Résultats : 8553 texte(s)
Détail
Liste
8001
p. 73-74
CHANSON. RONDE.
Début :
Buvons, amis, à tasse pleine ; [...]
Mots clefs :
Mlle Camargo, Mlle Dangeville, Mlle Dumesnil, Thalie, Melpomène, Boire, Amis, Chanter, Dieux, Coeurs
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texteReconnaissance textuelle : CHANSON. RONDE.
CHANSON.
RONDE *.
BUVONS ; UVONS , amis , à taſſe pleine ;
L'amour ordonne par ma voix ,
Que Bacchus , foumis à fes loix ,
Chante Thalie & Melpomène.
* Chantée à la Barrière blanche , dans un dîner o
étoient Mefdemoiſelles Dangeville & Dumefnil.
Vol. I. D
74 MERCURE
DE FRANCE.
Que Voltaire , de l'hypocrène ,
S'enyvre pour chanter les Dieux ;
Ce nectar nous fait chanter mieux ,
Vive Thalie & Melpomène !
Si l'une , en quittant notre ſcène ,
En fit éclipfer les attraits ;
Célébrons , malgré nos regrets ,
Chantons Thalie & Melpomene.
Si l'autre adoucit notre peine
Par fes talens toujours vainqueurs ;
Qu'à l'envi nos voix & nos coeurs
Chantent Thalie & Melpomène.
A l'amitié qui les enchaîne
Les Dieux toujours applaudiront
;
Et nos coeurs avec eux diront ,
Vive Thalie & Melpomène.
Quelle autre Muſe * arrive encore ? ...
Notre plaifir fera complet !
Pour former un trio parfait ,
Il ne manquoit que Terpficore.
Amis , bûvons à Terpficore.
Par un Bourgeois de Montmartre.
Mufique de M. MADROUX.
* Mile Camargo , qui furvint tandis que l'on chantoit
les précédens couplets .
RONDE *.
BUVONS ; UVONS , amis , à taſſe pleine ;
L'amour ordonne par ma voix ,
Que Bacchus , foumis à fes loix ,
Chante Thalie & Melpomène.
* Chantée à la Barrière blanche , dans un dîner o
étoient Mefdemoiſelles Dangeville & Dumefnil.
Vol. I. D
74 MERCURE
DE FRANCE.
Que Voltaire , de l'hypocrène ,
S'enyvre pour chanter les Dieux ;
Ce nectar nous fait chanter mieux ,
Vive Thalie & Melpomène !
Si l'une , en quittant notre ſcène ,
En fit éclipfer les attraits ;
Célébrons , malgré nos regrets ,
Chantons Thalie & Melpomene.
Si l'autre adoucit notre peine
Par fes talens toujours vainqueurs ;
Qu'à l'envi nos voix & nos coeurs
Chantent Thalie & Melpomène.
A l'amitié qui les enchaîne
Les Dieux toujours applaudiront
;
Et nos coeurs avec eux diront ,
Vive Thalie & Melpomène.
Quelle autre Muſe * arrive encore ? ...
Notre plaifir fera complet !
Pour former un trio parfait ,
Il ne manquoit que Terpficore.
Amis , bûvons à Terpficore.
Par un Bourgeois de Montmartre.
Mufique de M. MADROUX.
* Mile Camargo , qui furvint tandis que l'on chantoit
les précédens couplets .
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Résumé : CHANSON. RONDE.
La chanson 'Ronde' est dédiée aux Muses Thalie et Melpomène, honorées lors d'un dîner à la Barrière blanche en compagnie des demoiselles Dangeville et Du Mesnil. Elle célèbre Thalie, muse du théâtre comique, et Melpomène, muse du théâtre tragique, et invite à porter un toast en leur honneur. Le texte espère que Voltaire, inspiré par le nectar, chantera aussi les Dieux. Il exprime la crainte de la perte éventuelle de l'une des Muses tout en louant leurs talents. L'amitié entre les Muses et l'approbation des Dieux sont mises en avant. La chanson se conclut par l'arrivée de la Muse Terpsichore, formant ainsi un trio parfait avec Thalie et Melpomène. La musique de cette chanson est composée par M. Madroux, et la Muse mentionnée à la fin est Mlle Camargo.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8002
p. 39-44
A M. DE LA PLACE, en lui envoyant une lettre de feu M. RAMEAU.
Début :
MONSIEUR, DEPUIS que le célébre M. Rameau mon compatriote a [...]
Mots clefs :
Musique, Auteur, Gloire, Lyrique, Académie de Dijon, Sciences, M. Rousseau, Patrie, Ouvrage, Homme
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texteReconnaissance textuelle : A M. DE LA PLACE, en lui envoyant une lettre de feu M. RAMEAU.
A M. DE LA PLACE , en lui envoyant
une lettre de feu M. RAMEAU.
ONSIEUR ,
DEPUIS que le célébre M. Rameau mon
compatriote a tracé les principes d'un art
dont il eſt comme le créateur , & mis en
pratique ces mêmes règles , en enrichiffant
notre lyrique des chefs-d'oeuvres qui feront
à jamais la gloire & les délices de
la nation ; on a porté la mufique françoiſe
à un fi haut degré de perfection
que de tous les paradoxes du fameux M.
Rouffeau , le plus fingulier fans doute eft
l'ouvrage où il foutient que notre langue
n'eft pas lyrique & que nous n'avons
aucune mufique.
Ce fyftême étagé par la force de l'éloquence
, & orné de toutes les grâces du
ftyle , a fait tant de bruit & a été fi mal
réfuté , que l'Auteur a peut-être fini par
foutenir férieufement ce qu'il n'avoit apparemment
enfanté que comme un jeu d'efprit.
On eft d'autant plus porté à le croire ,
dans ce même temps & de la même que
40 MERCURE
DE
FRANCE
.
plume dont il avoit tâché de détruire
l'existence de cette mufique , on a vu
éclore le Devin du Village , ouvrage charmant
qui prouve d'une part que notre langue
eft très-lyrique , & d'une autre , que
nous avons une mufique qui nous eſt particulière
& propre , & qui eft dans le genre
excellent.
C'est peut-être d'après cet événement
que le fameux M. Rouffeau a pris du goût
pour les paradoxes ; la fortune qu'avoit
fait fon premier badinage , l'aura fans
doute engagé à foutenir dans la fuite , que
les arts & les fciences ont été nuifibles aux
maurs. Hafarderois- je beaucoup en avançant
, que ce n'eft encore que par un jeu
d'efprit qu'il a foutenu cette opinion , &
feulement parce qu'il avoit plû à notre
Académie de Dijon de la mettre en queftion
, & d'en faire un problême ? Auffi la
fcience dans nos Auteurs , l'étendue de
leurs talens , & la pureté de leurs moeurs ,
détruifent mieux ce nouveau fyftême que
toutes les longues & ennuyeufes differtations
qui ont paru fur ce fujet. C'eſt de
ce difcours couronné que je vois découler
les autres ouvrages de J. J. fur l'inégalité
des conditions , fur l'éducation , le
contrat focial , &c. Mais quelque fingu .
lières que foient les opinions répandues
OCTOBRE 1765 : 41
dans ces ouvrages , ils n'en font pas moins
refpectables par l'humanité qu'ils refpirent,
& ce feu dévorant de l'amour pour fes
femblables , qui doit l'emporter fur toutes
les autres vertus .
Si d'autres motifs ont éloigné M.
Rouffeau du chemin de la vérité, je reconnois
à ce trait l'humaine foibleffe : les génies
les plus fublimes ne peuvent entièrement
dépouiller le viel homme ; on fe
croiroit humilié de retourner fur fes pas
& on continue à fuivre des routes égarées
pour n'avoir pas à rougir de s'être écarté
du droit chemin : quand on à une fois
endoffé le manteau philofophique , on le
préfére à tout , & Diogène dans fon tonneau
ne fe donneroit pas pour Alexandre.
Mais quittons cet homme refpectable à
tant d'égards, pour revenir au célèbre Artifte-
Auteur , qui me procure l'avantage
de vous écrire.
J'ai vu dans vos Journaux avec la plus
grande fatisfaction , que notre nation commence
à imiter les Anglois dans les hom
mages que ce peuple éclairé rend aux Savans
& aux Artiſtes .
L'ancienne apothéofe des Héros ferviroit
à former des demi -Dieux en fourniffant
des exemples d'héroïfme au deffus
42 MERCURE DE FRANCE.
de l'humanité. Les honneurs rendus au
grand Newton , ont peut être mérité aux
glois , la palme philofophique ; les monumens
élevés en l'honneur de feu M. de
Crébillon, notre compatriote , ont peut-être
donné naiffance à la belle production du
Siége de Calais , fi utile à fon Auteur , &
propre à encourager fi les nouvelles tentatives.
La funébre faite
pompe
M. Rapour
meau le 16 Décembre
1764 , fait encore
plus d'honneur
au goût de la nation qu'à
celui qui en étoit l'objet ; & la préfence
de notre augufte Gouverneur
qui y affiftoit
enperfonne , élève le fucceffeur
du GRAND
CONDÉ même au deffus du Prince fi cela
eft poffible. La patrie de M. Rameau auroit
dû fuivre cet exemple , & lui confacrer un
maufolée qui auroit appris aux fiècles à
venir que ce génie étoit forti de fon fein ,
après avoir déja enfanté les Boffuet , les
La Monnoie , l'Auteur de Rhadamiſte , ce ·
lui de Guftave , & c. & c. & c. & c. & c.
comme elle pourra fe glorifier un jour .
d'avoir élevé dans fon fein le Pline moderne
qui rendra fa patrie & même fon fiècle
illuftre. « O Patrie ! prends part à la
gloire de tes enfans ; encourage & pro-
» tége les fciences , les arts & les talens
fi tu veux que ton nom foit célébre à
و و
OCTOBRE 1765. 43
99
jamais. Souviens -toi que cinq villes fe
» font vivement difputé la gloire d'avoir
» donné le jour à Homère , & épargne- toi
» la honte de voir des temples élevés &
» des autels dreffés à l'Appollon François,
» fans en avoir un feul dans ton en-
>> ceinte "".
Comme on doit être curieux de toutes
les productions d'un génie tel que feu
M. Rameau , je vois avec plaifir que votre
Journal raffemble des pièces fugitives ,
qui fans votre utile collection ne verroient
peut- être jamais le jour. Je fuis l'exemple
de M. Mongeot, en vous adreffant une lettre
de M. Rameau. Il feroit trop long de donner
l'hiſtoire de la difpute qui étoit entré
M. Rameau & moi au fujet des effets de la
Mufique des anciens , & fur fon ouvrage
intitulé l'origine des fciences . Le goût de
la littérature ancienne , n'eſt pas le
dominant ; d'ailleurs les occupations de
mon état & le refpect que j'ai pour le Public
, ne me permettent pas de vous envoyer
une differtation informe qui a occafionné
les deux lettres que M. Rameau
m'a écrites fur cette matière. Celle
dont je vous envoie copie eft d'autant
plus intéreffante qu'elle rend raiſon du
fyftême mufical de cet homme fameux :
c'en eft pour ainfi dire la clef.
44 MERCURE DE FRANCE.
Quelques correfpondances agréables
que j'ai eues , me mettroient à même
de vous fournir des anecdotes femblables ,
fi je ne craignois de vous importuner.
J'attends à ce fujet votre réponſe , &
fuis , & c .
A Dijon, le 31 Août 1765.
BEGUILLET , Avocat au Parlement ,
premier Notaire de la Province de Bourgogne
, place Saint Etienne , à Dijon.
une lettre de feu M. RAMEAU.
ONSIEUR ,
DEPUIS que le célébre M. Rameau mon
compatriote a tracé les principes d'un art
dont il eſt comme le créateur , & mis en
pratique ces mêmes règles , en enrichiffant
notre lyrique des chefs-d'oeuvres qui feront
à jamais la gloire & les délices de
la nation ; on a porté la mufique françoiſe
à un fi haut degré de perfection
que de tous les paradoxes du fameux M.
Rouffeau , le plus fingulier fans doute eft
l'ouvrage où il foutient que notre langue
n'eft pas lyrique & que nous n'avons
aucune mufique.
Ce fyftême étagé par la force de l'éloquence
, & orné de toutes les grâces du
ftyle , a fait tant de bruit & a été fi mal
réfuté , que l'Auteur a peut-être fini par
foutenir férieufement ce qu'il n'avoit apparemment
enfanté que comme un jeu d'efprit.
On eft d'autant plus porté à le croire ,
dans ce même temps & de la même que
40 MERCURE
DE
FRANCE
.
plume dont il avoit tâché de détruire
l'existence de cette mufique , on a vu
éclore le Devin du Village , ouvrage charmant
qui prouve d'une part que notre langue
eft très-lyrique , & d'une autre , que
nous avons une mufique qui nous eſt particulière
& propre , & qui eft dans le genre
excellent.
C'est peut-être d'après cet événement
que le fameux M. Rouffeau a pris du goût
pour les paradoxes ; la fortune qu'avoit
fait fon premier badinage , l'aura fans
doute engagé à foutenir dans la fuite , que
les arts & les fciences ont été nuifibles aux
maurs. Hafarderois- je beaucoup en avançant
, que ce n'eft encore que par un jeu
d'efprit qu'il a foutenu cette opinion , &
feulement parce qu'il avoit plû à notre
Académie de Dijon de la mettre en queftion
, & d'en faire un problême ? Auffi la
fcience dans nos Auteurs , l'étendue de
leurs talens , & la pureté de leurs moeurs ,
détruifent mieux ce nouveau fyftême que
toutes les longues & ennuyeufes differtations
qui ont paru fur ce fujet. C'eſt de
ce difcours couronné que je vois découler
les autres ouvrages de J. J. fur l'inégalité
des conditions , fur l'éducation , le
contrat focial , &c. Mais quelque fingu .
lières que foient les opinions répandues
OCTOBRE 1765 : 41
dans ces ouvrages , ils n'en font pas moins
refpectables par l'humanité qu'ils refpirent,
& ce feu dévorant de l'amour pour fes
femblables , qui doit l'emporter fur toutes
les autres vertus .
Si d'autres motifs ont éloigné M.
Rouffeau du chemin de la vérité, je reconnois
à ce trait l'humaine foibleffe : les génies
les plus fublimes ne peuvent entièrement
dépouiller le viel homme ; on fe
croiroit humilié de retourner fur fes pas
& on continue à fuivre des routes égarées
pour n'avoir pas à rougir de s'être écarté
du droit chemin : quand on à une fois
endoffé le manteau philofophique , on le
préfére à tout , & Diogène dans fon tonneau
ne fe donneroit pas pour Alexandre.
Mais quittons cet homme refpectable à
tant d'égards, pour revenir au célèbre Artifte-
Auteur , qui me procure l'avantage
de vous écrire.
J'ai vu dans vos Journaux avec la plus
grande fatisfaction , que notre nation commence
à imiter les Anglois dans les hom
mages que ce peuple éclairé rend aux Savans
& aux Artiſtes .
L'ancienne apothéofe des Héros ferviroit
à former des demi -Dieux en fourniffant
des exemples d'héroïfme au deffus
42 MERCURE DE FRANCE.
de l'humanité. Les honneurs rendus au
grand Newton , ont peut être mérité aux
glois , la palme philofophique ; les monumens
élevés en l'honneur de feu M. de
Crébillon, notre compatriote , ont peut-être
donné naiffance à la belle production du
Siége de Calais , fi utile à fon Auteur , &
propre à encourager fi les nouvelles tentatives.
La funébre faite
pompe
M. Rapour
meau le 16 Décembre
1764 , fait encore
plus d'honneur
au goût de la nation qu'à
celui qui en étoit l'objet ; & la préfence
de notre augufte Gouverneur
qui y affiftoit
enperfonne , élève le fucceffeur
du GRAND
CONDÉ même au deffus du Prince fi cela
eft poffible. La patrie de M. Rameau auroit
dû fuivre cet exemple , & lui confacrer un
maufolée qui auroit appris aux fiècles à
venir que ce génie étoit forti de fon fein ,
après avoir déja enfanté les Boffuet , les
La Monnoie , l'Auteur de Rhadamiſte , ce ·
lui de Guftave , & c. & c. & c. & c. & c.
comme elle pourra fe glorifier un jour .
d'avoir élevé dans fon fein le Pline moderne
qui rendra fa patrie & même fon fiècle
illuftre. « O Patrie ! prends part à la
gloire de tes enfans ; encourage & pro-
» tége les fciences , les arts & les talens
fi tu veux que ton nom foit célébre à
و و
OCTOBRE 1765. 43
99
jamais. Souviens -toi que cinq villes fe
» font vivement difputé la gloire d'avoir
» donné le jour à Homère , & épargne- toi
» la honte de voir des temples élevés &
» des autels dreffés à l'Appollon François,
» fans en avoir un feul dans ton en-
>> ceinte "".
Comme on doit être curieux de toutes
les productions d'un génie tel que feu
M. Rameau , je vois avec plaifir que votre
Journal raffemble des pièces fugitives ,
qui fans votre utile collection ne verroient
peut- être jamais le jour. Je fuis l'exemple
de M. Mongeot, en vous adreffant une lettre
de M. Rameau. Il feroit trop long de donner
l'hiſtoire de la difpute qui étoit entré
M. Rameau & moi au fujet des effets de la
Mufique des anciens , & fur fon ouvrage
intitulé l'origine des fciences . Le goût de
la littérature ancienne , n'eſt pas le
dominant ; d'ailleurs les occupations de
mon état & le refpect que j'ai pour le Public
, ne me permettent pas de vous envoyer
une differtation informe qui a occafionné
les deux lettres que M. Rameau
m'a écrites fur cette matière. Celle
dont je vous envoie copie eft d'autant
plus intéreffante qu'elle rend raiſon du
fyftême mufical de cet homme fameux :
c'en eft pour ainfi dire la clef.
44 MERCURE DE FRANCE.
Quelques correfpondances agréables
que j'ai eues , me mettroient à même
de vous fournir des anecdotes femblables ,
fi je ne craignois de vous importuner.
J'attends à ce fujet votre réponſe , &
fuis , & c .
A Dijon, le 31 Août 1765.
BEGUILLET , Avocat au Parlement ,
premier Notaire de la Province de Bourgogne
, place Saint Etienne , à Dijon.
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Résumé : A M. DE LA PLACE, en lui envoyant une lettre de feu M. RAMEAU.
La lettre, datée du 31 août 1765, est adressée à M. de La Place par un avocat nommé Beguillet. Elle aborde principalement la musique française et la réputation de Jean-Jacques Rousseau. Beguillet conteste les affirmations de Rousseau selon lesquelles la langue française ne serait pas lyrique et que la France manquerait de musique. Il cite la pièce 'Le Devin du Village' de Rousseau comme contre-exemple. Beguillet suggère que Rousseau pourrait avoir adopté ses propres paradoxes après leur succès initial. La lettre reconnaît également les contributions de Rousseau sur l'inégalité des conditions, l'éducation et le contrat social, tout en soulignant son humanité et son amour pour ses semblables. L'auteur exprime sa satisfaction de voir la France honorer les savants et les artistes, tels que Newton, Crébillon et Rameau. Il regrette que la patrie de Rameau n'ait pas érigé de mausolée en son honneur et encourage la promotion des sciences, des arts et des talents. Beguillet partage également une lettre de Rameau sur les effets de la musique des anciens et son système musical. Il mentionne avoir reçu des correspondances agréables mais craint d'importuner le destinataire. Il attend une réponse concernant ce sujet et se présente comme avocat au Parlement et premier notaire de la province de Bourgogne, résidant place Saint-Étienne à Dijon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8003
p. 78
ENIGME.
Début :
Je tiens du more & de l'hermine ; [...]
Mots clefs :
Toton
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
E tiens du more & de l'hermine ;
Je fuis accompagné d'un grand nombre de foux ;
Aux uns je fuis cruel , aux autres je fuis doux :
Chacun me fait tomber afin que je chemine
E tiens du more & de l'hermine ;
Je fuis accompagné d'un grand nombre de foux ;
Aux uns je fuis cruel , aux autres je fuis doux :
Chacun me fait tomber afin que je chemine
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8004
p. 78-79
AUTRE.
Début :
Fruit du désordre & de la prévoyance [...]
Mots clefs :
Clef
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
RUIT du défordre & de la prévoyance
Je fers l'homme à fa honte , & pour fon affurances.
Du pauvre je fubis la loi ,
Et les richeffes font fous moi.
La prudence eft ma mère , & le crime eft mon
père ;
J'ai la crainte pour foeur , & le repos pour frère.
Je caufe & j'interromps le bonheur des amans ;
Il faut , pour me former , tous les quatre élémens
OCTOBRE 1765. 75
A l'avare , au jaloux je fuis très - néceflaire ;
Et , pour tout dire enfin , avant que de me taire ,
Ami Lecteur , cherche- moi bien ;
Toute énigme avec moi n'eft rien.
RUIT du défordre & de la prévoyance
Je fers l'homme à fa honte , & pour fon affurances.
Du pauvre je fubis la loi ,
Et les richeffes font fous moi.
La prudence eft ma mère , & le crime eft mon
père ;
J'ai la crainte pour foeur , & le repos pour frère.
Je caufe & j'interromps le bonheur des amans ;
Il faut , pour me former , tous les quatre élémens
OCTOBRE 1765. 75
A l'avare , au jaloux je fuis très - néceflaire ;
Et , pour tout dire enfin , avant que de me taire ,
Ami Lecteur , cherche- moi bien ;
Toute énigme avec moi n'eft rien.
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8005
p. 79
LOGOGRYPHE.
Début :
Trois membres composent mon corps. [...]
Mots clefs :
Pas
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPH E.
TROIS membres compofent mon corps .
Si je vous mène à table , auffi-tôt je vous quitte ;
Et quand vous en fortez foudain je reflufcite.
Je fuis pourtant chez vous plus rare que dehors.
Ici je marque la meſure
Sans mouvement & fans refforts ;
Là , fans déranger ma ftructure ,
On me fait changer de nature :
Alors jamais pour oui , toujours pour non
C'eſt à nier que je fuis bon.
M'a-t- on coupé le chef ? autre métamorphofe !
Le hafard à fon gré de ma valeur difpofe.
Rappellez -vous ce jeu fi commun à Paris ,
Où , fans être nuifible , un tiers par fois le mêle ;
A ce beau jeu vous favez fi j'excèle !
Quel être couronné m'y difpute le prix ?
Par M. B....
TROIS membres compofent mon corps .
Si je vous mène à table , auffi-tôt je vous quitte ;
Et quand vous en fortez foudain je reflufcite.
Je fuis pourtant chez vous plus rare que dehors.
Ici je marque la meſure
Sans mouvement & fans refforts ;
Là , fans déranger ma ftructure ,
On me fait changer de nature :
Alors jamais pour oui , toujours pour non
C'eſt à nier que je fuis bon.
M'a-t- on coupé le chef ? autre métamorphofe !
Le hafard à fon gré de ma valeur difpofe.
Rappellez -vous ce jeu fi commun à Paris ,
Où , fans être nuifible , un tiers par fois le mêle ;
A ce beau jeu vous favez fi j'excèle !
Quel être couronné m'y difpute le prix ?
Par M. B....
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8006
p. 80-81
AUTRE.
Début :
Il est peu de gens sur la terre [...]
Mots clefs :
Peigne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
IL eft peu de gens fur la terre
Qui puiffent fe paffer de mon petit ſecours ;
C'est moi qui termine la guerre
Entre plufieurs enfans qui ſe brouillent toujours
C'est encor moi qui , par adreſſe ,
Leur faiſant ſentir mon pouvoir ,
Les relève fouvent du péché de pareffe ,
Et chacun à la fin fe range à fon devoir .
Lecteur , fi tu ne peux à ces traits me connoître ,
Et fi tu veux me voir bientôt paroître ,
Sans même beaucoup t'efcrimer ,
Prend la plume & puis décompofe ,
Et changeant ma métamorphofe ,
Tu verras que je fuis très-facile à nommer.
Afin qu'en me cherchant d'abord tu ne te laſſes ,
Et que tu fois bientôt orienté ,
Apprends qu'en moi , tout bien compté ,
Le nombre de mes pieds double celui des Grâces.
Tu trouveras enſuite un arbre allez fameux ;
Un arbriffeau fort maigre , & même dangereux ;
Un préfent de l'hiver que le Soleil efface ;
Un membre de ferrure ; un oiſeau fort vorace ;
Plus , un rayon de la divinité ;
Ce qui déplaît à notre liberté ;
OCTOBRE 1765.
Ce qui fur le plaifir exerce un dur empire ;
Enfin , Lecteur , n'ayant plus rien à dire ,
Je termine ici mon propos ;
Et toi , cherche mon nom compris dans ces huit
mots.
Par M. FABRE , en Languedoc.
IL eft peu de gens fur la terre
Qui puiffent fe paffer de mon petit ſecours ;
C'est moi qui termine la guerre
Entre plufieurs enfans qui ſe brouillent toujours
C'est encor moi qui , par adreſſe ,
Leur faiſant ſentir mon pouvoir ,
Les relève fouvent du péché de pareffe ,
Et chacun à la fin fe range à fon devoir .
Lecteur , fi tu ne peux à ces traits me connoître ,
Et fi tu veux me voir bientôt paroître ,
Sans même beaucoup t'efcrimer ,
Prend la plume & puis décompofe ,
Et changeant ma métamorphofe ,
Tu verras que je fuis très-facile à nommer.
Afin qu'en me cherchant d'abord tu ne te laſſes ,
Et que tu fois bientôt orienté ,
Apprends qu'en moi , tout bien compté ,
Le nombre de mes pieds double celui des Grâces.
Tu trouveras enſuite un arbre allez fameux ;
Un arbriffeau fort maigre , & même dangereux ;
Un préfent de l'hiver que le Soleil efface ;
Un membre de ferrure ; un oiſeau fort vorace ;
Plus , un rayon de la divinité ;
Ce qui déplaît à notre liberté ;
OCTOBRE 1765.
Ce qui fur le plaifir exerce un dur empire ;
Enfin , Lecteur , n'ayant plus rien à dire ,
Je termine ici mon propos ;
Et toi , cherche mon nom compris dans ces huit
mots.
Par M. FABRE , en Languedoc.
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8007
p. 95
« LETTRES écrites de la campagne ; proche de Genève ; 1765. C'est [...] »
Début :
LETTRES écrites de la campagne ; proche de Genève ; 1765. C'est [...]
Mots clefs :
M. Rousseau, Conseil de Genève, Syndics
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRES écrites de la campagne ; proche de Genève ; 1765. C'est [...] »
LETTRES écrites de la campagne ; proi
che Genève ; 1765.
C'eft là le feul titre d'une brochure in- 8 °.
de 117 pag. qui fe trouve chez Ventes , &
dans laquelle on traite quatre queſtions prin
cipales : favoir , le jugement du Confeil de
Genève fur les livres de M. Rouſſeau , &
le décret fur fa perfonne. On demande
fi l'un & l'autre font réguliers ? On demande
en fecond lieu , fi un Citoyen de
Genève peut être emprifonné , fans avoir
été auparavant interrogé par les Syndics ?
Troifiémement : en matière criminelle ,
un tribunal qui n'a point un Syndic pour
Préfident , eft - il un tribunal legal ? Enfin ,
s'il y a du doute dans cette légalité , ainſi
que fur la forme des emprifonnemens ,
n'eft-ce pas au Confeil Général à en décider
? Ceux qui prennent encore quelque
part à cette ancienne querelle des Génevois
avec leur compatriote M. Rouffeau ,
pourront lire cette brochure avec intérêt.
che Genève ; 1765.
C'eft là le feul titre d'une brochure in- 8 °.
de 117 pag. qui fe trouve chez Ventes , &
dans laquelle on traite quatre queſtions prin
cipales : favoir , le jugement du Confeil de
Genève fur les livres de M. Rouſſeau , &
le décret fur fa perfonne. On demande
fi l'un & l'autre font réguliers ? On demande
en fecond lieu , fi un Citoyen de
Genève peut être emprifonné , fans avoir
été auparavant interrogé par les Syndics ?
Troifiémement : en matière criminelle ,
un tribunal qui n'a point un Syndic pour
Préfident , eft - il un tribunal legal ? Enfin ,
s'il y a du doute dans cette légalité , ainſi
que fur la forme des emprifonnemens ,
n'eft-ce pas au Confeil Général à en décider
? Ceux qui prennent encore quelque
part à cette ancienne querelle des Génevois
avec leur compatriote M. Rouffeau ,
pourront lire cette brochure avec intérêt.
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Résumé : « LETTRES écrites de la campagne ; proche de Genève ; 1765. C'est [...] »
La brochure 'Lettres écrites de la campagne; près de Genève', publiée en 1765, explore quatre questions sur Jean-Jacques Rousseau et Genève. Elle traite de la régularité du jugement du Conseil de Genève sur les œuvres de Rousseau, de la possibilité d'emprisonner un citoyen sans interrogatoire préalable, de la légalité d'un tribunal criminel sans Syndic, et du rôle du Conseil Général en cas de doute sur la légalité des tribunaux ou des emprisonnements.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8008
p. 73-74
ENIGME.
Début :
Si l'on coupe mon nom en deux, [...]
Mots clefs :
Charrue
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Si t'on
I l'on coupe mon nom en deux ,
Je fuis aux champs comme à la ville ;
Mais mon nom le plus férieux
N'eft qu'aux champs inftrument utile .
Ma queue eft un chemin battu
Où l'on a vu paffer ma tête
Au retour de quelque conquête
Où fe fignala la vertu.
Ma queue eft par- tout exiftante ;
Ma tête , autrefois triomphante ,
Ne fert plus dans le champ de Mars i
Joignons ma queue avec ma tête ,.
Et l'on verra , fi l'on m'apprête ,
Quels biens ici bas je dépars .
Je prépare ta nourriture ,
Lecteur , qui peut- être murmure ,
De me voir cacher à tes yeux .
J'entre dans le fein de ta mère ,
Et ne fuis pas plus meurtrière
Qu'au temps de tes premiers ayeux.
Mon état , à préſent ignoble ,
Eft pourtant l'état le plus noble ;
L'honneur n'eſt qu'un palliatif
Que notre ambition invente ,
D
74 MERCURE DE FRANCE.
Par une pudeur indécente ,
Pour mafquer l'état primitif.
Tu me tiens , Lecteur , je le gage ;
Mais conviens donc avec candeur , ·
Que tu pâtirois davantage´
Si tu me tenois comme acteur.
Par le Chantre de Blaifon , de Laval.
Si t'on
I l'on coupe mon nom en deux ,
Je fuis aux champs comme à la ville ;
Mais mon nom le plus férieux
N'eft qu'aux champs inftrument utile .
Ma queue eft un chemin battu
Où l'on a vu paffer ma tête
Au retour de quelque conquête
Où fe fignala la vertu.
Ma queue eft par- tout exiftante ;
Ma tête , autrefois triomphante ,
Ne fert plus dans le champ de Mars i
Joignons ma queue avec ma tête ,.
Et l'on verra , fi l'on m'apprête ,
Quels biens ici bas je dépars .
Je prépare ta nourriture ,
Lecteur , qui peut- être murmure ,
De me voir cacher à tes yeux .
J'entre dans le fein de ta mère ,
Et ne fuis pas plus meurtrière
Qu'au temps de tes premiers ayeux.
Mon état , à préſent ignoble ,
Eft pourtant l'état le plus noble ;
L'honneur n'eſt qu'un palliatif
Que notre ambition invente ,
D
74 MERCURE DE FRANCE.
Par une pudeur indécente ,
Pour mafquer l'état primitif.
Tu me tiens , Lecteur , je le gage ;
Mais conviens donc avec candeur , ·
Que tu pâtirois davantage´
Si tu me tenois comme acteur.
Par le Chantre de Blaifon , de Laval.
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8009
p. 74
AUTRE.
Début :
Femelle massive, intraitable, [...]
Mots clefs :
Demoiselle de paveur
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
A UTR E.
FEMELL
EMELLE maffive , intraitable ,
Je n'ai jamais trouvé d'amans ;
Sans fuer je danſe long-temps
Ou fur le roc ou fur le fable ,
Et mes fauts groffiers & bruyans ,
Au lieu d'effrayer les paffans ,
Sont d'un augure favorable .
FEMELL
EMELLE maffive , intraitable ,
Je n'ai jamais trouvé d'amans ;
Sans fuer je danſe long-temps
Ou fur le roc ou fur le fable ,
Et mes fauts groffiers & bruyans ,
Au lieu d'effrayer les paffans ,
Sont d'un augure favorable .
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8010
p. 75
LETTRE à M. DE LA PLACE, auteur du Mercure de France.
Début :
Me trouvant, Monsieur, il y a quelques jours dans une assemblée où on s'amusoit [...]
Mots clefs :
Logogriphes
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, auteur du Mercure de France.
LETTRE à M. DE LA PLACE , auteur
du Mercure de France.
ME trouvant , Monfieur , il y a quelques
jours dans une affemblée où on s'amufoit
à deviner les Logogryphes du
Mercure de Juillet , on me défia d'en
faire fix autres fous les mêmes conditions
que celles qui furent impofées à M. Fabre.
Je joins ici ceux que je fis. Je ne fais fi
vous les trouverez dignes de trouver place
dans votre Journal.
Permettez moi , Monfieur , de faifir
cette occafion pour vous renouveller les
affurances , &c.
A Amiens 1765 .
LAGACHE fils.
du Mercure de France.
ME trouvant , Monfieur , il y a quelques
jours dans une affemblée où on s'amufoit
à deviner les Logogryphes du
Mercure de Juillet , on me défia d'en
faire fix autres fous les mêmes conditions
que celles qui furent impofées à M. Fabre.
Je joins ici ceux que je fis. Je ne fais fi
vous les trouverez dignes de trouver place
dans votre Journal.
Permettez moi , Monfieur , de faifir
cette occafion pour vous renouveller les
affurances , &c.
A Amiens 1765 .
LAGACHE fils.
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Résumé : LETTRE à M. DE LA PLACE, auteur du Mercure de France.
Lagache fils écrit à M. de La Place pour partager six logogriphes créés lors d'une assemblée où l'on résolvait ceux du Mercure de Juillet. Il espère leur publication dans le Mercure de France et renouvelle ses salutations respectueuses. La lettre est datée d'Amiens, 1765.
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8011
p. 75-76
LOGOGRYPHES.
Début :
Je suis le char flottant d'une beauté chérie, [...]
Mots clefs :
Nacre
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHES.
LOGO GRYPHE S.
JE fuis le char flottant d'une beauté chérie ,
dont la couronne même eft fouvent embellie
Mes diveries couleurs enchantent les regards
Et me font admirer des amateurs des arts .
Faut- il , ami Lecteur , t'en dire davantage ?
Je peux de la chaleur garantir ton vifage ;
Dij
76 MERCURE DE FRANCÈ.
Je fuis l'arme d'un Indien ;
J'offre le chantre d'Arcadie ;
Je fuis ville de Picardie ;
Dans un âge avancé l'on me prend pour ſoutien ;"
Je deviens inutile au fort de la tempête ;´
Si ce n'eſt point affez , cherche moi dans ta tête,
JE fuis le char flottant d'une beauté chérie ,
dont la couronne même eft fouvent embellie
Mes diveries couleurs enchantent les regards
Et me font admirer des amateurs des arts .
