Résultats : 14601 texte(s)
Détail
Liste
901
p. 59-64
Arrest du Conseil d'Estat. [titre d'après la table]
Début :
Comme on pourroit perdre une partie du fruit que l'Eglise [...]
Mots clefs :
Religion catholique, Ennemis de la foi, Religion prétendue réformée, Temples, Ministres, Consistoire, Arrêts, Déclarations, Jugement
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texteReconnaissance textuelle : Arrest du Conseil d'Estat. [titre d'après la table]
Comme on pourroit perdre
une partie du fruit que l'E60
MERCURE
glife tire de tous ces heureux
progrez de laReligion Catholique
, fi l'on n'empefchoit par
toutes fortes de juftes moyens
que les Ennemis de la Foy ne
fiffent retomber dans leurs erreurs
ceux qui en font fortis , &
ne
détournaffent ceux quifot
encore dans
l'aveuglement
de prefter l'oreille aux veritez
qu'on leur prefche , fur ce
qui fut remontré que dans
plufieurs lieux où l'exercice
de la Religion Prétenduë Reformée
eftoit interdit , & les
Temples démolis , les Miniftres
qui y avoient efté établis
GALANT. 61
3
y faifoient encore leur de
meure, & que fi quelques uns
en fortoient pour aller ailleurs
exercer leur Miniftere , d'autres
eſtoient envoyez à
leur place par des ordres fecrets
des Confiftoires voiſins,
afin d'y continuer furtivement
l'exercice de cette Religion
, le Roy voulant empefcher
la continuation de
cét abus , fit de tres - expreffes
défenfes par Arreſt de fon
Confeil d'Etat du 13. Juillet
+ 1682. & du 17. May 1683. à tous
Miniftres & Propofans de refter
ou de venir s'habituer à
S
62 MERCURE
l'avenir dans les lieux où l'exercice
eftoit interdit , & à
tous ceux qui y avoient efté
Miniftres ou Propofans , de
faire leur demeure plus prés
de ces endroits que de fix
lieuës, fous quelque prétexte
que ce fuft Mais comme ces
deux Arrefts n'avoient elté
donnez que pour les lieux où
l'exercice
de la Religion
Prétendue
Reformée
eftoit
in .
terdit définitivement
, & qu'il
a encore
ceffé
en plufieurs
endroits
, foit en confequence
de Decrets
décernez
contre
quelques
Miniftres
pour
し
GALANT. 63
né le
des contraventions commifes
aux Edits & Déclarations du
Roy , ou en vertu des Juge-
: mens rendus par les premiers
Juges, Sa Majefté par fon Arreft
du Confeil d'Etat don-
30. Avril dernier , a or
donné que les Miniftres & Pro-
= pofans , qui fe trouveront dans
les lieux où l'exercice public de la
Religion Prétenduë Reformée aura
ceffé à l'occafion des Procez
meus , pour raifon de ces contraventions
commifes , feront tenus
de s'en éloigner au moins de trois
lieuës , avec défenfes de faire leur
demeure plusprés de ces lieux
S
1
que
64 MERCURE
de cette diſtance , jufqu'à ce qu'il
en ait efté autrement ordonné définitivement
par les Fuges à qui la
connoiffance defdites contraven
tions appartient.
une partie du fruit que l'E60
MERCURE
glife tire de tous ces heureux
progrez de laReligion Catholique
, fi l'on n'empefchoit par
toutes fortes de juftes moyens
que les Ennemis de la Foy ne
fiffent retomber dans leurs erreurs
ceux qui en font fortis , &
ne
détournaffent ceux quifot
encore dans
l'aveuglement
de prefter l'oreille aux veritez
qu'on leur prefche , fur ce
qui fut remontré que dans
plufieurs lieux où l'exercice
de la Religion Prétenduë Reformée
eftoit interdit , & les
Temples démolis , les Miniftres
qui y avoient efté établis
GALANT. 61
3
y faifoient encore leur de
meure, & que fi quelques uns
en fortoient pour aller ailleurs
exercer leur Miniftere , d'autres
eſtoient envoyez à
leur place par des ordres fecrets
des Confiftoires voiſins,
afin d'y continuer furtivement
l'exercice de cette Religion
, le Roy voulant empefcher
la continuation de
cét abus , fit de tres - expreffes
défenfes par Arreſt de fon
Confeil d'Etat du 13. Juillet
+ 1682. & du 17. May 1683. à tous
Miniftres & Propofans de refter
ou de venir s'habituer à
S
62 MERCURE
l'avenir dans les lieux où l'exercice
eftoit interdit , & à
tous ceux qui y avoient efté
Miniftres ou Propofans , de
faire leur demeure plus prés
de ces endroits que de fix
lieuës, fous quelque prétexte
que ce fuft Mais comme ces
deux Arrefts n'avoient elté
donnez que pour les lieux où
l'exercice
de la Religion
Prétendue
Reformée
eftoit
in .
terdit définitivement
, & qu'il
a encore
ceffé
en plufieurs
endroits
, foit en confequence
de Decrets
décernez
contre
quelques
Miniftres
pour
し
GALANT. 63
né le
des contraventions commifes
aux Edits & Déclarations du
Roy , ou en vertu des Juge-
: mens rendus par les premiers
Juges, Sa Majefté par fon Arreft
du Confeil d'Etat don-
30. Avril dernier , a or
donné que les Miniftres & Pro-
= pofans , qui fe trouveront dans
les lieux où l'exercice public de la
Religion Prétenduë Reformée aura
ceffé à l'occafion des Procez
meus , pour raifon de ces contraventions
commifes , feront tenus
de s'en éloigner au moins de trois
lieuës , avec défenfes de faire leur
demeure plusprés de ces lieux
S
1
que
64 MERCURE
de cette diſtance , jufqu'à ce qu'il
en ait efté autrement ordonné définitivement
par les Fuges à qui la
connoiffance defdites contraven
tions appartient.
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Résumé : Arrest du Conseil d'Estat. [titre d'après la table]
Le roi a pris diverses mesures pour empêcher la persistance de la religion réformée dans les régions où elle est interdite. Malgré les interdictions et la démolition des temples, certains ministres réformés continuaient d'exercer clandestinement. En réponse, le roi a émis des arrêts en juillet 1682 et mai 1683, interdisant aux ministres et prophètes de résider dans ces lieux ou à moins de six lieues de distance. Cependant, l'exercice de la religion réformée persistant dans certains endroits, le roi a publié un nouvel arrêt le 30 avril, ordonnant aux ministres et prophètes de s'éloigner d'au moins trois lieues des lieux où l'exercice public de la religion réformée avait cessé en raison de procédures judiciaires. Cette mesure reste en vigueur jusqu'à ce que les juges compétents décident autrement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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902
p. 64-66
Application du Roy pour le maintien du repos de l'Europe. [titre d'après la table]
Début :
Le Roy ne s'applique pas seulement à tout ce qui peut [...]
Mots clefs :
Sujets, Roi, Paix, Europe, Cour d'Espagne, Chrétienté, Ministre, Actions publiques, Monarque, Panégyrique
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texteReconnaissance textuelle : Application du Roy pour le maintien du repos de l'Europe. [titre d'après la table]
Le Roy ne s'applique pas
feulement à tout ce qui peut
fervir au falut des ames de fes
Sujets ; il travaille encore à
tout ce qui peut leur procurer
le repos pendant leur vie .
& comme il dépend fur tout
de l'affermiffement de la paix
qu'il a donnée à l'Europe , ce
grand Prince n'oublie rien
de ce qu'il juge devoir y contribuer:
Cela fe conoift par les
I
GALANT. 65
foins qu'ila pris d'envoyer à la .
Cour d'Espagne , où par de
prudentes & fages raiſons
qu'il y a fait expliquer , il a
prévenu une guerre , dont la
T
Chrétienté ne pouvoit manquer
de fouffrir beaucoup
dans la fituation où font les
affaires. Les Miniftres qu'il
a en Hollande ont auffi agy
par ſes ordres , pour empef
cher que ce feu ne s'allumaft,
& par fa judicieuſe précaution
, l'Europe s'eft veuë
hors de la crainte ou elle:
1 eftoit , d'eftre expolée de
nouveau aux mefmes mal
I
Juin 1685.
F
66 MERCURE
heurs dont elle a gemy pendant
tant d'années . Il ne faut
pas s'étonner
aprés cela , fi
dans toutes les Actions publiques
, on a toûjours fait entrer
depuis quelque temps un
Panégyrique
de ce grand
Monarque
, ou plûtoft fi fon
Eloge en a fait tout le fujet.
feulement à tout ce qui peut
fervir au falut des ames de fes
Sujets ; il travaille encore à
tout ce qui peut leur procurer
le repos pendant leur vie .
& comme il dépend fur tout
de l'affermiffement de la paix
qu'il a donnée à l'Europe , ce
grand Prince n'oublie rien
de ce qu'il juge devoir y contribuer:
Cela fe conoift par les
I
GALANT. 65
foins qu'ila pris d'envoyer à la .
Cour d'Espagne , où par de
prudentes & fages raiſons
qu'il y a fait expliquer , il a
prévenu une guerre , dont la
T
Chrétienté ne pouvoit manquer
de fouffrir beaucoup
dans la fituation où font les
affaires. Les Miniftres qu'il
a en Hollande ont auffi agy
par ſes ordres , pour empef
cher que ce feu ne s'allumaft,
& par fa judicieuſe précaution
, l'Europe s'eft veuë
hors de la crainte ou elle:
1 eftoit , d'eftre expolée de
nouveau aux mefmes mal
I
Juin 1685.
F
66 MERCURE
heurs dont elle a gemy pendant
tant d'années . Il ne faut
pas s'étonner
aprés cela , fi
dans toutes les Actions publiques
, on a toûjours fait entrer
depuis quelque temps un
Panégyrique
de ce grand
Monarque
, ou plûtoft fi fon
Eloge en a fait tout le fujet.
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Résumé : Application du Roy pour le maintien du repos de l'Europe. [titre d'après la table]
En juin 1685, le roi s'efforce d'assurer le bien-être spirituel et temporel de ses sujets. Il œuvre tant pour leur salut éternel que pour leur prospérité terrestre. La paix en Europe est une priorité, et le roi prend des initiatives pour la préserver. Il envoie des émissaires à la cour d'Espagne pour éviter une guerre, épargnant ainsi des souffrances à la Chrétienté. De plus, ses ministres en Hollande interviennent pour prévenir un conflit, protégeant l'Europe de nouveaux désastres. Ces actions diplomatiques sont fréquemment saluées dans les discours publics et les panégyriques.
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903
p. 66-67
Eloges du Roy, dans les discours publics. [titre d'après la table]
Début :
Ce fut dans une pareille occasion que Mr le Procureur [...]
Mots clefs :
Procureur général, Discours, Sa Majesté, Charme, Louanges infinies, Mérite
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texteReconnaissance textuelle : Eloges du Roy, dans les discours publics. [titre d'après la table]
Ce fut dans une pareille
occafion
que M' le Procureur
Genéral en faifant la derniere
Mercuriale , fit un excellent
Difcours à l'avantage
de Sa Majesté. Tous fes Auditeurs
en furent charmez , &
on demeura
d'accord tout
GALANT. 67
J
1
1
d'une voix qu'on n'avoit ja
mais entendu rien de plus
beau fur cette matiere . Si tout
ce que le Roy a fait de grand
ne meritoit pas des loüanges
infinies , Mile Procureur Genéral
que la verité feule fait
parler , s'attacheroit aux fujets
naturels des Difcours pu
blics aufquels fa Charge l'engage
, & ne les répliroit point
d'éloges qu'un Homme de
fon Caractere , de fa probité,
& de fon merite , ne doit don
ner que tres-juftement .
occafion
que M' le Procureur
Genéral en faifant la derniere
Mercuriale , fit un excellent
Difcours à l'avantage
de Sa Majesté. Tous fes Auditeurs
en furent charmez , &
on demeura
d'accord tout
GALANT. 67
J
1
1
d'une voix qu'on n'avoit ja
mais entendu rien de plus
beau fur cette matiere . Si tout
ce que le Roy a fait de grand
ne meritoit pas des loüanges
infinies , Mile Procureur Genéral
que la verité feule fait
parler , s'attacheroit aux fujets
naturels des Difcours pu
blics aufquels fa Charge l'engage
, & ne les répliroit point
d'éloges qu'un Homme de
fon Caractere , de fa probité,
& de fon merite , ne doit don
ner que tres-juftement .
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Résumé : Eloges du Roy, dans les discours publics. [titre d'après la table]
Le Procureur Général a prononcé un discours excellent, louant les mérites du Roi. Sa voix exceptionnelle captiva l'audience. Il souligna les grandes actions royales dignes de louanges infinies. Il s'engagea à traiter des sujets appropriés, évitant les éloges excessifs. Il affirma que seuls les hommes de caractère, de probité et de mérite peuvent distribuer des éloges justifiés.
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904
p. 67-69
Zelle de Messieurs de Ville de Grenoble, pour ériger une Statuë du Roy dans la principale de leurs Places publiques. [titre d'après la table]
Début :
Lors que les Particuliers font éclater le zele qu'ils ont [...]
Mots clefs :
Zèle, Monarque, Panégyriques , Gloire, Assemblée, Vérité, Acclamations, Prince, Grandeur, Statues
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texteReconnaissance textuelle : Zelle de Messieurs de Ville de Grenoble, pour ériger une Statuë du Roy dans la principale de leurs Places publiques. [titre d'après la table]
Lors que les Particuliers
font éclater le zele qu'ils ont
Fij
68 MERCURE
pour ce grand Monarque, par
les Panégyriques publics.
qu'ils prononcent à fa gloiré
dans les plus auguftes Affemblées
où préfide la Juſtice,
& dans les Chaires où l'on ne
doit dire que la verité , les
Peuples entiers qui ne fe contentent
pas de marquer par
leurs acclamations
& par
leurs voeux ce qu'ils fentent
pour un Prince fi digne de
leur admiration , veulent encore
y ajoûter des Statues qui
inftruiſent la pofterité du ref
pect & de l'amour que fa grádeur
leur infpire. C'est à quoy
GALANT. 69
la Ville de Grenoble donne
prefentemet tous les foins.Ses
Echevins ont efté chargez de
fupplier tres - humblement Sa
Majefté , de vouloir bien leur
permettre
d'élever dans la
principale de leurs Places publiques
, une Statuë qui la re-
1
prefente , & le Roy agréant
leur zele a eu la bonté d'y confentir.
font éclater le zele qu'ils ont
Fij
68 MERCURE
pour ce grand Monarque, par
les Panégyriques publics.
qu'ils prononcent à fa gloiré
dans les plus auguftes Affemblées
où préfide la Juſtice,
& dans les Chaires où l'on ne
doit dire que la verité , les
Peuples entiers qui ne fe contentent
pas de marquer par
leurs acclamations
& par
leurs voeux ce qu'ils fentent
pour un Prince fi digne de
leur admiration , veulent encore
y ajoûter des Statues qui
inftruiſent la pofterité du ref
pect & de l'amour que fa grádeur
leur infpire. C'est à quoy
GALANT. 69
la Ville de Grenoble donne
prefentemet tous les foins.Ses
Echevins ont efté chargez de
fupplier tres - humblement Sa
Majefté , de vouloir bien leur
permettre
d'élever dans la
principale de leurs Places publiques
, une Statuë qui la re-
1
prefente , & le Roy agréant
leur zele a eu la bonté d'y confentir.
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Résumé : Zelle de Messieurs de Ville de Grenoble, pour ériger une Statuë du Roy dans la principale de leurs Places publiques. [titre d'après la table]
Les populations expriment leur enthousiasme pour un grand monarque via des panégyriques et des acclamations. Elles souhaitent ériger des statues pour témoigner de leur respect. À Grenoble, les échevins demandent au roi la permission de construire une statue dans la principale place publique. Le roi accepte, approuvant ainsi l'ardeur des habitants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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905
p. 89-98
Ceremonies magnifiques faites dans la Ville de Luxembourg. [titre d'après la table]
Début :
Ce qui s'est fait le 20 du dernier mois à Luxembourg [...]
Mots clefs :
Luxembourg, Siège, Guerre, Monarque, Procession, Chapelle, Christianisme, Rois de France, Devise, Victoire, Vertus, Nymphes, Protection, Villes, Ordre religieux , Statue
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texteReconnaissance textuelle : Ceremonies magnifiques faites dans la Ville de Luxembourg. [titre d'après la table]
Ce qui s'eft fait le zo. du
Juin 1685.
H
90 MERCURE
dernier mois à Luxembourg
vous furprendra d'autant plus,
qu'il vous paroiftra que cette
Ville quoy qu'elle ait efté
foudroyée dans le dernier
Siege qu'elle a fouffert , eſt
en auffi bon état & auffi
tranquille & floriffante que ſi
ellen'avoit point eu de Guerre
depuis un Siecle. Mais quels
defordres ne reparent pas
de temps les liberali-
>
en
peu
tez de noftre
augufte
Monarque
? Il s'agiffoit
d'une
folemnelle
Proceffion
, dans
laquelle
l'Image
miraculeufe
de Noftre
- Dame
de ConfoGALANT.
91
lation , Patronne du Duché.
de Luxembourg & Comté de
Chiny , devoit eftre reportée
de la Capitale de la Province:
en fa Chapelle. Vous n'au
rez pas de peine à eftre perfuadée
du bon ordre ou cette :
Chapelle eft prefentement,
Ipuis que le Roy , toûjours .
plein de zele pour les chofes
Saintes,a donné un fond pourla
reparer. La Proceffion étant
réfolue , & les Jefuites qui
avoient difpofé leurs Ecoliers .
ày paroiftre avec tout l'éclat
poffible , ayant choifi pour la
faire le jour que je viens de
Hijs
92 MERCURE
vous marquer. Elle commença
à fortir de leur Eglife
fur les deux heures aprés
midy. L'ouverture s'en fit
par les Genies de l'Eglife , de
la France , & du Luxembourg,
accompagnez de celuy du
Chriftianifme , chacun avec
fon infcription. Il y eut une
marche des Roys de France
les plus affectionnez à la Vierge
, tels que Clovis , Dagobert
, Charlemagne , Robert,
Philippe Augufte , S. Loüis ,
Thilippe de Valois , Charle V.
Louis XI. François I. Charles
IX . Henry III. Cette marche
GALANT. 93
fue fuivie de deux magnifi
quesChars ,l'un deLouis XIII .
offrant fa Perfonne & fon
Royaume à la Vierge , & l'au
tre de Louis le Grand con
firmant ce mefme hommage .
Sur le haut de chaque Char
qui eftoit conduit par un Genie
, on voyoit une Devife
marquant le zele & la pieté
de ces deux Princes . La
Renommée tenoit fa place
dans cette folemnité. Elle
eftoit accompagnée de la
Religion , de la Verité, & de
la Gloire . La Victoire & les
Vertus chargées de Palmes,
94 MERCURE
& couronnées de Lauriers,
y repreſentoient en plufieurs
Tableaux divers avantages
qu'à tiré l'Eglife des grandes.
actions de Sa Majefté. La
Joye , la Force , l'Abondance
, & la Santé , qui font des
biens qu'obtiennent ordinai-
·rement ceux qui honorent
la Vierge , marchoient à la
tefte des Villes du Luxembourg
, pour
que ces agréables Nymphes
leur avoient perfuadé de reclamer
fa protection . Ces
Villes eftoient
Thionville,
faire connoiftre
!
1
GALANT. 95
Arlon .
Baftoigne.
Chiny.
Diekirch .
Epternach.
Hofalife .
Marville.
Neurbourg.
La Roche .
Vianden .
Montmedy.
M Marche .
- Bitbourg.
Damvillers .
Durbuit.
Greveren- Macheren.
Ivois.
96 MERCURE
Neufchafteau .
Remich.
Saint Vitt.
Virton.
La Province de Luxem
bourg fuivoit fur fon Char, qui
eftoit conduit par deux Genies
. Elle montroit d'un côté
la Paix , l'Abondance & les
beaux Arts , & de l'autre Mars
& Bellone dans les Chaînes.
La Congregation des jeunes
Hommes , & celle des Bourgeois
mariez , chacune fous
fon Etendard , & les Corps
des Métiers marchoient immediatement
aprés ce troifiéme
GÁLANT. 97
fiéme Char. On vit enfuite
les Ordres Religieux & le
Clergé , au milieu duquel les
Jéfuites portoient la Statuë de
1 Noftre- Dame de Confolation.
Ils eftoient fuivis des
Magiftrars , & de Meffieurs
du Confeil du Roy. M le
Marquis de Lambert Gouverneur
de la Place , ayant
avec luy les principaux Officiers
, accompagna la Proceffion.
Elle rencontra pendant
fa marche divers Theatres
.dreffez dans la Ville . De
pieux Spectacles l'arrefterent
chacun. 0 On fit voir fur le
Juin 1685 .
I
98 MERCURE
premier avec quel zele le Roy
avoit donné ordre que l'on
reparaft la Chapelle de Nôtre-
Dame de Confolation . Le
fecond Theatre fit paroiftre
Mars commandant à fes
Guerriers, & à Vulcain, Bronte
, Sterope , Pyracmon , &
autres , de prendre garde de
ne plus faire d'infulte à cette
Chapelle , & fur le troifiéme
Cerés , Flore , Pomone , les
Naïades , & autres Nimphes,
fe réjouirent du retour de
Noftre Dame de Confolation
à la Campagne
.
Juin 1685.
H
90 MERCURE
dernier mois à Luxembourg
vous furprendra d'autant plus,
qu'il vous paroiftra que cette
Ville quoy qu'elle ait efté
foudroyée dans le dernier
Siege qu'elle a fouffert , eſt
en auffi bon état & auffi
tranquille & floriffante que ſi
ellen'avoit point eu de Guerre
depuis un Siecle. Mais quels
defordres ne reparent pas
de temps les liberali-
>
en
peu
tez de noftre
augufte
Monarque
? Il s'agiffoit
d'une
folemnelle
Proceffion
, dans
laquelle
l'Image
miraculeufe
de Noftre
- Dame
de ConfoGALANT.
91
lation , Patronne du Duché.
de Luxembourg & Comté de
Chiny , devoit eftre reportée
de la Capitale de la Province:
en fa Chapelle. Vous n'au
rez pas de peine à eftre perfuadée
du bon ordre ou cette :
Chapelle eft prefentement,
Ipuis que le Roy , toûjours .
plein de zele pour les chofes
Saintes,a donné un fond pourla
reparer. La Proceffion étant
réfolue , & les Jefuites qui
avoient difpofé leurs Ecoliers .
ày paroiftre avec tout l'éclat
poffible , ayant choifi pour la
faire le jour que je viens de
Hijs
92 MERCURE
vous marquer. Elle commença
à fortir de leur Eglife
fur les deux heures aprés
midy. L'ouverture s'en fit
par les Genies de l'Eglife , de
la France , & du Luxembourg,
accompagnez de celuy du
Chriftianifme , chacun avec
fon infcription. Il y eut une
marche des Roys de France
les plus affectionnez à la Vierge
, tels que Clovis , Dagobert
, Charlemagne , Robert,
Philippe Augufte , S. Loüis ,
Thilippe de Valois , Charle V.
Louis XI. François I. Charles
IX . Henry III. Cette marche
GALANT. 93
fue fuivie de deux magnifi
quesChars ,l'un deLouis XIII .
offrant fa Perfonne & fon
Royaume à la Vierge , & l'au
tre de Louis le Grand con
firmant ce mefme hommage .
Sur le haut de chaque Char
qui eftoit conduit par un Genie
, on voyoit une Devife
marquant le zele & la pieté
de ces deux Princes . La
Renommée tenoit fa place
dans cette folemnité. Elle
eftoit accompagnée de la
Religion , de la Verité, & de
la Gloire . La Victoire & les
Vertus chargées de Palmes,
94 MERCURE
& couronnées de Lauriers,
y repreſentoient en plufieurs
Tableaux divers avantages
qu'à tiré l'Eglife des grandes.
actions de Sa Majefté. La
Joye , la Force , l'Abondance
, & la Santé , qui font des
biens qu'obtiennent ordinai-
·rement ceux qui honorent
la Vierge , marchoient à la
tefte des Villes du Luxembourg
, pour
que ces agréables Nymphes
leur avoient perfuadé de reclamer
fa protection . Ces
Villes eftoient
Thionville,
faire connoiftre
!
1
GALANT. 95
Arlon .
Baftoigne.
Chiny.
Diekirch .
Epternach.
Hofalife .
Marville.
Neurbourg.
La Roche .
Vianden .
Montmedy.
M Marche .
- Bitbourg.
Damvillers .
Durbuit.
Greveren- Macheren.
Ivois.
96 MERCURE
Neufchafteau .
Remich.
Saint Vitt.
Virton.
La Province de Luxem
bourg fuivoit fur fon Char, qui
eftoit conduit par deux Genies
. Elle montroit d'un côté
la Paix , l'Abondance & les
beaux Arts , & de l'autre Mars
& Bellone dans les Chaînes.
La Congregation des jeunes
Hommes , & celle des Bourgeois
mariez , chacune fous
fon Etendard , & les Corps
des Métiers marchoient immediatement
aprés ce troifiéme
GÁLANT. 97
fiéme Char. On vit enfuite
les Ordres Religieux & le
Clergé , au milieu duquel les
Jéfuites portoient la Statuë de
1 Noftre- Dame de Confolation.
Ils eftoient fuivis des
Magiftrars , & de Meffieurs
du Confeil du Roy. M le
Marquis de Lambert Gouverneur
de la Place , ayant
avec luy les principaux Officiers
, accompagna la Proceffion.
Elle rencontra pendant
fa marche divers Theatres
.dreffez dans la Ville . De
pieux Spectacles l'arrefterent
chacun. 0 On fit voir fur le
Juin 1685 .
I
98 MERCURE
premier avec quel zele le Roy
avoit donné ordre que l'on
reparaft la Chapelle de Nôtre-
Dame de Confolation . Le
fecond Theatre fit paroiftre
Mars commandant à fes
Guerriers, & à Vulcain, Bronte
, Sterope , Pyracmon , &
autres , de prendre garde de
ne plus faire d'infulte à cette
Chapelle , & fur le troifiéme
Cerés , Flore , Pomone , les
Naïades , & autres Nimphes,
fe réjouirent du retour de
Noftre Dame de Confolation
à la Campagne
.
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Résumé : Ceremonies magnifiques faites dans la Ville de Luxembourg. [titre d'après la table]
Le 20 juin 1685, une procession solennelle a eu lieu à Luxembourg malgré les destructions causées par le dernier siège. La ville apparaissait prospère et paisible grâce aux bienfaits du monarque. Cette procession célébrait le retour de l'image miraculeuse de Notre-Dame de Consolation, patronne du Duché de Luxembourg et du Comté de Chiny, vers sa chapelle, récemment réparée grâce au financement du roi. Organisée par les Jésuites, la procession a débuté à deux heures de l'après-midi et comprenait diverses représentations symboliques. Elle a commencé avec les génies de l'Église, de la France et du Luxembourg, accompagnés du génie du Christianisme. Une marche des rois de France dévots à la Vierge a suivi, incluant des figures telles que Clovis, Charlemagne et Louis XIV. Deux chars magnifiques représentaient Louis XIII et Louis XIV offrant leurs personnes et royaumes à la Vierge. La Renommée, accompagnée de la Religion, de la Vérité, de la Gloire, ainsi que la Victoire et les Vertus, ont été mises en scène. Les villes du Luxembourg, comme Thionville, Arlon et Vianden, ont participé en réclamant la protection de la Vierge. La procession a également inclus des ordres religieux, le clergé, les magistrats et les officiers, sous la direction du Marquis de Lambert, gouverneur de la place. Divers théâtres et spectacles pieux ont marqué la procession, illustrant le zèle royal pour la réparation de la chapelle et la protection divine contre les attaques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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906
p. 98-107
Autres faites à Soissons. [titre d'après la table]
Début :
Dans le mesme temps, c'est à dire le 13. du mesme mois [...]
Mots clefs :
Soissons, Procession, Translation de reliques, Saints, Église, Cathédrale, Chapitres, Chanoines, Ennemis de la foi, Habits pontificaux, Abbaye, Panégyrique, Martyre, Erreur calviniste, Amour, Obstination, Bénédiction, Cérémonie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autres faites à Soissons. [titre d'après la table]
Dans le mefme temps,
GALANT. 99
c'eſt à dire le 13. du meſme
mois on fit à Soiffons une autre
Proceffion fort folemnelle
pour la Tranſlation des Reliques
de Saint Gervais & de
Saint Prothais, Patrons de l'Eglife
Cathedrale , apportées
de la Ville de Briffac , oùleurs
Corps font confervez depuis
plufieurs Siecles. Elles font
des plus anciennes que l'Eglife
honore , l'Invention en
ayant efté revelée à Saint Ambroife
, comme le
comme le rapporte
Saint Auguftin . Tous les
Chapitres , Communautez,
Ordres , & Paroiffes de la Vil-
:-
I ij
100 MERCURE
le affifterent à cette Procef
fion
, ainfi que les Corps du
Préfidial , de l'Election , de la
Maréchauffée , & autres. A
la tefte marchoit la Compagnie
des Arquebufiers , l'une
des plus leftes & des plus
nombreuſes du Royaume.
La Chaffe dans laquelle font
ces préticufes Reliques , fur
portée depuis l'Eglife de Saint
Crefpin le Grand , juſqu'à la
Cathedrale , qui en eſt éloi- -
gné d'un grand quartde lieuë,
par deux Chanoines, accompagnez
de douze Diacres
ayant des Palmes en leurs
GALANT. 101
I
il
y
mains , pour marque de la vi-
&toire que ces SS . ont rempor
tée fur les Ennemis de la Foy
M' l'Evefque de Soiffons
marchoit enfuite revétu de
fes Habits Pontificaux . Depuis
l'Eglife de Saint Crefpin ,
jufques à la Cathedrale , il
avoit cinq Repofoirs , ornez
de differentes manicres . Celuy
de l'Eglife de l'Abbaye
Noftre- Dame , fait par l'ordre
de Madame de la Rochefou
cault qui en eft Abbeffe ,eftoir
le plus riche. Cette Dame accompagnée
de Madame l'Abbeffe
de Saint Sauveur fa
I iij
102 MERCURE
Soeur , & de Madame de Mars
fillac Coadjutrice de cette
derniere , parut à la tefte de fa
Communauté , qui chanta
Is Répons & les Hymnes ordinaires
en de pareilles occafions
, avec une mélodie merveilleufe
, fi toit qu'on y eut
pofé la Chaffe . Elle fut portée
enfuite dans la Nef de la Cathédrale
, & miſe fur un Repofoir
paré d'un nombre infi
finy de Bijoux & de Fleurs.
M' l'Evefque de Soiffons
monta en Chaire dans le mef
me temps , & dans le Panégyrique
qu'il fit de ces Saints ,
GALANT. 103
avec l'éloquence qui luy eft fi
naturelle , il n'oublia , rien de
ce qui pouvoit relever le més
rite du Martyre qu'ils ont
fouffert par la fureur des Idolatres
du Siècle où ils ont vés
cu. Il prit de là occafion de
rendre graces au Ciel , d'avoir
fair naiſtre un Monarque
dont le courage invincible,
& la pureté de la Religion
avoient fi glorieuſement dif
fipé l'erreur des Calviniftes,
Il ajoûta que ce Prince qui
eft l'admiration de toute la
Terre , & l'amour de fes
Sujets avoit efté heureu
7
I iiij
104 MERCURE
fement fervy dans cer
te entreprise par les grands
talens & les forts railonnemens
de M' l'Evefque de
Meaux , dont le bel ouvrage
a prefque achevé la convid
ction de ces Obftinezi M
Boffuet , Frere de M " de
Meaux , qui eft depuis quel
ques jours Intendant de la
Province avec une approba
tion genérale , eftoit prefent
à cette Céremonie . Elle finic
par le Te Deum que M' l'Evef
que de Soiffons entonna , &
qui fut chanté par la Mufi
que ordinaire , au bruit des
GALANT. 105
4
Cloches , des Fifres & des
Tambours Les Reliques
e furent expofées dans le
Choeur jufqu'au Dimanche
fuivant 20. du mefme mois,
jour de l'Octave de cette
folemnité s qui fur fuivie
de la Benédiction de Madame
de Bourlon Abbeffe
P
J
1 de la Barre , faite par le
mefme Prélat fon Frere. C'eft
une Dame qui gouverne fa
Communauté avec toute la
douceur , & toute la fageffe
imaginable. Mefdamies de la
Rochefoucault ,, l'une Abi
beſſerodes noftre Dame de
106 MERCURE
Soiffons , & l'autre de Saint
Sauveur d'Evreux , eftdient .
les Abbeffes affiftantes . Cest
deux Soeurs font d'un mérite
extraordinaire , & l'on peut
dire que quoy qu'elles foient
d'une tres-grande naiffance,
cét avantage eft le moindre
de tous ceux qu'elles poffe.
dent. Aprés la Ceremonie,
M de Soiffons régala magnifiquement
dans fon Palais
Epifcopal , toutes les Dames
Abbeffes & leurs Religieuſes
, M. Boffuet Intendant de
la Province , MT du Chapitrei
de Saint Gervais , & tous les
GALANT. 107
Chefs des Corps & Compagnies
de la Ville.
GALANT. 99
c'eſt à dire le 13. du meſme
mois on fit à Soiffons une autre
Proceffion fort folemnelle
pour la Tranſlation des Reliques
de Saint Gervais & de
Saint Prothais, Patrons de l'Eglife
Cathedrale , apportées
de la Ville de Briffac , oùleurs
Corps font confervez depuis
plufieurs Siecles. Elles font
des plus anciennes que l'Eglife
honore , l'Invention en
ayant efté revelée à Saint Ambroife
, comme le
comme le rapporte
Saint Auguftin . Tous les
Chapitres , Communautez,
Ordres , & Paroiffes de la Vil-
:-
I ij
100 MERCURE
le affifterent à cette Procef
fion
, ainfi que les Corps du
Préfidial , de l'Election , de la
Maréchauffée , & autres. A
la tefte marchoit la Compagnie
des Arquebufiers , l'une
des plus leftes & des plus
nombreuſes du Royaume.
La Chaffe dans laquelle font
ces préticufes Reliques , fur
portée depuis l'Eglife de Saint
Crefpin le Grand , juſqu'à la
Cathedrale , qui en eſt éloi- -
gné d'un grand quartde lieuë,
par deux Chanoines, accompagnez
de douze Diacres
ayant des Palmes en leurs
GALANT. 101
I
il
y
mains , pour marque de la vi-
&toire que ces SS . ont rempor
tée fur les Ennemis de la Foy
M' l'Evefque de Soiffons
marchoit enfuite revétu de
fes Habits Pontificaux . Depuis
l'Eglife de Saint Crefpin ,
jufques à la Cathedrale , il
avoit cinq Repofoirs , ornez
de differentes manicres . Celuy
de l'Eglife de l'Abbaye
Noftre- Dame , fait par l'ordre
de Madame de la Rochefou
cault qui en eft Abbeffe ,eftoir
le plus riche. Cette Dame accompagnée
de Madame l'Abbeffe
de Saint Sauveur fa
I iij
102 MERCURE
Soeur , & de Madame de Mars
fillac Coadjutrice de cette
derniere , parut à la tefte de fa
Communauté , qui chanta
Is Répons & les Hymnes ordinaires
en de pareilles occafions
, avec une mélodie merveilleufe
, fi toit qu'on y eut
pofé la Chaffe . Elle fut portée
enfuite dans la Nef de la Cathédrale
, & miſe fur un Repofoir
paré d'un nombre infi
finy de Bijoux & de Fleurs.
M' l'Evefque de Soiffons
monta en Chaire dans le mef
me temps , & dans le Panégyrique
qu'il fit de ces Saints ,
GALANT. 103
avec l'éloquence qui luy eft fi
naturelle , il n'oublia , rien de
ce qui pouvoit relever le més
rite du Martyre qu'ils ont
fouffert par la fureur des Idolatres
du Siècle où ils ont vés
cu. Il prit de là occafion de
rendre graces au Ciel , d'avoir
fair naiſtre un Monarque
dont le courage invincible,
& la pureté de la Religion
avoient fi glorieuſement dif
fipé l'erreur des Calviniftes,
Il ajoûta que ce Prince qui
eft l'admiration de toute la
Terre , & l'amour de fes
Sujets avoit efté heureu
7
I iiij
104 MERCURE
fement fervy dans cer
te entreprise par les grands
talens & les forts railonnemens
de M' l'Evefque de
Meaux , dont le bel ouvrage
a prefque achevé la convid
ction de ces Obftinezi M
Boffuet , Frere de M " de
Meaux , qui eft depuis quel
ques jours Intendant de la
Province avec une approba
tion genérale , eftoit prefent
à cette Céremonie . Elle finic
par le Te Deum que M' l'Evef
que de Soiffons entonna , &
qui fut chanté par la Mufi
que ordinaire , au bruit des
GALANT. 105
4
Cloches , des Fifres & des
Tambours Les Reliques
e furent expofées dans le
Choeur jufqu'au Dimanche
fuivant 20. du mefme mois,
jour de l'Octave de cette
folemnité s qui fur fuivie
de la Benédiction de Madame
de Bourlon Abbeffe
P
J
1 de la Barre , faite par le
mefme Prélat fon Frere. C'eft
une Dame qui gouverne fa
Communauté avec toute la
douceur , & toute la fageffe
imaginable. Mefdamies de la
Rochefoucault ,, l'une Abi
beſſerodes noftre Dame de
106 MERCURE
Soiffons , & l'autre de Saint
Sauveur d'Evreux , eftdient .
les Abbeffes affiftantes . Cest
deux Soeurs font d'un mérite
extraordinaire , & l'on peut
dire que quoy qu'elles foient
d'une tres-grande naiffance,
cét avantage eft le moindre
de tous ceux qu'elles poffe.
dent. Aprés la Ceremonie,
M de Soiffons régala magnifiquement
dans fon Palais
Epifcopal , toutes les Dames
Abbeffes & leurs Religieuſes
, M. Boffuet Intendant de
la Province , MT du Chapitrei
de Saint Gervais , & tous les
GALANT. 107
Chefs des Corps & Compagnies
de la Ville.
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Résumé : Autres faites à Soissons. [titre d'après la table]
Le 13 du même mois, une procession solennelle a eu lieu à Soissons pour la translation des reliques de Saint Gervais et Saint Prothais, patrons de la cathédrale. Ces reliques, parmi les plus anciennes honorées par l'Église, avaient été conservées à Brissac depuis plusieurs siècles. La procession a rassemblé divers chapitres, communautés, ordres et paroisses, ainsi que des représentants du présidial, de l'élection et de la maréchaussée. La châsse contenant les reliques a été portée depuis l'église Saint-Crepin-le-Grand jusqu'à la cathédrale, distante d'environ un quart de lieue, par deux chanoines accompagnés de douze diacres portant des palmes. L'évêque de Soissons, revêtu de ses habits pontificaux, a suivi la châsse. Cinq reposoirs ornés différemment étaient disposés le long du parcours, celui de l'église de l'abbaye Notre-Dame étant le plus riche, préparé par Madame de La Rochefoucauld, abbesse de cette abbaye. Madame de La Rochefoucauld, accompagnée de Madame l'abbesse de Saint-Sauveur et de Madame de Marsillac, coadjutrice, a dirigé sa communauté qui a chanté des répons et des hymnes. L'évêque a prononcé un panégyrique des saints, soulignant leur martyre et rendant grâce au ciel pour la naissance d'un monarque ayant vaincu l'erreur calviniste. Il a également mentionné les talents de l'évêque de Meaux et la présence de Bossuet, frère de l'évêque de Meaux et nouvel intendant de la province. La cérémonie s'est conclue par un Te Deum chanté par la musique ordinaire, accompagné de cloches, de fifres et de tambours. Les reliques ont été exposées dans le chœur jusqu'au dimanche suivant.
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907
p. 107-112
Autres faites à Paris par les Augustins Reformez établis au Fauxbourg Saint Germain. [titre d'après la table]
Début :
Les Augustins Réformez établis au Fauxbourg Saint Germain, ont aussi [...]
Mots clefs :
Augustins réformés, Procession, Vêpres, Vénération, Abbaye, Chasse, Te Deum, Éloge, Martyrs, Fêtes
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texteReconnaissance textuelle : Autres faites à Paris par les Augustins Reformez établis au Fauxbourg Saint Germain. [titre d'après la table]
Les Auguſtins Réformez
établis au Fauxbourg Saint
Germain , ont auffi commencé
par une Proceffion la So-
# lemnité de l'Octave qu'ils
ont faite cette année de Saint
Feliciffime. Ils firent cette ,
Proceffion à l'iffuë de Vef
pres le Dimanche 29. Avril,
avec une pompe digné de la
evenération , qu'on doit avoir
pour ce Saint dont ils ont le
* Corps entier dans une Chaffe
de trois pieds de long & def
deux de large. Quatre Reli-
1
..
108 MERCURE
gieux Preftres revétus d'Au
bes & de Dalmatiques
la
portoient. Ils avoienr à leurs
coftez la Compagnie des Gardes
de M' le Duc de Crequi
Gouverneur de Paris avec
leurs Officiers , & eftoient
environnez d'une Troupe de
petits Anges portant des
Flambeaux & des bandero
les . La Proceffion eftant arrivée
à l'Abbaye de Saint Germain
des Prez , le Prieur en
Chappe qui l'attendoit avec
fes Religieux à la Porte de
l'Eglife , harangua le Pere
Talon , Prieur des Auguftins,
GALANT. 1og
qui l'avoit premierement harangué
fur le fujet de cette
Sainte Relique , aprés quoy
il fit chanter le Te Deum. On
alla dans l'Eglife des Peres
de la Charité , qui fe trouverent
tous à la Porte poury recevoir
la Proceffion , ce qui
eftant fait , elle retourna à
l'Eglife des Peres Auguſtins,
où la Chaffe fut posée ſur une
Table qui eftoit fur une Eſtrade
autour de laquelle il y
avoit une Baluftrade avec un
Eriche Dais au deffus. On
chanta le Te Deum , & pendant
ce temps les Religieux
To MERCURE
qui eftoient en deux Colomnes
au nombre de cent quatorze
vinrent deux à deux
>
baifer la Chaffe. Le Te Deum
achévé , M' le Curé de Saint
-Sulpice monta en Chaire , &
fit l'Eloge du Saint avec un
zele qui répondoit à ſa pieté.
La Chaffe demeura expofée
toute l'Octave , & beaucoup
de Perfonnes qui font venues
reclamer ce Saint , en ont receu
des foulagemens extraordinaires.
Les Peres Auguftins
Réformez du Faubourg
Saint Germain doiyent
ces préci.ufes Reliques
*
GALANT: III
J
à la pieufe liberalité de Ma
dame la Ducheffe de Crequi.
Elle les tenoit de Madame la
Ducheffe de Bracciane , qui
les luy donna le 10. Decembre
1682. & à laquelle M' le
Cardinal Porto Carrero les
avoit données . Il les avoit
receués de M' le Cardinal
Carpégna pour lequel le
Corps de Saint Feliciffime
: avoit efté tiré du Cimetiere
de Prétextat par ordre de
Clement X. avec pouvoir de
le garder , ou de le donner à
quelque autre , comme il le
jugeroit à propos.Ce Saint eſt
112 MERCURE
celuy qui eftoit le Diacre de
Sixte II. Pape & Martyr , &
qui fouffrit le Martyre avec
luy & Saint Agapit, fon autre
Diacre,fous l'Empereur Valerien
. L'Eglife celebre la Fefte
de plufieurs autres Saints qui
ont porté le nom de Felicifime
, mais comme il n'y a que
le Diacre de Saint Sixte qui ait
eftéinhumé dans le Cimetiere
de Prétetxat
, on ne peut
sdouter que ce ne foit ce Mar.
tyr Illuftre , dont le Corps en
a efté tiré de nos jours.
établis au Fauxbourg Saint
Germain , ont auffi commencé
par une Proceffion la So-
# lemnité de l'Octave qu'ils
ont faite cette année de Saint
Feliciffime. Ils firent cette ,
Proceffion à l'iffuë de Vef
pres le Dimanche 29. Avril,
avec une pompe digné de la
evenération , qu'on doit avoir
pour ce Saint dont ils ont le
* Corps entier dans une Chaffe
de trois pieds de long & def
deux de large. Quatre Reli-
1
..
108 MERCURE
gieux Preftres revétus d'Au
bes & de Dalmatiques
la
portoient. Ils avoienr à leurs
coftez la Compagnie des Gardes
de M' le Duc de Crequi
Gouverneur de Paris avec
leurs Officiers , & eftoient
environnez d'une Troupe de
petits Anges portant des
Flambeaux & des bandero
les . La Proceffion eftant arrivée
à l'Abbaye de Saint Germain
des Prez , le Prieur en
Chappe qui l'attendoit avec
fes Religieux à la Porte de
l'Eglife , harangua le Pere
Talon , Prieur des Auguftins,
GALANT. 1og
qui l'avoit premierement harangué
fur le fujet de cette
Sainte Relique , aprés quoy
il fit chanter le Te Deum. On
alla dans l'Eglife des Peres
de la Charité , qui fe trouverent
tous à la Porte poury recevoir
la Proceffion , ce qui
eftant fait , elle retourna à
l'Eglife des Peres Auguſtins,
où la Chaffe fut posée ſur une
Table qui eftoit fur une Eſtrade
autour de laquelle il y
avoit une Baluftrade avec un
Eriche Dais au deffus. On
chanta le Te Deum , & pendant
ce temps les Religieux
To MERCURE
qui eftoient en deux Colomnes
au nombre de cent quatorze
vinrent deux à deux
>
baifer la Chaffe. Le Te Deum
achévé , M' le Curé de Saint
-Sulpice monta en Chaire , &
fit l'Eloge du Saint avec un
zele qui répondoit à ſa pieté.
La Chaffe demeura expofée
toute l'Octave , & beaucoup
de Perfonnes qui font venues
reclamer ce Saint , en ont receu
des foulagemens extraordinaires.
Les Peres Auguftins
Réformez du Faubourg
Saint Germain doiyent
ces préci.ufes Reliques
*
GALANT: III
J
à la pieufe liberalité de Ma
dame la Ducheffe de Crequi.
Elle les tenoit de Madame la
Ducheffe de Bracciane , qui
les luy donna le 10. Decembre
1682. & à laquelle M' le
Cardinal Porto Carrero les
avoit données . Il les avoit
receués de M' le Cardinal
Carpégna pour lequel le
Corps de Saint Feliciffime
: avoit efté tiré du Cimetiere
de Prétextat par ordre de
Clement X. avec pouvoir de
le garder , ou de le donner à
quelque autre , comme il le
jugeroit à propos.Ce Saint eſt
112 MERCURE
celuy qui eftoit le Diacre de
Sixte II. Pape & Martyr , &
qui fouffrit le Martyre avec
luy & Saint Agapit, fon autre
Diacre,fous l'Empereur Valerien
. L'Eglife celebre la Fefte
de plufieurs autres Saints qui
ont porté le nom de Felicifime
, mais comme il n'y a que
le Diacre de Saint Sixte qui ait
eftéinhumé dans le Cimetiere
de Prétetxat
, on ne peut
sdouter que ce ne foit ce Mar.
tyr Illuftre , dont le Corps en
a efté tiré de nos jours.
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Résumé : Autres faites à Paris par les Augustins Reformez établis au Fauxbourg Saint Germain. [titre d'après la table]
Le 29 avril, les Augustins Réformés du Faubourg Saint-Germain ont célébré la solennité de l'Octave de Saint Félicissime. Une procession, dirigée par quatre religieux portant une châsse contenant le corps du saint, s'est rendue à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, escortée par la Compagnie des Gardes du Duc de Créqui et des enfants portant des flambeaux et des bannières. À l'arrivée, le prieur de l'abbaye a adressé un discours au père Talon, prieur des Augustins, suivi du chant du Te Deum. La procession a ensuite rejoint l'église des Pères de la Charité avant de revenir à l'église des Pères Augustins, où cent quatorze religieux ont vénéré la châsse. Le curé de Saint-Sulpice a loué le saint. La châsse est restée exposée durant toute l'octave, attirant de nombreux fidèles espérant des miracles. Les reliques, offertes par la Duchesse de Créqui, provenaient de la Duchesse de Bracciano, qui les avait reçues du Cardinal Porto Carrero, lui-même les ayant obtenues du Cardinal Carpégna. Le corps de Saint Félicissime, diacre de Sixte II et martyr sous l'empereur Valérien, avait été exhumé du cimetière de Prétextat par ordre du pape Clément X.
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908
p. 112-120
Ceremonies observées à la Reception de Monsieur de Bullion, dans la Charge de Prevost de Paris. [titre d'après la table]
Début :
Mr le Marquis de Bullion, Fils de Mr de Bonnelles Commandeur [...]
Mots clefs :
Marquis, Ministre, Garde des sceaux, Promotion, Charges, Gouverneur, Éloge, Serment, Audience, Conseillers, Discours, Alliances, Palais
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ceremonies observées à la Reception de Monsieur de Bullion, dans la Charge de Prevost de Paris. [titre d'après la table]
M' le Marquis de Bullion
, Fils de M ' de Bon- >
GALANT. 113
nelles Commandeur des Ordres
du Roy , & petit Fils de
M' de Bullion Miniftre d'E
tat Préfident au Mortier,,
Garde des Sceaux des Ordres
de Sa Majefté , & Sur- Intendant
des Finances de France,
ayant efté pourveu par le
Roy de la Charge de Prevoft
de Paris , alla au Palais avec
fes Gardes le 22. du dernier
mois. Il eftoit fuivy du Prevoft
de l'ifle, & du Lieutenant
de Robe courte avec leurs
Exempts & Archers , & ac--
compagné de M le Comed
de Chaſtillon , de Mfle Com
K
Juin 1685
114 MERCURE
te de Nonan , Sous Lieute
nant des Gendarmes du Roy,
de M' le Marquis de la Tournelle
, Gouverneur de Marſal,
de M' le Marquis de Treynel,
de M' le Marquis de Farvaques
, Gouverneur des Provinces
du Maine , Perche , &
Comté de Laval, fon Frere , &
de plufieurs autres Perfonnes
de qualité. Il entra par la
grande Galerie , donna fon
Epée dans le Parquet des
Huiffiers
>
& eftant entré
dans la grande Chambre , il
prefenta fes Lettres de Proviion
à M' le Premier Préfi ,
GALANT. 115
par
le
dent , qui les fit lire
Greffier. M' Dorat quieftoit
ſon Rapporteur , fit dans fon
rapport l'Eloge de Mle Prevolt
& de fa Maiſon . Enfuite
M' de Bullion prefta le Serment,
aprés quoy on luyrendit
fon Epée, & on luy fit prendre
fa place au Banc des Sené
chaux & Baillifs du Royaume
dont il eft le premier.
Audience ,M' de Nefmond ,
quatrieme Préfident , & le
dernier de fervice à la Grand
Aprés
Chambre à qui cette commiffion
eft toujours donnée,
partis accompagné de : M
Kij
116 MERCURE
•
Godard & Fraguier , tous
deux Confeillers au Parlement
, pour aller l'inſtaler au
Chaftelet. Ils s'y rendirent
tous quatre dans le Caroffe de
M' de Bullion , accompagnez
des mefmes Gens à pied & à
Cheval , & trouverent à la
décente un des deux Lieute
nans Particuliers , avec les
Doyens des quatre Chambres.
Lors qu'ils furent dans
la Salle, de l'Audience , M le
Lieutenant Civil ſe leva, ainſi
que la Compagnie . Mle
Préfident de Nefmond prit
falplace fous le Dais , ayant
GALANT. 117
M's Godard & Fraguier de
l'un & de l'autre cofté, M le
Lieutenant Civil à fa droite,
mais fort éloigné , puis tous
les Confeillers du Chaftelet à
droite & à gauche . Mile Pre
yoft de Paris demeura fur les
degroz tefte nuë , vis-à - vis de
Mi le Préfident de Nefmond.
Alors M' Bignon Avocat du
Roy , fit un tres - beau Diſ
cours , par lequel il fit connoiftré
l'éminence de laChar
gede Prevolt, celuy qui en eft
pourveu eftant à la tefte de la
Nobleffe (de l'lfle de France,
Chef & Préfident du premier
118 MERCURE
Siege du Royaume. Il par
la de l'Illuftre Maifon de Bul
lion , qui a remply les prel
miers emplois de l'Etat je &
eft entrée dans des alliances
tres confiderables. Aprés
qu'il eut finy fon difcours,
Mrle Préfident prononça , &
fit prendre place à Mi le Pres
voft de Paris , entre M' Go.
dard & Mile Lieutenant Civil.
On plaida enfuite plufieurs
caufes dont M' le Préfident
de Nefmond qui prit
les Avis , prononça les Jugemens.
Cela fait , il quitta la
Chaife qu'il avoit occupée,
GALANT. 119
& y fit affeoir M de Bullion .
Ille mena dans toutes les autres
Chambres Civiles & Criminelles
du Chaftelet , fuivy
de la Compagnie , & le fit af.
feoir par tout dans la principale
place. J'ay oublié de
vous dire que M' de Bullion
eftoit vénu au Palais à Cheval
fuivant la coûtume , & que
ce Cheval appartient de droit
au Préfident qui fait l'Inſtallation
. Toutes ces Cerémonies
eftant achevées , M' le
Préfident , M' les Confeil
lers de la Cour , les Chefs
du Chafteler , oles . quatre
120 MERCURE
Doyens , Ms les Gens du
Roy , & plufieurs autres de
cette Compagnie , allerent dîner
chez M' de Bullion , qui
les regala fplendidement. Ily
eut deux Tables fervies dans
le mefme lieu , avec la mefme
fomptuofité. Plufieurs Dames
qui avoient efté auffi
conviées par Madame de
Bullion , furent fervies dans
un autre Appartement
.
, Fils de M ' de Bon- >
GALANT. 113
nelles Commandeur des Ordres
du Roy , & petit Fils de
M' de Bullion Miniftre d'E
tat Préfident au Mortier,,
Garde des Sceaux des Ordres
de Sa Majefté , & Sur- Intendant
des Finances de France,
ayant efté pourveu par le
Roy de la Charge de Prevoft
de Paris , alla au Palais avec
fes Gardes le 22. du dernier
mois. Il eftoit fuivy du Prevoft
de l'ifle, & du Lieutenant
de Robe courte avec leurs
Exempts & Archers , & ac--
compagné de M le Comed
de Chaſtillon , de Mfle Com
K
Juin 1685
114 MERCURE
te de Nonan , Sous Lieute
nant des Gendarmes du Roy,
de M' le Marquis de la Tournelle
, Gouverneur de Marſal,
de M' le Marquis de Treynel,
de M' le Marquis de Farvaques
, Gouverneur des Provinces
du Maine , Perche , &
Comté de Laval, fon Frere , &
de plufieurs autres Perfonnes
de qualité. Il entra par la
grande Galerie , donna fon
Epée dans le Parquet des
Huiffiers
>
& eftant entré
dans la grande Chambre , il
prefenta fes Lettres de Proviion
à M' le Premier Préfi ,
GALANT. 115
par
le
dent , qui les fit lire
Greffier. M' Dorat quieftoit
ſon Rapporteur , fit dans fon
rapport l'Eloge de Mle Prevolt
& de fa Maiſon . Enfuite
M' de Bullion prefta le Serment,
aprés quoy on luyrendit
fon Epée, & on luy fit prendre
fa place au Banc des Sené
chaux & Baillifs du Royaume
dont il eft le premier.
Audience ,M' de Nefmond ,
quatrieme Préfident , & le
dernier de fervice à la Grand
Aprés
Chambre à qui cette commiffion
eft toujours donnée,
partis accompagné de : M
Kij
116 MERCURE
•
Godard & Fraguier , tous
deux Confeillers au Parlement
, pour aller l'inſtaler au
Chaftelet. Ils s'y rendirent
tous quatre dans le Caroffe de
M' de Bullion , accompagnez
des mefmes Gens à pied & à
Cheval , & trouverent à la
décente un des deux Lieute
nans Particuliers , avec les
Doyens des quatre Chambres.
Lors qu'ils furent dans
la Salle, de l'Audience , M le
Lieutenant Civil ſe leva, ainſi
que la Compagnie . Mle
Préfident de Nefmond prit
falplace fous le Dais , ayant
GALANT. 117
M's Godard & Fraguier de
l'un & de l'autre cofté, M le
Lieutenant Civil à fa droite,
mais fort éloigné , puis tous
les Confeillers du Chaftelet à
droite & à gauche . Mile Pre
yoft de Paris demeura fur les
degroz tefte nuë , vis-à - vis de
Mi le Préfident de Nefmond.
Alors M' Bignon Avocat du
Roy , fit un tres - beau Diſ
cours , par lequel il fit connoiftré
l'éminence de laChar
gede Prevolt, celuy qui en eft
pourveu eftant à la tefte de la
Nobleffe (de l'lfle de France,
Chef & Préfident du premier
118 MERCURE
Siege du Royaume. Il par
la de l'Illuftre Maifon de Bul
lion , qui a remply les prel
miers emplois de l'Etat je &
eft entrée dans des alliances
tres confiderables. Aprés
qu'il eut finy fon difcours,
Mrle Préfident prononça , &
fit prendre place à Mi le Pres
voft de Paris , entre M' Go.
dard & Mile Lieutenant Civil.
On plaida enfuite plufieurs
caufes dont M' le Préfident
de Nefmond qui prit
les Avis , prononça les Jugemens.
Cela fait , il quitta la
Chaife qu'il avoit occupée,
GALANT. 119
& y fit affeoir M de Bullion .
Ille mena dans toutes les autres
Chambres Civiles & Criminelles
du Chaftelet , fuivy
de la Compagnie , & le fit af.
feoir par tout dans la principale
place. J'ay oublié de
vous dire que M' de Bullion
eftoit vénu au Palais à Cheval
fuivant la coûtume , & que
ce Cheval appartient de droit
au Préfident qui fait l'Inſtallation
. Toutes ces Cerémonies
eftant achevées , M' le
Préfident , M' les Confeil
lers de la Cour , les Chefs
du Chafteler , oles . quatre
120 MERCURE
Doyens , Ms les Gens du
Roy , & plufieurs autres de
cette Compagnie , allerent dîner
chez M' de Bullion , qui
les regala fplendidement. Ily
eut deux Tables fervies dans
le mefme lieu , avec la mefme
fomptuofité. Plufieurs Dames
qui avoient efté auffi
conviées par Madame de
Bullion , furent fervies dans
un autre Appartement
.
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Résumé : Ceremonies observées à la Reception de Monsieur de Bullion, dans la Charge de Prevost de Paris. [titre d'après la table]
En juin 1685, le Marquis de Bullion a été installé comme Prévôt de Paris. Fils du Commandeur des Ordres du Roi et petit-fils du ministre d'État et Garde des Sceaux, il a été nommé à cette charge par le Roi. Accompagné de personnalités de haut rang, il s'est rendu au Palais pour présenter ses lettres de provision au Premier Président et prêter serment. Il a ensuite pris place au banc des Sénéchaux et Baillifs du Royaume. Avec M. de Nesmond, quatrième Président, et deux conseillers au Parlement, il s'est dirigé vers le Châtelet pour son installation officielle. Après un discours de M. Bignon, Avocat du Roi, le Marquis de Bullion a pris sa place officielle. La cérémonie s'est achevée par un dîner somptueux organisé par le Marquis de Bullion, auquel ont participé divers dignitaires et dames invités par Madame de Bullion.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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909
p. 120-126
« Je vous envoye un Air que vous trouverez fort agréable, [...] »
Début :
Je vous envoye un Air que vous trouverez fort agréable, [...]
Mots clefs :
Air, Compositeurs, Dispute, Langue française, Art de chanter, Critiques, Syllabes, Observations, Mots
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je vous envoye un Air que vous trouverez fort agréable, [...] »
Je vous envoye un Air
que vous trouverez fort:
agréable , fi vous confiderez
feulement le chant. Cepen
dant comme il n'eft pas tous
GALANT. 121
à fait régulier pour ce qui regarde
les paroles dans lef
quelles il faut obferver la
quantité , ce que ne font pas
beaucoup de Compofiteurs .
Cela a donné fujet à deux
Perfonnes de la Profeffion
d'en venir à une difpute , qui
pourra fervir d'inftruction
pour les autres. Aprés que
l'un d'eux eut chanté cét Air
felon l'intention de celuy qui
l'a compofé , l'autre mieux
inftruit des obſervations de
la Langue Françoiſe à l'égard
du chant , par le moyen du
Livre de l'Art de chanter de
Juin 1685.
L
122 MERCURE
M' de Bacilly qu'il a leu à
fond , ne manqua pas d'en
faire plufieurs Critiques fur
divers endroits. La premiere
eft fur le mot Finit , où l'Autheur
de l'Air a marqué expreffément
une maniere de
chanter qui rend la derniere
fyllabe de ce mot longue , &
elle le feroit en effet fans le
monofyllabe fuivant qui
joint au mot précedent , en
renverſe la quantité , de forte
que ce qui eftoit long devient
bref.C'eft ce que M' de
Bacilly a expliquéclairement
Page 24. de la Réponſe à la
GALANT. 123
2
Critique de fon Traité de l'Art
de bien chanter. En effet , il
n'y auroit pas de difference
entre le mot de Finift au fubjonctif,
& celuy de Finit à l'indicatif.
La feconde Critique
eft fur ces mots Fait languir
dont celuy de Fair fe jette fur
la premiere fyllabe de languir
fans la féparation néceffaire
de ces deux mots . Ainfi
· l'on trouve Fait lan comme con
fi c'eftoit le mefme mor : ce
qui eft une obfervation tresdélicate
, & dont le melme M
de Bacilly a donné plufieurs
exemples page 17 de la Ré-
L. ij.
124 MERCURE
ponſe à la Critique . La trojfiéme
eft fur ce Vers Fentrouveray
plus fur fon teint , dont
la cheute eft mal obſervée en
ce que le mot de Trouveray
paroift féparé du mot de
-Plus , ce quifait un méchant
effet , & la derniere eft la répetition
de ces mots , Que le
Printemps , laquelle arreftant
le fens des paroles fuivantes,
femble fe rapporter aux précedentes
, & faire entendre,
'en trouveray plus que le Prin
temps n'en trouve . Outre que
cette répetition eft inutile,
& fans au cune néceffité , ce
Fen
GALANT. 125
(
qui eft contre la regle quit
vent , que l'on ne répete
rien que fort à propos dans
les paroles qu'on chante.
Cette difpute le fit en preſence
de plufieurs Perfonnes
qui n'eftant pas de la Profef
fron , ny par confequent af
fez inftruits de ce qui regat ,
dele chant François , ne
fcetrent que décider , quoy
qu'ils euffent affez de lumic
re naturelle pour goûter les
raifons de celuy qui faifoit
cette Critique. Il fut réfolu
que M Lambert en feroit le
comme celuy qui Juge
L iij
126 MERCURE
poffe de fouverainement ce
bel Art , & de qui les Airs .
font à couvert de toute cenla
grande habitude:
fure
par
qu'il
a de
traiter
la
Langue
Françoife
, à laquelle
il fçait
donner
avec
une
entiere
jufteffe
le
chant
qui
luy
eſt
propre
felon
les
differens
mots
qu'il
doit
employer
. La
correction
de
cét
Air
eft
au
bas
,
&
l'on
pourra
voir
par
là ,
quel
des
deux
a raiſon
,
En
voicy
les
paroles
,
que vous trouverez fort:
agréable , fi vous confiderez
feulement le chant. Cepen
dant comme il n'eft pas tous
GALANT. 121
à fait régulier pour ce qui regarde
les paroles dans lef
quelles il faut obferver la
quantité , ce que ne font pas
beaucoup de Compofiteurs .
Cela a donné fujet à deux
Perfonnes de la Profeffion
d'en venir à une difpute , qui
pourra fervir d'inftruction
pour les autres. Aprés que
l'un d'eux eut chanté cét Air
felon l'intention de celuy qui
l'a compofé , l'autre mieux
inftruit des obſervations de
la Langue Françoiſe à l'égard
du chant , par le moyen du
Livre de l'Art de chanter de
Juin 1685.
L
122 MERCURE
M' de Bacilly qu'il a leu à
fond , ne manqua pas d'en
faire plufieurs Critiques fur
divers endroits. La premiere
eft fur le mot Finit , où l'Autheur
de l'Air a marqué expreffément
une maniere de
chanter qui rend la derniere
fyllabe de ce mot longue , &
elle le feroit en effet fans le
monofyllabe fuivant qui
joint au mot précedent , en
renverſe la quantité , de forte
que ce qui eftoit long devient
bref.C'eft ce que M' de
Bacilly a expliquéclairement
Page 24. de la Réponſe à la
GALANT. 123
2
Critique de fon Traité de l'Art
de bien chanter. En effet , il
n'y auroit pas de difference
entre le mot de Finift au fubjonctif,
& celuy de Finit à l'indicatif.
La feconde Critique
eft fur ces mots Fait languir
dont celuy de Fair fe jette fur
la premiere fyllabe de languir
fans la féparation néceffaire
de ces deux mots . Ainfi
· l'on trouve Fait lan comme con
fi c'eftoit le mefme mor : ce
qui eft une obfervation tresdélicate
, & dont le melme M
de Bacilly a donné plufieurs
exemples page 17 de la Ré-
L. ij.
124 MERCURE
ponſe à la Critique . La trojfiéme
eft fur ce Vers Fentrouveray
plus fur fon teint , dont
la cheute eft mal obſervée en
ce que le mot de Trouveray
paroift féparé du mot de
-Plus , ce quifait un méchant
effet , & la derniere eft la répetition
de ces mots , Que le
Printemps , laquelle arreftant
le fens des paroles fuivantes,
femble fe rapporter aux précedentes
, & faire entendre,
'en trouveray plus que le Prin
temps n'en trouve . Outre que
cette répetition eft inutile,
& fans au cune néceffité , ce
Fen
GALANT. 125
(
qui eft contre la regle quit
vent , que l'on ne répete
rien que fort à propos dans
les paroles qu'on chante.
Cette difpute le fit en preſence
de plufieurs Perfonnes
qui n'eftant pas de la Profef
fron , ny par confequent af
fez inftruits de ce qui regat ,
dele chant François , ne
fcetrent que décider , quoy
qu'ils euffent affez de lumic
re naturelle pour goûter les
raifons de celuy qui faifoit
cette Critique. Il fut réfolu
que M Lambert en feroit le
comme celuy qui Juge
L iij
126 MERCURE
poffe de fouverainement ce
bel Art , & de qui les Airs .
font à couvert de toute cenla
grande habitude:
fure
par
qu'il
a de
traiter
la
Langue
Françoife
, à laquelle
il fçait
donner
avec
une
entiere
jufteffe
le
chant
qui
luy
eſt
propre
felon
les
differens
mots
qu'il
doit
employer
. La
correction
de
cét
Air
eft
au
bas
,
&
l'on
pourra
voir
par
là ,
quel
des
deux
a raiſon
,
En
voicy
les
paroles
,
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Résumé : « Je vous envoye un Air que vous trouverez fort agréable, [...] »
Un désaccord oppose deux compositeurs au sujet d'un air musical. Le premier compositeur a composé un air apprécié mais présentant des irrégularités dans la quantité des syllabes des paroles. Monsieur de Bacilly critique cet air en se référant à l'Art de chanter, publié en 1685. Il relève plusieurs erreurs : la prononciation incorrecte du mot 'Finit', la mauvaise séparation des mots 'Fait languir', la mauvaise chute du vers 'Sentrouveray plus sur son teint', et la répétition inutile des mots 'Que le Printemps'. Cette dispute se déroule devant des non-spécialistes, qui reconnaissent la validité des arguments de Bacilly. Il est décidé que Monsieur Lambert, expert en chant et en langue française, évaluera l'air. Une version corrigée de l'air est fournie pour permettre de déterminer lequel des deux compositeurs a raison.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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910
p. 127
AIR NOUVEAU.
Début :
Voicy le temps de la verdure, [...]
Mots clefs :
Verdure, Hiver, Champs, Nature, Saisons, Fleurs, Printemps
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AIR NOUVEAU.
AIR NOUVEAU.
V.
Oicy le temps de la verdure ,
Et cependant l'Hyver nefinitpoint
fon cours
Nos Champs n'ontpoint d'attraits,
& ta trifte froidure,
Fait languir la nature,
Dans la faifon des plus beaux
jours.
Onne voitpoint de Fleurs au lever de
Aurore,
Dans le Hameau chaque Berger
s'en
plaint;
Et may qui ne veux voirque l'objet
que j'adore,
Fen trouverayplusfurfon teint,
Que le Printemps n'en peut éclørre
.
V.
Oicy le temps de la verdure ,
Et cependant l'Hyver nefinitpoint
fon cours
Nos Champs n'ontpoint d'attraits,
& ta trifte froidure,
Fait languir la nature,
Dans la faifon des plus beaux
jours.
Onne voitpoint de Fleurs au lever de
Aurore,
Dans le Hameau chaque Berger
s'en
plaint;
Et may qui ne veux voirque l'objet
que j'adore,
Fen trouverayplusfurfon teint,
Que le Printemps n'en peut éclørre
.
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911
p. 153-163
Morts. [titre d'après la table]
Début :
Tant de grands Articles remplirent ma Lettre du dernier mois, [...]
Mots clefs :
Décès, Religieux, Éloge, Lettres, Congrégation, Manuscrits, Père, Processions, Capitaine, Fièvre, Maladie, Sacrements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts. [titre d'après la table]
Tant de grands Articles
remplirent ma Lettre du der
njer mois , que je ne pus vous
parler de la mort de Dom
Luc d'Acheri , Religieux &
Bibliothequaire de l'Abbaye
de Saint Germain , quia mis
au jour un fi grand nombre
de Traitez d'Autheurs con :
nus ou inconnus , enfevelis.
154 MERCURE
3
juſque là dans l'obſcurité des
Manufcrits. Il mourut le 29 :
Avril âgé de 76. ans. Je laiſſe
à d'autres à faire l'éloge de fa
vertu , & le dénombrement
de fes Livres . Il me fuffit
d'obſerver que fon fameux
Spicilegium , qu'il commença
à donner en 1655. contient
treize Tomes . Pendant quafante
ans qu'il s'eſt diſtingué
dans l'empire des Lettres , ik
à eſté uny d'amitié avec la
plufpart des Sçavans , tant du
Royaume que des Pays
Etrangers , dont il a receu , &
à qui il a donné reciproques
i
GALANT. 155
ment du fecours dans ce qui
regarde les Sciences. Ce qui
donne quelque confolation
dans la perte qu'on a faite,
c'est qu'il vit encore en la
Perfonne des Religieux dé
fa Congregation qu'il a in
ftruits , & qui fervent fi uti
lement l'Eglife par leurs étu
des , & principalement par
leur nouvelle Edition de Saint
Auguſtin , qui ſera bien - toft
fuivie de celle de Saint Am₁
broife , dont les Ouvrages.
ont grand befoin d'eftre rez
veus fur les Manufcrits , &
quelquefois éclaircis de No
156 MERCURE
tes. Il y a déja quatre où cinq
Tomes de Saint Auguſtin
donnez au Public. Il en paroiftra
dans deux mois un
nouveau où eft la Cité de
Dieu , & on donnera peu de
temps aprés le premier Tome
de Saint Ambroife.
Le 21. du dernier mois ,
Dom Anfelme Centurion,
Religieux de l'Ordre de Saint
Benoit , Congregation du
Mont Caffin , Patrice de Genes
, mourut icy en l'Hoſtel
du Doge , qu'il avoit accompagné
en France en qualité
d'Aumônier. Toute la Mai
GALANT. 157
I
fon du Doge affista à fon
Enterrement avec des Flambeaux.
Il fut inhumé à Saint
Sulpice , & on luy rendit tous
les honneurs qui estoient
deus à une Perfonne de fon
L
caractere.
Le 28. du mefme mois , le
Revérendiffime Pere en
•
Dieu , Pierre Mercier , Genéral
de tout l'Ordre de la Trinité
& Rédemption des Captifs
, & Miniftre Particulier
du Convent de Paris , dit Ma
thurins , mourut âgé de 72 .
ans . Comme fon mérite l'avoit
élevé à la dignité qu'il
158 MERCURE
poffedoit , on ne fait point de
pareilles pertes fans qu'elles
caufent un regret ſenſible .
Cette mort fur fuivie trois
ou quatre jours aprés de celle
de Meffire Pierre Roger Seigneur
de Dollé , Douville,
Cogné, Fourmelé , &c . Maître
des Comptes à Paris.
On ſe reſout à mourir avec
moins de peine lors qu'on a
vefcu long- temps , & qu'un
grand nombre d'années a fait
enviſager ferieufement lindifpenfable
neceffité qu'il y
a de quitter bien toft là vie ;
mais il eft rare dans un âge
GALANT. 159
peu avancé, & dans de certaines
Profeffions , de fe preparer
à ces terrible paffage
adiune maniere auffi fainte
squ'a fait depuis peu de temps
M' de Marcheville Capitaine
au Regiment des Fuzeliers
du Roy, du premier Bataillon,
Il eftoit party de Dreux , &
alloit rejoindre fon Regiment
campé prés de Galardon, pour
les Travaux que Sa Majeſté
fait faire le long de la Riviere
d'Evre, lors qu'en paſſant par
Nogent-le - Roy il y fut furpris
d'une Fiévre violente ,
qui jointe à une Pleuréfie,
44
160 MERCURE
Faccabla fi fort , qu'il fut emporté
le cinquième jour. Il
ne parut point épouvanté de
la nouvelle qu'on luy porta
du danger où il eftoit. Il dit
feulement qu'on luy avoit
prédit autrefois qu'à l'âge de
trente - fix ans il auroit une
dangereufe maladie , dont il
luy feroit difficile de ſe tirer ,
qu'il eftoit arrivé à cet âge- là ,
& que puis qu'il plaifoit à
Dieu qu'il ne vefcût pas aufli
long temps qu'avoit fait fon
Pere qui eftoit mort fort âge,
il le beniffoit de qu'il auroit
à luy rendre compte de
ce
GALANT. 161
1
moins de pechez . Il receut
fes Sacremens avec une réfignation
admirable , & comme
il avoit tres- bien étudié , if
paraphrafoit d'une maniere:
pieule & toute Chrétienne les
divers paffages qu'on luy al-
I leguoit. Peu de temps avant
fa mort voyant auprés de fon
Ilic quelques Capitaines &
Lieutenans que le hazard a
voit amenez , il parla avec um
zele quiles furprit tous , contre
le libertinage & l'aven
glement de plufieurs Offisiers
d'Armée , qui parce
qu'ils portent l'épée , sima
Juin 1685..
162 MERCURE
ginent qu'il leur eft permis
d'oublier Dieu , & de renoncer
à la grande affaire du fa
lut . Il dit encore qu'il regar
doit comme une grace tres
particuliere que luy avoit fait
la Bonté Divine , de ce qu'il
eftoit venu mourir hors de
Dreux , où pendant ſa maladie
il auroit efté accablé de
viſites de Capitaines , de Lieu
tenans d'autres Officiers
d'Armée , & de Dames de la
Ville , au lieu que mourant à
Nogent où il eftoit inconnu,
il ſe pouvoit donner tout entier
à Dieu , & penſer fans
GALANT. 163
aucune diffipation d'efprit à
l'importante affaire de l'Eternité.
Il eftoit Seigneur de
Canchy prés d'Abbeville , &
d'une des anciennes Maiſons
de Nobleffe du
Paysand
remplirent ma Lettre du der
njer mois , que je ne pus vous
parler de la mort de Dom
Luc d'Acheri , Religieux &
Bibliothequaire de l'Abbaye
de Saint Germain , quia mis
au jour un fi grand nombre
de Traitez d'Autheurs con :
nus ou inconnus , enfevelis.
154 MERCURE
3
juſque là dans l'obſcurité des
Manufcrits. Il mourut le 29 :
Avril âgé de 76. ans. Je laiſſe
à d'autres à faire l'éloge de fa
vertu , & le dénombrement
de fes Livres . Il me fuffit
d'obſerver que fon fameux
Spicilegium , qu'il commença
à donner en 1655. contient
treize Tomes . Pendant quafante
ans qu'il s'eſt diſtingué
dans l'empire des Lettres , ik
à eſté uny d'amitié avec la
plufpart des Sçavans , tant du
Royaume que des Pays
Etrangers , dont il a receu , &
à qui il a donné reciproques
i
GALANT. 155
ment du fecours dans ce qui
regarde les Sciences. Ce qui
donne quelque confolation
dans la perte qu'on a faite,
c'est qu'il vit encore en la
Perfonne des Religieux dé
fa Congregation qu'il a in
ftruits , & qui fervent fi uti
lement l'Eglife par leurs étu
des , & principalement par
leur nouvelle Edition de Saint
Auguſtin , qui ſera bien - toft
fuivie de celle de Saint Am₁
broife , dont les Ouvrages.
ont grand befoin d'eftre rez
veus fur les Manufcrits , &
quelquefois éclaircis de No
156 MERCURE
tes. Il y a déja quatre où cinq
Tomes de Saint Auguſtin
donnez au Public. Il en paroiftra
dans deux mois un
nouveau où eft la Cité de
Dieu , & on donnera peu de
temps aprés le premier Tome
de Saint Ambroife.
Le 21. du dernier mois ,
Dom Anfelme Centurion,
Religieux de l'Ordre de Saint
Benoit , Congregation du
Mont Caffin , Patrice de Genes
, mourut icy en l'Hoſtel
du Doge , qu'il avoit accompagné
en France en qualité
d'Aumônier. Toute la Mai
GALANT. 157
I
fon du Doge affista à fon
Enterrement avec des Flambeaux.
Il fut inhumé à Saint
Sulpice , & on luy rendit tous
les honneurs qui estoient
deus à une Perfonne de fon
L
caractere.
