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4401
p. 107-111
ABRÉGÉ de l'Histoire Grecque, depuis les temps héroïques jusqu'à la réduction de la Grece en Province Romaine. Ouvrage dans lequel on voit les Guerres les plus célebres de cette Nation, son, esprit, ses moeurs, les grands Hommes qu'elle porta dans son sein, Législateurs, Capitaines, Philosophes, Orateurs, Poëtes, Historiens & Artistes ; par M. d'Allezt ; à Paris, chez Nyon, quai des Augustins, à l'Occasion ; 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi, un vol. in-12 , prix 2 liv.
Début :
LE PRINCIPAL but de cet Ouvrage a été l'utilité de la Jeunesse ; & l'Auteur [...]
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texteReconnaissance textuelle : ABRÉGÉ de l'Histoire Grecque, depuis les temps héroïques jusqu'à la réduction de la Grece en Province Romaine. Ouvrage dans lequel on voit les Guerres les plus célebres de cette Nation, son, esprit, ses moeurs, les grands Hommes qu'elle porta dans son sein, Législateurs, Capitaines, Philosophes, Orateurs, Poëtes, Historiens & Artistes ; par M. d'Allezt ; à Paris, chez Nyon, quai des Augustins, à l'Occasion ; 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi, un vol. in-12 , prix 2 liv.
ABRÉGÉ de l'Histoire Grecque, depuis
les temps héroïques jusqu'à la réduction
de la Grece en Province Romaine.
Ouvrage dans lequel on voit les Guerres
les plus célebres de cette Nation,
son, esprit, ses moeurs, les grands
Hommes qu'elle porta dans son sein,
Législateurs, Capitaines, Philosophes,
Orateurs, Poëtes, Historiens & Artistes ;
par M. d'Allezt ; à Paris, chez Nyon, quai des Augustins, à l'Occasion ; 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi, un vol. in-12 , prix 2 liv.
Evj
LE PRINCIPAL but de cet Ouvrage a
été l'utilité de la Jeunesse ; & l'Auteur
nous apprend que ce qui l'a déterminé
à l'entreprendre , c'eſt qu'à préſent la
premièreUniverſité du Royaume eſt oc-
cupée plus que jamais des moyens capa-
bles de donner une nouvelle vigueur
auxEtudes ; qu'elle ſe propoſe d'étendre
les connoiſſances qui entrent dans PE-
ducation , & qu'elle veut mettre au rang
de ſes inſtructions les principales parties
de l'Hiſtoire , parmi lesquelles l'Hiſtoire
Grecque tiendra un des premiers rangs.
Pour ſuivre un ordre clair & précis
dans cette Hiſtoire , on l'a diviſée en qua-
tre âges. Le premier comprend l'origi-
ne des Grecs , les anciens Etats de la
Grece , c'est-à-dire , comment ſe for-
mèrent les Royaumes de Sycione , d'A-
thênes , de Sparte , &c. Les temps hé-
roïques font partie de cet âge. On ap-
pelle ainſi l'Expédition des Argonautes ,
les Danaïdes , les Travaux d'Hercule ,
le Siége de Troye , & autres anciens
FEVRIER. 1764.
109
événemens que les Poëtes ontaltérés,
par leurs Fables ,&fur lesquels eſt bâti
tout le ſyſtême de la Mythologie. Ce
même âge comprend auſſi l'Histoire du
Gouvernement de Lacédémone ſelon
les loix de Lycurgue, celui d'Athênes &
des Loixde Solon.
Le ſecond âge comprend les Guerres
des Grecs avec les Perſes. Ce font les
beaux jours de la Grèce. On y voit de
petites armées tenir tête à des armées in-
nombrables La Bataille de Marathon, le
Combatdes Thermopyles , celui d'Arte-
miſe , la Bataille de Salamine , celle de
Platée , celle de Mycalefont les princi-
paux traits de ce tableau , & les perfon-
nages ſont les hommes les plus célébres:
Miltiade , Themistocle , Aristide , Ci-
mon , Periclès , &c. L'Auteur a eu foin
detracer en racourci les principaux traits
qui caractériſent ces grands hommes.
Le troiſième âge embraſſe la Guerre
du Pélopponèſe , qui rendit les Lacédé-
moniens comme les arbitres de laGrèce.
Alcibiade , Lyfandre paroiſſent ſur la
fcène. On y voit l'état d'oppreffion où
furent réduits les Athéniens par la tyran-
nie des trente Tyrans; la délivrance
d'Athènes , par le courage de Trafybule.
L'Expédition du jeune Cyrus , la fa
ILO MERCURE DE FRANCE.
meuſe retraite des dix mille Grecs , b
condamnation de Socrate, les exploits
de Pelopidas & d'Epaminondas , temps
de la gloire de Thébes, lesBatailles de
Leuctres & de Mantinée ; les exploits de
Philippe , Roi de Macédoine , les effets
de l'éloquence de Démosthène contre
l'ambition de ce Prince ; les exploits de
Phocion; le règne d'Alexandre , & fes
victoires ſur les Perfes; la ſuite de ſes
conquêtes , ſa mort , ſon caractère.
On lit dans le quatrième âge ,le par-
tage de l'Empire d'Alexandre , & divers
événemens ſous le règnede ſes fuccef-
ſeurs ; la vie & les actions du célébre
Pyrrhus , Roi d'Epire , cellesde Philo-
pemen qu'on a appellé le dernier des
Grecs. La Grèce eſt miſe en liberté par
les Romains. Cette même Grèce eſt af
ſujetrie par ces mêmes Peuples qui envas
hiffoient tous les Empires.
Chaque âge eſt terminé par des ta-
bleauxen racourci des hommes célébres
dans les Sciences,
Philoſophes , Ora
teurs , Poëtes , Historiens , Artiſtes.
L'Auteur y ajointdes diſſertationshisto-
riques fur le Gouvernement des Grecs ,
dont il a fait une ſage diſtribution, ea
plaçant fous chaque age , tantorun obr
jende ce Gouvernement, tantot unau
FEVRIER 17641111
tre. Ainfi à la fin du premier age , on
voit tout cequi avoit pour objet la Re-
ligion des Grecs , à la fin du ſecond, la
Guerre & l'Education de la Jeuneſſe ; à
la, fin du troifiéme , les Jeux & les Com-
bats; & à la fin du quatrième , l'Histoire
despays qu'on appelloit la grandeGrèce,
qù l'on voit les artifices de Denys leTy-
ran , pour ſe rendre maître de Syracuſe ;
ſa folle paſſion pour la Poëfie ; le règne
deDenysle Jeune , les exploitsde Dion ,
la délivrance de Syracufe par Timoléon ,
&le Siége de cette même Ville par les
Romains, fous Marcellus ; le portrait
d'Archimede : le tout mêlé de réfléxions
utiles.
: Ainfi 'Histoire Grecque , qui tient
toute l'Antiquité , foit fabuleuſe , ſoit
hiſtorique , fi neceſſaire par conféquent
pour l'intelligence des Auteurs , fi c
riquſe par elle-même , peut être miſe en-
tre les mains des jeunes gens , & faire
même le ſujet d'une lecture agréable &
utile , pour toutes les perſonnes d'un age
mur , mais qui n'ont pas le temps de lire
une longue ſuite de volumes.
les temps héroïques jusqu'à la réduction
de la Grece en Province Romaine.
Ouvrage dans lequel on voit les Guerres
les plus célebres de cette Nation,
son, esprit, ses moeurs, les grands
Hommes qu'elle porta dans son sein,
Législateurs, Capitaines, Philosophes,
Orateurs, Poëtes, Historiens & Artistes ;
par M. d'Allezt ; à Paris, chez Nyon, quai des Augustins, à l'Occasion ; 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi, un vol. in-12 , prix 2 liv.
Evj
LE PRINCIPAL but de cet Ouvrage a
été l'utilité de la Jeunesse ; & l'Auteur
nous apprend que ce qui l'a déterminé
à l'entreprendre , c'eſt qu'à préſent la
premièreUniverſité du Royaume eſt oc-
cupée plus que jamais des moyens capa-
bles de donner une nouvelle vigueur
auxEtudes ; qu'elle ſe propoſe d'étendre
les connoiſſances qui entrent dans PE-
ducation , & qu'elle veut mettre au rang
de ſes inſtructions les principales parties
de l'Hiſtoire , parmi lesquelles l'Hiſtoire
Grecque tiendra un des premiers rangs.
Pour ſuivre un ordre clair & précis
dans cette Hiſtoire , on l'a diviſée en qua-
tre âges. Le premier comprend l'origi-
ne des Grecs , les anciens Etats de la
Grece , c'est-à-dire , comment ſe for-
mèrent les Royaumes de Sycione , d'A-
thênes , de Sparte , &c. Les temps hé-
roïques font partie de cet âge. On ap-
pelle ainſi l'Expédition des Argonautes ,
les Danaïdes , les Travaux d'Hercule ,
le Siége de Troye , & autres anciens
FEVRIER. 1764.
109
événemens que les Poëtes ontaltérés,
par leurs Fables ,&fur lesquels eſt bâti
tout le ſyſtême de la Mythologie. Ce
même âge comprend auſſi l'Histoire du
Gouvernement de Lacédémone ſelon
les loix de Lycurgue, celui d'Athênes &
des Loixde Solon.
Le ſecond âge comprend les Guerres
des Grecs avec les Perſes. Ce font les
beaux jours de la Grèce. On y voit de
petites armées tenir tête à des armées in-
nombrables La Bataille de Marathon, le
Combatdes Thermopyles , celui d'Arte-
miſe , la Bataille de Salamine , celle de
Platée , celle de Mycalefont les princi-
paux traits de ce tableau , & les perfon-
nages ſont les hommes les plus célébres:
Miltiade , Themistocle , Aristide , Ci-
mon , Periclès , &c. L'Auteur a eu foin
detracer en racourci les principaux traits
qui caractériſent ces grands hommes.
Le troiſième âge embraſſe la Guerre
du Pélopponèſe , qui rendit les Lacédé-
moniens comme les arbitres de laGrèce.
Alcibiade , Lyfandre paroiſſent ſur la
fcène. On y voit l'état d'oppreffion où
furent réduits les Athéniens par la tyran-
nie des trente Tyrans; la délivrance
d'Athènes , par le courage de Trafybule.
L'Expédition du jeune Cyrus , la fa
ILO MERCURE DE FRANCE.
meuſe retraite des dix mille Grecs , b
condamnation de Socrate, les exploits
de Pelopidas & d'Epaminondas , temps
de la gloire de Thébes, lesBatailles de
Leuctres & de Mantinée ; les exploits de
Philippe , Roi de Macédoine , les effets
de l'éloquence de Démosthène contre
l'ambition de ce Prince ; les exploits de
Phocion; le règne d'Alexandre , & fes
victoires ſur les Perfes; la ſuite de ſes
conquêtes , ſa mort , ſon caractère.
On lit dans le quatrième âge ,le par-
tage de l'Empire d'Alexandre , & divers
événemens ſous le règnede ſes fuccef-
ſeurs ; la vie & les actions du célébre
Pyrrhus , Roi d'Epire , cellesde Philo-
pemen qu'on a appellé le dernier des
Grecs. La Grèce eſt miſe en liberté par
les Romains. Cette même Grèce eſt af
ſujetrie par ces mêmes Peuples qui envas
hiffoient tous les Empires.
Chaque âge eſt terminé par des ta-
bleauxen racourci des hommes célébres
dans les Sciences,
Philoſophes , Ora
teurs , Poëtes , Historiens , Artiſtes.
L'Auteur y ajointdes diſſertationshisto-
riques fur le Gouvernement des Grecs ,
dont il a fait une ſage diſtribution, ea
plaçant fous chaque age , tantorun obr
jende ce Gouvernement, tantot unau
FEVRIER 17641111
tre. Ainfi à la fin du premier age , on
voit tout cequi avoit pour objet la Re-
ligion des Grecs , à la fin du ſecond, la
Guerre & l'Education de la Jeuneſſe ; à
la, fin du troifiéme , les Jeux & les Com-
bats; & à la fin du quatrième , l'Histoire
despays qu'on appelloit la grandeGrèce,
qù l'on voit les artifices de Denys leTy-
ran , pour ſe rendre maître de Syracuſe ;
ſa folle paſſion pour la Poëfie ; le règne
deDenysle Jeune , les exploitsde Dion ,
la délivrance de Syracufe par Timoléon ,
&le Siége de cette même Ville par les
Romains, fous Marcellus ; le portrait
d'Archimede : le tout mêlé de réfléxions
utiles.
: Ainfi 'Histoire Grecque , qui tient
toute l'Antiquité , foit fabuleuſe , ſoit
hiſtorique , fi neceſſaire par conféquent
pour l'intelligence des Auteurs , fi c
riquſe par elle-même , peut être miſe en-
tre les mains des jeunes gens , & faire
même le ſujet d'une lecture agréable &
utile , pour toutes les perſonnes d'un age
mur , mais qui n'ont pas le temps de lire
une longue ſuite de volumes.
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4401
ABRÉGÉ de l'Histoire Grecque, depuis les temps héroïques jusqu'à la réduction de la Grece en Province Romaine. Ouvrage dans lequel on voit les Guerres les plus célebres de cette Nation, son, esprit, ses moeurs, les grands Hommes qu'elle porta dans son sein, Législateurs, Capitaines, Philosophes, Orateurs, Poëtes, Historiens & Artistes ; par M. d'Allezt ; à Paris, chez Nyon, quai des Augustins, à l'Occasion ; 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi, un vol. in-12 , prix 2 liv.
4402
p. 112-113
HISTOIRE des Philosophes modernes, avec leur Portrait dans le goût du crayon ; par M. SAVERIEN, publiée par le Sr FRANÇOIS, Graveur des Desseins du Cabinet du Roi, &c., rue S. Jacques, à la vieille Poste, vis-à-vis la rue du Plâtre. Tome IV, contenant l'Histoire des Restaurateurs des Sciences, seconde Partie. A Paris, chez différens Libraires, 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi.
Début :
CE Volume qui contient l'Histoire de Newton, Leibnitz, Halley, Jean Bernoully [...]
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE des Philosophes modernes, avec leur Portrait dans le goût du crayon ; par M. SAVERIEN, publiée par le Sr FRANÇOIS, Graveur des Desseins du Cabinet du Roi, &c., rue S. Jacques, à la vieille Poste, vis-à-vis la rue du Plâtre. Tome IV, contenant l'Histoire des Restaurateurs des Sciences, seconde Partie. A Paris, chez différens Libraires, 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi.
HISTOIRE des Philosophes modernes,
avec leur Portrait dans le goût du
crayon ; par M. SAVERIEN, publiée
par le Sr FRANÇOIS, Graveur des
Desseins du Cabinet du Roi, &c.,
rue S. Jacques, à la vieille Poste,
vis-à-vis la rue du Plâtre. Tome IV,
contenant l'Histoire des Restaurateurs
des Sciences, seconde Partie. A Paris,
chez différens Libraires, 1764 ;
avec Approbation & Privilège du Roi.
CE Volume qui contient l'Histoire de
Newton, Leibnitz, Halley, Jean Bernoully
& Wolf, paroit être fait avec
le même ſoin que les précédens. Il a
dû en coûter plus à l'Auteur ; car les
ſyſtêmes qu'il expoſe tels que ceux de
Newton , de Leibnitz & de Wolf, font
très-abſtraits, M. Saverien n'oubie rien
pour ſe rendre intelligible à tout le
monde , ſans affoiblir la profondeur de
la théorie qui forme la baſe de ces fyf-
têmes. La même clarté & netteté ré-
gne dans le Diſcours préliminaire , con-
Jenantla théoriedu mouvementdes Corps
FEVRIER. 1764.
113
celeftes , déduites de leur origine , pour
fervirdefuplément au Systéme dumonde
de Newton. C'eſt un ſyſtême par le-
quel l'Auteur explique fans attraction ,
la caufedes forces centripete & centri-
fuge , & en général toute la théorie du
mouvementdes corpscélestes.Ontrouve
ici une nouvelle explication de lacauſe
de la peſanteur des corps. M. Savérien
en avoit déja publié une exquiffe dans
leMercure , en 1756 ; mais elle eſt ici
très-développée & confirmée par des ex-
périences.
Al'égarddes portraits , leSr François
áfaitun choix éclairédesTableaux & des
Eſtampes , d'après leſquels il les a traités
avec le plus grand ſoin. Ainſi ce nou-
veau Volume eſt digne du même ac-
cueil dont le Public ahonoré les pré-
cédens.
Le Graveur avertit qu'il donne gratis
dans ce Volume , le Portrait de Schafles-
bury, qui manquoit à la claſſe des mo-
raliſtes. Ily a toujours deux Editions de
cet Ouvrage , une in- 12 & une in-
4°. Le prix de l'in- 12 eſt de cin-
quante ſols , & celui de l'in-4° , de
6 liv. broché.
avec leur Portrait dans le goût du
crayon ; par M. SAVERIEN, publiée
par le Sr FRANÇOIS, Graveur des
Desseins du Cabinet du Roi, &c.,
rue S. Jacques, à la vieille Poste,
vis-à-vis la rue du Plâtre. Tome IV,
contenant l'Histoire des Restaurateurs
des Sciences, seconde Partie. A Paris,
chez différens Libraires, 1764 ;
avec Approbation & Privilège du Roi.
CE Volume qui contient l'Histoire de
Newton, Leibnitz, Halley, Jean Bernoully
& Wolf, paroit être fait avec
le même ſoin que les précédens. Il a
dû en coûter plus à l'Auteur ; car les
ſyſtêmes qu'il expoſe tels que ceux de
Newton , de Leibnitz & de Wolf, font
très-abſtraits, M. Saverien n'oubie rien
pour ſe rendre intelligible à tout le
monde , ſans affoiblir la profondeur de
la théorie qui forme la baſe de ces fyf-
têmes. La même clarté & netteté ré-
gne dans le Diſcours préliminaire , con-
Jenantla théoriedu mouvementdes Corps
FEVRIER. 1764.
113
celeftes , déduites de leur origine , pour
fervirdefuplément au Systéme dumonde
de Newton. C'eſt un ſyſtême par le-
quel l'Auteur explique fans attraction ,
la caufedes forces centripete & centri-
fuge , & en général toute la théorie du
mouvementdes corpscélestes.Ontrouve
ici une nouvelle explication de lacauſe
de la peſanteur des corps. M. Savérien
en avoit déja publié une exquiffe dans
leMercure , en 1756 ; mais elle eſt ici
très-développée & confirmée par des ex-
périences.
Al'égarddes portraits , leSr François
áfaitun choix éclairédesTableaux & des
Eſtampes , d'après leſquels il les a traités
avec le plus grand ſoin. Ainſi ce nou-
veau Volume eſt digne du même ac-
cueil dont le Public ahonoré les pré-
cédens.
Le Graveur avertit qu'il donne gratis
dans ce Volume , le Portrait de Schafles-
bury, qui manquoit à la claſſe des mo-
raliſtes. Ily a toujours deux Editions de
cet Ouvrage , une in- 12 & une in-
4°. Le prix de l'in- 12 eſt de cin-
quante ſols , & celui de l'in-4° , de
6 liv. broché.
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4402
HISTOIRE des Philosophes modernes, avec leur Portrait dans le goût du crayon ; par M. SAVERIEN, publiée par le Sr FRANÇOIS, Graveur des Desseins du Cabinet du Roi, &c., rue S. Jacques, à la vieille Poste, vis-à-vis la rue du Plâtre. Tome IV, contenant l'Histoire des Restaurateurs des Sciences, seconde Partie. A Paris, chez différens Libraires, 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi.
4403
p. 114-124
DISCOURS prononcé dans l'Académie Françoise, le Jeudi 22 Décembre 1763, à la réception de M. MARMONTEL ; à Paris chez Regnard, Imprimeur de l'Académie Françoise, au Palais, & rue basse des Ursins ; 1763, Feuille in-4 o .
Début :
LE Discours de M. Marmontel, élu pour occuper la place de M. de Bougainville, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS prononcé dans l'Académie Françoise, le Jeudi 22 Décembre 1763, à la réception de M. MARMONTEL ; à Paris chez Regnard, Imprimeur de l'Académie Françoise, au Palais, & rue basse des Ursins ; 1763, Feuille in-4 o .
DISCOURS prononcé dans l'Académie
Françoise, le Jeudi 22 Décembre
1763, à la réception de M. MARMONTEL ;
à Paris chez Regnard,
Imprimeur de l'Académie Françoise,
au Palais, & rue basse des Ursins ;
1763, Feuille in-4o.
LE Discours de M. Marmontel, élu
pour occuper la place de M. de Bougainville,
n'a pointdémenti l'idéeavan-
tageuſe qu'avoientdonnéde lui pluſieurs
de ſes Ouvrages en différens genres,
Nous ne citerons que quelques traits ;
le grand nombre de nouveautés que
nous avons encore à annoncer
chacune.
ne
nous permet pas de nous étendre fur
Après les marques extérieures de mo-
deftie, qui fontd'uſage en pareille oc-
cafion ,M. Marmontel fit l'élogede fon
prédéceſſeur. »Dans ſes écrits, comme
>>>dans ſes mœurs , dit-il , tout fut loua-
>>ble ,& rien n'annonçoit le vain defir
FEVRIER. 1764.
115
>>d'être loué. M. Marmontel étend cette
propofition en parcourant les écrits
& les principaux traits de la vie deM.
de Bougainville. Nous citerions ce mor-
ceau en entier , s'il ne falloit pas encore
revenir à M. de Bougainville à la fin
de cet extrait. Mais ce qui mérite fur-
toutd'être mis ſous les yeuxde nos Lec
teurs , c'eſt l'endroit où le nouveau Ré-
cipiendaire apprendaux GensduMonde
le reſpect qu'ils doivent aux Gens de
Lettres , & le rang que ces derniers
doivent occuper dans l'eſtime deshom
mes.>>> La Nature leura donné Pempire
>>de l'opinion ; leur voix eſt celle de la
>>Renommée &de toutle bruitqu'auront
>>fait dans leur temps les plus belles
» actions des mortels; la poſtérité n'en
>>tendraque le témoignage desGensde
>>Lettres , placés d'âge en âge comme
* autant d'échos qui retentiſſent dans
>> l'avenir. Ce n'eſt point en paflantde
>> bouche en bouche , que les faits , que
*les noms dignes de mémoire peuvent
>>échapper auxoutrages dela barbarie&
>>du temps. Ilfaut, pourles en garentir,
qu'unHiſtorien vrai les écrive , qu'un
>>>digneOrateurles célébre, qu'unPoëte
infpiréles chante,qu'un Philofophe les
> apprécie. Eux ſeuls ſe ſoutiennentpar
1
116 MERCURE DE FRANCE.
» eux-mêmes au-deſſus du vaſte abime
>> de l'oubli ; & rien n'yſurnage qu'avec
» eux & par eux......
" ... Oublions toutefois l'intérêt
» qu'ont eu les grands Hommes à pro-
>> téger les Lettres ,& n'en conſidérons
>>que le charme& l'attrait. Quelle jouif-
> ſance plus douce pour celui qui les
>> encourage , quededévelopperles ger-
» mes du génie ? La Nature a-t-elle des
>>>productions plus rares ?Est-il un ſpec-
>>tacle plus digne d'une âme élevée Se
>> ſenſible , que de voir la Poëfie ani-
» mer ſes tableaux , l'Eloquence dé-
>>>ployer ſes refforts , l'Histoire percer
>> la nuit des temps , la Philoſophie le-
>ver le voille de la Nature , de nou-
>> velles générations d'idées éclore du
>ſein d'un petit nombre d'hommes ,
» & ſe répandre dans tous les eſprits ?
» Les Lettres ſous ce point de vue peu-
>>>vent-elles ne pas attacher les regards
>>des Rois , des Héros & des Sages ?
>>Mais c'eſt à ceux mêmes qui cul-
>> tiventles Lettres, que le commerce en
» eſt précieux. Que ne puis-je en ex-
>> primer l'avantage commeje le ſens !
» Que ne puis-je avec tous les vrais
» Citoyens de la République Littéraire,
>> voir ce qu'ils ont tant ſouhaité,les
1
FEVRIER. 1764.
117
>> talens unis & d'intelligence ! Non ,
>> cen'eſt pointun vœu chimérique. L'a-
» mitié , ce liendes cœurs , eſt des dons
» du Ciel le plus rare : il l'eſt parmi les
>>Gens de Lettres , comme il l'eſt dans
>> teus les états. Mais le commerce , l'ac-
>> cord des eſprits , ce goûtmutuel qui
>>les attire , ce beſoin de ſe communi-
» quer , ce plaifir délicat qu'ils éprou-
>>ventàs'éclairer ,à s'animer l'un l'autre,
» certe union , dis-je , a fait dans tous
>>>les temps le bonheur & la gloire des
>> Lettres. Le fiécle paffé la vit régner
» parmi ſes Ecrivains les plus célébres.
» Elle eſt la même & plus paiſible
>> encore , entre les premiers talens de
» nos jours........
..... Je ne parle point du goûtque
>>leur commerce épure , des fineſſes
>>de l'art qu'il décéle , des replis de la
» Nature qu'il développe , des traits dé-
>> licats qu'il y fait faifir ; je me borne
>>au courage , àl'émulation qu'il inſpire,
» à l'éſſor qu'il fait prendre aux idées,
»à l'enthouſiaſme qu'il donne auxta-
» lens ; le dirai-je ? à cette eſpéce d'é-
>> lectricité que les eſprits ſe commu-
>>niquent , fitôt que l'intérêt de l'art
» vient les animer & les mettre en ac-
» tion.
:
118 MERCURE DE FRANCE.
" Voyez l'Homme de Lettres dans
>>>ſa folitude ; épuisé de fatigue & de
>>veilles, plein d'inquiétude & d'allar-
> mes , ayant fans ceffe devant les yeux
>> un Publicdifficile & ſévère , décou-
> ragé , tantôtpar les difficultésde l'art,
>tantôtpar les variations du goût : une
" ombre l'éffraye; ilſecraint lui-même :
>>>s'il lui vient une lueur d'eſpoir , c'eſt
>un trait de préſomption; il fe défie
»de ſa confiance. Livré à lui-même
,
>> il ne ſent pas fes forces: il n'ofera
>>jamais tout ce qu'il peut. Qui levera
>>lefoibleobſtacle qui l'arrête au milieu
"de ſa courſe ? Qui le ramenera dans
» la voie , d'où peut-être il n'eſt éloi-
>> gné que d'un pas au moment qu'il
> fe croit égaré ? Sera-ce celui qui s'a-
>muſe des Lettres ? Non , mais celui
>> qui s'en occupe. Le monde eſt pour
>>unEcrivain une écoledebienfeance,
*dedélicateſſe , de politeſſe & d'agré-
> ment ; mais pour les coups de lu-
>>mière& de force , les grandes vues ,
les hardis deſſeins , il doit confulter
> ſes pareils. Il les confulte; il eſtrani-
» mé. L'eſpoir renaît , les craintes ſe
>>>diffipent , les difficultés s'applaniſſent.
Ce n'est point une critique froide ,
>> minucieuſe , ſtérile , qui préſide à leur
» éxamen ; c'eſt une critique ſévère ,
1
FEVRIER. 1764.
119
maislumineuse & féconde en reffour-
>>ces : c'eſt peu d'éclairer , elle inſpire ;
»& quel eſt l'Homme de Lettres , Mel-
• ſieurs , qui n'est pas redevable d'une
• partie de fa gloire à de telles infpi-
>>>rations ? Combien de traits de génie
» ont attendu qu'une idée étrangère les
>>fit éclore; ſemblables à ſes feux ra-
» pides & brillans qu'une étincelle fait
> éclater ? Qui ſçait ce que Racine ,
>> Despréaux , Moliére & la Fontaine ſe
>>devoient réciproquement ?
>>Mais ce commerce ſi intéreſſantdu
» côtéde l'eſprit ,peut l'être encore plus
>>du côtéde l'âme;&j'oſe le dire àlagloi-
» re de mon fiécle , jamais des mœurs ſi
> pures n'onthonoré les Lettres ;jamais
» l'émulation des vertus n'a plus annobli
>>celle des talens ; jamais votre éxemple
» n'a étémieux ſuivi. Et quelle épreuve
» n'ai je pas faite de laſenſibilité,de l'élé-
>>vationd'amequ'un Hommede Lettres
>> eſt fur de trouver dans ceux de ſon
» état ? Qui ſçait mieux que moi avec
» quelle chaleur le fort y protége le foi-
>>ble ; combien leur eſtime eſt ſolide
و
>>leur bienveillance active , leur amitié
>> conſtante , & combien ce qui ſeroit
>> pénible & courageux pour des âmes
>>vulgaires , paroîtfimple &facileàces
> cœurs généreux ?
120 MERCURE DE FRANCE.
Ceux qui ont lebonheur & l'honneur
devivre avec des Gens de Lettres , re-
connoiffent tous la vérité de ce tableau.
Au Diſcours éloquent & ingénieux
de M. Marmontel, a répondu M.Bignon,
en qualité de Directeur ; & ſa réponſe
eſt l'éloge de M. Bougainville,par lequel
nous avons promis de finircet Extrait.
>>Pour parvenir aux honneurs de la
>> Littérature , M. de Bougainville ne
>> fut recommandé que par ſes talens ;
>> il ne ſe préſenta à l'Académie des
" Belles- Lettres , qu'avec les prix qu'il
» avoit remportés : c'étoity entrer en
» triomphe.
» La Traduction de l'Anti- Lucrèce
» décida ſa réputation. La Préface ,
>> remplie de penſées auſſi ſolides que
» brillantes , honore le Poëme , & af-
>>ſocie le Traducteur à la gloirede l'Au-
» teur : interprète fidèle , mais fans ef-
» clavage , il a ſcu rendre dans notre
>>Langue , par d'heureux équivalens
>>>toutes les beautés d'une Langue
>> étrangère. Pour ménager la modeſtie
>>de la nôtre , ſi délicate ſur l'expref-
>>fion , avec qu'elle ingénieuſe adreſſe ,
» fans altérer le deſſein de l'Auteur , a-
>> t-il ſubſtitué la végétation des arbres
»& des plantes à tout ce que la liberé
>de
FEVRIER. 1764.
121
» de la Langue Latine avoit permis de
>> mettre fur la génération des ani-
»maux !
>> Secrétaire de l'Académie des Bel-
>> les-Lettres à un âge où l'on oſe à
» peine afpirer au titre d'Aſſocié , il en
>>a rempli les devoirs avec autant de
>>capacité que d'exactitude. Les Eloges
>>qu'il a faits deſes Confrères,forment
» en même temps le plus glorieux Pa-
>>négyrique de fon eſprit & de fon
cœur : c'eſt l'érudition , c'eſt la vertu
» qui ſe repréſentent elles- mêmes ſous
>>diverſesattitudes. Dans la partie hiſto-
>>rique desMémoires,il préſente lesidées
>>de ſes Confrères dans le pointde vue
>>le plus favorable , il y répand ſa
> chaleur & leur prête de nouvelles
>graces.
>> Il a fait plus encore pourM. Frerer
>>auquel il avoit fuccédé ; il a pour ainſi
» dire , prolongé ſes jours ; il l'a fait
>> vivre après ſa mort , en mettant la
>> dernière main à de ſavans Ouvrages
> que cet illuſtre ami n'avoit pas eu
>> le temps d'achever : c'étoit lui donner
>>une portion de ſa propre vie , préſent
>>d'autant plus généreuxqu'il ne pou-
>> voit ſe flatter qu'elle dût être d'une
>>longue durée. Un aſthme opiniâtre ,
F
122 MERCURE DE FRANCE .
>> contracté des ſa première jeuneſſe ,
>>interrompoit ſes études par de fré-
>>> quentes attaques , & l'obligea enfin
>> d'abandonner le poſte laborieux qu'il
>> occupoit dans l'Académie des Belles-
>>> Lettres. Notre Académie , qui en
>>> avoit fait l'acquifition quelques an-
>>> nées auparavant, gagna ce que l'autre
>> perdoit; il n'en montra que plus de
>>>zèle à ſe conſacrer à nos travaux
>> & n'en devint que plus affidu à nos
affemblées.
» Une ſanté ſi chancelante n'avoit
» pas affoibli les refforts de ſon eſprit.
>> Toujours ardent , toujours occupé de
>>projets littéraires , il ſe préparoit à
>>compofer une Hiſtoire de Hongrie :
>> il avoit raſſemblé dans ce deſſeinun
>> grand nombre de matériaux , & tout
>> ſon plan étoit déjà formé. Quel re-
>>gret pour nous de perdre avec lui
>>une Hiſtoire auſſi importante qu'elle
>> eſt peu connue , dans laquelle il au-
» roit développé tous ſes talens , cette
>>clarté méthodique qui lui étoit pro-
>> pre , cette abondance auſſi riche en
:
>>penſées qu'en expreffions , cette heu-
>>reuſe facilitéqui ſavoit flatter l'oreille ,
>>fans ceſſer de nourrir l'eſprit ! C'étoit
>>pour acquérir cette perfection de
F
FEVRIER. 1764.
123
» ſtyle , que ſans ſe livrer à la Poëfie ,
>> il l'avoit toujours cultivée. Franc &
> ouvert dans tous ſes procédés , il ne fit
»jamais dé ſecret que de ſes vers : c'eſt
» peut-être en cela ſeul qu'on peut dire
» qu'il n'étoit pas Poëte. Il ne les com-
>>muniquoit qu'à ſes amis particuliers :
>>c'eſt par eux que l'on a ſçu qu'il avoit
> compoſé une Tragédie intitulée la
» mort de Philippe , dont un morceau
>>qui a été ſçu , & qui fait partie de fon
» éloge , a mérité des applaudiſſemens ;
>>mais il reſpectoit le Public , & il ne
>>vouloit lui préſenter cette Pièce ,
» qu'après y avoir donné toute la per-
>>fection dont il s'étoit formé l'idée fur
>>les préceptes & les modèles des plus
>>grands Maîtres.
» Mais ſa plus noble occupation , &
>>celle qui lioit plus intimement ſes ſen-
>>timens avec les nôtres , c'étoit l'illuſtre
» emploi de compoſer l'Hiſtoire Métal-
>>lique de notre Auguſte Protecteur :
>>c'eſt-là qu'en expliquant les médailles
>>>qui repréſentent les événemens glo-
rieux de notre Monarque , il pouvoit
» employer ſans ceſſe de nouveaux tours
» & les expreſſions les plus vives pour
» peindre cet amour , ce zéle , cette
>>reconnoiſſance dont chacun de nous
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
>> ici eft pénétré , &qui nous feroit am-
» bitionner le même emploi pour con-
> ſacrer nos ſentimens à la poſtérité la
>>plus reculée.
Françoise, le Jeudi 22 Décembre
1763, à la réception de M. MARMONTEL ;
à Paris chez Regnard,
Imprimeur de l'Académie Françoise,
au Palais, & rue basse des Ursins ;
1763, Feuille in-4o.
LE Discours de M. Marmontel, élu
pour occuper la place de M. de Bougainville,
n'a pointdémenti l'idéeavan-
tageuſe qu'avoientdonnéde lui pluſieurs
de ſes Ouvrages en différens genres,
Nous ne citerons que quelques traits ;
le grand nombre de nouveautés que
nous avons encore à annoncer
chacune.
ne
nous permet pas de nous étendre fur
Après les marques extérieures de mo-
deftie, qui fontd'uſage en pareille oc-
cafion ,M. Marmontel fit l'élogede fon
prédéceſſeur. »Dans ſes écrits, comme
>>>dans ſes mœurs , dit-il , tout fut loua-
>>ble ,& rien n'annonçoit le vain defir
FEVRIER. 1764.
115
>>d'être loué. M. Marmontel étend cette
propofition en parcourant les écrits
& les principaux traits de la vie deM.
de Bougainville. Nous citerions ce mor-
ceau en entier , s'il ne falloit pas encore
revenir à M. de Bougainville à la fin
de cet extrait. Mais ce qui mérite fur-
toutd'être mis ſous les yeuxde nos Lec
teurs , c'eſt l'endroit où le nouveau Ré-
cipiendaire apprendaux GensduMonde
le reſpect qu'ils doivent aux Gens de
Lettres , & le rang que ces derniers
doivent occuper dans l'eſtime deshom
mes.>>> La Nature leura donné Pempire
>>de l'opinion ; leur voix eſt celle de la
>>Renommée &de toutle bruitqu'auront
>>fait dans leur temps les plus belles
» actions des mortels; la poſtérité n'en
>>tendraque le témoignage desGensde
>>Lettres , placés d'âge en âge comme
* autant d'échos qui retentiſſent dans
>> l'avenir. Ce n'eſt point en paflantde
>> bouche en bouche , que les faits , que
*les noms dignes de mémoire peuvent
>>échapper auxoutrages dela barbarie&
>>du temps. Ilfaut, pourles en garentir,
qu'unHiſtorien vrai les écrive , qu'un
>>>digneOrateurles célébre, qu'unPoëte
infpiréles chante,qu'un Philofophe les
> apprécie. Eux ſeuls ſe ſoutiennentpar
1
116 MERCURE DE FRANCE.
» eux-mêmes au-deſſus du vaſte abime
>> de l'oubli ; & rien n'yſurnage qu'avec
» eux & par eux......
" ... Oublions toutefois l'intérêt
» qu'ont eu les grands Hommes à pro-
>> téger les Lettres ,& n'en conſidérons
>>que le charme& l'attrait. Quelle jouif-
> ſance plus douce pour celui qui les
>> encourage , quededévelopperles ger-
» mes du génie ? La Nature a-t-elle des
>>>productions plus rares ?Est-il un ſpec-
>>tacle plus digne d'une âme élevée Se
>> ſenſible , que de voir la Poëfie ani-
» mer ſes tableaux , l'Eloquence dé-
>>>ployer ſes refforts , l'Histoire percer
>> la nuit des temps , la Philoſophie le-
>ver le voille de la Nature , de nou-
>> velles générations d'idées éclore du
>ſein d'un petit nombre d'hommes ,
» & ſe répandre dans tous les eſprits ?
» Les Lettres ſous ce point de vue peu-
>>>vent-elles ne pas attacher les regards
>>des Rois , des Héros & des Sages ?
>>Mais c'eſt à ceux mêmes qui cul-
>> tiventles Lettres, que le commerce en
» eſt précieux. Que ne puis-je en ex-
>> primer l'avantage commeje le ſens !
» Que ne puis-je avec tous les vrais
» Citoyens de la République Littéraire,
>> voir ce qu'ils ont tant ſouhaité,les
1
FEVRIER. 1764.
117
>> talens unis & d'intelligence ! Non ,
>> cen'eſt pointun vœu chimérique. L'a-
» mitié , ce liendes cœurs , eſt des dons
» du Ciel le plus rare : il l'eſt parmi les
>>Gens de Lettres , comme il l'eſt dans
>> teus les états. Mais le commerce , l'ac-
>> cord des eſprits , ce goûtmutuel qui
>>les attire , ce beſoin de ſe communi-
» quer , ce plaifir délicat qu'ils éprou-
>>ventàs'éclairer ,à s'animer l'un l'autre,
» certe union , dis-je , a fait dans tous
>>>les temps le bonheur & la gloire des
>> Lettres. Le fiécle paffé la vit régner
» parmi ſes Ecrivains les plus célébres.
» Elle eſt la même & plus paiſible
>> encore , entre les premiers talens de
» nos jours........
..... Je ne parle point du goûtque
>>leur commerce épure , des fineſſes
>>de l'art qu'il décéle , des replis de la
» Nature qu'il développe , des traits dé-
>> licats qu'il y fait faifir ; je me borne
>>au courage , àl'émulation qu'il inſpire,
» à l'éſſor qu'il fait prendre aux idées,
»à l'enthouſiaſme qu'il donne auxta-
» lens ; le dirai-je ? à cette eſpéce d'é-
>> lectricité que les eſprits ſe commu-
>>niquent , fitôt que l'intérêt de l'art
» vient les animer & les mettre en ac-
» tion.
:
118 MERCURE DE FRANCE.
" Voyez l'Homme de Lettres dans
>>>ſa folitude ; épuisé de fatigue & de
>>veilles, plein d'inquiétude & d'allar-
> mes , ayant fans ceffe devant les yeux
>> un Publicdifficile & ſévère , décou-
> ragé , tantôtpar les difficultésde l'art,
>tantôtpar les variations du goût : une
" ombre l'éffraye; ilſecraint lui-même :
>>>s'il lui vient une lueur d'eſpoir , c'eſt
>un trait de préſomption; il fe défie
»de ſa confiance. Livré à lui-même
,
>> il ne ſent pas fes forces: il n'ofera
>>jamais tout ce qu'il peut. Qui levera
>>lefoibleobſtacle qui l'arrête au milieu
"de ſa courſe ? Qui le ramenera dans
» la voie , d'où peut-être il n'eſt éloi-
>> gné que d'un pas au moment qu'il
> fe croit égaré ? Sera-ce celui qui s'a-
>muſe des Lettres ? Non , mais celui
>> qui s'en occupe. Le monde eſt pour
>>unEcrivain une écoledebienfeance,
*dedélicateſſe , de politeſſe & d'agré-
> ment ; mais pour les coups de lu-
>>mière& de force , les grandes vues ,
les hardis deſſeins , il doit confulter
> ſes pareils. Il les confulte; il eſtrani-
» mé. L'eſpoir renaît , les craintes ſe
>>>diffipent , les difficultés s'applaniſſent.
Ce n'est point une critique froide ,
>> minucieuſe , ſtérile , qui préſide à leur
» éxamen ; c'eſt une critique ſévère ,
1
FEVRIER. 1764.
119
maislumineuse & féconde en reffour-
>>ces : c'eſt peu d'éclairer , elle inſpire ;
»& quel eſt l'Homme de Lettres , Mel-
• ſieurs , qui n'est pas redevable d'une
• partie de fa gloire à de telles infpi-
>>>rations ? Combien de traits de génie
» ont attendu qu'une idée étrangère les
>>fit éclore; ſemblables à ſes feux ra-
» pides & brillans qu'une étincelle fait
> éclater ? Qui ſçait ce que Racine ,
>> Despréaux , Moliére & la Fontaine ſe
>>devoient réciproquement ?
>>Mais ce commerce ſi intéreſſantdu
» côtéde l'eſprit ,peut l'être encore plus
>>du côtéde l'âme;&j'oſe le dire àlagloi-
» re de mon fiécle , jamais des mœurs ſi
> pures n'onthonoré les Lettres ;jamais
» l'émulation des vertus n'a plus annobli
>>celle des talens ; jamais votre éxemple
» n'a étémieux ſuivi. Et quelle épreuve
» n'ai je pas faite de laſenſibilité,de l'élé-
>>vationd'amequ'un Hommede Lettres
>> eſt fur de trouver dans ceux de ſon
» état ? Qui ſçait mieux que moi avec
» quelle chaleur le fort y protége le foi-
>>ble ; combien leur eſtime eſt ſolide
و
>>leur bienveillance active , leur amitié
>> conſtante , & combien ce qui ſeroit
>> pénible & courageux pour des âmes
>>vulgaires , paroîtfimple &facileàces
> cœurs généreux ?
120 MERCURE DE FRANCE.
Ceux qui ont lebonheur & l'honneur
devivre avec des Gens de Lettres , re-
connoiffent tous la vérité de ce tableau.
Au Diſcours éloquent & ingénieux
de M. Marmontel, a répondu M.Bignon,
en qualité de Directeur ; & ſa réponſe
eſt l'éloge de M. Bougainville,par lequel
nous avons promis de finircet Extrait.
>>Pour parvenir aux honneurs de la
>> Littérature , M. de Bougainville ne
>> fut recommandé que par ſes talens ;
>> il ne ſe préſenta à l'Académie des
" Belles- Lettres , qu'avec les prix qu'il
» avoit remportés : c'étoity entrer en
» triomphe.
» La Traduction de l'Anti- Lucrèce
» décida ſa réputation. La Préface ,
>> remplie de penſées auſſi ſolides que
» brillantes , honore le Poëme , & af-
>>ſocie le Traducteur à la gloirede l'Au-
» teur : interprète fidèle , mais fans ef-
» clavage , il a ſcu rendre dans notre
>>Langue , par d'heureux équivalens
>>>toutes les beautés d'une Langue
>> étrangère. Pour ménager la modeſtie
>>de la nôtre , ſi délicate ſur l'expref-
>>fion , avec qu'elle ingénieuſe adreſſe ,
» fans altérer le deſſein de l'Auteur , a-
>> t-il ſubſtitué la végétation des arbres
»& des plantes à tout ce que la liberé
>de
FEVRIER. 1764.
121
» de la Langue Latine avoit permis de
>> mettre fur la génération des ani-
»maux !
>> Secrétaire de l'Académie des Bel-
>> les-Lettres à un âge où l'on oſe à
» peine afpirer au titre d'Aſſocié , il en
>>a rempli les devoirs avec autant de
>>capacité que d'exactitude. Les Eloges
>>qu'il a faits deſes Confrères,forment
» en même temps le plus glorieux Pa-
>>négyrique de fon eſprit & de fon
cœur : c'eſt l'érudition , c'eſt la vertu
» qui ſe repréſentent elles- mêmes ſous
>>diverſesattitudes. Dans la partie hiſto-
>>rique desMémoires,il préſente lesidées
>>de ſes Confrères dans le pointde vue
>>le plus favorable , il y répand ſa
> chaleur & leur prête de nouvelles
>graces.
>> Il a fait plus encore pourM. Frerer
>>auquel il avoit fuccédé ; il a pour ainſi
» dire , prolongé ſes jours ; il l'a fait
>> vivre après ſa mort , en mettant la
>> dernière main à de ſavans Ouvrages
> que cet illuſtre ami n'avoit pas eu
>> le temps d'achever : c'étoit lui donner
>>une portion de ſa propre vie , préſent
>>d'autant plus généreuxqu'il ne pou-
>> voit ſe flatter qu'elle dût être d'une
>>longue durée. Un aſthme opiniâtre ,
F
122 MERCURE DE FRANCE .
>> contracté des ſa première jeuneſſe ,
>>interrompoit ſes études par de fré-
>>> quentes attaques , & l'obligea enfin
>> d'abandonner le poſte laborieux qu'il
>> occupoit dans l'Académie des Belles-
>>> Lettres. Notre Académie , qui en
>>> avoit fait l'acquifition quelques an-
>>> nées auparavant, gagna ce que l'autre
>> perdoit; il n'en montra que plus de
>>>zèle à ſe conſacrer à nos travaux
>> & n'en devint que plus affidu à nos
affemblées.
» Une ſanté ſi chancelante n'avoit
» pas affoibli les refforts de ſon eſprit.
>> Toujours ardent , toujours occupé de
>>projets littéraires , il ſe préparoit à
>>compofer une Hiſtoire de Hongrie :
>> il avoit raſſemblé dans ce deſſeinun
>> grand nombre de matériaux , & tout
>> ſon plan étoit déjà formé. Quel re-
>>gret pour nous de perdre avec lui
>>une Hiſtoire auſſi importante qu'elle
>> eſt peu connue , dans laquelle il au-
» roit développé tous ſes talens , cette
>>clarté méthodique qui lui étoit pro-
>> pre , cette abondance auſſi riche en
:
>>penſées qu'en expreffions , cette heu-
>>reuſe facilitéqui ſavoit flatter l'oreille ,
>>fans ceſſer de nourrir l'eſprit ! C'étoit
>>pour acquérir cette perfection de
F
FEVRIER. 1764.
123
» ſtyle , que ſans ſe livrer à la Poëfie ,
>> il l'avoit toujours cultivée. Franc &
> ouvert dans tous ſes procédés , il ne fit
»jamais dé ſecret que de ſes vers : c'eſt
» peut-être en cela ſeul qu'on peut dire
» qu'il n'étoit pas Poëte. Il ne les com-
>>muniquoit qu'à ſes amis particuliers :
>>c'eſt par eux que l'on a ſçu qu'il avoit
> compoſé une Tragédie intitulée la
» mort de Philippe , dont un morceau
>>qui a été ſçu , & qui fait partie de fon
» éloge , a mérité des applaudiſſemens ;
>>mais il reſpectoit le Public , & il ne
>>vouloit lui préſenter cette Pièce ,
» qu'après y avoir donné toute la per-
>>fection dont il s'étoit formé l'idée fur
>>les préceptes & les modèles des plus
>>grands Maîtres.
» Mais ſa plus noble occupation , &
>>celle qui lioit plus intimement ſes ſen-
>>timens avec les nôtres , c'étoit l'illuſtre
» emploi de compoſer l'Hiſtoire Métal-
>>lique de notre Auguſte Protecteur :
>>c'eſt-là qu'en expliquant les médailles
>>>qui repréſentent les événemens glo-
rieux de notre Monarque , il pouvoit
» employer ſans ceſſe de nouveaux tours
» & les expreſſions les plus vives pour
» peindre cet amour , ce zéle , cette
>>reconnoiſſance dont chacun de nous
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
>> ici eft pénétré , &qui nous feroit am-
» bitionner le même emploi pour con-
> ſacrer nos ſentimens à la poſtérité la
>>plus reculée.
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4404
p. 124-125
« NOUS avions promis de donner encore plusieurs Extraits de Livres annoncés [...] »
Début :
NOUS avions promis de donner encore plusieurs Extraits de Livres annoncés [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « NOUS avions promis de donner encore plusieurs Extraits de Livres annoncés [...] »
NOUS avions promis de donner encore
plusieurs Extraits de Livres annoncés
dans les Mercures précédens ; tels
que l'ÉCOLE DE LITTERATURE , qui
ſe vend chez Brocas & Humblot , rue
S. Jacques , & Babuty , quai des Au-
guſtins. C'eſt àregret que nous différons
de faire connoître plus amplement un
Ouvrage qui peut être regardé comme
l'unique en ce genre. Mais la multitude
des Livres nouveaux nous oblige à en
remettre l'examen au mois prochain.
Nous parlerons en même temps des
Œuvres diverſes de M. l'Abbé Clément,
4
C. D. S. L. D. L; à Paris chezClaude
Hériſſant , rue neuve Notre-Dame , à
la Croix d'or , 1764 , avec approbation
& privilège du Roi ; brochure in-12 ,
prix , 30 fols.
DES Fables nouvelles diviſées en quatre
Livres; Traduction libre de l'Allemand,
de M. Lichtwehr ; à Strasbourg , chez
Jean-Godefroy Bauer , & se trouve à
Paris, chez Langlois , Libraire , rue de
La Harpe , près la rue Percée , à la
FEVRIER. 1764.
125
Couronne d'or; 1763. Vol. in-S°. petit
format.
DE l'Histoire de Jeanne Premiere ,
Reine de Naples , Comtesse de Piémont,
de Provence & de Forcalquier ; à la
Haye,&setrouve à Paris chez le Clers,
Libraire ,quai des Augustins , àla Toi-
fond'or , 1764.
:
&c , &c , & c.
plusieurs Extraits de Livres annoncés
dans les Mercures précédens ; tels
que l'ÉCOLE DE LITTERATURE , qui
ſe vend chez Brocas & Humblot , rue
S. Jacques , & Babuty , quai des Au-
guſtins. C'eſt àregret que nous différons
de faire connoître plus amplement un
Ouvrage qui peut être regardé comme
l'unique en ce genre. Mais la multitude
des Livres nouveaux nous oblige à en
remettre l'examen au mois prochain.
Nous parlerons en même temps des
Œuvres diverſes de M. l'Abbé Clément,
4
C. D. S. L. D. L; à Paris chezClaude
Hériſſant , rue neuve Notre-Dame , à
la Croix d'or , 1764 , avec approbation
& privilège du Roi ; brochure in-12 ,
prix , 30 fols.
DES Fables nouvelles diviſées en quatre
Livres; Traduction libre de l'Allemand,
de M. Lichtwehr ; à Strasbourg , chez
Jean-Godefroy Bauer , & se trouve à
Paris, chez Langlois , Libraire , rue de
La Harpe , près la rue Percée , à la
FEVRIER. 1764.
125
Couronne d'or; 1763. Vol. in-S°. petit
format.
DE l'Histoire de Jeanne Premiere ,
Reine de Naples , Comtesse de Piémont,
de Provence & de Forcalquier ; à la
Haye,&setrouve à Paris chez le Clers,
Libraire ,quai des Augustins , àla Toi-
fond'or , 1764.
:
&c , &c , & c.
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4405
p. 125-136
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
FABLES nouvelles divisées en six Livres, avec des Notes, & un Discours [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
FABLES nouvelles divisées en six
Livres, avec des Notes, & un Discours
ſur la manière de lire les Fables , ou
de les réciter. Nouvelle édition , aug-
mentéedepluſieurs Piéces qui ne fe trou-
vent pas dans les précédentes. Par M.
l'Abbé Aubert. AParis , chez Duchesne,
Libraire , rue S. Jacques , au-deſſous de
la Fontaine S. Benoît , au Temple du
Goût , 1764 ; AvecApprobation & Pri-
vilège du Roi. Vol. in- 12 , petit format.
Le ſieur Duchesne ayant acquis l'E-
dition des Fables de M. l'Abbé Aubert ,
dont nous avons eu occafion de parler
plus d'une fois avec éloge , a cru , pour
la fatisfaction du Public
devoir y
ajouter l'Epitre que cetAuteuraadreſ
Fiij
1
126 MERCURE DE FRANCE .
ſée à l'Academie Françoiſe , en lui pré-
ſentant ſonRecueil , ainſi que les deux
contes Moraux qu'il a compoſés d'après
les Tableaux de M.Greuze,expofés au fa-
lon du Louvre en 1761 & 1763. Ces
additions ne peuvent que confirmer le
jugement favorable que le Public a déja
portédes talensde cet agréable fabuliſte.
NOUVEAU Recueil dePiéces enVers
& en profe ; à Paris , chez L. G.
de Hanfy, fils aîné , Libraire , Pont-
au-Change , à S. Nicolas , 1764 ; avec
Approbation & Privilége du Roi, Bro-
chure in- 12de210 pages; prix, I liv.
10 f. broché.
CE Recueil contient plus decentPié-
ces , laplupart en Vers. Ily a des Epi-
tres , des Elégies ,des Fables, des Chan-
fons , des Enigmes , des Bouquets , des
Epigrammes, des Allégories ,des Can-
tatilles ; en un mot des Piéces Fugiti-
vesdans tous les genres.
OBSERVATIONS fur le Livre de l'Ef-
prit des Loix , par M. Crevier : à Paris
chez Deffaint& Saillant , rue S. Jean
deBeauvais ; 1764; avec Approbation
&Privilége du Roi. Brochure ip-12.
3
FEVRIER. 1764.
127
M. Crevier nous apprend qu'après
avoir lû trois ou quatre fois le Livre de
M. de Montesquieu
,
il a mis par écrit
ſes Obſervations fur cet Ouvrage ; qu'il
a éxaminé curieusementl'érudition dont
M. de Montesquieu accompagne & rc-
léve le fond de ſa Doctrine , & qu'il y
a trouvé de grandes défectuofités. C'eſt
parlà qu'il commence la critique de l'EC
prit des Loix , diviſée en deux parties.
Dans l'une on montre les défauts d'exac-
titude dans les Faits hiſtoriques ; dans
l'autre les faux principes en matière de
Métaphyfique ,de Morale&deReligion.
DICTIONNAIRE portatifde Médeci
ne , d'Anatomie , de Chirurgie , de Phar-
macie, de Chymie , d'Hiſtoire naturelle ,
de Botanique & de Phyſique ; qui con-
tient les termes de chaque Art , leur
Etymologie,leurdéfinition & leur expli-
cation , tirésdes meilleurs Auteurs ; avec
un Vocabulaire grec & latin , à l'u-
fage de ceux qui liſent les Auteurs an
ciens ; Ouvrage utile à ceux qui prati--
quent les Arts , & néceſſaire aux Etu-
dians ; par Jean François Lavoifien , an-
cien Chirurgien des Hôpitaux des Ar-
mées du Roi , & Maître en Chirurgie
àEu. A Paris , aux dépens de P. Fr.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
Didot le jeune , quai des Auguſtins ;
1764 ; avec approbation & privilége
du Roi. 2 Vol. in-8°. reliés en un ſeul ,
dont le prix eſt de 5. liv.
On n'entreprend pas de former des
Médecins , des Chirurgiens , des Phar-
maciens , &c , par la lecture de ce Dic-
tionnaire ; on veut ſimplementles initier
au langage de ces Sciences. On veut
leur faire connoître l'étymologie des
termes , leurs définitions , &c ; ce que
perſonne n'avoit encore entrepris d'u-
ne façon auſſi complette.
MÉLANGE d'Hiſtoire Naturelle , par
M. A. D. Avocat en Parlement , & aux
cours de Lyon; à Lyon , chez Benoît
Duplain, rueMerciere, à l'Aigle, 1763 ;
avec approbation & privilége du Roi ;
2 vol. in-8. petit format. Avec cette
Epigraphe : Quam magnificafunt opera
tua,Domine ! Omnia inſapientiafecifti;
impleta eft terra poſſeſſione tua. Pr. 103.
Les différentes piéces qui compoſent
ce Recueil , ont paru ſucceſſivement
dans les Ouvrages périodiques , ou ont
été lues dans différentes Académies de
l'Europe. On a raſſemblé en un ſeul
corps , ce qui étoit épars dansune infi-
nité de volumes. On y trouve pluſieurs
FEVRIER. 1764.
129
Mémoires de M. Linœus , ce fameux
Naturaliſte du Nord; les Géer, les Alt-
man , les Treffan , les Tozzetti & d'au-
tres Naturaliſtes avantageuſement con-
nus dans la République des Lettres ,
achevent de completter cette collec-
tion. L'Editeur n'a faitque corriger le
ſtyle de pluſieurs Mémoires qui avoien
beſoin de ce ſecours pour paroître en
Public.
ALMANACH de la ville de Lyon ,
pour l'année Biſſextile 1764 ; à Lyon
chez Aimé de Laroche , Imprimeur de
Mgr l'Archevêque & du Clergé , &c .
aux Halles de la Grenette ; 1764 ; Vol.
in-8°.
Cet Ouvrage eſt pourlavillede Lyon
&toutleGouvernement Lyonnois , ce
qu'eſt pour Paris le grand Almanach
Royal qui s'imprime avec tant de ſuc-
cès & une utilité ſi générale, chez Le-
breton , Syndicdes Libraires, ruede la
Harpe.
ORDRE chronologique des deuils de
Cour,avec un précis de la vie & des
ouvrages des Auteurs qui font morts
dans lecoursde l'année 1763 ; à Paris,
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
de l'Imprimerie de Moreau , rueGalan-
de , 1764; Brochure in- 16.
Pluſieurs perſonnes qui ont ſouſcrit
pour les Avis du deuil, ont defiré qu'on
leur donnat ,par forme de ſupplément ,
dans les derniers jours de Décembre ,
une récapitulation hiſtorique des Prin-
ces morts pendant le cours de l'année.
Cette idée en a fait naître une autre :
c'eſt d'ajouter à cette récapitulation le
nécrologe des perſonnes célèbres dans
les ſciences ou dans les arts , mortes
dans le même eſpace de temps , avec
un précis de lear vie & de leurs ou-
vrages. Des écrivains connus ſe ſont
chargés de veillerà la rédaction de ces
mémoires , qui ſe diſtribueront régu-
lièrement à la fin de chaque année.
On invite les Artiſtes à contribuer eux-
mêmes à ces honneurs rendus à leurs
confrères , en faiſant parvenir auBureau
les anecdotes dont ils auront connoif-
fance. Les perſonnes qui ne voudront
que les avis de deuil accoutumés , con-
tinueront à les recevoir pour le prixde
3 liv. par année & de 6 liv. francs de
port pour les Provinces. Celles qui de-
fireront la récapitulation hiſtorique des
deuils & le nécrologe des Artiſtes ,
payeront 6 liv. à Paris ,& dans les Pro
FEVRIER. 1764 .
131
vinces 9 liv.franc de port. On foufcrira
dorénavant pour les uns & pour les au-
tres , au Bureau général d'indication , à
Phôtel d'Aligre , rue S. Honoré. On a
donné cette année le précis de la vie de
MM. de Marivaux , Peffelier & Bou-
gainville.
:
M. de Garfault , Auteur du Nouveau
Parfait Maréchal , & Membre de la So
ciété Royale d'Agriculture de Paris ,
ayant deffiné dans le courant de plu-
fieurs années un grand nombre de plan-
tes d'après nature , ainſi que quantité
d'Animaux, s'eſt déterminé ſuivant les
Conſeils de M. de Juffieu , a faire graver
ce qui dans ces deux regnes ſe trouve
d'uſage enMédecine ; & afinde rendre
la matiére médicale parfaitement inf
tructive , il a ſuivi en entier celle deM.
Geoffroy comme étant une des meil
leures.
1
CE Recueil qui eſt in-8°. comment
ce donc par les figures des Plantes exo-
tiques ou étrangères ; enſuite viennent
les Plantes indigénes oude nos climats ,
& enfin les Animaux ; ce qui compoſe
730. Planches de cuivre gravées en taille
douce.
L'Auteur donne avis que l'on a comm
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
commencé à imprimer le tout , &qu'il
yen aura pluſieurs Exemplaires à vendre
dans le courant du mois de Mai 1764.
Le prix de l'Exemplaire eſt 48 livres ;
mais en attendant , les perſonnes qui dé-
fireront en avoir des premiers peuvent
s'adreſſer dès à préſent chez l'Auteur ,
rue S. Dominique près la rue S. Jac-
ques; &en donnant un Louis , qui eft
lamoitié du prix , il leur ſera livré une
reconnoiffance qu'ils rapporteront lors
de la vente , enpayantle reſtantdu prix.
LEMANUEL des Champs , ou recueil
choiſi , instructif & amusant de toutce
qui eſt le plus néceſſaire , & le plus
utile pour vivre avec aifance & agré-
ment à la campagne; par M. Chanval-
lon, Prêtre de l'Ordre de Malthe , à Pa-
ris , chez Lottin le jeune , Libraire , rue
Saint Jacques , vis-à-vis la rue de laPar-
cheminerie , 1764. avec Approbation &
Privilége duRoi.
- Cet ouvrage eſt diviſé en quatre Par-
ties. La premiere traite du potager , des
arbres fruitiers , de lataille, de lagreffe ,
de la culturedes fleurs ,des arbriffeaux ,
enfin du Jardin d'ornement. La deuxié-
me , des terreslabourables , des près, des
vignes , dela façon& qualités des Vins
FEVRIER. 1764.
133
de laBierre, du Cidre , de l'Hydromel ,
&c. des Bois , de la Chaffe & de la Pê-
che. La III. des Chevaux , des Bêtes à
cornes , des Bêtes à Laine ,des Volailles,
des Oiseaux ſauvages qui s'apprivoiſent
aiſément , des Mouches à Miel & des
Vers-à- Soie. La IV. & derniére partie ,
dela Cuiſine ,de laPâtiſſerie, des Confi-
tures ,des Liqueurs & autres choſes né-
ceffaires ouutiles pour l'ufage de la vie.
Le tout en un fort Volume in- 12. de
près de 600 pages , 1764. L'Auteur a
puiſédans les meilleurs Traités & les plus
étendus; & il a recueilli en un ſeulVo-
lume , l'eſſentiel & le plus intéreſſant à
ſcavoir, pour conduire avec ſuccès un
BiendeCampagne , & pour y vivre avec
aiſance& agrément. On remarque ici
quelques articles qui ne ſetrouvent point
dans laMaiſon ruſtique &dans les autres
Ouvrages les plus connus &les plus rée
pandus fur cette matière. Ce Livre peut
convenir à une infinitéde Perſonnes qui
au défaut d'étude , de faculté, ou de
temps , ne peuvent lire les Traités plus
étendus d'où il eſt tiré. L'Auteur nous.
paroît n'avoir rien ignoré , ni rien omis
de tout ce qui peut rendre ceRecueil
d'une utilité générale.
1.
134 MERCURE DE FRANCE.
Le même Libraire Lottin le jeune ,
propoſe au Public à un Rabais confidé-
rable les Livres ſuivans
Avril :
>
d'ici au 1.
ABREGE' Chronologique , ou Nou-
velles Annales de Paris contenant l'Hif-
toire de la ville de Paris avec ſes divers
accroiſſemens , &c. par Don Touffaints
Dupleffis , Religieux Benedictin de la
Congrégation de S. Maur ,Vol. in-4°.
(qui ſevend9 liv.) actuellement en feuil-
les à 3. liv. 10. f.
Chriftiani cordis gemitus , &c.; ou
gemiſſemens d'un cœur Chrétien , con-
tenant des Prieres tirées des Paroles &
remplies de l'eſprit des Saintes Ecritures
&des S. Peres par M. Hamon , 2 Vol.
in- 12. ( qui fontde 5 liv.) actuellement
les 2. Vol. en feuilles 25. f.
TRACTATUS de Sacramento Con-
firmationis par Vuitaſſe , 2 vol. in- 12 .
(qui font de 5 liv. ) actuellement les
2 vol en feuilles 25 f.
Ejufdem Tractatus de Ordine 2. Vol.
in- 12 ( qui ſont de 5 liv.) actuellement
les 2 Vol. à 25. f.
BREVIARIUM Ecclefiafticum , editi
jam Profpectus executionem exhibens, in
gratiam Ecclefiarum in quibus novafa-
FEVRIER. 1764.
135
cienda erit Breviariorum Editio , 2. forts
Volumes in-12. bien imprimés ( qui
font de 7. liv. ) actuellement les 2Vol.
en feuilles 2. liv. Le même Libraire vend
pluſieurs Livres à l'uſagedes Eccléfiafti-
ques ,& beaucoup d'Ouvrage de Piété.
ESSAI politique ſur la Pologne ; à
Varsovie , de l'Imprimerie de Pfombka;
& ſe trouve à Paris , chez Briaſſon ,
Libraire , rue S. Jacques , à la Science ;
1764 ; brochure in- 12 .
Le Roi & fon Pouvoir , le Sénat &
les Miniſtres , l'Ordre Equeſtre & les
Officiers de la Couronne,lesAffemblées
politiques pendant le Règne , lesAffem-
blées dans l'Interrègne ; les Loix des Af
ſemblées civiles, la Milice & les forces
de la Pologne; les droits& les intérêts de
la République; laReligion ,les mœurs ,
le climat & les productions du Pays ,
forment les douze Chapitres de cette
Brochure , que les circonstances préſen-
tes rendent intéreſſante.
PROJET d'une École gratuite de
Sciences par toutes les Provinces du
Royaume , où tous les Citoyens , de
quelque ordre qu'ils foient, trouveront
les ſecours de l'éducation ; avec cette
136 MERCURE DE FRANCE.
Epigraphe : Quo femel eftimbuta recens
fervabit odoremtestadiu. Hor. Nouvelle
Edition ; par M. Fleury, ancien Profef-
feurRoyal de Mathématiques & de Gé-
nie ; en France , 1764 , brochure in- 12.
Ce Projet a trois parties. La première
développe les avantages qui réſulteront
de l'École projettée. La ſeconde indique
les moyens de remplirceProjet. La troi-
fiéme répond aux objections qu'entraî-
nenttoujours les nouvelles entrepriſes.
MES RÉCRÉATIONS , ou Recueilde
diverſes Pièces choifies ; à Amsterdam ,
& ſe trouve à Paris , chez Langlois
fils , rue de la Harpe , à la Couronne
d'or; 1763, brochure in- 12.
Pluſieurs petits Ouvragesde Poësie ,
tels que des Fables , des Odes , des
Rondeaux,des Chanſons, des Enigmes,
des Epitres , &c. quelques Ouvrages en
profe , & en particulier une Pièce de
Théâtre intitulée , la Réformatrice im-
prudente : voilà ce qui compofe cette
Brochure d'environ 150 pages.
FABLES nouvelles divisées en six
Livres, avec des Notes, & un Discours
ſur la manière de lire les Fables , ou
de les réciter. Nouvelle édition , aug-
mentéedepluſieurs Piéces qui ne fe trou-
vent pas dans les précédentes. Par M.
l'Abbé Aubert. AParis , chez Duchesne,
Libraire , rue S. Jacques , au-deſſous de
la Fontaine S. Benoît , au Temple du
Goût , 1764 ; AvecApprobation & Pri-
vilège du Roi. Vol. in- 12 , petit format.
Le ſieur Duchesne ayant acquis l'E-
dition des Fables de M. l'Abbé Aubert ,
dont nous avons eu occafion de parler
plus d'une fois avec éloge , a cru , pour
la fatisfaction du Public
devoir y
ajouter l'Epitre que cetAuteuraadreſ
Fiij
1
126 MERCURE DE FRANCE .
ſée à l'Academie Françoiſe , en lui pré-
ſentant ſonRecueil , ainſi que les deux
contes Moraux qu'il a compoſés d'après
les Tableaux de M.Greuze,expofés au fa-
lon du Louvre en 1761 & 1763. Ces
additions ne peuvent que confirmer le
jugement favorable que le Public a déja
portédes talensde cet agréable fabuliſte.
NOUVEAU Recueil dePiéces enVers
& en profe ; à Paris , chez L. G.
de Hanfy, fils aîné , Libraire , Pont-
au-Change , à S. Nicolas , 1764 ; avec
Approbation & Privilége du Roi, Bro-
chure in- 12de210 pages; prix, I liv.
10 f. broché.
CE Recueil contient plus decentPié-
ces , laplupart en Vers. Ily a des Epi-
tres , des Elégies ,des Fables, des Chan-
fons , des Enigmes , des Bouquets , des
Epigrammes, des Allégories ,des Can-
tatilles ; en un mot des Piéces Fugiti-
vesdans tous les genres.
OBSERVATIONS fur le Livre de l'Ef-
prit des Loix , par M. Crevier : à Paris
chez Deffaint& Saillant , rue S. Jean
deBeauvais ; 1764; avec Approbation
&Privilége du Roi. Brochure ip-12.
3
FEVRIER. 1764.
127
M. Crevier nous apprend qu'après
avoir lû trois ou quatre fois le Livre de
M. de Montesquieu
,
il a mis par écrit
ſes Obſervations fur cet Ouvrage ; qu'il
a éxaminé curieusementl'érudition dont
M. de Montesquieu accompagne & rc-
léve le fond de ſa Doctrine , & qu'il y
a trouvé de grandes défectuofités. C'eſt
parlà qu'il commence la critique de l'EC
prit des Loix , diviſée en deux parties.
Dans l'une on montre les défauts d'exac-
titude dans les Faits hiſtoriques ; dans
l'autre les faux principes en matière de
Métaphyfique ,de Morale&deReligion.
DICTIONNAIRE portatifde Médeci
ne , d'Anatomie , de Chirurgie , de Phar-
macie, de Chymie , d'Hiſtoire naturelle ,
de Botanique & de Phyſique ; qui con-
tient les termes de chaque Art , leur
Etymologie,leurdéfinition & leur expli-
cation , tirésdes meilleurs Auteurs ; avec
un Vocabulaire grec & latin , à l'u-
fage de ceux qui liſent les Auteurs an
ciens ; Ouvrage utile à ceux qui prati--
quent les Arts , & néceſſaire aux Etu-
dians ; par Jean François Lavoifien , an-
cien Chirurgien des Hôpitaux des Ar-
mées du Roi , & Maître en Chirurgie
àEu. A Paris , aux dépens de P. Fr.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
Didot le jeune , quai des Auguſtins ;
1764 ; avec approbation & privilége
du Roi. 2 Vol. in-8°. reliés en un ſeul ,
dont le prix eſt de 5. liv.
On n'entreprend pas de former des
Médecins , des Chirurgiens , des Phar-
maciens , &c , par la lecture de ce Dic-
tionnaire ; on veut ſimplementles initier
au langage de ces Sciences. On veut
leur faire connoître l'étymologie des
termes , leurs définitions , &c ; ce que
perſonne n'avoit encore entrepris d'u-
ne façon auſſi complette.
MÉLANGE d'Hiſtoire Naturelle , par
M. A. D. Avocat en Parlement , & aux
cours de Lyon; à Lyon , chez Benoît
Duplain, rueMerciere, à l'Aigle, 1763 ;
avec approbation & privilége du Roi ;
2 vol. in-8. petit format. Avec cette
Epigraphe : Quam magnificafunt opera
tua,Domine ! Omnia inſapientiafecifti;
impleta eft terra poſſeſſione tua. Pr. 103.
Les différentes piéces qui compoſent
ce Recueil , ont paru ſucceſſivement
dans les Ouvrages périodiques , ou ont
été lues dans différentes Académies de
l'Europe. On a raſſemblé en un ſeul
corps , ce qui étoit épars dansune infi-
nité de volumes. On y trouve pluſieurs
FEVRIER. 1764.
129
Mémoires de M. Linœus , ce fameux
Naturaliſte du Nord; les Géer, les Alt-
man , les Treffan , les Tozzetti & d'au-
tres Naturaliſtes avantageuſement con-
nus dans la République des Lettres ,
achevent de completter cette collec-
tion. L'Editeur n'a faitque corriger le
ſtyle de pluſieurs Mémoires qui avoien
beſoin de ce ſecours pour paroître en
Public.
ALMANACH de la ville de Lyon ,
pour l'année Biſſextile 1764 ; à Lyon
chez Aimé de Laroche , Imprimeur de
Mgr l'Archevêque & du Clergé , &c .
aux Halles de la Grenette ; 1764 ; Vol.
in-8°.
Cet Ouvrage eſt pourlavillede Lyon
&toutleGouvernement Lyonnois , ce
qu'eſt pour Paris le grand Almanach
Royal qui s'imprime avec tant de ſuc-
cès & une utilité ſi générale, chez Le-
breton , Syndicdes Libraires, ruede la
Harpe.
ORDRE chronologique des deuils de
Cour,avec un précis de la vie & des
ouvrages des Auteurs qui font morts
dans lecoursde l'année 1763 ; à Paris,
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
de l'Imprimerie de Moreau , rueGalan-
de , 1764; Brochure in- 16.
Pluſieurs perſonnes qui ont ſouſcrit
pour les Avis du deuil, ont defiré qu'on
leur donnat ,par forme de ſupplément ,
dans les derniers jours de Décembre ,
une récapitulation hiſtorique des Prin-
ces morts pendant le cours de l'année.
Cette idée en a fait naître une autre :
c'eſt d'ajouter à cette récapitulation le
nécrologe des perſonnes célèbres dans
les ſciences ou dans les arts , mortes
dans le même eſpace de temps , avec
un précis de lear vie & de leurs ou-
vrages. Des écrivains connus ſe ſont
chargés de veillerà la rédaction de ces
mémoires , qui ſe diſtribueront régu-
lièrement à la fin de chaque année.
On invite les Artiſtes à contribuer eux-
mêmes à ces honneurs rendus à leurs
confrères , en faiſant parvenir auBureau
les anecdotes dont ils auront connoif-
fance. Les perſonnes qui ne voudront
que les avis de deuil accoutumés , con-
tinueront à les recevoir pour le prixde
3 liv. par année & de 6 liv. francs de
port pour les Provinces. Celles qui de-
fireront la récapitulation hiſtorique des
deuils & le nécrologe des Artiſtes ,
payeront 6 liv. à Paris ,& dans les Pro
FEVRIER. 1764 .
131
vinces 9 liv.franc de port. On foufcrira
dorénavant pour les uns & pour les au-
tres , au Bureau général d'indication , à
Phôtel d'Aligre , rue S. Honoré. On a
donné cette année le précis de la vie de
MM. de Marivaux , Peffelier & Bou-
gainville.
:
M. de Garfault , Auteur du Nouveau
Parfait Maréchal , & Membre de la So
ciété Royale d'Agriculture de Paris ,
ayant deffiné dans le courant de plu-
fieurs années un grand nombre de plan-
tes d'après nature , ainſi que quantité
d'Animaux, s'eſt déterminé ſuivant les
Conſeils de M. de Juffieu , a faire graver
ce qui dans ces deux regnes ſe trouve
d'uſage enMédecine ; & afinde rendre
la matiére médicale parfaitement inf
tructive , il a ſuivi en entier celle deM.
Geoffroy comme étant une des meil
leures.
1
CE Recueil qui eſt in-8°. comment
ce donc par les figures des Plantes exo-
tiques ou étrangères ; enſuite viennent
les Plantes indigénes oude nos climats ,
& enfin les Animaux ; ce qui compoſe
730. Planches de cuivre gravées en taille
douce.
L'Auteur donne avis que l'on a comm
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
commencé à imprimer le tout , &qu'il
yen aura pluſieurs Exemplaires à vendre
dans le courant du mois de Mai 1764.
Le prix de l'Exemplaire eſt 48 livres ;
mais en attendant , les perſonnes qui dé-
fireront en avoir des premiers peuvent
s'adreſſer dès à préſent chez l'Auteur ,
rue S. Dominique près la rue S. Jac-
ques; &en donnant un Louis , qui eft
lamoitié du prix , il leur ſera livré une
reconnoiffance qu'ils rapporteront lors
de la vente , enpayantle reſtantdu prix.
LEMANUEL des Champs , ou recueil
choiſi , instructif & amusant de toutce
qui eſt le plus néceſſaire , & le plus
utile pour vivre avec aifance & agré-
ment à la campagne; par M. Chanval-
lon, Prêtre de l'Ordre de Malthe , à Pa-
ris , chez Lottin le jeune , Libraire , rue
Saint Jacques , vis-à-vis la rue de laPar-
cheminerie , 1764. avec Approbation &
Privilége duRoi.
- Cet ouvrage eſt diviſé en quatre Par-
ties. La premiere traite du potager , des
arbres fruitiers , de lataille, de lagreffe ,
de la culturedes fleurs ,des arbriffeaux ,
enfin du Jardin d'ornement. La deuxié-
me , des terreslabourables , des près, des
vignes , dela façon& qualités des Vins
FEVRIER. 1764.
133
de laBierre, du Cidre , de l'Hydromel ,
&c. des Bois , de la Chaffe & de la Pê-
che. La III. des Chevaux , des Bêtes à
cornes , des Bêtes à Laine ,des Volailles,
des Oiseaux ſauvages qui s'apprivoiſent
aiſément , des Mouches à Miel & des
Vers-à- Soie. La IV. & derniére partie ,
dela Cuiſine ,de laPâtiſſerie, des Confi-
tures ,des Liqueurs & autres choſes né-
ceffaires ouutiles pour l'ufage de la vie.
Le tout en un fort Volume in- 12. de
près de 600 pages , 1764. L'Auteur a
puiſédans les meilleurs Traités & les plus
étendus; & il a recueilli en un ſeulVo-
lume , l'eſſentiel & le plus intéreſſant à
ſcavoir, pour conduire avec ſuccès un
BiendeCampagne , & pour y vivre avec
aiſance& agrément. On remarque ici
quelques articles qui ne ſetrouvent point
dans laMaiſon ruſtique &dans les autres
Ouvrages les plus connus &les plus rée
pandus fur cette matière. Ce Livre peut
convenir à une infinitéde Perſonnes qui
au défaut d'étude , de faculté, ou de
temps , ne peuvent lire les Traités plus
étendus d'où il eſt tiré. L'Auteur nous.
paroît n'avoir rien ignoré , ni rien omis
de tout ce qui peut rendre ceRecueil
d'une utilité générale.
1.
134 MERCURE DE FRANCE.
Le même Libraire Lottin le jeune ,
propoſe au Public à un Rabais confidé-
rable les Livres ſuivans
Avril :
>
d'ici au 1.
ABREGE' Chronologique , ou Nou-
velles Annales de Paris contenant l'Hif-
toire de la ville de Paris avec ſes divers
accroiſſemens , &c. par Don Touffaints
Dupleffis , Religieux Benedictin de la
Congrégation de S. Maur ,Vol. in-4°.
(qui ſevend9 liv.) actuellement en feuil-
les à 3. liv. 10. f.
Chriftiani cordis gemitus , &c.; ou
gemiſſemens d'un cœur Chrétien , con-
tenant des Prieres tirées des Paroles &
remplies de l'eſprit des Saintes Ecritures
&des S. Peres par M. Hamon , 2 Vol.
in- 12. ( qui fontde 5 liv.) actuellement
les 2. Vol. en feuilles 25. f.
TRACTATUS de Sacramento Con-
firmationis par Vuitaſſe , 2 vol. in- 12 .
(qui font de 5 liv. ) actuellement les
2 vol en feuilles 25 f.
Ejufdem Tractatus de Ordine 2. Vol.
in- 12 ( qui ſont de 5 liv.) actuellement
les 2 Vol. à 25. f.
BREVIARIUM Ecclefiafticum , editi
jam Profpectus executionem exhibens, in
gratiam Ecclefiarum in quibus novafa-
FEVRIER. 1764.
135
cienda erit Breviariorum Editio , 2. forts
Volumes in-12. bien imprimés ( qui
font de 7. liv. ) actuellement les 2Vol.
en feuilles 2. liv. Le même Libraire vend
pluſieurs Livres à l'uſagedes Eccléfiafti-
ques ,& beaucoup d'Ouvrage de Piété.
ESSAI politique ſur la Pologne ; à
Varsovie , de l'Imprimerie de Pfombka;
& ſe trouve à Paris , chez Briaſſon ,
Libraire , rue S. Jacques , à la Science ;
1764 ; brochure in- 12 .
Le Roi & fon Pouvoir , le Sénat &
les Miniſtres , l'Ordre Equeſtre & les
Officiers de la Couronne,lesAffemblées
politiques pendant le Règne , lesAffem-
blées dans l'Interrègne ; les Loix des Af
ſemblées civiles, la Milice & les forces
de la Pologne; les droits& les intérêts de
la République; laReligion ,les mœurs ,
le climat & les productions du Pays ,
forment les douze Chapitres de cette
Brochure , que les circonstances préſen-
tes rendent intéreſſante.
PROJET d'une École gratuite de
Sciences par toutes les Provinces du
Royaume , où tous les Citoyens , de
quelque ordre qu'ils foient, trouveront
les ſecours de l'éducation ; avec cette
136 MERCURE DE FRANCE.
Epigraphe : Quo femel eftimbuta recens
fervabit odoremtestadiu. Hor. Nouvelle
Edition ; par M. Fleury, ancien Profef-
feurRoyal de Mathématiques & de Gé-
nie ; en France , 1764 , brochure in- 12.
Ce Projet a trois parties. La première
développe les avantages qui réſulteront
de l'École projettée. La ſeconde indique
les moyens de remplirceProjet. La troi-
fiéme répond aux objections qu'entraî-
nenttoujours les nouvelles entrepriſes.
MES RÉCRÉATIONS , ou Recueilde
diverſes Pièces choifies ; à Amsterdam ,
& ſe trouve à Paris , chez Langlois
fils , rue de la Harpe , à la Couronne
d'or; 1763, brochure in- 12.
Pluſieurs petits Ouvragesde Poësie ,
tels que des Fables , des Odes , des
Rondeaux,des Chanſons, des Enigmes,
des Epitres , &c. quelques Ouvrages en
profe , & en particulier une Pièce de
Théâtre intitulée , la Réformatrice im-
prudente : voilà ce qui compofe cette
Brochure d'environ 150 pages.
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4406
p. 136-139
« NOUVEAU Catalogue de Cartes Géographiques & Topographiques ; Plans de Villes, [...] »
Début :
NOUVEAU Catalogue de Cartes Géographiques & Topographiques ; Plans de Villes, [...]
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texteReconnaissance textuelle : « NOUVEAU Catalogue de Cartes Géographiques & Topographiques ; Plans de Villes, [...] »
NOUVEAU Catalogue de Cartes Géographiques
& Topographiques ; Plans
de Villes, Siéges & Batailles, Cartes
FEVRIER. 1764.
137
Marines , Cartes Aſtronomiques & de
Géographie ancienne ; Cartes & Plans
de pluſieursfeuilles ,avec leur grandeur;
divers Atlas , Mémoires ou Analyſes de
Cartes ; Sphères & Globes , &c. diviſe
endeuxparties; prix 1 liv. 16 f. broché.
AParis, chez R. J. Julien , à l'Hôtelde
Soubiſe, & par commiffion, à Nurem-
berg, chezlesHéritiers d'Homann , à la
Haye, chez Goffe & Pinet , & à Lon-
dres, chez André Dury , 1763.
Ce Cataloguedu SieurJulien , quieſt
de230pages in-12 , en caractères petit-
texte, contient 16 à 1700 articles , qui
compoſentprès de 7400Cartes ouFeuil-
les différentes , &leur prix. Il eſtdivifé
en quatre chapitres , & ces chapitres en
cinquante-deux fections.
Lechapitre premier contient lesCar-
tes générales & particulières des quatre
parties du Monde , & des Etats qu'elles
comprennent en 976 articles. Le cha-
pitre ſecond donne, en 286 articles ,
lesplans des Villes , Siéges & Batailles.
Le chapitre troiſiéme préſente les Car-
tes Marines ,
Cartes Aftronomiques
& de Géographie ancienne , & 147
Cartes& Plansde pluſieurs feuilles pro-
pres à ornerdesGalleries & Maiſons de
138 MERCURE DE FRANCE.
campagne , en les faiſant coller fur toile,
& monter fur gorge & rouleaux. Le
chapitre quatrième renferme divers
Atlas particuliers , au nombre de qua-
rante - quatre ; des Mémoires ou Ana-
lyſes de Cartes ; Méthodes & Traités de
Géographie ; Sphères & Globes , &c.
On trouve à la fin de la première
partie du Catalogue , 1º, une Table des
chapitres & fections ; 2°. les noms des
Auteurs & Editeurs des Cartes , par or-
dre alphabétique , leurs pays & en quel-
les langues elles sont dreſſées ; 3°. la
Liſte de 175 feuilles de la Carte Topo-
graphique de la France , levée& publiée
par ordre du Roi , ſous la direction de
MM. Caffini de Tury , Camus & de
Montigny , de l'Académie Royale des
Sciences. On adiftingué dans cette Liſte
les 68 Feuilles qui ontparujuſqu'à pré-
ſent; elle eſt ſuiviede pluſieurs moyens
de rendre cette Carte d'un uſage plus
ou moins commode ſelon le plus ou
lemoins de dépenſe qu'on veuty faire ;
4°. Recueil des plus beaux coquillages
gravés & peints d'après le naturel par
ordre du Roi de Dannemarck ; par le
fieur Regenfus , Graveur du Cabinet de
SaMajeſté : très-grand in-fol. en papier
FEVRIER. 1764.
139
de grand Aigle d'Hollande. La ſeconde
partiedu Catalogue, renferme les mêmes
Cartes de la premiere Partie , avec leurs
titres beaucoup plus détaillés : elles y
ſont partagées de manière qu'on trou-
ve de fuite les Cartes de chaque Auteur ;
au lieu que dans la premiere partie elles
ſont diſtribuées dans un ordre géogra-
phique , qui peut ſervir de modele pour
former des Atlas plus ou moins volu-
mineux.
& Topographiques ; Plans
de Villes, Siéges & Batailles, Cartes
FEVRIER. 1764.
137
Marines , Cartes Aſtronomiques & de
Géographie ancienne ; Cartes & Plans
de pluſieursfeuilles ,avec leur grandeur;
divers Atlas , Mémoires ou Analyſes de
Cartes ; Sphères & Globes , &c. diviſe
endeuxparties; prix 1 liv. 16 f. broché.
AParis, chez R. J. Julien , à l'Hôtelde
Soubiſe, & par commiffion, à Nurem-
berg, chezlesHéritiers d'Homann , à la
Haye, chez Goffe & Pinet , & à Lon-
dres, chez André Dury , 1763.
Ce Cataloguedu SieurJulien , quieſt
de230pages in-12 , en caractères petit-
texte, contient 16 à 1700 articles , qui
compoſentprès de 7400Cartes ouFeuil-
les différentes , &leur prix. Il eſtdivifé
en quatre chapitres , & ces chapitres en
cinquante-deux fections.
Lechapitre premier contient lesCar-
tes générales & particulières des quatre
parties du Monde , & des Etats qu'elles
comprennent en 976 articles. Le cha-
pitre ſecond donne, en 286 articles ,
lesplans des Villes , Siéges & Batailles.
Le chapitre troiſiéme préſente les Car-
tes Marines ,
Cartes Aftronomiques
& de Géographie ancienne , & 147
Cartes& Plansde pluſieurs feuilles pro-
pres à ornerdesGalleries & Maiſons de
138 MERCURE DE FRANCE.
campagne , en les faiſant coller fur toile,
& monter fur gorge & rouleaux. Le
chapitre quatrième renferme divers
Atlas particuliers , au nombre de qua-
rante - quatre ; des Mémoires ou Ana-
lyſes de Cartes ; Méthodes & Traités de
Géographie ; Sphères & Globes , &c.
On trouve à la fin de la première
partie du Catalogue , 1º, une Table des
chapitres & fections ; 2°. les noms des
Auteurs & Editeurs des Cartes , par or-
dre alphabétique , leurs pays & en quel-
les langues elles sont dreſſées ; 3°. la
Liſte de 175 feuilles de la Carte Topo-
graphique de la France , levée& publiée
par ordre du Roi , ſous la direction de
MM. Caffini de Tury , Camus & de
Montigny , de l'Académie Royale des
Sciences. On adiftingué dans cette Liſte
les 68 Feuilles qui ontparujuſqu'à pré-
ſent; elle eſt ſuiviede pluſieurs moyens
de rendre cette Carte d'un uſage plus
ou moins commode ſelon le plus ou
lemoins de dépenſe qu'on veuty faire ;
4°. Recueil des plus beaux coquillages
gravés & peints d'après le naturel par
ordre du Roi de Dannemarck ; par le
fieur Regenfus , Graveur du Cabinet de
SaMajeſté : très-grand in-fol. en papier
FEVRIER. 1764.
139
de grand Aigle d'Hollande. La ſeconde
partiedu Catalogue, renferme les mêmes
Cartes de la premiere Partie , avec leurs
titres beaucoup plus détaillés : elles y
ſont partagées de manière qu'on trou-
ve de fuite les Cartes de chaque Auteur ;
au lieu que dans la premiere partie elles
ſont diſtribuées dans un ordre géogra-
phique , qui peut ſervir de modele pour
former des Atlas plus ou moins volu-
mineux.
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4407
p. 139-148
« INTRODUCTION à la lecture des Auteurs Allemands, pour l'usage de l'Ecole [...] »
Début :
INTRODUCTION à la lecture des Auteurs Allemands, pour l'usage de l'Ecole [...]
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texteReconnaissance textuelle : « INTRODUCTION à la lecture des Auteurs Allemands, pour l'usage de l'Ecole [...] »
INTRODUCTION à la lecture des Auteurs
Allemands, pour l'usage de l'Ecole
Royale Militaire ; ſervant de ſuite
aux nouveaux principes de la Langue
Allemande , publiés parM. Junker,Doc-
teur en Philofophie , Profeſſeur de la
Langue Allemande à l'Ecole Royale
Militaire , Membre ordinaire de l'Aca-
démie Royale Allemande de Gottingue.
AParis, chez Mufier, Fils , Libraire ,
quai des Auguſtins , au coin de la rue
pavée, à S. Etienne. Avec approbation
& privilège du Roi; 1763. Vol. in-12.
Avec le ſecours de ce Livre , on ap-
prendra aisément & en peu de temps,
la Langue Allemande: On y léve toutes
les difficultés qui arrêtent les commen-
cans; & avec la ſeule connoiſſance de
140 MERCURE DE FRANCE.
ladéclinaiſon &dela conjugaison , cet
Ouvrage menera fort loin ceux qui le
prendrontpourguide. L'Auteur a choiſi
pourtexte les Fables & Contes deGel-
lert, Auteur très-eſtimable par l'élé-
gance & la pureté de ſon ſtyle , ainfi
que par les grâces de ſon eſprit. Il a mis
au bas de chaque page des notes qui
facilitent le ſens littéral du Texte.
LES Révolutions de l'Univers repré-
ſentées en 30 Cartes géographiques
chacune de deux feuilles , avec des re-
marques & des obſervations fur chacu-
ned'elles : Ouvrage deſtiné à facilter la
lecture & l'étude de l'Histoire Générale.
Paris, 1763. in-fol. forme d'Atlas.
:
Cet Ouvrage fe débite chez le fieur
JulienGéographe , Cour de l'Hôtel de
Soubife. Il ſe vend 60 liv. en blanc ,
c'eſt àdire enluminé & non relié.
L'Auteur a faittirer un petit nombre
desRemarquesdans la forme in-12. On
en trouverades éxemplaires chez Cave-
lier, Libraire , rue Saint Jacques , au
Lys d'Or , chacun ſevend 36ſols bro-
ché.
Le fieur Monier , relieur , rue Saint
Jean de Beauvais , proche le paſſage
de Saint Jean de Latran , aſſemble &
FEVRIER. 1764.
141
relie ces Cartes d'une manière com-
mode& propre.
LES JEUX D'ENFANS , Poëme tiré
du Hollandois ; par M. Feutry , avec
cetteEpigraphe : Non meræ nuga ; à
la Haye ,& ſe trouve à Paris , chez
Durand , neveu , Libraire , rue S. Jac-:
ques, à la Sageſſe; 1764; très-petitebro-
chure in-16.
M. Feutry n'a pris que le titre& l'i-
dée générale d'une piéce qui ſe trouve
dans un Recueilde Poëſies Hollandoiſes
du célébre Carız. Quelques mots de ce
Poëme en feront connoître le ſujet.
»Attiré par le charme d'un beau jour ,
>une foule d'enfans aimables s'échap-
» pent de la triſte enceinte d'une Ville,
»& vient ſe répandre au loin ſurle ga-
>>zon fleuri. Là,ſemblables à de tendres
» agneaux , ces enfans bondiffent ; ils
>>ſe diſperſent par petites bandes que
>> forment naturellement leurs inclina-
>>>tions & leurs goûts ; & ils commen-
> cent bientôt leurs jeux différens. Ce
font ces jeux , tels que le Colin-mail-
lard, le Balon , le Cerf-volant , &c. &c.
que décrit M. Feutry. Chaque jeu eſt
accompagné d'une moralité qui rend
ceLivretauffi utile qu'agréable.
142 MERCURE DE FRANCE.
DICTIONNAIRE médicinal portatif,
contenant une méthode ſure pour con-
noître & guérir les maladies critiques &
chroniques , par des remédes ſimples &
proportionnés à la connoiſſance de tout
le monde ; & pluſieurs remédes parti-
culiers: on y a joint un Dictionnaire
abrégé des plantes uſuelles. Par M. ***
Docteur en Médecine ; à Paris , chez
d'Houry , Imprimeur-Libraire de Mgr
le Duc d'Orléans , rue de la vieille Bou-
clerie ; 1763 ; avec approbation & pri-
vilége du Roi. Vol. in-12 de 600 pages.
Prix , 3 liv. relié.
Le titre de ce Livre en fait ſuffifa-
ment connoître l'objet & l'utilité , &
nous difpenfe d'entrer dans d'autres dé .
tails.
HISTOIRE de Dannemarck , par M.
Mallet ; à Genève , & ſe trouve à Paris
chez Robustel& Charpentier , Libraires,
quai des Auguſtins , 6 vol. in- 12.
Avant que nous entreprenions de
rendre un compte plus détaillé de cet
Ouvrage curieux , nous indiquerons ce
que contient chaque volume. Le pre-
mier est une introduction à l'Hiſtoire
du Dannemarck , où l'on traite de la re-
ligion , des loix , des mœurs &des ufa-
FEVRIER. 1764.
143
ges des anciens Danois. Cette partie
avoit déja été imprimée , & nous en
avions parlé dans quelques-uns de nos
Mercures. Il en eſt de même du ſecond
volume , qui contientles monumens de
laMythologie & de la Poëfie des anciens
Peuples du Nord. Le troiſième tome
commence à l'établiſſement de la Mo-
narchie Danoiſe , juſqu'à la mort de
Valdmar le Victorieux en 1241. Le
quatrième eſt depuis la mort de Vald-
mar, juſqu'à l'avénement de la Maiſon
d'Oldenbourg au Trône , en 1448. Le
cinquième , depuis cet avènement , juf-
qu'à la dépoſition de Chrétien II. Le
fixiéme s'étend depuis cette dépofition ,
juſqu'à la Paix de Stetin.
MÉMOIRES hiſtoriques , critiques , &
Anecdotes des Reines & Régentes de
France , avec ces Epigraphes : Copia
judiciumfæpe morata meum eft. Ovid.....
Nec in cunctis fervat fortuna tenorem.
Manil..... Utile quidfit , profpiciunt. Ju-
ven. Sat. 6 ; à Amſterdam , chez Néaul-
me , Libraire , & ſe trouvent, à Paris,
chez les mêmes Libraires que l'Ouvrage
précédent ; 1764 ; 7. vol. in-12.
Nous nous contenterons aujourd'hui
de cette fimple annonce ; l'Ouvrage eſt
144 MERCURE DE FRANCE.
de nature à fournir plus d'un Extrait :
nous pourrons donc y revenir pluſieurs
fois.
APPEL des Étrangers dansnos Co-
lonies; à Paris, chez Deſſainjunior,
Libraire , quai des Auguſtins ; 1763 ,
brochure in-12.
L'Auteur , qui ne ſe nomme point ,
nous apprend qu'il a déja donné au Pu-
blicun TraitéfurlerappeldesProteftans
en France ; & un autre Ouvrage relati-
vementà la Police ſur les Mendians , les
Vagabonds , les Filles proſtituées ,& les
gens fans aveu. L'objet qu'il ſe propoſe
eſt de rendre notre population plus
nombreuſe & plus robuſte , en chaf-
fant l'oiſiveté & le libertinage. Son
but aujourd'hui eſt de prouverla nécef-
fité où nous ſommesd'appeller dansnos
Colonies , & même parmi nous , dans
nos Provinces , autant de Peuplades
étrangèresque nous pourrons eny atti
rer de l'un & de l'autre ſéxe ; & de les
y inviter même par des établiſſemens
avantageux.
MÉMOIRES ſur les Manufactures de
Draps & autres étoffes de Laine ; à Pa-
ris , chez Saugrain le jeune , rue du
Hurepoix ,
FEVRIER. 1764.
145
Hurepoix, a la Fleur de Lys d'or, 1764 ,
brochure in-12.
CeLivreeftdiviſéendeuxparties.Dans
la première , l'Auteur parle des Laines
d'Eſpagne , & de la manière de les met-
treen œuvre: Dans la ſeconde, de celles
de France , & de la façon de les em-
ployer. Il commence par les plus petites
opérations de la Fabrique des Draps.
Il
prend les Laines immédiatement après
qu'elles fontcoupées; il continuejuſqu'à
la parfaite réduction de ces laines en
étoffes. Il joint des remarques fur cha-
que opération , ſoit pour les perfection-
ner , ſoit pour en corriger les défauts, &
il faitdes deſcriptions ſuccinctes des ma-
chines & inftrumens néceſſaires.
LES Intrigues hiſtoriques & galantes
du Serrail ,ſous le Règne del'Empereur
Selim; à la Haye , & se trouvent à
Paris, chez Duchefne , rue S. Jacques',
au Temple du Goût , 1764 , brochure
in-12 , en deux parties.
Cet agréable Roman eſt écrit avec
eſprit, & préſente des détails de mœurs
Turques & Françoiſes , qui ont beau-
coup de rapport avec ce qu'on trouve
dans le Conte de Soliman II.
G
1
146 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLE Traduction de divers
morceaux choiſis des Œuvres de Plutar
que ; par M. l'Abbé Lambert ; à Paris,
chez Panckoucke , rue & à côté de la
Comédie Françoiſe ; avec Approbation
& Privilége du Roi ; 1764 , I vol, in- 12,
Les divers morceaux de Plutarque ,
traduits par M. l'Abbé Lambert , font un
Traité ſur l'Ame des Bêtes , l'Examen du
Syſtème d'Epicure , les Faits mémora-
bles des Dames illuſtres de l'ancienne
Gréce,les moyens de réprimer la colère ,
le Traité de l'Avarice, & un autreTraité
fur le Contentement de l'Eſprit.
L'OPTIQUE , ou le Chinois à Mem-
phis , Eſſais traduits de l'Egyptien ; à
Londres , chez Michel Rey , Libraire ;
1763 , deux parties in 12 , dont nous
ne tarderons pas de donner un Extrait.
On en trouve des Exemplaires à Paris ,
chez Nyon , quai des Auguſtins , &
chez Knapen , au Palais.
TRAITÉ de Paix entre Descartes &
Newton; précédé des Vies littéraires de
ces deux Chefs de la Phyſique moderne ;
par le P. Aimé-Henri Pauliam , Profef-
ſeurde Phyſique au Colleged'Avignon,
de la Compagnie de Jeſus ; àAvignon ,
FEVRIER. 1764.
