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6601
p. 2649-2659
Cassius et Victorinus, Tragédie, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
La Tragédie de Cassius et Victorinus n'ayant été représentée au Théatre françois [...]
Mots clefs :
Tragédie, Cassius et Victorinus, Théâtre-Français, Histoire ecclésiastique, Chrétiens, Épée
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texteReconnaissance textuelle : Cassius et Victorinus, Tragédie, Extrait, [titre d'après la table]
La Tragédie de Cassius et Victorinus
n'ayant été représentée au Théatre françois qu'une au deux fois tout au plus par
semaine , il ne nous a pas été possible de
retenir la disposition du Poëme , scene par
scene, c'est pourquoi nous n'en donnerons
pas un Extrait bien précis ; le nom de M
de la Grange doit suffire au Lecteur , pour
lui persuader que rien n'y a manqué du
côtéde ce qu'on appelle Théatral ; nous
n'avons guere d'Auteurs qui s'y connoissent mieux que M. de la Grange. Il a pris
I. Vol son F vj
2650 MERCURE DE FRANCE
son sujet , selon toutes les apparences, dans
Gregoire de Tours ; voici ce que cet Historien en dit : C'est dans ce lieu , c'est-à- dire à Clermont en Auvergne , que Cassius
et Victorinus , unis en Jesus- Christ par un
amour vraimentfraternel, ont gagné le Royaumedes Cieux auprix de leur sang car l'Antiquité rapporte que Victorinus fut esclave
d'un Grand- Prêtre des faux Dieux , &
qu'ayant souvent exercé ses persécutions dans
un bourg qu'on appelloit communément le
bourg des Chrétiens , il en trouva un qui
s'appelloit Cassius , qui l'amena à la foi
de Jesus Christ par ses prédications et par ses
miracles ; il en fut si touché que renonçant
au culte des Idoles , et consacré par le baptê- me il se donna tout entier à l'exercice de
toutes les vertus chrétiennes. Peu de tems après
ayant été tous deux associez à la palme du
Martyre, ils monterent ensemble au Royaume des Cieux.
&
2
·
M. Baillet ne dit rien là- dessus qui ne
s'accorde parfaitement à ce que nous venons de dire ; voici ses paroles : S. Cassi
et S. Victorin honorez à Clermont en Auvergne le 15 de Mai, avec 6266. Martyrs tuez
par des barbares idolâtres , venus d'au- delà
du Rhin. S. Prix , Evêque de Clermont au
VII. siécle aroit composé leurs. Actes , qui
sontperdus. Victorin servoit un Prêtre idoİ. Vol. Tatre a
DECEMBRE. 1732. * 2651
latre; mais par la fréquentation qu'il avoit
avec Cassi , il se convertit et fut martyrisé.
et celui de S. Cassi se gardoient
encore à Clermont au dixiéme siécie.
Son
corps
Voilà tout ce que l'Histoire Ecclésiastique a fourni à l'Auteur de la Tragédie en
question ; ce qu'on appelle la Fable étoit
en bonnes mains. M. de la Grange a ennobli les personnages dont il avoit besoin ;
Victorinus , de simple serviteur ou esclave
d'un Grand Prêtre , cft devenu Grand- Prê
tre lui- même , et Cassius à qui Gregoire de
Tours nedonne aucune qualité, que celle de
Prédicateur de l'Evangile, est tiré de l'obscurité ou peut être le Ciel l'avoit fait naî
tre , pour se voir Pere d'un Empereur
sans avoir été Empereur lui-même ; ce
Claudius que M. de la Grange lui donne pour fils ne peut être que celui qu'on
appelle Claude le Gothique ; pour Victorinus , il ne suffisoit pas pour accommoder l'action théatrale aux mœurs du tems,
d'en avoir fait un Grand - Prêtre , il falloit
lui donner une fille digne de la recherche
d'un Empereur ; cette fille s'appelle Justine , et c'est elle qui donne lieu au peu
d'amour qui regne dans cette Tragédie ;
on auroit mêmefouhaité qu'il n'y en cut
point eu du tout.
Le premier Acte est employé presque
I. Vol. tout
2652 MERCURE DE FRANCE
>
tout entier à en exposer le sujet. Justine,
fille de Victorinus Grand-Prêtre des
faux Dieux , ouvre la scene avec sa confidente , laquelle la félicite sur la nouvel→
le dignité de Claudius son Amant que
l'armée vient d'elever à l'Empire. La joie
de Justine est balancée par la crainte de
F'avenir , la clémence que Victorinus son
Pere exerce envers les Chrétiens la fait
trembler pour lui ; elle sçait que Claudius
est porté à les persecuter par un motif
qu'on apprend dans la suite de la Piece ;
son Pere , loin de calmer ses allarmes ,
les redouble ; cependant il lui commande d'accepter la main qui la doit élever à
l'Empire ; quand même elle seroit teinte
du sang de celui qui lui a donné la vie.
Victorinus s'ouvre avec plus de liberté à
son confident : il lui dit qu'aussi-tôt qu'il
a appris la prochaine arrivée de l'Empereur , il a mis Gelas en lieu de seureté ;
ce Gelas qui passe pour son esclave , est
un Chrétien qui par un effet miraculeux
a sauvé sa fille Justine d'un monstre auquel elle étoit dévouée par les Oracles des Dieux. Son confident tâche de le rassurer en lui représentant que l'amour de
' Empereur pour sa fille , l'empêchera
bien de donner la mort à unChrétien qui
a sauvé sa Maîtresse.
I. Vol. L'arrivée
DECEMBRE. 1732. 2653
3.
L'arrivée deClaudius redouble la frayeur
de Victorinus ; ce Prince lui apprend
qu'en approchant de ce lieu, que l'Auteur
n'a pas designé aux spectateurs , il est entré dans des souterrains où des Chrétiens
célebroient leurs mysteres ; que ces victi
mes se sont jertées en foule au devant du
fer qui les attendoit ; qu'un seul de cette
troupe attendoit la mort sans la chercher,.
qu il n'a pû soutenir l'aspect de ce vénerable vieillard , sans un saisissement qui
Pa rendu immobile; qu'il a ordonné qu'on
l'épargnar's il se flatte que ce Chrétien
touch de sa clémence , pourra lui apprendre quels ont été les meurtriers de son
Pere , qui ayant disparu depuis quelques
années, sans qu'on en ait jamais oui parler,
avoit donné lieu de soupçonner que les
Chrétiens dont il étoit alors le plus ardent persécuteur , l'avoient assassiné. Le
portrait que Claudius fait de ce vieillard,
le lieu , et toutes les autres circonstances
ne laissent point douter Victorinus que
ce ne soit Gelas ; il demande grace pour
lui à l'Empereur , et pour le mieux exciter à la clémence , il lui dit que ce Chrétien a sauvé Justine d'une mort certaine;
Claudius attribue le respect et les sentimens de tendresse qu'il a conçus à l'asde ce Chrétien à une espece de pres- pect
>
I. Vola sentiment
2654 MERCURE DE FRANCE
sentiment qui lui a annoncé au fond du
cœur l'obligation qu'il lui avoit.
Le vieillard eft bientôt présenté à Claudius qui ne peut le revoir sans trouble ;
on verra dans peu que c'est un nouveau
pressentiment que la nature ajoute à celui
de la reconnoissance , et que ce premier
partoit de la même source. Gelas résiste
avec fermeté à la priere que Claudius lui
fait de renoncer au Christianisme , ou du
moins de le feindre , pour se dérober à la
fureur du peuple , des Prêtres et même de
l'armée. Claudius ajoute à cette priere le
motif qui le porte lui- même plus particu
liérement à persécuter ceux qu'il croit
avoir été les meurtriers de son Pere Cassius. Gelas après lui avoir dit que les Chrétiens sont incapables de pareils forfaits ,
lui annonce que son pere est encore vivant , qu'il est plus près de lui qu'il ne
pense , mais qu'il ne le connoîtra qu'après
qu'il lui aura fait donner la mort à luimême, par qui il apprend qu'il est encore
en vie. Cette espece d'Oracle prononcé
par une bouche si respectée , met Claudius dans une très - cruclle situation ; il ne
sçait à quoi se résoudre, et charge Victorinus,qui arrive , d'arracher le malheureux
à la mort.
Cette Scene entre Gelas et Victorinus
I. Vol.
DECEMBRE. 1732. 2655
'est une des plus interessantes de la Tragédie , et c'est pourtant celle qui a donné
plus de prise à la Critique ; nous allons
en exposer le fond pour mettre nos Lecteurs en état d'en juger. Dans la Scene
précédente les Spectateurs viennent d'apprendre que Cassius n'est pas mort , mais
ils ne s'attendent pas à le revoir revivre en la personne de Gelas même ; ce
même Gelas , qui ne s'est pas découvert
à son propre fils , se fait connoître à Victorinus pour ce même Cassius que Claudius croit avoir été assassiné par les Chrétiens , et qu'il vange par tout ce que sa
fureur lui peut inspirer de plus cruel
contre ces innocentes victimes. Ce Cassius
avoit été , comme nous l'avons déja dit
un des plus implacables persecuteurs des
Chrétiens ; il raconte à Victorinus comment il a été converti à la Foy ; cette
description est très-belle , l'Auteur n'a
pas crû en pouvoir choisir un modele
plus frappant que dans les Actes des
Apôtres , et les Spectateurs lui ont sçû
bon gré de l'avoir puisée dans une sour
ce si capable d'inspirer une sainte terreur.
Mais comme ce qui nous saisit le plus
dans un Ouvrage , nous paroît le plus
digne de nos reflexions , on examine cette
Scene avec plus de séverité que toutes
I. Vol. les
2656 MERCURE DE FRANCE
les autres ; on ne souffre qu'avec beau,
coup de peine qu'un pere , dont le fils est
prêt à devenir le parricide , ne se fasse
pas connoître à lui ; on pese le silence
avec le mo if, et le motif n'est pas toutà-fait satisfaisant. Le faux Gelas dit à
Victorinus qu'il a fait serment de ne se
faire connoître à P rsonne pour Cassius :
pourquoi, done,dit-on, découvre-t'il son
nom et sa condition à Victorinus ? Son
serment est-il moins violé et ne seroitil pas plus raisonnable qu'il eût juré de
ne se faire jamais connoître à son fils , de
peur que la tendresse paternelle ne le
trahît jusqu'au point de retomber dans
ses erreurs par une foiblesse dont il craindroit de ne pouvoir triompher ? ce motif auroit quelque lueur de vrai-semblan- ·
ce , et contribueroit un peu à faire excuser l'indiscretion du serment. Ce serment, ajoûte- t'on , seroit toûjours trèscondamnable , puisqu'il seroit fait contre
son propre fils , qui , par le silence de
son pere , perd la grace de la conversion
et par l'erreur dont ce même pere devient complice , est visiblement exposé à
devenir parricide : un pere , dit-on , est
obligé parmi les Chrétiens , à élever son
fils dans la seule Religion où il peut se
sauver , et celui- cy laisse le sien dans le
1. Vol.
Paganisme
DECEMBRE. 1732. 2657
Paganisme qui doit le perdre à jamais.
Voilà les plus fortes Critiques qu'on a
faites sur cette Tragédie ; achevons d'instruire le Lecteur de ce qui lui reste encore à sçavoir. Victorinus après quelques
objections très-sensées qu'il a faites à Cassius , lui promet le secret qu'il lui demande , d'autant plus qu'il s'y est déja
engagé par serment avant que de rien
apprend e. L'Auteur a même pris soin
de le faire jurer , non-seulement par les
Dieux des Payens , mais par le Dieu que
Cassius adore , et qu'il brule d'impatience
de connoître pour l'adorer à son tour.
Les Prêtres qui lui sont subordonnez sont
bien loin d'une si heureuse disposition
le fanatisme s'empare de leurs cœurs , jusqu'à refuser l'entrée de leur Temple à
leur Empereur, s'il ne leur livre le faux
Gelas ; le Peuple et l'Armée suivent un
exemple si pernicieux ; la désobeïssance
et la félonie regnent par tout ; Victorinus
déja à demi Chrétien , pour réprimer
cette insolence , tire une épée que Gelas
ayoit mis entre ses mains , comme un
gage assuré de la victoire ; le saint enchantement , s'il nous est permis de nous
expliquer ainsi , se trouve en deffaut
on lui arrache cette épée dont l'Auteur
a besoin pour un nouvel incident théa
I. Vol. tral
2658 MERCURE DE FRANCE
tral ; cette fatale épée est reconnuë pour
être la même dont Cassius étoit autrefois
armé. Claudius est confirmé par là dans
la croyance où il a toûjours été , que ce
sont les Chrétiens qui ont assassiné son
pere ; il accuse Victorinus d'avoir part à
ce meurtre, et ordonne qu'on l'aille chercher pour le punir de sa perfidie ; le faux
Gelas dit à Claudius que Victorinus est
innocent de ce meurtre, et lui déclare que
c'est lui-même qui a donné cette épée à
son ami ; Claudius irrité lui demande de
qui il la tenoit lui-même ; le faux Gelas lui
dit que c'est un secret qu'il ne sçauroit
Jui réveler. Claudius ne doutant plus.
que ce ne soit lui-même qui a tué son
pere , ordonne qu'on le mene à la mort ;
le faux Gelas reçoit cet Arrêt comme une
grace , et lui promet en reconnoissance
qu'il va bien-tôt reconnoître son pere ;
on emmene la victime ; Justine , dont
nous avons très-peu parlé , parce qu'elle'
est très- peu nécessaire à la Piece , vient
protester à Claudius qu'il n'y a plus d'amour ni d'hymen pour eux , si Victorinus
son pere , et Gelas , son libérateur , périssent. Claudius ne peut tenir contre cette
menace ; il ordonne qu'on aille révoquer
les ordres sanglans qu'il a donnez ; Justine y va elle-même , mais c'en est déja
I. Vol. fait ;
DECEMBRE. 1732. 2659
fait. Victorinus ayant rencontré Cassius
qu'on menoit au supplice , a voulu être le
compagnon de son martyre , sur l'assurance que Cassius lui a donnée que son
sang versé lui tiendroit lieu de Baptême.
Il s'est déclaré Chrétien , et a été soudain accablé d'une grêle de fleches.
Cassius a eu le même sort ; mais le Ciela permis qu'il lui reste encore assez de
vie pour venir se faire reconnoître à son
pere , et pour l'inviter à se faire Chrétien ; il lui prédit que bien- tôt un Empereur doit établir la Foy de Jesus- Christ,
et l'exhorte à mériter que ce choix le
regarde cependant Claudius n'est touché que du parricide dont il vient de
se soüiller et son pere expiré , il ne
songe qu'à empêcher Justine de se donner la mort , ou qu'à mourir avec elle.
ر
Cette Piece , au reste , est très - bien répresentée par la Dile Baron, et par les
sieurs Grandval , Sarrazin et le Grand ,
qui remplissent les principaux Rôles de
Justine , de Claudius , de Cassius et de
Victorinus.
n'ayant été représentée au Théatre françois qu'une au deux fois tout au plus par
semaine , il ne nous a pas été possible de
retenir la disposition du Poëme , scene par
scene, c'est pourquoi nous n'en donnerons
pas un Extrait bien précis ; le nom de M
de la Grange doit suffire au Lecteur , pour
lui persuader que rien n'y a manqué du
côtéde ce qu'on appelle Théatral ; nous
n'avons guere d'Auteurs qui s'y connoissent mieux que M. de la Grange. Il a pris
I. Vol son F vj
2650 MERCURE DE FRANCE
son sujet , selon toutes les apparences, dans
Gregoire de Tours ; voici ce que cet Historien en dit : C'est dans ce lieu , c'est-à- dire à Clermont en Auvergne , que Cassius
et Victorinus , unis en Jesus- Christ par un
amour vraimentfraternel, ont gagné le Royaumedes Cieux auprix de leur sang car l'Antiquité rapporte que Victorinus fut esclave
d'un Grand- Prêtre des faux Dieux , &
qu'ayant souvent exercé ses persécutions dans
un bourg qu'on appelloit communément le
bourg des Chrétiens , il en trouva un qui
s'appelloit Cassius , qui l'amena à la foi
de Jesus Christ par ses prédications et par ses
miracles ; il en fut si touché que renonçant
au culte des Idoles , et consacré par le baptê- me il se donna tout entier à l'exercice de
toutes les vertus chrétiennes. Peu de tems après
ayant été tous deux associez à la palme du
Martyre, ils monterent ensemble au Royaume des Cieux.
&
2
·
M. Baillet ne dit rien là- dessus qui ne
s'accorde parfaitement à ce que nous venons de dire ; voici ses paroles : S. Cassi
et S. Victorin honorez à Clermont en Auvergne le 15 de Mai, avec 6266. Martyrs tuez
par des barbares idolâtres , venus d'au- delà
du Rhin. S. Prix , Evêque de Clermont au
VII. siécle aroit composé leurs. Actes , qui
sontperdus. Victorin servoit un Prêtre idoİ. Vol. Tatre a
DECEMBRE. 1732. * 2651
latre; mais par la fréquentation qu'il avoit
avec Cassi , il se convertit et fut martyrisé.
et celui de S. Cassi se gardoient
encore à Clermont au dixiéme siécie.
Son
corps
Voilà tout ce que l'Histoire Ecclésiastique a fourni à l'Auteur de la Tragédie en
question ; ce qu'on appelle la Fable étoit
en bonnes mains. M. de la Grange a ennobli les personnages dont il avoit besoin ;
Victorinus , de simple serviteur ou esclave
d'un Grand Prêtre , cft devenu Grand- Prê
tre lui- même , et Cassius à qui Gregoire de
Tours nedonne aucune qualité, que celle de
Prédicateur de l'Evangile, est tiré de l'obscurité ou peut être le Ciel l'avoit fait naî
tre , pour se voir Pere d'un Empereur
sans avoir été Empereur lui-même ; ce
Claudius que M. de la Grange lui donne pour fils ne peut être que celui qu'on
appelle Claude le Gothique ; pour Victorinus , il ne suffisoit pas pour accommoder l'action théatrale aux mœurs du tems,
d'en avoir fait un Grand - Prêtre , il falloit
lui donner une fille digne de la recherche
d'un Empereur ; cette fille s'appelle Justine , et c'est elle qui donne lieu au peu
d'amour qui regne dans cette Tragédie ;
on auroit mêmefouhaité qu'il n'y en cut
point eu du tout.
Le premier Acte est employé presque
I. Vol. tout
2652 MERCURE DE FRANCE
>
tout entier à en exposer le sujet. Justine,
fille de Victorinus Grand-Prêtre des
faux Dieux , ouvre la scene avec sa confidente , laquelle la félicite sur la nouvel→
le dignité de Claudius son Amant que
l'armée vient d'elever à l'Empire. La joie
de Justine est balancée par la crainte de
F'avenir , la clémence que Victorinus son
Pere exerce envers les Chrétiens la fait
trembler pour lui ; elle sçait que Claudius
est porté à les persecuter par un motif
qu'on apprend dans la suite de la Piece ;
son Pere , loin de calmer ses allarmes ,
les redouble ; cependant il lui commande d'accepter la main qui la doit élever à
l'Empire ; quand même elle seroit teinte
du sang de celui qui lui a donné la vie.
Victorinus s'ouvre avec plus de liberté à
son confident : il lui dit qu'aussi-tôt qu'il
a appris la prochaine arrivée de l'Empereur , il a mis Gelas en lieu de seureté ;
ce Gelas qui passe pour son esclave , est
un Chrétien qui par un effet miraculeux
a sauvé sa fille Justine d'un monstre auquel elle étoit dévouée par les Oracles des Dieux. Son confident tâche de le rassurer en lui représentant que l'amour de
' Empereur pour sa fille , l'empêchera
bien de donner la mort à unChrétien qui
a sauvé sa Maîtresse.
I. Vol. L'arrivée
DECEMBRE. 1732. 2653
3.
L'arrivée deClaudius redouble la frayeur
de Victorinus ; ce Prince lui apprend
qu'en approchant de ce lieu, que l'Auteur
n'a pas designé aux spectateurs , il est entré dans des souterrains où des Chrétiens
célebroient leurs mysteres ; que ces victi
mes se sont jertées en foule au devant du
fer qui les attendoit ; qu'un seul de cette
troupe attendoit la mort sans la chercher,.
qu il n'a pû soutenir l'aspect de ce vénerable vieillard , sans un saisissement qui
Pa rendu immobile; qu'il a ordonné qu'on
l'épargnar's il se flatte que ce Chrétien
touch de sa clémence , pourra lui apprendre quels ont été les meurtriers de son
Pere , qui ayant disparu depuis quelques
années, sans qu'on en ait jamais oui parler,
avoit donné lieu de soupçonner que les
Chrétiens dont il étoit alors le plus ardent persécuteur , l'avoient assassiné. Le
portrait que Claudius fait de ce vieillard,
le lieu , et toutes les autres circonstances
ne laissent point douter Victorinus que
ce ne soit Gelas ; il demande grace pour
lui à l'Empereur , et pour le mieux exciter à la clémence , il lui dit que ce Chrétien a sauvé Justine d'une mort certaine;
Claudius attribue le respect et les sentimens de tendresse qu'il a conçus à l'asde ce Chrétien à une espece de pres- pect
>
I. Vola sentiment
2654 MERCURE DE FRANCE
sentiment qui lui a annoncé au fond du
cœur l'obligation qu'il lui avoit.
Le vieillard eft bientôt présenté à Claudius qui ne peut le revoir sans trouble ;
on verra dans peu que c'est un nouveau
pressentiment que la nature ajoute à celui
de la reconnoissance , et que ce premier
partoit de la même source. Gelas résiste
avec fermeté à la priere que Claudius lui
fait de renoncer au Christianisme , ou du
moins de le feindre , pour se dérober à la
fureur du peuple , des Prêtres et même de
l'armée. Claudius ajoute à cette priere le
motif qui le porte lui- même plus particu
liérement à persécuter ceux qu'il croit
avoir été les meurtriers de son Pere Cassius. Gelas après lui avoir dit que les Chrétiens sont incapables de pareils forfaits ,
lui annonce que son pere est encore vivant , qu'il est plus près de lui qu'il ne
pense , mais qu'il ne le connoîtra qu'après
qu'il lui aura fait donner la mort à luimême, par qui il apprend qu'il est encore
en vie. Cette espece d'Oracle prononcé
par une bouche si respectée , met Claudius dans une très - cruclle situation ; il ne
sçait à quoi se résoudre, et charge Victorinus,qui arrive , d'arracher le malheureux
à la mort.
Cette Scene entre Gelas et Victorinus
I. Vol.
DECEMBRE. 1732. 2655
'est une des plus interessantes de la Tragédie , et c'est pourtant celle qui a donné
plus de prise à la Critique ; nous allons
en exposer le fond pour mettre nos Lecteurs en état d'en juger. Dans la Scene
précédente les Spectateurs viennent d'apprendre que Cassius n'est pas mort , mais
ils ne s'attendent pas à le revoir revivre en la personne de Gelas même ; ce
même Gelas , qui ne s'est pas découvert
à son propre fils , se fait connoître à Victorinus pour ce même Cassius que Claudius croit avoir été assassiné par les Chrétiens , et qu'il vange par tout ce que sa
fureur lui peut inspirer de plus cruel
contre ces innocentes victimes. Ce Cassius
avoit été , comme nous l'avons déja dit
un des plus implacables persecuteurs des
Chrétiens ; il raconte à Victorinus comment il a été converti à la Foy ; cette
description est très-belle , l'Auteur n'a
pas crû en pouvoir choisir un modele
plus frappant que dans les Actes des
Apôtres , et les Spectateurs lui ont sçû
bon gré de l'avoir puisée dans une sour
ce si capable d'inspirer une sainte terreur.
Mais comme ce qui nous saisit le plus
dans un Ouvrage , nous paroît le plus
digne de nos reflexions , on examine cette
Scene avec plus de séverité que toutes
I. Vol. les
2656 MERCURE DE FRANCE
les autres ; on ne souffre qu'avec beau,
coup de peine qu'un pere , dont le fils est
prêt à devenir le parricide , ne se fasse
pas connoître à lui ; on pese le silence
avec le mo if, et le motif n'est pas toutà-fait satisfaisant. Le faux Gelas dit à
Victorinus qu'il a fait serment de ne se
faire connoître à P rsonne pour Cassius :
pourquoi, done,dit-on, découvre-t'il son
nom et sa condition à Victorinus ? Son
serment est-il moins violé et ne seroitil pas plus raisonnable qu'il eût juré de
ne se faire jamais connoître à son fils , de
peur que la tendresse paternelle ne le
trahît jusqu'au point de retomber dans
ses erreurs par une foiblesse dont il craindroit de ne pouvoir triompher ? ce motif auroit quelque lueur de vrai-semblan- ·
ce , et contribueroit un peu à faire excuser l'indiscretion du serment. Ce serment, ajoûte- t'on , seroit toûjours trèscondamnable , puisqu'il seroit fait contre
son propre fils , qui , par le silence de
son pere , perd la grace de la conversion
et par l'erreur dont ce même pere devient complice , est visiblement exposé à
devenir parricide : un pere , dit-on , est
obligé parmi les Chrétiens , à élever son
fils dans la seule Religion où il peut se
sauver , et celui- cy laisse le sien dans le
1. Vol.
Paganisme
DECEMBRE. 1732. 2657
Paganisme qui doit le perdre à jamais.
Voilà les plus fortes Critiques qu'on a
faites sur cette Tragédie ; achevons d'instruire le Lecteur de ce qui lui reste encore à sçavoir. Victorinus après quelques
objections très-sensées qu'il a faites à Cassius , lui promet le secret qu'il lui demande , d'autant plus qu'il s'y est déja
engagé par serment avant que de rien
apprend e. L'Auteur a même pris soin
de le faire jurer , non-seulement par les
Dieux des Payens , mais par le Dieu que
Cassius adore , et qu'il brule d'impatience
de connoître pour l'adorer à son tour.
Les Prêtres qui lui sont subordonnez sont
bien loin d'une si heureuse disposition
le fanatisme s'empare de leurs cœurs , jusqu'à refuser l'entrée de leur Temple à
leur Empereur, s'il ne leur livre le faux
Gelas ; le Peuple et l'Armée suivent un
exemple si pernicieux ; la désobeïssance
et la félonie regnent par tout ; Victorinus
déja à demi Chrétien , pour réprimer
cette insolence , tire une épée que Gelas
ayoit mis entre ses mains , comme un
gage assuré de la victoire ; le saint enchantement , s'il nous est permis de nous
expliquer ainsi , se trouve en deffaut
on lui arrache cette épée dont l'Auteur
a besoin pour un nouvel incident théa
I. Vol. tral
2658 MERCURE DE FRANCE
tral ; cette fatale épée est reconnuë pour
être la même dont Cassius étoit autrefois
armé. Claudius est confirmé par là dans
la croyance où il a toûjours été , que ce
sont les Chrétiens qui ont assassiné son
pere ; il accuse Victorinus d'avoir part à
ce meurtre, et ordonne qu'on l'aille chercher pour le punir de sa perfidie ; le faux
Gelas dit à Claudius que Victorinus est
innocent de ce meurtre, et lui déclare que
c'est lui-même qui a donné cette épée à
son ami ; Claudius irrité lui demande de
qui il la tenoit lui-même ; le faux Gelas lui
dit que c'est un secret qu'il ne sçauroit
Jui réveler. Claudius ne doutant plus.
que ce ne soit lui-même qui a tué son
pere , ordonne qu'on le mene à la mort ;
le faux Gelas reçoit cet Arrêt comme une
grace , et lui promet en reconnoissance
qu'il va bien-tôt reconnoître son pere ;
on emmene la victime ; Justine , dont
nous avons très-peu parlé , parce qu'elle'
est très- peu nécessaire à la Piece , vient
protester à Claudius qu'il n'y a plus d'amour ni d'hymen pour eux , si Victorinus
son pere , et Gelas , son libérateur , périssent. Claudius ne peut tenir contre cette
menace ; il ordonne qu'on aille révoquer
les ordres sanglans qu'il a donnez ; Justine y va elle-même , mais c'en est déja
I. Vol. fait ;
DECEMBRE. 1732. 2659
fait. Victorinus ayant rencontré Cassius
qu'on menoit au supplice , a voulu être le
compagnon de son martyre , sur l'assurance que Cassius lui a donnée que son
sang versé lui tiendroit lieu de Baptême.
Il s'est déclaré Chrétien , et a été soudain accablé d'une grêle de fleches.
Cassius a eu le même sort ; mais le Ciela permis qu'il lui reste encore assez de
vie pour venir se faire reconnoître à son
pere , et pour l'inviter à se faire Chrétien ; il lui prédit que bien- tôt un Empereur doit établir la Foy de Jesus- Christ,
et l'exhorte à mériter que ce choix le
regarde cependant Claudius n'est touché que du parricide dont il vient de
se soüiller et son pere expiré , il ne
songe qu'à empêcher Justine de se donner la mort , ou qu'à mourir avec elle.
ر
Cette Piece , au reste , est très - bien répresentée par la Dile Baron, et par les
sieurs Grandval , Sarrazin et le Grand ,
qui remplissent les principaux Rôles de
Justine , de Claudius , de Cassius et de
Victorinus.
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Résumé : Cassius et Victorinus, Tragédie, Extrait, [titre d'après la table]
Le texte présente la tragédie 'La Tragédie de Cassius et Victorinus', représentée au Théâtre français et écrite par M. de la Grange. Cette œuvre s'inspire de l'histoire de Cassius et Victorinus, deux martyrs chrétiens mentionnés par Grégoire de Tours. Selon cet historien, Victorinus, esclave d'un grand-prêtre païen, se convertit au christianisme grâce aux prédications et miracles de Cassius. Les deux hommes furent martyrisés peu après leur conversion. La tragédie modifie certains éléments historiques pour des raisons théâtrales. Victorinus devient grand-prêtre et Cassius est présenté comme le père de l'empereur Claude le Gothique. La pièce introduit également Justine, fille de Victorinus, qui est promise à Claude. L'intrigue se concentre sur les persécutions des chrétiens et les dilemmes moraux des personnages. La tragédie commence par une discussion entre Justine et son confident à propos de son futur mariage avec Claude. Victorinus, inquiet pour les chrétiens, cache Gelas, un chrétien qui a sauvé Justine. L'arrivée de Claude révèle qu'il a épargné un vieillard chrétien, Gelas, qui se révèle être Cassius, le père de Claude. Cassius, autrefois persécuteur des chrétiens, se convertit et est prêt à mourir pour sa foi. La pièce se termine par le martyre de Cassius et Victorinus, qui se déclarent chrétiens avant leur exécution. Claude, bouleversé, tente de sauver Justine de la détresse. La tragédie est bien interprétée par des acteurs tels que la Dile Baron, Grandval, Sarrazin et le Grand.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6602
p. 2660-2667
La Soeur Ridicule, Comédie de M. Montfleury,
Début :
Cette Pièce eut autrefois un grand succès sous le titre du Comédien [...]
Mots clefs :
Montfleury, Comédiens-Français, Parnasse, Soeur ridicule, Théâtre, Dangeville
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La Soeur Ridicule, Comédie de M. Montfleury,
La Sœur Ridicule , Comédie de
M. Montfleury.
C
Ette Piéce eut autrefois un grand
succès sous le titre du Comédien
Poete ; elle fut faite en quatre Actes seulement , parce que le Prologue étoit tellement lié à la Piéce qu'il tenoit lieu de
premier Acte ; le Théatre ayant changé
de face depuis la naissance de cette Comédie , et étant devenu plus épuré , les
Comédiens attentifs à se conformer au
goût du Public , avoient negligé de la remettre au Théatre ; mais n'ayant point
de nouveauté à donner pendant l'absence
de leurs Camarades , lorsque la Cour
étoit à Fontainebleau , ils en ont hazardé
quelques Représentations , dont le demi
succès a fait voir que le Théatre retomberoit facilement dans la bassesse d'où
Moliere l'avoit tiré , si on continuoit à
faire rire le Public aux dépens des bienféances. En effet , on a remarqué à la premiere Représentation de la Soeur Ridicule , que les Spectateurs avoient une espéce de honte de s'y divertir , et que les
ris du Parterre n'étoient pas de bon
alloy ; la pudeur des Dames en fut si
allarmée , qu'à peine s'en trouva - t'il I. Vol. deux
DECEMBRE. 1732. 2661
1
deux à la seconde Représentation ; mais
elles se sont enhardies dans la suite
et le nombre des curieuses croissant
tous les jours , on a eu lieu de présumer que ce goût pourroit bien redevenir à la mode , s'il se trouvoit encore des Scarrons et des Montfleuris ; ce
n'est pas qu'on ne doive faire cas du fond
de la Sœur, Ridicule ; l'intrigue en est
très comique , et l'action théatrale y est
ménagée avec un art infini ; mais il seroit à souhaiter qu'on y ménageât assez
les oreilles délicates , pour leur épargner
les grossiéretez.
Cette Piéce a été précedée d'un Proloque nouveau qui a pour titre le Caprice et
la Ressource ; nous en allons donner un
Extrait succint.
Ce Prologue a remplacé celui dont nous
venons de parler , et qui tenoit lieu anciennement du premier Acte à la Piéce.
Il a été reçû d'une maniere à faire connoître qu'on ne regrettoit pas le premier;
il a paru très- vif, mais assez peu correct.
L'Auteur en est anonyme , ' on ne peut
lui refuser la qualité d'homme d'esprit
c'est dommage qu'il se mette au - dessus
des régles dès son premier Ouvrage. L'iI. Vol. déo
1662 MERCURE DE FRANCE
dée de son Prologue n'est pas neuf ; la
voici en deux mots.
:: Les Comédiens François, en l'absence de
leurs Camarades qui jouent à la Cour, voudroient amuser la Ville par quelque nouveauté ; ils vont au Parnasse pour en chercher une. La Ressource et le Caprice , nou
velles Divinitez de la façon de l'Auteur
leur conseillent de remettre au Théatre la
Sœur Ridicule ; ils n'osent esperer de réussir par un genre de Comédie proscrit depuis long- tems ; mais la Ressource et le
Caprice les encouragent.
Le Théatre représente le Parnasse, trois
Comédiens ouvrent la Scene ; Crispin
qui est l'un des trois , fait une refléxion
qui ne fait guère d'honneur aux Auteurs
modernes : la voici.
Je fais une refléxion.
Je crois que c'est dans ces Retraites
Qu'habitent les anciens Poëtes
Et de ce côté les nouveaux.
>
Voici la raison qu'il en donne.
C'est que j'entends gazoüiller des oyseaux }
Que j'apperçois des fleurs , une verte prairie ;
Des Bosquets enchantés , des Lauriers , des ruis seaux ;
1. Vol.
DECEMBRE. 1732. 2663
Et je ne vois dans cette autre partie
Que des bourbiers et des crapaux.
,
Ce trait satyrique a paru peu délicat.
Nous citons ces Vers pour mettre sous les
yeux du Lecteur l'injustice d'un mépris
qui doit retomber sur celui qui le fait
éclater contre ses propres interêts ; car
enfin , pourquoi , dit - on s'avise-t'il
d'entrer dans une lice qui n'est qu'un
bourbier N'est- ce pas se mettre luimême au rang des crapaux , que de se
mêler parmi ces Auteurs Modernes, dont
il se fait une si vilaine idée ; on dira peutêtre pour l'excuser que ce n'est pas lui qui
parle ainsi , mais les Comédiens ; Il faut
donc qu'il leur en ait bien imposé par le
brillant de son coup d'essai , pour leur
faire dire du mal de ces mêmes Auteurs ,
qui leur donnent assez souvent des nouveautez utiles pour eux , et agréables au
Public. Après ces deux refléxions , que
les Spectateurs ont faites avant nous , passons àquelques Fragmens de l'Ouvrage
qui ont fait plaisir par la vivacité de la
Critique que l'Auteur répand abondamment. Ici c'est la Ressource qui parle.
"Après avoir joüi des plaisirs de la vie ,
Une Coquette enfin subit les loix du tems >
1. Vol. G On
2654 MERCURE DE FRANCE
On redouble le rouge et les ajustemens ;
Mais quand la Nature est flétrie ,
Bien-tôt tout l'art n'y peut plus rien.
Et bien , alors par mon moyen
Elle a recours à la prudoterie.
Je suis mere de l'Industrie ;
La Nature vous forme avec mille défauts ?
J'ai pour les réparer les secrets les plus beaux ;
Je dérobe avec art une épaule qui chocque
Sous un tourbillon de cheveux ;
Et sous un panier monstrueux
Je cache une taille équivoque.
Par des ajustemens differemment placés ,
Je donne des mines riantes ,
Tendres , naïves , innocentes ;
Je fais sortir des yeux qui sont trop enfon- cés ;
J'ai jusqu'à cent façons de gorges différen tes , &c.
Une jeune veuve soupire ,
Et regrette l'Epoux qui régnoit sur son cœur ?
Elle succomberoit à son triste martyre ;
Je lui trouve an consolateur.
L'Amour se fait sentir au cœur des jeunes
filles ?
Il faut surprendre les Mamans ?
On a recours à moi ; j'endors les surveil lans ;
1. Vol. Je
DECEMBRE. 1732 2665
Je fais taire les chiens , je fais tomber les gril- les.
Au milieu des amusemens ,
Il faut songer à menager sa gloire?
J'arrange tout si bien que l'Hymen ne peut croire
Que l'Amour ait pris les devans.
On peut aisément juger pales Vers
que l'on vient de lire , que l'Auteur n'est
pas si crapau ; le Public est trop équita- ble pour ne le pas tirer du bourbier avec
bien de ses Confreres qu'il y plonge indistinctement.
Dans la troisiéme Scene le Caprice s'ex
prime ainsi en parlant de la Mode.
C'est moi , selon ma fantaisie,
Qui régle tous ses mouvemens.
Arbitre des évenemens ;
Je fais et les plaisirs es les maux de la vie ;
J'invente tous les jours de nouveaux changea mens ;
Et j'ai , quand il m'en prend envie ,
Mille visages differens.
Dans cette inconstance éternelle ;
C'est envain qu'on croiroit rencontrer la Rai- son :
C'estmoi qui tiens sa place ; et , sans comparai
6on ,
I. Vol Gij J'ai
666 MERCURE DE FRANCE
A
J'ai beaucoup plus de sujets qu'elle.
La raison ne vient pas toujours quand on l'ap¬
pelle ;
Et le Caprice est toujours de saison.
La Ressource finit ainsi ce Prologue
en s'adressant au Parterre.
Protegez dre.
es Acteurs , ils ont droit de l'atten
Quel autre effort pouvoient- ils entreprendre
Si la Piéce ne prend pas bien ?
Quand la Ressource ne peut rien ,
Il ne reste qu'à s'aller pendre.
Le Caprice pour eux doit auſſi travailler.
Four capter votre bienveillance , *
Ce n'est pas trop le lieu d'aller vous rappel ler ,
Qu'il est un peu de votre connoissance ;
Il en sera tout ce que vous voudrez :
Vous même vous déciderez ;
Ne consultez que l'indulgence :
Vous allez régler nos destins ;
Que notre Piéce réussisse.
Applaudissez , battez des mains :
Allons , Messieurs , un bon Caprice.
Les deux principaux Roles de la Res
source et du Caprice , ont été parfaite1. Vel. ment
DECEMBRE. 1732. 2667
ment remplis par les Dlles Dangeville la
jeune , et la Motte.
Dans la Sœur Ridicule , les Rôles de
Pascal , de Gusman , d'Henrique , et du
Chevalier de Fondsec , sont joüez par les
Srs Poisson , Montmesnil , Grandval et
Dangeville neveu , et la Tante , Babet et
Jacinte par les Dlles Dangeville , Poisson,
et Dangeville la jeune..
La Comédie de la Soeur Ridicule se trouve
dans les Oeuvres de Montfleury au Tome second , sous le titre general du Comédien Poëte
Piéce qui fut d'abord jouée en cinq Actes , et
dont le premier Acte contient un Sujet détaché
et complet , imprimée ailleurs sous le titre du
Garçon sans conduite , de même que les quatre
Actes suivans , qui forment précisément la Co- médie de la Soeur Ridicule , se trouvent imprimés
à Caën l'an 1750. sous le titre des Amans infor- tunez et contens.
Les Coméd
M. Montfleury.
C
Ette Piéce eut autrefois un grand
succès sous le titre du Comédien
Poete ; elle fut faite en quatre Actes seulement , parce que le Prologue étoit tellement lié à la Piéce qu'il tenoit lieu de
premier Acte ; le Théatre ayant changé
de face depuis la naissance de cette Comédie , et étant devenu plus épuré , les
Comédiens attentifs à se conformer au
goût du Public , avoient negligé de la remettre au Théatre ; mais n'ayant point
de nouveauté à donner pendant l'absence
de leurs Camarades , lorsque la Cour
étoit à Fontainebleau , ils en ont hazardé
quelques Représentations , dont le demi
succès a fait voir que le Théatre retomberoit facilement dans la bassesse d'où
Moliere l'avoit tiré , si on continuoit à
faire rire le Public aux dépens des bienféances. En effet , on a remarqué à la premiere Représentation de la Soeur Ridicule , que les Spectateurs avoient une espéce de honte de s'y divertir , et que les
ris du Parterre n'étoient pas de bon
alloy ; la pudeur des Dames en fut si
allarmée , qu'à peine s'en trouva - t'il I. Vol. deux
DECEMBRE. 1732. 2661
1
deux à la seconde Représentation ; mais
elles se sont enhardies dans la suite
et le nombre des curieuses croissant
tous les jours , on a eu lieu de présumer que ce goût pourroit bien redevenir à la mode , s'il se trouvoit encore des Scarrons et des Montfleuris ; ce
n'est pas qu'on ne doive faire cas du fond
de la Sœur, Ridicule ; l'intrigue en est
très comique , et l'action théatrale y est
ménagée avec un art infini ; mais il seroit à souhaiter qu'on y ménageât assez
les oreilles délicates , pour leur épargner
les grossiéretez.
Cette Piéce a été précedée d'un Proloque nouveau qui a pour titre le Caprice et
la Ressource ; nous en allons donner un
Extrait succint.
Ce Prologue a remplacé celui dont nous
venons de parler , et qui tenoit lieu anciennement du premier Acte à la Piéce.
Il a été reçû d'une maniere à faire connoître qu'on ne regrettoit pas le premier;
il a paru très- vif, mais assez peu correct.
L'Auteur en est anonyme , ' on ne peut
lui refuser la qualité d'homme d'esprit
c'est dommage qu'il se mette au - dessus
des régles dès son premier Ouvrage. L'iI. Vol. déo
1662 MERCURE DE FRANCE
dée de son Prologue n'est pas neuf ; la
voici en deux mots.
:: Les Comédiens François, en l'absence de
leurs Camarades qui jouent à la Cour, voudroient amuser la Ville par quelque nouveauté ; ils vont au Parnasse pour en chercher une. La Ressource et le Caprice , nou
velles Divinitez de la façon de l'Auteur
leur conseillent de remettre au Théatre la
Sœur Ridicule ; ils n'osent esperer de réussir par un genre de Comédie proscrit depuis long- tems ; mais la Ressource et le
Caprice les encouragent.
Le Théatre représente le Parnasse, trois
Comédiens ouvrent la Scene ; Crispin
qui est l'un des trois , fait une refléxion
qui ne fait guère d'honneur aux Auteurs
modernes : la voici.
Je fais une refléxion.
Je crois que c'est dans ces Retraites
Qu'habitent les anciens Poëtes
Et de ce côté les nouveaux.
>
Voici la raison qu'il en donne.
C'est que j'entends gazoüiller des oyseaux }
Que j'apperçois des fleurs , une verte prairie ;
Des Bosquets enchantés , des Lauriers , des ruis seaux ;
1. Vol.
DECEMBRE. 1732. 2663
Et je ne vois dans cette autre partie
Que des bourbiers et des crapaux.
,
Ce trait satyrique a paru peu délicat.
Nous citons ces Vers pour mettre sous les
yeux du Lecteur l'injustice d'un mépris
qui doit retomber sur celui qui le fait
éclater contre ses propres interêts ; car
enfin , pourquoi , dit - on s'avise-t'il
d'entrer dans une lice qui n'est qu'un
bourbier N'est- ce pas se mettre luimême au rang des crapaux , que de se
mêler parmi ces Auteurs Modernes, dont
il se fait une si vilaine idée ; on dira peutêtre pour l'excuser que ce n'est pas lui qui
parle ainsi , mais les Comédiens ; Il faut
donc qu'il leur en ait bien imposé par le
brillant de son coup d'essai , pour leur
faire dire du mal de ces mêmes Auteurs ,
qui leur donnent assez souvent des nouveautez utiles pour eux , et agréables au
Public. Après ces deux refléxions , que
les Spectateurs ont faites avant nous , passons àquelques Fragmens de l'Ouvrage
qui ont fait plaisir par la vivacité de la
Critique que l'Auteur répand abondamment. Ici c'est la Ressource qui parle.
"Après avoir joüi des plaisirs de la vie ,
Une Coquette enfin subit les loix du tems >
1. Vol. G On
2654 MERCURE DE FRANCE
On redouble le rouge et les ajustemens ;
Mais quand la Nature est flétrie ,
Bien-tôt tout l'art n'y peut plus rien.
Et bien , alors par mon moyen
Elle a recours à la prudoterie.
Je suis mere de l'Industrie ;
La Nature vous forme avec mille défauts ?
J'ai pour les réparer les secrets les plus beaux ;
Je dérobe avec art une épaule qui chocque
Sous un tourbillon de cheveux ;
Et sous un panier monstrueux
Je cache une taille équivoque.
Par des ajustemens differemment placés ,
Je donne des mines riantes ,
Tendres , naïves , innocentes ;
Je fais sortir des yeux qui sont trop enfon- cés ;
J'ai jusqu'à cent façons de gorges différen tes , &c.
Une jeune veuve soupire ,
Et regrette l'Epoux qui régnoit sur son cœur ?
Elle succomberoit à son triste martyre ;
Je lui trouve an consolateur.
L'Amour se fait sentir au cœur des jeunes
filles ?
Il faut surprendre les Mamans ?
On a recours à moi ; j'endors les surveil lans ;
1. Vol. Je
DECEMBRE. 1732 2665
Je fais taire les chiens , je fais tomber les gril- les.
Au milieu des amusemens ,
Il faut songer à menager sa gloire?
J'arrange tout si bien que l'Hymen ne peut croire
Que l'Amour ait pris les devans.
On peut aisément juger pales Vers
que l'on vient de lire , que l'Auteur n'est
pas si crapau ; le Public est trop équita- ble pour ne le pas tirer du bourbier avec
bien de ses Confreres qu'il y plonge indistinctement.
Dans la troisiéme Scene le Caprice s'ex
prime ainsi en parlant de la Mode.
C'est moi , selon ma fantaisie,
Qui régle tous ses mouvemens.
Arbitre des évenemens ;
Je fais et les plaisirs es les maux de la vie ;
J'invente tous les jours de nouveaux changea mens ;
Et j'ai , quand il m'en prend envie ,
Mille visages differens.
Dans cette inconstance éternelle ;
C'est envain qu'on croiroit rencontrer la Rai- son :
C'estmoi qui tiens sa place ; et , sans comparai
6on ,
I. Vol Gij J'ai
666 MERCURE DE FRANCE
A
J'ai beaucoup plus de sujets qu'elle.
La raison ne vient pas toujours quand on l'ap¬
pelle ;
Et le Caprice est toujours de saison.
La Ressource finit ainsi ce Prologue
en s'adressant au Parterre.
Protegez dre.
es Acteurs , ils ont droit de l'atten
Quel autre effort pouvoient- ils entreprendre
Si la Piéce ne prend pas bien ?
Quand la Ressource ne peut rien ,
Il ne reste qu'à s'aller pendre.
Le Caprice pour eux doit auſſi travailler.
Four capter votre bienveillance , *
Ce n'est pas trop le lieu d'aller vous rappel ler ,
Qu'il est un peu de votre connoissance ;
Il en sera tout ce que vous voudrez :
Vous même vous déciderez ;
Ne consultez que l'indulgence :
Vous allez régler nos destins ;
Que notre Piéce réussisse.
Applaudissez , battez des mains :
Allons , Messieurs , un bon Caprice.
Les deux principaux Roles de la Res
source et du Caprice , ont été parfaite1. Vel. ment
DECEMBRE. 1732. 2667
ment remplis par les Dlles Dangeville la
jeune , et la Motte.
Dans la Sœur Ridicule , les Rôles de
Pascal , de Gusman , d'Henrique , et du
Chevalier de Fondsec , sont joüez par les
Srs Poisson , Montmesnil , Grandval et
Dangeville neveu , et la Tante , Babet et
Jacinte par les Dlles Dangeville , Poisson,
et Dangeville la jeune..
La Comédie de la Soeur Ridicule se trouve
dans les Oeuvres de Montfleury au Tome second , sous le titre general du Comédien Poëte
Piéce qui fut d'abord jouée en cinq Actes , et
dont le premier Acte contient un Sujet détaché
et complet , imprimée ailleurs sous le titre du
Garçon sans conduite , de même que les quatre
Actes suivans , qui forment précisément la Co- médie de la Soeur Ridicule , se trouvent imprimés
à Caën l'an 1750. sous le titre des Amans infor- tunez et contens.
Les Coméd
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Résumé : La Soeur Ridicule, Comédie de M. Montfleury,
La pièce 'La Sœur Ridicule' de M. Montfleury, initialement intitulée 'Le Comédien Poète', est une œuvre en quatre actes, avec un prologue servant de premier acte. Lors de sa réapparition sur scène, le théâtre avait évolué vers plus de décence, mais les comédiens, manquant de nouveautés, la reprirent pendant l'absence de la cour à Fontainebleau. Les représentations connurent un demi-succès, révélant une possible régression du goût du public. Lors de la première représentation, les spectateurs éprouvèrent une certaine honte à s'amuser, et les rires du parterre furent mitigés. La pudeur des dames fut alarmée, mais elles finirent par revenir, suggérant un possible retour des goûts anciens. L'intrigue de la pièce est comique et bien structurée, mais elle contient des grossièretés. Un nouveau prologue, 'Le Caprice et la Ressource', fut ajouté. Ce prologue, bien que vif, manquait de correction. Il raconte comment les comédiens, en quête de nouveauté, consultent les divinités Ressource et Caprice, qui leur conseillent de rejouer 'La Sœur Ridicule'. Le prologue fut bien accueilli, malgré quelques traits satiriques jugés peu délicats. Les rôles principaux du prologue furent interprétés par les demoiselles Dangeville et la Motte. Dans 'La Sœur Ridicule', les rôles de Pascal, Gusman, Henrique et du Chevalier de Fondsec furent joués par les sieurs Poisson, Montmesnil, Grandval et Dangeville neveu, tandis que les rôles de la Tante, Babet et Jacinte furent interprétés par les demoiselles Dangeville, Poisson et Dangeville la jeune. La pièce est disponible dans les œuvres de Montfleury, initialement jouée en cinq actes sous le titre 'Le Garçon sans conduite' et réimprimée sous divers titres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6603
p. 2667-2673
Arlequin au Parnasse, ou la Folie de Melpomene, &c. [titre d'après la table]
Début :
Les Comédiens Italiens donnerent le 4. de ce mois la premiere représentation [...]
Mots clefs :
Arlequin, Comédiens-Italiens, Parodie, Zaïre, Parnasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Arlequin au Parnasse, ou la Folie de Melpomene, &c. [titre d'après la table]
es Comédiens Italiens donnerent le 4.
de ce mois la premiere représentation
d'une Parodie de la Tragédie de Zaire.
Cette petite Piece est intitulée : Arlequin
au Parnasse , ou la Folie de Melpomene.
Comme l'Auteur à qui on` l'attribue la
désavoie , nous nous dispenserons de le
nommer ; mais comme nous ne devons
pas moins à nos engagemens envers le Public , qu'à la modestie des Autheurs qui
veulent se dérober à la gloire qui leur est
D. I. Vel. duë, G iij
2368 MERCURE DE FRANCE
düe , nous n'avons garde de nous imposer
silence sur une maniere de Parodier, qui a
parû très singuliere et tout- à-fait neuve
aux connoisseurs ; voicy en peu de mots
l'idée de l'Autheur anonime.
LeThéatre represente le Mont Parnasse,
Arlequin et un de ses camarades forment
le noble dessein d'y monter pour obtenir
de Thalie quelqu'heureuse nouveauté ,
qui attire des spectateurs à leur Théatre.
La difficulté rebute Arlequin ; il ne veut
pas se donner la peine de grimper si haut,
et prétend en être suffisamment dispensé
par l'exemple de bien des Auteurs qui du
pied du Parnasse , prétendent égaler ceux
qui s'élevent jusqu'à la double cime. Il se
croit inspiré , il tient déja le titre d'une
Piece nouvelle ; voilà le Parnasse , dit-il,
et me voicy; je n'ai donc qu'à intituler
ma Piéce , Arlequin au Parnasse : son camarade a beau lui diré , qu'un titre ne suf
fit pas , et qu'il faut inventer de quoi le
remplir , il lui répond que cela pourra venir chemin faisant.
Thalie vient finir la contestation , et
leur dit qu'elle leur apporte le sujet, attendu que sa sœur Melpomene vient de devenir folle tout subitement ; cet heureux
évenement donne lieu à la seconde partie du titre de la Piece et les extravaganI. Vol ces
DECEMBRE. 1732. 2669
tes deMelpomene en fournissent le sujet.
Thalie cede la place à Melpomene qui s'avance; elle fait entendre qu'elle va rejoindre Apollon qui doit déliberer en plein conseil sur les moyens les plus propres à remé
dier aux folles saillies de la Muse tragique.
Melpomene arrive ; l'entousiasme dont
elle est transportée , lui fait tenir des discours injurieux au Sophocle et à l'Euripide de la France ; l'idée dont elle est remplie lui promet des succès infiniment plus
éclatants que tous ceux des Corneilles et
des Racines ; des routes nouvelles s'ouvrent devant ses pas ; elle y va entrer pour
La premiere fois , et tout lui répond de
remplir dignement la brillante carriere
qu'elle se propose de commencer. Le camarade d'Arlequin ne lui faithumblement
La réverence que sous le nom de Comédien François ; pour Arlequin , ne pouvant l'aborder à la faveur de la même
imposture , attendu que son habit et son
masque le décéleroient aux yeux de la superbe Muse, il prend le parti de suivre Thalie , comme Muse de sa connoissance. Melpomene trompée par le nom
de Comédien François , que le camarade
d'Arlequin se donne , lui dit qu'ils n'ont
ses heureux camarades et lui , qu'à préparer leurs cofres-forts , et que la riche
I. Vol. Giiij idée
2670 MERCURE DE FRANCE
idée qu'elle roule dans sa tête sera un Perou pour leur Troupe. Comme cette idée
n'est pas encore assez débrouillée , la Muse se jette sur un lit de gazon pour y rêver et elle s'y endort. Des songes chimeriques se présentent à elle , et achevent de
lui faire digerer le Chef d'oeuvre qu'elle
s'est promis. Elle s'éveille enfin et fait entendre que son ouvrage est consommé.
Le Comédien Italien , soi disant Comédien François , la prie de lui donner sa
Tragédie ; elle ne lui répond que par de
magnifiques promesses réïterées , sans se
donner la peine de lui dire ni quel est le
sujet de sa Piece , ni quelle en est la distribution : il y a des Auteurs , ajoute- t-elle,
qui croyent se couvrir de gloire, en disant
qu'ils ont fait cinq Actes en trois semaines , et moi je ne demande que trois minutes , et si tu en veux voir une épreuve,
je vais te la donner sur le champ : allons ,
poursuit- elle, que les cinq Actes dont j'ai
besoin obéissent à ma voix ; qu'ils paroissent à mes yeux. A peine a- t-elle parlé ;
qu'on voit sortir cinq Actes personifiez et
numerotez du premier au cinquiéme par
une étiquette qui les distingue les uns des autres.
Chacun de ces Actės , à commencer par
le premier , rend compte de la fonction
I.Vol.
qu'il
DECEMBRE. 1732. 2871
qu'il a dans la nouvelle Tragédie qui doit
attirer tout Paris. L'ordre de la marche
théatrale est un peu troublé par une petite.
altercation qui s'éleve entre le second et
le troisiéme , qui se reprochent récipro-.
quement d'être déplacez ; les autres se
suivent conformément au numero qu'on.
leur a assigné.
Le cinquiéme Acte paroit enfin , tout
fier d'être destiné à finir un si bel ouvrage ; voici les derniers vers qu'il récite
avec une parfaite sécurité , en parlant de
son Héros.
Du même fer il se perce lui-même;
At-onjamais fini par un plus beau Morceau ?
Melpomene en est si satisfaite qu'elle en
pleure de joie. Quoi ? Muse, vous pleurez!
dit le cinquiéme Acte personifié ; la Muse remplit le dernier hémistiche , par ces paroles que l'admiration lui arrache , trèsbeau , très-beau , très- beau.
Le ravissement de la Muse tragique et
de ses cinq Actes est troublé par l'arrivée.
de Thalie , qui dit d'un air malicieux
qu'elle apporte le sixième Acte ; Melpomene jette sur elle de fiers regards qui lui
annoncent le cas qu'elle fait de l'addition
qu'elle prétend faire à son chef- d'œuvre
mais Thalie.rabbat son orgueil , en lui ap1. Vol.
Gy pre-
2672 MERCURE DE FRANCE
prenant que le Conseil du Mont sacré
vient de la condamner aux petites Maisons , et ses cinq Actes à l'oubli. Melpomene en est au désespoir , et ses cinq Actes se reprochent les uns aux autres l'affront qu'ils viennent de recevoir ; on auroit souhaitté que l'Auteur eut saisi ce
nouyer incident pour critiquer la Piéce
qui est l'objet de la Parodie , et que chaque Acte fit voir maniere de reproche les défauts qu'on y peut censurer.
Les cinq Actes ayant enfin disparu ,
Melpomene finit par ces Vers , parodiez du Čid.
par
Pleurez , pleurez mes yeux ; fondez en cata ractes ;
Je perds toute ma gloire en perdant mes cinq Actes.
,
Au reste , tous les Amateurs de Piéces
de Théatre ont été surpris , que l'Auteur
d'une idée si neuve , et si susceptible de
traits comiques l'ait si négligemment
remplie ; on diroit qu'il n'a voulu donner qu'une esquisse , pour apprendre aux
faiseurs de Parodies , qu'on peut s'écartér
des sentiers trop battus dans ce genre de
Comédie , qui pourroit être très- utile , si
l'on ne s'y attachoit plutôt à divertir qu'à
instruire et à corriger. Nous n'avons vû
1. Vol. depuis
DECEMBRE. 1732. 2673
depuis plusieurs années que très-peu de
Parodies dignes d'être estimées ; telles
sont , Oedipe travesti , Agnés de Chaillot , et le mauvais Ménage ; la plupart
des autres ne sont qu'une imitation servile des Tragédies qu'elles prétendent tourner en ridicule ; ce genre est sans contredit le plus aisé ; mais il s'en faut bien qu'il
soit le plus estimable , et le plus couru ,
à moins qu'on n'y trouve quelque heureux incident qui attire le Public , soit
par la beauté du Spectacle , soit par quelque chose de bruyant , tel que la fureur
que de Roland , &c.
de ce mois la premiere représentation
d'une Parodie de la Tragédie de Zaire.
Cette petite Piece est intitulée : Arlequin
au Parnasse , ou la Folie de Melpomene.
Comme l'Auteur à qui on` l'attribue la
désavoie , nous nous dispenserons de le
nommer ; mais comme nous ne devons
pas moins à nos engagemens envers le Public , qu'à la modestie des Autheurs qui
veulent se dérober à la gloire qui leur est
D. I. Vel. duë, G iij
2368 MERCURE DE FRANCE
düe , nous n'avons garde de nous imposer
silence sur une maniere de Parodier, qui a
parû très singuliere et tout- à-fait neuve
aux connoisseurs ; voicy en peu de mots
l'idée de l'Autheur anonime.