Le 28. du mefme mois , le
Revérendiffime Pere en
•
Dieu , Pierre Mercier , Genéral
de tout l'Ordre de la Trinité
& Rédemption des Captifs
, & Miniftre Particulier
du Convent de Paris , dit Ma
thurins , mourut âgé de 72 .
ans . Comme fon mérite l'avoit
élevé à la dignité qu'il
158 MERCURE
poffedoit , on ne fait point de
pareilles pertes fans qu'elles
caufent un regret ſenſible .
Cette mort fur fuivie trois
ou quatre jours aprés de celle
de Meffire Pierre Roger Seigneur
de Dollé , Douville,
Cogné, Fourmelé , &c . Maître
des Comptes à Paris.
On ſe reſout à mourir avec
moins de peine lors qu'on a
vefcu long- temps , & qu'un
grand nombre d'années a fait
enviſager ferieufement lindifpenfable
neceffité qu'il y
a de quitter bien toft là vie ;
mais il eft rare dans un âge
GALANT. 159
peu avancé, & dans de certaines
Profeffions , de fe preparer
à ces terrible paffage
adiune maniere auffi fainte
squ'a fait depuis peu de temps
M' de Marcheville Capitaine
au Regiment des Fuzeliers
du Roy, du premier Bataillon,
Il eftoit party de Dreux , &
alloit rejoindre fon Regiment
campé prés de Galardon, pour
les Travaux que Sa Majeſté
fait faire le long de la Riviere
d'Evre, lors qu'en paſſant par
Nogent-le - Roy il y fut furpris
d'une Fiévre violente ,
qui jointe à une Pleuréfie,
44
160 MERCURE
Faccabla fi fort , qu'il fut emporté
le cinquième jour. Il
ne parut point épouvanté de
la nouvelle qu'on luy porta
du danger où il eftoit. Il dit
feulement qu'on luy avoit
prédit autrefois qu'à l'âge de
trente - fix ans il auroit une
dangereufe maladie , dont il
luy feroit difficile de ſe tirer ,
qu'il eftoit arrivé à cet âge- là ,
& que puis qu'il plaifoit à
Dieu qu'il ne vefcût pas aufli
long temps qu'avoit fait fon
Pere qui eftoit mort fort âge,
il le beniffoit de qu'il auroit
à luy rendre compte de
ce
GALANT. 161
1
moins de pechez . Il receut
fes Sacremens avec une réfignation
admirable , & comme
il avoit tres- bien étudié , if
paraphrafoit d'une maniere:
pieule & toute Chrétienne les
divers paffages qu'on luy al-
I leguoit. Peu de temps avant
fa mort voyant auprés de fon
Ilic quelques Capitaines &
Lieutenans que le hazard a
voit amenez , il parla avec um
zele quiles furprit tous , contre
le libertinage & l'aven
glement de plufieurs Offisiers
d'Armée , qui parce
qu'ils portent l'épée , sima
Juin 1685..
162 MERCURE
ginent qu'il leur eft permis
d'oublier Dieu , & de renoncer
à la grande affaire du fa
lut . Il dit encore qu'il regar
doit comme une grace tres
particuliere que luy avoit fait
la Bonté Divine , de ce qu'il
eftoit venu mourir hors de
Dreux , où pendant ſa maladie
il auroit efté accablé de
viſites de Capitaines , de Lieu
tenans d'autres Officiers
d'Armée , & de Dames de la
Ville , au lieu que mourant à
Nogent où il eftoit inconnu,
il ſe pouvoit donner tout entier
à Dieu , & penſer fans
GALANT. 163
aucune diffipation d'efprit à
l'importante affaire de l'Eternité.
Il eftoit Seigneur de
Canchy prés d'Abbeville , &
d'une des anciennes Maiſons
de Nobleffe du
Paysand
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Résumé : Morts. [titre d'après la table]
Le texte rapporte plusieurs décès notables. Dom Luc d'Acheri, religieux et bibliothécaire de l'Abbaye de Saint-Germain, est décédé le 29 avril à l'âge de 76 ans. Il est reconnu pour avoir publié de nombreux traités d'auteurs connus ou inconnus, dont le Spicilegium, commencé en 1655 et comprenant treize tomes. Dom Luc d'Acheri entretenait des relations avec de nombreux savants et collaborait avec eux sur divers projets scientifiques. Sa congrégation poursuit son œuvre, notamment par une nouvelle édition des œuvres de Saint Augustin et une future édition des œuvres de Saint Ambroise. Le 21 du mois précédent, Dom Anselme Centurion, religieux bénédictin et aumônier du Doge de Gênes, est mort à Paris. Il a reçu des honneurs funéraires appropriés à son rang. Le 28 avril, le Père Pierre Mercier, général de l'Ordre de la Trinité et Rédemption des Captifs, est décédé à l'âge de 72 ans. Sa mort a été suivie de celle de Pierre Roger, Seigneur de Dollé, Maître des Comptes à Paris. Le texte mentionne également le décès de M. de Marcheville, capitaine au régiment des fusiliers du Roi, survenu à l'âge de 36 ans après une fièvre violente et une pleurésie. Il a affronté sa mort avec résignation et a encouragé ses collègues à ne pas oublier Dieu malgré leur profession militaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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912
p. 169-181
Histoire, [titre d'après la table]
Début :
Il s'est fait depuis peu de temps un Mariage, par [...]
Mots clefs :
Mariage, Sexagénaire, Demoiselle, Fortune, Passion, Présents, Dégoût, Ornements, Froideur, Vengeance, Amant, Coeur, Noces, Modération, Église, Refus, Vieillard, Belle
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texteReconnaissance textuelle : Histoire, [titre d'après la table]
Il s'eft fait depuis peu de
temps un Mariage , par un
motif qui vous furprendra.
Un Homme tout au moins
Sexagenaire, s'eftant aviſé dé
devenir amoureux d'une jeu
ne Demoiſelle, plus confide.
rable par fon agrément que
par fa fortune, ne pût refifter
à fa paffion. Aprés luy avoir
rendu pluſieurs viſites , il
parla de l'époufer , & la
pofition qu'il en fit,fut receuë
de fes Parens d'une maniere
affez agreable. Il ne falloit
plus que gagner la Belle, que
T'inégalité de l'âge n'ac-
Juin 1685.
P
pro170
MERCURE
*
commodoit pas. Elle eut de
la peine à fe refoudre à pren .
dre un mary fi vieux . Ce,
pendant comme fa jeuneffe
& fa beauté faifoient preſque
tout fon bien , elle crût devoir
fonger au folide . Ainfi fes
Amis luy confeillant de ne
pas laiffer échaper l'occaſion ,
elle confentit à ce qu'on voulut.
On dreffa le Contrat de
Mariage , dont le bon Homme
regla les conditions biên
moins à fon avantage qu'elle
n'avoit efperé. Cette conduite
luy donna quelque dégoût.
Elle voulut éprouver en d'aua
GALANT. 171
tres chofes fi elle avoit du
pouvoir fur luy. Il luy fit quel
ques prefens de peu de valeur
, & ces prefens luy don- & c
nerent ouverture à s'expliquer
fur un fil de Perles qu'-
elle fouhaitoit. Elle le pria
d'y vouloir bien mettre juf
qu'à mille écus , afin qu'en
luy fervant d'ornement , il luy
pût auffi fervir de reffources
dans l'occafion . Le Vieillard
promit, mais il n'exécuta pas.
Il remit de jour en jour à la
fatisfaire ; & la Belle aprés
s'eftre plainte plufieurs fois
de fon peu d'exactitude ,
re-
Pij
172 MERCURE
folut enfin de ne luy en plus
parler. Il eft vray qu'elle luy
marqua de la froideur , & le
bon Homme qui en devina
la caufe , vit bien qu'il ne la
feroit ceffer qu'en luy appor
tant un fil de Perles . Aprés
avoir combatu plus de trois
femaines , il fit effort fur fon
avarice , & acheta ce que fa
Maiftreffe avoit demandé.
Cependant la Belle qui ne
s'y attendoit plus , ſe fit un
plaifir de fe vanger de fon
vieil Amant. Elle crût ne
pouvoir mieux executer fon
deffein qu'en augmentant
GALANT. 173
pour
le
fon amour. Elle affecta
cela les manieres les plus engageantes
& les plus flateufes
qui puiffent marquer un
coeur veritablement touché
& elle commença
à les prendre
le jour mefme que
Vieillard vint la voir , chargé
du prefent qu'il luy vouloit
faire. Il fut agreablement
furpris
d'un changement
fi peu
attendu , & il en eut d'autant
plus de joye , que n'ayant
plus aucune froideur à ef
fuyer , il pouvoit fe diſpenſer
de donner le fil de Perles.
Cette referve fatisfaifant fon
P iij
174 MERCURE
humeur avare , il le rempor
ta , fans faire connoiftre qu'h
l'eût acheté. C'eftoit un meu
ble , dont à peu de chofe prés
il luy devoit eftre aiſé de retirer
fon argent. Il ne voulut
pas pourtant fe hafter de s'en
défaire. La Belle pouvoit retomber
dans fes froideurs, &
le prefent de fes Perles eftoit
un moyen certain pour l'en
garentir. La complaifance
qu'elle eut pour fon vieil Amant
pendant plus d'an
mois l'ayant rendu éper
duëment amoureux , il pref
fa fi fort la conclufion de fon
GALANT. 175
3
Mariage , qu'on fut enfin
obligé de prendre jour. Ce
qui l'étonna , c'eft que la
Belle ne voulut point qu'on
perdift de temps à aucun appreft
de Nopces , non pas
mefme à luy faire faire des
habirs , dont elle pria qu'on
remift le choix quand on
n'auroit plus d'autres foins à
prendre. Cette moderation
dans une jeune Perfonne qui
devoit eftre fenfible à toutes
les chofes de cette nature ,
eut pour le Vieillard un char
me incroyable . Il s'imagina
qu'elle partageoit les impa
P iii
176 MERCURE
"
tiences que luy donnoit fon
amour , & ne foupçonnanto
& ne
rien moins que le vray motifa
qui la faifoit agir de la forte,
il concerta avec elle qu'ils feu
marieroient de fort grandst
matin , & qu'elle feroit ens
fimple deshabillé . Ils alle
rent à l'Eglife , & le bom
Homme qui avoit fi fort fouhaité
cét heureux jour , s'y
rendit avec la plus vive joye
que peut caufer un bonheurs
parfait. Elle brilloit dans fes
yeux , & jamais perſonne ne
fut fi content qu'il le
Mais un revers auffi cruel
parutu
GALANT. 177
qu'impréveu , troubla bientoft
cette joye. Il fallut donner
fon confentement devant
le Prêtre , & fa Maiftreffe
dit non au lieu du oüy
favorable qu'il en avoit at
tendu . Comme on fe perfuada
qu'elle avoit dit un mot
pour un autre , on luy de
manda jufqu'à trois fois fi
elle vouloit le Vieillard pour
fon Mary ; & d'une voix tresintelligible
, elle repeta
meſme non juſques à trois fois.
Tous les Affiftans furent en
tumulte. On voulut fçavoir
quelle eſtoit la cauſe de ce
Ic
"
178 MERCURE
changement. Elle dit d'a
bord, qu'une fecrette inſpiration
qu'elle avoit eue lors
qu'elle eftoit entrée à l'Eglife
, l'avoit dégoûtée du Ma
riage , & le bon Homme
defefperé de cette réponſe,
la preffa fi bien de s'expliquer
mieux , qu'elle dit enfin tout
haut que fe voyant fur le
•
point de s'engager pour toujours
, elle s'eftoit fouvenue
d'un fil de Perles qu'il luy
avoit promis plufieurs fois ,
fans fe mettre en peine de
dégager fa parole , & qu'elle
ne pouvoit s'imaginer qu'un
GALANT 179
fon-
Homme qui n'eftant que fon
F Amant , manquoit de complaifance
pour elle
geaft à la rendre heureuſe
quand il feroit fon Mary. Le
bon Homme qui depuis l'at
Echat des Perles les avoit toû
jours portées fur luy pour
s'en fervir en cas de beſoin,
fe remit un peu de fa frayeur.
Il dit à la Belle qu'elle fe plaignoit
de luy fort injuftement
, qu'il ne chercheroit
jamais qu'à luy plaire en toutes
chofes , & qu'ayant ache
té le Fil de Perlés fi - toft qu'
elle luy avoit marqué quel180
MERCURE
un , if
que envie d'en avoir un
avoit creu à propos
de ne luy
en faire prefent
qu'aprés
qu'-
elle l'auroit
époufé
, afin qu
elle fuft perfuadée
qu'il ne le
faifoit par aucune
honneſteté
d'Amant
complaifant
, mais
par le feul plaifir qu'il trouvoit
à la convaincre
qu'il la
rendroit
en tout temps Maiftreffe
abfolue
de fes volontez
. En achevant
ces paroles
,
il tira le fil de Perles
, & la
conjura
de l'accepter
. L'excufe
eftoit affez bien tournée
, & les Parens
de la Belle
prirent
avec tant d'ardeur
les
६९
GALANT. 181
iterefts du Vieillard , qu'elle
ne pût fe défendre de rece.
voir fon prefent. Elle prononça
enfuite le terrible mot
dont fi peu de Gens examinent
l'importance . Ainfi l'on
peut dire
que ce Mariage
seft fat pour des Perles. Il
ne laiffe pas d'eftre fort heureux
. La Belle a étudié l'humeur
de fon vieux Mary , &
elle s'y eft accommodée avec
tant d'adreffe , qu'il ne fait
rien que par elle , & veut
toûjours tout ce qu'elle veut.
temps un Mariage , par un
motif qui vous furprendra.
Un Homme tout au moins
Sexagenaire, s'eftant aviſé dé
devenir amoureux d'une jeu
ne Demoiſelle, plus confide.
rable par fon agrément que
par fa fortune, ne pût refifter
à fa paffion. Aprés luy avoir
rendu pluſieurs viſites , il
parla de l'époufer , & la
pofition qu'il en fit,fut receuë
de fes Parens d'une maniere
affez agreable. Il ne falloit
plus que gagner la Belle, que
T'inégalité de l'âge n'ac-
Juin 1685.
P
pro170
MERCURE
*
commodoit pas. Elle eut de
la peine à fe refoudre à pren .
dre un mary fi vieux . Ce,
pendant comme fa jeuneffe
& fa beauté faifoient preſque
tout fon bien , elle crût devoir
fonger au folide . Ainfi fes
Amis luy confeillant de ne
pas laiffer échaper l'occaſion ,
elle confentit à ce qu'on voulut.
On dreffa le Contrat de
Mariage , dont le bon Homme
regla les conditions biên
moins à fon avantage qu'elle
n'avoit efperé. Cette conduite
luy donna quelque dégoût.
Elle voulut éprouver en d'aua
GALANT. 171
tres chofes fi elle avoit du
pouvoir fur luy. Il luy fit quel
ques prefens de peu de valeur
, & ces prefens luy don- & c
nerent ouverture à s'expliquer
fur un fil de Perles qu'-
elle fouhaitoit. Elle le pria
d'y vouloir bien mettre juf
qu'à mille écus , afin qu'en
luy fervant d'ornement , il luy
pût auffi fervir de reffources
dans l'occafion . Le Vieillard
promit, mais il n'exécuta pas.
Il remit de jour en jour à la
fatisfaire ; & la Belle aprés
s'eftre plainte plufieurs fois
de fon peu d'exactitude ,
re-
Pij
172 MERCURE
folut enfin de ne luy en plus
parler. Il eft vray qu'elle luy
marqua de la froideur , & le
bon Homme qui en devina
la caufe , vit bien qu'il ne la
feroit ceffer qu'en luy appor
tant un fil de Perles . Aprés
avoir combatu plus de trois
femaines , il fit effort fur fon
avarice , & acheta ce que fa
Maiftreffe avoit demandé.
Cependant la Belle qui ne
s'y attendoit plus , ſe fit un
plaifir de fe vanger de fon
vieil Amant. Elle crût ne
pouvoir mieux executer fon
deffein qu'en augmentant
GALANT. 173
pour
le
fon amour. Elle affecta
cela les manieres les plus engageantes
& les plus flateufes
qui puiffent marquer un
coeur veritablement touché
& elle commença
à les prendre
le jour mefme que
Vieillard vint la voir , chargé
du prefent qu'il luy vouloit
faire. Il fut agreablement
furpris
d'un changement
fi peu
attendu , & il en eut d'autant
plus de joye , que n'ayant
plus aucune froideur à ef
fuyer , il pouvoit fe diſpenſer
de donner le fil de Perles.
Cette referve fatisfaifant fon
P iij
174 MERCURE
humeur avare , il le rempor
ta , fans faire connoiftre qu'h
l'eût acheté. C'eftoit un meu
ble , dont à peu de chofe prés
il luy devoit eftre aiſé de retirer
fon argent. Il ne voulut
pas pourtant fe hafter de s'en
défaire. La Belle pouvoit retomber
dans fes froideurs, &
le prefent de fes Perles eftoit
un moyen certain pour l'en
garentir. La complaifance
qu'elle eut pour fon vieil Amant
pendant plus d'an
mois l'ayant rendu éper
duëment amoureux , il pref
fa fi fort la conclufion de fon
GALANT. 175
3
Mariage , qu'on fut enfin
obligé de prendre jour. Ce
qui l'étonna , c'eft que la
Belle ne voulut point qu'on
perdift de temps à aucun appreft
de Nopces , non pas
mefme à luy faire faire des
habirs , dont elle pria qu'on
remift le choix quand on
n'auroit plus d'autres foins à
prendre. Cette moderation
dans une jeune Perfonne qui
devoit eftre fenfible à toutes
les chofes de cette nature ,
eut pour le Vieillard un char
me incroyable . Il s'imagina
qu'elle partageoit les impa
P iii
176 MERCURE
"
tiences que luy donnoit fon
amour , & ne foupçonnanto
& ne
rien moins que le vray motifa
qui la faifoit agir de la forte,
il concerta avec elle qu'ils feu
marieroient de fort grandst
matin , & qu'elle feroit ens
fimple deshabillé . Ils alle
rent à l'Eglife , & le bom
Homme qui avoit fi fort fouhaité
cét heureux jour , s'y
rendit avec la plus vive joye
que peut caufer un bonheurs
parfait. Elle brilloit dans fes
yeux , & jamais perſonne ne
fut fi content qu'il le
Mais un revers auffi cruel
parutu
GALANT. 177
qu'impréveu , troubla bientoft
cette joye. Il fallut donner
fon confentement devant
le Prêtre , & fa Maiftreffe
dit non au lieu du oüy
favorable qu'il en avoit at
tendu . Comme on fe perfuada
qu'elle avoit dit un mot
pour un autre , on luy de
manda jufqu'à trois fois fi
elle vouloit le Vieillard pour
fon Mary ; & d'une voix tresintelligible
, elle repeta
meſme non juſques à trois fois.
Tous les Affiftans furent en
tumulte. On voulut fçavoir
quelle eſtoit la cauſe de ce
Ic
"
178 MERCURE
changement. Elle dit d'a
bord, qu'une fecrette inſpiration
qu'elle avoit eue lors
qu'elle eftoit entrée à l'Eglife
, l'avoit dégoûtée du Ma
riage , & le bon Homme
defefperé de cette réponſe,
la preffa fi bien de s'expliquer
mieux , qu'elle dit enfin tout
haut que fe voyant fur le
•
point de s'engager pour toujours
, elle s'eftoit fouvenue
d'un fil de Perles qu'il luy
avoit promis plufieurs fois ,
fans fe mettre en peine de
dégager fa parole , & qu'elle
ne pouvoit s'imaginer qu'un
GALANT 179
fon-
Homme qui n'eftant que fon
F Amant , manquoit de complaifance
pour elle
geaft à la rendre heureuſe
quand il feroit fon Mary. Le
bon Homme qui depuis l'at
Echat des Perles les avoit toû
jours portées fur luy pour
s'en fervir en cas de beſoin,
fe remit un peu de fa frayeur.
Il dit à la Belle qu'elle fe plaignoit
de luy fort injuftement
, qu'il ne chercheroit
jamais qu'à luy plaire en toutes
chofes , & qu'ayant ache
té le Fil de Perlés fi - toft qu'
elle luy avoit marqué quel180
MERCURE
un , if
que envie d'en avoir un
avoit creu à propos
de ne luy
en faire prefent
qu'aprés
qu'-
elle l'auroit
époufé
, afin qu
elle fuft perfuadée
qu'il ne le
faifoit par aucune
honneſteté
d'Amant
complaifant
, mais
par le feul plaifir qu'il trouvoit
à la convaincre
qu'il la
rendroit
en tout temps Maiftreffe
abfolue
de fes volontez
. En achevant
ces paroles
,
il tira le fil de Perles
, & la
conjura
de l'accepter
. L'excufe
eftoit affez bien tournée
, & les Parens
de la Belle
prirent
avec tant d'ardeur
les
६९
GALANT. 181
iterefts du Vieillard , qu'elle
ne pût fe défendre de rece.
voir fon prefent. Elle prononça
enfuite le terrible mot
dont fi peu de Gens examinent
l'importance . Ainfi l'on
peut dire
que ce Mariage
seft fat pour des Perles. Il
ne laiffe pas d'eftre fort heureux
. La Belle a étudié l'humeur
de fon vieux Mary , &
elle s'y eft accommodée avec
tant d'adreffe , qu'il ne fait
rien que par elle , & veut
toûjours tout ce qu'elle veut.
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Résumé : Histoire, [titre d'après la table]
Le texte relate deux histoires distinctes impliquant un mariage entre un homme âgé et une jeune femme. Dans la première histoire, un homme sexagénaire souhaite épouser une jeune femme et obtient l'accord de ses parents. Cependant, la jeune femme hésite en raison de la différence d'âge. Convaincue par ses amis, elle accepte. Le contrat de mariage est rédigé, mais la jeune femme est déçue par les conditions. Elle demande un collier de perles pour tester son influence. Bien que le vieillard promette de l'acheter, il tarde à le faire, ce qui provoque une froideur chez elle. Après trois semaines, il finit par acheter le collier. La jeune femme feint alors de l'aimer davantage, mais refuse de dire 'oui' lors de la cérémonie, invoquant la promesse non tenue. Malgré les explications du vieillard, elle révèle la véritable raison de son comportement. Dans la seconde histoire, un vieillard surnomme la jeune femme 'la Belle' et lui offre un collier de perles. Il affirme que son geste n'est pas motivé par l'amour, mais par le désir de domination. Convaincue par les arguments du vieillard, la Belle accepte le présent et prononce un engagement formel. Leur mariage, conclu pour des perles, se révèle heureux. La Belle adapte son comportement à celui de son mari, influençant toutes ses décisions et obtenant tous ses désirs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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913
p. 181-182
« Mr d'Escorbiac de Blanc, a esté nommé depuis peu à [...] »
Début :
Mr d'Escorbiac de Blanc, a esté nommé depuis peu à [...]
Mots clefs :
Nomination, Abbaye, Religion prétendue réformée, Abjuration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Mr d'Escorbiac de Blanc, a esté nommé depuis peu à [...] »
M' d'Efcorbiac de Blanc,
efté nommé depuis peu à
A
182 MERCURE
2
l'Abbaye de Marfillac. Il
eftoit né de la Religion Prétendue
Reformée, & il en fit
abjuration
il y a quatre ou
cinq ans entre les mains de
feu M l'Abbé de Lioncel ,
Diocefe de Valence ,
efté nommé depuis peu à
A
182 MERCURE
2
l'Abbaye de Marfillac. Il
eftoit né de la Religion Prétendue
Reformée, & il en fit
abjuration
il y a quatre ou
cinq ans entre les mains de
feu M l'Abbé de Lioncel ,
Diocefe de Valence ,
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914
p. 182-185
Prise de possession du Prieuré Royal de Saint Jacques d'Audely. [titre d'après la table]
Début :
Le 12 de ce mois, Dame Esperance Dareres de la Tour, [...]
Mots clefs :
Dame, Prieuré, Rouen, Joie, Nièce, Gouverneur de Fribourg, Naissance, Vertus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prise de possession du Prieuré Royal de Saint Jacques d'Audely. [titre d'après la table]
Leiz . de ce mois , Dame Ef
perance Dareres de la Tour,
pric peffeffion du Pricuré
Royal de S Jacques d'Andely
proche de Rouen , en prefence
de quantité de Perfonnes
de qualité de l'un & de l'autre
Sexe , qui marquerent tous
beaucoup de joye de voir la
juſtice que Sa Majesté luy
GALANT 183
ご
avoit renduë , en luy faiſant
remplir cette Place. Elle eft
Niece de M' du Fay , Gouver
neur de Fribourg , à qui le
Roy avoit accordé pour elle
le Brevet de Coadjutrice au
fortir de Philifbourg , dont il
eftoit Gouverneur. Il en a
foûtenu le Siege avec une valeur
admirable ; & comme il
s'eft toûjours maintenu dans
les beaux Emplois & dans
* fon credit , il ne luy a pas efté
difficile d'obtenir un fecond
agrément pour ce Prieuré , en
faveur de Madame fa Niéce,
aprés la mort de Madame de
63
184 MERCURE
Corbinelli , derniere Prieure,
Madame Dareres de la Tour,
eft d'une naiffance tres -illuftre
de Savoye , eftant Fille de
feu M de la Tour Dareres,
Gouverneur de Touques , &
Parent tres-proche de Saint
François de Sales. On peut
dire qu'elle a herité des Vertus
de ce grand Saint , par lef
quelles elle le fait diftinguer,
fur tout par une conduite
tres fage , beaucoup de pru
dence , & une honnefteté
remplie de douceur , qui gagnant
les coeurs de tous ceux
qui la pratiquent , a engagé
GALANT. 185
4
toute fa Communauté à la demander
pour Prieure.
perance Dareres de la Tour,
pric peffeffion du Pricuré
Royal de S Jacques d'Andely
proche de Rouen , en prefence
de quantité de Perfonnes
de qualité de l'un & de l'autre
Sexe , qui marquerent tous
beaucoup de joye de voir la
juſtice que Sa Majesté luy
GALANT 183
ご
avoit renduë , en luy faiſant
remplir cette Place. Elle eft
Niece de M' du Fay , Gouver
neur de Fribourg , à qui le
Roy avoit accordé pour elle
le Brevet de Coadjutrice au
fortir de Philifbourg , dont il
eftoit Gouverneur. Il en a
foûtenu le Siege avec une valeur
admirable ; & comme il
s'eft toûjours maintenu dans
les beaux Emplois & dans
* fon credit , il ne luy a pas efté
difficile d'obtenir un fecond
agrément pour ce Prieuré , en
faveur de Madame fa Niéce,
aprés la mort de Madame de
63
184 MERCURE
Corbinelli , derniere Prieure,
Madame Dareres de la Tour,
eft d'une naiffance tres -illuftre
de Savoye , eftant Fille de
feu M de la Tour Dareres,
Gouverneur de Touques , &
Parent tres-proche de Saint
François de Sales. On peut
dire qu'elle a herité des Vertus
de ce grand Saint , par lef
quelles elle le fait diftinguer,
fur tout par une conduite
tres fage , beaucoup de pru
dence , & une honnefteté
remplie de douceur , qui gagnant
les coeurs de tous ceux
qui la pratiquent , a engagé
GALANT. 185
4
toute fa Communauté à la demander
pour Prieure.
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Résumé : Prise de possession du Prieuré Royal de Saint Jacques d'Audely. [titre d'après la table]
Le 18 octobre, Dame Éférance Dareres de la Tour a été nommée prieure du Prieuré Royal de Saint-Jacques d'Andely, près de Rouen. Cette nomination a été bien accueillie par plusieurs personnalités présentes lors de la cérémonie. Dame Dareres est la nièce de Monsieur du Fay, gouverneur de Fribourg, qui avait reçu un brevet de coadjutrice au fort de Philisbourg. Après le décès de Madame de Corbinelli, la précédente prieure, son oncle a obtenu un agrément pour que sa nièce prenne sa succession. Dame Dareres appartient à une famille illustre de Savoie et est la fille de feu Monsieur de la Tour Dareres, gouverneur de Touques. Elle est également apparentée à Saint François de Sales. Reconnue pour sa sagesse, sa prudence et son honnêteté doublée de douceur, elle a su conquérir le cœur de sa communauté, qui l'a demandée pour devenir prieure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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915
p. 185-192
Mort de Mr l'Electeur Palatin. [titre d'après la table]
Début :
Le 26 du dernier mois, Charles, Comte Palatin du Rhin, [...]
Mots clefs :
Comte Palatin, Électeur, Décès, Mariage, Princesse, Familles, Rhin, Généalogie, Seigneurs, Ambassadeurs, Compliments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de Mr l'Electeur Palatin. [titre d'après la table]
Le 26. du dernier mois ,
Charles , Comte Palatin du
Rhin , & Electeur de l'Empi
re , mourut à Heidelberg,
dans fa trente- quatriéme an
née. Ilavoit efté guery d'u
ne affez longue indifpofition,.
& une recheute l'a fait mourir
en fort peu de jours. Il eftoit
Frere de Madame , & avoit
épousé la Princeffe Willel
mine Erneftine , Fille de Fré!
deric III. & Soeur de. Chré
tien V. Roys de Danemarc,,
dont il n'a point eu d'Enfans .
Juin 1685.
186 MERCURE
Il defcendoir de Louis le
Vieil X ' qui mourut en 12941
laiffant Rodolphe & Louis
III. Ces deux Princes ont
efté Chefs de deux grandes
Familles , qui ont fait diver.
fes Branches en Allemagne.
Celle des Palatins du Rhin,
defcend de Rodolphe qui
eftoit l'ailné & celle des
Ducs de Baviere vient de
Louis qui fur Empereur. 1
Rodolphe , Electeur de
l'Empire & Comte Palatin du
Rhin , eut entr'autres Fils
Adolphe
furnommé le
Simple , Ayeul de Robert dit
"GALANT. 187
le Petit , qui fut Empereur en
1400. Robert eut fix Fils,
dont les deux aînez furent
Louis le Barbu , & Eftienne.
La pofterité de Louis le Bar
bu ayant finy en Othon Hen
ry, qui mourut en 1559 , fans
laiffer d'Enfans , il falut avoir
recours à la Branche d'E .
ftienne , fecond Fils de Robert
le Petit. Cét Eftienne
eut d'Anne , Fille & heritiere
de Frederic Comte de Vel
dens , Fréderic , & Louis le
Noir. Frederic fut Bifayeul
de Frederic III. qui fuccedaà
Henry Othon , Electeur Pala
>
Q ij
188 MERCURE
5%
tin , & qui laiffa Loüis IV
Pere de Frederic® IV. dit le
Sincere. Ce dernier eut pour
Fils Frederic V. dit le Con .
ftant. Les Rebelles de Bohé
me l'ayant éleu pour leur
Roy en 1619 à l'exclufion de
l'Empereur Ferdinand II dont
ils prétendoient que l'élection
n'avoit pas efté legiti
me il fut couronné à Pra
gues , où il perdit la Bataille
le 8.Novembre de l'année fut
vante . Le 22. Janvier 1621. il
fut profcrit , & dépouillé de
fes Etats , & de l'Electorat
qu'on donna à Maximilien,
,
GALANT. 169
Duc de Baviere. Il laiffa
Charles Louis , Comte Pa
latin du Rhin , qui par la Paix
de Munſter faire en 1648. ren
tra dans le bas Palatinat , &
fut creé huitiéme Electeur, à
condition que fi la Branche
Guillelmine, qui eft celle des
Ducs de Baviere, vient à manquer
, le huitiéme Electorat
demeurera fupprimé , & la
Branche Rodolphienne on
Palatine reprendra fa premiere
dignité , & jouira des Etats
qui en dépendent. La Bran
che de Baviere a efté nom
mée Guillelmine , de Guillau
1
190 MERCURE
me V. dit le jeune , qui donna
fon nom aux Princes de
fa Branche , & qui ayant fait
une volontaire abdication
des Etats de Baviere en 1597 !
fe retira dans une Maiſon Re
ligieuſe , où il mourut le 27,
Fevrier 1626. âgé de 78, ans,
Charles Louis, Electeur Pala
tin , épousa en 1650. Charlote
Fille de Guillaume Landgra
ve de Heffe, & il en eut Charles
Electeur Palatin , dont je
vous apprens la mort , &
Charlote Elifabeth, mariée , le
16. Decembre 1671. à fon Al
reffe Royale Monfieur. Cer
GALANT. 191
te mort a eſté tres -fenfible à
cette Princeffe . Le Roy,
Monfeigneur le Dauphin,
& Madame la Dauphine , allerent
vifiter leurs Alteffes
Royales à Saint Cloud le 31.
de May , fur ce grand fujet
d'affliction . Tous les Princes
& Princeſſes du Sang firent
la mefme chofe , ainfi que
tous les Seigneurs & toutes
les Dames de la Cour. Le 3 .
de ce mois,les Ambaffadeurs
& Miniftres des Princes E
trangers , les complimente
rent fur ce mefme fujet , étant
conduits par M Aubert , In192
MERCURE
troducteur des Ambaffadeurs
auprés de Monfieur.
Charles , Comte Palatin du
Rhin , & Electeur de l'Empi
re , mourut à Heidelberg,
dans fa trente- quatriéme an
née. Ilavoit efté guery d'u
ne affez longue indifpofition,.
& une recheute l'a fait mourir
en fort peu de jours. Il eftoit
Frere de Madame , & avoit
épousé la Princeffe Willel
mine Erneftine , Fille de Fré!
deric III. & Soeur de. Chré
tien V. Roys de Danemarc,,
dont il n'a point eu d'Enfans .
Juin 1685.
186 MERCURE
Il defcendoir de Louis le
Vieil X ' qui mourut en 12941
laiffant Rodolphe & Louis
III. Ces deux Princes ont
efté Chefs de deux grandes
Familles , qui ont fait diver.
fes Branches en Allemagne.
Celle des Palatins du Rhin,
defcend de Rodolphe qui
eftoit l'ailné & celle des
Ducs de Baviere vient de
Louis qui fur Empereur. 1
Rodolphe , Electeur de
l'Empire & Comte Palatin du
Rhin , eut entr'autres Fils
Adolphe
furnommé le
Simple , Ayeul de Robert dit
"GALANT. 187
le Petit , qui fut Empereur en
1400. Robert eut fix Fils,
dont les deux aînez furent
Louis le Barbu , & Eftienne.
La pofterité de Louis le Bar
bu ayant finy en Othon Hen
ry, qui mourut en 1559 , fans
laiffer d'Enfans , il falut avoir
recours à la Branche d'E .
ftienne , fecond Fils de Robert
le Petit. Cét Eftienne
eut d'Anne , Fille & heritiere
de Frederic Comte de Vel
dens , Fréderic , & Louis le
Noir. Frederic fut Bifayeul
de Frederic III. qui fuccedaà
Henry Othon , Electeur Pala
>
Q ij
188 MERCURE
5%
tin , & qui laiffa Loüis IV
Pere de Frederic® IV. dit le
Sincere. Ce dernier eut pour
Fils Frederic V. dit le Con .
ftant. Les Rebelles de Bohé
me l'ayant éleu pour leur
Roy en 1619 à l'exclufion de
l'Empereur Ferdinand II dont
ils prétendoient que l'élection
n'avoit pas efté legiti
me il fut couronné à Pra
gues , où il perdit la Bataille
le 8.Novembre de l'année fut
vante . Le 22. Janvier 1621. il
fut profcrit , & dépouillé de
fes Etats , & de l'Electorat
qu'on donna à Maximilien,
,
GALANT. 169
Duc de Baviere. Il laiffa
Charles Louis , Comte Pa
latin du Rhin , qui par la Paix
de Munſter faire en 1648. ren
tra dans le bas Palatinat , &
fut creé huitiéme Electeur, à
condition que fi la Branche
Guillelmine, qui eft celle des
Ducs de Baviere, vient à manquer
, le huitiéme Electorat
demeurera fupprimé , & la
Branche Rodolphienne on
Palatine reprendra fa premiere
dignité , & jouira des Etats
qui en dépendent. La Bran
che de Baviere a efté nom
mée Guillelmine , de Guillau
1
190 MERCURE
me V. dit le jeune , qui donna
fon nom aux Princes de
fa Branche , & qui ayant fait
une volontaire abdication
des Etats de Baviere en 1597 !
fe retira dans une Maiſon Re
ligieuſe , où il mourut le 27,
Fevrier 1626. âgé de 78, ans,
Charles Louis, Electeur Pala
tin , épousa en 1650. Charlote
Fille de Guillaume Landgra
ve de Heffe, & il en eut Charles
Electeur Palatin , dont je
vous apprens la mort , &
Charlote Elifabeth, mariée , le
16. Decembre 1671. à fon Al
reffe Royale Monfieur. Cer
GALANT. 191
te mort a eſté tres -fenfible à
cette Princeffe . Le Roy,
Monfeigneur le Dauphin,
& Madame la Dauphine , allerent
vifiter leurs Alteffes
Royales à Saint Cloud le 31.
de May , fur ce grand fujet
d'affliction . Tous les Princes
& Princeſſes du Sang firent
la mefme chofe , ainfi que
tous les Seigneurs & toutes
les Dames de la Cour. Le 3 .
de ce mois,les Ambaffadeurs
& Miniftres des Princes E
trangers , les complimente
rent fur ce mefme fujet , étant
conduits par M Aubert , In192
MERCURE
troducteur des Ambaffadeurs
auprés de Monfieur.
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Résumé : Mort de Mr l'Electeur Palatin. [titre d'après la table]
Le 26 mai 1685, Charles, Comte Palatin du Rhin et Électeur de l'Empire, décéda à Heidelberg à l'âge de trente-quatre ans après une longue maladie suivie d'une rechute rapide. Il était le frère de Madame et avait épousé Wilhelmine Ernestine, fille de Frédéric III et sœur de Christian V, rois de Danemark, mais ils n'eurent pas d'enfants. La lignée des Comtes Palatins du Rhin remonte à Rodolphe, fils de Louis le Vieux, mort en 1294. Rodolphe eut plusieurs fils, dont Adolphe, ancêtre de Robert dit 'le Petit'. Robert eut six fils, dont Louis le Barbu et Étienne. La lignée de Louis le Barbu s'éteignit avec Othon Henry en 1559, entraînant le recours à la branche d'Étienne. Frédéric, fils d'Étienne, fut le bisaïeul de Frédéric III, qui succéda à Henri Othon comme Électeur Palatin et laissa Louis IV, père de Frédéric IV dit le Sincère. Frédéric V, fils de Frédéric IV, fut élu roi de Bohême en 1619 mais fut déchu en 1621 après une défaite militaire. Il laissa Charles Louis, Comte Palatin du Rhin, qui récupéra le Bas-Palatinat en 1648 et devint huitième Électeur. Charles Louis épousa Charlotte, fille de Guillaume Landgrave de Hesse, et eut deux enfants : Charles, l'Électeur Palatin récemment décédé, et Charlotte Élisabeth, mariée au prince de Galles. La mort de Charles fut ressentie par la princesse Charlotte Élisabeth et suscita des visites de condoléances de la part du roi, du Dauphin, de la Dauphine, des princes et princesses du sang.
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916
p. 192-197
« Le Duc de Neubourg, qui est Catholique & Beau-pere de [...] »
Début :
Le Duc de Neubourg, qui est Catholique & Beau-pere de [...]
Mots clefs :
Duc de Neubourg, Empereur, Prince, Électeur palatin, Ordre Teutonique, Heidelberg, Serment de fidélité, Palatinat, Marquis, Princes, Conseillers, Duché, Fille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Duc de Neubourg, qui est Catholique & Beau-pere de [...] »
Le Duc de Neubourg, qui
eft Catholique & Beau pere
de l'Empereur , eft à preſent
Electeur Palatin , & en cette
qualité il a envoyé le Prince
Louis Antoine de Neubourg
fon Fils , Grand Maistre de
l'Ordre Teutonique à Hei
delberg , pour recevoir en
fon nom le Serment de fide
lité des Bourgeois , des Trou
pes , & des Officiers de cetto
Ville , qui eft la Capitale de
ce qu'on appelle le Palatinat
du Rhin. Ce Palatinat eft
v
entre
"
GALANT. 193
entre des Dioceſes de Tréve
& de Mayence , les Duchez
de Deux ponts & de Vittemberg
, le Marquifat de Bade,
& l'Alface. Le haut Palatinat,
qui eft entre la Bohéme , la
Franconie & la Baviere , &
dont la Capitale eft Amberg,
fut donné en 1623. à Maximilien
Duc de Baviere, lorfqu'on
dépouilla Frideric V. de l'Ele
ctorat & de fes Etats , & ce
pays eft demeuré aux Ducs
de Baviere , par l'article io. de
la Paix de Vveftphalie , lorf
qu'on créa un huitiéme Eleczorat
pour le Prince Palatin.
Juin 1685.
R
194 MERCURE
Le Prince Louis Antoine
de Neubourg , eftant arrivé à
Heidelberg le 30. de May , y
receut le lendemain le fer
ment de fidelité pour le Duc
de Neubourg fon Pere , &
envoya quelques Confeillers
dans tous les Bailliages du
Palatinat , pour recevoir le
mefme ferment. Le Prince
Palatin de Veldens , a fait
faire des proteftations contre
cette prife de poffeffion ; mais
on n'y a eu aucun égard , le
droit du Duc de Neubourg
ne pouvant ſe contefter . EL
T
*སྒྱུ
tienne , fecond Fils de l'EmGALANT.
195
pereur Robert le Petit , laiffa
deux Fils , fçavoir Frederic &
Louis le Noir, comme je vous
L'ay déja marqué. Ce dernier
laiffa Alexandre le Boiteux
Duc de Deux- ponts , Pere de
Louis 11. qui eut Volfang .
Othon Henry Electeur Palatin
, eftant mort alors fans pofterité,
Frederic III . defcendu
de Frederic , Fils aifné de cét
Eftienne, qui étoit fecond Fils
de l'Empereur Robert , luy
fucceda en l'Electorat; & Volfang
, Duc de Deux - ponts ,
defcendu de Louis le Noir ,
Fils puifné du mefme Eftien-
Rij
196 MERCURE
ne , eut le Duché de Neu?
bourg , dont il fit le titre de
Philippes Louis fon Fils aiſné.
Jean I. fon fecond Fils , fuc
Duc de Deux - ponts , & il en
á fait la Branche . Philippes
Louis , Duc de Neubourg ,
laiffa Volfang Guillaume , &
Augufte qui a fait la Branche
des Comtes Palatins de Sulft
bach. Volfang Guillaume
Duc de Neubourg , ſe fit Catholique
en 1614. & fut Pere
de Philippés Guillaume , attjourd'huy
Duc de Neubourg,
de Juliers , de Mons , &c. qui
maſquit le 23. Novembre 1615.
GALANT. 197
1
& qui ayant perdu en 1651
Anne Catherine Conftance ,
Fille de Sigilimond III. Roy de
Palogne, la premiere Femme,
époula deux ans aprés Elifa
beth Amalie Damftar , Fille
du Landgrave George , & de
Sophie Eleonor de Saxe, dont
ila plufieurs Enfans , & entre
autres Anne Marie Jofeph ,
née en 1655. & mariée en 1676*
à l'Empereur Leopold
eft Catholique & Beau pere
de l'Empereur , eft à preſent
Electeur Palatin , & en cette
qualité il a envoyé le Prince
Louis Antoine de Neubourg
fon Fils , Grand Maistre de
l'Ordre Teutonique à Hei
delberg , pour recevoir en
fon nom le Serment de fide
lité des Bourgeois , des Trou
pes , & des Officiers de cetto
Ville , qui eft la Capitale de
ce qu'on appelle le Palatinat
du Rhin. Ce Palatinat eft
v
entre
"
GALANT. 193
entre des Dioceſes de Tréve
& de Mayence , les Duchez
de Deux ponts & de Vittemberg
, le Marquifat de Bade,
& l'Alface. Le haut Palatinat,
qui eft entre la Bohéme , la
Franconie & la Baviere , &
dont la Capitale eft Amberg,
fut donné en 1623. à Maximilien
Duc de Baviere, lorfqu'on
dépouilla Frideric V. de l'Ele
ctorat & de fes Etats , & ce
pays eft demeuré aux Ducs
de Baviere , par l'article io. de
la Paix de Vveftphalie , lorf
qu'on créa un huitiéme Eleczorat
pour le Prince Palatin.
Juin 1685.
R
194 MERCURE
Le Prince Louis Antoine
de Neubourg , eftant arrivé à
Heidelberg le 30. de May , y
receut le lendemain le fer
ment de fidelité pour le Duc
de Neubourg fon Pere , &
envoya quelques Confeillers
dans tous les Bailliages du
Palatinat , pour recevoir le
mefme ferment. Le Prince
Palatin de Veldens , a fait
faire des proteftations contre
cette prife de poffeffion ; mais
on n'y a eu aucun égard , le
droit du Duc de Neubourg
ne pouvant ſe contefter . EL
T
*སྒྱུ
tienne , fecond Fils de l'EmGALANT.
195
pereur Robert le Petit , laiffa
deux Fils , fçavoir Frederic &
Louis le Noir, comme je vous
L'ay déja marqué. Ce dernier
laiffa Alexandre le Boiteux
Duc de Deux- ponts , Pere de
Louis 11. qui eut Volfang .
Othon Henry Electeur Palatin
, eftant mort alors fans pofterité,
Frederic III . defcendu
de Frederic , Fils aifné de cét
Eftienne, qui étoit fecond Fils
de l'Empereur Robert , luy
fucceda en l'Electorat; & Volfang
, Duc de Deux - ponts ,
defcendu de Louis le Noir ,
Fils puifné du mefme Eftien-
Rij
196 MERCURE
ne , eut le Duché de Neu?
bourg , dont il fit le titre de
Philippes Louis fon Fils aiſné.
Jean I. fon fecond Fils , fuc
Duc de Deux - ponts , & il en
á fait la Branche . Philippes
Louis , Duc de Neubourg ,
laiffa Volfang Guillaume , &
Augufte qui a fait la Branche
des Comtes Palatins de Sulft
bach. Volfang Guillaume
Duc de Neubourg , ſe fit Catholique
en 1614. & fut Pere
de Philippés Guillaume , attjourd'huy
Duc de Neubourg,
de Juliers , de Mons , &c. qui
maſquit le 23. Novembre 1615.
GALANT. 197
1
& qui ayant perdu en 1651
Anne Catherine Conftance ,
Fille de Sigilimond III. Roy de
Palogne, la premiere Femme,
époula deux ans aprés Elifa
beth Amalie Damftar , Fille
du Landgrave George , & de
Sophie Eleonor de Saxe, dont
ila plufieurs Enfans , & entre
autres Anne Marie Jofeph ,
née en 1655. & mariée en 1676*
à l'Empereur Leopold
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Résumé : « Le Duc de Neubourg, qui est Catholique & Beau-pere de [...] »
En juin 1685, le Duc de Neubourg, catholique et beau-père de l'Empereur, envoya son fils, le Prince Louis Antoine de Neubourg, à Heidelberg pour recevoir le serment de fidélité des habitants et des officiers de la ville. Le Palatinat du Rhin, situé entre les diocèses de Trèves et de Mayence, les duchés de Deux-Ponts et de Wittemberg, le marquisat de Bade, et l'Alsace, fut attribué en 1623 à Maximilien, Duc de Bavière, après la déposition de Frédéric V. Le haut Palatinat, entre la Bohême, la Franconie et la Bavière, resta aux Ducs de Bavière selon la Paix de Westphalie. Le Prince Louis Antoine arriva à Heidelberg le 30 mai et reçut le serment de fidélité pour son père le lendemain. Il envoya des conseillers dans tous les bailliages du Palatinat pour obtenir le même serment. Le Prince Palatin de Veldenz protesta sans succès. La généalogie des Ducs de Neubourg remonte à Étienne, second fils de l'Empereur Robert le Petit. Philippe Louis, Duc de Neubourg, eut plusieurs descendants, dont Wolfgang Guillaume, converti au catholicisme.
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917
p. 197-253
Particularitez des Audiences que Mr de Guilleragues a euës du Grand Seigneur & du Grand Visir avant sa mort. [titre d'après la table]
Début :
On ne peut porter plus haut la gloire de son Souverain, [...]
Mots clefs :
Souverain, Ambassade , Mr de Guilleragues, Constantinople, Grand vizir, Audience, Seigneurs, Officiers, Ministre, Gloire, Sérail, Empire, Honneur, Prudence, Cérémonie, Religion, Coutume, Maître, Affaires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Particularitez des Audiences que Mr de Guilleragues a euës du Grand Seigneur & du Grand Visir avant sa mort. [titre d'après la table]
On ne peut porter plus haug
la gloire de fon Souverain
dans une Ambaffade, ny s'ent
acquitter avec plus d'éclat &
de prudence qu'a fait M' de
vel
?
Riij
198 MERCURE
"
Guilleragues , dans tout le
temps qu'il a eſté à Conſtan
tinople. Il eſt vray que ceux
qui ont une Dignité pareille
à foûtenir , n'ont pas de peine
perfuader ce qu'eft un Prin
ce, à qui fes Vertus & ſes furprenans
Exploits ont acquis
fi juftement le furnom de
Grand , puifque la Renommée
prend toûjours foin de le
devancer , & qu'elle apprend
avant eux aux Nations les
plus reculées tout ce qu'ils en
peuvent dire. Ainfi- ils arrivent
dans des lieux où les ef
prits font préparez à les croiGALANT.
199
re. Ceft ce qui a fait accor
der tant de chofes à M' de
Guilleragues , en faveur de
la Religion Catholique . Tour
ce qu'a fait cet Ambaffadeur,
a efté fait avec tant d'éclat &
tant de hauteur , & avec des
circonftances fi dignes d'ef
tre remarquées , que les quatre
ou cinq Relations que
vous avez dans mes Lettres ,
depuis qu'il eft party pour
l'Ambaffade de Conftantino
ple , font des morceaux qui
meritent d'être confervez é
ternellement. Voicy le dernier
, puifqu'on peut dire que:
R.iiij.
200 MERCURE
M' de Guilleragues eft mort
prefque en fortant de l'ADdience
du Grand Seigneur, &
aprés en avoir obtenu tout ce
qu'il pouvoit fouhaiter pour
la gloire de fon Maistre , &
pour le repos des Catholiques
quifont dans le Levant . On
quitte la vie avec moins de
peine , quand on en fort avec
la fatisfaction d'avoir fervy
utilement l'Eglife , fon Prince
& fa Patrie. Vous aurez peuteftre
veu déja des copies , &
mefme imprimées , de la Relation
que vous allez lire , ou
dumoins qui luy reffemblent
GALANT. 201
fr fort , que vous croirez que
ce foit la mefme choſe. Vous
ne deyés pas vous en étonner.
La verité eftant une ,les Relations
diverfes d'une mefme
action , doivent avoir plus de
reffemblance , que les Ou
vrages d'efprit fur une meſme
matiere. Il faut donc les rez
garder , comme devant effre
femblables dans les faits qu'el
les rapportent, mais differentes
pour avoir plus ou moins
de circonftances. Celle dont
on m'a fait part , en eft la plus
remplie;& tous ceux qui voudront
bien les examiner, n'au
202 MERCURE
ront pas de peine à sen de
meurer d'accord. Voicy ce
qu'elle contient .
30
d'o
M' de Guilleragues arri
va à Andrinople le
ctobre de l'année derniere ,
accompagné du Grand E
cuyer , de l'Aga des Janiſſai,
res , & de plufieurs autres
Officiers du Grand Seigneur,
qui eftoient venus le reces
voir à une lieuë de la Ville , &
qui l'y amenerent au milieu
d'une haye de Janiffaires fous
les armes . Le Grand Vifir qui
eftoit indifpofé , n'ayant pû
luy donner audience que le
و ت ا
GALANT. 203
28. de ce mefme mois , il emu
ploya tout ce temps à faire
connoiftre avec vigueur de
quelle maniere il prétendoit
que cette Audience luy fuft
donnée . Il infifta fur tout à
la refuſer dans la Chambre
où tous les Ambaſſadeurs ont
accoûtumé de la recevoir à
Andrinople , parce qu'il fçavoit
que le Sofa ou Eftrade,
y eftoit difpofé de telle forte ,
qu'occupant prefque toute
cette Chambre , il n'y reftoit
qu'un petit cfpace pour pofer
les Pabouches ou Souliers,
que les Turcs doivent y lai
204 MERCURE
4
fer lors qu'ils y entrent. On
luy fit connoiftre que le
Grand Vizir n'y recevoit pas
feulement les Ambaſſadeurs,
mais encore le Muphi & le
Mufahib, ou Favory du Grand
Seigneur , qui eltoient les
Perfonnes de tout l'Empire
qu'il devoir le plus confide
rer. M l'Ambaffadeur ré
pondit que le Muphri & le
Mufahib ne difputoient pas
au Grand Vizir les honneurs
qu'il leur rendoit , mais que
la forme du Sopha , & la ma
niere d'y eftre receu , eſtant
des points qui avoient fait
GALANT: 205
naiftre un different dont le
bruit s'eftoit répandu depuis
cinq ans dans toute l'Europe,
cote conteftation devoit eftre
terminée avec un éclat , qui
reparaſt le tort que l'on avoit
prétendu faire à l'honneur
qui eft deu fi juftement aux
Ambaffadeurs de France. Ses
raifons furent receuës , & on
Paffeura qu'il feroit entierement
fatisfait fur fa demande,
& fur toutes les autres qu'il
avoit déja faites fur ce fujet
Ainfi il ne fit plus difficulté
de fe faire conduire au Serrail
du Grand Vizir , le jour
206 MERCURE
qu'on avoit choiſi pour cette
Cerémonie Il y alla riche
ment vétu à la Françoife , &
monté furumfuperbe Cheval
de l'Ecurie du Grand Sei
gneur. Sa Suite eftoit de 70
Perfonnes , tant de fa Mailon
que des principaux Mar
chands François , tous trespropres
& tres leftes . Hentra
dans le Serrail du Grand Vizir,
& ayant mis pied à terre il
fut conduit par plufieurs Sales
à la Chambre où ce Minitre
reçoit Sa Hauteffe , lors
q'Elle luy fait l'honneur de
le vifiter. Cette Chambre
+
GALANT
. 207
deftinée pour l'Audience,
eftoit ornée de Peintures &
de dorures , & meubleé de
Minders , & de Couffins magnifiques.
Ily avoit au mi
lieu un Baflin de Marbre , environné
de Vafes remplis de
Fleurs , & avec plufieurs jers
d'eau. M' de Guilleragues
monta fur le Sofa , voyant
qu'il eftoit de la maniere qu'il
l'avoit demandé. Les Tabourers
, également enrichis
d'une broderie relevée d'or
fur un fond de Velours rou
ge , eftoient fur une mefme
ligne , tous deux fur la Natte,
208 MERCURE
C
fans que celuy du Vizir fuft
fur le Minder. Il prit fa Place
fur le Tabouret qui regar
doit la Porte pár où il eftoit
entré, & de Grand Vizir arri
va un peu aprés par une autre
Porte qui eftoit du cofté de
Bautre Tabouret. Il monta
fur le Sofa , & M' l'Ambaſſadeur
fe contenta de fe lever
pendant ce temps fans quicter
fa Place , quoy que tresfouvent
il fuft arrivé que les
Ambaffadeurs eftoient demeurez
debout au bas du So
fa , en attendant l'arrivée du
Grand Vizir. Aprés les faluts
GALANT. 209:
réciproques , il fe remit fur
fon Tabouret dans le mefme
temps que le Grand Vizir
s'aflit fur le fien , & alors le :
Salem Chaoux prononça
ſclon
la coûtume une courte
Priere à haute voix , pour la
profperité duGrand Seigneur,
ce qui eft une des fonctions
de fa Charge. Le Compli
ment de M l'Ambaffadeur,,
également fort & obligeant,,
fut interpreté en Turc par le
Sieur Fontaine , le Sieur For--
mefti premier Drogman ,,
n'ayant pû venir à Andrinople
à cause d'une indifpofis-
Juin 1685
S
210 MERCURE
tion . Il s'étendit fur le dignechoix
que Sa Hauteffe avoit
fait de la Perfonne de ce Mi
niftre , pour fe repofer fur fa
prudence , & fur la capacité
des Affaires de l'Empire. Le
Grand Vizir répondit par le
compliment ordinaire , c'eft
à dire , que Ml Ambaſſadeur
eftoit le tres bien venu , ce qu'il
répéta jufqu'à quatre fois,
quoy que les autres Vizirs
n'euffent accoûtumé de le
dire qu'une. Il ne pouvoit
mieux marquer le plaifir qu'il
reffentoit de voir cét Ambaf
fadeur , que par la répetition
द
GALANT 211
xe
les
de ces termes , par lesquels
les Turcs témoignent la joye
qu'ils ont de voir leurs Amis.
Il fe fervit auffi plufieurs fois .
du mot d'Eltechi , qui veut di-
Ambaffadeur , & parla tot
jours à la troifiéme Perfonne
; ce qui eft parmy.
Turcs une grande marque de:
confideration & de refpect..
Mi de Guilleragues remercia.
fort le Grand Vizir , de l'Aga :
qu'il luy avoit envoyé à Con
ftantinople pour Tamener,.
fe louant de fa diligence , &
de fes foins dans toutes les
chofes qui regardoient fa
•
Sij
212 MERCURE
Commiffion
;
& cela fut
avantageux à cét Aga , puis
que s'agiflant en ce tempslà
d'envoyer quelqu'un à
Bude , pour des ordres qu'on
avoit à y porter , ce qui ef
toit dangereux : & un Officier
l'ayant propofé au Grand
Vizir , ce Miniftre répondit
qu'il eftoit trop néceſſaire à
l'Ambaffadeur de France , &
qu'il falloit en choiſir un autre.
Peu de temps aprés il fur
revétu de la Charge de Capigilar-
Kiaiafi , l'une des trois
principales de la Maiſon du
Vizir. La converfation ayant
GALANT. 213
duré prés d'une heure , on apporta
le Café. Il fut prefenté
dans le mefme temps à l'un
& à l'autre , aprés que l'on cut
mis devant eux un grand
mouchoir de broderie , d'une
beauté & d'une richeffe égale.
Cela donna lieu au Grand
Vizir de demander à M
l'Ambaffadeur s'il aimoit cette
boiffon. Il répondit que le
Thé , & le Chocolat luy fembloient
meilleurs . Le Sorbet,
le Parfum , & les Eaux de
fenteur leur furent fervis enfuite
, & prefentez à tous
deux en melme temps. Ce
214 MERCURE
la eftant fait , le Grand Vizir
affeura M. l'Ambaffadeur,
qu'il employeroit tous les
foins pour le mener peu de
jours aprés à l'Audience du
Grand Seigneur, dont ilpou
voit efperer la reception la
plus favorable , luy promertant
paravance l'accompliffement
de toutes les chofes .
qu'il demanderoit . M de
Guilleragues fe lèva dans ce
moment pour recevoir là
Vefte dont il fut reveftü en
prefence de ce Miniftre. On
diftribuales autres Veſtesaux .
principaux de la Suite , juk
t
GALANT. 213
4.5
-
ques au nombre de trente,
ce qui n'avoit efté accordé à
aucun des autres Ambaffadeurs
, qui n'en avoient jamais
eu plus de vingt. Un
-Marchand Anglois , & un autre
Marchand Hollandois qui
s'eftoient trouvez à Andrinople
, & que cét Ambaſſadeur
avoit invitez à l'accompagner
à l'Audience , curent chacun
une de ces Veftes. Cette diftribution
achevée , M de
Guilleragues fe leva , & ſe retira
aprés avoir falüé le Grand
Vifir ,qui fe leva dans le même
temps , & qui luy dit encore
216 MERCURE
une fois , Vous eftes le tres-bien
venu. Il retourna à fon Palais
dans le mefme ordre qu'il
eftoit forty , eftant reconduit
par les mefmes Officiers , auf.
quels fe joignit Seferbec , Interprete
de la Porte , que le
fieur Fontaine avoit interrompu
fi adroitement , lors qu'il
entreprenoit d'interpreter les
paroles du Vizir , qu'il ne put
en proferer quatre de fuite
pendant tout le temps deÎ'Audience.
Comme les Ceremonies
en furent fort differentes
de celles que l'on avoit
obfervées par le paffe , lors
qu'on
GALANT. 217
*
quo y avoit admis les Ambalfadeurs
de France , le Tefchrifat.
Emini, c'eft à dire, le Maître
& Conſervateur des Cere.
monies , prefenta une Requefte
, pour demander qu'on les
inferaft das les Archives, comme
n'ayant jamais efté pratiquées
depuis le commencement
de l'Empire , criant
tout haut qu'ilfaloit brûler l'an
cien Regiftre. Jamais les Turcs
n'ont témoigné tant de joye
d'aucun fuccés qui leur ait
efté avantageux, que dans cet
te occafion
. Ils regardoient
M' de Guilleragues
comme
Juin 1685
T
218 MERCURE
le Liberateur de leur Empire,
puifqu'il avoit terminé fi heureufement
une affaire , dont
ils avoient craint des fuites
fâcheufes. Ce n'a pas efté fans
beaucoup de peine qu'il en
eft venu à bout avec tant de
gloire. Il a eu des Ennemis
qui l'ont traversé de tout leur
pouvoir ; mais il a ſceu fi bien
détourner par fa prudence
deurs dangereufes cabales ,
qu'il a donné lieu à quelquesuns
de fe repentir d'avoir
cherché à luy nuire . Il s'en
falut peu entre autres que
l'on ne mift en Prifon le Re-
**
"
GALANT. 219
fident de Michel Abaffy ,
Prince de Tranfilvanie , qui
par ordre de fon Maistre
voulut infinuer à la Porte ,
beaucoup de chofes entierement
oppofées aux droi
tes intention de M. l'Ambaffadeur.
Le Kiaia du Grand
Vifir receut un commandement
exprés d'aller luy en
faire reprimande. Il la luy
fit dune maniere fi feche ,
qu'il en fut malade dangereufement
pendant huit jours.
Ce qui effraya le plus ce Refident
, ce fut qu'on luy dir ,
•
Tij
220 MERCURE
qu'Abaffy eftoit en liberté
de faire ce qu'il voudroit , &
qu'il cherchoit inutilement
des pretextes à fa revolte . En
mefme temps pour mettre ſa
fidelité à l'épreuve , le Grand
Seigneur donna un ordre qui
1
obligeoit Abaffy de payer fon
Tribut en bled , & de le faire
tranfporter vers la Pologne ,
à l'Armée de Soliman Pacha ;
ce qu'il ne pouvoit executer ,
fans s'expofer au peril de foûlever
tous fesPeuples, qui n'en
recueillent que ce qui eft abfolument
neceffaire à leur
fubfiftance. La veille de l'Au-
1
GALANT. 221
dience , M' de Guilleragues
avoit envoyé fes prefens au
Grand Vifir , fuivant la cou
tume. Ce Miniftre , pour té
moigner qu'il les recevoit
agreablement , donna quarante
Sequins aux Drogmans
qui les porterent. C'eftoient
les fieurs Fontaine & Perru
que. Le Kiaia leur en donna
encore dix, lorfqu'ils luy por
terent ceux qui eftoient pour
luy,mais ces Drogmans, pour
faire connoiftre que l'intereft
ne les touchoit pas, diftribue .
rent la plus grande partie de
ces deux fommes aux Offi
Tiij
222 MERCURE
ciers de la maifon du Vifir
L'Audience du grand Seigneur
ne fut donnée à M ' de
Guilleragues que le 26. de
Novembre. Comme il eftoit
ce jour - là Dimanche , il entendit
la Meffe de fort bon
matin , & partit fur les huit
heures , accompagné du
Chaoux Bachi , & d'autres
Chaoux , & fuivy de fes Domeftiques
, & des principaux
Marchands François . Il ferendit
au Serrail de fa Hauteffe ,
& eftant entré dans la grande
Court, il y trouva environ mille
Janiffaires rangez , qui ef
#
GALANT 223
toit tout de quil y avoit alors
de cette Milice à Andrinople
. Dés qu'ils l'eurent apperceu
, ils prirent tous une
courfe , qui fut limitée par
plufieurs plats ou grands baffins
de Pilau , c'eft à dire de
ris cuit , regale ordinaire qu'
on leur fait dans des occafions
de cette nature . M' de Guilleragues
,
qu'on
pour
都fans s'arrefter à ce
on faifoit d'extraordinaire
le recevoir , continua
fon chemin jufques à la Sale
du Divan , où il entra , fuivy
de Mrs Merille & Noguerres,
Secretaires de l'Ambaffade
Tiiij
224 MERCURE
de fix de fes Domestiques , &
de deux Drogmans.Le grand.r
Vifir l'y attendoit avec le Ja
niffaire Aga , le Cadilefker, le
Tefterdar , & le Rifchangi
Bachi , tous affis à quelque
diſtance les uns des autres
fur un banc de Parquet attaché
à la muraille . M' l'Ambaffadeur
eſtant entré , s'affit
fur un Tabouret qu'on avoit
placé prés & vis-à - vis du Vi
r. Ils fe firent des complimens
reciproques , fur la joye
qu'ils avoient de fe revoir ;
aprés quoy M' de Guilleragues
fe leva , afin de laiffer ce
GALANT. 225
Miniftre en liberté de termi
ner les affaires des Particu
liers, & alla s'affeoir fur le me
meTabouret, dans un endroit
de la Sale plus éloigné des
Plaideurs qui venoient den
foule demander juftice . Leb
grand Vifir leur permit à
tous de s'approcher les uns
aprés les autres , & jugea plus.
de cent procés pendant une
heure & demie. Le grand Sei
gneur voyoit & entendoit
tout par une Jaloufie , qui étoit
audeffus du Siege du Vifir.
Lorfque le Divan fut achevé,
on apporta une petite table
226 MERCURE
ronde devant ce premier Miniftre
, à laquelle il mangea
feul avec M de Guilleragues,
qui y fut códuit par le Chaoux
Bachi. On en apporta quatre
autres en mefme temps , pour
le Janiffaire Aga , le Cadilef
Ker, le Tefterdar, le Rifchangi
Bachi , & pour ceux de la
fuite de M l'Ambaffadeur.
Ses deux Secretaires furent
menez à la feconde , deux autres
François à la quatrième,
& trois à la cinquième . LeCa
dilefker mangea feul à la troifiéme,
comme eftant une perfonne
de Loy , qui ne doit ja
GALANT. 227
mais manger avec dés gens
d'une Religion differente . On
fervit toutes ces Tables avec
beaucoup de magnificence à
la mode du Pays. Les fruits
& le ris n'y manquerent pas.
Le repas
dura une heure , &
M' de Guilleragues employa
ce temps bien moins à manger
, qu'à s'entretenir familie.
rement avec le Vifir , qui
écoutait avec grande attention
tout ce qu'il luy difoit
par la bouche du fieur Fonraine
fon Drogman. Aprés le
repas , M ' l'Ambaffadeur fut
reveſtu d'une riche Vefte , &
228 MERCURE
y
on en diftribua trente autres
à ceux de fa fuite. Le grand
Vifir fortit du Divan , & s'en
alla à l'appartement dugrand
Seigneur. M' l'Ambaſſadeur
fut conduit un demy- quart
d'heure aprés, avec fon Drogman
, fes deux Secretaires , &
fept autres perfonnes de fa
fuite , chacun ayant à fes cof
tez deux Capigis , qui ne leur
firent aucune contrainte , lors
mefine qu'il falut paroiſtre
devant fa Hauteffe, Il entra
dans la Salle d'Audience , ou
il vit le grand Seigneur affis
fur un Trône magnifique, qui
GALANT. 229
eftoit placé au fond. Ses ha
bits eftoient éclatans de pier
Feries , & ilavoit autour de luy
fes principaux Officiers. M
Ambaffadeur le falia par
ane profonde reverence , &
commença
un diſcours qu'il
prononça d'une maniere tresnoble
, & avec beaucoup de
dignité. Le grand Vifir l'ayant
voulu interrompre dans la
bouche du fieur Fontaine qui
l'interpretoit , le Grand Seigneur
dit à M' de Guilleragues
qu'il pouvoit pourſuivre ,
& demander ce qu'il luy plai
roit . Cette Audience dura prés
230 MERCURE
d'une demie heure , pendant
laquelle fa Hauteffe parla une
feconde fois à M l'Ambaffadeur
; ce qui n'avoit jamais
efté fait par les Sultans , qui
fe font toûjours contentez
d'entendre les Ambaſſadeurs ,
fans leur répondre autrement
que par un figne de teſte , en
leur faifant dire par leurs
Grands Vifirs , qu'ils font fatisfaits
de leurs complimens ,
& qu'ils répondront à la Lettre
de leurs Maiftres M de
Guilleragues ayant eſté ramené
de l'Audience , remonta
cheval hors du Serrail, & pour
GALANT. 231
fatisfaire à la coûtume , il fe
rangea auprés de la porte avec
tous ceux de fa fuite, pour en
voir fortir le Grand Vifir &
les autres Officiers , & défiler
les Janiffaires , aprés quoy il
fe retira gardant le mefme or
dre qu'il avoit tenu en arrivant.
Cette Audience a eu
trois particularitez qui la di
ftinguent de toutes les autres
qui ont efté accordées
auparavant aux Ambaſſadeurs
de France , le nombre
de trente Veſtes diftribuées à
fa Suite , neufperfonnes pour
lefuivre à l'Audience du
232 MERCURE
Grand Seigneur, & l'honneur
que fit fa Hauteffe à M' de
Guilleragues de lay parler jufques
à deux fois. A peine s'étoit-
il mis en chemin pour fe
retirer , que le Sultan fortit à
cheval par une porte de der
riere , pour aller fe divertir à
la chaffe . Il fortit encore le
lendemain , pour une autre ,
chaffe à laquelle il avoit refolu
d'employer foixante jours,
quelque temps fàcheux qu'il
euſt à craindre , cet exercice
n'eftant jamais plus agreable
à ce Prince , que lorfque le
froid eft grand , & que les
a
GALANT. 233
pluyes , les neges , & les glaces
font terribles . En effet
les gens du Serrail affcurent,,
qu'encore qu'il ne fe foûtienne
& ne marche qu'avec peine
il s'échauffe tellement
dés qu'il voit la nege , qu'on
ne peut jamais luy amener un
cheval affez promptement.
Il part fans attendre perfonne
pour le fuivre , laiffant à fes
Officiers la liberté de l'aller
joindre où ils peuvent.
Le 23 de Decembre , M
l'Ambaffadeur rendit vifite
au Muphti ; il y'alla à cheval,,
precedé de fes Janiffaires ,
y
234 MERCURE
Eftafiers , Valets de pied , &
Drogmans , & fuivy de fes
Officiers . Le Muphti , qui eſt
le Chef principal de la Religion
Mahometane, luy fit de
tres- grandes honneſtetez , &
receut avec un profond ref
pect la Lettre de Sa Majefté
qu'il luy prefenta. Le Café &
le Sorbet furent apportez
avec les Eaux de fenteur ; &
aprés qu'ils fe furent entretenus
quelque temps de chofes
generales , M' l'Ambaſſadeur
fe retira. Il trouva ce Muphti
tres mal logé , plus mal meublé,
& encore plus mal fervy
GALANT. 235
2
par dix ou douze Valers qui
compofoient tout fon Domeftique.
Il y a peut eftre plus
d'affectation dans cette fimplicité
, que de bonne & ſin.
cere intention , pour fe conformer
à la pauvreté que l'Al
coran ordonne à ceux de fa
forte , qui ne laiffent pas d'avoir
des revenus ftables &
confiderables
. On fait pour
la fubfiftance
du Muphti
, un
fond de deux mille Afpres par
jour, qui font environ foixan
te- cinq livres de noftre mon
noye ; & outre cela , il peutdifpofer
de quelques Benefi
Vij
236 MERCURE
ces qui dépendent de certai
nes Moſquées Royales , & en
tirer le plus d'argent qu'il luy
eft poffible , fans craindre dé
tre accusé de corruption. Ila
une authorité ſi grande , quen
quand il juge, ou qu'il decides
de quoy que ce foit, le Grand
Seigneur mefme ne s'y oppo.z
fe jamais. Le Sultan le con
fulte dans les affaires d'Eftatu
& ne bannit prefque jamais
un premier Vifir , ny n'ofte
un Bacha de fon employ fous
pretexte de crime , ny n'en
treprend rien de confiderable
qu'il n'ait la fentence du Mu
GALANT 237
phiti , parce qu'il paroift qu'il
y a plus d'équité dans le jugement
d'un homme de bien ,
que dans le pouvoir abfolu du
Prince. On fait rarement
mourir le Muphti ; & quand
cela arrive , on le dégrade
avant l'execution. Lorsqu'il
s'agit de crimes énormes ou
de trahison , on le met dans
un Mörtier , qui eft toûjours
gardé pour cela à Conftantinople
, dans la Priſon des fept
Tours. Son corps y eft pilé &
batu , jufqu'à ce que les os
& fa chair foient réduits en
bouillie.
238 MERCURE
M' de Guilleragues vit auff
le Capitan Pacha, Gendre du
Grand Seigneur , & fit cetre
vifite incognito , ayant remis
à le voir publiquement en
Ceremonie, lorfque ce Pacha
feroit de retour à Conftantinople
, où il exerce particulierement
fa Jurifdiction fur toure
l'Armée Navale. Le mois
de Janvier eftant venu, il voulut
prendre fon Audience de
Congé du Grand Vifir ; mais
des affaires importantes à l'Etat,
obligerent ce Miniſtre de
faire un voyage de dix jours
pour fe redre auprés du Grand
GALANT. 239
C
e
Seigneur, qui eftoit à la Chaffe
, à moitié chemin de Conftantinople
& d'Andrinople
.
Quelques jours aprés qu'il fut
revenu de ce voyage
, M
Ambafladeur
luy fit deman
der cette Audience
, qui luy
fut accordée pour le 29. de ce
mefme mois , avec autant de
pompe , d'éclat & de diftintion
qu'il l'avoit euë la premiere
fois , fans qu'il l'euft
follicitée. En effet , comme il
n'avoit pas crû que l'on y
deuft obferver la mefme regularité
que l'on avoit fait
dans la premiere, il avoit déja
240 MERCURE
renvoyé les livrées & fes habits
les plus magnifiques
à
Conftantinople
, fe conten .
tant d'aller à l'Audience veftu
d'une fort belle Vefte fourrée :
de Marte Zibeline, feul à che
val , & fuivy à pied de fes
principaux Domestiques , vé
tus auffi de longues Veſtes ,
fans Valers de pied. Cependant
le 28. Janvier , le fieur
Fontaine fon Drogman , vint
luy dire , que le Grand Vilir
avoit refolu de luy donner
encore trente Veſtes , pour
huy & pour la Suite, & de luy
envoyer trente chevaux de
fon :
GALANT. 241
fon Ecurie pour fa marche.
Cette difpofition qu'il n'attendoit
pas l'obligea de pren
dre d'autres melures . Il fit
appeller tous les François qui
fe trouverent à Andrinople,
pour rendre fon Cortege plus
nombreux , & pour avoir plus
de Perfonnes dignes de rece
voir l'honneur de la Vefte.
Il fit auffi revétir douze Grecs
qu'il avoit à fon fervice , d'ha
bits à leur mode , afin qu'ils
environnaffent fon Cheval ,
& que leurs Robes à la Gre
que répondiffent à l'Habit lóg
qu'il devoit porter, Les tren-
*Juin 1685 .
X
242 MERCURE
au
te Chevaux envoyez par le
Vizir , arriverent avec plufieurs
Officiers qui conduifi
rent M l'Ambaffadeur
Serrail de ce Miniftre . On le
conduifit d'abord dans la
Salle où l'on donne les Audiences
de cerémonie au
Muphti mefme , & au Fa
vory du Grand Seigneur, & à
peine y eut- il efté affis un de
my quart d'heure , qu'on le
vint prendre pour le mener
dans une tres belle Chambre,
differente de celle où il avoit
efté receu la premiere , fois.
Elle eftoit
magnifiquement
GALANT. 243
ornée. L'entrée n'y eft permile
qu'à fort peu de Turcs ,
& on affeure qu'aucun Chrétien
n'y eſtoit jamais entré.
Ml'Ambaffadeur s'y affit
d'abord fur le Tabouret
qu'on luy avoit préparé fur le
Sofa , & qui eftoit pofé fur la
Natte , comme celuy du Vizir.
Ce Miniftre eftant entré
un moment aprés , M ' de
Guilleragues fe leva pour
le
faluer , demeurant fur le Sofan
& Fun & l'autre s'affic
dans le mefme temps. L'Au.
dience qui dura prés d'une
heure,finit par les Régales du
X ij
244 MERCURE
Café , du Sorbet , des Eaux,
de Senteur , & du Parfum. Le
Grand Vizir remarquant que
M' l'Ambaffadeur avoit quelque
répugnance pour le Café
qu'on luy prefentoit , parce
qu'il eftoit ambré , commanda
qu'on en apportaft fans
ambre , & attendit à prendre
le fien qu'on luy en euſt ſervy
d'autre. Il luy donna avec
beaucoup de refpect la réponſe
du Grand Seigneur à
Sa Majesté. Elle eftoit dans un
gran Sachet de Brocard tres-,
riche , & cacheté d'une Bulle
d'or . M' de Guilleragues la
L GALANT
. 245
receut avec le mefme ref
pect , ainfi que la Lettre
que ce Miniftre écrivoit à
Sa Majefté. Enfuite l'on di
ftribua les trente Veftes .
M l'Ambaffadeurife
leva
un peu aprés , & fe retira
comblé d'honneurs
plus
qu'aucun Ambaffadeur qui
euft jamais efté à la Porte.
Le Sieur Fontaine portoit publiquement
devant luy la
Lettre de Sa Hauteffe , qu'il
luy avoit remife. Enfin par
an furcroift de faveur , le
Grand Vizir ordonna qu'on
luy fournit vingt Chevaux,
X iij
246 MERCURE
& vingt Chariots pour fon res
争
tour , quoy que la coûtume
foit que les Ambaffadeurs
retournent
à Conftantinople
à
leurs dépens . On cut de la
peine à trouver ce nombre de
Chariots, parce qu'ils eftoient
prefque tous employez à la
fuite du Grand Seigneur
, qui
continuoit à prendre le divertiffement
de la Chaffe. Ainfi
M'
l'Ambaffadeur
ne put partir
d'Andrinople
que le 26.