147
chez Girard , Imprimeur-Libraire , à la
Place S. Didier ; 1763 ; avec permiffion
des Supérieurs : trois volumes in-12.
Nous parlerons plus amplementde cet
Ouvrage.
L'ÉLEVE de la Nature; avec cette
Epigraphe : Meare de cælo ad terram , de
terra adfidera mundi. Lucrece , liv. 1 , à
Amsterdam , & ſe trouve à Par is chez
Panckoucke , rue & à côté de la Comé-
die Françoiſe; 1764; 2parties , formant
un vol. in- 12.
L'Auteur ſe propoſe dans la première
partie de cette eſpèce de Roman , de
former un honnête homme , heureux
par lui-même ; & dans la ſeconde , de
rendre cet honnête homme encore plus
heureux , en en faiſant un bon citoyen.
HISTOIRE de la Réunion de la Bre-
tagne à la France, où l'on trouve des
Anecdotes fur la Princeſſe Anne, fille de
François II, dernier Duc de Bretagne ,
femme des Rois Charles VIII & Louis
XII; par l'Abbé Irail: avec cette Epi-
graphe : Connubiojungamftabili , pro-
priamque dicabo. Vig. Eneid. Lib. 1. à
Paris , chez P. E. Germ. Durandneveu,
ue S. Jacques , àla Sageſſe; 1764; avec
(
Gij
1
148 MERCURE DE FRANCE.
approbation & permiffion , 2vol. in-12.
prix des deux volumes reliés en un, 21,
10 f. Nous enpromettons unExtrait.
Allemands, pour l'usage de l'Ecole
Royale Militaire ; ſervant de ſuite
aux nouveaux principes de la Langue
Allemande , publiés parM. Junker,Doc-
teur en Philofophie , Profeſſeur de la
Langue Allemande à l'Ecole Royale
Militaire , Membre ordinaire de l'Aca-
démie Royale Allemande de Gottingue.
AParis, chez Mufier, Fils , Libraire ,
quai des Auguſtins , au coin de la rue
pavée, à S. Etienne. Avec approbation
& privilège du Roi; 1763. Vol. in-12.
Avec le ſecours de ce Livre , on ap-
prendra aisément & en peu de temps,
la Langue Allemande: On y léve toutes
les difficultés qui arrêtent les commen-
cans; & avec la ſeule connoiſſance de
140 MERCURE DE FRANCE.
ladéclinaiſon &dela conjugaison , cet
Ouvrage menera fort loin ceux qui le
prendrontpourguide. L'Auteur a choiſi
pourtexte les Fables & Contes deGel-
lert, Auteur très-eſtimable par l'élé-
gance & la pureté de ſon ſtyle , ainfi
que par les grâces de ſon eſprit. Il a mis
au bas de chaque page des notes qui
facilitent le ſens littéral du Texte.
LES Révolutions de l'Univers repré-
ſentées en 30 Cartes géographiques
chacune de deux feuilles , avec des re-
marques & des obſervations fur chacu-
ned'elles : Ouvrage deſtiné à facilter la
lecture & l'étude de l'Histoire Générale.
Paris, 1763. in-fol. forme d'Atlas.
:
Cet Ouvrage fe débite chez le fieur
JulienGéographe , Cour de l'Hôtel de
Soubife. Il ſe vend 60 liv. en blanc ,
c'eſt àdire enluminé & non relié.
L'Auteur a faittirer un petit nombre
desRemarquesdans la forme in-12. On
en trouverades éxemplaires chez Cave-
lier, Libraire , rue Saint Jacques , au
Lys d'Or , chacun ſevend 36ſols bro-
ché.
Le fieur Monier , relieur , rue Saint
Jean de Beauvais , proche le paſſage
de Saint Jean de Latran , aſſemble &
FEVRIER. 1764.
141
relie ces Cartes d'une manière com-
mode& propre.
LES JEUX D'ENFANS , Poëme tiré
du Hollandois ; par M. Feutry , avec
cetteEpigraphe : Non meræ nuga ; à
la Haye ,& ſe trouve à Paris , chez
Durand , neveu , Libraire , rue S. Jac-:
ques, à la Sageſſe; 1764; très-petitebro-
chure in-16.
M. Feutry n'a pris que le titre& l'i-
dée générale d'une piéce qui ſe trouve
dans un Recueilde Poëſies Hollandoiſes
du célébre Carız. Quelques mots de ce
Poëme en feront connoître le ſujet.
»Attiré par le charme d'un beau jour ,
>une foule d'enfans aimables s'échap-
» pent de la triſte enceinte d'une Ville,
»& vient ſe répandre au loin ſurle ga-
>>zon fleuri. Là,ſemblables à de tendres
» agneaux , ces enfans bondiffent ; ils
>>ſe diſperſent par petites bandes que
>> forment naturellement leurs inclina-
>>>tions & leurs goûts ; & ils commen-
> cent bientôt leurs jeux différens. Ce
font ces jeux , tels que le Colin-mail-
lard, le Balon , le Cerf-volant , &c. &c.
que décrit M. Feutry. Chaque jeu eſt
accompagné d'une moralité qui rend
ceLivretauffi utile qu'agréable.
142 MERCURE DE FRANCE.
DICTIONNAIRE médicinal portatif,
contenant une méthode ſure pour con-
noître & guérir les maladies critiques &
chroniques , par des remédes ſimples &
proportionnés à la connoiſſance de tout
le monde ; & pluſieurs remédes parti-
culiers: on y a joint un Dictionnaire
abrégé des plantes uſuelles. Par M. ***
Docteur en Médecine ; à Paris , chez
d'Houry , Imprimeur-Libraire de Mgr
le Duc d'Orléans , rue de la vieille Bou-
clerie ; 1763 ; avec approbation & pri-
vilége du Roi. Vol. in-12 de 600 pages.
Prix , 3 liv. relié.
Le titre de ce Livre en fait ſuffifa-
ment connoître l'objet & l'utilité , &
nous difpenfe d'entrer dans d'autres dé .
tails.
HISTOIRE de Dannemarck , par M.
Mallet ; à Genève , & ſe trouve à Paris
chez Robustel& Charpentier , Libraires,
quai des Auguſtins , 6 vol. in- 12.
Avant que nous entreprenions de
rendre un compte plus détaillé de cet
Ouvrage curieux , nous indiquerons ce
que contient chaque volume. Le pre-
mier est une introduction à l'Hiſtoire
du Dannemarck , où l'on traite de la re-
ligion , des loix , des mœurs &des ufa-
FEVRIER. 1764.
143
ges des anciens Danois. Cette partie
avoit déja été imprimée , & nous en
avions parlé dans quelques-uns de nos
Mercures. Il en eſt de même du ſecond
volume , qui contientles monumens de
laMythologie & de la Poëfie des anciens
Peuples du Nord. Le troiſième tome
commence à l'établiſſement de la Mo-
narchie Danoiſe , juſqu'à la mort de
Valdmar le Victorieux en 1241. Le
quatrième eſt depuis la mort de Vald-
mar, juſqu'à l'avénement de la Maiſon
d'Oldenbourg au Trône , en 1448. Le
cinquième , depuis cet avènement , juf-
qu'à la dépoſition de Chrétien II. Le
fixiéme s'étend depuis cette dépofition ,
juſqu'à la Paix de Stetin.
MÉMOIRES hiſtoriques , critiques , &
Anecdotes des Reines & Régentes de
France , avec ces Epigraphes : Copia
judiciumfæpe morata meum eft. Ovid.....
Nec in cunctis fervat fortuna tenorem.
Manil..... Utile quidfit , profpiciunt. Ju-
ven. Sat. 6 ; à Amſterdam , chez Néaul-
me , Libraire , & ſe trouvent, à Paris,
chez les mêmes Libraires que l'Ouvrage
précédent ; 1764 ; 7. vol. in-12.
Nous nous contenterons aujourd'hui
de cette fimple annonce ; l'Ouvrage eſt
144 MERCURE DE FRANCE.
de nature à fournir plus d'un Extrait :
nous pourrons donc y revenir pluſieurs
fois.
APPEL des Étrangers dansnos Co-
lonies; à Paris, chez Deſſainjunior,
Libraire , quai des Auguſtins ; 1763 ,
brochure in-12.
L'Auteur , qui ne ſe nomme point ,
nous apprend qu'il a déja donné au Pu-
blicun TraitéfurlerappeldesProteftans
en France ; & un autre Ouvrage relati-
vementà la Police ſur les Mendians , les
Vagabonds , les Filles proſtituées ,& les
gens fans aveu. L'objet qu'il ſe propoſe
eſt de rendre notre population plus
nombreuſe & plus robuſte , en chaf-
fant l'oiſiveté & le libertinage. Son
but aujourd'hui eſt de prouverla nécef-
fité où nous ſommesd'appeller dansnos
Colonies , & même parmi nous , dans
nos Provinces , autant de Peuplades
étrangèresque nous pourrons eny atti
rer de l'un & de l'autre ſéxe ; & de les
y inviter même par des établiſſemens
avantageux.
MÉMOIRES ſur les Manufactures de
Draps & autres étoffes de Laine ; à Pa-
ris , chez Saugrain le jeune , rue du
Hurepoix ,
FEVRIER. 1764.
145
Hurepoix, a la Fleur de Lys d'or, 1764 ,
brochure in-12.
CeLivreeftdiviſéendeuxparties.Dans
la première , l'Auteur parle des Laines
d'Eſpagne , & de la manière de les met-
treen œuvre: Dans la ſeconde, de celles
de France , & de la façon de les em-
ployer. Il commence par les plus petites
opérations de la Fabrique des Draps.
Il
prend les Laines immédiatement après
qu'elles fontcoupées; il continuejuſqu'à
la parfaite réduction de ces laines en
étoffes. Il joint des remarques fur cha-
que opération , ſoit pour les perfection-
ner , ſoit pour en corriger les défauts, &
il faitdes deſcriptions ſuccinctes des ma-
chines & inftrumens néceſſaires.
LES Intrigues hiſtoriques & galantes
du Serrail ,ſous le Règne del'Empereur
Selim; à la Haye , & se trouvent à
Paris, chez Duchefne , rue S. Jacques',
au Temple du Goût , 1764 , brochure
in-12 , en deux parties.
Cet agréable Roman eſt écrit avec
eſprit, & préſente des détails de mœurs
Turques & Françoiſes , qui ont beau-
coup de rapport avec ce qu'on trouve
dans le Conte de Soliman II.
G
1
146 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLE Traduction de divers
morceaux choiſis des Œuvres de Plutar
que ; par M. l'Abbé Lambert ; à Paris,
chez Panckoucke , rue & à côté de la
Comédie Françoiſe ; avec Approbation
& Privilége du Roi ; 1764 , I vol, in- 12,
Les divers morceaux de Plutarque ,
traduits par M. l'Abbé Lambert , font un
Traité ſur l'Ame des Bêtes , l'Examen du
Syſtème d'Epicure , les Faits mémora-
bles des Dames illuſtres de l'ancienne
Gréce,les moyens de réprimer la colère ,
le Traité de l'Avarice, & un autreTraité
fur le Contentement de l'Eſprit.
L'OPTIQUE , ou le Chinois à Mem-
phis , Eſſais traduits de l'Egyptien ; à
Londres , chez Michel Rey , Libraire ;
1763 , deux parties in 12 , dont nous
ne tarderons pas de donner un Extrait.
On en trouve des Exemplaires à Paris ,
chez Nyon , quai des Auguſtins , &
chez Knapen , au Palais.
TRAITÉ de Paix entre Descartes &
Newton; précédé des Vies littéraires de
ces deux Chefs de la Phyſique moderne ;
par le P. Aimé-Henri Pauliam , Profef-
ſeurde Phyſique au Colleged'Avignon,
de la Compagnie de Jeſus ; àAvignon ,
FEVRIER. 1764.
147
chez Girard , Imprimeur-Libraire , à la
Place S. Didier ; 1763 ; avec permiffion
des Supérieurs : trois volumes in-12.
Nous parlerons plus amplementde cet
Ouvrage.
L'ÉLEVE de la Nature; avec cette
Epigraphe : Meare de cælo ad terram , de
terra adfidera mundi. Lucrece , liv. 1 , à
Amsterdam , & ſe trouve à Par is chez
Panckoucke , rue & à côté de la Comé-
die Françoiſe; 1764; 2parties , formant
un vol. in- 12.
L'Auteur ſe propoſe dans la première
partie de cette eſpèce de Roman , de
former un honnête homme , heureux
par lui-même ; & dans la ſeconde , de
rendre cet honnête homme encore plus
heureux , en en faiſant un bon citoyen.
HISTOIRE de la Réunion de la Bre-
tagne à la France, où l'on trouve des
Anecdotes fur la Princeſſe Anne, fille de
François II, dernier Duc de Bretagne ,
femme des Rois Charles VIII & Louis
XII; par l'Abbé Irail: avec cette Epi-
graphe : Connubiojungamftabili , pro-
priamque dicabo. Vig. Eneid. Lib. 1. à
Paris , chez P. E. Germ. Durandneveu,
ue S. Jacques , àla Sageſſe; 1764; avec
(
Gij
1
148 MERCURE DE FRANCE.
approbation & permiffion , 2vol. in-12.
prix des deux volumes reliés en un, 21,
10 f. Nous enpromettons unExtrait.
Fermer
4408
p. 148-161
SÉANCE publique de l'Académie Royale des Belles-Lettres de CAEN.
Début :
L'ACADÉMIE Royale des Belles-Lettres de Caën fit l'ouverture de ses [...]
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texteReconnaissance textuelle : SÉANCE publique de l'Académie Royale des Belles-Lettres de CAEN.
SÉANCE publique de l'Académie
Royale des Belles-Lettres de CAEN.
L'ACADÉMIE Royale des Belles-Lettres de Caën fit l'ouverture de ses
ce qu'elle mérite l'eſtime des hommes.
Il fait voir que cette eſtime n'appartient
Séances publiques le Jeudi 1. Décembre
1763. M. Le Clerc , Avocat , chargé de
l'Eloge de Louis le Grand, Fondateurde
l'Académie , lut undiſcours ſur le bon-
heur attaché à l'amourde la vertu : il la
définit l'amour actif& vrai de tout ce qui
eſtbien , & l'averfion ſincère de tout
cequi eſt mal. Il prouve qu'elle fait le
bonheurdes hommes ; 1°. parce qu'elle
procure la paix dela confcience. 2°. Par-
qu'aux vertueux , dont il fait le por-
FEVRIER . 1764.
149
trait. " Ici je crois entendre les detrac-
>> teurs de la vertu , ſubſtituer à ce por-
>>>trait celui de Socrate dans les fers.
" Voilà , diſent-ils , le plus éclairé , le
>>>plus ſage , & le plus juſte de tous les
>>>hommes.... Que lui fervent ſes ver-
" tus ? ... Ames abjectes , qui ne voyez
> dans ſa condamnationque le moment
>> fi terrible pour vous , qui ſépare le
>>> tems de l'éternité , ſuivez Socrate dans
>> ſon cachot ,& lifez dans ſon cœur,
» Vous y verrez le triomphe de la ver-
» tu.... d'où lui viennent cette fermeté ,
>> cette conſtance que la vue de la mort
>>> ne peut altérer ? Il les doit à la vertu...
>> Néron expirant , voit le Ténare en-
>> tr'ouvert ſous ſes pieds: il ſe croit
>>>poursuivipar les Furies. Socrate meurt
» en paix , fans frayeur & fans foi-
>>>bleſſes.
3°. Enfin , parce que l'homme ver-
tueux , eſtimé , même des méchans , eſt
moins perſécuté qu'eux. Il le prouve
par des exemples tels que celui de Sully,
emportantdans ſa retraite, ſes vertus , ſes
ſervices , & l'ingratitude des hommes.
Lorſque leMaréchal d'Ancre eſt ignomi-
nieuſement traîné dans les rues après
ſa mort. " A quoi bon , dit M. le C....
>>prendre ces exemples dans les Cours ,
Gin
150 MERCURE DE FRANCE .
» & parmi les Grands? ... Cherchons-
>>les dans le Peuple... Les Laboureurs ,
>>les Artiſans ignorent l'Art perfide
» qu'on nomme Politique : ils traitent
>>de fripon celui d'entreux , qui ravit le
>> bien d'autrui... Ils reſpectent au con-
>>traire , celui dont la probité leur eſt
» connue. Ils diſent de lui , c'eſt un
>> honnête-homme : & ils attachent au
>> mot honnête les idées qui lui convien-
» nent...Quel homme ne ſe ſentpas ten-
>>drement ému,au récitd'uneactiongran-
>> de& vertueuſe? il aime, il prend un vif
» intérêt à celuiqui l'a faite. Il voudroit
>>lui témoigner ſon eſtime... Combien
ne l'indigne-t-on pasquandon luiracon-
>> te ces traits de noirceur &de ſcéléra-
>>teffe,qui ſemblentporterune flétriſſure
>> ſur l'eſpèce humaine ! .... Sentimens
>> précieux gravés dans nos cœurs par la
>>Divinité , puiffiez-vous agir encore
>> plus puiſſamment ſur les foibles hu-
>> mains ! Fortifiez en eux l'amour de
la vertu & l'horreur des vices. Ils ne
>>peuvent devenir meilleurs fans de-
» venir plus heureux.
...
C'eſtà laver-
>>tu qu'eſt attachée la paix de la conf-
>> cience. Eſtimée , même des méchans ,
>> moins perfécutée que le vice
و
elle
>>>donne des forces pour foutenir l'ad-
FEVRIER. 1764.
151
» verſité .... Vous connûtes tous ces
> avantages de la vertu , grand Prince ,
>> dont je dois aujourd'hui célébrer la
» mémoire !
C'est ainſi que l'éloge de la vertu
conduit M. le C ... à celui de LOUIS
te Grand. M.de Fontette, Intendant de la
Généralité , & Vice-Protecteur , préſi-
doit à la Séance. Il répondit au Difcours
de M. le Clerc. Il convient que quand
la vertu ſe borne au defir , à l'affection
& au Sentiment , le cœur qui la ren-
ferme ne doit trouver de bonheur qu'en
lui même. » S'il ſe produit au dehors
>>par des effets , ſi l'homme vertueux
>> a le mérite d'exécuter , d'accomplir
» & de pratiquer , la vertu brille à tra-
>>vers les nuages de la corruption ....
>>Elle attire le reſpect des Courtiſans :
>> elle mérite la confiance du Trône.
» Si les talens étoient toujours l'apana-
>>>ge des vertus , toujours elles euffent
✔été les Miniſtres de nos Rois. Ils ſe
>>>fonthonneur deleur rendre hommage.
>> Le règne de notre Auguſte Fonda-
>>teur en offre mille éxemples. Il ne
>>feroit pas difficile d'en trouver as.ant
>> fous celui de LOUIS LE BIEN-AIME .
Du bonheur attaché à l'amour des
vertus , M. de F ... paſſe à l'éloge du
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
projet qui tendroit à déraciner l'arbi-
traire fatal qui ruine l'agriculture , le
Commerce , & l'aiſance des Peuples.
Il fait voir que l'arbitraire dans la ré-
partition des impoſitions , eſt la ſource
de nos maux : & que tant qu'on n'y re-
médiera point , il eſt inutile de pro-
pofer les moyens de faire fleurirle com-
merce. M. de F... prend de-là occafion
de parler des Diſcours qui ont concou-
ru pour le Prix de l'année , & qu'aucun
d'eux n'a mérité. ( a )
Le Sujet de 1763, étoit : Quelles ont
étéles révolutions,&c. La queſtion fur
>> les révolutions du Commerce , ajoute-
>> t- il, n'a été bien traitée que par leDif-
>>cours Nº. 2. le ſtyle en eftvif: ( b ) &
> nous nous ſommes déterminés à en
>>donner la lecture , comme une récom-
>> penſe due à l'Auteur.
On lut ce Difcours. Il commence par
un précis très-faillant de l'Histoire des
Normands Guerriers occupés à fonder
des Royaumes , pendant que les Peuples
travailloient à conferver la Normandie ,
parla culture ,la multiplication des bef-
tiaux&le Commerce. Caen devint une
* ( a) C'eſt M. de Fontette qui donne ce Prix.
( b ) Ce diſcours eſt de M. Boullard , le jeune ,
Avocat ,fils de M. Boullard, Profeſſeur enMéde-
cine.
FEVRIER. 1764.
153
Ville floriſſante , par les privilèges que
pluſieurs Rois Anglois_lui accordérent.
Unie à la France par Jean I , repriſe
par l'Anglois , fous Charles VI, & à
lui enlevée par Charles VII, ſon Com-
merce tomba par ces variations & ces
troubles. Il eût pu ſe rétablir ſous Louis
XI, qui lui accordoit deuxfoires. Elles
furent enlevées à la Ville de Caën , ſept
ans après leur création ,par les Habitans
de Rouen. Malgré cet événement le
Commerce devenoit floriſſant. L'Eſpa-
gne , l'Italie , l'Angleterre & tous les
Peuples du Nordſediſputoientnos mar-
chandiſes. Nous étions navigateurs. Un
Normand découvrit les Iſles du Golfe
S. Laurent. Un autre toutes les côtes de
l'Affrique. Tout ſembloit devoir nous
promettre le plusgrandCommerce.Tout
diſparut inſenſiblement. Notre Ville per-
ditſes manufactures de haute-liſſe;les im-
pofitions , qu'on mit ſurles cartes , nous
enlevérentcette branche du Commerce :
le luxe& lesguerres civiles firent tomber
nos manufactures , & la révocation de
l'EditdeNantes nous enleva nos Artiſtes.
Malgré cela le Commerce peut ſeréta-
blir. Des cauſes Phyſiques , la qualité
du climat , celle du terrein , la bonté de
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
nos eaux & la proximitéde la mer nous
le font eſpérer.
» Il eſt fâcheux , reprit M. de Fontette
>> après cette lecture , que la partie de
» ce Diſcours qui concerne le rétabliſ-
» ſement du Commerce ne réponde
>> point à la première. Les moyens que
>> propoſe l'Auteur , ont , comme ceux
>> des Diſcours qui ont concouru
, le
» défaut commun d'être généraux & de
" convenir à toutes les Provinces du
» Royaume. Aucun de ces Difcoursn'of-
>> fre rienqui rempliſſe les vues d'utilité
>> quenous en attendions. Elles le font
» bien mieuxdans de fimples éſſais faits
>>par l'Auteur couronné l'année der-
» nière.
( c ) Non pour diſputer un
>> Prix dont il eſt exclu par ſa qualité
>> de Secrétaire de l'Académie , mais
>> comme un Juge fcrupuleux & intel-
>>ligent qui étudie & jette de grandes
>>lumières ſur la queſtion propoſée.
M. Rouxelin lut ſes Eſſais. Ils débu-
tent par le defir qu'il auroit d'enrichir
( c)M. Rouxelin , Procureur du Roide la Mai-
trifedes Eaux & Forêts de Caen , eſt l'Auteur du
Diſcours ſur les défrîchemens , qui fut couronné
en1762 ,&qui lui mérita les titres d'Académicien
&de Sécretaire perpétuel de l'Académic.
FEVRIER. 1764 .
155
promptement ſa Patrie. C'eſtdans cette
vue qu'il propoſe à ſes Concitoyens de
civilifer quelqu'une des Nations féroces
des Côtes de l'Afrique , d'en faire un
Peuple d'Alliés , de leur communiquer
nos beſoins& nos modes & de partager
avec eux les métaux qu'ils tiennent des
mains de la Nature .
Il définit le Commerce , » l'échange
» que pluſieurs Peuples font entr'eux ,
» des fruits que la terre leur donne , &
>>des Ouvrages que conſtruit l'induſtrie..
>> L'homme n'a que deux moyens de ſe
> procurer ce que la Nature & l'Art lui
>> refuſent. C'eſt l'ufurpation , & l'é-
>> change. Le premier eſt un brigan-
>> dage. Le Commerce eſt donc un be-
» foin.
M. R..... diftingue l'eſprit & la ma.
tière du Commerce. Il ne parle de fon
efprit , que relativement à la néceffité
des Canauxdu tranſport. Illes fait con-
fifter en Ports de mer , en Rivières na-
vigables & en routes qu'on puiffe pra-
tiquer. Il convient du beſoin qu'a ſa
patrie des uns & des autres. Il établit la
néceſſité des chemins par un tableau
de quelques cantons de la Province,
dont on n'exporte rien ,parce qu'on ne
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
peut en approcher. » Donnez , dit-il ,
>>>des routes & des manufactures aux in-
>> fortunés habitans de ces lieux ; pro-
» curez - leur furtout la certitude de
>>jouir du fruit de leur travaux , & vous
>> les verrez devenir laborieux.
Il paſſe aux objets qui font la ma-
tière du Commerce. Ils conſiſtent en
denrées & beftiaux d'un pays ; & ils
font encore formés par lesouvrages des
Peuples qui l'habirent. De-là , M. R...
conclut que pour fonder un Commerce
on doit conſulter & la nature de ſon
terrain ,& le genre d'induſtrie de ſa Na-
tion. C'eſt ce qu'il fait : & il entre dans
des détails , qui , quoique très-précis ,
ne ſont pas fufceptibles d'extrait.
Il prouve qu'il eſt trop de terres en
herbe , ruineuſes lorſque les herbes font
abondantes & contraires à lapopulation.
Il parle des chevaux normands , qu'on
éléve avec une economie déteſtable ,
des laines du pays,des boiffons ,des vo-
lailles ,beures , fromages & autresden-
rées qui font prèſque ſans valeur par
notre faute. Il paroît perfuadé que la
Normandie fourniroit beaucoup de
grains à la Capitale , fi on y cultivoit
tout, & fi on vouloit y facrifier les pré-
jugés aux conſeilsdes ſociétés d'agricul-
FEVRIER. 1764.
157
ture. » Nos véritables richeffes , dit-il ,
>> naiſſent de la cultivation. J'en ai la
>>preuve en main.Pourquoinos Citoyens
>> s'enrichiſſent-ils ſi rapidement dans
>>>nos Colonies ? c'eſt qu'ils y devien-
>>nent cultivateurs : c'eſt que le terrain.
» qu'ils défrichent leur produitdeux ré-
>>>coltes par an , fans culture & fans
>>engrais : c'eſt qu'enfin , ils diſpoſent
>>de leurs denrées ,& nous n'avons pas
>>la libertéde l'exportation des nôtres ,
>>>qui ſeroit ſi avantageuſe.
Paſſantau commerce des productions
de l'art , M R.... dit que fi celui-là fleurit
moins , c'eſt que le Peuple a moins d'in-
duſtrie. Tout Artiſte ſelon lui , doit
ſe conformer aux goûts du jour , &
perfectionner ſes ouvrages , s'il veut
en avoir le débit. Ilpenſe que les ma-
nufactures font les Ecoles qui font
germer le goût du travail ; il les con-
feille , il follicite les Paſteurs de les
multiplier , il demande le concours de
l'autorité,parcequ'elles ſont le moyen
de rétablir la population .
Ildit que le travail des manufactures
ne doit jamais nuire à celui de lacul-
tivation.
Après cette lecture M. le Vice Pro-
tecteur expliquant comment on eût dù
158 MERCURE DE FRANCE.
traiter ce ſujet , parla des diſcours qui
avoient concouru .
13
J'ai vu avec
>>plaifir , dit- il ,dans celui nº. 1. que
>>nos draps & nos toiles tirent pour
» Cayenne. Le nom du Gouverneur
>>>doit être le ſignal de ralliement pour
>>>nos manufactures abandonnées. Les
>> facrifices qu'ilfait pour rétablir,que dis-
>>je ?pour fonder une nouvelle Colonie,
>> font une preuve fi extraordinaire de
>> fon amour pour la Patrie , qu'on peut
>> compter qu'il n'oubliera pas les in-
>>térêts de cette Province , qui eſt plus
>> particulierement la fienne. (d) En
> l'affociant à cette Académie nous vou-
>>lons l'engager à nous afſocier à fa
>>glorieuſe entrepriſe , & à nous com-
>>muniquer les ſages réglemens que
>> fa prudence va dicter pour le bon-
>>heur de ſes nouveaux Colons. Du
>>>fond de fon Iſle , il nousdonnerades
leçons d'expérience ſur les défriche-
mens; & fur l'établiſſement des ma-
>> nufactures: deux objets tellement ré-
>>latifs , qu'il faut néceſſairement qu'ils
>>fe nuiſent , où qu'ils s'aident. Il vau-
>>droit encore mieux pour nous,ſuivre
(d)M. le Chevalier Turgot , Gouverneur de
Cayenne & deGuyanne, reçu Académicien Allo-
cié , étoit préſent le jour de cette féance.
FEVRIER. 1764.
159
>>l'abus de vendre nos matières pre-
>> mières que deles mettre en œuvres
>>aux dépens de l'agriculture , qui man-
> queroit de bras. Seroit-il impoffible
» de prévenir ce danger , parle choix
» des établiſſemens, par le choix des
>> ouvriers ? cette que ſtioneſt aſſez im-
>>portante pour en faire le ſujet du
>> prixdel'année 1764.L'Académie pro-
>> poſe donc; quels fontles moyens de
>>multiplier les manufactures dans la
>>Généralité de Caën, fans nuire à la
>>>culture des terres. »
Les dicours feront remis francs de
port, à M. Rouxelin , Sécretaire per-
pétuel avant le premier de Novembre
1764. les Auteurs ne ſe feront pas
connoître avant le 6 Décembre.
M. le Chevalier Turgot termina la
ſéance par un Dicours de remercî-
ment à l'Académie , ſur ſa réception.
Il eut enſuite la générofité de propoſer
trois prix , tendans à encourager la
culture, & la multiplication des bef-
tiaux,& à procurer à la Provincele débit
de ſes denrées.
Le premier de 500 liv, àla perſonne
qui aura ſalé du bœuf aux moindres
frais poffibles , & qui fupportedans nos
Colonies , la concurrence pour la qua-
lité, avec les bœufs d'Irlande.
:
160 MERCURE DE FRANCE.
Le deuxième de 400liv. à la perſonne
qui avec des bled de la Province , pré-
parera des farines auſſi bonnes pour le
tranſport dans nos Colonies , que les
farines Angloiſes. Il eſt bon d'employer
la déſſication par le moyen des étuves ;
de ne pas blutter les farines , lorſqu'elles
fortent de deſſous la meule ; & de les
laiſſer réfroidir avant de les mettre au
blutteau. Le franc bled, que dans les
environs de Caën , on nomme blé-
gris ,donne les farines les plus propres
àfoutenir le tranſport dans les climats
chauds.
Le troiſième de 300 liv. à qui pré-
parera & falera des beurres auſſi bons
que ceux d'Irlande. Le lavage exact ,
avant la ſalaiſon,eſt une opération eſſen-
tielle. Le premier Volume des mémoires
de la Société d'agriculture de Rouen ,
indique les attentions qu'il faut obſer-
ver pour ſe procurer des beurres de la
premiere qualité.
Ceuxqui voudront concourir , ſe mu-
niront de Certificats des Subdélégués ,
ou Magiſtrats des Villes dans lesquelles
ils habitent , ou de leurs Curés , s'ils
demeurent à la campagne. Ces Certi-
ficats porteront que la denrée préſentée
ſoit bœufſalé , farines , ou beurres , a
FEVRIER . 1764.
161
été préparée avec des matières du Païs.
Chaque denrée ſuivant ſon eſpéce, ſera
renfermée dans des barils , quarts , ou
tines ,qui feront marqués de la marque
du Particulier concourant , &du cachet
ou marque des Subdélégués , Magiſtrats,
&Curés.
Il ſera envoyé à M. l'Intendant de
Caën une liſte des perſonnes qui auront
concouru , contenant leurs noms , qua-
lités & demeure , leur marque parti-
culiere , celledes Subdélégués ,&Magif
trats ouCurés.
Il ſera envoyé à la Guyanne , à la
Guadelouppe , & à la Martinique ,
une égale quantité de chaque denrée
concourante aux prix , avec les ren-
ſeignemens propres à faire connoître
le nom de la perſonne , dont la denrée
ſe trouvera de la meilleure qualité , ou
plus approchante. Sur le compte qui
fera rendu à M. l'Intendant , & à l'A-
cadémie , elle adjugera , & diftribuera
les prix le Jeudi cinq Décembre 1765.
jourde fa rentrée publique.
Vu par l'Académie, ROUXELIN.
Royale des Belles-Lettres de CAEN.
L'ACADÉMIE Royale des Belles-Lettres de Caën fit l'ouverture de ses
ce qu'elle mérite l'eſtime des hommes.
Il fait voir que cette eſtime n'appartient
Séances publiques le Jeudi 1. Décembre
1763. M. Le Clerc , Avocat , chargé de
l'Eloge de Louis le Grand, Fondateurde
l'Académie , lut undiſcours ſur le bon-
heur attaché à l'amourde la vertu : il la
définit l'amour actif& vrai de tout ce qui
eſtbien , & l'averfion ſincère de tout
cequi eſt mal. Il prouve qu'elle fait le
bonheurdes hommes ; 1°. parce qu'elle
procure la paix dela confcience. 2°. Par-
qu'aux vertueux , dont il fait le por-
FEVRIER . 1764.
149
trait. " Ici je crois entendre les detrac-
>> teurs de la vertu , ſubſtituer à ce por-
>>>trait celui de Socrate dans les fers.
" Voilà , diſent-ils , le plus éclairé , le
>>>plus ſage , & le plus juſte de tous les
>>>hommes.... Que lui fervent ſes ver-
" tus ? ... Ames abjectes , qui ne voyez
> dans ſa condamnationque le moment
>> fi terrible pour vous , qui ſépare le
>>> tems de l'éternité , ſuivez Socrate dans
>> ſon cachot ,& lifez dans ſon cœur,
» Vous y verrez le triomphe de la ver-
» tu.... d'où lui viennent cette fermeté ,
>> cette conſtance que la vue de la mort
>>> ne peut altérer ? Il les doit à la vertu...
>> Néron expirant , voit le Ténare en-
>> tr'ouvert ſous ſes pieds: il ſe croit
>>>poursuivipar les Furies. Socrate meurt
» en paix , fans frayeur & fans foi-
>>>bleſſes.
3°. Enfin , parce que l'homme ver-
tueux , eſtimé , même des méchans , eſt
moins perſécuté qu'eux. Il le prouve
par des exemples tels que celui de Sully,
emportantdans ſa retraite, ſes vertus , ſes
ſervices , & l'ingratitude des hommes.
Lorſque leMaréchal d'Ancre eſt ignomi-
nieuſement traîné dans les rues après
ſa mort. " A quoi bon , dit M. le C....
>>prendre ces exemples dans les Cours ,
Gin
150 MERCURE DE FRANCE .
» & parmi les Grands? ... Cherchons-
>>les dans le Peuple... Les Laboureurs ,
>>les Artiſans ignorent l'Art perfide
» qu'on nomme Politique : ils traitent
>>de fripon celui d'entreux , qui ravit le
>> bien d'autrui... Ils reſpectent au con-
>>traire , celui dont la probité leur eſt
» connue. Ils diſent de lui , c'eſt un
>> honnête-homme : & ils attachent au
>> mot honnête les idées qui lui convien-
» nent...Quel homme ne ſe ſentpas ten-
>>drement ému,au récitd'uneactiongran-
>> de& vertueuſe? il aime, il prend un vif
» intérêt à celuiqui l'a faite. Il voudroit
>>lui témoigner ſon eſtime... Combien
ne l'indigne-t-on pasquandon luiracon-
>> te ces traits de noirceur &de ſcéléra-
>>teffe,qui ſemblentporterune flétriſſure
>> ſur l'eſpèce humaine ! .... Sentimens
>> précieux gravés dans nos cœurs par la
>>Divinité , puiffiez-vous agir encore
>> plus puiſſamment ſur les foibles hu-
>> mains ! Fortifiez en eux l'amour de
la vertu & l'horreur des vices. Ils ne
>>peuvent devenir meilleurs fans de-
» venir plus heureux.
...
C'eſtà laver-
>>tu qu'eſt attachée la paix de la conf-
>> cience. Eſtimée , même des méchans ,
>> moins perfécutée que le vice
و
elle
>>>donne des forces pour foutenir l'ad-
FEVRIER. 1764.
151
» verſité .... Vous connûtes tous ces
> avantages de la vertu , grand Prince ,
>> dont je dois aujourd'hui célébrer la
» mémoire !
C'est ainſi que l'éloge de la vertu
conduit M. le C ... à celui de LOUIS
te Grand. M.de Fontette, Intendant de la
Généralité , & Vice-Protecteur , préſi-
doit à la Séance. Il répondit au Difcours
de M. le Clerc. Il convient que quand
la vertu ſe borne au defir , à l'affection
& au Sentiment , le cœur qui la ren-
ferme ne doit trouver de bonheur qu'en
lui même. » S'il ſe produit au dehors
>>par des effets , ſi l'homme vertueux
>> a le mérite d'exécuter , d'accomplir
» & de pratiquer , la vertu brille à tra-
>>vers les nuages de la corruption ....
>>Elle attire le reſpect des Courtiſans :
>> elle mérite la confiance du Trône.
» Si les talens étoient toujours l'apana-
>>>ge des vertus , toujours elles euffent
✔été les Miniſtres de nos Rois. Ils ſe
>>>fonthonneur deleur rendre hommage.
>> Le règne de notre Auguſte Fonda-
>>teur en offre mille éxemples. Il ne
>>feroit pas difficile d'en trouver as.ant
>> fous celui de LOUIS LE BIEN-AIME .
Du bonheur attaché à l'amour des
vertus , M. de F ... paſſe à l'éloge du
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
projet qui tendroit à déraciner l'arbi-
traire fatal qui ruine l'agriculture , le
Commerce , & l'aiſance des Peuples.
Il fait voir que l'arbitraire dans la ré-
partition des impoſitions , eſt la ſource
de nos maux : & que tant qu'on n'y re-
médiera point , il eſt inutile de pro-
pofer les moyens de faire fleurirle com-
merce. M. de F... prend de-là occafion
de parler des Diſcours qui ont concou-
ru pour le Prix de l'année , & qu'aucun
d'eux n'a mérité. ( a )
Le Sujet de 1763, étoit : Quelles ont
étéles révolutions,&c. La queſtion fur
>> les révolutions du Commerce , ajoute-
>> t- il, n'a été bien traitée que par leDif-
>>cours Nº. 2. le ſtyle en eftvif: ( b ) &
> nous nous ſommes déterminés à en
>>donner la lecture , comme une récom-
>> penſe due à l'Auteur.
On lut ce Difcours. Il commence par
un précis très-faillant de l'Histoire des
Normands Guerriers occupés à fonder
des Royaumes , pendant que les Peuples
travailloient à conferver la Normandie ,
parla culture ,la multiplication des bef-
tiaux&le Commerce. Caen devint une
* ( a) C'eſt M. de Fontette qui donne ce Prix.
( b ) Ce diſcours eſt de M. Boullard , le jeune ,
Avocat ,fils de M. Boullard, Profeſſeur enMéde-
cine.
FEVRIER. 1764.
153
Ville floriſſante , par les privilèges que
pluſieurs Rois Anglois_lui accordérent.
Unie à la France par Jean I , repriſe
par l'Anglois , fous Charles VI, & à
lui enlevée par Charles VII, ſon Com-
merce tomba par ces variations & ces
troubles. Il eût pu ſe rétablir ſous Louis
XI, qui lui accordoit deuxfoires. Elles
furent enlevées à la Ville de Caën , ſept
ans après leur création ,par les Habitans
de Rouen. Malgré cet événement le
Commerce devenoit floriſſant. L'Eſpa-
gne , l'Italie , l'Angleterre & tous les
Peuples du Nordſediſputoientnos mar-
chandiſes. Nous étions navigateurs. Un
Normand découvrit les Iſles du Golfe
S. Laurent. Un autre toutes les côtes de
l'Affrique. Tout ſembloit devoir nous
promettre le plusgrandCommerce.Tout
diſparut inſenſiblement. Notre Ville per-
ditſes manufactures de haute-liſſe;les im-
pofitions , qu'on mit ſurles cartes , nous
enlevérentcette branche du Commerce :
le luxe& lesguerres civiles firent tomber
nos manufactures , & la révocation de
l'EditdeNantes nous enleva nos Artiſtes.
Malgré cela le Commerce peut ſeréta-
blir. Des cauſes Phyſiques , la qualité
du climat , celle du terrein , la bonté de
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
nos eaux & la proximitéde la mer nous
le font eſpérer.
» Il eſt fâcheux , reprit M. de Fontette
>> après cette lecture , que la partie de
» ce Diſcours qui concerne le rétabliſ-
» ſement du Commerce ne réponde
>> point à la première. Les moyens que
>> propoſe l'Auteur , ont , comme ceux
>> des Diſcours qui ont concouru
, le
» défaut commun d'être généraux & de
" convenir à toutes les Provinces du
» Royaume. Aucun de ces Difcoursn'of-
>> fre rienqui rempliſſe les vues d'utilité
>> quenous en attendions. Elles le font
» bien mieuxdans de fimples éſſais faits
>>par l'Auteur couronné l'année der-
» nière.
( c ) Non pour diſputer un
>> Prix dont il eſt exclu par ſa qualité
>> de Secrétaire de l'Académie , mais
>> comme un Juge fcrupuleux & intel-
>>ligent qui étudie & jette de grandes
>>lumières ſur la queſtion propoſée.
M. Rouxelin lut ſes Eſſais. Ils débu-
tent par le defir qu'il auroit d'enrichir
( c)M. Rouxelin , Procureur du Roide la Mai-
trifedes Eaux & Forêts de Caen , eſt l'Auteur du
Diſcours ſur les défrîchemens , qui fut couronné
en1762 ,&qui lui mérita les titres d'Académicien
&de Sécretaire perpétuel de l'Académic.
FEVRIER. 1764 .
155
promptement ſa Patrie. C'eſtdans cette
vue qu'il propoſe à ſes Concitoyens de
civilifer quelqu'une des Nations féroces
des Côtes de l'Afrique , d'en faire un
Peuple d'Alliés , de leur communiquer
nos beſoins& nos modes & de partager
avec eux les métaux qu'ils tiennent des
mains de la Nature .
Il définit le Commerce , » l'échange
» que pluſieurs Peuples font entr'eux ,
» des fruits que la terre leur donne , &
>>des Ouvrages que conſtruit l'induſtrie..
>> L'homme n'a que deux moyens de ſe
> procurer ce que la Nature & l'Art lui
>> refuſent. C'eſt l'ufurpation , & l'é-
>> change. Le premier eſt un brigan-
>> dage. Le Commerce eſt donc un be-
» foin.
M. R..... diftingue l'eſprit & la ma.
tière du Commerce. Il ne parle de fon
efprit , que relativement à la néceffité
des Canauxdu tranſport. Illes fait con-
fifter en Ports de mer , en Rivières na-
vigables & en routes qu'on puiffe pra-
tiquer. Il convient du beſoin qu'a ſa
patrie des uns & des autres. Il établit la
néceſſité des chemins par un tableau
de quelques cantons de la Province,
dont on n'exporte rien ,parce qu'on ne
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
peut en approcher. » Donnez , dit-il ,
>>>des routes & des manufactures aux in-
>> fortunés habitans de ces lieux ; pro-
» curez - leur furtout la certitude de
>>jouir du fruit de leur travaux , & vous
>> les verrez devenir laborieux.
Il paſſe aux objets qui font la ma-
tière du Commerce. Ils conſiſtent en
denrées & beftiaux d'un pays ; & ils
font encore formés par lesouvrages des
Peuples qui l'habirent. De-là , M. R...
conclut que pour fonder un Commerce
on doit conſulter & la nature de ſon
terrain ,& le genre d'induſtrie de ſa Na-
tion. C'eſt ce qu'il fait : & il entre dans
des détails , qui , quoique très-précis ,
ne ſont pas fufceptibles d'extrait.
Il prouve qu'il eſt trop de terres en
herbe , ruineuſes lorſque les herbes font
abondantes & contraires à lapopulation.
Il parle des chevaux normands , qu'on
éléve avec une economie déteſtable ,
des laines du pays,des boiffons ,des vo-
lailles ,beures , fromages & autresden-
rées qui font prèſque ſans valeur par
notre faute. Il paroît perfuadé que la
Normandie fourniroit beaucoup de
grains à la Capitale , fi on y cultivoit
tout, & fi on vouloit y facrifier les pré-
jugés aux conſeilsdes ſociétés d'agricul-
FEVRIER. 1764.
157
ture. » Nos véritables richeffes , dit-il ,
>> naiſſent de la cultivation. J'en ai la
>>preuve en main.Pourquoinos Citoyens
>> s'enrichiſſent-ils ſi rapidement dans
>>>nos Colonies ? c'eſt qu'ils y devien-
>>nent cultivateurs : c'eſt que le terrain.
» qu'ils défrichent leur produitdeux ré-
>>>coltes par an , fans culture & fans
>>engrais : c'eſt qu'enfin , ils diſpoſent
>>de leurs denrées ,& nous n'avons pas
>>la libertéde l'exportation des nôtres ,
>>>qui ſeroit ſi avantageuſe.
Paſſantau commerce des productions
de l'art , M R.... dit que fi celui-là fleurit
moins , c'eſt que le Peuple a moins d'in-
duſtrie. Tout Artiſte ſelon lui , doit
ſe conformer aux goûts du jour , &
perfectionner ſes ouvrages , s'il veut
en avoir le débit. Ilpenſe que les ma-
nufactures font les Ecoles qui font
germer le goût du travail ; il les con-
feille , il follicite les Paſteurs de les
multiplier , il demande le concours de
l'autorité,parcequ'elles ſont le moyen
de rétablir la population .
Ildit que le travail des manufactures
ne doit jamais nuire à celui de lacul-
tivation.
Après cette lecture M. le Vice Pro-
tecteur expliquant comment on eût dù
158 MERCURE DE FRANCE.
traiter ce ſujet , parla des diſcours qui
avoient concouru .
13
J'ai vu avec
>>plaifir , dit- il ,dans celui nº. 1. que
>>nos draps & nos toiles tirent pour
» Cayenne. Le nom du Gouverneur
>>>doit être le ſignal de ralliement pour
>>>nos manufactures abandonnées. Les
>> facrifices qu'ilfait pour rétablir,que dis-
>>je ?pour fonder une nouvelle Colonie,
>> font une preuve fi extraordinaire de
>> fon amour pour la Patrie , qu'on peut
>> compter qu'il n'oubliera pas les in-
>>térêts de cette Province , qui eſt plus
>> particulierement la fienne. (d) En
> l'affociant à cette Académie nous vou-
>>lons l'engager à nous afſocier à fa
>>glorieuſe entrepriſe , & à nous com-
>>muniquer les ſages réglemens que
>> fa prudence va dicter pour le bon-
>>heur de ſes nouveaux Colons. Du
>>>fond de fon Iſle , il nousdonnerades
leçons d'expérience ſur les défriche-
mens; & fur l'établiſſement des ma-
>> nufactures: deux objets tellement ré-
>>latifs , qu'il faut néceſſairement qu'ils
>>fe nuiſent , où qu'ils s'aident. Il vau-
>>droit encore mieux pour nous,ſuivre
(d)M. le Chevalier Turgot , Gouverneur de
Cayenne & deGuyanne, reçu Académicien Allo-
cié , étoit préſent le jour de cette féance.
FEVRIER. 1764.
159
>>l'abus de vendre nos matières pre-
>> mières que deles mettre en œuvres
>>aux dépens de l'agriculture , qui man-
> queroit de bras. Seroit-il impoffible
» de prévenir ce danger , parle choix
» des établiſſemens, par le choix des
>> ouvriers ? cette que ſtioneſt aſſez im-
>>portante pour en faire le ſujet du
>> prixdel'année 1764.L'Académie pro-
>> poſe donc; quels fontles moyens de
>>multiplier les manufactures dans la
>>Généralité de Caën, fans nuire à la
>>>culture des terres. »
Les dicours feront remis francs de
port, à M. Rouxelin , Sécretaire per-
pétuel avant le premier de Novembre
1764. les Auteurs ne ſe feront pas
connoître avant le 6 Décembre.
M. le Chevalier Turgot termina la
ſéance par un Dicours de remercî-
ment à l'Académie , ſur ſa réception.
Il eut enſuite la générofité de propoſer
trois prix , tendans à encourager la
culture, & la multiplication des bef-
tiaux,& à procurer à la Provincele débit
de ſes denrées.
Le premier de 500 liv, àla perſonne
qui aura ſalé du bœuf aux moindres
frais poffibles , & qui fupportedans nos
Colonies , la concurrence pour la qua-
lité, avec les bœufs d'Irlande.
:
160 MERCURE DE FRANCE.
Le deuxième de 400liv. à la perſonne
qui avec des bled de la Province , pré-
parera des farines auſſi bonnes pour le
tranſport dans nos Colonies , que les
farines Angloiſes. Il eſt bon d'employer
la déſſication par le moyen des étuves ;
de ne pas blutter les farines , lorſqu'elles
fortent de deſſous la meule ; & de les
laiſſer réfroidir avant de les mettre au
blutteau. Le franc bled, que dans les
environs de Caën , on nomme blé-
gris ,donne les farines les plus propres
àfoutenir le tranſport dans les climats
chauds.
Le troiſième de 300 liv. à qui pré-
parera & falera des beurres auſſi bons
que ceux d'Irlande. Le lavage exact ,
avant la ſalaiſon,eſt une opération eſſen-
tielle. Le premier Volume des mémoires
de la Société d'agriculture de Rouen ,
indique les attentions qu'il faut obſer-
ver pour ſe procurer des beurres de la
premiere qualité.
Ceuxqui voudront concourir , ſe mu-
niront de Certificats des Subdélégués ,
ou Magiſtrats des Villes dans lesquelles
ils habitent , ou de leurs Curés , s'ils
demeurent à la campagne. Ces Certi-
ficats porteront que la denrée préſentée
ſoit bœufſalé , farines , ou beurres , a
FEVRIER . 1764.
161
été préparée avec des matières du Païs.
Chaque denrée ſuivant ſon eſpéce, ſera
renfermée dans des barils , quarts , ou
tines ,qui feront marqués de la marque
du Particulier concourant , &du cachet
ou marque des Subdélégués , Magiſtrats,
&Curés.
Il ſera envoyé à M. l'Intendant de
Caën une liſte des perſonnes qui auront
concouru , contenant leurs noms , qua-
lités & demeure , leur marque parti-
culiere , celledes Subdélégués ,&Magif
trats ouCurés.
Il ſera envoyé à la Guyanne , à la
Guadelouppe , & à la Martinique ,
une égale quantité de chaque denrée
concourante aux prix , avec les ren-
ſeignemens propres à faire connoître
le nom de la perſonne , dont la denrée
ſe trouvera de la meilleure qualité , ou
plus approchante. Sur le compte qui
fera rendu à M. l'Intendant , & à l'A-
cadémie , elle adjugera , & diftribuera
les prix le Jeudi cinq Décembre 1765.
jourde fa rentrée publique.
Vu par l'Académie, ROUXELIN.
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4409
p. 162-164
MUSIQUE. ANNONCE d'un nouveau Clavecin organisé.
Début :
LA VILLE de Grenoble vient de voir sortir des mains d'un de ses Artistes [...]
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texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE. ANNONCE d'un nouveau Clavecin organisé.
MUSIQUE.
ANNONCE d'un nouveau Clavecin
organisé.
LA VILLE de Grenoble vient de
voir sortir des mains d'un de ses Artistes
(M. Berger , Accompagnateur de fon
Concert ) un nouveau Clavecin organi-
fé , auquel il travailloit depuis onze ans ,
& qu'il a enfin conduità ſa perfection.
La deſcription & l'énumération de ſes
différens jeux vont mettre le Public à
portéede le comparer aux inſtrumens de
cetteeſpècequela ſagacitéde nos Artif-
tes a imaginés depuis quelques années ,
& de lui affigner le rang qu'il mérite
parmi eux.
Ce Clavecin eſt de la grandeur & de
la forme ordinaires. C'eſt dans les tra-
verſes des pieds, leſquelles ont ſeule-
FEVRIER. 1764.
163
ment deux pouces & demi de hauteur ,
que ſont contenus le Méchaniſme de
l'Instrument , & les différens Jeux qu'il
réunit. Voici le détail des effets qu'on
peut produire par fon moyen.
1º. Au premier clavier répond un Jeu
d'Orgue à l'uniffon de la Contre-baffe ,
& au fon de huit pieds qui imite le Baf-
fon & le Hautbois.
2°. Le ſeconddonne unJeu de Clave-
cin compoſé de deux uniffons & d'une
octave.
3°. On peut faire entendre enſemble
ou ſéparément l'Orgue & le Clavecin ,
non-feulement dans tout le cours d'une
pièce , mais dans les endroits qu'on ju-
gera à propos ; c'est-à-dire , qu'après les
avoir touchés enſemble , onpeut les ſe-
parer , ſans interrompre ſon jeu ,& vice
verfa; quel que ſoit le mouvement de la
piéce.
4°. On a fur cet Inſtrument la liberté
d'enfler les fons ou de les diminuer par
gradation;& cela s'exécute fans appuyer
davantage fur le Clavier, & fans déran-
ger les mains. Les fons les plus doux ,
& à peine perceptibles , peuvent aufli
fuccéder tout-à-coup auxplus forts &
aux plus pleins, &au contraire.
5.AceClavecin ſont encore adaptés
164 MERCURE DE FRANCE.
deux Jeux , l'un de Guittarre , l'autre de
Harpe , qui répondent au ſecond Cla-
vier ; mais de telle manière , que celui
qui les touche peut à ſon gré les fuppri-
mer , ou les faire entendre l'un ou l'au-
tre , ou tous les deux avec le Clavecin.
Il ſeroit ſuperflu de remarquer le nom-
brede combinaiſons différentes quipeu-
vent naître , au gré & fuivant le goût de
l'Artiſte qui touche l'instrument , de la
réunion , ou de la fuppreffion de quel-
ques-uns de ces Jeux. Nous laiſſons aux
gensdel'Art le ſoin d'apprécier cette in-
vention. Nous nous bornons à obſerver
que tous ceux qui ont entendu l'Inſtru-
ment de M. Berger , n'ont pu ſe refuſer
à une vive admiration , tant pour les ef
fets variés qu'il produit , que pour le
Mechaniſme , au moyen duquel il eſt
parvenu à réunir tant de Jeux différens.
ANNONCE d'un nouveau Clavecin
organisé.
LA VILLE de Grenoble vient de
voir sortir des mains d'un de ses Artistes
(M. Berger , Accompagnateur de fon
Concert ) un nouveau Clavecin organi-
fé , auquel il travailloit depuis onze ans ,
& qu'il a enfin conduità ſa perfection.
La deſcription & l'énumération de ſes
différens jeux vont mettre le Public à
portéede le comparer aux inſtrumens de
cetteeſpècequela ſagacitéde nos Artif-
tes a imaginés depuis quelques années ,
& de lui affigner le rang qu'il mérite
parmi eux.
Ce Clavecin eſt de la grandeur & de
la forme ordinaires. C'eſt dans les tra-
verſes des pieds, leſquelles ont ſeule-
FEVRIER. 1764.
163
ment deux pouces & demi de hauteur ,
que ſont contenus le Méchaniſme de
l'Instrument , & les différens Jeux qu'il
réunit. Voici le détail des effets qu'on
peut produire par fon moyen.
1º. Au premier clavier répond un Jeu
d'Orgue à l'uniffon de la Contre-baffe ,
& au fon de huit pieds qui imite le Baf-
fon & le Hautbois.
2°. Le ſeconddonne unJeu de Clave-
cin compoſé de deux uniffons & d'une
octave.
3°. On peut faire entendre enſemble
ou ſéparément l'Orgue & le Clavecin ,
non-feulement dans tout le cours d'une
pièce , mais dans les endroits qu'on ju-
gera à propos ; c'est-à-dire , qu'après les
avoir touchés enſemble , onpeut les ſe-
parer , ſans interrompre ſon jeu ,& vice
verfa; quel que ſoit le mouvement de la
piéce.
4°. On a fur cet Inſtrument la liberté
d'enfler les fons ou de les diminuer par
gradation;& cela s'exécute fans appuyer
davantage fur le Clavier, & fans déran-
ger les mains. Les fons les plus doux ,
& à peine perceptibles , peuvent aufli
fuccéder tout-à-coup auxplus forts &
aux plus pleins, &au contraire.
5.AceClavecin ſont encore adaptés
164 MERCURE DE FRANCE.
deux Jeux , l'un de Guittarre , l'autre de
Harpe , qui répondent au ſecond Cla-
vier ; mais de telle manière , que celui
qui les touche peut à ſon gré les fuppri-
mer , ou les faire entendre l'un ou l'au-
tre , ou tous les deux avec le Clavecin.
Il ſeroit ſuperflu de remarquer le nom-
brede combinaiſons différentes quipeu-
vent naître , au gré & fuivant le goût de
l'Artiſte qui touche l'instrument , de la
réunion , ou de la fuppreffion de quel-
ques-uns de ces Jeux. Nous laiſſons aux
gensdel'Art le ſoin d'apprécier cette in-
vention. Nous nous bornons à obſerver
que tous ceux qui ont entendu l'Inſtru-
ment de M. Berger , n'ont pu ſe refuſer
à une vive admiration , tant pour les ef
fets variés qu'il produit , que pour le
Mechaniſme , au moyen duquel il eſt
parvenu à réunir tant de Jeux différens.
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4410
p. 164-165
« M. GAVINIÉS propose aux Amateurs de Musique une Souscription, pour [...] »
Début :
M. GAVINIÉS propose aux Amateurs de Musique une Souscription, pour [...]
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texteReconnaissance textuelle : « M. GAVINIÉS propose aux Amateurs de Musique une Souscription, pour [...] »
M. GAVINIÉS propose aux Amateurs
de Musique une Souscription, pour
faire graver SIX CONCERTO deſa com-
poſition , avec toutes ſes parties. On
pourra ſouſcrire depuis le premier du
mois de Février juſqu'au premier du
mois de Mai. Le prix des CONCERTO
fera d'un Louis pour ceux qui auront
foufcrit , & de 36 liv. pour les autres.
FEVRIER. 1764.
165
On ſouſcrira chez l'Auteur , rue S. Tho-
mas du Louvre , à Paris.
Le même Auteur vient de mettre en
vente Six SONATES à violon ſeul &
baſſe. Troiſième Œuvre. Prix 9 liv. qui
ſe trouve auſſi chez lui , & aux adreſſes
ordinaires de Muſique.
Prix
liv.
SIX SONATES , d'un goût agréable
&chantant , en Duo , pour les flûtes ,
violons , hautbois , par-deſſus de viole ,
&c. Par M. PAGANELLI , miſes au
jour par le Sieur LE LOUP , Maître de
Flûte. Prix 5 liv. Chez le Sieur LE LOUP,
Editeur des Récréations de Polymnie ,
rue duMouton , près laGréve , au Caffé
du coin de la rue de la Tixéranderie.
1
LE Sr L. VOYEZ , Organiſte à Abbe-
ville , dont la réputation eſt connue ,
avertit le Public qu'il continue de mon-
trer le Clavecin & la Muſique : les De-
moiſelles qui voudront acquérir ce ta-
lent , pourront revevoir ſes leçons dans
la belle Abbaye des Dames de Villan-
court à Abbeville , où les penſions font
très-modiques.
de Musique une Souscription, pour
faire graver SIX CONCERTO deſa com-
poſition , avec toutes ſes parties. On
pourra ſouſcrire depuis le premier du
mois de Février juſqu'au premier du
mois de Mai. Le prix des CONCERTO
fera d'un Louis pour ceux qui auront
foufcrit , & de 36 liv. pour les autres.
FEVRIER. 1764.
165
On ſouſcrira chez l'Auteur , rue S. Tho-
mas du Louvre , à Paris.
Le même Auteur vient de mettre en
vente Six SONATES à violon ſeul &
baſſe. Troiſième Œuvre. Prix 9 liv. qui
ſe trouve auſſi chez lui , & aux adreſſes
ordinaires de Muſique.
Prix
liv.
SIX SONATES , d'un goût agréable
&chantant , en Duo , pour les flûtes ,
violons , hautbois , par-deſſus de viole ,
&c. Par M. PAGANELLI , miſes au
jour par le Sieur LE LOUP , Maître de
Flûte. Prix 5 liv. Chez le Sieur LE LOUP,
Editeur des Récréations de Polymnie ,
rue duMouton , près laGréve , au Caffé
du coin de la rue de la Tixéranderie.
1
LE Sr L. VOYEZ , Organiſte à Abbe-
ville , dont la réputation eſt connue ,
avertit le Public qu'il continue de mon-
trer le Clavecin & la Muſique : les De-
moiſelles qui voudront acquérir ce ta-
lent , pourront revevoir ſes leçons dans
la belle Abbaye des Dames de Villan-
court à Abbeville , où les penſions font
très-modiques.
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4411
p. 166-169
GRAVURE.
Début :
STATUE Equestre de LOUIS LE BIEN-AIMÉ, érigée le 14 Février, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
STATUE Equestre de LOUIS LE
BIEN-AIMÉ, érigée le 14 Février,
& dont l'Inauguration s'eſt faite le 20
Juin 1763 , deſſinée par le Sr de Seve ,
& gravée par le Sr Charpentier ; ſe vend
àParis , chez le Sr Defnos , Ingénieur-
Géographe , rue S. Jacques , au Globe.
CarteHélio- Séléno - Géographique ,
dans laquelle on voit la projection que
!'ombre de la Lune trouva ſur la ſurface
de cette partie de notre Globe , dans la
célébre Eclipſe centrale & annulaire du
Soleil , qui arrivera le premier Avril
1764. Se vend chez le même.
Cette Carte eft à petits points; & ,
pour y rendre l'expreſſion du local plus
ſenſible , on y ajoint une Table , qui a
pour objet d'y ſuppléer. La méthode
des Projections dont on s'eſt
ſervi
pour la conſtruire , eſt celle dont nous
ſommes redevables à M. Delisle : rédui-
duite en calcul trigonométrique ; elle
offre aux Aſtronomes des ſolutions élé-
gantes qui méritent la préférence fur les
autres opérations graphiques.
FEVRIER. 1764.
167
La première colonne de cette Table
exprime la longitude de l'Obfervatoire
Royal de Paris à l'égarddetrente-deux
Villes qui ſe trouveront pourainſi dire ,
enveloppées par l'ombre conique de
la Lune. La feconde indique leur latitu-
de. Dans les trois autres colonnes on
a déterminé le commencement , le mi-
lieu & la fin de l'Eclipſe pour chacun
de ces différens Lieux , abſtraction fai-
te de la différence horaire de leurs Mé-
ridiens.
Le Public trouvera les principes fon-
damentaux de cette Table dans l'Ou-
vrage que M. Rizzi Zannoni fera pa-
roître inceſſamment ſous ce titre :
Mappa Hemisphærii Borealis Eclipfio-
graphica ; five Typus obfcurandæ Tel-
luris in Eclipsi annullaris Solis diepri-
md menfis Aprilis 1764 , pro illuftran-
do calculo Eclipfium Solarium ex fun-
damentis. Mathematicis & Tabulis Af-
tronomicis D. D. Tob. Mayer & de la
Caille ,fupputatus & defcriptus , &c.
Le Sr OUVRIER vient de mettre au
jour une Eſtampe gravéed'après leTa-
bleau original peint par M. Cochin , le
fils , Ecuyer , Chevalier de l'Ordre du
Roi , Garde des deſſeins du Cabinet
de Sa Majesté , Secrétaire & Hiftorio-
•
168 MERCURE DE FRANCE.
graphedel'Académie RoyaledePeinture
&Sculpture. Cette Eſtampe , très-bien
gravée par le Sr Ouvrier, & qui a pour
Titre leGénie du deſſein , ſe vend chez
lui , à Paris , Place Maubert chez M.
Bellot ,Marchand Bonnetier , au Soleil
d'or.
f TABLEAU Généalogique& Chrono-
logique de laMaiſon Royale de France,
dédié à Mgr le Comte d'ARTOIS , par
M. Clabault , &c .
:
N. B. Nous ajouterons à l'annonce
que nous avons faite de cet Ouvrage
dans notre dernier Mercure , 1°. qu'on
nepeutrien ajouter à la précifion ,ainfi
qu'à la clarté du Plan.
2°. Que l'Analyſe qui accompagne
ceTableau renferme beaucoup d'obfer-
vations importantes; & que le Recueil
de la poſtérité de Charlemagne & de
Hugues Capet peut intéreſſer une grande
partie de la Nobleſſe de France par
l'illuſtration qu'il lui procure , avec d'au-
tantplusde raiſon que ce travail n'a été
fait qu'après un choix rigoureux des au-
torités.
3°. Que les remarques de l'Auteur ,
concernant l'illuſtration de laMaiſon de
France
FEVRIER. 1764.
169
Frances par ſes Alliances , paroît neuve,
& que le Public fenfible à la gloire de
fes Rois & de ſes Princes ne pourra
voir qu'avec fatisfaction la preuve d'un
fait, qui peut également piquer la cu-
rioſité des Princes Etrangers.
STATUE Equestre de LOUIS LE
BIEN-AIMÉ, érigée le 14 Février,
& dont l'Inauguration s'eſt faite le 20
Juin 1763 , deſſinée par le Sr de Seve ,
& gravée par le Sr Charpentier ; ſe vend
àParis , chez le Sr Defnos , Ingénieur-
Géographe , rue S. Jacques , au Globe.
CarteHélio- Séléno - Géographique ,
dans laquelle on voit la projection que
!'ombre de la Lune trouva ſur la ſurface
de cette partie de notre Globe , dans la
célébre Eclipſe centrale & annulaire du
Soleil , qui arrivera le premier Avril
1764. Se vend chez le même.
Cette Carte eft à petits points; & ,
pour y rendre l'expreſſion du local plus
ſenſible , on y ajoint une Table , qui a
pour objet d'y ſuppléer. La méthode
des Projections dont on s'eſt
ſervi
pour la conſtruire , eſt celle dont nous
ſommes redevables à M. Delisle : rédui-
duite en calcul trigonométrique ; elle
offre aux Aſtronomes des ſolutions élé-
gantes qui méritent la préférence fur les
autres opérations graphiques.
FEVRIER. 1764.
167
La première colonne de cette Table
exprime la longitude de l'Obfervatoire
Royal de Paris à l'égarddetrente-deux
Villes qui ſe trouveront pourainſi dire ,
enveloppées par l'ombre conique de
la Lune. La feconde indique leur latitu-
de. Dans les trois autres colonnes on
a déterminé le commencement , le mi-
lieu & la fin de l'Eclipſe pour chacun
de ces différens Lieux , abſtraction fai-
te de la différence horaire de leurs Mé-
ridiens.
Le Public trouvera les principes fon-
damentaux de cette Table dans l'Ou-
vrage que M. Rizzi Zannoni fera pa-
roître inceſſamment ſous ce titre :
Mappa Hemisphærii Borealis Eclipfio-
graphica ; five Typus obfcurandæ Tel-
luris in Eclipsi annullaris Solis diepri-
md menfis Aprilis 1764 , pro illuftran-
do calculo Eclipfium Solarium ex fun-
damentis. Mathematicis & Tabulis Af-
tronomicis D. D. Tob. Mayer & de la
Caille ,fupputatus & defcriptus , &c.
Le Sr OUVRIER vient de mettre au
jour une Eſtampe gravéed'après leTa-
bleau original peint par M. Cochin , le
fils , Ecuyer , Chevalier de l'Ordre du
Roi , Garde des deſſeins du Cabinet
de Sa Majesté , Secrétaire & Hiftorio-
•
168 MERCURE DE FRANCE.
graphedel'Académie RoyaledePeinture
&Sculpture. Cette Eſtampe , très-bien
gravée par le Sr Ouvrier, & qui a pour
Titre leGénie du deſſein , ſe vend chez
lui , à Paris , Place Maubert chez M.
Bellot ,Marchand Bonnetier , au Soleil
d'or.
f TABLEAU Généalogique& Chrono-
logique de laMaiſon Royale de France,
dédié à Mgr le Comte d'ARTOIS , par
M. Clabault , &c .
:
N. B. Nous ajouterons à l'annonce
que nous avons faite de cet Ouvrage
dans notre dernier Mercure , 1°. qu'on
nepeutrien ajouter à la précifion ,ainfi
qu'à la clarté du Plan.
2°. Que l'Analyſe qui accompagne
ceTableau renferme beaucoup d'obfer-
vations importantes; & que le Recueil
de la poſtérité de Charlemagne & de
Hugues Capet peut intéreſſer une grande
partie de la Nobleſſe de France par
l'illuſtration qu'il lui procure , avec d'au-
tantplusde raiſon que ce travail n'a été
fait qu'après un choix rigoureux des au-
torités.
3°. Que les remarques de l'Auteur ,
concernant l'illuſtration de laMaiſon de
France
FEVRIER. 1764.
169
Frances par ſes Alliances , paroît neuve,
& que le Public fenfible à la gloire de
fes Rois & de ſes Princes ne pourra
voir qu'avec fatisfaction la preuve d'un
fait, qui peut également piquer la cu-
rioſité des Princes Etrangers.
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4412
p. 169-173
ORDONNÉS par M. le Duc de FLEURY, Pair de France, Premier Gentilhomme de la Chambre du ROI, en Exercice ; & conduits par M. PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant des Menus-Plaisirs de Sa Majesté. M. REBEL, Chevalier de l'Ordre de S. Michel, Surintendant de la Musique du ROI, en semestre.
Début :
LE Mercredi, 4 Janvier, les Comédiens Italiens représenterent les Amours [...]
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texteReconnaissance textuelle : ORDONNÉS par M. le Duc de FLEURY, Pair de France, Premier Gentilhomme de la Chambre du ROI, en Exercice ; & conduits par M. PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant des Menus-Plaisirs de Sa Majesté. M. REBEL, Chevalier de l'Ordre de S. Michel, Surintendant de la Musique du ROI, en semestre.
ORDONNÉS par M. le Duc de
FLEURY, Pair de France, Premier
Gentilhomme de la Chambre du ROI,
en Exercice ; & conduits par M.
PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant
des Menus-Plaisirs de Sa
Majesté.
M. REBEL, Chevalier de l'Ordre de
S. Michel, Surintendant de la Musique du ROI, en semestre.
LE Mercredi, 4 Janvier, les Comédiens
Italiens représenterent les Amours
H
TO MERCURE DE FRANCE.
de Camille & d'Arlequin , Comédie Ita-
lienne en 3 Actes de M. GOLDONI,
Cette Piéce dont nous avons parlé plu-
fieurs fois , eut tout le ſuccès que doit
avoir un Ouvrage du vrai genre de la
Comédie dans une Cour éclairée , où le
bon goût n'a point encore été altéré par
les bizarreries de caprice qui féduiſent le
vulgaire. La ſeconde Piéce fut Baftien
& Bastienne , Parodie du Devin de
Village.
;
Le Jeudi 5 , les Comédiens François
repréſenterent Amasis , Tragédie de feu
M. DE LA GRANGE CHANCEL. ( de
1730. ) Elle fut ſuivie du Sicilien , Co-
médie de MOLIERE en un Acte en
Proſe de 1657. Dans la Tragédie , le
fieur LEKAIN joua le rôlede Séſoftris.
La Dille DUMESNIL, celuide Nitocris
&c. &c.
Le Mardi , 10 , par les Comédiens
François , le Chevalier à la mode , Co-
médie en 5 Actes en Proſe du feu fieur
DANCOURT. ( 1687.)
Le ſieur BELCOUR jouoit le rôle du
Chevalier , le ſieur PREVILLE , celui de
Crifpin ; la Dlle PREVILLE , celui de
MdePatin; la Dlle DROUIN , celuide
la Baronne ; le rôle de Soubrette , par
la Dile LE KAIN , &c.
,
FEVRIER. 1764.
171
Pour feconde Piéce,l'Etédes Coquettes,
dumêmeAuteur, en unActe& en Profe.
(de 1690.) Dans laquelle le ſieur MOLÉ
jouoit le rôle de Clitandre , &c. &c.
Le lendemain , 11 , les Comédiens
Italiens repréſentérent les deux Chaffeurs
&la Laitière , Comédie en un Acte ,
mêlée d'Ariettes , par M. ANSEAUME ,
précédé d'Arlequin & Scapin rivaux ,
Piéce Italienne en deux Ates.
Le 12 , les Comédiens François repré-
ſenterent Iphigénie , Tragédie de RA-
CINE. (de 1674.) Le ſieur BRIZARD
jouoit le rôle d'Agamemnon ; le ſieur
MOLÉ , celui d'Achille ; la Dile CLAI-
RON , celui d'Eriphile ; la Dlle DUMES-
NIL ,
Clitemnestre ; la Dlle Huss ,
Iphigénie , &c.
Pour ſeconde Piéce , le Tuteur , Co-
médie en un Acte & en Proſe du feu
fieur DANCOURT. (de 1695. )
Le Mardi 17 , les mêmes Comédiens
repréſenterent Démocrite, Comédie en
5Actes & en vers,de feu M. REGNARD.
(de 1700.)
Le ſieur BONNEVAL jouoit Démo-
crite; le fieur MOLÉ , Agelas ; le ſieur
ARMAND , Strabon ; le ſieur PAULIN,
lePaysan ; la Dlle PREVILLE , Ifmène;
laDileDOLIGNI , Criféïs; laDile BEL
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
COUR , la ſuivante d'Ifmène , &c.
Pour ſeconde Piéce l'Ufurier Gentil-
homme , comédie en un Acte & en Profe,
du feu fieur LE GRAND. ( de 1713. )
Prèſque les mêmes Acteurs & Actrices
de la première Piéce étoient employés
dans celle ci. Le ſieur AUGER jouoit
Frontin ; & la Dile DROUIN , Mde
Mananville.
Le Mercredi , 18 , on éxécuta deux
Actes d'Opéra , ſçavoir , pour la ſeconde
fois , l'Acte du Feu , troiſiéme Entrée
des Elémens , tel qu'il avoit été éxécuté
lemois précédent, ( * ) enſuite la Danse,
troifiéme Entrée du Ballet des Talens
lyriques , Poëme d'un Anonyme , Mu-
fique de M. RAMEAU,
Le Sr JÉLIOTE chantoit le rôle de
Mercure traveſtie en Berger. La Dlle
LANI chantoit & danſoit celui d'Eglé ,
le Sr LARRIVÉE le rôle d'Eurilas , Ber-
ger. La Dile LARRIVÉE chantoit une
Bergère. La Dlle ALLARD danſoit les
entrées de Terpsicore, le Sr CAMPIONI
danſoit à la tête des Faunes.
Le Sr BUREAU , repréſentant Pale-
mon , jouoit du hautbois fur le Théâtre,
Cet Acte , très-bien exécuté , & dont
leDivertiſſementavoit été agréablement
( *) Voyez le ſecond Vol. de Janvier.
FEVRIER. 1764.
173
diſpoſé , a fait le plus grand plaifir. La
Dile LANI , avec beaucoup de crainte ,
peu de voix , mais un ſon gracieux , plus
d'art& d'agrémens qu'on n'en exigeroit
d'une Danſeuſedansle chant , a rendu le
rôle d'Eglé avec ſuccèsdans cette partie :
dans celle de la Danſe , avec l'admira-
tion qu'elle ne ceſſe de mériter , & qui
ſe renouvelle chaque fois que l'on jouit
d'un talent unique , dont il eſt impoffi-
ble de donner une idée exacte aux Lec-
teurs qui ne l'ont pas vu.
Le Śr JÉLIOTTE chanta tout ce rôle ,
& la célébre Arriette qui le termine ,
L'objet qui règne dans mon âme , &c.
avec la même force , le même agrément
& les mêmes éclats dans la voix que le
Public a entendu lorſqu'on repréſen-
toit à Paris le Ballet charmant dont cet
Acte fait partie.
La Dile ALLARD a très-bien foutenu
par ſa danſe le caractère de Terpſycore ,
qu'elle repréſentoit. Plaire dans une en-
trée où le talentde la Dlle LANI eſt en
concurrence,eſt ſans doute le fuffrage le
plus flatteur qu'on puiſſe eſpérer en ce
genre.LesBallets étoientdeMM.LAVAL
père & fils , Maître des Ballets du Roi.
La fuite des Spectacles de la Cour au
Mercureprochain.
FLEURY, Pair de France, Premier
Gentilhomme de la Chambre du ROI,
en Exercice ; & conduits par M.
PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant
des Menus-Plaisirs de Sa
Majesté.
M. REBEL, Chevalier de l'Ordre de
S. Michel, Surintendant de la Musique du ROI, en semestre.
LE Mercredi, 4 Janvier, les Comédiens
Italiens représenterent les Amours
H
TO MERCURE DE FRANCE.
de Camille & d'Arlequin , Comédie Ita-
lienne en 3 Actes de M. GOLDONI,
Cette Piéce dont nous avons parlé plu-
fieurs fois , eut tout le ſuccès que doit
avoir un Ouvrage du vrai genre de la
Comédie dans une Cour éclairée , où le
bon goût n'a point encore été altéré par
les bizarreries de caprice qui féduiſent le
vulgaire. La ſeconde Piéce fut Baftien
& Bastienne , Parodie du Devin de
Village.
;
Le Jeudi 5 , les Comédiens François
repréſenterent Amasis , Tragédie de feu
M. DE LA GRANGE CHANCEL. ( de
1730. ) Elle fut ſuivie du Sicilien , Co-
médie de MOLIERE en un Acte en
Proſe de 1657. Dans la Tragédie , le
fieur LEKAIN joua le rôlede Séſoftris.
La Dille DUMESNIL, celuide Nitocris
&c. &c.
Le Mardi , 10 , par les Comédiens
François , le Chevalier à la mode , Co-
médie en 5 Actes en Proſe du feu fieur
DANCOURT. ( 1687.)
Le ſieur BELCOUR jouoit le rôle du
Chevalier , le ſieur PREVILLE , celui de
Crifpin ; la Dlle PREVILLE , celui de
MdePatin; la Dlle DROUIN , celuide
la Baronne ; le rôle de Soubrette , par
la Dile LE KAIN , &c.
,
FEVRIER. 1764.
171
Pour feconde Piéce,l'Etédes Coquettes,
dumêmeAuteur, en unActe& en Profe.
(de 1690.) Dans laquelle le ſieur MOLÉ
jouoit le rôle de Clitandre , &c. &c.
Le lendemain , 11 , les Comédiens
Italiens repréſentérent les deux Chaffeurs
&la Laitière , Comédie en un Acte ,
mêlée d'Ariettes , par M. ANSEAUME ,
précédé d'Arlequin & Scapin rivaux ,
Piéce Italienne en deux Ates.
Le 12 , les Comédiens François repré-
ſenterent Iphigénie , Tragédie de RA-
CINE. (de 1674.) Le ſieur BRIZARD
jouoit le rôle d'Agamemnon ; le ſieur
MOLÉ , celui d'Achille ; la Dile CLAI-
RON , celui d'Eriphile ; la Dlle DUMES-
NIL ,
Clitemnestre ; la Dlle Huss ,
Iphigénie , &c.
Pour ſeconde Piéce , le Tuteur , Co-
médie en un Acte & en Proſe du feu
fieur DANCOURT. (de 1695. )
Le Mardi 17 , les mêmes Comédiens
repréſenterent Démocrite, Comédie en
5Actes & en vers,de feu M. REGNARD.
(de 1700.)
Le ſieur BONNEVAL jouoit Démo-
crite; le fieur MOLÉ , Agelas ; le ſieur
ARMAND , Strabon ; le ſieur PAULIN,
lePaysan ; la Dlle PREVILLE , Ifmène;
laDileDOLIGNI , Criféïs; laDile BEL
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
COUR , la ſuivante d'Ifmène , &c.
Pour ſeconde Piéce l'Ufurier Gentil-
homme , comédie en un Acte & en Profe,
du feu fieur LE GRAND. ( de 1713. )
Prèſque les mêmes Acteurs & Actrices
de la première Piéce étoient employés
dans celle ci. Le ſieur AUGER jouoit
Frontin ; & la Dile DROUIN , Mde
Mananville.
Le Mercredi , 18 , on éxécuta deux
Actes d'Opéra , ſçavoir , pour la ſeconde
fois , l'Acte du Feu , troiſiéme Entrée
des Elémens , tel qu'il avoit été éxécuté
lemois précédent, ( * ) enſuite la Danse,
troifiéme Entrée du Ballet des Talens
lyriques , Poëme d'un Anonyme , Mu-
fique de M. RAMEAU,
Le Sr JÉLIOTE chantoit le rôle de
Mercure traveſtie en Berger. La Dlle
LANI chantoit & danſoit celui d'Eglé ,
le Sr LARRIVÉE le rôle d'Eurilas , Ber-
ger. La Dile LARRIVÉE chantoit une
Bergère. La Dlle ALLARD danſoit les
entrées de Terpsicore, le Sr CAMPIONI
danſoit à la tête des Faunes.
Le Sr BUREAU , repréſentant Pale-
mon , jouoit du hautbois fur le Théâtre,
Cet Acte , très-bien exécuté , & dont
leDivertiſſementavoit été agréablement
( *) Voyez le ſecond Vol. de Janvier.
FEVRIER. 1764.
173
diſpoſé , a fait le plus grand plaifir. La
Dile LANI , avec beaucoup de crainte ,
peu de voix , mais un ſon gracieux , plus
d'art& d'agrémens qu'on n'en exigeroit
d'une Danſeuſedansle chant , a rendu le
rôle d'Eglé avec ſuccèsdans cette partie :
dans celle de la Danſe , avec l'admira-
tion qu'elle ne ceſſe de mériter , & qui
ſe renouvelle chaque fois que l'on jouit
d'un talent unique , dont il eſt impoffi-
ble de donner une idée exacte aux Lec-
teurs qui ne l'ont pas vu.
Le Śr JÉLIOTTE chanta tout ce rôle ,
& la célébre Arriette qui le termine ,
L'objet qui règne dans mon âme , &c.
avec la même force , le même agrément
& les mêmes éclats dans la voix que le
Public a entendu lorſqu'on repréſen-
toit à Paris le Ballet charmant dont cet
Acte fait partie.
La Dile ALLARD a très-bien foutenu
par ſa danſe le caractère de Terpſycore ,
qu'elle repréſentoit. Plaire dans une en-
trée où le talentde la Dlle LANI eſt en
concurrence,eſt ſans doute le fuffrage le
plus flatteur qu'on puiſſe eſpérer en ce
genre.LesBallets étoientdeMM.LAVAL
père & fils , Maître des Ballets du Roi.
La fuite des Spectacles de la Cour au
Mercureprochain.
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4412
4413
p. 174-185
OPERA. DESCRIPTION critique de la nouvelle Salle, au Palais des Thuileries.
Début :
AVANT l'ouverture du Théâtre on avoit déja imprimé dans des Feuilles Périodiques [...]
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texteReconnaissance textuelle : OPERA. DESCRIPTION critique de la nouvelle Salle, au Palais des Thuileries.
OPERA.
DESCRIPTION critique de la nouvelle
Salle, au Palais des Thuileries.
AVANT l'ouverture du Théâtre on
avoit déja imprimé dans des Feuilles Périodiques
une eſpècede Deſcriptionde
la nouvelle Salle , qui n'eſt pas con-
forme à la réalité en quelques Parties.
Il s'eſt depuis répandu dans le Pu
blic( par des préventions précipitées ou
pard'autres motifs)des idées peu éxac-
tes à beaucoup d'égards ſur le même
objet : c'eſt ce qui nous détermine à
commencer par expoſer , avec la plus
grande fidélité , la vraie diſpoſition de
ce lieu qui devient ſi intéreſſant à l'a-
muſement du Public.
En permettant d'établir proviſoire-
ment une Salle d'Opéra aux Thuileries ,
dans la partie du Théâtre de la Salle des
Machines , il avoit été preſcrit , ainſi que
nous l'avons annoncédans le temps ,'que
la forme & la distribution feroient les
mêmes que dans l'ancienne Salle du
FEVRIER. 1764.
175
Palais Royal , afin que les Locataires
des Loges s'y retrouvaſſent pour ainſi
dire dans les mêmes pofitions , fans
qu'il fût beſoin de paffer de nouveaux
Baux. C'eſt ce qui a été pratiqué. Ainfi
ſa forme n'eſt point ovale comme on
l'a avancé dans ces feuilles périodiques,
(ninepouvoit l'être dans l'eſpacedonné)
mais entiérement pareille à l'ancienne,
dontà cetégard elle eſt une éxacte copie.
Il en eſt réſulté un afſujettiſſement in
furmontable , qui doit anéantir toutce
qu'on auroit à dire ou à defirer ſur le
meilleur effet des plans en ce genre.
Comme le local procuroit plus d'eſpace,
-en certain ſens , on en a profité en
donnant ſeulement plusde longueur ,
plus de largeur & plus d'élévation ,
principalement au Théâtre. On a dif-
tribué le ſurplus d'étendue ſur tou-
tesles Loges ; enforte que les Specta-
teurs y font beaucoup moins preffés
que dans les anciennes , & qu'il s'en
trouve quelques-unes plus ſpacieuſes
dans la partie ceintrée du fond. Ce mê-
me avantage a facilité le moyen de
procurer environ 40 places de plus à
l'Amphithéâtre & un plus grand nom-
bre au Parterre. Maîtres de l'élévation
on a donné à cette Salle ſept à huit
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
pieds de plus de hauteur , ce qui aſervi à
élever davantage toutes les Loges : mais
principalement les Premieres ; tant au-
deſſusdu Parterre que dans leur intérieur.
Il eſt incontestable , 1°. que cela procure
bien plusde facilité pour la circulationde
l'air & que dans les plus fortes Repré-
ſentations , on n'y eſt point incom-
modé de la chaleur. 2°. Que les deſſous
des Loges forment par là un ſupplé-
ment affez vaſte au Parterre , pour
n'y être point étouffé , ni , pour ainfi
dire , écrafé ſous les planchers , com-
me dans les anciennes Salles. Les
ſecondes Loges fontauſſi plus élevées
dans leur intérieur,que n'étoient les an-
ciennes ; (*) mais comme parl'élévation
des Premieres, celles-ci ſe trouvent por-
tées à plus de hauteur, le premier coup
d'œil en juge autrement. C'eſt particu-
liérement cet effet apparent qui a fait
naître quelques réflexions critiques.
Avant d'improuver cette diſpoſition ,
éxaminons ſi les Loges , partagées par
des piliers , ne repréſentent pas à-peu-
près , relativement au Parterre, pluſieurs
étages de fenêtres qui environneroient
une cour. Dans ce cas , voyons s'il n'eſt
( * ) Cette vérité peutſevérifierpar les meſures.
FEVRIER . 1764.
177
pas dans l'ordre des proportions , pour
les Edifices nobles & élégans , de don-
ner beaucoup plus de hauteur aux pre-
miers Etages qu'aux autres ? Quelques
fois ces premiers étages ne ſont ſurmon-
tés que de ce qu'on appelle unAttique,
qui ne produit que des ouvertures baſſes
& dans une extrême inégalité avec celle
des Premiers , fans qu'alors les loix des
proportions foient violées, ni ſans que
nos regards en foient bleffés,parce qu'ils
y font accoutumés. C'eſt donc fur cette
ſeule habitude, qui domine les fens & la
raiſon , que pourroit être fondé le re-
proche , beaucoup plus que fur aucun
défaut réel. On pourroit en conféquen-
ce, afſurer que ſi, dans fix mois , il étoit
poſſible de rétablir l'ancienne Salle &
d'y introduire les mêmes Spectateurs
qui ont trouvé cet exhauſſement
étrange , ils concevroient à peine qu'ils
euffent pû ſupporter auffi longtemps
l'aspect & les incommodités d'un lieu
dont toutes les parties étoient auſſi
écraſées. On s'accoutumera encore avec
le temps à trouver ſur un Théâtre plus
vaſte & plus exhaufféles objets plus pe-
tits , ſansque cet effet doive être reputé
ún inconvénient. La diminution appa-
rente des objets eſt ſi peuun déſagré
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
ment en certains cas que la perſpective
artificielle eſt obligée d'employer fou-
vent ſes refſources pour imiter la perf-
pective naturelle à cet égard,& donner
par-là l'idée illuſoire d'un lieu plus vaſte
ou plus éloigné ; ce qui ſatisfaitmieux
l'imagination , toutes les fois que l'on
veut repréſenter de grands Spectacles.
Il eſt fort naturel que l'on ait été d'a-
bord étonné de certaines proportions fi
oppoſées à nos Salles anciennes , où
dans une eſpèce de caverne on diſtri-
buoit, par petites cazes égales ,dequoi
loger leplus de Spectateurs qu'il étoit
poffible ; à-peu-près comme on niche
des pigeons dans un colombier. Déga-
gés du joug de cette habitude , on fe
gardera bien fans doute de renoncer
à ce qu'offre de plus favorable cette
nouvelle Salle , ſauf plutôt à augmen-
ter dans celles que l'on conſtruira par
la fuite , & où les lieux & les circonf
tances rendront les diſpoſitions plus
libres.
Trois rangs de Loges , foutenues
& diviſées par des piliers rehauffés d'or
& ornés de conſoles , règnent au
pourtour de cette Salle. Les Devantures
bombées,ſont d'un verd très-clair , avec
des ornemens enord'un fortbeau genre,
-
FEVRIER. 1764.
179
& affez artificieuſement exécutés pour
rendre tout l'effet du relief. Les inté-
rieurs font meublés d'étoffes dontla cou-
leur eſt aſſortie à la peinture , & tres-fa-
vorable à la parure ainſi qu'à l'éclat na-
turel des femmes quiles occupent. Les
ornemens des ſeconds & troifièmes Bal-
cons font diftingués par plus de richeffe
& par d'autres deffeins, de ceux des Lo-
ges ; mais le même fond règne dans
toute la Salle. Les ſoubaſſemens del'Am-
phithéâtre & des premiers Balcons font
en marbre verd campant de pluſieurs
nuances , avec des rehauffés d'or dans
les moulures des panneaux.
Une des parties , dont l'extérieur
eſt auſſi bientraitéque ſon intérieur, eſt
commode & agréable , eſt celle qu'on
appelle vulgairement dans nos Specta-
cles LE PARADIS . Ce lieu forme une
eſpèce de ſecond Amphithéâtre en re-
traite , au-deſſus des ſecondes Loges ,
lequel s'enfonce dans l'extrêmité cein-
trée de la Salle. Des arcades décorées
relativement au reſte , en terminent
l'enceinte. Les places y font difpo-
fées ſur des banquettes en gradins
au deſſus du doſſier deſquelles ,
refte encore des eſpaces pour voir &
pour entendre debout. Comme on a
H vj
il
180 MERCURE DE FRANCE.
renfermé cette enceinte, la licence & le
déſœuvrement ont un peu murmuré de
cette précaution ; mais l'attention paiſi-
ble des Citoyens honnêtes ſe trouve
fort bien d'être à l'abri du trouble , &
quelquefois de l'indécence , d'un cer-
tain genre de Spectateurs qui fréquen-
toient ce lieu dans l'autre Salle.
Nous avons parlé, dans un précédent
Mercure , du Platfond, de la convenan-
ce & de la richeſſe de ſes ornemens. Il
eſt, ainſi que nous l'avons déja dit , par-
tagé en pluſieurs compartimens variés.
Celui qui ſe trouve au-deſſus de l'Am-
phithéâtre , en Mosaïque d'un très-bon
goût , figure fi bienune Coupole, que
l'œil y eſt agréablement trompé. La clef
de cette feinte Coupole s'enlève à vo-
lonté,pourrenouvellerl'air quandil eneſt
beſoin. Tout le Platfond porte ſur une
corniche en vouſſure très- richement or-
née en or , & règne juſques ſur la partie
de l'Avant-ſcène.
Le Théâtre eſt ouvert dans toute la
largeur intérieure , & prèſque dans toute
la hauteur de la Salle , dont il n'eſt ſépa-
ré que par deux grands Termes , qui
paroiſſent foutenir les parties d'un Ri-
deau ouvert , ſous une pente d'étoffe
feſtonnée qui borde toute l'Avant-
Scène.
FEVRIER. 1764.
181
Un Théâtre , plus vaſte , plus profond
& plus élevé qu'aucun de ceux qu'on
ait encore vus dans la Capitale , donne
lieu à plus de grandeur & de magni-
ficence dans la repréſentation de nos
Opéras : ce qui ajoute un nouvel éclat à
la pompe & au merveilleux de ce genre
de Spectacle. Le Rideau de clôture ,
qu'on appelle communément la Toile ,
eſt un fond damaſſé relatif au colo-
ris général de la Salle , ſur lequel eſt un
Chiffre royal en or , enlacé dans des or-
mens , & encadré par une riche cam-
pane. Ce genre fimple & noble , bien
plus convenable pour cet uſage que les
fujets en figures & coloriés , contribue
à completter l'idée d'une Salle de Palais,
plutôt qu'un lieude Spectacle public , &
le tout répond parfaitement au lieu
dans lequel ſe trouve aujourd'hui celui
de l'Opéra.
Une condition capitale eſt fans con-
tredit la résonance. On a cherché
d'abord a jetter des doutes à cet
égard. On les fondoit fur ce qu'à la pre-
mière Repréſentation , la Voute de def-
ſous l'Orcheſtre n'ayant pû être ache-
yée , les baſſes inſtrumentales ne ren-
doient pas tout le ſon qu'on auroit defi-
ré. Cet inconvénient accidentel a ceffé
182 MERCURE DE FRANCE.
dès que les meſures priſes pour l'effet
contraire ont pu être éxécutées. Obligés
de rendre témoignage à la vérité , nous
n'avons qu'une choſe de fait à publier
fur cela Les voix d'un médiocre volu-
me , font entendues diftinctement dans
toute la Salle , il en eſt même qui y
trouvent de l'avantage ; & l'Acteur qui
chante le rôle de Jupiter au fond des
Décorations , dans le troiſième Acte de
Castor & Pollux, eſt très-bien entendu
du fond de l'Amphithéâtre. Ce qui fait
environ 70pieds de diſtance au moins ,
fans compter la déperdition des percés
dont il eſt environné.
On a fait bien des obſervations fur cette
Salle. Nous venons d'en diſcuter quel-
ques-unes des principales. L'équité veut
quenous répétions encore qu'à l'égard
de pluſieurs de ces obſervations ondoit
fe rappeller que des ordres abſolus ont
afſujetti à ce qu'elle fut une copie très-
exacte de l'ancienne dans ſa diſtribution .
Indépendammentde cetaſſujettiſſement
primitif, il en eſt d'autres,dans ces fortes
de conſtructions,qui ſont des ſuites for-
cées deconſidérationsparticulières dans
leſquelles le Public n'entre point. Il en
ignore plufieurs ,& il ne connoît pas la
force inſurmontable de quelques autres.
FEVRIER. 1764.
183
Dans le nombre des réproches aux-
quels ne peuvent manquer d'être expo-
fées les Saltes de Spectacles, il en eſt qui
concernentle plusoule moinsde moyens
pour voir mieux & plus commodément
de toutes les Places. Ceci dépendant
d'arrangemens intérieurs & mobiles
و
qui ne peuvent ſe régler bien juſte que
par l'expérience uſuelle , on a déja pour-
vu à quelques parties ,telles qu'à la pente
du Parterre , moyennant laquelle on
voitde tous les points, plus facilement
qu'auparavant. Nous ſommes en état
d'aſſurer qu'on arrangera ſucceſſivement
toutes les autres , aufli promptement que
le temps lepermettra , & qu'enfin on ſe
portera à celles qui exigent plus de tra-
vailpar éxemple aux Balcons , pendantla
prochaine vacance du Théâtre.
On ne croit pas devoir faire mention
des petites critiques , que l'envie dicte
toujours en ces occafions à l'étourderie
& à l'ignorance , d'où ſe forment des
préventions par écho dont le temps ſeul
peut étouffer la voix.
Quelqu'elles foient & quelque crédit
que ces préventions ,déjà détruites en
partie , euſſent pû obtenir , il reſteroit
toujours vrai au Jugement des grands
/
184 MERCURE DE FRANCE.
Artiſtes , à celui des particuliers éclairés
& impartiaux,que cette Salle , malgré les
afſujettiſſemens dont nous avons parlé ,
eſt une des plus belles,des plus agréables
&des plus nobles que l'on ait encore
vues dans la Capitale. La prévention la
plus outréene peut contefter que ce ne
foit en même temps une des plus com-
modes, par ſes corridors ſpacieux , par le
nombre , la facilité & l'ordre des eſca-
liers dedégagemens , ainſi que par ſes
iffues. On y entre par trois endroits du
côté des Cours : ſçavoir par une Porte
Principale pour le Public
,
une autre
qui ouvre fur le fond du Théâtre
pour les Acteurs , & une autre dans
la Cour des Suiffes , pour aller au
Théâtre en même tems qu'aux petites
Loges. Du côté du Jardin , le Public
entre par laGallerie qui ſera fermée de
chaffis dans toute longueur , pour que
le paſſage en ſoit à l'abri de toute in-
commodité de l'air. Une autre Porte ,
directement fur la Terraſſe du Jardin ,
eſt ouverte pour monter au Théâtre
& aux petites Loges. La grande Porte
de la Salle des Machines , le ſera pour
la fortie.Ainfi, deux Portes font ouver-
tes pour l'entrée publique ,trois pour
FEVRIER. 1764.
185
les entrées particulières & les fix pour
la fortie générale. Le grand Veſtibule
eſt d'un agrément infini. Il eſt , ainfi
que celui de l'intérieur , garni de Bou-
tiques , y compris celle du Caffé. Cet
agrément fera encore bien plus ſenſi-
bledans la belle faifon , par la com-
munication de ce lieu avec le plus beau
Jardin de l'Europe.
DESCRIPTION critique de la nouvelle
Salle, au Palais des Thuileries.
AVANT l'ouverture du Théâtre on
avoit déja imprimé dans des Feuilles Périodiques
une eſpècede Deſcriptionde
la nouvelle Salle , qui n'eſt pas con-
forme à la réalité en quelques Parties.
Il s'eſt depuis répandu dans le Pu
blic( par des préventions précipitées ou
pard'autres motifs)des idées peu éxac-
tes à beaucoup d'égards ſur le même
objet : c'eſt ce qui nous détermine à
commencer par expoſer , avec la plus
grande fidélité , la vraie diſpoſition de
ce lieu qui devient ſi intéreſſant à l'a-
muſement du Public.
En permettant d'établir proviſoire-
ment une Salle d'Opéra aux Thuileries ,
dans la partie du Théâtre de la Salle des
Machines , il avoit été preſcrit , ainſi que
nous l'avons annoncédans le temps ,'que
la forme & la distribution feroient les
mêmes que dans l'ancienne Salle du
FEVRIER. 1764.
175
Palais Royal , afin que les Locataires
des Loges s'y retrouvaſſent pour ainſi
dire dans les mêmes pofitions , fans
qu'il fût beſoin de paffer de nouveaux
Baux. C'eſt ce qui a été pratiqué. Ainfi
ſa forme n'eſt point ovale comme on
l'a avancé dans ces feuilles périodiques,
(ninepouvoit l'être dans l'eſpacedonné)
mais entiérement pareille à l'ancienne,
dontà cetégard elle eſt une éxacte copie.
Il en eſt réſulté un afſujettiſſement in
furmontable , qui doit anéantir toutce
qu'on auroit à dire ou à defirer ſur le
meilleur effet des plans en ce genre.
Comme le local procuroit plus d'eſpace,
-en certain ſens , on en a profité en
donnant ſeulement plusde longueur ,
plus de largeur & plus d'élévation ,
principalement au Théâtre. On a dif-
tribué le ſurplus d'étendue ſur tou-
tesles Loges ; enforte que les Specta-
teurs y font beaucoup moins preffés
que dans les anciennes , & qu'il s'en
trouve quelques-unes plus ſpacieuſes
dans la partie ceintrée du fond. Ce mê-
me avantage a facilité le moyen de
procurer environ 40 places de plus à
l'Amphithéâtre & un plus grand nom-
bre au Parterre. Maîtres de l'élévation
on a donné à cette Salle ſept à huit
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
pieds de plus de hauteur , ce qui aſervi à
élever davantage toutes les Loges : mais
principalement les Premieres ; tant au-
deſſusdu Parterre que dans leur intérieur.