Faut- il , ami Lecteur , t'en dire davantage ?
Je peux de la chaleur garantir ton vifage ;
Dij
76 MERCURE DE FRANCÈ.
Je fuis l'arme d'un Indien ;
J'offre le chantre d'Arcadie ;
Je fuis ville de Picardie ;
Dans un âge avancé l'on me prend pour ſoutien ;"
Je deviens inutile au fort de la tempête ;´
Si ce n'eſt point affez , cherche moi dans ta tête,
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8012
p. 76
Second.
Début :
Envain, pour découvrir mon être, [...]
Mots clefs :
Ronce
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texteReconnaissance textuelle : Second.
Second.
Envain , pour découvrir mon être
Chercheroit-on dans les cités ,
Ce n'eft point dans ces lieux où l'on me voit
paroître ,
Je chéris les réduits les plus inhabités.
Si l'on veut maintenant faire mon analyſe ,
De la chafte Déeffe on trouve l'inftrument ;
Le métal amoureux de la fille d'Acrife ;
Un corps que le Nocher évite prudemment ;
* Un attribut de la richeffe ;
Et le beau jour qui doit t'unir à ta maîtreſſe.
Envain , pour découvrir mon être
Chercheroit-on dans les cités ,
Ce n'eft point dans ces lieux où l'on me voit
paroître ,
Je chéris les réduits les plus inhabités.
Si l'on veut maintenant faire mon analyſe ,
De la chafte Déeffe on trouve l'inftrument ;
Le métal amoureux de la fille d'Acrife ;
Un corps que le Nocher évite prudemment ;
* Un attribut de la richeffe ;
Et le beau jour qui doit t'unir à ta maîtreſſe.
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8013
p. 76
Troisiéme.
Début :
Jadis aux champs de Mars j'étois très-nécessaire, [...]
Mots clefs :
Lance
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texteReconnaissance textuelle : Troisiéme.
Troiséme.
Jadis aux champs de Mars j'étois très- néceffaire ,
Des plus braves guerriers j'accompagnois les pas ,
Et Pélée autrefois m'accepta de Pallas.
Si ce début n'a point de quoi te fatisfaire ;
Je préfente l'endroit le plus bas des vaiſſeaux រ
Une lente monture ; un ton dans la muſique ;
Une Abbaye en France ; un oifeau domeſtique ;
Unfauvage animal enfin un amas d'eaux.
Jadis aux champs de Mars j'étois très- néceffaire ,
Des plus braves guerriers j'accompagnois les pas ,
Et Pélée autrefois m'accepta de Pallas.
Si ce début n'a point de quoi te fatisfaire ;
Je préfente l'endroit le plus bas des vaiſſeaux រ
Une lente monture ; un ton dans la muſique ;
Une Abbaye en France ; un oifeau domeſtique ;
Unfauvage animal enfin un amas d'eaux.
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8014
p. 77
Quatriéme.
Début :
On me donne très-aisément ; [...]
Mots clefs :
Prise de tabac
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texteReconnaissance textuelle : Quatriéme.
Quatrième.
On me donne très - aifément ;
Il est vrai que je fuis de peu de conféquence.
Je contiens un beau titre en France ;
Un figne de plaifir , & deux notes de chant.
"
Si tu veux , cher Lecteur , me prendre toute
entière ,
La chofe eft très - aifée , ouvre ta tabatière.
On me donne très - aifément ;
Il est vrai que je fuis de peu de conféquence.
Je contiens un beau titre en France ;
Un figne de plaifir , & deux notes de chant.
"
Si tu veux , cher Lecteur , me prendre toute
entière ,
La chofe eft très - aifée , ouvre ta tabatière.
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8015
p. 77
Cinquiéme.
Début :
Des lieux où je parois je chasse la tristesse ; [...]
Mots clefs :
Farce
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Cinquiéme.
Cinquième.
Des lieux où je parois je chaffe la triſtelſe ;
Mon feal but eft de divertir :
Coupez moi tête & queue , & je vais vous offrir
L'arme du Dieu de la tendreffe.
Des lieux où je parois je chaffe la triſtelſe ;
Mon feal but eft de divertir :
Coupez moi tête & queue , & je vais vous offrir
L'arme du Dieu de la tendreffe.
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8017
p. 77-79
Le Tombeau de LAURE, ou les Regrets de PÉTRARQUE, Romance nouvellement mise en musique par M. DE LUSSE. RÉCIT
Début :
Séparé pour toujours de tout ce qu'il aimoit, [...]
Mots clefs :
Pétrarque, Laure, Regrets, Tombeau, Coeur, Clarté
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texteReconnaissance textuelle : Le Tombeau de LAURE, ou les Regrets de PÉTRARQUE, Romance nouvellement mise en musique par M. DE LUSSE. RÉCIT
LE Tombeau de LAURE , ou les Regrets de
PETRARQUE , Romance nouvellement
mife en mufique par M. DE Lusse.
RECIT
ÉPARÉ pour toujours de tout ce qu'il aimoit
Pétrarque inconfolable ,
Aux échos des rochers fans ceffe répétoit
Ce difcours lamentable :
D iij
78 MERCURE DE FRANCE..
Majeur.
Tout eft changé pour moi , tout afflige mon
coeur.
Les ruiffeaux argentés n'ont plus leur doux mur-
Conjure ;
Je ne vois plus des bois la riante verdure :
De leur fombre clarté je ne vois. que l'horreur.
Mineur.
Les prés font fans émail , les jardins fans parure,
Le Soleil fans éclat , les vallons fans fraîcheur.
J'ai perdu Laure , hélas ! Après un tel malheur ,
Je ne vois plus que deuil dans toute la nature.
Quelquefois pénétrant au fond de fon tombeau ,
J'ofe encor la chercher dans les crêpes funèbress
Je perce en frémiffant les horreurs des ténèbres
Guidé par la lueur d'un lugubre flambeau,
Dans un trifte cercueil , de linceuls entourrée 3
Ses beaux yeux font fermés à la clarté du jour :
Les miens cherchent en vain l'objet de mon amour;
Mon coeur feul y retrouve une amante adorée,
Mais bientôt accablé du poids de ma douleur ,
Je couvre de baifers fa bouche inanimée :
Dans fon livide corps mon âme renfermée
Veut en vain l'échauffer par fá brûlante ardeur .
NOVEMBRE 1765. 79
Je remplis de mes cris ces voûtes téné
breuſes ,
Et , prêt à voir finir les horreurs de mon fort ;
Pour la pleurer encor je retarde ma mort ,
Et quitte en foupirant ces demeures affreufes.
11 eft temps de céder à mon cruel tourment.
Laure , ma chère Laure , à la fin je fuccombe ;
Pour la dernière fois je vais ouvrir ta tombe ,
Et dans ton noir fépulchre enfermer ton amant.'
Au fond du monument mon corps que je
dépoſe ,
Trouvera près du tien un remède à fes maux ;
Et s'il peut être encor pour moi quelque repos ,
Ce n'eft que dans les lieux où ma Laure repofe.
PETRARQUE , Romance nouvellement
mife en mufique par M. DE Lusse.
RECIT
ÉPARÉ pour toujours de tout ce qu'il aimoit
Pétrarque inconfolable ,
Aux échos des rochers fans ceffe répétoit
Ce difcours lamentable :
D iij
78 MERCURE DE FRANCE..
Majeur.
Tout eft changé pour moi , tout afflige mon
coeur.
Les ruiffeaux argentés n'ont plus leur doux mur-
Conjure ;
Je ne vois plus des bois la riante verdure :
De leur fombre clarté je ne vois. que l'horreur.
Mineur.
Les prés font fans émail , les jardins fans parure,
Le Soleil fans éclat , les vallons fans fraîcheur.
J'ai perdu Laure , hélas ! Après un tel malheur ,
Je ne vois plus que deuil dans toute la nature.
Quelquefois pénétrant au fond de fon tombeau ,
J'ofe encor la chercher dans les crêpes funèbress
Je perce en frémiffant les horreurs des ténèbres
Guidé par la lueur d'un lugubre flambeau,
Dans un trifte cercueil , de linceuls entourrée 3
Ses beaux yeux font fermés à la clarté du jour :
Les miens cherchent en vain l'objet de mon amour;
Mon coeur feul y retrouve une amante adorée,
Mais bientôt accablé du poids de ma douleur ,
Je couvre de baifers fa bouche inanimée :
Dans fon livide corps mon âme renfermée
Veut en vain l'échauffer par fá brûlante ardeur .
NOVEMBRE 1765. 79
Je remplis de mes cris ces voûtes téné
breuſes ,
Et , prêt à voir finir les horreurs de mon fort ;
Pour la pleurer encor je retarde ma mort ,
Et quitte en foupirant ces demeures affreufes.
11 eft temps de céder à mon cruel tourment.
Laure , ma chère Laure , à la fin je fuccombe ;
Pour la dernière fois je vais ouvrir ta tombe ,
Et dans ton noir fépulchre enfermer ton amant.'
Au fond du monument mon corps que je
dépoſe ,
Trouvera près du tien un remède à fes maux ;
Et s'il peut être encor pour moi quelque repos ,
Ce n'eft que dans les lieux où ma Laure repofe.
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Résumé : Le Tombeau de LAURE, ou les Regrets de PÉTRARQUE, Romance nouvellement mise en musique par M. DE LUSSE. RÉCIT
Le texte décrit l'œuvre musicale 'Le Tombeau de Laure, ou les Regrets de Pétrarque' composée par M. De Lusse. Cette œuvre relate la douleur de Pétrarque après la perte de Laure. Pour lui, la nature semble désormais triste et changée : les ruisseaux ne murmurent plus doucement, les bois ont perdu leur verdure, et les prés, jardins, soleil et vallons ont perdu leurs charmes habituels. Pétrarque visite la tombe de Laure, cherchant vainement sa présence et imaginant ses yeux fermés à jamais. Il tente sans succès de ranimer son corps inanimé. Accablé par sa douleur, il remplit les voûtes ténébreuses de ses cris et retarde sa propre mort pour continuer à pleurer Laure. Finalement, il décide de se rendre dans la tombe de Laure pour y trouver un repos éternel auprès d'elle.
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8018
p. 62
ENIGME.
Début :
Plus redouté que le tonnerre, [...]
Mots clefs :
Tocsin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
LUS redouté que le tonnerre ?
Je porte dans les coeurs l'épouvante & l'effroi :
Mais l'on trouve fouvent en moi
Le remède aux malheurs que j'annonce à la terre.
Le plus impérieux , le plus puiffant des Rois ,
Sur les fujets a moins d'empire ;
Grace à la terreur que j'inſpire ,
Je fais en un ſeul jour ce qu'il fait en fix mois :
En un jour j'affemble une armée.
Je nais & je meurs dans les airs ;
La Déeffe aux cent voix , l'agile Renommée
D'un vol moins prompt mefure l'univers.
Mais , en parcourant ma carrière ,
Telle est la rigueur de mon fort ,
Que le repos que l'on donne à ma mère
Eft toujours caufe de ma mort.
Par M. l'Abbé d'AULNY , abonné au Mercure.
LUS redouté que le tonnerre ?
Je porte dans les coeurs l'épouvante & l'effroi :
Mais l'on trouve fouvent en moi
Le remède aux malheurs que j'annonce à la terre.
Le plus impérieux , le plus puiffant des Rois ,
Sur les fujets a moins d'empire ;
Grace à la terreur que j'inſpire ,
Je fais en un ſeul jour ce qu'il fait en fix mois :
En un jour j'affemble une armée.
Je nais & je meurs dans les airs ;
La Déeffe aux cent voix , l'agile Renommée
D'un vol moins prompt mefure l'univers.
Mais , en parcourant ma carrière ,
Telle est la rigueur de mon fort ,
Que le repos que l'on donne à ma mère
Eft toujours caufe de ma mort.
Par M. l'Abbé d'AULNY , abonné au Mercure.
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8019
p. 63
AUTRE.
Début :
D'une famille détestable, [...]
Mots clefs :
Viol
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE
UNE famille déteftable ,
Et toujours trop confidérable ,
Ami , quelque foit votre choix ,
Je fuis le moins mauvais , je crois
Répandus fur toute la terre ,
On les fuit , on leur fait la guerre.
Chaque fexe peut ailément
Se fervir d'eux également :
Mais vous voyez en moi l'unique
De notre abominable clique ,
Dont dût- elle s'en avifer )
La femme ne pourroit ufer.
Par. Mad.... D. L. B. M. D. C. D. D.
UNE famille déteftable ,
Et toujours trop confidérable ,
Ami , quelque foit votre choix ,
Je fuis le moins mauvais , je crois
Répandus fur toute la terre ,
On les fuit , on leur fait la guerre.
Chaque fexe peut ailément
Se fervir d'eux également :
Mais vous voyez en moi l'unique
De notre abominable clique ,
Dont dût- elle s'en avifer )
La femme ne pourroit ufer.
Par. Mad.... D. L. B. M. D. C. D. D.
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8020
p. 63
LOGOGRYPHES.
Début :
On trouve dans mes quatre lettres, [...]
Mots clefs :
Cône
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHES.
LOGO GRYPHES.
O N trouve dans mes quatre lettres ?
Un mot connu des Géomètres ;
Un Patriarche ; un petit poids ;
Ce qui réunit les familles ,
Qui fait danfer garçons & filles ,
Et les divife quelquefois.
Par M. de V... A Barry , proche
Clairac, en Agénais.
O N trouve dans mes quatre lettres ?
Un mot connu des Géomètres ;
Un Patriarche ; un petit poids ;
Ce qui réunit les familles ,
Qui fait danfer garçons & filles ,
Et les divife quelquefois.
Par M. de V... A Barry , proche
Clairac, en Agénais.
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8021
p. 64
AUTRE.
Début :
Je ne suis qu'un corps élastique. [...]
Mots clefs :
Gorge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
JE ne fuis qu'un corps élaſtique.
Mon nom fur cinq pieds repofé ,
Eft de plufieurs mots compofé.
On y trouve d'abord une note en mufique ;
Une Ifle que l'Aunis entoure de fes eaux ;
Un grain que très - fouvent on donne aux animaux ;
Un métal néceffaire à la paix , à la guerre ;
Trois Anges , qu'un efprit orgueilleux & perv ers
Précipita jadis dans le fond des enfers .
Si pour me déviner il t'en faut davantage
Apprends que ma beauté difparoît avec l'âge ;
Que je prête à Cloris un nouvel agrément
Pour captiver le coeur de fon volage amant ;
Que l'on m'aime fur-tout quand je commence à
naître.
Lecteur , àtant de traits peux- tu me méconnoître
Par S. C... DE L.......
JE ne fuis qu'un corps élaſtique.
Mon nom fur cinq pieds repofé ,
Eft de plufieurs mots compofé.
On y trouve d'abord une note en mufique ;
Une Ifle que l'Aunis entoure de fes eaux ;
Un grain que très - fouvent on donne aux animaux ;
Un métal néceffaire à la paix , à la guerre ;
Trois Anges , qu'un efprit orgueilleux & perv ers
Précipita jadis dans le fond des enfers .
Si pour me déviner il t'en faut davantage
Apprends que ma beauté difparoît avec l'âge ;
Que je prête à Cloris un nouvel agrément
Pour captiver le coeur de fon volage amant ;
Que l'on m'aime fur-tout quand je commence à
naître.
Lecteur , àtant de traits peux- tu me méconnoître
Par S. C... DE L.......
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8022
p. 64
AUTRE.
Début :
Je sais dispenser de lunette ; [...]
Mots clefs :
Loupe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
E fais difpenfer de lunette ;
Et je mets fous vos yeux , par des tranfports divers ,
Un habitant des bois ; le bout de l'univers ;
Et la fource d'une omelette.
E fais difpenfer de lunette ;
Et je mets fous vos yeux , par des tranfports divers ,
Un habitant des bois ; le bout de l'univers ;
Et la fource d'une omelette.
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8023
p. 77
ÉNIGMES.
Début :
Lecteur, je suis souvent le sujet de tes soins. [...]
Mots clefs :
Erreur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉNIGMES.
ÉNIGME S.
LECTEUR , je ECTEUR, fuis fouvent le fujet de tes foinsă
Si je t'occupe ici ; fi tu me donnes l'être ;
Alors , moins que jamais tu pourras me connoître ;
J'exifte d'autant plus que l'on me connoît moins.
Par M. R... de Marfeille.
LECTEUR , je ECTEUR, fuis fouvent le fujet de tes foinsă
Si je t'occupe ici ; fi tu me donnes l'être ;
Alors , moins que jamais tu pourras me connoître ;
J'exifte d'autant plus que l'on me connoît moins.
Par M. R... de Marfeille.
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8024
p. 78-79
AUTRE.
Début :
Mon cher Lecteur, [...]
Mots clefs :
Sagesse, Losange
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
A U.T R E.
Mon cher Lecteur ,
Au vrai bonheur
Je conduis fans ceffe
Quiconque à moi s'intéreffe ,
Et qui fait fon fouverain bien
Avec moi de n'aimer plus rien
Que celui qui m'a donné l'être .
Veux -tu maintenant me connoître ?
Regarde en moi cet objet principal
Qui porte au bien, & qui fait fuir le mal ,
Er fans lequel nul deffein ne profpère ,
Du moins celui qui nous eft falutaire .
Cherche encor: tu verras qu'en moi le coeur humain
Peut trouver du bonheur le principe certain ;
Un moyen für pour fouffrir la mifère
Que nous tenons de notre premier père :
Mais, qui plus eft , c'eft dans mon tribunal
Que fe détruit le pouvoir infernal ;
De chez moi je fais difparoître
Celui dont l'orgueil eft le maître ;
Enfin je fuis le vrai foutien
De celui qui par mon lien
Dans l'humilité s'abaiſſe ,
Et fa douleur celle
Quand dans fon coeur
Git ma douceur.
Par M. FABRE, à Limoux , en Languedoc.
JANVIER 1766. 72
Lafingulière compofition de cette Enigme
a feule engagé l'Auteur à l'envoyer au
Mercure , 1. parce que des vingt- fix vers
qui compofent cet ouvrage , les treize derniers
répondent parfaitement aux treize
premiers par le nombre des pieds , 2º. par
le nombre des mêmes rimes diftribuées
également , depuis le milieu de l'ouvrage
jufqu'à la fin , comme du milieu au commencement
, 3. parce que la ftructure de
tous les vers & leur arrangement forment
enfemble un lozange parfait.
Mon cher Lecteur ,
Au vrai bonheur
Je conduis fans ceffe
Quiconque à moi s'intéreffe ,
Et qui fait fon fouverain bien
Avec moi de n'aimer plus rien
Que celui qui m'a donné l'être .
Veux -tu maintenant me connoître ?
Regarde en moi cet objet principal
Qui porte au bien, & qui fait fuir le mal ,
Er fans lequel nul deffein ne profpère ,
Du moins celui qui nous eft falutaire .
Cherche encor: tu verras qu'en moi le coeur humain
Peut trouver du bonheur le principe certain ;
Un moyen für pour fouffrir la mifère
Que nous tenons de notre premier père :
Mais, qui plus eft , c'eft dans mon tribunal
Que fe détruit le pouvoir infernal ;
De chez moi je fais difparoître
Celui dont l'orgueil eft le maître ;
Enfin je fuis le vrai foutien
De celui qui par mon lien
Dans l'humilité s'abaiſſe ,
Et fa douleur celle
Quand dans fon coeur
Git ma douceur.
Par M. FABRE, à Limoux , en Languedoc.
JANVIER 1766. 72
Lafingulière compofition de cette Enigme
a feule engagé l'Auteur à l'envoyer au
Mercure , 1. parce que des vingt- fix vers
qui compofent cet ouvrage , les treize derniers
répondent parfaitement aux treize
premiers par le nombre des pieds , 2º. par
le nombre des mêmes rimes diftribuées
également , depuis le milieu de l'ouvrage
jufqu'à la fin , comme du milieu au commencement
, 3. parce que la ftructure de
tous les vers & leur arrangement forment
enfemble un lozange parfait.
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8025
p. 79
ÉNIGME-LOGOGRYPHE.
Début :
Avec quatre des miens nous nous trouvons par-tout ; [...]
Mots clefs :
Voyelles
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texteReconnaissance textuelle : ÉNIGME-LOGOGRYPHE.
ÉNIGME - LOGOGRYPHE.
AVEC VEC quatre des miens nous nous trouvons
par-tout ;
A la Ville , à la Cour , on a befoin de nous :
On nous trouve en tout cercle , en toute compagnie
,
Et nous ne paroiffons que deux fois dans la vie .
GUILLAUME
, étudiant .
AVEC VEC quatre des miens nous nous trouvons
par-tout ;
A la Ville , à la Cour , on a befoin de nous :
On nous trouve en tout cercle , en toute compagnie
,
Et nous ne paroiffons que deux fois dans la vie .
GUILLAUME
, étudiant .
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8026
p. 79-80
LOGOGRYPHE.
Début :
Pour se flatter de pouvoir me connoître, [...]
Mots clefs :
Calcul
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPH E.
POOUURRfe flatter de pouvoir me connoître ,
Il faut par le calcul que renferme mon corps
Chercher auparavant mes différens rapports ;
Voilà le vrai moyen de voir qui je puis être
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
Car autrement , quoique fimple par fois ,
Je donne du fil à retordre
A
A quiconque , croyant m'avoir au bout des doigts ,
Pour me trouver ne fuit point avec ordre
La route qu'ont tracé mes rigoureuſes loix.
Mais pour te rendre encor plus claire
Ma jufte propofition ,
Sans parler de mon caractère ,
Je vais , mon cher Lecteur , par la divifion
De mon corps feulement dévoiler le mystère,
D'abord , fans beaucoup me gêner ,
J'en fais deux portions égales ,
Et qui plus eft , toutes les deux font mâles 3
Par les deux traits fuivans tu les vas deviner.
L'une , c'eſt un objet que le travail pénible
Forme prefque dans un inftant ;
L'autre , qu'on reçoit en naillant >
Par pudeur fe rènd invifible.
Enfuite , en les bouleverfant ,
( C'est-à-dire apperçus tous les deux par derrière }
Tu verras en cette manière
Que chacun forme encor un objet différent :
D'un élément très - néceffaire
Le premier eft un réservoir ;
Le fecond , tu le pourras voir
Dans l'almanach ou dans le breviaire .
T
Par M. FABRE , à Limoux , en Languedoc.
POOUURRfe flatter de pouvoir me connoître ,
Il faut par le calcul que renferme mon corps
Chercher auparavant mes différens rapports ;
Voilà le vrai moyen de voir qui je puis être
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
Car autrement , quoique fimple par fois ,
Je donne du fil à retordre
A
A quiconque , croyant m'avoir au bout des doigts ,
Pour me trouver ne fuit point avec ordre
La route qu'ont tracé mes rigoureuſes loix.
Mais pour te rendre encor plus claire
Ma jufte propofition ,
Sans parler de mon caractère ,
Je vais , mon cher Lecteur , par la divifion
De mon corps feulement dévoiler le mystère,
D'abord , fans beaucoup me gêner ,
J'en fais deux portions égales ,
Et qui plus eft , toutes les deux font mâles 3
Par les deux traits fuivans tu les vas deviner.
L'une , c'eſt un objet que le travail pénible
Forme prefque dans un inftant ;
L'autre , qu'on reçoit en naillant >
Par pudeur fe rènd invifible.
Enfuite , en les bouleverfant ,
( C'est-à-dire apperçus tous les deux par derrière }
Tu verras en cette manière
Que chacun forme encor un objet différent :
D'un élément très - néceffaire
Le premier eft un réservoir ;
Le fecond , tu le pourras voir
Dans l'almanach ou dans le breviaire .
T
Par M. FABRE , à Limoux , en Languedoc.
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8027
p. 121-122
« LES Pensées de Jean-Jacques Rousseau, citoyen de Genève ; à Amsterdam, & se [...] »
Début :
LES Pensées de Jean-Jacques Rousseau, citoyen de Genève ; à Amsterdam, & se [...]
Mots clefs :
Pensées, M. Rousseau
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texteReconnaissance textuelle : « LES Pensées de Jean-Jacques Rousseau, citoyen de Genève ; à Amsterdam, & se [...] »
LES Penfées de Jean- Jacques Rouffeau ,
citoyen de Genève ; à Amfterdam , & fe
trouvent à Paris , chez Prault , petit - fils ,
Libraire , Quai des Auguftins , à l'Immortalité
: 1766 ; 2 vol. in- 12.
« Ces Penfées font tirées de mes écrits ,
difoit M. Rouffeau , après avoir lu ce livre ,
» mais ce ne font pas mes penfées ». Quoi
qu'il en foit , il eft certain que ces deux
volumes , dont on donne une édition
nouvelle , font bien inférieurs pour
choix des penfées , pour l'ordre des matières
, pour le foin qu'on a employé à
l'impreffion , pour le caractère même , pour
le papier , enfin pour tous les ornemens
Vol. I. F
le
122 MERCURE DE FRANCE.
typographiques , à un autre ouvrage intitulé
Efprit , Maximes & Principes de M.
Rouffeau , qui fe vend chez la veuve Duchefne
, rue Saint Jacques , au temple du
goût. Non - feulement M. Rouffeau ne l'a
point défavoué , mais il permet qu'il faſſe
partie de la collection de fes OEuvres . Il
eft vrai que ce volume de l'Eſprit , Maximes,
&c. de M. Rouffeau , eft fait avec autant
de goût que d'intelligence ; deux chofes
que nous défirerions trouver également
que
dans les deux volumes de ces Penfées.
citoyen de Genève ; à Amfterdam , & fe
trouvent à Paris , chez Prault , petit - fils ,
Libraire , Quai des Auguftins , à l'Immortalité
: 1766 ; 2 vol. in- 12.
« Ces Penfées font tirées de mes écrits ,
difoit M. Rouffeau , après avoir lu ce livre ,
» mais ce ne font pas mes penfées ». Quoi
qu'il en foit , il eft certain que ces deux
volumes , dont on donne une édition
nouvelle , font bien inférieurs pour
choix des penfées , pour l'ordre des matières
, pour le foin qu'on a employé à
l'impreffion , pour le caractère même , pour
le papier , enfin pour tous les ornemens
Vol. I. F
le
122 MERCURE DE FRANCE.
typographiques , à un autre ouvrage intitulé
Efprit , Maximes & Principes de M.
Rouffeau , qui fe vend chez la veuve Duchefne
, rue Saint Jacques , au temple du
goût. Non - feulement M. Rouffeau ne l'a
point défavoué , mais il permet qu'il faſſe
partie de la collection de fes OEuvres . Il
eft vrai que ce volume de l'Eſprit , Maximes,
&c. de M. Rouffeau , eft fait avec autant
de goût que d'intelligence ; deux chofes
que nous défirerions trouver également
que
dans les deux volumes de ces Penfées.
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Résumé : « LES Pensées de Jean-Jacques Rousseau, citoyen de Genève ; à Amsterdam, & se [...] »
En 1766, à Paris, deux ouvrages de Jean-Jacques Rousseau sont publiés. Le premier, 'Les Pensées de Jean-Jacques Rousseau', édité par Prault, est jugé inférieur à un autre ouvrage, 'Esprit, Maximes & Principes', publié chez la veuve Duchesne. Ce dernier est particulièrement apprécié pour le choix des pensées, l'organisation des matières, la qualité de l'impression, le caractère typographique, le papier et les ornements. Rousseau n'a pas contesté cet ouvrage et accepte qu'il soit inclus dans ses œuvres complètes. 'Esprit, Maximes & Principes' est salué pour son goût et son intelligence, des qualités que les lecteurs aimeraient également retrouver dans 'Les Pensées'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8028
p. 128-129
« LES Plagiats de M. J. J. Rousseau de Genêve, sur l'éducation ; avec cette épigraphe [...] »
Début :
LES Plagiats de M. J. J. Rousseau de Genêve, sur l'éducation ; avec cette épigraphe [...]
Mots clefs :
Éducation, M. Rousseau
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texteReconnaissance textuelle : « LES Plagiats de M. J. J. Rousseau de Genêve, sur l'éducation ; avec cette épigraphe [...] »
LES Plagiats de M. J. J. Rouffeau de Genêve
, fur l'éducation ; avec cette épigraphe
:
Grandia verba ubi funt ? Si vir es , ecce nega
Mart. 1. 2. épigr.
D. J. C. B. A La Haye , & fe trouve à
Paris chez Durand , Libraire , rue Saint
Jacques , à la fageffe ; 1766 : un vol in - 12 .
On veut ôter à M. Rouffeau le mérite
de l'invention , & l'on prétend qu'il n'a
rien écrit qui ne foit des répétitions de
tout ce qui fe trouve dans les ouvrages
d'autrui . Nous ne vérifierons pas cette accu
fation , qui nous paroît trop vague & trop
étendue ; mais nous croyons que cette
force de ftyle , cette éloquence vive qui
caractérisent les écrits du Philofophe de
JANVIER 1766. 129
Genêve , eft un bien qu'on ne peut , ni
lui enlever , ni lui conteſter.
, fur l'éducation ; avec cette épigraphe
:
Grandia verba ubi funt ? Si vir es , ecce nega
Mart. 1. 2. épigr.
D. J. C. B. A La Haye , & fe trouve à
Paris chez Durand , Libraire , rue Saint
Jacques , à la fageffe ; 1766 : un vol in - 12 .
On veut ôter à M. Rouffeau le mérite
de l'invention , & l'on prétend qu'il n'a
rien écrit qui ne foit des répétitions de
tout ce qui fe trouve dans les ouvrages
d'autrui . Nous ne vérifierons pas cette accu
fation , qui nous paroît trop vague & trop
étendue ; mais nous croyons que cette
force de ftyle , cette éloquence vive qui
caractérisent les écrits du Philofophe de
JANVIER 1766. 129
Genêve , eft un bien qu'on ne peut , ni
lui enlever , ni lui conteſter.
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Résumé : « LES Plagiats de M. J. J. Rousseau de Genêve, sur l'éducation ; avec cette épigraphe [...] »
En 1766, une publication accuse Jean-Jacques Rousseau, dit le 'Philosophe de Genève', de plagiat. Les accusations, jugées vagues et générales, proviennent de 'Les Plagiats de M. J. J. Rouffeau de Genève'. Le texte reconnaît cependant le style et l'éloquence distinctifs de Rousseau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8029
p. 94
ÉNIGMES.
Début :
Je suis petit de ma nature, [...]
Mots clefs :
Moucheron
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texteReconnaissance textuelle : ÉNIGMES.
ÉNIGMES.
JE fuis petit de ma nature ,
Souvent je nuis aux plus puiffants.
J'annonce toujours le doux tems ;
On me perd quand vient la froidure.
Comme l'amour je porte un dard ,
Qui fouvent fait mainte bleffure.
Philis me craint ; mais tôt ou tard ,
Un ennemi qui vit de brigandage ,
Me tend un piége , hélas ! qui cauſe mon naufrage.
JE fuis petit de ma nature ,
Souvent je nuis aux plus puiffants.
J'annonce toujours le doux tems ;
On me perd quand vient la froidure.
Comme l'amour je porte un dard ,
Qui fouvent fait mainte bleffure.
Philis me craint ; mais tôt ou tard ,
Un ennemi qui vit de brigandage ,
Me tend un piége , hélas ! qui cauſe mon naufrage.
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8030
p. 95
AUTRE.
Début :
Je suis fraîche, bien blanche, agréable à la vue : [...]
Mots clefs :
Bougie
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
E fuis fraîche , bien blanche , agréable à la vue :
Chacun me peut toucher & me voir toute nue.
J'ai du repos le jour , mais un mauvais deftin
Me menace depuis le foir jufqu'au matin.
Etant vierge & tout innocente ,
Je ne puis concevoir de criminel deffein ;
Cependant une flamme ardente ,
Que la nuit allume en mon fein ,
Me dévore le corps , m'agite & me tourmente.
E fuis fraîche , bien blanche , agréable à la vue :
Chacun me peut toucher & me voir toute nue.
J'ai du repos le jour , mais un mauvais deftin
Me menace depuis le foir jufqu'au matin.
Etant vierge & tout innocente ,
Je ne puis concevoir de criminel deffein ;
Cependant une flamme ardente ,
Que la nuit allume en mon fein ,
Me dévore le corps , m'agite & me tourmente.
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8031
p. 95-98
LOGOGRYPHE. A M. F....
Début :
Dans ces cercles bruyans où règnent tour à tour, [...]
Mots clefs :
Plaisanterie
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE. A M. F....
LOGO GRYPH E.
DAN'S Ces
A M. F. •
ANS ces cercles bruyans où règnent tour
à tour ,
L'efprit léger , le badinage ,
Et les vains propos de la cour
On me met fouvent en uſage ;
Quelquefois le deftin volage
Vient s'opposer à mon fuccès
Mais mon père en devient plus fage.
Vous croyez déja , je le gage ,
1
MERCURE DE FRANCE.
Savoir qui je fuis à peu près.
Vous vous trompez , prenez courage ,
Cherchez l'objet de cet ouvrage
Dans plus de cent détours fecrets .
Neuf * membres différens m'offrent à votre vue
Ils préfentent d'abord une boiffon connue ;
Un jeu très - ufité ; ce qu'étoit Parocel ;
Une Maifen auftère ; un des Rois d'Ifrael ;
L'endroit où le lyon va dévorer fa proie ;
Une étoffe eftimée ; une antique monoie ;
Un animal rongeur ; fix pronoms conjonctifs
Un fort dans la Norwége , & vingt infinitifs ;
Le contraire de prompt ; un des fruits de l'au
tomne ;
Un poiffon de la mer ; une foeur de Latone ;
Ce que la jeune Eglé fouftrait à nos regards ;
Ce qui fert à l'autel ; un fils du Dieu des arts ;
Deux beautés de Corinthe ; une augufte affemblée ;
Le contraſte de lent ; une eau coagulée ;
Cinq termes de blazon ; un mal contagieux ;
L'épouse de Jacob ; deux prophêtes fameux ;
Un outil de Sculpteur ; de l'oeil une partie ;
Dix-huit villes en France , & treize en Italie ;
La mère d'Ariftippe ; un nombre cardinal ;
Une très- belle fleur ; la Déeſſe du mal ;
Un furnom de Diane ; une des Minéides ;
Deux Royaumes d'Afie ; une des Danaïdes ;
* On diroit douze fi trois d'entr'eux n'étoient point
répétés. !
Deux
JANVIER 1766. 97
Deux arbres des plus hauts ; trois prépofitions
Ce qui mène au tombeau ; quatre conjonctions ;
◄ Un Poëte latin ; les Nymphes des bocages ;
La Déelle des pâturages ;
Un Royaume où Pyrrhus vit abréger les jours :
Celui qui par un trait barbare ,
Fit reculer Phabus au milieu de fon cours ;
De l'Anglois ce qui nous sépare ;
Dans la Perfe une dignités
En France un titre refpectć ;
Un arbriffeau qui plaît à la jeune Bergère ,
Quand il eft paré de fes fleurs ;
Un repos connu des chaleurs ;
Des Dieux l'aimable meffagère ;
Ce dont Alger ne manque pas ;
Ce qu'un bon chien fuit lorfqu'il chaffe ;
Un grand lac en Irlande , un autre en Canada ;
Ce qu'Agla prend avec grâce ;
Un bourg où naquit Abaillard ;
L'oppofé du plaifir ; l'oppofé de la peine ;
La monture du vieux Silène ;
:: Le plus néceffaire aliment ;
Un légume d'un goût piquant ;
Un Géant qui fit, voeu de bâtir à Neptune
Un temple de crânes humains ;
Ce qu'on préfére à la fortune ;
Ce qu'on quitte tous les matins.
