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1
p. 57-63
LETTRE Ecrite à l'Auteur du Mercure, par un Garçon-Marchand qui voudroit bien être Bel Esprit.
Début :
MONSIEUR, Vous êtes en possession de réunir dans votre Journal [...]
Mots clefs :
Dents, Chicot, Chambre des pairs, Fleur, Public, Académie, Homme
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE Ecrite à l'Auteur du Mercure, par un Garçon-Marchand qui voudroit bien être Bel Esprit.
LETTRE
Ecrite à l'Auteur du Mercure, par un Garçon-Marchand
qui voudroit bien être
Bel Esprit.
MONSIEUR,
Vous êtes en possession de réunir dans
votre Journal l'instructif & l'amusant,
le férieux & le badin. Le Public
trouve son compte dans ce melange judi-
cieux; il a de quoi contenter toutes
fortes de Lecteurs: les uns songent à s'or-
ner l'esprit, les autres cherchent à se ré-
créer. Pour la satisfaction de ces der-
niers, je veux vous raconter une avanture
finguliere, dont hier au soir je fus le té-
moin oculaire. Faites, s'il vous plaît,
bien vîte imprimer ma Relation: je
n'ai point encore vû de ma prose en
lettres moulées; il me semble que cela
doit être bien chatouilleux. Etre Au-
teur !... Figurer dans un Livre !....
se commence.
Au centre ou à peu près de notre
vieille cité (nous dattons du Déluge ).
Au centre donc de notre Ville 2
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
est un réduit public, où s'assemblent
tous les soirs les Fainéans de profession,
& ceux qui quittent leur ouvrage au
jour tombant. Je me vante d'être un des
plus exacts à m'y rendre : dès que ma
boutique est fermée, je vais, je vole
à l'Académie; c'est ainsi que par décen-
ce, & faute d'Académie littéraire, nos ci-
tadins ont nommé ce tripot. Là, on tue le
temps comme on peut: les uns jouent,
ou parient: les autres mangent ou boivent:
plusieurs parlent, dissertent, exagerent,
chantent, crient; quelques-uns regar-
dent, se taisent écoutent, se mocquent,
sennuient. Cet hôtel, véritable tour de
Babel, vraie Cour du Roi Petaut, est
distribué en plusieurs appartemens, dont
deux principaux: lappartement haut,
c'est proprement l'Acadèmie, l'assemblée
du beau-monde, la Chambre des Pairs;
je n'y vais que les Dimanches : l'aparte-
tement bas où je vais tous les jours,
sera, si vous le voulez la Chambre des
Communes, vulgairement un billard,
une taverne à bierte, un poële enfumé.
Cleres de Procureur, Garçons-Mar-
chands, Huifsiers, Rats de-cave, Eco-
liers, tous bons enfans & gens du pays,
forment le gros de la bruyante assem-
blée. Les Etrangers y sont admis, com-
Digfires bO
MARS. 1752.
57
me de raison; aussi sont-ce deux Etran-
gers qui vont jouer le principale rôle
dans la Scene que j'ai à détailler. Scene
vraiment comique, quoique ensanglan-
tée: mais allons au fait; je crains de
m'être un peu trop arrêté sur la description
dulieu de laScene; en tout cas, si j'ai eu tort,
qu'on me pardonne; je suis apprentif
Relateur: moi-même, j'ai souvent eu
de l'indulgence pour les Maîtres de
PArt.
