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Liste
351
p. 136-137
Abjuration. [titre d'après la table]
Début :
Le mesme jour que ce Discours fut prononcé par M. Godeau, avec une [...]
Mots clefs :
Abjuration, Église des Augustins, Médecin du roi, Vérités catholiques, Erreurs
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texteReconnaissance textuelle : Abjuration. [titre d'après la table]
Le mefme jour que ce
Difcours fut prononcé par
M. Godeau , avec une entiere
fatisfaction de fes Au-
1
GALANT. 137
diteurs , il fe fit une Abjuration
tres-remarquable dans
l'Eglife des Auguftins Déchauffez.
Ce fut celle de M.
O du Clos , Medecin du Roy,
de l'Academie Royale des
Sciences. Il fit profeſſion
des Veritez Catholiques, entre
les mains du Pere Ame-
: dée
& vous jugez bien
qu'un Homme auffi éclairé
qu'il l'eft,n'a pas fait ce cha
gement fans eftre fortement
perfuadé des erreurs qu'il a
quittées ..
Difcours fut prononcé par
M. Godeau , avec une entiere
fatisfaction de fes Au-
1
GALANT. 137
diteurs , il fe fit une Abjuration
tres-remarquable dans
l'Eglife des Auguftins Déchauffez.
Ce fut celle de M.
O du Clos , Medecin du Roy,
de l'Academie Royale des
Sciences. Il fit profeſſion
des Veritez Catholiques, entre
les mains du Pere Ame-
: dée
& vous jugez bien
qu'un Homme auffi éclairé
qu'il l'eft,n'a pas fait ce cha
gement fans eftre fortement
perfuadé des erreurs qu'il a
quittées ..
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Résumé : Abjuration. [titre d'après la table]
Le même jour où M. Godeau prononça un discours acclamé, M. O du Clos, médecin du roi et académicien, abjura publiquement ses erreurs précédentes pour embrasser les vérités catholiques dans l'église des Augustins Déchaussés, devant le Père Amédée. Cette décision témoigne de sa profonde conviction et de sa claire persuasion des erreurs abandonnées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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352
p. 137-163
Suite des Conversions faites dans le Bearn, pendant le mois de Juin. [titre d'après la table]
Début :
Mais, Madame, je ne dois pas oublier que je vous ay [...]
Mots clefs :
Conversions, Abjurations, Béarn, Hérésie de Calvin, Succès, Religion prétendue réformée, Religion catholique, Gentilhommes, Religionnaires, Conseillers au Parlement, Lieutenant, Zèle, Seigneurs, Église romaine, Nouveaux convertis, Députés, Acte de délibération, Familles, Foi, Villes
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texteReconnaissance textuelle : Suite des Conversions faites dans le Bearn, pendant le mois de Juin. [titre d'après la table]
Mais , Madame,
je ne
dois pas
je vous ay promis la fuite
Aouſt 1685.
oublier que
M
曹
138 MERCURE
des Converfions qui fe font
faites dans le Bearn , pendant
le mois de Juin . Je
vous aurois tenu parole plûtoft
, fans le temps qu'il m'a
fallu employer à concilier
des Relations que j'ay receuës
de divers endroits fur
cette affaire . C'eſt ce qui me
fait vous affeurer que je ne
vous en écriray rien qui ne
foit certain. Je vous ay déja
marqué , que depuis le commencement
de Mars jufques
à la fin de May, plus de
quatre mille cinq cens Perfonnes
avoiét abjuré l'Heré-
1
1
GALANT. 139 *
3
1
fie de Calvin dans cette Province.
Ces heureux fuccez
ont toûjours continué , & les
dix premiers jours de Juin
ont produit plusde trois mille
Abjurations de plufieurs Villes,
Bourgs , &Villages, où M..
Foucault , Commiffaire de
party par Sa Majefté dans
cette même Province , a laif--
fé des Miffionnaires , & tous
les ordres qu'il faut pour
prendre foin de l'inſtruction a
de ceux qui ont demandé du
temps.
Mais ce qui a donné un
grand mouvement aux Con
Mija
140 MERCURE
verfions qui ont fuivy , a
efté la reduction entiere de
la Ville de Salies , dans laquelle
parmy cinq cens Familles
de la Religion Prétenduë
Reformée , il n'y en
avoit pas vingt Catholiques .
Ce fut cette Ville qui du
temps de la Reyne Jeanne,
foûtint un long Siege fur la
Religion Catholique ; ce qui
avoit fait craindre d'abord
qu'il ne fuft fort malaiſé d'en
chaffer l'Heréfie ; mais les
plus cófiderables d'entre les
Gentilhommes & les Bourgeois
ayant abjuré , le PeuGALANT.
141
I
3
S
ple a fuivy , & en moins de
trois jours , il s'eſt converty
plus de deux mille Perfonnes
. M. le Préſident de Gaffion
eftant venu à Salies où
il poffede beaucoup de bien ,
a extrémement contribué
aux Converſions dont je .
vous parle , & comme toutes
les autres Villes du Bearn
avoient les yeux ouverts fur
ce que feroit celle de Salies ;
ce changement genéral de
tous les Habitans les a ébranlées
;
fiter
de
ces
bonnes
difpofide
forte que pour protions
, M. Foucault a fait.
142 MERCURE
deux chofes . La premiere,
a efté d'engager les Sei--
gneurs Catholiques qui ont
des terres où il y avoit des
Religionnaires
, d'aller inceffamment
travailler à leur
Converfion, en quoy ils ont
agy fiefficacement, qu'ils les
ont prefque tous ramenez à
l'Eglife.M.le Préfidét deGaffion
, M " Dorogne , de Candau
, de S. Macary , & Senay,
Confeillers du Parlement de
Navarre , Mrs les Marquis
de Moneins , Senéchal du
Pays de Soulle , de la Taulade
, Lieutenant de Roy , de
GALANT. 143
S
1
Navarreux , M's les Barons
de Boil & d'Affat , & beaucoup
d'autres Officiers &
Gentilshommes , ont utilement
employé le credit
qu'ils ont dans leurs Paroiffes
, pour feconder les intentions
du Roy. Sur tout la
Famille de M. le Baron Darbomave
, n'a rien épargné
dans une occafion fi importante
de ce qui pouvoit fignaler-
fon zele pour la Reli-
B gion Catholique , & pour le
fervicede SaMajefté.La fecó.
de chofe que M. Foucault a
faite , a efté de fe rendre in144,
MERCURE
continent dans les Villes &
dans les Paroiffes qui appartiennent
au Roy , comme
auffi dans celles dont
les Seigneurs font profeffion
de la Religion Prétenduë
Reformée , & pendant:
trois femaines qu'il a employées
à vifiter , à exhorter,
& à faire inftruire les Religionnaires
, il s'eſt fait des
Converfions fans nombre:
dans tous les lieux où il a
efté . Mais ce qu'il y a de
bien
glorieux pour
le
Roy
dans ce grand mouvement
de Religion , c'eſt la ſoumif
fion
1
GALANT: 145
5
fion que les Habitans d'Oleron,
qui eft la plus grandeVille
de la Province, ont témoi
gnéo à fes Ordres , faifant
voir par là qu'ils eftoient
perfuadez qu'ils ne pouvoiết
manquer en fuivant les volontez
d'un Prince , dont
toutes les entrepriſes paroiffent
viſiblement foûtenuës
du Ciel. Ce fage & zelé
Commiffaire qui les fit affembler
en fa prefence , ne
leur eut pas plûtoft fait connoiſtre
que l'intention de Sa
Majeſté eftoit qu'ils ſe fiſfent
inftruire des Principes
Aouft 1685.
1
N
146 MERCURE
de l'Eglife Romaine , qu'ils
demanderent quinze jours
pour le faire , & ce terme
eftant expiré , ils députerent
vers luy M. Colomits , l'un
d'entr'eux , pour luy dire
qu'ils eftoient réfolus d'embraffer
la Religion de leur
Souverain. C'eft ce qu'ils
firent tous avec leurs Femmes
& leurs Enfans , entre
les mains de M. l'Evefque
d'Oleron , & le premier de
Juillet ils affifterent tous à la
Meffe pontificalement celebrée
par ce Prelat , & enrendirent
la Prédication du
GALANT. 147
Is
S
1
Pere Carriere Jeſuite , ayant
à leur tefte M. Goulard Miniftre
, qui s'eftoit converty
quinze jours auparavant , &
qui leur avoit rendu raiſon
des Motifs de fon Abjuration
. Ils vinrent auffi le foir
à l'Eglife , où l'on chanta le
Te Deum , en Action de graces
de cette importante
Converſion . M. l'Evefque
y porta le Saint Sacrement
en Proceffion , & y donna la
Benédiction aux nouveaux
Convertis , & aux autres Catholiques
, dont l'Eglife fe
trouva pleine , & pour mieux
Nij
148 MERCURE
folemnifer le jour heureux
de la réunion de tous les
Habitans d'Oleron fous une
mefme Communion , les Jurats
firent faire des Feux de
joye , & M. Foucaut alluma
le Bucher de celuy qui fut
élevé à la Place publique , au
bruit du Canon & de la
Moufqueterie , & aux acclamatrons
de Vive le Roy . Huit
jours avant le retour des
Prétendus Reformez d'Oleron
à l'Eglife , M. Foucault
retourna à Pau , où dans une
Affemblée des Principaux
de la Ville , il leur fit conGALANT.
149
I noiftre les Motifs preffans
S qu'ils avoient de fuivre au
plûtoft l'exéple de ceux d'Oleron
. Ils luy demanderent
quinze jours pour achever
de fe faire inftruire . Je n'ay
pas bien fceu quels moyens
il empløya pour réüffir dans
cette derniere entrepriſe;
mais il eſt certain que dés
l'onzième jour , les Habi
tans de Pau luy envoyerent
quatre Députez d'entr'eux .
M. Vidal ancien Avocat
porta la parole , & luy dit ,
Que leur Eglife , fi on pouvoir
encore luy donner ce nom ,
venoir
N iij
150 MERCURE
de les députer pour luy faire connoiftre
, qu'aprés avoir meurement
examiné les Points qui les
avoient tenus fi long- temps ſeparez
de la Communion Romaine , ils
avoiet ouvert les yeux à la verité;
qu'ils eftoient refolus de donner
au Roy , la fatisfaction de les
voir rentrerfousfon Augufte Regne
dans le fein de l'Eglife Catholique
, Apoftolique & Romaine;
qu'ils n'eftoient plus ces Enfans
rebelles & capricieux , qui
méprifoient la voix de leur Mere
, qui ne vouloient écouter
que
ue la voix de l'Etranger ; que
Le Roy qui fe fait un honneur
GALANT. 151
que
d'eftre le Fils aifné de l'Eglife,
les avoit enfin rangez fous fes
loix , mis fous fa Difcipline ,
qu'il leur faifoit prendre ce joug
aife , & ces falutaires chaifnes
leurs Peres avoient fi mal
beureufementbrifes qu'il nefalloit
pas des mains moins puiffantes que
Lesfiennes , pour rendre la veüe à
des Aveugles nez , &pour
transporter des tenebres à la lumiere,&
qu'il eftoit refervé à un Roy
auffi pieux que le LOUIS LE
GRAND , d'éteindre dans
leurs coeurs les fentimens d'une
Religion qu'ils avoient receüe
d'une illuftre Reyne . Ils fini
M. iiij
les
152 MERCURE
rent par des fouhaits , qu'aprés
que noftre invincible Monarque
aura eu ta fatisfaction de
ramener dans l'Eglife fes Sujets
dévoyez,il ait encore la gloire d'y
ranger toutes les Nations infidel
les.
Aprés ce Difcours ces
,
mefmes Députez remirent à
M. Foucault, un Acte de Déliberation
figné de tous les
Chefs de Famille qui
avoient affifté à leur Affeinblée
, conceu en ces termes.
,
GALANT. · 153
N
Ous fous-fignez Habi
tans & Chefs de Fa-
4145 mille de la Ville dePau, ayantfait
juſqu'à prefent profeffion de la
Religion Pretenduë Reformée ,
déclarons que fur ce qui nous a
efté reprefenté par M. Foucault,
Intendant de Bearn Navarre
, que le Roy n'avoit rien plus
à coeur , que de voir tous fes Sujets
reünis fous une mefme Com
munion , & ayant efté informez
que l'on nous avoit déguisé les
veritables fentimens de l'Eglife .
Romaine ; ce qui obligeoit Sa
Majefté qui veille continuelle154
MERCURE
ment au bien & à l'avantage de
fes Sujets , a defirer que nous nous
fiffions inftruire des Veritez Ca.
tholiques , nous aurions fupplié
ledit Sieur Foucault Intendant,
de nous permettre de nous affembler
pour déliberer fur une propofition
fi importante à noftre falut,
cette liberté nous ayant esté
accordée , nous nous sommes affemblez
prefque tous les jours
pendant trois semaines chez le
Sieur de Navailles , Sindic du
Pays de Bearn , & premierJurat
de la Ville de Pau , pour bien
reconnoftre les caufes de noftre feparation
d'avec l'Eglife Romai
GALANT. 155
1
> t nous déterminer fur le
Party que nous avions à fuivre;
fibien qu'aprés avoir meurement
déliberé fur tous les Poincts dans
lefquels
nous
differons , nous aurions
tous d'un commun accord
convenu qu'il eftoit de l'intereft
de nos confciences d'embraffer la
Foy Catholique , Apoftolique &
Romaine. Nous déclarons de
plus qu'encore que le defir de faire
noftrefalut , & la gloire de Dieu
foientles Motifs de noftre changement
; neanmoins l'obeïffance que
nous devons aux ordres de San
Majefté , & la reconnoiſſance
que nous avons de fes foins pa156
MERCURE
•
ternels , ont tres- utilement fervy
à noftre prompte détermination , à
quoy n'ont pas peu contribué les
fages follicitations qui nous ont
efté faites par ledit Sieur Intendant
, qui nous a pris charitablement
par la main pour nous remettre
dans l' Arche . Auffireconnoiffons-
nous dans cette Converfion
, que c'est par fon Canal
que nous avons fenty les effets de
la bonté de noftre Augufte Mo
narque, comme c'est par le Canal
de ce grand Prince , que nous
avons fenty les effets de la Grace
qui nous doit reünir à l'Eglife
Catholique , Apoftolique & Ros
GALANT. 157 .
maine , que nous déclarons vouloir
profeffer fincerement & de
bonne foy , jusqu'au dernier moment
de noftre vie , enfoydequoy
nous avons figné la prefente Déliberation
à Pau ce 12. Juiller
1685. Ainfi figné Vidal Député,
Faget Avocat & Deyen , la
Vie Avocat, Gruyer Avocat &
Doyen , Dogovein , Faget, Larrieu
Avocat , Remy , Vignat,
Cafaubon Medecin , Blair Avocat
,&c.
Cet Acte de Déliberation
fi folemnel , fut fuivy le Dimanche
15. Juillet , de leur
158 MERCURE
Abjuration , auquel jour on
fit une Proceffion , où le Parlement
& tous les Corps de la
Ville affifterent . Le Te Deum
y fut auffi chanté , & les acclamations
de Vive le Roy ,
furent accompagnées du
bruit du Canon du Château,
& fuivies d'un Feu d'artifice,
& de la décharge de la Mouf
queterie. On peut dire que
la Converfion des Pretendus
Reformez de la Ville de Pau
a efté generale , puis qu'il
n'y refte prefentement que
deux Familles de Gentilshommes
, & une d'un MarGALANT.
159
chand, qui témoignent youloir
perfeverer dans la Religion
Pretenduë Reformée ,
avec les Femmes de trois Of
ficiers du Parlement , & de
quatre autres Bourgeois .
A l'égard des Pretendus
Reformez de la Ville d'Orthez
, qui avoient auſſi demandé
quinze jours pour achever
de fe faire inftruire ,
M. Foucault s'eftant rendu
à Orthez le lendemain du
jour de l'échéance du terme
qu'il leur avoit accordé, plufieurs
des principaux Habitans
fe convertirent à fon ar
160 MERCURE
rivée, & leur Converfion fut
fuivie le mefine jour de celle
de plus de mille perfonnes,
le lendemain de mille autres ,
& en trois jours il n'y refta
pas deux cens perfonnes de
la Religion Pretenduë Reforinée
, de prés de quatre
mille qu'il y en avoit ;
forte qu'ils font preſentement
réduits à dix ou douze
Familles, qui avec une vingtaine
d'autres s'eftoient engagez
par un Traité , de demeurer
fermes dans leur Religion
, quand mefme tous
ceux qui en faifoient profeſ
de
GALANT. 16T
fion dans le Bearn , fe feroiét
Catholiques,ayat envoyé un
Deputé au Roy, pour le fupplier
de leur permettre d'en
cótinuer l'Exercice ; mais ces
20 autres Familles fe sót détachées,
aprés que M. Foucault
leur a fait
connoiftre que ce
Traité tenoit de la Faction.
Il y avoit encore cent Fa
milles de la Religion Pretenduë
Reformée , dans le Bourg
d'Orthez ; mais M. le Duc de
Grammont , qui en eft Sei--
gneur , leur ayant écrit pour
les engager à fuivre l'exem
ple de tous les autres lieux
Aoust 1685. O
162 MERCURE
de Bearn , elles fe font converties
, à la reſerve de trois
ou quatre qui font entrées
dans le Traité d'affociation
de celles qui perfeverent encore
dans leur opiniaſtreté
à Orthez. Cependant il y a
lieu d'efperer que ce petit
nombre , ainfi que quelques
Gentilshommes , & autres
poffedans des biens nobles ,
qui n'ont pû encore ſe déterminer
, ouvriront bientoft
les yeux à la verité, aprés
un exemple fi perſuaſif , &
fi memorable. Les chofes
eftant en ces termes on
?
GALANT. 163
peut regarder prefentement
le Bearn comme une Province
toute Catholique..
Huit cens Religionnaires
ou
environ difperfez dans toutes
ſes parties , doivent eſtre
comptez pour peu de chofe
fi l'on confidere que c'eft le
refte d'environ vingt deux.
mille , qui rempliffoient les
meilleures Villes & Bourgs
de la Province , & qui étoient
les plus riches. Joignez à
cela que parmy ces nouveaux
Convertis , il y a trois
Miniftres des plus habiles
qui ont fait leur Abjuration
depuis un mois.
je ne
dois pas
je vous ay promis la fuite
Aouſt 1685.
oublier que
M
曹
138 MERCURE
des Converfions qui fe font
faites dans le Bearn , pendant
le mois de Juin . Je
vous aurois tenu parole plûtoft
, fans le temps qu'il m'a
fallu employer à concilier
des Relations que j'ay receuës
de divers endroits fur
cette affaire . C'eſt ce qui me
fait vous affeurer que je ne
vous en écriray rien qui ne
foit certain. Je vous ay déja
marqué , que depuis le commencement
de Mars jufques
à la fin de May, plus de
quatre mille cinq cens Perfonnes
avoiét abjuré l'Heré-
1
1
GALANT. 139 *
3
1
fie de Calvin dans cette Province.
Ces heureux fuccez
ont toûjours continué , & les
dix premiers jours de Juin
ont produit plusde trois mille
Abjurations de plufieurs Villes,
Bourgs , &Villages, où M..
Foucault , Commiffaire de
party par Sa Majefté dans
cette même Province , a laif--
fé des Miffionnaires , & tous
les ordres qu'il faut pour
prendre foin de l'inſtruction a
de ceux qui ont demandé du
temps.
Mais ce qui a donné un
grand mouvement aux Con
Mija
140 MERCURE
verfions qui ont fuivy , a
efté la reduction entiere de
la Ville de Salies , dans laquelle
parmy cinq cens Familles
de la Religion Prétenduë
Reformée , il n'y en
avoit pas vingt Catholiques .
Ce fut cette Ville qui du
temps de la Reyne Jeanne,
foûtint un long Siege fur la
Religion Catholique ; ce qui
avoit fait craindre d'abord
qu'il ne fuft fort malaiſé d'en
chaffer l'Heréfie ; mais les
plus cófiderables d'entre les
Gentilhommes & les Bourgeois
ayant abjuré , le PeuGALANT.
141
I
3
S
ple a fuivy , & en moins de
trois jours , il s'eſt converty
plus de deux mille Perfonnes
. M. le Préſident de Gaffion
eftant venu à Salies où
il poffede beaucoup de bien ,
a extrémement contribué
aux Converſions dont je .
vous parle , & comme toutes
les autres Villes du Bearn
avoient les yeux ouverts fur
ce que feroit celle de Salies ;
ce changement genéral de
tous les Habitans les a ébranlées
;
fiter
de
ces
bonnes
difpofide
forte que pour protions
, M. Foucault a fait.
142 MERCURE
deux chofes . La premiere,
a efté d'engager les Sei--
gneurs Catholiques qui ont
des terres où il y avoit des
Religionnaires
, d'aller inceffamment
travailler à leur
Converfion, en quoy ils ont
agy fiefficacement, qu'ils les
ont prefque tous ramenez à
l'Eglife.M.le Préfidét deGaffion
, M " Dorogne , de Candau
, de S. Macary , & Senay,
Confeillers du Parlement de
Navarre , Mrs les Marquis
de Moneins , Senéchal du
Pays de Soulle , de la Taulade
, Lieutenant de Roy , de
GALANT. 143
S
1
Navarreux , M's les Barons
de Boil & d'Affat , & beaucoup
d'autres Officiers &
Gentilshommes , ont utilement
employé le credit
qu'ils ont dans leurs Paroiffes
, pour feconder les intentions
du Roy. Sur tout la
Famille de M. le Baron Darbomave
, n'a rien épargné
dans une occafion fi importante
de ce qui pouvoit fignaler-
fon zele pour la Reli-
B gion Catholique , & pour le
fervicede SaMajefté.La fecó.
de chofe que M. Foucault a
faite , a efté de fe rendre in144,
MERCURE
continent dans les Villes &
dans les Paroiffes qui appartiennent
au Roy , comme
auffi dans celles dont
les Seigneurs font profeffion
de la Religion Prétenduë
Reformée , & pendant:
trois femaines qu'il a employées
à vifiter , à exhorter,
& à faire inftruire les Religionnaires
, il s'eſt fait des
Converfions fans nombre:
dans tous les lieux où il a
efté . Mais ce qu'il y a de
bien
glorieux pour
le
Roy
dans ce grand mouvement
de Religion , c'eſt la ſoumif
fion
1
GALANT: 145
5
fion que les Habitans d'Oleron,
qui eft la plus grandeVille
de la Province, ont témoi
gnéo à fes Ordres , faifant
voir par là qu'ils eftoient
perfuadez qu'ils ne pouvoiết
manquer en fuivant les volontez
d'un Prince , dont
toutes les entrepriſes paroiffent
viſiblement foûtenuës
du Ciel. Ce fage & zelé
Commiffaire qui les fit affembler
en fa prefence , ne
leur eut pas plûtoft fait connoiſtre
que l'intention de Sa
Majeſté eftoit qu'ils ſe fiſfent
inftruire des Principes
Aouft 1685.