Vol. II. E
98 MERCURE
DE FRANCE
.
J'offre enfin celle dont les grâces ,
L'air féduifant & la légéreté
Enchaînent l'amour fur les traces ,
Et Terpficore à ſon côté.
Par M. LAGACHE fils , à Amiens,
DAN'S Ces
A M. F. •
ANS ces cercles bruyans où règnent tour
à tour ,
L'efprit léger , le badinage ,
Et les vains propos de la cour
On me met fouvent en uſage ;
Quelquefois le deftin volage
Vient s'opposer à mon fuccès
Mais mon père en devient plus fage.
Vous croyez déja , je le gage ,
1
MERCURE DE FRANCE.
Savoir qui je fuis à peu près.
Vous vous trompez , prenez courage ,
Cherchez l'objet de cet ouvrage
Dans plus de cent détours fecrets .
Neuf * membres différens m'offrent à votre vue
Ils préfentent d'abord une boiffon connue ;
Un jeu très - ufité ; ce qu'étoit Parocel ;
Une Maifen auftère ; un des Rois d'Ifrael ;
L'endroit où le lyon va dévorer fa proie ;
Une étoffe eftimée ; une antique monoie ;
Un animal rongeur ; fix pronoms conjonctifs
Un fort dans la Norwége , & vingt infinitifs ;
Le contraire de prompt ; un des fruits de l'au
tomne ;
Un poiffon de la mer ; une foeur de Latone ;
Ce que la jeune Eglé fouftrait à nos regards ;
Ce qui fert à l'autel ; un fils du Dieu des arts ;
Deux beautés de Corinthe ; une augufte affemblée ;
Le contraſte de lent ; une eau coagulée ;
Cinq termes de blazon ; un mal contagieux ;
L'épouse de Jacob ; deux prophêtes fameux ;
Un outil de Sculpteur ; de l'oeil une partie ;
Dix-huit villes en France , & treize en Italie ;
La mère d'Ariftippe ; un nombre cardinal ;
Une très- belle fleur ; la Déeſſe du mal ;
Un furnom de Diane ; une des Minéides ;
Deux Royaumes d'Afie ; une des Danaïdes ;
* On diroit douze fi trois d'entr'eux n'étoient point
répétés. !
Deux
JANVIER 1766. 97
Deux arbres des plus hauts ; trois prépofitions
Ce qui mène au tombeau ; quatre conjonctions ;
◄ Un Poëte latin ; les Nymphes des bocages ;
La Déelle des pâturages ;
Un Royaume où Pyrrhus vit abréger les jours :
Celui qui par un trait barbare ,
Fit reculer Phabus au milieu de fon cours ;
De l'Anglois ce qui nous sépare ;
Dans la Perfe une dignités
En France un titre refpectć ;
Un arbriffeau qui plaît à la jeune Bergère ,
Quand il eft paré de fes fleurs ;
Un repos connu des chaleurs ;
Des Dieux l'aimable meffagère ;
Ce dont Alger ne manque pas ;
Ce qu'un bon chien fuit lorfqu'il chaffe ;
Un grand lac en Irlande , un autre en Canada ;
Ce qu'Agla prend avec grâce ;
Un bourg où naquit Abaillard ;
L'oppofé du plaifir ; l'oppofé de la peine ;
La monture du vieux Silène ;
:: Le plus néceffaire aliment ;
Un légume d'un goût piquant ;
Un Géant qui fit, voeu de bâtir à Neptune
Un temple de crânes humains ;
Ce qu'on préfére à la fortune ;
Ce qu'on quitte tous les matins.
Vol. II. E
98 MERCURE
DE FRANCE
.
J'offre enfin celle dont les grâces ,
L'air féduifant & la légéreté
Enchaînent l'amour fur les traces ,
Et Terpficore à ſon côté.
Par M. LAGACHE fils , à Amiens,
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8033
p. 98-99
AUTRE.
Début :
Qui que tu sois, Lecteur, crains mes appas, [...]
Mots clefs :
Diable
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE,
ur que tu fois , Lecteur , crains mes appas,
Devine moi , mais ne me cherche pas.
Sans corps en mon entier j'enferme un corps
folide
Que l'homme ofe employer pour perdre les
humains ;
Une aſſemblée où le plaifir préfide ,
Où le fage fouvent court avec des pantins ;
Une ville jadis rivale des Romains ;
Ce qu'une femme craint d'avoir pour épithète ;
Ge que le pauvre a rarement chez lui ;
JANVIER 1766. 22
Une humeur qui produit l'ennui ;
De Mahomet le gendre & l'interprète ;
Ce qu'un buveur craint de voir dans fon broc
Une ville de Languedoci
D'un des fils d'Ifaac l'époufe & la parente.
Mais pourquoi te gêner , Lecteur , outre raifon ?
Ote trois de mes pieds , je ne fuis qu'une plante :
Plufieurs , en le cherchant , ont prononcé mon
nom .
Par M. l'Abbé LE JEUNE , Profeffeur
à Sées en Normandie.
ur que tu fois , Lecteur , crains mes appas,
Devine moi , mais ne me cherche pas.
Sans corps en mon entier j'enferme un corps
folide
Que l'homme ofe employer pour perdre les
humains ;
Une aſſemblée où le plaifir préfide ,
Où le fage fouvent court avec des pantins ;
Une ville jadis rivale des Romains ;
Ce qu'une femme craint d'avoir pour épithète ;
Ge que le pauvre a rarement chez lui ;
JANVIER 1766. 22
Une humeur qui produit l'ennui ;
De Mahomet le gendre & l'interprète ;
Ce qu'un buveur craint de voir dans fon broc
Une ville de Languedoci
D'un des fils d'Ifaac l'époufe & la parente.
Mais pourquoi te gêner , Lecteur , outre raifon ?
Ote trois de mes pieds , je ne fuis qu'une plante :
Plufieurs , en le cherchant , ont prononcé mon
nom .
Par M. l'Abbé LE JEUNE , Profeffeur
à Sées en Normandie.
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8034
p. 154-183
ASSEMBLÉE publique de l'Académie des Sciences, Belles Lettres & Arts de ROUEN, tenue dans la grand'salle de l'Hôtel de Ville, le 7 Août 1765.
Début :
MONSIEUR le Cat, Secrétaire pour les Sciences, ouvrit la séance par l'extrait des [...]
Mots clefs :
Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, Prix, Mémoire, Génie, Gloire, Ouvrages, Hommes, Amour, Amitié, Chirurgie, Sculpteur, Observations, Sciences, Nature, Voyage, Théorie de la musique, Séance publique, Belles-lettres, Poète, Peinture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ASSEMBLÉE publique de l'Académie des Sciences, Belles Lettres & Arts de ROUEN, tenue dans la grand'salle de l'Hôtel de Ville, le 7 Août 1765.
ASSEMBLEE publique de l'Académie des
Sciences Belles Lettres & Arts de
و
› ROUEN tenue dans la grand'falle de
l'Hôtel de Ville , le 7 Août 1765 .
MONSIEUR ONSIEUR
le Cat , Secrétaire
pour les
Sciences
, ouvrit la féance par l'extrait
des
travaux
de l'année
académique
dans fon
département
. Nous n'en pouvons
donner
que les titres.
la
Mémoire fur une efpèce particulière de
tranfpiration mielleufe , occafionnée par
piquure d'un puceron particulier , couvert
d'un duvet blanc ; par M. Neveu , Adjoint.
Mémoire fur les pieux , pilots & pilotis ,
leur nature , leur force , la manière de les
employer ; par M. Baronnet , Affocié de
l'Académie , & de celle des Sciences de
Paris.
Mémoire fur la chûte des corps , pour
perfectionner , s'il eft poffible , la théorie
de la defcente des graves ; par M. le Cat.
Obfervation d'une féve de haricot ,
trouvée dans le blanc d'un oeuf durci ; par
M. Pinard.
JANVIER 1766. 155
Mémoire fur la force de percuffion des
corps graves ; par M. Hubert , Adjoint.
Obfervations fur le chronomètre , &
fur les expériences faites pour conftater la
théorie de la gravité ; par M. Balliere.
Mémoire fur le même fujet ; par M.
Neveu , Adjoint.
Réponse aux Obfervations fur les expériences
de la chûte des corps ; par M. le
Cat. t
Mémoire fur la pouffée des voûtes ; par
M. Hubert , Adjoint.
Mémoire fur l'accélération du pendule ,
& la manière de la mefurer méchaniquement
; par le même.
Differtation fur la diffolubilité du mercure
dans le vinaigre diftillé ; par M. Chandelier
, Adjoint.
Obfervation d'une aurore boréale ; par
M. l'Abbé Jaquin , Correfpondant.
Obfervation qui prouve la fenfibilité
de la pie-mère ; envoyée par M. Beyer ,
Affocié étranger .
Réflexion fur la manière dont s'opère
la congellation des eaux courantes , à l'occafion
d'un Mémoire anonyme envoyé fur
cette matière . Ces rédexions font de M..
Neveu , Adjoint.
Plante
propre à être fubftituée
à la garence
, découverte
par M. Dambourney
,
G vi
156 MERCURE DE FRANCE .
Obfervation d'un garçon de dix- neuf
ans, ayant fix doigts aux pieds & aux mains ;
par M. le Cat.
Examen d'une préparation de mercure
précipité , décrite fous le nom de poudre
de vie , & qui mériteroit mieux celui de
poudre de mort ; par M. Chandelier
Adjoint.
Mémoire fur la culture & la greffe du
mûrier ; par M. Rondeau.
Obfervations qui prouvent décifivement
la réalité de la fuperfétation ; par M. Pilore,
Adjoint.
Le Secrétaire des Sciences proclama
enfuite les prix des Ecoles de fon département.
Savoir :
Prix d'Anatomie.
Premier. M. Blifs de Saint - Vandrille ,
le même qui l'an paffé remporta encore ce
prix , le troisième de Chirurgie , & le
quatrième de Botanique .
Second. M. de la Porterie , d'auprès de
Gifors , qui a remporté l'an paffé le même
prix , & il y a deux ans , le premier.
Troifième , M. Poulin.
Quatrième , refté de l'an paffé , M. Nicole
, de Rouen.
JANVIER 1766. 157
Prix de Chirurgie.
Premier. M. Blifs , déja nommé.
Second. M. Nicole , déja nommé.
Troisième. M. Scieaux , d'Evreux , qui
l'an paffé remporta le premier du même
genre.
Prix de Mathématiques .
Premier , fur les fections coniques. A
M. Faverel , de Lyon en Forets .
Un même prix réfervé de l'an paflé a
été donné à M. Aubert , de Rouen .
Second prix fur la Géométrie Elémentaire
, à M. Godefroy , de Dernetal .
Prix de Botanique .
Premier. M. le Carpentier , de Rouen.
Second. M. de la Porterie, déja nommé .
Prix d'accouchemens.
Premier. M. Nicole , de Rouen , déja
deux fois nommé.
Second. M. de la Porterie , déja nommé.
Grand Prix de la Claffe des Sciences.
Le fujet de ce prix remis de l'an paffé
158 MERCURE DE FRANCE.
étoit le méchanifme & les ufages de la
refpiration , & c.
Il a été unanimemenr adjugé par MM .
les Commiffaires au Mémoire n°. 3 , qui
a pour devife , te finè nil altun mens inchoat.
C'eft le Mémoire qui l'an paffé
avoit été jugé le meilleur , mais avec des
défauts qu'on a indiqués en général dans
les Journaux . L'Auteur , profitant de ces
avis , a fait de nouveaux efforts qui lui ont
mérité le prix que l'Académie lui accorde
aujourd'hui. Elle voit avec plaifir que la
célébrité de celui qu'elle couronne confirme
la jufteffe de fon jugement. M. David
, Maître-ès - Arts & en Chirurgie du
Collége de Paris , avoit fait , dès l'âge de
vingt- trois ans , un traité de la faignée ,
dont tous les Journaux ont fait l'éloge. Il
a remporté en 1762 le prix de l'Académie
de Harlem , & l'an paffé le prix double
de l'Académie de Chirurgie de Paris.
Senfible au nouvel honneur qu'il acquiert
par les fuffrages de celle de Rouen , il eſt
venu en jouir à l'affemblée publique , &
a reçu le prix des mains de M. le Directeur.
Le Mémoire qui a le plus approché de
celui no. 2 eft le n . 4 , qui a pour devife :
Sic rerum fumma novatur
n°.
Semper. Lucret, Lib . 1 , v. 74
JANVIER 1766. 159
L'Auteur eft M. Boulard , Chirurgien
interne de l'Hôtel Dieu de Rouen , lequel
a été célébré plufieurs fois dans ces féances
par les prix d'Anatomie & de Chirurgie
qu'on lui a adjugés , & dont celui de 1762
étoit accompagné de la note honorable
longè primus. On doit regarder cet acceffit
comme un des fruits de l'émulation que
ces féances & ces prix excitent dans nos
Ecoles.
M. Maillet du Boullay , Secrétaire des
Belles Lettres , rendit enfuite compte des
travaux de l'année dans fon département ,
dont nous ne pouvons pareillement donner
que les titres.
Les Amans malheureux ou le Comte
de Comminge , Drame envoyé à l'Académie
par M. Darnaud , Correfpondant.
Réflexions fur ce Drame , envoyées à
l'Auteur par M. du Boullay.
Lettre de M. Rouffeau de Genève , à
M. Balliere , fur fa théorie de la muſique.
Lettre de M. de Voltaire , à M. le Cat
fur fon traité du fluide des nerfs & de la
fenfibilité animale.
Mémoire pour la famille Calas , envoyé
à l'Académie par M. Elie de Beaumont ,
Correfpondant.
Differtation fur l'origine de l'Univerfité
de Paris , par M. l'Abbé des Houffayes.
160 MERCURE DE FRANCE.
Deux portraits , l'un en miniature
l'autre à l'huile ; préfentés par M Dupont.
Remerciement en vers de Madame du
Bocage , fur fa réception en qualité d'Affociée
libre .
Traité de Peinture , envoyé par M. Dandré
, Affocié.
Hiftoire de la Ville & Doyenné de
Montdidier ; par le Père Daire , Affocié.
Obfervations fur l'utilité des voyages ;
par M. Dornay : ouvrage divifé en trois
parties , dont la première feulement a été
lue à la féance .
Divers extraits pour la collection de
l'Académie ; par M. du Boullay.
Pocine didactique fur les avantages &
les règles des vers libres ; par M. Midy.
Eftampe repréfentant la vue de Rouen ,
prife du petit château , deffinée & gravée
M. Bacheley , aux frais de M. le Cat ,
& deftinée pour un ouvrage de cet Académicien
fur le climat particulier de cette
ville , les maladies qui y régnent , & c.
par
Prix de l'Ecole de Deffein.
Les Elèves s'étant trouvés trop foibles
cette année pour le prix de génie ou de
compofition en Peinture & en Sculpture ,
l'Académie n'a pas diftribué de médaille
JANVIER 1766.
d'or , qu'elle réſerve pour un autre temps."
Premier prix d'après nature. M. Jean-
Martin Paulet , Sculpteur de Rouen , qui
avoit remporté le premier prix d'après la
Boffe en 1763 .
Second. Jacques , Chef d'Hôtel de Beaulieu
, Peintre de Rouen.
Prix d'après la Boffe. Mlle Dorothée
Jacques , de Rouen , qui avoit mérité en
1762 un prix extraordinaire dans la claffe
du deffein,
Prix extraordinaire. M. François Affelin,
Peintre de Coutances.
Acceffit . Nicolas Jofeph Billot , de Leri ,
qui avoit remporté le prix de la Claffe de
Deffein en 1764.
Prix d'après le deffein . Mlle Marie-
Anne Thérèfe Van- Vergeloo , d'Anvers.
Acceffit. M. Guillaume - Ambroife Bertin,
de Lanctot , près de Bolbec , en Caux.
Architecture.
Le fujet du prix de compofition cette
année étoit , dans un terrein donné le
long d'une rivière , de conftruire une manufacture
ou fabrique de toile ou paſſementerie
comme celles de Rouen , le logement
de l'Entrepreneur , les atteliers néceffaires
, & c. On a demandé un plan généY62
MERCURE DE FRANCE.
ral du rez- de- chauffée, un autre du premier
étage , une coupe fimple , & une élevation
de la maifon , en préférant l'utile & le
folide à la magnificence.
Ce prix a été remporté par M. Louis-
Augufte Hardi, Maître Plâtrier de Rouen.
Grand Prix de la Claffe des Belles Lettres.
L'Académie avoit réſervé l'an paffé le
prix double de poéfie , dont le ſujet étoit
la délivrance de Salerne , & la fondation
du royaume de Sicile , qui fut la fuite de
cette expédition.
Dans les avis qu'elle crut devoir donner
aux auteurs , elle défigna fuffifamment
le Poëme qui a pour devife , funt hîc
etiam fua pramia laudi , & qui les années
précédentes avoit été envoyé fous celle de
credite pofteri. Comme cet ouvrage a toujours
été fort fupérieur à fes concurrens
par la poéfie de ftyle & l'harmonie des
vers , l'Académie n'a pas cru devoir différer
davantage une décifion qui fe fait attendre
depuis fi long- temps ; & elle l'a couronné
comme le meilleur de tous ceux qui
lui ont été préfentés. L'Auteur , qui s'eſt
depuis fait connoître , eft M. de la Harpe ,
célèbre par fa Tragédie de Warwick.
A l'égard du prix d'Hiftoire , dont le
JANVIER 1766. 163
fujet eft l'origine , la forme & les changemens
fucceffifs de l'Echiquier ou Parlement
ambulatoire de Normandie , & c .
quoique l'Académie n'eût annoncé ce
prix que pour le mois d'Août 1766 , quelques
Auteurs ont déja envoyé des ouvrages
, parmi lefquels un , fur- tout , qui a
pour devife , Magiftratus eft lex loquens
a mérité toute fon attention par fes favantes
recherches & la bonne méthode avec
laquelle il eft rédigé. L'Académie exhorte
l'Auteur à profiter du temps qui lui refte
pour donner à fon ouvrage toute la perfection
qu'il eft capable de lui procurer.
Il y auroit fur-tout quelques corrections a
faire , qu'elle le prie de ne point négliger.
Le Public voudra bien fe rappeller auffi ,
qu'outre ce prix , l'Académie en diftribuera
encore un double l'année prochaine 1766
à fa féance publique du premier Mercredi
d'Août.
Le fujer de ce prix donné par Monfeigneur
le Duc d'Harcourt , Gouverneur de
la Province & Protecteur de l'Académie ,
a été annoncé dès l'année dernière . Il s'agit
d'expofer quelles font les mines de
Normandie , tant métalliques que demimétalliques
& bitumineufes , & les avantages
qu'on pourroit tirer de leur exploi
tation .
164 MERCURE DE FRANCE.
+
Les ouvrages , francs de port & fous la
forme ordinaire , doivent être adreffés ,
avant le premier Juillet , à M. le Cat
Secrétaire Perpétuel de l'Académie pour
la partie des fciences , au lieu de Santé .
,
Ceux , pour la partie des Belles Lettres ,
à M. Maillet du Boullay , Secrétaire pour
cette partie , derrière l'Archevêché.
Monfieur le Cat lut enfuite l'éloge de
feu Monfeigneur le Maréchal de Luxembourg,
Gouverneur de Normandie & Protecteur
de l'Académie de Rouen .
Après quelques réflexions fur l'antiquité.
de la Maifon de Montmorency , fur la
multitude de héros qu'elle a produits , fur
l'attachement & le refpect de la nation
pour ce nom illuftre ; fentimens fi bien
mérités par le dévouement de ceux qui
Pont porté au fervice de la patrie : M. le
Cat entre en matière & fuit M. le Maréchal
de Luxembourg dernier mort , depuis
fes premières campagnès , fous la Régence ,
juſqu'à la guerre ddee où il eut l'hon- 1741 ,
neur d'être Aide - de- Camp du Roi dans les
glorieufes campagnes qui la terminèrent.
" C'eft une espèce de paradoxe , dit
M. le Cat , que la bravoure foit fi fami-
» lière à la nation la plus douce , la plus
» polie , la plus galante de l'Europe . Mais
» on le comprend aifément , lorfque l'on
39
JANVIER 1766. 165
و د
"
و د
» réfléchit qu'un tempérament de feu ,
» un fentiment vif de point d'honneur ,
» font auffi naturels aux François que l'ur-
» banité . Ce dernier fentiment eft en effet
» fi vif dans la nation , que les guerriers
» même qui n'ont pas ce feu , ces paffions
ardentes , tiennent encore à cet
» amour délicat pour l'honneur , beaucoup
plus qu'à la vie . Par ce fentiment domi-
» nant , leur fang -froid devient dans les
" occafions meurtrières & chaudes , une
» intrépidité clairvoyante & fage , qui fait
une bravoure préférable , fans doute , au
moins pour un Général , à celle qui eft
» bouillante & plus active. Tel étoit le
» caractère de M. de Luxembourg.
ود
"
M. le Car fait enfuite le parallele des
talens de l'homme de cour & de ceux du
guerrier.
""
"
و د
Il y a beaucoup d'analogie , dit M. le
» Cat , entre les intrigues de cour & les
ftratagêmes de guerre. De part & d'au-
» tre une attention perpétuelle aux manoeu-
» vres des ennemis , un coup - d'oeil jufte
fur leurs deffeins , une indifcrétion impénétrable
fur nos propres vues , une
» activité infatigable à prévenir les uns &
» à exécuter les autres , font des moyens
affurés de fe procurer des triomphes ,
fur- tout fi la grandeur d'âme , l'équité,
وو
"
"9
166 MERCURE DE FRANCE .
ور
و د
'99
» la probité , la candeur , ofent être de la
» partie. Or ces qualités , fi rares à la
Cour , compofoient très- réellement tout
» le fond du perfonnage que faifoit auprès
du Roi M. de Luxembourg , & lui
» méritèrent de fon Maître toutes les dif-
» tinctions dont il jouiffoit , & au- deffus
defquelles il mettoit l'affection particu-
» lière dont le Roi l'honoroit. Il avoit
acquis auprès de ce Prince toute la familiarité
qui peut être permife à un fujet
» avec fon Souverain , & qu'une grande
circonfpection ne pouvoit rendre que
plus fûre & plus durable . Cette fageffe
» ne lui coûtoit rien , elle venoit en lui
» d'une modeftie fincère & vraie qu'il
» tenoit de la nature même » .
"
59
"
"
DJ
M. de Luxembourg étoit univerfellement
eftimé , refpecté , aimé. Cette réputation
flatteufe , fans laquelle la gloire même n'a
rien de defirable , étoit le fruit de fa bienfaifance
, de fon exactitude fcrupuleufe à
fes devoirs , de fon attention à plaire , de
fa douceur inaltérable ; il jouit jufques
dans fes derniers momens du fpectacle
touchant des fentimens publics. Pendant
une vingtaine de jours qui précédèrent
les derniers de fa vie , il fe fit porter dans
un fallon de fon jardin , qui donne ſur le
Boulevard. « Dès qu'on l'apperçut on le
JANVIER 1766. 167
و د
ود
"3
» crut convalefcent , & il s'y fit un con-
» cours de peuple & de voitures , accompagné
des témoignages les plus vifs de
l'allégreffe que caufoit au Public cet
efpoir , tout trompeur qu'il étoit. Cette
» fcène attendriffante fut renouvellée au-
» tant de fois qu'il put être porté à ce
» fallon , & elle fut plus attendriffante
» encore par les gémiffemens & les pleurs
lorfqu'on ne le vit plus & qu'on appris
» fa mort , arrivée le 18 Mai 1764 , dans
» fa foixante- deuxième année » .
ود
M. du Boullay lut enfuite l'éloge de
MM. Paul & Michel- Ange Slodtz, frères ,
Sculpteurs , Affociés de l'Académie , &
Membres de l'Académie Royale de Peinture
& Sculpture de Paris. Ils avoient un
autre frère, Antoine- René- Sébastien Slodtz,
auffi très-habile Sculpteur , mort en 1754.
Trois frères , dit M. du Boullay , fils
d'un Artiſte juftement célèbre , parvenus
tous trois dans le même art à une réputation
fupérieure , plus eftimables encore
par cette concorde inaltérable qui leur
fit mettre en commun , jufqu'à la fin de
leur vie , toutes les espèces de biens , font
un fpectacle auffi intéreffant pour les âmes
fenfibles , que pour les amateurs des talens.
L'Académie fit l'éloge de l'aîné quelque
temps après fa mort. Le fecond , fort
-168 MERCURE DE FRANCE.
connu dans la Capitale du Royaume par
les embelliffemens qu'il a faits à plufieurs
églifes , notamment à Saint Méri , ne l'eft
pas moins dans celle de cette province , par
les monumens qu'il y a exécutés . C'eſt de
lui que font les figures du méridien de la
Bourſe , la ſtatuë de la Pucelle d'Orléans ,
les deux anges adorateurs du choeur de
l'églife de Saint Ouen .
Le troifième furpafla encore fes frères ,
& mérita , dans Rome même , le nom de
Michel- Ange. Il obtint la préférence du
choix pour une ftatue dans l'églife de Saint
Pierre ; diftinction qui n'a jamais été accordée
à d'autres étrangers que lui , au
célèbre le Gros , auffi François , & à François
du Quefnoy , Flamand .
و د
cr
Ce fut en cette occafion qu'il com-
» mença à déployer fes talens pour l'expref-
» fion , cette partie des beaux arts , qui en
» eft , à proprement parler , la poéfie , &
qui , par cette raiſon , eft fi chère aux
hommes de génie , & fi élevée au - deffus
» de la portée des hommes médiocres » .
و د
"
Dans un tombeau qu'il exécuta enſuite ,
il perfonnifia l'Immortalité & la rendit reconnoiffable
, bien plus par le caractère
fublime de la figure , que par les fymboles
qui l'accompagnent . Pour réalifer ainfi cet
objet de l'efperance & de la confolation
des
JANVIER 1766. 169
des grands hommes , il falloit être foimême
embrafé de ce fea divin qui furvit
à la foible humanité , & qui , tranfmis par
les ouvrages qu'il a infpirés , va fufciter ,
dans la longue fuite des fiècles , des diſciples
aux beaux arts , & des adorateurs à la
vertu .
L'amitié & l'amour de la patrie rappellèrent
M. Slodiz en France. Sa gloire l'y
avoit précédé. Deux buftes qu'il envoya
de Rome à Lyon , & qui repréſentent
Iphigénie & Chalchas , compofent une ſcène
digne de Racine , & qui femble traitée par
le génie qui l'anima. Ce font , au témoignage
de ceux qui ont le droit d'en juger ,
deux des plus précieux ouvrages qu'on
connoille en fculpture.
Cependant il étoit dans fa deftinée de
rencontrer d'abord des obftacles , & de ne
les furmonter qu'à force de mérite . Il fut
reçu froidement par ceux qui préfidoient
aux arts. L'amitié & la vertu le foutinrent .
Il vint partager avec fes frères le tréfor
d'études & de connoiffances qu'il avoit
amaffé en Italie ; & le Public s'apperçut
bientôt de cette riche contribution au fond
de la fociété fraternelle .
Un modèle confacré à l'amitié , cette
Déelle bienfaifante , qu'il étoit fi digne
de connoître & de faire adorer , lui ouvris
Vol. II. H
170 MERCURE DE FRANCE.
l'entrée de l'Académie de Peinture & de
Sculpture. Pour prix de cet hommage elle
lui mérita celle de tous fes confrères. Il fe
fit une révolution dans le goût : tous les
grands artiftes fe rangèrent de fon côté ; &
le vrai beau , regardé dabord comme trop
auftère , s'attira des applaudiffemens univerfels.
Le maufolée du Curé de Saint Sulpice
, la décoration du choeur de la Cathédrale
d'Amiens , quantité d'autres ouvrages
trop longs à citer , tant pour le Roi que
pour le public & les particuliers , lui affurent
une gloire immortelle , & l'un des
premiers rangs parmi nos Sculpteurs François.
Il étoit auffi excellent Architecte , & il
eut fouvent occafion d'exercer ce talent
dans fa place de Deflinateur du Cabinet
du Roi. Il donnoit aux décorations momentanées
, qu'il deftinoit aux cérémonies
publiques , toute la nobleffe & la correction
qu'auroient exigé les monumens les
plus durables. Les deffeins , qui en ont
été confervés avec foin , feront un jour
des fources précieufes pour notre architecture
fi , jamais raffafiés de ce tuxe privé
qui concentre les hommes dans leur exiftence
paffagere , & qui énerve le génie
nous pouvions nous élever à la magnificence
publique , qui attache les citoyens
JANVIER 1766. 171
à la patrie , & conduit feule les arts à la
perfection & l'immortalité .
Malgré fes fuccès , il eut encore occafion
d'éprouver ces chagrins & ces contradictions
, qui trop fouvent troublent la vie
des grands hommes & compenfent leur
gloire par la perte de leur repos . Le Roi
de Pruffe voulut l'attirer dans fes Etats :
M. Slodtz le refufa ; l'amitié & la vertu ,
qui avoient toujours été pour lui les premiers
des biens , ne lui parurent pas trop
payées par la modération & par la patience.
Peu de temps après il fut attaqué de la
maladie dont il mourut ; c'étoit la même
qui avoit enlevé fes frères : nouveau trait
'attendriffant de reffemblance entre ces
trois hommes , qui avoient puifé , dans la
même fource , les mêmes talens , les mêmes.
vertus , la même portion des maux attachés
à la condition humaine.
le
Cet éloge fut terminé par une infcription
en ftyle lapidaire à la mémoire des
trois frères , qui , réunis par la nature ,
furent encore davantage par l'amitié , la
vertu & la gloire.
M. l'Abbé Yart lut enfuite une ode
intitulée , les Académies , & qu'il doit
donner en entier , d'autant plus que ces
fortes d'ouvrages font peu fufceptibles
d'extraits.
Hij
172
MERCURE DE FRANCE.
M. Dornay lut un mémoire intitulé ,
Obfervations fur les moyens de rendre les
voyages utiles. Cet ouvrage a trois parties ;
dans la première il examine cette utilité
relativement aux voyageurs mêmes ; dans
la feconde , relativement à la patrie ; dans
la troisième , relativement à l'humanité en
général. La première de ces trois parties
fut feule luë à la féance .
M. Dornay remarqua d'abord que prefque
tous les Auteurs qui ont traité ce fujet
fe font arrêtés à prefcrire aux voyageurs
les précautions qu'il falloit prendre & les
règles qu'il falloit fuivre pendant les voyages
; mais ils ont trop négligé de leur recommander
les précautions , fans lefquelles
les voyages mêmes ne peuvent être ni
agréables ni utiles. L'une des plus effentielles
eft d'acquérir les connoiffances néceffaires
pour voyager avec agrément &
avec fruit. Lorfque les voyageurs ne fe
propofent que leur utilité particulière , il
faut que leurs connoiffances foient étendues
, mais elles peuvent être un peu fuperficielles
; à mesure que l'utilité de leur
entreprise devient plus générale , leurs
études doivent fe concentrer davantage &
acquerir de la profondeur . Enfin les génies
fupérieurs, qui travaillent pour l'humanité ,
doivent s'attacher à un objet unique , & le
JANVIER 1766 . 173
fuivre jufques dans les dernières ramifications
qui échappent aux yeux vulgaires.
Pour prouver que la multiplicité des
connoiffances eft fort néceffaire aux voyageurs
même de la première claffe , & pour
fauver en même temps la féchereffe des
préceptes , M. Dornay fit le parallèle des
deux voyageurs , dont l'un s'eft appliqué à
acquérir une teinture raisonnable de deffein
, d'architecture , de belles lettres , d'hiftoire
, d'antiquités , de phyfique , d'hiftoire
naturelle , de mathématiques , tandis que
l'autre a négligé ces connoiffances , & ne
voyage que pour changer de place. Il les
repréfente dans les différentes pofitions où
fe trouvent le plus ordinairement les voyageurs
ce qui donne lieu à des defcriptions
agréables & variées. Tout eft pour le premier
voyageur un objet de plaifir , d'intérêt
, d'inftruction ; tandis que l'autre
humilié à chaque inftant par le fentiment
de fon infuffifance , n'éprouve que du
dégoût , ne fent de plaifir que par le changement
rapide d'objets , & n'eft point en
état de tirer du fpectacle de la diverfité
des productions , des moeurs , des ufages ,
des caractères , des loix , la première &
la plus importante des utilités , celle de
revenir chez foi plus éclairé , meilleur &
plus heureux . Car , comme l'ajoute M.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
Dornay, à quoi ferviroient & les études
& les voyages , s'ils ne nous donnoient
des
moyens pour mieux nous conduire
dans le grand voyage de la vie ?
M. du Boullay lut , pour M. l'Abbé
Fontaine , une traduction littérale & en
ftrophes régulières de la première pythyque
de Pyndare , dont le fujet eft Hieron
vainqueur à la courfe des chars.
Tout le monde connoît l'extrême diffi
culté de traduire littéralement des poëmes
en vers , & que cette difficulté augmente
encore lorfque ces poëmes remontent à la
haute antiquité , parce que le temps , qui
change & qui détruir tout , amène une fi
grande différence dans les moeurs , les
ufages , le goût , la manière de penfer ,
qu'il n'eft prefque plus poffible de conferver
dans la copie que les principaux
traits de l'original. Mais de tous les Poëtes
anciens , il n'en eft peut- être pas de plus
intraduifible que Pindare , dont le génie
fougueux & impatient du frein , femble
au premier coup- d'oeil , ne marcher que
par bonds , & ne pas fuivre de route certaine.
Aucun Poëte d'ailleurs ne s'eft plus
attaché à préfenter à fes contemporains des
peintures tirées de leurs moeurs & de leur
théologie. Or ces peintures , malgré la
fierté de leur compofition & la vigueur
de leur coloris , ne peuvent pas intéreffer
JANVIER 1766. 175
la postérité autant que le fiècle même du
Poëte.
Cependant M. Fontaine , qui s'est déja
exercé dans ce genre par une traduction
du premier livre des odes d'Horace , qui
n'eft pas imprimée , & qui mériteroit de
l'être , n'a pas cru cette nouvelle entrepriſe
impoffible. Sans s'écarter du texte , qu'autant
que la diverfité du génie des deux
langues l'exige , il a trouvé le moyen de
donner à ceux qui n'entendent pas le grec
une idée de l'enthoufiafme lyrique qui
caractériſe Pindare . Nous ne pouvons citer
que quelques ftrophes.
Le Poëte s'adreffe à la lyre des Mufes
qui éteint la foudre dévorante qu'embrafent
des feux éternels.
