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51
p. 337-338
« Le 31. Janvier, l'Académie Royale des Sciences fit l'élection [...] »
Début :
Le 31. Janvier, l'Académie Royale des Sciences fit l'élection [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences, Élection, Pensionnaire chimiste, Estampe, Essence, Savon, Se laver, Lait virginal, Liqueurs, Sirops
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texteReconnaissance textuelle : « Le 31. Janvier, l'Académie Royale des Sciences fit l'élection [...] »
Le31.Janvierl'AcadémieRoyale
des Sciences fit l'élection des trois sujets ,
dont un , au choix du Roi , doit remplir
la place de Pensionaire Chimiste , vacante
par la mort de M. Geoffroi. Les trois sujets
qui ont été élus sont M M. Boulduc
et Dufay , tous deux associés Chimistes
et M. Imbert Externe .
Le 14. Fevrier , le Comte de Maurepas
écrivit à l'Académie , pour lui ap
prendre que le Roi avoit choisi M. Du
fay pour remplir cette place.
L'Estampe de la Dile Camargo que le
Public désire si fort , et dont nous avons
parlé le mois passé , sera en vente dans
les premiers jours du mois de Mars chez
les Auteurs et chez la Veuve Chereau ,
rue S. Jacques , aux deux Piliers d'or.
BRIART demeurant Cour Abbatiale de Saint
Germain des Prez , rue Cardinale , vis - à- vis le
Bailliage , à Paris , fait depuis peu une Essence
appellée d'ogni fiori , ou de toute fleurs , dont un
Parfumeur Napolitain lui a donné le secret..
On.
338 MERCURE DE FRANCE
On en met quelques goutes dans l'eau , dont or
se lave aprés avoir été rasé ; elle produit le mê
me effet que le lait virginal , mais elle est plus
agréable , et a de meilleures qualités , sur tout
pour décrasser , rendre la peau unie , et en ôter
les taches et boutons. On là vend 15. sols l'once.
Il continue avec succès à faire la veritable Essence
de Savon à la Bergamotte et autres odeurs
douces , dont on se sert pour la barbe , au lieu
de Savonnetes ; les Dames s'en servent aussi pour
se laver le visage et les mains. Les bouteilles sont
cachetées de son adresse.
M M. Giraudeau le jeune et Felz , Marchands
à Montpellier , qui font depuis long- tems un
commerce considerable en gros de liqueurs , sirops
, Eau de la Reine d'Hongrie et autres Marchandises
, donnent avis au Public qu'ils ont inventé
depuis peu une nouvelle liqueur fine , à la
quelle ils ont donné le nom d'Eau Dauphine
Cette liqueur est genéralement goutée et reconnue
pour supérieure en bonté à toutes celles qui
ont parû jusqu'à présent. Ceux qui en auront
besoin pourront leur écrire à Montpelier . Ils
vont ordinairement à la Foire de Beaucaire , et
y ont leur Magasin dans la grande rue. Pout
distinguer la liqueur de leur fabrique d'avec celle
qu'on pourroit contrefaire et débiter sous leur
nom , ils avertissent que les étiquetes qu'ils y font
mettre sont gravées en Taille- douce , qu'elles
sont signées d'eux , & qu'elles sont en ces termes:
Eau Dauphine inventée en 1730. par Girau
Leau , lejeune , et Felz , de Montpeliers
des Sciences fit l'élection des trois sujets ,
dont un , au choix du Roi , doit remplir
la place de Pensionaire Chimiste , vacante
par la mort de M. Geoffroi. Les trois sujets
qui ont été élus sont M M. Boulduc
et Dufay , tous deux associés Chimistes
et M. Imbert Externe .
Le 14. Fevrier , le Comte de Maurepas
écrivit à l'Académie , pour lui ap
prendre que le Roi avoit choisi M. Du
fay pour remplir cette place.
L'Estampe de la Dile Camargo que le
Public désire si fort , et dont nous avons
parlé le mois passé , sera en vente dans
les premiers jours du mois de Mars chez
les Auteurs et chez la Veuve Chereau ,
rue S. Jacques , aux deux Piliers d'or.
BRIART demeurant Cour Abbatiale de Saint
Germain des Prez , rue Cardinale , vis - à- vis le
Bailliage , à Paris , fait depuis peu une Essence
appellée d'ogni fiori , ou de toute fleurs , dont un
Parfumeur Napolitain lui a donné le secret..
On.
338 MERCURE DE FRANCE
On en met quelques goutes dans l'eau , dont or
se lave aprés avoir été rasé ; elle produit le mê
me effet que le lait virginal , mais elle est plus
agréable , et a de meilleures qualités , sur tout
pour décrasser , rendre la peau unie , et en ôter
les taches et boutons. On là vend 15. sols l'once.
Il continue avec succès à faire la veritable Essence
de Savon à la Bergamotte et autres odeurs
douces , dont on se sert pour la barbe , au lieu
de Savonnetes ; les Dames s'en servent aussi pour
se laver le visage et les mains. Les bouteilles sont
cachetées de son adresse.
M M. Giraudeau le jeune et Felz , Marchands
à Montpellier , qui font depuis long- tems un
commerce considerable en gros de liqueurs , sirops
, Eau de la Reine d'Hongrie et autres Marchandises
, donnent avis au Public qu'ils ont inventé
depuis peu une nouvelle liqueur fine , à la
quelle ils ont donné le nom d'Eau Dauphine
Cette liqueur est genéralement goutée et reconnue
pour supérieure en bonté à toutes celles qui
ont parû jusqu'à présent. Ceux qui en auront
besoin pourront leur écrire à Montpelier . Ils
vont ordinairement à la Foire de Beaucaire , et
y ont leur Magasin dans la grande rue. Pout
distinguer la liqueur de leur fabrique d'avec celle
qu'on pourroit contrefaire et débiter sous leur
nom , ils avertissent que les étiquetes qu'ils y font
mettre sont gravées en Taille- douce , qu'elles
sont signées d'eux , & qu'elles sont en ces termes:
Eau Dauphine inventée en 1730. par Girau
Leau , lejeune , et Felz , de Montpeliers
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Résumé : « Le 31. Janvier, l'Académie Royale des Sciences fit l'élection [...] »
Le 31 janvier, l'Académie Royale des Sciences élit MM. Boulduc, Dufay et Imbert pour remplacer M. Geoffroi au poste de Pensionaire Chimiste. Le 14 février, le Comte de Maurepas annonce que le Roi a choisi M. Dufay. Par ailleurs, une estampe de la danseuse La Camargo sera disponible en mars chez les auteurs et la Veuve Chereau, rue Saint-Jacques. Briart, résidant à Paris, propose une nouvelle essence appelée 'd'ogni fiori' ou 'de toute fleurs', utilisée pour le lavage après le rasage, comparable au lait virginal mais plus agréable et efficace. Cette essence est vendue 15 sols l'once. Briart continue de produire des essences de savon à la bergamote et autres odeurs douces, utilisées pour la barbe et par les dames pour le visage et les mains. À Montpellier, MM. Giraudeau le jeune et Felz, commerçants en liqueurs et sirops, annoncent l'invention d'une nouvelle liqueur fine nommée 'Eau Dauphine', reconnue pour sa supériorité. Ils précisent que leurs étiquettes sont gravées en taille-douce et signées pour éviter les contrefaçons.
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52
p. 627-632
A S. E. M. LE CARDINAL DE FLEURY, MINISTRE D'ETAT, Sur la liberalité qu'il a faite à l'Université de Caën, pour l'augmentation de sa Bibliotheque. ODE.
Début :
D'où naît la soudaine allegresse [...]
Mots clefs :
Libéralité, Bibliothèque, Mécène, Beaux-arts, Muses, Connaissance , Prélat, Université de Caen
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texteReconnaissance textuelle : A S. E. M. LE CARDINAL DE FLEURY, MINISTRE D'ETAT, Sur la liberalité qu'il a faite à l'Université de Caën, pour l'augmentation de sa Bibliotheque. ODE.
A S. E. M.
LE CARDINAL DE FLEURY,
MINISTRE D'ETAT ,
"
Sur la liberalité qu'il a faite à l'Université
de Caën , pour l'augmentation de sa Bibliotheque.
D
O D E.
' Ou naît la soudaine allegresse
Qui transporte ici tous les coeurs ?
ON Un nouveau Mécene au Permesse
'Accorde aujourd'hui ses faveurs..
A ij Vien,
628 MERCURE DE FRANCE
Vien , mes délices , vien , ma Lyre ;
Sers la vive ardeur qui m'inspire :
Pour lui formons nos plus beaux Airs ;
Je veux que leur noble cadence
Annonce ma reconnoissance
Au Prince , au Peuple , à l'Univers
Chante un Prélat que voit la Seine
D'honneurs justement revêtu ,
Qui joint à la Pourpre Romaine
L'éclat d'une rare vertu ,
Qui sage , bienfaisant , affable ;
Tel que ce Mentor de la Fable ,
Fait chérir son autorité ,
Qui placé près du Diadême ,
Se montre auguste par
lui- même
Autant que par sa dignité.
Dans la Grandeur qui l'environne
Nul objet n'échape à ses soins ;
S'il veille aux droits de la Couronne ,
Il veille encore à nos besoins ;
Par lui la Foi , la Paix fleurissent ,
Les Loix de Thémis s'affermissent ;
Tout nous offre des jours plus beaux ;
Et de ce bonheur qu'il ménage ,
Laissant aux Sujets l'avantage ,
LEURY n'en prend que les travaux ,
Digne
AVRIL 1731. 629
Digne Emule du grand Fabrice , *
On le voit marcher sur ses pas ;
De la séduisante avarice
Son coeur méprise les appas.
Mortels ! qu'il en est peu d'exemples :
tes Trésors consacrés aux Temples
tedressent leurs murs chancelans ,
bu vont par
Dans
des routes secretes
cent tenébreuses retraites
Porter des secours consolans.
Quel riche trait pour son Histoire
Que l'apui qu'il donne aux beaux Arts f
Sur eux du milieu de sa gloire
Il jette ses plus doux regards :
Muses , troupe à ses yeux si chere
Vous n'êtes point une chimere ,
Ni des noms pleins d'un faux éclat §
Mais les filles de la Sagesse ,
Les meres de la Politesse ,
L'utile ornement d'un Eta
Un Temple fécond en miracles
Fait sur l'Orne admirer vos sons ;
* Consul Romain , le plus désinteréssé qu'ait
jamais vû la République.
L'Université.
A iij On
630 MERCURE DE FRANCE
On y voit de sçavans Oracles
Dicter vos plus pures leçons ;
Embrassant diverses matieres ,
Chacun de ses doctes lumieres
Augmente la splendeur du corps ;
Mais par combien dé découvertes
Ces fources qui leur sont offertes *
Vont-elles groffir leurs Trésors !
A quels travaux inimitables
Vois- je nos Neveux s'exciter ?
L'un écrit les faits mémorables ,
L'autre se forme à les chanter ;
Celui- ci creusant la nature ,
De l'oeil et du compas mesure
Les Eaux , l'Air , la Terre et les Cieux
Et , jusqu'à l'invisible Effence
L'autre élevant fa connoiffance
Ya fonder les Décrets des Dieux.
(
C'eft pour toi , Ville fortunée ,
Que FLEURY prodigue ses biens :
Quelle riante Destinée
Se prépare à tes Citoyens !
Tu verras tes Remparts superbes
La Bibliotheque.
En.
AVRIL. ' 1731. -631
Enfanter de nouveaux Malherbes ( a )
Des Huets , (b ) des Pyrons , ( c) des Calys ( d )
Sous l'Empire tranquile et juste
Qu'offre à nos voeux un autre Auguste ,
Tes lauriers orneront ses Lys.
Dans ton sein , Ecole sçavante ,
Faut-il qu'un noble empressement
Ne, puisse au Prélat que je vante
Dresser un pompeux monument !
Du moins signalant notre żele ,
Plaçons -y le portrait fidele ( e )
D'un si génereux Protecteur ;
Que cette immortelle Peinture
Instruise la race future
Du bienfait et du Bienfaicteur.
FLEURY , puisse un succés durable
Suivre vos projets glorieux !
(a ) Fameux Poëte.
(b) Evêque d'Avranches , et Précepteur de
M. le Dauphin , Ayeul du Roi.
$
(c) Professeur de Rhétorique au College du
Bois , et Editeur de Claudien , pour l'usage de
M. le Dauphin.
(d ) Celebre Professeur de Philosophie au
"College du Bois , Auteur de divers Ouvrages ,
centr'autres du Commentaire sur Boëce , pour
l'usage de M. le Dauphin. Tous de Caën .
(e ) Le Portrait de S. E. sera placé dans la
Bibliotheque.
A iij Puiffe
632 MERCURE DE FRANCE
Puisse la Parque inexorable.
Respecter vos jours précieux !
Soyez long- tems l'amour du PRINCE
Les délices de la Province ,
Le respect des Peuples épars ;
Soyez des Autels la défense ,
Vivez pour le bien de la France ,
Vivez pour l'honneur des beaux Arts .'
Par M. Heurtauld , Prêtre , Professeur an
College du Bois de l'Université de Caën.
LE CARDINAL DE FLEURY,
MINISTRE D'ETAT ,
"
Sur la liberalité qu'il a faite à l'Université
de Caën , pour l'augmentation de sa Bibliotheque.
D
O D E.
' Ou naît la soudaine allegresse
Qui transporte ici tous les coeurs ?
ON Un nouveau Mécene au Permesse
'Accorde aujourd'hui ses faveurs..
A ij Vien,
628 MERCURE DE FRANCE
Vien , mes délices , vien , ma Lyre ;
Sers la vive ardeur qui m'inspire :
Pour lui formons nos plus beaux Airs ;
Je veux que leur noble cadence
Annonce ma reconnoissance
Au Prince , au Peuple , à l'Univers
Chante un Prélat que voit la Seine
D'honneurs justement revêtu ,
Qui joint à la Pourpre Romaine
L'éclat d'une rare vertu ,
Qui sage , bienfaisant , affable ;
Tel que ce Mentor de la Fable ,
Fait chérir son autorité ,
Qui placé près du Diadême ,
Se montre auguste par
lui- même
Autant que par sa dignité.
Dans la Grandeur qui l'environne
Nul objet n'échape à ses soins ;
S'il veille aux droits de la Couronne ,
Il veille encore à nos besoins ;
Par lui la Foi , la Paix fleurissent ,
Les Loix de Thémis s'affermissent ;
Tout nous offre des jours plus beaux ;
Et de ce bonheur qu'il ménage ,
Laissant aux Sujets l'avantage ,
LEURY n'en prend que les travaux ,
Digne
AVRIL 1731. 629
Digne Emule du grand Fabrice , *
On le voit marcher sur ses pas ;
De la séduisante avarice
Son coeur méprise les appas.
Mortels ! qu'il en est peu d'exemples :
tes Trésors consacrés aux Temples
tedressent leurs murs chancelans ,
bu vont par
Dans
des routes secretes
cent tenébreuses retraites
Porter des secours consolans.
Quel riche trait pour son Histoire
Que l'apui qu'il donne aux beaux Arts f
Sur eux du milieu de sa gloire
Il jette ses plus doux regards :
Muses , troupe à ses yeux si chere
Vous n'êtes point une chimere ,
Ni des noms pleins d'un faux éclat §
Mais les filles de la Sagesse ,
Les meres de la Politesse ,
L'utile ornement d'un Eta
Un Temple fécond en miracles
Fait sur l'Orne admirer vos sons ;
* Consul Romain , le plus désinteréssé qu'ait
jamais vû la République.
L'Université.
A iij On
630 MERCURE DE FRANCE
On y voit de sçavans Oracles
Dicter vos plus pures leçons ;
Embrassant diverses matieres ,
Chacun de ses doctes lumieres
Augmente la splendeur du corps ;
Mais par combien dé découvertes
Ces fources qui leur sont offertes *
Vont-elles groffir leurs Trésors !
A quels travaux inimitables
Vois- je nos Neveux s'exciter ?
L'un écrit les faits mémorables ,
L'autre se forme à les chanter ;
Celui- ci creusant la nature ,
De l'oeil et du compas mesure
Les Eaux , l'Air , la Terre et les Cieux
Et , jusqu'à l'invisible Effence
L'autre élevant fa connoiffance
Ya fonder les Décrets des Dieux.
(
C'eft pour toi , Ville fortunée ,
Que FLEURY prodigue ses biens :
Quelle riante Destinée
Se prépare à tes Citoyens !
Tu verras tes Remparts superbes
La Bibliotheque.
En.
AVRIL. ' 1731. -631
Enfanter de nouveaux Malherbes ( a )
Des Huets , (b ) des Pyrons , ( c) des Calys ( d )
Sous l'Empire tranquile et juste
Qu'offre à nos voeux un autre Auguste ,
Tes lauriers orneront ses Lys.
Dans ton sein , Ecole sçavante ,
Faut-il qu'un noble empressement
Ne, puisse au Prélat que je vante
Dresser un pompeux monument !
Du moins signalant notre żele ,
Plaçons -y le portrait fidele ( e )
D'un si génereux Protecteur ;
Que cette immortelle Peinture
Instruise la race future
Du bienfait et du Bienfaicteur.
FLEURY , puisse un succés durable
Suivre vos projets glorieux !
(a ) Fameux Poëte.
(b) Evêque d'Avranches , et Précepteur de
M. le Dauphin , Ayeul du Roi.
$
(c) Professeur de Rhétorique au College du
Bois , et Editeur de Claudien , pour l'usage de
M. le Dauphin.
(d ) Celebre Professeur de Philosophie au
"College du Bois , Auteur de divers Ouvrages ,
centr'autres du Commentaire sur Boëce , pour
l'usage de M. le Dauphin. Tous de Caën .
(e ) Le Portrait de S. E. sera placé dans la
Bibliotheque.
A iij Puiffe
632 MERCURE DE FRANCE
Puisse la Parque inexorable.
Respecter vos jours précieux !
Soyez long- tems l'amour du PRINCE
Les délices de la Province ,
Le respect des Peuples épars ;
Soyez des Autels la défense ,
Vivez pour le bien de la France ,
Vivez pour l'honneur des beaux Arts .'
Par M. Heurtauld , Prêtre , Professeur an
College du Bois de l'Université de Caën.
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Résumé : A S. E. M. LE CARDINAL DE FLEURY, MINISTRE D'ETAT, Sur la liberalité qu'il a faite à l'Université de Caën, pour l'augmentation de sa Bibliotheque. ODE.
Le poème est une ode au Cardinal Fleury, ministre d'État, célébrant sa générosité envers l'Université de Caen. Il met en lumière les qualités de Fleury, telles que la sagesse, la bienveillance et l'autorité. Le texte compare Fleury à des figures emblématiques comme Mentor et Fabrice, soulignant son désintéressement et son dévouement aux arts et à la science. Fleury est présenté comme un protecteur des arts et des lettres, attentif aux besoins du peuple et soucieux de renforcer la foi, la paix et la justice. Grâce à ses dons, l'Université de Caen peut continuer à soutenir les recherches des savants et à enrichir leurs connaissances. Le poème exprime l'espoir que Fleury continuera à protéger et à promouvoir les arts et les sciences, souhaitant longévité et succès à ses initiatives.
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53
p. 753-755
Rentrée des Académies.
Début :
MR l'Abbé Bannier, Directeur de l'Académie des Inscriptions [...]
Mots clefs :
Académie, Belles-lettres, Inscriptions, Dissertation, Conquête, Sciences, Géographie, Prix, Mémoire, Chirurgie
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texteReconnaissance textuelle : Rentrée des Académies.
Rentrée des Academies.
l'Abbé Bannier , Directeur de l'Acadé-
Mimie des Inscriptions et Belles - Lettres , présida
à l'Assemblée publique qui se tient à l'ordinaire
au Louvre , le Mardi 3. Avril .
La Seance commença par la lecture d'une Dissertation
de M. de Chamborty sur la Vie et sur la
Famille de Labienus , l'un des Lieutenans Geneneraux
de Cesar , et celui qui eut le plus de part
F v
754 MERCURE DE FRANCE
à la Conquête des Gaules , dans laquelle il com→
mandoit l'Armée Romaine , sous les ordres de
Cesar. Cette Dissertation fut suivie d'une autre
de M. Bonami , sur le Musaum et sur la Bibliotheque
d'Alexandrie. Ce Museum étoit un espece
de College ou Académie de Gens de Lettre , rassemblez
de toutes les parties de la Grece , par les
soins de Ptolemée , Fondateur du Royaume d'E→
gypte.
La Séance fut terminée par la lecture que fir
M. l'Abbé Fourmont , de la Relation du Voyage
qu'il a fait dans la Grece , par l'ordre du Roi.
Comme il a parcouru avec soin et en homme de
Lettre l'Attique , l'Argolide , la Messenie et le
Pays de Lacedemone , il en a rapporté un trèsgrand
nombre d'Inscriptions qu'il a déterrées
lui-même , et dont le Recueil sera très - interes
cant pour la République des Lettres.
Le Mercredy 19. Avril , l'Académie Royale des
Sciences tint son Assemblée publique , à laquelle
présida M. d'Argenson . M. de Fontenelle ouvrit
la Seance par déclarer que la Piece qui a remporté
le Prix de cette année , est celle de M. Bouguer,
Professeur d'Hydrographie.
M. de Fontenelle lût ensuite l'Eloge de M Géofroy
, Pensionnaire Chimiste , mort dans le dernier
semestre. M. Petit , le Chirurgien , lût après
gela une Dissertation sur les differens moyens
que la Chirurgie a employez jusqu'à present pour
arrêter les Emorragies dans les grandes emputa
tions ; ces moyens sont les Stiptiques , les Escarotiques
, les Caustiques et la compression ; il
préfère à toutes les autres cette derniere qu'il a
perfectionnée,en inventant un Instrument qui sert
de bandage , et dont il donne la description.
M. Buache lût ensuite une Dssertation qui a
pour
AVRIL: 1731. 755
pour titre , Recherches Géographiques sur l'étendue
de l'Empire d'Alexandre et sur les routes
parcourues par ce Prince dans ses differentes Expeditions
, pour servir à la Carte de cet Empire ,
dressée à l'usage du Roi , par feu M. de Lisle.
M. Morand finit la Séance par la lecture d'un'
Memoire sur la maniere de faire l'operation de là
Taille , pratiquée anciennement par Frere Jac
ques , et depuis quelques années rétablie et perfectionnée
par M. Cheselden , celebre Chirurgien-
Anglois , et par M. Morand à Paris , qui depuis
D8. mois la pratique avec grand succès.
On donnera des Extraits de ces Memoires.
l'Abbé Bannier , Directeur de l'Acadé-
Mimie des Inscriptions et Belles - Lettres , présida
à l'Assemblée publique qui se tient à l'ordinaire
au Louvre , le Mardi 3. Avril .
La Seance commença par la lecture d'une Dissertation
de M. de Chamborty sur la Vie et sur la
Famille de Labienus , l'un des Lieutenans Geneneraux
de Cesar , et celui qui eut le plus de part
F v
754 MERCURE DE FRANCE
à la Conquête des Gaules , dans laquelle il com→
mandoit l'Armée Romaine , sous les ordres de
Cesar. Cette Dissertation fut suivie d'une autre
de M. Bonami , sur le Musaum et sur la Bibliotheque
d'Alexandrie. Ce Museum étoit un espece
de College ou Académie de Gens de Lettre , rassemblez
de toutes les parties de la Grece , par les
soins de Ptolemée , Fondateur du Royaume d'E→
gypte.
La Séance fut terminée par la lecture que fir
M. l'Abbé Fourmont , de la Relation du Voyage
qu'il a fait dans la Grece , par l'ordre du Roi.
Comme il a parcouru avec soin et en homme de
Lettre l'Attique , l'Argolide , la Messenie et le
Pays de Lacedemone , il en a rapporté un trèsgrand
nombre d'Inscriptions qu'il a déterrées
lui-même , et dont le Recueil sera très - interes
cant pour la République des Lettres.
Le Mercredy 19. Avril , l'Académie Royale des
Sciences tint son Assemblée publique , à laquelle
présida M. d'Argenson . M. de Fontenelle ouvrit
la Seance par déclarer que la Piece qui a remporté
le Prix de cette année , est celle de M. Bouguer,
Professeur d'Hydrographie.
M. de Fontenelle lût ensuite l'Eloge de M Géofroy
, Pensionnaire Chimiste , mort dans le dernier
semestre. M. Petit , le Chirurgien , lût après
gela une Dissertation sur les differens moyens
que la Chirurgie a employez jusqu'à present pour
arrêter les Emorragies dans les grandes emputa
tions ; ces moyens sont les Stiptiques , les Escarotiques
, les Caustiques et la compression ; il
préfère à toutes les autres cette derniere qu'il a
perfectionnée,en inventant un Instrument qui sert
de bandage , et dont il donne la description.
M. Buache lût ensuite une Dssertation qui a
pour
AVRIL: 1731. 755
pour titre , Recherches Géographiques sur l'étendue
de l'Empire d'Alexandre et sur les routes
parcourues par ce Prince dans ses differentes Expeditions
, pour servir à la Carte de cet Empire ,
dressée à l'usage du Roi , par feu M. de Lisle.
M. Morand finit la Séance par la lecture d'un'
Memoire sur la maniere de faire l'operation de là
Taille , pratiquée anciennement par Frere Jac
ques , et depuis quelques années rétablie et perfectionnée
par M. Cheselden , celebre Chirurgien-
Anglois , et par M. Morand à Paris , qui depuis
D8. mois la pratique avec grand succès.
On donnera des Extraits de ces Memoires.
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Résumé : Rentrée des Académies.
Le 3 avril, l'Abbé Bannier présida l'Assemblée publique des Académies au Louvre. La séance débuta par la lecture d'une dissertation de M. de Chamborty sur la vie et la famille de Labienus, lieutenant général de César, qui joua un rôle crucial dans la conquête des Gaules. M. Bonami présenta ensuite une dissertation sur le Musée et la Bibliothèque d'Alexandrie, un collège ou académie de gens de lettres réunis par Ptolémée. La séance se conclut par la lecture de M. l'Abbé Fourmont, relatant son voyage en Grèce, où il a recueilli de nombreuses inscriptions. Le 19 avril, l'Académie Royale des Sciences tint son assemblée publique sous la présidence de M. d'Argenson. M. de Fontenelle annonça que M. Bouguer avait remporté le prix de l'année et lut l'éloge de M. Géofroy, chimiste pensionnaire récemment décédé. M. Petit, chirurgien, présenta une dissertation sur les moyens d'arrêter les hémorragies dans les grandes amputations, préférant la compression grâce à un instrument qu'il a inventé. M. Buache lut une dissertation sur les recherches géographiques concernant l'Empire d'Alexandre. Enfin, M. Morand conclut la séance avec un mémoire sur l'opération de la taille, pratiquée par M. Cheselden et lui-même à Paris.
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54
p. 755-758
PRIX proposé par l'Académie Royale des Sciences, pour l'année 1733.
Début :
Feu M. Roüillé de Meslay, ancien Conseiller au Parlement de Paris, ayant conçû le noble [...]
Mots clefs :
Académie, Sciences, Prix, Navigation, Astronomie, Tremblement de terre, Médecin, Manuscrit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRIX proposé par l'Académie Royale des Sciences, pour l'année 1733.
PRIX proposé par l'Académie Royale
des Sciences , pour l'année 1733.
Eu M. Rouillé de Meslay , ancien Conseiller
au Parlement de Paris , ayant conçu le noble
dessein de contribuer au progrés des Sciences , et
Putilité que le Public en doit retirer , a legué à
P'Académie Royale des Sciences un fonds pour
deux Prix , qui seront distribuez à ceux , qui au
jugement de cette Compagnie auront le mieux
réussi sur deux differentes sortes de Sujets qu'il a
indiquez dans son Testament , et dont il a donné
des exemples.
Les Sujets du premier Prix regardent le Sistê
me general du Monde et l'Astronomie Phisique.
Ce Prix devroit être de 2000. livres , aux ter
mes du Testament , et se distribuer tous les ansi
Mais la diminution des Rentes a obligé de ne le
donner que tous les deux ans , afin de le rendre
plus considerable , il sera de z çoo. livres.
Les Sujets du second Prix regardent la Navigation
& le Commerce,
E vj II
756 MERCURE DE FRANCE.
Il ne se donnera que tous les deux ans , et sera
'de 2000. livres.
L'Académie se conformant aux vûës et aux
intentions du Testateur , propose pour Sujet du
second Prix , qui tombe dans l'année 1733 .
Quelle est la meilleure maniere de mesurer
sur Mer le chemin ou le sillage du Vaisseau ,
indépendamment des observations astronomiques.
Les Sçavans de toutes les Nations sont invitez
à travailler sur ces Sujets , et même les Associez
étrangers de l'Académie. Elle s'est fait la Loi
d'exclure les Académiciens regnicoles de prétendre
aux Prix.
Ceux qui composeront sont invitez à écrire en
François ou en Latin , mais sans aucune obligation.
Ils pourront écrire en telle Langue qu'ils.
voudront , et l'Académie fera traduire leurs Ouvrages.
On les prie que leurs Ecrits soient fort lisibles ,
sur tout quand il y aura des Calculs d'Algébre.
Ils ne mettront point leur nom à leurs Ouvrages
,
mais seulement une Sentence ou Devise. Ils
pourront , s'ils veulent , attacher à leur Ecrit un.
Billet séparé , et cacheté par eux ,
cette même Sentence , leur nom , leurs qualitez
et leur adresse , et ce Billet ne sera ouvert par
l'Académie , qu'en cas que la Piece ait remporté
le Prix.
où seront avec.
Ceux qui travailleront pour le Prix , adresseront
leurs Ouvrages à Paris au Secretaire perpetuel
de l'Académie , ou les lui feront remettre entre
les mains. Dans ce second cas , le Secretaire
en donnera en même tems à celui qui les lui aura.
remis , son Recepissé , où sera marquée la Sentence
de l'Ouvrage et son numero , selon l'ordre
ou lé tems dans lequel il aura été reçû ,
Les
AVRIL:
1731. 757
Les Ouvrages ne seront reçûs que jusqu'au premier
Septembre 1732. exclusivement.
L'Académie à son Assemblée publique d'aprés
Pâques 1733. proclamera la Piece qui aura remporté
ce Prix..
S'il y a un Recepissé du Secretaire pour la
Piece qui aura remporté le Prix , le Trésorier de
l'Académie délivrera la somme du Prix à celui
qui lui rapportera ce Recepissé . Il n'y aura à cela. ~
Inulle autre formalité.
Sil n'y a pas de Recepissé du Secretaire , le
Trésorier ne délivrera le Prix qu'à l'Auteur même
, qui se fera connoître , ou au Porteur d'une
Procuration de sa part.
M. Bouguer, Hidrographe du Roi , au Croisie
en Bretagne , a remporté le Prix de 1731 .
On a reçû par un Bâtiment Anglois arrivé depuist
peu à Genes , des Lettres de S. Christoval de la
Laguna , Capitale de l'Isle . Tenerife , l'une des
Isles Canaries , dattées du 8. Decembre dernier ,
qui portent en substance que le 30. du mois
de Novembre précedent , on avoit ressenti deux
violentes secousses de Tremblement de terre dans
l'Isle Graciosa , située à l'Orient ; qu'à peine eurent-
elles cessé , que la terre s'étoit ouverte en
cinq endroits differens , qu'il en étoit sorti des
tourbillons de flammes , mêlez de pierres calcinées
et de matieres bitumeuses , que le feu s'étant
communiqué aux habitations , elles avoient été
réduites en cendres en moins d'une demie heure ;
que
le premier Decembre vers les neuf heures du
foir , ces Gouffres avoient cessé de jetter du feu
mais que le 2. l'embrasement avoit recommencé
avec tant de violence, que les maisons épargnées
par le premier , avoient été détruites , et que le
vent ayant porté le feu dans une grande Forêt.
voisineelle bruloit encore au départ des Lettres;
que
78 MERCURE DE FRANCE
que le 6. un nouveau Tremblement de terre s'étoit
fait sentir à la pointe Occidentale de l'Isle de
Tenerife , qu'il s'étoit fait une ouverture dans une
Plaine située à dix lieues de la Ville Capitale de
PIsle ; que ce Gouffre s'étant agrandi les jours
suivans , une petite Montagne qui étoit sur le
bord , avoit été ébranlée et étoit tombée dedans,
et qu'il continuoit de sortir beaucoup de fumée
de cette ouverture .
On écrit de Rome , que la Princesse Giustiniani
étant dangereusement malade , sa Famille avoit
fait venir de Bologne le Docteur Pozzi , celebre
Medecin , qui lui avoit ordonné un Bain d'huile,
cette Dame l'a pris deux fois , et la petite Verole
qui étoit presque rentrée , a cû son progrès ordi,
naire , desorte qu'elle est presentement hors de
danger .
des Sciences , pour l'année 1733.
Eu M. Rouillé de Meslay , ancien Conseiller
au Parlement de Paris , ayant conçu le noble
dessein de contribuer au progrés des Sciences , et
Putilité que le Public en doit retirer , a legué à
P'Académie Royale des Sciences un fonds pour
deux Prix , qui seront distribuez à ceux , qui au
jugement de cette Compagnie auront le mieux
réussi sur deux differentes sortes de Sujets qu'il a
indiquez dans son Testament , et dont il a donné
des exemples.
Les Sujets du premier Prix regardent le Sistê
me general du Monde et l'Astronomie Phisique.
Ce Prix devroit être de 2000. livres , aux ter
mes du Testament , et se distribuer tous les ansi
Mais la diminution des Rentes a obligé de ne le
donner que tous les deux ans , afin de le rendre
plus considerable , il sera de z çoo. livres.
Les Sujets du second Prix regardent la Navigation
& le Commerce,
E vj II
756 MERCURE DE FRANCE.
Il ne se donnera que tous les deux ans , et sera
'de 2000. livres.
L'Académie se conformant aux vûës et aux
intentions du Testateur , propose pour Sujet du
second Prix , qui tombe dans l'année 1733 .
Quelle est la meilleure maniere de mesurer
sur Mer le chemin ou le sillage du Vaisseau ,
indépendamment des observations astronomiques.
Les Sçavans de toutes les Nations sont invitez
à travailler sur ces Sujets , et même les Associez
étrangers de l'Académie. Elle s'est fait la Loi
d'exclure les Académiciens regnicoles de prétendre
aux Prix.
Ceux qui composeront sont invitez à écrire en
François ou en Latin , mais sans aucune obligation.
Ils pourront écrire en telle Langue qu'ils.
voudront , et l'Académie fera traduire leurs Ouvrages.
On les prie que leurs Ecrits soient fort lisibles ,
sur tout quand il y aura des Calculs d'Algébre.
Ils ne mettront point leur nom à leurs Ouvrages
,
mais seulement une Sentence ou Devise. Ils
pourront , s'ils veulent , attacher à leur Ecrit un.
Billet séparé , et cacheté par eux ,
cette même Sentence , leur nom , leurs qualitez
et leur adresse , et ce Billet ne sera ouvert par
l'Académie , qu'en cas que la Piece ait remporté
le Prix.
où seront avec.
Ceux qui travailleront pour le Prix , adresseront
leurs Ouvrages à Paris au Secretaire perpetuel
de l'Académie , ou les lui feront remettre entre
les mains. Dans ce second cas , le Secretaire
en donnera en même tems à celui qui les lui aura.
remis , son Recepissé , où sera marquée la Sentence
de l'Ouvrage et son numero , selon l'ordre
ou lé tems dans lequel il aura été reçû ,
Les
AVRIL:
1731. 757
Les Ouvrages ne seront reçûs que jusqu'au premier
Septembre 1732. exclusivement.
L'Académie à son Assemblée publique d'aprés
Pâques 1733. proclamera la Piece qui aura remporté
ce Prix..
S'il y a un Recepissé du Secretaire pour la
Piece qui aura remporté le Prix , le Trésorier de
l'Académie délivrera la somme du Prix à celui
qui lui rapportera ce Recepissé . Il n'y aura à cela. ~
Inulle autre formalité.
Sil n'y a pas de Recepissé du Secretaire , le
Trésorier ne délivrera le Prix qu'à l'Auteur même
, qui se fera connoître , ou au Porteur d'une
Procuration de sa part.
M. Bouguer, Hidrographe du Roi , au Croisie
en Bretagne , a remporté le Prix de 1731 .
On a reçû par un Bâtiment Anglois arrivé depuist
peu à Genes , des Lettres de S. Christoval de la
Laguna , Capitale de l'Isle . Tenerife , l'une des
Isles Canaries , dattées du 8. Decembre dernier ,
qui portent en substance que le 30. du mois
de Novembre précedent , on avoit ressenti deux
violentes secousses de Tremblement de terre dans
l'Isle Graciosa , située à l'Orient ; qu'à peine eurent-
elles cessé , que la terre s'étoit ouverte en
cinq endroits differens , qu'il en étoit sorti des
tourbillons de flammes , mêlez de pierres calcinées
et de matieres bitumeuses , que le feu s'étant
communiqué aux habitations , elles avoient été
réduites en cendres en moins d'une demie heure ;
que
le premier Decembre vers les neuf heures du
foir , ces Gouffres avoient cessé de jetter du feu
mais que le 2. l'embrasement avoit recommencé
avec tant de violence, que les maisons épargnées
par le premier , avoient été détruites , et que le
vent ayant porté le feu dans une grande Forêt.
voisineelle bruloit encore au départ des Lettres;
que
78 MERCURE DE FRANCE
que le 6. un nouveau Tremblement de terre s'étoit
fait sentir à la pointe Occidentale de l'Isle de
Tenerife , qu'il s'étoit fait une ouverture dans une
Plaine située à dix lieues de la Ville Capitale de
PIsle ; que ce Gouffre s'étant agrandi les jours
suivans , une petite Montagne qui étoit sur le
bord , avoit été ébranlée et étoit tombée dedans,
et qu'il continuoit de sortir beaucoup de fumée
de cette ouverture .
On écrit de Rome , que la Princesse Giustiniani
étant dangereusement malade , sa Famille avoit
fait venir de Bologne le Docteur Pozzi , celebre
Medecin , qui lui avoit ordonné un Bain d'huile,
cette Dame l'a pris deux fois , et la petite Verole
qui étoit presque rentrée , a cû son progrès ordi,
naire , desorte qu'elle est presentement hors de
danger .
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Résumé : PRIX proposé par l'Académie Royale des Sciences, pour l'année 1733.
En 1733, l'Académie Royale des Sciences annonça deux prix, financés par un legs de M. Rouillé de Meslay, ancien conseiller au Parlement de Paris. Le premier prix, doté de 2 000 livres tous les deux ans, portait sur le système général du monde et l'astronomie physique. Le second prix, également de 2 000 livres, concernait la navigation et le commerce. Pour l'année 1733, le sujet du second prix était la meilleure manière de mesurer sur mer le chemin ou le sillage d'un vaisseau, indépendamment des observations astronomiques. L'Académie invita les savants de toutes les nations à soumettre leurs travaux, en français ou en latin, sans obligation de langue. Les auteurs devaient utiliser une devise anonyme et pouvaient inclure un billet cacheté avec leur identité, à ouvrir en cas de victoire. Les œuvres devaient être soumises au secrétaire perpétuel de l'Académie avant le 1er septembre 1732. Le prix serait attribué lors de l'assemblée publique après Pâques 1733. En 1731, M. Bouguer, hydrographe du Roi, avait remporté le prix. Par ailleurs, des lettres de Tenerife rapportaient des tremblements de terre et des éruptions volcaniques dans les îles Canaries. À Rome, la princesse Giustiniani, soignée par le docteur Pozzi, était hors de danger après avoir contracté la petite vérole.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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55
p. 1951-1954
Bibliotheque raisonnée des Ouvrages des Sçavans, &c. [titre d'après la table]
Début :
BIBLIOTHEQUE RAISONNÉE des Ouvrages des Sçavans de l'Europe, pour les [...]
Mots clefs :
Bibliothèque raisonnée, Ancienne religion, Théologie, Résurrection
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Bibliotheque raisonnée des Ouvrages des Sçavans, &c. [titre d'après la table]
BIBLIOTHEQUE RAISONNE'E des Ouvrages
des Sçavans de l'Europe , pour les
mois de Juillet , Aoust et Septembre
1728. Tome premier , premiere Partie.
A Amsterdam , chez les Wetsteins et Smith
1728. deuxième Partie pour les mois
d'Octobre , Novembre et Decembre.
vol. in 12. de 465. pages , sans les Tables
et l'Avertissement, dans lequel on apprend
que ce nouveau Journal , qui est bien
et
1952 MERCURE DE FRANCE
et vivement écrit , paroîtra tous les trois
mois. Voici quelques - uns des Livres dont
il est parlé dans ce premier volume.
L'ANCIENNE RELIGION DE LAGERMANIE,
des Gaules , de la Bretagne et des Vandales
, par Elie Scedius , avec les Notes de
M. Jark , une Preface de M. Fabricius ,
Docteur en Théologie et Professeur pur
blic à Hambourg , et une Dissertation de
M. Keysler , de la Societé Royale d'Angleterre
, sur le culte du Soleil , us les
noms de Frey et d'Othin , pour servir de
Supplement à l'Ouvrage . A Hall. 1728
in 12. pages 771. Cet Ouvrage est en
Latin.
LA RELIGION CHRETIE INE démontrée
par la Résurrection de N. S. Jes. Chs.
en trois parties , dont la premiere expose
aux yeux des Deistes les consequences
d'un examen négligé. La deuxième explique
la nature et l'obligation de l'Evidence
morale , et la troisiéme fournit les
preuves de la Resurrection de nôtre Sauveur
avec un Supplement , où l'on dévelope
les principaux points de la Religion
naturelle , par M. Homfroi Ditton , en son
vivant Maître des Mathématiques dans
l'Ecole de l'Hopital de Christ , à Lon
dres ;
AOUST.
1731. 1953
Ares , et traduit de l'Anglois par A. D.
L. C. A Amsterdam , chez les Westeins et
´Smith, 1728. 2. vol . 8 ° . Tom.1 . 260.pag.
Le II. 305. outre la Preface et les
Tables .
Il s'est fait plusieurs Editions de cet
Ouvrage en Angleterre ,
Angleterre , où il a été extrêmement
goûté.
LES ANTIQUITEZ DE L'ASIE , anterieures
à l'Ere chrétienne , copiées sur les plus
considerables Monumens de la Grece ,
traduites en latin , éclaircies par des Notes
ets Commentaires , et auxquelles
on a joint le Monument d'Ancyre. Par
Edmon Chishul , Bachelier en Theologic
A Londres. fol. pp. 207. et un Appendix
de six pages, 1728. en Latin.
C'est un Ouvrage des plus curieux
qu'on puisse trouyer en ce genre, et plein
d'Erudition,
LA VIE D'ERASME , considerée surtout
par rapport au tems qu'il passa en Angleterre
, et contenant ainsi P'Histoire des
Sçavans qu'il y eut pour amis , de même
que l'Etat , où le sçavoir et la Religion
étoient alors dans les Universités d'Oxfott
, et de Cambridge ; avec un Supplement
où l'on trouve plusieurs Pieces ori- .
ginales,
1954 MERCURE DE FRANCE
ginales. Par Samuel Knight , Docteur en
Theologie et Prebendaire d'Ely. A Cambridge.
1726.8 °. pp. 386. pour laVie . 31 .
pour l'Introduction , et 144. pour le
Supplement , en Anglois.
des Sçavans de l'Europe , pour les
mois de Juillet , Aoust et Septembre
1728. Tome premier , premiere Partie.
A Amsterdam , chez les Wetsteins et Smith
1728. deuxième Partie pour les mois
d'Octobre , Novembre et Decembre.
vol. in 12. de 465. pages , sans les Tables
et l'Avertissement, dans lequel on apprend
que ce nouveau Journal , qui est bien
et
1952 MERCURE DE FRANCE
et vivement écrit , paroîtra tous les trois
mois. Voici quelques - uns des Livres dont
il est parlé dans ce premier volume.
L'ANCIENNE RELIGION DE LAGERMANIE,
des Gaules , de la Bretagne et des Vandales
, par Elie Scedius , avec les Notes de
M. Jark , une Preface de M. Fabricius ,
Docteur en Théologie et Professeur pur
blic à Hambourg , et une Dissertation de
M. Keysler , de la Societé Royale d'Angleterre
, sur le culte du Soleil , us les
noms de Frey et d'Othin , pour servir de
Supplement à l'Ouvrage . A Hall. 1728
in 12. pages 771. Cet Ouvrage est en
Latin.
LA RELIGION CHRETIE INE démontrée
par la Résurrection de N. S. Jes. Chs.
en trois parties , dont la premiere expose
aux yeux des Deistes les consequences
d'un examen négligé. La deuxième explique
la nature et l'obligation de l'Evidence
morale , et la troisiéme fournit les
preuves de la Resurrection de nôtre Sauveur
avec un Supplement , où l'on dévelope
les principaux points de la Religion
naturelle , par M. Homfroi Ditton , en son
vivant Maître des Mathématiques dans
l'Ecole de l'Hopital de Christ , à Lon
dres ;
AOUST.
1731. 1953
Ares , et traduit de l'Anglois par A. D.
L. C. A Amsterdam , chez les Westeins et
´Smith, 1728. 2. vol . 8 ° . Tom.1 . 260.pag.
Le II. 305. outre la Preface et les
Tables .
Il s'est fait plusieurs Editions de cet
Ouvrage en Angleterre ,
Angleterre , où il a été extrêmement
goûté.
LES ANTIQUITEZ DE L'ASIE , anterieures
à l'Ere chrétienne , copiées sur les plus
considerables Monumens de la Grece ,
traduites en latin , éclaircies par des Notes
ets Commentaires , et auxquelles
on a joint le Monument d'Ancyre. Par
Edmon Chishul , Bachelier en Theologic
A Londres. fol. pp. 207. et un Appendix
de six pages, 1728. en Latin.
C'est un Ouvrage des plus curieux
qu'on puisse trouyer en ce genre, et plein
d'Erudition,
LA VIE D'ERASME , considerée surtout
par rapport au tems qu'il passa en Angleterre
, et contenant ainsi P'Histoire des
Sçavans qu'il y eut pour amis , de même
que l'Etat , où le sçavoir et la Religion
étoient alors dans les Universités d'Oxfott
, et de Cambridge ; avec un Supplement
où l'on trouve plusieurs Pieces ori- .
ginales,
1954 MERCURE DE FRANCE
ginales. Par Samuel Knight , Docteur en
Theologie et Prebendaire d'Ely. A Cambridge.
1726.8 °. pp. 386. pour laVie . 31 .
pour l'Introduction , et 144. pour le
Supplement , en Anglois.
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Résumé : Bibliotheque raisonnée des Ouvrages des Sçavans, &c. [titre d'après la table]
Le document présente un résumé de la 'Bibliothèque Raisonnée des Ouvrages des Sçavans de l'Europe' pour les mois de juillet à décembre 1728. Cette publication, éditée par les Wetsteins et Smith à Amsterdam, est un journal trimestriel bien écrit et vivement rédigé. Le premier volume, composé de 465 pages, mentionne plusieurs ouvrages notables. Parmi ceux-ci, 'L'Ancienne Religion de la Germanie, des Gaules, de la Bretagne et des Vandales' par Elie Scedius, enrichi de notes de M. Jark, une préface de M. Fabricius et une dissertation de M. Keysler. Cet ouvrage, en latin, compte 771 pages. Un autre ouvrage mentionné est 'La Religion Chrétienne démontrée par la Résurrection de N. S. Jes. Chs.' en trois parties, traduit de l'anglais par A. D. L. C. et publié en deux volumes. Cet ouvrage a connu plusieurs éditions en Angleterre et a été très apprécié. 'Les Antiquités de l'Asie, antérieures à l'ère chrétienne' par Edmon Chishul est également mentionné. Cet ouvrage, traduit en latin et enrichi de notes et de commentaires, est considéré comme très érudit et curieux. Enfin, 'La Vie d'Érasme' par Samuel Knight, qui se concentre sur la période qu'Érasme a passée en Angleterre, est également mentionné. Cet ouvrage, en anglais, inclut des pièces originales et des informations sur l'état du savoir et de la religion dans les universités d'Oxford et de Cambridge.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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56
p. 1957-1960
Recueil d'Inscriptions, &c. [titre d'après la table]
Début :
Joseph Man vient d'imprimer un Recueil d'Inscriptions qui se trouvent [...]
Mots clefs :
Recueil d'Inscriptions, État de Florence, Monuments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Recueil d'Inscriptions, &c. [titre d'après la table]
Joseph Man vient d'imprimer un
Recueil d'Inscriptions qui se trouvent
dans les Villes de l'Etat de Florence , sous
le Titre : Inscriptionum Antiquarum ,
Græcarum et Romanarum , qua extant in
Etraria Urbibus , Pars prima eas complectens
, qua sunt Florentia. cum Notis Antonii
Marie Salvinii ; curâ et studio Antonii
Francisci Gorri Presb.Flor. Baptisterii
et Ecclesia Sancti Joannis ." Acceduni LXII
Antique Gemma Litterate , aliaque prisca
monumenta in XX. Tabulis , quæ ex-
F plicantur
1558 MERCURE DE FRANCE
plicanturet illustrantur. In folio , avec des
Figures en Taille deuce.
,
Le premier Tome de cet excellent Ouvrage
contient 1330. Inscriptions , sans
compter les autres anciens Monumens ;
la plupart de ces Inscriptions n'avoient '
pas encore paru , celles de Gruterus , de
Reinesius et autres Auteurs qui se
trouvent repetées ici , y ont été mises selon
le temoignage de M. Gorri , parce
qu'elles étoient dans ces Auteurs si tronquées
, et si pleines de fautes , qu'il a été
obligé de les inserer de nouveau dans son
Ouvrage. A chaque Inscription ou Monument
, M. Salvini et Gorri ont ajoûté
des explications , et corrigé les fautes
que
Gruter , Reinesius et autres avoient
faites. Les Journalistes rapportent ici pour
exemple une Inscription remarquable
trouvée dans le Royaume de Naples en
l'année 1688. sur un Tombeau de Marbre.
Elle est du tems de l'Empereur Galba,
L'explication , ajoutent-ils , que l'E
diteur donne de cette Inscription , est
pleine d'érudition , et entre autres choses ,
il remarque que le mot Connubium s'écrit
ici avec une N seulement , et qu'on se
sert très souvent de la lettre C. pour le G,
Dans le même Article de Florence ,
on apprend qu'on y travaille à un Ouvrage
A O UST. 1731. 1959
ge considerable , qui aura pour Titre
Orbis sacer et prophanus , lequel contiendra
5. volumes in folio. L'Auteur se donne
beaucoup de peine dans cet Ouvrage
pour rechercher particulierement de quelle
maniere les Pays et les Provinces ont
été divisés.
Dans d'autres Nouvelles Litteraires
qu'on trouve à la page 438. il est rapporté
dans l'Article de Cambridge , que M.
Battie ayant remarqué que les bonnes
Editions des Oeuvres d'Isocrate sont
très rares , ce qui en avoit fait discontinuer
la lecture dans plusieurs Colleges ,
a resolu de nous donner une nouvelle
Edition de quelques unes de ses Oraisons ,
particulierement de celles qui ont rapport
à l'Histoire ou à l'Etat de la Grece ,
et d'y joindre ses Epitres ; il rendra le
texte aussi correct qu'il lui sera possible ,
et comme la version de Wolfius s'éloigne
trop de la lettre , il en fera une nouvelle
qui conviendra mieux à ceux pour qui
cet ouvrage est destiné : il y mettra aussi
des Remarques tirés de Wolfius , d'Harpocration
, d'Henry Etienne et de Suidas.
Les Oraisons qu'il a dessein de publier ,
sont celles- ci . 1. Ad Demonicum. 2. Ad
Nicoclem. 3. Nicoclis . 4. Panegyrica. 5.
Ad Philippum. 6. Areopagitica. 7. De Pace
Fij sive
1
1960 MERCURE DE FRANCE
sive socialis. Ce sera un volume 8 °. qui
coutera six Shillings aux Souscripteurs.
De Brunswic. M. Brukman Docteur
en Medecine et Membre de la Societé
Imperiale Leopoldine , a publié ici en
Latin son Histoire naturelle de la Pierre
incombustible : en voici le Titre . Historia
naturalis curiosa Lapidis Asbesti ejusque
preparatorum , Charta nempè lini , Lintei
et Ellikniorum in combustibilium in 4º,
Nous avons divers autres petits Traités
de cet Auteur ; De Olitho Arahgneo litho,
Lapide violaceo et Nummali ,
Recueil d'Inscriptions qui se trouvent
dans les Villes de l'Etat de Florence , sous
le Titre : Inscriptionum Antiquarum ,
Græcarum et Romanarum , qua extant in
Etraria Urbibus , Pars prima eas complectens
, qua sunt Florentia. cum Notis Antonii
Marie Salvinii ; curâ et studio Antonii
Francisci Gorri Presb.Flor. Baptisterii
et Ecclesia Sancti Joannis ." Acceduni LXII
Antique Gemma Litterate , aliaque prisca
monumenta in XX. Tabulis , quæ ex-
F plicantur
1558 MERCURE DE FRANCE
plicanturet illustrantur. In folio , avec des
Figures en Taille deuce.
,
Le premier Tome de cet excellent Ouvrage
contient 1330. Inscriptions , sans
compter les autres anciens Monumens ;
la plupart de ces Inscriptions n'avoient '
pas encore paru , celles de Gruterus , de
Reinesius et autres Auteurs qui se
trouvent repetées ici , y ont été mises selon
le temoignage de M. Gorri , parce
qu'elles étoient dans ces Auteurs si tronquées
, et si pleines de fautes , qu'il a été
obligé de les inserer de nouveau dans son
Ouvrage. A chaque Inscription ou Monument
, M. Salvini et Gorri ont ajoûté
des explications , et corrigé les fautes
que
Gruter , Reinesius et autres avoient
faites. Les Journalistes rapportent ici pour
exemple une Inscription remarquable
trouvée dans le Royaume de Naples en
l'année 1688. sur un Tombeau de Marbre.
Elle est du tems de l'Empereur Galba,
L'explication , ajoutent-ils , que l'E
diteur donne de cette Inscription , est
pleine d'érudition , et entre autres choses ,
il remarque que le mot Connubium s'écrit
ici avec une N seulement , et qu'on se
sert très souvent de la lettre C. pour le G,
Dans le même Article de Florence ,
on apprend qu'on y travaille à un Ouvrage
A O UST. 1731. 1959
ge considerable , qui aura pour Titre
Orbis sacer et prophanus , lequel contiendra
5. volumes in folio. L'Auteur se donne
beaucoup de peine dans cet Ouvrage
pour rechercher particulierement de quelle
maniere les Pays et les Provinces ont
été divisés.
Dans d'autres Nouvelles Litteraires
qu'on trouve à la page 438. il est rapporté
dans l'Article de Cambridge , que M.
Battie ayant remarqué que les bonnes
Editions des Oeuvres d'Isocrate sont
très rares , ce qui en avoit fait discontinuer
la lecture dans plusieurs Colleges ,
a resolu de nous donner une nouvelle
Edition de quelques unes de ses Oraisons ,
particulierement de celles qui ont rapport
à l'Histoire ou à l'Etat de la Grece ,
et d'y joindre ses Epitres ; il rendra le
texte aussi correct qu'il lui sera possible ,
et comme la version de Wolfius s'éloigne
trop de la lettre , il en fera une nouvelle
qui conviendra mieux à ceux pour qui
cet ouvrage est destiné : il y mettra aussi
des Remarques tirés de Wolfius , d'Harpocration
, d'Henry Etienne et de Suidas.
Les Oraisons qu'il a dessein de publier ,
sont celles- ci . 1. Ad Demonicum. 2. Ad
Nicoclem. 3. Nicoclis . 4. Panegyrica. 5.
Ad Philippum. 6. Areopagitica. 7. De Pace
Fij sive
1
1960 MERCURE DE FRANCE
sive socialis. Ce sera un volume 8 °. qui
coutera six Shillings aux Souscripteurs.
De Brunswic. M. Brukman Docteur
en Medecine et Membre de la Societé
Imperiale Leopoldine , a publié ici en
Latin son Histoire naturelle de la Pierre
incombustible : en voici le Titre . Historia
naturalis curiosa Lapidis Asbesti ejusque
preparatorum , Charta nempè lini , Lintei
et Ellikniorum in combustibilium in 4º,
Nous avons divers autres petits Traités
de cet Auteur ; De Olitho Arahgneo litho,
Lapide violaceo et Nummali ,
Fermer
Résumé : Recueil d'Inscriptions, &c. [titre d'après la table]
Joseph Man a récemment publié un recueil d'inscriptions antiques trouvées dans les villes de l'État de Florence, intitulé 'Inscriptionum Antiquarum, Græcarum et Romanarum, qua extant in Etruria Urbibus, Pars prima eas complectens, qua sunt Florentia'. Cet ouvrage, paru en 1558, inclut des notes d'Antonio Maria Salvini et a été préparé par Antonio Francesco Gorri. Il contient 62 gemmes antiques et 20 tableaux illustrant d'autres monuments anciens. Le premier tome comprend 1330 inscriptions, dont beaucoup n'avaient pas encore été publiées. Salvini et Gorri ont corrigé les erreurs des auteurs précédents et ajouté des explications. Par exemple, une inscription notable trouvée en 1688 dans le Royaume de Naples est expliquée avec précision. De plus, un ouvrage majeur intitulé 'Orbis sacer et profanus' est en préparation à Florence. À Cambridge, M. Battie prépare une nouvelle édition des œuvres d'Isocrate, incluant des oraisons et des épîtres. À Brunswick, M. Brukman a publié une 'Histoire naturelle de la pierre incombustible' en latin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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57
p. 1979-1980
Le Cours des Sciences par le P. Buffier, [titre d'après la table]
Début :
Le Cours des Sciences, in folio, par le Pere Buffier, dont le Projet fut publié il y a un an, [...]
Mots clefs :
Sciences, Édition, Électeurs, Religion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Cours des Sciences par le P. Buffier, [titre d'après la table]
Le Cours des Sciences , in folio , par le Pere
Buffier , dont le Projet fut publié il y a un an ,
est achevé d'imprimer , l'Edition est des plus
belles. Elle est de plus de deux cens feuilles , Caractère
de S. Augustin , parmi lesquelles il sa
trouve la valeur de trente à quarante feuilles,Caracteres,
partie de Cicero , partie de petit Romain,
aussi beaux et aussi neufs que le S. Augustin,
L'Auteur a fait employer ces Caracteres differens
pour certains endroits moins necessaires à la suite
des choses ou qui demandent plus d'attention que
le commun des Lecteurs en France , n'est dispos
૩૬
1980 MERCURE DE FRANCE
en donner. On a employé en particulier le petit
Romain , afin de ne point doubler les lignes aux
endroits où il y a des Vers ; ce qui d'ordinaire
produit à la vue de l'embarras et un mauvais effet.
L'Ouvrage par - là contient plus de matiere que
l'Auteur n'avoit promis. Au reste ce qui fait la
derniere quatriéme Partie de l'in folio n'avoit
point encore paru , sçavoir , 1 ° . l'Exposition des
preuves les plus sensibles de la veritable Religion.
2 ° . Eclaircissemens de plusieurs difficul
tez proposez à l'Auteur , sur la plupart des
Traitez qu'il avoit d'abord imprimez in 12.
3°. Un Discours sur l'étude et sur la Méode des
Sciences . 4. Sept ou huit Dissertations , qui font
chacune autant de petits Traitez sur des choses
dont on parle ou dont on a fort parlé dans le
monde , comme , 1º, de la nature du goût. 2 ° Si
nous sommes bien en état de décider sur les
beautez ou sur les deffauts d'Homere et des ani
ciens Poëtes . 3 °. L'Apologie du fameux Vers de
Lucain. Victrix causa diis placuit , sed vicia
Catoni. 4° . Si les regles et les beautez de la
Musique tont arbitraires ou réelles ; cette quatriéine
Dissertation renferme une Métode ensiere
d'apprendre soi-même la musique et de
l'enseigner à ceux qui n'en auroient Jamais
eu nulle idée. Quand nous serons plus instruits ,
nous en marquerons plus de particularitez ; cependant
l'infolio se distribuera le mois de Septembre
à ceux qui en avoient retenu des Exemplaires
, chez le sieur de la Mesle , Imprimeur de
Ï'Ouvrage , rue de la vieille Bouclerie ; et se vendra
chez les sieurs Cavelier et Giffart , Libraires
, rue S. Jacques.
Buffier , dont le Projet fut publié il y a un an ,
est achevé d'imprimer , l'Edition est des plus
belles. Elle est de plus de deux cens feuilles , Caractère
de S. Augustin , parmi lesquelles il sa
trouve la valeur de trente à quarante feuilles,Caracteres,
partie de Cicero , partie de petit Romain,
aussi beaux et aussi neufs que le S. Augustin,
L'Auteur a fait employer ces Caracteres differens
pour certains endroits moins necessaires à la suite
des choses ou qui demandent plus d'attention que
le commun des Lecteurs en France , n'est dispos
૩૬
1980 MERCURE DE FRANCE
en donner. On a employé en particulier le petit
Romain , afin de ne point doubler les lignes aux
endroits où il y a des Vers ; ce qui d'ordinaire
produit à la vue de l'embarras et un mauvais effet.
L'Ouvrage par - là contient plus de matiere que
l'Auteur n'avoit promis. Au reste ce qui fait la
derniere quatriéme Partie de l'in folio n'avoit
point encore paru , sçavoir , 1 ° . l'Exposition des
preuves les plus sensibles de la veritable Religion.
2 ° . Eclaircissemens de plusieurs difficul
tez proposez à l'Auteur , sur la plupart des
Traitez qu'il avoit d'abord imprimez in 12.
3°. Un Discours sur l'étude et sur la Méode des
Sciences . 4. Sept ou huit Dissertations , qui font
chacune autant de petits Traitez sur des choses
dont on parle ou dont on a fort parlé dans le
monde , comme , 1º, de la nature du goût. 2 ° Si
nous sommes bien en état de décider sur les
beautez ou sur les deffauts d'Homere et des ani
ciens Poëtes . 3 °. L'Apologie du fameux Vers de
Lucain. Victrix causa diis placuit , sed vicia
Catoni. 4° . Si les regles et les beautez de la
Musique tont arbitraires ou réelles ; cette quatriéine
Dissertation renferme une Métode ensiere
d'apprendre soi-même la musique et de
l'enseigner à ceux qui n'en auroient Jamais
eu nulle idée. Quand nous serons plus instruits ,
nous en marquerons plus de particularitez ; cependant
l'infolio se distribuera le mois de Septembre
à ceux qui en avoient retenu des Exemplaires
, chez le sieur de la Mesle , Imprimeur de
Ï'Ouvrage , rue de la vieille Bouclerie ; et se vendra
chez les sieurs Cavelier et Giffart , Libraires
, rue S. Jacques.
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Résumé : Le Cours des Sciences par le P. Buffier, [titre d'après la table]
Le texte annonce l'achèvement de l'impression du 'Cours des Sciences' en folio, rédigé par le Père Buffier. Cette édition, de haute qualité, comprend plus de deux cents feuilles et utilise divers caractères typographiques comme le Saint-Augustin, le Cicéron et le petit Romain. Ces caractères sont employés pour des sections moins essentielles ou nécessitant une attention particulière. L'ouvrage contient plus de matière que prévu initialement. La dernière partie, non encore publiée, inclut plusieurs sections : une exposition des preuves de la véritable religion, des éclaircissements sur des difficultés soulevées dans les traités précédents, un discours sur l'étude et la méthode des sciences, ainsi que sept ou huit dissertations sur divers sujets. Parmi ces dissertations figurent des discussions sur la nature du goût, l'évaluation des œuvres d'Homère, une apologie d'un vers de Lucain, et une discussion sur les règles de la musique. L'ouvrage sera distribué en septembre chez l'imprimeur de la Mesle et vendu par les libraires Cavelier et Giffart.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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58
p. 2407-2411
« On mande de Barcelonne, que la petite Verole est devenuë epidemique cette année dans [...] »
Début :
On mande de Barcelonne, que la petite Verole est devenuë epidemique cette année dans [...]
Mots clefs :
Petite vérole, Catalogne, Bonnet de Docteur en Théologie, Tremblement de terre, Estampe, Violon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On mande de Barcelonne, que la petite Verole est devenuë epidemique cette année dans [...] »
On mande de Barcelonne , que la petite Ve
role est devenue epidemique cette année dans
toute la Catalogne , qu'elle attaque toutes sortes
de Personnes et à tout âge mais qu'elle n'est
pas mortelle. On mande au contraire de Milan
que la même maladie y fait de grands ravages ,
et qu'il y est mort depuis quelque temps plus de
3000. Enfans,
-
On apprend de Lisbonne , que le 31. Aoust ,
le P. Pierre de la Conception , Religieux du
Tiers Ordre de S. François , reçût le Bonnet
de Docteur en Theologie dans l'Université de
Coimbre. C'est le premier Religieux de l'Ordre
de S. François qui ait été reçû Docteur
› non.
seulement dans cette Université , mais dans toutes
les autres du Royaume de Portugal : il eût
pour Parrain le P. Manuel de S. Jerome , Provincial
du Tiers-Ordre de S. François en Por
tugal.
Les Académies Litteraires se multiplient ent
Portugal ; outre celle de l'Histoire établie à Lisbonne
et celle de Guimaraens , qui a publić :
depuis peu diverses Pieces de Poësie , qui sont
fort applaudies , il vient de s'en établir une nou◄
velle dans la Ville de Braga.
2408 MERCURE DE FRANCE
On apprend en même temps de la Ville de
Chaves en Portugal , que le 8. Août on y avoit
essuyé une Tempête affreuse , qui s'étoit formée
autour d'une Montagne voisine de cette Ville ,
qu'en très-peu de temps la Riviere d'Avelans
s'étoit tellement enflée par la Pluye , que dans
l'espace de trois heures elle avoit entrainé toutes
les Maisons voisines , déraciné tous les Arbres
et fait perir une partie des Habitans.
?
Le Comte d'Orrery , sçavant Anglois , mort
depuis peu , a laissé à l'Université d'Oxford ,
sa belle Bibliotheque qu'on estime 6000. livres
sterlings.
On apprend de la Haye , que le Docteur Desaguliers
y donne depuis le mois dernier , un
cours de Philosophie experimentale , auquel assistent
un grand nombre de Personnes de distinction
le Duc de Lorraine , aussi curieux que
versé dans ce genre de Science , l'a honoré plusieurs
fois de sa presence.
::
On a appris en dernier lieu de la Chine ,
que le Tremblement de Terre dont nous avons
déja parlé , arrivé à Pekim et aux environs , le
30. Septembre 1730. à dix heures trois quarts
fût si violent et si subit , qu'il ne
de se mettre en su-
>
le
temps
›
du matin
donna à personne
reté. Au moment qu'on l'apperçût on vît les
Maisons tomber : l'effort se faisoit par- dessous ,
et les Murailles s'élevoient comme si ç'eût été
l'effet d'une Mine. La premiere sécoussé qui fût
P'unique violente ne dura qu'une minute , et
dans ce peu de temps elle renversa la moitié de
la Ville de Pekin. On compte déja plus de cent
mille personnes qui ont péri
OCTOBRE. 1731. 2409
A quatre lieues au Nord de Pekin , la Terre
s'est ouverte ; il en est sorti une fumée ou un
Brouillard épais ; la Terre s'est trouvée ensuite
couverte d'une eau noire en un endroit , jaúnatre
dans un autre , noire et rougeatre
ailleurs e
un gros Village appellé Tcha - ho a été entie
rement abîmé.
>
"
2
On n'est pas encore sans crainte le Tremblement
n'êtant pas fini. Le jour qu'il commença
, il y eût huit ou neuf secousses mais legeres
; depuis le 30. Septembre jusqu'au 12. d'Öctobre
, il y en cût 23. Lorsque a premiere secousse
se fit sentir P'Empereur étoit dans une
Barque sur un Canal de ses Jardins ; il se prosterna
aussi tôt , acora l'Esprit du Ciel , et l'invoqua
, en s'accusant et attribuant ce fleau du
Ciel à sa négligence dans le Gouvernement. .
>
On écrit de Florence , que le Riposodi Rafaele
paroît imprimé avec de nouvelles figures. C'est
un Dialogue sur la Feinture et la Sculpture ,
très bien écrit et très estimé où l'on traitte
de l'invention , de la disposition , du choix des
attitudes , du dessein et du coloris.
>
Il paroît une nouvelle Estampe dont le
sujet est la Ceremonie du Mariage de Louis
XIV avec Marie Therese d'Autriche. Elle est
de parei le grandeur des six qui ont déja paru ,
dont cinq sont gravées par le celebre SEBASTIEN
LE CLERC , la sixiéme representant l'Entrevuë
des deux Rois Louis XIV. et Philippe IV. Roi
d'Espagne , et celle qui donne lieu à cet article
sont du Sieur Jeorat , d'après aes Tableaux de
Ja composition de M. Le Brun ces deux dernieres
Estampes se vendent chez ledit Jcorat ,
•
Graveur
AIO MERCURE DE FRANCE
>
Graveur , ruë S. Jacques , vis - à- vis les Mathu
rins au Livre d'Or. On trouve aussi chez lui
beaucoup d'Estampes du même Sebastien Le
Clerc , son Beau Pere ; cet avis est d'autant plus
necessaire , que l'on expose en Public quantité
de copies des ouvrages de cet excellent Maître ;
et qu'à deux entr'autres ( l'Académie des Sciences
et des beaux Arts , et l'Entrée d'Alexandre
dans Babilone ) pour les rendre plus conformes
aux Originales , on en a imité jusqu'aux dedicaces
avec le nom de l'Auteur , exactitude , à la
verité , dont le motif est aussi visible que condamnable
par les honnêtes gens et par les cu
rieux intelligens.
Le Sieur le Blanc , Fondeur du Roy , extrê
mement connu par les beaux Ouvrages qu'il fair
d'un Métal de sa composition , couleur d'Or ,
qu'on a bien de la peine à distinguer du vrai or ,
nous prie d'avertir le Public , qu'il est trompé
tous les jours par de méchants Ouvriers , qui
veulent imiter sa composition et son travail , se
Bervant même de son nom pour vendre de mauvaises
Marchandises. Le Sr. le Blanc fait depuis
dix ans un grand débit de ses ouvrages , qu'on
peut voir chez le Roy , chez les Princes et chez
quantité de Seigneurs de la Ville et de la Cour,
Il demeure dans le Cloître S. Germain l'Au
xerrois.
Les Curieux trouveront chez lui quantité d'ouvrages
de goût , utiles et agréables , comme ornemens
de toute espece , Boucles , Pommes de
Cannes , Gardes d'Epées , Tabatieres , Garnitures
de Boutons , Flambeaux , Toilettes , Bras
Lustres , sur-tout de Table , Grilles à feu , & c.
Le
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
O IL
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
.
Le
OCTOBRE. 1731. 2411
Le Sieur Aubert , Intendant de la Musique
de S. A. S. M. le Duc , vient de donner au Public
un quatriéme Livre de Sonnates ; les Ouvra➡
,
de cet Auteur sont très recherchez. Il suffira
de dire qu'il a sçû joindre dans ce dernier , le
beau chant et les au neuf. On le peut
graces
executer sur la Flute comme sur le Violon ; il
donnera aussi dans le cours de l'Hyver prochain
sa quatriéme suite de Concert de Simphonie ;
on trouvera tous ses ouvrages chez le Sr. Boivin,
rue S. Honoré , à laregle d'or , le Sr. le Clerc ,
rue du Roule , à la Croix d'or , et chez l'Auteur
ruë S. Honoré , vis - à- vis la ruë de Gre➡
nelle , aux Dames de France. Il fera les envois
en Province tels qu'on les souhaittera , en lui
écrivant et lui marquant une adresse exacte.
Le prix de ce Livre de Sonnates est de 8. liv.
et celui de ses Concerts de Symphonie est de
3. liv. 12. fols.
› Papillon , Graveur en bois ruë S. Louis ,
près le Palais , à Paris , donne avis que le petit
Almanach de Paris , pour l'Année 1732. sera
augmenté et embelli de plusieurs choses curieuses.
Avec deux nouvelles planches des mois
qui feront la moitié de l'Année complette .
role est devenue epidemique cette année dans
toute la Catalogne , qu'elle attaque toutes sortes
de Personnes et à tout âge mais qu'elle n'est
pas mortelle. On mande au contraire de Milan
que la même maladie y fait de grands ravages ,
et qu'il y est mort depuis quelque temps plus de
3000. Enfans,
-
On apprend de Lisbonne , que le 31. Aoust ,
le P. Pierre de la Conception , Religieux du
Tiers Ordre de S. François , reçût le Bonnet
de Docteur en Theologie dans l'Université de
Coimbre. C'est le premier Religieux de l'Ordre
de S. François qui ait été reçû Docteur
› non.
seulement dans cette Université , mais dans toutes
les autres du Royaume de Portugal : il eût
pour Parrain le P. Manuel de S. Jerome , Provincial
du Tiers-Ordre de S. François en Por
tugal.
Les Académies Litteraires se multiplient ent
Portugal ; outre celle de l'Histoire établie à Lisbonne
et celle de Guimaraens , qui a publić :
depuis peu diverses Pieces de Poësie , qui sont
fort applaudies , il vient de s'en établir une nou◄
velle dans la Ville de Braga.
2408 MERCURE DE FRANCE
On apprend en même temps de la Ville de
Chaves en Portugal , que le 8. Août on y avoit
essuyé une Tempête affreuse , qui s'étoit formée
autour d'une Montagne voisine de cette Ville ,
qu'en très-peu de temps la Riviere d'Avelans
s'étoit tellement enflée par la Pluye , que dans
l'espace de trois heures elle avoit entrainé toutes
les Maisons voisines , déraciné tous les Arbres
et fait perir une partie des Habitans.
?
Le Comte d'Orrery , sçavant Anglois , mort
depuis peu , a laissé à l'Université d'Oxford ,
sa belle Bibliotheque qu'on estime 6000. livres
sterlings.
On apprend de la Haye , que le Docteur Desaguliers
y donne depuis le mois dernier , un
cours de Philosophie experimentale , auquel assistent
un grand nombre de Personnes de distinction
le Duc de Lorraine , aussi curieux que
versé dans ce genre de Science , l'a honoré plusieurs
fois de sa presence.
::
On a appris en dernier lieu de la Chine ,
que le Tremblement de Terre dont nous avons
déja parlé , arrivé à Pekim et aux environs , le
30. Septembre 1730. à dix heures trois quarts
fût si violent et si subit , qu'il ne
de se mettre en su-
>
le
temps
›
du matin
donna à personne
reté. Au moment qu'on l'apperçût on vît les
Maisons tomber : l'effort se faisoit par- dessous ,
et les Murailles s'élevoient comme si ç'eût été
l'effet d'une Mine. La premiere sécoussé qui fût
P'unique violente ne dura qu'une minute , et
dans ce peu de temps elle renversa la moitié de
la Ville de Pekin. On compte déja plus de cent
mille personnes qui ont péri
OCTOBRE. 1731. 2409
A quatre lieues au Nord de Pekin , la Terre
s'est ouverte ; il en est sorti une fumée ou un
Brouillard épais ; la Terre s'est trouvée ensuite
couverte d'une eau noire en un endroit , jaúnatre
dans un autre , noire et rougeatre
ailleurs e
un gros Village appellé Tcha - ho a été entie
rement abîmé.
>
"
2
On n'est pas encore sans crainte le Tremblement
n'êtant pas fini. Le jour qu'il commença
, il y eût huit ou neuf secousses mais legeres
; depuis le 30. Septembre jusqu'au 12. d'Öctobre
, il y en cût 23. Lorsque a premiere secousse
se fit sentir P'Empereur étoit dans une
Barque sur un Canal de ses Jardins ; il se prosterna
aussi tôt , acora l'Esprit du Ciel , et l'invoqua
, en s'accusant et attribuant ce fleau du
Ciel à sa négligence dans le Gouvernement. .
>
On écrit de Florence , que le Riposodi Rafaele
paroît imprimé avec de nouvelles figures. C'est
un Dialogue sur la Feinture et la Sculpture ,
très bien écrit et très estimé où l'on traitte
de l'invention , de la disposition , du choix des
attitudes , du dessein et du coloris.
>
Il paroît une nouvelle Estampe dont le
sujet est la Ceremonie du Mariage de Louis
XIV avec Marie Therese d'Autriche. Elle est
de parei le grandeur des six qui ont déja paru ,
dont cinq sont gravées par le celebre SEBASTIEN
LE CLERC , la sixiéme representant l'Entrevuë
des deux Rois Louis XIV. et Philippe IV. Roi
d'Espagne , et celle qui donne lieu à cet article
sont du Sieur Jeorat , d'après aes Tableaux de
Ja composition de M. Le Brun ces deux dernieres
Estampes se vendent chez ledit Jcorat ,
•
Graveur
AIO MERCURE DE FRANCE
>
Graveur , ruë S. Jacques , vis - à- vis les Mathu
rins au Livre d'Or. On trouve aussi chez lui
beaucoup d'Estampes du même Sebastien Le
Clerc , son Beau Pere ; cet avis est d'autant plus
necessaire , que l'on expose en Public quantité
de copies des ouvrages de cet excellent Maître ;
et qu'à deux entr'autres ( l'Académie des Sciences
et des beaux Arts , et l'Entrée d'Alexandre
dans Babilone ) pour les rendre plus conformes
aux Originales , on en a imité jusqu'aux dedicaces
avec le nom de l'Auteur , exactitude , à la
verité , dont le motif est aussi visible que condamnable
par les honnêtes gens et par les cu
rieux intelligens.
Le Sieur le Blanc , Fondeur du Roy , extrê
mement connu par les beaux Ouvrages qu'il fair
d'un Métal de sa composition , couleur d'Or ,
qu'on a bien de la peine à distinguer du vrai or ,
nous prie d'avertir le Public , qu'il est trompé
tous les jours par de méchants Ouvriers , qui
veulent imiter sa composition et son travail , se
Bervant même de son nom pour vendre de mauvaises
Marchandises. Le Sr. le Blanc fait depuis
dix ans un grand débit de ses ouvrages , qu'on
peut voir chez le Roy , chez les Princes et chez
quantité de Seigneurs de la Ville et de la Cour,
Il demeure dans le Cloître S. Germain l'Au
xerrois.
Les Curieux trouveront chez lui quantité d'ouvrages
de goût , utiles et agréables , comme ornemens
de toute espece , Boucles , Pommes de
Cannes , Gardes d'Epées , Tabatieres , Garnitures
de Boutons , Flambeaux , Toilettes , Bras
Lustres , sur-tout de Table , Grilles à feu , & c.
Le
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
O IL
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
.
Le
OCTOBRE. 1731. 2411
Le Sieur Aubert , Intendant de la Musique
de S. A. S. M. le Duc , vient de donner au Public
un quatriéme Livre de Sonnates ; les Ouvra➡
,
de cet Auteur sont très recherchez. Il suffira
de dire qu'il a sçû joindre dans ce dernier , le
beau chant et les au neuf. On le peut
graces
executer sur la Flute comme sur le Violon ; il
donnera aussi dans le cours de l'Hyver prochain
sa quatriéme suite de Concert de Simphonie ;
on trouvera tous ses ouvrages chez le Sr. Boivin,
rue S. Honoré , à laregle d'or , le Sr. le Clerc ,
rue du Roule , à la Croix d'or , et chez l'Auteur
ruë S. Honoré , vis - à- vis la ruë de Gre➡
nelle , aux Dames de France. Il fera les envois
en Province tels qu'on les souhaittera , en lui
écrivant et lui marquant une adresse exacte.
Le prix de ce Livre de Sonnates est de 8. liv.
et celui de ses Concerts de Symphonie est de
3. liv. 12. fols.
› Papillon , Graveur en bois ruë S. Louis ,
près le Palais , à Paris , donne avis que le petit
Almanach de Paris , pour l'Année 1732. sera
augmenté et embelli de plusieurs choses curieuses.
Avec deux nouvelles planches des mois
qui feront la moitié de l'Année complette .
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Résumé : « On mande de Barcelonne, que la petite Verole est devenuë epidemique cette année dans [...] »
En 1731, plusieurs événements historiques et culturels marquants ont eu lieu. En Catalogne, une épidémie de variole est devenue endémique, affectant toutes les classes d'âge sans être mortelle. À Milan, la variole a causé la mort de plus de 3000 enfants. Au Portugal, le Père Pierre de la Conception a obtenu le bonnet de docteur en théologie à l'Université de Coimbre, devenant le premier religieux de l'Ordre de Saint-François à recevoir ce titre dans le pays. Les académies littéraires se sont multipliées avec de nouvelles créations à Braga et Guimaraens. À Chaves, une tempête a causé des ravages et entraîné la mort de nombreux habitants. Le Comte d'Orrery a légué sa bibliothèque à l'Université d'Oxford. À La Haye, le Docteur Desaguliers a donné des cours de philosophie expérimentale, fréquentés par des personnalités distinguées. En Chine, un violent tremblement de terre a frappé Pékin, causant la mort de plus de cent mille personnes et des destructions massives. À Florence, un dialogue sur la peinture et la sculpture a été publié. Une nouvelle estampe représentant le mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse d'Autriche a été mise en vente. Le fondeur Le Blanc a averti contre les contrefaçons de ses œuvres. Le musicien Aubert a publié un quatrième livre de sonates et annoncé une suite de concerts pour l'hiver prochain. Enfin, le graveur Papillon a annoncé l'augmentation et l'embellissement de l'Almanach de Paris pour l'année 1732.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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59
p. 2618-2620
Assemblées publiques des Academies, [titre d'après la table]
Début :
Le Mardy 13. Novembre, l'Académie Royale des Inscriptions, et Belles-Lettres [...]
Mots clefs :
Curé, Église, Académie royale des sciences, Pensionnaire anatomiste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Assemblées publiques des Academies, [titre d'après la table]
Le Mardy 13. Novembre , l'Académie
Royale des Inscriptions , et Belles - Lettres
, reprit ses séances par une Assemblée
publique , où M. l'Abbé Sevin lût
d'abord une Dissertation sur la vie et les
ouvrages de Panatius , ancien Philosophe
Stoïcien . Cette lecture fut suivie de celle
d'un Discours de M. Hardion sur la
TraNOVEMBRE
1731 2619
Tragedie de Rhesus , qui se trouve dans
le Recueil de celles d'Euripide. Il en fait
la Critique , et rapporte les raisons qu'il
a de croire que cette Piece n'étoit ni de
Sophocle ni d'Euripide. M. l'Abbé Souchay
lût ensuite une Dissertation sur l'Epithalam
, où il recherche l'origine de
ce genre de Poësie , et examine sa nature.
et ses differentes especes. La séance fût
terminée par un Memoire de M. Lancelot
, sur la vie et les ouvrages de François
Philelphe , l'un de ces premiers Sçavants
qui dans le commencement du quinziéme
siécle firent fleurir les Lettres en
Italie.
Le Mercredy 14. l'Académie Royale
des Sciences tint son assemblée publique.
que, La séance s'ouvrit par l'Eloge du
Comte de Marsigli , Associé Etranger ,
mort depuis quelque temps. Cet Eloge
écrit , selon la coûtume , par M. de Fontenelle
,
fut lû par M. l'Abbé de Bragelogne.
M. Bolduc lût ensuite un Memoire
sur le Sel d'Epsom : après quoy l'Abbé
de Bragelogne lût encore pour M. de
Fontenelle , l'Eloge de M. Duvernay
Pensionnaire Anatomiste , mort aussi depuis
quelque temps.
M.
#620 MERCURE DE FRANCE
M. Duhamel lût après une Dissertation
sur la greffe des Arbres , et M. Morand
finit la séance par un Memoire sur
certains déchiremens du coeur , qui occasionnent
la mort subite.
On donnera des Extraits de tous ces
Memoires..............................................................................
Royale des Inscriptions , et Belles - Lettres
, reprit ses séances par une Assemblée
publique , où M. l'Abbé Sevin lût
d'abord une Dissertation sur la vie et les
ouvrages de Panatius , ancien Philosophe
Stoïcien . Cette lecture fut suivie de celle
d'un Discours de M. Hardion sur la
TraNOVEMBRE
1731 2619
Tragedie de Rhesus , qui se trouve dans
le Recueil de celles d'Euripide. Il en fait
la Critique , et rapporte les raisons qu'il
a de croire que cette Piece n'étoit ni de
Sophocle ni d'Euripide. M. l'Abbé Souchay
lût ensuite une Dissertation sur l'Epithalam
, où il recherche l'origine de
ce genre de Poësie , et examine sa nature.
et ses differentes especes. La séance fût
terminée par un Memoire de M. Lancelot
, sur la vie et les ouvrages de François
Philelphe , l'un de ces premiers Sçavants
qui dans le commencement du quinziéme
siécle firent fleurir les Lettres en
Italie.
Le Mercredy 14. l'Académie Royale
des Sciences tint son assemblée publique.
que, La séance s'ouvrit par l'Eloge du
Comte de Marsigli , Associé Etranger ,
mort depuis quelque temps. Cet Eloge
écrit , selon la coûtume , par M. de Fontenelle
,
fut lû par M. l'Abbé de Bragelogne.
M. Bolduc lût ensuite un Memoire
sur le Sel d'Epsom : après quoy l'Abbé
de Bragelogne lût encore pour M. de
Fontenelle , l'Eloge de M. Duvernay
Pensionnaire Anatomiste , mort aussi depuis
quelque temps.
M.
#620 MERCURE DE FRANCE
M. Duhamel lût après une Dissertation
sur la greffe des Arbres , et M. Morand
finit la séance par un Memoire sur
certains déchiremens du coeur , qui occasionnent
la mort subite.
On donnera des Extraits de tous ces
Memoires..............................................................................
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Résumé : Assemblées publiques des Academies, [titre d'après la table]
Le 13 novembre 1731, l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres reprit ses séances publiques. L'Abbé Sevin présenta une dissertation sur la vie et les œuvres de Panatius, un philosophe stoïcien. Hardion lut un discours critiquant la tragédie de Rhésus, attribuée à Euripide, et argumenta qu'elle n'était ni de Sophocle ni d'Euripide. L'Abbé Souchay discuta de l'épithalame, explorant son origine et ses différentes espèces. La séance se conclut par un mémoire de Lancelot sur la vie et les œuvres de François Philelphe, un savant italien du quinzième siècle. Le 14 novembre, l'Académie Royale des Sciences tint son assemblée publique. La séance débuta par l'éloge du Comte de Marsigli, rédigé par de Fontenelle et lu par l'Abbé de Bragelogne. Bolduc lut un mémoire sur le sel d'Epsom. L'Abbé de Bragelogne lut ensuite l'éloge de Duvernay, anatomiste. Duhamel présenta une dissertation sur la greffe des arbres, et Morand conclut la séance avec un mémoire sur certaines déchirures du cœur causant la mort subite. Des extraits de tous ces mémoires seront publiés.
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60
p. 2623-2624
Nouvelles Estampes, [titre d'après la table]
Début :
Les Curieux d'Estampes sont avertis que l'on a mis en vente chez la Veuve de François [...]
Mots clefs :
Londres, Estampes, Manuscrits, Machine
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles Estampes, [titre d'après la table]
Les Curieux d'Estampes sont avertis
a mis en vente chez la Veuve de Françoi :
Chereau Graveur du Roy , rue S. Jacques ,
aux deux Pilliers d'Or et chez Surugues ,
aussi Graveur du Roy , Rue des Noyers , toute
la suite des Figures Chinoises , gravées d'après
les Peintures d'Antoine Watteau , qui sont
dans le Cabinet du Roy au Château de la
Meutte , en 30. morceaux ; comme auffi deuxnouvelles
Estampes de grande composition ,
gravées d'après deux des plus beaux Tableaux
de ce gracieux Peintre ; l'une a pour titre , Assemblée
Galante l'autre , Rendez - vous de
Chasse.
,
Ces charmans Tableaux , qu'on continuë de
graver avec beaucoup de soin , fourniront dans
peu une oeuvre des plus agréables qui ait encore
paru.
On vient de mettre en vente une trés - belle
Estampe en large , qui est extrémement recherchée
et qui mérite de l'être , elle est gravée pa
M. Lepicier , d'après un Tableau du Cabinet .
M. Fagon , Conseiller d'Etat , peine par M. Ch
Coypel. Cette ingenieuse composition represent
un nombre d'enfans , qui devant et autour d'u
Toilette dressée , se parent des hardes , des nip
et des ajustemens de leurs parens qu'ils ont f
attraper , en imitant avec beaucoup de grace
de naïveté , les airs et les manieres des grand
personnes. Ce joli badinage , dans lequel les Mc.
des du temps sont exactement observées ,
donné lieu à ces quatre Vers qu'on lit au bas c
l'Estampe :
01
Ce
2624 MERCURE DE FRANCE
De la Mode et de ses boutades ,
Ce jeu d'enfant rend les excès ;
Ces atours , malgré leurs succès ,
Sont bien souvent des Mascarades .
Cette Estampe se vend chez l'Auteur , ruë
3. Jacques , au- dessus des Jacobins , & chex
Surugue , rue des Noyers.
On écrit de Londres , que M. Jean Guest a inventé
une Machine qui a été examinée par le
Chevalier Charles Wager , avant son départ
pour la Méditerranée , et depuis par le Docteur
Halley , Astronome du Roy , qui l'ont approuvée.
On assure qu'il doit partir dans peu pour
les Indes Occidentales , afin d'éprouver en Mer
si , comme ce Mathématicien le prétend , sa Machine
donnera exactement la Latitude et la Longitude
en tout temps et en tout lieu , la variation
exacte de l'Aiguille aimantée , et l'heure du jour,
à une minute près. On assure que les Commissaires
de l'Amirauté lui ont promis une récompense
considerable , si cette Machine est aussi
utile qu'il le prétend.
On a aussi appris de Londres , une nouvelle à
1aquelle les Sçavans seront sensibles . Le 3. de ce
mois le feu prit à la Maison du feu Comte
d'Ashburnham , près de l'Abbaye de Westminster
, où l'on conservoit la fameuse Bibliotheque
de Cotton : plusieurs des Manuscrits précieux de
cette Bibliotheque furent consumez par les flammes
, ainsi qu'une partie considerable de cette
Maison.
a mis en vente chez la Veuve de Françoi :
Chereau Graveur du Roy , rue S. Jacques ,
aux deux Pilliers d'Or et chez Surugues ,
aussi Graveur du Roy , Rue des Noyers , toute
la suite des Figures Chinoises , gravées d'après
les Peintures d'Antoine Watteau , qui sont
dans le Cabinet du Roy au Château de la
Meutte , en 30. morceaux ; comme auffi deuxnouvelles
Estampes de grande composition ,
gravées d'après deux des plus beaux Tableaux
de ce gracieux Peintre ; l'une a pour titre , Assemblée
Galante l'autre , Rendez - vous de
Chasse.
,
Ces charmans Tableaux , qu'on continuë de
graver avec beaucoup de soin , fourniront dans
peu une oeuvre des plus agréables qui ait encore
paru.
On vient de mettre en vente une trés - belle
Estampe en large , qui est extrémement recherchée
et qui mérite de l'être , elle est gravée pa
M. Lepicier , d'après un Tableau du Cabinet .
M. Fagon , Conseiller d'Etat , peine par M. Ch
Coypel. Cette ingenieuse composition represent
un nombre d'enfans , qui devant et autour d'u
Toilette dressée , se parent des hardes , des nip
et des ajustemens de leurs parens qu'ils ont f
attraper , en imitant avec beaucoup de grace
de naïveté , les airs et les manieres des grand
personnes. Ce joli badinage , dans lequel les Mc.
des du temps sont exactement observées ,
donné lieu à ces quatre Vers qu'on lit au bas c
l'Estampe :
01
Ce
2624 MERCURE DE FRANCE
De la Mode et de ses boutades ,
Ce jeu d'enfant rend les excès ;
Ces atours , malgré leurs succès ,
Sont bien souvent des Mascarades .
Cette Estampe se vend chez l'Auteur , ruë
3. Jacques , au- dessus des Jacobins , & chex
Surugue , rue des Noyers.
On écrit de Londres , que M. Jean Guest a inventé
une Machine qui a été examinée par le
Chevalier Charles Wager , avant son départ
pour la Méditerranée , et depuis par le Docteur
Halley , Astronome du Roy , qui l'ont approuvée.
On assure qu'il doit partir dans peu pour
les Indes Occidentales , afin d'éprouver en Mer
si , comme ce Mathématicien le prétend , sa Machine
donnera exactement la Latitude et la Longitude
en tout temps et en tout lieu , la variation
exacte de l'Aiguille aimantée , et l'heure du jour,
à une minute près. On assure que les Commissaires
de l'Amirauté lui ont promis une récompense
considerable , si cette Machine est aussi
utile qu'il le prétend.
On a aussi appris de Londres , une nouvelle à
1aquelle les Sçavans seront sensibles . Le 3. de ce
mois le feu prit à la Maison du feu Comte
d'Ashburnham , près de l'Abbaye de Westminster
, où l'on conservoit la fameuse Bibliotheque
de Cotton : plusieurs des Manuscrits précieux de
cette Bibliotheque furent consumez par les flammes
, ainsi qu'une partie considerable de cette
Maison.
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Résumé : Nouvelles Estampes, [titre d'après la table]
Le document annonce la vente de diverses estampes et œuvres d'art. Chez la veuve de François Chereau et chez Surugues, graveurs du roi, sont disponibles la suite des Figures Chinoises d'Antoine Watteau, présentes dans le cabinet du roi au Château de la Muette, ainsi que deux nouvelles estampes intitulées 'Assemblée Galante' et 'Rendez-vous de Chasse'. Une autre estampe, gravée par M. Lepicier d'après un tableau de Charles Coypel, représentant des enfants imitant les adultes, est également en vente. Cette estampe est accompagnée de quatre vers sur la mode et ses excès. Par ailleurs, une invention de M. Jean Guest, une machine pour déterminer la latitude, la longitude, la variation de l'aiguille aimantée et l'heure du jour, a été approuvée par le Chevalier Charles Wager et le Docteur Halley. M. Guest doit tester cette machine en mer lors d'un voyage aux Indes Occidentales. Enfin, un incendie à Londres a détruit une partie de la bibliothèque du comte d'Ashburnham près de l'abbaye de Westminster.
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61
p. 2727-2744
DISSERTATION CRITIQUE, sur l'Etat present de l'Italie, concernant les Sciences et les Arts.
Début :
On est si prévenu aujourd'hui en faveur de l'Italie, qu'il a paru nécessaire [...]
Mots clefs :
Italie, Dissertation critique, Gens de lettres, Livourne, Milan, Sciences, Théologiens, Humanités, Théologie scolastique, Physique
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texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION CRITIQUE, sur l'Etat present de l'Italie, concernant les Sciences et les Arts.
DISSERTATION CRITIQUE , sur
l'Etat present de l'Italie , concernant les
Sciences et les Arts.
O
,
N est si prévenu aujourd'hui en
faveur de l'Italie , qu'il a paru nécessaire
de détromper quantité de Personnes
là- dessus. On entend les gens
raisonnables , car pour les entêtez qui
n'ont rapporté pour tout fruit de leurs
Voyages , que beaucoup de prévention
qu'ils communiquent à tout le monde
ou qui ont contracté ce mauvais goût
avec gens de leur caractere ; franchement
ce seroit peine perduë ; mais les Personnes
judicieuses me sçauront gré de les
avoir mises au fait sur tout le merveil
leux qu'on leur débite touchant l'Italie.
Un Voyage de plus de deux ans en ce
Pays-là , et quelque pratique dans les
Arts , peuvent assurer le Lecteur de la
certitude de ce qu'on avance et lui
faire esperer qu'il y trouvera de l'utilité.
Les Italiens ont eû comme toutes les
autres Nations , de grands Hommes dans
les Sciences et dans les Arts. On peut
leur reprocher en general , qu'ils n'ont
1. Vol. Bvj ja-
>
2728 MERCURE DE FRANCE
1.
jamais autant approfondi les Sciences que
les Allemands , les Anglois et les François.
Un peu trop paresseux de leur naturel
, ils prennent pour excuse la chaleur
excessive de leur climat.
On étudie presentement à Rome le
Droit Canon , à Venise la Politique ,
Florence , Boulogne et Padouë , autrefois
si fameuses par leurs Académies ,
n'offrent plus rien presentement que de
médiocre. Les Gens de Lettres , et les
Professeurs qui les composent sont la
plûpart Etrangers. Pour les Villes de Naples
, de Milan , Genes et Livourne , on
n'y parle que de commerce. Les autres
Villes suivent assez ce Plan general .
Les Sciences.
›
pen Tout le monde sçait qu'ils ont eû
de Théologiens depuis environ 2oo . ans ,
( terme que l'on s'est prescrit dans cette
Dissertation. ) On distingue Jerôme Savanarolle
, de Ferrare en 1452. Corneille
Musso , de Plaisance en 1511. le Cardinal
Bellarmin en 1621. Le Cardinal
Laurent Brancati , de Laurea , en 1681.
et le Cardinal Noris en 1704. Le Droit
Canon est aujourd'hui le seul objet des
gens d'Eglise , et ce dont ils ont le plus
I.Vol.
,
de
DECEMBRE. 1731. 2729
de besoin pour s'avancer dans la Chambre
Ecclesiastique. Les Jesuites même ne
s'attachent gueres qu'à la Politique et
aux humanitez. Les seuls Dominicains
du Couvent de la Minerve s'appliquent à
la Théologie Scholastique ; rien n'est
plus ignorant que les autres Moines ; cela
est si vrai , que quand il est question de
décider quelque Dogme de l'Eglise , on
fait venir des Espagnols et des Théologiens
Etrangers.
Ils ont eû quelques fameux Jurisconsultes
, comme Philippe Dece , de Milan
, en 1535. André Alciat , aussi Milanois
, en 1549. Tibere Decian , de
Frioul , en 1581. et Jean Vincent Gra
Calabrois en 1718. Aujourd'hui
leurs Avocats à la Rotte n'étudient que
le Droit écrit , et ne produisent point de
ces beaux Plaidoyers. Rien n'est plus
rare que de voir des ouvrages nouveaux
sur cette matiere .
vina , >
Leurs Philosophes , depuis deux siécles
, sont Jean-Baptiste Platina , de Cremone
, en 1481. Alexandre Picolomini
de Sienne , en 1508. Jerôme Cardan
Padoüan , en 1576. Thomas Campanella ,
Calabrois , mort en 1639. Fortunio Liceti
, Genois , en 1656. et Ulysse Aldrovandus
, Boulonnois , en 1605. qui s'est
I. Vol. dis2730
MERCURE DE FRANCE
distingué par ses beaux ouvrages sur
la Physique et sur l'Histoire naturelle.
Il y a encore cû Angeliste Torricelli ,
mort en 1647. et François Redi , Florentin
, en 1697. On ne voit presque plus
actuellement de Philosophes en Italie.
Il y a quelques Medecins à Padouë et à
Pise , chez qui j'ai trouvé des Cabinets
touchant l'Histoire Naturelle .
,
La Grammaire et l'Eloquence, comptent
parmi ses plus habiles gens , Jean
Bocace , Toscan , en 1313 Ange Politien
, de Florence , en 1494. François
Philelphe , de la Marche d'Anconne , en
1500. le Cardinal Guido Bentivoglio ,
Ferrarois , en 1579. François Panigarole ,
Milanois , Evêque d'Aste en 1582 .
Pierre -Victor , Florentin , en 1585. Jean-
François Loredano , noble Venitien , en
1606. Gabriel Bonarelli , Malvelzi , Gregorrio
, Leti , et Jean Mario Crezinbeni ,
mort depuis peu . L'Académie de la Crus
ca de Florence se soutient encore par
quelques bons ouvrages ; son seul Dictionnaire
l'a renduë fameuse.
Ils ont eû de bons Historiens . Le Cardinal
Pierre Bembo , Venitien , en 1470 .
François Guichardin , Florentin en 1480.
Jean-Baptiste Platina , de Cremone , en
1481. Paul Joue , Milanois , en 1552 .
I. Vol. FraDECEMBR
E. 1731. 2791
Frapaolo , Venitien , en 1552. Onuphre
Panvinius , Veronois , en 1568. le Čardinal
Baronius , Napolitain , en 1607.
Faminius Strada , Jesuite Romain , en
1649. et Bap. Nani , noble Venitien , en
1676.
On s'est toujours attaché en Italie à la
recherche de l'Antiquité , par la nécessité
d'expliquer les beaux restes qui s'y trouvent
de tous côtez . On leur connoît Fulvius
Ursinus , Romain , en 1597. Laurent
Pignoria , Padouan , en 1571. Raphaël
Fabretti , le Pere Kirker , Nardini ,
Donati , Bellori , Mezzabarba , Bonani ,
Rossi. Aujourd'hui cette Science a passé
à des gens qui en font métier public ; on
les appelle Ciceroni.
"
Les meilleurs Medecins qu'ils ayent eû
depuis deux siècles , sont Antonio Francantiani
, en 1500. Jerôme Mercurialis
de Forli , en 1530. Pierre- André Mathiole
, de Sienne , en 1554. Jerôme Fracastor
, de Verone , en 1549. Jules - Paul
Crasso , de Padouë , en 1600. Louis Septal
, Milanois , en 1628. Sanctorius , en
16 11. et Bernardin Ramazzini , en 1714 .
On éprouve presentement à Rome plus
qu'ailleurs , l'incertitude de cette Science
conjecturale la Reine de Pologne en
1714. pensa mourir par l'assistance de
1. Vol. deux
2732 MERCURE DE FRANCE
deux ( 1 ) Medecins que Clement XI. lui
envoya. Heureusement pour elle , un Medecin
Etranger qui voyageoit , et qui
passoit par Rome , la tira d'affaire.
,
On distingue dans l'Anatomie Gabriel
Fallope , de Modene en 1562 , il étoit
aussi très-bon Medecin. Pour la Chirurgie
, les Princes Italiens font venir dans
les grandes operations , des François ,
qui ont porté , comme l'on sçait , cet Art
à un grand degré de perfection.
La Pharmacie est un peu plus cultivée
en Italie , où le soin de la santé occupe
tout le monde. Les laboratoires y sont
fournis de tout. On connoit Hiacinto
Cestoni , en 1713. Les Jardins de simples
sont par tout negligez ; il y en a un à Padoue
un peu en meilleur état ; l'on y fait
peu de Demonstrations publiques . Fabio
Columna Lyncei , Napolitain , s'est distingué
en 1592. et Prosper Alpini , Venitien
, en 1616. Ce n'est pas faute de Professeurs
; ce sont les Disciples qui manquent.
Les Mathématiques ne fournissent pas
d'aussi grands hommes que les autres
Sciences. Ils ont eû Galilée Galilei , de
Florence , en 1642. Cassini , Astronome ,
(1) Jean-Marie Lancisi , Medecin de Clement
XI.
I.Vol.
qui
DECEMBRE 1731 2733
›
qui s'est venu établir en France , Vincent
Viviani , Florentin de l'Académie des
Sciences de France , en 1703. et Bianchini
, Prélat domestique de Clement XI ,
bon Astronome , mort depuis peu . Actuellement
les Professeurs du College de
la Sapience sont presque tous Etrangers.
Le Cavalier Fontana s'est distingué dans
les machines qu'il a inventées du tems
de Sixte V, pour élever ces fameux Obelisques.
Il est aisé de voir par les Profils
qu'il en a donnés , qu'on feroit aujourd'hui
les mêmes Operations , en retranchant
la moitié des mouvemens et de la
dépense. Augustin Ramelli a donné un
Traité de Fontaines et de Machines hydrauliques.
Nous avons le Théatre de
Vittorio Zonca : Torelli et Vigarani , se
sont distinguez en France par leurs belles
Inventions pour le Théatre et pour
les Fontaines.
La Poësie est la Science qui est à present
la mieux cultivée en Italie , mais quel
Parallele à faire de leurs Poëtes d'aujourd'hui
avec ceux qu'ils ont perdus ? Ce
Tasse , fameux Auteur d'un Poëme Epique
que l'on compare à l'Eneïde , Dante
Alighiri , l'Arioste , Petrarque Pietro
Aretino , Sanazar , Fluvio Testi , Joan.
Bap. Marini , Guarini , Scipio Maffei , et
I. Vol.
Joan.
›
2734 MERCURE DE FRANCE
Joan. Georg. Trissino , dont les Livres
sont entre les mains dé tout le monde .
En quoi consiste ce talent d'aujourd'hui ?
Est- ce à produire de beaux Poëmes , des
Pieces de Théatre bien travaillées ? Non :
c'est en Saillies , en pointes d'Esprit , en
Concetti , qui étourdissent le Lecteur , saisissent
d'abord son esprit , l'ébranlent , et
enfin il revient , par la réfléxion de ce
faux merveilleux.
J
La Poësie Italienne ayant des mots élevez
qui ne servent point dans le Discours
ordinaire et qui lui sont , pour ainsi
dire , consacrez devient plus aisée en
cette Langue qu'en toute autre, où il faut
s'écarter des paroles usitées , et s'élever
infiniment pour plaire. Leurs Tragedies
ou Operas sont l'ouvrage de quinze jours.
On prend un sujet pour Cannevas ; on y
larde des ariettes sur l'Amour sur la
jalousie , sur l'inconstance , sur la beauté ,
en un mot , sur quantité de lieux communs
, dont un Poëte a toujours provision
dans son Magazin , et que l'on peut
appeller des selles à tous chevaux . Il n'en
coute qu'un peu de recitatif pour coudre
,
le tout ensemble ; voilà au naturel le travail
d'une Tragedie en musique. Je fus
témoin en 1714 que Carto Sigismondo
Capeci , Académicien de l'Arcadia , et
I. Vol. SecreDECEMBRE
1731. 2735
Secretaire de la Reine de Pologne , composa
deux Tragedies en moins d'un mois.
Quand les Ariettes ne plaisent pas , on
en remet d'autres sur le champ , cela ne
coute rien . Un petit Sonnet , un Madrigal
faux dans la pensée , pourvû qu'il ait
une pointe , suffit pour élever un Italien ,
et l'admettre aux Académies .
Qu'on ne me reproche point de parler
en homme qui a quelque aigreur contre
les Italiens j'en ai reçu tout ce que je
pouvois souhaitter. Clement XI . m'a fait
Chevalier Romain , et les Académiciens
de l'Arcadia m'admirent dans leur corps
sur un petit ouvrage que je leur presentay.
J'allois deux fois la semaine à leurs
conférences , qui se passoient à parler de
nouvelles , et à lire quelque Sonnet . Peutêtre
me taxera-t'on , d'un autre côté, d'ingratitude
c'est la verité qui me fait
agir en cette occasion , et l'envie seule de
détromper bien des gens trop prévenus
pour I'Italie , en lisant à quel degré étoit
montée son ancienne gloire dans les Arts
et les Sciences , sans songer à l'état present
où elle se trouve . ( 1 )
( 1 ) Le Journal Litteraire d'Italie , qui paroit
depuis deux ou trois années , malgré son
Emphase , hors des Poëtes et des Antiquaires ,
produit peu d'autres Sçavans.
I. Vol. Les
2736 MERCURE DE FRANCE
Les Arts paroissent d'abord avoir moins
perdu que les Sciences en Italie cepen- ;
dant c'est l'endroit le plus foible ; je n'en
excepte que la Musique.
>
L'Architecture a été portée fort loin ,“
et ils ont eû de fort habiles gens . Je ne
parle pas de Vitruve , et des anciens Romains
qui la tenoient des Grecs , je parle
depuis deux siècles , à commencer par
Bramante,Michel Ange Buonarotta,Jule ,
Romain , Le Vignole , Sansovino , Charles
Maderno , Palladio , Scamozzi , Serlio
, Fontana , Porta , Le Bernin , l'Algarde
, Guarini , Rainaldi et Le Borromini.
Ce dernier par la bizarrerie de ses
Profils a corrompu tout le bon goût des
anciens et des modernes , affectant de ne
jamais employer une ligne droite dans ses
corniches et dans ses couronnements. Ces
idées extravagantes , pour s'écarter de la
route ordinaire , ont frayé une fort mauvaise
voie qui n'est que trop suivie para
les Architectes du temps. Il faut avoir les
yeux bien bouchez pour ne les pas ouvrir
sur tous ces grands modeles qui sont de
vant eux . Ce Pantheon admirable pour
les proportions , ce Colisée pour la gran
de Ordonnance le Temple de la Paix
pour la magnificence de ses voutes , les
Arcs de Septime Severe et de Titus pour
I.Vol.
و
leurs
DECEMBRE 1731. 2737
,
leurs belles Colonnes , les Temples de la
Fortune virile , de Vesta , d'Antonin et
= de Faustine , un reste d'un Temple de
Minerve dans le Campo Vacino et le
Portique de Septimius dans le Marché
aux Poissons , si élegants pour l'Ordonnance
, les Chapiteaux et les belles Corniches
, avec des morceaux d'une Sculp-
4ture excellente. Leurs Palais presentement
sont d'un goût mesquin dans les Ringhieres
les couronnements et les Pourtours
des Croisées. Rien n'est si mal distribué
pour les Escaliers et pour les commoditez
de la vie ; il semble que la Façade
soit faite aux dépens du dedans.
,
و
Pour la Peinture , c'est peut-être en cet
Art où les Italiens ont le plus perdu. Dégenerez
de cet ancien lustre , où Raphaël
et Jule- Romain l'avoient porté à
Rome , Michel- Ange à Florence , le Titien
à Venise , Le Correge à Parme , et
les Carraches à Boulogne , ils n'ont pas
aujourd'hui un Peintre qu'ils puissent citer.
Andrea Sacchi , Carlo Marati , et Benedetto
Lutti, ont soutenu pendant que !-
que temps la Peinture à Rome , Sebastien
( 1 ) Ricci à Venise , Carlo Cigniani
à Boulogne , et Solimene à Naples ; ils ne
sont plus.
(1) Le Ricci est très -vieux , et ne travaille
plus.