1
N
146 MERCURE
de l'Eglife Romaine , qu'ils
demanderent quinze jours
pour le faire , & ce terme
eftant expiré , ils députerent
vers luy M. Colomits , l'un
d'entr'eux , pour luy dire
qu'ils eftoient réfolus d'embraffer
la Religion de leur
Souverain. C'eft ce qu'ils
firent tous avec leurs Femmes
& leurs Enfans , entre
les mains de M. l'Evefque
d'Oleron , & le premier de
Juillet ils affifterent tous à la
Meffe pontificalement celebrée
par ce Prelat , & enrendirent
la Prédication du
GALANT. 147
Is
S
1
Pere Carriere Jeſuite , ayant
à leur tefte M. Goulard Miniftre
, qui s'eftoit converty
quinze jours auparavant , &
qui leur avoit rendu raiſon
des Motifs de fon Abjuration
. Ils vinrent auffi le foir
à l'Eglife , où l'on chanta le
Te Deum , en Action de graces
de cette importante
Converſion . M. l'Evefque
y porta le Saint Sacrement
en Proceffion , & y donna la
Benédiction aux nouveaux
Convertis , & aux autres Catholiques
, dont l'Eglife fe
trouva pleine , & pour mieux
Nij
148 MERCURE
folemnifer le jour heureux
de la réunion de tous les
Habitans d'Oleron fous une
mefme Communion , les Jurats
firent faire des Feux de
joye , & M. Foucaut alluma
le Bucher de celuy qui fut
élevé à la Place publique , au
bruit du Canon & de la
Moufqueterie , & aux acclamatrons
de Vive le Roy . Huit
jours avant le retour des
Prétendus Reformez d'Oleron
à l'Eglife , M. Foucault
retourna à Pau , où dans une
Affemblée des Principaux
de la Ville , il leur fit conGALANT.
149
I noiftre les Motifs preffans
S qu'ils avoient de fuivre au
plûtoft l'exéple de ceux d'Oleron
. Ils luy demanderent
quinze jours pour achever
de fe faire inftruire . Je n'ay
pas bien fceu quels moyens
il empløya pour réüffir dans
cette derniere entrepriſe;
mais il eſt certain que dés
l'onzième jour , les Habi
tans de Pau luy envoyerent
quatre Députez d'entr'eux .
M. Vidal ancien Avocat
porta la parole , & luy dit ,
Que leur Eglife , fi on pouvoir
encore luy donner ce nom ,
venoir
N iij
150 MERCURE
de les députer pour luy faire connoiftre
, qu'aprés avoir meurement
examiné les Points qui les
avoient tenus fi long- temps ſeparez
de la Communion Romaine , ils
avoiet ouvert les yeux à la verité;
qu'ils eftoient refolus de donner
au Roy , la fatisfaction de les
voir rentrerfousfon Augufte Regne
dans le fein de l'Eglife Catholique
, Apoftolique & Romaine;
qu'ils n'eftoient plus ces Enfans
rebelles & capricieux , qui
méprifoient la voix de leur Mere
, qui ne vouloient écouter
que
ue la voix de l'Etranger ; que
Le Roy qui fe fait un honneur
GALANT. 151
que
d'eftre le Fils aifné de l'Eglife,
les avoit enfin rangez fous fes
loix , mis fous fa Difcipline ,
qu'il leur faifoit prendre ce joug
aife , & ces falutaires chaifnes
leurs Peres avoient fi mal
beureufementbrifes qu'il nefalloit
pas des mains moins puiffantes que
Lesfiennes , pour rendre la veüe à
des Aveugles nez , &pour
transporter des tenebres à la lumiere,&
qu'il eftoit refervé à un Roy
auffi pieux que le LOUIS LE
GRAND , d'éteindre dans
leurs coeurs les fentimens d'une
Religion qu'ils avoient receüe
d'une illuftre Reyne . Ils fini
M. iiij
les
152 MERCURE
rent par des fouhaits , qu'aprés
que noftre invincible Monarque
aura eu ta fatisfaction de
ramener dans l'Eglife fes Sujets
dévoyez,il ait encore la gloire d'y
ranger toutes les Nations infidel
les.
Aprés ce Difcours ces
,
mefmes Députez remirent à
M. Foucault, un Acte de Déliberation
figné de tous les
Chefs de Famille qui
avoient affifté à leur Affeinblée
, conceu en ces termes.
,
GALANT. · 153
N
Ous fous-fignez Habi
tans & Chefs de Fa-
4145 mille de la Ville dePau, ayantfait
juſqu'à prefent profeffion de la
Religion Pretenduë Reformée ,
déclarons que fur ce qui nous a
efté reprefenté par M. Foucault,
Intendant de Bearn Navarre
, que le Roy n'avoit rien plus
à coeur , que de voir tous fes Sujets
reünis fous une mefme Com
munion , & ayant efté informez
que l'on nous avoit déguisé les
veritables fentimens de l'Eglife .
Romaine ; ce qui obligeoit Sa
Majefté qui veille continuelle154
MERCURE
ment au bien & à l'avantage de
fes Sujets , a defirer que nous nous
fiffions inftruire des Veritez Ca.
tholiques , nous aurions fupplié
ledit Sieur Foucault Intendant,
de nous permettre de nous affembler
pour déliberer fur une propofition
fi importante à noftre falut,
cette liberté nous ayant esté
accordée , nous nous sommes affemblez
prefque tous les jours
pendant trois semaines chez le
Sieur de Navailles , Sindic du
Pays de Bearn , & premierJurat
de la Ville de Pau , pour bien
reconnoftre les caufes de noftre feparation
d'avec l'Eglife Romai
GALANT. 155
1
> t nous déterminer fur le
Party que nous avions à fuivre;
fibien qu'aprés avoir meurement
déliberé fur tous les Poincts dans
lefquels
nous
differons , nous aurions
tous d'un commun accord
convenu qu'il eftoit de l'intereft
de nos confciences d'embraffer la
Foy Catholique , Apoftolique &
Romaine. Nous déclarons de
plus qu'encore que le defir de faire
noftrefalut , & la gloire de Dieu
foientles Motifs de noftre changement
; neanmoins l'obeïffance que
nous devons aux ordres de San
Majefté , & la reconnoiſſance
que nous avons de fes foins pa156
MERCURE
•
ternels , ont tres- utilement fervy
à noftre prompte détermination , à
quoy n'ont pas peu contribué les
fages follicitations qui nous ont
efté faites par ledit Sieur Intendant
, qui nous a pris charitablement
par la main pour nous remettre
dans l' Arche . Auffireconnoiffons-
nous dans cette Converfion
, que c'est par fon Canal
que nous avons fenty les effets de
la bonté de noftre Augufte Mo
narque, comme c'est par le Canal
de ce grand Prince , que nous
avons fenty les effets de la Grace
qui nous doit reünir à l'Eglife
Catholique , Apoftolique & Ros
GALANT. 157 .
maine , que nous déclarons vouloir
profeffer fincerement & de
bonne foy , jusqu'au dernier moment
de noftre vie , enfoydequoy
nous avons figné la prefente Déliberation
à Pau ce 12. Juiller
1685. Ainfi figné Vidal Député,
Faget Avocat & Deyen , la
Vie Avocat, Gruyer Avocat &
Doyen , Dogovein , Faget, Larrieu
Avocat , Remy , Vignat,
Cafaubon Medecin , Blair Avocat
,&c.
Cet Acte de Déliberation
fi folemnel , fut fuivy le Dimanche
15. Juillet , de leur
158 MERCURE
Abjuration , auquel jour on
fit une Proceffion , où le Parlement
& tous les Corps de la
Ville affifterent . Le Te Deum
y fut auffi chanté , & les acclamations
de Vive le Roy ,
furent accompagnées du
bruit du Canon du Château,
& fuivies d'un Feu d'artifice,
& de la décharge de la Mouf
queterie. On peut dire que
la Converfion des Pretendus
Reformez de la Ville de Pau
a efté generale , puis qu'il
n'y refte prefentement que
deux Familles de Gentilshommes
, & une d'un MarGALANT.
159
chand, qui témoignent youloir
perfeverer dans la Religion
Pretenduë Reformée ,
avec les Femmes de trois Of
ficiers du Parlement , & de
quatre autres Bourgeois .
A l'égard des Pretendus
Reformez de la Ville d'Orthez
, qui avoient auſſi demandé
quinze jours pour achever
de fe faire inftruire ,
M. Foucault s'eftant rendu
à Orthez le lendemain du
jour de l'échéance du terme
qu'il leur avoit accordé, plufieurs
des principaux Habitans
fe convertirent à fon ar
160 MERCURE
rivée, & leur Converfion fut
fuivie le mefine jour de celle
de plus de mille perfonnes,
le lendemain de mille autres ,
& en trois jours il n'y refta
pas deux cens perfonnes de
la Religion Pretenduë Reforinée
, de prés de quatre
mille qu'il y en avoit ;
forte qu'ils font preſentement
réduits à dix ou douze
Familles, qui avec une vingtaine
d'autres s'eftoient engagez
par un Traité , de demeurer
fermes dans leur Religion
, quand mefme tous
ceux qui en faifoient profeſ
de
GALANT. 16T
fion dans le Bearn , fe feroiét
Catholiques,ayat envoyé un
Deputé au Roy, pour le fupplier
de leur permettre d'en
cótinuer l'Exercice ; mais ces
20 autres Familles fe sót détachées,
aprés que M. Foucault
leur a fait
connoiftre que ce
Traité tenoit de la Faction.
Il y avoit encore cent Fa
milles de la Religion Pretenduë
Reformée , dans le Bourg
d'Orthez ; mais M. le Duc de
Grammont , qui en eft Sei--
gneur , leur ayant écrit pour
les engager à fuivre l'exem
ple de tous les autres lieux
Aoust 1685. O
162 MERCURE
de Bearn , elles fe font converties
, à la reſerve de trois
ou quatre qui font entrées
dans le Traité d'affociation
de celles qui perfeverent encore
dans leur opiniaſtreté
à Orthez. Cependant il y a
lieu d'efperer que ce petit
nombre , ainfi que quelques
Gentilshommes , & autres
poffedans des biens nobles ,
qui n'ont pû encore ſe déterminer
, ouvriront bientoft
les yeux à la verité, aprés
un exemple fi perſuaſif , &
fi memorable. Les chofes
eftant en ces termes on
?
GALANT. 163
peut regarder prefentement
le Bearn comme une Province
toute Catholique..
Huit cens Religionnaires
ou
environ difperfez dans toutes
ſes parties , doivent eſtre
comptez pour peu de chofe
fi l'on confidere que c'eft le
refte d'environ vingt deux.
mille , qui rempliffoient les
meilleures Villes & Bourgs
de la Province , & qui étoient
les plus riches. Joignez à
cela que parmy ces nouveaux
Convertis , il y a trois
Miniftres des plus habiles
qui ont fait leur Abjuration
depuis un mois.
Fermer
Résumé : Suite des Conversions faites dans le Bearn, pendant le mois de Juin. [titre d'après la table]
En juin 1685, plus de trois mille personnes en Béarn ont abjuré le calvinisme, portant à près de huit mille le nombre total de conversions depuis mars. Cette vague de conversions a été facilitée par M. Foucault, commissaire du roi, et des missionnaires. La ville de Salies, connue pour sa résistance au catholicisme, a vu une conversion massive en trois jours, influencée par des notables locaux comme le Président de Gassion. Les seigneurs catholiques ont également encouragé les conversions dans leurs domaines. À Oléron, les habitants ont demandé un délai pour s'instruire avant de se convertir collectivement le 1er juillet. À Pau, après une assemblée, les habitants ont décidé de se convertir après un délai de quinze jours. Les protestants de Pau ont envoyé des députés au roi pour annoncer leur retour au catholicisme. M. Vidal, ancien avocat, a déclaré que cette décision était mûrement réfléchie et motivée par la recherche du salut et l'obéissance aux ordres royaux. La conversion a été officialisée le 15 juillet par une procession et des célébrations. À Orthez, plusieurs habitants se sont également convertis, réduisant significativement le nombre de protestants. En août 1685, seules une dizaine de familles protestantes restaient en Béarn, ayant signé un traité pour maintenir leur religion. Cependant, vingt autres familles se sont retirées après avoir appris que ce traité était perçu comme une faction. Le duc de Grammont a encouragé cent familles protestantes à Orthez à se convertir, ne laissant que trois ou quatre familles fidèles à leur foi. Actuellement, le Béarn est considéré comme entièrement catholique, bien que quelques centaines de protestants dispersés subsistent. Trois ministres protestants influents figurent parmi les nouveaux convertis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
353
p. 164-181
Tout ce qui s'est passé à la Reception de M. de la Haye, Ambass. à Venise. [titre d'après la table]
Début :
M. de la Haye, choisi par Sa Majesté, pour succeder à [...]
Mots clefs :
M. de la Haye, Ambassade de Venise, Sénat, Cour de France, Ornements, Gondoles, Cortège, Compliments, Chevalier, Palais, Musique, Audience, Discours, Banquets, Décors, Ambassadeur du Levant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé à la Reception de M. de la Haye, Ambass. à Venise. [titre d'après la table]
M. de la Haye , choifi
par Sa Majefté , pour fucceder
à M. Amelot dans l'Am
baffade de Veniſe , ayant réfolu
de faire fon Entrée publique
le 8. du mois paffé , le
Senat auquel il en fit donner
avis le 27. Juin par M.
Menault, Chanoine de Saint
Aignan d'Orleans , Secretaire
de l'Ambaſſade , députa
M. Jules Affanio Giuftiniani
Chevalier , que nous
avons veu Ambaſſadeur de
la Republique à la Cour de
France , pour aller le rece
voir à l'ile du Saint Efprit,
GALANT. 165
>
avec foixante Senateurs . Ce
jour eftant arrivé , M. l'Ambaffadeur
accompagné de
M. Menault , & du Conful
de toute la Nation , s'embar
qua dans fa premiere Gondole.
Elle eftoit d'une Scul- ◊
pture dorée , & garnie d'un
Velours rouge Cramoify,
remply de Franges d'or,
avec la couverture brodée
d'or fort richement. Ses
deux Fers eftoient les plus
magnifiques & les plus
beaux qui euffent jamais
paru à Venife. Il fut fuivy
de quatre Gondoles dans
166 MERCURE
lefquelles fe mirent ſes Gentilshommes
, Officiers , Pages
, & Valets de pied . Les
trois premieres de ces quatre
autres Gondoles eftoient
auffi d'une Soulphare dorée,
l'une garnie d'un Velours
noir à ramage , avec une
Crefpine tres-riche , l'autre
d'une Velours Cramoify
auffi à ramages , & la troifiéme
d'un Velours noir tout
uny . La derniere eftoit plus.
commune. Ces cinq Gondoles
avoient chacune quatre
Rameurs vétus dé livrées.
Tous les Gentilshommes
GALANT. 167
du Cortége , & autres des
principaux de la Nation qui
demeurent à Venife , fuivirent
avec leurs Gondoles à
Rames, au nombre de plus
de foixante, M. l'Ambaſſadeur
eftant arrivé à l'Ifle du
Saint Efprit , y fut receu par
les Cordeliers qui l'habi
tent. Ils l'accompagnerent
dans leur Eglife , précedé
de tout fon Cortége , &
aprés qu'il y cut fait la Priere
, ils le conduifirent dans
un appartement préparé &
meublé par ordre de la Republique
, où il receut auſſi168
MERCURE
toft des Complimens de la
part de M. l'Ambaffadeur
d'Efpagne , de la Nonciature
, & du Réfident de Mantouë.
M. le Chevalier Giuftiniani
ayant mis pied à terre en
cette Ifle , avec les foixante
Senateurs , tous en Habits
de cerémonie & venus
chacun
>
dans une Gon-
M.
defcendit
dole à quatre Rames ,
l'Ambaffadeur
dans l'Eglife , à la porte
de laquelle M. Menaut fe
rendit accompagné de trois
Gentilshommes , pour y recevoir
GALANT. 169
en
çevoir ce Chevalier.Il luy fit
un Compliment de peu de
paroles , & M. l'Ambaſſadeur
le voyant paroiftre ,
s'avança jufqu'au milieu de
l'Eglife , où M. le Chevalier
Giuftiniani fe trouva
mefme temps . Les Complimens
furent reciproques, &
M. l'Ambaffadeur répondit
tres - obligeamment à ce que
ce Chevalier luy dit de la
part du Senat. M. de la
Haye, auquel M.Giuftiniani
donna la main , fortit de l'E
glife , fuivy immediatement
du Secretaire de l'Ambaſſa-
Aoust 1685.
P
170 MERCURE
de,avec le premier Senateur,
& du Conful accompagné
d'un autre Senateur, & ainſi
tout le reste du Cortége. Il
monta le premier dans la
Gondole du Chevalier ayant
toûjours la droite , & il n'y
entra aprés eux que le Se
cretaire de la Republique
en Vefte violette . L'Ancien
Senateur fit entrer M.
Menault dans la fienne , où
il luy donna la droite , comme
les autres Senateurs à
tout le Cortége.On ſe rendit
au Palais de M. l'Ambafladeur
, jufque dans la Cham- +
GALANT. 171
bre d'Audience , qui eftoit
garnie d'une Tapiflerie de
Velours Crainoily à fond
d'or tres-riche , avec le Portrait
du Roy fous un Dais
de pareille étoffe . M. le
Chevalier Giuftiniani l'y
complimenta tout de nouveau
, & M. l'Ambaſſadeur
luy répondit avec beaucoup
d'éloquence . Il luy donna
la main , & l'accompagna
hors de la porte de fon Palais
, jufques proche fa Gondole
, fuivy de tous les Senateurs
, & du Cortége dans le
mefme ordre. Les Violons,
Pij
172 MERCURE
&
Trompettes , Haut- Bois ,
Tambours fonnerent en dif
ferens endroits du Palais juf
qu'à quatre heures de nuit , &
pendant cetemps là on diſtribua
quantité de Confitures,
d'Eaux fraifches , & de Liqueurs
à tous ceux qui s'y
trouverent , tant en Mafque
que fans Mafque , fur tout
aux Nobles & Gentilshommes
qui y vinrent en
grand nombre maſquez &
démafquez.
•
Le lendemain 9. Juillet, M.
le Chevalier Giuftiniani &
les Senateurs s'eftant affemGALANT.
173
blez à dix heures du matin
dansl'Eglife de laMadonna del
Horto, proche le Palais de M.
l'Ambaffadeur , envoyerent
le Secretaire de la Republi
que en Vefte violette luy
faire compliment , & prendre
fon heure pour aller à
l'Audience. Il répondit qu'il
eftoit tout preft , & cependant
on fit mettre toute la
Livrée hors le Palais , & le
Cortége devant la Porte.
M. Menault eftoit à la tefte ,
& receut M. Giuftiniani qui
vint par terre , fuivy des Senateurs
deux à deux depuis
Piij
174 MERCURE
F'Eglife jufques au Palais.
Il l'accompagna jufques au
milieu de l'Eſcalier , où M.
l'Ambaffadeur l'ayant receu
, il le conduifit à la
Chambre d'Audience . Aprés
quelques complimens
de part & d'autre
& d'autre , on remonta
en Gondole comme
le jour précedent jufqu'au
Palais de Saint Marc , & l'on
y mir pied à terre à la Piaz-
Zetta. De là aprés avoir tráverfé
la Court du Palais , on
monta l'Eſcalier des Geans ,
& M. l'Ambaffadeur s'étant
rendu à la porte du ColGALANT.
175
lege , elle s'ouvrit , le Doge
& le College eſtant debout.
M. de la Haye ayant fait les
réverences ordinaires , s'affit
à fa droite , & le couvrit .
Il luy preſenta la Lettre du
Roy ; le Doge la donna au
Secretaire de la Republique
pour en faire la lecture,
aprés quoy M. l'Ambaffadeur
fit fa Harangue au Senát
,
& la
prononça
d'une
maniere tres noble. Le Doge
répondit à ce Difcours
en des termes qui mar
quoient une entière vené,
ration pour le Roy , & une
Piiij.
176 MERCURE
eftime particuliere pour la
Perfonne de M. l'Ambaffa
deur , qui fe retira enfuite
toûjours à la droite de M. le
Chevalier Giuftiniani , qui
le conduifit dans fa Gondole
comme auparavant , &
l'accompagna jufques dans
la Chambre d'Audience . Là
s'eftant de nouveau compli
mentez , M. l'Ambaffadeur
luy donna la main , & l'ayant
conduit jufqu'à fa Gondole ,
il falua tous les Senateurs
qui pafferent devant luy en
s'en retournant . Enfuite il
monta en haut fuivy de tous
GALANT 177
les Gentilshommes de fon
Cortége qu'il fit difner
avec luy. Quatre Tables
furent fervies en mefme
temps avec beaucoup de
magnificence. Il y eut quatre
Services , & les Vins &
les Liqueurs ne furent point
épargnez. L'on avoit préparé
dés le matin un grand
Bufet remply d'argenterie
dans le Portique , & de l'au
tre cofté une grande Table
couverte de toute forte de
Fleurs , de Fruits , & de Confitures
à la Françoife . Aprés
le repas , les Violons & au178
MERCURE
tres Inftrumens recommencerent
à jouer , & on diftri
bua à tout le monde des
Eaux , des Liqueurs , & des
Confitures coinine le jour
précedent. La Feſte finit à
quatre heures de nuit fans.
eftre troublée par aucun de… ·
fordre.
M. de la Haye dont je
vous parle a efté plufieurs
années Ambaffadeur au Levant
, & il a continué de fervir
le Roy en plufieurs Négotiations
d'Etat vers les
Princes d'Allemagne . Il ett
Fils de feu M. de la Haye,
GALANT. 179
qui a efté long- temps Ambaffadeur
à Conftantinople
,
& porte Party de deux chaique
Party chevronné
contre - chevronné
d'or
2
>
&
عون
de gueules de feize pieces.
Madame fa Femme doit l'aller
trouver dans peu de
temps . Elle s'appelle Loüife
de Montholon , & eft de
l'Illuftre Famille des Montholons
fi féconde en
grands Hommes , & qui a
pris fon nom de Monthelon
ou Montholon , Bourg de
Bourgogne proche d'Autun.
Elle a donné un Car
>
180 MERCURE
dinal en 1350. fous Clement
VI. deux Gardes des Sceaux
de France fous François I.
& Henry III . plufieurs Préfidens
au Mortier , Confeillers
& Avocats Genéraux
aux Parlemens de Paris & de
Bourgogne, Confeillers d'Etat
, Maiftres des Reque
ftes , & un Ambaffadeur en
Suiffe. Eft eft alliée aux Maifons
de Silly , de Thoulongeon
, d'Aubuffon , de Ganay
, Chartier d'Alainville ,
de Mégrigny , Molé , de
Longueil -Maifons , Chaffebras-
de Cramailles , de Se 2:
+
*
1
1
GALANT. 181
ve , de Bragelongue , & autres
.
par Sa Majefté , pour fucceder
à M. Amelot dans l'Am
baffade de Veniſe , ayant réfolu
de faire fon Entrée publique
le 8. du mois paffé , le
Senat auquel il en fit donner
avis le 27. Juin par M.