DE Jupiter l'aigle eft fenfible ,
Sa noble fierté s'adoucit ,
Sous le fceptre du Dieu paisible
Ton charme vainqueur l'affoupit .
L'ombre dérobe à la lumière
Le bec recourbé de l'oiſeau ,
Une vapeur fombre eft le fceau
Qui clot fa pefante paupière .
Dominé par un doux tranſport ,
Il élève fon dos humide ,
Abaiffe fon aîle rapide ,
Enfle fon plumage & s'endort.
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
Les Dieux cédent à ta puiffance ,
Et Mars même , Mars indompté
Laiffe à tes fons tomber fa lance ;
Le coeur ému de volupté ,
Ceux que le Maître du tonnerre
Voulut priver de ſes faveurs ,
Et fur la mer & fur la terre
Redoutent le chant des neuf Soeurs.
Tel des Dieux l'ennemi barbare ,
Géant à cent têtes , Typhon ,
Couché dans le fond du tartare ,
Rugit dans fa triſte priſon.
Les monts de Cumes , de Sicile ,
Oppreffent le fein héritlé
De ce monftre , énorme reptile
Dans le fourd aby me enfoncé.
D'éternels frimats entourée ,
Colonne d'un ciel orageux ,
L'Ethna de redcutables feux
Vomit une fource facrée .
Dans le jour ces fleuves ardens
Qu'un feu fombre rougit , allume ,
Sortis d'un gouffre de bitume ,
Semblent d'impétueux torrens .
La nuit la famine étincelante
S'élance en tourbillons divers :
Des rochers la maffe brûlante
Coule à grand bruit au fein des mers
JANVIER 1766. 177
Parmi les torrens de fumée.
Typhon , ô prodige étonnant !
Repoutle une fource enflammée
Au fommet de l'Ethna tonnant .
De fon dos le Géant terrible
Soulève le mont embrafé :
L'Ethna , d'une fecouffe horrible ,
Terraffe le monftre écrasé .
A ces peintures fi énergiques ajoutons
quelques ftrophes morales , qui feront connoître
le génie de Pindare & le talent du
traducteur en différens genres. Le Poëte
s'adreffe à fon héros.
Que tes faits chantés fur la lyre
Soient toujours dignes d'Hieron ,
Et pour gouverner ton Empire ,
De l'équité prends le timon .
Ainfi qu'un inftrument fidèle ,
Métal fur l'enclume apprêté ,
Ta langue de la vérité
Doit porter l'en.preinte avec elle.
Ouvert fur vos vices fecrets ,
Rois , l'oeil jaloux les exagère :
Une faute n'eft point légère ,
Hieron , fi tu la commers .
Le renom confacre la vie
Des grands hommes qui ne font plus ;
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
Nous chériffons , malgré l'envie ,
La noble vertu de Créfus.
Phalaris , monftre qu'on détefte ,
Embrafe le taureau d'airain ,
Laiſſe aux fléaux du genre humain
Le poids d'une haine funefte .
D'honneurs fuperbes revêtu ,
Jouis d'une entière victoire :
Le fecond des biens eft la gloire ,
Et le premier eſt la vertu .
Jamais aucun philofophe n'établit une
aufli belle maxime que celle qui eft contenue
dans ces deux derniers vers.
M. de Couronne lut des Mémoires.
pour fervir à la vie de François du Quefnoy
, Sculpteur né à Bruxelles en 1592 .
Il s'attacha d'abord à éclaircir l'équivoque
cruelle qui l'a fait confondre avec
fon frère Jérôme du Quesnoy , auffi Sculpteur
habile , mais qui deshonora fes talens
par fes crimes , & fut brûlé à Gand
en 1654. François du Quefnoy ne fut
occupé toute fa vie que des travaux & des
recherches de fon art. « Il furpaffa dès fa
» première jeuneffe tous les Elèves de l'E-
» cole où il étudioit , & fes progrès euffent
été bien plus rapides fans l'avarice de fa
» mère , qui lui défendoit de travailler
» à la lumière , & le tout par efprit d'é-
ود
JANVIER 1766. 179
» conomie. Du Quefnoy , qui aimoit le
» travail , modela un vafe de terre , dans
» lequel il cachoit fa lampe lorfque fa
» mère venoit le ſurprendre.
ور
"
Amor omnia vincit.
» Ce feroit l'objet d'une queftion cu-
» rieufe & agréable que celle d'examiner
» s'il faut donner des entraves au defir
» que marquent certains enfans pour la
préférence de telle ou telle étude , &
» de chercher jufqu'à quel point , en ce
" cas , le génie peut s'alarmer lorfqu'il
» rencontre des obftacles
ور
L'Archiduc Albert , Gouverneur des
Pays -Bas , protégea du Quefnoy , l'envoya
à Rome & lui paya fa penfion ; mais cet
Artifte ne jouit pas long- temps de fon
bonheur. Il perdit fon Protecteur & fe vit
contraint , pour vivre , de travailler à divers
ouvrages en yvoire & en bois de la
plus mince valeur .
39
Lorfqu'on confidère le fort de ceux
» qui fe donnent à l'étude & aux arts ,
» on ne peut s'empêcher d'être étonné de
» voir combien la nature & la fortune oppofent
d'obſtacles à leurs efforts , avant
qu'ils puiffent arriver au point de mé-
» riter quelque confidération .. Que de.
difficultés, d'ennuis, de découragemens,
و د
و د
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
"
» même lorfqu'on eft dans l'état d'opu
» lence ; à plus forte raifon quand il faut
»pourvoir avec peine aux befoins de pre-
" mière néceffité » !
ور
Du Quefnoy fe tira de ce malheureux
état par une ftatuë en marbre , qui repréfente
Vénus , & qui le fit connoître
très avantageufement. Il devint l'ami intime
du célèbre Pouffin , notre compatriote.
L'amour des arts & celui de la
gloire furent les liens de cette amitié .
A force d'étudier les grands modèles
& fur- tout le Titien , du Quefnoy acquit
cette délicateffe fi précieufe de détails
qu'on remarque dans les enfans qu'il a
fculptés, & qui l'a rendu , jufqu'à ce jour,
fupérieur en ce genre , l'un des plus difficiles
de l'art ; " & en effet , comment
» imiter cette tendreffe dans les chairs ,
" cette molleffe dans les détails , ces nuan-
» ces de proportion , ces formes où rien
» n'eft prononcé , & où cependant tout fe
» prépare & s'apperçoit ? Combien d'ob-
»fervations enfuite , fi l'on veut exprimer
» cette agilité , cette prefteffe des mou-
>> vemens ce principe d'activité que les
» enfans ignorent être dans leur âme
quoiqu'ils annoncent , fans qu'ils le fa-
» chent , leur force naiffante ? Comment
faire appercevoir fur le marbre ce dé-
39
›
JANVIER 1766. 181
"
veloppement d'organes , qui chaque jour
" fe prépare & perce à travers les mou-
» vemens des différens jeux ?
و ر
ور
و ر » Il fit un Amour divin qui terraffe
» l'Amour profane ; tandis que d'un pied
» cet amour arrête l'effort de fon Adver-
»faire , & que d'une main il cherche à
» le réduire au filence , on apperçoit un
» Génie qui vient élever fur lui une bran-
» che de laurier pour prix de fa victoire
» immortelle ".
ود
ود
Du Quesnoy exécuta en marbre , pour
l'églife de Saint Pierre de Rome, la ftatuë
de Saint André , qui eft le monument le
plus durable de fa gloire . « Cet Apôtre a
ود
"
la tête droite , élevée , & le regard eft
» fixé vers le Ciel. Derrière lui on apper-
» çoit fa croix ; de fa droite il embraffe
» une des branches , tandis que fa main
gauche , qui eft ouverte & étendue
» marque bien l'expreflion du defir qu'il
a de mériter la palme du martyre. Le
» bras droit , qui fe porte , comme on vient
de le dire , fur un des troncs de fa croix ,
» découvre , à ce moyen , le nud du haut
» du corps ; mais le manteau , qui paffe
» derrière ce bras , revient fur l'autre épaule .
" On fent que cette draperie eft attachée
» fur une des branches , les plis en font
grands & d'une manière large : ils paffent
ود
ود
و د
182 MERCURE DE FRANCE .
23
"
ود
à mi-jambe , & vont tomber fur l'autre
» pied. On remarque en tout ceci une
grande intelligence. Ce manteau , ainſi
» jetté en arrière , & qui fe reploie fur
» lui- même , a donné occafion à l'Artifte
» de faire valoir les reffources de fon art..
» A ce moyen une grande portion de cette
draperie fe détache vers le côté droit &
» vient , en fe déployant fur le côté gauche ,
» former une belle maffe de plis amples
» & dont le trait eft favant. L'attitude de
l'Apôtre eft grande & noble ; quant aux
détails , les muſcles font prononcés tels
» qu'il convient à un homme qui a exercé
» le dur métier de Pêcheur , & qui com-
» mence à reffentir l'altération des années ;
» le vifage eft un peu maigre , le front élevé
» & chauve , la barbe négligée. Mais dans
» toute cette compofition règne une har-
» monie qui féduit , & l'oeil s'y repofe
» avec fatisfaction » .
33
">
Du Quefnoy, malgré fes talens , ne vécut
pas riche. Il étoit fur le point de venir en
France en qualité de Sculpteur du Roi
Louis XIII. Sa fanté fe dérangea , & , pour
comble d'horreur , on foupçonna Jérôme
du Quesnoy , fon indigne frère , de l'avoir
empoifonné. Il mourut à Livourne comme
il fe difpofoit à retourner en Flandre ,
le 12 Juillet 1643 .
JANVIER 1766. 183:
La féance fut terminée par la lecture du
poëme
couronné fur la délivrance de Salerne
& la fondation du Royaume de Sicile.
par M. de la Harpe.
Sciences Belles Lettres & Arts de
و
› ROUEN tenue dans la grand'falle de
l'Hôtel de Ville , le 7 Août 1765 .
MONSIEUR ONSIEUR
le Cat , Secrétaire
pour les
Sciences
, ouvrit la féance par l'extrait
des
travaux
de l'année
académique
dans fon
département
. Nous n'en pouvons
donner
que les titres.
la
Mémoire fur une efpèce particulière de
tranfpiration mielleufe , occafionnée par
piquure d'un puceron particulier , couvert
d'un duvet blanc ; par M. Neveu , Adjoint.
Mémoire fur les pieux , pilots & pilotis ,
leur nature , leur force , la manière de les
employer ; par M. Baronnet , Affocié de
l'Académie , & de celle des Sciences de
Paris.
Mémoire fur la chûte des corps , pour
perfectionner , s'il eft poffible , la théorie
de la defcente des graves ; par M. le Cat.
Obfervation d'une féve de haricot ,
trouvée dans le blanc d'un oeuf durci ; par
M. Pinard.
JANVIER 1766. 155
Mémoire fur la force de percuffion des
corps graves ; par M. Hubert , Adjoint.
Obfervations fur le chronomètre , &
fur les expériences faites pour conftater la
théorie de la gravité ; par M. Balliere.
Mémoire fur le même fujet ; par M.
Neveu , Adjoint.
Réponse aux Obfervations fur les expériences
de la chûte des corps ; par M. le
Cat. t
Mémoire fur la pouffée des voûtes ; par
M. Hubert , Adjoint.
Mémoire fur l'accélération du pendule ,
& la manière de la mefurer méchaniquement
; par le même.
Differtation fur la diffolubilité du mercure
dans le vinaigre diftillé ; par M. Chandelier
, Adjoint.
Obfervation d'une aurore boréale ; par
M. l'Abbé Jaquin , Correfpondant.
Obfervation qui prouve la fenfibilité
de la pie-mère ; envoyée par M. Beyer ,
Affocié étranger .
Réflexion fur la manière dont s'opère
la congellation des eaux courantes , à l'occafion
d'un Mémoire anonyme envoyé fur
cette matière . Ces rédexions font de M..
Neveu , Adjoint.
Plante
propre à être fubftituée
à la garence
, découverte
par M. Dambourney
,
G vi
156 MERCURE DE FRANCE .
Obfervation d'un garçon de dix- neuf
ans, ayant fix doigts aux pieds & aux mains ;
par M. le Cat.
Examen d'une préparation de mercure
précipité , décrite fous le nom de poudre
de vie , & qui mériteroit mieux celui de
poudre de mort ; par M. Chandelier
Adjoint.
Mémoire fur la culture & la greffe du
mûrier ; par M. Rondeau.
Obfervations qui prouvent décifivement
la réalité de la fuperfétation ; par M. Pilore,
Adjoint.
Le Secrétaire des Sciences proclama
enfuite les prix des Ecoles de fon département.
Savoir :
Prix d'Anatomie.
Premier. M. Blifs de Saint - Vandrille ,
le même qui l'an paffé remporta encore ce
prix , le troisième de Chirurgie , & le
quatrième de Botanique .
Second. M. de la Porterie , d'auprès de
Gifors , qui a remporté l'an paffé le même
prix , & il y a deux ans , le premier.
Troifième , M. Poulin.
Quatrième , refté de l'an paffé , M. Nicole
, de Rouen.
JANVIER 1766. 157
Prix de Chirurgie.
Premier. M. Blifs , déja nommé.
Second. M. Nicole , déja nommé.
Troisième. M. Scieaux , d'Evreux , qui
l'an paffé remporta le premier du même
genre.
Prix de Mathématiques .
Premier , fur les fections coniques. A
M. Faverel , de Lyon en Forets .
Un même prix réfervé de l'an paflé a
été donné à M. Aubert , de Rouen .
Second prix fur la Géométrie Elémentaire
, à M. Godefroy , de Dernetal .
Prix de Botanique .
Premier. M. le Carpentier , de Rouen.
Second. M. de la Porterie, déja nommé .
Prix d'accouchemens.
Premier. M. Nicole , de Rouen , déja
deux fois nommé.
Second. M. de la Porterie , déja nommé.
Grand Prix de la Claffe des Sciences.
Le fujet de ce prix remis de l'an paffé
158 MERCURE DE FRANCE.
étoit le méchanifme & les ufages de la
refpiration , & c.
Il a été unanimemenr adjugé par MM .
les Commiffaires au Mémoire n°. 3 , qui
a pour devife , te finè nil altun mens inchoat.
C'eft le Mémoire qui l'an paffé
avoit été jugé le meilleur , mais avec des
défauts qu'on a indiqués en général dans
les Journaux . L'Auteur , profitant de ces
avis , a fait de nouveaux efforts qui lui ont
mérité le prix que l'Académie lui accorde
aujourd'hui. Elle voit avec plaifir que la
célébrité de celui qu'elle couronne confirme
la jufteffe de fon jugement. M. David
, Maître-ès - Arts & en Chirurgie du
Collége de Paris , avoit fait , dès l'âge de
vingt- trois ans , un traité de la faignée ,
dont tous les Journaux ont fait l'éloge. Il
a remporté en 1762 le prix de l'Académie
de Harlem , & l'an paffé le prix double
de l'Académie de Chirurgie de Paris.
Senfible au nouvel honneur qu'il acquiert
par les fuffrages de celle de Rouen , il eſt
venu en jouir à l'affemblée publique , &
a reçu le prix des mains de M. le Directeur.
Le Mémoire qui a le plus approché de
celui no. 2 eft le n . 4 , qui a pour devife :
Sic rerum fumma novatur
n°.
Semper. Lucret, Lib . 1 , v. 74
JANVIER 1766. 159
L'Auteur eft M. Boulard , Chirurgien
interne de l'Hôtel Dieu de Rouen , lequel
a été célébré plufieurs fois dans ces féances
par les prix d'Anatomie & de Chirurgie
qu'on lui a adjugés , & dont celui de 1762
étoit accompagné de la note honorable
longè primus. On doit regarder cet acceffit
comme un des fruits de l'émulation que
ces féances & ces prix excitent dans nos
Ecoles.
M. Maillet du Boullay , Secrétaire des
Belles Lettres , rendit enfuite compte des
travaux de l'année dans fon département ,
dont nous ne pouvons pareillement donner
que les titres.
Les Amans malheureux ou le Comte
de Comminge , Drame envoyé à l'Académie
par M. Darnaud , Correfpondant.
Réflexions fur ce Drame , envoyées à
l'Auteur par M. du Boullay.
Lettre de M. Rouffeau de Genève , à
M. Balliere , fur fa théorie de la muſique.
Lettre de M. de Voltaire , à M. le Cat
fur fon traité du fluide des nerfs & de la
fenfibilité animale.
Mémoire pour la famille Calas , envoyé
à l'Académie par M. Elie de Beaumont ,
Correfpondant.
Differtation fur l'origine de l'Univerfité
de Paris , par M. l'Abbé des Houffayes.
160 MERCURE DE FRANCE.
Deux portraits , l'un en miniature
l'autre à l'huile ; préfentés par M Dupont.
Remerciement en vers de Madame du
Bocage , fur fa réception en qualité d'Affociée
libre .
Traité de Peinture , envoyé par M. Dandré
, Affocié.
Hiftoire de la Ville & Doyenné de
Montdidier ; par le Père Daire , Affocié.
Obfervations fur l'utilité des voyages ;
par M. Dornay : ouvrage divifé en trois
parties , dont la première feulement a été
lue à la féance .
Divers extraits pour la collection de
l'Académie ; par M. du Boullay.
Pocine didactique fur les avantages &
les règles des vers libres ; par M. Midy.
Eftampe repréfentant la vue de Rouen ,
prife du petit château , deffinée & gravée
M. Bacheley , aux frais de M. le Cat ,
& deftinée pour un ouvrage de cet Académicien
fur le climat particulier de cette
ville , les maladies qui y régnent , & c.
par
Prix de l'Ecole de Deffein.
Les Elèves s'étant trouvés trop foibles
cette année pour le prix de génie ou de
compofition en Peinture & en Sculpture ,
l'Académie n'a pas diftribué de médaille
JANVIER 1766.
d'or , qu'elle réſerve pour un autre temps."
Premier prix d'après nature. M. Jean-
Martin Paulet , Sculpteur de Rouen , qui
avoit remporté le premier prix d'après la
Boffe en 1763 .
Second. Jacques , Chef d'Hôtel de Beaulieu
, Peintre de Rouen.
Prix d'après la Boffe. Mlle Dorothée
Jacques , de Rouen , qui avoit mérité en
1762 un prix extraordinaire dans la claffe
du deffein,
Prix extraordinaire. M. François Affelin,
Peintre de Coutances.
Acceffit . Nicolas Jofeph Billot , de Leri ,
qui avoit remporté le prix de la Claffe de
Deffein en 1764.
Prix d'après le deffein . Mlle Marie-
Anne Thérèfe Van- Vergeloo , d'Anvers.
Acceffit. M. Guillaume - Ambroife Bertin,
de Lanctot , près de Bolbec , en Caux.
Architecture.
Le fujet du prix de compofition cette
année étoit , dans un terrein donné le
long d'une rivière , de conftruire une manufacture
ou fabrique de toile ou paſſementerie
comme celles de Rouen , le logement
de l'Entrepreneur , les atteliers néceffaires
, & c. On a demandé un plan généY62
MERCURE DE FRANCE.
ral du rez- de- chauffée, un autre du premier
étage , une coupe fimple , & une élevation
de la maifon , en préférant l'utile & le
folide à la magnificence.
Ce prix a été remporté par M. Louis-
Augufte Hardi, Maître Plâtrier de Rouen.
Grand Prix de la Claffe des Belles Lettres.
L'Académie avoit réſervé l'an paffé le
prix double de poéfie , dont le ſujet étoit
la délivrance de Salerne , & la fondation
du royaume de Sicile , qui fut la fuite de
cette expédition.
Dans les avis qu'elle crut devoir donner
aux auteurs , elle défigna fuffifamment
le Poëme qui a pour devife , funt hîc
etiam fua pramia laudi , & qui les années
précédentes avoit été envoyé fous celle de
credite pofteri. Comme cet ouvrage a toujours
été fort fupérieur à fes concurrens
par la poéfie de ftyle & l'harmonie des
vers , l'Académie n'a pas cru devoir différer
davantage une décifion qui fe fait attendre
depuis fi long- temps ; & elle l'a couronné
comme le meilleur de tous ceux qui
lui ont été préfentés. L'Auteur , qui s'eſt
depuis fait connoître , eft M. de la Harpe ,
célèbre par fa Tragédie de Warwick.
A l'égard du prix d'Hiftoire , dont le
JANVIER 1766. 163
fujet eft l'origine , la forme & les changemens
fucceffifs de l'Echiquier ou Parlement
ambulatoire de Normandie , & c .
quoique l'Académie n'eût annoncé ce
prix que pour le mois d'Août 1766 , quelques
Auteurs ont déja envoyé des ouvrages
, parmi lefquels un , fur- tout , qui a
pour devife , Magiftratus eft lex loquens
a mérité toute fon attention par fes favantes
recherches & la bonne méthode avec
laquelle il eft rédigé. L'Académie exhorte
l'Auteur à profiter du temps qui lui refte
pour donner à fon ouvrage toute la perfection
qu'il eft capable de lui procurer.
Il y auroit fur-tout quelques corrections a
faire , qu'elle le prie de ne point négliger.
Le Public voudra bien fe rappeller auffi ,
qu'outre ce prix , l'Académie en diftribuera
encore un double l'année prochaine 1766
à fa féance publique du premier Mercredi
d'Août.
Le fujer de ce prix donné par Monfeigneur
le Duc d'Harcourt , Gouverneur de
la Province & Protecteur de l'Académie ,
a été annoncé dès l'année dernière . Il s'agit
d'expofer quelles font les mines de
Normandie , tant métalliques que demimétalliques
& bitumineufes , & les avantages
qu'on pourroit tirer de leur exploi
tation .
164 MERCURE DE FRANCE.
+
Les ouvrages , francs de port & fous la
forme ordinaire , doivent être adreffés ,
avant le premier Juillet , à M. le Cat
Secrétaire Perpétuel de l'Académie pour
la partie des fciences , au lieu de Santé .
,
Ceux , pour la partie des Belles Lettres ,
à M. Maillet du Boullay , Secrétaire pour
cette partie , derrière l'Archevêché.
Monfieur le Cat lut enfuite l'éloge de
feu Monfeigneur le Maréchal de Luxembourg,
Gouverneur de Normandie & Protecteur
de l'Académie de Rouen .
Après quelques réflexions fur l'antiquité.
de la Maifon de Montmorency , fur la
multitude de héros qu'elle a produits , fur
l'attachement & le refpect de la nation
pour ce nom illuftre ; fentimens fi bien
mérités par le dévouement de ceux qui
Pont porté au fervice de la patrie : M. le
Cat entre en matière & fuit M. le Maréchal
de Luxembourg dernier mort , depuis
fes premières campagnès , fous la Régence ,
juſqu'à la guerre ddee où il eut l'hon- 1741 ,
neur d'être Aide - de- Camp du Roi dans les
glorieufes campagnes qui la terminèrent.
" C'eft une espèce de paradoxe , dit
M. le Cat , que la bravoure foit fi fami-
» lière à la nation la plus douce , la plus
» polie , la plus galante de l'Europe . Mais
» on le comprend aifément , lorfque l'on
39
JANVIER 1766. 165
و د
"
و د
» réfléchit qu'un tempérament de feu ,
» un fentiment vif de point d'honneur ,
» font auffi naturels aux François que l'ur-
» banité . Ce dernier fentiment eft en effet
» fi vif dans la nation , que les guerriers
» même qui n'ont pas ce feu , ces paffions
ardentes , tiennent encore à cet
» amour délicat pour l'honneur , beaucoup
plus qu'à la vie . Par ce fentiment domi-
» nant , leur fang -froid devient dans les
" occafions meurtrières & chaudes , une
» intrépidité clairvoyante & fage , qui fait
une bravoure préférable , fans doute , au
moins pour un Général , à celle qui eft
» bouillante & plus active. Tel étoit le
» caractère de M. de Luxembourg.
ود
"
M. le Car fait enfuite le parallele des
talens de l'homme de cour & de ceux du
guerrier.
""
"
و د
Il y a beaucoup d'analogie , dit M. le
» Cat , entre les intrigues de cour & les
ftratagêmes de guerre. De part & d'au-
» tre une attention perpétuelle aux manoeu-
» vres des ennemis , un coup - d'oeil jufte
fur leurs deffeins , une indifcrétion impénétrable
fur nos propres vues , une
» activité infatigable à prévenir les uns &
» à exécuter les autres , font des moyens
affurés de fe procurer des triomphes ,
fur- tout fi la grandeur d'âme , l'équité,
وو
"
"9
166 MERCURE DE FRANCE .
ور
و د
'99
» la probité , la candeur , ofent être de la
» partie. Or ces qualités , fi rares à la
Cour , compofoient très- réellement tout
» le fond du perfonnage que faifoit auprès
du Roi M. de Luxembourg , & lui
» méritèrent de fon Maître toutes les dif-
» tinctions dont il jouiffoit , & au- deffus
defquelles il mettoit l'affection particu-
» lière dont le Roi l'honoroit. Il avoit
acquis auprès de ce Prince toute la familiarité
qui peut être permife à un fujet
» avec fon Souverain , & qu'une grande
circonfpection ne pouvoit rendre que
plus fûre & plus durable . Cette fageffe
» ne lui coûtoit rien , elle venoit en lui
» d'une modeftie fincère & vraie qu'il
» tenoit de la nature même » .
"
59
"
"
DJ
M. de Luxembourg étoit univerfellement
eftimé , refpecté , aimé. Cette réputation
flatteufe , fans laquelle la gloire même n'a
rien de defirable , étoit le fruit de fa bienfaifance
, de fon exactitude fcrupuleufe à
fes devoirs , de fon attention à plaire , de
fa douceur inaltérable ; il jouit jufques
dans fes derniers momens du fpectacle
touchant des fentimens publics. Pendant
une vingtaine de jours qui précédèrent
les derniers de fa vie , il fe fit porter dans
un fallon de fon jardin , qui donne ſur le
Boulevard. « Dès qu'on l'apperçut on le
JANVIER 1766. 167
و د
ود
"3
» crut convalefcent , & il s'y fit un con-
» cours de peuple & de voitures , accompagné
des témoignages les plus vifs de
l'allégreffe que caufoit au Public cet
efpoir , tout trompeur qu'il étoit. Cette
» fcène attendriffante fut renouvellée au-
» tant de fois qu'il put être porté à ce
» fallon , & elle fut plus attendriffante
» encore par les gémiffemens & les pleurs
lorfqu'on ne le vit plus & qu'on appris
» fa mort , arrivée le 18 Mai 1764 , dans
» fa foixante- deuxième année » .
ود
M. du Boullay lut enfuite l'éloge de
MM. Paul & Michel- Ange Slodtz, frères ,
Sculpteurs , Affociés de l'Académie , &
Membres de l'Académie Royale de Peinture
& Sculpture de Paris. Ils avoient un
autre frère, Antoine- René- Sébastien Slodtz,
auffi très-habile Sculpteur , mort en 1754.
Trois frères , dit M. du Boullay , fils
d'un Artiſte juftement célèbre , parvenus
tous trois dans le même art à une réputation
fupérieure , plus eftimables encore
par cette concorde inaltérable qui leur
fit mettre en commun , jufqu'à la fin de
leur vie , toutes les espèces de biens , font
un fpectacle auffi intéreffant pour les âmes
fenfibles , que pour les amateurs des talens.
L'Académie fit l'éloge de l'aîné quelque
temps après fa mort. Le fecond , fort
-168 MERCURE DE FRANCE.
connu dans la Capitale du Royaume par
les embelliffemens qu'il a faits à plufieurs
églifes , notamment à Saint Méri , ne l'eft
pas moins dans celle de cette province , par
les monumens qu'il y a exécutés . C'eſt de
lui que font les figures du méridien de la
Bourſe , la ſtatuë de la Pucelle d'Orléans ,
les deux anges adorateurs du choeur de
l'églife de Saint Ouen .
Le troifième furpafla encore fes frères ,
& mérita , dans Rome même , le nom de
Michel- Ange. Il obtint la préférence du
choix pour une ftatue dans l'églife de Saint
Pierre ; diftinction qui n'a jamais été accordée
à d'autres étrangers que lui , au
célèbre le Gros , auffi François , & à François
du Quefnoy , Flamand .
و د
cr
Ce fut en cette occafion qu'il com-
» mença à déployer fes talens pour l'expref-
» fion , cette partie des beaux arts , qui en
» eft , à proprement parler , la poéfie , &
qui , par cette raiſon , eft fi chère aux
hommes de génie , & fi élevée au - deffus
» de la portée des hommes médiocres » .
و د
"
Dans un tombeau qu'il exécuta enſuite ,
il perfonnifia l'Immortalité & la rendit reconnoiffable
, bien plus par le caractère
fublime de la figure , que par les fymboles
qui l'accompagnent . Pour réalifer ainfi cet
objet de l'efperance & de la confolation
des
JANVIER 1766. 169
des grands hommes , il falloit être foimême
embrafé de ce fea divin qui furvit
à la foible humanité , & qui , tranfmis par
les ouvrages qu'il a infpirés , va fufciter ,
dans la longue fuite des fiècles , des diſciples
aux beaux arts , & des adorateurs à la
vertu .
L'amitié & l'amour de la patrie rappellèrent
M. Slodiz en France. Sa gloire l'y
avoit précédé. Deux buftes qu'il envoya
de Rome à Lyon , & qui repréſentent
Iphigénie & Chalchas , compofent une ſcène
digne de Racine , & qui femble traitée par
le génie qui l'anima. Ce font , au témoignage
de ceux qui ont le droit d'en juger ,
deux des plus précieux ouvrages qu'on
connoille en fculpture.
Cependant il étoit dans fa deftinée de
rencontrer d'abord des obftacles , & de ne
les furmonter qu'à force de mérite . Il fut
reçu froidement par ceux qui préfidoient
aux arts. L'amitié & la vertu le foutinrent .
Il vint partager avec fes frères le tréfor
d'études & de connoiffances qu'il avoit
amaffé en Italie ; & le Public s'apperçut
bientôt de cette riche contribution au fond
de la fociété fraternelle .
Un modèle confacré à l'amitié , cette
Déelle bienfaifante , qu'il étoit fi digne
de connoître & de faire adorer , lui ouvris
Vol. II. H
170 MERCURE DE FRANCE.
l'entrée de l'Académie de Peinture & de
Sculpture. Pour prix de cet hommage elle
lui mérita celle de tous fes confrères. Il fe
fit une révolution dans le goût : tous les
grands artiftes fe rangèrent de fon côté ; &
le vrai beau , regardé dabord comme trop
auftère , s'attira des applaudiffemens univerfels.
Le maufolée du Curé de Saint Sulpice
, la décoration du choeur de la Cathédrale
d'Amiens , quantité d'autres ouvrages
trop longs à citer , tant pour le Roi que
pour le public & les particuliers , lui affurent
une gloire immortelle , & l'un des
premiers rangs parmi nos Sculpteurs François.
Il étoit auffi excellent Architecte , & il
eut fouvent occafion d'exercer ce talent
dans fa place de Deflinateur du Cabinet
du Roi. Il donnoit aux décorations momentanées
, qu'il deftinoit aux cérémonies
publiques , toute la nobleffe & la correction
qu'auroient exigé les monumens les
plus durables. Les deffeins , qui en ont
été confervés avec foin , feront un jour
des fources précieufes pour notre architecture
fi , jamais raffafiés de ce tuxe privé
qui concentre les hommes dans leur exiftence
paffagere , & qui énerve le génie
nous pouvions nous élever à la magnificence
publique , qui attache les citoyens
JANVIER 1766. 171
à la patrie , & conduit feule les arts à la
perfection & l'immortalité .
Malgré fes fuccès , il eut encore occafion
d'éprouver ces chagrins & ces contradictions
, qui trop fouvent troublent la vie
des grands hommes & compenfent leur
gloire par la perte de leur repos . Le Roi
de Pruffe voulut l'attirer dans fes Etats :
M. Slodtz le refufa ; l'amitié & la vertu ,
qui avoient toujours été pour lui les premiers
des biens , ne lui parurent pas trop
payées par la modération & par la patience.
Peu de temps après il fut attaqué de la
maladie dont il mourut ; c'étoit la même
qui avoit enlevé fes frères : nouveau trait
'attendriffant de reffemblance entre ces
trois hommes , qui avoient puifé , dans la
même fource , les mêmes talens , les mêmes.
vertus , la même portion des maux attachés
à la condition humaine.
le
Cet éloge fut terminé par une infcription
en ftyle lapidaire à la mémoire des
trois frères , qui , réunis par la nature ,
furent encore davantage par l'amitié , la
vertu & la gloire.
M. l'Abbé Yart lut enfuite une ode
intitulée , les Académies , & qu'il doit
donner en entier , d'autant plus que ces
fortes d'ouvrages font peu fufceptibles
d'extraits.
Hij
172
MERCURE DE FRANCE.
M. Dornay lut un mémoire intitulé ,
Obfervations fur les moyens de rendre les
voyages utiles. Cet ouvrage a trois parties ;
dans la première il examine cette utilité
relativement aux voyageurs mêmes ; dans
la feconde , relativement à la patrie ; dans
la troisième , relativement à l'humanité en
général. La première de ces trois parties
fut feule luë à la féance .
M. Dornay remarqua d'abord que prefque
tous les Auteurs qui ont traité ce fujet
fe font arrêtés à prefcrire aux voyageurs
les précautions qu'il falloit prendre & les
règles qu'il falloit fuivre pendant les voyages
; mais ils ont trop négligé de leur recommander
les précautions , fans lefquelles
les voyages mêmes ne peuvent être ni
agréables ni utiles. L'une des plus effentielles
eft d'acquérir les connoiffances néceffaires
pour voyager avec agrément &
avec fruit. Lorfque les voyageurs ne fe
propofent que leur utilité particulière , il
faut que leurs connoiffances foient étendues
, mais elles peuvent être un peu fuperficielles
; à mesure que l'utilité de leur
entreprise devient plus générale , leurs
études doivent fe concentrer davantage &
acquerir de la profondeur . Enfin les génies
fupérieurs, qui travaillent pour l'humanité ,
doivent s'attacher à un objet unique , & le
JANVIER 1766 . 173
fuivre jufques dans les dernières ramifications
qui échappent aux yeux vulgaires.
Pour prouver que la multiplicité des
connoiffances eft fort néceffaire aux voyageurs
même de la première claffe , & pour
fauver en même temps la féchereffe des
préceptes , M. Dornay fit le parallèle des
deux voyageurs , dont l'un s'eft appliqué à
acquérir une teinture raisonnable de deffein
, d'architecture , de belles lettres , d'hiftoire
, d'antiquités , de phyfique , d'hiftoire
naturelle , de mathématiques , tandis que
l'autre a négligé ces connoiffances , & ne
voyage que pour changer de place. Il les
repréfente dans les différentes pofitions où
fe trouvent le plus ordinairement les voyageurs
ce qui donne lieu à des defcriptions
agréables & variées. Tout eft pour le premier
voyageur un objet de plaifir , d'intérêt
, d'inftruction ; tandis que l'autre
humilié à chaque inftant par le fentiment
de fon infuffifance , n'éprouve que du
dégoût , ne fent de plaifir que par le changement
rapide d'objets , & n'eft point en
état de tirer du fpectacle de la diverfité
des productions , des moeurs , des ufages ,
des caractères , des loix , la première &
la plus importante des utilités , celle de
revenir chez foi plus éclairé , meilleur &
plus heureux . Car , comme l'ajoute M.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
Dornay, à quoi ferviroient & les études
& les voyages , s'ils ne nous donnoient
des
moyens pour mieux nous conduire
dans le grand voyage de la vie ?