Il eſt incontestable , 1°. que cela procure
bien plusde facilité pour la circulationde
l'air & que dans les plus fortes Repré-
ſentations , on n'y eſt point incom-
modé de la chaleur. 2°. Que les deſſous
des Loges forment par là un ſupplé-
ment affez vaſte au Parterre , pour
n'y être point étouffé , ni , pour ainfi
dire , écrafé ſous les planchers , com-
me dans les anciennes Salles. Les
ſecondes Loges fontauſſi plus élevées
dans leur intérieur,que n'étoient les an-
ciennes ; (*) mais comme parl'élévation
des Premieres, celles-ci ſe trouvent por-
tées à plus de hauteur, le premier coup
d'œil en juge autrement. C'eſt particu-
liérement cet effet apparent qui a fait
naître quelques réflexions critiques.
Avant d'improuver cette diſpoſition ,
éxaminons ſi les Loges , partagées par
des piliers , ne repréſentent pas à-peu-
près , relativement au Parterre, pluſieurs
étages de fenêtres qui environneroient
une cour. Dans ce cas , voyons s'il n'eſt
( * ) Cette vérité peutſevérifierpar les meſures.
FEVRIER . 1764.
177
pas dans l'ordre des proportions , pour
les Edifices nobles & élégans , de don-
ner beaucoup plus de hauteur aux pre-
miers Etages qu'aux autres ? Quelques
fois ces premiers étages ne ſont ſurmon-
tés que de ce qu'on appelle unAttique,
qui ne produit que des ouvertures baſſes
& dans une extrême inégalité avec celle
des Premiers , fans qu'alors les loix des
proportions foient violées, ni ſans que
nos regards en foient bleffés,parce qu'ils
y font accoutumés. C'eſt donc fur cette
ſeule habitude, qui domine les fens & la
raiſon , que pourroit être fondé le re-
proche , beaucoup plus que fur aucun
défaut réel. On pourroit en conféquen-
ce, afſurer que ſi, dans fix mois , il étoit
poſſible de rétablir l'ancienne Salle &
d'y introduire les mêmes Spectateurs
qui ont trouvé cet exhauſſement
étrange , ils concevroient à peine qu'ils
euffent pû ſupporter auffi longtemps
l'aspect & les incommodités d'un lieu
dont toutes les parties étoient auſſi
écraſées. On s'accoutumera encore avec
le temps à trouver ſur un Théâtre plus
vaſte & plus exhaufféles objets plus pe-
tits , ſansque cet effet doive être reputé
ún inconvénient. La diminution appa-
rente des objets eſt ſi peuun déſagré
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
ment en certains cas que la perſpective
artificielle eſt obligée d'employer fou-
vent ſes refſources pour imiter la perf-
pective naturelle à cet égard,& donner
par-là l'idée illuſoire d'un lieu plus vaſte
ou plus éloigné ; ce qui ſatisfaitmieux
l'imagination , toutes les fois que l'on
veut repréſenter de grands Spectacles.
Il eſt fort naturel que l'on ait été d'a-
bord étonné de certaines proportions fi
oppoſées à nos Salles anciennes , où
dans une eſpèce de caverne on diſtri-
buoit, par petites cazes égales ,dequoi
loger leplus de Spectateurs qu'il étoit
poffible ; à-peu-près comme on niche
des pigeons dans un colombier. Déga-
gés du joug de cette habitude , on fe
gardera bien fans doute de renoncer
à ce qu'offre de plus favorable cette
nouvelle Salle , ſauf plutôt à augmen-
ter dans celles que l'on conſtruira par
la fuite , & où les lieux & les circonf
tances rendront les diſpoſitions plus
libres.
Trois rangs de Loges , foutenues
& diviſées par des piliers rehauffés d'or
& ornés de conſoles , règnent au
pourtour de cette Salle. Les Devantures
bombées,ſont d'un verd très-clair , avec
des ornemens enord'un fortbeau genre,
-
FEVRIER. 1764.
179
& affez artificieuſement exécutés pour
rendre tout l'effet du relief. Les inté-
rieurs font meublés d'étoffes dontla cou-
leur eſt aſſortie à la peinture , & tres-fa-
vorable à la parure ainſi qu'à l'éclat na-
turel des femmes quiles occupent. Les
ornemens des ſeconds & troifièmes Bal-
cons font diftingués par plus de richeffe
& par d'autres deffeins, de ceux des Lo-
ges ; mais le même fond règne dans
toute la Salle. Les ſoubaſſemens del'Am-
phithéâtre & des premiers Balcons font
en marbre verd campant de pluſieurs
nuances , avec des rehauffés d'or dans
les moulures des panneaux.
Une des parties , dont l'extérieur
eſt auſſi bientraitéque ſon intérieur, eſt
commode & agréable , eſt celle qu'on
appelle vulgairement dans nos Specta-
cles LE PARADIS . Ce lieu forme une
eſpèce de ſecond Amphithéâtre en re-
traite , au-deſſus des ſecondes Loges ,
lequel s'enfonce dans l'extrêmité cein-
trée de la Salle. Des arcades décorées
relativement au reſte , en terminent
l'enceinte. Les places y font difpo-
fées ſur des banquettes en gradins
au deſſus du doſſier deſquelles ,
refte encore des eſpaces pour voir &
pour entendre debout. Comme on a
H vj
il
180 MERCURE DE FRANCE.
renfermé cette enceinte, la licence & le
déſœuvrement ont un peu murmuré de
cette précaution ; mais l'attention paiſi-
ble des Citoyens honnêtes ſe trouve
fort bien d'être à l'abri du trouble , &
quelquefois de l'indécence , d'un cer-
tain genre de Spectateurs qui fréquen-
toient ce lieu dans l'autre Salle.
Nous avons parlé, dans un précédent
Mercure , du Platfond, de la convenan-
ce & de la richeſſe de ſes ornemens. Il
eſt, ainſi que nous l'avons déja dit , par-
tagé en pluſieurs compartimens variés.
Celui qui ſe trouve au-deſſus de l'Am-
phithéâtre , en Mosaïque d'un très-bon
goût , figure fi bienune Coupole, que
l'œil y eſt agréablement trompé. La clef
de cette feinte Coupole s'enlève à vo-
lonté,pourrenouvellerl'air quandil eneſt
beſoin. Tout le Platfond porte ſur une
corniche en vouſſure très- richement or-
née en or , & règne juſques ſur la partie
de l'Avant-ſcène.
Le Théâtre eſt ouvert dans toute la
largeur intérieure , & prèſque dans toute
la hauteur de la Salle , dont il n'eſt ſépa-
ré que par deux grands Termes , qui
paroiſſent foutenir les parties d'un Ri-
deau ouvert , ſous une pente d'étoffe
feſtonnée qui borde toute l'Avant-
Scène.
FEVRIER. 1764.
181
Un Théâtre , plus vaſte , plus profond
& plus élevé qu'aucun de ceux qu'on
ait encore vus dans la Capitale , donne
lieu à plus de grandeur & de magni-
ficence dans la repréſentation de nos
Opéras : ce qui ajoute un nouvel éclat à
la pompe & au merveilleux de ce genre
de Spectacle. Le Rideau de clôture ,
qu'on appelle communément la Toile ,
eſt un fond damaſſé relatif au colo-
ris général de la Salle , ſur lequel eſt un
Chiffre royal en or , enlacé dans des or-
mens , & encadré par une riche cam-
pane. Ce genre fimple & noble , bien
plus convenable pour cet uſage que les
fujets en figures & coloriés , contribue
à completter l'idée d'une Salle de Palais,
plutôt qu'un lieude Spectacle public , &
le tout répond parfaitement au lieu
dans lequel ſe trouve aujourd'hui celui
de l'Opéra.
Une condition capitale eſt fans con-
tredit la résonance. On a cherché
d'abord a jetter des doutes à cet
égard. On les fondoit fur ce qu'à la pre-
mière Repréſentation , la Voute de def-
ſous l'Orcheſtre n'ayant pû être ache-
yée , les baſſes inſtrumentales ne ren-
doient pas tout le ſon qu'on auroit defi-
ré. Cet inconvénient accidentel a ceffé
182 MERCURE DE FRANCE.
dès que les meſures priſes pour l'effet
contraire ont pu être éxécutées. Obligés
de rendre témoignage à la vérité , nous
n'avons qu'une choſe de fait à publier
fur cela Les voix d'un médiocre volu-
me , font entendues diftinctement dans
toute la Salle , il en eſt même qui y
trouvent de l'avantage ; & l'Acteur qui
chante le rôle de Jupiter au fond des
Décorations , dans le troiſième Acte de
Castor & Pollux, eſt très-bien entendu
du fond de l'Amphithéâtre. Ce qui fait
environ 70pieds de diſtance au moins ,
fans compter la déperdition des percés
dont il eſt environné.
On a fait bien des obſervations fur cette
Salle. Nous venons d'en diſcuter quel-
ques-unes des principales. L'équité veut
quenous répétions encore qu'à l'égard
de pluſieurs de ces obſervations ondoit
fe rappeller que des ordres abſolus ont
afſujetti à ce qu'elle fut une copie très-
exacte de l'ancienne dans ſa diſtribution .
Indépendammentde cetaſſujettiſſement
primitif, il en eſt d'autres,dans ces fortes
de conſtructions,qui ſont des ſuites for-
cées deconſidérationsparticulières dans
leſquelles le Public n'entre point. Il en
ignore plufieurs ,& il ne connoît pas la
force inſurmontable de quelques autres.
FEVRIER. 1764.
183
Dans le nombre des réproches aux-
quels ne peuvent manquer d'être expo-
fées les Saltes de Spectacles, il en eſt qui
concernentle plusoule moinsde moyens
pour voir mieux & plus commodément
de toutes les Places. Ceci dépendant
d'arrangemens intérieurs & mobiles
و
qui ne peuvent ſe régler bien juſte que
par l'expérience uſuelle , on a déja pour-
vu à quelques parties ,telles qu'à la pente
du Parterre , moyennant laquelle on
voitde tous les points, plus facilement
qu'auparavant. Nous ſommes en état
d'aſſurer qu'on arrangera ſucceſſivement
toutes les autres , aufli promptement que
le temps lepermettra , & qu'enfin on ſe
portera à celles qui exigent plus de tra-
vailpar éxemple aux Balcons , pendantla
prochaine vacance du Théâtre.
On ne croit pas devoir faire mention
des petites critiques , que l'envie dicte
toujours en ces occafions à l'étourderie
& à l'ignorance , d'où ſe forment des
préventions par écho dont le temps ſeul
peut étouffer la voix.
Quelqu'elles foient & quelque crédit
que ces préventions ,déjà détruites en
partie , euſſent pû obtenir , il reſteroit
toujours vrai au Jugement des grands
/
184 MERCURE DE FRANCE.
Artiſtes , à celui des particuliers éclairés
& impartiaux,que cette Salle , malgré les
afſujettiſſemens dont nous avons parlé ,
eſt une des plus belles,des plus agréables
&des plus nobles que l'on ait encore
vues dans la Capitale. La prévention la
plus outréene peut contefter que ce ne
foit en même temps une des plus com-
modes, par ſes corridors ſpacieux , par le
nombre , la facilité & l'ordre des eſca-
liers dedégagemens , ainſi que par ſes
iffues. On y entre par trois endroits du
côté des Cours : ſçavoir par une Porte
Principale pour le Public
,
une autre
qui ouvre fur le fond du Théâtre
pour les Acteurs , & une autre dans
la Cour des Suiffes , pour aller au
Théâtre en même tems qu'aux petites
Loges. Du côté du Jardin , le Public
entre par laGallerie qui ſera fermée de
chaffis dans toute longueur , pour que
le paſſage en ſoit à l'abri de toute in-
commodité de l'air. Une autre Porte ,
directement fur la Terraſſe du Jardin ,
eſt ouverte pour monter au Théâtre
& aux petites Loges. La grande Porte
de la Salle des Machines , le ſera pour
la fortie.Ainfi, deux Portes font ouver-
tes pour l'entrée publique ,trois pour
FEVRIER. 1764.
185
les entrées particulières & les fix pour
la fortie générale. Le grand Veſtibule
eſt d'un agrément infini. Il eſt , ainfi
que celui de l'intérieur , garni de Bou-
tiques , y compris celle du Caffé. Cet
agrément fera encore bien plus ſenſi-
bledans la belle faifon , par la com-
munication de ce lieu avec le plus beau
Jardin de l'Europe.
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4414
p. 185-189
« L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE a donné dans la nouvelle [...] »
Début :
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE a donné dans la nouvelle [...]
Mots clefs :
Théâtre, Opéra, Public, Voix, Rôle, Cour, Exécuter
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE a donné dans la nouvelle [...] »
L'ACADÉMIE ROYALE DE
MUSIQUE a donné dans la nouvelle
Salle , le Mardi 24 Janvier , la première
Repréſentation de Castor & Pollux ,
Tragédie - Opéra ; Poëme de M. BERNARD
, Muſique de M. RAMEAU.
Cet Opéra avoit été donné pour la
première fois le 24 Octobre 1737 , &
repris en Janvier 1764. Nous ne nous arrêterons
pas à parler du fond de cet Ouvrage,
dont le Public vient de ſentir encore
le mérite & de le marquer nonſeulement
par des applaudiſſemens
mais par fon affluence. * Nous rendrons
compte de l'exécution & de la pompe
de ſon Spectacle. La diſtribution des
rôles eſt la même qu'elle étoit à la
* Les cing premières Repréſentations ont produit
20800 liv.
186 MERCURE DE FRANCE.
Cour ( * excepté le rôle de Caftor exécuté
à Paris par M. PILLOT avec le feu
& l'intelligence d'Acteur. Jamais l'intéreffante
Mlle ARNOULD ne l'a été davantage
pour le Public. Indépendam -
ment des grâces , du ſentiment réglé
par l'intelligence la plus juſte , il ſemble
que fur ce nouveau Théâtre , ſa voix
ait pris de nouvelles forces , plus de
volume & plus de rondeur qu'elle n'en
avoit. Il eſt conſtamment éprouvé qu'à
quelque diſtance qu'elle y chante , non
feulement on ne perd aucune partie de
ſes ſons , mais encore des paroles de
fon rôle. Ce dernier effet eſt ſans doute
le fruit de l'art d'articuler , mérite qui
double celui de toutes les voix : mais on
peut aſſurer que dans cette Salle le fon
eſt en général repercuté plus diftincte .
ment que dans toute autre. Nous
croyons que ce Théâtre a un avantage
particulier , bien favorable à la vérité
des actions , c'eſt d'être plus ſonore audelà
de l'avant-Scène que ſous le plafond
qui la couvre. Nous avons déja
dit que dans le rôle de JupiterM. LARRIVÉE
étoit très-bien entendu à-peuprès
à 70 pieds de diſtance. Nous ré-
*V. dans les précédens Mercures l'Article des
Spectacles de la Cour à Fontainebleau.
FEVRIER. 1764. 187
avec lefeu
,
Jamais
l'ince
D ne l'a été da
ic. Indépendamdu
fentiment
réglé
plus juſte , ilſemble
u Théâtre , ſa voix
elles forces plus de
- rondeur qu'elle n'en
tamment éprouvéqu'
qu'elle y chante , non
e perd aucune partiede
encore des paroles de
ernier effet eſtfansdoute
= d'articuler , mérite qui
etoutes les voix : mais on
De dans cette Salle le fon
repercuté plus distincte. dans
toute
autre
. Nous ce Théâtre
a un avantage en favorable
à la vérité 'eſt d'être
plus fonore
au -Scène
que ſous le pla uvre. Nous
avons
dép rôlede Jupiter
M. LAR- ès- bien
entendu
à-peu- s de diſtance
. Nous
ré
cédens
Mercures
l'Article
des
ir àFontainebleau
.
pétons d'autant plus volontiers cette
vérité , qu'elle ne peut être imputée à
une illufion officieuſe , puiſque nous
en avons pour garants l'impreſſion &
le témoignage général de tous les Auditeurs
. Mlle LARRIVÉE a donné des
preuves très-agréables au Public de fon
zéle, en chantant les airs des divertiſſemens
de cet Opéra. On paroît auffi
très content de la manière dont M.
GELIN rend le rôle de Pollux. Mlle
CHEVALIER remplit très-bien leRôle
de Phébé, ainſi quelle avoit fait à la
Cour.
M. DUPAR , nouvelle Hautecontre ,
a débuté à la troifiéme repréſentation
par l'Ariette du ſecond Acte , Eclatez ,
fières trompettes , &c. & par le rôle de
Mercure. Le fon de ſa voix paroît agréable&
d'un volume ſuffifant. Il fournit
aux tons les plus hauts & fans héſiter.
Les agrémens du chant font bien exécutés
; on lui trouve de la netteté dans
la prononciation , beaucoup de juſteſſe
& d'oreille. Enfin on a lieu d'en eſpérer
favorablement , lorſque l'uſage du
Théâtre & des foins auront formé fon
maintien & fon jeu. On croit que l'ons
entendra encore d'autres Débutans dans
188 MERCURE DE FRANCE.
ce même genre de voix ſur lequel il
paroît que l'on prend toutes les meſures
poffibles pour fatisfaire le Public.
Les Ballets , par M. LANI , Maître
des Ballets de l'Opéra , font bien deffinés
, convenablement caractériſés &
produiſent ſur ce grand Théâtre uneffet
bien plus avantageux que ſur l'ancien.
Mlle LANI danſe dans les Ombres
heureuſes du quatriéme Acte & dans
l'Entrée de Génies qui préſident aux
Planettes . Nous croyons que tout éloge
feroit fuperflu ; la nommer , c'eſt indiquer
ſuffisamment l'admiration du Public.&
la fupériorité du Sujet qui l'occafionne
. Mlle ALLARD danſe au premierActe
en Spartiate & dans le Pas de
Trois en Furie, au quatrième Acte. Au
gré des Connoiffeurs , cette Danſeuſe
exécute dans cet Opéra les choſes les
plus fortes de fon art& d'une manière
dont à peine on conçoit les moyens.
Mlle VESTRIS , en Hébé , danſe l'enchantement
au troiſiéme Acte , & dans
les Planettes au cinquiéme. Mlle LYONNOIS
dans l'Entrée des Furies avec
Mlle ALLARD & M. BEAT . Le Pas des
Gladiateurs eft exécuté par MM. LANI
& GARDEL au premier Acte , & celui
NCE FEVRIER. 1764. 189
Tur lea
ares les mesufaire
le Public
LANT
Maître
, font bien deff
ent caractérisés
&
rand Theatre
un ef
tageux que ſur l'andes
Lutteurs par MM . LAVAL, LYONNOIS
, HIACINTE & ROGIER .
M. GARDEL danſe avec beaucoup
de ſuccès au cinquiéme Acte , ſous la
forme du Génie qui préſide au Soleil, ce
que M. VESTRIS danſoit à la Cour
dans le même Opéra . Mlle GUIMARD
exécute pluſieurs Pas de Deux avec M.
CAMPIONI au premier Acte & avec
Mlle LECLERC dans les trois autres,
MUSIQUE a donné dans la nouvelle
Salle , le Mardi 24 Janvier , la première
Repréſentation de Castor & Pollux ,
Tragédie - Opéra ; Poëme de M. BERNARD
, Muſique de M. RAMEAU.
Cet Opéra avoit été donné pour la
première fois le 24 Octobre 1737 , &
repris en Janvier 1764. Nous ne nous arrêterons
pas à parler du fond de cet Ouvrage,
dont le Public vient de ſentir encore
le mérite & de le marquer nonſeulement
par des applaudiſſemens
mais par fon affluence. * Nous rendrons
compte de l'exécution & de la pompe
de ſon Spectacle. La diſtribution des
rôles eſt la même qu'elle étoit à la
* Les cing premières Repréſentations ont produit
20800 liv.
186 MERCURE DE FRANCE.
Cour ( * excepté le rôle de Caftor exécuté
à Paris par M. PILLOT avec le feu
& l'intelligence d'Acteur. Jamais l'intéreffante
Mlle ARNOULD ne l'a été davantage
pour le Public. Indépendam -
ment des grâces , du ſentiment réglé
par l'intelligence la plus juſte , il ſemble
que fur ce nouveau Théâtre , ſa voix
ait pris de nouvelles forces , plus de
volume & plus de rondeur qu'elle n'en
avoit. Il eſt conſtamment éprouvé qu'à
quelque diſtance qu'elle y chante , non
feulement on ne perd aucune partie de
ſes ſons , mais encore des paroles de
fon rôle. Ce dernier effet eſt ſans doute
le fruit de l'art d'articuler , mérite qui
double celui de toutes les voix : mais on
peut aſſurer que dans cette Salle le fon
eſt en général repercuté plus diftincte .
ment que dans toute autre. Nous
croyons que ce Théâtre a un avantage
particulier , bien favorable à la vérité
des actions , c'eſt d'être plus ſonore audelà
de l'avant-Scène que ſous le plafond
qui la couvre. Nous avons déja
dit que dans le rôle de JupiterM. LARRIVÉE
étoit très-bien entendu à-peuprès
à 70 pieds de diſtance. Nous ré-
*V. dans les précédens Mercures l'Article des
Spectacles de la Cour à Fontainebleau.
FEVRIER. 1764. 187
avec lefeu
,
Jamais
l'ince
D ne l'a été da
ic. Indépendamdu
fentiment
réglé
plus juſte , ilſemble
u Théâtre , ſa voix
elles forces plus de
- rondeur qu'elle n'en
tamment éprouvéqu'
qu'elle y chante , non
e perd aucune partiede
encore des paroles de
ernier effet eſtfansdoute
= d'articuler , mérite qui
etoutes les voix : mais on
De dans cette Salle le fon
repercuté plus distincte. dans
toute
autre
. Nous ce Théâtre
a un avantage en favorable
à la vérité 'eſt d'être
plus fonore
au -Scène
que ſous le pla uvre. Nous
avons
dép rôlede Jupiter
M. LAR- ès- bien
entendu
à-peu- s de diſtance
. Nous
ré
cédens
Mercures
l'Article
des
ir àFontainebleau
.
pétons d'autant plus volontiers cette
vérité , qu'elle ne peut être imputée à
une illufion officieuſe , puiſque nous
en avons pour garants l'impreſſion &
le témoignage général de tous les Auditeurs
. Mlle LARRIVÉE a donné des
preuves très-agréables au Public de fon
zéle, en chantant les airs des divertiſſemens
de cet Opéra. On paroît auffi
très content de la manière dont M.
GELIN rend le rôle de Pollux. Mlle
CHEVALIER remplit très-bien leRôle
de Phébé, ainſi quelle avoit fait à la
Cour.
M. DUPAR , nouvelle Hautecontre ,
a débuté à la troifiéme repréſentation
par l'Ariette du ſecond Acte , Eclatez ,
fières trompettes , &c. & par le rôle de
Mercure. Le fon de ſa voix paroît agréable&
d'un volume ſuffifant. Il fournit
aux tons les plus hauts & fans héſiter.
Les agrémens du chant font bien exécutés
; on lui trouve de la netteté dans
la prononciation , beaucoup de juſteſſe
& d'oreille. Enfin on a lieu d'en eſpérer
favorablement , lorſque l'uſage du
Théâtre & des foins auront formé fon
maintien & fon jeu. On croit que l'ons
entendra encore d'autres Débutans dans
188 MERCURE DE FRANCE.
ce même genre de voix ſur lequel il
paroît que l'on prend toutes les meſures
poffibles pour fatisfaire le Public.
Les Ballets , par M. LANI , Maître
des Ballets de l'Opéra , font bien deffinés
, convenablement caractériſés &
produiſent ſur ce grand Théâtre uneffet
bien plus avantageux que ſur l'ancien.
Mlle LANI danſe dans les Ombres
heureuſes du quatriéme Acte & dans
l'Entrée de Génies qui préſident aux
Planettes . Nous croyons que tout éloge
feroit fuperflu ; la nommer , c'eſt indiquer
ſuffisamment l'admiration du Public.&
la fupériorité du Sujet qui l'occafionne
. Mlle ALLARD danſe au premierActe
en Spartiate & dans le Pas de
Trois en Furie, au quatrième Acte. Au
gré des Connoiffeurs , cette Danſeuſe
exécute dans cet Opéra les choſes les
plus fortes de fon art& d'une manière
dont à peine on conçoit les moyens.
Mlle VESTRIS , en Hébé , danſe l'enchantement
au troiſiéme Acte , & dans
les Planettes au cinquiéme. Mlle LYONNOIS
dans l'Entrée des Furies avec
Mlle ALLARD & M. BEAT . Le Pas des
Gladiateurs eft exécuté par MM. LANI
& GARDEL au premier Acte , & celui
NCE FEVRIER. 1764. 189
Tur lea
ares les mesufaire
le Public
LANT
Maître
, font bien deff
ent caractérisés
&
rand Theatre
un ef
tageux que ſur l'andes
Lutteurs par MM . LAVAL, LYONNOIS
, HIACINTE & ROGIER .
M. GARDEL danſe avec beaucoup
de ſuccès au cinquiéme Acte , ſous la
forme du Génie qui préſide au Soleil, ce
que M. VESTRIS danſoit à la Cour
dans le même Opéra . Mlle GUIMARD
exécute pluſieurs Pas de Deux avec M.
CAMPIONI au premier Acte & avec
Mlle LECLERC dans les trois autres,
Fermer
4415
p. 189-197
DÉCORATIONS du nouveau Théâtre.
Début :
Quelqu'étendue que nous ayent déja couté les détails de cet Article, plus intéressant [...]
Mots clefs :
Décorations, Décoration, Opéra, Théâtre, Acte, Palais, Architecture, Genre, Jupiter, Spectacle, Palais des Tuileries
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DÉCORATIONS du nouveau Théâtre.
DÉCORATIONS du nouveau Théâtre.
Quelqu'étendue que nous ayent déja
couté les détails de cet Article , plus intéreſſant
qu'à l'ordinaire par les circonſtances
, nous ne pourrions refufer
ſans injustice , de configner ici & d'apprendre
aux Lecteurs le ſuccès des foins
qu'on a pris pour la ſplendeur du Spectacle.
Le premier Acte offre à l'ouverture
du rideau un vaſte Palais , d'une belle
architecture , percé par des colonades
en point de côté. Cette décoration occupe
une grande partie de la fuperficie
du Théâtre dont elle annonce d'abord
affez avantageuſement l'étendue. En
effet diverſes évolutions & tous les évé
nemens de deux combats y ſont exécutés
par près de 80 hommes armés,ſans
embarras ,& les Tableaux en font toujours
distinctement apperçus dans l'ordre
naturel des vraiſemblances , par
ceque les eſpaces qui les environnens
font toujours aſſez vaſtes.
Les curieux voyent avec plaifir au
deuxiéme Acte , un de ces grands Monumens
funéraires de l'Antiquité ; où
l'on dépoſoit les Corps ou les Cendres
des Rois , & des Héros. On en apperçoit
l'intérieur par une vaſte ouverture qui
laiſſe voir, parmi d'autres, le Mauſolée de
Caſtor,au-deſſusduquel ſont ſuſpendues
des lampes ſépulcrales. On n'eſt pas
tombé dans l'erreur d'en faire un Catafalque
moderne. Les ornemens font
caractériſtiques ; ce lieu eſt environné
d'obéliſques , de pyramides ,&de Tombeaux.
Le tout eſt dans le vrai genre de
l'Antique , & d'un fort bon Ton de
couleur. Des perſonnages , couverts de
grands voiles de deuil ,pleurans ſur ce
Tombeau & tout le reſte de la Pompe
funébre, ajoutent à la vérité de l'image,
analogue aux admirables morceaux
de muſique que tout le monde connoît.
L'intérieur du Palais de Jupiter enFEVRIER
. 1764. Ign 1
vironné de toute ſa gloire , au troifiéme
Acte , est d'autant plus impoſant
qu'il laiſſe voir prèſque toute la grandeur
de ce Théâtre. Le Péryſtile du
Temple de ce Dieu , qui précéde l'ouverture
de cette décoration , a pour les
connoiffeurs le mérite de la compofition&
de l'execution d'unTableau d'Architecture.
Ils donnent en même tems
de juſtes éloges à la maniére dont eſt
traitée la Cavernne , qui ſert d'entrée
aux Enfers, au quatriéme Acte. Ce qui
plaît , ou plutôt , ce qui enchante généralement
tous les yeux , eſt la décoration
qui ſuit immédiatement celle-ci ,
pour repréſenter les Champs Elyſées . Il
n'eſt pas poſſible au Génie pittoreſque
de mieux réaliſer le Génie Poëtique
que l'on a fait en cette occaſion. L'image
que l'on y donne,du ſéjour délicieux
des ombres , eſt le plus beau choix de
la nature , c'eſt en même temps plus que
la nature ; dans le charme des effets.
L'oeil ſe promene , perce dans les allées
& fur les bords du Léthé. La vue
s'y repoſe ; elle y fixe , pour ainſi dire
l'âme par une volupté penſible , dont
rien ne trouble la douceur. Une gradation
bien ménagée , une entente heureuſe
des lumières , une fraîcheur ſuave
,
192 MERCURE DE FRANCE.
dans le coloris , tout donne à cette décoration
, le vrai , le fini , & le précieux
du plus agréable Tableau de Païfage
peint ſur le chevalet. Si cette précédente
décoration raſſemble tout ce
qu'on peut imaginer d'agrémens dans
l'ordre de la nature , celle qui termine
l'Opéra ,fait voir , par un effort ſupérieur
de l'Art , tout ce que l'imagination pourroit
ſe peindre dans l'ordre ſurnaturel
des merveilles .
Elle repréſente , au milieu des Airs , un
Palais iſolé de Jupiter , d'une Architecture
légère , foutenu fur des nuages. Il
communique par des galleries aux (pavillons
des Génies qui préfident aux Planettes
, déſignés par les attributs de ces
Divinités; celui de Jupiter , couronné
d'une coupole élégante & riche eſt défigné
par les Aigles. On voit au-delà une
partie du Zodiaque où ſont les deux Jumeaux
nouvellement inſtallés. Le globe
du Soleil y parcourt ſa carrière . Indépendamment
des attributs, on a fort ingénieufement
exprimé le Phyſique des
Planettes , par la ſuppoſition de globes
lumineux , placés dans chaque Pavillon,
dont les émiſſions rayonnantes paſſent
à travers les entre-colonnes . Un feul ,
qui fait fond au Pavillon de Jupiter ,
eft
FEVRIER. 1764. 193
eſt vû de face & en plein . Une chaleur,
un feu vaporeux , régne tellement dans
cette décoration , que tout eſt lumière
, & qu'il ſemble que la couleur
en ſoit la cauſe première. L'ordonnance
des parties d'Architecture eſt élégante
, noble & céleste. La matière paroît
en être de lapis ſurhauffé d'or. Mais
plutôt , par un preſtige fingulier la matière
s'y diftingue à peine , tout y eſt
fondu & tout y eſt diſtinct , en forte que
dans ce brillant enſemble on ne voit ,
on ne fent que la Divinité dont on peint
le ſéjour. Par un effet étonnant , les
rayons des globes lumineux ſemblent
abfolument diaphanes ſur des fonds de
la matière la plus opaque . En un mot ,
toute cette décoration peut être regardée
comme une forte de magie qui ne
doit ſes preſtiges qu'aux propres forces
de l'art. Nous n'avons encore rien vû
d'auffi neuf en ce genre au Théâtre
ſans qu'on ait employé aucuns de ces
fecours étrangers à la Peinture, qui doivent
toujours être dédaignés par les
Artiſtes dans les imitations d'un
grand genre . On ſera moins furpris de
ce que nous rapportons ici de ces deux
décorations , quand on ſçaura que le
célébre M. BOUCHER prèſque toujours
I
194 MERCURE DE FRANCE .
inſpiré par le génie & guidé par
le goût , s'eſt prêté à en donner
l'idée , & qu'elles ont été exécutées
ſur ſes deſſeins par d'habiles Artiſtes
qui ont déja donné des preuves de
leurs talens. Ils ont tellement ſaiſi
la penſée & même la manière de ce
grand Maître , qu'on diroit que ſa main
&fon eſprit ont conduit leurs pinceaux.
C'eſt une fatisfaction pour les
Amateurs de voir renaître & perfectionner
en France un genre qui paroifſoit
devoir, après le fameux Servandoni,
retomber dans la barbarie d'où il l'avoit
tiré. Ces deux principales décorations
ne doivent pas faire négliger le
mérite d'une autre qui précéde la grande
décoration de la fin& qui repréſente
les dehors de la Ville de Sparte avec
un Arc de Triomphe. Le ſeul rideau du
fond eſt pour les Connoiffeurs une
preuve du talent le plus diftingué ; la
compofition & l'exécution font , ainſi
que toutes les autres décorations de l'Opéra
, des mêmes Artiſtes qui ont peint
* M. Baudon a peint les Champs Elysées & la
Caverne de l'Enfer , MM. Canot & Lallemand la
Décoration de l'Olympe du cinquiéme Acte. Le
Rideau des dehors de la Ville de Sparte eſt encore
de M. Baudon .
FEVRIER . 1764. 195
d'après M. Boucher , les Champs Elyfées
& la derniere décoration .
En conſidérant le nombre & la
richeſſe des habillemens ; en y joignant
le détail que nous venons de faire des
décorations, dans le nombre deſquelles
deux ſeulement * ne ſont pas entièrement
neuves,mais réparées & augmenrées
relativement aux nouvelles proportions
; on ne peut refuſer de juſtes
Eloges au zèle & a l'attention des Directeurs
de ce Spectacle , qui doit faire
la gloire de la Nation, mais où tous
les genres de dépenſes vont ſe trouver
confidérablement multipliés.
On doit remettre l'Opéra de Titon &
l'Aurore , le Jeudi 9 du préſent mois
de Février . Onle continuera les Jeudis
de chaque ſemaine.
La nuit du deux au trois de ce mois
on donna le premier Bal , dans la nouvelle
Salle qui a été univerſellement admirée.
En décrivant celle de l'Opéra ,
nous avons décrit plus haut celle-ci qui
eſt une répétition entiére &exacte des
trois rangs de Loges ſur le Théâtre , depuis
les Balcons qui forment la Partie
du milieu & dans lesquels ſont établis
*Celle du premier Alte & celle du troifiéme..
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
**
des Buffets vis-à-vis de grands trumeaux
de glaces . Les deux extrémités
de la Salle font ceintrées uniformément.
Sur le Plafond, qui eſt continué , ſont répétés
les mêmes compartimens & il eſt
terminé par une coupole,pareille à celle
du deffus de l'Amphiteâtre. La Salle , en
totalité, eſt plus longue & plus large qu'à
l'ancienOpéra.Celle - ci a d'une extrémité
à l'autre environ 80 pieds dans oeuvre
& 28 a 30 de largeur. Les proportions
en font d'un effet fatisfaiſantau premier
coup d'oeil. Sa régularité & l'uniformité
des Ornemens des Loges , lui donnent
en même tems une nobleſſe & un éclat
dont il paroît que tout le monde convient.
Nous ne rappellons pas ici les
commodités & les agrémens que procurent
les parties extérieures, dont nous
avons parlé dans l'Article de la Salle
d'Opéra , & dont la néceſſité dans
celle-ci , en fait encore mieux fentir
tous les avantages.
:
Elle est éclairée par une quantité
confidérable de fort beaux Luftres &
Girandoles de Criſtal.
,
Le Roi ayant bien voulu favoriſer la
commodité du Public juſqu'à permettre
la même liberté de paſſage ,
indiſtinctement dans toutes les Cours ,
FEVRIER. 1764 . 197
tant
du Palais des Thuileries , que dans les
rues de la Ville , on arrive à toutes les
heures , dans toute eſpéce de Voitures ,
Carroffes de Place , comme autres ,
à l'Opéra qu'au Bal. On peut dans
tel temps de la nuit que ce fait , faire
avancer en ſortant un Carroſſe de Place .
juſques a la Porte de la Salle , moyennant
une marque qu'on délivre à ceux
qui en demandent.
Ces Salles pour l'Opéra & pour le
Bal , ont été ainſi diſpoſées dans celle
des Thuileries , avec les aſſujettiſſemens
preſcrits, par les ſoins de M. GABRIEL,
premier Architecte du ROI , concertés
avec M. SoUFFLOT , Contrôleur des
Bâtimens pour ce Palais ,& fous fa conduite.
M. GIRAULD, Ingénieur Machiniſte
de l'Académie Royale de Muſique , &
des Menus Plaiſirs du Roi , a donné de
nouvelles preuves , en cette occafion ,
de ſes talens & de fa grande intelligence.
Aucuns des mouvemens , fi compliqués
, n'ayant manqué leur jeu dès la
première repréſentation , & le changement
fingulier de la Salle de Spectacle
en celle de Bal , s'opérant en moins de
trois heures.
Quelqu'étendue que nous ayent déja
couté les détails de cet Article , plus intéreſſant
qu'à l'ordinaire par les circonſtances
, nous ne pourrions refufer
ſans injustice , de configner ici & d'apprendre
aux Lecteurs le ſuccès des foins
qu'on a pris pour la ſplendeur du Spectacle.
Le premier Acte offre à l'ouverture
du rideau un vaſte Palais , d'une belle
architecture , percé par des colonades
en point de côté. Cette décoration occupe
une grande partie de la fuperficie
du Théâtre dont elle annonce d'abord
affez avantageuſement l'étendue. En
effet diverſes évolutions & tous les évé
nemens de deux combats y ſont exécutés
par près de 80 hommes armés,ſans
embarras ,& les Tableaux en font toujours
distinctement apperçus dans l'ordre
naturel des vraiſemblances , par
ceque les eſpaces qui les environnens
font toujours aſſez vaſtes.
Les curieux voyent avec plaifir au
deuxiéme Acte , un de ces grands Monumens
funéraires de l'Antiquité ; où
l'on dépoſoit les Corps ou les Cendres
des Rois , & des Héros. On en apperçoit
l'intérieur par une vaſte ouverture qui
laiſſe voir, parmi d'autres, le Mauſolée de
Caſtor,au-deſſusduquel ſont ſuſpendues
des lampes ſépulcrales. On n'eſt pas
tombé dans l'erreur d'en faire un Catafalque
moderne. Les ornemens font
caractériſtiques ; ce lieu eſt environné
d'obéliſques , de pyramides ,&de Tombeaux.
Le tout eſt dans le vrai genre de
l'Antique , & d'un fort bon Ton de
couleur. Des perſonnages , couverts de
grands voiles de deuil ,pleurans ſur ce
Tombeau & tout le reſte de la Pompe
funébre, ajoutent à la vérité de l'image,
analogue aux admirables morceaux
de muſique que tout le monde connoît.
L'intérieur du Palais de Jupiter enFEVRIER
. 1764. Ign 1
vironné de toute ſa gloire , au troifiéme
Acte , est d'autant plus impoſant
qu'il laiſſe voir prèſque toute la grandeur
de ce Théâtre. Le Péryſtile du
Temple de ce Dieu , qui précéde l'ouverture
de cette décoration , a pour les
connoiffeurs le mérite de la compofition&
de l'execution d'unTableau d'Architecture.
Ils donnent en même tems
de juſtes éloges à la maniére dont eſt
traitée la Cavernne , qui ſert d'entrée
aux Enfers, au quatriéme Acte. Ce qui
plaît , ou plutôt , ce qui enchante généralement
tous les yeux , eſt la décoration
qui ſuit immédiatement celle-ci ,
pour repréſenter les Champs Elyſées . Il
n'eſt pas poſſible au Génie pittoreſque
de mieux réaliſer le Génie Poëtique
que l'on a fait en cette occaſion. L'image
que l'on y donne,du ſéjour délicieux
des ombres , eſt le plus beau choix de
la nature , c'eſt en même temps plus que
la nature ; dans le charme des effets.
L'oeil ſe promene , perce dans les allées
& fur les bords du Léthé. La vue
s'y repoſe ; elle y fixe , pour ainſi dire
l'âme par une volupté penſible , dont
rien ne trouble la douceur. Une gradation
bien ménagée , une entente heureuſe
des lumières , une fraîcheur ſuave
,
192 MERCURE DE FRANCE.
dans le coloris , tout donne à cette décoration
, le vrai , le fini , & le précieux
du plus agréable Tableau de Païfage
peint ſur le chevalet. Si cette précédente
décoration raſſemble tout ce
qu'on peut imaginer d'agrémens dans
l'ordre de la nature , celle qui termine
l'Opéra ,fait voir , par un effort ſupérieur
de l'Art , tout ce que l'imagination pourroit
ſe peindre dans l'ordre ſurnaturel
des merveilles .
Elle repréſente , au milieu des Airs , un
Palais iſolé de Jupiter , d'une Architecture
légère , foutenu fur des nuages. Il
communique par des galleries aux (pavillons
des Génies qui préfident aux Planettes
, déſignés par les attributs de ces
Divinités; celui de Jupiter , couronné
d'une coupole élégante & riche eſt défigné
par les Aigles. On voit au-delà une
partie du Zodiaque où ſont les deux Jumeaux
nouvellement inſtallés. Le globe
du Soleil y parcourt ſa carrière . Indépendamment
des attributs, on a fort ingénieufement
exprimé le Phyſique des
Planettes , par la ſuppoſition de globes
lumineux , placés dans chaque Pavillon,
dont les émiſſions rayonnantes paſſent
à travers les entre-colonnes . Un feul ,
qui fait fond au Pavillon de Jupiter ,
eft
FEVRIER. 1764. 193
eſt vû de face & en plein . Une chaleur,
un feu vaporeux , régne tellement dans
cette décoration , que tout eſt lumière
, & qu'il ſemble que la couleur
en ſoit la cauſe première. L'ordonnance
des parties d'Architecture eſt élégante
, noble & céleste. La matière paroît
en être de lapis ſurhauffé d'or. Mais
plutôt , par un preſtige fingulier la matière
s'y diftingue à peine , tout y eſt
fondu & tout y eſt diſtinct , en forte que
dans ce brillant enſemble on ne voit ,
on ne fent que la Divinité dont on peint
le ſéjour. Par un effet étonnant , les
rayons des globes lumineux ſemblent
abfolument diaphanes ſur des fonds de
la matière la plus opaque . En un mot ,
toute cette décoration peut être regardée
comme une forte de magie qui ne
doit ſes preſtiges qu'aux propres forces
de l'art. Nous n'avons encore rien vû
d'auffi neuf en ce genre au Théâtre
ſans qu'on ait employé aucuns de ces
fecours étrangers à la Peinture, qui doivent
toujours être dédaignés par les
Artiſtes dans les imitations d'un
grand genre . On ſera moins furpris de
ce que nous rapportons ici de ces deux
décorations , quand on ſçaura que le
célébre M. BOUCHER prèſque toujours
I
194 MERCURE DE FRANCE .
inſpiré par le génie & guidé par
le goût , s'eſt prêté à en donner
l'idée , & qu'elles ont été exécutées
ſur ſes deſſeins par d'habiles Artiſtes
qui ont déja donné des preuves de
leurs talens. Ils ont tellement ſaiſi
la penſée & même la manière de ce
grand Maître , qu'on diroit que ſa main
&fon eſprit ont conduit leurs pinceaux.
C'eſt une fatisfaction pour les
Amateurs de voir renaître & perfectionner
en France un genre qui paroifſoit
devoir, après le fameux Servandoni,
retomber dans la barbarie d'où il l'avoit
tiré. Ces deux principales décorations
ne doivent pas faire négliger le
mérite d'une autre qui précéde la grande
décoration de la fin& qui repréſente
les dehors de la Ville de Sparte avec
un Arc de Triomphe. Le ſeul rideau du
fond eſt pour les Connoiffeurs une
preuve du talent le plus diftingué ; la
compofition & l'exécution font , ainſi
que toutes les autres décorations de l'Opéra
, des mêmes Artiſtes qui ont peint
* M. Baudon a peint les Champs Elysées & la
Caverne de l'Enfer , MM. Canot & Lallemand la
Décoration de l'Olympe du cinquiéme Acte. Le
Rideau des dehors de la Ville de Sparte eſt encore
de M. Baudon .
FEVRIER . 1764. 195
d'après M. Boucher , les Champs Elyfées
& la derniere décoration .
En conſidérant le nombre & la
richeſſe des habillemens ; en y joignant
le détail que nous venons de faire des
décorations, dans le nombre deſquelles
deux ſeulement * ne ſont pas entièrement
neuves,mais réparées & augmenrées
relativement aux nouvelles proportions
; on ne peut refuſer de juſtes
Eloges au zèle & a l'attention des Directeurs
de ce Spectacle , qui doit faire
la gloire de la Nation, mais où tous
les genres de dépenſes vont ſe trouver
confidérablement multipliés.
On doit remettre l'Opéra de Titon &
l'Aurore , le Jeudi 9 du préſent mois
de Février . Onle continuera les Jeudis
de chaque ſemaine.
La nuit du deux au trois de ce mois
on donna le premier Bal , dans la nouvelle
Salle qui a été univerſellement admirée.
En décrivant celle de l'Opéra ,
nous avons décrit plus haut celle-ci qui
eſt une répétition entiére &exacte des
trois rangs de Loges ſur le Théâtre , depuis
les Balcons qui forment la Partie
du milieu & dans lesquels ſont établis
*Celle du premier Alte & celle du troifiéme..
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
**
des Buffets vis-à-vis de grands trumeaux
de glaces . Les deux extrémités
de la Salle font ceintrées uniformément.
Sur le Plafond, qui eſt continué , ſont répétés
les mêmes compartimens & il eſt
terminé par une coupole,pareille à celle
du deffus de l'Amphiteâtre. La Salle , en
totalité, eſt plus longue & plus large qu'à
l'ancienOpéra.Celle - ci a d'une extrémité
à l'autre environ 80 pieds dans oeuvre
& 28 a 30 de largeur. Les proportions
en font d'un effet fatisfaiſantau premier
coup d'oeil. Sa régularité & l'uniformité
des Ornemens des Loges , lui donnent
en même tems une nobleſſe & un éclat
dont il paroît que tout le monde convient.
Nous ne rappellons pas ici les
commodités & les agrémens que procurent
les parties extérieures, dont nous
avons parlé dans l'Article de la Salle
d'Opéra , & dont la néceſſité dans
celle-ci , en fait encore mieux fentir
tous les avantages.
:
Elle est éclairée par une quantité
confidérable de fort beaux Luftres &
Girandoles de Criſtal.
,
Le Roi ayant bien voulu favoriſer la
commodité du Public juſqu'à permettre
la même liberté de paſſage ,
indiſtinctement dans toutes les Cours ,
FEVRIER. 1764 . 197
tant
du Palais des Thuileries , que dans les
rues de la Ville , on arrive à toutes les
heures , dans toute eſpéce de Voitures ,
Carroffes de Place , comme autres ,
à l'Opéra qu'au Bal. On peut dans
tel temps de la nuit que ce fait , faire
avancer en ſortant un Carroſſe de Place .
juſques a la Porte de la Salle , moyennant
une marque qu'on délivre à ceux
qui en demandent.
Ces Salles pour l'Opéra & pour le
Bal , ont été ainſi diſpoſées dans celle
des Thuileries , avec les aſſujettiſſemens
preſcrits, par les ſoins de M. GABRIEL,
premier Architecte du ROI , concertés
avec M. SoUFFLOT , Contrôleur des
Bâtimens pour ce Palais ,& fous fa conduite.
M. GIRAULD, Ingénieur Machiniſte
de l'Académie Royale de Muſique , &
des Menus Plaiſirs du Roi , a donné de
nouvelles preuves , en cette occafion ,
de ſes talens & de fa grande intelligence.
Aucuns des mouvemens , fi compliqués
, n'ayant manqué leur jeu dès la
première repréſentation , & le changement
fingulier de la Salle de Spectacle
en celle de Bal , s'opérant en moins de
trois heures.
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4416
p. 198-199
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
Mlle Fanier, dont nous avons annoncé le début dans le précédent Mercure [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
Mlle Fanier, dont nous avons annoncé
le début dans le précédent Mercure
pour les rôles de Soubrette , l'a con-
tinué juſqu'à préſent dans différentes
Piéces.
Le 2 , on a repris les repréſentations de
Blanche & Guifcard, Tragédie nouvelle
de M. SAURIN , de l'Académie Fran-
çoiſe. Elle avoit été interrompue à la
troifiéme par le ſervice de la Cour à
Fontainebleau. Comme nous ne dou-
tons pas que cette Piéce ne ſoit im-
primée & que nous ne pourrions rap-
porter que de mémoire ,quelques détails
utiles à joindre à l'Analyſe de la Fable
& de la conduite, nous attendrons que
le Public ait la Piéce ſous les yeux , afin
que nos Lecteurs foient plus en état de
juger de la juſteſſede nos obſervations.
Le 30 du même mois on a donné la
premiere Repréſentation de l'Epreuve
indifcrette , Comédie en deux Actes &
en vers par M. BRET. Cette Piéce a été
applaudie. Elle paroît bien écrite , il
y a des ſcènes fort agréables & très-
bien jouées par M. MOLÉ , & par
M. PRÉVILLE. Quelques perſonnes
en avoient trouvé l'expoſition un peu
FEVRIER. 1764 .
199
trop forte pour l'étendue de l'action;
on a faitdes retranchemens avantageux.
Le Public a vû avec un plaifir très-vrai
& marquépar des applaudiſſemens ſon
Eléve,(Mlle DOLIGNI.)& ſa protégée,
chargée en premier d'un rôle convena-
ble à ſon âge & à ſes talens.
On rendra compte de cette nou-
veauté dans le prochain Mercure.
Le regret avec lequel nous avions an-
noncé la retraite de M. GRANDVAL ,
eſt garant du plaifir que nous avons à
publier fon retour au Théâtre. Il doit
jouer Lundi , 6du préſent mois de Fé-
vrier , dans le Misantrope. Nous inſtrui-
rons par la ſuite le Public du choix &
du genre des rôles dont ſera compoſé
l'emploi de cet Acteur à cette rentrée.
Il doit compter autant ſur la volonté
officieuſe du Public à ſon égard , quele
Public a lieu d'attendre toujours de ſes
talens de nouveaux plaiſirs & une nou-
velle fatisfaction.
Mlle Fanier, dont nous avons annoncé
le début dans le précédent Mercure
pour les rôles de Soubrette , l'a con-
tinué juſqu'à préſent dans différentes
Piéces.
Le 2 , on a repris les repréſentations de
Blanche & Guifcard, Tragédie nouvelle
de M. SAURIN , de l'Académie Fran-
çoiſe. Elle avoit été interrompue à la
troifiéme par le ſervice de la Cour à
Fontainebleau. Comme nous ne dou-
tons pas que cette Piéce ne ſoit im-
primée & que nous ne pourrions rap-
porter que de mémoire ,quelques détails
utiles à joindre à l'Analyſe de la Fable
& de la conduite, nous attendrons que
le Public ait la Piéce ſous les yeux , afin
que nos Lecteurs foient plus en état de
juger de la juſteſſede nos obſervations.
Le 30 du même mois on a donné la
premiere Repréſentation de l'Epreuve
indifcrette , Comédie en deux Actes &
en vers par M. BRET. Cette Piéce a été
applaudie. Elle paroît bien écrite , il
y a des ſcènes fort agréables & très-
bien jouées par M. MOLÉ , & par
M. PRÉVILLE. Quelques perſonnes
en avoient trouvé l'expoſition un peu
FEVRIER. 1764 .
199
trop forte pour l'étendue de l'action;
on a faitdes retranchemens avantageux.
Le Public a vû avec un plaifir très-vrai
& marquépar des applaudiſſemens ſon
Eléve,(Mlle DOLIGNI.)& ſa protégée,
chargée en premier d'un rôle convena-
ble à ſon âge & à ſes talens.
On rendra compte de cette nou-
veauté dans le prochain Mercure.
Le regret avec lequel nous avions an-
noncé la retraite de M. GRANDVAL ,
eſt garant du plaifir que nous avons à
publier fon retour au Théâtre. Il doit
jouer Lundi , 6du préſent mois de Fé-
vrier , dans le Misantrope. Nous inſtrui-
rons par la ſuite le Public du choix &
du genre des rôles dont ſera compoſé
l'emploi de cet Acteur à cette rentrée.
Il doit compter autant ſur la volonté
officieuſe du Public à ſon égard , quele
Public a lieu d'attendre toujours de ſes
talens de nouveaux plaiſirs & une nou-
velle fatisfaction.
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4417
p. 199
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
ON a continué les Représentations du Sorcier. Elles ont été interrompues par [...]
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texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
ON a continué les Représentations du
Sorcier. Elles ont été interrompues par
l'indiſpoſition de quelques Acteurs.
ON a continué les Représentations du
Sorcier. Elles ont été interrompues par
l'indiſpoſition de quelques Acteurs.
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4418
p. *200-200
CONCERT SPIRITUEL Du 2 Février, Fête de la Purification.
Début :
LES deux Motets à grand Choeur qui ont été exécutés, étoient le Magnificat [...]
Mots clefs :
Motet, Voix, Chanter
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texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL Du 2 Février, Fête de la Purification.
CONCERT SPIRITUEL
Du 2 Février, Fête de la Purification.
LES deux Motets à grand Choeur qui
ont été exécutés,
étoient le Magnificat
de M. BELLISSEN , & le Te Deum
de M. DAUVERGNE , Motet d'une
grande distinction & duquel nous
avons parlé dans ſa nouveauté. Mile
FEL, toujours la même pour la voix,
& pour le talent,a chanté un Motet à.
voix feule de M. le PETIT , qui a paru
être goûté. Mlle S. MARCEL , jeune
Sujet dont nous avons parlé à l'occafion
du précédent Concert , a chanté avec
applaudiſſement. M. GAVINIÉS , ſupé-
rieur aux Eloges,a exécuté un Concerto
de ſa compofition : ainſi que M. BALBA-TRE sur l'Orgue.
Du 2 Février, Fête de la Purification.
LES deux Motets à grand Choeur qui
ont été exécutés,
étoient le Magnificat
de M. BELLISSEN , & le Te Deum
de M. DAUVERGNE , Motet d'une
grande distinction & duquel nous
avons parlé dans ſa nouveauté. Mile
FEL, toujours la même pour la voix,
& pour le talent,a chanté un Motet à.
voix feule de M. le PETIT , qui a paru
être goûté. Mlle S. MARCEL , jeune
Sujet dont nous avons parlé à l'occafion
du précédent Concert , a chanté avec
applaudiſſement. M. GAVINIÉS , ſupé-
rieur aux Eloges,a exécuté un Concerto
de ſa compofition : ainſi que M. BALBA-TRE sur l'Orgue.
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4419
p. 200-230
ELOGE Historique & Militaire de M. le Vicomte de BELSUNCE.
Début :
Nous avons annoncé dans le dernier Mercure, la mort de M. le Vicomte de BELSUNCE, nous eussions / DE toutes les passions qui élévent & échauffent le coeur de l'homme, la plus noble, la plus [...]
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texteReconnaissance textuelle : ELOGE Historique & Militaire de M. le Vicomte de BELSUNCE.
Nous avons annoncé dans le dernier Mercure, la
mort de M. le Vicomte de BELSUNCE, nous eussions
defiré étre alors en état de rendre àſa mémoire,
le tribut de louanges qui lui eft fi légitimement dû ;
& c'est avecgrand plaisir que nous faiſons part au
Public de cet Eloge qui vient de nous être envoyé.
FEVRIER . 1764.
201
ELOGE Historique & Militaire de
M. le Vicomte de BELSUNCE.
DE toutes les passions qui élévent & échauffent
le coeur de l'homme, la plus noble, la plus
pure , celle qui règne encore ſur le ſage l'orf-
qu'il a dompté toutes les autres , c'eſt la gloir e
où le déſir d'éxiſter honorablement dans l'o-
pinion d'autrui. Plus cette paſſion paroît s'éloi-
gner des premièrs appétits de nos ſens ,plus ſon
empire eſt vague & indéterminé , plus il faut
ſeconder ſes élans ambitieux , & aggrandir l'em--
pire de ſes chimères. Nul obstacle ne l'arrête ;
nulle crainte ne l'épouvante: mais elle s'indigne
qu'on lui préſcrive des limites ; car ſon Domaine
eſt le temps & l'eſpace , & la récompenſe l'immor
talité. Que feroit-ce donc , pour le cœur qu'elle
anime, que ce moment ſi court où nous occupons
une petite place dans ce vaſte univers ? Quel
frivoleeſpoirque celui d'une louange incertaine !
Que l'enthouſiaſme prodigue quelquefois ,mais
que l'envie ou l'intérêt particulier ſe hâtent de
corompre ! Quel prix pour la vertu , que ces
honneurs tant de fois profanés , & ces diſtin-
tions ſi ſouvent uſurpées ! La faveur eſt pour
ceux qui vivent , la réputation pour ceux qui ne
font plus. Le grand Homme n'eſt dignemeng
louéque par les regrets. Auſſi voyons-nous tou
tes les ſociétés , où la gloire eſt le ſentiment
dominant,s'attacher principalement à honorerla
mémoire de ceux de leurs Membres , dont la
mort les a privées. Cet uſage a peut-être con
Lv
202 MERCURE DE FRANCE .
tribué , plus que touteautre choſe , à foutenir la
ſplendeur des Académies ; on aime à les voir
commencer à louer lorſque la louangen'eſt plus
ſuſpecte ; il ſemble que ce ſoit là une éléction
nouvelle; &, d'autant plus flateuſe que lerang
qu'elle affigne s'étend à tous les Siécles! Le métier
des Armes regardé parmi nous comme leplus
noble de tous , ſeroit-il donc le ſeul fruſtré
de cet avantage ? Les vrais Amans de la gloire
feront-ils privés de ſes derniéres faveurs ? Et verra-
t-on mourir les plus braves Guerriers comme on
voit tomber tour-a-tour les Victimes deſtinées au
Sacrifice? Mais ſi les malheurs de la Guerre en-
durciſſent nos coœurs , & les accoutument au
Deuil, comment pourrons-nous contemplerd'un
œil indifférent le ſort d'un Officier diſtingué,
qui , après avoir deux fois verſe ſon ſang en
Allemagne , a traverſé les Mers pour chercher
un péril nouveau , ſous lequel il devoit enfin
fuccomber ? Sans douteune telle perte ne doit
pas trouver d'âme inſenſible. Mais c'eſt à l'amitié
a élever la voix pour rappeller aux Militaires le
ſouvenir d'unHomme qui fut leur compagnon ,
& leur ami , & les inviter à répandre encore
des larmes & des Aeurs ſur ſa tombe.
M. le Vicomte de Belſunce , Lieutenant Gé-
néral des Armées du Roi , & Gouverneur de S.
Domingue nâquit en 1720 , dans les Terres (a)
de ſon Père : Il y reçut cette éducation de la
(a) à Méharin en Béarn. Nousnedirons point
ici que M. de Belſunce , étoitforti d'une Maison
Illustre , qu'il étoit le vingtième Vicomte du méme
nomdePère enfils toutes ces chofesferontgravéesfur
des monumens ,nous n'écrivons ici que cequi doit
être gravé dans les cœurs.
FEVRIER . 1764.
203
première enfance, fi importante pour le reſte de
la vie , & pourtant ſi négligée parmi nous.
Placé en arrivant au monde dans ces contrée's
belliqueuſes qui ont vû naître Henry-le-Grand
il ne fut point accoutumé à ces ſoins trop em-
preſſes & toujours indiſcrèts , qui rendent les en-
fans également vains & foibles. Ses parens , pé-
nétrés des principes de l'ancienne Nobleſſe ,
croyoient qu'il falloit avant tout le rendre digne
de vivre , & que ſes jours ne ſeroient précieux
qu'autant qu'il pouroit les rendre utiles à ſa
Patrie. Ce fut donc dès lors qu'il acquit cette
force de tempérament , cette mâle vigueur qui
fait les bons Guerriers ; & cette aiſance , cette
grâce naturelle qui les rend aimables. S'il eſt
vrai que l'accorddes formes extérieures avec les
qualités de l'âme , ou , ſi l'on veut , de la figure
avec le caractère , produiſe cet enſemble , cette
harmonie d'où réſulte la principale beauté , nous
nedevons pas être ſurpris que M. de Belfunce
aitpoſſédé fingulièrement ledonde plaire &de
prévenir en ſa faveur. Sa démarche étoit auſſi
noble & auſſi franche que ſes manières , & ladou-
ceur de ſes mœurs ſe faiſoit ſentir dans toute fa
perfonne. Il aima paſſionnément les éxercices du
corps, fur-tout ceux qui demandent de l'adreſſe
&de l'audace: mais l'émulation qu'il y mit ne fut
jamais ni petite ni vaine. Il ne les regardoit
que comme des moyens quiconduiſent àdesobjets
plus importans ; & comme ſi ſon âme eût porté
en elle- même l'imagede la véritable gloire , on
ne le vit jamais prendre des fantômes pour elle
ni la chercher où il nepouvoit pas la trouver.
Elevé parmi les Baſques , leurs éxercices & leurs
jeux lui plurent infiniment. Il avoit même ſi
bienapprisleur langue qu'il ne l'a jamais oubliéć ,
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
'& qu'il la parloit auſfi facilement que le Fran-
çois. (b ) Mais on vit bien-tôt ſe manifeſter en
lui un goût décidé pour la guerre ; & lorſque
nos goûts font vifs& foutenus , ils ne tardent
pas à devenir des talens. Le cours des Etudes
ordinaires , époque pendant laquelle on paroît
plutôt attendre l'âge de jouer un rôle que s'y
préparer , ne lui offrit que de foibles attraits. Eh !
que voit-on en effet dans laplupart des Ecoles ?
La Science , concentrée dans des règles puériles
paroît tourner toujours ſur elle - même & ne
s'appuyer jamais ſur les rapports & les beſoins
des hommes. Si l'on eût dit à M. de Belſunce,
que l'étude rendit César , le premier de ces
Romains , qui étoient les premièrs de la terres
fi on lui eût raconté comment Lucullus , en
cultivant les Lettres , ſe mit en état d'être un
grand Général le jour qu'il voulut le devenir ;
ſi on lui eût fait ſentir combien leur commerce
aggrandit l'âme , & comment toutes les grandes
choſes ſe tiennent , ſans doute il auroit fait de
rapides progrès dans une carrière où la facilité de
ſon eſprit ſembloit l'appeller & nous ajou
terions un article à ſon Eloge , quand même
nous ne l'enviſagerions que comme Homme
de Guerre. Il falloit à M. de Belſunce , des
études plus Analogues à ſes penchans. Il les
trouva dans le Régiment du Roi. On ſçait aſſez
que , dans ce Corps reſpectable , la jeuneſſe
reçoit des leçons en temps de Paix , comme elle
y trouve des éxemples en temps de Guerre. Il y
entra en 1739 , & continua d'y ſervir juſqu'en
3745. Rappeller les actions de ce Régiment c'eſt
: (b) On ſçait que le Basque est une langue mère
bien antèrieure à la nôtre.
FFVRIER. 1764.
205
raconter celles de M. de Belſunce , qui n'occu-
pant alors qu'un rang ſubalterne , ſe trouvoίε
confondudansla foule des braves gens , & faifoit
des choſes mémorables, fans pouvoir ſe diſtin-
guer. Perſonne n'ignore comment cette troupe
valeureuſe ſouffrit à Prague les horreurs d'un
Siége, & celles de la famine ; & comment ces
Guerriers invincibles alloient dans les ouvrages
des ennemis , braver la mort , qu'ils retrouvoient
enfuite ſous un aspect encore plus horrible
,
lorſque , rentrant en triomphe dans leurs murs ,
ils voyoient autour d'eux la difette & la conta-
gion. Tels furent pour M. de Belſunce , les
prémices de la vie ; tel fut lejourterriblequi bril
la ſurſon Printemps.
En 1745. il quitta l'Infanterie & obtint une
Compagnie de Dragons. Ici ſes ſoins ſe multi-
plient. Ilne ſuffitpasà l'homme qu'il va comman-
der d'être brave &docile , il faut qu'il ſoit pro-
fond dans l'art de maîtriſer , de conduire cet
animal courageux , non moins utile au combat
que leGuerrier lui-même. Le Dragon également
deſtiné aux fiége, aux batailles & aux eſcarmou-
ches , doit être à la fois , Fantaſſin , Cavalier &
Huſſard. Dans le combat , fixe dans ſon rang,
attentifau moindre ſignal; dans l'eſcarmouche ,
rapide & léger , ſe ſervant de Chef à lui-même :
par-tout ſon rôle eſt différent , par-tout il luk
fautde nouveaux talens : tantôt il doit preſſer la
courſe de ſon cheval , tantôt la modérer , & la
régler avec une éxactitude géométrique. Cen'eſt
pas tout, cen'eſt même rien encore: fi lorſque
lerepos ſuccède aux travaux ,de conducteur im-
périeux il ne devient pas protecteur attentif &
complaiſant;dès que ſon cheval ne leſert plus ,
c'eſt àlui à leſervir , à lui procurer une nourriture
1
106 MERCURE DE FRANCE.
convenable , à ſoigner ſesbleſſures &àréparer ſes
forces abbatues.
M. le Vicomte de Belſunce , entrant dans
les plus petits détails , fut bien-tôt en état de
donner en tout l'exemple & la leçon. Il ſentit
dès-lorscombien ces détails étoient importans ,
&il jugea qu'ils ne devoientparoître minucieux
qu'à celui qui n'a pas allez d'étendue d'eſprit
pour appercevoir la chaîne qui les lie aux plus
grandes choſes. Il faut avouer qu'alors on
ignoroit aſſez généralement que s'attacher à
avoir de belles troupes , c'étoit travailler à en
avoirde bonnes ; que ſi l'onveut qu'un homme
foit ſoldat un jour d'action , il faut qu'il le ſoit
tous les jours de ſa vie; enfin que tout ce qui
accoutume à l'ordre & à l'obéiſſance conduit
directement à la victoire. Scipion paſſe en revue
fon armée, il remarque le cheval de Marius
c'étoit lemieux ſoigné,le mieux équipé de toute
ſa Cavalerie. Scipion loue , protége, éléve Ma-
rius,& ce regard d'un grand Général dévoile les
talens d'un homme dont le nom retentit encore
mille ans après ſa mort en des climats où il
n'étoit jamais parvenu de ſon vivant. Et cepen-
dant ladiſcipline &l'exactitude ſont traittésparmi
nousde ſoins frivoles & puériles. M. le Vicomte
de Belſunce penſa tout autrement , & nous ne
pouvons nousdiſſimuler que ce qui lui mérite
nos Eloges, lui attira ſouvent la jaloufie & la
critique. Il n'y répondit qu'en perſévérant ; il
ſçavoit que la diſpute aigrit les eſprits , & que
l'exemple les ramene. Sa modeſtie , ſa fran-
chiſe,la fimplicité de ſes mœurs lui firent enfin
pardonner ſes talens.
La Guerre continuant avec la même vivacité,
M. de Belfunce ſetrouva dans la plupart des ac
FEVRIER. 1764.
207
tions qui ſe paſſerent enFlandre: il profita de
cesoecaſions pour s'inſtruire profondément dans
l'Art de conduire &de faire combattre la Cavale-
rie : artd'autant plus difficile qu'il demande un
jugement à la fois für & rapide, qu'il éxige le
flegme & l'impétuoſité , & ne laiſſe ſouvent
qu'un moment pour décider du fort d'une Ba-
taille. Ce fut lorſque M. de Belſunce ſe trouva
chargéde conduire des Détachemens conſidéra-
bles ,qu'il ſentit tout le prix de l'expérience qu'il
avoit acquiſe dans les Dragons.
Cependant une nouvelle carrière s'ouvre pour
lui. M. lePrince de Monaco ayant été fait Ma-
réchal de Camp : le Roi donna ſon Régiment
au Vicomte de Belſunce ;
c'étoit un des plus
anciens & des plus braves Régimens del'Infan-
terie Françoiſe. La Paix dont on commençoit
àjouir , ne fut pas un obſtacle à l'émulationde
ce nouveau Colonel. Les premières années de
cette paix furent un temps d'activité pour l'In-
fanterie. Nos neveux auront peine à croire
qu'une Nation , qui venoit de faire la guerre
pendant huit ans avec trois cens mille hom-
mes de troupes , n'avoit pourtant ni Tactique ,
ni Exercice , ni Diſcipline. Il fallut de nouveaux
Réglemens fur prèſque tous les objets du Ser-
vice Militaire. Les premieres Ordonnances qui
parurent n'eurent pas tout le fuccés qu'on en
attendoit; on les corrigea , on en fit de nouvelles.
Et celles-ci , quoique plus prèsdu but qu'on ſe
propoſoit laiſfoient encore dequoi travailler à
ceux qui , comparant toujours la pratique &
la théorie, ne trouvent riende beanque ce qui eſt
bon & utile. L'Hiſtorien Jofeph , en louant la
Diſcipline des Romains, diſoit que leurs Exerci-
ces étoient des Combats où le ſang n'étoit pas
الله
208 MERCURE DE FRANCE.
répandu , & leurs Combats des Exercices enfan-
glantés. M. le Vicomte de Belſunce fondoit tout
ſon ſyſtème ſurce rapport immédiat que doivent
avoir les évolutions des Exercices avec celles des
Combats . Toute manœuvre difficile & com-
pliquée fut rejettéecomme inutile & même com-
me nuifible. L'objet des évolutions , diſoitil , ne
peut être que de changer dediſpoſition ou de
lieu ; dans ces deux cas le moyen le plus fim-
ple & le plus prompt eſt toujours préférable.
Son Régiment fut donc accoutumé à exécuter
des mouvemens aiſés , mais rapides : ſe rompre ,
ſe réformer , ſe développer en un clin d'œil
n'étoit plusqu'unjeu pour lui.
Les Militaires étoient alors partagés ſur un
point qui n'a pas moins élevé de diſpute parmi
eux,que la queſtion ſur la prééminence des anciens
ou des modernes ( c ) n'en a fait naître parmi
les Gens de Lettres. Il s'agiſſoitde ſçavoir ſi les
affairesd'Infanteriedevoient ſe décider par le feu
ou par l'arme blanche. Les François , diſoient
les uns , naturellement vifs & impétueux , doivent
attaquer avec la Baïonnette ; tandis que les
Allemands , plus lents &plus flegmatiques , met-
tront toute leur confiance dans leur feu. Les
autres prétendoient qu'une troupe , accoutumée
à tirer vite & avec ordre , ſeroit aſſurée de la
Victoire ; parce qu'elle détruiroit ſon ennemi
avant qu'il pût la joindre. A entendre difputer
(c) On pouvoit comparer les partiſans de l'Ar-
me blanche à ceux des anciens & les partiſans
du feu à ceux des modernes , & cela d'autant
mieux que le fort de la querelle rouloitfur la
prééminence des anciens Militaires fur les Mi
litaires modernes.
FEVRIER. 1764.
209
gravement ſur cette matière on eût dit qu'il en
étoitdes armées comme de deux hommes qui
veulent ſe battre en duel , & qui choififfent en-
tre l'épée & le piſtolet. Il s'en faut bien cepen-
dant que les batailles ne ſe décident ainfi. On
peut les rapporter toutes à ces deux objets géné-
raux ; l'attaque & la défenſe. De deux armées
qui combattent , l'une veut défendre un terrein ,
& l'autre l'emporter: celle qui le défend tâche
d'entirer le meilleur parti poſſible, ſoit en ap-
puyant ſes flancs , ſoit en profitant des hauteurs ,
foit en couvrant ſon front de quelques retran-
chemens naturels ou artificiels : dans ce cas , fon
ordre de Bataille eſt déterminé par des points
principaux ; la place où elle ſe trouve eſt la
plus avantageuſe pour elle , & c'eſt là qu'elle doit
recevoir le combat. Il faut donc qu'elle y atten-
de ſon ennemi,& queque lorſqu'il approchera, elle
lerepouſſe par ſon feu. On ſent que fi elle alloit
au-devant delui ,elle perdroit tout l'avantage
deſa poſition.Le principe de l'Armée qui attaque
eſt tout oppoſé. Il s'agit de forcer l'ennemi
dans un des points principaux de ſon ordre de
bataille. Comme c'eſt à elle à manœuvrer , elle
doit luidonner de la jalouſie par-tout , afin de
lui dérober la connoiffance de l'endroit où elle
doit attaquer & où elle ne manquera pas de
porter la plus grande partie de ſes forces; ré-
parant ainſi par le nombrele déſavantage de la
poſition. Dans ce cas , les troupes qui attaquent
doivent s'efforcer d'arriver ſur l'ennemi le plus
promptement qu'il eſt poſſible: car juſqu'à ce
qu'elles l'ayentjoint, elles ſeront expoſées à un
feu qui ſera toujours ſupérieur, puiſque des trou-
pes qui font en repos tirent beaucoup mieux que
celles qui marchent. Ajoutez à cela l'effet pro
210 MERCURE DE FRANCE .
digieuxd'une Artillerie placée avantageuſement,
& vousconviendrez que tout ſe réduit àce prin-
cipe qu'il faut attaquer avec l'arme blanche , &
ſe défendre par le feu. Il ſuit de-là que les
Soldats doivent être accoutumés à marcher avec
vivacité , quoiqu'avec ordre , & à tirer prompte-
ment , quoiqu'avec flegme & adreſſe.
M. le Vicomte de Belſunce ſentit mieuxqueper-
ſonne cette double néceſſité. Son Régiment fut
éxercéà marcher avec cette rapidité quieſt ſi natu-
relle à la Nation Françoiſe , mais avec un ordre
qui lui étoit tout nouveau. Lorſquedans les éxer-
cices on formoit une attaque ſimulée, les ſoldats
redoubloient imperceptiblementla viteſſe de leurs
pas juſqu'à ce qu'étant ſuppoſés prêts à joindre
l'ennemi , ils priſſent leurcourſepour tomber ſur
lui avecdes cris de victoire que toutes les Nations
ont adoptés à l'éxemple du Barritusdes Romains.
Mais l'ordre & ladiſcipline les ſuivoient juſques
danscedéſordre apparent; le moindre ſignalles
rallioit, & à la place d'une troupe débandée &
abandonnée , vous revoyez ſoudain une ligne
d'infanterie marchant gravement &pofément.
En s'occupant ainſi de l'artd'attaquer,il ne fal-
loit pas négliger celui de ſe défendre. M. le Vi-
Comte de Belſunce ſçut encore le perfectionner.
Il remarqua que les feux qu'on faiſoit éxécuter
dans les éxercices n'avoient pas affez de rapport
avec ceuxqui ſe pratiquentdans les combats. Dans
les premiers, l'ordre eſtdifficile & minucieux; dans
leſecond,laconfuſion eſt exceſſive. M. de Bel-
funce ſcut trouver un juſte milieu. Il introduifit
une méthodepar laquelle le ſoldat paroiſſant tirer
àſavolontéentretenoit un feu réglé,fuffiſamment
nourri , & qui nes'éteignoitjamais. Il avoit obſer-
véquedans lecombat,lepremier rang ne met
?
FEVRIER. 1764.
211
toitpas un genou à terre , comme à l'exercice ;
il trouva le moyende faire tirer les trois rangs
debout: par-là ,il gagna du temps &de la préci-
fion, & fur-tout le grand objetde la conformité
parfaitede l'exercice avec le combat.
Nous n'entrerons pas ici dans le détail de tous
les ſoins qu'il ſe donna pour établir la régle &
la diſcipline dans tous les points.
C'étoit aux
ſuccès à faire l'éloge du travail qu'il avoit fait
pour inſtruire les autres & s'inſtruire lui-même .
Il falloitdone que la guerre mît au jour ſesta-
lens. Elle s'alluma en Allemagne dans l'année
1757. Le Régiment de Belſunce ſervitdans l'ar-
mée de M. le Maréchal d'Etrée. La bataille d'Haf-
tembeck qui nous valut l'Electoratd'Hanovre fuc
plus déciſive que ſanglante. L'attaque queM. de
Chevert exécuta ſur le flane gauche des ennemis,
en aſſura le ſuccès avant que le reſte de l'armée
les eût pu joindre. Le Régiment de Belſunce ,
quoique deſtiné à une attaque , & ayant la tête
d'une colonne, n'eſſuya qu'une pertelégère.Mais
le courage impatient deM. de Belſunce l'avoit
conduit à de plus grands dangers. M. leMar-
quis d'Armentieres , aux ordres de qui il étoit.
avoitjugé à propos de former une avant-gardede
neuf Compagnies de Grenadiers. Ce Général
croyantque M. de Belſunce préféreroit de reſter à
la têtedela Brigade qu'il commandoit, avoit con-
fié la conduite de ce détachement à M. de laBla-
chette , Lieutenant Colonel de ſon Régiment.
M. de Belfunce , plus attaché à la gloire qu'a fon
grade, jugea que le poſte le plus honorable étcit
oùledanger feroit leplus grand ; il reclama fes
droits & l'on croira aiſément qu'il fut écouté ſans
humeur. M. de la Blachette fut donc obligéde
lui céder , quoiqu'à regret , & de tous les actes
212 MERCURE DE FRANCE.
de ſubordination , c'eſt le ſeul qui lui aitjamais
couré.
M. de de Belſunce précéda la diviſion de M.
d'Armentieres , & ſe porta rapidement ſur une
batterie a laquelle s'appuyoit la gauche des enne-
mis. Il étoit prodigue de ſa vie; mais c'étoit fur-
tout , lorſqu'il pouvoit en s'expoſant épargner
cellede ſes ſoldats Avant de les conduire à l'atta-
que , il veut voir de plus près & reconnoître lui-
même , il s'avance ſeul , & tandis qu'il examine,
il reçoit un coup de fuſil qui lui traverſe le bras.
Cette bleſſure ne l'étonne pas ; elle ne l'afflige
même que parce qu'elle l'oblige à ſe retirer , &
l'empêche d'être plus long-temps utile à ſa Pa-
trie. Mais il craint que le malheur arrivé au Chef ,
ne décourage les foldats; il diſſimule la douleur
qu'il éprouve , cache ſa retraite & s'éloigne avec
peine regardant ſouvent derriere lui , comme le
paſſagerconfidèredans un morne ſilencele rivage
qu'il va perdre de vue.
Les malheurs inattendus qui ſuivirent cette
campagne glorieuſe , ramenèrent l'armée ſur les
bords du Rhin. M. de Belſunce n'y rencontra pas
les mêmes périls que ſur les bords du Wezer , il
ſe trouva à la bataille de Crevelt , mais non pas à
l'endroit où ſe paſſa le fortde l'action . Privé d'une
occafionde ſe diftinguer , il ſe plaignitde la for-
tune& l'accuſa d'injuſtice ; mais il eut plus à ſe
plaindre encorede la manière dont elle la répara .
La diverſion que M. le Prince de Soubiſe avoit
opéréedans la Heſſe , & la Victoire que M. le
Maréchal de Broglie avoit remportée à Sun-
dershaufen avoient déterminé M. le Prince Fer-
dinandà repaſſer leRhin , & à envoyer une gran-
departiede ſon armée au ſecours de l'Electorat
d'Hanovre. M. le Maréchal de Contades envoya >
FEVRIER. 1764.
213
de ſon côtéun ſecours àM. le Prince de Soubiſe,
qui le mit en état d'attaquer & de battre les enne-
misdansla poſitionavantageuſequ'ils avoientpriſe
près de Luttersberg Le Régiment de Belſunce
faiſant partie de ce ſecours , ſe trouva aux ordres
de M. de Chevert, qui dans cette occafion , atra-
qua & plia encore le flanc gauche des ennemis.
M. de Belſunce fidèle à ſon inclination , marcha
à la tête des Grenadiers comme il avoit fait à
,
Haſtembeck. Une pareille récompenſe l'attendoit.
A la première décharge il reçut un coup de feu
dans le bas-ventre , que les Chirurgiens jugèrent
fur le champ devoir être mortel; il fut tranſporté
àCaffel , & de la à Marpurg ſans forces & fans
mouvement , n'ayant que ce qui luifalloitde con-
noillance pour entendre à chaque inſtantdes fol-
dats & des Officiers qui demandoient s'il étoit
mort. Queſtion cruelle ! à laquelle ceux qui le
portoient ne répondoient que par des ſoupirs , &
que lui ſeul écoutoit ſans en être ému.
Quelque dangereuſe qu'eût paru cette bleſſure,
les ſuites n'en furentpas funeſtes. La vigueur de
fon tempérament , & fur-tout le calme de ſon
âme hâtèrent ſa guériſon. Elle fut même ſi promp-
te que tout le monde en fut ſurpris. Au bout de
fix ſemaines il monta à cheval , & reprit ſes tra-
vaux ordinaires ; car l'hyver n'y metroitpointd'in-
tervalle : le Roi venoit de lui accorder le gradede
Brigadier il fut employé en cette qualité dans la
Ville de Duffeldorff, où ſa mémoire eſt encore
chérie, ainſi que dans tous les lieux amis ou enne-
mis , où il a eu quelques commandemens.
On ne ſe ſouvient que trop de la campagne de
1759 , époque malheureuſe pour les armes Fran-
çoiſes ! Le 31 Juillet , la Heſſe étoit conquiſe ,
Munſter & Minden étoient en notre pouvoir , &
214 MERCURE DE FRANCE.
nous étions prêts de nous rendre maîtresde l'Elec-
torat d'Hanovre. Les ennemis déconcertés , ſans
plande défenſe , ſans moyens , ſans reſſources,
n'avoient plus que leur Chefpour toute eſpéran-
ce. Le premier d'Août à neuf heures du matin la
ſcène étoit totalement changée ; l'armée Fran-
çoiſe, abandonnant toute idéede conquête ,ſe fût
trouvée trop heureuſe d'avoirune retraite aſſurée
&l'eſpoir d'arriver ſur les bords du Rhin: tant le
fortdes batailles eſt incertain &terrible ! Leçon
redoutable! que toutes lesNationsbelliqueuſes ont
ſouvent donnée & reçue , mais qui ne corrigera
jamais les François de l'impatience decombattre !
Danscette malheureuſe journée , dans ce court
eſpacede temps où ſe décidoit le ſort des Nations ,
M. de Belſunce eut occafion de ſe diſtinguer à
la tête de ſon Régiment. Les brigades de Picardie
&de Belſunce qui compoſoient la droite de la
première ligne , ayant été formées des premières ,
M. leChevalier de Nicolaiqui lescommandoit, les
mit en mouvement pour marcher aux ennemis
mais les autres diviſions , tant de première que
de ſeconde ligne , n'étant pas arrivées, ou n'étant
pas àportée de le ſoutenir , ce Général fut obligé
decommander defaire halte. Pendant cetemps-
là le combat s'étoit engagé à notre centre : les
ennemis encouragés par les avantages qu'ils y
avoient déja remportés , ſe déterminèrent à y
conduire la plus grande partie de leurs forces..
Une colonne de Cavalerie déboucha vis-à-vis le
flanc gauche de la diviſion de M. de Nicolai ; le
Régiment de Belſunce occupoit cette gauche qui
ſe trouvoit abſolument à découvert: il n'y avoit
que deux momens , l'un pour voir ledanger ,
l'autre pour le prévenir. M. de Belſunce ne perd
ni l'un ni l'autre , il change en un clin d'œil l'or-
FEVRIER. 1764.
215
dredeſa brigade & fait faire un mouvement au
premier bataillon , par lequel il ſe trouve faire
face ſur le flanc gauche. Dans cette diſpoſition
impoſante, ilattendlechocaveccette fermetéqui
annonce preſque toujours le ſuccès ; le Général
ennemi s'en apperçoit & voit à quelques diſtances
de-là , une autre brigade qui lui offre une victoire
plusaiſée; il fait ſurlechampun ſignede lamain,
ſedétourne, & laiſſant le Régiment de Belſunce
derrierelui , il va attaquer cette brigade qui fut
preſqu'entierementdétruite. Lecentre de l'armée
ayant été mis en déſordre , & le fort de cette
journée étantdéja décidé, M. le Chevalier de Ni-
colain'eut d'autre parti à prendre que de retirer
ſesdeuxbrigades. Ileſtaiſéde juger combien cette
retraite fut périlleuſe pour le Régiment de Bel-
ſunce qui avoit les ennemis derriere lui & ſur ſon
flanc : elle s'exécuta cependant avec un ordre ad-
mirable & une tranquillité parfaite 3 on eûtdit
queles ennemis charmés de ceſpectacle avoient
oublié qu'il falloit combattre , & croyoient aſſiſter
à un exercice.
Les ſuites de cette bataille ayant ramené l'ar-
mée Françoiſe ſous Gieſſen , M. le Maréchal de
Broglie en vint prendre le commandement le 3
du mois de Novembre , &déclara que le Roi avoit
donné à M. de Belſunce la place de Major Géné-
tal. Celui-ci ne l'avoit ni demandée ni deſirée ;
mais cette grace fut le fruit de l'eſtime que fon
nouveau Général avoit conçue pour lui; eſtime
plus flatteuſe en elle-même , que tout ce qui
pouvoit en être l'effet.
La VilledeGieſſen placéeentreles deux armées
&hors d'état de ſoutenir un long fiége , paroif
ſoit être deſtinée à ſubir la loi du plus opiniâtre.
Malgré la rareté de toute eſpèce de ſubſiſtance,
l'armée Françoiſe tint la campagne juſqu'au 16
216 MERCURE DE FRANCE .
Janvier 1760 , & les Alliés furent obligés de re-
noncer à l'eſpoir de la conquête de Gieſſen , qui
ſeul avoit pû leur faire ſupporter les fatigues ex-
ceſſives d'une fi longue campagne. On avoit pris
denotre côtédes meſures ſi ſages , que les trou-
pes ne manquèrent jamais de rien , & qu'elles
Tentrèrent dans leurs quartiers en auſſi bon état
que ſi la campagne avoit fini au mois d'Octobre ;
les foins que M. de Belſunce ſe donna dans cette
occafion , répondirent parfaitement aux intentions
de ſon Général. Il fallut les continuer pendant
tout l'hyver. Comme il étoit déja très - avancé
lorſque l'arméeſe fépara , il ne reſtoit qu'un très-
court eſpace de temps pour réparer & com-
pletter les troupes. M. de Belſunce alla vifi-
ter tous lesquartiers qui occupoientune étendue
deplus de 80 lieues , & préſida a tous les travaux.
Leplus important de tous reſtoit encore à faire .
&M. le Maréchal de Broglie en étoit profondé-
mentoccupé à Francfort; il s'agiſſoit de remédier
àdes inconvéniens innombrables , dont notre fer-
vice étoit rempli. L'expérience les avoit fait ſuf-
fifamment connoître , mais les peines qu'on s'é-
toitdonnées pour y remédier "n'avoient eu au-
cun ſuccès. Bacon dit que l'erreur la plus com-
mune à ceux qui commandent, eſt de vouloir la
fin ſans permettre les moyens. Dans cette occa-
ſion il n'y en eut point de négligés. Etablir la dif-
cipline parmi les foldats, plutôtpar les précau-
tions qui préviennent les fautes, que par les châ-
cimensqui lespuniſſent; en multipliant leurs de-
voirs , diminuer leurs fatigues & ajouter à leur
bien- être , aſſurer à la fois la célérité & le ſecret
dans les marches & les détachemens ; maintenir
la tranquillité & l'abondance dans les camps;.
ménager le pays ennemi , & s'y préparer des
refſources ;
42
:
FEVRIER. 1764.
217
reſſources ; ſe concilier les peuples par la juſtice &
la modération , & faire marcher l'humanité à la
ſuitedes armées : tel fut le plan que ſe propoſa
M. le Maréchal de Broglie , & qu'il remplit dans
touteſon étendue , en donnant le Réglement
de 1760(d) .
M. le Vicomte de Belſunce eut beaucoup de
part à ceRéglement ,dont la plus grande partie
des objets étoient du reffort du Major Général ,
mais le Régimentdes Gardes Françoiſes ayant re-
joint l'armée, M.deCornillon,Majorde ceCorps,
reprit les fonctions de Major Général , qu'il avoit
éxercées pendantles trois campagnes précédentes.
M. le Vicomte de Belſunce fit donc la campagne
de 1760à la rêtede ſonRégiment & en qualité
deBrigadier. Le ſort ne voulut pas qu'elle lui
offrît des occafionsde ſe diſtinguer autrement que
par ſon émulation qui le conduiſoitdans tous les
endroitsoù il pouvoit s'inſtruire. Iln'y eutpreſque
pointd'actionoù ilneſe trouvâtcomme volontai
re, &par-tout où il ſe trouva , il donna toujours
l'exemple. Mais l'hyver devoit lui faire retrouver
lesoccafions qu'il avoitinutilement cherchéespen-
dant l'été.
Depuis lecommencement dela guerre, onn'a
voitencoretenté qu'une fois de prendre desquar-
*tiers ſur le bord du Wezer ; & quoique toutes les
places fuſſent alors en notre pouvoir , & que le
paysabondât encoreenſubſiſtance,on fut bientôt
obligé deſe retirer avec une perte conſidérable.A
la fin de l'année 1760 , la conſervationdu pays
qu'on avoit conquis , étoitbien plus difficile. Lipf-
tadt, Munſter , Hamelen & Hanovre étoient en-
(d) Ce Réglement a été adoptédepuis parMef-
fiçurs lesMaréchauxd'Etrées & de Soubiſe.
K
218 MERCURE DE FRANCE.
core occupés par les ennemis ; la Heſſe qui avoit
prèſque toujours été le théâtre de la guerre , ſe
trouvoit entièrement ravagée ; la communica-
tion avec le Bas-Rhin , étoit trop étendue & trop
difficile. Le génie & l'activité ſurmontèrent tous
les obitacles. Le pays étoit ouvert , & la première
ligne des quartiers n'avoit point de place forte
pour la couvrir , en trois ſemaines de temps on
en créa , on en approviſionna une capable de
contenir cinq ou fix mille hommes de garniſon ,
& l'Allemagne étonnée compta une fortereſſe de
plus.
Qu'il nous ſoit permis d'interrompre le récit
*d'une longue & malheureuſe guerre par une ré-
Héxion confolante pour l'humanité. Goetingue ,
l'aſyle des Muſes , le ſiége d'une Univerſité célé-
bre , voit ſes portiques & ſes lycées changés en
remparts , & remplis de ſoldats.Tel fut le fort de
Rome & d'Athènes ; mais les barbares qui ſoumi-
rent ces Villes , détruiſirent également , & les
Sciences , & les Peuples qui les cultivoient. Les
François qui viennent dans Goetingue , braver àla
fois les périls de la guerre , la rigueur de la ſai-
fon& ladiſette qui les menace; les Françoisſontles
protecteurs &les amis des Lettres. L'Officier dans
l'intervalle de ſes travaux vienvient écouter les le-
çons d'un Profeſſeur qu'il reſpecte & qu'il honore,
& le Grenadier qui défendit hier l'accès d'une re-
doute , conſerve aujourd'hui avec la même vigi-
lance le dépôt des Muſes , dont la garde lui a été
confiće. Tel eſt l'empire de la Philoſophie, qu'il
adoucit la guerre elle-même , & qu'il fait régner
les mœursjuſqu'au ſein des combats.
M.le Maréchal de Broglie , après avoir mis
l'élitedeles troupes dans Goetingue, n'avoit garde
de négliger le choixdes Commandans. Il tomba
FEVRIER. 1764.
219
furM. leComte de Vaux , Lieutenant-Général &
ſurM. leVicomte de Belfunce. L'hiſtoire prèſque
incroyable de ce qui s'eſt paflé dans l'hyver de
l'année 1761, eſt le ſeul éloge qui ſoitdigned'eux.
M. leComte de Vaux, qui auroit fait un prodige
enſe procurant ſeulement les moyens de confer-
ver ſa place , ſe prépare ſur le champ ceux d'atta-
quer les ennemis & de les inquiéter par-tout.
Dès le 27 Janvier, leVicomte de Belſunce fort à
la tête d'un détachement conſidérable qui étoit
deſtiné à favoriſer par une diverſion les expédi-
tions du Comte de Stainville & du Comte de Nar-
bonne; il cherche les ennemis , les trouve en for-
ce, les attaque , & leur tue ou leur prend trois
cent hommes, tandis que le Comte de Stainville
enléve un corps Pruffien , & le Comte de Nar-
bonne un bataillon Hanovrien .
On ſe rappelle les efforts prodigieux que firent
les Alliés, lorſqu'après s'être combinés avec les
Prufliens , ils nous attaquèrent de toute part,&
voulurent nous contraindre à abandonner la
Heffe. La garniſon de Goetingue n'a bien-tôt
plus de communication avec l'Armée ; elle en
ignore ladeſtinée,ou les ſeules nouvelles qu'elle
en reçoit lui apprenent qu'elle eſt prèsde Franc-
fort. C'eſt dans ce moment que ſon courage &
ſon activité redoublent ; il faudroit un journal
détaillé pour raconter ici tout ce que M. de
Belſunce fitderemarquable : il n'y eur préſque
pointdejourqui ne fût ſignalépar quelques avan-
zages. Ilapprend que les ennemis occupent Du-
Derſtadt , Ville éloignéede Goetingue de près
de fix lieues. Ily marche , les ſurprend , & fair
350 priſonniers. Après avoir diſſipé ſucceſſive-
ment,tous les corps qui obſervoient la garniſonde
Goetingue, il raffemble ſa Cavalerie; fort de
Kü
220 MERCURE DE FRANCE...
la Ville ,& va s'établir à plusde quatre lieues de
làdans celle de Northeim : il y ramaſſedes ſub-
ſiſtances ; léve des contributions juſques dans
Eimbeck , & s'avance lui-même à Seeſen ſur
le chemin de Brunſvick on il enléve cent Cava-
liers & cing Officiers. A peine est-il revenu qu'il
ſe porte rapidement d'un côté tout oppoſe. II
paffe la Leine; met en fuite les ennemis , & leur
tue ou prend trois cens hommes. Le retour de
l'Armée ennemie qui avoit été chaffée de la
Heſſe l'ayant obligé de rentrer dans Goetingue,
il apprend peu de jours après que le Colonel
Collignon occupe Northeim avec un Bataillon
Prufſfien; il fort à la tête d'un gros détachement
ſecondé par M.le Marquis de Durfort : ils fon-
dent tous deux ſur l'ennemi ; nos Dragons
joignent l'Infanterie au moment où elle ar-
rivoit à un Pont au -delà duquel elle de voit
trouver ſon ſalut. Ils la cottoyent & en efſuyent
tout le feu , pour aller s'emparerdu Pont. Trois
cens prifonniers , & deux pièces de Canon ſont
le prix de cette manœuvre hardie. Les deux
Armées avoient pris leurs quartiers , & le calme
étoit rétabli partout : mais M. de Belſunce
croyoit qu'il n'étoit jamais temps de ſe repoſer
lorſqu'il reſtoit quelque choſe de glorieux à
faire. On lui rapporte qu'un Bataillon de la
légion Britannique occupe Daffel ; il va pour
l'attaquer , mais il trouve à ſa place troisBa-
taillons d'Infanterie ennemie ; il les contraint à
ſe retirer, & les fait tenir en échec tandis qu'il
pourſuit le Bataillon de la légion Britannique ,
qui cherchoit à regagner le bois, quoiqu'il eûr
été renforcé par un corps de Grenadiers & de
Cavalerie. M. de Belſunce à la tête de nosDra-
gons joint ces troupes réunies ,les attaque,les
FEVRIER. 1764.
piécedeCanon.
221
défait & ramene deux cens priſonniers avec une
Nous ne finirions pas fi nous voulions rap-
porter tous les avantages de moindre confé-
quence qu'il remporta pendant fon ſéjour à
Goetingue. Il nous ſuffira de dire qu'on n'a pas
enlevé aux ennemis un poſtede trente hommes ,
qu'il ne l'ait été reconnoître lui- même,&qu'il
n'ait conduit les troupes à l'attaque.
LeGrade de Maréchal de Camp , &leCom
mandement d'une avant-garde , furent la récom-
penſe qu'il reçut de ſes ſervices ſignalés.
L'Armée Françoiſe ſe raſſemble ; les opéra-
tions de laGuerre vont recommencer , mais on
ne peutpas dire de M. de Belſunce qu'il rentre
en campagne : avec de nouvelles Troapes it
marche àde nouveaux ſuccès. Le Général Spor-
cken, àla têted'un corpsde quinze millehommes ,
gardoit les défilés de la Dimel. M. Le Maré-
chal de Broglie les fait tourner par deux corps
commandés par M. le Marquis de Poyanne ,
& M. le Baron de Clozen. Il ſe préſente lui-
même devant le Général Sporcken : celui - ci
profite de la nuit pour ſe retirer. Le Vicomte
de Belſunce avec deux Régimens de Dragons ,
&un Régiment de Troupes Légéres le joint , &
L'oſe attaquer. En vain l'Infanterie ennemie croit
ſe mettre à couvert dans un bois ; notre Cavale-
rie y pénétre , & la diſperſe , treize pièces de Ca-
non , deux cent priſonniers ,& tous les Equipages
des ennemis reſtent en nos mains. De toutes les
actions où s'étoit diſtingué M. de Belfunce cel-
le-ci fut laplus flatteuſe pour lui , parce qu'elle
ſe paſſa prèſque ſous les yeux de ſon Général ,
qui arriva au moment où elle finiſſoit.Mais telle
étoit lamodeſtie , & l'élévationde ſon âme , que
:
K iij
:
222 MERCURE DE FRANCE.
s'occupant moins de ce qu'il avoit fait que de
ce qu'il auroit voulu faire , il n'aborda le Maré-
chal de Broglie quiavec crainte & parut furpris
des éloges qu'il en recevoit.
Juſqu'ici le fuccès a toujours accompagné
notre Héros; ilmanquedonc quelque choſea fa
gloire: car comment connoître les hommes qui
n'ont pas connu l'adverſité! ne craignons point
pour lui cette épreuve : elle mettra ſon mérite
dans tout ſon jour. M. le Maréchal de Broglie
étoitencore enWestphalie, mais il méditoitle pafa
fageduWezer, & il vouloit s'aſſurer la communi
cation de Goeringue. Il y envoya M. le Vicomte
de Belfunce avec le corps qu'il commandoit.
LeGénéral Lukner dont on connoit la capacité
& l'activité reçut un renfort conſidérable , fir
une marche forcée , & vint tomber ſur M. de
Belſunce qu'il trouva près de Daſſel ; l'inégalité
des forces rendoit la retraite néceffaire , mais la
nature du terrein la rendoit très-difficile. M. de
Belfunce voit le danger ; & ne s'en émeut pas
c'eſt a la valeur àcompenfer rant dedéfavanta-
ges,& il compte fur celle de ſesTroupes. L'en-
nemi qui croit être sûr de la Victoire, le preſſe
&s'oppoſe à fa retraite. Dès qu'il s'approche , M.
deBelſunce le fait charger; un Efcadron ne paffe
un défilé que tandis qu'un autre combat , &
repouſſe une colonne entière de Cavalerie. Après
vingt charges plus glorieuſes les unes que les
autres , notre Cavalerie parvientenfin à allurer fa
retraite; mais cinq cens hommesd'Infanterieac-
cablésde laffitude &du poidsdela chaleur qui ce
jour-là fut exceſſive,ne purent monter un eſcarpe-
ment au haut duquelils auroienttrouvéleur falut.
M. deBelfunce , obligé de les abandonner, fe
ſaiſir de leurs drapeaux, & les emporte avec lui,
ne laiſſant ainſi aux ennemis d'autre ſupériorité
FEVRIER. 1764.
223
quecellequeleur donnoit la vîteſſede leurs che-
vaux fur les forces du Fantaſſin épuiſé. Ce revers
ne diminua ni ſon courage , ni la confiance que
ſes troupes avoient en lui. Il écrivit au Maréchal
de Broglie : Nous avons été battus , mais nous
nous sommes bien battus . M. de Belſunce cherchoit
une revanche au lieu d'excuſe ; & ſon Général le
miten étatde la prendre. Il lui donna de nou-
velles troupes , & l'envoya vers la forêt du Hartz
avec ordre d'obſerver les ennemis & d'entrepren-
dre ſur eux , s'il en trouvoit l'occaſion .