Menault, Chanoine de Saint
Aignan d'Orleans , Secretaire
de l'Ambaſſade , députa
M. Jules Affanio Giuftiniani
Chevalier , que nous
avons veu Ambaſſadeur de
la Republique à la Cour de
France , pour aller le rece
voir à l'ile du Saint Efprit,
GALANT. 165
>
avec foixante Senateurs . Ce
jour eftant arrivé , M. l'Ambaffadeur
accompagné de
M. Menault , & du Conful
de toute la Nation , s'embar
qua dans fa premiere Gondole.
Elle eftoit d'une Scul- ◊
pture dorée , & garnie d'un
Velours rouge Cramoify,
remply de Franges d'or,
avec la couverture brodée
d'or fort richement. Ses
deux Fers eftoient les plus
magnifiques & les plus
beaux qui euffent jamais
paru à Venife. Il fut fuivy
de quatre Gondoles dans
166 MERCURE
lefquelles fe mirent ſes Gentilshommes
, Officiers , Pages
, & Valets de pied . Les
trois premieres de ces quatre
autres Gondoles eftoient
auffi d'une Soulphare dorée,
l'une garnie d'un Velours
noir à ramage , avec une
Crefpine tres-riche , l'autre
d'une Velours Cramoify
auffi à ramages , & la troifiéme
d'un Velours noir tout
uny . La derniere eftoit plus.
commune. Ces cinq Gondoles
avoient chacune quatre
Rameurs vétus dé livrées.
Tous les Gentilshommes
GALANT. 167
du Cortége , & autres des
principaux de la Nation qui
demeurent à Venife , fuivirent
avec leurs Gondoles à
Rames, au nombre de plus
de foixante, M. l'Ambaſſadeur
eftant arrivé à l'Ifle du
Saint Efprit , y fut receu par
les Cordeliers qui l'habi
tent. Ils l'accompagnerent
dans leur Eglife , précedé
de tout fon Cortége , &
aprés qu'il y cut fait la Priere
, ils le conduifirent dans
un appartement préparé &
meublé par ordre de la Republique
, où il receut auſſi168
MERCURE
toft des Complimens de la
part de M. l'Ambaffadeur
d'Efpagne , de la Nonciature
, & du Réfident de Mantouë.
M. le Chevalier Giuftiniani
ayant mis pied à terre en
cette Ifle , avec les foixante
Senateurs , tous en Habits
de cerémonie & venus
chacun
>
dans une Gon-
M.
defcendit
dole à quatre Rames ,
l'Ambaffadeur
dans l'Eglife , à la porte
de laquelle M. Menaut fe
rendit accompagné de trois
Gentilshommes , pour y recevoir
GALANT. 169
en
çevoir ce Chevalier.Il luy fit
un Compliment de peu de
paroles , & M. l'Ambaſſadeur
le voyant paroiftre ,
s'avança jufqu'au milieu de
l'Eglife , où M. le Chevalier
Giuftiniani fe trouva
mefme temps . Les Complimens
furent reciproques, &
M. l'Ambaffadeur répondit
tres - obligeamment à ce que
ce Chevalier luy dit de la
part du Senat. M. de la
Haye, auquel M.Giuftiniani
donna la main , fortit de l'E
glife , fuivy immediatement
du Secretaire de l'Ambaſſa-
Aoust 1685.
P
170 MERCURE
de,avec le premier Senateur,
& du Conful accompagné
d'un autre Senateur, & ainſi
tout le reste du Cortége. Il
monta le premier dans la
Gondole du Chevalier ayant
toûjours la droite , & il n'y
entra aprés eux que le Se
cretaire de la Republique
en Vefte violette . L'Ancien
Senateur fit entrer M.
Menault dans la fienne , où
il luy donna la droite , comme
les autres Senateurs à
tout le Cortége.On ſe rendit
au Palais de M. l'Ambafladeur
, jufque dans la Cham- +
GALANT. 171
bre d'Audience , qui eftoit
garnie d'une Tapiflerie de
Velours Crainoily à fond
d'or tres-riche , avec le Portrait
du Roy fous un Dais
de pareille étoffe . M. le
Chevalier Giuftiniani l'y
complimenta tout de nouveau
, & M. l'Ambaſſadeur
luy répondit avec beaucoup
d'éloquence . Il luy donna
la main , & l'accompagna
hors de la porte de fon Palais
, jufques proche fa Gondole
, fuivy de tous les Senateurs
, & du Cortége dans le
mefme ordre. Les Violons,
Pij
172 MERCURE
&
Trompettes , Haut- Bois ,
Tambours fonnerent en dif
ferens endroits du Palais juf
qu'à quatre heures de nuit , &
pendant cetemps là on diſtribua
quantité de Confitures,
d'Eaux fraifches , & de Liqueurs
à tous ceux qui s'y
trouverent , tant en Mafque
que fans Mafque , fur tout
aux Nobles & Gentilshommes
qui y vinrent en
grand nombre maſquez &
démafquez.
•
Le lendemain 9. Juillet, M.
le Chevalier Giuftiniani &
les Senateurs s'eftant affemGALANT.
173
blez à dix heures du matin
dansl'Eglife de laMadonna del
Horto, proche le Palais de M.
l'Ambaffadeur , envoyerent
le Secretaire de la Republi
que en Vefte violette luy
faire compliment , & prendre
fon heure pour aller à
l'Audience. Il répondit qu'il
eftoit tout preft , & cependant
on fit mettre toute la
Livrée hors le Palais , & le
Cortége devant la Porte.
M. Menault eftoit à la tefte ,
& receut M. Giuftiniani qui
vint par terre , fuivy des Senateurs
deux à deux depuis
Piij
174 MERCURE
F'Eglife jufques au Palais.
Il l'accompagna jufques au
milieu de l'Eſcalier , où M.
l'Ambaffadeur l'ayant receu
, il le conduifit à la
Chambre d'Audience . Aprés
quelques complimens
de part & d'autre
& d'autre , on remonta
en Gondole comme
le jour précedent jufqu'au
Palais de Saint Marc , & l'on
y mir pied à terre à la Piaz-
Zetta. De là aprés avoir tráverfé
la Court du Palais , on
monta l'Eſcalier des Geans ,
& M. l'Ambaffadeur s'étant
rendu à la porte du ColGALANT.
175
lege , elle s'ouvrit , le Doge
& le College eſtant debout.
M. de la Haye ayant fait les
réverences ordinaires , s'affit
à fa droite , & le couvrit .
Il luy preſenta la Lettre du
Roy ; le Doge la donna au
Secretaire de la Republique
pour en faire la lecture,
aprés quoy M. l'Ambaffadeur
fit fa Harangue au Senát
,
& la
prononça
d'une
maniere tres noble. Le Doge
répondit à ce Difcours
en des termes qui mar
quoient une entière vené,
ration pour le Roy , & une
Piiij.
176 MERCURE
eftime particuliere pour la
Perfonne de M. l'Ambaffa
deur , qui fe retira enfuite
toûjours à la droite de M. le
Chevalier Giuftiniani , qui
le conduifit dans fa Gondole
comme auparavant , &
l'accompagna jufques dans
la Chambre d'Audience . Là
s'eftant de nouveau compli
mentez , M. l'Ambaffadeur
luy donna la main , & l'ayant
conduit jufqu'à fa Gondole ,
il falua tous les Senateurs
qui pafferent devant luy en
s'en retournant . Enfuite il
monta en haut fuivy de tous
GALANT 177
les Gentilshommes de fon
Cortége qu'il fit difner
avec luy. Quatre Tables
furent fervies en mefme
temps avec beaucoup de
magnificence. Il y eut quatre
Services , & les Vins &
les Liqueurs ne furent point
épargnez. L'on avoit préparé
dés le matin un grand
Bufet remply d'argenterie
dans le Portique , & de l'au
tre cofté une grande Table
couverte de toute forte de
Fleurs , de Fruits , & de Confitures
à la Françoife . Aprés
le repas , les Violons & au178
MERCURE
tres Inftrumens recommencerent
à jouer , & on diftri
bua à tout le monde des
Eaux , des Liqueurs , & des
Confitures coinine le jour
précedent. La Feſte finit à
quatre heures de nuit fans.
eftre troublée par aucun de… ·
fordre.
M. de la Haye dont je
vous parle a efté plufieurs
années Ambaffadeur au Levant
, & il a continué de fervir
le Roy en plufieurs Négotiations
d'Etat vers les
Princes d'Allemagne . Il ett
Fils de feu M. de la Haye,
GALANT. 179
qui a efté long- temps Ambaffadeur
à Conftantinople
,
& porte Party de deux chaique
Party chevronné
contre - chevronné
d'or
2
>
&
عون
de gueules de feize pieces.
Madame fa Femme doit l'aller
trouver dans peu de
temps . Elle s'appelle Loüife
de Montholon , & eft de
l'Illuftre Famille des Montholons
fi féconde en
grands Hommes , & qui a
pris fon nom de Monthelon
ou Montholon , Bourg de
Bourgogne proche d'Autun.
Elle a donné un Car
>
180 MERCURE
dinal en 1350. fous Clement
VI. deux Gardes des Sceaux
de France fous François I.
& Henry III . plufieurs Préfidens
au Mortier , Confeillers
& Avocats Genéraux
aux Parlemens de Paris & de
Bourgogne, Confeillers d'Etat
, Maiftres des Reque
ftes , & un Ambaffadeur en
Suiffe. Eft eft alliée aux Maifons
de Silly , de Thoulongeon
, d'Aubuffon , de Ganay
, Chartier d'Alainville ,
de Mégrigny , Molé , de
Longueil -Maifons , Chaffebras-
de Cramailles , de Se 2:
+
*
1
1
GALANT. 181
ve , de Bragelongue , & autres
.
Fermer
Résumé : Tout ce qui s'est passé à la Reception de M. de la Haye, Ambass. à Venise. [titre d'après la table]
M. de la Haye a été nommé ambassadeur de France à Venise, succédant à M. Amelot. Le 8 juillet, il a informé le Sénat vénitien via M. Menault et a embarqué dans une gondole somptueuse accompagnée de soixante sénateurs, dont M. Jules Asserino Giustiniani, ancien ambassadeur de la République à la cour de France. Le cortège, composé de plusieurs gondoles ornées et de gentilshommes, s'est dirigé vers l'île du Saint-Esprit. À son arrivée, M. de la Haye a été accueilli par les Cordeliers et divers représentants diplomatiques. Le lendemain, M. Giustiniani et les sénateurs ont rendu visite à M. de la Haye pour une audience officielle, puis se sont dirigés au Palais de Saint-Marc. M. de la Haye y a présenté une lettre du roi au Doge, qui a répondu avec vénération et estime. Ensuite, M. de la Haye a prononcé une harangue au Sénat avant de se retirer. Lors d'une visite officielle ultérieure, M. de la Haye, accompagné de M. le Chevalier Giustiniani, a été conduit dans la Chambre d'Audience où il a salué les sénateurs et invité son cortège à dîner. Le repas, servi avec magnificence, comprenait quatre tables, quatre services, et une abondance de vins et liqueurs. Un buffet d'argenterie et une table de fleurs, fruits et confitures françaises avaient été préparés. Après le dîner, des musiciens ont joué et des rafraîchissements ont été distribués, la fête se terminant à quatre heures du matin sans incident. M. de la Haye est l'ancien ambassadeur au Levant et a été impliqué dans plusieurs négociations d'État avec les princes d'Allemagne. Il est le fils de feu M. de la Haye, ancien ambassadeur à Constantinople. Sa femme, Louise de Montholon, appartient à une famille illustre de Bourgogne, connue pour ses grands hommes, dont des gardes des sceaux, présidents au Parlement, conseillers d'État, et un ambassadeur en Suisse. La famille est alliée à plusieurs maisons nobles, telles que Silly, Thoulongeon, Aubusson, et Ganay.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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354
p. 181-195
Affaires de Remiremont. [titre d'après la table]
Début :
Le 23. du dernier mois, Dame Elisabeth Gabrielle Françoise Rouxel [...]
Mots clefs :
Dame de Médavy, Serment, Parlement, Dignité, Abbaye de Remiremont, Assemblée, Fille, Baron, Princesse, Abbesse, Audiences, Érudition, Chapitre, Esprit, Vertu, Archevêque, Comte, Chanoinesses, Établissement, Doyenne, Habillement, Procession
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Affaires de Remiremont. [titre d'après la table]
Le 23. du dernier mois , Dame
Elifabeth GabrielleFrançoife
Rouxel de Medavy,
prefta Serment au Parlemết
de Mets , dans les formes ordinaires,
& en Habit de Ceremonie
pour la Dignité de
Secrette ou Sacriftine , de l'Illuftre
College , Chapitre , &
Abbaye de Remiremont , à
laquelle elle avoit eſté éleuë
dans l'Affemblée du 16. du
mefine mois , en conformité
& en conféquence d'un Arreft
rendu quelques jours
182 MERCURE
auparavant
par ce mefme
Parlement
. Comme
l'affaire
a fort éclaté , il ſera bon
de vous l'expliquer
en peu
de mots
.
Dame Anne de Malin de
Luz , Fille de M. le Baron de
Luz , Lieutenant Genéral de
la Province de Bourgogne
,
derniere Secrete de Remiremont
, eftant morte au mois
d'Avril 1684. aprés 48. ans de
paifible poffeffion de cette
Dignité de Secrette , Madame
la Princeffe de Salm Abbeffe
, appuya les intéreſts
de Madame la Princeffe
*
GALANT. 183
Chriftine de Salm fa Soeur,
Niece de Prébende , qui s'étant
pourveuë en Cour de
Rome obtint une Bulle
comme ayant expofé la Vacance
de ce Benéfice , dans
un mois du Pape , mais lors
qu'elle voulut en prendre
poffeffion , il y eut oppofition
formée de la part du
Chapitre , qui ayant éleu en
mefme temps tumultuairement
& fans formalitez
Madame de Médavy, luy fit
pareillement prendre pof
feffion le 18. Juillet de la
meſme année , malgré l'op184
MERCURE
pofition reciproqûe de Madame
la Princeffe Chriftine
de Salm . Le lendemain jour
fixé pour
l'Election , Madame
l'Abbeffe de Remiremont
fit élire en cas de befoin
, Madame la Princeſſe
Chriſtine
fa Soeur par quatre
ou cinq de fesDames & quelques
Niéces ; & les autres en
bien plus grand nombre,
avec Madame la Doyenne
à leur tefte , éleurent une feconde
fois Madame de Médavy
. Les longues conteftations
que l'on fit de part
& d'autres , furent enfin
GALANT. 185
portées au Parlement de
Mets , où M. Thorel parla
pour Madame de Médavy,
pendant quatre Audiences
avec autant de grace que
d'éloquence , & il fut fecon--
dé dans la cinquième
pour
l'intervention
du Chapitre
par M. Viry , un des plus fameux
Avocats de ce Parle--
ment , & incomparable pour
les matieres Ecclefiaftiques
.
La fixiéme & la feptiéme
Audience furent remplies
,
avec beaucoup d'érudition
& de politeffe , par M. Bour--
fier Avocat de Madame la
Aoust 1685. Q.
186 MERCURE
Princeffe Chriftine ; & enfin
aprés que les repliques eurent
efté achevées dans la
huitiéme Audience une
neufiéme termina la difficulté.
Elle fut dignement occupée
par le plaidoyé de MCorberon
, Procureur Genéral
, au milieu d'une foule
extraordinaire de Perfonnes
de tousSexes & de tousEtats .
Il feroit inutile de vous parler
de la netteté & de la force
de fon expreſſion , puis qu'il
ne peut rien fortir duConfeil
que d'achevé , & qu'aprés y
avoir porté avec fuccez la
GALANT. 187
i parole pour le Roy , on eft
toûjours affeuré de paroiftre
ailleurs avec éclat. Auffi la
Courfuivant fesConclufions
ordonna le fecond du dernier
mois,que faifat droit fur l'ln.
tervention du Chapitre de
Remiremót, il feroit mainte--
nu dás le pouvoir d'élire une
Secrete ; & que fans avoir
égard à la Bulle de Madame
la Princeffe Chriftine , ny à
l'Election prétendue faite
de fa . Perfonne , non plus
qu'aux deux autres Elections
pareillement prétendues faites
de la Perfonne de Mada--
Qij
188 MERCURE
me de Medavy ,il feroit procedé
le
15.
de Juillet à une
nouvelle Election d'une Secrette
en la maniere ordinai
re.Cette Electió fe fit de nouveau
ce jour là 15. de l'autre
mois en faveur de Madame
de Médavy, qui joint à une Illuftre
naiſſance un efprit des
plus éclairez , & une vertu
des plus confommées . Elle
eft Fille de Meffire Guillaume
de Rouxel de Médavy,
Comte de Marey , Frere de
feu M. le Maréchal de Grancey
, & de M. l'Archevefque
de Rouen d'aujour
GALANT. 189
d'huy , & de Dame Marie
d'Achey , Fille d'Antoine
d'Achey , Gouverneur de
la Ville de Dole . Ce Comte
de Marey , Maréchal
des Camps & Armées du
Roy mourut affez jeu,
ne ,
8
d'une bleffeure receuë
au Combat de Briare en
1652 .. M. le Comte de Médavy
marié depuis peu à Mademoiſelle
de Maulévrier
Colbert , eft Neveu à la mode
de Bretagne de Madame
de Médavy , Secrette de Remiremont.
M. le Comte de
Marey tué en Candie en
190 MERCURE
1
1668. eftoit fon Frere . L'Illu
ftre College , Chapitre &
Abbaye de Remiront eft
auffi ancien que fingulier.
Plus de cinquante Dames .
s'y trouvent encore aujour--
d'huy , toutes de tres - grande
qualité. On n'y peut en..
trer qu'aprés avoir fait les
mefmes preuves de Noblef
fe que font Ms les Comtes :
de S. Jean de Lyon ; auffi
donne -t'on à ces Dames le:
Titre de Chanoineffes Comteffes
de Remiremont , quii
eft une petite Ville des .
Montagnes de la Vauge fur.
GALANT. 191
ου la Riviere de Mozelle ,
le dernier Tremblement de
terre fit tant de ravage . Cette
Abbaye reconnoiſt pour
Fondateur Romaric Comte
d'Avent , qui eftoit l'un des
principaux Seigneurs de la
Cour du Roy de Mets . Il fe
dépouilla de fon Comté , &
de tous fes autres biens en
faveur de cét établiſſement,
au commencement du fixiéme
Siecle . Ces Dames Chanoineffes
Comteffes ne font
point de Voeux folemnels , à
la réſerve de l'Abbeffe . Elles
peuvent ſe marier quand
192 MERCURE
bon leur femble , & poffeder
tous leurs biens en propre,.
de mefme que fi elles n'avoient
jamais quitté la Maifon
de leurs Parens. Elles
ont droit aprés quelques an
nées de prendre chez elles
une ou plufieurs Dames de
tous âges , qu'elles appellent
Niéces de Prébende , &
qui attendent des places vacantes
. Les unes ny les autres
ne portent point d'habits
différens des Dames du :
monde , fi ce n'eft au Chour
où elles chantent , & paroiffent
comme nos Chanoines
Seculiers..
GALANT. 191
Seculiers. Un long Manteau
traînant couvre leurs
épaules , & ce Manteau ſe
nouë par devant . Les Di
gnitez , qui font l'Abbeffe,
la Doyenne & la Secrette,
portent outre cela ce qu'-
elles appellent le grand
Couvrechef. C'est une efpece
de Voile de toile empefée
, qui s'attache avec
leurs Coifes. Il prend derriere
la tefte , & pend juſ
qu'à terre. L'Abbeffe ajoûte.
à cela une bordure d'Hermine
à fon Manteau , à fa
Jupe , & aux coûtures de fon
Aoust 1685.
R
194 MERCURE
Corps , avec une Croix dé
Diamans penduë au col , &
la Croffe auprés d'elle dans
fon Trône . Il y a dans le
Pays , & mefme dans la Ville
de Mets quelques Maifons
de Dames d'Eglife,
( c'eſt ainſi qu'on les "appelle
) qui font de ce caractere.
Elles vont en Proceffion de
leurs Eglifes à celle de Saint
Eftienne , Cathedrale de
Mets , le jour de la Feſte , &
aprés avoir chanté en arrivant
un Motet au Pulpitre,
elles fe retirent dans une
Chapelle particuliere , d'où
GALANT. 195
elles ne fortent que lors que
la grande Meffe eft achevée
; ce qui eftant fait , elles
s'en retournent chez elles
dans le mefme ordre. La
derniere fois que cette Proceffion
fe fit , qui fut le troifiéme
de ce mois Fefte de
l'Invention dé Saint Eftienne;
une des plus groffes Clo
ches tomba fur les trois heures
aprés midy fans fe caffer,
ny faire aucun autre mal
que de rompre deux Planchers
, & s'enfoncer dans
le dernier , qui touche la
voûte de l'un des Collateraux
.
Elifabeth GabrielleFrançoife
Rouxel de Medavy,
prefta Serment au Parlemết
de Mets , dans les formes ordinaires,
& en Habit de Ceremonie
pour la Dignité de
Secrette ou Sacriftine , de l'Illuftre
College , Chapitre , &
Abbaye de Remiremont , à
laquelle elle avoit eſté éleuë
dans l'Affemblée du 16. du
mefine mois , en conformité
& en conféquence d'un Arreft
rendu quelques jours
182 MERCURE
auparavant
par ce mefme
Parlement
. Comme
l'affaire
a fort éclaté , il ſera bon
de vous l'expliquer
en peu
de mots
.
Dame Anne de Malin de
Luz , Fille de M. le Baron de
Luz , Lieutenant Genéral de
la Province de Bourgogne
,
derniere Secrete de Remiremont
, eftant morte au mois
d'Avril 1684. aprés 48. ans de
paifible poffeffion de cette
Dignité de Secrette , Madame
la Princeffe de Salm Abbeffe
, appuya les intéreſts
de Madame la Princeffe
*
GALANT. 183
Chriftine de Salm fa Soeur,
Niece de Prébende , qui s'étant
pourveuë en Cour de
Rome obtint une Bulle
comme ayant expofé la Vacance
de ce Benéfice , dans
un mois du Pape , mais lors
qu'elle voulut en prendre
poffeffion , il y eut oppofition
formée de la part du
Chapitre , qui ayant éleu en
mefme temps tumultuairement
& fans formalitez
Madame de Médavy, luy fit
pareillement prendre pof
feffion le 18. Juillet de la
meſme année , malgré l'op184
MERCURE
pofition reciproqûe de Madame
la Princeffe Chriftine
de Salm . Le lendemain jour
fixé pour
l'Election , Madame
l'Abbeffe de Remiremont
fit élire en cas de befoin
, Madame la Princeſſe
Chriſtine
fa Soeur par quatre
ou cinq de fesDames & quelques
Niéces ; & les autres en
bien plus grand nombre,
avec Madame la Doyenne
à leur tefte , éleurent une feconde
fois Madame de Médavy
. Les longues conteftations
que l'on fit de part
& d'autres , furent enfin
GALANT. 185
portées au Parlement de
Mets , où M. Thorel parla
pour Madame de Médavy,
pendant quatre Audiences
avec autant de grace que
d'éloquence , & il fut fecon--
dé dans la cinquième
pour
l'intervention
du Chapitre
par M. Viry , un des plus fameux
Avocats de ce Parle--
ment , & incomparable pour
les matieres Ecclefiaftiques
.