Un Arracheur de dents qui ne ment
jamais, du moins à ce qu'il dit, exer-
ce depuis quelque temps son Art en cet-
te Ville. Il se nomme le sieur N.***
C'est un petit homme singulier, gros
& court, borgne & grimacier, parlant
haut & toujours, vantant sa dextérité &
fes prouesses, aimant son métier jus-
qu'à la fureur, regardant les dents qu'il
a arrachées, comme autant d'escadrons
renversés, brave d'ailleurs & sur la hanche,
faisant trembler les vieux corps, sans en-
excepter ceux des pieds, dur à lui-mê-
me jusou'à l'Héroisme, bravant les ri-
gueurs de la saison, couvert de la plus:
mince papeline; ennemi jurè des fa-
çons, & furtout des visites du premier
jour de l'an, ayant eu soin de distri-
buer trois jours avant; force billets impri-
C
60 MERCURE DE FRANCE.
mès, où il assute qu'il arrachera les dents
à toutes les personnes qui lui feront l'hon-
neur de le venir voir. Tel est mon Héros
principal. Nous le voyons tous les jours
avec plaisit, nous l'entendons avec ad-
miration. Il opere sous nos yeux en plein
billard; & je dois dire en Historien fi-
delle, qu'il opere fort heureusement.
Hier pourtant, hier, sa gloire, aussi
brillante, mais aussi fragile que le crys-
tal, vint se briser contre un chicot obs-
tiné. Le Laquais d'un de nos Magis-
trats, qui s'amusoit bonnement avec nous
jusqu'à ce que son Maître descendit de
la Chambre des Pairs, se plaignit à no-
tre Artiste d'un reste de dent qui l'in-
commodoit. L'examiner, offrir ses servi-
ces, la manquer, la remanquer deux ou
trois fois, tout cela fut executé. Le La-
quais saignoit fort & se plaignoit: l'O-
pérateur juroit gros, & rougissoit: le
Public assemblé s'étonnoit; un mauvais
Plaisant haussoit les épaules & rioit. Le
colérique N*** s'en apperçut: vous
riez, Monsieur, lui dit-il: sachez qu'il
ny a point de Dentiste en France qui
puisse tirer ce chicot; point d'homme
en Europe... Monseu, Monseu, ajou-
ta-t. il, en haussant le ton & ôtant son
chapeau, j'ai eu l'honneur de travailler
MARS. 1752.
61
dans toutes les Cours d'Allemagne, de
Prusse, de Hollande, d'Angleterre, j'en ai
de bons certificats, & si ce chicot ...
Il en auroit dit davantage, si le Rieur,
qui alors ne rioit plus, ne l'eût inter-
rompu, J'arracherai pourtant ce chicot
tout. à l'heure, si M. la Fleur me le pet-
met, dit il modestement; M. la Fleur
mertez vous là: oui oui, Monsieur, met-
tez-vous là, dit aussi l'éhonté Opérateur,
nous allons voir. Le complaisant la Fleur
s'assied, ouvre la bouche, présente la mâ-
choire; le nouveau Dentiste y met le
davier, le chicot est enlevé . .... . Eh.
donc! Monsu de la Fleur, faites garga-
risme à l'alvéole. Ce terme de l'Art pro-
noncé d'un accent biscayen, la vue du
chicot ensanglanté; le regard malin des
Assistans, pétrifierent le pauvre N***
Je le vois bien, Monsieur, dit-il, vous
êtes du métier; mais morbleu! Si je
n'eusse ébranlé cette dent, de votre vie-
vous ne l'eussiez tirée. Le garçon Chi-
rurgien, car en effet c'en étoit un, pic-
qué de cette rodomontade, qui sem-
bloit le ravaler, palit de colere, & rougir
je
d'indignation. Je parie, dit-il à N***
parie vous arracher à vous- même à l'instant
toutes les dents l'une après l'autre; & si
jun manque une seule, je veux.. Tope,
BaseesOO
62 MERCUREDE FRANCE.
repondit l'autre. Je parie un louis d'or .. I.
la dispute étoit trop plaisante: un mem-
bre de la Chambre des Communes se
députe à la Chambre des Pairs; les Pairs
descendent .... Dans cet intervale la ga-
geure d'un louis d'or avoit été réduite à
trois livres, & l'expérience à trois dents.
