit
plus le droit de prendre parti dans les querelles
qui la divifoient. Mais cette interdiction
abfolue n'eft-elle pas un peu rigoureufe
? Si Rouffeau voyoit des vices effentiels
dans l'adminiftration de la République
fi fon livre pouvoit contribuer à la réformation
de l'État, étoit il coupable de l'avoir
publié ? La difcorde eftun mal , fans doute ;
mais quand elle doit produire la liberté
c'eft un mal néceffaire chez les peuples qui
ont le droit d'être libres. Rouffeau écouta
fans doute la vengeance qui l'animoit contre
ceux qui l'avoient condamné ; mais fi
en effet cette condamnation fut illégale ,
fi les Citoyens proteftèrent contre l'Arrêt
du Confeil , fi cet Arrêt & les Lettres de
la Montagne hâtèrent le moment d'une
révolution qui tendoit à améliorer le Gouvernement
, Rouffeau a fait un bien réel ,
& fes Lettres de la Montagne font alors
5 Octobre 1778.
B
26 MERCURE
l'ouvrage que les Genevois doivent le plus
aimer.
Je ne parlerai point de quelques autres
morceaux détachés fur l'imitation Théâtrale
, fur la Paix perpétuelle , fur l'économie
Politique ; d'une Lettre à M. de Voltaire
fur la Providence , &c. Il n'y a rien de ce
qu'a fait Rouffeau qui ne mérite d'être lu ,
& qui ne le foit avec plus ou moins de
plaifir,
Cet Ecrivain dût avoir , & il a encore
beaucoup d'enthoufiaftes parmi les femmes
& les jeunes gens , parce qu'il parle
beaucoup à l'imagination . Il eft jugé plus
févèrement par laraifon des hommes mûrs ;
mais fa place eft belle , même au jugement
de ces derniers, Il plaît aux femmes quoiqu'il
les ait fort maltraitées. Comme elles
ne le font guères que par des hommes trèspaffionnés
pour elles , le pardon eft dans la
faute même. Rouffeau , malgré les injures
qu'il leur dit , a près d'elles le premier de
de tous les mérites , celui de les aimer
& fatisfait le premier de leurs befoins
celui des émotions,
On a voulu comparer Rouffeau à Vol
taire , à qui l'on comparoit auffi , pendant
un temps , Crébillon , Piron & d'autres
Ecrivains. Celui à qui l'on oppoſe tous
les autres , eft inconteftablement le premier.
Laiffons- là cette manie trop commune ,
DE FRANCE.
27
de rapprocher des hommes qui n'ont aucunpoint
de contact. Laiffons Voltaire dans
une place qui fera long - temps unique :
contentons- nous de placer Rouffeau parmi
nos plus grands Profateurs. C'eft au temps ,
à la pofterité , à marquer le rang qu'il doit
occuper dans le petit nombre d'hommes
qui ont joint à une tête penfante une
imagination fenfible , & l'éloquence à la
philofophie.
Les deux Auteurs dont Rouffeau paroît
avoir le plus profité, font Sénèque & Montagne.
Il a quelquefois les tournures franches
& naïves de l'un, & l'ingénieufe abondance
de l'autre ; mais en général , ce qui
diftingue fon ftyle , c'eſt la chaleur & l'énergie
; cette chaleur véritable a fait une
foule de mauvais imitateurs, qui n'en avoient
que l'affectation & la grimace , & qui en
répétant fans ceffe ce mot devenu parafite ,
ne mettoient plus aucune différence entré
la déraifon & la chaleur ; & l'on ne fait
jufqu'où cet abus autoit été porté , fi l'on
n'en eût pas fait fentir le ridicule.
Rouffeau a compofé les mémoires de
fa vie. Beaucoup de gens en ont entendu
la lecture. On dit que plufieurs perfonnes
y font maltraitées ; mais pas une autant que
lui. I fe peut que l'on mette à avouer fes
fautes , l'amour- propre que l'on met communément
à les diffimuler , & médire de
Bij
28 MERCURE
foi eft encore une manière d'être extraordinaire
, concevable dans un homme qui a
voulu être fingulier.
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Résumé : DE J. J. ROUSSEAU.