I. Vol . Est2738
MERCURE DE FRANCE
, Est- ce un Sebastien Concha à Rome
un Crespi à Boulogne , un Piazetti à Venise
, qui étayeront la réputation de ces
grands hommes ? Trop foibles Dessinateurs
, ou trop mauvais Coloristes , personne
ne les en croira capables. Quels reproches
tacites ne leur font pas tous les
beaux morceaux de Peinture qu'ils possedent
à commencer par le grand Raphaël
; il est vrai que la plus grande partie
en est effacée ou retouchée ; mais on y
trouve toujours les pensées fines de ce
grand Peintre , les beaux contours
la
partie du coloris où il étoit le plus foible ,
est celle qui a le plus perdu . Le petit (1)
Palais Farnese en est une preuve , ayant
été retouché par Carlomarati , qui ayant
couvert tous les fonds d'Outremer , en a
ôté l'accord , et a rendu la couleur des
chairs plus noires et tirant sur la brique.
Les douze grands morceaux peints à Fresque
dans les salles du Vatican , ont été
la plupart rétouchez , et les autres sont
si noircis par le temps , qu'on a de la peine
à en jouir , excepté dans quelques heures
de la journée. Qui ne se rappelle à regret
,
(x) Raphaël y a peint un plafond , en deux
grands morceaux , le Banquet des Dieux pour
Les nopces de Psyché , l'autre leur assamblée
pour la déïfier.
I. Vol. Cette
DECEMBRE . 1731. 2739
י ז
.
Cette fameuse Ecole d'Athénes , la dispute
du Saint Sacrement , l'Incendie du
Bourg S. Pierre , le Mont Parnasse , la
Prison de S. Pierre , et le morceau que
tous les curieux connoissent sous le nom.
de la Messe ?
La grande Bataille de Constantin contre
le Tyran Maxence , peinte par Jule Romain,
est bien conservée , et est un grand
objet à imiter pour les caracteres. Les ( 1)
Loges du Vatican étant exposées à l'injure
des temps dans les trois étages , sont
fort effacées cependant on y découvre
une grande maniere , capable de former
un habile homme qui y feroit les réfléxions
nécessaires .
Sans parler des Tableaux de Chevalet qui
se trouvent en grand nombre dans tous
les Palais ; quel beau modele n'est - ce pas
pour un Peintre , que le ( 2 ) Plafond du
Palais Barberin , peint par Pierre de Cors
tonne; rien de plus grand, rien de mieux
( 1 ) Ces Loges représentent au premier étage
des feuillages et des Oyseaux. Au second , qui
est le plus beau ; c'est l'histoire de l'ancien et
du nouveau Testament . Le troisiéme Etage est
peint en sujet d'histoire , d'ornemens , avec des
Paisages et des Cartes Géographiques .
( Onnyy voit le Triomphe de la Gloire , ac
compagné des Vertus et d'autres Figures allé,
goriques à l'histoire d'Urbain VIII.
1. Vol
pensé
2740 MERCURE DE FRANCE.
pensé ne se peut imaginer. La belle touche
, le grand ton de couleur y égalent la
correction. L'Eglise de S. André Dellavallé
, offre ( 3 ) quatre Angles du Dominiquain
, qui sont des Morceaux admirables
et bien conservez , et un Dôme , où
le Cavalier Lanfranc a representé le Paradis
, d'une force et d'un caractere inimitables.
و
>
A Venise , ce sont des Paul Véronese ,
des Tintoret , et des Bassans qui enchantent
et qui paroissent tout neufs , hors
les Titien qui sont un peu gâtez.
A Naples , on voit des Fresques de Lucas
Jordans et de Solimene , qui éton
nent ; ainsi que des morceaux de Ribera
ou l'Espagnolet. Florence offre des Peintures
de quelques Maîtres Florentins , as -
sez bons ; mais la Galerie du Grand Duc
est remplie de tant de belles choses , que
c'est un Trésor pour un Peintre.
Parme est enrichie des Ouvrages du
Parmesan; il ne faut plus parler des beaux
Correges qui étoient dans les Eglises , le
temps les a entierement ruinez . Modéne ,
dans le Palais du Duc , en est encore toute
remplie. Boulogne est celebre par les
beaux Caraches . Milan et Gênes possedent
des Fresques étonnans de Bibiena , de
( 3 ) Ce sont les quatre Evangelistes .
I. Vol. Carlone
DECEMBRE 1731. 2741
Carlone , de Francischini et de Quaini,
Tous ces beaux Monumens font le procès
à l'ignorance actuelle des Italiens.
Sans parler de Michel -Ange , de Bacio
Bandinelli , de Sansovino , du Sardi, Donatelli
, Francesco Rustichi , Daniel de
Volterre , Jean Bologna , l'Algarde , le
Cavalier Bernin , Domenico Guidi , et
Camille Rusconi , qui est le dernier mort,
On peut dire qu'ils n'ont pas actuellement
un bon Sculpteur. Les François et
les autres Etrangers y suppléent depuis
long- temps ( 1 ) .
Ce n'est pas manque de beaux Morceaux
antiques: Quels exemples à suivre que les
Colonnes Trajanne et Antonine , les Basreliefs
de l'Arc de Constantin et les belles
Figures qui sont à Belvedere , pour ne
pas entrer dans un plus grand détail.
Il ne faut pas parler des Graveurs Italiens
modernes , aussi ne s'en piquent-ils
pas. Ce sont ordinairement des François
2 ) et des Allemans , qui s'y viennent
établir. Tout le monde sçait qu'ils ont eu
autrefois le fameux Marc- Antoine , Graveur
de Raphaël , Augustin Vénitien
Eneas Vicus , Sylvestre de Ravenne,Jule
( 1 ) Le Gros , Théodon , François Flamant,
dit le Quenoy , Bouchardon.
( 2 ) Jacques Freii.
I. Vol.
C Be2742
MERCURE DE FRANCE
Bonasone , Suavius , Augustin Carache
Villamena , Martin Rota , les Mantuans
Cherubin- Albert , et Pietro Sancti Barto'i.
Le Vigarani et l'Algardi ont imaginé
autrefois d'assez beaux Jardins , avec des
Fontaines ingénieuses ; présentement les
Ducs de Parme et de Modéne , ainsi que
le Roy de Sardaigne , ont fait venir des
Jardiniers François. Les Jardins de Tivoli
, de Frescati , de Colorne , Sassuolo,
Pratolino et la Vénerie , qui sont les plus
fameux Jardins d'Italie , sont d'un goût
fort mesquin , et ceux à Rome qui se distinguent
le plus, comme les Vignes Pamphile
et Ludovisi , sont du dessein de le
Nôtre.
La Musique est la partie des Arts la
mieux cultivée en Italie , et c'est celle où
f'on réussit le mieux. On sçait assez qu'elle
est la ressource des Faineans. Comme
l'on paye bien les Musiciens , chacun s'efforce
à réussir ; les parens y sacrifient la
virilité de leurs garçons. Nous avons de
beaux morceaux de Bassani , de Carissimi,
du fameux Corelli , Albinoni , Vivaldi
Scarlatti , Valentini et autres ; rien ne les
gêne dans leurs caprices; on ne s'embarasse
point de suivre le sens des paroles et d'en
rendre en Musique l'expression . Le méri-
1.Vol. te
DECEMBRE 1731 2743
que
te de Lully qui a si - bien exprimé les paroles
, y est compté pour rien ; pourva
le Musicien ait une saillie nouvelle et
qui soit tres-vive , on n'en demande pas
davantage , son but n'est pas d'aller au
coeur, il se contente de surprendre l'oreille
; il fait chanter la partie du Violon à la
voix qui se donne bien du tourment pour
y réussir , jusqu'à employer des grimaces
affreuses sur le Théatre ; cela est divin , selon
eux. Albinoni me disoit à Venise
qu'il n'étoit jamais un mois à composer
un Opéra, Il en a fait plus de 200. Il n'y
a point de Choeurs ni de Danses , ce qui
fait le grand travail des Musiciens. Deux
Duo , un Trio , quelquefois un Quatuor ,
se trouvent à la fin ; aussi ces Ouvrages
meurent-ils en naissant,on ne les reprend
jamais ; on veut toujours du nouveau ;
l'ennui qu'ils vous causent n'est pas concevable
, et l'on y dormiroit sans le secours
des Ariettes qui vous reveillent de
temps en temps.
Un Lecteur judicieux après avoir lû
ces Remarques , peut- il encore conserver
sa prévention pour l'Italie , et ne pas
jetter des yeux desinterressez sur les belles
choses qu'il trouve en son Païs et dans
les autres Parties de l'Europe. Combien y
en a - t - il en France , en Angleterre , en
1. Vol. Cij Es
2744 MERCURE DE FRANCE
Espagne , en Portugal , en Hollande et en
Flandres ? Pourquoi ne pas rendre justice
à tant d'habiles gens qui habitent ces differens
Climats ? Ils ne sont pas Italiens , je
l'avouë , il ne reste plus qu'à examiner ,
s'il ne valent pas mieux qu'eux dans la
Litterature et dans les Arts qu'ils professent.
C'est une compensation de mérite
que la justice doit faire , sans avoir égard aut
Païs.J'aime le beau ,disoit un de nos grands
(i ) Curieux , mais le Beau de tout Païs.
( 1 ) Feu M. de Montarsis , Garde des Pierres
vies de la Couronne.
l'Etat present de l'Italie , concernant les
Sciences et les Arts.
O
,
N est si prévenu aujourd'hui en
faveur de l'Italie , qu'il a paru nécessaire
de détromper quantité de Personnes
là- dessus. On entend les gens
raisonnables , car pour les entêtez qui
n'ont rapporté pour tout fruit de leurs
Voyages , que beaucoup de prévention
qu'ils communiquent à tout le monde
ou qui ont contracté ce mauvais goût
avec gens de leur caractere ; franchement
ce seroit peine perduë ; mais les Personnes
judicieuses me sçauront gré de les
avoir mises au fait sur tout le merveil
leux qu'on leur débite touchant l'Italie.
Un Voyage de plus de deux ans en ce
Pays-là , et quelque pratique dans les
Arts , peuvent assurer le Lecteur de la
certitude de ce qu'on avance et lui
faire esperer qu'il y trouvera de l'utilité.
Les Italiens ont eû comme toutes les
autres Nations , de grands Hommes dans
les Sciences et dans les Arts. On peut
leur reprocher en general , qu'ils n'ont
1. Vol. Bvj ja-
>
2728 MERCURE DE FRANCE
1.
jamais autant approfondi les Sciences que
les Allemands , les Anglois et les François.
Un peu trop paresseux de leur naturel
, ils prennent pour excuse la chaleur
excessive de leur climat.
On étudie presentement à Rome le
Droit Canon , à Venise la Politique ,
Florence , Boulogne et Padouë , autrefois
si fameuses par leurs Académies ,
n'offrent plus rien presentement que de
médiocre. Les Gens de Lettres , et les
Professeurs qui les composent sont la
plûpart Etrangers. Pour les Villes de Naples
, de Milan , Genes et Livourne , on
n'y parle que de commerce. Les autres
Villes suivent assez ce Plan general .
Les Sciences.
›
pen Tout le monde sçait qu'ils ont eû
de Théologiens depuis environ 2oo . ans ,
( terme que l'on s'est prescrit dans cette
Dissertation. ) On distingue Jerôme Savanarolle
, de Ferrare en 1452. Corneille
Musso , de Plaisance en 1511. le Cardinal
Bellarmin en 1621. Le Cardinal
Laurent Brancati , de Laurea , en 1681.
et le Cardinal Noris en 1704. Le Droit
Canon est aujourd'hui le seul objet des
gens d'Eglise , et ce dont ils ont le plus
I.Vol.
,
de
DECEMBRE. 1731. 2729
de besoin pour s'avancer dans la Chambre
Ecclesiastique. Les Jesuites même ne
s'attachent gueres qu'à la Politique et
aux humanitez. Les seuls Dominicains
du Couvent de la Minerve s'appliquent à
la Théologie Scholastique ; rien n'est
plus ignorant que les autres Moines ; cela
est si vrai , que quand il est question de
décider quelque Dogme de l'Eglise , on
fait venir des Espagnols et des Théologiens
Etrangers.
Ils ont eû quelques fameux Jurisconsultes
, comme Philippe Dece , de Milan
, en 1535. André Alciat , aussi Milanois
, en 1549. Tibere Decian , de
Frioul , en 1581. et Jean Vincent Gra
Calabrois en 1718. Aujourd'hui
leurs Avocats à la Rotte n'étudient que
le Droit écrit , et ne produisent point de
ces beaux Plaidoyers. Rien n'est plus
rare que de voir des ouvrages nouveaux
sur cette matiere .
vina , >
Leurs Philosophes , depuis deux siécles
, sont Jean-Baptiste Platina , de Cremone
, en 1481. Alexandre Picolomini
de Sienne , en 1508. Jerôme Cardan
Padoüan , en 1576. Thomas Campanella ,
Calabrois , mort en 1639. Fortunio Liceti
, Genois , en 1656. et Ulysse Aldrovandus
, Boulonnois , en 1605. qui s'est
I. Vol. dis2730
MERCURE DE FRANCE
distingué par ses beaux ouvrages sur
la Physique et sur l'Histoire naturelle.
Il y a encore cû Angeliste Torricelli ,
mort en 1647. et François Redi , Florentin
, en 1697. On ne voit presque plus
actuellement de Philosophes en Italie.
Il y a quelques Medecins à Padouë et à
Pise , chez qui j'ai trouvé des Cabinets
touchant l'Histoire Naturelle .
,
La Grammaire et l'Eloquence, comptent
parmi ses plus habiles gens , Jean
Bocace , Toscan , en 1313 Ange Politien
, de Florence , en 1494. François
Philelphe , de la Marche d'Anconne , en
1500. le Cardinal Guido Bentivoglio ,
Ferrarois , en 1579. François Panigarole ,
Milanois , Evêque d'Aste en 1582 .
Pierre -Victor , Florentin , en 1585. Jean-
François Loredano , noble Venitien , en
1606. Gabriel Bonarelli , Malvelzi , Gregorrio
, Leti , et Jean Mario Crezinbeni ,
mort depuis peu . L'Académie de la Crus
ca de Florence se soutient encore par
quelques bons ouvrages ; son seul Dictionnaire
l'a renduë fameuse.
Ils ont eû de bons Historiens . Le Cardinal
Pierre Bembo , Venitien , en 1470 .
François Guichardin , Florentin en 1480.
Jean-Baptiste Platina , de Cremone , en
1481. Paul Joue , Milanois , en 1552 .
I. Vol. FraDECEMBR
E. 1731. 2791
Frapaolo , Venitien , en 1552. Onuphre
Panvinius , Veronois , en 1568. le Čardinal
Baronius , Napolitain , en 1607.
Faminius Strada , Jesuite Romain , en
1649. et Bap. Nani , noble Venitien , en
1676.
On s'est toujours attaché en Italie à la
recherche de l'Antiquité , par la nécessité
d'expliquer les beaux restes qui s'y trouvent
de tous côtez . On leur connoît Fulvius
Ursinus , Romain , en 1597. Laurent
Pignoria , Padouan , en 1571. Raphaël
Fabretti , le Pere Kirker , Nardini ,
Donati , Bellori , Mezzabarba , Bonani ,
Rossi. Aujourd'hui cette Science a passé
à des gens qui en font métier public ; on
les appelle Ciceroni.
"
Les meilleurs Medecins qu'ils ayent eû
depuis deux siècles , sont Antonio Francantiani
, en 1500. Jerôme Mercurialis
de Forli , en 1530. Pierre- André Mathiole
, de Sienne , en 1554. Jerôme Fracastor
, de Verone , en 1549. Jules - Paul
Crasso , de Padouë , en 1600. Louis Septal
, Milanois , en 1628. Sanctorius , en
16 11. et Bernardin Ramazzini , en 1714 .
On éprouve presentement à Rome plus
qu'ailleurs , l'incertitude de cette Science
conjecturale la Reine de Pologne en
1714. pensa mourir par l'assistance de
1. Vol. deux
2732 MERCURE DE FRANCE
deux ( 1 ) Medecins que Clement XI. lui
envoya. Heureusement pour elle , un Medecin
Etranger qui voyageoit , et qui
passoit par Rome , la tira d'affaire.
,
On distingue dans l'Anatomie Gabriel
Fallope , de Modene en 1562 , il étoit
aussi très-bon Medecin. Pour la Chirurgie
, les Princes Italiens font venir dans
les grandes operations , des François ,
qui ont porté , comme l'on sçait , cet Art
à un grand degré de perfection.
La Pharmacie est un peu plus cultivée
en Italie , où le soin de la santé occupe
tout le monde. Les laboratoires y sont
fournis de tout. On connoit Hiacinto
Cestoni , en 1713. Les Jardins de simples
sont par tout negligez ; il y en a un à Padoue
un peu en meilleur état ; l'on y fait
peu de Demonstrations publiques . Fabio
Columna Lyncei , Napolitain , s'est distingué
en 1592. et Prosper Alpini , Venitien
, en 1616. Ce n'est pas faute de Professeurs
; ce sont les Disciples qui manquent.
Les Mathématiques ne fournissent pas
d'aussi grands hommes que les autres
Sciences. Ils ont eû Galilée Galilei , de
Florence , en 1642. Cassini , Astronome ,
(1) Jean-Marie Lancisi , Medecin de Clement
XI.
I.Vol.
qui
DECEMBRE 1731 2733
›
qui s'est venu établir en France , Vincent
Viviani , Florentin de l'Académie des
Sciences de France , en 1703. et Bianchini
, Prélat domestique de Clement XI ,
bon Astronome , mort depuis peu . Actuellement
les Professeurs du College de
la Sapience sont presque tous Etrangers.
Le Cavalier Fontana s'est distingué dans
les machines qu'il a inventées du tems
de Sixte V, pour élever ces fameux Obelisques.
Il est aisé de voir par les Profils
qu'il en a donnés , qu'on feroit aujourd'hui
les mêmes Operations , en retranchant
la moitié des mouvemens et de la
dépense. Augustin Ramelli a donné un
Traité de Fontaines et de Machines hydrauliques.
Nous avons le Théatre de
Vittorio Zonca : Torelli et Vigarani , se
sont distinguez en France par leurs belles
Inventions pour le Théatre et pour
les Fontaines.
La Poësie est la Science qui est à present
la mieux cultivée en Italie , mais quel
Parallele à faire de leurs Poëtes d'aujourd'hui
avec ceux qu'ils ont perdus ? Ce
Tasse , fameux Auteur d'un Poëme Epique
que l'on compare à l'Eneïde , Dante
Alighiri , l'Arioste , Petrarque Pietro
Aretino , Sanazar , Fluvio Testi , Joan.
Bap. Marini , Guarini , Scipio Maffei , et
I. Vol.
Joan.
›
2734 MERCURE DE FRANCE
Joan. Georg. Trissino , dont les Livres
sont entre les mains dé tout le monde .
En quoi consiste ce talent d'aujourd'hui ?
Est- ce à produire de beaux Poëmes , des
Pieces de Théatre bien travaillées ? Non :
c'est en Saillies , en pointes d'Esprit , en
Concetti , qui étourdissent le Lecteur , saisissent
d'abord son esprit , l'ébranlent , et
enfin il revient , par la réfléxion de ce
faux merveilleux.
J
La Poësie Italienne ayant des mots élevez
qui ne servent point dans le Discours
ordinaire et qui lui sont , pour ainsi
dire , consacrez devient plus aisée en
cette Langue qu'en toute autre, où il faut
s'écarter des paroles usitées , et s'élever
infiniment pour plaire. Leurs Tragedies
ou Operas sont l'ouvrage de quinze jours.
On prend un sujet pour Cannevas ; on y
larde des ariettes sur l'Amour sur la
jalousie , sur l'inconstance , sur la beauté ,
en un mot , sur quantité de lieux communs
, dont un Poëte a toujours provision
dans son Magazin , et que l'on peut
appeller des selles à tous chevaux . Il n'en
coute qu'un peu de recitatif pour coudre
,
le tout ensemble ; voilà au naturel le travail
d'une Tragedie en musique. Je fus
témoin en 1714 que Carto Sigismondo
Capeci , Académicien de l'Arcadia , et
I. Vol. SecreDECEMBRE
1731. 2735
Secretaire de la Reine de Pologne , composa
deux Tragedies en moins d'un mois.
Quand les Ariettes ne plaisent pas , on
en remet d'autres sur le champ , cela ne
coute rien . Un petit Sonnet , un Madrigal
faux dans la pensée , pourvû qu'il ait
une pointe , suffit pour élever un Italien ,
et l'admettre aux Académies .
Qu'on ne me reproche point de parler
en homme qui a quelque aigreur contre
les Italiens j'en ai reçu tout ce que je
pouvois souhaitter. Clement XI . m'a fait
Chevalier Romain , et les Académiciens
de l'Arcadia m'admirent dans leur corps
sur un petit ouvrage que je leur presentay.
J'allois deux fois la semaine à leurs
conférences , qui se passoient à parler de
nouvelles , et à lire quelque Sonnet . Peutêtre
me taxera-t'on , d'un autre côté, d'ingratitude
c'est la verité qui me fait
agir en cette occasion , et l'envie seule de
détromper bien des gens trop prévenus
pour I'Italie , en lisant à quel degré étoit
montée son ancienne gloire dans les Arts
et les Sciences , sans songer à l'état present
où elle se trouve . ( 1 )
( 1 ) Le Journal Litteraire d'Italie , qui paroit
depuis deux ou trois années , malgré son
Emphase , hors des Poëtes et des Antiquaires ,
produit peu d'autres Sçavans.
I. Vol. Les
2736 MERCURE DE FRANCE
Les Arts paroissent d'abord avoir moins
perdu que les Sciences en Italie cepen- ;
dant c'est l'endroit le plus foible ; je n'en
excepte que la Musique.
>
L'Architecture a été portée fort loin ,“
et ils ont eû de fort habiles gens . Je ne
parle pas de Vitruve , et des anciens Romains
qui la tenoient des Grecs , je parle
depuis deux siècles , à commencer par
Bramante,Michel Ange Buonarotta,Jule ,
Romain , Le Vignole , Sansovino , Charles
Maderno , Palladio , Scamozzi , Serlio
, Fontana , Porta , Le Bernin , l'Algarde
, Guarini , Rainaldi et Le Borromini.
Ce dernier par la bizarrerie de ses
Profils a corrompu tout le bon goût des
anciens et des modernes , affectant de ne
jamais employer une ligne droite dans ses
corniches et dans ses couronnements. Ces
idées extravagantes , pour s'écarter de la
route ordinaire , ont frayé une fort mauvaise
voie qui n'est que trop suivie para
les Architectes du temps. Il faut avoir les
yeux bien bouchez pour ne les pas ouvrir
sur tous ces grands modeles qui sont de
vant eux . Ce Pantheon admirable pour
les proportions , ce Colisée pour la gran
de Ordonnance le Temple de la Paix
pour la magnificence de ses voutes , les
Arcs de Septime Severe et de Titus pour
I.Vol.
و
leurs
DECEMBRE 1731. 2737
,
leurs belles Colonnes , les Temples de la
Fortune virile , de Vesta , d'Antonin et
= de Faustine , un reste d'un Temple de
Minerve dans le Campo Vacino et le
Portique de Septimius dans le Marché
aux Poissons , si élegants pour l'Ordonnance
, les Chapiteaux et les belles Corniches
, avec des morceaux d'une Sculp-
4ture excellente. Leurs Palais presentement
sont d'un goût mesquin dans les Ringhieres
les couronnements et les Pourtours
des Croisées. Rien n'est si mal distribué
pour les Escaliers et pour les commoditez
de la vie ; il semble que la Façade
soit faite aux dépens du dedans.
,
و
Pour la Peinture , c'est peut-être en cet
Art où les Italiens ont le plus perdu. Dégenerez
de cet ancien lustre , où Raphaël
et Jule- Romain l'avoient porté à
Rome , Michel- Ange à Florence , le Titien
à Venise , Le Correge à Parme , et
les Carraches à Boulogne , ils n'ont pas
aujourd'hui un Peintre qu'ils puissent citer.
Andrea Sacchi , Carlo Marati , et Benedetto
Lutti, ont soutenu pendant que !-
que temps la Peinture à Rome , Sebastien
( 1 ) Ricci à Venise , Carlo Cigniani
à Boulogne , et Solimene à Naples ; ils ne
sont plus.
(1) Le Ricci est très -vieux , et ne travaille
plus.
I. Vol . Est2738
MERCURE DE FRANCE
, Est- ce un Sebastien Concha à Rome
un Crespi à Boulogne , un Piazetti à Venise
, qui étayeront la réputation de ces
grands hommes ? Trop foibles Dessinateurs
, ou trop mauvais Coloristes , personne
ne les en croira capables. Quels reproches
tacites ne leur font pas tous les
beaux morceaux de Peinture qu'ils possedent
à commencer par le grand Raphaël
; il est vrai que la plus grande partie
en est effacée ou retouchée ; mais on y
trouve toujours les pensées fines de ce
grand Peintre , les beaux contours
la
partie du coloris où il étoit le plus foible ,
est celle qui a le plus perdu . Le petit (1)
Palais Farnese en est une preuve , ayant
été retouché par Carlomarati , qui ayant
couvert tous les fonds d'Outremer , en a
ôté l'accord , et a rendu la couleur des
chairs plus noires et tirant sur la brique.
Les douze grands morceaux peints à Fresque
dans les salles du Vatican , ont été
la plupart rétouchez , et les autres sont
si noircis par le temps , qu'on a de la peine
à en jouir , excepté dans quelques heures
de la journée. Qui ne se rappelle à regret
,
(x) Raphaël y a peint un plafond , en deux
grands morceaux , le Banquet des Dieux pour
Les nopces de Psyché , l'autre leur assamblée
pour la déïfier.
I. Vol. Cette
DECEMBRE . 1731. 2739
י ז
.
Cette fameuse Ecole d'Athénes , la dispute
du Saint Sacrement , l'Incendie du
Bourg S. Pierre , le Mont Parnasse , la
Prison de S. Pierre , et le morceau que
tous les curieux connoissent sous le nom.
de la Messe ?
La grande Bataille de Constantin contre
le Tyran Maxence , peinte par Jule Romain,
est bien conservée , et est un grand
objet à imiter pour les caracteres. Les ( 1)
Loges du Vatican étant exposées à l'injure
des temps dans les trois étages , sont
fort effacées cependant on y découvre
une grande maniere , capable de former
un habile homme qui y feroit les réfléxions
nécessaires .
Sans parler des Tableaux de Chevalet qui
se trouvent en grand nombre dans tous
les Palais ; quel beau modele n'est - ce pas
pour un Peintre , que le ( 2 ) Plafond du
Palais Barberin , peint par Pierre de Cors
tonne; rien de plus grand, rien de mieux
( 1 ) Ces Loges représentent au premier étage
des feuillages et des Oyseaux. Au second , qui
est le plus beau ; c'est l'histoire de l'ancien et
du nouveau Testament . Le troisiéme Etage est
peint en sujet d'histoire , d'ornemens , avec des
Paisages et des Cartes Géographiques .
( Onnyy voit le Triomphe de la Gloire , ac
compagné des Vertus et d'autres Figures allé,
goriques à l'histoire d'Urbain VIII.
1. Vol
pensé
2740 MERCURE DE FRANCE.
pensé ne se peut imaginer. La belle touche
, le grand ton de couleur y égalent la
correction. L'Eglise de S. André Dellavallé
, offre ( 3 ) quatre Angles du Dominiquain
, qui sont des Morceaux admirables
et bien conservez , et un Dôme , où
le Cavalier Lanfranc a representé le Paradis
, d'une force et d'un caractere inimitables.
و
>
A Venise , ce sont des Paul Véronese ,
des Tintoret , et des Bassans qui enchantent
et qui paroissent tout neufs , hors
les Titien qui sont un peu gâtez.
A Naples , on voit des Fresques de Lucas
Jordans et de Solimene , qui éton
nent ; ainsi que des morceaux de Ribera
ou l'Espagnolet. Florence offre des Peintures
de quelques Maîtres Florentins , as -
sez bons ; mais la Galerie du Grand Duc
est remplie de tant de belles choses , que
c'est un Trésor pour un Peintre.
Parme est enrichie des Ouvrages du
Parmesan; il ne faut plus parler des beaux
Correges qui étoient dans les Eglises , le
temps les a entierement ruinez . Modéne ,
dans le Palais du Duc , en est encore toute
remplie. Boulogne est celebre par les
beaux Caraches . Milan et Gênes possedent
des Fresques étonnans de Bibiena , de
( 3 ) Ce sont les quatre Evangelistes .
I. Vol. Carlone
DECEMBRE 1731. 2741
Carlone , de Francischini et de Quaini,
Tous ces beaux Monumens font le procès
à l'ignorance actuelle des Italiens.
Sans parler de Michel -Ange , de Bacio
Bandinelli , de Sansovino , du Sardi, Donatelli
, Francesco Rustichi , Daniel de
Volterre , Jean Bologna , l'Algarde , le
Cavalier Bernin , Domenico Guidi , et
Camille Rusconi , qui est le dernier mort,
On peut dire qu'ils n'ont pas actuellement
un bon Sculpteur. Les François et
les autres Etrangers y suppléent depuis
long- temps ( 1 ) .
Ce n'est pas manque de beaux Morceaux
antiques: Quels exemples à suivre que les
Colonnes Trajanne et Antonine , les Basreliefs
de l'Arc de Constantin et les belles
Figures qui sont à Belvedere , pour ne
pas entrer dans un plus grand détail.
Il ne faut pas parler des Graveurs Italiens
modernes , aussi ne s'en piquent-ils
pas. Ce sont ordinairement des François
2 ) et des Allemans , qui s'y viennent
établir. Tout le monde sçait qu'ils ont eu
autrefois le fameux Marc- Antoine , Graveur
de Raphaël , Augustin Vénitien
Eneas Vicus , Sylvestre de Ravenne,Jule
( 1 ) Le Gros , Théodon , François Flamant,
dit le Quenoy , Bouchardon.
( 2 ) Jacques Freii.
I. Vol.
C Be2742
MERCURE DE FRANCE
Bonasone , Suavius , Augustin Carache
Villamena , Martin Rota , les Mantuans
Cherubin- Albert , et Pietro Sancti Barto'i.
Le Vigarani et l'Algardi ont imaginé
autrefois d'assez beaux Jardins , avec des
Fontaines ingénieuses ; présentement les
Ducs de Parme et de Modéne , ainsi que
le Roy de Sardaigne , ont fait venir des
Jardiniers François. Les Jardins de Tivoli
, de Frescati , de Colorne , Sassuolo,
Pratolino et la Vénerie , qui sont les plus
fameux Jardins d'Italie , sont d'un goût
fort mesquin , et ceux à Rome qui se distinguent
le plus, comme les Vignes Pamphile
et Ludovisi , sont du dessein de le
Nôtre.
La Musique est la partie des Arts la
mieux cultivée en Italie , et c'est celle où
f'on réussit le mieux. On sçait assez qu'elle
est la ressource des Faineans. Comme
l'on paye bien les Musiciens , chacun s'efforce
à réussir ; les parens y sacrifient la
virilité de leurs garçons. Nous avons de
beaux morceaux de Bassani , de Carissimi,
du fameux Corelli , Albinoni , Vivaldi
Scarlatti , Valentini et autres ; rien ne les
gêne dans leurs caprices; on ne s'embarasse
point de suivre le sens des paroles et d'en
rendre en Musique l'expression . Le méri-
1.Vol. te
DECEMBRE 1731 2743
que
te de Lully qui a si - bien exprimé les paroles
, y est compté pour rien ; pourva
le Musicien ait une saillie nouvelle et
qui soit tres-vive , on n'en demande pas
davantage , son but n'est pas d'aller au
coeur, il se contente de surprendre l'oreille
; il fait chanter la partie du Violon à la
voix qui se donne bien du tourment pour
y réussir , jusqu'à employer des grimaces
affreuses sur le Théatre ; cela est divin , selon
eux. Albinoni me disoit à Venise
qu'il n'étoit jamais un mois à composer
un Opéra, Il en a fait plus de 200. Il n'y
a point de Choeurs ni de Danses , ce qui
fait le grand travail des Musiciens. Deux
Duo , un Trio , quelquefois un Quatuor ,
se trouvent à la fin ; aussi ces Ouvrages
meurent-ils en naissant,on ne les reprend
jamais ; on veut toujours du nouveau ;
l'ennui qu'ils vous causent n'est pas concevable
, et l'on y dormiroit sans le secours
des Ariettes qui vous reveillent de
temps en temps.
Un Lecteur judicieux après avoir lû
ces Remarques , peut- il encore conserver
sa prévention pour l'Italie , et ne pas
jetter des yeux desinterressez sur les belles
choses qu'il trouve en son Païs et dans
les autres Parties de l'Europe. Combien y
en a - t - il en France , en Angleterre , en
1. Vol. Cij Es
2744 MERCURE DE FRANCE
Espagne , en Portugal , en Hollande et en
Flandres ? Pourquoi ne pas rendre justice
à tant d'habiles gens qui habitent ces differens
Climats ? Ils ne sont pas Italiens , je
l'avouë , il ne reste plus qu'à examiner ,
s'il ne valent pas mieux qu'eux dans la
Litterature et dans les Arts qu'ils professent.
C'est une compensation de mérite
que la justice doit faire , sans avoir égard aut
Païs.J'aime le beau ,disoit un de nos grands
(i ) Curieux , mais le Beau de tout Païs.
( 1 ) Feu M. de Montarsis , Garde des Pierres
vies de la Couronne.
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Résumé : DISSERTATION CRITIQUE, sur l'Etat present de l'Italie, concernant les Sciences et les Arts.
La dissertation critique sur l'état présent de l'Italie concernant les sciences et les arts vise à corriger les perceptions erronées sur la supériorité italienne. L'auteur, ayant voyagé en Italie pendant plus de deux ans et ayant une pratique des arts, reconnaît que les Italiens ont eu des grands hommes dans les sciences et les arts, mais note qu'ils n'ont pas autant approfondi les sciences que les Allemands, les Anglais et les Français. Les Italiens sont souvent perçus comme paresseux, ce que l'auteur attribue à la chaleur excessive de leur climat. À Rome, les études se concentrent principalement sur le droit canon, tandis que Venise se focalise sur la politique. Florence, Boulogne et Padoue, autrefois célèbres pour leurs académies, offrent aujourd'hui des résultats médiocres. Les villes de Naples, Milan, Gênes et Livourne sont principalement tournées vers le commerce. Les sciences en Italie ont connu des figures notables comme Jérôme Savonarole, le Cardinal Bellarmin et Jean-Baptiste Platina, mais actuellement, les philosophes et les théologiens sont rares. Les juristes italiens se limitent au droit écrit, et les ouvrages nouveaux sur cette matière sont rares. En médecine, des noms comme Antonio Francantiani et Jérôme Mercurialis sont célèbres, mais la pratique médicale actuelle est incertaine. Les mathématiques ont vu des figures comme Galilée et Cassini, mais les professeurs actuels sont souvent étrangers. La poésie est la science la mieux cultivée, mais elle se limite souvent à des saillies et des points d'esprit plutôt qu'à des œuvres profondes. Les tragédies et opéras sont produits rapidement et sans grande originalité. Les arts, bien que moins affectés que les sciences, montrent des signes de déclin. L'architecture a connu des maîtres comme Bramante et Michel-Ange, mais le goût actuel est corrompu par des idées extravagantes. La peinture, autrefois illustre avec des noms comme Raphaël et le Titien, ne compte plus de grands peintres contemporains. Les palais italiens actuels sont critiqués pour leur mauvais goût et leur mauvaise distribution intérieure. De nombreux tableaux, y compris ceux de Raphaël, ont été retouchés ou effacés. Les fresques du Vatican, bien que noircies par le temps, conservent des éléments remarquables. À Venise, les œuvres de Paul Véronèse, Tintoret et Bassano sont bien conservées, tandis que celles de Titien sont légèrement endommagées. Naples, Florence, Parme, Modène, Boulogne, Milan et Gênes possèdent des fresques et des tableaux de maîtres renommés. Le texte critique l'absence de sculpteurs italiens contemporains de renom, notant que les Français et autres étrangers les suppléent. La musique, bien que superficielle, reste excellente. Le texte invite à reconnaître les talents artistiques dans d'autres pays européens, soulignant que la qualité des arts ne dépend pas de l'origine géographique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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62
p. 2770-2773
TRIOMPHE DE PLUTUS. ODE.
Début :
C'est vainement que sur la terre, [...]
Mots clefs :
Plutus, Triomphe, Jupiter, Brillante folie, Adulateurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRIOMPHE DE PLUTUS. ODE.
TRIOMPHE DE PLUTUS
O DE.
C'Est vainement que sur la terre
Jupiter , pour être adoré ,.
Tu fais entendre le Tonnerre
Tu n'en es pas plus réveré .
En vain tes rédoutables Freres
Arment contre des témeraires ,
Et les flots , et les sombres bords
L'homme brave votre puissance ,
Et n'implore que l'assistance
Du Dieu qui préside aux trésors.
Que Mars , pour tout remplir d'allarmes] .
Marche environné de Soldats.
Rien n'est plus foible que ses armes ,
Si Plutus ne les soutient pas.
Minerve , autrefois honorée ,
Est maintenant presqu'ignorée.
DECEMBRE 1731. 2778
Er voir ses Temples renversés.
Rome naissante , tes grands Hommes
Ne seroient au siécle où nous sommes
Que de celebres- insensés .
Qu'on dise que , pour la Patrie ,
Leur amour toujours indompté ,
Leur faisait immoler leur vie ,
Leurs enfans et leur liberté.
Antiques Héros d'Italie ,
Comme une brillante folie ,
Nous regardons vos plus hauts faits :
L'interêt de la République
N'est plus qu'un être chimerique ,
Qui n'excite point nós souhaits,
A ce Récit , fameuses ombres ,
De qui Plutus fut abhorré ,
Repassez les Rivages sombres ,
Pour voir comme il est adoré .
'Accourés , mais pour des prestiges
Ne prenés pas les grands prodiges
Qu'il fait éclatér à nos yeux.
Voyés comment , par sa puissance ,
Des gens sans vertu , sans naissance ,'
Sont devenus des demi-Dieux.
1. Vol
D iiij
ans
1
2772 MERCURE DE FRANCE
Dans les honneurs , dans les délices.
D'Adulateurs environnés ,
Ils triomphent sous ses auspices ;
Ils n'ont que des jours fortunés.
L'industrie en secrets féconde ,
Des fleuves fait remonter Ponde
Sur les monts qu'ils ont enrichiss
Toujours Bacchus , Flore et Pomone
Chez eux du Printemps , de l'Automne
Offrent les dons les plus exquis.
En leur faveur , Dieu des richesses ;
Que ne fais-tu pas en ce temps ?
Sans mérite , par tes largesses ,
Ils s'élevent aux plus hauts rangs .
* Si Themis contre eux prend les armes ;
Dès qu'ils sentent quelques allarmes ,
Tu sçais les mettre en sûreté.
Que peut leur faire sa vangeance ?
Quand tu veux , on voit sa balance
Prête à pancher de ton côté.
Qu'aux Mortels , le Dieu de Cyther
Ne vante plus ses traits vainqueurs ;
Plutus habile en l'art de plaire ,
Mieux que lui triomphe des coeurs
a. Vol.
Pow
DECEMBRE 1731. 2773.
Pour les allier , la Noblesse ,
L'Esprit , la beauté , la sagesse
Ne déterminent plus le choix :
Il est seul l'Arbitre suprême .
Et jusqu'auprès du Diadême ,
L'Hymen est soumis à ses loiz.
Vainement la stoïque Ecole
Condamne ses adorateurs ;
Chez nous sa morale frivole
Ne trouve plus de Sénateurs.
Quelle erreur de penser qu'Astrée ,
De chez les humains retirée ,
Puisse encore les rendre heureux ?
Ce Dieu qui la fit disparoître ,
Est le seul par qui l'on voit naître
Des siécles dignes de leurs voeux.
Par M. de Monfort l'Amaury.
O DE.
C'Est vainement que sur la terre
Jupiter , pour être adoré ,.
Tu fais entendre le Tonnerre
Tu n'en es pas plus réveré .
En vain tes rédoutables Freres
Arment contre des témeraires ,
Et les flots , et les sombres bords
L'homme brave votre puissance ,
Et n'implore que l'assistance
Du Dieu qui préside aux trésors.
Que Mars , pour tout remplir d'allarmes] .
Marche environné de Soldats.
Rien n'est plus foible que ses armes ,
Si Plutus ne les soutient pas.
Minerve , autrefois honorée ,
Est maintenant presqu'ignorée.
DECEMBRE 1731. 2778
Er voir ses Temples renversés.
Rome naissante , tes grands Hommes
Ne seroient au siécle où nous sommes
Que de celebres- insensés .
Qu'on dise que , pour la Patrie ,
Leur amour toujours indompté ,
Leur faisait immoler leur vie ,
Leurs enfans et leur liberté.
Antiques Héros d'Italie ,
Comme une brillante folie ,
Nous regardons vos plus hauts faits :
L'interêt de la République
N'est plus qu'un être chimerique ,
Qui n'excite point nós souhaits,
A ce Récit , fameuses ombres ,
De qui Plutus fut abhorré ,
Repassez les Rivages sombres ,
Pour voir comme il est adoré .
'Accourés , mais pour des prestiges
Ne prenés pas les grands prodiges
Qu'il fait éclatér à nos yeux.
Voyés comment , par sa puissance ,
Des gens sans vertu , sans naissance ,'
Sont devenus des demi-Dieux.
1. Vol
D iiij
ans
1
2772 MERCURE DE FRANCE
Dans les honneurs , dans les délices.
D'Adulateurs environnés ,
Ils triomphent sous ses auspices ;
Ils n'ont que des jours fortunés.
L'industrie en secrets féconde ,
Des fleuves fait remonter Ponde
Sur les monts qu'ils ont enrichiss
Toujours Bacchus , Flore et Pomone
Chez eux du Printemps , de l'Automne
Offrent les dons les plus exquis.
En leur faveur , Dieu des richesses ;
Que ne fais-tu pas en ce temps ?
Sans mérite , par tes largesses ,
Ils s'élevent aux plus hauts rangs .
* Si Themis contre eux prend les armes ;
Dès qu'ils sentent quelques allarmes ,
Tu sçais les mettre en sûreté.
Que peut leur faire sa vangeance ?
Quand tu veux , on voit sa balance
Prête à pancher de ton côté.
Qu'aux Mortels , le Dieu de Cyther
Ne vante plus ses traits vainqueurs ;
Plutus habile en l'art de plaire ,
Mieux que lui triomphe des coeurs
a. Vol.
Pow
DECEMBRE 1731. 2773.
Pour les allier , la Noblesse ,
L'Esprit , la beauté , la sagesse
Ne déterminent plus le choix :
Il est seul l'Arbitre suprême .
Et jusqu'auprès du Diadême ,
L'Hymen est soumis à ses loiz.
Vainement la stoïque Ecole
Condamne ses adorateurs ;
Chez nous sa morale frivole
Ne trouve plus de Sénateurs.
Quelle erreur de penser qu'Astrée ,
De chez les humains retirée ,
Puisse encore les rendre heureux ?
Ce Dieu qui la fit disparoître ,
Est le seul par qui l'on voit naître
Des siécles dignes de leurs voeux.
Par M. de Monfort l'Amaury.
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Résumé : TRIOMPHE DE PLUTUS. ODE.
Le texte 'Triumphes de Plutus' souligne la domination du dieu Plutus, associé à la richesse, sur les autres divinités et les valeurs traditionnelles. Jupiter, Mars et Minerve apparaissent impuissants face à la puissance de Plutus, qui soutient les armes et assure la prospérité. Les anciens héros de Rome et d'Italie sont perçus comme des insensés dans le contexte actuel, où l'amour pour la patrie est devenu illusoire. Plutus permet à des individus sans vertu ni naissance d'accéder à des positions élevées et de jouir de jours fortunés. L'industrie et les dieux des récoltes (Bacchus, Flore, Pomone) offrent leurs dons à ceux que Plutus favorise. Même la justice (Themis) et l'amour (le dieu de Cyther) sont subordonnés à Plutus, qui détermine les alliances et les mariages, y compris ceux proches du pouvoir royal. La morale stoïque est rejetée, et Plutus est vu comme le seul capable de créer des époques dignes des aspirations humaines. Le texte est signé par M. de Monfort l'Amaury et date de décembre 1731.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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63
p. 1579-1587
Assemblée publique de la Société Royale de Montpelier, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le 17 Février dernier, la Société Royale des Sciences de Montpellier [...]
Mots clefs :
Société royale des sciences de Montpellier, Assemblée publique, Académie, Mémoires, Lire, Plantes, Etamines, Huiles, Carnosité
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texteReconnaissance textuelle : Assemblée publique de la Société Royale de Montpelier, &c. [titre d'après la table]
Le 17 Février dernier , la Societé Roya
le des Sciences de Montpellier , tint son
Assemblée publique dans la grande Sale
de l'Hôtel de Vilie , en présence des trois
Etats de la Province de Languedoc , qui
occupoient leurs places ordinaires ; l'Académie étoit dans le Parterre , autour
d'une grande Table , au haut de laquelle
étoient placez les Académiciens Honoraires. M. de Bernage de S. Maurice , Intendant de Languedoc , comme Président cette année , occupoit la place du
milieu. Il avoit à sa droite l'Archevêque
de Narbonne , Président né des Etats , et
P'Archevêque d'Albi , Académicien Honoraire ; et à sa gauche M. de Montferrier le fils , Directeur de la Compagnie.
Les Académiciens étoient placez sur des
bancs , aux côtez de la Table , et les Adjoints occupoient le bas bout sur des
chaises. Le reste de la Sale étoit rempli
d'un grand nombre de personnes, attirées
par la curiosité d'entendre lire les Mémoires , et par la majesté de l'Assemblée ,
qui étoit très-auguste , &c. M. le Président ne manqua pas de remarquer cette
derniere circonstance dans le petit Discours qu'il fir , en parlant des occupations
de la Societé Royale , et en annonçant les
Mémoires qu'on alloit lire.
Celui
580 MERCURE DE FRANCE
Celui de M. Danyzy avoit pour sujet
la Poussée des Voutes. Il examina avec
quelle force , et dans quelle direction les
Voussoirs agissent contre les Pieds droits
pour les renverser. Les connoissances
qu'il a acquises lui ont fourni le moyen
de déterminer l'épaisseur qu'il faut don
ner aux Pieds droits , afin que par leur
propre pesanteur ils soyent en équilibre
avec les efforts , & c.
Comme nous ne pouvons donner ici
qu'une idée succinte de ce qui s'est passé
dans cette Assemblée , nous n'entrerons
pas dans un trop grand détail , ne connoissant les Mémoires lús , que par les
Extraits qu'on en a imprimés à Montpellier , dans une petite Brochure in 4. de
40 pages. Mais nous sommes priez de rétablir une lacune faite dans le même imprimé , ou à la page 7. après la dix- neuviéme ligne , il faut lire ce qui suit.
Pour donner le loisir d'éxaminer la ma
niere dont les Voussoirs agissent , tl´avoit
fait tous les pieds droits H, h , foibles , er
pour les soutenir'yy avoit ajoûté des contreforts K, k, qui étant reculez tout doucement,
ne laissoient écarter les pieds droits que d'une certaine quantité qui n'étoit pas suffisante
pour faire crouler l'arceau , mais qui lefai- soit
JUILLET. 17327 1581
soit voir dans le tems qu'il étoit prêt à
crouler.
On vitpour lors là voute à plein cintre ;
dont le nombre des voussoirs étoit impair ,
s'écraser et s'ouvrir aux deux joints de la
clef, en dedans et en- dehors , en plusieurs
endroits vers les reins. Voyez la seconde
Figure.
M. Chicoyneau le fils , reçû en survivance aux Charges de Chancelier de l'Ecole de Médecine , et de Professeur d'Anatomie et de Botanique , fit part à la
Compagnie des Observations qu'il a faites sur les Plantes sensitives , et sur la
Mécanique d'où dépend cette espéce de
sensibilité qu'on leur attribuë.
pas
Il observa d'abord que les Plantes sensitives proprement dites , n'étoient
les seules dans lesquelles on remarque ces
mouvemens automatiques , puisque les
Etamines de l'Opuntia et de l'Heliantemum n'en sont pas exemples.
Les Etamines de l'Opuntia se raprochent du pistile , dit il , dès qu'on les
touche ou qu'on secoue un peu la plante , et les Etamines de l'Heliantemum ,
s'éloignent de leur pistile , dès qu'on les
met en jeu par quelque mouvement semblable ; mais ces imouvemens , quoique
differens , ne changent rien à la MécaniF que
82 MERCURE DE FRANCE
$que , par laquelle M. Chicoyneau les
explique ; et il a fait voir que par le seul
changement de situation des tuyaux des
Plantes et de ceux des Etamines , il est
aisé de rendre raison d'un Phénomene
qui a éxercé de tout tems les Botanistes et
les Physiciens.
Pour cet effet , il commence par établir trois propositions , qu'on peut regarder comme des principes qui n'ont pas
besoin de preuve , et qui ne peuvent pas
par conséquent lui être contestez.
Le premier principe est , que les fibres des Plantes sont élastiques.
Le second , que les sucs nourriciers cou
lent dans la cavité de ces fibres comme
dans autant de tuyaux.
Le troisième , que les sucs étendent
les parois de ces tuyaux , et tiraillent les fibres dont ils sont composez.
Par le premier et par le second principe , il est clair que quand par quelque
cause exterieure, comme par quelque attouchement , ou par quelque secousse ,
de ressort des fibres sera mis en jeu , elles
dévront chasser le suc qui est contenu
dans leur cavité , et qu'alors la Plante fera un mouvement particulier , qui la fera
changer de figure ; et il est evident par le
troisième principe que la force du ressort
s'étant
JUILLET. 1732. 1583
s'etant affoiblie , le suc de la Plante rentrera peu à peu dans les cavitez de ses fibres , et que la Plante se remettra dans son état ordinaire.
Mais cela supposé , dit M. Chicoyneau , que dans l'état naturel , le ressort et le suc des Plantes sensitives
sont dans une espece d'équilibre ; car si
le suc étoit en trop grande abondance ,
comme il arrive en temps de pluye , avant
le lever ou après le coucher du Soleil ,
ou quand ces Plantes ont été trop arrosées , il est clair qu'alors Lur ressort ne
pouvant pas surmonter la résistance des
fibres trop tendues par l'abondance des
liqueurs dont elles sont remplies , les sen- sitives ne feront aucun mouvement ,
quoiqu'on les touche ou qu'on les secouë,
et elles ne deviendroient sensibles que
pendant le temps sec , et long- temp
après le lever du Soleil ; c'est- là ce qu
l'experience confirme , et c'est aussi la
raison naturelle et generale du mouvement Automatique des Plantes sensitives ;
mais comme ces mouvemens ne sont pas
les mêmes dans toutes les sensitives , et
qu'il y a de ces Plantes dont les branches s'abatent totalement, et d'autres dont
les feuilles ne font que se replier et s'approcher les unes des autres , M. ChicoyFij nean
MERCURE DE FRANCE
1
neau en supposant toujours l'Elasticité
des tuyaux de ces Plantes , ne fait que
les placer par paquets au colet et en dehors des branches ; dans les sensitives
dont toutes les branches sabattent et en
dedans des Pedicules des feuilles , dans
celles dont les feuilles se replient et s'approchent les unes des autres. Il explique
par la même Mécanique , les mouvemens des Etamines de l'Opuntia , et de plusieurs especes d'Héliantemum
qu'il a observées ; et cette explication
très simple et par là très conforme aux
Loix de la Nature , porte avec soi un
caractere de verité auquel on ne peut pas
refuser son consentement , &c.
C Ce sont ces Etamines chargées en Petale , dit M. Chicoineau en finissant , qui
produisent ces agreables Monstres , qu'on
appelle fleurs doubles , et qui étant simples à la campagne , d'où elles ont été
sirées , ont acquis par la culture , ce degré de beauté qui les fait admirer dans
des Jardins.
Untroisiéme Mémoire fut lû par M. de
Plantade , sur quelques nouvelles experiences du Barometre et la pesanteur de
l'Air , faites pour la plupart sur les Pyrenées.
Le quatrième Memoire de M. Lamorier,
JUILLET. 1732 1985
rier, contient ses Observations sur l'usa
ge de l'eau commune dans la Chirurgie.
Il est surprenant, dit l'Auteur duMémoire , que l'eau commune ne soit pas
d'un plus grand usage pour les playes.
Peut-être le reméde est trop commun *;
le Public fait peu de cas de ce que la Nature lui donne avec profusion : il estime
un reméde rare , qui vient de loin , qu'il
achete chérement , et qui même lui paroît inconnu. Plusieurs aussi pensent ,
qu'un reméde aussi simple que l'eau , ne
peut avoir aucune efficacité. Pour ôter
ces préventions il a fait plusieurs expériences trois entr'autres , au mois de
Janvier de l'année derniere sur trois horames , dont l'un avoit un vieux ulcère
-sur la cheville exterieure du pied , de la
grandeur de la paume dela main. Le deuxiéme , Soldar du Régiment de Médoc ,
avoit reçû un coup de sabre sur le dos de
la main , qui lui avoit coupé les tendons
extenseurs du poignet et des doigts , et
avoit séparé les deux os du métacarpe qui
soutiennent le petit doigt et l'annulaire.
Cette playe fut suivie de fluxions et d'abcès , qui inonderent presque tout l'a- vant bras. La fiévre et le desséchement
de tout le corps , faisoient beaucoup
Fiij
,
crain .
1586 MERCURE DE FRANCE
craindre pour sa vie . Le troisiéme , autre
Soldat du même Régiment , avoit reçû
un coup d'épée à travers l'avant bras , et
avoit ouvert l'artère qui est entre les deux.
s. Il y eut bien du sang épanché dans
les muscles , et de très grandes supurations : ce blessé fut en très-mauvais état.
On fit construire une botte de cuir , dans
laquelle on mettoit de l'eau commune
chaude , pour y faire tremper la jambe
ulcerée. Le malade restoit une heure par
jour dans ce bain. Peu de jours après les
duretez des bords se fondirent , la cicatrice s'avançoit sensiblement d'un jour à
l'autre , et il fut parfaitement guéri.
On fit faire deux machines de fer blanc,
dans lesquelles les deux Soldats pûssent
tremper commodément le bras , depuis
la main jusqu'au dessus du coude. A mesure qu'on trempoit leurs playes dans
l'eau , les suppurations se vuidoient beaucoup mieux , ils remuoient plus facilement les doigts , la douleur et la fièvre
diminuoient tous les jours ; en un mot ,
ils furent entierement guéris.
Dans les personnes atteintes de carnositez , difficultez et retentions d'urine ,
Occasionnées par le séjour des glaires ,
épaisses et abondantes , on a accoûtumé
d'injecter l'huile d'amende douce ou de
lait.
JUILLET. 173201587 lait . Les huiles en général échauffent , et
se mêlent avec peine avec les glaires , les
parties butireuses du lait s'épaississent
dans l'hurétre par la chaleur des parties ,
et bouchent le passage ; ce qui a fait imaginer à M. Lamorier d'injecter l'eau com
mune tiéde , qui relâché les carnositez
et se mêlant avec les glaires , les détrempe , et les malades sont soulagezi
le des Sciences de Montpellier , tint son
Assemblée publique dans la grande Sale
de l'Hôtel de Vilie , en présence des trois
Etats de la Province de Languedoc , qui
occupoient leurs places ordinaires ; l'Académie étoit dans le Parterre , autour
d'une grande Table , au haut de laquelle
étoient placez les Académiciens Honoraires. M. de Bernage de S. Maurice , Intendant de Languedoc , comme Président cette année , occupoit la place du
milieu. Il avoit à sa droite l'Archevêque
de Narbonne , Président né des Etats , et
P'Archevêque d'Albi , Académicien Honoraire ; et à sa gauche M. de Montferrier le fils , Directeur de la Compagnie.
Les Académiciens étoient placez sur des
bancs , aux côtez de la Table , et les Adjoints occupoient le bas bout sur des
chaises. Le reste de la Sale étoit rempli
d'un grand nombre de personnes, attirées
par la curiosité d'entendre lire les Mémoires , et par la majesté de l'Assemblée ,
qui étoit très-auguste , &c. M. le Président ne manqua pas de remarquer cette
derniere circonstance dans le petit Discours qu'il fir , en parlant des occupations
de la Societé Royale , et en annonçant les
Mémoires qu'on alloit lire.
Celui
580 MERCURE DE FRANCE
Celui de M. Danyzy avoit pour sujet
la Poussée des Voutes. Il examina avec
quelle force , et dans quelle direction les
Voussoirs agissent contre les Pieds droits
pour les renverser. Les connoissances
qu'il a acquises lui ont fourni le moyen
de déterminer l'épaisseur qu'il faut don
ner aux Pieds droits , afin que par leur
propre pesanteur ils soyent en équilibre
avec les efforts , & c.
Comme nous ne pouvons donner ici
qu'une idée succinte de ce qui s'est passé
dans cette Assemblée , nous n'entrerons
pas dans un trop grand détail , ne connoissant les Mémoires lús , que par les
Extraits qu'on en a imprimés à Montpellier , dans une petite Brochure in 4. de
40 pages. Mais nous sommes priez de rétablir une lacune faite dans le même imprimé , ou à la page 7. après la dix- neuviéme ligne , il faut lire ce qui suit.
Pour donner le loisir d'éxaminer la ma
niere dont les Voussoirs agissent , tl´avoit
fait tous les pieds droits H, h , foibles , er
pour les soutenir'yy avoit ajoûté des contreforts K, k, qui étant reculez tout doucement,
ne laissoient écarter les pieds droits que d'une certaine quantité qui n'étoit pas suffisante
pour faire crouler l'arceau , mais qui lefai- soit
JUILLET. 17327 1581
soit voir dans le tems qu'il étoit prêt à
crouler.
On vitpour lors là voute à plein cintre ;
dont le nombre des voussoirs étoit impair ,
s'écraser et s'ouvrir aux deux joints de la
clef, en dedans et en- dehors , en plusieurs
endroits vers les reins. Voyez la seconde
Figure.
M. Chicoyneau le fils , reçû en survivance aux Charges de Chancelier de l'Ecole de Médecine , et de Professeur d'Anatomie et de Botanique , fit part à la
Compagnie des Observations qu'il a faites sur les Plantes sensitives , et sur la
Mécanique d'où dépend cette espéce de
sensibilité qu'on leur attribuë.
pas
Il observa d'abord que les Plantes sensitives proprement dites , n'étoient
les seules dans lesquelles on remarque ces
mouvemens automatiques , puisque les
Etamines de l'Opuntia et de l'Heliantemum n'en sont pas exemples.
Les Etamines de l'Opuntia se raprochent du pistile , dit il , dès qu'on les
touche ou qu'on secoue un peu la plante , et les Etamines de l'Heliantemum ,
s'éloignent de leur pistile , dès qu'on les
met en jeu par quelque mouvement semblable ; mais ces imouvemens , quoique
differens , ne changent rien à la MécaniF que
82 MERCURE DE FRANCE
$que , par laquelle M. Chicoyneau les
explique ; et il a fait voir que par le seul
changement de situation des tuyaux des
Plantes et de ceux des Etamines , il est
aisé de rendre raison d'un Phénomene
qui a éxercé de tout tems les Botanistes et
les Physiciens.
Pour cet effet , il commence par établir trois propositions , qu'on peut regarder comme des principes qui n'ont pas
besoin de preuve , et qui ne peuvent pas
par conséquent lui être contestez.
Le premier principe est , que les fibres des Plantes sont élastiques.
Le second , que les sucs nourriciers cou
lent dans la cavité de ces fibres comme
dans autant de tuyaux.
Le troisième , que les sucs étendent
les parois de ces tuyaux , et tiraillent les fibres dont ils sont composez.
Par le premier et par le second principe , il est clair que quand par quelque
cause exterieure, comme par quelque attouchement , ou par quelque secousse ,
de ressort des fibres sera mis en jeu , elles
dévront chasser le suc qui est contenu
dans leur cavité , et qu'alors la Plante fera un mouvement particulier , qui la fera
changer de figure ; et il est evident par le
troisième principe que la force du ressort
s'étant
JUILLET. 1732. 1583
s'etant affoiblie , le suc de la Plante rentrera peu à peu dans les cavitez de ses fibres , et que la Plante se remettra dans son état ordinaire.
Mais cela supposé , dit M. Chicoyneau , que dans l'état naturel , le ressort et le suc des Plantes sensitives
sont dans une espece d'équilibre ; car si
le suc étoit en trop grande abondance ,
comme il arrive en temps de pluye , avant
le lever ou après le coucher du Soleil ,
ou quand ces Plantes ont été trop arrosées , il est clair qu'alors Lur ressort ne
pouvant pas surmonter la résistance des
fibres trop tendues par l'abondance des
liqueurs dont elles sont remplies , les sen- sitives ne feront aucun mouvement ,
quoiqu'on les touche ou qu'on les secouë,
et elles ne deviendroient sensibles que
pendant le temps sec , et long- temp
après le lever du Soleil ; c'est- là ce qu
l'experience confirme , et c'est aussi la
raison naturelle et generale du mouvement Automatique des Plantes sensitives ;
mais comme ces mouvemens ne sont pas
les mêmes dans toutes les sensitives , et
qu'il y a de ces Plantes dont les branches s'abatent totalement, et d'autres dont
les feuilles ne font que se replier et s'approcher les unes des autres , M. ChicoyFij nean
MERCURE DE FRANCE
1
neau en supposant toujours l'Elasticité
des tuyaux de ces Plantes , ne fait que
les placer par paquets au colet et en dehors des branches ; dans les sensitives
dont toutes les branches sabattent et en
dedans des Pedicules des feuilles , dans
celles dont les feuilles se replient et s'approchent les unes des autres. Il explique
par la même Mécanique , les mouvemens des Etamines de l'Opuntia , et de plusieurs especes d'Héliantemum
qu'il a observées ; et cette explication
très simple et par là très conforme aux
Loix de la Nature , porte avec soi un
caractere de verité auquel on ne peut pas
refuser son consentement , &c.
C Ce sont ces Etamines chargées en Petale , dit M. Chicoineau en finissant , qui
produisent ces agreables Monstres , qu'on
appelle fleurs doubles , et qui étant simples à la campagne , d'où elles ont été
sirées , ont acquis par la culture , ce degré de beauté qui les fait admirer dans
des Jardins.
Untroisiéme Mémoire fut lû par M. de
Plantade , sur quelques nouvelles experiences du Barometre et la pesanteur de
l'Air , faites pour la plupart sur les Pyrenées.
Le quatrième Memoire de M. Lamorier,
JUILLET. 1732 1985
rier, contient ses Observations sur l'usa
ge de l'eau commune dans la Chirurgie.
Il est surprenant, dit l'Auteur duMémoire , que l'eau commune ne soit pas
d'un plus grand usage pour les playes.
Peut-être le reméde est trop commun *;
le Public fait peu de cas de ce que la Nature lui donne avec profusion : il estime
un reméde rare , qui vient de loin , qu'il
achete chérement , et qui même lui paroît inconnu. Plusieurs aussi pensent ,
qu'un reméde aussi simple que l'eau , ne
peut avoir aucune efficacité. Pour ôter
ces préventions il a fait plusieurs expériences trois entr'autres , au mois de
Janvier de l'année derniere sur trois horames , dont l'un avoit un vieux ulcère
-sur la cheville exterieure du pied , de la
grandeur de la paume dela main. Le deuxiéme , Soldar du Régiment de Médoc ,
avoit reçû un coup de sabre sur le dos de
la main , qui lui avoit coupé les tendons
extenseurs du poignet et des doigts , et
avoit séparé les deux os du métacarpe qui
soutiennent le petit doigt et l'annulaire.
Cette playe fut suivie de fluxions et d'abcès , qui inonderent presque tout l'a- vant bras. La fiévre et le desséchement
de tout le corps , faisoient beaucoup
Fiij
,
crain .
1586 MERCURE DE FRANCE
craindre pour sa vie . Le troisiéme , autre
Soldat du même Régiment , avoit reçû
un coup d'épée à travers l'avant bras , et
avoit ouvert l'artère qui est entre les deux.
s. Il y eut bien du sang épanché dans
les muscles , et de très grandes supurations : ce blessé fut en très-mauvais état.
On fit construire une botte de cuir , dans
laquelle on mettoit de l'eau commune
chaude , pour y faire tremper la jambe
ulcerée. Le malade restoit une heure par
jour dans ce bain. Peu de jours après les
duretez des bords se fondirent , la cicatrice s'avançoit sensiblement d'un jour à
l'autre , et il fut parfaitement guéri.
On fit faire deux machines de fer blanc,
dans lesquelles les deux Soldats pûssent
tremper commodément le bras , depuis
la main jusqu'au dessus du coude. A mesure qu'on trempoit leurs playes dans
l'eau , les suppurations se vuidoient beaucoup mieux , ils remuoient plus facilement les doigts , la douleur et la fièvre
diminuoient tous les jours ; en un mot ,
ils furent entierement guéris.
Dans les personnes atteintes de carnositez , difficultez et retentions d'urine ,
Occasionnées par le séjour des glaires ,
épaisses et abondantes , on a accoûtumé
d'injecter l'huile d'amende douce ou de
lait.
JUILLET. 173201587 lait . Les huiles en général échauffent , et
se mêlent avec peine avec les glaires , les
parties butireuses du lait s'épaississent
dans l'hurétre par la chaleur des parties ,
et bouchent le passage ; ce qui a fait imaginer à M. Lamorier d'injecter l'eau com
mune tiéde , qui relâché les carnositez
et se mêlant avec les glaires , les détrempe , et les malades sont soulagezi
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Résumé : Assemblée publique de la Société Royale de Montpelier, &c. [titre d'après la table]
Le 17 février, la Société Royale des Sciences de Montpellier a organisé son Assemblée publique dans la grande salle de l'Hôtel de Ville, en présence des trois États de la Province de Languedoc. L'Académie était présidée par M. de Bernage de Saint-Maurice, Intendant de Languedoc. À sa droite se trouvaient l'Archevêque de Narbonne et l'Archevêque d'Albi, et à sa gauche, M. de Montferrier le fils, Directeur de la Compagnie. Les académiciens étaient assis sur des bancs, et les adjoints sur des chaises. La salle était comble de personnes venues écouter les mémoires présentés. M. Danyzy a présenté un mémoire sur la poussée des voûtes, analysant la force et la direction avec lesquelles les voussoirs agissent contre les pieds droits pour les renverser. Il a déterminé l'épaisseur nécessaire des pieds droits pour qu'ils soient en équilibre avec les efforts exercés. M. Chicoyneau le fils, nouvellement nommé Chancelier de l'École de Médecine et Professeur d'Anatomie et de Botanique, a partagé ses observations sur les plantes sensitives et la mécanique de leur sensibilité. Il a expliqué que les mouvements automatiques des plantes sensitives sont dus à l'élasticité des fibres et à la circulation des sucs nourriciers. Il a également observé des mouvements similaires chez les étamines de l'Opuntia et de l'Hélianthemum. M. de Plantade a lu un mémoire sur de nouvelles expériences avec le baromètre et la pesanteur de l'air, réalisées principalement dans les Pyrénées. M. Lamorier a présenté un mémoire sur l'usage de l'eau commune en chirurgie. Il a rapporté des expériences réussies où l'eau chaude a guéri des ulcères et des blessures graves chez des soldats. Il a également recommandé l'injection d'eau commune tiède pour traiter les carnossités et les difficultés urinaires, en remplacement des huiles et du lait.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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64
p. 1592-1608
PREMIRE ASSEMBLÉE PUBLIQUE de l'Académie de Chirurgie.
Début :
LE 11. du mois dernier, premier Mardy d'après la [...]
Mots clefs :
Académie royale de chirurgie, Assemblée publique, Compagnie, Carcinôme, Sang, Observations, Collique bilieuse, Rectum, Sphincter, Tumeur, Opération, Intestins, Prostate, Fistule anale
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texteReconnaissance textuelle : PREMIRE ASSEMBLÉE PUBLIQUE de l'Académie de Chirurgie.
PREMIRE ASSEMBLE'E PUBLIQUE
de l'Académie de Chirurgie.
Lay
E II. du mois dernier , premier Mard'après la Trinité , l'Académie.
Royale de Chirurgie , conformément à
ses Reglemens , tint une Assemblée publique dans la grande Sale de S. Côme.
Mr Maréchal et de la Peyronie , Premiers
Chirurgiens du Roy , et en cette qualité Présidens de l'Académie , n'ayant pû
s'y trouver , M. Petit le pere , présida
en qualité de Directeur.
M. Morand , Secretaire de l'Académie
fit l'ouverture de la Scénce par l'Histoire
de l'établissement de cette Societé. Il en
exposa le plan,, etet fit fit voir que le principal
objet de cette Compagnie é oit de perfectionner la Chirurgie par l'experience
et l'observation , en rassemblant tous les
faits de pratique qui seront communiquez par les Chirurgiens , tant du Koyaume que des Pays Etrangers.
..
11
JUILLET. 1732. r593 Il fit sentir ensuite que si pour éviter
la confusion , inséparable des nombreu
ses Assemblees , on avoit été obligé de
fixer le nombre des Académiciens ordi-.
naires à 70. cela n'empêchoit point
que tous les Mes. Chirurgiens de Paris
ne fussent veritablement du Corps de
P'Académie , puisqu'ils avoient tous le.
droit d'y prendre séance , lorsqu'ils auroient des Mémoires à lire , et que leurs
noms et leurs Ouvrages seroient imprimez sans distinction dans les Recueils
qu'on donneroit au Public.
Il ajoûta à l'occasion de certaines Critiques , qu'il suffisoit à cette nouvelle Acàdémie d'être protegée par le Roy et par
ses Ministres. Que d'ailleurs l'estime de
M.le Premier Medecin , le zele de Mies
Premiers Chirurgiens , l'Approbation de
ceux qui aiment le bien public , et lès .
Eloges de plusieurs Journalistes éclairez ,
la dédommageroient amplément de tous
les traits que l'ignorance ou l'envie роцvoient faire lancer contre elle.
M. Morand finit par une Réponse à
l'Auteur d'une These soutenue aux Ecoles de Medecine le 18. Mars dernier , dans
laquelle on avoit critiqué le Programe
publié par l'Académie sur une question
importante de Chirurgie.
C
1594 MERCURE DE FRANCE
Ce Discours , que le Public reçut favorablement , fut suivi de la lecture de
neuf Memoires ou Observations Chirurgicales. Les Chefs de l'Académie se sont
fait un devoir de témoigner leur zele.en
fournissant eux-mêmes une partie de ces
Memoires.
M. Maréchal envoya une Observation
des plus singulieres et dont voici le sujet.
Une Dame étoit sujette depuis plus de
quinze ans à des attaques de Collique
Bilieuse , et depuis dix ans , à de trèsgrandes difficultez d'aller à la selle.
Les douleurs étoient si insuportables ·
dans les derniers temps , que la Malade
ne pouvant garder aucune situation , se
roulant sur son plancher, &c. M. Maré
chal 'eut occasion de la voir dans cet état
déplorable ; et soupçonnant un ulcere
carcinomateux dans le Rectum , il mit le
doigt dans le fondement , et l'ayant
porté aussi , haut qu'il lui fut possible , il
sentit un corps étranger solide. C'étoit
une pierre d'un volume si considerable ,
qu'il fallut pour en faire l'extraction
non-seulement dilater l'Anus , mais encore l'inciser en plusieurs endroits. Il ne
falloit pas une main moins habile que
celle de M. Maréchal ,. pour réussir dans
une operation qui demandoit tant de
ména -
JUILLET. 1732. 1595
ménagement et de dexterité. Un mois
après la Malade fut parfaitement guérie.
On fit après la lecture d'un Memoire
envoyé par M. de la Peyronie. La Cure
dont ce Memoire contient le détail , prouve qu'un courage éclairé peut souvent trouver dans l'Art des ressources pour les'
maladies les plus desesperées.
Un homme âgé de 63. ans , étoit attaqué depuis près de trente , d'une Hernie
qu'il avoit jusqu'alors contenue avec succès , au moyen d'un Bandage ; mais ayant
négligé de s'en servir depuis deux ans ,
il tomba dans l'accident de l'étranglement. Il n'eut recours à M. de la Peyronie que le huitième jour de l'accident,
et quoiqu'alors l'augmentation considerable de la tumeur , sa tension et celle
de tout le ventre , la violence des dou
leurs , le hoquet , le poux concentré , la
lividité et pourriture , qui déja avoient
paru à l'extremité de la tumeur , et qui
permettoient la sortie des matieres fœcales ; quoique tous ces desordres annonÇassent une mort prochaine, M.de la Pey.
ronie espera assez du secours de la Chirurgie pour entreprendre l'Operation.
Ayant ouvert le sac hernaire dans toute
son étendue , il trouva six ou sept pou--
ces des Intestins grêles , entierement gangrencz
1595 MERCURE DE FRANCE
grenez et criblez de trous qui laissoient ·
sortir les mitieres focales. Il dilata l'anneau ; et après avoir tiré un peu les Intestins pour s'assurer du progrès de la
gangrene , il emporta toute la portion du
canal qui parut être gangrennée au point
de ne pouvoir être ranimée. Il fit ensuite
au Mezentere un pli ; de façon à boucher les deux bouts flotants de l'Intestin,
et par un point d'ég ille fait à ce pli ,
il assujettit les deux bouches du canal
intestinal. Il fit enfin avec les extrémi
tez du fil une anse qui resta au dehors
et servit à retenir vers le haut de la playe
l'ouverture de l'intestin ; précaution sans
laquelle cet intestin qui n'avoit contracté
aucune adherince aux environs de l'anneau, eût pû faire dans la cavité du ventre
un épanchement des matieres fœcales qui,
ût été mortel. On eut grand soin dans
les pansemens de leur laisser une issue libre.
Le 25 jour de l'Operation , le lien du Me,
zentere se sépara , et au bout de six se,
maines les excremens ne sortirent plus
avec la même abondance , le Malide en
ren lant une partie par les voyes ordi
naires. La playe n'a cependant êté entie,
rement cicatrisée qu'au bout de quatre
mois, et après que le Malade se fut ré.
duit à une nourriture très-legere et prise
en temps éloignez .
3
JUILLET. 1732. 1597
Cette maladie , toute fâcheuse qu'on
vient de la représenter , étoit encore compliquée d'un gonflement très- ancien et
très- considerable au Testicule , qu'on fut
obligé d'emporter , malgré la grosseur
du cordon spermatique qui avoit près
de deux pouces de diametre et dont l'engorgement se continuoit fort avant dans
le ventre. M. de la Peyronie lia le cordon
à la hauteur des anneaux , et il le coupa
un pouce au dessous. Cette premiere ligature,quoiqu'extrêmement serrée, s'étant
lâchée , et un champignon fort gros
et qui parossoit carcinomateux , s'étant
élevé de l'extremité du cordon coupé ,
il fit au bout de quelques jours une nou
-velle ligature, et emporta ce champignon.
Le 18mejour cette derniere ligature tomba et le cordon se dégorgea entierement
par la suppuration. M. de la Peyronie
fait observer que ce gonflement étoit la
suite d'une cause externe.
Les bornes d'un Extrait ne nous permettent point de faire mention du reste du
Memoire ni des excellentes Reflexions qui
le terminent. Nous avertirons seulement
qu'à l'égard de la gangrene de l'Intestin ,
M.de la Peyronie a plus d'une fois mis heureusement en pratique la Méthode qu'il expose. Il est même fait mention dans l'Histoire
1598 MERCURE DE FRANCE
toire de l'Académie Royale des Sciences ,
année 1723. des suites heureuses d'une
semblable Operation qu'il fit en 1712
M. Petit lût ensuite l'histoire d'une Fiştule au Périné , pour laquelle on avoit
fait deux fois , sans succès , l'opération
dans la Province , et qu'il a cependant
guérie radicalement , ayant reconnu ce qui
avoit empêché de réussir dans les deux
premieres opérations. La Fistule au Périné dont il s'agit , étoit la suite de l'ouverture d'un dépôt gangréneux , formé
en conséquence d'une retention d'urine.
M. Petit , en examinant le malade , observa que la partie antérieure de l'Anus
étoit aussi dure que les environs de la Fistule , et que la prostate étoit le centre
de la dureté, qui s'étendoir si avant, qu'a
vec le doigt mis dans le fondement, on ne
pouvoit en sentir les bornes. Il reconnut
par des sign's certains que cette dureté
avoit une cause vénérienne. Il reconnut
encore que le trou interne de la Fistule
étoit au delà du Sphincter , parce que le
malade , sans être averti du besoin d'u
riner , et sans faire aucun effort , rendoit
continuellement la plus grande partie de
ses urines par le trou de la Fistule , et
sans en rendre par la Verge , ou du moins
s'il urinoit par la Verge, c'étoit toujours
Yo-
JUILLET. 1732. 15999
*
volontairement, et lorsqu'il y étoit excité
par le résidu des urines 3 par cet examen
M. Petit comprit qu'il ne guériroit jamais cette Fistule , si avant que de faire
l'opération , il ne commençoit par dé--
truire le Virus Vénérien , et si en second
lieu , dans l'opération ( dont il décrit le
manuel ) il n'incisoit la Prostate , pour
comprendre dans l'incision , le trou interne de la Fistule. Il a agi en conséquence , et le malade a été parfaitement
guéri.
Ce Mémoire parut d'autant plus utile ,
que pour l'ordinaire dans le traitement
de la maladie , qui en fait le sujet , et qui
est fort commune , on ne fait point assezd'attention aux circonstances que M. Petit expose dans son observation , et qui
dans des cas semblables , déterminent la
seule voïe possible de guérison.
La quatriéme Observation est de M
Malaval , Vice - Directeur de l'Académie.
Un homme, âgé de 25 ans , fut, après de
vives douleurs , attaqué d'une Exortose
tres considérable, à la tête du Peroné. Cette
Exortose ayant paru dès son commencement tenir du Carcinome ; M. Malaval
sentit la nécessité d'amputer la Cuisse ;
cependantcommeil y avoit de justes soup
çons de Vérole , il fit , avant l'opération ;
passer
1600 MERCURE DE FRANCE
passer le malade par le grand remede , ce
qui calma beaucoup ses douleurs , et lui
fendit le sommeil qu'il avoit entierement
perdu. M. Malaval fit ensuite l'opération ; mais peu de jours après les élancemens , qui se firent sentir dans la plaïe
et la mauvaise qualité des suppurations ,
qui étoient de couleur verdâtre , confirmerent les craintes qu'il avoit d'abord
conçû au sujet du Levain Cancereux ; cependant après avoir donné des remedes
propres à corriger et à adoucir la Limphe , l'exfoliation de l'os se fit, et fut avec
assez de difficulté suivie de la Cicatrice:
Après 18 mois d'une assez bonne santé, le
malade fut attaqué d'une toux séche et
fréquente. Deux mois après , la fièvre
survint , avec un crachement de sang. Oir
employa , sans succès , les remedes qui
paroissoient les mieux indiquez. La fiés
vre, d'aiguë qu'elle étoit , devint lente ; l'enflure clemateuse ; et de suite tous
les signes de l'hydropisie de poitrine parurent. M. Malaval fit la ponction avec
le Troiscart, & tira environ trois pintes
d'une sérosité sanguinolente. La poitrine.
s'étant de nouveau remplie , il l'ouvrit
cette fois avec le Bistouri , et il évacua
deux pintes d'une sérosité . semblable à
la premiere , et à des Laveures de chair .
mal-
.
JUILLET. 1732. 1601
malgré tous ces secours , le malade mourut peu de jours après , et on trouva par
Fouverture du Cadavre que le Poulmon
éroit presque totalement osseux et carcinomateux.
: Cette observation donne lieu à M. Malaval de faire des réfléxions: 1 °. Sur ceque
le Levain carcinomateux attaque indifferemment toutes les parties : 20. Sur ce
qu'il est tres - difficile , pour ne pas dire
impossible , de détruire ce Levain , parvenu à un certain dégré: 3°. Sur ce que
la salivation que quelques Auteurs ont
vantée pour la guérison des Cancers, n'est
d'aucune ressource contre ce mal. Enfin
surce que dansles soupçons légitimes d'épanchement d'eau dans la poitrine , la
ponction qu'on n'entreprend que rarement , pourroit être plus fréquemment
employée.
Le Mémoirè suivant est de M. Houstet; il renferme plusieurs expérience qui
prouvent qu'il se trouve dans la Vessie des
Pierres situées de façon à ne pouvoir être
tirées, et qu'il est par conséquent plus avan- tageux d'abandonner que de s'opiniâtrer
à en faire l'extraction. Dans la premiere
de ces observations , M. Houstet rapporte qu'un homme , âgé de 76 ans , qui
Souffroit des douleurs très- vives au Périné
601 MERCURE DE FRANCE
riné , en conséquence de Pierre dans la
Vessie , le pressa de le tailler. Il fit l'opération au grand appareil , et elle fut treslaborieuse , tant à cause d'un gonflement
et d'une dureté extraordinaire à la Prostate , qu'à cause de deux Champignons et
de trois Pierres , dont il fallut faire l'extraction à differentes reprises. Quoi qu'il
sentit encore des Pierres ; il fit remettre
le malade au lit , dans la crainte de le
trop fatiguer ; mais malgré ce ménagement , le malade mourut le cinquiéme
jour de l'opération. A l'ouverture du Cadavre on observa entr'autres choses , que
le fond de la Vessie étoit parsemé dans
toute sa circonference de plusieurs embouchures , qui conduisoient dans des cavitez ou célules , dont le fond étoit beaucoup plus large que l'entrée. Plusieurs de
ces Célules ou Loges consenoient des Pierres parmi lesquelles on en distinguoit
trois , d'un volume médiocre , lisses et
polies , ayant quatre ou cinq facettes et
pareilles à celles qu'on avoit tirées dans l'opération.Ces Pierres étoient retenuës chacune dans leur cavité particuliere ; l'entrée de ces Célules étant fort étroite , et
les Pierres ne présentant qu'un de leurs
angles , ou une de leurs facettes , sans saillies ; il étoit , dit M. Houstot , impossible
JUILLET. 1732. 1603
ble de les charger, quoiqu'on put les toucher avec le bout des Tenettes.
Il rassemble à la suite de cette observation un grand nombre de faits , dont il a
eu connoissance , et qui tous se rapportent à l'impossibilité qu'il y a dans certains
cas , de charger et de tirer la Pierre ; soit
parce qu'elle se trouve engagée dans des
Loges ou prolongemens du Corps de la
Vessie , soit parce qu'elle est retenue par
des replis ou des brides de la membrane
interne.
Al'égard des Pierres Enkistées , du genre de celles dont il est question dans la
premiere observation , il pense que la Célule s'est formée d'abord , et qu'ensuite
quelque petit Gravier qui s'y est insinué,
y grossit et que la cavité de la Celule augmente à mesure ; ayant observé que ces
Célules ne succedent guéres qu'aux retentions d'urines , il les regarde comme des
especes de Hernies de la membrane interne de la Vessie , qui dans la dilatation ,
a forcé l'intervale des Fibres charnuës.
Il prétend que ces Vessies à célules , à
poches et à brides ne sont point si rares
qu'on l'avoit cru jusqu'à present. Il fonde
son sentiment sur ce qu'il a observé đans
T'ouverture d'un grand nombre de personnes mortes de maladie de Vessie; et il
conclud
1604 MERCURE DE FRANCE
conclud de ces observations que généralement dans toutes les opérations de la taille,
la prudence exige qu'avant que d'essayer
de charger et d'extraire la Pierre , on reconnoisse autant qu'il est possible, avec le
doigt , l'état de la Vessie. Si l'on trouve la
Pierre engagée dans quelque Kiste ou Célule , on doit tâcher de la déchatoner, s'il
est possible , avec le doigt ; mais si le
doigt ne peut y atteindre, ou si l'on trouve des obstacles insurmontables , le Chirurgien , sans fatiguer inutilement le malade , ou plutôt sans faire des tentatives
périlleuses, doit alors abandonner la Pierre, qui quelquefois se détache d'elle- même ,dans la suite des pansemens , tant
par la suppuration que par les injections
Long-temps continuces.
Ces observations ne sont point seulement curieuses , elles paroissent pouvoir
être d'une grande utilité , par les conséquences que l'Auteur en tire pour la
tique,
praLe sixième Mémoire est de M. Caumont. C'est une observation sur un écra
sement des doigts du milieu et annulaire
de la main , dont les deux dernieres phalanges étoient fracturées en plusieurs piéces , avec déplacement , les articulations
découvertes , dix lignes de l'extrêmité des
tendons
JUILLET. 1732 1605
tendons extenseurs déchirées et entierement emportées , enfin la peau détruite
depuis le milieu de la seconde Phalange ,
jusqu'à la racine de l'ongle.
M. Caumont n'espera pas d'abord
pouvoir conserver l'extrêmité de ces
doigts , ou du moins la mobilité de leurs
Phalanges. L' Anchilose étoit à craindre ,
et d'ailleurs une portion considérable des
tendons extenseurs ayant été emportée ,
et les bouts restans n'ayant pû être raprochez que jusqu'au bord des articulations,
il ne voyoit point à quoi ces bouts de tendons coupez pourroient s'attacher. Il pansa cependant si artistement cette playe ,
qu'il vit au bout de quelques jours s'élever sur la surface des os , une chair loüable et grenuë, qui couvroit les articulations. Les os fracturez se sont aussi consolidez , les articulations se sont raffermies
sans Anchiloses , la peau s'est cicatrisée
et ce qui paroît le plus remarquable à M.
Caumont, l'union de toutes ces parties
entr'elles , a fourni un point d'attache à
chaque tendon' ; de sorte que les mouvemens de fléxion et d'extension , s'exécutent aujourd'hui dans toutes ces Phalangés , presque avec la même liberté
qu'avant l'accident.
La septiéme observation roule sur une
G playe
150 MERCURE DE FRANCE
playe contuse au ply du bras , laquelle fut
accompagnée d'accidens très funestes . M.
Gravier , qui rapporte ce fait , fut obligé
de couper le tendon du Biceps à la fin du
corps charnu de ce muscle , et assés près
de son insertion au Radius. Ce tendon
avoit tellement souffert , qu'en l'emportant ainsi presque tout entier , on ne fit
guére que prévenir la séparation qui s'en
seroit faite naturellement par la mortification , s'il eut été permis de l'attendre. La
cure a été si heureuse , que malgré la perte du tendon du Biceps , le malade porte
l'avant bras dans le dernier dégré de fléxion et est capable des plus grands efforts.
Sur cela M.Gravier s'étonne que dans des
rapports faits en justice sur la piquure du
tendon , ou de l'Aponeurose du Biceps , à
P'occasion de la saignée on air quelquefois
décidé de l'invalidité du bras , sur la símple apparence des accidens qu'il rapporte.
Un Emphiseme de cause interne , fait le
sujet de la huitiéme observation , donnée
par M. Lombard. Une fille , âgée de six
ans et demi, fut attaquée d'une fluxion
de poitrine , qui fut suivie de la petite
Vérole ; mais quoique bien guérie , en
apparence, elle commença environ un an
après à devenir languissante, et à se plaindre de la poitrine , et au bout de quatre
mois
JUILLET. 17320 1607
mois il lui survint subitement une enAure considérable à la poitrine.
M. Lombard fut appellé , il trouva le
poux extrêmement foible , la respiration
lente et difficile, et l'enflure extrêmement
douloureuse ; il reconnut que cette enflute qui s'étoit étendue sur tout le bas-ventre , étoit un Emphiséme. Il conçut dèslors que la Plevre et lePoumon ayant contracté quelque adhérence , il s'y étoit pû
faire une suppuration , dont la suite avoit
été la destruction de la Plévre des muscles
intercostaux de la membrane interne du
Poumon , et l'ouverture de quelques Vé
sicules,ou de quelques Rameaux des Bronches , de sorte que l'air contenu dans le
Poumon, avoit pû s'infiltrer en partie danş
les Célules graisseuses , dans le tissu célulaire des muscles de l'extérieur de la poitrine,et delà dans toutes les Célules voisines
Dans cette idée , il se préparoit à faire
l'opération de l'Empiéme , en consultant
les signes qui pouvoient désigner l'endroit le plus convenable pour ouvrir la
poitrine ; mais l'oppression de la malade
augmenta si fort,qu'elle la suffoqua avant
qu'oncur pûemployer ce secours. Les conjectures de M. Lombard se trouverent en- tierement confirmées par l'ouverture du
Cadavre.c
V Gij Le
1608 MERCURE DE FRANCE
< و
Le neuvième et dernier Mémoire , est
une observation donnée par M.Chauvin,
sur une fracture du Crâne , suivie d'épanchement sur la dure-mere , et d'une fusée
purulente , pour laquelle il fut obligé de
faire une contre - ouverture ou trépan
éloigné de ceux qu'il avoit d'abord appliqué à l'endroit fracturé. M. Chauvin
sauva par cette manoeuvre l'application
d'un grand nombre de trepans. Les matieres épanchées ayant de la pente et l'issue libre , la dure- mere se recolla trespromptement à toute la portion de l'os ,
ou se trouvoit entre le premier et le second trépan , et il n'y cut d'autres exfoliations que celles qui arrivent ordinai
rement à la circonférence des trépans.
On nous pardonnera , sans doute , d'avoir donné un si long Extrait de ces observations. Rien de ce qui peut contribuer
à la conservation de la vie des hommes ,
ne nous paroît indifferent; du reste , c'est
au public à juger , par les Extraits que
nous venons de donner, si l'application
des Chirurgiens à enrichir leur Art de
semblables observations , n'est pas la réponse la plus solide qu'ils puissent faire
aux critiques qui ont parû contr'eux
de l'Académie de Chirurgie.
Lay
E II. du mois dernier , premier Mard'après la Trinité , l'Académie.
Royale de Chirurgie , conformément à
ses Reglemens , tint une Assemblée publique dans la grande Sale de S. Côme.
Mr Maréchal et de la Peyronie , Premiers
Chirurgiens du Roy , et en cette qualité Présidens de l'Académie , n'ayant pû
s'y trouver , M. Petit le pere , présida
en qualité de Directeur.
M. Morand , Secretaire de l'Académie
fit l'ouverture de la Scénce par l'Histoire
de l'établissement de cette Societé. Il en
exposa le plan,, etet fit fit voir que le principal
objet de cette Compagnie é oit de perfectionner la Chirurgie par l'experience
et l'observation , en rassemblant tous les
faits de pratique qui seront communiquez par les Chirurgiens , tant du Koyaume que des Pays Etrangers.
..
11
JUILLET. 1732. r593 Il fit sentir ensuite que si pour éviter
la confusion , inséparable des nombreu
ses Assemblees , on avoit été obligé de
fixer le nombre des Académiciens ordi-.
naires à 70. cela n'empêchoit point
que tous les Mes. Chirurgiens de Paris
ne fussent veritablement du Corps de
P'Académie , puisqu'ils avoient tous le.
droit d'y prendre séance , lorsqu'ils auroient des Mémoires à lire , et que leurs
noms et leurs Ouvrages seroient imprimez sans distinction dans les Recueils
qu'on donneroit au Public.
Il ajoûta à l'occasion de certaines Critiques , qu'il suffisoit à cette nouvelle Acàdémie d'être protegée par le Roy et par
ses Ministres. Que d'ailleurs l'estime de
M.le Premier Medecin , le zele de Mies
Premiers Chirurgiens , l'Approbation de
ceux qui aiment le bien public , et lès .
Eloges de plusieurs Journalistes éclairez ,
la dédommageroient amplément de tous
les traits que l'ignorance ou l'envie роцvoient faire lancer contre elle.
M. Morand finit par une Réponse à
l'Auteur d'une These soutenue aux Ecoles de Medecine le 18. Mars dernier , dans
laquelle on avoit critiqué le Programe
publié par l'Académie sur une question
importante de Chirurgie.
C
1594 MERCURE DE FRANCE
Ce Discours , que le Public reçut favorablement , fut suivi de la lecture de
neuf Memoires ou Observations Chirurgicales. Les Chefs de l'Académie se sont
fait un devoir de témoigner leur zele.en
fournissant eux-mêmes une partie de ces
Memoires.
M. Maréchal envoya une Observation
des plus singulieres et dont voici le sujet.
Une Dame étoit sujette depuis plus de
quinze ans à des attaques de Collique
Bilieuse , et depuis dix ans , à de trèsgrandes difficultez d'aller à la selle.
Les douleurs étoient si insuportables ·
dans les derniers temps , que la Malade
ne pouvant garder aucune situation , se
roulant sur son plancher, &c. M. Maré
chal 'eut occasion de la voir dans cet état
déplorable ; et soupçonnant un ulcere
carcinomateux dans le Rectum , il mit le
doigt dans le fondement , et l'ayant
porté aussi , haut qu'il lui fut possible , il
sentit un corps étranger solide. C'étoit
une pierre d'un volume si considerable ,
qu'il fallut pour en faire l'extraction
non-seulement dilater l'Anus , mais encore l'inciser en plusieurs endroits. Il ne
falloit pas une main moins habile que
celle de M. Maréchal ,. pour réussir dans
une operation qui demandoit tant de
ména -
JUILLET. 1732. 1595
ménagement et de dexterité. Un mois
après la Malade fut parfaitement guérie.
On fit après la lecture d'un Memoire
envoyé par M. de la Peyronie. La Cure
dont ce Memoire contient le détail , prouve qu'un courage éclairé peut souvent trouver dans l'Art des ressources pour les'
maladies les plus desesperées.
Un homme âgé de 63. ans , étoit attaqué depuis près de trente , d'une Hernie
qu'il avoit jusqu'alors contenue avec succès , au moyen d'un Bandage ; mais ayant
négligé de s'en servir depuis deux ans ,
il tomba dans l'accident de l'étranglement. Il n'eut recours à M. de la Peyronie que le huitième jour de l'accident,
et quoiqu'alors l'augmentation considerable de la tumeur , sa tension et celle
de tout le ventre , la violence des dou
leurs , le hoquet , le poux concentré , la
lividité et pourriture , qui déja avoient
paru à l'extremité de la tumeur , et qui
permettoient la sortie des matieres fœcales ; quoique tous ces desordres annonÇassent une mort prochaine, M.de la Pey.
ronie espera assez du secours de la Chirurgie pour entreprendre l'Operation.
Ayant ouvert le sac hernaire dans toute
son étendue , il trouva six ou sept pou--
ces des Intestins grêles , entierement gangrencz
1595 MERCURE DE FRANCE
grenez et criblez de trous qui laissoient ·
sortir les mitieres focales. Il dilata l'anneau ; et après avoir tiré un peu les Intestins pour s'assurer du progrès de la
gangrene , il emporta toute la portion du
canal qui parut être gangrennée au point
de ne pouvoir être ranimée. Il fit ensuite
au Mezentere un pli ; de façon à boucher les deux bouts flotants de l'Intestin,
et par un point d'ég ille fait à ce pli ,
il assujettit les deux bouches du canal
intestinal. Il fit enfin avec les extrémi
tez du fil une anse qui resta au dehors
et servit à retenir vers le haut de la playe
l'ouverture de l'intestin ; précaution sans
laquelle cet intestin qui n'avoit contracté
aucune adherince aux environs de l'anneau, eût pû faire dans la cavité du ventre
un épanchement des matieres fœcales qui,
ût été mortel. On eut grand soin dans
les pansemens de leur laisser une issue libre.
Le 25 jour de l'Operation , le lien du Me,
zentere se sépara , et au bout de six se,
maines les excremens ne sortirent plus
avec la même abondance , le Malide en
ren lant une partie par les voyes ordi
naires. La playe n'a cependant êté entie,
rement cicatrisée qu'au bout de quatre
mois, et après que le Malade se fut ré.
duit à une nourriture très-legere et prise
en temps éloignez .
3
JUILLET. 1732. 1597
Cette maladie , toute fâcheuse qu'on
vient de la représenter , étoit encore compliquée d'un gonflement très- ancien et
très- considerable au Testicule , qu'on fut
obligé d'emporter , malgré la grosseur
du cordon spermatique qui avoit près
de deux pouces de diametre et dont l'engorgement se continuoit fort avant dans
le ventre. M. de la Peyronie lia le cordon
à la hauteur des anneaux , et il le coupa
un pouce au dessous. Cette premiere ligature,quoiqu'extrêmement serrée, s'étant
lâchée , et un champignon fort gros
et qui parossoit carcinomateux , s'étant
élevé de l'extremité du cordon coupé ,
il fit au bout de quelques jours une nou
-velle ligature, et emporta ce champignon.
Le 18mejour cette derniere ligature tomba et le cordon se dégorgea entierement
par la suppuration. M. de la Peyronie
fait observer que ce gonflement étoit la
suite d'une cause externe.
Les bornes d'un Extrait ne nous permettent point de faire mention du reste du
Memoire ni des excellentes Reflexions qui
le terminent. Nous avertirons seulement
qu'à l'égard de la gangrene de l'Intestin ,
M.de la Peyronie a plus d'une fois mis heureusement en pratique la Méthode qu'il expose. Il est même fait mention dans l'Histoire
1598 MERCURE DE FRANCE
toire de l'Académie Royale des Sciences ,
année 1723. des suites heureuses d'une
semblable Operation qu'il fit en 1712
M. Petit lût ensuite l'histoire d'une Fiştule au Périné , pour laquelle on avoit
fait deux fois , sans succès , l'opération
dans la Province , et qu'il a cependant
guérie radicalement , ayant reconnu ce qui
avoit empêché de réussir dans les deux
premieres opérations. La Fistule au Périné dont il s'agit , étoit la suite de l'ouverture d'un dépôt gangréneux , formé
en conséquence d'une retention d'urine.
M. Petit , en examinant le malade , observa que la partie antérieure de l'Anus
étoit aussi dure que les environs de la Fistule , et que la prostate étoit le centre
de la dureté, qui s'étendoir si avant, qu'a
vec le doigt mis dans le fondement, on ne
pouvoit en sentir les bornes. Il reconnut
par des sign's certains que cette dureté
avoit une cause vénérienne. Il reconnut
encore que le trou interne de la Fistule
étoit au delà du Sphincter , parce que le
malade , sans être averti du besoin d'u
riner , et sans faire aucun effort , rendoit
continuellement la plus grande partie de
ses urines par le trou de la Fistule , et
sans en rendre par la Verge , ou du moins
s'il urinoit par la Verge, c'étoit toujours
Yo-
JUILLET. 1732. 15999
*
volontairement, et lorsqu'il y étoit excité
par le résidu des urines 3 par cet examen
M. Petit comprit qu'il ne guériroit jamais cette Fistule , si avant que de faire
l'opération , il ne commençoit par dé--
truire le Virus Vénérien , et si en second
lieu , dans l'opération ( dont il décrit le
manuel ) il n'incisoit la Prostate , pour
comprendre dans l'incision , le trou interne de la Fistule. Il a agi en conséquence , et le malade a été parfaitement
guéri.
Ce Mémoire parut d'autant plus utile ,
que pour l'ordinaire dans le traitement
de la maladie , qui en fait le sujet , et qui
est fort commune , on ne fait point assezd'attention aux circonstances que M. Petit expose dans son observation , et qui
dans des cas semblables , déterminent la
seule voïe possible de guérison.
La quatriéme Observation est de M
Malaval , Vice - Directeur de l'Académie.
Un homme, âgé de 25 ans , fut, après de
vives douleurs , attaqué d'une Exortose
tres considérable, à la tête du Peroné. Cette
Exortose ayant paru dès son commencement tenir du Carcinome ; M. Malaval
sentit la nécessité d'amputer la Cuisse ;
cependantcommeil y avoit de justes soup
çons de Vérole , il fit , avant l'opération ;
passer
1600 MERCURE DE FRANCE
passer le malade par le grand remede , ce
qui calma beaucoup ses douleurs , et lui
fendit le sommeil qu'il avoit entierement
perdu. M. Malaval fit ensuite l'opération ; mais peu de jours après les élancemens , qui se firent sentir dans la plaïe
et la mauvaise qualité des suppurations ,
qui étoient de couleur verdâtre , confirmerent les craintes qu'il avoit d'abord
conçû au sujet du Levain Cancereux ; cependant après avoir donné des remedes
propres à corriger et à adoucir la Limphe , l'exfoliation de l'os se fit, et fut avec
assez de difficulté suivie de la Cicatrice:
Après 18 mois d'une assez bonne santé, le
malade fut attaqué d'une toux séche et
fréquente. Deux mois après , la fièvre
survint , avec un crachement de sang. Oir
employa , sans succès , les remedes qui
paroissoient les mieux indiquez. La fiés
vre, d'aiguë qu'elle étoit , devint lente ; l'enflure clemateuse ; et de suite tous
les signes de l'hydropisie de poitrine parurent. M. Malaval fit la ponction avec
le Troiscart, & tira environ trois pintes
d'une sérosité sanguinolente. La poitrine.
s'étant de nouveau remplie , il l'ouvrit
cette fois avec le Bistouri , et il évacua
deux pintes d'une sérosité . semblable à
la premiere , et à des Laveures de chair .
mal-
.
JUILLET. 1732. 1601
malgré tous ces secours , le malade mourut peu de jours après , et on trouva par
Fouverture du Cadavre que le Poulmon
éroit presque totalement osseux et carcinomateux.
: Cette observation donne lieu à M. Malaval de faire des réfléxions: 1 °. Sur ceque
le Levain carcinomateux attaque indifferemment toutes les parties : 20. Sur ce
qu'il est tres - difficile , pour ne pas dire
impossible , de détruire ce Levain , parvenu à un certain dégré: 3°. Sur ce que
la salivation que quelques Auteurs ont
vantée pour la guérison des Cancers, n'est
d'aucune ressource contre ce mal. Enfin
surce que dansles soupçons légitimes d'épanchement d'eau dans la poitrine , la
ponction qu'on n'entreprend que rarement , pourroit être plus fréquemment
employée.
Le Mémoirè suivant est de M. Houstet; il renferme plusieurs expérience qui
prouvent qu'il se trouve dans la Vessie des
Pierres situées de façon à ne pouvoir être
tirées, et qu'il est par conséquent plus avan- tageux d'abandonner que de s'opiniâtrer
à en faire l'extraction. Dans la premiere
de ces observations , M. Houstet rapporte qu'un homme , âgé de 76 ans , qui
Souffroit des douleurs très- vives au Périné
601 MERCURE DE FRANCE
riné , en conséquence de Pierre dans la
Vessie , le pressa de le tailler. Il fit l'opération au grand appareil , et elle fut treslaborieuse , tant à cause d'un gonflement
et d'une dureté extraordinaire à la Prostate , qu'à cause de deux Champignons et
de trois Pierres , dont il fallut faire l'extraction à differentes reprises. Quoi qu'il
sentit encore des Pierres ; il fit remettre
le malade au lit , dans la crainte de le
trop fatiguer ; mais malgré ce ménagement , le malade mourut le cinquiéme
jour de l'opération. A l'ouverture du Cadavre on observa entr'autres choses , que
le fond de la Vessie étoit parsemé dans
toute sa circonference de plusieurs embouchures , qui conduisoient dans des cavitez ou célules , dont le fond étoit beaucoup plus large que l'entrée. Plusieurs de
ces Célules ou Loges consenoient des Pierres parmi lesquelles on en distinguoit
trois , d'un volume médiocre , lisses et
polies , ayant quatre ou cinq facettes et
pareilles à celles qu'on avoit tirées dans l'opération.Ces Pierres étoient retenuës chacune dans leur cavité particuliere ; l'entrée de ces Célules étant fort étroite , et
les Pierres ne présentant qu'un de leurs
angles , ou une de leurs facettes , sans saillies ; il étoit , dit M. Houstot , impossible
JUILLET. 1732. 1603
ble de les charger, quoiqu'on put les toucher avec le bout des Tenettes.
Il rassemble à la suite de cette observation un grand nombre de faits , dont il a
eu connoissance , et qui tous se rapportent à l'impossibilité qu'il y a dans certains
cas , de charger et de tirer la Pierre ; soit
parce qu'elle se trouve engagée dans des
Loges ou prolongemens du Corps de la
Vessie , soit parce qu'elle est retenue par
des replis ou des brides de la membrane
interne.
Al'égard des Pierres Enkistées , du genre de celles dont il est question dans la
premiere observation , il pense que la Célule s'est formée d'abord , et qu'ensuite
quelque petit Gravier qui s'y est insinué,
y grossit et que la cavité de la Celule augmente à mesure ; ayant observé que ces
Célules ne succedent guéres qu'aux retentions d'urines , il les regarde comme des
especes de Hernies de la membrane interne de la Vessie , qui dans la dilatation ,
a forcé l'intervale des Fibres charnuës.
Il prétend que ces Vessies à célules , à
poches et à brides ne sont point si rares
qu'on l'avoit cru jusqu'à present. Il fonde
son sentiment sur ce qu'il a observé đans
T'ouverture d'un grand nombre de personnes mortes de maladie de Vessie; et il
conclud
1604 MERCURE DE FRANCE
conclud de ces observations que généralement dans toutes les opérations de la taille,
la prudence exige qu'avant que d'essayer
de charger et d'extraire la Pierre , on reconnoisse autant qu'il est possible, avec le
doigt , l'état de la Vessie. Si l'on trouve la
Pierre engagée dans quelque Kiste ou Célule , on doit tâcher de la déchatoner, s'il
est possible , avec le doigt ; mais si le
doigt ne peut y atteindre, ou si l'on trouve des obstacles insurmontables , le Chirurgien , sans fatiguer inutilement le malade , ou plutôt sans faire des tentatives
périlleuses, doit alors abandonner la Pierre, qui quelquefois se détache d'elle- même ,dans la suite des pansemens , tant
par la suppuration que par les injections
Long-temps continuces.
Ces observations ne sont point seulement curieuses , elles paroissent pouvoir
être d'une grande utilité , par les conséquences que l'Auteur en tire pour la
tique,
praLe sixième Mémoire est de M. Caumont. C'est une observation sur un écra
sement des doigts du milieu et annulaire
de la main , dont les deux dernieres phalanges étoient fracturées en plusieurs piéces , avec déplacement , les articulations
découvertes , dix lignes de l'extrêmité des
tendons
JUILLET. 1732 1605
tendons extenseurs déchirées et entierement emportées , enfin la peau détruite
depuis le milieu de la seconde Phalange ,
jusqu'à la racine de l'ongle.
M. Caumont n'espera pas d'abord
pouvoir conserver l'extrêmité de ces
doigts , ou du moins la mobilité de leurs
Phalanges. L' Anchilose étoit à craindre ,
et d'ailleurs une portion considérable des
tendons extenseurs ayant été emportée ,
et les bouts restans n'ayant pû être raprochez que jusqu'au bord des articulations,
il ne voyoit point à quoi ces bouts de tendons coupez pourroient s'attacher. Il pansa cependant si artistement cette playe ,
qu'il vit au bout de quelques jours s'élever sur la surface des os , une chair loüable et grenuë, qui couvroit les articulations. Les os fracturez se sont aussi consolidez , les articulations se sont raffermies
sans Anchiloses , la peau s'est cicatrisée
et ce qui paroît le plus remarquable à M.
Caumont, l'union de toutes ces parties
entr'elles , a fourni un point d'attache à
chaque tendon' ; de sorte que les mouvemens de fléxion et d'extension , s'exécutent aujourd'hui dans toutes ces Phalangés , presque avec la même liberté
qu'avant l'accident.
La septiéme observation roule sur une
G playe
150 MERCURE DE FRANCE
playe contuse au ply du bras , laquelle fut
accompagnée d'accidens très funestes . M.
Gravier , qui rapporte ce fait , fut obligé
de couper le tendon du Biceps à la fin du
corps charnu de ce muscle , et assés près
de son insertion au Radius. Ce tendon
avoit tellement souffert , qu'en l'emportant ainsi presque tout entier , on ne fit
guére que prévenir la séparation qui s'en
seroit faite naturellement par la mortification , s'il eut été permis de l'attendre. La
cure a été si heureuse , que malgré la perte du tendon du Biceps , le malade porte
l'avant bras dans le dernier dégré de fléxion et est capable des plus grands efforts.
Sur cela M.Gravier s'étonne que dans des
rapports faits en justice sur la piquure du
tendon , ou de l'Aponeurose du Biceps , à
P'occasion de la saignée on air quelquefois
décidé de l'invalidité du bras , sur la símple apparence des accidens qu'il rapporte.
Un Emphiseme de cause interne , fait le
sujet de la huitiéme observation , donnée
par M. Lombard. Une fille , âgée de six
ans et demi, fut attaquée d'une fluxion
de poitrine , qui fut suivie de la petite
Vérole ; mais quoique bien guérie , en
apparence, elle commença environ un an
après à devenir languissante, et à se plaindre de la poitrine , et au bout de quatre
mois
JUILLET. 17320 1607
mois il lui survint subitement une enAure considérable à la poitrine.
M. Lombard fut appellé , il trouva le
poux extrêmement foible , la respiration
lente et difficile, et l'enflure extrêmement
douloureuse ; il reconnut que cette enflute qui s'étoit étendue sur tout le bas-ventre , étoit un Emphiséme. Il conçut dèslors que la Plevre et lePoumon ayant contracté quelque adhérence , il s'y étoit pû
faire une suppuration , dont la suite avoit
été la destruction de la Plévre des muscles
intercostaux de la membrane interne du
Poumon , et l'ouverture de quelques Vé
sicules,ou de quelques Rameaux des Bronches , de sorte que l'air contenu dans le
Poumon, avoit pû s'infiltrer en partie danş
les Célules graisseuses , dans le tissu célulaire des muscles de l'extérieur de la poitrine,et delà dans toutes les Célules voisines
Dans cette idée , il se préparoit à faire
l'opération de l'Empiéme , en consultant
les signes qui pouvoient désigner l'endroit le plus convenable pour ouvrir la
poitrine ; mais l'oppression de la malade
augmenta si fort,qu'elle la suffoqua avant
qu'oncur pûemployer ce secours. Les conjectures de M. Lombard se trouverent en- tierement confirmées par l'ouverture du
Cadavre.c
V Gij Le
1608 MERCURE DE FRANCE
< و
Le neuvième et dernier Mémoire , est
une observation donnée par M.Chauvin,
sur une fracture du Crâne , suivie d'épanchement sur la dure-mere , et d'une fusée
purulente , pour laquelle il fut obligé de
faire une contre - ouverture ou trépan
éloigné de ceux qu'il avoit d'abord appliqué à l'endroit fracturé. M. Chauvin
sauva par cette manoeuvre l'application
d'un grand nombre de trepans. Les matieres épanchées ayant de la pente et l'issue libre , la dure- mere se recolla trespromptement à toute la portion de l'os ,
ou se trouvoit entre le premier et le second trépan , et il n'y cut d'autres exfoliations que celles qui arrivent ordinai
rement à la circonférence des trépans.