LeThéatre represente le Mont Parnasse,
Arlequin et un de ses camarades forment
le noble dessein d'y monter pour obtenir
de Thalie quelqu'heureuse nouveauté ,
qui attire des spectateurs à leur Théatre.
La difficulté rebute Arlequin ; il ne veut
pas se donner la peine de grimper si haut,
et prétend en être suffisamment dispensé
par l'exemple de bien des Auteurs qui du
pied du Parnasse , prétendent égaler ceux
qui s'élevent jusqu'à la double cime. Il se
croit inspiré , il tient déja le titre d'une
Piece nouvelle ; voilà le Parnasse , dit-il,
et me voicy; je n'ai donc qu'à intituler
ma Piéce , Arlequin au Parnasse : son camarade a beau lui diré , qu'un titre ne suf
fit pas , et qu'il faut inventer de quoi le
remplir , il lui répond que cela pourra venir chemin faisant.
Thalie vient finir la contestation , et
leur dit qu'elle leur apporte le sujet, attendu que sa sœur Melpomene vient de devenir folle tout subitement ; cet heureux
évenement donne lieu à la seconde partie du titre de la Piece et les extravaganI. Vol ces
DECEMBRE. 1732. 2669
tes deMelpomene en fournissent le sujet.
Thalie cede la place à Melpomene qui s'avance; elle fait entendre qu'elle va rejoindre Apollon qui doit déliberer en plein conseil sur les moyens les plus propres à remé
dier aux folles saillies de la Muse tragique.
Melpomene arrive ; l'entousiasme dont
elle est transportée , lui fait tenir des discours injurieux au Sophocle et à l'Euripide de la France ; l'idée dont elle est remplie lui promet des succès infiniment plus
éclatants que tous ceux des Corneilles et
des Racines ; des routes nouvelles s'ouvrent devant ses pas ; elle y va entrer pour
La premiere fois , et tout lui répond de
remplir dignement la brillante carriere
qu'elle se propose de commencer. Le camarade d'Arlequin ne lui faithumblement
La réverence que sous le nom de Comédien François ; pour Arlequin , ne pouvant l'aborder à la faveur de la même
imposture , attendu que son habit et son
masque le décéleroient aux yeux de la superbe Muse, il prend le parti de suivre Thalie , comme Muse de sa connoissance. Melpomene trompée par le nom
de Comédien François , que le camarade
d'Arlequin se donne , lui dit qu'ils n'ont
ses heureux camarades et lui , qu'à préparer leurs cofres-forts , et que la riche
I. Vol. Giiij idée
2670 MERCURE DE FRANCE
idée qu'elle roule dans sa tête sera un Perou pour leur Troupe. Comme cette idée
n'est pas encore assez débrouillée , la Muse se jette sur un lit de gazon pour y rêver et elle s'y endort. Des songes chimeriques se présentent à elle , et achevent de
lui faire digerer le Chef d'oeuvre qu'elle
s'est promis. Elle s'éveille enfin et fait entendre que son ouvrage est consommé.
Le Comédien Italien , soi disant Comédien François , la prie de lui donner sa
Tragédie ; elle ne lui répond que par de
magnifiques promesses réïterées , sans se
donner la peine de lui dire ni quel est le
sujet de sa Piece , ni quelle en est la distribution : il y a des Auteurs , ajoute- t-elle,
qui croyent se couvrir de gloire, en disant
qu'ils ont fait cinq Actes en trois semaines , et moi je ne demande que trois minutes , et si tu en veux voir une épreuve,
je vais te la donner sur le champ : allons ,
poursuit- elle, que les cinq Actes dont j'ai
besoin obéissent à ma voix ; qu'ils paroissent à mes yeux. A peine a- t-elle parlé ;
qu'on voit sortir cinq Actes personifiez et
numerotez du premier au cinquiéme par
une étiquette qui les distingue les uns des autres.
Chacun de ces Actės , à commencer par
le premier , rend compte de la fonction
I.Vol.
qu'il
DECEMBRE. 1732. 2871
qu'il a dans la nouvelle Tragédie qui doit
attirer tout Paris. L'ordre de la marche
théatrale est un peu troublé par une petite.
altercation qui s'éleve entre le second et
le troisiéme , qui se reprochent récipro-.
quement d'être déplacez ; les autres se
suivent conformément au numero qu'on.
leur a assigné.
Le cinquiéme Acte paroit enfin , tout
fier d'être destiné à finir un si bel ouvrage ; voici les derniers vers qu'il récite
avec une parfaite sécurité , en parlant de
son Héros.
Du même fer il se perce lui-même;
At-onjamais fini par un plus beau Morceau ?
Melpomene en est si satisfaite qu'elle en
pleure de joie. Quoi ? Muse, vous pleurez!
dit le cinquiéme Acte personifié ; la Muse remplit le dernier hémistiche , par ces paroles que l'admiration lui arrache , trèsbeau , très-beau , très- beau.
Le ravissement de la Muse tragique et
de ses cinq Actes est troublé par l'arrivée.
de Thalie , qui dit d'un air malicieux
qu'elle apporte le sixième Acte ; Melpomene jette sur elle de fiers regards qui lui
annoncent le cas qu'elle fait de l'addition
qu'elle prétend faire à son chef- d'œuvre
mais Thalie.rabbat son orgueil , en lui ap1. Vol.
Gy pre-
2672 MERCURE DE FRANCE
prenant que le Conseil du Mont sacré
vient de la condamner aux petites Maisons , et ses cinq Actes à l'oubli. Melpomene en est au désespoir , et ses cinq Actes se reprochent les uns aux autres l'affront qu'ils viennent de recevoir ; on auroit souhaitté que l'Auteur eut saisi ce
nouyer incident pour critiquer la Piéce
qui est l'objet de la Parodie , et que chaque Acte fit voir maniere de reproche les défauts qu'on y peut censurer.
Les cinq Actes ayant enfin disparu ,
Melpomene finit par ces Vers , parodiez du Čid.
par
Pleurez , pleurez mes yeux ; fondez en cata ractes ;
Je perds toute ma gloire en perdant mes cinq Actes.
,
Au reste , tous les Amateurs de Piéces
de Théatre ont été surpris , que l'Auteur
d'une idée si neuve , et si susceptible de
traits comiques l'ait si négligemment
remplie ; on diroit qu'il n'a voulu donner qu'une esquisse , pour apprendre aux
faiseurs de Parodies , qu'on peut s'écartér
des sentiers trop battus dans ce genre de
Comédie , qui pourroit être très- utile , si
l'on ne s'y attachoit plutôt à divertir qu'à
instruire et à corriger. Nous n'avons vû
1. Vol. depuis
DECEMBRE. 1732. 2673
depuis plusieurs années que très-peu de
Parodies dignes d'être estimées ; telles
sont , Oedipe travesti , Agnés de Chaillot , et le mauvais Ménage ; la plupart
des autres ne sont qu'une imitation servile des Tragédies qu'elles prétendent tourner en ridicule ; ce genre est sans contredit le plus aisé ; mais il s'en faut bien qu'il
soit le plus estimable , et le plus couru ,
à moins qu'on n'y trouve quelque heureux incident qui attire le Public , soit
par la beauté du Spectacle , soit par quelque chose de bruyant , tel que la fureur
que de Roland , &c.
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Résumé : Arlequin au Parnasse, ou la Folie de Melpomene, &c. [titre d'après la table]
Le 4 décembre, les Comédiens Italiens ont présenté la première représentation d'une parodie intitulée 'Arlequin au Parnasse, ou la Folie de Melpomene', inspirée de la tragédie 'Zaire'. L'auteur de cette pièce est resté anonyme par respect pour sa modestie. L'intrigue se déroule sur le Mont Parnasse, où Arlequin et un camarade cherchent une nouveauté pour attirer des spectateurs. Arlequin, paresseux, préfère rester au pied du Mont Parnasse et se contente de trouver un titre pour sa pièce. Thalie intervient alors pour annoncer que Melpomene, la muse de la tragédie, est devenue folle, fournissant ainsi le sujet de la parodie. Dans son délire, Melpomene critique les tragédiens français et promet des succès éclatants. Elle s'endort et rêve de son œuvre, qu'elle présente ensuite sous forme de cinq actes personnifiés. Thalie interrompt finalement Melpomene en annonçant que le conseil du Mont Parnasse a condamné Melpomene aux petites maisons et ses actes à l'oubli. La pièce se termine par une parodie de vers du 'Cid'. Les amateurs de théâtre ont été surpris par la négligence de l'auteur, qui n'a pas pleinement exploité le potentiel comique de son idée. La parodie est vue comme une esquisse, encourageant les futurs auteurs à innover dans ce genre. Le texte mentionne quelques parodies estimables comme 'Oedipe travesti', 'Agnès de Chaillot' et 'Le mauvais ménage', mais critique la plupart des autres pour leur imitation servile des tragédies.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6604
p. 2673-2674
« Le 9 Décembre les mêmes Comédiens donnerent une Piéce nouvelle en un Acte [...] »
Début :
Le 9 Décembre les mêmes Comédiens donnerent une Piéce nouvelle en un Acte [...]
Mots clefs :
Comédiens, Opéra-Comique, Pierrot, Théâtre italien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 9 Décembre les mêmes Comédiens donnerent une Piéce nouvelle en un Acte [...] »
Le 9 Décembre les mêmes Comédiens
donnerent une Piéce nouvelle en un Acte et en Vers , sous le titre des Enfans
Trouvez , ou le Sultan poli par l'Amour.
Cette Comédie , bien écrite et ingénieusement composée est fort applaudie. Nous
en donnerons un Extrait plus détaillé
dans le second Volume du Mercure de
ce mois , actuellement sous presse.
Le premier Décembre , le sieur Hamoche ,
ancien Acteur de l'Opéra Comique , connu depuis long-tems du Public sous le nom de Pierrot ,
ayant eu ordre de débuter sur le Théatre Italien;
ily joua trois differens Rôles dans trois Comédies qui furent représentées le même jour , sça1. Vol. GV voir )
2674 MERCURE DE FRANCE
voir dans les Paysans de qualité , le Tour de Carnaval , et dans le Triomphe de l'Interêt , il a joué encore d'autres Rôles dans deux Piéces de l'ancien Théatre Italien , et il a été applaudi du Public. Il fit un compliment aux Spectateurs pour
se les rendre favorables , lequel fut terminé par
ces quatre Vers parodiez du Tartuffe.
En vous est mon espoir , mon bien , ma quiétude
De vous dépend mapeine ou ma béatitude ,
Etje vais être enfin par votre seul Arrêt
Heureux , si vous voulés , malheureux , s'il vous
plaît.
Le s Décembre , le sieur Thomassin le fils ;
reparut encore sur le Théatre Italien , et joüa
dans la Comédie du Je ne sçai quoi , le Rôle du
Maître à Chanter , qui est une Parodie d'un des
Actes du Ballet des Fêtes Venitiennes. Ce jeune
homme joue avec intelligence , et paroît avoir
du talent pour le Théatre ; il peut le perfectionner s'il s'applique à imiter ceux de son pere
qui est en possession de plaire au Public dès qu'il
paroît sur la Scene. Ce nouvel Acteur a été reçû
depuis peu dans la Troupe.
donnerent une Piéce nouvelle en un Acte et en Vers , sous le titre des Enfans
Trouvez , ou le Sultan poli par l'Amour.
Cette Comédie , bien écrite et ingénieusement composée est fort applaudie. Nous
en donnerons un Extrait plus détaillé
dans le second Volume du Mercure de
ce mois , actuellement sous presse.
Le premier Décembre , le sieur Hamoche ,
ancien Acteur de l'Opéra Comique , connu depuis long-tems du Public sous le nom de Pierrot ,
ayant eu ordre de débuter sur le Théatre Italien;
ily joua trois differens Rôles dans trois Comédies qui furent représentées le même jour , sça1. Vol. GV voir )
2674 MERCURE DE FRANCE
voir dans les Paysans de qualité , le Tour de Carnaval , et dans le Triomphe de l'Interêt , il a joué encore d'autres Rôles dans deux Piéces de l'ancien Théatre Italien , et il a été applaudi du Public. Il fit un compliment aux Spectateurs pour
se les rendre favorables , lequel fut terminé par
ces quatre Vers parodiez du Tartuffe.
En vous est mon espoir , mon bien , ma quiétude
De vous dépend mapeine ou ma béatitude ,
Etje vais être enfin par votre seul Arrêt
Heureux , si vous voulés , malheureux , s'il vous
plaît.
Le s Décembre , le sieur Thomassin le fils ;
reparut encore sur le Théatre Italien , et joüa
dans la Comédie du Je ne sçai quoi , le Rôle du
Maître à Chanter , qui est une Parodie d'un des
Actes du Ballet des Fêtes Venitiennes. Ce jeune
homme joue avec intelligence , et paroît avoir
du talent pour le Théatre ; il peut le perfectionner s'il s'applique à imiter ceux de son pere
qui est en possession de plaire au Public dès qu'il
paroît sur la Scene. Ce nouvel Acteur a été reçû
depuis peu dans la Troupe.
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Résumé : « Le 9 Décembre les mêmes Comédiens donnerent une Piéce nouvelle en un Acte [...] »
Le 9 décembre, les comédiens ont présenté 'Les Enfants Trouvés, ou le Sultan poli par l'Amour', une pièce en un acte et en vers, bien écrite et applaudie. Un extrait détaillé sera publié dans le second volume du Mercure de ce mois. Le 1er décembre, le sieur Hamoche, ancien acteur de l'Opéra Comique connu sous le nom de Pierrot, a débuté au Théâtre Italien. Il a interprété trois rôles dans 'Les Paysans de qualité', 'Le Tour de Carnaval' et 'Le Triomphe de l'Intérêt', ainsi que d'autres rôles dans deux pièces de l'ancien Théâtre Italien. Hamoche a été applaudi et a adressé un compliment aux spectateurs, concluant par des vers parodiés du 'Tartuffe'. Le 10 décembre, le sieur Thomassin le fils a joué le rôle du Maître à Chanter dans 'Le Je ne sçai quoi', une parodie du ballet 'Les Fêtes Venitiennes'. Thomassin le fils a montré intelligence et talent, et peut perfectionner son art en imitant son père, apprécié du public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6605
p. 2674-2683
EXTRAIT de la Tragédie de Biblis, annoncée dans le dernier Mercure.
Début :
Le Théatre représente d'abord le Palais de Neptune; Amphitrite paroît [...]
Mots clefs :
Tragédie, Biblis, Sujets, Théâtre, Dieux, Oracle, Opéra, Chant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de la Tragédie de Biblis, annoncée dans le dernier Mercure.
EXTRAIT de la Tragédie de Biblis
annoncée dans le dernier Mercure.
LEE Théatre représente d'abord le Palais de Neptune ; Amphitrite paroît
sur un Trône , entouré de Nymphes
de Nereides, de DieuxMarins, et de FleuI. Vol.
ves.
DECEMBRE. 732 2678
ves. Amphitrite expose le sujet du Prolo
gue par ces Vers :
Vous qui formez la Cour du Souverain dest Mers ,
Glorieux soutiens de son Trône
Célebrez avec moi l'heureux jour où Latone
Evita le courroux de la Reine des Airs :
Par les bienfaits du Dieu de l'Onde
Apollon et Diane embellissent le monde.
Les Sujets de Neptune et d'Amphitri
te célebrent cet heureux évenement
Neptune vient se joindre à cette Fête. Junon la vient troubler , et fait connoître.
son indignation par ces Vers qui lient le
Prologue à la Tragédie.
Neptune est donc toujours contraire à mes de sirs ! & c.
Ah ! si le Dieu du jour et sa coupable mere
N'ont point éprouvé mon courroux ,
Du moins faisons tomber mes coups
Sur ce sang criminel qui ne sçauroit me plaire
Hâtons-nous , suivons ma fureur ;
Que l'Amour seconde ma haine ;
Qu'il allume des feux dont la coupable ar deur
Rende ma vangeance certaine , &c.
La Scene est à Milet. Au premier Acte
I. Val.
le
2676 MERCURE DE FRANCE
,
le Théatre représente le Temple d'Apollon. Caunus , frere de Biblis , ouvre la
Scene avec Ismene , Souveraine de la Carie. Après lui avoir parlé de son amour
il lui dit que le bonheur que lui fait esperer la Victoire qu'il vient de remporter
sur les Rebelles de ses Etats , est troublé
par la langueur mortelle de sa Sœur. Ils
implorent tous deux le secours du Ciel.
Biblis vient ; Ismene la laisse avec son
frere.
Biblis ne dit rien à Caunus qui puisse
lui faire soupçonner le détestable amour
dont elle brûle pour lui ; elle lui fait seulement entendre que les Dieux , et surtout Apollon dont elle est Prêtresse, sont
irritez contre elle. Pour rendre le calme
à ses États et à son cœur , elle le prie
d'accepter la Couronne que sa qualité de
grande Prêtresse du Dieu qui leur a donné la naissance a fait tomber sur sa tête ;
elle le presse de renvoyer Ismene dans ses
Etats ; ce dernier ordre le surprend ; il
persiste à refuser la Couronne , mais elle
lui apprend que tout est disposé à le reconnoître pour Roi ; elle lui prescrit ce, -
qui lui reste à faire par ces Vers :
Le peuple vient ici se ranger sous vos loix ;
Recevez son premier hommage ;
1. Vol.
Il
DECEMBRE. 1732. 2677
Il faut
gage A
que dans ce Temple un serment vous enrespecter les Décrets de nos Rois.
Le couronnement de Caunus est le sujet de la Fête de cet Acte ; le nouveau Roi
fait le serment que Biblis lui a imposé ;
le serment est interrompu par le bruit du
Tonnerre, et Apollon fait entendre l'Ora-›
cle que voici.
Tremble , malheureux , tremble , à l'aspect de ces lieux ;
Laisse jouir Biblis de la Couronne ;
Le plus cruel malheur pour toi seul l'environne ,
Fui ; respecte mon sang , et le Trône et les
Dieux.
Caunus se résout à obéïr aux Dieux ; les
peuples sortent avec lui ; Biblis reste seule
et fait connoître que c'est elle que l'Oracle regarde ; elle s'exprime ainsi :
Quelle fatale ardeur dans mon ame s'allume !
Ou suis-je ? qu'est- ce que je voi ?
Le feu mortel qui me consume
Dans un abîme affreux m'entraîne malgré moi ?
Le Théatre représente un Port de mer
au second Acte ; on y voit des Vaisseaux préparés pour le départ d'Ismene.
I. Vol. Ipis
2678 MERCURE DE FRANCE
Iphis , Prince d'Ionie , et amoureux de
Biblis , témoigne sa frayeur sur le péril
de sa Princesse.
Biblis vient le prier d'empêcher le départ de Caunus ; Iphis refuse de lui
obeïr , fondé sur la menace et l'ordre absolu d'Apollon ; Biblis lui deffend de la
voir jamais , s'il n'éxécute ce qu'elle lui
ordonne ; il se détermine enfin à lui
obeïr , quoiqu'il lui en puisse coûter.
Ismene se plaint tendrement à Caunus
de ce qu'il la renvoye dans ses Etats sans
l'y suivre ; Caunus lui répond qu'il n'ose l'associer à ses malheurs ; enfin touché
de ses larmes et excité par son amour , il
se réfout à partir avec elle.
Les Sujets d'Ismene et une Troupe de
Matelots, viennent célebrer la Victoire qui
a rétabli leur Souveraine sur le Trônequ'on avoit usurpé sur elle. Cette Fête a
fait un très grand plaisir , tant par rapport aux Danses parfaitement éxécutées
par les Dlles Camargo et Salé , que par les
Canevats chantés par la Dlle Petitpas.
La Fête est interrompue par Iphis , qui
vient annoncer à Caunus que Biblis se
soustrait pour jamais aux yeux de ses
Peuples ; tous les Ioniens le conjurent de
ne point partir et de régner sur eux ;
Caunus oppose à leurs prieres les mena- ,
I. Vol. ces
DECEMBRE. 1732 2679
ces d'Apollon ; il ne se détermine à rien ,
et fait entendre seulement qu'il va consulter les Dieux une seconde fois.
Au troisiéme Acte , le Théatre représente un Antre ; on y voit un Tombeau en
forme de Pyramide , où sont les Ancêtres
de Biblis. Elle se plaint de son sort par
ces Vers :
Séjour impénetrable à la clarté des Cieux ,
Antres affreux , objets funebres ,
Frémissez avec moi de mon sort rigoureux ;
Mais n'en rougissez pas , Manes de mes Ayeux ;
Je viens cacher mes feux dans l'horreur des te nebres.
Je n'ai point fait l'aveu du crime de mon cœur ,
Ma mort va lui donner sa premiere innocence ;
excitez la vengeance,
Dont je vais punir mon ardeur.
Ranimez mon courage ,
Séjour impénetrable , &c.
Iphis arrive ; Biblis irritée , lui ordonne
de la laisser dans ce lieu d'horreur ; Iphis
lui dit que Caunus viendra bien- tôt se
joindre à lui pour la rendre à la lumiere;
ce dernier coup accable Biblis ; elle de
mande à Iphis d'où vient que Caunus
n'est point parti ; Iphis étonné , lui répond que ce n'est que par son ordre exprès qu'il l'a retenu ; Biblis lui dit qu'il
I. Vol.
ne
2680 MERCURE DE FRANCE
ne devoit point lui obéïr ; elle lui deffend
d'apprendre à Caunus en quel lieu elle
s'est retirée et exige même un serment de lui sur ce sujet, Iphis la quitte en
l'assurant qu'il amenera bientôt son frere.
Biblis accablée de douleur , s'endort ; le
Théatre change et représente les Champs
Elisées. Des Songes sous la forme d'Amans heureux et d'Amans malheureux ,
se présentent à elle ; les premiers expos
sent leurs plaisirs par leurs danses et par
leurs chants , et les derniers expriment
leurs tourmens. Cette funeste image éveille Biblis en sursaut ; elle continuë à gé
mir des maux où le Ciel la condamne.
Caunus vient , sa présence augmente
le supplice de Biblis ; elle lui fait même
sentir que plus elle le voit , et plus elle
est malheureuse ; Caunus ne peut rien
comprendre à ce mystere. Biblis prend
enfin une derniere et noble résolution
qu'elle fait connoître par ces Vers qui finissent ce troisiéme Acte.
Venez , le Ciel m'éclaire ,
Je puis , sans l'offenser , voir encor la lumiere;
Couronnons de tendres ardeurs ;
Que l'Hymen àjamais vous joigne avec Ismene,
à
part.
Dieux , que ce Sacrifice appaise votre haine.
I. Vol.
Le
DECEMBRE. 1732. 1681
Le Théatre représente au quatriéme
'Acte , un lieu embelli pour celebrer l'Hymen de Caunus et d'Ismene. Celle- cy se
livre au doux plaisir de l'esperance. Biblis vient ; ismene lui témoigne sa reconnoissance au sujet de son Hymen , auquel elle a bien voulu consentir ; elle la
presse de renoncer au dessein qu'elle a
formé de quitter la Couronne et la vie ;
Biblis lui fait entendre qu'elle est toû
jours dans la résolution de cesser de vivre.
Caunus vient , suivi d'une troupe de
Peuples de divers endroits de la Grece ;
il invite sa sœur Biblis à couronner la
constance d'Iphis , comme Ismene va
couronner la sienne. La Fête commence ;
les Peuples témoignent par leurs chants
et par leurs jeux , le plaisir qu'ils ont de
voir finir leurs malheurs. Biblis invite
Caunus et Ismene à s'approcher de l'Autel pour être unis à jamais , et leur parle
ainsi :
Approchez, il est temps que l'Hymen vous unisse
Joignez vous à mes vœux au pié de cet Autel ;
Il faut qu'un sacrifice auguste et solemnel ,
Rende à jamais le Ciel à votre Hymen propice.
On amene la victime , sous prétexte
de l'immoler : Biblis veut s'immoler ellemême; Caunus lui retient le bras , elle
s'en plaint par ces Vers :
2682 MERCURE DE FRANCE
Dieux ! faudra t'il toujours par un funeste sort ,
Me voir retenir à la vie ,
Par cette même main qui me donne la mort.
Au cinquiéme Acte , le Théatre représente le Palais de Biblis. Caunus commence à soupçonner l'amour incestueux
de sa sœur , du moins il le fait connoître
par ces Vers qui commencent le dernier
Acte.
Qu'ai-je entendu ? grands Dieux ! et quel Démon barbare ,
A conduit la main de Biblis ?
Une soudaine horreur de mon ame s'empare ;
Où suis- je ? qu'ai-je vû ; je tremble ¦ je fréq
mis , &c.
Ismene vient s'affliger avec Caunus , du funeste présage qui vient de préceder leur Hymen ; Iphis tout éperdu ,
annonce à Caunus que Biblis persiste
dans le dessein de mourir , et que son
nom est sorti cent fois de la bouche
de cette sœur infortunée. Caunus veut
partir sans la voir , pour obéïr aux Dieux.
Biblis vient , elle prie Iphis , et Ismene.
de se retirer ; l'affreuse verité lui échappe,
Caunus en est épouvanté ; elle saisit le
moment de sa mortelle frayeur pour se
frapper.
1. Vol.
On
DECEMBRE. 1732: 2683
On a trouvé ce cinquiéme Acte superAu ; et tout le monde convient que la
Tragédie auroit beaucoup mieux fini par
' le sacrifice volontaire de Biblis , qui auroit pû être suivi de l'aveu de son amour
incestueux , auqel cas il auroit fallu mettre un Acte intermediaire. Au reste cette
Tragédie a été parfaitement executée.
Les Diles le Maure et Pélissier y ont
soutenu la réputation qu'elles se sont si
justement acquise par la beauté du chant
et par la justesse de l'action . Le sieur Dupré se fait tous les jours plus admirer par
la noblesse , la legereté et la finesse de sa danse,
annoncée dans le dernier Mercure.
LEE Théatre représente d'abord le Palais de Neptune ; Amphitrite paroît
sur un Trône , entouré de Nymphes
de Nereides, de DieuxMarins, et de FleuI. Vol.
ves.
DECEMBRE. 732 2678
ves. Amphitrite expose le sujet du Prolo
gue par ces Vers :
Vous qui formez la Cour du Souverain dest Mers ,
Glorieux soutiens de son Trône
Célebrez avec moi l'heureux jour où Latone
Evita le courroux de la Reine des Airs :
Par les bienfaits du Dieu de l'Onde
Apollon et Diane embellissent le monde.
Les Sujets de Neptune et d'Amphitri
te célebrent cet heureux évenement
Neptune vient se joindre à cette Fête. Junon la vient troubler , et fait connoître.
son indignation par ces Vers qui lient le
Prologue à la Tragédie.
Neptune est donc toujours contraire à mes de sirs ! & c.
Ah ! si le Dieu du jour et sa coupable mere
N'ont point éprouvé mon courroux ,
Du moins faisons tomber mes coups
Sur ce sang criminel qui ne sçauroit me plaire
Hâtons-nous , suivons ma fureur ;
Que l'Amour seconde ma haine ;
Qu'il allume des feux dont la coupable ar deur
Rende ma vangeance certaine , &c.
La Scene est à Milet. Au premier Acte
I. Val.
le
2676 MERCURE DE FRANCE
,
le Théatre représente le Temple d'Apollon. Caunus , frere de Biblis , ouvre la
Scene avec Ismene , Souveraine de la Carie. Après lui avoir parlé de son amour
il lui dit que le bonheur que lui fait esperer la Victoire qu'il vient de remporter
sur les Rebelles de ses Etats , est troublé
par la langueur mortelle de sa Sœur. Ils
implorent tous deux le secours du Ciel.
Biblis vient ; Ismene la laisse avec son
frere.
Biblis ne dit rien à Caunus qui puisse
lui faire soupçonner le détestable amour
dont elle brûle pour lui ; elle lui fait seulement entendre que les Dieux , et surtout Apollon dont elle est Prêtresse, sont
irritez contre elle. Pour rendre le calme
à ses États et à son cœur , elle le prie
d'accepter la Couronne que sa qualité de
grande Prêtresse du Dieu qui leur a donné la naissance a fait tomber sur sa tête ;
elle le presse de renvoyer Ismene dans ses
Etats ; ce dernier ordre le surprend ; il
persiste à refuser la Couronne , mais elle
lui apprend que tout est disposé à le reconnoître pour Roi ; elle lui prescrit ce, -
qui lui reste à faire par ces Vers :
Le peuple vient ici se ranger sous vos loix ;
Recevez son premier hommage ;
1. Vol.
Il
DECEMBRE. 1732. 2677
Il faut
gage A
que dans ce Temple un serment vous enrespecter les Décrets de nos Rois.
Le couronnement de Caunus est le sujet de la Fête de cet Acte ; le nouveau Roi
fait le serment que Biblis lui a imposé ;
le serment est interrompu par le bruit du
Tonnerre, et Apollon fait entendre l'Ora-›
cle que voici.
Tremble , malheureux , tremble , à l'aspect de ces lieux ;
Laisse jouir Biblis de la Couronne ;
Le plus cruel malheur pour toi seul l'environne ,
Fui ; respecte mon sang , et le Trône et les
Dieux.
Caunus se résout à obéïr aux Dieux ; les
peuples sortent avec lui ; Biblis reste seule
et fait connoître que c'est elle que l'Oracle regarde ; elle s'exprime ainsi :
Quelle fatale ardeur dans mon ame s'allume !
Ou suis-je ? qu'est- ce que je voi ?
Le feu mortel qui me consume
Dans un abîme affreux m'entraîne malgré moi ?
Le Théatre représente un Port de mer
au second Acte ; on y voit des Vaisseaux préparés pour le départ d'Ismene.
I. Vol. Ipis
2678 MERCURE DE FRANCE
Iphis , Prince d'Ionie , et amoureux de
Biblis , témoigne sa frayeur sur le péril
de sa Princesse.
Biblis vient le prier d'empêcher le départ de Caunus ; Iphis refuse de lui
obeïr , fondé sur la menace et l'ordre absolu d'Apollon ; Biblis lui deffend de la
voir jamais , s'il n'éxécute ce qu'elle lui
ordonne ; il se détermine enfin à lui
obeïr , quoiqu'il lui en puisse coûter.
Ismene se plaint tendrement à Caunus
de ce qu'il la renvoye dans ses Etats sans
l'y suivre ; Caunus lui répond qu'il n'ose l'associer à ses malheurs ; enfin touché
de ses larmes et excité par son amour , il
se réfout à partir avec elle.
Les Sujets d'Ismene et une Troupe de
Matelots, viennent célebrer la Victoire qui
a rétabli leur Souveraine sur le Trônequ'on avoit usurpé sur elle. Cette Fête a
fait un très grand plaisir , tant par rapport aux Danses parfaitement éxécutées
par les Dlles Camargo et Salé , que par les
Canevats chantés par la Dlle Petitpas.
La Fête est interrompue par Iphis , qui
vient annoncer à Caunus que Biblis se
soustrait pour jamais aux yeux de ses
Peuples ; tous les Ioniens le conjurent de
ne point partir et de régner sur eux ;
Caunus oppose à leurs prieres les mena- ,
I. Vol. ces
DECEMBRE. 1732 2679
ces d'Apollon ; il ne se détermine à rien ,
et fait entendre seulement qu'il va consulter les Dieux une seconde fois.
Au troisiéme Acte , le Théatre représente un Antre ; on y voit un Tombeau en
forme de Pyramide , où sont les Ancêtres
de Biblis. Elle se plaint de son sort par
ces Vers :
Séjour impénetrable à la clarté des Cieux ,
Antres affreux , objets funebres ,
Frémissez avec moi de mon sort rigoureux ;
Mais n'en rougissez pas , Manes de mes Ayeux ;
Je viens cacher mes feux dans l'horreur des te nebres.
Je n'ai point fait l'aveu du crime de mon cœur ,
Ma mort va lui donner sa premiere innocence ;
excitez la vengeance,
Dont je vais punir mon ardeur.
Ranimez mon courage ,
Séjour impénetrable , &c.
Iphis arrive ; Biblis irritée , lui ordonne
de la laisser dans ce lieu d'horreur ; Iphis
lui dit que Caunus viendra bien- tôt se
joindre à lui pour la rendre à la lumiere;
ce dernier coup accable Biblis ; elle de
mande à Iphis d'où vient que Caunus
n'est point parti ; Iphis étonné , lui répond que ce n'est que par son ordre exprès qu'il l'a retenu ; Biblis lui dit qu'il
I. Vol.
ne
2680 MERCURE DE FRANCE
ne devoit point lui obéïr ; elle lui deffend
d'apprendre à Caunus en quel lieu elle
s'est retirée et exige même un serment de lui sur ce sujet, Iphis la quitte en
l'assurant qu'il amenera bientôt son frere.
Biblis accablée de douleur , s'endort ; le
Théatre change et représente les Champs
Elisées. Des Songes sous la forme d'Amans heureux et d'Amans malheureux ,
se présentent à elle ; les premiers expos
sent leurs plaisirs par leurs danses et par
leurs chants , et les derniers expriment
leurs tourmens. Cette funeste image éveille Biblis en sursaut ; elle continuë à gé
mir des maux où le Ciel la condamne.
Caunus vient , sa présence augmente
le supplice de Biblis ; elle lui fait même
sentir que plus elle le voit , et plus elle
est malheureuse ; Caunus ne peut rien
comprendre à ce mystere. Biblis prend
enfin une derniere et noble résolution
qu'elle fait connoître par ces Vers qui finissent ce troisiéme Acte.
Venez , le Ciel m'éclaire ,
Je puis , sans l'offenser , voir encor la lumiere;
Couronnons de tendres ardeurs ;
Que l'Hymen àjamais vous joigne avec Ismene,
à
part.
Dieux , que ce Sacrifice appaise votre haine.
I. Vol.
Le
DECEMBRE. 1732. 1681
Le Théatre représente au quatriéme
'Acte , un lieu embelli pour celebrer l'Hymen de Caunus et d'Ismene. Celle- cy se
livre au doux plaisir de l'esperance. Biblis vient ; ismene lui témoigne sa reconnoissance au sujet de son Hymen , auquel elle a bien voulu consentir ; elle la
presse de renoncer au dessein qu'elle a
formé de quitter la Couronne et la vie ;
Biblis lui fait entendre qu'elle est toû
jours dans la résolution de cesser de vivre.
Caunus vient , suivi d'une troupe de
Peuples de divers endroits de la Grece ;
il invite sa sœur Biblis à couronner la
constance d'Iphis , comme Ismene va
couronner la sienne. La Fête commence ;
les Peuples témoignent par leurs chants
et par leurs jeux , le plaisir qu'ils ont de
voir finir leurs malheurs. Biblis invite
Caunus et Ismene à s'approcher de l'Autel pour être unis à jamais , et leur parle
ainsi :
Approchez, il est temps que l'Hymen vous unisse
Joignez vous à mes vœux au pié de cet Autel ;
Il faut qu'un sacrifice auguste et solemnel ,
Rende à jamais le Ciel à votre Hymen propice.
On amene la victime , sous prétexte
de l'immoler : Biblis veut s'immoler ellemême; Caunus lui retient le bras , elle
s'en plaint par ces Vers :
2682 MERCURE DE FRANCE
Dieux ! faudra t'il toujours par un funeste sort ,
Me voir retenir à la vie ,
Par cette même main qui me donne la mort.
Au cinquiéme Acte , le Théatre représente le Palais de Biblis. Caunus commence à soupçonner l'amour incestueux
de sa sœur , du moins il le fait connoître
par ces Vers qui commencent le dernier
Acte.
Qu'ai-je entendu ? grands Dieux ! et quel Démon barbare ,
A conduit la main de Biblis ?
Une soudaine horreur de mon ame s'empare ;
Où suis- je ? qu'ai-je vû ; je tremble ¦ je fréq
mis , &c.
Ismene vient s'affliger avec Caunus , du funeste présage qui vient de préceder leur Hymen ; Iphis tout éperdu ,
annonce à Caunus que Biblis persiste
dans le dessein de mourir , et que son
nom est sorti cent fois de la bouche
de cette sœur infortunée. Caunus veut
partir sans la voir , pour obéïr aux Dieux.
Biblis vient , elle prie Iphis , et Ismene.
de se retirer ; l'affreuse verité lui échappe,
Caunus en est épouvanté ; elle saisit le
moment de sa mortelle frayeur pour se
frapper.
1. Vol.
On
DECEMBRE. 1732: 2683
On a trouvé ce cinquiéme Acte superAu ; et tout le monde convient que la
Tragédie auroit beaucoup mieux fini par
' le sacrifice volontaire de Biblis , qui auroit pû être suivi de l'aveu de son amour
incestueux , auqel cas il auroit fallu mettre un Acte intermediaire. Au reste cette
Tragédie a été parfaitement executée.
Les Diles le Maure et Pélissier y ont
soutenu la réputation qu'elles se sont si
justement acquise par la beauté du chant
et par la justesse de l'action . Le sieur Dupré se fait tous les jours plus admirer par
la noblesse , la legereté et la finesse de sa danse,
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Résumé : EXTRAIT de la Tragédie de Biblis, annoncée dans le dernier Mercure.
La tragédie de Biblis, présentée au théâtre, commence par un prologue où Amphitrite, entourée de nymphes et de dieux marins, célèbre la protection d'Apollon et Diane contre Junon. Neptune rejoint la fête, mais Junon intervient pour exprimer sa colère et sa vengeance. L'action se déroule à Milet. Au premier acte, dans le temple d'Apollon, Caunus, frère de Biblis, parle à Ismene, souveraine de Carie, de son amour et de la maladie de sa sœur. Biblis apparaît et, sans révéler son amour incestueux pour Caunus, lui demande de devenir roi et de renvoyer Ismene. Caunus refuse la couronne mais accepte de renvoyer Ismene. Lors de son couronnement, une voix divine interrompt le serment, révélant que Biblis est maudite. Au deuxième acte, dans un port de mer, Iphis, amoureux de Biblis, refuse de retenir Caunus. Ismene et Caunus décident de partir ensemble. Une fête est interrompue par Iphis, annonçant la disparition de Biblis. Au troisième acte, dans une grotte, Biblis se plaint de son sort et décide de se sacrifier. Iphis lui annonce que Caunus viendra la chercher. Biblis, accablée, s'endort et fait des cauchemars. À son réveil, Caunus arrive, mais Biblis décide de se sacrifier pour apaiser les dieux. Au quatrième acte, lors de la célébration du mariage de Caunus et Ismene, Biblis tente de se sacrifier mais est arrêtée par Caunus. Au cinquième acte, dans le palais de Biblis, Caunus découvre la vérité sur l'amour incestueux de sa sœur. Biblis, épouvantée, se frappe mortellement. La tragédie se termine par la mort de Biblis, et l'exécution est saluée pour sa qualité.
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6606
p. 2683-2685
Isis, Opera remis, [titre d'après la table]
Début :
Le Dimanche 14. de ce mois, l'Academie Royale de Musique remit au Théatre [...]
Mots clefs :
Isis, Théâtre, Académie royale de musique, Tragédie, Lully, Quinault, Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Isis, Opera remis, [titre d'après la table]
e Dimanche 14. de ce mois , l'Academie Royale de Musique remit au Théatre Isis , Tragédie , dont les paroles sont
de Quinault , et la Musique de Lully. C'est
le septième Opera de ces illustres Auteurs.
Ils avoient déja fait ensemble Psiché , les
Fêtes de l'Amour et de Bacchus , Cadmus et
Hermione, Alceste, Thesée, et Atys . Isis n'avoit point été repris depuis 1720. Feu Mile
Fournet y chantoit alors le principal Rôle et le sieur Thévenard celui d'Hierax.
Dans la nouveauté de cet Opera , les deux
Rôles étoient joüez par la Dlle Aubry et
par le sieur Gayes et celui de Junon par
1. Vel.
la
2684 MERCURE DE FRANCE
la Diles. Christophle. Aujourd'hui ces Rôles
sont remplis par la Dlle le Maure , par
le sieur Chassé et par la Dle Antier. On représenta Isis sur le Théatre du Château
de S. Germain en Laye , devant le Roy,
en 1677. il servit de divertissement à la
Cour pendant une partie du Carnaval.
Il parut ensuite sur le Théatre de Paris ,
au mois d'Août de la même année.
L'admirable Trio des Parques. Le fil de
la vie , &c. que M. de Lully estimoit tant.
lui-même , passe pour le plus beau qu'il
ait jamais fait en ce genre.
Isis , selon M. de Freneuse , dans sa
comparaison de la Musique Françoise à la
Musique Italienne , est le plus sçavant
Opera de la composition de M. de Lully,
et qui cependant eut le moins de succès
dans sa nouveauté.
La plainte de Pan , à la sixiéme Scene
du troisiéme Acte : Hélas ! quel bruit
entend-je? &c. est regardée comme un
chef- d'œuvre , par la maniere dont il l'a
rendue après l'avoir copiée d'après nature,
à ce qu'on prétend ; car on croit entendre le même bruit et le même siflement
fait le vent en hyver à la campagne , que dans une grande maison , lorsqu'il s'engouffre dans les portes , dans les coridors ou dans les cheminées ; ce bruit ap- ذر IVol.
proche
DECEMBRE. 1732. 2685
proche fort du sifflement plaintif que font les Roseaux et d'autres Plantes de
cette espece agitées par le vent. C'est une
imitation naïve et parfaite de la Nature.
M. le Brun , dans son Théatre Lyrique,
a raison de dire qu'il faut éviter de mettre sur le Théatre un Dieu favorisé d'une
Mortelle , comme dans cette Piece , parce
qu'on ne s'interesse guere pour un Amant
dont le bonheur égale le pouvoir , કે
moins que l'incertitude de la Divinité ne
fasse subsister l'interêt.
On reproche à l'Auteur sur ce Poëme
que la Furie Erinnis , qu'il a introduite
est trop tranquille , &c. Nous parlerons
plus amplement de cet Opera, en rendant
compte à nos Lecteurs de son exécution ,
de son succès et des observations du Public en general , et des Critiques en particulier.
de Quinault , et la Musique de Lully. C'est
le septième Opera de ces illustres Auteurs.
Ils avoient déja fait ensemble Psiché , les
Fêtes de l'Amour et de Bacchus , Cadmus et
Hermione, Alceste, Thesée, et Atys . Isis n'avoit point été repris depuis 1720. Feu Mile
Fournet y chantoit alors le principal Rôle et le sieur Thévenard celui d'Hierax.
Dans la nouveauté de cet Opera , les deux
Rôles étoient joüez par la Dlle Aubry et
par le sieur Gayes et celui de Junon par
1. Vel.
la
2684 MERCURE DE FRANCE
la Diles. Christophle. Aujourd'hui ces Rôles
sont remplis par la Dlle le Maure , par
le sieur Chassé et par la Dle Antier. On représenta Isis sur le Théatre du Château
de S. Germain en Laye , devant le Roy,
en 1677. il servit de divertissement à la
Cour pendant une partie du Carnaval.
Il parut ensuite sur le Théatre de Paris ,
au mois d'Août de la même année.
L'admirable Trio des Parques. Le fil de
la vie , &c. que M. de Lully estimoit tant.
lui-même , passe pour le plus beau qu'il
ait jamais fait en ce genre.
Isis , selon M. de Freneuse , dans sa
comparaison de la Musique Françoise à la
Musique Italienne , est le plus sçavant
Opera de la composition de M. de Lully,
et qui cependant eut le moins de succès
dans sa nouveauté.
La plainte de Pan , à la sixiéme Scene
du troisiéme Acte : Hélas ! quel bruit
entend-je? &c. est regardée comme un
chef- d'œuvre , par la maniere dont il l'a
rendue après l'avoir copiée d'après nature,
à ce qu'on prétend ; car on croit entendre le même bruit et le même siflement
fait le vent en hyver à la campagne , que dans une grande maison , lorsqu'il s'engouffre dans les portes , dans les coridors ou dans les cheminées ; ce bruit ap- ذر IVol.
proche
DECEMBRE. 1732. 2685
proche fort du sifflement plaintif que font les Roseaux et d'autres Plantes de
cette espece agitées par le vent. C'est une
imitation naïve et parfaite de la Nature.
M. le Brun , dans son Théatre Lyrique,
a raison de dire qu'il faut éviter de mettre sur le Théatre un Dieu favorisé d'une
Mortelle , comme dans cette Piece , parce
qu'on ne s'interesse guere pour un Amant
dont le bonheur égale le pouvoir , કે
moins que l'incertitude de la Divinité ne
fasse subsister l'interêt.
On reproche à l'Auteur sur ce Poëme
que la Furie Erinnis , qu'il a introduite
est trop tranquille , &c. Nous parlerons
plus amplement de cet Opera, en rendant
compte à nos Lecteurs de son exécution ,
de son succès et des observations du Public en general , et des Critiques en particulier.
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Résumé : Isis, Opera remis, [titre d'après la table]
Le 14 du mois, l'Académie Royale de Musique a présenté l'opéra 'Isis' au Théâtre Isis, avec des paroles de Quinault et la musique de Lully. Cet opéra est le septième de leur collaboration, après 'Psiché', 'Les Fêtes de l'Amour et de Bacchus', 'Cadmus et Hermione', 'Alceste', 'Thésée' et 'Atys'. 'Isis' n'avait pas été repris depuis 1720, où Mlle Fournet et le sieur Thévenard interprétaient les rôles principaux. Lors de la nouvelle représentation, les rôles étaient tenus par la Dlle Aubry, le sieur Gayes et la Dlle Christophle. Actuellement, les rôles sont interprétés par la Dlle le Maure, le sieur Chassé et la Dlle Antier. 'Isis' a été joué pour la première fois au Théâtre du Château de Saint-Germain-en-Laye devant le roi en 1677, puis à Paris en août de la même année. L'opéra est célèbre pour son admirable trio des Parques, que Lully considérait comme l'un de ses plus beaux morceaux. Selon M. de Freneuse, 'Isis' est l'opéra le plus savant de Lully, bien qu'il ait eu peu de succès lors de sa première représentation. La plainte de Pan dans la sixième scène du troisième acte est particulièrement remarquée pour son imitation parfaite des bruits naturels. M. le Brun critique l'introduction d'un dieu favorisé par une mortelle, estimant que cela réduit l'intérêt dramatique. On reproche également à l'auteur d'avoir introduit une Furie Erinnis trop tranquille.
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6607
p. 2685
« On apprend de Vienne, qu'on y avoit représenté le 5. Novembre avec un très-grand succès [...] »
Début :
On apprend de Vienne, qu'on y avoit représenté le 5. Novembre avec un très-grand succès [...]
Mots clefs :
Opéra, Adrien, Théâtre du marché au foin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On apprend de Vienne, qu'on y avoit représenté le 5. Novembre avec un très-grand succès [...] »
On apprend de Vienne , qu'on y avoit repré- senté les . Novembre avec un très- grand succès , le nouvel Opera d'Adrien , composé à l'oc casion de l'Anniversaire de laNaissance de l'Empereur , par le sieur Caldara , Sous- Maître de la
Chapelle de Musique de S. M. Imp.
On a représenté à Londres , sur le Théatre du
Marché au Foin , le nouvel Opera de Caton ,
dont le principal Rô'e est chanté par la Signora
Celestine Gismondi , nouvelle Chanteuse Italienne,
qui est fort applaudie.
Chapelle de Musique de S. M. Imp.
On a représenté à Londres , sur le Théatre du
Marché au Foin , le nouvel Opera de Caton ,
dont le principal Rô'e est chanté par la Signora
Celestine Gismondi , nouvelle Chanteuse Italienne,
qui est fort applaudie.
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6608
p. 2686-2688
IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots: Sic te Diva potens Cypri, &c.
Début :
Puisses-tu de l'humide Plaine, [...]
Mots clefs :
Imitation, Ode, Horace, Rivage, Océan, Vaisseau, Ciel, Foudres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots: Sic te Diva potens Cypri, &c.
IMITATION de l'Ode d'Horace
qui commence par ces mots : Sie te
Diva potens Cypri , &c.
Puisses-tu de l'humide Plaine ,
Heureusement fendre les Flots ,
Guidé par les freres d'Helene ,
Et par la Reine de Paphos ;
Vaisseau , daigne Eole exorable ,
T'accorder un vent favorable ,
Enchaîner les vents ennemis ,
Afin qu'à l'attique Rivage ,
Tu portes sans aucun dommage,
Mon Virgile à ta foi commis.
Quiconque fut l'homme intrépide ,
Qui le premier put s'engager ,
A courir l'Ocean perfide ,
Sur un Vaisseau frêle et leger
Sourd aux menaces furibondes ,
Des vents divers qui sur les Ondes ,
Exercent leur droit souverain ;
Oui , quand il tenta cette route ,
Il eut le cœur muni , sans doute ,
Et de chêne et d'un triple airain.
谁
Quel degré de mort épouvante ,
1. Vol. Celui
DECEMBRE. 1732. 2687
Celui qui peut voir sans terreur ,
Les Monstres que la Mer enfante ,
Ses écueils , ses flots en fureur ?
En vain le Maître du Tonnerre ,
Prudent , a séparé la Terre ,
Du profond abîme des eaux ,
Si le Détroit le plus sauvage ,
Est contraint d'ouvrir un passage ,
Anos témeraires Vaisseaux.
N
C'est ainsi qu'à l'humaine audace
Les plus grands forfaits coûtent peu.
De Japet l'insolente Race ,
Dans les Cieux déroba le feu ;
Présent à la Terre funeste !
Mille maux la fievre , la peste ,
Regnerent dès-lors ici bas ;
Bien-tôt leur rigueur excessive ,
Fit que la mort jadis tardive ,
Vers les Humains doubla le pas.
Avec les aîles qu'il sçut faire,
Dédale s'éleva dans l'air.
Pour s'emparer du fier Cerbere ,
Hercule osa forcer l'Enfer.
Rien aux Mortels n'est difficile.
Notre fureur trop indocile ,
1. Vol. H Αν
2688 MERCURE DE FRANCE
Au Ciel même adresse ses coups ;
Sans fin nos attentats horribles ,
Excitent les foudres terribles ,
Que Jupiter lance sur nous.
F. M. F.
qui commence par ces mots : Sie te
Diva potens Cypri , &c.
Puisses-tu de l'humide Plaine ,
Heureusement fendre les Flots ,
Guidé par les freres d'Helene ,
Et par la Reine de Paphos ;
Vaisseau , daigne Eole exorable ,
T'accorder un vent favorable ,
Enchaîner les vents ennemis ,
Afin qu'à l'attique Rivage ,
Tu portes sans aucun dommage,
Mon Virgile à ta foi commis.
Quiconque fut l'homme intrépide ,
Qui le premier put s'engager ,
A courir l'Ocean perfide ,
Sur un Vaisseau frêle et leger
Sourd aux menaces furibondes ,
Des vents divers qui sur les Ondes ,
Exercent leur droit souverain ;
Oui , quand il tenta cette route ,
Il eut le cœur muni , sans doute ,
Et de chêne et d'un triple airain.
谁
Quel degré de mort épouvante ,
1. Vol. Celui
DECEMBRE. 1732. 2687
Celui qui peut voir sans terreur ,
Les Monstres que la Mer enfante ,
Ses écueils , ses flots en fureur ?
En vain le Maître du Tonnerre ,
Prudent , a séparé la Terre ,
Du profond abîme des eaux ,
Si le Détroit le plus sauvage ,
Est contraint d'ouvrir un passage ,
Anos témeraires Vaisseaux.
N
C'est ainsi qu'à l'humaine audace
Les plus grands forfaits coûtent peu.
De Japet l'insolente Race ,
Dans les Cieux déroba le feu ;
Présent à la Terre funeste !
Mille maux la fievre , la peste ,
Regnerent dès-lors ici bas ;
Bien-tôt leur rigueur excessive ,
Fit que la mort jadis tardive ,
Vers les Humains doubla le pas.
Avec les aîles qu'il sçut faire,
Dédale s'éleva dans l'air.
Pour s'emparer du fier Cerbere ,
Hercule osa forcer l'Enfer.
Rien aux Mortels n'est difficile.
Notre fureur trop indocile ,
1. Vol. H Αν
2688 MERCURE DE FRANCE
Au Ciel même adresse ses coups ;
Sans fin nos attentats horribles ,
Excitent les foudres terribles ,
Que Jupiter lance sur nous.
F. M. F.
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Résumé : IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots: Sic te Diva potens Cypri, &c.
Le texte est une imitation de l'Ode d'Horace, débutant par 'Sie te Diva potens Cypri'. Il s'agit d'une prière pour qu'un vaisseau traverse heureusement les flots, guidé par les frères d'Hélène et la Reine de Paphos, avec un vent favorable d'Éole. Le poème admire l'audace de celui qui osa naviguer sur l'océan pour la première fois, malgré les dangers des vents et des monstres marins. Il évoque les terrifiantes créatures marines et les écueils, soulignant que même les détroits les plus sauvages doivent céder aux navires téméraires. Le texte met en avant l'audace humaine, illustrée par des exploits mythologiques comme le vol du feu par la race de Japet, la construction d'ailes par Dédale, et la descente aux enfers par Hercule. Ces actions montrent que rien n'est impossible pour les mortels, mais que leur fureur peut aussi attirer la colère divine.
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6609
p. 2688
DE TURQUIE ET DE PERSE.
Début :
On a appris de Perse que les Troupes du Roi qui ont travaillé aux Fortifications [...]
Mots clefs :
Perse, Turquie, Fortifications, Armée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE TURQUIE ET DE PERSE.
DE TURQUIE ET DE PERSE.
Na appris de Perse que les Troupes du Roi qui ont travaillé aux Fortifications
d'une petite Place sur la Mer Caspienne , à six
lieues de Backi, en étoient parties pour joindre la
grande Armée qui est à présent de 180000. hommes. Elle occupe un Poste avantageux entre
Bagdat et l'Armée des Turcs , de sorte que cette .
Place ne pourra que difficilement être secouruë.
On assûre que les vivres qu'on y avoit fait entrer
en dernier lieu étoient consommez , et que les Persans se flattoient de s'en rendre maîtres avant
la fin de l'année , ne croyant pas que le Seraskier qui commande les Troupes du Grand- Seigneur osat hazarder une Bataille , parce que la plus grande partie de son Armée est composée
de Soldats levez par force.
On a appris depuis que le Serasquier qui commande l'Armée du G. S. avoit reçû des pleins
Pouvoirs pour signer une suspension d'Armes
pour six mois , pour négocier et conclureun nouveau Traité de Paix avec le Roi de Perse.
I, Vol AL
Na appris de Perse que les Troupes du Roi qui ont travaillé aux Fortifications
d'une petite Place sur la Mer Caspienne , à six
lieues de Backi, en étoient parties pour joindre la
grande Armée qui est à présent de 180000. hommes. Elle occupe un Poste avantageux entre
Bagdat et l'Armée des Turcs , de sorte que cette .
Place ne pourra que difficilement être secouruë.
On assûre que les vivres qu'on y avoit fait entrer
en dernier lieu étoient consommez , et que les Persans se flattoient de s'en rendre maîtres avant
la fin de l'année , ne croyant pas que le Seraskier qui commande les Troupes du Grand- Seigneur osat hazarder une Bataille , parce que la plus grande partie de son Armée est composée
de Soldats levez par force.
On a appris depuis que le Serasquier qui commande l'Armée du G. S. avoit reçû des pleins
Pouvoirs pour signer une suspension d'Armes
pour six mois , pour négocier et conclureun nouveau Traité de Paix avec le Roi de Perse.
I, Vol AL
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Résumé : DE TURQUIE ET DE PERSE.
Le texte décrit des événements militaires entre la Turquie et la Perse. Une armée perse de 180 000 hommes occupe une position stratégique entre Bagdad et les forces turques. La place forte turque manque de vivres. Le Seraskier turc a reçu des pleins pouvoirs pour négocier une suspension d'armes de six mois et un nouveau traité de paix avec le roi de Perse.
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6610
p. 2689-2690
ALLEMAGNE.
Début :
On apprend de Vienne que la maladie contagieuse fait beaucoup de progrès dans la [...]
Mots clefs :
Allemagne, Maladie contagieuse, Conseil aulique, Impératrice, Empereur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
N apprend de Vienne , que la maladie con
ragieuse fait beaucoup de progrès dans la
Croatie , malgré les précautions qu'on a prises
pour l'empêcher de s'étendre , et on a été obligé d'interdire toute communication avec cette Province. "
Le Décret du Conseil Aulique , publié dans
le Duché de Mekelbourg , donne l'administration provisionelle de ce Duché au Duc Chrétien
Louis , jusqu'à ce que le Duc Charles Léopold
se soit soumis aux précedens Décrets de ce Conseil. Il accorde 25000. écus par an à ce Prince
Administrateur , sans compter les revenus de son
Appanage , et 40000. écus au Duc Charles Léopold , outre les revenus des Bailliages et Douanes de Domitz et Schwerin.
On vient d'apprendre que les Commissaires
subdeleguez de la Commission Imperiaie ont
fait supprimer les Exemplaires de la protestation
que le Duc Charles Léopold de Meckelbourg
avoit fait publier contre la nouvelle forme de
Régence réglée par le dernier Décret du Conseil Aulique , et qu'ils ont envoyé en même- tems des Lettres circulaires à toute la Noblesse
pour lui communiquer la nouvelle Ordonnance
qu'on doit publier au commencement de l'année
prochaine par rapport à la levée des contributions dans le pays , où on attend incessamment
un Ministre Plénipotentiaire de l'Empereur pour
installer le Duc Chrétien - Louis en qualité d'Administrateur du Duché. On croit que ce sera
le Comte de Seckendorf qui sera chargé de
-cette commission.
I. Vol. Hij L'Im
2690 MERCURE DE FRANCE
L'Imperatrice a été incommodée pendant quel
ques jours d'une fluxion catharale , espece de
rhume , qui est devenu une maladie épidemique
ou à Vienne , à 708. lieues à la ronde , et presque dans toute l'Allemagne.
雾
Il est sorti encore depuis peu 800 Lutheriens
qui vont à Ratisbonne , et un pareil nombre aus- quels la République d'Hollande donne retraite :
600 habitans du Bailliage qu'on croyoit Catholiques se sont déclarez Lutheriens , et demandent
la permission de quitter le pays.
Des Subsides que l'Empereur a demandé à ses
Etats héréditaires pour l'année prochaine , le
Royaume de Boheme en doit fournir trois millions 200. mille Florins , la Moravie un million
66065. flor. le Duché de Silesie deux millions
153333. flor. la Haute Autriche 450000. flor.
la Basse Autriche un million 100oco. flor. la
Stirie , 390000. le Tirol , 120000. la Hongrie ,
2 millions soooo. flor. la Transilvanie, 760000.
le Bannat de Temeswar 330000. l'Esclavonic
100000. la Servic , 127000. la Croatie , 24000.
et les Terres particulieres de l'Empereur en Ita
lie , 200, mille.
N apprend de Vienne , que la maladie con
ragieuse fait beaucoup de progrès dans la
Croatie , malgré les précautions qu'on a prises
pour l'empêcher de s'étendre , et on a été obligé d'interdire toute communication avec cette Province. "
Le Décret du Conseil Aulique , publié dans
le Duché de Mekelbourg , donne l'administration provisionelle de ce Duché au Duc Chrétien
Louis , jusqu'à ce que le Duc Charles Léopold
se soit soumis aux précedens Décrets de ce Conseil. Il accorde 25000. écus par an à ce Prince
Administrateur , sans compter les revenus de son
Appanage , et 40000. écus au Duc Charles Léopold , outre les revenus des Bailliages et Douanes de Domitz et Schwerin.
On vient d'apprendre que les Commissaires
subdeleguez de la Commission Imperiaie ont
fait supprimer les Exemplaires de la protestation
que le Duc Charles Léopold de Meckelbourg
avoit fait publier contre la nouvelle forme de
Régence réglée par le dernier Décret du Conseil Aulique , et qu'ils ont envoyé en même- tems des Lettres circulaires à toute la Noblesse
pour lui communiquer la nouvelle Ordonnance
qu'on doit publier au commencement de l'année
prochaine par rapport à la levée des contributions dans le pays , où on attend incessamment
un Ministre Plénipotentiaire de l'Empereur pour
installer le Duc Chrétien - Louis en qualité d'Administrateur du Duché. On croit que ce sera
le Comte de Seckendorf qui sera chargé de
-cette commission.