La fixiéme & la feptiéme
Audience furent remplies
,
avec beaucoup d'érudition
& de politeffe , par M. Bour--
fier Avocat de Madame la
Aoust 1685. Q.
186 MERCURE
Princeffe Chriftine ; & enfin
aprés que les repliques eurent
efté achevées dans la
huitiéme Audience une
neufiéme termina la difficulté.
Elle fut dignement occupée
par le plaidoyé de MCorberon
, Procureur Genéral
, au milieu d'une foule
extraordinaire de Perfonnes
de tousSexes & de tousEtats .
Il feroit inutile de vous parler
de la netteté & de la force
de fon expreſſion , puis qu'il
ne peut rien fortir duConfeil
que d'achevé , & qu'aprés y
avoir porté avec fuccez la
GALANT. 187
i parole pour le Roy , on eft
toûjours affeuré de paroiftre
ailleurs avec éclat. Auffi la
Courfuivant fesConclufions
ordonna le fecond du dernier
mois,que faifat droit fur l'ln.
tervention du Chapitre de
Remiremót, il feroit mainte--
nu dás le pouvoir d'élire une
Secrete ; & que fans avoir
égard à la Bulle de Madame
la Princeffe Chriftine , ny à
l'Election prétendue faite
de fa . Perfonne , non plus
qu'aux deux autres Elections
pareillement prétendues faites
de la Perfonne de Mada--
Qij
188 MERCURE
me de Medavy ,il feroit procedé
le
15.
de Juillet à une
nouvelle Election d'une Secrette
en la maniere ordinai
re.Cette Electió fe fit de nouveau
ce jour là 15. de l'autre
mois en faveur de Madame
de Médavy, qui joint à une Illuftre
naiſſance un efprit des
plus éclairez , & une vertu
des plus confommées . Elle
eft Fille de Meffire Guillaume
de Rouxel de Médavy,
Comte de Marey , Frere de
feu M. le Maréchal de Grancey
, & de M. l'Archevefque
de Rouen d'aujour
GALANT. 189
d'huy , & de Dame Marie
d'Achey , Fille d'Antoine
d'Achey , Gouverneur de
la Ville de Dole . Ce Comte
de Marey , Maréchal
des Camps & Armées du
Roy mourut affez jeu,
ne ,
8
d'une bleffeure receuë
au Combat de Briare en
1652 .. M. le Comte de Médavy
marié depuis peu à Mademoiſelle
de Maulévrier
Colbert , eft Neveu à la mode
de Bretagne de Madame
de Médavy , Secrette de Remiremont.
M. le Comte de
Marey tué en Candie en
190 MERCURE
1
1668. eftoit fon Frere . L'Illu
ftre College , Chapitre &
Abbaye de Remiront eft
auffi ancien que fingulier.
Plus de cinquante Dames .
s'y trouvent encore aujour--
d'huy , toutes de tres - grande
qualité. On n'y peut en..
trer qu'aprés avoir fait les
mefmes preuves de Noblef
fe que font Ms les Comtes :
de S. Jean de Lyon ; auffi
donne -t'on à ces Dames le:
Titre de Chanoineffes Comteffes
de Remiremont , quii
eft une petite Ville des .
Montagnes de la Vauge fur.
GALANT. 191
ου la Riviere de Mozelle ,
le dernier Tremblement de
terre fit tant de ravage . Cette
Abbaye reconnoiſt pour
Fondateur Romaric Comte
d'Avent , qui eftoit l'un des
principaux Seigneurs de la
Cour du Roy de Mets . Il fe
dépouilla de fon Comté , &
de tous fes autres biens en
faveur de cét établiſſement,
au commencement du fixiéme
Siecle . Ces Dames Chanoineffes
Comteffes ne font
point de Voeux folemnels , à
la réſerve de l'Abbeffe . Elles
peuvent ſe marier quand
192 MERCURE
bon leur femble , & poffeder
tous leurs biens en propre,.
de mefme que fi elles n'avoient
jamais quitté la Maifon
de leurs Parens. Elles
ont droit aprés quelques an
nées de prendre chez elles
une ou plufieurs Dames de
tous âges , qu'elles appellent
Niéces de Prébende , &
qui attendent des places vacantes
. Les unes ny les autres
ne portent point d'habits
différens des Dames du :
monde , fi ce n'eft au Chour
où elles chantent , & paroiffent
comme nos Chanoines
Seculiers..
GALANT. 191
Seculiers. Un long Manteau
traînant couvre leurs
épaules , & ce Manteau ſe
nouë par devant . Les Di
gnitez , qui font l'Abbeffe,
la Doyenne & la Secrette,
portent outre cela ce qu'-
elles appellent le grand
Couvrechef. C'est une efpece
de Voile de toile empefée
, qui s'attache avec
leurs Coifes. Il prend derriere
la tefte , & pend juſ
qu'à terre. L'Abbeffe ajoûte.
à cela une bordure d'Hermine
à fon Manteau , à fa
Jupe , & aux coûtures de fon
Aoust 1685.
R
194 MERCURE
Corps , avec une Croix dé
Diamans penduë au col , &
la Croffe auprés d'elle dans
fon Trône . Il y a dans le
Pays , & mefme dans la Ville
de Mets quelques Maifons
de Dames d'Eglife,
( c'eſt ainſi qu'on les "appelle
) qui font de ce caractere.
Elles vont en Proceffion de
leurs Eglifes à celle de Saint
Eftienne , Cathedrale de
Mets , le jour de la Feſte , &
aprés avoir chanté en arrivant
un Motet au Pulpitre,
elles fe retirent dans une
Chapelle particuliere , d'où
GALANT. 195
elles ne fortent que lors que
la grande Meffe eft achevée
; ce qui eftant fait , elles
s'en retournent chez elles
dans le mefme ordre. La
derniere fois que cette Proceffion
fe fit , qui fut le troifiéme
de ce mois Fefte de
l'Invention dé Saint Eftienne;
une des plus groffes Clo
ches tomba fur les trois heures
aprés midy fans fe caffer,
ny faire aucun autre mal
que de rompre deux Planchers
, & s'enfoncer dans
le dernier , qui touche la
voûte de l'un des Collateraux
.
Fermer
Résumé : Affaires de Remiremont. [titre d'après la table]
Le 23 août 1685, Élisabeth Gabrielle Françoise Rouxel de Médavy a prêté serment au Parlement de Metz pour devenir Secrétaire ou Sacristine de l'Illustre Collège, Chapitre et Abbaye de Remiremont. Elle avait été élue lors de l'assemblée du 16 juillet précédent, suite à un arrêt du Parlement. Cette élection faisait suite au décès de Dame Anne de Malin de Luz, dernière Secrétaire, survenu en avril 1684 après 48 ans de service. La succession a été marquée par des conflits, notamment entre Madame la Princesse de Salm, abbesse de Remiremont, qui soutenait Madame Christine de Salm, sa nièce, et le Chapitre de Remiremont, qui avait élu Madame de Médavy. Après plusieurs audiences et plaidoiries, le procureur général Corberon a conclu en faveur de Madame de Médavy. Une nouvelle élection a été ordonnée le 15 septembre 1685, confirmant son élection. Madame de Médavy est issue d'une famille illustre, fille de Guillaume de Rouxel de Médavy, Comte de Marey, et de Marie d'Achey. L'Abbaye de Remiremont, fondée par Romaric au début du septième siècle, compte plus de cinquante dames de haute qualité. Le texte décrit également les vêtements et pratiques des dignitaires féminines, comme l'Abbesse, la Doyenne et la Secrétaire, qui portent des manteaux et des couvre-chefs spécifiques. Lors de la fête de l'Invention de Saint Étienne, les dames d'église participent à une procession vers la cathédrale Saint-Étienne de Metz, chantant un motet et suivant un ordre précis. Lors de la dernière procession, une grosse cloche est tombée, endommageant deux planchers et une voûte.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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355
p. 205-206
Fin de l'Assemblée du Clergé. [titre d'après la table]
Début :
J'ay oublié de vous dire, que l'Assemblée generale du Clergé de [...]
Mots clefs :
Assemblée générale du Clergé de France, Prélats, Députés, Audience, Versailles, Cérémonies, Marquis, Succès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fin de l'Assemblée du Clergé. [titre d'après la table]
J'ay oublié de vous dire ,
que l'Affemblée generale du
Clergé de France a finy les
Seances qu'elle tenoit à Saint
Germain en Laye, & que les
Prelats & les Deputez qui la
compofoient , allerent à Verfailles
le 21. du dernier mois ,
206 MERCURE
prendre leur Audience
de
Congé du Roy. M. le Marquis
de Blainville
, Grand
Maiſtre des Ceremonies
, &
M. de Saintot Maiftre des
Ceremonies
, les y conduifi
rent , & ils furent preſentez
par M. le Marquis de Segnelay
Secretaire
d'Eftat , qui
avoit efté les prendre dans
leur Sale. M. le Coadjuteur
de Rouen porta la parole
avec un fuccés qui répondit
à tout ce que cette Illuftre
Affemblée
en pouvoit attendre.
que l'Affemblée generale du
Clergé de France a finy les
Seances qu'elle tenoit à Saint
Germain en Laye, & que les
Prelats & les Deputez qui la
compofoient , allerent à Verfailles
le 21. du dernier mois ,
206 MERCURE
prendre leur Audience
de
Congé du Roy. M. le Marquis
de Blainville
, Grand
Maiſtre des Ceremonies
, &
M. de Saintot Maiftre des
Ceremonies
, les y conduifi
rent , & ils furent preſentez
par M. le Marquis de Segnelay
Secretaire
d'Eftat , qui
avoit efté les prendre dans
leur Sale. M. le Coadjuteur
de Rouen porta la parole
avec un fuccés qui répondit
à tout ce que cette Illuftre
Affemblée
en pouvoit attendre.
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Résumé : Fin de l'Assemblée du Clergé. [titre d'après la table]
L'Assemblée générale du Clergé de France a terminé ses séances à Saint-Germain-en-Laye et s'est déplacée à Versailles le 21 du mois précédent pour saluer le roi. Les prélats et députés, accompagnés par le marquis de Blainville et M. de Saintot, ont été reçus par le marquis de Ségnelay. Le Coadjuteur de Rouen a prononcé un discours apprécié.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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356
p. 289-290
« Dans le temps que je vous ay parlé de l'Affaire de Tripoli, [...] »
Début :
Dans le temps que je vous ay parlé de l'Affaire de Tripoli, [...]
Mots clefs :
Affaire de Tripoli, Plan, Exactitude
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Dans le temps que je vous ay parlé de l'Affaire de Tripoli, [...] »
Dans le temps que je vous
ay parlé de l'Affaire de Tripoli
, qui fait un des grands
Articles de cette Lettre , je
n'avois pas encore le Plan
de cette Place ; je l'ay receu
depuis peude jours, & l'ayant
fait graver auffi- toft, je vous
290 MERCURE
l'envoye , afin qu'en l'examinant
vous goûtiez mieux le
plaifir qu'a deu vous donner
la Relation de ce que M. le
Maréchal d'Eftrées vient
d'executer. Ce Plan a efté
dreffé avec une entiere exactitude
, & je puis vous affurer
qu'il n'y manque rien de
ce qu'y pourront fouhaiter
les Curieux.
ay parlé de l'Affaire de Tripoli
, qui fait un des grands
Articles de cette Lettre , je
n'avois pas encore le Plan
de cette Place ; je l'ay receu
depuis peude jours, & l'ayant
fait graver auffi- toft, je vous
290 MERCURE
l'envoye , afin qu'en l'examinant
vous goûtiez mieux le
plaifir qu'a deu vous donner
la Relation de ce que M. le
Maréchal d'Eftrées vient
d'executer. Ce Plan a efté
dreffé avec une entiere exactitude
, & je puis vous affurer
qu'il n'y manque rien de
ce qu'y pourront fouhaiter
les Curieux.
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Résumé : « Dans le temps que je vous ay parlé de l'Affaire de Tripoli, [...] »
L'auteur a reçu un plan détaillé de la place de Tripoli, gravé avec précision, suite à une discussion sur l'Affaire de Tripoli. Ce plan est envoyé pour illustrer les actions du Maréchal d'Estrées et répondre aux attentes des lecteurs intéressés par les détails.
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357
p. 290-293
Relation contenant ce qui s'est passé pendant le sejour que Monseigneur le Dauphin a fait à Annet. [titre d'après la table]
Début :
Le 10. de ce mois, Monseigneur le Dauphin partit de Versailles, pour [...]
Mots clefs :
Monseigneur le Dauphin, Versailles, Anet, Chasse, Couverts, Cheval, Chien, Cerf, Château, Table, Loup, Honneurs, Musique
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texteReconnaissance textuelle : Relation contenant ce qui s'est passé pendant le sejour que Monseigneur le Dauphin a fait à Annet. [titre d'après la table]
Le 10. de ce mois , Monfeigneur
le Dauphin partit
de Verſailles › pour
aller
prendre
à Anet
le divertiffement
de la Chaſſe
. Il y arri va fur les onze
heures
. Sa
GALANT. 291
{ à
Table eftoit préparée dans
in Salon qui eft des plus
beaux. Elle eftoit de quinze
ou feize Couverts. On
fervit fi- toft que ce Prince
fut entré , & à peine le difné
fut-il finy qu'il monta
à Cheval , pour aller chaffer
avec les Chiens de M. le
Grand Prieur.On laiffa cour
re un gros Cerf, qui aprés avoirdonné
beaucoup de plai
fir , vint fe faire prendre à la
Riviere , à cent pas du Châ
teau . On l'apporta dans la
Court oùl'on en fit la curée.
La nuit eftant venue , Mon
་ ་
Aoust 1685,
Aa
292 MERCURE
feigneur alla entendre un
Concert compofé d'une
douzaine de Perfonnes des
plus illuftres . Je ne dis rien
du Soupé qui fut magnifique.
Ce Prince avoit envoyé
fes Officiers à Anot.
Quoy que M. le Duc de
Vendôme mangeaft avec
luy , il avoit fa Table ſervie
*
délicatement & dont M.
Le
l'Abbé de Chaulieu faifoit
tres-bien les honneurs.
lendemain Monfeigneur le
Dauphin alla courre le
Loup avec fes Chiens ,
ceux de M. le Duc de Ven-
&
GALANT. 293
D
dôme. Cette Chaffe fut par
faitementbelle. Aprés qu'on
eut pris le Loup dont la
ourée fe fit encore dans la
Courtdub Chasteauon revint
difner & Pon alla enfiite
tirer dans le Parc du
l'on trouva beaucoup de GPbiely
eut encore Mafi
que
le foir ainfi qu'aux
deux jours fuivans . On paffa
de 121 àtirer matin & for..
Le 13. il y eut chaffe du
Loup , & le 14, on courut
le Cerf. Monfeigneur retourna
ce jour là à Verfail
les , où il arriva fur les cinq
heures,
le Dauphin partit
de Verſailles › pour
aller
prendre
à Anet
le divertiffement
de la Chaſſe
. Il y arri va fur les onze
heures
. Sa
GALANT. 291
{ à
Table eftoit préparée dans
in Salon qui eft des plus
beaux. Elle eftoit de quinze
ou feize Couverts. On
fervit fi- toft que ce Prince
fut entré , & à peine le difné
fut-il finy qu'il monta
à Cheval , pour aller chaffer
avec les Chiens de M. le
Grand Prieur.On laiffa cour
re un gros Cerf, qui aprés avoirdonné
beaucoup de plai
fir , vint fe faire prendre à la
Riviere , à cent pas du Châ
teau . On l'apporta dans la
Court oùl'on en fit la curée.
La nuit eftant venue , Mon
་ ་
Aoust 1685,
Aa
292 MERCURE
feigneur alla entendre un
Concert compofé d'une
douzaine de Perfonnes des
plus illuftres . Je ne dis rien
du Soupé qui fut magnifique.
Ce Prince avoit envoyé
fes Officiers à Anot.
Quoy que M. le Duc de
Vendôme mangeaft avec
luy , il avoit fa Table ſervie
*
délicatement & dont M.
Le
l'Abbé de Chaulieu faifoit
tres-bien les honneurs.
lendemain Monfeigneur le
Dauphin alla courre le
Loup avec fes Chiens ,
ceux de M. le Duc de Ven-
&
GALANT. 293
D
dôme. Cette Chaffe fut par
faitementbelle. Aprés qu'on
eut pris le Loup dont la
ourée fe fit encore dans la
Courtdub Chasteauon revint
difner & Pon alla enfiite
tirer dans le Parc du
l'on trouva beaucoup de GPbiely
eut encore Mafi
que
le foir ainfi qu'aux
deux jours fuivans . On paffa
de 121 àtirer matin & for..
Le 13. il y eut chaffe du
Loup , & le 14, on courut
le Cerf. Monfeigneur retourna
ce jour là à Verfail
les , où il arriva fur les cinq
heures,
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Résumé : Relation contenant ce qui s'est passé pendant le sejour que Monseigneur le Dauphin a fait à Annet. [titre d'après la table]
Le 10 août 1685, le Dauphin se rendit à Anet pour une partie de chasse. À son arrivée, il fut accueilli par un dîner somptueux. Après le repas, il chassa un cerf avec les chiens du Grand Prieur, qui fut capturé près de la rivière. En soirée, il assista à un concert et participa à un souper magnifique. Le lendemain, il chassa le loup avec ses propres chiens et ceux du Duc de Vendôme, et le loup fut pris dans la cour du château. L'après-midi, il tira du gibier dans le parc. Les activités de chasse continuèrent les jours suivants, avec une chasse au loup le 13 août et une chasse au cerf le 14 août. Le Dauphin retourna à Versailles le 14 août en fin d'après-midi.
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358
p. 303-308
Theses presentées à l'Assemblée du Clergé par Mr l'Abbé de Loraine, avec un Abregé de l'Eloge du Roy fait par le mesme. [titre d'après la table]
Début :
Quand je vous parlay de l'Action que M. l'Abbé de Lorraine [...]
Mots clefs :
Abbé de Lorraine, Sorbonne, Thèses, Assemblée générale du Clergé de France, Discours, Prince, Église universelle, Hérésie, Ennemis, Monarque, Religion catholique, Honneur
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texteReconnaissance textuelle : Theses presentées à l'Assemblée du Clergé par Mr l'Abbé de Loraine, avec un Abregé de l'Eloge du Roy fait par le mesme. [titre d'après la table]
Quand je vous parlay de
l'Action que M. l'Abbé de
Lorraine fit en Sorbonne il
y a un mois , j'oubliay de
Bb iij
304 MERCURE
vous marquer qu'il avoit
efté auparavant à Saint Germain
en Laye , où il preſenta
de fes Théfes à M's les
Prélats & Députez de l'Affemblée
Genérale du Clergé
de France , aufquels il fit
un tres -beau Difcours Latin
. Ce jeune Prince leur
dit , Qu'il eust fouhaité avec
paffion , les avoir tous pour témoins
des premiers effays de fa
Theologie ; mais qu'il n'avoit
garde de les en prier , fçachant de
quelle importance eftoient les Affaires
qui les occupoient , & qu'il
sagiffoit du bien de l'Eglife uniGALANT:
395
verfelle , & des interests du plus
grand des Roys , qui n'ayant
pointde defirs plus empreſſez que
de s'en montrer le Defenfeur , que
de la combler tous les jours de fes
bien faits , & d'arracher dans
tout fon Royaume juſqu'aux racines
de l'Hérefie , faifoit fa premiere
affaire parmy tant d'autres
qui luy coûtoient tant de foins,
de reüffir dans ce loüable& pieux
deffein. Il ajoûta , que ce grand
Monarque avoit battu fes En.
nemis en tous lieux , qu'il avoir
mis une fin auffi glorieuse que furprenante
, aux guerres qu'il avoit
eues en Flandre , en Allemagne,
Bb iiij
306 MERCURE
en Hollande , & jufqu'en Affrique
; qu'il avoit fecouru fes Atliez
, & agrandy en me mesme
temps fes Etats ; mais qu'il s'en
falloit beaucoup que tout cela ne
luy eust coûté autant de peines
& d'inquiétudes que le defir
d'augmenter le Patrimoine du
Sauveur du monde , de foûmettre
les Ennemis de la Croix , &
d'étouffer entierement l'Herefie;
de forte que fi elle refpiroit encore,
il ne falloit pas s'imaginer que
ce qui luy reftoit de vie pust
donner la moindre atteinte à lou
gloire de Sa Majefté , qui dans
le degré où Elle eftoit , auroit toû
GALANT. 307
jours moins de peine à couronner
Ifes deffeins , qu'à faire croire qu'il
les euft formez.
M. l'Abbé de Lorraine
paffa de là à l'Eloge de M.
'Archevefque de Paris , en
difant , Qu'il n'eftoit pas besoin
de nommer celuy , qui aprés le
Roy avoit le plus de part dans ce
qu'on faifoit à l'avantage de la
Religion Catholique . Que cét
illuftre Prelat , l'honneur du Clergé,&
la lumiere de l'Eglife Gallicane
, dont on ne pouvoit affez
louer la vigilance extraordinaire
lesfoins infatigables , faifoit
tous les jours éclater fon zele
308 MERCURE
contre l'Heréfie , &fon attachement
inviolable pour la Perfonne
de Sa Majesté ; qu'il le touchoit
de trop préspour parler de fa naiffance
; mais qu'il pouvoit dire que
quelque honneur que répandiſſent
fur luy les grands fervices que fes
Anceftres avoient rendus à l'Etat,
l'éclatant merite qui le diftinguoit,
paffoit de beaucoup tout ce que l'on
pouvoirdire d'eux, & queperfonne
avant luy n'avoit trouvé le fecret
, de joindre tant de délicateffe
d'efprit à tant de profondeur , ny
de tant de facilité
tant de force & de penétration.
l'Action que M. l'Abbé de
Lorraine fit en Sorbonne il
y a un mois , j'oubliay de
Bb iij
304 MERCURE
vous marquer qu'il avoit
efté auparavant à Saint Germain
en Laye , où il preſenta
de fes Théfes à M's les
Prélats & Députez de l'Affemblée
Genérale du Clergé
de France , aufquels il fit
un tres -beau Difcours Latin
. Ce jeune Prince leur
dit , Qu'il eust fouhaité avec
paffion , les avoir tous pour témoins
des premiers effays de fa
Theologie ; mais qu'il n'avoit
garde de les en prier , fçachant de
quelle importance eftoient les Affaires
qui les occupoient , & qu'il
sagiffoit du bien de l'Eglife uniGALANT:
395
verfelle , & des interests du plus
grand des Roys , qui n'ayant
pointde defirs plus empreſſez que
de s'en montrer le Defenfeur , que
de la combler tous les jours de fes
bien faits , & d'arracher dans
tout fon Royaume juſqu'aux racines
de l'Hérefie , faifoit fa premiere
affaire parmy tant d'autres
qui luy coûtoient tant de foins,
de reüffir dans ce loüable& pieux
deffein. Il ajoûta , que ce grand
Monarque avoit battu fes En.
nemis en tous lieux , qu'il avoir
mis une fin auffi glorieuse que furprenante
, aux guerres qu'il avoit
eues en Flandre , en Allemagne,
Bb iiij
306 MERCURE
en Hollande , & jufqu'en Affrique
; qu'il avoit fecouru fes Atliez
, & agrandy en me mesme
temps fes Etats ; mais qu'il s'en
falloit beaucoup que tout cela ne
luy eust coûté autant de peines
& d'inquiétudes que le defir
d'augmenter le Patrimoine du
Sauveur du monde , de foûmettre
les Ennemis de la Croix , &
d'étouffer entierement l'Herefie;
de forte que fi elle refpiroit encore,
il ne falloit pas s'imaginer que
ce qui luy reftoit de vie pust
donner la moindre atteinte à lou
gloire de Sa Majefté , qui dans
le degré où Elle eftoit , auroit toû
GALANT. 307
jours moins de peine à couronner
Ifes deffeins , qu'à faire croire qu'il
les euft formez.