On nous pardonnera , sans doute , d'avoir donné un si long Extrait de ces observations. Rien de ce qui peut contribuer
à la conservation de la vie des hommes ,
ne nous paroît indifferent; du reste , c'est
au public à juger , par les Extraits que
nous venons de donner, si l'application
des Chirurgiens à enrichir leur Art de
semblables observations , n'est pas la réponse la plus solide qu'ils puissent faire
aux critiques qui ont parû contr'eux
Fermer
Résumé : PREMIRE ASSEMBLÉE PUBLIQUE de l'Académie de Chirurgie.
Le 2 juillet 1732, l'Académie Royale de Chirurgie organisa une assemblée publique dans la grande salle de Saint-Côme. En l'absence des Premiers Chirurgiens du Roy, M. Petit le père présida en tant que Directeur. M. Morand, secrétaire de l'Académie, ouvrit la séance en retraçant l'histoire de la société, dont l'objectif principal est de perfectionner la chirurgie par l'expérience et l'observation. Il souligna que, bien que le nombre d'académiciens ordinaires soit limité à 70 pour éviter la confusion, tous les chirurgiens de Paris peuvent participer aux assemblées et voir leurs mémoires publiés. M. Morand répondit également à des critiques en affirmant que l'Académie est protégée par le Roy et ses ministres, et qu'elle bénéficie de l'estime de personnalités influentes. Il conclut par une réponse à une thèse critique publiée aux Écoles de Médecine. La séance fut suivie de la lecture de neuf mémoires ou observations chirurgicales. M. Maréchal présenta une observation sur l'extraction d'une pierre volumineuse du rectum d'une dame souffrant de coliques bilieuses et de difficultés à déféquer. L'opération, réussie grâce à l'habileté de M. Maréchal, permit à la patiente de guérir en un mois. M. de la Peyronie lut ensuite un mémoire sur la cure d'une hernie étranglée chez un homme de 63 ans. Malgré des complications graves, l'opération fut un succès, et le patient se rétablit après plusieurs mois. M. Petit lut l'histoire d'une fistule au périnée, guérie après deux tentatives infructueuses. Il identifia une cause vénérienne et effectua une opération réussie en détruisant le virus vénérien et en incisant la prostate. M. Malaval, Vice-Directeur, présenta une observation sur l'amputation de la cuisse d'un homme de 25 ans souffrant d'une exostose cancéreuse. Après une opération et des traitements, le patient mourut d'une hydropisie de poitrine. M. Houstet rapporta des expériences sur des pierres dans la vessie, soulignant qu'il est parfois préférable de ne pas tenter leur extraction. Il décrivit une opération complexe sur un homme de 76 ans, qui décéda malgré les efforts pour le soigner. M. Houstot décrivit des pierres retenues dans des cavités étroites de la vessie, rendant leur extraction difficile. Il observa que ces cellules se forment souvent après des rétentions d'urine et les compara à des hernies de la membrane interne de la vessie. Il recommanda de reconnaître l'état de la vessie avant toute opération et d'abandonner l'extraction de la pierre si des obstacles insurmontables sont rencontrés. M. Caumont rapporta une observation sur un écrasement des doigts, avec fractures multiples et tendons déchirés. Malgré les pronostics initiaux défavorables, les doigts guérirent, retrouvant leur mobilité grâce à une cicatrisation remarquable. M. Gravier décrivit une plaie contuse au bras, nécessitant la coupe du tendon du biceps. Le patient récupéra une bonne mobilité de l'avant-bras malgré la perte du tendon. M. Lombard présenta un cas d'emphysème chez une fille de six ans et demi, décédée avant qu'une opération puisse être réalisée. L'autopsie confirma ses conjectures sur la cause de l'emphysème. Enfin, M. Chauvin relata une fracture du crâne avec épanchement purulent, traité par une contre-ouverture éloignée du premier trépan, permettant une guérison rapide.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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65
p. 1933-1940
EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. D. L. R. à M*** sur la Litterature des Mahometans, et sur celle des Turcs en particulier.
Début :
L'Orient a toûjours eu et a encore aujourd'hui des Gens de Lettres de Profession [...]
Mots clefs :
Orient, Mahométisme, Érudition, Alcoran, Science, Histoire orientale, Savant, Auteurs orientaux, Sultan Bajazet Kan
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. D. L. R. à M*** sur la Litterature des Mahometans, et sur celle des Turcs en particulier.
EXTRAIT d'une Lettre écrite par
M.D. L. R. à M*** sur la Litterature
des Mahometans , et sur celle des Turcs
en particulier.
'Orient a
toûjous eu et a encore auLo Lettres
fession ; on y cultive les Sciences et les
Beaux-Arts la plupart des Européens
sont là-dessus dans une étrange préjugé,
croyant que le Mahometisme a absolument détruit, dans son Empire tout ce
qui s'appelle bon goût et érudition. Je
sortirois trop du sujet principal de ma
Lettre , si j'entreprenois de combattre ce
préjugé , avec quelque étendue , et je ne
dirois rien qui ne vous fût en quelque
façon connu. Je me contenterai de faire.
ici quelques Remarques pour prouver ce
que je viens d'avancer.
Premierement , dans l'Alcoran même,
la Science en general est fort exaltée et
recommandée aux Musulmans ,
jusquesfà qu'un des plus anciens Docteurs Mahométans , disoit que celui qui s'exerce
dans les bonnes œuvres sans la Science ,
est semblable àl'âne d'un Moulin qui tourC no
1934 MERCURE DE FRANCE
"
ne toujours sans avancer chemin. Le
Monde , dit une des Traditions Mahometanes , ne subsiste que par quatre choses ; par la science des Docteurs , par la
justice des Princes , par les prieres des
gens de bien , et par la valeur des Braves.
Enfin un des plus grands Personnages de
cette Secte , étant au lit de la mort ,
disoit à ses Enfans , apprenez toutes les
Sciences , si vous pouvez , à l'exception
de trois , qui sont l'Astrologie judiciaire,
la Chimie , qui n'a pour but que la Pierre
Philosophale , et la Controverse ; car la
premiere ne sert qu'à augmenter les chagrins de la vie ; la seconde , à consumer
son bien , et la troisième , qu'à causer des
doutes , qui font enfin perdre la Religion.
Depuis l'établissement des Califes , successeurs de Mahomet , et la fondation
de leur Monarchie , plus vaste que celle
des Romains , il y a toujours eu parr i
les Arabes une infinité de gens qui s
sont appliquez à l'étude des Sciences
des Arts ; ils ont traduit en leur Langu
l'une des plus anciennes , les meilleu
Livres Grecs , Hebreux , &c. qu'ils or
pû trouver. Plusieurs même de ces C
lifes ont été sçavans et ont aimé et pro
regé les Gens de Lettre ; ils ont fon
des Colleges , établi des Académies
SC
SEPTEMBRE. 1732: 1935
sont celebres dans l'Histoire Orientale.
Il faut avouer , dit le Pere Rapin dans
ses Refléxions sur l'Histoire , que les
Arabes , par la qualité de leur esprit et
par le loisir que la prosperité de leurs
Armes et l'abondance leur procurerent ,
s'appliquerent tellement à l'étude de la
Philosophie et des Mathématiques , qu'ils
devinrent les premiers Sçavans du Monde.
Les autres Princes Mahométans contemporains ou successeurs des Califes
sur tout les Princes Asiatiques , se sont
piquez de science , et de faire fleurir les
Lettres dans leurs Etats. L'Histoire Orientale parle d'un Sultan si studieux , qu'il
faisoit porter à l'armée et dans tous ses
voyages , une Bibliotheque , qui faisoit
seule la charge de 400. Chameaux. Le
Grand Visir Kupruli , tué à la Bataille
de Salamkemen , a fait la même chose
de nos jours.
J'ajoûterai l'exemple de deux autres
Sultans amateurs des Sciences ; le preier est Kedder Kan , qui regnoit dans
a Transoxane , ou le Turquestan , dans
te Ve Siecle de l'Hegire. C'étoit un Prince
- puissant , sçavant et des plus magnifiques
de son temps. Il avoit formé une Acaémie qui s'assembloit en sa présence
nt assis sur une Estrade élevée , au
Cij pied
1936 MERCURE DE FRANCE
pied de laquelle étoient quatre grands
bassins remplis d'or et d'argent , qu'il
distribuoit aux Académiciens , suivant le
prix et le mérite de leurs Ouvrages. Ce
Prince avoit toûjours à sa Cour une centaine de Sçavans d'élite , qui l'accompagnoient partout, et auxquels il donnoit
de grosses pensions.
L'autre Prince est Atsiz , Sultan de Karisme , qui se distinguoit par sa liberalité
envers les Gens de Lettres. Il assembloit
souvent au milieu de sa Cour une Académie pour conferer sur les Sciences et
sur les Belles Lettres , et il récompensoit
les Sçavans suivant leur mérite et celui
de leurs productions. Ce Prince vivoit
vers le milieu du VI. siecle de l'Hegire
le XII. de J. C.
On dira peut- être , Monsieur , que ces
traits recueillis des Auteurs Orientaux ,
regardent des temps fort éloignez du
nôtre , et que depuis les conquêtes des
Turcs dans le Levant , sur tout depuis la
prise de Constantinople , cette Nation ,
qu'on suppose toujours ennemie des Lettres et des études , a aboli toute espece
de science et d'érudition en ce Pays- là.
On le dira , si on veut , mais on le dira
sans autorité et sans fondement. Il est
rai que cette Nation a fait dès le com
mencement
SEPTEMBRE. 1732. 1937
mencement une profession particuliers
des armes , mais il est vrai, aussi qu'elle n'a
jamais méprisé l'étude des Lettres , qu'elle
s'est polie dans la suite , qu'elle a eu pour
Maîtres dans les Sciences , ces mêmes Arabes dont elle a détruit l'Empire , qu'elle
les a même surpassez en plusieurs choses';
et qu'enfin les Turcs ont traduit en leur
Langue les plus beaux Ouvrages des Arabes et des Persans. Mahomet II. les deux
Bajazets , Selim I. et le grand Soliman ,
dont nous avons des Lettres écrites à
François I. étoient des Princes curieux et
sçavans. Les Lettres de Soliman se trouvent dans la Bibliotheque du Roy , dans
celle du Chancelier Seguier , aujourd'hui
de M. l'Evêque de Metz , Duc de Coislin,
et dans des Cabinets particuliers. J'en
possede deux , dont l'une est l'original
Turc, lesquelles ne se trouvent point ailleurs. J'ajoûterai à cette occasion qu'à la
fin du premier volume de la nouvelle
Edition de Gallia Christiana on trouve
la Traduction Latine d'une Lettre assez
singuliere de Bajazet II. écrite au Pape
Alexandre VI. pour le prier de faire CardinalNicolas Cibo , Archevêque d'Arles,
Cette Lettre n'est pas dattée à la maniere
des Musulmans , par l'Hegite , mais par
la Naissance du Messie , ce qui ne peutC iij ërre
1938 MERCURE DE FRANCE
de être regardé que comme une espece
politesse de la part de Bajazet , écrivant
au Souverain Pontife des Chrétiens.
Nous voyons enfin dans la Bibliotheque Orientale de Hagi Kalfah , Turc
moderne de Constantinople , qui contient un ample Recueil alphabetique de
tous les Auteurs Orientaux , et de leurs
Ouvrages , depuis l'origine du Mohometisme jusqu'à son temps ; nous voyons ,
dis-je , par ce Recueil , que les Turcs ont
écrit sur toute sorte de matieres , et qu'ils
ont une très- bonne part dans cette Bibliotheque , laquelle contient une Encyclopedie de toutes les Sciences et des Arts.
Ce Hagi Kalfah , natif, comme je l'ai dit,
de Constantinople , étoit fils du premier
Secretaire du Divan ; il fut premier Commis du Secretaire d'Etat en Chef de la
Cour Ottomane , et il a passé pour un
des plus habiles hommes de son temps.
Sa Bibliographie est dans la Bibliotheque
du Roy et dans celle de M. Colbert ,
M. Petis de la Croix , mort en 1713. en
a laissé une Traduction en notre Langue,
qui contient plusieurs volumes in folio s
il avoit dessein de la publier.
Je finis en disant que ceux qui ont fait
le voyage du Levant avec les dispositions
necessaires pour en profiter , sçavent que dans
SEPTEMBR E. 1732. 1939
dans la Capitale et dans les principales
Villes de l'Empire Turc , il y a des Professeurs publics , des Maîtres particuliers
et des Livres en toute sorte de Sciences
et sur les Beaux Arts , et que les Empereurs Ottomans n'ont jamais fait bâtir
de Mosquées sans y joindre un College
magnifiquement fondé et entretenu. Il y
en a plusieurs de cette espece à Constantinople. Il y en a aussi au Grand Caire , à
Damas , à Alep , &c. Je suis , Monsieur , &c.
>
Comme vous n'êtes pas à portée de
voir dans le nouveau Gallia Christiana
la Lettre dont je viens de parler , j'ai
crû que vous ne seriez pas fâché de la
trouver ici telle que le R. P. de SainteMarthe l'a rapportée , T. I. page 103.
N°. 32. parmi les titres qui regardent la
Métropole d'Arles.
SULTAN BAJAZET KAN , Dei Gratia
Rex Maximus et Imperator utriusque Continentis Asia et Europe ; Christianorum
excellenti, Patri et DD. Alexandro, divinâ
Providentia Romana Ecclesia Pontifici dignissimo. Post convenientem et justam Sa
iutationem ; notum sit tuo supremo Pontificio , quemadmodum Reverendus Dominus
Nicolaus Cybo , Archiepiscopus Arelatensis
est dignus et fidelis homo ipsius et à temCij pore
1940 MERCURE DE FRANCE
pore precedentis Papa Supremi Pontificis
Domini Innocentii usque in hodiernum diem
in tempus sue Magnitudinis, continuè adpacem et amicitiamfestinat, semperque animò et^
corpore in fidelissimâ fide duabus Partibus
servivit et adhuc servit. Hujus rei causâ
justum est et vobis decet majori in ordine
ipsum esse debere ; et rogavimus Supremum Pontificem ut faceret illum Cardinalem , et assensus est nostre petitioni , adeò
ut litteris nobis significaverit quod petitum est
daturum fuisse ipsi. Verùm quia non erat
tempus, Idibus Septembris mensis non sedet
in ordine suo , et ut requirit consuetudo. Intereà verò jussu Dei dedit Pontifex commune debitum , et sic ipse remansit. Ea igitur
de causâ scribimus et rogamus tuam Magnitudinem propter amicitiam et pacem quam
inter nos habuimus , et propter mutuum cor ,
ut ad impleat ipsi tuum Pontificium , videlicet , ut faciat ipsum perfectum Cardinalem , habebimus et nos id in magnâ gratiâ.
·Datum in Aulâ nostra Sultania Auctoritatis in Constantinopoli , M. ccccxcrv.
Anno à Jesu Propheta Nativitate VIII.
Septembris
M.D. L. R. à M*** sur la Litterature
des Mahometans , et sur celle des Turcs
en particulier.
'Orient a
toûjous eu et a encore auLo Lettres
fession ; on y cultive les Sciences et les
Beaux-Arts la plupart des Européens
sont là-dessus dans une étrange préjugé,
croyant que le Mahometisme a absolument détruit, dans son Empire tout ce
qui s'appelle bon goût et érudition. Je
sortirois trop du sujet principal de ma
Lettre , si j'entreprenois de combattre ce
préjugé , avec quelque étendue , et je ne
dirois rien qui ne vous fût en quelque
façon connu. Je me contenterai de faire.
ici quelques Remarques pour prouver ce
que je viens d'avancer.
Premierement , dans l'Alcoran même,
la Science en general est fort exaltée et
recommandée aux Musulmans ,
jusquesfà qu'un des plus anciens Docteurs Mahométans , disoit que celui qui s'exerce
dans les bonnes œuvres sans la Science ,
est semblable àl'âne d'un Moulin qui tourC no
1934 MERCURE DE FRANCE
"
ne toujours sans avancer chemin. Le
Monde , dit une des Traditions Mahometanes , ne subsiste que par quatre choses ; par la science des Docteurs , par la
justice des Princes , par les prieres des
gens de bien , et par la valeur des Braves.
Enfin un des plus grands Personnages de
cette Secte , étant au lit de la mort ,
disoit à ses Enfans , apprenez toutes les
Sciences , si vous pouvez , à l'exception
de trois , qui sont l'Astrologie judiciaire,
la Chimie , qui n'a pour but que la Pierre
Philosophale , et la Controverse ; car la
premiere ne sert qu'à augmenter les chagrins de la vie ; la seconde , à consumer
son bien , et la troisième , qu'à causer des
doutes , qui font enfin perdre la Religion.
Depuis l'établissement des Califes , successeurs de Mahomet , et la fondation
de leur Monarchie , plus vaste que celle
des Romains , il y a toujours eu parr i
les Arabes une infinité de gens qui s
sont appliquez à l'étude des Sciences
des Arts ; ils ont traduit en leur Langu
l'une des plus anciennes , les meilleu
Livres Grecs , Hebreux , &c. qu'ils or
pû trouver. Plusieurs même de ces C
lifes ont été sçavans et ont aimé et pro
regé les Gens de Lettre ; ils ont fon
des Colleges , établi des Académies
SC
SEPTEMBRE. 1732: 1935
sont celebres dans l'Histoire Orientale.
Il faut avouer , dit le Pere Rapin dans
ses Refléxions sur l'Histoire , que les
Arabes , par la qualité de leur esprit et
par le loisir que la prosperité de leurs
Armes et l'abondance leur procurerent ,
s'appliquerent tellement à l'étude de la
Philosophie et des Mathématiques , qu'ils
devinrent les premiers Sçavans du Monde.
Les autres Princes Mahométans contemporains ou successeurs des Califes
sur tout les Princes Asiatiques , se sont
piquez de science , et de faire fleurir les
Lettres dans leurs Etats. L'Histoire Orientale parle d'un Sultan si studieux , qu'il
faisoit porter à l'armée et dans tous ses
voyages , une Bibliotheque , qui faisoit
seule la charge de 400. Chameaux. Le
Grand Visir Kupruli , tué à la Bataille
de Salamkemen , a fait la même chose
de nos jours.
J'ajoûterai l'exemple de deux autres
Sultans amateurs des Sciences ; le preier est Kedder Kan , qui regnoit dans
a Transoxane , ou le Turquestan , dans
te Ve Siecle de l'Hegire. C'étoit un Prince
- puissant , sçavant et des plus magnifiques
de son temps. Il avoit formé une Acaémie qui s'assembloit en sa présence
nt assis sur une Estrade élevée , au
Cij pied
1936 MERCURE DE FRANCE
pied de laquelle étoient quatre grands
bassins remplis d'or et d'argent , qu'il
distribuoit aux Académiciens , suivant le
prix et le mérite de leurs Ouvrages. Ce
Prince avoit toûjours à sa Cour une centaine de Sçavans d'élite , qui l'accompagnoient partout, et auxquels il donnoit
de grosses pensions.
L'autre Prince est Atsiz , Sultan de Karisme , qui se distinguoit par sa liberalité
envers les Gens de Lettres. Il assembloit
souvent au milieu de sa Cour une Académie pour conferer sur les Sciences et
sur les Belles Lettres , et il récompensoit
les Sçavans suivant leur mérite et celui
de leurs productions. Ce Prince vivoit
vers le milieu du VI. siecle de l'Hegire
le XII. de J. C.
On dira peut- être , Monsieur , que ces
traits recueillis des Auteurs Orientaux ,
regardent des temps fort éloignez du
nôtre , et que depuis les conquêtes des
Turcs dans le Levant , sur tout depuis la
prise de Constantinople , cette Nation ,
qu'on suppose toujours ennemie des Lettres et des études , a aboli toute espece
de science et d'érudition en ce Pays- là.
On le dira , si on veut , mais on le dira
sans autorité et sans fondement. Il est
rai que cette Nation a fait dès le com
mencement
SEPTEMBRE. 1732. 1937
mencement une profession particuliers
des armes , mais il est vrai, aussi qu'elle n'a
jamais méprisé l'étude des Lettres , qu'elle
s'est polie dans la suite , qu'elle a eu pour
Maîtres dans les Sciences , ces mêmes Arabes dont elle a détruit l'Empire , qu'elle
les a même surpassez en plusieurs choses';
et qu'enfin les Turcs ont traduit en leur
Langue les plus beaux Ouvrages des Arabes et des Persans. Mahomet II. les deux
Bajazets , Selim I. et le grand Soliman ,
dont nous avons des Lettres écrites à
François I. étoient des Princes curieux et
sçavans. Les Lettres de Soliman se trouvent dans la Bibliotheque du Roy , dans
celle du Chancelier Seguier , aujourd'hui
de M. l'Evêque de Metz , Duc de Coislin,
et dans des Cabinets particuliers. J'en
possede deux , dont l'une est l'original
Turc, lesquelles ne se trouvent point ailleurs. J'ajoûterai à cette occasion qu'à la
fin du premier volume de la nouvelle
Edition de Gallia Christiana on trouve
la Traduction Latine d'une Lettre assez
singuliere de Bajazet II. écrite au Pape
Alexandre VI. pour le prier de faire CardinalNicolas Cibo , Archevêque d'Arles,
Cette Lettre n'est pas dattée à la maniere
des Musulmans , par l'Hegite , mais par
la Naissance du Messie , ce qui ne peutC iij ërre
1938 MERCURE DE FRANCE
de être regardé que comme une espece
politesse de la part de Bajazet , écrivant
au Souverain Pontife des Chrétiens.
Nous voyons enfin dans la Bibliotheque Orientale de Hagi Kalfah , Turc
moderne de Constantinople , qui contient un ample Recueil alphabetique de
tous les Auteurs Orientaux , et de leurs
Ouvrages , depuis l'origine du Mohometisme jusqu'à son temps ; nous voyons ,
dis-je , par ce Recueil , que les Turcs ont
écrit sur toute sorte de matieres , et qu'ils
ont une très- bonne part dans cette Bibliotheque , laquelle contient une Encyclopedie de toutes les Sciences et des Arts.
Ce Hagi Kalfah , natif, comme je l'ai dit,
de Constantinople , étoit fils du premier
Secretaire du Divan ; il fut premier Commis du Secretaire d'Etat en Chef de la
Cour Ottomane , et il a passé pour un
des plus habiles hommes de son temps.
Sa Bibliographie est dans la Bibliotheque
du Roy et dans celle de M. Colbert ,
M. Petis de la Croix , mort en 1713. en
a laissé une Traduction en notre Langue,
qui contient plusieurs volumes in folio s
il avoit dessein de la publier.
Je finis en disant que ceux qui ont fait
le voyage du Levant avec les dispositions
necessaires pour en profiter , sçavent que dans
SEPTEMBR E. 1732. 1939
dans la Capitale et dans les principales
Villes de l'Empire Turc , il y a des Professeurs publics , des Maîtres particuliers
et des Livres en toute sorte de Sciences
et sur les Beaux Arts , et que les Empereurs Ottomans n'ont jamais fait bâtir
de Mosquées sans y joindre un College
magnifiquement fondé et entretenu. Il y
en a plusieurs de cette espece à Constantinople. Il y en a aussi au Grand Caire , à
Damas , à Alep , &c. Je suis , Monsieur , &c.
>
Comme vous n'êtes pas à portée de
voir dans le nouveau Gallia Christiana
la Lettre dont je viens de parler , j'ai
crû que vous ne seriez pas fâché de la
trouver ici telle que le R. P. de SainteMarthe l'a rapportée , T. I. page 103.
N°. 32. parmi les titres qui regardent la
Métropole d'Arles.
SULTAN BAJAZET KAN , Dei Gratia
Rex Maximus et Imperator utriusque Continentis Asia et Europe ; Christianorum
excellenti, Patri et DD. Alexandro, divinâ
Providentia Romana Ecclesia Pontifici dignissimo. Post convenientem et justam Sa
iutationem ; notum sit tuo supremo Pontificio , quemadmodum Reverendus Dominus
Nicolaus Cybo , Archiepiscopus Arelatensis
est dignus et fidelis homo ipsius et à temCij pore
1940 MERCURE DE FRANCE
pore precedentis Papa Supremi Pontificis
Domini Innocentii usque in hodiernum diem
in tempus sue Magnitudinis, continuè adpacem et amicitiamfestinat, semperque animò et^
corpore in fidelissimâ fide duabus Partibus
servivit et adhuc servit. Hujus rei causâ
justum est et vobis decet majori in ordine
ipsum esse debere ; et rogavimus Supremum Pontificem ut faceret illum Cardinalem , et assensus est nostre petitioni , adeò
ut litteris nobis significaverit quod petitum est
daturum fuisse ipsi. Verùm quia non erat
tempus, Idibus Septembris mensis non sedet
in ordine suo , et ut requirit consuetudo. Intereà verò jussu Dei dedit Pontifex commune debitum , et sic ipse remansit. Ea igitur
de causâ scribimus et rogamus tuam Magnitudinem propter amicitiam et pacem quam
inter nos habuimus , et propter mutuum cor ,
ut ad impleat ipsi tuum Pontificium , videlicet , ut faciat ipsum perfectum Cardinalem , habebimus et nos id in magnâ gratiâ.
·Datum in Aulâ nostra Sultania Auctoritatis in Constantinopoli , M. ccccxcrv.
Anno à Jesu Propheta Nativitate VIII.
Septembris
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. D. L. R. à M*** sur la Litterature des Mahometans, et sur celle des Turcs en particulier.
L'auteur de la lettre conteste le préjugé européen selon lequel l'islam aurait détruit le bon goût et l'érudition dans l'Empire ottoman. Il souligne que l'Alcoran valorise la science et que les musulmans la considèrent essentielle. Plusieurs traditions islamiques mettent en avant l'importance de la science, de la justice, des prières et du courage. Les califes et autres princes musulmans ont encouragé les sciences et les arts en traduisant des œuvres grecques et hébraïques et en fondant des académies. Les Arabes sont devenus des savants éminents en philosophie et en mathématiques. Des sultans comme Kedder Kan et Atsiz ont soutenu les lettres et les sciences, formant des académies et récompensant les savants. Les Turcs, bien que connus pour leurs conquêtes militaires, n'ont jamais méprisé les lettres. Ils ont traduit des œuvres arabes et persanes et ont eu des sultans savants comme Mahomet II, Bajazet II, Selim I et Soliman le Magnifique. La Bibliothèque Orientale de Hagi Kalfah témoigne de la contribution des Turcs à diverses sciences et arts. Les villes de l'Empire ottoman, comme Constantinople, Le Caire, Damas et Alep, possèdent des collèges et des professeurs publics. L'auteur conclut en affirmant que les empereurs ottomans ont toujours soutenu l'éducation et les lettres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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66
p. 2217
PROGRAMME de l'Académie Royale des Belles-Lettres, Sciences et Arts de Bordeaux.
Début :
L'Académie ayant été obligée de réserver un des deux Prix de cette année, elle en propose [...]
Mots clefs :
Académie royale des belles-lettres, sciences et arts de Bordeaux, Prix, Circulation de la sève dans les plantes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PROGRAMME de l'Académie Royale des Belles-Lettres, Sciences et Arts de Bordeaux.
PROGRAMME de l'Académie Royale
des Belles- Lettres , Sciences et Arts
de Bordeaux.
'Académie ayant été obligée de réserver yn
L'des deux Prix de cette année , elle en propose encore deux aux Sçavans de l'Europe , qui seront distribués le 25 d'Août 1733. Elle destine
un de ces Prix à celui qui expliquera avec le plus
de probabilité le Systême de la Circulation de la
Séve dans les Plantes , ou qui établira le mieux
l'opinion contraire. L'autre est destiné à celui qui
donnera l'explication la plus probable de la Nature de l'Air, et de ses proprietez. Il sera libre d'envoyer les Dissertations en François ou en Latin.
On demande qu'elles soient écrites en caracteres
lisibles , elles ne seront reçûës pour le concours
que jusqu'au premier Mai prochain inclusivement. Au bas des Dissertations il y aura une Sentence , & l'Auteur mettra dans un billet séparé et cacheté la même Sentence avec son nom et son
adresse. Les paquets seront affranchis et adressez
à M. Sarrau , Secretaire de l'Académie , ruë de
Gourgues , ou au sieur Brun , Imprimeur de l'Académie , ruë S. Jâmes. M. l'Abbé de la Quintine
est l'Auteur de la Dissertation sur le Magnetisme
des corps qui a remporté un des deux Prix pro- posez pour l'année 1732.
A Bordeaux , ce 25. Août
des Belles- Lettres , Sciences et Arts
de Bordeaux.
'Académie ayant été obligée de réserver yn
L'des deux Prix de cette année , elle en propose encore deux aux Sçavans de l'Europe , qui seront distribués le 25 d'Août 1733. Elle destine
un de ces Prix à celui qui expliquera avec le plus
de probabilité le Systême de la Circulation de la
Séve dans les Plantes , ou qui établira le mieux
l'opinion contraire. L'autre est destiné à celui qui
donnera l'explication la plus probable de la Nature de l'Air, et de ses proprietez. Il sera libre d'envoyer les Dissertations en François ou en Latin.
On demande qu'elles soient écrites en caracteres
lisibles , elles ne seront reçûës pour le concours
que jusqu'au premier Mai prochain inclusivement. Au bas des Dissertations il y aura une Sentence , & l'Auteur mettra dans un billet séparé et cacheté la même Sentence avec son nom et son
adresse. Les paquets seront affranchis et adressez
à M. Sarrau , Secretaire de l'Académie , ruë de
Gourgues , ou au sieur Brun , Imprimeur de l'Académie , ruë S. Jâmes. M. l'Abbé de la Quintine
est l'Auteur de la Dissertation sur le Magnetisme
des corps qui a remporté un des deux Prix pro- posez pour l'année 1732.
A Bordeaux , ce 25. Août
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Résumé : PROGRAMME de l'Académie Royale des Belles-Lettres, Sciences et Arts de Bordeaux.
L'Académie Royale des Belles-Lettres, Sciences et Arts de Bordeaux a annoncé deux prix pour l'année 1733, à remettre le 25 août. Le premier prix concerne l'explication la plus probable du système de la circulation de la sève dans les plantes ou l'établissement de l'opinion contraire. Le second prix récompense l'explication la plus probable de la nature de l'air et de ses propriétés. Les dissertations, rédigées en français ou en latin, doivent être soumises avant le 1er mai 1733. Chaque dissertation doit inclure une sentence en bas de page, et l'auteur doit envoyer une copie de cette sentence avec son nom et son adresse dans un billet séparé et cacheté. Les paquets doivent être adressés à M. Sarrau, secrétaire de l'Académie, ou au sieur Brun, imprimeur de l'Académie. L'Abbé de la Quintine a remporté un des deux prix proposés pour l'année 1732 avec sa dissertation sur le magnétisme des corps.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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67
p. 2381-2387
ETABLISSEMENT d'une Académie Royale des Belles Lettres, à la Rochelle. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville, le 20 Août 1732.
Début :
Il y a depuis plusieurs années dans la Ville de la Rochelle, une Société de [...]
Mots clefs :
Académie royale des belles-lettres, La Rochelle, Société de gens de lettres, Lettres patentes, Académiciens honoraires, nommer, Académiciens titulaires, Assemblée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ETABLISSEMENT d'une Académie Royale des Belles Lettres, à la Rochelle. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville, le 20 Août 1732.
ETABLISSEMENT d'une Académie
Royale des Belles Lettres , à la Rochelle.
Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville
le 20 Août 1732.
Iville Rochelle , une Société de
Ly a depuis plusieurs années dans la
Gens de Lettres , dont l'objet est de se
perfectionner dans les connoissances qui
concernent l'Eloquence et la Poësie . Cette
Société a enfin obtenu des Lettres Patendes bons Poëtes du dernier siecle. Voici une Allusion quifutfaite à son nom par M. le Comte de
Saint Aignan.
D tes
2382 MERCURE DE FRANCE
>
tes à l'instar des autres Corps Académiques du Royaume, par lesquelles le Roy,
en approuvant un dessein qui tend à distinguer cette Ville par la Litterature
comme elle l'est par l'étendue et par l'éclat de son commerce , authorise les Assemblées et les Reglemens necessaires
pour maintenir l'ordre et la splendeur de
la nouvelle Académie.
A la fin des Lettres Patentes en forme
d'Edit, donné à Versailles au mois d'Août
1732. est un Etat des Personnes que S. M.
a nommées pour composer l'Académie
Royale ; le Roy se réservant de nommer
encore pour une fois seulement, cinquante Personnes , à mesure que les sujets se
présenteront pour faire le nombre de 30
Personnes conformement aux Lettres
Patentes.
Académiciens honoraires.
MESSIEURS.
L'Evêque de la Rochelle.
Le *** Commandant dans la Ville.
Bignon , Intendant de la Généralité.
Le Marquis de Bourzac..
Le Président du Présidial.
Le Lieutenant General.
Le Procureur du Roy
Le
NOVEMBRE, 1732. 2383
Le Maire de la Ville.
L'Abbé de Langery.
Académiciens Titulaires.
MESSIEURS le Marquis de la Cheva
Leraye. Boutiron Avocat. Cadoret Chanolne et Conseiller au Présidial, Cadoret de
Beaupreau Conseiller au Présidial. De
Hillerin Doyen du Chapitre. De Hillerin
Trésorier du Chapitre. De Chassiron
Conseiller d'honneur. Darger Chanoine.
Fontaine Lieutenant particulier. L'Abbé
Girouard. Girard de Bellevue Assesseur.
Gastumaux Négociant. L'Abbé de Moncrif Theologal. Robert de Beaurepaire
Conseiller au Présidial. Regnaud Avocat.
Valin Avocat.
+
Fait et arrêté , à Versailles le 24º jour
d'Avril 1732. Signé , LOUIS. Etplus
bas, PHELYPPE AUX.
Suivent aussi les Statuts que le Roy
veut et ordonne être observez par l'Académie.
Ils sont au nombre de xxxv. dont le
premier porte qu'elle sera composée de
Xxx Académiciens, nez dans le Païs d'Aunix ,ou de Pere de la même Province. On
les choisira , s'il se peut , résidents dans la
même Ville de la Rochelle. On pourra
Dij nean-
2384 MERCURE DE FRANCE
néanmoins élire des personnes de la Province domiciliées ailleurs , ou des Etrangers établis et demeurant dans cette Ville, par la considération de leur merite.
Les fonctions du Directeur , du Chancelier , et de deux Secretaires , sont réglées par les Articles III. IV. et V. Les
autres Articles concernent les fonctions
l'ordre , et la police de l'Académie. Fait
et arrêté à Versailles le même jour 24.
Avril 1732. Signé , Phelyppeaux.
Ces Lettres Patentes furent envoyées à
la Societé Litteraire par M. Bignon , Intendant de la Rochelle , qui étoit alors
à Paris ,avec une de ses Lettres , dattée du
premier Juillet , par laquelle il paroît que
S. A. S. M. le Prince de Conti , Protecteur de l'Académie , les lui avoit addressées.
On en fit pour la premiere fois la lecture dans une Assemblée tenuë le 14 Juillet. L'Abbé de Moncrif , l'un des nouveaux Académiciens nommez par le Roi,
en prit occasion de faire son remerciment à M M. de la Societé Litteraire, qui
l'avoient admis depuis peu dans leur
Compagnie , et l'avoient chargé de porter la parole à M. l'Intendant , à l'occasion des services qu'il venoit de rendre
pendant son séjour à Paris , pour l'expé- dition
NOVEMBRE. 1732. 2385
dition des Lettres Patentes. Ce Discours
fut extrêmement goûté par sa délicatesse
et par sa précision , rien n'y fut cependant oublié de tout ce qui devoit natu
rellement y entrer. On écouta surtout
avec une attention singuliere ce que dit
l'Académicien au sujet de la * Princesse à
qui l'Académie doit son Auguste Protecteur , et en particulier l'article qui concerne le Prince.
Prince charmant , dit- il , reste précieux et
unique d'Ayeux si dignes de l'amour des
François , en particulier des Provinces voisines dont ils ont été les Peres , et les Mat
tres. Prince en qui l'on a vu des dispositions
toujours si fort au- dessus de son âge , un espritjuste , penetrant , dont éclatent tous les
jours des traits d'un naturel si heureux , que
nous ne devons point douter de voir se réunir
en lui avec le sang des Condés , des Contys ,
toutes les perfections glorieuses qu'ont partagées tant de Heros dont il est descendu. Aussi le Ciel semble en avoir pris un soin si
singulier, qu'il a fait naître pour le former
un de ces Hommes rares , dont le génie vaste, l'imagination féconde , la solidité du ju
gement , font un de ses plus parfaits Ouvrages. C'est Mentor lui- même , dont les sages
* S. A. S. la Princesse de Conty.
* M. De la Chevaleraye.
*
Diij leçons
2386 MERCURE DE FRANCE
Leçons , et l'active vigilance ont donné aux
dispositions si admirables du jeune Prince
tout l'éclat dont elles étoient susceptibles.
M. Gastumaux , Directeur de la Societé Litteraire , quoique non prévenu sur
le Discours dont on vient de parler , fit
sur le champ une Réponse qui contenta
tous les Auditeurs.
•
?
Le 18 du même mois l'Académie s'étant
' assemblée , M. Regnaud , Avocat , à la
tête de tous les Membres , prononça à
l'Hôtel de Ville un Discours qui mériteroit d'être transcrit ici en son entier ; c'est
ce que les bornes d'unExtrait ne sçauroient
permettre , et ce qu'on tâchera de réparer dans la suite. Če Discours reçût tous
les applaudissemens qu'il méritoit.
Le 25. l'Abbé de Moncrif , choisi par
l'Académie , comme on l'a déja dit , pour
marquer sa reconnoissance à M. Bignon ",
s'acquitta de cette fonction par un autre
Discours , qui en son genre n'étoit pas inferieur à celui du même Académicien
dont il est parlé ci - dessus.
Le 28. M. de Chassiron , Conseiller
d'Honneur au Présidial , complimenta
au nom et à la tête de l'Académie
M. de Chambon , Lieutenant pour le Roi
dans la Ville et Château de la Rochelle
Commandant en l'absence du Gouverneur
NOVEMBRE. 1732. 2387
neur , et Académicien honoraire. On ne
peut parler plus dignement ni en moins
de paroles sut ce sujet.
Comme M. l'Evêque de la Rochelle
n'étoit pas dans la Ville , l'Académie jugea à propos de lui écrire pour lui faire
part de son érection , &c. La Lettre ne
contient rien que de beau et de mesuré.
Elle est dattée du même jour 18 Juillet ,
et signée de MM. l'Abbé de Moncrif
Darger , Fontaine , Cadoret , de Chassiron , Gastumeau , Valin , Regnaud , et
Cadoret de Beaupreau.
Royale des Belles Lettres , à la Rochelle.
Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville
le 20 Août 1732.
Iville Rochelle , une Société de
Ly a depuis plusieurs années dans la
Gens de Lettres , dont l'objet est de se
perfectionner dans les connoissances qui
concernent l'Eloquence et la Poësie . Cette
Société a enfin obtenu des Lettres Patendes bons Poëtes du dernier siecle. Voici une Allusion quifutfaite à son nom par M. le Comte de
Saint Aignan.
D tes
2382 MERCURE DE FRANCE
>
tes à l'instar des autres Corps Académiques du Royaume, par lesquelles le Roy,
en approuvant un dessein qui tend à distinguer cette Ville par la Litterature
comme elle l'est par l'étendue et par l'éclat de son commerce , authorise les Assemblées et les Reglemens necessaires
pour maintenir l'ordre et la splendeur de
la nouvelle Académie.
A la fin des Lettres Patentes en forme
d'Edit, donné à Versailles au mois d'Août
1732. est un Etat des Personnes que S. M.
a nommées pour composer l'Académie
Royale ; le Roy se réservant de nommer
encore pour une fois seulement, cinquante Personnes , à mesure que les sujets se
présenteront pour faire le nombre de 30
Personnes conformement aux Lettres
Patentes.
Académiciens honoraires.
MESSIEURS.
L'Evêque de la Rochelle.
Le *** Commandant dans la Ville.
Bignon , Intendant de la Généralité.
Le Marquis de Bourzac..
Le Président du Présidial.
Le Lieutenant General.
Le Procureur du Roy
Le
NOVEMBRE, 1732. 2383
Le Maire de la Ville.
L'Abbé de Langery.
Académiciens Titulaires.
MESSIEURS le Marquis de la Cheva
Leraye. Boutiron Avocat. Cadoret Chanolne et Conseiller au Présidial, Cadoret de
Beaupreau Conseiller au Présidial. De
Hillerin Doyen du Chapitre. De Hillerin
Trésorier du Chapitre. De Chassiron
Conseiller d'honneur. Darger Chanoine.
Fontaine Lieutenant particulier. L'Abbé
Girouard. Girard de Bellevue Assesseur.
Gastumaux Négociant. L'Abbé de Moncrif Theologal. Robert de Beaurepaire
Conseiller au Présidial. Regnaud Avocat.
Valin Avocat.
+
Fait et arrêté , à Versailles le 24º jour
d'Avril 1732. Signé , LOUIS. Etplus
bas, PHELYPPE AUX.
Suivent aussi les Statuts que le Roy
veut et ordonne être observez par l'Académie.
Ils sont au nombre de xxxv. dont le
premier porte qu'elle sera composée de
Xxx Académiciens, nez dans le Païs d'Aunix ,ou de Pere de la même Province. On
les choisira , s'il se peut , résidents dans la
même Ville de la Rochelle. On pourra
Dij nean-
2384 MERCURE DE FRANCE
néanmoins élire des personnes de la Province domiciliées ailleurs , ou des Etrangers établis et demeurant dans cette Ville, par la considération de leur merite.
Les fonctions du Directeur , du Chancelier , et de deux Secretaires , sont réglées par les Articles III. IV. et V. Les
autres Articles concernent les fonctions
l'ordre , et la police de l'Académie. Fait
et arrêté à Versailles le même jour 24.
Avril 1732. Signé , Phelyppeaux.
Ces Lettres Patentes furent envoyées à
la Societé Litteraire par M. Bignon , Intendant de la Rochelle , qui étoit alors
à Paris ,avec une de ses Lettres , dattée du
premier Juillet , par laquelle il paroît que
S. A. S. M. le Prince de Conti , Protecteur de l'Académie , les lui avoit addressées.
On en fit pour la premiere fois la lecture dans une Assemblée tenuë le 14 Juillet. L'Abbé de Moncrif , l'un des nouveaux Académiciens nommez par le Roi,
en prit occasion de faire son remerciment à M M. de la Societé Litteraire, qui
l'avoient admis depuis peu dans leur
Compagnie , et l'avoient chargé de porter la parole à M. l'Intendant , à l'occasion des services qu'il venoit de rendre
pendant son séjour à Paris , pour l'expé- dition
NOVEMBRE. 1732. 2385
dition des Lettres Patentes. Ce Discours
fut extrêmement goûté par sa délicatesse
et par sa précision , rien n'y fut cependant oublié de tout ce qui devoit natu
rellement y entrer. On écouta surtout
avec une attention singuliere ce que dit
l'Académicien au sujet de la * Princesse à
qui l'Académie doit son Auguste Protecteur , et en particulier l'article qui concerne le Prince.
Prince charmant , dit- il , reste précieux et
unique d'Ayeux si dignes de l'amour des
François , en particulier des Provinces voisines dont ils ont été les Peres , et les Mat
tres. Prince en qui l'on a vu des dispositions
toujours si fort au- dessus de son âge , un espritjuste , penetrant , dont éclatent tous les
jours des traits d'un naturel si heureux , que
nous ne devons point douter de voir se réunir
en lui avec le sang des Condés , des Contys ,
toutes les perfections glorieuses qu'ont partagées tant de Heros dont il est descendu. Aussi le Ciel semble en avoir pris un soin si
singulier, qu'il a fait naître pour le former
un de ces Hommes rares , dont le génie vaste, l'imagination féconde , la solidité du ju
gement , font un de ses plus parfaits Ouvrages. C'est Mentor lui- même , dont les sages
* S. A. S. la Princesse de Conty.
* M. De la Chevaleraye.
*
Diij leçons
2386 MERCURE DE FRANCE
Leçons , et l'active vigilance ont donné aux
dispositions si admirables du jeune Prince
tout l'éclat dont elles étoient susceptibles.
M. Gastumaux , Directeur de la Societé Litteraire , quoique non prévenu sur
le Discours dont on vient de parler , fit
sur le champ une Réponse qui contenta
tous les Auditeurs.
•
?
Le 18 du même mois l'Académie s'étant
' assemblée , M. Regnaud , Avocat , à la
tête de tous les Membres , prononça à
l'Hôtel de Ville un Discours qui mériteroit d'être transcrit ici en son entier ; c'est
ce que les bornes d'unExtrait ne sçauroient
permettre , et ce qu'on tâchera de réparer dans la suite. Če Discours reçût tous
les applaudissemens qu'il méritoit.
Le 25. l'Abbé de Moncrif , choisi par
l'Académie , comme on l'a déja dit , pour
marquer sa reconnoissance à M. Bignon ",
s'acquitta de cette fonction par un autre
Discours , qui en son genre n'étoit pas inferieur à celui du même Académicien
dont il est parlé ci - dessus.
Le 28. M. de Chassiron , Conseiller
d'Honneur au Présidial , complimenta
au nom et à la tête de l'Académie
M. de Chambon , Lieutenant pour le Roi
dans la Ville et Château de la Rochelle
Commandant en l'absence du Gouverneur
NOVEMBRE. 1732. 2387
neur , et Académicien honoraire. On ne
peut parler plus dignement ni en moins
de paroles sut ce sujet.
Comme M. l'Evêque de la Rochelle
n'étoit pas dans la Ville , l'Académie jugea à propos de lui écrire pour lui faire
part de son érection , &c. La Lettre ne
contient rien que de beau et de mesuré.
Elle est dattée du même jour 18 Juillet ,
et signée de MM. l'Abbé de Moncrif
Darger , Fontaine , Cadoret , de Chassiron , Gastumeau , Valin , Regnaud , et
Cadoret de Beaupreau.
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Résumé : ETABLISSEMENT d'une Académie Royale des Belles Lettres, à la Rochelle. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville, le 20 Août 1732.
En août 1732, une lettre de La Rochelle annonce la création de l'Académie Royale des Belles Lettres. Depuis plusieurs années, une société de gens de lettres s'était formée dans cette ville pour se perfectionner en éloquence et poésie. Cette société a obtenu des Lettres Patentes du roi, qui approuvent son projet de distinguer La Rochelle par la littérature, à l'image de son commerce. Le roi autorise les assemblées et les règlements nécessaires pour maintenir l'ordre et la splendeur de la nouvelle Académie. Les Lettres Patentes, datées d'août 1732, nomment les premiers académiciens, incluant l'évêque de La Rochelle, l'intendant Bignon, et plusieurs notables locaux. Le roi se réserve le droit de nommer cinquante personnes supplémentaires pour atteindre un total de trente académiciens. Les statuts de l'Académie, au nombre de trente-cinq, régissent son fonctionnement. Ils stipulent que les académiciens doivent être nés ou résidents dans la province d'Aunis, ou domiciliés à La Rochelle. Les rôles du directeur, du chancelier, et des secrétaires sont également définis. Les Lettres Patentes ont été envoyées à la société littéraire par l'intendant Bignon, qui les avait reçues du prince de Conti, protecteur de l'Académie. La première lecture des Lettres Patentes a eu lieu le 14 juillet 1732, lors d'une assemblée où l'abbé de Moncrif a remercié la société littéraire et l'intendant pour leurs services. Plusieurs discours ont été prononcés par les nouveaux académiciens pour marquer leur reconnaissance et leur engagement. Notamment, M. Regnaud a prononcé un discours à l'Hôtel de Ville le 18 juillet, et l'abbé de Moncrif a adressé un discours à M. Bignon le 25 juillet. Le 28 juillet, M. de Chassiron a complimenté M. de Chambon, lieutenant du roi et académicien honoraire. Une lettre a également été envoyée à l'évêque de La Rochelle pour l'informer de l'érection de l'Académie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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68
p. 2447-2449
Rentrée des Académies, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le Mercredi 12. de ce mois, l'Académie Royale des Sciences se rassembla, et cette Assemblée [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences, Mémoire, Académie des belles-lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Rentrée des Académies, &c. [titre d'après la table]
Le Mercredi 12. de ce mois , l'Académie
Royale des Sciences se rassembla , et cette Assemblée , selon la coûtume , fut publique. M. de
Fontenelle ouvrit d'abord la séance par l'éloge
de M. Ruisk , celébre Anatomiste Hollandois
et l'un des Associez Etrangers de cette Académie,
11
2448 MERCURE DE FRANCE
il fut suivi de l'éloge de M. Chirac , Premier
Médecin du Roi , et Associé libre de l'Académie l'un et l'autre morts dans le courant de
cette année.
;
M. Pitot lût ensuite un Mémoire , dans lequel
il donne la description d'un Instrument qu'il a
inventé , pour mesurer dans tous les Fleuves et Rivieres , la vitesse de l'eau , non- seulement à
leurs surfaces supérieures , mais à telle profon
deur qu'on voudra.
•
· M. de la Condamine lût un Extrait de diverses
Observations d'Astronomie sur diverses matieres de Physique , sur la Navigation , faites
pendant le cours de son Voyage du Levant sur
les Vaisseaux du Roi en 1731. Il fit voir à la
Compagnie plusieurs Cartes Géographiques Turques , nouvellement gravées à la nouvelle Imprimerie de Constantinople , et donna une idée
de l'état des Sciences et des Arts d'Europe dans
cette Capitale de l'Empire Ottoman ; il attribua
le peu de progrès qu'y font les Turcs au manque de societé qui est entr'eux , et à leur défaut
de curiosité qui est une suite de l'éloignement et
du mépris que leur éducation leur inspire pour tous les Etrangers.
Le Vendredi 14 Novembre , l'Académie des
Belles-Lettres tint son Assemblée publique au
Louvre, et M. le Cardinal de Polignac y présida,
en l'absence de M. le Cardinal de Rohan.
M. l'Abbé Sevin fit l'ouverture de la Scéance
par un Discours plein de sçavantes recherches sar la Vie et les Ouvrages de Thrasylle , grand
Phylosophe et célébre Astrologue , qui vivoit du
temps d'Auguste et de Tibére.
A cette lecture succeda celle d'un autre Discours
NOVEMBRE. 1732. 2449
cours de M. Blanchard , sur les Sybarites.
Ensuite, M. Hardion lût une premiere Disserration sur l'origine et les progrès de la Rhétori- que , dans la Grece.
M. Freret termina la Scéance par la lecture
d'un Discours sur un Phænomene observé dans
le Ciel du tems d'Ogygere.
Royale des Sciences se rassembla , et cette Assemblée , selon la coûtume , fut publique. M. de
Fontenelle ouvrit d'abord la séance par l'éloge
de M. Ruisk , celébre Anatomiste Hollandois
et l'un des Associez Etrangers de cette Académie,
11
2448 MERCURE DE FRANCE
il fut suivi de l'éloge de M. Chirac , Premier
Médecin du Roi , et Associé libre de l'Académie l'un et l'autre morts dans le courant de
cette année.
;
M. Pitot lût ensuite un Mémoire , dans lequel
il donne la description d'un Instrument qu'il a
inventé , pour mesurer dans tous les Fleuves et Rivieres , la vitesse de l'eau , non- seulement à
leurs surfaces supérieures , mais à telle profon
deur qu'on voudra.
•
· M. de la Condamine lût un Extrait de diverses
Observations d'Astronomie sur diverses matieres de Physique , sur la Navigation , faites
pendant le cours de son Voyage du Levant sur
les Vaisseaux du Roi en 1731. Il fit voir à la
Compagnie plusieurs Cartes Géographiques Turques , nouvellement gravées à la nouvelle Imprimerie de Constantinople , et donna une idée
de l'état des Sciences et des Arts d'Europe dans
cette Capitale de l'Empire Ottoman ; il attribua
le peu de progrès qu'y font les Turcs au manque de societé qui est entr'eux , et à leur défaut
de curiosité qui est une suite de l'éloignement et
du mépris que leur éducation leur inspire pour tous les Etrangers.
Le Vendredi 14 Novembre , l'Académie des
Belles-Lettres tint son Assemblée publique au
Louvre, et M. le Cardinal de Polignac y présida,
en l'absence de M. le Cardinal de Rohan.
M. l'Abbé Sevin fit l'ouverture de la Scéance
par un Discours plein de sçavantes recherches sar la Vie et les Ouvrages de Thrasylle , grand
Phylosophe et célébre Astrologue , qui vivoit du
temps d'Auguste et de Tibére.
A cette lecture succeda celle d'un autre Discours
NOVEMBRE. 1732. 2449
cours de M. Blanchard , sur les Sybarites.
Ensuite, M. Hardion lût une premiere Disserration sur l'origine et les progrès de la Rhétori- que , dans la Grece.
M. Freret termina la Scéance par la lecture
d'un Discours sur un Phænomene observé dans
le Ciel du tems d'Ogygere.
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Résumé : Rentrée des Académies, &c. [titre d'après la table]
Le 12 novembre 1732, l'Académie Royale des Sciences organisa une assemblée publique. M. de Fontenelle rendit hommage à M. Ruisk, anatomiste hollandais, et à M. Chirac, Premier Médecin du Roi, tous deux décédés. M. Pitot présenta un instrument pour mesurer la vitesse de l'eau dans les fleuves. M. de la Condamine partagea ses observations astronomiques et physiques réalisées en 1731 et discuta des sciences et des arts en Europe à Constantinople, attribuant le manque de progrès des Turcs à leur manque de société et de curiosité envers les étrangers. Le 14 novembre, l'Académie des Belles-Lettres tint une assemblée au Louvre, présidée par le Cardinal de Polignac. L'Abbé Sevin parla de Thrasylle, philosophe et astrologue. M. Blanchard discuta des Sybarites, M. Hardion de l'origine de la rhétorique en Grèce, et M. Freret d'un phénomène céleste observé du temps d'Ogygere.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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69
p. 2618-2625
Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, [titre d'après la table]
Début :
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres dans la République [...]
Mots clefs :
Histoire, Savants, Mémoires, Hommes illustres, R. P. Niceron, Jacques Sirmond
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, [titre d'après la table]
EMOIRES pour servir à l'Histoire
des Hommes Illustres dans la République des Lettres , &c. T. XVIl. de 408.
pages , sans les Tables. A Paris , chez
Briasson , rue S. Jacques , à la Science
M. DCC. XXXII.
Voici les noms des Sçavans dont il est
fait mention dans le xv11. Volume des
Mémoires du R. P. Niceron , qui continuent d'être bien reçûs du Public,
Henri Corneille Agrippa. Pierre Ayrault. Guillaume Barclay. Jean Barclay.
Gaspard Bauhin. Jean Baukin. Jordanus
1. vol.
Bru
DECEMBRE. 1732 2619
Brunus. Jean Chapeauville. Hilarion de
Coste. André Dudith. Charles Riviere Dufreny. Jacques Philippe Foresta. Jerôme Fracastor. Conrad Gesner. DenisGodefroy l'His>`·
torien. Jacques Godefroy. Theodore Godefroy. François Guichardin. Louis Guichardin. Jean Henri Heidedger. J. Gentien
Hervet. Christophe de Longueil. Gilbert
de Longüeil. Charles Paschal. Claude Pocquet Delivonniere. Modesta Pozzo. Eri→
cius Puteanus. Jean Savaron. Jacques Sirmond. Luc Tozzi.
Nous insererons ici , selon notre coûtume , l'un des articles de ces Mémoires ,
& nous croyons faire plaisir à nos Lectcurs , de choisir par préférence celui qui:
regarde le sçavant Pere Sirmond.
Jacques Sirmond nâquit le 12 Octobre 1559. à Riom en Auvergne , de Jean
Sirmond , Magistrat de cette Ville , et
d'Amable Barrier. Lorsqu'il eut 10 ans ,
ses parens l'envoyerent à Billon , Ville de
la basse Auvergne , pour y étudier dans
le College des Jésuites , qui est le premier qu'ils ayent eu en France.
Après qu'il eut fait ses Humanitez , il
entra dans leur Compagnie le 26 Juillet
1576. et en reçût l'Habit le 21 Août suivant dans sa 17 année. Il commença son
Noviciat à Verdun , dont il acheva les
I. Vol. E iij deux
620 MERCURE DE FRANCE
deux années à Pont-à-mousson , où il fir
ses vœux.
Il étudia ensuite en Philosophie, après
quoi sesSuperieurs connoissant ses talens,
le firent venir à Paris , où il professa deux
ans les Humanitez , et trois ans la Rhetorique. Il eut alors l'honneur d'avoir
pour Disciples Charles de Valois , Duc
d'Angoulême , Fils naturel de Charles IX.
et S. François de Sales.
Ce fut pendant ce peu de tems qu'il
acquit une parfaite connoissance des Langues Latine et Grecque , et qu'il se forma ce beau stile , qui joint à la solidité
de son jugement , et à la justesse de ses
pensées , a fait estimer tout ce qui est
sorti de sa plume. M. Cousin nous apprend dans le Journal des Sçavans , qu'il
avoit pris Muret pour son modele , et
qu'il ne laissoit passer aucun jour sans en
lire quelques pages.
En 1586. il commença son Cours de
Theologie , qui dura quatre ans , pendant lesquels il eut pour compagnon d'études le célébre Fronton du Duc. Il ne
se contenta pas d'une Scholastique séche
et décharnée telle qu'on l'enseignoit
alors , il lût avec soin les Saints Peres et
les Auteurs Ecclesiastiques , et entreprit
même dès lors de traduire en Latin quelو
I.Vel ques
DECEMBRE. 1732 2621
ques Ouvrages des Peres Grecs , et de
composer des Remarques sur Sidonius.
A peine fut- il sorti de Theologie , que
le P. Claude Aquaviva , General de sa
Compagnie , l'appella en 1590. à Rome,
pour être son Secretaire , et il s'acquitta
pendant plus de seize ans de cet emploi
avec un succès qui répondit parfaitement
aux espérances qu'on avoit conçues de
lui.
Ses heures de loisir étoient employées à
l'étude de l'Antiquité : il visitoit les Bibliotheques , et en consultoit les Manuscrits , il s'appliquoit aussi à l'étude des
Antiques , des Médailles et des Inscriptions ; et les Italiens , quoique jaloux de
la gloire de leur Nation , ne se faisoient
point une honte de le consulter fur ces
sortes de matieres , persuadez que ses connoissances pouvoient suppléer aux lumie
res qui leur manquoient.
Le P. Sirmond pendant fon séjour en
Italie , lia un commerce d'amitié avec
les Sçavans les plus illustres , qui y vivoient alors , & particulierement avec
Bellarmin et Tolet , qui étoient de sa Societé et avec les Cardinaux Baronius,d'Ossal et du Perron, Le Cardinal Baronius
tira même de lui de grands fecours pour
ses Annales Ecclesiastiques , principale
I. Vol. E iiij ment
2622 MERCURE DE FRANCE
ment par rapport à l'Histoire Grecque ,
sur laquelle il lui fournit un grand nombre de Piéces traduites de Grec en Latin.
Il revint à Paris en 1608. et depuis
ce temps-là il ne cessa point d'enrichir
le Public de nouveaux Ouvrages. Il demeura d'abord environ quatre ans dans
la Maison Professe , d'où il passa sur la
fin de 1612. au College , où il devoit être
plus commodément pour travailler à la
collection des Conciles de France , qu'il
avoit entreprise , et cinq ans après il en
fut fait Recteur.
Le Pape Urbain VIII. qui connoissoit
depuis long-temps son mérite , voulut
l'attirer de nouveau à Rome , et fit écrire
pour cela en France par le P. Vitelleschi,
qui étoit alors General de la Compagnie;
mais Louis XIII. ne voulut pas souffrir
qu'on lui ravit un Homme qui faisoit tant
d'honneur à son Royaume , et qui pouvoit lui rendre de grands services.
Sur la fin du mois de Décembre de l'an
1637. il fut choisi pour être Confesseur
du Roi à la place du P. Caussin. Il eut de
la peine à accepter un poste si délicat ;
quelques-uns même de ses amis , qui ne
songeoient qu'au tems qu'il leur alloit
dérober , jugeoient qu'il lui convenoit
moins qu'à un autre ; mais enfin obligé
I.Vol. de
- DECEMBR E. 1732: 2623
,
de se soumettre au choix qui avoit été
fait de lui , il se conduisit à la Cour avec
tant de précautions et de prudence , qu'il
n'y donna jamais à personne le moindre
sujet de plainte. Renfermé dans les bornes de son Ministere , il ne s'y mêla d'aucune affaire temporelle , et témoigna un
désinteressement si parfait , qu'il n'avança aucun de ses parens , et ne demanda
qu'un petit Benefice pour M. de la Lande,
son Neveu , auquel même il fut contesté.
Après la mort de Louis XIII. arrivée le
14 Mai 1643. il quitta la Cour , et reprit
ses occupations ordinaires avec la même
tranquillité , que s'il ne fut jamais sorti
de sa Retraite. 10
,
En 1645. il voulut bien , malgré son
grand âge , aller encore à Rome en qualité de Député des Jésuites de France
pour y assister à l'élection d'un General
à la place du P. Vitelleschi , comme il avoit fait trente ans auparavant , après
la mort du Pere Aquaviva , son prédécesseur.
De retour en France , il donna encore
quelques Ouvrages au Public , et il se préparoit à en mettre d'autres sous la presse ,
lorsqu'au retour d'une Assemblée tenue
à la Maison Professe , où il s'étoit un peu
I.Vol. Ev échauffé
2624 MERCURE DE FRANCE
échauffé, en soûtenant son avis, il fut attaqué d'une maladie , qui peu de jours
après se trouva accompagnée d'un débordement de bîle par tout le corps. Il en
mourut le 7. Octobre 1651. âgé de 92.
ans.
» Il avoit sçu joindre une grande dé-
» licatesse d'esprit et un discernement
très-juste , avec une profonde érudi-
» tion. Il sçavoit en perfection le Grec, le
» Latin , les Auteurs Profanes , l'Histoi-
» re et, tout ce qui s'appelle Belles- Let-
» tres. Il avoit une connoissance fort
étendue de l'Antiquité Ecclesiastique ,
» et avoit étudié avec soin les Auteurs du
» moyen âge. Son stile est pur , concis et
»serré. Il affecte néanmoins trop , de se
servir de certains mots des Poëtes
» Comiques. Il méditoit beaucoup sur ce
» qu'il écrivoit , et avoit un art tout par-
» ticulier de le réduire en une Note qui
»comprenoit bien des choses en peu de
mots , sans être chargée de rien d'inu-
» tile ou d'étranger. Il est éxact , judi-
» cieux , simple , et cependant . n'omet
»rien de ce qui est nécessaire. Ses Disser-
» tations ont passé pour un modele sur
»lequel il seroit à souhaitter qu'on se
»format. Quand il traitoit une matiere
» il ne disoit jamais d'abord tout ce qu'il
I. Vol. sça-
DECEMBRE. 1732. 2625
» sçavoit , et se réservoit toujours de nous.
» veaux argumens pour la réplique , com-
»me des troupes auxiliaires , pour venir
» au secours du corps de bataille. Il étoit
» désinteressé , équitable , moderé , sin-
» cere , modeste , laborieux , et cepen-
» dant familier , conversant agréablement
» avec ses amis , et appliqué à ses devoirs.
Il s'étoit attiré par son érudition et par
>> ses manieres , l'estime non seulement
» des Sçavans , mais encore de tous les
»honnêtes gens. Il a laissé après lui une
>> réputation qui durera pendant plusieurs
"siécles. C'est le jugement que M. Dupin
porte de cet Auteur.
»
Suit le Catalogue raisonné des Ouvrages
du P. Sirmond , qu'on ne sçauroit lire
sans admiration et sans profit. D'un côté ,
le fonds des matieres , et de l'autre l'arrangement et les Remarques de l'Editeur
ont de quoi satisfaire les Lecteurs intelli.
gens. Nous sommes fâchez de ne pouvoir
rapporter ce Catalogue à cause de sa prolixité. Il contient 55 Articles bien rem
plis. Les Antiquaires doivent s'interesser
aux Art. 43. 44. et 45.
des Hommes Illustres dans la République des Lettres , &c. T. XVIl. de 408.
pages , sans les Tables. A Paris , chez
Briasson , rue S. Jacques , à la Science
M. DCC. XXXII.
Voici les noms des Sçavans dont il est
fait mention dans le xv11. Volume des
Mémoires du R. P. Niceron , qui continuent d'être bien reçûs du Public,
Henri Corneille Agrippa. Pierre Ayrault. Guillaume Barclay. Jean Barclay.
Gaspard Bauhin. Jean Baukin. Jordanus
1. vol.
Bru
DECEMBRE. 1732 2619
Brunus. Jean Chapeauville. Hilarion de
Coste. André Dudith. Charles Riviere Dufreny. Jacques Philippe Foresta. Jerôme Fracastor. Conrad Gesner. DenisGodefroy l'His>`·
torien. Jacques Godefroy. Theodore Godefroy. François Guichardin. Louis Guichardin. Jean Henri Heidedger. J. Gentien
Hervet. Christophe de Longueil. Gilbert
de Longüeil. Charles Paschal. Claude Pocquet Delivonniere. Modesta Pozzo. Eri→
cius Puteanus. Jean Savaron. Jacques Sirmond. Luc Tozzi.
Nous insererons ici , selon notre coûtume , l'un des articles de ces Mémoires ,
& nous croyons faire plaisir à nos Lectcurs , de choisir par préférence celui qui:
regarde le sçavant Pere Sirmond.
Jacques Sirmond nâquit le 12 Octobre 1559. à Riom en Auvergne , de Jean
Sirmond , Magistrat de cette Ville , et
d'Amable Barrier. Lorsqu'il eut 10 ans ,
ses parens l'envoyerent à Billon , Ville de
la basse Auvergne , pour y étudier dans
le College des Jésuites , qui est le premier qu'ils ayent eu en France.
Après qu'il eut fait ses Humanitez , il
entra dans leur Compagnie le 26 Juillet
1576. et en reçût l'Habit le 21 Août suivant dans sa 17 année. Il commença son
Noviciat à Verdun , dont il acheva les
I. Vol. E iij deux
620 MERCURE DE FRANCE
deux années à Pont-à-mousson , où il fir
ses vœux.
Il étudia ensuite en Philosophie, après
quoi sesSuperieurs connoissant ses talens,
le firent venir à Paris , où il professa deux
ans les Humanitez , et trois ans la Rhetorique. Il eut alors l'honneur d'avoir
pour Disciples Charles de Valois , Duc
d'Angoulême , Fils naturel de Charles IX.
et S. François de Sales.
Ce fut pendant ce peu de tems qu'il
acquit une parfaite connoissance des Langues Latine et Grecque , et qu'il se forma ce beau stile , qui joint à la solidité
de son jugement , et à la justesse de ses
pensées , a fait estimer tout ce qui est
sorti de sa plume. M. Cousin nous apprend dans le Journal des Sçavans , qu'il
avoit pris Muret pour son modele , et
qu'il ne laissoit passer aucun jour sans en
lire quelques pages.
En 1586. il commença son Cours de
Theologie , qui dura quatre ans , pendant lesquels il eut pour compagnon d'études le célébre Fronton du Duc. Il ne
se contenta pas d'une Scholastique séche
et décharnée telle qu'on l'enseignoit
alors , il lût avec soin les Saints Peres et
les Auteurs Ecclesiastiques , et entreprit
même dès lors de traduire en Latin quelو
I.Vel ques
DECEMBRE. 1732 2621
ques Ouvrages des Peres Grecs , et de
composer des Remarques sur Sidonius.
A peine fut- il sorti de Theologie , que
le P. Claude Aquaviva , General de sa
Compagnie , l'appella en 1590. à Rome,
pour être son Secretaire , et il s'acquitta
pendant plus de seize ans de cet emploi
avec un succès qui répondit parfaitement
aux espérances qu'on avoit conçues de
lui.
Ses heures de loisir étoient employées à
l'étude de l'Antiquité : il visitoit les Bibliotheques , et en consultoit les Manuscrits , il s'appliquoit aussi à l'étude des
Antiques , des Médailles et des Inscriptions ; et les Italiens , quoique jaloux de
la gloire de leur Nation , ne se faisoient
point une honte de le consulter fur ces
sortes de matieres , persuadez que ses connoissances pouvoient suppléer aux lumie
res qui leur manquoient.
Le P. Sirmond pendant fon séjour en
Italie , lia un commerce d'amitié avec
les Sçavans les plus illustres , qui y vivoient alors , & particulierement avec
Bellarmin et Tolet , qui étoient de sa Societé et avec les Cardinaux Baronius,d'Ossal et du Perron, Le Cardinal Baronius
tira même de lui de grands fecours pour
ses Annales Ecclesiastiques , principale
I. Vol. E iiij ment
2622 MERCURE DE FRANCE
ment par rapport à l'Histoire Grecque ,
sur laquelle il lui fournit un grand nombre de Piéces traduites de Grec en Latin.
Il revint à Paris en 1608. et depuis
ce temps-là il ne cessa point d'enrichir
le Public de nouveaux Ouvrages. Il demeura d'abord environ quatre ans dans
la Maison Professe , d'où il passa sur la
fin de 1612. au College , où il devoit être
plus commodément pour travailler à la
collection des Conciles de France , qu'il
avoit entreprise , et cinq ans après il en
fut fait Recteur.
Le Pape Urbain VIII. qui connoissoit
depuis long-temps son mérite , voulut
l'attirer de nouveau à Rome , et fit écrire
pour cela en France par le P. Vitelleschi,
qui étoit alors General de la Compagnie;
mais Louis XIII. ne voulut pas souffrir
qu'on lui ravit un Homme qui faisoit tant
d'honneur à son Royaume , et qui pouvoit lui rendre de grands services.
Sur la fin du mois de Décembre de l'an
1637. il fut choisi pour être Confesseur
du Roi à la place du P. Caussin. Il eut de
la peine à accepter un poste si délicat ;
quelques-uns même de ses amis , qui ne
songeoient qu'au tems qu'il leur alloit
dérober , jugeoient qu'il lui convenoit
moins qu'à un autre ; mais enfin obligé
I.Vol. de
- DECEMBR E. 1732: 2623
,
de se soumettre au choix qui avoit été
fait de lui , il se conduisit à la Cour avec
tant de précautions et de prudence , qu'il
n'y donna jamais à personne le moindre
sujet de plainte. Renfermé dans les bornes de son Ministere , il ne s'y mêla d'aucune affaire temporelle , et témoigna un
désinteressement si parfait , qu'il n'avança aucun de ses parens , et ne demanda
qu'un petit Benefice pour M. de la Lande,
son Neveu , auquel même il fut contesté.
Après la mort de Louis XIII. arrivée le
14 Mai 1643. il quitta la Cour , et reprit
ses occupations ordinaires avec la même
tranquillité , que s'il ne fut jamais sorti
de sa Retraite. 10
,
En 1645. il voulut bien , malgré son
grand âge , aller encore à Rome en qualité de Député des Jésuites de France
pour y assister à l'élection d'un General
à la place du P. Vitelleschi , comme il avoit fait trente ans auparavant , après
la mort du Pere Aquaviva , son prédécesseur.
De retour en France , il donna encore
quelques Ouvrages au Public , et il se préparoit à en mettre d'autres sous la presse ,
lorsqu'au retour d'une Assemblée tenue
à la Maison Professe , où il s'étoit un peu
I.Vol. Ev échauffé
2624 MERCURE DE FRANCE
échauffé, en soûtenant son avis, il fut attaqué d'une maladie , qui peu de jours
après se trouva accompagnée d'un débordement de bîle par tout le corps. Il en
mourut le 7. Octobre 1651. âgé de 92.
ans.
» Il avoit sçu joindre une grande dé-
» licatesse d'esprit et un discernement
très-juste , avec une profonde érudi-
» tion. Il sçavoit en perfection le Grec, le
» Latin , les Auteurs Profanes , l'Histoi-
» re et, tout ce qui s'appelle Belles- Let-
» tres. Il avoit une connoissance fort
étendue de l'Antiquité Ecclesiastique ,
» et avoit étudié avec soin les Auteurs du
» moyen âge. Son stile est pur , concis et
»serré. Il affecte néanmoins trop , de se
servir de certains mots des Poëtes
» Comiques. Il méditoit beaucoup sur ce
» qu'il écrivoit , et avoit un art tout par-
» ticulier de le réduire en une Note qui
»comprenoit bien des choses en peu de
mots , sans être chargée de rien d'inu-
» tile ou d'étranger. Il est éxact , judi-
» cieux , simple , et cependant . n'omet
»rien de ce qui est nécessaire. Ses Disser-
» tations ont passé pour un modele sur
»lequel il seroit à souhaitter qu'on se
»format. Quand il traitoit une matiere
» il ne disoit jamais d'abord tout ce qu'il
I. Vol. sça-
DECEMBRE. 1732. 2625
» sçavoit , et se réservoit toujours de nous.
» veaux argumens pour la réplique , com-
»me des troupes auxiliaires , pour venir
» au secours du corps de bataille. Il étoit
» désinteressé , équitable , moderé , sin-
» cere , modeste , laborieux , et cepen-
» dant familier , conversant agréablement
» avec ses amis , et appliqué à ses devoirs.
Il s'étoit attiré par son érudition et par
>> ses manieres , l'estime non seulement
» des Sçavans , mais encore de tous les
»honnêtes gens. Il a laissé après lui une
>> réputation qui durera pendant plusieurs
"siécles. C'est le jugement que M. Dupin
porte de cet Auteur.
»
Suit le Catalogue raisonné des Ouvrages
du P. Sirmond , qu'on ne sçauroit lire
sans admiration et sans profit. D'un côté ,
le fonds des matieres , et de l'autre l'arrangement et les Remarques de l'Editeur
ont de quoi satisfaire les Lecteurs intelli.
gens. Nous sommes fâchez de ne pouvoir
rapporter ce Catalogue à cause de sa prolixité. Il contient 55 Articles bien rem
plis. Les Antiquaires doivent s'interesser
aux Art. 43. 44. et 45.
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Résumé : Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, [titre d'après la table]
Le texte présente les 'Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres dans la République des Lettres', volume XVII, publié en 1732 à Paris par Briasson. Ce volume mentionne plusieurs savants, dont Henri Corneille Agrippa, Pierre Ayrault, Guillaume Barclay, et Jacques Sirmond. Jacques Sirmond, né le 12 octobre 1559 à Riom en Auvergne, a étudié au Collège des Jésuites à Billom. Il est entré dans la Compagnie de Jésus en 1576 et a commencé son noviciat à Verdun, le terminant à Pont-à-Mousson. Il a enseigné les humanités et la rhétorique à Paris, comptant parmi ses disciples Charles de Valois et François de Sales. Sirmond a acquis une maîtrise du latin et du grec, et a adopté un style influencé par Muret. En 1586, il a commencé ses études de théologie, durant lesquelles il a traduit des œuvres des Pères grecs et a composé des remarques sur Sidonius. En 1590, il a été appelé à Rome par le Père Claude Aquaviva pour devenir son secrétaire, poste qu'il a occupé pendant seize ans. À Rome, il a étudié l'antiquité, visité des bibliothèques, et consulté des manuscrits. Il a également collaboré avec des savants italiens comme Bellarmin et Baronius. De retour à Paris en 1608, Sirmond a continué à publier des ouvrages et a été nommé recteur du Collège en 1617. En 1637, il est devenu confesseur du roi Louis XIII, poste qu'il a occupé avec prudence et désintéressement. Après la mort du roi en 1643, il a repris ses occupations habituelles. En 1645, il est retourné à Rome pour l'élection d'un général des Jésuites. De retour en France, il a continué à publier jusqu'à sa mort le 7 octobre 1651, à l'âge de 92 ans. Sirmond est décrit comme un érudit polyglotte, maîtrisant le grec, le latin, et les auteurs profanes. Son style est pur et concis, et ses dissertations sont considérées comme des modèles. Il était désintéressé, équitable, et modeste, et a laissé une réputation durable. Le texte mentionne également un catalogue des œuvres de Sirmond, contenant 55 articles, et note l'intérêt des antiquaires pour certains articles spécifiques.
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70
p. 2637-2638
Ouverture du College Royal.
Début :
Les Professeurs du College Royal de France, fondé à Paris par le Roi FRANCOIS I. le [...]
Mots clefs :
Collège royal, François I, Savants, Chaires, Académie royale des inscriptions et belles-lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ouverture du College Royal.
Ouverture du College Royal.
,
Es Professeurs du College Royal de France
fondé à Paris par le Roi FRANÇOIS 1. le
Pere et le Restaurateur des Lettres , reprirent leurs Exercices et commencerent leur année Académique le Lundi 17 Novembre. Voici les noms
des Sçavans qui remplissent actuellement les Chaires de ce fameux College sous l'inspection
de M. Antoine Lancelot , de l'Académie Royale
des Inscriptions et Belles- Lettres , Censeur Royal des Livres.
Pour la Langue Hébraïque.
Mrs Sallier et Henri.
Pour la Langue Grecque
Mrs Capperonier , et N...
1.Vol Pour
338 MERCURE DE FRANCE
Pour les Mathematiques.
Mrs Chevalier et de Lisle.
Pourla Philosophie.
Mrs Terrasson et Privat de Molieres.
Pour l'Eloquence Latine.
Mrs Rollin et N....
Pour la Médecine , la Chirurgie , la Phar
macie , et la Botanique.
Mrs Andry , Burette , Astruc , et Dubois.
Pour la Langue Arabe.
Mrs de Fiennes , Secretaire , Interpréte ordi
aire du Roi , et Fourmont.
Pour le Droit Canon.
Mrs Capon et le Merre.
Pour la Langue Syriaque.
M. l'Abbé Fourmont.
,
Es Professeurs du College Royal de France
fondé à Paris par le Roi FRANÇOIS 1. le
Pere et le Restaurateur des Lettres , reprirent leurs Exercices et commencerent leur année Académique le Lundi 17 Novembre. Voici les noms
des Sçavans qui remplissent actuellement les Chaires de ce fameux College sous l'inspection
de M. Antoine Lancelot , de l'Académie Royale
des Inscriptions et Belles- Lettres , Censeur Royal des Livres.
Pour la Langue Hébraïque.
Mrs Sallier et Henri.
Pour la Langue Grecque
Mrs Capperonier , et N...
1.Vol Pour
338 MERCURE DE FRANCE
Pour les Mathematiques.
Mrs Chevalier et de Lisle.
Pourla Philosophie.
Mrs Terrasson et Privat de Molieres.
Pour l'Eloquence Latine.
Mrs Rollin et N....
Pour la Médecine , la Chirurgie , la Phar
macie , et la Botanique.
Mrs Andry , Burette , Astruc , et Dubois.
Pour la Langue Arabe.
Mrs de Fiennes , Secretaire , Interpréte ordi
aire du Roi , et Fourmont.
Pour le Droit Canon.
Mrs Capon et le Merre.
Pour la Langue Syriaque.
M. l'Abbé Fourmont.
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Résumé : Ouverture du College Royal.
Le Collège Royal de France, fondé à Paris par le roi François Ier, a rouvert ses portes le 17 novembre. Les activités académiques ont repris sous la supervision de M. Antoine Lancelot, censeur royal des livres et membre de l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres. Les chaires du collège sont occupées par divers savants. Pour la langue hébraïque, les professeurs sont M. Sallier et M. Henri. En langue grecque, les professeurs sont M. Capperonier et un autre professeur non nommé. En mathématiques, les professeurs sont M. Chevalier et M. de Lisle. En philosophie, les professeurs sont M. Terrasson et M. Privat de Molières. Pour l'éloquence latine, les professeurs sont M. Rollin et un autre professeur non nommé. En médecine, chirurgie, pharmacie et botanique, les professeurs sont M. Andry, M. Burette, M. Astruc et M. Dubois. Pour la langue arabe, les professeurs sont M. de Fiennes, secrétaire et interprète du roi, et M. Fourmont. En droit canon, les professeurs sont M. Capon et M. le Merre. Enfin, pour la langue syriaque, le professeur est M. l'Abbé Fourmont.
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71
p. 2639-2644
PRIX de la Societé des Arts.
Début :
Son Altesse Serenissime Monseigneur LE COMTE DE CLERMONT, Protecteur de la SOCIETÉ [...]
Mots clefs :
Société des arts, Prix, Sujets, Médailles
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texteReconnaissance textuelle : PRIX de la Societé des Arts.
PRIX de la Societé des Arts.
On Altesse Serenissime Monseigneur LE COM SonAl CLERMONT , Protecteur de la SocrEr
DES ARTS , ayant bien voulu accorder des fonds
à cette Compagnie pour qu'elle distribue deux
Prix tous les ans , chaque Prix sera une Médaille
d'or de 30c. liv. et toutes personnes , excepté les
Associez qui doivent être Juges , pourront aspirer à ces Prix. Les deux prémiers se distribueront
à l'Assemblée publique d'après la S. Martin de l'année 1733.
Comme la Societé se fait une loi de ne choisir
pour les sujets des Prix que des questions qui ayent rapport aux Arts , et que la solution des
problêmes de cette nature dépend souvent moins
de la simple théorie , que d'une longue suite d'experiences , elle proposera chaque année un plus
grand nombre de questions qu'elle n'aura de Prix donner l'année suivante ; par ce moyen plus
d'Auteurs seront excitez à travailler : ceux qui
s'attacheront aux matieres , sur lesquelles il n'appartient qu'à l'experience de donner des décisions,
auront tout le temps nécessaire pour la consulter;
et la Societé recevra des éclaircissemens dont elle
seroit privée, si elle exigeoit qu'on les lui donnât
dans un terme prescrit. Elle propose donc cette
année cinq Sujets , et elle en proposera chacune
des années suivantes autant de nouveaux qu'elle
aura distribué de Prix dans l'année.
Sur la Charruë.
Il n'est pas douteux que les diverses qualitez
des terres , la differente disposition de leurs plans,
er les diverses especes d'animaux qu'on est obligé
I. Vol, F d'eme
2640 MERCURE DE FRANCE
d'employer pour le labourage , n'exigent des dif
ferences dans la forme , les proportions , et le
nombre des pieces dont les Charrues sont composées. Cependant les Ouvriers qui les construisent , suivent plutôt une pratique aveugle qu'aucun principe certain et les Laboureurs rencontrent par là plusieurs difficultez , qui peut- être seroient aisées à vaincre , si les uns et les autres connoissoient mieux les raisons de suivre diffcrens usages selon les lieux differens. On demande
quelle est la meilleure construction de Charrue
tant par rapport aux diverses qualitez des terres
que par rapport à la differente disposition de leurs
lans.
Sur le Moulin.
J
Plusieurs personnes habiles se sont appliquées
avec succès à perfectionner cette Machine. Le
Moulin à vent semble même être porté à sa plus
grande perfection. Il n'en est pas ainsi des Moulins à eau , on peut les rendre plus parfaits qu'ils
ne sont , à plusieurs égards , sur- tout en déterminant plus précisément de quelle maniere ils
doivent être construits ; une certaine quantité.
d'eau soutenue à telle hauteur qu'on voudia supposer étant donnée , la Societé desireroit qu'on
ajoûtât à une Machine si utile quelque nouvelle
perfection , et elle exhorte les personnes qui travailleront sur cette matiere à chercher principalement les moyens de tirer des differens cours
d'eau le meilleur parti qu'il est possible.
Sur les Semences.
Les Livres d'Agriculture sont remplis de d
verses recettes de préparationsdestinées à féconder les Semences , et souvent en rejettant trop lé.
>
I. Vol.
germent
DECEMBRE. 1732. 2647
gerement tout ce qui porte l'air de secret , il peut
arriver qu'on se prive de quelque pratique utile.
L'un des Prix est réservé àl'Auteur du Mémoire,
dans lequel ces differentes préparations employées
pour féconder les Semences, seront discutées de
la maniere la plus satisfaisante.
Sur le Mercure.
Tous les Artisans qui employent du vif- argen
dans leurs ouvrages, éprouvent ordinairement des
coliques violentes , des tremblemens , des paraly- .
sies , et d'autres maladies, Les Doreurs en or
moulu , ou amalgamé avec le Mercure sont par- ticulierement exposez àces accidens. On propose
un Prix à l'Auteur du Mémoire , qui contiendra
quelque nouveau moyen de les prévenir ou de les diminuer , soit par la préparation du vif- argent,
soit par la maniere de l'employer , ou par quel, "
que préservatif.
Sur le Ressort du Balancier des Montres.
C'est un accident ordinaire aux Métaux que de se dilater dans la chaleur , et de se contracter
dans le froid . Par cette raison le Ressort que l'on
met au Balancier des Montres , et qui doit concourir à la justesse , y devient nuisible. La Socie- té demande si l'on ne pourroit pas , soit par le
choix de la matiere , soit par la maniere de la
travailler , soit enfin par la forme donnée au
Ressort , ou par quelques autres moyens rendre
ces Ressorts moins susceptibles des impressions.
de l'air , ou du moins rendre les variations de cer
Ressort moins contraires à la régularité des
Montres.
Quoique la Societé destine principalement ses,
Prix aux Auteurs qui travailleront sur les Sujets
I. Vol. Fij qu'elle
2642 MERCURE DE FRANCE
qu'elle aura proposez , cependant lorsqu'on lui
présentera quelques ouvrages qui seront sur d'autres matieres , mais qui contiendront quelques
découvertes d'une utilité considerable pour les
Arts , les Auteurs de ces Ouvrages pourront prétendre aux Prix : elle ne donnera la préference
aux Memoires sur les questions proposées que
dans le cas où les autres ne leur seroient supe
rieurs à nul égard.
Lorsque le nombre des Ouvrages dignes des Prix , excedera celui des Prix , les deux Médailles
de l'année , seront données aux deux Auteurs qui auront le mieux réussi , ou si tous ont réussi
également , à ceux qui auront choisi les sujets
dont l'utilité sera le plus generalement reconnue.
Les autres concourront de nouveau l'année suivante.
Si quelque Auteur ayant choisi un Sujet est
prévenu par un autre , et qu'on adjuge le Prix
au second avant que le premier ait envoyé son
Memoire , celui-cy ne perdra point l'espoir d'obtenir un Prix , pourvû qu'il propose des vûës
nouvelles et superieures à celles que l'autre aura données.
Les personnes qui voudront concourir pour le Prix la Societé doit donner dans son As- que semblée publique d'après la S. Martin de l'année
1733. seront tenues d'envoyer leurs Ouvrages
dans le cours du mois de Juin , les Etrangers ,
même ceux qui sont Membres de la Compagnie,
ayant droit aux Prix : on avertit les Sçavans qui
voudront travailler , d'écrire ou de faire traduire
en François ou en Latin , les Memoires qu'ils
envoyeront.
Une des conditions pour que les Ouvrages con
Courent c'est que les Auteurs ne se fassent pas ,
I. Vols connoître
DECEMBRE. 1732: 2643
connoître avant que le Prix soit adjugé ; on re- commande à chacun d'eux de mettre à la fin de
son Memoire une maxime ou quelque passage
d'un Ecrivain. Ceux qui seront à Paris , ou qui
auront dans cette Ville quelqu'un de confiance ,
pourront envoyer leurs Ouvrages à la Societé,
tous les jours qu'elle s'assemble. Elle tient ses
Séances chez S. A. S. M. LE COMTE DE CLERMONT , au Palais du petit Luxembourg , le Di-,
manche et le Jeudi de chaque Semaine , depuis
quatre heures du soir jusqu'à six. Le Secretaire
marquera sur les Registres de la Compagnie la
date de la reception de chaque Memoire , la maxime jointe au Memoire et les mots par lesquels il commencera ; et l'on délivrera au Porteur un
Extrait des Registres. Ceux qui ne seront pas
à portée de se servir de la voye que nous venons
d'indiquer , pourront prendre celle de la Poste.
M. LE COMTE DE CLERMONT permet qu'on
adresse en son Palais , à Paris , tous les Paquets
destinez à la Societé. Les Paquets envoyez de la
sorte doivent avoir pour suscription : A Messieurs
de la Société des Arts , au petit Luxembourg ,
à Paris.
Aussi- tôt qu'un Prix sera adjugé , la Societé
avertira le Public dans les differens Journaux de
France et dans les Gazettes , qu'un Memoire ,
commençant par tels mots , portant telle maxime, et ayant telle matiere pour sujet, a remporté l'un des Prix. L'Auteur alors fera ses diligences
pour se faire connoître , et dans l'Assemblée destinée pour donner le Prix qu'il aura obtenu , il
recevra la Médaille , ou la fera recevoir par quel- qu'un chargé de sa Procuration ; dans la même
Assemblée on lira le Memoire , et la Societé le
fera imprimer dans ses Recueils ; elle compte S. I. Vol. Fi même
2644 MERCURE DE FRANCE
même d'y faire imprimer les Ouvrages , qui n'é
tant pas jugez dignes des Prix , paroîtront cependant meriter de voir le jour
On Altesse Serenissime Monseigneur LE COM SonAl CLERMONT , Protecteur de la SocrEr
DES ARTS , ayant bien voulu accorder des fonds
à cette Compagnie pour qu'elle distribue deux
Prix tous les ans , chaque Prix sera une Médaille
d'or de 30c. liv. et toutes personnes , excepté les
Associez qui doivent être Juges , pourront aspirer à ces Prix. Les deux prémiers se distribueront
à l'Assemblée publique d'après la S. Martin de l'année 1733.
Comme la Societé se fait une loi de ne choisir
pour les sujets des Prix que des questions qui ayent rapport aux Arts , et que la solution des
problêmes de cette nature dépend souvent moins
de la simple théorie , que d'une longue suite d'experiences , elle proposera chaque année un plus
grand nombre de questions qu'elle n'aura de Prix donner l'année suivante ; par ce moyen plus
d'Auteurs seront excitez à travailler : ceux qui
s'attacheront aux matieres , sur lesquelles il n'appartient qu'à l'experience de donner des décisions,
auront tout le temps nécessaire pour la consulter;
et la Societé recevra des éclaircissemens dont elle
seroit privée, si elle exigeoit qu'on les lui donnât
dans un terme prescrit. Elle propose donc cette
année cinq Sujets , et elle en proposera chacune
des années suivantes autant de nouveaux qu'elle
aura distribué de Prix dans l'année.
Sur la Charruë.
Il n'est pas douteux que les diverses qualitez
des terres , la differente disposition de leurs plans,
er les diverses especes d'animaux qu'on est obligé
I. Vol, F d'eme
2640 MERCURE DE FRANCE
d'employer pour le labourage , n'exigent des dif
ferences dans la forme , les proportions , et le
nombre des pieces dont les Charrues sont composées. Cependant les Ouvriers qui les construisent , suivent plutôt une pratique aveugle qu'aucun principe certain et les Laboureurs rencontrent par là plusieurs difficultez , qui peut- être seroient aisées à vaincre , si les uns et les autres connoissoient mieux les raisons de suivre diffcrens usages selon les lieux differens. On demande
quelle est la meilleure construction de Charrue
tant par rapport aux diverses qualitez des terres
que par rapport à la differente disposition de leurs
lans.
Sur le Moulin.
J
Plusieurs personnes habiles se sont appliquées
avec succès à perfectionner cette Machine. Le
Moulin à vent semble même être porté à sa plus
grande perfection. Il n'en est pas ainsi des Moulins à eau , on peut les rendre plus parfaits qu'ils
ne sont , à plusieurs égards , sur- tout en déterminant plus précisément de quelle maniere ils
doivent être construits ; une certaine quantité.
d'eau soutenue à telle hauteur qu'on voudia supposer étant donnée , la Societé desireroit qu'on
ajoûtât à une Machine si utile quelque nouvelle
perfection , et elle exhorte les personnes qui travailleront sur cette matiere à chercher principalement les moyens de tirer des differens cours
d'eau le meilleur parti qu'il est possible.
Sur les Semences.
Les Livres d'Agriculture sont remplis de d
verses recettes de préparationsdestinées à féconder les Semences , et souvent en rejettant trop lé.
>
I. Vol.
germent
DECEMBRE. 1732. 2647
gerement tout ce qui porte l'air de secret , il peut
arriver qu'on se prive de quelque pratique utile.
L'un des Prix est réservé àl'Auteur du Mémoire,
dans lequel ces differentes préparations employées
pour féconder les Semences, seront discutées de
la maniere la plus satisfaisante.
Sur le Mercure.
Tous les Artisans qui employent du vif- argen
dans leurs ouvrages, éprouvent ordinairement des
coliques violentes , des tremblemens , des paraly- .
sies , et d'autres maladies, Les Doreurs en or
moulu , ou amalgamé avec le Mercure sont par- ticulierement exposez àces accidens. On propose
un Prix à l'Auteur du Mémoire , qui contiendra
quelque nouveau moyen de les prévenir ou de les diminuer , soit par la préparation du vif- argent,
soit par la maniere de l'employer , ou par quel, "
que préservatif.
Sur le Ressort du Balancier des Montres.
C'est un accident ordinaire aux Métaux que de se dilater dans la chaleur , et de se contracter
dans le froid . Par cette raison le Ressort que l'on
met au Balancier des Montres , et qui doit concourir à la justesse , y devient nuisible. La Socie- té demande si l'on ne pourroit pas , soit par le
choix de la matiere , soit par la maniere de la
travailler , soit enfin par la forme donnée au
Ressort , ou par quelques autres moyens rendre
ces Ressorts moins susceptibles des impressions.
de l'air , ou du moins rendre les variations de cer
Ressort moins contraires à la régularité des
Montres.
Quoique la Societé destine principalement ses,
Prix aux Auteurs qui travailleront sur les Sujets
I. Vol. Fij qu'elle
2642 MERCURE DE FRANCE
qu'elle aura proposez , cependant lorsqu'on lui
présentera quelques ouvrages qui seront sur d'autres matieres , mais qui contiendront quelques
découvertes d'une utilité considerable pour les
Arts , les Auteurs de ces Ouvrages pourront prétendre aux Prix : elle ne donnera la préference
aux Memoires sur les questions proposées que
dans le cas où les autres ne leur seroient supe
rieurs à nul égard.
Lorsque le nombre des Ouvrages dignes des Prix , excedera celui des Prix , les deux Médailles
de l'année , seront données aux deux Auteurs qui auront le mieux réussi , ou si tous ont réussi
également , à ceux qui auront choisi les sujets
dont l'utilité sera le plus generalement reconnue.
Les autres concourront de nouveau l'année suivante.
Si quelque Auteur ayant choisi un Sujet est
prévenu par un autre , et qu'on adjuge le Prix
au second avant que le premier ait envoyé son
Memoire , celui-cy ne perdra point l'espoir d'obtenir un Prix , pourvû qu'il propose des vûës
nouvelles et superieures à celles que l'autre aura données.
Les personnes qui voudront concourir pour le Prix la Societé doit donner dans son As- que semblée publique d'après la S. Martin de l'année
1733. seront tenues d'envoyer leurs Ouvrages
dans le cours du mois de Juin , les Etrangers ,
même ceux qui sont Membres de la Compagnie,
ayant droit aux Prix : on avertit les Sçavans qui
voudront travailler , d'écrire ou de faire traduire
en François ou en Latin , les Memoires qu'ils
envoyeront.
Une des conditions pour que les Ouvrages con
Courent c'est que les Auteurs ne se fassent pas ,
I. Vols connoître
DECEMBRE. 1732: 2643
connoître avant que le Prix soit adjugé ; on re- commande à chacun d'eux de mettre à la fin de
son Memoire une maxime ou quelque passage
d'un Ecrivain. Ceux qui seront à Paris , ou qui
auront dans cette Ville quelqu'un de confiance ,
pourront envoyer leurs Ouvrages à la Societé,
tous les jours qu'elle s'assemble. Elle tient ses
Séances chez S. A. S. M. LE COMTE DE CLERMONT , au Palais du petit Luxembourg , le Di-,
manche et le Jeudi de chaque Semaine , depuis
quatre heures du soir jusqu'à six. Le Secretaire
marquera sur les Registres de la Compagnie la
date de la reception de chaque Memoire , la maxime jointe au Memoire et les mots par lesquels il commencera ; et l'on délivrera au Porteur un
Extrait des Registres. Ceux qui ne seront pas
à portée de se servir de la voye que nous venons
d'indiquer , pourront prendre celle de la Poste.
M. LE COMTE DE CLERMONT permet qu'on
adresse en son Palais , à Paris , tous les Paquets
destinez à la Societé. Les Paquets envoyez de la
sorte doivent avoir pour suscription : A Messieurs
de la Société des Arts , au petit Luxembourg ,
à Paris.
Aussi- tôt qu'un Prix sera adjugé , la Societé
avertira le Public dans les differens Journaux de
France et dans les Gazettes , qu'un Memoire ,
commençant par tels mots , portant telle maxime, et ayant telle matiere pour sujet, a remporté l'un des Prix. L'Auteur alors fera ses diligences
pour se faire connoître , et dans l'Assemblée destinée pour donner le Prix qu'il aura obtenu , il
recevra la Médaille , ou la fera recevoir par quel- qu'un chargé de sa Procuration ; dans la même
Assemblée on lira le Memoire , et la Societé le
fera imprimer dans ses Recueils ; elle compte S. I. Vol. Fi même
2644 MERCURE DE FRANCE
même d'y faire imprimer les Ouvrages , qui n'é
tant pas jugez dignes des Prix , paroîtront cependant meriter de voir le jour
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Résumé : PRIX de la Societé des Arts.
La Société des Arts, sous la protection de Monseigneur le Comte de Clermont, a annoncé la création de deux prix annuels. Chaque prix consiste en une médaille d'or d'une valeur de 30 livres, accessible à toute personne à l'exception des juges associés. Les prix seront décernés lors de l'assemblée publique suivant la Saint-Martin de l'année 1733. Pour encourager un plus grand nombre d'auteurs et permettre des recherches approfondies, la Société propose chaque année plus de sujets que de prix à distribuer. Pour cette année, cinq sujets sont proposés : 1. **Sur la Charruë** : Recherche sur la meilleure construction de charrue adaptée aux différentes qualités des terres et à leur disposition. 2. **Sur le Moulin** : Amélioration des moulins à eau pour optimiser l'utilisation des cours d'eau. 3. **Sur les Semences** : Discussion sur les différentes préparations pour féconder les semences. 4. **Sur le Mercure** : Prévention des maladies causées par l'utilisation du mercure dans les travaux artisanaux. 5. **Sur le Ressort du Balancier des Montres** : Réduction des effets de la température sur les ressorts des montres. Les auteurs peuvent également soumettre des ouvrages sur d'autres sujets utiles pour les arts. Les médailles seront attribuées aux meilleurs mémoires ou à ceux traitant des sujets les plus utiles. Les auteurs doivent soumettre leurs travaux avant la fin du mois de juin et rester anonymes jusqu'à l'attribution du prix. Les mémoires seront lus et imprimés lors de l'assemblée publique. Le texte mentionne également que certaines œuvres, bien qu'elles ne soient pas jugées dignes des Prix, méritent néanmoins d'être publiées, soulignant ainsi la valeur potentielle de ces travaux, malgré leur non-sélection pour un prix.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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72
p. 2728-2729
Prix de l'Académie Françoise, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie Françoise donnera le 25 du mois d'Août prochain, Fête de Saint [...]
Mots clefs :
Académie française, Prix d'éloquence, Médailles, Prix de prose
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prix de l'Académie Françoise, [titre d'après la table]
L'Académie Françoise donnera le 25
du mois d'Août prochain , Fête de Saint
Louis , le Prix d'Eloquence fondé par feu
M. de Balzac , dont le Sujet sera , de la
modération dans la dispute , suivant ces
paroles de l'Ecriture Sainte , Responsio
mollis frangit iram , Froverb. ch. 15. V. I.
I. Vol.
Celui
DECEMBRE. 1732 2729
Celui qui remportera ce Prix , recevra
deux Médailles d'or au lieu d'une , parceque l'Académie n'a point encore donné
le Prix de Prose de l'année 1731. Le mê
me jour elle donnera aussi le Prix de
Poësie fondé le feu Evêque de
Noyon , dont le Sujet sera : Le Progrès
de la Sculpture sous le Régne de Louis le
Grand.
و
2
par
du mois d'Août prochain , Fête de Saint
Louis , le Prix d'Eloquence fondé par feu
M. de Balzac , dont le Sujet sera , de la
modération dans la dispute , suivant ces
paroles de l'Ecriture Sainte , Responsio
mollis frangit iram , Froverb. ch. 15. V. I.
I. Vol.
Celui
DECEMBRE. 1732 2729
Celui qui remportera ce Prix , recevra
deux Médailles d'or au lieu d'une , parceque l'Académie n'a point encore donné
le Prix de Prose de l'année 1731. Le mê
me jour elle donnera aussi le Prix de
Poësie fondé le feu Evêque de
Noyon , dont le Sujet sera : Le Progrès
de la Sculpture sous le Régne de Louis le
Grand.
و
2
par
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Résumé : Prix de l'Académie Françoise, [titre d'après la table]
Le 25 août, l'Académie Françoise célébrera la fête de Saint Louis avec deux concours. Le Prix d'Éloquence, sur la modération dans la dispute, offrira deux médailles d'or. Le Prix de Poésie portera sur le progrès de la sculpture sous Louis le Grand.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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73
p. 2729-2730
« On écrit de Bologne de la fin du mois dernier, que la sçavante Dona Laura [...] »
Début :
On écrit de Bologne de la fin du mois dernier, que la sçavante Dona Laura [...]
Mots clefs :
Italie, Thèses, Savante, Laura Catherine Bussy, Érudition, Université
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On écrit de Bologne de la fin du mois dernier, que la sçavante Dona Laura [...] »
On écrit de Bologne de la fin du mois
dernier , que la sçavante Dona Laura Ca--
therine Bussy , dont on a déja parlé plusieurs fois continue à donner de tems
en tems des marques éclatantes de son
sçavoir et de sa profonde érudition. Outre les differentes Theses qu'elle a soutenuës en public avec un applaudissement
general , elle répondit dernierement avec
beaucoup de solidité à diverses questions
qui lui furent faites en présence de trois
Ĉardinaux , six Prélats et plusieurs autres personnes de distinction , par huit
Professeurs en Theologie et en Philosophie de cette Université. On dit que cette Sçavante ira dans peu à Rome , à Florence et à Venise pour s'entretenir avec
les Académiciens de ces Villes.
dernier , que la sçavante Dona Laura Ca--
therine Bussy , dont on a déja parlé plusieurs fois continue à donner de tems
en tems des marques éclatantes de son
sçavoir et de sa profonde érudition. Outre les differentes Theses qu'elle a soutenuës en public avec un applaudissement
general , elle répondit dernierement avec
beaucoup de solidité à diverses questions
qui lui furent faites en présence de trois
Ĉardinaux , six Prélats et plusieurs autres personnes de distinction , par huit
Professeurs en Theologie et en Philosophie de cette Université. On dit que cette Sçavante ira dans peu à Rome , à Florence et à Venise pour s'entretenir avec
les Académiciens de ces Villes.
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Résumé : « On écrit de Bologne de la fin du mois dernier, que la sçavante Dona Laura [...] »
Dona Laura Catherine Bussy, érudite de Bologne, a soutenu plusieurs thèses en public avec succès. Elle a répondu aux questions de huit professeurs en théologie et philosophie devant trois cardinaux et six prélats. Elle prévoit de visiter Rome, Florence et Venise pour rencontrer des académiciens.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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74
p. 532-544
Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, &c. [titre d'après la table]
Début :
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres dans la République [...]
Mots clefs :
Elena Cornaro Piscopia, Grecque, Valbonnais, Padoue, Catalogue, Épitaphe, Rigord, Docteur, Journal, République
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, &c. [titre d'après la table]
MEMOIRES pour servir à l'Histoire
des Hommes Illustres dans la République
des Lettres , & c. Tome XIX . de 408.
pages . A Paris , chez Briasson , à la
Science , M. DCC . XXXII.
Dans ce nouveau Volume des Memoires
du R. P. Niceron , executé sur le
même plan de ceux qui ont precedé , on
trouve un abregé de la vie de XXIX.
Sçavans en divers genres d'érudition ,
avec un Catalogue raisonné de leurs Ouvrages
, ce qui fait la matiere d'une lecture
également agréable et instructive ;
on en pourra juger par le nom et le
mérite de ces Sçavans , qui sont ainsi rangez
dans la Table qui suit le Frontispice
' du Livre .
Ambroise Camaldule , Marc Battaglini ,
Olans
MARS. 1733.
$33
Olaus Borrichius , fean de la Bruyere , Joachim
Camerarius, Herman Conringius, Jean
de Cordes , Helene Lucrece Cornara Piscopia
, Quinto Mario Corrado , Sébastien
Corrado , Pierre Danés , Antoine Faure
Claude Faure de Vaugelas , foachim Frideric
Feller , Nicodême Frischlin , Jacques
Goar, Hugues Grotius , Pierre Guilleband
Chrétien Huygens , Thomas James , Engelbert
Kaemfer , Martin Lippenius , Hippolyte
Jule Pilet de la Menardiere , François
de la Mothe le Vayer , Bernardin Ochin ,
Jean- Isaac Pontamus , Jean- Pierre de Valbonnais
, Degorée Whear , Guillaume Xi ,
lander.
Le plus ancien de tous ces Sçavans est
Ambroise Camaldule , qui étant né en
1378. mourut en l'année 1439. C'est aussi
l'un des plus recommandables par sa pieté
et par son Erudition.L'Article qui le concerne
est fort bien rempli , ct le Catalogue
de ses Ouvrages travaillé avec soin .
L'Article de Bernardin Ochin , mort
en 1564. est curieux dans son genre. Ce
Personnage est une espece de Problême,
parmi les Sçavans ; on peut en dire du
bien et du mal sans s'écarter de la verité.
Notre Editeur n'a rien oublié pour débrouiller
tout ce qui regarde Ochin , en
quoi on peut dire qu'il a réussi beaucoup
Fii mieux
634 MERCURE DE FRANCE
mieux que les Critiques qui l'ont precedé
, sans en excepter M. Bayle , qui dans
son Dictionnaire s'est fort égayé sur
son Chapitre. Au reste , loin qu'Ochin ait
été l'Instituteur des Capucins , selon l'erreur
de plusieurs Ecrivains , on soutient
ici qu'il n'entra chez eux qu'en l'année
1534. dans le temps que cette Réforme
de l'Ordre de S. François commençoit
à faire du bruit. On avertit en mêmetemps
que pour être bien et sûrement
instruit au sujet de cet Auteur , il ne
faut point se fier tout- à - fait à l'Ecrivain
des Annales des Capucins.
Parmi les plus modernes d'entre les
Sçavans , dont il est fait mention dans
ce Volume , il n'en est point dont l'Article
fasse plus de plaisir à lire que celui
de Jean Pierre Moret de Bourchenu , Marquis
de Valbonnais , né à Grenoble en
1651. et mort le 2. Mars 1730. Premier
Président de la Chambre des Comp-"
tes de Dauphiné. Il a tenu un rang considerable
dans la République des Lettres
et il l'a enrichie de plusieurs Ouvrages ,
dont le Catalogue paroît ici avec une
Critique exacte de la part de l'Editeur.
L'Article VIII . de ce Catalogue indique
une Lettre de notre sçavant Magistrat
sur une Epitaphe Grecque, inserée dans
les
MARS. 1733.
535
les Memoires de Trévoux, Décembre 1715.
page 2246. Cette Epitaphe , pour le dire
en passant et par occasion , est celle d'une
Dame Grecque , trouvée à Marseille il
y a déja bien des années , sur une petite
Colomne de Marbre blanc , que M. Rigord
, Subdelegué de l'Intendant de Provence
en cette Ville , fit enlever et placer
à l'entrée de son Cabinet. Il en envoya
peu de temps après une copie à
Paris à un de ses Amis , pour la communiquer
aux Antiquaires .
Cet Ami l'ayant examinée , il en envoya
une Explication à M. Rigord dans
ane Lettre qui fut imprimée dans le Journal
de Trévoux du mois d'Octobre 1714.
à laquelle les Auteurs du Journal donnerent
en même- temps une autre Expli
cation .
M. Rigord , de son côté , ayant trouvé
quelque difficulté dans ces deux Explications
, en proposa une autre dans une
Dissertation adressée à M.le PrésidentBon,
qui fut rendue publique dans le même
Journal , Juillet 1715 .
Ces differentes Explications réveillerent
l'attention de M. de Valbonnais , qui dans
une Lettre aussi adressée au Président
Bon , et imprimée dans le mois de Décembre
1716. du même Journal , prit le
Fiiij ton
536 MERCURE DE FRANCE
ton de Maître , et censurant tout ce qui
avoit parû sur ce sujet , donna sa propre
Explication de l'Epitaphe Grecque ,
Explication qui , pour ne rien dissimuler
, ne fut pas heureuse .
Car l'Auteur de la premiere Interpretation
dont le sens avoit paru le plus
naturel à M. Rigord , à M. Galland et
à d'autres Antiquaires distinguez , démontra
par une Lettre imprimée dans le
Mercure du mois d'Août 1721. que celle
de M. de Valbonnais étoit insoutenable,
en ce que , pour l'admettre , il falloit admettre
aussi un Paradoxe capable de ré
volter tous les Antiquaires , sçavoir que
du temps de Marseille Payenne , temps
de la composition de l'Epitaphe , la Langue
Grecque étoit éttangere dans cette
Ville , et qu'un Grec n'entendoit rien
dans la Langue qu'on y parloit ; à Marseille
Colonie Grecque , où l'on a trouvé
tant de Monumens Grecs , et où encore
aujourd'hui on reconnoît des traces
de son origine dans la Langue vulgaire
qu'on y parle , &c.
Il faut rendre ici justice à M. de Valbonnais
, qui ayant vécu encore près de
dix ans depuis la publication de cette Lettre
dans le Mercure , n'a pas jugé à propos
d'y répondre , plus amateur de la
verité
MARS. 1733 .
537
verité , qu'il avoit sans doute reconnue
la reflexion , qu'attaché à ses propres
sentimens.
par
Pour ne pas déroger à notre coûtume
, sans exceder les bornes qui nous sont
prescrites , nous employerons ici l'Article
entier qui précede celui de M. de Valbonnais
et qui regarde l'Illustre Lucrece Cornara,
prasuadez que tous nos Lecteurs , et
surtout les Dames , nous en sçaurons gré.