Fevrier. Il trouva les chemins
affez beaux pour la Saiſon , &
arriva le 22. à Conftantinople
,
ayant pour fa Perfonne un
GALANT. 247
La
Carroffe richement garny , &
fufpendu à la Polonnoife ,
dont le Grand Vizir luy avoit
fait prefent. Il defcendit de
Carroffe au fond du Port , où
M ' l'Archevêque de Cyfique,
Vicaire Patriarchal, l'attendoit
avec les Marchands François
& Venitiens , & plufieurs autres
Perfonnes affectionnées à
la France. Il entra en mefme
temps dans un Caïque qu'on
luy tenoit preft , & qui fut
fuivy d'un grand nombre
d'autres. En paffant devant
Galata, il fut falué de l'Artillerie
& de la Moufqueterie d'un
X iiij
248 MERCURE
Vaiffeau de deux Barques,
& d'une Tartane de Marſeil
le , & à fon débarquement à
Tophana , il trouva un Cheval
du Vaivode de Galata ,
qui le porta juſques au Palais
de France , où il fut receu de
Madame l'Ambaffadrice' , &
de Mademoiſelle de Guilleragues
fa Fille , avec une joye
extréme de le revoir aprés
une fi longue féparation ;
mais cette joye mêlée de celle
de le voir fortir avec tant
de gloire d'une Affaire fi fameuſe
avant & durant le
cours de fon Ambaffade , fur
GALANT. 249.
de tres- peu de durée. Cinq
jours aprés il fut attaqué d'u
ne Apoplexie , dont il mou
rut les . de Mars , aprés avoir
receu tous fes Sacremens , &
donné les plus fortes marques
d'une parfaite réfignation
à la volonté de Dieu.
On peut dire fans exagerer,
qu'il a efté regreté de toute la
Ville de
Conftantinople. Ou
tre les Grecs, les Arméniens,
& les Juifs mefme , les Turcs,
depuis les principaux juf
qu'aux moindres , ont donné
des témoignages
publics de
la part qu'ils prenoient à cet-
I
250 MERCURE
te perte. LeCapitan Pachaen
voya s'informer plufieurs fois
de fa fanté pendant qu'il étoit
'malade , & dit en prefence de
beaucoupde monde, qu'il n'avoit
point connu de Chrétien
qui meritaft plus d'eftre efti
mé & chery. Le Caimacan , le
Frere du Grand Vizir Coproli
, & les plus confiderables
Officiers de Conftantinople
,
n'ont point caché l'affliction
qu'ils en reffentoient , & le
Grand Vizir n'en eut pas plûtoft
appris la nouvelle par un
Courier que le Caimacan luy
dépefcha , que pour témoi
GALANT. 251
gner combien il eftimoit fa
mémoire , il en dépefcha auffi-
toft un autre au Caimacan,
avec ordre de faire faire fon
compliment
de condoleance
à Madame l'Ambaffadrice
, &
de l'affeurer que fon intention
eftoit que les choſes demeuraffent
fous fon autorité,
dans le mefme état où M de
Guilleragues
les avoit laiffées
lors qu'il eftoit party d'Andrinople.
Il la fit prier en
mefine temps d'envoyer
au
plûtoft la Lettre de Sa Hau
teffe à Sa majesté. Ce Miniſtre
ordonna de plus au Cai252
MERCURE
macan de faire en forte qu
que
Madame l'Ambaffadrice
, &
tous les François fuffent encore
dans une plus grande
confideration
, s'il fe pouvoit,
que pendant la vie de M
l'Ambaffadeur. Le Caima
can qui appella le Sieur Fontaine
fi toft que cet ordre fut
venu , pour l'envoyer affeurer
Madame l'Ambaffadrice
des intentions du Grand Vizir
, luy recommanda auffi
fur toutes chofes , de luy donner
avis de tous les befoins
qu'elle pourroit avoir pour ce
qui la touche en particulier,
GALANT. 253
& pour le bien du Commer,
ce , & la feureté des interefts
de l'Empereur de France
dans les Etats du Grand Seigneur
fon Mailtre , ce qui
fait connoiftre la haute ré
putation que M' de Guilleragues
s'eltoit acquife à la
Porte.
la gloire de fon Souverain
dans une Ambaffade, ny s'ent
acquitter avec plus d'éclat &
de prudence qu'a fait M' de
vel
?
Riij
198 MERCURE
"
Guilleragues , dans tout le
temps qu'il a eſté à Conſtan
tinople. Il eſt vray que ceux
qui ont une Dignité pareille
à foûtenir , n'ont pas de peine
perfuader ce qu'eft un Prin
ce, à qui fes Vertus & ſes furprenans
Exploits ont acquis
fi juftement le furnom de
Grand , puifque la Renommée
prend toûjours foin de le
devancer , & qu'elle apprend
avant eux aux Nations les
plus reculées tout ce qu'ils en
peuvent dire. Ainfi- ils arrivent
dans des lieux où les ef
prits font préparez à les croiGALANT.
199
re. Ceft ce qui a fait accor
der tant de chofes à M' de
Guilleragues , en faveur de
la Religion Catholique . Tour
ce qu'a fait cet Ambaffadeur,
a efté fait avec tant d'éclat &
tant de hauteur , & avec des
circonftances fi dignes d'ef
tre remarquées , que les quatre
ou cinq Relations que
vous avez dans mes Lettres ,
depuis qu'il eft party pour
l'Ambaffade de Conftantino
ple , font des morceaux qui
meritent d'être confervez é
ternellement. Voicy le dernier
, puifqu'on peut dire que:
R.iiij.
200 MERCURE
M' de Guilleragues eft mort
prefque en fortant de l'ADdience
du Grand Seigneur, &
aprés en avoir obtenu tout ce
qu'il pouvoit fouhaiter pour
la gloire de fon Maistre , &
pour le repos des Catholiques
quifont dans le Levant . On
quitte la vie avec moins de
peine , quand on en fort avec
la fatisfaction d'avoir fervy
utilement l'Eglife , fon Prince
& fa Patrie. Vous aurez peuteftre
veu déja des copies , &
mefme imprimées , de la Relation
que vous allez lire , ou
dumoins qui luy reffemblent
GALANT. 201
fr fort , que vous croirez que
ce foit la mefme choſe. Vous
ne deyés pas vous en étonner.
La verité eftant une ,les Relations
diverfes d'une mefme
action , doivent avoir plus de
reffemblance , que les Ou
vrages d'efprit fur une meſme
matiere. Il faut donc les rez
garder , comme devant effre
femblables dans les faits qu'el
les rapportent, mais differentes
pour avoir plus ou moins
de circonftances. Celle dont
on m'a fait part , en eft la plus
remplie;& tous ceux qui voudront
bien les examiner, n'au
202 MERCURE
ront pas de peine à sen de
meurer d'accord. Voicy ce
qu'elle contient .
30
d'o
M' de Guilleragues arri
va à Andrinople le
ctobre de l'année derniere ,
accompagné du Grand E
cuyer , de l'Aga des Janiſſai,
res , & de plufieurs autres
Officiers du Grand Seigneur,
qui eftoient venus le reces
voir à une lieuë de la Ville , &
qui l'y amenerent au milieu
d'une haye de Janiffaires fous
les armes . Le Grand Vifir qui
eftoit indifpofé , n'ayant pû
luy donner audience que le
و ت ا
GALANT. 203
28. de ce mefme mois , il emu
ploya tout ce temps à faire
connoiftre avec vigueur de
quelle maniere il prétendoit
que cette Audience luy fuft
donnée . Il infifta fur tout à
la refuſer dans la Chambre
où tous les Ambaſſadeurs ont
accoûtumé de la recevoir à
Andrinople , parce qu'il fçavoit
que le Sofa ou Eftrade,
y eftoit difpofé de telle forte ,
qu'occupant prefque toute
cette Chambre , il n'y reftoit
qu'un petit cfpace pour pofer
les Pabouches ou Souliers,
que les Turcs doivent y lai
204 MERCURE
4
fer lors qu'ils y entrent. On
luy fit connoiftre que le
Grand Vizir n'y recevoit pas
feulement les Ambaſſadeurs,
mais encore le Muphi & le
Mufahib, ou Favory du Grand
Seigneur , qui eltoient les
Perfonnes de tout l'Empire
qu'il devoir le plus confide
rer. M l'Ambaffadeur ré
pondit que le Muphri & le
Mufahib ne difputoient pas
au Grand Vizir les honneurs
qu'il leur rendoit , mais que
la forme du Sopha , & la ma
niere d'y eftre receu , eſtant
des points qui avoient fait
GALANT: 205
naiftre un different dont le
bruit s'eftoit répandu depuis
cinq ans dans toute l'Europe,
cote conteftation devoit eftre
terminée avec un éclat , qui
reparaſt le tort que l'on avoit
prétendu faire à l'honneur
qui eft deu fi juftement aux
Ambaffadeurs de France. Ses
raifons furent receuës , & on
Paffeura qu'il feroit entierement
fatisfait fur fa demande,
& fur toutes les autres qu'il
avoit déja faites fur ce fujet
Ainfi il ne fit plus difficulté
de fe faire conduire au Serrail
du Grand Vizir , le jour
206 MERCURE
qu'on avoit choiſi pour cette
Cerémonie Il y alla riche
ment vétu à la Françoife , &
monté furumfuperbe Cheval
de l'Ecurie du Grand Sei
gneur. Sa Suite eftoit de 70
Perfonnes , tant de fa Mailon
que des principaux Mar
chands François , tous trespropres
& tres leftes . Hentra
dans le Serrail du Grand Vizir,
& ayant mis pied à terre il
fut conduit par plufieurs Sales
à la Chambre où ce Minitre
reçoit Sa Hauteffe , lors
q'Elle luy fait l'honneur de
le vifiter. Cette Chambre
+
GALANT
. 207
deftinée pour l'Audience,
eftoit ornée de Peintures &
de dorures , & meubleé de
Minders , & de Couffins magnifiques.
Ily avoit au mi
lieu un Baflin de Marbre , environné
de Vafes remplis de
Fleurs , & avec plufieurs jers
d'eau. M' de Guilleragues
monta fur le Sofa , voyant
qu'il eftoit de la maniere qu'il
l'avoit demandé. Les Tabourers
, également enrichis
d'une broderie relevée d'or
fur un fond de Velours rou
ge , eftoient fur une mefme
ligne , tous deux fur la Natte,
208 MERCURE
C
fans que celuy du Vizir fuft
fur le Minder. Il prit fa Place
fur le Tabouret qui regar
doit la Porte pár où il eftoit
entré, & de Grand Vizir arri
va un peu aprés par une autre
Porte qui eftoit du cofté de
Bautre Tabouret. Il monta
fur le Sofa , & M' l'Ambaſſadeur
fe contenta de fe lever
pendant ce temps fans quicter
fa Place , quoy que tresfouvent
il fuft arrivé que les
Ambaffadeurs eftoient demeurez
debout au bas du So
fa , en attendant l'arrivée du
Grand Vizir. Aprés les faluts
GALANT. 209:
réciproques , il fe remit fur
fon Tabouret dans le mefme
temps que le Grand Vizir
s'aflit fur le fien , & alors le :
Salem Chaoux prononça
ſclon
la coûtume une courte
Priere à haute voix , pour la
profperité duGrand Seigneur,
ce qui eft une des fonctions
de fa Charge. Le Compli
ment de M l'Ambaffadeur,,
également fort & obligeant,,
fut interpreté en Turc par le
Sieur Fontaine , le Sieur For--
mefti premier Drogman ,,
n'ayant pû venir à Andrinople
à cause d'une indifpofis-
Juin 1685
S
210 MERCURE
tion . Il s'étendit fur le dignechoix
que Sa Hauteffe avoit
fait de la Perfonne de ce Mi
niftre , pour fe repofer fur fa
prudence , & fur la capacité
des Affaires de l'Empire. Le
Grand Vizir répondit par le
compliment ordinaire , c'eft
à dire , que Ml Ambaſſadeur
eftoit le tres bien venu , ce qu'il
répéta jufqu'à quatre fois,
quoy que les autres Vizirs
n'euffent accoûtumé de le
dire qu'une. Il ne pouvoit
mieux marquer le plaifir qu'il
reffentoit de voir cét Ambaf
fadeur , que par la répetition
द
GALANT 211
xe
les
de ces termes , par lesquels
les Turcs témoignent la joye
qu'ils ont de voir leurs Amis.
Il fe fervit auffi plufieurs fois .
du mot d'Eltechi , qui veut di-
Ambaffadeur , & parla tot
jours à la troifiéme Perfonne
; ce qui eft parmy.
Turcs une grande marque de:
confideration & de refpect..
Mi de Guilleragues remercia.
fort le Grand Vizir , de l'Aga :
qu'il luy avoit envoyé à Con
ftantinople pour Tamener,.
fe louant de fa diligence , &
de fes foins dans toutes les
chofes qui regardoient fa
•
Sij
212 MERCURE
Commiffion
;
& cela fut
avantageux à cét Aga , puis
que s'agiflant en ce tempslà
d'envoyer quelqu'un à
Bude , pour des ordres qu'on
avoit à y porter , ce qui ef
toit dangereux : & un Officier
l'ayant propofé au Grand
Vizir , ce Miniftre répondit
qu'il eftoit trop néceſſaire à
l'Ambaffadeur de France , &
qu'il falloit en choiſir un autre.
Peu de temps aprés il fur
revétu de la Charge de Capigilar-
Kiaiafi , l'une des trois
principales de la Maiſon du
Vizir. La converfation ayant
GALANT. 213
duré prés d'une heure , on apporta
le Café. Il fut prefenté
dans le mefme temps à l'un
& à l'autre , aprés que l'on cut
mis devant eux un grand
mouchoir de broderie , d'une
beauté & d'une richeffe égale.
Cela donna lieu au Grand
Vizir de demander à M
l'Ambaffadeur s'il aimoit cette
boiffon. Il répondit que le
Thé , & le Chocolat luy fembloient
meilleurs . Le Sorbet,
le Parfum , & les Eaux de
fenteur leur furent fervis enfuite
, & prefentez à tous
deux en melme temps. Ce
214 MERCURE
la eftant fait , le Grand Vizir
affeura M. l'Ambaffadeur,
qu'il employeroit tous les
foins pour le mener peu de
jours aprés à l'Audience du
Grand Seigneur, dont ilpou
voit efperer la reception la
plus favorable , luy promertant
paravance l'accompliffement
de toutes les chofes .
qu'il demanderoit . M de
Guilleragues fe lèva dans ce
moment pour recevoir là
Vefte dont il fut reveftü en
prefence de ce Miniftre. On
diftribuales autres Veſtesaux .
principaux de la Suite , juk
t
GALANT. 213
4.5
-
ques au nombre de trente,
ce qui n'avoit efté accordé à
aucun des autres Ambaffadeurs
, qui n'en avoient jamais
eu plus de vingt. Un
-Marchand Anglois , & un autre
Marchand Hollandois qui
s'eftoient trouvez à Andrinople
, & que cét Ambaſſadeur
avoit invitez à l'accompagner
à l'Audience , curent chacun
une de ces Veftes. Cette diftribution
achevée , M de
Guilleragues fe leva , & ſe retira
aprés avoir falüé le Grand
Vifir ,qui fe leva dans le même
temps , & qui luy dit encore
216 MERCURE
une fois , Vous eftes le tres-bien
venu. Il retourna à fon Palais
dans le mefme ordre qu'il
eftoit forty , eftant reconduit
par les mefmes Officiers , auf.
quels fe joignit Seferbec , Interprete
de la Porte , que le
fieur Fontaine avoit interrompu
fi adroitement , lors qu'il
entreprenoit d'interpreter les
paroles du Vizir , qu'il ne put
en proferer quatre de fuite
pendant tout le temps deÎ'Audience.
Comme les Ceremonies
en furent fort differentes
de celles que l'on avoit
obfervées par le paffe , lors
qu'on
GALANT. 217
*
quo y avoit admis les Ambalfadeurs
de France , le Tefchrifat.
Emini, c'eft à dire, le Maître
& Conſervateur des Cere.
monies , prefenta une Requefte
, pour demander qu'on les
inferaft das les Archives, comme
n'ayant jamais efté pratiquées
depuis le commencement
de l'Empire , criant
tout haut qu'ilfaloit brûler l'an
cien Regiftre. Jamais les Turcs
n'ont témoigné tant de joye
d'aucun fuccés qui leur ait
efté avantageux, que dans cet
te occafion
. Ils regardoient
M' de Guilleragues
comme
Juin 1685
T
218 MERCURE
le Liberateur de leur Empire,
puifqu'il avoit terminé fi heureufement
une affaire , dont
ils avoient craint des fuites
fâcheufes. Ce n'a pas efté fans
beaucoup de peine qu'il en
eft venu à bout avec tant de
gloire. Il a eu des Ennemis
qui l'ont traversé de tout leur
pouvoir ; mais il a ſceu fi bien
détourner par fa prudence
deurs dangereufes cabales ,
qu'il a donné lieu à quelquesuns
de fe repentir d'avoir
cherché à luy nuire . Il s'en
falut peu entre autres que
l'on ne mift en Prifon le Re-
**
"
GALANT. 219
fident de Michel Abaffy ,
Prince de Tranfilvanie , qui
par ordre de fon Maistre
voulut infinuer à la Porte ,
beaucoup de chofes entierement
oppofées aux droi
tes intention de M. l'Ambaffadeur.
Le Kiaia du Grand
Vifir receut un commandement
exprés d'aller luy en
faire reprimande. Il la luy
fit dune maniere fi feche ,
qu'il en fut malade dangereufement
pendant huit jours.
Ce qui effraya le plus ce Refident
, ce fut qu'on luy dir ,
•
Tij
220 MERCURE
qu'Abaffy eftoit en liberté
de faire ce qu'il voudroit , &
qu'il cherchoit inutilement
des pretextes à fa revolte . En
mefme temps pour mettre ſa
fidelité à l'épreuve , le Grand
Seigneur donna un ordre qui
1
obligeoit Abaffy de payer fon
Tribut en bled , & de le faire
tranfporter vers la Pologne ,
à l'Armée de Soliman Pacha ;
ce qu'il ne pouvoit executer ,
fans s'expofer au peril de foûlever
tous fesPeuples, qui n'en
recueillent que ce qui eft abfolument
neceffaire à leur
fubfiftance. La veille de l'Au-
1
GALANT. 221
dience , M' de Guilleragues
avoit envoyé fes prefens au
Grand Vifir , fuivant la cou
tume. Ce Miniftre , pour té
moigner qu'il les recevoit
agreablement , donna quarante
Sequins aux Drogmans
qui les porterent. C'eftoient
les fieurs Fontaine & Perru
que. Le Kiaia leur en donna
encore dix, lorfqu'ils luy por
terent ceux qui eftoient pour
luy,mais ces Drogmans, pour
faire connoiftre que l'intereft
ne les touchoit pas, diftribue .
rent la plus grande partie de
ces deux fommes aux Offi
Tiij
222 MERCURE
ciers de la maifon du Vifir
L'Audience du grand Seigneur
ne fut donnée à M ' de
Guilleragues que le 26. de
Novembre. Comme il eftoit
ce jour - là Dimanche , il entendit
la Meffe de fort bon
matin , & partit fur les huit
heures , accompagné du
Chaoux Bachi , & d'autres
Chaoux , & fuivy de fes Domeftiques
, & des principaux
Marchands François . Il ferendit
au Serrail de fa Hauteffe ,
& eftant entré dans la grande
Court, il y trouva environ mille
Janiffaires rangez , qui ef
#
GALANT 223
toit tout de quil y avoit alors
de cette Milice à Andrinople
. Dés qu'ils l'eurent apperceu
, ils prirent tous une
courfe , qui fut limitée par
plufieurs plats ou grands baffins
de Pilau , c'eft à dire de
ris cuit , regale ordinaire qu'
on leur fait dans des occafions
de cette nature . M' de Guilleragues
,
qu'on
pour
都fans s'arrefter à ce
on faifoit d'extraordinaire
le recevoir , continua
fon chemin jufques à la Sale
du Divan , où il entra , fuivy
de Mrs Merille & Noguerres,
Secretaires de l'Ambaffade
Tiiij
224 MERCURE
de fix de fes Domestiques , &
de deux Drogmans.Le grand.r
Vifir l'y attendoit avec le Ja
niffaire Aga , le Cadilefker, le
Tefterdar , & le Rifchangi
Bachi , tous affis à quelque
diſtance les uns des autres
fur un banc de Parquet attaché
à la muraille . M' l'Ambaffadeur
eſtant entré , s'affit
fur un Tabouret qu'on avoit
placé prés & vis-à - vis du Vi
r. Ils fe firent des complimens
reciproques , fur la joye
qu'ils avoient de fe revoir ;
aprés quoy M' de Guilleragues
fe leva , afin de laiffer ce
GALANT. 225
Miniftre en liberté de termi
ner les affaires des Particu
liers, & alla s'affeoir fur le me
meTabouret, dans un endroit
de la Sale plus éloigné des
Plaideurs qui venoient den
foule demander juftice . Leb
grand Vifir leur permit à
tous de s'approcher les uns
aprés les autres , & jugea plus.
de cent procés pendant une
heure & demie. Le grand Sei
gneur voyoit & entendoit
tout par une Jaloufie , qui étoit
audeffus du Siege du Vifir.
Lorfque le Divan fut achevé,
on apporta une petite table
226 MERCURE
ronde devant ce premier Miniftre
, à laquelle il mangea
feul avec M de Guilleragues,
qui y fut códuit par le Chaoux
Bachi. On en apporta quatre
autres en mefme temps , pour
le Janiffaire Aga , le Cadilef
Ker, le Tefterdar, le Rifchangi
Bachi , & pour ceux de la
fuite de M l'Ambaffadeur.
Ses deux Secretaires furent
menez à la feconde , deux autres
François à la quatrième,
& trois à la cinquième . LeCa
dilefker mangea feul à la troifiéme,
comme eftant une perfonne
de Loy , qui ne doit ja
GALANT. 227
mais manger avec dés gens
d'une Religion differente . On
fervit toutes ces Tables avec
beaucoup de magnificence à
la mode du Pays. Les fruits
& le ris n'y manquerent pas.
Le repas
dura une heure , &
M' de Guilleragues employa
ce temps bien moins à manger
, qu'à s'entretenir familie.
rement avec le Vifir , qui
écoutait avec grande attention
tout ce qu'il luy difoit
par la bouche du fieur Fonraine
fon Drogman. Aprés le
repas , M ' l'Ambaffadeur fut
reveſtu d'une riche Vefte , &
228 MERCURE
y
on en diftribua trente autres
à ceux de fa fuite. Le grand
Vifir fortit du Divan , & s'en
alla à l'appartement dugrand
Seigneur. M' l'Ambaſſadeur
fut conduit un demy- quart
d'heure aprés, avec fon Drogman
, fes deux Secretaires , &
fept autres perfonnes de fa
fuite , chacun ayant à fes cof
tez deux Capigis , qui ne leur
firent aucune contrainte , lors
mefine qu'il falut paroiſtre
devant fa Hauteffe, Il entra
dans la Salle d'Audience , ou
il vit le grand Seigneur affis
fur un Trône magnifique, qui
GALANT. 229
eftoit placé au fond. Ses ha
bits eftoient éclatans de pier
Feries , & ilavoit autour de luy
fes principaux Officiers. M
Ambaffadeur le falia par
ane profonde reverence , &
commença
un diſcours qu'il
prononça d'une maniere tresnoble
, & avec beaucoup de
dignité. Le grand Vifir l'ayant
voulu interrompre dans la
bouche du fieur Fontaine qui
l'interpretoit , le Grand Seigneur
dit à M' de Guilleragues
qu'il pouvoit pourſuivre ,
& demander ce qu'il luy plai
roit . Cette Audience dura prés
230 MERCURE
d'une demie heure , pendant
laquelle fa Hauteffe parla une
feconde fois à M l'Ambaffadeur
; ce qui n'avoit jamais
efté fait par les Sultans , qui
fe font toûjours contentez
d'entendre les Ambaſſadeurs ,
fans leur répondre autrement
que par un figne de teſte , en
leur faifant dire par leurs
Grands Vifirs , qu'ils font fatisfaits
de leurs complimens ,
& qu'ils répondront à la Lettre
de leurs Maiftres M de
Guilleragues ayant eſté ramené
de l'Audience , remonta
cheval hors du Serrail, & pour
GALANT. 231
fatisfaire à la coûtume , il fe
rangea auprés de la porte avec
tous ceux de fa fuite, pour en
voir fortir le Grand Vifir &
les autres Officiers , & défiler
les Janiffaires , aprés quoy il
fe retira gardant le mefme or
dre qu'il avoit tenu en arrivant.
Cette Audience a eu
trois particularitez qui la di
ftinguent de toutes les autres
qui ont efté accordées
auparavant aux Ambaſſadeurs
de France , le nombre
de trente Veſtes diftribuées à
fa Suite , neufperfonnes pour
lefuivre à l'Audience du
232 MERCURE
Grand Seigneur, & l'honneur
que fit fa Hauteffe à M' de
Guilleragues de lay parler jufques
à deux fois. A peine s'étoit-
il mis en chemin pour fe
retirer , que le Sultan fortit à
cheval par une porte de der
riere , pour aller fe divertir à
la chaffe . Il fortit encore le
lendemain , pour une autre ,
chaffe à laquelle il avoit refolu
d'employer foixante jours,
quelque temps fàcheux qu'il
euſt à craindre , cet exercice
n'eftant jamais plus agreable
à ce Prince , que lorfque le
froid eft grand , & que les
a
GALANT. 233
pluyes , les neges , & les glaces
font terribles . En effet
les gens du Serrail affcurent,,
qu'encore qu'il ne fe foûtienne
& ne marche qu'avec peine
il s'échauffe tellement
dés qu'il voit la nege , qu'on
ne peut jamais luy amener un
cheval affez promptement.
Il part fans attendre perfonne
pour le fuivre , laiffant à fes
Officiers la liberté de l'aller
joindre où ils peuvent.
Le 23 de Decembre , M
l'Ambaffadeur rendit vifite
au Muphti ; il y'alla à cheval,,
precedé de fes Janiffaires ,
y
234 MERCURE
Eftafiers , Valets de pied , &
Drogmans , & fuivy de fes
Officiers . Le Muphti , qui eſt
le Chef principal de la Religion
Mahometane, luy fit de
tres- grandes honneſtetez , &
receut avec un profond ref
pect la Lettre de Sa Majefté
qu'il luy prefenta. Le Café &
le Sorbet furent apportez
avec les Eaux de fenteur ; &
aprés qu'ils fe furent entretenus
quelque temps de chofes
generales , M' l'Ambaſſadeur
fe retira. Il trouva ce Muphti
tres mal logé , plus mal meublé,
& encore plus mal fervy
GALANT. 235
2
par dix ou douze Valers qui
compofoient tout fon Domeftique.
Il y a peut eftre plus
d'affectation dans cette fimplicité
, que de bonne & ſin.
cere intention , pour fe conformer
à la pauvreté que l'Al
coran ordonne à ceux de fa
forte , qui ne laiffent pas d'avoir
des revenus ftables &
confiderables
. On fait pour
la fubfiftance
du Muphti
, un
fond de deux mille Afpres par
jour, qui font environ foixan
te- cinq livres de noftre mon
noye ; & outre cela , il peutdifpofer
de quelques Benefi
Vij
236 MERCURE
ces qui dépendent de certai
nes Moſquées Royales , & en
tirer le plus d'argent qu'il luy
eft poffible , fans craindre dé
tre accusé de corruption. Ila
une authorité ſi grande , quen
quand il juge, ou qu'il decides
de quoy que ce foit, le Grand
Seigneur mefme ne s'y oppo.z
fe jamais. Le Sultan le con
fulte dans les affaires d'Eftatu
& ne bannit prefque jamais
un premier Vifir , ny n'ofte
un Bacha de fon employ fous
pretexte de crime , ny n'en
treprend rien de confiderable
qu'il n'ait la fentence du Mu
GALANT 237
phiti , parce qu'il paroift qu'il
y a plus d'équité dans le jugement
d'un homme de bien ,
que dans le pouvoir abfolu du
Prince. On fait rarement
mourir le Muphti ; & quand
cela arrive , on le dégrade
avant l'execution. Lorsqu'il
s'agit de crimes énormes ou
de trahison , on le met dans
un Mörtier , qui eft toûjours
gardé pour cela à Conftantinople
, dans la Priſon des fept
Tours. Son corps y eft pilé &
batu , jufqu'à ce que les os
& fa chair foient réduits en
bouillie.
238 MERCURE
M' de Guilleragues vit auff
le Capitan Pacha, Gendre du
Grand Seigneur , & fit cetre
vifite incognito , ayant remis
à le voir publiquement en
Ceremonie, lorfque ce Pacha
feroit de retour à Conftantinople
, où il exerce particulierement
fa Jurifdiction fur toure
l'Armée Navale. Le mois
de Janvier eftant venu, il voulut
prendre fon Audience de
Congé du Grand Vifir ; mais
des affaires importantes à l'Etat,
obligerent ce Miniſtre de
faire un voyage de dix jours
pour fe redre auprés du Grand
GALANT. 239
C
e
Seigneur, qui eftoit à la Chaffe
, à moitié chemin de Conftantinople
& d'Andrinople
.
Quelques jours aprés qu'il fut
revenu de ce voyage
, M
Ambafladeur
luy fit deman
der cette Audience
, qui luy
fut accordée pour le 29. de ce
mefme mois , avec autant de
pompe , d'éclat & de diftintion
qu'il l'avoit euë la premiere
fois , fans qu'il l'euft
follicitée. En effet , comme il
n'avoit pas crû que l'on y
deuft obferver la mefme regularité
que l'on avoit fait
dans la premiere, il avoit déja
240 MERCURE
renvoyé les livrées & fes habits
les plus magnifiques
à
Conftantinople
, fe conten .
tant d'aller à l'Audience veftu
d'une fort belle Vefte fourrée :
de Marte Zibeline, feul à che
val , & fuivy à pied de fes
principaux Domestiques , vé
tus auffi de longues Veſtes ,
fans Valers de pied. Cependant
le 28. Janvier , le fieur
Fontaine fon Drogman , vint
luy dire , que le Grand Vilir
avoit refolu de luy donner
encore trente Veſtes , pour
huy & pour la Suite, & de luy
envoyer trente chevaux de
fon :
GALANT. 241
fon Ecurie pour fa marche.
Cette difpofition qu'il n'attendoit
pas l'obligea de pren
dre d'autres melures . Il fit
appeller tous les François qui
fe trouverent à Andrinople,
pour rendre fon Cortege plus
nombreux , & pour avoir plus
de Perfonnes dignes de rece
voir l'honneur de la Vefte.
Il fit auffi revétir douze Grecs
qu'il avoit à fon fervice , d'ha
bits à leur mode , afin qu'ils
environnaffent fon Cheval ,
& que leurs Robes à la Gre
que répondiffent à l'Habit lóg
qu'il devoit porter, Les tren-
*Juin 1685 .
X
242 MERCURE
au
te Chevaux envoyez par le
Vizir , arriverent avec plufieurs
Officiers qui conduifi
rent M l'Ambaffadeur
Serrail de ce Miniftre . On le
conduifit d'abord dans la
Salle où l'on donne les Audiences
de cerémonie au
Muphti mefme , & au Fa
vory du Grand Seigneur, & à
peine y eut- il efté affis un de
my quart d'heure , qu'on le
vint prendre pour le mener
dans une tres belle Chambre,
differente de celle où il avoit
efté receu la premiere , fois.
Elle eftoit
magnifiquement
GALANT. 243
ornée. L'entrée n'y eft permile
qu'à fort peu de Turcs ,
& on affeure qu'aucun Chrétien
n'y eſtoit jamais entré.
Ml'Ambaffadeur s'y affit
d'abord fur le Tabouret
qu'on luy avoit préparé fur le
Sofa , & qui eftoit pofé fur la
Natte , comme celuy du Vizir.
Ce Miniftre eftant entré
un moment aprés , M ' de
Guilleragues fe leva pour
le
faluer , demeurant fur le Sofan
& Fun & l'autre s'affic
dans le mefme temps. L'Au.
dience qui dura prés d'une
heure,finit par les Régales du
X ij
244 MERCURE
Café , du Sorbet , des Eaux,
de Senteur , & du Parfum. Le
Grand Vizir remarquant que
M' l'Ambaffadeur avoit quelque
répugnance pour le Café
qu'on luy prefentoit , parce
qu'il eftoit ambré , commanda
qu'on en apportaft fans
ambre , & attendit à prendre
le fien qu'on luy en euſt ſervy
d'autre. Il luy donna avec
beaucoup de refpect la réponſe
du Grand Seigneur à
Sa Majesté. Elle eftoit dans un
gran Sachet de Brocard tres-,
riche , & cacheté d'une Bulle
d'or . M' de Guilleragues la
L GALANT
. 245
receut avec le mefme ref
pect , ainfi que la Lettre
que ce Miniftre écrivoit à
Sa Majefté. Enfuite l'on di
ftribua les trente Veftes .
M l'Ambaffadeurife
leva
un peu aprés , & fe retira
comblé d'honneurs
plus
qu'aucun Ambaffadeur qui
euft jamais efté à la Porte.
Le Sieur Fontaine portoit publiquement
devant luy la
Lettre de Sa Hauteffe , qu'il
luy avoit remife. Enfin par
an furcroift de faveur , le
Grand Vizir ordonna qu'on
luy fournit vingt Chevaux,
X iij
246 MERCURE
& vingt Chariots pour fon res
争
tour , quoy que la coûtume
foit que les Ambaffadeurs
retournent
à Conftantinople
à
leurs dépens . On cut de la
peine à trouver ce nombre de
Chariots, parce qu'ils eftoient
prefque tous employez à la
fuite du Grand Seigneur
, qui
continuoit à prendre le divertiffement
de la Chaffe. Ainfi
M'
l'Ambaffadeur
ne put partir
d'Andrinople
que le 26.
Fevrier. Il trouva les chemins
affez beaux pour la Saiſon , &
arriva le 22. à Conftantinople
,
ayant pour fa Perfonne un
GALANT. 247
La
Carroffe richement garny , &
fufpendu à la Polonnoife ,
dont le Grand Vizir luy avoit
fait prefent. Il defcendit de
Carroffe au fond du Port , où
M ' l'Archevêque de Cyfique,
Vicaire Patriarchal, l'attendoit
avec les Marchands François
& Venitiens , & plufieurs autres
Perfonnes affectionnées à
la France. Il entra en mefme
temps dans un Caïque qu'on
luy tenoit preft , & qui fut
fuivy d'un grand nombre
d'autres. En paffant devant
Galata, il fut falué de l'Artillerie
& de la Moufqueterie d'un
X iiij
248 MERCURE
Vaiffeau de deux Barques,
& d'une Tartane de Marſeil
le , & à fon débarquement à
Tophana , il trouva un Cheval
du Vaivode de Galata ,
qui le porta juſques au Palais
de France , où il fut receu de
Madame l'Ambaffadrice' , &
de Mademoiſelle de Guilleragues
fa Fille , avec une joye
extréme de le revoir aprés
une fi longue féparation ;
mais cette joye mêlée de celle
de le voir fortir avec tant
de gloire d'une Affaire fi fameuſe
avant & durant le
cours de fon Ambaffade , fur
GALANT. 249.
de tres- peu de durée. Cinq
jours aprés il fut attaqué d'u
ne Apoplexie , dont il mou
rut les . de Mars , aprés avoir
receu tous fes Sacremens , &
donné les plus fortes marques
d'une parfaite réfignation
à la volonté de Dieu.
On peut dire fans exagerer,
qu'il a efté regreté de toute la
Ville de
Conftantinople. Ou
tre les Grecs, les Arméniens,
& les Juifs mefme , les Turcs,
depuis les principaux juf
qu'aux moindres , ont donné
des témoignages
publics de
la part qu'ils prenoient à cet-
I
250 MERCURE
te perte. LeCapitan Pachaen
voya s'informer plufieurs fois
de fa fanté pendant qu'il étoit
'malade , & dit en prefence de
beaucoupde monde, qu'il n'avoit
point connu de Chrétien
qui meritaft plus d'eftre efti
mé & chery. Le Caimacan , le
Frere du Grand Vizir Coproli
, & les plus confiderables
Officiers de Conftantinople
,
n'ont point caché l'affliction
qu'ils en reffentoient , & le
Grand Vizir n'en eut pas plûtoft
appris la nouvelle par un
Courier que le Caimacan luy
dépefcha , que pour témoi
GALANT. 251
gner combien il eftimoit fa
mémoire , il en dépefcha auffi-
toft un autre au Caimacan,
avec ordre de faire faire fon
compliment
de condoleance
à Madame l'Ambaffadrice
, &
de l'affeurer que fon intention
eftoit que les choſes demeuraffent
fous fon autorité,
dans le mefme état où M de
Guilleragues
les avoit laiffées
lors qu'il eftoit party d'Andrinople.
Il la fit prier en
mefine temps d'envoyer
au
plûtoft la Lettre de Sa Hau
teffe à Sa majesté. Ce Miniſtre
ordonna de plus au Cai252
MERCURE
macan de faire en forte qu
que
Madame l'Ambaffadrice
, &
tous les François fuffent encore
dans une plus grande
confideration
, s'il fe pouvoit,
que pendant la vie de M
l'Ambaffadeur. Le Caima
can qui appella le Sieur Fontaine
fi toft que cet ordre fut
venu , pour l'envoyer affeurer
Madame l'Ambaffadrice
des intentions du Grand Vizir
, luy recommanda auffi
fur toutes chofes , de luy donner
avis de tous les befoins
qu'elle pourroit avoir pour ce
qui la touche en particulier,
GALANT. 253
& pour le bien du Commer,
ce , & la feureté des interefts
de l'Empereur de France
dans les Etats du Grand Seigneur
fon Mailtre , ce qui
fait connoiftre la haute ré
putation que M' de Guilleragues
s'eltoit acquife à la
Porte.
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Résumé : Particularitez des Audiences que Mr de Guilleragues a euës du Grand Seigneur & du Grand Visir avant sa mort. [titre d'après la table]
Monsieur de Guilleragues, ambassadeur de France à Constantinople, a accompli une mission diplomatique notable sous le règne de Louis XIV, connu comme le 'Grand'. La renommée de Louis XIV facilitait les concessions en faveur de la religion catholique. Guilleragues est décédé peu après une audience avec le Grand Seigneur, satisfait d'avoir servi l'Église, son prince et sa patrie. En juin 1685, lors d'une audience à Andrinople, Guilleragues a insisté pour être reçu dans une chambre spécifique et a participé à une cérémonie solennelle, vêtu richement. Il a pris place sur un tabouret face à la porte, une innovation par rapport aux usages précédents où les ambassadeurs restaient debout. En novembre 1685, il a assisté à une autre audience avec le Grand Seigneur ottoman, où il a observé les procédures judiciaires et a prononcé un discours. Le Grand Seigneur lui a permis de poser des questions, une marque de respect inhabituelle. Quelques jours plus tard, Guilleragues a demandé une audience de congé, qui lui a été accordée le 29 janvier avec la même pompe que la première fois. Il a reçu trente vestes et trente chevaux. Le 26 février, il a quitté Andrinople avec des chevaux et des chariots fournis par le Grand Vizir. À son retour à Constantinople, il a été accueilli par Madame l'Ambassadrice et sa fille, mais est décédé cinq jours plus tard d'une apoplexie. Sa mort a été profondément regrettée par les habitants de Constantinople, y compris les Turcs, qui ont témoigné de leur affliction. Le Grand Vizir a exprimé ses condoléances et assuré que les affaires resteraient sous son autorité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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918
p. 253-254
« Le Roy a nommé Mr Girardin, qui a esté Lieutenant Civil, [...] »
Début :
Le Roy a nommé Mr Girardin, qui a esté Lieutenant Civil, [...]
Mots clefs :
Lieutenant civil, Prudence, Constantinople, Turquie, Langue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Roy a nommé Mr Girardin, qui a esté Lieutenant Civil, [...] »
Le Roy a nommé M' Gi
rardin , qui a efté Lieutenant
Civil,pour aller remplir fa Place
à Conftantinople . C'eſt un
Homme qui a la prudence,
l'efprit , & la fermeté qui font
néceffaires pour bien foûtenirun
pareil employ . Ilaefté
294 MERCURE
déja en Turquie , & c'eſt un
avantage pour luy , puis qu'il
connoit le Pays , & la langue
Turque .
rardin , qui a efté Lieutenant
Civil,pour aller remplir fa Place
à Conftantinople . C'eſt un
Homme qui a la prudence,
l'efprit , & la fermeté qui font
néceffaires pour bien foûtenirun
pareil employ . Ilaefté
294 MERCURE
déja en Turquie , & c'eſt un
avantage pour luy , puis qu'il
connoit le Pays , & la langue
Turque .
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919
p. 254
« Je vous envoye une nouvelle Medaille de l'Empereur, qui a esté [...] »
Début :
Je vous envoye une nouvelle Medaille de l'Empereur, qui a esté [...]
Mots clefs :
Médaille, Empereur, Siège de Vienne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je vous envoye une nouvelle Medaille de l'Empereur, qui a esté [...] »
Je vous envoye une nouvelle
Medaille de l'Empereur,
quia efté frapée aprés la levée
du Siege de Vienne . Ces paroles
CÆSAR SARMATA
REX , &c. font gravées fur
l'épaiffeur du rebord .
Medaille de l'Empereur,
quia efté frapée aprés la levée
du Siege de Vienne . Ces paroles
CÆSAR SARMATA
REX , &c. font gravées fur
l'épaiffeur du rebord .
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920
p. 254-262
Ouverture de l'Assemblée du Clergé, avec les noms de ceux qui la composent. [titre d'après la table]
Début :
L'Ouverture de l'Assemblée Generale du Clergé de France, se fit [...]
Mots clefs :
Assemblée générale du Clergé de France, Église, Messe, Archevêque, Prêches, Province de Paris, Évêques, Abbé, Toulouse, Alby, Bourges, Rouen, Bordeaux, Vienne, Reims, Narbonne, Lyon, Marquis, Cérémonies, Audiences, Clercs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ouverture de l'Assemblée du Clergé, avec les noms de ceux qui la composent. [titre d'après la table]
L'Ouverture de l'Affemblée
Generale du Clergé de
France , fe fit à Saint Germain
en Laye le 4. de ce mois , dans
l'Eglife des Recolets , par une-
Meffe du Saint Efprit . M
GALANT: 255
l'Archevefque de Paris officia
en habits Pontificaux ; & M
l'Evefque d'Amiens preſcha
fur le fujet de cette Affemblée.
Ceux qui la compofent
font :
oqmidis
PROVINCE DE PARIS.
M. l'Archevefque.
M. l'Evefque de Chartres.
MIS les Abbez Cheron & de
Lufancy.
SENS.
M. l'Archevefque de Sens.
M. l'Evefque de Troye.
Miles Abbez de Chavigny
& Pecquot.
256 MERCURE
ARLES.
M. le Coadjuteur d'Arles.
M. l'Evefque de Saint Paul
Trois- Chateau.
Mrs les Abbez Roubaut & de
Vintimille.
TOULOUSE.
M. l'Archevelque de Touloufe.
M. l'Evefque de S. Papoul.
MS les Abbez Rouffeau &
de Gives .
ALBY.
M. l'Archevefque d'Alby.
M. l'Evefque de Mande
M's les Abbez Hennequin
& Langlois.
GALANT 257
BOURGES .
M. l'Archevefque de Bourges
.
M. l'Evefque de Tulles .
M's les Abbez du Favoit , de:
Serocourt , & Phelippeaux ,,
Agent.
RoüEN.
M. le Coadjuteur de Rouen..
M. l'Evefque de Lifieux.
M's les Abbez de Grancey
& de Champigny.
BORDEAUX.
M. d'Archevelque de Bor
deaux.
M. l'Evefque de Condomi
Juin 1685
Σ
258 MERCURE
rs
M's les Abbez de Vaillac &
d'Aubigny . "
SAUCH.н.
M. l'Archevefque d'Auch.
M. l'Evefque de l'Eſcar. **
Ms les Abbez de Pibrac &
de Poudenx .
VIENNE.
M. l'Evefqye du Vivier.
M. l'Evefque de Valence.
M's les Abbez le Camus, Bla
che, & de Villars, Agent.
REIMS.
M. l'Evefque d'Amiens.
M. l'Evefque de Boulogne.
-M" les Abbez de Sillery, de
GALANT 259
Beuvron & Deſmarets , an
cien
Agent.yaniduA.D
TOURS.
M. l'Evefque de Quimper.
M. l'Evefque du Mans . M
M's des Abbez Amelor & Ro
rs
bert. washood ob
AIX.
M. l'Evefque d'Apt.
M. l'Evefque de Sifteron .
Ms les Abbez de Fourbin &
de
Vallavoir.
NARBONN E.
M. l'Evefque de Lodeve.
M. l'Evefque de Carcaffonne.
Ms les Abbez de Caftres, de
l'Augnac, & de Befons, an
Y ij
260 MERCURE
cien Agent.
LYON
M. l'Evefque de Chalons .
M. l'Evefque de Mâcon
M's les Abbez de Chalmafel
&
Brochondriaɔ
AMBRUNED
A
M. l'Evefque de Digne.
M. l'Evefque de Vence .
rs
M's les Abbez Drubec & de
Ratabon,
M' l'Archevefque de Paris
prefide à cette Affemblée ,
qui a M's les Abbez Defmarefts
ancien Agent, & Cheron
pour Promoteurs , & M les
Abbez de Beſons ancien A-
;
GALANT. 261
gent, & Hennequin pour Se
cretaires. Deux jours aprés
M" les Prelats & Deputez le
rendirent à Verfailles à l'Aud
dience du Roy , à laquelle ils
furent conduits par Mile Mar
quis de Blainville , Grand Maî
tre des Ceremonies . M'l'Archevefque
de Paris harangua
le Roy , & luy prefenta les
Deputez ; aprés quoy ils eurent
audience de Monfei.
gneur le Dauphin , & de Madame
la Dauphine. Le 1. du
mefme mois , M. le Pelletier
Controlleur general des Finances,
& M. Boucherat Con
262 MERCURE
feiller d'Eftat , s'eftant rendus
à faint Germain à leur Affemblée
, avec M. le Marquis de
Seignelay , y furent receusen
qualité de Commiffaires du
Roy. M. Boucherat porta la
parole , & leur prefenta une
Lettre de Sa Majefté , dont il
leur expliqua les intentions.
Ils y retournerent le 14. & M.
l'Archevelque de Paris , comme
Preſident de l'Affemblée,
leur dit que le Clergé avoit
accordé tout d'une voix la
fomme de trois millions au
Roy, en forme de don gra
quit.
Generale du Clergé de
France , fe fit à Saint Germain
en Laye le 4. de ce mois , dans
l'Eglife des Recolets , par une-
Meffe du Saint Efprit . M
GALANT: 255
l'Archevefque de Paris officia
en habits Pontificaux ; & M
l'Evefque d'Amiens preſcha
fur le fujet de cette Affemblée.
Ceux qui la compofent
font :
oqmidis
PROVINCE DE PARIS.
M. l'Archevefque.
M. l'Evefque de Chartres.
MIS les Abbez Cheron & de
Lufancy.
SENS.
M. l'Archevefque de Sens.
M. l'Evefque de Troye.
Miles Abbez de Chavigny
& Pecquot.
256 MERCURE
ARLES.
M. le Coadjuteur d'Arles.
M. l'Evefque de Saint Paul
Trois- Chateau.
Mrs les Abbez Roubaut & de
Vintimille.
TOULOUSE.
M. l'Archevelque de Touloufe.
M. l'Evefque de S. Papoul.
MS les Abbez Rouffeau &
de Gives .
ALBY.
M. l'Archevefque d'Alby.
M. l'Evefque de Mande
M's les Abbez Hennequin
& Langlois.
GALANT 257
BOURGES .
M. l'Archevefque de Bourges
.
M. l'Evefque de Tulles .
M's les Abbez du Favoit , de:
Serocourt , & Phelippeaux ,,
Agent.
RoüEN.
M. le Coadjuteur de Rouen..
M. l'Evefque de Lifieux.
M's les Abbez de Grancey
& de Champigny.
BORDEAUX.
M. d'Archevelque de Bor
deaux.
M. l'Evefque de Condomi
Juin 1685
Σ
258 MERCURE
rs
M's les Abbez de Vaillac &
d'Aubigny . "
SAUCH.н.
M. l'Archevefque d'Auch.
M. l'Evefque de l'Eſcar. **
Ms les Abbez de Pibrac &
de Poudenx .
VIENNE.
M. l'Evefqye du Vivier.
M. l'Evefque de Valence.
M's les Abbez le Camus, Bla
che, & de Villars, Agent.
REIMS.
M. l'Evefque d'Amiens.
M. l'Evefque de Boulogne.
-M" les Abbez de Sillery, de
GALANT 259
Beuvron & Deſmarets , an
cien
Agent.yaniduA.D
TOURS.
M. l'Evefque de Quimper.
M. l'Evefque du Mans . M
M's des Abbez Amelor & Ro
rs
bert. washood ob
AIX.
M. l'Evefque d'Apt.
M. l'Evefque de Sifteron .
Ms les Abbez de Fourbin &
de
Vallavoir.
NARBONN E.
M. l'Evefque de Lodeve.
M. l'Evefque de Carcaffonne.
Ms les Abbez de Caftres, de
l'Augnac, & de Befons, an
Y ij
260 MERCURE
cien Agent.
LYON
M. l'Evefque de Chalons .
M. l'Evefque de Mâcon
M's les Abbez de Chalmafel
&
Brochondriaɔ
AMBRUNED
A
M. l'Evefque de Digne.
M. l'Evefque de Vence .
rs
M's les Abbez Drubec & de
Ratabon,
M' l'Archevefque de Paris
prefide à cette Affemblée ,
qui a M's les Abbez Defmarefts
ancien Agent, & Cheron
pour Promoteurs , & M les
Abbez de Beſons ancien A-
;
GALANT. 261
gent, & Hennequin pour Se
cretaires. Deux jours aprés
M" les Prelats & Deputez le
rendirent à Verfailles à l'Aud
dience du Roy , à laquelle ils
furent conduits par Mile Mar
quis de Blainville , Grand Maî
tre des Ceremonies . M'l'Archevefque
de Paris harangua
le Roy , & luy prefenta les
Deputez ; aprés quoy ils eurent
audience de Monfei.
gneur le Dauphin , & de Madame
la Dauphine. Le 1. du
mefme mois , M. le Pelletier
Controlleur general des Finances,
& M. Boucherat Con
262 MERCURE
feiller d'Eftat , s'eftant rendus
à faint Germain à leur Affemblée
, avec M. le Marquis de
Seignelay , y furent receusen
qualité de Commiffaires du
Roy. M. Boucherat porta la
parole , & leur prefenta une
Lettre de Sa Majefté , dont il
leur expliqua les intentions.
Ils y retournerent le 14. & M.
l'Archevelque de Paris , comme
Preſident de l'Affemblée,
leur dit que le Clergé avoit
accordé tout d'une voix la
fomme de trois millions au
Roy, en forme de don gra
quit.
Fermer
Résumé : Ouverture de l'Assemblée du Clergé, avec les noms de ceux qui la composent. [titre d'après la table]
L'Assemblée Générale du Clergé de France s'est tenue à Saint-Germain-en-Laye du 4 juin 1685, inaugurée par une messe du Saint-Esprit. L'archevêque de Paris a officié, et l'évêque d'Amiens a prononcé un sermon. Les participants comprenaient divers archevêques, évêques et abbés de provinces françaises telles que Paris, Sens, Arles, Toulouse, et autres. L'archevêque de Paris présidait, assisté par les abbés Desmarets, Cheron, Besons et Hennequin. Deux jours plus tard, les prélats se sont rendus à Versailles pour une audience royale, où ils ont été reçus par le roi, le Dauphin et la Dauphine. Le 1er juin, des commissaires royaux, dont M. Pelletier et M. Boucherat, ont présenté les intentions du roi. Le 14 juin, l'archevêque de Paris a annoncé que le clergé avait accordé un don gratuit de trois millions au roi.
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921
p. 263-266
Conversion. [titre d'après la table]
Début :
Le Jeudy 7 de ce mois, ce Prelat receut l'Abjuration du Fils [...]
Mots clefs :
Abjuration, Gentilhomme, Famille, Profession de foi, Clergé, Nouveau converti, Conversions, Religion prétendue réformée, Prélat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversion. [titre d'après la table]
Le Jeudy 7. de ce mois , ce
Prelat receut l'Abjuration du
Fils de M. de Fontaine Veille
de Coignée , dans la Chapelle
du Roy , à faint Germain .
Ce jeune Gentilhomme , âgé
feulement de vingt ans , eft
d'une des plus anciennes Familles
de la Province du Maine
, & Neveu de M's les Marquis
de Coignée , de Thou ,
& de Thouars. Sa Profeffion
de Foy fut d'autant plus folennelle
, qu'il la fit devant
tout le Clergé affemblé en ce
lieu-là pour les affaires de l'Eglife,
comme je viens de vous
264 MERCURE
le marquer
. M l'Archevel
que ayant embraffé
ce nouveau
Converty
, avec de grandes
marques
de joye de ce
qu'il avoit renoncé à fes erreurs
,
7
Mr les autres Prelats
firent tous la mefme chofe.
On parla de cette converfion
au Roy , & ce Monarque témoigna
beaucoup de fatisfa .
Єtion , d'apprendre qu'elle
s'eftoit faite par les foins de
M. des Chefnes , Lieutenant
general des Eaux & Forefts du
Bailliage d'Alençon . Sa Ma
jefté loua fort fon zele , fe fou
venant que le mefme M. des
Chefnes
GALANT. 265
Chefnes luy avoit prefenté le
dernier mois M. Larpent, мiniftre
converty de la Ville de
Séez .
M. l'Evefque de S. Brieu ,
continuant avec fa vigilance
ordinaire à procurer le falut
de ceux de ſon Dioceſe , entre
autres abjurations qu'il a
fait faire depuis peu de temps,
a receu celle de Mademoiſel
le de Breilmeneu , de forte
qu'il ne reste plus que quatre
Familles de la Religion Pretendue
Reformée dans tour le
Dioceſe de S. Brieu , du grand
nombre qu'il y en avoit lorf-
Juin 1685
Ꮓ
266 MERCURE
que ce Prelat en prit poffef
fiongngis
Prelat receut l'Abjuration du
Fils de M. de Fontaine Veille
de Coignée , dans la Chapelle
du Roy , à faint Germain .
Ce jeune Gentilhomme , âgé
feulement de vingt ans , eft
d'une des plus anciennes Familles
de la Province du Maine
, & Neveu de M's les Marquis
de Coignée , de Thou ,
& de Thouars. Sa Profeffion
de Foy fut d'autant plus folennelle
, qu'il la fit devant
tout le Clergé affemblé en ce
lieu-là pour les affaires de l'Eglife,
comme je viens de vous
264 MERCURE
le marquer
. M l'Archevel
que ayant embraffé
ce nouveau
Converty
, avec de grandes
marques
de joye de ce
qu'il avoit renoncé à fes erreurs
,
7
Mr les autres Prelats
firent tous la mefme chofe.
On parla de cette converfion
au Roy , & ce Monarque témoigna
beaucoup de fatisfa .
Єtion , d'apprendre qu'elle
s'eftoit faite par les foins de
M. des Chefnes , Lieutenant
general des Eaux & Forefts du
Bailliage d'Alençon . Sa Ma
jefté loua fort fon zele , fe fou
venant que le mefme M. des
Chefnes
GALANT. 265
Chefnes luy avoit prefenté le
dernier mois M. Larpent, мiniftre
converty de la Ville de
Séez .
M. l'Evefque de S. Brieu ,
continuant avec fa vigilance
ordinaire à procurer le falut
de ceux de ſon Dioceſe , entre
autres abjurations qu'il a
fait faire depuis peu de temps,
a receu celle de Mademoiſel
le de Breilmeneu , de forte
qu'il ne reste plus que quatre
Familles de la Religion Pretendue
Reformée dans tour le
Dioceſe de S. Brieu , du grand
nombre qu'il y en avoit lorf-
Juin 1685
Ꮓ
266 MERCURE
que ce Prelat en prit poffef
fiongngis
Fermer
Résumé : Conversion. [titre d'après la table]
Le 7 juin 1685, un jeune gentilhomme de vingt ans, fils de M. de Fontaine Veillé de Coignée et neveu des marquis de Coignée, de Thou et de Thouars, a prononcé son abjuration dans la chapelle du Roi à Saint-Germain. Cette conversion, qualifiée de solennelle, s'est déroulée devant l'ensemble du clergé réuni pour les affaires de l'Église. L'archevêque et les autres prélats ont exprimé leur joie face à cette décision. Le roi a également manifesté sa satisfaction, soulignant le zèle de M. des Chefnes, lieutenant général des Eaux et Forêts du bailliage d'Alençon, qui avait précédemment présenté au roi M. Larpent, ministre converti de la ville de Sées. Par ailleurs, l'évêque de Saint-Brieuc a obtenu l'abjuration de Mademoiselle de Breilmeneu, réduisant ainsi à quatre le nombre de familles de la religion prétendue réformée dans son diocèse, alors qu'elles étaient nombreuses en juin 1685.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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922
p. 266-272
Mort de Madame l'Abbesse de Farmontier. [titre d'après la table]
Début :
Le 30 du dernier mois, Madame l'Abesse de Farmonstier en Brie, [...]
Mots clefs :
Abbesse, Décès, Communauté, Fille, Gouverneur, Dame, Bel esprit, Discours, Langue latine, Vérités, Maximes, Religion catholique, Actions édifiantes, Résignation, Amour, Cantiques, Religieuse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de Madame l'Abbesse de Farmontier. [titre d'après la table]
Le 30 du dernier mois , Ma
damel'Abeffe de Farmonftier
en Brie , mourut fort regretée
de toute la Communauté. El
le s'appelloit Marie Conftance
du Blé ; & eftoit Fille de
Meffire Jacques du Blé, Marquis
d'Huxelles , & Baron de
Cormatin en Bourgogne ,
Lieutenant general des Armées
du Roy, Gouverneur &
Bailly de Châlons fur Saone,
& de Dame Claude Pheli
peaux la Vrilliere, La Maiſon
du Blé dont elle fortoit , eft
GALANT. 267
une des premieres & des plus
anciennes de Bourgogne.
Madame l'Abbeffe de Far .
monftier dont je vous parle ,
avoit l'efprit élevé & fort pé,
netrant , & faifoit paroiſtre
une extréme vivacité dans
toutes les affaires qu'elle traitoit.
Auffin'a t- elle jamais ba
→ lancé fur les réponfes qu'elle
avoit à faire , quelque matiere
qu'on ait pû luy propofer. Elle
y fatisfaifoit dans le mefme
temps, auffi fagement & aufli
folidement que fielle en avoit
fait fon étude particuliere. Elle
entendoit parfaitement la
Zij
268 MERCURE
langue Latine ; & lors qu'elle
parloit à fa Communauté ,
Tordre , la facilité & la netteté
d'expreffion qui accompa
gnoient fes difcours , les Paffages
des Peres qu'elle citoit
à propos , & la grace naturelle
qu'elle avoit à prononcer ce
qu'elle difoit , prévenoient fi
bien les efprits en la faveur ,
qu'on ne fe laffoit jamais de
l'entendre . Dans fes momens
de loifir , elle préferoit la lecture
à toutes chofes , & prenoit
un extréme plaifir à fe
remplir l'efprit des veritez , &
des maximes les plus faintes
"GALANT 269
de noſtre Religion . Elle en
parloit fçavamment , & avec
beaucoup de piété , car elle
vouloit que le coeur en fuft
remply , ainfi que l'efprit.
C'est pourquoy on luy a fou
vent entendu dire , que l'on
parloit aifément des chofes
faintes , mais qu'on ne les ré
duifoit pas également en pratique
, & que cependant l'un
fans l'autre n'eftoit d'aucune
utilité pour
le Salut. Les ac
tions & les paroles édifiantes
qui ont précedé fa mort , ont
accompagné
fes derniers mo
mens. Elle a préveu en quel
Z iij
270 MERCURE
que façon le changement qui
devoir le faire en elle , & elle
s'y eft preparée pendant quel
ques mois , par tous les exercices
de penitence qu'elle
pouvoit pratiquer. La mort
d'un fage Directeur , en qui
elle avoit mis fon entiere confiance
depuis un fort grand
nombre d'années , fut un préfage
qui luy fit connoître que
le temps de la fienne s'approchoit,
Elle n'avoit pas encore
effuyé fes larmes pour une
perte qui luy eftoit fi fenfible,
lors qu'elle fut attaquée de la
maladie dont elle eft morte.
GALANT. 271
Sa patience n'y a pas moins
éclaté que fa refignation &
fon amour pour fon Createur,
Elle prenoit elle - mefme foin
de confoler toutes les perfonnes
qui l'affiftoient , & qui
s'affligeoient de l'extrémité
où fon mal l'avoit réduite. Elle
demandoit des Cantiques
de joye pour fon heureuſe délivrance
de la priſon de ce
monde, & prioit les Religieu
fes de moderer leur douleur
par l'efperance qu'elle a toûjours
témoigné avoir , que
celuy qui l'avoit fait naiftre
dans l'Eglife , luy donneroit
Z
iiij
272 MERCURE
entrée dans la Gloire
fembloit que Dieu l'euft des
ftinée à un travail prefque
fans relâche , puis qu'à pei
ne avoit elle commencé
àgoûter quelque repos
dans fa premiere Maifon def
Saint Menou , qu'il l'en retira
pour la faire entrer dans
celle de Farmonftier , où elle
a fort peu jouy de l'état tranquille
qu'elle s'y eftoit acquis .
damel'Abeffe de Farmonftier
en Brie , mourut fort regretée
de toute la Communauté. El
le s'appelloit Marie Conftance
du Blé ; & eftoit Fille de
Meffire Jacques du Blé, Marquis
d'Huxelles , & Baron de
Cormatin en Bourgogne ,
Lieutenant general des Armées
du Roy, Gouverneur &
Bailly de Châlons fur Saone,
& de Dame Claude Pheli
peaux la Vrilliere, La Maiſon
du Blé dont elle fortoit , eft
GALANT. 267
une des premieres & des plus
anciennes de Bourgogne.
Madame l'Abbeffe de Far .
monftier dont je vous parle ,
avoit l'efprit élevé & fort pé,
netrant , & faifoit paroiſtre
une extréme vivacité dans
toutes les affaires qu'elle traitoit.
Auffin'a t- elle jamais ba
→ lancé fur les réponfes qu'elle
avoit à faire , quelque matiere
qu'on ait pû luy propofer. Elle
y fatisfaifoit dans le mefme
temps, auffi fagement & aufli
folidement que fielle en avoit
fait fon étude particuliere. Elle
entendoit parfaitement la
Zij
268 MERCURE
langue Latine ; & lors qu'elle
parloit à fa Communauté ,
Tordre , la facilité & la netteté
d'expreffion qui accompa
gnoient fes difcours , les Paffages
des Peres qu'elle citoit
à propos , & la grace naturelle
qu'elle avoit à prononcer ce
qu'elle difoit , prévenoient fi
bien les efprits en la faveur ,
qu'on ne fe laffoit jamais de
l'entendre . Dans fes momens
de loifir , elle préferoit la lecture
à toutes chofes , & prenoit
un extréme plaifir à fe
remplir l'efprit des veritez , &
des maximes les plus faintes
"GALANT 269
de noſtre Religion . Elle en
parloit fçavamment , & avec
beaucoup de piété , car elle
vouloit que le coeur en fuft
remply , ainfi que l'efprit.
C'est pourquoy on luy a fou
vent entendu dire , que l'on
parloit aifément des chofes
faintes , mais qu'on ne les ré
duifoit pas également en pratique
, & que cependant l'un
fans l'autre n'eftoit d'aucune
utilité pour
le Salut. Les ac
tions & les paroles édifiantes
qui ont précedé fa mort , ont
accompagné
fes derniers mo
mens. Elle a préveu en quel
Z iij
270 MERCURE
que façon le changement qui
devoir le faire en elle , & elle
s'y eft preparée pendant quel
ques mois , par tous les exercices
de penitence qu'elle
pouvoit pratiquer. La mort
d'un fage Directeur , en qui
elle avoit mis fon entiere confiance
depuis un fort grand
nombre d'années , fut un préfage
qui luy fit connoître que
le temps de la fienne s'approchoit,
Elle n'avoit pas encore
effuyé fes larmes pour une
perte qui luy eftoit fi fenfible,
lors qu'elle fut attaquée de la
maladie dont elle eft morte.
GALANT. 271
Sa patience n'y a pas moins
éclaté que fa refignation &
fon amour pour fon Createur,
Elle prenoit elle - mefme foin
de confoler toutes les perfonnes
qui l'affiftoient , & qui
s'affligeoient de l'extrémité
où fon mal l'avoit réduite. Elle
demandoit des Cantiques
de joye pour fon heureuſe délivrance
de la priſon de ce
monde, & prioit les Religieu
fes de moderer leur douleur
par l'efperance qu'elle a toûjours
témoigné avoir , que
celuy qui l'avoit fait naiftre
dans l'Eglife , luy donneroit
Z
iiij
272 MERCURE
entrée dans la Gloire
fembloit que Dieu l'euft des
ftinée à un travail prefque
fans relâche , puis qu'à pei
ne avoit elle commencé
àgoûter quelque repos
dans fa premiere Maifon def
Saint Menou , qu'il l'en retira
pour la faire entrer dans
celle de Farmonftier , où elle
a fort peu jouy de l'état tranquille
qu'elle s'y eftoit acquis .
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Résumé : Mort de Madame l'Abbesse de Farmontier. [titre d'après la table]
Madame l'Abbesse de Farmontier en Brie, Marie Constance du Blé, est décédée le 30 du dernier mois. Fille de Messire Jacques du Blé, Marquis d'Huxelles et Baron de Cormatin en Bourgogne, et de Dame Claude Phelippeaux la Vrillière, elle appartenait à une des plus anciennes familles de Bourgogne. Connue pour son esprit vif et pénétrant, elle maîtrisait le latin et citait souvent les Pères de l'Église. Ses discours étaient marqués par une grande clarté et elle captivait son auditoire par sa grâce naturelle. Dans ses loisirs, elle préférait la lecture des vérités religieuses, qu'elle mettait en pratique avec piété. Après la mort de son directeur spirituel, elle se prépara à la mort par des exercices de pénitence. Lors de sa maladie, elle montra une grande patience et résignation, consolant ceux qui l'entouraient et exprimant son espoir d'entrer dans la gloire divine. Sa vie fut marquée par un travail incessant entre les maisons de Saint-Menou et de Farmontier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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923
p. 272-273
Le Roy nomma Madame de Beringhen à cette Abbaye. [titre d'après la table]
Début :
Madame de Beringhen sa Niece, qui estoit Religieuse dans cette [...]
Mots clefs :
Abbesse, Nièce, Nominations, Ordres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Roy nomma Madame de Beringhen à cette Abbaye. [titre d'après la table]
Madame de Beringhen fa
Niece , qui eftoit Religieufe
dans cette Abbaye , luy a fuccedé
, par la Nomination du
Roy. Elle eſt Fille d'Henry ,
1
GALANT. 273
1 Comte de Beringhen , premier
Ecuyer de Sa Majefté ,
Chevalier de fes Ordres
& Gouverneur des Citadel
les de Marſeille ; & de Dame
Anne du Blé d'Huxelles, foeur
de la defunte Abbeffe.
Niece , qui eftoit Religieufe
dans cette Abbaye , luy a fuccedé
, par la Nomination du
Roy. Elle eſt Fille d'Henry ,
1
GALANT. 273
1 Comte de Beringhen , premier
Ecuyer de Sa Majefté ,
Chevalier de fes Ordres
& Gouverneur des Citadel
les de Marſeille ; & de Dame
Anne du Blé d'Huxelles, foeur
de la defunte Abbeffe.
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924
p. 273-277
Action extraordinaire. [titre d'après la table]
Début :
Il arrive de temps en temps des choses si extraordinaires, [...]
Mots clefs :
Choses extraordinaires, Mystère, Jeune fille, Intendant, Toulouse, Dévotion, Mutilation, Poitrine, Rasoir, Pansements et bandages, Médecin, Indolore
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Action extraordinaire. [titre d'après la table]
Il arrive de temps en temps
des chofes fi extraordinaires,
qu'il eft difficile de ne pas
croire qu'elles le font par des
infpirations
fecretés , dont
nous tâcherions
inutilement
de pénetrer le myftere. Telle
eft l'action d'une jeune per
fonne de dix - fept ans , Fille
de M. Olivier , Intendant du
274 MERCURE
grand Prieur de Saint Jean ,
qui a caufé un étonnement
inconcevable à toute la Ville
de Toulouſe , où s'eft paffé
ce que je vay vous en dire.
On l'a toujours veue dans
de fort grandes pratiques de
devotion ; & comme elle
avoit fouvent entendu pref
cher contre les Femmes qui
n'ont pas foin de cacher leur
gorge , elle refolut de fe met
tre hors d'eftat de montrer
jamais la fienne. Elle appref
ta deux compreffes trempées
dans du vin , du fucre , & de
l'huile ; & avec un rafoir don't
t
K
GALANT 275
elle s'eftoit munie , elle fe
coupa le cofté gauche du
fein jufqu'à la poitrine. Pendant
qu'elle s'appliquoit l'u
ne des compreffes , fa Mere
l'appella pour quelque foin
domeftique. Elle fortit de fa
chambre , & aprés s'eftre acquittée
des commiffions qu'
on luy donna , elle retourna
au mefme lieu ; & toujours
également ferme dans fa refolution
, elle porta le rafoir
fur le cofté droit qui luy reftoit
à couper. Elle fe fervit
de l'autre compreffe ; mais
elle ne put fi bien l'appli
276 MERCURE
quer , qu'on ne s'apperceuſt
du fang qui couloit . Sa Mere
effrayée , envoya chercher
M. la Piriere , Chirurgien Ju
ré de la Ville , pour la panfer ,
& l'on eut beaucoup
beaucoup de pei
ne à obtenir d'elle , qu'elle
laiffaft voir le mal qu'elle s'é
toit fait, Ce que je vous dis
eft arrivé le Jeudy 31. de May .
On pourroit croire qu'il y auroit
eu de l'égarement d'ef
prit ; mais on affeure que
cette jeune Perfonne a tou
jours efté dans fon bon fens.
Elle a protefté que cette fanglante
operation ne luy avoit
GALANT 277
caufé aucune douleur , &
2
qu'elle s'y eftoit reſoluë par
le motif que je vous ay dit,
J'ay veu une Lettre du 6. de
ce mois , qui porte qu'elle
n'avoit point de fiévre
que fa vie ne couroit aucun
danger.
des chofes fi extraordinaires,
qu'il eft difficile de ne pas
croire qu'elles le font par des
infpirations
fecretés , dont
nous tâcherions
inutilement
de pénetrer le myftere. Telle
eft l'action d'une jeune per
fonne de dix - fept ans , Fille
de M. Olivier , Intendant du
274 MERCURE
grand Prieur de Saint Jean ,
qui a caufé un étonnement
inconcevable à toute la Ville
de Toulouſe , où s'eft paffé
ce que je vay vous en dire.
On l'a toujours veue dans
de fort grandes pratiques de
devotion ; & comme elle
avoit fouvent entendu pref
cher contre les Femmes qui
n'ont pas foin de cacher leur
gorge , elle refolut de fe met
tre hors d'eftat de montrer
jamais la fienne. Elle appref
ta deux compreffes trempées
dans du vin , du fucre , & de
l'huile ; & avec un rafoir don't
t
K
GALANT 275
elle s'eftoit munie , elle fe
coupa le cofté gauche du
fein jufqu'à la poitrine. Pendant
qu'elle s'appliquoit l'u
ne des compreffes , fa Mere
l'appella pour quelque foin
domeftique. Elle fortit de fa
chambre , & aprés s'eftre acquittée
des commiffions qu'
on luy donna , elle retourna
au mefme lieu ; & toujours
également ferme dans fa refolution
, elle porta le rafoir
fur le cofté droit qui luy reftoit
à couper. Elle fe fervit
de l'autre compreffe ; mais
elle ne put fi bien l'appli
276 MERCURE
quer , qu'on ne s'apperceuſt
du fang qui couloit . Sa Mere
effrayée , envoya chercher
M. la Piriere , Chirurgien Ju
ré de la Ville , pour la panfer ,
& l'on eut beaucoup
beaucoup de pei
ne à obtenir d'elle , qu'elle
laiffaft voir le mal qu'elle s'é
toit fait, Ce que je vous dis
eft arrivé le Jeudy 31. de May .
On pourroit croire qu'il y auroit
eu de l'égarement d'ef
prit ; mais on affeure que
cette jeune Perfonne a tou
jours efté dans fon bon fens.
Elle a protefté que cette fanglante
operation ne luy avoit
GALANT 277
caufé aucune douleur , &
2
qu'elle s'y eftoit reſoluë par
le motif que je vous ay dit,
J'ay veu une Lettre du 6. de
ce mois , qui porte qu'elle
n'avoit point de fiévre
que fa vie ne couroit aucun
danger.
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Résumé : Action extraordinaire. [titre d'après la table]
À Toulouse, une jeune fille de dix-sept ans, fille de M. Olivier, Intendant du grand Prieur de Saint Jean, se mutila après avoir entendu des prêches condamnant les femmes qui ne cachent pas leur poitrine. Elle se coupa le côté gauche de la poitrine avec un rasoir et appliqua une compresse imbibée de vin, de sucre et d'huile. Interrompue par sa mère pour une tâche domestique, elle revint couper le côté droit. Alarmée par le sang, la mère appela un chirurgien. L'incident se produisit le jeudi 31 mai. Malgré la gravité de ses blessures, la jeune fille ne ressentit aucune douleur et resta lucide. Une lettre du 6 juin confirma qu'elle n'avait pas de fièvre et que sa vie n'était pas en danger.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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925
p. 277-321
Relation contenant tout ce qui s'est passé depuis que les Ambassadeurs de Moscovie sont arrivés en France, jusques à leur depart. [titre d'après la table]
Début :
L'abondance des matieres qui remplissoient ma Lettre le dernier mois, [...]
Mots clefs :
Tsar, Ambassadeurs, Roi, Prince, Seigneur, Amitiés, Ducs, Audiences, Russie, Puissance, Carosse, Paris, Qualités, Mérite, Officiers, Moscovie, Voyage, Royaume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation contenant tout ce qui s'est passé depuis que les Ambassadeurs de Moscovie sont arrivés en France, jusques à leur depart. [titre d'après la table]
L'abondance des matieres
qui remplifſoient ma Lettre
le dernier mois , fut caufe que
je ne vous parlay point des
Ambaffadeurs de Mofcovie.
J'ay accoutumé de traiter ces
fortes d'articles fi à fonds
que vous jugez bien que la
place me manquoit , pour
278 MERCURE
mettre dans une mefme Let :
tre tant de choſes confiderables
par elles - mefmes , & par
le grand nombre de circon-
Atances qui les accompagnent.
Avant que de vous
rien dire de l'Entrée de ces
Ambaffadeurs
à Paris , vous
voulez bien que je vous falfe
obferver , que les Mofcovites
n'en font jamais partir de
chez eux , que pour aller en diverfes
Cours en la mefme qualité;
parce qu'eftant deffrayez ,
& leur équipage voituré dans
tous les lieux où ils vont en
Ambaſſade, tout leur voyage
GALANT 279.
ne leur coute rien , ny pour
aller , ny pour revenir . Les
chofes fe font paffées autrement
, pour ce qui regarde
ces derniers Ambaffadeurs,
Comme il s'agiffoit de les envoyer
à un Monarque , qu'
admirent ceux mefme qui
font jaloux de fa gloire , les
Czars ont voulu qu'ils vinffent
tout droit en France,
fans faire la fonction d'Ambaffadeurs
dans aucune autre
Cour , & qu'ils retournaſſent
à Mofcou de la mefme maniere
, pour faire connoiftre
qu'ils en eftoient partis ex-
་
"
280 MERCURE
prés pour venir en France , &
qu'ils n'avoient rien à voir
aprés avoir veu le Roy. On
les a mefme preffez de partir,
avec des ordres de ne ſe point
arrefter dans leur voyage. La
jeuneffe des deux Czars , l'infirmité
de l'aifné , & les feditions
de cet Empire à peine
appaifées , ont fait dire à quel
ques-uns , que cette Ambaf
fade eftoit moins glorieuſe
pour le Prince à qui elle s'adreffoit
, que fi la Moſcovie
eftoit gouvernée par un feul
Maiftre , qui fuft grand Politique
& grand Conquerant,
GALANT. 281
Ceux qui parlent de la forte,
ne connoiffent pas les Czars ;
& ce que je vais vous en dire
, vous perfuadera aiſément
que la penetration de leur ef
prit, leur ayant fait concevoir
la grandeur & les admirables
qualitez du Roy , ils ont cru
ne pouvoir mieux faire que
de rechercher fon amitié
prefque auffi-toft qu'ils font:
montez fur le Trône. Quand
dans ma Lettre de Juillet 1682..
je vous parlay de la mort de
Theodore Alexouvits dernier .
Grand Duc , arrivée le 27.
Avril de la mefme année , je
A.a
282 MERCURE
L
vous dis qu'on avoit choifi
le Prince Pierre Alexouvits ,
fon frere puilné du fecond lit ,
qui n'avoit que dix ans , pour
luy fucceder , au prejudice de
Jean qui eftoit l'aifné , mais
que fes infirmitez rendoient
incapable du Gouvernement .