I. Vol. Hij L'Im
2690 MERCURE DE FRANCE
L'Imperatrice a été incommodée pendant quel
ques jours d'une fluxion catharale , espece de
rhume , qui est devenu une maladie épidemique
ou à Vienne , à 708. lieues à la ronde , et presque dans toute l'Allemagne.
雾
Il est sorti encore depuis peu 800 Lutheriens
qui vont à Ratisbonne , et un pareil nombre aus- quels la République d'Hollande donne retraite :
600 habitans du Bailliage qu'on croyoit Catholiques se sont déclarez Lutheriens , et demandent
la permission de quitter le pays.
Des Subsides que l'Empereur a demandé à ses
Etats héréditaires pour l'année prochaine , le
Royaume de Boheme en doit fournir trois millions 200. mille Florins , la Moravie un million
66065. flor. le Duché de Silesie deux millions
153333. flor. la Haute Autriche 450000. flor.
la Basse Autriche un million 100oco. flor. la
Stirie , 390000. le Tirol , 120000. la Hongrie ,
2 millions soooo. flor. la Transilvanie, 760000.
le Bannat de Temeswar 330000. l'Esclavonic
100000. la Servic , 127000. la Croatie , 24000.
et les Terres particulieres de l'Empereur en Ita
lie , 200, mille.
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Résumé : ALLEMAGNE.
En Allemagne et dans les territoires sous influence autrichienne, plusieurs événements marquants se sont produits. En Croatie, une épidémie contagieuse progresse malgré les mesures prises, conduisant à l'interdiction des communications avec cette province. Dans le Duché de Meckelbourg, un décret du Conseil Aulique confie l'administration provisoire au Duc Chrétien Louis jusqu'à la soumission du Duc Charles Léopold. Le Duc Chrétien Louis recevra 25 000 écus par an, tandis que le Duc Charles Léopold percevra 40 000 écus supplémentaires. Les commissaires subdélégués de la Commission Impériale ont supprimé les exemplaires de la protestation du Duc Charles Léopold contre la nouvelle forme de régence et ont envoyé des lettres circulaires à la noblesse concernant la levée des contributions. Un ministre plénipotentiaire de l'Empereur, probablement le Comte de Seckendorf, est attendu pour installer le Duc Chrétien Louis. L'Impératrice a été indisposée par une fluxion catharale, une maladie épidémique à Vienne et dans une grande partie de l'Allemagne. Par ailleurs, 800 Lutheriens se sont réfugiés à Ratisbonne et en Hollande, et 600 habitants du Bailliage, initialement considérés comme catholiques, se sont déclarés Lutheriens et demandent la permission de quitter le pays. L'Empereur a demandé des subsides à ses États héréditaires pour l'année prochaine, avec des contributions variées selon les régions, allant de 20 000 à trois millions de florins.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6611
p. 2690-2692
ITALIE.
Début :
L'Abbé Federa a été nommé par le Pape pour aller fonder dans la Calabre un College en [...]
Mots clefs :
Italie, Infant, Don Carlos, Turin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
'Abbé Federa a été nommé par le Pape pout L'aller fonder dans la Calabre un College en
faveur des jeunes Grecs Catholiques : on y reeevra aussi les jeunes Ecclésiastiques Schismatiques qui voudront s'y faire instruire.
Le Prince Caraccioli , Napolitain , ancien Of
ficier General dans les Troupes du Roi d'Espa-.
gne , et qui est âgé de 114. ans , est venu à
Rome passer quelques jours chez le Cardinal
2
I. Vol, Cien
DE CEMBRE. 1732. 2691
Cienfuegos , dont il a pris congé pour retourner chez les Hermites de Spolette , où il s'est retiré.
L'Infant D. Carlos est revenu de Plaisance à
Parme , et l'on assûre qu'il retournera à Florence au Printems prochain.
On mande de cette derniere Ville que le
Comte Caimo , Envoyé extraordinaire de l'Empereur , avoit reçu de Vienne un Décret de S.
M. I. que ce Ministre avoit fait remettre au Senat de Florence par une personne inconnuë
mais que les Senateurs n'avoient pas voulu ouvrir le paquet , et qu'ils l'avoient envoyé cacheté
aux Secretaires d'Etat du Grand Duc. On a appris depuis que ce paquet avoit été ouvert par les
Ministres du Grand Duc, qui ont eu en cette occasion quelques conferences avec le Ministre de S. M. I.
On mande de Pontemole , petite Ville du Duché de Toscane , sur les Confins du Duché de
Parme er de l'Etat de Genes , que le débordement des Rivieres y avoit causé de très- grands
dommages ; qu'elles en avoient emporté le Pont et les maisons voisines démoli l'Eglise de
S. Sebastien , l'Hôpital de S. Antoine et une
partie du Couvent qui est hors de cette Ville , et
fait périr plus de soo personnes.
>
>
A la recommandation du Roi d'Espagne , la
République de Genes a rendu la liberté à M. Camille Doria , qui avoit été envoyé dans la
Forteresse de Savone , pour donner satisfaction
à S. M. C. d'une insulte faite au Consul Espa,
gnol de la Bastia.
On mande de Turin , qu'on croyoit que la
Comtesse de Spigno , veuve du feu Roi Victor- Amedée se retireroit volontairement dans un
Couvent en Piedmont.
I. Vol
'Abbé Federa a été nommé par le Pape pout L'aller fonder dans la Calabre un College en
faveur des jeunes Grecs Catholiques : on y reeevra aussi les jeunes Ecclésiastiques Schismatiques qui voudront s'y faire instruire.
Le Prince Caraccioli , Napolitain , ancien Of
ficier General dans les Troupes du Roi d'Espa-.
gne , et qui est âgé de 114. ans , est venu à
Rome passer quelques jours chez le Cardinal
2
I. Vol, Cien
DE CEMBRE. 1732. 2691
Cienfuegos , dont il a pris congé pour retourner chez les Hermites de Spolette , où il s'est retiré.
L'Infant D. Carlos est revenu de Plaisance à
Parme , et l'on assûre qu'il retournera à Florence au Printems prochain.
On mande de cette derniere Ville que le
Comte Caimo , Envoyé extraordinaire de l'Empereur , avoit reçu de Vienne un Décret de S.
M. I. que ce Ministre avoit fait remettre au Senat de Florence par une personne inconnuë
mais que les Senateurs n'avoient pas voulu ouvrir le paquet , et qu'ils l'avoient envoyé cacheté
aux Secretaires d'Etat du Grand Duc. On a appris depuis que ce paquet avoit été ouvert par les
Ministres du Grand Duc, qui ont eu en cette occasion quelques conferences avec le Ministre de S. M. I.
On mande de Pontemole , petite Ville du Duché de Toscane , sur les Confins du Duché de
Parme er de l'Etat de Genes , que le débordement des Rivieres y avoit causé de très- grands
dommages ; qu'elles en avoient emporté le Pont et les maisons voisines démoli l'Eglise de
S. Sebastien , l'Hôpital de S. Antoine et une
partie du Couvent qui est hors de cette Ville , et
fait périr plus de soo personnes.
>
>
A la recommandation du Roi d'Espagne , la
République de Genes a rendu la liberté à M. Camille Doria , qui avoit été envoyé dans la
Forteresse de Savone , pour donner satisfaction
à S. M. C. d'une insulte faite au Consul Espa,
gnol de la Bastia.
On mande de Turin , qu'on croyoit que la
Comtesse de Spigno , veuve du feu Roi Victor- Amedée se retireroit volontairement dans un
Couvent en Piedmont.
I. Vol
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Résumé : ITALIE.
En Italie, l'abbé Federa a été désigné par le Pape pour créer un collège en Calabre destiné aux jeunes Grecs catholiques et aux jeunes ecclésiastiques schismatiques. Le prince Caraccioli, ancien officier général des troupes du roi d'Espagne, âgé de 114 ans, a séjourné à Rome avant de retourner chez les ermites de Spolette. L'infant Don Carlos est revenu de Plaisance à Parme et devrait retourner à Florence au printemps. À Florence, le comte Caimo, envoyé extraordinaire de l'empereur, a reçu un décret impérial que le Sénat a refusé d'ouvrir et a transmis aux secrétaires d'État du Grand Duc. Ce paquet a été ouvert par les ministres du Grand Duc, entraînant des conférences avec le ministre impérial. En Toscane, des inondations à Pontemole ont causé des dommages considérables, détruisant un pont, des maisons, une église, un hôpital et une partie d'un couvent, et faisant plus de 500 victimes. À la demande du roi d'Espagne, la République de Gênes a libéré Camille Doria, emprisonné à Savone pour une insulte au consul espagnol de Bastia. À Turin, il est rapporté que la comtesse de Spigno, veuve du roi Victor-Amédée, pourrait se retirer dans un couvent en Piémont.
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6612
p. 2692-2696
ESPAGNE.
Début :
Le 7. Novembre, on fit partir de Barcelone un Convoy de 25 Bâtimens de transport, [...]
Mots clefs :
Espagne, Convoi, Lettres, Oran, Ceuta, Marquis de Santa Cruz
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texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
E7. Novembre , on fit partir de Barcelone
un Convoy de 25 Bâtimens de transport ,
escortés par le Vaisseau de Guerre le S. François , sur lesquels on avoit embarqué quatre Bataillons et 800. Grenadiers des Régimens des
Gardes Espagnols et Walones.
Le 10. ce Convoy passa à la hauteur d'Alicante , où il fut joint par les Vaisseaux de Guer- re de Malte , dont on a déja parlé , et par quatre
Vaisseaux de Guerre du Roi , qui n'ayant
pú doubler le Cap Palos , à cause des vents contraires , étoient entrés dans le Port d'Alicante.
Ces quatre Vaisseaux ont à bord un Bataillon du
Régiment d'Arragon , et 9. Compagnies du Régiment d'Ultonia , Infanterie ; on a appris depuis que ce Convoy est arrivé à Oran , dont la
Garnison , au moyen de ce renfort , est compo
sée présentement de 20 Bataillons et de 2 Compagnies de Grenadiers , dont celles des Régimens
des Gardes Espagnoles et Walonnes sont de cent hommes chacune.
Des Lettres écrites depuis portent que le
Gouverneur du Château de Sainte Croix s'étant
apperçu que les Maures travailloient dans un
Valon au pied de ce Château , avoit fait la nuit du 11 au 12 de Novembre une sortie de deux
Compagnies de Grenadiers et de quelques Tra
vailleurs qui les attaquerent et en tuerent un
grand nombre ; qu'on avoit reconnu alors
qu'ils avoient ouvert deux Mines au pied de ce
Fort , mais qu'il leur étoit impossible d'en tirer
aucun avantage , parce qu'il y avoit de ce côté-là
un Rocher d'une dureté impénétrable ; que les
1.Vol.
Maures
DECEMBRE. 1732. 2693
Maures qui avoient pris d'abord la fuite , étoient
revenus en plus grand nombre , et qu'ils avoient
attaqué les Grenadiers dans leur Retraite ; mais
que le feu du Fort les avoit obligez de se retirer
après avoir perdu plus de 400 hommes ; que les
Espagnols n'avoient eu que cinq Soldats de tuez dans cette sortie.
Ces Lettres ajoûtent que quelques déserteurs
Maures avoient rapporté que le nommé Lazarin ,
homme riche et puissant dans le pays , dont les
Terres étoient situées aux environs de Mostagan , à 14 lieues d'Oran , s'étoit retiré avec tous
ses effets et bestiaux , pour ne pas être exposé
aux cruautez de Bigotillo , l'un des Generaux
des Maures , et qu'en faveur des Chrétiens , il
avoit levé des Soldats Maures avec lesquels il
avoit enlevé une partie des Troupeaux de Bigotillo , et les avoit emmené dans des Terres éloignées , où il s'étoit retranché pour se deffendre
et conserver sa prise.
D'autres nouvelles reçues d'Oran portent , que
le 21 Novembre au matin , le Gouverneur de
Cette Ville avoit fait une sortie de 10000. hom
mes , qu'il avoit attaqué en même tems les
Turcs et les Maures dans leurs Tranchées ; qu'il
les avoit obligez de prendre la fuite après quelque résistance ; qu'il les avoit poursuivis plus
d'une fieue , et que la Garnison étoit rentrée dans la Place.
On a appris par des Lettres anterieures , qu'u
ne Compagnie de Grenadiers du Régiment de Cantabria , qui étoit dans un poste avancé , l'avoit abandonné sans qu'on sçut ce qui l'y avoit
obligé ; que quelques jours après , cette Compa
gnie se trouvant dans le même poste les ennemis étoient venus l'insulter , que le Lieutenant I. Vol. Hiiij s'é-
2894 MERCURE DE FRANCE
s'étoit avancé à la tête de 20 Grenadiers , la
bayonnette au bout du fusil , malgré les ordres
du Capitaine , qui le trai.oit de téméraire ; que
ce Lieutenant lui ayant répondu qu'il vouloit
faire voir que ce n'avoit point été par faute de
courage qu'on avoit fait la retraite des jours précédens , le Capitaine avoit marché avec toute
la Compagnie que Don François d'Araona Commandant du Château de Sainte Croix , et
du second Bataillon du même Régiment , avoit
joint cette Compagnie , qu'ils avoient attaqué
les Maures avec tant de valeur , qu'après leur
avoir tué plus de 200. hommes , ils les avoient Contraints de rentrer dans leurs tranchées.
Les dernieres Lettres reçûës portent , que dans
la sortie que le Marquis de Santa Cruz fit faire
le 21 de Novembre , il avoit fait attaquertous les
Postes occupez par les Turcs et les Maures , et
que s'étant apperçu qu'un Détachement des
Troupes Espagnoles avoit été coupé par un
Corps de Cavalerie Maure , et qu'il étoit en
danger d'être taillé en piéces , il étoit sorti de la Place à la tête d'un autre détachement pour le
secourir , qu'il avoit obligé ce Corps de Cavalerie à prendre la fuite ; qu'en même- tems les autres Troupes Espagnoles avoient chassé les
Maures de tous leurs quartiers ; que le Marquis
de Santa-Crux , Capitaine General´et Gouverneur d'Oran , le Marquis de Valdecanas , Brigadier des Armées du Roi , et le Colonel Don Joseph Pinel , ayant eu le malheur d'être tuez dans
ces differentes attaques , et que d'ailleurs ces
Troupes étant extrêmement fatiguées , elles
étoient rentrées dans la Place vers les cinq heures après midi : que le 23 , l'Officier qui commandoit dans Oran ,à la place du Marquis de
I. Vol Santa
DECEMBRE. 1722. 2695
1
Santa- Cruz , avoit fait une seconde sortie genezale , et qu'ayant attaqué en même- tems tous
les quartiers des Maures , il les en avoit chassés;
qu'on comptoit qu'ils avoient perdu plus de
Ioooo. hommes dans ces deux actions ; que les
Maures ayant passé les Montagues , n'avoient
pas reparu depuis le23.et que les détachemens de
Cavalerie qu'on avoit envoyés à la découverte
n'en avoient pû apprendre aucunes nouvelles.
Ces derniers avis ajoûtent , que du côté des
Espagnols il y avoit environ 600. hommes de
tuez , et près de 1500 blessez ; que les Troupes
Espagnoles qui sont encore à Oran montoient à
13000. hommes , et qu'une partie étoit actuellément campée hors de la Place dans le Camp
que les Turcs et les Maures occupoient , qu'elles
en avoient brûlé les barraques et détruit les
Fortins qu'ils avoient construits et élevez autour de ce Camp , et que quelques recherches
qu'on eut faites , on n'avoit encore pû trouver
le corps du Marquis de Santa- Cruz.
On mande de Seville , que le Marquis de
Villadarias , Lieutenant General des Armées du
Roi , que S. M. vient de nommer pour commander en Chef à Oran , à la place du Marquis de Santa- Cruz , doit s'y rendre incessam
ment.
On écrit de Ceuta que le 14 du mois dernier il étoit venu du côté de Tetuan un Corps de Troupes de 4000. hommes d'Infanterie , et de
4000. de Cavalerie , que le même jour le Gouverneur de Ceuta avoit fait une sortie qui avoit
mis toutes ces nouvelles Troupes en fuite ; les
mêmes Lettres portent que les Noirs de Miquenez s'étoient soulevez , et qu'ils avoient proclamé Roi un frere du Roi régnant , lequel s'étoi mis à leur tête,
I. Vole Hv D'au
2696 MERCURE DE FRANCE
D'autres Lettres portent que l'Armée du Roi
de Maroc se tenoit encore à plus d'une lieuë de
Ceuta sans oser rien entreprendre ; que le Gou- verneur voulant connoître sûrement l'état de cette Armée , avoit fait embarquer le 15 de Novembre so hommes qui avoient mis pied à terre
le 20 dans une plage où ils s'étoient cachez
derriere un Rocher ; que le 21 au matin huit
Maures armez s'étant approchez de ce Rocher
les Espagnols en avoient tué trois et fait deux
autres prisonniers que le bruit de la Mousquete- rie avoit attiré les Maures de ce côté là , mais
que les Espagnols avoient eu le tems de se rembarquer avec leurs prisonniers , desquels on avoit
appris qu'il n'y avoit dans le Camp des Maures
que 4000. hommes d'Infanterie et 1500. de
Cavalerie.
E7. Novembre , on fit partir de Barcelone
un Convoy de 25 Bâtimens de transport ,
escortés par le Vaisseau de Guerre le S. François , sur lesquels on avoit embarqué quatre Bataillons et 800. Grenadiers des Régimens des
Gardes Espagnols et Walones.
Le 10. ce Convoy passa à la hauteur d'Alicante , où il fut joint par les Vaisseaux de Guer- re de Malte , dont on a déja parlé , et par quatre
Vaisseaux de Guerre du Roi , qui n'ayant
pú doubler le Cap Palos , à cause des vents contraires , étoient entrés dans le Port d'Alicante.
Ces quatre Vaisseaux ont à bord un Bataillon du
Régiment d'Arragon , et 9. Compagnies du Régiment d'Ultonia , Infanterie ; on a appris depuis que ce Convoy est arrivé à Oran , dont la
Garnison , au moyen de ce renfort , est compo
sée présentement de 20 Bataillons et de 2 Compagnies de Grenadiers , dont celles des Régimens
des Gardes Espagnoles et Walonnes sont de cent hommes chacune.
Des Lettres écrites depuis portent que le
Gouverneur du Château de Sainte Croix s'étant
apperçu que les Maures travailloient dans un
Valon au pied de ce Château , avoit fait la nuit du 11 au 12 de Novembre une sortie de deux
Compagnies de Grenadiers et de quelques Tra
vailleurs qui les attaquerent et en tuerent un
grand nombre ; qu'on avoit reconnu alors
qu'ils avoient ouvert deux Mines au pied de ce
Fort , mais qu'il leur étoit impossible d'en tirer
aucun avantage , parce qu'il y avoit de ce côté-là
un Rocher d'une dureté impénétrable ; que les
1.Vol.
Maures
DECEMBRE. 1732. 2693
Maures qui avoient pris d'abord la fuite , étoient
revenus en plus grand nombre , et qu'ils avoient
attaqué les Grenadiers dans leur Retraite ; mais
que le feu du Fort les avoit obligez de se retirer
après avoir perdu plus de 400 hommes ; que les
Espagnols n'avoient eu que cinq Soldats de tuez dans cette sortie.
Ces Lettres ajoûtent que quelques déserteurs
Maures avoient rapporté que le nommé Lazarin ,
homme riche et puissant dans le pays , dont les
Terres étoient situées aux environs de Mostagan , à 14 lieues d'Oran , s'étoit retiré avec tous
ses effets et bestiaux , pour ne pas être exposé
aux cruautez de Bigotillo , l'un des Generaux
des Maures , et qu'en faveur des Chrétiens , il
avoit levé des Soldats Maures avec lesquels il
avoit enlevé une partie des Troupeaux de Bigotillo , et les avoit emmené dans des Terres éloignées , où il s'étoit retranché pour se deffendre
et conserver sa prise.
D'autres nouvelles reçues d'Oran portent , que
le 21 Novembre au matin , le Gouverneur de
Cette Ville avoit fait une sortie de 10000. hom
mes , qu'il avoit attaqué en même tems les
Turcs et les Maures dans leurs Tranchées ; qu'il
les avoit obligez de prendre la fuite après quelque résistance ; qu'il les avoit poursuivis plus
d'une fieue , et que la Garnison étoit rentrée dans la Place.
On a appris par des Lettres anterieures , qu'u
ne Compagnie de Grenadiers du Régiment de Cantabria , qui étoit dans un poste avancé , l'avoit abandonné sans qu'on sçut ce qui l'y avoit
obligé ; que quelques jours après , cette Compa
gnie se trouvant dans le même poste les ennemis étoient venus l'insulter , que le Lieutenant I. Vol. Hiiij s'é-
2894 MERCURE DE FRANCE
s'étoit avancé à la tête de 20 Grenadiers , la
bayonnette au bout du fusil , malgré les ordres
du Capitaine , qui le trai.oit de téméraire ; que
ce Lieutenant lui ayant répondu qu'il vouloit
faire voir que ce n'avoit point été par faute de
courage qu'on avoit fait la retraite des jours précédens , le Capitaine avoit marché avec toute
la Compagnie que Don François d'Araona Commandant du Château de Sainte Croix , et
du second Bataillon du même Régiment , avoit
joint cette Compagnie , qu'ils avoient attaqué
les Maures avec tant de valeur , qu'après leur
avoir tué plus de 200. hommes , ils les avoient Contraints de rentrer dans leurs tranchées.
Les dernieres Lettres reçûës portent , que dans
la sortie que le Marquis de Santa Cruz fit faire
le 21 de Novembre , il avoit fait attaquertous les
Postes occupez par les Turcs et les Maures , et
que s'étant apperçu qu'un Détachement des
Troupes Espagnoles avoit été coupé par un
Corps de Cavalerie Maure , et qu'il étoit en
danger d'être taillé en piéces , il étoit sorti de la Place à la tête d'un autre détachement pour le
secourir , qu'il avoit obligé ce Corps de Cavalerie à prendre la fuite ; qu'en même- tems les autres Troupes Espagnoles avoient chassé les
Maures de tous leurs quartiers ; que le Marquis
de Santa-Crux , Capitaine General´et Gouverneur d'Oran , le Marquis de Valdecanas , Brigadier des Armées du Roi , et le Colonel Don Joseph Pinel , ayant eu le malheur d'être tuez dans
ces differentes attaques , et que d'ailleurs ces
Troupes étant extrêmement fatiguées , elles
étoient rentrées dans la Place vers les cinq heures après midi : que le 23 , l'Officier qui commandoit dans Oran ,à la place du Marquis de
I. Vol Santa
DECEMBRE. 1722. 2695
1
Santa- Cruz , avoit fait une seconde sortie genezale , et qu'ayant attaqué en même- tems tous
les quartiers des Maures , il les en avoit chassés;
qu'on comptoit qu'ils avoient perdu plus de
Ioooo. hommes dans ces deux actions ; que les
Maures ayant passé les Montagues , n'avoient
pas reparu depuis le23.et que les détachemens de
Cavalerie qu'on avoit envoyés à la découverte
n'en avoient pû apprendre aucunes nouvelles.
Ces derniers avis ajoûtent , que du côté des
Espagnols il y avoit environ 600. hommes de
tuez , et près de 1500 blessez ; que les Troupes
Espagnoles qui sont encore à Oran montoient à
13000. hommes , et qu'une partie étoit actuellément campée hors de la Place dans le Camp
que les Turcs et les Maures occupoient , qu'elles
en avoient brûlé les barraques et détruit les
Fortins qu'ils avoient construits et élevez autour de ce Camp , et que quelques recherches
qu'on eut faites , on n'avoit encore pû trouver
le corps du Marquis de Santa- Cruz.
On mande de Seville , que le Marquis de
Villadarias , Lieutenant General des Armées du
Roi , que S. M. vient de nommer pour commander en Chef à Oran , à la place du Marquis de Santa- Cruz , doit s'y rendre incessam
ment.
On écrit de Ceuta que le 14 du mois dernier il étoit venu du côté de Tetuan un Corps de Troupes de 4000. hommes d'Infanterie , et de
4000. de Cavalerie , que le même jour le Gouverneur de Ceuta avoit fait une sortie qui avoit
mis toutes ces nouvelles Troupes en fuite ; les
mêmes Lettres portent que les Noirs de Miquenez s'étoient soulevez , et qu'ils avoient proclamé Roi un frere du Roi régnant , lequel s'étoi mis à leur tête,
I. Vole Hv D'au
2696 MERCURE DE FRANCE
D'autres Lettres portent que l'Armée du Roi
de Maroc se tenoit encore à plus d'une lieuë de
Ceuta sans oser rien entreprendre ; que le Gou- verneur voulant connoître sûrement l'état de cette Armée , avoit fait embarquer le 15 de Novembre so hommes qui avoient mis pied à terre
le 20 dans une plage où ils s'étoient cachez
derriere un Rocher ; que le 21 au matin huit
Maures armez s'étant approchez de ce Rocher
les Espagnols en avoient tué trois et fait deux
autres prisonniers que le bruit de la Mousquete- rie avoit attiré les Maures de ce côté là , mais
que les Espagnols avoient eu le tems de se rembarquer avec leurs prisonniers , desquels on avoit
appris qu'il n'y avoit dans le Camp des Maures
que 4000. hommes d'Infanterie et 1500. de
Cavalerie.
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Résumé : ESPAGNE.
En novembre 1732, un convoi de 25 bâtiments de transport, escorté par le vaisseau de guerre le Saint-François, quitta Barcelone avec quatre bataillons et 800 grenadiers des régiments des Gardes Espagnols et Wallons. Le 10 novembre, près d'Alicante, le convoi fut rejoint par des vaisseaux de Malte et quatre vaisseaux royaux transportant un bataillon du régiment d'Aragon et neuf compagnies du régiment d'Ultonia. Le convoi arriva à Oran, renforçant la garnison qui compta alors 20 bataillons et 2 compagnies de grenadiers. Le 11 novembre, le gouverneur du château de Sainte-Croix attaqua des Maures dans un vallon. Les Maures, bien que repoussés, avaient tenté de miner le fort sans succès. Lors de leur retraite, les grenadiers espagnols subirent des pertes, avec cinq soldats tués. Des déserteurs maures rapportèrent que Lazarin, un homme influent, s'était retiré pour échapper aux cruautés de Bigotillo, un général maure, et levait des soldats pour attaquer les troupeaux de ce dernier. Le 21 novembre, le gouverneur d'Oran mena une sortie avec 10 000 hommes contre les Turcs et les Maures dans leurs tranchées. Après une résistance, les ennemis furent repoussés et poursuivis sur plus d'une lieue. Lors de cette sortie, le marquis de Santa Cruz, capitaine général et gouverneur d'Oran, ainsi que le marquis de Valdecanas et le colonel Don Joseph Pinel furent tués. Les troupes espagnoles, fatiguées, rentrèrent dans la place. Le 23 novembre, une seconde sortie chassa les Maures de leurs quartiers, qui se retirèrent dans les montagnes après avoir perdu plus de 1 000 hommes. Du côté espagnol, environ 600 hommes furent tués et près de 1 500 blessés. Les troupes espagnoles à Oran totalisaient 13 000 hommes, une partie campant hors de la place. Le marquis de Villadarias fut nommé pour remplacer le marquis de Santa Cruz. À Ceuta, une sortie contre 4 000 hommes d'infanterie et 4 000 de cavalerie maures mit ces troupes en fuite. Les Noirs de Miknez se soulevèrent et proclamèrent un frère du roi régnant comme leur roi. L'armée du roi de Maroc, bien que présente, n'osa pas entreprendre d'action. Des espions espagnols confirmèrent la présence de 4 000 hommes d'infanterie et 1 500 de cavalerie dans le camp maure.
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6613
p. 2696
HOLLANDE, PAÏS-BAS.
Début :
On fait des prieres publiques dans les principales Villes de la Hollande, à l'occasion [...]
Mots clefs :
Hollande, Pays-Bas, Vaisseaux, Digues
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texteReconnaissance textuelle : HOLLANDE, PAÏS-BAS.
HOLLANDE , PAÏS-BAS.
dans
2
Na fait des prieres publiques dans les prin
cipales Villes de la Hollande , à l'occasion
de la nouvelle espece de Vers qui y ont été apportez par des Vaisseaux revenus des Indes. Ces
Insectes s'étant prodigieusement multipliez , ont
attaqué les Digues du côté de la Zelande , de la
Frise et de la Nort- Hollande. Ils en rongent les
Pilotis , et les perçant d'une infinité de trous ils les rendent inutiles , de sorte que
ces se verroient en danger d'être submergées sans
les réparations qu'on est obligé de faire tous les
jours à ces Digues. On n'a trouvé jusqu'à présent aucun moyen de détruire ces Insectes , qui
vivent également dans la Mer et hors de l'eau.
dans
2
Na fait des prieres publiques dans les prin
cipales Villes de la Hollande , à l'occasion
de la nouvelle espece de Vers qui y ont été apportez par des Vaisseaux revenus des Indes. Ces
Insectes s'étant prodigieusement multipliez , ont
attaqué les Digues du côté de la Zelande , de la
Frise et de la Nort- Hollande. Ils en rongent les
Pilotis , et les perçant d'une infinité de trous ils les rendent inutiles , de sorte que
ces se verroient en danger d'être submergées sans
les réparations qu'on est obligé de faire tous les
jours à ces Digues. On n'a trouvé jusqu'à présent aucun moyen de détruire ces Insectes , qui
vivent également dans la Mer et hors de l'eau.
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Résumé : HOLLANDE, PAÏS-BAS.
Une nouvelle espèce de vers, introduite par des vaisseaux des Indes, menace les Pays-Bas en attaquant les digues en Zélande, Frise et Hollande-Septentrionale. Ces insectes, capables de vivre dans et hors de l'eau, dégradent les pilotis, risquant la submersion des régions. Les autorités réparent quotidiennement les digues et organisent des prières publiques pour remédier à cette situation.
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6614
p. 2699-2701
« Le 30 Novembre, premier Dimanche de l'Avent, le Roi, revêtu du grand [...] »
Début :
Le 30 Novembre, premier Dimanche de l'Avent, le Roi, revêtu du grand [...]
Mots clefs :
Collier de l'Ordre du Saint Esprit, Mort du roi Victor Amedée, Haras, Charge
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texteReconnaissance textuelle : « Le 30 Novembre, premier Dimanche de l'Avent, le Roi, revêtu du grand [...] »
Leivove,le Rol revétu du grand
E 30 Novembre , premier Dimanche
Collier de l'Ordre du S. Esprit , se rendit
dans la Chapelle du Château de Versailles , où S. M. entendit la Messe , et
communia par les mains de l'Abbé de
Brissac Aumônier du Roi en quartier :
ensuite S. M. toucha un grand nombre
de malades L'après midi , L. M. entendirent le Sermon du P. Julien , Religieux
Recolet , et ensuite les Vêpres chantées
par la Musique.
Le premier de ce mois , les Princes et
Princesses du Sang , et les Seigneurs et
Dames de la Cour , en habits de grand
deüil , rendirent en céremonie leurs res
I.Vel реска
2700 MERCURE DE FRANCE
pects au Roi , à la Reine , et à Monseigneur le Dauphin , à l'occasion de la mort
du Roi Victor Amedée.
Y
Le 2. le Nonce du Pape , les Ambassa
deurs et les Envoyés , tous en grand
Manteau de deuil , furent introduits par
le Chevalier de Sainctot , Introducteur
des Ambassadeurs , dans le Cabinet du
Roi , où ils eurent Audience de S. M. Ils
furent conduits ensuite par le même Introducteur , à l'Audience de la Reine et
à celles de Monseigneur le Dauphin , de
Monseigneur le Duc d'Anjou , et de Mes- dames de France..
>
>
Le Roi a donné au Cardinal de Fleu
ry , Grand - Aumônier de la Reine , la
Charge de Premier Aumônier du Roi
vacante par la mort du Duc de. Coislin
Evêque de Metz.
S. M. anommé pour son Ambassadeur
auprès de la République de Venise , le
Comte de Froulay , Brigadier des Armées du Roi.
1.
Le 25
Novembre
1732.
les
Chanoines
Réguliers
de l'Ordre
de S. Antoine
ont
tenu
leur
Chapitre
General
en Dauphiné
,
4.Vol OLLE
DECEMBRE. 1732. 2700
où ils ont élû le P. Gaspariny pour leur
Abbé General.
Le Roi a accordé à l'Archevêque de
Vienne la Charge de Premier-Aumônier
de S. M. vacante par la démission volon
taire du Cardinal de Fleury , Grand- Aumônier de la Reine. Il prêta Serment entre les mains du Roi pour cette Charge
le 28 de ce mois.
La direction des Haras du Royaume a
été réünie au département de M. le Comte de Maurepas , Ministre et Secretaire:
d'Etat , comme elle l'étoit sous le Régne
du feu Roi , au même département
E 30 Novembre , premier Dimanche
Collier de l'Ordre du S. Esprit , se rendit
dans la Chapelle du Château de Versailles , où S. M. entendit la Messe , et
communia par les mains de l'Abbé de
Brissac Aumônier du Roi en quartier :
ensuite S. M. toucha un grand nombre
de malades L'après midi , L. M. entendirent le Sermon du P. Julien , Religieux
Recolet , et ensuite les Vêpres chantées
par la Musique.
Le premier de ce mois , les Princes et
Princesses du Sang , et les Seigneurs et
Dames de la Cour , en habits de grand
deüil , rendirent en céremonie leurs res
I.Vel реска
2700 MERCURE DE FRANCE
pects au Roi , à la Reine , et à Monseigneur le Dauphin , à l'occasion de la mort
du Roi Victor Amedée.
Y
Le 2. le Nonce du Pape , les Ambassa
deurs et les Envoyés , tous en grand
Manteau de deuil , furent introduits par
le Chevalier de Sainctot , Introducteur
des Ambassadeurs , dans le Cabinet du
Roi , où ils eurent Audience de S. M. Ils
furent conduits ensuite par le même Introducteur , à l'Audience de la Reine et
à celles de Monseigneur le Dauphin , de
Monseigneur le Duc d'Anjou , et de Mes- dames de France..
>
>
Le Roi a donné au Cardinal de Fleu
ry , Grand - Aumônier de la Reine , la
Charge de Premier Aumônier du Roi
vacante par la mort du Duc de. Coislin
Evêque de Metz.
S. M. anommé pour son Ambassadeur
auprès de la République de Venise , le
Comte de Froulay , Brigadier des Armées du Roi.
1.
Le 25
Novembre
1732.
les
Chanoines
Réguliers
de l'Ordre
de S. Antoine
ont
tenu
leur
Chapitre
General
en Dauphiné
,
4.Vol OLLE
DECEMBRE. 1732. 2700
où ils ont élû le P. Gaspariny pour leur
Abbé General.
Le Roi a accordé à l'Archevêque de
Vienne la Charge de Premier-Aumônier
de S. M. vacante par la démission volon
taire du Cardinal de Fleury , Grand- Aumônier de la Reine. Il prêta Serment entre les mains du Roi pour cette Charge
le 28 de ce mois.
La direction des Haras du Royaume a
été réünie au département de M. le Comte de Maurepas , Ministre et Secretaire:
d'Etat , comme elle l'étoit sous le Régne
du feu Roi , au même département
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Résumé : « Le 30 Novembre, premier Dimanche de l'Avent, le Roi, revêtu du grand [...] »
Du 30 novembre au 4 décembre, plusieurs événements marquants eurent lieu à la cour. Le 30 novembre, le Roi, en grand collier de l'Ordre du Saint-Esprit, assista à la messe, communia, et toucha des malades. L'après-midi, il écouta un sermon et les vêpres. Le 1er décembre, les Princes et Princesses du Sang rendirent hommage au Roi, à la Reine et au Dauphin pour la mort du Roi Victor Amédée. Le 2 décembre, le Nonce du Pape et divers Ambassadeurs furent reçus en grand manteau de deuil. Le Roi nomma le Cardinal de Fleury Premier Aumônier, poste vacant après le décès du Duc de Coislin, et désigna le Comte de Froulay comme Ambassadeur auprès de Venise. Le 25 novembre, les Chanoines Réguliers de Saint-Antoine élurent le Père Gaspariny comme Abbé Général. Le 4 décembre, le Roi accorda la charge de Premier-Aumônier à l'Archevêque de Vienne, vacante après la démission du Cardinal de Fleury. La direction des Haras du Royaume fut confiée à M. le Comte de Maurepas.
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6615
p. 2701-2703
Service solemnel pour les Musiciens de Paris, [titre d'après la table]
Début :
Les Musiciens de Paris célebreront le Mercredi 10 de ce mois, dans l'Eglise de [...]
Mots clefs :
Musiciens de Paris, Service annuel, Confrères défunts, Musique
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texteReconnaissance textuelle : Service solemnel pour les Musiciens de Paris, [titre d'après la table]
Les Musiciens de Paris célebrerent le
Mercredi 10 de ce mois , dans l'Eglise de
S. Sulpice , le Service annuel et solemnel
pourleurs Confreres deffunts. L'affluence
fut ex raordinaire , et quantité de pere
sonnes de considération s'y trouverent.
:
Les deffunts , pour la mémoire des
quels se firent les Prieres sont les Sicurs
LE FEVRE , Prêtre , Beneficier de NotreDame LESCHENAULT , Prêtre , ancien
Maître de Musique des Saints Innocens ::
GARDINIER Prêtre : MARCHAND , Organiste du Roi : SALOMON , de la Musique
1.Vol. duz
2702 MERCURE DE FRANCE
du Roi: TOUVENELLE , du Concert Spirituel : MANCEAU , de S. Honoré : BeauPUIS , BAUDY pere , et DUMONT , Graveur
en Musique
On dit des Messes basses à toutes les
Chapelles depuis huit heures jusqu'à midi;
et avec la legere contribution que chaque
Musicien s'est imposée pour l'honoraire
de la Cerémonie , on eut bien au- delà de
la dépense ; les Musiciens ne sçauroient
trop- tôt donner des marques publiques
de leur reconnoissance à M. le Curé de
S. Sulpice des manieres prévenantes et
génereuses dont il a bien voulu les honorer Non seulement il n'a voulu rien
recevoir pour la sonnerie , le luminaire
et la décoration de l'Autel , &c. mais il
daigna même veiller à toute la cerémonie , au bon ordre et à l'arrangement ;
ensorte qu'au moyen des Suisses qu'il
avoit placez de tous côtez , il n'y cut
pas la moindre confusion.
La Musique fut éxecutée par M. DE LA
CROIX , Maître de Musique de la Sainte
Chapelle ; les voix et les instrumens se
signalerent avec une justesse et une précision qui se soutinrent jusqu'à la fin. L'Officiant fut M. Vasselin , Beneficier de l'Eglise de Paris.
Orationibus Sancta Ecclesiæ , et Sacrifi1.Vol.
cia
DECEMBRE 1732. 2703
io salutari , et Elemosynis , que pro eorum
spiritibus erogantur , non est dubitandum
mortuos adjuvari , ut cum eis misericordiùs
agatur à Domino , quam eorum peccata me¬
ruerunt. August. de verbis Apostoli.
Mercredi 10 de ce mois , dans l'Eglise de
S. Sulpice , le Service annuel et solemnel
pourleurs Confreres deffunts. L'affluence
fut ex raordinaire , et quantité de pere
sonnes de considération s'y trouverent.
:
Les deffunts , pour la mémoire des
quels se firent les Prieres sont les Sicurs
LE FEVRE , Prêtre , Beneficier de NotreDame LESCHENAULT , Prêtre , ancien
Maître de Musique des Saints Innocens ::
GARDINIER Prêtre : MARCHAND , Organiste du Roi : SALOMON , de la Musique
1.Vol. duz
2702 MERCURE DE FRANCE
du Roi: TOUVENELLE , du Concert Spirituel : MANCEAU , de S. Honoré : BeauPUIS , BAUDY pere , et DUMONT , Graveur
en Musique
On dit des Messes basses à toutes les
Chapelles depuis huit heures jusqu'à midi;
et avec la legere contribution que chaque
Musicien s'est imposée pour l'honoraire
de la Cerémonie , on eut bien au- delà de
la dépense ; les Musiciens ne sçauroient
trop- tôt donner des marques publiques
de leur reconnoissance à M. le Curé de
S. Sulpice des manieres prévenantes et
génereuses dont il a bien voulu les honorer Non seulement il n'a voulu rien
recevoir pour la sonnerie , le luminaire
et la décoration de l'Autel , &c. mais il
daigna même veiller à toute la cerémonie , au bon ordre et à l'arrangement ;
ensorte qu'au moyen des Suisses qu'il
avoit placez de tous côtez , il n'y cut
pas la moindre confusion.
La Musique fut éxecutée par M. DE LA
CROIX , Maître de Musique de la Sainte
Chapelle ; les voix et les instrumens se
signalerent avec une justesse et une précision qui se soutinrent jusqu'à la fin. L'Officiant fut M. Vasselin , Beneficier de l'Eglise de Paris.
Orationibus Sancta Ecclesiæ , et Sacrifi1.Vol.
cia
DECEMBRE 1732. 2703
io salutari , et Elemosynis , que pro eorum
spiritibus erogantur , non est dubitandum
mortuos adjuvari , ut cum eis misericordiùs
agatur à Domino , quam eorum peccata me¬
ruerunt. August. de verbis Apostoli.
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Résumé : Service solemnel pour les Musiciens de Paris, [titre d'après la table]
Le 10 décembre 1732, les Musiciens de Paris ont organisé un service annuel en mémoire de leurs confrères décédés à l'église Saint-Sulpice. L'événement a rassemblé une foule nombreuse, incluant des personnalités influentes. Les musiciens honorés étaient Le Fèvre, Leschenault, Gardinier, Marchand, Salomon, Touvnelle, Manceau, Beaupuis, Baudy père et Dumont. Des messes basses ont été célébrées de huit heures à midi dans toutes les chapelles. Les dépenses ont été couvertes par les contributions volontaires des musiciens. Ces derniers ont remercié M. le Curé de Saint-Sulpice pour sa générosité, notamment en offrant gratuitement la sonnerie, le luminaire et la décoration de l'autel, ainsi que pour l'organisation de la cérémonie. La musique a été dirigée par M. De La Croix, Maître de Musique de la Sainte Chapelle, avec précision. L'officiant était M. Vasselin, bénéficié de l'Église de Paris.
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6616
p. 2704-2708
Convalescence du Duc d'Orleans, Actions de Graces, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le 6. Decembre, les Officiers de la Chambre de M. le Duc d'Orleans, voulant [...]
Mots clefs :
Duc d'Orléans, Convalescence, Musique, Arcade, Fleurs, Église, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Convalescence du Duc d'Orleans, Actions de Graces, &c. [titre d'après la table]
Le 6. Decembre , les Officiers de la
Chambre de M. le Duc d'Orleans , voulant donner des marques publiques de
leur attachement et de leur zele au sujet
de l'heureuse convalescence de ce Prince
et du Duc de Chartres , son fils unique ,
firent chanter solemnellement dans l'Eglise des Peres de l'Oratoire de la rue
S. Honoré , un Te Deum de la composi
tion de M. Gervais , Maître de Musique
de la Chapelle du Roi et de M. le Duc
d'Orleans , qu'il fit éxecuter par un excellent Choeur de Musique composé des
meilleurs sujets de chez le Roi , de l'Académie Royale de Musique , et de Paris.
Le Te Deumfut précedé du Salut et de
PExaudiat,auquel l'Archevêque deRouen officia. S. A. R. assista à cette cerémonie
I. Vol. ac
DECEMBRE. 1732. 2709
accompagnée du Duc de Chartres , de
Mademoiselle , du Prince et de la Princesse de Conty , et d'un très grand nombre de personnes de distinction. M. le
Bailly de Confland , Premier Gentilhomme de la Chambre de M. le Duc d'Orleans , reçût S. A. R. à la premiere Porte
de l'Eglise , à la tête de tous les Officiers
de la Chambre de ce Prince. La Communauté des Prêtres de l'Oratoire , ayant à
leur tête le R. P. General , alla recevoir
cette Princesse à la seconde Porte , et luk
présenta l'Eau benite. Elle fut reconduite
de la même maniere après la cerémonie.
Comme l'Eglise des Peres de l'Oratoire
est ornée d'une belle Architecture , on ne
crut pas devoir ajoûter beaucoup d'ornemens pour la décorer , on avoit placé
seulement un couronnement sur l'Arcade
du Maître- Aute!, formé par deux Conso
les qui suportoient un grand Cartouche
dans lequel on avoit peint symboliquement en Camayeu , la Convalescence du
Prince. Elle étoit représentée par une femme à genoux , priant au pied d'un Autel ,
et tenant à sa main un bâton entouré d'un
Serpent , et un Coq à ses pieds. Ce Cartouche étoit surmonté d'une grande Couronne en aigrette , et portant dans son
I.Vol. con
706 MERCURE DE FRANCE
contour dix Girandoles à huit lumieres
chacune , qui se lioient avec les lumieres
des Pilastres des côrez ; le tout supporté
sur une Balustrade feinte , tres-riche , sur
laquelle on voyoit un Tapis de Turquie,
rehaussé d'or, et drappé pitoresquement.
Cette Arcade et celles des deux côtez
étoient drapées avec des Rideaux de Damas cramoisi , galonnez d'or, surmontez
d'une Pente festonnée , feinte d'étofes
d'or à gros glands. Ces Rideaux festonnez aussi au pourtour , tomboient négligemment sur les côtez. On avoit placé
au milieu de chacune de ces trois Arcades
un Lustre de 12 lumieres. Les deux Pi
lastres placez aux côtez de l'Arcade du
milieu , étoient décorez de grandes chu
tes de Fleurs , de Palmes et de Lyres. On
voyoit dans le milieu des deux Arcades
des côtez , deux Cartouches , dans lesquels on avoit representé en Camayeu ,
rehaussé d'or , la Religion et la Force
avec leurs Symboles. Ces chutes étoient
disposées de façon à pouvoir poser sur
les Cartouches , trofs Bras , portant s lumieres chacun. En haut et au bas de la
chute , on avoit posé au pied des Pilastres,au Rez de chaussée , deux Torches
portant chacune une Girandole de Cristal à sept lumieres.
I. Vol. Tous
DECEMBR E. 1732 2707
L
Tous les autres Pilastres de l'Eglise
toient décorez de la même façon , avec
cette difference que dans les Cartouches
du milieu il n'y avoit point de Figures
mais seulement des Ecussons aux Armes
d'Orleans , et des Chiffres qui se repetoient alternativement ; et vis- à- vis de
chacune des autres Arcades, on avoit placé un Lustre de 12 lumieres.
On voyoit aussi sur les deux petites
Portes de la croisée de l'Eglise , deux especes de Piramides, en bleu et or , ornées
de Palmes et de Lauriers , portant chacune trois Bras à cinq lumieres.
Toutes ces lumieres étoient disposées
de maniere qu'elles ne formoient point
de lignes droites , elles serpentoient seulement , ce qui produit toujours un effet
éclatant dans toute sorte d'illuminations.
Toute cette Décoration , qui a été trouvée d'une tres- belle ordonnance , a été
faite sur les desseins du sieur le Grand
Architecte du Roy , et Intendant des Bâ
timens de M. le Duc d'Orleans,
Une grande Maison , vis-à- vis l'Eglise
de l'Orataire , occupée par les Sieurs Stocard et Piet , tous deux Marchands de S.
A. R. fut illuminée d'une maniere fort
ingénieuse , par des Lustres garnis de
Bougies , et par de gros Flambeaux de
I. Val. cire
1708 MERCURE DE FRANCE.
cire blanche, placez sur l'appui du Balcon,
par des Girandoles et par une Piramide
garnie de Lampion, posée sur la même ligne , ce qui produisoit une illumination
tres-brillante,
Le 8. on chanta encore un Te Deum
solemnel , à l'Eglise S. Eustache , Paroisse du Palais Royal , en ' actions de grace
de la convalescence du Duc d'Orleans et
du Duc de Chartres , auquel l'Archevêque de Cambrai officia pontificalement.
CetteEglise étoit magnifiquement décorée
et éclairée d'une grande quantité de Lustres , garnis d'une infinité de Bougies.
S. A. R. y assista , accompagnée de Mademoiselle,de la jeune Princesse de Conty, et de plusieurs Personnes de la premiere distinction.
Chambre de M. le Duc d'Orleans , voulant donner des marques publiques de
leur attachement et de leur zele au sujet
de l'heureuse convalescence de ce Prince
et du Duc de Chartres , son fils unique ,
firent chanter solemnellement dans l'Eglise des Peres de l'Oratoire de la rue
S. Honoré , un Te Deum de la composi
tion de M. Gervais , Maître de Musique
de la Chapelle du Roi et de M. le Duc
d'Orleans , qu'il fit éxecuter par un excellent Choeur de Musique composé des
meilleurs sujets de chez le Roi , de l'Académie Royale de Musique , et de Paris.
Le Te Deumfut précedé du Salut et de
PExaudiat,auquel l'Archevêque deRouen officia. S. A. R. assista à cette cerémonie
I. Vol. ac
DECEMBRE. 1732. 2709
accompagnée du Duc de Chartres , de
Mademoiselle , du Prince et de la Princesse de Conty , et d'un très grand nombre de personnes de distinction. M. le
Bailly de Confland , Premier Gentilhomme de la Chambre de M. le Duc d'Orleans , reçût S. A. R. à la premiere Porte
de l'Eglise , à la tête de tous les Officiers
de la Chambre de ce Prince. La Communauté des Prêtres de l'Oratoire , ayant à
leur tête le R. P. General , alla recevoir
cette Princesse à la seconde Porte , et luk
présenta l'Eau benite. Elle fut reconduite
de la même maniere après la cerémonie.
Comme l'Eglise des Peres de l'Oratoire
est ornée d'une belle Architecture , on ne
crut pas devoir ajoûter beaucoup d'ornemens pour la décorer , on avoit placé
seulement un couronnement sur l'Arcade
du Maître- Aute!, formé par deux Conso
les qui suportoient un grand Cartouche
dans lequel on avoit peint symboliquement en Camayeu , la Convalescence du
Prince. Elle étoit représentée par une femme à genoux , priant au pied d'un Autel ,
et tenant à sa main un bâton entouré d'un
Serpent , et un Coq à ses pieds. Ce Cartouche étoit surmonté d'une grande Couronne en aigrette , et portant dans son
I.Vol. con
706 MERCURE DE FRANCE
contour dix Girandoles à huit lumieres
chacune , qui se lioient avec les lumieres
des Pilastres des côrez ; le tout supporté
sur une Balustrade feinte , tres-riche , sur
laquelle on voyoit un Tapis de Turquie,
rehaussé d'or, et drappé pitoresquement.
Cette Arcade et celles des deux côtez
étoient drapées avec des Rideaux de Damas cramoisi , galonnez d'or, surmontez
d'une Pente festonnée , feinte d'étofes
d'or à gros glands. Ces Rideaux festonnez aussi au pourtour , tomboient négligemment sur les côtez. On avoit placé
au milieu de chacune de ces trois Arcades
un Lustre de 12 lumieres. Les deux Pi
lastres placez aux côtez de l'Arcade du
milieu , étoient décorez de grandes chu
tes de Fleurs , de Palmes et de Lyres. On
voyoit dans le milieu des deux Arcades
des côtez , deux Cartouches , dans lesquels on avoit representé en Camayeu ,
rehaussé d'or , la Religion et la Force
avec leurs Symboles. Ces chutes étoient
disposées de façon à pouvoir poser sur
les Cartouches , trofs Bras , portant s lumieres chacun. En haut et au bas de la
chute , on avoit posé au pied des Pilastres,au Rez de chaussée , deux Torches
portant chacune une Girandole de Cristal à sept lumieres.
I. Vol. Tous
DECEMBR E. 1732 2707
L
Tous les autres Pilastres de l'Eglise
toient décorez de la même façon , avec
cette difference que dans les Cartouches
du milieu il n'y avoit point de Figures
mais seulement des Ecussons aux Armes
d'Orleans , et des Chiffres qui se repetoient alternativement ; et vis- à- vis de
chacune des autres Arcades, on avoit placé un Lustre de 12 lumieres.
On voyoit aussi sur les deux petites
Portes de la croisée de l'Eglise , deux especes de Piramides, en bleu et or , ornées
de Palmes et de Lauriers , portant chacune trois Bras à cinq lumieres.
Toutes ces lumieres étoient disposées
de maniere qu'elles ne formoient point
de lignes droites , elles serpentoient seulement , ce qui produit toujours un effet
éclatant dans toute sorte d'illuminations.
Toute cette Décoration , qui a été trouvée d'une tres- belle ordonnance , a été
faite sur les desseins du sieur le Grand
Architecte du Roy , et Intendant des Bâ
timens de M. le Duc d'Orleans,
Une grande Maison , vis-à- vis l'Eglise
de l'Orataire , occupée par les Sieurs Stocard et Piet , tous deux Marchands de S.
A. R. fut illuminée d'une maniere fort
ingénieuse , par des Lustres garnis de
Bougies , et par de gros Flambeaux de
I. Val. cire
1708 MERCURE DE FRANCE.
cire blanche, placez sur l'appui du Balcon,
par des Girandoles et par une Piramide
garnie de Lampion, posée sur la même ligne , ce qui produisoit une illumination
tres-brillante,
Le 8. on chanta encore un Te Deum
solemnel , à l'Eglise S. Eustache , Paroisse du Palais Royal , en ' actions de grace
de la convalescence du Duc d'Orleans et
du Duc de Chartres , auquel l'Archevêque de Cambrai officia pontificalement.
CetteEglise étoit magnifiquement décorée
et éclairée d'une grande quantité de Lustres , garnis d'une infinité de Bougies.
S. A. R. y assista , accompagnée de Mademoiselle,de la jeune Princesse de Conty, et de plusieurs Personnes de la premiere distinction.
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Résumé : Convalescence du Duc d'Orleans, Actions de Graces, &c. [titre d'après la table]
Le 6 décembre 1732, les officiers de la Chambre du Duc d'Orléans organisèrent un Te Deum à l'église des Pères de l'Oratoire de la rue Saint-Honoré pour célébrer la convalescence du Duc d'Orléans et de son fils, le Duc de Chartres. Ce Te Deum, composé par M. Gervais, fut exécuté par un chœur exceptionnel incluant des musiciens du Roi, de l'Académie Royale de Musique et de Paris. La cérémonie fut précédée du Salut et de l'Exaudiat, avec l'Archevêque de Rouen officiant. Le Duc d'Orléans, accompagné de sa famille et de nombreuses personnes de distinction, assista à l'événement. L'église, ornée d'une belle architecture, fut décorée sobrement avec des éléments symbolisant la convalescence du Prince. Une maison en face de l'église fut également illuminée de manière ingénieuse. Le 8 décembre, un autre Te Deum fut chanté à l'église Saint-Eustache, paroisse du Palais Royal, en actions de grâce pour la convalescence des deux princes. L'Archevêque de Cambrai officia cette cérémonie, à laquelle assistèrent le Duc d'Orléans, Mademoiselle, la jeune Princesse de Conti et plusieurs personnes de haute distinction.
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6617
p. 2710-2712
MORTS.
Début :
Dame Catherine de Romanet, veuve de Jean Racine, Trésorier de [...]
Mots clefs :
Romanet, Gontault, Veuve
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texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
Ame Catherine de Romanet , veus
ve de Jean Racine , Trésorier de
France à Moulins , Secretaire du Roy , et
Gentilhomme Ordinaire de S. M. mourut à Paris le 15 Novembre , dans la 79€
année de son âge. Elle a été inhumée
dans l'Eglise de S. Etienne du Mont , sa
Paroisse auprès des Cendres de son
Epoux , laissant deux Fils , et trois Filles
de l'illustre Racine , tous heritiers de
l'esprit , qui l'a tant fait connoître dans
le monde , et encore plus de la pieté dans
laquelle il mourut en 1699. et qu'elle a
toujours cultivée depuis dans la Retrai
te et dans la Pratique des bonnes œuvres.
Claude-Roch Titon , Chanoine ReguI.Vol. lien
DECEMBRE. 1732 2717
*
lier de Sainte Geneviève , Prieur et Curé
de S. Fulgence de Bourges , mourut en
son Prieuré le dernier Novembre , dans
la 73° année de son âge. Il s'est distingué
par ses talens pour la Prédication . Il a
laissé aussi plusieurs Poësies Chrétiennes,
manuscrites. Il étoit frere de M. Titon du
Tillet , Auteur du Parnasse François ,
exécuté en Bronze. &c.
- Pierre Charles Herault , Abbé de
l'Abbaïe jde Joüy , Ordre de Citeaux ,
Diocèse de Sens, mourut le 1 de ce mois,
dans la 40 année de son âge.
Jacques Alain de Gontault د de la
Branche de Cabreres , distincte de la
Branche de Gontaut de Biron depuis plus
de 200 ans , à present éteinte , Doyen du
Chapitre de l'Eglise Métropolitaine de
Paris , Abbé des Abbayes de S. Pierre de
Lagny , et de S. Ambroise de Bourges
mourut à Paris le 15 de ce mois , âgé
d'environ 67 ans.
Dame Jeanne- Françoise Dauvet Desmaretz, Epouse de François- Louis le Tellier , Comte de Rebenac , Marquis de
Souvré et de Louvois ; Maître de la
Garde - Robbe du Roy , Lieutenant
General pour Sa Majesté au Gouvernement de Navare et Païs de Bearn ,
Colonel d'un Regiment d'Infanterie de
I.Vol.
I SOB
2712 MERCURE DE FRANCE
son nom ; décédée l
Ame Catherine de Romanet , veus
ve de Jean Racine , Trésorier de
France à Moulins , Secretaire du Roy , et
Gentilhomme Ordinaire de S. M. mourut à Paris le 15 Novembre , dans la 79€
année de son âge. Elle a été inhumée
dans l'Eglise de S. Etienne du Mont , sa
Paroisse auprès des Cendres de son
Epoux , laissant deux Fils , et trois Filles
de l'illustre Racine , tous heritiers de
l'esprit , qui l'a tant fait connoître dans
le monde , et encore plus de la pieté dans
laquelle il mourut en 1699. et qu'elle a
toujours cultivée depuis dans la Retrai
te et dans la Pratique des bonnes œuvres.
Claude-Roch Titon , Chanoine ReguI.Vol. lien
DECEMBRE. 1732 2717
*
lier de Sainte Geneviève , Prieur et Curé
de S. Fulgence de Bourges , mourut en
son Prieuré le dernier Novembre , dans
la 73° année de son âge. Il s'est distingué
par ses talens pour la Prédication . Il a
laissé aussi plusieurs Poësies Chrétiennes,
manuscrites. Il étoit frere de M. Titon du
Tillet , Auteur du Parnasse François ,
exécuté en Bronze. &c.
- Pierre Charles Herault , Abbé de
l'Abbaïe jde Joüy , Ordre de Citeaux ,
Diocèse de Sens, mourut le 1 de ce mois,
dans la 40 année de son âge.
Jacques Alain de Gontault د de la
Branche de Cabreres , distincte de la
Branche de Gontaut de Biron depuis plus
de 200 ans , à present éteinte , Doyen du
Chapitre de l'Eglise Métropolitaine de
Paris , Abbé des Abbayes de S. Pierre de
Lagny , et de S. Ambroise de Bourges
mourut à Paris le 15 de ce mois , âgé
d'environ 67 ans.
Dame Jeanne- Françoise Dauvet Desmaretz, Epouse de François- Louis le Tellier , Comte de Rebenac , Marquis de
Souvré et de Louvois ; Maître de la
Garde - Robbe du Roy , Lieutenant
General pour Sa Majesté au Gouvernement de Navare et Païs de Bearn ,
Colonel d'un Regiment d'Infanterie de
I.Vol.