M. l'Abbé de Lorraine
paffa de là à l'Eloge de M.
'Archevefque de Paris , en
difant , Qu'il n'eftoit pas besoin
de nommer celuy , qui aprés le
Roy avoit le plus de part dans ce
qu'on faifoit à l'avantage de la
Religion Catholique . Que cét
illuftre Prelat , l'honneur du Clergé,&
la lumiere de l'Eglife Gallicane
, dont on ne pouvoit affez
louer la vigilance extraordinaire
lesfoins infatigables , faifoit
tous les jours éclater fon zele
308 MERCURE
contre l'Heréfie , &fon attachement
inviolable pour la Perfonne
de Sa Majesté ; qu'il le touchoit
de trop préspour parler de fa naiffance
; mais qu'il pouvoit dire que
quelque honneur que répandiſſent
fur luy les grands fervices que fes
Anceftres avoient rendus à l'Etat,
l'éclatant merite qui le diftinguoit,
paffoit de beaucoup tout ce que l'on
pouvoirdire d'eux, & queperfonne
avant luy n'avoit trouvé le fecret
, de joindre tant de délicateffe
d'efprit à tant de profondeur , ny
de tant de facilité
tant de force & de penétration.
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Résumé : Theses presentées à l'Assemblée du Clergé par Mr l'Abbé de Loraine, avec un Abregé de l'Eloge du Roy fait par le mesme. [titre d'après la table]
L'Abbé de Lorraine a présenté ses thèses devant les prélats et députés de l'Assemblée Générale du Clergé de France à Saint-Germain-en-Laye. Dans un discours en latin, il a invité ces dignitaires à assister à ses premiers essais théologiques, tout en respectant leurs engagements actuels. Il a souligné l'engagement du roi à protéger l'Église universelle et à combattre l'hérésie, comparant cet effort aux victoires militaires en Flandre, en Allemagne, en Hollande et en Afrique. L'Abbé a également rendu hommage à l'archevêque de Paris, le qualifiant de principal défenseur de la religion catholique après le roi. Il a loué sa vigilance, ses efforts constants contre l'hérésie et sa loyauté envers le roi. Les mérites de l'archevêque ont été décrits comme surpassant ceux de ses ancêtres, grâce à sa délicatesse d'esprit, sa profondeur, sa facilité et sa pénétration.
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359
p. 315-318
Evêchez & Abbayes données par le Roy. [titre d'après la table]
Début :
Le Roy voulant récompenser les Services que M. l'Abbé Desmarests, [...]
Mots clefs :
Abbé, Clergé, Nominations, Abbaye, Diocèse, Archevêque, Prieuré
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Evêchez & Abbayes données par le Roy. [titre d'après la table]
Le Roy voulant récompen
fer les Services que M. l'Ab--
bé Defmarefts , & M. l'Abbé
Aouſt 1685.
Cc
316 MERCURE
de Befons , tous deux anciens
Agens du Clergé , ont
rendus à l'Eglife , a nommé
le premier à l'Evefché de
Riez , & l'autre à l'Evefché
d'Aire . Je vous ay parlé
a
plufieurs fois de M. l'Abbé
Defmarefts , dont les belles.
qualitez furpaffent tout le
bien qu'on en peut dire..
Vous fçavez qu'ila une honnefteté
toute engageante
,
& que fon zele toûjours tres
exact à remplir tous fes devoirs
, le rend tres - digne de
l'Epiſcopat . M. l'Abbé de
Befons eft Fils de feu M. de
GALANT.
7
Befons , Confeiller d'Ear
Vous n'avez pas oublié que
je vous parlay de luy en vous
apprenant la mort de M. for
Pere.
L'Abbaye de Gimont, Ordre
de Cifteaux , Dioceſe
d'Auch , a efté donnée à M.
l'Archevefque de Thoulouze.
Il eſt d'une des plus an--
ciennes Maiſons du Royaume
, dont il eft forty depuis
plufieurs Siecles de tresgrands
Hommes , qui ont
remply les
les plus importans de l'E
tat & de l'Eglife. Ce Pre-
Miniſteres
Cc ij
318 MERCURE
lat montre un zele infatigable
dans la conduite de
fon Diocefe , & a fait des
Converfions celébres depuis
que la Chambre de l'Edit
a efté incorporée au Parlement
de Thoulouze . M.
l'Archevefque de Sens eft
fon Frere aifné . M. le Marquis
de Taian , qui s'eſt diftingué
par plufieurs occafions
glorieuſes , eft auffi ſon
Frere.
M. l'Abbé de Brochan a
eſté pouryeu dans le meſme
temps du Prieuré de Boucachard,
Dioceſe de Roüen.
fer les Services que M. l'Ab--
bé Defmarefts , & M. l'Abbé
Aouſt 1685.
Cc
316 MERCURE
de Befons , tous deux anciens
Agens du Clergé , ont
rendus à l'Eglife , a nommé
le premier à l'Evefché de
Riez , & l'autre à l'Evefché
d'Aire . Je vous ay parlé
a
plufieurs fois de M. l'Abbé
Defmarefts , dont les belles.
qualitez furpaffent tout le
bien qu'on en peut dire..
Vous fçavez qu'ila une honnefteté
toute engageante
,
& que fon zele toûjours tres
exact à remplir tous fes devoirs
, le rend tres - digne de
l'Epiſcopat . M. l'Abbé de
Befons eft Fils de feu M. de
GALANT.
7
Befons , Confeiller d'Ear
Vous n'avez pas oublié que
je vous parlay de luy en vous
apprenant la mort de M. for
Pere.
L'Abbaye de Gimont, Ordre
de Cifteaux , Dioceſe
d'Auch , a efté donnée à M.
l'Archevefque de Thoulouze.
Il eſt d'une des plus an--
ciennes Maiſons du Royaume
, dont il eft forty depuis
plufieurs Siecles de tresgrands
Hommes , qui ont
remply les
les plus importans de l'E
tat & de l'Eglife. Ce Pre-
Miniſteres
Cc ij
318 MERCURE
lat montre un zele infatigable
dans la conduite de
fon Diocefe , & a fait des
Converfions celébres depuis
que la Chambre de l'Edit
a efté incorporée au Parlement
de Thoulouze . M.
l'Archevefque de Sens eft
fon Frere aifné . M. le Marquis
de Taian , qui s'eſt diftingué
par plufieurs occafions
glorieuſes , eft auffi ſon
Frere.
M. l'Abbé de Brochan a
eſté pouryeu dans le meſme
temps du Prieuré de Boucachard,
Dioceſe de Roüen.
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Résumé : Evêchez & Abbayes données par le Roy. [titre d'après la table]
En août 1685, le roi a récompensé les services rendus à l'Église par deux abbés. L'abbé Defmarefts, reconnu pour ses qualités exceptionnelles, son honnêteté et son zèle, a été nommé à l'évêché de Riez. L'abbé de Besons, fils du défunt conseiller d'État M. de Galant, a été nommé à l'évêché d'Aire. De plus, l'abbaye de Gimont, une des plus anciennes du royaume et située dans le diocèse d'Auch, a été attribuée à l'archevêque de Toulouse. Cet archevêque est connu pour son zèle dans la gestion de son diocèse et ses conversions célèbres depuis l'incorporation de la Chambre de l'Édit au Parlement de Toulouse. Il a pour frère aîné l'archevêque de Sens et pour frère le marquis de Trian, distingué par plusieurs actions glorieuses. Enfin, l'abbé de Brochan a été pourvu du prieuré de Boucachard, dans le diocèse de Rouen.
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360
p. 319-320
Intendances données par Sa Majesté. [titre d'après la table]
Début :
M. de Baville a succedé à M. d'Aguesseau, Conseiller d'Etat, dans [...]
Mots clefs :
Intendance, Conseiller, Président, Conversion, Maître des requêtes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Intendances données par Sa Majesté. [titre d'après la table]
M. de Baville a fuccedé à
M. d'Agueffeau , Conſeiller
d'Etat, dans l'Intendance de
Languedoc . Il eft Fils de
feu M. le premier Prefident
de Lamoignon, & Frere de
M. Lamoignon Avocat Genéral.
Il parle tres-bien , &
s'eft acquité avec un tresgrand
fuccez de l'Intendance
de Poitou , où il a contribué
à quantité de Converfions.
M. Foucault va remplir
fa place dans cette Intendance.
Vous fçavez l'eftime
qu'il s'eft acquife dans cel
320 MERCURE
les de Montauban & de
Bearn. Je vous ay écrit fi
amplement de ce qu'il a fait
de glorieux & d'utile dans
l'une & dans l'autre , queje
n'ay rien à y ajoûter.
M. de Vaubourg Maiſtre
des Requeſtes , elt Intendant
de Bearn . Il eſt d'un
merite genéralement connu
& Frere de M. l'Abbé
Defmarefts, dont je viens de
vous parler.
M. d'Agueffeau , Conſeiller
d'Etat, dans l'Intendance de
Languedoc . Il eft Fils de
feu M. le premier Prefident
de Lamoignon, & Frere de
M. Lamoignon Avocat Genéral.
Il parle tres-bien , &
s'eft acquité avec un tresgrand
fuccez de l'Intendance
de Poitou , où il a contribué
à quantité de Converfions.
M. Foucault va remplir
fa place dans cette Intendance.
Vous fçavez l'eftime
qu'il s'eft acquife dans cel
320 MERCURE
les de Montauban & de
Bearn. Je vous ay écrit fi
amplement de ce qu'il a fait
de glorieux & d'utile dans
l'une & dans l'autre , queje
n'ay rien à y ajoûter.
M. de Vaubourg Maiſtre
des Requeſtes , elt Intendant
de Bearn . Il eſt d'un
merite genéralement connu
& Frere de M. l'Abbé
Defmarefts, dont je viens de
vous parler.
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Résumé : Intendances données par Sa Majesté. [titre d'après la table]
M. de Baville succède à M. d'Agueffeau comme Conseiller d'État et Intendant du Languedoc. Fils du Premier Président de Lamoignon et frère de M. Lamoignon, il est reconnu pour ses compétences oratoires et ses succès en Poitou. M. Foucault, expérimenté dans les intendances de Montauban et de Béarn, le remplace. M. de Vaubourg, Maître des Requêtes, est Intendant de Béarn et frère de l'Abbé Desmarets.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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361
p. 320-321
Conversion. [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay fait part au mois de Juin, d'une Lettre de M. Gilbert [...]
Mots clefs :
Ministre, Gentilhomme, Dauphiné, Artillerie, Convertir, Erreur, Abjuration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversion. [titre d'après la table]
Je vous ay fait part au mois
de Juin, d'une Lettre de M.
Gilbert cy-devant Miniftre,
écrite à M. de Salieres fon
GALANT.
321
Frere aifné,Gentilhomme de
Die en Dauphiné , prefentement
Commiffaire Provincialde
l'Artillerie ,par laquel
le, en luy expliquant les raifons
qui l'ont obligé à fe convertir,
il l'exhortoit à examiner
ferieuſement les erreurs
quefa naiffance luy avoit fait
fuivre. Cettre Lette a eu
l'effet qu'il en avoit attendu .
M. de Salieres s'eft rendu à
fes raifons , & a fait fon Abjuration
depuis peu de jours
entre les mains de M. l'Archevefque
de Paris .
de Juin, d'une Lettre de M.
Gilbert cy-devant Miniftre,
écrite à M. de Salieres fon
GALANT.
321
Frere aifné,Gentilhomme de
Die en Dauphiné , prefentement
Commiffaire Provincialde
l'Artillerie ,par laquel
le, en luy expliquant les raifons
qui l'ont obligé à fe convertir,
il l'exhortoit à examiner
ferieuſement les erreurs
quefa naiffance luy avoit fait
fuivre. Cettre Lette a eu
l'effet qu'il en avoit attendu .
M. de Salieres s'eft rendu à
fes raifons , & a fait fon Abjuration
depuis peu de jours
entre les mains de M. l'Archevefque
de Paris .
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Résumé : Conversion. [titre d'après la table]
En juin, M. Gilbert, ancien ministre, a écrit à M. de Salières, commissaire provincial de l'artillerie, pour expliquer sa conversion et inciter ce dernier à réfléchir sur ses erreurs. La lettre a convaincu M. de Salières, qui a abjuré entre les mains de l'archevêque de Paris.
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362
p. 3[2]6-3[3]4
Nouvelles d'Angleterre. [titre d'après la table]
Début :
Je n'ay rien à ajoûter à ce que je vous ay déja dit [...]
Mots clefs :
Angleterre, Duc de Montmouth, Rébellion, Roi, Église anglicane, Sentences, Religion, Religion catholique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles d'Angleterre. [titre d'après la table]
Je n'ay rien à ajoûter à ce
que je vous ay déja dit touchant
la mort du Duc de
Montmouth , fi ce n'est que
GALANT. 317
les Evefques qui l'aſſiſterent
fur l'Echafaut, l'ayant preffé
de faire une reconnoiſſance
publique de fon crime , il dit
qu'il fe remettoit de tout ce
qui regardoit ſa Rebellion ,à
un Ecrit qu'il avoit figné en
leur prefence. Il declare par
·cet Ecrit ; Qu'il n'avoit pris le
titre de Roy que par force, que ce
fut contrefon fentiment qu'il fut
proclamé, & que le feu Roy luy
avoit dit que jamais il n'avoit
épousé fa Mere ; aprés laquelle
declaration , il efperoit que le Roy
qui regne prefentement , ne
pas maltraiterfes Enfans fous
feroit
ce
318 MERCURE
pretexte. Vous aurez veu des
Relations
qui portent qu'il
a témoigné de la fermeté en
mourant , & qu'il eſt mort
dans la Communion de l'Eglife
Anglicane , ce qui eft
contraire
à ce que je vous en
ay écrit.Cependant ces mefmesRelations
nous fontconnoïftre
, que lors qu'on luy
montra l'ordre qu'on avoit
de le remettre entre les
mains des Sherifs , qui ont
foin de faire executer les Sentences
criminelles , il changea
de couleur , demeura
quelque temps fans parole ,
婴
GALANT. 319
& fit voir en un moment la
crainte de la mort peinte fur
tout fon viſage. Elles nous
marquent encore , que lors
qu'il vantoit le plus fa fermeté
, & qu'il l'attribuoit à un
principe furnaturel , il fe tourna
avec beaucoup d'inquietude
de cofté & d'autre , &
qu'il regardoit toûjours s'il
ne venoit aucun meſſage de
la Cour , parce qu'il gardoit
encore quelque efperance
qu'on luy feroit grace . Ainfi
l'on peut dire que s'il a fait
voir quelque fermeté par fes
paroles , il l'a auffi - toſt dé320
MERCURE
mentie par fes actions. Il a
pû fe contrefaire pendant de
certains momens , afin que
s'il obtenoit grace , il
ne
paruft pas dans le monde
comme un homme
que
les
frayeurs de la mort avoient
troublé ; mais fon vifage l'a
toûjours trahy , & il luy a
efté impoffible de cacher
les mouvemens de fon ame.
Quant à la Religion Anglicane
dans laquelle on a
publié que ce Duc eft mort,
s'il y a un peu plus d'apparence
à le dire qu'à foûtenir
qu'il a montré un coeur ferGALANT.
321
me , peut - eſtre ne croira--
t-on pas qu'il y ait plus de
verité , fi l'on y veut faire reflexion
. Le Comte de Salfburyl'avoit
engagé dans
toutes les méchantes affaires;
qui ont efté cauſe de ſa per--
te , & fon Party eftoit fi puiffant
, qu'il a mefme ſubſiſté
aprés fa mort , & fait agir le
Duc de Montmouth . Il eft fi
vray que ce Comte haïfſoit :
les Evefques & la Religion
Anglicane , qu'il ne s'en ca--
choit pas , mefme dans le
temps qu'il eftoit encore
bich en Cour , & jay veu
Aoust 1685,
Ee
322 MERCURE
quantité de perfonnes qui
l'ont oüy s'emporter contre
eux par des difcours qui faifoient
connoiftre le fond de
fon ame . Le Duc de Montmouth
a toûjours efté de ce
party. Tous les Manifeſtes
des Rebelles ont attaqué la
Religion Anglicane , que ce
Duc connoiffoit peu , parce
qu'il avoit efté élevé juſqu'à
quatorze ans dans la Reli
gion Catholique. Ainfi il entra
facilement dans des engagemens
contre elle avec
Le Comte de Salfbury ; & juf
qu'au jour de fa prife , il n'a
.....
GALANT 323
E veu que des Miniftres oppofez
à la Religion Anglicane.
S'il avoit eu deffein d'y mourir
, il auroit deu faire voir
un retour plus éclatant , au
lieu qu'il ne nous paroift rien
autre chofe,finon qu'il répód
qu'il meurt dans la Religion
Anglicane. Aprés qu'il a fait
cette réponſe , il ne remplit
aucun des devoirs où cette
Religion engage , & l'on eft
contraint de le laiffer mourir
fans luy donner la Benediction
qu'on donne en mourant
à ceux qui en font profeffion.
Si vous examinez
324 MERCURE
tout cela , vous demeurerez
d'accord que je ne me fuis
pas trompé, en vous écrivant
il y a un mois, ce que je vous
ay mandé fur cet article,ficen'eft
que l'on pretéde que ce
Duc foit mort fans Religion .
que je vous ay déja dit touchant
la mort du Duc de
Montmouth , fi ce n'est que
GALANT. 317
les Evefques qui l'aſſiſterent
fur l'Echafaut, l'ayant preffé
de faire une reconnoiſſance
publique de fon crime , il dit
qu'il fe remettoit de tout ce
qui regardoit ſa Rebellion ,à
un Ecrit qu'il avoit figné en
leur prefence. Il declare par
·cet Ecrit ; Qu'il n'avoit pris le
titre de Roy que par force, que ce
fut contrefon fentiment qu'il fut
proclamé, & que le feu Roy luy
avoit dit que jamais il n'avoit
épousé fa Mere ; aprés laquelle
declaration , il efperoit que le Roy
qui regne prefentement , ne
pas maltraiterfes Enfans fous
feroit
ce
318 MERCURE
pretexte. Vous aurez veu des
Relations
qui portent qu'il
a témoigné de la fermeté en
mourant , & qu'il eſt mort
dans la Communion de l'Eglife
Anglicane , ce qui eft
contraire
à ce que je vous en
ay écrit.Cependant ces mefmesRelations
nous fontconnoïftre
, que lors qu'on luy
montra l'ordre qu'on avoit
de le remettre entre les
mains des Sherifs , qui ont
foin de faire executer les Sentences
criminelles , il changea
de couleur , demeura
quelque temps fans parole ,
婴
GALANT. 319
& fit voir en un moment la
crainte de la mort peinte fur
tout fon viſage. Elles nous
marquent encore , que lors
qu'il vantoit le plus fa fermeté
, & qu'il l'attribuoit à un
principe furnaturel , il fe tourna
avec beaucoup d'inquietude
de cofté & d'autre , &
qu'il regardoit toûjours s'il
ne venoit aucun meſſage de
la Cour , parce qu'il gardoit
encore quelque efperance
qu'on luy feroit grace . Ainfi
l'on peut dire que s'il a fait
voir quelque fermeté par fes
paroles , il l'a auffi - toſt dé320
MERCURE
mentie par fes actions. Il a
pû fe contrefaire pendant de
certains momens , afin que
s'il obtenoit grace , il
ne
paruft pas dans le monde
comme un homme
que
les
frayeurs de la mort avoient
troublé ; mais fon vifage l'a
toûjours trahy , & il luy a
efté impoffible de cacher
les mouvemens de fon ame.
Quant à la Religion Anglicane
dans laquelle on a
publié que ce Duc eft mort,
s'il y a un peu plus d'apparence
à le dire qu'à foûtenir
qu'il a montré un coeur ferGALANT.
321
me , peut - eſtre ne croira--
t-on pas qu'il y ait plus de
verité , fi l'on y veut faire reflexion
. Le Comte de Salfburyl'avoit
engagé dans
toutes les méchantes affaires;
qui ont efté cauſe de ſa per--
te , & fon Party eftoit fi puiffant
, qu'il a mefme ſubſiſté
aprés fa mort , & fait agir le
Duc de Montmouth . Il eft fi
vray que ce Comte haïfſoit :
les Evefques & la Religion
Anglicane , qu'il ne s'en ca--
choit pas , mefme dans le
temps qu'il eftoit encore
bich en Cour , & jay veu
Aoust 1685,
Ee
322 MERCURE
quantité de perfonnes qui
l'ont oüy s'emporter contre
eux par des difcours qui faifoient
connoiftre le fond de
fon ame . Le Duc de Montmouth
a toûjours efté de ce
party. Tous les Manifeſtes
des Rebelles ont attaqué la
Religion Anglicane , que ce
Duc connoiffoit peu , parce
qu'il avoit efté élevé juſqu'à
quatorze ans dans la Reli
gion Catholique. Ainfi il entra
facilement dans des engagemens
contre elle avec
Le Comte de Salfbury ; & juf
qu'au jour de fa prife , il n'a
.....
GALANT 323
E veu que des Miniftres oppofez
à la Religion Anglicane.
S'il avoit eu deffein d'y mourir
, il auroit deu faire voir
un retour plus éclatant , au
lieu qu'il ne nous paroift rien
autre chofe,finon qu'il répód
qu'il meurt dans la Religion
Anglicane. Aprés qu'il a fait
cette réponſe , il ne remplit
aucun des devoirs où cette
Religion engage , & l'on eft
contraint de le laiffer mourir
fans luy donner la Benediction
qu'on donne en mourant
à ceux qui en font profeffion.