M. de Belſunce marchoit plein d'ardeur &
d'eſpérance , lorſqu'il reçut l'ordre deſe rendre à
la Cour pour y recevoir des inſtructions ſur ſa
deſtination ultérieure. 11 obéit & ſediſpoſe à par-
tir. Cependant il voit avec douleur qu'il ne lui
reſte plus que cinq ou fix jours à commander
ces braves gens qui avoient toujours combattu
fous ſes ordres , & qui s'étoient tous promis de
le vanger. Dans ces circonstances il s'approche de
la forêt du Hartz. Ce Pays affreux & inacceſk-
ble eſt fameux par les mines qu'il renferme. Des
montagnes énormes entaſſées les unes ſur les
autres , & couvertes de cyprès; des torrens dont
l'onde mêlée de ſoufre & de vitriol flétrit l'herbe,
1
qu'elle arroſe & couvre de rouille les pierres qu
lui ſervent de lit ; des rochers menaçans , des
ruines immenfes , des précipices horribles ; tels
font les objets hideux que la Nature a raſſemblés
dans les lieux où elle a placé ſes tréſors. Cer
épouvantable ſéjour est habité par un Peuple di-
gne de lui. Des hommes pâles & livides , accou-
tumés à vivre dans les entrailles de la Terre , ne
pareiſſent ſur ſa ſurface que comme ces oiſeaux
lugubres que la lumière offenſe & qui reffentent
en voyant la clarté du jour une terreur égale à
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE .
cellequi nous ſuit dans les ténébres. Qui croiroit
que cette horrible contrée renfermât l'objet le
plus cher aux deſirs de l'homme , & que nos Pa-
lais les plus rians lui duſſent leurprincipal éclat a
Mais ce Pays offre lui-même un contraſte aufli
frappant ; du ſein de ces arides montagnes on
voit s'élever une Ville bien bâtie ( e ) & bien or-
née. C'eſt làqu'on prépare les métaux , & qu'on
les convertit eneſpéces. L'argent qui y abonde y
procure tout ce qui nedépend pasdes faveursde
la Nature. Le Duc de Brunswick & l'Electeur
d'Hanovre en partagent la Souveraineté ; tous
deux étoient alors nos ennemis , & la conquête
de ce Pays ne pouvoit manquer d'être très-im-
portante pour nous. Mais la Nature l'avoit ren-
du prèſqu'inacceſſible , & l'art avoit achevé ſon
ouvrage. Un ſeul chemin en permettoit l'entrée
àtravers une gorge étroite eſcarpée & défendue
par pluſieurs retranchemens ; la garde en fut
confiée à 1500 chaſſeurs tant à pied qu'à cheval ,
commandés parleGénéral Freytag, & connoif
ſant tous parfaitement le pays qu'ils devoient
défendre.
Quelqu'envie qu'eût M.de Belſuncede triom-
pher de tant d'obstacles , il ſentit que ce ſeroit
verſer du ſang inutilement que de tenter à force
ouverte le ſuccès de cette entrepriſe. Avant d'ar-
river à la forêt on trouve près d'un petit ruif-
ſeau & au bas d'un eſcarpement une ( f) Ville
affez conſidérable ſituéeà 300 ou 400 pas de la
( e ) Clausthal & Cellerfeld font regardées com-
me deux Villes séparées , parce que l'une appar-
tient à l'Electeur d'Hanovre , & l'autre au Duc
de Brunswick ; mais elles se touchent & ne pa-
roiffent auxyeux que comme une feule Ville.
(f) Oflerode.
7
FEVRIER. 1764.
225
gorge; c'étoit-là où l'infanterie Hanovrienne fa-
tiguéed'avoirpaſſetoutela nuit ſous les armes ve-
noitſe repoſer pendant la journée. La cavalerie
reſtoit en bataille dans une petite plaine derriere
laVille. Des Poſtesplacésdetous lescôtésdevoien
avertir s'ils voyoientparoître lesFrançois.M.deBel-
funcereconnoît la poſitionde l'ennemi & le trouve
ſur ſesgardes, mais il parvient bientôt à lui inf-
pirer de la confiance en lui faiſant pluſieurs atta-
ques ſimulées , qui d'abord, lui donnent l'allarme
mais qui n'ayant point de ſuite , le font re-
pentirdes'être fatigué inutilement. M. de Belfunce
profitedeces eſcarmouches pour éxaminer com-
ment il pourra fairepaſſer ſa cavalerie au guć
& couper celle des ennemis avant qu'elle ait
gagné lebois. Enfin le z Septembre, il ſe met en
marche pendant la nuit ; arrive à un bois où il
fait cacher ſes troupes juſqu'à ce que l'heure ſoit
venueoù les ennemis quittent les retranchemens
pour entrer dans la Ville ; puis il fait paroître
quelques troupes légéres devant leſquelles les
poſtesdes ennemis ſe replient comme ils avoient
fait les jours précédens , ſans donner l'allarme au
reſtede leurs troupes ,bientôt il s'avance lui-
même ſuivide ſon Infanterie& de ſa Cavalerie ,
quitraverſenten courant une plaine deplusd'une
demie lieue de large. A la tête de la premiere il
deſcendl'eſcarpement par un chemin qu'il avoit
reconnu , traverſe le ruiſſeau , tombe ſur la Cava-
Jerie ennemie , la met en fuite & ſe porte rapi-
dement ſurle chemin par lequel l'Infanterie Ha-
novrienne peut ſe retirer. Pendant ce temps-là
la ſienne arrive , attaque la Ville & en briſe les
portes , les ennemis fuyent de toutes parts , mais
on leur faitplus de sooprifonniers. Il n'yavoit
pasunmomentàperdre fi 100hommesſeulement
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
s'étoient ralliés à l'entrée des bois , l'entrepriſe
ftoit manquée. Mais nos Dragons les ſuivirentjuf-
qu'àleurs retranchemens.Arrêtés parces obstacles,
ils mettent pied à terre & emportent la première
barrière. L'Infanterie lesjoint& ſans s'arrêter un
inſtant elle poursuit les fuyards ſur toutes les
montagnes du Hartz juſqu'à ce qu'elle arrive à la
VilledeClauſtal dontelle s'empare après avoir
fait cing lieues de chemin, dont trois en combat-
tant. Ce ſuccès nous valut un million de contri-
butions; & en nous ouvrant lepays d'Halberstadt,
&deBrunswick , il prépara l'expédition deWol-
fembutel.
M. le Vicomte de Belſunce ſe réſout enfin de
quitter ſes braves Compagnons , mais il eſt obligé
d'éviter leurs adieux; ils eufſſent été trop touchans
pour eux, & trop glorieux pour lui. Il ſe rend à
laCour où il apprend qu'il eſtdeſtiné àcomman-
der un corps detroupes qu'on envoye à Saint-Do-
mingue. De toutes les idées effrayantes qui , dans
cetteoccafion, pouvoient ſe préſenter à ſon eſprit,
la ſeulequi letouche, c'eſt la craintede ne pouvoir
répondre comme il le deſire à la confiance qu'on
lui témoigne. Il n'objecte pas que ſon tempéra-
ment ne peut foutenir la mer; que ſa ſanté, déja
épuiſée parde longs travaux,réſiſtera difficilement
àun climat dangereux : mais feulement que le
genre de guerre auquel on le deſtine ſeranouveau
pour lui , & qu'en répondant de fon zèle , il ne
peut répondre de ſes talens. Réſola d'obéir , il ne
demande plus qu'une grace : c'eſt d'emmener
aver lui ſon ami. Car ſon âme douce & ſenſible ,
accoutumée dès long-temps aux impreſſions les
plus tendres , n'avoit pas changé de nature par
l'habitude des combats , & s'étoit du moins réſer-
vé le ſentimentde l'amitié ,comme celui qui con-
FEVRIER. 1764.
22.7
vientleplus à un grand homme. Mais ici fon in-
clination ſe trouvoit encore identifiée avec fon
amour pour la guerre. Il y avoit plus de vingt
ans qu'il étoit lié de l'amitié la plus vive avec М.
de Caftra, Lieutenant -Colonel desCantabres: une
eſtime réciproque avoit toujours refferré ces liens.
Il voulut donc qu'il s'embarquât avec lui ( g ) ,
ainſi que deux Officiers de fon Régiment, dont il
avoit éprouvé la valeur & la capacité h ) . Mais
s'il ménageoit ainſi desſecours utiles à la Colonie
qu'il alloit défendre , quelsſecours plus importans,
encorene ſe préparoit-il pas à lui-même ? Heureux
eelui que lafortune a élevé& qu'elle attache encore,
àdegrands emplois, ſi lorſque l'intérêt particulier,
les cabales , les jalouſies viendront ſe placer entre
lui & le bien qu'il voudra faire , il trouve alors un
ami qui, par ſon eſtime & fon fuffrage , conſole
ſon âme flétrie par l'injuſtice, & lui ouvre un cœur
ſimple & pur , auquel il puiſſe confier le dépôt de
ſa vertu!
M. de Belſunce s'embarqua ſur l'Eſcadre com-
mandée par M. de Blenac; il mit à la voile le 24
Janvier 1762 , & arriva à Saint-Domingue le 16
Mars. Il ſouffrit beaucoup de la mer pendant la
traverſée: mais les devoirs qu'il doit remplir à fon
arrivée lui donnent de nouvelles forces. Il a bien-
tôt acquis une connoiſſance exacte du pays. N
obſerve que la défenſe en eſt trop étendue , &
qu'il n'eſt pas poſſible de s'oppoſer par-tout à un
débarquement. Il ſçait que cette fauſſe idée de dé -
fendre la côte a déja perdu pluſieurs Colonies ;
il ſe réfout donc à prendreune poſition où il ſoir
(g) Ilpaſſa à S. Domingue avec le rang deBri
gadier.
(h) MM. de Renaud& de Milly.
Kvj
228 MERCURE DE FRANCE.
impoſſible de leforcer , &d'où il puiſſe , en casde
deſcentes , harceler & inquiéter aſſez les ennemis
pour les forcer à abandonner leur entrepriſe. Tel
fut le plande défenſe qu'il choiſit , & qui fera cer-
tainement approuvé par quiconque ne préférera
pas l'intérêt de ſon habitation à celui de ſa Patrie.
Les fatigues, les ſoins que de ſi ſages meſures
avoient exigés de lui netardèrent pas à altérer ſa
conſtitution. Son tempérament paya alors au cli-
mat un tribut qu'il ſembloit que ſon âme eût ſuſ-
pendu , tant que ſa ſanté avoit été néceſſaire à la
Colonie. La force de ſa complexion le fit triom-
pher de cette maladie , ainſi que d'une autrequ'il
eut encore peude temps après celle-là.
M. le Vicomte de Belſunce, pendant le court
eſpacede temps qu'il a vécu, a eu du moins la
confolation de recevoir les honneurs ſans les avoir
mandiés.M. le Duc de Choiseul, qui, vingt ans au-
paravant , avoit fait connoillance avec lui les armes
àla main, réuniſſant en ſa perſonne les Placesde
Secrétaire d'Etat , de la Guerre & de la Marine,
ne lui montra ſa ſupériorité qu'en appréciant ſes
ſervices , & en lui faiſant obtenirdes récompenſes
qui auroient perdu de leur prix ſi elles avoient été
follicitées.
M. de Belſunce apprit qu'il avoit été fait Lieu-
tenant-Général & Gouverneur de S. Domingue ;
mais ces honneurs ſi bien mérités ne devoient
ſervir qu'à décorer ſa mémoire. Il fut attaqué au
mois de Juillet 1763. d'une maladie qui le
conduiſit bien- tôt au tombeau. Ce fut alors que
fon courage fut mis à une épreuve nouvelle; il
avoit enviſagé la mort ſans effroi ,' lorſqu'il avoit
été au-devantd'elle ; dans ce moment il la voit
tranquillement s'avancer vers lui. Mais il lui
manque la conſolation d'expirer entre les bras
deſon ami. M. de Castra étoit abfent, &jamals
V
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ja
pa
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C
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FEVRIER. 1764 .
229
ſapréſence n'auroit été plus néceſſaire à M. de
Belſunce. Car dans ces momens extrêmes , l'âme
conſervant encore une activité qu'elle ne peut
plus porter ſur elle-même ,s'élance avec ardeur
vers les objets de ſon amour ; & ce ſentiment eſt
d'autant plus pur en elle qu'alors ily régne tout
ſeul, & n'en partage plus l'empire avec l'intérêt
perſonnel , & l'amour de la conſervation. M.
de Belſunce averti de ſa fin , leva encore une
fois les yeux,regarda autour de lui ,&n'y voyant
pas ce qu'il cherchoit il les referma foudain
comme s'il donnoit le ſignal à la mort qui
s'apprêtoit à le frapper. Déjà les regrèts avoient
fuccedé aux allarmes , déjàle deuil étoitrépandu
parmiceux qui l'environnoient. M. de Castra ar-
rive : en vain on veut l'arrêter en lui diſant qu'il
n'eſt plus tems;il s'élance vers le lit de ſon amis
l'appelle avec des cris douloureux. La mort ſem-
ble les entendre & lâcher ſa proïe. M. de Bel-
funce fort de l'agonie , où il étoit plongé depuis
dix-huit heures: c'eſt vous que je revois ,dit-il ,
que mon fort eſt changé ! c'en est fait , je meurs
content A ces mots, il voit couler les larmes de
ſon ami , il ſe ſent ſerrer dans ſes bras , il veut
le ferrer à ſon tour, il retrouve ſes forces ; l'a-
mitié , cette douce conſolation de ſon être en
combat la deſtruction. M. de Betfunce paroît
rappellé a la vie , l'eſpoir renaît , une joie timide
&inquiette ſe répanddans ſamaiſon.M. de Caftra
lui-même ſe flatte de le conſerver. Mais , M. de
Belfunce ſentoit mieux ſon état. N'eſpérez rien,
dit-il ,mesjours ſont consommés ; la mort habite
déjà dans mes entrailles . ( i ) je ſens l'endroit
où elle me frappe ; ne lui oppoſons point une
réſiſtance inutile: mais tant que nous vivrons
(i) Ilest mort d'une inflammation d'entrailles .
<
230 MERCURE DE FRANCE .
foyons dignes de vivre.Alors il employe le reſte
de ſes momens à faire ſes dernières diſpoſitions.
L'équité la plus parfaite y préſide. A peine furent-
elles conſommées que le moment fatal.
...
Mais
pourquoi nous retracer ces objets douloureux ?
Défenſeur . Offrons-lui le tribut de nos larmes ,
3
Nous avons perdu un Citoyen , un Guerrier , un
fans douteil le merite; mais il a vécuavecgloire, &
ſa vie aété ſans tache : mêlons donc quelques
fleursaux lauriers qui ornent ſa tombe , & n'offen-
fonspasſamémoire pard'inutiles plaintes ; car ce-
lui-là ſeul eſt mort trop tôt quia fini ſes jours, ſans
les avoir rendusutiles à ſon pays.
mort de M. le Vicomte de BELSUNCE, nous eussions
defiré étre alors en état de rendre àſa mémoire,
le tribut de louanges qui lui eft fi légitimement dû ;
& c'est avecgrand plaisir que nous faiſons part au
Public de cet Eloge qui vient de nous être envoyé.
FEVRIER . 1764.
201
ELOGE Historique & Militaire de
M. le Vicomte de BELSUNCE.
DE toutes les passions qui élévent & échauffent
le coeur de l'homme, la plus noble, la plus
pure , celle qui règne encore ſur le ſage l'orf-
qu'il a dompté toutes les autres , c'eſt la gloir e
où le déſir d'éxiſter honorablement dans l'o-
pinion d'autrui. Plus cette paſſion paroît s'éloi-
gner des premièrs appétits de nos ſens ,plus ſon
empire eſt vague & indéterminé , plus il faut
ſeconder ſes élans ambitieux , & aggrandir l'em--
pire de ſes chimères. Nul obstacle ne l'arrête ;
nulle crainte ne l'épouvante: mais elle s'indigne
qu'on lui préſcrive des limites ; car ſon Domaine
eſt le temps & l'eſpace , & la récompenſe l'immor
talité. Que feroit-ce donc , pour le cœur qu'elle
anime, que ce moment ſi court où nous occupons
une petite place dans ce vaſte univers ? Quel
frivoleeſpoirque celui d'une louange incertaine !
Que l'enthouſiaſme prodigue quelquefois ,mais
que l'envie ou l'intérêt particulier ſe hâtent de
corompre ! Quel prix pour la vertu , que ces
honneurs tant de fois profanés , & ces diſtin-
tions ſi ſouvent uſurpées ! La faveur eſt pour
ceux qui vivent , la réputation pour ceux qui ne
font plus. Le grand Homme n'eſt dignemeng
louéque par les regrets. Auſſi voyons-nous tou
tes les ſociétés , où la gloire eſt le ſentiment
dominant,s'attacher principalement à honorerla
mémoire de ceux de leurs Membres , dont la
mort les a privées. Cet uſage a peut-être con
Lv
202 MERCURE DE FRANCE .
tribué , plus que touteautre choſe , à foutenir la
ſplendeur des Académies ; on aime à les voir
commencer à louer lorſque la louangen'eſt plus
ſuſpecte ; il ſemble que ce ſoit là une éléction
nouvelle; &, d'autant plus flateuſe que lerang
qu'elle affigne s'étend à tous les Siécles! Le métier
des Armes regardé parmi nous comme leplus
noble de tous , ſeroit-il donc le ſeul fruſtré
de cet avantage ? Les vrais Amans de la gloire
feront-ils privés de ſes derniéres faveurs ? Et verra-
t-on mourir les plus braves Guerriers comme on
voit tomber tour-a-tour les Victimes deſtinées au
Sacrifice? Mais ſi les malheurs de la Guerre en-
durciſſent nos coœurs , & les accoutument au
Deuil, comment pourrons-nous contemplerd'un
œil indifférent le ſort d'un Officier diſtingué,
qui , après avoir deux fois verſe ſon ſang en
Allemagne , a traverſé les Mers pour chercher
un péril nouveau , ſous lequel il devoit enfin
fuccomber ? Sans douteune telle perte ne doit
pas trouver d'âme inſenſible. Mais c'eſt à l'amitié
a élever la voix pour rappeller aux Militaires le
ſouvenir d'unHomme qui fut leur compagnon ,
& leur ami , & les inviter à répandre encore
des larmes & des Aeurs ſur ſa tombe.
M. le Vicomte de Belſunce , Lieutenant Gé-
néral des Armées du Roi , & Gouverneur de S.
Domingue nâquit en 1720 , dans les Terres (a)
de ſon Père : Il y reçut cette éducation de la
(a) à Méharin en Béarn. Nousnedirons point
ici que M. de Belſunce , étoitforti d'une Maison
Illustre , qu'il étoit le vingtième Vicomte du méme
nomdePère enfils toutes ces chofesferontgravéesfur
des monumens ,nous n'écrivons ici que cequi doit
être gravé dans les cœurs.
FEVRIER . 1764.
203
première enfance, fi importante pour le reſte de
la vie , & pourtant ſi négligée parmi nous.
Placé en arrivant au monde dans ces contrée's
belliqueuſes qui ont vû naître Henry-le-Grand
il ne fut point accoutumé à ces ſoins trop em-
preſſes & toujours indiſcrèts , qui rendent les en-
fans également vains & foibles. Ses parens , pé-
nétrés des principes de l'ancienne Nobleſſe ,
croyoient qu'il falloit avant tout le rendre digne
de vivre , & que ſes jours ne ſeroient précieux
qu'autant qu'il pouroit les rendre utiles à ſa
Patrie. Ce fut donc dès lors qu'il acquit cette
force de tempérament , cette mâle vigueur qui
fait les bons Guerriers ; & cette aiſance , cette
grâce naturelle qui les rend aimables. S'il eſt
vrai que l'accorddes formes extérieures avec les
qualités de l'âme , ou , ſi l'on veut , de la figure
avec le caractère , produiſe cet enſemble , cette
harmonie d'où réſulte la principale beauté , nous
nedevons pas être ſurpris que M. de Belfunce
aitpoſſédé fingulièrement ledonde plaire &de
prévenir en ſa faveur. Sa démarche étoit auſſi
noble & auſſi franche que ſes manières , & ladou-
ceur de ſes mœurs ſe faiſoit ſentir dans toute fa
perfonne. Il aima paſſionnément les éxercices du
corps, fur-tout ceux qui demandent de l'adreſſe
&de l'audace: mais l'émulation qu'il y mit ne fut
jamais ni petite ni vaine. Il ne les regardoit
que comme des moyens quiconduiſent àdesobjets
plus importans ; & comme ſi ſon âme eût porté
en elle- même l'imagede la véritable gloire , on
ne le vit jamais prendre des fantômes pour elle
ni la chercher où il nepouvoit pas la trouver.
Elevé parmi les Baſques , leurs éxercices & leurs
jeux lui plurent infiniment. Il avoit même ſi
bienapprisleur langue qu'il ne l'a jamais oubliéć ,
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
'& qu'il la parloit auſfi facilement que le Fran-
çois. (b ) Mais on vit bien-tôt ſe manifeſter en
lui un goût décidé pour la guerre ; & lorſque
nos goûts font vifs& foutenus , ils ne tardent
pas à devenir des talens. Le cours des Etudes
ordinaires , époque pendant laquelle on paroît
plutôt attendre l'âge de jouer un rôle que s'y
préparer , ne lui offrit que de foibles attraits. Eh !
que voit-on en effet dans laplupart des Ecoles ?
La Science , concentrée dans des règles puériles
paroît tourner toujours ſur elle - même & ne
s'appuyer jamais ſur les rapports & les beſoins
des hommes. Si l'on eût dit à M. de Belſunce,
que l'étude rendit César , le premier de ces
Romains , qui étoient les premièrs de la terres
fi on lui eût raconté comment Lucullus , en
cultivant les Lettres , ſe mit en état d'être un
grand Général le jour qu'il voulut le devenir ;
ſi on lui eût fait ſentir combien leur commerce
aggrandit l'âme , & comment toutes les grandes
choſes ſe tiennent , ſans doute il auroit fait de
rapides progrès dans une carrière où la facilité de
ſon eſprit ſembloit l'appeller & nous ajou
terions un article à ſon Eloge , quand même
nous ne l'enviſagerions que comme Homme
de Guerre. Il falloit à M. de Belſunce , des
études plus Analogues à ſes penchans. Il les
trouva dans le Régiment du Roi. On ſçait aſſez
que , dans ce Corps reſpectable , la jeuneſſe
reçoit des leçons en temps de Paix , comme elle
y trouve des éxemples en temps de Guerre. Il y
entra en 1739 , & continua d'y ſervir juſqu'en
3745. Rappeller les actions de ce Régiment c'eſt
: (b) On ſçait que le Basque est une langue mère
bien antèrieure à la nôtre.
FFVRIER. 1764.
205
raconter celles de M. de Belſunce , qui n'occu-
pant alors qu'un rang ſubalterne , ſe trouvoίε
confondudansla foule des braves gens , & faifoit
des choſes mémorables, fans pouvoir ſe diſtin-
guer. Perſonne n'ignore comment cette troupe
valeureuſe ſouffrit à Prague les horreurs d'un
Siége, & celles de la famine ; & comment ces
Guerriers invincibles alloient dans les ouvrages
des ennemis , braver la mort , qu'ils retrouvoient
enfuite ſous un aspect encore plus horrible
,
lorſque , rentrant en triomphe dans leurs murs ,
ils voyoient autour d'eux la difette & la conta-
gion. Tels furent pour M. de Belſunce , les
prémices de la vie ; tel fut lejourterriblequi bril
la ſurſon Printemps.
En 1745. il quitta l'Infanterie & obtint une
Compagnie de Dragons. Ici ſes ſoins ſe multi-
plient. Ilne ſuffitpasà l'homme qu'il va comman-
der d'être brave &docile , il faut qu'il ſoit pro-
fond dans l'art de maîtriſer , de conduire cet
animal courageux , non moins utile au combat
que leGuerrier lui-même. Le Dragon également
deſtiné aux fiége, aux batailles & aux eſcarmou-
ches , doit être à la fois , Fantaſſin , Cavalier &
Huſſard. Dans le combat , fixe dans ſon rang,
attentifau moindre ſignal; dans l'eſcarmouche ,
rapide & léger , ſe ſervant de Chef à lui-même :
par-tout ſon rôle eſt différent , par-tout il luk
fautde nouveaux talens : tantôt il doit preſſer la
courſe de ſon cheval , tantôt la modérer , & la
régler avec une éxactitude géométrique. Cen'eſt
pas tout, cen'eſt même rien encore: fi lorſque
lerepos ſuccède aux travaux ,de conducteur im-
périeux il ne devient pas protecteur attentif &
complaiſant;dès que ſon cheval ne leſert plus ,
c'eſt àlui à leſervir , à lui procurer une nourriture
1
106 MERCURE DE FRANCE.
convenable , à ſoigner ſesbleſſures &àréparer ſes
forces abbatues.
M. le Vicomte de Belſunce , entrant dans
les plus petits détails , fut bien-tôt en état de
donner en tout l'exemple & la leçon. Il ſentit
dès-lorscombien ces détails étoient importans ,
&il jugea qu'ils ne devoientparoître minucieux
qu'à celui qui n'a pas allez d'étendue d'eſprit
pour appercevoir la chaîne qui les lie aux plus
grandes choſes. Il faut avouer qu'alors on
ignoroit aſſez généralement que s'attacher à
avoir de belles troupes , c'étoit travailler à en
avoirde bonnes ; que ſi l'onveut qu'un homme
foit ſoldat un jour d'action , il faut qu'il le ſoit
tous les jours de ſa vie; enfin que tout ce qui
accoutume à l'ordre & à l'obéiſſance conduit
directement à la victoire. Scipion paſſe en revue
fon armée, il remarque le cheval de Marius
c'étoit lemieux ſoigné,le mieux équipé de toute
ſa Cavalerie. Scipion loue , protége, éléve Ma-
rius,& ce regard d'un grand Général dévoile les
talens d'un homme dont le nom retentit encore
mille ans après ſa mort en des climats où il
n'étoit jamais parvenu de ſon vivant. Et cepen-
dant ladiſcipline &l'exactitude ſont traittésparmi
nousde ſoins frivoles & puériles. M. le Vicomte
de Belſunce penſa tout autrement , & nous ne
pouvons nousdiſſimuler que ce qui lui mérite
nos Eloges, lui attira ſouvent la jaloufie & la
critique. Il n'y répondit qu'en perſévérant ; il
ſçavoit que la diſpute aigrit les eſprits , & que
l'exemple les ramene. Sa modeſtie , ſa fran-
chiſe,la fimplicité de ſes mœurs lui firent enfin
pardonner ſes talens.
La Guerre continuant avec la même vivacité,
M. de Belfunce ſetrouva dans la plupart des ac
FEVRIER. 1764.
207
tions qui ſe paſſerent enFlandre: il profita de
cesoecaſions pour s'inſtruire profondément dans
l'Art de conduire &de faire combattre la Cavale-
rie : artd'autant plus difficile qu'il demande un
jugement à la fois für & rapide, qu'il éxige le
flegme & l'impétuoſité , & ne laiſſe ſouvent
qu'un moment pour décider du fort d'une Ba-
taille. Ce fut lorſque M. de Belſunce ſe trouva
chargéde conduire des Détachemens conſidéra-
bles ,qu'il ſentit tout le prix de l'expérience qu'il
avoit acquiſe dans les Dragons.
Cependant une nouvelle carrière s'ouvre pour
lui. M. lePrince de Monaco ayant été fait Ma-
réchal de Camp : le Roi donna ſon Régiment
au Vicomte de Belſunce ;
c'étoit un des plus
anciens & des plus braves Régimens del'Infan-
terie Françoiſe. La Paix dont on commençoit
àjouir , ne fut pas un obſtacle à l'émulationde
ce nouveau Colonel. Les premières années de
cette paix furent un temps d'activité pour l'In-
fanterie. Nos neveux auront peine à croire
qu'une Nation , qui venoit de faire la guerre
pendant huit ans avec trois cens mille hom-
mes de troupes , n'avoit pourtant ni Tactique ,
ni Exercice , ni Diſcipline. Il fallut de nouveaux
Réglemens fur prèſque tous les objets du Ser-
vice Militaire. Les premieres Ordonnances qui
parurent n'eurent pas tout le fuccés qu'on en
attendoit; on les corrigea , on en fit de nouvelles.
Et celles-ci , quoique plus prèsdu but qu'on ſe
propoſoit laiſfoient encore dequoi travailler à
ceux qui , comparant toujours la pratique &
la théorie, ne trouvent riende beanque ce qui eſt
bon & utile. L'Hiſtorien Jofeph , en louant la
Diſcipline des Romains, diſoit que leurs Exerci-
ces étoient des Combats où le ſang n'étoit pas
الله
208 MERCURE DE FRANCE.
répandu , & leurs Combats des Exercices enfan-
glantés. M. le Vicomte de Belſunce fondoit tout
ſon ſyſtème ſurce rapport immédiat que doivent
avoir les évolutions des Exercices avec celles des
Combats . Toute manœuvre difficile & com-
pliquée fut rejettéecomme inutile & même com-
me nuifible. L'objet des évolutions , diſoitil , ne
peut être que de changer dediſpoſition ou de
lieu ; dans ces deux cas le moyen le plus fim-
ple & le plus prompt eſt toujours préférable.
Son Régiment fut donc accoutumé à exécuter
des mouvemens aiſés , mais rapides : ſe rompre ,
ſe réformer , ſe développer en un clin d'œil
n'étoit plusqu'unjeu pour lui.
Les Militaires étoient alors partagés ſur un
point qui n'a pas moins élevé de diſpute parmi
eux,que la queſtion ſur la prééminence des anciens
ou des modernes ( c ) n'en a fait naître parmi
les Gens de Lettres. Il s'agiſſoitde ſçavoir ſi les
affairesd'Infanteriedevoient ſe décider par le feu
ou par l'arme blanche. Les François , diſoient
les uns , naturellement vifs & impétueux , doivent
attaquer avec la Baïonnette ; tandis que les
Allemands , plus lents &plus flegmatiques , met-
tront toute leur confiance dans leur feu. Les
autres prétendoient qu'une troupe , accoutumée
à tirer vite & avec ordre , ſeroit aſſurée de la
Victoire ; parce qu'elle détruiroit ſon ennemi
avant qu'il pût la joindre. A entendre difputer
(c) On pouvoit comparer les partiſans de l'Ar-
me blanche à ceux des anciens & les partiſans
du feu à ceux des modernes , & cela d'autant
mieux que le fort de la querelle rouloitfur la
prééminence des anciens Militaires fur les Mi
litaires modernes.
FEVRIER. 1764.
209
gravement ſur cette matière on eût dit qu'il en
étoitdes armées comme de deux hommes qui
veulent ſe battre en duel , & qui choififfent en-
tre l'épée & le piſtolet. Il s'en faut bien cepen-
dant que les batailles ne ſe décident ainfi. On
peut les rapporter toutes à ces deux objets géné-
raux ; l'attaque & la défenſe. De deux armées
qui combattent , l'une veut défendre un terrein ,
& l'autre l'emporter: celle qui le défend tâche
d'entirer le meilleur parti poſſible, ſoit en ap-
puyant ſes flancs , ſoit en profitant des hauteurs ,
foit en couvrant ſon front de quelques retran-
chemens naturels ou artificiels : dans ce cas , fon
ordre de Bataille eſt déterminé par des points
principaux ; la place où elle ſe trouve eſt la
plus avantageuſe pour elle , & c'eſt là qu'elle doit
recevoir le combat. Il faut donc qu'elle y atten-
de ſon ennemi,& queque lorſqu'il approchera, elle
lerepouſſe par ſon feu. On ſent que fi elle alloit
au-devant delui ,elle perdroit tout l'avantage
deſa poſition.Le principe de l'Armée qui attaque
eſt tout oppoſé. Il s'agit de forcer l'ennemi
dans un des points principaux de ſon ordre de
bataille. Comme c'eſt à elle à manœuvrer , elle
doit luidonner de la jalouſie par-tout , afin de
lui dérober la connoiffance de l'endroit où elle
doit attaquer & où elle ne manquera pas de
porter la plus grande partie de ſes forces; ré-
parant ainſi par le nombrele déſavantage de la
poſition. Dans ce cas , les troupes qui attaquent
doivent s'efforcer d'arriver ſur l'ennemi le plus
promptement qu'il eſt poſſible: car juſqu'à ce
qu'elles l'ayentjoint, elles ſeront expoſées à un
feu qui ſera toujours ſupérieur, puiſque des trou-
pes qui font en repos tirent beaucoup mieux que
celles qui marchent. Ajoutez à cela l'effet pro
210 MERCURE DE FRANCE .
digieuxd'une Artillerie placée avantageuſement,
& vousconviendrez que tout ſe réduit àce prin-
cipe qu'il faut attaquer avec l'arme blanche , &
ſe défendre par le feu. Il ſuit de-là que les
Soldats doivent être accoutumés à marcher avec
vivacité , quoiqu'avec ordre , & à tirer prompte-
ment , quoiqu'avec flegme & adreſſe.
M. le Vicomte de Belſunce ſentit mieuxqueper-
ſonne cette double néceſſité. Son Régiment fut
éxercéà marcher avec cette rapidité quieſt ſi natu-
relle à la Nation Françoiſe , mais avec un ordre
qui lui étoit tout nouveau. Lorſquedans les éxer-
cices on formoit une attaque ſimulée, les ſoldats
redoubloient imperceptiblementla viteſſe de leurs
pas juſqu'à ce qu'étant ſuppoſés prêts à joindre
l'ennemi , ils priſſent leurcourſepour tomber ſur
lui avecdes cris de victoire que toutes les Nations
ont adoptés à l'éxemple du Barritusdes Romains.
Mais l'ordre & ladiſcipline les ſuivoient juſques
danscedéſordre apparent; le moindre ſignalles
rallioit, & à la place d'une troupe débandée &
abandonnée , vous revoyez ſoudain une ligne
d'infanterie marchant gravement &pofément.
En s'occupant ainſi de l'artd'attaquer,il ne fal-
loit pas négliger celui de ſe défendre. M. le Vi-
Comte de Belſunce ſçut encore le perfectionner.
Il remarqua que les feux qu'on faiſoit éxécuter
dans les éxercices n'avoient pas affez de rapport
avec ceuxqui ſe pratiquentdans les combats. Dans
les premiers, l'ordre eſtdifficile & minucieux; dans
leſecond,laconfuſion eſt exceſſive. M. de Bel-
funce ſcut trouver un juſte milieu. Il introduifit
une méthodepar laquelle le ſoldat paroiſſant tirer
àſavolontéentretenoit un feu réglé,fuffiſamment
nourri , & qui nes'éteignoitjamais. Il avoit obſer-
véquedans lecombat,lepremier rang ne met
?
FEVRIER. 1764.
211
toitpas un genou à terre , comme à l'exercice ;
il trouva le moyende faire tirer les trois rangs
debout: par-là ,il gagna du temps &de la préci-
fion, & fur-tout le grand objetde la conformité
parfaitede l'exercice avec le combat.
Nous n'entrerons pas ici dans le détail de tous
les ſoins qu'il ſe donna pour établir la régle &
la diſcipline dans tous les points.
C'étoit aux
ſuccès à faire l'éloge du travail qu'il avoit fait
pour inſtruire les autres & s'inſtruire lui-même .
Il falloitdone que la guerre mît au jour ſesta-
lens. Elle s'alluma en Allemagne dans l'année
1757. Le Régiment de Belſunce ſervitdans l'ar-
mée de M. le Maréchal d'Etrée. La bataille d'Haf-
tembeck qui nous valut l'Electoratd'Hanovre fuc
plus déciſive que ſanglante. L'attaque queM. de
Chevert exécuta ſur le flane gauche des ennemis,
en aſſura le ſuccès avant que le reſte de l'armée
les eût pu joindre. Le Régiment de Belſunce ,
quoique deſtiné à une attaque , & ayant la tête
d'une colonne, n'eſſuya qu'une pertelégère.Mais
le courage impatient deM. de Belſunce l'avoit
conduit à de plus grands dangers. M. leMar-
quis d'Armentieres , aux ordres de qui il étoit.
avoitjugé à propos de former une avant-gardede
neuf Compagnies de Grenadiers. Ce Général
croyantque M. de Belſunce préféreroit de reſter à
la têtedela Brigade qu'il commandoit, avoit con-
fié la conduite de ce détachement à M. de laBla-
chette , Lieutenant Colonel de ſon Régiment.
M. de Belfunce , plus attaché à la gloire qu'a fon
grade, jugea que le poſte le plus honorable étcit
oùledanger feroit leplus grand ; il reclama fes
droits & l'on croira aiſément qu'il fut écouté ſans
humeur. M. de la Blachette fut donc obligéde
lui céder , quoiqu'à regret , & de tous les actes
212 MERCURE DE FRANCE.
de ſubordination , c'eſt le ſeul qui lui aitjamais
couré.
M. de de Belſunce précéda la diviſion de M.
d'Armentieres , & ſe porta rapidement ſur une
batterie a laquelle s'appuyoit la gauche des enne-
mis. Il étoit prodigue de ſa vie; mais c'étoit fur-
tout , lorſqu'il pouvoit en s'expoſant épargner
cellede ſes ſoldats Avant de les conduire à l'atta-
que , il veut voir de plus près & reconnoître lui-
même , il s'avance ſeul , & tandis qu'il examine,
il reçoit un coup de fuſil qui lui traverſe le bras.
Cette bleſſure ne l'étonne pas ; elle ne l'afflige
même que parce qu'elle l'oblige à ſe retirer , &
l'empêche d'être plus long-temps utile à ſa Pa-
trie. Mais il craint que le malheur arrivé au Chef ,
ne décourage les foldats; il diſſimule la douleur
qu'il éprouve , cache ſa retraite & s'éloigne avec
peine regardant ſouvent derriere lui , comme le
paſſagerconfidèredans un morne ſilencele rivage
qu'il va perdre de vue.
Les malheurs inattendus qui ſuivirent cette
campagne glorieuſe , ramenèrent l'armée ſur les
bords du Rhin. M. de Belſunce n'y rencontra pas
les mêmes périls que ſur les bords du Wezer , il
ſe trouva à la bataille de Crevelt , mais non pas à
l'endroit où ſe paſſa le fortde l'action . Privé d'une
occafionde ſe diftinguer , il ſe plaignitde la for-
tune& l'accuſa d'injuſtice ; mais il eut plus à ſe
plaindre encorede la manière dont elle la répara .
La diverſion que M. le Prince de Soubiſe avoit
opéréedans la Heſſe , & la Victoire que M. le
Maréchal de Broglie avoit remportée à Sun-
dershaufen avoient déterminé M. le Prince Fer-
dinandà repaſſer leRhin , & à envoyer une gran-
departiede ſon armée au ſecours de l'Electorat
d'Hanovre. M. le Maréchal de Contades envoya >
FEVRIER. 1764.
213
de ſon côtéun ſecours àM. le Prince de Soubiſe,
qui le mit en état d'attaquer & de battre les enne-
misdansla poſitionavantageuſequ'ils avoientpriſe
près de Luttersberg Le Régiment de Belſunce
faiſant partie de ce ſecours , ſe trouva aux ordres
de M. de Chevert, qui dans cette occafion , atra-
qua & plia encore le flanc gauche des ennemis.
M. de Belſunce fidèle à ſon inclination , marcha
à la tête des Grenadiers comme il avoit fait à
,
Haſtembeck. Une pareille récompenſe l'attendoit.
A la première décharge il reçut un coup de feu
dans le bas-ventre , que les Chirurgiens jugèrent
fur le champ devoir être mortel; il fut tranſporté
àCaffel , & de la à Marpurg ſans forces & fans
mouvement , n'ayant que ce qui luifalloitde con-
noillance pour entendre à chaque inſtantdes fol-
dats & des Officiers qui demandoient s'il étoit
mort. Queſtion cruelle ! à laquelle ceux qui le
portoient ne répondoient que par des ſoupirs , &
que lui ſeul écoutoit ſans en être ému.
Quelque dangereuſe qu'eût paru cette bleſſure,
les ſuites n'en furentpas funeſtes. La vigueur de
fon tempérament , & fur-tout le calme de ſon
âme hâtèrent ſa guériſon. Elle fut même ſi promp-
te que tout le monde en fut ſurpris. Au bout de
fix ſemaines il monta à cheval , & reprit ſes tra-
vaux ordinaires ; car l'hyver n'y metroitpointd'in-
tervalle : le Roi venoit de lui accorder le gradede
Brigadier il fut employé en cette qualité dans la
Ville de Duffeldorff, où ſa mémoire eſt encore
chérie, ainſi que dans tous les lieux amis ou enne-
mis , où il a eu quelques commandemens.
On ne ſe ſouvient que trop de la campagne de
1759 , époque malheureuſe pour les armes Fran-
çoiſes ! Le 31 Juillet , la Heſſe étoit conquiſe ,
Munſter & Minden étoient en notre pouvoir , &
214 MERCURE DE FRANCE.
nous étions prêts de nous rendre maîtresde l'Elec-
torat d'Hanovre. Les ennemis déconcertés , ſans
plande défenſe , ſans moyens , ſans reſſources,
n'avoient plus que leur Chefpour toute eſpéran-
ce. Le premier d'Août à neuf heures du matin la
ſcène étoit totalement changée ; l'armée Fran-
çoiſe, abandonnant toute idéede conquête ,ſe fût
trouvée trop heureuſe d'avoirune retraite aſſurée
&l'eſpoir d'arriver ſur les bords du Rhin: tant le
fortdes batailles eſt incertain &terrible ! Leçon
redoutable! que toutes lesNationsbelliqueuſes ont
ſouvent donnée & reçue , mais qui ne corrigera
jamais les François de l'impatience decombattre !
Danscette malheureuſe journée , dans ce court
eſpacede temps où ſe décidoit le ſort des Nations ,
M. de Belſunce eut occafion de ſe diſtinguer à
la tête de ſon Régiment. Les brigades de Picardie
&de Belſunce qui compoſoient la droite de la
première ligne , ayant été formées des premières ,
M. leChevalier de Nicolaiqui lescommandoit, les
mit en mouvement pour marcher aux ennemis
mais les autres diviſions , tant de première que
de ſeconde ligne , n'étant pas arrivées, ou n'étant
pas àportée de le ſoutenir , ce Général fut obligé
decommander defaire halte. Pendant cetemps-
là le combat s'étoit engagé à notre centre : les
ennemis encouragés par les avantages qu'ils y
avoient déja remportés , ſe déterminèrent à y
conduire la plus grande partie de leurs forces..
Une colonne de Cavalerie déboucha vis-à-vis le
flanc gauche de la diviſion de M. de Nicolai ; le
Régiment de Belſunce occupoit cette gauche qui
ſe trouvoit abſolument à découvert: il n'y avoit
que deux momens , l'un pour voir ledanger ,
l'autre pour le prévenir. M. de Belſunce ne perd
ni l'un ni l'autre , il change en un clin d'œil l'or-
FEVRIER. 1764.
215
dredeſa brigade & fait faire un mouvement au
premier bataillon , par lequel il ſe trouve faire
face ſur le flanc gauche. Dans cette diſpoſition
impoſante, ilattendlechocaveccette fermetéqui
annonce preſque toujours le ſuccès ; le Général
ennemi s'en apperçoit & voit à quelques diſtances
de-là , une autre brigade qui lui offre une victoire
plusaiſée; il fait ſurlechampun ſignede lamain,
ſedétourne, & laiſſant le Régiment de Belſunce
derrierelui , il va attaquer cette brigade qui fut
preſqu'entierementdétruite. Lecentre de l'armée
ayant été mis en déſordre , & le fort de cette
journée étantdéja décidé, M. le Chevalier de Ni-
colain'eut d'autre parti à prendre que de retirer
ſesdeuxbrigades. Ileſtaiſéde juger combien cette
retraite fut périlleuſe pour le Régiment de Bel-
ſunce qui avoit les ennemis derriere lui & ſur ſon
flanc : elle s'exécuta cependant avec un ordre ad-
mirable & une tranquillité parfaite 3 on eûtdit
queles ennemis charmés de ceſpectacle avoient
oublié qu'il falloit combattre , & croyoient aſſiſter
à un exercice.
Les ſuites de cette bataille ayant ramené l'ar-
mée Françoiſe ſous Gieſſen , M. le Maréchal de
Broglie en vint prendre le commandement le 3
du mois de Novembre , &déclara que le Roi avoit
donné à M. de Belſunce la place de Major Géné-
tal. Celui-ci ne l'avoit ni demandée ni deſirée ;
mais cette grace fut le fruit de l'eſtime que fon
nouveau Général avoit conçue pour lui; eſtime
plus flatteuſe en elle-même , que tout ce qui
pouvoit en être l'effet.
La VilledeGieſſen placéeentreles deux armées
&hors d'état de ſoutenir un long fiége , paroif
ſoit être deſtinée à ſubir la loi du plus opiniâtre.
Malgré la rareté de toute eſpèce de ſubſiſtance,
l'armée Françoiſe tint la campagne juſqu'au 16
216 MERCURE DE FRANCE .
Janvier 1760 , & les Alliés furent obligés de re-
noncer à l'eſpoir de la conquête de Gieſſen , qui
ſeul avoit pû leur faire ſupporter les fatigues ex-
ceſſives d'une fi longue campagne. On avoit pris
denotre côtédes meſures ſi ſages , que les trou-
pes ne manquèrent jamais de rien , & qu'elles
Tentrèrent dans leurs quartiers en auſſi bon état
que ſi la campagne avoit fini au mois d'Octobre ;
les foins que M. de Belſunce ſe donna dans cette
occafion , répondirent parfaitement aux intentions
de ſon Général. Il fallut les continuer pendant
tout l'hyver. Comme il étoit déja très - avancé
lorſque l'arméeſe fépara , il ne reſtoit qu'un très-
court eſpace de temps pour réparer & com-
pletter les troupes. M. de Belſunce alla vifi-
ter tous lesquartiers qui occupoientune étendue
deplus de 80 lieues , & préſida a tous les travaux.
Leplus important de tous reſtoit encore à faire .
&M. le Maréchal de Broglie en étoit profondé-
mentoccupé à Francfort; il s'agiſſoit de remédier
àdes inconvéniens innombrables , dont notre fer-
vice étoit rempli. L'expérience les avoit fait ſuf-
fifamment connoître , mais les peines qu'on s'é-
toitdonnées pour y remédier "n'avoient eu au-
cun ſuccès. Bacon dit que l'erreur la plus com-
mune à ceux qui commandent, eſt de vouloir la
fin ſans permettre les moyens. Dans cette occa-
ſion il n'y en eut point de négligés. Etablir la dif-
cipline parmi les foldats, plutôtpar les précau-
tions qui préviennent les fautes, que par les châ-
cimensqui lespuniſſent; en multipliant leurs de-
voirs , diminuer leurs fatigues & ajouter à leur
bien- être , aſſurer à la fois la célérité & le ſecret
dans les marches & les détachemens ; maintenir
la tranquillité & l'abondance dans les camps;.
ménager le pays ennemi , & s'y préparer des
refſources ;
42
:
FEVRIER. 1764.
217
reſſources ; ſe concilier les peuples par la juſtice &
la modération , & faire marcher l'humanité à la
ſuitedes armées : tel fut le plan que ſe propoſa
M. le Maréchal de Broglie , & qu'il remplit dans
touteſon étendue , en donnant le Réglement
de 1760(d) .
M. le Vicomte de Belſunce eut beaucoup de
part à ceRéglement ,dont la plus grande partie
des objets étoient du reffort du Major Général ,
mais le Régimentdes Gardes Françoiſes ayant re-
joint l'armée, M.deCornillon,Majorde ceCorps,
reprit les fonctions de Major Général , qu'il avoit
éxercées pendantles trois campagnes précédentes.
M. le Vicomte de Belſunce fit donc la campagne
de 1760à la rêtede ſonRégiment & en qualité
deBrigadier. Le ſort ne voulut pas qu'elle lui
offrît des occafionsde ſe diſtinguer autrement que
par ſon émulation qui le conduiſoitdans tous les
endroitsoù il pouvoit s'inſtruire. Iln'y eutpreſque
pointd'actionoù ilneſe trouvâtcomme volontai
re, &par-tout où il ſe trouva , il donna toujours
l'exemple. Mais l'hyver devoit lui faire retrouver
lesoccafions qu'il avoitinutilement cherchéespen-
dant l'été.
Depuis lecommencement dela guerre, onn'a
voitencoretenté qu'une fois de prendre desquar-
*tiers ſur le bord du Wezer ; & quoique toutes les
places fuſſent alors en notre pouvoir , & que le
paysabondât encoreenſubſiſtance,on fut bientôt
obligé deſe retirer avec une perte conſidérable.A
la fin de l'année 1760 , la conſervationdu pays
qu'on avoit conquis , étoitbien plus difficile. Lipf-
tadt, Munſter , Hamelen & Hanovre étoient en-
(d) Ce Réglement a été adoptédepuis parMef-
fiçurs lesMaréchauxd'Etrées & de Soubiſe.
K
218 MERCURE DE FRANCE.
core occupés par les ennemis ; la Heſſe qui avoit
prèſque toujours été le théâtre de la guerre , ſe
trouvoit entièrement ravagée ; la communica-
tion avec le Bas-Rhin , étoit trop étendue & trop
difficile. Le génie & l'activité ſurmontèrent tous
les obitacles. Le pays étoit ouvert , & la première
ligne des quartiers n'avoit point de place forte
pour la couvrir , en trois ſemaines de temps on
en créa , on en approviſionna une capable de
contenir cinq ou fix mille hommes de garniſon ,
& l'Allemagne étonnée compta une fortereſſe de
plus.
Qu'il nous ſoit permis d'interrompre le récit
*d'une longue & malheureuſe guerre par une ré-
Héxion confolante pour l'humanité. Goetingue ,
l'aſyle des Muſes , le ſiége d'une Univerſité célé-
bre , voit ſes portiques & ſes lycées changés en
remparts , & remplis de ſoldats.Tel fut le fort de
Rome & d'Athènes ; mais les barbares qui ſoumi-
rent ces Villes , détruiſirent également , & les
Sciences , & les Peuples qui les cultivoient. Les
François qui viennent dans Goetingue , braver àla
fois les périls de la guerre , la rigueur de la ſai-
fon& ladiſette qui les menace; les Françoisſontles
protecteurs &les amis des Lettres. L'Officier dans
l'intervalle de ſes travaux vienvient écouter les le-
çons d'un Profeſſeur qu'il reſpecte & qu'il honore,
& le Grenadier qui défendit hier l'accès d'une re-
doute , conſerve aujourd'hui avec la même vigi-
lance le dépôt des Muſes , dont la garde lui a été
confiće. Tel eſt l'empire de la Philoſophie, qu'il
adoucit la guerre elle-même , & qu'il fait régner
les mœursjuſqu'au ſein des combats.
M.le Maréchal de Broglie , après avoir mis
l'élitedeles troupes dans Goetingue, n'avoit garde
de négliger le choixdes Commandans. Il tomba
FEVRIER. 1764.
219
furM. leComte de Vaux , Lieutenant-Général &
ſurM. leVicomte de Belfunce. L'hiſtoire prèſque
incroyable de ce qui s'eſt paflé dans l'hyver de
l'année 1761, eſt le ſeul éloge qui ſoitdigned'eux.
M. leComte de Vaux, qui auroit fait un prodige
enſe procurant ſeulement les moyens de confer-
ver ſa place , ſe prépare ſur le champ ceux d'atta-
quer les ennemis & de les inquiéter par-tout.
Dès le 27 Janvier, leVicomte de Belſunce fort à
la tête d'un détachement conſidérable qui étoit
deſtiné à favoriſer par une diverſion les expédi-
tions du Comte de Stainville & du Comte de Nar-
bonne; il cherche les ennemis , les trouve en for-
ce, les attaque , & leur tue ou leur prend trois
cent hommes, tandis que le Comte de Stainville
enléve un corps Pruffien , & le Comte de Nar-
bonne un bataillon Hanovrien .
On ſe rappelle les efforts prodigieux que firent
les Alliés, lorſqu'après s'être combinés avec les
Prufliens , ils nous attaquèrent de toute part,&
voulurent nous contraindre à abandonner la
Heffe. La garniſon de Goetingue n'a bien-tôt
plus de communication avec l'Armée ; elle en
ignore ladeſtinée,ou les ſeules nouvelles qu'elle
en reçoit lui apprenent qu'elle eſt prèsde Franc-
fort. C'eſt dans ce moment que ſon courage &
ſon activité redoublent ; il faudroit un journal
détaillé pour raconter ici tout ce que M. de
Belſunce fitderemarquable : il n'y eur préſque
pointdejourqui ne fût ſignalépar quelques avan-
zages. Ilapprend que les ennemis occupent Du-
Derſtadt , Ville éloignéede Goetingue de près
de fix lieues. Ily marche , les ſurprend , & fair
350 priſonniers. Après avoir diſſipé ſucceſſive-
ment,tous les corps qui obſervoient la garniſonde
Goetingue, il raffemble ſa Cavalerie; fort de
Kü
220 MERCURE DE FRANCE...
la Ville ,& va s'établir à plusde quatre lieues de
làdans celle de Northeim : il y ramaſſedes ſub-
ſiſtances ; léve des contributions juſques dans
Eimbeck , & s'avance lui-même à Seeſen ſur
le chemin de Brunſvick on il enléve cent Cava-
liers & cing Officiers. A peine est-il revenu qu'il
ſe porte rapidement d'un côté tout oppoſe. II
paffe la Leine; met en fuite les ennemis , & leur
tue ou prend trois cens hommes. Le retour de
l'Armée ennemie qui avoit été chaffée de la
Heſſe l'ayant obligé de rentrer dans Goetingue,
il apprend peu de jours après que le Colonel
Collignon occupe Northeim avec un Bataillon
Prufſfien; il fort à la tête d'un gros détachement
ſecondé par M.le Marquis de Durfort : ils fon-
dent tous deux ſur l'ennemi ; nos Dragons
joignent l'Infanterie au moment où elle ar-
rivoit à un Pont au -delà duquel elle de voit
trouver ſon ſalut. Ils la cottoyent & en efſuyent
tout le feu , pour aller s'emparerdu Pont. Trois
cens prifonniers , & deux pièces de Canon ſont
le prix de cette manœuvre hardie. Les deux
Armées avoient pris leurs quartiers , & le calme
étoit rétabli partout : mais M. de Belſunce
croyoit qu'il n'étoit jamais temps de ſe repoſer
lorſqu'il reſtoit quelque choſe de glorieux à
faire. On lui rapporte qu'un Bataillon de la
légion Britannique occupe Daffel ; il va pour
l'attaquer , mais il trouve à ſa place troisBa-
taillons d'Infanterie ennemie ; il les contraint à
ſe retirer, & les fait tenir en échec tandis qu'il
pourſuit le Bataillon de la légion Britannique ,
qui cherchoit à regagner le bois, quoiqu'il eûr
été renforcé par un corps de Grenadiers & de
Cavalerie. M. de Belſunce à la tête de nosDra-
gons joint ces troupes réunies ,les attaque,les
FEVRIER. 1764.
piécedeCanon.
221
défait & ramene deux cens priſonniers avec une
Nous ne finirions pas fi nous voulions rap-
porter tous les avantages de moindre confé-
quence qu'il remporta pendant fon ſéjour à
Goetingue. Il nous ſuffira de dire qu'on n'a pas
enlevé aux ennemis un poſtede trente hommes ,
qu'il ne l'ait été reconnoître lui- même,&qu'il
n'ait conduit les troupes à l'attaque.
LeGrade de Maréchal de Camp , &leCom
mandement d'une avant-garde , furent la récom-
penſe qu'il reçut de ſes ſervices ſignalés.
L'Armée Françoiſe ſe raſſemble ; les opéra-
tions de laGuerre vont recommencer , mais on
ne peutpas dire de M. de Belſunce qu'il rentre
en campagne : avec de nouvelles Troapes it
marche àde nouveaux ſuccès. Le Général Spor-
cken, àla têted'un corpsde quinze millehommes ,
gardoit les défilés de la Dimel. M. Le Maré-
chal de Broglie les fait tourner par deux corps
commandés par M. le Marquis de Poyanne ,
& M. le Baron de Clozen. Il ſe préſente lui-
même devant le Général Sporcken : celui - ci
profite de la nuit pour ſe retirer. Le Vicomte
de Belſunce avec deux Régimens de Dragons ,
&un Régiment de Troupes Légéres le joint , &
L'oſe attaquer. En vain l'Infanterie ennemie croit
ſe mettre à couvert dans un bois ; notre Cavale-
rie y pénétre , & la diſperſe , treize pièces de Ca-
non , deux cent priſonniers ,& tous les Equipages
des ennemis reſtent en nos mains. De toutes les
actions où s'étoit diſtingué M. de Belfunce cel-
le-ci fut laplus flatteuſe pour lui , parce qu'elle
ſe paſſa prèſque ſous les yeux de ſon Général ,
qui arriva au moment où elle finiſſoit.Mais telle
étoit lamodeſtie , & l'élévationde ſon âme , que
:
K iij
:
222 MERCURE DE FRANCE.
s'occupant moins de ce qu'il avoit fait que de
ce qu'il auroit voulu faire , il n'aborda le Maré-
chal de Broglie quiavec crainte & parut furpris
des éloges qu'il en recevoit.
Juſqu'ici le fuccès a toujours accompagné
notre Héros; ilmanquedonc quelque choſea fa
gloire: car comment connoître les hommes qui
n'ont pas connu l'adverſité! ne craignons point
pour lui cette épreuve : elle mettra ſon mérite
dans tout ſon jour. M. le Maréchal de Broglie
étoitencore enWestphalie, mais il méditoitle pafa
fageduWezer, & il vouloit s'aſſurer la communi
cation de Goeringue. Il y envoya M. le Vicomte
de Belfunce avec le corps qu'il commandoit.
LeGénéral Lukner dont on connoit la capacité
& l'activité reçut un renfort conſidérable , fir
une marche forcée , & vint tomber ſur M. de
Belſunce qu'il trouva près de Daſſel ; l'inégalité
des forces rendoit la retraite néceffaire , mais la
nature du terrein la rendoit très-difficile. M. de
Belfunce voit le danger ; & ne s'en émeut pas
c'eſt a la valeur àcompenfer rant dedéfavanta-
ges,& il compte fur celle de ſesTroupes. L'en-
nemi qui croit être sûr de la Victoire, le preſſe
&s'oppoſe à fa retraite. Dès qu'il s'approche , M.
deBelſunce le fait charger; un Efcadron ne paffe
un défilé que tandis qu'un autre combat , &
repouſſe une colonne entière de Cavalerie. Après
vingt charges plus glorieuſes les unes que les
autres , notre Cavalerie parvientenfin à allurer fa
retraite; mais cinq cens hommesd'Infanterieac-
cablésde laffitude &du poidsdela chaleur qui ce
jour-là fut exceſſive,ne purent monter un eſcarpe-
ment au haut duquelils auroienttrouvéleur falut.
M. deBelfunce , obligé de les abandonner, fe
ſaiſir de leurs drapeaux, & les emporte avec lui,
ne laiſſant ainſi aux ennemis d'autre ſupériorité
FEVRIER. 1764.
223
quecellequeleur donnoit la vîteſſede leurs che-
vaux fur les forces du Fantaſſin épuiſé. Ce revers
ne diminua ni ſon courage , ni la confiance que
ſes troupes avoient en lui. Il écrivit au Maréchal
de Broglie : Nous avons été battus , mais nous
nous sommes bien battus . M. de Belſunce cherchoit
une revanche au lieu d'excuſe ; & ſon Général le
miten étatde la prendre. Il lui donna de nou-
velles troupes , & l'envoya vers la forêt du Hartz
avec ordre d'obſerver les ennemis & d'entrepren-
dre ſur eux , s'il en trouvoit l'occaſion .
M. de Belſunce marchoit plein d'ardeur &
d'eſpérance , lorſqu'il reçut l'ordre deſe rendre à
la Cour pour y recevoir des inſtructions ſur ſa
deſtination ultérieure. 11 obéit & ſediſpoſe à par-
tir. Cependant il voit avec douleur qu'il ne lui
reſte plus que cinq ou fix jours à commander
ces braves gens qui avoient toujours combattu
fous ſes ordres , & qui s'étoient tous promis de
le vanger. Dans ces circonstances il s'approche de
la forêt du Hartz. Ce Pays affreux & inacceſk-
ble eſt fameux par les mines qu'il renferme. Des
montagnes énormes entaſſées les unes ſur les
autres , & couvertes de cyprès; des torrens dont
l'onde mêlée de ſoufre & de vitriol flétrit l'herbe,
1
qu'elle arroſe & couvre de rouille les pierres qu
lui ſervent de lit ; des rochers menaçans , des
ruines immenfes , des précipices horribles ; tels
font les objets hideux que la Nature a raſſemblés
dans les lieux où elle a placé ſes tréſors. Cer
épouvantable ſéjour est habité par un Peuple di-
gne de lui. Des hommes pâles & livides , accou-
tumés à vivre dans les entrailles de la Terre , ne
pareiſſent ſur ſa ſurface que comme ces oiſeaux
lugubres que la lumière offenſe & qui reffentent
en voyant la clarté du jour une terreur égale à
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE .
cellequi nous ſuit dans les ténébres. Qui croiroit
que cette horrible contrée renfermât l'objet le
plus cher aux deſirs de l'homme , & que nos Pa-
lais les plus rians lui duſſent leurprincipal éclat a
Mais ce Pays offre lui-même un contraſte aufli
frappant ; du ſein de ces arides montagnes on
voit s'élever une Ville bien bâtie ( e ) & bien or-
née. C'eſt làqu'on prépare les métaux , & qu'on
les convertit eneſpéces. L'argent qui y abonde y
procure tout ce qui nedépend pasdes faveursde
la Nature. Le Duc de Brunswick & l'Electeur
d'Hanovre en partagent la Souveraineté ; tous
deux étoient alors nos ennemis , & la conquête
de ce Pays ne pouvoit manquer d'être très-im-
portante pour nous. Mais la Nature l'avoit ren-
du prèſqu'inacceſſible , & l'art avoit achevé ſon
ouvrage. Un ſeul chemin en permettoit l'entrée
àtravers une gorge étroite eſcarpée & défendue
par pluſieurs retranchemens ; la garde en fut
confiée à 1500 chaſſeurs tant à pied qu'à cheval ,
commandés parleGénéral Freytag, & connoif
ſant tous parfaitement le pays qu'ils devoient
défendre.
Quelqu'envie qu'eût M.de Belſuncede triom-
pher de tant d'obstacles , il ſentit que ce ſeroit
verſer du ſang inutilement que de tenter à force
ouverte le ſuccès de cette entrepriſe. Avant d'ar-
river à la forêt on trouve près d'un petit ruif-
ſeau & au bas d'un eſcarpement une ( f) Ville
affez conſidérable ſituéeà 300 ou 400 pas de la
( e ) Clausthal & Cellerfeld font regardées com-
me deux Villes séparées , parce que l'une appar-
tient à l'Electeur d'Hanovre , & l'autre au Duc
de Brunswick ; mais elles se touchent & ne pa-
roiffent auxyeux que comme une feule Ville.
(f) Oflerode.
7
FEVRIER. 1764.
225
gorge; c'étoit-là où l'infanterie Hanovrienne fa-
tiguéed'avoirpaſſetoutela nuit ſous les armes ve-
noitſe repoſer pendant la journée. La cavalerie
reſtoit en bataille dans une petite plaine derriere
laVille. Des Poſtesplacésdetous lescôtésdevoien
avertir s'ils voyoientparoître lesFrançois.M.deBel-
funcereconnoît la poſitionde l'ennemi & le trouve
ſur ſesgardes, mais il parvient bientôt à lui inf-
pirer de la confiance en lui faiſant pluſieurs atta-
ques ſimulées , qui d'abord, lui donnent l'allarme
mais qui n'ayant point de ſuite , le font re-
pentirdes'être fatigué inutilement. M. de Belfunce
profitedeces eſcarmouches pour éxaminer com-
ment il pourra fairepaſſer ſa cavalerie au guć
& couper celle des ennemis avant qu'elle ait
gagné lebois. Enfin le z Septembre, il ſe met en
marche pendant la nuit ; arrive à un bois où il
fait cacher ſes troupes juſqu'à ce que l'heure ſoit
venueoù les ennemis quittent les retranchemens
pour entrer dans la Ville ; puis il fait paroître
quelques troupes légéres devant leſquelles les
poſtesdes ennemis ſe replient comme ils avoient
fait les jours précédens , ſans donner l'allarme au
reſtede leurs troupes ,bientôt il s'avance lui-
même ſuivide ſon Infanterie& de ſa Cavalerie ,
quitraverſenten courant une plaine deplusd'une
demie lieue de large. A la tête de la premiere il
deſcendl'eſcarpement par un chemin qu'il avoit
reconnu , traverſe le ruiſſeau , tombe ſur la Cava-
Jerie ennemie , la met en fuite & ſe porte rapi-
dement ſurle chemin par lequel l'Infanterie Ha-
novrienne peut ſe retirer. Pendant ce temps-là
la ſienne arrive , attaque la Ville & en briſe les
portes , les ennemis fuyent de toutes parts , mais
on leur faitplus de sooprifonniers. Il n'yavoit
pasunmomentàperdre fi 100hommesſeulement
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
s'étoient ralliés à l'entrée des bois , l'entrepriſe
ftoit manquée. Mais nos Dragons les ſuivirentjuf-
qu'àleurs retranchemens.Arrêtés parces obstacles,
ils mettent pied à terre & emportent la première
barrière. L'Infanterie lesjoint& ſans s'arrêter un
inſtant elle poursuit les fuyards ſur toutes les
montagnes du Hartz juſqu'à ce qu'elle arrive à la
VilledeClauſtal dontelle s'empare après avoir
fait cing lieues de chemin, dont trois en combat-
tant. Ce ſuccès nous valut un million de contri-
butions; & en nous ouvrant lepays d'Halberstadt,
&deBrunswick , il prépara l'expédition deWol-
fembutel.
M. le Vicomte de Belſunce ſe réſout enfin de
quitter ſes braves Compagnons , mais il eſt obligé
d'éviter leurs adieux; ils eufſſent été trop touchans
pour eux, & trop glorieux pour lui. Il ſe rend à
laCour où il apprend qu'il eſtdeſtiné àcomman-
der un corps detroupes qu'on envoye à Saint-Do-
mingue. De toutes les idées effrayantes qui , dans
cetteoccafion, pouvoient ſe préſenter à ſon eſprit,
la ſeulequi letouche, c'eſt la craintede ne pouvoir
répondre comme il le deſire à la confiance qu'on
lui témoigne. Il n'objecte pas que ſon tempéra-
ment ne peut foutenir la mer; que ſa ſanté, déja
épuiſée parde longs travaux,réſiſtera difficilement
àun climat dangereux : mais feulement que le
genre de guerre auquel on le deſtine ſeranouveau
pour lui , & qu'en répondant de fon zèle , il ne
peut répondre de ſes talens. Réſola d'obéir , il ne
demande plus qu'une grace : c'eſt d'emmener
aver lui ſon ami. Car ſon âme douce & ſenſible ,
accoutumée dès long-temps aux impreſſions les
plus tendres , n'avoit pas changé de nature par
l'habitude des combats , & s'étoit du moins réſer-
vé le ſentimentde l'amitié ,comme celui qui con-
FEVRIER. 1764.
22.7
vientleplus à un grand homme. Mais ici fon in-
clination ſe trouvoit encore identifiée avec fon
amour pour la guerre. Il y avoit plus de vingt
ans qu'il étoit lié de l'amitié la plus vive avec М.
de Caftra, Lieutenant -Colonel desCantabres: une
eſtime réciproque avoit toujours refferré ces liens.
Il voulut donc qu'il s'embarquât avec lui ( g ) ,
ainſi que deux Officiers de fon Régiment, dont il
avoit éprouvé la valeur & la capacité h ) . Mais
s'il ménageoit ainſi desſecours utiles à la Colonie
qu'il alloit défendre , quelsſecours plus importans,
encorene ſe préparoit-il pas à lui-même ? Heureux
eelui que lafortune a élevé& qu'elle attache encore,
àdegrands emplois, ſi lorſque l'intérêt particulier,
les cabales , les jalouſies viendront ſe placer entre
lui & le bien qu'il voudra faire , il trouve alors un
ami qui, par ſon eſtime & fon fuffrage , conſole
ſon âme flétrie par l'injuſtice, & lui ouvre un cœur
ſimple & pur , auquel il puiſſe confier le dépôt de
ſa vertu!
M. de Belſunce s'embarqua ſur l'Eſcadre com-
mandée par M. de Blenac; il mit à la voile le 24
Janvier 1762 , & arriva à Saint-Domingue le 16
Mars. Il ſouffrit beaucoup de la mer pendant la
traverſée: mais les devoirs qu'il doit remplir à fon
arrivée lui donnent de nouvelles forces. Il a bien-
tôt acquis une connoiſſance exacte du pays. N
obſerve que la défenſe en eſt trop étendue , &
qu'il n'eſt pas poſſible de s'oppoſer par-tout à un
débarquement. Il ſçait que cette fauſſe idée de dé -
fendre la côte a déja perdu pluſieurs Colonies ;
il ſe réfout donc à prendreune poſition où il ſoir
(g) Ilpaſſa à S. Domingue avec le rang deBri
gadier.
(h) MM. de Renaud& de Milly.
Kvj
228 MERCURE DE FRANCE.
impoſſible de leforcer , &d'où il puiſſe , en casde
deſcentes , harceler & inquiéter aſſez les ennemis
pour les forcer à abandonner leur entrepriſe. Tel
fut le plande défenſe qu'il choiſit , & qui fera cer-
tainement approuvé par quiconque ne préférera
pas l'intérêt de ſon habitation à celui de ſa Patrie.
Les fatigues, les ſoins que de ſi ſages meſures
avoient exigés de lui netardèrent pas à altérer ſa
conſtitution. Son tempérament paya alors au cli-
mat un tribut qu'il ſembloit que ſon âme eût ſuſ-
pendu , tant que ſa ſanté avoit été néceſſaire à la
Colonie. La force de ſa complexion le fit triom-
pher de cette maladie , ainſi que d'une autrequ'il
eut encore peude temps après celle-là.
M. le Vicomte de Belſunce, pendant le court
eſpacede temps qu'il a vécu, a eu du moins la
confolation de recevoir les honneurs ſans les avoir
mandiés.M. le Duc de Choiseul, qui, vingt ans au-
paravant , avoit fait connoillance avec lui les armes
àla main, réuniſſant en ſa perſonne les Placesde
Secrétaire d'Etat , de la Guerre & de la Marine,
ne lui montra ſa ſupériorité qu'en appréciant ſes
ſervices , & en lui faiſant obtenirdes récompenſes
qui auroient perdu de leur prix ſi elles avoient été
follicitées.
M. de Belſunce apprit qu'il avoit été fait Lieu-
tenant-Général & Gouverneur de S. Domingue ;
mais ces honneurs ſi bien mérités ne devoient
ſervir qu'à décorer ſa mémoire. Il fut attaqué au
mois de Juillet 1763. d'une maladie qui le
conduiſit bien- tôt au tombeau. Ce fut alors que
fon courage fut mis à une épreuve nouvelle; il
avoit enviſagé la mort ſans effroi ,' lorſqu'il avoit
été au-devantd'elle ; dans ce moment il la voit
tranquillement s'avancer vers lui. Mais il lui
manque la conſolation d'expirer entre les bras
deſon ami. M. de Castra étoit abfent, &jamals
V
to
CO
ed
ja
pa
l'a
fu
d
0
C
L
Π
コ
FEVRIER. 1764 .
229
ſapréſence n'auroit été plus néceſſaire à M. de
Belſunce. Car dans ces momens extrêmes , l'âme
conſervant encore une activité qu'elle ne peut
plus porter ſur elle-même ,s'élance avec ardeur
vers les objets de ſon amour ; & ce ſentiment eſt
d'autant plus pur en elle qu'alors ily régne tout
ſeul, & n'en partage plus l'empire avec l'intérêt
perſonnel , & l'amour de la conſervation. M.
de Belſunce averti de ſa fin , leva encore une
fois les yeux,regarda autour de lui ,&n'y voyant
pas ce qu'il cherchoit il les referma foudain
comme s'il donnoit le ſignal à la mort qui
s'apprêtoit à le frapper. Déjà les regrèts avoient
fuccedé aux allarmes , déjàle deuil étoitrépandu
parmiceux qui l'environnoient. M. de Castra ar-
rive : en vain on veut l'arrêter en lui diſant qu'il
n'eſt plus tems;il s'élance vers le lit de ſon amis
l'appelle avec des cris douloureux. La mort ſem-
ble les entendre & lâcher ſa proïe. M. de Bel-
funce fort de l'agonie , où il étoit plongé depuis
dix-huit heures: c'eſt vous que je revois ,dit-il ,
que mon fort eſt changé ! c'en est fait , je meurs
content A ces mots, il voit couler les larmes de
ſon ami , il ſe ſent ſerrer dans ſes bras , il veut
le ferrer à ſon tour, il retrouve ſes forces ; l'a-
mitié , cette douce conſolation de ſon être en
combat la deſtruction. M. de Betfunce paroît
rappellé a la vie , l'eſpoir renaît , une joie timide
&inquiette ſe répanddans ſamaiſon.M. de Caftra
lui-même ſe flatte de le conſerver. Mais , M. de
Belfunce ſentoit mieux ſon état. N'eſpérez rien,
dit-il ,mesjours ſont consommés ; la mort habite
déjà dans mes entrailles . ( i ) je ſens l'endroit
où elle me frappe ; ne lui oppoſons point une
réſiſtance inutile: mais tant que nous vivrons
(i) Ilest mort d'une inflammation d'entrailles .
<
230 MERCURE DE FRANCE .
foyons dignes de vivre.Alors il employe le reſte
de ſes momens à faire ſes dernières diſpoſitions.
L'équité la plus parfaite y préſide. A peine furent-
elles conſommées que le moment fatal.
...
Mais
pourquoi nous retracer ces objets douloureux ?
Défenſeur . Offrons-lui le tribut de nos larmes ,
3
Nous avons perdu un Citoyen , un Guerrier , un
fans douteil le merite; mais il a vécuavecgloire, &
ſa vie aété ſans tache : mêlons donc quelques
fleursaux lauriers qui ornent ſa tombe , & n'offen-
fonspasſamémoire pard'inutiles plaintes ; car ce-
lui-là ſeul eſt mort trop tôt quia fini ſes jours, ſans
les avoir rendusutiles à ſon pays.
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4420
p. 5-9
SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. Premier, second & troisième Discours contre la LOI AGRAIRE, proposée par SERVILIUS RULLUS, Tribun du Peuple.
Début :
LES entreprises des mauvais Citoyens contre l'Etat ne sont jamais plus dangereuses, [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. Premier, second & troisième Discours contre la LOI AGRAIRE, proposée par SERVILIUS RULLUS, Tribun du Peuple.
SUITE de l'Histoire raisonnée des
Discours de CICÉRON.
Premier, second & troisième Discours
contre la LOI AGRAIRE, proposée
par SERVILIUS RULLUS, Tribun
du Peuple.
LES entreprises des mauvais Citoyens
contre l'Etat ne sont jamais plus dangereuses,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
que quand ils ont l'adreffe de
les couvrir du prétexte ſpécieux du bien
public. Le Peuple toujours eſclave de
quiconque ſçait le flatter , ſe prévient
en leur faveur; il adore en eux les pères
de la Patrie ; & les vrais patriotes qui
voient le mal, qui voudroient l'empê-
cher , font toujours arrêtés quand ils
veulent y apporter reméde. L'Hif-
toire des trois Difcours de Cicéron con-
tre la LoiAgraire , prononcés, le pre-
mier dans le Sénat , les deux autres
devant le Peuple , eſt une preuve des
difficultés que trouvent les plus grands
hommes à ramener les eſprits prévenus.
Ceux à qui l'Histoire Romaine eſt
un peu familière , ſçavent que la pro-
pofition de cette Loi fameuſe fut fou-
vent une cauſe & prèſque toujours un
prétexte de divifion entre le Sénat &le
Corps des Patriciens qui ne voulurentja-
mais y entendre , & le Peuple animé
par ſes Tribuns qui n'avoit rien tant à
cœur que de la faire recevoir.
Le premier des Magiftrats qui en con-
çut le projet , Servilius Rullus,étoitun
de ces hommes hardis & entreprenans,
qui avec un génie médiocre , des vues
fuperficielles & un fond inépuiſable de
témérité , ſe croient capables de faire
MARS. 1764.
7
de grandes choſes. Né dans une famille
Plébéienne,il fut élevé dans les principes
de cette haine ordinaire à tous les Mem-
bres de ce Corps contre l'autre.La puif-
fance du Peuple n'éclatoit jamais da-
vantageque lorſqu'un ſeul mot (a) pro-
noncé par ſes Tribuns , arrêtoit ou fuf-
pendoit les arrêts & les délibérations du
Sénat. Jaloux de jouir de cette préro-
gative unique dans l'Etat , Rullus n'ou-
blia rien pour parvenir à cette dignité.
Revêtu de l'emploi de Tribundu Peuple,
l'objet , de tous ſes vœux , il ne tarda
pas à éprouver juſqu'où pouvoit aller
fon pouvoir.
Chaque fiécle a produit ſes foux &
fes folies. Eh combien le nôtre n'en a-
t-il pas fourni de preuves ! ... Quoi-
qu'il en foit , Rullus embraſſa avec
ardeur la propoſition de partager éga-
lement les fonds de terre entre tous
les Membres de la République ; idée
ridicule & dangereuſe , qui en ruinant
les fortunes des Citoyens , détruiſoit
leCommerce ,affoibliſſoit les reſſources
de l'Etat , & l'anéantiſſoit lui-même.
Cicéron , & avec lui tous les gens
ſenſés , fentirent bientôt toutes les ſuites
(a) VETO.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
fâcheuſes qu'alloit avoir la loi propoſée
par Rullus ſi on l'acceptoit. Les Magif-
trats obfervoient alors la coutume d'al-
ler en grande pompe & ſuivis d'un
cortége nombreux facrifier au Capitole
le premier jour de Janvier de chaque
année. Cette cérémonie religieuſe ache-
vée , le Sénat s'aſſembloit , & ceux qui
avoient quelque nouveauté à propoſer
au Peuple , venoient en faire part aux
Pères Confcripts , comme on les-appel-
loit alors. Rullus s'y trouva : ſon pro-
jet excita l'indignation publique. Cha-
cun jetta les yeux fur Cicéron , l'inter-
prête ordinaire de tous les ſentimens
dans les grandes occaſions. Ce fut alors
qu'il prononça ſon premier difcours
contre la Loi Agraire , chef-d'œuvre
d'élégance& de philoſophie,où il prouve
avec autantd'éloquence que de folidité,
que recevoir le projet du Tribun c'é-
toit épuiſer le tréſor public , abolir les
tributs , bouleverſer les fortunes des
particuliers , enlever en un mot à l'Em-
pire Romain tous les moyens de faire
la guerre avec gloire , & de jouir avec
tranquillité des fruits de la paix.
Terraffé par les raiſons convaincantes
de notre Orateur , Rullus ne renonça
pourtant pas à l'eſpérance de faire re-
MARS. 1764.
cevoir ſa Loi ;
9
il crut que l'im-
pudence & l'opiniâtreté ſuppléroient
aux raiſons. Le Peuple fut aſſemblé
pluſieurs fois ; & l'affaire miſe en dé-
libération : Cicéron ne crut pas devoir
ſe taire. C'eſt dans ces circonstances qu'il
prononça devant le peuple ſes deux
autres difcours. La gloire dont il ſe
couvrit en ramenant à ſon avis une
multitude prévenue & aveuglée , fait
mieux l'éloge de ces deux piéces &de
leur illustre Auteur que tout ce quej'en
pourrois dire ici..
Discours de CICÉRON.
Premier, second & troisième Discours
contre la LOI AGRAIRE, proposée
par SERVILIUS RULLUS, Tribun
du Peuple.
LES entreprises des mauvais Citoyens
contre l'Etat ne sont jamais plus dangereuses,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
que quand ils ont l'adreffe de
les couvrir du prétexte ſpécieux du bien
public. Le Peuple toujours eſclave de
quiconque ſçait le flatter , ſe prévient
en leur faveur; il adore en eux les pères
de la Patrie ; & les vrais patriotes qui
voient le mal, qui voudroient l'empê-
cher , font toujours arrêtés quand ils
veulent y apporter reméde. L'Hif-
toire des trois Difcours de Cicéron con-
tre la LoiAgraire , prononcés, le pre-
mier dans le Sénat , les deux autres
devant le Peuple , eſt une preuve des
difficultés que trouvent les plus grands
hommes à ramener les eſprits prévenus.
Ceux à qui l'Histoire Romaine eſt
un peu familière , ſçavent que la pro-
pofition de cette Loi fameuſe fut fou-
vent une cauſe & prèſque toujours un
prétexte de divifion entre le Sénat &le
Corps des Patriciens qui ne voulurentja-
mais y entendre , & le Peuple animé
par ſes Tribuns qui n'avoit rien tant à
cœur que de la faire recevoir.
Le premier des Magiftrats qui en con-
çut le projet , Servilius Rullus,étoitun
de ces hommes hardis & entreprenans,
qui avec un génie médiocre , des vues
fuperficielles & un fond inépuiſable de
témérité , ſe croient capables de faire
MARS. 1764.
7
de grandes choſes. Né dans une famille
Plébéienne,il fut élevé dans les principes
de cette haine ordinaire à tous les Mem-
bres de ce Corps contre l'autre.La puif-
fance du Peuple n'éclatoit jamais da-
vantageque lorſqu'un ſeul mot (a) pro-
noncé par ſes Tribuns , arrêtoit ou fuf-
pendoit les arrêts & les délibérations du
Sénat. Jaloux de jouir de cette préro-
gative unique dans l'Etat , Rullus n'ou-
blia rien pour parvenir à cette dignité.
Revêtu de l'emploi de Tribundu Peuple,
l'objet , de tous ſes vœux , il ne tarda
pas à éprouver juſqu'où pouvoit aller
fon pouvoir.
Chaque fiécle a produit ſes foux &
fes folies. Eh combien le nôtre n'en a-
t-il pas fourni de preuves ! ... Quoi-
qu'il en foit , Rullus embraſſa avec
ardeur la propoſition de partager éga-
lement les fonds de terre entre tous
les Membres de la République ; idée
ridicule & dangereuſe , qui en ruinant
les fortunes des Citoyens , détruiſoit
leCommerce ,affoibliſſoit les reſſources
de l'Etat , & l'anéantiſſoit lui-même.
Cicéron , & avec lui tous les gens
ſenſés , fentirent bientôt toutes les ſuites
(a) VETO.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
fâcheuſes qu'alloit avoir la loi propoſée
par Rullus ſi on l'acceptoit. Les Magif-
trats obfervoient alors la coutume d'al-
ler en grande pompe & ſuivis d'un
cortége nombreux facrifier au Capitole
le premier jour de Janvier de chaque
année. Cette cérémonie religieuſe ache-
vée , le Sénat s'aſſembloit , & ceux qui
avoient quelque nouveauté à propoſer
au Peuple , venoient en faire part aux
Pères Confcripts , comme on les-appel-
loit alors. Rullus s'y trouva : ſon pro-
jet excita l'indignation publique. Cha-
cun jetta les yeux fur Cicéron , l'inter-
prête ordinaire de tous les ſentimens
dans les grandes occaſions. Ce fut alors
qu'il prononça ſon premier difcours
contre la Loi Agraire , chef-d'œuvre
d'élégance& de philoſophie,où il prouve
avec autantd'éloquence que de folidité,
que recevoir le projet du Tribun c'é-
toit épuiſer le tréſor public , abolir les
tributs , bouleverſer les fortunes des
particuliers , enlever en un mot à l'Em-
pire Romain tous les moyens de faire
la guerre avec gloire , & de jouir avec
tranquillité des fruits de la paix.
Terraffé par les raiſons convaincantes
de notre Orateur , Rullus ne renonça
pourtant pas à l'eſpérance de faire re-
MARS. 1764.
cevoir ſa Loi ;
9
il crut que l'im-
pudence & l'opiniâtreté ſuppléroient
aux raiſons. Le Peuple fut aſſemblé
pluſieurs fois ; & l'affaire miſe en dé-
libération : Cicéron ne crut pas devoir
ſe taire. C'eſt dans ces circonstances qu'il
prononça devant le peuple ſes deux
autres difcours. La gloire dont il ſe
couvrit en ramenant à ſon avis une
multitude prévenue & aveuglée , fait
mieux l'éloge de ces deux piéces &de
leur illustre Auteur que tout ce quej'en
pourrois dire ici..
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4421
p. 39-44
SUITE de la Lettre d'une jeune Etrangère, insérée dans le second Vol. de Janvier.
Début :
CES jolies Prêtresses, dont je n'ai point trop enrichi l'image, ne tiennent [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Lettre d'une jeune Etrangère, insérée dans le second Vol. de Janvier.
SUITE de la Lettre d'une jeune Etrangère,
insérée dans le second Vol. de
Janvier.
CES jolies Prêtresses, dont je n'ai
point trop enrichi l'image, ne tiennent
leurs myſtéres ſecrets,que quand la na-
ture ou le tempsy laiſſent trop dechoſes
àréparer. Ne t'imagines pas, chereMiss ,
que ce qu'on appelle le temps de la toi-
lette ſoit employé tout entier à l'ajuste-
ment. Il y a bien des parties dans cet
acte; c'eſt le principal de la journée des
femmesd'un certain ordre. Les momens
deſtinés à des ſoins particuliers de la
figure , ne font pas,comme je viens de
ledire , livrés aux profanes: mais tout ce
qui précéde le temps de fortir ou de
tenir appartement , eſt toilette ou ré-
puté tel. C'eſt à cet autel de la galan-
terie, dont une Françoiſe eſt en même
temps laDivinité & le Miniſtre, qu'elle
vaque à toutes les affaires de ſon état ,
qui eſt d'être jolie , frivole , galante &
même un tant ſoit peu friponne. ( Je ne
40 MERCURE DE FRANCE.
ſçaurois te faire bien entendre ce mot ,
il faudroit pour cela connoître mieux
la choſe ,& pour la bien connoître , il
faut être Françoiſe.)C'eſt donc là que
s'écrivent ,que ſe reçoiventles billets du
matin ; c'eſt là que ſe régle la deſtinée
du jour , ou tout au moins qu'elle ſe dé-
clare aux courtiſans familiers ; c'eſt là
ſouvent que ſe détermine auſſi la deſti-
née des amans ; car celle du mari eſt
toute
arrangée ; & je t'aſſure que
communément il n'en prend pas plus
de ſouci qu'on n'en prend de lui. Ne
va pas te figurerla ſcène de ces toilettes
d'après ce qu'en peignent quelques Bro-
chures ou quelque trivial Roman dont
nous nous ſommes ſouvent amuſées
enſemble,lorſque nous étudions la Lan-
gue Françoiſe. Il y a une eſpèce de
manie dans les Auteurs de cette Nation,
pour peindre ce qu'ils ne voyent pas.
La plupart des Ecrivains les plus oc-
cupés à donnerdes tableaux de ces dé-
tails du monde , ſont précisément ceux
qui n'en ont & n'en peuvent avoir
aucune notion vraie. Ily a quelquefois
à cestoilettes un peude ceque ces pein-
tures informes nous indiquent; plus fou-
vent encore il n'y en a pas un ſeul per
MARS. 1764.
4г
fonnage. Mais , s'il s'en rencontre,c'eſt
avec des nuances très-difficiles àtranf-
mettre dansune deſcription. Je t'avertis,
ma chère Miſs , que prèſque tout ce
qui concerne les manières ,le caractère
même des François , dépend tellement
de ces nuances , en eſt ſi eſſentiellement
compofé , qu'il n'y a qu'eux , & en-
core très-peu d'entr'eux, qui ſoient en
état de les peindre , prèſque jamais de
les définir avecpréciſion.Tu verrois une
de ces Toilettes, être un moment le cer-
cle de la frivolité la plus puérile , des
airs les plus extravagans , des riens , en.
un motde tout ce qui donne lieu aux
caricatures qu'on nous fait des François.
Le moment,qui ſuccéde , tu ſerois frap-
pée ſouvent d'admiration , de la fineſſe,
de la ſagacité des vues de ce même cer-
cle , par accident même , de la juſteſſe
des raiſonnemens ; fans pouvoir retrou-
ver la moindre trace des voies par lef-
quelles on eſt ainſi paſſé d'une extré-
mité à une autre fi oppoſée. Pour t'en
faire une idée, retiens bien qu'une Fran-
çoiſe qui a de l'eſprit & du monde , de-
vine ſouvent mieux que ceux qui met-
tent bien du ſoin à apprendre. Lorſque
celle qui préſide eſt de cette forte , il
42 MERCURE DE FRANCE.
arrive ce que je viens de te dire ; car
elles font pour la plupart conféquem-
ment inconféquentes ; je ne ſçais ſi je
me fais entendre , je veux dire qu'elles-
concilient les choſes contradictoires ,
avec un instinct d'eſprit qui a des mar-
chesplus afſurées quela méthode même,
& la raiſon la mieux compaffée. Légères
ou folides , folles ou ſenſées , je ſuis
obligée de convenir que les Fran-
çoiſes ſont toujours également char-
mantes.
Quanddesmotifs de curiofité ,de pro .
menade , d'autres peut - être encore plus
intéreſſants, engagentles femmes à fortir
auxheures qu'elles ſont convenues d'ap-
peller lematin,ilyades robesdebien des
formes différentes pour cet uſage ; je
n'en ſçais pas tous les noms ; pluſieurs
d'entr'elles les ignorent comme moi.
Quelques-unes de ces robes font auffi
complettement fermées de toutes parts,
que la robe d'un Magiſtrat. On ne voit
ni col , ni poitrine , ni bras. Tous les
charmes font alors dans un parfait in-
cognitò. Je croiscependant entre nous,
chère Miss , que c'eſt le temps où l'on
en fait le plus agréable emploi. En
public on expoſe pourl'éclat ſeulement ;
MARS. 1764.
43
mais ſous ces modeſtes vêtemens,on fait
quelquefois un commerce plus doux
& plus ſolide des faveurs de la beauté.
Il y a d'autres robes négligées moins
heparetiquement cloſes , mais elles cou-
vrent & envelopent toujours beaucoup
plus que les robes habillées ou même
demi - habillées. Il y a ſur cela des
diviſions & des ſous - diviſions qui
embarraſſeroient nos
plus célèbres
calculateurs. Si ces robes du matin
ſont entierement cloſes , cela s'appel-
le , je crois , à la Chanceliere , attendu
quelque rapport réel avec la forme du
vêtement de ce premier Magiſtrat du
Royaume. Tu ne sçaurois croire par
combien d'eſpèces de grande coëffes en
coqueluchons , de mantelets petits ou
grands , qui prennent tous les quinze
joursdes noms & des formes différen-
tes , on fupplée aux robes ainſi fermées
lorſqu'on en porte d'autres en déshabil-
lé. On diroit qu'ici les femmes n'ont
qu'un certain temps de la journée pour
être ſuſceptibles des impreſſions de l'air.
Les précautions fur cela neſontjamais
qu'en raiſon de la parure; & leur déli-
cateſſe ou leur force contre le froid, font
reglées par l'étiquette. A propos d'é-
tiquette,je vais éſſayer, ma chèreMiss,
44 MERCURE DE FRANCE.
d'en traiter un des points les plus fubtils
& ſur lequel il fautavoir , j'oſe dire,des
connoiſſances très-fines , il s'agit de ſça-
voir ceque les bienſéances éxigent ou
permettent ſur les Paniers.
Mais ma Lettre commence à devenir
longue pourmoi , c'eſt un fâcheux pro-
gnoſtic ſur l'impreſſion qu'elle te feroit.
Je vais rêver un peu aux Paniers ;
j'entrevois qu'ily a des découvertes fort
utiles à faire fur ce ſujet. Je t'en entre-
tiendrai l'Ordinaire prochain. Ne me re-
proche plus ma pareſſe , je te punirois
peut-être de ce reproche aux dépens de
ta patience & de mon amour-propre.
Je fuis , &c.
insérée dans le second Vol. de
Janvier.
CES jolies Prêtresses, dont je n'ai
point trop enrichi l'image, ne tiennent
leurs myſtéres ſecrets,que quand la na-
ture ou le tempsy laiſſent trop dechoſes
àréparer. Ne t'imagines pas, chereMiss ,
que ce qu'on appelle le temps de la toi-
lette ſoit employé tout entier à l'ajuste-
ment. Il y a bien des parties dans cet
acte; c'eſt le principal de la journée des
femmesd'un certain ordre. Les momens
deſtinés à des ſoins particuliers de la
figure , ne font pas,comme je viens de
ledire , livrés aux profanes: mais tout ce
qui précéde le temps de fortir ou de
tenir appartement , eſt toilette ou ré-
puté tel. C'eſt à cet autel de la galan-
terie, dont une Françoiſe eſt en même
temps laDivinité & le Miniſtre, qu'elle
vaque à toutes les affaires de ſon état ,
qui eſt d'être jolie , frivole , galante &
même un tant ſoit peu friponne. ( Je ne
40 MERCURE DE FRANCE.
ſçaurois te faire bien entendre ce mot ,
il faudroit pour cela connoître mieux
la choſe ,& pour la bien connoître , il
faut être Françoiſe.)C'eſt donc là que
s'écrivent ,que ſe reçoiventles billets du
matin ; c'eſt là que ſe régle la deſtinée
du jour , ou tout au moins qu'elle ſe dé-
clare aux courtiſans familiers ; c'eſt là
ſouvent que ſe détermine auſſi la deſti-
née des amans ; car celle du mari eſt
toute
arrangée ; & je t'aſſure que
communément il n'en prend pas plus
de ſouci qu'on n'en prend de lui. Ne
va pas te figurerla ſcène de ces toilettes
d'après ce qu'en peignent quelques Bro-
chures ou quelque trivial Roman dont
nous nous ſommes ſouvent amuſées
enſemble,lorſque nous étudions la Lan-
gue Françoiſe. Il y a une eſpèce de
manie dans les Auteurs de cette Nation,
pour peindre ce qu'ils ne voyent pas.
La plupart des Ecrivains les plus oc-
cupés à donnerdes tableaux de ces dé-
tails du monde , ſont précisément ceux
qui n'en ont & n'en peuvent avoir
aucune notion vraie. Ily a quelquefois
à cestoilettes un peude ceque ces pein-
tures informes nous indiquent; plus fou-
vent encore il n'y en a pas un ſeul per
MARS. 1764.
4г
fonnage. Mais , s'il s'en rencontre,c'eſt
avec des nuances très-difficiles àtranf-
mettre dansune deſcription. Je t'avertis,
ma chère Miſs , que prèſque tout ce
qui concerne les manières ,le caractère
même des François , dépend tellement
de ces nuances , en eſt ſi eſſentiellement
compofé , qu'il n'y a qu'eux , & en-
core très-peu d'entr'eux, qui ſoient en
état de les peindre , prèſque jamais de
les définir avecpréciſion.Tu verrois une
de ces Toilettes, être un moment le cer-
cle de la frivolité la plus puérile , des
airs les plus extravagans , des riens , en.
un motde tout ce qui donne lieu aux
caricatures qu'on nous fait des François.
Le moment,qui ſuccéde , tu ſerois frap-
pée ſouvent d'admiration , de la fineſſe,
de la ſagacité des vues de ce même cer-
cle , par accident même , de la juſteſſe
des raiſonnemens ; fans pouvoir retrou-
ver la moindre trace des voies par lef-
quelles on eſt ainſi paſſé d'une extré-
mité à une autre fi oppoſée. Pour t'en
faire une idée, retiens bien qu'une Fran-
çoiſe qui a de l'eſprit & du monde , de-
vine ſouvent mieux que ceux qui met-
tent bien du ſoin à apprendre. Lorſque
celle qui préſide eſt de cette forte , il
42 MERCURE DE FRANCE.
arrive ce que je viens de te dire ; car
elles font pour la plupart conféquem-
ment inconféquentes ; je ne ſçais ſi je
me fais entendre , je veux dire qu'elles-
concilient les choſes contradictoires ,
avec un instinct d'eſprit qui a des mar-
chesplus afſurées quela méthode même,
& la raiſon la mieux compaffée. Légères
ou folides , folles ou ſenſées , je ſuis
obligée de convenir que les Fran-
çoiſes ſont toujours également char-
mantes.
Quanddesmotifs de curiofité ,de pro .
menade , d'autres peut - être encore plus
intéreſſants, engagentles femmes à fortir
auxheures qu'elles ſont convenues d'ap-
peller lematin,ilyades robesdebien des
formes différentes pour cet uſage ; je
n'en ſçais pas tous les noms ; pluſieurs
d'entr'elles les ignorent comme moi.
Quelques-unes de ces robes font auffi
complettement fermées de toutes parts,
que la robe d'un Magiſtrat. On ne voit
ni col , ni poitrine , ni bras. Tous les
charmes font alors dans un parfait in-
cognitò. Je croiscependant entre nous,
chère Miss , que c'eſt le temps où l'on
en fait le plus agréable emploi. En
public on expoſe pourl'éclat ſeulement ;
MARS. 1764.
43
mais ſous ces modeſtes vêtemens,on fait
quelquefois un commerce plus doux
& plus ſolide des faveurs de la beauté.
Il y a d'autres robes négligées moins
heparetiquement cloſes , mais elles cou-
vrent & envelopent toujours beaucoup
plus que les robes habillées ou même
demi - habillées. Il y a ſur cela des
diviſions & des ſous - diviſions qui
embarraſſeroient nos
plus célèbres
calculateurs. Si ces robes du matin
ſont entierement cloſes , cela s'appel-
le , je crois , à la Chanceliere , attendu
quelque rapport réel avec la forme du
vêtement de ce premier Magiſtrat du
Royaume. Tu ne sçaurois croire par
combien d'eſpèces de grande coëffes en
coqueluchons , de mantelets petits ou
grands , qui prennent tous les quinze
joursdes noms & des formes différen-
tes , on fupplée aux robes ainſi fermées
lorſqu'on en porte d'autres en déshabil-
lé. On diroit qu'ici les femmes n'ont
qu'un certain temps de la journée pour
être ſuſceptibles des impreſſions de l'air.
Les précautions fur cela neſontjamais
qu'en raiſon de la parure; & leur déli-
cateſſe ou leur force contre le froid, font
reglées par l'étiquette. A propos d'é-
tiquette,je vais éſſayer, ma chèreMiss,
44 MERCURE DE FRANCE.
d'en traiter un des points les plus fubtils
& ſur lequel il fautavoir , j'oſe dire,des
connoiſſances très-fines , il s'agit de ſça-
voir ceque les bienſéances éxigent ou
permettent ſur les Paniers.
Mais ma Lettre commence à devenir
longue pourmoi , c'eſt un fâcheux pro-
gnoſtic ſur l'impreſſion qu'elle te feroit.
Je vais rêver un peu aux Paniers ;
j'entrevois qu'ily a des découvertes fort
utiles à faire fur ce ſujet. Je t'en entre-
tiendrai l'Ordinaire prochain. Ne me re-
proche plus ma pareſſe , je te punirois
peut-être de ce reproche aux dépens de
ta patience & de mon amour-propre.
Je fuis , &c.
Fermer
4422
p. 72-95
SUITE de la dissertation historique & critique sur la Vie de Don ISAAC ABARBANÉL, Juif Portugais ; par M. de BOISSY.
Début :
NOTRE Rabbin reçut un ordre de se rendre auprès de D. Jean dont les intrigues [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUITE de la dissertation historique & critique sur la Vie de Don ISAAC ABARBANÉL, Juif Portugais ; par M. de BOISSY.
SUITE de la dissertation historique &
critique sur la Vie de Don ISAAC
ABARBANÉL, Juif Portugais ; par
M. de BOISSY.
NOTRE Rabbin reçut un ordre de se
rendre auprès de D. Jean dont les intrigues
de ſes ennemis avoient confi-
dérablement accru l'animofité à fon
égard ; il ne balança point à obéïr. Il
ſe hâta d'arriver à Lisbonne , d'où la
privation de ſes emplois l'avoit obligé
de s'éloigner. Il fut aſſez heureux pour
apprendre fur la route qu'on en vou-
loit à ſes jours. On l'avertit que le Roi
ne l'attiroit à ſa Cour que pour lui
tendre un piége dont il étoit de ſa
prudencede ſe garantir. Ces avis étoient
trop pofitifs pour avoir lieu de douter
de cequi ſe tramoit à ſon inſcu contre
lui. Il n'eut rien de plus preſſé que de
ſe ſouſtraire par une prompte fuite
au
MARS. 1764.