I SOB
2712 MERCURE DE FRANCE
son nom ; décédée l
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Résumé : MORTS.
En novembre et décembre 1732, plusieurs personnalités notables sont décédées. Catherine de Romanet, veuve de Jean Racine, Trésorier de France à Moulins, Secrétaire du Roi et Gentilhomme Ordinaire de Sa Majesté, est morte à Paris le 15 novembre à 79 ans. Elle a été inhumée dans l'Église de Saint-Étienne-du-Mont, laissant deux fils et trois filles. Claude-Roch Titon, Chanoine régulier de Sainte-Geneviève, Prieur et Curé de Saint-Fulgence de Bourges, est décédé le dernier jour de novembre à 73 ans. Connu pour ses talents en prédication et ses poèmes chrétiens manuscrits, il était le frère de M. Titon du Tillet, auteur du 'Parnasse Français'. Pierre Charles Herault, Abbé de l'Abbaye de Jouy, Ordre de Cîteaux, Diocèse de Sens, est mort le 1er décembre à 40 ans. Jacques Alain de Gontault de la Branche de Cabreres, Doyen du Chapitre de l'Église Métropolitaine de Paris et Abbé des Abbayes de Saint-Pierre de Lagny et de Saint-Ambroise de Bourges, est décédé à Paris le 15 décembre à environ 67 ans. Dame Jeanne-Françoise Dauvet Desmarets, épouse de François-Louis Le Tellier, Comte de Rebenac, Marquis de Souvré et de Louvois, Maître de la Garde-Robe du Roi, Lieutenant Général pour Sa Majesté au Gouvernement de Navarre et Pays de Béarn, Colonel d'un Régiment d'Infanterie de son nom, est également décédée.
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6618
p. 2712-2714
ADDITION.
Début :
Nous avons omis, faute d'isntruction, de parler de la mort de M. [...]
Mots clefs :
Addition, Mort, M. N. Tartarin, Bâtonnier des avocats du Parlement
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texteReconnaissance textuelle : ADDITION.
ADDITION.
Ous avons omis , faute d'instrucNtion, de parler de la mortde M.
N. Tartarin, Ecuyer, Bâtonnier des Avocats du Parlement, Conseiller , Secretaire
I. Vol.
du
DECEMBRE. 1732. 2713
du Roy , et Avocat General de la Reine,
arrivée le onze Septembre dernier. L'omission ne sçauroit être mieux reparée
qu'en inserant icy l'Eloge public dont
M. le Premier Président a honoré la mémoire de ce celebre Avocat, le 9 Decembre , à la rentrée du Parlement. On vient
de nous l'envoyer.
M. le Premier Président dans la suite
de son Discours , des plus éloquens, s'addressant aux Avocats, dit: La perte de celui
de vos Conferes, qui après avoir passé par
toutes les épreuves , vient de consommer sa
vie dans les fonctions les plus honorables du
Barrean, excite également nos louanges et nos
regrets une vie laborieuse ; un travail opiniâtre , une application infatigable , `lui
avoient acquis cette force de raisonnement , ce
fond d'érudition qui éclatoit dans tout ce qui
sortoit de ses mains , et donnoit un si grand
prix à ses avis. Attaché par les liaisons les
plus intimes aux Magistrats du premier
Ordre, iljouissoit également de leur amitié,
de leur estime , de leur confiance. Appellé ,
parchoix dans les Conseils des Princes , son
Suffrage y decidoit souvent des affaires les
plus importantes ; et parvenu aux honneurs
qui ne se déferent qu'au mérite et à l'ancienneté des services; il goutoit dans la recherche
et l'approbation du public le plus doux fruit
I. Vol. Tij de
2714 MERCURE DE FRANCE
de ses longs et recommandables travaux.
Tant de distinctions propres à le flater, n'avoient pas été capables de l'éblouir, et l'on ne
vit peut-être jamais plus de sçavoir , avee
plus de deffiance de ses propres lumieres.
M. l'Avocat General Gilbert de Voisins
dit aussi de tres- belles choses , au sujet
de M. Tartarin , dans sa Harangue du
même jour
Ous avons omis , faute d'instrucNtion, de parler de la mortde M.
N. Tartarin, Ecuyer, Bâtonnier des Avocats du Parlement, Conseiller , Secretaire
I. Vol.
du
DECEMBRE. 1732. 2713
du Roy , et Avocat General de la Reine,
arrivée le onze Septembre dernier. L'omission ne sçauroit être mieux reparée
qu'en inserant icy l'Eloge public dont
M. le Premier Président a honoré la mémoire de ce celebre Avocat, le 9 Decembre , à la rentrée du Parlement. On vient
de nous l'envoyer.
M. le Premier Président dans la suite
de son Discours , des plus éloquens, s'addressant aux Avocats, dit: La perte de celui
de vos Conferes, qui après avoir passé par
toutes les épreuves , vient de consommer sa
vie dans les fonctions les plus honorables du
Barrean, excite également nos louanges et nos
regrets une vie laborieuse ; un travail opiniâtre , une application infatigable , `lui
avoient acquis cette force de raisonnement , ce
fond d'érudition qui éclatoit dans tout ce qui
sortoit de ses mains , et donnoit un si grand
prix à ses avis. Attaché par les liaisons les
plus intimes aux Magistrats du premier
Ordre, iljouissoit également de leur amitié,
de leur estime , de leur confiance. Appellé ,
parchoix dans les Conseils des Princes , son
Suffrage y decidoit souvent des affaires les
plus importantes ; et parvenu aux honneurs
qui ne se déferent qu'au mérite et à l'ancienneté des services; il goutoit dans la recherche
et l'approbation du public le plus doux fruit
I. Vol. Tij de
2714 MERCURE DE FRANCE
de ses longs et recommandables travaux.
Tant de distinctions propres à le flater, n'avoient pas été capables de l'éblouir, et l'on ne
vit peut-être jamais plus de sçavoir , avee
plus de deffiance de ses propres lumieres.
M. l'Avocat General Gilbert de Voisins
dit aussi de tres- belles choses , au sujet
de M. Tartarin , dans sa Harangue du
même jour
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Résumé : ADDITION.
Le texte mentionne l'omission initiale de la mort de M. N. Tartarin, avocat distingué, et la décision de corriger cette omission en insérant l'éloge public prononcé par M. le Premier Président le 9 décembre 1732. Cet éloge met en lumière la vie laborieuse et l'application infatigable de M. Tartarin, qui lui ont permis d'acquérir une grande force de raisonnement et une vaste érudition. Sa carrière est marquée par des fonctions honorables au barreau, des liens étroits avec les magistrats du premier ordre, et une influence significative dans les conseils des princes. M. Tartarin a également reçu des honneurs pour son mérite et son ancienneté de services, tout en restant humble malgré ses distinctions. M. l'Avocat Général Gilbert de Voisins a également rendu hommage à M. Tartarin lors de sa harangue le même jour.
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6619
p. 2714-2719
EXTRAIT d'une Lettre, écrite par l'Auteur du Voyage de Normandie, à Monsieur...
Début :
Je suis obligé, pour l'amour de la verité et de la justice, de passer condamnation [...]
Mots clefs :
Voyage de Normandie, Episcopat de Saint Renobert, Vérité, Erreur, Note, Mercure
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre, écrite par l'Auteur du Voyage de Normandie, à Monsieur...
XTRAIT d'une Lettre , écrite par
l'Auteur du Voyage de Normandie , à
•
·Monsieur...
E suis obligé , pour l'amour de la ve
rité et de la justice, de passer condamnation sur deux ou trois fautes qui me
sont échappées dans la neuviéme Lettre
je me suis donné l'honneur de vous que
écrire , au sujet de mon Voyage de Basse
Normandie, imprimée dans le Mercure
Jrité et de la justice,
1. Vol. du
DECEMBRE. 1732. 2716
du mois d'Octobre dernier. La premiere
faute regarde le temps de l'Episcopat de
S. Renobert , Evêque de Bayeux , que je
reconnois , avec les meilleurs critiques ,
devoir être fixé dans le vII siécle , contre
la Chronologie du Païs , qui fait vivre ce
Saint au ou au 4 siecle, Je devois m'en
tenir là , et ne pas qualifier dans le même
endroit le même Saint de second Evêque de Bayeux ; ce qui ne peut s'accorder
avec l'exacte verité , ct avec la Chrono
logie , qui n'a semblé la mieux fondée.
Il se trouve une autre faute au même
endroit et sur le même sujet; mais elle est
si lourde et si frapante , que nul Lecteur
éclairé ne pourra jamais me l'imputer
personnellement. Je rapporte pour preuve que S. Renobert n'a vécu qu'au vn *
siecle qu'il assista en 630 à un Concile de Rheims. Au lieu de 630 , on a
imprimé 1630 ; mais cela , comme je l'ai
dit ne peut faire illusion à personne.
Cette preuve , au reste du temps de l'Episcopat de S. Reinobert , avoit déja été
employée par le R. P- Tournemine, dans
le Journal de Trevoux , d'Octobre 1714,
pag. 1780. contre l'Historien du Diocèse
de Bayeux , qu'une Legende fabuleuse
trompé sur cet article.
و
Une erreur plus considerable se trouve
I. Vol. Iiij
2716 MERCURE DE FRANCE
à la suite de ma Lettre , pag. 2128. à l'occasion de la ceremonie de la premiereEntrée publique des Evêques de Bayeuxdans cette Ville , et de la prise de possession de leur Eglise ; ceremonie dont
j'ai rapporté le précis , tiré du Procès .
verbal dressé en 1662. de ce qui fut observé en pareille occasion , à l'égard de
M. de Nesmond.
tre ,
Une Note mise au bas de cette page ,.
fait remarquer que la même ceremonie a
été renouvellée depuis peu de temps , à.
la prise de possession de M. de Luynes
actuellement Evêque de Bayeux , et qu'il.
ena paru une Relation en forme de Letaddressée par M. le Chevalier de
S.Jory , à Madame la Duchesse de Chevreuse , imprimée à Caën. Cette Relation , continue la Note , où il ne falloit
que de la simplicité et de l'exactitude, est
si pleine d'emphase et de choses déplacées , qu'on peut dire qu'elle n'a contenté personne.
Tout cela , à l'exception du renouvellement de la cerémonie, est erronné ; car la
veritable relation de cette cerémonie , qui
a été faite par M. le Chevalier de S. Jory , ne merite rien moins que cette qualification. Si quand on écrit on pouvoit
tout voir d'abord et tout éclaircir par soi1. vol. même
DECEMBRE. 1732. 2717
même , on ne seroit pas sujet à être trom-
, comme je l'ai effectivement été dans
le fait en question. Deux mots vont vous
apprendre comment.
•pé
>
Fort peu de tems après la prise de possession de M. de Luynes , un Professeur
d'Humanitez à Caën m'envoya une assez
ample relation de la cerémonie , compo
sée , disoit-il dans sa Lettre , par M. le
Chevalier de S. Jory en forme de Lettre
à M. la Duchesse de Chevreuse , et copiée sur l'Imprimé à Caën. Il est vrai que
cette copie étoit un Ouvrage tel que je
l'ai représenté dans la Note en question
et que personne de tous ceux à qui je le
communiquai n'en fut content : mais il
est vrai aussi que depuis l'impression de
ma IX. Lettre , la veritable Relation de
M. de S.Jory , imprimé à Caën chez Ca- velier , broch. in- 4. de 16 pages , adressée à Madame de Chevreuse , m'étant parvenue presque par hazard , j'ai reconnu
un Ouvrage tout différent , c'est-à- dire
une bonne Piéce , et fort bien écrite. J'ai
appris depuis que la personne , qui m'avoit envoyé la Relation manuscrite avoit
pris la liberté de la défigurer entierement
par des Additions , par des changemens
et par tout le mauvais qu'il y mit de son
chef, et jusqu'à des Vers de sa façon , ce
,
1. Vol. I iiij qui
2718 MERCURE DE FRANCE
qui donna lieu à ma remarque un peut
prématurée , et faite sur un veritable mal
entendu.
Je suis d'autant plus fâché de cette erreur , que je ne sçaurois trop-tôt rectifier , que plusieurs personnes de mérite
m'ont assûréque M. le Chevalier de S. Jory , que je n'ai pas l'honneur de connoître , est un très- galant homme qui pense
et écrit parfaitement bien, ce queje reconnois aujourd'hui moi- même , et que la
Remarque en question porte à faux , et
ne peut jamais le regarder.
.
L'Acte du doüaire de Judith , Comtesse de Normandie , de l'an 1008. publié
par D. Martenne dans le 1.tom. de ses
Anecdotes , qui contient les noms de plusieurs Bourgs de Normandie , fait actuellement le sujet des recherches dont
vous avez besoin. J'ai envoyé votre Mé
moire à notre habile Médecin de Caën
dont vous me parlez ; je sçai trop ce que
c'est que de s'adresser à des gens superficiels , ou prévenus de leur prétenduë capacité. Sa réponse , que j'attens, vous sera
exactement envoyée.
J'ai vu ici cet Eté le nouvel Historien
du Diocèse de Rouen. Il continuë son
travail avec toute l'ardeur possible , et il
ya tout lieu d'en attendre un bon suc1. Vel. cès.
DECEMBRE. 1732. 2719
cès. Vous avez vû un échantillon de son
exactitude et de son amour pour la verité.
dans un des derniers Mercures , à l'occasion de quelques Endroits de son Histoire
du Diocèse de Meaux. Tous les hommes
peuvent se tromper , mais tous ne sont
pas également disposez à reconnoître leurs
erreurs. Je suis , &c.
AParis , lex Decembre 1732.
l'Auteur du Voyage de Normandie , à
•
·Monsieur...
E suis obligé , pour l'amour de la ve
rité et de la justice, de passer condamnation sur deux ou trois fautes qui me
sont échappées dans la neuviéme Lettre
je me suis donné l'honneur de vous que
écrire , au sujet de mon Voyage de Basse
Normandie, imprimée dans le Mercure
Jrité et de la justice,
1. Vol. du
DECEMBRE. 1732. 2716
du mois d'Octobre dernier. La premiere
faute regarde le temps de l'Episcopat de
S. Renobert , Evêque de Bayeux , que je
reconnois , avec les meilleurs critiques ,
devoir être fixé dans le vII siécle , contre
la Chronologie du Païs , qui fait vivre ce
Saint au ou au 4 siecle, Je devois m'en
tenir là , et ne pas qualifier dans le même
endroit le même Saint de second Evêque de Bayeux ; ce qui ne peut s'accorder
avec l'exacte verité , ct avec la Chrono
logie , qui n'a semblé la mieux fondée.
Il se trouve une autre faute au même
endroit et sur le même sujet; mais elle est
si lourde et si frapante , que nul Lecteur
éclairé ne pourra jamais me l'imputer
personnellement. Je rapporte pour preuve que S. Renobert n'a vécu qu'au vn *
siecle qu'il assista en 630 à un Concile de Rheims. Au lieu de 630 , on a
imprimé 1630 ; mais cela , comme je l'ai
dit ne peut faire illusion à personne.
Cette preuve , au reste du temps de l'Episcopat de S. Reinobert , avoit déja été
employée par le R. P- Tournemine, dans
le Journal de Trevoux , d'Octobre 1714,
pag. 1780. contre l'Historien du Diocèse
de Bayeux , qu'une Legende fabuleuse
trompé sur cet article.
و
Une erreur plus considerable se trouve
I. Vol. Iiij
2716 MERCURE DE FRANCE
à la suite de ma Lettre , pag. 2128. à l'occasion de la ceremonie de la premiereEntrée publique des Evêques de Bayeuxdans cette Ville , et de la prise de possession de leur Eglise ; ceremonie dont
j'ai rapporté le précis , tiré du Procès .
verbal dressé en 1662. de ce qui fut observé en pareille occasion , à l'égard de
M. de Nesmond.
tre ,
Une Note mise au bas de cette page ,.
fait remarquer que la même ceremonie a
été renouvellée depuis peu de temps , à.
la prise de possession de M. de Luynes
actuellement Evêque de Bayeux , et qu'il.
ena paru une Relation en forme de Letaddressée par M. le Chevalier de
S.Jory , à Madame la Duchesse de Chevreuse , imprimée à Caën. Cette Relation , continue la Note , où il ne falloit
que de la simplicité et de l'exactitude, est
si pleine d'emphase et de choses déplacées , qu'on peut dire qu'elle n'a contenté personne.
Tout cela , à l'exception du renouvellement de la cerémonie, est erronné ; car la
veritable relation de cette cerémonie , qui
a été faite par M. le Chevalier de S. Jory , ne merite rien moins que cette qualification. Si quand on écrit on pouvoit
tout voir d'abord et tout éclaircir par soi1. vol. même
DECEMBRE. 1732. 2717
même , on ne seroit pas sujet à être trom-
, comme je l'ai effectivement été dans
le fait en question. Deux mots vont vous
apprendre comment.
•pé
>
Fort peu de tems après la prise de possession de M. de Luynes , un Professeur
d'Humanitez à Caën m'envoya une assez
ample relation de la cerémonie , compo
sée , disoit-il dans sa Lettre , par M. le
Chevalier de S. Jory en forme de Lettre
à M. la Duchesse de Chevreuse , et copiée sur l'Imprimé à Caën. Il est vrai que
cette copie étoit un Ouvrage tel que je
l'ai représenté dans la Note en question
et que personne de tous ceux à qui je le
communiquai n'en fut content : mais il
est vrai aussi que depuis l'impression de
ma IX. Lettre , la veritable Relation de
M. de S.Jory , imprimé à Caën chez Ca- velier , broch. in- 4. de 16 pages , adressée à Madame de Chevreuse , m'étant parvenue presque par hazard , j'ai reconnu
un Ouvrage tout différent , c'est-à- dire
une bonne Piéce , et fort bien écrite. J'ai
appris depuis que la personne , qui m'avoit envoyé la Relation manuscrite avoit
pris la liberté de la défigurer entierement
par des Additions , par des changemens
et par tout le mauvais qu'il y mit de son
chef, et jusqu'à des Vers de sa façon , ce
,
1. Vol. I iiij qui
2718 MERCURE DE FRANCE
qui donna lieu à ma remarque un peut
prématurée , et faite sur un veritable mal
entendu.
Je suis d'autant plus fâché de cette erreur , que je ne sçaurois trop-tôt rectifier , que plusieurs personnes de mérite
m'ont assûréque M. le Chevalier de S. Jory , que je n'ai pas l'honneur de connoître , est un très- galant homme qui pense
et écrit parfaitement bien, ce queje reconnois aujourd'hui moi- même , et que la
Remarque en question porte à faux , et
ne peut jamais le regarder.
.
L'Acte du doüaire de Judith , Comtesse de Normandie , de l'an 1008. publié
par D. Martenne dans le 1.tom. de ses
Anecdotes , qui contient les noms de plusieurs Bourgs de Normandie , fait actuellement le sujet des recherches dont
vous avez besoin. J'ai envoyé votre Mé
moire à notre habile Médecin de Caën
dont vous me parlez ; je sçai trop ce que
c'est que de s'adresser à des gens superficiels , ou prévenus de leur prétenduë capacité. Sa réponse , que j'attens, vous sera
exactement envoyée.
J'ai vu ici cet Eté le nouvel Historien
du Diocèse de Rouen. Il continuë son
travail avec toute l'ardeur possible , et il
ya tout lieu d'en attendre un bon suc1. Vel. cès.
DECEMBRE. 1732. 2719
cès. Vous avez vû un échantillon de son
exactitude et de son amour pour la verité.
dans un des derniers Mercures , à l'occasion de quelques Endroits de son Histoire
du Diocèse de Meaux. Tous les hommes
peuvent se tromper , mais tous ne sont
pas également disposez à reconnoître leurs
erreurs. Je suis , &c.
AParis , lex Decembre 1732.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre, écrite par l'Auteur du Voyage de Normandie, à Monsieur...
Dans une lettre, un auteur corrige des erreurs présentes dans sa neuvième lettre publiée dans le Mercure de France en décembre 1732. Il reconnaît deux fautes concernant l'épiscopat de Saint Renobert, évêque de Bayeux. Premièrement, il situe son épiscopat au VIIe siècle, contrairement à la chronologie locale qui le place au IIIe ou IVe siècle. Deuxièmement, une faute d'impression indique que Saint Renobert aurait assisté à un concile en 1630 au lieu de 630. L'auteur mentionne également une erreur plus significative concernant la cérémonie de la première entrée publique des évêques de Bayeux. Il avait rapporté une relation erronée de cette cérémonie, basée sur une copie altérée par un professeur d'humanité de Caen. La véritable relation, écrite par le chevalier de Saint-Jory et adressée à la duchesse de Chevreuse, est bien écrite et mérite reconnaissance. L'auteur exprime son regret pour ces erreurs et souligne l'importance de la vérification des informations. Il mentionne également des recherches en cours sur l'acte du douaire de Judith, comtesse de Normandie, en 1008. Il parle aussi de l'historien du diocèse de Rouen, qui travaille avec exactitude et amour pour la vérité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6620
p. 2719
MADRIGAL. A Madlle de Catellan, Maîtresse des Jeux Floraux de Toulouse, pour le jour de sa Naissance.
Début :
Les Graces en ce jour et les Vertus naquirent, [...]
Mots clefs :
Jeux floraux, Toulouse, Belles-lettres, Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL. A Madlle de Catellan, Maîtresse des Jeux Floraux de Toulouse, pour le jour de sa Naissance.
MADRIGAL.
A Madlle de Catellan , Maîtresse des
Jeux Floraux de Toulouse
jour de sa Naissance.
L
• pour le
Es Graces en ce jour et les Vertus naquirent ,
Les Dieux en vous les réunirent.
Rendre heureux un Mortel étoit l'objet des
Cieux :
Mais vous avés trompé , trop aimable Clarice ,
Par une cruelle injustice ,
Et les vœux des Mortels et l'attente des Dieux.
Ce Madrigal convient à une Demoiselle
qui a meprisé les engagemens du Mariage
pour s'attacher à cultiver les BellesLettres.
A Madlle de Catellan , Maîtresse des
Jeux Floraux de Toulouse
jour de sa Naissance.
L
• pour le
Es Graces en ce jour et les Vertus naquirent ,
Les Dieux en vous les réunirent.
Rendre heureux un Mortel étoit l'objet des
Cieux :
Mais vous avés trompé , trop aimable Clarice ,
Par une cruelle injustice ,
Et les vœux des Mortels et l'attente des Dieux.
Ce Madrigal convient à une Demoiselle
qui a meprisé les engagemens du Mariage
pour s'attacher à cultiver les BellesLettres.
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6621
p. 2724-2727
LES SAISONS, CANTATE A mettre en Musique.
Début :
Quand l'Air, le Feu; la Terre et l'Onde, [...]
Mots clefs :
Saisons, Musique, Récitatif, Hiver, Chaos
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texteReconnaissance textuelle : LES SAISONS, CANTATE A mettre en Musique.
LES SAISONS ,
CANT ATE
A mettre en Musique. ·
Quand l'Air , le Feu ; la Terre et l'Onde , -
Furent débrouillez du cahos ;
Vertumne regna seul dans l'Empire du Monde ,
Durant cet âge heureux du premier des Métaux.
Mais lorsque le Dieu du Tonnerre ,
Eat détrôné son pere , on lui ravit ses droits.
Cérés , Bacchus , l'Hyver , par une horrible =
guerre ,
Renverserent toutes ses Loix.
Et bien-tôt ses couleurs ne parerent la Terre ,
Qu'en ce temps où l'Amour vient vuider son
Carquois.
I.Vol
DECEMBRE. 1732. 2725
Air.
Ah ! sans ce malheur déplorable ,
Que les Mortels seroient heureux !
Le doux Printemps seroit durable ,
L'Amour n'éteindroit point ses feux ;
Du Dieu que chante Philoméle ,
Dans ses mélodieux Concerts ,
Tous les cœurs pourroient ainsi qu'elle ,
Jusqu'au tombeau porter les fers..
Ah ! &c. .
Récitatif.
Mais quoi ! Vertumine fuit,le tendre Amour s'enga vole ;
Philoméle gémit en traversant les Airs ,
Et les brulans Sujets d'Eole ,
Embrasent déja l'Univers ,
L'abondante Cérés regne dans les Campagnes;
De ses dons précieux l'or brille en nos Vallons ,
Et l'espoir d'en jouir , de l'Hôte des Montagnes s
Va faire celui des Sillons.
Air..
Imitons sa sage prudence ,
Après les plaisirs du Printemps,
Pensons à ceux de l'abondance ;
S'ils sont moins doux , ils sont constans.
Que tout encense la Déesse ,
1. Vol. Qui
2726 MERCURE DE FRANCE
Qui vient nous donner de beaux jours ,
Quand a disparu la jeunesse ,
Sur l'aîle des tendres Amours.
Imitons , &c.
Récitatif.
Dieux ! quel nouveau spectacle à mes yeux se
présente !
Je vois tous les Côteaux de la Pourpre couverts ;
Cérés fait place au Dieu dont la Liqueur char mante,
Fait les plaisirs de l'Univers.
Pomone vient mêler ses fruits à la vendange ;
Tout charme l'espoir des Buveurs ;
Le Thyrre est triomphant , et le vainqueur
Gange ,
Reçoit aussi l'encens des cœurs.
Aire
Livrons-nous à la douce yvresse,
De son agréable boisson ;
Elle éteint le mal qui nous presse ,
En submergeant notre raison.
Dans cette Liqueur immortelle,
On trouve la felicité,
L'Amour est perfide , infidelle ;
Bacchus seul est la verité.
Livrons , &c.
1. Vol.
Rici
DECEMBRE. 1732. 2727.
Récitatif.
Mais hélas ! l'Hyver vient ravager la Nature ,
Sur un Trône éclatant de nege et de glaçons ,
It déja nos Forêts ont perdu leur parure ,
Par le souffle des Aquillons.
Tout tremble à son aspect terrible ;
Les seuls plaisirs n'en sont point allarmez ;
Plus sa rigueur devient sensible ,
Plus des Mortels ils sont aimez.
Air.
L'Hyver,quoiqu'un Dieu redoutable,
Brille à mes yeux de mille attraits ,
En ce qu'il est inséparable ,
Des Jeux , des Ris et de la Paix ;
Son regne est celui des délices ;
·
Chacun peut sans soins , sans travaux ;
Avoir part aux doux sacrifices ,
Qu'il exige de ses Rivaux.
L'Hyver , &c.
CANT ATE
A mettre en Musique. ·
Quand l'Air , le Feu ; la Terre et l'Onde , -
Furent débrouillez du cahos ;
Vertumne regna seul dans l'Empire du Monde ,
Durant cet âge heureux du premier des Métaux.
Mais lorsque le Dieu du Tonnerre ,
Eat détrôné son pere , on lui ravit ses droits.
Cérés , Bacchus , l'Hyver , par une horrible =
guerre ,
Renverserent toutes ses Loix.
Et bien-tôt ses couleurs ne parerent la Terre ,
Qu'en ce temps où l'Amour vient vuider son
Carquois.
I.Vol
DECEMBRE. 1732. 2725
Air.
Ah ! sans ce malheur déplorable ,
Que les Mortels seroient heureux !
Le doux Printemps seroit durable ,
L'Amour n'éteindroit point ses feux ;
Du Dieu que chante Philoméle ,
Dans ses mélodieux Concerts ,
Tous les cœurs pourroient ainsi qu'elle ,
Jusqu'au tombeau porter les fers..
Ah ! &c. .
Récitatif.
Mais quoi ! Vertumine fuit,le tendre Amour s'enga vole ;
Philoméle gémit en traversant les Airs ,
Et les brulans Sujets d'Eole ,
Embrasent déja l'Univers ,
L'abondante Cérés regne dans les Campagnes;
De ses dons précieux l'or brille en nos Vallons ,
Et l'espoir d'en jouir , de l'Hôte des Montagnes s
Va faire celui des Sillons.
Air..
Imitons sa sage prudence ,
Après les plaisirs du Printemps,
Pensons à ceux de l'abondance ;
S'ils sont moins doux , ils sont constans.
Que tout encense la Déesse ,
1. Vol. Qui
2726 MERCURE DE FRANCE
Qui vient nous donner de beaux jours ,
Quand a disparu la jeunesse ,
Sur l'aîle des tendres Amours.
Imitons , &c.
Récitatif.
Dieux ! quel nouveau spectacle à mes yeux se
présente !
Je vois tous les Côteaux de la Pourpre couverts ;
Cérés fait place au Dieu dont la Liqueur char mante,
Fait les plaisirs de l'Univers.
Pomone vient mêler ses fruits à la vendange ;
Tout charme l'espoir des Buveurs ;
Le Thyrre est triomphant , et le vainqueur
Gange ,
Reçoit aussi l'encens des cœurs.
Aire
Livrons-nous à la douce yvresse,
De son agréable boisson ;
Elle éteint le mal qui nous presse ,
En submergeant notre raison.
Dans cette Liqueur immortelle,
On trouve la felicité,
L'Amour est perfide , infidelle ;
Bacchus seul est la verité.
Livrons , &c.
1. Vol.
Rici
DECEMBRE. 1732. 2727.
Récitatif.
Mais hélas ! l'Hyver vient ravager la Nature ,
Sur un Trône éclatant de nege et de glaçons ,
It déja nos Forêts ont perdu leur parure ,
Par le souffle des Aquillons.
Tout tremble à son aspect terrible ;
Les seuls plaisirs n'en sont point allarmez ;
Plus sa rigueur devient sensible ,
Plus des Mortels ils sont aimez.
Air.
L'Hyver,quoiqu'un Dieu redoutable,
Brille à mes yeux de mille attraits ,
En ce qu'il est inséparable ,
Des Jeux , des Ris et de la Paix ;
Son regne est celui des délices ;
·
Chacun peut sans soins , sans travaux ;
Avoir part aux doux sacrifices ,
Qu'il exige de ses Rivaux.
L'Hyver , &c.
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Résumé : LES SAISONS, CANTATE A mettre en Musique.
Le texte 'Les Saisons' est une œuvre poétique destinée à être mise en musique, décrivant les différentes saisons et leurs influences sur le monde. Initialement, Vertumne, dieu de la Terre, régnait seul durant l'âge d'or. Après son détrônement par le dieu du Tonnerre, Cérès, Bacchus et l'Hiver renversèrent ses lois, marquant les saisons par des conflits et des changements. Le texte commence par un air regrettant la perte de l'âge d'or, où le printemps serait durable et l'amour éternel. Un récitatif décrit la fuite de Vertumne et l'arrivée de l'amour, symbolisée par Philomèle. L'abondance de Cérès est célébrée, et les plaisirs de l'abondance sont encouragés après ceux du printemps. Un nouveau récitatif introduit l'arrivée de Bacchus, dont la liqueur charmante remplace les dons de Cérès. Pomone mêle ses fruits à la vendange, et l'ivresse de Bacchus est louée comme source de félicité. Enfin, l'hiver est décrit comme un dieu redoutable mais apportant des délices et des plaisirs, malgré sa rigueur.
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6622
p. 2727-2728
Vicairies Apostoliques d'Antibes, [titre d'après la table]
Début :
Le Memoire qui suit et que nous donnons dans les mêmes termes que nous [...]
Mots clefs :
Mémoire, Public, Procès, Vicaire Apostolique, Arrêt, Antibes
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texteReconnaissance textuelle : Vicairies Apostoliques d'Antibes, [titre d'après la table]
Le Memoire qui suit et que nous don
nons dans les mêmes termes que nous
l'avons reçû , instruira le Public de la
décision d'une grande Affaire Ecclesias
tique.ue.
Le grand Procès touchant la Vicairie
Apostolique et l'Officialité érigée en la
I. Vol.
Ville
2728 MERCURE DE FRANCE
Ville d'Antibes dans des temps de trouble et de schisme , par les Bulles desPapes Jean XXIII. Marin V. et Eugene
IV. a enfin été jugé définitivement par
Arrêt du Conseil d'Etat du. 11. Octobre
1732. rendu en faveur de M. d'Antelmi,
Evêque de Grasse ayant repris la suite
de cette affaire , qui dure depuis 150. ans.
L'Arrêt déclare qu'il y a abus dans lesdites Bulles , et sans s'arrêter à tout ce
qui s'en est ensuivi concernant ladite
érection et le démembrement des fonctions Episcopales des Evêques de Grasse ,
de leur Jurisdiction en ladite Ville, maintient l'Evêque de Grasse et ses Successeurs , dans le droit d'exercer toute Jurisdiction Episcopale dans ladite Ville et Territoire d'Antibes , comme auparavant.
lesdites Bulles. Il y a eu sur cette Affaire des Memoires très-curieux,imprimées,
chez Pierre Prault et la Veuve Saugrain ,
sous le Quay de Gesures , à Paris.
nons dans les mêmes termes que nous
l'avons reçû , instruira le Public de la
décision d'une grande Affaire Ecclesias
tique.ue.
Le grand Procès touchant la Vicairie
Apostolique et l'Officialité érigée en la
I. Vol.
Ville
2728 MERCURE DE FRANCE
Ville d'Antibes dans des temps de trouble et de schisme , par les Bulles desPapes Jean XXIII. Marin V. et Eugene
IV. a enfin été jugé définitivement par
Arrêt du Conseil d'Etat du. 11. Octobre
1732. rendu en faveur de M. d'Antelmi,
Evêque de Grasse ayant repris la suite
de cette affaire , qui dure depuis 150. ans.
L'Arrêt déclare qu'il y a abus dans lesdites Bulles , et sans s'arrêter à tout ce
qui s'en est ensuivi concernant ladite
érection et le démembrement des fonctions Episcopales des Evêques de Grasse ,
de leur Jurisdiction en ladite Ville, maintient l'Evêque de Grasse et ses Successeurs , dans le droit d'exercer toute Jurisdiction Episcopale dans ladite Ville et Territoire d'Antibes , comme auparavant.
lesdites Bulles. Il y a eu sur cette Affaire des Memoires très-curieux,imprimées,
chez Pierre Prault et la Veuve Saugrain ,
sous le Quay de Gesures , à Paris.
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Résumé : Vicairies Apostoliques d'Antibes, [titre d'après la table]
Le document traite d'un important procès ecclésiastique concernant la Vicairie Apostolique et l'Officialité d'Antibes. Ce litige, marqué par des troubles et des schismes, a été résolu par des bulles papales émises par Jean XXIII, Marin V et Eugène IV. L'affaire a été définitivement tranchée par un arrêt du Conseil d'État du 11 octobre 1732, en faveur de M. d'Antelmi, évêque de Grasse. Cet arrêt reconnaît que les bulles papales contenaient des abus et confirme les droits de l'évêque de Grasse et de ses successeurs à exercer la juridiction épiscopale à Antibes, comme avant les bulles. Plusieurs mémoires sur cette affaire ont été imprimés à Paris, chez Pierre Prault et la Veuve Saugrain, sous le Quai de Gesvres.
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6623
p. 2728-2729
Prix de l'Académie Françoise, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie Françoise donnera le 25 du mois d'Août prochain, Fête de Saint [...]
Mots clefs :
Académie française, Prix d'éloquence, Médailles, Prix de prose
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texteReconnaissance textuelle : Prix de l'Académie Françoise, [titre d'après la table]
L'Académie Françoise donnera le 25
du mois d'Août prochain , Fête de Saint
Louis , le Prix d'Eloquence fondé par feu
M. de Balzac , dont le Sujet sera , de la
modération dans la dispute , suivant ces
paroles de l'Ecriture Sainte , Responsio
mollis frangit iram , Froverb. ch. 15. V. I.
I. Vol.
Celui
DECEMBRE. 1732 2729
Celui qui remportera ce Prix , recevra
deux Médailles d'or au lieu d'une , parceque l'Académie n'a point encore donné
le Prix de Prose de l'année 1731. Le mê
me jour elle donnera aussi le Prix de
Poësie fondé le feu Evêque de
Noyon , dont le Sujet sera : Le Progrès
de la Sculpture sous le Régne de Louis le
Grand.
و
2
par
du mois d'Août prochain , Fête de Saint
Louis , le Prix d'Eloquence fondé par feu
M. de Balzac , dont le Sujet sera , de la
modération dans la dispute , suivant ces
paroles de l'Ecriture Sainte , Responsio
mollis frangit iram , Froverb. ch. 15. V. I.
I. Vol.
Celui
DECEMBRE. 1732 2729
Celui qui remportera ce Prix , recevra
deux Médailles d'or au lieu d'une , parceque l'Académie n'a point encore donné
le Prix de Prose de l'année 1731. Le mê
me jour elle donnera aussi le Prix de
Poësie fondé le feu Evêque de
Noyon , dont le Sujet sera : Le Progrès
de la Sculpture sous le Régne de Louis le
Grand.
و
2
par
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Résumé : Prix de l'Académie Françoise, [titre d'après la table]
Le 25 août, l'Académie Françoise célébrera la fête de Saint Louis avec deux concours. Le Prix d'Éloquence, sur la modération dans la dispute, offrira deux médailles d'or. Le Prix de Poésie portera sur le progrès de la sculpture sous Louis le Grand.
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6624
p. 2729-2730
« On écrit de Bologne de la fin du mois dernier, que la sçavante Dona Laura [...] »
Début :
On écrit de Bologne de la fin du mois dernier, que la sçavante Dona Laura [...]
Mots clefs :
Italie, Thèses, Savante, Laura Catherine Bussy, Érudition, Université
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texteReconnaissance textuelle : « On écrit de Bologne de la fin du mois dernier, que la sçavante Dona Laura [...] »
On écrit de Bologne de la fin du mois
dernier , que la sçavante Dona Laura Ca--
therine Bussy , dont on a déja parlé plusieurs fois continue à donner de tems
en tems des marques éclatantes de son
sçavoir et de sa profonde érudition. Outre les differentes Theses qu'elle a soutenuës en public avec un applaudissement
general , elle répondit dernierement avec
beaucoup de solidité à diverses questions
qui lui furent faites en présence de trois
Ĉardinaux , six Prélats et plusieurs autres personnes de distinction , par huit
Professeurs en Theologie et en Philosophie de cette Université. On dit que cette Sçavante ira dans peu à Rome , à Florence et à Venise pour s'entretenir avec
les Académiciens de ces Villes.
dernier , que la sçavante Dona Laura Ca--
therine Bussy , dont on a déja parlé plusieurs fois continue à donner de tems
en tems des marques éclatantes de son
sçavoir et de sa profonde érudition. Outre les differentes Theses qu'elle a soutenuës en public avec un applaudissement
general , elle répondit dernierement avec
beaucoup de solidité à diverses questions
qui lui furent faites en présence de trois
Ĉardinaux , six Prélats et plusieurs autres personnes de distinction , par huit
Professeurs en Theologie et en Philosophie de cette Université. On dit que cette Sçavante ira dans peu à Rome , à Florence et à Venise pour s'entretenir avec
les Académiciens de ces Villes.
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Résumé : « On écrit de Bologne de la fin du mois dernier, que la sçavante Dona Laura [...] »
Dona Laura Catherine Bussy, érudite de Bologne, a soutenu plusieurs thèses en public avec succès. Elle a répondu aux questions de huit professeurs en théologie et philosophie devant trois cardinaux et six prélats. Elle prévoit de visiter Rome, Florence et Venise pour rencontrer des académiciens.
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6625
p. 2729-2730
« On mande d'Italie que le sieur Schioffino, celébre Sculpteur de Genes, avoit [...] »
Début :
On mande d'Italie que le sieur Schioffino, celébre Sculpteur de Genes, avoit [...]
Mots clefs :
Sculpteur, Crucifix, Statues
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texteReconnaissance textuelle : « On mande d'Italie que le sieur Schioffino, celébre Sculpteur de Genes, avoit [...] »
On mande d'Italie que le sieur SchiofI. Vol. fine .
2730 MERCURE DE FRANCE
fino , celébre Sculpteur de Genes , avoit
fini depuis peu le grand Crucifix de marbre et plusieurs autres Statues qu'il faisoit
pour le Roi de Portugal
2730 MERCURE DE FRANCE
fino , celébre Sculpteur de Genes , avoit
fini depuis peu le grand Crucifix de marbre et plusieurs autres Statues qu'il faisoit
pour le Roi de Portugal
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6626
p. 1730
« Le sieur Martin l'aîné, qu'on peut dire avoir considerablement enrichi les [...] »
Début :
Le sieur Martin l'aîné, qu'on peut dire avoir considerablement enrichi les [...]
Mots clefs :
Beaux Arts, Ouvrages, Vernis, Martin, Lambris, Carosses
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texteReconnaissance textuelle : « Le sieur Martin l'aîné, qu'on peut dire avoir considerablement enrichi les [...] »
Le sieur Martin l'aîné , qu'on peut dire avoir considerablement, enrichi les
beaux Arts en Europe , en imitant et
surpassant même à beaucoup d'égards
les plus beaux Ouvrages en Vernis unis
et de relief , de la Chine et du Japon
donne avis au Public , que pour s'accommoder au tems et aux personnes qui ne
veulent pas faire une grande dépense , il
entreprend des Lambris , Frises , Plafonds , impressions , bronzures , peintures ordinaires , generalement toutes sortes
de Vernis , et autres Ouvrages au prix
courant , pour décorer les Appartemens ,
d'un goût nouveau agréable , avec figures de relief et de diverses couleurs.
Il entreprend aussi des Carosses en beau
vernis en avanturine , &c. les fait peindre et dorer , et garantit la dorure des
injures du tems. Le tout à un prix rai- sonnable.
,
Sa demeure est toujours grande ruë da
Fauxbourg S. Denis , chez la veuve Rivet, près la Grille
beaux Arts en Europe , en imitant et
surpassant même à beaucoup d'égards
les plus beaux Ouvrages en Vernis unis
et de relief , de la Chine et du Japon
donne avis au Public , que pour s'accommoder au tems et aux personnes qui ne
veulent pas faire une grande dépense , il
entreprend des Lambris , Frises , Plafonds , impressions , bronzures , peintures ordinaires , generalement toutes sortes
de Vernis , et autres Ouvrages au prix
courant , pour décorer les Appartemens ,
d'un goût nouveau agréable , avec figures de relief et de diverses couleurs.
Il entreprend aussi des Carosses en beau
vernis en avanturine , &c. les fait peindre et dorer , et garantit la dorure des
injures du tems. Le tout à un prix rai- sonnable.
,
Sa demeure est toujours grande ruë da
Fauxbourg S. Denis , chez la veuve Rivet, près la Grille
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Résumé : « Le sieur Martin l'aîné, qu'on peut dire avoir considerablement enrichi les [...] »
Le sieur Martin l'aîné, célèbre pour ses œuvres en vernis imitant celles de la Chine et du Japon, propose désormais des prix plus accessibles. Il offre des lambris, frises, plafonds, impressions, bronzures, peintures et autres types de vernis pour décorer les appartements. Il décore également des carrosses en vernis, avec options de peinture et de dorure garantie. Sa résidence est rue du Faubourg Saint-Denis, chez la veuve Rivet.
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6627
p. 2731-2732
ARREST NOTABLES.
Début :
ARREST du 14. Octobre, qui décharge des droits d'enregistrement et de contrôle, [...]
Mots clefs :
Arrêts notables, Déclaration, Factures, Cour des monnaies
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texteReconnaissance textuelle : ARREST NOTABLES.
'ARRESTS NOTABLES.
RREST du 14. Octobre , qui décharge
des droits d'enregistrement et de contrôle ,
les adjudications des Bois des Communautez Ec- clesiastiques et Laïques , Beneficiers et Gens de Main-morte , faites en vertu d'Arrêts du Conseil
et Lettres Patentes.
AUTRE du 28. Octobre , qui permet la
sortie des grains pour l'Etranger par differens
Ports de Bretagne , en payant dix sols par tonneau de froment ou méteil , et huit sols par
tonneau de seigle , orge , baillarge et autres me,
nus grains.
AUTRE du 28. Octobre , qui déboute les Habitans des Paroisses et Communautez de Comtes , Cauron et S. Vast en Artois , à eux joints
les Etats de ladite Province , de leurs demandes et ordonne l'execution de l'Arrêt du 21. Février 1690. et de la Déclaration du premier Août
1721. portant Reglement pour la Régie du Tabac , la deffense des plantations et les visites des Employez , dans les Paroisses de l'étendue des
trois lieues de ladite Province d'Artois , limitro
phes de celle de Picardie,
AUTRE du 11. Novembre , qui ordonne
que tous les Exploits de saisies , oppositions ou
empêchemens à la délivrance et payement des
sommes assignées et employées dans les Etats du
Roy, expedicz pour la distribution des deniers
des Fermes, remboursemens des avances des Fermiers , et tous autres remboursemens , charges et
dépenses concernant la Regie desdites Fermes ,
I. Vol,
seront
2732 MERCURE DE FRANCE
seront visez et paraphez sans frais par le sieur
Gaultier , Receveur general desdites Fermes.
AUTRE du même jour , qui ordonne que
Pierre Carlier et ses Cautions , cy- devant Fermiers Generaux des Fermes- Unies , ne pourront
être assignez qu'en leur domicile à Paris ,
duits ailleurs qu'en la Cour des Aydes de Paris ,
pout raison des affaires des Fermes-Unies concer nant ledit Bail.
ni traAUTRE du 22. Novembre , qui ordonne l'execution de celui du 15. Janvier 1732. en ce
qui concerne les Factures que les Fabriquans doivent délivrer pour chaque balle ou ballot de
draps destinez pour les Echelles du Levant.
AUTRE du 9. Décembre , enregistré en la
Cour des Monnoyes le 17. qui proroge jusqu'au
dernier Décembre 1733. le prix des anciennes
Especes & Matieres d'or et d'argent,
RREST du 14. Octobre , qui décharge
des droits d'enregistrement et de contrôle ,
les adjudications des Bois des Communautez Ec- clesiastiques et Laïques , Beneficiers et Gens de Main-morte , faites en vertu d'Arrêts du Conseil
et Lettres Patentes.
AUTRE du 28. Octobre , qui permet la
sortie des grains pour l'Etranger par differens
Ports de Bretagne , en payant dix sols par tonneau de froment ou méteil , et huit sols par
tonneau de seigle , orge , baillarge et autres me,
nus grains.
AUTRE du 28. Octobre , qui déboute les Habitans des Paroisses et Communautez de Comtes , Cauron et S. Vast en Artois , à eux joints
les Etats de ladite Province , de leurs demandes et ordonne l'execution de l'Arrêt du 21. Février 1690. et de la Déclaration du premier Août
1721. portant Reglement pour la Régie du Tabac , la deffense des plantations et les visites des Employez , dans les Paroisses de l'étendue des
trois lieues de ladite Province d'Artois , limitro
phes de celle de Picardie,
AUTRE du 11. Novembre , qui ordonne
que tous les Exploits de saisies , oppositions ou
empêchemens à la délivrance et payement des
sommes assignées et employées dans les Etats du
Roy, expedicz pour la distribution des deniers
des Fermes, remboursemens des avances des Fermiers , et tous autres remboursemens , charges et
dépenses concernant la Regie desdites Fermes ,
I. Vol,
seront
2732 MERCURE DE FRANCE
seront visez et paraphez sans frais par le sieur
Gaultier , Receveur general desdites Fermes.
AUTRE du même jour , qui ordonne que
Pierre Carlier et ses Cautions , cy- devant Fermiers Generaux des Fermes- Unies , ne pourront
être assignez qu'en leur domicile à Paris ,
duits ailleurs qu'en la Cour des Aydes de Paris ,
pout raison des affaires des Fermes-Unies concer nant ledit Bail.
ni traAUTRE du 22. Novembre , qui ordonne l'execution de celui du 15. Janvier 1732. en ce
qui concerne les Factures que les Fabriquans doivent délivrer pour chaque balle ou ballot de
draps destinez pour les Echelles du Levant.
AUTRE du 9. Décembre , enregistré en la
Cour des Monnoyes le 17. qui proroge jusqu'au
dernier Décembre 1733. le prix des anciennes
Especes & Matieres d'or et d'argent,
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Résumé : ARREST NOTABLES.
Entre octobre et décembre, plusieurs arrêtés ont été promulgués. Le 14 octobre, un arrêté exonère les adjudications des bois des communautés ecclésiastiques et laïques, ainsi que les bénéficiaires et gens de mainmorte, des droits d'enregistrement et de contrôle. Le 28 octobre, deux arrêtés sont pris : l'un autorise l'exportation de grains par divers ports de Bretagne avec des taxes spécifiques, et l'autre rejette les demandes des habitants des paroisses de Comtes, Cauron et Saint-Vast en Artois, ordonnant l'application des règlements sur la régie du tabac. Le 11 novembre, deux autres arrêtés sont publiés : l'un stipule que les exploits de saisies ou oppositions concernant les finances royales doivent être visés par le receveur général des fermes sans frais, et l'autre limite les assignations des anciens fermiers généraux des fermes unies à leur domicile parisien. Le 22 novembre, un arrêté ordonne l'exécution des règlements concernant les factures des fabricants de draps destinés aux Échelles du Levant. Enfin, le 9 décembre, un arrêté prolonge jusqu'au 31 décembre 1733 le prix des anciennes espèces et matières d'or et d'argent, enregistré à la Cour des Monnoyes le 17 décembre.
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6628
p. 2732
« Le second Volume du Mercure de ce mois est actuellement sous presse et paroîtra [...] »
Début :
Le second Volume du Mercure de ce mois est actuellement sous presse et paroîtra [...]
Mots clefs :
Second volume
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texteReconnaissance textuelle : « Le second Volume du Mercure de ce mois est actuellement sous presse et paroîtra [...] »
Le second Volume du Mercure de ce
mois est actuellement sous presse et paroîtra
incessamment.
mois est actuellement sous presse et paroîtra
incessamment.
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6629
p. 2732
TABLE
Début :
Pieces Fugitives, le Travail, Ode, 2521 Les Ames Rivales, Histoire Fabuleuse, 2529 [...]
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texteReconnaissance textuelle : TABLE
TABLE
Ieces Fugitives , le Travail , Ode ,
Pi 2521
Les Ames Rivales , Histoire Fabuleuse, 2529
Ode sur l'Amitié , 2545
Deuxième Lettre Historique sur le Marquis de
Rosny ,
Chansons de Mlle de Malcrais ,
2550
2562
Lettre sur la réimpression des Romans de Mile de Scudery ,
Missive à l'Infante de Malcrais , &c.
Cantate sur la Naissance de J. C.
2567
2570
2575
Ode sur la Convalescence du Duc d'Orleans, &c.
2577
Sixième Lettre sur Oran ,
2581 Requête en Vers au Prévôt des Marchands, 2589
Lettre sur l'Histoire de l'Eglise de Meaux , 2591
A Mlle Malcrais de la Vigne,
A Madame *** 2593
2597 Extrait d'un Mémoire sur la vîtesse des Eaux ,
&c.
2599 Epitre à M. de Voltaire par Mlle de la Vigne ,
Sonnet ,
Enigmes , Logogryphes , &c.
>
2605
2613
2614 Nouvelles Litteraires des beaux Arts , &c. Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes
illustres ,
Bibliotheque Germanique , &c.
Prix de la Societé des Arts ,
Nouvelles Estampes ,
Chansons notées ,
Spectacles
2618
2627
-2639
2641
2647
2648 Cassius et Victorinus , Tragédie , Extrait, 2649
La Soeur Ridicule , & c. 2660
Arlequin au Parnasse , ou la Folie de Melpome- ne , &c.
2667 L'Opéra de Biblis , Extrait , 2674
Isis , Opera remis , 2683
Ode imité d'Orace , 2686
Nouvelles Etrangeres , de Turquie et Perse, 2688
Allemagne et Italie , 2689
Espagne , d'Oran , &c. 2692
Hollande et Pays- Bas , 2696 Bouquet et présent de Confitures 2697
France , nouvelles de la Cour , de Paris, &c. 2699
Service solemnel pour les Musiciens de Paris, 2701
Bouquet à *** 2703
Convalescence du Duc d'Orleans , Actions de
Graces , &c.
Epitalame ,
2704
2708 Morts , &cp 2710
·Epigramme ; 871
Addition , mort de M. Tartarin ;
Extrait de Lettre de l'Auteur du Voyage
mandie ,
Ibid.
deNor
2714
2719 Lettre sur le Cabinet de M. Paul Lucas , 2720
2724
2727
2728
Madrigal à Mlle de Castellan ,
Les Saisons , Cantate ,
Vicairies Apostoliques d'Antibes,
Prix de l'Académie Françoise ,
Arrêts Notables ,
Erraia d'Octobre.
2738
ALapage 2140. ligne 14. après le Vers ,
Ieces Fugitives , le Travail , Ode ,
Pi 2521
Les Ames Rivales , Histoire Fabuleuse, 2529
Ode sur l'Amitié , 2545
Deuxième Lettre Historique sur le Marquis de
Rosny ,
Chansons de Mlle de Malcrais ,
2550
2562
Lettre sur la réimpression des Romans de Mile de Scudery ,
Missive à l'Infante de Malcrais , &c.
Cantate sur la Naissance de J. C.
2567
2570
2575
Ode sur la Convalescence du Duc d'Orleans, &c.
2577
Sixième Lettre sur Oran ,
2581 Requête en Vers au Prévôt des Marchands, 2589
Lettre sur l'Histoire de l'Eglise de Meaux , 2591
A Mlle Malcrais de la Vigne,
A Madame *** 2593
2597 Extrait d'un Mémoire sur la vîtesse des Eaux ,
&c.
2599 Epitre à M. de Voltaire par Mlle de la Vigne ,
Sonnet ,
Enigmes , Logogryphes , &c.
>
2605
2613
2614 Nouvelles Litteraires des beaux Arts , &c. Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes
illustres ,
Bibliotheque Germanique , &c.
Prix de la Societé des Arts ,
Nouvelles Estampes ,
Chansons notées ,
Spectacles
2618
2627
-2639
2641
2647
2648 Cassius et Victorinus , Tragédie , Extrait, 2649
La Soeur Ridicule , & c. 2660
Arlequin au Parnasse , ou la Folie de Melpome- ne , &c.
2667 L'Opéra de Biblis , Extrait , 2674
Isis , Opera remis , 2683
Ode imité d'Orace , 2686
Nouvelles Etrangeres , de Turquie et Perse, 2688
Allemagne et Italie , 2689
Espagne , d'Oran , &c. 2692
Hollande et Pays- Bas , 2696 Bouquet et présent de Confitures 2697
France , nouvelles de la Cour , de Paris, &c. 2699
Service solemnel pour les Musiciens de Paris, 2701
Bouquet à *** 2703
Convalescence du Duc d'Orleans , Actions de
Graces , &c.
Epitalame ,
2704
2708 Morts , &cp 2710
·Epigramme ; 871
Addition , mort de M. Tartarin ;
Extrait de Lettre de l'Auteur du Voyage
mandie ,
Ibid.
deNor
2714
2719 Lettre sur le Cabinet de M. Paul Lucas , 2720
2724
2727
2728
Madrigal à Mlle de Castellan ,
Les Saisons , Cantate ,
Vicairies Apostoliques d'Antibes,
Prix de l'Académie Françoise ,
Arrêts Notables ,
Erraia d'Octobre.
2738
ALapage 2140. ligne 14. après le Vers ,
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Résumé : TABLE
Le document présente une liste chronologique d'œuvres littéraires et d'événements culturels s'étendant de 2521 à 2738. Parmi les œuvres notables figurent 'Ieces Fugitives' en 2521, 'Les Ames Rivales' en 2529, et 'Ode sur l'Amitié' en 2545. Des correspondances importantes incluent la 'Deuxième Lettre Historique sur le Marquis de Rosny' en 2550 et une 'Lettre sur la réimpression des Romans de Mile de Scudery' en 2562. Des événements spécifiques sont également mentionnés, tels que la 'Cantate sur la Naissance de J. C.' en 2567 et la 'Convalescence du Duc d'Orleans' en 2704. Le document se conclut par des mentions de décès, comme celui de M. Tartarin, et diverses œuvres telles que des madrigaux, des cantates, et des prix académiques.
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6630
s. p.
Errata d'Octobre.
Début :
A la page 2140. ligne 14. après le Vers; chante la Palinodie, ajoûtez, [...]
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texteReconnaissance textuelle : Errata d'Octobre.
Erraia d'Octobre.
2738
ALapage 2140. ligne 14. après le Vers , į chante la Palinodie , ajoûtez ,
Purgatifs , et Phlebotomie ,
Je m'étois toujours révolté ;
Mais d'une triple maladie.
Par leur secours ressuscité ;
Dans ce Vers d'Horace emprunté
Je chante la Palinodie , &c.
Et chez lui , &c,
2738
ALapage 2140. ligne 14. après le Vers , į chante la Palinodie , ajoûtez ,
Purgatifs , et Phlebotomie ,
Je m'étois toujours révolté ;
Mais d'une triple maladie.
Par leur secours ressuscité ;
Dans ce Vers d'Horace emprunté
Je chante la Palinodie , &c.
Et chez lui , &c,
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6631
s. p.
Errata de Novembre
Début :
Page 2493. l. 23. de, lisez à P. 2495. l. 13. Bravet, l. Blavet. P. 2507. l. 16. Duvay, [...]
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texteReconnaissance textuelle : Errata de Novembre
Errata de Novembre.
Age 2493. 1. 23. de , lisez à. P. 2495. l. 137
Bravet , . Blavet. P. 2507. l. 16. Duvay ,
1. Durey
Age 2493. 1. 23. de , lisez à. P. 2495. l. 137
Bravet , . Blavet. P. 2507. l. 16. Duvay ,
1. Durey
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6632
s. p.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Début :
Page 2584. l. 1. avec, lisez avoit. P. 2591. l. 22. 1720. l. 1620. P. 2621. l. 27. d'Ossal, [...]
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texteReconnaissance textuelle : Fautes à corriger dans ce Livre.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Page22. 2584. 1720.1. 1. avec,lisez 262 1.avoit l. 27.. d'Ossal P. 2592.
1. d'Ossat. P. 2648. l . d. vous , l. nous. P. 2659a
1. 11. pere , 1. fils . P. 2662. 1. 1. neuf, 1. neuve.
P. 2674. 1. 19. le , l. sc.
Page22. 2584. 1720.1. 1. avec,lisez 262 1.avoit l. 27.. d'Ossal P. 2592.
1. d'Ossat. P. 2648. l . d. vous , l. nous. P. 2659a
1. 11. pere , 1. fils . P. 2662. 1. 1. neuf, 1. neuve.
P. 2674. 1. 19. le , l. sc.
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6634
s. p.
AVIS.
Début :
L'ADRESSE generale est à Monsieur MOREAU, Commis au [...]
Mots clefs :
Commis, Adresse, Libraire
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texteReconnaissance textuelle : AVIS.
A VIS.
1
L
'ADRESSE generale થીeft ઢેà
Monfieur MOREAU , Commis
Mercure vis - à - vis la Comedie Fran- و
au
goife , à Paris. Ceux qui pour leur commodité voudront remettre leurs Paquets cachetez aux Libraires qui vendent le Mer- .
cure, à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour lesfaire tenir.
On prie très-inflamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter, & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardė:
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront avoir le Mercure de France de la premiere main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perie de temps , & de les faire porterfur
l'heure à la Pofte , ou aux Meſſageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS
1
L
'ADRESSE generale થીeft ઢેà
Monfieur MOREAU , Commis
Mercure vis - à - vis la Comedie Fran- و
au
goife , à Paris. Ceux qui pour leur commodité voudront remettre leurs Paquets cachetez aux Libraires qui vendent le Mer- .
cure, à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour lesfaire tenir.
On prie très-inflamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter, & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardė:
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront avoir le Mercure de France de la premiere main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perie de temps , & de les faire porterfur
l'heure à la Pofte , ou aux Meſſageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS
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Résumé : AVIS.