HELENE Lucrece Cornara Piscopia,
naquit à Venise le 5. Juin 1646. de Jean-
Baptiste Cornaro , Procurateur de Saint
Marc. Dès sa plus tendre Enfance elle
donna des marques de ce qu'elle devien
droit un jour. Jean - Baptiste Fabris , homme
docte , et ami de son pere , ayant remarqué
en elle des dispositions heureuses
pour les Sciences , l'engagea à s'y appliquer.
A peine avoit elle sept ans -
qu'on lui donna des Maîtres pour lui apprendre
la Langue Latine. Ce furent Jean
Valesio , Chanoine de S. Marc , et le Docteur
Bartolotti . Les progrès qu'elle fit
bien-tôt en cette Langue par leurs instructions
, déterminerent son Pere à lui
faire apprendre aussi la Langue Grecque.
Fabris lui en donna les premieres leçons;
mais étant mort peu de temps après , Loüis
Gradenigo , Préfet de la Bibliotheque pu-
Fy blique
$ 38 MERCURE DE FRANCE
blique de Venise , prit sa place et continua
ce qu'il avoit commencé.
La june Cornara apprit ces Langues
avec beaucoup de facilité, et passa ensuite
à l'Hébraïque , à la Grecque vulgaire , à
l'Espagnole et à la Françoise , dans lesquelles
elle ne fit pas de moindres progrès
, elle voulut aussi sçavoir quelque
chose de l'Arabe.
Lorsqu'elle fut suffisamment instruite
de ce côté là , on l'appliqua à la Philosophie
et aux Mathématiques , dans lesquelles
elle eut pour Maître Charles Ri
naldini , qui les professoit à Padoue , et
ensuite à la Théologie , dont Hipolite
Marcheti , Prêtre de l'Oratoire , lui donna
des leçons.
Cette science lui plut particulierement
et elle s'y rendit si habile , que l'on consulta
les plus habiles gens de la France
et de l'Italie , pour sçavoir si l'on pouvoit
lui donner les degrez du Doctorat
en Théologie ; quelques Italiens composerent
même des Dissertations pour prouver
que cela se pouvoit , et que ce n'étoit
pas une chose opposée au précepte de l'Apôtre,
qui deffend aux femmes de parler
dans l'Eglise Charles Rinaldini son
Maître de Philosophie , fut de ce nombre.
Mais quelques obstacles qui se rencontrerent
MARS. 1733. 539
trerent dans cette affaire , obligerent le
Pere de la jeune Cornara , qui souhaitoit
avec passion de voir sa fille honorée
d'un titre singulier , à renoncer à son
premier dessein et à se tourner du côté
de la Philosophie , où il esperoit trouver
moins d'oppositions.
Il songea donc alors à la faire recevoir
Docteur en Philosophie dans l'Université
de Padoüe ; l'exemple étoit nouveau.
On n'avoit point encore vû de
Fille élevée au Doctorat. On sçavoit bien
que sainte Gertrude parloit souvent des
Mysteres de la Religion dans des Assemblées
nombreuses , et que sainte Catherine
de Sienne avoit harangué un jour
le Pape en présence des Cardinaux ; mais
ces actions particulieres étoicnt quelque
chose de moins considerable que de donner
en forme le Bonnet de Docteur à
une Fille . Quelques inconveniens qu'il y
cût à craindre de celle - cy, on crut devoir
passer par- dessus. On marquà le jour pour
la leçon d'épreuve de Lucrece Cornara ,
qui aussi humble que sçavante , eut d'abord
de la peine à accepter l'honneur que
l'on vouloit lui faire , et ne se rendit
que par obéîssance pour la volonté de
son Pere.
Ce jour qui étoit le 25. Juin 1678 .
Fvj étant
$40 MERCURE DE FRANCE
étant venu , on s'assembla , non point
dans les Ecoles publiques , suivant la coûtume
mais dans une Chip lle de la Cathédrale
, dédiée à la Vierge , que l'on
crut plus propre à contenir l'affluence
du Monde que la nouveauté du Spectacle
sembloit devoir y attirer. Cornara
y fit un Discours très-sc vant et trèséloquent
sur un Texte d'Aristote , qui
mérita les applaudissemens de toute l'Assemblée
et reçut ensuite le Bonnet de
Docteur , avec toutes les ceremonies usitées
en cette occasion .
Cette action attira sur elle les
yeux de toute l'Europe , et depuis ce
temps là elle fut visitée par tous les Curieux
qui voyagerent en Italie.
Elle avoit déja été auparavant aggrégée
à plusieurs Académies comme à celles
des Infecondi de Rome , des Intronati
de Sienne , & c .
Plusieurs personnes de mérite la rechercherent
en mariage , mais elle avoit
fait voeu de virginité dès l'âge d'onze ans,
et elle persista toute sa vie , dans le dessein
de l'observer quoique ses paren en
eussent obtenu la dispense de Rome
pour l'engager à se marier Elle vouloit
même se retirer entierement du Monde ;
mais la répugnance que sa famille témoigna
MARS .
540 1733
permoigna
pour cette résolution , ne lui
mit pas de l'exécuter; elle se contenta donc
de faire des voeux simples de Religion , en
qualité d'Oblate, de l'Ordre de S Benoît ,
entre les mains de Corneille Codanini
Abbé de S. George , et de recevoir de lui
l'habit des Religieuses de cet Ordre , qu'el
le porta toujours depuis , sous ses habits,
séculiers.
Son attachement extraordinaire à l'étu
de , et particulierement à celle des Langues
Grecque et Hébraïque , affoiblir si
fort sa complexion , qui étoit déja foible
d'elle - même, qu'elle tomba dans une langueur
et dans differentes infirmitez , qui
la conduisirent peu à peu au tombeau.
Elle mourut le 25 Juillet 1604. dans la
38 année de son âge , et fut enterrée à
Sainte Justine de Padoue , avec cette Epitaphe.
D. O. M.
HELENA Lucretia Cornelia Piscopia
, Joan. Bapti te D Marci Procuratoris
Filia , que moribus et Doctrina supra sexum
, et Laurea ad memoriam Posteritatis.
insignis , privatis votis coram Cornelio Codanino
Abbate S. Georgii Majoris emissis,
S. Benedicti Institutum ab ineunte alate
complexa , et religiosè prosecuta , in Monachorum
$42 MERCURE DE FRANCE
chorum Conditorium ut vivens optaverat ,
post acerba fata , admissa est Monachis H.
M. PP. Anno D. 1684.
Les Académies dont elle étoit , s'empresserent
à lui faire des Pompes Funebres
, et l'on a sur ce sujet l'Ouvrage suivant
: Le Pompe Funebri celebrate da Signori
Academici Infecondi in Roma per la
morte dell' Illust. Sign. Elena Lucretia Cornara
Piscopia , Accademica detta linalterabile.
In Padoua 1685. infol.
Catalogue de ses Ouvrages.
1º . Lettera o vero colloquio di Christo nostro
Redentore all' Anima devota composta
dal R.P. D. Giovanni Lanspergio Cartusiano
in Lingua Latina Transportata poscia
in idioma Spagnuolo dal P. F. Andrea Capiglia
, Monaco della Certosa , Prior del
Paular: Or vien tradotte di Spagnulo in
Italiano dall' Ill. Sign . Elena Lucretia Cornara
Piscopia , In Venezia , 1673. in 24.
Cette traduction a été réimprimée dans le
Recueil suivant .
2º . Helena Lucretia ( que et Scholastica)
Cornelia Piscopia l'irginis pietate et eruditione
admirabilis Ordinis D. Benedicti privatis
votis adscripta Opera que quidem haberi
potuerunt. Parma 1688. in 8. pag. 310
Cette
MARS. 1733.
548
Cette Edition des Ouvrages de Cornara
donnée par Benoit Bacchini , qui a mis
la tête une vie fort ample de cette Sças
vante , est divisée en trois Parties ; la
premiere contient un Panégyrique Italien
de la République de Venise , tout
rempli de Fleurs et de Saillies Italiennes ,
et l'Explication de deux Problêmes de
Politique , aussi en Italien . On voit dans
la seconde , des Eloges Latins , en Stile
Lapidaire , de l'Empereur , du Roy de
Pologne , du Pape Innocent XI . &c. Enfin
la troisiéme renferme quelques Lettres
Latines et Italiennes de notre Sçavante
, ou qui lui ont été écrites , avec
la Traduction dont il est parlé cydessus.
C'est à cela que se termine tout le
contenu de ce Recueil . Le nom de Scholastique
, qu'elle porte dans le titre , lui
avoit été donné par l'Abbé Codadini, lorsqu'elle
fit ses voeux entre ses mains .
Voyez sa Vie par Benoît Bicchini , à la
tête de ses Oeuvres , et dans un Recueil
intitulé , Vita Selecta Vratislavia , 1711.
in 8. Sa Vie écrite en Italien pir Maximilien
Deza , et imprimée en 1617 Les
Pompes, funebres des Infecondi de Rome.
Gregorio Leti Italia Regnante; T. 4. p. 44 .
Nous ajoûterons , avec la permission
du
344 MERCURE DE FRANCE
du R. P. Niceron , que cette celebre Fille
étant aussi aggregée à l'Académie des Ricovrati
de Padoüe , on fit son Eloge dans
cette Académie , dans une Assemblée publique
à laquelle présida un illustre Acadé
micien François; sçavoir Charles Patin ,fils
du fameux Guy , Professeur en Medecine
dans l'Université de Padoüe et Chevalier
de S. Marc .
des Hommes Illustres dans la République
des Lettres , & c. Tome XIX . de 408.
pages . A Paris , chez Briasson , à la
Science , M. DCC . XXXII.
Dans ce nouveau Volume des Memoires
du R. P. Niceron , executé sur le
même plan de ceux qui ont precedé , on
trouve un abregé de la vie de XXIX.
Sçavans en divers genres d'érudition ,
avec un Catalogue raisonné de leurs Ouvrages
, ce qui fait la matiere d'une lecture
également agréable et instructive ;
on en pourra juger par le nom et le
mérite de ces Sçavans , qui sont ainsi rangez
dans la Table qui suit le Frontispice
' du Livre .
Ambroise Camaldule , Marc Battaglini ,
Olans
MARS. 1733.
$33
Olaus Borrichius , fean de la Bruyere , Joachim
Camerarius, Herman Conringius, Jean
de Cordes , Helene Lucrece Cornara Piscopia
, Quinto Mario Corrado , Sébastien
Corrado , Pierre Danés , Antoine Faure
Claude Faure de Vaugelas , foachim Frideric
Feller , Nicodême Frischlin , Jacques
Goar, Hugues Grotius , Pierre Guilleband
Chrétien Huygens , Thomas James , Engelbert
Kaemfer , Martin Lippenius , Hippolyte
Jule Pilet de la Menardiere , François
de la Mothe le Vayer , Bernardin Ochin ,
Jean- Isaac Pontamus , Jean- Pierre de Valbonnais
, Degorée Whear , Guillaume Xi ,
lander.
Le plus ancien de tous ces Sçavans est
Ambroise Camaldule , qui étant né en
1378. mourut en l'année 1439. C'est aussi
l'un des plus recommandables par sa pieté
et par son Erudition.L'Article qui le concerne
est fort bien rempli , ct le Catalogue
de ses Ouvrages travaillé avec soin .
L'Article de Bernardin Ochin , mort
en 1564. est curieux dans son genre. Ce
Personnage est une espece de Problême,
parmi les Sçavans ; on peut en dire du
bien et du mal sans s'écarter de la verité.
Notre Editeur n'a rien oublié pour débrouiller
tout ce qui regarde Ochin , en
quoi on peut dire qu'il a réussi beaucoup
Fii mieux
634 MERCURE DE FRANCE
mieux que les Critiques qui l'ont precedé
, sans en excepter M. Bayle , qui dans
son Dictionnaire s'est fort égayé sur
son Chapitre. Au reste , loin qu'Ochin ait
été l'Instituteur des Capucins , selon l'erreur
de plusieurs Ecrivains , on soutient
ici qu'il n'entra chez eux qu'en l'année
1534. dans le temps que cette Réforme
de l'Ordre de S. François commençoit
à faire du bruit. On avertit en mêmetemps
que pour être bien et sûrement
instruit au sujet de cet Auteur , il ne
faut point se fier tout- à - fait à l'Ecrivain
des Annales des Capucins.
Parmi les plus modernes d'entre les
Sçavans , dont il est fait mention dans
ce Volume , il n'en est point dont l'Article
fasse plus de plaisir à lire que celui
de Jean Pierre Moret de Bourchenu , Marquis
de Valbonnais , né à Grenoble en
1651. et mort le 2. Mars 1730. Premier
Président de la Chambre des Comp-"
tes de Dauphiné. Il a tenu un rang considerable
dans la République des Lettres
et il l'a enrichie de plusieurs Ouvrages ,
dont le Catalogue paroît ici avec une
Critique exacte de la part de l'Editeur.
L'Article VIII . de ce Catalogue indique
une Lettre de notre sçavant Magistrat
sur une Epitaphe Grecque, inserée dans
les
MARS. 1733.
535
les Memoires de Trévoux, Décembre 1715.
page 2246. Cette Epitaphe , pour le dire
en passant et par occasion , est celle d'une
Dame Grecque , trouvée à Marseille il
y a déja bien des années , sur une petite
Colomne de Marbre blanc , que M. Rigord
, Subdelegué de l'Intendant de Provence
en cette Ville , fit enlever et placer
à l'entrée de son Cabinet. Il en envoya
peu de temps après une copie à
Paris à un de ses Amis , pour la communiquer
aux Antiquaires .
Cet Ami l'ayant examinée , il en envoya
une Explication à M. Rigord dans
ane Lettre qui fut imprimée dans le Journal
de Trévoux du mois d'Octobre 1714.
à laquelle les Auteurs du Journal donnerent
en même- temps une autre Expli
cation .
M. Rigord , de son côté , ayant trouvé
quelque difficulté dans ces deux Explications
, en proposa une autre dans une
Dissertation adressée à M.le PrésidentBon,
qui fut rendue publique dans le même
Journal , Juillet 1715 .
Ces differentes Explications réveillerent
l'attention de M. de Valbonnais , qui dans
une Lettre aussi adressée au Président
Bon , et imprimée dans le mois de Décembre
1716. du même Journal , prit le
Fiiij ton
536 MERCURE DE FRANCE
ton de Maître , et censurant tout ce qui
avoit parû sur ce sujet , donna sa propre
Explication de l'Epitaphe Grecque ,
Explication qui , pour ne rien dissimuler
, ne fut pas heureuse .
Car l'Auteur de la premiere Interpretation
dont le sens avoit paru le plus
naturel à M. Rigord , à M. Galland et
à d'autres Antiquaires distinguez , démontra
par une Lettre imprimée dans le
Mercure du mois d'Août 1721. que celle
de M. de Valbonnais étoit insoutenable,
en ce que , pour l'admettre , il falloit admettre
aussi un Paradoxe capable de ré
volter tous les Antiquaires , sçavoir que
du temps de Marseille Payenne , temps
de la composition de l'Epitaphe , la Langue
Grecque étoit éttangere dans cette
Ville , et qu'un Grec n'entendoit rien
dans la Langue qu'on y parloit ; à Marseille
Colonie Grecque , où l'on a trouvé
tant de Monumens Grecs , et où encore
aujourd'hui on reconnoît des traces
de son origine dans la Langue vulgaire
qu'on y parle , &c.
Il faut rendre ici justice à M. de Valbonnais
, qui ayant vécu encore près de
dix ans depuis la publication de cette Lettre
dans le Mercure , n'a pas jugé à propos
d'y répondre , plus amateur de la
verité
MARS. 1733 .
537
verité , qu'il avoit sans doute reconnue
la reflexion , qu'attaché à ses propres
sentimens.
par
Pour ne pas déroger à notre coûtume
, sans exceder les bornes qui nous sont
prescrites , nous employerons ici l'Article
entier qui précede celui de M. de Valbonnais
et qui regarde l'Illustre Lucrece Cornara,
prasuadez que tous nos Lecteurs , et
surtout les Dames , nous en sçaurons gré.
HELENE Lucrece Cornara Piscopia,
naquit à Venise le 5. Juin 1646. de Jean-
Baptiste Cornaro , Procurateur de Saint
Marc. Dès sa plus tendre Enfance elle
donna des marques de ce qu'elle devien
droit un jour. Jean - Baptiste Fabris , homme
docte , et ami de son pere , ayant remarqué
en elle des dispositions heureuses
pour les Sciences , l'engagea à s'y appliquer.
A peine avoit elle sept ans -
qu'on lui donna des Maîtres pour lui apprendre
la Langue Latine. Ce furent Jean
Valesio , Chanoine de S. Marc , et le Docteur
Bartolotti . Les progrès qu'elle fit
bien-tôt en cette Langue par leurs instructions
, déterminerent son Pere à lui
faire apprendre aussi la Langue Grecque.
Fabris lui en donna les premieres leçons;
mais étant mort peu de temps après , Loüis
Gradenigo , Préfet de la Bibliotheque pu-
Fy blique
$ 38 MERCURE DE FRANCE
blique de Venise , prit sa place et continua
ce qu'il avoit commencé.
La june Cornara apprit ces Langues
avec beaucoup de facilité, et passa ensuite
à l'Hébraïque , à la Grecque vulgaire , à
l'Espagnole et à la Françoise , dans lesquelles
elle ne fit pas de moindres progrès
, elle voulut aussi sçavoir quelque
chose de l'Arabe.
Lorsqu'elle fut suffisamment instruite
de ce côté là , on l'appliqua à la Philosophie
et aux Mathématiques , dans lesquelles
elle eut pour Maître Charles Ri
naldini , qui les professoit à Padoue , et
ensuite à la Théologie , dont Hipolite
Marcheti , Prêtre de l'Oratoire , lui donna
des leçons.
Cette science lui plut particulierement
et elle s'y rendit si habile , que l'on consulta
les plus habiles gens de la France
et de l'Italie , pour sçavoir si l'on pouvoit
lui donner les degrez du Doctorat
en Théologie ; quelques Italiens composerent
même des Dissertations pour prouver
que cela se pouvoit , et que ce n'étoit
pas une chose opposée au précepte de l'Apôtre,
qui deffend aux femmes de parler
dans l'Eglise Charles Rinaldini son
Maître de Philosophie , fut de ce nombre.
Mais quelques obstacles qui se rencontrerent
MARS. 1733. 539
trerent dans cette affaire , obligerent le
Pere de la jeune Cornara , qui souhaitoit
avec passion de voir sa fille honorée
d'un titre singulier , à renoncer à son
premier dessein et à se tourner du côté
de la Philosophie , où il esperoit trouver
moins d'oppositions.
Il songea donc alors à la faire recevoir
Docteur en Philosophie dans l'Université
de Padoüe ; l'exemple étoit nouveau.
On n'avoit point encore vû de
Fille élevée au Doctorat. On sçavoit bien
que sainte Gertrude parloit souvent des
Mysteres de la Religion dans des Assemblées
nombreuses , et que sainte Catherine
de Sienne avoit harangué un jour
le Pape en présence des Cardinaux ; mais
ces actions particulieres étoicnt quelque
chose de moins considerable que de donner
en forme le Bonnet de Docteur à
une Fille . Quelques inconveniens qu'il y
cût à craindre de celle - cy, on crut devoir
passer par- dessus. On marquà le jour pour
la leçon d'épreuve de Lucrece Cornara ,
qui aussi humble que sçavante , eut d'abord
de la peine à accepter l'honneur que
l'on vouloit lui faire , et ne se rendit
que par obéîssance pour la volonté de
son Pere.
Ce jour qui étoit le 25. Juin 1678 .
Fvj étant
$40 MERCURE DE FRANCE
étant venu , on s'assembla , non point
dans les Ecoles publiques , suivant la coûtume
mais dans une Chip lle de la Cathédrale
, dédiée à la Vierge , que l'on
crut plus propre à contenir l'affluence
du Monde que la nouveauté du Spectacle
sembloit devoir y attirer. Cornara
y fit un Discours très-sc vant et trèséloquent
sur un Texte d'Aristote , qui
mérita les applaudissemens de toute l'Assemblée
et reçut ensuite le Bonnet de
Docteur , avec toutes les ceremonies usitées
en cette occasion .
Cette action attira sur elle les
yeux de toute l'Europe , et depuis ce
temps là elle fut visitée par tous les Curieux
qui voyagerent en Italie.
Elle avoit déja été auparavant aggrégée
à plusieurs Académies comme à celles
des Infecondi de Rome , des Intronati
de Sienne , & c .
Plusieurs personnes de mérite la rechercherent
en mariage , mais elle avoit
fait voeu de virginité dès l'âge d'onze ans,
et elle persista toute sa vie , dans le dessein
de l'observer quoique ses paren en
eussent obtenu la dispense de Rome
pour l'engager à se marier Elle vouloit
même se retirer entierement du Monde ;
mais la répugnance que sa famille témoigna
MARS .
540 1733
permoigna
pour cette résolution , ne lui
mit pas de l'exécuter; elle se contenta donc
de faire des voeux simples de Religion , en
qualité d'Oblate, de l'Ordre de S Benoît ,
entre les mains de Corneille Codanini
Abbé de S. George , et de recevoir de lui
l'habit des Religieuses de cet Ordre , qu'el
le porta toujours depuis , sous ses habits,
séculiers.
Son attachement extraordinaire à l'étu
de , et particulierement à celle des Langues
Grecque et Hébraïque , affoiblir si
fort sa complexion , qui étoit déja foible
d'elle - même, qu'elle tomba dans une langueur
et dans differentes infirmitez , qui
la conduisirent peu à peu au tombeau.
Elle mourut le 25 Juillet 1604. dans la
38 année de son âge , et fut enterrée à
Sainte Justine de Padoue , avec cette Epitaphe.
D. O. M.
HELENA Lucretia Cornelia Piscopia
, Joan. Bapti te D Marci Procuratoris
Filia , que moribus et Doctrina supra sexum
, et Laurea ad memoriam Posteritatis.
insignis , privatis votis coram Cornelio Codanino
Abbate S. Georgii Majoris emissis,
S. Benedicti Institutum ab ineunte alate
complexa , et religiosè prosecuta , in Monachorum
$42 MERCURE DE FRANCE
chorum Conditorium ut vivens optaverat ,
post acerba fata , admissa est Monachis H.
M. PP. Anno D. 1684.
Les Académies dont elle étoit , s'empresserent
à lui faire des Pompes Funebres
, et l'on a sur ce sujet l'Ouvrage suivant
: Le Pompe Funebri celebrate da Signori
Academici Infecondi in Roma per la
morte dell' Illust. Sign. Elena Lucretia Cornara
Piscopia , Accademica detta linalterabile.
In Padoua 1685. infol.
Catalogue de ses Ouvrages.
1º . Lettera o vero colloquio di Christo nostro
Redentore all' Anima devota composta
dal R.P. D. Giovanni Lanspergio Cartusiano
in Lingua Latina Transportata poscia
in idioma Spagnuolo dal P. F. Andrea Capiglia
, Monaco della Certosa , Prior del
Paular: Or vien tradotte di Spagnulo in
Italiano dall' Ill. Sign . Elena Lucretia Cornara
Piscopia , In Venezia , 1673. in 24.
Cette traduction a été réimprimée dans le
Recueil suivant .
2º . Helena Lucretia ( que et Scholastica)
Cornelia Piscopia l'irginis pietate et eruditione
admirabilis Ordinis D. Benedicti privatis
votis adscripta Opera que quidem haberi
potuerunt. Parma 1688. in 8. pag. 310
Cette
MARS. 1733.
548
Cette Edition des Ouvrages de Cornara
donnée par Benoit Bacchini , qui a mis
la tête une vie fort ample de cette Sças
vante , est divisée en trois Parties ; la
premiere contient un Panégyrique Italien
de la République de Venise , tout
rempli de Fleurs et de Saillies Italiennes ,
et l'Explication de deux Problêmes de
Politique , aussi en Italien . On voit dans
la seconde , des Eloges Latins , en Stile
Lapidaire , de l'Empereur , du Roy de
Pologne , du Pape Innocent XI . &c. Enfin
la troisiéme renferme quelques Lettres
Latines et Italiennes de notre Sçavante
, ou qui lui ont été écrites , avec
la Traduction dont il est parlé cydessus.
C'est à cela que se termine tout le
contenu de ce Recueil . Le nom de Scholastique
, qu'elle porte dans le titre , lui
avoit été donné par l'Abbé Codadini, lorsqu'elle
fit ses voeux entre ses mains .
Voyez sa Vie par Benoît Bicchini , à la
tête de ses Oeuvres , et dans un Recueil
intitulé , Vita Selecta Vratislavia , 1711.
in 8. Sa Vie écrite en Italien pir Maximilien
Deza , et imprimée en 1617 Les
Pompes, funebres des Infecondi de Rome.
Gregorio Leti Italia Regnante; T. 4. p. 44 .
Nous ajoûterons , avec la permission
du
344 MERCURE DE FRANCE
du R. P. Niceron , que cette celebre Fille
étant aussi aggregée à l'Académie des Ricovrati
de Padoüe , on fit son Eloge dans
cette Académie , dans une Assemblée publique
à laquelle présida un illustre Acadé
micien François; sçavoir Charles Patin ,fils
du fameux Guy , Professeur en Medecine
dans l'Université de Padoüe et Chevalier
de S. Marc .
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Résumé : Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, &c. [titre d'après la table]
Le Tome XIX des 'Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres dans la République des Lettres' du R. P. Niceron, publié en 1732 à Paris, présente des résumés biographiques de 29 savants de divers domaines, accompagnés d'un catalogue raisonné de leurs œuvres. Parmi les savants mentionnés figurent Ambroise Camaldule, Bernardin Ochin, et Jean-Pierre de Valbonnais. Ambroise Camaldule, né en 1378 et mort en 1439, est particulièrement recommandé pour sa piété et son érudition. L'article sur Bernardin Ochin, mort en 1564, est noté pour sa complexité et les divergences d'opinions qu'il suscite. Jean-Pierre de Valbonnais, né en 1651 et mort en 1730, est souligné pour ses contributions significatives à la République des Lettres. Le texte mentionne également une controverse académique concernant une épitaphe grecque trouvée à Marseille, à laquelle Valbonnais a participé. Le texte inclut également une biographie détaillée de Hélène Lucrece Cornara Piscopia, née en 1646 à Venise, qui a reçu un doctorat en philosophie à l'Université de Padoue en 1678. Elle était polyglotte et a traduit plusieurs œuvres. Cornara est décédée en 1684 et a été honorée par diverses académies. Par ailleurs, le texte traite de la vie et des œuvres d'une femme nommée Scholastique. Le nom de Scholastique lui a été donné par l'Abbé Codadini lors de ses vœux. Plusieurs sources documentent sa vie, notamment une biographie par Benoît Bicchini, publiée dans un recueil intitulé 'Vita Selecta Vratislavia' en 1711. Une autre biographie en italien a été écrite par Maximilien Deza et imprimée en 1617. Les pompes funèbres des Infecondi de Rome, décrites par Gregorio Leti dans 'Italia Regnante', volume 4, page 44, mentionnent également Scholastique. Le texte mentionne aussi que Scholastique était membre de l'Académie des Ricovrati de Padoue. Un éloge en son honneur a été prononcé lors d'une assemblée publique présidée par Charles Patin, fils du célèbre Guy Patin, professeur de médecine à l'Université de Padoue et chevalier de Saint-Marc.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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75
p. 755-757
Traité de l'Opinion, &c. [titre d'après la table]
Début :
Il paroît un Livre nouveau intitulé, Traité de l'Opinion ou Mémoire pour servir à l'Histoire [...]
Mots clefs :
Opinion, Esprit humain, Pyrrhonisme, Histoire, Astronomie, Physique, Descartes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Traité de l'Opinion, &c. [titre d'après la table]
Il paroît un Livre nouveau intitulé , Traité
de l'Opinion ou Mémoire pour servir à l'Histoire
de l'Esprit humain . Le point de vûë de cet
Ouvrage est la Science de douter à propos , et
une sage défiance également éloignée de la crédulité
et du Pyrrhonisme. L'Auteur qui ne s'est
point nommé , execute ce Projet , en suivant les
Sciences prophanes , et en faisant voir par les
sentimens des Anciens et des Modernes , à quel
point l'opinion regne dans ces Sciences. Le premier
Livre roule sur les Belles - Lettres , les differens
Jugemens des Critiques , le Pyrrhonisme de
l'Histoire , les difficultez les plus celebres de la
Chronologie. Le second Livre est une Histoire
de toutes les Sectes Philosophiques ; Histoire , qui
selon l'Auteur , est proprement celle de l'opinion.
Le troisiéme renferme les questions les plus
importantes de la Métaphisique , les égaremens
de l'Idolâtrie , les prétendus Miracles du Paganisme
, les contradictions des Philosophes sur les
ames , sur les bêtes ; les divinations fondées sur
le commerce des Esprits par la Magie , la cabale,
les augures , présages , songes et autres moyens ,
dont on a souvent abusé pour séduire les esprits
faibles
56 MERCURE DE FRANCE
foibles Le quatriéme Livre traite de la Physique,
de l'Astronomie , de la Medecine , de la Chimie,
de l'Astronomie Judiciaire , et autres divinations
prétendues naturelles , les Fables débitées par les
Naturalistes y servent d'exemples de la licence
des Auteurs. Une contradiction du Systême de
Descartes est relevée dans le Chapitre de la Physique
, où l'on trouve en même-temps une réforme
de ce Systême , qui en y rétablissant l'uniformité
conserve tout ce que l'idée des Tourbillons
de Descartes a de brillant et de magnifique.
Le cinquiéme Livie contient deux . Chapitres ,
P'un sur les diferentes especes de Gouvernemens ,
Pantre sur les maximes politiques. La veritable
constitution du Gouvernement de France y est
expliquée , avec des Dissertations importantes
sur les Parlemens et Etats Generaux . Le sixiéme
Livre est un précis des pensées les plus remarqua
bles des Anciens sur la Morale. Les diferentes
Loix et Coûtumes des Peuples y sont exposées.
Tout l'Ouvrage est rempli d'une parfaite connoissance
de l'Antiquité et d'une profonde érudition
; le style en est clair et poli ; tant de sujets
si diversifiez contiennent des recherches immenses
en tous genres , chaque Science y est
traitée suivant son caractere particulier , et il en
résulte un assemblage d'excellens Mémoires pour
servir à l'Hist. de l'Esprit humain , qui peut égale
ment y reconnoître ses erreurs et y considerer les
monumens de ses Travaux les plus illustres.
Ce Livre est en six volumes in 12, dont
le dernier renferme quatre Tables très- amples ,
la premiere , des Chapitres ; la seconde, des noms
propres ; la troisiéme , des Mutieres , et la quatrieme
, des Aureurs citez . Le Prix est de 15. liv.
relié et de 12 liv.12. sols broché. Il se vend
chez
AVRIL. 1733.. 757
chez Guillaume de Bure , le pere , sur le Quay
des Augustins , à l'Image Saint Claude ; chez
Charles Osmons , ruë S. Jacques , à l'Olivier , et
chez Grégoire- Antoine du Puis , au Palais, à l'Enseigne
du S. Esprit.
Nous donnerons un Extrait plus étendu de cet
Ouvrage , que nous n'avons encore fait que parcourir.
de l'Opinion ou Mémoire pour servir à l'Histoire
de l'Esprit humain . Le point de vûë de cet
Ouvrage est la Science de douter à propos , et
une sage défiance également éloignée de la crédulité
et du Pyrrhonisme. L'Auteur qui ne s'est
point nommé , execute ce Projet , en suivant les
Sciences prophanes , et en faisant voir par les
sentimens des Anciens et des Modernes , à quel
point l'opinion regne dans ces Sciences. Le premier
Livre roule sur les Belles - Lettres , les differens
Jugemens des Critiques , le Pyrrhonisme de
l'Histoire , les difficultez les plus celebres de la
Chronologie. Le second Livre est une Histoire
de toutes les Sectes Philosophiques ; Histoire , qui
selon l'Auteur , est proprement celle de l'opinion.
Le troisiéme renferme les questions les plus
importantes de la Métaphisique , les égaremens
de l'Idolâtrie , les prétendus Miracles du Paganisme
, les contradictions des Philosophes sur les
ames , sur les bêtes ; les divinations fondées sur
le commerce des Esprits par la Magie , la cabale,
les augures , présages , songes et autres moyens ,
dont on a souvent abusé pour séduire les esprits
faibles
56 MERCURE DE FRANCE
foibles Le quatriéme Livre traite de la Physique,
de l'Astronomie , de la Medecine , de la Chimie,
de l'Astronomie Judiciaire , et autres divinations
prétendues naturelles , les Fables débitées par les
Naturalistes y servent d'exemples de la licence
des Auteurs. Une contradiction du Systême de
Descartes est relevée dans le Chapitre de la Physique
, où l'on trouve en même-temps une réforme
de ce Systême , qui en y rétablissant l'uniformité
conserve tout ce que l'idée des Tourbillons
de Descartes a de brillant et de magnifique.
Le cinquiéme Livie contient deux . Chapitres ,
P'un sur les diferentes especes de Gouvernemens ,
Pantre sur les maximes politiques. La veritable
constitution du Gouvernement de France y est
expliquée , avec des Dissertations importantes
sur les Parlemens et Etats Generaux . Le sixiéme
Livre est un précis des pensées les plus remarqua
bles des Anciens sur la Morale. Les diferentes
Loix et Coûtumes des Peuples y sont exposées.
Tout l'Ouvrage est rempli d'une parfaite connoissance
de l'Antiquité et d'une profonde érudition
; le style en est clair et poli ; tant de sujets
si diversifiez contiennent des recherches immenses
en tous genres , chaque Science y est
traitée suivant son caractere particulier , et il en
résulte un assemblage d'excellens Mémoires pour
servir à l'Hist. de l'Esprit humain , qui peut égale
ment y reconnoître ses erreurs et y considerer les
monumens de ses Travaux les plus illustres.
Ce Livre est en six volumes in 12, dont
le dernier renferme quatre Tables très- amples ,
la premiere , des Chapitres ; la seconde, des noms
propres ; la troisiéme , des Mutieres , et la quatrieme
, des Aureurs citez . Le Prix est de 15. liv.
relié et de 12 liv.12. sols broché. Il se vend
chez
AVRIL. 1733.. 757
chez Guillaume de Bure , le pere , sur le Quay
des Augustins , à l'Image Saint Claude ; chez
Charles Osmons , ruë S. Jacques , à l'Olivier , et
chez Grégoire- Antoine du Puis , au Palais, à l'Enseigne
du S. Esprit.
Nous donnerons un Extrait plus étendu de cet
Ouvrage , que nous n'avons encore fait que parcourir.
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Résumé : Traité de l'Opinion, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente un ouvrage intitulé 'Traité de l'Opinion ou Mémoire pour servir à l'Histoire de l'Esprit humain', écrit par un auteur anonyme. Cet ouvrage explore la science du doute raisonnable, évitant à la fois la crédulité et le pyrrhonisme. Structuré en six livres, il aborde divers sujets. Le premier livre traite des Belles-Lettres, des jugements critiques, du pyrrhonisme de l'histoire et des difficultés chronologiques. Le second livre examine les sectes philosophiques comme l'histoire de l'opinion. Le troisième livre couvre des questions métaphysiques, l'idolâtrie, les miracles païens, et les contradictions philosophiques sur les âmes et les bêtes, ainsi que les divinations par la magie et la cabale. Le quatrième livre critique la physique, l'astronomie, la médecine, la chimie et les divinations naturelles, notamment le système de Descartes. Le cinquième livre discute des formes de gouvernement et des maximes politiques, expliquant la constitution du gouvernement français et les Parlements. Le sixième livre présente un précis des pensées morales des Anciens et expose les lois et coutumes des peuples. L'ouvrage est caractérisé par une profonde érudition et un style clair, offrant une vaste connaissance de l'antiquité et des recherches approfondies dans divers domaines. Il est disponible en six volumes in-12, avec des tables des chapitres, des noms propres, des matières et des auteurs cités, au prix de 15 livres relié et 12 livres 12 sols broché. Il est en vente chez Guillaume de Bure, Charles Osmons et Grégoire-Antoine du Puis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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76
p. 1759-1763
REMARQUES sur les Dictionaires.
Début :
La foule de Sçavans ou de Gens de Lettres avec vocation, ou sans talens, [...]
Mots clefs :
Dictionnaires, Ordre alphabétique, Dictionnaire, Fin, Table, Moréri, Matières
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur les Dictionaires.
REMARQUES sur les Dictionaires.
LA
A foule de Sçavans ou de Gens de
Lettres avec vocation , ou sans talens,
nous inonde de Dictionaires en tous genres
. Outre les Dictionaires publics , chacun
s'en fait de particuliers,et se croit bien
avancé quand il a ramassé sur des Cartes
, ce qu'il a lû , et qu'il a commencé
à ranger par ordre alphabétique.
Toutes les idées , toutes les connoisşances
vont donc bien - tôt rouler sur cet
ordre alphabétique. On benit le siecle où
les Sciences sont devenues si aisées à l'aide
des Dictionaires. Mais quelqu'un a- t - il encore
pris garde qu'on donne trop
dans cet
ordre, et qu'il faudroit distinguer en quot
il est bon,et en quoi il est mauvais. Il est
D bon
1760 MERCURE DE FRANCE
bon à faire retrouver ce qu'on a perdu
il est fort secourable pour les ignorans ,
mais il ne les tire que pour un moment
de leur ignorance,
L'ordre de raison , tel qu'il se trouve ,
dans un Traité bien complet , divisé par
Livres et par Chapitres,selon les matietes
qu'il embrasse ,quand elles sont bien dígé
rées et subordonnées les unes aux autres ,
selon leur suite naturelle et essentielle ,
est bien préférable. Quelle comparaison
peut- on faire de ces deux ordres ? Il en
est de cela comme de ranger une Bibliotheque
par l'ordre des grandeurs , ou de
la relieure des Volumes , ou par l'ordre
des matieres , ajoutez à la fin d'un Trai
té complet, ou d'une Histoire, une Table
alphabétique des matieres , vous avez en
même- temps les deux , vous avez la commodité
du Dictionaire et l'avantage d'un
Traité complet , ou d'une Histoire que
vous pouvez lire de suite , en profiter et
la critiquer avec justesse.
: Le Dictionaire universel de Morery ;
qui a eu tant de succès , pourroit être refondu
suivant ce principe, sans consulter
aucun autre livre pour le recomposer ;
on pourroit des mêmes matériaux en former
une Histoire universelle , une Géographie
, une Histoire généalogique des
princiAOUST.
1733. 1761
principales Maisons , &c . et à la fin de
ces Traitez , une Table alphabétique des
matieres , avec des renvois au tome , à la
page et même à la ligne , vous donneroit
le même avantage que le Dictionaire, tel
qu'il est aujourd'hui.
leTexte pour
Peu de personnes peuvent lire le Dictionaire
de Bayle de suite; l'inversion des
temps,la confusion des personnages , dont
Bayle nous apprend des Anecdotes, l'incommodité
de couper leTexte pour descendre
aux Remarques , rebute souvent
d'une lecture si aimable d'ailleurs . Qui
empêcheroit d'en faire , comme on vient
de dire , du Morery , de refondre ce Dictionaire
, de restituer les Remarques dans
le Texte et d'en faire une histoire univer
selle des hommes les plus connus dans le
monde , par ordre de temps ou de dignité
des personnages , avec une Table generale
alphabétique à la fin ? Le Dictionaire
Oeconomique produiroit dans le même
goût une excellente Maison rustique. Les
Dictionaires des Langues mêmes , ausquels
l'ordre alphabétique paroît le plus
-affecté , seroient mis en Grammaire , ou
en Recueil de Racines des mots , rangez
suivant leurs usages comme de choses naturelles
, de meubles , de mets , de maladies
, &c. Il y a de ces Recueils de Ra-
Dij cines
1762 MERCURE DE FRANCE
-
cines rangez en cet ordre dans plusieurs
Grammaires. Par exemple , dans celle de
Veneroni ; cet ordre de raison contribue
à faire mieux retenir les choses qu'on lit
de suite, qu'on compare et dont on prend
une idée complette , et la Table alphabetique
de la fin présente l'utilité du Dictionaire.
On a depuis peu donné au public une
Bibliotheque des Théatres , où la justice de
mon reproche contre les Dictionaires, est
mise dans tout son jour ; on n'y a suivi
d'autre ordre que l'alphabétique,du commencement
à la fin , au lieu de ranger les
Piéces par oeuvres d'Auteurs , et ces Auteurs
selon leur temps ; par là nous cussions
eu une Histoire du Theatres une
Table à la fin auroit fait trouver commodement
les Piéces qu'on eûteu à chercher.
A la place de cet Ouvrage, on n'a entre
les mains qu'un Livre impossible à
lire de suite , et qui ne sera consulté que
quelquefois par fantaisie.
Il faut encore observer qu'en refondant
des Dictionaires dans l'ordre naturel et de
raison , on épargne beaucoup de répétitions
indispensables aux Dictionaires ; je
suis sûr que le Morery auroit un bon
quart de moins , et contiendroit les mêmes
choses dans l'ordre que je propose.
On
A CUST. 1733-1
1763
On pourra m'accuser de singularité
dans ce que je viens de dire , principalement
sur les Dictionaires des Langues ;
mais qu'on examine ceci sans préjugé, es
on goûtera ma nouveauté ; qui a le plus
a le moins je le répere ; dans l'ordre de
raison , avec la Table alphabétique à la
fin , on a les deux ; qui a un Dictionaire,
n'en a qu'une .
LA
A foule de Sçavans ou de Gens de
Lettres avec vocation , ou sans talens,
nous inonde de Dictionaires en tous genres
. Outre les Dictionaires publics , chacun
s'en fait de particuliers,et se croit bien
avancé quand il a ramassé sur des Cartes
, ce qu'il a lû , et qu'il a commencé
à ranger par ordre alphabétique.
Toutes les idées , toutes les connoisşances
vont donc bien - tôt rouler sur cet
ordre alphabétique. On benit le siecle où
les Sciences sont devenues si aisées à l'aide
des Dictionaires. Mais quelqu'un a- t - il encore
pris garde qu'on donne trop
dans cet
ordre, et qu'il faudroit distinguer en quot
il est bon,et en quoi il est mauvais. Il est
D bon
1760 MERCURE DE FRANCE
bon à faire retrouver ce qu'on a perdu
il est fort secourable pour les ignorans ,
mais il ne les tire que pour un moment
de leur ignorance,
L'ordre de raison , tel qu'il se trouve ,
dans un Traité bien complet , divisé par
Livres et par Chapitres,selon les matietes
qu'il embrasse ,quand elles sont bien dígé
rées et subordonnées les unes aux autres ,
selon leur suite naturelle et essentielle ,
est bien préférable. Quelle comparaison
peut- on faire de ces deux ordres ? Il en
est de cela comme de ranger une Bibliotheque
par l'ordre des grandeurs , ou de
la relieure des Volumes , ou par l'ordre
des matieres , ajoutez à la fin d'un Trai
té complet, ou d'une Histoire, une Table
alphabétique des matieres , vous avez en
même- temps les deux , vous avez la commodité
du Dictionaire et l'avantage d'un
Traité complet , ou d'une Histoire que
vous pouvez lire de suite , en profiter et
la critiquer avec justesse.
: Le Dictionaire universel de Morery ;
qui a eu tant de succès , pourroit être refondu
suivant ce principe, sans consulter
aucun autre livre pour le recomposer ;
on pourroit des mêmes matériaux en former
une Histoire universelle , une Géographie
, une Histoire généalogique des
princiAOUST.
1733. 1761
principales Maisons , &c . et à la fin de
ces Traitez , une Table alphabétique des
matieres , avec des renvois au tome , à la
page et même à la ligne , vous donneroit
le même avantage que le Dictionaire, tel
qu'il est aujourd'hui.
leTexte pour
Peu de personnes peuvent lire le Dictionaire
de Bayle de suite; l'inversion des
temps,la confusion des personnages , dont
Bayle nous apprend des Anecdotes, l'incommodité
de couper leTexte pour descendre
aux Remarques , rebute souvent
d'une lecture si aimable d'ailleurs . Qui
empêcheroit d'en faire , comme on vient
de dire , du Morery , de refondre ce Dictionaire
, de restituer les Remarques dans
le Texte et d'en faire une histoire univer
selle des hommes les plus connus dans le
monde , par ordre de temps ou de dignité
des personnages , avec une Table generale
alphabétique à la fin ? Le Dictionaire
Oeconomique produiroit dans le même
goût une excellente Maison rustique. Les
Dictionaires des Langues mêmes , ausquels
l'ordre alphabétique paroît le plus
-affecté , seroient mis en Grammaire , ou
en Recueil de Racines des mots , rangez
suivant leurs usages comme de choses naturelles
, de meubles , de mets , de maladies
, &c. Il y a de ces Recueils de Ra-
Dij cines
1762 MERCURE DE FRANCE
-
cines rangez en cet ordre dans plusieurs
Grammaires. Par exemple , dans celle de
Veneroni ; cet ordre de raison contribue
à faire mieux retenir les choses qu'on lit
de suite, qu'on compare et dont on prend
une idée complette , et la Table alphabetique
de la fin présente l'utilité du Dictionaire.
On a depuis peu donné au public une
Bibliotheque des Théatres , où la justice de
mon reproche contre les Dictionaires, est
mise dans tout son jour ; on n'y a suivi
d'autre ordre que l'alphabétique,du commencement
à la fin , au lieu de ranger les
Piéces par oeuvres d'Auteurs , et ces Auteurs
selon leur temps ; par là nous cussions
eu une Histoire du Theatres une
Table à la fin auroit fait trouver commodement
les Piéces qu'on eûteu à chercher.
A la place de cet Ouvrage, on n'a entre
les mains qu'un Livre impossible à
lire de suite , et qui ne sera consulté que
quelquefois par fantaisie.
Il faut encore observer qu'en refondant
des Dictionaires dans l'ordre naturel et de
raison , on épargne beaucoup de répétitions
indispensables aux Dictionaires ; je
suis sûr que le Morery auroit un bon
quart de moins , et contiendroit les mêmes
choses dans l'ordre que je propose.
On
A CUST. 1733-1
1763
On pourra m'accuser de singularité
dans ce que je viens de dire , principalement
sur les Dictionaires des Langues ;
mais qu'on examine ceci sans préjugé, es
on goûtera ma nouveauté ; qui a le plus
a le moins je le répere ; dans l'ordre de
raison , avec la Table alphabétique à la
fin , on a les deux ; qui a un Dictionaire,
n'en a qu'une .
Fermer
Résumé : REMARQUES sur les Dictionaires.
Le texte traite de la prolifération des dictionnaires et de leur organisation. Il met en avant l'utilité des dictionnaires alphabétiques pour retrouver des informations perdues et aider les ignorants, mais souligne que cette aide est temporaire. L'auteur privilégie l'ordre de raison, tel que trouvé dans les traités complets divisés par livres et chapitres, qui permet une compréhension plus approfondie et naturelle des sujets. Cette méthode est comparée à l'organisation d'une bibliothèque par matière plutôt que par taille ou reliure. L'auteur propose d'ajouter une table alphabétique à la fin des traités pour combiner les avantages des deux systèmes. Il suggère de refondre des dictionnaires comme celui de Morery en une histoire universelle ou une géographie, avec une table alphabétique pour faciliter la recherche. Le texte critique des ouvrages comme le dictionnaire de Bayle et la Bibliothèque des Théâtres pour leur organisation alphabétique, qui rend leur lecture difficile et peu pratique. L'auteur affirme que refondre les dictionnaires dans un ordre naturel réduirait les répétitions et améliorerait leur utilité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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77
p. 1802-1803
« TRAITÉ de la simplicité de la Foy ; chez Lamesle, ruë de la Vieille-Boucherine ; [...] »
Début :
TRAITÉ de la simplicité de la Foy ; chez Lamesle, ruë de la Vieille-Boucherine ; [...]
Mots clefs :
Académies des sciences et des belles-lettres, Sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « TRAITÉ de la simplicité de la Foy ; chez Lamesle, ruë de la Vieille-Boucherine ; [...] »
RAITE' de la simplicité de la Foy ;
chez Lamesleruë de la Vieille- Bou
cleries de Heuqueville , ruë Gille- coeur ; et
Henri rue S. Jacqure , 1733. in 12°
EXAMEN DU PYRRONI ME , ancien et
moderne. Par M. de Crouzas , de l'Académie
Royale des Sciences , Gouverneur
de S. A. S. le Prince Frederic de Hesse-
Cassel , dédié à M. le Comte du Luc. A
la Haye , chez Hondt , 1733. in fol. Onke
trouve à Paris chez plusieurs Libraires.
MEMOIRES du Sieur Jean Macky ;
Ecuyer , contenant principalement les
caracteres de la Cour d'Angleterre , sous
les Regnes de Guillaume III.et d'Anne I.
Tracés à la requisition de S.A.R. Sophie,
Electrice d'Hanovre ; et publiez sur le
Manuscrit original de l'Auteur . Traduits
de l'Anglois . A la Haye , chez P. Gosse
et J. Neaulme , 1733. et se vend à Paris ,
ruë S. Jacques , chez J. F. Fosse.
HISTOIRE LITTERAIRE DE LA FRANCE
où
AOUST. 1733 . 1803
où l'on traite de l'origine et du progrès
de la décadence , et du rétablissement
des Sciences parmi les Gaulois , et parmi
les François ; du goût et du génie des
uns et des autres pour les Lettres en chaque
siecle , de leurs anciennes Ecoles , de
Pétablissement desUniversitez en France ,
des principaux Colleges , des Académies
des Sciences et des Belles Lettres , des
meilleures Bibliotheques , anciennes et
modernes des plus celebres Imprimeries
, et de tout ce qui a un rapport particulier
à la Littérature ; avec les Eloges
Historiques des Gaulois et des François
qui s'y sont fait quelque réputation ; le,
Catalogue et la Chronologie de leurs
Ecrits , des Remarques historiques et
critiques sur les principaux Ouvrages, le
dénombrement des différentes Editions ;
le tout justifié par les citations des Auteurs
originaux . Par des Religieux de la
Congrégation de S. Maur , Tome premier,
Partie premiere, qui comprend les Temps
qui ont précédé la Naissance de J. C. et
les trois premiers siècles de l'Eglise . Partie
seconde , qui comprend le quatriéme
siécle de l'Eglise, 1733. in 4. A Paris ,
Quai des Augustins et rue S. Jacques, chez
Chaubert , Osmont , Huart , Clousier, & c.
chez Lamesleruë de la Vieille- Bou
cleries de Heuqueville , ruë Gille- coeur ; et
Henri rue S. Jacqure , 1733. in 12°
EXAMEN DU PYRRONI ME , ancien et
moderne. Par M. de Crouzas , de l'Académie
Royale des Sciences , Gouverneur
de S. A. S. le Prince Frederic de Hesse-
Cassel , dédié à M. le Comte du Luc. A
la Haye , chez Hondt , 1733. in fol. Onke
trouve à Paris chez plusieurs Libraires.
MEMOIRES du Sieur Jean Macky ;
Ecuyer , contenant principalement les
caracteres de la Cour d'Angleterre , sous
les Regnes de Guillaume III.et d'Anne I.
Tracés à la requisition de S.A.R. Sophie,
Electrice d'Hanovre ; et publiez sur le
Manuscrit original de l'Auteur . Traduits
de l'Anglois . A la Haye , chez P. Gosse
et J. Neaulme , 1733. et se vend à Paris ,
ruë S. Jacques , chez J. F. Fosse.
HISTOIRE LITTERAIRE DE LA FRANCE
où
AOUST. 1733 . 1803
où l'on traite de l'origine et du progrès
de la décadence , et du rétablissement
des Sciences parmi les Gaulois , et parmi
les François ; du goût et du génie des
uns et des autres pour les Lettres en chaque
siecle , de leurs anciennes Ecoles , de
Pétablissement desUniversitez en France ,
des principaux Colleges , des Académies
des Sciences et des Belles Lettres , des
meilleures Bibliotheques , anciennes et
modernes des plus celebres Imprimeries
, et de tout ce qui a un rapport particulier
à la Littérature ; avec les Eloges
Historiques des Gaulois et des François
qui s'y sont fait quelque réputation ; le,
Catalogue et la Chronologie de leurs
Ecrits , des Remarques historiques et
critiques sur les principaux Ouvrages, le
dénombrement des différentes Editions ;
le tout justifié par les citations des Auteurs
originaux . Par des Religieux de la
Congrégation de S. Maur , Tome premier,
Partie premiere, qui comprend les Temps
qui ont précédé la Naissance de J. C. et
les trois premiers siècles de l'Eglise . Partie
seconde , qui comprend le quatriéme
siécle de l'Eglise, 1733. in 4. A Paris ,
Quai des Augustins et rue S. Jacques, chez
Chaubert , Osmont , Huart , Clousier, & c.
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Résumé : « TRAITÉ de la simplicité de la Foy ; chez Lamesle, ruë de la Vieille-Boucherine ; [...] »
En 1733, plusieurs publications notables ont été éditées. Parmi elles, 'RAITE' de la simplicité de la Foy' est disponible chez Lamesleruë de la Vieille-Boucleries de Heuqueville et Henri rue S. Jacques. 'EXAMEN DU PYRRONI ME, ancien et moderne' est écrit par M. de Crouzas, membre de l'Académie Royale des Sciences et gouverneur du Prince Frédéric de Hesse-Cassel. Cet ouvrage est dédié à M. le Comte du Luc et se trouve à La Haye chez Hondt et à Paris chez divers libraires. Les 'MEMOIRES du Sieur Jean Macky' décrivent la cour d'Angleterre sous les règnes de Guillaume III et d'Anne I, à la demande de Sophie, Électrice d'Hanovre, et sont traduits de l'anglais. Ils sont publiés à La Haye chez P. Gosse et J. Neaulme, et se vendent à Paris rue S. Jacques chez J. F. Fosse. Enfin, l''HISTOIRE LITTERAIRE DE LA FRANCE' traite de l'origine et du progrès des sciences chez les Gaulois et les Français, ainsi que des institutions littéraires et des figures marquantes. Cet ouvrage, rédigé par des Religieux de la Congrégation de S. Maur, couvre les périodes antérieures à la naissance de J. C. et les trois premiers siècles de l'Église, ainsi que le quatrième siècle de l'Église. Il est disponible à Paris chez plusieurs libraires, dont Chaubert, Osmont, Huart, et Clousier.
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78
p. 2115-2120
L'UTILITÉ DES PRIX ACADEMIQUES. ODE qui a remporté le Prix de l'Académie de Marseille. Par M. d'Ardene.
Début :
Elide, jadis si chantée, [...]
Mots clefs :
Académie de Marseille, Utilité des prix académiques, Jeux, Ignorance, Esprit, Gloire, Succès, Vices
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'UTILITÉ DES PRIX ACADEMIQUES. ODE qui a remporté le Prix de l'Académie de Marseille. Par M. d'Ardene.
L'UTILITE'
DES PRIX ACADEMIQUES.
ODE qui a remporté le Prix de l'Académie
de Marseille. Par M. d'Ardene.
EE
Lide , jadis si chantée ,
Non ,je ne puis goûter tes Jeux ,
Leur pompe a beau m'être van
tée ,.
Qu'est-ce qu'un prix souvent douteux ?
Dans un tourbillon ( a ) de poussiere ,
( a ) Course des Chariots.
A ij Un
2116 MER CURE DE FRANCE
Un Char vole dans la carriere ,
Plus prompt que l'oeil du Spectateurs
A ses côtez suit la Victoire ;
Qui va-t'elle couvrir de gloire ,
Des Coursiers ou du Conducteur ?
Quels objets surprenans m'attirent ,
Des Rivaux courent (a) s'embrasser !
Ah Ciel ! j'en vois ( b ) qui ne respirent ,
Que le sang qu'ils content verser
Il coule ; quelle barbarie !
La Nature émuë , attendrie ,
I ;
En frémit; m'arrache à ces Lieux,
A ces Spectacles tu présides ,
Alecton , des Jeux homicides ,
Sont dignes d'amuser tes yeux.
Nos combats sont bien plus tranquiles.;
Minerve en dicta le projet.
Nobles , interessans , utiles ,
L'esprit en est l'ame et l'objet.
A le former nos Jeux aspirent ,
Ils nous enflamment , nous inspirent ;
Chaque instant hâte les succès.
La regle instruit ; l'exemple pique ;
( a ) La Lutte.
(b ) Les Gladiateurs.
L'Espr
OCTOBRE . 1733 2117
1733..
L'Esprit au loin se communique ;
Tout ressent de ses progrès.
Je te conçois , heureux prodige !
Un seul prix arme cent Rivaux.
C'est le point fixe qui dirige ,
Leur ambition , leurs travaux .
Tous animez par l'Esperance
Un d'entre eux plus hardi s'élance ,
Touche au but , se fait couronner.
Ces Emules qu'on voit paroître ,
Suivent de près le Char du Maître ;
Mais ne sont là que pour l'orner,
52
Calmez-vous , Troupe impatiente ,
Vos efforts ne sont pas déçûs.
Non , le triomphe que je chante ,
Sert le Vainqueur , er lês Vaincus.
Tel que ce Géant ( a ) formidable
Qui devenoit plus redoutable ,
Chaque fois qu'il fut terrassé ;
Mes chutes même m'affermissent.
Sur l'aréne , à mes pieds frémissent
Ceux par qui je fus renversé.
Heureuse à jamais la Contrée ,
(a ) Anthée.
A iij Qu'itj
2118 MERCURE DE FRANCE
Qu'illustrent de tels Combattans !
L'ignorance fuit éplorée ,
Du milieu de ses Habitans.
La Gloire avec fierté l'en chasse ,
Un sçavoir brillant la remplace ;
Que le génie est different !
Où l'on rougissoit de s'instruire ,
Un espoir flatteur n'a qu'à luire ,
On y rougit d'être ignorant.
M
L'Eloquence et la Poësie ,
Nos Jeux les ravirent aux Cieux.
D'un noble feu l'ame saisie ,
Nous parlons la Langue des Dieux.
Mais j'admire d'autres merveilles.
Nul secret n'échappe à nos veilles
Les voiles tombent devant nous.
Prodige obscur , hardi systême ,
Tout s'arrange , l'Olympe même ,
De nos lumieres est jaloux.
O vous de qui l'intelligence ,
Eut les succès les plus brillans ,
Nos Couronnes sont la semence ,
(a ) Differentes Académies qui par le prix qu'elles
distribuent , perfectionnent les Sciences les plus
utiles.
Qui
OCTOBRE
1 . 1733. 2119
Qui fit éclore vos talens .
C'est l'aiguillon qui les anime.
Que ne peut la soif et l'estime?
L'Univers lui doit sa splendeur.
Héros , Guerriers , ou Pacifiques ,
Arts utiles et magnifiques ,
Cette soif fit votre grandeur .
Quels changemens vois - je paroître !
L'esprit orné polit les moeurs. ,
La lumiere vient - elle à croître ?
Les Vertus germent dans les coeurs.]
La nuit sombre de l'ignorance ,
Des vices accroit la licence ,
Elle enfante l'égarement .
A l'aide de nos exercices ,
Et de l'ignorance et des vices ,
Nous triomphons également.
Villars , de qui la Terre ențiere ,
Admire et vante la valeur ,
Qui domptant ton ardeur guerriere ,
Sçus calmer l'Europe en fureur ,
Tu voulus pour combler ta gloire ,
*
* M. le Marechal de Villars vient de fonder
perpetuité le Prix qu'il fournissoit tous les ans
Académie de Marseille , dont il est Protecteur .
A j Aux
2120 MERCURE DE FRANCE
Aux doctes Filles de mémoire
Prêter un appui généreux ;
Les dons faits à ces Immortelles ,
Tu les rends immortels comme elles ,
Ton nom ne peut durer moins qu'eux.
L'Académie de Marseille a fait dé
clarer par son Secretaire , à l'Auteur de
cette Ode , lequel remporta les Prix de
Prose et de. Poësie de la même Académie
en 1931. de vouloir bien ne plus
travailler pour ces Prix.
DES PRIX ACADEMIQUES.
ODE qui a remporté le Prix de l'Académie
de Marseille. Par M. d'Ardene.
EE
Lide , jadis si chantée ,
Non ,je ne puis goûter tes Jeux ,
Leur pompe a beau m'être van
tée ,.
Qu'est-ce qu'un prix souvent douteux ?
Dans un tourbillon ( a ) de poussiere ,
( a ) Course des Chariots.
A ij Un
2116 MER CURE DE FRANCE
Un Char vole dans la carriere ,
Plus prompt que l'oeil du Spectateurs
A ses côtez suit la Victoire ;
Qui va-t'elle couvrir de gloire ,
Des Coursiers ou du Conducteur ?
Quels objets surprenans m'attirent ,
Des Rivaux courent (a) s'embrasser !
Ah Ciel ! j'en vois ( b ) qui ne respirent ,
Que le sang qu'ils content verser
Il coule ; quelle barbarie !
La Nature émuë , attendrie ,
I ;
En frémit; m'arrache à ces Lieux,
A ces Spectacles tu présides ,
Alecton , des Jeux homicides ,
Sont dignes d'amuser tes yeux.
Nos combats sont bien plus tranquiles.;
Minerve en dicta le projet.
Nobles , interessans , utiles ,
L'esprit en est l'ame et l'objet.
A le former nos Jeux aspirent ,
Ils nous enflamment , nous inspirent ;
Chaque instant hâte les succès.
La regle instruit ; l'exemple pique ;
( a ) La Lutte.
(b ) Les Gladiateurs.
L'Espr
OCTOBRE . 1733 2117
1733..
L'Esprit au loin se communique ;
Tout ressent de ses progrès.
Je te conçois , heureux prodige !
Un seul prix arme cent Rivaux.
C'est le point fixe qui dirige ,
Leur ambition , leurs travaux .
Tous animez par l'Esperance
Un d'entre eux plus hardi s'élance ,
Touche au but , se fait couronner.
Ces Emules qu'on voit paroître ,
Suivent de près le Char du Maître ;
Mais ne sont là que pour l'orner,
52
Calmez-vous , Troupe impatiente ,
Vos efforts ne sont pas déçûs.
Non , le triomphe que je chante ,
Sert le Vainqueur , er lês Vaincus.
Tel que ce Géant ( a ) formidable
Qui devenoit plus redoutable ,
Chaque fois qu'il fut terrassé ;
Mes chutes même m'affermissent.
Sur l'aréne , à mes pieds frémissent
Ceux par qui je fus renversé.
Heureuse à jamais la Contrée ,
(a ) Anthée.
A iij Qu'itj
2118 MERCURE DE FRANCE
Qu'illustrent de tels Combattans !
L'ignorance fuit éplorée ,
Du milieu de ses Habitans.
La Gloire avec fierté l'en chasse ,
Un sçavoir brillant la remplace ;
Que le génie est different !
Où l'on rougissoit de s'instruire ,
Un espoir flatteur n'a qu'à luire ,
On y rougit d'être ignorant.
M
L'Eloquence et la Poësie ,
Nos Jeux les ravirent aux Cieux.
D'un noble feu l'ame saisie ,
Nous parlons la Langue des Dieux.
Mais j'admire d'autres merveilles.
Nul secret n'échappe à nos veilles
Les voiles tombent devant nous.
Prodige obscur , hardi systême ,
Tout s'arrange , l'Olympe même ,
De nos lumieres est jaloux.
O vous de qui l'intelligence ,
Eut les succès les plus brillans ,
Nos Couronnes sont la semence ,
(a ) Differentes Académies qui par le prix qu'elles
distribuent , perfectionnent les Sciences les plus
utiles.
Qui
OCTOBRE
1 . 1733. 2119
Qui fit éclore vos talens .
C'est l'aiguillon qui les anime.
Que ne peut la soif et l'estime?
L'Univers lui doit sa splendeur.
Héros , Guerriers , ou Pacifiques ,
Arts utiles et magnifiques ,
Cette soif fit votre grandeur .
Quels changemens vois - je paroître !
L'esprit orné polit les moeurs. ,
La lumiere vient - elle à croître ?
Les Vertus germent dans les coeurs.]
La nuit sombre de l'ignorance ,
Des vices accroit la licence ,
Elle enfante l'égarement .
A l'aide de nos exercices ,
Et de l'ignorance et des vices ,
Nous triomphons également.
Villars , de qui la Terre ențiere ,
Admire et vante la valeur ,
Qui domptant ton ardeur guerriere ,
Sçus calmer l'Europe en fureur ,
Tu voulus pour combler ta gloire ,
*
* M. le Marechal de Villars vient de fonder
perpetuité le Prix qu'il fournissoit tous les ans
Académie de Marseille , dont il est Protecteur .
A j Aux
2120 MERCURE DE FRANCE
Aux doctes Filles de mémoire
Prêter un appui généreux ;
Les dons faits à ces Immortelles ,
Tu les rends immortels comme elles ,
Ton nom ne peut durer moins qu'eux.
L'Académie de Marseille a fait dé
clarer par son Secretaire , à l'Auteur de
cette Ode , lequel remporta les Prix de
Prose et de. Poësie de la même Académie
en 1931. de vouloir bien ne plus
travailler pour ces Prix.
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Résumé : L'UTILITÉ DES PRIX ACADEMIQUES. ODE qui a remporté le Prix de l'Académie de Marseille. Par M. d'Ardene.
Le texte est une ode qui a remporté le Prix de l'Académie de Marseille et traite de l'utilité des prix académiques. L'auteur, M. d'Ardene, compare les jeux académiques aux jeux anciens, violents et barbares, pour souligner la tranquillité et l'utilité des compétitions intellectuelles modernes. Ces jeux, inspirés par Minerve, visent à former l'esprit et à stimuler les progrès intellectuels. Un prix académique motive de nombreux concurrents, dirigés par l'ambition et l'espoir de la victoire. Même la défaite est bénéfique, car elle affermit les participants. Les prix académiques illustrent une contrée en chassant l'ignorance et en remplaçant la honte de s'instruire par un espoir flatteur. L'éloquence et la poésie sont ravies aux cieux par ces jeux. Les académies, par les prix qu'elles distribuent, perfectionnent les sciences utiles et animent les talents. La soif de connaissance et d'estime pousse les héros, guerriers ou pacifiques, à atteindre la grandeur. Les exercices académiques triomphent de l'ignorance et des vices, polit les mœurs et font croître la lumière. Le maréchal de Villars, protecteur de l'Académie de Marseille, a fondé un prix perpétuel pour soutenir les doctes filles de mémoire, rendant ainsi son nom immortel. L'Académie de Marseille a déclaré à l'auteur de cette ode, lauréat des prix de prose et de poésie en 1731, de ne plus travailler pour ces prix.
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79
p. 2455-2456
OUVERTURE du College Royal.
Début :
Les Professeurs du College Royal de France, fondé à Paris par le Roy François I. le Pere et [...]
Mots clefs :
Collège royal de France, Langue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OUVERTURE du College Royal.
OUVERTURE du College Royal.
Les Professeurs du College Royal de France .
Fondé à Paris par le Roy François I. le Pere et
le Restaurateur des Lettres , reprirent leurs Exer
cices , et commencerent leur Année Académique
Je Lundi 23. Novembre. Voici les noms des Sçavans
qui remplissent actuellement les Chaires de
se fameux College, sous l'inspection de M. An-
Eij teing
246 MERCURE DE FRANCE
toine Lancelot , de l'Académie Royale des Inscriptions
et Belles - Lettres , Censeur Royal des
Livres.
Pour la Langue Hébraïque.
Mrs Sallier et Henry.
Pour la Langue Grecque.
Mrs Capperonnier et ...
Pour les Mathématiques :
Mrs Chevallier et Privat de Molieres.
Pour la Philosophie.
Mrs Terrasson et Privat de Molieres
Pour l'Eloquence Latine.
Mrs Rollin et Souchay.
Pour la Medicine , la Chirurgie , la
Pharmacie et la Botanique.
Mrs Andry , Burette , Astruc et du Bois.
Pour la Langue Arabe.
Mrs de Fiennes , Secretaire- Interprete ordinaire
du Roy , et Fourmont
Pour le Droit- Canon.
Mrs Cappon et le Merre.
Pour la Langue Syriaque .
M. l'Abbé Fourmont .
Les Professeurs du College Royal de France .
Fondé à Paris par le Roy François I. le Pere et
le Restaurateur des Lettres , reprirent leurs Exer
cices , et commencerent leur Année Académique
Je Lundi 23. Novembre. Voici les noms des Sçavans
qui remplissent actuellement les Chaires de
se fameux College, sous l'inspection de M. An-
Eij teing
246 MERCURE DE FRANCE
toine Lancelot , de l'Académie Royale des Inscriptions
et Belles - Lettres , Censeur Royal des
Livres.
Pour la Langue Hébraïque.
Mrs Sallier et Henry.
Pour la Langue Grecque.
Mrs Capperonnier et ...
Pour les Mathématiques :
Mrs Chevallier et Privat de Molieres.
Pour la Philosophie.
Mrs Terrasson et Privat de Molieres
Pour l'Eloquence Latine.
Mrs Rollin et Souchay.
Pour la Medicine , la Chirurgie , la
Pharmacie et la Botanique.
Mrs Andry , Burette , Astruc et du Bois.
Pour la Langue Arabe.
Mrs de Fiennes , Secretaire- Interprete ordinaire
du Roy , et Fourmont
Pour le Droit- Canon.
Mrs Cappon et le Merre.
Pour la Langue Syriaque .
M. l'Abbé Fourmont .
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Résumé : OUVERTURE du College Royal.
Le Collège Royal de France, fondé à Paris par le roi François Ier, a repris ses activités académiques le 23 novembre. Ce collège est reconnu pour son rôle dans la restauration des lettres. Antoine Lancelot, membre de l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres et censeur royal des livres, supervise les activités sous la direction de M. Antoine Eij teing. Les chaires sont occupées par des savants tels que Sallier et Henry pour la langue hébraïque, Capperonnier et un autre professeur pour la langue grecque, Chevallier et Privat de Molieres pour les mathématiques, Terrasson et Privat de Molieres pour la philosophie, Rollin et Souchay pour l'éloquence latine, Andry, Burette, Astruc et du Bois pour la médecine, la chirurgie, la pharmacie et la botanique, de Fiennes et Fourmont pour la langue arabe, Cappon et le Merre pour le droit canon, et l'Abbé Fourmont pour la langue syriaque.
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80
p. 2819-2834
SECONDE Lettre de M. D. L. R. sur la Litterature des Mahometans, et sur celle des Turcs en particulier.
Début :
Je réponds, Monsieur, le plutôt qu'il m'est possible à la derniere Lettre que [...]
Mots clefs :
Littérature des mahométans, Turcs, Constantinople, Bibliothèque, Histoire, Ignorance, Sciences, Roi, Vérité, Paris, Levant, Lettres, Mosquée, Préjugé, Langues
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECONDE Lettre de M. D. L. R. sur la Litterature des Mahometans, et sur celle des Turcs en particulier.
SECONDE Lettre de M. D. L. R.
sur la Litterature des Mahometans , et
sur celle des Turcs en particulier.
J
E réponds , Monsieur , le plutôt qu'il
m'est possible à la derniere Lettre que
vous m'avez fait l'honneur de m'écrire
de Constantinople le 30 Mars dernier ,
et je commence par l'Article le plus es
sentiel et que vous me recommandez
particulierement. Vous me demandez si
j'ai prétendu parler bien sérieusement ,
II. Vol.
2820 MERCURE DE FRANCE
du moins s'il n'y a rien d'exagéré dans
la Lettre qui concerne la Litterature des
Mahometans et celle des Turcs en particulier
, que vous avez lue dans le Mercure
de Septembre 1732. ajoûtant que
vous attendez ma réponse pour me développer
les Reflexions que vous avez
faites là-dessus et que dès à présent, c'està-
dire , sans attendre ma Réponse , vous
êtes dans le Préjugé general que les Turcs
sont d'une ignorance crasse ,
très- peu
curieux d'en sortir , &c.
Je vous dirai d'abord , Monsieur , que
j'ai écrit très sérieusement sur le sujet en
question , que je ne crois pas avoir rien
exageré et que je n'ai rien avancé sans
autorité , sur quoi je vous renvoye à ma
Lettre même du Mercure , sans préjudice
des autres autoritez que je puis encore
vous alleguer.
J'ajoûterai à cette affirmation que ce
n'est pas mon Voyage du Levant seul
qui m'a détrompé sur la prétendue ignorance
des Turcs ; je suis allé dans l'Orient
presque avec le même Préjugé où
vous êtes aujourd'hui , et que plusieurs
années de séjour n'ont pas encore détruit
chez vous , Préjugé , pour le dire
en passant , qui empêche , qui ôte l'envie
de s'instruire et de parvenir à la découverte
de la verité.
DECEMBRE . 1733. 2827
Mon voyage ne m'a donné là - dessus
qu'une premiere lueur , mais cette lueur
est devenue lumiere et certitude par les
lectures que j'ai faites depuis mon retour
des ouvrages des Mahometans Anciens et
Modernes , qui fe trouvent dans la Bibliotheque
du Roy et ailleurs , et par le
long commerce que j'ai eû avec plusieurs
sçavans d'élite en érudition orientale ,
qui ont passé une partie de leur vie dans
le Levant et qui sont morts à Paris dans
une haute réputation de vertu , et d'amour
pour la verité. Je n'en nommerai
ici que deux , sçavoir.
François Peris de la Croix Parisien
Sécretaire , Interprete du Roy pour les
Langues Orientales , Professeur en Arabe
au Collège Royal , mort sur la fin de
l'année 1713. M. Colbert le fit passer
dans fa jeunesse et séjourner fuccessivement
à Alep , à Hispaham , à Constantinople
, pour apprendre en perfection les
trois principales Langues , l'Histoire , les
Coutumes & c . des Nations du Levant.
Dans son instruction , dont j'ai une copie,
cette habile Ministre lui ordonne de
s'instruire particulierement à l'égard des
Sciences et des Arts cultivez dans ces differens
Pays. M. Petis en rapporta beaucoup
de doctrine Orientale , dequoi il a
?
11, Vol. donné
822 MERCURE DE FRANCE
·
donné des preuves toute sa vie , et plusieurs
Manuscrits utiles , dont il a tra
duit une bonne partie , entre lesquels est
la curieuse Bibliotheque de Hadgi Calfa,
Turc moderne de Constantinople , * qui
feule est capable de détruire le Préjugé
commun de la prétendue ignorance des
Mahometans & c .
Et Antoine Galland de Noyon , de
PAcadémie Royale des Inscriptions et
des Belles Lettres associé à celle des
Ricovrati de Padoue , Antiquaire du Roy,
Professeur en Arabe au Collège Royal ,
mort au mois de Février 1715 Il suivie
le Marquis de Nointel dans fon Ambassade
de Constantinople , dans son voyage
de la Palestine,et dans sa visite des Echelles
du Levant. De retour en France il fit
encore dux voyages à Constantinople
et au Levant par les ordres de M M. Col
* Ce seul Ouvrage peut détromper bien des gens,
et même quelques Sçavans , qui croyent que les
Turcs et autres Mahometans négligent les Sciences ,
trompez par des Voyageurs , qui ne sçackant pas les
Langues , n'ont pas på conferer avec les Sçavans
des l'ays qu'ils ont parcourus . Cette Bibliotheque
est une veritable Encyclopedie de toutes les Sciences
et de tous les Arts chez les Orientaux . Préface de
P'Histoire de Tamerlan , traduite du Persan pat
M. Peus de la Croix, et donnée au Public après
sa mort. 4. vol. 1 12. Paris 1722.
11. Vol. bert
DECEMBRE . 1733. 2823
1
bert er de Louvois , pour la recherche
des Medalles et des Manuscrits . ce qui
acheva de le perf.ctionner dans l'intelligence
des Langues , et dans la connoissance
de l'Histoire et de tout ce qui concerne
les Orientaux . Il étoit d'ailleurs bon
Critique , excellent Antiquaire et naturellement
Philofophe. Il a composé plusieurs
Ouvrages , dont quelques uns ont
été imprimez. De ses Manuscrits ceux
qui regardent l'Orient ont passé dans la
Bibliotheque du Roy. On lui doit l'Edition
de la Bibliotheque Crientale de
M. d'He belot , faite à Paris en 1697 ,
grand in fol.de 106 pag. et la belle Préface
qui est à la tête . a Preface dont la
(a) On fait quelque grace aux Arabes , et ils
passent pour avoir autrefois cult vé les Sciences aves
grande application. On attribue de la politesse aux
Per ans et on leur rend justice .Mais , par leur nom
seul , les Turcs sont tellement décriez , qu'il suffit
ordinairement de les nommer pour signifier une
Nation grossiere , barbare et d'une ignorance achevée
, et sous leur nom on entend parler de ceux qui
sont sous la domination de l'Empire Ottoman . Cependant
on leur fait injustice ; car sans s'arréter à
Les justifier ici de barbarie et de grossiereté , ce qui
demanderoit un détail .... On peut dire à l'égard
de l'ignorance , qu'ils ne cedent ni aux Arabės ni
aux Iersans dans les Sciences et dans les Belles- Lettrer
, communes à ces trois at.ons , et qu'ils les
cultivent presque dès le commencement de lcur Em-
II. Vol.
scule
2824 ME RCURE DE FRANCE
seule lecture est capable de détruire l'erreur
des Européens qui excluent la cul
ture des Sciences et des beaux Arts de
tout le Mahométisme.
Je pourrois , Monsieur , m'en tenir à
ces autoritez , persuadé qu'elles sont plus
que suffisantes pour confirmer tout ce
que j'ai avancé dans ma premiere Lettres
mais je ne puis omettre un troisiéme Témoin
qui se presente icy bien naturelle.
ment ; Témoin illustre et des plus recevables
sur le sujet qui est en question ;
c'est le fameux Comte de Marsigli, dort
on vient de publier un bel Ouvrage sur
l'Etat (a ) Militaire de l'Empire Ottoman ,
& c.
Ce Seigneur vint à Constantinople avec
pire. La Bibliotheque Orientale en fait foi, et observe
dans leur Histoire une suite continuelle de Docteurs
de leur Religion et de leur Loy , très fameux et
très estimez parmi eux , tant pa . leur Doctrine que
par leurs Ecrits. Ils ont aussi des Historiens trèscelebres
e: très - exacts des Actions de leurs Sultans ,
et on peut compter comme une marque de la délicatesse
de leur esprit le nombre considerable de leurs
Poëtes , qui montoit à 590. vers la fin du siecle
passé , & c. A. Galland , dans son Discours pour
servir de Préface à la Bibliotheque Orientale de
B. d'Herbelot.
(a ) STATO MILITARE dell' Imperio Ottomano
, &c. 1. vol . fol. A la Haye et à Amsterdam
1732.
11. Vol.
DECEM DK E. 1733. 2825
an Ambassadeur de la République de
Venise , n'étant encore âgé que de vingt
ans , dans le dessein de s'instruire à fond,
principalement sur le sujet que je viens
que
de dire , rempli auparavant des préjugez
ordinaires , & c . Il servit ensuite l'Empereur
dans les Guerres de Hongrie . Pris
par les Tartares,qui le vendirent au Pacha
de Témiswar , &c. il sçut mettre à profit
son infortune , pour acquerir toutes les
connoissances qui lui manquoient. Après
avoir recouvré sa liberté , il reprit ses
Emplois dans l'Armée Impériale , et il les
conserva jusqu'à la Paix de Carlowits
à laquelle il servit même utilement ; et ,
après la Paix il fut établi Commissaire
Général pour le Reglement des Limites.
Dans l'Ouvrage qui vient de paroître ,
où il ne s'agit rien moins que de Science
et de Litterature , l'Auteur n'a pû
s'empêcher de rendre là - dessus un témoignage
à la verité. Après avoir dépeint
les Turcs , qu'il dégrade tant qu'il
peut , indolens , mous , oisifs , sur tout
les Asiatiques , n'agissant que par nécessité
, &c. il se récrie contre nos préjugez
sur le point de leurs Etudes. Il par
fe de Constantinople et des autres grandes
Villes , » comme étant remplies de
Personnes instruites dans le Mahome-
II. Vol. Ꭰ tisme
2020 TRANCE
» tisme , qui sçavent au moins les trois
» Langues , le Turc , le Persan et l'A-
» rabe : Esprits cultivez en plus d'un gen-
» re de Litterature , Poëtes délicats , His-
» toriens polis , mais d'une exactitude ,
» scrupuleuse , et par là un peu ennuyeuxs
Dialecticiens subtils , Moralistes pro-
» fonds , Géomêtres , Astronomes , Géographes
, et par dessus tout grands Alchymistes
; ce qu'il a été en état , de :
» prouver par un Catalogue de plus de
» 86000 Ecrivains du dernier siécle , re
>> cueillis dans sa Bibliotheque de Boulogne
, et dont il à fourni une Copie:
» pour celle du Vatican . Si les Turcs
n'impriment pas , ce n'est pas , dit il ,
» qu'il ne leur soit libre de le faire ; leur
» motif est de ne pas empêcher une mul-
>> titude innombrable de Copistes de ga
» gner leur vie. On en comptoit 90009
>> pendant son séjour à Constantinople..
» Une autre sorte d'Etude , selon le mê
» me Auteur , c'est que nul Gouverne,
ment au monde n'est plus appliqué et
plus ponctuel que le Gouvernement
Turc , pour conserver des Registres
A
* Le Comte de Marsigli est de Boulogne , et y a
fondé une Académie . Il est des Académies Royales
des Sciences de Paris et de Montpellier , et de la
Societé Royale de Londres,
II. Vol exacts
DECEM DN E. 1733• 2027
exacts en tout ce qui regarde les Trai-,
a tez avec les Puissances Etrangeres , le..
» Domaine , le Cérémonial , l'Expédi
tion des Ordres , celles des Arrêts ou
Ordonnances et Commandemens ; l'E-
>> tat des Officiers en service , et singulie
☐rement les Finances.
Au reste , Monsieur , je vous connois
un si bon esprit , tant d'amour et de vénération
pour la vérité , pour me servir
de vos termes sur ce sujet , que je ne désespere
pas de vous voir changer un jour
de sentiment , sur tout si vous voulez
vous donner la peine d'apprendre seulement
le Turc , qui n'est pas une Langue
fort difficile, et dans laquelle je vous crois
déja initié;cela vous mettroit en état d'entrer
plus souvent dans cette grande Ville,
de laquelle vous êtes peut - être autant separé
par le préjugé , que par un petit bras
de Mer , et de vous instruire par vousmême
, en conferant avec les Gens de Lettres
, & c. Je ne doute pas que vous
in'ayez trouvé des Turcs d'une ignorance
crasse , et comme vous dites , tres- peu
curieux d'en sortir ; mais ce n'est pas
assez pour affirmet la même chose de
toute la Nation . Où ne trouve- t-on pas
dans l'Europe même , de la rusticité et de
l'ignorance ? On trouve aussi du goûr
II. Vol. Dij de
2808 MENCURE
de la Politesse , et de l'Erudition , quand
rien n'empêche d'en chercher. Mais en
voilà asez sur ce sujet.
Rien n'est plus sensé et plus dans le
vrai que ce que vous me dites , Monsieur,
sur l'impropriété du mot de Sophi , par
lequel les Ecrivains Européens , suivis en
dernier lieu par le a P. du Cerceau , désignent
le Roy de Perse. Vous convenez
qu'à ne consulter que la raison , cette
expression est tout- à fait vicieuse , comme
je l'ai prouvé dans un article de mes
Lettres , auquel votre politesse donne le
nom de Dissertation. La verité est qu'on
n'a point encore décidé dans les formes
que ce terme doive être proscrit parmi
ceux qui se piquent de parler correcte
ment mais en attendant cette décision ,
et malgré la continuation du mauvais
usage par des Ecrivains mal instruits , ou
entêtez , ibn'est pas moins certain qu'on
-he prescrit jamais contre la vérité et contre
la raison , et qu'il est toujours temps
de reclamer en leur faveur. L'usage ,j'en
-conviens ; décide le plus souvent en fait
de langue , au préjudice du bon sens et
des régles, mais c'est quand il ne s'agit
précisément que de la Grammaire. Icy il
( a ) Hissoire de la derniere Révolution de Perse
2 vol . in 12. Paris. 1728,
M. Vel.
s'agie
DECEMBRE . 1733. 2829
s'agit d'un point d'Histoire et de Critique.
J'espere m'étendre davantage sur
ce sujet dans un Ecrit que je prépare , et
qui soutiendra peut- être le titre que vous
voulez bien lui donner par avance .
J'ai enfin reçu depuis peu le beau Jusdam
, ou le Porte Lettres de fabrique
Turque , que vous m'aviez annoncé, orné
d'une broderie parlante ; et si cela se
peut dire , bien obligeante de la part de
ceux qui me font l'honneur de me l'envoyer.
Ils devoient en envoyer aussi l'interprétation
; car je ne sçai si nous aurons
bien réussi à expliquer les deux Vers Persans
qui sont si artistement brodez dessus.
C'est ce que vous pourrez faire examiner
par vos Experts . Voici comment
on a lû et interpreté icy cette galanterie
orientale.
Djah toй hemtchou ni i met ferdaous bi zevăl ,
Felicitas tua sicut gratia Paradisi sine defectu
Umr toй hemtchou middet eflāk bi chumăr,
Atas tua sicut spatium sæculorum sine numero.
On s'est servi de la Langue latine pour
mieux rendre l'original Persan , auquel
les Vers suivans , ajoutez par l'Autheur
ême de la Traduction , pourront servir
de Paraphrase :
II. Vol. Djij N...
2830 MERCURE DE FRANCE
N... qu'un bonheur durable
Soit compagnon de tes travaux ,
Qu'il soit exempt de tous les maux ,
Qu'aux biens du ciel il soit semblable.
Que des jours longs et gracieux
Rendenr ton sort digne d'envie ,
Que le terme du cours des Cieux
Soit aussi celui de ta vie.
J'ai reçu presque en même- tems et da
-même Païs , une très- belle Cornaline ,
qui à, sans doute, servi de Cachet à quelque
dévot Musulman de distinction , car
on y lit ces mots Arabes , tres-bien gravez
en caracteres Persans : Mazhar ila
faiz Aichay , c'est- à-dire , protegé par les
faveurs d'Aichay.
Aichay ou Aischah est une Personne
des plus respectables du Mahométisme
en qualité de troisiéme Femme de Mahomet
, et de Fille d'Abdallah , surnommé
depuis a Abubekre ou Pere de la Pudelle
, parce qu'à son exception , ce faux
Prophete n'a épousé que des Veuves . S'il
y a jamais eu des Héroïnes et des Femmes
sçavantes chez les Musulmans , cel
(a ) Abubckre , successeur immédiat de Mabomet
, et le premier des Califes.
11. Kola
k.
DECEMBRÉ . 1933 . 2831
le-cy doit être considérée comme la plus
celebre et la plus ancienne. Son autorité
dans la Religion fut grande de tout tems
parmi les Sunnites , ou les Orthodoxes
pour avoir retenu et transmis ce grand.
nombre de Paroles prétendues Remarquables
de Mahomet , et de Traditions ,
qui ont fait depuis un corps de Doctrine
appellé la Sunna. Aischah par cette raison
est souvent qualifiée de Nabiah ơs
de Prophétesse , et de Seddika , ou de témoin
fidele et authentique. Ils l'appel
lent aussi la Mere des Fidelles .
Sa renommée n'est gueres moins grande
dans l'Histoire du côté de la Politique
et du Gouvernement , et par la valeur
qu'elle fit enfin paroître à la fatale journée
du (a ) Chameau, dans la Bataille qu'elle
donna contre l'Armée d'Ali , pour vanger
la mort du Kalife - Othman , donnant
par sa présence et par son exemple le
mouvement et le courage à ses Troupes.
Bataille sanglante dans laquelle il y eut
près de zo mille Arabes de tuez sur la
place ; qu'elle perdit cependant avec sa
: ( a ) Ainsi nommée par les Historiens , à cause
du Chameau que montoit Aischah , lequel on ne
put jamais arrêter dans la mêlée , qu'en lui coupant
les Jarrets , ce qui donna lieu à la prise de la
Princesse , et à la déroute de son armée , c. )
II. Vol. D iiij.li2832
MERCURE DE FRANCE
liberté. Ali la lui rendit depuis , en la
renvoyant à Médine, où elle mourut l'an
58 de l'Hégire (a) , c'est à.dire fort âgée,
et fut inhumée auprès de Mahomet son
Epoux.
Je vous envoye avec plaisir, le Plan de
la Principale Face de la Mosquée de sainte
Sophie de Constantinople , gravé icy
par le Sr Surugue , Graveur du Roy , à
l'occasion duquel on a fait en peu de
mots la Description et l'Histoire de ce
fameux Temple, dans le II.Vol.du Mercure
de Juin 1732. Cette Description a
donné lieu à une Critique . M. A .. . de
Marseille , qui a séjourné à Constantinople
, soutient que l'eau de la Mer entre
dans les voutes souterraines , sur les
quelles tout l'Edifice est bâti , et qu'on
peut y aller en Batteau ; circonstance
qu'il ne falloit pas , dit-il , omettre dans
cette Description ; promettant de don
ner là-dessus un Ecrit , qu'il ne donne ce
pendant point.
J'admire , Monsieur , votre complaisance
, laquelle , quoique persuadé du
contraire , par la haute situation où se
trouve cette Mosquée , et par son grand
éloignement du Niveau de la Mer , vous
a porté à vouloir éclaircir ce fait extraor
(a ) 677 de JESUS -CHRIS T.
1x 11. Vol.
diDECEMBRE.
1733. 2833
'dinaire. Cet article de votre Lettre est
réjouissant ; il me semble vor ce vieux
Officier de la Mosquée , chargé du soin
de conduire par tout les Etrangers de
distinction , que vous avez consulté,douter
d'abord , si on lui parloit sérieusement
, puis hausser les épaules , éclater
de rire , et enfin après avoir repris son
sérieux , et bien promené sa main sur sa
barbe , vous assurer gravement qu'il n'y
avoit point d'autre Eau sous Sainte Sophie
, que celle d'une Citerne tres - spacieuse
, d'où on la tire pour l'usage des
Gens attachez au service de la Mosquée ,
par un Puits , dont l'ouverture est dans
le Temple même , et que le reste de ces
Voutes souterraines est divisé en plusieurs
Magazins remplis de Munitions de
Guerre , &c. Cet article mérite d'être
communiqué à M. A... si ses autres Mémoires
sur Constantinople ne sont pas
plus exacts , on ne lui conseille pas de les
mettre au jour.
Au reste j'ai été ravi de voir confirmer
par votre Officier de Sainte Sophie , tout
ce que Guillaume-Joseph Grelor, fameux
Ingénieur François , avoit déja dit de
Eaux souterraines de cette Mosquée
presque dans les mêmes termes , en mar
quant dans ses Plans , la Place précise
II. Vol Dv P
2834 MERCURE DE FRANCE
Puits , de la Citerne , des dégrez pour
descendre aux différens Robiners , & c,
Ce qui marque la grande exactitude de
ce Voyageur , envoyé exprès dans le Levant
par le feu Roy , et dont nous avons
un excellent Ouvrage sur Constantino
ple. Je suis , Monsieur , & c.
A Paris , ce fuillet 1733 .
sur la Litterature des Mahometans , et
sur celle des Turcs en particulier.
J
E réponds , Monsieur , le plutôt qu'il
m'est possible à la derniere Lettre que
vous m'avez fait l'honneur de m'écrire
de Constantinople le 30 Mars dernier ,
et je commence par l'Article le plus es
sentiel et que vous me recommandez
particulierement. Vous me demandez si
j'ai prétendu parler bien sérieusement ,
II. Vol.
2820 MERCURE DE FRANCE
du moins s'il n'y a rien d'exagéré dans
la Lettre qui concerne la Litterature des
Mahometans et celle des Turcs en particulier
, que vous avez lue dans le Mercure
de Septembre 1732. ajoûtant que
vous attendez ma réponse pour me développer
les Reflexions que vous avez
faites là-dessus et que dès à présent, c'està-
dire , sans attendre ma Réponse , vous
êtes dans le Préjugé general que les Turcs
sont d'une ignorance crasse ,
très- peu
curieux d'en sortir , &c.
Je vous dirai d'abord , Monsieur , que
j'ai écrit très sérieusement sur le sujet en
question , que je ne crois pas avoir rien
exageré et que je n'ai rien avancé sans
autorité , sur quoi je vous renvoye à ma
Lettre même du Mercure , sans préjudice
des autres autoritez que je puis encore
vous alleguer.
J'ajoûterai à cette affirmation que ce
n'est pas mon Voyage du Levant seul
qui m'a détrompé sur la prétendue ignorance
des Turcs ; je suis allé dans l'Orient
presque avec le même Préjugé où
vous êtes aujourd'hui , et que plusieurs
années de séjour n'ont pas encore détruit
chez vous , Préjugé , pour le dire
en passant , qui empêche , qui ôte l'envie
de s'instruire et de parvenir à la découverte
de la verité.
DECEMBRE . 1733. 2827
Mon voyage ne m'a donné là - dessus
qu'une premiere lueur , mais cette lueur
est devenue lumiere et certitude par les
lectures que j'ai faites depuis mon retour
des ouvrages des Mahometans Anciens et
Modernes , qui fe trouvent dans la Bibliotheque
du Roy et ailleurs , et par le
long commerce que j'ai eû avec plusieurs
sçavans d'élite en érudition orientale ,
qui ont passé une partie de leur vie dans
le Levant et qui sont morts à Paris dans
une haute réputation de vertu , et d'amour
pour la verité. Je n'en nommerai
ici que deux , sçavoir.
François Peris de la Croix Parisien
Sécretaire , Interprete du Roy pour les
Langues Orientales , Professeur en Arabe
au Collège Royal , mort sur la fin de
l'année 1713. M. Colbert le fit passer
dans fa jeunesse et séjourner fuccessivement
à Alep , à Hispaham , à Constantinople
, pour apprendre en perfection les
trois principales Langues , l'Histoire , les
Coutumes & c . des Nations du Levant.
Dans son instruction , dont j'ai une copie,
cette habile Ministre lui ordonne de
s'instruire particulierement à l'égard des
Sciences et des Arts cultivez dans ces differens
Pays. M. Petis en rapporta beaucoup
de doctrine Orientale , dequoi il a
?
11, Vol. donné
822 MERCURE DE FRANCE
·
donné des preuves toute sa vie , et plusieurs
Manuscrits utiles , dont il a tra
duit une bonne partie , entre lesquels est
la curieuse Bibliotheque de Hadgi Calfa,
Turc moderne de Constantinople , * qui
feule est capable de détruire le Préjugé
commun de la prétendue ignorance des
Mahometans & c .
Et Antoine Galland de Noyon , de
PAcadémie Royale des Inscriptions et
des Belles Lettres associé à celle des
Ricovrati de Padoue , Antiquaire du Roy,
Professeur en Arabe au Collège Royal ,
mort au mois de Février 1715 Il suivie
le Marquis de Nointel dans fon Ambassade
de Constantinople , dans son voyage
de la Palestine,et dans sa visite des Echelles
du Levant. De retour en France il fit
encore dux voyages à Constantinople
et au Levant par les ordres de M M. Col
* Ce seul Ouvrage peut détromper bien des gens,
et même quelques Sçavans , qui croyent que les
Turcs et autres Mahometans négligent les Sciences ,
trompez par des Voyageurs , qui ne sçackant pas les
Langues , n'ont pas på conferer avec les Sçavans
des l'ays qu'ils ont parcourus . Cette Bibliotheque
est une veritable Encyclopedie de toutes les Sciences
et de tous les Arts chez les Orientaux . Préface de
P'Histoire de Tamerlan , traduite du Persan pat
M. Peus de la Croix, et donnée au Public après
sa mort. 4. vol. 1 12. Paris 1722.
11. Vol. bert
DECEMBRE . 1733. 2823
1
bert er de Louvois , pour la recherche
des Medalles et des Manuscrits . ce qui
acheva de le perf.ctionner dans l'intelligence
des Langues , et dans la connoissance
de l'Histoire et de tout ce qui concerne
les Orientaux . Il étoit d'ailleurs bon
Critique , excellent Antiquaire et naturellement
Philofophe. Il a composé plusieurs
Ouvrages , dont quelques uns ont
été imprimez. De ses Manuscrits ceux
qui regardent l'Orient ont passé dans la
Bibliotheque du Roy. On lui doit l'Edition
de la Bibliotheque Crientale de
M. d'He belot , faite à Paris en 1697 ,
grand in fol.de 106 pag. et la belle Préface
qui est à la tête . a Preface dont la
(a) On fait quelque grace aux Arabes , et ils
passent pour avoir autrefois cult vé les Sciences aves
grande application. On attribue de la politesse aux
Per ans et on leur rend justice .Mais , par leur nom
seul , les Turcs sont tellement décriez , qu'il suffit
ordinairement de les nommer pour signifier une
Nation grossiere , barbare et d'une ignorance achevée
, et sous leur nom on entend parler de ceux qui
sont sous la domination de l'Empire Ottoman . Cependant
on leur fait injustice ; car sans s'arréter à
Les justifier ici de barbarie et de grossiereté , ce qui
demanderoit un détail .... On peut dire à l'égard
de l'ignorance , qu'ils ne cedent ni aux Arabės ni
aux Iersans dans les Sciences et dans les Belles- Lettrer
, communes à ces trois at.ons , et qu'ils les
cultivent presque dès le commencement de lcur Em-
II. Vol.
scule
2824 ME RCURE DE FRANCE
seule lecture est capable de détruire l'erreur
des Européens qui excluent la cul
ture des Sciences et des beaux Arts de
tout le Mahométisme.
Je pourrois , Monsieur , m'en tenir à
ces autoritez , persuadé qu'elles sont plus
que suffisantes pour confirmer tout ce
que j'ai avancé dans ma premiere Lettres
mais je ne puis omettre un troisiéme Témoin
qui se presente icy bien naturelle.
ment ; Témoin illustre et des plus recevables
sur le sujet qui est en question ;
c'est le fameux Comte de Marsigli, dort
on vient de publier un bel Ouvrage sur
l'Etat (a ) Militaire de l'Empire Ottoman ,
& c.
Ce Seigneur vint à Constantinople avec
pire. La Bibliotheque Orientale en fait foi, et observe
dans leur Histoire une suite continuelle de Docteurs
de leur Religion et de leur Loy , très fameux et
très estimez parmi eux , tant pa . leur Doctrine que
par leurs Ecrits. Ils ont aussi des Historiens trèscelebres
e: très - exacts des Actions de leurs Sultans ,
et on peut compter comme une marque de la délicatesse
de leur esprit le nombre considerable de leurs
Poëtes , qui montoit à 590. vers la fin du siecle
passé , & c. A. Galland , dans son Discours pour
servir de Préface à la Bibliotheque Orientale de
B. d'Herbelot.
(a ) STATO MILITARE dell' Imperio Ottomano
, &c. 1. vol . fol. A la Haye et à Amsterdam
1732.
11. Vol.
DECEM DK E. 1733. 2825
an Ambassadeur de la République de
Venise , n'étant encore âgé que de vingt
ans , dans le dessein de s'instruire à fond,
principalement sur le sujet que je viens
que
de dire , rempli auparavant des préjugez
ordinaires , & c . Il servit ensuite l'Empereur
dans les Guerres de Hongrie . Pris
par les Tartares,qui le vendirent au Pacha
de Témiswar , &c. il sçut mettre à profit
son infortune , pour acquerir toutes les
connoissances qui lui manquoient. Après
avoir recouvré sa liberté , il reprit ses
Emplois dans l'Armée Impériale , et il les
conserva jusqu'à la Paix de Carlowits
à laquelle il servit même utilement ; et ,
après la Paix il fut établi Commissaire
Général pour le Reglement des Limites.
Dans l'Ouvrage qui vient de paroître ,
où il ne s'agit rien moins que de Science
et de Litterature , l'Auteur n'a pû
s'empêcher de rendre là - dessus un témoignage
à la verité. Après avoir dépeint
les Turcs , qu'il dégrade tant qu'il
peut , indolens , mous , oisifs , sur tout
les Asiatiques , n'agissant que par nécessité
, &c. il se récrie contre nos préjugez
sur le point de leurs Etudes. Il par
fe de Constantinople et des autres grandes
Villes , » comme étant remplies de
Personnes instruites dans le Mahome-
II. Vol. Ꭰ tisme
2020 TRANCE
» tisme , qui sçavent au moins les trois
» Langues , le Turc , le Persan et l'A-
» rabe : Esprits cultivez en plus d'un gen-
» re de Litterature , Poëtes délicats , His-
» toriens polis , mais d'une exactitude ,
» scrupuleuse , et par là un peu ennuyeuxs
Dialecticiens subtils , Moralistes pro-
» fonds , Géomêtres , Astronomes , Géographes
, et par dessus tout grands Alchymistes
; ce qu'il a été en état , de :
» prouver par un Catalogue de plus de
» 86000 Ecrivains du dernier siécle , re
>> cueillis dans sa Bibliotheque de Boulogne
, et dont il à fourni une Copie:
» pour celle du Vatican . Si les Turcs
n'impriment pas , ce n'est pas , dit il ,
» qu'il ne leur soit libre de le faire ; leur
» motif est de ne pas empêcher une mul-
>> titude innombrable de Copistes de ga
» gner leur vie. On en comptoit 90009
>> pendant son séjour à Constantinople..
» Une autre sorte d'Etude , selon le mê
» me Auteur , c'est que nul Gouverne,
ment au monde n'est plus appliqué et
plus ponctuel que le Gouvernement
Turc , pour conserver des Registres
A
* Le Comte de Marsigli est de Boulogne , et y a
fondé une Académie . Il est des Académies Royales
des Sciences de Paris et de Montpellier , et de la
Societé Royale de Londres,
II. Vol exacts
DECEM DN E. 1733• 2027
exacts en tout ce qui regarde les Trai-,
a tez avec les Puissances Etrangeres , le..
» Domaine , le Cérémonial , l'Expédi
tion des Ordres , celles des Arrêts ou
Ordonnances et Commandemens ; l'E-
>> tat des Officiers en service , et singulie
☐rement les Finances.
Au reste , Monsieur , je vous connois
un si bon esprit , tant d'amour et de vénération
pour la vérité , pour me servir
de vos termes sur ce sujet , que je ne désespere
pas de vous voir changer un jour
de sentiment , sur tout si vous voulez
vous donner la peine d'apprendre seulement
le Turc , qui n'est pas une Langue
fort difficile, et dans laquelle je vous crois
déja initié;cela vous mettroit en état d'entrer
plus souvent dans cette grande Ville,
de laquelle vous êtes peut - être autant separé
par le préjugé , que par un petit bras
de Mer , et de vous instruire par vousmême
, en conferant avec les Gens de Lettres
, & c. Je ne doute pas que vous
in'ayez trouvé des Turcs d'une ignorance
crasse , et comme vous dites , tres- peu
curieux d'en sortir ; mais ce n'est pas
assez pour affirmet la même chose de
toute la Nation . Où ne trouve- t-on pas
dans l'Europe même , de la rusticité et de
l'ignorance ? On trouve aussi du goûr
II. Vol. Dij de
2808 MENCURE
de la Politesse , et de l'Erudition , quand
rien n'empêche d'en chercher. Mais en
voilà asez sur ce sujet.
Rien n'est plus sensé et plus dans le
vrai que ce que vous me dites , Monsieur,
sur l'impropriété du mot de Sophi , par
lequel les Ecrivains Européens , suivis en
dernier lieu par le a P. du Cerceau , désignent
le Roy de Perse. Vous convenez
qu'à ne consulter que la raison , cette
expression est tout- à fait vicieuse , comme
je l'ai prouvé dans un article de mes
Lettres , auquel votre politesse donne le
nom de Dissertation. La verité est qu'on
n'a point encore décidé dans les formes
que ce terme doive être proscrit parmi
ceux qui se piquent de parler correcte
ment mais en attendant cette décision ,
et malgré la continuation du mauvais
usage par des Ecrivains mal instruits , ou
entêtez , ibn'est pas moins certain qu'on
-he prescrit jamais contre la vérité et contre
la raison , et qu'il est toujours temps
de reclamer en leur faveur. L'usage ,j'en
-conviens ; décide le plus souvent en fait
de langue , au préjudice du bon sens et
des régles, mais c'est quand il ne s'agit
précisément que de la Grammaire. Icy il
( a ) Hissoire de la derniere Révolution de Perse
2 vol . in 12. Paris. 1728,
M. Vel.
s'agie
DECEMBRE . 1733. 2829
s'agit d'un point d'Histoire et de Critique.
J'espere m'étendre davantage sur
ce sujet dans un Ecrit que je prépare , et
qui soutiendra peut- être le titre que vous
voulez bien lui donner par avance .
J'ai enfin reçu depuis peu le beau Jusdam
, ou le Porte Lettres de fabrique
Turque , que vous m'aviez annoncé, orné
d'une broderie parlante ; et si cela se
peut dire , bien obligeante de la part de
ceux qui me font l'honneur de me l'envoyer.
Ils devoient en envoyer aussi l'interprétation
; car je ne sçai si nous aurons
bien réussi à expliquer les deux Vers Persans
qui sont si artistement brodez dessus.
C'est ce que vous pourrez faire examiner
par vos Experts . Voici comment
on a lû et interpreté icy cette galanterie
orientale.
Djah toй hemtchou ni i met ferdaous bi zevăl ,
Felicitas tua sicut gratia Paradisi sine defectu
Umr toй hemtchou middet eflāk bi chumăr,
Atas tua sicut spatium sæculorum sine numero.
On s'est servi de la Langue latine pour
mieux rendre l'original Persan , auquel
les Vers suivans , ajoutez par l'Autheur
ême de la Traduction , pourront servir
de Paraphrase :
II. Vol. Djij N...
2830 MERCURE DE FRANCE
N... qu'un bonheur durable
Soit compagnon de tes travaux ,
Qu'il soit exempt de tous les maux ,
Qu'aux biens du ciel il soit semblable.
Que des jours longs et gracieux
Rendenr ton sort digne d'envie ,
Que le terme du cours des Cieux
Soit aussi celui de ta vie.
J'ai reçu presque en même- tems et da
-même Païs , une très- belle Cornaline ,
qui à, sans doute, servi de Cachet à quelque
dévot Musulman de distinction , car
on y lit ces mots Arabes , tres-bien gravez
en caracteres Persans : Mazhar ila
faiz Aichay , c'est- à-dire , protegé par les
faveurs d'Aichay.
Aichay ou Aischah est une Personne
des plus respectables du Mahométisme
en qualité de troisiéme Femme de Mahomet
, et de Fille d'Abdallah , surnommé
depuis a Abubekre ou Pere de la Pudelle
, parce qu'à son exception , ce faux
Prophete n'a épousé que des Veuves . S'il
y a jamais eu des Héroïnes et des Femmes
sçavantes chez les Musulmans , cel
(a ) Abubckre , successeur immédiat de Mabomet
, et le premier des Califes.
11. Kola
k.
DECEMBRÉ . 1933 . 2831
le-cy doit être considérée comme la plus
celebre et la plus ancienne. Son autorité
dans la Religion fut grande de tout tems
parmi les Sunnites , ou les Orthodoxes
pour avoir retenu et transmis ce grand.
nombre de Paroles prétendues Remarquables
de Mahomet , et de Traditions ,
qui ont fait depuis un corps de Doctrine
appellé la Sunna. Aischah par cette raison
est souvent qualifiée de Nabiah ơs
de Prophétesse , et de Seddika , ou de témoin
fidele et authentique. Ils l'appel
lent aussi la Mere des Fidelles .
Sa renommée n'est gueres moins grande
dans l'Histoire du côté de la Politique
et du Gouvernement , et par la valeur
qu'elle fit enfin paroître à la fatale journée
du (a ) Chameau, dans la Bataille qu'elle
donna contre l'Armée d'Ali , pour vanger
la mort du Kalife - Othman , donnant
par sa présence et par son exemple le
mouvement et le courage à ses Troupes.
Bataille sanglante dans laquelle il y eut
près de zo mille Arabes de tuez sur la
place ; qu'elle perdit cependant avec sa
: ( a ) Ainsi nommée par les Historiens , à cause
du Chameau que montoit Aischah , lequel on ne
put jamais arrêter dans la mêlée , qu'en lui coupant
les Jarrets , ce qui donna lieu à la prise de la
Princesse , et à la déroute de son armée , c. )
II. Vol. D iiij.li2832
MERCURE DE FRANCE
liberté. Ali la lui rendit depuis , en la
renvoyant à Médine, où elle mourut l'an
58 de l'Hégire (a) , c'est à.dire fort âgée,
et fut inhumée auprès de Mahomet son
Epoux.
Je vous envoye avec plaisir, le Plan de
la Principale Face de la Mosquée de sainte
Sophie de Constantinople , gravé icy
par le Sr Surugue , Graveur du Roy , à
l'occasion duquel on a fait en peu de
mots la Description et l'Histoire de ce
fameux Temple, dans le II.Vol.du Mercure
de Juin 1732. Cette Description a
donné lieu à une Critique . M. A .. . de
Marseille , qui a séjourné à Constantinople
, soutient que l'eau de la Mer entre
dans les voutes souterraines , sur les
quelles tout l'Edifice est bâti , et qu'on
peut y aller en Batteau ; circonstance
qu'il ne falloit pas , dit-il , omettre dans
cette Description ; promettant de don
ner là-dessus un Ecrit , qu'il ne donne ce
pendant point.
J'admire , Monsieur , votre complaisance
, laquelle , quoique persuadé du
contraire , par la haute situation où se
trouve cette Mosquée , et par son grand
éloignement du Niveau de la Mer , vous
a porté à vouloir éclaircir ce fait extraor
(a ) 677 de JESUS -CHRIS T.
1x 11. Vol.
diDECEMBRE.
1733. 2833
'dinaire. Cet article de votre Lettre est
réjouissant ; il me semble vor ce vieux
Officier de la Mosquée , chargé du soin
de conduire par tout les Etrangers de
distinction , que vous avez consulté,douter
d'abord , si on lui parloit sérieusement
, puis hausser les épaules , éclater
de rire , et enfin après avoir repris son
sérieux , et bien promené sa main sur sa
barbe , vous assurer gravement qu'il n'y
avoit point d'autre Eau sous Sainte Sophie
, que celle d'une Citerne tres - spacieuse
, d'où on la tire pour l'usage des
Gens attachez au service de la Mosquée ,
par un Puits , dont l'ouverture est dans
le Temple même , et que le reste de ces
Voutes souterraines est divisé en plusieurs
Magazins remplis de Munitions de
Guerre , &c. Cet article mérite d'être
communiqué à M. A... si ses autres Mémoires
sur Constantinople ne sont pas
plus exacts , on ne lui conseille pas de les
mettre au jour.