J'eftois alors mal informé de
fon âge , puifqu'il a prefente
ment feize ans , & le Prince
Jean dix - huit. Cependant
dans cette grande jeuneffe ,
ils ont déja fait voir par des
traits de politique , & d'amitié
fraternelle , qu'ils ont &
beaucoup de cet efprit necef
GALANT 283
faire pour regner , & beaucoup
de ces manieres qui font
Thonnefte homme, & qui engagent
les cours. Le dernier
Czar effant mort , & Pierre
fon frere puilné ayant eſté
choifi pour fon Succeffeur
des Sedicieux , qui n'ont nul
merite pour afpirer à une hau
te fortune , qui ne peuvent
s'établir felon l'ambition qui
les devore , que dans le de
fordre & dans le tumulte , &
qui fe mettent peu en peine
s'ils renverfent un Etat, pourveu
qu'ils s'élevent , engagerent
l'Armée à fe revolter,,
A a ij
284 MERCURE
fous pretexte qu'elle n'estoit
pas payée. Un de ces Seditieux
voyant les Troupes fatisfaites
, plûtoft qu'il n'avoit
crû qu'elles deuffent l'eftre ,
ce qui l'empefchoit de profiter
des troubles qu'il avoit excitez
, remua ſi bien , que par
le moyen de fa cabale , il vint
à bout de faire nommer à
l'Empire le Prince Jean , aifné
des deux Czars qui regnent
prefentement. C'est un Prince
fort incommodé , & quia
la veuë tres baffe. Les brigues.
qui furent grandes pour luy,
ayant éclaté tout d'un coup ,
GALANT 285
fon party fut le plus fort, par,
ce qu'on n'avoit pris aucune
précaution pour s'y oppoſer.
Les ambitieux crurent alors
qu'ils alloient devenir les
Maistres de l'Etat , & qu'il ne
leur manqueroit pour regner
que le nom de Souverains .
Cependantle cader desCzars ,
déja politique, quoy que dans
un âge fort peu avancé , &
prévenu d'eftime & d'amitié
pour fon Frere , les trompa
tous. Il s'unit avec le Prince
Jean fon aiſné, & luy dit qu'il
fouhaitoit regner avec luy,
Ce Prince charmé du merite
+
286 MERCURE
& de l'amitié de fon Cader,
luy répondit qu'il vouloir que
fa pofterité regnaft , & le pria
d'accepter une Femme de fa
main , & le Commandement
de fes Armées , quand les occafions
fe prefenteroient de
les faire agir pour fon ſervice.
Ce font ces deux Freres fil
unis , qui pénetrez de , la
Grandeur de Sa Majefté, ont
envoyé en France les Ambaffadeurs
, dont je vay vous
entretenir. Le Roy fçachant
qu'ils eftoient arrivez à Ham
bourg , & qu'ils devoient ve
nir débarquer à Calais,choiſit
GALANT 287
1
M'Torf, l'un des Gentilhommes
de fa Maiſon , pour les y
recevoir, parce qu'il s'eft toû
jours tres bien acquitté des
Commiffions
de cette nature,
& qu'il s'eft mefme diftingué
en beaucoup d'autres occafions.
On avoit envoyé avec
luy des Officiers pour les traiter
, & tout ce qui eftoit neceffaire
pour les conduire.
On apprit que le premier Ambaffadeur
fe nommoit Simeon
Jerafieuvits Almazovv,
qu'il commande l'une des
quatre Compagnies de Nobleffe
qui font à Mofcou , &
288 MERCURE
quine marchent que lors que
le Czar va en campagne , &
qu'il eft un de ceux qui por
tent les plats fur la table de
cet Empereur ; non pas en
qualité de Maiftre d'Hoftel,
mais parce que les plus
grands Seigneurs de Mofcovie
les portent fur la table de
leur Prince. Il a un Fils qui a
épousé la Soeur de la Femme
de celuy des Czars qui eft ma
rié. Le fecond Ambaffadeur
n'est pasVicechancelier.com
me on l'a crû , mais fon Em
ploy eft fort confiderable , &
c'eſt comme qui diroit icy
Chef
GALANT. 289
"
Chef d'un Bureau, dont d'au
tres Bureaux dépendroient .
Ces Ambaffadeurs avoient
avec eux un homme de beaucoup
de merite , & fort eſti
mé en ce Pays- là . Les Czars
luy donnerent un Gouverne
ment des plus importans, peu
de jours avant qu'ils euffent
nommé ces Ambaffadeurs
pour venir en France. Ce
nouveau Gouverneur l'ayant
appris , pria les Czars , ou de
lay permettre de demeurer quel.
que temps fans aller à ce Gouver
nement , ou de le reprendre ,
de fouffrin qu'il accompagnaft les
Juin 1685.
Bb ..
290 MERCURE
avoient
Ambaffadeurs qu'ils envoyoient
à l'Empereur des François afin
qu'il púſt voir ce grand Homme
dont on publioit tant de merveil
les. Les Czars furent bien ai
fes de voir que leurs Sujets
pour le
Roy
la mel
me estime qu'ils avoient euxmefmes
pour ce Monarque ;
& ils luy permirent avec plai
fir d'accompagner leurs Ambaffadeurs.
Le Gouverneur
de Smolenfco , l'une des plus
fortes Places qui appartien
nent aux Czars , entendant
continuellement parler de ce
que Sa Majesté fait de grand,
GALANT. 291
envoya auffi fon Fils avec ces
mefmes Amballadeurs , afin
qu'il luy rapportaft fi tout ce
qu'on en difoit étoit veritable ,
& il le chargea meſme de luy
aporter beaucoup de Portraits
reffemblans de ce Monarque
,
qu'il luy ordonna de faire fai
re. Ces Ambaffadeurs Extraordinaires
avoiet encore avec
eux quatre Secretaires , un Interprete
Latin, fort confideré
des Czars , & nommé par ces
Princes , & une Suite fort
nombreuſe. Ils arriverent le
12. de May à Saint Denys . Le
-16. M' de Bonneuil Introdų
Bb ij
292 MERCURE
cteur des Ambaffadeurs , alla
les vifiter de la part du Roy ;
& lery M le Maréchal de
Humieres , & le mefme M
de Bonneuil,allerent les prendre
dans les Caroffes de Sa
Majefté , & de Madame la.
Dauphine , & les amenerent
à Paris. Ces Caroffes eftoient.
fuivis de trois Caroffes de Mr
le Maréchal de Humieres , de
celuy de M de Bonneuil , &
de plufieurs autres pour la fui-.
te de ces Ambaffadeurs , qui
montoit environ à quatrevingt
perfonnes. Il y en avoit
plufieurs à cheval , parmy lef
GALANT. 293
quels fix Trompettes & un
Timbalier fe firent entendre.
Comme le Doge de la Republique
de Genes étoit alors ›
à Paris , & qu'il y avoit mef
me tres- peu de jours qu'il
avoit eu Audience du Roy ,
cesAmbaffadeurs qui avoient
oiy parler de ce qui s'eftoic
paffé entre la France & cette
Republique , demanderent à
en eftre plus particulierement
inftruits , & loin de marquer
de l'étonnement de voir icy
un Doge de Genes , ils dirent
qu'ils n'en eftoient point furpris.
& qu'il faloit que le Roy fuft
Bb iij
294 MERCURE
le plus grand Prince du monde ,
puifque les Czar's leurs Maistres
qui eftoient de fi puiffans Empe
reurs qui n'avoient jamais
recherché l'amitié d'aucun Sou
verain , demandoient la fienne :
& que file Roy & leurs Maitres
eftoient unis , ils pourroient
conquerir toute la Terre, L'envie
qu'ils avoient de paroistre devant
Sa Majefté, & de mander
aux Czars qu'ils avoient vû ce
Monarque , les obligea de
preffer leur Audience . Ils l'eu
rent le 22. de May. M' le Ma
réchal de Humieres , accom
pagné de M de Bonneuil ,
GALANT. 295
avec les Caroffes du Roy &
de Madame la Dauphine ,
les alla prendre à l'Hoftel
des Ambaffadeurs extraordinaires
, où ils eſtoient logez,
& nourris, & toujours accom
pagnez de M' Torf. Ils parti
rent dés le matin ; & aprés s'étre
repofez pendant quelque
temps , dans la Sale deſtinée
aux Ambaffadeurs qui vont
à Verfailles pour avoir Au
dience du Roy , ils allerent à
celle de Sa Majefté . Comme
ils furent receus avec les honneurs
qu'on rend aux Ambaffadeurs
des Teftes couron
Bb iiij
296 MERCURE
nées, les Compagnies des Regimens
des Gardes Françoi
les & Suiffes eftoient fous les
armes. Les Gardes de la Porte
& les Archers du Grand
Prevolt, cftoient en haye dans
la Court ; les Cent Suiffes fur
l'Escalier , & les Gardes du
Corps auffi en haye & fous les
armés dans leur Sale. M' le
Maréchal Duc de Duras , Capitaine
des Gardes en quarfier
, les receut à la porte , &
les conduifit jufques au pied
du Trône de Sa Majefté, où
aprés trois profondes reverences,
le premier de ces AniGALANT:
297
baffadeurs fit le difcours fuivant
en langue Mofcovite. Je
vous l'envoye traduit litteralement.
P
Ar la grace de Dieu en la
Trinité glorieufe , les tres-
Sereniffimes & tres - puiffans
Grands Seigneurs , Czars &
Grands Ducs , Joane Alexouvits
Peter Alexonvits de la gran
de , petite & blanche Ruffie,
Autocrateurs de Mofcovie , Kiovie
, VVolodimer & Nougorod,
Czars de Cafan, Czars d' Aftra
can , Czars de Siberie, Seigneurs:
de Plefcou , & Grands Ducs de
298 MERCURE
de
Smolenfco, de Tuerski, d'Ingorie,
de Permie ,de Beatra ,de Bulgarie,
d'autres; Seigneurs & Grands
Ducs de Norogrod , du Pays- bas
Quernigou , de Befan , de Ro
ftof , de Feresbaf, de Beloferie,
d'Obdorie, Condines , de toutes
les parties du Nord, Domina
teurs , Seigneurs du Pays d' Irerie,
de Carthalinie Gronfine,
Czars ; & de Cabardin , Terres
des Duchez de Circaffie , & de
Georgie , & de plufieurs autres
Seigneuries & Terres Orientales,
Occidentales & Septentrionales,
dont ils font heritiers de Pere en
Fils,poffeffeurs & Seigneurs ab
folus.
GALANT. 299
Tres Sereniffime & tres- Puif
fant , grand Prince , Seigneur
LOUIS XIV de Bourbon ,
par la grace de Dieu Empereur
de France & de Navarre , &
de plufieurs autres. Nos Mai
tres nous ont envoyez vers voftre
Royale Majefté , pour la falier
de leur part , & pour apprendre
l'état de fa fanté.
Le Roy ayant alors demandé
des nouvelles de la fanté des
Czars , les Ambaffadeurs répondirent,
Quand nousfommes
partis d'auprés de vos Freres, les
tres- Sereniffimes & tres puif-
கு
fans Seigneurs Czars & Grands
300 MERCURE
Ducs , Ils répeterent icy les
meſme titres , Nous les avons
laiffez en tres- parfaite fanté dans
leur grandeVille Royale de Mofcovie
>
Ils ajoûterent , en preſentant
leur Lettre de créance,
& repetant de nouveau les
titres des Czars .
Les Sereniffimes tres puiſſans
grands Seigneurs Czars ,
grands Ducs Joane & Peter Alex
uvits nous ont envoyés vers
Vous , Sire , leur Frere , pour
prefenter ces Lettres d'amitié à
voftre Royale Majefte.
Les tres- Sereniffimes¿ª trèsGALANT.
301
les
trespuiſſans
grands Seigneurs Czars
& grands Ducs nous ont commandé
de dire à leur Frere , par
la grace de Dieu Empereur de
France & de Navarre , que.
Ancestres des tres -grands
puiffans Czars , nos Seigneurs
nos Maiftres , ont toujours eu
pour votre Royale Majefté une
amitié fraternelle , un amour de
charité ,& une aimable corref
pondance , comme il aparu mefme
en la perfonne de Michaëlovuits
, d'heureuſe d'eternelle
memoire , Czar & grand Duc
de la grande , petite & blanche
Ruffie & Pere des tres puiffans
302 MERCURE
Seigneurs Czars de Mofcovie
, lequel a toujours confervé
pour veftre Royale Majesté une
amitié fraternelle un amour
de charité , par les amiables correſpondances
qu'il a enës avet
Elle pendant tout le
t tout le temps qu'il a
(t)
vécu aprés qu'Alexis Michaëlovvits
Souverain de la
&
grande , petite blanche Ruffie,
Pere des grands & puiffans Czars
de Mofcovie,futpaffé du Royaume
de la Terre en celuy du Ciel,
Theodore Alexovvits , frere des
tres-puffans Czars de Mofcovie,
eftant pour lors affis glorieufement
fur le Trône du Royaume des
1
GALANT. 303
Roxolans, & ayant fuccedé à la
Souveraineté de la grande , petite
& blanche Ruffie , aprés que
cent quatre- vingts- neuf ans fe
furent écoulez fans que les Czars
Les Prédeceffeurs euffent envoyé
en France , falua Voftre Royale
Majefté par Opifer, Pierre Pe
techin fes Ambaffadeurs
Eftienne Polchorum fon Vice
Chancelier, luy fit connoiftre
&
fon élevation fur le Trône de fes
Peres , la gloire de fon Régne ,
le defire l'inclination qu'il avoit
de vivre avec Elle en tres parfaite
intelligence. Mais Dieu tourpuiffant
, Modérateur de toutes
304 MERCURE
chofes , qui fait régner les Rois,
& qui par le repos eternel de fa
volonté fouveraine conferve les
Monarchies , ayant enlevé du
Trône de la Terre pour celuy du
Ciel le tres-puiffant Czar Theodore
Alexouvits , fit parfa grace
Toute puiffante & finguliere , que
Jean Alexouvits & Pierre Ale
xouvits fes freres , furent élevez
enfa place fur le Trône du
-glorieux Royaume des Roxolans ,
prenant enfemble le Sceptre de la
grande , petite blanche Ruffie,
& poffedant d'un commun accord
les grandes Dominations qu'ils
ont heritées de leur Pere & de
GALANT 305
ع و ن ل ا
leurs Ayeux dans l'Orient , l'Oc--
cident le Septentrion. Et de
pas aprés la mort du tres - puiffant
Prince Theodore Alexouvits
d'heureufe erernelle memoire, -
*
frere des Czars , ils ont envoyé
derechef leurs Ambaffadeurs vers -
voftre Royale Majefte , pour luy
prefenter des Lettres de lear part,,
par lesquelles extrautres chofes
zis la follicitoient à une plus ferme
&
plus inviolable focieté tou
chant les a
les affaires de l'une &
L'autre Couronne; & voftre Roya
le Majefté prit dès - lors refolution
de leur envoyer des Ambaſſa--
deurs.
Juin 16855
acc
de
306 MERCURE
標
les
Les tres puiffans Seigneurs &
grands Ducs Jean Alexouvits ,
Pierre Alexouvits , Princes
fouverains de la grande , petite
blanche Ruffie , voulant con
tinuer avec voftre Royale Ma
jefté l'amitié fraternelle
correfpondances que les Czars
leurs Prédeceffeurs avoient folli
cité & fouhaité d'obtenirparleurs
Ambaſſadeurs , nous ont envoyez
en cette qualité vers voftre Roya
le Majefte Frere, pour l'affeurer
de leur parfaite fanté , de
la gloire de leur Régne , de la joye
qu'ils ont d'apprendre l'estat de la
Tienne , la force de fes Armes ,
60
GALANT 307
*
tes fuccez furprenans de fes glorieufes
entrepriſes , & pour luy
faire connoiftre l'inclination extrême
que les Czars ont de vivre
avec Elle en bonne parfaite
intelligence enfin pour luy
propofer des affaires qui faffent
croistre de plus en plus l'amitié
fraternelle labonne intelligen
ce entre les Czars nos Maiftres
voftre Royale Majefté. Elle
aura donc la bonté , s'il luyplaift,
d'entrer avec nous en conference,
r de nous donner des Commif
faires , pour traiter avec eux des
affaires pour lefquelles nous fommes
envoyez, & pour en porter
308 MERCURE
la réponſe aux Czars nos Maî
tres & nos Seigneurstaan 49 65 6
Aprés ce difcours , cét
Ambaffadeur fit apporter des
Prefens par plus de cinquan
te perfonnes de fa fuite. Ils
confiftoient en plufieurs pies
ces de riches Ecofes & de ra
res Fourrures , un Sabre garny
de pierreries , uné Marte
Zibeline vivante , & un Oyfeau
de proye qui vole fur
l'Aigle. L'Audience eſtant
-finie , ces Ambaffadeurs furent
traitez magnifiquement
avec toute leur fuite par les
Officiers de Sa Majesté , & re
GALANT 309
conduits à Paris avec les mêmes
ceremonies .
Le premier de Juin , ils fe
rendirent à Versailles à l'ap
partement de M' Colbert de
Croify. Ce Miniftre les receut
dans fon Cabinet , & il
eut avec eux une longue Conference
fur le fujet de leur
Ambaffade . Vous fçavez que
de fecret eft impenetrable
en
France ; mais quand mais quand il y au
roit quelque facilité à le dé
-couvrir , ce n'eft point à moy
d'entrer dans les mysteres
d'Etat , & moins encore d'en
parler. Je ne fçaurois pour
310 MERCURE
tant m'empefcher de vous di
re pour la gloire du Roy, qu'il
paroift en cette occafion, que
ce Prince ayant donné la Paix
à l'Europe , ne veut rien faire
qui puiffe en alterer le repos
& que tous les avantages
qu '
on luy pourroit propofer , feroient
incapables de l'ébran
ler là deffus. Ces Ambaffa
deurs
,
demanderentm
grande inftance , que Sa Majefté
nommaſt un Ambaffadeur
, ou du moins un En
voyé, afin que leurs Maiftres
eaffent le plaifir d'avoir à leur
Cour un Miniftres d'un efi
d
GALANT 34
grand Monarque. Cette demande
fait voir que le Roy
n'y en avoit point dans le
temps que les jaloux de fa
gloire avoient leurs raifons
pour le publier. Le mefme
jour que ces Ambaſſadeurs
eurent audience de M' de
Croiffy , on leur fit voir les
Eaux , les Jardins , & les Ap
partemens du Château de
Verfailles. Rien ne fe peur
ajoûter aux termes dont ils
fe fervirent pour témoigner
leur étonnement
, il y en cut
on
ne mefme de fi forts ,
les peut rapporter icy. Ils di
312 MERCURE
rent entre autres choſes, que
ceux qui avoient l'avantage
d'y entrer , eftoient bien henreux
. M'Torfles voyant embaraffez
à retenir tant de chofes
, dont ils vouloient faire le
recit lorsqu'ils feroient retournez
en Moſcovie, leur fit prefent
des Estampes de toutes
lesMailons Royales . Ils ont vu
icy la plus grande partie de
tout ce qu'il y a de curieux.
Je ferois trop long fi je vous
rapportois tout ce qu'ils ont
dit fur chaque chofe. Je fuis
fort fouvent entré dâns des
détails de tette nature , tou-
4
T
chant
GALANT. 313
"
chant les Ambaffadeurs de
plufieurs Nations éloignées ;
& tout ce que chacun d'eux
a dit , a tant de rapport , qu'il
n'eft pas néceffaire de le re .
peter. Ceux - cy ont fur tout
admiré l'Exercice qu'ils ont
veu faire aux Moufquetaires ,
& ont dit , qu'ilfembloit qu'un
meſme reffort les faifoit agir
tous dans le mefme inftant , tant
leurs mouvemens avoient de juz
fteffe.L'Opera leur a auffi cau
fe beaucoup de furpriſe ; &
à peine a-t- on pû leur perfuader
qu'il n'y avoit point d'enchantement.
Le 3 de ce mois,
Juin 1685.
Dd
314 MERCURE
ils eurent leur Audience de
བ ༤ ས་
Congé du Roy, avec les mef
mes ceremonies qui avoient
efté obfervées à leur premiere
Audience. Le io . M ' de Bonneuil
porta à chacun
de la part de ce Monarque ,
les prefens qui fuivent.
à chacun d'eux ,
Une Boete à Portrait du
Roy , enrichie de diamans.
Une Tenture de Tapifle
rie des Gobelins , rehauffée
dor.
Une Pendule à repetition,
Une Horloge à Boëte d'or,
Une Montre à Boete d'or,
Un Fufil à double.canon,
1 .
GALANT. 315
orné de reliefs , & d'or de rapport.
Une paire de Pistolets
de mefme , le tout fort beau
3 & fort riche. Les Gens de
leurfuite eurent des Médail
les d'or & d'argent du Roy .
27 Le fecond Ambaffadeur
ayant receu le Portrait de
Sa Majefté , l'attacha à fon
Bonnet , & dit qu'il le porteroit
toutefavie , & ordonneroit àfa
Femme ,à fes Enfans mefme
à toute fa pofterite, dele porter
apréslugs
ນ
isLe &Gouverneur de Place
donr je vous aya pardėj zifut
Ddij
316 MERCURE
auffi honoré d'un Portrait du
Roy enrichy de Diamans , ce
qui luy fit demander, fi ce n'étoit
pas affez qu'il euft eu le plai
fir de voir ce Monarque,fans qu'il
L'accablaft encore de fes bien faits.
Ils partirent le lendemain ,
toûjours défrayez aux dépens
du Roy , & accompagnez
par M Torf, pour aller s'embarquer
à Dunquerque , &
paffer en Hollande , le Commerce
qui eft entre les Hol
landois , & les Sujets de leurs
Maiftres leur donnant lieu de
trouver facilement des Vail
feaux pour les conduire chez
La
"
GALANT. 317
=
eux. Ils ont efté receus par
tout où ils ont paffé avec les
honneurs deus à leur caraetere
, & on leur a fait dans
toutes les Villes les Prefens
accoûtumez. Le fecond Am
baffadeur dit , qu'il avoitfait
voeu en partant deſon Pays , de
donner cinq cens écus aux Pauores,
& que puis qu'il avoit cet
te fomme à diftribuer , il vouloit
la donner aux Sujets d'un Prin.
ce qui luy avoit fait du bien.
C'eft ce qu'il executa , ayant
fait des largeffes de cette
fomme depuis Paris jufques.
aDunquerque. Quelques
Dd iij
318 MERCURE
uns ont trouvé étrange que
ceux de leur Suite euffent
trafiqué icy de Pelleterie ,
mais ils ont accoûtumé de
le faire dans tous les lieux
où ils fe rencontrent , &
cela m'engage à vous faire
connoiftre par des remarques
affez curieuſes , que
c'est moins dans l'efprit de
trafiquer & de gagner qu'ils
font ce Commerce , que parce
que cette Pelleterie eft
pour ainfi dire leur argent,
La Siberie eftant un Pays
remply de Martes , & fous la
domination des Czars , on
GALANT. 219
+
condamne les Mofcovites qui
ont commis quelque faute,
à aller tuer des Martes dans
cette Province , comme l'on
condamne en France certains
Criminels à aller fervir fur les
Galeres. Ceux que l'on obli
ge à cette Chaffe, ſont diſtri
છે
buez
>
par cantons . Des Offic
ciers viennent
de temps en
temps pour enlever les Mari
tes & ceux qui en ont le
moins tué font feverement
punis . On aporte toutes ces
Martes au Trefor des Czars,
le Grand Treforier
y met le
prix , & l'on paye les Troupes
.
Dd iiij
320 MERCURE
རྒྱུན་ པ
& les Officiers des Grands
Ducs de Mofcovie, moitié de
ces peaux , & moitié d'une
petite monnoye de peu de
valeur , qui n'a cours qu'en
Mofcovie , & qui eft la feule
monnoye de cét Etat. On
peut connoiftre par là qu'il eſt
affez mal- aisé qu'ils portent
dans les Païs Etrangers ,
ils veulent faire des achats ,
autre chofe que ce qui leur
tient lieu d'argent . Ils vendent
ces Martes,& de l'argét qu'ils
en reçoivent , ils achetent les
chofes qui leur conviennent,
ou qui leur agréent le plus
Οι
GALANT: 321
Quelque grand debit qu'ils
en puiffent faire , il eſt rare
qu'ils emportent de l'argent,
puis qu'il n'auroit pas de
cours dans leur Païs.
qui remplifſoient ma Lettre
le dernier mois , fut caufe que
je ne vous parlay point des
Ambaffadeurs de Mofcovie.
J'ay accoutumé de traiter ces
fortes d'articles fi à fonds
que vous jugez bien que la
place me manquoit , pour
278 MERCURE
mettre dans une mefme Let :
tre tant de choſes confiderables
par elles - mefmes , & par
le grand nombre de circon-
Atances qui les accompagnent.
Avant que de vous
rien dire de l'Entrée de ces
Ambaffadeurs
à Paris , vous
voulez bien que je vous falfe
obferver , que les Mofcovites
n'en font jamais partir de
chez eux , que pour aller en diverfes
Cours en la mefme qualité;
parce qu'eftant deffrayez ,
& leur équipage voituré dans
tous les lieux où ils vont en
Ambaſſade, tout leur voyage
GALANT 279.
ne leur coute rien , ny pour
aller , ny pour revenir . Les
chofes fe font paffées autrement
, pour ce qui regarde
ces derniers Ambaffadeurs,
Comme il s'agiffoit de les envoyer
à un Monarque , qu'
admirent ceux mefme qui
font jaloux de fa gloire , les
Czars ont voulu qu'ils vinffent
tout droit en France,
fans faire la fonction d'Ambaffadeurs
dans aucune autre
Cour , & qu'ils retournaſſent
à Mofcou de la mefme maniere
, pour faire connoiftre
qu'ils en eftoient partis ex-
་
"
280 MERCURE
prés pour venir en France , &
qu'ils n'avoient rien à voir
aprés avoir veu le Roy. On
les a mefme preffez de partir,
avec des ordres de ne ſe point
arrefter dans leur voyage. La
jeuneffe des deux Czars , l'infirmité
de l'aifné , & les feditions
de cet Empire à peine
appaifées , ont fait dire à quel
ques-uns , que cette Ambaf
fade eftoit moins glorieuſe
pour le Prince à qui elle s'adreffoit
, que fi la Moſcovie
eftoit gouvernée par un feul
Maiftre , qui fuft grand Politique
& grand Conquerant,
GALANT. 281
Ceux qui parlent de la forte,
ne connoiffent pas les Czars ;
& ce que je vais vous en dire
, vous perfuadera aiſément
que la penetration de leur ef
prit, leur ayant fait concevoir
la grandeur & les admirables
qualitez du Roy , ils ont cru
ne pouvoir mieux faire que
de rechercher fon amitié
prefque auffi-toft qu'ils font:
montez fur le Trône. Quand
dans ma Lettre de Juillet 1682..
je vous parlay de la mort de
Theodore Alexouvits dernier .
Grand Duc , arrivée le 27.
Avril de la mefme année , je
A.a
282 MERCURE
L
vous dis qu'on avoit choifi
le Prince Pierre Alexouvits ,
fon frere puilné du fecond lit ,
qui n'avoit que dix ans , pour
luy fucceder , au prejudice de
Jean qui eftoit l'aifné , mais
que fes infirmitez rendoient
incapable du Gouvernement .
J'eftois alors mal informé de
fon âge , puifqu'il a prefente
ment feize ans , & le Prince
Jean dix - huit. Cependant
dans cette grande jeuneffe ,
ils ont déja fait voir par des
traits de politique , & d'amitié
fraternelle , qu'ils ont &
beaucoup de cet efprit necef
GALANT 283
faire pour regner , & beaucoup
de ces manieres qui font
Thonnefte homme, & qui engagent
les cours. Le dernier
Czar effant mort , & Pierre
fon frere puilné ayant eſté
choifi pour fon Succeffeur
des Sedicieux , qui n'ont nul
merite pour afpirer à une hau
te fortune , qui ne peuvent
s'établir felon l'ambition qui
les devore , que dans le de
fordre & dans le tumulte , &
qui fe mettent peu en peine
s'ils renverfent un Etat, pourveu
qu'ils s'élevent , engagerent
l'Armée à fe revolter,,
A a ij
284 MERCURE
fous pretexte qu'elle n'estoit
pas payée. Un de ces Seditieux
voyant les Troupes fatisfaites
, plûtoft qu'il n'avoit
crû qu'elles deuffent l'eftre ,
ce qui l'empefchoit de profiter
des troubles qu'il avoit excitez
, remua ſi bien , que par
le moyen de fa cabale , il vint
à bout de faire nommer à
l'Empire le Prince Jean , aifné
des deux Czars qui regnent
prefentement. C'est un Prince
fort incommodé , & quia
la veuë tres baffe. Les brigues.
qui furent grandes pour luy,
ayant éclaté tout d'un coup ,
GALANT 285
fon party fut le plus fort, par,
ce qu'on n'avoit pris aucune
précaution pour s'y oppoſer.
Les ambitieux crurent alors
qu'ils alloient devenir les
Maistres de l'Etat , & qu'il ne
leur manqueroit pour regner
que le nom de Souverains .
Cependantle cader desCzars ,
déja politique, quoy que dans
un âge fort peu avancé , &
prévenu d'eftime & d'amitié
pour fon Frere , les trompa
tous. Il s'unit avec le Prince
Jean fon aiſné, & luy dit qu'il
fouhaitoit regner avec luy,
Ce Prince charmé du merite
+
286 MERCURE
& de l'amitié de fon Cader,
luy répondit qu'il vouloir que
fa pofterité regnaft , & le pria
d'accepter une Femme de fa
main , & le Commandement
de fes Armées , quand les occafions
fe prefenteroient de
les faire agir pour fon ſervice.
Ce font ces deux Freres fil
unis , qui pénetrez de , la
Grandeur de Sa Majefté, ont
envoyé en France les Ambaffadeurs
, dont je vay vous
entretenir. Le Roy fçachant
qu'ils eftoient arrivez à Ham
bourg , & qu'ils devoient ve
nir débarquer à Calais,choiſit
GALANT 287
1
M'Torf, l'un des Gentilhommes
de fa Maiſon , pour les y
recevoir, parce qu'il s'eft toû
jours tres bien acquitté des
Commiffions
de cette nature,
& qu'il s'eft mefme diftingué
en beaucoup d'autres occafions.
On avoit envoyé avec
luy des Officiers pour les traiter
, & tout ce qui eftoit neceffaire
pour les conduire.
On apprit que le premier Ambaffadeur
fe nommoit Simeon
Jerafieuvits Almazovv,
qu'il commande l'une des
quatre Compagnies de Nobleffe
qui font à Mofcou , &
288 MERCURE
quine marchent que lors que
le Czar va en campagne , &
qu'il eft un de ceux qui por
tent les plats fur la table de
cet Empereur ; non pas en
qualité de Maiftre d'Hoftel,
mais parce que les plus
grands Seigneurs de Mofcovie
les portent fur la table de
leur Prince. Il a un Fils qui a
épousé la Soeur de la Femme
de celuy des Czars qui eft ma
rié. Le fecond Ambaffadeur
n'est pasVicechancelier.com
me on l'a crû , mais fon Em
ploy eft fort confiderable , &
c'eſt comme qui diroit icy
Chef
GALANT. 289
"
Chef d'un Bureau, dont d'au
tres Bureaux dépendroient .
Ces Ambaffadeurs avoient
avec eux un homme de beaucoup
de merite , & fort eſti
mé en ce Pays- là . Les Czars
luy donnerent un Gouverne
ment des plus importans, peu
de jours avant qu'ils euffent
nommé ces Ambaffadeurs
pour venir en France. Ce
nouveau Gouverneur l'ayant
appris , pria les Czars , ou de
lay permettre de demeurer quel.
que temps fans aller à ce Gouver
nement , ou de le reprendre ,
de fouffrin qu'il accompagnaft les
Juin 1685.
Bb ..
290 MERCURE
avoient
Ambaffadeurs qu'ils envoyoient
à l'Empereur des François afin
qu'il púſt voir ce grand Homme
dont on publioit tant de merveil
les. Les Czars furent bien ai
fes de voir que leurs Sujets
pour le
Roy
la mel
me estime qu'ils avoient euxmefmes
pour ce Monarque ;
& ils luy permirent avec plai
fir d'accompagner leurs Ambaffadeurs.
Le Gouverneur
de Smolenfco , l'une des plus
fortes Places qui appartien
nent aux Czars , entendant
continuellement parler de ce
que Sa Majesté fait de grand,
GALANT. 291
envoya auffi fon Fils avec ces
mefmes Amballadeurs , afin
qu'il luy rapportaft fi tout ce
qu'on en difoit étoit veritable ,
& il le chargea meſme de luy
aporter beaucoup de Portraits
reffemblans de ce Monarque
,
qu'il luy ordonna de faire fai
re. Ces Ambaffadeurs Extraordinaires
avoiet encore avec
eux quatre Secretaires , un Interprete
Latin, fort confideré
des Czars , & nommé par ces
Princes , & une Suite fort
nombreuſe. Ils arriverent le
12. de May à Saint Denys . Le
-16. M' de Bonneuil Introdų
Bb ij
292 MERCURE
cteur des Ambaffadeurs , alla
les vifiter de la part du Roy ;
& lery M le Maréchal de
Humieres , & le mefme M
de Bonneuil,allerent les prendre
dans les Caroffes de Sa
Majefté , & de Madame la.
Dauphine , & les amenerent
à Paris. Ces Caroffes eftoient.
fuivis de trois Caroffes de Mr
le Maréchal de Humieres , de
celuy de M de Bonneuil , &
de plufieurs autres pour la fui-.
te de ces Ambaffadeurs , qui
montoit environ à quatrevingt
perfonnes. Il y en avoit
plufieurs à cheval , parmy lef
GALANT. 293
quels fix Trompettes & un
Timbalier fe firent entendre.
Comme le Doge de la Republique
de Genes étoit alors ›
à Paris , & qu'il y avoit mef
me tres- peu de jours qu'il
avoit eu Audience du Roy ,
cesAmbaffadeurs qui avoient
oiy parler de ce qui s'eftoic
paffé entre la France & cette
Republique , demanderent à
en eftre plus particulierement
inftruits , & loin de marquer
de l'étonnement de voir icy
un Doge de Genes , ils dirent
qu'ils n'en eftoient point furpris.
& qu'il faloit que le Roy fuft
Bb iij
294 MERCURE
le plus grand Prince du monde ,
puifque les Czar's leurs Maistres
qui eftoient de fi puiffans Empe
reurs qui n'avoient jamais
recherché l'amitié d'aucun Sou
verain , demandoient la fienne :
& que file Roy & leurs Maitres
eftoient unis , ils pourroient
conquerir toute la Terre, L'envie
qu'ils avoient de paroistre devant
Sa Majefté, & de mander
aux Czars qu'ils avoient vû ce
Monarque , les obligea de
preffer leur Audience . Ils l'eu
rent le 22. de May. M' le Ma
réchal de Humieres , accom
pagné de M de Bonneuil ,
GALANT. 295
avec les Caroffes du Roy &
de Madame la Dauphine ,
les alla prendre à l'Hoftel
des Ambaffadeurs extraordinaires
, où ils eſtoient logez,
& nourris, & toujours accom
pagnez de M' Torf. Ils parti
rent dés le matin ; & aprés s'étre
repofez pendant quelque
temps , dans la Sale deſtinée
aux Ambaffadeurs qui vont
à Verfailles pour avoir Au
dience du Roy , ils allerent à
celle de Sa Majefté . Comme
ils furent receus avec les honneurs
qu'on rend aux Ambaffadeurs
des Teftes couron
Bb iiij
296 MERCURE
nées, les Compagnies des Regimens
des Gardes Françoi
les & Suiffes eftoient fous les
armes. Les Gardes de la Porte
& les Archers du Grand
Prevolt, cftoient en haye dans
la Court ; les Cent Suiffes fur
l'Escalier , & les Gardes du
Corps auffi en haye & fous les
armés dans leur Sale. M' le
Maréchal Duc de Duras , Capitaine
des Gardes en quarfier
, les receut à la porte , &
les conduifit jufques au pied
du Trône de Sa Majefté, où
aprés trois profondes reverences,
le premier de ces AniGALANT:
297
baffadeurs fit le difcours fuivant
en langue Mofcovite. Je
vous l'envoye traduit litteralement.
P
Ar la grace de Dieu en la
Trinité glorieufe , les tres-
Sereniffimes & tres - puiffans
Grands Seigneurs , Czars &
Grands Ducs , Joane Alexouvits
Peter Alexonvits de la gran
de , petite & blanche Ruffie,
Autocrateurs de Mofcovie , Kiovie
, VVolodimer & Nougorod,
Czars de Cafan, Czars d' Aftra
can , Czars de Siberie, Seigneurs:
de Plefcou , & Grands Ducs de
298 MERCURE
de
Smolenfco, de Tuerski, d'Ingorie,
de Permie ,de Beatra ,de Bulgarie,
d'autres; Seigneurs & Grands
Ducs de Norogrod , du Pays- bas
Quernigou , de Befan , de Ro
ftof , de Feresbaf, de Beloferie,
d'Obdorie, Condines , de toutes
les parties du Nord, Domina
teurs , Seigneurs du Pays d' Irerie,
de Carthalinie Gronfine,
Czars ; & de Cabardin , Terres
des Duchez de Circaffie , & de
Georgie , & de plufieurs autres
Seigneuries & Terres Orientales,
Occidentales & Septentrionales,
dont ils font heritiers de Pere en
Fils,poffeffeurs & Seigneurs ab
folus.
GALANT. 299
Tres Sereniffime & tres- Puif
fant , grand Prince , Seigneur
LOUIS XIV de Bourbon ,
par la grace de Dieu Empereur
de France & de Navarre , &
de plufieurs autres. Nos Mai
tres nous ont envoyez vers voftre
Royale Majefté , pour la falier
de leur part , & pour apprendre
l'état de fa fanté.
Le Roy ayant alors demandé
des nouvelles de la fanté des
Czars , les Ambaffadeurs répondirent,
Quand nousfommes
partis d'auprés de vos Freres, les
tres- Sereniffimes & tres puif-
கு
fans Seigneurs Czars & Grands
300 MERCURE
Ducs , Ils répeterent icy les
meſme titres , Nous les avons
laiffez en tres- parfaite fanté dans
leur grandeVille Royale de Mofcovie
>
Ils ajoûterent , en preſentant
leur Lettre de créance,
& repetant de nouveau les
titres des Czars .
Les Sereniffimes tres puiſſans
grands Seigneurs Czars ,
grands Ducs Joane & Peter Alex
uvits nous ont envoyés vers
Vous , Sire , leur Frere , pour
prefenter ces Lettres d'amitié à
voftre Royale Majefte.
Les tres- Sereniffimes¿ª trèsGALANT.
301
les
trespuiſſans
grands Seigneurs Czars
& grands Ducs nous ont commandé
de dire à leur Frere , par
la grace de Dieu Empereur de
France & de Navarre , que.
Ancestres des tres -grands
puiffans Czars , nos Seigneurs
nos Maiftres , ont toujours eu
pour votre Royale Majefté une
amitié fraternelle , un amour de
charité ,& une aimable corref
pondance , comme il aparu mefme
en la perfonne de Michaëlovuits
, d'heureuſe d'eternelle
memoire , Czar & grand Duc
de la grande , petite & blanche
Ruffie & Pere des tres puiffans
302 MERCURE
Seigneurs Czars de Mofcovie
, lequel a toujours confervé
pour veftre Royale Majesté une
amitié fraternelle un amour
de charité , par les amiables correſpondances
qu'il a enës avet
Elle pendant tout le
t tout le temps qu'il a
(t)
vécu aprés qu'Alexis Michaëlovvits
Souverain de la
&
grande , petite blanche Ruffie,
Pere des grands & puiffans Czars
de Mofcovie,futpaffé du Royaume
de la Terre en celuy du Ciel,
Theodore Alexovvits , frere des
tres-puffans Czars de Mofcovie,
eftant pour lors affis glorieufement
fur le Trône du Royaume des
1
GALANT. 303
Roxolans, & ayant fuccedé à la
Souveraineté de la grande , petite
& blanche Ruffie , aprés que
cent quatre- vingts- neuf ans fe
furent écoulez fans que les Czars
Les Prédeceffeurs euffent envoyé
en France , falua Voftre Royale
Majefté par Opifer, Pierre Pe
techin fes Ambaffadeurs
Eftienne Polchorum fon Vice
Chancelier, luy fit connoiftre
&
fon élevation fur le Trône de fes
Peres , la gloire de fon Régne ,
le defire l'inclination qu'il avoit
de vivre avec Elle en tres parfaite
intelligence. Mais Dieu tourpuiffant
, Modérateur de toutes
304 MERCURE
chofes , qui fait régner les Rois,
& qui par le repos eternel de fa
volonté fouveraine conferve les
Monarchies , ayant enlevé du
Trône de la Terre pour celuy du
Ciel le tres-puiffant Czar Theodore
Alexouvits , fit parfa grace
Toute puiffante & finguliere , que
Jean Alexouvits & Pierre Ale
xouvits fes freres , furent élevez
enfa place fur le Trône du
-glorieux Royaume des Roxolans ,
prenant enfemble le Sceptre de la
grande , petite blanche Ruffie,
& poffedant d'un commun accord
les grandes Dominations qu'ils
ont heritées de leur Pere & de
GALANT 305
ع و ن ل ا
leurs Ayeux dans l'Orient , l'Oc--
cident le Septentrion. Et de
pas aprés la mort du tres - puiffant
Prince Theodore Alexouvits
d'heureufe erernelle memoire, -
*
frere des Czars , ils ont envoyé
derechef leurs Ambaffadeurs vers -
voftre Royale Majefte , pour luy
prefenter des Lettres de lear part,,
par lesquelles extrautres chofes
zis la follicitoient à une plus ferme
&
plus inviolable focieté tou
chant les a
les affaires de l'une &
L'autre Couronne; & voftre Roya
le Majefté prit dès - lors refolution
de leur envoyer des Ambaſſa--
deurs.
Juin 16855
acc
de
306 MERCURE
標
les
Les tres puiffans Seigneurs &
grands Ducs Jean Alexouvits ,
Pierre Alexouvits , Princes
fouverains de la grande , petite
blanche Ruffie , voulant con
tinuer avec voftre Royale Ma
jefté l'amitié fraternelle
correfpondances que les Czars
leurs Prédeceffeurs avoient folli
cité & fouhaité d'obtenirparleurs
Ambaſſadeurs , nous ont envoyez
en cette qualité vers voftre Roya
le Majefte Frere, pour l'affeurer
de leur parfaite fanté , de
la gloire de leur Régne , de la joye
qu'ils ont d'apprendre l'estat de la
Tienne , la force de fes Armes ,
60
GALANT 307
*
tes fuccez furprenans de fes glorieufes
entrepriſes , & pour luy
faire connoiftre l'inclination extrême
que les Czars ont de vivre
avec Elle en bonne parfaite
intelligence enfin pour luy
propofer des affaires qui faffent
croistre de plus en plus l'amitié
fraternelle labonne intelligen
ce entre les Czars nos Maiftres
voftre Royale Majefté. Elle
aura donc la bonté , s'il luyplaift,
d'entrer avec nous en conference,
r de nous donner des Commif
faires , pour traiter avec eux des
affaires pour lefquelles nous fommes
envoyez, & pour en porter
308 MERCURE
la réponſe aux Czars nos Maî
tres & nos Seigneurstaan 49 65 6
Aprés ce difcours , cét
Ambaffadeur fit apporter des
Prefens par plus de cinquan
te perfonnes de fa fuite. Ils
confiftoient en plufieurs pies
ces de riches Ecofes & de ra
res Fourrures , un Sabre garny
de pierreries , uné Marte
Zibeline vivante , & un Oyfeau
de proye qui vole fur
l'Aigle. L'Audience eſtant
-finie , ces Ambaffadeurs furent
traitez magnifiquement
avec toute leur fuite par les
Officiers de Sa Majesté , & re
GALANT 309
conduits à Paris avec les mêmes
ceremonies .
Le premier de Juin , ils fe
rendirent à Versailles à l'ap
partement de M' Colbert de
Croify. Ce Miniftre les receut
dans fon Cabinet , & il
eut avec eux une longue Conference
fur le fujet de leur
Ambaffade . Vous fçavez que
de fecret eft impenetrable
en
France ; mais quand mais quand il y au
roit quelque facilité à le dé
-couvrir , ce n'eft point à moy
d'entrer dans les mysteres
d'Etat , & moins encore d'en
parler. Je ne fçaurois pour
310 MERCURE
tant m'empefcher de vous di
re pour la gloire du Roy, qu'il
paroift en cette occafion, que
ce Prince ayant donné la Paix
à l'Europe , ne veut rien faire
qui puiffe en alterer le repos
& que tous les avantages
qu '
on luy pourroit propofer , feroient
incapables de l'ébran
ler là deffus. Ces Ambaffa
deurs
,
demanderentm
grande inftance , que Sa Majefté
nommaſt un Ambaffadeur
, ou du moins un En
voyé, afin que leurs Maiftres
eaffent le plaifir d'avoir à leur
Cour un Miniftres d'un efi
d
GALANT 34
grand Monarque. Cette demande
fait voir que le Roy
n'y en avoit point dans le
temps que les jaloux de fa
gloire avoient leurs raifons
pour le publier. Le mefme
jour que ces Ambaſſadeurs
eurent audience de M' de
Croiffy , on leur fit voir les
Eaux , les Jardins , & les Ap
partemens du Château de
Verfailles. Rien ne fe peur
ajoûter aux termes dont ils
fe fervirent pour témoigner
leur étonnement
, il y en cut
on
ne mefme de fi forts ,
les peut rapporter icy. Ils di
312 MERCURE
rent entre autres choſes, que
ceux qui avoient l'avantage
d'y entrer , eftoient bien henreux
. M'Torfles voyant embaraffez
à retenir tant de chofes
, dont ils vouloient faire le
recit lorsqu'ils feroient retournez
en Moſcovie, leur fit prefent
des Estampes de toutes
lesMailons Royales . Ils ont vu
icy la plus grande partie de
tout ce qu'il y a de curieux.
Je ferois trop long fi je vous
rapportois tout ce qu'ils ont
dit fur chaque chofe. Je fuis
fort fouvent entré dâns des
détails de tette nature , tou-
4
T
chant
GALANT. 313
"
chant les Ambaffadeurs de
plufieurs Nations éloignées ;
& tout ce que chacun d'eux
a dit , a tant de rapport , qu'il
n'eft pas néceffaire de le re .
peter. Ceux - cy ont fur tout
admiré l'Exercice qu'ils ont
veu faire aux Moufquetaires ,
& ont dit , qu'ilfembloit qu'un
meſme reffort les faifoit agir
tous dans le mefme inftant , tant
leurs mouvemens avoient de juz
fteffe.L'Opera leur a auffi cau
fe beaucoup de furpriſe ; &
à peine a-t- on pû leur perfuader
qu'il n'y avoit point d'enchantement.
Le 3 de ce mois,
Juin 1685.
Dd
314 MERCURE
ils eurent leur Audience de
བ ༤ ས་
Congé du Roy, avec les mef
mes ceremonies qui avoient
efté obfervées à leur premiere
Audience. Le io . M ' de Bonneuil
porta à chacun
de la part de ce Monarque ,
les prefens qui fuivent.
à chacun d'eux ,
Une Boete à Portrait du
Roy , enrichie de diamans.
Une Tenture de Tapifle
rie des Gobelins , rehauffée
dor.
Une Pendule à repetition,
Une Horloge à Boëte d'or,
Une Montre à Boete d'or,
Un Fufil à double.canon,
1 .
GALANT. 315
orné de reliefs , & d'or de rapport.
Une paire de Pistolets
de mefme , le tout fort beau
3 & fort riche. Les Gens de
leurfuite eurent des Médail
les d'or & d'argent du Roy .
27 Le fecond Ambaffadeur
ayant receu le Portrait de
Sa Majefté , l'attacha à fon
Bonnet , & dit qu'il le porteroit
toutefavie , & ordonneroit àfa
Femme ,à fes Enfans mefme
à toute fa pofterite, dele porter
apréslugs
ນ
isLe &Gouverneur de Place
donr je vous aya pardėj zifut
Ddij
316 MERCURE
auffi honoré d'un Portrait du
Roy enrichy de Diamans , ce
qui luy fit demander, fi ce n'étoit
pas affez qu'il euft eu le plai
fir de voir ce Monarque,fans qu'il
L'accablaft encore de fes bien faits.
Ils partirent le lendemain ,
toûjours défrayez aux dépens
du Roy , & accompagnez
par M Torf, pour aller s'embarquer
à Dunquerque , &
paffer en Hollande , le Commerce
qui eft entre les Hol
landois , & les Sujets de leurs
Maiftres leur donnant lieu de
trouver facilement des Vail
feaux pour les conduire chez
La
"
GALANT. 317
=
eux. Ils ont efté receus par
tout où ils ont paffé avec les
honneurs deus à leur caraetere
, & on leur a fait dans
toutes les Villes les Prefens
accoûtumez. Le fecond Am
baffadeur dit , qu'il avoitfait
voeu en partant deſon Pays , de
donner cinq cens écus aux Pauores,
& que puis qu'il avoit cet
te fomme à diftribuer , il vouloit
la donner aux Sujets d'un Prin.
ce qui luy avoit fait du bien.
C'eft ce qu'il executa , ayant
fait des largeffes de cette
fomme depuis Paris jufques.
aDunquerque. Quelques
Dd iij
318 MERCURE
uns ont trouvé étrange que
ceux de leur Suite euffent
trafiqué icy de Pelleterie ,
mais ils ont accoûtumé de
le faire dans tous les lieux
où ils fe rencontrent , &
cela m'engage à vous faire
connoiftre par des remarques
affez curieuſes , que
c'est moins dans l'efprit de
trafiquer & de gagner qu'ils
font ce Commerce , que parce
que cette Pelleterie eft
pour ainfi dire leur argent,
La Siberie eftant un Pays
remply de Martes , & fous la
domination des Czars , on
GALANT. 219
+
condamne les Mofcovites qui
ont commis quelque faute,
à aller tuer des Martes dans
cette Province , comme l'on
condamne en France certains
Criminels à aller fervir fur les
Galeres. Ceux que l'on obli
ge à cette Chaffe, ſont diſtri
છે
buez
>
par cantons . Des Offic
ciers viennent
de temps en
temps pour enlever les Mari
tes & ceux qui en ont le
moins tué font feverement
punis . On aporte toutes ces
Martes au Trefor des Czars,
le Grand Treforier
y met le
prix , & l'on paye les Troupes
.
Dd iiij
320 MERCURE
རྒྱུན་ པ
& les Officiers des Grands
Ducs de Mofcovie, moitié de
ces peaux , & moitié d'une
petite monnoye de peu de
valeur , qui n'a cours qu'en
Mofcovie , & qui eft la feule
monnoye de cét Etat. On
peut connoiftre par là qu'il eſt
affez mal- aisé qu'ils portent
dans les Païs Etrangers ,
ils veulent faire des achats ,
autre chofe que ce qui leur
tient lieu d'argent . Ils vendent
ces Martes,& de l'argét qu'ils
en reçoivent , ils achetent les
chofes qui leur conviennent,
ou qui leur agréent le plus
Οι
GALANT: 321
Quelque grand debit qu'ils
en puiffent faire , il eſt rare
qu'ils emportent de l'argent,
puis qu'il n'auroit pas de
cours dans leur Païs.
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Résumé : Relation contenant tout ce qui s'est passé depuis que les Ambassadeurs de Moscovie sont arrivés en France, jusques à leur depart. [titre d'après la table]
En juin 1685, des ambassadeurs des Czars Pierre et Jean de Moscovie arrivèrent en France. Cette mission diplomatique avait été décidée par les jeunes Czars, influencés par les récentes séditions en Moscovie. Les ambassadeurs, Simeon Jerafieuvits Almazov et un haut fonctionnaire moscovite, furent accueillis à Calais par le gentilhomme Torf et arrivèrent à Saint-Denis le 12 mai. Ils furent reçus avec honneurs et eurent une audience avec le roi Louis XIV le 22 mai. Lors de cette audience, ils prononcèrent un discours en langue moscovite traduisant les salutations des Czars. Les ambassadeurs soulignèrent l'amitié historique entre leurs ancêtres et la monarchie française, exprimant le désir de la renforcer. Ils offrirent des présents somptueux, incluant des étoffes précieuses, des fourrures rares, un sabre orné et un oiseau de proie. Les ambassadeurs visitèrent également le château de Versailles, assistèrent à des démonstrations des Mousquetaires et à une représentation d'opéra. Lors de leur audience de congé, ils reçurent divers présents du roi, dont des boîtes à portraits enrichies de diamants et des armes ornées. Ils partirent ensuite pour la Hollande, distribuant des aumônes aux pauvres en chemin.
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926
p. 321-326
Présent fait par le Roy à Mr le Duc de Saint Aignan, qui est recueu en mesme temps Academissien dans l'Academie de Padouë, nommé Ricourati. [titre d'après la table]
Début :
Le Sabre dont je viens de vous parler, & qui estoit parmy [...]
Mots clefs :
Sabre, Présents, Roi de France, Duc de Saint-Aignan, Diamants, Roi de Pologne, Épée, M. Morel, Distique latin, Sonnet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Présent fait par le Roy à Mr le Duc de Saint Aignan, qui est recueu en mesme temps Academissien dans l'Academie de Padouë, nommé Ricourati. [titre d'après la table]
Le Sabre dont je viens de vous
parler , & qui eftoit parmy les
Prefens que les Ambaffadeurs
Mofcovites ont faits au Roy , a
efté donné par Sa Majefté à M.
le Duc de Saint Aignan . Il eft
garny de Diamans, d'Emeraudes,
de Rubis, & de Saphirs. Sa Ma-.
jefté dit à ce Duc en le luy don.
nant , qu Elle ne pouvoit le remettre
en de meilleures mains.
Vous vous fouvenez que le Roy
de Pologne luy envoya , il y a quel
que temps , celuy du feu Grand
322 MERCURE
Vifir , de
de forte que deux grands
Rois luy ont fait chacun un prefent
femblable. Ce Duc avoit
donné quelque temps auparavant
June Epée d'or à M. Moret
de la Mufique du Roy , & Valet
de Chambre de Madame la Dauphine.
M. Morel fit fur ce fujet
le Diftique Latin que je vous envoye.
Je prie vos Amies de vouloir
bien me le pardonner.
me felicem ! O carum mihi pignus
honoris !
Majus enim gladio quid dare
Mars poterat ?
Le mefme fit l'Impromptu que
vous allez voir, dans le temps que
M. le Duc de Saint Aignan parut
le jour du Carroufel, à la tefte
de tous les Chevaliers.
1
GALANT. 323
Lluftre Saint Aignan qui menés
ces Guerriers
Dans le Champ des Plaifirs moif-
"Afonner des lauriers ,
Que ton abord pour nous a d'attraits
& de charmes !
Mais que tes Ennemis le trouveroient
affreux
Si tu les conduifois à la gloire des
Armes
Comme tu les conduis à la gloire
des feux!
Le Sonnet qui fuit , eft encore
de M. Morel. C'est une traduction
de quatorze Vers Latins qu'il
avoit faits , dans laquelle il s'eft
affujetty aux Boûts - rimez , moitié
Latins, & moitié François, qui
ont fait tant de bruit l'Hyver dernier.
324 MERCURE
Gan
Rand Duc , qu'on doit ainfi
nommerin omnibus,
Trop heureux qui te fcrt , malheur
à qui te fache.
Senfible à tous les deux, tu le rends
relâche,
Et c'est un jeu pour toy de refifans
fter
Se હેડ એ
tribus..
Ton exemple aguerrit jufqu'au
coeur le plus lâche
,
Phoebus ;
Tu fais voir le Dicu Mars fous
l'éclat de
Tu conferves toujours ces faculicz
Jusbnoquibus
,
On fait tout à vingt ans auffibien
que l'on
maſche.
3038
Svo fois
Qui compte tes vertus , dit mille
Main Abruka 3 ! Item.
GALANT. 325
C
Je les chante par tout , vaillant
Tu autem
,
Duc ,
En revanche apprens moy ce que
je ne puis
S&
dire.
combien de Beautez as tu fait
dire
Camo ?
Mais l'amour moins difcret dans
Gates yeux me fait
Tout ce qu'il y traça Veneris
lire
Calamo.
Pendant que ce Duc reçoit
des liberalitez du Roy , qui marquent
une grande diftinction
pendant qu'il fait des prefens ,
qu'il conduit quatre - vingt Chevali
rs dans le Champ de la gloife
, & que les Mufes le couronnent
, l'Accademie de Padouë
nommée RICOURATI
femble extraordinairement, le res'af.
326 MERCURE
"
çoit dans fon Corps avec des E
loges éclatans , & toutes les ceremonies
qu'elle obferve pour les
Princes , & en fait imprimer des
Patentes qu'elle luy envoye fcel
lées de fon sau de forte que
ce Duc fe voit en mefme temps
de deux Academies, en France &
en Italie , & Protecteur d'une autre
, ce qui n'eft peut- eftre jamais
arrivé à perfonne , pas mefine a
ceux qui ne font profeffion que
de lettres.
parler , & qui eftoit parmy les
Prefens que les Ambaffadeurs
Mofcovites ont faits au Roy , a
efté donné par Sa Majefté à M.
le Duc de Saint Aignan . Il eft
garny de Diamans, d'Emeraudes,
de Rubis, & de Saphirs. Sa Ma-.
jefté dit à ce Duc en le luy don.
nant , qu Elle ne pouvoit le remettre
en de meilleures mains.
Vous vous fouvenez que le Roy
de Pologne luy envoya , il y a quel
que temps , celuy du feu Grand
322 MERCURE
Vifir , de
de forte que deux grands
Rois luy ont fait chacun un prefent
femblable. Ce Duc avoit
donné quelque temps auparavant
June Epée d'or à M. Moret
de la Mufique du Roy , & Valet
de Chambre de Madame la Dauphine.
M. Morel fit fur ce fujet
le Diftique Latin que je vous envoye.
Je prie vos Amies de vouloir
bien me le pardonner.
me felicem ! O carum mihi pignus
honoris !
Majus enim gladio quid dare
Mars poterat ?
Le mefme fit l'Impromptu que
vous allez voir, dans le temps que
M. le Duc de Saint Aignan parut
le jour du Carroufel, à la tefte
de tous les Chevaliers.
1
GALANT. 323
Lluftre Saint Aignan qui menés
ces Guerriers
Dans le Champ des Plaifirs moif-
"Afonner des lauriers ,
Que ton abord pour nous a d'attraits
& de charmes !
Mais que tes Ennemis le trouveroient
affreux
Si tu les conduifois à la gloire des
Armes
Comme tu les conduis à la gloire
des feux!
Le Sonnet qui fuit , eft encore
de M. Morel. C'est une traduction
de quatorze Vers Latins qu'il
avoit faits , dans laquelle il s'eft
affujetty aux Boûts - rimez , moitié
Latins, & moitié François, qui
ont fait tant de bruit l'Hyver dernier.
324 MERCURE
Gan
Rand Duc , qu'on doit ainfi
nommerin omnibus,
Trop heureux qui te fcrt , malheur
à qui te fache.
Senfible à tous les deux, tu le rends
relâche,
Et c'est un jeu pour toy de refifans
fter
Se હેડ એ
tribus..
Ton exemple aguerrit jufqu'au
coeur le plus lâche
,
Phoebus ;
Tu fais voir le Dicu Mars fous
l'éclat de
Tu conferves toujours ces faculicz
Jusbnoquibus
,
On fait tout à vingt ans auffibien
que l'on
maſche.
3038
Svo fois
Qui compte tes vertus , dit mille
Main Abruka 3 ! Item.
GALANT. 325
C
Je les chante par tout , vaillant
Tu autem
,
Duc ,
En revanche apprens moy ce que
je ne puis
S&
dire.
combien de Beautez as tu fait
dire
Camo ?
Mais l'amour moins difcret dans
Gates yeux me fait
Tout ce qu'il y traça Veneris
lire
Calamo.
Pendant que ce Duc reçoit
des liberalitez du Roy , qui marquent
une grande diftinction
pendant qu'il fait des prefens ,
qu'il conduit quatre - vingt Chevali
rs dans le Champ de la gloife
, & que les Mufes le couronnent
, l'Accademie de Padouë
nommée RICOURATI
femble extraordinairement, le res'af.
326 MERCURE
"
çoit dans fon Corps avec des E
loges éclatans , & toutes les ceremonies
qu'elle obferve pour les
Princes , & en fait imprimer des
Patentes qu'elle luy envoye fcel
lées de fon sau de forte que
ce Duc fe voit en mefme temps
de deux Academies, en France &
en Italie , & Protecteur d'une autre
, ce qui n'eft peut- eftre jamais
arrivé à perfonne , pas mefine a
ceux qui ne font profeffion que
de lettres.
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Résumé : Présent fait par le Roy à Mr le Duc de Saint Aignan, qui est recueu en mesme temps Academissien dans l'Academie de Padouë, nommé Ricourati. [titre d'après la table]
Le roi a remis un sabre précieux au Duc de Saint Aignan, orné de diamants, émeraudes, rubis et saphirs, affirmant que ce présent ne pouvait être mieux placé. Précédemment, le Duc avait offert une épée d'or à Monsieur Moret, musicien du roi et valet de chambre de la Dauphine. Moret avait alors composé un distique latin et un impromptu en l'honneur du Duc. Ce dernier est également reconnu pour avoir conduit quatre-vingts chevaliers lors d'un événement notable. L'Académie de Padoue, nommée Ricourati, l'a accueilli parmi ses membres avec des honneurs réservés aux princes, le désignant ainsi protecteur de deux académies, en France et en Italie, une distinction rare.
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927
p. 326-327
Regiment donné à Mr le Comte de Roussy. [titre d'après la table]
Début :
Le Roy a donne depuis peu un Regiment de Croates à [...]
Mots clefs :
Régiment de croates, Don, Comte de Roussy, Présent, Capitaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Regiment donné à Mr le Comte de Roussy. [titre d'après la table]
Le Roy a donné depuis peu un
Regiment de Croates a M. le
Comte de Rouffy , fils de M. le
Comte de Roye & ce dona eftë
accompagné de la maniere toute
engageante , qui eft infeparable
de tous les Prefens qu'il fait. Ce
Regiment vaquoit par lamort de
GALANT 327
M. de Goüczbriand deBretagne,
fils de M. de Goüezbriand , Capitaine
du Chafteau de Toro fur
la Riviere de Morlaix , en cette
mefme Province!
Regiment de Croates a M. le
Comte de Rouffy , fils de M. le
Comte de Roye & ce dona eftë
accompagné de la maniere toute
engageante , qui eft infeparable
de tous les Prefens qu'il fait. Ce
Regiment vaquoit par lamort de
GALANT 327
M. de Goüczbriand deBretagne,
fils de M. de Goüezbriand , Capitaine
du Chafteau de Toro fur
la Riviere de Morlaix , en cette
mefme Province!
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928
p. 327-331
Mariage de Mr le Comte de Médavy, & de Mademoiselle de Maulevrier Colbert. [titre d'après la table]
Début :
La nuit du Lundy 11. de ce mois au Mardy, M. le Comte de [...]
Mots clefs :
Comte de Médavy, Mademoiselle , Mariage, Cérémonie, Familles, Réjouissances, Beauté, Gouverneur, Gardes, Comtes, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariage de Mr le Comte de Médavy, & de Mademoiselle de Maulevrier Colbert. [titre d'après la table]
La nuit du Lundy 1. de ce
mois au Mardy , M. le Comte de
Médavy époula Mademoiſelle de
Maulevrier Colbert , dans l'Eglife
de Saint Eustache , où M. le
Coadjuteur de Rouen fit la Ceremonie
, en prefence d'un tresgrand
nombre de perfonnes des
plus diftinguées. Le Mardy 12 .
les Mariez allerent à Seaux aprés
difné , accompagnez de tous les
Paren's des deux Familles, à la referve
de Madame Colbert , qui
crut que cette réjoüiffance ne
s'accordoit pas avec la douleur
de fon Véuvage. M. le Marquis
"
328 MERCURE
de Seignelay qui les attendoit ,
leur donna un Soupé tres magnifique.
Cette Compagnie étoit de
prés de cinquante perfonnes, M.
le Comte de Medavy , qui a fait
connoiftre fon merite en toute
forte d'occafions , cft Fils de Meffire
Pierre Rouxel II. du nom
Comte de Grancey , & de Dame
Henriette de la Palu , Fille de M.
de Boulignieux , morre en 1672.
& petit Fils de feu Meffire Jac
ques Rouxel III. du nom, Comte
de Grancey & de Médavy, Chevalier
des Ordres du Roy , Maré,
chal de France , & Gouverneur
de Thionville. M. l'Archevefque
de Rouen eft fon grand Oncle.
Mademoiſelle de Maule vrier
Colbert eft une perfonne tresbien
faite , de fort belle taille , &
GALANT. 329
qui a beaucoup d'efprit . Elle eft
Fille de M. le Comte de Maulevrier
Colbett , Frere de feu M.
Colbert Miniftre d'Eftat , & de
M. Colbert de Croiffy , auffi Miniftre
d'Eftat. Je vous parlay amplement
de luy , lorfque Sa Majefté
luy donna le Gouvernement
de Tournay. Les Cicatrices dont
tout fon corps eft couvert , font
des marques glorieufes de la grandeur
de fon courage , & de la fidélité
qu'il a toûjours eue pour le
fervice du Roy. A l'âge de 16 à
17 ans , il fut Capitaine au Regi
mentde Navarre, quelque temps >
aprés Lieutenant dans le Regi
ment des Gardes , enfuite Capi
raine dans le mefme Regiment ,
d'où on le tira pour luy faire com
mander la feconde , Compagnie :
Juin 1685.
Ele
330 MERCURE
des Monfquetaires. Il paffa de là
à la Charge des Maréchal de
Camp, & enfin à celle de Lieute
nant General des Armées du Roy,
dans laquelle il eft le plus ancien,
Madame la Comteffe de Maule
vrier, Mere dela Mariée, eft Fille
de M. le Comte de Serrant , Fils
de M. de Bautru , qui afait affez
connoître fon nom , & par la beau
té de fon efprit , & par la gloirede
les Ambaffades. C'eft une Dame
d'une tres- grande vertu , & qui a
mille belles qualitez . M. le Marquis
de Maulevrier , Fils aifné de
M. le Comte de Maulevrier Col.
bert , quoy qu'il n'ait encore que
quatorze ans, a fait toutes fes études
, & a commencé fes Exerci
ces , où il fait voir avec beaucoup
d'avantago , que fon adreſſe eft
-
GALANT. 331
égale à fon efprit. Il est bien- fait,
fort civil, & à toutes les manieres
honneftes qui font eftimer ceux
de fa naiffance
mois au Mardy , M. le Comte de
Médavy époula Mademoiſelle de
Maulevrier Colbert , dans l'Eglife
de Saint Eustache , où M. le
Coadjuteur de Rouen fit la Ceremonie
, en prefence d'un tresgrand
nombre de perfonnes des
plus diftinguées. Le Mardy 12 .
les Mariez allerent à Seaux aprés
difné , accompagnez de tous les
Paren's des deux Familles, à la referve
de Madame Colbert , qui
crut que cette réjoüiffance ne
s'accordoit pas avec la douleur
de fon Véuvage. M. le Marquis
"
328 MERCURE
de Seignelay qui les attendoit ,
leur donna un Soupé tres magnifique.
Cette Compagnie étoit de
prés de cinquante perfonnes, M.
le Comte de Medavy , qui a fait
connoiftre fon merite en toute
forte d'occafions , cft Fils de Meffire
Pierre Rouxel II. du nom
Comte de Grancey , & de Dame
Henriette de la Palu , Fille de M.
de Boulignieux , morre en 1672.
& petit Fils de feu Meffire Jac
ques Rouxel III. du nom, Comte
de Grancey & de Médavy, Chevalier
des Ordres du Roy , Maré,
chal de France , & Gouverneur
de Thionville. M. l'Archevefque
de Rouen eft fon grand Oncle.
Mademoiſelle de Maule vrier
Colbert eft une perfonne tresbien
faite , de fort belle taille , &
GALANT. 329
qui a beaucoup d'efprit . Elle eft
Fille de M. le Comte de Maulevrier
Colbett , Frere de feu M.
Colbert Miniftre d'Eftat , & de
M. Colbert de Croiffy , auffi Miniftre
d'Eftat. Je vous parlay amplement
de luy , lorfque Sa Majefté
luy donna le Gouvernement
de Tournay. Les Cicatrices dont
tout fon corps eft couvert , font
des marques glorieufes de la grandeur
de fon courage , & de la fidélité
qu'il a toûjours eue pour le
fervice du Roy. A l'âge de 16 à
17 ans , il fut Capitaine au Regi
mentde Navarre, quelque temps >
aprés Lieutenant dans le Regi
ment des Gardes , enfuite Capi
raine dans le mefme Regiment ,
d'où on le tira pour luy faire com
mander la feconde , Compagnie :
Juin 1685.
Ele
330 MERCURE
des Monfquetaires. Il paffa de là
à la Charge des Maréchal de
Camp, & enfin à celle de Lieute
nant General des Armées du Roy,
dans laquelle il eft le plus ancien,
Madame la Comteffe de Maule
vrier, Mere dela Mariée, eft Fille
de M. le Comte de Serrant , Fils
de M. de Bautru , qui afait affez
connoître fon nom , & par la beau
té de fon efprit , & par la gloirede
les Ambaffades. C'eft une Dame
d'une tres- grande vertu , & qui a
mille belles qualitez . M. le Marquis
de Maulevrier , Fils aifné de
M. le Comte de Maulevrier Col.
bert , quoy qu'il n'ait encore que
quatorze ans, a fait toutes fes études
, & a commencé fes Exerci
ces , où il fait voir avec beaucoup
d'avantago , que fon adreſſe eft
-
GALANT. 331
égale à fon efprit. Il est bien- fait,
fort civil, & à toutes les manieres
honneftes qui font eftimer ceux
de fa naiffance
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Résumé : Mariage de Mr le Comte de Médavy, & de Mademoiselle de Maulevrier Colbert. [titre d'après la table]
Le 1er du mois, M. le Comte de Médavy a épousé Mademoiselle de Maulevrier Colbert à l'église de Saint Eustache. La cérémonie, dirigée par M. le Coadjuteur de Rouen, a réuni de nombreuses personnalités. Le 12, les mariés se sont rendus à Seaux avec les parents des deux familles, sauf Madame Colbert en raison de son deuil. Ils ont été accueillis par M. le Marquis de Seignelay, qui a offert un souper somptueux à une cinquantaine de personnes. M. le Comte de Médavy est reconnu pour son mérite et est le fils de Pierre Rouxel II, Comte de Grancey, et de Dame Henriette de la Palu. Il est aussi le petit-fils de Jacques Rouxel III, Comte de Grancey et de Médavy, Chevalier des Ordres du Roi, Maréchal de France et Gouverneur de Thionville. Son grand-oncle est l'Archevêque de Rouen. Mademoiselle de Maulevrier Colbert est décrite comme une personne bien faite, de belle taille et spirituelle. Elle est la fille de M. le Comte de Maulevrier Colbert, frère de l'ancien Ministre d'État Colbert, et de M. Colbert de Croissy, également Ministre d'État. Son père, marqué par des cicatrices, a servi avec courage et fidélité au Roi. À 16-17 ans, il fut capitaine au régiment de Navarre, puis lieutenant et capitaine dans le régiment des Gardes. En juin 1685, il commandait la seconde compagnie des Mousquetaires et devint Maréchal de Camp, puis Lieutenant Général des Armées du Roi.
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929
p. 331-334
« J'ay à vous parler de trois Illustres dans un seul article. [...] »
Début :
J'ay à vous parler de trois Illustres dans un seul article. [...]
Mots clefs :
Peintre, Ouvrage, Portraits, Graveur, Mr Mignard, Hommes, Réputation, Tableaux, Beauté, Devises, Poésie, Estampes, Pinceau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'ay à vous parler de trois Illustres dans un seul article. [...] »
Pay à vous parler de trois Illus
ftres das un feul article . Un Peintre
fameux a fait le Portrait d'un ho
me tres-celebre par les Ouvrages,
& ce Portrait a efté gravé par
un tres- habile Graveur . Le Peint
tre eft M Mignard , fils de feu
M' Mignard d'Avignon , & Neveu
de M¹ Mignard , qui n'a be
foin que d'eftre nommé pour eftre :
connu. Jugezi celuy dont je
yous parle eftant digne fils & neveu
de deux hommes fi illuftres,
ne merite pas luy- même ce titre .
Feu M Mignard fon pere , quia a
peint de fi belles chofes dans le
Palais des Thuileries , pouvoit
Ee ij
332 MERCURE
difputer dans l'Art dont il fe mêloit
avec les plus fameux de fon
temps. Il ne faut pas s'étonners'il
a laiffé un fils qui luy faccede
dans fa reputation , & qui ne fe
fait pas moins eftimer par la force
que par la delicateffe de fon pin
ceau. Quand les Portraits qu'il
fait ne feroient pas auffi reffem.
blans qu'ils font , ils pourroient
paffer pour de bons Tableaux , &
le vendre fur ce pied là ce qui
eft affez rare , les Peintres qui tra
vaillent aux Portraits s'attachant
ordinairement beaucoup moinsà
la bonne Peinture qu'à la reffemblance
, qui eft ce que l'on cher
che le plus dans un Portrait. .
Quoy que j'en aye veu plufieurs
de M Mignard , & tous égale
ment beaux , je ne m'en fie ny à
GALANT 333:
·
mes yeux ny à mes lumieres , &
je parle fur la foy des plus habiles
connoiffeurs , & des perfonnes
dusmeilleur gouft . Le Portrait
que cét Illuftre a fait au naturel,
eft de M de Luffy. Ila efté gra
vé par M Rouler , Eleve de M
Poilly , qui aprés avoir apris fon
métier fous un fi grand Maiſtre ,
s'eft perfectionné pendant douze
ans en Italie . Les Devifes qui fervent
d'ornement à ce Portrait,
font de Mil'Abbé Tallemant le
jeune , dont les Ouvrages n'ont
point befoin d'éloges pour eftre.
eftimez. Comme la Poëfie con .
vient bien aux Peintres , parce
que les Peintres & les Poëtes doivent
fouvent travailler d'imagi
nation, M' Mignard ne s'eft pas
contenté de faire connoiftre M
334 MERCURE
de Luffy par fon pinceau , il a auffi
voulu le peindre dans les vers qui
font au bas de l'Estampe de fon
Portrait. Cette Eftampe fe vend
chez celuy qui l'a gravée , ruë
S. Honoré , proche les baftons
Royaux
ftres das un feul article . Un Peintre
fameux a fait le Portrait d'un ho
me tres-celebre par les Ouvrages,
& ce Portrait a efté gravé par
un tres- habile Graveur . Le Peint
tre eft M Mignard , fils de feu
M' Mignard d'Avignon , & Neveu
de M¹ Mignard , qui n'a be
foin que d'eftre nommé pour eftre :
connu. Jugezi celuy dont je
yous parle eftant digne fils & neveu
de deux hommes fi illuftres,
ne merite pas luy- même ce titre .
Feu M Mignard fon pere , quia a
peint de fi belles chofes dans le
Palais des Thuileries , pouvoit
Ee ij
332 MERCURE
difputer dans l'Art dont il fe mêloit
avec les plus fameux de fon
temps. Il ne faut pas s'étonners'il
a laiffé un fils qui luy faccede
dans fa reputation , & qui ne fe
fait pas moins eftimer par la force
que par la delicateffe de fon pin
ceau. Quand les Portraits qu'il
fait ne feroient pas auffi reffem.
blans qu'ils font , ils pourroient
paffer pour de bons Tableaux , &
le vendre fur ce pied là ce qui
eft affez rare , les Peintres qui tra
vaillent aux Portraits s'attachant
ordinairement beaucoup moinsà
la bonne Peinture qu'à la reffemblance
, qui eft ce que l'on cher
che le plus dans un Portrait. .
Quoy que j'en aye veu plufieurs
de M Mignard , & tous égale
ment beaux , je ne m'en fie ny à
GALANT 333:
·
mes yeux ny à mes lumieres , &
je parle fur la foy des plus habiles
connoiffeurs , & des perfonnes
dusmeilleur gouft . Le Portrait
que cét Illuftre a fait au naturel,
eft de M de Luffy. Ila efté gra
vé par M Rouler , Eleve de M
Poilly , qui aprés avoir apris fon
métier fous un fi grand Maiſtre ,
s'eft perfectionné pendant douze
ans en Italie . Les Devifes qui fervent
d'ornement à ce Portrait,
font de Mil'Abbé Tallemant le
jeune , dont les Ouvrages n'ont
point befoin d'éloges pour eftre.
eftimez. Comme la Poëfie con .
vient bien aux Peintres , parce
que les Peintres & les Poëtes doivent
fouvent travailler d'imagi
nation, M' Mignard ne s'eft pas
contenté de faire connoiftre M
334 MERCURE
de Luffy par fon pinceau , il a auffi
voulu le peindre dans les vers qui
font au bas de l'Estampe de fon
Portrait. Cette Eftampe fe vend
chez celuy qui l'a gravée , ruë
S. Honoré , proche les baftons
Royaux
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Résumé : « J'ay à vous parler de trois Illustres dans un seul article. [...] »
L'article traite de Pierre Mignard, un peintre renommé, fils de Nicolas Mignard et neveu de Paul Mignard, tous deux peintres célèbres. Pierre Mignard est particulièrement connu pour ses portraits, dont celui de Monsieur de Lussy, gravé par Jean Rouer, élève de Pierre-Paul Poilly. Rouer a affiné son art en Italie durant douze ans. Les devises accompagnant le portrait ont été rédigées par l'Abbé Tallemant le Jeune. Mignard a également composé des vers pour décrire Monsieur de Lussy, illustrant ainsi la complémentarité entre la poésie et la peinture. L'estampe du portrait est disponible chez le graveur, situé rue Saint-Honoré, près des bastons Royaux.
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930
p. 334
AIR NOUVEAU.
Début :
Je vous envoye un second Air qui ne vous / Je suis aimé de celle que j'adore, [...]