M. du Boullay lut , pour M. l'Abbé
Fontaine , une traduction littérale & en
ftrophes régulières de la première pythyque
de Pyndare , dont le fujet eft Hieron
vainqueur à la courfe des chars.
Tout le monde connoît l'extrême diffi
culté de traduire littéralement des poëmes
en vers , & que cette difficulté augmente
encore lorfque ces poëmes remontent à la
haute antiquité , parce que le temps , qui
change & qui détruir tout , amène une fi
grande différence dans les moeurs , les
ufages , le goût , la manière de penfer ,
qu'il n'eft prefque plus poffible de conferver
dans la copie que les principaux
traits de l'original. Mais de tous les Poëtes
anciens , il n'en eft peut- être pas de plus
intraduifible que Pindare , dont le génie
fougueux & impatient du frein , femble
au premier coup- d'oeil , ne marcher que
par bonds , & ne pas fuivre de route certaine.
Aucun Poëte d'ailleurs ne s'eft plus
attaché à préfenter à fes contemporains des
peintures tirées de leurs moeurs & de leur
théologie. Or ces peintures , malgré la
fierté de leur compofition & la vigueur
de leur coloris , ne peuvent pas intéreffer
JANVIER 1766. 175
la postérité autant que le fiècle même du
Poëte.
Cependant M. Fontaine , qui s'est déja
exercé dans ce genre par une traduction
du premier livre des odes d'Horace , qui
n'eft pas imprimée , & qui mériteroit de
l'être , n'a pas cru cette nouvelle entrepriſe
impoffible. Sans s'écarter du texte , qu'autant
que la diverfité du génie des deux
langues l'exige , il a trouvé le moyen de
donner à ceux qui n'entendent pas le grec
une idée de l'enthoufiafme lyrique qui
caractériſe Pindare . Nous ne pouvons citer
que quelques ftrophes.
Le Poëte s'adreffe à la lyre des Mufes
qui éteint la foudre dévorante qu'embrafent
des feux éternels.
DE Jupiter l'aigle eft fenfible ,
Sa noble fierté s'adoucit ,
Sous le fceptre du Dieu paisible
Ton charme vainqueur l'affoupit .
L'ombre dérobe à la lumière
Le bec recourbé de l'oiſeau ,
Une vapeur fombre eft le fceau
Qui clot fa pefante paupière .
Dominé par un doux tranſport ,
Il élève fon dos humide ,
Abaiffe fon aîle rapide ,
Enfle fon plumage & s'endort.
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
Les Dieux cédent à ta puiffance ,
Et Mars même , Mars indompté
Laiffe à tes fons tomber fa lance ;
Le coeur ému de volupté ,
Ceux que le Maître du tonnerre
Voulut priver de ſes faveurs ,
Et fur la mer & fur la terre
Redoutent le chant des neuf Soeurs.
Tel des Dieux l'ennemi barbare ,
Géant à cent têtes , Typhon ,
Couché dans le fond du tartare ,
Rugit dans fa triſte priſon.
Les monts de Cumes , de Sicile ,
Oppreffent le fein héritlé
De ce monftre , énorme reptile
Dans le fourd aby me enfoncé.
D'éternels frimats entourée ,
Colonne d'un ciel orageux ,
L'Ethna de redcutables feux
Vomit une fource facrée .
Dans le jour ces fleuves ardens
Qu'un feu fombre rougit , allume ,
Sortis d'un gouffre de bitume ,
Semblent d'impétueux torrens .
La nuit la famine étincelante
S'élance en tourbillons divers :
Des rochers la maffe brûlante
Coule à grand bruit au fein des mers
JANVIER 1766. 177
Parmi les torrens de fumée.
Typhon , ô prodige étonnant !
Repoutle une fource enflammée
Au fommet de l'Ethna tonnant .
De fon dos le Géant terrible
Soulève le mont embrafé :
L'Ethna , d'une fecouffe horrible ,
Terraffe le monftre écrasé .
A ces peintures fi énergiques ajoutons
quelques ftrophes morales , qui feront connoître
le génie de Pindare & le talent du
traducteur en différens genres. Le Poëte
s'adreffe à fon héros.
Que tes faits chantés fur la lyre
Soient toujours dignes d'Hieron ,
Et pour gouverner ton Empire ,
De l'équité prends le timon .
Ainfi qu'un inftrument fidèle ,
Métal fur l'enclume apprêté ,
Ta langue de la vérité
Doit porter l'en.preinte avec elle.
Ouvert fur vos vices fecrets ,
Rois , l'oeil jaloux les exagère :
Une faute n'eft point légère ,
Hieron , fi tu la commers .
Le renom confacre la vie
Des grands hommes qui ne font plus ;
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
Nous chériffons , malgré l'envie ,
La noble vertu de Créfus.
Phalaris , monftre qu'on détefte ,
Embrafe le taureau d'airain ,
Laiſſe aux fléaux du genre humain
Le poids d'une haine funefte .
D'honneurs fuperbes revêtu ,
Jouis d'une entière victoire :
Le fecond des biens eft la gloire ,
Et le premier eſt la vertu .
Jamais aucun philofophe n'établit une
aufli belle maxime que celle qui eft contenue
dans ces deux derniers vers.
M. de Couronne lut des Mémoires.
pour fervir à la vie de François du Quefnoy
, Sculpteur né à Bruxelles en 1592 .
Il s'attacha d'abord à éclaircir l'équivoque
cruelle qui l'a fait confondre avec
fon frère Jérôme du Quesnoy , auffi Sculpteur
habile , mais qui deshonora fes talens
par fes crimes , & fut brûlé à Gand
en 1654. François du Quefnoy ne fut
occupé toute fa vie que des travaux & des
recherches de fon art. « Il furpaffa dès fa
» première jeuneffe tous les Elèves de l'E-
» cole où il étudioit , & fes progrès euffent
été bien plus rapides fans l'avarice de fa
» mère , qui lui défendoit de travailler
» à la lumière , & le tout par efprit d'é-
ود
JANVIER 1766. 179
» conomie. Du Quefnoy , qui aimoit le
» travail , modela un vafe de terre , dans
» lequel il cachoit fa lampe lorfque fa
» mère venoit le ſurprendre.
ور
"
Amor omnia vincit.
» Ce feroit l'objet d'une queftion cu-
» rieufe & agréable que celle d'examiner
» s'il faut donner des entraves au defir
» que marquent certains enfans pour la
préférence de telle ou telle étude , &
» de chercher jufqu'à quel point , en ce
" cas , le génie peut s'alarmer lorfqu'il
» rencontre des obftacles
ور
L'Archiduc Albert , Gouverneur des
Pays -Bas , protégea du Quefnoy , l'envoya
à Rome & lui paya fa penfion ; mais cet
Artifte ne jouit pas long- temps de fon
bonheur. Il perdit fon Protecteur & fe vit
contraint , pour vivre , de travailler à divers
ouvrages en yvoire & en bois de la
plus mince valeur .
39
Lorfqu'on confidère le fort de ceux
» qui fe donnent à l'étude & aux arts ,
» on ne peut s'empêcher d'être étonné de
» voir combien la nature & la fortune oppofent
d'obſtacles à leurs efforts , avant
qu'ils puiffent arriver au point de mé-
» riter quelque confidération .. Que de.
difficultés, d'ennuis, de découragemens,
و د
و د
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
"
» même lorfqu'on eft dans l'état d'opu
» lence ; à plus forte raifon quand il faut
»pourvoir avec peine aux befoins de pre-
" mière néceffité » !
ور
Du Quefnoy fe tira de ce malheureux
état par une ftatuë en marbre , qui repréfente
Vénus , & qui le fit connoître
très avantageufement. Il devint l'ami intime
du célèbre Pouffin , notre compatriote.
L'amour des arts & celui de la
gloire furent les liens de cette amitié .
A force d'étudier les grands modèles
& fur- tout le Titien , du Quefnoy acquit
cette délicateffe fi précieufe de détails
qu'on remarque dans les enfans qu'il a
fculptés, & qui l'a rendu , jufqu'à ce jour,
fupérieur en ce genre , l'un des plus difficiles
de l'art ; " & en effet , comment
» imiter cette tendreffe dans les chairs ,
" cette molleffe dans les détails , ces nuan-
» ces de proportion , ces formes où rien
» n'eft prononcé , & où cependant tout fe
» prépare & s'apperçoit ? Combien d'ob-
»fervations enfuite , fi l'on veut exprimer
» cette agilité , cette prefteffe des mou-
>> vemens ce principe d'activité que les
» enfans ignorent être dans leur âme
quoiqu'ils annoncent , fans qu'ils le fa-
» chent , leur force naiffante ? Comment
faire appercevoir fur le marbre ce dé-
39
›
JANVIER 1766. 181
"
veloppement d'organes , qui chaque jour
" fe prépare & perce à travers les mou-
» vemens des différens jeux ?
و ر
ور
و ر » Il fit un Amour divin qui terraffe
» l'Amour profane ; tandis que d'un pied
» cet amour arrête l'effort de fon Adver-
»faire , & que d'une main il cherche à
» le réduire au filence , on apperçoit un
» Génie qui vient élever fur lui une bran-
» che de laurier pour prix de fa victoire
» immortelle ".
ود
ود
Du Quesnoy exécuta en marbre , pour
l'églife de Saint Pierre de Rome, la ftatuë
de Saint André , qui eft le monument le
plus durable de fa gloire . « Cet Apôtre a
ود
"
la tête droite , élevée , & le regard eft
» fixé vers le Ciel. Derrière lui on apper-
» çoit fa croix ; de fa droite il embraffe
» une des branches , tandis que fa main
gauche , qui eft ouverte & étendue
» marque bien l'expreflion du defir qu'il
a de mériter la palme du martyre. Le
» bras droit , qui fe porte , comme on vient
de le dire , fur un des troncs de fa croix ,
» découvre , à ce moyen , le nud du haut
» du corps ; mais le manteau , qui paffe
» derrière ce bras , revient fur l'autre épaule .
" On fent que cette draperie eft attachée
» fur une des branches , les plis en font
grands & d'une manière large : ils paffent
ود
ود
و د
182 MERCURE DE FRANCE .
23
"
ود
à mi-jambe , & vont tomber fur l'autre
» pied. On remarque en tout ceci une
grande intelligence. Ce manteau , ainſi
» jetté en arrière , & qui fe reploie fur
» lui- même , a donné occafion à l'Artifte
» de faire valoir les reffources de fon art..
» A ce moyen une grande portion de cette
draperie fe détache vers le côté droit &
» vient , en fe déployant fur le côté gauche ,
» former une belle maffe de plis amples
» & dont le trait eft favant. L'attitude de
l'Apôtre eft grande & noble ; quant aux
détails , les muſcles font prononcés tels
» qu'il convient à un homme qui a exercé
» le dur métier de Pêcheur , & qui com-
» mence à reffentir l'altération des années ;
» le vifage eft un peu maigre , le front élevé
» & chauve , la barbe négligée. Mais dans
» toute cette compofition règne une har-
» monie qui féduit , & l'oeil s'y repofe
» avec fatisfaction » .
33
">
Du Quefnoy, malgré fes talens , ne vécut
pas riche. Il étoit fur le point de venir en
France en qualité de Sculpteur du Roi
Louis XIII. Sa fanté fe dérangea , & , pour
comble d'horreur , on foupçonna Jérôme
du Quesnoy , fon indigne frère , de l'avoir
empoifonné. Il mourut à Livourne comme
il fe difpofoit à retourner en Flandre ,
le 12 Juillet 1643 .
JANVIER 1766. 183:
La féance fut terminée par la lecture du
poëme
couronné fur la délivrance de Salerne
& la fondation du Royaume de Sicile.
par M. de la Harpe.
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Résumé : ASSEMBLÉE publique de l'Académie des Sciences, Belles Lettres & Arts de ROUEN, tenue dans la grand'salle de l'Hôtel de Ville, le 7 Août 1765.
L'Assemblée publique de l'Académie des Sciences, Belles Lettres & Arts de Rouen s'est tenue le 7 août 1765. Le secrétaire, Monsieur le Cat, a présenté les travaux de l'année académique, incluant des études sur la transpiration due aux piqûres de pucerons, les pieux et pilotis, la chute des corps, et diverses observations scientifiques. Les auteurs comprenaient M. Neveu, M. Baronnet, M. le Cat, M. Pinard, M. Hubert, M. Balliere, M. Chandelier, et l'Abbé Jaquin. Des prix ont été attribués en anatomie, chirurgie, mathématiques, botanique, et accouchements. Le Grand Prix de la Classe des Sciences a été décerné à M. David pour son mémoire sur la respiration. M. Maillet du Boullay a rendu compte des travaux littéraires, incluant des drames et des mémoires sur divers sujets. En janvier 1766, plusieurs travaux ont été présentés, tels qu'une dissertation sur l'origine de l'Université de Paris par l'abbé des Houffayes, des portraits par M. Dupont, un traité de peinture par M. Dandré, et une histoire de la ville de Montdidier par le Père Daire. M. Dornay a présenté des observations sur l'utilité des voyages. Les prix en peinture et sculpture ont été attribués à M. Jean-Martin Paulet, Jacques, Mlle Dorothée Jacques, et M. François Asselin. En architecture, M. Louis-Auguste Hardi a remporté le prix pour la construction d'une manufacture. En littérature, M. de la Harpe a été couronné pour son poème sur la délivrance de Salerne. Le texte mentionne également M. de Luxembourg, respecté pour sa bienveillance et son exactitude, décédé le 18 mai 1764, ainsi que les frères Slodtz, sculpteurs renommés. M. Dornay a présenté un mémoire sur les moyens de rendre les voyages utiles, distinguant trois parties : l'utilité pour les voyageurs, pour la patrie, et pour l'humanité. M. du Boullay a lu une traduction en vers réguliers de la première pythique de Pindare, réalisée par l'abbé Fontaine, visant à restituer l'enthousiasme lyrique de Pindare. M. de Couronne a présenté des mémoires sur la vie de François du Quesnoy, sculpteur né à Bruxelles en 1592. Ces mémoires clarifient une confusion entre François et son frère Jérôme. François du Quesnoy a dédié sa vie à son art, surmontant divers obstacles. Il réalisa plusieurs œuvres remarquables, dont une statue de Saint André pour l'église Saint-Pierre de Rome, considérée comme son chef-d'œuvre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8035
p. 49
ENIGMES.
Début :
Je suis un composé de diverses parties. [...]
Mots clefs :
Cire d'Espagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGMES.
ENIGMES.
JE fuis un compofé de diverſes parties .
Tel eſt , ami Lecteur , mon déplorable fort ;
A peine un élément les a - t- il réunies ,
Qu'il fert à me donner la mort.
Mon corps eft long, d'agréable ſtructure ;
D'une belle & riche peinture ,
Il a le coloris , l'éclat.
Quoique je fois fragile & délicat ,
Lorfque l'on veut de moi tirer quelques ſervices ,
On me fait fupporter les plus cruels fupplices ,
Et mon bourreau s'en applaudit.
Après cette affreuſe torture ,
•
J'éprouve un changement fubit ,
Et quelquefois un autre habit
M'offre à tes yeux fous une autre figure.
JE fuis un compofé de diverſes parties .
Tel eſt , ami Lecteur , mon déplorable fort ;
A peine un élément les a - t- il réunies ,
Qu'il fert à me donner la mort.
Mon corps eft long, d'agréable ſtructure ;
D'une belle & riche peinture ,
Il a le coloris , l'éclat.
Quoique je fois fragile & délicat ,
Lorfque l'on veut de moi tirer quelques ſervices ,
On me fait fupporter les plus cruels fupplices ,
Et mon bourreau s'en applaudit.
Après cette affreuſe torture ,
•
J'éprouve un changement fubit ,
Et quelquefois un autre habit
M'offre à tes yeux fous une autre figure.
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8036
p. 49-50
AUTRE.
Début :
Je suis de nouvelle origine, [...]
Mots clefs :
Loterie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
JE fuis de nouvelle origine ,
Je ne parois au jour que par l'ordre des Rois
Ils règlent les emplois , auxquels on me deftine
Le nombre de mes jours eft fixé par leurs loix.
C
50 MERCURE
DE FRANCE
.
Pour me faire grande fortune ,
Je promets mes faveurs à tous ,
Un feul heureux en obtient une ,
Des autres je me ris au jour du rendez-vous,
C
Mon grand talent c'eft l'artifice ;
J'attire , je féduis par les plus grands appas ,
Et celui qui me fait le plus grand facrifice
Eft bien fouvent celui que je ne choiſis pas ,
Des nourriffons de Mars je fuis la tendre mère ;
Des orphelins je fuis l'afylé & le foutien.
Je fuis marâtre meurtrière
De ceux qui m'aiment trop & qui me font du
bien.
Par M. l'Abbé DE L. P*** , auteur de COLAS.
JE fuis de nouvelle origine ,
Je ne parois au jour que par l'ordre des Rois
Ils règlent les emplois , auxquels on me deftine
Le nombre de mes jours eft fixé par leurs loix.
C
50 MERCURE
DE FRANCE
.
Pour me faire grande fortune ,
Je promets mes faveurs à tous ,
Un feul heureux en obtient une ,
Des autres je me ris au jour du rendez-vous,
C
Mon grand talent c'eft l'artifice ;
J'attire , je féduis par les plus grands appas ,
Et celui qui me fait le plus grand facrifice
Eft bien fouvent celui que je ne choiſis pas ,
Des nourriffons de Mars je fuis la tendre mère ;
Des orphelins je fuis l'afylé & le foutien.
Je fuis marâtre meurtrière
De ceux qui m'aiment trop & qui me font du
bien.
Par M. l'Abbé DE L. P*** , auteur de COLAS.
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8037
p. 50-51
LOGOGRYPHES.
Début :
Fait pour le bonheur des humains, [...]
Mots clefs :
Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHES.
LOGO GRY PHE S.
F AIT pour le bonheur des humains ,
Par un renversement étrange ,
Souvent de ris & de chagrins
Je leur fais éprouver le monftrueux mêlange ;
Mes quatre premiers pieds t'indiqueront le nom
De celui qui me donne l'être ,
FEVRIER 1766.
51
Et , fans nulle combinaiſon ,
Les derniers te feront connoître
Ce que plus d'une femme évite avec grand foin
De prononcer devant témoin .
Par Mlle DAngers.
F AIT pour le bonheur des humains ,
Par un renversement étrange ,
Souvent de ris & de chagrins
Je leur fais éprouver le monftrueux mêlange ;
Mes quatre premiers pieds t'indiqueront le nom
De celui qui me donne l'être ,
FEVRIER 1766.
51
Et , fans nulle combinaiſon ,
Les derniers te feront connoître
Ce que plus d'une femme évite avec grand foin
De prononcer devant témoin .
Par Mlle DAngers.
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8038
p. 51
AUTRE.
Début :
Du néant où je suis, sans aucune puissance, [...]
Mots clefs :
Limon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
U néant où je ſuis , fans aucune puiffance ;
De moi , qui que tu fois , tu tiens tón exiſtence :
Pour me donner la vie il faut m'ôter le coeur ;
Telle eft de mon deftin l'inflexible rigueur;
Combien au même prix où je reçois naiffance ,
Trouveroient du trépas l'affreuſe différence ?
Mais de mon nouvel être évitez la fureur ,
A l'univers entier j'infpire la terreur ;
Nul autre ne m'égale en valeur , en nobleſſe ,
Mon empire s'étend fur bien plus d'une eſpèce...
Eh ! quoi quel autre droit encor plus précieux ?
Près de la Vierge alors j'ai mon rang dans les
cieux.
Par M. FERET , Notaire à Amiens.
U néant où je ſuis , fans aucune puiffance ;
De moi , qui que tu fois , tu tiens tón exiſtence :
Pour me donner la vie il faut m'ôter le coeur ;
Telle eft de mon deftin l'inflexible rigueur;
Combien au même prix où je reçois naiffance ,
Trouveroient du trépas l'affreuſe différence ?
Mais de mon nouvel être évitez la fureur ,
A l'univers entier j'infpire la terreur ;
Nul autre ne m'égale en valeur , en nobleſſe ,
Mon empire s'étend fur bien plus d'une eſpèce...
Eh ! quoi quel autre droit encor plus précieux ?
Près de la Vierge alors j'ai mon rang dans les
cieux.
Par M. FERET , Notaire à Amiens.
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8039
p. 52
AUTRE.
Début :
Tout muet que je suis je donne des leçons, [...]
Mots clefs :
Livre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Tour muet que je fuis je donne des leçons ,
Que bien fouvent l'on préfére
Aux beaux difeurs de la terre :
Si j'ai le coeur brifé , je ne rends que des fons.
Par le même.
Tour muet que je fuis je donne des leçons ,
Que bien fouvent l'on préfére
Aux beaux difeurs de la terre :
Si j'ai le coeur brifé , je ne rends que des fons.
Par le même.
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8040
p. 92-101
OEUVRES de Théâtre de M. GUYOT DE MERVILLE. A Paris, chez la veuve DUCHESNE, rue Saint Jacques, au temple du goût ; 1766 : avec approbation & privilége du Roi : 3 vol. in-12.
Début :
C'EST ici la première édition complette du théâtre de M. Guyot de Merville. [...]
Mots clefs :
Comédie, Voltaire, Auteur, Théâtre, Genève, Succès, Comédiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OEUVRES de Théâtre de M. GUYOT DE MERVILLE. A Paris, chez la veuve DUCHESNE, rue Saint Jacques, au temple du goût ; 1766 : avec approbation & privilége du Roi : 3 vol. in-12.
OEUVRES de Théâtre de M. GUYOT DE
MERVILLE. A Paris , chez la veuve
DUCHESNE , rue Saint Jacques ,
temple du goût ; 1766 : avec approbation
& privilége du Roi : 3 vol. in- 12 .
C'EST ici la première édition complette
du théâtre de M. Guyot de Merville.
Il ne manque à ce recueil que trois tragédies
, qui n'ont été ni repréſentées ni
imprimées , & qui en effet ne méritoient
point de l'être. On les a trouvées dans
les papiers de l'Auteur après fa mort ,
ainfi que quelques poéfies fugitives que
l'ou n'a pas cru devoir inférer dans la
collection de fon théâtre ; elles ne répondent
ni à fa réputation , ni au mérite
de fes autres ouvrages . Ces trois tragédies
font Achille à Troyes , Manlius Torquatus
, & Sallufte. L'Auteur les compofa
dans fa jeuneffe ; & le refus qu'elles ef
fuyèrent de la part des Comédiens , fut
la première fource des querelles qu'il eut
avec plufieurs Acteurs de la Comédie
Françoife. Ces querelles , toujours trèsFEVRIER
1766: 93
vives de fa part , le dégoûtèrent enfin du
théâtre , & peut-être même de fa patrie ,
qu'il quitta pour fe livrer à fon goût pour
les voyages
.
Michel Guyot de Merville étoit né à
Verfailles , le premier de Février de l'année
1696. Il donna fa première comédie
les Mafcarades amoureufes , au théâtre
Italien , le 4 Août 1736 ; & elle y fut
reçue avec applaudiffement. C'eft la première
pièce dans le goût de Molière , qui
ait paru fur ce théâtre. Elle eft bien conduite
; l'intrigue nous en paroît fimple
& ingénieufe , les caractères vrais & foutenus
, les fentimens bien placés , & fur
le ton de la bonne comédie. :
L'Editeur n'a point trouvé dans les
manufcrits de M. de Merville , une pièce
jouée fous fon nom à la Comédie Italienne
, le 3 Décembre de la même année
en voici le fujet. Elle eft intitulée
les Amans affortis fans le favoir. Deux
amis , dont l'un a un fils & l'autre, une
fille , ont formé la réfolution de marier
enfemble ces jeunes gens , lorfqu'ils au
ront atteint l'âge convenable. Différens
accidens font que ces enfans fe trouvent
perdus. Le hafard les réunit dans le même
lieu ils deviennent amoureux l'un de
l'autre ; & enfin ils font reconnus de leurs
94 MERCURE DE FRANCE .
parens , qui accompliffent le mariage projetté.
Cette pièce n'eut point de fuccès ;
'Auteur la retira à la feconde repréfentation
, & ne la fit point imprimer.
L'année fuivante , 9 Février , il donna
fur le même théâtre les Impromptus de
l'Amour , dont le fuccès le confola de
la chûte des Amans affortis ; & à la
Comédie Françoife , le io Octobre , la
comédie héroïque d'Achille à Scyros , où
les connoiffeurs trouvèrent beaucoup d'ef
prit , des fituations bien imaginées , du
jeu de théâtre , un tragique intéreſſant
joint à un comique décent , & en général
, une affez belle verfification. L'Auteur
rend compte , dans fa préface , de
la nature de ce poëme , qui tient un milieu
entre la tragédie & la comédie , c'eſtà-
dire , qui eft dans le genre tragi- comique.
Le Confentementforce , pièce jouée pour
la première fois , par les Comédiens François
, le 13 Août 1738 , eft , à próprement
parler , le triomphe de M. de Merville.
Cette petite comédie , qui eft reſtée
eut dans fa nouveauté le fuccès le plus
Alatteur.
Elle fut fuivie la même année , 3 I
Octobre, fur le même théâtre , des Epoux
réunis comédie en cinq actes , On y
FEVRIER 1766. 95
trouva , dans le temps , une gradation
d'intérêt bien ménagée , d'où naît le plaifir
de la furprife , qui ne fauroit être étouffé ,
parce que le dénouement a été prévu
d'une manière incertaine & vague. Cette
pièce n'eut cependant pas un grand fuccès
dans fa nouveauté , parce qu'elle fut
donnée pendant le voyage de Fontainebleau
, temps auquel les bons Acteurs
jouent rarement à Paris. Heureuſement
la preffe redreffa les torts du parterre , autant
que les préjugés femés dans le Public
peuvent être réformés.
L'Auteur travailloit indiftinctement
pour les François ou pour les Italiens. II
fit jouer par ces derniers , le 11 Juin 1742 ,
la comédie du Dédit inutile ou les
Vieillards intérelés. Il eft vrai qu'elle
fut refufée au théâtre François ; & c'eſt
encore une des caufes de cette haine
éternelle de M. de Merville contre les
Acteurs principaux de ce fpectacle , auxquels
il n'offrit plus aucune de fes pièces .
11 fe dévoua uniquement à la Comédie
Italienne , & fit paroître deux mois après ,
le 2 Août , les Dieux traveftis , ou l'exil
d'Apollon, Cette petite pièce , en un acte ,
envers , précédée d'un prologue , fut trèsapplaudie
, & n'a cependant été imprimée
pour la première fois , que dans cette
édition.
96 MERCURE DE FRANCE.
Quoique la comédie intitulée , le Roman
, ne paroiffe ici que fous le nom de
M. Guyot de Merville , il eft conſtant
néanmoins que M. Procope y a eu beaucoup
de part. Ce dernier l'avoit composée
en profe il la communiqua à M. de
Merville , qui y fit des changemens dans
l'intrigue & dans l'arrangement des fcènes.
Elle fut repréfentée le 22 Mai 1743 , &
reçue avec affez d'applaudiffement , quoiqu'on
en défapprouvât le dénouement.
L'Apparence trompeufe , donnée l'année
fuivante , le 2 Mars , eft , fans contredit ,
la meilleure pièce que M. de Merville
ait donnée à la Comédie Italienne . Quelques-
uns la préfèrent au Confentement
forcé, fi accueilli au théâtre François . Rien
n'eft plus naturel & plus heureux que
cette petite comédie en un acte. Le dialogue
eft par-tout vif & agréable , &
lé plan bien trace & bien rempli . On en
a condamné le dénouement , qui s'annonce
dé lui- même.
Le 20 Août de la même année , l'Auteur
fitjouer avec fuccès les Talens déplacés,
qui le brouillèrent avec les Italiens . Depuis
cette époque aucune de fes pièces n'a
été repréſentée , ni même imprimée . On
les trouve pour la première fois dans cette
édition ; & nous croyons qu'elles pourroient
FEVRIER 1766. 97
roient être bien reçues du Public , fi les
Comédiens entreprenoient de les mettre
au théâtre. Elles font intitulées , le Jugement
téméraire , les Tracafferies ou le
Mariage fuppofé , le Triomphe de l'Amour
& du Hazard , la Coquette punie. Nous
n'en portons aucun jugement , pour ne
point prévenir celui du parterre , s'il arrive
qu'elles foient repréfentées .
On a joint aux ouvrages de théâtre
de M. Guyot de Merville , quelques pièces
fugitives , qui font l'élite de celles qu'il
a laiffées en mourant , & qui euffent ai
fément formé un volume. On a cru ne
devoir faire ufage que de ce qu'il auroit
publié lui-même , s'il n'eût confulté que
fa réputation . On lui attribue une comédie
jouée au théâtre François en 1739 , fous
le titre du Médecin de l'efprit , & qui
ne fut repréfentée qu'une fois. On le dit
auffi auteur de l'Hiftoire, littéraire de l'Europe
, publiée en 1726 , & d'un Voyage
d'Italie , en deux volumes .
Après avoir parlé des ouvrages qui ont
mérité à M. de Merville une place diftinguée
dans l'hiftoire de notre théâtre , nous
croyons ne pouvoir mieux faire connoître
fon caractère , qu'en terminant cette analyfe
par une lettre d'un Gentilhomme
Suiffe de fes amis , avec qui M. de Mer-
E
98 MERCURE DE FRANCE.
ville a paffé les dernières années de fa vie ;
elle eft écrite d'un ftyle fi intéreffant , que
nous ne nous permettons pas d'y faire de
changement.
93
« M. de Merville , dit l'Auteur de
» cette lettre , vint en Suiffe vers l'an
" 1750 ou 1751 ; le hafard me procura
» fa connoiffance : il me fit une vifite ici
» dans ma campagne : il y revint enfuite
plufieurs fois paffer quelques jours &
quelques femaines. Nos liaifons fe for-
» mèrent infenfiblement. Son efprit , fes
" talens , fon caractère , fes malheurs m'af-
» fectèrent. Je m'apperçus qu'il avoit dans
» l'âme de cuifans chagrins qui l'oceupoient
beaucoup, quoiqu'il en parlât affez
» peu. Sa femme , & une fille qu'il ai-
» moit très-tendrement , en étoient les
ود
"
principaux objets . Il en avoit fait le
» fujet d'une de fes comédies , qu'il ne
» lifoit jamais fans répandre des larmes :
» c'eft , fi je me le rappelle bien , le Confentement
forcé. Sa fortune , fans doute
» dérangée , y contribuoit ; l'interruption
" des fonctions des Cours de juftice de
Paris , lors des derniers troubles , met-
粉
33
" toit obftacle à la perception de fes petites
rentes. Les Comédiens l'avoient
» traversé
pour la repréſentation de plufieurs
pièces de théâtre , & par-là lui
FEVRIER 1766. 99
ور
ور
و د
و د
» avoient êté , fes reffources. Une gou-
» vernante infidelle avoit abufé de fa
» confiance ; & ces revers réunis formoient
» un tout qui ne le mettoit point dans
» une affiette tranquille. Agité & inquiet
» à la fuite de tant de traverſes , il chercha
» à faire diverfion à fon ennui . Il alla
» à Francfort, en Hollande , en Provence ,
» à Lyon ; revint enfin à Genève dans
» le deffein de s'y fixer , & m'écrivit de
» tous ces différens lieux. Il fut , à fon
paffage à Lyon , que M. de Voltaire ,
» qui y étoit en même temps , vencit
» auffi s'établir à Genève. Il s'étoit brouillé
» avec lui au fujet d'une pièce que Rouffeau
» & l'Abbé des Fontaines lui avoient fuggérée
. Il craignit que M. de Voltaire
» n'en eût confervé du reffentiment , &
» que leur commun féjour dans cette
» Ville ne donnât lieu à quelques défagrémens.
Il fe détermina donc à faire
»les avances de la réconciliation , & lui
» envoya dans cette vue , avant fon dé-
» part de Lyon , des vers que le porteur
» ne put lui remettre , parce qu'il le trouva
parti . M. de Merville les lui adreffa
» à Genève : mais cette démarche fut fans
» effet ; & quoique M. de Voltaire ne
» lui eût point répondu , il ne laiffa
deux ou trois jours après fon arrivée
"9
و د
و د
و د
ود
"
pas ,
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
ور
ور
20
"
ود
"
و د
و ر
*
» à Genève , de lui faire une vifite . Il
» en fut reçu poliment , mais froidement .
» De là il vint paffer huit ou dix jours
» chez moi . Quand il fut de retour à
Genève , il mit ordre à fes affaires , fit
» le bilan de fes dettes & de fes meubles :
» l'un compenfoit & acquittoit l'autre . Il
» mit ce bilan fur fa table , fortit de la
», maifon qu'il habitoit , le vendredi 23
» Mai 1755 , n'emporta avec lui qu'une
mauvaiſe capotte , laiffa fes habits , fon
épée & tous les effets pour le paiement
de fes créanciers , écrivit plufieurs let-
» tres ; une , entre autres , à un Magiftrat
» pour l'exécution de fes volontés ; &
il fortit en difant qu'on ne l'attendît
» pas pour le lendemain . Quelques jours
», s'écoulèrent fans qu'il reparût. Son hôte
» en fut furpris. Il m'écrivit pour favoir
» s'il ne feroit pas revenu chez moi. Vers
» ce même temps on trouva un homme
» mort au bord du lac de Genève fur
,, les terres de Savoie . La réunion de ces
» circonftanees fit dire que c'étoit lui ;
» voilà l'origine du bruit qui fe répandit
» que M. de Merville s'étoit noyé . Sur
» ces entrefaites je reçus fa lettre d'adieu .
» Je m'informai de fon fort fans en rien
apprendre de pofitif. Les uns l'ont dit
mort ; d'autres ont affuré qu'il s'étoit
39
و ر
و و
30
»
FEVRIER 1766. ΙΟΙ
» retiré dans un couvent au pays de Gex
» à deux ou trois lieues de Genève. J'ai
ور
ور
appris depuis qu'il étoit mort , & qu'on
» le favoit par M. le Réfident de France ,
» avec qui il avoit été en relation. On a
» vendu fes effets , comme il l'avoit or-
» donné ; & par ce moyen fes dettes ont
» été acquittées. Vous voyez dans toute
fa conduite la candeur , la droiture &
» la probité d'un honnête homme , digne
» affùrément d'être regretté ; & en mon
particulier , j'ai pris une part bien fincère
à fes infortunes. Il avoit fait une
critique des oeuvres de M. de Voltaire ,
» que j'ai parcourue ; un autre ouvrage
qu'il appelloit l'Esprit d'Horace , & un
» troisième intitulé les Veillées de Vénus » .