Le document annonce la distribution du périodique 'Mercure'. Les paquets peuvent être remis aux libraires à Paris ou envoyés par la poste. Les expéditeurs doivent affranchir les lettres ou paquets pour éviter le rejet. Les libraires et particuliers des provinces et des pays étrangers peuvent recevoir le 'Mercure de France' en premier en fournissant leurs adresses à Monsieur Moreau, qui assurera l'envoi rapide par la poste ou les messageries. Le prix du 'Mercure' est de trente sols.
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6635
s. p.
ODE. A LA POESIE.
Début :
C'est toi, divine Poësie, [...]
Mots clefs :
Poésie, Autels, Divin langage, Harmonie, Renommée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE. A LA POESIE.
OD E.
A LA POESIE.
'Est toi , divine Poësie ,
Qu'on entend seule dans les Cieur
De concert avec l'Ambroisie ,
Tu donnes l'être à tous les Dieux {
Apollon te tient lieu de Pere ;
Il commande qu'on te revere ,
Et qu'on t'éleve des Autels,
II. Vol. A ij Los
2734 MERCURE DE FRANCE
Les chastes filles de memoire ,
Ne cessent de chanter ta gloire ,
Et de l'inspirer aux Mortels,
Ils étoient avant te connoître ,
Errans dans le vaste Univers ;
Mais dès qu'ils te virent paroître ,
Charmez de tes accens divers ,
Ennemis de la solitude ,
Ils coururent en multitude ,
Jouir des fruits de ta beauté ;
Bien-tôt leurs rustiques aziles ,
Formerent de superbes Villes ,
Ou ton nom seul fut respecté.
諾
Quelle fut alors ta puissance
Tu regnois seule dans les cœurs ;
Sans effort et sans violence ,
Tout fléchissoit sous tes douceurs,
Maîtresse de toute la Terre ,
Tu sçus sans le Dieu de la guerre ,
Sur le Trône placer des Rois ;
Et des fiers Lions de la Thrace ,
Adoucir la féroce audace ,
Par les seuls charmes de ta voix.
II, Vol.
On
DECEMBRE. 1732. 2735.
On ne vit plus cet air sauvage ,
Regner parmi les Nations,
Chacun de ton divin langage .
Faisoit ses occupations.
Jusques à la Philosophie ,
Cette fille du Ciel chérie ,
Emprunta l'éclat de tes sons;
Afin d'être sûre de plaire ,
Et de paroître moins severe ,
En donnant ses sages leçons.
Dans peu sur la double Colline ,
On vit monter tes Favoris ,
Soutenus de l'ardeur divine ,
Dont tu remplissois leurs esprits.
Une Couronne toute prête ,
Les attendoit au haut du faîte ,
Pour prix de leurs rares efforts ;
Les Mortels qui s'en voyoient ceindre ,
N'avoient plus desormais à craindre ,
D'augmenter le nombre des Morts.
Par ton secours le tendre Orphée,
Jadis dans l'infernal séjour ,
Se sçut élever un Trophée ,
Dont se glorifia l'Amour.
11. Vol. A
Pluton iij
736 MERCURE DE FRANCE
Pluton , Némesis , les Furies ,
Suspendirent leurs barbaries ,
Et Cerbere ses hurlemens ;
Aux premiers accords de sa Lyre ,
Les plaisirs dans le sombre Empire ,
Prirent la place des tourmens.
Arion en Proye aux Corsaires ,
'Alloit voir terminer son sort :
Déja par leurs mains sanguinaires ,
Il voyoit préparer sa mort ,
Mais par la puissance infinie ,
De ton attrayante harmonie ,
Il désarma leur cruauté ;
Et força le Peuple de l'Onde ,
A quitter sa Grotte profonde ,
Pour lui rendre la liberté.
來
Thebes vit jadis ses murailles ,
Renaître à la voix d'Amphion.
Oui, c'est ainsi que tu travailles.
Fille pleine d'invention ;
Tului fis faire ce miracle ,
Sans qu'il trouvât aucun obstacle ,
Dans son projet audacieux.1
Quel n'est pas ton bonheur suprême ?
II. Vol. Le
DECEMBRE. 1732 2737
Le Dieu du Tonnerre lui-même ,
Tient de toi le Sceptre des Cieux !
Qu'un Héros gagne des batailles ,
Et renverse mille remparts ;
Que la mort et les funerailles ,
Suivent par tout ses Etendarts.
Quoiqu'en dise la Renommée ,
Cette gloire n'est que fumée ,
Le temps la met vite au tombeau ;
Son bras eût-il lancé la foudre ,
Réduit tout l'Univers en poudre ,
Cela n'est rien sans ton Pinceau ,
Le Dieu qui fit armer la Grece ,
Contre les malheureux Troyens ,
Le Dieu qui nous plaît , qui nous blesse ,
Le fait souvent par tes moyens.
De l'ame la plus indocile ,
Tu lui rends la route facile ,
Tu l'y fais regner en vainqueur.
Il en seroit bien moius à craindre ,
Si tu ne l'aidois à se plaindre ,
Quand on l'accable de rigueurs.
Je ne marche dans ta carriere ,
II. Vol. A iiij En-
2738 MERCURE DE FRANCE
Encore que d'un pas tremblant ;
Depeur
de heurter la barriere ,
Qui deffend d'aller en avant.
Heureux si dans cette peinture ,
Ebauche foible et sans parure ,
De ce que peuvent tes attraits ,
Je pouvois avoir l'avantage ,
.
Que l'on reconnut ton ouvrage ,
Ou du moins quelqu'un de tes traits.
M. de S. R.
A LA POESIE.
'Est toi , divine Poësie ,
Qu'on entend seule dans les Cieur
De concert avec l'Ambroisie ,
Tu donnes l'être à tous les Dieux {
Apollon te tient lieu de Pere ;
Il commande qu'on te revere ,
Et qu'on t'éleve des Autels,
II. Vol. A ij Los
2734 MERCURE DE FRANCE
Les chastes filles de memoire ,
Ne cessent de chanter ta gloire ,
Et de l'inspirer aux Mortels,
Ils étoient avant te connoître ,
Errans dans le vaste Univers ;
Mais dès qu'ils te virent paroître ,
Charmez de tes accens divers ,
Ennemis de la solitude ,
Ils coururent en multitude ,
Jouir des fruits de ta beauté ;
Bien-tôt leurs rustiques aziles ,
Formerent de superbes Villes ,
Ou ton nom seul fut respecté.
諾
Quelle fut alors ta puissance
Tu regnois seule dans les cœurs ;
Sans effort et sans violence ,
Tout fléchissoit sous tes douceurs,
Maîtresse de toute la Terre ,
Tu sçus sans le Dieu de la guerre ,
Sur le Trône placer des Rois ;
Et des fiers Lions de la Thrace ,
Adoucir la féroce audace ,
Par les seuls charmes de ta voix.
II, Vol.
On
DECEMBRE. 1732. 2735.
On ne vit plus cet air sauvage ,
Regner parmi les Nations,
Chacun de ton divin langage .
Faisoit ses occupations.
Jusques à la Philosophie ,
Cette fille du Ciel chérie ,
Emprunta l'éclat de tes sons;
Afin d'être sûre de plaire ,
Et de paroître moins severe ,
En donnant ses sages leçons.
Dans peu sur la double Colline ,
On vit monter tes Favoris ,
Soutenus de l'ardeur divine ,
Dont tu remplissois leurs esprits.
Une Couronne toute prête ,
Les attendoit au haut du faîte ,
Pour prix de leurs rares efforts ;
Les Mortels qui s'en voyoient ceindre ,
N'avoient plus desormais à craindre ,
D'augmenter le nombre des Morts.
Par ton secours le tendre Orphée,
Jadis dans l'infernal séjour ,
Se sçut élever un Trophée ,
Dont se glorifia l'Amour.
11. Vol. A
Pluton iij
736 MERCURE DE FRANCE
Pluton , Némesis , les Furies ,
Suspendirent leurs barbaries ,
Et Cerbere ses hurlemens ;
Aux premiers accords de sa Lyre ,
Les plaisirs dans le sombre Empire ,
Prirent la place des tourmens.
Arion en Proye aux Corsaires ,
'Alloit voir terminer son sort :
Déja par leurs mains sanguinaires ,
Il voyoit préparer sa mort ,
Mais par la puissance infinie ,
De ton attrayante harmonie ,
Il désarma leur cruauté ;
Et força le Peuple de l'Onde ,
A quitter sa Grotte profonde ,
Pour lui rendre la liberté.
來
Thebes vit jadis ses murailles ,
Renaître à la voix d'Amphion.
Oui, c'est ainsi que tu travailles.
Fille pleine d'invention ;
Tului fis faire ce miracle ,
Sans qu'il trouvât aucun obstacle ,
Dans son projet audacieux.1
Quel n'est pas ton bonheur suprême ?
II. Vol. Le
DECEMBRE. 1732 2737
Le Dieu du Tonnerre lui-même ,
Tient de toi le Sceptre des Cieux !
Qu'un Héros gagne des batailles ,
Et renverse mille remparts ;
Que la mort et les funerailles ,
Suivent par tout ses Etendarts.
Quoiqu'en dise la Renommée ,
Cette gloire n'est que fumée ,
Le temps la met vite au tombeau ;
Son bras eût-il lancé la foudre ,
Réduit tout l'Univers en poudre ,
Cela n'est rien sans ton Pinceau ,
Le Dieu qui fit armer la Grece ,
Contre les malheureux Troyens ,
Le Dieu qui nous plaît , qui nous blesse ,
Le fait souvent par tes moyens.
De l'ame la plus indocile ,
Tu lui rends la route facile ,
Tu l'y fais regner en vainqueur.
Il en seroit bien moius à craindre ,
Si tu ne l'aidois à se plaindre ,
Quand on l'accable de rigueurs.
Je ne marche dans ta carriere ,
II. Vol. A iiij En-
2738 MERCURE DE FRANCE
Encore que d'un pas tremblant ;
Depeur
de heurter la barriere ,
Qui deffend d'aller en avant.
Heureux si dans cette peinture ,
Ebauche foible et sans parure ,
De ce que peuvent tes attraits ,
Je pouvois avoir l'avantage ,
.
Que l'on reconnut ton ouvrage ,
Ou du moins quelqu'un de tes traits.
M. de S. R.
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Résumé : ODE. A LA POESIE.
Le poème célèbre la poésie comme une force divine et puissante, honorée par les dieux, notamment Apollon, et chantée par les filles de la mémoire. Avant la poésie, les mortels erraient dans l'univers, mais après l'avoir découverte, ils se rassemblèrent pour en jouir, formant des villes où son nom était respecté. La poésie régna dans les cœurs, plaçant des rois sur le trône sans violence et adoucissant les lions féroces de la Thrace. Elle transforma les nations et influença la philosophie pour la rendre plus agréable. Les poètes, soutenus par l'ardeur divine, reçurent des couronnes pour leurs efforts. La poésie permit à Orphée de charmer les enfers et à Arion d'échapper à la mort grâce à sa musique. Thèbes vit ses murailles renaître à la voix d'Amphion. Même le dieu du tonnerre tient son sceptre des cieux grâce à la poésie, et les héros doivent leur gloire à l'art poétique. Le poète exprime son désir de suivre la voie de la poésie, espérant que son œuvre reflète ses attraits.
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6636
p. 2738-2761
EXTRAIT des Plaidoyers prononcez au College de Louis le Grand.
Début :
On continue à faire dans ce College tous les ans avec un succès constant [...]
Mots clefs :
Collège de Louis le Grand, Plaidoyers, Père de la Santé, Délibération, Luxe, Rhétorique, Duel, Combat, Citoyens, Oisiveté, Indépendance, Prince, Discours, France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT des Plaidoyers prononcez au College de Louis le Grand.
EXTRAIT des Plaidoyers prononcer
an College de Louis le Grand.
Ο
N continue à faire dans ce College
tous les ans avec un succès constant
des Plaidoyers François , qui pour l'or- dinaire se font sur des sujets propres à
former l'esprit et le cœur de la jeune
Noblesse qu'on y éleve .
Le Pere de la Sante , Jesuite , l'un des
Professeurs de Rhétorique , en fit réciter
un le 27. d'Août dernier , dont nous allons donner l'Extrait , et dont voici le
sujet tel qu'il étoit dans le Programme
imprimé.
II. Vol. DE-
DECEMBRE. 1732. 2739
DELIBERATION concernant la
jeune Noblesse d'un Etat. Sujet traité
en forme de Plaidoyer François , par
les Rhétoriciens du College de Louis
LE GRAND.
Le jeune Casimir , Prince des plus verò
tueux qu'ait eûs la Pologne , indigné des désordres qui commençoient à s'introduire parmi la jeune Noblesse de sa Cour , pressa
fortement le Roy son pere de réprimer cette
licence par des Loix salutaires. Le Roy
Casimir III. surnommé le Grand , établit
pour cet effet une Commission , à la tête de
laquelle il mit le Prince son fils , avec plein.
pouvoir de regler tout ce qu'il jugeroit de
plus convenable au bien public , après avoir
entendu les discours et pris les avis des Commissaires.
Casimir nomme pour la discussion de cette
importante affaire,quelques Seigneurs des plus
reglez et des mieux instruits de la conduite
des jeunes gens ; il leur ordonne de proposer
en sa présence ce qui leur semble le plus
répréhensible , et même d'indiquer les moyens
qui leur paroissent les plus capables d'ar
rêter le cours du mal ; il leur promet au
nom du Roy une place plus ou moins distinguée dans le Conseil d'Etat , suivant
Putilité plus ou moins grande de la découII. Vol A v verte
2740 MERCURE DE FRANCE
verte qu'ils feront et de la Loy qu'ils suggereront en cette Seance.
Le premier qui parle , porte sa plainte contre le Luxe ou les folles dépenses.
Le second contre le Duel on le faux
point d'honneur.
Le troisieme , contre l'oisiveté ou la fai
neantise.
Le quatrième , contre l'indépendance des
jeunes Seigneurs.
Chacun d'eux prétend que le desordre qu'il
releve, mérite le plus l'attention du Prince ,
et la séverité des Loix. Casimir dresse les
articles de la Loy , décide sur l'ordre qu'on
·garderà dans l'execution, et regle le rang que
les quatre Commissaires tiendront dans le
Conseil d'Etat. Tel est l'objet de cette déliberation et dujugement qui la doit suivre.
Casimir , dans un Discours Préliminaire , fait voir quelle doit être la vigilance d'un Prince sur tous les Membres d'un Etat et particulierement sur la
conduite de la jeune Noblesse , dont les
exemples sont d'une utile ou dangereuse
consequence, parce que donnant des Maîtres au Peuple , elle doit aussi lui donner des modelles. Il invite les Seigneurs
qui composent son Conseil à l'éclairer de
leurs lumieres dans la délibération qui
doit préceder le Reglement general.
II. Vol. Ex-
DECEMBRE. 1732. 2741
}
EXTRAIT DU I. DISCOURS.
Contre le Luxe.
Les Partisans du Luxe employent deux
prétextes pour colorer leurs folles dépenses ; 1. elles sont , disent- ils , nécessaires pour soutenir leur rang. 2 ° . Elles
contribuent même à la gloire et à l'utilité de la Nation. Le jeune Orateur employe deux veritez pour réfuter ces deux
prétextes ; 1º . le Luxe , bien loin de
mettre la jeune Noblesse en état de soutenir son rang , ruine les esperances des
plus grandes Maisons. 2 ° . Le Luxe , bien
loin d'être glorieux et utile à la Nation
épuise les plus sures ressources.
Premiere Partie.
Sur quoi est fondée l'esperance d'une
grande Maison sur opulence qu'elle
possede ou qu'elle attend. Le Luxe épuise
l'une et met hors d'état d'acquerir l'autre. Sur le mérite de ceux qui la compo-.
sent ? Un homme livré au luxe n'a gueres d'autre mérite que celui de bien arranger un repas , et d'autre talent que
celui de se ruiner avec éclat sur les places distinguées qu'elle peut occuper ? mais
ou ces places sont venales , et alors ces
II. Vol. A vj jeunes
2742 MERCURE DE FRANCE
jeunes dissipateurs trouveront-ils de quoi
les acheter ? ou c'est la liberalité du Prince
qui en fait la récompense de la capacité
et de l'application d'un sujet habile et
laborieux ; sont- ils de ce caractere sur
les alliances honorables qu'elle peut former mais où les trouver ? parmi des
égaux ? qui d'entre eux voudra courir les
risques de voir des biens , le fruit de ses
sueurs , devenir la proye d'un prodigue
qui en a déja tant dissipé ... pour soutenir une maison chancelante; il faudra
donc la dégrader , et mêlant un sang
illustre avec celui de quelqu'une de ces
familles ennoblies par une rapide et suspecte opulence , acheter des biens aux dépens de l'honneur , et former des nœuds
peu sortables , qui font la honte des Nobles et le ridicule des Riches ... Qu'estce qui a forcé tant de familles illustres
tombées par l'indigence dans une espece
de roture , à s'ensevelir dans le sombre
réduit d'une Campagne ignoré ? quest- ce
qui a confondu avec les fils des Artisans
les descendans de tant de Héros , dont
les mains enchaînées par la pauvreté , ne
peuvent plus manier d'autre fer que celui
des vils instrumens de leur travail ! remontons à la source : c'est un Pere ou un
Ayeul prodigue qui a donné dans tous les
II. Vol. travers
DECEMBRE. 1732. 2743
travers du faste. Posterité nombreuse que
vous êtes à plaindre ! faut- il qu'un Pere
dissipateur enfante tant de miseres et dé
sole tant de miserables ? .. Le luxe n'est .
pas moins préjudiciable à l'Etat dont il
épuise les ressources.
Seconde Partie.
Il est certaines occasions d'éclat qui authorisent une magnificence extraordinaire: elle est alors légitime pour le particu .
lier , et glorieuse pour la nation. Mais
que ces mêmes Seigneurs n'écoutant que
leur passion pour le luxe , dissipent en
dépenses frivoles et le bien qu'ils ont , et
celui qu'ils doivent , et celui qu'ils esperent ; c'est un abus criminel , c'est une injustice criante contre les droits du Prince,
de leurs créanciers , de leurs enfans et de
la nation entiere , dont elle ruine le commerce , et dont par - là elle épuise les ressources.
"
Il est certains besoins qui obligent le
Prince à demander des secours pour la
conservation de tout le corps de l'Etat :
si les particuliers prodiguent leurs fonds ,
comment préteront ils leur ministere au maintien de tout ce corps ? le commerce
nesera-t-il pas détruit,quand le marchand,
faute d'être payé, sera hors d'état de payer
II. Fol lui
2744 MERCURE DE FRANCE
lui-même , et quand obligé de faire une
banqueroute imprévue , il fera succomber ses correspondants sous ses ruines ,
comment pourvoira un dissipateur à l'éducation de ses enfans , dont il risque sur
une carte la fortune et la subsistance ? les
domestiques d'un tel maître , renvoyez
sans gages après plusieurs années de services , ne sont-ils pas réduits à la plus déplorable mendicité...Quelle inhumanité,
quede se repaître les yeux des larmes ameresque l'on fait verser à tant de misérables ?
Que ne trempe-t-il ses mains parricides
dans leur sang? que ne leur arrache- t il la
vie , puisqu'il les prive de toutes ses douceurs.
Ce furent ces considérations qui firent
autrefois proscrire le luxe de toutes les Républiques bien réglées , comme une des
principales sources du renversement des
Empires...L'Orateur conclut à réprimer
par une severité sans adoucissement une
licence qui est sans bornes ; et à faire , s'il
le faut , un malheureux pour le mettre
hors d'état d'en faire des millions d'autres.
EXTRAIT DU II. DISCOURS.
Contre le Duel.
Le duel , disent ses partisans , est une
II. Vol. voie
DECEMBRE. 1732. 2745
-voie glorieuse pour réparer l'honneur outragé et c'est , ajoutent- ils, un moyen des
plus éficaces pour former des braves à
l'Etat. Pour détruire ces deux idées chimériqués , l'Orateur en établit deux réelles , par lesquelles il prouve 1 ° . que le
duel à plus de quoi deshonorer un ´homme que de quoi lui faire honneur. 2°.Que
l'Etat y perd beaucoup plus qu'il n'y gagne.
Premiere Partie.
La premiere proposition doit paroître
aux duelistes paradoxe , on en établit la
verité sur les causes et les suites du duel.
Les unes et les autres deshonorent la raison , et doivent le faire regarder comme
une insigne folie et comme l'opprobre de
l'humanité.
De quelles sources partent d'ordinaire
ces combats singuliers ? consultons les acteurs de ces scenes tragiques ; c'est selon
eux courage, intrépidité, grandeur d'ame.
Consultons l'expérience , c'est fureur ,
emportement , petitesse d'esprit qui ne.
peut digerer une raillerie , ce sont tous les
vices qui font les lâches. Tel voudroit passer pour un Achille , qui n'est au fond
qu'un Thersite decidé. On brave le peril
quand il est éloigné; approche-t- il ? la pa- 11. Vol. leur
2746 MERCURE DE FRANCE
leur peinte sur le visage des champions
annonce le trouble de leur esprit. Les uns
cherchent un lieu écarté, pour n'avoir aucun témoin qui les censure , les autres
cherchent un lieu frequenté pour avoir
des amis officieux qui les separent. Les
separe-t-on ! on blâme en public comme
un mal dont on doit se plaindre , ce qu'en
secret on regarde comme un bien dont on
se felicite. A- t -on eu du dessous dans le
combat? les glaives étoient inégaux , un
hazard imprévu a decidé la querelle &c.
D'autres vont au combat avec moins
de lâcheté y vont- ils avec moins de folie ? Quel sujet les arme communément ?
un étranger paroît dans la ville ; il passe
pour brave , on veut être son ennemi. Il
faut du sang pour cimenter la connoissance, et pour paroître brave devenir inhu
main. Cent autres sujets plus legers armcnt cent autres combatans plus coupables. Quelles horreurs ! deux rivaux se
font un divertissement de ces combats
sanguinaires on en a vu autrefois s'enfermerdans des tonneaux où ils ne pouvoient
reculer et là renouveller les scenes effrayantes des cruels Andabates , qui se portoient
des coups à l'aveugle , comme pour ne pas
voi la mortq'ils s'entredonnoient Onen
a vu d'autres s'embrasser avant que de
II. Vol. s'égorger
DECEMBRE. 1732: 27+7 27+7
s'égorger , et le symbole de l'amitié devenir le signal d'un assassinat.
Je n'attaque jamais le premier, dira quelqu'un: Je vous loue; mais pourquoi vous
attaque-t-on ? que n'êtes vous plus humain , plus poli , plus complaisant ? On
m'attaque sans raison : pourquoi accepter
le cartel ? n'est- il point d'autre voye pour
vous faire justice ? mais si je refuse , je suis deshonoré ; ouy , si vous n'êtes scrupuleux que sur l'article du duel... mais l'usa
ge le veut dites l'abus. Si vous vous trouviés dans ces contrées barbares, où la loi de
l'honneur veut qu'on se jette dans la flamme du bucher , sur lequel se consume le
corps mort d'un ami , croiriez- vous pouvoir sans folie vous assujettir à une si étran
ge coutume ? ... mais je compte icy donner la mort et non pas la recevoir. Combien d'autres l'ont reçue en comptant la,
donner ? Du moins avoués, ou que vous la
craignez , et deslors vous êtes lâche , ou
que vous la cherchez de sang froid , et
deslors vous êtes insensé , et que vous y
exposant contre les loix de la conscience ,
vous êtes impie.
Quant aux effets du duel, il n'y a qu'à jetter les yeux sur ses suites infamantes.L'indignation du Prince, la perte de la liberté,
de la noblesse,des biens, de la vie; l'indiII. Vol. gence
2748 MERCURE DE FRANCE
gence , l'inominie qu'il attire sur la posterité du coupable , tout cela ne suffit il
pas pour faire voir combien le duël flétrit
l'honneur du Vivant et du Mort, du vainqueur et du vaincu : mais quel tort ne faitil pas à l'Etat ? c'est ce qui reste à exami- ner.
Seconde Partie.
Prétendre le duel forme des Braves que
à l'Etat , c'est ne pas avoir une juste idée
de la veritable bravoure. Elle consiste dans
un courage intrépide animépar le devoir,
soutenu par la justice , armé par le zele
pour la deffense de la Patrie . La valeur
des Duelistes a- t'elle ces caracteres ? Au
lieu de produire dans l'ame cette fermeté
tranquille qu'inspire la bonté du parti
pour lequel on combat , elle n'y enfante.
que le trouble et ces violens transports
qui suivent toujours les grands crimes. Au
lieu d'allumer dans le cœur et dans les
yeux ce beau feu qui fait reconnoître les
Heros , elle répand sur le visage une sombre fureur qui caracterise les assassins.
Le Duel est une espece d'image de la
Guerre civile ; le nombre des combattans
en fait presque l'unique difference. Il est
moindre dans le Duel , mais le péril n'en
est que plus certain. Ignorent-ils donc
II. Vol. qu'ils
DECEMBR E. 1732. 2749
qu'ils doivent leur sang au service du
Prince ? Leur est-il permis d'en disposer
au gré de leur haine ? et tourner leurs armes contre les Citoyens , n'est- ce pas les
tourner contre le sein de la Patrie , leur
Mere commune.
En vain veulent - ils s'authoriser par
l'exemple des anciens Heros. Leurs combats singuliers n'étoient rien moins que
des Duels , puisqu'ils ne s'agissoit point
entr'eux de vanger des injures particulieres , mais d'épargner pour l'interêt de
la Patrie le sang de la multitude. Tel fut
le combat des trois Horaces , et des trois
Curiaces. Les Romains qui lui ont donné
de si justes éloges , étoient les ennemis
les plus déclarez du Duel. On sçait combien l'ancienne Rome cherissoit le sang
de ses Citoyens de là ces Couronnes civiques pour quiconque avoit sauvé la vie
à un de ses Enfans : de là ces peines décernées contre tout Citoyen convaincu d'en
avoir appellé un autre dans la lice sanglan
te; on cessoit dès- lors d'être Citoyen , et
la profession de Dueliste conduisoit au
rang d'esclave gladiateur.
Les Maures dans un siecle plus barbare
avoient conçû une telle horreur pour ces
sortes de combats , qu'ils ne les permettoient qu'aux valets chargés du bagage de
II. Vol.
l'Ar-
2750 MERCURE DE FRANCE
l'Armée quel modele pour nos Duelistes ?
:
C'est donc ce monstre qu'il faut exterminer de la Pologne par une loy aussi severe dans son exécution , qu'immuable
dans sa durée. Punir certains crimes , c'est
prévenir la tentation de les commettre.
Une punition sévere dispense d'une punition fréquente. Après tout , le plus sûr
moyen d'abolir le duel dépend des particuliers. Qu'ils écoutent la raison aidée de
l'honneur et de la foi ; qu'ils soient hommes et Chrétiens , et ils cesseront d'être
Duelistes.
EXTRAIT DU III. DISCOURS,
Contre P'Oisiveté
L'Oisiveté fait trop d'heureux en idée
pour ne point avoir de Partisans. Que ne
doit pas craindre l'Etat d'un vice qui est
la source de tous les autres. Plus elle a
d'attraits qui la rendent dangereuse , plus
on doit empêcher qu'elle ne devienne
commune ; pour mieux connoîtte ce qu'on
doit en penser , il faut voir ce qu'on en
peut craindre. 10. Un homme oisif est un
citoyen inutile à la République. 20. il ne
peut lui être inutile sans devenir bien- tôt
pernicieux.
II. Vol. Pre-
DECEMBRE. 1732. 2758
Premiere Partie.
Je ne suis , dit un oisif , coupable d'au
eun vice qui me deshonore : je le veux
pourroit- on lui répondre ; mais votre fai
néantise ne vous rend- elle pas capable de
tous les vices ? Vous n'entrés dans aucune
Societé mauvaise ; à la bonne heure : mais
quel rang tenez- vous dans la Societé.humaine ? Vous n'êtes point un méchant
homme , soit : mais êtes- vous un homme?
Membres d'une même famille, Sujets d'un
même Roi , Parties d'une même Societé
nous avons des devoirs à remplir à leur
égard un oisif peut - il s'en acquitter ?
?
Comment veut-on qu'un jeune effeminé , toujours occupé à ne rien faire , ou
à faire des riens , soutienne le crédit de sa
famille pourra- t'il acquerir de la réputa
tion dans un Etat ? elle est le prix du
travail ; rendre des services aux amis atta
chez à sa maison ? il n'interromproit pas son repos pour ses interêts , le sacrifierat'il aux interêts d'autrui ? Eterniser les
vertus de ses peres , et le souvenir de leurs
travaux il faudroit une noble émulation , la mollesse en a éteint le feu dans
son cœur sa famille se flattoit qu'il seI. Vol. roit
#752 MERCURE DE FRANCE
roit son appui à peine sçait- il qu'il en est
membre.
:
Est- il plus utile à la Société civile ? la
Noblesse doit être comme l'ame de tout
ce corps de citoyens : le goût d'un Seigneur qui gouverneune Province en donne à tous ceux qui l'habitent : les Sciences , les beaux Arts , tout s'anime à sa
vûë , tout prend une forme riante : à sa
place substituer un homme oisif; quel
changement ! tout languit , tout s'endort
avec lui ; non- seulement il ne fait aucun
bien , mais il rend inutile le bien qu'on
avoit fait.
Que peuvent attendre le Prince et l'Etat , d'un homme qui se regarde comme
l'unique centre où doivent aboutir tous
ses sentimens , et toutes ses pensées ? quel
poste important lui confiera- t'on ? Sçaurat'il remettre ou entretenir dans une Province le bon ordre , prévoir et réprimer
les mauxque l'on craint ? quel embarras !
il ne craint d'autre mal que le sacrifice
de son repos. Chargera t'on ses foibles
mains de cette balance redoutable , qui
pese les interêts des hommes ? quel fardeau ! il faut s'en décharger dans une
main étrangere aux dépens de son honneur
et de nos fortunes. Lui confiera- t'on la
conduite des armées ? quel tumulte ! La
II. Vol. Guerre
DECEMBRE. 1732. 1732. 2753
Guerre s'accommoda t'elle jamais avec la
mollesse ? Ainsi l'oisif devient, tout à la
fois la honte de sa famille qu'il dégrade ,
de la Societé qu'il deshonore , de l'Etat
qu'il trahit : mais son portrait n'est encore qu'ébauché , il ne peut être citoyen.
inutile sans devenir citoyen perni
cieux.
>
Seconde Partie.
Dès que le poison de l'oisiveté s'est glis
sé dans un jeune cœur , il en glace toute
l'ardeur , il dérange tous ses ressorts , il
arrête tous ses mouvemens vers le bien
il en fait le theatre de ses passions et le
jouer des passions d'autrui. C'est par là
que l'oisiveté devient funeste aux jeunes
Seigneurs , et ne les rend presque jamais
inutiles qu'elle ne les rende en même
tems pernicieux à l'Etat.
Se refuser au bien , c'est presque tou
jours se livrer au mal. Qu'une Maison , où
ces Heros de la mollesse trouvent accès
est à plaindre que de vices , un seul vice
n'y fera t'il pas entrer ! ces discours ne feront ils point baisser les yeux à la sage
Retenue , à la timide Pudeur ? La Tem
pérance et la Sobrieté seront-elles respectées dans ses repas ? mais surtout , que ne
II.Vol. doin
4754 MERCURE DE FRANCE
doit pas craindre la République en général ?
Semblables à ces Insectes odieux , qui
ne subsistent qu'aux dépens de la république laborieuse des Abeilles , et la troublent sans cesse dans ses travaux utiles
ils vivent délicieusement dans le sein et
aux frais de la Patrie , et se servent souvent de leur aiguillon contre elle. Ils boivent les sucurs des citoyens laborieux , et
s'enyvrent quelquefois de leur sang.
Ce qui doit armer le plus les loix contre l'Oisiveté , c'est qu'elle réunit ce que
les trois autres vices qui entrent en concurrence avec elle ont de plus odieux . Un
jeune oisif qui confie le soin de sa maison
à un perfide Intendant dont il n'éxige
presque aucun compte , ne perd- il pas
souvent plus de biens par sa négligence ,
que le prodigue n'en dissipe par son luxe ? Ne le verra- t- on pas secouer bien-tôt
le joug de la contrainte qui gêne son humeur , et voulant donner à tous la loy ,
ne la recevoir que de son caprice ? L'amour des oisifs pour la vie douce est un
préservatif contre la tentation du duel ;
mais la seule idée que l'on a conçue de
leur peu de courage, n'engagera-t'elle pas
de jeunes Duelistes à les attaquer , ne futII. Vol. ce
DECEMBRE. 1732 2755
ce que pour se faire une réputation aux
dépens de la leur.
L'Orateur conclut à bannir de toutes
charges ceux qui seront convaincus de ce
vice , et à les noter par quelque punition
qui caracterise leur défaut.
EXTRAIT DU IV. DISCOURS.
Contre l'Indépendance.
L'ame du bon gouvernement c'est le
bon ordre ; le bon ordre ne subsiste que
par la subordination. L'Indépendance en
sappe tous les fondemens ; quand elle se
trouve dans les jeunes Seigneurs , 1º elle
les accoûtume à braver l'autorité ; 20 elle
les porte à prétendre mêmeau droit d'impunité.
Premiere Partie.
Pour connoître le danger de l'indépen
dance, il faut voir comment elle se forme
dans la jeune Noblesse , et jusqu'où elle
peut étendre ses progrès contre l'autorité
légitime. La naissance et l'éducation , voilà
ses sources. Comment éleve- t'on les jeunes Seigneurs ? L'or sous lequel ils rampent dans l'enfance éblouit leurs yeux ; le
faste qui les environne enfle leur esprit ;
les plaisirs qu'on leur procure corrom- II. Vol.
B pent
2755 MERCURE DE FRANCE
pent leur cœur : mollesse d'éducation qui
fait les délices de l'enfance , et prépare
les révoltes de la jeunesse.
,
La raison est à peine éclose , qu'ils ferment les yeux à sa lumiere , et les oreilles
à sa voix. Les Maîtres veulent- ils les rap.
peller aux devoirs? les flatteurs les en écartent , et leur apprennent qu'ils sont plus
nés pour commander que pour obéïr ; à
force de donner la loy, on s'habituë à ne la
plus recevoir. Veut-on s'opposer au mal ,
et les confier à des Maîtres plus amis du
devoir que de la fortune ? ils ne plient
que pour se redresser bien- tôt avec plus
de force dès qu'ils en auront la li
berté.
Quel bonheur pour un jeune Indépen
dant , s'il a auprès de lui un Mentor qui
craignant beaucoup moins pour la vie
que pour l'innocence de son Telemaque ,
aime mieux se précipiter avec lui du haut
d'un affreux Rocher , que de le voir se
précipiter dans l'abîme du vice ! Mais
trouve-t'on beaucoup de Gouverneurs de
ce caractere ? Combien flattent leur Eleve dans ses desirs , se mettent de moitié
avec lui pour ses plaisirs ; et devant être
ses maîtres , deviennent ses esclaves ! détestable éducation qui d'un indépendant
fait quelquefois un scelerat.
II. Vol.
L'In-
DECEMBRE.
873202757
L'Indépendance conduit à la révolte ,
l'Eleve intraitable devient fils rebelle ;
combien en a-t'on vû braver l'autorité
paternelle , outrager la Nature , et d'indépendans qu'ils étoient , n'avoir besoin
que de changer de nom pour devenir dénaturés ? Mauvais fils sera- t'il bon sujet ?
peut- on s'en flatter surtout dans un
Royaume électif, où l'on est quelquefois
tenté , de faire avec audace , ' ce qu'on croit
pouvoir faire avec avantage ?
,
La plus florissante République de la
terre , Rome la maîtresse du monde pres- -qu'entier , se vit sur le point d'être saccagée et réduite en cendres. Qui alluma
l'incendie ? une cabale de jeunes factieux ,
conduits par Catilina , et possedés du
démon de l'indépendance. Que de sang
ne fallut- il pas répandre pour éteindre ce
feu ? Autorité domestique et publique
loix divines et humaines , tout est sacrifié
à l'impérieux désir de se rendre indépendant. La loi violée s'arme- t'elle du glaive
pour vanger ces attentats ? Après avoir bravé ses réglemens , ils bravent ses menaces , et s'arrogent le droit d'impunité.
Seconde Partie.
Si l'on en croit les jeunes Seigneurs indépendans , leur jeunesse et leur condi11. Vol.
Bij tion
4758 MERCURE DE FRANCE
tion les mettent à couvert des loix et do
la punition qu'elles prescrivent.
La jeunesse est l'âge où le feu des passions s'allume ; c'est donc aussi le tems.
où l'on doit s'appliquer à l'éteindre. Fautil attendre que l'incendie ait pris des forces et se soit communiqué ? trop de severité , il est vrai , révolte et fait hair le
devoir , mais tropd'indulgence enhardit ,
et fait violer la loi.
- La Noblesse est l'état où les exemples
sont plus contagieux ; mais c'est donc
aussi l'etat où les punitions sont plus
- nécessaires. Les sujets d'un moindre étage regardent ces jeunes Seigneurs autant
comme leurs modéles que comme leurs
maîtres. Un coupable de la sorte impuni
fait un million de coupables dans l'espé
rance de l'impunité.
Aussi Rome et Sparte punissoient- elles
séverement l'indépendance et le mépris
des loix dans les jeunes gens de qualité.
Deux Chevaliers Romains furent autrefois dégradés de leur ordre , et mis au
rang des Plebéïens , pour n'avoir pas assez promptement obéï à un Proconsul.
peu de roture parut alors un excellent
remède contre le vertige de l'indépendance. Comme l'élévation du rang produit les fumées de l'orgueil , l'humilia
Un
tion les dissipe
DECEMBRE. 1732 2750
EXTRAIT DU V. DISCOURS.
Fait par le Prince après les Plaidoyers:
Casimir après avoir entendu les discours
des Parties , fait sentir le fort et le foible
des raisons alleguées , et en ajoute plu
sieurs nouvelles dont le détail seroit long.
Il établit pour principe que le premier
desordre contre lequel doive sévir le Législateur , est celui qui porte un plus
grand préjudice au plus grand nombre des
sujets ; c'est à dire , celui qui est le plus
considérable en lui- même et le plus étendu
dans ses suites. Sur ce principe il éxamine
les quatres desordres proposez , et les balance long-tems par une infinité de preu
ves que nous sommes fâchez d'omettre
mais que ne nous permet pas la brièveté
que nous nous sommes prescrite dans les
extraits. Il résulte de cet examen que les
jeunes Seigneurs independans sont les
plus coupables , sur tout parce qu'ils violent la loi fondamentale de l'ordre politique, c'est- à- dire l'obéïssance et la soumission : et nous pouvons , dit le Juge , espe- rer de mettre un frein à l'amour des folles
dépenses , à la manie du faux point-d'hon- neur , à l'indolence et à l'oisiveté des faineans par de bons et salutaires Edits : mais
II. Vol. Biij pour
260 MERCURE DE FRANCE
2
,
cepenpour l'indépendant , si son caprice le porte à être dissipateur , dueliste , et indolent de profession , en vertu de son systeme et de ses principes d'indépendance , il
se maintiendra en possession de ces trois
desordres , et ses maximes favorites nous
répondent par avance qu'il comptera pour
rien la loi que nous allons porter contre
lui et contre ses consorts. Portons - la
dant cette loi , &c.
Là- dessus le Prince prononce , 1° contre
l'Indépendance , 2 ° contre l'Oisiveté , 3 ° .
contre le Duel , 4° contre le Luxe , et il
rend raison de l'ordre qu'il observe en ce
Jugement. Ensuite il porte differentes loix
qu'il croit les plus propres à remedier à
chaque desordre , et telles à peu près qu'Athenes en porta contre l'Indépendance ,
Lacedemone contre l'Oisiveté , Rome
contre le Luxe , et la France avec une partie de l'Europe contre le Duel.
Enfin M. d'Aligre qui avoit été complimenté par M. le Pelletier de Rosambo sur
la noblesse et la dignité avec laquelle il
avoit présidé à ce Jugement , le felicita à
son tour de la finesse et de la délicatesse
d'esprit qui avoit éclaté dans son discours ;
il fit aussi compliment à M. de Bussy sur
son éloquence et sur son talent à parler
en public; à M. Petit, sur son beau feu
II. Vol. d'imagina
DECEMBRE. 1732. 2761
d'imagination ; à M. de Verac sur l'élegance de son Plaidoyer et les graces de sa prononciation . L'illustre Assemblée souscrivit sans peine à la justice de ces éloges.
an College de Louis le Grand.
Ο
N continue à faire dans ce College
tous les ans avec un succès constant
des Plaidoyers François , qui pour l'or- dinaire se font sur des sujets propres à
former l'esprit et le cœur de la jeune
Noblesse qu'on y éleve .
Le Pere de la Sante , Jesuite , l'un des
Professeurs de Rhétorique , en fit réciter
un le 27. d'Août dernier , dont nous allons donner l'Extrait , et dont voici le
sujet tel qu'il étoit dans le Programme
imprimé.
II. Vol. DE-
DECEMBRE. 1732. 2739
DELIBERATION concernant la
jeune Noblesse d'un Etat. Sujet traité
en forme de Plaidoyer François , par
les Rhétoriciens du College de Louis
LE GRAND.
Le jeune Casimir , Prince des plus verò
tueux qu'ait eûs la Pologne , indigné des désordres qui commençoient à s'introduire parmi la jeune Noblesse de sa Cour , pressa
fortement le Roy son pere de réprimer cette
licence par des Loix salutaires. Le Roy
Casimir III. surnommé le Grand , établit
pour cet effet une Commission , à la tête de
laquelle il mit le Prince son fils , avec plein.
pouvoir de regler tout ce qu'il jugeroit de
plus convenable au bien public , après avoir
entendu les discours et pris les avis des Commissaires.
Casimir nomme pour la discussion de cette
importante affaire,quelques Seigneurs des plus
reglez et des mieux instruits de la conduite
des jeunes gens ; il leur ordonne de proposer
en sa présence ce qui leur semble le plus
répréhensible , et même d'indiquer les moyens
qui leur paroissent les plus capables d'ar
rêter le cours du mal ; il leur promet au
nom du Roy une place plus ou moins distinguée dans le Conseil d'Etat , suivant
Putilité plus ou moins grande de la découII. Vol A v verte
2740 MERCURE DE FRANCE
verte qu'ils feront et de la Loy qu'ils suggereront en cette Seance.
Le premier qui parle , porte sa plainte contre le Luxe ou les folles dépenses.
Le second contre le Duel on le faux
point d'honneur.
Le troisieme , contre l'oisiveté ou la fai
neantise.
Le quatrième , contre l'indépendance des
jeunes Seigneurs.
Chacun d'eux prétend que le desordre qu'il
releve, mérite le plus l'attention du Prince ,
et la séverité des Loix. Casimir dresse les
articles de la Loy , décide sur l'ordre qu'on
·garderà dans l'execution, et regle le rang que
les quatre Commissaires tiendront dans le
Conseil d'Etat. Tel est l'objet de cette déliberation et dujugement qui la doit suivre.
Casimir , dans un Discours Préliminaire , fait voir quelle doit être la vigilance d'un Prince sur tous les Membres d'un Etat et particulierement sur la
conduite de la jeune Noblesse , dont les
exemples sont d'une utile ou dangereuse
consequence, parce que donnant des Maîtres au Peuple , elle doit aussi lui donner des modelles. Il invite les Seigneurs
qui composent son Conseil à l'éclairer de
leurs lumieres dans la délibération qui
doit préceder le Reglement general.
II. Vol. Ex-
DECEMBRE. 1732. 2741
}
EXTRAIT DU I. DISCOURS.
Contre le Luxe.
Les Partisans du Luxe employent deux
prétextes pour colorer leurs folles dépenses ; 1. elles sont , disent- ils , nécessaires pour soutenir leur rang. 2 ° . Elles
contribuent même à la gloire et à l'utilité de la Nation. Le jeune Orateur employe deux veritez pour réfuter ces deux
prétextes ; 1º . le Luxe , bien loin de
mettre la jeune Noblesse en état de soutenir son rang , ruine les esperances des
plus grandes Maisons. 2 ° . Le Luxe , bien
loin d'être glorieux et utile à la Nation
épuise les plus sures ressources.
Premiere Partie.
Sur quoi est fondée l'esperance d'une
grande Maison sur opulence qu'elle
possede ou qu'elle attend. Le Luxe épuise
l'une et met hors d'état d'acquerir l'autre. Sur le mérite de ceux qui la compo-.
sent ? Un homme livré au luxe n'a gueres d'autre mérite que celui de bien arranger un repas , et d'autre talent que
celui de se ruiner avec éclat sur les places distinguées qu'elle peut occuper ? mais
ou ces places sont venales , et alors ces
II. Vol. A vj jeunes
2742 MERCURE DE FRANCE
jeunes dissipateurs trouveront-ils de quoi
les acheter ? ou c'est la liberalité du Prince
qui en fait la récompense de la capacité
et de l'application d'un sujet habile et
laborieux ; sont- ils de ce caractere sur
les alliances honorables qu'elle peut former mais où les trouver ? parmi des
égaux ? qui d'entre eux voudra courir les
risques de voir des biens , le fruit de ses
sueurs , devenir la proye d'un prodigue
qui en a déja tant dissipé ... pour soutenir une maison chancelante; il faudra
donc la dégrader , et mêlant un sang
illustre avec celui de quelqu'une de ces
familles ennoblies par une rapide et suspecte opulence , acheter des biens aux dépens de l'honneur , et former des nœuds
peu sortables , qui font la honte des Nobles et le ridicule des Riches ... Qu'estce qui a forcé tant de familles illustres
tombées par l'indigence dans une espece
de roture , à s'ensevelir dans le sombre
réduit d'une Campagne ignoré ? quest- ce
qui a confondu avec les fils des Artisans
les descendans de tant de Héros , dont
les mains enchaînées par la pauvreté , ne
peuvent plus manier d'autre fer que celui
des vils instrumens de leur travail ! remontons à la source : c'est un Pere ou un
Ayeul prodigue qui a donné dans tous les
II. Vol. travers
DECEMBRE. 1732. 2743
travers du faste. Posterité nombreuse que
vous êtes à plaindre ! faut- il qu'un Pere
dissipateur enfante tant de miseres et dé
sole tant de miserables ? .. Le luxe n'est .
pas moins préjudiciable à l'Etat dont il
épuise les ressources.
Seconde Partie.
Il est certaines occasions d'éclat qui authorisent une magnificence extraordinaire: elle est alors légitime pour le particu .
lier , et glorieuse pour la nation. Mais
que ces mêmes Seigneurs n'écoutant que
leur passion pour le luxe , dissipent en
dépenses frivoles et le bien qu'ils ont , et
celui qu'ils doivent , et celui qu'ils esperent ; c'est un abus criminel , c'est une injustice criante contre les droits du Prince,
de leurs créanciers , de leurs enfans et de
la nation entiere , dont elle ruine le commerce , et dont par - là elle épuise les ressources.
"
Il est certains besoins qui obligent le
Prince à demander des secours pour la
conservation de tout le corps de l'Etat :
si les particuliers prodiguent leurs fonds ,
comment préteront ils leur ministere au maintien de tout ce corps ? le commerce
nesera-t-il pas détruit,quand le marchand,
faute d'être payé, sera hors d'état de payer
II. Fol lui
2744 MERCURE DE FRANCE
lui-même , et quand obligé de faire une
banqueroute imprévue , il fera succomber ses correspondants sous ses ruines ,
comment pourvoira un dissipateur à l'éducation de ses enfans , dont il risque sur
une carte la fortune et la subsistance ? les
domestiques d'un tel maître , renvoyez
sans gages après plusieurs années de services , ne sont-ils pas réduits à la plus déplorable mendicité...Quelle inhumanité,
quede se repaître les yeux des larmes ameresque l'on fait verser à tant de misérables ?
Que ne trempe-t-il ses mains parricides
dans leur sang? que ne leur arrache- t il la
vie , puisqu'il les prive de toutes ses douceurs.
Ce furent ces considérations qui firent
autrefois proscrire le luxe de toutes les Républiques bien réglées , comme une des
principales sources du renversement des
Empires...L'Orateur conclut à réprimer
par une severité sans adoucissement une
licence qui est sans bornes ; et à faire , s'il
le faut , un malheureux pour le mettre
hors d'état d'en faire des millions d'autres.
EXTRAIT DU II. DISCOURS.
Contre le Duel.
Le duel , disent ses partisans , est une
II. Vol. voie
DECEMBRE. 1732. 2745
-voie glorieuse pour réparer l'honneur outragé et c'est , ajoutent- ils, un moyen des
plus éficaces pour former des braves à
l'Etat. Pour détruire ces deux idées chimériqués , l'Orateur en établit deux réelles , par lesquelles il prouve 1 ° . que le
duel à plus de quoi deshonorer un ´homme que de quoi lui faire honneur. 2°.Que
l'Etat y perd beaucoup plus qu'il n'y gagne.
Premiere Partie.
La premiere proposition doit paroître
aux duelistes paradoxe , on en établit la
verité sur les causes et les suites du duel.
Les unes et les autres deshonorent la raison , et doivent le faire regarder comme
une insigne folie et comme l'opprobre de
l'humanité.
De quelles sources partent d'ordinaire
ces combats singuliers ? consultons les acteurs de ces scenes tragiques ; c'est selon
eux courage, intrépidité, grandeur d'ame.
Consultons l'expérience , c'est fureur ,
emportement , petitesse d'esprit qui ne.
peut digerer une raillerie , ce sont tous les
vices qui font les lâches. Tel voudroit passer pour un Achille , qui n'est au fond
qu'un Thersite decidé. On brave le peril
quand il est éloigné; approche-t- il ? la pa- 11. Vol. leur
2746 MERCURE DE FRANCE
leur peinte sur le visage des champions
annonce le trouble de leur esprit. Les uns
cherchent un lieu écarté, pour n'avoir aucun témoin qui les censure , les autres
cherchent un lieu frequenté pour avoir
des amis officieux qui les separent. Les
separe-t-on ! on blâme en public comme
un mal dont on doit se plaindre , ce qu'en
secret on regarde comme un bien dont on
se felicite. A- t -on eu du dessous dans le
combat? les glaives étoient inégaux , un
hazard imprévu a decidé la querelle &c.
D'autres vont au combat avec moins
de lâcheté y vont- ils avec moins de folie ? Quel sujet les arme communément ?
un étranger paroît dans la ville ; il passe
pour brave , on veut être son ennemi. Il
faut du sang pour cimenter la connoissance, et pour paroître brave devenir inhu
main. Cent autres sujets plus legers armcnt cent autres combatans plus coupables. Quelles horreurs ! deux rivaux se
font un divertissement de ces combats
sanguinaires on en a vu autrefois s'enfermerdans des tonneaux où ils ne pouvoient
reculer et là renouveller les scenes effrayantes des cruels Andabates , qui se portoient
des coups à l'aveugle , comme pour ne pas
voi la mortq'ils s'entredonnoient Onen
a vu d'autres s'embrasser avant que de
II. Vol. s'égorger
DECEMBRE. 1732: 27+7 27+7
s'égorger , et le symbole de l'amitié devenir le signal d'un assassinat.
Je n'attaque jamais le premier, dira quelqu'un: Je vous loue; mais pourquoi vous
attaque-t-on ? que n'êtes vous plus humain , plus poli , plus complaisant ? On
m'attaque sans raison : pourquoi accepter
le cartel ? n'est- il point d'autre voye pour
vous faire justice ? mais si je refuse , je suis deshonoré ; ouy , si vous n'êtes scrupuleux que sur l'article du duel... mais l'usa
ge le veut dites l'abus. Si vous vous trouviés dans ces contrées barbares, où la loi de
l'honneur veut qu'on se jette dans la flamme du bucher , sur lequel se consume le
corps mort d'un ami , croiriez- vous pouvoir sans folie vous assujettir à une si étran
ge coutume ? ... mais je compte icy donner la mort et non pas la recevoir. Combien d'autres l'ont reçue en comptant la,
donner ? Du moins avoués, ou que vous la
craignez , et deslors vous êtes lâche , ou
que vous la cherchez de sang froid , et
deslors vous êtes insensé , et que vous y
exposant contre les loix de la conscience ,
vous êtes impie.
Quant aux effets du duel, il n'y a qu'à jetter les yeux sur ses suites infamantes.L'indignation du Prince, la perte de la liberté,
de la noblesse,des biens, de la vie; l'indiII. Vol. gence
2748 MERCURE DE FRANCE
gence , l'inominie qu'il attire sur la posterité du coupable , tout cela ne suffit il
pas pour faire voir combien le duël flétrit
l'honneur du Vivant et du Mort, du vainqueur et du vaincu : mais quel tort ne faitil pas à l'Etat ? c'est ce qui reste à exami- ner.
Seconde Partie.
Prétendre le duel forme des Braves que
à l'Etat , c'est ne pas avoir une juste idée
de la veritable bravoure. Elle consiste dans
un courage intrépide animépar le devoir,
soutenu par la justice , armé par le zele
pour la deffense de la Patrie . La valeur
des Duelistes a- t'elle ces caracteres ? Au
lieu de produire dans l'ame cette fermeté
tranquille qu'inspire la bonté du parti
pour lequel on combat , elle n'y enfante.
que le trouble et ces violens transports
qui suivent toujours les grands crimes. Au
lieu d'allumer dans le cœur et dans les
yeux ce beau feu qui fait reconnoître les
Heros , elle répand sur le visage une sombre fureur qui caracterise les assassins.
Le Duel est une espece d'image de la
Guerre civile ; le nombre des combattans
en fait presque l'unique difference. Il est
moindre dans le Duel , mais le péril n'en
est que plus certain. Ignorent-ils donc
II. Vol. qu'ils
DECEMBR E. 1732. 2749
qu'ils doivent leur sang au service du
Prince ? Leur est-il permis d'en disposer
au gré de leur haine ? et tourner leurs armes contre les Citoyens , n'est- ce pas les
tourner contre le sein de la Patrie , leur
Mere commune.
En vain veulent - ils s'authoriser par
l'exemple des anciens Heros. Leurs combats singuliers n'étoient rien moins que
des Duels , puisqu'ils ne s'agissoit point
entr'eux de vanger des injures particulieres , mais d'épargner pour l'interêt de
la Patrie le sang de la multitude. Tel fut
le combat des trois Horaces , et des trois
Curiaces. Les Romains qui lui ont donné
de si justes éloges , étoient les ennemis
les plus déclarez du Duel. On sçait combien l'ancienne Rome cherissoit le sang
de ses Citoyens de là ces Couronnes civiques pour quiconque avoit sauvé la vie
à un de ses Enfans : de là ces peines décernées contre tout Citoyen convaincu d'en
avoir appellé un autre dans la lice sanglan
te; on cessoit dès- lors d'être Citoyen , et
la profession de Dueliste conduisoit au
rang d'esclave gladiateur.
Les Maures dans un siecle plus barbare
avoient conçû une telle horreur pour ces
sortes de combats , qu'ils ne les permettoient qu'aux valets chargés du bagage de
II. Vol.
l'Ar-
2750 MERCURE DE FRANCE
l'Armée quel modele pour nos Duelistes ?
:
C'est donc ce monstre qu'il faut exterminer de la Pologne par une loy aussi severe dans son exécution , qu'immuable
dans sa durée. Punir certains crimes , c'est
prévenir la tentation de les commettre.
Une punition sévere dispense d'une punition fréquente. Après tout , le plus sûr
moyen d'abolir le duel dépend des particuliers. Qu'ils écoutent la raison aidée de
l'honneur et de la foi ; qu'ils soient hommes et Chrétiens , et ils cesseront d'être
Duelistes.
EXTRAIT DU III. DISCOURS,
Contre P'Oisiveté
L'Oisiveté fait trop d'heureux en idée
pour ne point avoir de Partisans. Que ne
doit pas craindre l'Etat d'un vice qui est
la source de tous les autres. Plus elle a
d'attraits qui la rendent dangereuse , plus
on doit empêcher qu'elle ne devienne
commune ; pour mieux connoîtte ce qu'on
doit en penser , il faut voir ce qu'on en
peut craindre. 10. Un homme oisif est un
citoyen inutile à la République. 20. il ne
peut lui être inutile sans devenir bien- tôt
pernicieux.
II. Vol. Pre-
DECEMBRE. 1732. 2758
Premiere Partie.
Je ne suis , dit un oisif , coupable d'au
eun vice qui me deshonore : je le veux
pourroit- on lui répondre ; mais votre fai
néantise ne vous rend- elle pas capable de
tous les vices ? Vous n'entrés dans aucune
Societé mauvaise ; à la bonne heure : mais
quel rang tenez- vous dans la Societé.humaine ? Vous n'êtes point un méchant
homme , soit : mais êtes- vous un homme?
Membres d'une même famille, Sujets d'un
même Roi , Parties d'une même Societé
nous avons des devoirs à remplir à leur
égard un oisif peut - il s'en acquitter ?
?
Comment veut-on qu'un jeune effeminé , toujours occupé à ne rien faire , ou
à faire des riens , soutienne le crédit de sa
famille pourra- t'il acquerir de la réputa
tion dans un Etat ? elle est le prix du
travail ; rendre des services aux amis atta
chez à sa maison ? il n'interromproit pas son repos pour ses interêts , le sacrifierat'il aux interêts d'autrui ? Eterniser les
vertus de ses peres , et le souvenir de leurs
travaux il faudroit une noble émulation , la mollesse en a éteint le feu dans
son cœur sa famille se flattoit qu'il seI. Vol. roit
#752 MERCURE DE FRANCE
roit son appui à peine sçait- il qu'il en est
membre.
:
Est- il plus utile à la Société civile ? la
Noblesse doit être comme l'ame de tout
ce corps de citoyens : le goût d'un Seigneur qui gouverneune Province en donne à tous ceux qui l'habitent : les Sciences , les beaux Arts , tout s'anime à sa
vûë , tout prend une forme riante : à sa
place substituer un homme oisif; quel
changement ! tout languit , tout s'endort
avec lui ; non- seulement il ne fait aucun
bien , mais il rend inutile le bien qu'on
avoit fait.
Que peuvent attendre le Prince et l'Etat , d'un homme qui se regarde comme
l'unique centre où doivent aboutir tous
ses sentimens , et toutes ses pensées ? quel
poste important lui confiera- t'on ? Sçaurat'il remettre ou entretenir dans une Province le bon ordre , prévoir et réprimer
les mauxque l'on craint ? quel embarras !
il ne craint d'autre mal que le sacrifice
de son repos. Chargera t'on ses foibles
mains de cette balance redoutable , qui
pese les interêts des hommes ? quel fardeau ! il faut s'en décharger dans une
main étrangere aux dépens de son honneur
et de nos fortunes. Lui confiera- t'on la
conduite des armées ? quel tumulte ! La
II. Vol. Guerre
DECEMBRE. 1732. 1732. 2753
Guerre s'accommoda t'elle jamais avec la
mollesse ? Ainsi l'oisif devient, tout à la
fois la honte de sa famille qu'il dégrade ,
de la Societé qu'il deshonore , de l'Etat
qu'il trahit : mais son portrait n'est encore qu'ébauché , il ne peut être citoyen.
inutile sans devenir citoyen perni
cieux.
>
Seconde Partie.
Dès que le poison de l'oisiveté s'est glis
sé dans un jeune cœur , il en glace toute
l'ardeur , il dérange tous ses ressorts , il
arrête tous ses mouvemens vers le bien
il en fait le theatre de ses passions et le
jouer des passions d'autrui. C'est par là
que l'oisiveté devient funeste aux jeunes
Seigneurs , et ne les rend presque jamais
inutiles qu'elle ne les rende en même
tems pernicieux à l'Etat.
Se refuser au bien , c'est presque tou
jours se livrer au mal. Qu'une Maison , où
ces Heros de la mollesse trouvent accès
est à plaindre que de vices , un seul vice
n'y fera t'il pas entrer ! ces discours ne feront ils point baisser les yeux à la sage
Retenue , à la timide Pudeur ? La Tem
pérance et la Sobrieté seront-elles respectées dans ses repas ? mais surtout , que ne
II.Vol. doin
4754 MERCURE DE FRANCE
doit pas craindre la République en général ?