N***
,le cul par terre, indiquoit à
son rival celles de toutes ses dents qui-
étoient le mieux enracinées; le jeune
Chirurgien saisit la premiere, la renver-
se, la jette sans parler aux pieds de N*xx
& d'une main victorieuse alloit froide-
ment continuer l'abatis, lorsque N***
tut ensanglanté se releve, vous avez
gagné, dit il en l'embrassant, vous êtes un
habile homme, je ne l'aurois pas mieux
arrachée: l'écu est à vous .... Mais le
triomphant Chirurgien scut user de la-
victoire; content de ses lauriers, il re-
fusa d'empocher le prix de ses travaux
rendit l'écu. Nr* de son côté se picqua de
génétosité; on apporta des pots, des li-
queurs. Tous les Assistans furent engagés à
se joindre aux trois Acteurs principaux;
beaucoup accepterent, je fus de ce nom-
bre, & au lieu d'un écu, nous en bu-
mes au moins quatre. Instabilité des cho-
ses humaines! pourtois je m'écrier ici:
vanité des biens de ce monde!N**
jitized by Goog
63
MARS. 1752.
perd en un quart d'heure au plus sa ré-
putation, une dent saine & quatre écus.
Voilà, Monsieur, la singularité dont
j'avois à vous rendre compte. Je sens
combien une Seene aussi plaisante perdra,
à être lue : le tout est d'en avoir été Spec-
tateur. La honte, le dépit de l'un, le-
tiomphe & la joye de l'autre, les mu-
seaux saignanis des deux édentés, des
rieurs de toutes paris; les attitudes va-
riées des Spectateurs, ces différens ob-
jets formoient un tout inimitable. Ja-
mais je n'ai vû un tableau aussi original.
J'aurois peut être mieux réussi dans la
copie que j'en ai faite, si j'eusse osé y
employer plus de temps, mais j'ai eu
peur d'être prévenu. Nous avons ici plu-
sieurs Beaux-Esprits qui auroient saisi cet-
te occasion d'augmenter leur gloire. On-
vient même de massurer que Mademoi-
selle... avoit passé toute la nuit pour en-
faire le sujet d'une Epître à une Duches-
se; Mademoiselle .. la matiere d'uneEglo-
gue ; M. l'Abbé .... le canevas d'une
Ode Anacréontique. Pour moi je ne fais
point de vers, ou du moins si par mal-
heur j'en fais, ils sont assez méchans,
Mais je me garde bien de les montrer aux gens.
T'ai l'honneur d'être, &c.
Ecrite à l'Auteur du Mercure, par un Garçon-Marchand
qui voudroit bien être
Bel Esprit.
MONSIEUR,
Vous êtes en possession de réunir dans
votre Journal l'instructif & l'amusant,
le férieux & le badin. Le Public
trouve son compte dans ce melange judi-
cieux; il a de quoi contenter toutes
fortes de Lecteurs: les uns songent à s'or-
ner l'esprit, les autres cherchent à se ré-
créer. Pour la satisfaction de ces der-
niers, je veux vous raconter une avanture
finguliere, dont hier au soir je fus le té-
moin oculaire. Faites, s'il vous plaît,
bien vîte imprimer ma Relation: je
n'ai point encore vû de ma prose en
lettres moulées; il me semble que cela
doit être bien chatouilleux. Etre Au-
teur !... Figurer dans un Livre !....
se commence.
Au centre ou à peu près de notre
vieille cité (nous dattons du Déluge ).
Au centre donc de notre Ville 2
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
est un réduit public, où s'assemblent
tous les soirs les Fainéans de profession,
& ceux qui quittent leur ouvrage au
jour tombant. Je me vante d'être un des
plus exacts à m'y rendre : dès que ma
boutique est fermée, je vais, je vole
à l'Académie; c'est ainsi que par décen-
ce, & faute d'Académie littéraire, nos ci-
tadins ont nommé ce tripot. Là, on tue le
temps comme on peut: les uns jouent,
ou parient: les autres mangent ou boivent:
plusieurs parlent, dissertent, exagerent,
chantent, crient; quelques-uns regar-
dent, se taisent écoutent, se mocquent,
sennuient. Cet hôtel, véritable tour de
Babel, vraie Cour du Roi Petaut, est
distribué en plusieurs appartemens, dont
deux principaux: lappartement haut,
c'est proprement l'Acadèmie, l'assemblée
du beau-monde, la Chambre des Pairs;
je n'y vais que les Dimanches : l'aparte-
tement bas où je vais tous les jours,
sera, si vous le voulez la Chambre des
Communes, vulgairement un billard,
une taverne à bierte, un poële enfumé.