Si vous examinez
324 MERCURE
tout cela , vous demeurerez
d'accord que je ne me fuis
pas trompé, en vous écrivant
il y a un mois, ce que je vous
ay mandé fur cet article,ficen'eft
que l'on pretéde que ce
Duc foit mort fans Religion .
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Résumé : Nouvelles d'Angleterre. [titre d'après la table]
Le texte relate la mort du Duc de Monmouth et les événements entourant son exécution. Lors de celle-ci, les évêques présents lui demandèrent de reconnaître publiquement son crime. Il répondit en se référant à un écrit signé en leur présence, affirmant avoir pris le titre de roi sous contrainte et que le défunt roi lui avait révélé que sa mère n'avait jamais été épousée. Il espérait ainsi éviter que le roi régnant ne maltraitât ses enfants sous prétexte de rébellion. Des témoignages divergents décrivent son comportement face à la mort : certains soulignent sa fermeté, d'autres rapportent sa peur et son espoir d'une grâce jusqu'au bout. Son visage trahissait ses émotions malgré ses efforts pour les dissimuler. Concernant sa religion, bien que certaines sources affirment qu'il mourut dans la communion de l'Église anglicane, cela semble douteux. Élevé dans la religion catholique jusqu'à quatorze ans et associé au Comte de Salisbury, connu pour son hostilité envers les évêques et la religion anglicane, le duc n'accomplit aucun devoir religieux anglican avant sa mort, suggérant qu'il ne mourut pas dans cette foi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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363
p. 1-23
Harange faite au Roy, par Mr le Coadjuteur de Roüen. [titre d'après la table]
Début :
Il ne me sera pas difficile, Madame, de vous convaincre que [...]
Mots clefs :
Coadjuteur, Harangue, Roi, Éloge, Éloquence, Assemblée du Clergé, Souverain, Religion, Piété, Ennemis, Zèle, Bonté, Sagesse, Victoire, Action héroïque, Hérésie, Conversions, Erreurs, Hydre, Lois, Vengeance, Honneur, Religion catholique, Édit de Nantes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Harange faite au Roy, par Mr le Coadjuteur de Roüen. [titre d'après la table]
L ne me fera pas difficile,
Madame , de vous convaincre
que je n'ay fait
que rendre juftice à M. le
Coadjuteur de Roüen , quád
je vous ay vanté la Harangue
qu'il a faite au Roy ,
Septembre 1685.
A
2 MERCURE
comme une des plus belles
chofes qu'on ait entenduës
depuis long- temps. Je vous
en envoye une Copie , qui
juſtifiera ce que je vous en ay
dit . L'Eloge de Sa Majeſté
vous plait au commencement
de toutes mes Lettres ,
& vous l'aimerez d'autant
plus en celle - cy , que vous
le trouverez
fait par un grad
Prelat , dont l'Eloquence
a
charmé toute la Cour. Il fut
affifté dans cette action de
Ms les Archevelques, Evef
ques , & autres Deputez de
1 Affemblée du Clergé , & ce
IS
GALANT.
3
fut en prenant congé duRoy
qu'il luy parla en ces termes
au nom de tous ceux qui avoient
compofé cette Affemblée.
owy shoup so monu
VIRE,
STRE Le Clergé de France,qui ne
s'approchoit autrefois de fes Sou
leur tracer de
verains , que pour
triftes images de la Religion opprimée
& gemiffante
, vient aujourd'huy
, la reconnoiſſance
&
la joye dans le coeur , faire paroître
à Voftre Majefté, cette mefme
Religion toute couverte de la gloire
, qu'elle tient de voſtre P.eté,
A ij
4 MERCURE
Elle a paru durant plus d'un
fiecle fur le panchant deſa ruine ;
on l'a veuë déchirée par fes propres
enfans , trahie par ceux qui
devoient la foûtenir la defendre
, en proye à fes plus cruels ennemis
. Enfin aprés une longue &
funefte oppreffion , elle refpira peu
de temps avant voftre Naiffance
beureuſe ; avecVous elle commença
de revivre , avec Vous elle
monta fur le Trône. Nous contons
les années de fon accroiffement
par les années de vôtre Regne
; & c'eftfous le plusfloriffant
Empire du monde , que
› que
nous
la
voyons aujourd'huy plus floriffan
te que jamais.
GALANT.
5
Si elle fefouvient encore de fes
troubles de fes malheurs paffez
, ce n'eft plus que pour mieux
goûter le parfait bonheur dont
vous la faitesjouir. Elle eftfans
agitation fans crainte à l'ombre
de votre autorité ; elle eft mefme,
fi j'ofe ainfi dire , fans defirs
puifque voftre Zele ne luy laiffe
pas le temps d'en former , & que
votre Bonté va fifouvent au dela
de fes
fouhaits
. ou la Foy
,
Ce Zele ardent pour
22041
cette Bonte paternelle dans tous
les befoins de l'Eglife , Qualitez
fi rares dans les Princes , font ,
SIRE , le veritablefujet de nos
A iij
Eloges.
6 MERCURE
Nous laiffons à vos autres Sujets
affez d'autres Vertus à admirer
en Vous. Les uns vous reprefenteront
comme un Monarque
Bienfaisant , Liberal, Magnifique,
Fidelle dans fespromef
fes, Ferme & Inflexible contre
toute forte d'injuftice , Droit
Equitable , jufques à prononcer
contre fes propres interefts , veritablement
Maistre de fes Penples
, & plus Maiftre encore de
luy-mefme.
Les autres vous refpecteront
comme un Roy , toûjours Sage &
toûjours Victorieux , dont les im
pénetrables deffeins font plutoft
GALANT. 7
executez, que connus ; qui ne regne
pas feulement fur fes Sujets
par fon Autorité Souveraine ,
mais furfon Confeil par la Superiorité
defon Genie , mais fur les
Cours de fes Voifins par
tration defon Efprit , & par la
Sageffe dont il fait inftruire fes
la
péne-
Miniftres; qui pouvant tout par
Luy-mefme , fçaitfe paffer des plus
grands Hommes , & fans eux refoudre
, entreprendre , executer ;
qui donne la Loy fur la Mer ,
auffi bien que fur la Terre ; qui
tance quand il luy plaift la foudre
jufque fur les bords de l'Afrique ;
qui fçait à ſon gré humilier les
A iiij
8 MERCURE
Nations fuperbes & réduire des
Souverains à venir aux pieds de
fon Trône reconnoiftre fon pou
voir , & implorerfa clemence.
Vos Ennemis mefme , SIRE,
ne peuvent s'empefcher de louer
vos actions heroïques ; ils font
contrains d'avouer , que rien n'eft
capable de vous refifter , & le merite
du Vainqueur adoucit en quel
que forte le malheur des Vaincus.
à
Će
n'est pas nous , SIRE
,
à parler
des progrés
étonnans
de
vos Armes
triomphantes
; nous ne
devons
pas confondre
l'éclat
d'une
valeur
qui n'est que
l'objet
de
l'admiration
des
Hommes
, avec
GALANT
9
ces Ocuvres Saintes qui font en
eftime devant Dieu Le Clergé,
SIRE,s'attachera fur tout à louer
en Vous cette Pietés, qui toûjours
attentive aux interefts de la Religion
, n'obmet rien de ce quipeut
estre neceſſaire pour la relever
dans les lieux où elle est abattue,
l'étendre au delà des Mers,
pour
dans les lieux où elle est inconnuë,
pour la faire triompher dans l'un
&l'autre monde.
Mais
que dis je ! l'Eglife ne
duit- elle pas elle - mefme confacrer
des Victoires , que Vous avezfi
heureuſementfaitfervir à la Propagation
de la Foy, & à l'ex10
MERCURE
que
tinction de l'Herefte ? Ilfemble
que vous n'ayez combattu &
triomphé que pour Dieu , & le
fruit que vous tirez de la Paix ,
nous fait affez connoistre quel ef
toit le principal but de vos Vie
toires. C'est par ces Victoires
vous avez étably cette redouta
ble Puiffance , qui tenant deſormais
vos Voifins en bride , oste
aux Heretiques de voſtre Royanme,
& l'audace de fe revolter,
l'espoir de fe maintenirpar de
feditieux commerces avec les Ennemis
de l'Etat.
4
Si c'euft efté la feule ambition
qui vous cuſtarmé , jufqu'où n'au
GALANT.
11
riez- vous point étendu vôtre Empire
? Vous vous estes hasté de fi
nir la Guerre , lorsque vous en
pouviez tirerde plus grands a -vantages.
Nefçait- on pas que ce n'a
efté que par l'empressement
que
vous aviez de donner tous vos
foins au progrés de la Religion ?
La Converfion de tant d'ames engagées
dans l'erreur , vous a paru
La plusbelle de toutes les Conquéle
triomphe le plus digne tes ,
d'un Roy Tres- Chrétien.
Maisquelle quefoit vôtre Puiffance
, elle avoit encore befoin dis
fecours de vôtre Bonté ; C'eſt en
gagnant le coeur des Heretiques ,
12 MERCURE
que vous domtez l'obftination de
leur efprit ; c'eſt par vos bienfaits
que vous combattez leurendurcif-
Sement , & ils ne feroient peuteftre
jamais rentrez dans le Sein
de l'Eglife par une autre voye ,
que par le chemin ſemé de fleurs
que vous leur avez ouvert.
Auffifaut -il l'avouer , SIRE.
Quelque intereft que nous ayons à
l'extinction de l'Herefie , notre joye
l'emporteroit peu fur noftre douleur,
fi pourfurmonter cet Hydre,
une fâcheufe neceffité avoit forcé
voftre Zele à recourir au fer
feu , comme on a efté obligé de
faire dans les Regnes précedens.
au
GALANT. 13
Nous prendrions part à une Guerre
qui feroit fainte , & nous en
aurions quelque horreur , parce
qu'elle feroitfanglante. Nous ferions
des Voeux pour le fuccés de
vos Armes facrées ; mais nous ne
verrions qu'avec tremblement, les
terribles executions , dont le Dieu
des vangeances vous feroit l'in
ftrument redoutable. Enfin nous
mêlerions nos voix aux acclamations
publiques fur vos Victoires,
enous gemirions enfecretfur un
Triomphe , qui avec la défaite des
Ennemis de l'Eglife , enveloperoit
la perte de nos Freres.
Aujourd'huy donc
donc
que Vous ne
14 MERCURE
*
combattez l'orgueil de l'Herefie
, que par la douceur & par
la fageffe du Gouvernement
:
que vos Loix foûtenues de vos
bienfaits font vos feules armes ;
& que les avantages que vous
remportez ne ſont dommaged.
bles qu'au Demon de la Revolte
& du Schiſme , nous n'avons
que de
graces à rendre au Ciel , qui a
infpiré à Voftre Majefté, ces doux
&fages moyens de vaincre l'erreur,
& de pouvoir en mêlant
avec peu de feverité , beaucoup de
graces & de faveurs ramener à
I'Eglife ceux qui s'en trouvoient
. ع و ب
pures
actions de
GALANT. 15
malheureusement feparez.
Nous le confeffons , SIRE ,
c'eſt à Vôtre Majestéſeule , que
nous devons bien-tost le rétablis
fement entier de la Foy de nos
Peres auffi ne falloir il pas que
l'Etat vous devant déja fon falut
&fa gloire , l'Eglife deuft"
un autre qu'à Vous , fa victoire
fon triomphe : fans cela voftre
Regne , que le Ciel a voulu qu'il
fuft un Regne de merveilles , auroit
manqué de fon plus bel ornement
On auroit bien dit un jour
de Vôtre Majefté , ce que l'Ecriture
dit de plufieurs grands Rois
de Juda : Il a terraffé fes En16
MERCURE
nemis , & relevé la Monarchie
; il a autorifé & reformé
les Loix , il a fait regner
la Juftice ; mais on auroit ajoúté
ce que le Saint Efprit reproche
à ces Princes : Il n'a pas aboly
les Sacrifices qui fe faifoient
fur la Montagne
.
Que votre Nom , SIRE,fera
éloigné de ce reproche ! Ce que
vôtre Zele a déja fait , la Pofte
rité le regardera toûjours comme
La fource de vos Profperitez , &
le comble de vostre Gloire.
Mais ce n'eft pas au rétabliffement
des Temples & des Autels
, que fe borne vôtre Zele.
GALANT.
17
Vous avez entrepris de faire revivre
la Pieté & les bonnes
moeurs ; & c'est à quoy Voftre
Majefte travaille avec fuccés ,
autant par fon exemple que par
fes ordres. C'est un honneur maintenantde
pratiquer la Vertu ; &
fi le vice n'eft pas tout à -fait détruit
, au moins est-il réduit à fe
cacher les voiles dont il fe
couvre , épargnent aux gens de
bien unfâcheux ſcandale, &fau
vent les ames foibles du peril d'une
contagion funefte:
Ne penfons plus à ces jours de
tenebres , où la plupart de ceux
qui eftoient encore dans le Sein de
A
Septembre 1685.
18 MERCURE
l'Eglife , fembloient n'y eftre demeurez
que pour l'outrager de plus
prés ; où les blafphemes ) les
railleriesfacrileges de ce qu'ily a
de plusfaint , éclatoient avec audace.
Ces Monftres d'infidelité ont
difparufous votre Regne heureuxs
files Remontrances tant de
fois réiterées fur ce fujet , ne nous
donnoient connoiffance de ce defor
dre , nous l'ignorerions à jamais.
Qu'eft devenu cet autre Mon
fire produit par l'esprit de vangeance
, toûjours alteré du fang
des Hommes , mais plus encore de
celuy de la Nobleffe Françoife ?
Nous n'avons qu'à le laiffer dans
GALANT
19
1
Doubly eternel , où depuis tant de
temps vous l'avez enfevely. Kous
lavez étouffé , tout indomtable
qu'il paroiffoit. Votre Majesté a
feu renverser les fauffes maximes:
de l'honneur & de la bonte ; &
autant qu'une déteftable erreur
avoit mis de fauffe gloire à fe
vanger, autant y auroit- il d'ignominie
à ne vous pas obeir. C'eft
ainsi que vostre volonté ſeule
l'emportefur la coûtume invete
rée du mal , & fur le panchante
criminel des hommes:
&
Le Clergé ne fe difpofe plus
qu'à eftre le Spectateur de la fin
& de toutes vos faintes Entreprifes,
Aij
20 MERCURE
aprés en avoir admiré de fi heureux
commencemens , il ceffe d'ufer
de Remontrances. S'il a enco
re quelques befoins , vous les connoiffez
, cela luy fuffit. Il vient
encore de reffentir en cette Affemblée,
d'infignes effets de vôtre Protection
Royale ; & perfuadé que
vous luy avez deftiné une longue
fuite de graces dans d'autres
temps , avec les circonstances
dont vous feul les fçavez fi bien
accompagner, il craindroit par fes
demandes , ou de troubler l'ordre
que vôtre Sageffe y a étably , ou
peut eftre de mettre des bornes où
vôtre Zele n'en a point mis.
GALANT 2
L'unique affaire qui nous occu
pe , c'eſt l'obligation de rendre
Vôtre Majefté de tres - humbles
actions de graces. Aprés un fijufte
de voir , affûrez que nousfammes
de votre puiffante Protection,
nous pouvons nous feparer fans
inquietude. Nous allons dans les
Provinces de voftre Royaume ,
faire retentir les louanges que
Eglife doit à voftre Zele, Cha
que Pafteur aura la joye de retronverpar
vosfoins , fon Troupeau
plus nombreux qu'il ne l'avoit
laißé , & chacun de nous redou—
blera fes voeux pour obtenir du
Ciel, qu'il redouble fes Benedic22
MERCURE
tions en faveur d'un Prince qui
fe les attire par des actions fi glow
rieufes & fi utiles à la Religion,
M.leCoadjuteur de Rouen,
comme Membre du Clergé,
fçachant encore plus parti
culierement que le reſte de
la France , ou pour mieux
dire , de l'Europe entiere ,
avec quel zele & quelle ap
plication le Roy s'attache à
faire fleurir la Religion Ca--
tholique , en corrigeant les
abus qui s'eftoient gliſſez à
fon préjudice depuis l'Edit
de Nantes, & en rétabliſſant
་
GALANT. 23
La plupart des chofes auf
quelles une longue ufurpation
avoit fait changer de
face, ne pouvoit donner trop
de louanges à ce Prince , fur
les avantages que l'Eglife tire
de fa Pieté. Elle produit
tous les jours des effets fi fur
prenans & fi extraordinai
res , qu'ils n'ont jamais eu
d'exemple ; & ils paroistront
auffi incroyables à la Poſterité
, que toutes les autres actions
de grandeur & de 'moderation
, qui le font admirer
de toute la terre .
Madame , de vous convaincre
que je n'ay fait
que rendre juftice à M. le
Coadjuteur de Roüen , quád
je vous ay vanté la Harangue
qu'il a faite au Roy ,
Septembre 1685.
A
2 MERCURE
comme une des plus belles
chofes qu'on ait entenduës
depuis long- temps. Je vous
en envoye une Copie , qui
juſtifiera ce que je vous en ay
dit . L'Eloge de Sa Majeſté
vous plait au commencement
de toutes mes Lettres ,
& vous l'aimerez d'autant
plus en celle - cy , que vous
le trouverez
fait par un grad
Prelat , dont l'Eloquence
a
charmé toute la Cour. Il fut
affifté dans cette action de
Ms les Archevelques, Evef
ques , & autres Deputez de
1 Affemblée du Clergé , & ce
IS
GALANT.
3
fut en prenant congé duRoy
qu'il luy parla en ces termes
au nom de tous ceux qui avoient
compofé cette Affemblée.
owy shoup so monu
VIRE,
STRE Le Clergé de France,qui ne
s'approchoit autrefois de fes Sou
leur tracer de
verains , que pour
triftes images de la Religion opprimée
& gemiffante
, vient aujourd'huy
, la reconnoiſſance
&
la joye dans le coeur , faire paroître
à Voftre Majefté, cette mefme
Religion toute couverte de la gloire
, qu'elle tient de voſtre P.eté,
A ij
4 MERCURE
Elle a paru durant plus d'un
fiecle fur le panchant deſa ruine ;
on l'a veuë déchirée par fes propres
enfans , trahie par ceux qui
devoient la foûtenir la defendre
, en proye à fes plus cruels ennemis
. Enfin aprés une longue &
funefte oppreffion , elle refpira peu
de temps avant voftre Naiffance
beureuſe ; avecVous elle commença
de revivre , avec Vous elle
monta fur le Trône. Nous contons
les années de fon accroiffement
par les années de vôtre Regne
; & c'eftfous le plusfloriffant
Empire du monde , que
› que
nous
la
voyons aujourd'huy plus floriffan
te que jamais.
GALANT.
5
Si elle fefouvient encore de fes
troubles de fes malheurs paffez
, ce n'eft plus que pour mieux
goûter le parfait bonheur dont
vous la faitesjouir. Elle eftfans
agitation fans crainte à l'ombre
de votre autorité ; elle eft mefme,
fi j'ofe ainfi dire , fans defirs
puifque voftre Zele ne luy laiffe
pas le temps d'en former , & que
votre Bonté va fifouvent au dela
de fes
fouhaits
. ou la Foy
,
Ce Zele ardent pour
22041
cette Bonte paternelle dans tous
les befoins de l'Eglife , Qualitez
fi rares dans les Princes , font ,
SIRE , le veritablefujet de nos
A iij
Eloges.
6 MERCURE
Nous laiffons à vos autres Sujets
affez d'autres Vertus à admirer
en Vous. Les uns vous reprefenteront
comme un Monarque
Bienfaisant , Liberal, Magnifique,
Fidelle dans fespromef
fes, Ferme & Inflexible contre
toute forte d'injuftice , Droit
Equitable , jufques à prononcer
contre fes propres interefts , veritablement
Maistre de fes Penples
, & plus Maiftre encore de
luy-mefme.
Les autres vous refpecteront
comme un Roy , toûjours Sage &
toûjours Victorieux , dont les im
pénetrables deffeins font plutoft
GALANT. 7
executez, que connus ; qui ne regne
pas feulement fur fes Sujets
par fon Autorité Souveraine ,
mais furfon Confeil par la Superiorité
defon Genie , mais fur les
Cours de fes Voifins par
tration defon Efprit , & par la
Sageffe dont il fait inftruire fes
la
péne-
Miniftres; qui pouvant tout par
Luy-mefme , fçaitfe paffer des plus
grands Hommes , & fans eux refoudre
, entreprendre , executer ;
qui donne la Loy fur la Mer ,
auffi bien que fur la Terre ; qui
tance quand il luy plaift la foudre
jufque fur les bords de l'Afrique ;
qui fçait à ſon gré humilier les
A iiij
8 MERCURE
Nations fuperbes & réduire des
Souverains à venir aux pieds de
fon Trône reconnoiftre fon pou
voir , & implorerfa clemence.
Vos Ennemis mefme , SIRE,
ne peuvent s'empefcher de louer
vos actions heroïques ; ils font
contrains d'avouer , que rien n'eft
capable de vous refifter , & le merite
du Vainqueur adoucit en quel
que forte le malheur des Vaincus.
à
Će
n'est pas nous , SIRE
,
à parler
des progrés
étonnans
de
vos Armes
triomphantes
; nous ne
devons
pas confondre
l'éclat
d'une
valeur
qui n'est que
l'objet
de
l'admiration
des
Hommes
, avec
GALANT
9
ces Ocuvres Saintes qui font en
eftime devant Dieu Le Clergé,
SIRE,s'attachera fur tout à louer
en Vous cette Pietés, qui toûjours
attentive aux interefts de la Religion
, n'obmet rien de ce quipeut
estre neceſſaire pour la relever
dans les lieux où elle est abattue,
l'étendre au delà des Mers,
pour
dans les lieux où elle est inconnuë,
pour la faire triompher dans l'un
&l'autre monde.
Mais
que dis je ! l'Eglife ne
duit- elle pas elle - mefme confacrer
des Victoires , que Vous avezfi
heureuſementfaitfervir à la Propagation
de la Foy, & à l'ex10
MERCURE
que
tinction de l'Herefte ? Ilfemble
que vous n'ayez combattu &
triomphé que pour Dieu , & le
fruit que vous tirez de la Paix ,
nous fait affez connoistre quel ef
toit le principal but de vos Vie
toires. C'est par ces Victoires
vous avez étably cette redouta
ble Puiffance , qui tenant deſormais
vos Voifins en bride , oste
aux Heretiques de voſtre Royanme,
& l'audace de fe revolter,
l'espoir de fe maintenirpar de
feditieux commerces avec les Ennemis
de l'Etat.
4
Si c'euft efté la feule ambition
qui vous cuſtarmé , jufqu'où n'au
GALANT.
11
riez- vous point étendu vôtre Empire
? Vous vous estes hasté de fi
nir la Guerre , lorsque vous en
pouviez tirerde plus grands a -vantages.