Au reste j'ai été ravi de voir confirmer
par votre Officier de Sainte Sophie , tout
ce que Guillaume-Joseph Grelor, fameux
Ingénieur François , avoit déja dit de
Eaux souterraines de cette Mosquée
presque dans les mêmes termes , en mar
quant dans ses Plans , la Place précise
II. Vol Dv P
2834 MERCURE DE FRANCE
Puits , de la Citerne , des dégrez pour
descendre aux différens Robiners , & c,
Ce qui marque la grande exactitude de
ce Voyageur , envoyé exprès dans le Levant
par le feu Roy , et dont nous avons
un excellent Ouvrage sur Constantino
ple. Je suis , Monsieur , & c.
A Paris , ce fuillet 1733 .
Fermer
Résumé : SECONDE Lettre de M. D. L. R. sur la Litterature des Mahometans, et sur celle des Turcs en particulier.
La lettre de M. D. L. R., datée de 1732, répond à une missive reçue de Constantinople le 30 mars 1732, qui interrogeait la véracité de ses propos sur la littérature des Mahometans et des Turcs, publiés dans le Mercure de Septembre 1732. L'auteur affirme avoir écrit sérieusement et sans exagération, s'appuyant sur des autorités et ses propres lectures. Il mentionne que son voyage au Levant et ses lectures des ouvrages orientaux, ainsi que ses échanges avec des savants comme François Pétis de la Croix et Antoine Galland, l'ont détrompé sur l'ignorance supposée des Turcs. Ces savants ont rapporté des connaissances orientales et des manuscrits précieux, comme la Bibliothèque de Hadji Calfa, qui démontre la culture scientifique et artistique des Orientaux. L'auteur cite également le Comte de Marsigli, dont l'ouvrage sur l'État militaire de l'Empire Ottoman atteste de la culture et des études des Turcs. Il encourage son correspondant à apprendre le turc pour se rendre compte par lui-même de la richesse littéraire et scientifique de cette nation. La lettre se termine par une discussion sur l'impropriété du terme 'Sophi' pour désigner le roi de Perse et l'annonce de la réception d'un porte-lettres turc brodé. Le texte traite également de divers sujets historiques et culturels. Il commence par une traduction en vers français d'un texte persan souhaitant un bonheur durable et exempt de maux. Il mentionne une cornaline gravée en caractères persans, appartenant à un dévot musulman, avec l'inscription 'Mazhar ila faiz Aichay', signifiant 'protégé par les faveurs d'Aichay'. Aichay, ou Aïcha, est identifiée comme la troisième femme de Mahomet et la fille d'Abdallah, surnommé Abou Bakr. Elle est respectée pour son savoir et son rôle dans la transmission des paroles de Mahomet, ce qui lui vaut le titre de 'Mère des Fidèles'. Aïcha est également célèbre pour son intervention dans la bataille du Chameau contre l'armée d'Ali, après l'assassinat du calife Othman. Elle fut capturée et plus tard libérée par Ali, retournant à Médine où elle mourut à un âge avancé. Le texte aborde également la mosquée Sainte-Sophie à Constantinople, en mentionnant une critique de M. A... de Marseille, qui affirme que l'eau de la mer pénètre dans les voûtes souterraines de la mosquée. Cette affirmation est contestée par un officier de la mosquée et confirmée par les observations de Guillaume-Joseph Grelot, un ingénieur français. Le texte se termine par une confirmation de l'exactitude des descriptions de Grelot concernant les eaux souterraines et les installations de la mosquée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
81
p. 2857-2864
Nouvelle Bibliotheque des Bibliotheques &c. [titre d'après la table]
Début :
Il vient de paroître une feüille imprimée qui contient en Latin, le Plan d'un [...]
Mots clefs :
Bibliothèque, Manuscrits, Bibliothèques, Ouvrage, Savants, Bibliothèque du roi, Catalogue, Travail, Auteur, Italie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelle Bibliotheque des Bibliotheques &c. [titre d'après la table]
Il vient de paroître une feuille imprimée
qui contient en Latin , le Plan d'un
nouvel Ouvrage du R. P, de Montfaucon.
Nous avons crû par l'importance du sujet
, devoir en donner ici une Traduction .
PROJET d'un Ouvrage qui aura pour
titre : Nouvelle Bibliotheque des Bibliotheques.
J'exposerai ici en peu de mots ( c'est
L'Auteur qui parle , le sujet qui m'a fait
entreprendre et publier cet Ouvrage.
Lorsque je visitois les Bibliotheques de
Rome et d'Italie , et que je parcourois
les Manuscrits qui m'étoient confiez
II. Vol. E v j'ai
2858 MERCURE DE FRANCE
j'ai remarqué ce qui m'a paru de plus interessant.
J'ai fait des Catalogues de ces
Bibliotheques , dont j'ai donné la plus
grande partie dans mon Journal d'Italie
en l'année 1702. Non seulement j'ai mis
dans mes Porte- feuilles les Notes que j'avois
faites sur ces Manuscrits , mais j'ai
encore pris avec toute l'exactitude possible,
des Catalogues de ces Bibliotheques
et des Manuscrits , de sorte que je suis re
venu en France amplement chargé de ce
Meuble Litteraire en l'année 1701 .
De retour à Paris , j'ai continué mon
Entreprise, et par le secours de mes Confreres
et de mes Amis , j'ai étendu mes
recherches dans toute la France avec un
tel succès que j'ai recueilli un nombre
presqu'infini de Manuscrits que nos Menasteres
, plusieurs Eglises , et les Cabi
nets des Gens de Lettres m'ont fournis.
Lorsque j'étois occupé à cette Collec
tion , Gosme III . Grand Duc de Toscane,
se rendit par un surcroît de bonheur , à
la priere que j'avois eu l'honneur de lui
faire , de m'envoyer le Catalogue origi
nal de la fameuse Bibliotheque Laurentine
, Ouvrage qui avoit coûté plus de
dix années de travail à deux personnes
d'une profonde Erudition. Enrichi de
ces Tresors , j'ai songé aux moyens de les
II. Vol. rendte
DECEMBRE. 1733. 2858
rendre ut.les , tant pour moi que pour
mes amis. Dom Jean le Maître, mon cher
Confrere , a bien voulu seconder mon
dessein en transcrivant lui - même toute
cette Collection , et en y joignant une
Table aussi ample qu'exacre , travail des
plus penibles qu'il a enfin achevé en
l'année 1720. La Collection contient
2 Vol. in fol.
,
>
C'est par ce moyen un grand avantage
pour moi , pour mes amis et pour tous
les Gens de Lettres , qui s'occupent à
corriger les Ouvrages des Auteurs anciens
et ceux d'un certain âge ; puisque
d'un coup d'oeil il est aisé de distinguer
combien il se trouve de Munuscrits d'un
même Auteur dans près de cent Bibliotheques
ou Cabinets de France et
d'Italie , en tout genre de Litterature ,
principalement en Grec et en Latin , sans
parler des autres Langues ou Idiomes ,
surtout pour ce qui regarde l'Histoire
ou les Moeurs de quelque Nation ou de
quelque siécle dont la plupart sont écrites
en François , d'autres le sont en Italien
et quelques - unes en Espagnol. Plusieurs
personnes tant de nôtre Nation qu'Etrangers
, qui sont venus consulter cette
Collection en ont déja fait l'épreuve. Ce
sont ces mêmes personnes qui m'ont sol-
II. Vol Evi licité
2860 MERCURE DE FRANCE
par
licité de publier l'Ouvrage en le faisant
imprimer. Cependant je ne leur ai pas
obr d'abord, soit parce que me trouvant
distrait d'autres affaires , je ne pou-
Vois pas travailler à cet Ouvrage , soit
parce que je croyois qu'il manquoit encore
quelque chose à sa perfection .
: Mais ils ont redoublé leurs instances
en me representant mon grand âge ,
et que si je venois à mourir, cet Ouvrage
resteroit dans l'obscurité . Enfin après
avoir achevé l'Ouvrage des Monuments
de l'Histoire de France , je me rendis
aux sollicitations de mes Amis , je mis
la main à l'oeuvre , et au commencement
du mois de Juin 1733. j'entrepris de relire,
de corriger et d'augmenter ce Recüeil.
Je disposai pour joindre à cet Ouvrage
plusieurs choses qui m'étoient encore
venues depuis l'année 1720. et ce qui
étoit le plus difficile , je parcourus tous
les Catalogues imprimez des Bibliotheques
, et j'en tirai ce qu'il y avoit de plus
choisi et de plus convenable en quelque
genre de science que ce fut ; omettant et
ce que l'on rencontre communément
dans toutes les Bibliotheques de Manuscrits
, et ce que les sçavans négligent or
dinairement comme les Menées et les
autres Livres qui regardent l'Office Di-
II. Vol.
vin
DECEMBRE. 1733. 2868
vin de l'Eglise Grecque ; les Commenta
teurs d'Aristote tant Grecs que Latins, qui
surpassent en nombre presque tous les
aut res Ouvrages Manuscrits qui se trouvent
dans les Bibliotheques. C'est dans
cet esprit que j'ai choisi dans les Bibliotheques
de l'Empereur , de Coislin, dans
celles d'Angleterre &c. ce qui étoit le
plus important et surtout ce qui m'a paru
le plus avantageux à ceux qui ont entrepris
de corriger les Ouvrages des Auteurs.
Il ne me restoit plus que la Bibliotheque
du Roy , laquelle sembloit demander
encore plus de travail ; Bibliothèque
la plus ample qui ait jamais été , et aussi
fameuse par l'excellence que par le nombre
de ses Manuscrits. François I. appellé
à juste titre le Pere et le Restaura
teur des Lettres , fut le premier de nos
Rois , qui l'enrichit de Manuscrits Grecs
et Latins et de quantité d'autres . Les Rois
qui lui ont succedé ont encore de beaucoup
augmenté ce Trésor Mais Lours
LE GRAND a ajoûté tant de nouvelles richesses
, qu'il n'est point de Bibliotheque
au monde avec qui elle ne puisse disputer
pour le nombre et pour la qualité des
Manuscrits. Au reste cette célébre Bibliotheque
n'a jamais eu d'accroissement
II. Vol.
plus
2862 MERCURE DE FRANCE
plus considerables
que celui que nous
avons vû et qui s'est fait dans l'espace
seulement de 3 années , graces aux soins
et à la vigilance de S. E. M. le Cardinal
de Fleury , qui par ordre du Roy a envoyé
des Sçavans choisis dans l'Orient
gour rechercher
tout ce qu'il y auroit
encore de rare en Manuscrits
Grecs , et
dans les autres Langues Orientales
; ces
Sçavans sont revenus avec une riche moisson
. Par le conseil de ce grand Ministre,
le Roy a encore acquis la Bibliotheque
Colbert , considerée
avec raison comme
une des plus fameuses de l'Europe ; celle
de S. Martial de Limoges
et quelques
au
tres de moindre considération
qui ont
été jointes à la Bibliotheque
Royale ; en
sorte qu'en moins de 3 ans il a été mis
dans cette Bibliotheque
plus de dix mille
Manuscrits
, qui par leur nombre pourroient
composer une Bibliotheque
qui
iroit de pair avec les plus considérables
de
l'Europe , ainsi que par l'excellence
des
Manuscrits
, ce qui fait qu'on compte au.
jourd'hui plus de trente mille Manuscrits
dans la Bibliotheque
du Roy , parmi lesquels
il y en a plus de 4000 en Grec.
Jamais Bibliotheque
ne fut donc plus
abondante
et plus riche en Manuscrits
pas même celle , de Ptolomée
, ce qui se
1 Vol. roit
DECEMBRE , 1733. 2863
roit facile à prouver si l'on y vouloit
employer quelque tems. Je ne dis rien
en cela que de très conforme à la verité.
C'eut été un travail immense s'il avoit
fallu choisir scrupuleusement dans une
relle Bibliotheque ce qui a rapport à mort
dessein particulier . Mais comme depuis
47 ans j'avois fréquenté et la Bibliotheque
du Roy er celle de Colbert qui lui a
été unie , et comme j'avois déja tiré de
ces Bibliotheques beaucoup de choses ,
j'ai vu par là diminuer vû mon travail. J'ai
lû très- xactement le Catalogue de ces
deux Biblio heques , que les Sçavans , qui
en ont la garde , m'ont obligeamment
communiquez , j'en ai pris ce qui m'a
paru le plus important sans oublier les
Variantes des plus fameux Ecrivains que
j'offre aux Sçavans , avec d'autres remarques
singulieres qui regardent quelques
Manuscrits particuliers , afin qu'on s'en
puisse servir en attendant que les sçavans
Hommes qui ont entrepris de donner un
Catalogue plus parfait y ayent mis la der
niere main.
Car le premier Catalogue de la Bibliotheque
du Roy , quoiqu'ancien , n'a
pas été fait avec toute l'exactitude qui
étoit à désirer du moins en cettains articles.
C'est tout le contraire à l'égard
II. Vol.
du
2864 MERCURE DE FRANCE
du Catalogue de la Bibliotheque Colbert
, qui est sorti de la main du célébre
M. Baluze.
Le sçavant Lecteur pourra donc voir
dans quelles Bibliotheques de l'Europe
- sont les Manuscrits de chaque Auteur
en tout genre de Litterature, en Histoire
ancienne et moderne en celle des
Royaumes , des Provinces , des Villes
des Eglises , des Monasteres , des Maisons
Illustres , en un mot, sur toutes les espe
ces d'Arts et de discipline. Tout cela sera
déduit avec plus d'étendue pour la
commodité des Lecteurs dans une Préface
qui sera mise au commencement de
l'Ouvrage.
qui contient en Latin , le Plan d'un
nouvel Ouvrage du R. P, de Montfaucon.
Nous avons crû par l'importance du sujet
, devoir en donner ici une Traduction .
PROJET d'un Ouvrage qui aura pour
titre : Nouvelle Bibliotheque des Bibliotheques.
J'exposerai ici en peu de mots ( c'est
L'Auteur qui parle , le sujet qui m'a fait
entreprendre et publier cet Ouvrage.
Lorsque je visitois les Bibliotheques de
Rome et d'Italie , et que je parcourois
les Manuscrits qui m'étoient confiez
II. Vol. E v j'ai
2858 MERCURE DE FRANCE
j'ai remarqué ce qui m'a paru de plus interessant.
J'ai fait des Catalogues de ces
Bibliotheques , dont j'ai donné la plus
grande partie dans mon Journal d'Italie
en l'année 1702. Non seulement j'ai mis
dans mes Porte- feuilles les Notes que j'avois
faites sur ces Manuscrits , mais j'ai
encore pris avec toute l'exactitude possible,
des Catalogues de ces Bibliotheques
et des Manuscrits , de sorte que je suis re
venu en France amplement chargé de ce
Meuble Litteraire en l'année 1701 .
De retour à Paris , j'ai continué mon
Entreprise, et par le secours de mes Confreres
et de mes Amis , j'ai étendu mes
recherches dans toute la France avec un
tel succès que j'ai recueilli un nombre
presqu'infini de Manuscrits que nos Menasteres
, plusieurs Eglises , et les Cabi
nets des Gens de Lettres m'ont fournis.
Lorsque j'étois occupé à cette Collec
tion , Gosme III . Grand Duc de Toscane,
se rendit par un surcroît de bonheur , à
la priere que j'avois eu l'honneur de lui
faire , de m'envoyer le Catalogue origi
nal de la fameuse Bibliotheque Laurentine
, Ouvrage qui avoit coûté plus de
dix années de travail à deux personnes
d'une profonde Erudition. Enrichi de
ces Tresors , j'ai songé aux moyens de les
II. Vol. rendte
DECEMBRE. 1733. 2858
rendre ut.les , tant pour moi que pour
mes amis. Dom Jean le Maître, mon cher
Confrere , a bien voulu seconder mon
dessein en transcrivant lui - même toute
cette Collection , et en y joignant une
Table aussi ample qu'exacre , travail des
plus penibles qu'il a enfin achevé en
l'année 1720. La Collection contient
2 Vol. in fol.
,
>
C'est par ce moyen un grand avantage
pour moi , pour mes amis et pour tous
les Gens de Lettres , qui s'occupent à
corriger les Ouvrages des Auteurs anciens
et ceux d'un certain âge ; puisque
d'un coup d'oeil il est aisé de distinguer
combien il se trouve de Munuscrits d'un
même Auteur dans près de cent Bibliotheques
ou Cabinets de France et
d'Italie , en tout genre de Litterature ,
principalement en Grec et en Latin , sans
parler des autres Langues ou Idiomes ,
surtout pour ce qui regarde l'Histoire
ou les Moeurs de quelque Nation ou de
quelque siécle dont la plupart sont écrites
en François , d'autres le sont en Italien
et quelques - unes en Espagnol. Plusieurs
personnes tant de nôtre Nation qu'Etrangers
, qui sont venus consulter cette
Collection en ont déja fait l'épreuve. Ce
sont ces mêmes personnes qui m'ont sol-
II. Vol Evi licité
2860 MERCURE DE FRANCE
par
licité de publier l'Ouvrage en le faisant
imprimer. Cependant je ne leur ai pas
obr d'abord, soit parce que me trouvant
distrait d'autres affaires , je ne pou-
Vois pas travailler à cet Ouvrage , soit
parce que je croyois qu'il manquoit encore
quelque chose à sa perfection .
: Mais ils ont redoublé leurs instances
en me representant mon grand âge ,
et que si je venois à mourir, cet Ouvrage
resteroit dans l'obscurité . Enfin après
avoir achevé l'Ouvrage des Monuments
de l'Histoire de France , je me rendis
aux sollicitations de mes Amis , je mis
la main à l'oeuvre , et au commencement
du mois de Juin 1733. j'entrepris de relire,
de corriger et d'augmenter ce Recüeil.
Je disposai pour joindre à cet Ouvrage
plusieurs choses qui m'étoient encore
venues depuis l'année 1720. et ce qui
étoit le plus difficile , je parcourus tous
les Catalogues imprimez des Bibliotheques
, et j'en tirai ce qu'il y avoit de plus
choisi et de plus convenable en quelque
genre de science que ce fut ; omettant et
ce que l'on rencontre communément
dans toutes les Bibliotheques de Manuscrits
, et ce que les sçavans négligent or
dinairement comme les Menées et les
autres Livres qui regardent l'Office Di-
II. Vol.
vin
DECEMBRE. 1733. 2868
vin de l'Eglise Grecque ; les Commenta
teurs d'Aristote tant Grecs que Latins, qui
surpassent en nombre presque tous les
aut res Ouvrages Manuscrits qui se trouvent
dans les Bibliotheques. C'est dans
cet esprit que j'ai choisi dans les Bibliotheques
de l'Empereur , de Coislin, dans
celles d'Angleterre &c. ce qui étoit le
plus important et surtout ce qui m'a paru
le plus avantageux à ceux qui ont entrepris
de corriger les Ouvrages des Auteurs.
Il ne me restoit plus que la Bibliotheque
du Roy , laquelle sembloit demander
encore plus de travail ; Bibliothèque
la plus ample qui ait jamais été , et aussi
fameuse par l'excellence que par le nombre
de ses Manuscrits. François I. appellé
à juste titre le Pere et le Restaura
teur des Lettres , fut le premier de nos
Rois , qui l'enrichit de Manuscrits Grecs
et Latins et de quantité d'autres . Les Rois
qui lui ont succedé ont encore de beaucoup
augmenté ce Trésor Mais Lours
LE GRAND a ajoûté tant de nouvelles richesses
, qu'il n'est point de Bibliotheque
au monde avec qui elle ne puisse disputer
pour le nombre et pour la qualité des
Manuscrits. Au reste cette célébre Bibliotheque
n'a jamais eu d'accroissement
II. Vol.
plus
2862 MERCURE DE FRANCE
plus considerables
que celui que nous
avons vû et qui s'est fait dans l'espace
seulement de 3 années , graces aux soins
et à la vigilance de S. E. M. le Cardinal
de Fleury , qui par ordre du Roy a envoyé
des Sçavans choisis dans l'Orient
gour rechercher
tout ce qu'il y auroit
encore de rare en Manuscrits
Grecs , et
dans les autres Langues Orientales
; ces
Sçavans sont revenus avec une riche moisson
. Par le conseil de ce grand Ministre,
le Roy a encore acquis la Bibliotheque
Colbert , considerée
avec raison comme
une des plus fameuses de l'Europe ; celle
de S. Martial de Limoges
et quelques
au
tres de moindre considération
qui ont
été jointes à la Bibliotheque
Royale ; en
sorte qu'en moins de 3 ans il a été mis
dans cette Bibliotheque
plus de dix mille
Manuscrits
, qui par leur nombre pourroient
composer une Bibliotheque
qui
iroit de pair avec les plus considérables
de
l'Europe , ainsi que par l'excellence
des
Manuscrits
, ce qui fait qu'on compte au.
jourd'hui plus de trente mille Manuscrits
dans la Bibliotheque
du Roy , parmi lesquels
il y en a plus de 4000 en Grec.
Jamais Bibliotheque
ne fut donc plus
abondante
et plus riche en Manuscrits
pas même celle , de Ptolomée
, ce qui se
1 Vol. roit
DECEMBRE , 1733. 2863
roit facile à prouver si l'on y vouloit
employer quelque tems. Je ne dis rien
en cela que de très conforme à la verité.
C'eut été un travail immense s'il avoit
fallu choisir scrupuleusement dans une
relle Bibliotheque ce qui a rapport à mort
dessein particulier . Mais comme depuis
47 ans j'avois fréquenté et la Bibliotheque
du Roy er celle de Colbert qui lui a
été unie , et comme j'avois déja tiré de
ces Bibliotheques beaucoup de choses ,
j'ai vu par là diminuer vû mon travail. J'ai
lû très- xactement le Catalogue de ces
deux Biblio heques , que les Sçavans , qui
en ont la garde , m'ont obligeamment
communiquez , j'en ai pris ce qui m'a
paru le plus important sans oublier les
Variantes des plus fameux Ecrivains que
j'offre aux Sçavans , avec d'autres remarques
singulieres qui regardent quelques
Manuscrits particuliers , afin qu'on s'en
puisse servir en attendant que les sçavans
Hommes qui ont entrepris de donner un
Catalogue plus parfait y ayent mis la der
niere main.
Car le premier Catalogue de la Bibliotheque
du Roy , quoiqu'ancien , n'a
pas été fait avec toute l'exactitude qui
étoit à désirer du moins en cettains articles.
C'est tout le contraire à l'égard
II. Vol.
du
2864 MERCURE DE FRANCE
du Catalogue de la Bibliotheque Colbert
, qui est sorti de la main du célébre
M. Baluze.
Le sçavant Lecteur pourra donc voir
dans quelles Bibliotheques de l'Europe
- sont les Manuscrits de chaque Auteur
en tout genre de Litterature, en Histoire
ancienne et moderne en celle des
Royaumes , des Provinces , des Villes
des Eglises , des Monasteres , des Maisons
Illustres , en un mot, sur toutes les espe
ces d'Arts et de discipline. Tout cela sera
déduit avec plus d'étendue pour la
commodité des Lecteurs dans une Préface
qui sera mise au commencement de
l'Ouvrage.
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Résumé : Nouvelle Bibliotheque des Bibliotheques &c. [titre d'après la table]
Le Père de Montfaucon a récemment annoncé un nouvel ouvrage intitulé 'Nouvelle Bibliothèque des Bibliothèques'. Lors de ses visites des bibliothèques de Rome, d'Italie et de France, il a collecté des manuscrits et des catalogues, enrichissant ainsi sa collection. Il a également obtenu le catalogue de la bibliothèque Laurentine de Toscane. De retour à Paris, il a poursuivi ses recherches avec l'aide de ses confrères et amis, recueillant de nombreux manuscrits provenant de monastères, d'églises et de cabinets de lettrés. La collection, transcrite par Dom Jean le Maître, comprend deux volumes in-folio et une table ample et exacte. Elle offre un avantage considérable pour les lettrés qui corrigent les œuvres des auteurs anciens, permettant de distinguer les manuscrits d'un même auteur dans près de cent bibliothèques ou cabinets en France et en Italie. Plusieurs personnes, tant françaises qu'étrangères, ont déjà consulté cette collection et sollicité sa publication. Après avoir achevé un ouvrage sur les monuments de l'histoire de France, l'auteur a entrepris de relire, corriger et augmenter cette collection au début du mois de juin 1733. Il a parcouru tous les catalogues imprimés des bibliothèques, sélectionnant les éléments les plus choisis et les plus convenables. La bibliothèque du Roi, enrichie par François Ier et Louis XIV, ainsi que par les acquisitions récentes sous le cardinal de Fleury, est particulièrement notable. Elle contient plus de trente mille manuscrits, dont plus de quatre mille en grec. L'ouvrage permettra aux lecteurs de voir dans quelles bibliothèques européennes se trouvent les manuscrits de chaque auteur, en tout genre de littérature et d'histoire. Une préface détaillera ces informations pour la commodité des lecteurs.
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82
p. 547-548
ETABLISSEMENT d'une Bibliotheque publique à Lyon.
Début :
Mr Aubert, Avocat, ancien Echevin de Lyon, et Procureur du Roy en la Jurisdiction [...]
Mots clefs :
Bibliothèque publique, Lyon, Pierre Aubert, Avocat, Consulat, Établissement, Échevin, Prévôt des marchands
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ETABLISSEMENT d'une Bibliotheque publique à Lyon.
ETABLISSEMENT d'une
Bibliotheque publique à Lyon.
Mi
R Aubert , Avocat , ancien Echevin de
Lyon , et Procureur du Roy en la Jurisdiction
de la Police , ayant pris soin de former
une Bibliotheque considerable , tant par le nom.
bre que par le choix des Livres , en a fait une
donation à Mrs les Prévôt des Marchands et
Echevins de la même Ville , à condition qu'elle
sera rendue publique après sa mort , suivant les
clauses inserées dans l'Acte du 22 May 1731.
M. Aubert étant mort au mois de Fevrier
1733. Mrs du Consulat ont laissé la Bibliotheque
dans la Maison qu'il occupoit , à la Place
de S. Jean , l'ont appropriée et l'ont décoréed'une
maniere convenable , en attendant qu'ils
fassent construire un Logement digne d'un établissement
si utile et si honorable à la Ville de
Lyon , et qui est dû aux soins et à la vigilance
de M. Perrichon , Prévôt des Marchands.
Le Consulat a aussi destiné un fond annuel à
perpétuité pour l'entretien et l'augmentation de
cette Bibliotheque , qui sera ouverte au Public
deux jours de chaque Semaine ; sçavoir , les Lundis
et Vendredis non feriez , depuis neuf heures
jusqu'à onze , et depuis trois heures après midi
jusqu'à cinq en Hyver , et jusqu'à six en Eté. La
premiere ouverture en fut faite le premier jour
de Decembre 1733 .
Le Consulat a nommé pour Bibliothecaire ,
M. Brossette , Avocat , et ancien Echevin ; et
pour Sous- Bibliothecaire M. Deschamps , Avocat.
On a placé dans une des Salles de la Bibliotheque:
le Portrait de M. Aubert , avec cette Inscription.
Petrus
548 MERCURE DE FRANCE
PETRUS AUBERT ,
In Foro Lugdunensi Patronus
Ingenio , doctrinâ , eloquentiâ
Insignis ;
Academia Litteraria Socius ;
Vir Consularis :
Patriam , Civis optimus , hac Bibliotheca
Donavit.
Anno 1731
Obiit Die 184 Februarii 1733. atatis 92 .
Bibliotheque publique à Lyon.
Mi
R Aubert , Avocat , ancien Echevin de
Lyon , et Procureur du Roy en la Jurisdiction
de la Police , ayant pris soin de former
une Bibliotheque considerable , tant par le nom.
bre que par le choix des Livres , en a fait une
donation à Mrs les Prévôt des Marchands et
Echevins de la même Ville , à condition qu'elle
sera rendue publique après sa mort , suivant les
clauses inserées dans l'Acte du 22 May 1731.
M. Aubert étant mort au mois de Fevrier
1733. Mrs du Consulat ont laissé la Bibliotheque
dans la Maison qu'il occupoit , à la Place
de S. Jean , l'ont appropriée et l'ont décoréed'une
maniere convenable , en attendant qu'ils
fassent construire un Logement digne d'un établissement
si utile et si honorable à la Ville de
Lyon , et qui est dû aux soins et à la vigilance
de M. Perrichon , Prévôt des Marchands.
Le Consulat a aussi destiné un fond annuel à
perpétuité pour l'entretien et l'augmentation de
cette Bibliotheque , qui sera ouverte au Public
deux jours de chaque Semaine ; sçavoir , les Lundis
et Vendredis non feriez , depuis neuf heures
jusqu'à onze , et depuis trois heures après midi
jusqu'à cinq en Hyver , et jusqu'à six en Eté. La
premiere ouverture en fut faite le premier jour
de Decembre 1733 .
Le Consulat a nommé pour Bibliothecaire ,
M. Brossette , Avocat , et ancien Echevin ; et
pour Sous- Bibliothecaire M. Deschamps , Avocat.
On a placé dans une des Salles de la Bibliotheque:
le Portrait de M. Aubert , avec cette Inscription.
Petrus
548 MERCURE DE FRANCE
PETRUS AUBERT ,
In Foro Lugdunensi Patronus
Ingenio , doctrinâ , eloquentiâ
Insignis ;
Academia Litteraria Socius ;
Vir Consularis :
Patriam , Civis optimus , hac Bibliotheca
Donavit.
Anno 1731
Obiit Die 184 Februarii 1733. atatis 92 .
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Résumé : ETABLISSEMENT d'une Bibliotheque publique à Lyon.
Le texte décrit la création d'une bibliothèque publique à Lyon. R. Aubert, avocat et ancien échevin, a légué sa bibliothèque à la ville de Lyon, à condition qu'elle soit ouverte au public après sa mort, selon un acte du 22 mai 1731. Aubert est décédé en février 1733. Les membres du consulat lyonnais ont conservé la bibliothèque dans la maison d'Aubert, place de S. Jean, en attendant la construction d'un bâtiment approprié. M. Perrichon, prévôt des marchands, a supervisé ce projet. Un fonds annuel a été alloué pour l'entretien et l'augmentation de la bibliothèque, qui a ouvert au public les lundis et vendredis, de 9 heures à 11 heures et de 15 heures à 17 heures en hiver, et jusqu'à 18 heures en été. La première ouverture a eu lieu le 1er décembre 1733. M. Brossette a été nommé bibliothécaire et M. Deschamps sous-bibliothécaire. Un portrait d'Aubert avec une inscription latine a été placé dans la bibliothèque.
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83
p. 706-714
LETTRE écrite à M. *** sur l'Edition du Dictionnaire de Moreri, faite à Basle.
Début :
Vous me demandez, Monsieur, ce que je pense de l'Edition du Dictionnaire [...]
Mots clefs :
Moréri, Édition, Genève, Bâle, Titon du Tillet, Paris, Supplément, Savoie, Dictionnaire, Article
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite à M. *** sur l'Edition du Dictionnaire de Moreri, faite à Basle.
LETTRE écrite à M. *** sur
P'Edition du Dictionnaire de Moreri ,
faite à Basle.
V
Ous me demandez , Monsieur , ce
que je pense de l'Edition du Dictionnaire
Historique , connu sous le nom
de Dictionnaire de Moreri , que Jean
Brandmuller a publiée depuis peu à Basle .
Vous connoissez ma sincerité , je ne puis
louer ce qui ne mérite pas de l'être . De
toutes les Editions du Moreri faites depuis
1712. la moins estimable , au jugement
AVRIL. 1734 707
gement de tout Critique un peu éclairé ,
est celle de 1725. et ce n'est pas sans
raison que le Public s'est obstiné à lui
préferer celle de 1718. avant la derniere.
qui a paru à Paris en 1732. Outre que
la plupart des Génealogies ne sont que
de petits Romans dans l'Edition de 1725 .
on en avoit retranché bien des faits importants
; il est vrai qu'on a ajoûté dans
cette même Edition quantité d'articles
nouveaux . Mais la plupart ne sont que
traduits , et quelquefois peu correctement
, du Bibliothecaire Konig , l'Auteur
le moins judicieux et le moins exact
en ce genre que je connoisse . C'est neanmoins
sur cette Edition de 1725. que
l'on a donné , même avec les fautes
d'impression , celle de Basle ; les Additions
qu'on a faites à celle- cy ne servant,
pour la plupart , qu'à tirer de l'obscurité
quantité de Ministres Luthériens ,
Calvinistes et Sociniens , que ceux même
de leur Secte avoient oubliés depuis
long temps. Les articles amplifiez ne regardent
que des Auteurs du caractere
de ceux dont je viens de vous parler ;
consultez cette Edition de Basle et vous
trouverez presque à chaque page de quoi
vous en convaincre. Ce n'est pas - là ce
que Brandmuller , ou celui qui a conduit
708 MERCURE DE FRANCE
duit son Edition , avoient promis ; leur
projet nous annonçoit une Edition corrigée
et augmentée , et c'étoit plus le
premier avantage que le second que l'on
avoit lieu d'attendre. Cependant la plupart
des augmentations étant telles que
je viens de vous le dire , ne méritoient
pas d'être tant vantées , et à l'égard des
corrections , on les y cherche presque
toujours envain . L'article de Genève ,
par exemple , n'étoit- il pas un de ceux
que des Editeurs de Basle auroient dû
réformer , préferablement même à d'autres
; cependant tout ce qui regarde dans
cet article les Comtes de Genève est rempli
de fautes grossieres.
10. On y dit que Gerard ou Gerold I.
prit alliance avec Cisele , qui est nommé
, ajoûte- t'on , dans un Titre de l'Eglise
de Genève ; tout cela est faux ; Gerard
prit alliance avec Berthe , non avec
Cisele , et ce n'est point dans un Titre
de l'Eglise de Genève , que celle- cy est
nommée , mais dans une Lettre de Renaud
, Comte de Porceau , écrite à Guy
Geoffroy , Comte de Guyenne , après l'an
1060.2°. On nomme Amé II. Comte
de Savoye , au lieu de dire Comte de Maurienne..
Après Gérold II. on oublie
Chimoin II . Ebal étant neveu de
GuilAVRIL.
1734 709
Guillaume II. et souvent nommé Ebles
par les Historiens , il falloit le faire remarquer
de peur d'induire en erreur.
5°. En parlant d'Alise , on a tort de
l'appeller seulement Alise de la Tour ,
il falloit dire Alise de la Tour du Pin .
6º. On fait vivre Rodolphe jusqu'en
1285. il est sûr qu'il étoit mort avant
1275-7°. On donne deux femmes à
Guillaume III. Agnès de Savoye , et
Emeraude de la Frasse , la seconde cependant
n'a jamais été qu'une Concubine .
Guillaume n'eut pour femme légitime
qu'Agnès de Savoye , et il n'en eut qu'un
Enfant , et non deux , comme on l'a encore
dit , et cet Enfant fut Amé III.
Ioland , qu'on donne pour soeur à celuicy,
est supposée gratuitement.Pierre, qui
fut la Tige des Marquis de Lullin , et
non de Lullins , n'étoit que fils naturel
de Guillaume, Il eut cet Enfant d'Emeraude
de la Frasse , sa Maîtresse 8 °. Mahaud
n'étoit pas fille de Robert VIII.
Mais de Robert VII.9°. Aimoin , Seigneur
d'Anton , devoit être appellé Aimoin
IV. et non Aimoin III. Il n'est
pas vrai non plus qu'il mourut avant son
Pere vers l'an 1366. il est constant qu'il
lui succeda dans le Comté de Genève et
qu'il ne mourut qu'après le 30. d'Août
1367. 10°
710 MERCURE DE FRANCE
10°. On ne marque pas la mort de
Pierre , Comte de Genève ; on voit cependant
par les Historiens qu'on auroit
dû consulter , qu'il mourut peu après le
23. de Mars 1393 .
›
11º. On ne désigne pas suffisamment
les deux Epoux que Marie eut successivement
en disant qu'elle épousa , 1 °.
Jean de Challon , et 20. Humbert ; il
falloit dire Jean de Chalon II . du nom ,
et Humbert VII . du nom . Pareille faute
en parlant de Raimond de Baux ; on devoit
ajoûter IV. du nom , Prince d'Orange
; dans le même endroit , on dit
que Jeanne sa femme n'en eut point
Enfans , elle en eut neanmoins une Fille.
12º. Pierre de Genève , qui fut la Tige
des Marquis de Lullin , est dit l'un des
fils de Guillaume III. c'est fort mal s'exprimer.
Un Historien correct auroit dit,
quant à la Branche de Lullin , sortie de
Pierre de Genève , fils naturel de Guillaume
III . du nom , et d'Emeraude de
la Frasse , Dame de Montjoie , sa Maîtresse
, &c. On a tort aussi de dire que
Thomas , fils de ce Pierre , fut Seigneur
de Laix et d'Espagnies , au lieu de dire ,
Seigneur d'Aix , d'Espagne , &c.
13 °. On fait vivre Guillaume de Geneve
vers 1380. et on le dit Grand- Maître
AVRIL 1734. 71 1
tre d'Hôtel de Savoye ; ce sont en deux
lignes deux fautes grossieres . Guillaume
ne fut que Chambellan du Duc de Savoye
, Gouverneur du Pays de Vaud , et
Chevalier de l'Ordre , et il vivoit encore
en 1472.
14°. Albert Eugene de Genève , vivoit,
dit-on , en 1654. pourquoi ne pas dire
qu'il mourut sans posterité en 1663 ? Il
y a encore d'autres fautes dans cet article
, que je laisse à relever à l'Auteur
du Supplement au Dictionnaire Historique
que l'on imprime . Celles- cy suffi
sent pour vous faire connoître quelle est
l'exactitude de l'Edition de Basle.
N'est- il pas encore ridicule de faire
vivre le Pape Gregoire XIV . en 1391 .
c'est- à- dire , un siecle plutôt qu'il n'a
vécu . Cette faute se trouve avec plusieurs
autres dans l'article de Genebrard.
Dans l'Edition de Paris 1725. article
Gemma ( Corneille ) on avoit dit que cet
habile homme pensoit que depuis la
Naissance de J. C. on n'avoit point vû
de Phénomene comparable à celui qui
parut en 1572. pour sa dureté; il falloit dire
pour sa durée ; mais les Editeurs de Basle
fideles Copistes de toutes les fautes même
d'impression de l'Edition de Paris ,
n'ont pas non-plus oublié celle - là. Je ferois
712 MERCURE DE FRANCE
rois un gros volume si je voulois en relever
touses les bévûës. Ce n'est pas
mon dessein , et vous ne l'exigez pas de
moi ; que ces échantillons vous suffisent.
A quelle Edition faut- il donc s'arrê
ter , me direz - vous ? A celle de Paris de
1732. C'est celle , au moins que je préfere
à toutes les autres , mais je ne prétends
pas que mon jugement fasse loi .
Les motifs de préference m'ont parû
décisifs ; vous êtes assez judicieux pour
ne les pas rejetter ; les voici toutes refléxions
faites. J'ai trouvé que la plupart
des Génealogies fautives étoient rectifiées ;
qu'un grand nombre de dattes fausses
étoient remplacées par d'autres , qui sont
justes , que beaucoup de Citations peu
correctes, avoient acquis le point de justesse
qui leur est nécessaire pour ne point
égarer un Lecteur , qui veut verifier dans
les sources ; que beaucoup de noms estropiez
ou mis pour d'autres y étoient donnez
comme ils devoient l'être ; que d'ailleurs
on avoit ajoûté les dates de la mort
des Personnes qui avoient été enlevées
de ce Monde depuis 1725. qu'on avoit
parlé des Ouvrages qu'ils avoient plubliés
depuis la même année jusqu'en 1731
J'ai trouvé de plus que ce que le Public
avoit recherché dans l'Edition de 1718.
ct
AVRIL 173.4. 713
et qu'on avoit supprimé mal à propos
dans celle de 1725. se trouvoit presqu'en
tout dans celle de 1732. et quelquefois
même , tantôt avec quelques mots , tantôr
avec quelques lignes , que je n'étois
pas fâché d'y voir.
L'Edition de Paris de 1732. auroit pû
être encore plus correcte , si avant que
de la mettre sous presse , les Imprimeurs
essent laissé leur Dictionnaire entre les
mains de plusieurs Sçavans pendant quelques
années , pour leur donner le temps
de tout verifier ; mais on doit toujours
leur sçavoir beaucoup de gré d'en avoir
êté tous les deffauts qui ne s'y trouvent
plus ; its suppléent même en quelque sorte
à ceux que l'on y trouve encore , par
le Supplément qu'ils ont annoncé en
plusieurs endroits de cette nouvelle Edition
et qu'ils impriment actuellement
quoiqu'en dise l'Editeur de Basle , qui
paroît douter de ce Supplement et qui
le renvoye au moins à un temps fort
incertain. Pour moi qui ai été sur les
Lieux , je puis vous assurer que l'impression
de ce Supplément avance beaucoup,
J'en connois d'ailleurs l'Auteur et je
pourrai vous le nommer un jour . Pour
lui il ne cherche gueres à être connû ;
nous en avons déja plusieurs Ouvrages ,
auxquels
714 MERCURE DE FRANCE
auxquels il n'a jamais voulu qu'on mît
son nom. Il m'a montré plusieurs articles
de son Supplément , et j'y ai vû
qu'il corrigeoit l'Edition même de Moreri
de 1732. en quantité d'Endroits importants.
Son dessein capital est de denner
des Articles nouveaux et il m'en a
lû de fort curieux , les Relations qu'il
a lui ont été d'un grand secours. Il a
consulté l'Edition de Basle , dont il m'a
assuré n'avoir pas tiré grande utilité ; il
s'est servi de même que l'Editeur de
Basle , des curieux Mémoires du P. Niceron
, du Parnasse Francois de M. Titon
du Tillet , &c . mais il redresse ces
Auteurs , quand il s'apperçoit qu'ils se
sont trompez : il travaille à ce Supplément
depuis quelques années , et je crois
qu'il pourra être publié vers les Vacances
prochaines, au moins il l'espere,je le desire
aussi ,et je ne doute point que les Libraires
de Paris ne l'annoncent bientôt ; quand
j'en aurai des nouvelles positives je vous
en ferai part. Aimez - moi toujours et
croyez-moi le plus humble de vos serviteurs.
Ce premier Février · 1734 .
P'Edition du Dictionnaire de Moreri ,
faite à Basle.
V
Ous me demandez , Monsieur , ce
que je pense de l'Edition du Dictionnaire
Historique , connu sous le nom
de Dictionnaire de Moreri , que Jean
Brandmuller a publiée depuis peu à Basle .
Vous connoissez ma sincerité , je ne puis
louer ce qui ne mérite pas de l'être . De
toutes les Editions du Moreri faites depuis
1712. la moins estimable , au jugement
AVRIL. 1734 707
gement de tout Critique un peu éclairé ,
est celle de 1725. et ce n'est pas sans
raison que le Public s'est obstiné à lui
préferer celle de 1718. avant la derniere.
qui a paru à Paris en 1732. Outre que
la plupart des Génealogies ne sont que
de petits Romans dans l'Edition de 1725 .
on en avoit retranché bien des faits importants
; il est vrai qu'on a ajoûté dans
cette même Edition quantité d'articles
nouveaux . Mais la plupart ne sont que
traduits , et quelquefois peu correctement
, du Bibliothecaire Konig , l'Auteur
le moins judicieux et le moins exact
en ce genre que je connoisse . C'est neanmoins
sur cette Edition de 1725. que
l'on a donné , même avec les fautes
d'impression , celle de Basle ; les Additions
qu'on a faites à celle- cy ne servant,
pour la plupart , qu'à tirer de l'obscurité
quantité de Ministres Luthériens ,
Calvinistes et Sociniens , que ceux même
de leur Secte avoient oubliés depuis
long temps. Les articles amplifiez ne regardent
que des Auteurs du caractere
de ceux dont je viens de vous parler ;
consultez cette Edition de Basle et vous
trouverez presque à chaque page de quoi
vous en convaincre. Ce n'est pas - là ce
que Brandmuller , ou celui qui a conduit
708 MERCURE DE FRANCE
duit son Edition , avoient promis ; leur
projet nous annonçoit une Edition corrigée
et augmentée , et c'étoit plus le
premier avantage que le second que l'on
avoit lieu d'attendre. Cependant la plupart
des augmentations étant telles que
je viens de vous le dire , ne méritoient
pas d'être tant vantées , et à l'égard des
corrections , on les y cherche presque
toujours envain . L'article de Genève ,
par exemple , n'étoit- il pas un de ceux
que des Editeurs de Basle auroient dû
réformer , préferablement même à d'autres
; cependant tout ce qui regarde dans
cet article les Comtes de Genève est rempli
de fautes grossieres.
10. On y dit que Gerard ou Gerold I.
prit alliance avec Cisele , qui est nommé
, ajoûte- t'on , dans un Titre de l'Eglise
de Genève ; tout cela est faux ; Gerard
prit alliance avec Berthe , non avec
Cisele , et ce n'est point dans un Titre
de l'Eglise de Genève , que celle- cy est
nommée , mais dans une Lettre de Renaud
, Comte de Porceau , écrite à Guy
Geoffroy , Comte de Guyenne , après l'an
1060.2°. On nomme Amé II. Comte
de Savoye , au lieu de dire Comte de Maurienne..
Après Gérold II. on oublie
Chimoin II . Ebal étant neveu de
GuilAVRIL.
1734 709
Guillaume II. et souvent nommé Ebles
par les Historiens , il falloit le faire remarquer
de peur d'induire en erreur.
5°. En parlant d'Alise , on a tort de
l'appeller seulement Alise de la Tour ,
il falloit dire Alise de la Tour du Pin .
6º. On fait vivre Rodolphe jusqu'en
1285. il est sûr qu'il étoit mort avant
1275-7°. On donne deux femmes à
Guillaume III. Agnès de Savoye , et
Emeraude de la Frasse , la seconde cependant
n'a jamais été qu'une Concubine .
Guillaume n'eut pour femme légitime
qu'Agnès de Savoye , et il n'en eut qu'un
Enfant , et non deux , comme on l'a encore
dit , et cet Enfant fut Amé III.
Ioland , qu'on donne pour soeur à celuicy,
est supposée gratuitement.Pierre, qui
fut la Tige des Marquis de Lullin , et
non de Lullins , n'étoit que fils naturel
de Guillaume, Il eut cet Enfant d'Emeraude
de la Frasse , sa Maîtresse 8 °. Mahaud
n'étoit pas fille de Robert VIII.
Mais de Robert VII.9°. Aimoin , Seigneur
d'Anton , devoit être appellé Aimoin
IV. et non Aimoin III. Il n'est
pas vrai non plus qu'il mourut avant son
Pere vers l'an 1366. il est constant qu'il
lui succeda dans le Comté de Genève et
qu'il ne mourut qu'après le 30. d'Août
1367. 10°
710 MERCURE DE FRANCE
10°. On ne marque pas la mort de
Pierre , Comte de Genève ; on voit cependant
par les Historiens qu'on auroit
dû consulter , qu'il mourut peu après le
23. de Mars 1393 .
›
11º. On ne désigne pas suffisamment
les deux Epoux que Marie eut successivement
en disant qu'elle épousa , 1 °.
Jean de Challon , et 20. Humbert ; il
falloit dire Jean de Chalon II . du nom ,
et Humbert VII . du nom . Pareille faute
en parlant de Raimond de Baux ; on devoit
ajoûter IV. du nom , Prince d'Orange
; dans le même endroit , on dit
que Jeanne sa femme n'en eut point
Enfans , elle en eut neanmoins une Fille.
12º. Pierre de Genève , qui fut la Tige
des Marquis de Lullin , est dit l'un des
fils de Guillaume III. c'est fort mal s'exprimer.
Un Historien correct auroit dit,
quant à la Branche de Lullin , sortie de
Pierre de Genève , fils naturel de Guillaume
III . du nom , et d'Emeraude de
la Frasse , Dame de Montjoie , sa Maîtresse
, &c. On a tort aussi de dire que
Thomas , fils de ce Pierre , fut Seigneur
de Laix et d'Espagnies , au lieu de dire ,
Seigneur d'Aix , d'Espagne , &c.
13 °. On fait vivre Guillaume de Geneve
vers 1380. et on le dit Grand- Maître
AVRIL 1734. 71 1
tre d'Hôtel de Savoye ; ce sont en deux
lignes deux fautes grossieres . Guillaume
ne fut que Chambellan du Duc de Savoye
, Gouverneur du Pays de Vaud , et
Chevalier de l'Ordre , et il vivoit encore
en 1472.
14°. Albert Eugene de Genève , vivoit,
dit-on , en 1654. pourquoi ne pas dire
qu'il mourut sans posterité en 1663 ? Il
y a encore d'autres fautes dans cet article
, que je laisse à relever à l'Auteur
du Supplement au Dictionnaire Historique
que l'on imprime . Celles- cy suffi
sent pour vous faire connoître quelle est
l'exactitude de l'Edition de Basle.
N'est- il pas encore ridicule de faire
vivre le Pape Gregoire XIV . en 1391 .
c'est- à- dire , un siecle plutôt qu'il n'a
vécu . Cette faute se trouve avec plusieurs
autres dans l'article de Genebrard.
Dans l'Edition de Paris 1725. article
Gemma ( Corneille ) on avoit dit que cet
habile homme pensoit que depuis la
Naissance de J. C. on n'avoit point vû
de Phénomene comparable à celui qui
parut en 1572. pour sa dureté; il falloit dire
pour sa durée ; mais les Editeurs de Basle
fideles Copistes de toutes les fautes même
d'impression de l'Edition de Paris ,
n'ont pas non-plus oublié celle - là. Je ferois
712 MERCURE DE FRANCE
rois un gros volume si je voulois en relever
touses les bévûës. Ce n'est pas
mon dessein , et vous ne l'exigez pas de
moi ; que ces échantillons vous suffisent.
A quelle Edition faut- il donc s'arrê
ter , me direz - vous ? A celle de Paris de
1732. C'est celle , au moins que je préfere
à toutes les autres , mais je ne prétends
pas que mon jugement fasse loi .
Les motifs de préference m'ont parû
décisifs ; vous êtes assez judicieux pour
ne les pas rejetter ; les voici toutes refléxions
faites. J'ai trouvé que la plupart
des Génealogies fautives étoient rectifiées ;
qu'un grand nombre de dattes fausses
étoient remplacées par d'autres , qui sont
justes , que beaucoup de Citations peu
correctes, avoient acquis le point de justesse
qui leur est nécessaire pour ne point
égarer un Lecteur , qui veut verifier dans
les sources ; que beaucoup de noms estropiez
ou mis pour d'autres y étoient donnez
comme ils devoient l'être ; que d'ailleurs
on avoit ajoûté les dates de la mort
des Personnes qui avoient été enlevées
de ce Monde depuis 1725. qu'on avoit
parlé des Ouvrages qu'ils avoient plubliés
depuis la même année jusqu'en 1731
J'ai trouvé de plus que ce que le Public
avoit recherché dans l'Edition de 1718.
ct
AVRIL 173.4. 713
et qu'on avoit supprimé mal à propos
dans celle de 1725. se trouvoit presqu'en
tout dans celle de 1732. et quelquefois
même , tantôt avec quelques mots , tantôr
avec quelques lignes , que je n'étois
pas fâché d'y voir.
L'Edition de Paris de 1732. auroit pû
être encore plus correcte , si avant que
de la mettre sous presse , les Imprimeurs
essent laissé leur Dictionnaire entre les
mains de plusieurs Sçavans pendant quelques
années , pour leur donner le temps
de tout verifier ; mais on doit toujours
leur sçavoir beaucoup de gré d'en avoir
êté tous les deffauts qui ne s'y trouvent
plus ; its suppléent même en quelque sorte
à ceux que l'on y trouve encore , par
le Supplément qu'ils ont annoncé en
plusieurs endroits de cette nouvelle Edition
et qu'ils impriment actuellement
quoiqu'en dise l'Editeur de Basle , qui
paroît douter de ce Supplement et qui
le renvoye au moins à un temps fort
incertain. Pour moi qui ai été sur les
Lieux , je puis vous assurer que l'impression
de ce Supplément avance beaucoup,
J'en connois d'ailleurs l'Auteur et je
pourrai vous le nommer un jour . Pour
lui il ne cherche gueres à être connû ;
nous en avons déja plusieurs Ouvrages ,
auxquels
714 MERCURE DE FRANCE
auxquels il n'a jamais voulu qu'on mît
son nom. Il m'a montré plusieurs articles
de son Supplément , et j'y ai vû
qu'il corrigeoit l'Edition même de Moreri
de 1732. en quantité d'Endroits importants.
Son dessein capital est de denner
des Articles nouveaux et il m'en a
lû de fort curieux , les Relations qu'il
a lui ont été d'un grand secours. Il a
consulté l'Edition de Basle , dont il m'a
assuré n'avoir pas tiré grande utilité ; il
s'est servi de même que l'Editeur de
Basle , des curieux Mémoires du P. Niceron
, du Parnasse Francois de M. Titon
du Tillet , &c . mais il redresse ces
Auteurs , quand il s'apperçoit qu'ils se
sont trompez : il travaille à ce Supplément
depuis quelques années , et je crois
qu'il pourra être publié vers les Vacances
prochaines, au moins il l'espere,je le desire
aussi ,et je ne doute point que les Libraires
de Paris ne l'annoncent bientôt ; quand
j'en aurai des nouvelles positives je vous
en ferai part. Aimez - moi toujours et
croyez-moi le plus humble de vos serviteurs.
Ce premier Février · 1734 .
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Résumé : LETTRE écrite à M. *** sur l'Edition du Dictionnaire de Moreri, faite à Basle.
La lettre discute de l'édition du Dictionnaire Historique de Moreri, publiée par Jean Brandmuller à Bâle. L'auteur critique cette édition, la jugeant inférieure à celles de 1718 et 1732 publiées à Paris. Il souligne que l'édition de Bâle est basée sur celle de 1725, qui contient des erreurs et des omissions importantes, notamment dans les généalogies. Les ajouts réalisés dans l'édition de Bâle sont souvent des traductions incorrectes du Bibliothécaire Konig et mettent en avant des figures religieuses oubliées. L'auteur mentionne plusieurs erreurs factuelles spécifiques, telles que des dates incorrectes et des erreurs dans les généalogies des Comtes de Genève. Il préfère l'édition de Paris de 1732, qui corrige de nombreuses erreurs et ajoute des informations actualisées. L'auteur mentionne également un supplément en préparation, destiné à corriger et améliorer l'édition de 1732, qui devrait être publié prochainement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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84
p. 726-729
« ABREGÉ de la Vie de S. Gaud, Evêque d'Evreux, de S. Pair, Evêque [...] »
Début :
ABREGÉ de la Vie de S. Gaud, Evêque d'Evreux, de S. Pair, Evêque [...]
Mots clefs :
Évêque d'Évreux, Histoire, Oran, Évêque d'Avranches, Aurore et Phébus, Commandement de la loi, Retraite, Empire des shérifs, Dictionnaire universel des arts et des sciences, Pensées chrétiennes, Merlin Coccai, Épîtres et évangiles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ABREGÉ de la Vie de S. Gaud, Evêque d'Evreux, de S. Pair, Evêque [...] »
BREGE de la Vie de S. Gaud ,
Evêque d'Evreux , de S. Pair , Evêque
d'Avranches , de S. Scabilion , Abbé
de S.Senier , aussi Evêque d'Avranches ,
et de S. Aroaste , Prêtre ; tous Anacho
retes du Desert de Scyey , inhumez dans
l'Eglise de S. Pair sur Mer , Diocèse de
Coutances , &c. le tout conforme aux
MartyAVRIL.
1734. 727
Martyrologes , aux meilleurs Historiens
et particulierement à un Manuscrit trèsancien
, qui se trouve dans les Archives
de la Paroisse de S. Pair , dont il y
a copie dans celle de la Cathédrale d'Evreux.
Par M. le Rouault , Curé de saint
Pair sur Mer. De l'Imprimerie de Montalant
, 1734. in 12.
AURORE ET PHEBUS , Histoire Espagnole.
A Paris , ruë S. Jacques, chez And.
Morin , 1733. in 12. de 143. pages.
LE GRAND COMMANDEMENT DE LA LOy,
ou le principal devoir de l'homme envers
Dieu et envers le Prochain, expliqué selon
les Principes de S. Thomas . Par le P. Bermard
d'Arras, Capucin , Lecteur en Théologie
. Chez J. B. Coignard , fils , rue saint
Jacques , vol. in 12.
RETRAITE de la Marquise de Gozanne ,
contenant diverses Histoires galantes et
yeritables. Chez Etienne Ganeau , ruë
S. Jacques 1734. in 12. 2. vol.
HISTOIRE DE L'EMPIRE DES CHERIFS
EN AFRIQUE , sa Description Géographique
et Historique ; la Relation de la
Prise d'Oran , par Philippe V. Roy d'Es-
E vj pagne ,
728 MERCURE DE FRANCE
pagne , avec l'Abregé de la Vie de M. de
Santa-Cruz , cy - devant Ambassadeur en
France , et Gouverneur d'Oran , depuis
la Prise de cette Ville , ornée d'un Plan
très- exact de la Ville d'Oran , et d'une
Carte de l'Empire des Cherifs , par M. ***..
A Paris , chez Prault , Quay de Gêvres ,
au Paradis , 1733. in 12. de 508. pages
sans les Tables,
DICTIONNAIRE Universel des Arts et
des Sciences de M. B. C. de l'Academie
Françoise , nouvelle Edition , revûë , corrigée
et augmentée , par M. ... de l'Académie
des Sciences. A Paris , chez
P. G. le Mercier , fils , rue S. Jacques ,
1732. 2. vol. in fol . prix 36. livres.
PENSE'ES CHRETIENNES pour
tous les jours du mois , avec des Passages
de l'Ecriture Sainte , et une Instruction
familiere pour servir de regles dens
les actions principales de la vie . M. Lambert.
Chez le même , 1732. in 24. prix
15. sols.
LES EPITRES ET EVANGILES de toute
Pannée , avec des Refléxions ; l'Ordinaire
de la Messe en Latin en François , Chez
le même , 1732. in 12. gros caractere.
HISAVRIL
1734. 729
HISTOIRE MACARONIQUE de Merlin
Cocaie , Prototype de Rabelais , avec
l'horrible Bataille des Mouches et des
Fourmis. Sans nom d'Imprimeur , 1734-
2. vol. in 12. d'environ 4co. pag chacun.
Evêque d'Evreux , de S. Pair , Evêque
d'Avranches , de S. Scabilion , Abbé
de S.Senier , aussi Evêque d'Avranches ,
et de S. Aroaste , Prêtre ; tous Anacho
retes du Desert de Scyey , inhumez dans
l'Eglise de S. Pair sur Mer , Diocèse de
Coutances , &c. le tout conforme aux
MartyAVRIL.
1734. 727
Martyrologes , aux meilleurs Historiens
et particulierement à un Manuscrit trèsancien
, qui se trouve dans les Archives
de la Paroisse de S. Pair , dont il y
a copie dans celle de la Cathédrale d'Evreux.
Par M. le Rouault , Curé de saint
Pair sur Mer. De l'Imprimerie de Montalant
, 1734. in 12.
AURORE ET PHEBUS , Histoire Espagnole.
A Paris , ruë S. Jacques, chez And.
Morin , 1733. in 12. de 143. pages.
LE GRAND COMMANDEMENT DE LA LOy,
ou le principal devoir de l'homme envers
Dieu et envers le Prochain, expliqué selon
les Principes de S. Thomas . Par le P. Bermard
d'Arras, Capucin , Lecteur en Théologie
. Chez J. B. Coignard , fils , rue saint
Jacques , vol. in 12.
RETRAITE de la Marquise de Gozanne ,
contenant diverses Histoires galantes et
yeritables. Chez Etienne Ganeau , ruë
S. Jacques 1734. in 12. 2. vol.
HISTOIRE DE L'EMPIRE DES CHERIFS
EN AFRIQUE , sa Description Géographique
et Historique ; la Relation de la
Prise d'Oran , par Philippe V. Roy d'Es-
E vj pagne ,
728 MERCURE DE FRANCE
pagne , avec l'Abregé de la Vie de M. de
Santa-Cruz , cy - devant Ambassadeur en
France , et Gouverneur d'Oran , depuis
la Prise de cette Ville , ornée d'un Plan
très- exact de la Ville d'Oran , et d'une
Carte de l'Empire des Cherifs , par M. ***..
A Paris , chez Prault , Quay de Gêvres ,
au Paradis , 1733. in 12. de 508. pages
sans les Tables,
DICTIONNAIRE Universel des Arts et
des Sciences de M. B. C. de l'Academie
Françoise , nouvelle Edition , revûë , corrigée
et augmentée , par M. ... de l'Académie
des Sciences. A Paris , chez
P. G. le Mercier , fils , rue S. Jacques ,
1732. 2. vol. in fol . prix 36. livres.
PENSE'ES CHRETIENNES pour
tous les jours du mois , avec des Passages
de l'Ecriture Sainte , et une Instruction
familiere pour servir de regles dens
les actions principales de la vie . M. Lambert.
Chez le même , 1732. in 24. prix
15. sols.
LES EPITRES ET EVANGILES de toute
Pannée , avec des Refléxions ; l'Ordinaire
de la Messe en Latin en François , Chez
le même , 1732. in 12. gros caractere.
HISAVRIL
1734. 729
HISTOIRE MACARONIQUE de Merlin
Cocaie , Prototype de Rabelais , avec
l'horrible Bataille des Mouches et des
Fourmis. Sans nom d'Imprimeur , 1734-
2. vol. in 12. d'environ 4co. pag chacun.
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Résumé : « ABREGÉ de la Vie de S. Gaud, Evêque d'Evreux, de S. Pair, Evêque [...] »
Le document présente une liste de publications et de manuscrits historiques. Il commence par un résumé des vies de saints, notamment Saint Gaud, évêque d'Évreux, Saint Pair, évêque d'Avranches, Saint Scabilion, abbé de Saint-Senier et également évêque d'Avranches, et Saint Aroaste, prêtre. Ces saints étaient anachorètes du désert de Scyey et sont inhumés dans l'église de Saint Pair sur Mer, diocèse de Coutances. Les informations proviennent des martyrologes, des historiens et d'un manuscrit ancien des archives de la paroisse de Saint Pair, avec une copie à la cathédrale d'Évreux. Le texte mentionne également plusieurs ouvrages publiés entre 1732 et 1734, incluant des histoires espagnoles, des traités théologiques, des récits galants, des histoires de l'Empire des Cherifs en Afrique, un dictionnaire universel des arts et des sciences, des pensées chrétiennes, des épîtres et évangiles avec des réflexions, et une histoire macaronique de Merlin Cocaie. Chaque ouvrage est accompagné de détails sur l'éditeur, l'imprimeur, le format et le prix.
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85
p. 729-741
LETTRE de M.... sur la Continuation des Memoires du R. P. Niceron.
Début :
Les Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres dans la [...]
Mots clefs :
Jean-François Niceron, Lettres, Ogier Ghislain de Busbecq, Empereur, Constantinople, Ambassade , Affaires, Lettre, Roi, Turquie, Mort, Pierandrea Mattioli, Flandres, Voyage, Autriche, Mémoires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M.... sur la Continuation des Memoires du R. P. Niceron.
LETTRE de M.... sur la Continuation
des Memoires du R. P. Niceron.
L
Es Memoires pour servir à l'Histoire
des Hommes Illustres dans la
Képublique des Lettres , &c. continuent ,
Monsieur , d'être publiez ici avec succès
, et c'est toujours le sieur Briasson ,
Libraire , rue S. Jacques , qui les imprime.
J'ai à vous parler ici du XXII. votume
, vous ayant rendu compte de tous
les précedens.
C'est toûjours le même plan et le même
ordre , ainsi il me suffira de vous
dire que ce Tome , de 410. pages sans
les Tables , contient la Vie et le Catalogue
de 45. Sçavans , entre lesquels j'ai
choisi Auger Gislen de Busbeg , comme
un sujet qui , je m'assure , sera de votre
goût , et qui conviendra d'ailleurs pour
ne point trop exceder les bornes d'une
Lettre. Voici comment en parle notre
Auteur , page 350. de son Livre.
AUGER Gislen de Busbeq , naquit Fan
15220
730 MERCURE DE FRANCE
1522. à Comines en Flandres sur la Lys,
et fut fils naturel de Gilles Gislen , Seigneur
de Busbeq , Château sur la Lys
entre Comines et Menin , qui l'eut d'une
fille de basse condition .
Les heureuses dispositions qu'il fit voir
dès sa premiere jeunesse pour les Sciences
, engagerent son pere , qui l'élevoit
dans sa maison , à ne rien oublier pour
son instruction , et à le faire légitimer
par un Rescrit de l'Empereur Charles
Quint.
Il l'envoya étudier dans les plus celebres
Universitez , à Louvain , à Paris ,
à Venise , à Boulogne et à Padoüe , et
le jeune Busbeq fit de grands progrès
dans toutes ces Villes sous les fameux
Professeurs qu'il y suivit.
>
En 1554 il fut en Angleterre à la suite
de Pierre Lasso , que Ferdinand , Roy des
Romains , y envoyoit en Ambassade
pour assister aux Nôces de la Reine Marie
avec Philippe , fils de l'Empereur
Charles-Quint , qui se celebrerent le 5 .
Juillet 1554.
De retour en Flandres , il reçut à Lille
le 3. Novembre suivant , une Lettre de
Ferdinand par laquelle ce Prince lui
marquoit de se rendre à Vienne , pour
aller en Ambassade à Constantinople.
"
II
AVRIL 1734 731
Il ne differa de partir qu'autant de
temps qu'il lui en fallut pour aller dire
adieu à son Pere , que Valere André
peu exact sur son chapitre , a supposé
mal à propos , mort en ce temps - là ;
aussi bien qu'à ses amis.
Arrivé àVienne , il en partit aussi - tôt
pour Constantinople , où il arriva le
20. Janvier 1555. Soliman II . étoit alors
à Amasie à la tête de son Armée , et ayant
sçû son arrivée , il lui fit dire de le venir
trouver.
Il sortit de Constantinople le 5. Mars
et arriva auprès du Grand Seigneur le
7. Avril ; mais il n'eut pas grande satisfaction
de lui .
Il avoit été envoyé à la Porte pour
y demeurer en qualité d'Ambassadeur
ordinaire ; cependant il y fit très peu
de séjour. Il ne put obtenir de Soliman
qu'une Tréve de six mois ; et on jugea
à propos qu'il retournât promptement
vers Ferdinand , pour lui porter la Lettre
de l'Empereur Turc.
Il partit donc d'Amasie le 2. Juin , et
eut presque toujours la fievre jusqu'au 24.
qu'il arriva à Constantinople , d'où après
quatorze jours de repos , il reprit le chemin
de Vienne.
Le Roy des Romains le renvoya au
mois
732 MERCURE DE FRANCE
mois de Novembre à Constantinople ,
où il arriva en Janvier 1556.
Cette seconde Ambassade fut plus longue
et plus heureuse que la premiere ;
car elle dura sept ans , et finit par un
Traité contenant une Tréve de huit ans:
Busbeq , quoiqu'appliqué aux affaires
de son Ambassade , ne laissa pas de travailler
pendant son séjour en Turquie
pour la République des Lettres . Il ramassoit
des Inscriptions , acheptoit des
Manuscrits , recherchoit les Plantes rares
, et s'informoit de la nature des Animaux.
A ce second voyage il avoit mené
avec lui un Peintre , pour dessiner les
Plantes et les Animaux qui nous sont
inconnus ; et il communiqua dans la suite
ces Desseins à Pierre- André Mathiole',
qui en fit qui en fit usage dans les Livres qu'il
donna au Public.
Quelques- uns se sont imaginez que
Mathiole avoit été à son service , fondez
sur la quatriéme Lettre de Busbeq ,
écrite en 1562. où il est dit : Nihil pene
stirpium neque herbarum retuli , nisi depictarum,
quas Mathiolo servo mandaram,
et alia pleraque , & c. mais il est visible
que la ponctuation est vicieuse dans cet
endroit , et qu'il faut lire : quas Mathiolo
servo, Mandaram et alia pleraque, & c.
Fest
AVRIL. 1734:
733
c'est-à - dire qu'il gardoit ces Desseins
pour Mathiole. Ajoûtez à cela que Mathiole
dit dans l'Epitre Décicatoire de
son Commentaire sur Dioscoride , écrite
l'an 1568. qu'il y avoit 17. ans de suite
qu'il étoit Medecin de Ferdinand d'Autriche
, second fils de Maximilien I. II
a donc commencé à l'être en 1551. et
n'a pû durant ce temps servir Busbeq .
Busbeq eut pendant son séjour en Turquie
un Medecin , dont il est bon do
dire quelque chose. Il s'appelloit Guillaume
Quacquelben , et étoit natif de
Courtray en Flandres. Il fut appellé en
1548. de Louvain pour professer la Medecine
à Vienne en Autriche . Il passa
de-là à Constantinople en 1552. et y
mourut en 1561. C'étoit un homme de
Lettres , et curieux en Médailles , et Busbeq
assure dans ses Lettres , que la République
des Lettres perdit par sa mort
quantité de Remarques curieuses qu'il
vouloit mettre au jour. Mathiole , dans
ses Observations sur Dioscoride , reconnoît
qu'il lui en avoit envoyé plusieurs
qu'il avoit inserées dans son Ouvrage.
Ce Medecin avoit pour principe qu'il ne
falloit pas craindre la Peste , parce que
la crainte seule pouvoit la donner ; cependant
il la gagna et en mourut sans
vouloir
734 MERCURE DE FRANCE
vouloir presque démordre de son prémier
sentiment. Busbeq le croyoit capable
de tenir sa place à Constantinople
, quand il en seroit parti .
Busbeq ayant terminé les affaires qui
l'avoient amené en Turquie , partit de
Constantinople à la fin du mois d'Août
de l'an 1562. avec Ebrahim Strotschen ,
Polonois , que Soliman II. envoyoit à
l'Empereur Ferdinand II . et arriva en
Autriche au commencement d'Octobre;
mais comme l'Empereur étoit alors à la
Diette de Francfort , il s'y transporta par
ses ordres pour lui rendre compte de
ses Négociations . Son dessein étoit de
passer après cela le reste de ses jours dans
une vie privée ; mais il fallut qu'il se
rembarquât plus que jamais à la Cour.
On lui confia le gouvernement des
jeunes Princes , fils de Maximilien II .
que ce Prince , devenu Empereur par la
mort de Ferdinand I. son Pere , arrivée
le 25. Juillet 1564. envoya en Espagne
auprès de Philippe II. leur Oncle , sous
sa conduite .
Lorsque la Princesse Elisabeth d'Autriche
, fille du même Empereur Maximilien
, fut mariée en 1570. avec Char
les IX. Roy de France , il fut chargé
de la conduire dans ce Royaume , et demeura
AVRIL 1734 735
meura auprès d'elle , avec l'Intendance
de sa Maison et de ses affaires ; et quand
cette Princesse sortit de France après la
mort de son Mary , arrivée le 30. May
1574. elle l'y laissa pour y avoir soin de
ses affaires.
·
L'Empereur Rodolphe II . le choisit
aussi pour être son Ambassadeur à la
Cour de France ; et l'on a les Lettres qu'il
lui écrivit en cette qualité depuis le 25.
Mars 1582. jusqu'à la fin de 1585.
En 1592. il obtint de l'Empereur un
Congé de six mois pour faire un voyage
en Flandres , où sa presence étoit nécessaire
par rapport à ses affaires domestiques.
Mais quoiqu'il eût pris pour faire
ce voyage plus sûrement , des passeports
du Roy et de la Ligue , il fut volé et
maltraité dans le Village de Cailly à quatre
lieues de Rouen , par un Parti de
Ligueurs , qui cependant , sur les représentations
qu'il leur fit par rapport à son
caractere , le laisserent libre et lui rendirent
tout ce qu'ils lui avoient pris.
Le Gouverneur de Rouen ayant sçû
cette avanture , lui en fit des excuses et
lui promit de punir ceux qui l'avoient
insulté , mais Busbeq lui répondit qu'il
songeoit plutôt à se tranquiliser l'esprit
qu'à se venger de l'injure qu'on avoit
faite à sa qualité.
736 MERCURE DE FRANCE
Il ne continua pas cependant son voyage
; car se sentant incommodé , il se fit
porter au Château de Mailloc , dans le
voisinage de Cailly.
Il y mourut onze jours après , le 28.
Octobre 1592. âgé d'environ 70. ans.Son
corps fut enterré honorablement dans
l'Eglise du Lieu , et son coeur fut porté
aux Bays - Bas , pour y être mis dans le
Tombeau de ses Ancêtres.
Le bruit courut alors qu'il avoit été
tué dans un bois par des voleurs , et c'est
conformément à ce bruit qu'en ont parlé
Philippe Camérarius dans ses Méditations
historiques, Scaliger, dans le Scaligeriana,
et Juste Lipse , dans l'Epitaphe qu'il lui
a faite.
L'Archiduc Albert , Gouverneur et
puis Souverain des Pays - Bas Epagnols ,
érigea en Baronie la Terre de Busbeq ,
pour honorer la mémoire de son Gouverneur
et lui témoigner sa reconnoissance.
Maximilien , Pere de ce Prince ,
lui avoit conferé l'Ordre de Chevalerie ,
et les Lettres Patentes qu'il lui accorda
pour cela , le 3. Avril 1554. lui sont très .
honorables .
Il avoit eu dessein de se fixer en Fran
ce , dont le séjour lui plaisoit extréme
ment , et il y avoit dans ce dessein acheté
quelques Terres.
AVRIL. 1734. 737
On dit qu'il parloit sept Langues en
perfection , la Latine l'Italienne , la
Françoise , l'Espagnole , l'Allemande , la
Flamande et la Sclavone.
>
Catalogue de ses Ouvrages.
1. Itinera II. Constantinopolitanum , et
Amasianum. Antuerpia , 1581. in 8. Ces
Voyages sont contenus en deux Lettres
que Busbeq adressa à NicolasMicaut , Sieur
d'Indevel , avec qui il avoit autrefois
étudié en Italie. Louis Carrion , qui en
fit faire cette premiere Edition , la dédia
au même Micaut.
2. Legationis Turcice Epistola quatuor,
quarum priores due prodierunt sub titulo
itinerum Constantinopolitani et Amasiani.
Paris. 1595. in 8. Il y a plusieurs autres
Editions de ces Lettres. Dans celle de
Francfort de l'an 1605. in 8. on a ajoûté
l'Ambassade d'Ebrahim Strotschen , dont
j'ai parlé cy-dessus. Ces Lettres qui sont
très-curieuses et très - instructives ont
été traduites en François sous ce titre :
Ambassades et Voyages en Turquie et Amasie
, de M. Busbequius , depuis l'an 1554.
jusqu'en 1562. traduit du Latin par le
S. Gaudon. Paris 1646. in 8. On en a
aussi une Traduction Allemande , imprimée
à Francfort en 1596. in 8.
3.
738 MERCURE DE FRANCE
3. De re Militari contra Turcam instituenda
Consilium A la suite des Lettres
sur son Ambassade de Turquie , tant
dans la premiere Edition de 1681. que
dans les suivantes. Item. à la page 18 .
du quatrième volume du Recueil de Nicolas
Reusner , intitulé : De Bello Turcico
selectissima Orationes et Consultationes.
Leipsia , 1596. in 4. Busbeq avoit examiné
avec beaucoup de soin l'état de la
Monarchie Ottomane et les veritables
moyens de l'attaquer avec succès
c'est ce qui fait la matiere de ce petit
Discours.
›
3
4. Augerii Gislenii Busbequii , Casaris
apud Regem Gallorum Legati , Epistola ad
Rudolphum. II. Imperatorem. è Bibliotheca
Joannis Bapt. Houvart J. C. Patricii
Bruxellensis. Louvanii , 1630. in 8.
Ces Lettres , qui sont au nombre de 53 .
s'étendent depuis le 25. Mars 1582. jusqu'à
la fin de 1585. elles ont été tradui .
tes en François par M. l'Abbé Bechet ;
Chanoine d'Usez , natif de Clermont en
Auvergne , Auteur de la Vie du Cardinal
Martinuzius , mort en 1722. âgé de
73. ans , et cette Traduction a été inserée
dans le II . Tome des Memoires de
Litterature du P. Desmolets , pag. 249 .
» Ces Lettres , dit Vigneul de Marville ,
Tom .
AVRIL. 1734. 739
❤
>
» Tom. I. de ses Melanges , pag. 52. sont
>> mieux remplies et plus utiles que celles
de Bongars . C'est un Portrait au
>> naturel des affaires de France sous le
» Regne de Henry III . Il raconte les cho-
» ses avec une naïveté si grande qu'elies
semblent se passer sous nos yeux . On ne
» trouve point ailleurs tant de faits his-
» toriques on si peu de discours . Les
» grands mouvemens comme la conspiration
d'Anvers et les petites intri-
» gues de la Cour y sont également bien.
marqués. Les attitudes , pour ainsi dire ,
» dans lesquelles il met Henry III , la .
» Reine Mere , le Duc d'Alençon , le Roy
» de Navarre , la Reine Marguerite , le
>> Duc de Guise , le Duc d'Epernon , et
» les autres Courtisans et Favoris de ce
» temps - là,nous les montrent du côté qui
» nous en découvre , à coup sûr , le fort
» et le foible , le bon et le mauvais. En
un mot , les Lettres de Busbeq sont un
modele de bien écrire pour les Ambassadeurs
qui rendent compte à leurs
Maîtres de ce qui se passe dans les
Cours où ils résident .
>>
5. Omnia quæ extant , seu Epistola ipsius
Legationum et alii Tractatus historici , et
Politici. Lugd. Bat. Elzevir , 1633. in 24.
Item . Amstelodami. Elzevir , 1660. in 24.
Voyez
740 MERCURE DE FRANCE
Voyez ses Lettres . C'est- là qu'on trouve
un détail exact de ce qui le regarde.
Bayle , Dictionnaire , son article est fait
avec beaucoup de soin. Tous les autres
Auteurs qui ont parlé de lui, sont tombez
dans des fautes grossieres et ont donné
une Relation de sa Vie , qui contredit
souvent ce qu'on trouve dans ses Let
tres. Tels sont les suivants. Valere André
, Bibliotheca Belgica : l'Auteur de sa
Vie qui est à la tête de ses Lettres à l'Empereur
Rodolphe , et que M. l'Abbé Bechet
a traduite de même que les Lettres.
Melchioris Adami vita Jurisconsultorum
Germanorum. p. 145. Freheri Theatrum Virorum
Doctorum , p. 931. Bullart , Académie
des Sciences , Tom. I. p. 80. Les
Eloges de M. de Thou , et les Additions
de Teissier.
Les autres Sçavans qui remplissent ce Volume
sont, Barthelemi Aneau, Elie Ashmole
,Jean d'Aubry, Guillaume de Baillou, Jacques
de Billy,Geoffroy et Jean de Billy, Adam
Blacvod , Edouard Brereword,RobertBurhill,
Louis Cappel, Louis Cappel lejeune,Jacques
Cappel, Scipion Carteromaco , Jacques Cassagne
, Antoine de Chandien, Nicolas Cisner,
Gaspard Contarini, Martin Antoine Delrio,
Antoine Densingius, Jeremie Drexelius,Jean
Drusius,Varino Favorino,Jean Gelida, Gilbert
AVRIL. 1734. 741
"
bert Genebrard, François Godwin , Laurent
Humphrey , Jean Marsham , Nicolas Hugues
Menard , Isaac Newton , François
Pinsson Arnaud de Pontac , Antoine
Possevin , Pierre du Ryer , François Sansovino,
J.Théodore Schenkius , Joseph Marie
Suarez , Paul et François Tallemant ,
J. F. Foy Vaillant , N. Durand de Villegagnon
, Burcher de Volder , Adolphe et
Everard Vorstius.
des Memoires du R. P. Niceron.
L
Es Memoires pour servir à l'Histoire
des Hommes Illustres dans la
Képublique des Lettres , &c. continuent ,
Monsieur , d'être publiez ici avec succès
, et c'est toujours le sieur Briasson ,
Libraire , rue S. Jacques , qui les imprime.
J'ai à vous parler ici du XXII. votume
, vous ayant rendu compte de tous
les précedens.
C'est toûjours le même plan et le même
ordre , ainsi il me suffira de vous
dire que ce Tome , de 410. pages sans
les Tables , contient la Vie et le Catalogue
de 45. Sçavans , entre lesquels j'ai
choisi Auger Gislen de Busbeg , comme
un sujet qui , je m'assure , sera de votre
goût , et qui conviendra d'ailleurs pour
ne point trop exceder les bornes d'une
Lettre. Voici comment en parle notre
Auteur , page 350. de son Livre.
AUGER Gislen de Busbeq , naquit Fan
15220
730 MERCURE DE FRANCE
1522. à Comines en Flandres sur la Lys,
et fut fils naturel de Gilles Gislen , Seigneur
de Busbeq , Château sur la Lys
entre Comines et Menin , qui l'eut d'une
fille de basse condition .
Les heureuses dispositions qu'il fit voir
dès sa premiere jeunesse pour les Sciences
, engagerent son pere , qui l'élevoit
dans sa maison , à ne rien oublier pour
son instruction , et à le faire légitimer
par un Rescrit de l'Empereur Charles
Quint.
Il l'envoya étudier dans les plus celebres
Universitez , à Louvain , à Paris ,
à Venise , à Boulogne et à Padoüe , et
le jeune Busbeq fit de grands progrès
dans toutes ces Villes sous les fameux
Professeurs qu'il y suivit.
>
En 1554 il fut en Angleterre à la suite
de Pierre Lasso , que Ferdinand , Roy des
Romains , y envoyoit en Ambassade
pour assister aux Nôces de la Reine Marie
avec Philippe , fils de l'Empereur
Charles-Quint , qui se celebrerent le 5 .
Juillet 1554.
De retour en Flandres , il reçut à Lille
le 3. Novembre suivant , une Lettre de
Ferdinand par laquelle ce Prince lui
marquoit de se rendre à Vienne , pour
aller en Ambassade à Constantinople.
"
II
AVRIL 1734 731
Il ne differa de partir qu'autant de
temps qu'il lui en fallut pour aller dire
adieu à son Pere , que Valere André
peu exact sur son chapitre , a supposé
mal à propos , mort en ce temps - là ;
aussi bien qu'à ses amis.
Arrivé àVienne , il en partit aussi - tôt
pour Constantinople , où il arriva le
20. Janvier 1555. Soliman II . étoit alors
à Amasie à la tête de son Armée , et ayant
sçû son arrivée , il lui fit dire de le venir
trouver.
Il sortit de Constantinople le 5. Mars
et arriva auprès du Grand Seigneur le
7. Avril ; mais il n'eut pas grande satisfaction
de lui .
Il avoit été envoyé à la Porte pour
y demeurer en qualité d'Ambassadeur
ordinaire ; cependant il y fit très peu
de séjour. Il ne put obtenir de Soliman
qu'une Tréve de six mois ; et on jugea
à propos qu'il retournât promptement
vers Ferdinand , pour lui porter la Lettre
de l'Empereur Turc.
Il partit donc d'Amasie le 2. Juin , et
eut presque toujours la fievre jusqu'au 24.
qu'il arriva à Constantinople , d'où après
quatorze jours de repos , il reprit le chemin
de Vienne.
Le Roy des Romains le renvoya au
mois
732 MERCURE DE FRANCE
mois de Novembre à Constantinople ,
où il arriva en Janvier 1556.
Cette seconde Ambassade fut plus longue
et plus heureuse que la premiere ;
car elle dura sept ans , et finit par un
Traité contenant une Tréve de huit ans:
Busbeq , quoiqu'appliqué aux affaires
de son Ambassade , ne laissa pas de travailler
pendant son séjour en Turquie
pour la République des Lettres . Il ramassoit
des Inscriptions , acheptoit des
Manuscrits , recherchoit les Plantes rares
, et s'informoit de la nature des Animaux.
A ce second voyage il avoit mené
avec lui un Peintre , pour dessiner les
Plantes et les Animaux qui nous sont
inconnus ; et il communiqua dans la suite
ces Desseins à Pierre- André Mathiole',
qui en fit qui en fit usage dans les Livres qu'il
donna au Public.
Quelques- uns se sont imaginez que
Mathiole avoit été à son service , fondez
sur la quatriéme Lettre de Busbeq ,
écrite en 1562. où il est dit : Nihil pene
stirpium neque herbarum retuli , nisi depictarum,
quas Mathiolo servo mandaram,
et alia pleraque , & c. mais il est visible
que la ponctuation est vicieuse dans cet
endroit , et qu'il faut lire : quas Mathiolo
servo, Mandaram et alia pleraque, & c.
Fest
AVRIL. 1734:
733
c'est-à - dire qu'il gardoit ces Desseins
pour Mathiole. Ajoûtez à cela que Mathiole
dit dans l'Epitre Décicatoire de
son Commentaire sur Dioscoride , écrite
l'an 1568. qu'il y avoit 17. ans de suite
qu'il étoit Medecin de Ferdinand d'Autriche
, second fils de Maximilien I. II
a donc commencé à l'être en 1551. et
n'a pû durant ce temps servir Busbeq .
Busbeq eut pendant son séjour en Turquie
un Medecin , dont il est bon do
dire quelque chose. Il s'appelloit Guillaume
Quacquelben , et étoit natif de
Courtray en Flandres. Il fut appellé en
1548. de Louvain pour professer la Medecine
à Vienne en Autriche . Il passa
de-là à Constantinople en 1552. et y
mourut en 1561. C'étoit un homme de
Lettres , et curieux en Médailles , et Busbeq
assure dans ses Lettres , que la République
des Lettres perdit par sa mort
quantité de Remarques curieuses qu'il
vouloit mettre au jour. Mathiole , dans
ses Observations sur Dioscoride , reconnoît
qu'il lui en avoit envoyé plusieurs
qu'il avoit inserées dans son Ouvrage.
Ce Medecin avoit pour principe qu'il ne
falloit pas craindre la Peste , parce que
la crainte seule pouvoit la donner ; cependant
il la gagna et en mourut sans
vouloir
734 MERCURE DE FRANCE
vouloir presque démordre de son prémier
sentiment. Busbeq le croyoit capable
de tenir sa place à Constantinople
, quand il en seroit parti .
Busbeq ayant terminé les affaires qui
l'avoient amené en Turquie , partit de
Constantinople à la fin du mois d'Août
de l'an 1562. avec Ebrahim Strotschen ,
Polonois , que Soliman II. envoyoit à
l'Empereur Ferdinand II . et arriva en
Autriche au commencement d'Octobre;
mais comme l'Empereur étoit alors à la
Diette de Francfort , il s'y transporta par
ses ordres pour lui rendre compte de
ses Négociations . Son dessein étoit de
passer après cela le reste de ses jours dans
une vie privée ; mais il fallut qu'il se
rembarquât plus que jamais à la Cour.
On lui confia le gouvernement des
jeunes Princes , fils de Maximilien II .
que ce Prince , devenu Empereur par la
mort de Ferdinand I. son Pere , arrivée
le 25. Juillet 1564. envoya en Espagne
auprès de Philippe II. leur Oncle , sous
sa conduite .
Lorsque la Princesse Elisabeth d'Autriche
, fille du même Empereur Maximilien
, fut mariée en 1570. avec Char
les IX. Roy de France , il fut chargé
de la conduire dans ce Royaume , et demeura
AVRIL 1734 735
meura auprès d'elle , avec l'Intendance
de sa Maison et de ses affaires ; et quand
cette Princesse sortit de France après la
mort de son Mary , arrivée le 30. May
1574. elle l'y laissa pour y avoir soin de
ses affaires.
·
L'Empereur Rodolphe II . le choisit
aussi pour être son Ambassadeur à la
Cour de France ; et l'on a les Lettres qu'il
lui écrivit en cette qualité depuis le 25.
Mars 1582. jusqu'à la fin de 1585.
En 1592. il obtint de l'Empereur un
Congé de six mois pour faire un voyage
en Flandres , où sa presence étoit nécessaire
par rapport à ses affaires domestiques.
Mais quoiqu'il eût pris pour faire
ce voyage plus sûrement , des passeports
du Roy et de la Ligue , il fut volé et
maltraité dans le Village de Cailly à quatre
lieues de Rouen , par un Parti de
Ligueurs , qui cependant , sur les représentations
qu'il leur fit par rapport à son
caractere , le laisserent libre et lui rendirent
tout ce qu'ils lui avoient pris.
Le Gouverneur de Rouen ayant sçû
cette avanture , lui en fit des excuses et
lui promit de punir ceux qui l'avoient
insulté , mais Busbeq lui répondit qu'il
songeoit plutôt à se tranquiliser l'esprit
qu'à se venger de l'injure qu'on avoit
faite à sa qualité.
736 MERCURE DE FRANCE
Il ne continua pas cependant son voyage
; car se sentant incommodé , il se fit
porter au Château de Mailloc , dans le
voisinage de Cailly.
Il y mourut onze jours après , le 28.
Octobre 1592. âgé d'environ 70. ans.Son
corps fut enterré honorablement dans
l'Eglise du Lieu , et son coeur fut porté
aux Bays - Bas , pour y être mis dans le
Tombeau de ses Ancêtres.
Le bruit courut alors qu'il avoit été
tué dans un bois par des voleurs , et c'est
conformément à ce bruit qu'en ont parlé
Philippe Camérarius dans ses Méditations
historiques, Scaliger, dans le Scaligeriana,
et Juste Lipse , dans l'Epitaphe qu'il lui
a faite.
L'Archiduc Albert , Gouverneur et
puis Souverain des Pays - Bas Epagnols ,
érigea en Baronie la Terre de Busbeq ,
pour honorer la mémoire de son Gouverneur
et lui témoigner sa reconnoissance.
Maximilien , Pere de ce Prince ,
lui avoit conferé l'Ordre de Chevalerie ,
et les Lettres Patentes qu'il lui accorda
pour cela , le 3. Avril 1554. lui sont très .
honorables .
Il avoit eu dessein de se fixer en Fran
ce , dont le séjour lui plaisoit extréme
ment , et il y avoit dans ce dessein acheté
quelques Terres.
AVRIL. 1734. 737
On dit qu'il parloit sept Langues en
perfection , la Latine l'Italienne , la
Françoise , l'Espagnole , l'Allemande , la
Flamande et la Sclavone.
>
Catalogue de ses Ouvrages.
1. Itinera II. Constantinopolitanum , et
Amasianum. Antuerpia , 1581. in 8. Ces
Voyages sont contenus en deux Lettres
que Busbeq adressa à NicolasMicaut , Sieur
d'Indevel , avec qui il avoit autrefois
étudié en Italie. Louis Carrion , qui en
fit faire cette premiere Edition , la dédia
au même Micaut.
2. Legationis Turcice Epistola quatuor,
quarum priores due prodierunt sub titulo
itinerum Constantinopolitani et Amasiani.
Paris. 1595. in 8. Il y a plusieurs autres
Editions de ces Lettres. Dans celle de
Francfort de l'an 1605. in 8. on a ajoûté
l'Ambassade d'Ebrahim Strotschen , dont
j'ai parlé cy-dessus. Ces Lettres qui sont
très-curieuses et très - instructives ont
été traduites en François sous ce titre :
Ambassades et Voyages en Turquie et Amasie
, de M. Busbequius , depuis l'an 1554.
jusqu'en 1562. traduit du Latin par le
S. Gaudon. Paris 1646. in 8. On en a
aussi une Traduction Allemande , imprimée
à Francfort en 1596. in 8.
3.
738 MERCURE DE FRANCE
3. De re Militari contra Turcam instituenda
Consilium A la suite des Lettres
sur son Ambassade de Turquie , tant
dans la premiere Edition de 1681. que
dans les suivantes. Item. à la page 18 .
du quatrième volume du Recueil de Nicolas
Reusner , intitulé : De Bello Turcico
selectissima Orationes et Consultationes.
Leipsia , 1596. in 4. Busbeq avoit examiné
avec beaucoup de soin l'état de la
Monarchie Ottomane et les veritables
moyens de l'attaquer avec succès
c'est ce qui fait la matiere de ce petit
Discours.
›
3
4. Augerii Gislenii Busbequii , Casaris
apud Regem Gallorum Legati , Epistola ad
Rudolphum. II. Imperatorem. è Bibliotheca
Joannis Bapt. Houvart J. C. Patricii
Bruxellensis. Louvanii , 1630. in 8.
Ces Lettres , qui sont au nombre de 53 .
s'étendent depuis le 25. Mars 1582. jusqu'à
la fin de 1585. elles ont été tradui .
tes en François par M. l'Abbé Bechet ;
Chanoine d'Usez , natif de Clermont en
Auvergne , Auteur de la Vie du Cardinal
Martinuzius , mort en 1722. âgé de
73. ans , et cette Traduction a été inserée
dans le II . Tome des Memoires de
Litterature du P. Desmolets , pag. 249 .
» Ces Lettres , dit Vigneul de Marville ,
Tom .
AVRIL. 1734. 739
❤
>
» Tom. I. de ses Melanges , pag. 52. sont
>> mieux remplies et plus utiles que celles
de Bongars . C'est un Portrait au
>> naturel des affaires de France sous le
» Regne de Henry III . Il raconte les cho-
» ses avec une naïveté si grande qu'elies
semblent se passer sous nos yeux . On ne
» trouve point ailleurs tant de faits his-
» toriques on si peu de discours . Les
» grands mouvemens comme la conspiration
d'Anvers et les petites intri-
» gues de la Cour y sont également bien.
marqués. Les attitudes , pour ainsi dire ,
» dans lesquelles il met Henry III , la .
» Reine Mere , le Duc d'Alençon , le Roy
» de Navarre , la Reine Marguerite , le
>> Duc de Guise , le Duc d'Epernon , et
» les autres Courtisans et Favoris de ce
» temps - là,nous les montrent du côté qui
» nous en découvre , à coup sûr , le fort
» et le foible , le bon et le mauvais. En
un mot , les Lettres de Busbeq sont un
modele de bien écrire pour les Ambassadeurs
qui rendent compte à leurs
Maîtres de ce qui se passe dans les
Cours où ils résident .
>>
5. Omnia quæ extant , seu Epistola ipsius
Legationum et alii Tractatus historici , et
Politici. Lugd. Bat. Elzevir , 1633. in 24.
Item . Amstelodami. Elzevir , 1660. in 24.
Voyez
740 MERCURE DE FRANCE
Voyez ses Lettres . C'est- là qu'on trouve
un détail exact de ce qui le regarde.
Bayle , Dictionnaire , son article est fait
avec beaucoup de soin. Tous les autres
Auteurs qui ont parlé de lui, sont tombez
dans des fautes grossieres et ont donné
une Relation de sa Vie , qui contredit
souvent ce qu'on trouve dans ses Let
tres. Tels sont les suivants. Valere André
, Bibliotheca Belgica : l'Auteur de sa
Vie qui est à la tête de ses Lettres à l'Empereur
Rodolphe , et que M. l'Abbé Bechet
a traduite de même que les Lettres.
Melchioris Adami vita Jurisconsultorum
Germanorum. p. 145. Freheri Theatrum Virorum
Doctorum , p. 931. Bullart , Académie
des Sciences , Tom. I. p. 80. Les
Eloges de M. de Thou , et les Additions
de Teissier.
Les autres Sçavans qui remplissent ce Volume
sont, Barthelemi Aneau, Elie Ashmole
,Jean d'Aubry, Guillaume de Baillou, Jacques
de Billy,Geoffroy et Jean de Billy, Adam
Blacvod , Edouard Brereword,RobertBurhill,
Louis Cappel, Louis Cappel lejeune,Jacques
Cappel, Scipion Carteromaco , Jacques Cassagne
, Antoine de Chandien, Nicolas Cisner,
Gaspard Contarini, Martin Antoine Delrio,
Antoine Densingius, Jeremie Drexelius,Jean
Drusius,Varino Favorino,Jean Gelida, Gilbert
AVRIL. 1734. 741
"
bert Genebrard, François Godwin , Laurent
Humphrey , Jean Marsham , Nicolas Hugues
Menard , Isaac Newton , François
Pinsson Arnaud de Pontac , Antoine
Possevin , Pierre du Ryer , François Sansovino,
J.Théodore Schenkius , Joseph Marie
Suarez , Paul et François Tallemant ,
J. F. Foy Vaillant , N. Durand de Villegagnon
, Burcher de Volder , Adolphe et
Everard Vorstius.
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Résumé : LETTRE de M.... sur la Continuation des Memoires du R. P. Niceron.
La lettre traite de la publication continue des 'Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres dans la République des Lettres', imprimés par le sieur Briasson à Paris. Le vingt-deuxième volume contient la vie et le catalogue de 45 savants, parmi lesquels Auger Gislen de Busbeq. Né en 1522 à Comines en Flandres, Busbeq est le fils naturel de Gilles Gislen, seigneur de Busbeq. Grâce à ses dispositions pour les sciences, son père l'envoya étudier dans plusieurs universités célèbres, telles que Louvain, Paris, Venise, Boulogne et Padoue. En 1554, Busbeq se rendit en Angleterre à la suite de Pierre Lasso pour assister aux noces de la reine Marie avec Philippe, fils de l'empereur Charles Quint. De retour en Flandres, il reçut une lettre de Ferdinand, roi des Romains, l'envoyant en ambassade à Constantinople. Il arriva à Constantinople en janvier 1555 et rencontra Soliman II à Amasie. Sa première ambassade fut brève, obtenant seulement une trêve de six mois. Il retourna à Vienne et fut renvoyé à Constantinople en novembre 1555, où il resta sept ans et négocia une trêve de huit ans. Pendant son séjour en Turquie, Busbeq collecta des inscriptions, acheta des manuscrits, rechercha des plantes rares et s'informa sur la nature des animaux. Il ramena des dessins de plantes et d'animaux inconnus en Europe, qu'il communiqua à Pierre-André Matthiole pour ses ouvrages. Il eut également un médecin, Guillaume Quacquelben, qui mourut à Constantinople en 1561. Après avoir terminé ses affaires en Turquie, Busbeq retourna en Autriche en 1562. Il fut ensuite chargé de diverses missions diplomatiques, notamment la conduite des jeunes princes fils de Maximilien II en Espagne et l'escorte de la princesse Élisabeth d'Autriche en France. Il fut également ambassadeur à la cour de France pour Rodolphe II. En 1592, Busbeq obtint un congé pour se rendre en Flandres, mais fut attaqué et volé par des ligueurs près de Rouen. Il mourut peu après, le 28 octobre 1592, à l'âge d'environ 70 ans. Son corps fut enterré honorablement et son cœur porté aux Pays-Bas pour être placé dans le tombeau de ses ancêtres. Busbeq parlait sept langues et laissa plusieurs ouvrages, dont des lettres sur ses voyages et ambassades en Turquie, traduites en français et en allemand. Ses lettres sont considérées comme un modèle de rapport diplomatique. Le volume mentionne également une série de savants, parmi lesquels figurent Valère André, auteur de la 'Bibliotheca Belgica' et de lettres adressées à l'empereur Rodolphe, traduites par l'abbé Bechet. D'autres ouvrages cités incluent 'Melchioris Adami vita Jurisconsultorum Germanorum' et 'Freheri Theatrum Virorum Doctorum'. Le texte fait référence aux éloges de M. de Thou et aux additions de Teissier. La liste des savants inclut Barthelemi Aneau, Elie Ashmole, Jean d'Aubry, Guillaume de Baillou, Jacques de Billy, Geoffroy et Jean de Billy, Adam Blacvod, Edouard Brereword, Robert Burhill, Louis Cappel, Louis Cappel le jeune, Jacques Cappel, Scipion Carteromaco, Jacques Cassagne, Antoine de Chandien, Nicolas Cisner, Gaspard Contarini, Martin Antoine Delrio, Antoine Densingius, Jerémie Drexelius, Jean Drusius, Varino Favorino, Jean Gelida, Gilbert Genebrard, François Godwin, Laurent Humphrey, Jean Marsham, Nicolas Hugues Menard, Isaac Newton, François Pinsson, Arnaud de Pontac, Antoine Possevin, Pierre du Ryer, François Sansovino, J. Théodore Schenkius, Joseph Marie Suarez, Paul et François Tallemant, J. F. Foy Vaillant, N. Durand de Villegagnon, Burcher de Volder, Adolphe et Everard Vorstius. Le texte est daté d'avril 1734.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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86
p. 751-752
EPITAPHE DE MLLE L'HERITIER DE VILLADON, De l'Académie de Toulouze et de celle du Ricovrati de Padoüe. Par Mlle de Malcrais de la Vigne.
Début :
Arrête ta cource, Passant ; [...]
Mots clefs :
L'Héritier de Villandon, Académie des Jeux floraux, Académie des Ricovrati de Padoue, Tombeau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITAPHE DE MLLE L'HERITIER DE VILLADON, De l'Académie de Toulouze et de celle du Ricovrati de Padoüe. Par Mlle de Malcrais de la Vigne.
EPITAPHE
DE MILE L'HERITIER DE VILLADON ,
De l'Académie de Toulouze et de celle du
Ricovrati de Padoйe. Par Mlle de Malcrais
de la Vigne.
ARrête ta cource , Passant ;
Le Corps de l'Heritier cy - dessous est gisant ,
Son Ame au Ciel s'est envolée .
"
Son Tombeau n'offre rien de superbe à tes yeux ;
Mais ses rares vertus dans les coeurs en tous lieux
Lui bâtissent un Mausolée.
Niece d'un grand Magistrat , (a)
Dont le goût excellent dans la Litteraturé ,
Se fit autant briller que son insigne état ,
"
Elle reçut de la Nature
La noblesse du sang , et le Ciel y joignit
Une Ame que son souffle aussi- tôt annoblit.
Par vos Tournois Floraux , Illustre Académie ,
(a) Elle étoit petite Niece du celebre Garde des
Sceaux du Vair.
F vj Yous
752 MERCURE DE FRANCE
Vous, Ricovrati d'Italie ,
Gémissez , vous perdez un ornement exquis.
Que d'esprit ! quel brillant ! que de sçavoir ac
quis !
Langues , Philosophie , Histoire ,
Anecdotes , des traits curieux et divers ,
Composoient un trésor dans sa vaste mémoire:
Mais ses Ouvrages pour sa gloire ,
Parleront bien mieux que mes Vers.
En ma place il faudroit que son illustre Amie ,
L'habile Scudery retournât à la vie ,
Pour couvrir aujourd'hui son Tombeau reveré
De Parfums aussi fins et de fleurs aussi belles
Que celles dont le sien fut par elle honoré. (a)
Les neuf sçavantes Immortelles ,
La comblerent de leurs faveurs ;
Mais , hélas ô dons infidelles ,
Dont la possession fit languir mille Auteurs
Elle vécut ! ô temps ! ô moeurs !
Docte , Vierge, et pauvre comme elles. (b)
(a),Mlle P'Heritier afait l'Apothéose de Mlle de
Scudery , volume in 16. Paris 1702.
( b ) Elle ressentit presque toute sa vie les malbeurs
de l'indigence , n'ayant obtenu que depuis
quelques années une pension de 400. livres sur les
Sceaux. La Duchesse de Nemours , qui avoit l'esprit
fort orné, et dont on a imprimé les Memoires ,
goutoit fort le mérite de Mlle l'Heritier et l'attacha
elle par quelques bienfaits ; mais ils cesserent à sa
mort , quoiqu'elle eût dessein de les perpetuer. Cette
Princesse n'a pointfait de Testament.
DE MILE L'HERITIER DE VILLADON ,
De l'Académie de Toulouze et de celle du
Ricovrati de Padoйe. Par Mlle de Malcrais
de la Vigne.
ARrête ta cource , Passant ;
Le Corps de l'Heritier cy - dessous est gisant ,
Son Ame au Ciel s'est envolée .
"
Son Tombeau n'offre rien de superbe à tes yeux ;
Mais ses rares vertus dans les coeurs en tous lieux
Lui bâtissent un Mausolée.
Niece d'un grand Magistrat , (a)
Dont le goût excellent dans la Litteraturé ,
Se fit autant briller que son insigne état ,
"
Elle reçut de la Nature
La noblesse du sang , et le Ciel y joignit
Une Ame que son souffle aussi- tôt annoblit.
Par vos Tournois Floraux , Illustre Académie ,
(a) Elle étoit petite Niece du celebre Garde des
Sceaux du Vair.
F vj Yous
752 MERCURE DE FRANCE
Vous, Ricovrati d'Italie ,
Gémissez , vous perdez un ornement exquis.
Que d'esprit ! quel brillant ! que de sçavoir ac
quis !
Langues , Philosophie , Histoire ,
Anecdotes , des traits curieux et divers ,
Composoient un trésor dans sa vaste mémoire:
Mais ses Ouvrages pour sa gloire ,
Parleront bien mieux que mes Vers.
En ma place il faudroit que son illustre Amie ,
L'habile Scudery retournât à la vie ,
Pour couvrir aujourd'hui son Tombeau reveré
De Parfums aussi fins et de fleurs aussi belles
Que celles dont le sien fut par elle honoré. (a)
Les neuf sçavantes Immortelles ,
La comblerent de leurs faveurs ;
Mais , hélas ô dons infidelles ,
Dont la possession fit languir mille Auteurs
Elle vécut ! ô temps ! ô moeurs !
Docte , Vierge, et pauvre comme elles. (b)
(a),Mlle P'Heritier afait l'Apothéose de Mlle de
Scudery , volume in 16. Paris 1702.
( b ) Elle ressentit presque toute sa vie les malbeurs
de l'indigence , n'ayant obtenu que depuis
quelques années une pension de 400. livres sur les
Sceaux. La Duchesse de Nemours , qui avoit l'esprit
fort orné, et dont on a imprimé les Memoires ,
goutoit fort le mérite de Mlle l'Heritier et l'attacha
elle par quelques bienfaits ; mais ils cesserent à sa
mort , quoiqu'elle eût dessein de les perpetuer. Cette
Princesse n'a pointfait de Testament.
Fermer
Résumé : EPITAPHE DE MLLE L'HERITIER DE VILLADON, De l'Académie de Toulouze et de celle du Ricovrati de Padoüe. Par Mlle de Malcrais de la Vigne.
L'épitaphe rend hommage à Mile l'Héritier de Villadon, membre de l'Académie de Toulouse et de l'Académie des Ricovrati de Padoue. Elle invite à s'arrêter devant sa tombe modeste, soulignant ses vertus exceptionnelles qui lui construisent un mausolée dans les cœurs. Niece d'un grand magistrat, Mile l'Héritier était reconnue pour son goût littéraire et sa noblesse d'âme. Les académies déplorent la perte d'un ornement précieux, doté d'un esprit brillant et d'un vaste savoir en langues, philosophie, histoire et anecdotes. Ses œuvres témoignent mieux de sa gloire que les vers de l'épitaphe. La Duchesse de Nemours appréciait son mérite et lui accorda quelques bienfaits, mais ceux-ci cessèrent à sa mort. Mile l'Héritier vécut dans l'indigence presque toute sa vie, obtenant une pension de 400 livres sur les Sceaux seulement quelques années avant sa mort. Les neuf savantes Immortelles lui accordèrent leurs faveurs, mais ces dons ne lui apportèrent pas la richesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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87
p. 1159-1174
LETTRE de M.... sur la Continuation des Memoires du R. P. Niceron.
Début :
J'ai à vous parler ici, Monsieur, du XXIII. et du XXIV. volumes des Memoires [...]
Mots clefs :
Jérôme Bignon, Paris, Louis XIII, Mémoires, Avocat, Homme, Ouvrages, Fils, Ans, Temps, Voyage, Faveur, Jean-Pierre Niceron, Emmius, Mérite, Cardinal, Savants, Érudition, Roland Bignon, Thomas Browne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M.... sur la Continuation des Memoires du R. P. Niceron.
LETTRE de M.... sur la Continuation
des Memoires du R. P. Niceron.
J'ai à vous parler ici , Monsieur , du
XXIII. et du XXIV. volumes des Memoires
pour servir à l'Histoire des Hommes
Illustres dans la République des Lettres que
le Sr Briasson , Libraire rue S. Jacques ',
continuë de publier avec succè . Voici
les noms des Scavans dont il est parlé
dans le premier de ces deux Volumes.
Rodolphe Agricola , Jean- Louis Guez
de Balzac, François Bernier, Jean Bernier,
Jerome Bignon , Henri Blount , Denis de
Salvaing de Boissieu , Thomas Brovvne le
Médecin , Thomas Brovvne le Théologien,
Guillaume Camden , Marc- Antoine Ca-
1 Vol.
pelli
1160 MERCURE DE FRANCE
pelli , Thomas Corneille , Robert Creyghton,
Cristophe Davenport , Louis Duret , Ubo
Emmius,Guillaume Estius, Gabriel Fano,
Nicolas Faret, Pierre Gilles , George- Henri
Goetze , Louise Labé , Adam Littleton
Nicolas Lloyd , Olivier Maillard , Jean
Maldonat ,Pierre - Martyr d'Anghiera
Pierre- Martyr Vermilio , Etienne Pavillon,
Alexandre Piccolomini , François Piccolo
mini , Jean Price , Jules - Cesar Scaliger ;
Joseph-Juste Scaliger , Jean- Ginés de Sepulveda
, Antoine Sherley , Thomas Sher-
Ley , et André Thevet.
Entre tous ces Sçavants je n'en trouve
aucun de plus distingué et de plus Illustre
, que notre célébre Jerôme Bignon,
dont l'article par conséquent soit et plus
curieux & plus agréable à lire. Vous nie
sçaurez sans doute bon gré de l'avoir
choisi par préférence , et de le voir ici
tel qu'on le trouve dans nôtre Auteur,
JEROME BIGNon.
Jerôme Bignon , nâquit à Paris , l'an
1590. de Rolland Bignon , Avocat au
Parlement , d'une ancienne Famille originaire
d'Anjou , et de Marie Ogier ,
fille de Christophe Ogier aussi Avocat au
Parlement.
Rolland Bignon , qui est mal appellé
t
1
I Vol.
JcJUIN.