73
an danger qui menacoit ſa tête. Il ſe
réfugia dans le Royaume de Caſtille
ſans avoir le temps de ſe faire accom-
pagner de ſa femme & de ſes enfans
qui ne l'y vinrent trouver que quelque
temps après. Il uſa d'une fi grande di-
ligence , que dans l'intervalle d'une nuit
à l'autre il gagna les frontières de ce
Pays. D. Jean étant inſtruit de ſon éva-
ſion entra dans une furieuſe colére. Il
envoya fur ſes traces des foldats pour
le lui amener mort ou vif. Mais leurs
pourſuites furent inutiles. Abarbanél les
avoit devancés de vîteſſe. Ce Roi ne
put tirer d'autre vengeance que celle
que lui offrit la confifcation de tous les
biens & les effets de ce Rabbin qui
étoient demeurés en ſa puiſſance. Nous
devons le détail de toutes ces particu-
larités à Abarbanél lui-même qui dé-
plore ſa chute en des termes auſſi pa-
thétiques , que ceux dans leſquels il dé-
critfon élévation ſont magnifiques. Les
uns& les autres font un tiſſu de diverſes
phraſes priſes de l'Ecriture , qu'il adapte
&lie à la contexture de fon discours
en les accommodant au récit des dif-
férentes circonstances de ſa vie. Cela
eft affez ordinaire aux Auteurs Juifs &
principalement au nôtre. Il étoit dans
D
74 MERCURE DE FRANCE.
la quarante-cinquiéme année de fon
âge , quand il quitta le Royaume de
Portugal , pour aller s'établir dans celuil
de Caſtille. Le loiſir dont il jouit dans
ſa retraite , réveilla en lui le goût qu'il
avoit eu dans ſa première jeuneſſe pour
l'étude des Livres faints.Il reprit le cours
de ſes travauxfur l'Ecriture , qui avoient
fouffertune longue interruption. par les
occupations qui l'attachoient à la Cour.
Il paſſa quelques années à la méditer ;
& fes commentaires ſur les livres dei
Jofué,des Juges & de Samuelfurent le
fruitde ſon application. Cependant l'am-
bition qui le dominoit toujours , fit
encore diverfion à ſes veilles laborieu-
fes. Il ſe laiſſa ſurprendre une ſeconde
fois à l'appât des honneurs & des ri-
cheffes. La Cour de Ferdinand & d'I-
fabelle lui offrant un vaſte champ pour
déployer ſes talens, il s'y introduifit à la
faveur de laBanque qu'il faisoit enEf-
pagne. Animé du defir d'y figurer , il
employa toutes les refſources que put
lui fournir l'activité de ſon génie intri-
gant pour ſeménager un accès auprès
de Leurs Majestés Catholiques. Comme
il étoit habile dans l'art de captiver la
bienveillancedes Princes, ſes ſollicitare
tions réuffirent au gré de ſes ſouhaits.
MARS. 1764.
75
Ferdinand le prépofa au manîmentde
ſes finances , & l'éleva au rang de ſes
Miniſtres. Il est vraisemblable que ce
Monarque agréa les ſervices d'Abarba-
nél plus par politique que par amitié
pour lui. Il avoit formé le projet d'ex-
terminer les Maures ; & il ne ſe diffi-
muloit pas que ſes revenus fuffifoient
àpeine pour foutenir les frais de la
guerre où il vouloit s'engager. Il fentit
que notre Rabbin à qui l'importance
des emplois que celui-ci avoit adminif
trés , donnoit beaucoup de confidéra
tion & d'autorité parmi les Juifs , pour-
roit le ſervir utilementdans le poſte où
il le plaça. Il préſumoit d'obtenir d'eux
par ſon moyen les ſecours pécuniaires
dont il avoit beſoin. Abarbanelfutpen-
dant huit ans en poffeffion de la charge
dans laquelle il avoit été inſtallé. Elle
le dédommagea amplement de la per-
re qu'il avoit faite de ſes dignités , & de
ſes biens en Portugal. Ily amaſſa dans
ce court eſpace de temps d'auffi
grands tréſors que ceuxqui lui avoient
été ravis précédemment. Tout ſembloit
concourir à l'affermiſſement de fon bon-
heur , lorſqu'un événement inattendu
changea ſubitementla facede ſes affaires,
Ferdinand ayant à ſon retour de la
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
conquête du Royame de Grenade fur
les Maures réſolu de chaffer tous les
Juifs habitués dans ſes Etats , fit publier
au mois de Mars de l'an 1492, un Edit
par lequel il leur étoit enjoint d'en fortir
dans trois mois à compter du jour de
ſa publication , ou d'embraſſer le Chrif-
tianiſme. ( a ) Iln'y eut pointd'excep-
tion ; l'Ordonnance étant générale , ſa
rigueur s'etendoit à tous ceux qui fai-
foient profeffion ouverte du Judaïsme.
Ainfi Abarbanél , malgré le crédit qu'il
avoit eu a la Cour juſques-là , ne put ſe
garantir de l'éxil commun. Frappé du
coup terrible qui étoit porté à ſa Na-
tion, il mit tout en œuvre pour le dé-
-tourner. Il alla ſe jetter aux genoux du
Roi qu'il tâcha de fléchir par ſes prières
& par ſes larmes ; il le conjura de ne-
(a) Abarbanel. præfat. Commentar. in Libr.
Reg.fol. 188. Salom. Ben. Virg. Schebet Jehouda.
fol.44 fcu.p.320 ex version .Gent.Gedaliah Schal-
Scheleth hakkabalah fol. 115. Mariana ( Hiftor.
Hifpan. Lib. XXVI. Cap.
1. ) & d'après lui
Sponde ( Continuat. Annal. Ecclef. Baron.fub ann.
1492. n. 3. Tom. II. pag. 202. ) ont étendu a l'ef-
pacede quatre mois le terme de l'expulfiondes Juifs.
L'Historien Ferréras l'a prolongé même jusques au
fixième mois ( Voyezfon Histoire d'Espagne XI.
part. Tom. VIII. pag. 128. de la traduction de
M.d.&Hermilly. )
MARS. 1764..
77
pointtraiter avec tant d'inhumanitédans
laperſonne des Juifs , des Sujets fidéles
& zélés pour la gloire de Sa Majefté. Il
propoſa de leur part de payer toutes les
ſommesd'argentqu'il lui plairoitd'en éxi-
ger. Il l'aſſura qu'ils n'heſiteroient point
àacheter à ce prixla libertéde demeurer
dans les lieux de leur naiſſance. Il in-
téreſſa même dans la cauſe de ſa Na-
tion quelques - uns des plus intimes
favoris du Roi , qui gagnés par ſes pré-
ſens intercédérent pour faire révoquer
l'Arrêt qui la baniſſoit à perpétuité de
l'Eſpagne ; mais toutes ces tentatives
furent infructueuſes. Ferdinand fut iné-
branlable dans ſa réſolution. La Reine
fon Epouſe à qui ce Peuple étoit ſou-
verainement odieux , travailloit de fon
côté à l'y affermir. Elle le preſſoit con-
tinuellement d'exécuter avec vigueur
ce qu'il avoit heureuſement commencé.
Abarbanel ſe vit forcé de céder à la
violence de l'orage qui accabla ſa Na-
tion. Conſtant dans les principes de ſa
Religion , il aima mieux partager le fort
miſérable de ceux d'entre ſes Frères
qui ,à ſon exemple , refuſerentd'abjurer
leur croyance , que de conſerver ſa
place àla Cour de Caſtille aux dépens de
La confcience. Bartolocci prend occa-
Diij
1
78 MERCURE DE FRANCE.
fion d'éclater encore en reproches con-
tre notre Rabbin qu'il taxe de s'y être
auſſi mal conduit ,qu'à celle de Portu-
gal. Il veut qu'Abarbanel ait contribué
plus que perſonne à ce baniſſement des
Juifspar la tyrannie qu'il exerçoit envers
les pauvres , par ſes ufures exceſſives ,
parſa vanitéinfupportable qui lui faifoit
ufurper les titres qui ne font dûs qu'aux
maiſons nobles d'Eſpagne , enfin par
fes diſcours injurieux à la Religion
Chrétienne dont il étoit l'ennemi dé-
claré. S'il falloit juger de ce Rabbin
fur la dépoſition incontestablementtrop
fuſpecte d'un homme qui ſe plaît à
le noircir , on ne pourroit le regarder
que comme un franc ſcélérat qui facri-
fioit tout àune ambition démeſurée , &
à une infâme cupidité.N'est-ce pas mon-
trer évidemment l'effet de la paffion la
plus mépriſable , que de s'abandonner
à des accufations de cette nature ſans
avoir des preuves poſitives de ce qu'on
avance. Je ne crains pas de dire que
c'eſt précisément là le cas de Barto-
locci qui dans l'énonciation de ces
prétendus griefs , qu'une imagination
auffi fortement préoccupée que la
fienne étoit ſeule capable de réaliſer , a
plus confulté ſa haine particulière que
MARS. 1764.
79
les intérêtsde la vérité. C'eſt pourquoi
on ne doit pas avoir égard à ſes décla-
mations monachales. Abarbanel s'em-
barqua avec toute fa famille pour
l'Italie , & aborda à Naples , ( b ) où
- Ferdinandle bâtard régnoit alors. Il eut
le bonheur d'être bien accueilli de ce
Prince , à la Cour duquel il s'infinua
-par les mêmes voies qui l'avoient mis
en crédit à celles de Portugal & de
Caftille. Comme Ferdinand ſe piquoit
d'une politique raffinée , il ſcut en
adroit courtiſan ſe faire valoir auprès
de lui par les connoiffances qu'il avoit
été àportée d'y acquérir en ce genre.
Ce Monarque le prit en affection , &
l'employa avantageuſement dans les
affaires les plus ſecrètes & les plus dif-
ficiles du Gouvernement. La mort
ayant enlevé Ferdinand peu de temps
après qu'Abarbanél ſe fut établi dans
ſa Capitale , Alphonse II. de ce nom
lui fuccèda l'an 1494. Notre Rabbin
eut également part aux hommes graces
de ce dernier à qui ſes ſervices ne
furent pas moins agréables , qu'ils l'a-
voient été à ſon prédéceſſeur. Il re-
cueilloit tranquillement le fruit de fa
(b ) Abarban. loco fuprà citato & præfat.Com-
mentar. in Libr. Deuteronom.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
faveur, lorſque la fortune qui n'étoit
-pas encore laſſe de le perfécuter lui
préparoit un nouveau ſujet d'affliction.
On auroit dit qu'elle ne ſe plaiſoit
jamais plus à lui nuire , qu'au moment
qu'elle paroiſſoit le favorifer davan-
tage. Charles VIII. Roi de France en-
treprit la conquête du Royaume de
Naples , auquel il prétendoit en confé-
quence des droits fur ce Pays que
Charles Comte du Maine héritier de
René d'Anjou avoit cédés à Louis XI.
Ily entra à la tête d'une Armée nom-
breuſe & s'empara des principales pla-
ces fans trouver aucune réſiſtance.
Alphonse conſterné de la rapidité du
progrès de ſes Armes , & ne ſe ſentant
pointaffez fort pour s'y oppoſer , aban-
donna Naples à la difcrétion duvain-
queur. Il s'enfuit en Sicile , où le ſuivit
Abarbanél qui demeura fidéle à fon
Prince , au milieu des revers qui le dé-
pouilloient de ſes états & de fes richef-
Tes. Ils firent l'un & l'autre leur réſiden-
ce à Meffine. Nicolas Antonio s'est
mépris en marquant dans l'appendice
de fa Bibliothéque d'Eſpagne , que
notre Rabbin fit le trajet de la Sicile
avec Ferdinand qui avoit été déthrôné
T
MARS. 1764.
81
par les François. ( c) Cela regarde uni-
quement Alphonse ; le premier de ces
Monarques ayant ceffé de vivre un an
avant l'arrivée de Charles en Italie.
Alphonse ne ſurvécut que de quelques
mois à la perte de ſa Couronne. Suc-
combant fous le poids de ſes malheurs ,
il mourut l'an 1495. Abarbanel qu'au-
cun motif ne retenoit plus dans cette
Iſle ſe retira à Corfou , où il ne s'ar-
rêta pas longtemps ; car il repaſſa
l'année ſuivante en Italie. Il fixa ſon
domicile à Monopoli dans la Pouille
pour être à couvert des inſultes des
François,dans la retraite qu'elle lui of-
frit. Il compoſa divers écrits pendant
ſon ſéjour en cette Ville , où il reſta en-
viron ſept ans. ( d) Il eut enſuite occa-
ſion d'aller à Veniſe , ou ſon Fils Jofeph
l'accompagna , pour concilier quelques
différends furvenus entre les Magiftrats
de cette République , & le Roi de
Portugal au ſujet du commerce des
Epiceries. ( e ) Il ſe conduiſit avec beau-
coup de prudence & d'habilité dans cet-
( c ) Nicol. Anton.
Biblioth. Hifpan. Ap-
pend. Tom. II. pag. 686.
(d) Vide præfation. I. Libri quem Abarbanel
infcripfitMaaianei Jefchouahfol. 3 .
(e) Ibidem fol. 4.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
te négociation qu'il termina au gré des
Puiſſances quiy étoient intéreſſées : ce
qui le mit auprès d'elles en grande répu-
tation. ( e ) Auſſi eut-il la fatisfaction
d'en acquérir l'eſtime & la faveur. Il
acheva le reſte de ſes jours en cette
Ville qui fut le terme de ſes voyages ,
& mourut l'an 1508. dans la 71°. an-
née de ſon âge. Tel fut le cours d'une
vie marquée alternativement par des
honneurs éclatans&par une longue ſuite
de diſgraces ; & c'eſt prèſque toujours
là le fort qu'éprouvent ceux qui , com-
me Abarbanél , ambitionnant trop la
poffeffion des dignités & des richefſes ,
s'attachent au ſervice des Grands dans
l'eſpérance de ſe la procurer. Les Prin-
cipaux des Juifs célébrerent avec beau-
coup de pompe ſes funérailles , aux-
quelles affiftérent même pluſieurs No-
bles Vénitiens. On tranſporta fon corps
à Padoue , & on l'enterra dans un an-
ciencimetièrequi étoit hors de la Ville ,
& qui appartenoit aux Juifs. R. Juda
Menz qui avoit été Recteur de leurAca-
démie , y fut placé auprès de ſon ami
Abarbanel , auquel il ne ſurvécut pas
huitjours. Ce cimetière ayant été en-
(f) Menaffeh Ben. Ifrael. Spes Ifrael. pag. 91 .
MARS. 1764.
83
tièrement ruiné pendant le Siége que
cetteVille fouffrit en 1509 , devint de-
puis in chemin pavé; de forte qu'on
ne peut plus reconnoître actuellement
le lieu de la Sépulture de ces deux Rab-
bins. ( g ) Abarbanéllaiſſa trois Fils Ju-
da, Jofeph & Samuel. L'aîné vulgaire-
ment connu ſous le nom de Leon l'He-
breu , Auteur des Dialogués de l'A-
mour, a été grand Philofophe & ha-
bile Médecin. Il s'eſt encore diftingué
par fon talent pour la Poëfie , & il a
fait pluſieurs Vers à la gloire de celui
à qui il devoit le jour. Jofeph partagea
la bonne & la mauvaiſe fortune de ſon
Père juſques à ſa mort Samuel le plus
jeune des ſes Frères paſſe pour avoir
été plus ſçavant qu'eux & même qu'A-
barbanel fon Père , s'il en faut croire
Bartolocci qui me paroît avancer ce
fait bien gratuitement. (h) Au moins
c'eſt ce que ne diſent point ceux d'entre
les Ecrivains Juifs qui font entrés dans
quelque détail fur ce qui concerne notre
Rabbin , & fa famille. Aboab vante à la
vérité le ſçavoir de Samuel. ( i) Mais
:
( g ) Præfatio 1. Maaianei Jefchouah fol. 4
( h ) Bartolocci Bibl. Rabb. P. III. pag. 881 .
(i) Jm. Aboab Nomologia P. II. cap. 27. pag.
327.
D vj
:
84 MERCURE DE FRANCE .
il n'attribue au Fils aucune fupériorité
ſur le Père à cet égard. D'ailleurs nous
n'avons du premier aucun ouvrage qui
justifie l'opinion , que Bartolocci vou-
droit qu'on en prît. Il ne l'a proba-
blement eue qu'en faveur du Chriſtia-
niſme qu'on prétend que ce Juifem-
braſſa à Férrare , où il reçut au Baptême
le nom d'Alphonse qui étoit celui du
Duc qui lui fit l'honneur d'être fon
Parrain. La requête qu'il préſenta à ce
ce ſujèt ſous le Pontificat de Jules III.
au Cardinal Sirlet Protecteur des Neo-
phytes , fe conferve manufcrite dans
laBibliothéque du Vatican. ( k ) Cepen-
dant le filence profond qu'Aboab garde
fur la converfion de Samuel, fait dou-
- ter de ſa publicité dans tous les lieux où
:
les Juifs font diſperſés ; à moins qu'on
ne croye qu'il l'a diffimulée de deſſein
prémédité. Mais il eſt plus vraiſembla.
ble, qu'elle n'eſt point venue à ſa con-
noiffance , à en juger par les grands
éloges qu'il prodigue àce Fils d'Abarba-
nél. Illeslui eûtdonnésavecplus de réſer-
ve , ſi en effet il eût ſçu que celui-ci avoit
abjurélaReligionde ſesPères. Il n'arrive
guères aux Juifs de parler favorable-
(k) Vide Catalog. Bibliothe. Vatican fub. n.
6415. pag. 191.
MARS. 1764.
85
ment de leurs Apoſtats , dont au con-
traire ils s'efforcent de flétrir la mé-
moire , quelque irréprochable qu'elle
pût être. Aboab nous apprend que la
femme que Samuel Abarbanél avoit
épousée , ne lui cédoit pas en mérite.
Elle s'appelloit Benvenida de fon nom
de famille , & elle réuniſſoit aux vertus
de ſon ſéxe les avantages de l'eſprit ,
qui étoient encore relevés par beau-
coup de prudence , de grandeur & de
fermeté d'âme. D. Pedre de Toléde
Vice-Roide Naples , auprès de qui Sa-
muél fut fort en crédit, conçur pour
elle une eſtime ſi particulière , qu'il ne
balança point à confier à ſes ſoins l'é-
ducation de ſa Fille Léonor. Aboab
ajoute que celle
ci ayant été depuis
mariée à Come de Médicis Grand-Duc
de Toſcane , faiſoit gloire en toute
occafion de régler ſa conduite ſur les
inſtructions qu'elle avoit reçues dans
fon enfance de D. Benvenida qui de-
meuroit alors à Ferrare. Auſſi ne dé-
daignoit-elle pas de la nommer ſa Me-
re , la reſpectant comme telle , & la
traitant avec toutes fortes de dif-
tinctions. ( 1 ) Ces circonstances déno-
tent affez que Samuel Abarbanel &
(1 ) Aboab locofuprà citato.
86 MERCURE DE FRANCE.
ſa femme avoient dès-lors une diſpoſi-
tion prochaine à ſe faire Chrétiens ;
n'étant guères croyable , que le Vice-
Roi ſe fût avisé de donner à fa Fille
une Gouvernante qui eût perſéveré
dans ſon attachement à une Religion
différente de la fienne. Notre Samuel
étoit puiſſamment riche , & quand il
abandonna le ſéjour deNaples l'an 1540,
il emporta avec ſoi
و
au rapport de
David Gantz, la valeur de plus deux
cens mille écus. (m )La famille desA-
barbanels ſubſiſtoit encore avec quel-
que éclat du temps de Daniel Levi de
Barrios , qui compte un Jofeph Abar-
banél avec Ménaſſéh ſon Frère & Jo-
nas Fils du dernier , au nombre des
membres de l'Ecole Fſpagnole , que les
Juifs ont à Amſterdam ſous le nom
de Cether Thorah, ( n)
Après avoir vu notre Ifaac ſe pro-
duire dans les Cours des Princes par
fes talens politiques , qui l'y firent
revêtir d'emplois importans, nous al
lons le confidérer en qualité d'Ecrivain
الله
( m )R. David Ganz. Zemach David adann.
$300. pag. 152. ex version. Latin, G. Vortii.
(n) Dan. Lev. de Barrios Defcript. Cether
Thorah. pag. 9. Vide Christ. Wolf. Biblioth.
Hebra . Tom. III. pag. ispy
λονδία ( 1 )
MARS. 1764.
87
qui s'eſt rendu célébre par les produc-
tions de ſa plume. Elles lui ont mérité
un des premiers rangs parmi les Doc-
teurs de ſa Nation. Auſſi les Juifs
s'empreſſent-ils à lui déférer le titre
d'homme Illuſtre ,de ſcavant & d'in-
comparable Théologien. (o ).On l'égale
au fameux Maimonide. Quelques-uns
même n'hésitent point à le lui préférer.
On doit convenir qu'à un eſprit net
& pénétrant , il joignoit une imagina-
tion vive & féconde qui étoit fou-
tenue d'une élocution abondante &
aifée. Né naturellement laborieux , il
fe livroit à l'étude avec une ardeur in-
fatigable. Il eſt étonnant même qu'un
homme dont la vie a été alternative-
ment engagée dans le tumulte du grand
monde , dans l'embarras des affaires
&dans les chagrins de l'éxil , ait encore
pû trouver le temps de s'y appliquer.
Il écrivoit avec une ſi grande facilité
que peu de jours lui fuffifoient pour
commenter quelques Livres de l'Ecri
( 0) Salom. Ben Virg. Schebet Jehoudahfol.44,
feu319 exversion. Gent.Azarias Meor Enajimfol.
139. Dav. Ganz. Zemach David. P. I. fol. 61 .
EditHebr.feu pag. 150. ex Verf. Vorst. Menaffeh
Ben Ifraelde creation. Problem. I. page 2. &Pro-
blem. XII. page 50. Aboab. Nomolog.pag. 326.
88 MERCURE DE FRANCE.
ture Sainte. De - là cette multitude
d'ouvrages qu'il a composés. ( p ) M.
Maius a pris ſoin de recueillir à la ſuite
de l'abrégé de la vie qu'il a donné de
ce Rabbin , les Jugemens que les
Sçavans de diverſes Communions en
ont portés. ( q ) Ils lui font générale-
ment affez favorables , ſurtout en ce
qui concerne l'explication du Texte
Sacré: c'eſt auſſi dans cette partie qu'il
s'eſt principalementdiftingué. Ses Com-
mentaires ſont ſans contredit ce qu'il a
fait de plus conſidérable ; & il paffe
avec raiſon pour un des meilleurs in-
terprétes Juifs. M. Simon veut que ce
foit celui dont on peut le plus profiter
(p ) Bartolocci ( Biblioth. Rabbin. P. III.
pagg. ) & M. Wolff. ( Biblioth. Hebra. Tom.
I. pagg. 629 , 639. ) ont donné la notice des
Ouvrages de notre Rabin , à laquelle ils ont joint
le dénombrement des différentes Editions qui s'en
fontfaites. Aleuréxemplej'en ai dreſſé le Catalo-
gue qui auroit paru à la fuitede la vie d'Abar
banel , fi je n'étois perfuadé que les détails qui
réſultent de ce genre de travail nefont guères de la
compétence du Mercure. C'est pourquoije lefupprime
ici , & je lui réſerve une placeplus convenable.
(9 ) Vide pag. 20 &feqq. Vita Abarbanelis
fubjunctaPræconi Salutis quemV. C. Latine ver-
fit, & Francof. ad mæn. 1712. edidit.
: MARS. 1764.
89
pour l'intelligence de l'Ecriture. ( r ) Sa
Méthode eſt à quelques égards ſembla-
ble a celle de Toftat , de qui il paroît
avoir lù les Commentaires ſur la Bible.
Il forme , comme cet Evêque Eſpa-
gnol , pluſieurs queſtions ſur le Texte
quil explique. Il déploye d'ordinaire
beaucoup de ſagacité dans la maniére
de les réfoudre. Cependant nous ne
diſconviendrons pas qu'il ne ſe ſoit
trop plu à les multiplier. Il y en a quel-
ques-unes qui bien loin d'être de la
moindre utilité , ne ſont propres qu'à
embaraſſer l'eſprit des Lecteurs par les
doutes qu'elles y font naître. Il apporte
toute fon application à éclaircir les en-
droits difficiles & obfcurs des Livres
Saints , à découvrir la liaiſon & les
rapports des Hiſtoires & des Prophéties
qu'ils contiennent , & à marquer la
fignification , & la force des mots Hé-
breux.
Il s'écarte rarement du ſens
Grammatical. Il ne lui arrive guères
non plus d'abandonner le ſens littéral
auquel il eſt fort attaché. Il s'efforce
même de l'établir dans des occafions
où la plupart des Rabbins qui l'ont
précédé ſe ſont retranchés dans l'Al-
(r ) Simon Histo. Critiq. du.V. Teftam. Liv
III. Chap. 6. page 380.
90 MERCURE DE FRANCE.
légorie , pour n'avoir pu trouver une
interprétation conforme à la Lettre du
Texte de l'Auteur inſpiré.
Il péche
quelquefois par trop de fubtilité , qui
le porte à raffiner ſur l'explication des
autres Commentateurs de ſa Nation.
Quelque reſpect qu'il ait pour l'autorité
de ſes Maîtres dont il rapporte fré-
quemment les opinions
,
elle ne lui
impoſe point juſques à les admettre
ſans un mûr examen. Il les appuie ou
les combat , felon qu'elles lui femblent
vraies ou fauſſes. Le plagiat dont quel-
ques-uns d'entre eux font coupables ,&
les autres fautes qu'ils peuvent avoir
commifes n'échappent point à ſa cen-
fure. Il propoſe ſon ſentiment avec une
entière liberté,&il eſt fertile en conjectu-
res qu'il hafarde trop volontiers. Enfin
il étaledans tout ce qu'ildit une grande
érudition Juive. Celle même qui s'ac-
quiert par la lecture des Auteurs pro-
fanes ou Chrétiens , n'eſt pas pour lui
un objet tour-à-fait étranger. Il cite
ſouvent Platon & Ariftote. Ildifpute
furtout contre le dernier de ces Phi-
loſophes fécond en paradoxes qui favo-
Tiſent l'irréligion. Le P. Souciet croit
avoir remarqué des paſſages de Pline :
MARS. 1764 .
91
produits par notre Rabbin . ( s ) Mais
c'eſt une obſervation que nous ne pré-
tendons point garantir. Abarbanél al-
légue en divers endroits de ſes Com-
mentaires S. Jérôme & S. Augustin ,
foit qu'il eût feuilleté quelques écrits
de ces Pères , ou ce qui est plus vrai-
ſemblable , qu'il tînt ce qu'il en rap-
porte , de Nicolas Lyre & de Paul
de Burgos , dont il avoit lu les anno-
tations fur l'Ecriture. Ilne fait aucune
difficulté de ſuivre quelques-unes de
leurs explications , & il réfute celles
qui ne s'accordent point avec ſes pré-
jugés.Au reſte ces allégations ſuppoſent
qu'il avoit quelque teinture de la
Langue Latine. Fier des connoiffances
qu'il avoit puiſées dans la Philofophie
minutieuſe qui régnoit de ſon temps ,
& qu'il entendoit affez bien , il affecte
de charger de raiſonnemens Métaphyfi-
ques les diſcuſſions où il entre. De-là
leur prolixité qui rebute autant qu'elle
ennuie. Aufſi ſon ſtyle qui a d'ailleurs
le mérite de la pureté & de la clarté ,
eſt infiniment diffus , & abonde en
répétitions faftidieuſes. C'eſt probable-
ment pour cela que Jonas Salvador
(s) Souciet Recueil de Differtat. Critiq. fur
des endroits difficiles de l'Ecriture Sainte,pag 4.
92 MERCURE DE FRANCE.
Juif de Pignerol , avec qui M. Simon
étoit en relation , avoit coûtume de
Pappeller un pur compilateur & un
babillard. ( t ) Il ſe montre par-tout
zélé défenſeur des Dogmes , & des
pratiques de ſa Religion. Son entêre-
ment pour les prétendues prérogatives
de ſa Nation lui a fait adopter mille
idées chimériques & extravagantes
fur ce qui peut y avoir rapport. Mais
le défaut le plus eſſentiel qui choque
dans ſes Commentaires & dans ſes
Traités Théologiques , c'eſt ſon achar-
nement à y invectiver contre le Chrif-
tianiſme , & contre ſon divin Inſtitu-
teur. Toutes les fois que l'occaſion ſe
préſente d'en attaquer les principes ,
il la ſaiſit avidement , ſans garder aucu-
ne meſure. S'il ne diſſimule pasdans ſes
controverfes avec les Chrétiens les
raiſons ſur lesquelles ceux-ci fondent
la verité de leur créance , il les énerve
autant qu'il lui eſt poffible , & il tron-
que leurs objections contre le Judaïfme
pour y répondre avec plus de facilité.
Les Juifs ſont perfuadés qu'il les a
• ruinées de fond en comble. Il leur eft
libre de ſe repaître de ce triomphe
(t) Simon , Lettres Choifies Tom, III. pag. II
Edit. de la Marti,
MARS. 1764.
93
imaginaire. Ce qu'il ya de certain ,c'eſt
que les efforts d'Abarbanel ſervent à
prouver la foibleſſe de ſa cauſe. Ce
quifait le plus de peine à Bartolocci,
ce font les termes outrageans & in-
jurieux (dans lesquels il parle du Pape
&du Clergé. Il eſt ſans doute indigne
d'un homme raisonnable de ſe livrer à
des emportemens qui dégradent ſon
caractère. Nous ne voulons point juſti-
fier Abarbanel fur ce point. Cependant
à juger des choſes humainement , on
nedoit pas s'étonner qu'il en ait fi mal
ufé a l'égard du Clergé. Il ſçavoit que
c'étoit par ſes brigues & par fon crédit ,
qu'il avoit été dépouillé des dignités
&des richeſſes qu'il avoit poſſédées à
la Cour de Portugal. Il n'ignoroit pas
non plus que le banniſſement général
de ſa Nation de tous les Etats de D.
Ferdinand , & de D. Jean , étoit l'effet
de ſes preffantes ſollicitations auprès
de ces Princes. Il lui imputoit donc
tous les malheurs dans leſquels cet
éxil l'avoit précipité , ainſi que ſes
Frères. La haine implacable qu'il nour-
riffoit au fond du cœur contre les Mi-
niftres de l'Eglife Romaine avoit confé-
quemment ſa ſource dans un motif
perfonnel. Penſe-t-on qu'un Juif que
94 MERCURE DE FRANCE.
les préjugés de ſa religion avoient ac-
coutumé dès l'enfance à regarder de
mauvais œil celle qui s'eſt établie ſurles
ruines de la fienne
,
ait été capable
d'avoir des ménagemens envers des
gens qui avoient ſoulevé les Puiffances
contre ſaNation.Les chagrins qu'il avoit
éprouvés dans le cours & à la fuite
de ces révolutions fi funeſtes à ſon am-
bition , n'avoient pas peu contribué à
aigrir fon humeur. Ayant réſolu de ſe
venger par quelque voie que ce fût
de ceux qui les lui avoient ſuſcités ; il
n'a cru pouvoir mieux fignaler fon
averſion , qu'en les diffamant dans ſes
écrits qui portent prèſque tous l'em-
preinte des traits de ſa colère &de fon
indignation. Il n'auroit pas dû laiſſer
prendre un fi fort empire au reſſentiment,
que lui cauſoit le ſouvenir des perfécu-
tions que ſes Frères avoient fouffertes ,
& auxqu'elles il n'avoit pas eu une
médiocre part. Si les mouvemens im-
pétueux de ſa bile n'euffent point
offuſqué les facultés de ſon âme , il
auroit reconnu qu'il y a de l'injuftice
à médire d'une Religion , à cauſe des
abus qu'en peuvent faire ceux qui la
profeffent , & des excès auxquels les
emportent l'intolérance & l'eſprit de
MARS. 1764.
95
domination. Mais on n'est équitable
qu'autant qu'on agit fans paffion. Cette
conduite ſi rare parmi les perſonnes qui
ſe parent, du beau nom de Philofo-
phes , l'eſt encore plus parmi les
Théologiens. Il fuffit qu'ils soient de
différens partis pour les voir ſe décrier
les uns les autres avec fureur; l'on ſçait
affez que la modération n'eſt guères
le partage de ces Meſſieurs , quoique
par état ils duffent en donner l'exemple
au reſte des hommes. Si Bartolocci ſe
plaint de ce que les Juifs ſont dans
l'habitude de remplir les Livres qu'ils
publient d'invectives contre les Chré-
tiens , ces derniers & lui en particulier
ufent largement à leur tour du droit de
repréfailles , à l'égard des membres de la
Synagogue. Encore font-ils moins ex-
cufables ; puiſque l'Evangile qui re-
commande les devoirs de la charité mê-
me envers ſes ennemis , leur défend ex-
preſſément de rendre injures pour inju-
res. C'eſt un précépte qu'il feroit à
propos que bien des gens euſſent de-
vant les yeux. On ne verroit pas tant
de libelles diffamatoires ſe répandre
hardiment dans le Public.
critique sur la Vie de Don ISAAC
ABARBANÉL, Juif Portugais ; par
M. de BOISSY.
NOTRE Rabbin reçut un ordre de se
rendre auprès de D. Jean dont les intrigues
de ſes ennemis avoient confi-
dérablement accru l'animofité à fon
égard ; il ne balança point à obéïr. Il
ſe hâta d'arriver à Lisbonne , d'où la
privation de ſes emplois l'avoit obligé
de s'éloigner. Il fut aſſez heureux pour
apprendre fur la route qu'on en vou-
loit à ſes jours. On l'avertit que le Roi
ne l'attiroit à ſa Cour que pour lui
tendre un piége dont il étoit de ſa
prudencede ſe garantir. Ces avis étoient
trop pofitifs pour avoir lieu de douter
de cequi ſe tramoit à ſon inſcu contre
lui. Il n'eut rien de plus preſſé que de
ſe ſouſtraire par une prompte fuite
au
MARS. 1764.
73
an danger qui menacoit ſa tête. Il ſe
réfugia dans le Royaume de Caſtille
ſans avoir le temps de ſe faire accom-
pagner de ſa femme & de ſes enfans
qui ne l'y vinrent trouver que quelque
temps après. Il uſa d'une fi grande di-
ligence , que dans l'intervalle d'une nuit
à l'autre il gagna les frontières de ce
Pays. D. Jean étant inſtruit de ſon éva-
ſion entra dans une furieuſe colére. Il
envoya fur ſes traces des foldats pour
le lui amener mort ou vif. Mais leurs
pourſuites furent inutiles. Abarbanél les
avoit devancés de vîteſſe. Ce Roi ne
put tirer d'autre vengeance que celle
que lui offrit la confifcation de tous les
biens & les effets de ce Rabbin qui
étoient demeurés en ſa puiſſance. Nous
devons le détail de toutes ces particu-
larités à Abarbanél lui-même qui dé-
plore ſa chute en des termes auſſi pa-
thétiques , que ceux dans leſquels il dé-
critfon élévation ſont magnifiques. Les
uns& les autres font un tiſſu de diverſes
phraſes priſes de l'Ecriture , qu'il adapte
&lie à la contexture de fon discours
en les accommodant au récit des dif-
férentes circonstances de ſa vie. Cela
eft affez ordinaire aux Auteurs Juifs &
principalement au nôtre. Il étoit dans
D
74 MERCURE DE FRANCE.
la quarante-cinquiéme année de fon
âge , quand il quitta le Royaume de
Portugal , pour aller s'établir dans celuil
de Caſtille. Le loiſir dont il jouit dans
ſa retraite , réveilla en lui le goût qu'il
avoit eu dans ſa première jeuneſſe pour
l'étude des Livres faints.Il reprit le cours
de ſes travauxfur l'Ecriture , qui avoient
fouffertune longue interruption. par les
occupations qui l'attachoient à la Cour.
Il paſſa quelques années à la méditer ;
& fes commentaires ſur les livres dei
Jofué,des Juges & de Samuelfurent le
fruitde ſon application. Cependant l'am-
bition qui le dominoit toujours , fit
encore diverfion à ſes veilles laborieu-
fes. Il ſe laiſſa ſurprendre une ſeconde
fois à l'appât des honneurs & des ri-
cheffes. La Cour de Ferdinand & d'I-
fabelle lui offrant un vaſte champ pour
déployer ſes talens, il s'y introduifit à la
faveur de laBanque qu'il faisoit enEf-
pagne. Animé du defir d'y figurer , il
employa toutes les refſources que put
lui fournir l'activité de ſon génie intri-
gant pour ſeménager un accès auprès
de Leurs Majestés Catholiques. Comme
il étoit habile dans l'art de captiver la
bienveillancedes Princes, ſes ſollicitare
tions réuffirent au gré de ſes ſouhaits.
MARS. 1764.
75
Ferdinand le prépofa au manîmentde
ſes finances , & l'éleva au rang de ſes
Miniſtres. Il est vraisemblable que ce
Monarque agréa les ſervices d'Abarba-
nél plus par politique que par amitié
pour lui. Il avoit formé le projet d'ex-
terminer les Maures ; & il ne ſe diffi-
muloit pas que ſes revenus fuffifoient
àpeine pour foutenir les frais de la
guerre où il vouloit s'engager. Il fentit
que notre Rabbin à qui l'importance
des emplois que celui-ci avoit adminif
trés , donnoit beaucoup de confidéra
tion & d'autorité parmi les Juifs , pour-
roit le ſervir utilementdans le poſte où
il le plaça. Il préſumoit d'obtenir d'eux
par ſon moyen les ſecours pécuniaires
dont il avoit beſoin. Abarbanelfutpen-
dant huit ans en poffeffion de la charge
dans laquelle il avoit été inſtallé. Elle
le dédommagea amplement de la per-
re qu'il avoit faite de ſes dignités , & de
ſes biens en Portugal. Ily amaſſa dans
ce court eſpace de temps d'auffi
grands tréſors que ceuxqui lui avoient
été ravis précédemment. Tout ſembloit
concourir à l'affermiſſement de fon bon-
heur , lorſqu'un événement inattendu
changea ſubitementla facede ſes affaires,
Ferdinand ayant à ſon retour de la
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
conquête du Royame de Grenade fur
les Maures réſolu de chaffer tous les
Juifs habitués dans ſes Etats , fit publier
au mois de Mars de l'an 1492, un Edit
par lequel il leur étoit enjoint d'en fortir
dans trois mois à compter du jour de
ſa publication , ou d'embraſſer le Chrif-
tianiſme. ( a ) Iln'y eut pointd'excep-
tion ; l'Ordonnance étant générale , ſa
rigueur s'etendoit à tous ceux qui fai-
foient profeffion ouverte du Judaïsme.
Ainfi Abarbanél , malgré le crédit qu'il
avoit eu a la Cour juſques-là , ne put ſe
garantir de l'éxil commun. Frappé du
coup terrible qui étoit porté à ſa Na-
tion, il mit tout en œuvre pour le dé-
-tourner. Il alla ſe jetter aux genoux du
Roi qu'il tâcha de fléchir par ſes prières
& par ſes larmes ; il le conjura de ne-
(a) Abarbanel. præfat. Commentar. in Libr.
Reg.fol. 188. Salom. Ben. Virg. Schebet Jehouda.
fol.44 fcu.p.320 ex version .Gent.Gedaliah Schal-
Scheleth hakkabalah fol. 115. Mariana ( Hiftor.
Hifpan. Lib. XXVI. Cap.
1. ) & d'après lui
Sponde ( Continuat. Annal. Ecclef. Baron.fub ann.
1492. n. 3. Tom. II. pag. 202. ) ont étendu a l'ef-
pacede quatre mois le terme de l'expulfiondes Juifs.
L'Historien Ferréras l'a prolongé même jusques au
fixième mois ( Voyezfon Histoire d'Espagne XI.
part. Tom. VIII. pag. 128. de la traduction de
M.d.&Hermilly. )
MARS. 1764..
77
pointtraiter avec tant d'inhumanitédans
laperſonne des Juifs , des Sujets fidéles
& zélés pour la gloire de Sa Majefté. Il
propoſa de leur part de payer toutes les
ſommesd'argentqu'il lui plairoitd'en éxi-
ger. Il l'aſſura qu'ils n'heſiteroient point
àacheter à ce prixla libertéde demeurer
dans les lieux de leur naiſſance. Il in-
téreſſa même dans la cauſe de ſa Na-
tion quelques - uns des plus intimes
favoris du Roi , qui gagnés par ſes pré-
ſens intercédérent pour faire révoquer
l'Arrêt qui la baniſſoit à perpétuité de
l'Eſpagne ; mais toutes ces tentatives
furent infructueuſes. Ferdinand fut iné-
branlable dans ſa réſolution. La Reine
fon Epouſe à qui ce Peuple étoit ſou-
verainement odieux , travailloit de fon
côté à l'y affermir. Elle le preſſoit con-
tinuellement d'exécuter avec vigueur
ce qu'il avoit heureuſement commencé.
Abarbanel ſe vit forcé de céder à la
violence de l'orage qui accabla ſa Na-
tion. Conſtant dans les principes de ſa
Religion , il aima mieux partager le fort
miſérable de ceux d'entre ſes Frères
qui ,à ſon exemple , refuſerentd'abjurer
leur croyance , que de conſerver ſa
place àla Cour de Caſtille aux dépens de
La confcience. Bartolocci prend occa-
Diij
1
78 MERCURE DE FRANCE.
fion d'éclater encore en reproches con-
tre notre Rabbin qu'il taxe de s'y être
auſſi mal conduit ,qu'à celle de Portu-
gal. Il veut qu'Abarbanel ait contribué
plus que perſonne à ce baniſſement des
Juifspar la tyrannie qu'il exerçoit envers
les pauvres , par ſes ufures exceſſives ,
parſa vanitéinfupportable qui lui faifoit
ufurper les titres qui ne font dûs qu'aux
maiſons nobles d'Eſpagne , enfin par
fes diſcours injurieux à la Religion
Chrétienne dont il étoit l'ennemi dé-
claré. S'il falloit juger de ce Rabbin
fur la dépoſition incontestablementtrop
fuſpecte d'un homme qui ſe plaît à
le noircir , on ne pourroit le regarder
que comme un franc ſcélérat qui facri-
fioit tout àune ambition démeſurée , &
à une infâme cupidité.N'est-ce pas mon-
trer évidemment l'effet de la paffion la
plus mépriſable , que de s'abandonner
à des accufations de cette nature ſans
avoir des preuves poſitives de ce qu'on
avance. Je ne crains pas de dire que
c'eſt précisément là le cas de Barto-
locci qui dans l'énonciation de ces
prétendus griefs , qu'une imagination
auffi fortement préoccupée que la
fienne étoit ſeule capable de réaliſer , a
plus confulté ſa haine particulière que
MARS. 1764.
79
les intérêtsde la vérité. C'eſt pourquoi
on ne doit pas avoir égard à ſes décla-
mations monachales. Abarbanel s'em-
barqua avec toute fa famille pour
l'Italie , & aborda à Naples , ( b ) où
- Ferdinandle bâtard régnoit alors. Il eut
le bonheur d'être bien accueilli de ce
Prince , à la Cour duquel il s'infinua
-par les mêmes voies qui l'avoient mis
en crédit à celles de Portugal & de
Caftille. Comme Ferdinand ſe piquoit
d'une politique raffinée , il ſcut en
adroit courtiſan ſe faire valoir auprès
de lui par les connoiffances qu'il avoit
été àportée d'y acquérir en ce genre.
Ce Monarque le prit en affection , &
l'employa avantageuſement dans les
affaires les plus ſecrètes & les plus dif-
ficiles du Gouvernement. La mort
ayant enlevé Ferdinand peu de temps
après qu'Abarbanél ſe fut établi dans
ſa Capitale , Alphonse II. de ce nom
lui fuccèda l'an 1494. Notre Rabbin
eut également part aux hommes graces
de ce dernier à qui ſes ſervices ne
furent pas moins agréables , qu'ils l'a-
voient été à ſon prédéceſſeur. Il re-
cueilloit tranquillement le fruit de fa
(b ) Abarban. loco fuprà citato & præfat.Com-
mentar. in Libr. Deuteronom.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
faveur, lorſque la fortune qui n'étoit
-pas encore laſſe de le perfécuter lui
préparoit un nouveau ſujet d'affliction.
On auroit dit qu'elle ne ſe plaiſoit
jamais plus à lui nuire , qu'au moment
qu'elle paroiſſoit le favorifer davan-
tage. Charles VIII. Roi de France en-
treprit la conquête du Royaume de
Naples , auquel il prétendoit en confé-
quence des droits fur ce Pays que
Charles Comte du Maine héritier de
René d'Anjou avoit cédés à Louis XI.
Ily entra à la tête d'une Armée nom-
breuſe & s'empara des principales pla-
ces fans trouver aucune réſiſtance.
Alphonse conſterné de la rapidité du
progrès de ſes Armes , & ne ſe ſentant
pointaffez fort pour s'y oppoſer , aban-
donna Naples à la difcrétion duvain-
queur. Il s'enfuit en Sicile , où le ſuivit
Abarbanél qui demeura fidéle à fon
Prince , au milieu des revers qui le dé-
pouilloient de ſes états & de fes richef-
Tes. Ils firent l'un & l'autre leur réſiden-
ce à Meffine. Nicolas Antonio s'est
mépris en marquant dans l'appendice
de fa Bibliothéque d'Eſpagne , que
notre Rabbin fit le trajet de la Sicile
avec Ferdinand qui avoit été déthrôné
T
MARS. 1764.
81
par les François. ( c) Cela regarde uni-
quement Alphonse ; le premier de ces
Monarques ayant ceffé de vivre un an
avant l'arrivée de Charles en Italie.
Alphonse ne ſurvécut que de quelques
mois à la perte de ſa Couronne. Suc-
combant fous le poids de ſes malheurs ,
il mourut l'an 1495. Abarbanel qu'au-
cun motif ne retenoit plus dans cette
Iſle ſe retira à Corfou , où il ne s'ar-
rêta pas longtemps ; car il repaſſa
l'année ſuivante en Italie. Il fixa ſon
domicile à Monopoli dans la Pouille
pour être à couvert des inſultes des
François,dans la retraite qu'elle lui of-
frit. Il compoſa divers écrits pendant
ſon ſéjour en cette Ville , où il reſta en-
viron ſept ans. ( d) Il eut enſuite occa-
ſion d'aller à Veniſe , ou ſon Fils Jofeph
l'accompagna , pour concilier quelques
différends furvenus entre les Magiftrats
de cette République , & le Roi de
Portugal au ſujet du commerce des
Epiceries. ( e ) Il ſe conduiſit avec beau-
coup de prudence & d'habilité dans cet-
( c ) Nicol. Anton.
Biblioth. Hifpan. Ap-
pend. Tom. II. pag. 686.
(d) Vide præfation. I. Libri quem Abarbanel
infcripfitMaaianei Jefchouahfol. 3 .
(e) Ibidem fol. 4.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
te négociation qu'il termina au gré des
Puiſſances quiy étoient intéreſſées : ce
qui le mit auprès d'elles en grande répu-
tation. ( e ) Auſſi eut-il la fatisfaction
d'en acquérir l'eſtime & la faveur. Il
acheva le reſte de ſes jours en cette
Ville qui fut le terme de ſes voyages ,
& mourut l'an 1508. dans la 71°. an-
née de ſon âge. Tel fut le cours d'une
vie marquée alternativement par des
honneurs éclatans&par une longue ſuite
de diſgraces ; & c'eſt prèſque toujours
là le fort qu'éprouvent ceux qui , com-
me Abarbanél , ambitionnant trop la
poffeffion des dignités & des richefſes ,
s'attachent au ſervice des Grands dans
l'eſpérance de ſe la procurer. Les Prin-
cipaux des Juifs célébrerent avec beau-
coup de pompe ſes funérailles , aux-
quelles affiftérent même pluſieurs No-
bles Vénitiens. On tranſporta fon corps
à Padoue , & on l'enterra dans un an-
ciencimetièrequi étoit hors de la Ville ,
& qui appartenoit aux Juifs. R. Juda
Menz qui avoit été Recteur de leurAca-
démie , y fut placé auprès de ſon ami
Abarbanel , auquel il ne ſurvécut pas
huitjours. Ce cimetière ayant été en-
(f) Menaffeh Ben. Ifrael. Spes Ifrael. pag. 91 .
MARS. 1764.
83
tièrement ruiné pendant le Siége que
cetteVille fouffrit en 1509 , devint de-
puis in chemin pavé; de forte qu'on
ne peut plus reconnoître actuellement
le lieu de la Sépulture de ces deux Rab-
bins. ( g ) Abarbanéllaiſſa trois Fils Ju-
da, Jofeph & Samuel. L'aîné vulgaire-
ment connu ſous le nom de Leon l'He-
breu , Auteur des Dialogués de l'A-
mour, a été grand Philofophe & ha-
bile Médecin. Il s'eſt encore diftingué
par fon talent pour la Poëfie , & il a
fait pluſieurs Vers à la gloire de celui
à qui il devoit le jour. Jofeph partagea
la bonne & la mauvaiſe fortune de ſon
Père juſques à ſa mort Samuel le plus
jeune des ſes Frères paſſe pour avoir
été plus ſçavant qu'eux & même qu'A-
barbanel fon Père , s'il en faut croire
Bartolocci qui me paroît avancer ce
fait bien gratuitement. (h) Au moins
c'eſt ce que ne diſent point ceux d'entre
les Ecrivains Juifs qui font entrés dans
quelque détail fur ce qui concerne notre
Rabbin , & fa famille. Aboab vante à la
vérité le ſçavoir de Samuel. ( i) Mais
:
( g ) Præfatio 1. Maaianei Jefchouah fol. 4
( h ) Bartolocci Bibl. Rabb. P. III. pag. 881 .
(i) Jm. Aboab Nomologia P. II. cap. 27. pag.
327.
D vj
:
84 MERCURE DE FRANCE .
il n'attribue au Fils aucune fupériorité
ſur le Père à cet égard. D'ailleurs nous
n'avons du premier aucun ouvrage qui
justifie l'opinion , que Bartolocci vou-
droit qu'on en prît. Il ne l'a proba-
blement eue qu'en faveur du Chriſtia-
niſme qu'on prétend que ce Juifem-
braſſa à Férrare , où il reçut au Baptême
le nom d'Alphonse qui étoit celui du
Duc qui lui fit l'honneur d'être fon
Parrain. La requête qu'il préſenta à ce
ce ſujèt ſous le Pontificat de Jules III.
au Cardinal Sirlet Protecteur des Neo-
phytes , fe conferve manufcrite dans
laBibliothéque du Vatican. ( k ) Cepen-
dant le filence profond qu'Aboab garde
fur la converfion de Samuel, fait dou-
- ter de ſa publicité dans tous les lieux où
:
les Juifs font diſperſés ; à moins qu'on
ne croye qu'il l'a diffimulée de deſſein
prémédité. Mais il eſt plus vraiſembla.
ble, qu'elle n'eſt point venue à ſa con-
noiffance , à en juger par les grands
éloges qu'il prodigue àce Fils d'Abarba-
nél. Illeslui eûtdonnésavecplus de réſer-
ve , ſi en effet il eût ſçu que celui-ci avoit
abjurélaReligionde ſesPères. Il n'arrive
guères aux Juifs de parler favorable-
(k) Vide Catalog. Bibliothe. Vatican fub. n.
6415. pag. 191.
MARS. 1764.
85
ment de leurs Apoſtats , dont au con-
traire ils s'efforcent de flétrir la mé-
moire , quelque irréprochable qu'elle
pût être. Aboab nous apprend que la
femme que Samuel Abarbanél avoit
épousée , ne lui cédoit pas en mérite.
Elle s'appelloit Benvenida de fon nom
de famille , & elle réuniſſoit aux vertus
de ſon ſéxe les avantages de l'eſprit ,
qui étoient encore relevés par beau-
coup de prudence , de grandeur & de
fermeté d'âme. D. Pedre de Toléde
Vice-Roide Naples , auprès de qui Sa-
muél fut fort en crédit, conçur pour
elle une eſtime ſi particulière , qu'il ne
balança point à confier à ſes ſoins l'é-
ducation de ſa Fille Léonor. Aboab
ajoute que celle
ci ayant été depuis
mariée à Come de Médicis Grand-Duc
de Toſcane , faiſoit gloire en toute
occafion de régler ſa conduite ſur les
inſtructions qu'elle avoit reçues dans
fon enfance de D. Benvenida qui de-
meuroit alors à Ferrare. Auſſi ne dé-
daignoit-elle pas de la nommer ſa Me-
re , la reſpectant comme telle , & la
traitant avec toutes fortes de dif-
tinctions. ( 1 ) Ces circonstances déno-
tent affez que Samuel Abarbanel &
(1 ) Aboab locofuprà citato.
86 MERCURE DE FRANCE.
ſa femme avoient dès-lors une diſpoſi-
tion prochaine à ſe faire Chrétiens ;
n'étant guères croyable , que le Vice-
Roi ſe fût avisé de donner à fa Fille
une Gouvernante qui eût perſéveré
dans ſon attachement à une Religion
différente de la fienne. Notre Samuel
étoit puiſſamment riche , & quand il
abandonna le ſéjour deNaples l'an 1540,
il emporta avec ſoi
و
au rapport de
David Gantz, la valeur de plus deux
cens mille écus. (m )La famille desA-
barbanels ſubſiſtoit encore avec quel-
que éclat du temps de Daniel Levi de
Barrios , qui compte un Jofeph Abar-
banél avec Ménaſſéh ſon Frère & Jo-
nas Fils du dernier , au nombre des
membres de l'Ecole Fſpagnole , que les
Juifs ont à Amſterdam ſous le nom
de Cether Thorah, ( n)
Après avoir vu notre Ifaac ſe pro-
duire dans les Cours des Princes par
fes talens politiques , qui l'y firent
revêtir d'emplois importans, nous al
lons le confidérer en qualité d'Ecrivain
الله
( m )R. David Ganz. Zemach David adann.
$300. pag. 152. ex version. Latin, G. Vortii.
(n) Dan. Lev. de Barrios Defcript. Cether
Thorah. pag. 9. Vide Christ. Wolf. Biblioth.
Hebra . Tom. III. pag. ispy
λονδία ( 1 )
MARS. 1764.
87
qui s'eſt rendu célébre par les produc-
tions de ſa plume. Elles lui ont mérité
un des premiers rangs parmi les Doc-
teurs de ſa Nation. Auſſi les Juifs
s'empreſſent-ils à lui déférer le titre
d'homme Illuſtre ,de ſcavant & d'in-
comparable Théologien. (o ).On l'égale
au fameux Maimonide. Quelques-uns
même n'hésitent point à le lui préférer.
On doit convenir qu'à un eſprit net
& pénétrant , il joignoit une imagina-
tion vive & féconde qui étoit fou-
tenue d'une élocution abondante &
aifée. Né naturellement laborieux , il
fe livroit à l'étude avec une ardeur in-
fatigable. Il eſt étonnant même qu'un
homme dont la vie a été alternative-
ment engagée dans le tumulte du grand
monde , dans l'embarras des affaires
&dans les chagrins de l'éxil , ait encore
pû trouver le temps de s'y appliquer.
Il écrivoit avec une ſi grande facilité
que peu de jours lui fuffifoient pour
commenter quelques Livres de l'Ecri
( 0) Salom. Ben Virg. Schebet Jehoudahfol.44,
feu319 exversion. Gent.Azarias Meor Enajimfol.
139. Dav. Ganz. Zemach David. P. I. fol. 61 .
EditHebr.feu pag. 150. ex Verf. Vorst. Menaffeh
Ben Ifraelde creation. Problem. I. page 2. &Pro-
blem. XII. page 50. Aboab. Nomolog.pag. 326.
88 MERCURE DE FRANCE.
ture Sainte. De - là cette multitude
d'ouvrages qu'il a composés. ( p ) M.
Maius a pris ſoin de recueillir à la ſuite
de l'abrégé de la vie qu'il a donné de
ce Rabbin , les Jugemens que les
Sçavans de diverſes Communions en
ont portés. ( q ) Ils lui font générale-
ment affez favorables , ſurtout en ce
qui concerne l'explication du Texte
Sacré: c'eſt auſſi dans cette partie qu'il
s'eſt principalementdiftingué. Ses Com-
mentaires ſont ſans contredit ce qu'il a
fait de plus conſidérable ; & il paffe
avec raiſon pour un des meilleurs in-
terprétes Juifs. M. Simon veut que ce
foit celui dont on peut le plus profiter
(p ) Bartolocci ( Biblioth. Rabbin. P. III.
pagg. ) & M. Wolff. ( Biblioth. Hebra. Tom.
I. pagg. 629 , 639. ) ont donné la notice des
Ouvrages de notre Rabin , à laquelle ils ont joint
le dénombrement des différentes Editions qui s'en
fontfaites. Aleuréxemplej'en ai dreſſé le Catalo-
gue qui auroit paru à la fuitede la vie d'Abar
banel , fi je n'étois perfuadé que les détails qui
réſultent de ce genre de travail nefont guères de la
compétence du Mercure. C'est pourquoije lefupprime
ici , & je lui réſerve une placeplus convenable.
(9 ) Vide pag. 20 &feqq. Vita Abarbanelis
fubjunctaPræconi Salutis quemV. C. Latine ver-
fit, & Francof. ad mæn. 1712. edidit.
: MARS. 1764.
89
pour l'intelligence de l'Ecriture. ( r ) Sa
Méthode eſt à quelques égards ſembla-
ble a celle de Toftat , de qui il paroît
avoir lù les Commentaires ſur la Bible.
Il forme , comme cet Evêque Eſpa-
gnol , pluſieurs queſtions ſur le Texte
quil explique. Il déploye d'ordinaire
beaucoup de ſagacité dans la maniére
de les réfoudre. Cependant nous ne
diſconviendrons pas qu'il ne ſe ſoit
trop plu à les multiplier. Il y en a quel-
ques-unes qui bien loin d'être de la
moindre utilité , ne ſont propres qu'à
embaraſſer l'eſprit des Lecteurs par les
doutes qu'elles y font naître. Il apporte
toute fon application à éclaircir les en-
droits difficiles & obfcurs des Livres
Saints , à découvrir la liaiſon & les
rapports des Hiſtoires & des Prophéties
qu'ils contiennent , & à marquer la
fignification , & la force des mots Hé-
breux.
Il s'écarte rarement du ſens
Grammatical. Il ne lui arrive guères
non plus d'abandonner le ſens littéral
auquel il eſt fort attaché. Il s'efforce
même de l'établir dans des occafions
où la plupart des Rabbins qui l'ont
précédé ſe ſont retranchés dans l'Al-
(r ) Simon Histo. Critiq. du.V. Teftam. Liv
III. Chap. 6. page 380.
90 MERCURE DE FRANCE.
légorie , pour n'avoir pu trouver une
interprétation conforme à la Lettre du
Texte de l'Auteur inſpiré.
Il péche
quelquefois par trop de fubtilité , qui
le porte à raffiner ſur l'explication des
autres Commentateurs de ſa Nation.
Quelque reſpect qu'il ait pour l'autorité
de ſes Maîtres dont il rapporte fré-
quemment les opinions
,
elle ne lui
impoſe point juſques à les admettre
ſans un mûr examen. Il les appuie ou
les combat , felon qu'elles lui femblent
vraies ou fauſſes. Le plagiat dont quel-
ques-uns d'entre eux font coupables ,&
les autres fautes qu'ils peuvent avoir
commifes n'échappent point à ſa cen-
fure. Il propoſe ſon ſentiment avec une
entière liberté,&il eſt fertile en conjectu-
res qu'il hafarde trop volontiers. Enfin
il étaledans tout ce qu'ildit une grande
érudition Juive. Celle même qui s'ac-
quiert par la lecture des Auteurs pro-
fanes ou Chrétiens , n'eſt pas pour lui
un objet tour-à-fait étranger. Il cite
ſouvent Platon & Ariftote. Ildifpute
furtout contre le dernier de ces Phi-
loſophes fécond en paradoxes qui favo-
Tiſent l'irréligion. Le P. Souciet croit
avoir remarqué des paſſages de Pline :
MARS. 1764 .
91
produits par notre Rabbin . ( s ) Mais
c'eſt une obſervation que nous ne pré-
tendons point garantir. Abarbanél al-
légue en divers endroits de ſes Com-
mentaires S. Jérôme & S. Augustin ,
foit qu'il eût feuilleté quelques écrits
de ces Pères , ou ce qui est plus vrai-
ſemblable , qu'il tînt ce qu'il en rap-
porte , de Nicolas Lyre & de Paul
de Burgos , dont il avoit lu les anno-
tations fur l'Ecriture. Ilne fait aucune
difficulté de ſuivre quelques-unes de
leurs explications , & il réfute celles
qui ne s'accordent point avec ſes pré-
jugés.Au reſte ces allégations ſuppoſent
qu'il avoit quelque teinture de la
Langue Latine. Fier des connoiffances
qu'il avoit puiſées dans la Philofophie
minutieuſe qui régnoit de ſon temps ,
& qu'il entendoit affez bien , il affecte
de charger de raiſonnemens Métaphyfi-
ques les diſcuſſions où il entre. De-là
leur prolixité qui rebute autant qu'elle
ennuie. Aufſi ſon ſtyle qui a d'ailleurs
le mérite de la pureté & de la clarté ,
eſt infiniment diffus , & abonde en
répétitions faftidieuſes. C'eſt probable-
ment pour cela que Jonas Salvador
(s) Souciet Recueil de Differtat. Critiq. fur
des endroits difficiles de l'Ecriture Sainte,pag 4.
92 MERCURE DE FRANCE.
Juif de Pignerol , avec qui M. Simon
étoit en relation , avoit coûtume de
Pappeller un pur compilateur & un
babillard. ( t ) Il ſe montre par-tout
zélé défenſeur des Dogmes , & des
pratiques de ſa Religion. Son entêre-
ment pour les prétendues prérogatives
de ſa Nation lui a fait adopter mille
idées chimériques & extravagantes
fur ce qui peut y avoir rapport. Mais
le défaut le plus eſſentiel qui choque
dans ſes Commentaires & dans ſes
Traités Théologiques , c'eſt ſon achar-
nement à y invectiver contre le Chrif-
tianiſme , & contre ſon divin Inſtitu-
teur. Toutes les fois que l'occaſion ſe
préſente d'en attaquer les principes ,
il la ſaiſit avidement , ſans garder aucu-
ne meſure. S'il ne diſſimule pasdans ſes
controverfes avec les Chrétiens les
raiſons ſur lesquelles ceux-ci fondent
la verité de leur créance , il les énerve
autant qu'il lui eſt poffible , & il tron-
que leurs objections contre le Judaïfme
pour y répondre avec plus de facilité.
Les Juifs ſont perfuadés qu'il les a
• ruinées de fond en comble. Il leur eft
libre de ſe repaître de ce triomphe
(t) Simon , Lettres Choifies Tom, III. pag. II
Edit. de la Marti,
MARS. 1764.
93
imaginaire. Ce qu'il ya de certain ,c'eſt
que les efforts d'Abarbanel ſervent à
prouver la foibleſſe de ſa cauſe. Ce
quifait le plus de peine à Bartolocci,
ce font les termes outrageans & in-
jurieux (dans lesquels il parle du Pape
&du Clergé. Il eſt ſans doute indigne
d'un homme raisonnable de ſe livrer à
des emportemens qui dégradent ſon
caractère. Nous ne voulons point juſti-
fier Abarbanel fur ce point. Cependant
à juger des choſes humainement , on
nedoit pas s'étonner qu'il en ait fi mal
ufé a l'égard du Clergé. Il ſçavoit que
c'étoit par ſes brigues & par fon crédit ,
qu'il avoit été dépouillé des dignités
&des richeſſes qu'il avoit poſſédées à
la Cour de Portugal. Il n'ignoroit pas
non plus que le banniſſement général
de ſa Nation de tous les Etats de D.
Ferdinand , & de D. Jean , étoit l'effet
de ſes preffantes ſollicitations auprès
de ces Princes. Il lui imputoit donc
tous les malheurs dans leſquels cet
éxil l'avoit précipité , ainſi que ſes
Frères. La haine implacable qu'il nour-
riffoit au fond du cœur contre les Mi-
niftres de l'Eglife Romaine avoit confé-
quemment ſa ſource dans un motif
perfonnel. Penſe-t-on qu'un Juif que
94 MERCURE DE FRANCE.
les préjugés de ſa religion avoient ac-
coutumé dès l'enfance à regarder de
mauvais œil celle qui s'eſt établie ſurles
ruines de la fienne
,
ait été capable
d'avoir des ménagemens envers des
gens qui avoient ſoulevé les Puiffances
contre ſaNation.Les chagrins qu'il avoit
éprouvés dans le cours & à la fuite
de ces révolutions fi funeſtes à ſon am-
bition , n'avoient pas peu contribué à
aigrir fon humeur. Ayant réſolu de ſe
venger par quelque voie que ce fût
de ceux qui les lui avoient ſuſcités ; il
n'a cru pouvoir mieux fignaler fon
averſion , qu'en les diffamant dans ſes
écrits qui portent prèſque tous l'em-
preinte des traits de ſa colère &de fon
indignation. Il n'auroit pas dû laiſſer
prendre un fi fort empire au reſſentiment,
que lui cauſoit le ſouvenir des perfécu-
tions que ſes Frères avoient fouffertes ,
& auxqu'elles il n'avoit pas eu une
médiocre part. Si les mouvemens im-
pétueux de ſa bile n'euffent point
offuſqué les facultés de ſon âme , il
auroit reconnu qu'il y a de l'injuftice
à médire d'une Religion , à cauſe des
abus qu'en peuvent faire ceux qui la
profeffent , & des excès auxquels les
emportent l'intolérance & l'eſprit de
MARS. 1764.
95
domination. Mais on n'est équitable
qu'autant qu'on agit fans paffion. Cette
conduite ſi rare parmi les perſonnes qui
ſe parent, du beau nom de Philofo-
phes , l'eſt encore plus parmi les
Théologiens. Il fuffit qu'ils soient de
différens partis pour les voir ſe décrier
les uns les autres avec fureur; l'on ſçait
affez que la modération n'eſt guères
le partage de ces Meſſieurs , quoique
par état ils duffent en donner l'exemple
au reſte des hommes. Si Bartolocci ſe
plaint de ce que les Juifs ſont dans
l'habitude de remplir les Livres qu'ils
publient d'invectives contre les Chré-
tiens , ces derniers & lui en particulier
ufent largement à leur tour du droit de
repréfailles , à l'égard des membres de la
Synagogue. Encore font-ils moins ex-
cufables ; puiſque l'Evangile qui re-
commande les devoirs de la charité mê-
me envers ſes ennemis , leur défend ex-
preſſément de rendre injures pour inju-
res. C'eſt un précépte qu'il feroit à
propos que bien des gens euſſent de-
vant les yeux. On ne verroit pas tant
de libelles diffamatoires ſe répandre
hardiment dans le Public.
Fermer
4423
p. 96-104
LETTRE de M. LE BRUN, Secrétaire des Commandemens de S. A. S. Monseigneur le PRINCE DE CONTY, à M. DE LA PLACE, sur la nouvelle Edition des Oeuvres de M. de Sivri, imprimées chez Barbou, d'un très-joli caractère, & qui se vendent chez Panckoucke, Libraire, rue & à côté de la Comédie Françoise.
Début :
IL FAUT convenir, Monsieur, que dans la foule de nos Brochures littéraires, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. LE BRUN, Secrétaire des Commandemens de S. A. S. Monseigneur le PRINCE DE CONTY, à M. DE LA PLACE, sur la nouvelle Edition des Oeuvres de M. de Sivri, imprimées chez Barbou, d'un très-joli caractère, & qui se vendent chez Panckoucke, Libraire, rue & à côté de la Comédie Françoise.
LETTRE de M. LE BRUN, Secrétaire
des Commandemens de S. A. S. Monseigneur
le PRINCE DE CONTY, à
M. DE LA PLACE, sur la nouvelle
Edition des Oeuvres de M. de Sivri, imprimées
chez Barbou, d'un très-joli
caractère, & qui se vendent chez Panckoucke,
Libraire, rue & à côté de la
Comédie Françoise.
IL FAUT convenir, Monsieur, que
dans la foule de nos Brochures littéraires,
il en eſt bien peu qui ſoient faites pour
honorer longtemps notre Littérature. La
raiſon en eſt ſimple; c'eſt qu'il en eſt peu
où régne ce goût précieux de la docte
Antiquité , qui ſeul peut rendre un Ou-
vrageimmortel. Ileſtplus faciledemé-
priſer les Anciens que de les atteindre :
c'eſt le parti le plus commode que pren-
nent la plupart de nos jeunes Auteurs.
Selon eux , il ne s'agit plus d'étudier pro-
fondément ſon art ; mais de ſe faire une
cabale qui vous ſuppoſe des talens , &
vous diſpenſe d'en avoir. Plus jaloux de
ravir des applaudiſſemens que d'obtenir
des
:
MARS. 1764.
97
des fuffrages , ils préférent les lueurs
d'une célébrité paſſlagère à l'éclat d'un
nom vraiment durable. De-là ce flux &
ce reflux de petites réputations précoces
qui ſe croifent, fe choquent & s'effa-
cent fans retour : de-là ces monftres
dramatiques prèſque honteux de leurs
ſuccès énormes , ces Tragédies panto-
mimes où le tumulte des ſcènes , l'appa-
reil des décorations , le preſtige des Ac-
teurs remplacent , à ce qu'on croit , la
Poëfie , l'Intérêt & le Sentiment.
De-là ces Comédies ambiguës où le
rire & les pleurs ſe rendent mutuelle-
ment ridicules ; ces Odes ſans feu , ſans
verve , ſans ſtyle , ſans génie , qui fe-
roient bâiller Horace & Malherbe ; ces
Romans fans idées , ſans caractères
,
ſans vraiſemblance & fans fin ; ce dé-
luge d'Héroïdes faftidieuſes qui font les
premiers bégayemens de nos jeunes
Poëtes : enfin ces ramesde Feuilles pré-
tendues critiques , où la baſſe envie ſe
mêle à la plus lourde ignorance.
Eh! quel temps fut jamais plus fertile en ſots
Livres ?
La lecture des Œuvres de M. de Sivri
vous convaincra, Monfieur, qu'au moins
E
98 MERCURE DE FRANCE.
cejeuneAuteura marchédansles bonnes
routes. Amoureux des Anciens & de la
belle Nature , il a cru que les admirer &
les ſuivre , c'étoit pouvoir prétendre à
quelques ſuccès. Sûr de la bonté de ces
principes , ildéclare généreuſement qu'il
n'implore point ſes Lecteurs. Sije mé-
rite, dit-il, leurs fuffrages , ils me les ac-
corderont ,fût-ce malgré eux. Sij'enfuis
indigne, en vain obtiendrois-je pour un
instant leurs éloges ; les cenfures de la
Poftéritésçauroient un jourme remettre à
ma place.... Quiconque eft dans le cas
demendier lafaveur, dès-lors même n'en
mérite aucune. C'est ainſi que l'Auteur
parle dans ſon Avant-propos. Vous m'a-
vouerez , Monfieur , qu'un Livre qui
s'annonce avec cette noble vigueur mé-
rite quelqu'attention.
Briféis , première Tragédie de l'Au-
teur , ſe préſente à la tête du Recueil.
Elle futjouée en 1759 , & reçut de juſtes
applaudiſſemens. Ony trouva de la cha-
leur dans les ſentimens , de la nobleſſe
dans les caractères , de la rapidité dans
le dialogue , & quelque choſe de ce
tour Racinien qui diſtinguera toujours
M. de Sivri de ſes rivaux dans la carrière
tragique. Le quatrième Acte ſur - tout
offre de très-beaux momens.
re
MARS. 1764.
99
Quepouvoit-ondefirer de plus dansun
fijeuneAuteur?Quelle audace que d'em-
braffer prèſque toute l'Iliade dans une
ſeuleTragédie! Le plan eſt hardi, vaſte,
& trop vaſte peut-être. Il étoit à craindre
d'éffleurer ce qu'Homère approfondit , &
de raccourcir trop les grands objets de
l'Iliade. Mais avec quelle adrefſſe le jeune
Auteur a ſçu les réunir par un trait d'in-
vention qui ſeul met enjeu tous ſes ca-
ractères ! Peut- être quelques perſonnes
s'étonnèrent-elles de voir Priam fi long-
temps en ſcène avec Achille , & difcuter
des intérêts politiques avec le meurtrier
de fes fils. Auſſi Homère ne le conduit
dans la tente d'Achille, que pour rede-
mander les reſtes du malheureux Hector:
Scène touchante & pathétique , que M.
de Sivri n'a pas manquée dans ſon cin-
quième Acte. C'eſt-là qu'il met dans la
bouche de Priam ces beaux vers d'im-
précation,dont le modèle eſt dans Ho-
mère , & que tous les Poëtes , Catulle ,
Virgile , le Taffe, &c , fe font fait gloi-
d'imiter. Comme ces objets de
comparaifon fervent aux progrès du
goût , il ne fera pas inutile de les rappro-
cher ſous les yeux du Lecteur. Dans
Catulle , Ariane dit à ſon parjure Thésée :
Quænam te genuitſolafub rupe Leæna?
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
Quod mare conceptum ſpumantibus expuitundis ?
Quæ Syrtis , quæ Scylla rapax , quæ vaſta Cha-
rybdis ,
Talia qui reddis pro dulcipremia vitâ ?
Vers fi énergiques & fi beaux que Vir-
gile même , qui les avoit ſous les yeux ,
n'a pu les égaler par ceux-ci que pro-
nonce Didon , au quatriéme Livre de
l'Eneide.
Nec tibi diva parens genuit , necDardanus auctor
Perfide, fedduris genuit te cautibus horrens
Caucafus , Hircanæque admorunt ubera tigres.
Voici maintenant l'imprécation que M.
de Sivri met dans la bouche de Priam
contre le barbare Achille , qui vient
d'immoler Hector, & de le traîner à fon
char.
Toi , le ſang de Pélée , ou celui de Thétis !
Opprobre des Héros , non tu n'es point leur fils.
Le flambeau de la Rage éclaira ta naiſſance ,
LaHaine te reçut des mains dela Vengeance;
Les flancs del'Hydre affreuſe, ou le Styx en fureur
Te vomirent au jour , pour en être l'horreur.
O menſtre ! ...
Combien ces beaux vers , pleins de cha-
leur, de force& de Poësie , font-ils fu-
MARS. 1764.
ΙΟΙ
périeurs à ceux d'une autre Tragédie :
Non, tu n'es pas le ſang des Héros nides Dieux :
Au milieu des rochers , tu reçus la naiſſance ;
Unehorrible lionne allaita ton enfance ,
Et tu n'as rien d'humain , &c.
Mais que fera-ce ſi l'on compare à cet
heureux morceaude l'AuteurdeBriféïs,
cet endroitd'une Héroïde aſſez récente ,
où l'on a cru traduire le Taſſe de cette
manière ?
Non, tu n'es point le filsde la belle Sophie ;
Non , ne te vante point de lui devoir la vie.
Le Caucaſe , au milieu des neiges , des glaçons ,
Te conçutdans la nuit de ſes antres profonds.
Il y a la même différence entre ces vers
& ceux de M. Sivri , qu'entre la Phèdre
de Pradon & celle de Racine.
Je ne dirai qu'un mot de l'Appel au
petit nombre , ou Procès de la multitude
qui fert de Préface à l'Ajax. Cette Bro-
chure parut vive. On la taxa de nouveau-
té audacieuſe ; faute de ſçavoir que tous
les grands Hommes avoient dit & pen-
ſé la même chose. En effet , ce n'eſt
qu'un fidèle commentaire de cette pen-
fée d'Horace.
Neque te ut miretur turba labores,
Contentuspaucis lectoribus.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
de forte qu'on ne peut blamer l'Appel
au petit nombre , fans blâmer auſſi les
vers d'Horace. L'alternative eft emba-
raſſante.
Vous ſçavez , Monfieur , le deſtin
d'Ajax; mais vous ſçavez auſſi qu'une
Pièce bien écrite ne tombe jamais , du
moins aux yeux de quiconque ſçait lire.
Ajax même en eſt la preuve. Il eſt cer-
tain que le filence du cabinet vangera
M. de Sivri des tumultes du Parterre.
Les gens de goût reconnoiſſent dans
ce Drame, de vraies beautés.Efthern'eſt
point théâtrale à notre égard ; il ſe
pourroit bien qu'Ajax fût dans le même
cas qu'Efther.
La diſpute des armes d'Achille , ſujet
que la Grèce entière eût applaudi , n'eſt
peut-être pas affez intéreſſante pour des
François frivoles & légers ; peut - être
auſſi le rôle de Penthéfilée ne s'offre-t-il
pas dans un jour affez favorable. C'eſt
par une ſévérité de goût bien rare dans
un jeune Auteur, que M. de Sivri s'eft
défendu le rôle de Memnon , qui né-
ceſſairement auroit produit des ſituations
très-vives,& qui ſurtout eút mis enjeu le
caractère de Penthéfilée. Mais il craignit
de trop détourner du principal objet.
Racine s'eſt pourtant permis le rôle
MARS. 1764 .
103
d'Eriphile dans ſon Iphigénie en Au-
lide ; &, fans ce caractère épiſodique ,
ſa Tragédie , plus correcte en effet , eût
manqué à la première des régles , qui eſt
celle de plaire. Il faut être juſte : le rôle
d'Ulysse dansAjax eſt un des plus beaux
peut-être que nous ayons au Théâtre.
Aglaé, petite Pièce en un Acte , dans
legenre gracieux, eft ingénieuſe & tou-
chante. On lit à la tête cette heureuſe
Epigraphe , imitée de Térence.
S'il eſt quelqu'un qui cherche àſatisfaire
L'homme éclairé , non l'aveugle vulgaire,
Je le tiens ſage, & je veux aujourd'hui ,
Pour le vrai goût , me liguer avec lui.
Je ne dirai rien de la Traduction de
pluſieurs Poëtes Grecs , Anacreon , Sa-
pho , Bion , Moschus , Tyrthee , &c.
dont M. de Sivri nous donne une ſe-
conde Edition dans ce Recueil. Ces dif-
férens morceaux ſont déja connus avan-
tageuſement du Public. L'Auteur ſçait
mieux que perſonne combien il étoitdif-
ficile , & même impoffible , de rendre
toutes les grâces, les délicateſſes , & les
faillies ingénues d'un Poëte tel qu'A-
nacreon. Ce qu'on peut affurer , fans
crainte d'être contredit , c'eſt que la
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Traduction de M. de Sivri eſt infiniment
ſupérieure à toutes celles qui l'ont précé-
dée. Tel eſt , Monfieur , cet eftimable
Recueil , qui mérite certainement de te-
nir une place diſtinguée dans la Biblio-
thèque des Gens de goût.
J'ai l'honneur d'être , &c.
des Commandemens de S. A. S. Monseigneur
le PRINCE DE CONTY, à
M. DE LA PLACE, sur la nouvelle
Edition des Oeuvres de M. de Sivri, imprimées
chez Barbou, d'un très-joli
caractère, & qui se vendent chez Panckoucke,
Libraire, rue & à côté de la
Comédie Françoise.
IL FAUT convenir, Monsieur, que
dans la foule de nos Brochures littéraires,
il en eſt bien peu qui ſoient faites pour
honorer longtemps notre Littérature. La
raiſon en eſt ſimple; c'eſt qu'il en eſt peu
où régne ce goût précieux de la docte
Antiquité , qui ſeul peut rendre un Ou-
vrageimmortel. Ileſtplus faciledemé-
priſer les Anciens que de les atteindre :
c'eſt le parti le plus commode que pren-
nent la plupart de nos jeunes Auteurs.
Selon eux , il ne s'agit plus d'étudier pro-
fondément ſon art ; mais de ſe faire une
cabale qui vous ſuppoſe des talens , &
vous diſpenſe d'en avoir. Plus jaloux de
ravir des applaudiſſemens que d'obtenir
des
:
MARS. 1764.
97
des fuffrages , ils préférent les lueurs
d'une célébrité paſſlagère à l'éclat d'un
nom vraiment durable. De-là ce flux &
ce reflux de petites réputations précoces
qui ſe croifent, fe choquent & s'effa-
cent fans retour : de-là ces monftres
dramatiques prèſque honteux de leurs
ſuccès énormes , ces Tragédies panto-
mimes où le tumulte des ſcènes , l'appa-
reil des décorations , le preſtige des Ac-
teurs remplacent , à ce qu'on croit , la
Poëfie , l'Intérêt & le Sentiment.
De-là ces Comédies ambiguës où le
rire & les pleurs ſe rendent mutuelle-
ment ridicules ; ces Odes ſans feu , ſans
verve , ſans ſtyle , ſans génie , qui fe-
roient bâiller Horace & Malherbe ; ces
Romans fans idées , ſans caractères
,
ſans vraiſemblance & fans fin ; ce dé-
luge d'Héroïdes faftidieuſes qui font les
premiers bégayemens de nos jeunes
Poëtes : enfin ces ramesde Feuilles pré-
tendues critiques , où la baſſe envie ſe
mêle à la plus lourde ignorance.
Eh! quel temps fut jamais plus fertile en ſots
Livres ?
La lecture des Œuvres de M. de Sivri
vous convaincra, Monfieur, qu'au moins
E
98 MERCURE DE FRANCE.
cejeuneAuteura marchédansles bonnes
routes. Amoureux des Anciens & de la
belle Nature , il a cru que les admirer &
les ſuivre , c'étoit pouvoir prétendre à
quelques ſuccès. Sûr de la bonté de ces
principes , ildéclare généreuſement qu'il
n'implore point ſes Lecteurs. Sije mé-
rite, dit-il, leurs fuffrages , ils me les ac-
corderont ,fût-ce malgré eux. Sij'enfuis
indigne, en vain obtiendrois-je pour un
instant leurs éloges ; les cenfures de la
Poftéritésçauroient un jourme remettre à
ma place.... Quiconque eft dans le cas
demendier lafaveur, dès-lors même n'en
mérite aucune. C'est ainſi que l'Auteur
parle dans ſon Avant-propos. Vous m'a-
vouerez , Monfieur , qu'un Livre qui
s'annonce avec cette noble vigueur mé-
rite quelqu'attention.
Briféis , première Tragédie de l'Au-
teur , ſe préſente à la tête du Recueil.
Elle futjouée en 1759 , & reçut de juſtes
applaudiſſemens. Ony trouva de la cha-
leur dans les ſentimens , de la nobleſſe
dans les caractères , de la rapidité dans
le dialogue , & quelque choſe de ce
tour Racinien qui diſtinguera toujours
M. de Sivri de ſes rivaux dans la carrière
tragique. Le quatrième Acte ſur - tout
offre de très-beaux momens.
re
MARS. 1764.
99
Quepouvoit-ondefirer de plus dansun
fijeuneAuteur?Quelle audace que d'em-
braffer prèſque toute l'Iliade dans une
ſeuleTragédie! Le plan eſt hardi, vaſte,
& trop vaſte peut-être. Il étoit à craindre
d'éffleurer ce qu'Homère approfondit , &
de raccourcir trop les grands objets de
l'Iliade. Mais avec quelle adrefſſe le jeune
Auteur a ſçu les réunir par un trait d'in-
vention qui ſeul met enjeu tous ſes ca-
ractères ! Peut- être quelques perſonnes
s'étonnèrent-elles de voir Priam fi long-
temps en ſcène avec Achille , & difcuter
des intérêts politiques avec le meurtrier
de fes fils. Auſſi Homère ne le conduit
dans la tente d'Achille, que pour rede-
mander les reſtes du malheureux Hector:
Scène touchante & pathétique , que M.
de Sivri n'a pas manquée dans ſon cin-
quième Acte. C'eſt-là qu'il met dans la
bouche de Priam ces beaux vers d'im-
précation,dont le modèle eſt dans Ho-
mère , & que tous les Poëtes , Catulle ,
Virgile , le Taffe, &c , fe font fait gloi-
d'imiter. Comme ces objets de
comparaifon fervent aux progrès du
goût , il ne fera pas inutile de les rappro-
cher ſous les yeux du Lecteur. Dans
Catulle , Ariane dit à ſon parjure Thésée :
Quænam te genuitſolafub rupe Leæna?
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
Quod mare conceptum ſpumantibus expuitundis ?
Quæ Syrtis , quæ Scylla rapax , quæ vaſta Cha-
rybdis ,
Talia qui reddis pro dulcipremia vitâ ?
Vers fi énergiques & fi beaux que Vir-
gile même , qui les avoit ſous les yeux ,
n'a pu les égaler par ceux-ci que pro-
nonce Didon , au quatriéme Livre de
l'Eneide.
Nec tibi diva parens genuit , necDardanus auctor
Perfide, fedduris genuit te cautibus horrens
Caucafus , Hircanæque admorunt ubera tigres.
Voici maintenant l'imprécation que M.
de Sivri met dans la bouche de Priam
contre le barbare Achille , qui vient
d'immoler Hector, & de le traîner à fon
char.
Toi , le ſang de Pélée , ou celui de Thétis !
Opprobre des Héros , non tu n'es point leur fils.
Le flambeau de la Rage éclaira ta naiſſance ,
LaHaine te reçut des mains dela Vengeance;
Les flancs del'Hydre affreuſe, ou le Styx en fureur
Te vomirent au jour , pour en être l'horreur.
O menſtre ! ...
Combien ces beaux vers , pleins de cha-
leur, de force& de Poësie , font-ils fu-
MARS. 1764.
ΙΟΙ
périeurs à ceux d'une autre Tragédie :
Non, tu n'es pas le ſang des Héros nides Dieux :
Au milieu des rochers , tu reçus la naiſſance ;
Unehorrible lionne allaita ton enfance ,
Et tu n'as rien d'humain , &c.
Mais que fera-ce ſi l'on compare à cet
heureux morceaude l'AuteurdeBriféïs,
cet endroitd'une Héroïde aſſez récente ,
où l'on a cru traduire le Taſſe de cette
manière ?
Non, tu n'es point le filsde la belle Sophie ;
Non , ne te vante point de lui devoir la vie.
Le Caucaſe , au milieu des neiges , des glaçons ,
Te conçutdans la nuit de ſes antres profonds.
Il y a la même différence entre ces vers
& ceux de M. Sivri , qu'entre la Phèdre
de Pradon & celle de Racine.
Je ne dirai qu'un mot de l'Appel au
petit nombre , ou Procès de la multitude
qui fert de Préface à l'Ajax. Cette Bro-
chure parut vive. On la taxa de nouveau-
té audacieuſe ; faute de ſçavoir que tous
les grands Hommes avoient dit & pen-
ſé la même chose. En effet , ce n'eſt
qu'un fidèle commentaire de cette pen-
fée d'Horace.
Neque te ut miretur turba labores,
Contentuspaucis lectoribus.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
de forte qu'on ne peut blamer l'Appel
au petit nombre , fans blâmer auſſi les
vers d'Horace. L'alternative eft emba-
raſſante.
Vous ſçavez , Monfieur , le deſtin
d'Ajax; mais vous ſçavez auſſi qu'une
Pièce bien écrite ne tombe jamais , du
moins aux yeux de quiconque ſçait lire.
Ajax même en eſt la preuve. Il eſt cer-
tain que le filence du cabinet vangera
M. de Sivri des tumultes du Parterre.
Les gens de goût reconnoiſſent dans
ce Drame, de vraies beautés.Efthern'eſt
point théâtrale à notre égard ; il ſe
pourroit bien qu'Ajax fût dans le même
cas qu'Efther.
La diſpute des armes d'Achille , ſujet
que la Grèce entière eût applaudi , n'eſt
peut-être pas affez intéreſſante pour des
François frivoles & légers ; peut - être
auſſi le rôle de Penthéfilée ne s'offre-t-il
pas dans un jour affez favorable. C'eſt
par une ſévérité de goût bien rare dans
un jeune Auteur, que M. de Sivri s'eft
défendu le rôle de Memnon , qui né-
ceſſairement auroit produit des ſituations
très-vives,& qui ſurtout eút mis enjeu le
caractère de Penthéfilée. Mais il craignit
de trop détourner du principal objet.
Racine s'eſt pourtant permis le rôle
MARS. 1764 .
103
d'Eriphile dans ſon Iphigénie en Au-
lide ; &, fans ce caractère épiſodique ,
ſa Tragédie , plus correcte en effet , eût
manqué à la première des régles , qui eſt
celle de plaire. Il faut être juſte : le rôle
d'Ulysse dansAjax eſt un des plus beaux
peut-être que nous ayons au Théâtre.
Aglaé, petite Pièce en un Acte , dans
legenre gracieux, eft ingénieuſe & tou-
chante. On lit à la tête cette heureuſe
Epigraphe , imitée de Térence.
S'il eſt quelqu'un qui cherche àſatisfaire
L'homme éclairé , non l'aveugle vulgaire,
Je le tiens ſage, & je veux aujourd'hui ,
Pour le vrai goût , me liguer avec lui.
Je ne dirai rien de la Traduction de
pluſieurs Poëtes Grecs , Anacreon , Sa-
pho , Bion , Moschus , Tyrthee , &c.
dont M. de Sivri nous donne une ſe-
conde Edition dans ce Recueil. Ces dif-
férens morceaux ſont déja connus avan-
tageuſement du Public. L'Auteur ſçait
mieux que perſonne combien il étoitdif-
ficile , & même impoffible , de rendre
toutes les grâces, les délicateſſes , & les
faillies ingénues d'un Poëte tel qu'A-
nacreon. Ce qu'on peut affurer , fans
crainte d'être contredit , c'eſt que la
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Traduction de M. de Sivri eſt infiniment
ſupérieure à toutes celles qui l'ont précé-
dée. Tel eſt , Monfieur , cet eftimable
Recueil , qui mérite certainement de te-
nir une place diſtinguée dans la Biblio-
thèque des Gens de goût.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Fermer
4423
4424
p. 104-114
ECOLE de Littérature, tirée des meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez Babuty fils, Libraire, quai des Augustins, entre les rues Gît-le-coeur & Pavée, à l'Etoile, & chez Brocas & Humblot, rue S. Jacq. au-dessus de la rue des Mathurins, au Chef S. Jean ; avec approbation & privilége du Roi, deux vol. in-12 très-bien exécutés quant à la partie typographique : beau papier, beaux caractères. Prix, 2 liv. 10 s. chaque volume, & 3 liv. relié ; ou 5 liv. les deux volumes brochés, & 6 liv. reliés.
Début :
NOUS n'avions encore aucun Cours complet de Belles-Lettres ; aucun qui [...]
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texteReconnaissance textuelle : ECOLE de Littérature, tirée des meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez Babuty fils, Libraire, quai des Augustins, entre les rues Gît-le-coeur & Pavée, à l'Etoile, & chez Brocas & Humblot, rue S. Jacq. au-dessus de la rue des Mathurins, au Chef S. Jean ; avec approbation & privilége du Roi, deux vol. in-12 très-bien exécutés quant à la partie typographique : beau papier, beaux caractères. Prix, 2 liv. 10 s. chaque volume, & 3 liv. relié ; ou 5 liv. les deux volumes brochés, & 6 liv. reliés.
ECOLE de Littérature, tirée des meilleurs
Ecrivains ; à Paris, chez Babuty fils,
Libraire, quai des Augustins, entre les
rues Gît-le-coeur & Pavée, à l'Etoile, &
chez Brocas & Humblot, rue S. Jacq.
au-dessus de la rue des Mathurins, au
Chef S. Jean ; avec approbation &
privilége du Roi, deux vol. in-12 très-bien
exécutés quant à la partie typographique :
beau papier, beaux caractères.
Prix, 2 liv. 10 s. chaque volume,
& 3 liv. relié ; ou 5 liv. les deux
volumes brochés, & 6 liv. reliés.
NOUS n'avions encore aucun Cours
complet de Belles-Lettres ; aucun qui
renfermât des Régles pour compoſer des
MARS. 1764.
105
Ouvrages dans tous les genres de Lit-
térature. Nous n'en avions point dont
les Auteurs , joignant la pratique à la
théorie ,euffent fournià la fois lesmo-
dèles & les préceptes. Enfin , ceux qui
nous ont donné juſqu'ici des Règles
& des Principes , n'ont pas toujours été
de ces hommes de génie , dont les lu-
mières ont éclairé leur fiécle & honoré
leur Nation. Un Livre qui raſſembleroit
tous ces avantages ; un Recueil qui con-
tiendroit autant de Traités particuliers ,
qu'il y a de différensOuvrages dans tou-
tes les langues ; qui ſeroit compofé par
les Ecrivains les plus diſtingués , &dont
les préceptes auroient été confirmés par
des chefs -d'œuvre de l'art , ſeroit ſans
contredit la collection la plus utile pour
les gens du monde , & la plus néceſſaire
aux gens de Lettres. Les uns y puiſe-
roient des règles fûres pour juger avec
Intelligence de toutes fortes d'Ouvrages ;
les autres pour les compoſer avec goût :
& c'eſt ce que nous croyons que l'on
trouvera dans cette nouvelle ECOLE DE
LITTÉRATURE , comme nous allons le
faire voir.
3 Nous avons dit d'abord qu'elle con-
tient des préceptes pourtous les genres ;
une liste des articles renfermés dans ces
Ev
106 MERCURE DE FRANCE .
deux volumes , indiquera au premier
coup d'œil,la multitude des objets qui
entrent dans cette collection. La pre-
mière partie , qui comprend l'artd'écrire
en général , traire de lafignification , du
choix & de l'arrangement des mots ; des
desſynonimes , des tropes , desfigures ,
de l'éloquence , duſtyle & du goût. La
feconde partie traite des règles particu
lières de chaque genre de Littérature en
profe & en vers; tels que les Lettres , le
Dialogue , la Critique , les Journaux ,
les Romans , l'Histoire , le Discours ora-
toire , les Sermons , le Panegyrique ,
V'Oraiſonfunebre , l'Eloquence du Bar-
rean , l'Art de traduire ; la Poësie engé-
néral ,la Versification , l'Epopée, la Tra-
gédie,la Comédie, le Comique larmoyant,
le Comique bourgeois , 'Opéra , 'Opéra-
Comique , la Parodie , la Farce , la Pa-
rade , l'Eglogue , la Fable , l'ode , la
Chanfon , la Cantate , l'Elégie , la Sa-
tyre , l'Epitre , le Poëme didactique ,
Epithalame , les Stances , l'Enigme , le
Logogryphe , l'Epigramme , la Devise ,
les autres petits Poëmes , juſqu'à l'Inf-
cription & l'Impromptu. Voilà donc
2
comme nous l'avons dit , des Traités fur
tous lesgenres. Ces Traités ont été four-
nis pardes Auteurs célébres , qui ontfou
1
MAR S. 1764.
107
joindre à la ſcience des règles ,le méri-
te , plus difficile & plus rare , d'en four-
nir des éxemples. Tels font , par éxem-
ple , M. de Voltaire pour le Poëme épi-
que , Corneille pour la Tragédie , Fon-
tenelle pour l'Eglogue , la Mothe pour
l'Ode & pour la Fable , Boileau pour la
Satyre,M.Favart pour l'OpéraComique,
Fuzelier pour la Parodie , Rémond de
Cinqmars pour le Dialogue, l'Abbé Des-
fontainespourla Critique , &c. &c.Enun
mot,nous ne trouvons,à chaque article,
que des noms diftinguéstels queFenelon,
Bouhours , Godeau , Fraguier, d'Olivet ,
BrumoyduMarſais,Nivernois, d'Allem-
bert , Diderot , Marmontel , &c. &c. &c.
Ce ne fontdonc point les idées d'un ſeul
homme,que l'on offre au Public dans ce
nouveau Cours de Belles - Lettres ; c'eft
une Ecole complette de Littérature ,
compoſée par tout ce que nous avons
eu de meilleurs Ecrivains ; c'eft, pour
ainſi dire , l'efprit de tous nos grands
hommes réunis , pour former d'autres
grands hommes dans tous les genres où
ils ont excellé. Nous pourrions citer
beaucoup de morceaux , pris de chacun
desArt. qui compoſentcette Collection
précieuſe & eftimable. Nous nous con--
tenterons , pour aujourd'hui , de rappør-
E vj
4
108 MERCURE DE FRANCE.
ter les Règles du Goût , par M. Poncet
dela Riviere , ancien Evêque de Troyes.
» Qu'est-ce que le goût ? Une qua-
>> lité qu'un génie médiocre regarde
>> comme la fienne , qu'un eſprit criti-
» que croit n'être celle de perſonne ,
>> dont tout le monde parle , que peu
» d'hommes connoiffent , & qui à force
>> d'être définie , eſt devenue prèſque
>> indéfiniſſable. Ce terme ne préſente
>> à l'eſprit qu'une facilité à voir d'un
>> coup d'œil , & à faifir dans l'inſtant
>> le point de beauté propre à chaque
» Sujet que l'on traite. Mais qu'est-ce
»que beauté dans les Ouvrages ? Force
» & vivacité du génie , liaiſon exacte
» de toutes les parties , rapport immé-
>> diat des unes avec les autres , juſteſſe
>> dans ces rapports , & même dans les
>> contraſtes , degré de nuance , ton de
>> couleurs , aſſortiment & aſſemblage
>> de tout ce qui enléve d'abord le fuf-
>> frage & fixe l'admiration. Par exem-
» ple, dans les pensées , rien de beau
>> ſans le noble & le vrai ; le faux & le
» rampant doivent en être bannis. Dans
>> les ſentimens , rien de beau ſans l'é-
» lévation & le touchant; le décent &
>> le pathétique font leur mérite. Dans
>>les expreffions , rien de beau fans le
MARS. 1764.
109
>>naturel & le gracieux ; l'obscur &
>> l'affecté ſont leurs défauts eſſentiels.
>> La hardieſſe, mais ſans écarts dans les
>>idées ; les ornemens , mais fans paru-
>> re dans le ſtyle ; la variété , mais fans
>>bigarrure dans les tours ; une richeſſe,
>> mais fobre & fans fafte ; une ſageſſé ,
>>mais égayée ſans indifcrétion ; une
» abondance , mais meſuréeſans profu-
>> fion ; une facilité qui ne ſoit point
» négligence ; une fineſſe qui ne ſoit
>> point affectation ; une méthode qui
>>>ſoit ſans contrainte ; l'art enfin , mais
» déguiſé ; qui ſemble n'avoir étudié
>> tout, que pour tout dire ſans étude ,
» & ne travailler que pour diffimuler
>>les efforts du travail. Telles font les
>> qualités avantageuſes qui nous faifif-
>> fent d'abord dans les Ouvrages d'ef-
» prit.
>> Le goût conſidéré dans le cœur ne
» ſe définit pas , parce qu'il eſt ſenti-
>> ment ; il ne s'acquiert pas ,parce qu'il
>>eſt qualité : la Nature le donne. Re-
• >> gardé comme faculté d'eſprit & prom-
>> ptitude à bien juger , il ſe forme par
>> la lecture ; il s'épure par les comparai-
>>fons; les réfléxions l'affurent; les exem-
>> ples l'étendent , & l'imitation l'affer-
mit. Sentiment du vrai , droiture de
NO MERCURE DE FRANCE.
>> raiſon , ce ſont ſes principes : juſteffe
>>de penſées , netteté d'expreffions , ce
>>font ſes régles; foupleſſe d'un eſprit
»qui ſçait obéir à la loi des bienféan-
>>ces ; ſageſſe de détail qui ſçait adop-
>> ter le néceffaire & retrancher le fu-
>> perflu ; économie des régles qui pré-
>> fident à l'Ordonnance , ce ſont ſes
>>qualités : tableaux naturels , images
>> animées , peintures juſtes , ſaillies me-
>>>ſurées ; à leur ſuite, ſaiſiſſementd'ad-
>>miration , fuffrages auffitôt obtenus
>> que demandés , eſprits à peine atta-
>>qués que fubjugués; ce ſontſes effets.
>>Pour prouver la néceffitédu goût ,
>>j'oſe avancer que fans lui legénie le
>>plus fublime eſt ſouvent plus dange-
>> reux pour les Arts , qu'il ne leur eft
>>>utile. Naturellement hardi , il s'éléve
>> au-deſſus du vrai comme au-deffus du
» commun. Sa paffion eſt le nouveau.
>>Toujours avide de distinctions , il
>> prend fon vol ; ce qui eſt naturelaux
>>autres , eft étranger pour lui ; une ré-
>>gion fupérieure d'où il puiſſe domi-
>>ner , voilà fon centre. L'imagination ,
>>guide inſenſé lorſqu'elle n'eſt pas
>> guidée elle-même, lui prête ſes aîles ;
» nouvel Icare , il va dans la région du
feu ,& tandis qu'il ſe livre àun nou-
MARS. 1764.