Semblables à ces Insectes odieux , qui
ne subsistent qu'aux dépens de la république laborieuse des Abeilles , et la troublent sans cesse dans ses travaux utiles
ils vivent délicieusement dans le sein et
aux frais de la Patrie , et se servent souvent de leur aiguillon contre elle. Ils boivent les sucurs des citoyens laborieux , et
s'enyvrent quelquefois de leur sang.
Ce qui doit armer le plus les loix contre l'Oisiveté , c'est qu'elle réunit ce que
les trois autres vices qui entrent en concurrence avec elle ont de plus odieux . Un
jeune oisif qui confie le soin de sa maison
à un perfide Intendant dont il n'éxige
presque aucun compte , ne perd- il pas
souvent plus de biens par sa négligence ,
que le prodigue n'en dissipe par son luxe ? Ne le verra- t- on pas secouer bien-tôt
le joug de la contrainte qui gêne son humeur , et voulant donner à tous la loy ,
ne la recevoir que de son caprice ? L'amour des oisifs pour la vie douce est un
préservatif contre la tentation du duel ;
mais la seule idée que l'on a conçue de
leur peu de courage, n'engagera-t'elle pas
de jeunes Duelistes à les attaquer , ne futII. Vol. ce
DECEMBRE. 1732 2755
ce que pour se faire une réputation aux
dépens de la leur.
L'Orateur conclut à bannir de toutes
charges ceux qui seront convaincus de ce
vice , et à les noter par quelque punition
qui caracterise leur défaut.
EXTRAIT DU IV. DISCOURS.
Contre l'Indépendance.
L'ame du bon gouvernement c'est le
bon ordre ; le bon ordre ne subsiste que
par la subordination. L'Indépendance en
sappe tous les fondemens ; quand elle se
trouve dans les jeunes Seigneurs , 1º elle
les accoûtume à braver l'autorité ; 20 elle
les porte à prétendre mêmeau droit d'impunité.
Premiere Partie.
Pour connoître le danger de l'indépen
dance, il faut voir comment elle se forme
dans la jeune Noblesse , et jusqu'où elle
peut étendre ses progrès contre l'autorité
légitime. La naissance et l'éducation , voilà
ses sources. Comment éleve- t'on les jeunes Seigneurs ? L'or sous lequel ils rampent dans l'enfance éblouit leurs yeux ; le
faste qui les environne enfle leur esprit ;
les plaisirs qu'on leur procure corrom- II. Vol.
B pent
2755 MERCURE DE FRANCE
pent leur cœur : mollesse d'éducation qui
fait les délices de l'enfance , et prépare
les révoltes de la jeunesse.
,
La raison est à peine éclose , qu'ils ferment les yeux à sa lumiere , et les oreilles
à sa voix. Les Maîtres veulent- ils les rap.
peller aux devoirs? les flatteurs les en écartent , et leur apprennent qu'ils sont plus
nés pour commander que pour obéïr ; à
force de donner la loy, on s'habituë à ne la
plus recevoir. Veut-on s'opposer au mal ,
et les confier à des Maîtres plus amis du
devoir que de la fortune ? ils ne plient
que pour se redresser bien- tôt avec plus
de force dès qu'ils en auront la li
berté.
Quel bonheur pour un jeune Indépen
dant , s'il a auprès de lui un Mentor qui
craignant beaucoup moins pour la vie
que pour l'innocence de son Telemaque ,
aime mieux se précipiter avec lui du haut
d'un affreux Rocher , que de le voir se
précipiter dans l'abîme du vice ! Mais
trouve-t'on beaucoup de Gouverneurs de
ce caractere ? Combien flattent leur Eleve dans ses desirs , se mettent de moitié
avec lui pour ses plaisirs ; et devant être
ses maîtres , deviennent ses esclaves ! détestable éducation qui d'un indépendant
fait quelquefois un scelerat.
II. Vol.
L'In-
DECEMBRE.
873202757
L'Indépendance conduit à la révolte ,
l'Eleve intraitable devient fils rebelle ;
combien en a-t'on vû braver l'autorité
paternelle , outrager la Nature , et d'indépendans qu'ils étoient , n'avoir besoin
que de changer de nom pour devenir dénaturés ? Mauvais fils sera- t'il bon sujet ?
peut- on s'en flatter surtout dans un
Royaume électif, où l'on est quelquefois
tenté , de faire avec audace , ' ce qu'on croit
pouvoir faire avec avantage ?
,
La plus florissante République de la
terre , Rome la maîtresse du monde pres- -qu'entier , se vit sur le point d'être saccagée et réduite en cendres. Qui alluma
l'incendie ? une cabale de jeunes factieux ,
conduits par Catilina , et possedés du
démon de l'indépendance. Que de sang
ne fallut- il pas répandre pour éteindre ce
feu ? Autorité domestique et publique
loix divines et humaines , tout est sacrifié
à l'impérieux désir de se rendre indépendant. La loi violée s'arme- t'elle du glaive
pour vanger ces attentats ? Après avoir bravé ses réglemens , ils bravent ses menaces , et s'arrogent le droit d'impunité.
Seconde Partie.
Si l'on en croit les jeunes Seigneurs indépendans , leur jeunesse et leur condi11. Vol.
Bij tion
4758 MERCURE DE FRANCE
tion les mettent à couvert des loix et do
la punition qu'elles prescrivent.
La jeunesse est l'âge où le feu des passions s'allume ; c'est donc aussi le tems.
où l'on doit s'appliquer à l'éteindre. Fautil attendre que l'incendie ait pris des forces et se soit communiqué ? trop de severité , il est vrai , révolte et fait hair le
devoir , mais tropd'indulgence enhardit ,
et fait violer la loi.
- La Noblesse est l'état où les exemples
sont plus contagieux ; mais c'est donc
aussi l'etat où les punitions sont plus
- nécessaires. Les sujets d'un moindre étage regardent ces jeunes Seigneurs autant
comme leurs modéles que comme leurs
maîtres. Un coupable de la sorte impuni
fait un million de coupables dans l'espé
rance de l'impunité.
Aussi Rome et Sparte punissoient- elles
séverement l'indépendance et le mépris
des loix dans les jeunes gens de qualité.
Deux Chevaliers Romains furent autrefois dégradés de leur ordre , et mis au
rang des Plebéïens , pour n'avoir pas assez promptement obéï à un Proconsul.
peu de roture parut alors un excellent
remède contre le vertige de l'indépendance. Comme l'élévation du rang produit les fumées de l'orgueil , l'humilia
Un
tion les dissipe
DECEMBRE. 1732 2750
EXTRAIT DU V. DISCOURS.
Fait par le Prince après les Plaidoyers:
Casimir après avoir entendu les discours
des Parties , fait sentir le fort et le foible
des raisons alleguées , et en ajoute plu
sieurs nouvelles dont le détail seroit long.
Il établit pour principe que le premier
desordre contre lequel doive sévir le Législateur , est celui qui porte un plus
grand préjudice au plus grand nombre des
sujets ; c'est à dire , celui qui est le plus
considérable en lui- même et le plus étendu
dans ses suites. Sur ce principe il éxamine
les quatres desordres proposez , et les balance long-tems par une infinité de preu
ves que nous sommes fâchez d'omettre
mais que ne nous permet pas la brièveté
que nous nous sommes prescrite dans les
extraits. Il résulte de cet examen que les
jeunes Seigneurs independans sont les
plus coupables , sur tout parce qu'ils violent la loi fondamentale de l'ordre politique, c'est- à- dire l'obéïssance et la soumission : et nous pouvons , dit le Juge , espe- rer de mettre un frein à l'amour des folles
dépenses , à la manie du faux point-d'hon- neur , à l'indolence et à l'oisiveté des faineans par de bons et salutaires Edits : mais
II. Vol. Biij pour
260 MERCURE DE FRANCE
2
,
cepenpour l'indépendant , si son caprice le porte à être dissipateur , dueliste , et indolent de profession , en vertu de son systeme et de ses principes d'indépendance , il
se maintiendra en possession de ces trois
desordres , et ses maximes favorites nous
répondent par avance qu'il comptera pour
rien la loi que nous allons porter contre
lui et contre ses consorts. Portons - la
dant cette loi , &c.
Là- dessus le Prince prononce , 1° contre
l'Indépendance , 2 ° contre l'Oisiveté , 3 ° .
contre le Duel , 4° contre le Luxe , et il
rend raison de l'ordre qu'il observe en ce
Jugement. Ensuite il porte differentes loix
qu'il croit les plus propres à remedier à
chaque desordre , et telles à peu près qu'Athenes en porta contre l'Indépendance ,
Lacedemone contre l'Oisiveté , Rome
contre le Luxe , et la France avec une partie de l'Europe contre le Duel.
Enfin M. d'Aligre qui avoit été complimenté par M. le Pelletier de Rosambo sur
la noblesse et la dignité avec laquelle il
avoit présidé à ce Jugement , le felicita à
son tour de la finesse et de la délicatesse
d'esprit qui avoit éclaté dans son discours ;
il fit aussi compliment à M. de Bussy sur
son éloquence et sur son talent à parler
en public; à M. Petit, sur son beau feu
II. Vol. d'imagina
DECEMBRE. 1732. 2761
d'imagination ; à M. de Verac sur l'élegance de son Plaidoyer et les graces de sa prononciation . L'illustre Assemblée souscrivit sans peine à la justice de ces éloges.
Fermer
Résumé : EXTRAIT des Plaidoyers prononcez au College de Louis le Grand.
Le texte relate un plaidoyer prononcé au Collège de Louis le Grand, où les élèves de rhétorique abordent des sujets destinés à former l'esprit et le cœur de la jeune noblesse. Le sujet choisi est la délibération concernant la jeune noblesse d'un État, inspirée par le prince Casimir de Pologne. Indigné par les désordres parmi la noblesse, Casimir demande à son père, le roi Casimir III, d'établir une commission pour réprimer ces excès. Le roi nomme des seigneurs pour discuter des problèmes et proposer des lois. Les quatre principaux désordres identifiés sont le luxe, le duel, l'oisiveté et l'indépendance des jeunes seigneurs. Chaque orateur argue que son désordre mérite la plus grande attention et sévérité. Casimir dresse ensuite les articles de la loi, décide de l'ordre d'exécution et règle le rang des commissaires dans le Conseil d'État. Dans le premier discours, contre le luxe, l'orateur réfute les prétextes des partisans du luxe, affirmant que celui-ci ruine les grandes maisons et épuise les ressources de la nation. Il souligne que le luxe empêche la jeune noblesse de soutenir son rang et est préjudiciable à l'État. Le luxe est décrit comme une injustice criante contre les droits du prince, des créanciers, des enfants et de la nation entière. Dans le deuxième discours, contre le duel, l'orateur démontre que le duel déshonore plus qu'il n'honore et que l'État y perd plus qu'il n'y gagne. Il critique les motivations des duels, souvent basées sur la fureur et la petitesse d'esprit, et non sur le véritable courage. Le duel est comparé à une forme de guerre civile et est jugé impie et insensé. L'orateur conclut en appelant à la répression sévère de ces désordres pour le bien public. Le texte aborde également l'oisiveté, décrite comme la source de nombreux autres vices. Un homme oisif est inutile à la République et devient rapidement pernicieux. L'oisiveté est comparée à un poison qui glace l'ardeur des jeunes cœurs et les rend funestes à l'État. Les oisifs vivent aux dépens de la patrie et troublent les travaux utiles des citoyens laborieux. L'indépendance est également critiquée. Elle s'enracine dans une éducation malsaine qui enseigne aux jeunes nobles à commander plutôt qu'à obéir. Cette indépendance conduit à la révolte et au mépris des lois. Les jeunes indépendants se croient au-dessus des lois et des punitions. Le texte cite l'exemple de la République romaine, où l'indépendance a failli la détruire. Les punitions sévères sont nécessaires pour dissuader les jeunes nobles de leur comportement rebelle. Enfin, le texte mentionne un discours du Prince qui examine quatre désordres : l'indépendance, l'oisiveté, le duel et le luxe. Il conclut que les jeunes seigneurs indépendants sont les plus coupables car ils violent la loi fondamentale de l'ordre politique, l'obéissance et la soumission. Le Prince prononce des lois contre ces quatre maux, en commençant par l'indépendance. Le document mentionne également des compliments échangés lors d'un jugement. M. d'Aligre a été félicité pour la noblesse et la dignité avec lesquelles il a présidé au jugement. Il a ensuite complimenté plusieurs personnes pour leurs talents respectifs. L'assemblée a approuvé ces éloges.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6637
p. 2764-2767
LES Changemens divers dans la Nature, sur la Naissance du Messie. CANTIQUE pour la Fête des Rois, sur l'Air: Au bord d'une Onde fugitive.
Début :
Helas ! quelle clarté nouvelle ? [...]
Mots clefs :
Naissance du Messie, Fête des rois, Univers, Fils, Puissance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES Changemens divers dans la Nature, sur la Naissance du Messie. CANTIQUE pour la Fête des Rois, sur l'Air: Au bord d'une Onde fugitive.
LES Changemens divers dans la Nature,
sur la Naissance du Messie.
CANTIQUE pour la Fête des Rois ,
sur l'Air Au bord d'une Ondefugitive.
HElas ! quelle clarté nouvelle ?
Quel Astre brille dans les Cieux ?
Jamais la nuit ne fut si belle ;
Les Zéphirs regnent en ces lieux.
Flore revient ! Ah quels présages !
Tout rit , tout plaît dans nos Forêts ;
Les Oiseaux ; par leurs doux ramages ,
Font gouter des plaisirs parfaits.
Déja l'impatiente Aurore ,
Dore nos Champs et nos Côteaux ;
II. Vol. No
DECEMBRE. 1732. 276.5
Nos Prez reverdissent encore ,
Et les fleurs naissent près des eaux.
Un Dieu fait sentir sa présence
Tout enchante dans ces Deserts ;
Les vents redoutent sa puissance ,
Tout a changé dans l'Univers.
;
Quel bruit de Clairons , de Trompettes
Se mêle aux doux sons des Hautbois?
Qui regne ici dans ces retraites ,
Les Bergers sont parmi les Rois.
O ciel que vois- je ? quelle Etoile
Conduit les Mages dans ce lieu ?
La nuît se cache avec son voile ,
Pour laisser voir un Homme-Dieu.'
Mes yeux découvrent Pinvisible ,
L'Etre premier s'aneantit ;
Je comprends l'incompréhensible ;
Le Verbe Dieu s'assujettit.
Egal à son Pere en puissance ,
Il est de toute Eternité ,
Son Verbe , son Fils , sa substance ,
Sans alterer son unité.
II. Vol.
Une B vj
2766 MERCURE DE FRANCE
Une fille, vierge féconde ,
Augmente sa virginité ,
En enfantant l'Auteur du Monde ,
Sans blesser son integrité.
Du Ciel , de la Terre et de l'Onde ,
Je vois ici le Souverain ;
Grand Dieu ! que fais -je qui réponde ,
Au feu de votre amour divin ?
Sauveur , pour nous fermer l'abîme
Vous avez pris un Corps mortel ;
Si votre cœur sert de victime ,
C'est pour rendre l'homme immortel.
Contre l'orgueil ce Sauveur prêche;'
Mondain, range- toi sous ses Loix ,
Viens pour l'adorer dans sa Crêche
Comme font ces trois puissants Rois.
Ils offrent l'Or à sa Puissance ;
La Myrhe à son humanité ;
Et pour son origine immense ,
L'Encens à sa Divinité.
Venez, Monarques de la Terre,
Princes contrits , ne craignez pas ;
II. Vol.
DECEMBRE. 1732 2767
Il est desarmé du Tonnerre,
Hâtez- vous , il vous tend les bras.
Laisse , Mondaine , ta Toilette ,
Dieu connoît les passevolants ;
Porte- lui ton ame bien nette
C'est-là son Or et son Encens.
sur la Naissance du Messie.
CANTIQUE pour la Fête des Rois ,
sur l'Air Au bord d'une Ondefugitive.
HElas ! quelle clarté nouvelle ?
Quel Astre brille dans les Cieux ?
Jamais la nuit ne fut si belle ;
Les Zéphirs regnent en ces lieux.
Flore revient ! Ah quels présages !
Tout rit , tout plaît dans nos Forêts ;
Les Oiseaux ; par leurs doux ramages ,
Font gouter des plaisirs parfaits.
Déja l'impatiente Aurore ,
Dore nos Champs et nos Côteaux ;
II. Vol. No
DECEMBRE. 1732. 276.5
Nos Prez reverdissent encore ,
Et les fleurs naissent près des eaux.
Un Dieu fait sentir sa présence
Tout enchante dans ces Deserts ;
Les vents redoutent sa puissance ,
Tout a changé dans l'Univers.
;
Quel bruit de Clairons , de Trompettes
Se mêle aux doux sons des Hautbois?
Qui regne ici dans ces retraites ,
Les Bergers sont parmi les Rois.
O ciel que vois- je ? quelle Etoile
Conduit les Mages dans ce lieu ?
La nuît se cache avec son voile ,
Pour laisser voir un Homme-Dieu.'
Mes yeux découvrent Pinvisible ,
L'Etre premier s'aneantit ;
Je comprends l'incompréhensible ;
Le Verbe Dieu s'assujettit.
Egal à son Pere en puissance ,
Il est de toute Eternité ,
Son Verbe , son Fils , sa substance ,
Sans alterer son unité.
II. Vol.
Une B vj
2766 MERCURE DE FRANCE
Une fille, vierge féconde ,
Augmente sa virginité ,
En enfantant l'Auteur du Monde ,
Sans blesser son integrité.
Du Ciel , de la Terre et de l'Onde ,
Je vois ici le Souverain ;
Grand Dieu ! que fais -je qui réponde ,
Au feu de votre amour divin ?
Sauveur , pour nous fermer l'abîme
Vous avez pris un Corps mortel ;
Si votre cœur sert de victime ,
C'est pour rendre l'homme immortel.
Contre l'orgueil ce Sauveur prêche;'
Mondain, range- toi sous ses Loix ,
Viens pour l'adorer dans sa Crêche
Comme font ces trois puissants Rois.
Ils offrent l'Or à sa Puissance ;
La Myrhe à son humanité ;
Et pour son origine immense ,
L'Encens à sa Divinité.
Venez, Monarques de la Terre,
Princes contrits , ne craignez pas ;
II. Vol.
DECEMBRE. 1732 2767
Il est desarmé du Tonnerre,
Hâtez- vous , il vous tend les bras.
Laisse , Mondaine , ta Toilette ,
Dieu connoît les passevolants ;
Porte- lui ton ame bien nette
C'est-là son Or et son Encens.
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Résumé : LES Changemens divers dans la Nature, sur la Naissance du Messie. CANTIQUE pour la Fête des Rois, sur l'Air: Au bord d'une Onde fugitive.
Le texte est un cantique célébrant la naissance du Messie lors de la fête des Rois. Il décrit une nouvelle clarté et un astre brillant dans les cieux, annonçant des présages favorables. La nature se transforme avec le retour de Flore et le chant des oiseaux. L'Aurore illumine les champs, et un Dieu manifeste sa présence, changeant l'univers. Les bergers se trouvent parmi les rois, et une étoile guide les Mages vers un Homme-Dieu. Le texte exalte le mystère de l'Incarnation, où le Verbe de Dieu s'incarne sans altérer son unité. Une vierge féconde donne naissance à l'Auteur du Monde sans perdre sa virginité. Le Sauveur prend un corps mortel pour rendre l'homme immortel et prêche contre l'orgueil. Les Mages offrent de l'or à sa puissance, de la myrrhe à son humanité, et de l'encens à sa divinité. Le texte invite les monarques et les princes à adorer le Sauveur, désarmé du tonnerre, et à lui offrir leur âme pure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6638
p. 2770-2772
EPITRE, A M. l'Abbé Ploment, sur ses Noëls.
Début :
Sage Plomet, dont la plume rapide, [...]
Mots clefs :
Noëls, Plume, Écrits, Gloire
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE, A M. l'Abbé Ploment, sur ses Noëls.
EPITRE,
A M. l'Abbé Plomet , sur ses Noëls.
Sage Plomet , dont la plume rapide ,
Juste et sçavante en ses productions ,
Fut souvent le fidelle guide,
De nos timides Amphions,
Reçois avec bonté ces Essais de ma Lyre ;
Elle t'en doit les premiers fruits ,
Puisqu'elle a pris dans tes Ecrits ,
L'entousiasme qui l'inspire.
On t'a vu penetré d'une divine ardeur,
Du Sauveur desHumains celebrer la Naissance
Par tes charmans accords le coupable Pécheur ,
Sentoit renaître dans son cœur
D'un heureux avenir , la flateuse esperance.
Aux approches de ce grand jour ,
Le Public révéroit dans son impatience ,
Ces marques de ton saint amour,
Et les chantoit avec reconnoissance :
.... II. Vol. Mais
DECEMBRE. 1732 277)
Mais hélas ! il n'a plus cet innocent plaisir ;
Il le demande en vain , Plomet le lui refuse ,
Tes amis seuls, reçus dans ton pieux loisir ,
Partagent avec toi les efforts de ta Muse.
Des saints Lauriers que ta main à cueillis ,
Le Public te doit un hommage ;
Mais ces talens qui furent ton partage ,
Te furent-ils donnez , pour être ensevelis ?
Quoi ! craindrois- tu les Critiques cruelles ,
D'un Censeur étourdi ?
Tes Noëls précedens sont tes garants fidelles,
Rime , Plomet , tu seras applaudi.
La pâle jalousie et la haine barbare ,
Voudront semer en vain leurs ennuyeux discours
Le Languedoc charmé , t'admirera toûjours ,
Et la gloire qu'il te prépare ,
Vaut bien le danger que tu cours.
Des honneurs qu'on te doit , sage dispensatrice
L'équitable Posterité ,
Sçaura mieux te rendre justice ,
Et l'on verra la verité ,
Terrasser la noire malice.
Corneille ( dira-t'on ) La Fontaine , Rousseau;
Despreaux , Racine , Moliere ,
Paroissant animez d'un feu toûjours nouveau ,
Scurent chacun à leur maniere ,
Parcourir sans égaux leur brillante carriere ;
୮
II. Vol.
Heureux
2772 MERCURE DE FRANCE
Heureux de partager entr'eux un don si beau.
Couverts d'une éternelle gloire ,
Leurs noms chéris deviendront immortels ;
Mais parmi les Sçavans que nous vante l'Histoire,
Plomet s'est distingué par ses pieux Noëls.
L'Abbé Cros , de Montpellier.
A M. l'Abbé Plomet , sur ses Noëls.
Sage Plomet , dont la plume rapide ,
Juste et sçavante en ses productions ,
Fut souvent le fidelle guide,
De nos timides Amphions,
Reçois avec bonté ces Essais de ma Lyre ;
Elle t'en doit les premiers fruits ,
Puisqu'elle a pris dans tes Ecrits ,
L'entousiasme qui l'inspire.
On t'a vu penetré d'une divine ardeur,
Du Sauveur desHumains celebrer la Naissance
Par tes charmans accords le coupable Pécheur ,
Sentoit renaître dans son cœur
D'un heureux avenir , la flateuse esperance.
Aux approches de ce grand jour ,
Le Public révéroit dans son impatience ,
Ces marques de ton saint amour,
Et les chantoit avec reconnoissance :
.... II. Vol. Mais
DECEMBRE. 1732 277)
Mais hélas ! il n'a plus cet innocent plaisir ;
Il le demande en vain , Plomet le lui refuse ,
Tes amis seuls, reçus dans ton pieux loisir ,
Partagent avec toi les efforts de ta Muse.
Des saints Lauriers que ta main à cueillis ,
Le Public te doit un hommage ;
Mais ces talens qui furent ton partage ,
Te furent-ils donnez , pour être ensevelis ?
Quoi ! craindrois- tu les Critiques cruelles ,
D'un Censeur étourdi ?
Tes Noëls précedens sont tes garants fidelles,
Rime , Plomet , tu seras applaudi.
La pâle jalousie et la haine barbare ,
Voudront semer en vain leurs ennuyeux discours
Le Languedoc charmé , t'admirera toûjours ,
Et la gloire qu'il te prépare ,
Vaut bien le danger que tu cours.
Des honneurs qu'on te doit , sage dispensatrice
L'équitable Posterité ,
Sçaura mieux te rendre justice ,
Et l'on verra la verité ,
Terrasser la noire malice.
Corneille ( dira-t'on ) La Fontaine , Rousseau;
Despreaux , Racine , Moliere ,
Paroissant animez d'un feu toûjours nouveau ,
Scurent chacun à leur maniere ,
Parcourir sans égaux leur brillante carriere ;
୮
II. Vol.
Heureux
2772 MERCURE DE FRANCE
Heureux de partager entr'eux un don si beau.
Couverts d'une éternelle gloire ,
Leurs noms chéris deviendront immortels ;
Mais parmi les Sçavans que nous vante l'Histoire,
Plomet s'est distingué par ses pieux Noëls.
L'Abbé Cros , de Montpellier.
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Résumé : EPITRE, A M. l'Abbé Ploment, sur ses Noëls.
L'épître de l'Abbé Cros, de Montpellier, est adressée à l'Abbé Plomet, qu'il loue pour sa plume rapide, juste et savante, souvent bénéfique aux poètes débutants. L'auteur exprime sa gratitude envers Plomet, dont les écrits ont stimulé son enthousiasme poétique. Plomet est célébré pour sa capacité à célébrer la naissance du Sauveur, inspirant ainsi les pécheurs à espérer un avenir heureux. Cependant, l'auteur regrette que le public ne puisse plus profiter des Noëls de Plomet, car celui-ci les réserve désormais à ses amis proches. Il encourage Plomet à ne pas craindre les critiques et à continuer à écrire, soulignant que ses précédents Noëls témoignent de son talent. L'auteur prédit que le Languedoc continuera d'admirer Plomet et que la postérité lui rendra justice, terrassant ainsi la malice. L'épître mentionne également des grands noms de la littérature comme Corneille, La Fontaine, Rousseau, Despreaux, Racine et Molière, comparant leur gloire immortelle à celle que Plomet pourrait atteindre grâce à ses Noëls.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6639
p. 2772-2781
REFLEXIONS Sur l'Amour.
Début :
Le desir d'être aimé est un des plus grands effets de l'aveuglement des [...]
Mots clefs :
Amour, Réflexions, Désir d'être aimé, Aveuglement, Craintes, Confiance, Mérite, Dangereux, Crédulité, Dire
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texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS Sur l'Amour.
REFLEXIONS
Sur l'Amour.
E desir d'être aimé est un des plus
Lrands effets de l'aveuglement des
hommes. C'est la ruine des esprits , la
corruption des mœurs , la perte de la liberté , l'obsession des hommes et le plus
grand de tous les maux ; cependant la
misere humaine nous persuade que c'est le comble de la felicité.
Tout ce qui a rapport à l'objet aimé
est beau, parfait , admirable : Allucinatur
quisquis amat in eo quod amat. Plutarque.
Ceux qui sont aimez , adoptent les erreurs et les prennent pour des témoigna
ges des veritez les plus constantes ; ils
II. Vol. croyent
DECEMBRE. 1732. 2773
croyent ne pouvoir errer. Cela n'est pas
surprenant , car ceux qui nous aiment ne
sçauroient nous faire ouvrir les yeux , et
c'est une grande pitié de ne pouvoir être
repris ni corrigez que par ceux qui ne
sçauroient ni nous reprendre ni nous corriger. Hoc impedit quod nimis nobis pla
cemus. Seneque.
C'est le propre de l'Amour malheureux:
de s'abandonner à des soupçons et à des
craintes indignes qu'il condamne lui - même, et qui, en le persecutant , ne laissent
pas de l'engager dans des démarches souvent suivies d'un long repentir.
Les craintes de l'amour , disposent toujours à une confiance flateuse , qui fait
croire avec plaisir ce qui justifie la
sonne qu'on aime.
perQuand on mérite d'être aimé , on se
flate toûjours de l'être , et presque toujours plus qu'on ne l'est en effet.
Plus on aime tard et plus fortement
on aime.
Urit amorgravius , quò seriùs urimur intus. Ovide,
Sape venit magnofœnore tardus amor.
On II. Vol.
2774 MERCURE DE FRANCE
On ne doit jamais se picquer d'être
le martyr de la vanité ou du caprice
d'une Belle. On doit cesser d'aimer
aussi-tôt qu'on cesse d'être bien traité ;
car pourquoi vouloir malgré la Loi na
turelle , se faire un tourment de ce qu'elle a donné à l'homme comme un plaisir ?
nous devons cependant plaindre ceux
que l'erreur commune engage dans d'autres sentimens et qui sont les victimes
de leur propre aveuglement.
Amore si finge fanciullo per significar che per placarsi pretende doni : si
finge però anco cieco , per lasciarsi rapire quanto possiede.
Il n'est point de forme sous laquelle
l'Amour ne se déguise pour s'insinuer
dans un cœur , jusqu'à prendre celle de
la raison et de la vertu .
Un amour extrême est capable de faire
'dire tout ce qu'on ne pense pas , quand on
croit se pouvoir procurer ce qu'on desire.
L'amour est une contagion qui se communique presque toûjours par la fréquentation de ceux qui sont susceptibles de
cette passion.
II Vol. Ceux
DECEMBRE. 1732. 2775
Ceux qui n'aiment pas , ont rarement
de grandes joyes ; ceux qui aiment , ont
souvent de grandes tristesses.
Parmi les Amans la haine n'est bien
souvent qu'un amour déguisé ; mais
l'indifference est une veritable preuve
d'un amour éteint.
Amantes amoris nebulis obcacati falsa
pro veris accipiunt.
Plus l'amour est contraint , plus il est
ardent. Per vincula cresco.
On s'estimeroit heureux en amour , si
ce qui manque à notre félicité ne faisoit
celle de personne,
L'amour devient un plaisir bien froid,
s'il n'est attisé par la difficulté.
Quand un cœur tendre est assez irrité
pour devenir cruel , il passe d'un extrémité à l'autre , et la mesure de sa tendresse naturelle , devient celle de sa cruauté.
L'amour est plus dangereux et plus
outré aux vieillards qu'aux jeunes gens.
L'autunno del' età fassi ad un core ,
Tutt'amor . tutt'angoscia, è tutto ardore. Sperauza.
II. Vol. La
2776 MERCURE DE FRANCE
La vertu est une perfection de l'ame ;
l'amour est une imperfection , en ce qu'il
fait aimer en autrui ce qui nous manque
en nous-mêmes.
La crédulité, naturelle à l'amour, laisse
rarement la raison agir avec toutes ses
lumieres dans l'esprit d'un Amant ; elle
fait trouver possible les choses les plus
étranges , lorsqu'elles s'accordent avec ce
qu'on souhaite.
Laura dell'amore e un'esalatione pes
tifera , che ci offusca la ragione.
L'amour vous attaque inutilement , si
vous vous occupez par le travail et l'application : Otia si tollas , perere cupidinis arcus.
Il n'est pas sûr que l'amour fondé sur
la beauté , dure autant qu'elle ; mais il
est indubitable qu'il meurt avec elle.
Le bon homme Brantome , dit agréa
blement que qui veut être aimé sans aimer, ressemble à celui qui veut allumer
son flambeau avec une torche éteinte.
Qui aime est plus heureux que qui
II. Vol. est
DECEMBRE. 1732. 2777
est aimé. Cependant il est plus noble et
il devroit nous être plus agréable d'être
servis , que de servir.
Celui qui a de la haine est plus blamable que celui qui est haï. Or celui qui
aimedoit l'emporter sur celui qui est aimé;
car celui qui oblige, est plus genereux que
celui qui est obligé. L'amour de l'Amant fait la reconnoissance de la personne aimée , comme plus parfait et plus
digne. Les choses inanimées peuvent être
aimées , mais elles ne sçauroient jamais
aimer. Cognosci enim et amari etiam in carentibus anima existit at cognoscere et
amore rebus animatis. Arist. Melius est
amare quam amari. id. Divinior est amator,
quam amatus , est enim numinis afflatu per- citus. Plat.
Les Italiens disent proverbialement :
Amore , subito nato morire , se non e nodrito
dalla speranza.
C'est une grande question de sçavoir
si on a plus de mérite auprès d'une Maîtresse , en lui marquant beaucoup d'empressement , qu'en ne lui en témoignant
que peu,
Chi e amato perde la liberta , perche
II. Vol.
2778 MERCURE DE FRANCE
e obligato a suo dispetto ad amare chi
l'ama.
Quand on a veritablement donné son
cœur , on n'a plus rien qui ne soit au
pouvoir de celle qui le possede,
En guerre et en amour , les yeux sont
les premiers vaincus. Gli occhi , disent
les Italiens , sone sempre principio e fine
d'amore.
Quand on est bien amoureux on est
très- retenu par la crainte de déplaire à
l'objet aimé. Les médiocres passions inspitent toutes sortes de téméritez.
L'amour est le Roy des jeunes gens et
le Tyran des vieillards.
Le relâchement et le dégoût suivent
ordinairement les amours où il n'entre
que de la volupté.
Une infidelité qu'on prend soin de
cacher , promet plutôt un retour qu'un
engagement où l'on ne garde point de
mesures.
Comme les petits feux s'éteignent par
II. Vol les .
DECEMBRE. 1732. 2779
les grands orages, et les grands s'augmentent ; de même l'amour médiocre se refroidit par les difficultez , mais le grand
s'accroît.
Le Char de l'Amour est tiré par des
Lions , pour montrer que ce Dieu sçait
soumettre les animaux les plus féroces.
On ne se croit jamais miserable quand
on aime bien ; mais on croit l'avoir été
quand on n'aime plus.
L'amour est de telle nature , qu'il ne
peut jamais causer de plaisirs tranquilles ;
et soit qu'il donne de la joye où de la
douleur , c'est presque toûjours en desordre et avec tumulte et agitation..
Les premieres passions sont si bien les
plus fortes , qu'on pourroit dire que Souvent plus on aime , moins on sçait aimer.
L'amour qui s'établit par vanité , n'est
que vanité , et ne peut subsister. L'amour
fondé sur la beauté , meurt avec elle ;
l'amour qui vient par des interêts de famille , n'est qu'avarice ; l'amour que la
jeunesse inspire , n'est que legereté ; l'amour qui naît du tempéramment , est
11. Vol.
C aveugle
2780 MERCURE DE FRANCE
aveugle et grossier ; il n'y a que l'amour
que l'estime et la vertu font naître qui
soit solide et qu'on doive loüer.
Un homme bien amoureux , fait de
soi- même un spectacle très- agréable pour
la personne qu'il aime.
La perte des personnes dont nous som❤
mes aimez , est bien plus irréparable que
celle des personnes que nous aimons.
Une belle femme , d'un esprit médio.
cre , fait aisément beaucoup de conquêtes , mais elle ne les garde pas longtemps ; une femme d'esprit sans beauté
en fait peu et difficilement , mais elles
sont infiniment plus durables.
L'amour et la haine marchent souvent ensemble. Les Italiens disent , l'odio
non e contratrie d'Amore , ma sequaci d'amore.
Les larmes des femmes et les soupirs
des Amans , sont deux choses inépuisables , l'une ne coûte guere plus que l'autre , car la source en est intarissable ; c'est
comme un Bassin qui se remplit à me
sure qu'on y puise.
II. Vol. Selon
DECEMBRE. 1732 2781
Selon le Proverbe Espagnol : Mucho
sabe la zarra , pero sabe mas la Dona enamorada.
On a beau dire , une femme est bien
à plaindre quand elle a tout ensemble
de l'amour et de la vertu.
La prudence et l'amour ne sont pas
faits l'un pour l'autre. Tandis que l'amour croît , la prudence diminuë.
Vouloir qu'on soit amoureux avec mesure , c'est vouloir qu'on soit fou avec
raison.
Dans les commencemens d'une tendre
passion , on est trop crédule ; on l'est
trop peu dans la suite . De- là les inquietudes , les soupçons , les reproches , les -
ruptures.
Sur l'Amour.
E desir d'être aimé est un des plus
Lrands effets de l'aveuglement des
hommes. C'est la ruine des esprits , la
corruption des mœurs , la perte de la liberté , l'obsession des hommes et le plus
grand de tous les maux ; cependant la
misere humaine nous persuade que c'est le comble de la felicité.
Tout ce qui a rapport à l'objet aimé
est beau, parfait , admirable : Allucinatur
quisquis amat in eo quod amat. Plutarque.
Ceux qui sont aimez , adoptent les erreurs et les prennent pour des témoigna
ges des veritez les plus constantes ; ils
II. Vol. croyent
DECEMBRE. 1732. 2773
croyent ne pouvoir errer. Cela n'est pas
surprenant , car ceux qui nous aiment ne
sçauroient nous faire ouvrir les yeux , et
c'est une grande pitié de ne pouvoir être
repris ni corrigez que par ceux qui ne
sçauroient ni nous reprendre ni nous corriger. Hoc impedit quod nimis nobis pla
cemus. Seneque.
C'est le propre de l'Amour malheureux:
de s'abandonner à des soupçons et à des
craintes indignes qu'il condamne lui - même, et qui, en le persecutant , ne laissent
pas de l'engager dans des démarches souvent suivies d'un long repentir.
Les craintes de l'amour , disposent toujours à une confiance flateuse , qui fait
croire avec plaisir ce qui justifie la
sonne qu'on aime.
perQuand on mérite d'être aimé , on se
flate toûjours de l'être , et presque toujours plus qu'on ne l'est en effet.
Plus on aime tard et plus fortement
on aime.
Urit amorgravius , quò seriùs urimur intus. Ovide,
Sape venit magnofœnore tardus amor.
On II. Vol.
2774 MERCURE DE FRANCE
On ne doit jamais se picquer d'être
le martyr de la vanité ou du caprice
d'une Belle. On doit cesser d'aimer
aussi-tôt qu'on cesse d'être bien traité ;
car pourquoi vouloir malgré la Loi na
turelle , se faire un tourment de ce qu'elle a donné à l'homme comme un plaisir ?
nous devons cependant plaindre ceux
que l'erreur commune engage dans d'autres sentimens et qui sont les victimes
de leur propre aveuglement.
Amore si finge fanciullo per significar che per placarsi pretende doni : si
finge però anco cieco , per lasciarsi rapire quanto possiede.
Il n'est point de forme sous laquelle
l'Amour ne se déguise pour s'insinuer
dans un cœur , jusqu'à prendre celle de
la raison et de la vertu .
Un amour extrême est capable de faire
'dire tout ce qu'on ne pense pas , quand on
croit se pouvoir procurer ce qu'on desire.
L'amour est une contagion qui se communique presque toûjours par la fréquentation de ceux qui sont susceptibles de
cette passion.
II Vol. Ceux
DECEMBRE. 1732. 2775
Ceux qui n'aiment pas , ont rarement
de grandes joyes ; ceux qui aiment , ont
souvent de grandes tristesses.
Parmi les Amans la haine n'est bien
souvent qu'un amour déguisé ; mais
l'indifference est une veritable preuve
d'un amour éteint.
Amantes amoris nebulis obcacati falsa
pro veris accipiunt.
Plus l'amour est contraint , plus il est
ardent. Per vincula cresco.
On s'estimeroit heureux en amour , si
ce qui manque à notre félicité ne faisoit
celle de personne,
L'amour devient un plaisir bien froid,
s'il n'est attisé par la difficulté.
Quand un cœur tendre est assez irrité
pour devenir cruel , il passe d'un extrémité à l'autre , et la mesure de sa tendresse naturelle , devient celle de sa cruauté.
L'amour est plus dangereux et plus
outré aux vieillards qu'aux jeunes gens.
L'autunno del' età fassi ad un core ,
Tutt'amor . tutt'angoscia, è tutto ardore. Sperauza.
II. Vol. La
2776 MERCURE DE FRANCE
La vertu est une perfection de l'ame ;
l'amour est une imperfection , en ce qu'il
fait aimer en autrui ce qui nous manque
en nous-mêmes.
La crédulité, naturelle à l'amour, laisse
rarement la raison agir avec toutes ses
lumieres dans l'esprit d'un Amant ; elle
fait trouver possible les choses les plus
étranges , lorsqu'elles s'accordent avec ce
qu'on souhaite.
Laura dell'amore e un'esalatione pes
tifera , che ci offusca la ragione.
L'amour vous attaque inutilement , si
vous vous occupez par le travail et l'application : Otia si tollas , perere cupidinis arcus.
Il n'est pas sûr que l'amour fondé sur
la beauté , dure autant qu'elle ; mais il
est indubitable qu'il meurt avec elle.
Le bon homme Brantome , dit agréa
blement que qui veut être aimé sans aimer, ressemble à celui qui veut allumer
son flambeau avec une torche éteinte.
Qui aime est plus heureux que qui
II. Vol. est
DECEMBRE. 1732. 2777
est aimé. Cependant il est plus noble et
il devroit nous être plus agréable d'être
servis , que de servir.
Celui qui a de la haine est plus blamable que celui qui est haï. Or celui qui
aimedoit l'emporter sur celui qui est aimé;
car celui qui oblige, est plus genereux que
celui qui est obligé. L'amour de l'Amant fait la reconnoissance de la personne aimée , comme plus parfait et plus
digne. Les choses inanimées peuvent être
aimées , mais elles ne sçauroient jamais
aimer. Cognosci enim et amari etiam in carentibus anima existit at cognoscere et
amore rebus animatis. Arist. Melius est
amare quam amari. id. Divinior est amator,
quam amatus , est enim numinis afflatu per- citus. Plat.
Les Italiens disent proverbialement :
Amore , subito nato morire , se non e nodrito
dalla speranza.
C'est une grande question de sçavoir
si on a plus de mérite auprès d'une Maîtresse , en lui marquant beaucoup d'empressement , qu'en ne lui en témoignant
que peu,
Chi e amato perde la liberta , perche
II. Vol.
2778 MERCURE DE FRANCE
e obligato a suo dispetto ad amare chi
l'ama.
Quand on a veritablement donné son
cœur , on n'a plus rien qui ne soit au
pouvoir de celle qui le possede,
En guerre et en amour , les yeux sont
les premiers vaincus. Gli occhi , disent
les Italiens , sone sempre principio e fine
d'amore.
Quand on est bien amoureux on est
très- retenu par la crainte de déplaire à
l'objet aimé. Les médiocres passions inspitent toutes sortes de téméritez.
L'amour est le Roy des jeunes gens et
le Tyran des vieillards.
Le relâchement et le dégoût suivent
ordinairement les amours où il n'entre
que de la volupté.
Une infidelité qu'on prend soin de
cacher , promet plutôt un retour qu'un
engagement où l'on ne garde point de
mesures.
Comme les petits feux s'éteignent par
II. Vol les .
DECEMBRE. 1732. 2779
les grands orages, et les grands s'augmentent ; de même l'amour médiocre se refroidit par les difficultez , mais le grand
s'accroît.
Le Char de l'Amour est tiré par des
Lions , pour montrer que ce Dieu sçait
soumettre les animaux les plus féroces.
On ne se croit jamais miserable quand
on aime bien ; mais on croit l'avoir été
quand on n'aime plus.
L'amour est de telle nature , qu'il ne
peut jamais causer de plaisirs tranquilles ;
et soit qu'il donne de la joye où de la
douleur , c'est presque toûjours en desordre et avec tumulte et agitation..
Les premieres passions sont si bien les
plus fortes , qu'on pourroit dire que Souvent plus on aime , moins on sçait aimer.
L'amour qui s'établit par vanité , n'est
que vanité , et ne peut subsister. L'amour
fondé sur la beauté , meurt avec elle ;
l'amour qui vient par des interêts de famille , n'est qu'avarice ; l'amour que la
jeunesse inspire , n'est que legereté ; l'amour qui naît du tempéramment , est
11. Vol.
C aveugle
2780 MERCURE DE FRANCE
aveugle et grossier ; il n'y a que l'amour
que l'estime et la vertu font naître qui
soit solide et qu'on doive loüer.
Un homme bien amoureux , fait de
soi- même un spectacle très- agréable pour
la personne qu'il aime.
La perte des personnes dont nous som❤
mes aimez , est bien plus irréparable que
celle des personnes que nous aimons.
Une belle femme , d'un esprit médio.
cre , fait aisément beaucoup de conquêtes , mais elle ne les garde pas longtemps ; une femme d'esprit sans beauté
en fait peu et difficilement , mais elles
sont infiniment plus durables.
L'amour et la haine marchent souvent ensemble. Les Italiens disent , l'odio
non e contratrie d'Amore , ma sequaci d'amore.
Les larmes des femmes et les soupirs
des Amans , sont deux choses inépuisables , l'une ne coûte guere plus que l'autre , car la source en est intarissable ; c'est
comme un Bassin qui se remplit à me
sure qu'on y puise.
II. Vol. Selon
DECEMBRE. 1732 2781
Selon le Proverbe Espagnol : Mucho
sabe la zarra , pero sabe mas la Dona enamorada.
On a beau dire , une femme est bien
à plaindre quand elle a tout ensemble
de l'amour et de la vertu.
La prudence et l'amour ne sont pas
faits l'un pour l'autre. Tandis que l'amour croît , la prudence diminuë.
Vouloir qu'on soit amoureux avec mesure , c'est vouloir qu'on soit fou avec
raison.
Dans les commencemens d'une tendre
passion , on est trop crédule ; on l'est
trop peu dans la suite . De- là les inquietudes , les soupçons , les reproches , les -
ruptures.
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Résumé : REFLEXIONS Sur l'Amour.
Le texte 'Réflexions sur l'Amour' explore les diverses dimensions de l'amour, soulignant ses aspects bénéfiques et nuisibles. L'amour est décrit comme une source d'aveuglement susceptible de corrompre les mœurs et de ruiner les esprits, tout en étant perçu comme le summum du bonheur. Les amants tendent à idéaliser leur partenaire et sont rarement disposés à reconnaître leurs erreurs. L'amour malheureux engendre des soupçons et des craintes, conduisant à des actions regrettables. L'intensité de l'amour augmente avec le temps, et il est conseillé de cesser d'aimer si l'on n'est pas bien traité. L'amour se manifeste sous différentes formes, y compris celles de la raison et de la vertu, et peut être contagieux par la fréquentation. Les non-amoureux connaissent peu de grandes joies, tandis que les amants éprouvent souvent des tristesses. La haine peut masquer un amour déguisé, mais l'indifférence indique un amour éteint. L'amour contraint est plus ardent et la difficulté l'intensifie. Les vieillards ressentent un amour plus dangereux et excessif que les jeunes. L'amour est une imperfection qui pousse à aimer chez autrui ce qui manque en soi. La crédulité amoureuse obscurcit la raison, permettant des comportements étranges. Travailler empêche l'amour de s'installer, et l'amour basé sur la beauté disparaît avec elle. Aimer rend plus heureux que d'être aimé, bien que servir soit plus noble. L'amour rend reconnaissant et obligeant, les jeunes audacieux et les vieillards tyranniques. Les amours basées sur la volupté mènent souvent au dégoût. Les petites passions s'éteignent face aux difficultés, tandis que les grandes s'intensifient. L'amour véritable ne cause jamais de plaisirs tranquilles, mais toujours avec agitation. Les premières passions sont les plus fortes, mais souvent mal maîtrisées. L'amour vrai naît de l'estime et de la vertu, contrairement à ceux fondés sur la vanité, la beauté, les intérêts familiaux, la jeunesse ou le tempérament.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6640
p. 2785-2797
LETTRE de M.... écrite à M. de ... Commandeur de l'Ordre de S. Jean de Jerusalem, au sujet d'un Livre nouveau intitulé: La Vie de Messire François Picquet, &c.
Début :
Le Livre dont vous me parlez, Monsieur, est également curieux et édifiant, [...]
Mots clefs :
Ordre de saint Jean de Jerusalem, Livre, Journal de Verdun, Doutes, François Picquet, Consulat, Alep, Pacha , Historien, Mosquée
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M.... écrite à M. de ... Commandeur de l'Ordre de S. Jean de Jerusalem, au sujet d'un Livre nouveau intitulé: La Vie de Messire François Picquet, &c.
LETTRE de M.... écrite à M. de...
Commandeur de l'Ordre de S. Jean de
Jerusalem , au sujet d'un Livre nouveau
intitulé : La Vie de Messire François Pic
quet , &c.
E Livre dont vous me parlez , Mon
Li ,
→
fiant , il mérite que vous le lisiez avec
attention dès que vous serez de retour de votre Campagne. Le peu que
vous en avez vû dans le petit Journal de Verdun , n'est pas , comme vous
dites , suffisant pour vous instruire ; il l'a
été seulement pour exciter votre curiosité et pour former quelques doutes , que
vous me chargez d'éclaircir , les Journaux Litteraires n'en ayant point encore
parlé.
Le premier de ces doutes roule sur ces
paroles du Journaliste , page 175. du
mois de Septembre. En 1662. M. Pičquet revint en Europe, sans renoncer au Consulat d'Alep , qu'ilfit exercerparM. Baron.
II. Vol. C
Ces iiij
2786 MERCURE DE FRANCE
Ces paroles font , sans doute , entendre
que M. Baron ne fut que le Substitut de
M. Picquet , et que celui- cy étant toûjours le maître du Consulat d'Alep , il y
commit une personne à sa dévotion, &c.
Votre interprétation est juste , Monsieur,
mais le fondement en est peu solide. Les
termes que je viens de rapporter sont
entierement du Journaliste;l'Historien de
M. Picquet ne parle point ainsi , et vous
avez eû grande raison de douter que
M. Baron , dont vous avez connu la famille , fort superieure à celle de M. Picquet , dont vous avez , dis- je , vû les Neveux se distinguer dans votre Ordre , ait
jamais été le Substitut d'un Consul d'Alep.
Mais comme je ne sçaurois bien remplir tout ce que vous exigez de moi au
sujet de ce nouveau Livre , sans le lire
attentivement d'un bout à l'autre , je ne
vous dis rien de plus ici sur cet article. L'occasion d'en parler reviendra à
la suite de mes Observations , que je soumets d'avance toutes à vos lumieres , ne
les ayant entreprises que pour vous obéïr,
et pour perfectionner un Ouvrage qui mérite l'attention de tous les gens de bien.
En voici d'abord le Titre. LA VIE de
Messire François Picquet , Consul de Franse et de Hollande à Alep ; ensuite Evêque
II. Vol. de
DECEMBRE 1732. 2787
de Cesarople,puis de Babylone, Vicaire Apos
tolique en Perse ; avec titre d'Ambassadeur
du Roy auprès du Roy de Perse , contenant
plusieurs évenemens curieux , arrivez dans
le temps de son Consulat et de son Episcopat, dans les Etats de Turquie et de Perse ,
et dans les Eglises des deux Empires.Divisée
en trois Livres , 1. vol. in 8. de 543. pages
sans la Préface et la Table. A Paris,
chez la Veuve Mergé , ruë S. Jacques ,
M. DCC. XXXII.
Une assez longue Préface contient d'abord l'Eloge de M. Picquet, lequel ne présente rien que de vrai, et de fort touchant.
Elle indique ensuite les sources où l'on a
puisé les Memoires qui ont servi à écrire
I'Histoire de sa vie. On distingue particulierement ici François Malaval , ce sçavant Aveugle de Marseille , qui avoit autrefois projetté de composer lui - même
cette Histoire , et qui a fourni des lumieres et des secours considerables pour l'exc
cution de celle dont il est question . Les
autres personnes qui ont concouru au
même dessein , sont aussi nommées avec
distinction dans la même Préface. X
LIVRE I. qui comprend les commencemens
de la vie de M. Picquet , l'Histoire de son
Consulat et divers evenemens concernant les
Eglises du Levant et de Turquie
II. Vol. Cv François
2738 MERCURE DE FRANCE
· François Piquet nâquit à Lyon le jour
de Pâques 12. Avfil 1626 ; il étoit fils de
Geofroy Picquet et d'Anne de Monery
l'un et l'autre d'une honnête et ancienne
Famille , que l'on mettoit au nombre des
Nobles de la ville de Lyon. L'Autheur
ajoute que Geofroy Picquet avoit été fort
riche , et qu'il passoit pour l'un des plus
considerables Banquiers de Lyon , qui
avoit le plus de crédit et de correspondances dans toutes les Places de l'Europe.
Je passe , Monsieur , les prémices de la
piété et les premieres études de ce serviteur de Dieu , qui avançoit à grands pas
dans la carriere de la vertu à mesure qu'il
croissoit en âge ; je passe aussi ses voyages
en divers endroits de l'Italie dont il vit les
principales Villes , et dont il ne revint à
Lyon que vers la fin de l'année 1650.
En 1652 le Consulat d'Alep , dont on
décrit ici l'importance et les avantages ,
étant venu à vacquer par la mort de M.
Bonin de Marseille , M. Picquet fut nommé par la Chambre du Commerce pour
remplir cette Charge , et la Cour approuva ce choix ,
Il s'embarqua à Marseille au mois de
Septembre de la même année , et après
avoir débarqué à Alexandrete il se rendit
à Alep au commencement de Decembre.
` II. Vol. On
DECEMBRE. 1732. 2789
On lui fit une Réception magnifique ;
tous les Consuls à la tête de leur Nation
vinrent le recevoir à l'entrée de la Ville ,
et le conduisirent jusqu'à son Palais &c.
Il faut passer ce terme , souvent employé
dans cette Histoire pour signifier la Mai son du Consul.
Il donna dabord toute son application
au rétablissement des affaires du Commerce, que la mauvaise foi des Marchands
et l'avarice insatiable des Gouverneurs
avoient fortdérangées. LePacha d'alors s'ap
pelloit Bichir , et non pas Bicier , comme
le nomme notre Autheur ; ses violences
et ses injustices l'avoient rendu fameux
dans l'Orient , et on parloit encore de lui
quand j'étois dans la Syrie. M. Picquet
vintcependantà bout de réprimer ses véxations ; il obtint des ordres précis de la
Porte , par lesquels il lui fut deffendu de
les continuer , et enjoint de donner une
entiere satisfaction au Consul de France ,
et de vivre desormais en bonne intelligence avec lui.
Divers incidens troublerent depuis cette
intelligence ; mais ils ne servirent qu'à
faire paroître la fermeté et la sagesse de
notre Consul qui eut toujours l'avantage
sur le Pacha , et maintint hautement les
droits et la gloire de la Nation.
II. Vol. C vj Je
2750 MERCURE DE FRANCE
Je ne puis m'empêcher , Monsieur, de
vous dire ici que le narré de l'un de ces
incidens est une espece d'énigme pour
moi , je ne sçai si vous en comprendrez
mieux le sens ? Voici de quoi il s'agit.
» Le courage de ce brave Consul parut
>> encore , dit notre Historien , lorsque son
>> Vice- Consul étant investi dans sa Maison , qui étoit à l'extrêmité d'un fau-
»bourg, par 500 Mores , il alla lui- même
»à son secours à la tête de 200 François ,
» et les chargea si vigoureusement , qu'ils
furent obligez de prendre la fuite , et de
»lui laisser la gloire d'avoir purgé la cam-
» pagne de tous ces brigands , à la grande
»confusion du Pacha , qui negligeoit un
»devoir si essentiel à sa charge &c.
Tout le monde sçait que le Consul d'Alep n'a point de Vice-Consul dans cette
même Ville ; il y seroit fort inutile. Il
n'est pas moins certain que la Syrie n'est
pas le pays des Mores : d'où seroient donc
venus ceux qui investirent la Maison en
question ? M. le Chevalier Monier , originaire d'Alep, que vous avez fort connu
à Paris chez le Cardinal de Noailles , qui
a lu tous des premiers cette vie de M. Picquet, m'a avoué qu'il n'avoit pas mieux
compris que moi l'endroit dont je viens
de parler.
II. Vol. Cependant
DECEMBRE. 1732. 2791
Cependant les affaires du Commerce set
rétablissant de jour en jour , les Droits du
Consulat grossirent à proportion , et M.
Picquet se fit en peu de tems un gros re- venu. Rien n'est plus édifiant que de voir
dans le Livre même le saint usage qu'il
sçut en faire , et le détail de ses grandes
aumônes , particulierement envers les Ecclésiastiques et les pauvres Eglises du pays.
Ce détail est suivi du recit de la révolte du Pacha d'Alep , contre lequel le Grand Vizir envoya Mortasa et non pas Mourthesar , son Lieutenant , avec un corps de
troupes pour les opposer à ce Rebelle , et
pour commander en sa place dans Alep ,
ce qui ayant été heureusement executé , le
nouveau Pacha donna plusieurs témoignages d'estime et de considération à M.
Picquet , jusqu'à faire pendre le Grand
Douannier devant la porte du Palais
de France , pour vanger les injures qu'il
avoit faites à la Nation dans l'exercice de sa Charge , du tems du Pacha rebelle.
Les Gouverneurs Turcs ne visitent jamais personne , et ils affectent surtout de
ne pas se mesurer avec les Consuls : c'est
beaucoup quand ils s'acquittent à leur
égard des bienseances reglées. Cependant
le nouveau Pacha prévenu d'estime et
II. Vol. d'une
2792 MERCURE DE FRANCE
d'une amitié particuliere pour M. Picquet
lui rendit une visite. Le Consulde son côté
répondit tout de son mieux à cet honneur
extraordinaire, il regala le Pacha, et quand
celui-cy montoit à cheval pour s'en retourner , étant survenu une grosse pluye , M.
Picquet lui fit présenter un très- beau Manteau d'écarlate de Venise , doublé de bro
card d'or.
Le Pacha revint encore quelques jours
aprés chez le Consul pour demander
ses conseils au sujet de l'Armée des Rebelles , qui étoit encore assemblée , et
suivoit la fortune de Bichir Pacha.
La bienfeance et les suites de cette affaire
engagerent M. Picquet de visiter à son
tour le Pacha , qui lui rendit de grands
honneurs accompagnez de quelques présens , sçavoir une veste de drap verd , couleur cherie des Mahometans , et interdite
aux Chrétiens dans le Levant , une Pelisse , ou Fourure de Chameau , et le plus
beau Cheval de son Ecurie richement harnaché. La Pelisse de Chameau vous fera
sans doute rire , c'est apparemment une
méprise que je voudrois bien rejetter sur
'Imprimeur, s'il étoit possible , quoiqu'elle ne soit pas marquée dans l'Errata. Vous
sçavez ce que c'est que le poil et le cuir
d'un Chrmeau dont on fait seulement des
II. Vol.
cribles
DECEMBRE. 1732. 2793
cribles et d'autres usages les plus grossiers
Cette visite fut suivie de quelqu'autres
où toute ceremónie étoit bannie ; elles se
passoient dans la nuit pour conferer des
moyens de reduire les Chefs des Rebelles
et de dissiper leur Armée. Le Pacha et le
Consul convinrent enfin d'un moyen qui
fut éxecuté de la maniere qui suit.
Un jour de vendredi , destiné chez les
Mahometans à l'Assemblée generale et
aux Prieres publiques dans la principale
Mosquée , dans le tems de la plus grande
application des Assistans , 12 Imans ou
Ministres de la Religion , pratiquez par
le Pacha , tomberent brusquement sur les
Chefs des Rebelles et leur couperent la
tête. Le Pacha sortit en même tems de la
Ville avec l'Etendart de la Loi , qui fut
incontinent suivi par les troupes rebelles ,
et la tranquillité se rétablit aussi- tôt. C'est
ainsi , dit notre Historien , que Mortasa
assisté des lumieres et du conseil de M.
Picquet , remporta sur Bichir et les compagnons de sa revolte une victoire &c.
Il se trompe au reste dans ce narré, lorsqu'en expliquant le terme d'Iman , il dit
que ce sont chez les Turcs une espece de
Prêtres qui exercent leurs fonctions hors
la ville. Les Imans sont employez dans les
grandes villes , comme dans les petites
II. Vol. -Mosquées
2794 MERCURE DE FRANCE
Mosquées , il y en a à sainte Sophie et
dans les autres Mosquées Royales de Cons
tantinople , et par tout où les Mahométans ont des Temples.