MERVILLE. A Paris , chez la veuve
DUCHESNE , rue Saint Jacques ,
temple du goût ; 1766 : avec approbation
& privilége du Roi : 3 vol. in- 12 .
C'EST ici la première édition complette
du théâtre de M. Guyot de Merville.
Il ne manque à ce recueil que trois tragédies
, qui n'ont été ni repréſentées ni
imprimées , & qui en effet ne méritoient
point de l'être. On les a trouvées dans
les papiers de l'Auteur après fa mort ,
ainfi que quelques poéfies fugitives que
l'ou n'a pas cru devoir inférer dans la
collection de fon théâtre ; elles ne répondent
ni à fa réputation , ni au mérite
de fes autres ouvrages . Ces trois tragédies
font Achille à Troyes , Manlius Torquatus
, & Sallufte. L'Auteur les compofa
dans fa jeuneffe ; & le refus qu'elles ef
fuyèrent de la part des Comédiens , fut
la première fource des querelles qu'il eut
avec plufieurs Acteurs de la Comédie
Françoife. Ces querelles , toujours trèsFEVRIER
1766: 93
vives de fa part , le dégoûtèrent enfin du
théâtre , & peut-être même de fa patrie ,
qu'il quitta pour fe livrer à fon goût pour
les voyages
.
Michel Guyot de Merville étoit né à
Verfailles , le premier de Février de l'année
1696. Il donna fa première comédie
les Mafcarades amoureufes , au théâtre
Italien , le 4 Août 1736 ; & elle y fut
reçue avec applaudiffement. C'eft la première
pièce dans le goût de Molière , qui
ait paru fur ce théâtre. Elle eft bien conduite
; l'intrigue nous en paroît fimple
& ingénieufe , les caractères vrais & foutenus
, les fentimens bien placés , & fur
le ton de la bonne comédie. :
L'Editeur n'a point trouvé dans les
manufcrits de M. de Merville , une pièce
jouée fous fon nom à la Comédie Italienne
, le 3 Décembre de la même année
en voici le fujet. Elle eft intitulée
les Amans affortis fans le favoir. Deux
amis , dont l'un a un fils & l'autre, une
fille , ont formé la réfolution de marier
enfemble ces jeunes gens , lorfqu'ils au
ront atteint l'âge convenable. Différens
accidens font que ces enfans fe trouvent
perdus. Le hafard les réunit dans le même
lieu ils deviennent amoureux l'un de
l'autre ; & enfin ils font reconnus de leurs
94 MERCURE DE FRANCE .
parens , qui accompliffent le mariage projetté.
Cette pièce n'eut point de fuccès ;
'Auteur la retira à la feconde repréfentation
, & ne la fit point imprimer.
L'année fuivante , 9 Février , il donna
fur le même théâtre les Impromptus de
l'Amour , dont le fuccès le confola de
la chûte des Amans affortis ; & à la
Comédie Françoife , le io Octobre , la
comédie héroïque d'Achille à Scyros , où
les connoiffeurs trouvèrent beaucoup d'ef
prit , des fituations bien imaginées , du
jeu de théâtre , un tragique intéreſſant
joint à un comique décent , & en général
, une affez belle verfification. L'Auteur
rend compte , dans fa préface , de
la nature de ce poëme , qui tient un milieu
entre la tragédie & la comédie , c'eſtà-
dire , qui eft dans le genre tragi- comique.
Le Confentementforce , pièce jouée pour
la première fois , par les Comédiens François
, le 13 Août 1738 , eft , à próprement
parler , le triomphe de M. de Merville.
Cette petite comédie , qui eft reſtée
eut dans fa nouveauté le fuccès le plus
Alatteur.
Elle fut fuivie la même année , 3 I
Octobre, fur le même théâtre , des Epoux
réunis comédie en cinq actes , On y
FEVRIER 1766. 95
trouva , dans le temps , une gradation
d'intérêt bien ménagée , d'où naît le plaifir
de la furprife , qui ne fauroit être étouffé ,
parce que le dénouement a été prévu
d'une manière incertaine & vague. Cette
pièce n'eut cependant pas un grand fuccès
dans fa nouveauté , parce qu'elle fut
donnée pendant le voyage de Fontainebleau
, temps auquel les bons Acteurs
jouent rarement à Paris. Heureuſement
la preffe redreffa les torts du parterre , autant
que les préjugés femés dans le Public
peuvent être réformés.
L'Auteur travailloit indiftinctement
pour les François ou pour les Italiens. II
fit jouer par ces derniers , le 11 Juin 1742 ,
la comédie du Dédit inutile ou les
Vieillards intérelés. Il eft vrai qu'elle
fut refufée au théâtre François ; & c'eſt
encore une des caufes de cette haine
éternelle de M. de Merville contre les
Acteurs principaux de ce fpectacle , auxquels
il n'offrit plus aucune de fes pièces .
11 fe dévoua uniquement à la Comédie
Italienne , & fit paroître deux mois après ,
le 2 Août , les Dieux traveftis , ou l'exil
d'Apollon, Cette petite pièce , en un acte ,
envers , précédée d'un prologue , fut trèsapplaudie
, & n'a cependant été imprimée
pour la première fois , que dans cette
édition.
96 MERCURE DE FRANCE.
Quoique la comédie intitulée , le Roman
, ne paroiffe ici que fous le nom de
M. Guyot de Merville , il eft conſtant
néanmoins que M. Procope y a eu beaucoup
de part. Ce dernier l'avoit composée
en profe il la communiqua à M. de
Merville , qui y fit des changemens dans
l'intrigue & dans l'arrangement des fcènes.
Elle fut repréfentée le 22 Mai 1743 , &
reçue avec affez d'applaudiffement , quoiqu'on
en défapprouvât le dénouement.
L'Apparence trompeufe , donnée l'année
fuivante , le 2 Mars , eft , fans contredit ,
la meilleure pièce que M. de Merville
ait donnée à la Comédie Italienne . Quelques-
uns la préfèrent au Confentement
forcé, fi accueilli au théâtre François . Rien
n'eft plus naturel & plus heureux que
cette petite comédie en un acte. Le dialogue
eft par-tout vif & agréable , &
lé plan bien trace & bien rempli . On en
a condamné le dénouement , qui s'annonce
dé lui- même.
Le 20 Août de la même année , l'Auteur
fitjouer avec fuccès les Talens déplacés,
qui le brouillèrent avec les Italiens . Depuis
cette époque aucune de fes pièces n'a
été repréſentée , ni même imprimée . On
les trouve pour la première fois dans cette
édition ; & nous croyons qu'elles pourroient
FEVRIER 1766. 97
roient être bien reçues du Public , fi les
Comédiens entreprenoient de les mettre
au théâtre. Elles font intitulées , le Jugement
téméraire , les Tracafferies ou le
Mariage fuppofé , le Triomphe de l'Amour
& du Hazard , la Coquette punie. Nous
n'en portons aucun jugement , pour ne
point prévenir celui du parterre , s'il arrive
qu'elles foient repréfentées .
On a joint aux ouvrages de théâtre
de M. Guyot de Merville , quelques pièces
fugitives , qui font l'élite de celles qu'il
a laiffées en mourant , & qui euffent ai
fément formé un volume. On a cru ne
devoir faire ufage que de ce qu'il auroit
publié lui-même , s'il n'eût confulté que
fa réputation . On lui attribue une comédie
jouée au théâtre François en 1739 , fous
le titre du Médecin de l'efprit , & qui
ne fut repréfentée qu'une fois. On le dit
auffi auteur de l'Hiftoire, littéraire de l'Europe
, publiée en 1726 , & d'un Voyage
d'Italie , en deux volumes .
Après avoir parlé des ouvrages qui ont
mérité à M. de Merville une place diftinguée
dans l'hiftoire de notre théâtre , nous
croyons ne pouvoir mieux faire connoître
fon caractère , qu'en terminant cette analyfe
par une lettre d'un Gentilhomme
Suiffe de fes amis , avec qui M. de Mer-
E
98 MERCURE DE FRANCE.
ville a paffé les dernières années de fa vie ;
elle eft écrite d'un ftyle fi intéreffant , que
nous ne nous permettons pas d'y faire de
changement.
93
« M. de Merville , dit l'Auteur de
» cette lettre , vint en Suiffe vers l'an
" 1750 ou 1751 ; le hafard me procura
» fa connoiffance : il me fit une vifite ici
» dans ma campagne : il y revint enfuite
plufieurs fois paffer quelques jours &
quelques femaines. Nos liaifons fe for-
» mèrent infenfiblement. Son efprit , fes
" talens , fon caractère , fes malheurs m'af-
» fectèrent. Je m'apperçus qu'il avoit dans
» l'âme de cuifans chagrins qui l'oceupoient
beaucoup, quoiqu'il en parlât affez
» peu. Sa femme , & une fille qu'il ai-
» moit très-tendrement , en étoient les
ود
"
principaux objets . Il en avoit fait le
» fujet d'une de fes comédies , qu'il ne
» lifoit jamais fans répandre des larmes :
» c'eft , fi je me le rappelle bien , le Confentement
forcé. Sa fortune , fans doute
» dérangée , y contribuoit ; l'interruption
" des fonctions des Cours de juftice de
Paris , lors des derniers troubles , met-
粉
33
" toit obftacle à la perception de fes petites
rentes. Les Comédiens l'avoient
» traversé
pour la repréſentation de plufieurs
pièces de théâtre , & par-là lui
FEVRIER 1766. 99
ور
ور
و د
و د
» avoient êté , fes reffources. Une gou-
» vernante infidelle avoit abufé de fa
» confiance ; & ces revers réunis formoient
» un tout qui ne le mettoit point dans
» une affiette tranquille. Agité & inquiet
» à la fuite de tant de traverſes , il chercha
» à faire diverfion à fon ennui . Il alla
» à Francfort, en Hollande , en Provence ,
» à Lyon ; revint enfin à Genève dans
» le deffein de s'y fixer , & m'écrivit de
» tous ces différens lieux. Il fut , à fon
paffage à Lyon , que M. de Voltaire ,
» qui y étoit en même temps , vencit
» auffi s'établir à Genève. Il s'étoit brouillé
» avec lui au fujet d'une pièce que Rouffeau
» & l'Abbé des Fontaines lui avoient fuggérée
. Il craignit que M. de Voltaire
» n'en eût confervé du reffentiment , &
» que leur commun féjour dans cette
» Ville ne donnât lieu à quelques défagrémens.
Il fe détermina donc à faire
»les avances de la réconciliation , & lui
» envoya dans cette vue , avant fon dé-
» part de Lyon , des vers que le porteur
» ne put lui remettre , parce qu'il le trouva
parti . M. de Merville les lui adreffa
» à Genève : mais cette démarche fut fans
» effet ; & quoique M. de Voltaire ne
» lui eût point répondu , il ne laiffa
deux ou trois jours après fon arrivée
"9
و د
و د
و د
ود
"
pas ,
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
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20
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ود
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*
» à Genève , de lui faire une vifite . Il
» en fut reçu poliment , mais froidement .
» De là il vint paffer huit ou dix jours
» chez moi . Quand il fut de retour à
Genève , il mit ordre à fes affaires , fit
» le bilan de fes dettes & de fes meubles :
» l'un compenfoit & acquittoit l'autre . Il
» mit ce bilan fur fa table , fortit de la
», maifon qu'il habitoit , le vendredi 23
» Mai 1755 , n'emporta avec lui qu'une
mauvaiſe capotte , laiffa fes habits , fon
épée & tous les effets pour le paiement
de fes créanciers , écrivit plufieurs let-
» tres ; une , entre autres , à un Magiftrat
» pour l'exécution de fes volontés ; &
il fortit en difant qu'on ne l'attendît
» pas pour le lendemain . Quelques jours
», s'écoulèrent fans qu'il reparût. Son hôte
» en fut furpris. Il m'écrivit pour favoir
» s'il ne feroit pas revenu chez moi. Vers
» ce même temps on trouva un homme
» mort au bord du lac de Genève fur
,, les terres de Savoie . La réunion de ces
» circonftanees fit dire que c'étoit lui ;
» voilà l'origine du bruit qui fe répandit
» que M. de Merville s'étoit noyé . Sur
» ces entrefaites je reçus fa lettre d'adieu .
» Je m'informai de fon fort fans en rien
apprendre de pofitif. Les uns l'ont dit
mort ; d'autres ont affuré qu'il s'étoit
39
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30
»
FEVRIER 1766. ΙΟΙ
» retiré dans un couvent au pays de Gex
» à deux ou trois lieues de Genève. J'ai
ور
ور
appris depuis qu'il étoit mort , & qu'on
» le favoit par M. le Réfident de France ,
» avec qui il avoit été en relation. On a
» vendu fes effets , comme il l'avoit or-
» donné ; & par ce moyen fes dettes ont
» été acquittées. Vous voyez dans toute
fa conduite la candeur , la droiture &
» la probité d'un honnête homme , digne
» affùrément d'être regretté ; & en mon
particulier , j'ai pris une part bien fincère
à fes infortunes. Il avoit fait une
critique des oeuvres de M. de Voltaire ,
» que j'ai parcourue ; un autre ouvrage
qu'il appelloit l'Esprit d'Horace , & un
» troisième intitulé les Veillées de Vénus » .
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Résumé : OEUVRES de Théâtre de M. GUYOT DE MERVILLE. A Paris, chez la veuve DUCHESNE, rue Saint Jacques, au temple du goût ; 1766 : avec approbation & privilége du Roi : 3 vol. in-12.
Michel Guyot de Merville, né à Versailles en 1696, est un auteur dramatique dont les œuvres théâtrales ont été publiées en 1766 à Paris. Cette édition comprend la majorité de ses pièces, à l'exception de trois tragédies non représentées ni imprimées : 'Achille à Troyes', 'Manlius Torquatus' et 'Salluste'. Ces œuvres, écrites durant sa jeunesse, ont suscité des conflits avec des acteurs de la Comédie Française, poussant Merville à abandonner le théâtre et à quitter la France pour voyager. Merville a débuté sa carrière théâtrale en 1736 avec 'Les Mascarades amoureuses', saluée pour son style moliéresque. Suivirent 'Les Amans affrontés sans le savoir', retirée après une seule représentation, et 'Les Impromptus de l'Amour', qui connurent un succès modéré. La même année, il présenta 'Achille à Scyros', une tragédie comique bien accueillie. En 1738, 'Le Consentement forcé' fut un triomphe, suivi de 'Les Époux réunis', appréciée par la presse malgré un accueil mitigé lors de sa première représentation. Merville a également écrit pour le théâtre Italien, avec des pièces comme 'Le Dédit inutile' et 'Les Dieux travestis'. Sa collaboration avec Procope sur 'Le Roman' et 'L'Apparence trompeuse' fut notable, cette dernière étant particulièrement bien reçue. Cependant, 'Les Talens déplacés' en 1744 provoqua une rupture avec les acteurs italiens, mettant fin à ses représentations et publications jusqu'à l'édition de 1766. Parmi ses autres œuvres, on trouve plusieurs comédies telles que 'Le Jugement téméraire', 'Les Tracafferies ou le Mariage supposé', 'Le Triomphe de l'Amour & du Hazard', et 'La Coquette punie'. Il a également écrit 'Le Médecin de l'esprit', joué une seule fois au théâtre Français en 1739, ainsi que 'L'Histoire littéraire de l'Europe' publiée en 1726 et un 'Voyage d'Italie' en deux volumes. Merville a rencontré un gentilhomme suisse vers 1750 ou 1751, renforçant leur amitié au fil des visites. Il a été marqué par des chagrins personnels et des difficultés financières. Il a voyagé en Europe, rencontrant Voltaire à Lyon, avec qui il eut une querelle littéraire. Après avoir réglé ses affaires et ses dettes à Genève, Merville disparut mystérieusement. Des rumeurs parlèrent de sa mort par noyade, mais il est possible qu'il se soit retiré dans un couvent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8041
p. 73
ENIGMES.
Début :
Je suis dans mon vrai sens une conjonction, [...]
Mots clefs :
Mais
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texteReconnaissance textuelle : ENIGMES.
ENIGMES.
E fuis dans mon vrai fens une conjonction ,
Tu me tiens , cher Lecteur , fi je dis caufative :
N'importe.... de mon corps l'exacte inverfion
D'un Royaume Indien t'offre la perspective.
Par M. FORESTIER , Avocat à Cuffet.
E fuis dans mon vrai fens une conjonction ,
Tu me tiens , cher Lecteur , fi je dis caufative :
N'importe.... de mon corps l'exacte inverfion
D'un Royaume Indien t'offre la perspective.
Par M. FORESTIER , Avocat à Cuffet.
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8042
p. 74
AUTRE.
Début :
On tire de mon être une étoffe légère ; [...]
Mots clefs :
Lin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
ON tire de mon être une étoffe légère ;
C'eft fur-tout en été que je fuis de faifon.
Retourne- moi , Lecteur. ... fur une autre hémifphère
,
Par mes débordemens , j'enrichis le colon.
Par le même.
ON tire de mon être une étoffe légère ;
C'eft fur-tout en été que je fuis de faifon.
Retourne- moi , Lecteur. ... fur une autre hémifphère
,
Par mes débordemens , j'enrichis le colon.
Par le même.
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8043
p. 74-75
LOGOGRYPHES.
Début :
Souvent de la société [...]
Mots clefs :
Vertige
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHES.
LOGO GRYPHE S..
SOUVEN OUVENT de la fociété
Je trouble la douce harmonie :
Et , pour dire la vérité ,
Je tiens beaucoup de la folie.
Souvent , par mon illufion ,
A ce qui vaut la préférence
On donne , hélas ! l'exclufion
Sous la plus frivole apparence.
Malheur au débile cerveau
Que je couvre de mon nuage ;
Pour l'ordinaire mon bandeau-
Des plus grands maux eft le préfage:
MARS 1769 . 75
Lorsque j'ai deux membres de moins ,
J'enfante alors mille preftiges :
Par moi ( plus encor par les foins }
Qu'un Hiftrion fait de prodiges !
Enfin , quel contrafte eft le mien ?
Sur mes quatre pieds de derrière'
La tendre fleur a fon foutien ;
Et ma tête lui fait la guerre.
·
Par M. F. d'Amiens.
SOUVEN OUVENT de la fociété
Je trouble la douce harmonie :
Et , pour dire la vérité ,
Je tiens beaucoup de la folie.
Souvent , par mon illufion ,
A ce qui vaut la préférence
On donne , hélas ! l'exclufion
Sous la plus frivole apparence.
Malheur au débile cerveau
Que je couvre de mon nuage ;
Pour l'ordinaire mon bandeau-
Des plus grands maux eft le préfage:
MARS 1769 . 75
Lorsque j'ai deux membres de moins ,
J'enfante alors mille preftiges :
Par moi ( plus encor par les foins }
Qu'un Hiftrion fait de prodiges !
Enfin , quel contrafte eft le mien ?
Sur mes quatre pieds de derrière'
La tendre fleur a fon foutien ;
Et ma tête lui fait la guerre.
·
Par M. F. d'Amiens.
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8044
p. 75-76
AUTRE.
Début :
Malgré ma brutale figure, [...]
Mots clefs :
Cimeterre
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
MALGRÉ ma brutale figure ,
On ne m'en eftime pas moins :
Pour être vengé d'une injure ,
On peut s'en fier à mes foins .
Dans les tranfports de ma colère
Je fuis un être dangereux ;
Et de la Parque meurtrière.
Le cifeau n'eft pas plus affreux .
Ma queue , au fein de la nature ,
Offre au contraire mille appas ;
Et jufqu'à notre nourriture ,
Sans elle , nous ne l'aurions pas.
Dij
76 MERCURE DE FRANCE ,
Quant à ma tête , ſa ſtature
Du cédre égale la hauteur ,
Et même , de fa chevelure ,
Souvent furpaffe la longueur.
Par le même,
MALGRÉ ma brutale figure ,
On ne m'en eftime pas moins :
Pour être vengé d'une injure ,
On peut s'en fier à mes foins .
Dans les tranfports de ma colère
Je fuis un être dangereux ;
Et de la Parque meurtrière.
Le cifeau n'eft pas plus affreux .
Ma queue , au fein de la nature ,
Offre au contraire mille appas ;
Et jufqu'à notre nourriture ,
Sans elle , nous ne l'aurions pas.
Dij
76 MERCURE DE FRANCE ,
Quant à ma tête , ſa ſtature
Du cédre égale la hauteur ,
Et même , de fa chevelure ,
Souvent furpaffe la longueur.
Par le même,
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8045
p. 164
« Le portrait de M. de Voltaire a été si bien reçu du Public que cela a engagé un [...] »
Début :
Le portrait de M. de Voltaire a été si bien reçu du Public que cela a engagé un [...]
Mots clefs :
Portrait, M. de Voltaire, M. Rousseau
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texteReconnaissance textuelle : « Le portrait de M. de Voltaire a été si bien reçu du Public que cela a engagé un [...] »
Le portrait de M. de Voltaire a été li
bien reçu du Public que cela a engagé un
Artifte , qui avoit defiiné depuis peu celui
de M. Rouffeau, à le mettre au jour , en
le faifant graver pour pendant de celui de
M. de Voltaire. On le trouvera , comme
l'autre , chez Auvray , Doreur , rue Saint
Jacques , vis - à - vis Saint Yves , & il ſe
vendra le même prix , 3 liv . en feuille .
bien reçu du Public que cela a engagé un
Artifte , qui avoit defiiné depuis peu celui
de M. Rouffeau, à le mettre au jour , en
le faifant graver pour pendant de celui de
M. de Voltaire. On le trouvera , comme
l'autre , chez Auvray , Doreur , rue Saint
Jacques , vis - à - vis Saint Yves , & il ſe
vendra le même prix , 3 liv . en feuille .
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8046
p. 170-171
« Le Portrait de M. Jean-Jacques Rousseau, dessiné à Neuf-Châtel en 1765, gravé [...] »
Début :
Le Portrait de M. Jean-Jacques Rousseau, dessiné à Neuf-Châtel en 1765, gravé [...]
Mots clefs :
Portrait
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texteReconnaissance textuelle : « Le Portrait de M. Jean-Jacques Rousseau, dessiné à Neuf-Châtel en 1765, gravé [...] »
Le Portrait de M. Jean-Jacques Rouffeau ,
deffiné à Neuf- Châtel en 1765 , gravé par
AVRIL 1766. 171
J. B. Michel , fe vend à Paris , chez Auvray
, rue Saint Jacques , vis-à- vis Saint
Yves. Cette eftampe , de bonne main , eſt
de même format que celle de M. de Voltaire
, annoncée dans le premier volume de
Janvier, & nous paroît avoir de quoi plaireaux
connoiffeurs autant que la première
deffiné à Neuf- Châtel en 1765 , gravé par
AVRIL 1766. 171
J. B. Michel , fe vend à Paris , chez Auvray
, rue Saint Jacques , vis-à- vis Saint
Yves. Cette eftampe , de bonne main , eſt
de même format que celle de M. de Voltaire
, annoncée dans le premier volume de
Janvier, & nous paroît avoir de quoi plaireaux
connoiffeurs autant que la première
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8047
p. 40-43
EPÎTRE à S. A. S. Mgr le Prince de LOEWENSTEIN, Prince régnant de WERTHEIM, Membre honoraire de l'Académie des Sciences.
Début :
Au vrai seul, dit un Moraliste, [...]
Mots clefs :
Prince, Altesse, Vérité, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPÎTRE à S. A. S. Mgr le Prince de LOEWENSTEIN, Prince régnant de WERTHEIM, Membre honoraire de l'Académie des Sciences.
EPITRE à S. A. S. Mgr le Prince de
LEWENSTEIN , Prince régnant de
WERTHEIM , Membre honoraire de:
l'Académie des Sciences.
ΑνU vrai feul , dit un Moralifte ,
Eft attaché notre bonheur :
Mais la vérité qui m'attriſte
Vaut- elle une agréable erreur ?
Dois- je , éloigné de Votre Alteffe ,
Ne point efpérer de la voir ?
Puis-je , dans une douce yvreffe ,
N'en pas réaliſer l'efpoir ?
Laiffez- moi , Cenfeur trop auftère ,
Votre morale eſt un poiſon :
Je chéris , j'aime ma chimère ,
Elle eft l'effort de ma raiſon.
Dans la favante folitude
Où , dépofant votre grandeur ,
Votre esprit , avec certitude ,
Des mers fonde la profondeur
Et chaque jour fait fon étude
D'affurer la félicité .
D'un peuple aimé qui vous adore ;
Prince , je me crois tranfporté.
C'eft -là qu'au lever de l'aurore ,
AVRIL 1766. 41
J'écoute avec avidité
Ces traits qui portent dans mon âme
Le flambeau de la vérité :
Elle s'élève , elle s'enflâme
A leur raviffante clarté.
Je reſpecte dans ſon ouvrage
Le fage Auteur de l'univers :
Vous en êtes la vive image.
Jufte ennemi des coeurs pervers ,
Avec une égale juftice.
Votre main punit les forfaits ,
Arrête les progrès du vice
Et prodigue aux bons les bienfaits .
Mais , lorfque maître de vous- même ,
Dégagé de ce premier ſoin ,
Et des devoirs du diadême ,
Vous n'avez que moi pour temoin ;
Quand les noeuds de la confiance ,
Prince , m'élèvent juſqu'à vous ,
Je ne vois plus votre puiffance ,
Je m'éclaire & je prends vos goûts .
J'admire en vous l'homme eftimable ,
Le favant fimple & fans écarts ,
Le Philofophe raiſonnable ,
L'ami , le protecteur des arts.
Sublime , noble avec Virgile ,
Folâtre avec Anacréon
Votre génie ardent , facile ,
Careffe ou Voltaire ou Newton ::
42 MERCURE DE FRANCE
Il badine avec Lafontaine ,
Et fuit dans les cieux d'Alembert
Mais le mâle Rouffeau l'entraîne ::
Puis délicat près de Gefner ,
Il vole dans les bras d'Ovide
Soupirer de tendres amours :
Ou , prenant l'équerre d'Euclide ,,
Et , s'étayant de fon fecours ,
Il trace d'un crayon rapide
Et les rapports & les contours
Des Ordres dont l'architecture
Embellit nos riches palais ;
Et quelquefois de la nature ,
Déchirant les voiles épais ,
Il en pénètre la magie
Et lui dérobe fes fecrets.
O notre heureuſe Académie ,
Quel honneur rejaillit fur toi !
Ta gloire en doit être affermie :
Ta gloire toujours fut ta loi.
On t'inftruit qu'au fein de l'Empire
Un Prince , un mortel vertueux
Tient le compas , pince la lyre ,
Sait , s'occupe & fait des heureux :
Tu veux ravir cette conquête ..
Et ton choix jufte & précieux
De lauriers couronne fa tête.
Eh que pouvoit faire de mieux
Ce Sénat fage qui difpenfe:
AVRIL 1766: 43
Aux honneurs les auguftes droits ?
Mais où tend ma frêle éloquence ?
Tandis que j'élève la voix ,
Votre Alteffe ne peut m'entendre ,
Et , pouffant un cerf aux abois ,
Le force peut- être à fe rendre ;
Ou , calculant d'un trait hardi ,
Des aftres la viteffe extrême ,
Elle voit le globe arrondi ,
Et renverſe notre fyftême.
Et moi , dans mon donjon reclus ,
Plein de refpect & de tendreffe ,
Je forme des voeux fuperflus.
Qu'ils paffent donc à Votre Alteffe ..
Encor , fi j'avois fon portrait !
Cette favorable impofture
Rendroit mon coeur plus fatisfait :-
Je ferois heureux en peinture .
L' * * * * F ****;
LEWENSTEIN , Prince régnant de
WERTHEIM , Membre honoraire de:
l'Académie des Sciences.
ΑνU vrai feul , dit un Moralifte ,
Eft attaché notre bonheur :
Mais la vérité qui m'attriſte
Vaut- elle une agréable erreur ?
Dois- je , éloigné de Votre Alteffe ,
Ne point efpérer de la voir ?
Puis-je , dans une douce yvreffe ,
N'en pas réaliſer l'efpoir ?
Laiffez- moi , Cenfeur trop auftère ,
Votre morale eſt un poiſon :
Je chéris , j'aime ma chimère ,
Elle eft l'effort de ma raiſon.
Dans la favante folitude
Où , dépofant votre grandeur ,
Votre esprit , avec certitude ,
Des mers fonde la profondeur
Et chaque jour fait fon étude
D'affurer la félicité .
D'un peuple aimé qui vous adore ;
Prince , je me crois tranfporté.
C'eft -là qu'au lever de l'aurore ,
AVRIL 1766. 41
J'écoute avec avidité
Ces traits qui portent dans mon âme
Le flambeau de la vérité :
Elle s'élève , elle s'enflâme
A leur raviffante clarté.
Je reſpecte dans ſon ouvrage
Le fage Auteur de l'univers :
Vous en êtes la vive image.
Jufte ennemi des coeurs pervers ,
Avec une égale juftice.
Votre main punit les forfaits ,
Arrête les progrès du vice
Et prodigue aux bons les bienfaits .
Mais , lorfque maître de vous- même ,
Dégagé de ce premier ſoin ,
Et des devoirs du diadême ,
Vous n'avez que moi pour temoin ;
Quand les noeuds de la confiance ,
Prince , m'élèvent juſqu'à vous ,
Je ne vois plus votre puiffance ,
Je m'éclaire & je prends vos goûts .
J'admire en vous l'homme eftimable ,
Le favant fimple & fans écarts ,
Le Philofophe raiſonnable ,
L'ami , le protecteur des arts.
Sublime , noble avec Virgile ,
Folâtre avec Anacréon
Votre génie ardent , facile ,
Careffe ou Voltaire ou Newton ::
42 MERCURE DE FRANCE
Il badine avec Lafontaine ,
Et fuit dans les cieux d'Alembert
Mais le mâle Rouffeau l'entraîne ::
Puis délicat près de Gefner ,
Il vole dans les bras d'Ovide
Soupirer de tendres amours :
Ou , prenant l'équerre d'Euclide ,,
Et , s'étayant de fon fecours ,
Il trace d'un crayon rapide
Et les rapports & les contours
Des Ordres dont l'architecture
Embellit nos riches palais ;
Et quelquefois de la nature ,
Déchirant les voiles épais ,
Il en pénètre la magie
Et lui dérobe fes fecrets.
O notre heureuſe Académie ,
Quel honneur rejaillit fur toi !
Ta gloire en doit être affermie :
Ta gloire toujours fut ta loi.
On t'inftruit qu'au fein de l'Empire
Un Prince , un mortel vertueux
Tient le compas , pince la lyre ,
Sait , s'occupe & fait des heureux :
Tu veux ravir cette conquête ..
Et ton choix jufte & précieux
De lauriers couronne fa tête.
Eh que pouvoit faire de mieux
Ce Sénat fage qui difpenfe:
AVRIL 1766: 43
Aux honneurs les auguftes droits ?
Mais où tend ma frêle éloquence ?
Tandis que j'élève la voix ,
Votre Alteffe ne peut m'entendre ,
Et , pouffant un cerf aux abois ,
Le force peut- être à fe rendre ;
Ou , calculant d'un trait hardi ,
Des aftres la viteffe extrême ,
Elle voit le globe arrondi ,
Et renverſe notre fyftême.
Et moi , dans mon donjon reclus ,
Plein de refpect & de tendreffe ,
Je forme des voeux fuperflus.
Qu'ils paffent donc à Votre Alteffe ..
Encor , fi j'avois fon portrait !
Cette favorable impofture
Rendroit mon coeur plus fatisfait :-
Je ferois heureux en peinture .
L' * * * * F ****;
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Résumé : EPÎTRE à S. A. S. Mgr le Prince de LOEWENSTEIN, Prince régnant de WERTHEIM, Membre honoraire de l'Académie des Sciences.
L'épître est destinée à Son Altesse Sérénissime Monseigneur le Prince de Lewenstein, Prince régnant de Wertheim et membre honoraire de l'Académie des Sciences. L'auteur admire la vérité mais se questionne sur sa supériorité par rapport à une agréable erreur. Il loue le prince pour ses qualités morales et intellectuelles, notamment sa sagesse, sa justice et son amour pour les arts. Le prince est présenté comme un homme estimable, savant et protecteur des arts, capable de naviguer entre philosophie, poésie, sciences et arts, et de comprendre les secrets de la nature. L'auteur exprime l'honneur que représente pour l'Académie des Sciences d'avoir un tel membre. Il conclut en exprimant son désir de rencontrer le prince et en espérant que ses vœux lui parviennent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8048
p. 118-131
LES SENS POEME. SECOND EXTRAIT.
Début :
DANS l'extrait que nous avons donné de cet ouvrage dans le Mercure d'Avril [...]
Mots clefs :
Poème, Âme, Goût, Plaisir, Amour, Chant, Vers, Fleurs, Bosquets, Auteur, Sens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES SENS POEME. SECOND EXTRAIT.
LES SENS POEM E.
SECOND EXTRAIT.
DANS l'extrait que nous avons donné
de cet ouvrage dans le Mercure d'Avril
nous nous fommes contentés d'en rendre
un compte exact , en laiffant à nos lecteurs
le plaifir de porter un jugement , réglé par
le plus ou le moins de plaifir qu'ils auroient
reffenti. Nous fuivrons la même méthode
dans ce nouvel extrait.
Le Goût , chant quatrième du Poëme ,
eft celui auquel nous nous fommes arrêtés.
Il est peut- être de tous les chants de cet
ouvrage celui qui doit plaire le plus aux
âmes fenfibles. Tout y eft naturel , mais
délicat , mais bien fenti.
It eft dans les âmes fenfibles
Des tranfports délicats , de fecrets mouvemens ,
Qu'à l'afpect du vrai beau leurs fens plus fufceptibles
Expriment par d'heureux élans.
Ces fentimens fubtils , ces rapports invisibles ,
En font des juges infaillibles ,
Et des cenfeurs intelligens.
JUILLET 1766. 119
Connoilleurs fans étude , & favans fans fcience ,
Ce qu'au fer eft l'aimant , le beau l'eft pour
leurs fens :
Mille riens délicats font pour eux importans.
Leur vigilante intelligence
Sait connoître & jouir de tout :
Hélas dans chaque jouillance
L'effet c'eft le plaiûr , la caufe c'eſt le goût.
Ce fens heureux , à lui- même infidelle ,
Par une double effence agit différemment :
Cette effence fouvent n'eft qu'intellectuelle .
Et quelquefois fenfible feulement.
Il élève , il conduit l'effor de la penſée :
Par lui de l'ignorance ayant brifé les fers ,
Vers les cieux notre âme élancée ,
Sur des aîles de feu plane dans l'univers ,
Quand ce germe premier dont tout naît & s'enfante
,
Par le fouffle de l'Eternel ,
Reçut une chaleur active & fécondante ,
Tout jufques à l'efprit étoit matériel.
L'homme vécut long -temps fans ofer ſe connoître :
Ainfi que la nature il étoit au berceau.
Enfin au flambeau du génie
Le goût vivifia les âmes des héros.