Cleres de Procureur, Garçons-Mar-
chands, Huifsiers, Rats de-cave, Eco-
liers, tous bons enfans & gens du pays,
forment le gros de la bruyante assem-
blée. Les Etrangers y sont admis, com-
Digfires bO
MARS. 1752.
57
me de raison; aussi sont-ce deux Etran-
gers qui vont jouer le principale rôle
dans la Scene que j'ai à détailler. Scene
vraiment comique, quoique ensanglan-
tée: mais allons au fait; je crains de
m'être un peu trop arrêté sur la description
dulieu de laScene; en tout cas, si j'ai eu tort,
qu'on me pardonne; je suis apprentif
Relateur: moi-même, j'ai souvent eu
de l'indulgence pour les Maîtres de
PArt.
Un Arracheur de dents qui ne ment
jamais, du moins à ce qu'il dit, exer-
ce depuis quelque temps son Art en cet-
te Ville. Il se nomme le sieur N.***
C'est un petit homme singulier, gros
& court, borgne & grimacier, parlant
haut & toujours, vantant sa dextérité &
fes prouesses, aimant son métier jus-
qu'à la fureur, regardant les dents qu'il
a arrachées, comme autant d'escadrons
renversés, brave d'ailleurs & sur la hanche,
faisant trembler les vieux corps, sans en-
excepter ceux des pieds, dur à lui-mê-
me jusou'à l'Héroisme, bravant les ri-
gueurs de la saison, couvert de la plus:
mince papeline; ennemi jurè des fa-
çons, & furtout des visites du premier
jour de l'an, ayant eu soin de distri-
buer trois jours avant; force billets impri-
C
60 MERCURE DE FRANCE.
mès, où il assute qu'il arrachera les dents
à toutes les personnes qui lui feront l'hon-
neur de le venir voir. Tel est mon Héros
principal. Nous le voyons tous les jours
avec plaisit, nous l'entendons avec ad-
miration. Il opere sous nos yeux en plein
billard; & je dois dire en Historien fi-
delle, qu'il opere fort heureusement.
Hier pourtant, hier, sa gloire, aussi
brillante, mais aussi fragile que le crys-
tal, vint se briser contre un chicot obs-
tiné. Le Laquais d'un de nos Magis-
trats, qui s'amusoit bonnement avec nous
jusqu'à ce que son Maître descendit de
la Chambre des Pairs, se plaignit à no-
tre Artiste d'un reste de dent qui l'in-
commodoit. L'examiner, offrir ses servi-
ces, la manquer, la remanquer deux ou
trois fois, tout cela fut executé. Le La-
quais saignoit fort & se plaignoit: l'O-
pérateur juroit gros, & rougissoit: le
Public assemblé s'étonnoit; un mauvais
Plaisant haussoit les épaules & rioit. Le
colérique N*** s'en apperçut: vous
riez, Monsieur, lui dit-il: sachez qu'il
ny a point de Dentiste en France qui
puisse tirer ce chicot; point d'homme
en Europe... Monseu, Monseu, ajou-
ta-t. il, en haussant le ton & ôtant son
chapeau, j'ai eu l'honneur de travailler
MARS. 1752.
61
dans toutes les Cours d'Allemagne, de
Prusse, de Hollande, d'Angleterre, j'en ai
de bons certificats, & si ce chicot ...