Cette sanglante Tragedie , qui augmenta la bonne intelligence entre le Pacha d'Alep et le Consul François , fut suivie peu de tems après d'un spectacle plus
agréable ; c'est la fameuse Comedie de Pastor
Fido , dont M. le Consul voulut régaler le
Pacha. On dressa un Théatre dans la Maison Consulaire : la décoration en étoit
magnifique et bien entendue , et la Piece
fut executée avec tant de succès par de
jeunes Marchands François , que le Pacha
leur fit offrir un présent de deux mille
Piastres , lequel ne fut point accepté. Le
Gouverneur fut charmé de cette Piece
surtout de la belle Symphonie dont chaque Scene étoit suivie. Il y a beaucoup
d'apparence que c'est tout ce que les Turcs
purent admirer.
>
Le Pacha voulut regaler à son tour le
Consul et laNationFrançoise d'uneComédie Turque , laquelle fut representée dans
son Serrail par les meilleurs Acteurs du
Pays , et qui parut , dit notre Autheur ,
avoir son agrément dans l'esprit de nos
François. Ceux- ci ne manquerent pas ,
sans doute , de complaisance ; car vous
II. Vol. n'ignorez
DECEMBR E. 1732 2795
n'ignorez pas , Monsieur , que les Turcs
n'ont ni regles, ni genie pour ces sortes de
spectacles ; témoin celui dont je crois de
vous avoir parlé , et où je me suis trouvé
un jour chez le Pacha de Damas , qui n'étoit rempli que de boufonneries , quelquefois assez grossieres , et dont la derniere Scene fut un bizarre travestissement
des Acteurs,qui parurent habillez à la Françoise avec des Perruques &c. ce qui augmenta les éclats de rire et combla le plaisir des Spectateurs.
C'est à cette occasion que le Pacha d'Alep offrit au vertueux Consul deux des
plus belles filles et des principales Familles Turques de la Ville , qui avoient assisté à cette Comédie , offre qui fut bien
loin rejettée , et sur laquelle le Consul
s'excusa , en faisant confidence au Pacha
du Vou qu'il avoit fait de quitter le
monde pour embrasser l'Etat Ecclesiastique , comme il l'éxecuta quelques années
après.
M. Picquet n'avoit alors que trente ans ,
ce qui acheva de lui gagner l'estime et
l'amitié du Gouverneur. C'est à peu près
dans ce même tems que la République
de Hollande le choisit pour son Consul à
Alep et dans ses dépendances : l'agrément
du Roi est ici sous-entendu.
II. Vol. J.
2796 MERCURE DE FRANCE
Je ne suivrai point notre Historien
dans tout ce qu'il ajoûte des differens
effets du zele de ce Consul , pour affermir
les Catholiques Orientaux dans la Foi , et
pour soumettre les Schismatiques à l'Eglise Romaine. Il eut une tendresse particuliere pour l'Eglise Maronite , toute
Catholique , du Mont Liban ; il faut voir
dans le Livre même tout ce qu'il a fait
pour cette Eglise , qui fut de son tems
extrêmement persecutée ; on ne peut rien
lire de plus édifiant ni de mieux touché.
L'article des Esclaves Chrétiens que le
pieux Consul soulageoit par ses aumônes , et dont il rompoit les fers quand il
le pouvoit , est encore de ce même caractere , on ne sçauroit le lire sans être
émû.
Je ne m'arrêterai point aussi à extraire
le détail de la disgrace qui survint au Pacha d'Alep , disgrace que l'Auteur attri
bue à l'étroite union qu'il avoit avec le
Consul François , laquelle donna de l'ombrage au G. S. et au G. Viz. M. Picquet
déplora le malheureux sort de son ami
qui fût conduit comme un criminel à
Constantinople ; » craignant que la gran-
» de liaison qu'il avoit eue avec ce Pacha
» ne lui fut¯nuisible ; parce que dans ce
» pays là on ne manque pas de se défaire
II. Vol.
D d'u-
DECEMBRE. 1732 2797
» d'une personne sans bruit ; it résolut de
» se retirer , mais le Seigneur , qui vou-
>> loit encore se servir de son ministere
» pour le bien des Pauvres et de la Reli-
» gion , lui fit differer de deux ans l'exe-
»cution de son dessein.
Je m'arrête ici , Monsieur , pour ne
point trop fatiguer votre attention , et
pour préparer dans une seconde Lettre
la suite de cet Extrait et de mes petites
Remarques. Je suis , &c.
Commandeur de l'Ordre de S. Jean de
Jerusalem , au sujet d'un Livre nouveau
intitulé : La Vie de Messire François Pic
quet , &c.
E Livre dont vous me parlez , Mon
Li ,
→
fiant , il mérite que vous le lisiez avec
attention dès que vous serez de retour de votre Campagne. Le peu que
vous en avez vû dans le petit Journal de Verdun , n'est pas , comme vous
dites , suffisant pour vous instruire ; il l'a
été seulement pour exciter votre curiosité et pour former quelques doutes , que
vous me chargez d'éclaircir , les Journaux Litteraires n'en ayant point encore
parlé.
Le premier de ces doutes roule sur ces
paroles du Journaliste , page 175. du
mois de Septembre. En 1662. M. Pičquet revint en Europe, sans renoncer au Consulat d'Alep , qu'ilfit exercerparM. Baron.
II. Vol. C
Ces iiij
2786 MERCURE DE FRANCE
Ces paroles font , sans doute , entendre
que M. Baron ne fut que le Substitut de
M. Picquet , et que celui- cy étant toûjours le maître du Consulat d'Alep , il y
commit une personne à sa dévotion, &c.
Votre interprétation est juste , Monsieur,
mais le fondement en est peu solide. Les
termes que je viens de rapporter sont
entierement du Journaliste;l'Historien de
M. Picquet ne parle point ainsi , et vous
avez eû grande raison de douter que
M. Baron , dont vous avez connu la famille , fort superieure à celle de M. Picquet , dont vous avez , dis- je , vû les Neveux se distinguer dans votre Ordre , ait
jamais été le Substitut d'un Consul d'Alep.
Mais comme je ne sçaurois bien remplir tout ce que vous exigez de moi au
sujet de ce nouveau Livre , sans le lire
attentivement d'un bout à l'autre , je ne
vous dis rien de plus ici sur cet article. L'occasion d'en parler reviendra à
la suite de mes Observations , que je soumets d'avance toutes à vos lumieres , ne
les ayant entreprises que pour vous obéïr,
et pour perfectionner un Ouvrage qui mérite l'attention de tous les gens de bien.
En voici d'abord le Titre. LA VIE de
Messire François Picquet , Consul de Franse et de Hollande à Alep ; ensuite Evêque
II. Vol. de
DECEMBRE 1732. 2787
de Cesarople,puis de Babylone, Vicaire Apos
tolique en Perse ; avec titre d'Ambassadeur
du Roy auprès du Roy de Perse , contenant
plusieurs évenemens curieux , arrivez dans
le temps de son Consulat et de son Episcopat, dans les Etats de Turquie et de Perse ,
et dans les Eglises des deux Empires.Divisée
en trois Livres , 1. vol. in 8. de 543. pages
sans la Préface et la Table. A Paris,
chez la Veuve Mergé , ruë S. Jacques ,
M. DCC. XXXII.
Une assez longue Préface contient d'abord l'Eloge de M. Picquet, lequel ne présente rien que de vrai, et de fort touchant.
Elle indique ensuite les sources où l'on a
puisé les Memoires qui ont servi à écrire
I'Histoire de sa vie. On distingue particulierement ici François Malaval , ce sçavant Aveugle de Marseille , qui avoit autrefois projetté de composer lui - même
cette Histoire , et qui a fourni des lumieres et des secours considerables pour l'exc
cution de celle dont il est question . Les
autres personnes qui ont concouru au
même dessein , sont aussi nommées avec
distinction dans la même Préface. X
LIVRE I. qui comprend les commencemens
de la vie de M. Picquet , l'Histoire de son
Consulat et divers evenemens concernant les
Eglises du Levant et de Turquie
II. Vol. Cv François
2738 MERCURE DE FRANCE
· François Piquet nâquit à Lyon le jour
de Pâques 12. Avfil 1626 ; il étoit fils de
Geofroy Picquet et d'Anne de Monery
l'un et l'autre d'une honnête et ancienne
Famille , que l'on mettoit au nombre des
Nobles de la ville de Lyon. L'Autheur
ajoute que Geofroy Picquet avoit été fort
riche , et qu'il passoit pour l'un des plus
considerables Banquiers de Lyon , qui
avoit le plus de crédit et de correspondances dans toutes les Places de l'Europe.
Je passe , Monsieur , les prémices de la
piété et les premieres études de ce serviteur de Dieu , qui avançoit à grands pas
dans la carriere de la vertu à mesure qu'il
croissoit en âge ; je passe aussi ses voyages
en divers endroits de l'Italie dont il vit les
principales Villes , et dont il ne revint à
Lyon que vers la fin de l'année 1650.
En 1652 le Consulat d'Alep , dont on
décrit ici l'importance et les avantages ,
étant venu à vacquer par la mort de M.
Bonin de Marseille , M. Picquet fut nommé par la Chambre du Commerce pour
remplir cette Charge , et la Cour approuva ce choix ,
Il s'embarqua à Marseille au mois de
Septembre de la même année , et après
avoir débarqué à Alexandrete il se rendit
à Alep au commencement de Decembre.
` II. Vol. On
DECEMBRE. 1732. 2789
On lui fit une Réception magnifique ;
tous les Consuls à la tête de leur Nation
vinrent le recevoir à l'entrée de la Ville ,
et le conduisirent jusqu'à son Palais &c.
Il faut passer ce terme , souvent employé
dans cette Histoire pour signifier la Mai son du Consul.
Il donna dabord toute son application
au rétablissement des affaires du Commerce, que la mauvaise foi des Marchands
et l'avarice insatiable des Gouverneurs
avoient fortdérangées. LePacha d'alors s'ap
pelloit Bichir , et non pas Bicier , comme
le nomme notre Autheur ; ses violences
et ses injustices l'avoient rendu fameux
dans l'Orient , et on parloit encore de lui
quand j'étois dans la Syrie. M. Picquet
vintcependantà bout de réprimer ses véxations ; il obtint des ordres précis de la
Porte , par lesquels il lui fut deffendu de
les continuer , et enjoint de donner une
entiere satisfaction au Consul de France ,
et de vivre desormais en bonne intelligence avec lui.
Divers incidens troublerent depuis cette
intelligence ; mais ils ne servirent qu'à
faire paroître la fermeté et la sagesse de
notre Consul qui eut toujours l'avantage
sur le Pacha , et maintint hautement les
droits et la gloire de la Nation.
II. Vol. C vj Je
2750 MERCURE DE FRANCE
Je ne puis m'empêcher , Monsieur, de
vous dire ici que le narré de l'un de ces
incidens est une espece d'énigme pour
moi , je ne sçai si vous en comprendrez
mieux le sens ? Voici de quoi il s'agit.
» Le courage de ce brave Consul parut
>> encore , dit notre Historien , lorsque son
>> Vice- Consul étant investi dans sa Maison , qui étoit à l'extrêmité d'un fau-
»bourg, par 500 Mores , il alla lui- même
»à son secours à la tête de 200 François ,
» et les chargea si vigoureusement , qu'ils
furent obligez de prendre la fuite , et de
»lui laisser la gloire d'avoir purgé la cam-
» pagne de tous ces brigands , à la grande
»confusion du Pacha , qui negligeoit un
»devoir si essentiel à sa charge &c.
Tout le monde sçait que le Consul d'Alep n'a point de Vice-Consul dans cette
même Ville ; il y seroit fort inutile. Il
n'est pas moins certain que la Syrie n'est
pas le pays des Mores : d'où seroient donc
venus ceux qui investirent la Maison en
question ? M. le Chevalier Monier , originaire d'Alep, que vous avez fort connu
à Paris chez le Cardinal de Noailles , qui
a lu tous des premiers cette vie de M. Picquet, m'a avoué qu'il n'avoit pas mieux
compris que moi l'endroit dont je viens
de parler.
II. Vol. Cependant
DECEMBRE. 1732. 2791
Cependant les affaires du Commerce set
rétablissant de jour en jour , les Droits du
Consulat grossirent à proportion , et M.
Picquet se fit en peu de tems un gros re- venu. Rien n'est plus édifiant que de voir
dans le Livre même le saint usage qu'il
sçut en faire , et le détail de ses grandes
aumônes , particulierement envers les Ecclésiastiques et les pauvres Eglises du pays.
Ce détail est suivi du recit de la révolte du Pacha d'Alep , contre lequel le Grand Vizir envoya Mortasa et non pas Mourthesar , son Lieutenant , avec un corps de
troupes pour les opposer à ce Rebelle , et
pour commander en sa place dans Alep ,
ce qui ayant été heureusement executé , le
nouveau Pacha donna plusieurs témoignages d'estime et de considération à M.
Picquet , jusqu'à faire pendre le Grand
Douannier devant la porte du Palais
de France , pour vanger les injures qu'il
avoit faites à la Nation dans l'exercice de sa Charge , du tems du Pacha rebelle.
Les Gouverneurs Turcs ne visitent jamais personne , et ils affectent surtout de
ne pas se mesurer avec les Consuls : c'est
beaucoup quand ils s'acquittent à leur
égard des bienseances reglées. Cependant
le nouveau Pacha prévenu d'estime et
II. Vol. d'une
2792 MERCURE DE FRANCE
d'une amitié particuliere pour M. Picquet
lui rendit une visite. Le Consulde son côté
répondit tout de son mieux à cet honneur
extraordinaire, il regala le Pacha, et quand
celui-cy montoit à cheval pour s'en retourner , étant survenu une grosse pluye , M.
Picquet lui fit présenter un très- beau Manteau d'écarlate de Venise , doublé de bro
card d'or.
Le Pacha revint encore quelques jours
aprés chez le Consul pour demander
ses conseils au sujet de l'Armée des Rebelles , qui étoit encore assemblée , et
suivoit la fortune de Bichir Pacha.
La bienfeance et les suites de cette affaire
engagerent M. Picquet de visiter à son
tour le Pacha , qui lui rendit de grands
honneurs accompagnez de quelques présens , sçavoir une veste de drap verd , couleur cherie des Mahometans , et interdite
aux Chrétiens dans le Levant , une Pelisse , ou Fourure de Chameau , et le plus
beau Cheval de son Ecurie richement harnaché. La Pelisse de Chameau vous fera
sans doute rire , c'est apparemment une
méprise que je voudrois bien rejetter sur
'Imprimeur, s'il étoit possible , quoiqu'elle ne soit pas marquée dans l'Errata. Vous
sçavez ce que c'est que le poil et le cuir
d'un Chrmeau dont on fait seulement des
II. Vol.
cribles
DECEMBRE. 1732. 2793
cribles et d'autres usages les plus grossiers
Cette visite fut suivie de quelqu'autres
où toute ceremónie étoit bannie ; elles se
passoient dans la nuit pour conferer des
moyens de reduire les Chefs des Rebelles
et de dissiper leur Armée. Le Pacha et le
Consul convinrent enfin d'un moyen qui
fut éxecuté de la maniere qui suit.
Un jour de vendredi , destiné chez les
Mahometans à l'Assemblée generale et
aux Prieres publiques dans la principale
Mosquée , dans le tems de la plus grande
application des Assistans , 12 Imans ou
Ministres de la Religion , pratiquez par
le Pacha , tomberent brusquement sur les
Chefs des Rebelles et leur couperent la
tête. Le Pacha sortit en même tems de la
Ville avec l'Etendart de la Loi , qui fut
incontinent suivi par les troupes rebelles ,
et la tranquillité se rétablit aussi- tôt. C'est
ainsi , dit notre Historien , que Mortasa
assisté des lumieres et du conseil de M.
Picquet , remporta sur Bichir et les compagnons de sa revolte une victoire &c.
Il se trompe au reste dans ce narré, lorsqu'en expliquant le terme d'Iman , il dit
que ce sont chez les Turcs une espece de
Prêtres qui exercent leurs fonctions hors
la ville. Les Imans sont employez dans les
grandes villes , comme dans les petites
II. Vol. -Mosquées
2794 MERCURE DE FRANCE
Mosquées , il y en a à sainte Sophie et
dans les autres Mosquées Royales de Cons
tantinople , et par tout où les Mahométans ont des Temples.
Cette sanglante Tragedie , qui augmenta la bonne intelligence entre le Pacha d'Alep et le Consul François , fut suivie peu de tems après d'un spectacle plus
agréable ; c'est la fameuse Comedie de Pastor
Fido , dont M. le Consul voulut régaler le
Pacha. On dressa un Théatre dans la Maison Consulaire : la décoration en étoit
magnifique et bien entendue , et la Piece
fut executée avec tant de succès par de
jeunes Marchands François , que le Pacha
leur fit offrir un présent de deux mille
Piastres , lequel ne fut point accepté. Le
Gouverneur fut charmé de cette Piece
surtout de la belle Symphonie dont chaque Scene étoit suivie. Il y a beaucoup
d'apparence que c'est tout ce que les Turcs
purent admirer.
>
Le Pacha voulut regaler à son tour le
Consul et laNationFrançoise d'uneComédie Turque , laquelle fut representée dans
son Serrail par les meilleurs Acteurs du
Pays , et qui parut , dit notre Autheur ,
avoir son agrément dans l'esprit de nos
François. Ceux- ci ne manquerent pas ,
sans doute , de complaisance ; car vous
II. Vol. n'ignorez
DECEMBR E. 1732 2795
n'ignorez pas , Monsieur , que les Turcs
n'ont ni regles, ni genie pour ces sortes de
spectacles ; témoin celui dont je crois de
vous avoir parlé , et où je me suis trouvé
un jour chez le Pacha de Damas , qui n'étoit rempli que de boufonneries , quelquefois assez grossieres , et dont la derniere Scene fut un bizarre travestissement
des Acteurs,qui parurent habillez à la Françoise avec des Perruques &c. ce qui augmenta les éclats de rire et combla le plaisir des Spectateurs.
C'est à cette occasion que le Pacha d'Alep offrit au vertueux Consul deux des
plus belles filles et des principales Familles Turques de la Ville , qui avoient assisté à cette Comédie , offre qui fut bien
loin rejettée , et sur laquelle le Consul
s'excusa , en faisant confidence au Pacha
du Vou qu'il avoit fait de quitter le
monde pour embrasser l'Etat Ecclesiastique , comme il l'éxecuta quelques années
après.
M. Picquet n'avoit alors que trente ans ,
ce qui acheva de lui gagner l'estime et
l'amitié du Gouverneur. C'est à peu près
dans ce même tems que la République
de Hollande le choisit pour son Consul à
Alep et dans ses dépendances : l'agrément
du Roi est ici sous-entendu.
II. Vol. J.
2796 MERCURE DE FRANCE
Je ne suivrai point notre Historien
dans tout ce qu'il ajoûte des differens
effets du zele de ce Consul , pour affermir
les Catholiques Orientaux dans la Foi , et
pour soumettre les Schismatiques à l'Eglise Romaine. Il eut une tendresse particuliere pour l'Eglise Maronite , toute
Catholique , du Mont Liban ; il faut voir
dans le Livre même tout ce qu'il a fait
pour cette Eglise , qui fut de son tems
extrêmement persecutée ; on ne peut rien
lire de plus édifiant ni de mieux touché.
L'article des Esclaves Chrétiens que le
pieux Consul soulageoit par ses aumônes , et dont il rompoit les fers quand il
le pouvoit , est encore de ce même caractere , on ne sçauroit le lire sans être
émû.
Je ne m'arrêterai point aussi à extraire
le détail de la disgrace qui survint au Pacha d'Alep , disgrace que l'Auteur attri
bue à l'étroite union qu'il avoit avec le
Consul François , laquelle donna de l'ombrage au G. S. et au G. Viz. M. Picquet
déplora le malheureux sort de son ami
qui fût conduit comme un criminel à
Constantinople ; » craignant que la gran-
» de liaison qu'il avoit eue avec ce Pacha
» ne lui fut¯nuisible ; parce que dans ce
» pays là on ne manque pas de se défaire
II. Vol.
D d'u-
DECEMBRE. 1732 2797
» d'une personne sans bruit ; it résolut de
» se retirer , mais le Seigneur , qui vou-
>> loit encore se servir de son ministere
» pour le bien des Pauvres et de la Reli-
» gion , lui fit differer de deux ans l'exe-
»cution de son dessein.
Je m'arrête ici , Monsieur , pour ne
point trop fatiguer votre attention , et
pour préparer dans une seconde Lettre
la suite de cet Extrait et de mes petites
Remarques. Je suis , &c.
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Résumé : LETTRE de M.... écrite à M. de ... Commandeur de l'Ordre de S. Jean de Jerusalem, au sujet d'un Livre nouveau intitulé: La Vie de Messire François Picquet, &c.
La lettre traite d'un livre intitulé 'La Vie de Messire François Picquet', qui mérite une lecture attentive. Elle répond à des doutes soulevés par un journal littéraire concernant le consulat d'Alep exercé par François Picquet et son substitut, M. Baron. La lettre précise que les termes du journal ne sont pas ceux de l'historien de Picquet et que la famille de M. Baron est plus distinguée que celle de Picquet. François Picquet, né à Lyon en 1626, fils de Geofroy Picquet, un banquier influent, fut nommé consul d'Alep en 1652 et arriva à Alep en décembre de la même année. Il rétablit les affaires commerciales perturbées par la mauvaise foi des marchands et l'avarice des gouverneurs. Picquet obtint des ordres de la Porte pour réprimer les vexations du Pacha Bichir et rétablir une bonne intelligence. Le livre relate divers événements, dont un incident où Picquet secourut son vice-consul attaqué par des brigands, bien que l'existence de ce vice-consul soit mise en doute. Les affaires commerciales se rétablirent, permettant à Picquet de faire des aumônes significatives. Le livre décrit également la répression d'une révolte du Pacha d'Alep, avec l'aide du lieutenant Mortasa, et les relations diplomatiques entre Picquet et le nouveau Pacha. Picquet organisa une représentation de la comédie 'Pastor Fido' pour le Pacha, suivie d'une comédie turque offerte par le Pacha. Picquet refusa l'offre du Pacha de lui donner deux jeunes filles turques, invoquant son vœu de se consacrer à l'état ecclésiastique. À l'époque des faits relatés, Picquet avait trente ans. Le texte mentionne également les actions et les honneurs reçus par Picquet, qui a gagné l'estime et l'amitié du gouverneur local. Il fut choisi par la République de Hollande comme consul à Alep et ses dépendances, avec l'agrément implicite du roi. Picquet montra un zèle particulier pour affermir les catholiques orientaux dans la foi et soumettre les schismatiques à l'Église romaine. Il manifesta une tendresse spéciale pour l'Église maronite du Mont Liban, qu'il soutint malgré les persécutions. Il aida également les esclaves chrétiens en leur offrant des aumônes et en les libérant quand cela était possible. La disgrâce du pacha d'Alep, attribuée à son étroite union avec Picquet, causa de l'ombre au Grand Seigneur et au Grand Vizir. Picquet craignit pour sa sécurité et envisagea de se retirer, mais il différa son départ de deux ans à la demande de Dieu, qui souhaitait encore se servir de son ministère pour le bien des pauvres et de la religion.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6641
p. 2804-2805
IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots: Nullus argento color est, &c. A M. F. Avocat à Saint Sauveur-le-Vicomte.
Début :
Des métaux estimez qu'enserre [...]
Mots clefs :
Imitation, Argent, Avarice, Amour, Vertu, Bassesse, Horace
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texteReconnaissance textuelle : IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots: Nullus argento color est, &c. A M. F. Avocat à Saint Sauveur-le-Vicomte.
IMITATION de l'Ode d'Horace ,
qui commence par ces mots : Nullus
argento color est , &c.
A M. F. Avocat à Saint Sauveur
le-Vicomte.
DEs métaux estimez qu'enserre
Le centre avare de la terre
Ennemi toujours déclaré ,
Crispe , l'argent aux yeux du Sage
Brille seulement par l'usage
Qu'en sçait faire un cœur moderé.
諾
Les cent voix de la Nymphe aîlée
Far tout vanteront Proculée ;
Et l'amour vraiment paternel ,
Qu'au fort des plus grandes miseres
En lui reconnurent ses freres ,
Rendra son honneur éternel.
Çelui , qui maître de son ame
En bannit l'avarice infâme ,
Fégne plus souverainement ,
Que si de ses loix redoutées ,
II. Vol. L'Eu
DECEMBRE. 1732 2805
L'Europe et l'Affrique domptées
Portoient le joug docilement.
Envain de la soif qui le presse ,
L'Hydropique en bûvant sans cesse
Espere calmer la rigueur ;
Il ne fera qu'aigrir ses peines ,
Tandis qu'il aura dans les veines
Le principe de sa langueur.
諾
Phraate est remis sur le Trône;
Mais de l'éclat qui l'environne
La vertu connoissant le prix .
Bien differente du vulgaire
Pour ce bonheur imaginaire
N'aurajamais que du mépris.
Libre d'une bassesse indigne ,
Et toujours intégre elle assigne
Les vrais honneurs , les premiers rangs
A ceux qui doüez de sagesse
Peuvent regarder la richesse
Avec des yeux indiférens.
F. M. F.
qui commence par ces mots : Nullus
argento color est , &c.
A M. F. Avocat à Saint Sauveur
le-Vicomte.
DEs métaux estimez qu'enserre
Le centre avare de la terre
Ennemi toujours déclaré ,
Crispe , l'argent aux yeux du Sage
Brille seulement par l'usage
Qu'en sçait faire un cœur moderé.
諾
Les cent voix de la Nymphe aîlée
Far tout vanteront Proculée ;
Et l'amour vraiment paternel ,
Qu'au fort des plus grandes miseres
En lui reconnurent ses freres ,
Rendra son honneur éternel.
Çelui , qui maître de son ame
En bannit l'avarice infâme ,
Fégne plus souverainement ,
Que si de ses loix redoutées ,
II. Vol. L'Eu
DECEMBRE. 1732 2805
L'Europe et l'Affrique domptées
Portoient le joug docilement.
Envain de la soif qui le presse ,
L'Hydropique en bûvant sans cesse
Espere calmer la rigueur ;
Il ne fera qu'aigrir ses peines ,
Tandis qu'il aura dans les veines
Le principe de sa langueur.
諾
Phraate est remis sur le Trône;
Mais de l'éclat qui l'environne
La vertu connoissant le prix .
Bien differente du vulgaire
Pour ce bonheur imaginaire
N'aurajamais que du mépris.
Libre d'une bassesse indigne ,
Et toujours intégre elle assigne
Les vrais honneurs , les premiers rangs
A ceux qui doüez de sagesse
Peuvent regarder la richesse
Avec des yeux indiférens.
F. M. F.
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Résumé : IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots: Nullus argento color est, &c. A M. F. Avocat à Saint Sauveur-le-Vicomte.
Le texte est une imitation de l'Ode d'Horace dédiée à M. F., avocat à Saint-Sauveur-le-Vicomte. Il explore la valeur des métaux précieux et la sagesse dans leur usage. L'argent, bien que précieux, ne brille que par l'usage modéré qu'en fait un cœur sage. La vertu et l'amour paternel sont loués, comme dans le cas de Proculée, qui a montré un amour fraternel dans l'adversité. Le texte met en garde contre l'avarice, comparant l'hydropique qui boit sans cesse à celui qui cherche vainement à apaiser sa soif d'argent. Phraate, remis sur le trône, ne se laisse pas aveugler par l'éclat de sa position et connaît la véritable valeur de la vertu. La vertu, libre de toute bassesse, accorde les vrais honneurs à ceux qui, doués de sagesse, considèrent la richesse avec indifférence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6642
p. 2806-2814
DISCOURS sur ces paroles: Le Sage profite de ses fautes.
Début :
L'Homme sujet aux passions et à l'erreur, en devient le joüet, quand il [...]
Mots clefs :
Sage, Erreur, Homme, Fragilité, Vérité, Misère, Orgueil, Ressources, Voeux
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS sur ces paroles: Le Sage profite de ses fautes.
DISCOURS sur ces paroles : Le Sage
profite de ses fautes,
L'
'Homme sujet aux passions et à l'erreur , en devient le jouet , quand il
s'y livres orgueilleux autant que miserable il ne rougit pas de sa misere. Il erre
presque à chaque instant , et attentif seulement à se dissimuler ses fautes , il ne
pense ni à les réparer , ni à s'en corriger ;
elles se multiplient cependant , et il s'endort au bord du précipice , où elles vont
bien-tôt l'entraîner.
Mais celui qui a appris à se connoître
soi- même , qui, convaincu de sa fragilité
loin de se flatter ou de s'étourdir sur ses
égaremens , s'occupe du soin d'y remédier ; celui-là est vraiment sage , il s'applique à connoître ses fautes , et il sçaię
en profiter.
I. Partie. Nous fuyons naturellement
tout ce qui peut diminuer en nous l'idée
de notre excellence ; chimere précieuse
que nous portons par tout avec nous , elle
domine sur nos actions et sur nos pensées ; c'est à nos yeux l'empire de la rai
son même ; et si chacun de nous en étoit
{
11. Vol, crû
DECEMBRE. 1932. 2807
crû sur son jugement , tous les autres
hommes reconnoîtroient sa superiorité
sans hesiter , et lui donneroient la préference qu'il se donne lui- même. Or , peuton avec ces principes penser seulement
qu'on soit susceptible d'erreur , et ne panche t'on pas vers l'opinion contraire?
Supposons cependant comme une vérité
connue , que tous les hommes conviennent interieurement qu'ils sont sujets à
faillir , le sentiment est inutile s'il ne les
porte à chercher à connoître leurs fautes
pour travailler à se corriger ; et je dis qu'il
que le Sage qui puisse se résoudre
dans cette vûë , à l'éxamen necessaire
pour les connoître , et que lui seul peut
parvenir à cette connoissance sans s'y
méprendre.
n'est
Quel autre que lui pourroit en être capable ? quel autre peut plier sa volonté
et chercher à découvrir toute sa misere?
Je m'en rapporte à vous hommes du siecle , soyez vous-mêmes les juges du Sage ;
dites-nous ce qu'il lui en coûte et ce qu'il
merite.
Que vous ayez une répugnance extrê
me pour cet éxamen , je n'en suis pas surpris ? car à quoi vous engage- t'il , à des
refléxions qui vous troublent , à des recherches qui vous gênent , que l'amour
II. Vol. Diij pro-
2808 MERCURE DE FRANCE
>
propre désayoüe , et dont il est allarmé ;
vous aimez cette douce indolence dans
laquelle vous avez accoûtumé de vivre
détournant les yeux de tout ce qui nous
choque , pour ne les arrêter que sur ce
qui vous flatte. Pouvez- vous vous en arracher sans effort , et rentrer dans vousmême pour y chercher vos défauts ; repasser sur vos foiblesses , vos caprices, vos
bévûës ; vous regarder, en un mot, par les
endroits les plus humiliants ? de quel
courage n'avez vous pas besoin ? que de
combats à livrer , que d'obstacles à surmonter ; il faut vous vaincre vous- même,
ou, pour mieux dire , il faut soumettre
un Tiran absolu , et quel tiran , l'orgueil
humain ! avouez le , l'entreprise est audessus de vos forces ; certe gloire est ré
servée au Sage.
Direz-vous que vous en avez triomphé,
et qu'il ne s'oppose plus à votre dessein ?
ne vous flattés pas la victoire est grande , il est vrai , mais elle n'est pas complette , tenés-vous toujours sur vos gardes l'ennemi que vous croyés avoir
dompté est ingenieux à réparer ses pertes ; s'il ne vous résiste plus à force ouverte , il employera la ruse et l'artifice
il ne sera pas moins dangereux dans cette
>
I. Vol. espe-
DECEMBRE. 1732. 2809
espece de combat : le Sage même a de la
peine à s'en garantir.
>
Atrendez - vous à le voir faire votre
apologie sur tous vos deffauts ; vous les
représenter au moins comme des qualitez indifférentes , peut être même comme
des vertus. Il vous déguisera vos fautes
cachera , ou ne vous montrera que dans
le lointain celles qu'il ne pourra pas colorer , vous justifiera sur toutes , et les
rejettera sur des causes étrangeres ; sur les
caprices de la fortune , la bizarrerie des
circonstances , la contrainte des bienséances ; en un mot , sur tout ce qui ne dépend pas de vous et vous serez seul
excusable , irréprehensible , loüable même; car ne vous y trompez pas ; si dans
le cours de votre vie vous avez acquis
quelque gloire , ou quelque avantage ,
c'est à votre merite seul que vous devez
l'attribuer ; le bien est venu et viendra
toujours de vous , le mal ne peut venir
que de l'injustice du sort.
C'est ainsi que notre orgüeil nousjoue
il nous aveugle pour nous conduire où il
veut , et comme il lui plaît ; heureux
l'homme qui en a secoué le joug , qui
sçait éviter ses pieges , et se dérober à ses
souplesses ! Cette felicité n'est pas un présent de la Nature , ou du hazard ; elle est
II. Vol. D
le iiij
2810 MERCURE DE FRANCE
le prix de l'étude , des refléxions , et des
efforts du Sage ; prix inestimable dont le
Sage fait un usage digne de lui , en s'appliquant à connoître ses fautes. Degagé
des liens dans lesquels les autres hommes
sont retenus , aucun obstacle ne l'arrête ;
il foüille dans les replis les plus secrets da
son cœur , éxamine , observe , médite
l'amour de la verité l'anime , elle est l'objet de toutes ses recherches , et la connoissance de ses fautes ne fait que l'exciter à des nouveaux progrès. Il ne se borne
pas seulement à les connoître , il a aussi
l'avantage d'en profiter.
II. Partie. Le Sage n'est pas plus susceptible de découragement que de présomption , son égalité ne se dément jamais. Il est moins troublé , moins abba
tu par la connoissance de ses fautes , qu'animé à les réparer. Il n'est occupé du
desir d'avancer de plus en plus dans le
chemin de la vertu , et tendant toujours
à ce but qu'il ne perd pas de vue , il tourne , en quelque sorte , à son utilité , ou à
sa gloire , ce qui fait le désespoir , ou la
honte de l'homme découragé.
Mais de quels moyens se sert il ? quelles sont ses ressources ? le Ciel l'a-t'il
mieux partagé que vous ? ou se trouveil toujours dans des circonstances si faII. Vol. vora-
DECEMBRE. 1732. 2811
vorables , qu'elles ne lui laissent presque
rien à faire pour réussir ? Non ; vous avez
reçû autant que lui ; ce qu'il a de plus il
le doit à lui- même ; c'est un bien acquis
que vous pouvez acquerir comme lui. Sa
prudence , sa fermeté , sa patience , son
activité , sa vigilance , vertus dont les
semences sont en vous comme en lui
mais qu'il a cultivées , lui rendent facile
ce que les vices contraires rendent impossible pour vous,
- D'où vient cette tristesse profonde ? cet
accablement qui vous interdit l'usage des
sens ? quel est l'évenement funeste qui le
cause ? est- ce un malheur irréparable ? je
le vois ; votre imprudence vous a attiré
quelque disgrace , et votre lâcheté ne
vous laisse de sentiment que pour suc-.
comber approchez , homme foible , venez apprendre du Sage , que les coups de
la fortune ne doivent jamais ni vous décourager , ni vous abbattre , et que vos
fautes même peuvent vous être utiles , si
vous sçavez en profiter.
:
Ses leçons vous toucheront si votre veritable interêt vous rouche ; il ne les réduit pas à une théorie stérile ; c'est une
pratique animée , dont il est lui- même
l'exemple Vous le verrez sensible aux divers accidens dont sa vie est traversée :
II. Vole Dy mais
2812 MERCURE DE FRANCE
mais d'une sensibilité ingenieuse qui lui
fournit les ressources , les expédiens et les
consolations qui vous manquent. Il s'applique à découvrir les causes de ces accidens : sont-ils arrivez par sa faute ? c'est
pour lui un sujet d'humilité : mais toujours ferme, toujours actif, il ne néglige
aucun des moyens honnêtes par lesquels
il peut y rémedier ; prudent, il choisit avec
discernement ceux qui sont les plus propres pour son dessein ; patient , il attend
sans murmure le succès qu'il peut se promettre raisonnablement ; modeste , il ne
s'applaudit pas ; la vanité et l'ostentation
n'eurent jamais de part à ses démar
ches.
Son attention s'étend à tout ce que la
combinaison des differentes circonstances
peut lui faire envisager ; rien ne lui échape. Il trouve toujours dans ses fautes même ou les moyens de les réparer , ou la
matiere d'un nouveau merite par l'usage
qu'il en sçait faire , et elles lui' servent
quelquefois à manifester ses talens inconnus jusques-là , et qui peut- être l'auroient
toujours été.
Si le Sage ne peut pas réparer toutes ses
fautes , il peut toujours en profiter , et il
en profite en effet : celles qui peuvent être
réparées occupent son activité , sa vigi- II. Vol. lance,
DECEMBRE. 1732. 2813
lance , sa prudence ; toutes exercent sa
fermeté , sa patience , et son humilité ;
vertus cheries ausquelles il doit cette égalité d'ame quiforme son caractere , et que
rien ne peut alterer ; elles lui tiennent lieu
des consolations les plus douces , et des
dédomagemens les plus désirables , parce
que les espérances et les avantages du siecle ne le touchent qu'à proportion du rapport qu'ils peuvent avoir avec ce bien
précieux qui fait sa felicité.
Mais il a encore d'autres ressources ; accoûtumé à refléchir et à méditer , les refléxions qu'il fait sur ses fautes , lui apprennent à en éviter de nouvelles ; elles lui
servent à former une régle de conduite
qu'il suit éxactement , et qui le garantit
des rechûtes. Ennemi du vice , il fuit les
occasions , et même les apparences du mal.
Zelé sectateur de la vertu , il se porte toujours au bien , et il aspire sans relâche à la
perfection.
C'est là l'objet de tous ses vœux , de
tous ses desirs , de tous ses efforts. Mais
travaillant sans cesse à se rendre meilleur
il est résigné en tout à la volonté de celui
qui couronne la Sagesse. Grand Dieu, faites que nous soyons ses imitateurs , et
donnez- nous un rayon de cette lumiere
qui conduit à la verité , pour qu'avec ce
11. Vol.
Dvj pi
2814 MERCURE DE FRANCE
divin secours nous puissions connoître
les fautes que nous avons commises contre
votre sainte Loy , les détester , et en profiter par une penitence salutaire qui les fasse servir en quelque sorte , à Votre
gloire , à l'édification de votre Eglise , et à notre sanctification.
Par M. D. S.
profite de ses fautes,
L'
'Homme sujet aux passions et à l'erreur , en devient le jouet , quand il
s'y livres orgueilleux autant que miserable il ne rougit pas de sa misere. Il erre
presque à chaque instant , et attentif seulement à se dissimuler ses fautes , il ne
pense ni à les réparer , ni à s'en corriger ;
elles se multiplient cependant , et il s'endort au bord du précipice , où elles vont
bien-tôt l'entraîner.
Mais celui qui a appris à se connoître
soi- même , qui, convaincu de sa fragilité
loin de se flatter ou de s'étourdir sur ses
égaremens , s'occupe du soin d'y remédier ; celui-là est vraiment sage , il s'applique à connoître ses fautes , et il sçaię
en profiter.
I. Partie. Nous fuyons naturellement
tout ce qui peut diminuer en nous l'idée
de notre excellence ; chimere précieuse
que nous portons par tout avec nous , elle
domine sur nos actions et sur nos pensées ; c'est à nos yeux l'empire de la rai
son même ; et si chacun de nous en étoit
{
11. Vol, crû
DECEMBRE. 1932. 2807
crû sur son jugement , tous les autres
hommes reconnoîtroient sa superiorité
sans hesiter , et lui donneroient la préference qu'il se donne lui- même. Or , peuton avec ces principes penser seulement
qu'on soit susceptible d'erreur , et ne panche t'on pas vers l'opinion contraire?
Supposons cependant comme une vérité
connue , que tous les hommes conviennent interieurement qu'ils sont sujets à
faillir , le sentiment est inutile s'il ne les
porte à chercher à connoître leurs fautes
pour travailler à se corriger ; et je dis qu'il
que le Sage qui puisse se résoudre
dans cette vûë , à l'éxamen necessaire
pour les connoître , et que lui seul peut
parvenir à cette connoissance sans s'y
méprendre.
n'est
Quel autre que lui pourroit en être capable ? quel autre peut plier sa volonté
et chercher à découvrir toute sa misere?
Je m'en rapporte à vous hommes du siecle , soyez vous-mêmes les juges du Sage ;
dites-nous ce qu'il lui en coûte et ce qu'il
merite.
Que vous ayez une répugnance extrê
me pour cet éxamen , je n'en suis pas surpris ? car à quoi vous engage- t'il , à des
refléxions qui vous troublent , à des recherches qui vous gênent , que l'amour
II. Vol. Diij pro-
2808 MERCURE DE FRANCE
>
propre désayoüe , et dont il est allarmé ;
vous aimez cette douce indolence dans
laquelle vous avez accoûtumé de vivre
détournant les yeux de tout ce qui nous
choque , pour ne les arrêter que sur ce
qui vous flatte. Pouvez- vous vous en arracher sans effort , et rentrer dans vousmême pour y chercher vos défauts ; repasser sur vos foiblesses , vos caprices, vos
bévûës ; vous regarder, en un mot, par les
endroits les plus humiliants ? de quel
courage n'avez vous pas besoin ? que de
combats à livrer , que d'obstacles à surmonter ; il faut vous vaincre vous- même,
ou, pour mieux dire , il faut soumettre
un Tiran absolu , et quel tiran , l'orgueil
humain ! avouez le , l'entreprise est audessus de vos forces ; certe gloire est ré
servée au Sage.
Direz-vous que vous en avez triomphé,
et qu'il ne s'oppose plus à votre dessein ?
ne vous flattés pas la victoire est grande , il est vrai , mais elle n'est pas complette , tenés-vous toujours sur vos gardes l'ennemi que vous croyés avoir
dompté est ingenieux à réparer ses pertes ; s'il ne vous résiste plus à force ouverte , il employera la ruse et l'artifice
il ne sera pas moins dangereux dans cette
>
I. Vol. espe-
DECEMBRE. 1732. 2809
espece de combat : le Sage même a de la
peine à s'en garantir.
>
Atrendez - vous à le voir faire votre
apologie sur tous vos deffauts ; vous les
représenter au moins comme des qualitez indifférentes , peut être même comme
des vertus. Il vous déguisera vos fautes
cachera , ou ne vous montrera que dans
le lointain celles qu'il ne pourra pas colorer , vous justifiera sur toutes , et les
rejettera sur des causes étrangeres ; sur les
caprices de la fortune , la bizarrerie des
circonstances , la contrainte des bienséances ; en un mot , sur tout ce qui ne dépend pas de vous et vous serez seul
excusable , irréprehensible , loüable même; car ne vous y trompez pas ; si dans
le cours de votre vie vous avez acquis
quelque gloire , ou quelque avantage ,
c'est à votre merite seul que vous devez
l'attribuer ; le bien est venu et viendra
toujours de vous , le mal ne peut venir
que de l'injustice du sort.
C'est ainsi que notre orgüeil nousjoue
il nous aveugle pour nous conduire où il
veut , et comme il lui plaît ; heureux
l'homme qui en a secoué le joug , qui
sçait éviter ses pieges , et se dérober à ses
souplesses ! Cette felicité n'est pas un présent de la Nature , ou du hazard ; elle est
II. Vol. D
le iiij
2810 MERCURE DE FRANCE
le prix de l'étude , des refléxions , et des
efforts du Sage ; prix inestimable dont le
Sage fait un usage digne de lui , en s'appliquant à connoître ses fautes. Degagé
des liens dans lesquels les autres hommes
sont retenus , aucun obstacle ne l'arrête ;
il foüille dans les replis les plus secrets da
son cœur , éxamine , observe , médite
l'amour de la verité l'anime , elle est l'objet de toutes ses recherches , et la connoissance de ses fautes ne fait que l'exciter à des nouveaux progrès. Il ne se borne
pas seulement à les connoître , il a aussi
l'avantage d'en profiter.
II. Partie. Le Sage n'est pas plus susceptible de découragement que de présomption , son égalité ne se dément jamais. Il est moins troublé , moins abba
tu par la connoissance de ses fautes , qu'animé à les réparer. Il n'est occupé du
desir d'avancer de plus en plus dans le
chemin de la vertu , et tendant toujours
à ce but qu'il ne perd pas de vue , il tourne , en quelque sorte , à son utilité , ou à
sa gloire , ce qui fait le désespoir , ou la
honte de l'homme découragé.
Mais de quels moyens se sert il ? quelles sont ses ressources ? le Ciel l'a-t'il
mieux partagé que vous ? ou se trouveil toujours dans des circonstances si faII. Vol. vora-
DECEMBRE. 1732. 2811
vorables , qu'elles ne lui laissent presque
rien à faire pour réussir ? Non ; vous avez
reçû autant que lui ; ce qu'il a de plus il
le doit à lui- même ; c'est un bien acquis
que vous pouvez acquerir comme lui. Sa
prudence , sa fermeté , sa patience , son
activité , sa vigilance , vertus dont les
semences sont en vous comme en lui
mais qu'il a cultivées , lui rendent facile
ce que les vices contraires rendent impossible pour vous,
- D'où vient cette tristesse profonde ? cet
accablement qui vous interdit l'usage des
sens ? quel est l'évenement funeste qui le
cause ? est- ce un malheur irréparable ? je
le vois ; votre imprudence vous a attiré
quelque disgrace , et votre lâcheté ne
vous laisse de sentiment que pour suc-.
comber approchez , homme foible , venez apprendre du Sage , que les coups de
la fortune ne doivent jamais ni vous décourager , ni vous abbattre , et que vos
fautes même peuvent vous être utiles , si
vous sçavez en profiter.
:
Ses leçons vous toucheront si votre veritable interêt vous rouche ; il ne les réduit pas à une théorie stérile ; c'est une
pratique animée , dont il est lui- même
l'exemple Vous le verrez sensible aux divers accidens dont sa vie est traversée :
II. Vole Dy mais
2812 MERCURE DE FRANCE
mais d'une sensibilité ingenieuse qui lui
fournit les ressources , les expédiens et les
consolations qui vous manquent. Il s'applique à découvrir les causes de ces accidens : sont-ils arrivez par sa faute ? c'est
pour lui un sujet d'humilité : mais toujours ferme, toujours actif, il ne néglige
aucun des moyens honnêtes par lesquels
il peut y rémedier ; prudent, il choisit avec
discernement ceux qui sont les plus propres pour son dessein ; patient , il attend
sans murmure le succès qu'il peut se promettre raisonnablement ; modeste , il ne
s'applaudit pas ; la vanité et l'ostentation
n'eurent jamais de part à ses démar
ches.
Son attention s'étend à tout ce que la
combinaison des differentes circonstances
peut lui faire envisager ; rien ne lui échape. Il trouve toujours dans ses fautes même ou les moyens de les réparer , ou la
matiere d'un nouveau merite par l'usage
qu'il en sçait faire , et elles lui' servent
quelquefois à manifester ses talens inconnus jusques-là , et qui peut- être l'auroient
toujours été.
Si le Sage ne peut pas réparer toutes ses
fautes , il peut toujours en profiter , et il
en profite en effet : celles qui peuvent être
réparées occupent son activité , sa vigi- II. Vol. lance,
DECEMBRE. 1732. 2813
lance , sa prudence ; toutes exercent sa
fermeté , sa patience , et son humilité ;
vertus cheries ausquelles il doit cette égalité d'ame quiforme son caractere , et que
rien ne peut alterer ; elles lui tiennent lieu
des consolations les plus douces , et des
dédomagemens les plus désirables , parce
que les espérances et les avantages du siecle ne le touchent qu'à proportion du rapport qu'ils peuvent avoir avec ce bien
précieux qui fait sa felicité.
Mais il a encore d'autres ressources ; accoûtumé à refléchir et à méditer , les refléxions qu'il fait sur ses fautes , lui apprennent à en éviter de nouvelles ; elles lui
servent à former une régle de conduite
qu'il suit éxactement , et qui le garantit
des rechûtes. Ennemi du vice , il fuit les
occasions , et même les apparences du mal.
Zelé sectateur de la vertu , il se porte toujours au bien , et il aspire sans relâche à la
perfection.
C'est là l'objet de tous ses vœux , de
tous ses desirs , de tous ses efforts. Mais
travaillant sans cesse à se rendre meilleur
il est résigné en tout à la volonté de celui
qui couronne la Sagesse. Grand Dieu, faites que nous soyons ses imitateurs , et
donnez- nous un rayon de cette lumiere
qui conduit à la verité , pour qu'avec ce
11. Vol.
Dvj pi
2814 MERCURE DE FRANCE
divin secours nous puissions connoître
les fautes que nous avons commises contre
votre sainte Loy , les détester , et en profiter par une penitence salutaire qui les fasse servir en quelque sorte , à Votre
gloire , à l'édification de votre Eglise , et à notre sanctification.
Par M. D. S.
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Résumé : DISCOURS sur ces paroles: Le Sage profite de ses fautes.
Le texte 'Discours sur ces paroles: Le Sage profite de ses fautes' analyse la nature humaine et la sagesse. L'homme, souvent dominé par ses passions et ses erreurs, tend à dissimuler ses fautes plutôt que de les réparer, ignorant ainsi les dangers qu'il encourt. Le sage, en revanche, reconnaît ses faiblesses et s'efforce de les corriger. Il évite tout ce qui pourrait diminuer son idée d'excellence, une chimère précieuse qu'il porte toujours avec lui et qui guide ses actions et ses pensées. Le texte souligne que tous les hommes reconnaissent intérieurement leur susceptibilité à l'erreur, mais ils doivent chercher à connaître leurs fautes pour se corriger. Le sage est le seul capable de cet examen nécessaire pour connaître ses fautes sans se méprendre. L'homme ordinaire, quant à lui, a une répugnance extrême pour cet examen, car il implique des réflexions troublantes et des recherches gênantes. L'amour-propre désavoue ces efforts et préfère l'indolence, détournant les yeux de ce qui choque pour ne voir que ce qui flatte. Le sage, animé par l'amour de la vérité, utilise ses fautes comme des occasions de progrès. Il ne se contente pas de les connaître, mais les utilise pour avancer dans le chemin de la vertu. Contrairement à l'homme ordinaire, le sage cultive des vertus telles que la prudence, la fermeté, la patience, l'activité et la vigilance. Ces vertus lui rendent faciles les actions que les vices contraires rendent impossibles pour les autres. Le texte conclut en exhortant à imiter le sage, à connaître et à détester les fautes pour en profiter par une pénitence salutaire, au service de la gloire divine et de la sanctification personnelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6643
p. 2817-2822
OBSERVATION sur l'impossibilité du Mouvement perpetuel.
Début :
Pour produire un Mouvement perptuel il faut une force infinie. [...]
Mots clefs :
Mouvement perpétuel, Force, Machines, Pendule, Action, Expérience, Horloge, Poids, Conserver , Principes des mécaniques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OBSERVATION sur l'impossibilité du Mouvement perpetuel.
OBSERVATION sur l'impossibilité
du Mouvement perpetuel.
Our produire um Mouvement perpetuel Poil faut une force infinie.
Je prouverai cette proposition après
avoir marqué quelques suppositions que
je crois nécessaires à mon sujet.
Je suppose , 1. que pour construire un
II. Vol.
Mou.
2818 MERCURE DE FRANCE
>
Mouvement perpetuel , selon l'idée que
tout le monde en a on ne peut se servir des Elemens que dans une action
qu'on leur donne , et non pas dans celle
qu'ils ont naturellement ; par exemple ,
qui mettroit une roüe sur un Fleuve , ou
une voile au vent , n'auroit pas trouvé
pour cela le Mouvement perpetuel ; il faut que ce mouvement vienne de l'industrie des hommes et non pas de la
nature des choses. On voit par là que
le feu n'est pas propre à ce sujet , parce
qu'il exige toûjours une nouvelle maticre à consumer. La Terre n'y peut servir tout au plus que pour soutenir les Machines que l'on pourroit faire à cette
occasion ; il ne reste donc que les corps
solides inanimez , l'eau et l'air , dont il
faut encore exclure les eaux courantes
et les Vents.
2°. Que dans toutes les Machines qu'on
pourroit faire pour conserver le Mouvement , il faut nécessairement qu'une partie fasse mouvoir l'autre , commele Tambour fait mouvoir lePendule, et l'eau chasse l'air d'un Scyphon , &c. car autrement
si aucune partie ne poussoit l'autre , ou
il n'y auroit aucun Mouvement , ou chacune agiroit par sa propre force , et alors
ce Mouvement ne tireroit pas son prin
cipe de l'industrie des hommes.
DECEMBRE. 1732. 2819
39. Que tous les corps tendent naturellement au centre de la terre , et que
pour qu'un corps en puisse éloigner un autre , il faut que celui-là contienne une
plus grande force que celui- ci, parce qu'il
lui faut la force d'élever l'autre et de s'élever lui-même , d'où je conclus qu'on ne
trouvera jamais le Mouvement perpetuel
par deux corps qui agissent réciproquement l'un contre l'autre.
non que
4°. Que force perpetuelle et force infinie , sont une même chose ; car quelle
idée avons- nous d'une force infinie , sic'est une force qui souffrant sans
cesse une dissipation et un écoulement
d'une portion d'elle-même , ne peut ccpendant jamais être epuisée ? mais cette
même idée ne convient- elle pas à la force
perpetuelle , puisque nous comprenons
que dans tous les siecles des siecles avenir on ne sçauroit jamais l'épuiser ?
5°. Que qui dit Mouvement , dit action , donc , qui dit Mouvement perpetuel , dit action perp tuelle.
6°. Que qui dit action' , dit force , donc
qui dit action perpetuelle , dit force perpetuelle ou infinie ; car ce n'est qu'une
même chose. Je vais prouver maintenant que pour construire une Machine dont
quelque partie soit ou puisse être dans
II. Vol.
1820 MERCURE DE FRANCE
un Mouvement perpetuel , il faut qu'elle
renferme une force perpetuelle ou infinie.
Pour produire , dans quelque genre que
ce soit , un Mouvement d'une minute , il
faut un certain degré de force , et pour
en produire un de deux minutes , ou pour
conserver le premier dans la seconde minute , il faut deux degrez de force , ou
une force d'un degré de force renouvellée. Pour un Mouvement de quinze minutes , il faut quinze degrez de force ;
donc pour conserver un Mouvement pen
dant une infinité de minutes , il faudra
une infinité de degrez de force , ou une
force infinie.
L'experience est parfaitement conforme à ce que je viens d'avancer. Ayez une
Horloge à poids , laquelle étant posée à
une certaine hauteur et tirée par un juste
poids de 8. livres , puisse conserver son
Mouvement pendant 24. heures ; si vous
voulez gagner du temps et faire que de
la même hauteur le poids reste deux jours
à descendre , la chose n'est pas difficile ,
et on le peut en trois manieres ; sçavoir ,
en ajoutant une roue moyenne , ou en
allongeant la Verge de Pendule , ou enfin en ajoûtant une ou plusieurs poulies;
mais de quelque biais que vous vous y
preniez , pourvû que vous conserviez
II. Vol. toûjours
DECEMBR E. 1732. 2820
toujours la même Lentille qui est au bout
du Pendule , vous ne ferez jamais mar
cher votre Horloge deux jours , que vous
ne doubliez le poids , et si vous voulez
qu'elle aille 8. jours , il vous faudra de
toute necessité au moins 64. livres pesant;
d'où je conclus que la force doit toujours être proportionnée à la durée du
Mouvement, et que si le Mouvement doit
durer toujours, la force doitagir toujours.
Elle ne le peut si elle n'est ou infinic ou
renouvellée , et ce dernier mot est opposé
à l'idée du Mouvement perpetuel.
l'on
Il est encore certain que si jamais le
Mouvement perpetuel pouvoit se trouver,
ce seroit toujours suivant les principes
des Méchaniques , c'est-à-dire , en employant la force contre la force ; or le
principe universel des Méchaniques ,
prouve également l'impossibilité du Mouvement perpetuel , le voici : ce que
gagne en temps et en espace ,
on le
perd en force et ce que l'on gagne en
force on le perd en temps et en espace :
expliquons ce principe dans le cas de
l'Horloge , et nous tirerons ensuite une
conséquence toute naturelle. Votre Horloge n'alloit qu'un jour et elle en va 8.
vous avez gagné 7. jours de temps , mais
vous avez perdu en force 7. fois la pe- 11. Vol. santeur
2822 MERCURE DE FRANCE
santeur du premier poids , puisqu'au liett
de 8 livres pesant , il en faut 64. De ce
principe je conclus que celui qui voudra
gagner infiniment en temps , perdra infiniment en force , et que le Mouvement
perpetuel ne peut être l'effet que d'une
force infinie ; il est donc absolument impossible , puisque tous les hommes ensemble ne sont pas capables de former
une force infinie.
D'ailleurs les vaines recherches qu'en
ont faites jusques ici tant de personnes
sçavantes , forment une preuve morale
de son impossibilité ; les differens moyens
d'y parvenir qu'on a souvent proposez
et qui ont disparu d'abord après , autorisent mon opinion , et j'ose ici prédire à
tous ceux qui travailleront à le cherher ,
qu'ils perdront immanquablement les uns
leur temps et les autres leur réputation ,
s'ils hazardent sur cette matiere de donner un jour quelque chose au Public, Si
quelqu'un vouloit faire l'honneur de proposer quelque difficulté à l'Auteur de
ces Refléxions il ose promettre d'y
répondre. Il fait son séjour à Villeneuvskez- Avignon. Le 21 Août 1732.
›
B. L. S.
du Mouvement perpetuel.
Our produire um Mouvement perpetuel Poil faut une force infinie.
Je prouverai cette proposition après
avoir marqué quelques suppositions que
je crois nécessaires à mon sujet.
Je suppose , 1. que pour construire un
II. Vol.
Mou.
2818 MERCURE DE FRANCE
>
Mouvement perpetuel , selon l'idée que
tout le monde en a on ne peut se servir des Elemens que dans une action
qu'on leur donne , et non pas dans celle
qu'ils ont naturellement ; par exemple ,
qui mettroit une roüe sur un Fleuve , ou
une voile au vent , n'auroit pas trouvé
pour cela le Mouvement perpetuel ; il faut que ce mouvement vienne de l'industrie des hommes et non pas de la
nature des choses. On voit par là que
le feu n'est pas propre à ce sujet , parce
qu'il exige toûjours une nouvelle maticre à consumer. La Terre n'y peut servir tout au plus que pour soutenir les Machines que l'on pourroit faire à cette
occasion ; il ne reste donc que les corps
solides inanimez , l'eau et l'air , dont il
faut encore exclure les eaux courantes
et les Vents.
2°. Que dans toutes les Machines qu'on
pourroit faire pour conserver le Mouvement , il faut nécessairement qu'une partie fasse mouvoir l'autre , commele Tambour fait mouvoir lePendule, et l'eau chasse l'air d'un Scyphon , &c. car autrement
si aucune partie ne poussoit l'autre , ou
il n'y auroit aucun Mouvement , ou chacune agiroit par sa propre force , et alors
ce Mouvement ne tireroit pas son prin
cipe de l'industrie des hommes.
DECEMBRE. 1732. 2819
39. Que tous les corps tendent naturellement au centre de la terre , et que
pour qu'un corps en puisse éloigner un autre , il faut que celui-là contienne une
plus grande force que celui- ci, parce qu'il
lui faut la force d'élever l'autre et de s'élever lui-même , d'où je conclus qu'on ne
trouvera jamais le Mouvement perpetuel
par deux corps qui agissent réciproquement l'un contre l'autre.
non que
4°. Que force perpetuelle et force infinie , sont une même chose ; car quelle
idée avons- nous d'une force infinie , sic'est une force qui souffrant sans
cesse une dissipation et un écoulement
d'une portion d'elle-même , ne peut ccpendant jamais être epuisée ? mais cette
même idée ne convient- elle pas à la force
perpetuelle , puisque nous comprenons
que dans tous les siecles des siecles avenir on ne sçauroit jamais l'épuiser ?