Mots clefs :
Amour, Charme, Secret, Plaisirs, Jalousie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AIR NOUVEAU.
Je vous envoye un fecond Air
qui ne vous déplaira pas.
AIR NOUVEAU..
E fuis aimé de celle que j'adore,
Jceltun charmant fecret qui n'est
fceu que de nous ,
Nos plaifirs font d'autant plus doux,
Que tout le monde les ignore,
Et que nous trompons les jaloux,
qui ne vous déplaira pas.
AIR NOUVEAU..
E fuis aimé de celle que j'adore,
Jceltun charmant fecret qui n'est
fceu que de nous ,
Nos plaifirs font d'autant plus doux,
Que tout le monde les ignore,
Et que nous trompons les jaloux,
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931
s. p.
TABLE DES MATIERES contenuës dans ce Volume.
Début :
Prélude. Article contenant plusieurs particularitez touchant les conversions [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE DES MATIERES contenuës dans ce Volume.
TABLE DES MATIERES .
contenues dans ce Volume...
Rélude.
PR
Article contenant plufieurs particu--
laritez touchant les converfions faites
dans le Bearn . 7
258
Lettre de M. Gilbert , cy-devant Miniftre
, touchant les raifons qui l'ont engagé
à fe convertir.
Arrest du Confeil d'Eftat.
Application du Roy , pour le maintien du
repos de l'Europe.
GI
64-
Eloges du Roy, dans les difcours publics.
66
Zelle de Meffieurs de Ville de Grenoble ,
pour ériger une Statuë du Roy dans la
principale de leurs Places publiques . 68 *
Devifes pour le Roy:
1
69
Vers de Mademoiselle de Scudery. 72-
Ode de Madame Deshoulieres.
75
Autres Vers fur la foûmiffion de la Republique
de Genes..
TABLE.
Ceremonies magnifiques faites dans la
Ville de Luxembourg.
Autres faites à Soiffons.
89
199
Autres faites à Paris par les Auguftins
Reformez établis au Fauxbourg Saint
104 103
Germain.
Ceremonies obfervées à la Reception de
Monfieur de Bullion , dans la Charge
de Prevoft de Paris.
Quatrieme Dialogue des chofes difficiles
à croine.plasse
Morts.
112
{ gnÎ 123
IS3
Reception de Mr de Chasteau gontier à la
Charge de Prefident au Mortier, avec
plufieurs Ouvrages fur ce sujet. 165
Hiftoire.com
169
Prife de poffeffion du Prieuré Royal de
Saint Jacques d' Audely.
182
'Mort de Mr l'Electeur Palatin. 185
Particularitez des Audiences que Mr de-
Guilleragues a eues du Grand Seigneur
du Grand Vifir , avant fa mort. 197
Ouverture de l'Affemblée du Clergé, avec
Les noms de ceux qui la compofent. 254.
Converfion
TABLE.
Mort de Madame l Abbeffe de Farmontier.
266
Le Roy namme Madame de Beringbanà
cette Abbaye
Action extraordinaire.
•
272
64273
277
Relation contenant tout ce qui s'eft paffe
depuis que les Ambaffadeurs de Mofcovie
font arrivés en France , jufques
à leur depart.
Prefent fait par le Roy à Mr le Duc de
Saint Aignan, qui eft receu en mefme
temps Academiffien dans l'Academie
-de Padoue , nommée Ricourati. 323
Regiment donné à Mr le Comte de Rouffy .
328
Mariage de Mr le Comte de Médavy , &
de Mademoiselle de Maulevrier Colbert:
329
Articles concernant les Ouvrages de deux
illuftres Enigmes. 334
Fin de la Table.
contenues dans ce Volume...
Rélude.
PR
Article contenant plufieurs particu--
laritez touchant les converfions faites
dans le Bearn . 7
258
Lettre de M. Gilbert , cy-devant Miniftre
, touchant les raifons qui l'ont engagé
à fe convertir.
Arrest du Confeil d'Eftat.
Application du Roy , pour le maintien du
repos de l'Europe.
GI
64-
Eloges du Roy, dans les difcours publics.
66
Zelle de Meffieurs de Ville de Grenoble ,
pour ériger une Statuë du Roy dans la
principale de leurs Places publiques . 68 *
Devifes pour le Roy:
1
69
Vers de Mademoiselle de Scudery. 72-
Ode de Madame Deshoulieres.
75
Autres Vers fur la foûmiffion de la Republique
de Genes..
TABLE.
Ceremonies magnifiques faites dans la
Ville de Luxembourg.
Autres faites à Soiffons.
89
199
Autres faites à Paris par les Auguftins
Reformez établis au Fauxbourg Saint
104 103
Germain.
Ceremonies obfervées à la Reception de
Monfieur de Bullion , dans la Charge
de Prevoft de Paris.
Quatrieme Dialogue des chofes difficiles
à croine.plasse
Morts.
112
{ gnÎ 123
IS3
Reception de Mr de Chasteau gontier à la
Charge de Prefident au Mortier, avec
plufieurs Ouvrages fur ce sujet. 165
Hiftoire.com
169
Prife de poffeffion du Prieuré Royal de
Saint Jacques d' Audely.
182
'Mort de Mr l'Electeur Palatin. 185
Particularitez des Audiences que Mr de-
Guilleragues a eues du Grand Seigneur
du Grand Vifir , avant fa mort. 197
Ouverture de l'Affemblée du Clergé, avec
Les noms de ceux qui la compofent. 254.
Converfion
TABLE.
Mort de Madame l Abbeffe de Farmontier.
266
Le Roy namme Madame de Beringbanà
cette Abbaye
Action extraordinaire.
•
272
64273
277
Relation contenant tout ce qui s'eft paffe
depuis que les Ambaffadeurs de Mofcovie
font arrivés en France , jufques
à leur depart.
Prefent fait par le Roy à Mr le Duc de
Saint Aignan, qui eft receu en mefme
temps Academiffien dans l'Academie
-de Padoue , nommée Ricourati. 323
Regiment donné à Mr le Comte de Rouffy .
328
Mariage de Mr le Comte de Médavy , &
de Mademoiselle de Maulevrier Colbert:
329
Articles concernant les Ouvrages de deux
illuftres Enigmes. 334
Fin de la Table.
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Résumé : TABLE DES MATIERES contenuës dans ce Volume.
Le document est une table des matières d'un volume historique détaillant divers articles et événements notables. Il inclut des informations sur les conversions dans le Béarn et une lettre de M. Gilbert expliquant sa conversion. Le texte mentionne des arrestations ordonnées par le Conseil d'État et une application du roi pour maintenir la paix en Europe. Plusieurs éloges du roi sont présents, notamment dans des discours publics et une demande de la ville de Grenoble pour ériger une statue royale. Des poèmes et des odes en l'honneur du roi, ainsi que des descriptions de cérémonies magnifiques dans des villes comme Luxembourg, Soissons et Paris, sont également inclus. Le document relate des réceptions officielles, telles que celles de Monsieur de Bullion et de Monsieur de Châteaugontier. Il mentionne des événements marquants comme la prise de possession du prieuré royal de Saint-Jacques d'Audely, la mort de Monsieur l'Électeur Palatin, et les audiences de Monsieur de Guilleragues avec le Grand Seigneur. Enfin, le texte détaille des assemblées du clergé, des conversions religieuses, des nominations royales, des mariages, et des articles sur des œuvres littéraires.
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932
s. p.
Avis pour placer les Figures.
Début :
L'Air qui commence par Voicy le temps de la verdure, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avis pour placer les Figures.
Avis pour placer les Figures .
L'emps de la verdure,
' Air qui commence par Voicy le..
temps de la verdure , doit regarder
la page 127.
La Medaille de l'Empereur , doit
regarder la
page 254.
L'air qui commence par Jefuis aimé
de celle que j'adore , doit regarder la
page 334
L'emps de la verdure,
' Air qui commence par Voicy le..
temps de la verdure , doit regarder
la page 127.
La Medaille de l'Empereur , doit
regarder la
page 254.
L'air qui commence par Jefuis aimé
de celle que j'adore , doit regarder la
page 334
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933
s. p.
« ON donnera toûjours un Volume nouveau du Mercure Galant le [...] »
Début :
ON donnera toûjours un Volume nouveau du Mercure Galant le [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ON donnera toûjours un Volume nouveau du Mercure Galant le [...] »
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra , auffi -bien que l'Extraordinaire
, Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin,
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra , auffi -bien que l'Extraordinaire
, Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin,
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934
p. 1-21
Prélude, contenant plusieurs actions du Roy. [titre d'après la table]
Début :
La grandeur, la bonté, la magnificence, la liberalité, la pieté, [...]
Mots clefs :
Bonté, Libéralité, Piété, Vertus, Roi, Actions, Éloge, Esclaves, Marquis, Galères, Étrangers, Chrétiens, Chevalier de Tourville, Nomination, Alger, Malheur, Gloire, Bénédiction, Sujets, Le Dey, États, Empereur, Salut, Âme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prélude, contenant plusieurs actions du Roy. [titre d'après la table]
150C
OM
A grandeur, la bonté,
la magnificence,
2 ha la liberalité,la pieté,
& mille autres Vertus du
Roy , ayant fervy de Prélu… .
de à prés de cent cinquante
de mes Lettres, je me troua
Juillet 1685.
A
2 MERCURE
ve plus accablé
que le pre
mier jour , d'une matiere
toute digne d'admiration
&
d'étonnement
, & qui fait
que tous les Etats du Monde
regardent
le bon-heur de la
France avec quelque fentiment
d'envie . Je laiffe plufieurs
Actions furprenantes
de ce Monarque , pour ne
m'attacher qu'à une feule ,
qui pour n'avoir pû trouver
place parmy les Nouvelles
dont je vous ay fait part depuis
quelques mois , ne merite
pas moins d'eftre publiée
. Elle a touché des BarGALANT.
3
bares , & il eſt juſte de la
inettre dans fon jour , afin
que chacun luy donne les
Eloges qu'on luy doit. Mais
comme il m'eft impoffible
de le faire fije ne vous marque
beaucoup de choſes qui
ont précedé.
Je vous diray en peu de
paroles, ce qui eft plus étendu
dans plufieurs de mes
Lettres , & vous parleray
feulement du nombre des
-Efclaves à qui le Roy a fait
donner la liberté par les Algeriens
, & des temps où ils
ont eſté rendus. Aprés que
A ij
4 MERCURE
M' le Marquis du Quefne
eut bombardé la Ville d'Alger
, on luy renvoya d'abord
fix cens Efclaves , tant
Sujets du Roy , qu'Etrangers
, pris fous le Pavillon
de Sa Majefté , parmy lefquels
plufieurs
autres dans
l'impatience
de fe procurer
la liberté , dirent qu'ils eftoient
de ce nombre , & ils
furent délivrez . La Paix
ayant efté conclue l'année
fuivante , les Algeriens
envoyerent
un Ambaſſadeur
au Roy M. lẻ Marquis
d'Amfreville
le remena , &
GALANT
. S
revint d'Alger , fuivant ce
qui avoit eſté ſtipulé , avec
trois cens vingt-cinq Efclaves
Sujets du Roy , vingtcinq
Etrangers pris fous le
Pavillon de France , & cinquante
qui avoient efté pris
fous divers Pavillons étrangers
, aufquels le Roy cut la
bonté de faire donner la liberté.
Aprés cette reftitution
, qui avoit prefque épuifé
d'Efclaves tout l'Etat
d'Algier , un Envoyé du
Dey vint en France , fupplier
le Roy de luy accorder
quelques Turcs & quelques
A iij
6 MERCURE
Janiffaires qui eftoient fur
les Galeres de Sa Majeſté.
Le Roy , dans la veuë de
faire du bien aux Efclaves de
plufieurs Etats de l'Europe ,
donna la liberté à quarante
de ces Turcs , & de ces Janiffaires
qu'on luy demandoit
; mais à condition que
l'on rendroit foixante &
quinze Efclaves Chreftiens
de diverfes Nations , qui
avoient efté pris fous des
Pavillons étrangers . L'Envoyé
partit de Paris il y a
quelques mois pour s'en retourner
à Alger , chargé de
GALANT. 7
cette propofition ; qui n'ayat
pas été prévenue, n'avoit pas
efté entierement acceptée
par l'Envoyé ,parce qu'il n'a ,
voit pas des Pouvoirs fuffifans
pour accorder une chofe
fi onereuſe à l'Etat d'Alger
, & fi avantageuſe aux
Chrétiens. Il fut accompagné
à fon retour par Monfieur
le Chevalier de Tourville,
qui conduifoit les quaranteTures
pour étre échangez
contre les foixante &
quinze Efclaves Chreftiens ,
qui n'eftoient point François
, & que le Roy defiroit
A iiij
8 MERCURE
d'avoir pour leur rendre la
liberté , comme ce Prince
avoit déja fait l'année precedente
à un nombre d'Etrangers
prefque auffi conſiderable
.
Monfieur le Chevalier de
Tourville eftant arrivé à la .
rade d'Alger , envoya que_
rir dans la Ville M. de Sorhainde
, qui y eftoit demeuré
de la part du Roy , & qui
'y faifoit la fonction de Conful
, jufqu'à ce que Sa Majefté
euft nommé
quelqu'un
pour remplir ce pofte . Il luy:
fit entendre
les intentions
PEA
GALANT. 9
du Roy , fur l'échange dont
il s'agiffoit , afin qu'il les allaft
expliquer au Dey . M. de
Sorhainde étant rentré dans
Alger , fe rendit au Palais du
Dey ; & luy ayant expofé fa
Commiffion , le Dey luy répondit
, Qu'il avoit une ſi grande
veneration pour tout ce que
fouhaitoit l'Empereur de France ,
qu'il pouvoit des l'inftant mefme
aller dire de fa part à M. le Chevalier
de Tourville , qu'il fe faifoit
un plaifir à luy mesme de
fatisfaire aux intentions d'un fi
grand Prince ; que M. le
Chevalier de Tourville n'avoit
10 MERCURE
qu'à luy marquer de quellesNations
il vouloit que fuffent les
foixante quinze Efclaves
qu'ilfouhaitoit , afin qu'il les envoyaft
demander à leurs Patrons
pour les mettre en liberté. Sur
cette réponſe , Monfieur le
Chevalier de Tourville expliqua
à M. de Sorhainde
l'intention
de Sa Majefté ,
qui eftoit , Que l'on s'attach aft
procurer la liberté de ceux qui
fe trouvoient hors d'eftit de la
pouvoir jamais efperer. M. de
Sorhainde alla auffi -toft chés
tous les Patrons , & pour fa
tisfaire à la volonté du Roy,
GALANT. II
il choifit parmy les Efclaves
ceux qui luy parurent les
plus mal -heureux . Ainfi l'on
ne vit parmy ces foixante &
quinze Efclaves , que des
Ĝens abandonnez , qui ne
devoient attendre aucun fecours
, ny de leur famille ,
ny de leur Patrie , & jufques
aufquels les liberalitez des
perfonnes charitables , qui
recueillent
des fommes pour
la Redemption des Captifs ,
n'avoient encore pû s'étendre
. La longueur de leur efclavage
leur avoit meſme
cfté tout espoir d'en fortir
12 MERCURE
jamais.Et comme on ne peut
eftre plus malheureux que
lors qu'on n'efpere plus , on
peut dire que leur malheur:
eftoit dans le plus haut degré
où il pouvoit arriver
ainfi ils n'avoient plus lieu
d'attendre leur liberté que
par le moyen de quelque
miracle . Aufli leur a-t- elle
efté procurée par un Prince
dont toute la vie n'eft qu'un
enchainement d'actions extraordinaires.
Lors qu'on annonça
à ces heureux infor
tunez qu'ils eftoient libres ,
ils demeurerent immobiles
GALANT.
13
quelque temps , tant cette
nouvelle leur paroiffoit incroyable
. Il leur eftoit impoffible
de comprendre qu'il
y cuſt quelqu'un fur la terre
capable d'une action jufques
alors inouie , & fi digne
d'un Heros Chreftien . On
leur apprit qu'ils devoient
leur liberté aux genereuſes
& charitables bontez du
plus grand & du meilleur
Prince du monde; & n'ayant
plus fujet d'en douter , ils
crierent auffi- toft en plein
Divan : Vive l'Empereur de
France , noftre Protecteur& nô14
MERCURE
tre Liberateur. Ils prononcerent
ces paroles en verfant
des larmes de joye , & d'un
air fi touchant, & fi remply
d'amour & de reconnoiffance
pour leur Liberateur , que
le Dey & tous ceux qui eftoient
prefens en parurent
attendris , malgré la perte
que l'Etat d'Alger faifoit , &
avouerent
que ce n'eftoit
pas fans raifon que le Ciel
beniffoit toutes les actions
de Sa Majefté , puis qu'Elle
en faifoit qui obligeoient les
Sujets de tant de divers Souverains
à faire des voeux
GALANT. 15
pour Elle. Ces Efclaves , dans
les raviſſemens de joye où
ils eftoient , ne fçachant à
qui la témoigner , en donnerent
des marques au Dey,
comme s'il cuft contribué à
leur bonheur. Je n'ay rienfait
pour vous , leur dit-il ,
à l'Empereur de France que vous
devez entierement voftre liberté.
Il y a parmy ces Efclaves des
Efpagnols , des Italiens , des
Flamans , des Genois , des
c'eft
Hambourgois , des Preftres
Grecs,des Capucins, des Religieux
de l'Ordre de Saint
Benoift , des femmes & des
16 MERCURE
enfans. Ce font autant de
bouches qui vont publier la
gloire du Roy dans tous les
Etats de l'Europe , & faire
des voeux qui continueront
d'attirer fur luy les Benedictions
du Ciel. Il eft aifé de
juger , que puis que le Roy a
procuré deux années de fuite
la liberté à tant d'Etrangers
, il ne reste plus aucun
Efclave dans Alger, ny dans
toute la dépendance de ce
Royaume, qui foit du nombre
de fes Sujets . Ils ont tous
efté mis en liberté , par la
reftitution faite à M. le MarGALANT.
17
quis du Quefne en 1683. par
celle qui fut faite à M. le
Marquis d'Amfreville en
1684. & par celle qui a efté
faite cette année à M. le
Chevalier de Tourville. Ces
differentes reftitutions ont
ofté aux Algeriens plus de
douze cens Efclaves. Ainfi
leur Etat n'eft pas feulement,
dépeuplé d'Efclaves François
, mais il y en refte trespeu
d'autres , de forte qu'il
n'y a prefque point de Nation
de l'Europe , dont les Sujets
ne foient allez publier
chez elle le bien qu'elle a
·Juillet 1645•
.
B
18 MERCURE
receu de Sa Majeſté, ce Prince
n'ayant épargné ny foins
ny dépence pour la liberté
de tant de Malheureux de
quelque Nation qu'ils fuffent.
L'échange ayant efté fait,
le Dey témoigna à M.de Sorhainde
, avec un fort grand
empreffement , qu'il fouhai
toit qu'il filt connoiſtre à M.
le Chevalier de Tourville, la
joye qu'il auroit de le voir ;
& que s'il vouloit prendre la
peine de defcendre à terre,
il le recevroit avec les honneurs
qui estoient deus à un
GALANT. 19
homme de fon rang. M.
le Chevalier de Tourville
répondit , Qu'il eftoit fafche
que l'Employ qu'il avoit l'em
peſchaft de répondre à fon defir :
ceux qui commandent les Flotes
de l'Empereur de France ne pouant
abandonner leur Bord, mais
qu'il iroit dans fon Canot à la
pointe du Mole , d'où il pourroit
le voir . Il ne manqua pas de
s'y rendre , & le Dey l'ayant
convié de nouveau de def
cendre à terre pour l'em
braffer , M. de Tourville fe
fervit pour s'en defendre des
saiſons qu'il avoit déja alle-
Bij
20 MERCURE
guées . Le Dey le pria de faire
avancer fa Chaloupe, afin
qu'il euft le plaifir de le voir
& de l'entretenir de plus
prés : Et lors qu'elle fut approchée
il entra dedans , en
difant ; Que quand les François
n'aimeroient pas autant l'honneur
qu'ils faifoient , er qu'il
n'auroit pas conna M. le Cheva.
lier de Tourville , il croyoit eftre
en feureté avec les Sujets d'un
Prince qui n'eftoit pas moins ef
timé par fes Vertus que par fes
Conqueftes.
On peut dire que les foins
qu'il prend du falut des
GALANT. 21
R
Ames de fes Sujets , attirant
fur luy de jour en jour de
nouvelles graces du Ciel,
ont beaucoup contribué,
non feulement à le rendre
le plus grand Monarque du
monde , mais auffi à le faire
reconnoiltre pour tel
par ceux mefme qui font les
plus jaloux de fa gloire.
OM
A grandeur, la bonté,
la magnificence,
2 ha la liberalité,la pieté,
& mille autres Vertus du
Roy , ayant fervy de Prélu… .
de à prés de cent cinquante
de mes Lettres, je me troua
Juillet 1685.
A
2 MERCURE
ve plus accablé
que le pre
mier jour , d'une matiere
toute digne d'admiration
&
d'étonnement
, & qui fait
que tous les Etats du Monde
regardent
le bon-heur de la
France avec quelque fentiment
d'envie . Je laiffe plufieurs
Actions furprenantes
de ce Monarque , pour ne
m'attacher qu'à une feule ,
qui pour n'avoir pû trouver
place parmy les Nouvelles
dont je vous ay fait part depuis
quelques mois , ne merite
pas moins d'eftre publiée
. Elle a touché des BarGALANT.
3
bares , & il eſt juſte de la
inettre dans fon jour , afin
que chacun luy donne les
Eloges qu'on luy doit. Mais
comme il m'eft impoffible
de le faire fije ne vous marque
beaucoup de choſes qui
ont précedé.
Je vous diray en peu de
paroles, ce qui eft plus étendu
dans plufieurs de mes
Lettres , & vous parleray
feulement du nombre des
-Efclaves à qui le Roy a fait
donner la liberté par les Algeriens
, & des temps où ils
ont eſté rendus. Aprés que
A ij
4 MERCURE
M' le Marquis du Quefne
eut bombardé la Ville d'Alger
, on luy renvoya d'abord
fix cens Efclaves , tant
Sujets du Roy , qu'Etrangers
, pris fous le Pavillon
de Sa Majefté , parmy lefquels
plufieurs
autres dans
l'impatience
de fe procurer
la liberté , dirent qu'ils eftoient
de ce nombre , & ils
furent délivrez . La Paix
ayant efté conclue l'année
fuivante , les Algeriens
envoyerent
un Ambaſſadeur
au Roy M. lẻ Marquis
d'Amfreville
le remena , &
GALANT
. S
revint d'Alger , fuivant ce
qui avoit eſté ſtipulé , avec
trois cens vingt-cinq Efclaves
Sujets du Roy , vingtcinq
Etrangers pris fous le
Pavillon de France , & cinquante
qui avoient efté pris
fous divers Pavillons étrangers
, aufquels le Roy cut la
bonté de faire donner la liberté.
Aprés cette reftitution
, qui avoit prefque épuifé
d'Efclaves tout l'Etat
d'Algier , un Envoyé du
Dey vint en France , fupplier
le Roy de luy accorder
quelques Turcs & quelques
A iij
6 MERCURE
Janiffaires qui eftoient fur
les Galeres de Sa Majeſté.
Le Roy , dans la veuë de
faire du bien aux Efclaves de
plufieurs Etats de l'Europe ,
donna la liberté à quarante
de ces Turcs , & de ces Janiffaires
qu'on luy demandoit
; mais à condition que
l'on rendroit foixante &
quinze Efclaves Chreftiens
de diverfes Nations , qui
avoient efté pris fous des
Pavillons étrangers . L'Envoyé
partit de Paris il y a
quelques mois pour s'en retourner
à Alger , chargé de
GALANT. 7
cette propofition ; qui n'ayat
pas été prévenue, n'avoit pas
efté entierement acceptée
par l'Envoyé ,parce qu'il n'a ,
voit pas des Pouvoirs fuffifans
pour accorder une chofe
fi onereuſe à l'Etat d'Alger
, & fi avantageuſe aux
Chrétiens. Il fut accompagné
à fon retour par Monfieur
le Chevalier de Tourville,
qui conduifoit les quaranteTures
pour étre échangez
contre les foixante &
quinze Efclaves Chreftiens ,
qui n'eftoient point François
, & que le Roy defiroit
A iiij
8 MERCURE
d'avoir pour leur rendre la
liberté , comme ce Prince
avoit déja fait l'année precedente
à un nombre d'Etrangers
prefque auffi conſiderable
.
Monfieur le Chevalier de
Tourville eftant arrivé à la .
rade d'Alger , envoya que_
rir dans la Ville M. de Sorhainde
, qui y eftoit demeuré
de la part du Roy , & qui
'y faifoit la fonction de Conful
, jufqu'à ce que Sa Majefté
euft nommé
quelqu'un
pour remplir ce pofte . Il luy:
fit entendre
les intentions
PEA
GALANT. 9
du Roy , fur l'échange dont
il s'agiffoit , afin qu'il les allaft
expliquer au Dey . M. de
Sorhainde étant rentré dans
Alger , fe rendit au Palais du
Dey ; & luy ayant expofé fa
Commiffion , le Dey luy répondit
, Qu'il avoit une ſi grande
veneration pour tout ce que
fouhaitoit l'Empereur de France ,
qu'il pouvoit des l'inftant mefme
aller dire de fa part à M. le Chevalier
de Tourville , qu'il fe faifoit
un plaifir à luy mesme de
fatisfaire aux intentions d'un fi
grand Prince ; que M. le
Chevalier de Tourville n'avoit
10 MERCURE
qu'à luy marquer de quellesNations
il vouloit que fuffent les
foixante quinze Efclaves
qu'ilfouhaitoit , afin qu'il les envoyaft
demander à leurs Patrons
pour les mettre en liberté. Sur
cette réponſe , Monfieur le
Chevalier de Tourville expliqua
à M. de Sorhainde
l'intention
de Sa Majefté ,
qui eftoit , Que l'on s'attach aft
procurer la liberté de ceux qui
fe trouvoient hors d'eftit de la
pouvoir jamais efperer. M. de
Sorhainde alla auffi -toft chés
tous les Patrons , & pour fa
tisfaire à la volonté du Roy,
GALANT. II
il choifit parmy les Efclaves
ceux qui luy parurent les
plus mal -heureux . Ainfi l'on
ne vit parmy ces foixante &
quinze Efclaves , que des
Ĝens abandonnez , qui ne
devoient attendre aucun fecours
, ny de leur famille ,
ny de leur Patrie , & jufques
aufquels les liberalitez des
perfonnes charitables , qui
recueillent
des fommes pour
la Redemption des Captifs ,
n'avoient encore pû s'étendre
. La longueur de leur efclavage
leur avoit meſme
cfté tout espoir d'en fortir
12 MERCURE
jamais.Et comme on ne peut
eftre plus malheureux que
lors qu'on n'efpere plus , on
peut dire que leur malheur:
eftoit dans le plus haut degré
où il pouvoit arriver
ainfi ils n'avoient plus lieu
d'attendre leur liberté que
par le moyen de quelque
miracle . Aufli leur a-t- elle
efté procurée par un Prince
dont toute la vie n'eft qu'un
enchainement d'actions extraordinaires.
Lors qu'on annonça
à ces heureux infor
tunez qu'ils eftoient libres ,
ils demeurerent immobiles
GALANT.
13
quelque temps , tant cette
nouvelle leur paroiffoit incroyable
. Il leur eftoit impoffible
de comprendre qu'il
y cuſt quelqu'un fur la terre
capable d'une action jufques
alors inouie , & fi digne
d'un Heros Chreftien . On
leur apprit qu'ils devoient
leur liberté aux genereuſes
& charitables bontez du
plus grand & du meilleur
Prince du monde; & n'ayant
plus fujet d'en douter , ils
crierent auffi- toft en plein
Divan : Vive l'Empereur de
France , noftre Protecteur& nô14
MERCURE
tre Liberateur. Ils prononcerent
ces paroles en verfant
des larmes de joye , & d'un
air fi touchant, & fi remply
d'amour & de reconnoiffance
pour leur Liberateur , que
le Dey & tous ceux qui eftoient
prefens en parurent
attendris , malgré la perte
que l'Etat d'Alger faifoit , &
avouerent
que ce n'eftoit
pas fans raifon que le Ciel
beniffoit toutes les actions
de Sa Majefté , puis qu'Elle
en faifoit qui obligeoient les
Sujets de tant de divers Souverains
à faire des voeux
GALANT. 15
pour Elle. Ces Efclaves , dans
les raviſſemens de joye où
ils eftoient , ne fçachant à
qui la témoigner , en donnerent
des marques au Dey,
comme s'il cuft contribué à
leur bonheur. Je n'ay rienfait
pour vous , leur dit-il ,
à l'Empereur de France que vous
devez entierement voftre liberté.
Il y a parmy ces Efclaves des
Efpagnols , des Italiens , des
Flamans , des Genois , des
c'eft
Hambourgois , des Preftres
Grecs,des Capucins, des Religieux
de l'Ordre de Saint
Benoift , des femmes & des
16 MERCURE
enfans. Ce font autant de
bouches qui vont publier la
gloire du Roy dans tous les
Etats de l'Europe , & faire
des voeux qui continueront
d'attirer fur luy les Benedictions
du Ciel. Il eft aifé de
juger , que puis que le Roy a
procuré deux années de fuite
la liberté à tant d'Etrangers
, il ne reste plus aucun
Efclave dans Alger, ny dans
toute la dépendance de ce
Royaume, qui foit du nombre
de fes Sujets . Ils ont tous
efté mis en liberté , par la
reftitution faite à M. le MarGALANT.
17
quis du Quefne en 1683. par
celle qui fut faite à M. le
Marquis d'Amfreville en
1684. & par celle qui a efté
faite cette année à M. le
Chevalier de Tourville. Ces
differentes reftitutions ont
ofté aux Algeriens plus de
douze cens Efclaves. Ainfi
leur Etat n'eft pas feulement,
dépeuplé d'Efclaves François
, mais il y en refte trespeu
d'autres , de forte qu'il
n'y a prefque point de Nation
de l'Europe , dont les Sujets
ne foient allez publier
chez elle le bien qu'elle a
·Juillet 1645•
.
B
18 MERCURE
receu de Sa Majeſté, ce Prince
n'ayant épargné ny foins
ny dépence pour la liberté
de tant de Malheureux de
quelque Nation qu'ils fuffent.
L'échange ayant efté fait,
le Dey témoigna à M.de Sorhainde
, avec un fort grand
empreffement , qu'il fouhai
toit qu'il filt connoiſtre à M.
le Chevalier de Tourville, la
joye qu'il auroit de le voir ;
& que s'il vouloit prendre la
peine de defcendre à terre,
il le recevroit avec les honneurs
qui estoient deus à un
GALANT. 19
homme de fon rang. M.
le Chevalier de Tourville
répondit , Qu'il eftoit fafche
que l'Employ qu'il avoit l'em
peſchaft de répondre à fon defir :
ceux qui commandent les Flotes
de l'Empereur de France ne pouant
abandonner leur Bord, mais
qu'il iroit dans fon Canot à la
pointe du Mole , d'où il pourroit
le voir . Il ne manqua pas de
s'y rendre , & le Dey l'ayant
convié de nouveau de def
cendre à terre pour l'em
braffer , M. de Tourville fe
fervit pour s'en defendre des
saiſons qu'il avoit déja alle-
Bij
20 MERCURE
guées . Le Dey le pria de faire
avancer fa Chaloupe, afin
qu'il euft le plaifir de le voir
& de l'entretenir de plus
prés : Et lors qu'elle fut approchée
il entra dedans , en
difant ; Que quand les François
n'aimeroient pas autant l'honneur
qu'ils faifoient , er qu'il
n'auroit pas conna M. le Cheva.
lier de Tourville , il croyoit eftre
en feureté avec les Sujets d'un
Prince qui n'eftoit pas moins ef
timé par fes Vertus que par fes
Conqueftes.
On peut dire que les foins
qu'il prend du falut des
GALANT. 21
R
Ames de fes Sujets , attirant
fur luy de jour en jour de
nouvelles graces du Ciel,
ont beaucoup contribué,
non feulement à le rendre
le plus grand Monarque du
monde , mais auffi à le faire
reconnoiltre pour tel
par ceux mefme qui font les
plus jaloux de fa gloire.
Fermer
Résumé : Prélude, contenant plusieurs actions du Roy. [titre d'après la table]
En 1685, le roi de France manifesta plusieurs vertus royales, notamment la grandeur, la bonté et la libéralité, en faveur des esclaves chrétiens détenus à Alger. Après le bombardement d'Alger par le marquis du Quesne en 1685, six cents esclaves, incluant des sujets du roi et des étrangers, furent libérés. La paix conclue en 1686 permit la libération supplémentaire de trois cent vingt-cinq sujets du roi, vingt-cinq étrangers sous pavillon français, et cinquante sous divers pavillons étrangers. Un envoyé du Dey d'Alger demanda ensuite la libération de Turcs et janissaires détenus en France, ce que le roi accepta en échange de soixante-quinze esclaves chrétiens de diverses nations. Le chevalier de Tourville fut chargé de cet échange. Le consul français, M. de Sorhainde, négocia également pour libérer les esclaves les plus malheureux, ceux sans espoir de secours. Les esclaves libérés comprenaient des Espagnols, Italiens, Flamands, Génois, Hambourgeois, prêtres grecs, capucins, religieux de l'Ordre de Saint-Benoît, ainsi que des femmes et des enfants. Plusieurs restitutions furent effectuées par des représentants français, notamment le marquis du Quesne en 1683, le marquis d'Amfreville en 1684, et le chevalier de Tourville en 1685. Ces actions réduisirent considérablement le nombre d'esclaves à Alger, touchant presque toutes les nations européennes. Le Dey d'Alger exprima son admiration pour les vertus et les conquêtes du roi, qui attiraient les grâces divines et renforçaient sa réputation mondiale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
935
p. 21-35
Arrests & Declarations. [titre d'après la table]
Début :
Comme depuis plusieurs années ce Prince a fait sa [...]
Mots clefs :
Prince, Abus, Prétendus réformés, Religion, Édits, Déclarations, Arrêts, Démolition, Temple, Religion catholique, Conseil d'État, Ministre, Bailliages, Consistoire, Sedan
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Arrests & Declarations. [titre d'après la table]
Comme depuis plufieufs an
nées ce Prince a fait fa principale
occupation de regler
les Abus qui s'eftoient glif
fez dans les Affaires de la
Religion Prétenduë Réformée,
& de les remettre en
·
22 MERCURE
F'état où elles eftoient ayant
les contraventions faites
aux Edits des Roys fes Prédeceffeurs
, & qu'il a fait
plufieurs Declarations , &
donné divers Arrefts fur ce
fujet. Le Parlement de
Rouen , voyant que les Re
ligionnaires avoient con
trevenu à ces Arreſts & à
ces Declarations , a ordonné
la démolition du Temple de
Quevilly , qui eft à une lieuë
de la Ville. Sa Majesté donná
quelque temps aprés une
Declararion , portant , Que
Les Temples où ilfera celebré des
GALANT. 23
Mariages entre des Catholiques
des gens de la Religion Pretenduë
Reformée , & ceux où il
fera tenu des difcours feditieux
dans les Prefches , feront démolis..
Cette Declaration fait voir
que le Roy a une bonté
vrayment Paternelle , auffibien
pour ceux de fes Sujers
qui fe font écartez de la ve
ritable Eglife, que pour ceux
qui font profeffion de la Re
ligion Catholique , puis qu'
ayant donné dés l'année
1680. un Edit qui portoit ces
mefmes peines, il a bien voulu
fermer les yeux depuis ce
24 MERCURE
temps -là , fur les contraventions
que l'on y a faites
Il y a un autre Arreſt.du
Confeil d'Eftat , donné le 2.
de ce mois , qui fait connoître
par la maniere dont il a
efté rendu, que les Religionnaires
mefme font perfuadez
que Sa Majeſté ne fait
jamais rien qui ne foit jufte.
Les Miniftres & Anciens des
Pretendus Reformez desVille
& Bailliage de Sedan , eftant
pourſuivis à la Requeſte
du Procureur du Roy , pour
avoir contrevenu aux Declarations
de Sa Majefté ; &
appreGALANT.
25
apprehendant d'encourir les
peines qui y font portées , fi
les faits dont ils eftoient accuſez
pouvoient ſe juſtifier ,
crurent ne pouvoir rien faire
de mieux pour fe mettre
à couvert de toutes pourfuites
, ny de plus agreable à ce
pieux & fage Monarque ,
dont l'équité leur eftoit connuë
, que de ſe refoudre à fe
fe
condamner
eux-mefmes, en
conſentant
a la ſuppreſſion
de quelques - uns des Lieux
d'exercice de l'étendue de
ce Bailliage , & meſme à la
tranflation du Principal
Juillet 1685.
C
26 MERCURE
Pour cet effet, ils convoquerent
extraordinairemét leur
Confiftoire le 14. du dernier
mois , en preſence de
M. Jacqueffon , Preſident &
Lieutenant General de Sedan
, Commiffaire nommé
par le Roy , & fur la permif
fion du Commandant de la
Ville, ils s'affemblerent avec
trente des plus Notables de
la meſme Religion. Le Refultat
de leur Affemblée fut
de confentir que Sa Majesté
difpofaft, tant du Temple de
Sedan , que de ceux de Rau-
Court & de Givonne, en leur
GALANT. 27
fai- affignant un lieu pour y
re l'exercice pour tout le
Bailliage , & y ajoûtant telle
autre grace qu'Elle jugeroit
à propos pour leur feureté
particuliere , & la liberté &
facilité de cet exercice . Ils
donnerent pour cela leur
pouvoir fpecial à des Deputez
du Confiftoire ; & ces
Actes ayant efté veus par Sa
Majefté, Elle a interdit pour
toûjours l'Exercice de la Religion
Pretenduë Reformée
en la Ville de Sedan, & dans
les lieux de Raucourt & de
Givonne ; & a ordonné à l'é-
4
Cij
28 MERCURE
gard de Raucourt & de Givonne
, que les Temples de
ces lieux feront inceffam
ment démolis , & que celuy
de la Ville de Sedan demeurera
en l'eftat où il eft prefentement
, affecté pour jamais
aux Catholiques
, qui
s'en ferviront felon qu'il fera
ordonné par M. l'Archevefque
de Reims . Cependant
Sa Majefté voulant traiter
favorablement les Mintftres
& Anciens de la Religion
Pretenduë Reformée
des Ville & Bailliage de Sedan
, en confideration de la
GALANT.
29
foumiffion qu'ils ont eue
leur a permis de conſtruire
un Temple dans le Fauxbourg
du Rivage de la Ville,
avec un petit logement à
cofté pour les perfonnes qui
en auront la garde , & un
mur de cloture qui environnera
le tout , & cela au lieu,
que leur
verneur de Sedan , ou ccluy,
qui y commande en fon abfence
, affifté du Lieutenant
General, & en preſence du
Syndic duDiocefe de Reims.
Comme la conftruction de;
ce nouveau Temple deman
marquera
le Gou-
Cij
30 MERCURE
de du temps , le Roy permet
aux Pretendus Reformez de
faire l'exercice de leur Religion
dans celuy de la Ville
de Sedan , jufqu'au dernier .
jour deDecembre prochain ,
aprés quoy il fera continué
dans le nouveau Temple
que l'on doit conftruire,fans
qu'il puiffe eftre fait à l'avenir
en aucun autre lieu du
Bailliage de Sedan ; & quant
aux lieux de Raucourt & de
Givonne , l'intention de Sa
Majefté eft qu'il y ceffe dés à
prefent . Les Pretendus Reformez
de Sedan joüiront ,
GALANT. 31
non feulement de la maiſon
où ils avoient accouftumé
d'affembler
leur Confiftor
re , & dans laquelle Sa Majeſté
leur permet de le continuer
, juſqu'à ce qu'Elle en
ait ordonneautrement ; mais
encore des places fur lefquelles
font baftis les Temples
des lieux de Raucourt
& de Givonne , des baftimens
& heritages qui en dé
pendent , & de leurs autres
effets , pour en difpofer comme
de leur propre , à la re
ferve des Cloches de ces mê
mes Temples , qui demeu
C iiij
32 MERCURE
reront pour l'ufage de l'Eglife
Catholique , & de la
maiſon où logeoit le Miniftre
de Raucourt
, qui avec
fon enceinte
& precloture
demeurera- affectée à perpetuité
au Prefbytere de ce
lieu , fans que les Pretendus
Reformez
en puiffent pretendre
aucun dédommagement
ny recompenfe. Sa
Majesté leur permet de retirer
du Caveau du Temple
de Sedan les corps qui y
font , pour les tranſporter
avec leurs cercueils dans
leur nouveau Temple. Elle
GALANT 33
C
permet auffi aux Habitans
de la Religion Pretenduë
Reformée
des lieux de Raucourt
& de Givonne , de continuer
d'enterrer leurs morts
dans leurs cimetieres
, ainfi
qu'ils ont fait juſques a prefent
; mais ils ne pourront
y
tenir aucune Ecole . A l'é
gard de la Ville de Sedan , Sa
Majefté veut que les Religionnaires
n'en puiffent tenir
qu'une pour lire , écrire ,
chiffrer & calculer , dans le
Fauxbourg du Rivage feulement
, fans qu'il en puiffe
eftre tenu dans la Ville.
34 MERCURE
Quant aux Miniftres qui fervoient
aux lieux de Reaucourt
& de Givonne, Sa Majefté
leur enjoint de s'en retirer
, leur permettant neanmoins
par grace de faire leur
demeure dans la Ville de Sedan
, à condition d'y vivre
en particuliers , & de ne
point s'ingerer du Miniſtere
, le tout à peine de punition
. Les Sieurs Gantois &
Saint Maurice , Miniftres de
la Ville de Sedan , y pourront
continuer leur Miniftere
pendant leur vie , fans
la permiſſion qu'on leur en
que
GALANT. 35
donne tire à confequence
pour ceux qui leur fuccederont
dans ce mefme Minif
tere , Sa Majefté ayant bien
voulu déroger à leur égard
à tous les Reglemens contraires
. Par ce moyen toutes
les pourſuites & actions qui
ont efté faites & intentées.
jufqu'à aujourd'huy pour
contraventions aux Edits &
Declarations
de Sa Majefté,
de la part des Miniftres &
Anciens de la Religion pre
tenduë Reformée des Ville
& Bailliage de Sedan , demeurent
nulles & comme
non avenuës .
nées ce Prince a fait fa principale
occupation de regler
les Abus qui s'eftoient glif
fez dans les Affaires de la
Religion Prétenduë Réformée,
& de les remettre en
·
22 MERCURE
F'état où elles eftoient ayant
les contraventions faites
aux Edits des Roys fes Prédeceffeurs
, & qu'il a fait
plufieurs Declarations , &
donné divers Arrefts fur ce
fujet. Le Parlement de
Rouen , voyant que les Re
ligionnaires avoient con
trevenu à ces Arreſts & à
ces Declarations , a ordonné
la démolition du Temple de
Quevilly , qui eft à une lieuë
de la Ville. Sa Majesté donná
quelque temps aprés une
Declararion , portant , Que
Les Temples où ilfera celebré des
GALANT. 23
Mariages entre des Catholiques
des gens de la Religion Pretenduë
Reformée , & ceux où il
fera tenu des difcours feditieux
dans les Prefches , feront démolis..
Cette Declaration fait voir
que le Roy a une bonté
vrayment Paternelle , auffibien
pour ceux de fes Sujers
qui fe font écartez de la ve
ritable Eglife, que pour ceux
qui font profeffion de la Re
ligion Catholique , puis qu'
ayant donné dés l'année
1680. un Edit qui portoit ces
mefmes peines, il a bien voulu
fermer les yeux depuis ce
24 MERCURE
temps -là , fur les contraventions
que l'on y a faites
Il y a un autre Arreſt.du
Confeil d'Eftat , donné le 2.
de ce mois , qui fait connoître
par la maniere dont il a
efté rendu, que les Religionnaires
mefme font perfuadez
que Sa Majeſté ne fait
jamais rien qui ne foit jufte.
Les Miniftres & Anciens des
Pretendus Reformez desVille
& Bailliage de Sedan , eftant
pourſuivis à la Requeſte
du Procureur du Roy , pour
avoir contrevenu aux Declarations
de Sa Majefté ; &
appreGALANT.
25
apprehendant d'encourir les
peines qui y font portées , fi
les faits dont ils eftoient accuſez
pouvoient ſe juſtifier ,
crurent ne pouvoir rien faire
de mieux pour fe mettre
à couvert de toutes pourfuites
, ny de plus agreable à ce
pieux & fage Monarque ,
dont l'équité leur eftoit connuë
, que de ſe refoudre à fe
fe
condamner
eux-mefmes, en
conſentant
a la ſuppreſſion
de quelques - uns des Lieux
d'exercice de l'étendue de
ce Bailliage , & meſme à la
tranflation du Principal
Juillet 1685.
C
26 MERCURE
Pour cet effet, ils convoquerent
extraordinairemét leur
Confiftoire le 14. du dernier
mois , en preſence de
M. Jacqueffon , Preſident &
Lieutenant General de Sedan
, Commiffaire nommé
par le Roy , & fur la permif
fion du Commandant de la
Ville, ils s'affemblerent avec
trente des plus Notables de
la meſme Religion. Le Refultat
de leur Affemblée fut
de confentir que Sa Majesté
difpofaft, tant du Temple de
Sedan , que de ceux de Rau-
Court & de Givonne, en leur
GALANT. 27
fai- affignant un lieu pour y
re l'exercice pour tout le
Bailliage , & y ajoûtant telle
autre grace qu'Elle jugeroit
à propos pour leur feureté
particuliere , & la liberté &
facilité de cet exercice . Ils
donnerent pour cela leur
pouvoir fpecial à des Deputez
du Confiftoire ; & ces
Actes ayant efté veus par Sa
Majefté, Elle a interdit pour
toûjours l'Exercice de la Religion
Pretenduë Reformée
en la Ville de Sedan, & dans
les lieux de Raucourt & de
Givonne ; & a ordonné à l'é-
4
Cij
28 MERCURE
gard de Raucourt & de Givonne
, que les Temples de
ces lieux feront inceffam
ment démolis , & que celuy
de la Ville de Sedan demeurera
en l'eftat où il eft prefentement
, affecté pour jamais
aux Catholiques
, qui
s'en ferviront felon qu'il fera
ordonné par M. l'Archevefque
de Reims . Cependant
Sa Majefté voulant traiter
favorablement les Mintftres
& Anciens de la Religion
Pretenduë Reformée
des Ville & Bailliage de Sedan
, en confideration de la
GALANT.
29
foumiffion qu'ils ont eue
leur a permis de conſtruire
un Temple dans le Fauxbourg
du Rivage de la Ville,
avec un petit logement à
cofté pour les perfonnes qui
en auront la garde , & un
mur de cloture qui environnera
le tout , & cela au lieu,
que leur
verneur de Sedan , ou ccluy,
qui y commande en fon abfence
, affifté du Lieutenant
General, & en preſence du
Syndic duDiocefe de Reims.
Comme la conftruction de;
ce nouveau Temple deman
marquera
le Gou-
Cij
30 MERCURE
de du temps , le Roy permet
aux Pretendus Reformez de
faire l'exercice de leur Religion
dans celuy de la Ville
de Sedan , jufqu'au dernier .
jour deDecembre prochain ,
aprés quoy il fera continué
dans le nouveau Temple
que l'on doit conftruire,fans
qu'il puiffe eftre fait à l'avenir
en aucun autre lieu du
Bailliage de Sedan ; & quant
aux lieux de Raucourt & de
Givonne , l'intention de Sa
Majefté eft qu'il y ceffe dés à
prefent . Les Pretendus Reformez
de Sedan joüiront ,
GALANT. 31
non feulement de la maiſon
où ils avoient accouftumé
d'affembler
leur Confiftor
re , & dans laquelle Sa Majeſté
leur permet de le continuer
, juſqu'à ce qu'Elle en
ait ordonneautrement ; mais
encore des places fur lefquelles
font baftis les Temples
des lieux de Raucourt
& de Givonne , des baftimens
& heritages qui en dé
pendent , & de leurs autres
effets , pour en difpofer comme
de leur propre , à la re
ferve des Cloches de ces mê
mes Temples , qui demeu
C iiij
32 MERCURE
reront pour l'ufage de l'Eglife
Catholique , & de la
maiſon où logeoit le Miniftre
de Raucourt
, qui avec
fon enceinte
& precloture
demeurera- affectée à perpetuité
au Prefbytere de ce
lieu , fans que les Pretendus
Reformez
en puiffent pretendre
aucun dédommagement
ny recompenfe. Sa
Majesté leur permet de retirer
du Caveau du Temple
de Sedan les corps qui y
font , pour les tranſporter
avec leurs cercueils dans
leur nouveau Temple. Elle
GALANT 33
C
permet auffi aux Habitans
de la Religion Pretenduë
Reformée
des lieux de Raucourt
& de Givonne , de continuer
d'enterrer leurs morts
dans leurs cimetieres
, ainfi
qu'ils ont fait juſques a prefent
; mais ils ne pourront
y
tenir aucune Ecole . A l'é
gard de la Ville de Sedan , Sa
Majefté veut que les Religionnaires
n'en puiffent tenir
qu'une pour lire , écrire ,
chiffrer & calculer , dans le
Fauxbourg du Rivage feulement
, fans qu'il en puiffe
eftre tenu dans la Ville.
34 MERCURE
Quant aux Miniftres qui fervoient
aux lieux de Reaucourt
& de Givonne, Sa Majefté
leur enjoint de s'en retirer
, leur permettant neanmoins
par grace de faire leur
demeure dans la Ville de Sedan
, à condition d'y vivre
en particuliers , & de ne
point s'ingerer du Miniſtere
, le tout à peine de punition
. Les Sieurs Gantois &
Saint Maurice , Miniftres de
la Ville de Sedan , y pourront
continuer leur Miniftere
pendant leur vie , fans
la permiſſion qu'on leur en
que
GALANT. 35
donne tire à confequence
pour ceux qui leur fuccederont
dans ce mefme Minif
tere , Sa Majefté ayant bien
voulu déroger à leur égard
à tous les Reglemens contraires
. Par ce moyen toutes
les pourſuites & actions qui
ont efté faites & intentées.
jufqu'à aujourd'huy pour
contraventions aux Edits &
Declarations
de Sa Majefté,
de la part des Miniftres &
Anciens de la Religion pre
tenduë Reformée des Ville
& Bailliage de Sedan , demeurent
nulles & comme
non avenuës .
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Résumé : Arrests & Declarations. [titre d'après la table]
Le texte décrit les actions entreprises par un prince pour réguler les pratiques de la Religion Prétendue Réformée et rétablir l'ordre conformément aux édits royaux. Le Parlement de Rouen a ordonné la démolition du temple de Quevilly suite à des infractions aux déclarations royales. Le roi a publié une déclaration exigeant la démolition des temples où des mariages mixtes ou des discours séditieux avaient eu lieu, tout en affirmant sa bienveillance envers tous ses sujets. En juillet 1685, les ministres et anciens des villes et bailliages de Sedan ont accepté la suppression de certains lieux de culte et le transfert des activités religieuses principales vers un seul lieu. Le roi a interdit l'exercice de la Religion Prétendue Réformée à Sedan, Raucourt et Givonne, et ordonné la démolition des temples de ces lieux. Malgré cela, les protestants de Sedan ont pu construire un nouveau temple dans un faubourg et continuer leurs pratiques religieuses jusqu'à la fin décembre. Les biens des temples démolis ont été attribués aux catholiques sans compensation pour les protestants. Les habitants de Raucourt et Givonne pouvaient continuer à enterrer leurs morts dans leurs cimetières, mais ne pouvaient y tenir d'école. À Sedan, les protestants ne pouvaient tenir d'école sauf une dédiée à l'apprentissage de la lecture, de l'écriture, du chiffrage et du calcul. Les ministres protestants de Raucourt et Givonne devaient quitter ces lieux mais pouvaient résider à Sedan en tant que particuliers. Les ministres actuels de Sedan pouvaient continuer leur ministère jusqu'à leur décès, mais leurs successeurs n'auraient pas cette permission. Toutes les poursuites judiciaires contre les ministres et anciens de la religion prétendue réformée de Sedan ont été annulées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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936
p. 36-37
« Je vous ay parlé depuis peu de temps d'un Arrest du Conseil [...] »
Début :
Je vous ay parlé depuis peu de temps d'un Arrest du Conseil [...]
Mots clefs :
Arrêt du Conseil d'État, Démolition, Temple, Église, Zèle, Religion prétendue réformée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je vous ay parlé depuis peu de temps d'un Arrest du Conseil [...] »
Je vous ay parlé depuis
peu de temps d'un Arreſt
du Confeil d'Etat , qui ordonnoit
la démolition du
Temple de Chaſtillon fur
Loing. Elle a eſté faite le
mois dernier , par les foins
de M. l'Abbé le Boiteulx
Préchantre , & Chanoine
de l'Eglife Métropolitaine,
& Sindic du Clergé du Diocéfe
de Sens , qui avoit follicité
cét Arreft. C'eft au
zele de ce mefine Abbé
qu'on eft redevable de la
démolition des autres Temples
qui eftoient dans ce
GALANT. 37
Diocéfe , où il n'y a plus aucun
exercice public de laReligion
Prétendue Réformée.
peu de temps d'un Arreſt
du Confeil d'Etat , qui ordonnoit
la démolition du
Temple de Chaſtillon fur
Loing. Elle a eſté faite le
mois dernier , par les foins
de M. l'Abbé le Boiteulx
Préchantre , & Chanoine
de l'Eglife Métropolitaine,
& Sindic du Clergé du Diocéfe
de Sens , qui avoit follicité
cét Arreft. C'eft au
zele de ce mefine Abbé
qu'on eft redevable de la
démolition des autres Temples
qui eftoient dans ce
GALANT. 37
Diocéfe , où il n'y a plus aucun
exercice public de laReligion
Prétendue Réformée.
Fermer
Résumé : « Je vous ay parlé depuis peu de temps d'un Arrest du Conseil [...] »
Un arrêt du Conseil d'État a ordonné la démolition d'un temple à Châtillon-sur-Loing. La démolition a été réalisée sous la direction de l'Abbé Le Boiteux, Prévôt chantre et chanoine de l'Église métropolitaine, également syndic du clergé du diocèse de Sens. Tous les temples du diocèse ont été démolis, supprimant ainsi l'exercice public de la religion prétendue réformée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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937
p. 37-42
Conversions, [titre d'après la table]
Début :
On a eu nouvelles que depuis ce que je vous manday [...]
Mots clefs :
Convertis, Abjurations, Province, Religion catholique, Béarn, Famille, Languedoc, Gentilhomme, Parlements, Enfants, Erreurs, Vérités catholiques, Prédication, Nouveau Testament, Obstacles, Évêque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversions, [titre d'après la table]
On a eu nouvelles que
depuis ce que je vous manday
le dernier mois , du
grand nombre de Converfions
qui s'eftoient faites
dans le Bearn , plus de cinq
mille Perſonnes y ont encore
abjuré. M. Foucault
Intendant dans cette Province
, a grande part à tous
cès heureux progrez de la
Religion Catholique . Je
vous en feray un détail fi
delle , lors qu'on m'en au38
MERCURE
ra appris les circonftances.
Cependant
je croy que
vous ne ferez pas fâchée que
je vous faffe fçavoir celles de
la Converfion
de M. de
Moncalm de Goufon , Seigneur
de Saint Vairan, dont
la Famille eft des plus Illuftres
du Languedoc
.
jeune Gentilhomme eft Fils
aîné de Meffire Louis de
Montcalm , Baron de Saint
Victor , Seigneur de Guabriac
& de S. Julien dans les
Cevenes , & de feuë Dame
Judith de Vallat de Guabriac.
Deux de fes Oncles
Ce
GALANT. 39
font morts au fervice de Sa
Majefté , l'un Capitaine
dans les Cuiraffiers du Roy,
& l'autre dans le Regiment
du Maine. Il en a un autre
connu fous le nom de M. de
Puiol , premier Capitaine
dans le Regiment de Condé
, & un quatriéme Confeiller
au Parlement de Touloufe.
Les grands biens de
ce dernier qui n'a point
d'Enfans mailes , font fubftituez
au jeune Gentilhomme
, qui a fait Abjuration
depuis peu de temps. Le
commencement de cette
40 MERCURE
action eft deu à un éloquent
Difcours que fit M. l'Eveſ
que de Grenoble , le jour
que M. Vigne fameux Miniftre
, dont je vous ay parlé
dans l'une de mes dernieres
Lettres , fit Profeffion des
Veritez Catholiques. M. de
Saint Vairan , dont on avoit
tâché de remplir l'efprit d'une
infinité de fauffes idées
touchant nos Miſteres ,
ayant oüy le recit qu'un Capucin
faifoit de cette admirabłe
Prédication , & retenu
les preuves tirées des écrits
mefmes des Fondateurs de la
GALANT. 4F
Religion Prétendue Réformée
s'obftina à vouloir
contefter ces preuves , &
comme il a infiniment de
l'efprit , il voulut le faire
avec fuccez. Il confulta fes
Miniftres , & revenant à la
Conféréce particuliereavec
le Religieux , il en fut fi : fa
tisfait , qu'en ayant eu plu
fieurs autres avec luy , il de
meura convaincu dans la
derniere. Ses préjugez,beau
coup de penétration , la
feience du Nouveau Tefta
ment qu'il poffède à: fond , &:
fur tout la crainte de déplai-
Juillet 1685.
Ꭰ
42 MERCURE
re à M. fon Pere , eftoient
de puiffans obftacles , mais
la Grace les a furmontez.
On peut dire qu'à l'âge de
dix-huit ans , il a des qualitez
pour l'efprit & pour les
moeurs qui le rendent extraordinaire
. Il n'a rien oublié
pour s'inftruire pleinement
du nouveau party qu'il vou
loit prendre , & en l'abſence
de M. l'Evefque de Grenoble
, occupé alors à la vifite
de fon Dioceſe , il a abjuré
dans l'Eglife des Capucins ,
entre les mains de celuy
dont Dieu s'eftoit fervy pour
le convertir.
depuis ce que je vous manday
le dernier mois , du
grand nombre de Converfions
qui s'eftoient faites
dans le Bearn , plus de cinq
mille Perſonnes y ont encore
abjuré. M. Foucault
Intendant dans cette Province
, a grande part à tous
cès heureux progrez de la
Religion Catholique . Je
vous en feray un détail fi
delle , lors qu'on m'en au38
MERCURE
ra appris les circonftances.
Cependant
je croy que
vous ne ferez pas fâchée que
je vous faffe fçavoir celles de
la Converfion
de M. de
Moncalm de Goufon , Seigneur
de Saint Vairan, dont
la Famille eft des plus Illuftres
du Languedoc
.
jeune Gentilhomme eft Fils
aîné de Meffire Louis de
Montcalm , Baron de Saint
Victor , Seigneur de Guabriac
& de S. Julien dans les
Cevenes , & de feuë Dame
Judith de Vallat de Guabriac.
Deux de fes Oncles
Ce
GALANT. 39
font morts au fervice de Sa
Majefté , l'un Capitaine
dans les Cuiraffiers du Roy,
& l'autre dans le Regiment
du Maine. Il en a un autre
connu fous le nom de M. de
Puiol , premier Capitaine
dans le Regiment de Condé
, & un quatriéme Confeiller
au Parlement de Touloufe.
Les grands biens de
ce dernier qui n'a point
d'Enfans mailes , font fubftituez
au jeune Gentilhomme
, qui a fait Abjuration
depuis peu de temps. Le
commencement de cette
40 MERCURE
action eft deu à un éloquent
Difcours que fit M. l'Eveſ
que de Grenoble , le jour
que M. Vigne fameux Miniftre
, dont je vous ay parlé
dans l'une de mes dernieres
Lettres , fit Profeffion des
Veritez Catholiques. M. de
Saint Vairan , dont on avoit
tâché de remplir l'efprit d'une
infinité de fauffes idées
touchant nos Miſteres ,
ayant oüy le recit qu'un Capucin
faifoit de cette admirabłe
Prédication , & retenu
les preuves tirées des écrits
mefmes des Fondateurs de la
GALANT. 4F
Religion Prétendue Réformée
s'obftina à vouloir
contefter ces preuves , &
comme il a infiniment de
l'efprit , il voulut le faire
avec fuccez. Il confulta fes
Miniftres , & revenant à la
Conféréce particuliereavec
le Religieux , il en fut fi : fa
tisfait , qu'en ayant eu plu
fieurs autres avec luy , il de
meura convaincu dans la
derniere. Ses préjugez,beau
coup de penétration , la
feience du Nouveau Tefta
ment qu'il poffède à: fond , &:
fur tout la crainte de déplai-
Juillet 1685.
Ꭰ
42 MERCURE
re à M. fon Pere , eftoient
de puiffans obftacles , mais
la Grace les a furmontez.
On peut dire qu'à l'âge de
dix-huit ans , il a des qualitez
pour l'efprit & pour les
moeurs qui le rendent extraordinaire
. Il n'a rien oublié
pour s'inftruire pleinement
du nouveau party qu'il vou
loit prendre , & en l'abſence
de M. l'Evefque de Grenoble
, occupé alors à la vifite
de fon Dioceſe , il a abjuré
dans l'Eglife des Capucins ,
entre les mains de celuy
dont Dieu s'eftoit fervy pour
le convertir.
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Résumé : Conversions, [titre d'après la table]
Dans le Béarn, plus de cinq mille personnes ont abjuré leur foi. M. Foucault, intendant de la province, est loué pour son rôle dans ces conversions au catholicisme. Parmi les conversions notables figure celle de M. de Montcalm de Goulson, seigneur de Saint Vairan, issu d'une famille illustre du Languedoc. Fils aîné de Louis de Montcalm, baron de Saint Victor, et de Judith de Vallat de Goulson, il a deux oncles morts au service du roi, un autre premier capitaine dans le régiment de Condé, et un quatrième conseiller au Parlement de Toulouse. La conversion de M. de Saint Vairan a été influencée par un discours de l'évêque de Grenoble et des conférences avec un capucin. Sa décision a été motivée par sa compréhension des mystères catholiques, sa connaissance du Nouveau Testament et la crainte de déplaire à son père. À dix-huit ans, il possède des qualités remarquables d'esprit et de mœurs. Il a abjuré dans l'église des Capucins en l'absence de l'évêque de Grenoble.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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938
p. 43-44
Zèle de la Ville de Peronne pour le Roy. [titre d'après la table]
Début :
Il ne faut pas s'étonner si le Roy travaillant de tant de manieres [...]
Mots clefs :
Roi, Gloire, Sujets, Statues, Royaume, Ouvrages, Zèle, Échevins, Fidélité, Devise
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Zèle de la Ville de Peronne pour le Roy. [titre d'après la table]
Il ne faut pas s'étonner fi
le Roy travaillant de tant de
manieres differentes pour la
gloire de la France , & pour
le repos de fes Sujets , ils travaillent
avec empreſſement
à luy élever des Statues dans
plufieursVilles duRoyaume..
Celle de Peronne confide
rant la longueur du temps
qu'il faut pour faire faire de
fi grands Ouvrages avec:
toute la perfection qui leur
eft deuë , a cherché d'abord
à fatisfaire fon zele ; & ent
attendant qu'elle fe voye en
eftat d'imiter les Villes qui
Dij
44 MERCURE
lé
auront cet avantage , elle a
voulu avoir dans fon Hoftel
de Ville un des plus beaux
Portraits qui fe puft faire de
Sa Majefté. C'eſt à
quoy
Mayeur & les Echevins ont
fait travailler avec fuccés,
La fidelité de cette Ville é
gale l'affection qu'elle a toujours
marquée pour fon Souverain.
On fçait qu'elle n'a
jamais efté prife, quoy qu'elle
ait efté autrefois vigoureuſement
attaquée , & qu'-
elle a pour deviſe , Vrbs nefcia
vinci.
le Roy travaillant de tant de
manieres differentes pour la
gloire de la France , & pour
le repos de fes Sujets , ils travaillent
avec empreſſement
à luy élever des Statues dans
plufieursVilles duRoyaume..
Celle de Peronne confide
rant la longueur du temps
qu'il faut pour faire faire de
fi grands Ouvrages avec:
toute la perfection qui leur
eft deuë , a cherché d'abord
à fatisfaire fon zele ; & ent
attendant qu'elle fe voye en
eftat d'imiter les Villes qui
Dij
44 MERCURE
lé
auront cet avantage , elle a
voulu avoir dans fon Hoftel
de Ville un des plus beaux
Portraits qui fe puft faire de
Sa Majefté. C'eſt à
quoy
Mayeur & les Echevins ont
fait travailler avec fuccés,
La fidelité de cette Ville é
gale l'affection qu'elle a toujours
marquée pour fon Souverain.
On fçait qu'elle n'a
jamais efté prife, quoy qu'elle
ait efté autrefois vigoureuſement
attaquée , & qu'-
elle a pour deviſe , Vrbs nefcia
vinci.
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Résumé : Zèle de la Ville de Peronne pour le Roy. [titre d'après la table]
Le roi œuvre pour la gloire de la France et le bien-être de ses sujets, suscitant des hommages comme des statues. Péronne, en attente d'une statue royale, place un portrait du roi dans son hôtel de ville. Cette action, dirigée par le maire et les échevins, montre la loyauté de la ville. Péronne est célèbre pour n'avoir jamais été conquise et porte la devise 'Urbs invicta vincit'.
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939
p. 44-49
Reception faite au Roy à Meudon, par Mr le Marquis de Louvois. [titre d'après la table]
Début :
Le Lundy 2. de ce mois, Sa Majesté fit l'honneur à [...]
Mots clefs :
Sa Majesté, Honneur, M. Louvois, Maison de Meudon, Monseigneur le Dauphin, Madame la Dauphine, Princes, Ministre, Collation, Jardins, Promenade, Officiers, Gardes suisses, Nature, Joie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reception faite au Roy à Meudon, par Mr le Marquis de Louvois. [titre d'après la table]
Le Lundy 2. de ce mois ,
GALANT. 45
Sa Majesté fit l'honneur à
M. de Louvois d'aller à fa
Maiſon de Meudon avec
Monſeigneur le Dauphin ,
Madame la Dauphine,Monfieur
& Madame
,
accompagnez
de la plus grande partie
des Princes & des Seigneurs
de la Cour. Ce Miniftre fut
averty fi peu de temps auparavant,
de la grace que le
Roy vouloit luy faire , qu'il
n'en eut pas affez pour le recevoir
d'une maniere qui
puft répondre à la grandeur
de fon zele. Auffi Sa Majefté
y cut- t - Elle égard ; & c'eſt
46 MERCURE
ce qui luy fit dire qu'Elle ne
vouloit qu'une Collation .
M. de Louvois avoit fait preparer
un grand nombre de
Chaifes pour fe promener
dans les Jardins , dont un
grand nombre de fort beaux
Jets d'eau fait un des principaux
ornemens ; mais le
temps ne s'eftant pas trouvé
commode pour laiſſer joüir
du plaifir de la promenade ,
on alla voir les appartemens
, où des Concerts admirables
divertirent toute
la Cour. On fervit enfuite
un Ambigu , mais fià propos
GALANT. 47
qu'on en fut furpris. Ceux
qui l'avoient preparé ayant
eu beaucoup moins de tems
qu'ils n'avoient crû , parce
qu'on en avoit peu employé
à la promenade , ne laifferent
pas de fe trouver prefts,
tant les ordres avoient efté
bien donnez , & tant l'execution
en fut jufte . On fervit
en meſme temps cinq
tables , la premiere pour le
Roy , la feconde pour les
Princes , la troifiéme pour
les Seigneurs , la quatriéme
pour les Officiers , & la cinquiéme
pour les Pages , &
48 MERCURE
¿
plufieurs autres perfonnes.
de la fuite de la Cour. Tous
les Gardes , les Suiffes, & generalement
tous les Valets,
furent regalez. CerAmbigu
fut fi beau , qu'il auroit elté
difficile l'on cuft pû y
que
rien ajoûter, foit pour le plaifir
du gouft , foit pour celuy
de la veuë. La propreté , la
galanterie & l'abondance y
avoient part ; & il fembloit
qu'on euft forcé lá Nature
a fe hafter de produire les
fruits qu'elle donne en cha
quefaifon , pour fatisfaire au
defir ardent qu'avoit M. de
Louvois
GALANT. 49
Louvois, de faire connoiftre
au Roy la joye qu'il reffentoit
de l'honneur que luy
faifoit ce Monarque. Il ne
faut que faire reflexion fur la
maniere dont il vient à bout
d'executer les ordres de Sa
Majefté dans les chofes les
plus difficiles, pour eftre perfuadé
de ce qu'il a fait dans
une occafion de cette nature.
GALANT. 45
Sa Majesté fit l'honneur à
M. de Louvois d'aller à fa
Maiſon de Meudon avec
Monſeigneur le Dauphin ,
Madame la Dauphine,Monfieur
& Madame
,
accompagnez
de la plus grande partie
des Princes & des Seigneurs
de la Cour. Ce Miniftre fut
averty fi peu de temps auparavant,
de la grace que le
Roy vouloit luy faire , qu'il
n'en eut pas affez pour le recevoir
d'une maniere qui
puft répondre à la grandeur
de fon zele. Auffi Sa Majefté
y cut- t - Elle égard ; & c'eſt
46 MERCURE
ce qui luy fit dire qu'Elle ne
vouloit qu'une Collation .
M. de Louvois avoit fait preparer
un grand nombre de
Chaifes pour fe promener
dans les Jardins , dont un
grand nombre de fort beaux
Jets d'eau fait un des principaux
ornemens ; mais le
temps ne s'eftant pas trouvé
commode pour laiſſer joüir
du plaifir de la promenade ,
on alla voir les appartemens
, où des Concerts admirables
divertirent toute
la Cour. On fervit enfuite
un Ambigu , mais fià propos
GALANT. 47
qu'on en fut furpris. Ceux
qui l'avoient preparé ayant
eu beaucoup moins de tems
qu'ils n'avoient crû , parce
qu'on en avoit peu employé
à la promenade , ne laifferent
pas de fe trouver prefts,
tant les ordres avoient efté
bien donnez , & tant l'execution
en fut jufte . On fervit
en meſme temps cinq
tables , la premiere pour le
Roy , la feconde pour les
Princes , la troifiéme pour
les Seigneurs , la quatriéme
pour les Officiers , & la cinquiéme
pour les Pages , &
48 MERCURE
¿
plufieurs autres perfonnes.
de la fuite de la Cour. Tous
les Gardes , les Suiffes, & generalement
tous les Valets,
furent regalez. CerAmbigu
fut fi beau , qu'il auroit elté
difficile l'on cuft pû y
que
rien ajoûter, foit pour le plaifir
du gouft , foit pour celuy
de la veuë. La propreté , la
galanterie & l'abondance y
avoient part ; & il fembloit
qu'on euft forcé lá Nature
a fe hafter de produire les
fruits qu'elle donne en cha
quefaifon , pour fatisfaire au
defir ardent qu'avoit M. de
Louvois
GALANT. 49
Louvois, de faire connoiftre
au Roy la joye qu'il reffentoit
de l'honneur que luy
faifoit ce Monarque. Il ne
faut que faire reflexion fur la
maniere dont il vient à bout
d'executer les ordres de Sa
Majefté dans les chofes les
plus difficiles, pour eftre perfuadé
de ce qu'il a fait dans
une occafion de cette nature.
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Résumé : Reception faite au Roy à Meudon, par Mr le Marquis de Louvois. [titre d'après la table]
Le 2 du mois, le roi visita M. de Louvois à Meudon, accompagné du Dauphin, de la Dauphine, de Monsieur, de Madame et de nombreux princes et seigneurs. Informé tardivement, M. de Louvois ne put organiser une réception adéquate. Le roi accepta une simple collation. Les jardins, bien que préparés avec des chaises et des jets d'eau, ne purent être appréciés à cause du mauvais temps. La cour se réfugia dans les appartements où des concerts furent joués. Un ambigü fut servi, impressionnant par sa qualité malgré le court délai de préparation. Cinq tables furent dressées pour différents groupes, y compris les gardes, suisses et valets. L'ambigü se distingua par sa propreté, sa galanterie et l'abondance des mets, suggérant un effort exceptionnel de M. de Louvois pour honorer la visite royale.
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940
p. 49-50
Chapitre general des Capucins, tenu à Rome. [titre d'après la table]
Début :
On a eu avis de Rome, que les Capucins y tinrent leur [...]
Mots clefs :
Rome, Capucins, Père, Procureur, Chapitre, Assemblée
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texteReconnaissance textuelle : Chapitre general des Capucins, tenu à Rome. [titre d'après la table]
On a eu avis de Rome, que
les Capucins y tinrent leur
Chapitre general le 8. du
dernier mois . Le Pere Char
les Marie de Macerate , Ita-
Juillet 1685.
E
5 MERCURE
lien , & le Pere Bonaventure
de Recanati y furent éleus ;
le premier , General de l'Ordre
, & le fecond, Procureur
general ; & le Pere Louis de
Jully , Provincial des Capucins
de la Province de Paris ,
fut choify une feconde fois
pour eftre Definiteur general
. Son grand merite , qui
le fait toujours diſtinguer
par tout , & dont je vous ay
parlé plufieurs fois, attira en
mefme temps les yeux & les
fuffrages de tous ceux qui
compofoient l'Aſſemblée .
les Capucins y tinrent leur
Chapitre general le 8. du
dernier mois . Le Pere Char
les Marie de Macerate , Ita-
Juillet 1685.
E
5 MERCURE
lien , & le Pere Bonaventure
de Recanati y furent éleus ;
le premier , General de l'Ordre
, & le fecond, Procureur
general ; & le Pere Louis de
Jully , Provincial des Capucins
de la Province de Paris ,
fut choify une feconde fois
pour eftre Definiteur general
. Son grand merite , qui
le fait toujours diſtinguer
par tout , & dont je vous ay
parlé plufieurs fois, attira en
mefme temps les yeux & les
fuffrages de tous ceux qui
compofoient l'Aſſemblée .
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Résumé : Chapitre general des Capucins, tenu à Rome. [titre d'après la table]
En juillet 1685, le chapitre général des Capucins à Rome a élu le Père Charles-Marie de Macerate comme Général de l'Ordre et le Père Bonaventure de Recanati comme Procureur général. Le Père Louis de Jully a été réélu Définiteur général, reconnu pour son mérite exceptionnel.
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941
p. 69-71
Mort. [titre d'après la table]
Début :
J'oubliay le dernier mois à vous parler de la mort de [...]
Mots clefs :
Décès, Marquise de Rouvroy, Gouvernante, Fille, Reine mère, Capitaine, Fils, Abbaye, Enfants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort. [titre d'après la table]
J'oubliay le dernier mois à
vous parler de la mort deDame
Marie Urfule de GonteryMarquife
de Rouvroy, qui
70 MERCURE
avoit efté Gouvernante des
Filles d'honneur de la Reyne.
Elle eftoit Fille de feuë
Madame du Puy , qui avoit
exercé la mefmeCharge fous
la feuë Reyne Mere.Čeftoit
une Dame d'un fort grand
merite , & qui avoit beaucoup
de vertu. Elle eftoit
Mere de Madame de Saint
Valier. M. le Marquis de
Rouvroy, Capitaine dans la
Marine, eft fon Fils ainé.Elle
laiffe un autre Fils pourveu
d'une Abbaye. Mademoifelle
de Rouvroy fa Cadette,
joint à la jeuneſſe & à la beauGALANT.
7
té, beaucoup de fageffe & de
conduite . Madame la Marquife
de Rouvroy écrivit au
Roy le jour qui préceda celuy
de fa mort , pour luy recommander
fes Enfans , &
Sa Majefté les a receus avec
une bonté digne d'Elle.
vous parler de la mort deDame
Marie Urfule de GonteryMarquife
de Rouvroy, qui
70 MERCURE
avoit efté Gouvernante des
Filles d'honneur de la Reyne.
Elle eftoit Fille de feuë
Madame du Puy , qui avoit
exercé la mefmeCharge fous
la feuë Reyne Mere.Čeftoit
une Dame d'un fort grand
merite , & qui avoit beaucoup
de vertu. Elle eftoit
Mere de Madame de Saint
Valier. M. le Marquis de
Rouvroy, Capitaine dans la
Marine, eft fon Fils ainé.Elle
laiffe un autre Fils pourveu
d'une Abbaye. Mademoifelle
de Rouvroy fa Cadette,
joint à la jeuneſſe & à la beauGALANT.
7
té, beaucoup de fageffe & de
conduite . Madame la Marquife
de Rouvroy écrivit au
Roy le jour qui préceda celuy
de fa mort , pour luy recommander
fes Enfans , &
Sa Majefté les a receus avec
une bonté digne d'Elle.
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Résumé : Mort. [titre d'après la table]
Dame Marie Urfule de Gontery, marquise de Rouvroy, gouvernante des filles d'honneur de la reine, est décédée. Fille de Madame du Puy, elle était renommée pour son mérite et sa vertu. Mère de Madame de Saint Valier, elle avait deux autres enfants : M. le marquis de Rouvroy, capitaine dans la marine, et un fils abbé. Sa fille cadette, Mademoiselle de Rouvroy, est jeune, belle, sage et bien élevée. La marquise a écrit au roi avant sa mort pour recommander ses enfants, qui ont été accueillis avec bonté.
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942
p. 81-85
Montre à eau. [titre d'après la table]
Début :
Je vous parlay dans ma Lettre du mois de Mars 1678 [...]