Nefçait- on pas que ce n'a
efté que par l'empressement
que
vous aviez de donner tous vos
foins au progrés de la Religion ?
La Converfion de tant d'ames engagées
dans l'erreur , vous a paru
La plusbelle de toutes les Conquéle
triomphe le plus digne tes ,
d'un Roy Tres- Chrétien.
Maisquelle quefoit vôtre Puiffance
, elle avoit encore befoin dis
fecours de vôtre Bonté ; C'eſt en
gagnant le coeur des Heretiques ,
12 MERCURE
que vous domtez l'obftination de
leur efprit ; c'eſt par vos bienfaits
que vous combattez leurendurcif-
Sement , & ils ne feroient peuteftre
jamais rentrez dans le Sein
de l'Eglife par une autre voye ,
que par le chemin ſemé de fleurs
que vous leur avez ouvert.
Auffifaut -il l'avouer , SIRE.
Quelque intereft que nous ayons à
l'extinction de l'Herefie , notre joye
l'emporteroit peu fur noftre douleur,
fi pourfurmonter cet Hydre,
une fâcheufe neceffité avoit forcé
voftre Zele à recourir au fer
feu , comme on a efté obligé de
faire dans les Regnes précedens.
au
GALANT. 13
Nous prendrions part à une Guerre
qui feroit fainte , & nous en
aurions quelque horreur , parce
qu'elle feroitfanglante. Nous ferions
des Voeux pour le fuccés de
vos Armes facrées ; mais nous ne
verrions qu'avec tremblement, les
terribles executions , dont le Dieu
des vangeances vous feroit l'in
ftrument redoutable. Enfin nous
mêlerions nos voix aux acclamations
publiques fur vos Victoires,
enous gemirions enfecretfur un
Triomphe , qui avec la défaite des
Ennemis de l'Eglife , enveloperoit
la perte de nos Freres.
Aujourd'huy donc
donc
que Vous ne
14 MERCURE
*
combattez l'orgueil de l'Herefie
, que par la douceur & par
la fageffe du Gouvernement
:
que vos Loix foûtenues de vos
bienfaits font vos feules armes ;
& que les avantages que vous
remportez ne ſont dommaged.
bles qu'au Demon de la Revolte
& du Schiſme , nous n'avons
que de
graces à rendre au Ciel , qui a
infpiré à Voftre Majefté, ces doux
&fages moyens de vaincre l'erreur,
& de pouvoir en mêlant
avec peu de feverité , beaucoup de
graces & de faveurs ramener à
I'Eglife ceux qui s'en trouvoient
. ع و ب
pures
actions de
GALANT. 15
malheureusement feparez.
Nous le confeffons , SIRE ,
c'eſt à Vôtre Majestéſeule , que
nous devons bien-tost le rétablis
fement entier de la Foy de nos
Peres auffi ne falloir il pas que
l'Etat vous devant déja fon falut
&fa gloire , l'Eglife deuft"
un autre qu'à Vous , fa victoire
fon triomphe : fans cela voftre
Regne , que le Ciel a voulu qu'il
fuft un Regne de merveilles , auroit
manqué de fon plus bel ornement
On auroit bien dit un jour
de Vôtre Majefté , ce que l'Ecriture
dit de plufieurs grands Rois
de Juda : Il a terraffé fes En16
MERCURE
nemis , & relevé la Monarchie
; il a autorifé & reformé
les Loix , il a fait regner
la Juftice ; mais on auroit ajoúté
ce que le Saint Efprit reproche
à ces Princes : Il n'a pas aboly
les Sacrifices qui fe faifoient
fur la Montagne
.
Que votre Nom , SIRE,fera
éloigné de ce reproche ! Ce que
vôtre Zele a déja fait , la Pofte
rité le regardera toûjours comme
La fource de vos Profperitez , &
le comble de vostre Gloire.
Mais ce n'eft pas au rétabliffement
des Temples & des Autels
, que fe borne vôtre Zele.
GALANT.
17
Vous avez entrepris de faire revivre
la Pieté & les bonnes
moeurs ; & c'est à quoy Voftre
Majefte travaille avec fuccés ,
autant par fon exemple que par
fes ordres. C'est un honneur maintenantde
pratiquer la Vertu ; &
fi le vice n'eft pas tout à -fait détruit
, au moins est-il réduit à fe
cacher les voiles dont il fe
couvre , épargnent aux gens de
bien unfâcheux ſcandale, &fau
vent les ames foibles du peril d'une
contagion funefte:
Ne penfons plus à ces jours de
tenebres , où la plupart de ceux
qui eftoient encore dans le Sein de
A
Septembre 1685.
18 MERCURE
l'Eglife , fembloient n'y eftre demeurez
que pour l'outrager de plus
prés ; où les blafphemes ) les
railleriesfacrileges de ce qu'ily a
de plusfaint , éclatoient avec audace.
Ces Monftres d'infidelité ont
difparufous votre Regne heureuxs
files Remontrances tant de
fois réiterées fur ce fujet , ne nous
donnoient connoiffance de ce defor
dre , nous l'ignorerions à jamais.
Qu'eft devenu cet autre Mon
fire produit par l'esprit de vangeance
, toûjours alteré du fang
des Hommes , mais plus encore de
celuy de la Nobleffe Françoife ?
Nous n'avons qu'à le laiffer dans
GALANT
19
1
Doubly eternel , où depuis tant de
temps vous l'avez enfevely. Kous
lavez étouffé , tout indomtable
qu'il paroiffoit. Votre Majesté a
feu renverser les fauffes maximes:
de l'honneur & de la bonte ; &
autant qu'une déteftable erreur
avoit mis de fauffe gloire à fe
vanger, autant y auroit- il d'ignominie
à ne vous pas obeir. C'eft
ainsi que vostre volonté ſeule
l'emportefur la coûtume invete
rée du mal , & fur le panchante
criminel des hommes:
&
Le Clergé ne fe difpofe plus
qu'à eftre le Spectateur de la fin
& de toutes vos faintes Entreprifes,
Aij
20 MERCURE
aprés en avoir admiré de fi heureux
commencemens , il ceffe d'ufer
de Remontrances. S'il a enco
re quelques befoins , vous les connoiffez
, cela luy fuffit. Il vient
encore de reffentir en cette Affemblée,
d'infignes effets de vôtre Protection
Royale ; & perfuadé que
vous luy avez deftiné une longue
fuite de graces dans d'autres
temps , avec les circonstances
dont vous feul les fçavez fi bien
accompagner, il craindroit par fes
demandes , ou de troubler l'ordre
que vôtre Sageffe y a étably , ou
peut eftre de mettre des bornes où
vôtre Zele n'en a point mis.
GALANT 2
L'unique affaire qui nous occu
pe , c'eſt l'obligation de rendre
Vôtre Majefté de tres - humbles
actions de graces. Aprés un fijufte
de voir , affûrez que nousfammes
de votre puiffante Protection,
nous pouvons nous feparer fans
inquietude. Nous allons dans les
Provinces de voftre Royaume ,
faire retentir les louanges que
Eglife doit à voftre Zele, Cha
que Pafteur aura la joye de retronverpar
vosfoins , fon Troupeau
plus nombreux qu'il ne l'avoit
laißé , & chacun de nous redou—
blera fes voeux pour obtenir du
Ciel, qu'il redouble fes Benedic22
MERCURE
tions en faveur d'un Prince qui
fe les attire par des actions fi glow
rieufes & fi utiles à la Religion,
M.leCoadjuteur de Rouen,
comme Membre du Clergé,
fçachant encore plus parti
culierement que le reſte de
la France , ou pour mieux
dire , de l'Europe entiere ,
avec quel zele & quelle ap
plication le Roy s'attache à
faire fleurir la Religion Ca--
tholique , en corrigeant les
abus qui s'eftoient gliſſez à
fon préjudice depuis l'Edit
de Nantes, & en rétabliſſant
་
GALANT. 23
La plupart des chofes auf
quelles une longue ufurpation
avoit fait changer de
face, ne pouvoit donner trop
de louanges à ce Prince , fur
les avantages que l'Eglife tire
de fa Pieté. Elle produit
tous les jours des effets fi fur
prenans & fi extraordinai
res , qu'ils n'ont jamais eu
d'exemple ; & ils paroistront
auffi incroyables à la Poſterité
, que toutes les autres actions
de grandeur & de 'moderation
, qui le font admirer
de toute la terre .
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Résumé : Harange faite au Roy, par Mr le Coadjuteur de Roüen. [titre d'après la table]
En septembre 1685, une lettre célèbre la harangue du Coadjuteur de Rouen adressée au roi, qualifiée d'une des plus remarquables récemment entendues. Cette harangue, prononcée devant les archevêques, évêques et députés de l'Assemblée du Clergé, célèbre la restauration de la religion catholique en France sous le règne du roi. Le clergé exprime sa reconnaissance et sa joie, soulignant que la religion a retrouvé sa gloire grâce à la piété du souverain. Le discours met en avant les vertus royales telles que la bienveillance, la libéralité, la magnanimité, la fidélité, la fermeté contre l'injustice, la droiture et l'équité. Le roi est également respecté pour sa sagesse et ses victoires militaires. Le clergé souligne la piété du roi, qui a combattu pour Dieu, étendu la foi et réprimé l'hérésie. Sa puissance maintient les voisins en respect et empêche les hérétiques de se révolter. Le roi a mis fin à la guerre pour promouvoir la religion et convertir les âmes égarées. Le Mercure Galant souligne la douceur et la sagesse du roi dans la gestion des hérétiques, préférant la persuasion aux méthodes brutales. Le clergé exprime sa gratitude pour les mesures royales qui ont ramené les égarés dans le sein de l'Église sans violence excessive. Le texte met en lumière les efforts du roi pour restaurer la piété et les bonnes mœurs, réduisant ainsi les scandales publics et protégeant les âmes faibles. Le clergé reconnaît la protection royale et assure qu'il ne fera plus de remontrances, se contentant de bénéficier des grâces royales. Il exprime son intention de propager les louanges du roi à travers le royaume et de prier pour lui. Le Coadjuteur de Rouen souligne le zèle du roi pour corriger les abus post-Édit de Nantes et rétablir l'ordre religieux, des actions admirées par l'Église.
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364
p. 23-30
Actions de Pieté du Roy. [titre d'après la table]
Début :
Ce Monarque toûjours appliqué à ce qui regarde la Relgion, [...]
Mots clefs :
Monarque, Religion, Parlement, Édits, Ministres, Religion prétendue réformée, Conversions, Erreurs, Vérité catholique, Doctrine, Calomnies, Dogmes, Livres, Déclaration, Fonctions, Études, Sacrements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Actions de Pieté du Roy. [titre d'après la table]
Ce Monarque
toûjours appliqué à
24 MERCURE
ce qui regarde la Religion ,
a fait un Edit tout plein de
juſtice , qui a eſté enregiſtré
au Parlement le 23. du der,
nier mois. M's les Deputez
du Clergé , luy ayant repre
fenté qu'entre les moyens
dont les Miniftres de le Religion
Pretendue Reformée
fe fervoient pour empefcher
ceux de leur Party de fe convertir
, aucun ne leur réüffifloit
fi
avantageufement
que celuy de donner par des
impoſtures , une faufſe idée
de la Religion Catholique,
Sa Majeſte a fait examiner
les.
GALANT. 25 .
les erreurs que ces Miniftres
ontda hardieffe de luy imputer
, dans les Preſches , ou
dans les Livres qu'ils compofent
; & comme rien ne
bleffe tant le refpect avec lequel
les Edits les obligent
d'en parler, que de l'accufer
de profeffer une Doctrine
qu'elle condamne ; & qu'il
n'eft pas jufte de fouffrir que
leurs calomnies infpirent
aux Religionnaires de l'horreur
contre la verité , qu'ils
ne pourroient s'empefcher
de fuivre fi ces artifices ne
leur en déroboient pas la
Septembre 1685.
C
26 MERCURE
connoiffance
; Elle a defen
du aux Miniftres , & à toutes
perfonnes de la Religion
Pretenduë Reformée , de
preſcher & de compofer aucuns
Livres contre la Foy
Catholique , Apoftolique &
Romaine , & de fe fervir de
termes injurieux ou tendans
à la calomnie , en imputant
aux Catholiques des Dogmes
qu'ils condamnent , &
mefme de parler directemet
ny indirectement en quelque
maniere que ce puiffe
eftre , de la Religion Catho
lique. Les Pretendus Refor
GALANT. 27
mez n'ont point à fe plaindre
, puis qu'il doit fuffire aux
Miniftrés d'une Religion toferée
dans le Royaume, d'en
enfeigner les Maximes , fans
s'élever par des difputes &
par des calomnies contre la
veritable Religion que l'on
y profeffe , & dont leurs Predeceffeurs
fe font malheureuſement
feparez dans le
dernier Siecle .
Le Roy a fait dans le mefme
temps une Declaration ,
qui a efté auffi enregiſtrée
auParlement
. Elle porte qu'il
ne fera plus receu de Mede-
Cij
28 MERCURE
cins de la Religion Preten
due Reformée . Cette Declaration
á efté donnée avec
beaucoup de prudence . De
fortes raifons ayant fait défendre
de recevoir à l'avenir
lesPretendus Reformez dans
aucune Charge de Judicature
, on a connu que la plufpart
des jeunes gens de cette
Religion s'appliqueroient à
étudier en Medecine pour y
prendre les degrez,fe voyant
exclus de toutes autres fonctions
; ce qui augmenteroit
fi confiderablement le nombre
des Medecins CalviniGALANT.
29
ftes , que peu de Catholiques
voudroient dorefnavant s'attacher
à cette Science ; en
forte que ceux qui profefferoient
la veritable Religion
en recevroient dans la fuite
un grand préjudice pour leur
falut lors qu'ils tomberoient
malades , parce que les Medecins
Religionnaires ne ſe
mettroient pas en peine de
les avertir de l'eftat où ils fe
trouveroient pour recevoir
les Sacremens , aufquels ils
n'ont point de foy. Ce mal,
qui eftoit inévitable, demandant
un feur remede , on ne
C iij
30 MERCURE
devoit pas douter que le Roy
n'euft la bonté d'y pourvoir.
C'eft ce qu'il a fait , en défendant
à tous ceux qui font
commis pour la reception
des Médecins , d'en admettre
aucun de la Religion Prétenduë
Reformée . Cet Edit
& cette Declaration font de
plus en plus admirer les juftes
mefures qu'il prend pour
l'accroiffement de la Religion
Catholique , & pour le
falut de fes Sujets .
toûjours appliqué à
24 MERCURE
ce qui regarde la Religion ,
a fait un Edit tout plein de
juſtice , qui a eſté enregiſtré
au Parlement le 23. du der,
nier mois. M's les Deputez
du Clergé , luy ayant repre
fenté qu'entre les moyens
dont les Miniftres de le Religion
Pretendue Reformée
fe fervoient pour empefcher
ceux de leur Party de fe convertir
, aucun ne leur réüffifloit
fi
avantageufement
que celuy de donner par des
impoſtures , une faufſe idée
de la Religion Catholique,
Sa Majeſte a fait examiner
les.
GALANT. 25 .
les erreurs que ces Miniftres
ontda hardieffe de luy imputer
, dans les Preſches , ou
dans les Livres qu'ils compofent
; & comme rien ne
bleffe tant le refpect avec lequel
les Edits les obligent
d'en parler, que de l'accufer
de profeffer une Doctrine
qu'elle condamne ; & qu'il
n'eft pas jufte de fouffrir que
leurs calomnies infpirent
aux Religionnaires de l'horreur
contre la verité , qu'ils
ne pourroient s'empefcher
de fuivre fi ces artifices ne
leur en déroboient pas la
Septembre 1685.
C
26 MERCURE
connoiffance
; Elle a defen
du aux Miniftres , & à toutes
perfonnes de la Religion
Pretenduë Reformée , de
preſcher & de compofer aucuns
Livres contre la Foy
Catholique , Apoftolique &
Romaine , & de fe fervir de
termes injurieux ou tendans
à la calomnie , en imputant
aux Catholiques des Dogmes
qu'ils condamnent , &
mefme de parler directemet
ny indirectement en quelque
maniere que ce puiffe
eftre , de la Religion Catho
lique. Les Pretendus Refor
GALANT. 27
mez n'ont point à fe plaindre
, puis qu'il doit fuffire aux
Miniftrés d'une Religion toferée
dans le Royaume, d'en
enfeigner les Maximes , fans
s'élever par des difputes &
par des calomnies contre la
veritable Religion que l'on
y profeffe , & dont leurs Predeceffeurs
fe font malheureuſement
feparez dans le
dernier Siecle .
Le Roy a fait dans le mefme
temps une Declaration ,
qui a efté auffi enregiſtrée
auParlement
. Elle porte qu'il
ne fera plus receu de Mede-
Cij
28 MERCURE
cins de la Religion Preten
due Reformée . Cette Declaration
á efté donnée avec
beaucoup de prudence . De
fortes raifons ayant fait défendre
de recevoir à l'avenir
lesPretendus Reformez dans
aucune Charge de Judicature
, on a connu que la plufpart
des jeunes gens de cette
Religion s'appliqueroient à
étudier en Medecine pour y
prendre les degrez,fe voyant
exclus de toutes autres fonctions
; ce qui augmenteroit
fi confiderablement le nombre
des Medecins CalviniGALANT.
29
ftes , que peu de Catholiques
voudroient dorefnavant s'attacher
à cette Science ; en
forte que ceux qui profefferoient
la veritable Religion
en recevroient dans la fuite
un grand préjudice pour leur
falut lors qu'ils tomberoient
malades , parce que les Medecins
Religionnaires ne ſe
mettroient pas en peine de
les avertir de l'eftat où ils fe
trouveroient pour recevoir
les Sacremens , aufquels ils
n'ont point de foy. Ce mal,
qui eftoit inévitable, demandant
un feur remede , on ne
C iij
30 MERCURE
devoit pas douter que le Roy
n'euft la bonté d'y pourvoir.
C'eft ce qu'il a fait , en défendant
à tous ceux qui font
commis pour la reception
des Médecins , d'en admettre
aucun de la Religion Prétenduë
Reformée . Cet Edit
& cette Declaration font de
plus en plus admirer les juftes
mefures qu'il prend pour
l'accroiffement de la Religion
Catholique , & pour le
falut de fes Sujets .
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Résumé : Actions de Pieté du Roy. [titre d'après la table]
En septembre 1685, un monarque a publié un édit enregistré au Parlement le 23 août précédent. Cet édit vise à réguler les pratiques des ministres de la religion prétendue réformée, accusés d'utiliser des impostures pour dissuader les conversions au catholicisme. Le roi a examiné les erreurs imputées aux catholiques par ces ministres et a interdit toute prédication ou publication de livres contre la foi catholique. Il a également interdit l'usage de termes injurieux ou calomnieux envers les catholiques. Simultanément, le roi a émis une déclaration interdisant l'admission des protestants dans les professions médicales afin de prévenir l'augmentation du nombre de médecins protestants, qui pourraient négliger les besoins spirituels des patients catholiques malades. Ces mesures montrent l'engagement du roi à renforcer la religion catholique et à assurer le bien-être de ses sujets.
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365
p. 30-33
Liberalitez de Sa Majesté. [titre d'après la table]
Début :
Ce Monarque a donné depuis peu une Pension considerable à [...]
Mots clefs :
Roi, Pensions, Prince, Illustre, Avocat Général Talon, Parlement, Discours, Nouveau converti
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Liberalitez de Sa Majesté. [titre d'après la table]
Ce Monarque a donné depuis
peu une Penfion confiderable
à M. le Prince CaGALANT.
31
mille , fecond Fils de M. le
Comte d'Armagnac . C'eſt
celuy qui gagna le Prix de la
premiere journée du Carroufel
, & qui donne de fi belles
efperances qu'il foûtiendra
dignement l'Illuftre Sang de
Lorraine,
M. l'Avocat General Ta
lon , a efté auffi gratifié d'une
Penfion de fix mille livres .
Il y a fi long-temps que fon
Nom éclate dans le Parle
ment ; & c'eſt toûjours avec
tant de gloire , qu'il me feroit
inutile de luy donner
des louanges. Les Difcours
C iiij
32 MERCURE
publics qu'il y a faits avec
un applaudiffement general,
le font mieux connoiſtre que
tout ce que je pourrois vous
en dire.
M. Defreaux a eu dans le
mefme temps une Penfion
de deux mille livres. C'eft un
homme d'un efprit folide, &
d'un bon gouft , & reconnu
generalement par ces endroits.
Il s'eft converty depuis
peu de temps ; & quand
un homme auffi éclairé que
luy change de Religion , il
faut qu'il foit bien perfuadé
des erreurs de celle qu'il aGALANT.
33
re
bandonne , & qu'il les ait
bien examinéeslabih
peu une Penfion confiderable
à M. le Prince CaGALANT.
31
mille , fecond Fils de M. le
Comte d'Armagnac . C'eſt
celuy qui gagna le Prix de la
premiere journée du Carroufel
, & qui donne de fi belles
efperances qu'il foûtiendra
dignement l'Illuftre Sang de
Lorraine,
M. l'Avocat General Ta
lon , a efté auffi gratifié d'une
Penfion de fix mille livres .
Il y a fi long-temps que fon
Nom éclate dans le Parle
ment ; & c'eſt toûjours avec
tant de gloire , qu'il me feroit
inutile de luy donner
des louanges. Les Difcours
C iiij
32 MERCURE
publics qu'il y a faits avec
un applaudiffement general,
le font mieux connoiſtre que
tout ce que je pourrois vous
en dire.
M. Defreaux a eu dans le
mefme temps une Penfion
de deux mille livres. C'eft un
homme d'un efprit folide, &
d'un bon gouft , & reconnu
generalement par ces endroits.
Il s'eft converty depuis
peu de temps ; & quand
un homme auffi éclairé que
luy change de Religion , il
faut qu'il foit bien perfuadé
des erreurs de celle qu'il aGALANT.
33
re
bandonne , & qu'il les ait
bien examinéeslabih
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Résumé : Liberalitez de Sa Majesté. [titre d'après la table]
Un monarque a attribué plusieurs distinctions. M. le Prince Galant, fils du Comte d'Armagnac, a reçu une pension significative pour sa victoire lors de la première journée du Carrousel, suscitant des attentes élevées sur sa capacité à honorer la lignée lorraine. M. l'Avocat Général Talon a également été récompensé par une pension de six mille livres, reconnu pour ses discours publics acclamés au Parlement. Enfin, M. Desreaux a obtenu une pension de deux mille livres, apprécié pour son esprit solide et son bon goût. Il s'est récemment converti à une nouvelle religion, démontrant une conviction profonde après avoir réévalué ses croyances précédentes.
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366
p. 41-44
Creation de 2. nouveaux Regimens. [titre d'après la table]
Début :
Je vous parlay il y a un an de beaucoup de nouveaux Regimens [...]