5°. Que qui dit Mouvement , dit action , donc , qui dit Mouvement perpetuel , dit action perp tuelle.
6°. Que qui dit action' , dit force , donc
qui dit action perpetuelle , dit force perpetuelle ou infinie ; car ce n'est qu'une
même chose. Je vais prouver maintenant que pour construire une Machine dont
quelque partie soit ou puisse être dans
II. Vol.
1820 MERCURE DE FRANCE
un Mouvement perpetuel , il faut qu'elle
renferme une force perpetuelle ou infinie.
Pour produire , dans quelque genre que
ce soit , un Mouvement d'une minute , il
faut un certain degré de force , et pour
en produire un de deux minutes , ou pour
conserver le premier dans la seconde minute , il faut deux degrez de force , ou
une force d'un degré de force renouvellée. Pour un Mouvement de quinze minutes , il faut quinze degrez de force ;
donc pour conserver un Mouvement pen
dant une infinité de minutes , il faudra
une infinité de degrez de force , ou une
force infinie.
L'experience est parfaitement conforme à ce que je viens d'avancer. Ayez une
Horloge à poids , laquelle étant posée à
une certaine hauteur et tirée par un juste
poids de 8. livres , puisse conserver son
Mouvement pendant 24. heures ; si vous
voulez gagner du temps et faire que de
la même hauteur le poids reste deux jours
à descendre , la chose n'est pas difficile ,
et on le peut en trois manieres ; sçavoir ,
en ajoutant une roue moyenne , ou en
allongeant la Verge de Pendule , ou enfin en ajoûtant une ou plusieurs poulies;
mais de quelque biais que vous vous y
preniez , pourvû que vous conserviez
II. Vol. toûjours
DECEMBR E. 1732. 2820
toujours la même Lentille qui est au bout
du Pendule , vous ne ferez jamais mar
cher votre Horloge deux jours , que vous
ne doubliez le poids , et si vous voulez
qu'elle aille 8. jours , il vous faudra de
toute necessité au moins 64. livres pesant;
d'où je conclus que la force doit toujours être proportionnée à la durée du
Mouvement, et que si le Mouvement doit
durer toujours, la force doitagir toujours.
Elle ne le peut si elle n'est ou infinic ou
renouvellée , et ce dernier mot est opposé
à l'idée du Mouvement perpetuel.
l'on
Il est encore certain que si jamais le
Mouvement perpetuel pouvoit se trouver,
ce seroit toujours suivant les principes
des Méchaniques , c'est-à-dire , en employant la force contre la force ; or le
principe universel des Méchaniques ,
prouve également l'impossibilité du Mouvement perpetuel , le voici : ce que
gagne en temps et en espace ,
on le
perd en force et ce que l'on gagne en
force on le perd en temps et en espace :
expliquons ce principe dans le cas de
l'Horloge , et nous tirerons ensuite une
conséquence toute naturelle. Votre Horloge n'alloit qu'un jour et elle en va 8.
vous avez gagné 7. jours de temps , mais
vous avez perdu en force 7. fois la pe- 11. Vol. santeur
2822 MERCURE DE FRANCE
santeur du premier poids , puisqu'au liett
de 8 livres pesant , il en faut 64. De ce
principe je conclus que celui qui voudra
gagner infiniment en temps , perdra infiniment en force , et que le Mouvement
perpetuel ne peut être l'effet que d'une
force infinie ; il est donc absolument impossible , puisque tous les hommes ensemble ne sont pas capables de former
une force infinie.
D'ailleurs les vaines recherches qu'en
ont faites jusques ici tant de personnes
sçavantes , forment une preuve morale
de son impossibilité ; les differens moyens
d'y parvenir qu'on a souvent proposez
et qui ont disparu d'abord après , autorisent mon opinion , et j'ose ici prédire à
tous ceux qui travailleront à le cherher ,
qu'ils perdront immanquablement les uns
leur temps et les autres leur réputation ,
s'ils hazardent sur cette matiere de donner un jour quelque chose au Public, Si
quelqu'un vouloit faire l'honneur de proposer quelque difficulté à l'Auteur de
ces Refléxions il ose promettre d'y
répondre. Il fait son séjour à Villeneuvskez- Avignon. Le 21 Août 1732.
›
B. L. S.
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Résumé : OBSERVATION sur l'impossibilité du Mouvement perpetuel.
Le texte traite de l'impossibilité du mouvement perpétuel. L'auteur affirme que la création d'un tel mouvement requiert une force infinie. Pour appuyer cette thèse, il présente plusieurs arguments. Premièrement, il souligne que la réalisation d'un mouvement perpétuel dépend de l'ingéniosité humaine plutôt que des forces naturelles des éléments. Deuxièmement, dans toute machine conçue pour maintenir un mouvement, une partie doit en actionner une autre. Troisièmement, tous les corps tendent naturellement vers le centre de la Terre, rendant impossible un mouvement perpétuel basé sur l'action réciproque de deux corps. Quatrièmement, une force perpétuelle est équivalente à une force infinie, car elle ne peut jamais être épuisée. Cinquièmement, un mouvement perpétuel implique une action perpétuelle, donc une force perpétuelle ou infinie. Enfin, pour maintenir un mouvement perpétuel, il faut une force infinie, car la durée du mouvement est proportionnelle à la force nécessaire. L'auteur utilise l'exemple d'une horloge à poids pour illustrer son propos. Il montre que pour prolonger la durée du mouvement de l'horloge, il est nécessaire d'augmenter la force appliquée. Il conclut que le mouvement perpétuel est impossible car il nécessiterait une force infinie, que les humains ne peuvent pas produire. Les recherches infructueuses menées jusqu'alors renforcent cette conclusion.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6644
p. 2823
LOGOGRYPHE.
Début :
Trois mots de trois Lettres chacun, [...]
Mots clefs :
Universel
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
TRTrois Rois mots de trois Lettres chacun ,
Tous trois de suite n'en font qu'un ,
Qu'en épithete on donne au plus habile ,
Dont le premier, du vrai , du sans façon , se dit,
"
Et le second , d'un animal reptile ;
Pour le troisième , il flatte le goût et l'esprit,
G....
TRTrois Rois mots de trois Lettres chacun ,
Tous trois de suite n'en font qu'un ,
Qu'en épithete on donne au plus habile ,
Dont le premier, du vrai , du sans façon , se dit,
"
Et le second , d'un animal reptile ;
Pour le troisième , il flatte le goût et l'esprit,
G....
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6645
p. 2823-2825
AUTRE.
Début :
Sept lettres de mon nom font toute la structure, [...]
Mots clefs :
Tableau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
UTRE.
G ....
Ept lettres de mon nom font toute la structure,
Mon cher Lecteur , veus- tu voir ma figure ?
Elle est très - commune en tous lieux ,
Peut- être en ce moment que ton esprit s'em
presse
Ame chercher bien loin , je suis devant tes yeux,
Si je suis fait avec adresse ,
On fait surtout grand cas de moi ,
Lorsque je suis fils de mon pere ,
Souvent je suis posthume et je n'ai point de mere
J'en ai trop dit , devine , c'est à toi.
Tu ne peux ,je t'entends ; voyons si ce qui reste
Ne sera point pour toi viande trop indigeste ,
Six , sept , trois , cinq de la nuit et du jour ,
2
İmplacable ennemie ,
II. Vol.
La
24 MERCURE DE FRANCE
Le Soleil commençant son tour ,
Vient terminer ma vie ,
Pris en un autre sens , à tout homme d'Eglise ,
Je sers utilement ;
Trois, cinq, six,sept, tout blondin qui se frise;
Qui d'un air négligé , sourit nonchalamment ,
Croit m'avoir en partage ,
Ma tête à bas , je sers à votre usage ,
Je nourris dans mon sein mille animaux divers¿
L'Eté toûjours liquide ,
Par fois l'Hyver je suis un corps solide ,
Et quoiqu'assez pesant , je monte dans les airs ,
Trois , quatre , cinq , je suis ta nourriture ;
Trois , six , deux , quatre , ainsi qu'on lit dans l'Ecriture ,
Je menaçai jadis les Cieux ;
Malgré les crimes de ma vie ,
Mon fils après ma mort me mit au rang Dieux ;
J'eus les respects d'une Princesse impie :
Mais tôt après je fus abandonne ,
dea
Et par le Peuple Saint dans la fange traîné ;
Trois , six , quatre , chez moi tout le monde
s'empresse
Pendant le Carnaval à montrer son adresse ;
Mais pour me voir la terreur d'un poltron ;
Ajoutez cinq de plus , je me plaits au carnage,
Et souvent au plus fier courage ,
II. Vol. J'ai
DECEMBRE. 1732. 2825
J'ai fait passer la Barque de Caron :
Ün , deux , trois , quatre , cinq , je suis souvent utile ,
A maint usage, et sur tout au repas :
Dans un très-grand Empire on ne me connoft pas,
Quoi que je sois à faire très- facile ,
Vous baîllez , cher Lecteur ; je finis et tout net,
Sept , deux , quatre, cinq , un, je suis votre valet.
Par P. D. C.
G ....
Ept lettres de mon nom font toute la structure,
Mon cher Lecteur , veus- tu voir ma figure ?
Elle est très - commune en tous lieux ,
Peut- être en ce moment que ton esprit s'em
presse
Ame chercher bien loin , je suis devant tes yeux,
Si je suis fait avec adresse ,
On fait surtout grand cas de moi ,
Lorsque je suis fils de mon pere ,
Souvent je suis posthume et je n'ai point de mere
J'en ai trop dit , devine , c'est à toi.
Tu ne peux ,je t'entends ; voyons si ce qui reste
Ne sera point pour toi viande trop indigeste ,
Six , sept , trois , cinq de la nuit et du jour ,
2
İmplacable ennemie ,
II. Vol.
La
24 MERCURE DE FRANCE
Le Soleil commençant son tour ,
Vient terminer ma vie ,
Pris en un autre sens , à tout homme d'Eglise ,
Je sers utilement ;
Trois, cinq, six,sept, tout blondin qui se frise;
Qui d'un air négligé , sourit nonchalamment ,
Croit m'avoir en partage ,
Ma tête à bas , je sers à votre usage ,
Je nourris dans mon sein mille animaux divers¿
L'Eté toûjours liquide ,
Par fois l'Hyver je suis un corps solide ,
Et quoiqu'assez pesant , je monte dans les airs ,
Trois , quatre , cinq , je suis ta nourriture ;
Trois , six , deux , quatre , ainsi qu'on lit dans l'Ecriture ,
Je menaçai jadis les Cieux ;
Malgré les crimes de ma vie ,
Mon fils après ma mort me mit au rang Dieux ;
J'eus les respects d'une Princesse impie :
Mais tôt après je fus abandonne ,
dea
Et par le Peuple Saint dans la fange traîné ;
Trois , six , quatre , chez moi tout le monde
s'empresse
Pendant le Carnaval à montrer son adresse ;
Mais pour me voir la terreur d'un poltron ;
Ajoutez cinq de plus , je me plaits au carnage,
Et souvent au plus fier courage ,
II. Vol. J'ai
DECEMBRE. 1732. 2825
J'ai fait passer la Barque de Caron :
Ün , deux , trois , quatre , cinq , je suis souvent utile ,
A maint usage, et sur tout au repas :
Dans un très-grand Empire on ne me connoft pas,
Quoi que je sois à faire très- facile ,
Vous baîllez , cher Lecteur ; je finis et tout net,
Sept , deux , quatre, cinq , un, je suis votre valet.
Par P. D. C.
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6646
p. 2826-2827
Journal Litteraire, &c [titre d'après la table]
Début :
JOURNAL LITTERAIRE, année 1731. Tome 18e premiere et seconde [...]
Mots clefs :
Journal littéraire, Religion chrétienne, Abbé Chaulieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Journal Litteraire, &c [titre d'après la table]
TOURNAL LITTERAIRE , année
1731. Tome 18 premiere et seconde
Partie. A ta Haye , chez P. Gosse et F.
Neaulme , 1731. et 1732. in 12. de 524.
pages , sans les Tables. Voici quelques Titres de Livres dont on trouve les Extraits dans ce Volume.
TRAITE' de la Verité et de la Religion Chrétienne , tiré du Latin de
M. Jean Alfonse Turrettin , Professeur
LI, Vol. en
DECEMBRE. 1732. 2827
en Théologie et en Histoire Ecclesiastique, à Gennes. Sect. 3. de la verité de
sa Revelation Judaïque. A Gennes , chez
Bousquet , &c. 1731. in 8. de 150. pages.
POESIES de M. l'Abbé CHAULIEU ,
et de M. le Marquis de la FARE. Nouvelle Edition , corrigée et considerablement augmentée. A la Haye , chez Rogissat , 1731. in 12, de 257, pages.
1731. Tome 18 premiere et seconde
Partie. A ta Haye , chez P. Gosse et F.
Neaulme , 1731. et 1732. in 12. de 524.
pages , sans les Tables. Voici quelques Titres de Livres dont on trouve les Extraits dans ce Volume.
TRAITE' de la Verité et de la Religion Chrétienne , tiré du Latin de
M. Jean Alfonse Turrettin , Professeur
LI, Vol. en
DECEMBRE. 1732. 2827
en Théologie et en Histoire Ecclesiastique, à Gennes. Sect. 3. de la verité de
sa Revelation Judaïque. A Gennes , chez
Bousquet , &c. 1731. in 8. de 150. pages.
POESIES de M. l'Abbé CHAULIEU ,
et de M. le Marquis de la FARE. Nouvelle Edition , corrigée et considerablement augmentée. A la Haye , chez Rogissat , 1731. in 12, de 257, pages.
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Résumé : Journal Litteraire, &c [titre d'après la table]
Le Tome 18 d'un journal littéraire, édité en 1731 à La Haye, contient 524 pages. Il inclut le 'Traité de la Vérité et de la Religion Chrétienne' de Jean Alfonse Turrettin, traduit du latin, et les 'Poésies' de l'Abbé Chaulieu et du Marquis de la Fare, en nouvelle édition.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6647
p. 2827-2829
« ODES sur les affaires du Temps, avec une Description en abregé de la Hollande, [...] »
Début :
ODES sur les affaires du Temps, avec une Description en abregé de la Hollande, [...]
Mots clefs :
Affaires du temps, Odes, Hollande, Poèmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ODES sur les affaires du Temps, avec une Description en abregé de la Hollande, [...] »
ODES sur les affaires du Temps , avec
une Description en abregé de la Hollande , par l'Auteur des Titans , Tome I.
de 256. pages. Refléxions nouvelles sur
l'Iliade d'Homere , Tome II . de 236. pag.
Reflexions nouvelles sur l'Iliade d' Homere,
avec la Tragédie d'Electre , Tome III. de
256. pages. Le Siecle de Louis le Grand
avec Themire , ou l'Actrice nouvelle sur
le Théatre d'Athénes , Tome IV. de 237.
pages. Les Rues de Madrid , l'histoire de
la Porcelaine et le Combat des Echasses .
avec plusieurs Satyres et autres Pieces
Tome V. de 259. pages, A Liege , chez
Everard Kints , 1731. in 8.
,
Après les Odes , viennent quatre petits
Poëmes , dont les Titres sont , la Bataille
de Nervinde , le Passage du Ter , Rose
conquise , et la Métamorphose de Clitie
11. Vol. E cn
2828 MERCURE DE FRANCE
en fleur. Le dernier Volume est terminé
par la Description de la Hollande , qui
est très-belle , on en pourra juger par
cet échantillon.
Va contempler ces Digues orgueilleuses
Invincibles Remparts , dont la solidité ,
Brave les vagues sourcilleuses
Du terrible Ocean par l'orage irrité,
Pour regagner son ancien heritage ,
De ses propres Troupeaux l'antique pâturage ,
น De son redoutable Trident ,
Le Dieu des Mers près du Rivage ,
Pousse les flots au gré du vent.
Du retranchement immobile , ·
Et tous les ans avec soin réparé ,
Neptune , sur ces Bords chaque Hyver attiré ,
Veut en vain penetrer l'impenetrable azile,
Lassé d'un effort impuissant ,
Et de chercher en vain à s'y faire un passage ,
L'Onde en écume au lieu de dépit et de rage ;
Et se retire en mugissant.
S Le Siecle de Louis Grand , est un Poëme partagé en huit Chants , dont le dernier est destiné tout entier aux Poëtes ;
l'Auteur y dépeint en ces termes le caractere Chansonnier des François , et les
Elegies de la Comtesse de la Suze,
11. Vol. Jamais
DECEMBRE. 1732. 2829
Jamais l'agréable Thalie ,
Ne badina plus vivement ,
Que dans la piquante saillie ,
Des Airs qu'on chante en les formant.
Pour animer la Chansonette ,
Chaque mot volontiers se prete ,
Enfant de la joye et du vin ;
Par pouvoir magique échauffée
La France des mains d'une Fée ,
Jadis reçut ce don divin,
•
Avec quelle douce énergie ,
La Suze , à l'ombre des Cyprès,
Nous réprésente l'Elegie ,
Gémissante dans les Forêts !
Lorsque dans un torrent de larmes
Pour un cœur parjure à ses charmes ,
Le sien me paroît éperdu.
Ce n'est point une fausse image ,
C'est un cœur tendre qu'on outrage,
C'est un Amant qu'elle a perdu.
une Description en abregé de la Hollande , par l'Auteur des Titans , Tome I.
de 256. pages. Refléxions nouvelles sur
l'Iliade d'Homere , Tome II . de 236. pag.
Reflexions nouvelles sur l'Iliade d' Homere,
avec la Tragédie d'Electre , Tome III. de
256. pages. Le Siecle de Louis le Grand
avec Themire , ou l'Actrice nouvelle sur
le Théatre d'Athénes , Tome IV. de 237.
pages. Les Rues de Madrid , l'histoire de
la Porcelaine et le Combat des Echasses .
avec plusieurs Satyres et autres Pieces
Tome V. de 259. pages, A Liege , chez
Everard Kints , 1731. in 8.
,
Après les Odes , viennent quatre petits
Poëmes , dont les Titres sont , la Bataille
de Nervinde , le Passage du Ter , Rose
conquise , et la Métamorphose de Clitie
11. Vol. E cn
2828 MERCURE DE FRANCE
en fleur. Le dernier Volume est terminé
par la Description de la Hollande , qui
est très-belle , on en pourra juger par
cet échantillon.
Va contempler ces Digues orgueilleuses
Invincibles Remparts , dont la solidité ,
Brave les vagues sourcilleuses
Du terrible Ocean par l'orage irrité,
Pour regagner son ancien heritage ,
De ses propres Troupeaux l'antique pâturage ,
น De son redoutable Trident ,
Le Dieu des Mers près du Rivage ,
Pousse les flots au gré du vent.
Du retranchement immobile , ·
Et tous les ans avec soin réparé ,
Neptune , sur ces Bords chaque Hyver attiré ,
Veut en vain penetrer l'impenetrable azile,
Lassé d'un effort impuissant ,
Et de chercher en vain à s'y faire un passage ,
L'Onde en écume au lieu de dépit et de rage ;
Et se retire en mugissant.
S Le Siecle de Louis Grand , est un Poëme partagé en huit Chants , dont le dernier est destiné tout entier aux Poëtes ;
l'Auteur y dépeint en ces termes le caractere Chansonnier des François , et les
Elegies de la Comtesse de la Suze,
11. Vol. Jamais
DECEMBRE. 1732. 2829
Jamais l'agréable Thalie ,
Ne badina plus vivement ,
Que dans la piquante saillie ,
Des Airs qu'on chante en les formant.
Pour animer la Chansonette ,
Chaque mot volontiers se prete ,
Enfant de la joye et du vin ;
Par pouvoir magique échauffée
La France des mains d'une Fée ,
Jadis reçut ce don divin,
•
Avec quelle douce énergie ,
La Suze , à l'ombre des Cyprès,
Nous réprésente l'Elegie ,
Gémissante dans les Forêts !
Lorsque dans un torrent de larmes
Pour un cœur parjure à ses charmes ,
Le sien me paroît éperdu.
Ce n'est point une fausse image ,
C'est un cœur tendre qu'on outrage,
C'est un Amant qu'elle a perdu.
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Résumé : « ODES sur les affaires du Temps, avec une Description en abregé de la Hollande, [...] »
L'ouvrage 'ODES sur les affaires du Temps' se compose de cinq tomes. Le premier tome, de 256 pages, inclut des odes et une description abrégée de la Hollande. Le deuxième tome, de 236 pages, présente des réflexions sur l'Iliade d'Homère. Le troisième tome, également de 256 pages, contient les mêmes réflexions sur l'Iliade et la tragédie 'Electre'. Le quatrième tome, de 237 pages, comprend le poème 'Le Siècle de Louis le Grand' et la pièce 'Thémire, ou l'Actrice nouvelle sur le Théâtre d'Athènes'. Le cinquième tome, de 259 pages, regroupe plusieurs œuvres telles que 'Les Rues de Madrid', 'l'histoire de la Porcelaine', 'le Combat des Échasses', des satires et autres pièces. L'ouvrage a été publié à Liège chez Everard Kints en 1731. Le dernier volume se termine par une description de la Hollande, qualifiée de 'très-belle', mettant en avant ses digues invincibles. Le poème 'Le Siècle de Louis le Grand' est structuré en huit chants, le dernier étant dédié aux poètes. Il décrit le caractère chansonnier des Français et loue la Comtesse de la Suze pour ses élégies émotives.
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6648
p. 2829-2831
« LE PHILOSOPHIE ANGLOISE, ou Histoire de M. Cleveland, fils naturel de [...] »
Début :
LE PHILOSOPHIE ANGLOISE, ou Histoire de M. Cleveland, fils naturel de [...]
Mots clefs :
Philosophie anglaise, Dictionnaire, Commerce, Langue française, Maladies de la poitrine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE PHILOSOPHIE ANGLOISE, ou Histoire de M. Cleveland, fils naturel de [...] »
LE PHILOSOPHIE ANGLOISE , ouHistoire de M. Cleveland , fils naturel de
Cromwell , écrite par lui- même et traduite de l'Anglois par l'Auteur des Mé
moires d'un homme de qualité; enrichie de
Figures en Taille- douce. A Utrecht , chez
11. Vol.
Eij Et.
2830 MERCURE DE FRANCE
•
Et. Neaulme , 1732. in 12. Tome I. de
266. pages , sans la Préface. Tome II. de
de 311. pages. Tome III . de 442. pages Tome IV. de 309. pages.
DICTIONNAIRE de la Langue Françoise
ancienne et moderne , de P. Richelet , augmenté de plusieurs Additions d'Histoire
de Grammaire , de Critique , de Jurisprudence , et d'une Liste Alphabetique
des Auteurs et des Livres citez dans le Dictionnaire. Nouvelle Edition , augmentée
d'un grand nombre d'Articles. A Amsterdam, aux dépens de la Compagnie, 1732, 2.
vol. in 4º .
DICTIONNAIRE, Universel de Commerce,
contenant tout ce qui concerne le commerce qui se fait dans les quatre Parties du
Monde, par terre , par mer , &c. par Fac
ques et Philemon Savary , Tomes 3 et 4.
Supplement des deux premiers. AAmsterdam,chez lesfansons et Waesberge 1732,
2. vol. in 4.
DISSERTATIONS nouvelles sur les maladies de la poitrine , du cœur , des femmes,
veneriennes , et quelques autres particuláritez : ou , selon les nouvelles découvertes , on donne une idée claire et distincte
-II Fel, de
DECEMBRE. 1732 2831
de toutes ces Maladies , par opposition à
l'opinion des Anciens. Par M. Barbeyrac ,
Docteur en Medecine à Montpellier ; avec
deux Descriptions de Maladies qui n'ont
jamais été écrites : Far M. Boerhave. A
Amsterdam, chez les mêmes , 1731. in- 12 .
Cromwell , écrite par lui- même et traduite de l'Anglois par l'Auteur des Mé
moires d'un homme de qualité; enrichie de
Figures en Taille- douce. A Utrecht , chez
11. Vol.
Eij Et.
2830 MERCURE DE FRANCE
•
Et. Neaulme , 1732. in 12. Tome I. de
266. pages , sans la Préface. Tome II. de
de 311. pages. Tome III . de 442. pages Tome IV. de 309. pages.
DICTIONNAIRE de la Langue Françoise
ancienne et moderne , de P. Richelet , augmenté de plusieurs Additions d'Histoire
de Grammaire , de Critique , de Jurisprudence , et d'une Liste Alphabetique
des Auteurs et des Livres citez dans le Dictionnaire. Nouvelle Edition , augmentée
d'un grand nombre d'Articles. A Amsterdam, aux dépens de la Compagnie, 1732, 2.
vol. in 4º .
DICTIONNAIRE, Universel de Commerce,
contenant tout ce qui concerne le commerce qui se fait dans les quatre Parties du
Monde, par terre , par mer , &c. par Fac
ques et Philemon Savary , Tomes 3 et 4.
Supplement des deux premiers. AAmsterdam,chez lesfansons et Waesberge 1732,
2. vol. in 4.
DISSERTATIONS nouvelles sur les maladies de la poitrine , du cœur , des femmes,
veneriennes , et quelques autres particuláritez : ou , selon les nouvelles découvertes , on donne une idée claire et distincte
-II Fel, de
DECEMBRE. 1732 2831
de toutes ces Maladies , par opposition à
l'opinion des Anciens. Par M. Barbeyrac ,
Docteur en Medecine à Montpellier ; avec
deux Descriptions de Maladies qui n'ont
jamais été écrites : Far M. Boerhave. A
Amsterdam, chez les mêmes , 1731. in- 12 .
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Résumé : « LE PHILOSOPHIE ANGLOISE, ou Histoire de M. Cleveland, fils naturel de [...] »
Le document de 1732 présente plusieurs ouvrages. 'La Philosophie Angloise, ou Histoire de M. Cleveland, fils naturel de Cromwell', écrite par Cleveland et traduite par l'auteur des 'Mémoires d'un homme de qualité', est publiée à Utrecht par Eij Et. en quatre tomes : 266, 311, 442 et 309 pages. Le 'Dictionnaire de la Langue Françoise ancienne et moderne' de P. Richelet, publié à Amsterdam par la Compagnie, inclut des additions en histoire, grammaire, critique, jurisprudence et une liste alphabétique des auteurs. Le 'Dictionnaire Universel de Commerce' de Jacques et Philemon Savary, avec les tomes 3 et 4 et le supplément des deux premiers tomes, est publié à Amsterdam chez les frères Fanson et Waesberge. Enfin, les 'Dissertations nouvelles sur les maladies de la poitrine, du cœur, des femmes, vénériennes, et quelques autres particularités' de M. Barbeyrac, docteur en médecine à Montpellier, incluant des descriptions de maladies par M. Boerhave, sont publiées à Amsterdam en 1731.
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6649
p. 2831-2838
« PROJET de Souscription pour l'Edition de l'Histoire Metallique des XVII. [...] »
Début :
PROJET de Souscription pour l'Edition de l'Histoire Metallique des XVII. [...]
Mots clefs :
Histoire métallique, Souscription, Projet, Cuivre, Tube
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « PROJET de Souscription pour l'Edition de l'Histoire Metallique des XVII. [...] »
PROJET de Souscription pour l'Edi
tion de l'Histoire Metallique des XVII.
Provinces des Pays- Bas , depuis l'abdication de Charles V. jusqu'à la Paix de Bade
en 1716. traduite du Holandois de M.
Gerard Van-Loon. A la Haye , chez P.
Gosse , F. Neaulme et P. de Hondt , 1732..
Cet ouvrage doit être regardé non seulement comme une Histoire Métallique ,
mais encore comme une Histoire Civile ,
Militaire , Ecclésiastique et Genealogique.
des Pays- Bas. Elle est tirée des Historiens
-les plus estimez , tant géneraux que particuliers , et confirmée par les Monumens
les plus certains et les plus authentiques ;
ensorte qu'on ne fait aucun doute qu'elle
ne soit préferée à toutes les Histoires des
XVII Provinces qui ont paru jusqu'à présent, et à tout ce qu'on a encore vu de
plus curieux en ce genre.
L'Edition sera divisée en s vol. in- fol.
qui contiendront 675 feuilles, de très- beau)
papier, en caracteres neufs. Il y aura 2945
II. Vol. E iij Médail
2832 MERCURE DE FRANCE
Médailles avec leurs revers , gravées par
les meilleurs Maîtres , et expliquées par
PAutheur.
Ceux qui souscriront auront cet Ouvra- ge pour 90 florins deHollande pour le petit papier , et pour 135 florins le grand pa
pier. Les principaux Libraires de ces Provinces et des Pays Etrangers recevront les
souscriptions ; et en payant à differens termes , suivant le Prospectus &c. ils auront
tout l'Ouvrage entier dans le courant de
P'année 1733. On pourra chez les mêmes
Libraires consulter le Prospectus pour une
plus ample instruction .
L'Article XI de la seconde Partie de ce
Journal , intitulé Expériences étonnantes
sur l'Electricité , merite une attention particuliere de la part des Physiciens. Il contient la description de plusieurs Expériences faites en Angleterre par M. Etienne
Gray , et extraites d'une de ses Lettres.
Elles se trouvent aussi décrites dans les
Transactions Philosophiques de la Société
Royale de Londres , num. 356 et 417.
Nous ne rapporterons icy qu'une de ces
Expériences à cause des bornes auxquelles
nous sommes nécessairement assujettis.
les Curieux pourront recourir au Journal
même , ou aux Transactions pour être instruits sur toutes les autres.
11. Vol. . M.
DECEMBRE. 1732. 2833
M. Gray découvrit au mois de Fevrier
1729 pour la premiere fois une Attraction
Electrique dans plusieurs Corps qu'on n'avoit pas soup onés jusques- là d'avoir cette
propriété. Il fit là- dessus divers Essais sur
les Métaux , pour voir si on ne pourroit
pas les rendre attractifs par le même moïen
qui donne cette qualité à d'autres corps ,
sçavoir en les échaufant , les frottant , les
battant à coups de marteau ; mais ce fut
sans succès.
Il résolut alors de se servir d'un grand
Tube de Cristal ; car comme le Tube com
munique de la lumiere aux corps quand
on les frotte dans l'obscurité , M. Gray
pensa qu'il pourroit peut- être bien leur
communiquer en même tems de l'Electri
cité, et il ne se trompa pas , suivant les
differentes expériences faites sur les métaux , les végétaux &c. rapportées dans ce
Journal , que nous obmettons , ainsi que
la Description du Cube en question , pour
venir à l'experience singuliere à laquelle
pous sommes contraints de nous borner.
Ecoutons là- dessus M. Gray lui même
qui parle ainsi dans sa Lettre dattée du 8.
Fevrier 1731.
» Le 8 Avril 1730 je fis l'expérience suivante sur un petit garçon de 8 à 9 ans.
»Il pesoit , tout habillé , quarante et sept
II. Vol. Eiiij livres
2834 MERCURE DE FRANCE
»
»livres dix onces. Je le suspendis horisontalement à deux cordes , telles qu'on
»les employe à sccher le linge. Elles
» étoient d'environ 13 pieds de longueur,
» et avoient des ganses à chaque bout.
» Dans la solive de ma chambre , qui avoit
» un pied d'épaisseur , on avoit fiché deux
>> crochets à l'opposite l'un de l'autre , et
» à deux pieds de ceux- là encore deux au-
>> tres de la même maniere , sur ces cro
» chets on suspendit les cordons par leurs
น ganses , en guise d'escarpolettes , le bas
» n'étant élevé au dessus du plancher que
» d'environ deux pieds. On mit l'enfant
» sur ces deux cordes , la face en bas , de
» façon qu'une des cordes lui passoit sous
»la poitrine et l'autre sous les cuisses. Les
»feuilles de cuivre furent posées sur un
"petit gueridon fait d'une planche ronde,
» d'un pied de diametre , couverte de pa-
»pier blanc et soutenue par un pied d'un
» pied de haut. Comme on eut frotté le
» Tube , et qu'on le tenoit près des pieds
» du petit garçon , mais sans le toucher ;
»son visage attira les feuilles de cuivre
avec beaucoup de force , jusqu'à les fai-
»re monter à la hauteur de 8 et quelqué
fois de 10 pouces. Je mis quantité de
» morceaux de feuilles sur le gueridon tout
»à la fois , et elles s'éleverent toujours
AI. Vol.
tout
DECEMBRE. 1732. 2835
tout à la fois dans le même tems.
>> On mit alors le garçon sur le dos , et
» le derriere de sa tête qui étoit couverte
» de cheveux courts , attira , mais non pas
» tout à fait à la même hauteur que son
» visage avoit fait. Après cela on mit
» les feuilles sous ses pieds , sans qu'il eut
» quitté ni souliers ni bas , et le Tube
ayant été tenu près de sa tête , les pieds
" attirerent, mais pas tout à fait à la même
»hauteur que la tête. Après cela on remit
» encore les feuilles sous sa tête , mais il
» n'y eut aucune attraction , non plus que
» quand on tenoit le Tube au dessus des
» pieds , et les feuilles au dessous.
در
» Le 16 Avril je repetai l'expérience du
» petit garçon , mais l'attraction ne fut
»pas , à beaucoup près , si forte ce jour- là
» que la premiere fois. Les feuilles de cuivre
>> ne monterent qu'à environ 6 pouces. Je
» fis étendre au garçon ses mains horison-
»talement , et je plaçai un petit gueridon
»avec des feuilles de cuivre sous chaque
» main , et un autre plus grand sous son
»visage après quoi le Tube excité ayant
» été tenu près de ses pieds , son visage et »ses mains attirerent tout à la fois. Je lui
donnai alors à tenir dans une main le
»bout superieur d'une ligne à Pêcheur
*L'Auteuradit auparavant que cetteLigne étoit
II. Vol.
E v
2836 MERCURE DE FRANCE
» à la petite pointe de laquelle étoit en-
» chassée une boule de liege , sous laquelle
»on mit les feuilles de cuivre , et le Tu-
»be ayantété frotté et tenu près des pieds,
»la boule attira les feuilles à la hauteur de
» deux pouces , puis les repoussa , et les
"attira encore plusieurs fois de suite avec
beaucoup de force.
» Le 21 Avril je réïterai mes expérien
» ces sur le petit garçon , et je trouvai l'at-
» traction beaucoup plus forte que la pre-
»miere fois. Les feuilles de cuivre s'éle-
» verent vers son visage à la hauteur de
plus d'un pied. Je donnai alors au gar
>> çon dans chacune de ses mains l'extrê
» mité d'une ligne de pêcheur , avec une
» boule de liége à la pointe , et je mis un
» petit gueridon avec des feuilles sous chaque boule. Le Tube ayant été frotté et
»tenu près de ses pieds , les deux liéges
>> attirerent et repousserent fortement tout
» à la fois. La longueur de chaque morceau
» de liége étoit d'environ 7 pieds. On mit
» aprèc cela le petit garçon sur le côtégau
» che , et on lui donna à tenir de ses deux
» mainsuneligne à pêcher de 12 pieds de
כן
long , surmontée au bout d'une petite
» boule de liége d'un pouce trois quarts
»de diamettre : après cela toutes choses
faite d'une longue Canne on Roseau
11, Vol.
étant
DECEMBRE. 1732. 2837
étant préparées , et le Tube près des
"pieds de l'enfant , la boule de liége atti-
" ra et repoussa avec force les feuilles de
cuivre jusqu'à la hauteur de deux pou
» ces au moins.
» Remarquez , continue M. Gray , que
quand je parle de tenir le Tube près des
pieds de l'enfant , j'entends que c'étoit
vis à vis de la plante de ses pieds ; et
» quand je dis que c'étoit près de sa tête
il faut entendre près du sommet ; car
»quand on tenoit le Tube au dessus de la
» tête ou des jambes , l'attraction ne se
»communiquoit pas si fortement aux au-
» tres parties de son corps.
3)
» Ces Expériences montrent , conclud
» l'Auteur, que les animaux reçoivent en
plus grande quantité les écoulemens
» électriques , et que ces écoulemens peu-
»vent passer d'eux ailleurs , jusqu'à des
» distances considérables par plusieurs
» chemins tout à la fois , pour peu qu'ils
» trouvent des passages propres , après
» quoi ils déployent leur puissance attrac-
» tive dans les endroits où ils sont - par-
>> venus.
On ne peut pas disconvenir qu'il n'y
aitdu neufet du merveilleux dans ces Expériences ; M. Gray se propose de les por
ker encore plus loin , encouragé par une
II. Vola B vj nou-
2838 MERCURE DE FRANCE
nouvelle découverte qu'il a faite touchant
l'attraction des corps colorez , lesquels attirent , dit-il , plus ou moins à raison de
la couleur dont ils sont , quoique de même substance , de même volume , de même poids ; ensorte que le rouge , l'orange
ou le jaune , attirent pour le moins 3 ou4,
fois plus fortement que le verd , le bleu ou le pourpre. Voilà encore une fois des
Nouveautez susceptibles de bien des Reflexions ; elles prouvent au moins qu'il
reste encore beaucoup de mysteres à découvrir dans la Nature. Pline qui l'avoit
assez étudiée le pensoit ainsi , nous finirons par son expression qui ne sçauroit
être plus noble , ni peut- être mieux appliquée qu'ici : Multa latent in majestate Natura.
tion de l'Histoire Metallique des XVII.
Provinces des Pays- Bas , depuis l'abdication de Charles V. jusqu'à la Paix de Bade
en 1716. traduite du Holandois de M.
Gerard Van-Loon. A la Haye , chez P.
Gosse , F. Neaulme et P. de Hondt , 1732..
Cet ouvrage doit être regardé non seulement comme une Histoire Métallique ,
mais encore comme une Histoire Civile ,
Militaire , Ecclésiastique et Genealogique.
des Pays- Bas. Elle est tirée des Historiens
-les plus estimez , tant géneraux que particuliers , et confirmée par les Monumens
les plus certains et les plus authentiques ;
ensorte qu'on ne fait aucun doute qu'elle
ne soit préferée à toutes les Histoires des
XVII Provinces qui ont paru jusqu'à présent, et à tout ce qu'on a encore vu de
plus curieux en ce genre.
L'Edition sera divisée en s vol. in- fol.
qui contiendront 675 feuilles, de très- beau)
papier, en caracteres neufs. Il y aura 2945
II. Vol. E iij Médail
2832 MERCURE DE FRANCE
Médailles avec leurs revers , gravées par
les meilleurs Maîtres , et expliquées par
PAutheur.
Ceux qui souscriront auront cet Ouvra- ge pour 90 florins deHollande pour le petit papier , et pour 135 florins le grand pa
pier. Les principaux Libraires de ces Provinces et des Pays Etrangers recevront les
souscriptions ; et en payant à differens termes , suivant le Prospectus &c. ils auront
tout l'Ouvrage entier dans le courant de
P'année 1733. On pourra chez les mêmes
Libraires consulter le Prospectus pour une
plus ample instruction .
L'Article XI de la seconde Partie de ce
Journal , intitulé Expériences étonnantes
sur l'Electricité , merite une attention particuliere de la part des Physiciens. Il contient la description de plusieurs Expériences faites en Angleterre par M. Etienne
Gray , et extraites d'une de ses Lettres.
Elles se trouvent aussi décrites dans les
Transactions Philosophiques de la Société
Royale de Londres , num. 356 et 417.
Nous ne rapporterons icy qu'une de ces
Expériences à cause des bornes auxquelles
nous sommes nécessairement assujettis.
les Curieux pourront recourir au Journal
même , ou aux Transactions pour être instruits sur toutes les autres.
11. Vol. . M.
DECEMBRE. 1732. 2833
M. Gray découvrit au mois de Fevrier
1729 pour la premiere fois une Attraction
Electrique dans plusieurs Corps qu'on n'avoit pas soup onés jusques- là d'avoir cette
propriété. Il fit là- dessus divers Essais sur
les Métaux , pour voir si on ne pourroit
pas les rendre attractifs par le même moïen
qui donne cette qualité à d'autres corps ,
sçavoir en les échaufant , les frottant , les
battant à coups de marteau ; mais ce fut
sans succès.
Il résolut alors de se servir d'un grand
Tube de Cristal ; car comme le Tube com
munique de la lumiere aux corps quand
on les frotte dans l'obscurité , M. Gray
pensa qu'il pourroit peut- être bien leur
communiquer en même tems de l'Electri
cité, et il ne se trompa pas , suivant les
differentes expériences faites sur les métaux , les végétaux &c. rapportées dans ce
Journal , que nous obmettons , ainsi que
la Description du Cube en question , pour
venir à l'experience singuliere à laquelle
pous sommes contraints de nous borner.
Ecoutons là- dessus M. Gray lui même
qui parle ainsi dans sa Lettre dattée du 8.
Fevrier 1731.
» Le 8 Avril 1730 je fis l'expérience suivante sur un petit garçon de 8 à 9 ans.
»Il pesoit , tout habillé , quarante et sept
II. Vol. Eiiij livres
2834 MERCURE DE FRANCE
»
»livres dix onces. Je le suspendis horisontalement à deux cordes , telles qu'on
»les employe à sccher le linge. Elles
» étoient d'environ 13 pieds de longueur,
» et avoient des ganses à chaque bout.
» Dans la solive de ma chambre , qui avoit
» un pied d'épaisseur , on avoit fiché deux
>> crochets à l'opposite l'un de l'autre , et
» à deux pieds de ceux- là encore deux au-
>> tres de la même maniere , sur ces cro
» chets on suspendit les cordons par leurs
น ganses , en guise d'escarpolettes , le bas
» n'étant élevé au dessus du plancher que
» d'environ deux pieds. On mit l'enfant
» sur ces deux cordes , la face en bas , de
» façon qu'une des cordes lui passoit sous
»la poitrine et l'autre sous les cuisses. Les
»feuilles de cuivre furent posées sur un
"petit gueridon fait d'une planche ronde,
» d'un pied de diametre , couverte de pa-
»pier blanc et soutenue par un pied d'un
» pied de haut. Comme on eut frotté le
» Tube , et qu'on le tenoit près des pieds
» du petit garçon , mais sans le toucher ;
»son visage attira les feuilles de cuivre
avec beaucoup de force , jusqu'à les fai-
»re monter à la hauteur de 8 et quelqué
fois de 10 pouces. Je mis quantité de
» morceaux de feuilles sur le gueridon tout
»à la fois , et elles s'éleverent toujours
AI. Vol.
tout
DECEMBRE. 1732. 2835
tout à la fois dans le même tems.
>> On mit alors le garçon sur le dos , et
» le derriere de sa tête qui étoit couverte
» de cheveux courts , attira , mais non pas
» tout à fait à la même hauteur que son
» visage avoit fait. Après cela on mit
» les feuilles sous ses pieds , sans qu'il eut
» quitté ni souliers ni bas , et le Tube
ayant été tenu près de sa tête , les pieds
" attirerent, mais pas tout à fait à la même
»hauteur que la tête. Après cela on remit
» encore les feuilles sous sa tête , mais il
» n'y eut aucune attraction , non plus que
» quand on tenoit le Tube au dessus des
» pieds , et les feuilles au dessous.
در
» Le 16 Avril je repetai l'expérience du
» petit garçon , mais l'attraction ne fut
»pas , à beaucoup près , si forte ce jour- là
» que la premiere fois. Les feuilles de cuivre
>> ne monterent qu'à environ 6 pouces. Je
» fis étendre au garçon ses mains horison-
»talement , et je plaçai un petit gueridon
»avec des feuilles de cuivre sous chaque
» main , et un autre plus grand sous son
»visage après quoi le Tube excité ayant
» été tenu près de ses pieds , son visage et »ses mains attirerent tout à la fois. Je lui
donnai alors à tenir dans une main le
»bout superieur d'une ligne à Pêcheur
*L'Auteuradit auparavant que cetteLigne étoit
II. Vol.
E v
2836 MERCURE DE FRANCE
» à la petite pointe de laquelle étoit en-
» chassée une boule de liege , sous laquelle
»on mit les feuilles de cuivre , et le Tu-
»be ayantété frotté et tenu près des pieds,
»la boule attira les feuilles à la hauteur de
» deux pouces , puis les repoussa , et les
"attira encore plusieurs fois de suite avec
beaucoup de force.
» Le 21 Avril je réïterai mes expérien
» ces sur le petit garçon , et je trouvai l'at-
» traction beaucoup plus forte que la pre-
»miere fois. Les feuilles de cuivre s'éle-
» verent vers son visage à la hauteur de
plus d'un pied. Je donnai alors au gar
>> çon dans chacune de ses mains l'extrê
» mité d'une ligne de pêcheur , avec une
» boule de liége à la pointe , et je mis un
» petit gueridon avec des feuilles sous chaque boule. Le Tube ayant été frotté et
»tenu près de ses pieds , les deux liéges
>> attirerent et repousserent fortement tout
» à la fois. La longueur de chaque morceau
» de liége étoit d'environ 7 pieds. On mit
» aprèc cela le petit garçon sur le côtégau
» che , et on lui donna à tenir de ses deux
» mainsuneligne à pêcher de 12 pieds de
כן
long , surmontée au bout d'une petite
» boule de liége d'un pouce trois quarts
»de diamettre : après cela toutes choses
faite d'une longue Canne on Roseau
11, Vol.
étant
DECEMBRE. 1732. 2837
étant préparées , et le Tube près des
"pieds de l'enfant , la boule de liége atti-
" ra et repoussa avec force les feuilles de
cuivre jusqu'à la hauteur de deux pou
» ces au moins.
» Remarquez , continue M. Gray , que
quand je parle de tenir le Tube près des
pieds de l'enfant , j'entends que c'étoit
vis à vis de la plante de ses pieds ; et
» quand je dis que c'étoit près de sa tête
il faut entendre près du sommet ; car
»quand on tenoit le Tube au dessus de la
» tête ou des jambes , l'attraction ne se
»communiquoit pas si fortement aux au-
» tres parties de son corps.
3)
» Ces Expériences montrent , conclud
» l'Auteur, que les animaux reçoivent en
plus grande quantité les écoulemens
» électriques , et que ces écoulemens peu-
»vent passer d'eux ailleurs , jusqu'à des
» distances considérables par plusieurs
» chemins tout à la fois , pour peu qu'ils
» trouvent des passages propres , après
» quoi ils déployent leur puissance attrac-
» tive dans les endroits où ils sont - par-
>> venus.
On ne peut pas disconvenir qu'il n'y
aitdu neufet du merveilleux dans ces Expériences ; M. Gray se propose de les por
ker encore plus loin , encouragé par une
II. Vola B vj nou-
2838 MERCURE DE FRANCE
nouvelle découverte qu'il a faite touchant
l'attraction des corps colorez , lesquels attirent , dit-il , plus ou moins à raison de
la couleur dont ils sont , quoique de même substance , de même volume , de même poids ; ensorte que le rouge , l'orange
ou le jaune , attirent pour le moins 3 ou4,
fois plus fortement que le verd , le bleu ou le pourpre. Voilà encore une fois des
Nouveautez susceptibles de bien des Reflexions ; elles prouvent au moins qu'il
reste encore beaucoup de mysteres à découvrir dans la Nature. Pline qui l'avoit
assez étudiée le pensoit ainsi , nous finirons par son expression qui ne sçauroit
être plus noble , ni peut- être mieux appliquée qu'ici : Multa latent in majestate Natura.
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Résumé : « PROJET de Souscription pour l'Edition de l'Histoire Metallique des XVII. [...] »
Le document expose un projet de souscription pour l'édition de l'Histoire Métallique des XVII Provinces des Pays-Bas, couvrant la période de l'abdication de Charles V jusqu'à la Paix de Bade en 1716. Cet ouvrage, traduit du hollandais par Gerard Van-Loon, est une histoire civile, militaire, ecclésiastique et généalogique. Il se distingue par son fondement sur des historiens estimés et des monuments authentiques, le rendant supérieur aux autres histoires des XVII Provinces. L'édition sera composée de cinq volumes in-folio, totalisant 675 feuilles de beau papier et 2945 illustrations, dont 2832 médailles avec leurs revers. Ces illustrations sont gravées par les meilleurs maîtres et expliquées par l'auteur. Le coût de l'ouvrage est de 90 florins pour le petit papier et 135 florins pour le grand papier. Les souscriptions sont acceptées par les principaux libraires des Provinces et des pays étrangers, avec un paiement échelonné pour une livraison complète prévue en 1733. Le texte mentionne également un article sur l'électricité, tiré du journal, décrivant des expériences de M. Étienne Gray. En 1729, Gray a découvert une attraction électrique dans divers corps. Il a mené des expériences sur les métaux et les végétaux en utilisant un tube de cristal pour communiquer l'électricité. Une expérience notable impliquait un petit garçon suspendu horizontalement, dont le visage et les mains attiraient des feuilles de cuivre lorsqu'un tube frotté était approché de ses pieds. Gray a conclu que les animaux reçoivent les écoulements électriques et peuvent les transmettre sur de grandes distances. Il a également observé que les corps colorés attirent différemment selon leur couleur, avec le rouge, l'orange ou le jaune attirant plus fortement que le vert, le bleu ou le pourpre. Ces découvertes montrent qu'il reste encore beaucoup de mystères à explorer dans la nature.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6650
p. 2838-2842
Poësies diverses de M. Tanevot, [titre d'après la table]
Début :
POESIES diverses. Par M. Tanevot. A Paris, ruë S. Jacques, chez Jacq. Colombat [...]
Mots clefs :
Tanevot, Poésies diverses, Recueil, Fable, Madrigal, L'étincelle, Les dieux lutteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Poësies diverses de M. Tanevot, [titre d'après la table]
POESIES diverses. Par M. Tanevot.
A Paris , ruë S. Jacques , chez Jacq. Colombat ; et Quay de Conty , chez la Veuve
Pissot , 1732. prix 2. livres relié , in 12.
de 300. pages.
Nos Lecteurs connoissent déja plusieurs
Pieces que nous avons publiées de cet
Auteur , qu'il a retouchées depuis. Nous
ne doutons point du plaisir que fera ce
Recueil composé d'Odes , Epitres , DiaI. Vol. prices
DECEMBRE. 1732. 2839
logues , Fables , Allégories , Elegies , Caprices , Epitaphes , Apologies , Madrigaux , Cantates et autres Poëmes sur divers sujets, sans compter les Stances
Odes , et quelques autres Poësies Chrétiennes. Donnons quelques morceaux de
ces Poësies pour faire conroître le génie
et le caractere de M. Tanevot.
Les Dieux Luteurs. Fable.
Un homme expert aux combats de la Lute,
Se choisit un Eleve , et par mainte leçon ,
L'ins truit dans tous les tours que cet Art execute;
Hormis un seul , que pour bonne raison ,
Il se réserve en personne discrete.
Voila dans peu notre nouvel Athlete ,
Robuste , souple , adroit , terrassant tout Luteur,
Qui vouloit contre lui signaler son ardeur.
Enflé de ses succès , par un orgueil extréme ,
Il ose défier jusqu'à son Maître même ;
Celui-cy du combat se défend par bonté ;
Mais forcé par l'Eleve à venir sur l'aréne ,
Il se résout , quoiqu'avec peine ,
A punir sa témerité.
L'adresse sur la force eut toûjours l'avantage ,
Le vieil Luteur mettant son secret en usage ,
Fait bien- tôt perdre terre à ce jeune éventé ,
Puis l'étend à ses pieds , tout écumant de rage.
2. II, Vol. J'ignorois
2840 MERCURE DE FRANCE
J'ignorois , dit l'Eleve , en i criant mercy,
Le tour que tu me fais connoître ;
Je te le gardois , dit le Maître,
Pour un jour comme celui- cy.
"
MADRIG AL.
Quelqu'un demandoit à Damis ,
Riche autant qu'il en est en France ,
Si dans cette rare opulence ,
Il se croyoit beaucoup d'amis ?
De ceux que la fortune attire ,
J'en ai , dit-il , à volonté :
Des autres je ne puis rien dire ;
Ay-je été dans l'adversité ?
L'ETINCELLE. Fable.
Une Etincelle petillante ,
Admirant son éclat et son agilité ,
Dans l'excès de sa vanité ,
Se croyoit une Etoile errante.
Mais au moment que son feu l'ébloüit j ›
La pauvrete s'évanoüit..
Ce récit a peu d'étenduë ;
-i
Mais s'il instruit assez , n'est- il pas assez long??
Sur maintes gens il tombe à plomb :
Combien, par leurs projets, se perdent dans la nuë,
Et s'éclipsent au même instant?
I.L. Vol. S'estimer
DECEMBRE. 1732. 2841
S'estimer trop , est une erreur commune.
La moindre lueur de fortune ,
Fait d'un fat un homme important.
L'humaine ambition est toûjours indiscrete :
L'homme luit quelquefois , mais comme une bluette.
L'Epitre de l'Auteur à ses Livres , est
un morceau très- travaillé , dont nous
voudrions bien orner cet Extrait , mais
sa longueur nous en empêche , nous ne
pouvons cependant nous empêcher d'en
rapporter quelque chose. Voici le commencement.
Celebres monumens des plus sçavantes plumes ,
Chefs-d'œuvres de l'esprit , agréables volumes ,
Lumiere qui luisez sur mes travaux divers ;
Mes Livres , c'est à vous que j'adresse ces Vers.
Que le Ciel soit serein , ou que l'orage gronde ,
Libre au milieu de vous des embarras du monde,
Arbitre de mon sort , je me fais seul la loi ,
Et de mon doux- loisir ne rends compte qu'à moi.
Tranquille possesseur des seuls biens ou j'aspire ,
J'exerce alors sur vous un légitime empire ;
Je forme en Souverain les plus vastes projets ,
Et sur ma table épars je vois tous mes Sujets.
De leurs plus belles fleurs les Muses me couron- nent ;
LI. Vol Rassemblez
284 MERCURE DE FRANCE
Rassemblez sur leurs pas , tous les Arts m'envi- ronnent.
Dansun champ si fécond je n'ai qu'à moissonner ;
Mes vœux toujours remplis , ne sçauroient se borner ;
Et je puis , sans sortir du lieu qui vous enserre ,
Parcourir , quand je veux et le Ciel et la
Terre , &c.
A Paris , ruë S. Jacques , chez Jacq. Colombat ; et Quay de Conty , chez la Veuve
Pissot , 1732. prix 2. livres relié , in 12.
de 300. pages.
Nos Lecteurs connoissent déja plusieurs
Pieces que nous avons publiées de cet
Auteur , qu'il a retouchées depuis. Nous
ne doutons point du plaisir que fera ce
Recueil composé d'Odes , Epitres , DiaI. Vol. prices
DECEMBRE. 1732. 2839
logues , Fables , Allégories , Elegies , Caprices , Epitaphes , Apologies , Madrigaux , Cantates et autres Poëmes sur divers sujets, sans compter les Stances
Odes , et quelques autres Poësies Chrétiennes. Donnons quelques morceaux de
ces Poësies pour faire conroître le génie
et le caractere de M. Tanevot.
Les Dieux Luteurs. Fable.
Un homme expert aux combats de la Lute,
Se choisit un Eleve , et par mainte leçon ,
L'ins truit dans tous les tours que cet Art execute;
Hormis un seul , que pour bonne raison ,
Il se réserve en personne discrete.
Voila dans peu notre nouvel Athlete ,
Robuste , souple , adroit , terrassant tout Luteur,
Qui vouloit contre lui signaler son ardeur.
Enflé de ses succès , par un orgueil extréme ,
Il ose défier jusqu'à son Maître même ;
Celui-cy du combat se défend par bonté ;
Mais forcé par l'Eleve à venir sur l'aréne ,
Il se résout , quoiqu'avec peine ,
A punir sa témerité.
L'adresse sur la force eut toûjours l'avantage ,
Le vieil Luteur mettant son secret en usage ,
Fait bien- tôt perdre terre à ce jeune éventé ,
Puis l'étend à ses pieds , tout écumant de rage.
2. II, Vol. J'ignorois
2840 MERCURE DE FRANCE
J'ignorois , dit l'Eleve , en i criant mercy,
Le tour que tu me fais connoître ;
Je te le gardois , dit le Maître,
Pour un jour comme celui- cy.
"
MADRIG AL.
Quelqu'un demandoit à Damis ,
Riche autant qu'il en est en France ,
Si dans cette rare opulence ,
Il se croyoit beaucoup d'amis ?
De ceux que la fortune attire ,
J'en ai , dit-il , à volonté :
Des autres je ne puis rien dire ;
Ay-je été dans l'adversité ?
L'ETINCELLE. Fable.
Une Etincelle petillante ,
Admirant son éclat et son agilité ,
Dans l'excès de sa vanité ,
Se croyoit une Etoile errante.
Mais au moment que son feu l'ébloüit j ›
La pauvrete s'évanoüit..
Ce récit a peu d'étenduë ;
-i
Mais s'il instruit assez , n'est- il pas assez long??
Sur maintes gens il tombe à plomb :
Combien, par leurs projets, se perdent dans la nuë,
Et s'éclipsent au même instant?
I.L. Vol. S'estimer
DECEMBRE. 1732. 2841
S'estimer trop , est une erreur commune.
La moindre lueur de fortune ,
Fait d'un fat un homme important.
L'humaine ambition est toûjours indiscrete :
L'homme luit quelquefois , mais comme une bluette.
L'Epitre de l'Auteur à ses Livres , est
un morceau très- travaillé , dont nous
voudrions bien orner cet Extrait , mais
sa longueur nous en empêche , nous ne
pouvons cependant nous empêcher d'en
rapporter quelque chose. Voici le commencement.
Celebres monumens des plus sçavantes plumes ,
Chefs-d'œuvres de l'esprit , agréables volumes ,
Lumiere qui luisez sur mes travaux divers ;
Mes Livres , c'est à vous que j'adresse ces Vers.
Que le Ciel soit serein , ou que l'orage gronde ,
Libre au milieu de vous des embarras du monde,
Arbitre de mon sort , je me fais seul la loi ,
Et de mon doux- loisir ne rends compte qu'à moi.
Tranquille possesseur des seuls biens ou j'aspire ,
J'exerce alors sur vous un légitime empire ;
Je forme en Souverain les plus vastes projets ,
Et sur ma table épars je vois tous mes Sujets.
De leurs plus belles fleurs les Muses me couron- nent ;
LI. Vol Rassemblez
284 MERCURE DE FRANCE
Rassemblez sur leurs pas , tous les Arts m'envi- ronnent.
Dansun champ si fécond je n'ai qu'à moissonner ;
Mes vœux toujours remplis , ne sçauroient se borner ;
Et je puis , sans sortir du lieu qui vous enserre ,
Parcourir , quand je veux et le Ciel et la
Terre , &c.
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Résumé : Poësies diverses de M. Tanevot, [titre d'après la table]
Le texte présente une collection de poésies diverses de M. Tanevot, publiée à Paris en 1732 sous le titre 'POESIES diverses'. Ce recueil de 300 pages est disponible chez deux libraires et comprend divers genres poétiques tels que des odes, épîtres, dialogues, fables, allégories, élégies, caprices, épitaphes, apologies, madrigaux, cantates, stances et poésies chrétiennes. Parmi les œuvres spécifiques mentionnées, la fable 'Les Dieux Luteurs' raconte l'histoire d'un maître lutteur qui réserve un tour secret à son élève, lequel est finalement vaincu par orgueil. La fable 'L'Étincelle' illustre l'erreur de s'estimer trop en narrant l'histoire d'une étincelle qui se prend pour une étoile et s'évanouit rapidement. Le texte inclut également un madrigal où Damis, un homme riche, distingue ses amis selon qu'ils sont attirés par la fortune ou par l'adversité. Enfin, une épître de l'auteur à ses livres exprime sa satisfaction et sa liberté créative, bien que son intégralité ne soit pas reproduite en raison de sa longueur.
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