Mots clefs :
Muse, Mathématique, Parnasse, Montre, Ouvrage, Invention , Eau, Aiguilles, Cadran, Étui, Décors, Saisons, Pyramide, Admiration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Montre à eau. [titre d'après la table]
Je vous parlay dans ma Lettre
du mois de Mars 1678.d'une
dixiéme Muſe qui fe trouvoit
au Parnaffe de Sainte
Geneviefve , & vous appris
par celle du mois de Juillet
de la mefme année , qu'elle
avoit un Fils qui fans avoir
jamais appris les Mathematiques
, avoit fait une Montre
qui alloit un an entier,
fans qu'on fuft obligé de la
remonter , & qu'il eſtoit venu
à bout de ce merveilleux
Ouvrage , par les feules lu82
MERCURE
le
mieres que luy avoit prefte
la Nature . Il a fait une autre
Montre d'une invention
toute nouvelle . Elle eft à
Eau , & il n'en faut qu'une
chopine pour en entretenir
mouvement pendant
vingt fix heures . Ce n'eſt
que la pefanteur de l'air , &
la quantité de fes Colomnes
qui la font fortir de fon
refervoir jufqu'à la derniere
goute , & par un mouve
ment jufte & imperceptible
, cette Eau fait tourner
l'Aiguille du Cadran. Sa
Figure eft pyramidale , dans
GALANT. 83
l'efpace d'un pied en quarré.
L'Etuy , qui eft d'une Architecture
d'ordre Ionique , eft
enrichy de Coquillages de
differente groffeur , qui luy
fervent d'ornement avec
quelques Portraits & Païfages.
Aux quatre coins
font les quatre Saifons de
l'année
, qui partagent
le
temps par quatre Figures
d'émail. La premiere tient
une Fleur qui fignifie le
Printemps
; la feconde
,
une Gerbe de bled qui marque
l'Efté , la troifiéme un
Raifin , qui fait connoiſtre
1
84 MERCURE
l'Automne , & la derniere
un Fagot , pour faire entendre
l'Hyver. Plus haut font
les cinq Sens de Nature,
dont la veuë qui eſt le dernier
& le plus noble , tient
une Lunette dans fa main ,
& termine la Pyramide . Au
deffous on lit ce paffage du
fecond Livre des Roys , Si
cut aquæ dilabimur. Plufieurs
Sçavans dans les Mathematiques
Hidrauliques , ſont
venus voir ce Chef d'oeuvre
pour tâcher d'en découvrir
le fecret ; mais ils
n'ont pû en venir à bout ,
,
GALANT. 85
& ont efté obligez de fe contenter
de l'admirer.
du mois de Mars 1678.d'une
dixiéme Muſe qui fe trouvoit
au Parnaffe de Sainte
Geneviefve , & vous appris
par celle du mois de Juillet
de la mefme année , qu'elle
avoit un Fils qui fans avoir
jamais appris les Mathematiques
, avoit fait une Montre
qui alloit un an entier,
fans qu'on fuft obligé de la
remonter , & qu'il eſtoit venu
à bout de ce merveilleux
Ouvrage , par les feules lu82
MERCURE
le
mieres que luy avoit prefte
la Nature . Il a fait une autre
Montre d'une invention
toute nouvelle . Elle eft à
Eau , & il n'en faut qu'une
chopine pour en entretenir
mouvement pendant
vingt fix heures . Ce n'eſt
que la pefanteur de l'air , &
la quantité de fes Colomnes
qui la font fortir de fon
refervoir jufqu'à la derniere
goute , & par un mouve
ment jufte & imperceptible
, cette Eau fait tourner
l'Aiguille du Cadran. Sa
Figure eft pyramidale , dans
GALANT. 83
l'efpace d'un pied en quarré.
L'Etuy , qui eft d'une Architecture
d'ordre Ionique , eft
enrichy de Coquillages de
differente groffeur , qui luy
fervent d'ornement avec
quelques Portraits & Païfages.
Aux quatre coins
font les quatre Saifons de
l'année
, qui partagent
le
temps par quatre Figures
d'émail. La premiere tient
une Fleur qui fignifie le
Printemps
; la feconde
,
une Gerbe de bled qui marque
l'Efté , la troifiéme un
Raifin , qui fait connoiſtre
1
84 MERCURE
l'Automne , & la derniere
un Fagot , pour faire entendre
l'Hyver. Plus haut font
les cinq Sens de Nature,
dont la veuë qui eſt le dernier
& le plus noble , tient
une Lunette dans fa main ,
& termine la Pyramide . Au
deffous on lit ce paffage du
fecond Livre des Roys , Si
cut aquæ dilabimur. Plufieurs
Sçavans dans les Mathematiques
Hidrauliques , ſont
venus voir ce Chef d'oeuvre
pour tâcher d'en découvrir
le fecret ; mais ils
n'ont pû en venir à bout ,
,
GALANT. 85
& ont efté obligez de fe contenter
de l'admirer.
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Résumé : Montre à eau. [titre d'après la table]
Le texte décrit deux inventions horlogères remarquables. La première montre, mentionnée en mars et juillet 1678, fonctionne sans remontage pendant un an grâce à des principes naturels. La seconde invention est une montre à eau, alimentée par une chopine d'eau, capable de fonctionner pendant vingt-six heures. L'eau, mue par la pression atmosphérique et la gravité, fait tourner l'aiguille de manière fluide et imperceptible. Cette montre a une forme pyramidale, mesure un pied carré, et son étui ionique est décoré de coquillages, portraits et paysages. Les quatre saisons sont représentées par des figures d'émail aux coins, chacune tenant un symbole approprié : une fleur pour le printemps, une gerbe de blé pour l'été, un raisin pour l'automne et un fagot pour l'hiver. Au sommet, les cinq sens sont illustrés, avec la vue tenant une lunette. Une inscription latine, 'Si cut aquæ dilabimur', figure à la base. Plusieurs experts en mathématiques hydrauliques ont admiré cette montre sans réussir à en percer le secret.
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943
p. 85-88
« Je croy, Madame, vous pouvoir dire icy en passant, qu'on [...] »
Début :
Je croy, Madame, vous pouvoir dire icy en passant, qu'on [...]
Mots clefs :
Invention , Horloge, Cadran, Grecs, Romains, Douze tables, Guerre punique, Aiguille, Scipion Nasica
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je croy, Madame, vous pouvoir dire icy en passant, qu'on [...] »
Je croy , Madame , vous
pouvoir dire icy en paffant,
qu'on ne fçait point avec
certitude , qui a inventé les
Horloges. Anaximenes fut
le premier qui donna aux
Lacedemoniens un Cadran
Solaire. Ainfi les Grecs devancerent
les Romains en
cet Art comme aux Sciences
; car il ne fut en uſage à
que long - temps Rome que
aprés. Les douzes Tables
ne parlent que du matin &
du foir. Les Cadrans So86
MERCURE
laires qui n'y parurent que
dans le temps de la premiere
Guerre Punique , ne furent
pas d'un fort grand fecours
, puis qu'ils dépendoient
du Soleil qui ne luit
pas toûjours pour marquer
l'heure par l'ombre de l'Aiguille
; de forte
fe paffa toûjours fans nulle
mefure jufqu'au temps de
Scipion Nafica , qui inventa
les Clepfidres , ou Montres
à Eau , en obſervant
quel eſpace du Tonneau ſe
pouvoit remplir dans une
heure par les goutes d'eau ,
que la nuit
GALANT. 87
qui tomboient du Robinet
attaché à un Reſervoir fupe
rieur. Cette invention eftoit
groffiere. Cependant en
confideration de la nouveauté
& de l'utilité de cette
Clepfidre , Scipion la confacra
l'an
$75. de la fonda
tion de Rome . Si celle dont
je viens de vous parler cuſt
efté veué à Rome en ce
temps là , ily a grande apparence
qu'on auroit mis
fon Autheur au nombre
des Dieux qu'on y réveroit.
On fe fervit dès
Clepfidres
pour rendre juftice chez les
88 MERCURE
Grecs & les Romains ; &
c'eft d'où eft venu le Proverbe
, ad Clepfidram dicere.
On partageoit l'Audience
en trois heures , l'une pour
l'Accuſateur , l'autre pour
la défenſe de l'Accufé , & la
derniere pour déliberer.
pouvoir dire icy en paffant,
qu'on ne fçait point avec
certitude , qui a inventé les
Horloges. Anaximenes fut
le premier qui donna aux
Lacedemoniens un Cadran
Solaire. Ainfi les Grecs devancerent
les Romains en
cet Art comme aux Sciences
; car il ne fut en uſage à
que long - temps Rome que
aprés. Les douzes Tables
ne parlent que du matin &
du foir. Les Cadrans So86
MERCURE
laires qui n'y parurent que
dans le temps de la premiere
Guerre Punique , ne furent
pas d'un fort grand fecours
, puis qu'ils dépendoient
du Soleil qui ne luit
pas toûjours pour marquer
l'heure par l'ombre de l'Aiguille
; de forte
fe paffa toûjours fans nulle
mefure jufqu'au temps de
Scipion Nafica , qui inventa
les Clepfidres , ou Montres
à Eau , en obſervant
quel eſpace du Tonneau ſe
pouvoit remplir dans une
heure par les goutes d'eau ,
que la nuit
GALANT. 87
qui tomboient du Robinet
attaché à un Reſervoir fupe
rieur. Cette invention eftoit
groffiere. Cependant en
confideration de la nouveauté
& de l'utilité de cette
Clepfidre , Scipion la confacra
l'an
$75. de la fonda
tion de Rome . Si celle dont
je viens de vous parler cuſt
efté veué à Rome en ce
temps là , ily a grande apparence
qu'on auroit mis
fon Autheur au nombre
des Dieux qu'on y réveroit.
On fe fervit dès
Clepfidres
pour rendre juftice chez les
88 MERCURE
Grecs & les Romains ; &
c'eft d'où eft venu le Proverbe
, ad Clepfidram dicere.
On partageoit l'Audience
en trois heures , l'une pour
l'Accuſateur , l'autre pour
la défenſe de l'Accufé , & la
derniere pour déliberer.
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Résumé : « Je croy, Madame, vous pouvoir dire icy en passant, qu'on [...] »
Le texte aborde l'histoire des horloges et des méthodes de mesure du temps. L'invention des horloges reste incertaine, mais Anaximène est crédité d'avoir introduit le premier cadran solaire à Sparte. Les Grecs ont ainsi devancé les Romains dans cet domaine. À Rome, les Douze Tables ne mentionnaient que le matin et le soir. Les cadrans solaires, apparus durant la première guerre punique, étaient imprécis car dépendants du soleil. La mesure du temps sans instruments précis a persisté jusqu'à Scipion Nasica, qui a inventé les clepsydres ou montres à eau. Ces dispositifs mesuraient le temps via l'écoulement de l'eau d'un réservoir sur une heure. Cette innovation, bien que rudimentaire, a été adoptée en l'an 575 de la fondation de Rome. Les clepsydres structuraient les audiences judiciaires en trois heures : une pour l'accusateur, une pour la défense et une pour la délibération, donnant naissance au proverbe 'ad clepsydram dicere'.
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944
p. 88-89
Mr Faure est receu Conseiller au Parlement. [titre d'après la table]
Début :
Le 20. du dernier mois, Messire Jean Faure, Baron de [...]
Mots clefs :
Baron, Fils aîné, Conseiller, Grand Chambre, Charge, Nomination
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mr Faure est receu Conseiller au Parlement. [titre d'après la table]
Le 20. du dernier mois,
Meffire Jean Faure , Baron
de Dampmard , Fils aifné de
feu Meffire Louis Faure,
auffi Baron de Dampmard,
Confeiller en la Grand
Chambre , fut receu au Parlement
à la Charge de Confeiller
qu'avoit poffedé M.
GALANT. 89
fon Pere , aprés en avoir eu
l'agrément de Sa Majeſté.
Meffire Jean Faure , Baron
de Dampmard , Fils aifné de
feu Meffire Louis Faure,
auffi Baron de Dampmard,
Confeiller en la Grand
Chambre , fut receu au Parlement
à la Charge de Confeiller
qu'avoit poffedé M.
GALANT. 89
fon Pere , aprés en avoir eu
l'agrément de Sa Majeſté.
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945
p. 89-92
Conversions. [titre d'après la table]
Début :
Il n'est point de lieu où la Grace ne triomphe. Elle [...]
Mots clefs :
Grâce, Triomphe, Coeurs, Hérésie, Seigneur, Familles, Anjou, Religion prétendue réformée, Prince d'Orange, Erreurs, Hérésie de Calvin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversions. [titre d'après la table]
Il n'eft point de lieu où la
Grace ne triomphe. Elle .
fçait toucher les coeurs dans
le centre mefme de l'Herefie.
C'eft ce qui vient de
paroiftre en la perfonne de
Meffire Theophile de Fefques
d'Arbouville, Seigneur
de Beauchefne , d'une des
plus nobles & anciennes
Familles d'Anjou . Il fut élevé
par fes Parens habituez
en Touraine , dans la Reli .
gion Pretendue Reformée ,
& envoyé dés l'âge de
Juillet 1685.
H
90 MERCURE
douze ans en Allemagne,
auprés du Prince de Naffau
Tillimbourg. Son merite le
fit confiderer de ce Prince,
& d'autres Perfonnes de
qualité , & comme il cherchoit
les occafions de fe fignaler
, il eut des Lettres de
recommandation auprés de
M. le Prince d'Orange , qui
luy donna d'abord une Enfeigne
, en fuite une Lieutenance
, & puis une Compagnie
dans le Regiment de
Torçay. Aprés quinze années
de fervices en Hollande
, il n'en feroit pas demeuGALANT.
91
ré là , fi quelques Doutes
qu'il eut touchant la Reli
gion qu'il profeffoit , ne luy
euffent infpiré une forte refolution
d'abandonner tout
pour s'en éclaircir. Il fe
rendit à Paris , où il eut plu
fieurs Conferences fur ce qui
caufoit ces Doutes . M. Vi
gnier de Richelieu le voyant,
convaincu de fes erreurs , le
preſenta au Pere de la Chaize
, qui chargea le Pere du
Champ du foin de l'inftruire
, & enfin le dixième de ce
mois , il fit Abjuration de
L'Herefie de Calvin dans
Hij
92 MERCURE
l'Egliſe de Saint Louis , entre
les mains du Pere Bobinet
, par l'ordre de M. l'Archevefque
de Paris . La Ceremonie
fut faite en prefence
de plufieurs Perfonnes de
qualité Parens & Amis , entre
lefquels eftoit Madame
de Marmande fa Soeur , qui
creut ne pouvoir mieux témoigner
fa tendreſſe à ce
cher Frere , qu'en faiſant
prés de cent lieuës pour affifter
à cette action .
Grace ne triomphe. Elle .
fçait toucher les coeurs dans
le centre mefme de l'Herefie.
C'eft ce qui vient de
paroiftre en la perfonne de
Meffire Theophile de Fefques
d'Arbouville, Seigneur
de Beauchefne , d'une des
plus nobles & anciennes
Familles d'Anjou . Il fut élevé
par fes Parens habituez
en Touraine , dans la Reli .
gion Pretendue Reformée ,
& envoyé dés l'âge de
Juillet 1685.
H
90 MERCURE
douze ans en Allemagne,
auprés du Prince de Naffau
Tillimbourg. Son merite le
fit confiderer de ce Prince,
& d'autres Perfonnes de
qualité , & comme il cherchoit
les occafions de fe fignaler
, il eut des Lettres de
recommandation auprés de
M. le Prince d'Orange , qui
luy donna d'abord une Enfeigne
, en fuite une Lieutenance
, & puis une Compagnie
dans le Regiment de
Torçay. Aprés quinze années
de fervices en Hollande
, il n'en feroit pas demeuGALANT.
91
ré là , fi quelques Doutes
qu'il eut touchant la Reli
gion qu'il profeffoit , ne luy
euffent infpiré une forte refolution
d'abandonner tout
pour s'en éclaircir. Il fe
rendit à Paris , où il eut plu
fieurs Conferences fur ce qui
caufoit ces Doutes . M. Vi
gnier de Richelieu le voyant,
convaincu de fes erreurs , le
preſenta au Pere de la Chaize
, qui chargea le Pere du
Champ du foin de l'inftruire
, & enfin le dixième de ce
mois , il fit Abjuration de
L'Herefie de Calvin dans
Hij
92 MERCURE
l'Egliſe de Saint Louis , entre
les mains du Pere Bobinet
, par l'ordre de M. l'Archevefque
de Paris . La Ceremonie
fut faite en prefence
de plufieurs Perfonnes de
qualité Parens & Amis , entre
lefquels eftoit Madame
de Marmande fa Soeur , qui
creut ne pouvoir mieux témoigner
fa tendreſſe à ce
cher Frere , qu'en faiſant
prés de cent lieuës pour affifter
à cette action .
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Résumé : Conversions. [titre d'après la table]
Théophile de Fèsques d'Arbouville, seigneur de Beauchefne, issu d'une noble famille d'Anjou, fut élevé dans la religion réformée en Touraine. À douze ans, il fut envoyé en Allemagne servir le prince de Nassau Tillimbourg. Grâce à son mérite, il obtint des recommandations auprès du prince d'Orange, qui lui confia diverses responsabilités militaires en Hollande. Après quinze années de service, des doutes religieux le ramenèrent à Paris. Il participa à plusieurs conférences avec M. Vignier de Richelieu, qui le présenta au père de La Chaize. Le père du Foing l'instruisit, et le 10 du mois, il abjura l'hérésie calviniste dans l'église Saint-Louis, sous la direction du père Bobinet et l'ordre de l'archevêque de Paris. La cérémonie se déroula en présence de plusieurs personnes de qualité, dont sa sœur, Madame de Marmande.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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946
p. 140-262
Journal de tout ce qui s'est passé au Parlement d'Angleterre assemblé à Londres, depuis de son ouverture, jusques au jours de sa separation. Avec l'histoire entière de la Rebellion du Duc de Monmouth, & du Comte d'Argile. [titre d'après la table]
Début :
Je viens aux affaires d'Angleterre. Vous remarquerez, Madame, que toutes [...]
Mots clefs :
Angleterre, Roi, Rebelles, Déclaration, Parlement, Dieu, Vaisseaux, Infanterie, Dragons, Religion, Comtes, Ducs, Marquis, Jacques, Milord, Conseil, Communes, Seigneur, Religion protestante, Gouvernement, Sentence, Complices, Armes, Écosse, Couronne, Papisme, Chambre, Gentilhommes, Trahison, Banquet, Discours, Comte d'Argile, Duc de Monmouth
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texteReconnaissance textuelle : Journal de tout ce qui s'est passé au Parlement d'Angleterre assemblé à Londres, depuis de son ouverture, jusques au jours de sa separation. Avec l'histoire entière de la Rebellion du Duc de Monmouth, & du Comte d'Argile. [titre d'après la table]
Je viens aux affaires d'Angleterre.
Vous remarqueGALANT.
141
rez, Madame , que toutes les
Dates que j'employeray ,
font conformes au Calendrier
que l'on y obferve , &
qui eft moins avancé de dix
jours que le noftre . Le Parlement
, qui avoit eſté convoqué
par
laires du Roy, s'eftant aſſem
bléle 19. de May à Weſtminfter
, le grand Huiffier à la
Verge noire , fut envoyé à la
Chambre des Communes
,
pour leur ordonner de fe
rendre à la Chambre des Seiles
Lettres circugneurs
, où Sa Majesté eftoit
affife fur fon Trône, revétuë
M.
Juillet 1685.
142 MERCURE
de fes Habits Royaux . Milord
North , Garde des Seaux,
faifant la fonction de Chancelier
, dont la Charge n'eſt
point encore remplie , leur
declara , que l'intention du
Roy eftoit, que les Membres
de l'une & de l'autre Chambre
preftaffent les Sermens
accouftumez , avant que Sa
Majefté s'expliquaſt ſur les
caufes de la convocation de
ce Parlement. Il ajoûta qu'-
Elle fouhaitoit que les Deputez
de la Chambre des
Communes fe retiraffent ,
pour proceder à l'élection
d'un Orateur , qu'ils luy preGALANT.
143
fenteroient à quatre heures
aprés midy. Les Communes
retournerent à leur Chambre
, & d'un confentement
unanime , le Chevalier Jean
Trevot , Avocat du Confeil
du Roy , fut choify. Dés le
foir mefme on le prefenta à
Sa Majefté, qui témoigna eftre
fatisfait de ce choix.
Le 22. du mefine mois , le
Roy fe rendit dans la Chambre
des Seigneurs , & s'étant
affis dans fon Trône , il fit venir
les Communes dans la
Chambre haute , & dit ,
Qu'auffi toft que Dieu l'eut pla-
Mij
144 MERCURE
-re ,
cé ,fans nulle oppofition , fut le
Trône de fes Anceftres , aprés avoir
difposé du feu Royfon Freil
avoit pris le deffein de convoquer
un Parlement , croyant
que c'eftoit le meilleur moyen d'établirfonRegne
fur desfondemens
qui puffent le rendre heureux pour
tous fes Sujets; Qu'il avoit declaré
fort au long àfon Confeil Privé,
lapremiere fois qu'il s'y eftoit rendu,
quels eftoient fes fentimens
touchant les principes de l'Eglife
d'Angleterre , dont les Membres
avoient toujours fait paroiftre une
fidelité fi inviolable dans les temps
les plus fâcheux , qu'il auroit toûGALANT.
145
t
jours foin de la proteger & de la
defendre ; Qu'il feroit tous fes efforts
pour conferver le Gouverne
ment de l'Eglife de l'Eftat ,
ainfi qu'il fe trouvoit étably ; &
que comme il n'abandonneroit jamais
les prérogatives de la Cou
ronne , auffi n'ofteroit- il jamais à
perfonne ce qui luy appartenoit ;
Que puifqu'il avoit fouvent hafardéfa
vie pour la defenfe de la
Nation , on ne devoit pas
qu'il nefit encore autant qu'aucun
autre pour luy conferver tous fes
Privileges ; Qu'il vouloit bien
leur donner ces affeurances dans
les meſmes termes dont il s'eftoit
douter
146 MERCURE
fervy àfon Avenement à la Con
ronne, afin de leurfaire voir qu'il
"ne les avoit pas employez alors
fans y avoirfait reflexion ;
qu'aprés une promeffe faite d'une
manierefi folemnelle , il croyoit
pouvoir attendre quelque reconnoiffance
de leur part , dans une
occafion où il s'agiffoitprincipalement
de luy affeurer un revenu
pendantfa vie, commeils avoient
fait à l'égarddu feu Roy Charles
11. Que l'entretien de la Flote ,
l'avantage du Commerce , les be
foins de la Couronne , & l'intereft
de l'Eftat qu'il ne devoit pas
gouverner en fuppliant , eftoient
GALANT. 147
des raiſons qu'il auroit pû alleguer,
pour leurfaire voir combien
Ja demande avoitde juftice ; mais
qu'il les connoiffoit tous fi raisonnables
, qu'il eftoit perfuadé que
leurs propres lumieres leur fuffi
foientpourpenetrer ce qu'il ne leur
difoit pas ; Qu'on pourroit luy oppofer
une raifon affez ordinaire ,
fçavoir l'inclination des Peuples
pour de frequens Parlemens , qu'on
affembleroit fouvent, fi on ne luy
accordoit
que
de temps en temps
les fecours qui luy feroient neceffaires
; mais que puifque c'estoit la
premierefois qu'il leurparloit comme
Roy , il eftoit bien aife de leur
148 MERCURE
declarer qu'il falloit agir avec luy
d'une autre forte ; & que le plus
feur moyen de l'obliger à refondre
ces frequentes Affemblées , eftoit
de le traiter toujours bien ; Que
cependant il croyoit devoir leur
dire , qu'il avoit efté averty qu’-
Argile avoit mis pied à terre dans
l'Ecoffe du cofté duCouchant, avec
tous ceux qui s'estoient embarquez
avec luy en Hollande; Que ce Rebelle
avoit fait publier deuxDeclarations
, l'une fous fon nom, l'au
tre au nom des Revoltés qui étoient
en armes , & qu'on l'y traitoit
d'Ufurpateur de Tyran; Qu'il
• avoit donné ordre que la plus courte
des
ز
GALANT. 145
te des deux leurfuſt communiquée,
qu'ilprendroit tout lefoin poffible
pour ne pas laiffer la Declaration
des Rebelles fans le châtiment
qu'elle meritoit.
Le Roy fit enfuite communiquer
aux deux Chambres
la Declaration du Comte
d'Argile ; mais avant que
je vous en parle , vous ferez
bien aife de fçavoir au moins
en fubftance ce que contenoit
celle des Rebelles .
foûtenoient fon party . Elle
avoit pour titre : Declaration
& Apologie du Peuple Proteftant
, c'eft à dire des Seigneurs ,
Juillet 1685.
:
N
qui
146 MERCURE
des Barons , des Gentilshommes ,
des Bourgeois , & des Commune's
de toutes fortes , qui font preſentement
en armes au Royaume d'Ecoffe
, avec la concurrence des veritables
& fidelles Pafteurs , &
de plufieurs Gentilshommes Anglois
joints avec eux en la mefme
caufe . Ils publioient par cette
infolente Declaration les
grands avantages que la Religion
Proteftante remporta,
tant en Ecoffe , que dans les
Païs étrangers ,par le bonfuccés
de l'horrible Rebellion
contre le Roy Charles I. Pere
Sa Majefté ; lequel fuccés ils
GALANT. 147
avoient l'audace d'imputer
par une impieté execrable à
la benediction de Dieu fur la
bonté de leur caufe. Ils exaltoient
la fidelité des Ecoffois,
appellez Covenanters , qui aprés
avoir livré le Pere pour
eftre cruellement maſſacré
par leurs Freres en Angleterre,
avoient neanmoins admis
le Fils à regner , à certaines
conditions qui ne pouvoient
fubfifter avec la Monarchie,
pretendant prouver par là ,
que le feu Roy eftoit avec
beaucoup de juftice accufé
d'ingratitude , puiſque tout
Nij
148 MERCURE
ce qu'il avoit fait depuis fon
heureux rétabliffement , avoit
efté contre les Loix , arbitraire
, tyrannique , & que
tous les fermens impofez ,
aprés que l'on avoit aboly
la Ligue folemnelle ou le
Convenant , avoient efté des
parjures, & leGouvernement
mefme une Apoftafie continuelle.
Ils accufoient les Parlemens
des deux Royaumes,
d'avoir annulé les pernicieufes
Loix faites pendant
la Rebellion , & en particulier
, le Parlement d'Ecoffe ,
d'en avoir fait quelques-
7
!
GALANT. 149
unes , en vertu defquelles le
fang Proteftant avoit efté.
répandu, dont ils donnoient
pour exemple le defunt Marquis
d'Argile condamné en
Parlement ; & enfin d'avoir
chaffé les Miniftres Non-
Conformiftes
. Ils accufoient
auffi le Gouvernement
de
faire mourir les gens contre
les Loix , de defoler les Eglifes
, & de changer les Or
donnances
de Dieu en inventions
des hommes, favorifant
les Papiſtes , & entretenant
des Armées fur pied,
qu'ils appelloient la ruine
Niij
150 MERCURE
& la deftruction du Gouvernement
civil . Ils fe declaroient
contre la Suprematie
du Roy , & contre toutes les
guerres faites aux Etats Generaux
des Provinces-Unies ;
contre l'execution de ces
Scelerats , qui fe faifoient un
métier & un exercice d'affaffiner
les Sujets fidelles ,
fous pretexte de Religion ;
contre la torture que l'on fit
fouffrir à Spence & à Carſtares
, par le moyen de laquelle
on découvrit la derniere
Confpiration , & enfin contre
la Sentence qui avoit
GALANT. 151
condamné Argile. Ils fe declaroient
auffi contre les recherches
qui furent faites à
Bothvvel- Bridge touchant
la Rebellion , par les Juges
des Affiſes , appellant toutes
ces procedures , fi neceſſaires
pour la paix & pour le repos
de ces Royaumes , une
Tyrannie meflée avec le Papifme
; contre l'élevation du
Roy fur le Trône , qu'ils nommoiết
Jacques Duc d'Yorck,
qui avoit efté exclus de la
Couronne par les Communes
d'Angleterre ; & enfin
contre laChambre des Com
Niiij
152 MERCURE
munes alors affemblée, dont
ils difoient qu'on avoit choifyles
Deputez par cabale,
fraude & tromperie. Ils publioient
que pour toutes ces
raifons , ils fecoüoient entierement
tous engagemens de
fujetion, & prenoient les armes
contre Jacques Duc
d'Yorck , & contre tous fes
Complices, les appellát leurs
méchans & dénaturez Ennemis
pour ces fins pretenduës,
fçavoir pour rétablirce qu'ils
appelloient la Religion Proteftante
; pour fupprimer &
exclurre à jamais le Papifme
& l'Epifcopat , fa racine & fa
1
1
GALANT. 153
fource
empoiſonnée ; pour
rétablir tous ceux qui avoiết
fouffert à caufe qu'ils avoiét
pris l'intereft de leur party ;
pour renverser le Gouvernement
preſent , & en établir
un autre felon leurs deffeins .
Ils protestoient que jamais
ils n'entreroient en aucune
Capitulation
, Traité ou Condition
evec le Roy ; mais
qu'au contraire ils continueroient
la guerre réellement,
vigoureuſement
& conftam
ment , jufqu'à ce qu'ils fuffent
venus à bout de leurs
fins , & qu'ils fe prefteroient
154 MERCURE
du fecours , & ſe maintiendroient
les uns les autres, &
particulierement leurs Freres
qui eftoient en Angle--
terre ou en Irlande , qui travailloient
dans la mefme
veuë. Enfin ils promettoient
l'indemnité à ceux qui avoiết
efté leurs Ennemis
, pourveu
qu'ils fe repentiffent fincerement
, qu'ils fe joigniffent
à eux , & les affiſtaffent avec
vigueur contre un Tyran
leur perfecuteur , & contre
un party Apoftat. C'eftoit
ainfi qu'ils traitoient Sa Majefté
, & fes fidelles Sujets.
GALANT. 155
Ils finiffoient par de grandes.
affeurances qu'ils donnoient
aux Révoltez , que Dieu les
affifteroit , & confondroit
leurs Ennemis.
La déclaration du Comte
d'Argile , qui qui fut communiquée
aux deux Chambres
ce jour là , avoit pour
Titre , Déclaration d'Archibald
Comte d'Argile , Seigneur de
Kinlyre , de Cambell , de Lorne ,
&c. Sherif hereditaire , Gonverneur,
& Fuge heréditaire
Genéral des Provinces d' Argile,
de Turben , avec ordre à fes
Vaffaux autres Habitans def156
MERCURE
dites Provinces , & autres qui
font fous fa Jurifdiction de concourir
avec luy pour la défenſe
de leur Religion , de leurs vies
de leurs biens. Cette Déclaration
portoit qu'il ne parleroit
ny de fon Factum imprimé
& publié en Latin &
en Flamand , & plus amplement
encore en Anglois, ny
de la Déclaration imprimée
& publiée par plufieurs Seigneurs,
Gentilhomes , & autres
Ecoffois & Anglois, qui
étoient alors en armes . Mais
que come il y étoit fait mention
de ce que fa famille &
GALANT. 157
luy avoient fouffert , il avoit
trouvé à propos de déclarer,
qu'ayant pris les armes avec
ceux qui l'avoient choiſi
pour eftre leur Chef , ce
n'avoit point efté pour aucunes
fins particulieres ou
perſonnelles ; mais ſeulement
pour celles qui eftoiét
contenues dans cette Déclaration
qu'il avoit concertée
avec eux , & qu'il approuvoit
, & qu'il ne prétendoit
faire valoir aucuns
autres droits que ceux qu'il
avoit avant la Sentence qui
le condánoit luy & fa Famil162
MERCURE
le, lefquels droits établiffoiét
fuffifamment
ſes prététions .
Que toutes les injures perfonnelles
faites à luy & à fa
Famille, il les pardonnoit vo
lontiers comme Chrétien ,à
ceux qui ne s'oppoferoient
point au party qu'il foûtetenoir
, mais qui fe joindroient
à luy pour faire
réüſſir ſon entrepriſe, & qu'il
s'obligeoit par cette prefente
Déclaration de ne les
pourſuivre jamais en Juſtice
. Qu'aprés qu'il auroit obtenu
la poffeffion paiſible
des biens qui appartenoieut
GALANT. 159
à fon Pere & à luy, avant les
prétenduësSentences qui les
avoient confifquez , il payeroit
toutes les dettes de fon
Pere & les fiennes . Que comme
fa fidelité pour le feu Roy
& pour fon Gouvernement
avoit fuffifamment paru
tous ceux qui n'eſtoient
pas prévenus injuftement
contre luy ; auffi reconnoiffoit-
il avec douleur qu'il
avoit eu trop.de complaifance
, & de condefcendance
à l'égard des mesures que
l'on avoit prifes , pour amener
les chofes en l'état où
160 MERCURE
elles eftoient alors , quoy
que Dieu luy fuft témoin
témoin qu'il n'avoit jamais
eu de part à de tels deffeins.
Qu'il avoit fouffert patiemment
l'injufte Sentence rendue
contre luy , s'eſtant retiré
du Royaume
pendant
trois ans & demy , fans avoir
eu jamais la penſée ny d'exciter
des féditions , ny de
troubler la paix pour fes
interefts
particuliers , en
prenant les armes pout ſe
défendre ; mais que le Roy
eftant mort & le Duc
,
d'Yorc qui levoit le maſque,
GALANT. 161
ayant entrepris de ruiner la
Religion Proteftante
qu'il
avoit abandonnée
, & d'envahir
leurs libertez , dans la
réfolution d'exercer
contre
les Loix l'Autorité fouveraine,
il croyoit qu'il eftoit non
feulement
de la Juftice,mais
encore de fon devoir envers
Dieu & fa Patrie , de s'oppofer
par toutes fortés d'efforts
à fon Ufurpation
& à fa Tyrannie
. Qu'avec l'affittance
& le fecours
de plufieurs
bons Proteftans
de l'une &
de l'autre Nation qui l'avoient
prié d'eftre leur Chef,,
Fuillet 1685. O
162 MERCURE
il eftoit réfolu d'executer
autant que Dieu luy en donneroit
le pouvoir , les deffeins
qui eftoient amplement
expliquez dans la Déclaration
, & qu'il exhortoit
& prioit inftamment tous
les honneftes Proteftans , &
particulierement tous fes
Parens & Amis , de concourir
avec luy touchant ce
qu'elle portoit ; qu'ayant
écrit plufieurs Lettres , parce
qu'il n'avoit point d'autres
voyes de faire fçavoir
fes intentions , il ordonnoit
à tous fes Vaffaux , & à tous
GALANT. 163
ceux qui estoient dans fes
diverfes Jurifdictions
de
de fe
que
fa
prendre les armes
joindre à luy , ainfi
Déclaration portoit , & d'o
beir aux ordres particuliers
qu'il leur envoyeroit de
temps en temps , faute dequoy
ils en répondroient à
leurs perils & fortunes .
Les Communes eftant retournées
dans leur Chambre
aprés la lecture de cette Déclaration
, la premiere chofe
que fit l'une & l'autreChambre
, fut de réfoudre qu'on
remercieroit le Roy de fon
O ij
164 MERCURE
obligeant Diſcours , & de la
Déclaration favorable qu'il
leur àvoit faite . Les Communes
ayant enſuite examiné
ce que Sa Majeſté leur
avoit dit touchant l'établifſement
d'un revenu , qui puſt
luy aider à foûtenir les dépenfes
de l'Etat , réfolurent
tout d'une voix , que le Revenu
que l'on avoit accordé
au feu Roy , feroit continué
à Sa Majefté pendant fa vie ,
& que l'on en drefferoit un
Bill , qui feroit apporté à la
Chambre. L'aprefmidy
, les
deux Chibres allerent trouGALANT.
165
ver le Roy à VVithehall , &
luy firent leurs remerciemens.
Le lendemain vingttroifiéme
de May , les Seigneurs
s'eftant affemblez,
on fit une Adreffe ,, contenant
que le Roy ayant eu la
bonté de leur faire part de l'avis
qu'il avoit eu, qu'Archibald
cy-devant Comte d'Argile,
déclaré coupable de trahifon,
avoit faitune defcente
en Ecoffe avec plufieurs
de fes Complices qui fe déclaroient
Rebelles , il eftoit
ordonné par les Seigneurs
Ecclefiaftiques & Seculiers,
166 MERCURE
affemblez en Patlement,
que cette Chombre iroit
trouver le Roy dans la Salle
des Banquets à VVitheall
fur les cinq heures du foir
de ce mefme jour , pour remercier
tres-humblement
Sa Majefté , d'avoir bien
voulu faire part de cette af
faire à la Chambre &
pour luy offrir leurs vies &
leurs biens contre les Rebelles
, & fes autres Ennemis.
Les Communes réfolurent
auffi d'un commun confentement
de faire la mefme
choſe ; ce qui fut executé
GALANT. 167
l'apreſdinée
par les deux
Chambres , qui s'eſtant renduës
à VVitheall , prefenterent
leurs Adreſſes au Roy.
On leut auffi ce jour là le
Bill , pour accorder à Sa
Majefté pendant ſa vie , le
Revenu dont joüiffoit le feu
Roy Charles II . On appelle
Bill toute affaire qu'on
propoſe, fans qu'elle foit rédigée
. On ordonne que des
Commiffaires l'examineront
, & ces Commiffaires
fe nomment
le Petit Comitté.
Lors qu'ils ont examiné l'affaire
, & qu'elle eft rédigée
168 MERCURE
par écrit , on dit alors que le
Bill eft formé , & il ne paffe
dans la Chambre où il a esté propofé , qu'aprésqu'e
l'a
leu trois fois . La premiere
des deux Chambres qui a
mis le Bill en cét état , l'envoye
dire à l'autre Chambre
, & c'eft toûjours celle
des Communes qui fe rend
dans la Chambre Haute,
qu'on appelle des Seigneurs,
ou la Chambre Peinte .
Quoy que le Bill ait efté approuvé
par les deux Chambres
, il ne paffe point , fi le
Roy ne vient en Habits
Royaux.
GALANT. 169
Royaux , & ne le touche avec
fon Sceptre : ce qu'il fait en
difant , le Roy y confent. Lors
qu'il dit le Roy s'avifera , cela
fait entendre qu'il ne veut
pas le paffer , & alors le Bill
n'a aucun effet. Ce
qu'on appelle le grand Comitté
, c'est lors qu'aprés
avoir propofé une Affaire,
l'Orateur defcend de fa
Chaire pour laiffer chacun
dans la liberté de fe parler,
non pas en demeurant en fa
place , mais en ſe
promenant
avec ceux dont on veut
prendre l'avis. Aprés qu'on
Fuiller 1685.
Р
170 MERCURE
s'eft ainfi confulté les uns
les autres pendant quelque
temps , l'Orateur remonte
dans fa Chaire , & tout le
monde reprend fa premiere
place. Il fe fait un filence,
& cela veut dire , eſtre en
Parlement. Chacun peut
alors parler à fon tour fur la
chofe propofée , & aufſi
long-temps qu'il veut , mais
feulement une fois.
Le Bill qui établiſſoit le
Revenu de Sa Majeſté,ayant
eſté leu trois fois , le Roy fe
rendit à la Chambre des Seigneurs
le 30. de May , & fit
GALANT. 171
aux deux Chambres le Dif
cours fuivant.
M
ILORDS ET
MESSIEURS ,
Je vous remercie du Bill que
vous venez de me prefenter , &
je vous affeure que la maniere
obligeante avec lale
prompte
quelle vous l'avez expedié , ne
m'eft pas moins agreable que
Bill mefme. Vous devez croire ,
qu'aprés de fi heureux commencemens
, je ne vous ay pasfait venir
icy fans neceffité , pour vous
demander unfecours extraordinaireQuand
je vous diray que les
´Pij·
172 MERCURE
Magafins pour laFlote & l'Artillerie
font extrémement épuiſez;
Que les anticipations qui ont efté
faites fur plufieurs parties de la
Couronne , font grandes & importantes
; Que les debres du feu
Roy mon Frere, àfes Officiers
afes Domestiques, meritent qu'on
yait égard ; Que la Rebellion d'Ecoffe
, fans l'exagerer , m'obligera
à une tres- grande dépense , je
fuis certain qu'en confiderant tou
tes ces chofes , vous vous croirez
engagez à me donner dequoy y
pourvoir, puis qu'il n'y a rien qui
regarde de plus prés le foulagement
, lafeureté, & le bonheur
GALANT. 173
·la
de mon Gouvernement. Mais je
dois vous recommander fur tout
le foin de la Flote , & la gloire
de cette Nation , afin que vous
mettiez en tel état que nous puiffions
eftre refpectez des Etrangers.
Je ne puis vous exprimer l'intereft
que j'y prens , plus conformément
ma pensée , qu'en vous affen-
↑ rant que j'ay un coeur veritable-
~> ment Anglois , & que je fuis auffi
jaloux des avantages de la Nationque
vous pouvez l'estre . F'ef
· pere qu'avec la Benediction de
"Dien voftre afſiſtance , je
pourray porter plus haut la reputation
de l'Angleterre que mes
a
Piij
174 MERCURE
Anceftres ne l'ont portée ; & que
comme je ne vous demanderay des
fubfides , que lors qu'ilsferont neceffaires
pour l'utilité publique ,
vous me verrez fi bien ménager
ce que vous me donnerez en de
pareilles rencontres , qu'ils feront
toûjours employez aux usages pour
lefquels je vous les demanderay.
Les Communes eftant retournées
dans leur Chambre
, délibererent en grand
Comité fur la demande du
Roy, & conclurent aufſi-toſt
de luy accorder un fubfide
extraordinaire . On refolut
pour cela d'établir une nouGALANT.
175
velle impofition fur le vin &
le vinaigre , telle qu'on l'avoit
accordée en 1670. au
feu Roy Charles II . & que le
Bill en feroit dreffé . Je paffe
à l'article des Seditieux.
Le 18. de May fur les onze
heures du matin , un petit
Baftiment venant d'lla au
Royaume d'Ecoffe , arriva à
Ballentoy. Il y avoit huit
hommes dedans, que la Garde
de ce lieu-là defarma . On
leur demanda d'où ils venoient
& ils répondirent
qu'ils fe retiroient en Irlande
, pour y eftre en feureté
;
Piiij
176 MERCURE
le Comte d'Argile & le Chevalier
Jean Cockram , qui avoient
mis pied à terre à Ila,
ayant avec eux cinq Vaiffeaux
chargez de munitions,
& fur lefquels on diſoit qu'il
y avoit prés de cinq cens
Hommes. Un de ces huit
Paffagers , nommé Friza , affeura
qu'il avoit veu Argile
avec Cockram , & un autre
vieux Gentilhomme dont il
ignoroit le nom ; qu'Argile,
dont le vifage luy eftoit tresbien
connu , parce qu'il l'avoit
veu difner en unlieu appellé
Killeru dans l'ille d'Ila,
GALANT. 177
luy avoit demandé des nouvelles
de l'Armée , entendant
parler de l'Armée du Roy ;
à quoy il avoit répondu ,
qu'elle eftoit allée à Kintire,
un peu avant qu'il fuft débarqué
; Que le mefme Argile
avoit enfuite envoyé
querir le Bailly d'Ila , qui
avoit refufé de fe foulever
avec luy , fur ce qu'il avoit
fait ferment de demeurer fidelle
au Roy ; Qu'Argile
avoit repliqué , qu'il pouvoit
entrer dans fon party
fans contrevenir à fon Serment
, puis qu'on ne fçavoit
178 MERCURE
pas bien encore qui eftoit
Roy ; mais que ce Bailly ne
voulant pas recevoir fes ordres
, s'eftoit fauvé avec plufieurs
Gentilhommes ; Qu'-
Argile l'ayant appris , avoit
juré qu'il feroit brûler ſa
maiſon , & pendre à leurs
portes tous ceux qui ne voudroient
pas fe foulever avec
luy . Cet homme ajoûta, qu'il
avoit fait porter par tout le
Pays un Croftary, qui eft un
Tizon ardent, ancien Signal
des Ecoffois , pour donner
l'alarme , & qu'il avoit menacé
tous les Habitans du
GALANT. 179
feu & du pillage s'ils ne prenoient
les armes pour luy .
On eut nouvelles peu de
jours apres , que n'ayant pas
trouvé dans l'Ifle d'Ila ,ny en
d'autres lieux. circonvoifins,
les Peuples difpofez à la revolte
, il eftoit venu à Kintire,
pour tâcher de foûlever
les Habitans de ce quartierlà,
pendant que fes Fils Charles
& Jean en faifoient autant
en d'autres endroits du
Comté d'Argile . Cependant
une partie confiderable
des
Troupes du Roy , compofée
principalement
de Montagnards
, marcha avec toute
180 MERCURE
la diligence poffible de cè
cofté-h pour s'oppoſer aux
Rebelles ,fous les ordres du
"Duc de Gordon, du Marquis
d'Athol , & de quelques autres
Chefs . L'Armée de Sa
Majefté alla camper à Glaſ
covy & aux environs , pour
empêcher que les Peuples de
l'Ouest ne fe joigniffent aux
Seditieux. Il y eut une autre
partie des mefmes Troupes
poſtée fur la Frontiere, pour
difputer le paffage à ceux qui
pouvoient venir du Nord
d'Angleterre prendre le party
du Comte d'Argile. Il s'é
toit flaté qu'il luy viendroit
GALANT. 181
de grands fecours de ce cofté-
là , apres fon débarque-
,
4
1 ment en Ecoffe. Le 20. du
mefme mois il mit pied à terre
à Lockeal autrement
Campletovvn , à huit milles
de Mul-head de Kintire du
cofté du Midy, & deux jours
aprés il envoya par tout le
Pays la Sommation fuivante
, fignée de fa main.
De Campletovvn le 22. May 1685.
Eftant par la grace de Dieu ,
arrivé icy en feureté, avec la refolution
conforme à la Declara_
tion publiée pour la defenſe de la
Religion Proteftante , de nos li182
MERCURE
bertez, & de nos vies , d'agir
contre le Papifme le Gouver
nement arbitraire , & tous ceux
de l'Ifle d'Ila eftant venus juſqu'icy
à un Rendez- vous general
; celles- cy font pour requerir
tous les Proprietaires , Fermiers ,
✔autres , tous les gens capables
de porter les armes , depuis
l'âge defeize ans jufqu'à celuy de
foixante, dans la divifion de Cou
val, de fe trouver, fans manquer,
Rendez- vous le 26. du courant
à midy , ou plûtoft s'il eft poffible,
avec toutes leurs armes , & des
vivres pour quinze jours .
an
ARGILE.
GALANT. 183
Son Fils Charles voulant
appuyer cet ordre,alla àCou
val, & écrivit à plufieurs Gentilshommes
pour les obliger
à fe rendre auprés de luy ,
avec menace de mettre tout
à feu & à fang s'ils s'en excufoient.
En effet, il fit brûler
les maiſons de ceux qui joignirent
l'Armée du Roy.
Cette rigueur en attira quelques
- uns dans le
party du
Comte d'Argile, qui marcha
le 28. de May de Campletovvn
en Kentire , du cofté
de Tarbert,avec deux Compagnies
de Cavalerie , telles
184 MERCURE
qu'il put les trouver en ce
Pays -là, & fept cens Fantaſ
fins . Il rencontra là trois cens
hommes d'Ila , & deux cens
autres devoient y venir le
joindre. Le 29. il partit de
Tarbert, accompagné d'Auchinbreck
qui l'avoit joint ,
& vint à Rofa dans l'Ile de
Boot , où il prit des provifions
pour une nuit . Le 30 .
il fit voile tout autour de
l'Ifle , avec trois Vaiſſeaux
& vingt petites Barques . Le
plus grand de ces Vaiſſeaux
n'eftoit monté que de trente
pieces de Canon , le fecond
GALANT. 185
de douze , & le troifiéme de
fix. Il avoit avec luy un autre
petit Baftiment chargé
de bled , qu'il avoit pris fur
la cofte. Il revint à Rofa ,
apres qu'il eut fait le tour de
l'ifle, & fit tirer fept coups de
Canon lors qu'il débarqua,
Il n'avoit en tout que deux
mille cinq cens hommes ou
environ ; mais il croyoit obliger
les Peuples à fe revol
ter, en les affeurant qu'on fe
foulevoit déja de toutes parts
en Angleterre. Cela ſe voic
par une Lettre qu'il écrivit
de Campletovvn le 22. de
Juillet 1685. е
186 MERCURE
May , & qu'il adreffoit au
fieur de Lupe . En voicy les
termes.
CHER
AMY,
de
Il a pleu à Dieu de me faire
heureusement arriver icy, où plufieurs
Perfonnes de l'une
Tautre Nation m'ont joint pour la
défenſe de la Religion Proteftante
, de nos libertez , & de nos
vies , contre le Papifme & le
Gouvernement arbitraire . On en
peut voir les particularitez dans
deux Déclarations publiées ; la
premiere par ces Seigneurs, GenGALANT.
187
tilhommes & autres , & la feconde
par moy , pour moy mefme.
Nous avons vécu voftre Pere &
moy en grande amitié , & je fuis:
bien aife de vous fervir vous qui
eftes fon Fils , en défendant la
Religion Proteftante , ce que je
feray toûjours preft de faire dans
toutes les chofes qui vous regarderont
en particulier. Ie vous prie
de ne vous laiffer perfuader par
qui que ce foit, que ny la crainte
ny d'autres mauvais principes ne
vous engagent à négliger en ce
temps cy ce que vous devez à
à voftre Patrie. Gar Dieu
dez- vous de croire
que
le
Duc
Qij
188 MERCURE
d'York n'eft point Papiſte , on
qu'eftant tel il peut estre un juſte
Roy. Scachez que l'Angleterre
eft toute en armes en trois differens
le Duc de Monles
Provinces
Occidentales
les
endroits ; que
mouth
paroift
dans le mefme
temps
que nous ; qu'il y apeu de Places
en Ecoffe
qui ne fe joignent
ànôtre
party , & que
Meridionales
n'attendent
pour le faire , que
nouvelles
de mon
débarquement
,
car c'est
ce que nous
réfolumes
avant
mon départ
de Hollande
.
Te vous fupplie
donc
de ne point
tarder à vousfeparer
de ceux qui
vous
trompent
, & qui traGALANT.
189
vaillent à avancer le Papifme,
& de venir avec tous ceux qui
vous obeiffent pour défendre la
caufe de la Religion , & foyez
perfuadé que vousferez tres- bien
receu par voftre tres- voftre tres- affectionné
Amy pour vousfairefervice ,
ARGILE.
Il y avoit en Apoſtile . Cette
Lettre pourra eftre communiquée
au Ieune Logie , à Skipnage,
àCharles Mac Echan.
Le fecond de Juin un
Party des Troupes du Roy
que commandoit le Marquis
d'Athol , vint à Glenda190
MERCURE
rovval , où eftoit Charles
Campbel , Fils du Comte.
d'Argile , avec fix vingts
Hommes de pied & douze
Cavaliers , qui eurent bien
de la peine à fe retirer dans
leurs Vaiffeaux. On en fit
deux Prifonniers , & un autre
fut tué. Le lendemain le
Comte d'Argile envoya le
Chevalier Cockran & Polvvart
avec cent Hommes
& deux Vaiffeaux à Greenot,
où une Compagnie de Cavalerie
des Milices du Roy,
commandée par Milord
Cockran , tâcha de les emGALANT.
191
pefcher de débarquer , mais
elle ne put foûtenir longtemps
le feu du Canon , &
de la Moufqueterie des deux
Vaiffeaux. Ainfi les Rebelles
mirent pied à terre , &
entrerent dans la Ville , où
ils enleverent les Farines &
toutes les Proviſions qu'ils
purent trouver , aprés quoy
ils retournerent à l'Ile de
Boot où eftoit leur Camp.
Cependant les Vaiffeaux du
Roy eftant arrivez devant
cette Iſle , obligerent le
Comte d'Argile à quitter ce
Pofte. Il alla à Covval qui
192 MERCURE
eft une partie de la Province
d'Argile , & avant que
de partir , il fit brûler la
Maifon du Sherif de Boot,
& emporta tous fes meubles.
Il avoit réfolu d'envoyer fes
Vaiffeaux & fes Chaloupes à
Lochfine du cofté d'Inveraray
, mais n'ayant pû faire
voile à caufe des Vents contraires
, les Frégates de Sa
Majefté , l'Alcyon , & le
Faucon , vinrent à l'emboucheure
de Lochrovvan , où
les Bâtimens des Rebelles
eſtoient à l'Anchre. Cette
arrivée impréveuë les étonna
GALANT. 193.
na tellement , qu'abandonnant
le deffein d'aller du côté
de Lochfine ils commencerent
le 10. de Juin à
fortifier un petit Chaſteau
appellé Ellengreg , & un
Rocher qui eſt auprés dans
une petite Ifle , pour affeurer
leurs
eftoient àà Lochrovvan.
Cela eftant fait , ils quitterent
cette Place , & le Comte
d'Argile marcha vers la
pointe de Lochfine , ayant
laiffé cent cinquante Hommes
pour la garde de fes
Vaiffeaux , & mis fon Ca-
-Juillet 1685.
R
Vaiffeaux qui
194 MERCURE
non , fes Armes , & fes Munitions
dans le Chafteau. Le
11. un Party des Troupes du
Roy d'environ trois cens
Hommes d'Infanterie, commandée
par le Marquis d'Athol
, en rencontra un de
Rebelles , compoſé de quatre
cens Fantaffins &
de quatre- vingts Chevaux.
Il les défit , & il y en eut
beaucoup de tuez . Les Rebelles
, aprés cette défaite ,
retournerent
à Ellengreg
,
d'où ils partirent
le IS. &
ayat paffe Lochlong, ils marcherent
du cofté de Lenox
GALANT. 195
dans la Province de Dumbarton.
Le mefme jour les
Vaiffeaux du Roy vinrent
moüiller l'Anchre devant le
Chaſteau ,où eftoient encore
les Armes & les Munitions
des Rebelles. Ils fe préparoient
à le battre de leur
Canon, mais ils n'eurent pas
plûtoft tiré le premier coup,
que deux Hommes parurent
avec un Etendard
blanc , & leur dirent qu'il
n'y avoit perfonne dans le
Chafteau , & que tous les
Rebelles avoient pris la fuite.
On envoya auffi- toft une
Rij
196 MERCURE
""
Chaloupe à terre , & l'on
trouva que le rapport eſtoit
veritable. Ainfi l'on s'empara
du Chafteau , de leurs,
Navires & de leurs Chalou_
pes. On trouva des armes
pour cinq mille' Hommes,
cinq cens Barils de Poudre,
des Boulets, de la Méche, &
d'autres chofes à proportion ,
outre les Canons dont il y en
avoit quelques - uns montez
, & les autres au fond de
l'eau , mais faciles à retirer.
Le 16. les Rebelles pafferent
à la pointe de Gairloch,pour
aller chercher les endroits
GALANT. 197
Guéables de la Riviere Levin
, entre Lochlomond , &
la Ville de Dumbarton . Le
17. au matin le Comte de
Dumbarton , ayant eu avis
qu'ils avoient paffé cette
Riviere , & qu'ils eftoient
entrez dans la Province qui
porte fon nom , envoya trois
Compagnies de Dragons
fous le commandement de
Milord Charles Murray ,
leur Lieutenant Colonel,
pour les empefcher de paffer
la Riviere de Blide , & il
partit en mefme temps de
Glafcovv pour les fuivre. Il
Liij
198 MERCURE
les joignit à Killerne , & la
Cavalerie & les Dragons les
arreſterent juſqu'à ce que
l'Infanterie fuft arrivée, mais
ils eſtoient ſi avantageuſement
poftez , & il eſtoit fi
tard qu'on ne trouva pas
qu'il fuft à propos de les attaquer.
L'Armée du Roy
demeura toute la nuit rangée
en Bataille , pour eſtre
prefte à combattre , auffitoft
que le jour paroiftroit,
mais les Rebelles profiterent
de l'obscurité , pour
fe retirer fans bruit. Ils
pafferent la Riviere de
GALANT. 199
Clide à la nage avec leurs
Chevaux , & leur Infanterie
la paffa dans des Batteaux,
auprés d'un Village nommé
Kilpatrich . Ainfi ils ſe fauverent
à Renfrevy fans aucun
obſtacle . L'Armée du
Roy ne trouvant plus les
Rebelles le 18. au matin,
marcha avec toute la diligence
poffible du cofté de
Glafcovv , où aprés qu'elle
ſe fuft repofée deux heures,
le Comte de Dumbarton
partit avec la Cavalerie , &
les Dragons pour les fuivre ,
laiffant l'Infanterie derriere,
Riiij
2c0 MERCURE
1
avec ordre de le joindre en
grande hafte. Le Comte
d'Argile , & le Chevalier
Jean Cockran eſtant
à Renfrevv , ramafferent une
partie de leurs Troupes , &
prirent desGuides pour fe fai
re conduire par des fentiers
écartez dans la Province de
Gallovvay , mais ces Conducteurs
ayant manqué leur
chemin, les engagerent dans
un Marais , où les Rebelles
ayant perdu leurs Chevaux
& leur Bagage , leur Infanterie
fe divifa en petits Partys
, ce qui obligea le ComGALANT.
201
ger
te de Dumbarton de partaauffi
fon Armé en petits
Corps pour les mieux pourfuivre.
Le Comte d'Argile
eftant retourné fur fes pas
feul à Cheval , du cofté de la
Riviere de Clide , fut attaqué
par deux Valets de
Greinock , qui fans le connoiſtre
, luy crierent qu'il fe
rendift. Il tira fur eux , &
fut bleffé d'un coup de piftolet
à la tefte. Alors ne fe
fiant plus à fon Cheval , qui
eftoit extrémement fatigué,
il init pied à terre , & creut
fe pouvoir cacher dans l'eau .
202 MERCURE
UnPayfan eftant accouru,fe
jetta dans l'eau aprés luy ,l'un
& l'autre en ayant prefque
jufques au col. Le Côte d'Argile
tira fur le Payfan , mais
fon piftolet ne fit pas feu , &
le Payfan l'ayant encore
bleffé à la tefte , ce fecond
coup le troubla fi fort qu'il
s'écria en tombant , Ah ! mal
heureux Argile ! Ces paroles
l'ayant fait connoiſtre pour
ce qu'il eftoit , le Payfan &
les deux autres Hommes qui
l'avoient bleffé d'abord , le
retirerent de l'eau , & le menerent
à leur Commandant.
GALANT. 203
Un Party de quarante Chevaux
, commandé par Milord
Roff, & un pareil nombre
de Dragons , commandez
par le Capitaine Cleland
, en attaquerent un des
Rebelles que commandoit
le Chevalier Jean Cockran.
Il alloit du coté de la Mer.
Ceux- cy voyant venir le
Party du Roy , fe pofterent
dans un petit Clos où ils
eftoient à couvert juſqu'aux
épaules , ce qui n'empefcha
pas Milord Roffde les charger
, mais le Terrain eſtant
trop fort pour eftre rompu
204 MERCURE
par la Cavalerie , le Capitai
ne des Dragons fut tué en
approchant , Milord Roffreceut
une bleffeure legere , le
Chevalier Adam Blair un
coup de Moufquet dans le
col , & le Chevalier Guillaume
Wollace de Craigie , un
autre das le cofté, aprés quoy
lés Rebelles fe retirerent
dans un Bois , qui eftoit derriere
ce Clos , avant que les
Dragons euffent pû venir à
eux. Un Party de cinq Hom
mes des Milices de Clefdale
commandé par le Comte
d'Arran , prit Rumbold &
GALANT. 205
fon Valet , qui fe battirent
en defefperez . Rumbold eſt
celuy dans la Maiſon duquel
les Conjurez avoient tenu
les Affemblées, où ils avoient
réfolu de tuer le feu Roy fur
le chemin de Neumarket .
Le Colonel Aylof fut mené
prifonnier à Glafcovv , avec
plus de deux cens autres .
Ce fut de ce lieu là que l'on
amena le Comte d'Argile à
Edimbourg le 21. de Juin . Il
la Porte du cofté
entra par
de l'eau. Toutes
les Ruës
jufques
au Chafteau
où il
fut mis prifonnier
, eſtoient
206 MERCURE
gardées par la Compagnie
du Roy qui eftoit dans cette
Ville là. Il avoit les mains
liées derriere le dos , & la
teſte nuë , & le Bourreau
marchoit devant luy. Le
Colonel Aylof cuſt eſté
amené avec luy , mais la
nuit avant qu'il deuft partir
de Glafcovv , il s'ouvrit le
ventre avec un Canif.
26. on fit le Procez à Rumbold
, qui fut condamné
comme Criminel de Haute
Trahifon , & l'aprefdifnée
on le traifna fur la claye
à la grande Place d'Edim-
Le
GALANT. 207
bourg , où il fut pendu , &
mis en quartiers. Le 30. le
Comte d'Argile fut mené en
la mefine Place , où un Echafaut
avoit efté élevé. Il eut la
Tefte coupée, en vertu de la
Sentence prononcée contre
luy il y a quelques années,
fans qu'on luy euft fait ſon
Procez de nouveau pour fa
derniere révolte . On ordóna
feulement que fa Tête feroit
miſe fur la Priſon appellée
Tolbooth.Son corps fut portédans
la Chapelle de Sainte
Madeleine auprés de Covvgate.
Il ne fit aucun Dif
208 MERCURE
.
1
cours fur l'Echafaut , mais il
mit un Papier entre les mains
du Doyen de la Cathédrale
d'Edimbourg , qui l'affiſta à
la mort avec le Sieur Charrers
, pour eftre rendu à Milord
Chancelier. Il déclara
qu'il n'en avoit laiffé aucun
autre touchant les Affaires
des Rebelles. Quelques heures
aprés l'execution , on eut
nouvelles que le Chevalier
Jean Cochran & fon Fils
avoient efté pris dans un Village
appellé Cochran , chez
un Oncle du Chevalier ou
ils s'eftoient cachez .
GALANT. 209
Tandis l'on
pourfuique
voit les Rebelles en Ecoffe
13.
le Roy eut avis d'un autre
Soulevement. Un Courier
exprés que luy envoya le
Maire de Lime , arriva le
de Juin au matin, & luy rap
porta que le 11. du mefme
mois, trois Vaiffeaux avoient
paru à la hauteur de cette
Place, & que le Duc de Mon
mouth avoit mis pied à terre
fur les fept heures du foir ,
avec environ cent cinquante
hommes ; qu'eftant entré
dans la Ville , il s'en eftoit
rendu Maiſtre , & qu'il avoit
Juillet 1685.
t
S
210 MERCURE .
envoyé quelques-uns de fes
Complices dans les Provinces
voifines
, pour engager
les Peuples à une Rebellion
ouverte contre le Roy. Sa
Majefté fit affembler auffitoft
fon Confeil Privé , & ordonna
que la Proclamation
fuivante feroit publiée.
ACQUES , ROY.
JA
Comme Nous avons receu
avis certain , que Jacques , Duc
de Monmouth , Ford autrefois
Lord Grey , profcrit ou condamné
par Contumace pour crime
de Haute trabifon , ont mis pied
GALANT. 211
à terre depuis peu à Lime , dans
noftre Province de Dorfet , d'une
maniere ennemie, avec divers autres
Traitres & Gens condamnez
auffi par Contumace ; qu'ils fe
font emparez de noftredite Ville
de Lime , ont difpersé quel &
ques uns de leurs Complices dans
les Provinces circonvoisines , pour
exciter ces Pays- là à ſe joindre à
eux dans une Rebellion ouverte
contre Nous : Nous de l'avis de
noftre Confeil Privé, publions &
declarons Jacques , Duc de Monmouth
, & tous fes Complices ,
Adherents, Fauteurs & Confeil
lers , traitres & rebelles , &
S. ij
212 MERCURE
Nous commandons & enjoignons
à tous Gouverneurs , Lieutenans
Gouverneurs , Sherifs , Inges de
Paix , Maires , Baillis ,
tous nos autres Officiers, tant de la
Iuftice que de la Milice , de faire
rous leurs efforts pourfaiſir & apprehender
ledit Tacques Duc de
Monmouth, Ford cy- devant Lord
Grey , & tousfes Confederez
Adherens ; comme auffi tous antres
qui aideront , affifteront , ou
fouftiendront lefdits Traiftres &
Rebelles , de s'affeurer de tous,
& d'un chacun d'eux , jufqu'à ce
que noftre volonté leur foir plus
amplement connue , faute dequoy
L
GALANT. 213
ils en répondront à leurs perils
fortunes. Donné à noftre Cour de
Voitheall
le 13. de Tuin 1685.
de noftre Regne le premier. Dieu
conferve le Roy.
Sa Majesté ayant fait
part de cette nouvelle à
fes deux Chambres du Parlement
, elles refolurent
de faire chacune une Adreffe
, & de les luy prefenter
féparement. Voicy celle
que la Chambre des Seigneurs
luy prefenta à Witheall
, dans la Sale des Banquets.
Le Roy ayant en la bonté de
214 MERCURE
que·
communiquer à cette Chambre
l'Avis qu'il a receu ce matin
le Duc de Monmouth a mis pied
à terre à Lime dans la Province
de Dorfet , en Ennemy , & avec
plufieurs defes Adherens, qu'il
s'eft emparéde cette Ville - là , cet
te Chambre a refolu de fe rendre
auprés de Sa Majesté , pour luy
faire fes tres - humbles remercimens
de luy avoir fait part de cet
avis , & pour offrir à Sa Majeftéde
fe tenir attachée à Elle , &
de l'affifter de fes vies de fes
biens contre ledit Duc de Monmouth
, & contre tous Rebelles &
Traiftres , & tous les autres EnGALANT.
215
nemis de Sa Majesté.
L'Adreffe que la Chambre
des Communes luy prefenta
dans la mefine Salle des
Banquets , eftoit conceuë en
ces termes.
IRE ,
STR
en
Nous, les tres -fidelles Sujets
de Vostre Majefté , les Communes
d'Angleterre affemblées e
Parlement , la remercions treshumblement
, de tout noftre
coeur , comme noftre devoir nous
y oblige , du Meffage qu'Elle a
eu la bonté de nous envoyer, pour
nous faire fçavoir que l'ingrat
216 MERCURE
eft
que
Jacques , Duc de Monmouth ,
entré dans ce Royaume en Rebelle
. Nous affeurons Voftre Majefté
, avec toute l'obeiſſance & la
fidelité que nous luy devons ,
nous fommes & ferons toûjours
prefts de nous attacher à Elle , &
de l'aßifter de nos vies & de nos
biens contre ledit Iacques Duc de
Monmouth , fes Adherens , &
Correfpondans, & contre tous autres
Rebelles & Traitres quelconques
qui les affifteront , ou aucun
d'eux: Et comme la confervation
de la Perfonne facrée de Voftre
Majefté eft de la derniere impor.
sance pour la paix & pour le
bonheur
GALANT. 217
bonheur du Royaume ; Nous , les
tres obeiffans tres fidelles Sujets
de Voflre Majefté , la fupplions
tres - humblement de prendre
un foin extraordinaire de fa
Perfonne Royale
que
nous
prions Dieu de conferver longtemps.
Leis.le Parlement s'eftant
affemblé , les Seigneurs envoyerent
dire à la Chambre
des Communes
, que le Roy
leur avoit communiqué
un
Manifefte publié au nom du
Duc de Monmouth ; & qu'ils
y avoiết trouvé des maximes
fi execrables & fi injurieuſes
Juillet 1685.
Ꭲ .
218 MERCURE
pour Sa Majefté , qu'ils avoient
refolu de le faire brûler
par la main du Boureau.
Ce Manifefte fut leu enfuite
avec la Sentence des Seigneurs
. La Chambre baſſe
fut du mefme avis, & ce jourlà
mefme cette Sentence fut
executée . On lut dans la
même Chambre le Bill, pour
faire le procez au Duc de
Monmouth . On le mit au
net , & on le leut juſques à
trois fois dans cette mefme
Seance . La Chambre l'ayant
approuvé , on l'envoya aux
Seigneurs qui l'approuveGALANT.
219
rent auffi par un confentement
general . Le Comité ,
qui eftoit chargé de dreffer
un Bill pour la feureté de la
Perfonne du Roy , eut ordre
d'y inferer cette claufe; Que
tous ceux qui maintiendroient
que le Duc de Monmouth
eſtoit né en legitime
Mariage , ou qu'il pouvoit
pretendre legitimement à la
Couronne, feroient declarez
coupables de Haute - trahifon.
On ne fe
de fe contenta pas
faire brûler fon Manifefte
par la main du Boureau , les
Tij
220 MERCURE
Particuliers en pouvoient
garder quelques copies , &
pour l'empefcher, on publia
dés ce mefme jour la Proclamation
fuivante.
JA
'ACQUES , ROY.
Dautant que Jacques , Duc
de Monmouth
, pour exciter nos
Sujets à fe joindre à luy dans fa
revolte contre Nous , a depuis peu
fait publier & difperfer contre nôtre
Perfonne & noftre Gouver
nement , par fes Emiffaires Complices
de fa Rebellion , le plus infame
& le plus perfide de tous les
Ecrits , intitulé: Declaration
•
GALANT. 221
de Jacques , Duc de Monmouth
, & des Seigneurs ,
Gentilshommes
, & autres
prefentement en armes pour
la defenfe & la juftification
de la Religion Proteftante ,
& des Loix , Droits & Privileges
d'Angleterre ; contre
l'Invaſion & la Tyrannie de
Jacques , Duc d'York . Lequel
Ecrit les Seigneurs Ecclefiaftiques
Seculiers affemblez en
Parlement, ont juftement condamné
à eftre brûlé par la main du
Bourean , veu qu'il contient la
plus haute trabifon , que
stable malice des plus implacables
la dete-
Tiij
222 MERCURE
de nos Ennemis puft inventer contre
nous ; Nous , eftant meus de
bonté &
“
አ
pour nos Sujets,
craignantque quelques-uns
d'entre eux nefeachant pas le danger
auquel ils s'expoferoient , ne
fuffent portez à recevoir àgarder
ledit Ecrit , ou à en faire part
à d'autres , Avons trouvé à propos
de l'avis de noftre Confeil
Privé, d'en informer tous nos bons
Sujets. C'eft pourquoy nous commandons
& ordonnons expreßément
par ces Prefentes , à tous
Gouverneurs , Lieutenans , Sherifs
, Juges de Paix , Maires ,
Baillis , Prevofts , grands peGALANT.
223
que
tits Conneftables , à tous nos autres
Officiers , tant de la Milice
de laJustice ; comme auffi à
tous nos Amez Sujets de noftre
Royaume d'Angleterre , de noftre
Principauté de Galles , & de la
Ville deBervvick fur la Toveed,
defaifir & apprehender , & de
faire arrefter toute perſonne ou
perfonnes , qui publieront , difperferont
, ou garderont ledit Écrit,
fans le découvrir au plus prochain
luge de Paix , afin que
Coupable ou les Coupables puiffent
eftre poursuivis comme Traitres
envers Nous , & envers nô.
rre Couronne & Dignité ; faute
le
Tiiij
224 MERCURE
dequoy ils en répondront à leurs
perils fortune. Donné à noftre
Cour de Vvitheall , le 15. de Iuin
1685. de noftre Regne le premier.
Dieu conferve le Roy.
Le lendemain on publia
une autre Proclamation , en
ces termes.
JAC
ACQUES , ROY.
Nos Communes affemblées
en Parlement , nous ayant prié
par leur humble Adreſſe , de promettre
une recompenfe de cing
mille livres Sterling à celuy ou
ceux qui livreront la Perfonne de
Jacques , Duc de Monmouth ,
GALANT. 225
vif; & ledit Jacques , mort on vif;
Ducde Monmouth , estant condamné
par Acte du Parlement ,
pour crime de Haute - trahison ,
Nous de l'Avis de nostre Confeil
Privé , publions & declarons
par ces Prefentes nostre Promeffe
Royale , que nostre plaifir &
volonté est , que quiconque livrera
le Corps duditJacques , Duc de
Monmouth, mort ou vif, recevra
aura la recompenfe de cinq
mille livres Sterling pour ce fervice
, laquelle fomme luyfera inceffamment
payée par notre grand
Treforier d'Angleterre . Donné
le 16.Juin 1685. &c.
226 MERCURE
Le Duc de Monmouth ef
tant entré à Lime le 1. de
Juin , comme je vous l'ay
marqué , en fortit le 14. à
trois heures du matin avec
foixate Chevaux & fix vingts
Hommes de pied ; & aprés
avoir marché environ deux
milles,il les laiffa fous le commandement
deMilord Grey,
qui s'avança jufques à Bridport,
petite Place à fix milles
de Lime. Les Rebelles y entrerent
, en faisant un feu
continuel de leurs Pistolets
& de leurs Moufquets . Quelques-
uns d'entre-eux attaGALANT.
227
querent une Hoftellerie
, où
ils trouverent
environ dix
Cavaliers. Ils tuerent les
fieurs Wadham
, Strangvvais
,
& Edouard Coaker , & blefferent
le fieur Harvey
. Pendant
ce temps, les Habitans
coururent
aux armes , & chargerent
les Rebelles, defquels
ils tuerent fept , & firent
vingt- trois prifonniers
. Les
autres prirent la fuite, & l'on
trouva plus de quarante
de
leursMoufquets
qu'ils avoiét
laiffez dans la campagne
.
eurent pourtant le foin d'emporter
le corps d'un de leurs
Ils
228 MERCURE
Officiers qui avoit eſté tué.
Milord Grey eut fon cheval
tué fous luy ; & eftant demeuré
à pied, il fut contraint
de fe deboter, afin de fe fauver
plus aifément. Le 18. Milord
Churchil fe rendit à
Chard avec quelques Troupes
du Roy , & envoya le
Lieutenant Monaux accompagné
de vingt hommes , &
d'un Maréchal des Logis du
Regiment d'Oxford , pour
obferver les Rebelles. Ils en
rencontrerent un Party d'un
pareil nombre, à deux milles
de Taunton. Ils le chargeGALANT.
229
rent , en tuerent douze , &
blefferent prefque tous les
autres; mais ayant apperceu
un autre party , ils fe retirerent
. Le Lieutenant Monaux
fut bleffé à la tefte d'un
coup de Moufquet . Dans ce
mefme temps le Capitaine
Trevanion , qui commande
un Vaiffeau de guerre nommé
le Suadados , eftant arrivé
à Lime avec les Vaiffeaux du
Roy qu'il commande , y trou
va deux Navires des Rebelles
, une Pinaffe , & un petit
Heu ,avec quarante barils de
Poudre , & des Cuiraffes pour
230 MERCURE
quatre à cinq mille hommes
. Il s'en empara , ainſi
que des deux Baftimens
. Les
Rebelles avoient fait mettre
en Priſon les Principaux
de
la Communauté
, fur le refus
qu'ils avoient fait de fe joindre
à eux . De Daunton
ils s'avancerent
à Bridgvvater
,
& de là aux environs de Glaffenbury
. Milord Churchil
qui les obfervoit de prés, envoya
le 22. un party de quarante
Cavaliers
, qui en ayant
rencontré quatre- vingt , les
obligea de fe retirer dansleur
Camp. Le mefme jour , MiGALANT.
231
lord Duras de Féversham ,
Lieutenant General des Armées
de Sa Majeſté , arriva à
Chippenham, avec un Détachement
des Gardes du
Corps du Roy , des Grenadiers
, du Regiment d'Oxford
, & des Dragons. Le
Comte de Pembroc l'y joignit,
avec la Milice du Comté
de Vilts , dont il eft Gouverneur
.
Le 25. un Party de cent
Chevaux , commandé par par le
Colonel Oglethorp, attaqua
les Rebelles au Pont de Canisham
,entre Bristol & Bath ,
T
232 MERCURE
& défit deux Compagnies de
leur meilleure Cavalerie . Il
y en eut prés de cent tuez .
Le Comte de Nevvbourg Ecoffois,
qui foûtenoit le party
du Roy , receut un coup
de Moufquet dans le ventre.
Il tomba de cheval , & euſt
efté pris , fi ayant encore le
Piſtolet à la main , il n'euft
tué celuy des Rebelles qui
s'avançoit pour le prendre ,
ce qui donna moyen à ceux
de fon party de le délivrer .
Cependant le Comte de
Pembrock ayant fceu que le
Prevoft de Frome avoit fait
GALANT. 233
afficher la Declaration du
Duc de Monmouth, s'y rendit
avec cent foixante Cavaliers
, dont quelques- uns avoient
fait monter derriere
eux des Soldats au nombre
de trente - fix. Eftant arrivé
auprés de la Place , il enten
dit quantité de coups de
Moufquets , & un grand
bruit de tambours ; & apprit
que les Seditieux ayant eu
avis qu'il venoit , s eſtoient
affemblez au nombre de
deux à trois mille , accourus
de Warmifter & de Weftbu
ry , les uns armez de Mouf
Juillet 1685.
V
Y
234 MERCURE
quets , les autres de Piſtolets
& de Piques , de Faux & de
Fourches
. Quoy que ceComte
n'euft avec luy qu'un petit
nombre
de gens , il ne
laiffa pas de s'avancer à la tefte
de fes Soldats , fuivis de fa
Cavalerie. Les Rebelles firent
paroiſtre d'abord beaucoup
de refolution , & un
d'entr'eux tira auffi-toft un
coup de Moufquet fur luy ,
ordonnat aux autres de tirer
lors que le Comte feroit arrivé
à un lieu qu'il leur marqua
; mais la crainte les faifit
incontinent. Ils jetterent
GALANT 235
tous leurs armes , & prirent
la fuite. Le Comte de Pembrock
alla jufques à la Place
où la Declaration avoit
efté affichée . Il la fit arracher
& le Prevoft de ce
Bourg fut contraint d'écrire
de fa propre main qu'il
la deteftoit , & qu'il declaroit
le Duc de Monmouth
Traiftre . Il fit afficher au
mefme endroit cette Declaration
du Prevost , qu'il
envoya enfuite en Prifon.
Le 26. il marcha du coſté
de Bath felon les ordres
;
qu'il avoit receus
2
avec
V ij
236 MERCURE
trois Régimens d'Infanterie
des Milices du Comté de
Vilts , fa Cavalerie ayant
eu ordre d'aller joindre le
Duc de Grafton. A peipeine
eut-il fait deux milles
dans une Plaine entre Trobridge
& Clarkin , qu'il fencontra
les Rebelles qui firent
alte au bout de la Plaine
à un mille de luy ou environ.