1734- 1161
Jerôme dans les opuscules de Loysel
page 582. né au mois de Fevrier de l'an
15. fut un des plus Sçavans hommes
de son siècle. Il avoit été Disciple de
Mrs Roaldés et Maran , fameux Jurisconsultes
de l'Université de Toulouze ;
et lorsque le premier se retira dans celle
de Cahors il laissa sa Chaire de Professeur
en Droit à Rolland Bignon, qui , comme
cetteProfession étoit alors très honorable,
y enseigna publiquement pendant une
année , et dicta d'excellents Paratitles sur
les 5 Livres des Décretales ; étant ensuite
venu à Paris il exerça avec beaucoup
de réputation la Profession d'Avocat ,
laquelle se bornoient alors plusieurs personnes
de naissance et de merite , qui
conservoient la modération des anciennes
Moeurs , et qui étoient prévenus d'une
espece d'aversion contre la validité des
charges introduite depuis peu . Après
avoir brillé dans le Bareau il devint celébre
dans les Consultations, et fut generalement
estimé comme un homme d'une
rare suffisance, etd'une probité singuliere .
Persuadé qu'il étoit plus redevable à
son fils qu'à tout autre il ne voulut confier
son éducation qu'à lui - même. Jerôme
Bignon n'eût pas besoin d'aller chercher
une autre Ecole pour aprendre les Lan
1Vol.
gues
1162 MERCURE DE FRANCE
gues , les Humanitez , l'Eloquence , la
Philosophie , les Mathematiques , l'Histoire
, la Jurisprudence , & la Theologie .
Il aprit sous un si excellent Maître toutes
ces Sciences avec une rapidité extraordinaire
, et se vit presque à la fin de ses
Etudes dans un âge où l'on ne commence.
gueres qu'à délibérer sur les
faire étudier les Enfans .
V
moyens
dev
Dès l'âge de dix ans il donna au Public
un essai de son Erudition qui lui fit dèslors
mériter la qualité d'Auteur . C'est
une Chorographie on Description de la Terre
Sainte , qui fût une preuve des conroissances
qu'il avoit déja acquises dans l'Histoire
, la Geographie et l'Ecriture Sainte,
il n'en demeura pas là , et on fût encore
surpris de voir trois ans après paroître
deux autres Ouvrages de sa composition ,
Ouvrages qui le firent connoître à tout
ce qu'il y avoit de personnes habiles et
considerables dans la France .
Le Roy Henry IV. ayant entendu
patler de lui voulut le voir , et le choisit
pour être en qualité d'Enfant d'Honneur
auprès du Dauphin qui fut depuis
le Roy Louis XIII .
Le jeune Bignon parût à la Cour avec
des manieres tout à fait aisées et polies.
L'austerité d'une Etude assidue n'avoit
I Vol. point
JUIN 1734.
1163
" 2
point obscurci les dispositions naturelles
qu'il avoit pour paroître dans le grand
monde , et le Tumulte et les Engagements
de la Cour ne fû ent point capables
d'affoiblir l'inclination qu'il se sentoit
pour les Sciences.
Il composa en ce tems- là un Traité de
l'Excellence des Rois et du Royaume de
France , pour prouver que les Rois de
France doivent avoir la préséance sur
tous les autres Rois , qui lui attira bien
des aplaudissements. Il le dédia au Roy
Henry IV. qui l'engagea par ordre exprès
à pousser plus loin ses recherches
sur cette matiere .
Mais la Mort funeste de ce Prince arrivée
peu de tems après interrompit ce.
Projet , et détermina même M.Bignon à se
retirer de la Cour. Ce ne fut pas cependant
pour long tems , il y fut bien tôt
rapellé à la sollicitation de Nicolas le
Fevre , nouveau Précepteur du Roy Louis
XIII. et ne put se défendre d'y demeufer
jusqu'à la mort de cet ami, Il travailla
dans cet intervale à l'Edition des Formules
de Marculphe.
En 1614. il fir un voyage en Italie ;
et y visita par tout les plus Illustres d'entre
les Sçavants , qu'il convainquit par
sa présence de ce que la Renommée leur
1. Vol. avoit
1164 MERCURE DE FRANCE
avoit apris de plus incroyable en sa faveur.
Le Pape Paul V. lui donna des marques
singulieres de son estime ; le Cardinal
de Sainte Suzanne , qui n'étoit alors
qne Sécretaire des Brefs , établit avec lui
un commerce d'amitié très étroit , et le
célébre Fra - Paolo charmé de sa conver
sation , l'arrêta quelque tems à Venise
pour en profiter.
Au retour de ce voyage M. Bignon se
donna tout entier aux exercices du Barreau
, où ses premieres actions eûrent un
grand succès .
Son pere le fit pourvoir en 16 20. d'une
Charge d'Avocat General au Grand Conseil
, dans les fonctions de laquelle il surpassa
tout ce qu'on pouvoit attendre de
lui , et il s'acquit une si grande réputation
, que le Roy quelque tems après lo
nomma Conseiller d'Etat , et enfin Avocat
General au Parlement à la place de
M. Servin sur la fin de l'année 1625 .
3
Tout le monde aplaudit à ce choix . Le
Clergé même qui avoit nommé des Députez
pour prier le Roy de faire revivre
en sa faveur l'Ancien Droit , suivant lequel
un des Avocats Generaux devoit
être Clerc , ayant sçû le choix que le
Roy avoit fait de M. Bignon , ne se
I Vol.
conJUIN.
1734. 1165
Contenta pas de renoncer à ses prétentions
on faveur de cet Illustre Magistrat , mais
députa encore vers Sa Majesté pour lui
en faire des remerciments, et vers M. Bignon
pour l'en féliciter.
En effet jamais cette importante place
n'avoit été remplie plus dignement 3 car
sans parler de ses talents naturels qu'on y
vit briller dans toute leur étendue, il signala
en mille occasions sa vigueur à soutenir
les interêts du Parlement , son zele inviolable
pour la justice et sa fermeté inébranlable
contre toutes les attaques de la
faveur. Vertus dont ses envieux entrepri
rent de lui faire des crimes ; après la harangue
sincere , quoique respectueuse
qu'il prononça devant le Roy Louis XIII.
séant en son Lit de Juftice pour la vérification
de quelques Edits . Mais ce Prince
justement prévenu en sa faveur , oposa
la parfaite connoissance qu'il avoit de ses
bonnes intentions aux complots et à l'avidité
des gens d'affaires déchaînez contre
sa trop grande probité.
En 1641. résolu de ne plus vaquer
qu'aux Emplois qu'il occupoit dans le
Conseil d'Etat , il céda sa Chargé d'Avocat
General à M. Briquet son Gendre .
L'année suivante le Cardinal de Richelieu
, quoiqu'assez mal intentionné à son
égard
1. Vol. F
1165 MERCURE DE FRANCE
que
égard , le fit nommer Grand- Maître de
la Bibliothéque duRoy , dans la persuasion
le Public le destinoit par avance à
cette Charge , et seroit choqué qu'elle
fut remplie par un autre. L'amour que
M. Bignon avoit pour les Lettres la lui
fit accepter , et son désinteressement lui
fit refuser dans la suite celle de Sur - Intendant
des Finances.
M. Briquet son Gendre étant mort en
1645. il fut obligé de reprendre sa Charge
pour la conserver à son fils , et continua
de l'exercer jusqu'à sa mort , quoique
de Premier Avocat General,il fut des
venu le second.
Il fut outre cela employé à d'autres
Affaires importantes pour l'Etat ; on sçait
combien il eût de part à l'Ordonnance
de 1639. et avec combien d'équité il
exerça les Commissions de l'Arriereban ,
des Amortissemens et du Domaine , qui
lui furent confiées en differents temps.
La Reine Anne d'Autriche l'apella pen
dant sa Regence aux Conseils les plus
importants.
Ce fut lui qui accommoda, les differends
de Mrs d'Avau et Servien , Plenipotentiaires
à Munster , et qui travailla
avec Mrs de Brienne et d'Emery au
Traité d'Alliance avec la Hollande en
IVol. 1649.
JUIN 1734. 1167
1649. Il fut aussi choisi en l'année 1651 .
pour regler la grande Affaire de la Succession
de Mantoüe , et en 1654. pour
conclure le Traité avec les Villes Anseatiques.
Enfin ce grand Homme qui avoit
toujours fait servir la pieté de baze aux
autres vertus qu'il avoit constamment
pratiqué , finit par une mort précieuse
devant Dieu , le cours d'une vie si glo-.
rieuse aux yeux des hommes. Il mourut
le 7 Avril 1656. d'un Asthme dont il
avoit été attaqué dès l'Automne précédent
, mais qui ne lui fit point cesser
ses fonctions ordinaires . Il étoit alors dans
sa 67, année. Il fut enterré à S. Nicolas
du Chardonnet , où vous avez vû son
Buste de Marbre , fait de la main de Gi
rardon , avec une longue Epitaphe qui
^ commence par ces mots : Hieronimus Bignon
,sui sæculi Amor , Decus , Exemplum,
Miraculum & c.
Iln'avoitjamais voulu permettre qu'on
fit son portrait , mais on le tira pendant
qu'il portoit la parole à la grand- Chambre
; c'est pour cela que Lochon qui l'a
gravé , a mis au bas ces mots. R. Lochon
ad vivumfurtim delineavit.
Voici le Catalogue de ses Ouvrages.
1. Chorographie on Description de la
Terre Sainte, Paris 1600. Cette Description-
A. 1 Vol. Fij . qu'il
1168 MERCURE DE FRANCE
qu'il publia à l'âge de 10 ans , est plus
exacte que toutes celles qui avoient paru
auparavant.
2. Discours de la Ville de Rome Prin
cipales Antiquitez , et singularitez d'icelle.
Paris 1604. in 8. Livre peu commun , dit
l'Abbé Lenglet , et qui vient d'une personne
qui joignoit à un grand goût une
extrême exactitude.
3. Traité Sommaire de l'Election des Pa
pes. Plus le Plan du Conclave. Paris 1605,
in 8. Il y a bien de l'érudition dans ce
petit Ouvrage.
4. De l'Excellence des Rois et du Royaume
de France , traitant de la Preséance et des
Prérogatives des Rois de France par dessus
tous les autres , et des causes d'icelles.
Paris 161c . in 8. Cet Ouvrage a été fait
pour refuter celui que Diego Valdès Con
seiller de la Chambre
Royale de Grenade
,
avoit publié pour soutenir
la Preséance
des Rois d'Espagne
, sous ce Titre : de
Dignitate
Regum Hispania. Granata 1602 . in fol
5. Marculfi Monachi Formula ex Biblioteca
Regia Hier. Bignonius edidit , es
Notis illustravit . Paris 1613. in 8.Idem Are.
gentorati.1655 in 4.Id. Editio.auctior. Accessit
Liber Legis Salica, a. f. R. Pithao , et
calem BignonisNotis illustratus.Paris 1666,
I Vol.
ink
JUIN. 1734- 1189
in 4. Cette seconde Edition qui est con
sidérablement augmentée , a paru par les
soins de ses Fils . Les Notes de M.Bignon
sont si remplies d'érudition et si justes
qu'elles font encore l'admiration des
Sçavants cependant il n'avoit que 23
ans lorsqu'il les donna pour la premiere
fois.
6.Voyage de François Pyrard de Laval,
contenant sa navigation aux Indes Orien
tales , Maldives , Moluques et au Brezil
Paris 1615. in 8. Id. nouvelle Edition augmentée
de divers Traitez. Paris 1679.in 8.
C'est à Jerôme Bignon que nous sommes
redevables de la publication de ce Voyage.
Les Découvertes de Pyrard , homme de
bon sens, mais incapable de s'énoncer par
écrit , seroient demeurées ensevelies dans
l'oubli , si M. Bignon ne l'eût attiré chez
lui , l'invitant même à sa table , et n'eût
pris soin de mettre tous les soirs sur le
papier , ce qu'il tiroit à différentes reprises
de ses entretiens.
Ubbo Emmius , Sçavant Hollandois du
XVI. siécle , fait encore une très bonne
figure dans ce 23. vol. desMem . du P.Niceron,
et l'article mérite d'être lû avec attention
. Il mourut à Groningue le 9 Decem
. 1625. dans sa 79 année. Il a composé
plusieurs bons Ouvrages , dont le plus
Fiij im- I. Vol.
170 MERCURE DE FRANCE
important est celui qui concerne l'An
cienne Grece , et dont voici le titre Vetus
Gracia illustrata complectens Descriptionem
Gracia , res gestas Græcorum, statum Rerumpublicarum
Græcarum. Lugd. Bat. Elzevir.
1626. 3. vol. 8.
>
, Emmius , dit l'Auteur des Memoires ,
qui vit commencer et peut- être finir cette
Edition mit écrit le 6 Decembre
par
1625. trois jours avant sa mort ce qu'il
en pensoit. L'Imprimeur , dit- il , a fait
deux fautes. 1. İl a mis mon Ouvrage
in 8. contre la promesse qu'il m'avoit
faite de l'imprimer in folio , et a rendu
ainsi inutiles des Tables Chorographiques
que j'avois dressées avec beaucoup de soin
en cette forme , pour y être inserées et
dont le Livre a indispensablement besoin,
2º. Il a fait traîner si fort en longueur
l'impression , que le chagrin qui m'est
survenu par la mort de mon fils Egbert,
et ensuite mes infirmitez m'ont empêché
de travailler à une ample Préface que
j'avois dessein de composer lorsque le
Livre seroit prêt à paroître , et dans laquelle
j'aurois fait une comparaison entre
les anciennes Republiques Grecques [ et
celles d'à- présent , montrant ce qu'il y a
* Ce Fils mourut à Orleans
Epitaphe que son Pere lui fit &c.
et on rapporte
1Vol. de
JUIN. 1734 7171
de bon et de mauvais dans les unes et
les autres.
L'Ouvrage d'Emmius a été inseré dans
les Antiquitez Grecques de Gronovius ,
tome 4. page 85. avec des additions
Anecdotes de sa façon . Le troisiéme tome
qui contient l'Etat des principales Republiques
de la Grece , a été imprimé séparement
l'an 1632. à Leyde , chez Elzevir
en 2 vol. in 24. pour être joint au corps
des petites Républiques .
Quand ce Sçavant Homme mourut il
travailloit à l'Histoire de Philippe Roy
de Macédoine et son dessein étoit d'y
montrer pour l'usage des Provinces unies,
par quels moyens ce Prince avoit opprimé
la liberté de la Grece. Il avoit déja
conduit l'Histoire jusqu'à la 15. année du
Regne de ce Monarque.
Au reste on doit sçavoir gré au P. Niceron
d'avoir donné à cet Auteur une/
place dans ces Memoires ; car je trouve
que malgré tout son mérite il n'est guere
connu du commun des Gens de Lettres ,
sur tout dans les Provinces. L'Auteur de
la * Dissertation Historique sur l'ancienne
* Cette Dissertation est dans le Recueil des
Piéces présentées à l'Académie de Marseille pour le
Prix de l'année 1727. avec les Distours prononcez
&c. A Marseille chez Jean- Baptiste Boy , e.
$727. Fiij Aca→
172 MERCURE DE FRANCE
Académie de Marseille, n'avoit sans doute
jamais rien vû par lui même de notre
Ubbe Emmins , puisqu'en le citant il fait
du même homme deux Auteurs différents.
C'est dans la même citation que du Boulay
en latin Bullaus , Auteur de l'Histoire Latine
de l'Université de Paris , est nommé
Bouilland , par une assez plaisante méprise.
>
Passons au XXIV. Tome des Memoires.
De trente-sept Articles de Sçavans
qui le composent , je ne vous nommerai
que ceux pour lesquels je prévois que vous
vous interesserez , tels sont Juste Lipse
Pierre Belon , Pierre Patrix on Patris de
Caën , Provençal d'origine , Honorat de
Beuil de Racan , Nicolas Boileau Despreaux
et Jean Baptiste- Henri du Trousset de Valincourt.
Les autres Articles ont aussi le
mérite d'instruire agréablement , et par
conséquent leur utilité .
J'avois dessein d'insérer ici celui de
Pierre Belon du Mans , le plus grand et
le plus curieux voyageur de son temps ,
mais j'aurois excedé les bornes d'une Lettre.
Deux ou trois Remarques que je ferai
sur son sujet suffiront ici. Belon étoit
grand Physicien , bon Médecin et habile
Botaniste mais il faut convenir qu'il
n'étoit ni Geographe ni Antiquaire , ni
I Vol.
bon
JUIN. 1734. 1173**
bon Critique , cela paroît par les differentes
méprises dans lesquelles il est tombé
à cet égard, et dont j'ai donné des preuve
ailleurs , dans le Livre de ses Observations
de plusieurs singularitez et choses memorables
trouvées en Grece , Asie , Judée ,
Egypte , Arabie et autres Pays étrangers
redigees en trois Livres , avec des Figures ,
imprimé pour la premiere fois à Paris
1553. in 4. C'est cependant un bon Livre
P'exactitude de l'Auteur et par sa capacité
dans tout ce qui concerne l'Histoire
naturelle des Pays qu'il a parcourus. Il a
été traduit en latin par Charles Clusius
d'Arras et imprimé à Anvers.en 1589 .
1. vol. 8 .
par
Belon étoit l'Eleve de Pierre Gilles
attaché au Cardinal d'Armagnac , lequel
a fait deux beauxOuvrages sur le Bosphore
de Thrace , et sur la Ville de Constantinople
, mais on prétend qu'il avoit
péu profité sous un si bon Maître pour
les autres connoissances qui lui manquoient.
De retour de ses voyages , il se
retira à l'Abbaye de S. Germain des Prez,
dont étoit alors Abbé le Cardinal de
Tournon , à qui il étoit fort étroitement
* P. Gilles a aussi écrit sur d'autres sujets . Son
Article est curieux dans le XXIII . T. des Memoires
p. 403.
: I. Vol. Fv attaché
174 MERCURE DE FRANCE
attaché. Suivant les Memoires du P. Niceron
, Belon fut assassiné près de Paris)
par un de ses ennemis , l'an 1564. étant
âgé d'environ 47. ans .
Outre son Voyage du Levant , sous
le nom d'Observations , & c. nous avons
du même Auteur plusieurs autres bons
Ouvrages sur differens sujets de l'Histoire
Naturelle , qui ont été publiés de son
vivant , les uns en Latin , les autres en
François.
des Memoires du R. P. Niceron.
J'ai à vous parler ici , Monsieur , du
XXIII. et du XXIV. volumes des Memoires
pour servir à l'Histoire des Hommes
Illustres dans la République des Lettres que
le Sr Briasson , Libraire rue S. Jacques ',
continuë de publier avec succè . Voici
les noms des Scavans dont il est parlé
dans le premier de ces deux Volumes.
Rodolphe Agricola , Jean- Louis Guez
de Balzac, François Bernier, Jean Bernier,
Jerome Bignon , Henri Blount , Denis de
Salvaing de Boissieu , Thomas Brovvne le
Médecin , Thomas Brovvne le Théologien,
Guillaume Camden , Marc- Antoine Ca-
1 Vol.
pelli
1160 MERCURE DE FRANCE
pelli , Thomas Corneille , Robert Creyghton,
Cristophe Davenport , Louis Duret , Ubo
Emmius,Guillaume Estius, Gabriel Fano,
Nicolas Faret, Pierre Gilles , George- Henri
Goetze , Louise Labé , Adam Littleton
Nicolas Lloyd , Olivier Maillard , Jean
Maldonat ,Pierre - Martyr d'Anghiera
Pierre- Martyr Vermilio , Etienne Pavillon,
Alexandre Piccolomini , François Piccolo
mini , Jean Price , Jules - Cesar Scaliger ;
Joseph-Juste Scaliger , Jean- Ginés de Sepulveda
, Antoine Sherley , Thomas Sher-
Ley , et André Thevet.
Entre tous ces Sçavants je n'en trouve
aucun de plus distingué et de plus Illustre
, que notre célébre Jerôme Bignon,
dont l'article par conséquent soit et plus
curieux & plus agréable à lire. Vous nie
sçaurez sans doute bon gré de l'avoir
choisi par préférence , et de le voir ici
tel qu'on le trouve dans nôtre Auteur,
JEROME BIGNon.
Jerôme Bignon , nâquit à Paris , l'an
1590. de Rolland Bignon , Avocat au
Parlement , d'une ancienne Famille originaire
d'Anjou , et de Marie Ogier ,
fille de Christophe Ogier aussi Avocat au
Parlement.
Rolland Bignon , qui est mal appellé
t
1
I Vol.
JcJUIN.
1734- 1161
Jerôme dans les opuscules de Loysel
page 582. né au mois de Fevrier de l'an
15. fut un des plus Sçavans hommes
de son siècle. Il avoit été Disciple de
Mrs Roaldés et Maran , fameux Jurisconsultes
de l'Université de Toulouze ;
et lorsque le premier se retira dans celle
de Cahors il laissa sa Chaire de Professeur
en Droit à Rolland Bignon, qui , comme
cetteProfession étoit alors très honorable,
y enseigna publiquement pendant une
année , et dicta d'excellents Paratitles sur
les 5 Livres des Décretales ; étant ensuite
venu à Paris il exerça avec beaucoup
de réputation la Profession d'Avocat ,
laquelle se bornoient alors plusieurs personnes
de naissance et de merite , qui
conservoient la modération des anciennes
Moeurs , et qui étoient prévenus d'une
espece d'aversion contre la validité des
charges introduite depuis peu . Après
avoir brillé dans le Bareau il devint celébre
dans les Consultations, et fut generalement
estimé comme un homme d'une
rare suffisance, etd'une probité singuliere .
Persuadé qu'il étoit plus redevable à
son fils qu'à tout autre il ne voulut confier
son éducation qu'à lui - même. Jerôme
Bignon n'eût pas besoin d'aller chercher
une autre Ecole pour aprendre les Lan
1Vol.
gues
1162 MERCURE DE FRANCE
gues , les Humanitez , l'Eloquence , la
Philosophie , les Mathematiques , l'Histoire
, la Jurisprudence , & la Theologie .
Il aprit sous un si excellent Maître toutes
ces Sciences avec une rapidité extraordinaire
, et se vit presque à la fin de ses
Etudes dans un âge où l'on ne commence.
gueres qu'à délibérer sur les
faire étudier les Enfans .
V
moyens
dev
Dès l'âge de dix ans il donna au Public
un essai de son Erudition qui lui fit dèslors
mériter la qualité d'Auteur . C'est
une Chorographie on Description de la Terre
Sainte , qui fût une preuve des conroissances
qu'il avoit déja acquises dans l'Histoire
, la Geographie et l'Ecriture Sainte,
il n'en demeura pas là , et on fût encore
surpris de voir trois ans après paroître
deux autres Ouvrages de sa composition ,
Ouvrages qui le firent connoître à tout
ce qu'il y avoit de personnes habiles et
considerables dans la France .
Le Roy Henry IV. ayant entendu
patler de lui voulut le voir , et le choisit
pour être en qualité d'Enfant d'Honneur
auprès du Dauphin qui fut depuis
le Roy Louis XIII .
Le jeune Bignon parût à la Cour avec
des manieres tout à fait aisées et polies.
L'austerité d'une Etude assidue n'avoit
I Vol. point
JUIN 1734.
1163
" 2
point obscurci les dispositions naturelles
qu'il avoit pour paroître dans le grand
monde , et le Tumulte et les Engagements
de la Cour ne fû ent point capables
d'affoiblir l'inclination qu'il se sentoit
pour les Sciences.
Il composa en ce tems- là un Traité de
l'Excellence des Rois et du Royaume de
France , pour prouver que les Rois de
France doivent avoir la préséance sur
tous les autres Rois , qui lui attira bien
des aplaudissements. Il le dédia au Roy
Henry IV. qui l'engagea par ordre exprès
à pousser plus loin ses recherches
sur cette matiere .
Mais la Mort funeste de ce Prince arrivée
peu de tems après interrompit ce.
Projet , et détermina même M.Bignon à se
retirer de la Cour. Ce ne fut pas cependant
pour long tems , il y fut bien tôt
rapellé à la sollicitation de Nicolas le
Fevre , nouveau Précepteur du Roy Louis
XIII. et ne put se défendre d'y demeufer
jusqu'à la mort de cet ami, Il travailla
dans cet intervale à l'Edition des Formules
de Marculphe.
En 1614. il fir un voyage en Italie ;
et y visita par tout les plus Illustres d'entre
les Sçavants , qu'il convainquit par
sa présence de ce que la Renommée leur
1. Vol. avoit
1164 MERCURE DE FRANCE
avoit apris de plus incroyable en sa faveur.
Le Pape Paul V. lui donna des marques
singulieres de son estime ; le Cardinal
de Sainte Suzanne , qui n'étoit alors
qne Sécretaire des Brefs , établit avec lui
un commerce d'amitié très étroit , et le
célébre Fra - Paolo charmé de sa conver
sation , l'arrêta quelque tems à Venise
pour en profiter.
Au retour de ce voyage M. Bignon se
donna tout entier aux exercices du Barreau
, où ses premieres actions eûrent un
grand succès .
Son pere le fit pourvoir en 16 20. d'une
Charge d'Avocat General au Grand Conseil
, dans les fonctions de laquelle il surpassa
tout ce qu'on pouvoit attendre de
lui , et il s'acquit une si grande réputation
, que le Roy quelque tems après lo
nomma Conseiller d'Etat , et enfin Avocat
General au Parlement à la place de
M. Servin sur la fin de l'année 1625 .
3
Tout le monde aplaudit à ce choix . Le
Clergé même qui avoit nommé des Députez
pour prier le Roy de faire revivre
en sa faveur l'Ancien Droit , suivant lequel
un des Avocats Generaux devoit
être Clerc , ayant sçû le choix que le
Roy avoit fait de M. Bignon , ne se
I Vol.
conJUIN.
1734. 1165
Contenta pas de renoncer à ses prétentions
on faveur de cet Illustre Magistrat , mais
députa encore vers Sa Majesté pour lui
en faire des remerciments, et vers M. Bignon
pour l'en féliciter.
En effet jamais cette importante place
n'avoit été remplie plus dignement 3 car
sans parler de ses talents naturels qu'on y
vit briller dans toute leur étendue, il signala
en mille occasions sa vigueur à soutenir
les interêts du Parlement , son zele inviolable
pour la justice et sa fermeté inébranlable
contre toutes les attaques de la
faveur. Vertus dont ses envieux entrepri
rent de lui faire des crimes ; après la harangue
sincere , quoique respectueuse
qu'il prononça devant le Roy Louis XIII.
séant en son Lit de Juftice pour la vérification
de quelques Edits . Mais ce Prince
justement prévenu en sa faveur , oposa
la parfaite connoissance qu'il avoit de ses
bonnes intentions aux complots et à l'avidité
des gens d'affaires déchaînez contre
sa trop grande probité.
En 1641. résolu de ne plus vaquer
qu'aux Emplois qu'il occupoit dans le
Conseil d'Etat , il céda sa Chargé d'Avocat
General à M. Briquet son Gendre .
L'année suivante le Cardinal de Richelieu
, quoiqu'assez mal intentionné à son
égard
1. Vol. F
1165 MERCURE DE FRANCE
que
égard , le fit nommer Grand- Maître de
la Bibliothéque duRoy , dans la persuasion
le Public le destinoit par avance à
cette Charge , et seroit choqué qu'elle
fut remplie par un autre. L'amour que
M. Bignon avoit pour les Lettres la lui
fit accepter , et son désinteressement lui
fit refuser dans la suite celle de Sur - Intendant
des Finances.
M. Briquet son Gendre étant mort en
1645. il fut obligé de reprendre sa Charge
pour la conserver à son fils , et continua
de l'exercer jusqu'à sa mort , quoique
de Premier Avocat General,il fut des
venu le second.
Il fut outre cela employé à d'autres
Affaires importantes pour l'Etat ; on sçait
combien il eût de part à l'Ordonnance
de 1639. et avec combien d'équité il
exerça les Commissions de l'Arriereban ,
des Amortissemens et du Domaine , qui
lui furent confiées en differents temps.
La Reine Anne d'Autriche l'apella pen
dant sa Regence aux Conseils les plus
importants.
Ce fut lui qui accommoda, les differends
de Mrs d'Avau et Servien , Plenipotentiaires
à Munster , et qui travailla
avec Mrs de Brienne et d'Emery au
Traité d'Alliance avec la Hollande en
IVol. 1649.
JUIN 1734. 1167
1649. Il fut aussi choisi en l'année 1651 .
pour regler la grande Affaire de la Succession
de Mantoüe , et en 1654. pour
conclure le Traité avec les Villes Anseatiques.
Enfin ce grand Homme qui avoit
toujours fait servir la pieté de baze aux
autres vertus qu'il avoit constamment
pratiqué , finit par une mort précieuse
devant Dieu , le cours d'une vie si glo-.
rieuse aux yeux des hommes. Il mourut
le 7 Avril 1656. d'un Asthme dont il
avoit été attaqué dès l'Automne précédent
, mais qui ne lui fit point cesser
ses fonctions ordinaires . Il étoit alors dans
sa 67, année. Il fut enterré à S. Nicolas
du Chardonnet , où vous avez vû son
Buste de Marbre , fait de la main de Gi
rardon , avec une longue Epitaphe qui
^ commence par ces mots : Hieronimus Bignon
,sui sæculi Amor , Decus , Exemplum,
Miraculum & c.
Iln'avoitjamais voulu permettre qu'on
fit son portrait , mais on le tira pendant
qu'il portoit la parole à la grand- Chambre
; c'est pour cela que Lochon qui l'a
gravé , a mis au bas ces mots. R. Lochon
ad vivumfurtim delineavit.
Voici le Catalogue de ses Ouvrages.
1. Chorographie on Description de la
Terre Sainte, Paris 1600. Cette Description-
A. 1 Vol. Fij . qu'il
1168 MERCURE DE FRANCE
qu'il publia à l'âge de 10 ans , est plus
exacte que toutes celles qui avoient paru
auparavant.
2. Discours de la Ville de Rome Prin
cipales Antiquitez , et singularitez d'icelle.
Paris 1604. in 8. Livre peu commun , dit
l'Abbé Lenglet , et qui vient d'une personne
qui joignoit à un grand goût une
extrême exactitude.
3. Traité Sommaire de l'Election des Pa
pes. Plus le Plan du Conclave. Paris 1605,
in 8. Il y a bien de l'érudition dans ce
petit Ouvrage.
4. De l'Excellence des Rois et du Royaume
de France , traitant de la Preséance et des
Prérogatives des Rois de France par dessus
tous les autres , et des causes d'icelles.
Paris 161c . in 8. Cet Ouvrage a été fait
pour refuter celui que Diego Valdès Con
seiller de la Chambre
Royale de Grenade
,
avoit publié pour soutenir
la Preséance
des Rois d'Espagne
, sous ce Titre : de
Dignitate
Regum Hispania. Granata 1602 . in fol
5. Marculfi Monachi Formula ex Biblioteca
Regia Hier. Bignonius edidit , es
Notis illustravit . Paris 1613. in 8.Idem Are.
gentorati.1655 in 4.Id. Editio.auctior. Accessit
Liber Legis Salica, a. f. R. Pithao , et
calem BignonisNotis illustratus.Paris 1666,
I Vol.
ink
JUIN. 1734- 1189
in 4. Cette seconde Edition qui est con
sidérablement augmentée , a paru par les
soins de ses Fils . Les Notes de M.Bignon
sont si remplies d'érudition et si justes
qu'elles font encore l'admiration des
Sçavants cependant il n'avoit que 23
ans lorsqu'il les donna pour la premiere
fois.
6.Voyage de François Pyrard de Laval,
contenant sa navigation aux Indes Orien
tales , Maldives , Moluques et au Brezil
Paris 1615. in 8. Id. nouvelle Edition augmentée
de divers Traitez. Paris 1679.in 8.
C'est à Jerôme Bignon que nous sommes
redevables de la publication de ce Voyage.
Les Découvertes de Pyrard , homme de
bon sens, mais incapable de s'énoncer par
écrit , seroient demeurées ensevelies dans
l'oubli , si M. Bignon ne l'eût attiré chez
lui , l'invitant même à sa table , et n'eût
pris soin de mettre tous les soirs sur le
papier , ce qu'il tiroit à différentes reprises
de ses entretiens.
Ubbo Emmius , Sçavant Hollandois du
XVI. siécle , fait encore une très bonne
figure dans ce 23. vol. desMem . du P.Niceron,
et l'article mérite d'être lû avec attention
. Il mourut à Groningue le 9 Decem
. 1625. dans sa 79 année. Il a composé
plusieurs bons Ouvrages , dont le plus
Fiij im- I. Vol.
170 MERCURE DE FRANCE
important est celui qui concerne l'An
cienne Grece , et dont voici le titre Vetus
Gracia illustrata complectens Descriptionem
Gracia , res gestas Græcorum, statum Rerumpublicarum
Græcarum. Lugd. Bat. Elzevir.
1626. 3. vol. 8.
>
, Emmius , dit l'Auteur des Memoires ,
qui vit commencer et peut- être finir cette
Edition mit écrit le 6 Decembre
par
1625. trois jours avant sa mort ce qu'il
en pensoit. L'Imprimeur , dit- il , a fait
deux fautes. 1. İl a mis mon Ouvrage
in 8. contre la promesse qu'il m'avoit
faite de l'imprimer in folio , et a rendu
ainsi inutiles des Tables Chorographiques
que j'avois dressées avec beaucoup de soin
en cette forme , pour y être inserées et
dont le Livre a indispensablement besoin,
2º. Il a fait traîner si fort en longueur
l'impression , que le chagrin qui m'est
survenu par la mort de mon fils Egbert,
et ensuite mes infirmitez m'ont empêché
de travailler à une ample Préface que
j'avois dessein de composer lorsque le
Livre seroit prêt à paroître , et dans laquelle
j'aurois fait une comparaison entre
les anciennes Republiques Grecques [ et
celles d'à- présent , montrant ce qu'il y a
* Ce Fils mourut à Orleans
Epitaphe que son Pere lui fit &c.
et on rapporte
1Vol. de
JUIN. 1734 7171
de bon et de mauvais dans les unes et
les autres.
L'Ouvrage d'Emmius a été inseré dans
les Antiquitez Grecques de Gronovius ,
tome 4. page 85. avec des additions
Anecdotes de sa façon . Le troisiéme tome
qui contient l'Etat des principales Republiques
de la Grece , a été imprimé séparement
l'an 1632. à Leyde , chez Elzevir
en 2 vol. in 24. pour être joint au corps
des petites Républiques .
Quand ce Sçavant Homme mourut il
travailloit à l'Histoire de Philippe Roy
de Macédoine et son dessein étoit d'y
montrer pour l'usage des Provinces unies,
par quels moyens ce Prince avoit opprimé
la liberté de la Grece. Il avoit déja
conduit l'Histoire jusqu'à la 15. année du
Regne de ce Monarque.
Au reste on doit sçavoir gré au P. Niceron
d'avoir donné à cet Auteur une/
place dans ces Memoires ; car je trouve
que malgré tout son mérite il n'est guere
connu du commun des Gens de Lettres ,
sur tout dans les Provinces. L'Auteur de
la * Dissertation Historique sur l'ancienne
* Cette Dissertation est dans le Recueil des
Piéces présentées à l'Académie de Marseille pour le
Prix de l'année 1727. avec les Distours prononcez
&c. A Marseille chez Jean- Baptiste Boy , e.
$727. Fiij Aca→
172 MERCURE DE FRANCE
Académie de Marseille, n'avoit sans doute
jamais rien vû par lui même de notre
Ubbe Emmins , puisqu'en le citant il fait
du même homme deux Auteurs différents.
C'est dans la même citation que du Boulay
en latin Bullaus , Auteur de l'Histoire Latine
de l'Université de Paris , est nommé
Bouilland , par une assez plaisante méprise.
>
Passons au XXIV. Tome des Memoires.
De trente-sept Articles de Sçavans
qui le composent , je ne vous nommerai
que ceux pour lesquels je prévois que vous
vous interesserez , tels sont Juste Lipse
Pierre Belon , Pierre Patrix on Patris de
Caën , Provençal d'origine , Honorat de
Beuil de Racan , Nicolas Boileau Despreaux
et Jean Baptiste- Henri du Trousset de Valincourt.
Les autres Articles ont aussi le
mérite d'instruire agréablement , et par
conséquent leur utilité .
J'avois dessein d'insérer ici celui de
Pierre Belon du Mans , le plus grand et
le plus curieux voyageur de son temps ,
mais j'aurois excedé les bornes d'une Lettre.
Deux ou trois Remarques que je ferai
sur son sujet suffiront ici. Belon étoit
grand Physicien , bon Médecin et habile
Botaniste mais il faut convenir qu'il
n'étoit ni Geographe ni Antiquaire , ni
I Vol.
bon
JUIN. 1734. 1173**
bon Critique , cela paroît par les differentes
méprises dans lesquelles il est tombé
à cet égard, et dont j'ai donné des preuve
ailleurs , dans le Livre de ses Observations
de plusieurs singularitez et choses memorables
trouvées en Grece , Asie , Judée ,
Egypte , Arabie et autres Pays étrangers
redigees en trois Livres , avec des Figures ,
imprimé pour la premiere fois à Paris
1553. in 4. C'est cependant un bon Livre
P'exactitude de l'Auteur et par sa capacité
dans tout ce qui concerne l'Histoire
naturelle des Pays qu'il a parcourus. Il a
été traduit en latin par Charles Clusius
d'Arras et imprimé à Anvers.en 1589 .
1. vol. 8 .
par
Belon étoit l'Eleve de Pierre Gilles
attaché au Cardinal d'Armagnac , lequel
a fait deux beauxOuvrages sur le Bosphore
de Thrace , et sur la Ville de Constantinople
, mais on prétend qu'il avoit
péu profité sous un si bon Maître pour
les autres connoissances qui lui manquoient.
De retour de ses voyages , il se
retira à l'Abbaye de S. Germain des Prez,
dont étoit alors Abbé le Cardinal de
Tournon , à qui il étoit fort étroitement
* P. Gilles a aussi écrit sur d'autres sujets . Son
Article est curieux dans le XXIII . T. des Memoires
p. 403.
: I. Vol. Fv attaché
174 MERCURE DE FRANCE
attaché. Suivant les Memoires du P. Niceron
, Belon fut assassiné près de Paris)
par un de ses ennemis , l'an 1564. étant
âgé d'environ 47. ans .
Outre son Voyage du Levant , sous
le nom d'Observations , & c. nous avons
du même Auteur plusieurs autres bons
Ouvrages sur differens sujets de l'Histoire
Naturelle , qui ont été publiés de son
vivant , les uns en Latin , les autres en
François.
Fermer
Résumé : LETTRE de M.... sur la Continuation des Memoires du R. P. Niceron.
La lettre traite des volumes XXIII et XXIV des 'Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres dans la République des Lettres', publiés par le libraire Briasson. Elle met en lumière plusieurs savants, notamment Jérôme Bignon, né à Paris en 1590. Fils de Rolland Bignon, avocat au Parlement, et de Marie Ogier, Jérôme Bignon reçut une éducation complète incluant les langues, les humanités, l'éloquence, la philosophie, les mathématiques, l'histoire, la jurisprudence et la théologie. À dix ans, il publia une 'Chorographie ou Description de la Terre Sainte', suivie de deux autres ouvrages à treize ans. Le roi Henri IV, impressionné par son érudition, le nomma Enfant d'Honneur auprès du Dauphin. Bignon composa un traité sur l'excellence des rois de France, dédié à Henri IV. Après la mort du roi, il se retira temporairement de la cour avant d'y revenir à la demande de Nicolas Le Fèvre, précepteur de Louis XIII. En 1614, il voyagea en Italie, où il rencontra plusieurs savants illustres et reçut des marques d'estime du pape Paul V et du cardinal de Sainte Suzanne. De retour en France, Bignon reprit ses activités au barreau et fut nommé avocat général au Grand Conseil en 1620. En 1625, il devint conseiller d'État et avocat général au Parlement. Il céda sa charge d'avocat général en 1641 et fut nommé grand-maître de la Bibliothèque du Roi par le cardinal de Richelieu en 1642. Bignon fut impliqué dans plusieurs affaires importantes pour l'État, notamment l'ordonnance de 1639 et les traités de Munster et d'Alliance avec la Hollande. Il mourut le 7 avril 1656 à l'âge de 67 ans. Ses œuvres incluent la 'Chorographie de la Terre Sainte', des discours sur Rome, un traité sur l'élection des papes, et des éditions de textes juridiques. La lettre mentionne également Ubbo Emmius, un savant hollandais du XVIe siècle, connu pour son ouvrage sur l'ancienne Grèce. L'auteur exprime sa gratitude au Père Niceron pour avoir donné une place à cet auteur dans ses mémoires, notant qu'Emmius est peu connu parmi les gens de lettres. Le texte évoque également l'œuvre d'Emmius, insérée dans les 'Antiquités Grecques' de Gronovius, et mentionne ses travaux sur les républiques grecques et l'histoire de Philippe II de Macédoine. Le texte traite également de Pierre Belon, un grand voyageur, physicien, médecin et botaniste. Bien que ses compétences en géographie, antiquités et critique soient jugées insuffisantes, Belon a rédigé plusieurs ouvrages sur l'histoire naturelle des pays qu'il a visités, traduits en latin par Charles Clusius. Le texte mentionne également Pierre Gilles, maître de Belon, et ses œuvres sur le Bosphore de Thrace et Constantinople. Belon a été assassiné près de Paris en 1564 à l'âge d'environ 47 ans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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88
p. 1183-1186
PRIX proposé par l'Académie Royale des Sciences pour l'année 1736.
Début :
Feu M. Roüillé de Meslay, ancien Conseiller au Parlement de Paris, ayant conçu le noble [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences, Prix, Devise, Secrétaire, Récépissé, Testament, Orbites des planètes, Sentence, Système général du monde, Astronomie physique, Pièces
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRIX proposé par l'Académie Royale des Sciences pour l'année 1736.
PRIX proposé par l'Académie Royale
des Sciences pour l'année 1736.
Eu M. Rouillé de Melay , ancien Conseiller
Fu Marement de Paris , ayant no
au Parlement de Paris , ayant conçu le noble
dessein de contribuer au progrès des Sciences
, et à l'utilité que le Public en pouvoit reti
ter, a legué à l'Académie Royale des Sciences
un fonds pour deux Prix , qui seront distribucz
à ceux qui , au jugement de cette Compagnie
auront le mieux réussi sur deux differentes sorrés
de Sujets , qu'il a indiquez dans son Testament
, et dont il a donné des exemples.
Les Sujets du premier Prix regardent le Syste
me general du Monde; et l'Astronomie Physique.
Ce Prix devroit être de 2000. livres , aux termes
du Testament , et se distribuer tous les ans,
Mais la diminution des Rentes a obligé de ne
le donner que tous les deux ans , afin de le rendre
plus considerable , et il sera de 1500. livres.
Les Sujets du second Prix regardent la Navigation
et le Commerce .
Il ne se donnera que tous les deux ans , et scra
de 2000. livres .
L'Académie , lorsqu'elle proposa la question
sur l'Inclinaison des Plans des Orbites des Pla-
1. Vol. netes
1184 MERCURE DE FRANCE
netes , en désiroit la solution plus qu'elle ne l'est
peroit ; aucun des ouvrages qui lui furent envoyez
ne lui parut mériter le Prix de l'annéc
1732. et elle laissa encore pour deux ans la même
matiere proposée aux recherches des Sçavans
avec un Prix double . L'Académie voit aujourd'hui
le succès de son délai ; parmi les Pieces
qu'elle a reçûës , elle en a trouvé deux qui méritent
le Prix et qui , par des beautez differentes ,
lui ont paru chacune y avoir un droit égal .
Dans ce cas , où l'égalité ne permet pas de
choisir , et semble d'elle - même établir la loi
de récompenser également des mérites égaux
l'Académie est encore authorisée par l'Arrêt du
Parlement qui a expliqué le Testament de M.de
Meflay ; elle a donc jugé que le Prix double de
cette année seroit partagé également entre les
deux Auteurs des Pieces dont les ' numeros sont
19. et 20. * la Devise de celle- cy est ,
Felices anima quibus hac cognoscere primùm.
Inque domos superas scandere cura fuit.
Et celle de la Piece 19. Virtutum pretium in ipais
est , et rectè facti merces est, fecisse.
Cependant l'Académie avant que de prononcer
son jugement avoit ré olu de renouveller dans
cette occasion un avertissement qu'elle à déja
fait autrefois : Comme elle ne restraint à aucun
Sistême les explications qu'elle demande des Phénomenes
, le suffrage aussi qu'elle donne à ces explications
n'est point une adoption des principes sur
lesquels elles sont fondées , ni de toutes les conséquences
qu'on en tire.
Les trois Pieces qui ont le plus approché du
* Les Numeros marquent seulement l'ordre dans
lequel les Pieces ont été reçûës.
I. Vol.
Prix
JUIN, 1714. 1185.
Prix , sont la Piece 26. dont la Devise est , Deus
autem noster in coelo omnia quacumque voluit , fecit
, la Piece 17. dont la Devise est , Emendantur
priora posterioribus , et la Piece 28 dont la Devise
inclinavit cælos , et descendit , et caligo sub
est ,
pedibus ejus.
M. Jean Bernoulli , Professeur en Mathématique
à Bâle , et M. Daniel Bernoulli , son fils ,
qui l'a été à Petersbourg , ont remporté le Prix
de 1734-
L'Académie se conformant aux vûës et aux
intentions du Testateur , propose pour sujet du
premier Prix qui tombe dans l'année 1736 .
Comment se fait la Propagation de la Lumiere.
Les Sçavans de toutes les Nations sont invitez
à travailler sur ces Sajets , et même les Associez
Etrangers de l'Académie. Elle s'est fait la Loi
d'exclure les Académiciens regnicoles de piétendre
aux Prix .
Ceux qui composeront sont invitez à écrire en
François ou en Latin , mais sans aucune obligation.
Ils pourront écrire en telle Langue qu'ils
voudront , et l'Académie fera traduire leurs Ou
vrages .
On les prie que leurs Ecrits soient fort lisibles,
sur tout quand il y aura des Calculs d'Algebre .
Ils ne mettront point leurs noms à leurs Onvrages
, mais seulement une Sentence ou Devise.
Ils pourront , s'ils veulent , attacher à leur Ecrit
un Billet séparé et cacheté par eux , où seront ,
avec cette même Sentence, leur nom , leurs qualitez
et leur adresse ; et ce Billet ne sera ouvert
par l'Académie , qu'en cas que la Piece ait remporté
le Prix.
Ceux qui travailleront pour le Prix , adresseront
leurs Ouvrages à Paris au Secretaire perpe-
I. Vol. tuel
1186 MERCURE DE FRANCE
ruel de l'Académie , ou les lui feront remettre
entre les mains. Dans ce second cas le Secretaire
en donnera en même- temps à celui qui les fui`
aura remis son Récepissé , où sera marquée la
Sentence de l'Ouvrage et son numero selon l'ordre
ou le temps dans lequel il aura été reçû.
Les Ouvrages ne seront reçûs que jusqu'au premier
Septembre 1735. exclusivement.
L'Académie à son Assemblée publique d'après
Pâques 1736.proclamera la Piece qui aura ce Prix.
S'il y a un Récepissé du Secretaire pour la
Piece qui aura remporté le Prix , le Trésorier de
l'Académie délivrera la somme du Prix à celui
qui lui rapportera ce Récepissé. Il n'y aura à ce
la nulle autre formalité.
S'il n'y a pas de Récepissé du Secretaire , le
Trésorier ne délivrera le Prix qu'à l'Auteur même
, qui se fera connoître , ou au Porteur d'une
Procuration de sa part.
des Sciences pour l'année 1736.
Eu M. Rouillé de Melay , ancien Conseiller
Fu Marement de Paris , ayant no
au Parlement de Paris , ayant conçu le noble
dessein de contribuer au progrès des Sciences
, et à l'utilité que le Public en pouvoit reti
ter, a legué à l'Académie Royale des Sciences
un fonds pour deux Prix , qui seront distribucz
à ceux qui , au jugement de cette Compagnie
auront le mieux réussi sur deux differentes sorrés
de Sujets , qu'il a indiquez dans son Testament
, et dont il a donné des exemples.
Les Sujets du premier Prix regardent le Syste
me general du Monde; et l'Astronomie Physique.
Ce Prix devroit être de 2000. livres , aux termes
du Testament , et se distribuer tous les ans,
Mais la diminution des Rentes a obligé de ne
le donner que tous les deux ans , afin de le rendre
plus considerable , et il sera de 1500. livres.
Les Sujets du second Prix regardent la Navigation
et le Commerce .
Il ne se donnera que tous les deux ans , et scra
de 2000. livres .
L'Académie , lorsqu'elle proposa la question
sur l'Inclinaison des Plans des Orbites des Pla-
1. Vol. netes
1184 MERCURE DE FRANCE
netes , en désiroit la solution plus qu'elle ne l'est
peroit ; aucun des ouvrages qui lui furent envoyez
ne lui parut mériter le Prix de l'annéc
1732. et elle laissa encore pour deux ans la même
matiere proposée aux recherches des Sçavans
avec un Prix double . L'Académie voit aujourd'hui
le succès de son délai ; parmi les Pieces
qu'elle a reçûës , elle en a trouvé deux qui méritent
le Prix et qui , par des beautez differentes ,
lui ont paru chacune y avoir un droit égal .
Dans ce cas , où l'égalité ne permet pas de
choisir , et semble d'elle - même établir la loi
de récompenser également des mérites égaux
l'Académie est encore authorisée par l'Arrêt du
Parlement qui a expliqué le Testament de M.de
Meflay ; elle a donc jugé que le Prix double de
cette année seroit partagé également entre les
deux Auteurs des Pieces dont les ' numeros sont
19. et 20. * la Devise de celle- cy est ,
Felices anima quibus hac cognoscere primùm.
Inque domos superas scandere cura fuit.
Et celle de la Piece 19. Virtutum pretium in ipais
est , et rectè facti merces est, fecisse.
Cependant l'Académie avant que de prononcer
son jugement avoit ré olu de renouveller dans
cette occasion un avertissement qu'elle à déja
fait autrefois : Comme elle ne restraint à aucun
Sistême les explications qu'elle demande des Phénomenes
, le suffrage aussi qu'elle donne à ces explications
n'est point une adoption des principes sur
lesquels elles sont fondées , ni de toutes les conséquences
qu'on en tire.
Les trois Pieces qui ont le plus approché du
* Les Numeros marquent seulement l'ordre dans
lequel les Pieces ont été reçûës.
I. Vol.
Prix
JUIN, 1714. 1185.
Prix , sont la Piece 26. dont la Devise est , Deus
autem noster in coelo omnia quacumque voluit , fecit
, la Piece 17. dont la Devise est , Emendantur
priora posterioribus , et la Piece 28 dont la Devise
inclinavit cælos , et descendit , et caligo sub
est ,
pedibus ejus.
M. Jean Bernoulli , Professeur en Mathématique
à Bâle , et M. Daniel Bernoulli , son fils ,
qui l'a été à Petersbourg , ont remporté le Prix
de 1734-
L'Académie se conformant aux vûës et aux
intentions du Testateur , propose pour sujet du
premier Prix qui tombe dans l'année 1736 .
Comment se fait la Propagation de la Lumiere.
Les Sçavans de toutes les Nations sont invitez
à travailler sur ces Sajets , et même les Associez
Etrangers de l'Académie. Elle s'est fait la Loi
d'exclure les Académiciens regnicoles de piétendre
aux Prix .
Ceux qui composeront sont invitez à écrire en
François ou en Latin , mais sans aucune obligation.
Ils pourront écrire en telle Langue qu'ils
voudront , et l'Académie fera traduire leurs Ou
vrages .
On les prie que leurs Ecrits soient fort lisibles,
sur tout quand il y aura des Calculs d'Algebre .
Ils ne mettront point leurs noms à leurs Onvrages
, mais seulement une Sentence ou Devise.
Ils pourront , s'ils veulent , attacher à leur Ecrit
un Billet séparé et cacheté par eux , où seront ,
avec cette même Sentence, leur nom , leurs qualitez
et leur adresse ; et ce Billet ne sera ouvert
par l'Académie , qu'en cas que la Piece ait remporté
le Prix.
Ceux qui travailleront pour le Prix , adresseront
leurs Ouvrages à Paris au Secretaire perpe-
I. Vol. tuel
1186 MERCURE DE FRANCE
ruel de l'Académie , ou les lui feront remettre
entre les mains. Dans ce second cas le Secretaire
en donnera en même- temps à celui qui les fui`
aura remis son Récepissé , où sera marquée la
Sentence de l'Ouvrage et son numero selon l'ordre
ou le temps dans lequel il aura été reçû.
Les Ouvrages ne seront reçûs que jusqu'au premier
Septembre 1735. exclusivement.
L'Académie à son Assemblée publique d'après
Pâques 1736.proclamera la Piece qui aura ce Prix.
S'il y a un Récepissé du Secretaire pour la
Piece qui aura remporté le Prix , le Trésorier de
l'Académie délivrera la somme du Prix à celui
qui lui rapportera ce Récepissé. Il n'y aura à ce
la nulle autre formalité.
S'il n'y a pas de Récepissé du Secretaire , le
Trésorier ne délivrera le Prix qu'à l'Auteur même
, qui se fera connoître , ou au Porteur d'une
Procuration de sa part.
Fermer
Résumé : PRIX proposé par l'Académie Royale des Sciences pour l'année 1736.
En 1736, l'Académie Royale des Sciences a institué deux prix grâce à un legs de M. Rouillé de Meslay, ancien conseiller au Parlement de Paris. Le premier prix, d'une valeur de 1500 livres, concerne le système général du monde et l'astronomie physique, et est attribué tous les deux ans. Le second prix, de 2000 livres, porte sur la navigation et le commerce, également attribué tous les deux ans. Pour l'année 1732, l'Académie avait proposé une question sur l'inclinaison des plans des orbites planétaires, mais aucun ouvrage n'avait mérité le prix. En 1734, deux œuvres ont été jugées dignes du prix double, partagé entre les auteurs des pièces numéros 19 et 20. Les devises des œuvres lauréates étaient 'Felices anima quibus hac cognoscere primum' et 'Virtutum pretium in ipsis est, et rectè facti merces est, fecisse'. L'Académie a renouvelé un avertissement précisant que son suffrage sur les explications des phénomènes n'implique pas l'adoption des principes sur lesquels elles sont fondées. Les pièces les plus proches du prix étaient les numéros 26, 17 et 28. Pour le prix de 1736, l'Académie propose le sujet 'Comment se fait la propagation de la lumière'. Les savants de toutes les nations sont invités à soumettre leurs travaux en français ou en latin, ou dans toute autre langue de leur choix. Les œuvres doivent être envoyées au secrétaire perpétuel de l'Académie avant le 1er septembre 1735. Le prix sera proclamé lors de l'assemblée publique d'après Pâques 1736.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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89
p. 1291-1306
DISCOURS CRITIQUE, sur l'état des Sciences dans l'étenduë de la Monarchie Françoise, sous Charlemagne.
Début :
Les Sciences ont leurs révolutions aussi bien que les Empires, il est un [...]
Mots clefs :
Charlemagne, Sciences, Discours critique, Génie, Goût, Maîtres, Savants, Langue, Arts, Hommes, Peuples, Esprit, Jeunesse, Nature, Lumières, Conciles, Sang, Esprits, Politesse
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS CRITIQUE, sur l'état des Sciences dans l'étenduë de la Monarchie Françoise, sous Charlemagne.
DISCOURS CRITIQUE ,
sur l'état des Sciences dans l'étendue de
la Monarchie Françoise , sous Charlemagne.
L
"
Es Sciences ont leurs révolutions
aussi bien que les Empires , il est un
tems où elles sont florissantes ce tems
passé , elles ne font plus que languir ;
quelquefois elles se relevent et se soutiennent
avec assez d'honneur ; et quelquefois
aussi elles tombent pour ne se
relever jamais . Elles ont comme le Soleil
leurs solstices et leurs périodes ; elles
aiment à passer de climats en climats
et souvent après avoir éclairé quelques
IL. Vol.
B.vj
Con
و
1292 MERCURE DE FRANCE
contrées , elles se plongent , pour ainst
dire , dans l'abîme , et vont porter leurs
lumieres à des peuples nouveaux. Ainsi
après avoir autrefois parcouru les plus
belles régions de l'Orient où elles prirent
naissance , les vit- on passer dans la Grece
d'où elles se répandirent dans quelques
Provinces de l'Empire Romain ; et par
tout elles éprouverent des changemens
considérables er des alternatives , qui les
firent souvent paroître sous des faces differentes.
Quelle est la cause de ces révolutions a
est- ce l'influence des Astres ? la température
de l'air ou la qualité des esprits ,
dont nos corps sont animés et qui changent
avec les genérations et les aspects
du Soleil ? tout cela peut y contribuer :
mais tout cela n'explique pas d'une maniere
assez sensible la cause de ces fre
quentes vicissitudes ; il en est une plus
simple , et qui servira de baze à tout
ce que je dirai dans ce Discours . La
Science est attachée au gout des peuples
qui la cultivent , c'est le gout qui lui
donne sa qualité , son prix , son excellence
; or le gout se conforme toujours
au génie , le génie se regle ordinairement
sur les maximes , et les maximes changent
avec les circonstances des tems et
11. Vel. des
JUIN. 1734. 1293
des lieux. D'ailleurs , et c'est ici le point
capital , ce gout exquis , ce génie vaste
et sublime , si nécessaires à la perfection
des Sciences , sont des dons que le Ciel ne
répand pas toujours sur la terre , et qu'il
ne communique qu'à un petit nombre
d'hommes privilegiez .
En faut il davantage pour prouver
que la Science doit se ressentir de l'instabilité
propre à toutes les choses humaines
? C'est sur ce plan , que je vais exposer
aujourd'hui l'état où se trouvoient
les Sciences dans l'étendue de la Monarchie
Françoise au tems de Charlemagne .
Le gout pour lors étoit si corrompu , que
jamais on ne put le rectifier , le génie
tenoit beaucoup du barbare , et les maxime
n'avoient rien de noble ni de délicat.
Quel étoit donc l'état où se trouvoient
les Sciences ? Il ne pouvoit guere être
plus pitoyable. Je n'en veux point d'autres
preuves que ce qui nous reste de monumens
de ces tems qu'on peut dire
malheureux . Si ce que je dirai ne fait pas
beaucoup d'honneur au siécle de Charlemagne
, il en fera du moins à la verité ,
et c'est tout ce que je me proposé dans
ce Discours.
Depuis que les Gots, les Bourguignons.
et les Francs s'étoient établis dans les
11 Vol.
Gall
1294 MERCURE DE FRANCE
Gaules , la ferocité de ces peuples barbares
s'étoit communiquée aux naturels du
pays,qui ne firentplus avec leurs nouveaux
maîtres , qu'une même et seule nation .
Nos Gaulois changerent de maximes en
changeant de Souverains , la douceur de
leur génie s'altéra bien - tôt , et du mélange
qui se fit de leur sang avec le -sang
Germanique se forma un génie singulier
plus barbare que poli ; les travaux Militaires
qui furent assez long - tems leur
principal exercice , firent disparoître avec
le peu de politesse qu'on avoit puisé dans
le commerce des Romains , le gout des
Sciences et l'amour de l'étude ; on ne
suspendit ces travaux que pour se jetter
dais le sein de la mollesse ; les esprits
incultes n'étant animez d'aucun noble
motif s'énerverent bien- tôt , et l'on se
plongea dans un assoupissement si profond
, qu'il n'y eut que les désordres affreux
dont les Sarazins d'Espagne inondérent
la France sous Charles Martel et sous
Pepin qui pussent les reveiller ; le besoin
pressant et la necessité les animérent
plutôt qu'une noble émulation ; la gloire
avec tous ses appas ne pouvoit toucher
des hommes à demi barbares ; elle auroit
élevé les esprits en les polissant . On vôla
tout à coup aux armes , on se couvrit de
II. Val. sang
JUIN. 1734 1295
sang et de poussiere dans les champs de
Mars , et personne ou presque personne
ne songcoit à cultiver son esprit ; depuis
l'embouchure du Rhône , jusques à celle
du Rhin , des Alpes aux Pirenées , à peine
pouvoit- on trouver quelques vestiges des
Sciences ; il n'en étoit pas même resté la
moindre trace dans ces belles Provinces
( a ) si fécondes autrefois en Sçavans
Hommes.
"
L'Eglise depuis très-long- tems leur
avoit servi d'azile les Ministres des
Autels étoient devenus les dépositaires
de ces précieux Trésors : mais cette Eglise
étoit elle-même entierement défigurée ;
tout le Clergé croupissoit dans la plus
profonde ignorance. Qu'il me soit permis
d'exposer en peu de mots la triste.
situation où se trouvoit l'Ordre de l'Etat
le plus Saint et le plus éclairé.. Les Chanoines
suivant la regle de Grodegang
leur Réformateur n'étoient obligez qu'à
chanter les louanges de Dieu , et le reste
de leur tems ils devoient le donner au
travail de leurs mains ; c'étoit toute l'occupation
des plus réguliers ; la regle
n'exigeoit rien davantage , et tout nous
porte à croire qu'ils se renfermoient étroitement
dans les bornes de leurs obliga-
( a ) Ly Gaule Aquitanique et la Lyonnoise..
II. Vol. tions.
1296 MERCURE DE FRA CE
tions. Les Moines malgré le premier esprit
de leur Institut , avoient presque
toujours fait profession de cultiver les
Sciences ; ils s'étoient sur ce point conformez
en Occident à la sage pratique
des Orientaux , et leurs maisons étoient
devenuës les Séminaires où se formoient
les plus Saints et les plus Sçavans Ministres
de l'Eglise : mais depuis près d'un
siécle ces saintes retraites étoient , sur
tout en France , le centre de l'oisiveté.
Les Moines loin de s'enrichir des dépoüilles
des Peres , dont ils étoient les
possesseurs , se contentoient de les sçavoir
lire et copier , les plus éclairez parvenoient
jusqu'à les comprendre , aucun
n'osoit prendre l'essor ni marcher sur les
traces de ces grands Modéles ; le respect
m'empêche de parler de l'Episcopat destiné
particulierement à éclairer les peuples
; les Capitulaires de Charlemagne ,
et les Actes des Conciles Provinciaux qui
se tinrent dans ces tems - là ne publient
que trop la honte de ce Corps respectable.
Pour tout dire en deux mots , le sel
de la terre avoit perdu sa force , l'or
s'étoit obscurci , les horreurs de la guerre,
et la mollesse avoient , comme à l'envi ,
porté la désolation dans l'Etat , la corruption
dans les moeurs , et la grossiereté
II. Vol. dars
JUIN 1734. 1297
dans les esprits. Achevons de mettre ce
tableau dans tout son jour . Deux ou trois
traits des plus marquez lui donneront
cet air de ressemblance dont il a besoin
pour être veritable...
Les beaux Arts sont , comme tout le
monde sçait , une partie essentielle de la
Science, ils en sont la baze et l'ornement.
Ces Arts, fondés sur la nature , mais que
la nature n'apprend pas , étoient presque
entierement ignorés ; on ne les enseigna
dans aucun endroit du Royaume avant
Charlemagne , dit une ancienne Cronique
des Rois de France . Ante ipsum enim
Dominum Regem Carolum in Gallia nullibi
studiumfuerat liberalium Artium . Appuions.
un témoignage si fort et si décisif des
preuves les plus autentiques ; elles sont
tirées des ordres réïterés du Prince pour
l'établissement des Ecoles ; je vais les
exposer simplement telles qu'on les lit
dans le Receuil des Conciles de France.
Charlemagne au retour de son troisiéme
Voyage d'Italie l'an787, par une( 1 ) Lettre
circulaire adressée à tous les Evêques et
aux Abbez ( Lettre que je voudrois pou-.
voir rapporter ici toute entiere , mais
que je me contenterai de citer plus d'une
fois ) leur recommande d'établir dans
( 1 ) Tome 2. Conc. Gall. p. 32 .
II. Vol. des
1298 MERCURE DE FRANCE
leurs Chapitres et dans leurs Monasteres
des Ecoles où l'on forme la jeunesse à
l'Etude des Lettres et à la pięté . Et par
le Capitulaire soixante - douzième d'Aixla
Chapelle , il veut que dans ces mêmes
maisons on apprenne aux jeunes gens à
lire , à psalmodier , à écrire , à compter ,
et les regles de la Grammaire. Ut scola
Legentium puerorum fiant psalmos * notas
computum , Grammaticam , per singula Monasteria
et Episcopia discant . Les Conciles
Provinciaux qui se tinrent sous ce même
*
* Notas. Je crois qu'il faut entendre ce terme
de l'Ecriture , pour deux raisons . 1º . Parce qu'il
s'agit dans cet endroit de ce qu'il faut apprendre à
la jeunesse ; il est fait mention de la lecture , de
la psalmodie ou du chant , de la Grammaire ;
pourquoi auroit -on obmis l'Ecriture également nécessaire
à la jeunesse . 2. Ces caractéres nets et
distincts, qui sans jamais changer, diversifient par
leur mélange les differens objets qu'ils représentent,
n'étoient pas alors fort en usage ; ils n'étoient connus
que des Sçavans ; Charlemagne lui- même, si
nous en croyons Eginard, n'apprit que très tard et
presque sans succès à les former. Tentabat scribere .
sed parum prosperè successit labor præposterus
ac sero inchoatus. L'Ecriture commune consistoit
dans de grands traits informes , arbitraires pour la
plupart , et sujets au changement. C'est ce qui paroit
par les anciennes Chartres et par quelques monumens
lapidaires et metalliques , qui sont parvenus
jusqu'à nous sur quoi on peut consulter la Diplo
matique du P. Mabillon .
II Vol.
EmJUIN.
1734. 1299
Empereur, les s'expliquent à peu près dans
les mêmes termes. Les Arts qui sont la
partie des Sciences la plus simple et la
plus facile , n'étoient donc pas enseignési
et par une suite nécessaire , ils étoient
ignorez d'une nation qui n'avoit ni disposition
pour s'y former de soi- même ,
ni la volonté de les apprendre. Que devons-
nous penser des hautes Sciences ,
des Sciences abstraites et difficiles , si celles
qui sont plus aisées , cellesqui sont la baze,
n'étoient pas connus , Encore un nouveau
trait; il achevera de mettre ce que nous
venons de dire dans la derniere évidence.
Les Langues sont l'instrument general
des Sciences , l'organe de l'esprit , l'image
de la pensée , l'interprete du goût , et
le theatre où le genie se développe . La
Langue Teutonique , rude et grossiere
étoit celle de nos nouveaux Maîtres , conforme
à leur genie ; elle n'a rien de cette
douceur ni de cette politesse que demandent
les Sciences. La Grecque ,harmonieuse
, douce et énergique ne me paroît pas
avoir été bien connue au Sçavant Alcuin ,
et j'ai peine à croire sur le seul témoignage
d'Eginard , Charlemagne lait
jamais bien comprise ; toutes les apparencescombattent
l'un et l'autre fair.La Langue
Latine avoit été long - tems dominan-
11. Vol. tc
100 MERCURE DE FRANCE
te dans les Gaules , les Francs l'avoient
adoptée pour les Actes publics ; elle étoit
sur tout destinée aux Ouvrages d'esprit:
mais cette Langue si noble , si polie étoit
devenue la proye du barbarisme , le genie
et le tour de la Teutonique s'étoient glissés
dans l'idiome Romain , et de ce lliage
s'étoit formé un langage dur , sans
cadence , sans pureté , sans ortographe
Il falloit, sans doute, qu'il fut défectueux
au suprême dégré pour blesser les oreilles
de Charlemagne , que l'on ne peut pas
dire avoir été trop délicates.
Ecoutons ce Prince parler dans la Lettre
que nous avons déja citée aux Evêques
et Abbés , c'est -à - dire, aux plus Sçavans
hommes de son Royaume. J'ai reconnu
, leur dit- il , dans la plûpart des
Ecrits que vous m'avez envoyés assez de
justesse dans les sentimens , et beaucoup de
grossiereté dans le langage; et j'ai compris
que pour avoir négligé de vous instruire
Vous avez peine à exprimer les pieus
reflexions que vous avez puisées dans
Meditation . Ce ne fut qu'avec le
>
* Cognovimus in plerisque prafatis conscript
bus vestris eorumdem et sensus rectos et serr.
incultos , quia quod pia devotio interius fidelite
tabat , hoc exterius propter negligentiam dis
lingua inerudita exprimere sine reprehensi: •
alebat.
JUIN. 1734. 1301
cours des Maîtres de Grammaire qui vinrent
d'Italie , qu'on épura la Langue
Latine , et qu'on en banit les expressions
Teutoniques dont elle étoit infectée;
elles se refugierent dans le Romain ou Latin
vulgaire , qui s'étant peu à peu purifié
et poli est devenu depuis une des plus
belle Langue du monde. Mais on ne
réussit pas à rendre à la Langue Latine sa
beauté naturelle , on exprima toujours
grossierement ce que l'on pensoit sans
délicatesse . Il est inutile d'entrer dans un
plus long détail ; ce que nous avons dit
est plus que suffisant pour prouver combien
étoit triste la situation des Sciences
quand Charlemagne entreprit de les rétatablir.
Voyons comment il s'y prit , quels
Maîtres il employa pour seconder son
dessein , quel en fut les succès.
Charles , surnommé le Grand, pour ses
grandes qualités encore plus que pour ses
grandes actions , fut un de ces hommes
rares , que la Nature se plaît de tems en
tems à former et sur qui la fortune ou
pour parler plus juste , la Providence divine,
répand ses faveurs avec complaisan
ce ; genie superieur , hardi , ferme , pénétrant
, il ne lui manqua du côté de l'esprit
que ce que son siecle ne pouvoit lui
donner , je veux dire la politesse et le
II. Vol.
bon
`
1302 MERCURE DE FRANCE
bon goût. Les vertus qui font les veritables
Heros , sembloient nées avec lui ;
la magnanimité , la droiture , là prudence
, la bonté , la Religion faisoient son
caractere , et se déployoient dans toutes
ses actions ; Maître d'une partie considerable
de l'Europe , cheri particulierement
de ses Sujets, admiré de tout l'Univers ,
il songea encore à immortaliser son nom
en banissant l'ignorance de ses Etats ; entreprise
glorieuse et digne du plus grand
Prince qui fût alors au monde , elle auroit
eu, sans doute,un succès entier et par-
' fait , si le mauvais goût n'eût infecté les
Maîtres aussi bien que les Disciples . Il se
presenta des obstacles presques insurmontables
, il ne s'en rebuta pas , il eut recours
à sa prudence, et rien n'étoit au-dessus de
ses lumieres. Non content d'animer ses
Peuples par son exemple et par ses bienfaits
, il se servit encore de son autorité
pour engager ceux qui par leur profession
devoient avoir quelque teinture de Scien-'
ces à les cultiver , et à en faire pare au ;
reste de ses Sujets . Mais comment trouver
dans toute la France des Maîtres capables
de former la jeunesse ? L'ignorance
, la grossiereté avoient , comme nous
avons dit , pénétré jusques dans le Sanctuaire
, les moins ignorans étoient les
II. Vol. seuls
JUI N. 1734 1303
seuls qui pussent passer pour Sçavans ,
Charlemagne y pourvoit , et pour suppléer
àlce deffaut il rassemble de toute
l'Europe ce qu'il pût trouver d'hommes
versés dans les Sciences ; il fait venir d'Italiele
PoëteThéodulphe , Pierre de Pise ,
Grammairien ; Paul Diacre , fameux Historiographe
, le Fape: Adrien lui envoye
deux Maîtres de Chant , deux Antiphoniers
et les sept Arts Liberaux , comme
dit Eginard. Mais de tous les Ecrivains
qu'il reçût dans ses Etats il n'en est aucun
qui puisse être comparé au Sçavant Alcuin
, Anglois de naissance et Saxon d'origine.
Alcuin étoit un de ces Sçavans qui
remplacent par la multitude de leurs connoissances
ce qui leur manque de perfection
et de singularité dans le genie , Grammairien
, Poëte , Rheteur , Dialecticien ,
Historiographe , Astronome , Théologien
, il fut l'oracle de son siecle , et il
merita de l'être ; ce fut lui qui inspira l'amour
des Lettres aux François , et qui
contribua plus que personne à répandre
ces semences précieuses , qui commencerent
bientôt à fructifier. La Cour fut le
premiet théatre où il parut , et il eut la
gloire de voir le Souverain et les Princesses
ses Filles au nombre de ses Disciples.
II. Vol. A
1304 MERCURE DE FRANCE
A leur exemple toute la France pleine
d'admiration pour son merite , conçût
de l'amour pour l'étude , et tâcha de profiter
de ses lumieres ; mais ce vaste genie
n'eut ni assez de force , ni assez de sublimité
pour s'élever au dessus du mauvais
goût de son siecle , il s'y laissa malheureusement
entraîner , il y entretint ses
éleves et par cette raison seule il laissa
son Ouvrage imparfait. Pour le connoître
il ne faut que jetter les yeux sur ses Ecrits,
il s'y est peint lui -même on voit par
tout un esprit fécond , mais âpre et diffùs ,
une grande étendue de connoissances , et
peu
•
de critiques , plus de subtilité que
de politesse ; son stile n'est assaisonné
d'aucun de ces traits nobles, vifs , et déli→
cats , qui élevent l'esprit et qui le frappent
par l'éclat de leurs lumieres ; il ins
truit sans persuader , il convainc sans
plaire ; le travail paroît en lui avoir surpassé
la nature , et l'art qui le forma
étoit lui même imparfait. On ne sçauroit
cependant lui refuser la loüange qu'il
mérite , d'avoir été par l'étendue de son
sçavoir le Photius des Latins ; moins
poli , moins chatié , moins profond que
le Patriarche Grec il le surpasse de
beaucoup par les belles qualitez qui font
l'honnête homme et par les vertus solides,
II. Vol, .qui
JUIN. 1734 1305
qui font le véritable Chrétien . Ce grand
Personnage après avoir suivi la Cour
pendant quelques années , se retira enfin
à Tours auprès du tombeau de Saint
Martin ; mais cette retraite ne fut pas
lui un lieu de repos ,
pour
il n'enfouit
pas dans une honteuse oisiveté les talens
qui l'avoient fait briller ; il sçavoit ce
qu'il devoir à Dieu et à l'Etat ainsi rapellant
dans cet aimable séjour ce qu'il·
avoit de connoissances , il s'appliqua de
nouveau à former des éleves qui se dispersant
dans plusieurs Monasteres de
T'Empire François , renouvellérent les
Sciences, et répandirent par tout l'esprit
de leur Maître
Je n'entreprens pas de refuter ici l'opinion
de quelques ( a ) Auteurs , qui ont
prétendu qu'Alcuin avoit jetté les fondemens
de l'Université de Paris , devenuë
depuis si fameuse dans toute l'Europe
le silence des Ectivains de ces tems - là
suffit pour en démontrer la fausseté . Ce
qu'il y a de certain , c'est que ce fut à
Tours , à Saint Denis en France , à Corbie
, à Fulde , à Richenou , et dans quelques
autres Monasteres , que l'on commença
dès- lors à enseigner les hautes
Sciences ; on y enseigna aussi Is beaux
( a ) Raban, Simeon, Sigulphe, Amalarius ¿e.
II. Vol. C Arts
1308 MERCURE DE FRANCE
,
Arts , et les Ecoles établies dans chaque
Diocèse conformément aux Statuts des
Conciles Provinciaux , et aux Capitulaires
de Charlemagne concourant à la
même fin ; on vit bien- tôt les Sciences
prendre une face nouvelle dans toute la
Monarchie Françoise. Mais quel en fut
le progrès à quel degré de perfection
arrivérent elles ? c'est ce qui nous restę
à examiner.
?
La suite pour le Mercure prochain.
sur l'état des Sciences dans l'étendue de
la Monarchie Françoise , sous Charlemagne.
L
"
Es Sciences ont leurs révolutions
aussi bien que les Empires , il est un
tems où elles sont florissantes ce tems
passé , elles ne font plus que languir ;
quelquefois elles se relevent et se soutiennent
avec assez d'honneur ; et quelquefois
aussi elles tombent pour ne se
relever jamais . Elles ont comme le Soleil
leurs solstices et leurs périodes ; elles
aiment à passer de climats en climats
et souvent après avoir éclairé quelques
IL. Vol.
B.vj
Con
و
1292 MERCURE DE FRANCE
contrées , elles se plongent , pour ainst
dire , dans l'abîme , et vont porter leurs
lumieres à des peuples nouveaux. Ainsi
après avoir autrefois parcouru les plus
belles régions de l'Orient où elles prirent
naissance , les vit- on passer dans la Grece
d'où elles se répandirent dans quelques
Provinces de l'Empire Romain ; et par
tout elles éprouverent des changemens
considérables er des alternatives , qui les
firent souvent paroître sous des faces differentes.
Quelle est la cause de ces révolutions a
est- ce l'influence des Astres ? la température
de l'air ou la qualité des esprits ,
dont nos corps sont animés et qui changent
avec les genérations et les aspects
du Soleil ? tout cela peut y contribuer :
mais tout cela n'explique pas d'une maniere
assez sensible la cause de ces fre
quentes vicissitudes ; il en est une plus
simple , et qui servira de baze à tout
ce que je dirai dans ce Discours . La
Science est attachée au gout des peuples
qui la cultivent , c'est le gout qui lui
donne sa qualité , son prix , son excellence
; or le gout se conforme toujours
au génie , le génie se regle ordinairement
sur les maximes , et les maximes changent
avec les circonstances des tems et
11. Vel. des
JUIN. 1734. 1293
des lieux. D'ailleurs , et c'est ici le point
capital , ce gout exquis , ce génie vaste
et sublime , si nécessaires à la perfection
des Sciences , sont des dons que le Ciel ne
répand pas toujours sur la terre , et qu'il
ne communique qu'à un petit nombre
d'hommes privilegiez .
En faut il davantage pour prouver
que la Science doit se ressentir de l'instabilité
propre à toutes les choses humaines
? C'est sur ce plan , que je vais exposer
aujourd'hui l'état où se trouvoient
les Sciences dans l'étendue de la Monarchie
Françoise au tems de Charlemagne .
Le gout pour lors étoit si corrompu , que
jamais on ne put le rectifier , le génie
tenoit beaucoup du barbare , et les maxime
n'avoient rien de noble ni de délicat.
Quel étoit donc l'état où se trouvoient
les Sciences ? Il ne pouvoit guere être
plus pitoyable. Je n'en veux point d'autres
preuves que ce qui nous reste de monumens
de ces tems qu'on peut dire
malheureux . Si ce que je dirai ne fait pas
beaucoup d'honneur au siécle de Charlemagne
, il en fera du moins à la verité ,
et c'est tout ce que je me proposé dans
ce Discours.
Depuis que les Gots, les Bourguignons.
et les Francs s'étoient établis dans les
11 Vol.
Gall
1294 MERCURE DE FRANCE
Gaules , la ferocité de ces peuples barbares
s'étoit communiquée aux naturels du
pays,qui ne firentplus avec leurs nouveaux
maîtres , qu'une même et seule nation .
Nos Gaulois changerent de maximes en
changeant de Souverains , la douceur de
leur génie s'altéra bien - tôt , et du mélange
qui se fit de leur sang avec le -sang
Germanique se forma un génie singulier
plus barbare que poli ; les travaux Militaires
qui furent assez long - tems leur
principal exercice , firent disparoître avec
le peu de politesse qu'on avoit puisé dans
le commerce des Romains , le gout des
Sciences et l'amour de l'étude ; on ne
suspendit ces travaux que pour se jetter
dais le sein de la mollesse ; les esprits
incultes n'étant animez d'aucun noble
motif s'énerverent bien- tôt , et l'on se
plongea dans un assoupissement si profond
, qu'il n'y eut que les désordres affreux
dont les Sarazins d'Espagne inondérent
la France sous Charles Martel et sous
Pepin qui pussent les reveiller ; le besoin
pressant et la necessité les animérent
plutôt qu'une noble émulation ; la gloire
avec tous ses appas ne pouvoit toucher
des hommes à demi barbares ; elle auroit
élevé les esprits en les polissant . On vôla
tout à coup aux armes , on se couvrit de
II. Val. sang
JUIN. 1734 1295
sang et de poussiere dans les champs de
Mars , et personne ou presque personne
ne songcoit à cultiver son esprit ; depuis
l'embouchure du Rhône , jusques à celle
du Rhin , des Alpes aux Pirenées , à peine
pouvoit- on trouver quelques vestiges des
Sciences ; il n'en étoit pas même resté la
moindre trace dans ces belles Provinces
( a ) si fécondes autrefois en Sçavans
Hommes.
"
L'Eglise depuis très-long- tems leur
avoit servi d'azile les Ministres des
Autels étoient devenus les dépositaires
de ces précieux Trésors : mais cette Eglise
étoit elle-même entierement défigurée ;
tout le Clergé croupissoit dans la plus
profonde ignorance. Qu'il me soit permis
d'exposer en peu de mots la triste.
situation où se trouvoit l'Ordre de l'Etat
le plus Saint et le plus éclairé.. Les Chanoines
suivant la regle de Grodegang
leur Réformateur n'étoient obligez qu'à
chanter les louanges de Dieu , et le reste
de leur tems ils devoient le donner au
travail de leurs mains ; c'étoit toute l'occupation
des plus réguliers ; la regle
n'exigeoit rien davantage , et tout nous
porte à croire qu'ils se renfermoient étroitement
dans les bornes de leurs obliga-
( a ) Ly Gaule Aquitanique et la Lyonnoise..
II. Vol. tions.
1296 MERCURE DE FRA CE
tions. Les Moines malgré le premier esprit
de leur Institut , avoient presque
toujours fait profession de cultiver les
Sciences ; ils s'étoient sur ce point conformez
en Occident à la sage pratique
des Orientaux , et leurs maisons étoient
devenuës les Séminaires où se formoient
les plus Saints et les plus Sçavans Ministres
de l'Eglise : mais depuis près d'un
siécle ces saintes retraites étoient , sur
tout en France , le centre de l'oisiveté.
Les Moines loin de s'enrichir des dépoüilles
des Peres , dont ils étoient les
possesseurs , se contentoient de les sçavoir
lire et copier , les plus éclairez parvenoient
jusqu'à les comprendre , aucun
n'osoit prendre l'essor ni marcher sur les
traces de ces grands Modéles ; le respect
m'empêche de parler de l'Episcopat destiné
particulierement à éclairer les peuples
; les Capitulaires de Charlemagne ,
et les Actes des Conciles Provinciaux qui
se tinrent dans ces tems - là ne publient
que trop la honte de ce Corps respectable.
Pour tout dire en deux mots , le sel
de la terre avoit perdu sa force , l'or
s'étoit obscurci , les horreurs de la guerre,
et la mollesse avoient , comme à l'envi ,
porté la désolation dans l'Etat , la corruption
dans les moeurs , et la grossiereté
II. Vol. dars
JUIN 1734. 1297
dans les esprits. Achevons de mettre ce
tableau dans tout son jour . Deux ou trois
traits des plus marquez lui donneront
cet air de ressemblance dont il a besoin
pour être veritable...
Les beaux Arts sont , comme tout le
monde sçait , une partie essentielle de la
Science, ils en sont la baze et l'ornement.
Ces Arts, fondés sur la nature , mais que
la nature n'apprend pas , étoient presque
entierement ignorés ; on ne les enseigna
dans aucun endroit du Royaume avant
Charlemagne , dit une ancienne Cronique
des Rois de France . Ante ipsum enim
Dominum Regem Carolum in Gallia nullibi
studiumfuerat liberalium Artium . Appuions.
un témoignage si fort et si décisif des
preuves les plus autentiques ; elles sont
tirées des ordres réïterés du Prince pour
l'établissement des Ecoles ; je vais les
exposer simplement telles qu'on les lit
dans le Receuil des Conciles de France.
Charlemagne au retour de son troisiéme
Voyage d'Italie l'an787, par une( 1 ) Lettre
circulaire adressée à tous les Evêques et
aux Abbez ( Lettre que je voudrois pou-.
voir rapporter ici toute entiere , mais
que je me contenterai de citer plus d'une
fois ) leur recommande d'établir dans
( 1 ) Tome 2. Conc. Gall. p. 32 .
II. Vol. des
1298 MERCURE DE FRANCE
leurs Chapitres et dans leurs Monasteres
des Ecoles où l'on forme la jeunesse à
l'Etude des Lettres et à la pięté . Et par
le Capitulaire soixante - douzième d'Aixla
Chapelle , il veut que dans ces mêmes
maisons on apprenne aux jeunes gens à
lire , à psalmodier , à écrire , à compter ,
et les regles de la Grammaire. Ut scola
Legentium puerorum fiant psalmos * notas
computum , Grammaticam , per singula Monasteria
et Episcopia discant . Les Conciles
Provinciaux qui se tinrent sous ce même
*
* Notas. Je crois qu'il faut entendre ce terme
de l'Ecriture , pour deux raisons . 1º . Parce qu'il
s'agit dans cet endroit de ce qu'il faut apprendre à
la jeunesse ; il est fait mention de la lecture , de
la psalmodie ou du chant , de la Grammaire ;
pourquoi auroit -on obmis l'Ecriture également nécessaire
à la jeunesse . 2. Ces caractéres nets et
distincts, qui sans jamais changer, diversifient par
leur mélange les differens objets qu'ils représentent,
n'étoient pas alors fort en usage ; ils n'étoient connus
que des Sçavans ; Charlemagne lui- même, si
nous en croyons Eginard, n'apprit que très tard et
presque sans succès à les former. Tentabat scribere .
sed parum prosperè successit labor præposterus
ac sero inchoatus. L'Ecriture commune consistoit
dans de grands traits informes , arbitraires pour la
plupart , et sujets au changement. C'est ce qui paroit
par les anciennes Chartres et par quelques monumens
lapidaires et metalliques , qui sont parvenus
jusqu'à nous sur quoi on peut consulter la Diplo
matique du P. Mabillon .
II Vol.
EmJUIN.
1734. 1299
Empereur, les s'expliquent à peu près dans
les mêmes termes. Les Arts qui sont la
partie des Sciences la plus simple et la
plus facile , n'étoient donc pas enseignési
et par une suite nécessaire , ils étoient
ignorez d'une nation qui n'avoit ni disposition
pour s'y former de soi- même ,
ni la volonté de les apprendre. Que devons-
nous penser des hautes Sciences ,
des Sciences abstraites et difficiles , si celles
qui sont plus aisées , cellesqui sont la baze,
n'étoient pas connus , Encore un nouveau
trait; il achevera de mettre ce que nous
venons de dire dans la derniere évidence.
Les Langues sont l'instrument general
des Sciences , l'organe de l'esprit , l'image
de la pensée , l'interprete du goût , et
le theatre où le genie se développe . La
Langue Teutonique , rude et grossiere
étoit celle de nos nouveaux Maîtres , conforme
à leur genie ; elle n'a rien de cette
douceur ni de cette politesse que demandent
les Sciences. La Grecque ,harmonieuse
, douce et énergique ne me paroît pas
avoir été bien connue au Sçavant Alcuin ,
et j'ai peine à croire sur le seul témoignage
d'Eginard , Charlemagne lait
jamais bien comprise ; toutes les apparencescombattent
l'un et l'autre fair.La Langue
Latine avoit été long - tems dominan-
11. Vol. tc
100 MERCURE DE FRANCE
te dans les Gaules , les Francs l'avoient
adoptée pour les Actes publics ; elle étoit
sur tout destinée aux Ouvrages d'esprit:
mais cette Langue si noble , si polie étoit
devenue la proye du barbarisme , le genie
et le tour de la Teutonique s'étoient glissés
dans l'idiome Romain , et de ce lliage
s'étoit formé un langage dur , sans
cadence , sans pureté , sans ortographe
Il falloit, sans doute, qu'il fut défectueux
au suprême dégré pour blesser les oreilles
de Charlemagne , que l'on ne peut pas
dire avoir été trop délicates.
Ecoutons ce Prince parler dans la Lettre
que nous avons déja citée aux Evêques
et Abbés , c'est -à - dire, aux plus Sçavans
hommes de son Royaume. J'ai reconnu
, leur dit- il , dans la plûpart des
Ecrits que vous m'avez envoyés assez de
justesse dans les sentimens , et beaucoup de
grossiereté dans le langage; et j'ai compris
que pour avoir négligé de vous instruire
Vous avez peine à exprimer les pieus
reflexions que vous avez puisées dans
Meditation . Ce ne fut qu'avec le
>
* Cognovimus in plerisque prafatis conscript
bus vestris eorumdem et sensus rectos et serr.
incultos , quia quod pia devotio interius fidelite
tabat , hoc exterius propter negligentiam dis
lingua inerudita exprimere sine reprehensi: •
alebat.
JUIN. 1734. 1301
cours des Maîtres de Grammaire qui vinrent
d'Italie , qu'on épura la Langue
Latine , et qu'on en banit les expressions
Teutoniques dont elle étoit infectée;
elles se refugierent dans le Romain ou Latin
vulgaire , qui s'étant peu à peu purifié
et poli est devenu depuis une des plus
belle Langue du monde. Mais on ne
réussit pas à rendre à la Langue Latine sa
beauté naturelle , on exprima toujours
grossierement ce que l'on pensoit sans
délicatesse . Il est inutile d'entrer dans un
plus long détail ; ce que nous avons dit
est plus que suffisant pour prouver combien
étoit triste la situation des Sciences
quand Charlemagne entreprit de les rétatablir.
Voyons comment il s'y prit , quels
Maîtres il employa pour seconder son
dessein , quel en fut les succès.
Charles , surnommé le Grand, pour ses
grandes qualités encore plus que pour ses
grandes actions , fut un de ces hommes
rares , que la Nature se plaît de tems en
tems à former et sur qui la fortune ou
pour parler plus juste , la Providence divine,
répand ses faveurs avec complaisan
ce ; genie superieur , hardi , ferme , pénétrant
, il ne lui manqua du côté de l'esprit
que ce que son siecle ne pouvoit lui
donner , je veux dire la politesse et le
II. Vol.
bon
`
1302 MERCURE DE FRANCE
bon goût. Les vertus qui font les veritables
Heros , sembloient nées avec lui ;
la magnanimité , la droiture , là prudence
, la bonté , la Religion faisoient son
caractere , et se déployoient dans toutes
ses actions ; Maître d'une partie considerable
de l'Europe , cheri particulierement
de ses Sujets, admiré de tout l'Univers ,
il songea encore à immortaliser son nom
en banissant l'ignorance de ses Etats ; entreprise
glorieuse et digne du plus grand
Prince qui fût alors au monde , elle auroit
eu, sans doute,un succès entier et par-
' fait , si le mauvais goût n'eût infecté les
Maîtres aussi bien que les Disciples . Il se
presenta des obstacles presques insurmontables
, il ne s'en rebuta pas , il eut recours
à sa prudence, et rien n'étoit au-dessus de
ses lumieres. Non content d'animer ses
Peuples par son exemple et par ses bienfaits
, il se servit encore de son autorité
pour engager ceux qui par leur profession
devoient avoir quelque teinture de Scien-'
ces à les cultiver , et à en faire pare au ;
reste de ses Sujets . Mais comment trouver
dans toute la France des Maîtres capables
de former la jeunesse ? L'ignorance
, la grossiereté avoient , comme nous
avons dit , pénétré jusques dans le Sanctuaire
, les moins ignorans étoient les
II. Vol. seuls
JUI N. 1734 1303
seuls qui pussent passer pour Sçavans ,
Charlemagne y pourvoit , et pour suppléer
àlce deffaut il rassemble de toute
l'Europe ce qu'il pût trouver d'hommes
versés dans les Sciences ; il fait venir d'Italiele
PoëteThéodulphe , Pierre de Pise ,
Grammairien ; Paul Diacre , fameux Historiographe
, le Fape: Adrien lui envoye
deux Maîtres de Chant , deux Antiphoniers
et les sept Arts Liberaux , comme
dit Eginard. Mais de tous les Ecrivains
qu'il reçût dans ses Etats il n'en est aucun
qui puisse être comparé au Sçavant Alcuin
, Anglois de naissance et Saxon d'origine.
Alcuin étoit un de ces Sçavans qui
remplacent par la multitude de leurs connoissances
ce qui leur manque de perfection
et de singularité dans le genie , Grammairien
, Poëte , Rheteur , Dialecticien ,
Historiographe , Astronome , Théologien
, il fut l'oracle de son siecle , et il
merita de l'être ; ce fut lui qui inspira l'amour
des Lettres aux François , et qui
contribua plus que personne à répandre
ces semences précieuses , qui commencerent
bientôt à fructifier. La Cour fut le
premiet théatre où il parut , et il eut la
gloire de voir le Souverain et les Princesses
ses Filles au nombre de ses Disciples.
II. Vol. A
1304 MERCURE DE FRANCE
A leur exemple toute la France pleine
d'admiration pour son merite , conçût
de l'amour pour l'étude , et tâcha de profiter
de ses lumieres ; mais ce vaste genie
n'eut ni assez de force , ni assez de sublimité
pour s'élever au dessus du mauvais
goût de son siecle , il s'y laissa malheureusement
entraîner , il y entretint ses
éleves et par cette raison seule il laissa
son Ouvrage imparfait. Pour le connoître
il ne faut que jetter les yeux sur ses Ecrits,
il s'y est peint lui -même on voit par
tout un esprit fécond , mais âpre et diffùs ,
une grande étendue de connoissances , et
peu
•
de critiques , plus de subtilité que
de politesse ; son stile n'est assaisonné
d'aucun de ces traits nobles, vifs , et déli→
cats , qui élevent l'esprit et qui le frappent
par l'éclat de leurs lumieres ; il ins
truit sans persuader , il convainc sans
plaire ; le travail paroît en lui avoir surpassé
la nature , et l'art qui le forma
étoit lui même imparfait. On ne sçauroit
cependant lui refuser la loüange qu'il
mérite , d'avoir été par l'étendue de son
sçavoir le Photius des Latins ; moins
poli , moins chatié , moins profond que
le Patriarche Grec il le surpasse de
beaucoup par les belles qualitez qui font
l'honnête homme et par les vertus solides,
II. Vol, .qui
JUIN. 1734 1305
qui font le véritable Chrétien . Ce grand
Personnage après avoir suivi la Cour
pendant quelques années , se retira enfin
à Tours auprès du tombeau de Saint
Martin ; mais cette retraite ne fut pas
lui un lieu de repos ,
pour
il n'enfouit
pas dans une honteuse oisiveté les talens
qui l'avoient fait briller ; il sçavoit ce
qu'il devoir à Dieu et à l'Etat ainsi rapellant
dans cet aimable séjour ce qu'il·
avoit de connoissances , il s'appliqua de
nouveau à former des éleves qui se dispersant
dans plusieurs Monasteres de
T'Empire François , renouvellérent les
Sciences, et répandirent par tout l'esprit
de leur Maître
Je n'entreprens pas de refuter ici l'opinion
de quelques ( a ) Auteurs , qui ont
prétendu qu'Alcuin avoit jetté les fondemens
de l'Université de Paris , devenuë
depuis si fameuse dans toute l'Europe
le silence des Ectivains de ces tems - là
suffit pour en démontrer la fausseté . Ce
qu'il y a de certain , c'est que ce fut à
Tours , à Saint Denis en France , à Corbie
, à Fulde , à Richenou , et dans quelques
autres Monasteres , que l'on commença
dès- lors à enseigner les hautes
Sciences ; on y enseigna aussi Is beaux
( a ) Raban, Simeon, Sigulphe, Amalarius ¿e.
II. Vol. C Arts
1308 MERCURE DE FRANCE
,
Arts , et les Ecoles établies dans chaque
Diocèse conformément aux Statuts des
Conciles Provinciaux , et aux Capitulaires
de Charlemagne concourant à la
même fin ; on vit bien- tôt les Sciences
prendre une face nouvelle dans toute la
Monarchie Françoise. Mais quel en fut
le progrès à quel degré de perfection
arrivérent elles ? c'est ce qui nous restę
à examiner.
?
La suite pour le Mercure prochain.
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Résumé : DISCOURS CRITIQUE, sur l'état des Sciences dans l'étenduë de la Monarchie Françoise, sous Charlemagne.
Le texte 'Discours critique sur l'état des Sciences dans l'étendue de la Monarchie Françoise, sous Charlemagne' analyse les fluctuations historiques des sciences, comparées aux révolutions des empires. Les sciences connaissent des périodes de floraison et de déclin, influencées par divers facteurs tels que le goût des peuples, le génie et les maximes de chaque époque. Sous Charlemagne, le goût était corrompu et le génie barbare, ce qui a conduit à un état pitoyable des sciences. Les Gaulois, après l'établissement des Goths, des Bourguignons et des Francs, ont adopté des maximes barbares, perdant ainsi leur douceur et leur goût pour les sciences. Les travaux militaires et la mollesse ont contribué à cet assoupissement intellectuel. L'Église, bien que refuge des sciences, était elle-même plongée dans l'ignorance. Les chanoines et les moines, malgré leurs rôles initiaux, étaient devenus oisifs et ne cultivaient plus les sciences. Les beaux-arts, essentiels aux sciences, étaient presque inconnus avant Charlemagne. Charlemagne a tenté de rétablir les sciences en établissant des écoles dans les chapitres et monastères pour enseigner la lecture, la psalmodie, l'écriture, le calcul et la grammaire. Cependant, les langues, instruments des sciences, étaient également corrompues. La langue latine, autrefois noble, était infectée par des expressions teutoniques, rendant difficile l'expression délicate des pensées. Le texte décrit Charlemagne comme un homme exceptionnel, doté d'un génie supérieur, de hardiesse, de fermeté et de pénétration. Bien que son époque ne lui ait pas permis d'acquérir la politesse et le bon goût, il possédait des vertus héroïques telles que la magnanimité, la droiture, la prudence, la bonté et la religion. Maître d'une partie considérable de l'Europe, il était chéri de ses sujets et admiré dans l'univers. Il entreprit de bannir l'ignorance de ses États, une initiative glorieuse mais confrontée à des obstacles dus au mauvais goût des maîtres et des disciples. Pour pallier l'ignorance et la grossièreté, il fit venir des savants de toute l'Europe, notamment Alcuin, un érudit anglo-saxon versé dans de nombreuses disciplines. Alcuin inspira l'amour des lettres à la cour et dans toute la France, mais son œuvre resta imparfaite en raison du mauvais goût de son siècle. Après avoir suivi la cour, Alcuin se retira à Tours où il continua à former des élèves, contribuant ainsi à la renaissance des sciences dans l'Empire franc. Le texte mentionne également l'établissement d'écoles dans divers monastères et diocèses, conformément aux statuts des conciles provinciaux et aux capitulaires de Charlemagne, marquant le début d'une nouvelle ère pour les sciences dans la monarchie franque.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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90
p. 1402
« On nous écrit de Hollande, que le premier jour du mois de Juillet prochain on doit commencer [...] »
Début :
On nous écrit de Hollande, que le premier jour du mois de Juillet prochain on doit commencer [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On nous écrit de Hollande, que le premier jour du mois de Juillet prochain on doit commencer [...] »
On nous écrit de Hollande, que le premier
jour du mois de Juillet prochain on doit commencer
à la Haye la vente d'une grande et cu
rieuse Bibliotheque, qualification qui est justifiée
par le Catalogue que nous en avons. Nous en
donnerons seulement le Titre qui est te!.
BIBLIOTHECA INDERVELDIANA,
Sive Catalogus Librorum in quavis Facultate es
Arte exquisitissimorum quibus, dum in vivis esset,
utebatur Pranobilis Dominus JOH. WALTHERUS
INDERVELDI , &c. Huic Catalogo sparsim
interposta reperitur et alia Bibliotheca , priori ob
Codicum prastantiam haud quaquam inferior.
Quarum binarum Libros Adrianus Moetjens et
Eustachius de Haen Bibliopola Haga - Batavi in
Aula Magna Curia Hollandia , ad diem 1. Julii
1737. et seqq. Quibuscumque Musarum cultoribus
pagina sequenti expressa conditione venales expo-
nunt 1. vol. in 8. pp . 420. Haga Batavorum, apud
eosdem Bibliopolas M. DCC . XXXVII.
On lit à la page qui suit ce Titre, cette courte
Instruction.
Chaque Personne qui achetera
» pour son compte à cette Vente , sera tenuë de
D
payer argent comptant ; et ceux qui achete-
ront en commission , auront six semaines de
crédit pour le payement , à condition qu'ils
donneront caution Bourgeoise.
» Cer Article ne regarde pas seulement les Par-
ticuliers , mais aussi les Libraires qui seront
»obligés aux mêmes Loix , dont ils ne pourong
-être dispensés , atendu les conventions faites
entre les Proprietaires de la Bibliotheque et
• nous.
» On devra payer , comme c'est la coûtume,
de chaque florin cinq dures.
jour du mois de Juillet prochain on doit commencer
à la Haye la vente d'une grande et cu
rieuse Bibliotheque, qualification qui est justifiée
par le Catalogue que nous en avons. Nous en
donnerons seulement le Titre qui est te!.
BIBLIOTHECA INDERVELDIANA,
Sive Catalogus Librorum in quavis Facultate es
Arte exquisitissimorum quibus, dum in vivis esset,
utebatur Pranobilis Dominus JOH. WALTHERUS
INDERVELDI , &c. Huic Catalogo sparsim
interposta reperitur et alia Bibliotheca , priori ob
Codicum prastantiam haud quaquam inferior.
Quarum binarum Libros Adrianus Moetjens et
Eustachius de Haen Bibliopola Haga - Batavi in
Aula Magna Curia Hollandia , ad diem 1. Julii
1737. et seqq. Quibuscumque Musarum cultoribus
pagina sequenti expressa conditione venales expo-
nunt 1. vol. in 8. pp . 420. Haga Batavorum, apud
eosdem Bibliopolas M. DCC . XXXVII.
On lit à la page qui suit ce Titre, cette courte
Instruction.
Chaque Personne qui achetera
» pour son compte à cette Vente , sera tenuë de
D
payer argent comptant ; et ceux qui achete-
ront en commission , auront six semaines de
crédit pour le payement , à condition qu'ils
donneront caution Bourgeoise.
» Cer Article ne regarde pas seulement les Par-
ticuliers , mais aussi les Libraires qui seront
»obligés aux mêmes Loix , dont ils ne pourong
-être dispensés , atendu les conventions faites
entre les Proprietaires de la Bibliotheque et
• nous.
» On devra payer , comme c'est la coûtume,
de chaque florin cinq dures.
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91
p. 1408
« Dom André Gonzales de Barcia, du Conseil et de la Grande Chambre de Castille, donne avis [...] »
Début :
Dom André Gonzales de Barcia, du Conseil et de la Grande Chambre de Castille, donne avis [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Dom André Gonzales de Barcia, du Conseil et de la Grande Chambre de Castille, donne avis [...] »
Dom André Gonzales de Barcia, du Conseil
et de la Grande Chambre de Castille, donne avis
au Public qu'il se dispose à mettre sous presse
une Edition en six volumes in folio , Nicola!
Antonii Bibliotheca Hispanica , publiée ci - devant
aussi en deux tomes in folio , ayant déja reçû
beaucoup de secours des Sçavans d'Italie , Cata-
Jogue , Portugal , et autres Endroits de l'Espa
gne , il lui reste à prier ceux de France, Flandres,
Pays- Bas , de Hollande , d'Angleterré , d'Alle-
magne , de Suede et Dannemarc , de vouloir
l'aider de leurs Découvertes ; il auront la bonté
de lui adresser leurs Manuscrits à Madrid , on
au sieur Montalant , Libraire à Paris , par les
voitures publiques et non par la Poste. Il aura
one attention infinie de leur en marquer sa re
Connoissance.
et de la Grande Chambre de Castille, donne avis
au Public qu'il se dispose à mettre sous presse
une Edition en six volumes in folio , Nicola!
Antonii Bibliotheca Hispanica , publiée ci - devant
aussi en deux tomes in folio , ayant déja reçû
beaucoup de secours des Sçavans d'Italie , Cata-
Jogue , Portugal , et autres Endroits de l'Espa
gne , il lui reste à prier ceux de France, Flandres,
Pays- Bas , de Hollande , d'Angleterré , d'Alle-
magne , de Suede et Dannemarc , de vouloir
l'aider de leurs Découvertes ; il auront la bonté
de lui adresser leurs Manuscrits à Madrid , on
au sieur Montalant , Libraire à Paris , par les
voitures publiques et non par la Poste. Il aura
one attention infinie de leur en marquer sa re
Connoissance.
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92
p. 1834
Catalogue d'une Bîbliothéque de Livres très-rares, [titre d'après la table]
Début :
On trouve à Paris, chés Briasson, Libraire, ruë S. Jacques, le Catalogue d'une [...]
Mots clefs :
Bibliothèque, Catalogue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Catalogue d'une Bîbliothéque de Livres très-rares, [titre d'après la table]
On trouve à Paris , chés Briaffon , Libraire
, rue S. Jacques , le Catalogue d'une
Bibliothèque de Livres très-rares , où il fe
trouve plufieurs remarques curieufes fur les
Editions de ces mêmes Livres : cette Bibliothéque
eft à vendre à Bafle : voici le Titre
de ce Catalogue ,
Bibliotheca Selectiſſima , five Catalogus Librorum
in omni genere Scientiarum rariſſimorum
,, quos maximis fumptibus , fummoque
ftudio ac cura per plurimos annos collegit ,
nunc vero venum exponit Samuel Engel , ex
Rep. Helv. Bernenfi Biblioth. Primarius , qui
buncce Catalogum Ordine alphabetico concinnavit
, fimul ac notis perpetuis illuftravit ,
8°.1743 .
On vendra cette Bibliothéque en gros ,
ou en détail , avant le mois d'Octobre , mil
fept cent quatante- quatre.
, rue S. Jacques , le Catalogue d'une
Bibliothèque de Livres très-rares , où il fe
trouve plufieurs remarques curieufes fur les
Editions de ces mêmes Livres : cette Bibliothéque
eft à vendre à Bafle : voici le Titre
de ce Catalogue ,
Bibliotheca Selectiſſima , five Catalogus Librorum
in omni genere Scientiarum rariſſimorum
,, quos maximis fumptibus , fummoque
ftudio ac cura per plurimos annos collegit ,
nunc vero venum exponit Samuel Engel , ex
Rep. Helv. Bernenfi Biblioth. Primarius , qui
buncce Catalogum Ordine alphabetico concinnavit
, fimul ac notis perpetuis illuftravit ,
8°.1743 .
On vendra cette Bibliothéque en gros ,
ou en détail , avant le mois d'Octobre , mil
fept cent quatante- quatre.
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93
p. 2028-2029
Collection de livres rares à vendre, [titre d'après la table]
Début :
M. Engel, premier Bibliothécaire de la République de Berne, en Suisse, ayant résolu [...]
Mots clefs :
Samuel Engel, Bibliothèque, République de Berne, Livres rares, Vente, Leipzig
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Collection de livres rares à vendre, [titre d'après la table]
M. Engel , premier Bibliotécaire de la
République de Berne, en Suiffe , ayant réfolu
de vendre fa belle Collection de Livres
rares , en a publié un Catalogue raifonné ,
qui fe trouve chés Briaffon , Libraire à Paris ,
& comme, malgré les inftances de plufieurs
Perfonnes de grande confideration , il ne
leur en a pas voulu céder des parties , quoique
fort confiderables , mais il préfére de
vendre cette Collection en détail par une
Vente publique , Argent comptant , & fuivant
la coûtume ; il donne Avis aux Curieux
,
SEPTEMBRE. 1744. 2029
rieux , qui fouhaiteroient de s'en procurer
quelques Livres , qui ne fe trouvent , que
très-rarement , qu'il a fait tranſporter ces
Livres à Leipfick , & que la Vente s'en
fera le 14 de ce mois & jours fuivans , dans
ladite Ville , priant tous les Amateurs , de
donner leurs Coinmiffions de bonne heure ;
& en cas qu'on change de réſolution , ſoit
pour le tems ou le lieu de cette Vente , le
Public en fera averti par un Avis inféré dans
le Supplément de ce Catalogue , actuellement
fous Preffe , & qu'on trouvera chés le
même Libraire.
République de Berne, en Suiffe , ayant réfolu
de vendre fa belle Collection de Livres
rares , en a publié un Catalogue raifonné ,
qui fe trouve chés Briaffon , Libraire à Paris ,
& comme, malgré les inftances de plufieurs
Perfonnes de grande confideration , il ne
leur en a pas voulu céder des parties , quoique
fort confiderables , mais il préfére de
vendre cette Collection en détail par une
Vente publique , Argent comptant , & fuivant
la coûtume ; il donne Avis aux Curieux
,
SEPTEMBRE. 1744. 2029
rieux , qui fouhaiteroient de s'en procurer
quelques Livres , qui ne fe trouvent , que
très-rarement , qu'il a fait tranſporter ces
Livres à Leipfick , & que la Vente s'en
fera le 14 de ce mois & jours fuivans , dans
ladite Ville , priant tous les Amateurs , de
donner leurs Coinmiffions de bonne heure ;
& en cas qu'on change de réſolution , ſoit
pour le tems ou le lieu de cette Vente , le
Public en fera averti par un Avis inféré dans
le Supplément de ce Catalogue , actuellement
fous Preffe , & qu'on trouvera chés le
même Libraire.
Fermer
94
p. 2255
M. Gersaint choisi pour la vente des Cabinets de M. Bonnier de la Mosson, [titre d'après la table]
Début :
Nous nous faisons un plaisir d'apprendre aux Curieux que M. Gersaint, déja connû par differens [...]
Mots clefs :
Cabinets, Curieux, Catalogues de curiosités, Edme-François Gersaint
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texteReconnaissance textuelle : M. Gersaint choisi pour la vente des Cabinets de M. Bonnier de la Mosson, [titre d'après la table]
Nous nous faiſons un plaifir d'apprendre aux
Curieux que M. Gerfaint , déja connú par differens
Catalogues de Curioſités de fa composition , a été
choiſi pour diriger la vente des fameux Cabinets de
feu M. Bonnier de la Moſſon. Le Public l'avoit déja
nommé d'avance , ce qui justifie ce choix Il y a
tout lieu d'eſperer que nous aurons de lui un Catalogue
auſſi exact de toutes les Curiofités dont ces
Cabinets ſont remplis , que le tems qu'on lui donnera
pourra le lui permettre. On affûre que la vente
de toutes ces raretés , qui font immenfes dans leur
quantité , & admirables dans leur variété , pourra
étre commencée dans les premiers jours de l'année
prochaine. Les Catalogues de cette eſpece ſont d'au
tant plus utiles & néceſſaires , qu'ils donnent avis de
l'existence de certains Morceaux rares , que l'on
ignore ſouvent , & avertiſfent en général le Public ,
furtout les Etrangers , de ce qui pourroit leur convenir.