Bientôt une auguſte harmonie
Affervit tout à fes heureuſes loix :
120 MERCURE DE FRANCE.
D'un Maître Créateur l'homme acquit tous les
droits ,
Et l'univers foumis à fa noble magie
Fut le temple des arts & le palais des Rois.
Ce goût du beau , ce fens métaphyfique ,
Eft un fixième fens dont l'ineffable prix ,
Pour tant de vulgaires efprits ,
N'eft qu'un être problématique .
C'eſt à la fois un fens particulier ,
Dont l'existence & phyfique & morale ,
Ne connut jamais de rivale
Dans l'art de tout apprécier ;
Et c'est un fens dont le pouvoir fuprême
Agit fur tous les autres fens ;
Ils ne font jamais bien que ce qu'il eft lui-même :
Tous allervis à fes heureux penchans ,
Connoiffent par les connoiffances ,
Jouillent de fes jouiſſances ,
Se meuvent par les mouvemens.
De tels vers font plus difficiles à faire
que les jolis madrigaux qui brillent dans
les ouvrages de mode. Quelques vers plus
bas l'Auteur ajoute ceux- ci , qui réfument
fon fyftême , qui l'expliquent , & que leur
vérité rend . fublimes.
La prudente nature a pour premier mystère
De ne tout varier qu'en fimplifiant tout :
Chaque fens eft un tact , chaque fens a fon goût.
Le
JUILLET 1766. 121
Le phyfique des fens eft un tact plein de flamme :
Et leur méthaphyfique eft le goût des penchans :
L'âme , dans le premier , doit fes plaifirs aux fens ;
Les fens , dans le fecond , doivent les leurs à l'âme.
L'Auteur , pour varier fon ouvrage
paffe enfuite à des peintures délicates , qui
échappent à ces hommes
Dont la vie est un fommeil léthargique ,
Dont l'existence méchanique
A pour fens des refforts & pour difcours des fons.
Il ajoute enfuite ces vers précieux par
·les vérités qu'ils contiennent,
Et- il quelques objets que fon pouvoir n'embraſſe ›
C'est par lui que chante
Apollon
,
C'eſt par lui que charme une Grâce.
A Cythère , au facré vallon ,
It couronne Greffet , avec Chaulieu foupire ;
Il chauffe le cothurne , il accorde la lyre
De Bernis & d'Anacreon.
C'eft dans les bras que compofoient Molière ,
Et le gentil Bernard , & la nerveux Piron.
11 infpiroit le mâle Crébillon ,
L'élégant Marmontel , & le docte Buffon.
Il a taillé la plume de Voltaire :
Racine fut fon nourriffon ;
Mais de Corneille il fut le père.
Vol. I. F
122 MERCURE DE FRANCE.
Ces aigles , voifins du tonnerre ,
Rivaux des Dieux pour la grandeur ,
Les deux Rouffeaux , ces maîtres de la terre ,
Doivent à fes leçons l'art de charmer le coeur.
Mais comme fous la main , par l'heureux don de
plaire ,
Tout s'annoblit , & tout devient faveur ;
C'eſt auffi lui qui place & dérobe une fleur
Dans le corfet de la fimple bergère.
O goût , tréfor de l'âme & de l'efprit ,
C'eſt par toi qu'il eft deux nobleffes ;
L'une , dûe au hafard , ou le prix des richelles ,
Qui fans illuftrer annoblit :
L'autre des potentats & des Princes rivale
S'élève & voit ramper leur précaire hauteur ;
Et des rangs éloignés rempliffant l'intervale ,
Donne au fang le pouvoir , aux talens la grandeur.
Après ces morceaux de raifonnement
fuit l'épifode des compagnons d'Ulyſſe
changés par Circé en différens animaux.
Les images y font vives & les contraftes
adroits. L'Auteur rappelle finement l'épifode
du chant de l'ouïe , où l'adreffe d'Ulyffe
a préfervé fes Compagnons du danger
d'entendre les Syrenes.
Aux accens de la volupté
Les Compagnons d'Ulyffe oppofoient la fierté.
Le goût les a vaincus. Quel bonheur eft le vôtre ,
Tendres bergers toujours un fens n'a réfifté
JUILLET 1766. 123
Que pour mieux illuftrer la défaite de l'autre.
Entrez tous avec moi dans un bocage frais ,
·
Temple de la volupté pure
Où l'amour fait la guerre , & le plaifir la paix.
Peinture anacréontique de ce bofquet.
Là , d'un repas charmant Glycère & fon Lycas
Goûtofent la volupté champêtre :
Le fafte eft apprêté , le plaifir ne l'eft pas .
Pour un coeur délicat, dont l'amour eſt le maître ,
Le Louvre est bien moins qu'un bosquet ;
Et le plaifir le plus parfait ,
Le plus durable enfin , eft le plus prompt à naître .
Leçon pour ces Créfus qui croient que
For donne un prix à tout : ils vantent leurs
poffeffions ;
Mais trop d'art vous trahit , vous m'en montrez
l'apprêt ;
Je pense à ce qu'il vous en coûte ,
Je calcule , & mon coeur fe tait.
Je veux plus de défordre & bien moins d'élégances
Des rameaux trop unis , contraints par la ſcience ,
Ne m'offrent point l'image d'un bofquet.
Glycère , dans le tien , la douce jouillance
Naît du défordre heureux qui pare chaque objets
Qu'une fimple noblefle a de magnificence !
Oui , ce féjour délicieux ,
Simple comme Lycas , comme fon innocence ,
Seroit moins bien s'il étoit mieux..
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
Defcription du repas des deux amans,
Ils preffurent le jus de la treille ; Lycas
chante une chanfon , dont ce couplet eft
charmant.
D'une fleur fous les pas éclofe
Une Eglé chérit la fraîcheur :
Elle effeuille à deffein fa rofe
Chaque feuille vaut une fleur.
Dans les biens qu'amour nous propofe
Le coeur doit tour apprécier ;
Celui qui mieux les décompofe
Sait par- là les multiplier.
Lycas , toujours délicat , différe fon
bonheur & refpecte l'obftacle que la nature
a mis à fes tranfports. Nos lecteurs
nous pardonneront cette dernière citation
à laquelle nous ne pouvons nous refuſer.
Cet obftacle imprévu que reſpecte leur flamme
Eft un charme de plus , chef- d'oeuvre du defir ;
Et ce qu'en eux les fens ont perdu de plaifir ,
S'ajoute au bonheur de leur âme.
Leçon de goût , nouvelle pour les coeurs !
Notre âme quelquefois s'arrête & le captive
Pour irriter les preffantes ardeurs .
Pour elle - même fugitive ,
Elle s'ôte fon bien , s'échappe , fe pourfuit ;
Se prive alors qu'elle jouit ,
Jouit alors qu'elle fe prive,
JUILLET 1766. 125
Rien ne doit être indifférent :
Ni le ruiffeau qui près de nous s'écoule ,
Ni ce lit de cailloux fur lequel il ſe roule ,
Ni le rideau du feuillage naiffant ,
Ni le moindre zéphir , ni le gafon qu'on foule,
Ni le bouton de fleurs , ni le jour , ni l'inſtant.
Un rien nous prive , un rien nous enrichit peutêtre
:
C'eft pour parler au coeur que tout parle à nos
yeux ;
Il ne fuffit point d'être heureux ,
Il faut fentir , il faut connoître
Pour quoi , pour qui , comment , & combien on
va l'être :
Tout importe , le choix de l'objet & des lieux.
L'Auteur termine ce chant en vantant
les plaifirs délicats & la beauté qui peutdire
fans menfonge ,
Je n'ai point de defics quand je n'ai point d'amant.
Les citations multipliées étoient néceffaires
dans un chant où tout eft fentiment .
L'odorat forme le fujet du cinquième
chant. On reconnoît toujours la même
touche ; c'est toujours le métaphyfique
des fens contrafté avec le phyfique. Voici
comme l'Auteur définit celui- ci :
Ce n'étoit point affez , pour l'augufte puiſſance ,
Qui ne nous fait jouir que pour mieux l'imiter ,
Fiij
726 MERCURE DE FRANCE.
De donner une intelligence
Au fens qui pour jouir nous apprend à goûter.
Comme dans tous les biens
tance ,
, par qui notre ſubſ-
En les décompofant , répare fa vigueur
Des fucs la volatile effence
De parfums délicats répand la douce odeur ;
Il nous fit un fens propre à cette jouiffance.
Avec ces corps fubtils , atômes fublimés
La volupté dans les airs fe balance ;
Comme il eft des cailloux dont les veines fidelles
Récèlent des feux inconnus ;
En les heurtant mille éclats imprévus
Cherchent où réunir leurs foibles étincelles .
Ces corps ignés naiffent en pétillant ,
Sans échauffer comme la flamme:
Comme elle dans les airs ils volent en brillant ,
La font naître & lui donnent l'âme.
Ainfi dans ces chocs violens
Qui naiffent dans un coeur timide , mais ſenſible ,
Du combat de l'âme & des fens ;
Sous les corps attractifs d'un pouvoir invifible
Des efprits animaux la brûlante vapeur
Se répand , fe fublime ; & fon tact infaillible
Cherche fans fe tromper l'objet de ſon ardeur .
Le fyftême de l'Auteur eft que les preffentimens
fecrets , les fympathies fubites
naiffent de cettte force attractive des efprits
animaux émanés de nos corps. Si ce n'eft
JUILLET 1766. 127
qu'un fyftême , au moins eft- il ingénieux.
L'Auteur paffe à une defcription de la différence
des fenfations qu'on éprouve en
refpirant l'air du matin , celui de midi ,
celui du foir. ·
Ainfi refpirer même eft un piége enchanteur !
Souvent d'une Nymphe fauvage
Un fimple cuillet a fléchi la rigueur ,
Qu payé les fers d'un volage ;
Le fceptre de l'amour n'eft fouvent qu'une fleur.
Deſcription d'une fête de village qui
amène naturellement l'épifode de ce chant,
toute de fiction. L'Auteur fuppofe que
deux amans ayant été un modèle de fidélité
pendant leur vie , leur chien s'eſt fixé
fur leur tombeau ; & que l'Amour a fait
de ce chien un oracle. Toutes les bergères ,
fuivies de leurs mères , venoient jetter
leur bouquet devant le chien ;
Et jamais , jamais une mère
Ne vit fon bouquet rapporté.
Tous les détails de cette épifode font
agréables.
Ce fut pendant long-temps un triomphe fuprême
D'avoir un für garant d'un tréfor confervé :
L'or craint- il le creufet ; Un coeur fûr de luimême
Gagne toujours quand il eft éprouvé.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
D'autres temps , d'autres moeurs. Jouir devint
baffeffe !
L'abus de la beauté fut un crime commun ;
Dès qu'on mit tout à prix , & plaifirs & tendreffe ,
Tout ceffa d'en mériter un ,
L'oracle devient importun . Le poifon
en délivre .
Le vice après la mort défiant la vertu ,
Des pertes de l'honneur enrichit la décence :
Comme s'il fuffifoit , pour preuve d'innocence ,
De n'être jamais conyainca .
Du mafque de la bienséance
La Phryné fut cacher l'oeil de fon impudence ,
Et de fon manteau fe couvrit ;
Dans ce fiècle trompeur votre vertu commence ,
Sexe volage , où l'épreuve finit .
Glycère n'a pas befoin de garant. Chaque
inftant développe fes fenfations &
celle de fon amant. L'Auteur décrit , d'une
manière curieuſe , les progrès de l'odorat ,
qui eft le plus tardif des fens. Il peint un
homme qui interroge fon être , qui effaye
fes forces par degrés ; il foupire , il eſt
inquiet.
Un jeune objet paroît... & déja ſa beauté
Par un charme fecret l'attire.
Il la pourfuit avec rapidité ;
Pour le foir elie cherche un bofquet écarté.
JUILLET 1766. 329
Dans ce bofquet Flore tient fon Empire ,
Ce qui n'étoit qu'un trouble eft bientôt un délire !
Sur ces tapis rians on tombe en fûreté ;
Mille naifantes fleurs , fur leur tige orgueilleufe ,
Soutiennent en tombant la bergère amoureuſe
Que fa fuite n'a pu fauver.
Cette chûte , peu dangereufe ,
Ne feroit- elle douloureuſe
Qu'à l'inftant de fe relever ?
Qu'ai- je dit qu'ai - je peint ? ... Ce boſquet ;
cette fuite ,
Cette yvrelle , cette pourfuite ,
Je ne les ai chantés que pour chanter Lycas.
Glycère , le foir de la fête du village ,
fuyoit vers fon bofquet chéri. Lycas l'y
pourfuit ; & l'Auteur raconte que Flore ,
alarmée de l'inconftance de Zéphire , avoit
ce jour même demandé à l'Amour un trait
für de fes coups. L'amour lui avoit accordé
fa demande , à condition qu'elle lui donneroit
en échange toutes les fleurs nées
dans fon Empire pendant le même jour.
Flore y avoit confenti , & en effayant le
trait , s'étoit bleffée elle-même.
Le petit Dieu , maître de la nature ,
Prodigue à Glycère les fleurs
Que Flore lui donna , pour fléchir fes rigueurs
Mais ne prêtant rien fans ufure ,
Fy
130
MERCURE DE FRANCE.
C
Pour les fleurs comme pour le trait ,
Il va dans ce fombre bolquer
Se payer par une bleſſure .
L'Auteur paffe enfin au chant de la
jouiffance. Nous n'en citerons aucun morceau
; & M. de Rofoi , qui fait que notre
Journal peut tomber entre les mains des
jeunes perfonnes , à qui il ne faut offrir
que des images modeftes , nous pardonnera
cette omiffion .
Plaiſirs des deux amans , leçons de délicateffe
, réunion de tous les fens , peinture
de la défaite d'un jeune coeur ; cris
de l'âme ; voilà ce que l'Auteur exprime
avec toute la chaleur de la Poéfie.
Par une tranfition naturelle il amène
l'epifode. Le Phoenix enfuite. Le fujet de
cette idée eft embelli par - tout de détails
intéreffans ; nous laiffons à nos lecteurs le
plaifir de les lire dans le Poëme. l'Auteur
termine en appliquant l'épifode aux deux
amans qu'il a célébrés , & finit en adreffant
l'ouvrage à Zélis, jeune beauté à qui
il donne des leçons analogues au fujet
qu'il a traité. Elles font écrites avec fineffe ,
avec fentiment. La difficulté du choix
empêche d'en rapporter des morceaux . Il
eft impoffible d'en adopter un à l'exclufion
de l'autre. Nous renvoyons donc encore à
l'ouvrage même.
JUILLET 1766. 131
Si nous nous fommes étendus fur cette
production , plus que nous n'avons coutume
de faire , nous croyons que le public
nous en faura gré. On y trouve pourtant
quelques inverfions forcées , des expreffions
quelques fois foibles ou peu propres,
mais il prouve du génie , de la combinafon
dans les idées. La marche en eft rapide ,
les images brillantes quoique fages , &
inultipliées fans être confufes ; la Poéfie
en eft naturelle : point trop d'efprit , point
de jeux de mots ; beaucoup de fentiment,
& fur-tout une belle ordonnance ; voilà
de quoi confoler l'Auteur des mauvaiſes
chicanes que la critique pourroit lui faire .
M. de Rozoi a les plus grands droits à la
bienveillance du public , & cet ouvrage eft
un engagement pour lui à faire de nouveaux
efforts pour mériter de nouveaux éloges.
SECOND EXTRAIT.
DANS l'extrait que nous avons donné
de cet ouvrage dans le Mercure d'Avril
nous nous fommes contentés d'en rendre
un compte exact , en laiffant à nos lecteurs
le plaifir de porter un jugement , réglé par
le plus ou le moins de plaifir qu'ils auroient
reffenti. Nous fuivrons la même méthode
dans ce nouvel extrait.
Le Goût , chant quatrième du Poëme ,
eft celui auquel nous nous fommes arrêtés.
Il est peut- être de tous les chants de cet
ouvrage celui qui doit plaire le plus aux
âmes fenfibles. Tout y eft naturel , mais
délicat , mais bien fenti.
It eft dans les âmes fenfibles
Des tranfports délicats , de fecrets mouvemens ,
Qu'à l'afpect du vrai beau leurs fens plus fufceptibles
Expriment par d'heureux élans.
Ces fentimens fubtils , ces rapports invisibles ,
En font des juges infaillibles ,
Et des cenfeurs intelligens.
JUILLET 1766. 119
Connoilleurs fans étude , & favans fans fcience ,
Ce qu'au fer eft l'aimant , le beau l'eft pour
leurs fens :
Mille riens délicats font pour eux importans.
Leur vigilante intelligence
Sait connoître & jouir de tout :
Hélas dans chaque jouillance
L'effet c'eft le plaiûr , la caufe c'eſt le goût.
Ce fens heureux , à lui- même infidelle ,
Par une double effence agit différemment :
Cette effence fouvent n'eft qu'intellectuelle .
Et quelquefois fenfible feulement.
Il élève , il conduit l'effor de la penſée :
Par lui de l'ignorance ayant brifé les fers ,
Vers les cieux notre âme élancée ,
Sur des aîles de feu plane dans l'univers ,
Quand ce germe premier dont tout naît & s'enfante
,
Par le fouffle de l'Eternel ,
Reçut une chaleur active & fécondante ,
Tout jufques à l'efprit étoit matériel.
L'homme vécut long -temps fans ofer ſe connoître :
Ainfi que la nature il étoit au berceau.
Enfin au flambeau du génie
Le goût vivifia les âmes des héros.
Bientôt une auguſte harmonie
Affervit tout à fes heureuſes loix :
120 MERCURE DE FRANCE.
D'un Maître Créateur l'homme acquit tous les
droits ,
Et l'univers foumis à fa noble magie
Fut le temple des arts & le palais des Rois.
Ce goût du beau , ce fens métaphyfique ,
Eft un fixième fens dont l'ineffable prix ,
Pour tant de vulgaires efprits ,
N'eft qu'un être problématique .
C'eſt à la fois un fens particulier ,
Dont l'existence & phyfique & morale ,
Ne connut jamais de rivale
Dans l'art de tout apprécier ;
Et c'est un fens dont le pouvoir fuprême
Agit fur tous les autres fens ;
Ils ne font jamais bien que ce qu'il eft lui-même :
Tous allervis à fes heureux penchans ,
Connoiffent par les connoiffances ,
Jouillent de fes jouiſſances ,
Se meuvent par les mouvemens.
De tels vers font plus difficiles à faire
que les jolis madrigaux qui brillent dans
les ouvrages de mode. Quelques vers plus
bas l'Auteur ajoute ceux- ci , qui réfument
fon fyftême , qui l'expliquent , & que leur
vérité rend . fublimes.
La prudente nature a pour premier mystère
De ne tout varier qu'en fimplifiant tout :
Chaque fens eft un tact , chaque fens a fon goût.
Le
JUILLET 1766. 121
Le phyfique des fens eft un tact plein de flamme :
Et leur méthaphyfique eft le goût des penchans :
L'âme , dans le premier , doit fes plaifirs aux fens ;
Les fens , dans le fecond , doivent les leurs à l'âme.
L'Auteur , pour varier fon ouvrage
paffe enfuite à des peintures délicates , qui
échappent à ces hommes
Dont la vie est un fommeil léthargique ,
Dont l'existence méchanique
A pour fens des refforts & pour difcours des fons.
Il ajoute enfuite ces vers précieux par
·les vérités qu'ils contiennent,
Et- il quelques objets que fon pouvoir n'embraſſe ›
C'est par lui que chante
Apollon
,
C'eſt par lui que charme une Grâce.
A Cythère , au facré vallon ,
It couronne Greffet , avec Chaulieu foupire ;
Il chauffe le cothurne , il accorde la lyre
De Bernis & d'Anacreon.
C'eft dans les bras que compofoient Molière ,
Et le gentil Bernard , & la nerveux Piron.
11 infpiroit le mâle Crébillon ,
L'élégant Marmontel , & le docte Buffon.
Il a taillé la plume de Voltaire :
Racine fut fon nourriffon ;
Mais de Corneille il fut le père.
Vol. I. F
122 MERCURE DE FRANCE.
Ces aigles , voifins du tonnerre ,
Rivaux des Dieux pour la grandeur ,
Les deux Rouffeaux , ces maîtres de la terre ,
Doivent à fes leçons l'art de charmer le coeur.
Mais comme fous la main , par l'heureux don de
plaire ,
Tout s'annoblit , & tout devient faveur ;
C'eſt auffi lui qui place & dérobe une fleur
Dans le corfet de la fimple bergère.
O goût , tréfor de l'âme & de l'efprit ,
C'eſt par toi qu'il eft deux nobleffes ;
L'une , dûe au hafard , ou le prix des richelles ,
Qui fans illuftrer annoblit :
L'autre des potentats & des Princes rivale
S'élève & voit ramper leur précaire hauteur ;
Et des rangs éloignés rempliffant l'intervale ,
Donne au fang le pouvoir , aux talens la grandeur.
Après ces morceaux de raifonnement
fuit l'épifode des compagnons d'Ulyſſe
changés par Circé en différens animaux.
Les images y font vives & les contraftes
adroits. L'Auteur rappelle finement l'épifode
du chant de l'ouïe , où l'adreffe d'Ulyffe
a préfervé fes Compagnons du danger
d'entendre les Syrenes.
Aux accens de la volupté
Les Compagnons d'Ulyffe oppofoient la fierté.
Le goût les a vaincus. Quel bonheur eft le vôtre ,
Tendres bergers toujours un fens n'a réfifté
JUILLET 1766. 123
Que pour mieux illuftrer la défaite de l'autre.
Entrez tous avec moi dans un bocage frais ,
·
Temple de la volupté pure
Où l'amour fait la guerre , & le plaifir la paix.
Peinture anacréontique de ce bofquet.
Là , d'un repas charmant Glycère & fon Lycas
Goûtofent la volupté champêtre :
Le fafte eft apprêté , le plaifir ne l'eft pas .
Pour un coeur délicat, dont l'amour eſt le maître ,
Le Louvre est bien moins qu'un bosquet ;
Et le plaifir le plus parfait ,
Le plus durable enfin , eft le plus prompt à naître .
Leçon pour ces Créfus qui croient que
For donne un prix à tout : ils vantent leurs
poffeffions ;
Mais trop d'art vous trahit , vous m'en montrez
l'apprêt ;
Je pense à ce qu'il vous en coûte ,
Je calcule , & mon coeur fe tait.
Je veux plus de défordre & bien moins d'élégances
Des rameaux trop unis , contraints par la ſcience ,
Ne m'offrent point l'image d'un bofquet.
Glycère , dans le tien , la douce jouillance
Naît du défordre heureux qui pare chaque objets
Qu'une fimple noblefle a de magnificence !
Oui , ce féjour délicieux ,
Simple comme Lycas , comme fon innocence ,
Seroit moins bien s'il étoit mieux..
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
Defcription du repas des deux amans,
Ils preffurent le jus de la treille ; Lycas
chante une chanfon , dont ce couplet eft
charmant.
D'une fleur fous les pas éclofe
Une Eglé chérit la fraîcheur :
Elle effeuille à deffein fa rofe
Chaque feuille vaut une fleur.
Dans les biens qu'amour nous propofe
Le coeur doit tour apprécier ;
Celui qui mieux les décompofe
Sait par- là les multiplier.
Lycas , toujours délicat , différe fon
bonheur & refpecte l'obftacle que la nature
a mis à fes tranfports. Nos lecteurs
nous pardonneront cette dernière citation
à laquelle nous ne pouvons nous refuſer.
Cet obftacle imprévu que reſpecte leur flamme
Eft un charme de plus , chef- d'oeuvre du defir ;
Et ce qu'en eux les fens ont perdu de plaifir ,
S'ajoute au bonheur de leur âme.
Leçon de goût , nouvelle pour les coeurs !
Notre âme quelquefois s'arrête & le captive
Pour irriter les preffantes ardeurs .
Pour elle - même fugitive ,
Elle s'ôte fon bien , s'échappe , fe pourfuit ;
Se prive alors qu'elle jouit ,
Jouit alors qu'elle fe prive,
JUILLET 1766. 125
Rien ne doit être indifférent :
Ni le ruiffeau qui près de nous s'écoule ,
Ni ce lit de cailloux fur lequel il ſe roule ,
Ni le rideau du feuillage naiffant ,
Ni le moindre zéphir , ni le gafon qu'on foule,
Ni le bouton de fleurs , ni le jour , ni l'inſtant.
Un rien nous prive , un rien nous enrichit peutêtre
:
C'eft pour parler au coeur que tout parle à nos
yeux ;
Il ne fuffit point d'être heureux ,
Il faut fentir , il faut connoître
Pour quoi , pour qui , comment , & combien on
va l'être :
Tout importe , le choix de l'objet & des lieux.
L'Auteur termine ce chant en vantant
les plaifirs délicats & la beauté qui peutdire
fans menfonge ,
Je n'ai point de defics quand je n'ai point d'amant.
Les citations multipliées étoient néceffaires
dans un chant où tout eft fentiment .
L'odorat forme le fujet du cinquième
chant. On reconnoît toujours la même
touche ; c'est toujours le métaphyfique
des fens contrafté avec le phyfique. Voici
comme l'Auteur définit celui- ci :
Ce n'étoit point affez , pour l'augufte puiſſance ,
Qui ne nous fait jouir que pour mieux l'imiter ,
Fiij
726 MERCURE DE FRANCE.
De donner une intelligence
Au fens qui pour jouir nous apprend à goûter.
Comme dans tous les biens
tance ,
, par qui notre ſubſ-
En les décompofant , répare fa vigueur
Des fucs la volatile effence
De parfums délicats répand la douce odeur ;
Il nous fit un fens propre à cette jouiffance.
Avec ces corps fubtils , atômes fublimés
La volupté dans les airs fe balance ;
Comme il eft des cailloux dont les veines fidelles
Récèlent des feux inconnus ;
En les heurtant mille éclats imprévus
Cherchent où réunir leurs foibles étincelles .
Ces corps ignés naiffent en pétillant ,
Sans échauffer comme la flamme:
Comme elle dans les airs ils volent en brillant ,
La font naître & lui donnent l'âme.
Ainfi dans ces chocs violens
Qui naiffent dans un coeur timide , mais ſenſible ,
Du combat de l'âme & des fens ;
Sous les corps attractifs d'un pouvoir invifible
Des efprits animaux la brûlante vapeur
Se répand , fe fublime ; & fon tact infaillible
Cherche fans fe tromper l'objet de ſon ardeur .
Le fyftême de l'Auteur eft que les preffentimens
fecrets , les fympathies fubites
naiffent de cettte force attractive des efprits
animaux émanés de nos corps. Si ce n'eft
JUILLET 1766. 127
qu'un fyftême , au moins eft- il ingénieux.
L'Auteur paffe à une defcription de la différence
des fenfations qu'on éprouve en
refpirant l'air du matin , celui de midi ,
celui du foir. ·
Ainfi refpirer même eft un piége enchanteur !
Souvent d'une Nymphe fauvage
Un fimple cuillet a fléchi la rigueur ,
Qu payé les fers d'un volage ;
Le fceptre de l'amour n'eft fouvent qu'une fleur.
Deſcription d'une fête de village qui
amène naturellement l'épifode de ce chant,
toute de fiction. L'Auteur fuppofe que
deux amans ayant été un modèle de fidélité
pendant leur vie , leur chien s'eſt fixé
fur leur tombeau ; & que l'Amour a fait
de ce chien un oracle. Toutes les bergères ,
fuivies de leurs mères , venoient jetter
leur bouquet devant le chien ;
Et jamais , jamais une mère
Ne vit fon bouquet rapporté.
Tous les détails de cette épifode font
agréables.
Ce fut pendant long-temps un triomphe fuprême
D'avoir un für garant d'un tréfor confervé :
L'or craint- il le creufet ; Un coeur fûr de luimême
Gagne toujours quand il eft éprouvé.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
D'autres temps , d'autres moeurs. Jouir devint
baffeffe !
L'abus de la beauté fut un crime commun ;
Dès qu'on mit tout à prix , & plaifirs & tendreffe ,
Tout ceffa d'en mériter un ,
L'oracle devient importun . Le poifon
en délivre .
Le vice après la mort défiant la vertu ,
Des pertes de l'honneur enrichit la décence :
Comme s'il fuffifoit , pour preuve d'innocence ,
De n'être jamais conyainca .
Du mafque de la bienséance
La Phryné fut cacher l'oeil de fon impudence ,
Et de fon manteau fe couvrit ;
Dans ce fiècle trompeur votre vertu commence ,
Sexe volage , où l'épreuve finit .
Glycère n'a pas befoin de garant. Chaque
inftant développe fes fenfations &
celle de fon amant. L'Auteur décrit , d'une
manière curieuſe , les progrès de l'odorat ,
qui eft le plus tardif des fens. Il peint un
homme qui interroge fon être , qui effaye
fes forces par degrés ; il foupire , il eſt
inquiet.
Un jeune objet paroît... & déja ſa beauté
Par un charme fecret l'attire.
Il la pourfuit avec rapidité ;
Pour le foir elie cherche un bofquet écarté.
JUILLET 1766. 329
Dans ce bofquet Flore tient fon Empire ,
Ce qui n'étoit qu'un trouble eft bientôt un délire !
Sur ces tapis rians on tombe en fûreté ;
Mille naifantes fleurs , fur leur tige orgueilleufe ,
Soutiennent en tombant la bergère amoureuſe
Que fa fuite n'a pu fauver.
Cette chûte , peu dangereufe ,
Ne feroit- elle douloureuſe
Qu'à l'inftant de fe relever ?
Qu'ai- je dit qu'ai - je peint ? ... Ce boſquet ;
cette fuite ,
Cette yvrelle , cette pourfuite ,
Je ne les ai chantés que pour chanter Lycas.
Glycère , le foir de la fête du village ,
fuyoit vers fon bofquet chéri. Lycas l'y
pourfuit ; & l'Auteur raconte que Flore ,
alarmée de l'inconftance de Zéphire , avoit
ce jour même demandé à l'Amour un trait
für de fes coups. L'amour lui avoit accordé
fa demande , à condition qu'elle lui donneroit
en échange toutes les fleurs nées
dans fon Empire pendant le même jour.
Flore y avoit confenti , & en effayant le
trait , s'étoit bleffée elle-même.
Le petit Dieu , maître de la nature ,
Prodigue à Glycère les fleurs
Que Flore lui donna , pour fléchir fes rigueurs
Mais ne prêtant rien fans ufure ,
Fy
130
MERCURE DE FRANCE.
C
Pour les fleurs comme pour le trait ,
Il va dans ce fombre bolquer
Se payer par une bleſſure .
L'Auteur paffe enfin au chant de la
jouiffance. Nous n'en citerons aucun morceau
; & M. de Rofoi , qui fait que notre
Journal peut tomber entre les mains des
jeunes perfonnes , à qui il ne faut offrir
que des images modeftes , nous pardonnera
cette omiffion .
Plaiſirs des deux amans , leçons de délicateffe
, réunion de tous les fens , peinture
de la défaite d'un jeune coeur ; cris
de l'âme ; voilà ce que l'Auteur exprime
avec toute la chaleur de la Poéfie.
Par une tranfition naturelle il amène
l'epifode. Le Phoenix enfuite. Le fujet de
cette idée eft embelli par - tout de détails
intéreffans ; nous laiffons à nos lecteurs le
plaifir de les lire dans le Poëme. l'Auteur
termine en appliquant l'épifode aux deux
amans qu'il a célébrés , & finit en adreffant
l'ouvrage à Zélis, jeune beauté à qui
il donne des leçons analogues au fujet
qu'il a traité. Elles font écrites avec fineffe ,
avec fentiment. La difficulté du choix
empêche d'en rapporter des morceaux . Il
eft impoffible d'en adopter un à l'exclufion
de l'autre. Nous renvoyons donc encore à
l'ouvrage même.
JUILLET 1766. 131
Si nous nous fommes étendus fur cette
production , plus que nous n'avons coutume
de faire , nous croyons que le public
nous en faura gré. On y trouve pourtant
quelques inverfions forcées , des expreffions
quelques fois foibles ou peu propres,
mais il prouve du génie , de la combinafon
dans les idées. La marche en eft rapide ,
les images brillantes quoique fages , &
inultipliées fans être confufes ; la Poéfie
en eft naturelle : point trop d'efprit , point
de jeux de mots ; beaucoup de fentiment,
& fur-tout une belle ordonnance ; voilà
de quoi confoler l'Auteur des mauvaiſes
chicanes que la critique pourroit lui faire .
M. de Rozoi a les plus grands droits à la
bienveillance du public , & cet ouvrage eft
un engagement pour lui à faire de nouveaux
efforts pour mériter de nouveaux éloges.
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Résumé : LES SENS POEME. SECOND EXTRAIT.
Le texte présente un extrait du 'Poème E' publié dans le Mercure de Juillet 1766, se concentrant sur le quatrième chant intitulé 'Le Goût'. Ce chant est apprécié pour sa nature délicate et bien sentie. Le goût est décrit comme un sens subtil et invisible permettant de juger et d'apprécier le beau. Les connaisseurs reconnaissent instinctivement le beau, sans besoin d'étude. Le goût est un sens métaphysique guidant et élevant l'esprit, essentiel pour apprécier les arts et les plaisirs. Il a inspiré des figures littéraires telles que Molière, Racine, Corneille et Voltaire. Le poème distingue deux types de noblesse : celle due au hasard ou à la richesse, et celle acquise par le talent et les compétences. Le texte explore également la simplicité et la sincérité dans les relations amoureuses, critiquant ceux qui valorisent les apparences. Il loue Glycère et Lycas pour leur amour authentique et respectueux. L'auteur souligne l'importance de la conscience et de la perception des plaisirs, affirmant que tout élément de l'environnement peut influencer l'expérience amoureuse. Le poème se conclut par une réflexion sur les changements de mœurs et la perte de valeur des véritables sentiments. L'odorat est décrit comme le sens le plus tardif à se développer. Le poème narre l'histoire de Glycère, poursuivie par Lycas, et l'intervention de Flore et de l'Amour. L'auteur termine par une épiphrase sur le Phénix, appliquée aux deux amants, et adresse l'ouvrage à Zélis. Le texte souligne le génie et la combinaison des idées de l'auteur, malgré quelques inversions forcées et expressions faibles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8049
p. 43-51
EPÎTRE sur l'utilité de la satire. Par M. MATON.
Début :
Egô si risi quod ineptus Pastillos Rufillus olet, Gorgonius hircum, [...]
Mots clefs :
Satire, Honneur, Vice, Coeur, Yeux, Grands, Homme, Boileau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPÎTRE sur l'utilité de la satire. Par M. MATON.
EPITRE fur l'utilité de la fatire. Par
M. MATON.
Ego fi rifi quod ineptus
Paftillos Rufillus olet , Gorgonius hircum ,
Lividus & mordax videor tibi.
PAR
Horat.
AR quel abus les méchans & les fots.
Font - ils le mal , errent - ils en repos ?
N'ófe -t-on plus , ami de la droiture
Des moeurs du temps hafarder la peinture?
44
MERCURE DE FRANCE .
Et rougit- on d'entretenir l'honneur
Qui d'un état confirme la grandeur ?