Il mit fes trois Regimens
en un Corps , entremefla
les Piquiers & les
Moufquetaires , & demeura
deux heures dans le mefme
endroit. Toutes les fois
GALANT. 237
qu'il divifoit fes Troupes ,
comme pour marcher , les
Rebelles s'avançoient vers
luy , mais fans ofer l'attaquer.
Ils fe retirerent enfin
en defordre , eftant pourfuivis
par les Troupes du Roy
qui vinrent du Pont de Canisham.
Le Comte de Pembrok
en prit un qu'il fit pendre
fur le champ .
Le 27. Milord Duras ayant
eſté averty que les Rebelles
prenoient le chemin de Philipsnorton
, partit de fort
grand matin dans le deffein
d'attaquer leur arriere-gar238
MERCURE
>
de. Il s'avança avec un détachement
de cinq cens
Hommes d'Infanterie que
commandoit le Duc de Graf,
ton & quelques Dragons
& Grenadiers & Cheval , laiffant
le reſte des Troupes
pour le fuivre avec le Ĉanon.
Eftant venu à un Défilé
ou chemin étroit qui
conduit à Philipsnorton , il
entendit des coups de Moufquet
, ce qui luy fit détacher
vingt gardes du Corps , &
une Compagnie de Grenadiers
à pied , du Regiment
du Duc de Grafton , qu'il
GALANT. 239
envoya dans ce petit chemin
, afin de découvrir ce
que c'eftoit . Ils n'y furent
pas plûtoft qu'ils le virent
bordé des deux coftez de Cavalerie
& d'Infanterie derriere
les Hayes . Elles firent
fur eux un fort grand feu . Le
Duc de Grafton qui eftoit à
la tefte des Troupes du Roy
s'avança jufqu'à l'entrée du
Village , avec beaucoup de
réfolution , mais les Rebelles
l'obligerent à fe retirer
par le feu continuel qu'ils
firent. Quelques Cavaliers.
l'arrefterent dans fa retraite,
•
wy
240 MERCURE
& il ſe fit un paſſage malgré
tout l'obftacle qu'ils y mirent.
Le Capitaine Vau
ghan qui fe trouva dans
cette action tua de fa
main le Colonel Mathevvs
qui les commandoit.
Il y eut huit ou neuf Hommes
tuez & trente bleffez
du Party du Roy , parmy
lefquels furent les Sieurs
May & Seymont Volontaires
, mais on n'y perdit aucun
Officier. Le refte de
l'Armée du Roy eftant arrivé
, Milord Duras fit pofter
fes Troupes fur une Eminen
ce,
GALANT. 241
ce , où l'on mit quelques
Pieces de Campagne en batterie
. Les Rebelles en drefferent
une de fix pieces de
Canon , & tirerent fans relafche
pendant deux heures
, fans faire aucun dommage
aux Troupes du Roy,
qui demeurerent en ce lieula
jufqu'à fix heures du foir,
malgré une forte & continuelle
pluye. Milord Duras
ne voyant plus rien à faire,
marcha du cofté de Bradford
, où il demeura tout le
jour fuivant, pour faire repofer
fes Troupes, Il envoya le
Juillet 1685.
X
242 MERCURE
Colonel Oglethorp
avec
cent Chevaux pour les obferver
, & il rapporta qu'ils
eftoient allez à Frome. Ils y
demeurerent le 28. commencerent
à marcher vers
Varmiſter le 29. puis retournerent
du cofté de Shepton-
Mallet. Ils allerent de
là à Welts , & y firent toutes
fortes de Prophanations
dans l'Eglife Cathedrale. La
Table de l'Autel leur fervit
à une Débauche où ils beurent
leurs Santez . Ils pillerent
la Ville , violerent les
Femmes , & firent ce qui fe
GALANT. 243
commet de plus affreux dans
une Place que l'on prend
d'affaut. De Welts ils vinrent
à Glaffenbury , & le fecond
de Juillet ils arriverent
à Bridgvvater.
Milord Duras qui avoit
fuivy les Rebelles à Frome,
en partit le mefme jour
avec l'Armée du Roy , alla
à Shepton-Mallet , & le lendemain
à Somerton . Le 5.
il arriva à Weſton , qui n'eſt
qu'à trois milles de Bridgvvater
, où les Ennemis fembloient
vouloir fe défendre.
Il logea fa Cavalerie & fes
X ij
244 MERCURE
Dragons dans ce Village , &
fit camper fon Infanterie
aux environs dans une large
Plaine , vis à vis d'un Marais.
Le Pofte eftoit d'autant plus
avantageux , qu'elle avoit
un Foffé devant elle. Il fut
averty le foir que les Rebelles
fortoient de la Ville , ce
qui l'obligea de tenir fes
Troupes en ordre , & d'envoyer
différens Partys pour
découvrir leur deffein. Ils
concerterét fi bien leur marche
, & garderent un filence
fi profond , qu'ils s'avan-
-cerent fans aucun obſtacle
GALANT. 245
ils
juſqués au Marais , où ils
trouverent
un paffage libre ,
de forte que le matin
rangerent
leur Infanterie
en
Bataille. Elle faifoit cinq à
fix milles Hommes . Le Duc
de Monmouth
eftoit à leur
tefte , & il la fit avancer auprés
du lieu où eftoit campée
l'Armée du Roy. Milord
Duras. qui en eut avis ,
fit mettre auffi-toft fes Troupes
en état de bien recevoir
les Ennemis. Elles confiftoient
en deux mille Hommes
de pied , & fept cens
tant Cavaliers , que Grena-
X iij
246 MERCURE
diers & Dragons. On fera
furpris qu'elles fe foient
trouvées d'abord en fr petit
nombre , cela venoit de ce
que le Roy voulant épargner
le fang , faifoit entourer
le Duc de Monmouth,
comme une Ville affiegée.
Ainfi les Troupes qui vinrent
joindre Milord Duras
eftoient des autres Quartiers.
Les Rebelles ayant
réfolu de hazarder le Combat,
commencerét l'attaque
par de grands cris, & par une
volée de coups deMoufquer.
On leur répondit de meſme.
GALANT. 247
Leur Cavalerie s'avança
pour foûtenir leur Infanterie
, mais le Colonel Oglethorp
qui commandoit
un
Party de Cavaliers , lesempefcha
de fe joindre , & il
les stint en haleine jufqu'à
ce que le Régiment d'Oxford
, & un détachement
des
Gardes l'euffent joint pour
former une ligne. Leur Cavalerie
eftoit de mille ou -
douze cens Hommes , commandez
par Milord Grey,
& comme elle ne put
rangée en un Corps pendant
tout ce temps là , elle
eftre
X iiij
248 MERCURE
fit fort peu
de réſiſtance , &
• commençant
auffi- toft à
fuir devant
, ceux qui la
chargeoient
, elle abandonna
le Champ de Bataille.
L'Infanterie
demeura
ferme , & on fit grand feu
de part & d'autre , le Foffé
dont j'ay parlé l'ayant
empefchée
de venir
mains. Le Canon qu'attendoit
Milord Duras eftantarrivé
, & fa Cavalerie
s'eftant .
jettée fur les Fantaffins
du
Duc de Monmouth
, ils furent
entierement
défaits , &
on leur prit trois pieces de
aux
GALANT. 249
Canon , c'eftoit tout ce qu'ils
en avoient en ce lieu là . Prés
de deux mille Hommes des
leurs furent tuez , & l'on fir
un grand nombre de Prifonniers
, parmy lefquels fe
trouverent le Colonel Holmes
, Perrot ſon Major , le
Conneftable de Crookborne
, & le nommé Guillaume ,
Domeſtique du Duc de
Monmouth qui avoit fur
luy deux cens Guinées . Il
dit que c'eftoit tout l'argent
que fon Maiftre avoit
de refte . Une Guinée vaut
environ douze francs & de250
MERCURE
my de noftre Monnoye . If
y eut environ trois cens
Hommes tuez dans les Troupes
du Roy , & un pareil
nombre de bleffez , mais l'on
n'y perdit aucune perfonne
confiderable. Milord Duras
fe trouva par tout pendant
le Combat , donnant
les ordres néceffaires avec
beaucoup de conduite . Milord
Churchil qui commandoit
fous luy , fit paroître
une fort grande bravou
& le Duc de Grafton ſe
fignala ainfi que les autres
Chefs. Lors qu'on fut dere
,
"
GALANT. 251
meuré Maiſtre du Champ
de Bataille , Milord Duras
marcha avec cinq cens
Hommes , quelque Ĉavalerie
& fes Dragons vers
Bridgyvater
dont il ſe rendit
Maiftre , les Rebelles
qui y eftoient ayant pris la
fuite , & s'eftant difperfez
en divers endroits . Il laiffa
fes Troupes dans la Ville,
fous le commandement
du
Colonel Kirke , & ayant appris
que le Duc de Monmouth
fuyoit avec environ
cinquante Cavaliers , qui
eftoit le plus grand nombre
252 MERCURE
de Rebelles qu'il y euft enfemble
, il envoya plufieurs
Partis pour le pourſuivre luy
& Milord Grey . Ce dernier
fut pris dés le mefme jour à
Ringvvord , fur la frontiere
de la Province de Dorfet. Il
eftoit déguifé en Berger . On
le mena auffi-toft à Milord
Lumley. Le Duc de Monmouth
voyant que les Chevaux
avec lefquels il fuyoit,
faifoient un gros dont il
eftoit mal aifé de cacher la
marche , réfolut de les quitter.
Ils fe feparerent en differens
Pelotons , afin qu'ils
GALANT. 253
>
fuffent moins expofez à eftre
yeus & qu'ils puffent fe
fauver plus aifément . Le foir
de ce mefme jour quelques
Bergers dirent à ceux qui les
pourfuivoient, qu'ils avoient
vû deux Fuyards entrer dans
un Bois voifin , dont on fit
border les avenues , pour y
chercher le lendemain ceux
qui pouvoient s'y eftre cachez.
On fe fervit de Limiers
felon la coûtume
d'Angleterre , où l'on employe
des Chiens pour découvrir
les Voleurs qui fe
font fauvez dans les Foreſts.
254 MERCURE
Ces Limiers s'arrefterent à
un Fofféen aboyant , & on
trouva un Homme couché
fous une Haye fort épaiffe.
C'eftoit un Allemand , qui
en demandant quartier, promit
de montrer l'endroit où
le Duc de Monmouth s'étoit
retiré. Ce Duc avoit
fait toute la diligence poffible
pour gagner la Mer , où
il efperoit trouver quelque
Barque , mais fon Cheval
luy ayant manqué , il avoit
efté contraint de fe mettre à
pied , & de prendre un méchant
habit pour n'eftre pas
GALANT. 255
reconnu. On le trouva fous
un Buiffon fort épais dans un
Foffe , ayant dans fes poches
fon Collier de l'Ordre de la
Jarretiere , une Montre , &
environ foixante Guinées.
Lors que les Soldats du Roy
l'eurent tiré du Foffé , il tomba
en défaillance , & fut
quelque temps à revenir . Sa
Majefté ayant fceu cette
nouvelle, ordonna qu'on diftribuaft
à ceux qui l'avoient
pris , les cinq mille livres
Sterlin de
récompenfe
, promifes
par fa proclamation
,
& à ceux qui avoient pris
258 MERCURE
Milord Grey , la fomme de
cinq cens livres Sterlin , fuivant
la proclamation du feu
Roy , publiée le 28. Juin 1683 .
Sa Majefté avoit déja ordóné
que la récompenfe promiſe
par la mefme Proclamation
du feu Roy à ceux qui prendroient
Rumbold , fuft diftribuée
entre les cinq Soldats
de la Milice du Comte
d'Arran , qui l'avoient pris
en Ecoffe , & que fi quelqu'un
de ces Soldats avoit
efté tué , où eftoit mort de
fes bleffeures
, fa part fuft
donnée à ſa Veuve , ou à fes
GALANT. 257
Enfans ou à fes plus proches
Parens s'il n'eftoit pas
marié. Le Duc de Monmouth
&MilordGrey furent
amenez à Londres le 13. c'eft
à dire le 23. felon nous. On
les interrogea d'abord au
Confeil , & enfuite on les
conduifit par eau à la Tour,
où la Ducheffe de Monmouth
avoit efté déja menée
avec fes Enfans.
Quant au Parlement , on
y a paffé divers Actes , dont
les principaux ont efté, pour
accorder un Subfide au Roy,
en impofant une Taxe pen-
Juillet 1685.
Y
258 MERCURE
dant cinq années fur toutes
fortes de toiles de France &
des Indes Orientales , & fur
plufieurs autres Manufacturés
des Indes , fur toutes for- .
tes d'eaux de vie qui feront
apportées en Angleterre ,
pour fournir au Roy les charois
ou voitures dont Sa Majefté
a befoin dans ſes voyages
; pour renouveller un autre
Acte touchant les voitures
qu'on doit fournir à Sa
Majefté , tant par eau que
le fervice de
par terre pour
fa Flote & de fon Artillerie ;
pour réünir au Domaine du
GALANT. 259
Roy les revenus de la Pofte,
& 24000. livres fterlin de
rente du revenu hereditaire
de l'Excife ; pour authoriſer
le Roy à donner des Baux &
autres droits , terres ou he-,
ritages de fon Duché de Cor--
nuaille , & pour confirmer
ceux qui auroient eſté déja
donnez ; pour renouveller
un Acte cy - devant paffé ,qui
donne permiffion de tranf
porter des cuirs ; pour continuer
trois autres Actes, qui
donnent ordre à empefcher
les vols fur les Frontieres du
Nord d'Angleterre , pour
Y ij
260 MERCURE
nettoyer , conferver , maintenir
& reparer le Havre &
le Mole du grád Yarmouth ;
pour rebâtir , finir & embellir
l'Eglife Cathedrale de
Saint Paul de Londres .
Le 2. de ce mois , le Roy
fe rendit à la Chambre des
Seigneurs , reveſtu de ſes habits
Royaux ; & s'eftant affis
dans fon Trône , il manda la
Chambre
des Communes
, &
donna encore fon confentement
à quelques Actes , fçavoir
pour hafter la conftruation
des Vaiffeaux en Angleterre
; pour faire valoir
GALANT. 261
les Terres labourables ; pour
ériger une nouvelle Eglife,
qui fera appellée la Paroiffe
de Saint Jacques dans la liberté
de Weftminſter , &
pour reparer l'Egliſe Cathedrale
de Bangor , pour en
entretenir le Choeur, & pour
augmenter le revenu de l'Evefché
de Bangor, & de plufieurs
Cures du mefme Dio .
cefe . Aprés cela , Milord
Garde des Seaux, fignifia aux
deux Chambres , que Sa Majefté
fouhaitoit qu'elles fe feparaffent
jufqu'au 4. du mois
d'Aouft prochain , & leur fit
262 MERCURE
connoiftre en mefme temps,
que ce n'eftoit pourtant pas
l'intention du Roy que le
Parlement s'affemblaſt en ce
temps-là ; mais que cette
Seance fuft continuée jufques
àl'Hyver , par ajournemens
qui feroient faits par
ceux des Deputez qui fe trouveroient
à Londres ou aux
environs, à moins que le fervice
de Sa Majeſté ne demandaft
leur Affemblée, auquel
cas Sa Majeſté les en
feroit avertir de bonne heure
par fa Proclamation , afin
que tous les Deputez s'y rendiffent.
Vous remarqueGALANT.
141
rez, Madame , que toutes les
Dates que j'employeray ,
font conformes au Calendrier
que l'on y obferve , &
qui eft moins avancé de dix
jours que le noftre . Le Parlement
, qui avoit eſté convoqué
par
laires du Roy, s'eftant aſſem
bléle 19. de May à Weſtminfter
, le grand Huiffier à la
Verge noire , fut envoyé à la
Chambre des Communes
,
pour leur ordonner de fe
rendre à la Chambre des Seiles
Lettres circugneurs
, où Sa Majesté eftoit
affife fur fon Trône, revétuë
M.
Juillet 1685.
142 MERCURE
de fes Habits Royaux . Milord
North , Garde des Seaux,
faifant la fonction de Chancelier
, dont la Charge n'eſt
point encore remplie , leur
declara , que l'intention du
Roy eftoit, que les Membres
de l'une & de l'autre Chambre
preftaffent les Sermens
accouftumez , avant que Sa
Majefté s'expliquaſt ſur les
caufes de la convocation de
ce Parlement. Il ajoûta qu'-
Elle fouhaitoit que les Deputez
de la Chambre des
Communes fe retiraffent ,
pour proceder à l'élection
d'un Orateur , qu'ils luy preGALANT.
143
fenteroient à quatre heures
aprés midy. Les Communes
retournerent à leur Chambre
, & d'un confentement
unanime , le Chevalier Jean
Trevot , Avocat du Confeil
du Roy , fut choify. Dés le
foir mefme on le prefenta à
Sa Majefté, qui témoigna eftre
fatisfait de ce choix.
Le 22. du mefine mois , le
Roy fe rendit dans la Chambre
des Seigneurs , & s'étant
affis dans fon Trône , il fit venir
les Communes dans la
Chambre haute , & dit ,
Qu'auffi toft que Dieu l'eut pla-
Mij
144 MERCURE
-re ,
cé ,fans nulle oppofition , fut le
Trône de fes Anceftres , aprés avoir
difposé du feu Royfon Freil
avoit pris le deffein de convoquer
un Parlement , croyant
que c'eftoit le meilleur moyen d'établirfonRegne
fur desfondemens
qui puffent le rendre heureux pour
tous fes Sujets; Qu'il avoit declaré
fort au long àfon Confeil Privé,
lapremiere fois qu'il s'y eftoit rendu,
quels eftoient fes fentimens
touchant les principes de l'Eglife
d'Angleterre , dont les Membres
avoient toujours fait paroiftre une
fidelité fi inviolable dans les temps
les plus fâcheux , qu'il auroit toûGALANT.
145
t
jours foin de la proteger & de la
defendre ; Qu'il feroit tous fes efforts
pour conferver le Gouverne
ment de l'Eglife de l'Eftat ,
ainfi qu'il fe trouvoit étably ; &
que comme il n'abandonneroit jamais
les prérogatives de la Cou
ronne , auffi n'ofteroit- il jamais à
perfonne ce qui luy appartenoit ;
Que puifqu'il avoit fouvent hafardéfa
vie pour la defenfe de la
Nation , on ne devoit pas
qu'il nefit encore autant qu'aucun
autre pour luy conferver tous fes
Privileges ; Qu'il vouloit bien
leur donner ces affeurances dans
les meſmes termes dont il s'eftoit
douter
146 MERCURE
fervy àfon Avenement à la Con
ronne, afin de leurfaire voir qu'il
"ne les avoit pas employez alors
fans y avoirfait reflexion ;
qu'aprés une promeffe faite d'une
manierefi folemnelle , il croyoit
pouvoir attendre quelque reconnoiffance
de leur part , dans une
occafion où il s'agiffoitprincipalement
de luy affeurer un revenu
pendantfa vie, commeils avoient
fait à l'égarddu feu Roy Charles
11. Que l'entretien de la Flote ,
l'avantage du Commerce , les be
foins de la Couronne , & l'intereft
de l'Eftat qu'il ne devoit pas
gouverner en fuppliant , eftoient
GALANT. 147
des raiſons qu'il auroit pû alleguer,
pour leurfaire voir combien
Ja demande avoitde juftice ; mais
qu'il les connoiffoit tous fi raisonnables
, qu'il eftoit perfuadé que
leurs propres lumieres leur fuffi
foientpourpenetrer ce qu'il ne leur
difoit pas ; Qu'on pourroit luy oppofer
une raifon affez ordinaire ,
fçavoir l'inclination des Peuples
pour de frequens Parlemens , qu'on
affembleroit fouvent, fi on ne luy
accordoit
que
de temps en temps
les fecours qui luy feroient neceffaires
; mais que puifque c'estoit la
premierefois qu'il leurparloit comme
Roy , il eftoit bien aife de leur
148 MERCURE
declarer qu'il falloit agir avec luy
d'une autre forte ; & que le plus
feur moyen de l'obliger à refondre
ces frequentes Affemblées , eftoit
de le traiter toujours bien ; Que
cependant il croyoit devoir leur
dire , qu'il avoit efté averty qu’-
Argile avoit mis pied à terre dans
l'Ecoffe du cofté duCouchant, avec
tous ceux qui s'estoient embarquez
avec luy en Hollande; Que ce Rebelle
avoit fait publier deuxDeclarations
, l'une fous fon nom, l'au
tre au nom des Revoltés qui étoient
en armes , & qu'on l'y traitoit
d'Ufurpateur de Tyran; Qu'il
• avoit donné ordre que la plus courte
des
ز
GALANT. 145
te des deux leurfuſt communiquée,
qu'ilprendroit tout lefoin poffible
pour ne pas laiffer la Declaration
des Rebelles fans le châtiment
qu'elle meritoit.
Le Roy fit enfuite communiquer
aux deux Chambres
la Declaration du Comte
d'Argile ; mais avant que
je vous en parle , vous ferez
bien aife de fçavoir au moins
en fubftance ce que contenoit
celle des Rebelles .
foûtenoient fon party . Elle
avoit pour titre : Declaration
& Apologie du Peuple Proteftant
, c'eft à dire des Seigneurs ,
Juillet 1685.
:
N
qui
146 MERCURE
des Barons , des Gentilshommes ,
des Bourgeois , & des Commune's
de toutes fortes , qui font preſentement
en armes au Royaume d'Ecoffe
, avec la concurrence des veritables
& fidelles Pafteurs , &
de plufieurs Gentilshommes Anglois
joints avec eux en la mefme
caufe . Ils publioient par cette
infolente Declaration les
grands avantages que la Religion
Proteftante remporta,
tant en Ecoffe , que dans les
Païs étrangers ,par le bonfuccés
de l'horrible Rebellion
contre le Roy Charles I. Pere
Sa Majefté ; lequel fuccés ils
GALANT. 147
avoient l'audace d'imputer
par une impieté execrable à
la benediction de Dieu fur la
bonté de leur caufe. Ils exaltoient
la fidelité des Ecoffois,
appellez Covenanters , qui aprés
avoir livré le Pere pour
eftre cruellement maſſacré
par leurs Freres en Angleterre,
avoient neanmoins admis
le Fils à regner , à certaines
conditions qui ne pouvoient
fubfifter avec la Monarchie,
pretendant prouver par là ,
que le feu Roy eftoit avec
beaucoup de juftice accufé
d'ingratitude , puiſque tout
Nij
148 MERCURE
ce qu'il avoit fait depuis fon
heureux rétabliffement , avoit
efté contre les Loix , arbitraire
, tyrannique , & que
tous les fermens impofez ,
aprés que l'on avoit aboly
la Ligue folemnelle ou le
Convenant , avoient efté des
parjures, & leGouvernement
mefme une Apoftafie continuelle.
Ils accufoient les Parlemens
des deux Royaumes,
d'avoir annulé les pernicieufes
Loix faites pendant
la Rebellion , & en particulier
, le Parlement d'Ecoffe ,
d'en avoir fait quelques-
7
!
GALANT. 149
unes , en vertu defquelles le
fang Proteftant avoit efté.
répandu, dont ils donnoient
pour exemple le defunt Marquis
d'Argile condamné en
Parlement ; & enfin d'avoir
chaffé les Miniftres Non-
Conformiftes
. Ils accufoient
auffi le Gouvernement
de
faire mourir les gens contre
les Loix , de defoler les Eglifes
, & de changer les Or
donnances
de Dieu en inventions
des hommes, favorifant
les Papiſtes , & entretenant
des Armées fur pied,
qu'ils appelloient la ruine
Niij
150 MERCURE
& la deftruction du Gouvernement
civil . Ils fe declaroient
contre la Suprematie
du Roy , & contre toutes les
guerres faites aux Etats Generaux
des Provinces-Unies ;
contre l'execution de ces
Scelerats , qui fe faifoient un
métier & un exercice d'affaffiner
les Sujets fidelles ,
fous pretexte de Religion ;
contre la torture que l'on fit
fouffrir à Spence & à Carſtares
, par le moyen de laquelle
on découvrit la derniere
Confpiration , & enfin contre
la Sentence qui avoit
GALANT. 151
condamné Argile. Ils fe declaroient
auffi contre les recherches
qui furent faites à
Bothvvel- Bridge touchant
la Rebellion , par les Juges
des Affiſes , appellant toutes
ces procedures , fi neceſſaires
pour la paix & pour le repos
de ces Royaumes , une
Tyrannie meflée avec le Papifme
; contre l'élevation du
Roy fur le Trône , qu'ils nommoiết
Jacques Duc d'Yorck,
qui avoit efté exclus de la
Couronne par les Communes
d'Angleterre ; & enfin
contre laChambre des Com
Niiij
152 MERCURE
munes alors affemblée, dont
ils difoient qu'on avoit choifyles
Deputez par cabale,
fraude & tromperie. Ils publioient
que pour toutes ces
raifons , ils fecoüoient entierement
tous engagemens de
fujetion, & prenoient les armes
contre Jacques Duc
d'Yorck , & contre tous fes
Complices, les appellát leurs
méchans & dénaturez Ennemis
pour ces fins pretenduës,
fçavoir pour rétablirce qu'ils
appelloient la Religion Proteftante
; pour fupprimer &
exclurre à jamais le Papifme
& l'Epifcopat , fa racine & fa
1
1
GALANT. 153
fource
empoiſonnée ; pour
rétablir tous ceux qui avoiết
fouffert à caufe qu'ils avoiét
pris l'intereft de leur party ;
pour renverser le Gouvernement
preſent , & en établir
un autre felon leurs deffeins .
Ils protestoient que jamais
ils n'entreroient en aucune
Capitulation
, Traité ou Condition
evec le Roy ; mais
qu'au contraire ils continueroient
la guerre réellement,
vigoureuſement
& conftam
ment , jufqu'à ce qu'ils fuffent
venus à bout de leurs
fins , & qu'ils fe prefteroient
154 MERCURE
du fecours , & ſe maintiendroient
les uns les autres, &
particulierement leurs Freres
qui eftoient en Angle--
terre ou en Irlande , qui travailloient
dans la mefme
veuë. Enfin ils promettoient
l'indemnité à ceux qui avoiết
efté leurs Ennemis
, pourveu
qu'ils fe repentiffent fincerement
, qu'ils fe joigniffent
à eux , & les affiſtaffent avec
vigueur contre un Tyran
leur perfecuteur , & contre
un party Apoftat. C'eftoit
ainfi qu'ils traitoient Sa Majefté
, & fes fidelles Sujets.
GALANT. 155
Ils finiffoient par de grandes.
affeurances qu'ils donnoient
aux Révoltez , que Dieu les
affifteroit , & confondroit
leurs Ennemis.
La déclaration du Comte
d'Argile , qui qui fut communiquée
aux deux Chambres
ce jour là , avoit pour
Titre , Déclaration d'Archibald
Comte d'Argile , Seigneur de
Kinlyre , de Cambell , de Lorne ,
&c. Sherif hereditaire , Gonverneur,
& Fuge heréditaire
Genéral des Provinces d' Argile,
de Turben , avec ordre à fes
Vaffaux autres Habitans def156
MERCURE
dites Provinces , & autres qui
font fous fa Jurifdiction de concourir
avec luy pour la défenſe
de leur Religion , de leurs vies
de leurs biens. Cette Déclaration
portoit qu'il ne parleroit
ny de fon Factum imprimé
& publié en Latin &
en Flamand , & plus amplement
encore en Anglois, ny
de la Déclaration imprimée
& publiée par plufieurs Seigneurs,
Gentilhomes , & autres
Ecoffois & Anglois, qui
étoient alors en armes . Mais
que come il y étoit fait mention
de ce que fa famille &
GALANT. 157
luy avoient fouffert , il avoit
trouvé à propos de déclarer,
qu'ayant pris les armes avec
ceux qui l'avoient choiſi
pour eftre leur Chef , ce
n'avoit point efté pour aucunes
fins particulieres ou
perſonnelles ; mais ſeulement
pour celles qui eftoiét
contenues dans cette Déclaration
qu'il avoit concertée
avec eux , & qu'il approuvoit
, & qu'il ne prétendoit
faire valoir aucuns
autres droits que ceux qu'il
avoit avant la Sentence qui
le condánoit luy & fa Famil162
MERCURE
le, lefquels droits établiffoiét
fuffifamment
ſes prététions .
Que toutes les injures perfonnelles
faites à luy & à fa
Famille, il les pardonnoit vo
lontiers comme Chrétien ,à
ceux qui ne s'oppoferoient
point au party qu'il foûtetenoir
, mais qui fe joindroient
à luy pour faire
réüſſir ſon entrepriſe, & qu'il
s'obligeoit par cette prefente
Déclaration de ne les
pourſuivre jamais en Juſtice
. Qu'aprés qu'il auroit obtenu
la poffeffion paiſible
des biens qui appartenoieut
GALANT. 159
à fon Pere & à luy, avant les
prétenduësSentences qui les
avoient confifquez , il payeroit
toutes les dettes de fon
Pere & les fiennes . Que comme
fa fidelité pour le feu Roy
& pour fon Gouvernement
avoit fuffifamment paru
tous ceux qui n'eſtoient
pas prévenus injuftement
contre luy ; auffi reconnoiffoit-
il avec douleur qu'il
avoit eu trop.de complaifance
, & de condefcendance
à l'égard des mesures que
l'on avoit prifes , pour amener
les chofes en l'état où
160 MERCURE
elles eftoient alors , quoy
que Dieu luy fuft témoin
témoin qu'il n'avoit jamais
eu de part à de tels deffeins.
Qu'il avoit fouffert patiemment
l'injufte Sentence rendue
contre luy , s'eſtant retiré
du Royaume
pendant
trois ans & demy , fans avoir
eu jamais la penſée ny d'exciter
des féditions , ny de
troubler la paix pour fes
interefts
particuliers , en
prenant les armes pout ſe
défendre ; mais que le Roy
eftant mort & le Duc
,
d'Yorc qui levoit le maſque,
GALANT. 161
ayant entrepris de ruiner la
Religion Proteftante
qu'il
avoit abandonnée
, & d'envahir
leurs libertez , dans la
réfolution d'exercer
contre
les Loix l'Autorité fouveraine,
il croyoit qu'il eftoit non
feulement
de la Juftice,mais
encore de fon devoir envers
Dieu & fa Patrie , de s'oppofer
par toutes fortés d'efforts
à fon Ufurpation
& à fa Tyrannie
. Qu'avec l'affittance
& le fecours
de plufieurs
bons Proteftans
de l'une &
de l'autre Nation qui l'avoient
prié d'eftre leur Chef,,
Fuillet 1685. O
162 MERCURE
il eftoit réfolu d'executer
autant que Dieu luy en donneroit
le pouvoir , les deffeins
qui eftoient amplement
expliquez dans la Déclaration
, & qu'il exhortoit
& prioit inftamment tous
les honneftes Proteftans , &
particulierement tous fes
Parens & Amis , de concourir
avec luy touchant ce
qu'elle portoit ; qu'ayant
écrit plufieurs Lettres , parce
qu'il n'avoit point d'autres
voyes de faire fçavoir
fes intentions , il ordonnoit
à tous fes Vaffaux , & à tous
GALANT. 163
ceux qui estoient dans fes
diverfes Jurifdictions
de
de fe
que
fa
prendre les armes
joindre à luy , ainfi
Déclaration portoit , & d'o
beir aux ordres particuliers
qu'il leur envoyeroit de
temps en temps , faute dequoy
ils en répondroient à
leurs perils & fortunes .
Les Communes eftant retournées
dans leur Chambre
aprés la lecture de cette Déclaration
, la premiere chofe
que fit l'une & l'autreChambre
, fut de réfoudre qu'on
remercieroit le Roy de fon
O ij
164 MERCURE
obligeant Diſcours , & de la
Déclaration favorable qu'il
leur àvoit faite . Les Communes
ayant enſuite examiné
ce que Sa Majeſté leur
avoit dit touchant l'établifſement
d'un revenu , qui puſt
luy aider à foûtenir les dépenfes
de l'Etat , réfolurent
tout d'une voix , que le Revenu
que l'on avoit accordé
au feu Roy , feroit continué
à Sa Majefté pendant fa vie ,
& que l'on en drefferoit un
Bill , qui feroit apporté à la
Chambre. L'aprefmidy
, les
deux Chibres allerent trouGALANT.
165
ver le Roy à VVithehall , &
luy firent leurs remerciemens.
Le lendemain vingttroifiéme
de May , les Seigneurs
s'eftant affemblez,
on fit une Adreffe ,, contenant
que le Roy ayant eu la
bonté de leur faire part de l'avis
qu'il avoit eu, qu'Archibald
cy-devant Comte d'Argile,
déclaré coupable de trahifon,
avoit faitune defcente
en Ecoffe avec plufieurs
de fes Complices qui fe déclaroient
Rebelles , il eftoit
ordonné par les Seigneurs
Ecclefiaftiques & Seculiers,
166 MERCURE
affemblez en Patlement,
que cette Chombre iroit
trouver le Roy dans la Salle
des Banquets à VVitheall
fur les cinq heures du foir
de ce mefme jour , pour remercier
tres-humblement
Sa Majefté , d'avoir bien
voulu faire part de cette af
faire à la Chambre &
pour luy offrir leurs vies &
leurs biens contre les Rebelles
, & fes autres Ennemis.
Les Communes réfolurent
auffi d'un commun confentement
de faire la mefme
choſe ; ce qui fut executé
GALANT. 167
l'apreſdinée
par les deux
Chambres , qui s'eſtant renduës
à VVitheall , prefenterent
leurs Adreſſes au Roy.
On leut auffi ce jour là le
Bill , pour accorder à Sa
Majefté pendant ſa vie , le
Revenu dont joüiffoit le feu
Roy Charles II . On appelle
Bill toute affaire qu'on
propoſe, fans qu'elle foit rédigée
. On ordonne que des
Commiffaires l'examineront
, & ces Commiffaires
fe nomment
le Petit Comitté.
Lors qu'ils ont examiné l'affaire
, & qu'elle eft rédigée
168 MERCURE
par écrit , on dit alors que le
Bill eft formé , & il ne paffe
dans la Chambre où il a esté propofé , qu'aprésqu'e
l'a
leu trois fois . La premiere
des deux Chambres qui a
mis le Bill en cét état , l'envoye
dire à l'autre Chambre
, & c'eft toûjours celle
des Communes qui fe rend
dans la Chambre Haute,
qu'on appelle des Seigneurs,
ou la Chambre Peinte .
Quoy que le Bill ait efté approuvé
par les deux Chambres
, il ne paffe point , fi le
Roy ne vient en Habits
Royaux.
GALANT. 169
Royaux , & ne le touche avec
fon Sceptre : ce qu'il fait en
difant , le Roy y confent. Lors
qu'il dit le Roy s'avifera , cela
fait entendre qu'il ne veut
pas le paffer , & alors le Bill
n'a aucun effet. Ce
qu'on appelle le grand Comitté
, c'est lors qu'aprés
avoir propofé une Affaire,
l'Orateur defcend de fa
Chaire pour laiffer chacun
dans la liberté de fe parler,
non pas en demeurant en fa
place , mais en ſe
promenant
avec ceux dont on veut
prendre l'avis. Aprés qu'on
Fuiller 1685.
Р
170 MERCURE
s'eft ainfi confulté les uns
les autres pendant quelque
temps , l'Orateur remonte
dans fa Chaire , & tout le
monde reprend fa premiere
place. Il fe fait un filence,
& cela veut dire , eſtre en
Parlement. Chacun peut
alors parler à fon tour fur la
chofe propofée , & aufſi
long-temps qu'il veut , mais
feulement une fois.
Le Bill qui établiſſoit le
Revenu de Sa Majeſté,ayant
eſté leu trois fois , le Roy fe
rendit à la Chambre des Seigneurs
le 30. de May , & fit
GALANT. 171
aux deux Chambres le Dif
cours fuivant.
M
ILORDS ET
MESSIEURS ,
Je vous remercie du Bill que
vous venez de me prefenter , &
je vous affeure que la maniere
obligeante avec lale
prompte
quelle vous l'avez expedié , ne
m'eft pas moins agreable que
Bill mefme. Vous devez croire ,
qu'aprés de fi heureux commencemens
, je ne vous ay pasfait venir
icy fans neceffité , pour vous
demander unfecours extraordinaireQuand
je vous diray que les
´Pij·
172 MERCURE
Magafins pour laFlote & l'Artillerie
font extrémement épuiſez;
Que les anticipations qui ont efté
faites fur plufieurs parties de la
Couronne , font grandes & importantes
; Que les debres du feu
Roy mon Frere, àfes Officiers
afes Domestiques, meritent qu'on
yait égard ; Que la Rebellion d'Ecoffe
, fans l'exagerer , m'obligera
à une tres- grande dépense , je
fuis certain qu'en confiderant tou
tes ces chofes , vous vous croirez
engagez à me donner dequoy y
pourvoir, puis qu'il n'y a rien qui
regarde de plus prés le foulagement
, lafeureté, & le bonheur
GALANT. 173
·la
de mon Gouvernement. Mais je
dois vous recommander fur tout
le foin de la Flote , & la gloire
de cette Nation , afin que vous
mettiez en tel état que nous puiffions
eftre refpectez des Etrangers.
Je ne puis vous exprimer l'intereft
que j'y prens , plus conformément
ma pensée , qu'en vous affen-
↑ rant que j'ay un coeur veritable-
~> ment Anglois , & que je fuis auffi
jaloux des avantages de la Nationque
vous pouvez l'estre . F'ef
· pere qu'avec la Benediction de
"Dien voftre afſiſtance , je
pourray porter plus haut la reputation
de l'Angleterre que mes
a
Piij
174 MERCURE
Anceftres ne l'ont portée ; & que
comme je ne vous demanderay des
fubfides , que lors qu'ilsferont neceffaires
pour l'utilité publique ,
vous me verrez fi bien ménager
ce que vous me donnerez en de
pareilles rencontres , qu'ils feront
toûjours employez aux usages pour
lefquels je vous les demanderay.
Les Communes eftant retournées
dans leur Chambre
, délibererent en grand
Comité fur la demande du
Roy, & conclurent aufſi-toſt
de luy accorder un fubfide
extraordinaire . On refolut
pour cela d'établir une nouGALANT.
175
velle impofition fur le vin &
le vinaigre , telle qu'on l'avoit
accordée en 1670. au
feu Roy Charles II . & que le
Bill en feroit dreffé . Je paffe
à l'article des Seditieux.
Le 18. de May fur les onze
heures du matin , un petit
Baftiment venant d'lla au
Royaume d'Ecoffe , arriva à
Ballentoy. Il y avoit huit
hommes dedans, que la Garde
de ce lieu-là defarma . On
leur demanda d'où ils venoient
& ils répondirent
qu'ils fe retiroient en Irlande
, pour y eftre en feureté
;
Piiij
176 MERCURE
le Comte d'Argile & le Chevalier
Jean Cockram , qui avoient
mis pied à terre à Ila,
ayant avec eux cinq Vaiffeaux
chargez de munitions,
& fur lefquels on diſoit qu'il
y avoit prés de cinq cens
Hommes. Un de ces huit
Paffagers , nommé Friza , affeura
qu'il avoit veu Argile
avec Cockram , & un autre
vieux Gentilhomme dont il
ignoroit le nom ; qu'Argile,
dont le vifage luy eftoit tresbien
connu , parce qu'il l'avoit
veu difner en unlieu appellé
Killeru dans l'ille d'Ila,
GALANT. 177
luy avoit demandé des nouvelles
de l'Armée , entendant
parler de l'Armée du Roy ;
à quoy il avoit répondu ,
qu'elle eftoit allée à Kintire,
un peu avant qu'il fuft débarqué
; Que le mefme Argile
avoit enfuite envoyé
querir le Bailly d'Ila , qui
avoit refufé de fe foulever
avec luy , fur ce qu'il avoit
fait ferment de demeurer fidelle
au Roy ; Qu'Argile
avoit repliqué , qu'il pouvoit
entrer dans fon party
fans contrevenir à fon Serment
, puis qu'on ne fçavoit
178 MERCURE
pas bien encore qui eftoit
Roy ; mais que ce Bailly ne
voulant pas recevoir fes ordres
, s'eftoit fauvé avec plufieurs
Gentilhommes ; Qu'-
Argile l'ayant appris , avoit
juré qu'il feroit brûler ſa
maiſon , & pendre à leurs
portes tous ceux qui ne voudroient
pas fe foulever avec
luy . Cet homme ajoûta, qu'il
avoit fait porter par tout le
Pays un Croftary, qui eft un
Tizon ardent, ancien Signal
des Ecoffois , pour donner
l'alarme , & qu'il avoit menacé
tous les Habitans du
GALANT. 179
feu & du pillage s'ils ne prenoient
les armes pour luy .
On eut nouvelles peu de
jours apres , que n'ayant pas
trouvé dans l'Ifle d'Ila ,ny en
d'autres lieux. circonvoifins,
les Peuples difpofez à la revolte
, il eftoit venu à Kintire,
pour tâcher de foûlever
les Habitans de ce quartierlà,
pendant que fes Fils Charles
& Jean en faifoient autant
en d'autres endroits du
Comté d'Argile . Cependant
une partie confiderable
des
Troupes du Roy , compofée
principalement
de Montagnards
, marcha avec toute
180 MERCURE
la diligence poffible de cè
cofté-h pour s'oppoſer aux
Rebelles ,fous les ordres du
"Duc de Gordon, du Marquis
d'Athol , & de quelques autres
Chefs . L'Armée de Sa
Majefté alla camper à Glaſ
covy & aux environs , pour
empêcher que les Peuples de
l'Ouest ne fe joigniffent aux
Seditieux. Il y eut une autre
partie des mefmes Troupes
poſtée fur la Frontiere, pour
difputer le paffage à ceux qui
pouvoient venir du Nord
d'Angleterre prendre le party
du Comte d'Argile. Il s'é
toit flaté qu'il luy viendroit
GALANT. 181
de grands fecours de ce cofté-
là , apres fon débarque-
,
4
1 ment en Ecoffe. Le 20. du
mefme mois il mit pied à terre
à Lockeal autrement
Campletovvn , à huit milles
de Mul-head de Kintire du
cofté du Midy, & deux jours
aprés il envoya par tout le
Pays la Sommation fuivante
, fignée de fa main.
De Campletovvn le 22. May 1685.
Eftant par la grace de Dieu ,
arrivé icy en feureté, avec la refolution
conforme à la Declara_
tion publiée pour la defenſe de la
Religion Proteftante , de nos li182
MERCURE
bertez, & de nos vies , d'agir
contre le Papifme le Gouver
nement arbitraire , & tous ceux
de l'Ifle d'Ila eftant venus juſqu'icy
à un Rendez- vous general
; celles- cy font pour requerir
tous les Proprietaires , Fermiers ,
✔autres , tous les gens capables
de porter les armes , depuis
l'âge defeize ans jufqu'à celuy de
foixante, dans la divifion de Cou
val, de fe trouver, fans manquer,
Rendez- vous le 26. du courant
à midy , ou plûtoft s'il eft poffible,
avec toutes leurs armes , & des
vivres pour quinze jours .
an
ARGILE.
GALANT. 183
Son Fils Charles voulant
appuyer cet ordre,alla àCou
val, & écrivit à plufieurs Gentilshommes
pour les obliger
à fe rendre auprés de luy ,
avec menace de mettre tout
à feu & à fang s'ils s'en excufoient.
En effet, il fit brûler
les maiſons de ceux qui joignirent
l'Armée du Roy.
Cette rigueur en attira quelques
- uns dans le
party du
Comte d'Argile, qui marcha
le 28. de May de Campletovvn
en Kentire , du cofté
de Tarbert,avec deux Compagnies
de Cavalerie , telles
184 MERCURE
qu'il put les trouver en ce
Pays -là, & fept cens Fantaſ
fins . Il rencontra là trois cens
hommes d'Ila , & deux cens
autres devoient y venir le
joindre. Le 29. il partit de
Tarbert, accompagné d'Auchinbreck
qui l'avoit joint ,
& vint à Rofa dans l'Ile de
Boot , où il prit des provifions
pour une nuit . Le 30 .
il fit voile tout autour de
l'Ifle , avec trois Vaiſſeaux
& vingt petites Barques . Le
plus grand de ces Vaiſſeaux
n'eftoit monté que de trente
pieces de Canon , le fecond
GALANT. 185
de douze , & le troifiéme de
fix. Il avoit avec luy un autre
petit Baftiment chargé
de bled , qu'il avoit pris fur
la cofte. Il revint à Rofa ,
apres qu'il eut fait le tour de
l'ifle, & fit tirer fept coups de
Canon lors qu'il débarqua,
Il n'avoit en tout que deux
mille cinq cens hommes ou
environ ; mais il croyoit obliger
les Peuples à fe revol
ter, en les affeurant qu'on fe
foulevoit déja de toutes parts
en Angleterre. Cela ſe voic
par une Lettre qu'il écrivit
de Campletovvn le 22. de
Juillet 1685. е
186 MERCURE
May , & qu'il adreffoit au
fieur de Lupe . En voicy les
termes.
CHER
AMY,
de
Il a pleu à Dieu de me faire
heureusement arriver icy, où plufieurs
Perfonnes de l'une
Tautre Nation m'ont joint pour la
défenſe de la Religion Proteftante
, de nos libertez , & de nos
vies , contre le Papifme & le
Gouvernement arbitraire . On en
peut voir les particularitez dans
deux Déclarations publiées ; la
premiere par ces Seigneurs, GenGALANT.
187
tilhommes & autres , & la feconde
par moy , pour moy mefme.
Nous avons vécu voftre Pere &
moy en grande amitié , & je fuis:
bien aife de vous fervir vous qui
eftes fon Fils , en défendant la
Religion Proteftante , ce que je
feray toûjours preft de faire dans
toutes les chofes qui vous regarderont
en particulier. Ie vous prie
de ne vous laiffer perfuader par
qui que ce foit, que ny la crainte
ny d'autres mauvais principes ne
vous engagent à négliger en ce
temps cy ce que vous devez à
à voftre Patrie. Gar Dieu
dez- vous de croire
que
le
Duc
Qij
188 MERCURE
d'York n'eft point Papiſte , on
qu'eftant tel il peut estre un juſte
Roy. Scachez que l'Angleterre
eft toute en armes en trois differens
le Duc de Monles
Provinces
Occidentales
les
endroits ; que
mouth
paroift
dans le mefme
temps
que nous ; qu'il y apeu de Places
en Ecoffe
qui ne fe joignent
ànôtre
party , & que
Meridionales
n'attendent
pour le faire , que
nouvelles
de mon
débarquement
,
car c'est
ce que nous
réfolumes
avant
mon départ
de Hollande
.
Te vous fupplie
donc
de ne point
tarder à vousfeparer
de ceux qui
vous
trompent
, & qui traGALANT.
189
vaillent à avancer le Papifme,
& de venir avec tous ceux qui
vous obeiffent pour défendre la
caufe de la Religion , & foyez
perfuadé que vousferez tres- bien
receu par voftre tres- voftre tres- affectionné
Amy pour vousfairefervice ,
ARGILE.
Il y avoit en Apoſtile . Cette
Lettre pourra eftre communiquée
au Ieune Logie , à Skipnage,
àCharles Mac Echan.
Le fecond de Juin un
Party des Troupes du Roy
que commandoit le Marquis
d'Athol , vint à Glenda190
MERCURE
rovval , où eftoit Charles
Campbel , Fils du Comte.
d'Argile , avec fix vingts
Hommes de pied & douze
Cavaliers , qui eurent bien
de la peine à fe retirer dans
leurs Vaiffeaux. On en fit
deux Prifonniers , & un autre
fut tué. Le lendemain le
Comte d'Argile envoya le
Chevalier Cockran & Polvvart
avec cent Hommes
& deux Vaiffeaux à Greenot,
où une Compagnie de Cavalerie
des Milices du Roy,
commandée par Milord
Cockran , tâcha de les emGALANT.
191
pefcher de débarquer , mais
elle ne put foûtenir longtemps
le feu du Canon , &
de la Moufqueterie des deux
Vaiffeaux. Ainfi les Rebelles
mirent pied à terre , &
entrerent dans la Ville , où
ils enleverent les Farines &
toutes les Proviſions qu'ils
purent trouver , aprés quoy
ils retournerent à l'Ile de
Boot où eftoit leur Camp.
Cependant les Vaiffeaux du
Roy eftant arrivez devant
cette Iſle , obligerent le
Comte d'Argile à quitter ce
Pofte. Il alla à Covval qui
192 MERCURE
eft une partie de la Province
d'Argile , & avant que
de partir , il fit brûler la
Maifon du Sherif de Boot,
& emporta tous fes meubles.
Il avoit réfolu d'envoyer fes
Vaiffeaux & fes Chaloupes à
Lochfine du cofté d'Inveraray
, mais n'ayant pû faire
voile à caufe des Vents contraires
, les Frégates de Sa
Majefté , l'Alcyon , & le
Faucon , vinrent à l'emboucheure
de Lochrovvan , où
les Bâtimens des Rebelles
eſtoient à l'Anchre. Cette
arrivée impréveuë les étonna
GALANT. 193.
na tellement , qu'abandonnant
le deffein d'aller du côté
de Lochfine ils commencerent
le 10. de Juin à
fortifier un petit Chaſteau
appellé Ellengreg , & un
Rocher qui eſt auprés dans
une petite Ifle , pour affeurer
leurs
eftoient àà Lochrovvan.
Cela eftant fait , ils quitterent
cette Place , & le Comte
d'Argile marcha vers la
pointe de Lochfine , ayant
laiffé cent cinquante Hommes
pour la garde de fes
Vaiffeaux , & mis fon Ca-
-Juillet 1685.
R
Vaiffeaux qui
194 MERCURE
non , fes Armes , & fes Munitions
dans le Chafteau. Le
11. un Party des Troupes du
Roy d'environ trois cens
Hommes d'Infanterie, commandée
par le Marquis d'Athol
, en rencontra un de
Rebelles , compoſé de quatre
cens Fantaffins &
de quatre- vingts Chevaux.
Il les défit , & il y en eut
beaucoup de tuez . Les Rebelles
, aprés cette défaite ,
retournerent
à Ellengreg
,
d'où ils partirent
le IS. &
ayat paffe Lochlong, ils marcherent
du cofté de Lenox
GALANT. 195
dans la Province de Dumbarton.
Le mefme jour les
Vaiffeaux du Roy vinrent
moüiller l'Anchre devant le
Chaſteau ,où eftoient encore
les Armes & les Munitions
des Rebelles. Ils fe préparoient
à le battre de leur
Canon, mais ils n'eurent pas
plûtoft tiré le premier coup,
que deux Hommes parurent
avec un Etendard
blanc , & leur dirent qu'il
n'y avoit perfonne dans le
Chafteau , & que tous les
Rebelles avoient pris la fuite.
On envoya auffi- toft une
Rij
196 MERCURE
""
Chaloupe à terre , & l'on
trouva que le rapport eſtoit
veritable. Ainfi l'on s'empara
du Chafteau , de leurs,
Navires & de leurs Chalou_
pes. On trouva des armes
pour cinq mille' Hommes,
cinq cens Barils de Poudre,
des Boulets, de la Méche, &
d'autres chofes à proportion ,
outre les Canons dont il y en
avoit quelques - uns montez
, & les autres au fond de
l'eau , mais faciles à retirer.
Le 16. les Rebelles pafferent
à la pointe de Gairloch,pour
aller chercher les endroits
GALANT. 197
Guéables de la Riviere Levin
, entre Lochlomond , &
la Ville de Dumbarton . Le
17. au matin le Comte de
Dumbarton , ayant eu avis
qu'ils avoient paffé cette
Riviere , & qu'ils eftoient
entrez dans la Province qui
porte fon nom , envoya trois
Compagnies de Dragons
fous le commandement de
Milord Charles Murray ,
leur Lieutenant Colonel,
pour les empefcher de paffer
la Riviere de Blide , & il
partit en mefme temps de
Glafcovv pour les fuivre. Il
Liij
198 MERCURE
les joignit à Killerne , & la
Cavalerie & les Dragons les
arreſterent juſqu'à ce que
l'Infanterie fuft arrivée, mais
ils eſtoient ſi avantageuſement
poftez , & il eſtoit fi
tard qu'on ne trouva pas
qu'il fuft à propos de les attaquer.
L'Armée du Roy
demeura toute la nuit rangée
en Bataille , pour eſtre
prefte à combattre , auffitoft
que le jour paroiftroit,
mais les Rebelles profiterent
de l'obscurité , pour
fe retirer fans bruit. Ils
pafferent la Riviere de
GALANT. 199
Clide à la nage avec leurs
Chevaux , & leur Infanterie
la paffa dans des Batteaux,
auprés d'un Village nommé
Kilpatrich . Ainfi ils ſe fauverent
à Renfrevy fans aucun
obſtacle . L'Armée du
Roy ne trouvant plus les
Rebelles le 18. au matin,
marcha avec toute la diligence
poffible du cofté de
Glafcovv , où aprés qu'elle
ſe fuft repofée deux heures,
le Comte de Dumbarton
partit avec la Cavalerie , &
les Dragons pour les fuivre ,
laiffant l'Infanterie derriere,
Riiij
2c0 MERCURE
1
avec ordre de le joindre en
grande hafte. Le Comte
d'Argile , & le Chevalier
Jean Cockran eſtant
à Renfrevv , ramafferent une
partie de leurs Troupes , &
prirent desGuides pour fe fai
re conduire par des fentiers
écartez dans la Province de
Gallovvay , mais ces Conducteurs
ayant manqué leur
chemin, les engagerent dans
un Marais , où les Rebelles
ayant perdu leurs Chevaux
& leur Bagage , leur Infanterie
fe divifa en petits Partys
, ce qui obligea le ComGALANT.
201
ger
te de Dumbarton de partaauffi
fon Armé en petits
Corps pour les mieux pourfuivre.
Le Comte d'Argile
eftant retourné fur fes pas
feul à Cheval , du cofté de la
Riviere de Clide , fut attaqué
par deux Valets de
Greinock , qui fans le connoiſtre
, luy crierent qu'il fe
rendift. Il tira fur eux , &
fut bleffé d'un coup de piftolet
à la tefte. Alors ne fe
fiant plus à fon Cheval , qui
eftoit extrémement fatigué,
il init pied à terre , & creut
fe pouvoir cacher dans l'eau .
202 MERCURE
UnPayfan eftant accouru,fe
jetta dans l'eau aprés luy ,l'un
& l'autre en ayant prefque
jufques au col. Le Côte d'Argile
tira fur le Payfan , mais
fon piftolet ne fit pas feu , &
le Payfan l'ayant encore
bleffé à la tefte , ce fecond
coup le troubla fi fort qu'il
s'écria en tombant , Ah ! mal
heureux Argile ! Ces paroles
l'ayant fait connoiſtre pour
ce qu'il eftoit , le Payfan &
les deux autres Hommes qui
l'avoient bleffé d'abord , le
retirerent de l'eau , & le menerent
à leur Commandant.
GALANT. 203
Un Party de quarante Chevaux
, commandé par Milord
Roff, & un pareil nombre
de Dragons , commandez
par le Capitaine Cleland
, en attaquerent un des
Rebelles que commandoit
le Chevalier Jean Cockran.
Il alloit du coté de la Mer.
Ceux- cy voyant venir le
Party du Roy , fe pofterent
dans un petit Clos où ils
eftoient à couvert juſqu'aux
épaules , ce qui n'empefcha
pas Milord Roffde les charger
, mais le Terrain eſtant
trop fort pour eftre rompu
204 MERCURE
par la Cavalerie , le Capitai
ne des Dragons fut tué en
approchant , Milord Roffreceut
une bleffeure legere , le
Chevalier Adam Blair un
coup de Moufquet dans le
col , & le Chevalier Guillaume
Wollace de Craigie , un
autre das le cofté, aprés quoy
lés Rebelles fe retirerent
dans un Bois , qui eftoit derriere
ce Clos , avant que les
Dragons euffent pû venir à
eux. Un Party de cinq Hom
mes des Milices de Clefdale
commandé par le Comte
d'Arran , prit Rumbold &
GALANT. 205
fon Valet , qui fe battirent
en defefperez . Rumbold eſt
celuy dans la Maiſon duquel
les Conjurez avoient tenu
les Affemblées, où ils avoient
réfolu de tuer le feu Roy fur
le chemin de Neumarket .
Le Colonel Aylof fut mené
prifonnier à Glafcovv , avec
plus de deux cens autres .
Ce fut de ce lieu là que l'on
amena le Comte d'Argile à
Edimbourg le 21. de Juin . Il
la Porte du cofté
entra par
de l'eau. Toutes
les Ruës
jufques
au Chafteau
où il
fut mis prifonnier
, eſtoient
206 MERCURE
gardées par la Compagnie
du Roy qui eftoit dans cette
Ville là. Il avoit les mains
liées derriere le dos , & la
teſte nuë , & le Bourreau
marchoit devant luy. Le
Colonel Aylof cuſt eſté
amené avec luy , mais la
nuit avant qu'il deuft partir
de Glafcovv , il s'ouvrit le
ventre avec un Canif.
26. on fit le Procez à Rumbold
, qui fut condamné
comme Criminel de Haute
Trahifon , & l'aprefdifnée
on le traifna fur la claye
à la grande Place d'Edim-
Le
GALANT. 207
bourg , où il fut pendu , &
mis en quartiers. Le 30. le
Comte d'Argile fut mené en
la mefine Place , où un Echafaut
avoit efté élevé. Il eut la
Tefte coupée, en vertu de la
Sentence prononcée contre
luy il y a quelques années,
fans qu'on luy euft fait ſon
Procez de nouveau pour fa
derniere révolte . On ordóna
feulement que fa Tête feroit
miſe fur la Priſon appellée
Tolbooth.Son corps fut portédans
la Chapelle de Sainte
Madeleine auprés de Covvgate.
Il ne fit aucun Dif
208 MERCURE
.
1
cours fur l'Echafaut , mais il
mit un Papier entre les mains
du Doyen de la Cathédrale
d'Edimbourg , qui l'affiſta à
la mort avec le Sieur Charrers
, pour eftre rendu à Milord
Chancelier. Il déclara
qu'il n'en avoit laiffé aucun
autre touchant les Affaires
des Rebelles. Quelques heures
aprés l'execution , on eut
nouvelles que le Chevalier
Jean Cochran & fon Fils
avoient efté pris dans un Village
appellé Cochran , chez
un Oncle du Chevalier ou
ils s'eftoient cachez .
GALANT. 209
Tandis l'on
pourfuique
voit les Rebelles en Ecoffe
13.
le Roy eut avis d'un autre
Soulevement. Un Courier
exprés que luy envoya le
Maire de Lime , arriva le
de Juin au matin, & luy rap
porta que le 11. du mefme
mois, trois Vaiffeaux avoient
paru à la hauteur de cette
Place, & que le Duc de Mon
mouth avoit mis pied à terre
fur les fept heures du foir ,
avec environ cent cinquante
hommes ; qu'eftant entré
dans la Ville , il s'en eftoit
rendu Maiſtre , & qu'il avoit
Juillet 1685.
t
S
210 MERCURE .
envoyé quelques-uns de fes
Complices dans les Provinces
voifines
, pour engager
les Peuples à une Rebellion
ouverte contre le Roy. Sa
Majefté fit affembler auffitoft
fon Confeil Privé , & ordonna
que la Proclamation
fuivante feroit publiée.
ACQUES , ROY.
JA
Comme Nous avons receu
avis certain , que Jacques , Duc
de Monmouth , Ford autrefois
Lord Grey , profcrit ou condamné
par Contumace pour crime
de Haute trabifon , ont mis pied
GALANT. 211
à terre depuis peu à Lime , dans
noftre Province de Dorfet , d'une
maniere ennemie, avec divers autres
Traitres & Gens condamnez
auffi par Contumace ; qu'ils fe
font emparez de noftredite Ville
de Lime , ont difpersé quel &
ques uns de leurs Complices dans
les Provinces circonvoisines , pour
exciter ces Pays- là à ſe joindre à
eux dans une Rebellion ouverte
contre Nous : Nous de l'avis de
noftre Confeil Privé, publions &
declarons Jacques , Duc de Monmouth
, & tous fes Complices ,
Adherents, Fauteurs & Confeil
lers , traitres & rebelles , &
S. ij
212 MERCURE
Nous commandons & enjoignons
à tous Gouverneurs , Lieutenans
Gouverneurs , Sherifs , Inges de
Paix , Maires , Baillis ,
tous nos autres Officiers, tant de la
Iuftice que de la Milice , de faire
rous leurs efforts pourfaiſir & apprehender
ledit Tacques Duc de
Monmouth, Ford cy- devant Lord
Grey , & tousfes Confederez
Adherens ; comme auffi tous antres
qui aideront , affifteront , ou
fouftiendront lefdits Traiftres &
Rebelles , de s'affeurer de tous,
& d'un chacun d'eux , jufqu'à ce
que noftre volonté leur foir plus
amplement connue , faute dequoy
L
GALANT. 213
ils en répondront à leurs perils
fortunes. Donné à noftre Cour de
Voitheall
le 13. de Tuin 1685.
de noftre Regne le premier. Dieu
conferve le Roy.
Sa Majesté ayant fait
part de cette nouvelle à
fes deux Chambres du Parlement
, elles refolurent
de faire chacune une Adreffe
, & de les luy prefenter
féparement. Voicy celle
que la Chambre des Seigneurs
luy prefenta à Witheall
, dans la Sale des Banquets.
Le Roy ayant en la bonté de
214 MERCURE
que·
communiquer à cette Chambre
l'Avis qu'il a receu ce matin
le Duc de Monmouth a mis pied
à terre à Lime dans la Province
de Dorfet , en Ennemy , & avec
plufieurs defes Adherens, qu'il
s'eft emparéde cette Ville - là , cet
te Chambre a refolu de fe rendre
auprés de Sa Majesté , pour luy
faire fes tres - humbles remercimens
de luy avoir fait part de cet
avis , & pour offrir à Sa Majeftéde
fe tenir attachée à Elle , &
de l'affifter de fes vies de fes
biens contre ledit Duc de Monmouth
, & contre tous Rebelles &
Traiftres , & tous les autres EnGALANT.
215
nemis de Sa Majesté.
L'Adreffe que la Chambre
des Communes luy prefenta
dans la mefine Salle des
Banquets , eftoit conceuë en
ces termes.
IRE ,
STR
en
Nous, les tres -fidelles Sujets
de Vostre Majefté , les Communes
d'Angleterre affemblées e
Parlement , la remercions treshumblement
, de tout noftre
coeur , comme noftre devoir nous
y oblige , du Meffage qu'Elle a
eu la bonté de nous envoyer, pour
nous faire fçavoir que l'ingrat
216 MERCURE
eft
que
Jacques , Duc de Monmouth ,
entré dans ce Royaume en Rebelle
. Nous affeurons Voftre Majefté
, avec toute l'obeiſſance & la
fidelité que nous luy devons ,
nous fommes & ferons toûjours
prefts de nous attacher à Elle , &
de l'aßifter de nos vies & de nos
biens contre ledit Iacques Duc de
Monmouth , fes Adherens , &
Correfpondans, & contre tous autres
Rebelles & Traitres quelconques
qui les affifteront , ou aucun
d'eux: Et comme la confervation
de la Perfonne facrée de Voftre
Majefté eft de la derniere impor.
sance pour la paix & pour le
bonheur
GALANT. 217
bonheur du Royaume ; Nous , les
tres obeiffans tres fidelles Sujets
de Voflre Majefté , la fupplions
tres - humblement de prendre
un foin extraordinaire de fa
Perfonne Royale
que
nous
prions Dieu de conferver longtemps.
Leis.le Parlement s'eftant
affemblé , les Seigneurs envoyerent
dire à la Chambre
des Communes
, que le Roy
leur avoit communiqué
un
Manifefte publié au nom du
Duc de Monmouth ; & qu'ils
y avoiết trouvé des maximes
fi execrables & fi injurieuſes
Juillet 1685.
Ꭲ .
218 MERCURE
pour Sa Majefté , qu'ils avoient
refolu de le faire brûler
par la main du Boureau.
Ce Manifefte fut leu enfuite
avec la Sentence des Seigneurs
. La Chambre baſſe
fut du mefme avis, & ce jourlà
mefme cette Sentence fut
executée . On lut dans la
même Chambre le Bill, pour
faire le procez au Duc de
Monmouth . On le mit au
net , & on le leut juſques à
trois fois dans cette mefme
Seance . La Chambre l'ayant
approuvé , on l'envoya aux
Seigneurs qui l'approuveGALANT.
219
rent auffi par un confentement
general . Le Comité ,
qui eftoit chargé de dreffer
un Bill pour la feureté de la
Perfonne du Roy , eut ordre
d'y inferer cette claufe; Que
tous ceux qui maintiendroient
que le Duc de Monmouth
eſtoit né en legitime
Mariage , ou qu'il pouvoit
pretendre legitimement à la
Couronne, feroient declarez
coupables de Haute - trahifon.
On ne fe
de fe contenta pas
faire brûler fon Manifefte
par la main du Boureau , les
Tij
220 MERCURE
Particuliers en pouvoient
garder quelques copies , &
pour l'empefcher, on publia
dés ce mefme jour la Proclamation
fuivante.
JA
'ACQUES , ROY.
Dautant que Jacques , Duc
de Monmouth
, pour exciter nos
Sujets à fe joindre à luy dans fa
revolte contre Nous , a depuis peu
fait publier & difperfer contre nôtre
Perfonne & noftre Gouver
nement , par fes Emiffaires Complices
de fa Rebellion , le plus infame
& le plus perfide de tous les
Ecrits , intitulé: Declaration
•
GALANT. 221
de Jacques , Duc de Monmouth
, & des Seigneurs ,
Gentilshommes
, & autres
prefentement en armes pour
la defenfe & la juftification
de la Religion Proteftante ,
& des Loix , Droits & Privileges
d'Angleterre ; contre
l'Invaſion & la Tyrannie de
Jacques , Duc d'York . Lequel
Ecrit les Seigneurs Ecclefiaftiques
Seculiers affemblez en
Parlement, ont juftement condamné
à eftre brûlé par la main du
Bourean , veu qu'il contient la
plus haute trabifon , que
stable malice des plus implacables
la dete-
Tiij
222 MERCURE
de nos Ennemis puft inventer contre
nous ; Nous , eftant meus de
bonté &
“
አ
pour nos Sujets,
craignantque quelques-uns
d'entre eux nefeachant pas le danger
auquel ils s'expoferoient , ne
fuffent portez à recevoir àgarder
ledit Ecrit , ou à en faire part
à d'autres , Avons trouvé à propos
de l'avis de noftre Confeil
Privé, d'en informer tous nos bons
Sujets. C'eft pourquoy nous commandons
& ordonnons expreßément
par ces Prefentes , à tous
Gouverneurs , Lieutenans , Sherifs
, Juges de Paix , Maires ,
Baillis , Prevofts , grands peGALANT.
223
que
tits Conneftables , à tous nos autres
Officiers , tant de la Milice
de laJustice ; comme auffi à
tous nos Amez Sujets de noftre
Royaume d'Angleterre , de noftre
Principauté de Galles , & de la
Ville deBervvick fur la Toveed,
defaifir & apprehender , & de
faire arrefter toute perſonne ou
perfonnes , qui publieront , difperferont
, ou garderont ledit Écrit,
fans le découvrir au plus prochain
luge de Paix , afin que
Coupable ou les Coupables puiffent
eftre poursuivis comme Traitres
envers Nous , & envers nô.
rre Couronne & Dignité ; faute
le
Tiiij
224 MERCURE
dequoy ils en répondront à leurs
perils fortune. Donné à noftre
Cour de Vvitheall , le 15. de Iuin
1685. de noftre Regne le premier.
Dieu conferve le Roy.
Le lendemain on publia
une autre Proclamation , en
ces termes.
JAC
ACQUES , ROY.
Nos Communes affemblées
en Parlement , nous ayant prié
par leur humble Adreſſe , de promettre
une recompenfe de cing
mille livres Sterling à celuy ou
ceux qui livreront la Perfonne de
Jacques , Duc de Monmouth ,
GALANT. 225
vif; & ledit Jacques , mort on vif;
Ducde Monmouth , estant condamné
par Acte du Parlement ,
pour crime de Haute - trahison ,
Nous de l'Avis de nostre Confeil
Privé , publions & declarons
par ces Prefentes nostre Promeffe
Royale , que nostre plaifir &
volonté est , que quiconque livrera
le Corps duditJacques , Duc de
Monmouth, mort ou vif, recevra
aura la recompenfe de cinq
mille livres Sterling pour ce fervice
, laquelle fomme luyfera inceffamment
payée par notre grand
Treforier d'Angleterre . Donné
le 16.Juin 1685. &c.
226 MERCURE
Le Duc de Monmouth ef
tant entré à Lime le 1. de
Juin , comme je vous l'ay
marqué , en fortit le 14. à
trois heures du matin avec
foixate Chevaux & fix vingts
Hommes de pied ; & aprés
avoir marché environ deux
milles,il les laiffa fous le commandement
deMilord Grey,
qui s'avança jufques à Bridport,
petite Place à fix milles
de Lime. Les Rebelles y entrerent
, en faisant un feu
continuel de leurs Pistolets
& de leurs Moufquets . Quelques-
uns d'entre-eux attaGALANT.
227
querent une Hoftellerie
, où
ils trouverent
environ dix
Cavaliers. Ils tuerent les
fieurs Wadham
, Strangvvais
,
& Edouard Coaker , & blefferent
le fieur Harvey
. Pendant
ce temps, les Habitans
coururent
aux armes , & chargerent
les Rebelles, defquels
ils tuerent fept , & firent
vingt- trois prifonniers
. Les
autres prirent la fuite, & l'on
trouva plus de quarante
de
leursMoufquets
qu'ils avoiét
laiffez dans la campagne
.
eurent pourtant le foin d'emporter
le corps d'un de leurs
Ils
228 MERCURE
Officiers qui avoit eſté tué.
Milord Grey eut fon cheval
tué fous luy ; & eftant demeuré
à pied, il fut contraint
de fe deboter, afin de fe fauver
plus aifément. Le 18. Milord
Churchil fe rendit à
Chard avec quelques Troupes
du Roy , & envoya le
Lieutenant Monaux accompagné
de vingt hommes , &
d'un Maréchal des Logis du
Regiment d'Oxford , pour
obferver les Rebelles. Ils en
rencontrerent un Party d'un
pareil nombre, à deux milles
de Taunton. Ils le chargeGALANT.
229
rent , en tuerent douze , &
blefferent prefque tous les
autres; mais ayant apperceu
un autre party , ils fe retirerent
. Le Lieutenant Monaux
fut bleffé à la tefte d'un
coup de Moufquet . Dans ce
mefme temps le Capitaine
Trevanion , qui commande
un Vaiffeau de guerre nommé
le Suadados , eftant arrivé
à Lime avec les Vaiffeaux du
Roy qu'il commande , y trou
va deux Navires des Rebelles
, une Pinaffe , & un petit
Heu ,avec quarante barils de
Poudre , & des Cuiraffes pour
230 MERCURE
quatre à cinq mille hommes
. Il s'en empara , ainſi
que des deux Baftimens
. Les
Rebelles avoient fait mettre
en Priſon les Principaux
de
la Communauté
, fur le refus
qu'ils avoient fait de fe joindre
à eux . De Daunton
ils s'avancerent
à Bridgvvater
,
& de là aux environs de Glaffenbury
. Milord Churchil
qui les obfervoit de prés, envoya
le 22. un party de quarante
Cavaliers
, qui en ayant
rencontré quatre- vingt , les
obligea de fe retirer dansleur
Camp. Le mefme jour , MiGALANT.
231
lord Duras de Féversham ,
Lieutenant General des Armées
de Sa Majeſté , arriva à
Chippenham, avec un Détachement
des Gardes du
Corps du Roy , des Grenadiers
, du Regiment d'Oxford
, & des Dragons. Le
Comte de Pembroc l'y joignit,
avec la Milice du Comté
de Vilts , dont il eft Gouverneur
.
Le 25. un Party de cent
Chevaux , commandé par par le
Colonel Oglethorp, attaqua
les Rebelles au Pont de Canisham
,entre Bristol & Bath ,
T
232 MERCURE
& défit deux Compagnies de
leur meilleure Cavalerie . Il
y en eut prés de cent tuez .
Le Comte de Nevvbourg Ecoffois,
qui foûtenoit le party
du Roy , receut un coup
de Moufquet dans le ventre.
Il tomba de cheval , & euſt
efté pris , fi ayant encore le
Piſtolet à la main , il n'euft
tué celuy des Rebelles qui
s'avançoit pour le prendre ,
ce qui donna moyen à ceux
de fon party de le délivrer .
Cependant le Comte de
Pembrock ayant fceu que le
Prevoft de Frome avoit fait
GALANT. 233
afficher la Declaration du
Duc de Monmouth, s'y rendit
avec cent foixante Cavaliers
, dont quelques- uns avoient
fait monter derriere
eux des Soldats au nombre
de trente - fix. Eftant arrivé
auprés de la Place , il enten
dit quantité de coups de
Moufquets , & un grand
bruit de tambours ; & apprit
que les Seditieux ayant eu
avis qu'il venoit , s eſtoient
affemblez au nombre de
deux à trois mille , accourus
de Warmifter & de Weftbu
ry , les uns armez de Mouf
Juillet 1685.
V
Y
234 MERCURE
quets , les autres de Piſtolets
& de Piques , de Faux & de
Fourches
. Quoy que ceComte
n'euft avec luy qu'un petit
nombre
de gens , il ne
laiffa pas de s'avancer à la tefte
de fes Soldats , fuivis de fa
Cavalerie. Les Rebelles firent
paroiſtre d'abord beaucoup
de refolution , & un
d'entr'eux tira auffi-toft un
coup de Moufquet fur luy ,
ordonnat aux autres de tirer
lors que le Comte feroit arrivé
à un lieu qu'il leur marqua
; mais la crainte les faifit
incontinent. Ils jetterent
GALANT 235
tous leurs armes , & prirent
la fuite. Le Comte de Pembrock
alla jufques à la Place
où la Declaration avoit
efté affichée . Il la fit arracher
& le Prevoft de ce
Bourg fut contraint d'écrire
de fa propre main qu'il
la deteftoit , & qu'il declaroit
le Duc de Monmouth
Traiftre . Il fit afficher au
mefme endroit cette Declaration
du Prevost , qu'il
envoya enfuite en Prifon.
Le 26. il marcha du coſté
de Bath felon les ordres
;
qu'il avoit receus
2
avec
V ij
236 MERCURE
trois Régimens d'Infanterie
des Milices du Comté de
Vilts , fa Cavalerie ayant
eu ordre d'aller joindre le
Duc de Grafton. A peipeine
eut-il fait deux milles
dans une Plaine entre Trobridge
& Clarkin , qu'il fencontra
les Rebelles qui firent
alte au bout de la Plaine
à un mille de luy ou environ.
Il mit fes trois Regimens
en un Corps , entremefla
les Piquiers & les
Moufquetaires , & demeura
deux heures dans le mefme
endroit. Toutes les fois
GALANT. 237
qu'il divifoit fes Troupes ,
comme pour marcher , les
Rebelles s'avançoient vers
luy , mais fans ofer l'attaquer.
Ils fe retirerent enfin
en defordre , eftant pourfuivis
par les Troupes du Roy
qui vinrent du Pont de Canisham.
Le Comte de Pembrok
en prit un qu'il fit pendre
fur le champ .
Le 27. Milord Duras ayant
eſté averty que les Rebelles
prenoient le chemin de Philipsnorton
, partit de fort
grand matin dans le deffein
d'attaquer leur arriere-gar238
MERCURE
>
de. Il s'avança avec un détachement
de cinq cens
Hommes d'Infanterie que
commandoit le Duc de Graf,
ton & quelques Dragons
& Grenadiers & Cheval , laiffant
le reſte des Troupes
pour le fuivre avec le Ĉanon.
Eftant venu à un Défilé
ou chemin étroit qui
conduit à Philipsnorton , il
entendit des coups de Moufquet
, ce qui luy fit détacher
vingt gardes du Corps , &
une Compagnie de Grenadiers
à pied , du Regiment
du Duc de Grafton , qu'il
GALANT. 239
envoya dans ce petit chemin
, afin de découvrir ce
que c'eftoit . Ils n'y furent
pas plûtoft qu'ils le virent
bordé des deux coftez de Cavalerie
& d'Infanterie derriere
les Hayes . Elles firent
fur eux un fort grand feu . Le
Duc de Grafton qui eftoit à
la tefte des Troupes du Roy
s'avança jufqu'à l'entrée du
Village , avec beaucoup de
réfolution , mais les Rebelles
l'obligerent à fe retirer
par le feu continuel qu'ils
firent. Quelques Cavaliers.
l'arrefterent dans fa retraite,
•
wy
240 MERCURE
& il ſe fit un paſſage malgré
tout l'obftacle qu'ils y mirent.
Le Capitaine Vau
ghan qui fe trouva dans
cette action tua de fa
main le Colonel Mathevvs
qui les commandoit.
Il y eut huit ou neuf Hommes
tuez & trente bleffez
du Party du Roy , parmy
lefquels furent les Sieurs
May & Seymont Volontaires
, mais on n'y perdit aucun
Officier. Le refte de
l'Armée du Roy eftant arrivé
, Milord Duras fit pofter
fes Troupes fur une Eminen
ce,
GALANT. 241
ce , où l'on mit quelques
Pieces de Campagne en batterie
. Les Rebelles en drefferent
une de fix pieces de
Canon , & tirerent fans relafche
pendant deux heures
, fans faire aucun dommage
aux Troupes du Roy,
qui demeurerent en ce lieula
jufqu'à fix heures du foir,
malgré une forte & continuelle
pluye. Milord Duras
ne voyant plus rien à faire,
marcha du cofté de Bradford
, où il demeura tout le
jour fuivant, pour faire repofer
fes Troupes, Il envoya le
Juillet 1685.