IFF
»vel éffor dans des plages inconnues ,
>>>les nues qu'il a percées ſe rejoignent;
>>leur ombre le dérobe aux regards des
>> Mortels ; & il ne leur eſt rendu que
>> par fa chûte. L'eſprit qui ne peut at-
>>teindre à la hauteur du génie, le laiſſe
» s'élever , ſe contente de marcher; mais
>ſa marche irrégulière ne le conduit
>> point à fon but; un goût frivole
» s'empare de lui ; il tourne ſans ceſſe
>>dans le tourbillon de la mode ; c'eſt
>> un papillon qui cherche une lueur
> favorable pour faire briller les cou-
>>> leurs dont ſes aîles font nuancées. Là
>ſe borne ſon ambition. Il plaît aux
>>>Lecteurs légers comme le papillon
>> aux enfans. Son éclat dure autant que
>>>la lueur autour de laquelle il voltige ;
» l'aîle ſe déſſéche , ſe brûle enfuite ,&
➤ l'inſecte rampe.
>> Ce portrait n'eſt que trop véritable
>> même dans la Littérature ; & l'image
» n'eſt que d'après des modéles. En efe
» fet , parcourez les Ouvrages divers
>>dont le déluge inonde aujourd'hui
>>plus que jamais la République des
>> Lettres : untitre fingulier ,des avan-
tures imaginées , un ſtyle marqueté ,
>>>une Sentence hardie , un tour de
>> penſées biſarres , un aſſemblage d'ex
112 MERCURE DE FRANCE.
>>preffions colorées , un jargon obfcur
» & précieux; diſons tout,une barbarie
>>de langage ornée & parée de faux
>>brillans & de clinquans où le vernis
>> eſt ſubſtitué à la peinture , la décou-
>> pure au tableau , & au ſérieux du bon
>>>ſens , le frivole de l'affectation. N'est-
>>ce pas là le fond , ou du moins le
>>> courant de la Littérature moderne:
>> Que fait le goût ? Il ſoutient le gé-
>>nie dans fon éffor, & le rappelle de
>> ſes écarts; lui marque fa route dans
>> les airs , & lui preſcrit ſes bornes ; ne
>>>l'affranchit du commerce des hom-
>>>mes , que pour l'aſſocier à celui des
>> Dieux ; lui permet de s'élever quand
>> il peut; l'oblige à marcher quand il
>>>le doit; & en lui laiſſant toute la li-
>> berté que l'imagination defire, le re-
>>tient dans les limites que la raiſon a
>>marquées. Il ouvre toutes les routes
>> du labyrinthedans lequel l'eſprit fri-
>> vole s'égare ; lui laiſſe la fineſſe du
>> langage, mais en bannit l'obſcurité;
>> retranche la parure qui eſt étrangère ,
>>pour ne laiſſer que l'ornement qui
» eſt propre ; admet les grâces , mais
> veutque lesvertus les reconnoiffent ,
>>que les Muſes les conduiſent , & ne
>>ſouffre pas qu'un amour aveugle les
MARS. 1764.
•
113
» égare ; à l'étincelle enfin qui ne ré-
>> pand qu'une lueur afſez ſemblable à
>>la nuit , legoût ſubſtitue le flambeau
>> qui produit la lumière , & enfante ou
>> remplace le jour.
>>C'eſt par lui , c'eſt par ce goût fa-
>> ge & hardi , que furent inſpirés ces
>>génies puiſſans qui dans un fiécle af-
>> fez peu éloigné du nôtre , rallume-
>> rent dans le Temple des Arts , ce feu
>>ſacré que la moleſſe avoit laiſſé étein-
>> dre , diſſipérent les ténébres dont l'i-
>> gnorance avoit couvert le Parnaffe ,
>> rappellérent l'Antiquité plus défigurée
>> encore par le pinceau de la nouveau-
>>té, que par ſes propres rides , ouvrí-
>> rent à des Lecteurs curieux d'appren-
>>dre , les tréfors littéraires que les ſfié-
>>>cles nous ont conſervés , comme l'hé-
>> ritage des eſprits , & nous montérent
>>enfin à ce degré d'intelligence qui a
>>fixé les Lettres parmi nous. Juſques-
>>>là les Muſes errantes avoient en vain
>> cherché un aſyle
Elles
avoient
>> franchi quelques montagnes , par-
>>couru quelques Provinces
,
éclairé
>>quelques Nations : le hafard ou la
>> curiofité leur ménagérentde temps en
>> temps des protecteurs afſez zélés pour
» les défendre ; mais il étoit réſervé au
114 MERCURE DE FRANCE:
>>goût de leur fufciter des Connoif-
>> feurs intelligens , capables de les ac-
>> créditer en les cultivant , de profiter
>>>de leurs richeſſes , & de leur en don-
»nerr, de ſe pénétrer de leurs précep-
» tes , & de les tranſmettre aux autres.
>> C'eſt de ces Reſtaurateurs des Scien-
>> ces , que nous avons reçu le goût ſage
» & heureux qui les maintient encore
>>malgré la conſpiration des préjugés.
>> Puiffions-nous ſentir toujours le prix
>>d'un tel avantage , & nous conferver
>>la poffeffion glorieuſe où nous fom-
>>mes depuis fi longtemps , de ſervir
>> dans ce genre , comme dans prèf-
>> que tous les autres , de modéles aux..
>> autres Peuples.
Nous finirons l'Extrait de l'Ecole de
Littérature dans le prochain Mercure.
Ecrivains ; à Paris, chez Babuty fils,
Libraire, quai des Augustins, entre les
rues Gît-le-coeur & Pavée, à l'Etoile, &
chez Brocas & Humblot, rue S. Jacq.
au-dessus de la rue des Mathurins, au
Chef S. Jean ; avec approbation &
privilége du Roi, deux vol. in-12 très-bien
exécutés quant à la partie typographique :
beau papier, beaux caractères.
Prix, 2 liv. 10 s. chaque volume,
& 3 liv. relié ; ou 5 liv. les deux
volumes brochés, & 6 liv. reliés.
NOUS n'avions encore aucun Cours
complet de Belles-Lettres ; aucun qui
renfermât des Régles pour compoſer des
MARS. 1764.
105
Ouvrages dans tous les genres de Lit-
térature. Nous n'en avions point dont
les Auteurs , joignant la pratique à la
théorie ,euffent fournià la fois lesmo-
dèles & les préceptes. Enfin , ceux qui
nous ont donné juſqu'ici des Règles
& des Principes , n'ont pas toujours été
de ces hommes de génie , dont les lu-
mières ont éclairé leur fiécle & honoré
leur Nation. Un Livre qui raſſembleroit
tous ces avantages ; un Recueil qui con-
tiendroit autant de Traités particuliers ,
qu'il y a de différensOuvrages dans tou-
tes les langues ; qui ſeroit compofé par
les Ecrivains les plus diſtingués , &dont
les préceptes auroient été confirmés par
des chefs -d'œuvre de l'art , ſeroit ſans
contredit la collection la plus utile pour
les gens du monde , & la plus néceſſaire
aux gens de Lettres. Les uns y puiſe-
roient des règles fûres pour juger avec
Intelligence de toutes fortes d'Ouvrages ;
les autres pour les compoſer avec goût :
& c'eſt ce que nous croyons que l'on
trouvera dans cette nouvelle ECOLE DE
LITTÉRATURE , comme nous allons le
faire voir.
3 Nous avons dit d'abord qu'elle con-
tient des préceptes pourtous les genres ;
une liste des articles renfermés dans ces
Ev
106 MERCURE DE FRANCE .
deux volumes , indiquera au premier
coup d'œil,la multitude des objets qui
entrent dans cette collection. La pre-
mière partie , qui comprend l'artd'écrire
en général , traire de lafignification , du
choix & de l'arrangement des mots ; des
desſynonimes , des tropes , desfigures ,
de l'éloquence , duſtyle & du goût. La
feconde partie traite des règles particu
lières de chaque genre de Littérature en
profe & en vers; tels que les Lettres , le
Dialogue , la Critique , les Journaux ,
les Romans , l'Histoire , le Discours ora-
toire , les Sermons , le Panegyrique ,
V'Oraiſonfunebre , l'Eloquence du Bar-
rean , l'Art de traduire ; la Poësie engé-
néral ,la Versification , l'Epopée, la Tra-
gédie,la Comédie, le Comique larmoyant,
le Comique bourgeois , 'Opéra , 'Opéra-
Comique , la Parodie , la Farce , la Pa-
rade , l'Eglogue , la Fable , l'ode , la
Chanfon , la Cantate , l'Elégie , la Sa-
tyre , l'Epitre , le Poëme didactique ,
Epithalame , les Stances , l'Enigme , le
Logogryphe , l'Epigramme , la Devise ,
les autres petits Poëmes , juſqu'à l'Inf-
cription & l'Impromptu. Voilà donc
2
comme nous l'avons dit , des Traités fur
tous lesgenres. Ces Traités ont été four-
nis pardes Auteurs célébres , qui ontfou
1
MAR S. 1764.
107
joindre à la ſcience des règles ,le méri-
te , plus difficile & plus rare , d'en four-
nir des éxemples. Tels font , par éxem-
ple , M. de Voltaire pour le Poëme épi-
que , Corneille pour la Tragédie , Fon-
tenelle pour l'Eglogue , la Mothe pour
l'Ode & pour la Fable , Boileau pour la
Satyre,M.Favart pour l'OpéraComique,
Fuzelier pour la Parodie , Rémond de
Cinqmars pour le Dialogue, l'Abbé Des-
fontainespourla Critique , &c. &c.Enun
mot,nous ne trouvons,à chaque article,
que des noms diftinguéstels queFenelon,
Bouhours , Godeau , Fraguier, d'Olivet ,
BrumoyduMarſais,Nivernois, d'Allem-
bert , Diderot , Marmontel , &c. &c. &c.
Ce ne fontdonc point les idées d'un ſeul
homme,que l'on offre au Public dans ce
nouveau Cours de Belles - Lettres ; c'eft
une Ecole complette de Littérature ,
compoſée par tout ce que nous avons
eu de meilleurs Ecrivains ; c'eft, pour
ainſi dire , l'efprit de tous nos grands
hommes réunis , pour former d'autres
grands hommes dans tous les genres où
ils ont excellé. Nous pourrions citer
beaucoup de morceaux , pris de chacun
desArt. qui compoſentcette Collection
précieuſe & eftimable. Nous nous con--
tenterons , pour aujourd'hui , de rappør-
E vj
4
108 MERCURE DE FRANCE.
ter les Règles du Goût , par M. Poncet
dela Riviere , ancien Evêque de Troyes.
» Qu'est-ce que le goût ? Une qua-
>> lité qu'un génie médiocre regarde
>> comme la fienne , qu'un eſprit criti-
» que croit n'être celle de perſonne ,
>> dont tout le monde parle , que peu
» d'hommes connoiffent , & qui à force
>> d'être définie , eſt devenue prèſque
>> indéfiniſſable. Ce terme ne préſente
>> à l'eſprit qu'une facilité à voir d'un
>> coup d'œil , & à faifir dans l'inſtant
>> le point de beauté propre à chaque
» Sujet que l'on traite. Mais qu'est-ce
»que beauté dans les Ouvrages ? Force
» & vivacité du génie , liaiſon exacte
» de toutes les parties , rapport immé-
>> diat des unes avec les autres , juſteſſe
>> dans ces rapports , & même dans les
>> contraſtes , degré de nuance , ton de
>> couleurs , aſſortiment & aſſemblage
>> de tout ce qui enléve d'abord le fuf-
>> frage & fixe l'admiration. Par exem-
» ple, dans les pensées , rien de beau
>> ſans le noble & le vrai ; le faux & le
» rampant doivent en être bannis. Dans
>> les ſentimens , rien de beau ſans l'é-
» lévation & le touchant; le décent &
>> le pathétique font leur mérite. Dans
>>les expreffions , rien de beau fans le
MARS. 1764.
109
>>naturel & le gracieux ; l'obscur &
>> l'affecté ſont leurs défauts eſſentiels.
>> La hardieſſe, mais ſans écarts dans les
>>idées ; les ornemens , mais fans paru-
>> re dans le ſtyle ; la variété , mais fans
>>bigarrure dans les tours ; une richeſſe,
>> mais fobre & fans fafte ; une ſageſſé ,
>>mais égayée ſans indifcrétion ; une
» abondance , mais meſuréeſans profu-
>> fion ; une facilité qui ne ſoit point
» négligence ; une fineſſe qui ne ſoit
>> point affectation ; une méthode qui
>>>ſoit ſans contrainte ; l'art enfin , mais
» déguiſé ; qui ſemble n'avoir étudié
>> tout, que pour tout dire ſans étude ,
» & ne travailler que pour diffimuler
>>les efforts du travail. Telles font les
>> qualités avantageuſes qui nous faifif-
>> fent d'abord dans les Ouvrages d'ef-
» prit.
>> Le goût conſidéré dans le cœur ne
» ſe définit pas , parce qu'il eſt ſenti-
>> ment ; il ne s'acquiert pas ,parce qu'il
>>eſt qualité : la Nature le donne. Re-
• >> gardé comme faculté d'eſprit & prom-
>> ptitude à bien juger , il ſe forme par
>> la lecture ; il s'épure par les comparai-
>>fons; les réfléxions l'affurent; les exem-
>> ples l'étendent , & l'imitation l'affer-
mit. Sentiment du vrai , droiture de
NO MERCURE DE FRANCE.
>> raiſon , ce ſont ſes principes : juſteffe
>>de penſées , netteté d'expreffions , ce
>>font ſes régles; foupleſſe d'un eſprit
»qui ſçait obéir à la loi des bienféan-
>>ces ; ſageſſe de détail qui ſçait adop-
>> ter le néceffaire & retrancher le fu-
>> perflu ; économie des régles qui pré-
>> fident à l'Ordonnance , ce ſont ſes
>>qualités : tableaux naturels , images
>> animées , peintures juſtes , ſaillies me-
>>>ſurées ; à leur ſuite, ſaiſiſſementd'ad-
>>miration , fuffrages auffitôt obtenus
>> que demandés , eſprits à peine atta-
>>qués que fubjugués; ce ſontſes effets.
>>Pour prouver la néceffitédu goût ,
>>j'oſe avancer que fans lui legénie le
>>plus fublime eſt ſouvent plus dange-
>> reux pour les Arts , qu'il ne leur eft
>>>utile. Naturellement hardi , il s'éléve
>> au-deſſus du vrai comme au-deffus du
» commun. Sa paffion eſt le nouveau.
>>Toujours avide de distinctions , il
>> prend fon vol ; ce qui eſt naturelaux
>>autres , eft étranger pour lui ; une ré-
>>gion fupérieure d'où il puiſſe domi-
>>ner , voilà fon centre. L'imagination ,
>>guide inſenſé lorſqu'elle n'eſt pas
>> guidée elle-même, lui prête ſes aîles ;
» nouvel Icare , il va dans la région du
feu ,& tandis qu'il ſe livre àun nou-
MARS. 1764.
IFF
»vel éffor dans des plages inconnues ,
>>>les nues qu'il a percées ſe rejoignent;
>>leur ombre le dérobe aux regards des
>> Mortels ; & il ne leur eſt rendu que
>> par fa chûte. L'eſprit qui ne peut at-
>>teindre à la hauteur du génie, le laiſſe
» s'élever , ſe contente de marcher; mais
>ſa marche irrégulière ne le conduit
>> point à fon but; un goût frivole
» s'empare de lui ; il tourne ſans ceſſe
>>dans le tourbillon de la mode ; c'eſt
>> un papillon qui cherche une lueur
> favorable pour faire briller les cou-
>>> leurs dont ſes aîles font nuancées. Là
>ſe borne ſon ambition. Il plaît aux
>>>Lecteurs légers comme le papillon
>> aux enfans. Son éclat dure autant que
>>>la lueur autour de laquelle il voltige ;
» l'aîle ſe déſſéche , ſe brûle enfuite ,&
➤ l'inſecte rampe.
>> Ce portrait n'eſt que trop véritable
>> même dans la Littérature ; & l'image
» n'eſt que d'après des modéles. En efe
» fet , parcourez les Ouvrages divers
>>dont le déluge inonde aujourd'hui
>>plus que jamais la République des
>> Lettres : untitre fingulier ,des avan-
tures imaginées , un ſtyle marqueté ,
>>>une Sentence hardie , un tour de
>> penſées biſarres , un aſſemblage d'ex
112 MERCURE DE FRANCE.
>>preffions colorées , un jargon obfcur
» & précieux; diſons tout,une barbarie
>>de langage ornée & parée de faux
>>brillans & de clinquans où le vernis
>> eſt ſubſtitué à la peinture , la décou-
>> pure au tableau , & au ſérieux du bon
>>>ſens , le frivole de l'affectation. N'est-
>>ce pas là le fond , ou du moins le
>>> courant de la Littérature moderne:
>> Que fait le goût ? Il ſoutient le gé-
>>nie dans fon éffor, & le rappelle de
>> ſes écarts; lui marque fa route dans
>> les airs , & lui preſcrit ſes bornes ; ne
>>>l'affranchit du commerce des hom-
>>>mes , que pour l'aſſocier à celui des
>> Dieux ; lui permet de s'élever quand
>> il peut; l'oblige à marcher quand il
>>>le doit; & en lui laiſſant toute la li-
>> berté que l'imagination defire, le re-
>>tient dans les limites que la raiſon a
>>marquées. Il ouvre toutes les routes
>> du labyrinthedans lequel l'eſprit fri-
>> vole s'égare ; lui laiſſe la fineſſe du
>> langage, mais en bannit l'obſcurité;
>> retranche la parure qui eſt étrangère ,
>>pour ne laiſſer que l'ornement qui
» eſt propre ; admet les grâces , mais
> veutque lesvertus les reconnoiffent ,
>>que les Muſes les conduiſent , & ne
>>ſouffre pas qu'un amour aveugle les
MARS. 1764.
•
113
» égare ; à l'étincelle enfin qui ne ré-
>> pand qu'une lueur afſez ſemblable à
>>la nuit , legoût ſubſtitue le flambeau
>> qui produit la lumière , & enfante ou
>> remplace le jour.
>>C'eſt par lui , c'eſt par ce goût fa-
>> ge & hardi , que furent inſpirés ces
>>génies puiſſans qui dans un fiécle af-
>> fez peu éloigné du nôtre , rallume-
>> rent dans le Temple des Arts , ce feu
>>ſacré que la moleſſe avoit laiſſé étein-
>> dre , diſſipérent les ténébres dont l'i-
>> gnorance avoit couvert le Parnaffe ,
>> rappellérent l'Antiquité plus défigurée
>> encore par le pinceau de la nouveau-
>>té, que par ſes propres rides , ouvrí-
>> rent à des Lecteurs curieux d'appren-
>>dre , les tréfors littéraires que les ſfié-
>>>cles nous ont conſervés , comme l'hé-
>> ritage des eſprits , & nous montérent
>>enfin à ce degré d'intelligence qui a
>>fixé les Lettres parmi nous. Juſques-
>>>là les Muſes errantes avoient en vain
>> cherché un aſyle
Elles
avoient
>> franchi quelques montagnes , par-
>>couru quelques Provinces
,
éclairé
>>quelques Nations : le hafard ou la
>> curiofité leur ménagérentde temps en
>> temps des protecteurs afſez zélés pour
» les défendre ; mais il étoit réſervé au
114 MERCURE DE FRANCE:
>>goût de leur fufciter des Connoif-
>> feurs intelligens , capables de les ac-
>> créditer en les cultivant , de profiter
>>>de leurs richeſſes , & de leur en don-
»nerr, de ſe pénétrer de leurs précep-
» tes , & de les tranſmettre aux autres.
>> C'eſt de ces Reſtaurateurs des Scien-
>> ces , que nous avons reçu le goût ſage
» & heureux qui les maintient encore
>>malgré la conſpiration des préjugés.
>> Puiffions-nous ſentir toujours le prix
>>d'un tel avantage , & nous conferver
>>la poffeffion glorieuſe où nous fom-
>>mes depuis fi longtemps , de ſervir
>> dans ce genre , comme dans prèf-
>> que tous les autres , de modéles aux..
>> autres Peuples.
Nous finirons l'Extrait de l'Ecole de
Littérature dans le prochain Mercure.
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4424
ECOLE de Littérature, tirée des meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez Babuty fils, Libraire, quai des Augustins, entre les rues Gît-le-coeur & Pavée, à l'Etoile, & chez Brocas & Humblot, rue S. Jacq. au-dessus de la rue des Mathurins, au Chef S. Jean ; avec approbation & privilége du Roi, deux vol. in-12 très-bien exécutés quant à la partie typographique : beau papier, beaux caractères. Prix, 2 liv. 10 s. chaque volume, & 3 liv. relié ; ou 5 liv. les deux volumes brochés, & 6 liv. reliés.
4425
p. 115-116
LA VEUVE, Comédie, en un Acte, & en Prose, par l'AUTEUR DE DUPUIS ET DES RONAIS. Le Prix est de 24 sols ; à Paris, chez Duchesne, Libraire, rue Saint Jacques, au-dessous de la fontaine Saint Benoît, au Temple du Goût, 1764. Avec Approbation & Privilége du Roi.
Début :
NOUS nous contentons, simplement ici, d'annocer cette jolie Comédie, attendu [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA VEUVE, Comédie, en un Acte, & en Prose, par l'AUTEUR DE DUPUIS ET DES RONAIS. Le Prix est de 24 sols ; à Paris, chez Duchesne, Libraire, rue Saint Jacques, au-dessous de la fontaine Saint Benoît, au Temple du Goût, 1764. Avec Approbation & Privilége du Roi.
LA VEUVE, Comédie, en un Acte, &
en Prose, par l'AUTEUR DE DUPUIS
ET DES RONAIS. Le Prix est
de 24 sols ; à Paris, chez Duchesne,
Libraire, rue Saint Jacques, au-dessous
de la fontaine Saint Benoît, au
Temple du Goût, 1764. Avec Approbation
& Privilége du Roi.
NOUS nous contentons, simplement
ici, d'annocer cette jolie Comédie, attendu
que , pour les raiſons que nous
endirons , nous en donnerons un ex-
trait , à la fin de l'Article des Specta-
cles du prochain Mercure.
LE ROSSIGNOL , Comédie en un
Acte , en Vaudevilles , du méme Auteur,
eſt , actuellement , ſous preffe ; &
paroîtra inceſſament. On la trouvera
pareillement chez Duchesne.
Ce n'eſt point le Roffignol , qui a
été joué à l'Opéra Comique ; mais ,
cette Piéce charmante , qui a déja ſa
réputation faite , & qui a été repréſen-
tée avec tant de ſuccès , il y a plusde
116 MERCURE DE FRANCE .
douze ans , chez S. A. S. Monſeigneur
le Comte de Clermont, Prince du Sang.
:
M. Collé ſeroit en état, s'il le vouloit, de
donner au Public un Théâtre de Socié-
té, affez conſidérable. Ilya longtemps
que les Amateurs , & que les perſonnes
qui jouent la Comédie , entr'elles à
Paris , ou dans leurs campagne , atten-
dent , avec la plus vive impatience , qu'il
fafle imprimer ce Recueil précieux de
Comédies , & de petites Piéces , qui ne
peuvent être repréſentées ſurdes Théâ-
tres Publics , mais qui feroient comme
elles l'ont déjafait, l'amusement , & le
charme des Sociétés particulières.
en Prose, par l'AUTEUR DE DUPUIS
ET DES RONAIS. Le Prix est
de 24 sols ; à Paris, chez Duchesne,
Libraire, rue Saint Jacques, au-dessous
de la fontaine Saint Benoît, au
Temple du Goût, 1764. Avec Approbation
& Privilége du Roi.
NOUS nous contentons, simplement
ici, d'annocer cette jolie Comédie, attendu
que , pour les raiſons que nous
endirons , nous en donnerons un ex-
trait , à la fin de l'Article des Specta-
cles du prochain Mercure.
LE ROSSIGNOL , Comédie en un
Acte , en Vaudevilles , du méme Auteur,
eſt , actuellement , ſous preffe ; &
paroîtra inceſſament. On la trouvera
pareillement chez Duchesne.
Ce n'eſt point le Roffignol , qui a
été joué à l'Opéra Comique ; mais ,
cette Piéce charmante , qui a déja ſa
réputation faite , & qui a été repréſen-
tée avec tant de ſuccès , il y a plusde
116 MERCURE DE FRANCE .
douze ans , chez S. A. S. Monſeigneur
le Comte de Clermont, Prince du Sang.
:
M. Collé ſeroit en état, s'il le vouloit, de
donner au Public un Théâtre de Socié-
té, affez conſidérable. Ilya longtemps
que les Amateurs , & que les perſonnes
qui jouent la Comédie , entr'elles à
Paris , ou dans leurs campagne , atten-
dent , avec la plus vive impatience , qu'il
fafle imprimer ce Recueil précieux de
Comédies , & de petites Piéces , qui ne
peuvent être repréſentées ſurdes Théâ-
tres Publics , mais qui feroient comme
elles l'ont déjafait, l'amusement , & le
charme des Sociétés particulières.
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4426
p. 120
CAMPAGNE du Marquis de CRÉQUI, en Lorraine & en Alaace, en 1677 ; rédigée par M. Carlet de la Roziere, Chevalier de S. Louis, Capitaine réformé de Dragons, & ci-devant Aide-Major Général des Logis de l'Armée du Rhin ; à Paris, chez Lesclapart, Libraire, quai de Gêvres ; vol. in 8 o . petit format ; 1764 ; avec une Carte très-bien faite de la Lorraine, & d'une partie de l'Alsace.
Début :
L'AUTEUR a jugé cette Carte d'autant plus nécessaire, qu'outre qu'elle facilite [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CAMPAGNE du Marquis de CRÉQUI, en Lorraine & en Alaace, en 1677 ; rédigée par M. Carlet de la Roziere, Chevalier de S. Louis, Capitaine réformé de Dragons, & ci-devant Aide-Major Général des Logis de l'Armée du Rhin ; à Paris, chez Lesclapart, Libraire, quai de Gêvres ; vol. in 8 o . petit format ; 1764 ; avec une Carte très-bien faite de la Lorraine, & d'une partie de l'Alsace.
CAMPAGNE du Marquis de CRÉQUI,
en Lorraine & en Alaace, en 1677 ;
rédigée par M. Carlet de la Roziere,
Chevalier de S. Louis, Capitaine réformé
de Dragons, & ci-devant Aide-Major
Général des Logis de l'Armée du
Rhin ; à Paris, chez Lesclapart, Libraire,
quai de Gêvres ; vol. in 8o. petit
format ; 1764 ; avec une Carte très-bien
faite de la Lorraine, & d'une partie
de l'Alsace.
L'AUTEUR a jugé cette Carte d'autant
plus nécessaire, qu'outre qu'elle facilite
l'intelligence de cette Campagne ,
elle est un moyen ſimple & aiſé d'en re-
paffer d'un coupd'œil toutes les opéra-
tions , & d'en conſerver une idée nette
&fructueuſe. Quant à l'Ouvrage même,
la Campagne de M. de Créqui eſt ſi cu-
rieuſe &fi inſtructive , par les événe-
mens qu'elle préſente , par la conduite
admirable de ce Général , & par le dé-
tailde toutes les marches de fon Armée ,
& des Camps qu'elle a occupés , que ce
Livre ne peut manquer d'être d'une très-
grande utilité aux Militaires : furtout les
faitsy étant expoſés avec une clarté , un
ordre & une précision quifont honneur
à l'Auteur de cette utile & précieuſe ré-
daction.
en Lorraine & en Alaace, en 1677 ;
rédigée par M. Carlet de la Roziere,
Chevalier de S. Louis, Capitaine réformé
de Dragons, & ci-devant Aide-Major
Général des Logis de l'Armée du
Rhin ; à Paris, chez Lesclapart, Libraire,
quai de Gêvres ; vol. in 8o. petit
format ; 1764 ; avec une Carte très-bien
faite de la Lorraine, & d'une partie
de l'Alsace.
L'AUTEUR a jugé cette Carte d'autant
plus nécessaire, qu'outre qu'elle facilite
l'intelligence de cette Campagne ,
elle est un moyen ſimple & aiſé d'en re-
paffer d'un coupd'œil toutes les opéra-
tions , & d'en conſerver une idée nette
&fructueuſe. Quant à l'Ouvrage même,
la Campagne de M. de Créqui eſt ſi cu-
rieuſe &fi inſtructive , par les événe-
mens qu'elle préſente , par la conduite
admirable de ce Général , & par le dé-
tailde toutes les marches de fon Armée ,
& des Camps qu'elle a occupés , que ce
Livre ne peut manquer d'être d'une très-
grande utilité aux Militaires : furtout les
faitsy étant expoſés avec une clarté , un
ordre & une précision quifont honneur
à l'Auteur de cette utile & précieuſe ré-
daction.
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4426
CAMPAGNE du Marquis de CRÉQUI, en Lorraine & en Alaace, en 1677 ; rédigée par M. Carlet de la Roziere, Chevalier de S. Louis, Capitaine réformé de Dragons, & ci-devant Aide-Major Général des Logis de l'Armée du Rhin ; à Paris, chez Lesclapart, Libraire, quai de Gêvres ; vol. in 8 o . petit format ; 1764 ; avec une Carte très-bien faite de la Lorraine, & d'une partie de l'Alsace.
4427
p. 131
« LETTRES à M. Rousseau, pour servir de réponse à son Emile, & à ses autres [...] »
Début :
LETTRES à M. Rousseau, pour servir de réponse à son Emile, & à ses autres [...]
Mots clefs :
M. Rousseau, Lettres, Philosophe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRES à M. Rousseau, pour servir de réponse à son Emile, & à ses autres [...] »
LETTRES à M. Rousseau , pour fervir
de réponſe à fon Emile , & à ſes autres
ouvrages ; in- 8°. chez Panckoucke
, rue & à côté de la Comédie
Françoiſe ; au Bureau du Mercure , au
Palais Royal & chez l'Auteur. Le
prix des deux premières Lettres eſt de
3 liv. 6 fols brochées.
,
L'Ouvrage deſtiné à combattre M.
Rousseau , fuivant le Plan qui en a été
trace dans la Préface , a été circonfcrit
dans quinze Lettres , dont chacune formera
un volume d'environ quinze feuilles.
La réfutation des Ecrits de ce Philoſophe
a été regardée par pluſieurs Prélats
comme d'autant plus néceſſaire ,
qu'à la faveur du ſtyle le plus féduisant ,
il a frappé du même coup fur la Religion
& fur le Gouvernement. On pourra
juger par les deux premieres Lettres , du
tour que doit prendre entre les mains de
l'Auteur, une controverſe , que l'intempérance
du génie a rendue malheureuſement
trop néceſſaire dans ce ſiècle.
de réponſe à fon Emile , & à ſes autres
ouvrages ; in- 8°. chez Panckoucke
, rue & à côté de la Comédie
Françoiſe ; au Bureau du Mercure , au
Palais Royal & chez l'Auteur. Le
prix des deux premières Lettres eſt de
3 liv. 6 fols brochées.
,
L'Ouvrage deſtiné à combattre M.
Rousseau , fuivant le Plan qui en a été
trace dans la Préface , a été circonfcrit
dans quinze Lettres , dont chacune formera
un volume d'environ quinze feuilles.
La réfutation des Ecrits de ce Philoſophe
a été regardée par pluſieurs Prélats
comme d'autant plus néceſſaire ,
qu'à la faveur du ſtyle le plus féduisant ,
il a frappé du même coup fur la Religion
& fur le Gouvernement. On pourra
juger par les deux premieres Lettres , du
tour que doit prendre entre les mains de
l'Auteur, une controverſe , que l'intempérance
du génie a rendue malheureuſement
trop néceſſaire dans ce ſiècle.
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Résumé : « LETTRES à M. Rousseau, pour servir de réponse à son Emile, & à ses autres [...] »
L'ouvrage 'Lettres à M. Rousseau' vise à réfuter les écrits de Jean-Jacques Rousseau, jugés dangereux pour la religion et le gouvernement. Composé de quinze lettres, chaque lettre forme un volume d'environ quinze feuilles. Les deux premières lettres sont disponibles au prix de 3 livres 6 sols. Plusieurs prélats ont approuvé cette réfutation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4428
p. 135-144
« PROSPECTUS d'une Diplomatique pratique, ou traité de l'arrangement des [...] »
Début :
PROSPECTUS d'une Diplomatique pratique, ou traité de l'arrangement des [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « PROSPECTUS d'une Diplomatique pratique, ou traité de l'arrangement des [...] »
PROSPECTUS d'une Diplomatique
pratique, ou traité de l'arrangement des
archives & tréſors d'icelles ; Ouvrage
néceſſaire aux dépofitaires des titres des
anciennes Seigneuries , des Evêchés ,
des Chapitres , des Abbayes , des Com-
munautés Religieuſes , des Corps de
Villes ,& à tous ceux qui veulent s'a-
donner à l'étude des titres & des écri-
tures anciennes ; par M. le Moine , Sé-
crétaire & Archiviſte de l'Egliſe Cathé-
drale de Toul , & ci-devant de l'infigne
Egliſe de Saint Martin de Tours ; de
l'Académie Royale des Sciences , & des
136 MERCURE DE FRANCE.
Arts de Metz; propoſé par ſouſcription ;
à Metz , chez Joseph Antoine , Impri-
meur Ordinaire du Roi & de la Socié-
té Royale , place des Charrons ; 1763 ,
feuille in-folio.
Ce Profpectus offre dans le plus grand
détail , les différentes parties qui com-
poferont le traité que nous annonçons.
Il contiendra ſeize Chapitres partagés en
pluſieurs ſections ; & le tout enſemble
ne formera qu'un Volume in-4°. d'en-
viron 400 pages : ceux qui defireront
là deſſus de plus amples éclairciſſemens ,
trouveront des exemplaires du profpec-
tus à Paris chez Despilly ; rue Saint
Jacques , à Lyon,chezBruyfet Ponthus,
rue Saint Dominique ; à Rouen chez
Richard l'Allemand, & à Nancy , chez
Baurain.
POESIES de Malherbe , rangées par
ordres Chronologique , avec la vie de
l'Auteur & de courtes notes'; nouvelle
édit. revue & corrigée avec ſoin ; à Paris
chez Barbou , rue Saint Jacques , aux
Cigognes ; 1764. Volume in-8°. petit
format.
Voici unedesplus belles éditions qui
foient forties des preſſes célébres de
Barbou : elle a été revueavec beaucoup
MARS. 1764.
,
137
de foinparunhomme deLettres qui aux
Mémoires pour la vie de Malherbe par
M. Racan , a ſubſtituéla vie de Malherbe
qui eſt à la tête de cette nouvelle édition ..
Cette vie eſt faite avec beaucoup de
préciſion ; & quoique moins étendue
que les Mémoires de M. Racan , elle
fait encore mieux connoître le caractère
de Malherbe. On y apprend plufieurs
anecdotes intéreſſantes ; & cette édition
plus commode & plus portative que
celle qui parut en 1758 , grand in-8°.
contient au bas des pages , des notes
courtes qui expliquent l'Hiſtorique de
certaines piéces , & les noms Géogra-
phiques & Mythologiques , & quelques
termes ſurannés qui pourroient em-
baraſſer le lecteur. On vend ſéparément
le portrait de Malherbe.
DE Imitatione Chriſti , libri quatuor,
adManufcriptorum ac primarum editio-
num fidem caftigati , & mendis plus
quamfexcentis expurgati. Recenfuit S.
VALART
Acad. Amb. Dissertatio-
nemque de ejufdem operis Authore addi-
dit. Nova Editio ; Parifiis , Typis J. Bar-
bou,via San-Jacobea ; 1764. vol.in- 12.
A la ſeule inſpection de cette Edition
nouvelle de l'Imitation deJ. C. revue fur
les Manufcrits de M. Valart , il eſt aiséde
138 MERCURE DE FRANCE.
ſeconvaincre que l'Imprimeur n'a rien
négligépour la rendre vraiment digne
de l'approbation des Amateurs. Il a fait
graver cinq Estampes en taille-douce ,
qui méritent les éloges des Connoiffeurs.
M. Valart a retouché ſa Differtation fur
l'Auteur de ce Livre admirable , & l'a
confidérablement augmentée. Pour ré-
pondre au zèle de ce Sçavant , l'Impri-
meur a cru devoir redoubler ſes ſoins
pour la partie typographique ; & nous
pouvons affurer que cette Edition eſt
bienſupérieure à la première , qui paſſoit
déja pour un chef-d'œuvre. On vend
les Figures ſéparément. On trouve auffi
chez Barbou la Traduction du même
Livre.
Le même Libraire a reçu d'Angle-
terre les Livres ſuivans : Homeri Ilias
& Odyssea , græcè & latinè , cum anno-
tat. Clarke , 4 vol. in-4°.
Callimachi Hymni , & Epigrammata ,
in-8°.
Lucani Pharfalia , cum notis Gravit
& Bentleii , in-4°. 1760 .
ManiliusAftronomicon , ex recenfione
Bentleii, in-4°.
MÉMOIRE ſur la Culture du Murier
blanc, dans lequel on trouvera les inf
MARS. 1764.
139
tructions néceſſaires aux Jardiniers pour
la Culture de cet Arbre , depuis le femis
juſqu'à la cueillette de ſes feuilles. Lû
à la Société Royale d'Agriculture de
Lyon , par M. Thomé , de la même So-
ciété. A Lyon , chez Aimé de la Roche ,
Imprimeur- Libraire du Gouvernement
& de la Ville , aux Halles de la Grenette ;
avec permiffion ,& par ordre de la So-
ciété Royale d'Agriculture de Lyon ;
1763 , brochure in-8°.
Le Murier , dont les feuilles ſont pro-
pres à la nourriture des Vers à Soye , eſt
connu ſous la dénomination générale
de Murier blanc , qui en comprend plu-
ſieurs eſpèces. La Culture de cet Arbre
devenant chaque jour plus intéreſſante
en France , on a penſé avec raiſon que
ce Mémoire ſeroit utile à ceux qui pof-
fédent des Terreins convenables pour
ces fortes de Plantations. Les méthodes
que l'on indique nous ont paru d'au-
tant plus afſurées , qu'on s'apperçoit
qu'elles font le fruit de l'expérience ; &
qu'on s'eſt attaché furtout à donner
ces inſtructions avec la plus grande clar-
té, leur principal objet étant d'inſtruire
les gens de la Campagne fur toutes les
pratiques de cette Culture.
140 MERCURE DE FRANCE.
DISCOURS ſur l'Education ; avec
cette Epigraphe : Non fi male nunc , &
olimfic erit. Horat. Od. VII. Lib. II. A
Lyon , de l'Imprimerie d'Aimé de la
Roche , aux Halles de la Grenette ; avec
approbation & permiffion; 1763. bro-
chure in- 12.
Malgré la multitude prodigieuſe d'Ou-
vrages faits depuis quelque temps ſur
cette matière , fort agitée dans tous les
temps , on lit encore avec plaifir ces
nouveaux Discours, dontle premier & le
ſecond traitent des avantages de l'Hif-
toire , relativement à l'Education ; le
troifiéme ſur la multiplicité des Colléges.
Nous renvoyons nos Lecteurs à l'Ou-
vrage même , où ils trouveront des vues
nouvelles.
EPITRE à Meffieurs les Docteurs de
la Maiſon & Société de Sorbonne , &
de la Faculté de Théologie ; feuille in-4°.
à Paris , chez Ballard, rue des Noyers ;..
chez Panckoucke , rue & à côté de la
Comédie Françoife.
Nous préſenterons aux Lecteurs dans
un de nos prochains Mercures , quel-
ques morceaux de cette Epitre critique ,
morale , hiſtorique & chrétienne , par
M. Tannevot , auſſi connu par ſes talens
MARS. 1764.
141
pour la Poëfie , que par ſes ſentimens
*religieux & patriotiques.
RÉCAPITULATION & Méthode du
Sieur Defpommiers , pour la Culture du
Sainfoin , dans les Terres qui ſe ſontjuf-
qu'ici refuſées à cette Culture. Feuille
in-4°. à deux colonnes.
Ce n'eſt ici que le réſultat d'un Ecrit
eftimé , intitulé : L'Art de s'enrichir
promptement par l'Agriculture , prouvé
par des Expériences où l'on trouve la.
manière de cultiver le Sainfoin , la Lu-
zerne , le Trefle , &c. par le Sieur Des-
pommiers ; chez Guillyn , quai des Au-
gustins. Prix i liv. 4 5.
HISTOIRE & pratique de la Clôture
desReligieuſes , ſelon l'eſprit de l'Egliſe
& la Jurisprudence de France , dédiée
à Noſſeigneurs les Archevêques & Evê-
ques du Royaume , par M. Cherrier , C.
R. à Paris , chez Desprez, Imprimeur
du Roi & du Clergé de France , rue S.
Jacques , au coin de la rue des Noyers ;
1764 ; avec approbation & privilége du
Roi ; un vol. in- 12 de 730 pages. Prix ,
3 liv. relié.
Le principal objet de ce gros volume
eſt d'inſtruire les Religieuſes , & de dé-
142 MERCURE DE FRANCE.
truireles préjugésd'un grandnombred'au
tres perſonnes ſurle pointde la Clôture.
Les Supérieurs & les Confefſeurs des Mo-
naſtères y trouveront des obfervations
utiles ſur des points qu'ils ne pouroient
apprendre que par une longue expérien-
ce. Cet Ouvrage pourra contribuer en-
core à faire connoître aux perſonnes
laïques , qui ont enfreint les Loix de
l'Egliſe touchant la Clôture , combien
elles ſe ſont égarées. Il ſera même utile à
pluſieurs Curés qui ontdes Monastères de
Filles ſur leurs Paroiſſes. On ne s'eſt pas
contenté de donner la partie hiſtorique
de la Clôture dans fon origine & dans ſes
progrès ; on a encore mis ſous les yeux
des Lecteurs quantité d'exemples édi-
fians , anciens & nouveaux , d'une éxac-
te obfervation de la Clôture.
DESCRIPTION hiſtoriquedes Curio-
fités de l'Egliſe de Paris , contenant le
détail de l'édifice tant extérieur qu'in-
térieur , le Tréſor , les Chapelles , Tom-
beaux , Epitaphes , & l'explication des
Tableaux avec les noms des Peintres
&c; par M. C. P. C. ornée de figures ;
à Paris , chez C. P. Gueffier , Père , Li-
braire , parvis Notre Dame , à la Libera-
lité ; 1763. Vol. in- 12.
MARS. 1764.
143
Cet Ouvrage eſt différent de celui qui
parut en 1752 ſous le titre de Curiofités
de Notre Dame de Paris , & qui n'étoit
qu'une explication fimple de ce que
cette Métropole renferme de plus cu-
rieux. Ici on a ajouté tous les Faits hiſto-
riques qui ont quelques rapports avec
cette Eglife.
CONCORDE de la Géographie des
différens âges ; Ouvrage pofthume de
M. Pluche ; à Paris , chez les Frères
Eftienne, rue Saint Jacques , à la Vertu ;
1764 ; avec Approbation & Privilége
du Roi. Vol, in- 12, de près de 600.
pages,
L'état actuel de la Terre , & les états
différens qui y ſont ſurvenus d'âge en
âge, fontla matière de ceVolume , pré-
cédé dune vie de M. Pluche. Dans le
premier Livre , on traite de la Géo-
graphie moderne , en la partageant en
différens Voyages maritimes ; dans le
ſecond , on place de ſuite les Voyages
des Hommes célébres qui ont traverſé
de grandes Régions ; qui ont établi
de nouvelles Colonies , & qui ont
juſqu'à nos jours découvert quelques
Terres auparavant inconnues. Nous
nous bornons aujourd'hui à cette fim-
f144 MERCURE DE FRANCE.
ple annonce ; l'Ouvrage demande un
plus long Extrait , & nous ne le ferons
pas attendre longtemps.
LETTRE de Zeila , jeune Sauvage ,
à Valcourt
:
,
Officier François , par
l'Auteur de Barnevelt. A Paris , chez
Sébastien Jorry , rue & vis-à-vis la
Comédie Françoiſe ; 1764. Brochure
in-8°. avec de très-belles Gravures.
Nous rendrons compte dans le Mer-
cure prochain , de ces deux Ouvrages.
pratique, ou traité de l'arrangement des
archives & tréſors d'icelles ; Ouvrage
néceſſaire aux dépofitaires des titres des
anciennes Seigneuries , des Evêchés ,
des Chapitres , des Abbayes , des Com-
munautés Religieuſes , des Corps de
Villes ,& à tous ceux qui veulent s'a-
donner à l'étude des titres & des écri-
tures anciennes ; par M. le Moine , Sé-
crétaire & Archiviſte de l'Egliſe Cathé-
drale de Toul , & ci-devant de l'infigne
Egliſe de Saint Martin de Tours ; de
l'Académie Royale des Sciences , & des
136 MERCURE DE FRANCE.
Arts de Metz; propoſé par ſouſcription ;
à Metz , chez Joseph Antoine , Impri-
meur Ordinaire du Roi & de la Socié-
té Royale , place des Charrons ; 1763 ,
feuille in-folio.
Ce Profpectus offre dans le plus grand
détail , les différentes parties qui com-
poferont le traité que nous annonçons.
Il contiendra ſeize Chapitres partagés en
pluſieurs ſections ; & le tout enſemble
ne formera qu'un Volume in-4°. d'en-
viron 400 pages : ceux qui defireront
là deſſus de plus amples éclairciſſemens ,
trouveront des exemplaires du profpec-
tus à Paris chez Despilly ; rue Saint
Jacques , à Lyon,chezBruyfet Ponthus,
rue Saint Dominique ; à Rouen chez
Richard l'Allemand, & à Nancy , chez
Baurain.
POESIES de Malherbe , rangées par
ordres Chronologique , avec la vie de
l'Auteur & de courtes notes'; nouvelle
édit. revue & corrigée avec ſoin ; à Paris
chez Barbou , rue Saint Jacques , aux
Cigognes ; 1764. Volume in-8°. petit
format.
Voici unedesplus belles éditions qui
foient forties des preſſes célébres de
Barbou : elle a été revueavec beaucoup
MARS. 1764.
,
137
de foinparunhomme deLettres qui aux
Mémoires pour la vie de Malherbe par
M. Racan , a ſubſtituéla vie de Malherbe
qui eſt à la tête de cette nouvelle édition ..
Cette vie eſt faite avec beaucoup de
préciſion ; & quoique moins étendue
que les Mémoires de M. Racan , elle
fait encore mieux connoître le caractère
de Malherbe. On y apprend plufieurs
anecdotes intéreſſantes ; & cette édition
plus commode & plus portative que
celle qui parut en 1758 , grand in-8°.
contient au bas des pages , des notes
courtes qui expliquent l'Hiſtorique de
certaines piéces , & les noms Géogra-
phiques & Mythologiques , & quelques
termes ſurannés qui pourroient em-
baraſſer le lecteur. On vend ſéparément
le portrait de Malherbe.
DE Imitatione Chriſti , libri quatuor,
adManufcriptorum ac primarum editio-
num fidem caftigati , & mendis plus
quamfexcentis expurgati. Recenfuit S.
VALART
Acad. Amb. Dissertatio-
nemque de ejufdem operis Authore addi-
dit. Nova Editio ; Parifiis , Typis J. Bar-
bou,via San-Jacobea ; 1764. vol.in- 12.
A la ſeule inſpection de cette Edition
nouvelle de l'Imitation deJ. C. revue fur
les Manufcrits de M. Valart , il eſt aiséde
138 MERCURE DE FRANCE.
ſeconvaincre que l'Imprimeur n'a rien
négligépour la rendre vraiment digne
de l'approbation des Amateurs. Il a fait
graver cinq Estampes en taille-douce ,
qui méritent les éloges des Connoiffeurs.
M. Valart a retouché ſa Differtation fur
l'Auteur de ce Livre admirable , & l'a
confidérablement augmentée. Pour ré-
pondre au zèle de ce Sçavant , l'Impri-
meur a cru devoir redoubler ſes ſoins
pour la partie typographique ; & nous
pouvons affurer que cette Edition eſt
bienſupérieure à la première , qui paſſoit
déja pour un chef-d'œuvre. On vend
les Figures ſéparément. On trouve auffi
chez Barbou la Traduction du même
Livre.
Le même Libraire a reçu d'Angle-
terre les Livres ſuivans : Homeri Ilias
& Odyssea , græcè & latinè , cum anno-
tat. Clarke , 4 vol. in-4°.
Callimachi Hymni , & Epigrammata ,
in-8°.
Lucani Pharfalia , cum notis Gravit
& Bentleii , in-4°. 1760 .
ManiliusAftronomicon , ex recenfione
Bentleii, in-4°.
MÉMOIRE ſur la Culture du Murier
blanc, dans lequel on trouvera les inf
MARS. 1764.
139
tructions néceſſaires aux Jardiniers pour
la Culture de cet Arbre , depuis le femis
juſqu'à la cueillette de ſes feuilles. Lû
à la Société Royale d'Agriculture de
Lyon , par M. Thomé , de la même So-
ciété. A Lyon , chez Aimé de la Roche ,
Imprimeur- Libraire du Gouvernement
& de la Ville , aux Halles de la Grenette ;
avec permiffion ,& par ordre de la So-
ciété Royale d'Agriculture de Lyon ;
1763 , brochure in-8°.
Le Murier , dont les feuilles ſont pro-
pres à la nourriture des Vers à Soye , eſt
connu ſous la dénomination générale
de Murier blanc , qui en comprend plu-
ſieurs eſpèces. La Culture de cet Arbre
devenant chaque jour plus intéreſſante
en France , on a penſé avec raiſon que
ce Mémoire ſeroit utile à ceux qui pof-
fédent des Terreins convenables pour
ces fortes de Plantations. Les méthodes
que l'on indique nous ont paru d'au-
tant plus afſurées , qu'on s'apperçoit
qu'elles font le fruit de l'expérience ; &
qu'on s'eſt attaché furtout à donner
ces inſtructions avec la plus grande clar-
té, leur principal objet étant d'inſtruire
les gens de la Campagne fur toutes les
pratiques de cette Culture.
140 MERCURE DE FRANCE.
DISCOURS ſur l'Education ; avec
cette Epigraphe : Non fi male nunc , &
olimfic erit. Horat. Od. VII. Lib. II. A
Lyon , de l'Imprimerie d'Aimé de la
Roche , aux Halles de la Grenette ; avec
approbation & permiffion; 1763. bro-
chure in- 12.
Malgré la multitude prodigieuſe d'Ou-
vrages faits depuis quelque temps ſur
cette matière , fort agitée dans tous les
temps , on lit encore avec plaifir ces
nouveaux Discours, dontle premier & le
ſecond traitent des avantages de l'Hif-
toire , relativement à l'Education ; le
troifiéme ſur la multiplicité des Colléges.
Nous renvoyons nos Lecteurs à l'Ou-
vrage même , où ils trouveront des vues
nouvelles.
EPITRE à Meffieurs les Docteurs de
la Maiſon & Société de Sorbonne , &
de la Faculté de Théologie ; feuille in-4°.
à Paris , chez Ballard, rue des Noyers ;..
chez Panckoucke , rue & à côté de la
Comédie Françoife.
Nous préſenterons aux Lecteurs dans
un de nos prochains Mercures , quel-
ques morceaux de cette Epitre critique ,
morale , hiſtorique & chrétienne , par
M. Tannevot , auſſi connu par ſes talens
MARS. 1764.
141
pour la Poëfie , que par ſes ſentimens
*religieux & patriotiques.
RÉCAPITULATION & Méthode du
Sieur Defpommiers , pour la Culture du
Sainfoin , dans les Terres qui ſe ſontjuf-
qu'ici refuſées à cette Culture. Feuille
in-4°. à deux colonnes.
Ce n'eſt ici que le réſultat d'un Ecrit
eftimé , intitulé : L'Art de s'enrichir
promptement par l'Agriculture , prouvé
par des Expériences où l'on trouve la.
manière de cultiver le Sainfoin , la Lu-
zerne , le Trefle , &c. par le Sieur Des-
pommiers ; chez Guillyn , quai des Au-
gustins. Prix i liv. 4 5.
HISTOIRE & pratique de la Clôture
desReligieuſes , ſelon l'eſprit de l'Egliſe
& la Jurisprudence de France , dédiée
à Noſſeigneurs les Archevêques & Evê-
ques du Royaume , par M. Cherrier , C.
R. à Paris , chez Desprez, Imprimeur
du Roi & du Clergé de France , rue S.
Jacques , au coin de la rue des Noyers ;
1764 ; avec approbation & privilége du
Roi ; un vol. in- 12 de 730 pages. Prix ,
3 liv. relié.
Le principal objet de ce gros volume
eſt d'inſtruire les Religieuſes , & de dé-
142 MERCURE DE FRANCE.
truireles préjugésd'un grandnombred'au
tres perſonnes ſurle pointde la Clôture.
Les Supérieurs & les Confefſeurs des Mo-
naſtères y trouveront des obfervations
utiles ſur des points qu'ils ne pouroient
apprendre que par une longue expérien-
ce. Cet Ouvrage pourra contribuer en-
core à faire connoître aux perſonnes
laïques , qui ont enfreint les Loix de
l'Egliſe touchant la Clôture , combien
elles ſe ſont égarées. Il ſera même utile à
pluſieurs Curés qui ontdes Monastères de
Filles ſur leurs Paroiſſes. On ne s'eſt pas
contenté de donner la partie hiſtorique
de la Clôture dans fon origine & dans ſes
progrès ; on a encore mis ſous les yeux
des Lecteurs quantité d'exemples édi-
fians , anciens & nouveaux , d'une éxac-
te obfervation de la Clôture.
DESCRIPTION hiſtoriquedes Curio-
fités de l'Egliſe de Paris , contenant le
détail de l'édifice tant extérieur qu'in-
térieur , le Tréſor , les Chapelles , Tom-
beaux , Epitaphes , & l'explication des
Tableaux avec les noms des Peintres
&c; par M. C. P. C. ornée de figures ;
à Paris , chez C. P. Gueffier , Père , Li-
braire , parvis Notre Dame , à la Libera-
lité ; 1763. Vol. in- 12.
MARS. 1764.
143
Cet Ouvrage eſt différent de celui qui
parut en 1752 ſous le titre de Curiofités
de Notre Dame de Paris , & qui n'étoit
qu'une explication fimple de ce que
cette Métropole renferme de plus cu-
rieux. Ici on a ajouté tous les Faits hiſto-
riques qui ont quelques rapports avec
cette Eglife.
CONCORDE de la Géographie des
différens âges ; Ouvrage pofthume de
M. Pluche ; à Paris , chez les Frères
Eftienne, rue Saint Jacques , à la Vertu ;
1764 ; avec Approbation & Privilége
du Roi. Vol, in- 12, de près de 600.
pages,
L'état actuel de la Terre , & les états
différens qui y ſont ſurvenus d'âge en
âge, fontla matière de ceVolume , pré-
cédé dune vie de M. Pluche. Dans le
premier Livre , on traite de la Géo-
graphie moderne , en la partageant en
différens Voyages maritimes ; dans le
ſecond , on place de ſuite les Voyages
des Hommes célébres qui ont traverſé
de grandes Régions ; qui ont établi
de nouvelles Colonies , & qui ont
juſqu'à nos jours découvert quelques
Terres auparavant inconnues. Nous
nous bornons aujourd'hui à cette fim-
f144 MERCURE DE FRANCE.
ple annonce ; l'Ouvrage demande un
plus long Extrait , & nous ne le ferons
pas attendre longtemps.
LETTRE de Zeila , jeune Sauvage ,
à Valcourt
:
,
Officier François , par
l'Auteur de Barnevelt. A Paris , chez
Sébastien Jorry , rue & vis-à-vis la
Comédie Françoiſe ; 1764. Brochure
in-8°. avec de très-belles Gravures.
Nous rendrons compte dans le Mer-
cure prochain , de ces deux Ouvrages.
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4429
p. 145-149
PRIX proposés par la Société Royale d'Agriculture de la Généralité de PARIS.
Début :
UN des principaux objets des recherches de l'Agriculture, est la connoissance [...]
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texteReconnaissance textuelle : PRIX proposés par la Société Royale d'Agriculture de la Généralité de PARIS.
PRIX proposés par la Société Royale
d'Agriculture de la Généralité de
PARIS.
UN des principaux objets des recherches de l'Agriculture, est la connoissance
G
146 MERCURE DE FRANCE.
ce de la plus grande fécondité poffible
des terres , relativement à leurs quali-
tés; & des moyens de procurer cette
fécondité, ſoit par les labours, ſoit par
les engrais.
Le ſuccès des labours peut dépendre
de pluſieurs cauſes, telles que leur fré-
quence , leur profondeur plus ou moins
grande , & l'influence du temps le plus
propre à la préparation des terres.
Le ſuccès des engrais procède de
leur qualité & quantité, qui doivent
toujours être relatives à la qualité des
terres; de la meilleure méthode de pré-
parer les fumiers; du degréde leur fer-
mentation au temps où ils font em-
ployés, & plus particulièrement encore
du temps de les répandre & de les en-
fouir; enfin de l'état où se trouvent les
terres lorſqu'on y enterre les fumiers.
On ne peut parvenir à une connoif-
fance exacte de ces moyens de fécon-
dité, que par des obſervations & des
expériences dont les réſultats ſoient
bien conftatés.
Dans lavue d'encourager les Cultiva-
reurs à ſe livrer à un travail auffi eſſen-
tiel au bien public, la Société Royale
d'Agriculture propoſe des Prix à ceux
MARS. 1764.
147
quiauront obtenu la récolte defroment la
plus abondante & de la meilleure quali-
té ,fur un terrain de cinq arpens.
Les Laboureurs font, par leur pro-
feffion,à portée de connoître la qualité
de chaque eſpèce de terres , & les pro-
priétés des différentes cultures;la Socié-
té les invite à ſe regarder comme plus
plus particulièrement engagés à des re-
cherches auffi intéreſſantes, & dont le
fuccès leur feroit fi honorable.
Conditions du Concours.
1.º Les cinq arpens qui feront culti-
vés pour concourir aux Prix , feront
enune ſeule pièce , & de la meſure du
lieu; la différence des meſures locales
étant relatives à celle qui ſe trouve dans
les produits.
2. On ne pourra choiſir que des
terres qui ſoient actuellement & ha-
bituellement en culture , & non des
terres nouvellement défrichées , ſoit
d'herbages , foit de vignes ou de bois ,
ou précédemment employées au jardi-
nage , ni à toute autre production cul-
tivée à bras.
3.º Ces terres feront entièrement
labourées à la charrue.
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
4.º Les ſemences pourront ſe faire
à la main , ſuivant l'ufage de chaque
lieu ; ou avec le ſemoir , ſi les Concur-
rens jugent à propos de ſe ſervir de
cet inſtrument , ou par telle autre mé-
thode qu'ils voudront éſſayer.
tatée par la meſure & le poids.
:
5.º La quantité de ſemence ſera conf-
6.° La récolte ſera conſtatée par le
nombre & la meſure des gerbes , par
la meſure & le poids du grain qui en
fera provenu , après qu'elles auront
été battues , & que le grain en aura
été bien criblé.
7.º Ceux qui ſe propoſeront pour
le concours , en donneront avis , avant
le 1. Août au plus tard , à M. de Pa-
lerne , Secrétaire perpétuel de la Société
Royale d'Agriculture , & lui adrefſferont
leurs lettres , ſous l'enveloppe de M.
l'Intendant de la Généralité de Paris..
8.º Les faits qui font l'objet des fix
premiers articles de ces conditions , ſe-
ront conſtatés diſtinctement & dans la
forme la plus exacte , par des cettificats
des Curé , Syndic , & des deux princi-
paux Laboureurs du lieu ; & le Con-
currentjoindra à ces certificats unMés
moire détaillé de la culture ordinaire
du lieu , & de la méthode particulière
MARS. 1764.
149
qu'il aura pratiquée , tant à l'égard des
labours qu'à l'égard des engrais , pour
faire connoître par cette comparaiſon ,
les principes & les avantages d'une
meilleure culture ; ce Mémoire fera cer-
tifié de même que les autres piéces.
9.° Ces certificats &Mémoires ſeront
adreſſés à M. de Palerne , ainſi
er
de quoi ils ne ſferont plus reçus.
qu'il
eſt dit à l'article 7. avant le 1. Dé-
cembre 1765 au plus tard , à défaut
10. ° Il ſera diſtribué , dans les pre-
miers jours de Janvier 1766 , cinq Prix
à ceux des Concurrens qui auront le
mieux réuffi. Le premier , de la ſomme
de Cinq cens livres , ſera adjugé à celui
qui aura obtenu la récolte la plus abon-
dante , relativement à la qualité & au
produit ordinaire de la terre qu'il aura
cultivée. Les quatre autres ,l'un de Trois
cens livres , un de Deux cens livres ,
& deux de Cent livres chacun , feront
la récompenſe de ceux des Concurrens
qui auront le plus approché du fuccés
qui aura mérité le premier Prix.
d'Agriculture de la Généralité de
PARIS.
UN des principaux objets des recherches de l'Agriculture, est la connoissance
G
146 MERCURE DE FRANCE.
ce de la plus grande fécondité poffible
des terres , relativement à leurs quali-
tés; & des moyens de procurer cette
fécondité, ſoit par les labours, ſoit par
les engrais.
Le ſuccès des labours peut dépendre
de pluſieurs cauſes, telles que leur fré-
quence , leur profondeur plus ou moins
grande , & l'influence du temps le plus
propre à la préparation des terres.
Le ſuccès des engrais procède de
leur qualité & quantité, qui doivent
toujours être relatives à la qualité des
terres; de la meilleure méthode de pré-
parer les fumiers; du degréde leur fer-
mentation au temps où ils font em-
ployés, & plus particulièrement encore
du temps de les répandre & de les en-
fouir; enfin de l'état où se trouvent les
terres lorſqu'on y enterre les fumiers.
On ne peut parvenir à une connoif-
fance exacte de ces moyens de fécon-
dité, que par des obſervations & des
expériences dont les réſultats ſoient
bien conftatés.
Dans lavue d'encourager les Cultiva-
reurs à ſe livrer à un travail auffi eſſen-
tiel au bien public, la Société Royale
d'Agriculture propoſe des Prix à ceux
MARS. 1764.
147
quiauront obtenu la récolte defroment la
plus abondante & de la meilleure quali-
té ,fur un terrain de cinq arpens.
Les Laboureurs font, par leur pro-
feffion,à portée de connoître la qualité
de chaque eſpèce de terres , & les pro-
priétés des différentes cultures;la Socié-
té les invite à ſe regarder comme plus
plus particulièrement engagés à des re-
cherches auffi intéreſſantes, & dont le
fuccès leur feroit fi honorable.
Conditions du Concours.
1.º Les cinq arpens qui feront culti-
vés pour concourir aux Prix , feront
enune ſeule pièce , & de la meſure du
lieu; la différence des meſures locales
étant relatives à celle qui ſe trouve dans
les produits.
2. On ne pourra choiſir que des
terres qui ſoient actuellement & ha-
bituellement en culture , & non des
terres nouvellement défrichées , ſoit
d'herbages , foit de vignes ou de bois ,
ou précédemment employées au jardi-
nage , ni à toute autre production cul-
tivée à bras.
3.º Ces terres feront entièrement
labourées à la charrue.
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
4.º Les ſemences pourront ſe faire
à la main , ſuivant l'ufage de chaque
lieu ; ou avec le ſemoir , ſi les Concur-
rens jugent à propos de ſe ſervir de
cet inſtrument , ou par telle autre mé-
thode qu'ils voudront éſſayer.
tatée par la meſure & le poids.
:
5.º La quantité de ſemence ſera conf-
6.° La récolte ſera conſtatée par le
nombre & la meſure des gerbes , par
la meſure & le poids du grain qui en
fera provenu , après qu'elles auront
été battues , & que le grain en aura
été bien criblé.
7.º Ceux qui ſe propoſeront pour
le concours , en donneront avis , avant
le 1. Août au plus tard , à M. de Pa-
lerne , Secrétaire perpétuel de la Société
Royale d'Agriculture , & lui adrefſferont
leurs lettres , ſous l'enveloppe de M.
l'Intendant de la Généralité de Paris..
8.º Les faits qui font l'objet des fix
premiers articles de ces conditions , ſe-
ront conſtatés diſtinctement & dans la
forme la plus exacte , par des cettificats
des Curé , Syndic , & des deux princi-
paux Laboureurs du lieu ; & le Con-
currentjoindra à ces certificats unMés
moire détaillé de la culture ordinaire
du lieu , & de la méthode particulière
MARS. 1764.
149
qu'il aura pratiquée , tant à l'égard des
labours qu'à l'égard des engrais , pour
faire connoître par cette comparaiſon ,
les principes & les avantages d'une
meilleure culture ; ce Mémoire fera cer-
tifié de même que les autres piéces.
9.° Ces certificats &Mémoires ſeront
adreſſés à M. de Palerne , ainſi
er
de quoi ils ne ſferont plus reçus.
qu'il
eſt dit à l'article 7. avant le 1. Dé-
cembre 1765 au plus tard , à défaut
10. ° Il ſera diſtribué , dans les pre-
miers jours de Janvier 1766 , cinq Prix
à ceux des Concurrens qui auront le
mieux réuffi. Le premier , de la ſomme
de Cinq cens livres , ſera adjugé à celui
qui aura obtenu la récolte la plus abon-
dante , relativement à la qualité & au
produit ordinaire de la terre qu'il aura
cultivée. Les quatre autres ,l'un de Trois
cens livres , un de Deux cens livres ,
& deux de Cent livres chacun , feront
la récompenſe de ceux des Concurrens
qui auront le plus approché du fuccés
qui aura mérité le premier Prix.
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4430
p. 150-154
LETTRE à l'Auteur du Mercure de France. SUR LA GOUTE, &c.
Début :
JE VOUS PRIE, Monsieur, de m'acquitter envers le Public, à qui j'ai promis, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure de France. SUR LA GOUTE, &c.
LETTRE à l'Auteur du Mercure de
France.
SUR LA GOUTE, &c.
JE VOUS PRIE, Monsieur, de m'acquitter
envers le Public, à qui j'ai promis,
à la fin de mes nouvelles Obferva-
tions , & dans les Journaux Etrangers ,
de lui faire part ,dansleMercuredeMars
prochain , des heureuxeffets qu'auroient
opéré , ſoit la Poudre Balfamique , ſoit
le Baume Végétal , relativement à fes
qualités qui méritent une attention parti-
culière. Si vousdaignez remplir le même
objet tous les trois mois , ce Public inf-
truit par des faits incontestables , devra
autant àvotre attention , qu'à mes ſoins
empreſlés de ruiner un préjugé qui lui
eft funeſte , & qui intéreſſe tant de mil-
liers d'hommes reſpectables , ſi ſouvent
abufés , & prèſque toujours livrés fans.
fecours aux maux les plus crue's.
Poudre Balsamique.
Je ne rappelle point les faits de prati-
que furprenans opérés dans les Provin-
ces,& cités dans mon Ouvrage ; la vé
ر
MARS. 1764:
151
ritéles a tracés , & ce caractère eſt infé-
parablede mesſentimens. Voici de nou-
veaux faits qui ſe ſont préſentés dans
Paris.
En Mai 1763 , le R. P. Gardien des
Capucins deMeudon ,étant attaquéd'un
accès de goute au pied & au genouil ,
dans le Couvent de la rue S. Honoré, en
fut bientôt délivré par l'uſage de la Pou-
dre Balfamique.
M. de Poilly , Inſpecteur de la Place
du Roi , rue S. Honoré , en Décembre
1763 , eut un accès de goute aux muf-
cles de la poitrine , au coude & à l'é-
paule. Il fut tranquilliſé la même nuit
par la Poudre Balsamique , & bientôt
rétabli par fon uſage.
M. Fontaine , Maître-d'Hôtel de M. le
Marquis de Marigny , en Décembre
1763 , eut un violent accès de goute aux
deux pieds. Il fut calmé la même nuit ,
& rétabli en peu de jours par la Poudre
Balfamique.
M. Jacquiau , Négociant , rue Mont-
martre , vis-à-vis la Juffienne , chez le
Chapelier , a eu en Janvier un accès de
goute au pied , avec extravafion defang.
Il en a été rétabli en peu de jours par la
Poudre Balfamique , &c.
MM. le Duc de Laval, le Comte de
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
Mailly , de Janssen , Duval de l'Epinoy
à Paris , & M. Lebégue , Concierge du
Grand-Commun à Versailles , font un
uſage répété de la Poudre Balſamique &
duBaume Végétal : ce qui parle en fa-
veur des Remèdes.
MM. les Profeſſeurs de Médecine de
Montpellier ont eu la Poudre Balfami-
que à leur difpofition en faveur des Pau-
vres. M. Carquet , Apoticaire de cette
Ville, m'a envoyé des certificats de ſes
heureux effets.
Baume Végétal.
J'ai annoncé que l'uſage du Baume
Végétal, trois jours de chaque mois ,
éloignoit les accès de goute , en y affo-
ciant la Manne ; & la pratique m'a ap-
pris ce que je n'ofois en attendre , & ce
que ne peut opéreraucune eſpèce d'Eli-
xirs , foit par leur activité , ſoit par leur
goût , qui ne peut corriger celui de la
Manne , &c. & qui en altéreroient les
vertus. Voici quelques faits.
LaCuiſinière de Madame de Létang ,
rue du Sépulcre , ayant une bile répan-
due&une langueur ; après avoir été éva-
cuée unefoisavec peu d'Ypécacuana , a
fait uſage du Baume Végétal avec de
la Manne & le Sel de Duobus pendant
MARS. 1764.
ſon appétit& ſes forces.
153
quelques jours , & elle reprit ſon tein ,
Dlle Houdinet , petite rue S. Roch ,
quartier Montmartre , ayant des infom-
nies & des dégoûts continués depuis fix
mois , s'eſt procurée l'appétit & le fom-
meil en peu de jours par l'uſage du Bau-
me Végétal dans un peu de vin.
Un très-grand nombre de perſonnes
de tous âges , ſéxes & tempéramens , ſe
fontpurgées avec deux onces de Manne ,
ungros &demi de SeldeDuobus,& trois
cuillerées du Baume Végétal dans une
verrée d'eau , & y ont trouvé la dou-
ceur des effets , l'abondance proportion-
née des évacuations , & l'agrément du
goût. Ce qui eſt inconnujuſques à ce
jour.
Le Baume Végétal détruit totalement
le mauvais goût & la fadeur de la Manne ,
des Syrops & des Sels purgatifs ; ne don-
nant qu'un goût de mielvineux , fans
nauſée ni dégoût. Il en aiguiſe les ver-
tus, fans échauffer , & fans caufer la
moindre tranchée ; & les effets ne font
pas lents à ſe produire : un moment en
fait la preuve.
Il faut voir l'Ordonnance à la fin de
mon Ouvrage , où ſes uſagesparticuliers
&ſes moyens font détaillés.
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
Je ne parlerai que pratique dans le
Mercure de Juillet prochain , & j'expli-
querai les vrais moyens de dériver las
goute aux pieds.
Je loge petite rue S. Roch , quartier-
Montmartre ; & pour Pâques prochain ,
mon adreſſe ſera dans la rue du Gros-
Chenet, la ſeconde porte cochère à l'en-
trée de la rue de Clery , quartier Mont-
martre.
Je laiſſe à la Poſte les Lettres que l'ons
n'a pas le foin d'affranchir.
:
:
:
C. DE MONTGERBET, Méd. ord. des Bâtimens
du Roi.
France.
SUR LA GOUTE, &c.
JE VOUS PRIE, Monsieur, de m'acquitter
envers le Public, à qui j'ai promis,
à la fin de mes nouvelles Obferva-
tions , & dans les Journaux Etrangers ,
de lui faire part ,dansleMercuredeMars
prochain , des heureuxeffets qu'auroient
opéré , ſoit la Poudre Balfamique , ſoit
le Baume Végétal , relativement à fes
qualités qui méritent une attention parti-
culière. Si vousdaignez remplir le même
objet tous les trois mois , ce Public inf-
truit par des faits incontestables , devra
autant àvotre attention , qu'à mes ſoins
empreſlés de ruiner un préjugé qui lui
eft funeſte , & qui intéreſſe tant de mil-
liers d'hommes reſpectables , ſi ſouvent
abufés , & prèſque toujours livrés fans.
fecours aux maux les plus crue's.
Poudre Balsamique.
Je ne rappelle point les faits de prati-
que furprenans opérés dans les Provin-
ces,& cités dans mon Ouvrage ; la vé
ر
MARS. 1764:
151
ritéles a tracés , & ce caractère eſt infé-
parablede mesſentimens. Voici de nou-
veaux faits qui ſe ſont préſentés dans
Paris.
En Mai 1763 , le R. P. Gardien des
Capucins deMeudon ,étant attaquéd'un
accès de goute au pied & au genouil ,
dans le Couvent de la rue S. Honoré, en
fut bientôt délivré par l'uſage de la Pou-
dre Balfamique.
M. de Poilly , Inſpecteur de la Place
du Roi , rue S. Honoré , en Décembre
1763 , eut un accès de goute aux muf-
cles de la poitrine , au coude & à l'é-
paule. Il fut tranquilliſé la même nuit
par la Poudre Balsamique , & bientôt
rétabli par fon uſage.
M. Fontaine , Maître-d'Hôtel de M. le
Marquis de Marigny , en Décembre
1763 , eut un violent accès de goute aux
deux pieds. Il fut calmé la même nuit ,
& rétabli en peu de jours par la Poudre
Balfamique.
M. Jacquiau , Négociant , rue Mont-
martre , vis-à-vis la Juffienne , chez le
Chapelier , a eu en Janvier un accès de
goute au pied , avec extravafion defang.
Il en a été rétabli en peu de jours par la
Poudre Balfamique , &c.
MM. le Duc de Laval, le Comte de
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
Mailly , de Janssen , Duval de l'Epinoy
à Paris , & M. Lebégue , Concierge du
Grand-Commun à Versailles , font un
uſage répété de la Poudre Balſamique &
duBaume Végétal : ce qui parle en fa-
veur des Remèdes.
MM. les Profeſſeurs de Médecine de
Montpellier ont eu la Poudre Balfami-
que à leur difpofition en faveur des Pau-
vres. M. Carquet , Apoticaire de cette
Ville, m'a envoyé des certificats de ſes
heureux effets.
Baume Végétal.
J'ai annoncé que l'uſage du Baume
Végétal, trois jours de chaque mois ,
éloignoit les accès de goute , en y affo-
ciant la Manne ; & la pratique m'a ap-
pris ce que je n'ofois en attendre , & ce
que ne peut opéreraucune eſpèce d'Eli-
xirs , foit par leur activité , ſoit par leur
goût , qui ne peut corriger celui de la
Manne , &c. & qui en altéreroient les
vertus. Voici quelques faits.
LaCuiſinière de Madame de Létang ,
rue du Sépulcre , ayant une bile répan-
due&une langueur ; après avoir été éva-
cuée unefoisavec peu d'Ypécacuana , a
fait uſage du Baume Végétal avec de
la Manne & le Sel de Duobus pendant
MARS. 1764.
ſon appétit& ſes forces.
153
quelques jours , & elle reprit ſon tein ,
Dlle Houdinet , petite rue S. Roch ,
quartier Montmartre , ayant des infom-
nies & des dégoûts continués depuis fix
mois , s'eſt procurée l'appétit & le fom-
meil en peu de jours par l'uſage du Bau-
me Végétal dans un peu de vin.
Un très-grand nombre de perſonnes
de tous âges , ſéxes & tempéramens , ſe
fontpurgées avec deux onces de Manne ,
ungros &demi de SeldeDuobus,& trois
cuillerées du Baume Végétal dans une
verrée d'eau , & y ont trouvé la dou-
ceur des effets , l'abondance proportion-
née des évacuations , & l'agrément du
goût. Ce qui eſt inconnujuſques à ce
jour.
Le Baume Végétal détruit totalement
le mauvais goût & la fadeur de la Manne ,
des Syrops & des Sels purgatifs ; ne don-
nant qu'un goût de mielvineux , fans
nauſée ni dégoût. Il en aiguiſe les ver-
tus, fans échauffer , & fans caufer la
moindre tranchée ; & les effets ne font
pas lents à ſe produire : un moment en
fait la preuve.
Il faut voir l'Ordonnance à la fin de
mon Ouvrage , où ſes uſagesparticuliers
&ſes moyens font détaillés.
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
Je ne parlerai que pratique dans le
Mercure de Juillet prochain , & j'expli-
querai les vrais moyens de dériver las
goute aux pieds.
Je loge petite rue S. Roch , quartier-
Montmartre ; & pour Pâques prochain ,
mon adreſſe ſera dans la rue du Gros-
Chenet, la ſeconde porte cochère à l'en-
trée de la rue de Clery , quartier Mont-
martre.
Je laiſſe à la Poſte les Lettres que l'ons
n'a pas le foin d'affranchir.
:
:
:
C. DE MONTGERBET, Méd. ord. des Bâtimens
du Roi.
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4431
p. 154-158
EAUX FILTRÉES. AVIS AU PUBLIC.
Début :
LES Entrepreneurs des Eaux filtrées du Port-à-l'Anglois ont commencé [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EAUX FILTRÉES. AVIS AU PUBLIC.
EAUX FILTRÉES.
AVIS AU PUBLIC.
LES Entrepreneurs des Eaux filtrées
du Port-à-l'Anglois ont commencé
leurdiſtribution le 30 Janvier dernier
avec un applaudiſſement; & tous les
honnêtes gens ont pris part aux dif-
férens, accidens qu'ils ont éſſuyés par
la crue inattendue des eaux & le débor-
dement de la rivière , qui a ſubmergé
toute leur manutention , & mis leur
établiſſement à deux doigtsde ſa perte
MARS. 1764.
155
C'eſt dans cette criſe que leur zéle a fair
les plus grands efforts pour foutenir
leur ſervice , & remplir autant qu'il a
été en leur pouvoir les obligations d'un
Etabliſſement ſi intéreſſant au bien de
l'humanité. Ils n'ont rien épargné pour
fatisfaire le Public ; ſoins , peines &
dépenſes , tout a été prodigué ; ils ſe
ſont même montrés avec distinction
dans quelques occafions périlleuſes , où
il y a eu pluſieurs de leurs barques
toutes chargées de paniers , bouteilles.
&autres uftenciles , qui ont été écrafés
par des coups de vent , & coulés à
fonds avec perte de quelques-uns de
leurs mariniers. Ils ont donc vu avec le
plus grand chagrin en portant les yeux.
fur les vafes & bouteilles de grez qui
contiennent leur eau , qu'il y en avoit
-d'une qualité inférieure qui donne un
louche à ces mêmes eaux & ſe diffol-
vent enpartie par le défaut qu'ont ces
vafes de n'avoir pas été affés cuits ni
féchés. Les Entrepreneurs les font re--
tirer à meſure qu'on les découvre; &
quoiqu'en laiſſantun peu repoſer l'eau
dans ces bouteilles,elle reprennebien-
tôt ſa première clarté, ſans jamais al--
térer ſa bonté primitive , néanmoins
comme l'eau de ces vaſes choque les
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
yeux , les Entrepreneurs prient le Pu-
blic de vouloir bien faire rapporter ces
mêmes bouteilles chacun au dépôt où il
ſe fournit avec une petite marque à
la craye qui les puiſſe faire recon-
noître.
Leur ſervice ayant commencé dans
la ſaiſon la plus ingrate & la plus ri-
goureuſe , ils n'ont pu être en garde
contre l'infidélité de quelques fournif
ſeurs qui ont trompé leur confiance par
la défectuoſité de ces vaſes. Il en eft
de même pour la fureté du cachet des
bouteilles ; les Entrepreneurs font in-
formés qu'il s'eſt déja gliffé de la frau-
de , & qu'il ſe ſubſtitue dans quelques
maiſons une autre eau à la leur en levant
le bouchon qui n'étoit pas affez her-
métiquement cacheté. Dans cet état ,
quoique l'expédient de la ficelle & du
nœud des Marchands de vin ſoit plus
couteux à la régie , les Entrepreneurs
vont faire ficeler& cacheter leurs vafes ;
en forte qu'il ſera à la portée des Maî-
tres , de jetter un coup d'œil ſur les
bouteilles , & de s'aſſurer par eux-mê-
mes de la fidélité des cachets: précau-
tion très-recommandée par les Entre-
preneurs , comme de renvoyer aux dé-
pôts , les bouteilles douteuſes , où il y
MARS. 1764 .
157
aura ordre d'en donner d'autres à la
place , toujours avec une marque qui
puiſſe les faire mettre au rebut.
Les nouveaux établiſſemens ont tou-
jours des précautions à prendre & des
fraudes à réprimer. Les Entrepreneurs
ne peuvent pas eſpérer que le leur fera
tout d'un coup affranchi de ces défagré-
mens ; & c'eſt ce qui les a portés à prier
le Public de donner ſes conſeils & fes
avis dans les ſujets qui lui paroîtront
dignes de ſes remarques.
A l'égard d'une infinité de propos
abfurdes
,
que des mal-intentionnés
répandent journellement ſur la qualité
&la bonté de leurs eaux , les Entrepre-
neurs en appellent au Public fenfé &
impartial. Tout le monde connoît quel-
les font leurs opérations & leur manu-
tention au Port - à - l'Anglois; tout le
monde peut voir en détail & fe con-
vaincre par ſes propres yeux , fi la
flitration ſe fait par des préparations
chymiques , & s'ils employent ou l'alun
ouaucuneautre eſpéce de compoſitions.
Ces contes groffiers , & ces inventions ri-
dicules ne peuvent ſurprendre que les
eſprits foibles qui croyent ſans appro-
fondir , ou le vulgaire ignorant.
: La Faculté de Médecine a déja conf-
(
158 MERCURE DE FRANCE.
taté par ſes Commiſſaires labonté& les
excellentes qualités de l'eau des Entre-
preneurs : fon décret qui n'a été rendu
qu'après l'examen le plus fcrupuleux ,
eſt l'écueil des rêveries qui ſe débitent ,
&la ſeule réponſe qu'on doity faire.
Les Entrepreneurs ne s'occupant que
des moyens d'étendre leur établiſe-
ment , pour le mettre à la portée d'un
chacun , vont augmenter le nombre
de leurs petits dépôts , & employer
pluſieurs charettes pour approviſionner
tous les différens quartiers de la Ca-
pitale.
AVIS AU PUBLIC.
LES Entrepreneurs des Eaux filtrées
du Port-à-l'Anglois ont commencé
leurdiſtribution le 30 Janvier dernier
avec un applaudiſſement; & tous les
honnêtes gens ont pris part aux dif-
férens, accidens qu'ils ont éſſuyés par
la crue inattendue des eaux & le débor-
dement de la rivière , qui a ſubmergé
toute leur manutention , & mis leur
établiſſement à deux doigtsde ſa perte
MARS. 1764.
155
C'eſt dans cette criſe que leur zéle a fair
les plus grands efforts pour foutenir
leur ſervice , & remplir autant qu'il a
été en leur pouvoir les obligations d'un
Etabliſſement ſi intéreſſant au bien de
l'humanité. Ils n'ont rien épargné pour
fatisfaire le Public ; ſoins , peines &
dépenſes , tout a été prodigué ; ils ſe
ſont même montrés avec distinction
dans quelques occafions périlleuſes , où
il y a eu pluſieurs de leurs barques
toutes chargées de paniers , bouteilles.
&autres uftenciles , qui ont été écrafés
par des coups de vent , & coulés à
fonds avec perte de quelques-uns de
leurs mariniers. Ils ont donc vu avec le
plus grand chagrin en portant les yeux.
fur les vafes & bouteilles de grez qui
contiennent leur eau , qu'il y en avoit
-d'une qualité inférieure qui donne un
louche à ces mêmes eaux & ſe diffol-
vent enpartie par le défaut qu'ont ces
vafes de n'avoir pas été affés cuits ni
féchés. Les Entrepreneurs les font re--
tirer à meſure qu'on les découvre; &
quoiqu'en laiſſantun peu repoſer l'eau
dans ces bouteilles,elle reprennebien-
tôt ſa première clarté, ſans jamais al--
térer ſa bonté primitive , néanmoins
comme l'eau de ces vaſes choque les
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
yeux , les Entrepreneurs prient le Pu-
blic de vouloir bien faire rapporter ces
mêmes bouteilles chacun au dépôt où il
ſe fournit avec une petite marque à
la craye qui les puiſſe faire recon-
noître.
Leur ſervice ayant commencé dans
la ſaiſon la plus ingrate & la plus ri-
goureuſe , ils n'ont pu être en garde
contre l'infidélité de quelques fournif
ſeurs qui ont trompé leur confiance par
la défectuoſité de ces vaſes. Il en eft
de même pour la fureté du cachet des
bouteilles ; les Entrepreneurs font in-
formés qu'il s'eſt déja gliffé de la frau-
de , & qu'il ſe ſubſtitue dans quelques
maiſons une autre eau à la leur en levant
le bouchon qui n'étoit pas affez her-
métiquement cacheté. Dans cet état ,
quoique l'expédient de la ficelle & du
nœud des Marchands de vin ſoit plus
couteux à la régie , les Entrepreneurs
vont faire ficeler& cacheter leurs vafes ;
en forte qu'il ſera à la portée des Maî-
tres , de jetter un coup d'œil ſur les
bouteilles , & de s'aſſurer par eux-mê-
mes de la fidélité des cachets: précau-
tion très-recommandée par les Entre-
preneurs , comme de renvoyer aux dé-
pôts , les bouteilles douteuſes , où il y
MARS. 1764 .
157
aura ordre d'en donner d'autres à la
place , toujours avec une marque qui
puiſſe les faire mettre au rebut.
Les nouveaux établiſſemens ont tou-
jours des précautions à prendre & des
fraudes à réprimer. Les Entrepreneurs
ne peuvent pas eſpérer que le leur fera
tout d'un coup affranchi de ces défagré-
mens ; & c'eſt ce qui les a portés à prier
le Public de donner ſes conſeils & fes
avis dans les ſujets qui lui paroîtront
dignes de ſes remarques.
A l'égard d'une infinité de propos
abfurdes
,
que des mal-intentionnés
répandent journellement ſur la qualité
&la bonté de leurs eaux , les Entrepre-
neurs en appellent au Public fenfé &
impartial. Tout le monde connoît quel-
les font leurs opérations & leur manu-
tention au Port - à - l'Anglois; tout le
monde peut voir en détail & fe con-
vaincre par ſes propres yeux , fi la
flitration ſe fait par des préparations
chymiques , & s'ils employent ou l'alun
ouaucuneautre eſpéce de compoſitions.
Ces contes groffiers , & ces inventions ri-
dicules ne peuvent ſurprendre que les
eſprits foibles qui croyent ſans appro-
fondir , ou le vulgaire ignorant.
: La Faculté de Médecine a déja conf-
(
158 MERCURE DE FRANCE.
taté par ſes Commiſſaires labonté& les
excellentes qualités de l'eau des Entre-
preneurs : fon décret qui n'a été rendu
qu'après l'examen le plus fcrupuleux ,
eſt l'écueil des rêveries qui ſe débitent ,
&la ſeule réponſe qu'on doity faire.
Les Entrepreneurs ne s'occupant que
des moyens d'étendre leur établiſe-
ment , pour le mettre à la portée d'un
chacun , vont augmenter le nombre
de leurs petits dépôts , & employer
pluſieurs charettes pour approviſionner
tous les différens quartiers de la Ca-
pitale.
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4432
p. 158-161
CHIRURGIE. PRIX proposé par l'Académie Royale de CHIRURGIE, pour l'Année 1765.
Début :
L'ACADÉMIE Royale de Chirurgie propose pour le Prix de l'année 1765, [...]
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texteReconnaissance textuelle : CHIRURGIE. PRIX proposé par l'Académie Royale de CHIRURGIE, pour l'Année 1765.
CHIRURGIE.
PRIX proposé par l'Académie Royale
de CHIRURGIE, pour l'Année
1765.
L'ACADÉMIE Royale de Chirurgie propose pour le Prix de l'année 1765,
MARS. 1764.
159
le Sujet ſuivant :
Déterminer le caractère eſſentiel des
Tumeurs connues ſous le nom de Lou-
pes , expoſer leurs différences , & quels
font les moyens que la Chirurgie doit
employer de préférence dans chaque ef-
péce & relativement à la partie qu'elles
occupent.
Le Prix eſt une Médaille d'or de la
valeur de cinq cens livres , fondé par
M. de la Peyronnie.
Ceux qui envoyeront des Mémoires
font priés de les écrire en François ou
en Latin , & d'avoir attention qu'ils
foient fort liſibles.
Les Auteurs mettront ſimplement
une deviſe à leurs Ouvrages ; mais ,
pour ſe faire connoître ,ils y joindront
àpart dans un papier cacheté & écrit
de leur propre main, leurs nom , qua-
lité & demeure ; & ce papier ne ſera
ouvert qu'en cas que la Piéce ait rem-
porté le Prix.
Ils adreſſeront leurs ouvrages , franc
de port , à M. Morand, Secrétaire per-
pétuel de l'Académie Royale de Chi-
rurgie à Paris , ou les lui feront remet-
tre entre les mains..
160 MERCURE DE FRANCE .
Toutes perſonnes de quelque qualité
& pays qu'elles foient , pourront aſpi-
rer au Prix ; on n'en excepte que les
Membres de l'Académie.
La Médaille fera délivrée à l'Auteur
même qui ſe ſera fait connoître , ou
au Porteur d'une procuration de ſa part ;
l'un ou l'autre repréſentant la marque
diftinctive , & une copie nette du Mé-
moire.
Les Ouvrages feront reçus juſqu'au
dernier jour de Décembre 1764 inclu-
fivement ; & l'Académie , à fonAffem-
blée publique de 1765 , qui ſe tiendra
le Jeudi d'après la quinzaine de Pâ-
ques , proclamera la Piéce qui aura
remporté le Prix.
L'Académie ayant établi qu'elle don-
neroit tous les ans fur les fonds qui
lui ont été légués par M. de la Peyro-
nie , une Médaille d'or de deux cens
livres , à celui des Chirurgiens Etran-
gers ou Régnicoles , non Membres de
l'Académie , qui l'aura méritée par un
Ouvrage fur quelque matière de Chi-
rurgie que ce ſoit , au choix de l'Au-
teur; elle l'adjugera à celui qui aura
envoyé le meilleur Ouvrage dans le
courant de l'année 1764. Ce prix d'é-
mulation ſera proclamé le jour de la
Séance publique.
1
MARS. 1764.
161
Le même jour , elle diſtribuera cinq
Médailles d'or de cent francs chacune ,
à cinq Chirurgiens , ſoit Académiciens
de laClaſſe des Libres , ſoit ſimplement
Régnicoles , qui auront fourni dans le
cours de l'année 1764 un Mémoire , ou
trois obſervations intéreſſantes.
PRIX proposé par l'Académie Royale
de CHIRURGIE, pour l'Année
1765.
L'ACADÉMIE Royale de Chirurgie propose pour le Prix de l'année 1765,
MARS. 1764.
159
le Sujet ſuivant :
Déterminer le caractère eſſentiel des
Tumeurs connues ſous le nom de Lou-
pes , expoſer leurs différences , & quels
font les moyens que la Chirurgie doit
employer de préférence dans chaque ef-
péce & relativement à la partie qu'elles
occupent.
Le Prix eſt une Médaille d'or de la
valeur de cinq cens livres , fondé par
M. de la Peyronnie.
Ceux qui envoyeront des Mémoires
font priés de les écrire en François ou
en Latin , & d'avoir attention qu'ils
foient fort liſibles.
Les Auteurs mettront ſimplement
une deviſe à leurs Ouvrages ; mais ,
pour ſe faire connoître ,ils y joindront
àpart dans un papier cacheté & écrit
de leur propre main, leurs nom , qua-
lité & demeure ; & ce papier ne ſera
ouvert qu'en cas que la Piéce ait rem-
porté le Prix.
Ils adreſſeront leurs ouvrages , franc
de port , à M. Morand, Secrétaire per-
pétuel de l'Académie Royale de Chi-
rurgie à Paris , ou les lui feront remet-
tre entre les mains..
160 MERCURE DE FRANCE .
Toutes perſonnes de quelque qualité
& pays qu'elles foient , pourront aſpi-
rer au Prix ; on n'en excepte que les
Membres de l'Académie.
La Médaille fera délivrée à l'Auteur
même qui ſe ſera fait connoître , ou
au Porteur d'une procuration de ſa part ;
l'un ou l'autre repréſentant la marque
diftinctive , & une copie nette du Mé-
moire.
Les Ouvrages feront reçus juſqu'au
dernier jour de Décembre 1764 inclu-
fivement ; & l'Académie , à fonAffem-
blée publique de 1765 , qui ſe tiendra
le Jeudi d'après la quinzaine de Pâ-
ques , proclamera la Piéce qui aura
remporté le Prix.
L'Académie ayant établi qu'elle don-
neroit tous les ans fur les fonds qui
lui ont été légués par M. de la Peyro-
nie , une Médaille d'or de deux cens
livres , à celui des Chirurgiens Etran-
gers ou Régnicoles , non Membres de
l'Académie , qui l'aura méritée par un
Ouvrage fur quelque matière de Chi-
rurgie que ce ſoit , au choix de l'Au-
teur; elle l'adjugera à celui qui aura
envoyé le meilleur Ouvrage dans le
courant de l'année 1764. Ce prix d'é-
mulation ſera proclamé le jour de la
Séance publique.
1
MARS. 1764.
161
Le même jour , elle diſtribuera cinq
Médailles d'or de cent francs chacune ,
à cinq Chirurgiens , ſoit Académiciens
de laClaſſe des Libres , ſoit ſimplement
Régnicoles , qui auront fourni dans le
cours de l'année 1764 un Mémoire , ou
trois obſervations intéreſſantes.
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4433
p. 163
MUSIQUE.
Début :
RECUEIL D'AIRS, avec des Accompagnemens de Guittarre, faciles & à la [...]
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texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.RECUEIL D'AIRS, avec des Accompagnemens
de Guittarre, faciles & à la
portée des Commençans. Par M. Merchi.
8. Livre de Guittarre. Œuvre XI . Prix
3 liv. 12 f. A Paris , chez l'Auteur , rue
S. Thomas du Louvre , du côté du Châ-
teau d'Eau , chez un Menuifier , le ſe
cond eſcalier après la Cour ; & aux
adreſſes ordinaires de Mufique.
Pluſieurs Amateurs de Guittarre ayant
foufcrit , pour SIX DUO de Guittarre &
Violon , avec Sourdine , par M. Merchi ,
& qui font fon Œuvre XII ; l'Auteur
les avertit qu'il va paroître , & qu'on en
trouvera des Exemplaires chez lui , rue
S.Thomas du Louvre,àlamême adreſſe.
de Guittarre, faciles & à la
portée des Commençans. Par M. Merchi.
8. Livre de Guittarre. Œuvre XI . Prix
3 liv. 12 f. A Paris , chez l'Auteur , rue
S. Thomas du Louvre , du côté du Châ-
teau d'Eau , chez un Menuifier , le ſe
cond eſcalier après la Cour ; & aux
adreſſes ordinaires de Mufique.
Pluſieurs Amateurs de Guittarre ayant
foufcrit , pour SIX DUO de Guittarre &
Violon , avec Sourdine , par M. Merchi ,
& qui font fon Œuvre XII ; l'Auteur
les avertit qu'il va paroître , & qu'on en
trouvera des Exemplaires chez lui , rue
S.Thomas du Louvre,àlamême adreſſe.
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4434
p. 165-169
« LE JEUDI 19 Janvier, les Comédiens François représentèrent Blanche & Guiscard, [...] »
Début :
LE JEUDI 19 Janvier, les Comédiens François représentèrent Blanche & Guiscard, [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LE JEUDI 19 Janvier, les Comédiens François représentèrent Blanche & Guiscard, [...] »
LE JEUDI 19 Janvier, les Comédiens
François représentèrent Blanche & Guiscard,
Tragédie nouvelle , par M. SAU-
RIN , de l'Académie Françoiſe .
Le rôle de Guiſcard étoit joué par le
Sr LE KAIN ; celui d'Osmont , Conné-
table , par le Sr MOLE ; Rodolphe , par
le Sr DAUBERVAL ; Blanche , par la
Dile CLAIRON ; Laure ſa Confidente ,
par la Dile PRÉVILLE.
CetteTragédie fut ſuivie du François
àLondres , Comédie en un Acte & en
Profe , de feu M. DE BOISSY ,
1723.)
( de
Le Mardi 24 Janvier , les mêmes Co-
médiens repréſenterent le Diſtrait , Co-
médie en cinq Actes & en vers , de
REGNARD , (de 1697. ) Le Sr BEL-
COURTjouoit le rôle du Diſtrait; le Sr
166 MERCURE DE FRANCE.
MOLÉ , celui du Chevalier ; le Sr PRÉ-
VILLE, le rôle de Carlin , la Demoiſelle
DROUIN , celui de Mad. Grognac , &c.
Pour ſeconde Pièce , le Retour impré-
vu , Comédie en un Acte & en profe du
même Auteur , (de 1700.)
Le Mercredi 25 , par les Comédiens
Italiens , le Maréchal , Opera-Comique
en deux Actes , précédé des Frères Ri-
vaux , petite Pièce Italienne.
Le lendemain 26 ,
les Comédiens
François repréſentèrent Brutus , Tra-
gédie de M. DE VOLTAIRE , (de 1730.)
Le rôle de Brutus futjoué parle Sr BRI-
ZARD ; celui de fon fils Titus , par le Sr
MOLÉ ; Arons , par le Sr DUBOIS, & le
rôle de Tullie ,par la Dile DUBOIS , &c.
&c.
Pour ſeconde Piéce , on donna l'E-
tourderie , Comédie en un Acte & en
profe , de feu M. FAGAN , (de 1737.)
LeMercredi premier Février , lesCo-
médiens Italiens repréſentèrent le Diable
Boiteux , Comédie Italienne en deux
Actes , qui fut ſuiviedes Enforcelés , ou
Jeannot & Jeannette , Opéra-Comique
en un Acte , en Vaudevilles , par laDile
FAVART en Société, ( de 1757. )
Le 7 Février , les Comédiens Fran-
çois repréſentèrent la Métromanie, Co-
MARS. 1764.
167
médie en cinq Actes & en vers , de M.
PIRON , (de 1738. )
Le Sr BELCOUR joua le rôle de Da-
mis ; le Sr MOLÉ , celui de Dorante ; le
Sr PRÉVILLE , celui de Mondor. Le rôle
de Lucile par la Dlle DESPINAY , & le
rôle de Lisette par la Dile FANIER ,
Débutante , &c. &c.
Pour ſeconde Piece , on donna le
Colin Maillard, Comédie en un Acte &
enprofe , du feu Sr DANCOURT , ( de
1702); dans laquelle la Dile FANIER ,
Débutante , joua auſſi le rôle de Sou-
brette: la DlleDOLIGNY yjouoit celui
d'Angélique , &c.
LeMercredi 8 Février , les Comédiens
Italiens repréſentèrent la Joûte d'Arle-
quin & de Scapin , Comédie Italienne.
Le même jour , après la Pièce Italien-
ne , les Sujets de l'Académie Royale de
Muſique & de la Muſique du Roi,éxécu-
tèrent, pour la feconde fois , laDanfe ,
troiſième Entrée du Ballet des Talens
Lyriques. Les Acteurs & les Danſeurs
étoient les mêmes qu'à la première Re-
préſentation. On en a donné le détail
dans le Mercure de Février.
Le Jeudi 9 , les Comédiens François
repréſentèrent Edipe , Tragédie de M.
DE VOLTAIRE , (de 1718.) Le Sr LE
68 MERCURE DE FRANCE.
KAIN joua le rôle d'Edipe , le Sr BEL-
COUR celui de Philoctete ; la Dlle Du-
MESNIL joua le rôle de Jocafte , &c.
&c.
Cette Piéce fut ſuiviedu ProcureurAr-
bitre , Comédie en un Acte & en vers ,
du feu Sr POISSON , ( de 1728. ) Le Sr
BELCOUR joua le rôle du Procureur,
Je Sr GRANGER celui d'Agénor ; la
Dile DOLIGNI , Isabelle ; la Dlle P
VILLE , la Veuve; & la Dlle DROUIN ,
la Baronne , &. &c.