C'eſt donc depuis qu'avec l'art de médire
Les médifans confondent la fatire ,
Et que le vice , au plus haut point porté ,
S'accroît encor de fon impunité ?
O fiècle ! ô jours ! fi féconds en maximes ,
En théorie , en documens fublimes
Pour qui le nom d'honneur ou de vertu
N'eft que trop vague , & fouvent rebattu ;
Permetttez - vous qu'une Mufe ftoïque
Monte fa lyre au ton de fa logique?
Qu'il foit banni de la fociété ,
Qu'il foit , dit- on , à jamais d'éteſté ,
Le bel-efprit qui , fâcheux par fyftême ,
Nous décrira pour fe louer lui-même.
Quoi qu'on en dife , intégre & citoyen ,
Un fatyrique eft un homme de bien :
S'il fe pouvoit qu'un peuple en fon enfance
Cherchât au loin fa frêle fubfiftance ,
Qu'avec tranfport il béniroit la main
Qui , féparant le baume du venin ,
Lui marqueroit tout ce que la nature
Sage & conftante offre à fa nouriture !
Tel eft l'objet du cenfeur éclairé ;
Un'eft fervent que pour l'homme égaré :
JUILLET 41
1
1766.
D'un mot plaisant , ou d'un trait fatirique ,
Il force au bien que la morale indique ;
Se faifant craindre , il éclaire nos pas :
La loi commande , & ne raifonne pas.
Chez des humains yvres de flaterie ,
De tous les temps la fatire avilie
Range le fage à côté du méchant ,
Lorfque fon oeil veut percer trop avant.
Qu'une leçon dans le fecret nous pique ,
Elle révolte alors qu'elle eft publique.
Comment peut - on , jaloux de fon erreur
Baiſer la main qui nous perce le coeur ?
Le bel emploi (de l'orgueil dont nous fommes)
Que de reprendre , & d'inftruire les hommes !
Témoins les fruits que moiffonne Rouffeau ,
De fon Vitam impendere vero.
Eft-on toujours pour y voir mieux qu'un autre,
De la raiſon le martyre & l'apôtre ?
L'humanité demande des heureux ,
Et l'art d'en faire eft un préfent des Cieux
Mais on a beau terraffer l'impofture ,
On jouit peu du bien que l'on procure :
Il eft d'ingrats un nombrè illimité ,
Et mille erreurs pour une vérité.
Quoique ces vers admettent la fatire ,
La bienséance en rétrécit l'empire.
Qu'est-il befoin , pour la gloire des fots ,
Qu'un Ecrivain fe ruine en bons mots ?
46 MERCURE
DE FRANCE
.
Ou qu'un forfait , abhorrant la lumière ,
Soit par humeur tiré de la pouflière ?
La voix publique aime la chaſteté ,
Et le vrai zèle atteint l'utilité :
De Juvenal les portraits font infâmes ;
Ne fouillons pas dans les replis des âmes :
Il eft des coeurs juſques là corrompus ,
Que n'émeut point l'exemple des vertus ;
Mais effayez de leur créer des vices ,
Les voilà prêts d'en faire leurs délices.
Un crime occulte eft prefque indifférent 3
Qui fe perd feul , eſt à peine un méchant.
Pour peu qu'un mal devienne épidémique ,
Pour l'arrêter , il n'eft qu'un fatirique ;
Un ennemi de l'ordre , un impofteur ,
S'il eft puiffant , doit exciter l'horreur ;
Il faut fur lui déployer le farcafme
Et le glacer dans fon enthouſiaſme :
De fes noirceurs vient- il à fe
parer ,
C'est un Typhon qu'il faut d'éfefpérer.
Tel d'un arrêt s'ofe targuer & rire ,
Brave le Ciel , qui craindra la fatire .
Elle a produit de furprenans effets ;
Elle a de Guife arrêté les excès ( 1 ) ;
( 1 ) On fait que la multiplicité des écrits répandus dans
la Sicile , par les partifans du Roi contre le Duc de Guife ,
mirent un frein puiffantaux entreptifes or gueilleufes de cet
homme,
I
JUILLET
47 1766.
Et Maffei , par ſa forte ironie ( 2 ) ,
D'affreux duels a purgé l'Italie.
Que mon coeur s'ouvre aux pleurs des malheureux
,
Sentant leur fort , je parlerai comme eux :
Leurs maux divers m'arracheront des larmes ;
Leur défeſpoir me fournira des armes :
Je ne verrai
qu'oppreffeurs & tyrans ;
Que des petits les victimes des grands ;
Que l'ingocence & l'orphelin timides
Triftes jouets de juges trop avides ;
Que la faveur couronnant de ſes mains ,
De vils flateurs , l'opprobre des humains :
Ce ne fera que haine & préfidie ;
Qu'ambition de flots de fang nourrie ;
Que novateurs , que de faux citoyens ,
Que des docteurs s'égorgeant pour des riens ;
Que des favans , dont la philoſophie
Verſe en leur fein le poiſon de l'envie.
Ils font , hélas ! ces oracles du temps ,
Peu lumineux , & jamais confolans.
Lorſqu'un héros qui reſpire la guerre ,
De fes fujets fe fait nommer le père ;
Qu'un autre érige en maxime d'état ,
Qu'un trône ouvert excufe l'attentat ;
( 2 ) Il eft certain que le ridicule amer jetté par le
Marquis Maffei , fur l'ufage barbare des duels , dans fon
traité Della Scienza Cavalleresca , produiſit en Italie des
effets furprenans.
MERCURE DE FRANCE.
Que s'uniflant à des femmes perdues ,
Des grands encor fe placent dans les nues ;
Que tel aux fiens refufe des fecours ,
Qui rifque au jeu fa fortune & fes jours ;
Qu'aux yeux de ceux qui ne favent l'attendre ,
L'or n'avilit que quand il le faut rendre :
Le Ciel m'eût- il départi fa douceur ,
Le fiel alors furnage dans mon coeur :
Il faut du moins qu'en bonne politique ,
Faute de loix , la fatire s'explique :
Dans un Etat il eft contagieux
Qu'à ces tableaux s'accoutument les yeux.
Quelque rumeur que la fatire excite ,
On ne la craint que lorsqu'on la mérite .
Malheur à ceux qui la comptent pour rien :
L'horreur du mal fait l'éloge du bien.
Alcide expire & les monftres renaiſſent :
Boileau n'eft plus , & les fots reparoiffent.
Mais de cenfeur , pour s'arroger le droit ,
Il faut , dit - on , foi- même marcher droit ,
Et qu'innocent des vices qu'on réprime ,
De victimaire on ne foit pas victime.
Eft- ce aux Lays à nous parler d'honneur ?
Aux Arétins , d'un Dieu jufte & vengeur ?
Soit & mon but , en me mêlant d'écrire ,
Eft qu'on m'eftime,& non pas qu'on m'admire.
Si je nommois , je veux l'être à mon tour.
J'ai deux acteurs ; c'eft le peuple & la cour.
Que
JUILLET 1766. 49
Que dis-je encor ? Il faut , pour être juſte ,
Blâmant Cinna , s'enrouer pour Auguſte
Et compofer , d'un ftyle fec & dur ,
En temps & lieu des odes fur Namur:
Que rifque- t- on ? Pour une apologie
Mille fujets dérident mon génie ;
Etre à l'affut de l'orgueil & du fat ,
C'est ce qu'obferve un Auteur par état .
Mais il faut rire ; ennemi de la joie ,
Aux vers rongeurs on est toujours en proie ;
Tout eft chaos quand le ciel eft obfcur ;
Tout le corrompt quand le vale eft impur,
Ami lecteur , j'ai banni mon fcrupule ;
Pour peu qu'un vice offre de ridicule ,
Il n'eſt pour lui , ni trêve ni traité :
Salvien , dit- on... . Dieu même a plaifanté (3 ) .
Boileau nommoit & bravoit la tempête s
Boileau pourtant avoit une âme honnête.
Dans leurs palais , s'il vifitoit les grands ,
Se piquoit - il d'y brûler de l'encens ? '
Moins protégé fans doute & moins fertile ,
En d'autres mains fon art peut être utile .
Mais quant aux morts , ils ne rougiffent plus .
Et les tombeaux regorgent de vertus .
Des torts vivans parcourons la carrière ,
Sans nous morfondre à rimer en arrière ;
Examinons , l'optique eft fous nos yeux .
( 3 ) Les Ecritures & les Saints Pères font pleins de traite
plaifans & d'ironies , qui l'emportent , pour la force , fur
la déclamation on me difpenfera de les citer , il y en a trop.,
Vol. II.
MERCURE DE FRANCE.
Tout eft pigmée & veut atteindre aux cieux ;
A fa befogne on met tant d'importance ,
Qu'on croit feul être un perfonnage en France :
Auffi ne vois -je en nos jours dépravés
Qu'artiſtes peints & que magots gravés.
Contre les grands jour & nyit on déclame ;
En vain ils font fans principes , fans âme :
Leurs détracteurs , ces frondeurs éternels ,
Mourant de faim pour fe rendre immortels )
Sont les premiers , féduits par des carreffes ,
'A s'adoucir , à chanter leurs foibleffes.
Il faut d'un grand , en diffamant les traits ,
Défefpérer de le louer jamais.
Mais c'en eft trop , Mufe , pour un chapitre ;
Et fouviens-toi que tu fais une épître :
Des maux réels de ce monde moral
Nous n'avons pas entrepris le journal ,
Dis feulement , avec quelque juftice ,
Que la fatyre eft le fléau du vice ;
Qu'en fait de moeurs & de bons réglemens ,
Dix vers heureux font plus que vingt pédans ;
Qu'un Juge inftruit ne fauroit la profcrire ;
Que fous Trajan on permit de tout dire s
Et que depuis loix , édits & fermons
Sont à-peu-près tirés du même fonds.
Dans un moment où l'eſprit de vertige
Renverfe tout & s'écrie au prodige ,
1
JUILLET 1766. SE
Que ferviroit un Moliere nouveau ,
Si , refferrant fon génie au berceau ,
On l'aftreignoit au mérite affez mince
De mettre en jeu des défauts de province ?
Du plus grand homme on feroit un flatteur ,
Et... Je me tais pour n'avoir pas d'humeur.
M. MATON.
Ego fi rifi quod ineptus
Paftillos Rufillus olet , Gorgonius hircum ,
Lividus & mordax videor tibi.
PAR
Horat.
AR quel abus les méchans & les fots.
Font - ils le mal , errent - ils en repos ?
N'ófe -t-on plus , ami de la droiture
Des moeurs du temps hafarder la peinture?
44
MERCURE DE FRANCE .
Et rougit- on d'entretenir l'honneur
Qui d'un état confirme la grandeur ?
C'eſt donc depuis qu'avec l'art de médire
Les médifans confondent la fatire ,
Et que le vice , au plus haut point porté ,
S'accroît encor de fon impunité ?
O fiècle ! ô jours ! fi féconds en maximes ,
En théorie , en documens fublimes
Pour qui le nom d'honneur ou de vertu
N'eft que trop vague , & fouvent rebattu ;
Permetttez - vous qu'une Mufe ftoïque
Monte fa lyre au ton de fa logique?
Qu'il foit banni de la fociété ,
Qu'il foit , dit- on , à jamais d'éteſté ,
Le bel-efprit qui , fâcheux par fyftême ,
Nous décrira pour fe louer lui-même.
Quoi qu'on en dife , intégre & citoyen ,
Un fatyrique eft un homme de bien :
S'il fe pouvoit qu'un peuple en fon enfance
Cherchât au loin fa frêle fubfiftance ,
Qu'avec tranfport il béniroit la main
Qui , féparant le baume du venin ,
Lui marqueroit tout ce que la nature
Sage & conftante offre à fa nouriture !
Tel eft l'objet du cenfeur éclairé ;
Un'eft fervent que pour l'homme égaré :
JUILLET 41
1
1766.
D'un mot plaisant , ou d'un trait fatirique ,
Il force au bien que la morale indique ;
Se faifant craindre , il éclaire nos pas :
La loi commande , & ne raifonne pas.
Chez des humains yvres de flaterie ,
De tous les temps la fatire avilie
Range le fage à côté du méchant ,
Lorfque fon oeil veut percer trop avant.
Qu'une leçon dans le fecret nous pique ,
Elle révolte alors qu'elle eft publique.
Comment peut - on , jaloux de fon erreur
Baiſer la main qui nous perce le coeur ?
Le bel emploi (de l'orgueil dont nous fommes)
Que de reprendre , & d'inftruire les hommes !
Témoins les fruits que moiffonne Rouffeau ,
De fon Vitam impendere vero.
Eft-on toujours pour y voir mieux qu'un autre,
De la raiſon le martyre & l'apôtre ?
L'humanité demande des heureux ,
Et l'art d'en faire eft un préfent des Cieux
Mais on a beau terraffer l'impofture ,
On jouit peu du bien que l'on procure :
Il eft d'ingrats un nombrè illimité ,
Et mille erreurs pour une vérité.
Quoique ces vers admettent la fatire ,
La bienséance en rétrécit l'empire.
Qu'est-il befoin , pour la gloire des fots ,
Qu'un Ecrivain fe ruine en bons mots ?
46 MERCURE
DE FRANCE
.
Ou qu'un forfait , abhorrant la lumière ,
Soit par humeur tiré de la pouflière ?
La voix publique aime la chaſteté ,
Et le vrai zèle atteint l'utilité :
De Juvenal les portraits font infâmes ;
Ne fouillons pas dans les replis des âmes :
Il eft des coeurs juſques là corrompus ,
Que n'émeut point l'exemple des vertus ;
Mais effayez de leur créer des vices ,
Les voilà prêts d'en faire leurs délices.
Un crime occulte eft prefque indifférent 3
Qui fe perd feul , eſt à peine un méchant.
Pour peu qu'un mal devienne épidémique ,
Pour l'arrêter , il n'eft qu'un fatirique ;
Un ennemi de l'ordre , un impofteur ,
S'il eft puiffant , doit exciter l'horreur ;
Il faut fur lui déployer le farcafme
Et le glacer dans fon enthouſiaſme :
De fes noirceurs vient- il à fe
parer ,
C'est un Typhon qu'il faut d'éfefpérer.
Tel d'un arrêt s'ofe targuer & rire ,
Brave le Ciel , qui craindra la fatire .
Elle a produit de furprenans effets ;
Elle a de Guife arrêté les excès ( 1 ) ;
( 1 ) On fait que la multiplicité des écrits répandus dans
la Sicile , par les partifans du Roi contre le Duc de Guife ,
mirent un frein puiffantaux entreptifes or gueilleufes de cet
homme,
I
JUILLET
47 1766.
Et Maffei , par ſa forte ironie ( 2 ) ,
D'affreux duels a purgé l'Italie.
Que mon coeur s'ouvre aux pleurs des malheureux
,
Sentant leur fort , je parlerai comme eux :
Leurs maux divers m'arracheront des larmes ;
Leur défeſpoir me fournira des armes :
Je ne verrai
qu'oppreffeurs & tyrans ;
Que des petits les victimes des grands ;
Que l'ingocence & l'orphelin timides
Triftes jouets de juges trop avides ;
Que la faveur couronnant de ſes mains ,
De vils flateurs , l'opprobre des humains :
Ce ne fera que haine & préfidie ;
Qu'ambition de flots de fang nourrie ;
Que novateurs , que de faux citoyens ,
Que des docteurs s'égorgeant pour des riens ;
Que des favans , dont la philoſophie
Verſe en leur fein le poiſon de l'envie.
Ils font , hélas ! ces oracles du temps ,
Peu lumineux , & jamais confolans.
Lorſqu'un héros qui reſpire la guerre ,
De fes fujets fe fait nommer le père ;
Qu'un autre érige en maxime d'état ,
Qu'un trône ouvert excufe l'attentat ;
( 2 ) Il eft certain que le ridicule amer jetté par le
Marquis Maffei , fur l'ufage barbare des duels , dans fon
traité Della Scienza Cavalleresca , produiſit en Italie des
effets furprenans.
MERCURE DE FRANCE.
Que s'uniflant à des femmes perdues ,
Des grands encor fe placent dans les nues ;
Que tel aux fiens refufe des fecours ,
Qui rifque au jeu fa fortune & fes jours ;
Qu'aux yeux de ceux qui ne favent l'attendre ,
L'or n'avilit que quand il le faut rendre :
Le Ciel m'eût- il départi fa douceur ,
Le fiel alors furnage dans mon coeur :
Il faut du moins qu'en bonne politique ,
Faute de loix , la fatire s'explique :
Dans un Etat il eft contagieux
Qu'à ces tableaux s'accoutument les yeux.
Quelque rumeur que la fatire excite ,
On ne la craint que lorsqu'on la mérite .
Malheur à ceux qui la comptent pour rien :
L'horreur du mal fait l'éloge du bien.
Alcide expire & les monftres renaiſſent :
Boileau n'eft plus , & les fots reparoiffent.
Mais de cenfeur , pour s'arroger le droit ,
Il faut , dit - on , foi- même marcher droit ,
Et qu'innocent des vices qu'on réprime ,
De victimaire on ne foit pas victime.
Eft- ce aux Lays à nous parler d'honneur ?
Aux Arétins , d'un Dieu jufte & vengeur ?
Soit & mon but , en me mêlant d'écrire ,
Eft qu'on m'eftime,& non pas qu'on m'admire.
Si je nommois , je veux l'être à mon tour.
J'ai deux acteurs ; c'eft le peuple & la cour.
Que
JUILLET 1766. 49
Que dis-je encor ? Il faut , pour être juſte ,
Blâmant Cinna , s'enrouer pour Auguſte
Et compofer , d'un ftyle fec & dur ,
En temps & lieu des odes fur Namur:
Que rifque- t- on ? Pour une apologie
Mille fujets dérident mon génie ;
Etre à l'affut de l'orgueil & du fat ,
C'est ce qu'obferve un Auteur par état .
Mais il faut rire ; ennemi de la joie ,
Aux vers rongeurs on est toujours en proie ;
Tout eft chaos quand le ciel eft obfcur ;
Tout le corrompt quand le vale eft impur,
Ami lecteur , j'ai banni mon fcrupule ;
Pour peu qu'un vice offre de ridicule ,
Il n'eſt pour lui , ni trêve ni traité :
Salvien , dit- on... . Dieu même a plaifanté (3 ) .
Boileau nommoit & bravoit la tempête s
Boileau pourtant avoit une âme honnête.
Dans leurs palais , s'il vifitoit les grands ,
Se piquoit - il d'y brûler de l'encens ? '
Moins protégé fans doute & moins fertile ,
En d'autres mains fon art peut être utile .
Mais quant aux morts , ils ne rougiffent plus .
Et les tombeaux regorgent de vertus .
Des torts vivans parcourons la carrière ,
Sans nous morfondre à rimer en arrière ;
Examinons , l'optique eft fous nos yeux .
( 3 ) Les Ecritures & les Saints Pères font pleins de traite
plaifans & d'ironies , qui l'emportent , pour la force , fur
la déclamation on me difpenfera de les citer , il y en a trop.,
Vol. II.
MERCURE DE FRANCE.
Tout eft pigmée & veut atteindre aux cieux ;
A fa befogne on met tant d'importance ,
Qu'on croit feul être un perfonnage en France :
Auffi ne vois -je en nos jours dépravés
Qu'artiſtes peints & que magots gravés.
Contre les grands jour & nyit on déclame ;
En vain ils font fans principes , fans âme :
Leurs détracteurs , ces frondeurs éternels ,
Mourant de faim pour fe rendre immortels )
Sont les premiers , féduits par des carreffes ,
'A s'adoucir , à chanter leurs foibleffes.
Il faut d'un grand , en diffamant les traits ,
Défefpérer de le louer jamais.
Mais c'en eft trop , Mufe , pour un chapitre ;
Et fouviens-toi que tu fais une épître :
Des maux réels de ce monde moral
Nous n'avons pas entrepris le journal ,
Dis feulement , avec quelque juftice ,
Que la fatyre eft le fléau du vice ;
Qu'en fait de moeurs & de bons réglemens ,
Dix vers heureux font plus que vingt pédans ;
Qu'un Juge inftruit ne fauroit la profcrire ;
Que fous Trajan on permit de tout dire s
Et que depuis loix , édits & fermons
Sont à-peu-près tirés du même fonds.
Dans un moment où l'eſprit de vertige
Renverfe tout & s'écrie au prodige ,
1
JUILLET 1766. SE
Que ferviroit un Moliere nouveau ,
Si , refferrant fon génie au berceau ,
On l'aftreignoit au mérite affez mince
De mettre en jeu des défauts de province ?
Du plus grand homme on feroit un flatteur ,
Et... Je me tais pour n'avoir pas d'humeur.
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Résumé : EPÎTRE sur l'utilité de la satire. Par M. MATON.
Dans l'épître 'Sur l'utilité de la satire', M. Maton explore le rôle essentiel de la satire dans la société. Il regrette l'absence de critique des mœurs contemporaines et met en avant l'importance de la satire pour éclairer et guider les individus vers le bien. La satire utilise des mots plaisants ou des traits satiriques pour révéler les erreurs humaines, mais doit être employée avec discernement pour éviter de blesser inutilement. Elle a prouvé son efficacité en modérant les excès de personnages influents, comme le Duc de Guise, et en réduisant les duels en Italie grâce à l'ironie de Maffei. L'auteur exprime sa compassion pour les malheureux et dénonce les oppresseurs et les injustices sociales. Il affirme que la satire est nécessaire pour préserver l'honneur et la vertu, même sans lois strictes. M. Maton réfléchit également sur l'écriture satirique, qui vise à critiquer les vices sans chercher l'admiration. Ses principaux sujets sont le peuple et la cour. Il reconnaît la difficulté de blâmer certains personnages historiques tout en restant juste. La satire est perçue comme un moyen efficace pour ridiculiser les vices, même parmi les figures religieuses et littéraires comme Boileau. Il critique une société marquée par l'orgueil et l'hypocrisie, où artistes et critiques se disputent pour se faire remarquer. La satire est vue comme un fléau contre le vice, les vers bien écrits ayant plus d'impact que les discours moralisateurs. L'auteur regrette les restrictions imposées à la liberté d'expression, comparant la tolérance sous Trajan à la censure de son époque.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8050
p. 123-128
LA RAMÉIDE, poëme, par M. RAMEAU ; 1766.
Début :
NOUS avons promis, dans un de nos Mercures précédens, de faire voir, par des [...]
Mots clefs :
Musique, Talents, Jean-Philippe Rameau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA RAMÉIDE, poëme, par M. RAMEAU ; 1766.
LA RAMÉIDE , poëme , par M. RAMEAU;
1766.
NOUS
ous avons promis , dans un de nos
Mercures précédens , de faire voir , par des
détails tirés de fon Poëme , que M. Rameau
, neveu du grand Muficien de ce
nom , a encore d'autres titres qui doivent
le rendre intéreffant au public. Ces titres
font fes talens pour la poéfie & pour la
mufique.
J'ai fait plus d'une fois bruit des fruits de ma
verve ;
Et je fuis fûr encor que dans bien plus d'un lieu
J'ai fait parler auffi de Rameau le neveu .
Sur- tout en Bourgogne par des airs du
pays , qu'on appelle fauteufes ; par celle
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
entr'autres fur laquelle on chante les paro
les de M. Favart , la petite Life , & c . Enfuite
à Lyon , à Metz , à Nevers , en Champagne
& chez les Grifons . M. Rameau le
neveu a depuis fait imprimer de nouvelles
pièces de clavecin , diftribuées en ſix fuites
d'airs de différens caractères , & intitulées :
la Voltaire, les trois Rameaux , le Général
d'Armée , le François aimable , la Toujours
nouvelle , &c. &c. &c.
J'entonnai le clairon & la fierre trompette ;
Je fis pour le hameau raifonner la mufette.
• ·
Avant Rameau peut-être on auroit pu me voir
Paroître avec éclat dans le rang du favoir.
M. Rameau fe plaint de ce que , malgré
les talens qu'il a montrés dans la double
carrière de la poéfie & de la mufique , il
ne vit pas dans l'aifance que devroient lui
procurer fes fuccès.
Moi , dont jamais le gain n'égala la dépenſe ,
Et qui connois encor la parfaite abſtinence.
Mais de loin qui croira qu'un Auteur de mon nom
Ne tient pas dans Paris la meilleure maiſon ?
L'Auteur fe croit en droit de demander
la récompenfe de fes talens & de ceux de
JUILLET 1766. 125
fon oncle , dont il fait par- tout un juſte
éloge ; c'eft à - peu - près le fujet du premier
chant , qu'il appelle fes Objections .
Dans le fecond , intitulé la Défenfe du
goût , M. Rameau combat le fyftème de
M. Rouffeau de Genève fur la mufique . Il
revient à fes objections dans le troiſième
chant , c'est - à - dire , à fon peu d'aifance
que le nom qu'il porte devoit faire difparoître.
Il faut , felon les fiens , une honnête retraite ;
Le Ciel qui nous fit naître en contracte la dette .
Ce n'eft pas la faute de M. Rameau fi
fon étoile ne lui a pas été plus favorable.
Fils & neveu de deux hommes à talens ,
il a cherché de bonne heure à s'avancer
dans le monde par la même voie.
A l'âge de vingt ans , ayant perdu ma mère ,
Je me trouvai contraint fous les loix de mon père,
Pour les autres fi bon , de moi trop exigeant ,
De quitter la maifon fur la foi du talent.
Il femble que le Ciel m'ait fait pour les revers ;
Connoiffant mon devoir je les ai tous foufferts.
•
Sans difputer de rang aux neveux des Corneilles
Ne puis-je rien devoir aux Rameaux , à leurs
veilles ,
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
1
Et par quelques bienfaits en reffentir les fruits ,
A titre de neveu comme à titre de fils ?
Peut-être qu'échauffé d'une faveur légère ,
Je chanterois encore après l'oncle ou le père ,
Eprouvant la fortune & des jours tout nouveaux ,
Mes chants pourroient s'accroître & devenir plus
beaux.
Le quatrième chant eft intitulé , Honneur
aux grands , Hommage à l'amitié.
Ici M. Rameau rappelle à fes lecteurs le
nom des perfonnes illuftres qui l'ont protégé
& accueilli .
J'ai fous l'habit du Roi paru fix fois en lice ;
L'on fait combien je fus aimé du grand Maurice.
La plupart des autres protecteurs de
M. Rameau ne font pas d'un rang moins
diftingué.
Le cinquième chant eft appellé Réponse
à tout. L'Auteur propofe à l'Etat divers
moyens de lui faire le bien qu'il femble
avoir mérité par fes talens &
par fon nom .
Il eft plufieurs moyens par où l'on peut m'en faire.
Sur la caiffe lyrique * ; ou bien qu'on délibère ,
Sur quelque bénéfice ; on me vit en rabat ;
J'ai la tonfure enfin ; j'en aime encor . l'état.
1
* Penfion fur les fonds de l'Opéra .
JUILLET 1766. 127
Mais il fut marié , dira quelque bonne âme ;
Il eut vraiment beau fils, & toute aimable femme.
J'en ai porté le deuil ; on vit couler mes larmes ;
D'une fi digne épouſe , en rappellant les charmes ,
C'eft pour louer ici qui mérita ma foi.
Mais au fervice encor , fi Dieu ne lui pardonne
Eh bien, qu'eſt-ce , Meffieurs ? je n'ai tué perfonne.
Quand je montrai du coeur , quand j'eus de la
vertu ,
Je fus jaloux d'honneur , non de fang répandu .
Pour l'églife ( il n'eft rien qu'ici je doive taire ) ;
J'ai fait depuis l'épée un an de féminaire .
Senfible à la faveur , en court ou long manteau ,
L'on verroit déformais le neveu de Rameau ,
Sous cet habit pieux , renonçant à la gloire ,
Qu'on accorde à mon nom ,
du moins que je
veux croire ,
Je ferai tout entier à mes dix luftres faits ,
A l'étude du fage , où je me livrerois.
Attentif & foigneux à donner bons exemples ,
Plus qu'en tout autre lieu l'on me verroit aux
temples.
Mais fi , pour cet état nulle porte ne s'ouvre ,
Je ne vois point l'abus d'un logement au Louvre,
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
3
Nous defirons ardemment que les
voeux de M. Rameau foient remplis : ce
qui s'eft paffé il y a quelques années à l'égard
d'un parent de Corneille , eft fait pour
donner de la confiance au neveu du grand
Rameau.
1766.
NOUS
ous avons promis , dans un de nos
Mercures précédens , de faire voir , par des
détails tirés de fon Poëme , que M. Rameau
, neveu du grand Muficien de ce
nom , a encore d'autres titres qui doivent
le rendre intéreffant au public. Ces titres
font fes talens pour la poéfie & pour la
mufique.
J'ai fait plus d'une fois bruit des fruits de ma
verve ;
Et je fuis fûr encor que dans bien plus d'un lieu
J'ai fait parler auffi de Rameau le neveu .
Sur- tout en Bourgogne par des airs du
pays , qu'on appelle fauteufes ; par celle
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
entr'autres fur laquelle on chante les paro
les de M. Favart , la petite Life , & c . Enfuite
à Lyon , à Metz , à Nevers , en Champagne
& chez les Grifons . M. Rameau le
neveu a depuis fait imprimer de nouvelles
pièces de clavecin , diftribuées en ſix fuites
d'airs de différens caractères , & intitulées :
la Voltaire, les trois Rameaux , le Général
d'Armée , le François aimable , la Toujours
nouvelle , &c. &c. &c.
J'entonnai le clairon & la fierre trompette ;
Je fis pour le hameau raifonner la mufette.
• ·
Avant Rameau peut-être on auroit pu me voir
Paroître avec éclat dans le rang du favoir.
M. Rameau fe plaint de ce que , malgré
les talens qu'il a montrés dans la double
carrière de la poéfie & de la mufique , il
ne vit pas dans l'aifance que devroient lui
procurer fes fuccès.
Moi , dont jamais le gain n'égala la dépenſe ,
Et qui connois encor la parfaite abſtinence.
Mais de loin qui croira qu'un Auteur de mon nom
Ne tient pas dans Paris la meilleure maiſon ?
L'Auteur fe croit en droit de demander
la récompenfe de fes talens & de ceux de
JUILLET 1766. 125
fon oncle , dont il fait par- tout un juſte
éloge ; c'eft à - peu - près le fujet du premier
chant , qu'il appelle fes Objections .
Dans le fecond , intitulé la Défenfe du
goût , M. Rameau combat le fyftème de
M. Rouffeau de Genève fur la mufique . Il
revient à fes objections dans le troiſième
chant , c'est - à - dire , à fon peu d'aifance
que le nom qu'il porte devoit faire difparoître.
Il faut , felon les fiens , une honnête retraite ;
Le Ciel qui nous fit naître en contracte la dette .
Ce n'eft pas la faute de M. Rameau fi
fon étoile ne lui a pas été plus favorable.
Fils & neveu de deux hommes à talens ,
il a cherché de bonne heure à s'avancer
dans le monde par la même voie.
A l'âge de vingt ans , ayant perdu ma mère ,
Je me trouvai contraint fous les loix de mon père,
Pour les autres fi bon , de moi trop exigeant ,
De quitter la maifon fur la foi du talent.
Il femble que le Ciel m'ait fait pour les revers ;
Connoiffant mon devoir je les ai tous foufferts.
•
Sans difputer de rang aux neveux des Corneilles
Ne puis-je rien devoir aux Rameaux , à leurs
veilles ,
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
1
Et par quelques bienfaits en reffentir les fruits ,
A titre de neveu comme à titre de fils ?
Peut-être qu'échauffé d'une faveur légère ,
Je chanterois encore après l'oncle ou le père ,
Eprouvant la fortune & des jours tout nouveaux ,
Mes chants pourroient s'accroître & devenir plus
beaux.
Le quatrième chant eft intitulé , Honneur
aux grands , Hommage à l'amitié.
Ici M. Rameau rappelle à fes lecteurs le
nom des perfonnes illuftres qui l'ont protégé
& accueilli .
J'ai fous l'habit du Roi paru fix fois en lice ;
L'on fait combien je fus aimé du grand Maurice.
La plupart des autres protecteurs de
M. Rameau ne font pas d'un rang moins
diftingué.
Le cinquième chant eft appellé Réponse
à tout. L'Auteur propofe à l'Etat divers
moyens de lui faire le bien qu'il femble
avoir mérité par fes talens &
par fon nom .
Il eft plufieurs moyens par où l'on peut m'en faire.
Sur la caiffe lyrique * ; ou bien qu'on délibère ,
Sur quelque bénéfice ; on me vit en rabat ;
J'ai la tonfure enfin ; j'en aime encor . l'état.
1
* Penfion fur les fonds de l'Opéra .
JUILLET 1766. 127
Mais il fut marié , dira quelque bonne âme ;
Il eut vraiment beau fils, & toute aimable femme.
J'en ai porté le deuil ; on vit couler mes larmes ;
D'une fi digne épouſe , en rappellant les charmes ,
C'eft pour louer ici qui mérita ma foi.
Mais au fervice encor , fi Dieu ne lui pardonne
Eh bien, qu'eſt-ce , Meffieurs ? je n'ai tué perfonne.
Quand je montrai du coeur , quand j'eus de la
vertu ,
Je fus jaloux d'honneur , non de fang répandu .
Pour l'églife ( il n'eft rien qu'ici je doive taire ) ;
J'ai fait depuis l'épée un an de féminaire .
Senfible à la faveur , en court ou long manteau ,
L'on verroit déformais le neveu de Rameau ,
Sous cet habit pieux , renonçant à la gloire ,
Qu'on accorde à mon nom ,
du moins que je
veux croire ,
Je ferai tout entier à mes dix luftres faits ,
A l'étude du fage , où je me livrerois.
Attentif & foigneux à donner bons exemples ,
Plus qu'en tout autre lieu l'on me verroit aux
temples.
Mais fi , pour cet état nulle porte ne s'ouvre ,
Je ne vois point l'abus d'un logement au Louvre,
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
3
Nous defirons ardemment que les
voeux de M. Rameau foient remplis : ce
qui s'eft paffé il y a quelques années à l'égard
d'un parent de Corneille , eft fait pour
donner de la confiance au neveu du grand
Rameau.
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Résumé : LA RAMÉIDE, poëme, par M. RAMEAU ; 1766.
Jean-François Rameau, neveu du célèbre compositeur Jean-Philippe Rameau, est reconnu pour ses talents en poésie et en musique. Ses compositions musicales, notamment des airs en Bourgogne et dans d'autres régions françaises, ainsi que des pièces pour clavecin, lui ont valu une certaine notoriété. Cependant, il exprime son mécontentement face à l'absence de reconnaissance et de soutien financier malgré ses succès. Dans son poème 'La Raméide', Jean-François Rameau aborde plusieurs thèmes. Il y exprime ses objections concernant sa situation financière difficile. Il défend également son goût musical contre les critiques de Jean-Jacques Rousseau. Le poème rend hommage à ses protecteurs et propose diverses solutions pour obtenir une aide de l'État, telles que des pensions ou des bénéfices ecclésiastiques. Le texte se conclut par l'espoir que les vœux de Rameau soient exaucés, en faisant référence à un précédent favorable pour un parent de Pierre Corneille.
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