Il en auroit dit davantage, si le Rieur,
qui alors ne rioit plus, ne l'eût inter-
rompu, J'arracherai pourtant ce chicot
tout. à l'heure, si M. la Fleur me le pet-
met, dit il modestement; M. la Fleur
mertez vous là: oui oui, Monsieur, met-
tez-vous là, dit aussi l'éhonté Opérateur,
nous allons voir. Le complaisant la Fleur
s'assied, ouvre la bouche, présente la mâ-
choire; le nouveau Dentiste y met le
davier, le chicot est enlevé . .... . Eh.
donc! Monsu de la Fleur, faites garga-
risme à l'alvéole. Ce terme de l'Art pro-
noncé d'un accent biscayen, la vue du
chicot ensanglanté; le regard malin des
Assistans, pétrifierent le pauvre N***
Je le vois bien, Monsieur, dit-il, vous
êtes du métier; mais morbleu! Si je
n'eusse ébranlé cette dent, de votre vie-
vous ne l'eussiez tirée. Le garçon Chi-
rurgien, car en effet c'en étoit un, pic-
qué de cette rodomontade, qui sem-
bloit le ravaler, palit de colere, & rougir
je
d'indignation. Je parie, dit-il à N***
parie vous arracher à vous- même à l'instant
toutes les dents l'une après l'autre; & si
jun manque une seule, je veux.. Tope,
BaseesOO
62 MERCUREDE FRANCE.
repondit l'autre. Je parie un louis d'or .. I.
la dispute étoit trop plaisante: un mem-
bre de la Chambre des Communes se
députe à la Chambre des Pairs; les Pairs
descendent .... Dans cet intervale la ga-
geure d'un louis d'or avoit été réduite à
trois livres, & l'expérience à trois dents.
N***
,le cul par terre, indiquoit à
son rival celles de toutes ses dents qui-
étoient le mieux enracinées; le jeune
Chirurgien saisit la premiere, la renver-
se, la jette sans parler aux pieds de N*xx
& d'une main victorieuse alloit froide-
ment continuer l'abatis, lorsque N***
tut ensanglanté se releve, vous avez
gagné, dit il en l'embrassant, vous êtes un
habile homme, je ne l'aurois pas mieux
arrachée: l'écu est à vous .... Mais le
triomphant Chirurgien scut user de la-
victoire; content de ses lauriers, il re-
fusa d'empocher le prix de ses travaux
rendit l'écu. Nr* de son côté se picqua de
génétosité; on apporta des pots, des li-
queurs. Tous les Assistans furent engagés à
se joindre aux trois Acteurs principaux;
beaucoup accepterent, je fus de ce nom-
bre, & au lieu d'un écu, nous en bu-
mes au moins quatre. Instabilité des cho-
ses humaines! pourtois je m'écrier ici:
vanité des biens de ce monde!N**
jitized by Goog
63
MARS. 1752.
perd en un quart d'heure au plus sa ré-
putation, une dent saine & quatre écus.
Voilà, Monsieur, la singularité dont
j'avois à vous rendre compte. Je sens
combien une Seene aussi plaisante perdra,
à être lue : le tout est d'en avoir été Spec-
tateur. La honte, le dépit de l'un, le-
tiomphe & la joye de l'autre, les mu-
seaux saignanis des deux édentés, des
rieurs de toutes paris; les attitudes va-
riées des Spectateurs, ces différens ob-
jets formoient un tout inimitable. Ja-
mais je n'ai vû un tableau aussi original.
J'aurois peut être mieux réussi dans la
copie que j'en ai faite, si j'eusse osé y
employer plus de temps, mais j'ai eu
peur d'être prévenu. Nous avons ici plu-
sieurs Beaux-Esprits qui auroient saisi cet-
te occasion d'augmenter leur gloire. On-
vient même de massurer que Mademoi-
selle... avoit passé toute la nuit pour en-
faire le sujet d'une Epître à une Duches-
se; Mademoiselle .. la matiere d'uneEglo-
gue ; M. l'Abbé .... le canevas d'une
Ode Anacréontique. Pour moi je ne fais
point de vers, ou du moins si par mal-
heur j'en fais, ils sont assez méchans,
Mais je me garde bien de les montrer aux gens.
T'ai l'honneur d'être, &c.
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