Le Mardi 14, les Comédiens François
repréſentèrent le Misantrope , Comédie
de MOLIERE , en cinq Actes & en vers,
(de 1666. ) Le Sr GRANDVAL y joua
le rôle du Misantrope. Il y fit le même
plaifir qu'il avoit fait à Paris ; & l'on y
jugea de même des nouveaux degrés de
perfection qu'il avoit acquis dans lejeu
de ce rôle. *
La grande Piéce fut ſuivie du Mari re-
trouvé, Comédie en un Acte & en profe
du feu Sr DANCOURT , ( de 1698. )
Le 15 , les Comédiens Italiens donné-
rent Arlequin Barbierparalytique , Pié-
ce Italienne , qui fut ſuivie du Peintre
* Voyez ci-après à l'Article des Spectacle
de Paris, celui de la Comédie Françoiſe.
amoureux
MARS. 1764.
169
amoureux defon Modéle , Opéra-Comi-
que mêlé d'Ariettes.
Le Jeudi 16 , les Comédiens François
repréſentèrent Polieucte , Tragédie du
Grand CORNEILLE. Le Sr MOLÉjoua
le rôle de Polieucte , le Sr BELLECOUR
celui de Sévère , le Sr PAULIN celuide
Félix. La Dile DUMESNIL y jouoit le
rôle de Pauline , &c. &c. ( Cette Piéce
eſtde 1640. )
Pour ſeconde Piéce , on donna le
Rendez-vous , Comédie en un Acte & en
vers de feu M. FAGAN , ( de 1733. )
Lafuite au Mercure prochain.
François représentèrent Blanche & Guiscard,
Tragédie nouvelle , par M. SAU-
RIN , de l'Académie Françoiſe .
Le rôle de Guiſcard étoit joué par le
Sr LE KAIN ; celui d'Osmont , Conné-
table , par le Sr MOLE ; Rodolphe , par
le Sr DAUBERVAL ; Blanche , par la
Dile CLAIRON ; Laure ſa Confidente ,
par la Dile PRÉVILLE.
CetteTragédie fut ſuivie du François
àLondres , Comédie en un Acte & en
Profe , de feu M. DE BOISSY ,
1723.)
( de
Le Mardi 24 Janvier , les mêmes Co-
médiens repréſenterent le Diſtrait , Co-
médie en cinq Actes & en vers , de
REGNARD , (de 1697. ) Le Sr BEL-
COURTjouoit le rôle du Diſtrait; le Sr
166 MERCURE DE FRANCE.
MOLÉ , celui du Chevalier ; le Sr PRÉ-
VILLE, le rôle de Carlin , la Demoiſelle
DROUIN , celui de Mad. Grognac , &c.
Pour ſeconde Pièce , le Retour impré-
vu , Comédie en un Acte & en profe du
même Auteur , (de 1700.)
Le Mercredi 25 , par les Comédiens
Italiens , le Maréchal , Opera-Comique
en deux Actes , précédé des Frères Ri-
vaux , petite Pièce Italienne.
Le lendemain 26 ,
les Comédiens
François repréſentèrent Brutus , Tra-
gédie de M. DE VOLTAIRE , (de 1730.)
Le rôle de Brutus futjoué parle Sr BRI-
ZARD ; celui de fon fils Titus , par le Sr
MOLÉ ; Arons , par le Sr DUBOIS, & le
rôle de Tullie ,par la Dile DUBOIS , &c.
&c.
Pour ſeconde Piéce , on donna l'E-
tourderie , Comédie en un Acte & en
profe , de feu M. FAGAN , (de 1737.)
LeMercredi premier Février , lesCo-
médiens Italiens repréſentèrent le Diable
Boiteux , Comédie Italienne en deux
Actes , qui fut ſuiviedes Enforcelés , ou
Jeannot & Jeannette , Opéra-Comique
en un Acte , en Vaudevilles , par laDile
FAVART en Société, ( de 1757. )
Le 7 Février , les Comédiens Fran-
çois repréſentèrent la Métromanie, Co-
MARS. 1764.
167
médie en cinq Actes & en vers , de M.
PIRON , (de 1738. )
Le Sr BELCOUR joua le rôle de Da-
mis ; le Sr MOLÉ , celui de Dorante ; le
Sr PRÉVILLE , celui de Mondor. Le rôle
de Lucile par la Dlle DESPINAY , & le
rôle de Lisette par la Dile FANIER ,
Débutante , &c. &c.
Pour ſeconde Piece , on donna le
Colin Maillard, Comédie en un Acte &
enprofe , du feu Sr DANCOURT , ( de
1702); dans laquelle la Dile FANIER ,
Débutante , joua auſſi le rôle de Sou-
brette: la DlleDOLIGNY yjouoit celui
d'Angélique , &c.
LeMercredi 8 Février , les Comédiens
Italiens repréſentèrent la Joûte d'Arle-
quin & de Scapin , Comédie Italienne.
Le même jour , après la Pièce Italien-
ne , les Sujets de l'Académie Royale de
Muſique & de la Muſique du Roi,éxécu-
tèrent, pour la feconde fois , laDanfe ,
troiſième Entrée du Ballet des Talens
Lyriques. Les Acteurs & les Danſeurs
étoient les mêmes qu'à la première Re-
préſentation. On en a donné le détail
dans le Mercure de Février.
Le Jeudi 9 , les Comédiens François
repréſentèrent Edipe , Tragédie de M.
DE VOLTAIRE , (de 1718.) Le Sr LE
68 MERCURE DE FRANCE.
KAIN joua le rôle d'Edipe , le Sr BEL-
COUR celui de Philoctete ; la Dlle Du-
MESNIL joua le rôle de Jocafte , &c.
&c.
Cette Piéce fut ſuiviedu ProcureurAr-
bitre , Comédie en un Acte & en vers ,
du feu Sr POISSON , ( de 1728. ) Le Sr
BELCOUR joua le rôle du Procureur,
Je Sr GRANGER celui d'Agénor ; la
Dile DOLIGNI , Isabelle ; la Dlle P
VILLE , la Veuve; & la Dlle DROUIN ,
la Baronne , &. &c.
Le Mardi 14, les Comédiens François
repréſentèrent le Misantrope , Comédie
de MOLIERE , en cinq Actes & en vers,
(de 1666. ) Le Sr GRANDVAL y joua
le rôle du Misantrope. Il y fit le même
plaifir qu'il avoit fait à Paris ; & l'on y
jugea de même des nouveaux degrés de
perfection qu'il avoit acquis dans lejeu
de ce rôle. *
La grande Piéce fut ſuivie du Mari re-
trouvé, Comédie en un Acte & en profe
du feu Sr DANCOURT , ( de 1698. )
Le 15 , les Comédiens Italiens donné-
rent Arlequin Barbierparalytique , Pié-
ce Italienne , qui fut ſuivie du Peintre
* Voyez ci-après à l'Article des Spectacle
de Paris, celui de la Comédie Françoiſe.
amoureux
MARS. 1764.
169
amoureux defon Modéle , Opéra-Comi-
que mêlé d'Ariettes.
Le Jeudi 16 , les Comédiens François
repréſentèrent Polieucte , Tragédie du
Grand CORNEILLE. Le Sr MOLÉjoua
le rôle de Polieucte , le Sr BELLECOUR
celui de Sévère , le Sr PAULIN celuide
Félix. La Dile DUMESNIL y jouoit le
rôle de Pauline , &c. &c. ( Cette Piéce
eſtde 1640. )
Pour ſeconde Piéce , on donna le
Rendez-vous , Comédie en un Acte & en
vers de feu M. FAGAN , ( de 1733. )
Lafuite au Mercure prochain.
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4435
p. 169-170
OPERA.
Début :
L'EMPRESSEMENT qu'avoit témoigné le Public pour le Spectacle de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OPERA.
OPERA.
L'EMPRESSEMENT qu'avoit témoigné
le Public pour le Spectacle de
l'Opéra , a été pleinement juſtifié par
le concours foutenu des Spectateurs
juſqu'à préſent. Les beautés du Pоёте
& de la Muſique de Castor & Pollux ,
jointes à la magnificence du Spectacle ,
font de plus en plus ſenties , & prou-
vées par une affluence
perpétuelle.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Titon & l'Aurore n'eſt pas moins ſuivi
les Jeudis , quoique ce jour fût ordi-
nairement un des plus foibles.
Plus on fréquente la nouvelle Salle du
Bal , & plus on en reconnoît la beauté
&tous les agrémens : le plus grandnom-
bre de Maſques n'y produit que la viva-
cité néceſſaire à l'amusement du Bal,
& cette forte de confufion qui en fait
tout le brillant , ſans que l'on y éprouve
les incommodités d'une foule trop reffer-
rée. Il ſeroit difficile de diſpoſer un lieu
plus commode & plus convenable pour
la fête la plus magnifique.
L'EMPRESSEMENT qu'avoit témoigné
le Public pour le Spectacle de
l'Opéra , a été pleinement juſtifié par
le concours foutenu des Spectateurs
juſqu'à préſent. Les beautés du Pоёте
& de la Muſique de Castor & Pollux ,
jointes à la magnificence du Spectacle ,
font de plus en plus ſenties , & prou-
vées par une affluence
perpétuelle.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Titon & l'Aurore n'eſt pas moins ſuivi
les Jeudis , quoique ce jour fût ordi-
nairement un des plus foibles.
Plus on fréquente la nouvelle Salle du
Bal , & plus on en reconnoît la beauté
&tous les agrémens : le plus grandnom-
bre de Maſques n'y produit que la viva-
cité néceſſaire à l'amusement du Bal,
& cette forte de confufion qui en fait
tout le brillant , ſans que l'on y éprouve
les incommodités d'une foule trop reffer-
rée. Il ſeroit difficile de diſpoſer un lieu
plus commode & plus convenable pour
la fête la plus magnifique.
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4436
p. 170-172
AVIS aux Amateurs d'Instrumens. NOUVELLE Invention d'une LYRE pareille à celle des Anciens. N. B. L'analogie de l'objet nous engage à placer l'Avis suivant dans cet Article.
Début :
NOUS avions annoncé précédemment un Instrument qui approchoit de la [...]
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texteReconnaissance textuelle : AVIS aux Amateurs d'Instrumens. NOUVELLE Invention d'une LYRE pareille à celle des Anciens. N. B. L'analogie de l'objet nous engage à placer l'Avis suivant dans cet Article.
AVIS aux Amateurs d'Instrumens.
NOUVELLE Invention d'une LYRE
pareille à celle des Anciens.
N. B. L'analogie de l'objet nous engage
à placer l'Avis suivant dans cet Article.
NOUS avions annoncé précédemment
un Instrument qui approchoit de
la Lyre : mais dont il paroît que le fuc-
cès n'a pas répondu à l'eſpoir de fon In-
venteur. Nous croyons que celui-ci ſera
MARS. 1764.
171
plus heureux. On regrettoit avec raifon
quelaformedela Lyreantique , ſiagréa-
ble , fi noble , propre à nous réaliſer les
idées poëtiques , ne pût pas ſe concilier
avec la conſtruction propre aux effets
harmoniques. Dans l'Inftrument dont
nous parlons , on eſt parvenu à lever
cettedifficulté. Sa forme eſt entièrement
telle que l'on nous peint la LYRE d'A-
pollon. Elle est auſſi ſevelte , auffi élé-
gante & très- ornée. La partie inférieure
eſt traverſée par un corps de Lut , fur
lequel font poſées obliquement les qua-
rante cordes diviſées fur deux lignes pa-
rallèles. Il en réſulte une auffi belle qua-
lité de ſon que fur la Harpe. Les cordes
ſe pincentdemême , mais avec beaucoup
plus de facilité , le corps de tout l'Inftru-
ment n'excédant pas la portée du bras
d'un enfant. Nous avons entendu jouer
de cette Lyre , & l'effet nous en a parů
très-agréable , en ce que les cordes des
deffus rendent un ſon plus moëleux que
celles de la Harpe. Si l'effet général n'eſt
pas d'une auffi forte réfonance que fur
ce dernier Inſtrument , cette Lyre nous
a paru égalerà cet égard ,pour le moins ,
un très - fort Archiluth. Les quarante
cordes contiennent trois octaves & de-
mi de tonsde ſuite. Ilyadansla traverſe
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
fupérieure de la Lyre , une méchanique
cachéeaffez curieuse pour les Diezes &
les Bémols fur toutes les cordes ; on en
fait uſage à volonté ſuivant les divers
tons que l'on veut parcourir. Nous
ne doutons pas que l'on n'adopte ce
nouvel Inſtrument , par la facilité de
fon exécution , par celle de le tranf-
porter , par l'agrément dont fon jeu
peut être , enfin par les grâces de fon
aſpect , par celles qu'il prêteroit à
ceux & fur- tout à celles qui len
joueroient. Les Peintres doivent être
intéreſlés au progrès de cette Lyre Ils
y trouveroient de nouvelles pofitions
pour les Portraits , infiniment plus avan-
tageuſes que toutes celles qui ſont déja
épuiſées & devenues ſi communes.
L'Inventeurde cette LYRE eft le Sieur
MICHELOT , Luthier , rue S. Honoré
près la rue de l'Echelle , à côté des Ecu-
ries de M. le Dauphin.
NOUVELLE Invention d'une LYRE
pareille à celle des Anciens.
N. B. L'analogie de l'objet nous engage
à placer l'Avis suivant dans cet Article.
NOUS avions annoncé précédemment
un Instrument qui approchoit de
la Lyre : mais dont il paroît que le fuc-
cès n'a pas répondu à l'eſpoir de fon In-
venteur. Nous croyons que celui-ci ſera
MARS. 1764.
171
plus heureux. On regrettoit avec raifon
quelaformedela Lyreantique , ſiagréa-
ble , fi noble , propre à nous réaliſer les
idées poëtiques , ne pût pas ſe concilier
avec la conſtruction propre aux effets
harmoniques. Dans l'Inftrument dont
nous parlons , on eſt parvenu à lever
cettedifficulté. Sa forme eſt entièrement
telle que l'on nous peint la LYRE d'A-
pollon. Elle est auſſi ſevelte , auffi élé-
gante & très- ornée. La partie inférieure
eſt traverſée par un corps de Lut , fur
lequel font poſées obliquement les qua-
rante cordes diviſées fur deux lignes pa-
rallèles. Il en réſulte une auffi belle qua-
lité de ſon que fur la Harpe. Les cordes
ſe pincentdemême , mais avec beaucoup
plus de facilité , le corps de tout l'Inftru-
ment n'excédant pas la portée du bras
d'un enfant. Nous avons entendu jouer
de cette Lyre , & l'effet nous en a parů
très-agréable , en ce que les cordes des
deffus rendent un ſon plus moëleux que
celles de la Harpe. Si l'effet général n'eſt
pas d'une auffi forte réfonance que fur
ce dernier Inſtrument , cette Lyre nous
a paru égalerà cet égard ,pour le moins ,
un très - fort Archiluth. Les quarante
cordes contiennent trois octaves & de-
mi de tonsde ſuite. Ilyadansla traverſe
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
fupérieure de la Lyre , une méchanique
cachéeaffez curieuse pour les Diezes &
les Bémols fur toutes les cordes ; on en
fait uſage à volonté ſuivant les divers
tons que l'on veut parcourir. Nous
ne doutons pas que l'on n'adopte ce
nouvel Inſtrument , par la facilité de
fon exécution , par celle de le tranf-
porter , par l'agrément dont fon jeu
peut être , enfin par les grâces de fon
aſpect , par celles qu'il prêteroit à
ceux & fur- tout à celles qui len
joueroient. Les Peintres doivent être
intéreſlés au progrès de cette Lyre Ils
y trouveroient de nouvelles pofitions
pour les Portraits , infiniment plus avan-
tageuſes que toutes celles qui ſont déja
épuiſées & devenues ſi communes.
L'Inventeurde cette LYRE eft le Sieur
MICHELOT , Luthier , rue S. Honoré
près la rue de l'Echelle , à côté des Ecu-
ries de M. le Dauphin.
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4437
p. 172-177
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
LE 4 Février, on donna pour la dernière fois Blanche & Guiscard, Tragédie [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
LE 4 Février, on donna pour la dernière
fois Blanche & Guiscard, Tragédie
nouvelle , qui a eu neufrepréſen
MARS. 1764.
73
tations , y compris les trois , avant le
Voyage de Fontainebleau.
L'Epreuve indifcrette , Comédie nou-
velle , dont nous avons annoncé la pre-
mière Repréſentation dans le précédent
Mercure , a étéretirée après la quatrième
le 6 du même mois.
N. B. On trouvera les Extraits de ces deux
Piéces à la fin de cet Article.
Lemêmejour (6 Février) M. GRAND-
VAL eſt rentré au Théâtre , par le rôle
du Misantrope. Dès qu'il parut , les
les applaudiſſemens les plus vifs fufpen-
dirent long-temps le commencement
de la ſcène. Ces témoignages , quoi-
que mérités , de la prévention favo-
rable du Public , redoublérent , dans
cet ancien Acteur , la crainte de n'y
pas répondre ſuffiſamment. Il fut facile
d'appercevoir ſon émotion. Cependant il
donna de nouvelles preuves d'un talent
confommé; & tous les Spectateurs intel-
ligens ſont convenus qu'il avoit joué un
grand nombre de traits dans ce rôle ,
non-feulementd'une manière fort ſupé-
rieure à celle dont il le jouoit avant fa
retraite , mais encore à tout ce qu'on
pouvoit ſe rappeller de mieux. Il jouale
8 , avec ſuccès , le rôle du Philofophe
Marié,dans la Piéce de ce nom. Lorf-
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
que M. BELCOUR yparut dans le rôle
de Damon , le Public , par des applaudif-
femens redoublés , donna à cet Acteur
dépoffédé de pluſieurs rôles qu'il jouoit
pendant l'absence de M. GRANDVAL ,
des marques de lajustice qu'ilrend à fon
zèle infatigable , à l'intelligence de fon
jeu, ainſi qu'à l'utilité & à l'agrément
dont lui feront toujours ſes ſervices.
M. GRANDVAL a joué depuis le rôle
de Cimon dans l'Andrienne. L'épreuve
de ce caractère , nouveau pour l'Acteur,
étoit auffi intéreſſante pour lesAmateurs
du Théâtre que pour lui-même. Quoi-
qu'avec une figure , moins changée par
l'âge que peut-être notre opinion ou
notre habitude n'éxige pour cet emploi ,
il a rempli toutes les parties du rôle avec
ce talent de détail & de raifonnement ,
toujours fi agréable pour le connoiffeur,
joint à un pathétique vrai & ſenſible ,
dont l'impreffion a entraîné les fuffrages
& les applaudiffemens.
Nous devons, enparlant del'Andrien-
ne, renouvellerles juftes murmures d'un
Public éclairé fur l'habitude de jouer
toujours cette Piéce en habits François.
Cette habitude ,digne des temps obſcurs
& barbares de notre Théâtre , ne peut
avoir fon excuſe dans le défaut d'habil
MAR S. 1764.
175
lement , 1 °. parce qu'on en afait la dé-
penſe pour des Piéces fort inférieures à
celle-ci , qui deviendroit par-là toute
nouvelle; 2º. parce qu'on voitjournel-
lement fur la Scène tragique des habits
ſimples , dont la forme conviendroit
fort bien à ce genrede comique. Croit-
on que , les habits militaires exceptés ,
les Anciens changeaſſent de vêtemens
pour les fituations tragiques qui pou-
voient traverſer le cours de leur vie ?
L'erreur de croire n'avoir pas d'habille-
mens propres à jouer des Comédies
Grecques , ne peutvenirque d'une autre
erreur , qui eſt de rapporter la forme
d'habillementde l'ancienne Gréce à celle
des vêtemens mordenes du Levant. Que
l'on confulte les monumens antiques ,
& l'on trouvera bien plus de rapport
dans ces vêtemens entre les habitans
d'Athènes & ceux de Rome , qu'entre
les Grecs modernes & les anciens. En un
mot , le plus déſagréable de tous les in-
convéniens , & la plus abfurde de toutes
les difparates , eſt de voir au milieu d'A-
thènes Cimon en vieux Seigneur de no-
tre Cour , fon fils Pamphile en petit-
maître , les efclaves en laquais , &c. &c.
M. GRANDVAL joua le 12 dans le
Misantrope , & le même jour le Faux
Η iv
176 MERCURE DE FRANCE .
Damis dans le Mariage fait & rompu.
Mlle LE KAIN jouoit dans cette fecon-
de Piéce le rôle de Soubrette avec beau-
coup de naturel. Qu'il nous ſoit permis
de remarquer que de bons Juges du ta-
lens en accordent à cette Actrice , pour
certains genres de Soubrettes , dans lef
quels elle ſe perfectionne de plus en
plus.
Le Lundi 13 on donna la première re-
préſentation d'Idomenée , Tragédie nou-
velle de M. le Mierre. Cette Piéce fut
reçue avec applaudiſſement à tous les
Actes. Une acclamationfoutenue appella
l'Auteur à la fin de la Piéce : il ſe dif-
penſa de paroître. Nous ne faiſons pas
mention de cette circonſtance , pour
preuve de fuccès. L'abus que l'on fait
aujourd'hui dans le Parterre de cette ef-
péce de cri de triomphe en a trop avili le
prix. Mais , ce qui eſt plus décifif en fa-
veur de l'Ouvrage , eſt la continuation
des repréſentations.
1 Mile FANNIER , dont nous avons
parlé dans les précédens Mercures a ter-
miné ſes débuts. L'eſpoir du Public fur
les talens de cette jeune Actrice , doit
être fondé ſur ceux que l'on reconnoît
& que l'on applaudit journellement
dans M. MOLÉ , de qui elle eſt Eléve.
MAR S. 1764.
177
L'intelligence fine du Maître , ne per-
met pas dedouter qu'il n'ait reconnu
dans ce Sujet , des diſpoſitions dignes
de ſes ſoins , & propres à lui faire
honneur.
LE 4 Février, on donna pour la dernière
fois Blanche & Guiscard, Tragédie
nouvelle , qui a eu neufrepréſen
MARS. 1764.
73
tations , y compris les trois , avant le
Voyage de Fontainebleau.
L'Epreuve indifcrette , Comédie nou-
velle , dont nous avons annoncé la pre-
mière Repréſentation dans le précédent
Mercure , a étéretirée après la quatrième
le 6 du même mois.
N. B. On trouvera les Extraits de ces deux
Piéces à la fin de cet Article.
Lemêmejour (6 Février) M. GRAND-
VAL eſt rentré au Théâtre , par le rôle
du Misantrope. Dès qu'il parut , les
les applaudiſſemens les plus vifs fufpen-
dirent long-temps le commencement
de la ſcène. Ces témoignages , quoi-
que mérités , de la prévention favo-
rable du Public , redoublérent , dans
cet ancien Acteur , la crainte de n'y
pas répondre ſuffiſamment. Il fut facile
d'appercevoir ſon émotion. Cependant il
donna de nouvelles preuves d'un talent
confommé; & tous les Spectateurs intel-
ligens ſont convenus qu'il avoit joué un
grand nombre de traits dans ce rôle ,
non-feulementd'une manière fort ſupé-
rieure à celle dont il le jouoit avant fa
retraite , mais encore à tout ce qu'on
pouvoit ſe rappeller de mieux. Il jouale
8 , avec ſuccès , le rôle du Philofophe
Marié,dans la Piéce de ce nom. Lorf-
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
que M. BELCOUR yparut dans le rôle
de Damon , le Public , par des applaudif-
femens redoublés , donna à cet Acteur
dépoffédé de pluſieurs rôles qu'il jouoit
pendant l'absence de M. GRANDVAL ,
des marques de lajustice qu'ilrend à fon
zèle infatigable , à l'intelligence de fon
jeu, ainſi qu'à l'utilité & à l'agrément
dont lui feront toujours ſes ſervices.
M. GRANDVAL a joué depuis le rôle
de Cimon dans l'Andrienne. L'épreuve
de ce caractère , nouveau pour l'Acteur,
étoit auffi intéreſſante pour lesAmateurs
du Théâtre que pour lui-même. Quoi-
qu'avec une figure , moins changée par
l'âge que peut-être notre opinion ou
notre habitude n'éxige pour cet emploi ,
il a rempli toutes les parties du rôle avec
ce talent de détail & de raifonnement ,
toujours fi agréable pour le connoiffeur,
joint à un pathétique vrai & ſenſible ,
dont l'impreffion a entraîné les fuffrages
& les applaudiffemens.
Nous devons, enparlant del'Andrien-
ne, renouvellerles juftes murmures d'un
Public éclairé fur l'habitude de jouer
toujours cette Piéce en habits François.
Cette habitude ,digne des temps obſcurs
& barbares de notre Théâtre , ne peut
avoir fon excuſe dans le défaut d'habil
MAR S. 1764.
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lement , 1 °. parce qu'on en afait la dé-
penſe pour des Piéces fort inférieures à
celle-ci , qui deviendroit par-là toute
nouvelle; 2º. parce qu'on voitjournel-
lement fur la Scène tragique des habits
ſimples , dont la forme conviendroit
fort bien à ce genrede comique. Croit-
on que , les habits militaires exceptés ,
les Anciens changeaſſent de vêtemens
pour les fituations tragiques qui pou-
voient traverſer le cours de leur vie ?
L'erreur de croire n'avoir pas d'habille-
mens propres à jouer des Comédies
Grecques , ne peutvenirque d'une autre
erreur , qui eſt de rapporter la forme
d'habillementde l'ancienne Gréce à celle
des vêtemens mordenes du Levant. Que
l'on confulte les monumens antiques ,
& l'on trouvera bien plus de rapport
dans ces vêtemens entre les habitans
d'Athènes & ceux de Rome , qu'entre
les Grecs modernes & les anciens. En un
mot , le plus déſagréable de tous les in-
convéniens , & la plus abfurde de toutes
les difparates , eſt de voir au milieu d'A-
thènes Cimon en vieux Seigneur de no-
tre Cour , fon fils Pamphile en petit-
maître , les efclaves en laquais , &c. &c.
M. GRANDVAL joua le 12 dans le
Misantrope , & le même jour le Faux
Η iv
176 MERCURE DE FRANCE .
Damis dans le Mariage fait & rompu.
Mlle LE KAIN jouoit dans cette fecon-
de Piéce le rôle de Soubrette avec beau-
coup de naturel. Qu'il nous ſoit permis
de remarquer que de bons Juges du ta-
lens en accordent à cette Actrice , pour
certains genres de Soubrettes , dans lef
quels elle ſe perfectionne de plus en
plus.
Le Lundi 13 on donna la première re-
préſentation d'Idomenée , Tragédie nou-
velle de M. le Mierre. Cette Piéce fut
reçue avec applaudiſſement à tous les
Actes. Une acclamationfoutenue appella
l'Auteur à la fin de la Piéce : il ſe dif-
penſa de paroître. Nous ne faiſons pas
mention de cette circonſtance , pour
preuve de fuccès. L'abus que l'on fait
aujourd'hui dans le Parterre de cette ef-
péce de cri de triomphe en a trop avili le
prix. Mais , ce qui eſt plus décifif en fa-
veur de l'Ouvrage , eſt la continuation
des repréſentations.
1 Mile FANNIER , dont nous avons
parlé dans les précédens Mercures a ter-
miné ſes débuts. L'eſpoir du Public fur
les talens de cette jeune Actrice , doit
être fondé ſur ceux que l'on reconnoît
& que l'on applaudit journellement
dans M. MOLÉ , de qui elle eſt Eléve.
MAR S. 1764.
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L'intelligence fine du Maître , ne per-
met pas dedouter qu'il n'ait reconnu
dans ce Sujet , des diſpoſitions dignes
de ſes ſoins , & propres à lui faire
honneur.
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4438
p. 177-207
EXTRAIT DE BLANCHE & GUISCARD, Tragédie de M. SAURIN, de l'Académie Françoise. Représentée pour la première fois le 25 Septembre 1763, & reprise le 23 Janvier 1764.
Début :
PERSONNAGES. ACTEURS. Le Comte de GUISCARD, M. Le Kain. Le [...]
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DE BLANCHE & GUISCARD, Tragédie de M. SAURIN, de l'Académie Françoise. Représentée pour la première fois le 25 Septembre 1763, & reprise le 23 Janvier 1764.
EXTRAIT DE BLANCHE & GUISCARD,
Tragédie de M. SAURIN,
de l'Académie Françoise. Représentée
pour la première fois le 25 Septembre
1763, & reprise le 23 Janvier
1764.
PERSONNAGES. ACTEURS.
Le Comte de GUISCARD, M. Le Kain. Le
Le Comte OSMONT ,
Connétable de Sicile , SIFFREDI , Grand Chancelier, BLANCHE , Fille de Siffrédi , LAURE , Amie & Confidente de Blanche , RODOLPHE , Frère de Laure & Confident de Guiſcard, GARDES.
M. Molé.
M. Brizard.
Mlle Clairon.
Mlle Preville.
M. Dauberval.
La Scène eft en Sicile. Les deux premiers Actes
ſepaſſent à PALERME , Capitale du Royaume.
Hv
(
178 MERCURE DE FRANCE.
Les autres à BELMONT , maison de plaisancede
Siffredi & qui touche à PALERME.
CETTE Piece eſt imitée de Tancréde & Sigif-
monde , Tragédie Angloiſe de feu Tomson , Au-
teur célébre du Poëme des Saiſons. Un épiſode
du Roman de Gilblas , qui a pour titre le Ma-
riage de vangeance en a fourni le Sujet. Voici
l'Avant- Scène.
Mainfroi Roi de Sicile a été dépouilé du
Royaume & de la vie par Guillaume ſon frère
puîné : celui-ci , qui fut ſurnommé le mauvais ,
eſt mort au bout dedeux ans d'un régne tyran-
nique,laiffant deux enfans , Guillaume leBon ,
qui lui a ſuccédé , & une fille nommée Constance.
Il étoit refté un filsunique deMainfroi. Guillau-
me le Bon ne voulutpoint le faire périr & confia -
cet enfant en bas âge aux ſoinsdu Chancelier à
qui il ordonna de l'élever comme un ſimple
Gentilhomme & fans lui faire connoître ſa naif-
fance , ni ſes droits. Le fils deMainfroi élevé
ainſi dans la maiſon de Siffrédi , ſous le nom de
Guifcard , a pris une forte paſſion pour Blanche,
fille du Chancelier , & Blanche n'en fent pas
pour lui une moins forte. Les chofes en cet étar ,
Guillaume le Bon eſt ſubitement frappé d'un
mal violent ; il touche à ſa fin , & c'eſt alors
que la Piéce commence.
ACTE PREMIER.
SCENE PREMIERE .
BLANCHE & LAURE..
Blanchedéplore la perte que la Sicile va faire
MARS. 1764.
179
dameilleur des Rois. Il n'y a plus d'eſpérance ,
ditcelle-ci , le trouble& la terreur ſe peignent
fur tous les fronts.
BLANCHE.
>> Triſte effet du retour que chacun fait ſur ſoi !
>> Nous n'éprouvons jamais un ſi lugubre effroi
Qu'alors que nous voions de cette haute ſphère,
>>>Où la ſplendeur du trône éblouit le vulgaire ,
>> Tomber ces Dieux-mortels & ſemblables à
» nous ,
:
Rentrer au fein commun d'où nous fortimes
tous.
Blanche craint les changemens que la mort
du Roi va apporter dans l'Etat longtemps en
proie aux plus cruelles diviſions. Il y a dans l'E-
tat deux partisennemis & puiſſans. La prudente
fermeté du Roi eſt un frein qui les a conte-..
nus; mais fi le Roi meurt , le Trône paſſe à
Constance , le Connétable Ofmont eſt ſonfavori -
>>Miniſtre de l'Etat & Magiſtrat ſuprême, .::
>>>Mon père contreOfmont a ſouvent éclaté
>>>Dans les troubles cruels qui nous ont agité ,
>> Son zéle toujours pur , ſon cœur patriotique ,.
Ses rigides vertus , dignes deRome antique ,
>>Ont longtemps diviſé leConnétable& lui ,
22Olmont doit le hair.
Laureditquedepuis quelque temps ils ſe ſons
réunis. Dans le reſte de la Scène il eſt queſtion
deGuifcard , de l'obfcurité qui eſt répandue fur
fon deſtin , de l'amour qu'il a pour Blanche..
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE .
>>>Non , cet amour qui regne en un cœur amolli,
>> Par qui plus d'un Héros s'eſt ſouvent avili ;
>> Mais ce céleſte feu , cette divine flâme ,
>> Qu'un digne objet allume & qui porte en notre
>> âme
>>De toutesles vertus legerme précieux,
>> Le plusbeau des préſent que nous ont faitles
>> cieux ;
>> Des grandes actions ſource heureuſe & féconde,
>>>L'âme , à la fois , la gloire & le bonheur du
>> monde.
Cet amour est l'âme de tous les entretiensque
Guifcard & le frère de Laure , Rodolphe , ont en-
ſemble, mais que penſe de lai ton frère , lui dit
Blanche? Il penſe que tout enlui annonce &pro-
metun héros ; que ſon âme eſt élevée, coura-
geuſe, humaine, & que ſi la fouguede ſon na-
turel ardent l'emporte quelquefois , la Raiſon
bientôt le raméne.
>> Il ne le flatte pas : ah ! pour un tendre cœur
>>S'il eſt , ma chère Laure , un plaiſir enchanteur ,
>>>C'eſt de voir applaudir le digne objet qu'on
» aime ,
>>>De s'entendre louer dans un autre ſoi-même.
Notre âme éprouve,alors, un ſidoux Sentiment!
C'eſt louer plus que nous , que louer notre
amant.
MARS. 1764.
SCENE II.
BLANCHE , SIFFREDI,
181
Ilapprend à Blanche , que le Roi n'eſt plus.
s'approcher.
>> Des mortels il a ſubi la loi ,
Ma fille , il eſt paſſédans ce monde terrible ,
>>> Où des foibles humains le juge incorruptible
>> Voit frémir à ſes pieds nos maîtres abbattus ,
Sans garde & protégés de leursſeules vertus.
Il ajouteque le Roi a vu d'un œil ferme la mort
>> Nedemandant au ciel qu'un momentderetard ,
>Qui lui permit de voir & d'embraſſer Guiſcard.
BLANCHE ,
NCHE , avec émotion.
Guiſcard! ... le Roi ! ... mon père ......
SIFFRFDI .
>> Eh bien , aunomdu Comte,
>> Ma fille , d'où vous vient une rougeur ſi prom-
>pte!
>>>Cet intérêt , ce trouble & cette émotion ?
>>Mon père •
BLANCHE.
>>>frère.
il eſt le fils de votre adoption :
>>>Je prends part à ſon ſort comme à celui d'un
SIFFREDI .
>> Il ſuffit. Laiſſez-moi : vous ſçaurez ce myſtère.
Siffredi dans un monologue fait voir toute la
douleur qu'il a de ne pouvoir douter que ſa fille
& Guifcard ne s'aiment: il ſe reproche de ne
182 MERCURE DE FRANCE.
l'avoir pas prévu & il frémit des ſuites: le Roi
en mourant vient de reconnoître Guifcard pour
l'héritier du trône , mais c'eſt à condition qu'il
épouſera
Constance ,
cet Hymen peut ſeul
allurer le repos de l'Etat. C'eſt le ſeul moyen
d'empêcher que la Sicile ne ſoit encore en proi e
à toutes les horreurs d'une guerre inteſtine .
D'ailleurs , Siffredi eſt engagé de parole avec
Ofmont, il lui a promis ſa fille en mariage , l'u--
nion du Chancelier avec le Connétable, impor-
re au bien Public & Siffredi ne connoît rien qui ,
puiſſe entrer en balance avec ſa parole & fon
devoir.
>>>Périſſe le mortel, pèriſſe le cœur bas
>>>Qui , portant dans ſes mainsle deſtindesEtats ,
>> Plein des vils ſentimens que l'intérêt inſpire,
>>>Immole à ſa grandeur le ſalutd'un Empire.
Guifcard paroît:
Siffredi avant que de ſedé
clarer veut ſonder fon cœur : il lui confirme la
mort du Roi & fait un Eloge de ce Prince qui
puiffe enmême temps ſervir de leçon àGuiſeard.
>> Il tenoit pour maxime
>> Qu'un Roi doitpréférer ,( obſédé comme ileſt,
>>>Un ami qui l'afflige au flatteur qui lui plaît.
: On ne vitpoint , au ſein de l'horrible mifère ,
Le laboureur gémir du bonheur d'être père ,
>> Il ſçut récompenfer & punir à propos ;
Père enfinde ſon Peuple , il fut plus queHéros.
Siffredi apprend enſuite à Guiſcard que la Cou-
ronne n'appartient point à Constance , mais àun
fils de Mainfroi , élevé dans l'obſcurité , & incon
MARS. 1764..
183
nu àlui-même. Illui apprend que le Roi a recon-
nu ce fils de Mainfroi pour ſon Succeſſeur ; mais
àconditionqu'il épouſeroit Conftance.
Guifcard, plein de feu & de nobleſſe , ſe met
d'abord à la place decejeune Prince , s'échauffe
en ſa faveur , mais doute qu'on puiſſe vaincre
P'horreur qu'il doitfentir , quand il ſe connoîtra ,
pour Constance,pour la fillede l'affaſſindeMainfroi..
Siffrédi combat ceſentiment , & fait voirla né-
ceflité du mariage ordonné par le Roi. Guiſcard
continue à s'élever contre..
:ד
>>>Eh ! que craindre après tout ? Ila pour lui, Sei
" gneur ,...
Sa naiſſance , ſes droits, ſans doute ſa valeur.
८
Tout le ſangde Guiſcard eſt prêt à couler pour -
ce Prince.
Couronsverslui ,Seigneur.Ah !dignedeſarace,
>>>Digne du Trône auguſte où furent ſes aïeux ,
>>>>Peut être qu'il ſe plaintque le ſort envieux ,
>>>Sur le théâtre obſcur d'une ſcène privée ,
>>Confine les verrus de ſon âme élevée ,
>> Et qu'il demande au Ciel l'heureuſe occafion
.nom
SIFFREDI...
>> Etpeut- être qu'auſſi ſa frivolejeuneffe
A
>> De montrer un grand cœur , & d'acquérir un
ככ
S'endort avec l'amour au ſein de la moleſſe !
Guifcard répond avec l'enthouſiaſme d'une âme
jeune& grande,
20
1
184 MERCURE DE FRANCE.
>>Mon cœur réponddu ſien : oui, Seigneur , ſans
>>effort ,
>> De mon état obſcur je m'élève àſon ſort;
> Et je ſens qu'à l'aspect de ſa noble carrière ,
>> Mon âme avec tranſport s'élançant toute en
>> tière,
>>Brûleroit d'égaler, en vertus comme en rang,
>> Ces Héros glorieux dont je ſerois le ſang.
trace:
SIFFREDI .
>>> Eh bien! hâtez-vous donc de marcher ſur leur
>>Et vous, dont il promet d'être la digne race,
>> Mânes de ſes Aïeux, je vous prends à témoins.
Guiſcardeſt étonné ,prie le ciel de lui donner les
vertus de ſon nouvel état , marque ſa reconnoif
même. Mais , lui dit Siffredi ,
>> C'eſt le Roi des Romains....
GUISCARD .
:
fance à Siffredi , ne veut régner que par ſes con-
ſells, &c. mais montre toujours le plus grand
éloignement pour le mariage de Constance : c'eſt
leſeulpoint ſur lequel il n'en veut croire que lui
>>> Un autre à vos refus doit avoir la Couronne.
>>Mais le ſang me la donne.
>> Je maintiendrai mes droits. Aſſemblez le Sénat .
>>>Allez , & que les Grands , les Barons de l'Etat
>> Viennentrendre à leur Maître un légitime hom-
>> mage.
MARS. 1764.
184
L'Acte finit par un Monologue de Guiſcard , où
tout ſon amour pour Blanche éclate. Il eſt tranf-
porté de l'idéede mettre un Diadême aux pieds de
cequ'il aime.
>>>Je vois fans m'éblouir l'éclat du rang ſuprême.
>>> Mais , ô ma chère Blanche ! un Trône t'étoit dû :
Je vais, en t'y plaçant , couronner la vertu.
ACTE ΙΙ.
Dans l'intervalledu premier & du ſecondAle,
Guifcardvoulant raſſurer Blanche , qu'il a trouvée
en larmes, & craignant de le perdre , lui a laillé
ſa fignature, comme un engagement de la part ,,
qu'illui a ordonné de remettre au Chancelier , en
lui déclarant ſes intentions pour elle. Blanche a
remis cette fignature àſon père , qui , rendu au
Sénat, en a fait un uſage contraire aux deſſeinsdu
Prince. Après avoir fait lecture du Teftament du
feu Roi , qui , en rappellant Guiſcard au Trône ,
ordonne qu'il épouſera Constance , il ajoute que le
Prince conſentoit à tout. Voilà , a- t- il dit , un acte
figné de ſa main royale , par lequel il aſſure ſa
Couronne & ſa foi à Constance. Au moment
même la voûte a retenti d'un applaudiſſement
général ; la joie s'eſt peinte ſur tous les fronts.
Guifcard interdit & confus , ne poffédant encore
que le nom de Roi , fans pouvoir , fans expérien-
ce, n'a pas cru devoir en ce moment s'oppoſer au
vœu de tout l'Etat : il s'eſt levé, & a remis l'ac
ſemblée au lendemain.
:
186 MERCURE DE FRANCE.
SCENE PREMIERE.
GUISCARD & RODOLPHE.
Guifcard furieux apprend à Rodolphe tout ce
qui s'eſt paffé ; Blanche placée par ſon père au
rang des ſpectateurs , a ététémoin decette ſcène
cruelle. Guifcard venoit pour la déſabuſer ; mais
Siffredi a fait partir ſa fille pour Belmont. Et
quoiqueBelmont touche à Palerme, d'indiſpen-
fables ſoins enchaînent Guiſcardà la ville. Mais,
en attendant qu'il puiſſe voir Blanche, & qu'au
Conſeildulendemaintout ſerépare, il veut écrire
àBlanche. En ce moment Siffredi paroît.
SCENE II.
GUISCARD & SIFFREDI.
Guifcardlui fait les reproches les plus vifs. Sif
fredi s'oppoſe à l'indignation & aux emportemens
de Guifcard, avec le calme d'une âme remplie de
l'amour de ſon devoir & de ſa Patrie. On lui a
remis le ſeing du Roi. Il a cru, pour s'en ſervir ,
nedevoir confulter que la gloiredu Roi &le falut
de l'Etat; & pourvu qu'il fauvât l'une & l'autre , il
n'a compté pour rien de ſe perdre lui-même. Il
lui repréſentefortement qu'iln'y a que l'hymen
de Constance qui puiſle affermir la Couronne fur
ſa tête , qu'en ne l'épouſantpas, il doit craindre
laplusfuneſterévolution pour leRoyaume &pour
lui-même ; qu'il hafarde l'Etat , & fon Trône , &
ſa vie. Guiſcard eſt réſolu de tout braver : mal-
heur à qui ofera lui réſiſter , malheur à Siffredi
Jui-même. Siffredi lui préſente ſon ſein , & lecon--
1
MARS. 1764.
187
Jure enſuited'écouter celui quilui ſervit de père ,
&qui, pour le ſeul avantage de l'Etat & du Roi ,
refuſoit ce qu'un autre peut-être acheteroit d'un
crime. Ilſejette à ſes pieds.
!
>> Vois ton ami , ton père, embraſſanttes genoux;
>> Te conjurer en pleurs de te vaincre toi- même ;
>>A tes pieds avec moi , vois un Peuple qui t'aime,
Etque le Ciel confie àtesſoins paternels.
>>Citoyens, Magiſtrats , Miniſtres desAutels,
>>>Tous ceux de qui la main aux travaux occupée
>>Fait croître la moiſſon de leur ſueur trempée ,
>>>Qui nourriſſent l'Etat ,& ſupportent la faim;
>> Vois le vieillard courbé, l'enfant preſſant le
>>>fein,
Etl'époux, & l'épouſe , & la mère , & la fille,
Tout un grand Peuple enfin compoſant tafa-
>>mille ,
>>>>( Car les Sujets desRois ſontleurs premiers en--
>> fans) ;
>>>Vois-les, dis-je, à tes pieds , incertains & trem--
>> blans :
» Sauvez-nous , diſent-ils , d'une guerre inteſtine :.
Faut-il à l'incendie , au meurtre , à la ruine,
Abandonner encor nos champs & nos cités !
Ah! pourd'autres emplois que nos calamités ,
» Réſerve unfangpour toitoutprêt àſe répandre.
>> Réſiſterez-vous donc à cette voix ſi tendre ?
>> Eh quel triſte bonheur, rapportant toutà ſoi ,
>>>Peut balancer ſon Peuple en l'âme d'un bon
Roi !
188 MERCURE DE FRANCE.
Le vôtre.... Mais , Seigneur ,jevoisqu'elle eft
➡émue.
>> Ah ! ne dérobez point ces larmes à mavue.
>> L'orgueil du Trône , hélas ! n'eſt que trop in-
>humain.
Guiſcardtend la main à Siffredi , & lui repro-
ched'un ton attendri qu'il l'a mis entre deuxpré-
cipices ; que détruire l'eſpoir de Constance, c'eſt
haſarder l'Etat ; que le remplir , c'eſt trahir Blan
che & le ſang deMainfroi.
>> De tous côtés déchiré, combattu ,
>> La vertu dans mon cœur s'oppoſe à la vertu.
Siffredi a fait le mal ; c'eſt à lurà venir à fon
aide. Il faut que le lendemain ilfaſſe au Sénat l'as
veu de ſa témérité , & qu'il appuie les droitsde
Guiſcard de fon fuffrage :
>>A ceprix
>>TonMaître te pardonne, & redevient ton fils.
Siffredi ſent les bontés de ſon Roi ; mais il s'en .
croiroit indigne s'il obéiflair. Guiſcard fort furieux,
endéclarant à Siffredi que Constance ne ſerajamais
quefa Sujette.
しき
>>>Toi , rends grâce à l'amour dont mon cœur eft
>> épris ,
>>>Qui te protége encor lorſque tu le trahis.
MARS. 1764.
SCENE III.
189
Monologue de Siffredi qui réſout de hâter le
mariage de ſa fille avec le Connétable. C'eſt le
ſeul moyende ſauver l'Etat & le Roi. Ce moyen
leperdra : mais s'agit-il de lui ?
SCENE IV.
SIFFREDI & OSMONT.
Civilités réciproques ; Ofmont reclame la pro-
meſſe du Chancelier , & en preſſe l'exécution. Cer
hymen, dit le Chancelier, importe à l'Etat. Ve-
nez : allons à Belmont ; vous y recevrez la main
de Blanche , ſans pompe & fans éclat,
ACTE ΙΙΙ.
La Scène est à Belmont.
Monologue de Blanche, qui ſe croyant trahie
parGuifcard, lui adreſſe des reproches &des plain-
tes ſur toutes les affurances de fidélité qu'il lui
avoitdonnées ce jour même.
>>Ta tendreſſejamais ne fut plus éloquente.
>>>Hélas ! ſansraſſurer ta malheureuſe Amante,
>>Que ne lui diſois-tu que de ſuperbes loix ,
>> Dans la grandeur du Trône , empriſonnent les
२०
>> Rois :
Blanche enauroitgémi; mais moinsinfortunée,
•N'accuſant que ton rang & que fadeſtinée,
>>Elle eût vécu peut-être , &c.
1
190 MERCURE DE FRANCE.
Siffredi arrive , & Blanche fait un vain effort
pour lui cacher ſes larmes & ſon trouble. Siffredi
plaint ſa fille; il ne veut point l'accabler ſous le
poids du reproche. Il devoit prévoir ce qui eſt ar-
rivé , & il s'accuſe lui-même plus qu'il ne la blâ-
me: mais il faut s'armer de courage , & faire un
généreux effort. Il ſeroit trop honteux qu'on pût
croire qu'elle nourrît encore quelqueeſpoird'être
aimée du Roi .
BLANCHE.
>>>Ah ! cet eſpoir , Seigneur , il l'atrop biendétruit.
SIFFREDI.
Il l'adû. De vos feux quel eût été le fruit ?
>>Ta folle paſſion a-t-elle donc pu croire
>> Qu'oubliant ce qu'il doit à ſon peuple, à fa
>>gloire ,
D'un romaneſque amour mépriſable héros ,
>>>Il dût , pour être àtoi , hazarder ſa Couronne ?
Crois-tu que j'eufle ſouffert qu'allumant ſes feux
aux flambeaux de votre hymen,
Que mon fang , que ma fille endevînt la furie
Siffredi lui déclarequ'il n'y auroitjamais conſen
ti. Il eſpère qu'elle n'aura bientôt plus que zèle &
reſpect pour fon Roi. Mais ce n'eſt pas aſſez:
>>>On ne vit pas pour ſoi.
>>>Plusle ſort nous élève au-deſſus du vulgaire ,
>>>Plus il nous met en butte à ce juge ſévère ,
1
>>T'immolant notreſang, nosbiens , notrerepos,
>>> La Diſcorde cruelle embrasât ma Patrie ,
MARS. 1764.
Igr
Qui cherche nosdéfauts , &, ſans reſpect des
>> rangs,
>>>Conſole ſa baſſeſſe en médiſantdesGrands.
Ilfaut le convaincre que ma fille , à l'exemple
dn Roi ,a ſçu ſe vaincre elle-même ,
>>>Et coupant àl'eſpoir ſa derniere racine ,
>>>Prendre un illuſtre époux que ma main te def
>> tine.
Acette propoſition Blanche paroît éperdues
ſon pere lui nomme le Connétable :
>> Il eſt puiſſant , vous aime.
>>Je vois en vain vosyeux de larmes ſe remplir :
>>Ma parole eſt donnée, elle doit s'accomplir,
>>>Et dès aujourd'hui même.
Blanche fait à ſon père les ſupplications les
plus touchantes ; elle ſe jette à ſes pieds , les
baigne de larmes , ajoute aux raiſons les plus
fortes ce qu'elle croit le plus capable d'émou-
voir. Siffredi eſt attendri, mais inébranlabledans
ſesprincipes ; il ne céde point àla pitié. Il décla-
re à Blanche qu'il va lui amener Ofmont. Venez ,
dit-il à Laure qui paroît ;affermiſſez Blanchepar
vos conſeils ; que je la retrouve préparée à m'o-
béïr.
BLANCHE.
>>Non , ce n'eſt qu'àla mort que mon cœur ſe
>>diſpoſe.
>> Quel amour est trahi ! quel devoir on m'im
poſe.
>>>Ah , Laure !
192 MERCURE DE FRANCE.
Laure lui dit qu'elle ne peut approuver
fa
douleur ; queGuifcardne méritepasſes larmes.
Ce n'eſt que du mépris qu'ondoit à ceparjure.
BLANCHE.
>> Sans doute... Mais , hélas ! crois-tu quainſi ſou-
>>dain
Un coeur puifſe paſſer de l'amour au dédain ?
Qu'un ſentiment ſi cher né dans la ſolitude ;
- Par l'eſtime formé , nourri par l'habitude ,
>> Soit détruit auſſitôt qu'on ceſſe d'eſtimer ?
> Longtemps on aime encore en rougifſſant d'ai
>> mer !
Elle apprend à Laure queſon père veut qu'elle
épouse Osmont ; qu'elle l'épouſe cejour même.
LAURE .
- Eh bien , vous êtesoutragée.
>> Ce jour a vu l'affront , il vous verra vangée.
BLANCHE.
>> Vangée ! hélas! ſur qui ? Sur Guiſcard ou fur
>> moi.
Laure lui repréſente avec force tout ce qui
s'eſt paflé au Sénat , on dit , ajoute-t-elle, que
demain il épouſe Conſtance.
BLANCHE."
LAURE .
›Pouvez-vous balancer ?
>>Ah , parjure ,
BLANCHE.
MARS. 1764.
BLANCHE.
>> coœur
M
Dès demain ?
LAURE.
BLANCHE.
>> geur... :
193
On l'affure.
Eh , qu'il étouffe donc , s'il ſe peut, dans ſon
Le cri du ſang d'un père & le remord van-
>>>Laure, je veux t'en croire , un fier dépit me
>>guide.
>>Tu me regretteras, homme lâche & perfide!..
>>>Oui , mon hymen fera ſon tourment & le mien.
>> Il a trahi mon cœur ,j'ai mal connu le ſien ,
D'un repentir tardif il ſera la victime,
>> Je ſervirai d'exemple à celles qu'une eſtime
>>>Dans leur crédule eſpoir trop prompte à ſe
former ,
>>Sous l'appas des vertus engageroit d'aimer.
Laure applaudit à cette réſolution.Que votre
hymen précéde celui de Guiſcard.
>>>Que dans les bras d'Oſmont le perfide vous
>>voie.
Quelle joie !
A
BLANCHE.
Oui dans mon déſeſpoir je goûterai lajoie...
SCENE IV.
Siffredi s'avanceavec Ofmont , il lelepréſente
préſente àà
1
194 MERCURE DE FRANCE.
ſa fille. Ofmont lui ditque l'aveu d'un père au
toriſe ſes feux , mais que ce n'eſtpas affez pour
fon bonheur.
» Croirai-je que du moinsla vertueuſe Blanche
>>>Conſentira ſans peine à former ce beau nœud?
BLANCHE.
>> Seigneur.... l'obéiſſance... unpère... ſonaveu...
Je me meurs........
OSMON T.
>>Ciel!
SIFFREDI.
Ma fille! à peine elle reſpired
BLANCHE.
à Laure .
» Omon père!.. aide-moi... Je ne puis me con
>> duire.
SIFFREDI , à Ofmont.
>> Je la ſuis , pardonnez àmon ſoinpaternel.
OSMONT.
>>>>Jene vousquitte point dans cetroublemortel.
ACTE IV.
Monologue de Blanche qui vient d'épouſer
Ofmont.
>
>>C'en eft donc fait , hélas! un nœud fatal me
>>lie,
>>Mon malheur n'aura plusde terme que ma vie.
» Puiſſe mon père un jour ne ſe point reprocher
>>Le ſacrificeaffreuxqu'il me vientd'arracher !
MARS. 1764 .
195
Veux-tu précipiter mesvieux ans dans latombe?
M'a-t-il dit. A ce mot mon courage ſuccombe:
>> J'ai traîné vers l'Autel mes pas avec terreur.
O ! comment exprimer ce qu'a ſentimoncœur!
Quand à la main d'Olmont j'ai joint ma main
>>> tremblante.
Laure accourt troublée & tenant un biller.
Guifcardl'avoitcommisauxſoinsdeRodolphe qui
n'apule remettre plutôt à Laure.
BLANCHE.
• Quoi Guiſcard.... Il m'écrit! ...Croit-il par une
Lettre...
>> Voyons , Laure... Mais, non... mon cœur m'en
>>preſſe envain ,
» Non , je ne lirai pointun billetque ſa main..
Eh ! que peut-il medire? ...
Laureditque ſon frère proteſteque ſon Mai-
tre eſt innocent , & n'a fait que ſe prêter à la
néceſſité. Qu'il alloit lui expliquer ce myſtère;
mais qu'Ofmont& Siffredi mandés à Palermel'ont
appellé près d'eux. Blanche frappéede ce Dif-
cours , prend la Lettre...
Donne ,
» Ah ! donne.... ma main tremble , & tout mon
* >> corps friffonne...
>>Que tantôt àl'aſpect d'un billet de ſa main
Un trouble différent eût agité mon ſein !
Blanche lit la Lettre où Guiſcard la raſſure,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
lui dit qu'il la verra ſitôt qu'il en ſera maître
finit , par lui jurer qu'en dépit de tout il n'y a rien
que la mort qui puiſſe l'empêcher d'unir ſon fort
au ſien. Cette lettre jette Blanche dans le plus
grand trouble & le plus grand déſeſpoir : elle
ne peut plus penſer que Guiſcard l'air trahie,
& elle s'en voit pour jamais léparée.
O dépit inſenſé ! trop aveugle courroux !
>> Un inſtant a donc mis un abîme entre nous?
Auroit-elle du ſitôt en croire les apparences ;
devoit elle ſe hâterde perdre ſon amant & elle ?
>>>C'eſt toi qui l'as voulu père trop rigoureux !
>>De ton âge endurci la cruelle prudence ,
>> Un moment de dépir , une folle vangeance ;
Toi-même , Laure hélas , ta fatale amitié,
Vous m'avez tous trahie & mon cœur s'eſt lié.
• Laure s'excuſe ſur ſon zéle , elle accuſele Prince
tout au moins de foibleſſe.
>>L'amour est moins timide en un cœur magna-
>>nime.
BLANCHE , vivement.
>Arrête, Laure,& crains que tatémérité ;
> Ne porte un jugement encor précipité.
► Dans l'abîme déja, c'eſt toi qui m'as pouffée.
Blanche , après bien des agitations ſe déter-
mine enfin à n'avoir aucune explication avecle
MARS. 1764 .
197
Roi , à ne le jamais voir ,à dévorer ſespleurs en
fecret& furtout à bien cacher ſes douleurs à ſon
έρουχ.
>>>Je l'ai vu m'obſerver d'un œil ſombre, inquiet.
>> Il ſembloitde moncœur épier le ſecret ;
>> S'il en eſt encor temps qu'à jamais il l'ignore.
>>Mais périr lentementd'un feuqui vousdévore
>>>Et dans ſon cœur fans ceſſe en étouffer l'éclat,
>> Eprouver au-dedans un douloureux combat ,'
>> Et montrer au dehors un front calme & tran-
>>> quille;
>>Que la vie eſt alors un fardeau difficile !
SCENE III.
LeRoi s'avance.Un tremblement ſaiſitBlanche ,
elle veut fuir , & n'en a pas la force: Guifcardle
jette à ſes pieds avec tranſport. Etonné de ſa
froideur , m'aurois-tu fait l'affront, lui dit-il de
douter de mon cœur ?
>>Ton âme net'a pasrépondudela mierine !
Sçache, lui dit-il , que ton père abuſant de
monſein, a tourné contrenous...
>>Mais quel tourment te preſſe ?...
>>Tu trembles ... tu pâlis ... ma chère Blanche !
BLANCHE , du ton de la douleurla pluspro
fonde.
>> Eh ! laiſſe-moi,Guiſcard.
I iij
-Laille!
1
198 MERCURE DE FRANCE.
GUISCARD.
>>>Moi , te laiſſer ! jamais,
Non , jamais ...A mon cœur il faut rendre la
»paix;
>> Il faut qu'àton amant cette bouche adorée
>>Renouvelle lafoi ...
BLANCHE.
>> Mon âme eſt déchirée ?
>>O crime irréparable !
GUISCARD , vivement.
>>>Il ne l'eſt pas : eh bien
>>Ton coeur s'eſt trop hâté de condamner le
>> mien :
>>Tu devois mieux connoître un Amantqui t'a-
->>dore.
>>Mais tout eſt réparé , ſi tu m'aimes encore....
>>>Dis que je fuis aimé.
La réſiſtance de Blanche, ſon trouble, ſon em
barras , tout annonce à Guiſcard un ſecret qu'on
lui cache. Il preſſe Blanche de s'expliquer. Après
pluſieurs repliques de part &d'autre , ellelui ap-
prend qu'Ofmont eſt ſon époux.
Ofmont !
GUISCARD .
» Il eſt trop vrai.
GUISCARD .
>> Je reſte confondu....
2
Ton époux ! .. Que dis-tu
BLANCHE.
MARS. 1764.
>>>Qu'as-tu fait , juſte ciel ?
BLANCHE.
>>Une fatale erreur ....
»Tu l'aimois... oui.
199
>> L'autorité d'un père,
GUISCARD.
>> Perfide ! elle t'eſt chère "
>> Cette erreur que l'amour auroit ſçu démentir.
>> Penſes-tu m'abuſer par un vain tepentir ?
>>Oſmont , o ciel ! Oſmont poſſeder tant de char-
BLANCHE..
Cruel !
GUISCARD.
>>>Je vois couler tes larmes.
► Que fervent à préſent ces regrets ſuperflus ?
>>Toi ſeul as pu nous perdre , & tu nous asperdus.
>>Ciel ! tandis qu'accuſant l'éternité des heures ,
>> Mon cœur impatientvoloit vers ces demeures ,
>>Blanche me trahiſſoit !
BLANCHE.
>> Eh bien ! tu dois haïr
>>Celle qui t'adoroit , & quit'a pu trahir.
>>Je netedirai point que mon père... que Laure...
>>>Plus àplaindre quetoi,je m'accuſe & m'abhorre.
>>Va , d'un fatal amour perds juſqu'au ſouvenir ;
>> Laiſſeà montriſte cœur le ſoin de me punir ,
>>Etfuis-moipourjamais.
Liv
200 MERCURE DE FRANCE.
GUISCARD.
Ma vie eſtdet'aimer.
Demande donc ma
Mais non , ajoute-t-il, tu n'as pu trahir tes
vœux &les miens;tun'aspu former ces nœuds
auxquels on t'a contrainte; tafoi m'étoit engagée.
> Oui , tes fermens d'avance avec moi t'ont liée
>> Cette main eſt à moi. ( il luiprend la main. )
OSMONT , qui arrive ence moment.
>>> Madame , oubliez- vous
→Qu'elle vient d'être unie à celled'un époux ?
BLANCHE.
>> Non. Ces nœuds ſont ſacrés , & mon cœur les
>> révère.
Siffredi paroît ; ellecourt à lui, & fort enle con-
jurant de détourner les maux qu'elle prévoit.
LeConnétable parle fièrement au Roi ; Siffredi
lui oppoſe lesdroits de père & d'époux ; Guifcard
reproche à Siffredi l'abus qu'il a faitde ſa ſigna-
ture Il ſoutient que Blanche entraînée aux Autels
n'a pu engager à Ofmont la foi; que ſes nœuds
l'effet de la ſurpriſe & de la violence , ſont nuls
que fondé fur la promeſſedeBlanche , & armé de
ſa toute-puiffance , il les fera briſer par la loi , &
il fort en diſant au Connétable :
>> Si le jour t'eſt cher, déſormais n'enviſage ,
>> Qu'avec l'œil d'un Sujet ſoumis & repentant ,
>>>Celle qu'aime ton Maître, & que mon Trône
>>>attend. Ilfort.
:
MARS. 1764.
201
Ofmont furieux s'emportecontre latyranniede
Guifcard; il ne veut plus le reconnoître pourRoi.
Ilcourt à Palerme déſabuſer Constance& les amis.
Siffredi, en blåmant le Roi , tâche à détourner le
Connétabledes partisviolens : celui- cirejette tous
les partis modérés. En ce moment, Rodolphe pa-
roît àla tête des Gardes ; Ofmont, forcé d'obéir ,
lui rend ſon épée, & leſuit au Fort, où Rodolphe
a ordre de le conduire. Siffredi le quitte en luidi-
fantqu'il va trouver le Roi:
>> Mesyeux par le ſommeilne ferontpas fe més,
Quevous ne ſoyez libre, & les eſpritscalmés.
ACTE
Ilfaitnuit.
V.
SCENE PREMIERE.
Monologue de Siffredi. Il a vu le Roi : leCon-
nétable ſera libre aux premières traces du jour ,
mais le Roi perſiſte à ne pas vouloir le reconnoî-
tre pour époux deBlanche. Réflexions ſur les paf
fionsdes Rois. Retour de Siffredi ſur lui-même.
SCENE II.
OSMONT & SIFFREDI
Oſmont a obtenu du Commandant du Forr,
qui eſt ſa créature, d'en ſortir , à conditiond'y
rentreravant lejour. Il ne reſpire que vengeance
& fureur. Siffredi tâche de le ramener àdes partis
modérés; Ofmont lui oppoſel'honneur......
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
4
SIFFREDI .
>>N'appellez point honneur cet enfant de l'or-
gueil ,
>>Eternel artifan dediſcordre&dedeuil,
>> Qui , toujours altéré de ſang&de vengeance,
>>N'eſt jamais affez grand pour pardonner l'of-
>>fenſe ;
>>>Qui , ſuperbe & farouche , immole tout à ſoi,
>>>Et prend le préjugé , non la vertu , pour loi.
Siffredi lequitte, en lui diſant qu'il fera de nou-
veaux efforts auprès du Roi.
>> S'il perfiſte à n'avoir que ſon defir pour loi ,
>Je ne partagerai vos complots ni fon crime ;
>>Maisje ferai , Seigneur , ſa première victime.
Ofmont, àqui la modération de Siffredi eſt ſuf-
pecte, &qu'elle ne rend que plus furieux , réſout
de s'aſſurerde Blanche avant que de rentrer au
Fort.
>>J'ai des amis tout prêts, la nuit me favoriſe ;
>>>Allons lesdiſpoſer autour de ce Palais.
>> Il fautde mon projet aſſurer leſuccès,
>>>Il fautpouvoir forcer mon épouſe àme fuivre...
>>Ah! dans lesnoirs tranſports auxquels mon cœur
1
∞ſe livre,
>>>>Elle, Guiſcard& moi,je puistoutimmoler.
>>J'entendsdu bruit. Sortons.( ilfort.)
Blanche entre fuivie de Laure
leRoi.
MARS. 1764.
LAURE.
203
>>> Où voulez-vous aller ?
>>Errante en ce Palais , votre douleur muette
>> Ypromène au haſard ſa démarche inquiette ;
>>Et pourſuivant en vain un repos qui vous fuit...
BLANCHE .
→Abandonnemon âme au troublequi la fuit:
Vas , laiſſe-moi , ton ſoin m'importune & me
› gêne.
LAURE.
>>Moi , vous laiſſer, ô Ciel ! & lorſqu'àvotrepeine
>> Une effroyable nuit ajoute ſon horreur !
BLANCHE .
>>>Unehorreur plus affreuſe eſt au fondde mon
cœur.
Blanche oblige Laure à fortir.
>>>Laiſſe-moi ...jeleveux ... mon amitié l'exige.
>>Tes conſeils m'ont perdue.
Blanche reſte ſeule en proie aux agitations &
aux tourmensde fon cœur.Après s'y être livrée
quelque temps , elle ſe jette dans un fauteuil.
>>Ne puis-je me calmer ? .. La terreur me pour
>>>fuit.
>>>Quepour les malheureux l'heurelentementfuit!
>>>Qu'une nuitparoît longueà ladouleurqui veilles
Elleentend du bruit , elle ſe léve effrayée. C'eſt
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
GUISCARD.
>>>Raſſure- toi-
>>J'ai ſçu meménager une ſecrette entrée.
BLANCHE .
Comment en vous voyant puis-je être raſſurée !..
GUISCARD , l'interrompant.
>> O Blanche ! écoute-moi : le temps eſtprécieux.
> Rodolphe avec magarde attend près de ces lieux,
>>Et le trajet eſt court de Belmont à la Ville.
>>>Il faut me ſuivre ; viens , un reſpectable aſyle ..
BLANCHE.
> Qu'oſez-vous dire , ô Ciel ! & que propoſez-
>> vous ?
>> Un aſyle ! En eſt-il qu'auprèsde mon époux?
>>Guiſcard à ma vertu réſervoit cet outrage !
>>Avez- vous oublié qu'un nœud facré m'engage ?
>> Et que l'honneur me fait un auſtère devoir
>>Dene jamaisoſer vous entendre & vous voir ?
>>Que je ne dois ſongerqu'à bannir de mon âme
>> Le ſouvenir trop cher d'une première flâme ?
>>Que vous devez mefuir? & qu'épouſed'Oſmont,
» Votre amour déſormais n'eſt pour moiqu'un
>> affront ?
Non , dit Guiſcard , tu ne l'es pas : Ofimont eſt
ton raviſſeur. On a ſurpris ta foi. Si la Loi te dé
gage & te permet ....
MARS. 1764.
BLANCHE.
250
>> Seigneur ,
> La Loi permetſouvent ce que défend l'honneur.
Guiſcard inſiſte , Blanche demeure ferme; on
voit tout ce qu'il en coûte à ſon cœur ;un ſenti-
ment trop tendre lui échappe ,elle s'en apperçoit,
revient ſur elle-même , & , avec un effort marqué ,
elle dit à Guiſcard ,
» Plaignez , mais reſpectez la chaîne qui me lie,
> Et recevez de Blanche un éternel adieu.
Guiſcarddit qu'il ne le reçoit point ; un affreux
déſeſpoir s'empare de lui.
» Je ne me connois plus; Blanche veut que je
>> meure;
» Oui , tu le veux....... Eh bien , j'obéis, & fur
>>>l'heure
» Ce fer ....
BLANCHE.
>>>Guiſcard, arrête ,ou le plonge en mon ſein..
>>>Termine par pitié mon malheureux deſtin.
>>C'en est trop... Jeſuccombe àma peine cruelle,
>> Au nom de cet amour! ..
GUISCARD.
>>Trahi par toi , cruelle t
BLANCHE.
:
Oui , j'ai trahi l'amour , mais il reſte àmon
» cœur
206 MERCURE DE FRANCE.
>>La vertu qui conſole au comble du malheur,
» Veux-tu me la ravir ?
>>gloire ?
► Non....
>> vangeance ;
> Défends-toi.
:
Ils ſe battent.
....
veux-tu fouiller ma
>> Si je pouvois, cruel , & te ſuivre , & te croire ;
>> Serois-je digne encor , &dujour , & de toi ?
GUISCARD ..
>Ne lui reproche rien.
>> Je meurs à tespieds.
Dans ce moment Ofmont arrive.
> Guiſcard aux pieds de Blanche ! A moi ,Tyran,
GUISCARD.
>>>Songe , traître , à ta propre défenſe..
Ofmont tombe mortellement
bleſlé; Blanche court à lui ; il ſe ranime , & luj
plonge ſon épéedans le ſein.
>>>Femme perfide , meurs.
Siffredi entrealors, voit ſon gendre mort , &fa
filleexpirante.
► Contemple ton ouvrage, lui dit Guifcard.
BLANCHE , à Guifcard.
» O ! ſi je te fus chère , accorde-m'en le gage :
SIFFREDI.
Infortuné vieillard !
MARS. 1764.
àGuifcard.
BLANCHE .
>>card;
>>donne....
àfonpère.
GUISCARD.
207
>> Conſoles ſes vieux ans.... Vous , conſolez Guif-
>>>L'un à l'autre, en mourant, ma tendreſſevous
>> La lumière me fuit ... la force m'abandonne.
>>Ciel! prends pitié de moi..... Guiſcard ..... ta
>> main ? ... Je meurs .
Elleexpire ! La mort réunira nos cœurs.
Ilveutse tuer , on ledéfarme.
Ce que les bornes d'un Extrait nous
ont fait fupprimer de vers , eſt en perte
pour la gloire de l'Auteur & pour le plai-
fir des Lecteurs. Nous exhortons ces
derniers à fe procurer la lecture de l'Ou-
vrage en entier. CetteTragédie ſe trouve
imprimée , à Paris , chez SEBASTIEN
JORRY , Imprimeur- Libraire , rue &
vis-à-vis de la Comédie Françoife.
Tragédie de M. SAURIN,
de l'Académie Françoise. Représentée
pour la première fois le 25 Septembre
1763, & reprise le 23 Janvier
1764.
PERSONNAGES. ACTEURS.
Le Comte de GUISCARD, M. Le Kain. Le
Le Comte OSMONT ,
Connétable de Sicile , SIFFREDI , Grand Chancelier, BLANCHE , Fille de Siffrédi , LAURE , Amie & Confidente de Blanche , RODOLPHE , Frère de Laure & Confident de Guiſcard, GARDES.
M. Molé.
M. Brizard.
Mlle Clairon.
Mlle Preville.
M. Dauberval.
La Scène eft en Sicile. Les deux premiers Actes
ſepaſſent à PALERME , Capitale du Royaume.
Hv
(
178 MERCURE DE FRANCE.
Les autres à BELMONT , maison de plaisancede
Siffredi & qui touche à PALERME.
CETTE Piece eſt imitée de Tancréde & Sigif-
monde , Tragédie Angloiſe de feu Tomson , Au-
teur célébre du Poëme des Saiſons. Un épiſode
du Roman de Gilblas , qui a pour titre le Ma-
riage de vangeance en a fourni le Sujet. Voici
l'Avant- Scène.
Mainfroi Roi de Sicile a été dépouilé du
Royaume & de la vie par Guillaume ſon frère
puîné : celui-ci , qui fut ſurnommé le mauvais ,
eſt mort au bout dedeux ans d'un régne tyran-
nique,laiffant deux enfans , Guillaume leBon ,
qui lui a ſuccédé , & une fille nommée Constance.
Il étoit refté un filsunique deMainfroi. Guillau-
me le Bon ne voulutpoint le faire périr & confia -
cet enfant en bas âge aux ſoinsdu Chancelier à
qui il ordonna de l'élever comme un ſimple
Gentilhomme & fans lui faire connoître ſa naif-
fance , ni ſes droits. Le fils deMainfroi élevé
ainſi dans la maiſon de Siffrédi , ſous le nom de
Guifcard , a pris une forte paſſion pour Blanche,
fille du Chancelier , & Blanche n'en fent pas
pour lui une moins forte. Les chofes en cet étar ,
Guillaume le Bon eſt ſubitement frappé d'un
mal violent ; il touche à ſa fin , & c'eſt alors
que la Piéce commence.
ACTE PREMIER.
SCENE PREMIERE .
BLANCHE & LAURE..
Blanchedéplore la perte que la Sicile va faire
MARS. 1764.
179
dameilleur des Rois. Il n'y a plus d'eſpérance ,
ditcelle-ci , le trouble& la terreur ſe peignent
fur tous les fronts.
BLANCHE.
>> Triſte effet du retour que chacun fait ſur ſoi !
>> Nous n'éprouvons jamais un ſi lugubre effroi
Qu'alors que nous voions de cette haute ſphère,
>>>Où la ſplendeur du trône éblouit le vulgaire ,
>> Tomber ces Dieux-mortels & ſemblables à
» nous ,
:
Rentrer au fein commun d'où nous fortimes
tous.
Blanche craint les changemens que la mort
du Roi va apporter dans l'Etat longtemps en
proie aux plus cruelles diviſions. Il y a dans l'E-
tat deux partisennemis & puiſſans. La prudente
fermeté du Roi eſt un frein qui les a conte-..
nus; mais fi le Roi meurt , le Trône paſſe à
Constance , le Connétable Ofmont eſt ſonfavori -
>>Miniſtre de l'Etat & Magiſtrat ſuprême, .::
>>>Mon père contreOfmont a ſouvent éclaté
>>>Dans les troubles cruels qui nous ont agité ,
>> Son zéle toujours pur , ſon cœur patriotique ,.
Ses rigides vertus , dignes deRome antique ,
>>Ont longtemps diviſé leConnétable& lui ,
22Olmont doit le hair.
Laureditquedepuis quelque temps ils ſe ſons
réunis. Dans le reſte de la Scène il eſt queſtion
deGuifcard , de l'obfcurité qui eſt répandue fur
fon deſtin , de l'amour qu'il a pour Blanche..
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE .
>>>Non , cet amour qui regne en un cœur amolli,
>> Par qui plus d'un Héros s'eſt ſouvent avili ;
>> Mais ce céleſte feu , cette divine flâme ,
>> Qu'un digne objet allume & qui porte en notre
>> âme
>>De toutesles vertus legerme précieux,
>> Le plusbeau des préſent que nous ont faitles
>> cieux ;
>> Des grandes actions ſource heureuſe & féconde,
>>>L'âme , à la fois , la gloire & le bonheur du
>> monde.
Cet amour est l'âme de tous les entretiensque
Guifcard & le frère de Laure , Rodolphe , ont en-
ſemble, mais que penſe de lai ton frère , lui dit
Blanche? Il penſe que tout enlui annonce &pro-
metun héros ; que ſon âme eſt élevée, coura-
geuſe, humaine, & que ſi la fouguede ſon na-
turel ardent l'emporte quelquefois , la Raiſon
bientôt le raméne.
>> Il ne le flatte pas : ah ! pour un tendre cœur
>>S'il eſt , ma chère Laure , un plaiſir enchanteur ,
>>>C'eſt de voir applaudir le digne objet qu'on
» aime ,
>>>De s'entendre louer dans un autre ſoi-même.
Notre âme éprouve,alors, un ſidoux Sentiment!
C'eſt louer plus que nous , que louer notre
amant.
MARS. 1764.
SCENE II.
BLANCHE , SIFFREDI,
181
Ilapprend à Blanche , que le Roi n'eſt plus.
s'approcher.
>> Des mortels il a ſubi la loi ,
Ma fille , il eſt paſſédans ce monde terrible ,
>>> Où des foibles humains le juge incorruptible
>> Voit frémir à ſes pieds nos maîtres abbattus ,
Sans garde & protégés de leursſeules vertus.
Il ajouteque le Roi a vu d'un œil ferme la mort
>> Nedemandant au ciel qu'un momentderetard ,
>Qui lui permit de voir & d'embraſſer Guiſcard.
BLANCHE ,
NCHE , avec émotion.
Guiſcard! ... le Roi ! ... mon père ......
SIFFRFDI .
>> Eh bien , aunomdu Comte,
>> Ma fille , d'où vous vient une rougeur ſi prom-
>pte!
>>>Cet intérêt , ce trouble & cette émotion ?
>>Mon père •
BLANCHE.
>>>frère.
il eſt le fils de votre adoption :
>>>Je prends part à ſon ſort comme à celui d'un
SIFFREDI .
>> Il ſuffit. Laiſſez-moi : vous ſçaurez ce myſtère.
Siffredi dans un monologue fait voir toute la
douleur qu'il a de ne pouvoir douter que ſa fille
& Guifcard ne s'aiment: il ſe reproche de ne
182 MERCURE DE FRANCE.
l'avoir pas prévu & il frémit des ſuites: le Roi
en mourant vient de reconnoître Guifcard pour
l'héritier du trône , mais c'eſt à condition qu'il
épouſera
Constance ,
cet Hymen peut ſeul
allurer le repos de l'Etat. C'eſt le ſeul moyen
d'empêcher que la Sicile ne ſoit encore en proi e
à toutes les horreurs d'une guerre inteſtine .
D'ailleurs , Siffredi eſt engagé de parole avec
Ofmont, il lui a promis ſa fille en mariage , l'u--
nion du Chancelier avec le Connétable, impor-
re au bien Public & Siffredi ne connoît rien qui ,
puiſſe entrer en balance avec ſa parole & fon
devoir.
>>>Périſſe le mortel, pèriſſe le cœur bas
>>>Qui , portant dans ſes mainsle deſtindesEtats ,
>> Plein des vils ſentimens que l'intérêt inſpire,
>>>Immole à ſa grandeur le ſalutd'un Empire.
Guifcard paroît:
Siffredi avant que de ſedé
clarer veut ſonder fon cœur : il lui confirme la
mort du Roi & fait un Eloge de ce Prince qui
puiffe enmême temps ſervir de leçon àGuiſeard.
>> Il tenoit pour maxime
>> Qu'un Roi doitpréférer ,( obſédé comme ileſt,
>>>Un ami qui l'afflige au flatteur qui lui plaît.
: On ne vitpoint , au ſein de l'horrible mifère ,
Le laboureur gémir du bonheur d'être père ,
>> Il ſçut récompenfer & punir à propos ;
Père enfinde ſon Peuple , il fut plus queHéros.
Siffredi apprend enſuite à Guiſcard que la Cou-
ronne n'appartient point à Constance , mais àun
fils de Mainfroi , élevé dans l'obſcurité , & incon
MARS. 1764..
183
nu àlui-même. Illui apprend que le Roi a recon-
nu ce fils de Mainfroi pour ſon Succeſſeur ; mais
àconditionqu'il épouſeroit Conftance.
Guifcard, plein de feu & de nobleſſe , ſe met
d'abord à la place decejeune Prince , s'échauffe
en ſa faveur , mais doute qu'on puiſſe vaincre
P'horreur qu'il doitfentir , quand il ſe connoîtra ,
pour Constance,pour la fillede l'affaſſindeMainfroi..
Siffrédi combat ceſentiment , & fait voirla né-
ceflité du mariage ordonné par le Roi. Guiſcard
continue à s'élever contre..
:ד
>>>Eh ! que craindre après tout ? Ila pour lui, Sei
" gneur ,...
Sa naiſſance , ſes droits, ſans doute ſa valeur.
८
Tout le ſangde Guiſcard eſt prêt à couler pour -
ce Prince.
Couronsverslui ,Seigneur.Ah !dignedeſarace,
>>>Digne du Trône auguſte où furent ſes aïeux ,
>>>>Peut être qu'il ſe plaintque le ſort envieux ,
>>>Sur le théâtre obſcur d'une ſcène privée ,
>>Confine les verrus de ſon âme élevée ,
>> Et qu'il demande au Ciel l'heureuſe occafion
.nom
SIFFREDI...
>> Etpeut- être qu'auſſi ſa frivolejeuneffe
A
>> De montrer un grand cœur , & d'acquérir un
ככ
S'endort avec l'amour au ſein de la moleſſe !
Guifcard répond avec l'enthouſiaſme d'une âme
jeune& grande,
20
1
184 MERCURE DE FRANCE.
>>Mon cœur réponddu ſien : oui, Seigneur , ſans
>>effort ,
>> De mon état obſcur je m'élève àſon ſort;
> Et je ſens qu'à l'aspect de ſa noble carrière ,
>> Mon âme avec tranſport s'élançant toute en
>> tière,
>>Brûleroit d'égaler, en vertus comme en rang,
>> Ces Héros glorieux dont je ſerois le ſang.
trace:
SIFFREDI .
>>> Eh bien! hâtez-vous donc de marcher ſur leur
>>Et vous, dont il promet d'être la digne race,
>> Mânes de ſes Aïeux, je vous prends à témoins.
Guiſcardeſt étonné ,prie le ciel de lui donner les
vertus de ſon nouvel état , marque ſa reconnoif
même. Mais , lui dit Siffredi ,
>> C'eſt le Roi des Romains....
GUISCARD .
:
fance à Siffredi , ne veut régner que par ſes con-
ſells, &c. mais montre toujours le plus grand
éloignement pour le mariage de Constance : c'eſt
leſeulpoint ſur lequel il n'en veut croire que lui
>>> Un autre à vos refus doit avoir la Couronne.
>>Mais le ſang me la donne.
>> Je maintiendrai mes droits. Aſſemblez le Sénat .
>>>Allez , & que les Grands , les Barons de l'Etat
>> Viennentrendre à leur Maître un légitime hom-
>> mage.
MARS. 1764.
184
L'Acte finit par un Monologue de Guiſcard , où
tout ſon amour pour Blanche éclate. Il eſt tranf-
porté de l'idéede mettre un Diadême aux pieds de
cequ'il aime.
>>>Je vois fans m'éblouir l'éclat du rang ſuprême.
>>> Mais , ô ma chère Blanche ! un Trône t'étoit dû :
Je vais, en t'y plaçant , couronner la vertu.
ACTE ΙΙ.
Dans l'intervalledu premier & du ſecondAle,
Guifcardvoulant raſſurer Blanche , qu'il a trouvée
en larmes, & craignant de le perdre , lui a laillé
ſa fignature, comme un engagement de la part ,,
qu'illui a ordonné de remettre au Chancelier , en
lui déclarant ſes intentions pour elle. Blanche a
remis cette fignature àſon père , qui , rendu au
Sénat, en a fait un uſage contraire aux deſſeinsdu
Prince. Après avoir fait lecture du Teftament du
feu Roi , qui , en rappellant Guiſcard au Trône ,
ordonne qu'il épouſera Constance , il ajoute que le
Prince conſentoit à tout. Voilà , a- t- il dit , un acte
figné de ſa main royale , par lequel il aſſure ſa
Couronne & ſa foi à Constance. Au moment
même la voûte a retenti d'un applaudiſſement
général ; la joie s'eſt peinte ſur tous les fronts.
Guifcard interdit & confus , ne poffédant encore
que le nom de Roi , fans pouvoir , fans expérien-
ce, n'a pas cru devoir en ce moment s'oppoſer au
vœu de tout l'Etat : il s'eſt levé, & a remis l'ac
ſemblée au lendemain.
:
186 MERCURE DE FRANCE.
SCENE PREMIERE.
GUISCARD & RODOLPHE.
Guifcard furieux apprend à Rodolphe tout ce
qui s'eſt paffé ; Blanche placée par ſon père au
rang des ſpectateurs , a ététémoin decette ſcène
cruelle. Guifcard venoit pour la déſabuſer ; mais
Siffredi a fait partir ſa fille pour Belmont. Et
quoiqueBelmont touche à Palerme, d'indiſpen-
fables ſoins enchaînent Guiſcardà la ville. Mais,
en attendant qu'il puiſſe voir Blanche, & qu'au
Conſeildulendemaintout ſerépare, il veut écrire
àBlanche. En ce moment Siffredi paroît.
SCENE II.
GUISCARD & SIFFREDI.
Guifcardlui fait les reproches les plus vifs. Sif
fredi s'oppoſe à l'indignation & aux emportemens
de Guifcard, avec le calme d'une âme remplie de
l'amour de ſon devoir & de ſa Patrie. On lui a
remis le ſeing du Roi. Il a cru, pour s'en ſervir ,
nedevoir confulter que la gloiredu Roi &le falut
de l'Etat; & pourvu qu'il fauvât l'une & l'autre , il
n'a compté pour rien de ſe perdre lui-même. Il
lui repréſentefortement qu'iln'y a que l'hymen
de Constance qui puiſle affermir la Couronne fur
ſa tête , qu'en ne l'épouſantpas, il doit craindre
laplusfuneſterévolution pour leRoyaume &pour
lui-même ; qu'il hafarde l'Etat , & fon Trône , &
ſa vie. Guiſcard eſt réſolu de tout braver : mal-
heur à qui ofera lui réſiſter , malheur à Siffredi
Jui-même. Siffredi lui préſente ſon ſein , & lecon--
1
MARS. 1764.
187
Jure enſuited'écouter celui quilui ſervit de père ,
&qui, pour le ſeul avantage de l'Etat & du Roi ,
refuſoit ce qu'un autre peut-être acheteroit d'un
crime. Ilſejette à ſes pieds.
!
>> Vois ton ami , ton père, embraſſanttes genoux;
>> Te conjurer en pleurs de te vaincre toi- même ;
>>A tes pieds avec moi , vois un Peuple qui t'aime,
Etque le Ciel confie àtesſoins paternels.
>>Citoyens, Magiſtrats , Miniſtres desAutels,
>>>Tous ceux de qui la main aux travaux occupée
>>Fait croître la moiſſon de leur ſueur trempée ,
>>>Qui nourriſſent l'Etat ,& ſupportent la faim;
>> Vois le vieillard courbé, l'enfant preſſant le
>>>fein,
Etl'époux, & l'épouſe , & la mère , & la fille,
Tout un grand Peuple enfin compoſant tafa-
>>mille ,
>>>>( Car les Sujets desRois ſontleurs premiers en--
>> fans) ;
>>>Vois-les, dis-je, à tes pieds , incertains & trem--
>> blans :
» Sauvez-nous , diſent-ils , d'une guerre inteſtine :.
Faut-il à l'incendie , au meurtre , à la ruine,
Abandonner encor nos champs & nos cités !
Ah! pourd'autres emplois que nos calamités ,
» Réſerve unfangpour toitoutprêt àſe répandre.
>> Réſiſterez-vous donc à cette voix ſi tendre ?
>> Eh quel triſte bonheur, rapportant toutà ſoi ,
>>>Peut balancer ſon Peuple en l'âme d'un bon
Roi !
188 MERCURE DE FRANCE.
Le vôtre.... Mais , Seigneur ,jevoisqu'elle eft
➡émue.
>> Ah ! ne dérobez point ces larmes à mavue.
>> L'orgueil du Trône , hélas ! n'eſt que trop in-
>humain.
Guiſcardtend la main à Siffredi , & lui repro-
ched'un ton attendri qu'il l'a mis entre deuxpré-
cipices ; que détruire l'eſpoir de Constance, c'eſt
haſarder l'Etat ; que le remplir , c'eſt trahir Blan
che & le ſang deMainfroi.
>> De tous côtés déchiré, combattu ,
>> La vertu dans mon cœur s'oppoſe à la vertu.
Siffredi a fait le mal ; c'eſt à lurà venir à fon
aide. Il faut que le lendemain ilfaſſe au Sénat l'as
veu de ſa témérité , & qu'il appuie les droitsde
Guiſcard de fon fuffrage :
>>A ceprix
>>TonMaître te pardonne, & redevient ton fils.
Siffredi ſent les bontés de ſon Roi ; mais il s'en .
croiroit indigne s'il obéiflair. Guiſcard fort furieux,
endéclarant à Siffredi que Constance ne ſerajamais
quefa Sujette.
しき
>>>Toi , rends grâce à l'amour dont mon cœur eft
>> épris ,
>>>Qui te protége encor lorſque tu le trahis.
MARS. 1764.
SCENE III.
189
Monologue de Siffredi qui réſout de hâter le
mariage de ſa fille avec le Connétable. C'eſt le
ſeul moyende ſauver l'Etat & le Roi. Ce moyen
leperdra : mais s'agit-il de lui ?
SCENE IV.
SIFFREDI & OSMONT.
Civilités réciproques ; Ofmont reclame la pro-
meſſe du Chancelier , & en preſſe l'exécution. Cer
hymen, dit le Chancelier, importe à l'Etat. Ve-
nez : allons à Belmont ; vous y recevrez la main
de Blanche , ſans pompe & fans éclat,
ACTE ΙΙΙ.
La Scène est à Belmont.
Monologue de Blanche, qui ſe croyant trahie
parGuifcard, lui adreſſe des reproches &des plain-
tes ſur toutes les affurances de fidélité qu'il lui
avoitdonnées ce jour même.
>>Ta tendreſſejamais ne fut plus éloquente.
>>>Hélas ! ſansraſſurer ta malheureuſe Amante,
>>Que ne lui diſois-tu que de ſuperbes loix ,
>> Dans la grandeur du Trône , empriſonnent les
२०
>> Rois :
Blanche enauroitgémi; mais moinsinfortunée,
•N'accuſant que ton rang & que fadeſtinée,
>>Elle eût vécu peut-être , &c.
1
190 MERCURE DE FRANCE.
Siffredi arrive , & Blanche fait un vain effort
pour lui cacher ſes larmes & ſon trouble. Siffredi
plaint ſa fille; il ne veut point l'accabler ſous le
poids du reproche. Il devoit prévoir ce qui eſt ar-
rivé , & il s'accuſe lui-même plus qu'il ne la blâ-
me: mais il faut s'armer de courage , & faire un
généreux effort. Il ſeroit trop honteux qu'on pût
croire qu'elle nourrît encore quelqueeſpoird'être
aimée du Roi .
BLANCHE.
>>>Ah ! cet eſpoir , Seigneur , il l'atrop biendétruit.
SIFFREDI.
Il l'adû. De vos feux quel eût été le fruit ?
>>Ta folle paſſion a-t-elle donc pu croire
>> Qu'oubliant ce qu'il doit à ſon peuple, à fa
>>gloire ,
D'un romaneſque amour mépriſable héros ,
>>>Il dût , pour être àtoi , hazarder ſa Couronne ?
Crois-tu que j'eufle ſouffert qu'allumant ſes feux
aux flambeaux de votre hymen,
Que mon fang , que ma fille endevînt la furie
Siffredi lui déclarequ'il n'y auroitjamais conſen
ti. Il eſpère qu'elle n'aura bientôt plus que zèle &
reſpect pour fon Roi. Mais ce n'eſt pas aſſez:
>>>On ne vit pas pour ſoi.
>>>Plusle ſort nous élève au-deſſus du vulgaire ,
>>>Plus il nous met en butte à ce juge ſévère ,
1
>>T'immolant notreſang, nosbiens , notrerepos,
>>> La Diſcorde cruelle embrasât ma Patrie ,
MARS. 1764.
Igr
Qui cherche nosdéfauts , &, ſans reſpect des
>> rangs,
>>>Conſole ſa baſſeſſe en médiſantdesGrands.
Ilfaut le convaincre que ma fille , à l'exemple
dn Roi ,a ſçu ſe vaincre elle-même ,
>>>Et coupant àl'eſpoir ſa derniere racine ,
>>>Prendre un illuſtre époux que ma main te def
>> tine.
Acette propoſition Blanche paroît éperdues
ſon pere lui nomme le Connétable :
>> Il eſt puiſſant , vous aime.
>>Je vois en vain vosyeux de larmes ſe remplir :
>>Ma parole eſt donnée, elle doit s'accomplir,
>>>Et dès aujourd'hui même.
Blanche fait à ſon père les ſupplications les
plus touchantes ; elle ſe jette à ſes pieds , les
baigne de larmes , ajoute aux raiſons les plus
fortes ce qu'elle croit le plus capable d'émou-
voir. Siffredi eſt attendri, mais inébranlabledans
ſesprincipes ; il ne céde point àla pitié. Il décla-
re à Blanche qu'il va lui amener Ofmont. Venez ,
dit-il à Laure qui paroît ;affermiſſez Blanchepar
vos conſeils ; que je la retrouve préparée à m'o-
béïr.
BLANCHE.
>>Non , ce n'eſt qu'àla mort que mon cœur ſe
>>diſpoſe.
>> Quel amour est trahi ! quel devoir on m'im
poſe.
>>>Ah , Laure !
192 MERCURE DE FRANCE.
Laure lui dit qu'elle ne peut approuver
fa
douleur ; queGuifcardne méritepasſes larmes.
Ce n'eſt que du mépris qu'ondoit à ceparjure.
BLANCHE.
>> Sans doute... Mais , hélas ! crois-tu quainſi ſou-
>>dain
Un coeur puifſe paſſer de l'amour au dédain ?
Qu'un ſentiment ſi cher né dans la ſolitude ;
- Par l'eſtime formé , nourri par l'habitude ,
>> Soit détruit auſſitôt qu'on ceſſe d'eſtimer ?
> Longtemps on aime encore en rougifſſant d'ai
>> mer !
Elle apprend à Laure queſon père veut qu'elle
épouse Osmont ; qu'elle l'épouſe cejour même.
LAURE .
- Eh bien , vous êtesoutragée.
>> Ce jour a vu l'affront , il vous verra vangée.
BLANCHE.
>> Vangée ! hélas! ſur qui ? Sur Guiſcard ou fur
>> moi.
Laure lui repréſente avec force tout ce qui
s'eſt paflé au Sénat , on dit , ajoute-t-elle, que
demain il épouſe Conſtance.
BLANCHE."
LAURE .
›Pouvez-vous balancer ?
>>Ah , parjure ,
BLANCHE.
MARS. 1764.
BLANCHE.
>> coœur
M
Dès demain ?
LAURE.
BLANCHE.
>> geur... :
193
On l'affure.
Eh , qu'il étouffe donc , s'il ſe peut, dans ſon
Le cri du ſang d'un père & le remord van-
>>>Laure, je veux t'en croire , un fier dépit me
>>guide.
>>Tu me regretteras, homme lâche & perfide!..
>>>Oui , mon hymen fera ſon tourment & le mien.
>> Il a trahi mon cœur ,j'ai mal connu le ſien ,
D'un repentir tardif il ſera la victime,
>> Je ſervirai d'exemple à celles qu'une eſtime
>>>Dans leur crédule eſpoir trop prompte à ſe
former ,
>>Sous l'appas des vertus engageroit d'aimer.
Laure applaudit à cette réſolution.Que votre
hymen précéde celui de Guiſcard.
>>>Que dans les bras d'Oſmont le perfide vous
>>voie.
Quelle joie !
A
BLANCHE.
Oui dans mon déſeſpoir je goûterai lajoie...
SCENE IV.
Siffredi s'avanceavec Ofmont , il lelepréſente
préſente àà
1
194 MERCURE DE FRANCE.
ſa fille. Ofmont lui ditque l'aveu d'un père au
toriſe ſes feux , mais que ce n'eſtpas affez pour
fon bonheur.
» Croirai-je que du moinsla vertueuſe Blanche
>>>Conſentira ſans peine à former ce beau nœud?
BLANCHE.
>> Seigneur.... l'obéiſſance... unpère... ſonaveu...
Je me meurs........
OSMON T.
>>Ciel!
SIFFREDI.
Ma fille! à peine elle reſpired
BLANCHE.
à Laure .
» Omon père!.. aide-moi... Je ne puis me con
>> duire.
SIFFREDI , à Ofmont.
>> Je la ſuis , pardonnez àmon ſoinpaternel.
OSMONT.
>>>>Jene vousquitte point dans cetroublemortel.
ACTE IV.
Monologue de Blanche qui vient d'épouſer
Ofmont.
>
>>C'en eft donc fait , hélas! un nœud fatal me
>>lie,
>>Mon malheur n'aura plusde terme que ma vie.
» Puiſſe mon père un jour ne ſe point reprocher
>>Le ſacrificeaffreuxqu'il me vientd'arracher !
MARS. 1764 .
195
Veux-tu précipiter mesvieux ans dans latombe?
M'a-t-il dit. A ce mot mon courage ſuccombe:
>> J'ai traîné vers l'Autel mes pas avec terreur.
O ! comment exprimer ce qu'a ſentimoncœur!
Quand à la main d'Olmont j'ai joint ma main
>>> tremblante.
Laure accourt troublée & tenant un biller.
Guifcardl'avoitcommisauxſoinsdeRodolphe qui
n'apule remettre plutôt à Laure.
BLANCHE.
• Quoi Guiſcard.... Il m'écrit! ...Croit-il par une
Lettre...
>> Voyons , Laure... Mais, non... mon cœur m'en
>>preſſe envain ,
» Non , je ne lirai pointun billetque ſa main..
Eh ! que peut-il medire? ...
Laureditque ſon frère proteſteque ſon Mai-
tre eſt innocent , & n'a fait que ſe prêter à la
néceſſité. Qu'il alloit lui expliquer ce myſtère;
mais qu'Ofmont& Siffredi mandés à Palermel'ont
appellé près d'eux. Blanche frappéede ce Dif-
cours , prend la Lettre...
Donne ,
» Ah ! donne.... ma main tremble , & tout mon
* >> corps friffonne...
>>Que tantôt àl'aſpect d'un billet de ſa main
Un trouble différent eût agité mon ſein !
Blanche lit la Lettre où Guiſcard la raſſure,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
lui dit qu'il la verra ſitôt qu'il en ſera maître
finit , par lui jurer qu'en dépit de tout il n'y a rien
que la mort qui puiſſe l'empêcher d'unir ſon fort
au ſien. Cette lettre jette Blanche dans le plus
grand trouble & le plus grand déſeſpoir : elle
ne peut plus penſer que Guiſcard l'air trahie,
& elle s'en voit pour jamais léparée.
O dépit inſenſé ! trop aveugle courroux !
>> Un inſtant a donc mis un abîme entre nous?
Auroit-elle du ſitôt en croire les apparences ;
devoit elle ſe hâterde perdre ſon amant & elle ?
>>>C'eſt toi qui l'as voulu père trop rigoureux !
>>De ton âge endurci la cruelle prudence ,
>> Un moment de dépir , une folle vangeance ;
Toi-même , Laure hélas , ta fatale amitié,
Vous m'avez tous trahie & mon cœur s'eſt lié.
• Laure s'excuſe ſur ſon zéle , elle accuſele Prince
tout au moins de foibleſſe.
>>L'amour est moins timide en un cœur magna-
>>nime.
BLANCHE , vivement.
>Arrête, Laure,& crains que tatémérité ;
> Ne porte un jugement encor précipité.
► Dans l'abîme déja, c'eſt toi qui m'as pouffée.
Blanche , après bien des agitations ſe déter-
mine enfin à n'avoir aucune explication avecle
MARS. 1764 .
197
Roi , à ne le jamais voir ,à dévorer ſespleurs en
fecret& furtout à bien cacher ſes douleurs à ſon
έρουχ.
>>>Je l'ai vu m'obſerver d'un œil ſombre, inquiet.
>> Il ſembloitde moncœur épier le ſecret ;
>> S'il en eſt encor temps qu'à jamais il l'ignore.
>>Mais périr lentementd'un feuqui vousdévore
>>>Et dans ſon cœur fans ceſſe en étouffer l'éclat,
>> Eprouver au-dedans un douloureux combat ,'
>> Et montrer au dehors un front calme & tran-
>>> quille;
>>Que la vie eſt alors un fardeau difficile !
SCENE III.
LeRoi s'avance.Un tremblement ſaiſitBlanche ,
elle veut fuir , & n'en a pas la force: Guifcardle
jette à ſes pieds avec tranſport. Etonné de ſa
froideur , m'aurois-tu fait l'affront, lui dit-il de
douter de mon cœur ?
>>Ton âme net'a pasrépondudela mierine !