Onne doute point ,, au refte , que M. Gerfaint
ne ſe prête volontiers , ſuivant la louable coutume
, au déſir de certains Curieux diftingués , qui
voudront jouir en partie ou en totalité de la vûë de
ces Cabinets , avant que les Curioſités dont ils font
remplis en ſoient démembrées.
Curieux que M. Gerfaint , déja connú par differens
Catalogues de Curioſités de fa composition , a été
choiſi pour diriger la vente des fameux Cabinets de
feu M. Bonnier de la Moſſon. Le Public l'avoit déja
nommé d'avance , ce qui justifie ce choix Il y a
tout lieu d'eſperer que nous aurons de lui un Catalogue
auſſi exact de toutes les Curiofités dont ces
Cabinets ſont remplis , que le tems qu'on lui donnera
pourra le lui permettre. On affûre que la vente
de toutes ces raretés , qui font immenfes dans leur
quantité , & admirables dans leur variété , pourra
étre commencée dans les premiers jours de l'année
prochaine. Les Catalogues de cette eſpece ſont d'au
tant plus utiles & néceſſaires , qu'ils donnent avis de
l'existence de certains Morceaux rares , que l'on
ignore ſouvent , & avertiſfent en général le Public ,
furtout les Etrangers , de ce qui pourroit leur convenir.
Onne doute point ,, au refte , que M. Gerfaint
ne ſe prête volontiers , ſuivant la louable coutume
, au déſir de certains Curieux diftingués , qui
voudront jouir en partie ou en totalité de la vûë de
ces Cabinets , avant que les Curioſités dont ils font
remplis en ſoient démembrées.
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95
p. 135-137
PRIX proposé par l'Académie Royale des Sciences de Berlin pour l'année 1745.
Début :
LE ROI de Prusse, toujours attentif à c qui peut procurer l'avancement des Sciences [...]
Mots clefs :
Prix, Académie, Devise
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texteReconnaissance textuelle : PRIX proposé par l'Académie Royale des Sciences de Berlin pour l'année 1745.
PRIX proposé par l'Académie Royale des
Sciences de Berlin pour l'année 1745 .
LE ROI de Pruſſe , toujours attentif à
ce qui peut procurer l'avancement des Sciences
& des Arts , ayant augmenté conſidérablement
les Privileges de l'Académie Royale
de Berlin , & l'ayant miſe en état d'affigner
des récompenfes aux Sçavans qui ſe diftin--
gueront par des découvertes curieuſes & intéreſſantes
:
L'Académie pour répondre aux intentions
& aux ordres de Sa Majeſté Pruffienne
propoſe un Prix de cinquante Ducats
en faveur de celui qui réuffira le mieux à
expliquer la véritable cauſe de l'Electricité
1
136 MERCURE DE FRANCE.
des Corps , & de tous les Phenoménes qu'on
y a découverts juſqu'à préſent.
,
,
Le Prix ſe diſtribuera dans l'Aſſemblée
générale de l'Académie , qui ſe tiendra
le 31 May 1745 jour anniverſaire de
l'avenement du Roi au Trône. Les Sçavans
de toutes les Nations font invites
de travailler ſur la matiere. Il leur ſera libre
d'écrire en Latin , en Allemand ou en
François , pourvû que le caractere ſoit bien
liſible , fur-tout quand il y aura des Calculs
Algebriques. Pour obvier à tout inconvenient
on les prie de ne pas mettre leur
nom mais ſeulement une Deviſe aux
Pieces qu'ils fourniront , en y joignant , s'ils
le jugent à propos , un Billet cacheré , qui
contiendra avec la Deviſe de la Piece , le
nom , les qualités & l'adreſſe de l'Auteur.
Ce Billet ne ſera point ouvert , à moins que
la Piece n'ait remporté le Prix. Les Pieces
ſeront reçues juſqu'au Avril 1745 incluſivement
, elles feront adreffées ou remifes
affranchies de port à M. FABER ,
Tréſorier de l'Académie qui en donnera fon
Récepiſſé , où la Deviſe qui ſe trouvera au
bas de la Piece , fera marquée , avec le Numero
felon l'ordre dans lequel elle aura éte
préſentée.
Après que la Piece qui aura remporté le
Prix aura été proclamée dans l'Affemb.ce
DECEMBRE. 1744. 137
générale du 31 Mai 1745 , le Tréſorier
de l'Académie délivrera le Prix , ſoit à l'Auteur
même , ſoit à celui qui ſe trouvera
muni d'un Récepiffé , ou d'une Procuration
de ſa part.
Sciences de Berlin pour l'année 1745 .
LE ROI de Pruſſe , toujours attentif à
ce qui peut procurer l'avancement des Sciences
& des Arts , ayant augmenté conſidérablement
les Privileges de l'Académie Royale
de Berlin , & l'ayant miſe en état d'affigner
des récompenfes aux Sçavans qui ſe diftin--
gueront par des découvertes curieuſes & intéreſſantes
:
L'Académie pour répondre aux intentions
& aux ordres de Sa Majeſté Pruffienne
propoſe un Prix de cinquante Ducats
en faveur de celui qui réuffira le mieux à
expliquer la véritable cauſe de l'Electricité
1
136 MERCURE DE FRANCE.
des Corps , & de tous les Phenoménes qu'on
y a découverts juſqu'à préſent.
,
,
Le Prix ſe diſtribuera dans l'Aſſemblée
générale de l'Académie , qui ſe tiendra
le 31 May 1745 jour anniverſaire de
l'avenement du Roi au Trône. Les Sçavans
de toutes les Nations font invites
de travailler ſur la matiere. Il leur ſera libre
d'écrire en Latin , en Allemand ou en
François , pourvû que le caractere ſoit bien
liſible , fur-tout quand il y aura des Calculs
Algebriques. Pour obvier à tout inconvenient
on les prie de ne pas mettre leur
nom mais ſeulement une Deviſe aux
Pieces qu'ils fourniront , en y joignant , s'ils
le jugent à propos , un Billet cacheré , qui
contiendra avec la Deviſe de la Piece , le
nom , les qualités & l'adreſſe de l'Auteur.
Ce Billet ne ſera point ouvert , à moins que
la Piece n'ait remporté le Prix. Les Pieces
ſeront reçues juſqu'au Avril 1745 incluſivement
, elles feront adreffées ou remifes
affranchies de port à M. FABER ,
Tréſorier de l'Académie qui en donnera fon
Récepiſſé , où la Deviſe qui ſe trouvera au
bas de la Piece , fera marquée , avec le Numero
felon l'ordre dans lequel elle aura éte
préſentée.
Après que la Piece qui aura remporté le
Prix aura été proclamée dans l'Affemb.ce
DECEMBRE. 1744. 137
générale du 31 Mai 1745 , le Tréſorier
de l'Académie délivrera le Prix , ſoit à l'Auteur
même , ſoit à celui qui ſe trouvera
muni d'un Récepiffé , ou d'une Procuration
de ſa part.
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96
p. 155-156
Nouveaux Académiciens reçus, [titre d'après la table]
Début :
M. l'abbé Fenel (Jean Basile Paschal) Chanoine de la Métropole de Sens, Député [...]
Mots clefs :
Académie des inscriptions et belles-lettres, Jean-Basile-Pascal Fenel, Sciences, Académie française, Gabriel Girard, François-Joachim de Pierre de Bernis
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texteReconnaissance textuelle : Nouveaux Académiciens reçus, [titre d'après la table]
M. l'Abbé Fenel ( Jean Bafile Paſchal )
Chanoine de la Métropole de Sens , Député
Réſident de ſon Chapitre à Paris , prit
féance à l'Académie des Inſcriptions &
Belles - Lettres le Vendredi 11 Décembre
ayant été choiſi par le Roi entre les Sujets
propoſés pour remplir la place d'Afſocié, vacante
par la promotion de M. Falconnet
(Camille ) à la place de Penſionnaire.
M. Fenel a travaillé en 1740. pour le fameux
prix du Cabeſtan. Son ouvrage a eû un
Acceffit au Prix en 1741 , & l'Académie des
Sciences a ordonné qu'il fût imprimé. Ildoit
paroître inceſſamment avec les autres préces
de ce Prix chés Hyppolite- LouisGuerin.
En faiſant des experiences pour la compofition
de cetOuvrage M. Fenel a fait une découverte
remarquable fur le roidiffement &
le relâchement alternatifs des cordes qui tirent
des fardeaux. L'Académie des Sciences
ajugé que cela méritoit d'étre m's dans fon
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE
Hiſtoire de 1741. où on le trouvera pag
155. Ce méme Auteur a depuis perfectionné
ſa découverte & l'a appliquée à de nouveaux
cas : il en a envoyé le Mémoire à la même
Académie.
Il a travaillé en 1742 au Prix de l'étatdes
Sciences en France pendant le quatorziéme
fiécle , & l'a remporté à Pâques 1743 au
jugement de l'Academie des Belles- Letres.
Cet Ouvrage n'eſt pasencore imprimé , quoiqu'il
foit approuvé du Cenſeur Royal , l'Auteury
voulant faire quelques additions.
La même année il eût le premier Prix de
l'Académie Françoiſe de Soiffons , fur la
Conquête de la Bourgogne par les fils du
Grand Clovis , &c .
CetOuvrage a été imprimé au commencement
de la préſente année chés Chaubert
Libraire du Journal des Sçavans.
Le 29 M. l'Abbé Girard & M. l'Abbé de
Bernis qui avoient été élus le 26 du mois de
Novembre pour remplir les places vacantes
dans l'Académie Françoiſe par la mort de
l'Abbé de Rothelin ,& par celle de l'Abbé
Gedoyn, y furent reçus,& ils firent leurs
Diſcours de remerciment auxquels M. de
Crebillon Directeur de l'Académie répondit.
Chanoine de la Métropole de Sens , Député
Réſident de ſon Chapitre à Paris , prit
féance à l'Académie des Inſcriptions &
Belles - Lettres le Vendredi 11 Décembre
ayant été choiſi par le Roi entre les Sujets
propoſés pour remplir la place d'Afſocié, vacante
par la promotion de M. Falconnet
(Camille ) à la place de Penſionnaire.
M. Fenel a travaillé en 1740. pour le fameux
prix du Cabeſtan. Son ouvrage a eû un
Acceffit au Prix en 1741 , & l'Académie des
Sciences a ordonné qu'il fût imprimé. Ildoit
paroître inceſſamment avec les autres préces
de ce Prix chés Hyppolite- LouisGuerin.
En faiſant des experiences pour la compofition
de cetOuvrage M. Fenel a fait une découverte
remarquable fur le roidiffement &
le relâchement alternatifs des cordes qui tirent
des fardeaux. L'Académie des Sciences
ajugé que cela méritoit d'étre m's dans fon
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE
Hiſtoire de 1741. où on le trouvera pag
155. Ce méme Auteur a depuis perfectionné
ſa découverte & l'a appliquée à de nouveaux
cas : il en a envoyé le Mémoire à la même
Académie.
Il a travaillé en 1742 au Prix de l'étatdes
Sciences en France pendant le quatorziéme
fiécle , & l'a remporté à Pâques 1743 au
jugement de l'Academie des Belles- Letres.
Cet Ouvrage n'eſt pasencore imprimé , quoiqu'il
foit approuvé du Cenſeur Royal , l'Auteury
voulant faire quelques additions.
La même année il eût le premier Prix de
l'Académie Françoiſe de Soiffons , fur la
Conquête de la Bourgogne par les fils du
Grand Clovis , &c .
CetOuvrage a été imprimé au commencement
de la préſente année chés Chaubert
Libraire du Journal des Sçavans.
Le 29 M. l'Abbé Girard & M. l'Abbé de
Bernis qui avoient été élus le 26 du mois de
Novembre pour remplir les places vacantes
dans l'Académie Françoiſe par la mort de
l'Abbé de Rothelin ,& par celle de l'Abbé
Gedoyn, y furent reçus,& ils firent leurs
Diſcours de remerciment auxquels M. de
Crebillon Directeur de l'Académie répondit.
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97
p. 153-160
PROGRAMME De l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Dijon, pour le Prix de Morale de 1750.
Début :
L'Académie, fondée par M. Hector-Bernard Pouffier, Doyen du Parlement [...]
Mots clefs :
Académie des sciences et belles-lettres de Dijon, Prix de morale, Corps électriques, Électricité, Communication, Émanations, M. Pinot
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texteReconnaissance textuelle : PROGRAMME De l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Dijon, pour le Prix de Morale de 1750.
PROGRAMME
De l'Académie des Sciences & Belles- Lettres
de Dijon , pour le Prix de Morale
de 1750.
L
८
'Académie , fondée par M. Hector-
Bernard Pouffier , Doyen du Parlement
de Bourgogne , annonce à tous les
Sçavans , que le Prix de Morale pour l'an-
Gy
1
154 MERCURE DE FRANCE.
née 1750 , confſiſtant en une Médaille d'or,
de la valeur de trente piſtoles , ſera adjugé
à celui qui aura le mieux réſolu le Problême
ſuivant ..
Si le rétabliſſement des Sciences & des Arts
a contribué à épurer les moeurs.
Il ſera libre à tous ceux qui voudront
concourir , d'écrire en François ou en Latin
, obſervant que leurs Ouvrages foient
liſibles , & que la lecture de chaque Mémoire
rempliffe & n'excede point une demie
heure.
LesMémoires francs de port ( fans quoi
ils ne feront pas retirés ) feront adreſſés
à M. Petit , Secretaire de l'Académie , rue
du vieux Marché à Dijon , qui n'en recevra
aucun après le premier Avril.
Comme on ne sçauroit prendre trop
de précautions , tant pour rendre aux Sçavans
la justice qu'ils méritent , que pour
écarter , autant qu'il eſt poſſible , les brigues&
cet eſprit de partialité , qui n'entraînent
que trop ſouvent les fuffrages vers
les objets connus, ou qui lesen détournent
par d'autres motifs également irréguliers ,
l'Académie déclare que tous ceux qui, ayant
travaillé ſur le ſujet donné , feront convaincus
de 's'être fait connoître directement
on indirectement pour Auteurs des
Mémoires › avant qu'elle ait décidé fur
OCTOBRE. 1749. 155
5
la diſtribution du Prix , feront exclus du
concours. Pour obvier à cet inconvénient ,
chaque Auteur fera tenu de mettre , au
bas de ſon Mémoire une Sentence ou
Deviſe , & d'y joindre une feuille de papier
cachetée , ſur le dos de laquelle fera
la même Sentence , & fur le cachet , fon
nom , ſes qualités & ſa demeure , pour y
avoir recours à la diſtribution du Prix. Lefdites
feuilles ainſi cachetées , de façon
qu'on ne puiſſe y rien lire à travers , ne
feront point ouvertes avant ce tems-là , &
le Secretaire en tiendra un Régiſtre exact.
Ceux qui exigeront de lui un Récépillé de
leursOuvrages , le feront expédier fous un
autre nom que le leur ,&dans le cas , où
celui qui auroit uſé de cette précaution ,
auroit obtenu le Prix , il ſera obligé , en
chargeant une perſonne ,domiciliée à Dijon
, de ſa Procuration pardevant un Notaire
, & légaliſée par le Juge , d'y joindre
auſſi le Récépiffé.
Si celui, à qui le Prix ſera adjugé, n'eſt
pas de Dijon , il enverra pareillement ſa
Procuration en la forme ſuſdite ; & s'il
eſt de cette Ville , il viendra le recevoir en
perſonne le jour de la diſtribution du Prix ,
qui ſe feradans une Aſſemblée publique
de l'Académie , le Dimanche 23 Août
1750.
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
Le Dimanche 24 Août 1749 , l'Académie
couronna dans une Aſſemblée publique
la piece de M. Pinot , Medecin à
Bourbon-Lancy.
Cet Auteur étoit déja connu par ſa Lettre
fur les Eaux Thermales de Bourbon-
Lancy, imprimée à Dijon en 1743 , in - 12,
127 pages. Elle eſt adreſſée à M. Fournier,
Medecin Penſionné de ladite Ville , fous
lequel il avoit étudié , comme on peut le
voir à la page 112 de la Lettre , & qui
par fon Approbation du 20 Janvier 1744,
en a jugé l'impreſſion très- utile au Public.
M. Fournier vient encore d'avoir la
fatisfaction de voir ſon Eleve couronné
par l'Académie.C'eſt en quelque façon partager
l'honneur du triomphe.
La Differtation , par laquelle M. Pinot
a remporté le Prix de cette année , eft
diviſée en deux parties. Dans la premiere ,
il prouve la véritable cauſe de l'Electricité,
par les effets qu'elle produit & par les expériences
qu'on a faites .
Il établitdans la ſeconde , d'une maniere
évidente , les raiſons pour lesquelles les
corps électriques par eux mêmes ne le font
pas par communication .
Après avoir donné une idée de l'Electricité
, & des differens corps qui en
font plus ou moins fufceptibles , M. Pinos
OCTOBRE. 1749. 159
د
avance qu'elle ne peut s'opérer que par
quelque fluide qui émane du corps électri
que , & que fon action faiſant des impreffions
ſur les corps les plus compacts ,
étant viveà proportion des réſiſtances qu'elle
trouve dans ſes émanations , ſe montrant
toujours ſous une forme ardente , en gerbes
de fea , & excitant ſur nos organes des ſenſations
vives &douloureuſes , on doit préfumer
que l'air , la matiere ſubtile , éthérée
ne font pas capables de ces Phénomenes
, & que celle qui les produit, a plus
d'activité & plus de maſſe ; qu'elle eſt répandue
dans tous les corps , parce qu'ils
font tous électriques par eux - mêmes ou
par communication , les uns moins, à proportion
qu'ils communiquent davantage ,
& les autres ne conſervant la propriété
qu'ils ont reçûe , qu'autant qu'on leur
donne de nouvelles émanations , de maniere
que les expériences de l'Electricité
mettent en évidence les dégrés de variation
de la vertu électrique.
L'Auteur prétend que le feu en eſt la
plusévidente& la ſeule cauſe. Tout , dit- il ,
en eſt pénétré , l'eau même n'en eſt pas
exceptée ; & c'eſt parce qu'il eſt enchaîné
dans les differentes parties des corps qu'il
occupe , qu'il ne manifeſte ni ſes fureurs
ni ſes violences.
58 MERCURE DE FRANCE.
M. Pinot rejette les ſyſtèmes de ceux qui
veulent que le feu& la lumiere ſoient des
corps de même nature , differemment modifiés.
Il ajoute que les corps électriques par
eux - mêmes renferment plus de feu élémentaire
, que ceux qui ne le font que par
communication , parce qu'ils s'enflamment
& s'échauffent plus aisément , & qu'il ne
faut qu'un frottement qui faſſe ſortir par
ondulations alternatives les parcellesde feu
qui communiquent le mouvement qu'elles
ont en raiſon de vîteſſe, ou de lenteur,
de leurs émanations en raiſon de diſtance ,
&&des tiffus des corps , ce qui fait le plus
ou le moins d'Electricité , dont aucune
matiére fubtile , aërienne ou lumineuſe ,
n'étant capable , il réſulte que c'eſt néceſſairement
le feu , par la raiſon que les
parcelles ou atômes électriques produiſent
les mêmes effets que cet élément.
La ſeconde partie tombe précisément
fur l'objet principal de la queſtion propofée.
Premiere Propoſition.
Il faut que les émanations électriques
penetrent les corps , pour communiquer ,
&qu'elles en agitent les parties intérieurieures
de même nature , ſans quoi il n'y
OCTOBRE. 1749. 159
auroit pas d'électricité , ou une trop légere.
On doit échauffer les corps électriques
par le frottement , pour avoir un effet
ſenſible , & retrouver dans les corps électriſés
une chaleur proportionnée à celle
du corps électriſant.
Seconde Propofition.
Les corps qui nous environnent font
plus ou moins ouverts aux émanations qui
ſe préſentent , à raiſon de leurs tiffus dif
ferens plus ou moins ferrés , de leur quantité
, de leur gravité ſpécifique & de leurs
variations relatives.
Troifiéme Propoſition.
Les corps réſineux , le ſouffre & les
gommes , ont de grands vuides dont la direction
eſt poreuſe & entrecoupée ; les
méraux & autres corps ſolides ont des pores
plus étroits , mais d'une direction plus
aiſée & plus méable.
Quatrième Propofition.
Les premiers , c'eſt-à-dire les réſines , les
gommes , ayant plus de vuides , doivent
renfermer plus de matiere étrangere .
De ces propoſitions l'Auteur conclut, 1 .
que l'électricité ne fe communique que par
le paſſage des parcelles de feu qu'on élec
160 MERCUREDEFRANCE.
trife , & qui paffent en raiſon réciproque
des directions & pores qui peuvent les recevoir.
Ainſi les corps peſans en admettent
dans leurs tiſſus une plus grande quantité
que les corps rares. 2 ° . Que les corps électriques
par eux-mêmes renferment une
plus grande quantité de parties étrangeres
&par conféquent de feu , tandis que les
métaux n'en confervent que très-peu . Donc
les corps électriques par eux-mêmes ne
peuvent l'être , ou que bien foiblement par
communication , puiſque la quantité des
particules ignées qu'ils renferment , s'oppoſe
néceſſairement à celles qui voudroient
y parvenir , leur atmosphere étant en équilibre,
& ces mêmes parties ne pouvant pénétrer
leurs tiſſus par la diſpoſition des pores.
Ainfi la ſeule raiſon pour laquelle les
corps électriques par eux-mêmes ne le font
pas par communication , dépend de la
quantité des matieres ignées qui réfident
dans leurs tiffus , &des obſtacles que ce même
tiſſu oppoſe à l'entrée de la matiere
ignée qui leur vient des autres .
M. l'Abbé Mangin , Docteur en Théologie
, Prieur de Saint Antoine , au Collége
de Lizieux à Paris, auroit eu auſſi un Prix,
l'Académie en avoit en deux à diſtribuer .
Il eſt de l'intérêt de la Phyſique & de la
gloire de l'Auteur de rendre ſon ouvrage
public.
De l'Académie des Sciences & Belles- Lettres
de Dijon , pour le Prix de Morale
de 1750.
L
८
'Académie , fondée par M. Hector-
Bernard Pouffier , Doyen du Parlement
de Bourgogne , annonce à tous les
Sçavans , que le Prix de Morale pour l'an-
Gy
1
154 MERCURE DE FRANCE.
née 1750 , confſiſtant en une Médaille d'or,
de la valeur de trente piſtoles , ſera adjugé
à celui qui aura le mieux réſolu le Problême
ſuivant ..
Si le rétabliſſement des Sciences & des Arts
a contribué à épurer les moeurs.
Il ſera libre à tous ceux qui voudront
concourir , d'écrire en François ou en Latin
, obſervant que leurs Ouvrages foient
liſibles , & que la lecture de chaque Mémoire
rempliffe & n'excede point une demie
heure.
LesMémoires francs de port ( fans quoi
ils ne feront pas retirés ) feront adreſſés
à M. Petit , Secretaire de l'Académie , rue
du vieux Marché à Dijon , qui n'en recevra
aucun après le premier Avril.
Comme on ne sçauroit prendre trop
de précautions , tant pour rendre aux Sçavans
la justice qu'ils méritent , que pour
écarter , autant qu'il eſt poſſible , les brigues&
cet eſprit de partialité , qui n'entraînent
que trop ſouvent les fuffrages vers
les objets connus, ou qui lesen détournent
par d'autres motifs également irréguliers ,
l'Académie déclare que tous ceux qui, ayant
travaillé ſur le ſujet donné , feront convaincus
de 's'être fait connoître directement
on indirectement pour Auteurs des
Mémoires › avant qu'elle ait décidé fur
OCTOBRE. 1749. 155
5
la diſtribution du Prix , feront exclus du
concours. Pour obvier à cet inconvénient ,
chaque Auteur fera tenu de mettre , au
bas de ſon Mémoire une Sentence ou
Deviſe , & d'y joindre une feuille de papier
cachetée , ſur le dos de laquelle fera
la même Sentence , & fur le cachet , fon
nom , ſes qualités & ſa demeure , pour y
avoir recours à la diſtribution du Prix. Lefdites
feuilles ainſi cachetées , de façon
qu'on ne puiſſe y rien lire à travers , ne
feront point ouvertes avant ce tems-là , &
le Secretaire en tiendra un Régiſtre exact.
Ceux qui exigeront de lui un Récépillé de
leursOuvrages , le feront expédier fous un
autre nom que le leur ,&dans le cas , où
celui qui auroit uſé de cette précaution ,
auroit obtenu le Prix , il ſera obligé , en
chargeant une perſonne ,domiciliée à Dijon
, de ſa Procuration pardevant un Notaire
, & légaliſée par le Juge , d'y joindre
auſſi le Récépiffé.
Si celui, à qui le Prix ſera adjugé, n'eſt
pas de Dijon , il enverra pareillement ſa
Procuration en la forme ſuſdite ; & s'il
eſt de cette Ville , il viendra le recevoir en
perſonne le jour de la diſtribution du Prix ,
qui ſe feradans une Aſſemblée publique
de l'Académie , le Dimanche 23 Août
1750.
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
Le Dimanche 24 Août 1749 , l'Académie
couronna dans une Aſſemblée publique
la piece de M. Pinot , Medecin à
Bourbon-Lancy.
Cet Auteur étoit déja connu par ſa Lettre
fur les Eaux Thermales de Bourbon-
Lancy, imprimée à Dijon en 1743 , in - 12,
127 pages. Elle eſt adreſſée à M. Fournier,
Medecin Penſionné de ladite Ville , fous
lequel il avoit étudié , comme on peut le
voir à la page 112 de la Lettre , & qui
par fon Approbation du 20 Janvier 1744,
en a jugé l'impreſſion très- utile au Public.
M. Fournier vient encore d'avoir la
fatisfaction de voir ſon Eleve couronné
par l'Académie.C'eſt en quelque façon partager
l'honneur du triomphe.
La Differtation , par laquelle M. Pinot
a remporté le Prix de cette année , eft
diviſée en deux parties. Dans la premiere ,
il prouve la véritable cauſe de l'Electricité,
par les effets qu'elle produit & par les expériences
qu'on a faites .
Il établitdans la ſeconde , d'une maniere
évidente , les raiſons pour lesquelles les
corps électriques par eux mêmes ne le font
pas par communication .
Après avoir donné une idée de l'Electricité
, & des differens corps qui en
font plus ou moins fufceptibles , M. Pinos
OCTOBRE. 1749. 159
د
avance qu'elle ne peut s'opérer que par
quelque fluide qui émane du corps électri
que , & que fon action faiſant des impreffions
ſur les corps les plus compacts ,
étant viveà proportion des réſiſtances qu'elle
trouve dans ſes émanations , ſe montrant
toujours ſous une forme ardente , en gerbes
de fea , & excitant ſur nos organes des ſenſations
vives &douloureuſes , on doit préfumer
que l'air , la matiere ſubtile , éthérée
ne font pas capables de ces Phénomenes
, & que celle qui les produit, a plus
d'activité & plus de maſſe ; qu'elle eſt répandue
dans tous les corps , parce qu'ils
font tous électriques par eux - mêmes ou
par communication , les uns moins, à proportion
qu'ils communiquent davantage ,
& les autres ne conſervant la propriété
qu'ils ont reçûe , qu'autant qu'on leur
donne de nouvelles émanations , de maniere
que les expériences de l'Electricité
mettent en évidence les dégrés de variation
de la vertu électrique.
L'Auteur prétend que le feu en eſt la
plusévidente& la ſeule cauſe. Tout , dit- il ,
en eſt pénétré , l'eau même n'en eſt pas
exceptée ; & c'eſt parce qu'il eſt enchaîné
dans les differentes parties des corps qu'il
occupe , qu'il ne manifeſte ni ſes fureurs
ni ſes violences.
58 MERCURE DE FRANCE.
M. Pinot rejette les ſyſtèmes de ceux qui
veulent que le feu& la lumiere ſoient des
corps de même nature , differemment modifiés.
Il ajoute que les corps électriques par
eux - mêmes renferment plus de feu élémentaire
, que ceux qui ne le font que par
communication , parce qu'ils s'enflamment
& s'échauffent plus aisément , & qu'il ne
faut qu'un frottement qui faſſe ſortir par
ondulations alternatives les parcellesde feu
qui communiquent le mouvement qu'elles
ont en raiſon de vîteſſe, ou de lenteur,
de leurs émanations en raiſon de diſtance ,
&&des tiffus des corps , ce qui fait le plus
ou le moins d'Electricité , dont aucune
matiére fubtile , aërienne ou lumineuſe ,
n'étant capable , il réſulte que c'eſt néceſſairement
le feu , par la raiſon que les
parcelles ou atômes électriques produiſent
les mêmes effets que cet élément.
La ſeconde partie tombe précisément
fur l'objet principal de la queſtion propofée.
Premiere Propoſition.
Il faut que les émanations électriques
penetrent les corps , pour communiquer ,
&qu'elles en agitent les parties intérieurieures
de même nature , ſans quoi il n'y
OCTOBRE. 1749. 159
auroit pas d'électricité , ou une trop légere.
On doit échauffer les corps électriques
par le frottement , pour avoir un effet
ſenſible , & retrouver dans les corps électriſés
une chaleur proportionnée à celle
du corps électriſant.
Seconde Propofition.
Les corps qui nous environnent font
plus ou moins ouverts aux émanations qui
ſe préſentent , à raiſon de leurs tiffus dif
ferens plus ou moins ferrés , de leur quantité
, de leur gravité ſpécifique & de leurs
variations relatives.
Troifiéme Propoſition.
Les corps réſineux , le ſouffre & les
gommes , ont de grands vuides dont la direction
eſt poreuſe & entrecoupée ; les
méraux & autres corps ſolides ont des pores
plus étroits , mais d'une direction plus
aiſée & plus méable.
Quatrième Propofition.
Les premiers , c'eſt-à-dire les réſines , les
gommes , ayant plus de vuides , doivent
renfermer plus de matiere étrangere .
De ces propoſitions l'Auteur conclut, 1 .
que l'électricité ne fe communique que par
le paſſage des parcelles de feu qu'on élec
160 MERCUREDEFRANCE.
trife , & qui paffent en raiſon réciproque
des directions & pores qui peuvent les recevoir.
Ainſi les corps peſans en admettent
dans leurs tiſſus une plus grande quantité
que les corps rares. 2 ° . Que les corps électriques
par eux-mêmes renferment une
plus grande quantité de parties étrangeres
&par conféquent de feu , tandis que les
métaux n'en confervent que très-peu . Donc
les corps électriques par eux-mêmes ne
peuvent l'être , ou que bien foiblement par
communication , puiſque la quantité des
particules ignées qu'ils renferment , s'oppoſe
néceſſairement à celles qui voudroient
y parvenir , leur atmosphere étant en équilibre,
& ces mêmes parties ne pouvant pénétrer
leurs tiſſus par la diſpoſition des pores.
Ainfi la ſeule raiſon pour laquelle les
corps électriques par eux-mêmes ne le font
pas par communication , dépend de la
quantité des matieres ignées qui réfident
dans leurs tiffus , &des obſtacles que ce même
tiſſu oppoſe à l'entrée de la matiere
ignée qui leur vient des autres .
M. l'Abbé Mangin , Docteur en Théologie
, Prieur de Saint Antoine , au Collége
de Lizieux à Paris, auroit eu auſſi un Prix,
l'Académie en avoit en deux à diſtribuer .
Il eſt de l'intérêt de la Phyſique & de la
gloire de l'Auteur de rendre ſon ouvrage
public.
Fermer
98
p. 82-97
Assemblée publique de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Dijon, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie des Sciences & Belles Lettres de Dijon, adjugea le 23. du mois [...]
Mots clefs :
Académie des sciences et belles-lettres de Dijon, Sciences, Moeurs, Fièvre, Esprit, Prévention, Arts, Jean-Jacques Rousseau, Lettres, Savants, Science, Hommes, Épurer les moeurs, Faveur, Maladie, Vices, Monsieur l'Abbé de Repas, Corps, Cerveau, Monsieur l'Abbé Talbert
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Assemblée publique de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Dijon, [titre d'après la table]
'Académie des Sciences & Belles Let
tres de Dijon , adjugea le 23. du mois.
d'Août 1750 , dans une affemblée publi
que , le Prix de Morale à M. Rouffeau ,
Citoyen de Genéve , qui demeure actuellement
à Paris.
M. F'Abbé de Repas , Chanoine de Notre-
Dame de Dijon , & Honoraire de l'A
cadémie , ouvrit la Séance par une Differ
tation fur la prévention des gens de Lettres
, & fur la préoccupation aveugle des
Sçavans en faveur d'une Science , d'un
fystême ou d'un Auteur,
NOVEMBRE. 1750 83
L'efprit , dit M. de Repas , a fes mala
dies comme le corps , & il faudroit aux
hommes des Hippocrates dans la Morale ,
comme dans la Médecine. Il fuppofe enfuire
une infirmerie pour les malades d'ef
prit ; on y logeroit en fous-ordre ces efprits
prévenus qui voyent trouble ; &
pour traiter méthodiquement cette maladie
, il effaye de démontrer que la prévention
eft 1 : une fiévre de l'efprit , 2º. une
fiévre épidémique parmi les Sçavans , 3º.
une fiévre chaude,fource des querelles fcientifiques
, 4º. une fiévre contiaue , & pref
que incurable.
Premiere réflexion , fiévre d'efprit.
·
Il définir la fièvre qui affecte le corps ,
une intempérie chaude & féche du fang
& des humeurs , qui du coeur fe commu
nique à tout le corps ; & la fièvre de l'efprit
, l'intempérie d'un cerveau malade
qui n'a pas les qualités requifes pour juger
fainement des chofes. On ne peut parvenir
à ce jugement que par deux voies , par
celle de l'examen , & par la comparaifon
des opinions que l'on admet , & de celles
que l'on rejette , deux routes inconnues
à l'homme prévenu , 1 ° parce qu'il n'examne
pas ce qui eft la voie la plus courte
ou parce qu'il n'examine que fuperficiel
•
Dvi
S4 MERCURE DEFRANCE.
lement , ou parce qu'il n'examine qu'abufivement
, & avec un efprit.fceptique &
pirrhonien .
2°. Parce qu'il ne compare pas , ou qu'il
ne compare pas de bonne for ; parce qu'avec
un efprit étroit & limité , il s'égare
dans cette comparaifon , il s'enfuit de- là
que c'eft fa prévention , & non fa lumiere
qui eft le principe de fa perfuafion , maladie
du cerveau , & fiévre de l'efprit..
Fiévre épidémique.
Il eft certain qu'il faut un goût général
pour connoître dans chaque Science ce
qu'elle a d'eftimable , & que rien n'eft plus
déraisonnable , & cependant rien dé plus.
commun parmi les Sçavans , que ce goût
exclufif , effet de la prévention.
Les uns fe préviennent en faveur d'une
Science , les autres en faveur d'un Auteur:.
fi c'eft en faveur d'une Science , dès - lars.
elle eft la plus relevée de toutes les Sciences.
If eft peu de Sçavans . qui n'ayent ce.
préjugé , ou plutôt cette folie , qui tire fon .
principe de ce que dès l'enfance on a eu.
l'efprit tourné d'un certain côté..
M. de Repas cite les exemples des Sçavans
prévenus , qui voudroient faire de
leur humeur & de leur goût la régle du.
genre humain , & qui à la honte de la rai
NOVEMBRE. 1750. Esi
31
↓
fon , perdent cet efprit d'équité qui donne
à chaque Science fon mérite & fon prix ,,
parce que chacune a fes richeffes & fes
beautés ; qu'un Sçavant par exemple s'entête
d'une Science ou d'un Auteur , c'en,
eft affez pour en faire l'apothéose. Il l'a
choiff pour maître , il ne parle que par fa
bouche; toutes les paroles font des oracles..
Defcartes indécis fur le fyftême du vuide
& du plein , s'enthoufiafime de fon Mentor
Merfenne , c'en eft affez ; & contre les,
propres idées , il adopte une hypothéfe qui
n'a nul fondement,dans la Nature , tant il
eft vrai que la prévention aveugle , & fait.
perdre les idées du fens commun : fiévre:
épidémique..
Fiévre chande..
Qui dit fiévre chaude , dit un tranfport
de l'efprit qui fait dire des chofes furprenantes
& extraordinaires , c'eft une fiévreallumée
par l'humeur colerique , deux effets
de la maladie qui affecte le Sçavant.
fortement prévenu . Nous en avons un
exemple dans les Anglois ; à quels excès :
n'ont- ils pas porté le culte & la vénération.
pour Newton ? I fuffit de lire cette faftucufe
& hyperbolique épitaphe , gravée.
fur fon tombeau à Westminster. A les entendre
, c'eft en lui, feul que la Nature a
MERCURE DE FRANCE.
reçu fon complément ; avant lui elle n'é
toit qu'ébauchée ; les ouvrages du Chancelier
Bacon ( dont il n'a été que le pla
giaire ) ne font plus que marchandifes de
rebut ; Scaliger , ce prodige de Sciences ,
n'eft plus l'homme divin , & tous nos Sça- t
vans , que des vers rampans fur la furface
des Sciences. Ces violens tranfports neprouvent-
ils pas que la prévention eſt anefiévre
chaude , alfumée par l'humeur colé
rique ? En voici les accès & les redoublemens.
Que deux Sçavans fe préviennent ,
pour ou contre une opinion , la difpute
s'échauffe , la bile s'enflamme , & les efprits
s'aigriffent. Que de querelles fcientifiques
entre les fectateurs d'Ariftote &
de Defcartes , entre les admirateurs de
Corneille & de Racine , entre les défenfeurs
de la Profe & de la Poëfie , les partifans
des tourbillons & de l'attraction !Que
de combats de plume ! De- là ces chaleurs
de difpute , ces traits malins , ces reparties
pleines d'animofité. Tels font les effets dela
prévention , fiévre chaude & ardente
→ & enfin
Fiévre continue & prefque incurable.
peut inftruire un ignorant , perfua--
der un incrédule; on ne peut convaincreun
On
NOVEMBRE. 1750 . 87.
1
entêté , furtout s'il eft fier & bilieux ; c'eft
une tête , dit Horace , que l'ellebore des.
trois anticires ne pourroit guérir. Tribus
anticiris infanabile caput.. On en tire la
preuve des principes de Mallebranche. II.
eft certain que les objets impriment leurs.
traces dans les fibres du cerveau : or les
traces qu'impriment dans le cerveau de:
F'homme préoccupé les objets de ſa préoccupation,
font fi profondes que ces fibres
demeurent toujours entr'ouvertes ; le paffage
continuel des efprits animaux , qui
entretient cette ouverture , .ne leur pera
met pas de fe fermer ; l'ame entraînée par
fes penfées , qui font liées à ces traces , demeure
l'efclave de fes penfées ; elle s'y applique
fi. fortement , que toute autre penfée
n'y peut trouver entrée ; de-là vient
que l'on ne s'apperçoit plus de ces écarts,
& que l'on déraifonne de fang froid.
Tribus anticiris , & c.
4
Pour remédier à ce mal par un fébri
fuge , on a confulté ces Hippocrates moraux
, ces hommes célebres qui ont tra
vaillé par des spécifiques à détruire les erreurs
, les travers & les maladies de l'ef
prit. Qu'ordonnent- ils contre la fièvre de
la prévention ?
. Premiere ordonnance , non temerè crea
dera,de ne donner de confentement en
88 MERCURE DE FRANCE.
ier qu'à des chofes évidentes. Seconde
ordonnance , de ne fe décider jamais fur
les raifons d'un feul parti . Troifiéme ordonnance
, de renoncer dans fes jugemens.
à toute vûe d'intérêt & de confidération
humaine. Quatriéme ordonnance , de ren--
dre juftice à toutes les Sciences & à tous
les Auteurs , & d'eftimer dans chacun la
partie dans laquelle il a excellé . La recette:
paroît fûre contre une prévention qui
n'eft point habituelle ; mais fi la maladie eft
longue & habituelle , on a décidé que
l'antidote étoit un préfervatif trop foible,.
que l'ellebore des trois anticires n'étoit
qu'un palliatif , & on l'a abandonnée :
comme une maladie déſeſperée.
Le but de M. l'Abbé de Repas a été d'amufer
en inftruifant , & il a fort bien rem
pli fon objet.
M. Gelot ,"Procureur du Roi au Bu
reau des Finances , Académicien Penfionnaire
, fit enfuite la lecture de l'Analyfe
de la piéce qui alloit être couronnée , &
de celles qui avoientbalancé les fuffrages .
de l'Académie ; mais auparavant il fit voir
quelles étoient les moeurs avant la renaiffance
des Lettres & des Arts .
Il s'agiffoit dans le problême que l'Aca--
démie avoit propofé pour cette année , -
de décider fi le rétabliſſement des Arts
i
NOVEMBRE. 1750. 89
=
& des Sciences avoir contribué à épurer
les moeurs.
M. Rouffeau a pris la négative , & il a
foutenu , que quoiqu'elles ayent pû les
épurer , elles ne l'ont cependant pas fait ,
& il a démontré qu'à mesure que les Arts
& les Sciences le font perfectionnés , les
moeurs fe font corrompues ; il le prouve
par ce qui s'eft paffé en Egypte , en Grèce,
à Rome , à Conftantinople & à la Chine.
Tandis que les Lacédemoniens , les
Scythes & les Suiffes préfervés de la contagion
des vaines connoiffances , conferverent
leur premiere fimplicité , leurs
moeurs étoient groffieres , mais pures , an
tant que l'humanité le comportoit ; les vices
au contraire conduits à Athénes par les
Beaux Arts , enchaînerent la liberté des
Grecs.
Quelques fages , il eft vrai , fe font garantis
de la corruption générale dans le
fein des Mufes , tels furent un Socrate à
Athénes & un Caton à Rome ; mais ce font
de ces exceptions qui confirment la régle
générale. La premiere partie du difcours
de M. Rouffeau eft terminée par cette réflexion
, que les voiles épais dont la Sageffe
éternelle a couvert les Sciences , font une
preuve qu'elle a voulu nous en préferver ,
comme une tende mere , qui arrache des
o MERCURE DE FRANCE.
armes dangereufes des mains de fon en
fant.
L'Auteur nous apprend dans la feconde
partie , que c'étoit une tradition paffée de
'Egypte en Gréce, qu'un Dieu , ennemi du
repos des hommes , avoit été l'inventeur
des Sciences ; nos vices leur ont donné la
maiffance , & nous ferions moins en doute
fur leurs avantages , fi elles la devoient à
nos vertus.
M. Rouffeau invective enfuite contre
cette foule d'Ecrivains obfcurs & de Lettrés
oififs , dont les vaines & futiles déclamations
, & les funeftes paradoxes fappent les
fondemens de la Foi & de la Vertu.
Les Arts , felon lui , ne font pas moins
dangereux pour les bonnes moeurs que pour
l'Etat ; ils ont amené le luxe , & le luxe
entraîne toujours la chûte des uns & des
autres.
D'un autre côté , les talens réglé fur le
mauvais goût de ceux pour qui on les employe
, dégradent les Arts & les Artiſtes.
Louis le Grand les avoit favoriſés ainſi
que les Sciences; il voulut que ces Sociétés
célébres, chargées du dangereux dépôt des
Sciences , & du dépôt facré des moeurs,
cuffent une attention particuliere à en
maintenir chez elles toe la pureté , & à
Yexiger dans tous les membres. qu'elles.ro
NOVEMBRE . 1750. 95
evroient , précaution dont l'Auteur tire
avantage pour fon fyftême , parce que l'on
ne cherche pas , dit- il , des remédes à des
maux qui n'exiftent pas tant d'établiffemens
en faveur des Sciences , annoncent
la crainte où l'on eft de manquer de Phi
lofophes , comme l'on avoit trop de Laboureurs.
Qu'enfeignent cependant ces prétendus
Sages ? Qu'il n'y a point de corps ; que tout
eft en repréſentation ; qu'il n'y a d'autre
fubftance que la matiere , ni d'autre Dieu
que le monde ; qu'il n'y a ni vertus ni vices:
que le bien & le mal ne font que des
chiméres.
Mais parmi les égaremens aufquels le
paganiſme a été livré , a- t'il rien laiffé qui.
puiffe être comparé aux monumens honeux
que lui a préparés l'Imprimerie fous le
regne de l'Evangile ? Les écrits impies des
Leucippes & des Diagoras font prefque
péris avec eux ; mais grace aux caractéres
typographiques , les rêveries de Hobbe &
de Spinofa refteront à jamais.
Si le progrès des Sciences & des Arts
n'a rien ajouté à notre véritable félicité ;
s'il a corrompu nos moeurs , fi leur corrup
tion a porté atteinte au bon goût ; que doit
on penfer de cette foule d'Auteurs élementaires
, qui ont écarté du Temple des.
92 MERCURE DE FRANCE.
Mufes les difficultés qui en avoient défendu
F'entrée , & que la Nature y avoit placées ,
comme une épreuve des forces de ceux qui
feroint tentés de ſçavoir ?
Que penferons - nous de ces Compilateurs
de Dictionnaires , fans le fecours defquels
une populace , indigne d'approcher
du Sanctuaire des Muſes , rebutée par les
difficultés , s'occuperoit à des Arts utiles à
la fociété ?
: Les Verulams les Defcartes , les Newtons
, ces Précepteurs du genre humain ,
n'ont point eu de maîtres ; c'eft à des génies
de cette trempe qu'il eft permis d'élever
des monumens à la gloire de l'efpric
humain ; mais fi l'on veut que rien ne foit
au -deffus du leur , il faut que rien ne foit
au -deffus de leurs efperances. Si les récompenfes
accordées à Ciceron & au Chancelier
Bacon euffent été bornées à une Chaire
dans une Univerfité pour l'an , & à une
penfion de l'Académie pour l'autre , croiton
qu'ils auroient travaillé avec la même
application à ces ouvrages qui feront l'admiration
de tous les fiécles ?
M. Rouffeau conclud en difant , que la
véritable ſcience confifte à rentrer en foi
même ; à écouter la voix de la Nature dans
le fibence des paffions , & que c'eſt-là la
véritable Philofophic.
NOVEMBRE. 1750. 93
Laiffons,dit il , à ces hommes célébres qui
s'immortalifent dans la République des
Lettres la gloire de fçavoir bien dire ; c'est
affez pour un homme qui vit fans ambition ,
de fe contenter de la gloire de bien faire.
L'Académie en couronnant l'ouvrage
de M. Rouffeau , n'a point prétendu adop
ter fes maximes de politique qui ne font
point à nos ufages , ni ce qu'il a dit de
l'inutilité des découvertes des Phyficiens
& des Géométres , en ce que, felon lui , elles
ne contribuent en rien au Gouvernement
de l'Etat , & à la pureté des moeurs ;
il eft en cela forti du problême , car ce
feroit lui donner une trop grande extenfion
, de regarder comme inutile tout ce
qui ne tend point directement à ce but.
La plupart des découvertes ont procuré de
grands avantages , qu'il n'eft pas permis
de les regarder avec indifference. Cependant
comme il a folidement démontré que
le rétabliffement des Arts & des Sciences
n'a
pas contribué à épurer les moeurs , l'Académie
a crû devoir décerner le prix à
la démonstration d'une question de fait
de la vérité de laquelle on ne peut dif
convenir , à moins de s'inferire en faux
contre l'expérience.
M. du Chaffelat , de Troyes en Cham
pagne , a foutenu la négative , ainfi que
94 MERCURE DE FRANCE.
M. Rouffeau ; l'Académie l'a jugé digne
de l'acceffit . Il a parfaitement démontré par
le fait même , combien la corruption des
moeurs étoit devenue générale depuis le
rétabliffement des Sciences , ce qui eft la
même chole que s'il avoit dit , qu'il n'avoit
pas contribué à épurer les moeurs,
Pour prouver la propoſition , il a parfa
couru les differentes meurs des Grecs avant
Periclès , celles du fiécle da fameux Dif
ciple de Zenon & d'Anaxagore , des Romains
avant & fous Augufte , celles d'Ita
talie , fous de Pontificat de Léon X. enfin
les nôtres fous le Regne de Louis XIV .
& par tous ces differens paralleles , & par
le portrait que le Pere Rapin a tracé des
moeurs de fon fiécle , il en conclut que ·les
fiécles les plus polis n'ont point été les plus
vertueux .
Parmi plufieurs Differtations fçavantes
qui ont été adreffées à l'Académie pour
l'affirmative de fon problême , celle de :
M. l'Abbé Talbert, Chanoine , Coadjuteur
de l'Eglife Métropolitaine de Befançon
lui a paru la mieux écrite .
Si l'Académie n'avoit confulté que fon
inclination & fon zéle pour les Lettres ,
elle fe feroit rangée du parti de M. Talbert
; mais c'eût été trahir celui de la vérité
, & faire tort aux Sciences , puiſqu'il
1
NOVEMBRE. 1750. 95.
a'arrive que trop fouvent , qu'en voulant
par un zéle mal entendu accorder à quelqu'un
des avantages dont il ne jouit pas
on donne lieu par cette partialité à des
doutes fur ceux qu'il pofféde véritablement.
Il n'eft que trop vrai que les Scien
ces ont produit plus de mal que de bien ,
parce que celui- ci n'eft jamais par fes effets
en railon égale avec l'autre . M. Talbert a
fait valoir l'utilité des Sciences & leur néceffité
; la question de droit a été épuisée
& mife dans le plus beau jour ; mais en
banne Logique on ne conclud jamais de
l'acte par le pouvoir ; il a négligé la queftion
de fait , la feule dont il s'agiffoit dans
le problême ; l'Académie ne demandoit pas
Gles Sciences pouvoient épurer les moeurs,
elle en est très perfuadée ; mais fi elles les
avoient réellement épurées , c'eſt à - dire , ſi
les hommes étoient devenus plus vertueux,
plus fincéres , plus équitables , à ne les
prendre que dans l'ordre moral ; c'eft à
ce point de fait qu'il falloit une démonf
tration , M. Talbert ne l'a point donnée ;
il a toujours argumenté du fair par le
Droit , au lieu qu'il falloit prendre une
route contraire , il fentoit fans doute la
difficulté du fuccès ; il devoit convenir de
bonne foi , que les Lettres utiles & néceffaires
à certains égards , n'ont pas toujours
96 MERCURE DE FRANCE.
produit l'effet qu'on devoit en attendre;'
faites pour éclairer l'homme , elles n'ont
que trop fouvent contribué à faire naître
des doutes ; ce qu'il a gagné du côté de
l'efprit, a été pris fur la tigidité des moeurs ;
par le commerce des Sciences , elles font
devenues plus douces & plus fociables ,
lles ont même dépouillé leur antique feocité.
L'éducation & l'ufage du monde
nt pû opérer ces changemens ; mais ce
' eft point de cette forte d'épurement dont
I s'agiffoit. Plus fçavans peut-être & plus
éclairés que nos peres , fommes- nous plus
gens qu'eux ? Voilà le point de la
honnêtes
lifficulté.
Quels vices en effet regnoient parmi eux,
qui ne reparoiffent aujourd'hui les mêmes,
ou fous des modifications differentes ? Ils
font plus rafinés , il eft vrai ; mais ils n'en
font pas moins des vices. C'eft faire grace
aux Lettres , de dire qu'ayant lors de leur
rétabliſſement trouvé les hommes déja corrompus
, elles les avoit laiffés dans le mê
me état ; c'eft affez pour les Sciences , que
l'Académie convienne, qu'elles pouvoient
épurer les moeurs , fi on n'en avoit point
abufé . Un femblable aveu de fa part n'aura
rien dont l'ignorance puille tirer le plus
leger avantage ; elle n'a point prétendu la
favorifer. On peut avec un grand fond
d'ignorance
NOVEMBRE. 1750. 97
!
d'ignorance n'avoir point de moeurs , il eft
poffible que l'on en ait avec de la fcience ;
la perverfité ou la rectitude du coeur en décident,
& les fciences ainfi , que l'ignorance,
n'en font que les caufes occafionnelles : une
Académie qui dévoile la turpitude du
coeur humain , & l'abus qu'il fait de fes
lumieres , n'eft point cenfèe avoir voulu
renouveller vis -à - vis des Sciences l'indifcrétion
indécente du Pere de Chanaan ,
& elle ne doit point en appréhender le
fort.
tres de Dijon , adjugea le 23. du mois.
d'Août 1750 , dans une affemblée publi
que , le Prix de Morale à M. Rouffeau ,
Citoyen de Genéve , qui demeure actuellement
à Paris.
M. F'Abbé de Repas , Chanoine de Notre-
Dame de Dijon , & Honoraire de l'A
cadémie , ouvrit la Séance par une Differ
tation fur la prévention des gens de Lettres
, & fur la préoccupation aveugle des
Sçavans en faveur d'une Science , d'un
fystême ou d'un Auteur,
NOVEMBRE. 1750 83
L'efprit , dit M. de Repas , a fes mala
dies comme le corps , & il faudroit aux
hommes des Hippocrates dans la Morale ,
comme dans la Médecine. Il fuppofe enfuire
une infirmerie pour les malades d'ef
prit ; on y logeroit en fous-ordre ces efprits
prévenus qui voyent trouble ; &
pour traiter méthodiquement cette maladie
, il effaye de démontrer que la prévention
eft 1 : une fiévre de l'efprit , 2º. une
fiévre épidémique parmi les Sçavans , 3º.
une fiévre chaude,fource des querelles fcientifiques
, 4º. une fiévre contiaue , & pref
que incurable.
Premiere réflexion , fiévre d'efprit.
·
Il définir la fièvre qui affecte le corps ,
une intempérie chaude & féche du fang
& des humeurs , qui du coeur fe commu
nique à tout le corps ; & la fièvre de l'efprit
, l'intempérie d'un cerveau malade
qui n'a pas les qualités requifes pour juger
fainement des chofes. On ne peut parvenir
à ce jugement que par deux voies , par
celle de l'examen , & par la comparaifon
des opinions que l'on admet , & de celles
que l'on rejette , deux routes inconnues
à l'homme prévenu , 1 ° parce qu'il n'examne
pas ce qui eft la voie la plus courte
ou parce qu'il n'examine que fuperficiel
•
Dvi
S4 MERCURE DEFRANCE.
lement , ou parce qu'il n'examine qu'abufivement
, & avec un efprit.fceptique &
pirrhonien .
2°. Parce qu'il ne compare pas , ou qu'il
ne compare pas de bonne for ; parce qu'avec
un efprit étroit & limité , il s'égare
dans cette comparaifon , il s'enfuit de- là
que c'eft fa prévention , & non fa lumiere
qui eft le principe de fa perfuafion , maladie
du cerveau , & fiévre de l'efprit..
Fiévre épidémique.
Il eft certain qu'il faut un goût général
pour connoître dans chaque Science ce
qu'elle a d'eftimable , & que rien n'eft plus
déraisonnable , & cependant rien dé plus.
commun parmi les Sçavans , que ce goût
exclufif , effet de la prévention.
Les uns fe préviennent en faveur d'une
Science , les autres en faveur d'un Auteur:.
fi c'eft en faveur d'une Science , dès - lars.
elle eft la plus relevée de toutes les Sciences.
If eft peu de Sçavans . qui n'ayent ce.
préjugé , ou plutôt cette folie , qui tire fon .
principe de ce que dès l'enfance on a eu.
l'efprit tourné d'un certain côté..
M. de Repas cite les exemples des Sçavans
prévenus , qui voudroient faire de
leur humeur & de leur goût la régle du.
genre humain , & qui à la honte de la rai
NOVEMBRE. 1750. Esi
31
↓
fon , perdent cet efprit d'équité qui donne
à chaque Science fon mérite & fon prix ,,
parce que chacune a fes richeffes & fes
beautés ; qu'un Sçavant par exemple s'entête
d'une Science ou d'un Auteur , c'en,
eft affez pour en faire l'apothéose. Il l'a
choiff pour maître , il ne parle que par fa
bouche; toutes les paroles font des oracles..
Defcartes indécis fur le fyftême du vuide
& du plein , s'enthoufiafime de fon Mentor
Merfenne , c'en eft affez ; & contre les,
propres idées , il adopte une hypothéfe qui
n'a nul fondement,dans la Nature , tant il
eft vrai que la prévention aveugle , & fait.
perdre les idées du fens commun : fiévre:
épidémique..
Fiévre chande..
Qui dit fiévre chaude , dit un tranfport
de l'efprit qui fait dire des chofes furprenantes
& extraordinaires , c'eft une fiévreallumée
par l'humeur colerique , deux effets
de la maladie qui affecte le Sçavant.
fortement prévenu . Nous en avons un
exemple dans les Anglois ; à quels excès :
n'ont- ils pas porté le culte & la vénération.
pour Newton ? I fuffit de lire cette faftucufe
& hyperbolique épitaphe , gravée.
fur fon tombeau à Westminster. A les entendre
, c'eft en lui, feul que la Nature a
MERCURE DE FRANCE.
reçu fon complément ; avant lui elle n'é
toit qu'ébauchée ; les ouvrages du Chancelier
Bacon ( dont il n'a été que le pla
giaire ) ne font plus que marchandifes de
rebut ; Scaliger , ce prodige de Sciences ,
n'eft plus l'homme divin , & tous nos Sça- t
vans , que des vers rampans fur la furface
des Sciences. Ces violens tranfports neprouvent-
ils pas que la prévention eſt anefiévre
chaude , alfumée par l'humeur colé
rique ? En voici les accès & les redoublemens.
Que deux Sçavans fe préviennent ,
pour ou contre une opinion , la difpute
s'échauffe , la bile s'enflamme , & les efprits
s'aigriffent. Que de querelles fcientifiques
entre les fectateurs d'Ariftote &
de Defcartes , entre les admirateurs de
Corneille & de Racine , entre les défenfeurs
de la Profe & de la Poëfie , les partifans
des tourbillons & de l'attraction !Que
de combats de plume ! De- là ces chaleurs
de difpute , ces traits malins , ces reparties
pleines d'animofité. Tels font les effets dela
prévention , fiévre chaude & ardente
→ & enfin
Fiévre continue & prefque incurable.
peut inftruire un ignorant , perfua--
der un incrédule; on ne peut convaincreun
On
NOVEMBRE. 1750 . 87.
1
entêté , furtout s'il eft fier & bilieux ; c'eft
une tête , dit Horace , que l'ellebore des.
trois anticires ne pourroit guérir. Tribus
anticiris infanabile caput.. On en tire la
preuve des principes de Mallebranche. II.
eft certain que les objets impriment leurs.
traces dans les fibres du cerveau : or les
traces qu'impriment dans le cerveau de:
F'homme préoccupé les objets de ſa préoccupation,
font fi profondes que ces fibres
demeurent toujours entr'ouvertes ; le paffage
continuel des efprits animaux , qui
entretient cette ouverture , .ne leur pera
met pas de fe fermer ; l'ame entraînée par
fes penfées , qui font liées à ces traces , demeure
l'efclave de fes penfées ; elle s'y applique
fi. fortement , que toute autre penfée
n'y peut trouver entrée ; de-là vient
que l'on ne s'apperçoit plus de ces écarts,
& que l'on déraifonne de fang froid.
Tribus anticiris , & c.
4
Pour remédier à ce mal par un fébri
fuge , on a confulté ces Hippocrates moraux
, ces hommes célebres qui ont tra
vaillé par des spécifiques à détruire les erreurs
, les travers & les maladies de l'ef
prit. Qu'ordonnent- ils contre la fièvre de
la prévention ?
. Premiere ordonnance , non temerè crea
dera,de ne donner de confentement en
88 MERCURE DE FRANCE.
ier qu'à des chofes évidentes. Seconde
ordonnance , de ne fe décider jamais fur
les raifons d'un feul parti . Troifiéme ordonnance
, de renoncer dans fes jugemens.
à toute vûe d'intérêt & de confidération
humaine. Quatriéme ordonnance , de ren--
dre juftice à toutes les Sciences & à tous
les Auteurs , & d'eftimer dans chacun la
partie dans laquelle il a excellé . La recette:
paroît fûre contre une prévention qui
n'eft point habituelle ; mais fi la maladie eft
longue & habituelle , on a décidé que
l'antidote étoit un préfervatif trop foible,.
que l'ellebore des trois anticires n'étoit
qu'un palliatif , & on l'a abandonnée :
comme une maladie déſeſperée.
Le but de M. l'Abbé de Repas a été d'amufer
en inftruifant , & il a fort bien rem
pli fon objet.
M. Gelot ,"Procureur du Roi au Bu
reau des Finances , Académicien Penfionnaire
, fit enfuite la lecture de l'Analyfe
de la piéce qui alloit être couronnée , &
de celles qui avoientbalancé les fuffrages .
de l'Académie ; mais auparavant il fit voir
quelles étoient les moeurs avant la renaiffance
des Lettres & des Arts .
Il s'agiffoit dans le problême que l'Aca--
démie avoit propofé pour cette année , -
de décider fi le rétabliſſement des Arts
i
NOVEMBRE. 1750. 89
=
& des Sciences avoir contribué à épurer
les moeurs.
M. Rouffeau a pris la négative , & il a
foutenu , que quoiqu'elles ayent pû les
épurer , elles ne l'ont cependant pas fait ,
& il a démontré qu'à mesure que les Arts
& les Sciences le font perfectionnés , les
moeurs fe font corrompues ; il le prouve
par ce qui s'eft paffé en Egypte , en Grèce,
à Rome , à Conftantinople & à la Chine.
Tandis que les Lacédemoniens , les
Scythes & les Suiffes préfervés de la contagion
des vaines connoiffances , conferverent
leur premiere fimplicité , leurs
moeurs étoient groffieres , mais pures , an
tant que l'humanité le comportoit ; les vices
au contraire conduits à Athénes par les
Beaux Arts , enchaînerent la liberté des
Grecs.
Quelques fages , il eft vrai , fe font garantis
de la corruption générale dans le
fein des Mufes , tels furent un Socrate à
Athénes & un Caton à Rome ; mais ce font
de ces exceptions qui confirment la régle
générale. La premiere partie du difcours
de M. Rouffeau eft terminée par cette réflexion
, que les voiles épais dont la Sageffe
éternelle a couvert les Sciences , font une
preuve qu'elle a voulu nous en préferver ,
comme une tende mere , qui arrache des
o MERCURE DE FRANCE.
armes dangereufes des mains de fon en
fant.
L'Auteur nous apprend dans la feconde
partie , que c'étoit une tradition paffée de
'Egypte en Gréce, qu'un Dieu , ennemi du
repos des hommes , avoit été l'inventeur
des Sciences ; nos vices leur ont donné la
maiffance , & nous ferions moins en doute
fur leurs avantages , fi elles la devoient à
nos vertus.
M. Rouffeau invective enfuite contre
cette foule d'Ecrivains obfcurs & de Lettrés
oififs , dont les vaines & futiles déclamations
, & les funeftes paradoxes fappent les
fondemens de la Foi & de la Vertu.
Les Arts , felon lui , ne font pas moins
dangereux pour les bonnes moeurs que pour
l'Etat ; ils ont amené le luxe , & le luxe
entraîne toujours la chûte des uns & des
autres.
D'un autre côté , les talens réglé fur le
mauvais goût de ceux pour qui on les employe
, dégradent les Arts & les Artiſtes.
Louis le Grand les avoit favoriſés ainſi
que les Sciences; il voulut que ces Sociétés
célébres, chargées du dangereux dépôt des
Sciences , & du dépôt facré des moeurs,
cuffent une attention particuliere à en
maintenir chez elles toe la pureté , & à
Yexiger dans tous les membres. qu'elles.ro
NOVEMBRE . 1750. 95
evroient , précaution dont l'Auteur tire
avantage pour fon fyftême , parce que l'on
ne cherche pas , dit- il , des remédes à des
maux qui n'exiftent pas tant d'établiffemens
en faveur des Sciences , annoncent
la crainte où l'on eft de manquer de Phi
lofophes , comme l'on avoit trop de Laboureurs.
Qu'enfeignent cependant ces prétendus
Sages ? Qu'il n'y a point de corps ; que tout
eft en repréſentation ; qu'il n'y a d'autre
fubftance que la matiere , ni d'autre Dieu
que le monde ; qu'il n'y a ni vertus ni vices:
que le bien & le mal ne font que des
chiméres.
Mais parmi les égaremens aufquels le
paganiſme a été livré , a- t'il rien laiffé qui.
puiffe être comparé aux monumens honeux
que lui a préparés l'Imprimerie fous le
regne de l'Evangile ? Les écrits impies des
Leucippes & des Diagoras font prefque
péris avec eux ; mais grace aux caractéres
typographiques , les rêveries de Hobbe &
de Spinofa refteront à jamais.
Si le progrès des Sciences & des Arts
n'a rien ajouté à notre véritable félicité ;
s'il a corrompu nos moeurs , fi leur corrup
tion a porté atteinte au bon goût ; que doit
on penfer de cette foule d'Auteurs élementaires
, qui ont écarté du Temple des.
92 MERCURE DE FRANCE.
Mufes les difficultés qui en avoient défendu
F'entrée , & que la Nature y avoit placées ,
comme une épreuve des forces de ceux qui
feroint tentés de ſçavoir ?
Que penferons - nous de ces Compilateurs
de Dictionnaires , fans le fecours defquels
une populace , indigne d'approcher
du Sanctuaire des Muſes , rebutée par les
difficultés , s'occuperoit à des Arts utiles à
la fociété ?
: Les Verulams les Defcartes , les Newtons
, ces Précepteurs du genre humain ,
n'ont point eu de maîtres ; c'eft à des génies
de cette trempe qu'il eft permis d'élever
des monumens à la gloire de l'efpric
humain ; mais fi l'on veut que rien ne foit
au -deffus du leur , il faut que rien ne foit
au -deffus de leurs efperances. Si les récompenfes
accordées à Ciceron & au Chancelier
Bacon euffent été bornées à une Chaire
dans une Univerfité pour l'an , & à une
penfion de l'Académie pour l'autre , croiton
qu'ils auroient travaillé avec la même
application à ces ouvrages qui feront l'admiration
de tous les fiécles ?
M. Rouffeau conclud en difant , que la
véritable ſcience confifte à rentrer en foi
même ; à écouter la voix de la Nature dans
le fibence des paffions , & que c'eſt-là la
véritable Philofophic.
NOVEMBRE. 1750. 93
Laiffons,dit il , à ces hommes célébres qui
s'immortalifent dans la République des
Lettres la gloire de fçavoir bien dire ; c'est
affez pour un homme qui vit fans ambition ,
de fe contenter de la gloire de bien faire.
L'Académie en couronnant l'ouvrage
de M. Rouffeau , n'a point prétendu adop
ter fes maximes de politique qui ne font
point à nos ufages , ni ce qu'il a dit de
l'inutilité des découvertes des Phyficiens
& des Géométres , en ce que, felon lui , elles
ne contribuent en rien au Gouvernement
de l'Etat , & à la pureté des moeurs ;
il eft en cela forti du problême , car ce
feroit lui donner une trop grande extenfion
, de regarder comme inutile tout ce
qui ne tend point directement à ce but.
La plupart des découvertes ont procuré de
grands avantages , qu'il n'eft pas permis
de les regarder avec indifference. Cependant
comme il a folidement démontré que
le rétabliffement des Arts & des Sciences
n'a
pas contribué à épurer les moeurs , l'Académie
a crû devoir décerner le prix à
la démonstration d'une question de fait
de la vérité de laquelle on ne peut dif
convenir , à moins de s'inferire en faux
contre l'expérience.
M. du Chaffelat , de Troyes en Cham
pagne , a foutenu la négative , ainfi que
94 MERCURE DE FRANCE.
M. Rouffeau ; l'Académie l'a jugé digne
de l'acceffit . Il a parfaitement démontré par
le fait même , combien la corruption des
moeurs étoit devenue générale depuis le
rétabliffement des Sciences , ce qui eft la
même chole que s'il avoit dit , qu'il n'avoit
pas contribué à épurer les moeurs,
Pour prouver la propoſition , il a parfa
couru les differentes meurs des Grecs avant
Periclès , celles du fiécle da fameux Dif
ciple de Zenon & d'Anaxagore , des Romains
avant & fous Augufte , celles d'Ita
talie , fous de Pontificat de Léon X. enfin
les nôtres fous le Regne de Louis XIV .
& par tous ces differens paralleles , & par
le portrait que le Pere Rapin a tracé des
moeurs de fon fiécle , il en conclut que ·les
fiécles les plus polis n'ont point été les plus
vertueux .
Parmi plufieurs Differtations fçavantes
qui ont été adreffées à l'Académie pour
l'affirmative de fon problême , celle de :
M. l'Abbé Talbert, Chanoine , Coadjuteur
de l'Eglife Métropolitaine de Befançon
lui a paru la mieux écrite .
Si l'Académie n'avoit confulté que fon
inclination & fon zéle pour les Lettres ,
elle fe feroit rangée du parti de M. Talbert
; mais c'eût été trahir celui de la vérité
, & faire tort aux Sciences , puiſqu'il
1
NOVEMBRE. 1750. 95.
a'arrive que trop fouvent , qu'en voulant
par un zéle mal entendu accorder à quelqu'un
des avantages dont il ne jouit pas
on donne lieu par cette partialité à des
doutes fur ceux qu'il pofféde véritablement.
Il n'eft que trop vrai que les Scien
ces ont produit plus de mal que de bien ,
parce que celui- ci n'eft jamais par fes effets
en railon égale avec l'autre . M. Talbert a
fait valoir l'utilité des Sciences & leur néceffité
; la question de droit a été épuisée
& mife dans le plus beau jour ; mais en
banne Logique on ne conclud jamais de
l'acte par le pouvoir ; il a négligé la queftion
de fait , la feule dont il s'agiffoit dans
le problême ; l'Académie ne demandoit pas
Gles Sciences pouvoient épurer les moeurs,
elle en est très perfuadée ; mais fi elles les
avoient réellement épurées , c'eſt à - dire , ſi
les hommes étoient devenus plus vertueux,
plus fincéres , plus équitables , à ne les
prendre que dans l'ordre moral ; c'eft à
ce point de fait qu'il falloit une démonf
tration , M. Talbert ne l'a point donnée ;
il a toujours argumenté du fair par le
Droit , au lieu qu'il falloit prendre une
route contraire , il fentoit fans doute la
difficulté du fuccès ; il devoit convenir de
bonne foi , que les Lettres utiles & néceffaires
à certains égards , n'ont pas toujours
96 MERCURE DE FRANCE.
produit l'effet qu'on devoit en attendre;'
faites pour éclairer l'homme , elles n'ont
que trop fouvent contribué à faire naître
des doutes ; ce qu'il a gagné du côté de
l'efprit, a été pris fur la tigidité des moeurs ;
par le commerce des Sciences , elles font
devenues plus douces & plus fociables ,
lles ont même dépouillé leur antique feocité.
L'éducation & l'ufage du monde
nt pû opérer ces changemens ; mais ce
' eft point de cette forte d'épurement dont
I s'agiffoit. Plus fçavans peut-être & plus
éclairés que nos peres , fommes- nous plus
gens qu'eux ? Voilà le point de la
honnêtes
lifficulté.
Quels vices en effet regnoient parmi eux,
qui ne reparoiffent aujourd'hui les mêmes,
ou fous des modifications differentes ? Ils
font plus rafinés , il eft vrai ; mais ils n'en
font pas moins des vices. C'eft faire grace
aux Lettres , de dire qu'ayant lors de leur
rétabliſſement trouvé les hommes déja corrompus
, elles les avoit laiffés dans le mê
me état ; c'eft affez pour les Sciences , que
l'Académie convienne, qu'elles pouvoient
épurer les moeurs , fi on n'en avoit point
abufé . Un femblable aveu de fa part n'aura
rien dont l'ignorance puille tirer le plus
leger avantage ; elle n'a point prétendu la
favorifer. On peut avec un grand fond
d'ignorance
NOVEMBRE. 1750. 97
!
d'ignorance n'avoir point de moeurs , il eft
poffible que l'on en ait avec de la fcience ;
la perverfité ou la rectitude du coeur en décident,
& les fciences ainfi , que l'ignorance,
n'en font que les caufes occafionnelles : une
Académie qui dévoile la turpitude du
coeur humain , & l'abus qu'il fait de fes
lumieres , n'eft point cenfèe avoir voulu
renouveller vis -à - vis des Sciences l'indifcrétion
indécente du Pere de Chanaan ,
& elle ne doit point en appréhender le
fort.
Fermer
Résumé : Assemblée publique de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Dijon, [titre d'après la table]
Le 23 août 1750, l'Académie des Sciences et Belles-Lettres de Dijon a décerné le Prix de Morale à Jean-Jacques Rousseau. Lors de la cérémonie, l'abbé de Repas a ouvert la séance en critiquant les préventions des savants, qu'il a comparées à des 'maladies de l'esprit'. Il a identifié quatre types de 'fièvres de l'esprit' : une fièvre personnelle, une fièvre épidémique, une fièvre chaude causant des querelles, et une fièvre continue et incurable, illustrant ces points avec des exemples de savants influencés par leurs préjugés. Rousseau a abordé la question de l'impact des arts et des sciences sur les mœurs. Il a soutenu que, bien que les arts et les sciences puissent épurer les mœurs, ils n'y sont pas parvenus et ont même contribué à leur corruption. Il a cité des exemples historiques tels que l'Égypte, la Grèce, Rome, Constantinople et la Chine. Rousseau a également critiqué les écrivains obscurs et les lettrés oisifs, accusant les arts d'entraîner le luxe et la chute des valeurs morales. L'Académie a reconnu que les découvertes scientifiques ont apporté de grands avantages, mais a noté que le rétablissement des arts et des sciences n'a pas épuré les mœurs. Du Chastelat a appuyé la position de Rousseau, affirmant que la corruption des mœurs s'est généralisée depuis le rétablissement des sciences. L'abbé Talbert a présenté une dissertation en faveur des sciences, mais l'Académie a jugé sa démonstration insuffisante, soulignant que les sciences ont souvent produit plus de mal que de bien. Le texte conclut en réfléchissant sur la persistance des vices malgré les avancées des lettres et des sciences, soulignant que la perversité ou la rectitude du cœur déterminent les mœurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
99
p. 98-116
Discours qui a remporté le Prix à l'Académie de Dijon en 1750, [titre d'après la table]
Début :
DISCOURS, qui a remporté le prix à l'Académie de Dijon, en l'année 1750, [...]
Mots clefs :
Académie des sciences et belles-lettres de Dijon, Jean-Jacques Rousseau, Sciences, Moeurs, Vertu, Hommes, Philosophes, Luxe, Arts, Mains, Vertus, Nature, Culture, Beau, Monde, Avantages, Morceau, Vices, Esprits, Art, Âge, Peuples, Progrès, Patrie, Socrate
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours qui a remporté le Prix à l'Académie de Dijon en 1750, [titre d'après la table]
DISCOURS , qui a remporté le prix à
l'Académie de Dijon , en l'année 1750 ,
fur cette question , propofée par la même
Académie. Si le rétabliſſement des Sciences
des Arts a contribué à épurer les moeurs ,
Par un Citoyen de Genéve. A Genéve ,
chez Barrillot , & fils , 1751 .
Le Difcours eft divifé en deux parties.
La premiere eft deſtinée à prouver
la pro
pofition par les faits ; dans la feconde ,
I'Auteur s'attache aux preuves tirées du
Taifonnement .
La premiere partie commence par un
court & brillant éloge de la Science. Après
avoir peint l'état de barbarie où l'Europe
étoit retombée depuis plufieurs fiécles ,
l'Auteur fait en abregé l'Hiftoire du rétabliffement
des Arts & des Sciences dans
cette partie du monde. Il examine les
avantages que cette révolution nous a procurés
, & il trouve que tous ces avantages
fe réduisent à nous rendre un peu plus fociables
, & à nous donner l'apparence de
toutes les vertus , fans en avoir aucune .
ו ג
JANVIER 1751. 99
Comme c'est ici proprement le fond de
la queſtion , l'Auteur s'étend fur l'examen
de nos moeurs préfentes , & s'applique à
bien diftinguer ce qu'elles ont acquis de
douceur & d'agrément par nos connoiffances
, & ce qu'elles ont perdu de droiture
& de candeur. Cela le mene à un parallele
des moeurs de nos peres & des nôtres , pris
fous une face nouvelle .
Avant , dit- il , que l'Art eût façonné
nos manieres , & appris à nos paffions
» à parler un langage apprêté , nos moeurs
" étoient ruftiques ; mais naturelles , & la
» difference des procédés annonçoit au
» premier coup d'oeil celle des caractéres.
»La Nature humaine, au fond, n'étoit pas
» meilleure , mais les hommes trouvoient
» leur fecurité dans la facilité de fe péné-
» trer réciproquement , & cet avantage ,
dont nous ne fentons plus le prix , leur
épargnoit bien des vices .
"
"
"
•
Aujourd'hui , que des recherches plus
fubtiles , & un goût plus fin ont réduit
» l'art de plaire en principes , il regne dans
» nos moeurs une vile & trompeufe uni-
" formité & tous les efprits femblent
» avoir été jettés dans un même moule .
Sans ceffe la politeffe exige , la bien-
» féance ordonne ; fans ceffe on fuit des
ufages , jamais fon propre génie : on n'o
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
*
» fe plus paroître ce qu'on eft , & dans
» cette contrainte perpétuelle , les hommes
» qui forment ce troupeau , qu'on appelle
fociété , placés dans les mêmes circonf-
» tances , feront tous les mêmes chofes , fi
» des motifs plus puiffans ne les en détour-
» nent. On ne fçaura donc jamais bien à
qui l'on a à faire. Il faudra donc , pour
» connoître fon ami , attendre les grandes
» occafions , c'eft - à-dire , attendre qu'il
» n'en foit plus tems , puifque c'eft pour
» ces occafions même qu'il eût été effen-
» tiel de le connoître.
M. Rouffeau fait voir enfuite quel cortége
de vices ; défiance , fourberie , trahifon
, &c. accompagnent néceffairement
cette incertitude , & fe cachent fous ce
Ivoile de politeffe , & fous cette urbanité
fi vantée , que nous devons aux lumieres
de notre fiecle. Ce morceau finit par
une réflexion qui paroîtra finguliere ;
» c'est qu'un habitant de quelques Contrées
éloignées , qui chercheroit à fe for-
» mer une idée des moeurs Européenes ,
»fur l'état des Sciences parmi nous , fur
» la perfection de nos Arts , fur la bien-
» féance de nos fpectacles , fur la politeffe
» de nos manieres , fur l'affabilité de nos
» difcours , fur mos démonftrations perpétuelles
de bienveillance , & fur ce
»
"
"
JANVIER. 1751. ΙΟΙ
concours tumultueux d'hommes de tout
» âge & de tout état , qui femblent em
preffés , depuis le lever de l'Aurore jul-
» qu'au coucher du Soleil , à s'obliger ré-
» ciproquement ; c'eft que cet Etranger ,
» dis je , devineroit exactement de nos
>> moeurs le contraire de ce qu'elles font.
que
les
Voilà donc l'effet démontré de nos
Sciences & de nos Arts ; la culture des
efprits , & la dépravation des coeurs.
Dira-t'on que c'est un malheur particulier
à notre âge ? Pour faire voir
maux , caufés par notre vaine curiofité ,
font auffi vieux que le monde , M. R. palle
en revûe les peuples les plus renommés
par la culture des Sciences ; les Egyptiens ,
les Grecs , les Romains , les Chinois , &
il trouve toujours que » l'élevation, & l'abaiffement
journalier des eaux de l'O-
» céan , n'ont pas été plus régulierement
affujettis au cours de l'Aftre qui nous
» éclaire durant la nuit , que le fort des
» moeurs & de la probité au progrès des
» Sciences & des Beaux Arts : on a vu la
» vertu s'enfuir , à mefure que leur lumiere
"
s'élevoit fur notre horizon , & le même
» Phenoméne s'eft obfervé dans tous les
» tems & dans tous les lieux .
A ces tableaux l'Auteur oppofe celui
des moeurs , du petit nombre de peuples
E iij
01 MERCURE DEFRANCE.
.
qui , préfervés de cette contagion des vai
nes connoiflances , ont par leurs vertus
fait leur propre bonheur , & l'exemple
des autres Nations. Hérodote lui fournit
les Scythes ; Plutarque , les Lacédémoniens
; Xenophon , les premiers Perſes ;
Tacite , les Germains , & il trouve dans la
Suiffe , fa Patrie , un exemple plus récent ,
& du moins auffi beau à nous propofer .
Quelques Sages , il eft vrai , ont réſiſté
au torrent général , & fe font garantis du
vice dans le féjour des Mufes . L'Auteur
prend de là occafion de rapporter ce beau
morceau de l'Apologie de Socrate , où ce
Philofophe marque fi peu d'eftime pour les
Sçavans , & les Artiftes de fon tems ; puis
il pourfait ainfi :
» Voilà donc le plus fage des hommes ,
" au jugement des Dieux , & le plus fça-
» vant des Athéniens , au fentiment de la
» Gréce entiere ; Socrate , faifant l'élo-
" ge de l'ignorance . Croit on que , s'il ref
fufcitoit parmi nous , nos Sçavans &
»nos Artiſtes lui feroient changer d'avis ?
» Non , Meffieurs ; cet homme jufte con-
» tinueroit de méprifer nos vaines Scien-
» ces ; il n'aideroit point à groffir cette
foule de Livres , dont on nous inonde
» de toutes parts , & ne laifferoit , comme
il a fait , pour tout précepte à fes Difci
JANVIER. 1751. 103
ples & à nos Neveux , que l'exemple de
fa vertu : c'eft ainfi qu'il eft beau d'inf
> truire les hommes.
» Socrate avoit commencé dans Athé-
» nes , le vieux Caton continua dans Ro-
» me ; de fe déchaîner contre ces Grecs
» artificieux & fubtils , qui feduifoient la
» vertu , & amolliffoient le courage de fes
Concitoyens ; mais les Sciences , les
» Arts , & la Dialectique prévalurent en-
» core. Rome ſe remplit de Philofophes
»
& d'Orateurs. On négligea la Difcipli-
» ne militaire , on méprifa l'Agriculture ;
» on embraffa des Sectes , & l'on oublia
" la Patrie. Aux noms facrés de liberté , de
» défintéreſſement , de pauvreté , d'obéiſ-
» fance aux Loix , fuccéderent les noms
» d'Epicure , de Zenon , d'Arcefilas ; depuis
que les Sçavans ont paru parmi nous ,
» difoient leurs propres Philofophes , les
» gens de bien fe font éclipfés * . Jufqu'alors
» les Romains s'étoient contentés de pratiquer
la vertu ; tout fut perdu , quand
ils commencerent à l'étudier.
»
» O Fabricius ! Qu'eût penfé votre grande
ame , fi pour votre malheur rappellé
à la vie , vous euffiez vû la face
pompeufe
de cette Rome , fauvée par votre
* Poftquam docti prodierunt , boni defunt . Sen.
Epift.
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
39
bras , & que votre nom refpectable avoir
plus illuftrée que toutes les conquêtes ?
» Dieux ! Euffiez- vous dit , que font de-
» venus ces toits de chaume , & ces foyers
ruftiques qu'habitoient jadis la modération
& la vertu ? Quelle fplendeur fu-
» neſte a fuccédé à la fimplicité Romaine ?
Quel eft ce langage étranger ? Quelles
font ces moeurs effeminées ? Que figni-
» fient ces Statues , ces Tableaux , ces Edi-
» fices ? Infenfés , qu'avez vous fait ? Vous,
» les Maîtres des Nations , vous vous êtes
» rendus ies efclaves des hommes frivoles
que vous avez vaincus ! Ce font des
» Rhéteurs qui vous gouvernent. C'eft
" pour enrichir des Architectes , des Pein-
» tres , des Statuaires & des Hiftrions que
» vous avez arrosé de votre fang la Gréce
& l'Afie ! Les dépouilles de Carthage
» font la proye d'un joueur de flûte ! Ro-
» mains , hâtez- vous de renverfer ces Amphithéâtres
; briſez ces marbres ; brûlez
ces Tableaux ; chaffez ces efclaves qui
vous fubjuguent , & dont les funeftes
» Arts vous corrompent. Que d'autres
mains s'illuftrent par de vains talens ; le
» feul talent , digne de Rome , eft celui de
conquérir le monde , & d'y faire regner
» la vertu . Quand Cyneas prit notre Sénat
pour une affemblée de Rois , il ne fut
و د
JANVIER. 1751. 105
» ébloui , ni par une pompe vaine , ni par
» une élegance recherchée ; il n'y entendit
point cette éloquence frivole , l'étude
& le charme des hommes futiles. Que
vit donc Cyneas de fi majeftueux ? O
Citoyens ! Il vit un fpectacle que ne
» donneront jamais vos richeffes , ni tous,
vos Arts : le plus beau fpectacle qui ait
jamais paru fous le Ciel' ; l'affemblée de
» deux cens hommes vertueux , dignes de
» commander à Rome & de gouverner la
"
33
» terre.
و ر
Mais , continue M. R. franchiffons la
diftance des lieux & des tems , & voyons
» ce qui s'eft paffé dans nos Contrées , &
» fous nos yeux , ou plutôt , écartons des
» Peintures odieufes qui blefferoient notre
» délicateffe , & épargnons - nous la peine
» de répéter les mêmes chofes fous d'au
» tres noms ; & qu'ai - je fait dire à Fabri-
» cius , que je n'euffe pû mettre dans la
» bouche de Louis XII . ou de Henri IV.
» Parmi nous , il eft vrai , Socrate n'eftt
» point bû la ciguë , mais il eût bû dans
» une coupe encore plus amére , la raillerie
infultante , & le mépris pire , cent
" fois que la mort.
P
M. R. conclut fa premiere partie par
des réflexions fur le voile épais , dont la
Nature a couvert toutes les opérations ,
Ev
106 MERCURE DE FRANCE;
& fur les foins qu'elle femble avoir pris
pour nous préferver de la Science , comme
une tendre mere arrache une arme dangereufe
des mains de fon enfant. Les hommes
font pervers ; ils feroient pires encore
, s'ils avoient le malheur de naître fçavans.
Après avoir épuifé la queftion de fait
par des inductions hiftoriques , l'Auteur
paffe dans la feconde partie , à la queſtion
de Droit , & confidérant les Sciences &
les Arts en eux- mêmes , il examine par leur
nature ce qui doit réfulter de leur progrès.
Il établit que la plupart de nos Sciences
font vicieufes dans leur origine , vaines
dans leur objet , & pernicieufes par les
effets qu'elles produifent. Il fait voir les
dangers attachés à l'inveſtigation de la vérité
, l'incertitude du fuccès , & , même en
fuppofant enfin la vérité dévoilée , la
difficulté plus grande encore d'en bien
ufer.
Pour montrer le danger des Sciences
par leurs effets , il remarque d'abord que ,
nées de l'oifiveté , elles la nourriffent à
leur tour , & que la perte irréparable du
tems , eft le premier préjudice qu'elles
caufent néceſſairement à la fociété : en politique
comme en morale , c'eft un grand
JANVIER
. 1751. 107
mal que de ne point faire de bien , & tout
Citoyen inutile doit être regardé comme
un homme pernicieux . Paffant donc en
revûe les plus brillantes découvertes de
nos Philofophes modernes , M. R. demande
quels avantages réels nous en avons
retirés. Que files travaux des plus éclairés
de nos Philofophes , & des meilleurs de
nos Citoyens nous procurent fi peu d'uti
lité , que devons- nous penfer de cette fou
le d'Ecrivains obfcurs , & de Lettrés oififs,
qui dévorent en pure perte la fubftance de
l'Etat ?
" Que dis-je , oififs pourfuit- il d'un
»ton plus véhément ; & plût au Ciel qu'ils
«< le füffent en effet ! Les moeurs en fe-
» roient plus faines , & la fociété plus pai-
» fible ; mais ces vains & futiles déclaina-
» teurs vont de tous côtés , armés de leurs
» funeftes paradoxes , fappant les fonde-
» mens de la Foi, & anéantiffant la Vertu.
» Ils fourient dédaigneufement
à ces vieux
ל כ
»
mots de Patrie & de Religion , & con-
» facrent leurs talens & leur Philofophie
à détruire & avilir tout ce qu'il y a de
facré parmi les hommes : non qu'au fond
»ils haiffent ni la vertu , ni nos dogmes
c'eft de l'opinion publique qu'ils font
» ennemis , & pour les ramener aux pieds
E vi
108 MERCURE DE FRANCE:
» des Autels , il fuffiroit de les releguer
parmi des Athées .
C'eft un grand mal que l'abus du tems .
D'autres maux , pires encore , fuivent les
Lettres & les Arts . Tel eft le luxe , né
comme eux , de l'oifiveté & de la vanité
des hommes. Le luxe va rarement fans les
Sciences & les Arts , & jamais ils ne vont
fans lui. L'Auteur combat fortement les
maximes de nos Philofophes modernes en
faveur du luxe , & fait voir , qu'après
avoir corrompu les moeurs , il corrompt
auffi le goût. Il termine ainfi ce morceau ,
qui eft un des plus vifs de tout le Dif-
Cours .
a
>> On ne peut réflechir fur les moeurs ,
qu'on ne fe plaife à fe rappeller l'image
» de la fimplicité des premiers tems. C'eſt
un beau rivage , paré des feules mains de
» la Nature , vers lequel on tourne inceffamment
les yeux , & dont on fe fent
éloigner à regret. Quand les hommes
innocens & vertueux aimoient à avoir
» les Dieux pour témoins de leurs actions,
ils habitoient avec eux fous les mêmes
cabanes ; mais bientôt devenus méchans,
ils fe lafferent de ces incommodes fpec-
» tateurs & les releguerent dans des
Temples magnifiques. Ils les en chaffe >>
>
JANVIER, 1751 . 109
rent enfin pour s'y établir eux-mêmes ,
» ou du moins les Temples des Dieux ne
»fe diftinguerent plus des maifons des
» Citoyens. Ce fut alors le comble de la
dépravation , & les vices ne furent ja-
» mais pouffés plus loin , que quand on
» les vit , pour ainfi dire , foutenus à l'entrée
des Palais des Grands , fur des co-
> lonnes de marbre , & gravés fur des chapitaux
Corinthiens.
Tandis que les commodités de la vie
fe multiplient , & que le luxe s'étend , le
vrai courage s'énerve , les vertus militaires
s'évanouiffent , & c'est encore l'ouvrage
des Sciences & de tous ces Arts fédentaires
qui s'exercent dans l'ombre du Cabinet.
Mais fi leur culture eft nuifible aux
qualités guerrieres , elle l'eft bien plus aux
qualités morales , & la diftinction funefte ,
introduite parmi les hommes par la diftinction
des talens & l'aviliffement des
vertus , eſt la plus dangereufe de leurs conféquences.
C'eft , dit M. R. ce que l'expérience
n'a que trop confirmé depuis
le renouvellement des Sciences & des
» Arts. Nous avons des Phyficiens , des
» Géométres , des Chymiſtes , des Aſtro-
☛nômes , des Poëtes , des Muficiens , des
Peintres ; nous n'avons plus de Citoyens,
&c.
110 MERCURE DE FRANCE .
"
» C'eft dès nos premieres années qu'une
éducation infenfée orne notre efprit &
» corrompt notre jugement . Je vois de
» toutes parts des établiffemens immenfes ,
» où l'on éleve à grands frais la jeuneffe
pour lui apprendre toutes chofes, excepté
» fes devoirs. Vos enfans ignoreront leur
propre Langue ; mais ils en parleront
d'autres qui ne font en ufage nulle part ;
" ils fçauront fabriquer des vers , qu'à pei-
»ne ils pourront comprendre , fans fça-
» voir démêler l'erreur de la vérité ; ils pof-
"
»
federont l'Art de les rendre méconnoif-
» fables aux autres par des argumens fpé-
» cieux ; mais ces mots de tempérance
, de
magnanimité
, d'équité , d'humanité
» de courage , ils ne fçauront ce que c'eſt ;
>> ce doux nom de Patrie ne frappera ja-
» mais leur oreille , & s'ils entendent parler
de Dieu , ce fera moins pour le
craindre que pour en avoir peur. J'aime
rois autant , difoit un Sage , que mon
» Ecolier eût paffé le tems dans un jeu de
»paulme , au moins le corps en feroit plus
difpos. Je fçais qu'il faut occuper les
» enfans , & que l'oifiveté eft pour eux le
danger le plus à craindre , Que faut- il
" donc qu'ils apprennent , me dira- t'on ?
» Voilà certes une belle queftion ! Qu'ils
apprennent
ce qu'ils doivent faire étant
"
JANVIER. 1751. FEI
hommes , & non pas ce qu'ils doivent
» oublier.
L'éloge des Académies , qui fembleroit
être ici déplacé , eft amené par une
tranfition affez heureufe , & la maniere
dont l'Auteur a traité ce morceau , le fair
rentrer naturellement dans le nombre de
fes preuves. Les louanges qu'il donne à
ces Sociétés célébres , chargées à la fois
du dangereux dépôt des connoiffances humaines
, & du dépôt facré des moeurs ,
n'empêchent point qu'il n'en blâme la
multiplication ,par des confidérations politiques
. » Tant d'Etabliſſemens , dit il ,
» faits à l'avantage des Sçavans , n'en font
» que plus capables d'en impofer fur les
» objets des Sciences , & de tourner les
» efprits à leur culture . Il femble aux pré .
» cautions qu'on prend , qu'on ait trop de
» laboureurs , & qu'on craigne de man-
» quer de Philofophes. Je ne veux point
»hazarder ici une comparaifon de l'Agri-
» culture & de la Philofophie ; on ne la
fupporteroit pas. Je demanderai feule-
» ment, qu'eſt - ce que la Philofophie ? Que
» contiennent les écrits des Philofophes
» les plus connus ? Quelles font les leçons
» de ces amis de la fagefle ? A les enten-
> dre , ne les prendroit- on pas pour une
troupe de charlatans , criant chacun de
frz MERCURE DE FRANCE .
n
»
fon côté fur une Place publique , venez
» à moi : c'eſt moi feul qui ne trompe
point ? L'un prétend qu'il n'y a point de
corps , & que tout eft en repréfentations.
L'autre , qu'il n'y a d'autre fubftance
que la matiere , ni d'autre Dieu
» que le monde. Celui - ci avance qu'il n'y
» a ni vertus , ni vices , & que le bien &
» le mal moral font des chiméres . Celui-
» là , que les hommes font des loups , &
» peuvent fe dévorer en fûreté de conf-
» cience. O grands Philofophes ! Que ne
» réservez-vous pour vos amis & pour vos
enfans ces leçons profitables ? Vous en
» recevriez bientôt le prix , & nous ne
craindrions pas de trouver dans les nôtres
quelqu'un de vos fectateurs.
97
» Voilà donc les hommes merveilleux' ,
» à qui l'eftime de leurs contemporains a
été prodiguée pendant leur vie , & l'im-
» mortalité réfervée après leur trépas !
» Voilà les fages inftructions que nous
» avons reçues d'eux , & que nous tranf
» mettrons d'âge en âge à nos defcendans.
» Le Paganifme , livré à tous les égare-
» mens de la raifon humaine , a-t'il laiffé
» à la postérité rien qu'on puiffe compa-
>> rer aux monumens honteux que lui a pré-
» parés l'Imprimerie fous le regne de l'Evangile
? Les Ecrits impies des Leucippes.
JAN VIE R. 1751 : 113
& des Diagoras font péris avec eux . On
n'avoit point encore inventé l'Art d'é-
» ternifer les extravagances de l'efprit hu-
» main ; mais graces aux caractéres Typo
graphiques , & à l'ufage que nous en fai-
"fons , les dangereufes rêveries des Hob-
» bes & des Spinofa refteront à jamais.
» Allez , écrits célébres , dont l'ignorance
& la rufticité de nos Peres n'auroient
point été capables ! Accompagnez chez
» nos defcendans , ces ouvrages plus dangereux
encore , d'où s'exhale la corrup
» tion des moeurs de notre fiécle , & por-
» tez enfemble aux fiécles à venir une
» Hiftoire fidelle du progrès & des avantages
de nos Sciences & de nos Arts !
" S'ils vous lifent , vous ne leur laifferez
» aucune perplexité fur la question que
» nous agitons aujourd'hui , & à moins
» qu'ils ne foient plus infenfés que nous ,
»
ils leveront leurs mains au Ciel , & di-
» ront dans l'amertume de leur coeur :
»Dieu tout-puiffant , toi qui tiens dans
» tes mains les efprits , délivre-nous des
» lumieres & des funeftes Arts de nos
» Peres , & rends nous l'ignorance , l'in-
» nocence & la pauvreté , les feuls biens.
qui puiffent faire notre bonheur , & qui
»foient précieux devant toi !
On juge bien qu'un homme qui voit
114 MERCURE DE FRANCE.
tant de maux dans le progrès des Scienees
, n'a garde d'approuver cette foule
d'Auteurs élementaires , & ces Compilateurs
de Dictionnaires , qui ont indifcrettement
brifé la porte du Temple des Mufes
, & introduit dans leur Sanctuaire une
populace indigne d'en approcher , tandis
qu'il feroit à fouhaiter que tous ceux qui
ne pouvoient avancer loin dans la carriere
des Lettres , cuffent été rebutés dès
Rentrée , & fe faffent jettés dans des Arts
utiles à la Société. Il n'a point fallu de
Maîtres à ceux que la Nature deftinoit à
faire des Difciples. C'eft par les premiers
obftacles qu'ils ont appris à faire des efforts
, & qu'ils fe font préparés à franchir
F'efpace immenfe qu'ils ont parcouru . S'il
faut permettre à quelques hommes de fe
livrer à l'étude des Sciences & des Arts
ce n'eft qu'à ceux qui fe fentiront la force
de marcher feuls fur leurs traces ; de les
fuivre , & de les devancer ; c'eft à ce petit
nombre qu'il appartient d'élever des monumens
à la gloire de l'efprit humain .
» Pour nous , hommes vulgaires , con-
» clud modeftement M. R. à qui le Ciel
» n'a point départi de fi grands talens ,
» & qu'il ne deftine pas à tant de gloire ,
reftons dans notre obfcurité ; ne courons
point après une réputation , qui nous
JANVIER . 1751 .
échapperoit , & qui , dans l'état préfent
» des chofes , ne nous rendroit jamais ce
» qu'elle nous auroit coûté , quand nous
aurions tous les titres pour l'obte
» nir. A quoi bon chercher notre bon-
>> heur dans l'opinion d'autrui , fi nous
" pouvons le trouver en nous - mêmes
» Laiffons à d'autres le foin d'inftruire les
peuples de leurs devoirs , & bornons-
» nous à bien remplir les nôtres ; nous
» n'avons pas befoin d'en fçavoir davan-
>> tage.
ן כ
» O Vertu ! Science fublime des ames
fimples ! Faut- il donc pour te connoître ,
» tant de peines & d'appareil ? Tes prin-
>> cipes ne font- ils pas gravés dans tous les
» coeurs , & ne fuffit - il pas , pour appren-
» dre tes loix , de rentrer en foi- même , &
d'écouter la voix de fa confcience dans
» le filence des paffions ? Voilà la vérita-
» ble Philofophie. Sçachons nous-en con-
» tenter , & fans envier la gloire de ces
» hommes célébres , qui s'immortaliſent
» dans la République des Lettres , tâchons
de mettre entre eux & nous , cette dif-
>> tinction glorieule , qu'on remarquoit
jadis entre deux grands peuples , que
» l'un fçavoit bien dire , & l'autre bien
» faire.
Ce Difcours qui eft penſé , écrit & rai116
MERCURE DE FRANCE.
fonné de la plus grande maniere , eſt accompagné
de notes auffi hardies que le
texte on voit ailément que l'Auteur s'eft
nourri l'efprit & le coeur des maximes de
fon Pays.
l'Académie de Dijon , en l'année 1750 ,
fur cette question , propofée par la même
Académie. Si le rétabliſſement des Sciences
des Arts a contribué à épurer les moeurs ,
Par un Citoyen de Genéve. A Genéve ,
chez Barrillot , & fils , 1751 .
Le Difcours eft divifé en deux parties.
La premiere eft deſtinée à prouver
la pro
pofition par les faits ; dans la feconde ,
I'Auteur s'attache aux preuves tirées du
Taifonnement .
La premiere partie commence par un
court & brillant éloge de la Science. Après
avoir peint l'état de barbarie où l'Europe
étoit retombée depuis plufieurs fiécles ,
l'Auteur fait en abregé l'Hiftoire du rétabliffement
des Arts & des Sciences dans
cette partie du monde. Il examine les
avantages que cette révolution nous a procurés
, & il trouve que tous ces avantages
fe réduisent à nous rendre un peu plus fociables
, & à nous donner l'apparence de
toutes les vertus , fans en avoir aucune .
ו ג
JANVIER 1751. 99
Comme c'est ici proprement le fond de
la queſtion , l'Auteur s'étend fur l'examen
de nos moeurs préfentes , & s'applique à
bien diftinguer ce qu'elles ont acquis de
douceur & d'agrément par nos connoiffances
, & ce qu'elles ont perdu de droiture
& de candeur. Cela le mene à un parallele
des moeurs de nos peres & des nôtres , pris
fous une face nouvelle .
Avant , dit- il , que l'Art eût façonné
nos manieres , & appris à nos paffions
» à parler un langage apprêté , nos moeurs
" étoient ruftiques ; mais naturelles , & la
» difference des procédés annonçoit au
» premier coup d'oeil celle des caractéres.
»La Nature humaine, au fond, n'étoit pas
» meilleure , mais les hommes trouvoient
» leur fecurité dans la facilité de fe péné-
» trer réciproquement , & cet avantage ,
dont nous ne fentons plus le prix , leur
épargnoit bien des vices .
"
"
"
•
Aujourd'hui , que des recherches plus
fubtiles , & un goût plus fin ont réduit
» l'art de plaire en principes , il regne dans
» nos moeurs une vile & trompeufe uni-
" formité & tous les efprits femblent
» avoir été jettés dans un même moule .
Sans ceffe la politeffe exige , la bien-
» féance ordonne ; fans ceffe on fuit des
ufages , jamais fon propre génie : on n'o
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
*
» fe plus paroître ce qu'on eft , & dans
» cette contrainte perpétuelle , les hommes
» qui forment ce troupeau , qu'on appelle
fociété , placés dans les mêmes circonf-
» tances , feront tous les mêmes chofes , fi
» des motifs plus puiffans ne les en détour-
» nent. On ne fçaura donc jamais bien à
qui l'on a à faire. Il faudra donc , pour
» connoître fon ami , attendre les grandes
» occafions , c'eft - à-dire , attendre qu'il
» n'en foit plus tems , puifque c'eft pour
» ces occafions même qu'il eût été effen-
» tiel de le connoître.
M. Rouffeau fait voir enfuite quel cortége
de vices ; défiance , fourberie , trahifon
, &c. accompagnent néceffairement
cette incertitude , & fe cachent fous ce
Ivoile de politeffe , & fous cette urbanité
fi vantée , que nous devons aux lumieres
de notre fiecle. Ce morceau finit par
une réflexion qui paroîtra finguliere ;
» c'est qu'un habitant de quelques Contrées
éloignées , qui chercheroit à fe for-
» mer une idée des moeurs Européenes ,
»fur l'état des Sciences parmi nous , fur
» la perfection de nos Arts , fur la bien-
» féance de nos fpectacles , fur la politeffe
» de nos manieres , fur l'affabilité de nos
» difcours , fur mos démonftrations perpétuelles
de bienveillance , & fur ce
»
"
"
JANVIER. 1751. ΙΟΙ
concours tumultueux d'hommes de tout
» âge & de tout état , qui femblent em
preffés , depuis le lever de l'Aurore jul-
» qu'au coucher du Soleil , à s'obliger ré-
» ciproquement ; c'eft que cet Etranger ,
» dis je , devineroit exactement de nos
>> moeurs le contraire de ce qu'elles font.
que
les
Voilà donc l'effet démontré de nos
Sciences & de nos Arts ; la culture des
efprits , & la dépravation des coeurs.
Dira-t'on que c'est un malheur particulier
à notre âge ? Pour faire voir
maux , caufés par notre vaine curiofité ,
font auffi vieux que le monde , M. R. palle
en revûe les peuples les plus renommés
par la culture des Sciences ; les Egyptiens ,
les Grecs , les Romains , les Chinois , &
il trouve toujours que » l'élevation, & l'abaiffement
journalier des eaux de l'O-
» céan , n'ont pas été plus régulierement
affujettis au cours de l'Aftre qui nous
» éclaire durant la nuit , que le fort des
» moeurs & de la probité au progrès des
» Sciences & des Beaux Arts : on a vu la
» vertu s'enfuir , à mefure que leur lumiere
"
s'élevoit fur notre horizon , & le même
» Phenoméne s'eft obfervé dans tous les
» tems & dans tous les lieux .
A ces tableaux l'Auteur oppofe celui
des moeurs , du petit nombre de peuples
E iij
01 MERCURE DEFRANCE.
.
qui , préfervés de cette contagion des vai
nes connoiflances , ont par leurs vertus
fait leur propre bonheur , & l'exemple
des autres Nations. Hérodote lui fournit
les Scythes ; Plutarque , les Lacédémoniens
; Xenophon , les premiers Perſes ;
Tacite , les Germains , & il trouve dans la
Suiffe , fa Patrie , un exemple plus récent ,
& du moins auffi beau à nous propofer .
Quelques Sages , il eft vrai , ont réſiſté
au torrent général , & fe font garantis du
vice dans le féjour des Mufes . L'Auteur
prend de là occafion de rapporter ce beau
morceau de l'Apologie de Socrate , où ce
Philofophe marque fi peu d'eftime pour les
Sçavans , & les Artiftes de fon tems ; puis
il pourfait ainfi :
» Voilà donc le plus fage des hommes ,
" au jugement des Dieux , & le plus fça-
» vant des Athéniens , au fentiment de la
» Gréce entiere ; Socrate , faifant l'élo-
" ge de l'ignorance . Croit on que , s'il ref
fufcitoit parmi nous , nos Sçavans &
»nos Artiſtes lui feroient changer d'avis ?
» Non , Meffieurs ; cet homme jufte con-
» tinueroit de méprifer nos vaines Scien-
» ces ; il n'aideroit point à groffir cette
foule de Livres , dont on nous inonde
» de toutes parts , & ne laifferoit , comme
il a fait , pour tout précepte à fes Difci
JANVIER. 1751. 103
ples & à nos Neveux , que l'exemple de
fa vertu : c'eft ainfi qu'il eft beau d'inf
> truire les hommes.
» Socrate avoit commencé dans Athé-
» nes , le vieux Caton continua dans Ro-
» me ; de fe déchaîner contre ces Grecs
» artificieux & fubtils , qui feduifoient la
» vertu , & amolliffoient le courage de fes
Concitoyens ; mais les Sciences , les
» Arts , & la Dialectique prévalurent en-
» core. Rome ſe remplit de Philofophes
»
& d'Orateurs. On négligea la Difcipli-
» ne militaire , on méprifa l'Agriculture ;
» on embraffa des Sectes , & l'on oublia
" la Patrie. Aux noms facrés de liberté , de
» défintéreſſement , de pauvreté , d'obéiſ-
» fance aux Loix , fuccéderent les noms
» d'Epicure , de Zenon , d'Arcefilas ; depuis
que les Sçavans ont paru parmi nous ,
» difoient leurs propres Philofophes , les
» gens de bien fe font éclipfés * . Jufqu'alors
» les Romains s'étoient contentés de pratiquer
la vertu ; tout fut perdu , quand
ils commencerent à l'étudier.
»
» O Fabricius ! Qu'eût penfé votre grande
ame , fi pour votre malheur rappellé
à la vie , vous euffiez vû la face
pompeufe
de cette Rome , fauvée par votre
* Poftquam docti prodierunt , boni defunt . Sen.
Epift.
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
39
bras , & que votre nom refpectable avoir
plus illuftrée que toutes les conquêtes ?
» Dieux ! Euffiez- vous dit , que font de-
» venus ces toits de chaume , & ces foyers
ruftiques qu'habitoient jadis la modération
& la vertu ? Quelle fplendeur fu-
» neſte a fuccédé à la fimplicité Romaine ?
Quel eft ce langage étranger ? Quelles
font ces moeurs effeminées ? Que figni-
» fient ces Statues , ces Tableaux , ces Edi-
» fices ? Infenfés , qu'avez vous fait ? Vous,
» les Maîtres des Nations , vous vous êtes
» rendus ies efclaves des hommes frivoles
que vous avez vaincus ! Ce font des
» Rhéteurs qui vous gouvernent. C'eft
" pour enrichir des Architectes , des Pein-
» tres , des Statuaires & des Hiftrions que
» vous avez arrosé de votre fang la Gréce
& l'Afie ! Les dépouilles de Carthage
» font la proye d'un joueur de flûte ! Ro-
» mains , hâtez- vous de renverfer ces Amphithéâtres
; briſez ces marbres ; brûlez
ces Tableaux ; chaffez ces efclaves qui
vous fubjuguent , & dont les funeftes
» Arts vous corrompent. Que d'autres
mains s'illuftrent par de vains talens ; le
» feul talent , digne de Rome , eft celui de
conquérir le monde , & d'y faire regner
» la vertu . Quand Cyneas prit notre Sénat
pour une affemblée de Rois , il ne fut
و د
JANVIER. 1751. 105
» ébloui , ni par une pompe vaine , ni par
» une élegance recherchée ; il n'y entendit
point cette éloquence frivole , l'étude
& le charme des hommes futiles. Que
vit donc Cyneas de fi majeftueux ? O
Citoyens ! Il vit un fpectacle que ne
» donneront jamais vos richeffes , ni tous,
vos Arts : le plus beau fpectacle qui ait
jamais paru fous le Ciel' ; l'affemblée de
» deux cens hommes vertueux , dignes de
» commander à Rome & de gouverner la
"
33
» terre.