Le texte examine l'influence du caractère de Jean-Jacques Rousseau sur ses œuvres, en particulier sa misanthropie et sa sensibilité imaginative. Rousseau avait une préférence pour l'analyse des personnages exceptionnels afin de comprendre l'humanité et évitait les éloges excessifs. Il a commencé à écrire tardivement, accumulant ainsi de nombreuses idées et sentiments. Son premier ouvrage, le 'Discours sur les sciences et les arts', bien que bien écrit, est critiqué pour son sophisme et sa vision partielle des arts et des sciences. Ce discours a suscité des controverses et lui a valu une notoriété grâce à son style provocateur. Le 'Discours sur l'inégalité' de Rousseau affirme que l'homme a corrompu la nature en développant ses facultés, une vision critiquée pour son manque de rigueur. Rousseau, marqué par une jeunesse difficile, cultivait une misanthropie croissante et une animosité envers les lettrés. Ses idées sur la propriété et la société sont également critiquées, bien que ses écrits montrent une grande force d'idées et de style. Il a également contribué à la musique avec des œuvres comme 'Le Devin du village' et a participé à la 'querelle des Bouffons' avec sa 'Lettre sur la musique française'. En littérature, Rousseau est connu pour 'La Nouvelle Héloïse' et 'Émile'. Ce dernier est loué pour son éloquence et sa philosophie éducative, mais a causé des problèmes avec les autorités religieuses. Condamné par la République de Genève pour ses œuvres jugées dangereuses, Rousseau a renoncé à ses droits de bourgeois et de citoyen. Il a publié les 'Lettres de la Montagne', intensifiant les troubles à Genève. 'Du contrat social' est souvent considéré comme son œuvre majeure, appréciée pour sa profondeur et sa force intellectuelle. Rousseau est reconnu pour son style passionné et énergique, influencé par Sénèque et Montaigne. Ses écrits suscitent des opinions diverses et il est comparé à Voltaire, bien qu'il soit recommandé de les considérer séparément. Dans ses 'Confessions', Rousseau se montre critique envers lui-même et d'autres personnes.
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28
p. 308-309
AVIS concernant un Recueil de Musique de Chambre, composée par J. J. ROUSSEAU.
Début :
Toutes les productions du célèbre Rousseau, publiées pendant sa vie, ont toujours été reçues [...]
Mots clefs :
Recueil, Musique de chambre, Public, Jean-Jacques Rousseau, Thérèse Levasseur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS concernant un Recueil de Musique de Chambre, composée par J. J. ROUSSEAU.
AVIS concernant un Recueil de Mufique de
Chambre , compofée par J. J. Rousseau.
TOUTES OUTES les productions du célèbre Rouffeau ,
publiées pendant fa vie , ont toujours été reçues
avec une forte d'enthouſiaſme ; celles qu'on annonce
aujourd'hui , obtiendront fans doute un accueil en
core favorable. On a vu dans le Devin du Village.
& dans le Dictionnaire de Mufique , à quel degré
cet homme extraordinaid : " effédoit la pratique &
la théorie du plus raviffant des beaux Arts. Il eſt à
préfumer qu'on retrouvera la même fource de plaifirs
dans les nouvelles productions muficales que fa
Veuve vient offrir au public.
ce
On aime à fe repréfenter l'éloquent & profond
Auteur du Contrat-Social , modulant fur un clavier
des airs champêtres , des vaudevilles & des romances.
Mais on s'étonne de voir ce véhément Écrivain ,
génie libre & ficr , accoutumé à méditer fur les intérêts
des Souverains & des peuples , & né , ce ſemble,
pour leur faire adorer la juftice , oubliant tout-à-coup
fa deftinée gloricufe , pour embraffer la profeffion
des mercenaires , & devenir un fimple Copiſte de
mufique Celui qui confacra- des hymnes à la vertu ,
qui fut réveiller en nous l'inftinct fublime de la
liberté , qui fait encore retentir la voix de la nature
dans le coeur des mères , n'a- t- il donc pu fub
fifter du produit de fes chef- d'oeuvres ? La langue
françoife , entre fes mains , n'eft-elle pas
inftrument auffi mélodieux que celle du Taffe , auffi
riche que
celle de Pope , auffi expreffive que celle des
Orateurs de Rome & d'Athènes ? L'homme enfin qui
devoit tenir un des premiers rangs parmi fes fem--
blables , à qui , tôt ou tard , on élevera des monudevenue
un
DE FRANCE. 309
(
mens publics , étoit-il doncfait pour vivre & mourir
au fein de l'indigence ? Eft-ce là le fort d'un bienfaiteur
de l'humanité ? Profcrit par fes concitoyens ,
fugitif au milieu des Alpes , toléré chez une Nation
hoſpitalière , mais obligé d'impoſer à fon génie
un filence abfolu , il ne laiffe pour héritage à fa
refpectable . veuve , que des Mémoires dont elle ne
peut tirer aucun parti , parce que des convenances
fociales en arrêtent la publicité. L'unique resource
de Madame Rouleau confifte en un Recueil de petits
airs , compofés par l'Auteur d'Emile & d'Héloïfe ;
elle offre ce Recueil au public , moyennant une
foufcription d'un louis.