X
242 MERCURE
Colonel Oglethorp
avec
cent Chevaux pour les obferver
, & il rapporta qu'ils
eftoient allez à Frome. Ils y
demeurerent le 28. commencerent
à marcher vers
Varmiſter le 29. puis retournerent
du cofté de Shepton-
Mallet. Ils allerent de
là à Welts , & y firent toutes
fortes de Prophanations
dans l'Eglife Cathedrale. La
Table de l'Autel leur fervit
à une Débauche où ils beurent
leurs Santez . Ils pillerent
la Ville , violerent les
Femmes , & firent ce qui fe
GALANT. 243
commet de plus affreux dans
une Place que l'on prend
d'affaut. De Welts ils vinrent
à Glaffenbury , & le fecond
de Juillet ils arriverent
à Bridgvvater.
Milord Duras qui avoit
fuivy les Rebelles à Frome,
en partit le mefme jour
avec l'Armée du Roy , alla
à Shepton-Mallet , & le lendemain
à Somerton . Le 5.
il arriva à Weſton , qui n'eſt
qu'à trois milles de Bridgvvater
, où les Ennemis fembloient
vouloir fe défendre.
Il logea fa Cavalerie & fes
X ij
244 MERCURE
Dragons dans ce Village , &
fit camper fon Infanterie
aux environs dans une large
Plaine , vis à vis d'un Marais.
Le Pofte eftoit d'autant plus
avantageux , qu'elle avoit
un Foffé devant elle. Il fut
averty le foir que les Rebelles
fortoient de la Ville , ce
qui l'obligea de tenir fes
Troupes en ordre , & d'envoyer
différens Partys pour
découvrir leur deffein. Ils
concerterét fi bien leur marche
, & garderent un filence
fi profond , qu'ils s'avan-
-cerent fans aucun obſtacle
GALANT. 245
ils
juſqués au Marais , où ils
trouverent
un paffage libre ,
de forte que le matin
rangerent
leur Infanterie
en
Bataille. Elle faifoit cinq à
fix milles Hommes . Le Duc
de Monmouth
eftoit à leur
tefte , & il la fit avancer auprés
du lieu où eftoit campée
l'Armée du Roy. Milord
Duras. qui en eut avis ,
fit mettre auffi-toft fes Troupes
en état de bien recevoir
les Ennemis. Elles confiftoient
en deux mille Hommes
de pied , & fept cens
tant Cavaliers , que Grena-
X iij
246 MERCURE
diers & Dragons. On fera
furpris qu'elles fe foient
trouvées d'abord en fr petit
nombre , cela venoit de ce
que le Roy voulant épargner
le fang , faifoit entourer
le Duc de Monmouth,
comme une Ville affiegée.
Ainfi les Troupes qui vinrent
joindre Milord Duras
eftoient des autres Quartiers.
Les Rebelles ayant
réfolu de hazarder le Combat,
commencerét l'attaque
par de grands cris, & par une
volée de coups deMoufquer.
On leur répondit de meſme.
GALANT. 247
Leur Cavalerie s'avança
pour foûtenir leur Infanterie
, mais le Colonel Oglethorp
qui commandoit
un
Party de Cavaliers , lesempefcha
de fe joindre , & il
les stint en haleine jufqu'à
ce que le Régiment d'Oxford
, & un détachement
des
Gardes l'euffent joint pour
former une ligne. Leur Cavalerie
eftoit de mille ou -
douze cens Hommes , commandez
par Milord Grey,
& comme elle ne put
rangée en un Corps pendant
tout ce temps là , elle
eftre
X iiij
248 MERCURE
fit fort peu
de réſiſtance , &
• commençant
auffi- toft à
fuir devant
, ceux qui la
chargeoient
, elle abandonna
le Champ de Bataille.
L'Infanterie
demeura
ferme , & on fit grand feu
de part & d'autre , le Foffé
dont j'ay parlé l'ayant
empefchée
de venir
mains. Le Canon qu'attendoit
Milord Duras eftantarrivé
, & fa Cavalerie
s'eftant .
jettée fur les Fantaffins
du
Duc de Monmouth
, ils furent
entierement
défaits , &
on leur prit trois pieces de
aux
GALANT. 249
Canon , c'eftoit tout ce qu'ils
en avoient en ce lieu là . Prés
de deux mille Hommes des
leurs furent tuez , & l'on fir
un grand nombre de Prifonniers
, parmy lefquels fe
trouverent le Colonel Holmes
, Perrot ſon Major , le
Conneftable de Crookborne
, & le nommé Guillaume ,
Domeſtique du Duc de
Monmouth qui avoit fur
luy deux cens Guinées . Il
dit que c'eftoit tout l'argent
que fon Maiftre avoit
de refte . Une Guinée vaut
environ douze francs & de250
MERCURE
my de noftre Monnoye . If
y eut environ trois cens
Hommes tuez dans les Troupes
du Roy , & un pareil
nombre de bleffez , mais l'on
n'y perdit aucune perfonne
confiderable. Milord Duras
fe trouva par tout pendant
le Combat , donnant
les ordres néceffaires avec
beaucoup de conduite . Milord
Churchil qui commandoit
fous luy , fit paroître
une fort grande bravou
& le Duc de Grafton ſe
fignala ainfi que les autres
Chefs. Lors qu'on fut dere
,
"
GALANT. 251
meuré Maiſtre du Champ
de Bataille , Milord Duras
marcha avec cinq cens
Hommes , quelque Ĉavalerie
& fes Dragons vers
Bridgyvater
dont il ſe rendit
Maiftre , les Rebelles
qui y eftoient ayant pris la
fuite , & s'eftant difperfez
en divers endroits . Il laiffa
fes Troupes dans la Ville,
fous le commandement
du
Colonel Kirke , & ayant appris
que le Duc de Monmouth
fuyoit avec environ
cinquante Cavaliers , qui
eftoit le plus grand nombre
252 MERCURE
de Rebelles qu'il y euft enfemble
, il envoya plufieurs
Partis pour le pourſuivre luy
& Milord Grey . Ce dernier
fut pris dés le mefme jour à
Ringvvord , fur la frontiere
de la Province de Dorfet. Il
eftoit déguifé en Berger . On
le mena auffi-toft à Milord
Lumley. Le Duc de Monmouth
voyant que les Chevaux
avec lefquels il fuyoit,
faifoient un gros dont il
eftoit mal aifé de cacher la
marche , réfolut de les quitter.
Ils fe feparerent en differens
Pelotons , afin qu'ils
GALANT. 253
>
fuffent moins expofez à eftre
yeus & qu'ils puffent fe
fauver plus aifément . Le foir
de ce mefme jour quelques
Bergers dirent à ceux qui les
pourfuivoient, qu'ils avoient
vû deux Fuyards entrer dans
un Bois voifin , dont on fit
border les avenues , pour y
chercher le lendemain ceux
qui pouvoient s'y eftre cachez.
On fe fervit de Limiers
felon la coûtume
d'Angleterre , où l'on employe
des Chiens pour découvrir
les Voleurs qui fe
font fauvez dans les Foreſts.
254 MERCURE
Ces Limiers s'arrefterent à
un Fofféen aboyant , & on
trouva un Homme couché
fous une Haye fort épaiffe.
C'eftoit un Allemand , qui
en demandant quartier, promit
de montrer l'endroit où
le Duc de Monmouth s'étoit
retiré. Ce Duc avoit
fait toute la diligence poffible
pour gagner la Mer , où
il efperoit trouver quelque
Barque , mais fon Cheval
luy ayant manqué , il avoit
efté contraint de fe mettre à
pied , & de prendre un méchant
habit pour n'eftre pas
GALANT. 255
reconnu. On le trouva fous
un Buiffon fort épais dans un
Foffe , ayant dans fes poches
fon Collier de l'Ordre de la
Jarretiere , une Montre , &
environ foixante Guinées.
Lors que les Soldats du Roy
l'eurent tiré du Foffé , il tomba
en défaillance , & fut
quelque temps à revenir . Sa
Majefté ayant fceu cette
nouvelle, ordonna qu'on diftribuaft
à ceux qui l'avoient
pris , les cinq mille livres
Sterlin de
récompenfe
, promifes
par fa proclamation
,
& à ceux qui avoient pris
258 MERCURE
Milord Grey , la fomme de
cinq cens livres Sterlin , fuivant
la proclamation du feu
Roy , publiée le 28. Juin 1683 .
Sa Majefté avoit déja ordóné
que la récompenfe promiſe
par la mefme Proclamation
du feu Roy à ceux qui prendroient
Rumbold , fuft diftribuée
entre les cinq Soldats
de la Milice du Comte
d'Arran , qui l'avoient pris
en Ecoffe , & que fi quelqu'un
de ces Soldats avoit
efté tué , où eftoit mort de
fes bleffeures
, fa part fuft
donnée à ſa Veuve , ou à fes
GALANT. 257
Enfans ou à fes plus proches
Parens s'il n'eftoit pas
marié. Le Duc de Monmouth
&MilordGrey furent
amenez à Londres le 13. c'eft
à dire le 23. felon nous. On
les interrogea d'abord au
Confeil , & enfuite on les
conduifit par eau à la Tour,
où la Ducheffe de Monmouth
avoit efté déja menée
avec fes Enfans.
Quant au Parlement , on
y a paffé divers Actes , dont
les principaux ont efté, pour
accorder un Subfide au Roy,
en impofant une Taxe pen-
Juillet 1685.
Y
258 MERCURE
dant cinq années fur toutes
fortes de toiles de France &
des Indes Orientales , & fur
plufieurs autres Manufacturés
des Indes , fur toutes for- .
tes d'eaux de vie qui feront
apportées en Angleterre ,
pour fournir au Roy les charois
ou voitures dont Sa Majefté
a befoin dans ſes voyages
; pour renouveller un autre
Acte touchant les voitures
qu'on doit fournir à Sa
Majefté , tant par eau que
le fervice de
par terre pour
fa Flote & de fon Artillerie ;
pour réünir au Domaine du
GALANT. 259
Roy les revenus de la Pofte,
& 24000. livres fterlin de
rente du revenu hereditaire
de l'Excife ; pour authoriſer
le Roy à donner des Baux &
autres droits , terres ou he-,
ritages de fon Duché de Cor--
nuaille , & pour confirmer
ceux qui auroient eſté déja
donnez ; pour renouveller
un Acte cy - devant paffé ,qui
donne permiffion de tranf
porter des cuirs ; pour continuer
trois autres Actes, qui
donnent ordre à empefcher
les vols fur les Frontieres du
Nord d'Angleterre , pour
Y ij
260 MERCURE
nettoyer , conferver , maintenir
& reparer le Havre &
le Mole du grád Yarmouth ;
pour rebâtir , finir & embellir
l'Eglife Cathedrale de
Saint Paul de Londres .
Le 2. de ce mois , le Roy
fe rendit à la Chambre des
Seigneurs , reveſtu de ſes habits
Royaux ; & s'eftant affis
dans fon Trône , il manda la
Chambre
des Communes
, &
donna encore fon confentement
à quelques Actes , fçavoir
pour hafter la conftruation
des Vaiffeaux en Angleterre
; pour faire valoir
GALANT. 261
les Terres labourables ; pour
ériger une nouvelle Eglife,
qui fera appellée la Paroiffe
de Saint Jacques dans la liberté
de Weftminſter , &
pour reparer l'Egliſe Cathedrale
de Bangor , pour en
entretenir le Choeur, & pour
augmenter le revenu de l'Evefché
de Bangor, & de plufieurs
Cures du mefme Dio .
cefe . Aprés cela , Milord
Garde des Seaux, fignifia aux
deux Chambres , que Sa Majefté
fouhaitoit qu'elles fe feparaffent
jufqu'au 4. du mois
d'Aouft prochain , & leur fit
262 MERCURE
connoiftre en mefme temps,
que ce n'eftoit pourtant pas
l'intention du Roy que le
Parlement s'affemblaſt en ce
temps-là ; mais que cette
Seance fuft continuée jufques
àl'Hyver , par ajournemens
qui feroient faits par
ceux des Deputez qui fe trouveroient
à Londres ou aux
environs, à moins que le fervice
de Sa Majeſté ne demandaft
leur Affemblée, auquel
cas Sa Majeſté les en
feroit avertir de bonne heure
par fa Proclamation , afin
que tous les Deputez s'y rendiffent.
Fermer
Résumé : Journal de tout ce qui s'est passé au Parlement d'Angleterre assemblé à Londres, depuis de son ouverture, jusques au jours de sa separation. Avec l'histoire entière de la Rebellion du Duc de Monmouth, & du Comte d'Argile. [titre d'après la table]
En juillet 1685, le roi convoque le Parlement anglais à Westminster et demande aux membres des deux chambres de prêter serment afin de protéger l'Église d'Angleterre et le gouvernement existant. Il évoque la menace des rebelles en Écosse, notamment le comte d'Argyll, qui le déclare usurpateur et tyran. Les rebelles, connus sous le nom de Covenanters, critiquent les actions du roi et appellent à rétablir la religion protestante. En Écosse, une révolte contre le papisme et le gouvernement arbitraire vise à défendre la religion protestante et les libertés. Le comte d'Argyll mobilise des troupes, mais est finalement capturé. En Angleterre, une conjuration pour assassiner le roi est découverte, entraînant l'exécution de Rumbold et du comte d'Argyll pour haute trahison. Le duc de Monmouth débarque dans le Dorset et incite à la rébellion, mais est repoussé et proclamé traître. Plusieurs affrontements opposent les troupes royales aux rebelles, notamment à Bristol et Bridgwater, où Monmouth est capturé et conduit à la Tour de Londres. Le Parlement approuve des subsides et des taxes pour soutenir le roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
947
p. 263-287
Reception faite au Roy par Mr le Marquis de Seignelay, dans sa Maison de Seaux. [titre d'après la table]
Début :
Le Roy ayant résolu d'aller souper à Sceaux, dans la Maison qui [...]
Mots clefs :
Famille royale, Duc, Pavillon, Réception, Duc de Seignelay, Jardins, Plaisir, Princes, Divertissement, Orangerie, Galeries, Symphonie, Madame la Dauphine, Monseigneur le Dauphin, Ornements, Tapisserie, Lumières
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reception faite au Roy par Mr le Marquis de Seignelay, dans sa Maison de Seaux. [titre d'après la table]
Le Roy ayant refolu d'aller
fouper à Sceaux , dans la
Maiſon qui appartient à M.
le Marquis de Seignelay, Sa
· Majeſté l'en avertit quelques
jours auparavant , afin
qu'il euft le temps de ſe preparer
à la recevoir avec toute
laMaiſon Royale . CeMarquis
donna auffi -toſt les ordres
qu'il crut neceffaires
pour répondre à l'honneur
qu'il devoit recevoir, & n'oublia
rien de tout ce qu'il s'i
magina devoir eftre agreable
à fa Majefté. Le jour fut
choify ; mais le temps s'é-
6
264 MERCURE
2
tant tourné à la pluye , il y
eut à craindre qu'il ne changeaſt
pas fitoft , & le Roy
eut la bonté de marquer un
autre jour. Ce fut le Lundy
16. de ce mois . M. le Marquis
de Seignelay prit de fi
grands foins d'empefcher la
foule , qu'il n'entra dans le
Chafteau que des perfonnes
diftinguées , & des Officiers
de la Maiſon Royale. Ce qui
l'engagea à ſe ſervir de cette
précaution , fut non ſeulement
afin que le Roy ne fuſt
point incommodé de la preſfe
qui fuit ordinairement ces
fortes
GALANT. 265
fortes de divertiffemens
mais encore afin qu'il ne viſt
point de perſonnes inconnuës
, qui ſont deux chofes
qui gefnent, & qui font caufe
qu'on ne jouit qu'imparfaitement
des plaifirs aufquels
on s'eft preparé. Ainſi
l'on peut dire que le premier
que Sa Majefte goûta en entrant
dans Seaux , fut celuy
de ne s'y trouver qu'avec fa
Cour ordinaire, & d'eftre af
furé que les divertiffemens
qu'on luy avoit preparez ,
feroient pour Elle des plaifirs
tranquilles . Le Roy ar-
Juillet 1685.
Ꮓ
266 MERCURE
riva à Seaux environ fur les
fix heures & demie du foir,
accompagné de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame
la Dauphine , de Monfieur
, de Madame, de Monfieur
le Duc , de Madame la
Ducheffe , de Monfieur le
Duc de Bourbon , de Mademoiſelle
de Bourbon, deMófieur
le Duc du Maine , de
Mademoiſelle de Nantes, de
plufieurs Ducs & Pairs , Marefchaux
de France , & des
plus qualifiez Seigneurs de la
Cour. Quelques perfonnes
eftoient arrivées avant le
GALANT 267
Roy , du nombre defquelles
eftoient M. le Cardinal de
Bonzi , & M. le Nonce du
Pape. Sa Majeſté fut receuë
à la defcente de fon Caroffe,
par M. le Marquis de Seignelay
, M. le Coadjuteur de
Roüen, M. les Ducs de Che
vreuſe & de Beauvilliers, Mrs,
les Marquis de Maulevrier
& de Blainville, & M. le Bailly
Colbert. Meſdames les
Ducheffes de Chevreufe , de
Villeroy , de Beauvilliers &
de Mortemar; Mefdames les
Marquifes de Seignelay , de
Croifly, de Beuvron , de Me-
Zij
268 MERCURE
davy , & Madame la Comteffe
de Saint Geran, vinrent
recevoir Madame la Dauphine
& Madame . Le Roy
les falüà , avec cet air tout
engageant qui luy eſt ordinaire.
Il entra enfuite par la
porte du milieu dans l'Apartement
bas du Chafteau , où
il vit une enfilade de huit ou
neuf pieces fort proprement
meublées ; mais avec plus de
bon gouft què de richeffe ,
ou plûtoft avec une modeſte
magnificence , s'il eft permis
de parler ainfi. Au forcir de
cet Apartement , on trouva
GALANT. 269
be
fe
diverfes Chaiſes tirées par
des hommes,pour le promener
dans les Jardins . Il y a ya
long- temps qu'on fe fert de
2
l'uces
fortes de Chaifes à Verfailles
, & c'eft de là que l
fage en eft venu. Elles ne
font que pour une perſonne ,
inais il y en avoit une à Seaux
d'une invention finguliere
& toute nouvelle . Elle eftoit
à quatre places, & quatre paraffols
y eftoient attachez.
Rien n'eft fi commode & fi
doux que ces Chaiſes , parce
qu'elles font conduites par
des homines qui ne mar-
Z iij
270 MERCURE
chent point devant, mais qui
font de chaque cofté de la
Chaife. Madame la Dauphine
, Madame la Ducheffe
Madame la Princeffe deConty
, & Madame de Maintenon,
comme Dame d'Atour
de Madame la Dauphine ,
prirent place dans cette
Chaife ; & plufieurs Princeffes,
Ducheffes, & autres Dames
qualifiées , ſe ſervirent
des autres. Il y en eut quelques-
unes qui fe firent un
plaifir de marcher , & qui
fuivirent en cela l'exemple
de Madame .
GALANT. 271
Monfeigneur le Dauphin ,
Monfieur, Monfieur le Duc,
Monfieur le Duc de Bourbon
, Monfieur le Duc du
Maine, & tous les Princes &
Seigneurs de la Cour, accompagnerent
le Roy à pied , &
M. de Seignelay fut toûjours
auprés de Sa Majeſté , pour
luy montrer ce qu'il y avoit
à voir , & pour l'éclaircir de
ce qu'Elle auroit pû fouhaiter
d'apprendre touchant les
chofes qu'Elle voyoit. Il faut
remarquer que le Roy eftoit
au premier rang de toute la
Cour , & qu'il n'y avoit du
Z iiij
272 MERCURE
monde qu'à cofté & derriere
ce Prince ; de forte que rien
ne luy dérobant la veuë des
lieux où il fe promenoit , il
jou ïffoit fans obftacle de l'air
que la confufion empeſche
ordinairement de refpirer
dans ces fortes de divertiffemens.
Aprés qu'on eut traverſé
de belles Allées paliſſadées
,
on arriva à un Pavillon nommé
le Pavillon de l'Aurore ,
parce que l'Aurore en ſe levant
eft plûtoft remarquée
de ce lieu - là que d'aucun au-
& qu'il femble qu'elle
tre ,
GALANT. 273
ne paroiffe tous les matins
que pour l'éclairer . Ce Pavillon
peut
eftre encore appellé
le Pavillon de l'Aurore ,
à caufe qu'on y voit cette
Déeffe peinte de la main de
M. le Brun ; ce qui fuffit pour
faire juger des beautez du
dedans. Ce Pavillon a douze
ouvertures en comptant
celle de la porte ; & comme
ce Salon eft élevé, on monte
pour y entrer par deux Efcaliers
opofez l'un à l'autre . Il y
a dedans deux enfoncemens
qui fe regardent , & qui ren
fermét chacun trois croifées ,
274 MERCURE
Le tour de l'un de ces deux
enfoncemens eftoit remply
de toutes fortes d'eaux glacées
, de confitures feches , &
de fruits auffi beaux qu'ils ef
toient rares pour la faifon.
Il y avoit dans l'autre enfoncement
ce que la France a
de plus habiles Maiſtres pour
les inftrumens , & dequoy
faire entendre une fimphonie
douce & proportionnée
à l'étendue de ce lieu. Le
Roy , Monſeigneur le Dauphin,
Madame la Dauphine,
Monfieur,Madame, les Princes
, Princeffes, Ducheffes &
GALANT. 275
Dames qualifiées , entrerent
feules dans ce Salon , ce lieu
n'eftant pas affez fpacieux
pour contenir tous les Seigneurs
qui accompagnoient
Sa Majefté ; mais tous les
Courtifans eurent l'avantage
de faire leur Cour,en le promenant
dans le Jardin autour
des feneftres de ce Sa
lon , d'où ils eftoient veus de
tous ceux qui eftoient dedans,
& qui en rempliffoient
les feneftres , goûtant à la
fois quatre differens plaiſirs,
puis qu'ils refpiroient un air
frais & agreable, aprés avoir
276 MERCURE
effuyé la chaleur & la pouffiere
du chemin; qu'ils jouif
foient d'une tres-belle veuë
qui offroit des Bois , des Plaines
& des Cofteaux , & qui
en de certains endroits s'étendoit
juſqu'à Paris ; qu'ils
entendoient une fimphonie
tres - douce , & qu'ils ſe rafraichiffoient
en même teins
avec les fruits & les eaux glacées.
Toutes les Auguftes
Perfonnes qui remplifoient
ce Salon , s'y trouverent fr
commodément , qu'elles
demeurerent pendant plus
d'une heure, apres quoy l'on
y
1.
GALANT. 277
en defcendit pour continuer
la promenade. On vit une
belle piece d'eau qui eft à
cofté du Chaſteau , & l'on fe
rendit enfuite dans la Sale
appellée des Maronniers, où
font cinq Fontaines tres-agreables
, fçavoir quatre tirant
vers les Angles , & une
dans le milieu. On alla de là
dans un petit Bois fait en labirinthe
, & tout remply de
Fontaines , puis dans l'allée
d'eau. Le long de chaque
cofté de cette Allée, on voit
regner quantité de Buftes
fur des Scabellons, & des Jets
278 MERCURE
d'eau qui s'élevent auffi haut
que le Treillage. Chaque Jet
d'eau paroift entre deux Buftes
, & chaque Bufte entre
deux Jets d'eau . Il y a une
rigole le long du bas de chaque
cofté de l'Allée, pour recevoir
l'eau qui tombe d'un
fi grand nombre de Jets , &
aux quatre coins de cette Allée
font quatre grandes coquilles
qui reçoivent auſſi
l'eau. Derriere les Buftes &
les Jets d'eau , s'élèvent de
grands Treillages qui for
ment des murailles de verdure.
Au fortir d'un lieu fi
GALANT. 279
7
beau , & où l'on refpire une
fraicheur qui enchante , on
alla voir le Pavillon appellé
des quatre Vents . C'eſt un
lieu charmant pour la beauré
de la veuë ! on revint enfuite
le long du Mail, puis en
defcendant un peu , on fe
rendit auprés d'une piece
d'eau qui contient envi
ron fix arpens. Le lieu fut
trouvé fi agréable , que le
Roy voulut s'y repofer , afin
d'y demeurer plus longtemps.
Sa Majesté choifit
pour s'affeoir , un endroit
qui regarde en face une Caf-
4
1280 MERCURE
-I
1
'
cade , qui eft à l'autre bout
de cette piece d'eau . Elle
eft fur le panchant d'une
cofte , & comme les eaux en
font vives , on peut affeurer
que tout y eft naturel. Elle
forme trois Allées d'eau , &
elle eft ornée de plufieurs
Vafes de Bronze , qui font
entre les Baffins d'où -fortent
les Jets . Pendant que
le Roy & la Maiſon Royale
furent affis vis à vis de cette
Cafcade , plufieurs Gondoles
dorées & vitrées , garnies
de Damas de diverfes
couleurs , & conduites par
r
GALANT. 281
des Rameurs vétus de blanc ,
& fort proprement mis,
avec des Rubans de couleur,
firent divers tours fur la piece
d'eau , & pafferent plufieurs
fois devant le Roy,
afin de l'inviter à entrer dedans
, s'il euft eu envie de fe
promener fur l'eau ; mais ce
Prince infatigable aimant
mieux prendre à pied le plaifir
de la promenade vint
voir de prés la Caſcade,
qu'il avoit examinée de loin
pendant une demy heure. Il
demeura encore quelque
temps à la confiderer , puis
Fuillet 1685.
A a
282 MERCURE
il monta à pied jufqu'au
haut , & Madame la Dauphine
, & les Dames le fuivirent
dans leurs Chaifes. On
entendit au haut de la Cafcade
, l'agréable bruit de
plufieurs Haut-bois qui fe
mefloit à celuy des eaux. Ils
eftoient cachez derriere la
Paliffade , & marcherent
long- temps fans eftre veus ,
de maniere qu'il fembloit
que cette mélodie inviſible
eftoit en l'air , & que ceux
qui la formoient fe faifoient
un plaifir de fuivre le Roy.
On eut le mefme divertiffe-
1
GALANT. 283:
ment en plufieurs endroits .
1 du Jardin , ou les Flutes douces
& les Haut- bois eftoient
cachez dans des Bofquets ..
Il ne reftoit plus qu'une piece
d'eau à voir. Le Roy youlut
encore y aller aprés avoir
veu la Cafcade , & lors qu'on
retourna au Chateau le:
Ciel commença à s'obfcur
cir, comme fi le jour n'euft
voulu finir , que lors que ce
Prince n'avoit plus befoin
de fa clarté
, & que la nuit
n'euft confenty à paroiltre,.
que dans le temps que fon
obfcurité eftoit néceffaire
Aa ij
284 MERCURE
pour
donner plus de plaifir
à Sa Majeſté, en faifant bril
ler davantage les lieux qu'on
avoit illuminez pour la recevoir.
Quoy qu'il n'y euſt
aucunes lumieres attachées
aux Murailles du dehors du
Chafteau , ce que l'on appel.
le Illuminations , il ne laiffa
pas de paroiftre fort brillant
, lors que la Cour eut
tourné fes pas de ce cofté là.
Toutes les Feneftres en
eftoient ouvertes & un
grand nombre de Luftres en
Éclairoit les Appartemens
auffi bien qu'une Galerie
GALANT. 285
haute , & une Galerie baffe
par lefquelles on y entre, &
dont les ouvertures ne font
point fermées , ce qui faifoit
paroiftre les Luftres , les
Bras dorez , & les Tableaux ,
dont ces
eftoient remplies . Le Roy
traverfa une partie de cette
Galerie pour fe rendre dans
l'Orangerie , où un Concert
eftoit préparé. Il entra par
le bout oppofé à l'endroit
où eftoient ceux qui devoient
faire ce Concert.
Ainfi ce Prince les vit tous
d'abord en face. On avoit
deux Galeries
286 MERCURE
pris fept Toifes de profondeur
pour les Places , Elles
eftoient feparées du cofté
de l'Orangerie par de grands
Pilaftres de Marbre , qui
portoient une Façade ou
cinq Luftres eftoient attachez
. Le mefme ordre fuivoit
jufques au fond où paroiffoient
deux manieres
d'Escaliers de chaque cofté,
qui rampoient fuivant la
pente d'un Amphitheatre
qui eftoit dans le fond , &
qui paroiffoit conduire à une
Galerie , qui eftoit aufli dans
le fond au deffus de l'AmGALANT.
287
phitheatre. Tout ce fond
eftoit éclairé par beaucoup
de petits Luftres , & toutes
les faces des Pilaftres étoient
ornées de quantité de Plaques
portant plufieurs Bougies.
Tout le reste de l'Orangerie
eftoit paré d'une
tres- belle Tapiflerie
, reprefentant
toutes les Chaffes
des douze Mois de l'Année,
& de deux rangs de Luftres
qui régnoient depuis un
bout jufqu'à l'autre.
fouper à Sceaux , dans la
Maiſon qui appartient à M.
le Marquis de Seignelay, Sa
· Majeſté l'en avertit quelques
jours auparavant , afin
qu'il euft le temps de ſe preparer
à la recevoir avec toute
laMaiſon Royale . CeMarquis
donna auffi -toſt les ordres
qu'il crut neceffaires
pour répondre à l'honneur
qu'il devoit recevoir, & n'oublia
rien de tout ce qu'il s'i
magina devoir eftre agreable
à fa Majefté. Le jour fut
choify ; mais le temps s'é-
6
264 MERCURE
2
tant tourné à la pluye , il y
eut à craindre qu'il ne changeaſt
pas fitoft , & le Roy
eut la bonté de marquer un
autre jour. Ce fut le Lundy
16. de ce mois . M. le Marquis
de Seignelay prit de fi
grands foins d'empefcher la
foule , qu'il n'entra dans le
Chafteau que des perfonnes
diftinguées , & des Officiers
de la Maiſon Royale. Ce qui
l'engagea à ſe ſervir de cette
précaution , fut non ſeulement
afin que le Roy ne fuſt
point incommodé de la preſfe
qui fuit ordinairement ces
fortes
GALANT. 265
fortes de divertiffemens
mais encore afin qu'il ne viſt
point de perſonnes inconnuës
, qui ſont deux chofes
qui gefnent, & qui font caufe
qu'on ne jouit qu'imparfaitement
des plaifirs aufquels
on s'eft preparé. Ainſi
l'on peut dire que le premier
que Sa Majefte goûta en entrant
dans Seaux , fut celuy
de ne s'y trouver qu'avec fa
Cour ordinaire, & d'eftre af
furé que les divertiffemens
qu'on luy avoit preparez ,
feroient pour Elle des plaifirs
tranquilles . Le Roy ar-
Juillet 1685.
Ꮓ
266 MERCURE
riva à Seaux environ fur les
fix heures & demie du foir,
accompagné de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame
la Dauphine , de Monfieur
, de Madame, de Monfieur
le Duc , de Madame la
Ducheffe , de Monfieur le
Duc de Bourbon , de Mademoiſelle
de Bourbon, deMófieur
le Duc du Maine , de
Mademoiſelle de Nantes, de
plufieurs Ducs & Pairs , Marefchaux
de France , & des
plus qualifiez Seigneurs de la
Cour. Quelques perfonnes
eftoient arrivées avant le
GALANT 267
Roy , du nombre defquelles
eftoient M. le Cardinal de
Bonzi , & M. le Nonce du
Pape. Sa Majeſté fut receuë
à la defcente de fon Caroffe,
par M. le Marquis de Seignelay
, M. le Coadjuteur de
Roüen, M. les Ducs de Che
vreuſe & de Beauvilliers, Mrs,
les Marquis de Maulevrier
& de Blainville, & M. le Bailly
Colbert. Meſdames les
Ducheffes de Chevreufe , de
Villeroy , de Beauvilliers &
de Mortemar; Mefdames les
Marquifes de Seignelay , de
Croifly, de Beuvron , de Me-
Zij
268 MERCURE
davy , & Madame la Comteffe
de Saint Geran, vinrent
recevoir Madame la Dauphine
& Madame . Le Roy
les falüà , avec cet air tout
engageant qui luy eſt ordinaire.
Il entra enfuite par la
porte du milieu dans l'Apartement
bas du Chafteau , où
il vit une enfilade de huit ou
neuf pieces fort proprement
meublées ; mais avec plus de
bon gouft què de richeffe ,
ou plûtoft avec une modeſte
magnificence , s'il eft permis
de parler ainfi. Au forcir de
cet Apartement , on trouva
GALANT. 269
be
fe
diverfes Chaiſes tirées par
des hommes,pour le promener
dans les Jardins . Il y a ya
long- temps qu'on fe fert de
2
l'uces
fortes de Chaifes à Verfailles
, & c'eft de là que l
fage en eft venu. Elles ne
font que pour une perſonne ,
inais il y en avoit une à Seaux
d'une invention finguliere
& toute nouvelle . Elle eftoit
à quatre places, & quatre paraffols
y eftoient attachez.
Rien n'eft fi commode & fi
doux que ces Chaiſes , parce
qu'elles font conduites par
des homines qui ne mar-
Z iij
270 MERCURE
chent point devant, mais qui
font de chaque cofté de la
Chaife. Madame la Dauphine
, Madame la Ducheffe
Madame la Princeffe deConty
, & Madame de Maintenon,
comme Dame d'Atour
de Madame la Dauphine ,
prirent place dans cette
Chaife ; & plufieurs Princeffes,
Ducheffes, & autres Dames
qualifiées , ſe ſervirent
des autres. Il y en eut quelques-
unes qui fe firent un
plaifir de marcher , & qui
fuivirent en cela l'exemple
de Madame .
GALANT. 271
Monfeigneur le Dauphin ,
Monfieur, Monfieur le Duc,
Monfieur le Duc de Bourbon
, Monfieur le Duc du
Maine, & tous les Princes &
Seigneurs de la Cour, accompagnerent
le Roy à pied , &
M. de Seignelay fut toûjours
auprés de Sa Majeſté , pour
luy montrer ce qu'il y avoit
à voir , & pour l'éclaircir de
ce qu'Elle auroit pû fouhaiter
d'apprendre touchant les
chofes qu'Elle voyoit. Il faut
remarquer que le Roy eftoit
au premier rang de toute la
Cour , & qu'il n'y avoit du
Z iiij
272 MERCURE
monde qu'à cofté & derriere
ce Prince ; de forte que rien
ne luy dérobant la veuë des
lieux où il fe promenoit , il
jou ïffoit fans obftacle de l'air
que la confufion empeſche
ordinairement de refpirer
dans ces fortes de divertiffemens.
Aprés qu'on eut traverſé
de belles Allées paliſſadées
,
on arriva à un Pavillon nommé
le Pavillon de l'Aurore ,
parce que l'Aurore en ſe levant
eft plûtoft remarquée
de ce lieu - là que d'aucun au-
& qu'il femble qu'elle
tre ,
GALANT. 273
ne paroiffe tous les matins
que pour l'éclairer . Ce Pavillon
peut
eftre encore appellé
le Pavillon de l'Aurore ,
à caufe qu'on y voit cette
Déeffe peinte de la main de
M. le Brun ; ce qui fuffit pour
faire juger des beautez du
dedans. Ce Pavillon a douze
ouvertures en comptant
celle de la porte ; & comme
ce Salon eft élevé, on monte
pour y entrer par deux Efcaliers
opofez l'un à l'autre . Il y
a dedans deux enfoncemens
qui fe regardent , & qui ren
fermét chacun trois croifées ,
274 MERCURE
Le tour de l'un de ces deux
enfoncemens eftoit remply
de toutes fortes d'eaux glacées
, de confitures feches , &
de fruits auffi beaux qu'ils ef
toient rares pour la faifon.
Il y avoit dans l'autre enfoncement
ce que la France a
de plus habiles Maiſtres pour
les inftrumens , & dequoy
faire entendre une fimphonie
douce & proportionnée
à l'étendue de ce lieu. Le
Roy , Monſeigneur le Dauphin,
Madame la Dauphine,
Monfieur,Madame, les Princes
, Princeffes, Ducheffes &
GALANT. 275
Dames qualifiées , entrerent
feules dans ce Salon , ce lieu
n'eftant pas affez fpacieux
pour contenir tous les Seigneurs
qui accompagnoient
Sa Majefté ; mais tous les
Courtifans eurent l'avantage
de faire leur Cour,en le promenant
dans le Jardin autour
des feneftres de ce Sa
lon , d'où ils eftoient veus de
tous ceux qui eftoient dedans,
& qui en rempliffoient
les feneftres , goûtant à la
fois quatre differens plaiſirs,
puis qu'ils refpiroient un air
frais & agreable, aprés avoir
276 MERCURE
effuyé la chaleur & la pouffiere
du chemin; qu'ils jouif
foient d'une tres-belle veuë
qui offroit des Bois , des Plaines
& des Cofteaux , & qui
en de certains endroits s'étendoit
juſqu'à Paris ; qu'ils
entendoient une fimphonie
tres - douce , & qu'ils ſe rafraichiffoient
en même teins
avec les fruits & les eaux glacées.
Toutes les Auguftes
Perfonnes qui remplifoient
ce Salon , s'y trouverent fr
commodément , qu'elles
demeurerent pendant plus
d'une heure, apres quoy l'on
y
1.
GALANT. 277
en defcendit pour continuer
la promenade. On vit une
belle piece d'eau qui eft à
cofté du Chaſteau , & l'on fe
rendit enfuite dans la Sale
appellée des Maronniers, où
font cinq Fontaines tres-agreables
, fçavoir quatre tirant
vers les Angles , & une
dans le milieu. On alla de là
dans un petit Bois fait en labirinthe
, & tout remply de
Fontaines , puis dans l'allée
d'eau. Le long de chaque
cofté de cette Allée, on voit
regner quantité de Buftes
fur des Scabellons, & des Jets
278 MERCURE
d'eau qui s'élevent auffi haut
que le Treillage. Chaque Jet
d'eau paroift entre deux Buftes
, & chaque Bufte entre
deux Jets d'eau . Il y a une
rigole le long du bas de chaque
cofté de l'Allée, pour recevoir
l'eau qui tombe d'un
fi grand nombre de Jets , &
aux quatre coins de cette Allée
font quatre grandes coquilles
qui reçoivent auſſi
l'eau. Derriere les Buftes &
les Jets d'eau , s'élèvent de
grands Treillages qui for
ment des murailles de verdure.
Au fortir d'un lieu fi
GALANT. 279
7
beau , & où l'on refpire une
fraicheur qui enchante , on
alla voir le Pavillon appellé
des quatre Vents . C'eſt un
lieu charmant pour la beauré
de la veuë ! on revint enfuite
le long du Mail, puis en
defcendant un peu , on fe
rendit auprés d'une piece
d'eau qui contient envi
ron fix arpens. Le lieu fut
trouvé fi agréable , que le
Roy voulut s'y repofer , afin
d'y demeurer plus longtemps.
Sa Majesté choifit
pour s'affeoir , un endroit
qui regarde en face une Caf-
4
1280 MERCURE
-I
1
'
cade , qui eft à l'autre bout
de cette piece d'eau . Elle
eft fur le panchant d'une
cofte , & comme les eaux en
font vives , on peut affeurer
que tout y eft naturel. Elle
forme trois Allées d'eau , &
elle eft ornée de plufieurs
Vafes de Bronze , qui font
entre les Baffins d'où -fortent
les Jets . Pendant que
le Roy & la Maiſon Royale
furent affis vis à vis de cette
Cafcade , plufieurs Gondoles
dorées & vitrées , garnies
de Damas de diverfes
couleurs , & conduites par
r
GALANT. 281
des Rameurs vétus de blanc ,
& fort proprement mis,
avec des Rubans de couleur,
firent divers tours fur la piece
d'eau , & pafferent plufieurs
fois devant le Roy,
afin de l'inviter à entrer dedans
, s'il euft eu envie de fe
promener fur l'eau ; mais ce
Prince infatigable aimant
mieux prendre à pied le plaifir
de la promenade vint
voir de prés la Caſcade,
qu'il avoit examinée de loin
pendant une demy heure. Il
demeura encore quelque
temps à la confiderer , puis
Fuillet 1685.
A a
282 MERCURE
il monta à pied jufqu'au
haut , & Madame la Dauphine
, & les Dames le fuivirent
dans leurs Chaifes. On
entendit au haut de la Cafcade
, l'agréable bruit de
plufieurs Haut-bois qui fe
mefloit à celuy des eaux. Ils
eftoient cachez derriere la
Paliffade , & marcherent
long- temps fans eftre veus ,
de maniere qu'il fembloit
que cette mélodie inviſible
eftoit en l'air , & que ceux
qui la formoient fe faifoient
un plaifir de fuivre le Roy.
On eut le mefme divertiffe-
1
GALANT. 283:
ment en plufieurs endroits .
1 du Jardin , ou les Flutes douces
& les Haut- bois eftoient
cachez dans des Bofquets ..
Il ne reftoit plus qu'une piece
d'eau à voir. Le Roy youlut
encore y aller aprés avoir
veu la Cafcade , & lors qu'on
retourna au Chateau le:
Ciel commença à s'obfcur
cir, comme fi le jour n'euft
voulu finir , que lors que ce
Prince n'avoit plus befoin
de fa clarté
, & que la nuit
n'euft confenty à paroiltre,.
que dans le temps que fon
obfcurité eftoit néceffaire
Aa ij
284 MERCURE
pour
donner plus de plaifir
à Sa Majeſté, en faifant bril
ler davantage les lieux qu'on
avoit illuminez pour la recevoir.
Quoy qu'il n'y euſt
aucunes lumieres attachées
aux Murailles du dehors du
Chafteau , ce que l'on appel.
le Illuminations , il ne laiffa
pas de paroiftre fort brillant
, lors que la Cour eut
tourné fes pas de ce cofté là.
Toutes les Feneftres en
eftoient ouvertes & un
grand nombre de Luftres en
Éclairoit les Appartemens
auffi bien qu'une Galerie
GALANT. 285
haute , & une Galerie baffe
par lefquelles on y entre, &
dont les ouvertures ne font
point fermées , ce qui faifoit
paroiftre les Luftres , les
Bras dorez , & les Tableaux ,
dont ces
eftoient remplies . Le Roy
traverfa une partie de cette
Galerie pour fe rendre dans
l'Orangerie , où un Concert
eftoit préparé. Il entra par
le bout oppofé à l'endroit
où eftoient ceux qui devoient
faire ce Concert.
Ainfi ce Prince les vit tous
d'abord en face. On avoit
deux Galeries
286 MERCURE
pris fept Toifes de profondeur
pour les Places , Elles
eftoient feparées du cofté
de l'Orangerie par de grands
Pilaftres de Marbre , qui
portoient une Façade ou
cinq Luftres eftoient attachez
. Le mefme ordre fuivoit
jufques au fond où paroiffoient
deux manieres
d'Escaliers de chaque cofté,
qui rampoient fuivant la
pente d'un Amphitheatre
qui eftoit dans le fond , &
qui paroiffoit conduire à une
Galerie , qui eftoit aufli dans
le fond au deffus de l'AmGALANT.
287
phitheatre. Tout ce fond
eftoit éclairé par beaucoup
de petits Luftres , & toutes
les faces des Pilaftres étoient
ornées de quantité de Plaques
portant plufieurs Bougies.
Tout le reste de l'Orangerie
eftoit paré d'une
tres- belle Tapiflerie
, reprefentant
toutes les Chaffes
des douze Mois de l'Année,
& de deux rangs de Luftres
qui régnoient depuis un
bout jufqu'à l'autre.
Fermer
Résumé : Reception faite au Roy par Mr le Marquis de Seignelay, dans sa Maison de Seaux. [titre d'après la table]
Le roi effectua une visite à Sceaux le 16 juillet 1685, initialement reportée en raison de la pluie. La visite était réservée à des personnes distinguées et aux officiers de la Maison Royale. Accompagné de membres de la famille royale et de nobles, le roi fut accueilli par le marquis de Seignelay et d'autres dignitaires. Il visita des pièces élégamment meublées, puis se promena dans les jardins avec le marquis. Ils traversèrent diverses allées jusqu'au Pavillon de l'Aurore, orné d'une peinture de Le Brun, où des rafraîchissements et des musiciens étaient disponibles. La visite se poursuivit dans un grand salon, mais celui-ci ne pouvait pas accueillir tous les courtisans. Ces derniers se promenèrent donc dans le jardin, appréciant l'air frais et la vue sur les bois, plaines et collines. Ils découvrirent plusieurs attractions, notamment une pièce d'eau, une salle des Maronniers avec cinq fontaines, un labyrinthe de bois avec des fontaines, et une allée d'eau bordée de bustes et de jets d'eau. La promenade se poursuivit jusqu'au pavillon des Quatre Vents, près d'une autre pièce d'eau où le roi décida de se reposer. Des gondoles dorées naviguaient sur l'eau, mais le roi préféra explorer une cascade, admirant sa beauté. Des musiciens jouaient des hautbois, contribuant à l'ambiance agréable. La visite s'acheva par un concert dans l'orangerie, richement décorée avec des pilastres de marbre, des lustres et une tapisserie illustrant les chasses des douze mois de l'année.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
948
p. 296-316
« Ce Concert finy, le Roy sortit par la grande Porte qui est [...] »
Début :
Ce Concert finy, le Roy sortit par la grande Porte qui est [...]
Mots clefs :
Concert, Orangerie, Lumières, Table, Bassin, Amphithéâtre, Décors, Plafonds, Orfèvrerie, Duchesse, Princesse, Service, Roi, Couverts, Château
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Ce Concert finy, le Roy sortit par la grande Porte qui est [...] »
Ce Concert finy , le Roy
fortit par la grande Porte
qui eft au milieu de l'Orangerie
, & vit à main droite
un grand nombre d'Orangers
qui formoient des Allées
fort éclairées par un
grand nombre de Lumieres,
qui eftoient derriere les
Caiffes. Aprés avoir marché
environ trente pas dans
l'une de ces Allées , Sa MajeGALANT.
297
la
fté découvrit d'un feul coup
d'oeil toute la Feüillée ,
Table , & l'Illumination qui
eftoient dans le Boulin
grain. Le Baffin qui eft au
milieu de ce Boulingrain , &
à qui l'on peut donner le
nom de Canal à caufe de fa
grandeur , a trente- quatre
pieds & demy de large fur
quarante-huit de long, en y
comprenant les pleins Ceintres
, qui font aux deux bouts
du Baffin fur fa longueur.
La Table eftoit de quatre
pieds trois
ouces de large,
pouces
& régnoit tout autour du
298 MERCURE
Canal fuivant fon plan; mais
il n'y avoit de couverts qu '
deux endroits aux qui
étoient fous les Feüillées , &
qui occupoient les bouts du
Canal jufques aux Angles ,
& les deux parties des flancs
ou coftez eftoient en Amphitheatre
à trois gradins
defcendans du cofté de l'eau,
ce qui donnoit lieu à tous
ceux qui estoient à Table,
de voir tous les riches & galans
ornemens dont ces deux
coftez eftoient remplis . Le
Roy eftoit à Table fous le
milieu d'une Feüillée qui
GALANT. 299.
eftoit à l'un des bouts du
Canal , & Monfeigneur le
Dauphin eftoit fous le milieu
de la Feüillée qui luy
eftoit oppofé , dè maniere
qu'ils avoient quarante-huit
pieds d'eau entr'eux, & trente-
quatre & demy de large,
& deux coftez de Table de
quarante-huit pieds chacun
, garnis d'un cordon de
Corbeilles , & de Vazes de
Porcelaines remplis de
Fleurs , entre des Girandoles
, & d'autres machines.
d'Orfévrerie. L'Invention
en eftoit nouvelle . Elles
300 MERCURE
portoient jufqu'à vingt- cinq
Bougies chacune , il y en
avoit d'autres moins élevées.
Ces machines de lumieres
eftoient toutes differentes,
& les Figures Allegoriques
quelles reprefentoiét avoiét
du rapport au Roy. Les
deux autres Gradins jufqu'à
la Tablette du Baffin, étoient
tous garnis de mefine. Ileft
difficile de bien concevoir
le plaifir qu'avoient ceux
qui eftoient à Table. Il n'y
avoit perfonne au devant
qui les incommodaſt en les
regardant manger, Ils ne
GALANT. 301
voyoient que l'eau , des
Fleurs , de brillants Buffets,
& l'Illumination des Berceaux
, & toutes ces chofes
refléchiffant
dans l'eau , la
faifoient briller , & y paroiffoient
flotantes .
La Feüillée qui eſtoit à
chaque bout du Canal , &
qui couvroit les deux endroits
de la Table où l'on
mangea , eftoit de dix- huit
pieds de haut , & toute par
Arcades & formoit une
maniere de Veftibule. Ces
deux Feuillées eftoient fi ar-
>
riftement pofées , que les
302 MERCURE
Corniches & les autres parties
de l'Architecture
s'y diftinguoient
parfaitement
bien.
L'endroit où eftoit le
Roy, formoit un milieu dont
le plafond eftoit ceintré.
Les Plafonds des deux Aifles
eſtoient plats , tous les Por
tiques eftoient en Arcades ,
ornées des Armes & des
Chiffres de Sa Majeſté dans
le milieu . Plufieurs Luftres
& des Feftons de Fleurs
pendoient auſſi au milieu
des mefmes Arcades , & des
Feftons de Fleurs , ornoient
GALANT. 303
celle au milieu de laquelle
mangeoit leRoy . Toutes ces
Corniches eftoient bordées
de cent cinquante Girandoles
portant chacune fix Bougies
, & entre chaque Girandole
, il y avoit une Corbeille
d'argent remplie de
Fleurs . On avoit mis des
Rideaux de Damas blanc à
toutes les Arcades , afin
qu'on ne fuft pas furpris par
la pluye , & ces Rideaux
eftoient renoüez à chacun
desPilaftres ; de forte que fi le
mauvais temps fuft furvenu ,
on fe feroit trouvé enfermé
1
304 MERCURE
fous ces Feuillées , comme
dans des Tentes , & l'on n'y
auroit fouffert aucune incommodité.
Il y avoit deux
Buffets de parade vis à vis
les flancs de la Table , ils
cftoient appuyez chacun
contre une grande Arcade
de Berceaux du Boulingrain,
& ces Arcades formoient un
couronnement à chaque
Buffet . Ils eftoient de vingt
pieds de face, & avoient trois
Gradins . Chaque Gradin
eftoit de Glaces de Miroir,
& ces Glaces en faifant refléchir
l'Orfévrerie qui remGALANT.
305
pliffoit les Buffets , fembloient
la multiplier . Elle
eftoit compoſée de pluſieurs :
pieces curieufes de Vermeil
doré , d'argent & d'or , entre
lefquelles il y avoit un grand
nombre de Girandoles qui
portoient plufieurs Bougies
, & dont les lumieres :
multipliées dans les Glaces,,
faifoient doublement bril-
Ter l'Orfévrerie , puis qu'elles
donnoient auffide l'éclat
aux pieces qu'elles en reprefentoient.
Les coftez de ces
deux Buffets eftoient ornez”.
de plufieurs Orangers . Tout
Fuillet 1685. € c
206 MERCURE
le Berceau qui faifoit le
pourtour du Boulingrain,
eftoit illuminé depuis la Corniche
jufqu'au bas , & il y
avoit une lumiere à chaque
Maille du Treillage . Tous
les Ceintres des Portiques
& des Pillaſtres du Treillage
eftoient auffi ornez de luinieres
, & il y avoit une Girandole
de Criſtal au deffus
de chaque Pillaftre . Les Domes
qui font dans les Angles
, & qui s'élevent au deffus
des Berceaux eſtoient
entierement illuminez , & il
y avoit dans les fonds de ces
GALANT. 307
Berceaux quantité de Lumieres
qui formoient des
Soleils , & des Chiffres du
Roy avec des Couronnes
.
Il y eut cinq Services de
tout ce qu'il y avoit de plus
rare pour la Saiſon , à l'égard
des Viandes & des Fruits.
Ceux qui eurent l'honneur
de manger à la Table de Sa
Majeftéfurent,
Madame la Dauphine ..
Monfieur.
Madame la Ducheffe ..
Mademoiſelle de Nantes..
Cc ij
208 MERCURE
Madame la Ducheffe d'Arpajon.
Madame la Marefchale de
Rochefort.
Madame de Maintenon .
Madame la Princeffe d'Harcourt.
si amab.l
Madame la Ducheffe d'Uzés
.
Mademoiſelle d'Uzés.
Madame la Ducheffe de Villeroy.
Madame la Princeffe de
Montauban.
Madame la Ducheffe de
Sully.
Madame la Ducheffe de
GALANT. 309
Rocquelaure.
Madame la Marquiſe de
Thianges.
Madame la Comteffe de
Grainont.
Madame de Grancey .
Madame la Marquiſe de
Medavy.
Mademoiſelle
d'Arpajon .
Les fix Filles d'honneur
de
Madame la Dauphine ..
Le Roy fut fervy par M. le
Marquis de Seignelay , Madame
la Dauphine par M. le
Bailly Colbert, & Monfieur,
: par M. le Marquis de Blainville
.
310 MERCURE
Voicy les noms des perfonnes
qui remplirent les
places de la Table qui fut
fervie pour Monfeigneur le
Dauphin.
Madame .
Madame la Princeffet de
Conty.
"
Mademoiſelle de Bourbon.
Madame la Ducheffe de
Vantadour.
Madame de Duras Fort.
Madame la Princeffe de Lillebonne.
Mefdemoiſelles de Lillebonne.
Madame la Ducheffe de Gramont.
GALANT. 311
Madame la Ducheffe de
Foix.
Madame la Princeffe de Tingry
.
Madame la marefchalle de
Humieres.
Mademoiſelle de Humieres .
Madame la Ducheffe de la
Ferté.
Madame la Comteffe de
Roye.
Mademoiſelle de Rouffy.
Madame de Coafquin.
Madame la marquife de Beringuen.
Madame la Marquise de
Maré.
312 MERCURE
Madame la Comteffe dev
Bury.
Madame la Marquife de la.
Fare ..
Les quatre Filles d'honneur
de Madame.
Monfeigneur
le Dauphin
fut fervy par M. le Marquis
de Maulevrier , qui fervit
auffi Madame
. Quelques
Dames dont les noms me
font échapez , eurent encore
place à ces deux Tables .
Les Trompettes & les Timbales
, les Violons , les Flutes
douces , & les Haut -bois , fe
firent entendre alternativement
GALANT 313
ment pendant le repas . Je
vous envoye une Figure gravée.
Elle eft veuë d'un des
coftez des Buffets , & fait
voir la Feüillée entiere , de
maniere qu'il n'y manque
qu'un des coftez du Boulingrain
, un des Buffets , & les
deux Gradins qui estoient
fur le bord de l'eau de l'un
des flancs de la Table . S'il
euft efté poffible que la graveure
euft fait voir le tout,
il ne manqueroit rien à cette
Planche . Dans le temps
que le Roy fe mit à Table,
on fervit dans le Chafteau
Dd
Juillet 1685.
314 MERCURE
1
&
deux Tables de vingt àtrente
Couverts , chacune pour
les Perfonnes diftinguées de
la Cour , qui voulurent y
prendre place. Il y en avoit
encore plufieurs autres le
long du deffous des Berceaux
du Boulingrain
quantité de Buffets où l'on
ne refufoit pas à boire à tous
ceux qui en fouhaitoient,
non plus que des Plats de la
defferte du Roy , qui furent
prefque tous donnez à ceux
qui en demanderent. Il y
avoit auffi des Tables le long
des Murailles des Courts du
GALANT. 315
Chafteau où
mangerent les
Valets. Sa Majesté en ſe levant
de Table ſe tourna vers
M. le Marquis de Seignelay ,
& luy marqua
avec cet air
tout engageant , & qui luy
eft fi naturel , la fatisfaction
qu'Elle avoit de la maniere
dont Elle avoit efté receuë.
Ce Prince fit enfuite le tour
du Boulingrain. Il examina
les Buffets , les Berceaux &
la Feüillée , puis eſtant ſorty
du Jardin pour
monter en
Caroffe , il trouva les mefmes
Perfonnes qui l'avoient
receu à fon arrivée , & les
Ddij
316 MERCURE
falua avec le mefme air de
bonté qu'il avoit fait en entrant
: aprés quoy il monta
en Caroffe , & trouva les
Cours , la Porte & l'avenue
du Chafteau , bordées de
groffes lumieres. On peut
dire que M. de Seignelay
n'a rien oublié pour recevoir
un ſi grand monarque
,
& que M. Berrin a parfaite.
ment bien répondu à l'intention
de ce marquis.
fortit par la grande Porte
qui eft au milieu de l'Orangerie
, & vit à main droite
un grand nombre d'Orangers
qui formoient des Allées
fort éclairées par un
grand nombre de Lumieres,
qui eftoient derriere les
Caiffes. Aprés avoir marché
environ trente pas dans
l'une de ces Allées , Sa MajeGALANT.
297
la
fté découvrit d'un feul coup
d'oeil toute la Feüillée ,
Table , & l'Illumination qui
eftoient dans le Boulin
grain. Le Baffin qui eft au
milieu de ce Boulingrain , &
à qui l'on peut donner le
nom de Canal à caufe de fa
grandeur , a trente- quatre
pieds & demy de large fur
quarante-huit de long, en y
comprenant les pleins Ceintres
, qui font aux deux bouts
du Baffin fur fa longueur.
La Table eftoit de quatre
pieds trois
ouces de large,
pouces
& régnoit tout autour du
298 MERCURE
Canal fuivant fon plan; mais
il n'y avoit de couverts qu '
deux endroits aux qui
étoient fous les Feüillées , &
qui occupoient les bouts du
Canal jufques aux Angles ,
& les deux parties des flancs
ou coftez eftoient en Amphitheatre
à trois gradins
defcendans du cofté de l'eau,
ce qui donnoit lieu à tous
ceux qui estoient à Table,
de voir tous les riches & galans
ornemens dont ces deux
coftez eftoient remplis . Le
Roy eftoit à Table fous le
milieu d'une Feüillée qui
GALANT. 299.
eftoit à l'un des bouts du
Canal , & Monfeigneur le
Dauphin eftoit fous le milieu
de la Feüillée qui luy
eftoit oppofé , dè maniere
qu'ils avoient quarante-huit
pieds d'eau entr'eux, & trente-
quatre & demy de large,
& deux coftez de Table de
quarante-huit pieds chacun
, garnis d'un cordon de
Corbeilles , & de Vazes de
Porcelaines remplis de
Fleurs , entre des Girandoles
, & d'autres machines.
d'Orfévrerie. L'Invention
en eftoit nouvelle . Elles
300 MERCURE
portoient jufqu'à vingt- cinq
Bougies chacune , il y en
avoit d'autres moins élevées.
Ces machines de lumieres
eftoient toutes differentes,
& les Figures Allegoriques
quelles reprefentoiét avoiét
du rapport au Roy. Les
deux autres Gradins jufqu'à
la Tablette du Baffin, étoient
tous garnis de mefine. Ileft
difficile de bien concevoir
le plaifir qu'avoient ceux
qui eftoient à Table. Il n'y
avoit perfonne au devant
qui les incommodaſt en les
regardant manger, Ils ne
GALANT. 301
voyoient que l'eau , des
Fleurs , de brillants Buffets,
& l'Illumination des Berceaux
, & toutes ces chofes
refléchiffant
dans l'eau , la
faifoient briller , & y paroiffoient
flotantes .
La Feüillée qui eſtoit à
chaque bout du Canal , &
qui couvroit les deux endroits
de la Table où l'on
mangea , eftoit de dix- huit
pieds de haut , & toute par
Arcades & formoit une
maniere de Veftibule. Ces
deux Feuillées eftoient fi ar-
>
riftement pofées , que les
302 MERCURE
Corniches & les autres parties
de l'Architecture
s'y diftinguoient
parfaitement
bien.
L'endroit où eftoit le
Roy, formoit un milieu dont
le plafond eftoit ceintré.
Les Plafonds des deux Aifles
eſtoient plats , tous les Por
tiques eftoient en Arcades ,
ornées des Armes & des
Chiffres de Sa Majeſté dans
le milieu . Plufieurs Luftres
& des Feftons de Fleurs
pendoient auſſi au milieu
des mefmes Arcades , & des
Feftons de Fleurs , ornoient
GALANT. 303
celle au milieu de laquelle
mangeoit leRoy . Toutes ces
Corniches eftoient bordées
de cent cinquante Girandoles
portant chacune fix Bougies
, & entre chaque Girandole
, il y avoit une Corbeille
d'argent remplie de
Fleurs . On avoit mis des
Rideaux de Damas blanc à
toutes les Arcades , afin
qu'on ne fuft pas furpris par
la pluye , & ces Rideaux
eftoient renoüez à chacun
desPilaftres ; de forte que fi le
mauvais temps fuft furvenu ,
on fe feroit trouvé enfermé
1
304 MERCURE
fous ces Feuillées , comme
dans des Tentes , & l'on n'y
auroit fouffert aucune incommodité.
Il y avoit deux
Buffets de parade vis à vis
les flancs de la Table , ils
cftoient appuyez chacun
contre une grande Arcade
de Berceaux du Boulingrain,
& ces Arcades formoient un
couronnement à chaque
Buffet . Ils eftoient de vingt
pieds de face, & avoient trois
Gradins . Chaque Gradin
eftoit de Glaces de Miroir,
& ces Glaces en faifant refléchir
l'Orfévrerie qui remGALANT.
305
pliffoit les Buffets , fembloient
la multiplier . Elle
eftoit compoſée de pluſieurs :
pieces curieufes de Vermeil
doré , d'argent & d'or , entre
lefquelles il y avoit un grand
nombre de Girandoles qui
portoient plufieurs Bougies
, & dont les lumieres :
multipliées dans les Glaces,,
faifoient doublement bril-
Ter l'Orfévrerie , puis qu'elles
donnoient auffide l'éclat
aux pieces qu'elles en reprefentoient.
Les coftez de ces
deux Buffets eftoient ornez”.
de plufieurs Orangers . Tout
Fuillet 1685. € c
206 MERCURE
le Berceau qui faifoit le
pourtour du Boulingrain,
eftoit illuminé depuis la Corniche
jufqu'au bas , & il y
avoit une lumiere à chaque
Maille du Treillage . Tous
les Ceintres des Portiques
& des Pillaſtres du Treillage
eftoient auffi ornez de luinieres
, & il y avoit une Girandole
de Criſtal au deffus
de chaque Pillaftre . Les Domes
qui font dans les Angles
, & qui s'élevent au deffus
des Berceaux eſtoient
entierement illuminez , & il
y avoit dans les fonds de ces
GALANT. 307
Berceaux quantité de Lumieres
qui formoient des
Soleils , & des Chiffres du
Roy avec des Couronnes
.
Il y eut cinq Services de
tout ce qu'il y avoit de plus
rare pour la Saiſon , à l'égard
des Viandes & des Fruits.
Ceux qui eurent l'honneur
de manger à la Table de Sa
Majeftéfurent,
Madame la Dauphine ..
Monfieur.
Madame la Ducheffe ..
Mademoiſelle de Nantes..
Cc ij
208 MERCURE
Madame la Ducheffe d'Arpajon.
Madame la Marefchale de
Rochefort.
Madame de Maintenon .
Madame la Princeffe d'Harcourt.
si amab.l
Madame la Ducheffe d'Uzés
.
Mademoiſelle d'Uzés.
Madame la Ducheffe de Villeroy.
Madame la Princeffe de
Montauban.
Madame la Ducheffe de
Sully.
Madame la Ducheffe de
GALANT. 309
Rocquelaure.
Madame la Marquiſe de
Thianges.
Madame la Comteffe de
Grainont.
Madame de Grancey .
Madame la Marquiſe de
Medavy.
Mademoiſelle
d'Arpajon .
Les fix Filles d'honneur
de
Madame la Dauphine ..
Le Roy fut fervy par M. le
Marquis de Seignelay , Madame
la Dauphine par M. le
Bailly Colbert, & Monfieur,
: par M. le Marquis de Blainville
.
310 MERCURE
Voicy les noms des perfonnes
qui remplirent les
places de la Table qui fut
fervie pour Monfeigneur le
Dauphin.
Madame .
Madame la Princeffet de
Conty.
"
Mademoiſelle de Bourbon.
Madame la Ducheffe de
Vantadour.
Madame de Duras Fort.
Madame la Princeffe de Lillebonne.
Mefdemoiſelles de Lillebonne.
Madame la Ducheffe de Gramont.
GALANT. 311
Madame la Ducheffe de
Foix.
Madame la Princeffe de Tingry
.
Madame la marefchalle de
Humieres.
Mademoiſelle de Humieres .
Madame la Ducheffe de la
Ferté.
Madame la Comteffe de
Roye.
Mademoiſelle de Rouffy.
Madame de Coafquin.
Madame la marquife de Beringuen.
Madame la Marquise de
Maré.
312 MERCURE
Madame la Comteffe dev
Bury.
Madame la Marquife de la.
Fare ..
Les quatre Filles d'honneur
de Madame.
Monfeigneur
le Dauphin
fut fervy par M. le Marquis
de Maulevrier , qui fervit
auffi Madame
. Quelques
Dames dont les noms me
font échapez , eurent encore
place à ces deux Tables .
Les Trompettes & les Timbales
, les Violons , les Flutes
douces , & les Haut -bois , fe
firent entendre alternativement
GALANT 313
ment pendant le repas . Je
vous envoye une Figure gravée.
Elle eft veuë d'un des
coftez des Buffets , & fait
voir la Feüillée entiere , de
maniere qu'il n'y manque
qu'un des coftez du Boulingrain
, un des Buffets , & les
deux Gradins qui estoient
fur le bord de l'eau de l'un
des flancs de la Table . S'il
euft efté poffible que la graveure
euft fait voir le tout,
il ne manqueroit rien à cette
Planche . Dans le temps
que le Roy fe mit à Table,
on fervit dans le Chafteau
Dd
Juillet 1685.
314 MERCURE
1
&
deux Tables de vingt àtrente
Couverts , chacune pour
les Perfonnes diftinguées de
la Cour , qui voulurent y
prendre place. Il y en avoit
encore plufieurs autres le
long du deffous des Berceaux
du Boulingrain
quantité de Buffets où l'on
ne refufoit pas à boire à tous
ceux qui en fouhaitoient,
non plus que des Plats de la
defferte du Roy , qui furent
prefque tous donnez à ceux
qui en demanderent. Il y
avoit auffi des Tables le long
des Murailles des Courts du
GALANT. 315
Chafteau où
mangerent les
Valets. Sa Majesté en ſe levant
de Table ſe tourna vers
M. le Marquis de Seignelay ,
& luy marqua
avec cet air
tout engageant , & qui luy
eft fi naturel , la fatisfaction
qu'Elle avoit de la maniere
dont Elle avoit efté receuë.
Ce Prince fit enfuite le tour
du Boulingrain. Il examina
les Buffets , les Berceaux &
la Feüillée , puis eſtant ſorty
du Jardin pour
monter en
Caroffe , il trouva les mefmes
Perfonnes qui l'avoient
receu à fon arrivée , & les
Ddij
316 MERCURE
falua avec le mefme air de
bonté qu'il avoit fait en entrant
: aprés quoy il monta
en Caroffe , & trouva les
Cours , la Porte & l'avenue
du Chafteau , bordées de
groffes lumieres. On peut
dire que M. de Seignelay
n'a rien oublié pour recevoir
un ſi grand monarque
,
& que M. Berrin a parfaite.
ment bien répondu à l'intention
de ce marquis.
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Résumé : « Ce Concert finy, le Roy sortit par la grande Porte qui est [...] »
En juillet 1685, un événement festif se déroula au château de Juillet. Après un concert, le roi quitta l'Orangerie pour se rendre dans le boulingrin, un bassin de 34,5 pieds de large sur 48 pieds de long. Autour de ce bassin, une table de 4 pieds 3 pouces de large était disposée, avec des couverts à ses extrémités sous des feuillages. Le roi et le dauphin étaient placés à chaque extrémité, séparés par 48 pieds d'eau et 34,5 pieds de terre. La table était ornée de corbeilles et de vases de porcelaine remplis de fleurs, ainsi que de girandoles et d'autres décorations en orfèvrerie. Des gradins permettaient aux convives de voir les ornements sans être dérangés. Les feuillées à chaque bout du canal mesuraient 18 pieds de haut et étaient décorées d'arcades. Le plafond de la section du roi était cintré, tandis que ceux des ailes étaient plats, tous ornés des armes et des chiffres du roi. Des lustres et des festons de fleurs pendaient des arcades, et des corniches étaient bordées de girandoles et de corbeilles d'argent remplies de fleurs. Des rideaux de damas blanc protégeaient contre la pluie. Deux buffets de parade étaient placés face aux flancs de la table, ornés de glaces et d'orfèvrerie. Le berceau entourant le boulingrin était entièrement illuminé, avec des lumières à chaque maille du treillage et des girandoles de cristal au-dessus des piliers. Les angles étaient décorés de soleils et de chiffres du roi couronnés. Le roi fut servi par le marquis de Seignelay, la dauphine par le bailli Colbert, et Monsieur par le marquis de Blainville. Diverses duchesses, princesses, marquises, comtesses et demoiselles d'honneur étaient présentes. Deux tables de vingt à trente couverts furent préparées pour les personnes distinguées de la cour. Des buffets offraient boissons et plats aux invités. Des musiciens jouèrent des trompettes, timbales, violons, flûtes douces et hautbois pendant le repas. Après le dîner, le roi exprima sa satisfaction au marquis de Seignelay et inspecta les installations avant de quitter le château, escorté par des lumières.
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949
p. 316-319
Morts. [titre d'après la table]
Début :
Dame Aimée Eleonor de Plas, mourut en Auvergne le 28 du dernier [...]
Mots clefs :
Décès, Dame, Vertu, Pauvres, Ministre, Maisons, Curé, Abbé, Conseiller, Grand Chambre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts. [titre d'après la table]
Dame Aimée Eleonor de
Plas , mourut en Auvergne
le 28. du dernier mois , aprés
avoir donné durant la vie &
GALANT. 317
à fa mort des marques folides
d'une vertu , & d'une
pieté confommée . Elle eſt
regretée de toute cette Province
, & fur tout des Pauvres
, à qui elle a toujours
fervy de mere. Elle eftoit
Femme de M. le Comte de
Rouffille - Fontanges , dont
l'antiquité de la Maiſon eft
affez connuë.
M. le Pelletier Miniftre
d'Eftat , & Controlleur general
des Finances , a perdu
un de Ms fes Fils au commencement
de ce mois. Il
eftoit dans une tres grande
Ddiij
218 MERCURE
devotion, & vouloit entierement
renoncer au monde ,
en fe confacrant à Dieu, dans
une des Maiſons les plus aufteres
qu'il y ait en France.
Peu de jours aprés mourut
Meffire Nicolas Mazure,
ancien Curé de l'Eglife de
Saint Paul, Docteur &Doyen
de la Faculté de Theologie
de Paris. Il eftoit Abbé de
Saint Jean en Vallée deChartres,
& avoit efte grand Maitre
de l'Oratoire de Sa Majetté.
M. Perrot de la Malmaifon
, Confeiller de la Grand'
GALANT. 319
Chambre , eſt mort dans ce
mefme temps en ſa 76 année.
Il eftoit Beaupere de
M. Barentin , premier Prefident
du Grand Confeil .
Plas , mourut en Auvergne
le 28. du dernier mois , aprés
avoir donné durant la vie &
GALANT. 317
à fa mort des marques folides
d'une vertu , & d'une
pieté confommée . Elle eſt
regretée de toute cette Province
, & fur tout des Pauvres
, à qui elle a toujours
fervy de mere. Elle eftoit
Femme de M. le Comte de
Rouffille - Fontanges , dont
l'antiquité de la Maiſon eft
affez connuë.
M. le Pelletier Miniftre
d'Eftat , & Controlleur general
des Finances , a perdu
un de Ms fes Fils au commencement
de ce mois. Il
eftoit dans une tres grande
Ddiij
218 MERCURE
devotion, & vouloit entierement
renoncer au monde ,
en fe confacrant à Dieu, dans
une des Maiſons les plus aufteres
qu'il y ait en France.
Peu de jours aprés mourut
Meffire Nicolas Mazure,
ancien Curé de l'Eglife de
Saint Paul, Docteur &Doyen
de la Faculté de Theologie
de Paris. Il eftoit Abbé de
Saint Jean en Vallée deChartres,
& avoit efte grand Maitre
de l'Oratoire de Sa Majetté.
M. Perrot de la Malmaifon
, Confeiller de la Grand'
GALANT. 319
Chambre , eſt mort dans ce
mefme temps en ſa 76 année.
Il eftoit Beaupere de
M. Barentin , premier Prefident
du Grand Confeil .
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Résumé : Morts. [titre d'après la table]
Le texte mentionne plusieurs décès notables. Dame Aimée Eleonor de Plas, épouse du Comte de Rouffille-Fontanges, est décédée en Auvergne le 28 du dernier mois. Elle était reconnue pour sa vertu et sa piété, et était particulièrement appréciée des pauvres qu'elle considérait comme ses enfants. M. le Pelletier, Ministre d'État et Contrôleur général des Finances, a perdu un de ses fils au début du mois. Ce fils était très dévot et souhaitait se retirer dans une maison austère en France pour se consacrer à Dieu. Par ailleurs, Meffire Nicolas Mazure, ancien curé de l'Église de Saint-Paul, Docteur et Doyen de la Faculté de Théologie de Paris, est également décédé. Il occupait les fonctions d'Abbé de Saint-Jean-en-Vallée de Chartres et de grand Maître de l'Oratoire de Sa Majesté. Enfin, M. Perrot de la Malmaison, Conseiller à la Grand' Chambre, est mort à l'âge de 76 ans. Il était le beau-père de M. Barentin, premier Président du Grand Conseil.
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950
p. 319-321
Baptesme de Mademoiselle de Condé, troisiéme Fille de M. le Duc. [titre d'après la table]
Début :
Le 19 de ce mois, Mademoiselle de Condé, troisiéme Fille de M. le Duc, [...]
Mots clefs :
Mademoiselle de Condé, Duc, Chapelle, Prince, Parrains et marraines, Soeur, Veuve, Princesse, Cérémonie de baptême, Beauté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Baptesme de Mademoiselle de Condé, troisiéme Fille de M. le Duc. [titre d'après la table]
Le 19. de ce mois , Mademoiſelle
de Condé, troifiéme
Fille de M. le Duc , fut baptifée
par M. le Curé de
S. Sulpice , dans la Chapelle
de l'Hoftel de Condé. Monfieur
lePrince,grand- Pere de
cette Princeffe,fut le Parain,
& Madame la Ducheffe de
Brunfvvich , Soeur de Madame
la Ducheffe, & Veuve de
Jean Frideric Duc de Brunf
D d iiij
320 MERCURE
vvich Hanover , fut la Maraine
, & la nomma Loüife
Benedicte. Mefdames les
trois Princeffes de Hanover.
fes Filles,fe trouverent à cette
Ceremonie , & fe firent
admirer de tous ceux qui
les virent , tant par leur
beauté & leur bonne grace ,
que par un certain air modefte
& engageant qui accompagne
tout ce qu'elles font .:
C'eft un effet de la bonne
education que Madame la
Ducheffe de Brunfvvick.
prend foin de joindre aux
avantages de leur Naiffance..
GALANT. 321
Il fuffit qu'elles fe faſſent un
modelle de fes grandes qualitez
, pour acquerir tout ce
qui peut rendre des Princeffes
parfaitemet accomplies.
L'Aifnée , qui ne fait que de
fortir de fa quatorziéme année
, a une taille fine & aisée,
dont la beauté augmente de
jour en jour avec fon âge .
Elle a le teint vif, les yeux
bleus & doux, & tant de charmes
dans toute fa perfonne,
qu'on ne sçauroit fe laffer de
la tegarder
.
de Condé, troifiéme
Fille de M. le Duc , fut baptifée
par M. le Curé de
S. Sulpice , dans la Chapelle
de l'Hoftel de Condé. Monfieur
lePrince,grand- Pere de
cette Princeffe,fut le Parain,
& Madame la Ducheffe de
Brunfvvich , Soeur de Madame
la Ducheffe, & Veuve de
Jean Frideric Duc de Brunf
D d iiij
320 MERCURE
vvich Hanover , fut la Maraine
, & la nomma Loüife
Benedicte. Mefdames les
trois Princeffes de Hanover.
fes Filles,fe trouverent à cette
Ceremonie , & fe firent
admirer de tous ceux qui
les virent , tant par leur
beauté & leur bonne grace ,
que par un certain air modefte
& engageant qui accompagne
tout ce qu'elles font .:
C'eft un effet de la bonne
education que Madame la
Ducheffe de Brunfvvick.
prend foin de joindre aux
avantages de leur Naiffance..
GALANT. 321
Il fuffit qu'elles fe faſſent un
modelle de fes grandes qualitez
, pour acquerir tout ce
qui peut rendre des Princeffes
parfaitemet accomplies.
L'Aifnée , qui ne fait que de
fortir de fa quatorziéme année
, a une taille fine & aisée,
dont la beauté augmente de
jour en jour avec fon âge .
Elle a le teint vif, les yeux
bleus & doux, & tant de charmes
dans toute fa perfonne,
qu'on ne sçauroit fe laffer de
la tegarder
.
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Résumé : Baptesme de Mademoiselle de Condé, troisiéme Fille de M. le Duc. [titre d'après la table]
Le 19 du mois, Mademoiselle de Condé, troisième fille du Duc de Condé, a été baptisée par le curé de Saint-Sulpice dans la chapelle de l'Hôtel de Condé. Le prince de Condé, grand-père de la princesse, a été le parrain, et Madame la Duchesse de Brunswick, sœur de la Duchesse et veuve de Jean Frédéric Duc de Brunswick-Hanover, a été la marraine. La princesse a reçu le nom de Louise Bénédicte. Les trois princesses de Hanovre, filles de la Duchesse de Brunswick, ont assisté à la cérémonie. Elles ont été remarquées pour leur beauté, grâce et modestie, témoignant de l'excellente éducation reçue de leur mère. L'aînée, âgée de quatorze ans, se distinguait par sa taille élégante, son teint vif, ses yeux bleus et doux, ainsi que par l'ensemble de ses charmes personnels.
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