Sçache, lui dit-il , que ton père abuſant de
monſein, a tourné contrenous...
>>Mais quel tourment te preſſe ?...
>>Tu trembles ... tu pâlis ... ma chère Blanche !
BLANCHE , du ton de la douleurla pluspro
fonde.
>> Eh ! laiſſe-moi,Guiſcard.
I iij
-Laille!
1
198 MERCURE DE FRANCE.
GUISCARD.
>>>Moi , te laiſſer ! jamais,
Non , jamais ...A mon cœur il faut rendre la
»paix;
>> Il faut qu'àton amant cette bouche adorée
>>Renouvelle lafoi ...
BLANCHE.
>> Mon âme eſt déchirée ?
>>O crime irréparable !
GUISCARD , vivement.
>>>Il ne l'eſt pas : eh bien
>>Ton coeur s'eſt trop hâté de condamner le
>> mien :
>>Tu devois mieux connoître un Amantqui t'a-
->>dore.
>>Mais tout eſt réparé , ſi tu m'aimes encore....
>>>Dis que je fuis aimé.
La réſiſtance de Blanche, ſon trouble, ſon em
barras , tout annonce à Guiſcard un ſecret qu'on
lui cache. Il preſſe Blanche de s'expliquer. Après
pluſieurs repliques de part &d'autre , ellelui ap-
prend qu'Ofmont eſt ſon époux.
Ofmont !
GUISCARD .
» Il eſt trop vrai.
GUISCARD .
>> Je reſte confondu....
2
Ton époux ! .. Que dis-tu
BLANCHE.
MARS. 1764.
>>>Qu'as-tu fait , juſte ciel ?
BLANCHE.
>>Une fatale erreur ....
»Tu l'aimois... oui.
199
>> L'autorité d'un père,
GUISCARD.
>> Perfide ! elle t'eſt chère "
>> Cette erreur que l'amour auroit ſçu démentir.
>> Penſes-tu m'abuſer par un vain tepentir ?
>>Oſmont , o ciel ! Oſmont poſſeder tant de char-
BLANCHE..
Cruel !
GUISCARD.
>>>Je vois couler tes larmes.
► Que fervent à préſent ces regrets ſuperflus ?
>>Toi ſeul as pu nous perdre , & tu nous asperdus.
>>Ciel ! tandis qu'accuſant l'éternité des heures ,
>> Mon cœur impatientvoloit vers ces demeures ,
>>Blanche me trahiſſoit !
BLANCHE.
>> Eh bien ! tu dois haïr
>>Celle qui t'adoroit , & quit'a pu trahir.
>>Je netedirai point que mon père... que Laure...
>>>Plus àplaindre quetoi,je m'accuſe & m'abhorre.
>>Va , d'un fatal amour perds juſqu'au ſouvenir ;
>> Laiſſeà montriſte cœur le ſoin de me punir ,
>>Etfuis-moipourjamais.
Liv
200 MERCURE DE FRANCE.
GUISCARD.
Ma vie eſtdet'aimer.
Demande donc ma
Mais non , ajoute-t-il, tu n'as pu trahir tes
vœux &les miens;tun'aspu former ces nœuds
auxquels on t'a contrainte; tafoi m'étoit engagée.
> Oui , tes fermens d'avance avec moi t'ont liée
>> Cette main eſt à moi. ( il luiprend la main. )
OSMONT , qui arrive ence moment.
>>> Madame , oubliez- vous
→Qu'elle vient d'être unie à celled'un époux ?
BLANCHE.
>> Non. Ces nœuds ſont ſacrés , & mon cœur les
>> révère.
Siffredi paroît ; ellecourt à lui, & fort enle con-
jurant de détourner les maux qu'elle prévoit.
LeConnétable parle fièrement au Roi ; Siffredi
lui oppoſe lesdroits de père & d'époux ; Guifcard
reproche à Siffredi l'abus qu'il a faitde ſa ſigna-
ture Il ſoutient que Blanche entraînée aux Autels
n'a pu engager à Ofmont la foi; que ſes nœuds
l'effet de la ſurpriſe & de la violence , ſont nuls
que fondé fur la promeſſedeBlanche , & armé de
ſa toute-puiffance , il les fera briſer par la loi , &
il fort en diſant au Connétable :
>> Si le jour t'eſt cher, déſormais n'enviſage ,
>> Qu'avec l'œil d'un Sujet ſoumis & repentant ,
>>>Celle qu'aime ton Maître, & que mon Trône
>>>attend. Ilfort.
:
MARS. 1764.
201
Ofmont furieux s'emportecontre latyranniede
Guifcard; il ne veut plus le reconnoître pourRoi.
Ilcourt à Palerme déſabuſer Constance& les amis.
Siffredi, en blåmant le Roi , tâche à détourner le
Connétabledes partisviolens : celui- cirejette tous
les partis modérés. En ce moment, Rodolphe pa-
roît àla tête des Gardes ; Ofmont, forcé d'obéir ,
lui rend ſon épée, & leſuit au Fort, où Rodolphe
a ordre de le conduire. Siffredi le quitte en luidi-
fantqu'il va trouver le Roi:
>> Mesyeux par le ſommeilne ferontpas fe més,
Quevous ne ſoyez libre, & les eſpritscalmés.
ACTE
Ilfaitnuit.
V.
SCENE PREMIERE.
Monologue de Siffredi. Il a vu le Roi : leCon-
nétable ſera libre aux premières traces du jour ,
mais le Roi perſiſte à ne pas vouloir le reconnoî-
tre pour époux deBlanche. Réflexions ſur les paf
fionsdes Rois. Retour de Siffredi ſur lui-même.
SCENE II.
OSMONT & SIFFREDI
Oſmont a obtenu du Commandant du Forr,
qui eſt ſa créature, d'en ſortir , à conditiond'y
rentreravant lejour. Il ne reſpire que vengeance
& fureur. Siffredi tâche de le ramener àdes partis
modérés; Ofmont lui oppoſel'honneur......
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
4
SIFFREDI .
>>N'appellez point honneur cet enfant de l'or-
gueil ,
>>Eternel artifan dediſcordre&dedeuil,
>> Qui , toujours altéré de ſang&de vengeance,
>>N'eſt jamais affez grand pour pardonner l'of-
>>fenſe ;
>>>Qui , ſuperbe & farouche , immole tout à ſoi,
>>>Et prend le préjugé , non la vertu , pour loi.
Siffredi lequitte, en lui diſant qu'il fera de nou-
veaux efforts auprès du Roi.
>> S'il perfiſte à n'avoir que ſon defir pour loi ,
>Je ne partagerai vos complots ni fon crime ;
>>Maisje ferai , Seigneur , ſa première victime.
Ofmont, àqui la modération de Siffredi eſt ſuf-
pecte, &qu'elle ne rend que plus furieux , réſout
de s'aſſurerde Blanche avant que de rentrer au
Fort.
>>J'ai des amis tout prêts, la nuit me favoriſe ;
>>>Allons lesdiſpoſer autour de ce Palais.
>> Il fautde mon projet aſſurer leſuccès,
>>>Il fautpouvoir forcer mon épouſe àme fuivre...
>>Ah! dans lesnoirs tranſports auxquels mon cœur
1
∞ſe livre,
>>>>Elle, Guiſcard& moi,je puistoutimmoler.
>>J'entendsdu bruit. Sortons.( ilfort.)
Blanche entre fuivie de Laure
leRoi.
MARS. 1764.
LAURE.
203
>>> Où voulez-vous aller ?
>>Errante en ce Palais , votre douleur muette
>> Ypromène au haſard ſa démarche inquiette ;
>>Et pourſuivant en vain un repos qui vous fuit...
BLANCHE .
→Abandonnemon âme au troublequi la fuit:
Vas , laiſſe-moi , ton ſoin m'importune & me
› gêne.
LAURE.
>>Moi , vous laiſſer, ô Ciel ! & lorſqu'àvotrepeine
>> Une effroyable nuit ajoute ſon horreur !
BLANCHE .
>>>Unehorreur plus affreuſe eſt au fondde mon
cœur.
Blanche oblige Laure à fortir.
>>>Laiſſe-moi ...jeleveux ... mon amitié l'exige.
>>Tes conſeils m'ont perdue.
Blanche reſte ſeule en proie aux agitations &
aux tourmensde fon cœur.Après s'y être livrée
quelque temps , elle ſe jette dans un fauteuil.
>>Ne puis-je me calmer ? .. La terreur me pour
>>>fuit.
>>>Quepour les malheureux l'heurelentementfuit!
>>>Qu'une nuitparoît longueà ladouleurqui veilles
Elleentend du bruit , elle ſe léve effrayée. C'eſt
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
GUISCARD.
>>>Raſſure- toi-
>>J'ai ſçu meménager une ſecrette entrée.
BLANCHE .
Comment en vous voyant puis-je être raſſurée !..
GUISCARD , l'interrompant.
>> O Blanche ! écoute-moi : le temps eſtprécieux.
> Rodolphe avec magarde attend près de ces lieux,
>>Et le trajet eſt court de Belmont à la Ville.
>>>Il faut me ſuivre ; viens , un reſpectable aſyle ..
BLANCHE.
> Qu'oſez-vous dire , ô Ciel ! & que propoſez-
>> vous ?
>> Un aſyle ! En eſt-il qu'auprèsde mon époux?
>>Guiſcard à ma vertu réſervoit cet outrage !
>>Avez- vous oublié qu'un nœud facré m'engage ?
>> Et que l'honneur me fait un auſtère devoir
>>Dene jamaisoſer vous entendre & vous voir ?
>>Que je ne dois ſongerqu'à bannir de mon âme
>> Le ſouvenir trop cher d'une première flâme ?
>>Que vous devez mefuir? & qu'épouſed'Oſmont,
» Votre amour déſormais n'eſt pour moiqu'un
>> affront ?
Non , dit Guiſcard , tu ne l'es pas : Ofimont eſt
ton raviſſeur. On a ſurpris ta foi. Si la Loi te dé
gage & te permet ....
MARS. 1764.
BLANCHE.
250
>> Seigneur ,
> La Loi permetſouvent ce que défend l'honneur.
Guiſcard inſiſte , Blanche demeure ferme; on
voit tout ce qu'il en coûte à ſon cœur ;un ſenti-
ment trop tendre lui échappe ,elle s'en apperçoit,
revient ſur elle-même , & , avec un effort marqué ,
elle dit à Guiſcard ,
» Plaignez , mais reſpectez la chaîne qui me lie,
> Et recevez de Blanche un éternel adieu.
Guiſcarddit qu'il ne le reçoit point ; un affreux
déſeſpoir s'empare de lui.
» Je ne me connois plus; Blanche veut que je
>> meure;
» Oui , tu le veux....... Eh bien , j'obéis, & fur
>>>l'heure
» Ce fer ....
BLANCHE.
>>>Guiſcard, arrête ,ou le plonge en mon ſein..
>>>Termine par pitié mon malheureux deſtin.
>>C'en est trop... Jeſuccombe àma peine cruelle,
>> Au nom de cet amour! ..
GUISCARD.
>>Trahi par toi , cruelle t
BLANCHE.
:
Oui , j'ai trahi l'amour , mais il reſte àmon
» cœur
206 MERCURE DE FRANCE.
>>La vertu qui conſole au comble du malheur,
» Veux-tu me la ravir ?
>>gloire ?
► Non....
>> vangeance ;
> Défends-toi.
:
Ils ſe battent.
....
veux-tu fouiller ma
>> Si je pouvois, cruel , & te ſuivre , & te croire ;
>> Serois-je digne encor , &dujour , & de toi ?
GUISCARD ..
>Ne lui reproche rien.
>> Je meurs à tespieds.
Dans ce moment Ofmont arrive.
> Guiſcard aux pieds de Blanche ! A moi ,Tyran,
GUISCARD.
>>>Songe , traître , à ta propre défenſe..
Ofmont tombe mortellement
bleſlé; Blanche court à lui ; il ſe ranime , & luj
plonge ſon épéedans le ſein.
>>>Femme perfide , meurs.
Siffredi entrealors, voit ſon gendre mort , &fa
filleexpirante.
► Contemple ton ouvrage, lui dit Guifcard.
BLANCHE , à Guifcard.
» O ! ſi je te fus chère , accorde-m'en le gage :
SIFFREDI.
Infortuné vieillard !
MARS. 1764.
àGuifcard.
BLANCHE .
>>card;
>>donne....
àfonpère.
GUISCARD.
207
>> Conſoles ſes vieux ans.... Vous , conſolez Guif-
>>>L'un à l'autre, en mourant, ma tendreſſevous
>> La lumière me fuit ... la force m'abandonne.
>>Ciel! prends pitié de moi..... Guiſcard ..... ta
>> main ? ... Je meurs .
Elleexpire ! La mort réunira nos cœurs.
Ilveutse tuer , on ledéfarme.
Ce que les bornes d'un Extrait nous
ont fait fupprimer de vers , eſt en perte
pour la gloire de l'Auteur & pour le plai-
fir des Lecteurs. Nous exhortons ces
derniers à fe procurer la lecture de l'Ou-
vrage en entier. CetteTragédie ſe trouve
imprimée , à Paris , chez SEBASTIEN
JORRY , Imprimeur- Libraire , rue &
vis-à-vis de la Comédie Françoife.
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4439
p. 208-215
REMARQUES SUR BLANCHE ET GUISCARD.
Début :
ON convient généralement que le Sujet de cette Tragédie est un des plus [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES SUR BLANCHE ET GUISCARD.
REMARQUES
SUR BLANCHE ET GUISCARD.
ON convient généralement que le
Sujet de cette Tragédie est un des plus
tragiques qu'il ſoit poffible de choifir ,
&des plus propres à produire ungrand
intérêt. L'Auteur avertit , dans l'édition
de cette Piéce , qu'elle eſt imitée de feu
TOMSON. Les critiques qui ont porté
fur l'intrigue , fur les moyens & fur une
partie de la conduite , ne peuvent donc
regarder l'Auteur François. Il a cru de-
voir ne changer que les noms des deux
principauxPerſonnages ,dans une Piéce
qui avoit eu le plus grand ſuccès en
Angleterre. Le Public de Paris ne pen-
ſe, ne juge & ne s'affecte pas toujours
de même que celui de Londres. Les
Anglois , dans leurs plus grandes Tra-
gédies , n'employent ſouvent que de
fort petites machines pour en nouer
toute l'intrigue. La fameuſe Piéce , in-
titulée Otello , dans laquelle un mou-
choir de col fait la cauſe & le mobile
de toute l'action tragique en eſt , entre
autres , une preuve affez remarquable.
1
MARS. 1764.
209
Dans Tancréde & Sigismonde , dont
Blanche & Guifcard eſt l'imitation, un
Lecteur François ſe prête difficilement
à la ſupercherie d'un grand Chancelier ,
par l'abus qu'il fait du blanc ſeing de
ſon Roi. M. SAURIN a voulu nous
faire jouir d'un Sujet qui enrichit le
Théâtre Anglois. Pouvoit-il nous le
faire connoître ſans en laiſſer ſubſiſter
la principale machine ? C'eût été en
changer la conſtitution , ce n'auroit plus
été le même Sujet ni la même Piéce.
Mais fans recufer abfolument les cen-
fures de ce moyen ; examinons ſi les
égaremens dans lesquels entraîne un
Fanatiſme patriotique , qui abuſe par
ſes motifs & par fon objet, font telle-
ment hors de l'ordre moral des actions
humaines qu'ils ne puiſſent être in-
troduits fur la Scène. On ne peut con-
teſter qu'il réſulte de l'imprudence har-
die du grand Chancelier , les ſituations
les plus touchantes & des incidens fort
tragiques. Sans cette imprudence , fans
l'abus du blanc ſeing,Guifcard & Blan-
che ne ſe trouveroient pas dans une for-
tede néceſſité , l'un de paroître perfide
aux yeux d'une Amante adorée , l'autre
de ſe livrer au dépit qui doit naître
d'une erreur fi fatale. Le pathétique de
210 MERCURE DE FRANCE.
cette ſituation a ému juſqu'aux lar
mes. Nous convenons que le coloris
des détails,la manière dont M. SAURIN
traite ce Sentiment a beaucoup de part
à cette impreffion , mais le fond de
l'intérêt n'en eft pas moins dans la fi-
tuation des Perſonnages. Pourquoi ,
demandera - t-on , cette émotion mo-
mentanée n'a- t- elle pas influé fur
l'effet général de l'Ouvrage , dans l'o-
pinion & même dans le ſentiment de
quelques Spectateurs ? Cela vient peut-
être , ( il eſt importantde le remarquer)
de ce que les Perſonnages du princi-
pal intérêt ne font pas d'abord affezcon-
nus. On ne ſçaitpas ſeulement le nom
P
du bon Prince dont on déplore la perte
au commencement de laPiéce ; de ce
Roi dont le fort& les vertus donnent
lieu à de très-beaux détails
,
mais
ce qu'il y a de plus effentiel , dont
les dernières volontés occafionnent le
premier mouvementde l'action. L'origi.
ne de Guifcard reſte obſcure,pour bien
des gens peu inſtruits , quelque temps
après l'expofition. Si cette cenfure eſt
juſte , elle n'eſt encore applicable qu'à
l'AuteurAnglois.Dans quelleslangueurs
M. SAURIN aura-t-il ſenti que le feroit
MARS. 1764.
21 F
tomber le détail de l'établiſſement des
Héros Normands en Sicile ! D'ailleurs
cette circonstance hiſtorique n'eſt pas
généralement préſente à la mémoire.
Quand elle le feroit; la Sicile offre-t-elle
un théâtre affez impoſant pour affecter
fortement en faveur des Perſonnages ?
Toutes ces conſidérations contribuent ,
plus qu'on ne penſe , au degré d'intérêt
dramatique. Cette forte d'intérêt n'a
qu'une ſource idéale ; au lieu que ,
dans la nature , l'action , l'objet frappe
parpar ſoi-même. Dans le Drame , c'eſt à
l'imagination que l'on parle ; c'eſt par
elleque naît la première cauſe du fenti-
ment. Il faut donc commencer par la
féduire , par lui imprimer une fortede
vénération , prèſque machinale , pour
les objets intéreſſans ; fans quoi les
moyens les mieux concertés n'ont fou-
vent que peud'effet. Tous ces inconvé
niens font d'une difficulté prèſqu'infur-
montable , dans les ſujets de fiction mo-
derne , ou puiſés dans des Hiftoires par-
ticulières. Il n'en eſt pas de même lorf-
que les noms ſeuls , quelquefois même
les Sites de la Scène expofent , & prépa-
rent en même temps à l'émotion du
cœur.
Quelles que foient les diverſes opi
212 MERCURE DE FRANCE .
nions fur le fond conſtitutif de cette
Tragédie , nous n'aurons quedes éloges,
ou plutôt une juſtice généralement ren-
due , à publier ſur la pureté , l'élégance
& l'agrément du ſtyle. Les Ouvrages
précédens de M. SAURIN , ont ſuffifa-
ment prouvé beaucoup de talent pour la
conftitution du Drame , ainſi que pour
cette forte de Poëfie philoſophique ,
qu'aujourd'hui nous pouvons diſputer
aux Anglois. On a vu de ce même Au-
teur des caractères d'une touche ferme
& male , juſques dans les tendreſſesde
l'amour. On retrouve dans ce nouvel
Ouvrage ce qui a caractériſé tous ceux
de l'Auteur. Une verfification qui ne fa-
crifie point au brillant des mots & des
tours la folidité des choſes,de plus une ef
péce de profondeur morale dans les pen-
fées , dont les teintes pourroient donner
quelquefois un peude fombre au coloris
général , mais qui eſt affectueuſement
adoucie dans Blanche par l'expreffion
d'un ſentiment vif & touchant. Tout
Lecteur jufte & éclairé nous aura préve-
nus ſur cet éloge , par laſeule lecture des
vers rapportés dans notre Extrait. En li-
fant la Piéce en entier , il ſera plus con-
firmé dans ce jugement.
Nous ne pouvons ni ne devons nous
*Spartacus , &c.
MARS. 1764.
213
diſpenſer d'obſerver que l'impreſſion de
cette Tragédie auroit été encore plus
forte au Théâtre , fans le déplace-
ment des Acteurs dans les rôles de Guif-
card & d'Ofmont. Que l'on nous per
mette , avant de finir , quelques réflé-
xions générales à cette occafion , puiſées
dans le vœu général des connoiffeurs.
Indépendamment des rappports d'âge ,
de figure,ou de forme réelle,de celui qui
repréſente,avec la forme idéale du Per-
ſonnage repréſenté, ( conditions très-
effentielles pour l'illuſion ) il eſt encore
dans l'art de la repréſentation théâtrale ,
ainſi que dans tous les autres , une cer-
taine manière propre à chaque Acteur ,
quoiquedans le même genre de talens ,
laquellea plus ou moins d'analogie avec
le caractère donné à chacun des Perſon-
nages d'un Drame. C'eſt de la juſteſſede
ces divers rapports que dépend certaine-
ment la meilleure diſtribution dans
les rôles. Lorſque cette juſteſſe eſt
tant ſoit peu altérée , c'eſt toujours aux
dépens de quelques rôles. Lorſqu'elle
eſt ſenſiblement violée , l'effet en eſt
d'autant plus dangereux pour l'Ouvrage ,
que bien des Spectateurs ne penſent pas
àla véritable cauſe; & que dans ceux
qui l'ont apperçue , le coup eſt porté
214 MERCURE DE FRANCE.
par le ſentiment.D'où il arrive que le dé-
faut de convenance dans les rôles , eſt
ſouvent pris pour le défaut de la Piéce
même : ce qui néanmoins nedétruit pas
toujours le mérite du jeu de certains Ac-
teurs, ni celui des efforts qu'ils font
pour réparerle vice de diſtribution. C'eſt
alors unmalheur de plus pour l'Auteur ,
auquel tout eſt ſeul imputé par la Cri-
tique.
Il feroit donc d'une néceffité bien
importante, pour la fatisfaction du Pu-
blic , pour l'intérêtdes Auteurs, & pour
l'honneur des Acteurs , que ces derniers
renonçaſſent à de vaines & puériles
prérogatives d'ancienneté ou d'emploi
pour la prééminence des rôles.
Préé-
minence ſouvent fi mal entendue ! Le
premier rôle , pour l'Acteur diftin-
gué par ſa ſupériorité , ſera toujours
celui auquel le caractère de fon
talent & de ſa figure conviendra le
mieux; ce rôle fût-il le moins étendu
de la Piéce & le dernier dans l'ordre
des conditions ou dans l'ordre de
l'action des Perſonnages. On citeroit
une fouled'exemples , s'il en falloit pour
prouverl'évidence. Que l'on ſe rappelle
ſeulement quel rôle Mlle CLAIRON
avoit fait de celui d'une Eſclave dans
MARS. 1764.
215
le Catilina de CRÉBILLON. Que l'on
voyé aujourd'hui ce qu'eſt devenu le
rôle d'Iphigénie , autrefois le premier
dans la Tragédie de Racine,depuis que
la même Actrice a pris celui d'Eriphile ,
&c , &c. Combien de pareils exemples
fur tous les Théâtres ! Heureux celui
dont les Acteurs auront la courageuſe
raiſon de s'oppoſer eux-mêmes à la dé-
férence des Auteurs pour les droits de
cette faufſe étiquetté.
M. SAURIN a conſacré ſa reconnoif-
fance pour Mlle CLAIRON ,non-feule-
ment dans l'Avertiſſement qui précéde
ſå Piéce, mais encore par les vers qu'il
lui a adreſſés , en lui en envoyant un
Exemplaire.
SUR BLANCHE ET GUISCARD.
ON convient généralement que le
Sujet de cette Tragédie est un des plus
tragiques qu'il ſoit poffible de choifir ,
&des plus propres à produire ungrand
intérêt. L'Auteur avertit , dans l'édition
de cette Piéce , qu'elle eſt imitée de feu
TOMSON. Les critiques qui ont porté
fur l'intrigue , fur les moyens & fur une
partie de la conduite , ne peuvent donc
regarder l'Auteur François. Il a cru de-
voir ne changer que les noms des deux
principauxPerſonnages ,dans une Piéce
qui avoit eu le plus grand ſuccès en
Angleterre. Le Public de Paris ne pen-
ſe, ne juge & ne s'affecte pas toujours
de même que celui de Londres. Les
Anglois , dans leurs plus grandes Tra-
gédies , n'employent ſouvent que de
fort petites machines pour en nouer
toute l'intrigue. La fameuſe Piéce , in-
titulée Otello , dans laquelle un mou-
choir de col fait la cauſe & le mobile
de toute l'action tragique en eſt , entre
autres , une preuve affez remarquable.
1
MARS. 1764.
209
Dans Tancréde & Sigismonde , dont
Blanche & Guifcard eſt l'imitation, un
Lecteur François ſe prête difficilement
à la ſupercherie d'un grand Chancelier ,
par l'abus qu'il fait du blanc ſeing de
ſon Roi. M. SAURIN a voulu nous
faire jouir d'un Sujet qui enrichit le
Théâtre Anglois. Pouvoit-il nous le
faire connoître ſans en laiſſer ſubſiſter
la principale machine ? C'eût été en
changer la conſtitution , ce n'auroit plus
été le même Sujet ni la même Piéce.
Mais fans recufer abfolument les cen-
fures de ce moyen ; examinons ſi les
égaremens dans lesquels entraîne un
Fanatiſme patriotique , qui abuſe par
ſes motifs & par fon objet, font telle-
ment hors de l'ordre moral des actions
humaines qu'ils ne puiſſent être in-
troduits fur la Scène. On ne peut con-
teſter qu'il réſulte de l'imprudence har-
die du grand Chancelier , les ſituations
les plus touchantes & des incidens fort
tragiques. Sans cette imprudence , fans
l'abus du blanc ſeing,Guifcard & Blan-
che ne ſe trouveroient pas dans une for-
tede néceſſité , l'un de paroître perfide
aux yeux d'une Amante adorée , l'autre
de ſe livrer au dépit qui doit naître
d'une erreur fi fatale. Le pathétique de
210 MERCURE DE FRANCE.
cette ſituation a ému juſqu'aux lar
mes. Nous convenons que le coloris
des détails,la manière dont M. SAURIN
traite ce Sentiment a beaucoup de part
à cette impreffion , mais le fond de
l'intérêt n'en eft pas moins dans la fi-
tuation des Perſonnages. Pourquoi ,
demandera - t-on , cette émotion mo-
mentanée n'a- t- elle pas influé fur
l'effet général de l'Ouvrage , dans l'o-
pinion & même dans le ſentiment de
quelques Spectateurs ? Cela vient peut-
être , ( il eſt importantde le remarquer)
de ce que les Perſonnages du princi-
pal intérêt ne font pas d'abord affezcon-
nus. On ne ſçaitpas ſeulement le nom
P
du bon Prince dont on déplore la perte
au commencement de laPiéce ; de ce
Roi dont le fort& les vertus donnent
lieu à de très-beaux détails
,
mais
ce qu'il y a de plus effentiel , dont
les dernières volontés occafionnent le
premier mouvementde l'action. L'origi.
ne de Guifcard reſte obſcure,pour bien
des gens peu inſtruits , quelque temps
après l'expofition. Si cette cenfure eſt
juſte , elle n'eſt encore applicable qu'à
l'AuteurAnglois.Dans quelleslangueurs
M. SAURIN aura-t-il ſenti que le feroit
MARS. 1764.
21 F
tomber le détail de l'établiſſement des
Héros Normands en Sicile ! D'ailleurs
cette circonstance hiſtorique n'eſt pas
généralement préſente à la mémoire.
Quand elle le feroit; la Sicile offre-t-elle
un théâtre affez impoſant pour affecter
fortement en faveur des Perſonnages ?
Toutes ces conſidérations contribuent ,
plus qu'on ne penſe , au degré d'intérêt
dramatique. Cette forte d'intérêt n'a
qu'une ſource idéale ; au lieu que ,
dans la nature , l'action , l'objet frappe
parpar ſoi-même. Dans le Drame , c'eſt à
l'imagination que l'on parle ; c'eſt par
elleque naît la première cauſe du fenti-
ment. Il faut donc commencer par la
féduire , par lui imprimer une fortede
vénération , prèſque machinale , pour
les objets intéreſſans ; fans quoi les
moyens les mieux concertés n'ont fou-
vent que peud'effet. Tous ces inconvé
niens font d'une difficulté prèſqu'infur-
montable , dans les ſujets de fiction mo-
derne , ou puiſés dans des Hiftoires par-
ticulières. Il n'en eſt pas de même lorf-
que les noms ſeuls , quelquefois même
les Sites de la Scène expofent , & prépa-
rent en même temps à l'émotion du
cœur.
Quelles que foient les diverſes opi
212 MERCURE DE FRANCE .
nions fur le fond conſtitutif de cette
Tragédie , nous n'aurons quedes éloges,
ou plutôt une juſtice généralement ren-
due , à publier ſur la pureté , l'élégance
& l'agrément du ſtyle. Les Ouvrages
précédens de M. SAURIN , ont ſuffifa-
ment prouvé beaucoup de talent pour la
conftitution du Drame , ainſi que pour
cette forte de Poëfie philoſophique ,
qu'aujourd'hui nous pouvons diſputer
aux Anglois. On a vu de ce même Au-
teur des caractères d'une touche ferme
& male , juſques dans les tendreſſesde
l'amour. On retrouve dans ce nouvel
Ouvrage ce qui a caractériſé tous ceux
de l'Auteur. Une verfification qui ne fa-
crifie point au brillant des mots & des
tours la folidité des choſes,de plus une ef
péce de profondeur morale dans les pen-
fées , dont les teintes pourroient donner
quelquefois un peude fombre au coloris
général , mais qui eſt affectueuſement
adoucie dans Blanche par l'expreffion
d'un ſentiment vif & touchant. Tout
Lecteur jufte & éclairé nous aura préve-
nus ſur cet éloge , par laſeule lecture des
vers rapportés dans notre Extrait. En li-
fant la Piéce en entier , il ſera plus con-
firmé dans ce jugement.
Nous ne pouvons ni ne devons nous
*Spartacus , &c.
MARS. 1764.
213
diſpenſer d'obſerver que l'impreſſion de
cette Tragédie auroit été encore plus
forte au Théâtre , fans le déplace-
ment des Acteurs dans les rôles de Guif-
card & d'Ofmont. Que l'on nous per
mette , avant de finir , quelques réflé-
xions générales à cette occafion , puiſées
dans le vœu général des connoiffeurs.
Indépendamment des rappports d'âge ,
de figure,ou de forme réelle,de celui qui
repréſente,avec la forme idéale du Per-
ſonnage repréſenté, ( conditions très-
effentielles pour l'illuſion ) il eſt encore
dans l'art de la repréſentation théâtrale ,
ainſi que dans tous les autres , une cer-
taine manière propre à chaque Acteur ,
quoiquedans le même genre de talens ,
laquellea plus ou moins d'analogie avec
le caractère donné à chacun des Perſon-
nages d'un Drame. C'eſt de la juſteſſede
ces divers rapports que dépend certaine-
ment la meilleure diſtribution dans
les rôles. Lorſque cette juſteſſe eſt
tant ſoit peu altérée , c'eſt toujours aux
dépens de quelques rôles. Lorſqu'elle
eſt ſenſiblement violée , l'effet en eſt
d'autant plus dangereux pour l'Ouvrage ,
que bien des Spectateurs ne penſent pas
àla véritable cauſe; & que dans ceux
qui l'ont apperçue , le coup eſt porté
214 MERCURE DE FRANCE.
par le ſentiment.D'où il arrive que le dé-
faut de convenance dans les rôles , eſt
ſouvent pris pour le défaut de la Piéce
même : ce qui néanmoins nedétruit pas
toujours le mérite du jeu de certains Ac-
teurs, ni celui des efforts qu'ils font
pour réparerle vice de diſtribution. C'eſt
alors unmalheur de plus pour l'Auteur ,
auquel tout eſt ſeul imputé par la Cri-
tique.
Il feroit donc d'une néceffité bien
importante, pour la fatisfaction du Pu-
blic , pour l'intérêtdes Auteurs, & pour
l'honneur des Acteurs , que ces derniers
renonçaſſent à de vaines & puériles
prérogatives d'ancienneté ou d'emploi
pour la prééminence des rôles.
Préé-
minence ſouvent fi mal entendue ! Le
premier rôle , pour l'Acteur diftin-
gué par ſa ſupériorité , ſera toujours
celui auquel le caractère de fon
talent & de ſa figure conviendra le
mieux; ce rôle fût-il le moins étendu
de la Piéce & le dernier dans l'ordre
des conditions ou dans l'ordre de
l'action des Perſonnages. On citeroit
une fouled'exemples , s'il en falloit pour
prouverl'évidence. Que l'on ſe rappelle
ſeulement quel rôle Mlle CLAIRON
avoit fait de celui d'une Eſclave dans
MARS. 1764.
215
le Catilina de CRÉBILLON. Que l'on
voyé aujourd'hui ce qu'eſt devenu le
rôle d'Iphigénie , autrefois le premier
dans la Tragédie de Racine,depuis que
la même Actrice a pris celui d'Eriphile ,
&c , &c. Combien de pareils exemples
fur tous les Théâtres ! Heureux celui
dont les Acteurs auront la courageuſe
raiſon de s'oppoſer eux-mêmes à la dé-
férence des Auteurs pour les droits de
cette faufſe étiquetté.
M. SAURIN a conſacré ſa reconnoif-
fance pour Mlle CLAIRON ,non-feule-
ment dans l'Avertiſſement qui précéde
ſå Piéce, mais encore par les vers qu'il
lui a adreſſés , en lui en envoyant un
Exemplaire.
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4440
p. 222-223
SUPPLÉMENT A L'ART. DE L'OPÉRA.
Début :
On ne peut trop se hâter d'annoncer aux Amateurs de ce Spectacle, [...]
Mots clefs :
Spectacle, Satisfaction, Public, Théâtre, Modération, Gestes, Sujets, Scène
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT A L'ART. DE L'OPÉRA.
Supplément a l’Aht, de l’Opera.
On ne peut trop fe hâter d’annoncer aux Amateurs de ce Spedacle , l’efpoir le mieux fondé qu’il y ait eu depuis longtemps de remplir , à la (aûsfaftion du Public , les principaux tôles de Haurecontre.
Le Jeudi, premier de ce mois, ( Mars) M. La Gros , qui n'avoit chanté ni représenté fur aucun Théâtre > a débute par le rôle de Titon. Sa voix > bien timbrée & delà plus agréable qualité , flé- xib* , touchante & Icgcrea fait le plus grand plai- fir.La manière dont il a chanté prouve qu’il eft déjà confommé dans la mu tique. On ne peut avoir plus de précifion & de juftelle 5 011 ne peut, même ap-ès un long éxercice , articuler plus nettement , prononcer plus correctement, & mieux jca.idcr' ks paroles. Sa figure eft agréable &
MAR S. 1764. 224
h taille'forc théâtrale. Une Cage modération de geftes, a (auvé (on début dos difgraces de prcfque cous ceux qui parodient pour la piemicre fois. 11 y a tout lieu d’elpérer de ce Sujet,qu’il ne s’abandonnera pas aux ridicules & furieux coups debras, I on peur s exprimer ai nu , donc il ne crouveroïc que trop de modèles fur cette Scène. On peuc déjà prélTentir aufli , par la fenlibilitc de fa voix» celle de Ion âme. Telles font les b?ureuf.*s difpofi- tions d’un calent qu’on ne peuc devoir qu’a la Nature , mais qu’il ell nécelfaire que i’An & la J pratique mettent en auvre.
On ne peut trop fe hâter d’annoncer aux Amateurs de ce Spedacle , l’efpoir le mieux fondé qu’il y ait eu depuis longtemps de remplir , à la (aûsfaftion du Public , les principaux tôles de Haurecontre.
Le Jeudi, premier de ce mois, ( Mars) M. La Gros , qui n'avoit chanté ni représenté fur aucun Théâtre > a débute par le rôle de Titon. Sa voix > bien timbrée & delà plus agréable qualité , flé- xib* , touchante & Icgcrea fait le plus grand plai- fir.La manière dont il a chanté prouve qu’il eft déjà confommé dans la mu tique. On ne peut avoir plus de précifion & de juftelle 5 011 ne peut, même ap-ès un long éxercice , articuler plus nettement , prononcer plus correctement, & mieux jca.idcr' ks paroles. Sa figure eft agréable &
MAR S. 1764. 224
h taille'forc théâtrale. Une Cage modération de geftes, a (auvé (on début dos difgraces de prcfque cous ceux qui parodient pour la piemicre fois. 11 y a tout lieu d’elpérer de ce Sujet,qu’il ne s’abandonnera pas aux ridicules & furieux coups debras, I on peur s exprimer ai nu , donc il ne crouveroïc que trop de modèles fur cette Scène. On peuc déjà prélTentir aufli , par la fenlibilitc de fa voix» celle de Ion âme. Telles font les b?ureuf.*s difpofi- tions d’un calent qu’on ne peuc devoir qu’a la Nature , mais qu’il ell nécelfaire que i’An & la J pratique mettent en auvre.
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Résumé : SUPPLÉMENT A L'ART. DE L'OPÉRA.
Le document annonce la prochaine représentation de l'opéra 'Haurecontre' et exprime l'espoir de satisfaire le public grâce à la distribution des rôles principaux. Le 1er mars 1764, M. La Gros, un débutant, a interprété le rôle de Titon. Sa voix, bien timbrée et agréable, a été saluée pour sa flexibilité, sa touche et sa légèreté, démontrant une maîtrise de la musique. Sa prononciation et son articulation des paroles étaient précises et correctes. Physiquement, il possède une figure agréable et une taille adaptée à la scène. Sa modération dans les gestes a évité les erreurs courantes chez les débutants. On espère qu'il ne succombera pas aux excès gestuels souvent observés sur scène. Sa voix sensible laisse présager une âme sensible. Ces qualités, naturelles, doivent être développées par l'art et la pratique.
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4441
p. 221
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
ON a repris & continué les Représentations du Sorcier, alternativement & [...]
Mots clefs :
Sorcier, Représentations, Opéra-Comiques
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texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
QN a repris & continué les Repréfen•
cations du Sorcier, alternativement &
conjointement avec les Piéces du même
genï·e , dont le no1nbre des Repréfenrations
n'a point de bornes, par l'efpèce
de convention gt,nérale du Public àe fe
rendre à ce Théàtre les jours d'Opéra-,
Comiques.
QN a repris & continué les Repréfen•
cations du Sorcier, alternativement &
conjointement avec les Piéces du même
genï·e , dont le no1nbre des Repréfenrations
n'a point de bornes, par l'efpèce
de convention gt,nérale du Public àe fe
rendre à ce Théàtre les jours d'Opéra-,
Comiques.
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4442
p. 221-222
SUPPLÉMENT aux Beaux-Arts. PEINTURE.
Début :
L'Académie de S. Luc, toujours attentive au progrès des Arts de Peinture [...]
Mots clefs :
Peinture, Académie, Sculpture, Anatomie, Organes, Enseignement, Curiosité
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT aux Beaux-Arts. PEINTURE.
SupplÉm ENT aux Beaux-Ans* PEINTURE, L’Académie de S. Luc, toujours attentive au progrès des Arts de Peinture & de Sculpture , fait faire un Cours d'Anatomie relative aux connoiflances indifpenlablesà ces Ans. On y parte même à l’expofition & à la démonilration des Organes qui y ont un rapport moins direél, afin de fatisfaire les Curieux & les Sçavans que ce Cours attire. li a recommencé le a8 Janvier dernier , pour durer jufqu’à la fin de Mars, & fera continué exactement tous les ans pen-
• • • K ii]
ziz MERCURE DE FRANCE, dant trois mois, dans l’Amphithéâtre de l’Académie , rue du Haut-Moulin, près S.Denis delà Chartre.il commence à fept heures du fuir, apiès la levée du Modèle.
• • • K ii]
ziz MERCURE DE FRANCE, dant trois mois, dans l’Amphithéâtre de l’Académie , rue du Haut-Moulin, près S.Denis delà Chartre.il commence à fept heures du fuir, apiès la levée du Modèle.
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Résumé : SUPPLÉMENT aux Beaux-Arts. PEINTURE.
L'Académie de Saint-Luc organise un cours d'anatomie pour les arts de la peinture et de la sculpture. Ce cours, débuté le 18 janvier, se poursuit jusqu'à fin mars et inclut des démonstrations d'organes. Les sessions se tiennent à sept heures du matin dans l'amphithéâtre de l'Académie, rue du Haut-Moulin.
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4443
p. 124-337
« DE l'imitation théâtrale, Essai tiré des Dialogues de Platon ; par M. J. J. [...] »
Début :
DE l'imitation théâtrale, Essai tiré des Dialogues de Platon ; par M. J. J. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « DE l'imitation théâtrale, Essai tiré des Dialogues de Platon ; par M. J. J. [...] »
DE l'imitation théâtrale , Eſſai tiré
des Dialogues de Platon; par M. J. J.
Rouſſeau de Genêve. A Amſterdam ,
chez Marc-Miehel Rey , & ſe trouve
à Paris , chez Ducheſne , rue S. Jac
ques , au Temple du Goût ; in-8°. de
48 pages. -
Ce petit Ecrit n'eſt qu'une eſpéce
d'Extrait de divers endroits où Platon
traite de l'imitation théâtrale. M. Rouſ
ſeau les a raſſemblés & liés dans la for
me d'un Diſcours ſuivi , au lieu de
celle du Dialogue qu'ils ont dans l'Ori
inal. L'occaſion de ce travail fut la
§ à M. d'Alembert ſur les Specta
cles ; mais n'ayant pû commodément
A V R I L. 1764. I2.5
l'y faire entrer , on l'a imprimé ſépa
rément.
des Dialogues de Platon; par M. J. J.
Rouſſeau de Genêve. A Amſterdam ,
chez Marc-Miehel Rey , & ſe trouve
à Paris , chez Ducheſne , rue S. Jac
ques , au Temple du Goût ; in-8°. de
48 pages. -
Ce petit Ecrit n'eſt qu'une eſpéce
d'Extrait de divers endroits où Platon
traite de l'imitation théâtrale. M. Rouſ
ſeau les a raſſemblés & liés dans la for
me d'un Diſcours ſuivi , au lieu de
celle du Dialogue qu'ils ont dans l'Ori
inal. L'occaſion de ce travail fut la
§ à M. d'Alembert ſur les Specta
cles ; mais n'ayant pû commodément
A V R I L. 1764. I2.5
l'y faire entrer , on l'a imprimé ſépa
rément.
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Résumé : « DE l'imitation théâtrale, Essai tiré des Dialogues de Platon ; par M. J. J. [...] »
L'essai 'De l'imitation théâtrale' de Jean-Jacques Rousseau, publié à Amsterdam et Paris, compile des extraits des dialogues de Platon sur l'imitation théâtrale en un discours continu. Motivé par une réponse à l'article de D'Alembert sur les spectacles, cet ouvrage de 48 pages en format in-octavo a été publié séparément.
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4444
p. 129-131
« OEUVRES de M. Rousseau de Genéve ; nouvelle édition revue, corrigée & [...] »
Début :
OEUVRES de M. Rousseau de Genéve ; nouvelle édition revue, corrigée & [...]
Mots clefs :
M. Rousseau, Ouvrages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « OEUVRES de M. Rousseau de Genéve ; nouvelle édition revue, corrigée & [...] »
GEUvREs de M. Rouſſeau de Gené
ve; nouvelle édition revue, corrigée &
augmentée de pluſieurs morceaux qui
n'avoient point encore paru. A Neu
chatel, 1764 ; pluſieurs vol. in-8°; &
une autre Edition en autant de vol. in
I2. : On en trouve à Paris chez les Li
braires qui vendent les Nouveautés.
Nous avions déjà différentes éditions
des OEuvres de M. Rouſſeau ; mais elles
ſont ſi défectueuſes, qu'elles ont excité
les juſtes plaintes de l'Auteur , qui les
, déſavoue , & du Public qui n'y retrou
ve pas toutes les Piéces qu'il connoît.
Le recueil qu'on lui préſente aujour
d'hui , ſans avoir été imprimé ſous les
F v
13o MERCURE DE FRANCE.
yeux deM Rouſſeau , n'en a pas été
fait avec moins de ſoin. On a re
cueilli dans cette double Edition, non
ſeulement tous les Ouvrages connus de
cet Auteur, mais encore pluſieurs écrits
qui n'avoient point encore paru. On y a
fait entrer auſſi différentes critiques que
M.Rouſſeau a jugées dignes d'une répon
ſe;& à l'égard de cette multitude de Bro
· chures auxquelles ſes Ouvrages ont don
né lieu, elles n'y ſont inſérées que par
extrait. Quant à la partie typographique,
il nous a paru qu'on ne pouvoit y appor
ter plus d'attention , ni de ſoin , ni de
dépenſe. La beauté du papier, la nette
té des caractères , la fineſſe du deſſein ,
le mérite de la gravure & des eſtampes,
tout concourt à donner à cette nouvelle
Edition toute la perfection dont elle eſt
ſuſceptible. Elle ne peut être ni plus bel
le, ni plus exacte, ni plus complette ; &
dans celles qu'on pourra faire déſormais,
aucune ne contiendra un plus grand
nombre de Piéces, à moins que l'Au
teur ne donne de nouveaux Ouvrages.
Dans ce cas,ſans rien changer à ce recueil
on les imprimera ſéparémènt dans le mê
me format & on les placera à la ſuite de
cette Edition ; ce qui diſpenſera le Public
d'acheter deux fois le même Livre.Nous
n'entrerons aujourd'hui dans aucun dé
M A I. 1764 . 131
tail de ce que contient chacun des
volumes'; nous dirons ſeulement qu'ils
ne renferment que les dEUvREs D1
vERsEs de M. Rouſſeau.
ve; nouvelle édition revue, corrigée &
augmentée de pluſieurs morceaux qui
n'avoient point encore paru. A Neu
chatel, 1764 ; pluſieurs vol. in-8°; &
une autre Edition en autant de vol. in
I2. : On en trouve à Paris chez les Li
braires qui vendent les Nouveautés.
Nous avions déjà différentes éditions
des OEuvres de M. Rouſſeau ; mais elles
ſont ſi défectueuſes, qu'elles ont excité
les juſtes plaintes de l'Auteur , qui les
, déſavoue , & du Public qui n'y retrou
ve pas toutes les Piéces qu'il connoît.
Le recueil qu'on lui préſente aujour
d'hui , ſans avoir été imprimé ſous les
F v
13o MERCURE DE FRANCE.
yeux deM Rouſſeau , n'en a pas été
fait avec moins de ſoin. On a re
cueilli dans cette double Edition, non
ſeulement tous les Ouvrages connus de
cet Auteur, mais encore pluſieurs écrits
qui n'avoient point encore paru. On y a
fait entrer auſſi différentes critiques que
M.Rouſſeau a jugées dignes d'une répon
ſe;& à l'égard de cette multitude de Bro
· chures auxquelles ſes Ouvrages ont don
né lieu, elles n'y ſont inſérées que par
extrait. Quant à la partie typographique,
il nous a paru qu'on ne pouvoit y appor
ter plus d'attention , ni de ſoin , ni de
dépenſe. La beauté du papier, la nette
té des caractères , la fineſſe du deſſein ,
le mérite de la gravure & des eſtampes,
tout concourt à donner à cette nouvelle
Edition toute la perfection dont elle eſt
ſuſceptible. Elle ne peut être ni plus bel
le, ni plus exacte, ni plus complette ; &
dans celles qu'on pourra faire déſormais,
aucune ne contiendra un plus grand
nombre de Piéces, à moins que l'Au
teur ne donne de nouveaux Ouvrages.
Dans ce cas,ſans rien changer à ce recueil
on les imprimera ſéparémènt dans le mê
me format & on les placera à la ſuite de
cette Edition ; ce qui diſpenſera le Public
d'acheter deux fois le même Livre.Nous
n'entrerons aujourd'hui dans aucun dé
M A I. 1764 . 131
tail de ce que contient chacun des
volumes'; nous dirons ſeulement qu'ils
ne renferment que les dEUvREs D1
vERsEs de M. Rouſſeau.
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Résumé : « OEUVRES de M. Rousseau de Genéve ; nouvelle édition revue, corrigée & [...] »
En 1764, une nouvelle édition des œuvres de Jean-Jacques Rousseau est publiée à Neuchâtel et à Paris. Disponible en formats in-8° et in-12°, elle est revue, corrigée et enrichie de morceaux inédits. Les précédentes éditions étaient incomplètes et défectueuses, ce qui avait provoqué des plaintes de l'auteur et du public. Cette édition inclut tous les ouvrages connus de Rousseau, ainsi que des écrits jamais publiés et des critiques auxquelles l'auteur a jugé bon de répondre. La qualité typographique est remarquable, avec un papier de belle qualité, des caractères nets, des dessins fins et des gravures de mérite. Présentée comme la plus belle, exacte et complète possible, elle contient un grand nombre de pièces. Pour éviter aux lecteurs d'acheter deux fois le même livre, les futurs ouvrages de Rousseau seront imprimés séparément dans le même format et ajoutés à cette édition. Les volumes renferment uniquement les œuvres diverses de Rousseau.
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4445
p. 210-211
LETTRE à l'Auteur du Mercure. A Tours, le 7 Mars 1764.
Début :
Monsieur, Le détail de la Fête que nous avons l'honneur de vous [...]
Mots clefs :
Fête, Récit
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure. A Tours, le 7 Mars 1764.
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
A Tours, le 7 Mars 1764.
M o N s 1 E U R , } .
Le détail de la Fête que nousavons l'honneur de
vous adreſſer eſt intéreſſant, parce qu'il eſt une
preuve de nos ſentimens & de notre façon de pen
ſer pour M. l'Eſcalopier. Nous vous prions de
vouloir bien l'inſérer dans votre premier Mercure,
& de nous croire avec une parfaite conſidération ,
Monſieur,
- Vos très-humbles & très
obéiſſans Serviteurs,
· Signé par les trois Etats
de la Ville de Tours. .
A Tours, le 7 Mars 1764.
M o N s 1 E U R , } .
Le détail de la Fête que nousavons l'honneur de
vous adreſſer eſt intéreſſant, parce qu'il eſt une
preuve de nos ſentimens & de notre façon de pen
ſer pour M. l'Eſcalopier. Nous vous prions de
vouloir bien l'inſérer dans votre premier Mercure,
& de nous croire avec une parfaite conſidération ,
Monſieur,
- Vos très-humbles & très
obéiſſans Serviteurs,
· Signé par les trois Etats
de la Ville de Tours. .
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4446
p. 202
SERVICE.
Début :
Les Religieux de la Merci, au Marais, célébrérent, le 14 Mars, [...]
Mots clefs :
Religieux, Célébration, Ordre, Dame
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SERVICE.
S E R V I C E.
Les Religieux de la Merci, au Marais, célé
brérent, le 14 Mars, un Service Solemnel pour
le Père Chriſtophe-Emmanuel de Ximenès, Gé
néral de l'Ordre Royal & Militaire de Notre
Dame de la Merci , Rédemption des Captifs ,.
Docteur en l'Univerſité d'Alcala & Henarez en
la nouvelle Caſtille , Profeſſeur de l'Ecole de S.
Thomas, & Théologien de Sa Majeſté Catholi
que, mort à Madrid le 26 Janvier dernier.
Les Religieux de la Merci, au Marais, célé
brérent, le 14 Mars, un Service Solemnel pour
le Père Chriſtophe-Emmanuel de Ximenès, Gé
néral de l'Ordre Royal & Militaire de Notre
Dame de la Merci , Rédemption des Captifs ,.
Docteur en l'Univerſité d'Alcala & Henarez en
la nouvelle Caſtille , Profeſſeur de l'Ecole de S.
Thomas, & Théologien de Sa Majeſté Catholi
que, mort à Madrid le 26 Janvier dernier.
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4447
p. 202-205
DESCRIPTION de la Fête donnée à Madrid par le Marquis d'Ossun, Ambassadeur du Roi auprès de Sa Majesté Catholique, à l'occasion du Mariage de l'Infante Marie-Louise avec l'Archiduc Leopold.
Début :
Sa Majesté Catholique ayant fixé au 24 le jour de cette fête, [...]
Mots clefs :
Mariage, Ambassadeur, Dieu, Amour, Madrid, Marquis, Ballet, Table, Fête, Palais, Temple
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texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION de la Fête donnée à Madrid par le Marquis d'Ossun, Ambassadeur du Roi auprès de Sa Majesté Catholique, à l'occasion du Mariage de l'Infante Marie-Louise avec l'Archiduc Leopold.
DEscRIPTIoN de la Fête donnée à Madrid par
le Marquis d'OssvN , Ambaſſadeur du RoI
auprès de Sa Majeſté Catholique, à l'occaſion
du Mariage de l'Infante Marie-Louiſe avec
l'Archiduc LEoPoED.
Sa Majeſté Catholique ayant fixé au 24 lejour de
cette fête, les Grands & Grandes d'Eſpagne , les
Ambaſſadeurs & les Miniſtres Etrangers, ainſi que
phuſieurs autres perſonnes de la première diſ
tinction, qui y avoient été invitées, ſe rendirent
. vers les ſix heures du ſoir à l'Hôtel de l'Ambaſſa
deur : la façade de la maiſon étoit illuminée , un
grand nombre de flambeaux éclairoit la rue à
droite & à gauche & conduiſoit, d'un côté, à
e
- J U I N. 1764. 2o3
une maiſon qui étoit deſtinée à recevoir les Pages
des Dames & où l'on devoit,ſelon l'uſage du Pays,
leur diſtribuer des confitures & des rafraîchiſſe
mens, & de l'autre, à de grandes Salles préparées
pour les gens de livrée. La † fut reçue
Par l'Ambaſſadeur & par la Ducheſſe de Medina
Sidonia qui s'étoit chargée de faire les honneurs
de la fête; les Dames & les Cavaliers furent con
duits dans les appartemens qui leur étoient deſ--
tinés , &, quoique ſéparés les uns des autres, ſelon
le cérémonial Eſpagnol , les Cavaliers avoient la
liberté de voir les Dames & de cauſer avec elles ,
la ſéparation n'étant formée que par des canapés
que perſonne n'avoit l'indiſcrétion de franchir.
Tous ces appartemens étoient magnifiquement
meublés & bien éclairés. A huit heures, le refreſco
( le rafraîchiſſement ) fut ſervi par ſoixante-dix
Pages richement habillés; après ce ſervice, qui ſe
fit avec autant d'ordre que de magnificence & pro
fuſion, on préſenta à toute la compagnie le Livre
de la Comédie qu'on alloit exécuter. Alors quatre
portes, qui juſqu'à ce moment avoient été maſ
quées & qui donnoient ſur le jardin, préſenterent .
aux yeux des ſpectateurs au lieu de ce jardin une
magnifique Salle de Spectacle : les bancs des Da--
mes étoient diſpoſés autour de la Salle ſur trois
rangs en forme d'Amphithéâtre, & ceux des Ca
valiers étoient placés dans le Parterre. La Piéce
commença par un Prologue relatif à l'objet de
la fête. Le Théâtre repréſentoit le Veſtibule du
Palais des Dieux, Apollon & Mars paroiſſent ſur
la ſcène & forment le projet de changer la face
de l'Europe en uniſſant enſemble l'Eſpagne, l'Al
lemagne, l'Italie & la France, Vénus & Minerve
decendent dans un char & leur annoncent la réu--
mion de l'Hymen & de l'Amour : en ce moment.
L vj.
2o4 MERCURE DE FRANCE.
la porte du Palais des Dieux s'ouvre & laiſſe voir
dans l'intérieur ſur un piédeſtal les portraits de
l'Archiduc & de l'Infante dans un médaillon ſou
tenu par des Amours.Vénus fait l'éloge du Princes
Minerve fait l'eloge de la Princeſſe, dans lequel
ſe trouve naturellement amené celui de ſon au
guſte Père & de la Reine-Mere. Apollon & Mars
applaudiſſent au choix des Dieux qui ont prévenu
le leur & ordonnent aux Plaiſirs d'aller annoncer
cet Hymen à la Terre. Enfin, Apollon invite les
Muſes à célébrer le jour où les Dieux ſe ſont ainſi
réunis pour le bonheur du monde. Ce Prologue,
terminé par un Ballet qui répondoit à la grandeur
du Sujet, fut ſuivi d'un Intermé de intitulé : la
Valleé du Plaiſir, où l'on voyoit la peinture de
l'Amour vertueux & tranquille; des Bergers & des
Bergères y faiſoient des voeux pour le bonheur
des auguſtes époux qui étoient l'objet de leurs
fêtes : l'interméde finit par un Ballet Paſtoral,
après lequel on repréſenta le Futeur Amoureux,
Cpéra-Comique, traduit du François en Eſpagnol.
A cette Comédie ſuccéda un autre Interméde que
les Eſpagnols appellent Fin de la fieſta : il fut
terminé par un Ballet de Hongrois & de Citoyen
nes de Madrid , connues ſous le nom de Majas :
la décoration repréſentoit exactement la façade
illuminée de l'Hôtel de l'Ambaſſadeur. Le Specta
de dura environ trois heures. On en ſortit après
minuit & l'on monta à l'appartement d'enhaut
uniquement deſtiné pour le ſouper qui fut ſervi
à une table de cent vingt-quatre couverts, placée
dans une Salle qui formoit un jardin orné de
berceaux fleuris entre leſquels étoient peints,
d'eſpace en eſpace des thermes en marbre blanc
& des ſtatues de grandeur naturelle : à l'un des
bouts de la Salle § repréſenté le coucher du
t
J U I N. 1764. 2o5
Soleil , & à l'autre le lever de la Lune. Sur cette
table étoit auſſi figuré en ſucre le Temple de
l'Hymen au milieu d'un parterre d'orangers,en
trecoupé de fontaines & terminé par des pavillons
de la plus belle Architecture. De cette grande
Salle on paſſoit dans une autre richement meu
blée où étoit le dais du Roi de France & dans
laquelle on avoit placé une table de quatre vingt
dix couverts : elle étoit ornée des portraits de la
Famille Royale, entre chacun deſquels étoit une
guirlande courante de gaze d'or , d'argent & de
fleurs. Comme le nombre des convives étoit de
près de ſept cens perſonnes, parmi leſquelles on
comptoit environ cent cinquante Dames , on
dreſſa ſur le champ pluſieurs tables dans les piéces
d'en-bas : il y avoit auſſi ſur le Théâtre dèux
tables de ſoixante couverts chacune, pour les
Comédiens & les Muſiciens. Après le ſervice, on
en dreſſa d'autres pour ſoixante-dix Pages & pour
plus de cent Valets de Chambre. Le ſouper fini,
on deſendit à la Salle du Bal qui repréſentoit le
Temple de l'Hymen. Sur la face extérieure d'un
Autel placé dans le fond on voyoit le mariage de
Pſyché & de l'Amour, & à côté de l'Autel , ſur
les deux aîles de la Salle, quatre ſtatues de gran
deur naturelle, l'Hymen & l'Amour, le Plaiſir
& la Pudeur. Le Bal s'ouvrit vers les deux heures
du matin & dura juſqu'à neuf heures. On ſervit
alors une table de quatre-vingt couverts pour
les perſonnes qui étoient reſtées juſqu'à ce mo
ment. L'Ambaſſadeur & la Ducheſſe de Medina
Sidonia ne négligerent rien pour rendre cette
fête agréable ;ils furent ſecondés par le Comte
d'Egmont, le Marquis de Confians & le Marquis
de Crillon, qui ſe trouvoient alors à Madrid.
le Marquis d'OssvN , Ambaſſadeur du RoI
auprès de Sa Majeſté Catholique, à l'occaſion
du Mariage de l'Infante Marie-Louiſe avec
l'Archiduc LEoPoED.
Sa Majeſté Catholique ayant fixé au 24 lejour de
cette fête, les Grands & Grandes d'Eſpagne , les
Ambaſſadeurs & les Miniſtres Etrangers, ainſi que
phuſieurs autres perſonnes de la première diſ
tinction, qui y avoient été invitées, ſe rendirent
. vers les ſix heures du ſoir à l'Hôtel de l'Ambaſſa
deur : la façade de la maiſon étoit illuminée , un
grand nombre de flambeaux éclairoit la rue à
droite & à gauche & conduiſoit, d'un côté, à
e
- J U I N. 1764. 2o3
une maiſon qui étoit deſtinée à recevoir les Pages
des Dames & où l'on devoit,ſelon l'uſage du Pays,
leur diſtribuer des confitures & des rafraîchiſſe
mens, & de l'autre, à de grandes Salles préparées
pour les gens de livrée. La † fut reçue
Par l'Ambaſſadeur & par la Ducheſſe de Medina
Sidonia qui s'étoit chargée de faire les honneurs
de la fête; les Dames & les Cavaliers furent con
duits dans les appartemens qui leur étoient deſ--
tinés , &, quoique ſéparés les uns des autres, ſelon
le cérémonial Eſpagnol , les Cavaliers avoient la
liberté de voir les Dames & de cauſer avec elles ,
la ſéparation n'étant formée que par des canapés
que perſonne n'avoit l'indiſcrétion de franchir.
Tous ces appartemens étoient magnifiquement
meublés & bien éclairés. A huit heures, le refreſco
( le rafraîchiſſement ) fut ſervi par ſoixante-dix
Pages richement habillés; après ce ſervice, qui ſe
fit avec autant d'ordre que de magnificence & pro
fuſion, on préſenta à toute la compagnie le Livre
de la Comédie qu'on alloit exécuter. Alors quatre
portes, qui juſqu'à ce moment avoient été maſ
quées & qui donnoient ſur le jardin, préſenterent .
aux yeux des ſpectateurs au lieu de ce jardin une
magnifique Salle de Spectacle : les bancs des Da--
mes étoient diſpoſés autour de la Salle ſur trois
rangs en forme d'Amphithéâtre, & ceux des Ca
valiers étoient placés dans le Parterre. La Piéce
commença par un Prologue relatif à l'objet de
la fête. Le Théâtre repréſentoit le Veſtibule du
Palais des Dieux, Apollon & Mars paroiſſent ſur
la ſcène & forment le projet de changer la face
de l'Europe en uniſſant enſemble l'Eſpagne, l'Al
lemagne, l'Italie & la France, Vénus & Minerve
decendent dans un char & leur annoncent la réu--
mion de l'Hymen & de l'Amour : en ce moment.
L vj.
2o4 MERCURE DE FRANCE.
la porte du Palais des Dieux s'ouvre & laiſſe voir
dans l'intérieur ſur un piédeſtal les portraits de
l'Archiduc & de l'Infante dans un médaillon ſou
tenu par des Amours.Vénus fait l'éloge du Princes
Minerve fait l'eloge de la Princeſſe, dans lequel
ſe trouve naturellement amené celui de ſon au
guſte Père & de la Reine-Mere. Apollon & Mars
applaudiſſent au choix des Dieux qui ont prévenu
le leur & ordonnent aux Plaiſirs d'aller annoncer
cet Hymen à la Terre. Enfin, Apollon invite les
Muſes à célébrer le jour où les Dieux ſe ſont ainſi
réunis pour le bonheur du monde. Ce Prologue,
terminé par un Ballet qui répondoit à la grandeur
du Sujet, fut ſuivi d'un Intermé de intitulé : la
Valleé du Plaiſir, où l'on voyoit la peinture de
l'Amour vertueux & tranquille; des Bergers & des
Bergères y faiſoient des voeux pour le bonheur
des auguſtes époux qui étoient l'objet de leurs
fêtes : l'interméde finit par un Ballet Paſtoral,
après lequel on repréſenta le Futeur Amoureux,
Cpéra-Comique, traduit du François en Eſpagnol.
A cette Comédie ſuccéda un autre Interméde que
les Eſpagnols appellent Fin de la fieſta : il fut
terminé par un Ballet de Hongrois & de Citoyen
nes de Madrid , connues ſous le nom de Majas :
la décoration repréſentoit exactement la façade
illuminée de l'Hôtel de l'Ambaſſadeur. Le Specta
de dura environ trois heures. On en ſortit après
minuit & l'on monta à l'appartement d'enhaut
uniquement deſtiné pour le ſouper qui fut ſervi
à une table de cent vingt-quatre couverts, placée
dans une Salle qui formoit un jardin orné de
berceaux fleuris entre leſquels étoient peints,
d'eſpace en eſpace des thermes en marbre blanc
& des ſtatues de grandeur naturelle : à l'un des
bouts de la Salle § repréſenté le coucher du
t
J U I N. 1764. 2o5
Soleil , & à l'autre le lever de la Lune. Sur cette
table étoit auſſi figuré en ſucre le Temple de
l'Hymen au milieu d'un parterre d'orangers,en
trecoupé de fontaines & terminé par des pavillons
de la plus belle Architecture. De cette grande
Salle on paſſoit dans une autre richement meu
blée où étoit le dais du Roi de France & dans
laquelle on avoit placé une table de quatre vingt
dix couverts : elle étoit ornée des portraits de la
Famille Royale, entre chacun deſquels étoit une
guirlande courante de gaze d'or , d'argent & de
fleurs. Comme le nombre des convives étoit de
près de ſept cens perſonnes, parmi leſquelles on
comptoit environ cent cinquante Dames , on
dreſſa ſur le champ pluſieurs tables dans les piéces
d'en-bas : il y avoit auſſi ſur le Théâtre dèux
tables de ſoixante couverts chacune, pour les
Comédiens & les Muſiciens. Après le ſervice, on
en dreſſa d'autres pour ſoixante-dix Pages & pour
plus de cent Valets de Chambre. Le ſouper fini,
on deſendit à la Salle du Bal qui repréſentoit le
Temple de l'Hymen. Sur la face extérieure d'un
Autel placé dans le fond on voyoit le mariage de
Pſyché & de l'Amour, & à côté de l'Autel , ſur
les deux aîles de la Salle, quatre ſtatues de gran
deur naturelle, l'Hymen & l'Amour, le Plaiſir
& la Pudeur. Le Bal s'ouvrit vers les deux heures
du matin & dura juſqu'à neuf heures. On ſervit
alors une table de quatre-vingt couverts pour
les perſonnes qui étoient reſtées juſqu'à ce mo
ment. L'Ambaſſadeur & la Ducheſſe de Medina
Sidonia ne négligerent rien pour rendre cette
fête agréable ;ils furent ſecondés par le Comte
d'Egmont, le Marquis de Confians & le Marquis
de Crillon, qui ſe trouvoient alors à Madrid.
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Résumé : DESCRIPTION de la Fête donnée à Madrid par le Marquis d'Ossun, Ambassadeur du Roi auprès de Sa Majesté Catholique, à l'occasion du Mariage de l'Infante Marie-Louise avec l'Archiduc Leopold.
Le 24 juin 1764, le Marquis d'Ossun, Ambassadeur du Roi auprès de Sa Majesté Catholique, organisa une fête somptueuse à Madrid pour célébrer le mariage de l'Infante Marie-Louise avec l'Archiduc Léopold. La fête se déroula à l'hôtel de l'Ambassadeur, dont la façade et la rue étaient illuminées par de nombreux flambeaux. Les invités, comprenant les Grands d'Espagne, les Ambassadeurs et les Ministres Étrangers, furent accueillis par l'Ambassadeur et la Duchesse de Medina Sidonia. Les appartements étaient magnifiquement meublés et bien éclairés, permettant aux invités de se voir et de converser tout en respectant le cérémonial espagnol. À huit heures, un rafraîchissement fut servi par soixante-dix Pages richement habillés. Ensuite, une pièce de théâtre fut présentée, débutant par un prologue relatant l'union de l'Espagne, l'Allemagne, l'Italie et la France. La pièce fut suivie d'intermèdes et d'un opéra-comique traduit en espagnol, le spectacle durant environ trois heures. Après minuit, les invités montèrent à l'appartement supérieur pour le souper, servi à une table de cent vingt-quatre couverts dans une salle décorée de berceaux fleuris et de statues. Une autre salle, ornée des portraits de la Famille Royale, accueillit une table de quatre-vingt-dix couverts. Plusieurs tables supplémentaires furent dressées pour les convives, les comédiens, les musiciens, les Pages et les Valets de Chambre. Le bal, représentant le Temple de l'Hymen, débuta à deux heures du matin et se poursuivit jusqu'à neuf heures. Une table de quatre-vingt couverts fut ensuite servie pour les personnes restées jusqu'à ce moment. L'Ambassadeur et la Duchesse de Medina Sidonia, aidés par le Comte d'Egmont, le Marquis de Confians et le Marquis de Crillon, veillèrent à rendre la fête agréable.
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4448
p. 171
SERVICE.
Début :
On célébra à Versailles, le 12 Mai, dans l'Eglise Paroissiale [...]
Mots clefs :
Versailles, Église paroissiale, Louis XIII
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SERVICE.
SERVICE.
On célébra à Verſailles , le 12 Mai , dans l'Eglife
Paroiffiale de Notre - Dame un Service
pour Louis XIII.
On célébra à Verſailles , le 12 Mai , dans l'Eglife
Paroiffiale de Notre - Dame un Service
pour Louis XIII.
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4449
p. 173-176
CÉRÉMONIE PUBLIQUE. De Francfort, le 11 Avril 1764.
Début :
L'Empereur, le Roi des Romains & l'Archiduc Leopold sont partis hier de [...]
Mots clefs :
Empereur, Roi des Romains, Archiduc, Cérémonie, Couronnement, Musique, Vêtements d'apparat, Soldats, Église, Magistrats, Cour, Ambassadeur, Ornements, Trône, Illuminations, Inscriptions
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texteReconnaissance textuelle : CÉRÉMONIE PUBLIQUE. De Francfort, le 11 Avril 1764.
CÉRÉMONIE PUBLIQUE.
De Francfort , le 11´ Avril 1764.
L'Empereur , le Roi des Romains & l'Archiduc
Leopold font partis hier de certe Ville aux acclamations
d'un peuple innombrable. Leurs Majeſtés
& l'Archiduc font arrivés , le même jour , à Mergenthal
d'où ils fe rendront aujourd'hui à Creilsheim
, demain à Wallerſtein & le 13 à Donawerth:
on compte qu'ils arriveront à Vienne le 23.
On joint ici les principaux détails de la cérémonie
du couronnement du Roi des Romains.
Le 1. de ce mois , à trois heures après-midi , on
H iij
174 MERCURE DE FRANCE .
fit , au fon des trompettes & des tymbales , la
publication folemnelle du Couronnement . Le
lendemain , le boeuf deſtiné ſuivant l'uſage , à
être rôti & livré au peuple le jour de cette cérémonie
fut promené par toute la Ville : les cornes
de cet animal étoient dorées & il étoit orné de
guirlandes de fleurs : les Bouchers de la Cour Impériale
qui le conduifoient étoient vêtus d'habits
d'écarlate galonnés d'argent , les gaînes & les
manches de leurs couteaux , ainfi que la hache
dont le boeuf devoit être frappé , étoit d'argent
maffif. Cette marche fe fit au fon de plufieurs inftrumens
de Mufique. Le 3 jour du couronne
ment , la Bourgeoifie fe mit fous les armes dès les
fept heures du matin , & la Cavalerie monta à
cheval fur la grande Place qui aboutit à la rue du
marché aux herbes. La Garnifon de la Ville fe
mit auffi en parade devant le corps - de - Garde éle--
vé vis- à- vis le Roemer ou Hôtel de Ville . Depuis
huit heures jufqu'à onze les Electeurs de Cologne
& de Treves , ainfi que les feconds & troifiémes
Ambaffadeurs des Electeurs Séculiers , fe rendirent
fucceffivement du Roemer à l'Eglife du
Dôme dans l'appareil le plus pompeux. Le Prince
Archi Chancelier de l'Empire , devant facrer
& couronner le Roi , fe rendit en droiture à la
même Eglife. Avant onze heures , deux Seigneurs
Eccléfiaftiques de la Cour de Mayence , la pre
mière des Cours Electorales , tranfportérent au
Roemer , dans un carroffe précédé de la livrée
du Prince , la Couronne Royale. Enfin à onze
heures & demie , l'Empereur & le nouveau Roi
fe mirent en marche , depuis le Roemer jufqu'à
l'Eglife du Dôme , précédés de leurs livrées , de
leurs Pages & des Grands Officiers de leurs
Maiſons , & fuivis des fix premiers Ambaſſadeurs
JUILLET. 1764. 175
Electoraux & d'un multitude de Seigneurs , de
Chevaliers & de Généraux des Armées de S M.I.
qui formoit un cortège auffi brillant que nombreux.
L'Empereur , revêtu des ornemens & du
manteau Impériaux , ainſi que du grand Collier
de la Toifon d'Or la Couronne Impériale fur la
tête & le Sceptre à la main , étoit monté fur un
fuperbe cheval , ainfi que le nouveau Roi des
Romains qui marchoit après Sa Majesté Impériale
couvert de la Couronne Archiducale & revêtu des
ornemens de cette dignité Le dais fous lequel
l'Empereur & le nouveau Roi marchoient , étoit
porté par les deux plus anciens Echevins & les
deux Bourguemaîtres actuels du Sénat. La marche
étoit fermée par les Gardes , tant de l'Em
pereur que du Roi des Romains & des Electeurs
de Mayence , de Tréves & de Cologne. La porte
d'entrée de l'Eglife da Dôme étoit gardée par les
Trabans Saxons . Sa Majesté Impériale & le nouveau
Roi y furent reçus par Lears Alteffes Electorales
fuivies de tous les Membres de ce Chapitre.
L'Eglife étoit tendue en entier de tapifferies
de haureliffe qui repréſentoient les faits mémorables
qui le fout paffé ( pécialement fous les régnes
de la Mailon d'Autriche. On avoit placé à la
droite de l'Aurel , qui avoit été élevé devant la
porte du choeur , le Trône de Sa Majefté Impériale
; à ganche , celui de l'Electeur de Mayence,
& vis-a- vis celui du nouveau Rọi. Après la cérémonie
& la Melle du Sacre qui fut chantée par
une très - belle Mafique , le Roi des Romains fit
une inauguration de Chevaliers. Comme il eft
d'usage qu'au retour du Sacre l'Empereur & le
Roi des Romains reviennent à pied au Roemer ,
on avoit dreſſé , pendant la cérémonie même ,
depuis la porte d'entrée de l'Eglife jufqu'au haut
H iv
176 MERCURE DE FRANCE .
de cet Hôtel , une efpéce de pont de planches
couvert de tapis . Le cortége Impérial & Royal
retourna au Roemer à - peu-près dans le même
ordre qu'auparavant , excepté que le Roi des
Romains étoit revêtu des ornemens Royaux , la
tête couverte de la Couronne Royale & le Sceptre
à la main . Le feftin s'eft donné dans la
voute du Romer. On a fait diftribuer à la populace
une grande quantité de piéces d'or & d'argent
; & Leurs Majeftés Impériale & Royale fe
font montrées au Peuple d'une fenêtre de la
Salle après le feftin qui a commencé à cinq
heures & a fini à fept , Leurs Majeftés font retournées
en grande pompe à leur Palais. Parmi
les illuminations qu'il y a eu à l'occafion du
Couronnement du Roi des Romains , on a diftingué
celles que le Prince Efterhazy de Galanta
, Premier Ambaffadeur Royal- Electoral de Bohême
, a fait faire dans la grande promenade
qui aboutit à la place de Rofmarek :
:: on y a furrout
remarqué à l'extrémité qui termine cette
promenade un fuperbe arc de triomphe , au-deffus
duquel étoit repréfenté le Monarque environné
de la Valeur , de la Piété , de la Prudence &
de la Juſtice , & recevant la Couronne des mains
de la Nation , ainfi que le coeur des Peuples :
aux deux côtés étoient deux Renommées annon
çant à toute la Tèrre le Couronnement de ce
Prince. Au- deſſous des deux côtés on lifoit ces
mors : Cara Deûmfoboles. Cet arc étoit orné de
deux Médaillons , fur l'un defquels étoit cette Légende
: Curru nitido diem promit , & fur l'autre:
Deus nobis hac otia fecit . L'Inſcription étoit ,
Jos. BENED. AUG . OPT . PIO.. FELICI ROM. R.
INAUG. A. R. S. M. BCC. LXIV.
De Francfort , le 11´ Avril 1764.
L'Empereur , le Roi des Romains & l'Archiduc
Leopold font partis hier de certe Ville aux acclamations
d'un peuple innombrable. Leurs Majeſtés
& l'Archiduc font arrivés , le même jour , à Mergenthal
d'où ils fe rendront aujourd'hui à Creilsheim
, demain à Wallerſtein & le 13 à Donawerth:
on compte qu'ils arriveront à Vienne le 23.
On joint ici les principaux détails de la cérémonie
du couronnement du Roi des Romains.
Le 1. de ce mois , à trois heures après-midi , on
H iij
174 MERCURE DE FRANCE .
fit , au fon des trompettes & des tymbales , la
publication folemnelle du Couronnement . Le
lendemain , le boeuf deſtiné ſuivant l'uſage , à
être rôti & livré au peuple le jour de cette cérémonie
fut promené par toute la Ville : les cornes
de cet animal étoient dorées & il étoit orné de
guirlandes de fleurs : les Bouchers de la Cour Impériale
qui le conduifoient étoient vêtus d'habits
d'écarlate galonnés d'argent , les gaînes & les
manches de leurs couteaux , ainfi que la hache
dont le boeuf devoit être frappé , étoit d'argent
maffif. Cette marche fe fit au fon de plufieurs inftrumens
de Mufique. Le 3 jour du couronne
ment , la Bourgeoifie fe mit fous les armes dès les
fept heures du matin , & la Cavalerie monta à
cheval fur la grande Place qui aboutit à la rue du
marché aux herbes. La Garnifon de la Ville fe
mit auffi en parade devant le corps - de - Garde éle--
vé vis- à- vis le Roemer ou Hôtel de Ville . Depuis
huit heures jufqu'à onze les Electeurs de Cologne
& de Treves , ainfi que les feconds & troifiémes
Ambaffadeurs des Electeurs Séculiers , fe rendirent
fucceffivement du Roemer à l'Eglife du
Dôme dans l'appareil le plus pompeux. Le Prince
Archi Chancelier de l'Empire , devant facrer
& couronner le Roi , fe rendit en droiture à la
même Eglife. Avant onze heures , deux Seigneurs
Eccléfiaftiques de la Cour de Mayence , la pre
mière des Cours Electorales , tranfportérent au
Roemer , dans un carroffe précédé de la livrée
du Prince , la Couronne Royale. Enfin à onze
heures & demie , l'Empereur & le nouveau Roi
fe mirent en marche , depuis le Roemer jufqu'à
l'Eglife du Dôme , précédés de leurs livrées , de
leurs Pages & des Grands Officiers de leurs
Maiſons , & fuivis des fix premiers Ambaſſadeurs
JUILLET. 1764. 175
Electoraux & d'un multitude de Seigneurs , de
Chevaliers & de Généraux des Armées de S M.I.
qui formoit un cortège auffi brillant que nombreux.
L'Empereur , revêtu des ornemens & du
manteau Impériaux , ainſi que du grand Collier
de la Toifon d'Or la Couronne Impériale fur la
tête & le Sceptre à la main , étoit monté fur un
fuperbe cheval , ainfi que le nouveau Roi des
Romains qui marchoit après Sa Majesté Impériale
couvert de la Couronne Archiducale & revêtu des
ornemens de cette dignité Le dais fous lequel
l'Empereur & le nouveau Roi marchoient , étoit
porté par les deux plus anciens Echevins & les
deux Bourguemaîtres actuels du Sénat. La marche
étoit fermée par les Gardes , tant de l'Em
pereur que du Roi des Romains & des Electeurs
de Mayence , de Tréves & de Cologne. La porte
d'entrée de l'Eglife da Dôme étoit gardée par les
Trabans Saxons . Sa Majesté Impériale & le nouveau
Roi y furent reçus par Lears Alteffes Electorales
fuivies de tous les Membres de ce Chapitre.
L'Eglife étoit tendue en entier de tapifferies
de haureliffe qui repréſentoient les faits mémorables
qui le fout paffé ( pécialement fous les régnes
de la Mailon d'Autriche. On avoit placé à la
droite de l'Aurel , qui avoit été élevé devant la
porte du choeur , le Trône de Sa Majefté Impériale
; à ganche , celui de l'Electeur de Mayence,
& vis-a- vis celui du nouveau Rọi. Après la cérémonie
& la Melle du Sacre qui fut chantée par
une très - belle Mafique , le Roi des Romains fit
une inauguration de Chevaliers. Comme il eft
d'usage qu'au retour du Sacre l'Empereur & le
Roi des Romains reviennent à pied au Roemer ,
on avoit dreſſé , pendant la cérémonie même ,
depuis la porte d'entrée de l'Eglife jufqu'au haut
H iv
176 MERCURE DE FRANCE .
de cet Hôtel , une efpéce de pont de planches
couvert de tapis . Le cortége Impérial & Royal
retourna au Roemer à - peu-près dans le même
ordre qu'auparavant , excepté que le Roi des
Romains étoit revêtu des ornemens Royaux , la
tête couverte de la Couronne Royale & le Sceptre
à la main . Le feftin s'eft donné dans la
voute du Romer. On a fait diftribuer à la populace
une grande quantité de piéces d'or & d'argent
; & Leurs Majeftés Impériale & Royale fe
font montrées au Peuple d'une fenêtre de la
Salle après le feftin qui a commencé à cinq
heures & a fini à fept , Leurs Majeftés font retournées
en grande pompe à leur Palais. Parmi
les illuminations qu'il y a eu à l'occafion du
Couronnement du Roi des Romains , on a diftingué
celles que le Prince Efterhazy de Galanta
, Premier Ambaffadeur Royal- Electoral de Bohême
, a fait faire dans la grande promenade
qui aboutit à la place de Rofmarek :
:: on y a furrout
remarqué à l'extrémité qui termine cette
promenade un fuperbe arc de triomphe , au-deffus
duquel étoit repréfenté le Monarque environné
de la Valeur , de la Piété , de la Prudence &
de la Juſtice , & recevant la Couronne des mains
de la Nation , ainfi que le coeur des Peuples :
aux deux côtés étoient deux Renommées annon
çant à toute la Tèrre le Couronnement de ce
Prince. Au- deſſous des deux côtés on lifoit ces
mors : Cara Deûmfoboles. Cet arc étoit orné de
deux Médaillons , fur l'un defquels étoit cette Légende
: Curru nitido diem promit , & fur l'autre:
Deus nobis hac otia fecit . L'Inſcription étoit ,
Jos. BENED. AUG . OPT . PIO.. FELICI ROM. R.
INAUG. A. R. S. M. BCC. LXIV.
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Résumé : CÉRÉMONIE PUBLIQUE. De Francfort, le 11 Avril 1764.
Le 11 avril 1764, à Francfort, l'Empereur, le Roi des Romains et l'Archiduc Léopold quittèrent la ville sous les acclamations de la population. Ils se dirigèrent ensuite vers Mergenthal, Creilsheim, Wallerstein et Donawerth, avec l'intention d'arriver à Vienne le 23 avril. La cérémonie du couronnement du Roi des Romains débuta le 1er avril. Ce jour-là, la publication solennelle du couronnement eut lieu au son des trompettes et des tymbales. Le lendemain, un bœuf destiné à être rôti et distribué au peuple fut promené dans la ville, orné de guirlandes de fleurs et accompagné par des musiciens. Le 3 avril, la bourgeoisie se mit sous les armes et la cavalerie se rassembla sur la grande place. Les électeurs de Cologne et de Trèves, ainsi que les ambassadeurs des électeurs séculiers, se rendirent à l'église du Dôme dans un appareil pompeux. À onze heures et demie, l'Empereur et le nouveau Roi des Romains se mirent en marche vers l'église du Dôme, précédés de leurs livrées et suivis d'un cortège nombreux et brillant. L'Empereur, revêtu des ornements impériaux, et le nouveau Roi, couvert de la couronne archiducale, montèrent à cheval. La marche fut fermée par les gardes de l'Empereur et du Roi des Romains. L'église du Dôme était tendue de tapisseries représentant des faits mémorables, notamment sous les règnes de la Maison d'Autriche. Après la cérémonie et la messe du sacre, le Roi des Romains procéda à l'inauguration de chevaliers. Au retour, l'Empereur et le Roi des Romains revinrent à pied au Roemer sur un pont de planches couvert de tapis. Un festin fut donné dans la voûte du Roemer, et des pièces d'or et d'argent furent distribuées à la populace. Des illuminations, notamment un arc de triomphe, furent remarquées lors du couronnement.
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4450
p. 196-200
LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
Début :
J'espere, Monsieur, que dans la partie de votre Journal que vous réservez [...]
Mots clefs :
Lettre, Ouvrage, M. Turmeau, Maison des Turmea, Noblesse, Fortune, Médiocrité, Mariage, Famille, Énonciation, Vérité, Succession
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
LETTRE à l'Auteur du MERCURE. *
A Paris , le 24 Mars 1764.
J''EESSPPEERREE ,, Monfieur , que dans la partie de votre
Journal que vous réservez aux Annonces généalogiques
, vous voudrez bien inférer cette Lettre.
L'intérêt que je prends à M. Turmeau de la Morandiere
, mon parent , me fait fouhaiter de détruire
la furprife que bien des perfonnes ont reffentie à
l'occafion de ce qu'il dit de fes Ayeux dans fon
* L'abondance des matières eft caufe que cette
Lettre n'a point paru plutôt dans le Mercure.
JUILLET . 1764. 197
Ouvrage intitulé , Principes politiques fur le rap- .
pel des Proteftans en France.
Son nom eft Turmeau : le furnom de la Morandiere
eft celui d'un petit Fief fitué à deux lieues
de Romorantin , fur le bord du Cher , dont les
Turmeau ont communément porté le nom par
préférence à leur propre nom & a celui des autres
Fiefs qui leur appartenoient : tels que la Grande-.
Maifon de Parpeçay , la Jarrerie , &c . Il y a cependant
eu des Turmeau des Beraudières & des
Turmeau de la Grange.
Les Turmeau font du nombre des anciennes
Nobleffes ils font compris dans le Catalogue des
Familles nobles de Blois , fait par Bernier en
1682. Il eft vrai que commé il y a plus de cent
cinquante ans qu'ils font pauvres , ils ont été
tellement ignorés , que Bernier les a cru éteints .
On ne connoît pas leur origine : il y a lieu de
croire qu'ils ons été appellés avec les Brachet dans
le Bléfois en 151s par Louife , Ducheffe d' Angou
lême , lorfque François I. fon fils monta fur le
Trône. Un fait conftant , c'eft que Jean Brachet,,
qui avoit été Précepteur de François I , donna
l'une de fes filles en mariage à un des Aïeux, pa-,
ternels de M. de la Morandiere , avec une portion
du Fief fis à Romorantin , qui lui avoit été donné
par Madame d' Angoulême , de forte que ce Fief
s'appella le Fief de Turmeau. Il fubfifte encore
fous ce nom , quoique très dénaturé.
La médiocrité de la fortune de fes defcendans ,
les Guerres Civiles , le peu de durée de la faveur,
des Brachet , ont été autant de caufes d'éloignement
& d'oubli . Malgré ces contre temps , les.
Turmeau & les Brachet ont fouvent renouvellé
par des mariages leur ancienne alliance , & c'eft
de ces mariages que M. de la Morandiere tire lon
I iij
198 MERCURE DE FRANCE .
droit au Collège de Boily pour y placer fes en
fans , comme parens du Fondateur.
Il eft à obferver que dans la généalogie des
Chartier, qui eft commune aux Maifons de Gefres
, de Molé , d'Ormefon , de Montholon , &
autres qui ont , comme lui , droit au Collège au
même titre de parenté , il eft ignoré , fi Françoife
Chartier dont il defcend , a eu postérité.
Quelque pauvre que foit cette Famille , on ne
peut lui reprocher comme à beaucoup d'autres
qui figurent aujourd'hui , qu'elle ait un feul rejetton
qui ait exercé aucune profeffion méchanique
ou humiliante. Tous ont été voués depuis un
remps immémorial à la Magiftrature ou au Barreau.
Les uns ont été Châtelains ou Procureurs du
Roi de Romorantin , oa Juges Royaux ; les autres
ont été Avocats au Parlement ou dans d'autres
Places analogues , & tous ont fait de grandes
Alliances. Il y a fort peu de Maiſons à la Cour
auxquelles cette Famille n'ait l'honneur d'apparrenir.
La mère de fon père étoit Charlotte de Bafoges
de Boismaitre , laquelle étoit petite-fille de
Marguerite de Caftelnau , foeur du Marquis de-
Caftelnau , Ambaffadeur en Angleterre , &
grande- tante du Maréchal de France . L'Abbé
Te Laboureur a dit à l'Article de Marguerite de Caf
telnau , qu'elle mourut fans poſtérité.
Heft , Monfieur , bien fingulier , que dans une
même Généalogie , on trouve trois énonciations
auffi peu éxactes . Bernier a dit que les Turmeau
étoient éteints ; l'ancien Rédacteur de la généalogie
du Collège de Boiffy paroît faire conjecturer
que Françoife Chartier étoit morte fans postérité ;
& le Laboureur annonce le même fait contre les
enfans de Madame de Boismaitre .
Aujourd'hui M. de la Morandiere rapporte des
JUILLET. 1764. 199
L
titres non équivoques pour prouver le peu d'éxactitude
de ces trois énonciations. Il eft fans contredit
de la Famille Turmeau de Blois ; il vient de
prouver fon droit au Collège de Boiffy , comme
defcendant de Françoife Chartier , mariée à
Etienne Bracher , & il a le contrat de mariage
de Charlotte de Bafoges , Dame de Boismaitre
fon aïeule paternelle , petite-fille de Marguerite
de Caftelnau.
D'après cet expofé , la furpriſe du Public difparoîtra
en fentant que dans ce qu'a dit M. de laMorandiere
dans fon Ouvrage , il a eu principalement
en vue fes Aieux maternels . Il a donc été fondé à
dire que les Aïeux ( Brachet , Chartier , Caftelnau
& beaucoup d'autres que ces mêmes alliances lui
ont donné , ) ont rempli pendant cinq fiécles de
très-grandes places à la Cour. La médiocrité de
la fortune de fes Aïeux paternels depuis plus
d'un fiécle ne doit rien faire contre lui. On fait
qu'il y a des Maiſons illuftres dont plufieurs rejettons
font tombés dans l'oubli par le défaut de
fortune. On peut encore ajouter en faveur des
Turmeau que s'ils ont eu l'honneur de s'allier
conftamment avec les bonnes Maifons de la Province
qu'ils ont habitée , plufieurs Gentilshommes
ont pris alliance dans cette famille. La Bifaïeule
de M. le Comte de Riocourt étoit une Turmeau ,
de la branche des Seigneurs de Monteaux , &c .
Les alliances ont été fréquentes & réciproques
avec les Familles Gallus de Rioubert Brachet
de la Milletiere & de Pormoran , Pajon Devillai
mes, Dauvergne , Leclerc de Douy , &c.
Meffieurs de Montmorency & de Fains , ont
recueilli la fucceffion d'un Montmorency , Seigneur
de Neavy- le-Palliou , au partage de laquelle fe
préfenta comme parent il y a vingt einq ans le
Iiv
200 MERCURE DE FRANCE.
père de M. de la Morandiere . A la vérité il n'y
eur aucune portion , parce qu'on lui fit croire qu'il
étoit parent plus éloigné du défunt que les copartageans.
Je fais qu'il eſt dans l'intention d'examiner
s'il ne pourroit pas revenir également
contre cette exclufion à la fucceffion de cette
branche Montmorency , comme il revient aujour
d'hui contre les énonciations qui fembloient détruire
fes Aïeuls tant paternels que maternels.
J'ai l'honneur d'être &c.
PAJON DE MONCATS.
Lafuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
A Paris , le 24 Mars 1764.
J''EESSPPEERREE ,, Monfieur , que dans la partie de votre
Journal que vous réservez aux Annonces généalogiques
, vous voudrez bien inférer cette Lettre.
L'intérêt que je prends à M. Turmeau de la Morandiere
, mon parent , me fait fouhaiter de détruire
la furprife que bien des perfonnes ont reffentie à
l'occafion de ce qu'il dit de fes Ayeux dans fon
* L'abondance des matières eft caufe que cette
Lettre n'a point paru plutôt dans le Mercure.
JUILLET . 1764. 197
Ouvrage intitulé , Principes politiques fur le rap- .
pel des Proteftans en France.
Son nom eft Turmeau : le furnom de la Morandiere
eft celui d'un petit Fief fitué à deux lieues
de Romorantin , fur le bord du Cher , dont les
Turmeau ont communément porté le nom par
préférence à leur propre nom & a celui des autres
Fiefs qui leur appartenoient : tels que la Grande-.
Maifon de Parpeçay , la Jarrerie , &c . Il y a cependant
eu des Turmeau des Beraudières & des
Turmeau de la Grange.
Les Turmeau font du nombre des anciennes
Nobleffes ils font compris dans le Catalogue des
Familles nobles de Blois , fait par Bernier en
1682. Il eft vrai que commé il y a plus de cent
cinquante ans qu'ils font pauvres , ils ont été
tellement ignorés , que Bernier les a cru éteints .
On ne connoît pas leur origine : il y a lieu de
croire qu'ils ons été appellés avec les Brachet dans
le Bléfois en 151s par Louife , Ducheffe d' Angou
lême , lorfque François I. fon fils monta fur le
Trône. Un fait conftant , c'eft que Jean Brachet,,
qui avoit été Précepteur de François I , donna
l'une de fes filles en mariage à un des Aïeux, pa-,
ternels de M. de la Morandiere , avec une portion
du Fief fis à Romorantin , qui lui avoit été donné
par Madame d' Angoulême , de forte que ce Fief
s'appella le Fief de Turmeau. Il fubfifte encore
fous ce nom , quoique très dénaturé.
La médiocrité de la fortune de fes defcendans ,
les Guerres Civiles , le peu de durée de la faveur,
des Brachet , ont été autant de caufes d'éloignement
& d'oubli . Malgré ces contre temps , les.
Turmeau & les Brachet ont fouvent renouvellé
par des mariages leur ancienne alliance , & c'eft
de ces mariages que M. de la Morandiere tire lon
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droit au Collège de Boily pour y placer fes en
fans , comme parens du Fondateur.
Il eft à obferver que dans la généalogie des
Chartier, qui eft commune aux Maifons de Gefres
, de Molé , d'Ormefon , de Montholon , &
autres qui ont , comme lui , droit au Collège au
même titre de parenté , il eft ignoré , fi Françoife
Chartier dont il defcend , a eu postérité.
Quelque pauvre que foit cette Famille , on ne
peut lui reprocher comme à beaucoup d'autres
qui figurent aujourd'hui , qu'elle ait un feul rejetton
qui ait exercé aucune profeffion méchanique
ou humiliante. Tous ont été voués depuis un
remps immémorial à la Magiftrature ou au Barreau.
Les uns ont été Châtelains ou Procureurs du
Roi de Romorantin , oa Juges Royaux ; les autres
ont été Avocats au Parlement ou dans d'autres
Places analogues , & tous ont fait de grandes
Alliances. Il y a fort peu de Maiſons à la Cour
auxquelles cette Famille n'ait l'honneur d'apparrenir.
La mère de fon père étoit Charlotte de Bafoges
de Boismaitre , laquelle étoit petite-fille de
Marguerite de Caftelnau , foeur du Marquis de-
Caftelnau , Ambaffadeur en Angleterre , &
grande- tante du Maréchal de France . L'Abbé
Te Laboureur a dit à l'Article de Marguerite de Caf
telnau , qu'elle mourut fans poſtérité.
Heft , Monfieur , bien fingulier , que dans une
même Généalogie , on trouve trois énonciations
auffi peu éxactes . Bernier a dit que les Turmeau
étoient éteints ; l'ancien Rédacteur de la généalogie
du Collège de Boiffy paroît faire conjecturer
que Françoife Chartier étoit morte fans postérité ;
& le Laboureur annonce le même fait contre les
enfans de Madame de Boismaitre .
Aujourd'hui M. de la Morandiere rapporte des
JUILLET. 1764. 199
L
titres non équivoques pour prouver le peu d'éxactitude
de ces trois énonciations. Il eft fans contredit
de la Famille Turmeau de Blois ; il vient de
prouver fon droit au Collège de Boiffy , comme
defcendant de Françoife Chartier , mariée à
Etienne Bracher , & il a le contrat de mariage
de Charlotte de Bafoges , Dame de Boismaitre
fon aïeule paternelle , petite-fille de Marguerite
de Caftelnau.
D'après cet expofé , la furpriſe du Public difparoîtra
en fentant que dans ce qu'a dit M. de laMorandiere
dans fon Ouvrage , il a eu principalement
en vue fes Aieux maternels . Il a donc été fondé à
dire que les Aïeux ( Brachet , Chartier , Caftelnau
& beaucoup d'autres que ces mêmes alliances lui
ont donné , ) ont rempli pendant cinq fiécles de
très-grandes places à la Cour. La médiocrité de
la fortune de fes Aïeux paternels depuis plus
d'un fiécle ne doit rien faire contre lui. On fait
qu'il y a des Maiſons illuftres dont plufieurs rejettons
font tombés dans l'oubli par le défaut de
fortune. On peut encore ajouter en faveur des
Turmeau que s'ils ont eu l'honneur de s'allier
conftamment avec les bonnes Maifons de la Province
qu'ils ont habitée , plufieurs Gentilshommes
ont pris alliance dans cette famille. La Bifaïeule
de M. le Comte de Riocourt étoit une Turmeau ,
de la branche des Seigneurs de Monteaux , &c .
Les alliances ont été fréquentes & réciproques
avec les Familles Gallus de Rioubert Brachet
de la Milletiere & de Pormoran , Pajon Devillai
mes, Dauvergne , Leclerc de Douy , &c.
Meffieurs de Montmorency & de Fains , ont
recueilli la fucceffion d'un Montmorency , Seigneur
de Neavy- le-Palliou , au partage de laquelle fe
préfenta comme parent il y a vingt einq ans le
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père de M. de la Morandiere . A la vérité il n'y
eur aucune portion , parce qu'on lui fit croire qu'il
étoit parent plus éloigné du défunt que les copartageans.
Je fais qu'il eſt dans l'intention d'examiner
s'il ne pourroit pas revenir également
contre cette exclufion à la fucceffion de cette
branche Montmorency , comme il revient aujour
d'hui contre les énonciations qui fembloient détruire
fes Aïeuls tant paternels que maternels.
J'ai l'honneur d'être &c.
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Résumé : LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
La lettre datée du 24 mars 1764, adressée à l'auteur du Mercure, vise à rectifier des informations erronées concernant la famille de M. Turmeau de la Morandiere. L'auteur souhaite clarifier les origines et la noblesse de cette famille, souvent méconnues ou mal interprétées. La famille Turmeau porte le surnom de la Morandiere, issu d'un fief près de Romorantin. Elle est une ancienne famille noble, mentionnée dans le catalogue des familles nobles de Blois en 1682. Leur origine exacte est inconnue, mais il est probable qu'ils aient été appelés en Berry par Louise d'Angoulême au début du XVIe siècle. Un fait avéré est que Jean Brachet, précepteur de François Ier, a marié l'une de ses filles à un ancêtre de M. de la Morandiere, lui transmettant ainsi un fief. Malgré des périodes de pauvreté et d'oubli, les Turmeau ont maintenu leur noblesse et ont souvent renouvelé leurs alliances avec d'autres familles nobles par des mariages. M. de la Morandiere revendique ainsi des droits au Collège de Boily grâce à ces alliances. La lettre souligne que, bien que la famille soit modeste, elle n'a jamais exercé de professions méprisables. Les Turmeau ont traditionnellement été impliqués dans la magistrature ou le barreau, et ont fait de nombreuses alliances prestigieuses. La mère du père de M. de la Morandiere était Charlotte de Bafoges de Boismaitre, petite-fille de Marguerite de Castelnau, sœur du Marquis de Castelnau, ambassadeur en Angleterre. L'auteur critique les erreurs trouvées dans diverses généalogies, notamment celles de Bernier, du rédacteur du Collège de Boily, et de l'Abbé Te Laboureur. M. de la Morandiere a fourni des preuves pour corriger ces erreurs, démontrant ainsi la continuité de sa lignée et ses droits nobles. Enfin, la lettre mentionne que la famille Turmeau a souvent été alliée à des maisons illustres et que des gentilshommes ont pris des alliances dans cette famille. Elle conclut en exprimant l'intention de M. de la Morandiere de réexaminer une exclusion de succession dans la branche Montmorency.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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