Ceux qui voudront foufcrire , pourront s'adreffer ,
avant la fin du mois de Décembre , à Paris , chez
Marchand , rue de Grenelle- Saint-Honoré ; à Marfeille
, chez la Porte , Libraire ; à Lyon , chez
Gaftard , Place de la Comédie ; à Bordeaux , chez
les frères Labottière , Marchands Libraires .
Chambre , compofée par J. J. Rousseau.
TOUTES OUTES les productions du célèbre Rouffeau ,
publiées pendant fa vie , ont toujours été reçues
avec une forte d'enthouſiaſme ; celles qu'on annonce
aujourd'hui , obtiendront fans doute un accueil en
core favorable. On a vu dans le Devin du Village.
& dans le Dictionnaire de Mufique , à quel degré
cet homme extraordinaid : " effédoit la pratique &
la théorie du plus raviffant des beaux Arts. Il eſt à
préfumer qu'on retrouvera la même fource de plaifirs
dans les nouvelles productions muficales que fa
Veuve vient offrir au public.
ce
On aime à fe repréfenter l'éloquent & profond
Auteur du Contrat-Social , modulant fur un clavier
des airs champêtres , des vaudevilles & des romances.
Mais on s'étonne de voir ce véhément Écrivain ,
génie libre & ficr , accoutumé à méditer fur les intérêts
des Souverains & des peuples , & né , ce ſemble,
pour leur faire adorer la juftice , oubliant tout-à-coup
fa deftinée gloricufe , pour embraffer la profeffion
des mercenaires , & devenir un fimple Copiſte de
mufique Celui qui confacra- des hymnes à la vertu ,
qui fut réveiller en nous l'inftinct fublime de la
liberté , qui fait encore retentir la voix de la nature
dans le coeur des mères , n'a- t- il donc pu fub
fifter du produit de fes chef- d'oeuvres ? La langue
françoife , entre fes mains , n'eft-elle pas
inftrument auffi mélodieux que celle du Taffe , auffi
riche que
celle de Pope , auffi expreffive que celle des
Orateurs de Rome & d'Athènes ? L'homme enfin qui
devoit tenir un des premiers rangs parmi fes fem--
blables , à qui , tôt ou tard , on élevera des monudevenue
un
DE FRANCE. 309
(
mens publics , étoit-il doncfait pour vivre & mourir
au fein de l'indigence ? Eft-ce là le fort d'un bienfaiteur
de l'humanité ? Profcrit par fes concitoyens ,
fugitif au milieu des Alpes , toléré chez une Nation
hoſpitalière , mais obligé d'impoſer à fon génie
un filence abfolu , il ne laiffe pour héritage à fa
refpectable . veuve , que des Mémoires dont elle ne
peut tirer aucun parti , parce que des convenances
fociales en arrêtent la publicité. L'unique resource
de Madame Rouleau confifte en un Recueil de petits
airs , compofés par l'Auteur d'Emile & d'Héloïfe ;
elle offre ce Recueil au public , moyennant une
foufcription d'un louis.
Ceux qui voudront foufcrire , pourront s'adreffer ,
avant la fin du mois de Décembre , à Paris , chez
Marchand , rue de Grenelle- Saint-Honoré ; à Marfeille
, chez la Porte , Libraire ; à Lyon , chez
Gaftard , Place de la Comédie ; à Bordeaux , chez
les frères Labottière , Marchands Libraires .
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Résumé : AVIS concernant un Recueil de Musique de Chambre, composée par J. J. ROUSSEAU.
Le texte traite d'un recueil de musique de chambre composé par Jean-Jacques Rousseau, dont les œuvres musicales ont toujours été bien accueillies. Rousseau est connu pour des compositions comme 'Le Devin du Village' et le 'Dictionnaire de Musique'. Le recueil, publié par sa veuve, suscite de l'intérêt. Le texte souligne la surprise face à l'implication de Rousseau dans la copie de musique, étant donné ses contributions majeures en philosophie politique et en littérature. Malgré ses talents littéraires et musicaux, Rousseau a vécu dans la pauvreté et a été contraint à l'exil. Il laisse à sa veuve des mémoires inutilisables et un recueil de petits airs, seul moyen pour elle de subsister. Ce recueil est proposé au public contre une souscription d'un louis, disponible auprès de divers libraires à Paris, Marseille, Lyon et Bordeaux avant la fin du mois de décembre.
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