و ر
Mais , continue M. R. franchiffons la
diftance des lieux & des tems , & voyons
» ce qui s'eft paffé dans nos Contrées , &
» fous nos yeux , ou plutôt , écartons des
» Peintures odieufes qui blefferoient notre
» délicateffe , & épargnons - nous la peine
» de répéter les mêmes chofes fous d'au
» tres noms ; & qu'ai - je fait dire à Fabri-
» cius , que je n'euffe pû mettre dans la
» bouche de Louis XII . ou de Henri IV.
» Parmi nous , il eft vrai , Socrate n'eftt
» point bû la ciguë , mais il eût bû dans
» une coupe encore plus amére , la raillerie
infultante , & le mépris pire , cent
" fois que la mort.
P
M. R. conclut fa premiere partie par
des réflexions fur le voile épais , dont la
Nature a couvert toutes les opérations ,
Ev
106 MERCURE DE FRANCE;
& fur les foins qu'elle femble avoir pris
pour nous préferver de la Science , comme
une tendre mere arrache une arme dangereufe
des mains de fon enfant. Les hommes
font pervers ; ils feroient pires encore
, s'ils avoient le malheur de naître fçavans.
Après avoir épuifé la queftion de fait
par des inductions hiftoriques , l'Auteur
paffe dans la feconde partie , à la queſtion
de Droit , & confidérant les Sciences &
les Arts en eux- mêmes , il examine par leur
nature ce qui doit réfulter de leur progrès.
Il établit que la plupart de nos Sciences
font vicieufes dans leur origine , vaines
dans leur objet , & pernicieufes par les
effets qu'elles produifent. Il fait voir les
dangers attachés à l'inveſtigation de la vérité
, l'incertitude du fuccès , & , même en
fuppofant enfin la vérité dévoilée , la
difficulté plus grande encore d'en bien
ufer.
Pour montrer le danger des Sciences
par leurs effets , il remarque d'abord que ,
nées de l'oifiveté , elles la nourriffent à
leur tour , & que la perte irréparable du
tems , eft le premier préjudice qu'elles
caufent néceſſairement à la fociété : en politique
comme en morale , c'eft un grand
JANVIER
. 1751. 107
mal que de ne point faire de bien , & tout
Citoyen inutile doit être regardé comme
un homme pernicieux . Paffant donc en
revûe les plus brillantes découvertes de
nos Philofophes modernes , M. R. demande
quels avantages réels nous en avons
retirés. Que files travaux des plus éclairés
de nos Philofophes , & des meilleurs de
nos Citoyens nous procurent fi peu d'uti
lité , que devons- nous penfer de cette fou
le d'Ecrivains obfcurs , & de Lettrés oififs,
qui dévorent en pure perte la fubftance de
l'Etat ?
" Que dis-je , oififs pourfuit- il d'un
»ton plus véhément ; & plût au Ciel qu'ils
«< le füffent en effet ! Les moeurs en fe-
» roient plus faines , & la fociété plus pai-
» fible ; mais ces vains & futiles déclaina-
» teurs vont de tous côtés , armés de leurs
» funeftes paradoxes , fappant les fonde-
» mens de la Foi, & anéantiffant la Vertu.
» Ils fourient dédaigneufement
à ces vieux
ל כ
»
mots de Patrie & de Religion , & con-
» facrent leurs talens & leur Philofophie
à détruire & avilir tout ce qu'il y a de
facré parmi les hommes : non qu'au fond
»ils haiffent ni la vertu , ni nos dogmes
c'eft de l'opinion publique qu'ils font
» ennemis , & pour les ramener aux pieds
E vi
108 MERCURE DE FRANCE:
» des Autels , il fuffiroit de les releguer
parmi des Athées .
C'eft un grand mal que l'abus du tems .
D'autres maux , pires encore , fuivent les
Lettres & les Arts . Tel eft le luxe , né
comme eux , de l'oifiveté & de la vanité
des hommes. Le luxe va rarement fans les
Sciences & les Arts , & jamais ils ne vont
fans lui. L'Auteur combat fortement les
maximes de nos Philofophes modernes en
faveur du luxe , & fait voir , qu'après
avoir corrompu les moeurs , il corrompt
auffi le goût. Il termine ainfi ce morceau ,
qui eft un des plus vifs de tout le Dif-
Cours .
a
>> On ne peut réflechir fur les moeurs ,
qu'on ne fe plaife à fe rappeller l'image
» de la fimplicité des premiers tems. C'eſt
un beau rivage , paré des feules mains de
» la Nature , vers lequel on tourne inceffamment
les yeux , & dont on fe fent
éloigner à regret. Quand les hommes
innocens & vertueux aimoient à avoir
» les Dieux pour témoins de leurs actions,
ils habitoient avec eux fous les mêmes
cabanes ; mais bientôt devenus méchans,
ils fe lafferent de ces incommodes fpec-
» tateurs & les releguerent dans des
Temples magnifiques. Ils les en chaffe >>
>
JANVIER, 1751 . 109
rent enfin pour s'y établir eux-mêmes ,
» ou du moins les Temples des Dieux ne
»fe diftinguerent plus des maifons des
» Citoyens. Ce fut alors le comble de la
dépravation , & les vices ne furent ja-
» mais pouffés plus loin , que quand on
» les vit , pour ainfi dire , foutenus à l'entrée
des Palais des Grands , fur des co-
> lonnes de marbre , & gravés fur des chapitaux
Corinthiens.
Tandis que les commodités de la vie
fe multiplient , & que le luxe s'étend , le
vrai courage s'énerve , les vertus militaires
s'évanouiffent , & c'est encore l'ouvrage
des Sciences & de tous ces Arts fédentaires
qui s'exercent dans l'ombre du Cabinet.
Mais fi leur culture eft nuifible aux
qualités guerrieres , elle l'eft bien plus aux
qualités morales , & la diftinction funefte ,
introduite parmi les hommes par la diftinction
des talens & l'aviliffement des
vertus , eſt la plus dangereufe de leurs conféquences.
C'eft , dit M. R. ce que l'expérience
n'a que trop confirmé depuis
le renouvellement des Sciences & des
» Arts. Nous avons des Phyficiens , des
» Géométres , des Chymiſtes , des Aſtro-
☛nômes , des Poëtes , des Muficiens , des
Peintres ; nous n'avons plus de Citoyens,
&c.
110 MERCURE DE FRANCE .
"
» C'eft dès nos premieres années qu'une
éducation infenfée orne notre efprit &
» corrompt notre jugement . Je vois de
» toutes parts des établiffemens immenfes ,
» où l'on éleve à grands frais la jeuneffe
pour lui apprendre toutes chofes, excepté
» fes devoirs. Vos enfans ignoreront leur
propre Langue ; mais ils en parleront
d'autres qui ne font en ufage nulle part ;
" ils fçauront fabriquer des vers , qu'à pei-
»ne ils pourront comprendre , fans fça-
» voir démêler l'erreur de la vérité ; ils pof-
"
»
federont l'Art de les rendre méconnoif-
» fables aux autres par des argumens fpé-
» cieux ; mais ces mots de tempérance
, de
magnanimité
, d'équité , d'humanité
» de courage , ils ne fçauront ce que c'eſt ;
>> ce doux nom de Patrie ne frappera ja-
» mais leur oreille , & s'ils entendent parler
de Dieu , ce fera moins pour le
craindre que pour en avoir peur. J'aime
rois autant , difoit un Sage , que mon
» Ecolier eût paffé le tems dans un jeu de
»paulme , au moins le corps en feroit plus
difpos. Je fçais qu'il faut occuper les
» enfans , & que l'oifiveté eft pour eux le
danger le plus à craindre , Que faut- il
" donc qu'ils apprennent , me dira- t'on ?
» Voilà certes une belle queftion ! Qu'ils
apprennent
ce qu'ils doivent faire étant
"
JANVIER. 1751. FEI
hommes , & non pas ce qu'ils doivent
» oublier.
L'éloge des Académies , qui fembleroit
être ici déplacé , eft amené par une
tranfition affez heureufe , & la maniere
dont l'Auteur a traité ce morceau , le fair
rentrer naturellement dans le nombre de
fes preuves. Les louanges qu'il donne à
ces Sociétés célébres , chargées à la fois
du dangereux dépôt des connoiffances humaines
, & du dépôt facré des moeurs ,
n'empêchent point qu'il n'en blâme la
multiplication ,par des confidérations politiques
. » Tant d'Etabliſſemens , dit il ,
» faits à l'avantage des Sçavans , n'en font
» que plus capables d'en impofer fur les
» objets des Sciences , & de tourner les
» efprits à leur culture . Il femble aux pré .
» cautions qu'on prend , qu'on ait trop de
» laboureurs , & qu'on craigne de man-
» quer de Philofophes. Je ne veux point
»hazarder ici une comparaifon de l'Agri-
» culture & de la Philofophie ; on ne la
fupporteroit pas. Je demanderai feule-
» ment, qu'eſt - ce que la Philofophie ? Que
» contiennent les écrits des Philofophes
» les plus connus ? Quelles font les leçons
» de ces amis de la fagefle ? A les enten-
> dre , ne les prendroit- on pas pour une
troupe de charlatans , criant chacun de
frz MERCURE DE FRANCE .
n
»
fon côté fur une Place publique , venez
» à moi : c'eſt moi feul qui ne trompe
point ? L'un prétend qu'il n'y a point de
corps , & que tout eft en repréfentations.
L'autre , qu'il n'y a d'autre fubftance
que la matiere , ni d'autre Dieu
» que le monde. Celui - ci avance qu'il n'y
» a ni vertus , ni vices , & que le bien &
» le mal moral font des chiméres . Celui-
» là , que les hommes font des loups , &
» peuvent fe dévorer en fûreté de conf-
» cience. O grands Philofophes ! Que ne
» réservez-vous pour vos amis & pour vos
enfans ces leçons profitables ? Vous en
» recevriez bientôt le prix , & nous ne
craindrions pas de trouver dans les nôtres
quelqu'un de vos fectateurs.
97
» Voilà donc les hommes merveilleux' ,
» à qui l'eftime de leurs contemporains a
été prodiguée pendant leur vie , & l'im-
» mortalité réfervée après leur trépas !
» Voilà les fages inftructions que nous
» avons reçues d'eux , & que nous tranf
» mettrons d'âge en âge à nos defcendans.
» Le Paganifme , livré à tous les égare-
» mens de la raifon humaine , a-t'il laiffé
» à la postérité rien qu'on puiffe compa-
>> rer aux monumens honteux que lui a pré-
» parés l'Imprimerie fous le regne de l'Evangile
? Les Ecrits impies des Leucippes.
JAN VIE R. 1751 : 113
& des Diagoras font péris avec eux . On
n'avoit point encore inventé l'Art d'é-
» ternifer les extravagances de l'efprit hu-
» main ; mais graces aux caractéres Typo
graphiques , & à l'ufage que nous en fai-
"fons , les dangereufes rêveries des Hob-
» bes & des Spinofa refteront à jamais.
» Allez , écrits célébres , dont l'ignorance
& la rufticité de nos Peres n'auroient
point été capables ! Accompagnez chez
» nos defcendans , ces ouvrages plus dangereux
encore , d'où s'exhale la corrup
» tion des moeurs de notre fiécle , & por-
» tez enfemble aux fiécles à venir une
» Hiftoire fidelle du progrès & des avantages
de nos Sciences & de nos Arts !
" S'ils vous lifent , vous ne leur laifferez
» aucune perplexité fur la question que
» nous agitons aujourd'hui , & à moins
» qu'ils ne foient plus infenfés que nous ,
»
ils leveront leurs mains au Ciel , & di-
» ront dans l'amertume de leur coeur :
»Dieu tout-puiffant , toi qui tiens dans
» tes mains les efprits , délivre-nous des
» lumieres & des funeftes Arts de nos
» Peres , & rends nous l'ignorance , l'in-
» nocence & la pauvreté , les feuls biens.
qui puiffent faire notre bonheur , & qui
»foient précieux devant toi !
On juge bien qu'un homme qui voit
114 MERCURE DE FRANCE.
tant de maux dans le progrès des Scienees
, n'a garde d'approuver cette foule
d'Auteurs élementaires , & ces Compilateurs
de Dictionnaires , qui ont indifcrettement
brifé la porte du Temple des Mufes
, & introduit dans leur Sanctuaire une
populace indigne d'en approcher , tandis
qu'il feroit à fouhaiter que tous ceux qui
ne pouvoient avancer loin dans la carriere
des Lettres , cuffent été rebutés dès
Rentrée , & fe faffent jettés dans des Arts
utiles à la Société. Il n'a point fallu de
Maîtres à ceux que la Nature deftinoit à
faire des Difciples. C'eft par les premiers
obftacles qu'ils ont appris à faire des efforts
, & qu'ils fe font préparés à franchir
F'efpace immenfe qu'ils ont parcouru . S'il
faut permettre à quelques hommes de fe
livrer à l'étude des Sciences & des Arts
ce n'eft qu'à ceux qui fe fentiront la force
de marcher feuls fur leurs traces ; de les
fuivre , & de les devancer ; c'eft à ce petit
nombre qu'il appartient d'élever des monumens
à la gloire de l'efprit humain .
» Pour nous , hommes vulgaires , con-
» clud modeftement M. R. à qui le Ciel
» n'a point départi de fi grands talens ,
» & qu'il ne deftine pas à tant de gloire ,
reftons dans notre obfcurité ; ne courons
point après une réputation , qui nous
JANVIER . 1751 .
échapperoit , & qui , dans l'état préfent
» des chofes , ne nous rendroit jamais ce
» qu'elle nous auroit coûté , quand nous
aurions tous les titres pour l'obte
» nir. A quoi bon chercher notre bon-
>> heur dans l'opinion d'autrui , fi nous
" pouvons le trouver en nous - mêmes
» Laiffons à d'autres le foin d'inftruire les
peuples de leurs devoirs , & bornons-
» nous à bien remplir les nôtres ; nous
» n'avons pas befoin d'en fçavoir davan-
>> tage.
ן כ
» O Vertu ! Science fublime des ames
fimples ! Faut- il donc pour te connoître ,
» tant de peines & d'appareil ? Tes prin-
>> cipes ne font- ils pas gravés dans tous les
» coeurs , & ne fuffit - il pas , pour appren-
» dre tes loix , de rentrer en foi- même , &
d'écouter la voix de fa confcience dans
» le filence des paffions ? Voilà la vérita-
» ble Philofophie. Sçachons nous-en con-
» tenter , & fans envier la gloire de ces
» hommes célébres , qui s'immortaliſent
» dans la République des Lettres , tâchons
de mettre entre eux & nous , cette dif-
>> tinction glorieule , qu'on remarquoit
jadis entre deux grands peuples , que
» l'un fçavoit bien dire , & l'autre bien
» faire.
Ce Difcours qui eft penſé , écrit & rai116
MERCURE DE FRANCE.
fonné de la plus grande maniere , eſt accompagné
de notes auffi hardies que le
texte on voit ailément que l'Auteur s'eft
nourri l'efprit & le coeur des maximes de
fon Pays.
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Résumé : Discours qui a remporté le Prix à l'Académie de Dijon en 1750, [titre d'après la table]
Le discours 'Sur les sciences et les arts' de 1750, écrit par un citoyen de Genève, se divise en deux parties : la première s'appuie sur des faits pour démontrer la proposition de l'auteur, tandis que la seconde repose sur le raisonnement. L'auteur commence par vanter les mérites des sciences, puis décrit l'état de barbarie en Europe avant leur rétablissement. Il conclut que les sciences rendent les hommes plus sociables mais sans véritable vertu. Il observe que les mœurs contemporaines ont perdu en droiture et en candeur, bien qu'elles aient gagné en douceur et en agrément. Les mœurs actuelles sont marquées par une uniformité trompeuse et une contrainte perpétuelle, engendrant des vices tels que la défiance et la trahison. L'auteur illustre ses propos avec des exemples de peuples anciens et modernes dont la vertu a décliné avec le progrès des sciences et des arts. Il critique ces derniers pour leur rôle dans la corruption de la vertu et le détournement des sociétés de leurs valeurs fondamentales. En France, les savants sont souvent raillés et méprisés. Il déplore la transformation de Rome, autrefois modèle de vertu, en une ville corrompue par les arts et les luxes. Il appelle à revenir à des valeurs plus simples et vertueuses. Le texte dénonce les philosophes modernes qui sapent les fondements de la foi et de la vertu au nom de la raison. Il critique l'éducation moderne qui orne l'esprit mais corrompt le jugement, en enseignant des langues étrangères et des arts inutiles plutôt que les devoirs civiques et moraux. Les académies sont également critiquées pour leur multiplication excessive. L'auteur regrette la perte de simplicité des premiers temps et souhaite que les générations futures soient délivrées des 'lumières' et des arts modernes, préférant l'ignorance et l'innocence. Il valorise la vertu et la philosophie simple, accessible à tous par l'introspection et l'écoute de la conscience.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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100
p. 9-41
REFUTATION D'un Discours qui a remporté le Prix de l'Académie de Dijon en l'année 1750, sur cette Question proposée par la même Académie : Si le rétablissement des Sciences & des Arts a contribué à épurer les moeurs. Cette réfutation a été lûe dans une Séance de la Société Royale de Nancy, par M. Gautier, Professeur de Mathématique & d'Histoire.
Début :
L'Etablissement que sa Majesté a procuré pour faciliter le développement [...]
Mots clefs :
Sciences, Hommes, Moeurs, Jean-Jacques Rousseau, Ignorance, Peuples, Arts, Vertu, Citoyens, Lettres, Nations, Homme, Lois, Vérité, Nature, Vertus, Philosophes, Discours, Histoire, Beaux-arts, Art, Honneur, Vices, Politesse, Probité, Gloire, Raison, Philosophe, Vrai, Luxe, Religion, Prix, Talents, Bonheur, Progrès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFUTATION D'un Discours qui a remporté le Prix de l'Académie de Dijon en l'année 1750, sur cette Question proposée par la même Académie : Si le rétablissement des Sciences & des Arts a contribué à épurer les moeurs. Cette réfutation a été lûe dans une Séance de la Société Royale de Nancy, par M. Gautier, Professeur de Mathématique & d'Histoire.
REFUTATION
D'un Difcours qui a remporté le Prix de l' Académie
de Dijon en l'année 1750 , fur
cette Question propofée par la même Académie:
Si le
rétabliffement des Sciences
& des Arts a contribué à épurer les
moeurs. Cere réfutation a été lêve dans une
Séance de la Société Royale de Nancy , par
M. Gautier , Profeffeur de
Mathématique
d'Hiftoire.
L
Etabliffement
que fa Ma efté a procuré
pour
faciliter
le
développement
:
des talens
& du génie , a été
indirectement
attaqué
par un
ouvrage
, où l'on
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
tâche de
prouver que nos ames fe font corrompues
à mesure que nos Sciences & nos
Arts fe font perfectionnés
, & que le même
phénomène s'eft obfervé dans tous les
tems & dans tous les lieux. Ce Difcours
de M. Rouffeau renferme plufieurs autres
propofitions
, dont- il eft très important
de montrer la fauffeté , puifque felon des
fçavans Journalistes
, il paroît capable de
faire une révolution
dans les idées de notre
fiéele. Je conviens qu'il eft écrit avec
une chaleur peu commune , qu'il offre des
tableaux d'une touche mâle & correcte :
Plus la maniére de cet ouvrage eft grande
& hardie , plus il eft propre à en impofer ,
à accréditer des maximes pernicieufes. Il ne
s'agit pas ici de ces paradoxes littéraires ,
qui permettent de foutenir le pour on le
contre , de ces vains fujets d'éloquence où
l'on fait parade de penfées futiles , ingénieufement
contraftées. Je vais , Meffieurs
, plaider une caufe , qui intéreffe
votre bonheur. J'ai prévu qu'en me bornant
à montrer combien la plûpart des raifonnemens
de M. Rouffeau font défectueux
, je tomberois dans la féchereffe du
* Il y auroit de l'injuftice à dire que tous les raifonnemens
de M. Rouffeau font défectueux. Certe
propofition doit être modifiée ; il mérite beaucoup
d'éloges pour s'être élevé avec force contre les
ebus qui le giiffent dans les Arts & dans la République
des Lettres,
OCTOBRE. 1751 II
genre polémique. Cet inconvénient
ne
m'a point arrêté , perfuadé que la folidité
d'une réfutation de cette nature , fait fon
principal mérite.
Si , comme l'Auteur le prétend , les
fciences dépravent lesmoeurs , Staniflas le
bienfaifant fera donc blâmé par la poftérité
d'avoir fait un établiſſement pour les
rendre plus floriffantes , & fon Miniftre d'avoir
encouragé les talens & fait éclater les
fiens ; files fciences dépravent les moeurs ,
vous devez donc détefter l'éducation qu'on
vous a donnée , regretter amérement le
tems que vous avez employé à acquérir des
connoiffances & vous repentir des efforts
que vous avez faits pour vous rendre utiles
à la Patrie. L'Auteur que je combats eft l'apologifte
de l'ignorance , il paroît fouhaiter
qu'on brule les Bibliothéques;il avoue qu'il
heurre de front tout ce qui fait aujourd'hui
l'admiration des hommes & qu'il ne peut
s'attendre qu'à un blâme univerfel ; mais il
compte fur les fuffrages des fiécles à venir ;
il pourra les remporter ,n'en doutons point,
quand l'Europe retombera dans la barba
rie , quand fur les ruines des Beaux - Arts
éplorés , triompheront infolemment l'ignorance
& la rufticité.
Nous avons deux queftions à difcuter
l'une de fait , l'autre de droit. Nous exa-
A v
12 MERCURE DE FRANCE.
minerons dans la premiere partie de ce
Difcours , les Sciences & les Arts ont
contribué à corrompre les moeurs , & dans
la feconde, ce qui peut réfulter du progrès
des Sciences & des Arts confiderés en euxmêmes
: tel eft le plan de l'ouvrage que je
critique.
PREMIERE PARTIE.
Avant , dit M. Rouffeau , que l'Art eût
façonné nos maniéres , & appris à nos palfions
à parler un langage apprêté , nos
moeurs étoient ruftiques , mais naturelles ,
& la différence des procédés marquoit
au premier coup d'oeil celle des caractéres .
La Nature humaine au fond n'étoit pas
meilleure , mais les hommes trouvoient
leur fécurité dans la facilité de fe pénétrer
réciproquement , & cet avantage dont
nous ne fentons plus le prix ,leur épargnoit
bien des vices ; les foupçons, les ombrages,
les craintes , la froideur , la réferve , la
haine , la rrahifon , fe cachent fans ceffe
fous ce voile uniforme & perfide de politeffe
, fous cette urbanité fi vantée que nous
devons aux lumiéres de notre fiécle . Nous
avons les apparences de.e toutes les vertus
fans en avoir aucune .
Je réponds qu'en examinant la fource de
cette politeffe , qui fait tant d'honneur à
notre fiécle , & tant de peine à M.RoufOCTOBRE.
179 11
feau on découvre aifément combien
elle eft eftimable. C'eft le défir de plaire
dans la Société qui en a fait prendre l'efprit.
On a étudié les hommes , leurs humeurs
, leurs caractéres , leurs défirs , leurs
befoins , leur amour propre . L'expérience
a marqué ce qui déplait : On a analyfé les
agrémens , dévoilé leurs caufes , apprécié
le mérite , diftingué fes divers dégrés.
D'une infinité de réflexions fur le beau ,
l'honnête & le décent s'eft formé un Art
précieux , l'Art de vivre avec les hommes ,
de tourner nos befoins en plaifirs , de répandre
des charmes dans la converfation ,
de gagner l'efprit par fes difcours & les
coeurs par fes procédés. Egards , attentions,
complaiffances , prévenances , refpect ,
autant de liens qui nous attachent mutuellement
.Plus la politeffe s'eft perfectionnée ,
plus lafociété a été utile aux hommes ; on
s'eft plié aux bienféances , fouvent plus
puiffantes que les devoirs ; les inclinations
font devenues plus douces , les caractéres
plus lians , les vertus fociales plus communes.
Combien ne changent de difpofitions
que parce qu'ils font contraints de
paroître en changer ! Celui qui a des vices
pour
eft obligé de les déguifer , c'est lui
un avertiffement continuel qu'il n'eft pas
ce qu'il doit être fes moeurs prennent
14 MERCURE DE FRANCE.
infenfiblement la teinte des moeurs reçues.
La néceffité de copier fans ceffe la vertu ,
le rend enfin vertueux ; ou du moins fes
vices ne font pas contagieux , comme ils le
feroient, s'ils le préfentoient de front avec
cette rufticité que regrette mon adversaire .
Il dit que les hommes trouvoient leur
fécurité dans la facilité de fe pénétrer réciproquement
, & que cet avantage leur
épargnoît bien des vices ; il n'a pas confidéré
que la Nature humaine n'étant pas
meilleure alors , comme il l'avouë , la rufticité
n'empêchoit pas le déguifement . On
en a fous les yeux une preuve fans réplique:
On voit des Nations dont les maniéres ne
font pas façonnées , ni le langage apprêté ,
ufer de détours , de diffimulations & d'artifices
, tromper adroitement fans qu'on
puiffe en rendre comptables les Belles -Lettres
, les Sciences & les Arts.
D'ailleurs fi l'Art de fe voiler s'eft perfectionnné
, celui de pénétrer les voiles a
fait les mêmes progrès . On ne juge pas
des
hommes fur de fimples apparences , on
n'attend pas à les éprouver , qu'on foit
dans l'obligation indifpenfable de recourir
à leurs bienfaits. On eit convaincu qu'en
général , il ne faut pas compter fur eux ,
moins qu'on ne leur plaife, ou qu'on ne leur
foit utile , qu'ils n'ayent quelqu'intérêt à
OCTO BR E.
1751 IS
nous rendre fervice On fçait évaluer les of
fres fpécieufes de la politeffe & ramener fes
expreffions à leur fignification reçue . Ce
n'eft pas qu'il n'y ait une infinité d'ames no.
bles,qui en obligeant ne cherchent que le
plaifir même d'obliger. Leur politeffe a un
ton bien fupérieur à tout ce qui n'eft que cérémonial
, leur candeur , un langage qui lui
eft propre,teur mérite eft leur Art de plaire.
Ajoutez que
fuffic pour acquérir cette politeffe dont fe
pique un galant homme ; on n'eft donc
pas
fondé à en faire honneur aux Sciences.
A quoi tendent donc les éloquentes
déclamations de M. Rouffeau ? Qui ne
feroit pas indigné de l'entendre affûrer
que nous avons les apparences de toutes
les vertus fans en avoir aucune. Eh ! pour.
quoi n'a- t-on plus de vertu ? c'eft qu'on
cultive les Belles Lettres , les Sciences &
les Arts ; fi l'on étoit impoli , ruftique ,
ignorant , Goth , Hun ou Vandale , on
feroit digne des éloges de M. Rouffeau .
Ne fe laffera- t- on jamais d'invectiver les
hommes ? Croira- t-on toujours les rendre
plus vertueux , en leur difant qu'il n'ont
point de vertu ? -fous prétexte d'épurer les
moeurs , eft- il permis d'en renverfer les ap .
puis O doux noeuds de la Société
charmes des vrais Philofophes , aimables
le feul commerce du monde
16 MERCURE DE FRANCE.
vertus , c'eſt par vos propres attraits que
Vous regnez dans les coeurs , vous ne devez
votre empire ni à l'âpreté ftoïque ,
ni à des clameurs barbares , ni aux confeils
d'une orgueilleuse rufticité.
M. Rouffeau attribue à notre fiècle des
défauts & des vices qu'il n'a point ou qu'il·
a de commun avec les Nations qui ne font
pas policées, & il en conclud que le fort des
moeurs & de la probité a été réguliérement
affujetti aux progrès des Sciences &:
des Arts. Laiffons ces vagues imputations
& paffons au fait.
Pour montrer que les fciences ont corrompu
les moeurs dans tous les tems , il
dit que plufieurs peuples tomberent fous
le joug , lorsqu'ils étoient les plus renommés
par la culture des fciences . On (çait
bien qu'elles ne rendent point invincibles,
s'enfuit- il qu'elles cotrompent les moeurs ?
Par cette façon finguliére de raifonner ,
on pourroit couclure auffi que l'ignorance
entraîne leur dépravation , puifqu'un grand
nombre de Nations barbares ont été fubjuguées
par des peuples amateurs des
Beaux-Arts. Quand même on pourroit
prouver par des faits que la diffolution des
moeurs a toujours regné avec les Sciences ,
il ne s'enfuivroit pas que le fort de la probité
dépendît de leurs progrès. Lorfqu'une
OCTOBRE . 1751. 17
Nation jouit d'une tranquille abondance ,
elle fe porte ordinairement aux plaifirs &
aux Beaux -Arts . Les richeffes procurent
les moyens de fatisfaire fes paffions , ainfi
ce feroient les richeffes & non pas les
Belles-Lettres qui pourroient faire naître
la corruption dans les coeurs , fans parler
de plufieurs autres caufes qui n'influenc
pas moins que l'abondance fur cette dépravation
, l'extrême pauvreté eft la mere
de bien des crimes, & elle peut être jointe
avec une profonde ignorance . Tous les
faits donc qu'allegue notre adverfaire ne
prouvent point que les Sciences corrom-
Fent les moeurs.
Il prétend montrer par ce qui eft arrivé
en Egypte , en Grèce , à Rome , à Conftantinople
, à la Chine que les Arts énervent
les peuples qui les cultivent. Quoique
cette affertion fur laquelle il infifte principalement
paroiffe étrangere à la queftion
dont il s'agit , il eft à propos d'en montrer
la faufferé . L'Egypte , dit- il , devint
la mere de la Philofophie & des Beaux-
Arts & bientôt après la conquête de Cambife
mais bien des fiécles avant cette
époque , elle avoit été foumife par des
bergers Arabes , fous le regne de Timaus.
Leur domination dura plus de cinq
cens ans. Pourquoi les Egyptiens n'eurent-
:
18 MERCURE DE FRANCE.
ils pas même alors le courage de le défendre
? Etoient - ils énervés par les Beaux- Arts
qu'ils ignoroient ? Sont- ce les Sciences qui
ont efféminé les Afiatiques & rendu lâches
à l'excès tant de Nations barbares de
l'Afrique & de l'Amérique .
Les victoires que les Athéniens remportérent
fur les Perfes & fur les Lacédémoniens
même , font voir que les Arts
peuvent s'affocier avec la vertu militaire.
Leur Gouvernement devenu vénal fous
Périclés , prend une nouvelle face , l'amour
du plaifir étouffe leur bravoure , les fonctions
les plus honorables font avilies, l'im
punité multiplie les mauvais Citoyens
les fonds deftinés à la guerre , font employés
à nourrir la moleffe & l'oifiveté ;
toutes ces caufes de corruption , quel rap
port ont- elles aux ſciences ?
De quelle gloire militaire les Romains
ne fe font- il pas couverts dans le tems
que la Lireérature étoit en honneur à Rome?
Etoient-ils énervés par les Arts ,
lorfque Cicéron difoit à Célar , vous avez
dompté des Nations fauvages & féroces ,
innombrables par leur multitude , répandues
au loin en divers lieux ? Comme un
feul de ces faits fuffit pour détruire les raifoanemens
de mon adverfaire , il feroit
inutile d'infifter davantage fur cet article..
E. 19 OCTOBRE. 1751 .
fen On connoît les caufes des révolutions qui
-Arts arrivent dans les Etats. Les ſciences ne
s qui pourroient contribuer à leur décadence
qu'au cas que ceux qui font diftinés à les
de défendre , s'occuperoient des fciences au
point de négliger leurs fonctions militai❤
emres ; dans cette fuppofition , toute occuédé
pation étrangere à la guerre auroit les mê-
Arts mes fuites.
Lire M. Rouffeau , pour montrer que l'ifous
gnorance préferve les moeurs de la corrupout
tion , paffe en revûe les Scithes , les prenc
miers Perfes , les Germains & les Rom
mains dans les premiers tems de leur Réms
, publique , & il dit que ces peuples ont par
leur vertu , fait leur propre bonheur &
té l'exemple des autres Nations. On avoue
que Juftin a fait un éloge magnifique des
Scithes , mais Hérodote & des Auteurs
as citéspar Strabon , les repréfentent comme
sune Nation des plus féroces. Ils immoloient
au Dieu Mars , la cinquième partie
de leurs prifonniers & crevoient les yeux
Z aux autres. A l'anniverfaire d'un Roi ils
étrangloient cinquante de fes Officiers.
Ceux qui habitoient vers le Pont- Euxin ſe
nourriffoient de la chair des étrangers qui
arrivoient chez eux. L'Hiftoire des diverfes
Nations Scithes , offre par tout des
traits ou qui les deshonorent , ou qui font
>
20 MERCURE DE FRANCE.
par
horreur à la Nature . Les femmes étoient
communes entre les Maffagetes ; les perfonnes
âgées étoient immolées leur
parens , qui fe régaloient de leurs chairs.
Les Agatyrfiens ne vivoient que de pillage
& avoient leurs femmes en commun. Les
Antropophages , au rapport d'Hérodote ,
étoient injuftes & inhumains. Tels furent
les Peuples qu'on propofe pour exemple
aux autres Nations .
A l'égard des anciens Perfes , tout le
monde convient fans doute avec M. Rolin
qu'on ne fçauroit lire fans horreur julqu'où
ils avoient porté l'oubli & le mépris
des Loix les plus communes de la Nature.
Chez eux toutes fortes d'inceſtes étoient
autorifés. Dans la Tribu Sacerdotale , on
conféroit prefque toujours les premieres
dignités à ceux qui étoient nés du mariages
d'un fils avec fa mere. Il falloit qu'ils
fuffent bien cruels pour faire mourir des
enfans dans le feu qu'ils honoroient.
Les couleurs dont Pomponius - Mela
peint les Germains , ne feront pas naître
non plus l'envie de leur reffembler : Peuple
naturellement féroce , fauvage jufqu'à
manger de la chair crue , chez qui
le vol n'eft point une chofe honteufe &
qui ne reconnoît d'autre droit que fa
force.
OCTOBRE.
1751. 21
Que de reproches auroit eu raifon de faire
aux Romains , dans le tems qu'ils n'étoient
point encore familiarifés avec les
Lettres , un Philofophe éclairé de toutes
les lumières de la raifon . Illuftres Barbares
, auroit- il pu leur dire , toute votre
grandeur n'est qu'un grand crime.
Quelle fureur vous anime & vous porte à
ravager l'univers ; tigres altérés du fang
des hommes , comment ofez-vous mettre
votre gloire à être injuftes , à vivre de pillage
, à exercer la plus odieufe tyrannie ?
Qui vous a donné le droit de difpofer
de nos biens & de nos vies , de nous
rendre efclaves &
malheureux , de répandre
par tout la terreur , la défolation
& la mort ? Eft ce la grandeur d'ame dont
Vous vous piquez ? O déteftable grandeur
qui fe repaît de miféres & de calamités
! n'acquerez - vous de prétendues vertus
que pour punir la terre de ce . qu'elles
Vous ont couté ? Eft- ce la force ? Les Loix
de l'humanité n'en ont donc plus ? Sa voix
ne fe fait donc point entendre à vos coeurs ?
Vous méprifez la volonté des Dieux qui
vous ont deſtiné , ainſi que nous , à paffer
tranquilement quelques inftans fur la terre
; mais la peine est toujours à côté du
crime ; vous avez eu le bonheur de paffer
fous lejoug , la douleur de voir vos armées
22 MERCURE DE FRANCE.
par
taillées en piéces , & vous aurez bientôt
celle de voir la République fe déchirer
Les propres forces . Qui vous empêche
de paffer une vie agréable dans le fein de
la paix , des Arts , des Sciences & de la
vertu ? Romains , ceffez d'être injuftes ,
ceffez de porter en tous lieux les horreurs
de la guerre & les crimes qu'elle entraîne.
Mais je veux qu'il y ait eu des Nations
vertueufes dans le fein de l'ignorance , &
je demande fi ce n'eft pas à des loix fages
maintenues avec vigueur , avec prudence ,
& non pas à la privation des Arts qu'elles
ont été redevables de leur bonheur. En
vain prétend- on que Socrate même & Caton
ont décrié les Lettres , il ne furent
jamais les apologistes de l'ignorance. Le
plus fçavant des Athéniens avoit raifon de
dire que la préfomption des hommes d'Etat
, des Poëtes & des Artiftes d'Athénes ,
terniffoit leur fçavoir à fes yeux , & qu'ils
avoient tort de fe croire les plus fages des
hommes ; mais en blâmant leur orgueil &
en décréditant les Sophiftes , il ne faifoit
point l'éloge de l'ignorance , qu'il regar
doit comme le plus grand mal. Il aimoit à
tirer des fons harmonieux de la lyre avec
la main dont il avoit fait les ftatues das
graces. La Rhétorique , la Phyfique , l'Af
E.
OGTOBRE. 1751. 23
bien tronomie furent l'objet de fes études , &
hire felon Diogène de Laerce il travailla aux
ech Tragédiesd'Euripide. Il eft vrai qu'il s'apinpliqua
principalement à faire une fcience
del de la morale & qu'il ne s'imaginoit pas fçates
voir ce qu'il ne fçavoit pas : eft ce là favorifer
l'ignorance ? Doit- elle fe prévaloir
reur
age
Ca
en
en du déchaînement de l'ancien Caton contre
ces difcoureurs artificieux , contre ces
Grecs qui apprenoient aux Romains l'Art
funefte de rendre toutes les vérités douteufes.
Un des Chefs de la troifiéme Académie
, Carnéade montrant en préfence de
lle Caton la néceffité d'une loi naturelle , &
Erenverfant le lendemain ce qu'il avoit établi
le jour précédent , devoit naturellement
prévenir l'efprit de ce Cenfeur contre
la Littérature des Grecs. Cette prévention
à la vérité s'étendit trop loin , il en
Efentit l'injuftice & la répara en apprenant
la langue Grecque, quoiqu'avancé en âge ;
il forma fon ftyle fur celui de Thucydide
& de Demofthéne & enrichit fes ouvrages
des maximes & des faits qu'il en tira. L'Agriculturé
, la Médecine la Médecine , l'Hiftoire &
beaucoup d'autres matiéres exercerent fa
plume. Ces traits font voir que fi Socrate
&Caton cuffent fait l'éloge de l'ignorance ,
ils fe feroient cenfurés eux-mêmes , & M.
Rouffeau , qui a fi heureufement cultivé
es
-
24 MERCURE DE FRANCE.
les Belles Lertres , montre combien elles
font eftimables par la maniere dont il exprime
le mépris qu'il paroît en faire ; je dis
qu'il paroît, parcequ'il n'eft pas vrai-femblable
qu'il faffe peu de cas de fes connoiffances
. Dans tous les tems on a vû des Auteurs
décrier leurs fiécles & louer à l'excès desNa
tions anciennes . On met une forte de gloire
à fe roidir contre les idées communes
de fupériorité , à blâmer ce qui eft loué ,
de grandeur à dégrader ce que les hommes
eftiment le plus.
La meilleure maniére de décider la
queſtion de fait dont il s'agit , eft d'examiner
l'état actuel des moeurs de toutes les
Nations . Or il réfulte de cet examen fait
impartialement , que les peuples policés &
& diftingués par la culture des Lettres &
des Sciences , ont en général moins de vices
que ceux qui ne le font pas. Dans la
Barbarie & dans la plupart des
pays Orientaux
regnent des vicesqu'il ne conviendroit
pas même de nommer. Si vous parcourez
les divers Etats d'Afrique ,vous êtes étonné
de voir tant de peuples fainéans , lâches ,
fourbes , traîtres , cruels , avares , voleurs
& débauchés. Là font établis des ufages
inhumains , ici l'impudicité eft autorilée
par les Loix . Là le brigandage & le meurtres
font érigés en profeffions ; ici on eft
pas
tellemen t
OCTOBRE. 1751 25
ex
dis
bla
20
Va
mes
1.
nes
f∙ILL
les
&L
tellement barbare qu'on fe nourrit de chair
humaine. Dans plufieurs Royaumes les maris
vendent leurs femmes & leurs enfans ;
en d'autres on facrifie des hommes au démon
, on tue quelques perfonnes pour
faire honneur au Roi , lorfqu'il paroît en
public , ou qu'il vient à mourir. L'Afie &
l'Amérique offrent des tableaux femblables.
*
L'ignorance & les moeurs corrompues
des Nations qui habitent ces vaftes Contrées
font voir combien porte à faux cette
réflexion de mon adverfaire : Peuples , (çachez
une fois que la Nature a voulu vous
préferver de la fcience , comme une mere
arrache une arme dangereufe des mains de
fon enfant , que tous les fecrets qu'elle
vous cache font autant de maux dont elle
vous garantir , & que la peine que vous
trouvez à vous inftruire n'eft pas le moindre
de fes bienfaits. J'aimerois autant qu'il
eût dit , peuples , fçachez une fois que
la Nature ne veut pas que vous vous nourriffiez
des productions de la terre. La peine
qu'elle a attachée à fa culture eft un avertiffement
de la laiffer en friche.
pour vous
Il finit la premiere partie de fon Difcours
• * Les bornes étroites que je me fais prefcrites
m'obligent à renvoyer à l'Hiftoire des Voyages
& àl'Hiftoire Générale par M. l'Abbé Lambert.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
par cette réflexion ; Que la probité eft fille
de l'ignorance & que la fcience & la vertu
font incompatibles . Voilà un fentiment
bien contraire à celui de l'Eglife ; elle regarda
comme la plus dangereufe des per
fécutions la défenfe que l'Empereur Julien
fit aux Chrétiens d'enfeigner à leur enfans
, la Rhétorique , la Poëtique & la
Philofophie,
SECONDE PARTIE,
M. Rouffeau entreprend de prouver
dans la feconde partie de fon Difcours que
l'origine des fciences eft vicieuſe , leurs ob.
jets vains & leurs effets pernicieux .C'étoit,
dit- il, une ancienne tradition paffée de l'Egypte
en Grèce , qu'un Dieu ennemi du repos
des hommes étoit l'inventeur des fcien .
ces , d'où il infére que les Egyptiens , chez
qui elles étoient nées , n'en avoient pas
une opinion favorable. Comment accor
der fa conclufion avec ces paroles : Reme
des pour les maladies de l'ame : Infcription
qu'au rapport de Diodore de Sicile on li
feit far le fontifpice de la plus ancienne
des Bibliothéques , de celle d'Ofymandias
Roi d'Egypte.
Il affure que l'Aftronomie eft née de la
fuperftition , l'éloquence de l'ambition ,
de la haine , de la flaterie , du menſonge ;
OCTOBRE. 1751. 27
C
1
la Géométrie de l'avarice , la Phyfique
d'une vaine curiofité; routes & la morale
même de l'orgueil humain , Il fuffit de rapporter
ces belles découvertes pour en faire
connoître toute l'importance. Jufqu'ici on
avoit cru que les Sciences & les Arts devoient
leur naifance à nos befoins , on
l'avoit même fait voir dans plufieurs onvrages.
Vous dites que le défaut de l'origine des
Sciences & des Arts ne nous eft que trop
retracé dans leurs objets. Vous demandez
ce que nous ferions des Arts fans le luxe
qui les nourrit. Tout le monde vous répondra
que les Arts inftructifs & miniftériels
indépendamment du luxe fervent aux
agrémens , ou aux commodités , ou aux
befoins de la vie.
Vous demandez à quoi ferviroit la
Jurifprudence fans les injuftices des hom .
mes. On peut vous répondre qu'aucun
corpspolitique ne pouroit fubfifter fans
loix , ne fût-il compofé que d'hommes juftes.
Vous voulez fçavoir ce que devien
droit l'Hiftoire s'il n'y avoit ni tyrans , ni
guerres , ni confpirateurs. Vous n'ignorez
cependant pas que l'Hhiftoire Univerſelle
contient la defcription des Pays , la religion
, le gouvernement , les moeurs , le
commerce & les coutumes des Peuples , les
Bij
"
28 MERCURE DE FRANCE.
dignités , les Magiftratures , les vies des
Princes pacifiques , des Philofophes & des
Artiftes célébres ; tous ces fujets qu'ont-ils
de commun avec les tyrans , les guerres ,
& les Confpirateurs?
pour
Sommes-nous donc faits , dites vous ,
mourir attachés fur les bords du puits
où la vérité s'eft retirée ; cette fenle vérité
devroit rebuter dès les premiers pas tout
homme qui chercheroit férieufement à
s'inftruire par l'étude de la Philofophie.
Vous fçavez que les fciences dont on occupe
les jeunes Philofophes dans les Univerfités
,
font la Logique , la Métaphyfique , la
morale , la Phyfique , les Mathématiques
élémentaires. Ce font donc là felon vous
de ftériles fpéculations. Les Univerfités
vous ont une grande obligation de leur
avoir appris que la vérité de ces Sciences
s'eft retirée au fond d'un puits. Les grands
Philofophes qui les poffèdent dans un dégré
éminent font fans doute bien furpris
d'apprendre qu'ils ne fçavent rien . Ils ignoreroient
auffi , fans vous , les grands dangers
que l'on rencontre dans l'inveftigation
des Sciences. Vous dites que le faux eft
fufceptible d'une infinité de combinaiſons
& que la vérité n'a qu'une maniere d'être ;
mais n'y a-t-il pas différentes routes , dif
férentes méthodes pour arriver à la vérité .
OCTOBRE. 1751 .
29
Qui eft- ce d'ailleurs , ajoutez- vous , qui
la cherche bien fincérement ? A quelle
marque eft on fur de la reconnoître ? Les
Philofophes vous répondront qu'ils n'ont
appris les Sciences que , pour les fçavoir &
en faire ufage & que l'évidence , c'est- àdire
, la perception du rapport des idéés
eft le caractére diftinctif de la vérité &
qu'on s'en tient à ce qui paroît le plus probable
dans des matiéres qui ne font pas fufceptibles
de démonftration. Voudriezvous
voir renaître les fectes de Pyrrhon
d'Arcéfilas ou de Lacyde ?
Convenez
que
vous auriez
Vous pu dif
penfer de parler de l'origine des Sciences &
leur's que vous n'avez point prouvé que
objets font vains. Comment l'auriez vous
pu faire , puifque tout ce qui nous environne
nous parle en faveur des Sciences &
des Arts habillemens , meubles , bâtimens
, Bibliothéques , ufuines , productions
des Pays Etrangers dues à la Navigation
dirigée par l'Aftronomie . Là les Arts
Méchaniques mettent nos biens en valeur.
Les progrès de l'Anatomie affûrent
ceux de la Chirurgie. La Chymie , la Botanique
nous préparent des remédes , les
Arts libéraux , des plaifirs inftructifs . Ils
s'occupent à tranfmettre à la postérité le
fouvenir des belles actions & immortali-
1
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
fent les grands hommes & notre reconnoiffance
pour les fervices qu'il nous ont
rendus. Ici la Géométrie appuyée de l'Algébre
préfide à la plupart des fciences ;
elle donne des leçons à l'Aftronomie ,
la Navigation , à l'Artillerie , à la Phyfique.
Quoi tous ces objets font vains !
oui , & felon M. Rouffeau , tous ceux qui
s'en occupent font des Citoyens inutiles ,.
& il conclu que tout Citoyen inutile peut
être régardé comme pernicieux . Que disje
, felon lui , nous ne fommes pas même
des Citoyens . Voici fes propres paroles :
Nous avons des Phyficiens , des Géomé ---
tres , des Chymiftes , des Aftronomes ,
des Poëtes , des Muficiens , des Peintres ,
nous n'avons plus de Citoyens , ou s'il
nous en refte encore, difperfés dans nos
Campagnes abandonnées , ils y périffent
indigens & méprifés ; ainti , Meffieurs ,
ceffez donc de vous regarder comme des
Citoyens. Quoique vous confacriez vos
jours au fervice de la fociété , quoique
vous rempliffiez dignement les emplois.
où vos talens vous ont appellés , vous
n'êtes pas dignes d'être nommés Citoyens .
Cette qualité eſt le partage des Payfans, &
il faudra que vous cultiviez tous la terre
pour la mériter. Comment ofe -t- on infulter
ainfi une Nation qui produit taot
2
OCTOBRE . 1751. T
on
ont
Als!
S₁
zat
Na
d'excellens Citoyens dans tous les Etats !
O Louis le Grand ! quel feroit votre
étonnement , fi rendu aux voeux de la
France & à ceux du Monarque qui la gouverne
en marchant fur vos traces glorieufes
, vous appreniez qu'une de nos Acadé
mies a couronné un ouvrage , où l'on fontient
que les Sciences font vaines dans leur
objet , pernicieufes dans leurs effets ,
que ceux qui les cultivent ne font pas
Citoyens Quoi pourriez- vous dire ,
j'aurois imprimé une tache à ma gloire
pour avoir donné un azile aux mafes , établi
des Académies , rendu la vie aux
Beaux Arts , pour avoir envoyé des Aftronomes
dans les Pays les plus éloignés ,
recompenfé les talens & les découvertes
artiré les Sçavans près du Trône ! Quor !
j'aurois terni ma gloire pour avoir fait
naître des Praxitéles & des Syfippes , des
Appelles & des Ariftides , des Amphions
& des Orphées ! que tardez - vous de brifer
ces inftrumens des Arts & des Sciences ,
de brûler ces précieufes dépouilles des
Grecs & des Romains , toutes les Archives
de l'efprit & du génie ? Replongez
vous dans les ténébres épaiffes de la barbarie
, dans les préjugés qu'elle confacre fous
les funeftes aufpices de l'ignorance & de
la fuperftition . Renoncez aux lumiéres de
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
votre fiécle ; que des abus anciens ufurpent
les droits de l'équité ; rétabliffez des
loix civiles contraires à la loi naturelle ;
que l'innocent qu'accufe l'injuftice foit
obligé pour fe juftifier , à s'expofer à périr
par l'eau ou par le feu ; que des peuples
aillent encore maffacrer d'autres peuples
fous le manteau de la religion ; qu'on faſfe
les plus grands maux avec la mêine tranquilité
de confcience qu'on éprouve à faire
les plus grands biens : telles & plus déplorables
encore feront les faites de cette
ignorance où vous voulez rentrer.
Non , Grand Roi , l'Accadémie de Dijon
n'eft point cenfée adopter tous les fentimens
de l'Auteur qu'elle a couronné.
Elle ne pense point comme lui que les travaux
des plus éclairés de nos Sçavans &
de nos meilleurs Citoyens ne font prefque
d'aucune utilité. Elle ne confond point
comme lui les découvertes véritablement
utiles au genre humain avec celles dont
on n'a pu encore tirer des fervices , faute
de connoître tous leurs rapports & l'enfemble
des parties de la Nature ; mais elle
penfe ainfi que toutes les Académies de
l'Europe, qu'il eft important d'étendre de
toute part les branches de notre fçavoir ,
d'en creufer les Analogies , d'en fuivre
toutes les ramifications. Elle fçait que
OCTOBRE .
30989 es
telle
connoiffance qui
paroît
ftérile pen- 1751.
33
dant un tems peut ceffer de l'être par des
applications dues au génie , à des
recherches
laborieufes , peut-être même au hazard.
Elle fçait que pour élever un édifice
, on
raffemble des
matériaux de
toutes
efpeces , ces piéces
brutes , amas
informe
ont leur
deftination ,
l'Art les
dégroffit
& les
arrange , il en
forme des chefs
d'oeuvre
d'Architecture & de bon goût.
On peut dire qu'il en eft en
quelque
forte de
certaines
vérités
détachées du
de celles dont
l'utilité eft
teconnue ,
corps
comme de ces
glaçons
errans au gré du
hazard fur la
furface
des
Aeuves ; ils fé
réuniffent , ils fe
fortifient
mutuellement
&
fervent à les
traverfer.
Si
l'Auteur a
avancé fans
fondement que
cultiver les
Sciences eft
abuſer du
tems ,
il n'a pas eu
moins de tort
d'attribuer le
luxe aux
Lettres & aux Arts. Le luxe eft:
une
fomptuofité
que font
naître les biens
partagés
inégalement. La
vanité à
l'aide
de
l'abondance
cherche à fe
diftinguer &
procure à
quelques Arts les
moyens de lui
fournir le
fuperflu ; mais ce qui eft
fuper-
Au
par rapport à certains états eft néceffaire
à
d'autres, pour
entretenir
les
diftinctions
qui
caractérisent
les
rangs
divers
de:
la
fociété
. La
religion
même
ne
condamne
:
Βγ
34 MERCURE DE FRANCE.
point les dépenfes, qu'éxige la décence de
chaque condition . Ce qui eft luxe pour
l'artifan peut ne pas l'être pour l'homme
de robe où l'homme d'épée. Dira- t-on quedes
meubles ou des habillements d'un
grand prix dégradent l'honnête homme.
& lui tranfmettent les fentimens de l'hom ,
me vicieux ? Caton le grand , folliciteur
des Loix fomptuaires , fuivant la remarqued'un
politique , nous eft dépeint avare
& intempérant , même ufurier & yvrogne;
au lieu que le fomptueux Lucullus , enco- .
re plus grand Capitaine & auffi jufte que
lui fut toujours libéral & bien- faifant.
Condamnons la fomptuofité de Lucullus.
& de fes imitateurs , mais ne concluons
pas qu'il faille chaffer de nos murs les Sçavans
& les Artiftes. Les paffions peuvent
abufer des Arts , ce font elles qu'il faut
réprimer. Les Arts font le foutien des
Etats ; ils réparent continuellement
l'inégalité
des fortunes & procurent le néceffaire
phyfique à la plupart des Citoyens...
Les terres , la guerre ne peuvent occuper
qu'une partie de la Nation
pourront fubfifter les autres fujets , files
Fiches craignent de dépenfer , fi la circulation
des espéces eft fufpenduepar une économie
fatale à ceux qui ne peuvent vivre
que du travail de leurs mains
comment
E.
OCTOBRE
1731 .
35°
edel
Dour
me
que
d'un
Om
que
are
res
•0-
Tandis , ajoute l'Auteur , que les commodités
de la vie fe multiplient , que les
Arts fe perfectionnent & que le luxe s'étend
, le vrai courage s'énerve , les vertus
militaires s'évanouiffent & c'est encore
me l'ouvrage des Sciences & de tous ces Arts
s'exercent dans l'ombre du cabinet .
Ne diroit-on pas , Meffieurs , que tous
nos foldats font occupés à cultiver les
Sciences & que tous leurs Officiers font des
Maupertuis & des Réaumur ? S'eft on apperçu
fous les regnes de Louis XIV. &
de Louis XV . que les vertus militaires
fe foient évanouies. Si on veut parler des
Sciences qui n'ont aucun rapport à la
re , on ne voit pas ce que les Académies
ont de commun avec les troupes, & s'il s'agit
de fciences militaires , peut - on les porter
à une trop grande perfection ? A l'é
gard de l'abondance , on ne l'a jamais vu
regner davantage dans les armées Françoifes
que durant le cours de leurs victoires ..
Comment peut- on s'imaginer que des foldats
deviendront plus vaillants , parce :
qu'ils feront mal vêtus & mal nourris ?
M. Rouffeau eft-il mieux fondé à fouteu
16
us
s
guernir
que la culture des Sciences eft nuifible :
aux qualités morales : C'eft, dir- il , dès nos
premieres années qu'une éducation infenfée
, orne notre efprit & courrompt no-
B. vj
36 MERCURE DE FRANCE.
tre jugement. Je vois de toutes parts des
établiffemens immenfes , où l'on éleve à
grands frais la jeuneffe pour lui apprendre
toutes chofes , excepté fes devoirs.
Peut- on attaquer de la forte tant de corps
refpectables , uniquement dévoués à l'inftruction
des jeunes gens , à qui ils inculquent
fans ceffe les principes de l'honneur,
de la probité & du Chriftianifme ? La
ſcience , les moeurs , la Religion , voila
les objets que s'eft toujours propofés l'U
niverfité de Paris , conformément aux
réglemens qui lui ont été donnés par les
Rois de Fance. Dans tous . les établiffemens
faits pour l'éducation des jeunes
gens , on employe tous les moyens pofibles
pour leur infpirer l'amour de la
vertu & l'horreur du vice , pour en former
d'excellens Citoyens ; on met continuel
lement fous leurs yeux les . maximes &
les exemples des grands Hommes de
l'antiquité. L'Hiftoire facrée & profane
leur donne des leçons foutenues par les
faits & l'expérience , & forme dans
leur efprit une impreffion qu'on atten
droit en vain de l'aridité des préceptes.
Comment les Sciences pouroient elles nui
re aux qualités morales ? Un de leurs premiers
effets eft de retirer de l'oifiveté &
par confequent. du jeu & de la débauche
E.
37
OCTOBRE
.
1751.
de qui en font les fuites. Sénéque que M.
Rouffeau cite pour appuyer fon fentiment ,
vei
di convient que les Belles - Lettres préparent
à la vertu ( Sénec, Epift. 88. ).
oras
Leut
205 cours ,
Que veulent dire ces traits fatiriques lancés
contre notre fiécle : Que l'effet le plus
cul évident de toutes nos études eft l'aviliffemeut
des vertus ; qu'on ne demande plus
La d'un homme s'il a de la probité , mais s'il a
oldes talens ; que la vertu refte fans honneur;
qu'il y a mille prix pour les beaux Diſ
aucuns pour les belles Actions..
Comment peut-on ignorer qu'un homme
qui paffe pour manquer de probité eſt
méprifé univerfellement ? La punition du
vice n'eft - elle pas déja la premiere récom
penfe de la vertu? L'eftime, l'amitié de fes.
Concitoyens , des diftinctions honorables,
voilà des prix bien fupérieurs à des lau
riers Académiques. D'ailleurs celui qui
fert fes amis , qui foulage de pauvres familles
, ira-t-il publier les bienfaits ? Ce
feroit en anéantir le mérite : rien de plus .
beau que lesactions vertueufes , fice n'eft
le foin même de les cacher.
C
is
M. Rouffeau parle de nos Philofophes
avec mépris, il cite les dangéreufes réveries.
des Hobbes & des Spinofa ,& les met fur une
mêmeligne avec toutes les productions de
Ja Philofophic, Pourquoi confondre ainfa
38
MERCURE DE FRANCE.
avec les ouvrages de nos vrais Philofophes
des fyftemes que nous abhorrons ? Doit- on
rejetter fur l'étude des Belles Lettres les opimions
infenfées de quelques écrivains , tandis
qu'un grand nombre de peuples font infatués
de fyftêmes abfurdes , fruit de leur ignorance
& de leur crédulité ? L'efprit humain
n'a pas befoin d'être cultivé pour enfanter
des opinions monftrueufes. C'eft en s'éle
vant avec tout l'effor dont elle eft capable
que la raifon fe met au deffus des chimères.
La vraie
Philofophie nous apprend à dé
chirer le voile des préjugés & de la fuperf
tition.Parce que quelquesAuteurs ont abufé
de leurs lumiéres , faudra-t-il profcrire
la culture de la raifon ? Eh de quoi ne
peut- on pas abufer ? Pouvoir , loix , Religion
, tout ce qu'il y a de plus utile ,
ne peut- il pas-être détourné à des ufages
nuifibles ? Tel eft celui qu'a fait M. Rouffeau
de fa puiffante éloquence pour inf
pirer le mépris des Sciences , des Lettres
& des
Philofophes. Au Tableau qu'il préfente
de ces hommes Sçavans ,
oppofons
celui du vrai
Philofophe . Je vais le tracer
, Meffieurs , d'après les modéles que
j'ai
l'honneur de
connoître parmi vous.
Qu'est-ce qu'un vrai Philofophe ? C'eſt un
homme très
raifonnable & trèséclairé.
Sous
quelque point de vue qu'on le confidé
7
NCE
39
OCTOBRE
. 1751
.
apabl
ilofopre , on ne peut s'empêcher de lui accorder-
Doit toute fon eftime , & l'on n'eft content de
sleso foi même que lorsqu'on mérite la fienne.
sa ne connoît ni les foupleffes rampantes:
nt i de la flaterie , ni les intrigues artificieuſes ,
rig de la jaloufie , ni la baffeffe d'une haine
huma
un produite par la vanité , ni le malheureux
fante talent d'obfcurcir celui des autres , car l'envie
qui ne pardonne ni les fuccès , ni fes
propres injuftices, eft roujours le partage de
éres l'infériorité. On ne le voir jamais avilir fes
à de maximes en les contredifant par les ac- .
pertions , jamais acceffible à la licence que
abcondamne la Religion qu'elle attaque ,
crit les loix qu'elle élude , la vertu qu'elle fousile
aux pieds. On doute fi fon caractére a
Replus de noblele que de force , plus d'élé- -
Elevation que de vérité. Son efprit eſt toujours
l'organe de fon coeur & fon expreffon
l'image de fes fentimens . La franchife
, qui eft un défaut quand elle n'eft
es un mérite , donne à fes Difcours cet airaimable
de fincérité , qui ne vaur beaucoup
, que lorfqu'il ne coûte rien . Quand
il oblige , vous diriez qu'il fe charge de
la reconnoiffance & qu'il reçoit le bienfait
qu'ilaccorde , & il paroît toujours qu'il
oblige , parce qu'il défire toujours d'obliger.
Il met fa gloire à fervir la Patrie qu'il
honore , à travailler au bonheur des hom-
T.
pas
.
40 MERCURE DE FRANCE.
mes qu'il éclaire. Jamais il ne porta dansi
la fociété cette raifon farouche qui ne
fçait pas fe relâcher de fa fupériorité , cette
inflexibilité de fentiment , qui fous le
nom de fermeté brufque les égards & les .
condeſcendances , cet efprit de contradic-.
tion qui fecouant le joug des bienséances .
fe fait un jeu de heurter les opinions qu'il
n'a pas adoptées , également haïffable.
foit qu'il défende les droits de la vérité
ou les prétentions de fon orgueil. Le vrai
Philofophe s'envelope dans fa modeſtie &
pour faire valoir les qualités des autres ,
il n'hésite pas à cacher l'éclat des fiennes..
D'un commerce auffi fur qu'urile , il ne
cherche dans les fautes que le moyen de
les excufer , & dans la converfation que.
celui d'affocier les autres à fon propre mérite.
Il fçait qu'un des plus folides appuis
de la juftice que nous nous flatons d'obtenir
eft celle que nous rendons au mérite
d'autrui , & quand il l'ignoreroit, il ne montreroit
pas fa conduite far des principes
différens de ceux que nous venons d'expofer
, perfuadé que le coeur fait l'homme ,
l'indulgence les vrais amis , la modeftie des
Citoyens aimables . Je fçais bien , Melfieurs
, que par ces traits je ne rends pas.
tout le mérite du Philofophe & furtout.
du Philofophe Chrétien ; mon deffein a
OCTOBRE. 1751. 41
ans
ne
tte
le
les
icces
ole
été feulement d'en donner une légere efquiffe.
Pour le connoître dans toute fon
étendue , il faut connoître celui du Prince
dont notre amour paye les bienfaits .
D'un Difcours qui a remporté le Prix de l' Académie
de Dijon en l'année 1750 , fur
cette Question propofée par la même Académie:
Si le
rétabliffement des Sciences
& des Arts a contribué à épurer les
moeurs. Cere réfutation a été lêve dans une
Séance de la Société Royale de Nancy , par
M. Gautier , Profeffeur de
Mathématique
d'Hiftoire.
L
Etabliffement
que fa Ma efté a procuré
pour
faciliter
le
développement
:
des talens
& du génie , a été
indirectement
attaqué
par un
ouvrage
, où l'on
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
tâche de
prouver que nos ames fe font corrompues
à mesure que nos Sciences & nos
Arts fe font perfectionnés
, & que le même
phénomène s'eft obfervé dans tous les
tems & dans tous les lieux. Ce Difcours
de M. Rouffeau renferme plufieurs autres
propofitions
, dont- il eft très important
de montrer la fauffeté , puifque felon des
fçavans Journalistes
, il paroît capable de
faire une révolution
dans les idées de notre
fiéele. Je conviens qu'il eft écrit avec
une chaleur peu commune , qu'il offre des
tableaux d'une touche mâle & correcte :
Plus la maniére de cet ouvrage eft grande
& hardie , plus il eft propre à en impofer ,
à accréditer des maximes pernicieufes. Il ne
s'agit pas ici de ces paradoxes littéraires ,
qui permettent de foutenir le pour on le
contre , de ces vains fujets d'éloquence où
l'on fait parade de penfées futiles , ingénieufement
contraftées. Je vais , Meffieurs
, plaider une caufe , qui intéreffe
votre bonheur. J'ai prévu qu'en me bornant
à montrer combien la plûpart des raifonnemens
de M. Rouffeau font défectueux
, je tomberois dans la féchereffe du
* Il y auroit de l'injuftice à dire que tous les raifonnemens
de M. Rouffeau font défectueux. Certe
propofition doit être modifiée ; il mérite beaucoup
d'éloges pour s'être élevé avec force contre les
ebus qui le giiffent dans les Arts & dans la République
des Lettres,
OCTOBRE. 1751 II
genre polémique. Cet inconvénient
ne
m'a point arrêté , perfuadé que la folidité
d'une réfutation de cette nature , fait fon
principal mérite.
Si , comme l'Auteur le prétend , les
fciences dépravent lesmoeurs , Staniflas le
bienfaifant fera donc blâmé par la poftérité
d'avoir fait un établiſſement pour les
rendre plus floriffantes , & fon Miniftre d'avoir
encouragé les talens & fait éclater les
fiens ; files fciences dépravent les moeurs ,
vous devez donc détefter l'éducation qu'on
vous a donnée , regretter amérement le
tems que vous avez employé à acquérir des
connoiffances & vous repentir des efforts
que vous avez faits pour vous rendre utiles
à la Patrie. L'Auteur que je combats eft l'apologifte
de l'ignorance , il paroît fouhaiter
qu'on brule les Bibliothéques;il avoue qu'il
heurre de front tout ce qui fait aujourd'hui
l'admiration des hommes & qu'il ne peut
s'attendre qu'à un blâme univerfel ; mais il
compte fur les fuffrages des fiécles à venir ;
il pourra les remporter ,n'en doutons point,
quand l'Europe retombera dans la barba
rie , quand fur les ruines des Beaux - Arts
éplorés , triompheront infolemment l'ignorance
& la rufticité.
Nous avons deux queftions à difcuter
l'une de fait , l'autre de droit. Nous exa-
A v
12 MERCURE DE FRANCE.
minerons dans la premiere partie de ce
Difcours , les Sciences & les Arts ont
contribué à corrompre les moeurs , & dans
la feconde, ce qui peut réfulter du progrès
des Sciences & des Arts confiderés en euxmêmes
: tel eft le plan de l'ouvrage que je
critique.
PREMIERE PARTIE.
Avant , dit M. Rouffeau , que l'Art eût
façonné nos maniéres , & appris à nos palfions
à parler un langage apprêté , nos
moeurs étoient ruftiques , mais naturelles ,
& la différence des procédés marquoit
au premier coup d'oeil celle des caractéres .
La Nature humaine au fond n'étoit pas
meilleure , mais les hommes trouvoient
leur fécurité dans la facilité de fe pénétrer
réciproquement , & cet avantage dont
nous ne fentons plus le prix ,leur épargnoit
bien des vices ; les foupçons, les ombrages,
les craintes , la froideur , la réferve , la
haine , la rrahifon , fe cachent fans ceffe
fous ce voile uniforme & perfide de politeffe
, fous cette urbanité fi vantée que nous
devons aux lumiéres de notre fiécle . Nous
avons les apparences de.e toutes les vertus
fans en avoir aucune .
Je réponds qu'en examinant la fource de
cette politeffe , qui fait tant d'honneur à
notre fiécle , & tant de peine à M.RoufOCTOBRE.
179 11
feau on découvre aifément combien
elle eft eftimable. C'eft le défir de plaire
dans la Société qui en a fait prendre l'efprit.
On a étudié les hommes , leurs humeurs
, leurs caractéres , leurs défirs , leurs
befoins , leur amour propre . L'expérience
a marqué ce qui déplait : On a analyfé les
agrémens , dévoilé leurs caufes , apprécié
le mérite , diftingué fes divers dégrés.
D'une infinité de réflexions fur le beau ,
l'honnête & le décent s'eft formé un Art
précieux , l'Art de vivre avec les hommes ,
de tourner nos befoins en plaifirs , de répandre
des charmes dans la converfation ,
de gagner l'efprit par fes difcours & les
coeurs par fes procédés. Egards , attentions,
complaiffances , prévenances , refpect ,
autant de liens qui nous attachent mutuellement
.Plus la politeffe s'eft perfectionnée ,
plus lafociété a été utile aux hommes ; on
s'eft plié aux bienféances , fouvent plus
puiffantes que les devoirs ; les inclinations
font devenues plus douces , les caractéres
plus lians , les vertus fociales plus communes.
Combien ne changent de difpofitions
que parce qu'ils font contraints de
paroître en changer ! Celui qui a des vices
pour
eft obligé de les déguifer , c'est lui
un avertiffement continuel qu'il n'eft pas
ce qu'il doit être fes moeurs prennent
14 MERCURE DE FRANCE.
infenfiblement la teinte des moeurs reçues.
La néceffité de copier fans ceffe la vertu ,
le rend enfin vertueux ; ou du moins fes
vices ne font pas contagieux , comme ils le
feroient, s'ils le préfentoient de front avec
cette rufticité que regrette mon adversaire .
Il dit que les hommes trouvoient leur
fécurité dans la facilité de fe pénétrer réciproquement
, & que cet avantage leur
épargnoît bien des vices ; il n'a pas confidéré
que la Nature humaine n'étant pas
meilleure alors , comme il l'avouë , la rufticité
n'empêchoit pas le déguifement . On
en a fous les yeux une preuve fans réplique:
On voit des Nations dont les maniéres ne
font pas façonnées , ni le langage apprêté ,
ufer de détours , de diffimulations & d'artifices
, tromper adroitement fans qu'on
puiffe en rendre comptables les Belles -Lettres
, les Sciences & les Arts.
D'ailleurs fi l'Art de fe voiler s'eft perfectionnné
, celui de pénétrer les voiles a
fait les mêmes progrès . On ne juge pas
des
hommes fur de fimples apparences , on
n'attend pas à les éprouver , qu'on foit
dans l'obligation indifpenfable de recourir
à leurs bienfaits. On eit convaincu qu'en
général , il ne faut pas compter fur eux ,
moins qu'on ne leur plaife, ou qu'on ne leur
foit utile , qu'ils n'ayent quelqu'intérêt à
OCTO BR E.
1751 IS
nous rendre fervice On fçait évaluer les of
fres fpécieufes de la politeffe & ramener fes
expreffions à leur fignification reçue . Ce
n'eft pas qu'il n'y ait une infinité d'ames no.
bles,qui en obligeant ne cherchent que le
plaifir même d'obliger. Leur politeffe a un
ton bien fupérieur à tout ce qui n'eft que cérémonial
, leur candeur , un langage qui lui
eft propre,teur mérite eft leur Art de plaire.
Ajoutez que
fuffic pour acquérir cette politeffe dont fe
pique un galant homme ; on n'eft donc
pas
fondé à en faire honneur aux Sciences.
A quoi tendent donc les éloquentes
déclamations de M. Rouffeau ? Qui ne
feroit pas indigné de l'entendre affûrer
que nous avons les apparences de toutes
les vertus fans en avoir aucune. Eh ! pour.
quoi n'a- t-on plus de vertu ? c'eft qu'on
cultive les Belles Lettres , les Sciences &
les Arts ; fi l'on étoit impoli , ruftique ,
ignorant , Goth , Hun ou Vandale , on
feroit digne des éloges de M. Rouffeau .
Ne fe laffera- t- on jamais d'invectiver les
hommes ? Croira- t-on toujours les rendre
plus vertueux , en leur difant qu'il n'ont
point de vertu ? -fous prétexte d'épurer les
moeurs , eft- il permis d'en renverfer les ap .
puis O doux noeuds de la Société
charmes des vrais Philofophes , aimables
le feul commerce du monde
16 MERCURE DE FRANCE.
vertus , c'eſt par vos propres attraits que
Vous regnez dans les coeurs , vous ne devez
votre empire ni à l'âpreté ftoïque ,
ni à des clameurs barbares , ni aux confeils
d'une orgueilleuse rufticité.
M. Rouffeau attribue à notre fiècle des
défauts & des vices qu'il n'a point ou qu'il·
a de commun avec les Nations qui ne font
pas policées, & il en conclud que le fort des
moeurs & de la probité a été réguliérement
affujetti aux progrès des Sciences &:
des Arts. Laiffons ces vagues imputations
& paffons au fait.
Pour montrer que les fciences ont corrompu
les moeurs dans tous les tems , il
dit que plufieurs peuples tomberent fous
le joug , lorsqu'ils étoient les plus renommés
par la culture des fciences . On (çait
bien qu'elles ne rendent point invincibles,
s'enfuit- il qu'elles cotrompent les moeurs ?
Par cette façon finguliére de raifonner ,
on pourroit couclure auffi que l'ignorance
entraîne leur dépravation , puifqu'un grand
nombre de Nations barbares ont été fubjuguées
par des peuples amateurs des
Beaux-Arts. Quand même on pourroit
prouver par des faits que la diffolution des
moeurs a toujours regné avec les Sciences ,
il ne s'enfuivroit pas que le fort de la probité
dépendît de leurs progrès. Lorfqu'une
OCTOBRE . 1751. 17
Nation jouit d'une tranquille abondance ,
elle fe porte ordinairement aux plaifirs &
aux Beaux -Arts . Les richeffes procurent
les moyens de fatisfaire fes paffions , ainfi
ce feroient les richeffes & non pas les
Belles-Lettres qui pourroient faire naître
la corruption dans les coeurs , fans parler
de plufieurs autres caufes qui n'influenc
pas moins que l'abondance fur cette dépravation
, l'extrême pauvreté eft la mere
de bien des crimes, & elle peut être jointe
avec une profonde ignorance . Tous les
faits donc qu'allegue notre adverfaire ne
prouvent point que les Sciences corrom-
Fent les moeurs.
Il prétend montrer par ce qui eft arrivé
en Egypte , en Grèce , à Rome , à Conftantinople
, à la Chine que les Arts énervent
les peuples qui les cultivent. Quoique
cette affertion fur laquelle il infifte principalement
paroiffe étrangere à la queftion
dont il s'agit , il eft à propos d'en montrer
la faufferé . L'Egypte , dit- il , devint
la mere de la Philofophie & des Beaux-
Arts & bientôt après la conquête de Cambife
mais bien des fiécles avant cette
époque , elle avoit été foumife par des
bergers Arabes , fous le regne de Timaus.
Leur domination dura plus de cinq
cens ans. Pourquoi les Egyptiens n'eurent-
:
18 MERCURE DE FRANCE.
ils pas même alors le courage de le défendre
? Etoient - ils énervés par les Beaux- Arts
qu'ils ignoroient ? Sont- ce les Sciences qui
ont efféminé les Afiatiques & rendu lâches
à l'excès tant de Nations barbares de
l'Afrique & de l'Amérique .
Les victoires que les Athéniens remportérent
fur les Perfes & fur les Lacédémoniens
même , font voir que les Arts
peuvent s'affocier avec la vertu militaire.
Leur Gouvernement devenu vénal fous
Périclés , prend une nouvelle face , l'amour
du plaifir étouffe leur bravoure , les fonctions
les plus honorables font avilies, l'im
punité multiplie les mauvais Citoyens
les fonds deftinés à la guerre , font employés
à nourrir la moleffe & l'oifiveté ;
toutes ces caufes de corruption , quel rap
port ont- elles aux ſciences ?
De quelle gloire militaire les Romains
ne fe font- il pas couverts dans le tems
que la Lireérature étoit en honneur à Rome?
Etoient-ils énervés par les Arts ,
lorfque Cicéron difoit à Célar , vous avez
dompté des Nations fauvages & féroces ,
innombrables par leur multitude , répandues
au loin en divers lieux ? Comme un
feul de ces faits fuffit pour détruire les raifoanemens
de mon adverfaire , il feroit
inutile d'infifter davantage fur cet article..
E. 19 OCTOBRE. 1751 .
fen On connoît les caufes des révolutions qui
-Arts arrivent dans les Etats. Les ſciences ne
s qui pourroient contribuer à leur décadence
qu'au cas que ceux qui font diftinés à les
de défendre , s'occuperoient des fciences au
point de négliger leurs fonctions militai❤
emres ; dans cette fuppofition , toute occuédé
pation étrangere à la guerre auroit les mê-
Arts mes fuites.
Lire M. Rouffeau , pour montrer que l'ifous
gnorance préferve les moeurs de la corrupout
tion , paffe en revûe les Scithes , les prenc
miers Perfes , les Germains & les Rom
mains dans les premiers tems de leur Réms
, publique , & il dit que ces peuples ont par
leur vertu , fait leur propre bonheur &
té l'exemple des autres Nations. On avoue
que Juftin a fait un éloge magnifique des
Scithes , mais Hérodote & des Auteurs
as citéspar Strabon , les repréfentent comme
sune Nation des plus féroces. Ils immoloient
au Dieu Mars , la cinquième partie
de leurs prifonniers & crevoient les yeux
Z aux autres. A l'anniverfaire d'un Roi ils
étrangloient cinquante de fes Officiers.
Ceux qui habitoient vers le Pont- Euxin ſe
nourriffoient de la chair des étrangers qui
arrivoient chez eux. L'Hiftoire des diverfes
Nations Scithes , offre par tout des
traits ou qui les deshonorent , ou qui font
>
20 MERCURE DE FRANCE.
par
horreur à la Nature . Les femmes étoient
communes entre les Maffagetes ; les perfonnes
âgées étoient immolées leur
parens , qui fe régaloient de leurs chairs.
Les Agatyrfiens ne vivoient que de pillage
& avoient leurs femmes en commun. Les
Antropophages , au rapport d'Hérodote ,
étoient injuftes & inhumains. Tels furent
les Peuples qu'on propofe pour exemple
aux autres Nations .
A l'égard des anciens Perfes , tout le
monde convient fans doute avec M. Rolin
qu'on ne fçauroit lire fans horreur julqu'où
ils avoient porté l'oubli & le mépris
des Loix les plus communes de la Nature.
Chez eux toutes fortes d'inceſtes étoient
autorifés. Dans la Tribu Sacerdotale , on
conféroit prefque toujours les premieres
dignités à ceux qui étoient nés du mariages
d'un fils avec fa mere. Il falloit qu'ils
fuffent bien cruels pour faire mourir des
enfans dans le feu qu'ils honoroient.
Les couleurs dont Pomponius - Mela
peint les Germains , ne feront pas naître
non plus l'envie de leur reffembler : Peuple
naturellement féroce , fauvage jufqu'à
manger de la chair crue , chez qui
le vol n'eft point une chofe honteufe &
qui ne reconnoît d'autre droit que fa
force.
OCTOBRE.
1751. 21
Que de reproches auroit eu raifon de faire
aux Romains , dans le tems qu'ils n'étoient
point encore familiarifés avec les
Lettres , un Philofophe éclairé de toutes
les lumières de la raifon . Illuftres Barbares
, auroit- il pu leur dire , toute votre
grandeur n'est qu'un grand crime.
Quelle fureur vous anime & vous porte à
ravager l'univers ; tigres altérés du fang
des hommes , comment ofez-vous mettre
votre gloire à être injuftes , à vivre de pillage
, à exercer la plus odieufe tyrannie ?
Qui vous a donné le droit de difpofer
de nos biens & de nos vies , de nous
rendre efclaves &
malheureux , de répandre
par tout la terreur , la défolation
& la mort ? Eft ce la grandeur d'ame dont
Vous vous piquez ? O déteftable grandeur
qui fe repaît de miféres & de calamités
! n'acquerez - vous de prétendues vertus
que pour punir la terre de ce . qu'elles
Vous ont couté ? Eft- ce la force ? Les Loix
de l'humanité n'en ont donc plus ? Sa voix
ne fe fait donc point entendre à vos coeurs ?
Vous méprifez la volonté des Dieux qui
vous ont deſtiné , ainſi que nous , à paffer
tranquilement quelques inftans fur la terre
; mais la peine est toujours à côté du
crime ; vous avez eu le bonheur de paffer
fous lejoug , la douleur de voir vos armées
22 MERCURE DE FRANCE.
par
taillées en piéces , & vous aurez bientôt
celle de voir la République fe déchirer
Les propres forces . Qui vous empêche
de paffer une vie agréable dans le fein de
la paix , des Arts , des Sciences & de la
vertu ? Romains , ceffez d'être injuftes ,
ceffez de porter en tous lieux les horreurs
de la guerre & les crimes qu'elle entraîne.
Mais je veux qu'il y ait eu des Nations
vertueufes dans le fein de l'ignorance , &
je demande fi ce n'eft pas à des loix fages
maintenues avec vigueur , avec prudence ,
& non pas à la privation des Arts qu'elles
ont été redevables de leur bonheur. En
vain prétend- on que Socrate même & Caton
ont décrié les Lettres , il ne furent
jamais les apologistes de l'ignorance. Le
plus fçavant des Athéniens avoit raifon de
dire que la préfomption des hommes d'Etat
, des Poëtes & des Artiftes d'Athénes ,
terniffoit leur fçavoir à fes yeux , & qu'ils
avoient tort de fe croire les plus fages des
hommes ; mais en blâmant leur orgueil &
en décréditant les Sophiftes , il ne faifoit
point l'éloge de l'ignorance , qu'il regar
doit comme le plus grand mal. Il aimoit à
tirer des fons harmonieux de la lyre avec
la main dont il avoit fait les ftatues das
graces. La Rhétorique , la Phyfique , l'Af
E.
OGTOBRE. 1751. 23
bien tronomie furent l'objet de fes études , &
hire felon Diogène de Laerce il travailla aux
ech Tragédiesd'Euripide. Il eft vrai qu'il s'apinpliqua
principalement à faire une fcience
del de la morale & qu'il ne s'imaginoit pas fçates
voir ce qu'il ne fçavoit pas : eft ce là favorifer
l'ignorance ? Doit- elle fe prévaloir
reur
age
Ca
en
en du déchaînement de l'ancien Caton contre
ces difcoureurs artificieux , contre ces
Grecs qui apprenoient aux Romains l'Art
funefte de rendre toutes les vérités douteufes.
Un des Chefs de la troifiéme Académie
, Carnéade montrant en préfence de
lle Caton la néceffité d'une loi naturelle , &
Erenverfant le lendemain ce qu'il avoit établi
le jour précédent , devoit naturellement
prévenir l'efprit de ce Cenfeur contre
la Littérature des Grecs. Cette prévention
à la vérité s'étendit trop loin , il en
Efentit l'injuftice & la répara en apprenant
la langue Grecque, quoiqu'avancé en âge ;
il forma fon ftyle fur celui de Thucydide
& de Demofthéne & enrichit fes ouvrages
des maximes & des faits qu'il en tira. L'Agriculturé
, la Médecine la Médecine , l'Hiftoire &
beaucoup d'autres matiéres exercerent fa
plume. Ces traits font voir que fi Socrate
&Caton cuffent fait l'éloge de l'ignorance ,
ils fe feroient cenfurés eux-mêmes , & M.
Rouffeau , qui a fi heureufement cultivé
es
-
24 MERCURE DE FRANCE.
les Belles Lertres , montre combien elles
font eftimables par la maniere dont il exprime
le mépris qu'il paroît en faire ; je dis
qu'il paroît, parcequ'il n'eft pas vrai-femblable
qu'il faffe peu de cas de fes connoiffances
. Dans tous les tems on a vû des Auteurs
décrier leurs fiécles & louer à l'excès desNa
tions anciennes . On met une forte de gloire
à fe roidir contre les idées communes
de fupériorité , à blâmer ce qui eft loué ,
de grandeur à dégrader ce que les hommes
eftiment le plus.
La meilleure maniére de décider la
queſtion de fait dont il s'agit , eft d'examiner
l'état actuel des moeurs de toutes les
Nations . Or il réfulte de cet examen fait
impartialement , que les peuples policés &
& diftingués par la culture des Lettres &
des Sciences , ont en général moins de vices
que ceux qui ne le font pas. Dans la
Barbarie & dans la plupart des
pays Orientaux
regnent des vicesqu'il ne conviendroit
pas même de nommer. Si vous parcourez
les divers Etats d'Afrique ,vous êtes étonné
de voir tant de peuples fainéans , lâches ,
fourbes , traîtres , cruels , avares , voleurs
& débauchés. Là font établis des ufages
inhumains , ici l'impudicité eft autorilée
par les Loix . Là le brigandage & le meurtres
font érigés en profeffions ; ici on eft
pas
tellemen t
OCTOBRE. 1751 25
ex
dis
bla
20
Va
mes
1.
nes
f∙ILL
les
&L
tellement barbare qu'on fe nourrit de chair
humaine. Dans plufieurs Royaumes les maris
vendent leurs femmes & leurs enfans ;
en d'autres on facrifie des hommes au démon
, on tue quelques perfonnes pour
faire honneur au Roi , lorfqu'il paroît en
public , ou qu'il vient à mourir. L'Afie &
l'Amérique offrent des tableaux femblables.
*
L'ignorance & les moeurs corrompues
des Nations qui habitent ces vaftes Contrées
font voir combien porte à faux cette
réflexion de mon adverfaire : Peuples , (çachez
une fois que la Nature a voulu vous
préferver de la fcience , comme une mere
arrache une arme dangereufe des mains de
fon enfant , que tous les fecrets qu'elle
vous cache font autant de maux dont elle
vous garantir , & que la peine que vous
trouvez à vous inftruire n'eft pas le moindre
de fes bienfaits. J'aimerois autant qu'il
eût dit , peuples , fçachez une fois que
la Nature ne veut pas que vous vous nourriffiez
des productions de la terre. La peine
qu'elle a attachée à fa culture eft un avertiffement
de la laiffer en friche.
pour vous
Il finit la premiere partie de fon Difcours
• * Les bornes étroites que je me fais prefcrites
m'obligent à renvoyer à l'Hiftoire des Voyages
& àl'Hiftoire Générale par M. l'Abbé Lambert.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
par cette réflexion ; Que la probité eft fille
de l'ignorance & que la fcience & la vertu
font incompatibles . Voilà un fentiment
bien contraire à celui de l'Eglife ; elle regarda
comme la plus dangereufe des per
fécutions la défenfe que l'Empereur Julien
fit aux Chrétiens d'enfeigner à leur enfans
, la Rhétorique , la Poëtique & la
Philofophie,
SECONDE PARTIE,
M. Rouffeau entreprend de prouver
dans la feconde partie de fon Difcours que
l'origine des fciences eft vicieuſe , leurs ob.
jets vains & leurs effets pernicieux .C'étoit,
dit- il, une ancienne tradition paffée de l'Egypte
en Grèce , qu'un Dieu ennemi du repos
des hommes étoit l'inventeur des fcien .
ces , d'où il infére que les Egyptiens , chez
qui elles étoient nées , n'en avoient pas
une opinion favorable. Comment accor
der fa conclufion avec ces paroles : Reme
des pour les maladies de l'ame : Infcription
qu'au rapport de Diodore de Sicile on li
feit far le fontifpice de la plus ancienne
des Bibliothéques , de celle d'Ofymandias
Roi d'Egypte.
Il affure que l'Aftronomie eft née de la
fuperftition , l'éloquence de l'ambition ,
de la haine , de la flaterie , du menſonge ;
OCTOBRE. 1751. 27
C
1
la Géométrie de l'avarice , la Phyfique
d'une vaine curiofité; routes & la morale
même de l'orgueil humain , Il fuffit de rapporter
ces belles découvertes pour en faire
connoître toute l'importance. Jufqu'ici on
avoit cru que les Sciences & les Arts devoient
leur naifance à nos befoins , on
l'avoit même fait voir dans plufieurs onvrages.
Vous dites que le défaut de l'origine des
Sciences & des Arts ne nous eft que trop
retracé dans leurs objets. Vous demandez
ce que nous ferions des Arts fans le luxe
qui les nourrit. Tout le monde vous répondra
que les Arts inftructifs & miniftériels
indépendamment du luxe fervent aux
agrémens , ou aux commodités , ou aux
befoins de la vie.
Vous demandez à quoi ferviroit la
Jurifprudence fans les injuftices des hom .
mes. On peut vous répondre qu'aucun
corpspolitique ne pouroit fubfifter fans
loix , ne fût-il compofé que d'hommes juftes.
Vous voulez fçavoir ce que devien
droit l'Hiftoire s'il n'y avoit ni tyrans , ni
guerres , ni confpirateurs. Vous n'ignorez
cependant pas que l'Hhiftoire Univerſelle
contient la defcription des Pays , la religion
, le gouvernement , les moeurs , le
commerce & les coutumes des Peuples , les
Bij
"
28 MERCURE DE FRANCE.
dignités , les Magiftratures , les vies des
Princes pacifiques , des Philofophes & des
Artiftes célébres ; tous ces fujets qu'ont-ils
de commun avec les tyrans , les guerres ,
& les Confpirateurs?
pour
Sommes-nous donc faits , dites vous ,
mourir attachés fur les bords du puits
où la vérité s'eft retirée ; cette fenle vérité
devroit rebuter dès les premiers pas tout
homme qui chercheroit férieufement à
s'inftruire par l'étude de la Philofophie.
Vous fçavez que les fciences dont on occupe
les jeunes Philofophes dans les Univerfités
,
font la Logique , la Métaphyfique , la
morale , la Phyfique , les Mathématiques
élémentaires. Ce font donc là felon vous
de ftériles fpéculations. Les Univerfités
vous ont une grande obligation de leur
avoir appris que la vérité de ces Sciences
s'eft retirée au fond d'un puits. Les grands
Philofophes qui les poffèdent dans un dégré
éminent font fans doute bien furpris
d'apprendre qu'ils ne fçavent rien . Ils ignoreroient
auffi , fans vous , les grands dangers
que l'on rencontre dans l'inveftigation
des Sciences. Vous dites que le faux eft
fufceptible d'une infinité de combinaiſons
& que la vérité n'a qu'une maniere d'être ;
mais n'y a-t-il pas différentes routes , dif
férentes méthodes pour arriver à la vérité .
OCTOBRE. 1751 .
29
Qui eft- ce d'ailleurs , ajoutez- vous , qui
la cherche bien fincérement ? A quelle
marque eft on fur de la reconnoître ? Les
Philofophes vous répondront qu'ils n'ont
appris les Sciences que , pour les fçavoir &
en faire ufage & que l'évidence , c'est- àdire
, la perception du rapport des idéés
eft le caractére diftinctif de la vérité &
qu'on s'en tient à ce qui paroît le plus probable
dans des matiéres qui ne font pas fufceptibles
de démonftration. Voudriezvous
voir renaître les fectes de Pyrrhon
d'Arcéfilas ou de Lacyde ?
Convenez
que
vous auriez
Vous pu dif
penfer de parler de l'origine des Sciences &
leur's que vous n'avez point prouvé que
objets font vains. Comment l'auriez vous
pu faire , puifque tout ce qui nous environne
nous parle en faveur des Sciences &
des Arts habillemens , meubles , bâtimens
, Bibliothéques , ufuines , productions
des Pays Etrangers dues à la Navigation
dirigée par l'Aftronomie . Là les Arts
Méchaniques mettent nos biens en valeur.
Les progrès de l'Anatomie affûrent
ceux de la Chirurgie. La Chymie , la Botanique
nous préparent des remédes , les
Arts libéraux , des plaifirs inftructifs . Ils
s'occupent à tranfmettre à la postérité le
fouvenir des belles actions & immortali-
1
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
fent les grands hommes & notre reconnoiffance
pour les fervices qu'il nous ont
rendus. Ici la Géométrie appuyée de l'Algébre
préfide à la plupart des fciences ;
elle donne des leçons à l'Aftronomie ,
la Navigation , à l'Artillerie , à la Phyfique.
Quoi tous ces objets font vains !
oui , & felon M. Rouffeau , tous ceux qui
s'en occupent font des Citoyens inutiles ,.
& il conclu que tout Citoyen inutile peut
être régardé comme pernicieux . Que disje
, felon lui , nous ne fommes pas même
des Citoyens . Voici fes propres paroles :
Nous avons des Phyficiens , des Géomé ---
tres , des Chymiftes , des Aftronomes ,
des Poëtes , des Muficiens , des Peintres ,
nous n'avons plus de Citoyens , ou s'il
nous en refte encore, difperfés dans nos
Campagnes abandonnées , ils y périffent
indigens & méprifés ; ainti , Meffieurs ,
ceffez donc de vous regarder comme des
Citoyens. Quoique vous confacriez vos
jours au fervice de la fociété , quoique
vous rempliffiez dignement les emplois.
où vos talens vous ont appellés , vous
n'êtes pas dignes d'être nommés Citoyens .
Cette qualité eſt le partage des Payfans, &
il faudra que vous cultiviez tous la terre
pour la mériter. Comment ofe -t- on infulter
ainfi une Nation qui produit taot
2
OCTOBRE . 1751. T
on
ont
Als!
S₁
zat
Na
d'excellens Citoyens dans tous les Etats !
O Louis le Grand ! quel feroit votre
étonnement , fi rendu aux voeux de la
France & à ceux du Monarque qui la gouverne
en marchant fur vos traces glorieufes
, vous appreniez qu'une de nos Acadé
mies a couronné un ouvrage , où l'on fontient
que les Sciences font vaines dans leur
objet , pernicieufes dans leurs effets ,
que ceux qui les cultivent ne font pas
Citoyens Quoi pourriez- vous dire ,
j'aurois imprimé une tache à ma gloire
pour avoir donné un azile aux mafes , établi
des Académies , rendu la vie aux
Beaux Arts , pour avoir envoyé des Aftronomes
dans les Pays les plus éloignés ,
recompenfé les talens & les découvertes
artiré les Sçavans près du Trône ! Quor !
j'aurois terni ma gloire pour avoir fait
naître des Praxitéles & des Syfippes , des
Appelles & des Ariftides , des Amphions
& des Orphées ! que tardez - vous de brifer
ces inftrumens des Arts & des Sciences ,
de brûler ces précieufes dépouilles des
Grecs & des Romains , toutes les Archives
de l'efprit & du génie ? Replongez
vous dans les ténébres épaiffes de la barbarie
, dans les préjugés qu'elle confacre fous
les funeftes aufpices de l'ignorance & de
la fuperftition . Renoncez aux lumiéres de
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
votre fiécle ; que des abus anciens ufurpent
les droits de l'équité ; rétabliffez des
loix civiles contraires à la loi naturelle ;
que l'innocent qu'accufe l'injuftice foit
obligé pour fe juftifier , à s'expofer à périr
par l'eau ou par le feu ; que des peuples
aillent encore maffacrer d'autres peuples
fous le manteau de la religion ; qu'on faſfe
les plus grands maux avec la mêine tranquilité
de confcience qu'on éprouve à faire
les plus grands biens : telles & plus déplorables
encore feront les faites de cette
ignorance où vous voulez rentrer.
Non , Grand Roi , l'Accadémie de Dijon
n'eft point cenfée adopter tous les fentimens
de l'Auteur qu'elle a couronné.
Elle ne pense point comme lui que les travaux
des plus éclairés de nos Sçavans &
de nos meilleurs Citoyens ne font prefque
d'aucune utilité. Elle ne confond point
comme lui les découvertes véritablement
utiles au genre humain avec celles dont
on n'a pu encore tirer des fervices , faute
de connoître tous leurs rapports & l'enfemble
des parties de la Nature ; mais elle
penfe ainfi que toutes les Académies de
l'Europe, qu'il eft important d'étendre de
toute part les branches de notre fçavoir ,
d'en creufer les Analogies , d'en fuivre
toutes les ramifications. Elle fçait que
OCTOBRE .
30989 es
telle
connoiffance qui
paroît
ftérile pen- 1751.
33
dant un tems peut ceffer de l'être par des
applications dues au génie , à des
recherches
laborieufes , peut-être même au hazard.
Elle fçait que pour élever un édifice
, on
raffemble des
matériaux de
toutes
efpeces , ces piéces
brutes , amas
informe
ont leur
deftination ,
l'Art les
dégroffit
& les
arrange , il en
forme des chefs
d'oeuvre
d'Architecture & de bon goût.
On peut dire qu'il en eft en
quelque
forte de
certaines
vérités
détachées du
de celles dont
l'utilité eft
teconnue ,
corps
comme de ces
glaçons
errans au gré du
hazard fur la
furface
des
Aeuves ; ils fé
réuniffent , ils fe
fortifient
mutuellement
&
fervent à les
traverfer.
Si
l'Auteur a
avancé fans
fondement que
cultiver les
Sciences eft
abuſer du
tems ,
il n'a pas eu
moins de tort
d'attribuer le
luxe aux
Lettres & aux Arts. Le luxe eft:
une
fomptuofité
que font
naître les biens
partagés
inégalement. La
vanité à
l'aide
de
l'abondance
cherche à fe
diftinguer &
procure à
quelques Arts les
moyens de lui
fournir le
fuperflu ; mais ce qui eft
fuper-
Au
par rapport à certains états eft néceffaire
à
d'autres, pour
entretenir
les
diftinctions
qui
caractérisent
les
rangs
divers
de:
la
fociété
. La
religion
même
ne
condamne
:
Βγ
34 MERCURE DE FRANCE.
point les dépenfes, qu'éxige la décence de
chaque condition . Ce qui eft luxe pour
l'artifan peut ne pas l'être pour l'homme
de robe où l'homme d'épée. Dira- t-on quedes
meubles ou des habillements d'un
grand prix dégradent l'honnête homme.
& lui tranfmettent les fentimens de l'hom ,
me vicieux ? Caton le grand , folliciteur
des Loix fomptuaires , fuivant la remarqued'un
politique , nous eft dépeint avare
& intempérant , même ufurier & yvrogne;
au lieu que le fomptueux Lucullus , enco- .
re plus grand Capitaine & auffi jufte que
lui fut toujours libéral & bien- faifant.
Condamnons la fomptuofité de Lucullus.
& de fes imitateurs , mais ne concluons
pas qu'il faille chaffer de nos murs les Sçavans
& les Artiftes. Les paffions peuvent
abufer des Arts , ce font elles qu'il faut
réprimer. Les Arts font le foutien des
Etats ; ils réparent continuellement
l'inégalité
des fortunes & procurent le néceffaire
phyfique à la plupart des Citoyens...
Les terres , la guerre ne peuvent occuper
qu'une partie de la Nation
pourront fubfifter les autres fujets , files
Fiches craignent de dépenfer , fi la circulation
des espéces eft fufpenduepar une économie
fatale à ceux qui ne peuvent vivre
que du travail de leurs mains
comment
E.
OCTOBRE
1731 .
35°
edel
Dour
me
que
d'un
Om
que
are
res
•0-
Tandis , ajoute l'Auteur , que les commodités
de la vie fe multiplient , que les
Arts fe perfectionnent & que le luxe s'étend
, le vrai courage s'énerve , les vertus
militaires s'évanouiffent & c'est encore
me l'ouvrage des Sciences & de tous ces Arts
s'exercent dans l'ombre du cabinet .
Ne diroit-on pas , Meffieurs , que tous
nos foldats font occupés à cultiver les
Sciences & que tous leurs Officiers font des
Maupertuis & des Réaumur ? S'eft on apperçu
fous les regnes de Louis XIV. &
de Louis XV . que les vertus militaires
fe foient évanouies. Si on veut parler des
Sciences qui n'ont aucun rapport à la
re , on ne voit pas ce que les Académies
ont de commun avec les troupes, & s'il s'agit
de fciences militaires , peut - on les porter
à une trop grande perfection ? A l'é
gard de l'abondance , on ne l'a jamais vu
regner davantage dans les armées Françoifes
que durant le cours de leurs victoires ..
Comment peut- on s'imaginer que des foldats
deviendront plus vaillants , parce :
qu'ils feront mal vêtus & mal nourris ?
M. Rouffeau eft-il mieux fondé à fouteu
16
us
s
guernir
que la culture des Sciences eft nuifible :
aux qualités morales : C'eft, dir- il , dès nos
premieres années qu'une éducation infenfée
, orne notre efprit & courrompt no-
B. vj
36 MERCURE DE FRANCE.
tre jugement. Je vois de toutes parts des
établiffemens immenfes , où l'on éleve à
grands frais la jeuneffe pour lui apprendre
toutes chofes , excepté fes devoirs.
Peut- on attaquer de la forte tant de corps
refpectables , uniquement dévoués à l'inftruction
des jeunes gens , à qui ils inculquent
fans ceffe les principes de l'honneur,
de la probité & du Chriftianifme ? La
ſcience , les moeurs , la Religion , voila
les objets que s'eft toujours propofés l'U
niverfité de Paris , conformément aux
réglemens qui lui ont été donnés par les
Rois de Fance. Dans tous . les établiffemens
faits pour l'éducation des jeunes
gens , on employe tous les moyens pofibles
pour leur infpirer l'amour de la
vertu & l'horreur du vice , pour en former
d'excellens Citoyens ; on met continuel
lement fous leurs yeux les . maximes &
les exemples des grands Hommes de
l'antiquité. L'Hiftoire facrée & profane
leur donne des leçons foutenues par les
faits & l'expérience , & forme dans
leur efprit une impreffion qu'on atten
droit en vain de l'aridité des préceptes.
Comment les Sciences pouroient elles nui
re aux qualités morales ? Un de leurs premiers
effets eft de retirer de l'oifiveté &
par confequent. du jeu & de la débauche
E.
37
OCTOBRE
.
1751.
de qui en font les fuites. Sénéque que M.
Rouffeau cite pour appuyer fon fentiment ,
vei
di convient que les Belles - Lettres préparent
à la vertu ( Sénec, Epift. 88. ).
oras
Leut
205 cours ,
Que veulent dire ces traits fatiriques lancés
contre notre fiécle : Que l'effet le plus
cul évident de toutes nos études eft l'aviliffemeut
des vertus ; qu'on ne demande plus
La d'un homme s'il a de la probité , mais s'il a
oldes talens ; que la vertu refte fans honneur;
qu'il y a mille prix pour les beaux Diſ
aucuns pour les belles Actions..
Comment peut-on ignorer qu'un homme
qui paffe pour manquer de probité eſt
méprifé univerfellement ? La punition du
vice n'eft - elle pas déja la premiere récom
penfe de la vertu? L'eftime, l'amitié de fes.
Concitoyens , des diftinctions honorables,
voilà des prix bien fupérieurs à des lau
riers Académiques. D'ailleurs celui qui
fert fes amis , qui foulage de pauvres familles
, ira-t-il publier les bienfaits ? Ce
feroit en anéantir le mérite : rien de plus .
beau que lesactions vertueufes , fice n'eft
le foin même de les cacher.
C
is
M. Rouffeau parle de nos Philofophes
avec mépris, il cite les dangéreufes réveries.
des Hobbes & des Spinofa ,& les met fur une
mêmeligne avec toutes les productions de
Ja Philofophic, Pourquoi confondre ainfa
38
MERCURE DE FRANCE.
avec les ouvrages de nos vrais Philofophes
des fyftemes que nous abhorrons ? Doit- on
rejetter fur l'étude des Belles Lettres les opimions
infenfées de quelques écrivains , tandis
qu'un grand nombre de peuples font infatués
de fyftêmes abfurdes , fruit de leur ignorance
& de leur crédulité ? L'efprit humain
n'a pas befoin d'être cultivé pour enfanter
des opinions monftrueufes. C'eft en s'éle
vant avec tout l'effor dont elle eft capable
que la raifon fe met au deffus des chimères.
La vraie
Philofophie nous apprend à dé
chirer le voile des préjugés & de la fuperf
tition.Parce que quelquesAuteurs ont abufé
de leurs lumiéres , faudra-t-il profcrire
la culture de la raifon ? Eh de quoi ne
peut- on pas abufer ? Pouvoir , loix , Religion
, tout ce qu'il y a de plus utile ,
ne peut- il pas-être détourné à des ufages
nuifibles ? Tel eft celui qu'a fait M. Rouffeau
de fa puiffante éloquence pour inf
pirer le mépris des Sciences , des Lettres
& des
Philofophes. Au Tableau qu'il préfente
de ces hommes Sçavans ,
oppofons
celui du vrai
Philofophe . Je vais le tracer
, Meffieurs , d'après les modéles que
j'ai
l'honneur de
connoître parmi vous.
Qu'est-ce qu'un vrai Philofophe ? C'eſt un
homme très
raifonnable & trèséclairé.
Sous
quelque point de vue qu'on le confidé
7
NCE
39
OCTOBRE
. 1751
.
apabl
ilofopre , on ne peut s'empêcher de lui accorder-
Doit toute fon eftime , & l'on n'eft content de
sleso foi même que lorsqu'on mérite la fienne.
sa ne connoît ni les foupleffes rampantes:
nt i de la flaterie , ni les intrigues artificieuſes ,
rig de la jaloufie , ni la baffeffe d'une haine
huma
un produite par la vanité , ni le malheureux
fante talent d'obfcurcir celui des autres , car l'envie
qui ne pardonne ni les fuccès , ni fes
propres injuftices, eft roujours le partage de
éres l'infériorité. On ne le voir jamais avilir fes
à de maximes en les contredifant par les ac- .
pertions , jamais acceffible à la licence que
abcondamne la Religion qu'elle attaque ,
crit les loix qu'elle élude , la vertu qu'elle fousile
aux pieds. On doute fi fon caractére a
Replus de noblele que de force , plus d'élé- -
Elevation que de vérité. Son efprit eſt toujours
l'organe de fon coeur & fon expreffon
l'image de fes fentimens . La franchife
, qui eft un défaut quand elle n'eft
es un mérite , donne à fes Difcours cet airaimable
de fincérité , qui ne vaur beaucoup
, que lorfqu'il ne coûte rien . Quand
il oblige , vous diriez qu'il fe charge de
la reconnoiffance & qu'il reçoit le bienfait
qu'ilaccorde , & il paroît toujours qu'il
oblige , parce qu'il défire toujours d'obliger.
Il met fa gloire à fervir la Patrie qu'il
honore , à travailler au bonheur des hom-
T.
pas
.
40 MERCURE DE FRANCE.
mes qu'il éclaire. Jamais il ne porta dansi
la fociété cette raifon farouche qui ne
fçait pas fe relâcher de fa fupériorité , cette
inflexibilité de fentiment , qui fous le
nom de fermeté brufque les égards & les .
condeſcendances , cet efprit de contradic-.
tion qui fecouant le joug des bienséances .
fe fait un jeu de heurter les opinions qu'il
n'a pas adoptées , également haïffable.
foit qu'il défende les droits de la vérité
ou les prétentions de fon orgueil. Le vrai
Philofophe s'envelope dans fa modeſtie &
pour faire valoir les qualités des autres ,
il n'hésite pas à cacher l'éclat des fiennes..
D'un commerce auffi fur qu'urile , il ne
cherche dans les fautes que le moyen de
les excufer , & dans la converfation que.
celui d'affocier les autres à fon propre mérite.
Il fçait qu'un des plus folides appuis
de la juftice que nous nous flatons d'obtenir
eft celle que nous rendons au mérite
d'autrui , & quand il l'ignoreroit, il ne montreroit
pas fa conduite far des principes
différens de ceux que nous venons d'expofer
, perfuadé que le coeur fait l'homme ,
l'indulgence les vrais amis , la modeftie des
Citoyens aimables . Je fçais bien , Melfieurs
, que par ces traits je ne rends pas.
tout le mérite du Philofophe & furtout.
du Philofophe Chrétien ; mon deffein a
OCTOBRE. 1751. 41
ans
ne
tte
le
les
icces
ole
été feulement d'en donner une légere efquiffe.
Pour le connoître dans toute fon
étendue , il faut connoître celui du Prince
dont notre amour paye les bienfaits .
Fermer
Résumé : REFUTATION D'un Discours qui a remporté le Prix de l'Académie de Dijon en l'année 1750, sur cette Question proposée par la même Académie : Si le rétablissement des Sciences & des Arts a contribué à épurer les moeurs. Cette réfutation a été lûe dans une Séance de la Société Royale de Nancy, par M. Gautier, Professeur de Mathématique & d'Histoire.
M. Gautier, professeur de mathématiques et d'histoire, a contesté le discours de Jean-Jacques Rousseau, qui avait remporté le prix de l'Académie de Dijon en 1750. Rousseau y soutenait que les sciences et les arts corrompent les mœurs. Gautier critique cette idée, affirmant que les sciences et les arts favorisent au contraire le développement des talents et du génie. Il reconnaît la qualité littéraire du discours de Rousseau mais met en garde contre les maximes pernicieuses qu'il pourrait propager. Gautier structure son texte en deux parties. La première examine si les sciences et les arts ont corrompu les mœurs, et la seconde considère les résultats du progrès des sciences et des arts. Il conteste l'idée de Rousseau selon laquelle les mœurs étaient plus naturelles avant l'art, affirmant que la politesse, fruit des lumières, est estimable. Il souligne que la société a appris à plaire et à vivre ensemble, développant ainsi des vertus sociales et des comportements plus doux. L'auteur critique Rousseau pour ses déclarations selon lesquelles les hommes modernes auraient perdu leur vertu en cultivant les lettres, les sciences et les arts. Il conteste l'idée que ces disciplines corrompent les mœurs, affirmant que les richesses et les plaisirs, plutôt que les connaissances, sont souvent à l'origine de la corruption. Il cite des exemples historiques, comme l'Égypte, la Grèce et Rome, pour montrer que les arts et les sciences n'ont pas nécessairement affaibli les peuples. Par exemple, les Athéniens ont remporté des victoires militaires malgré leur culture artistique, et les Romains étaient glorieux militairement pendant une période où la littérature était valorisée. Le texte discute également de la relation entre les arts, les sciences et la décadence des États, soulignant que les sciences peuvent contribuer à la décadence si ceux destinés à défendre l'État se concentrent trop sur elles, négligeant ainsi leurs fonctions militaires. Il réfute l'idée que des figures comme Socrate et Caton aient prôné l'ignorance, soulignant que Socrate, par exemple, valorisait la connaissance et la sagesse. L'Académie de Dijon rejette l'idée que les sciences favorisent le luxe ou affaiblissent le courage militaire. Elle affirme que les établissements éducatifs enseignent l'honneur, la probité et le christianisme, formant ainsi des citoyens exemplaires. Le texte défend les philosophes contre les accusations de Rousseau, affirmant que la véritable philosophie élève l'esprit humain et le libère des préjugés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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REFUTATION D'un Discours qui a remporté le Prix de l'Académie de Dijon en l'année 1750, sur cette Question proposée par la même Académie : Si le rétablissement des Sciences & des Arts a contribué à épurer les moeurs. Cette réfutation a été lûe dans une Séance de la Société Royale de Nancy, par M. Gautier, Professeur de Mathématique & d'Histoire.