Mots clefs :
Régiments, Roi, Création, Provinces, Compagnies, Services, Capitaine, Gloire, Intendant, Cardinal, Officiers, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Creation de 2. nouveaux Regimens. [titre d'après la table]
Je vous parlay il y aun am
de beaucoup de nouveaux
Regimens que le Roy fit
Septembre 168 .
*
D
42 MERCURE
fous le nom de plufieurs Provinces
de France. Sa Majefté
vient encore d'en créer
deux , fous le nom de Ponthieu
& de Beaujolois. Ils
font compofez de plufieurs.
Compagnies tirées des vieux
Corps . Le Regiment de Ponthieu
a efté donné à M. le
Comte de Lomont , Capitaine
du Regiment Royal d'Infanterie
, en confideration
des fervices qu'il a rendus
dans un Corps , où l'on a occafion
d'acquerir beaucoup
de gloire lors qu'on y fait fon
devoir , puis qu'on y eft fou
GALANT. 43
vent exposé aux perils de la
Guerre. M. de Berulle , Capitaine
dans le Regiment du
Roy , a eu le Regiment de
Beaujolois . Il eft Frere de M ..
de Berulle, Intendant de Juftice
en Auvergne . Cette Fa
mille a donné un Cardinal ,,
& plufieurs Perfonnes qui
ont poffedé les plus eminentes
Dignitez de la Robe ; &
ce qu'il y a de remarquable,
c'eſt qu'elle a toûjours efté
en reputation d'une grande
probité. Le Roy ne recom
penfe pas feulement des gens
de diftinction & de merite ,
Dij
44 MERCURE
en créant ces deux nouveaux
Regimens ; mais Sa Majesté,
qui n'ignore rien de tout ce
qui peut eftre utile à fon Etat
, & à qui l'art de la Guerre
n'eft pas moins connu que
Part de regner, fçait que plus
il y a d'Officiers dans des
Troupes , plus on doit s'en
promettre , & compter fur
feur bonté ; non feulement
parce que l'exemple des Of
ficiers les anime, mais enco
re parce qu'il eft plus aifé de
leur faire obferver la difci
pline militaire.
de beaucoup de nouveaux
Regimens que le Roy fit
Septembre 168 .
*
D
42 MERCURE
fous le nom de plufieurs Provinces
de France. Sa Majefté
vient encore d'en créer
deux , fous le nom de Ponthieu
& de Beaujolois. Ils
font compofez de plufieurs.
Compagnies tirées des vieux
Corps . Le Regiment de Ponthieu
a efté donné à M. le
Comte de Lomont , Capitaine
du Regiment Royal d'Infanterie
, en confideration
des fervices qu'il a rendus
dans un Corps , où l'on a occafion
d'acquerir beaucoup
de gloire lors qu'on y fait fon
devoir , puis qu'on y eft fou
GALANT. 43
vent exposé aux perils de la
Guerre. M. de Berulle , Capitaine
dans le Regiment du
Roy , a eu le Regiment de
Beaujolois . Il eft Frere de M ..
de Berulle, Intendant de Juftice
en Auvergne . Cette Fa
mille a donné un Cardinal ,,
& plufieurs Perfonnes qui
ont poffedé les plus eminentes
Dignitez de la Robe ; &
ce qu'il y a de remarquable,
c'eſt qu'elle a toûjours efté
en reputation d'une grande
probité. Le Roy ne recom
penfe pas feulement des gens
de diftinction & de merite ,
Dij
44 MERCURE
en créant ces deux nouveaux
Regimens ; mais Sa Majesté,
qui n'ignore rien de tout ce
qui peut eftre utile à fon Etat
, & à qui l'art de la Guerre
n'eft pas moins connu que
Part de regner, fçait que plus
il y a d'Officiers dans des
Troupes , plus on doit s'en
promettre , & compter fur
feur bonté ; non feulement
parce que l'exemple des Of
ficiers les anime, mais enco
re parce qu'il eft plus aifé de
leur faire obferver la difci
pline militaire.
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Résumé : Creation de 2. nouveaux Regimens. [titre d'après la table]
En septembre 1680, le roi de France a créé deux nouveaux régiments d'infanterie : Ponthieu et Beaujolais, formés à partir de compagnies existantes. Le régiment de Ponthieu a été confié à M. le Comte de Lomont, capitaine du Régiment Royal d'Infanterie, en reconnaissance de ses services. Le régiment de Beaujolais a été attribué à M. de Bérulle, capitaine dans le Régiment du Roi et frère de M. de Bérulle, intendant de justice en Auvergne. La famille Bérulle est réputée pour sa probité et compte parmi ses membres un cardinal et plusieurs personnalités ayant occupé des postes importants dans la magistrature. Par ces nominations, le roi récompense des individus distingués et méritants, tout en renforçant la discipline et l'efficacité militaire par une augmentation du nombre d'officiers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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367
p. 44-46
Serment presté pour la Lieutenance generale de la Province de Berry. [titre d'après la table]
Début :
Sur la fin du dernier mois, M. le Comte de Gaucour, presta [...]
Mots clefs :
Comte de Gaucour, Serment, Charge, Lieutenant général, Sa Majesté, Province de Berry, Seigneur, Gouvernement, Famille
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texteReconnaissance textuelle : Serment presté pour la Lieutenance generale de la Province de Berry. [titre d'après la table]
Sur la fin du dernier mois,
GALANT 45
M. de Comte de Gaucour
prefta entre les mains du
Roy , let Serment pour la
Charge de Lieutenant Ge
neral de Sa Majefté dans la
Province de Berry , left d'u
ne des plus anciennes Mai
fons du Royaume ; & dés
Fan1449 Raoul de Gaucour
Seigneur de Maifons fur Seiz
ne,Grand Maistre de France,
Ambaffadeur vers le Duc de
Bourgogne , Gouverneur de
Dauphine , & des Villes de
Paris & de Gifors , rendit de
grands fervices au Roy . Eu
Itache de Gaucour, for Frere
46 MERCURE
puifné , Seigneur de Viry
Chambellan du Roy , fut fait
Grand Fauconnier de France.
en 1415. De Charles de Gau
cour Fils de Raoul , font fortis
deux Eveſques d'Amiens ,
& les Seigneurs & Marquis
de Gaucour.
GALANT 45
M. de Comte de Gaucour
prefta entre les mains du
Roy , let Serment pour la
Charge de Lieutenant Ge
neral de Sa Majefté dans la
Province de Berry , left d'u
ne des plus anciennes Mai
fons du Royaume ; & dés
Fan1449 Raoul de Gaucour
Seigneur de Maifons fur Seiz
ne,Grand Maistre de France,
Ambaffadeur vers le Duc de
Bourgogne , Gouverneur de
Dauphine , & des Villes de
Paris & de Gifors , rendit de
grands fervices au Roy . Eu
Itache de Gaucour, for Frere
46 MERCURE
puifné , Seigneur de Viry
Chambellan du Roy , fut fait
Grand Fauconnier de France.
en 1415. De Charles de Gau
cour Fils de Raoul , font fortis
deux Eveſques d'Amiens ,
& les Seigneurs & Marquis
de Gaucour.
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Résumé : Serment presté pour la Lieutenance generale de la Province de Berry. [titre d'après la table]
Le comte de Gaucour a prêté serment comme Lieutenant Général du Berry. La famille Gaucour est distinguée : Raoul de Gaucour, Seigneur de Maisons sur Seine, fut Grand Maître de France et Ambassadeur en 1449. Son frère, Seigneur de Viry, devint Grand Fauconnier de France en 1415. Charles de Gaucour eut deux fils évêques d'Amiens et seigneurs de Gaucour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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368
p. 46-47
Mr le Comte de la Vauguyon est nommé Ambassadeur d'Espagne. [titre d'après la table]
Début :
M. le Comte de la Vauguyon, ayant eu plusieurs Emplois [...]
Mots clefs :
Comte, Emplois, Intelligence, Ambassadeur, Espagne, Envoyé extraordinaire, Empereur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mr le Comte de la Vauguyon est nommé Ambassadeur d'Espagne. [titre d'après la table]
M. le Comte de la Vauguyon
, ayant eu plufieurs:
Emplois confiderables , par
lefquels il a fait connoiftre
Fintelligence
qu'il a dans les
Affaires, fut nommé enfuite
Ambaffadeur en Eſpagne ;
& s'eftant acquitté de cette
Ambaffade au gré de Sa MaGALANT.
47
jefté , Elle vient de le choifir
pour fon Envoyé Extraordinaire
à la Cour de l'Empe,
reur.
, ayant eu plufieurs:
Emplois confiderables , par
lefquels il a fait connoiftre
Fintelligence
qu'il a dans les
Affaires, fut nommé enfuite
Ambaffadeur en Eſpagne ;
& s'eftant acquitté de cette
Ambaffade au gré de Sa MaGALANT.
47
jefté , Elle vient de le choifir
pour fon Envoyé Extraordinaire
à la Cour de l'Empe,
reur.
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369
p. 92-106
Morts de plusieurs personnes considerables. [titre d'après la table]
Début :
J'ay à vous apprendre la mort de plusieurs Personnes considerables. [...]
Mots clefs :
Décès, Personnes illustres, Marquis, Gouverneur, Sacrements, Catalogne, Généraux, Maison de Marguerit, Actions éclatantes, Dame, Veuve, Seigneur, Petite vérole, Maison de la Palu, Colonel des dragons, Messire, Chevalier, Duc, Clergé, Louis XI, Comte, Fille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts de plusieurs personnes considerables. [titre d'après la table]
J'ay à vous apprendre
la mort de plufieurs Perfonnes
confiderables. Celle de
Dom Jofeph de Marguerit
& de Biévre , Marquis d'Aguilar
, Seigneur de Caſtel
Lampurdam , grand Senéchal
de Catalogne , & cydevant
Gouverneur de la
mefiné Province , Lieute-.
nant Genéral des Armées.
du Roy , arriva le des
Juillet. Il eftoit âgé de quatre-
vingt quatre ans,& mourut
au Chafteau de S. Martin
de Tocques prés Narbonne
, aprés avoir receu
17.
GALANT. 93
tous fes Sacremens avec une
grande refignation . L'Hiftoire
de Catalogne remarque
que fes Anceſtres s'y
établirent dans le temps que
Charlemagne Empereur &
Roy de France , en chaffa.
les Maures . Cette Maiſon a
donné des Cardinaux à l'Eglife
, des Archeveſques à
Tarragonne , des Evefques
à Gironne & à Elne. Elle
compte auffi des Generaux
d'Armée , & des Amiraux
qui ont commandé les Armées
des anciens Roys
d'Aragon & de Sicile . Ce94
MERCURE
luy dont je vous parle avoit
efté Ambaffadeur vers le :
feu Roy. On pourroit faire
une Hiftoire entiere de toutes
les actions d'éclat qui
ont fignalé fa vie. Il avoit
époufe Dona Maria de Biévre
& de Cardona , de laquelle
il a trois Garçons &
deux Filles.
>
2 Le du dernier mois,
3 .
mourut Dame Catherine
Bertrand. Elle eftoit vefve
de Meffire Nicolas de Bailleul
, Seigneur du Pléffis-
Briart , Capitaine aux Gardes
, cy -devant grand Louvetier
de France .
GALANT.
95
X
Quelques jours aprés ,la petite
Verolle emporta Meffire
Bernard de la Palu , Marquis
de Bouligneux,il n'eftoit âgé
que de vingt trois ans. Depuis
l'an mille
que Pierre de
la Palu Seigneur de Varenton
vint au fecours des
Roys de Provence , avec
trois mille Hommes de pied ,
& quinze cens Lanfquenets
levez à fes dépens , cette
Maifon n'a point manqué
de Mafles , comme il paroift
par les Subſtitutions . M. le
Marquis de Bouligneux
eftoit du dernier Carroufel,
96 MERCURE
& il eft parlé de luy dans la
feconde Relation de ce divertiffement
, où l'on voit
tout ce qui regarde les Maifons
, Dignitez & Emplois
de chaque Chevalier.
,
Le 28. du mefme mois ,M.le
Marquis de Liftenois , qui
avoit efté de ce mefine Car
roufel mourut environ
dans le mefme âge. Il eftoit
premier Chevalier d'honneur
au Parlement de Befançon
, grand Bailly , d'A-,
val au Comté de Bourgogne
, & Colonel de Dragons
pour le fervice de Sa Ma--
jeſté..
GALANT. 97
jeſté . La Relation dont je
viens de vous parler,vous en
apprendra davantage . Il a
laiffé deux Enfans de Dame
Marie des Barres , Fille de
Meffire Bernard des Barres ,
Prefident au Mortier au Parlement
de Bourgogne, & de
Dame Antoinette de Beauclerc
.
La nuit du
29. au 30. mourut
Meffire Henry de Daillon
Duc du Lude , Marquis
d'Illiers & de Bouillé , Baron
de Briançon , Chevalier des
Ordres du Roy , Grand - Maitre
de l'Artillerie de France ,
Septembre 1685.
I
98 MERCURE
& Capitaine du Chaſteau de
Saint Germain en Laye . Il
avoit efté premier Gentilhomme
de la Chambre ; &
comme il avoit rendu des
fervices tres - agreables au
Roy , il fut fait Chevalier de
fes Ordres en 1661. pourveu
en 1669. de la Charge de
Grand Maistre de l'Artillerie
à la place de M. le Duc Mazarin
, & eut un Brevet de
Duc & Pair en 1675. Il avoit
époufé en premieres Noces
Dame Eleonor de Bouillé ,
Fille unique de René Marquis
de Bouillé , dont il n'a
GALANT. 99
point eu d'Enfans , non plus
que de Dame Marguerite
Loüife de Bethune , Veuve
de M. le Comte de Guiche,
fa feconde Femme. Elle eſt
Fille, comme vous fçavez , de
Meffire Maximilien de Bethune
III. du nom , Duc de
Sully , & de Dame Charlote
Seguier. Le
Coeur de M. le Duc du Lude
fut porté en ceremonie au
Monaftere des Carmelites
de Pontoiſe , & preſenté par
le Pere Louis le Marchand,
Vicaire general de l'Ordre ,
& Prieur des Celeftins de Pa-
9. de ce mois , le
I ij
100 MERCURE
ris , fon Confeffeur . Il fit un
tres beau Difcours Latin
au Clergé qui le receut dans
l'Eglife , & un autre en François
à la Superieure, Soeur de
Madame la Ducheffe du Lude.
Il expofa dans l'un & dans
l'autre , avec beaucoup de
fuccés , la pieté envers Dieu ,
la fidelité au fervice du Roy,
& les autres grandes qualitez
de cet Illuftre Defunt. La
Maifon de Daillon a efté féconde
en grands Hommes.
Jean de Daillon I.de ce nom,
vivoit en 1420. & fut Pere de
Gilles de Daillon Si du Lude
GALANT . 101
au Maine , qui eftoit en confideration
fous le Regne de
Charles VII . Jean de Dail
lon II . du nom , Fils de Gilles,
eut grande part aux bonnes
graces de Louis XI . II
fut Chambellan de ce Monarque
, qui le fit Capitaine
de fa Porte , & de cent Hommes
d'armes , Gouverneur
d'Alençon , du Perche , de
Dauphiné en 1473. de la Ville
d'Arras & Comté d'Artois en
1477. & Lieutenant General
de fes Armées en Picardie. Il
laiffa Jacques de Daillon de
Marie de Laval . Ce dernier,
I iij
102 MERCURE
qui fut Confeiller & Chambellan
des Rois Louis XII . &
François I. fe diftingua en
toutes fortes d'occaſions par
fa conduite & par fa bravou
re . Il eut de Magdeleine Dame
d'Illiers , Fille de Jean &
de Marguerite de Chourfes,
Jean de Daillon III . du nom,
premier Comte du Lude , Baron
d'Illiers, Senéchal d'Anjou
, Confeiller & Chambellan
du Roy , Chevalier de
fon Ordre , Gouverneur de
Poitou , la Rochelle , & Pays
d'Aunis , Lieutenant General
en Guyenne , & Pere de
GALANT. 103
Guy deDaillonComte du Lu
de , Chevalier des Ordres du
Roy , Gouverneur de Poitou ,
Senéchal d'Anjou , qui acquit
beaucoup de gloire
à
la défenſe de Mets , à la Bataille
de Renty , à la prife
* a
de Calais , de Guines , de
Marans, de Broüage ; & qui
laiffa de Jacqueline de la
Fayette Dame de Pontgibaud
, François de Daillon
Comte du Lude , Marquis
d'Illiers , S de Pontgibaud &
de Briançon , Senéchal d'Anjou
. François de Daillon fervit
tres - utilement les Rois
I iiij
104 MERCURE
Henry III.Henry IV . & Loüis
XIII. & fut fait
Gouverneur
de Gafton de France Duc
d'Orleans.Il eut de
Françoiſe
de Scomberg , Fille de Gafpard
Comte de Nanteüil , &
de Jeanne Chaſteigner - la
Rochepozay , Timoleon de
Daillon Comte du Lude, qui
époufa Marie Faydeau , dont
il eut Henry de Daillon Duc
du Lude , qui vient de mourir
; & Charlote Marie, alliée
le 17. Septembre 1653. à Gaſton
de Roquelaure Chevalier
des Ordres du Roy , Pere
de M. le Duc de
Roquelaure
d'aujourd'huy .
GALANT. 105
La mort de M. le Duc du
Lude , a efté ſuivie de celle
de Catherine d'Afpremont
Vandy , Fille d'honneur de
la feuë Reine Mere du Roy,
& Dame d'honneur de fon
Alteffe Royale Mademoiſelle
d'Orleans . Elle eftoit âgée
de foixante- fix ans , & Fille
deMeffire Jean d'Afpremont
Marquis de Vandy , Meſtre
de Camp & Maréchal des
Camps & Armées de Sa Majefté
, & de Dame Innocente
de Marillac , Soeur du Maréchal
de Marillac , Garde des
Seaux de France . Godefroy
106 MERCURE
de
Baron d'Afpremont en Lorraine
, vivoit du temps
Philippe Augufte Roy de
France , & c'eft de luy que
les Comtes d'Afpremont
font defcendus . Il y a eu des
Evefques de Mets & de Verdun
de cette Maiſon.
la mort de plufieurs Perfonnes
confiderables. Celle de
Dom Jofeph de Marguerit
& de Biévre , Marquis d'Aguilar
, Seigneur de Caſtel
Lampurdam , grand Senéchal
de Catalogne , & cydevant
Gouverneur de la
mefiné Province , Lieute-.
nant Genéral des Armées.
du Roy , arriva le des
Juillet. Il eftoit âgé de quatre-
vingt quatre ans,& mourut
au Chafteau de S. Martin
de Tocques prés Narbonne
, aprés avoir receu
17.
GALANT. 93
tous fes Sacremens avec une
grande refignation . L'Hiftoire
de Catalogne remarque
que fes Anceſtres s'y
établirent dans le temps que
Charlemagne Empereur &
Roy de France , en chaffa.
les Maures . Cette Maiſon a
donné des Cardinaux à l'Eglife
, des Archeveſques à
Tarragonne , des Evefques
à Gironne & à Elne. Elle
compte auffi des Generaux
d'Armée , & des Amiraux
qui ont commandé les Armées
des anciens Roys
d'Aragon & de Sicile . Ce94
MERCURE
luy dont je vous parle avoit
efté Ambaffadeur vers le :
feu Roy. On pourroit faire
une Hiftoire entiere de toutes
les actions d'éclat qui
ont fignalé fa vie. Il avoit
époufe Dona Maria de Biévre
& de Cardona , de laquelle
il a trois Garçons &
deux Filles.
>
2 Le du dernier mois,
3 .
mourut Dame Catherine
Bertrand. Elle eftoit vefve
de Meffire Nicolas de Bailleul
, Seigneur du Pléffis-
Briart , Capitaine aux Gardes
, cy -devant grand Louvetier
de France .
GALANT.
95
X
Quelques jours aprés ,la petite
Verolle emporta Meffire
Bernard de la Palu , Marquis
de Bouligneux,il n'eftoit âgé
que de vingt trois ans. Depuis
l'an mille
que Pierre de
la Palu Seigneur de Varenton
vint au fecours des
Roys de Provence , avec
trois mille Hommes de pied ,
& quinze cens Lanfquenets
levez à fes dépens , cette
Maifon n'a point manqué
de Mafles , comme il paroift
par les Subſtitutions . M. le
Marquis de Bouligneux
eftoit du dernier Carroufel,
96 MERCURE
& il eft parlé de luy dans la
feconde Relation de ce divertiffement
, où l'on voit
tout ce qui regarde les Maifons
, Dignitez & Emplois
de chaque Chevalier.
,
Le 28. du mefme mois ,M.le
Marquis de Liftenois , qui
avoit efté de ce mefine Car
roufel mourut environ
dans le mefme âge. Il eftoit
premier Chevalier d'honneur
au Parlement de Befançon
, grand Bailly , d'A-,
val au Comté de Bourgogne
, & Colonel de Dragons
pour le fervice de Sa Ma--
jeſté..
GALANT. 97
jeſté . La Relation dont je
viens de vous parler,vous en
apprendra davantage . Il a
laiffé deux Enfans de Dame
Marie des Barres , Fille de
Meffire Bernard des Barres ,
Prefident au Mortier au Parlement
de Bourgogne, & de
Dame Antoinette de Beauclerc
.
La nuit du
29. au 30. mourut
Meffire Henry de Daillon
Duc du Lude , Marquis
d'Illiers & de Bouillé , Baron
de Briançon , Chevalier des
Ordres du Roy , Grand - Maitre
de l'Artillerie de France ,
Septembre 1685.
I
98 MERCURE
& Capitaine du Chaſteau de
Saint Germain en Laye . Il
avoit efté premier Gentilhomme
de la Chambre ; &
comme il avoit rendu des
fervices tres - agreables au
Roy , il fut fait Chevalier de
fes Ordres en 1661. pourveu
en 1669. de la Charge de
Grand Maistre de l'Artillerie
à la place de M. le Duc Mazarin
, & eut un Brevet de
Duc & Pair en 1675. Il avoit
époufé en premieres Noces
Dame Eleonor de Bouillé ,
Fille unique de René Marquis
de Bouillé , dont il n'a
GALANT. 99
point eu d'Enfans , non plus
que de Dame Marguerite
Loüife de Bethune , Veuve
de M. le Comte de Guiche,
fa feconde Femme. Elle eſt
Fille, comme vous fçavez , de
Meffire Maximilien de Bethune
III. du nom , Duc de
Sully , & de Dame Charlote
Seguier. Le
Coeur de M. le Duc du Lude
fut porté en ceremonie au
Monaftere des Carmelites
de Pontoiſe , & preſenté par
le Pere Louis le Marchand,
Vicaire general de l'Ordre ,
& Prieur des Celeftins de Pa-
9. de ce mois , le
I ij
100 MERCURE
ris , fon Confeffeur . Il fit un
tres beau Difcours Latin
au Clergé qui le receut dans
l'Eglife , & un autre en François
à la Superieure, Soeur de
Madame la Ducheffe du Lude.
Il expofa dans l'un & dans
l'autre , avec beaucoup de
fuccés , la pieté envers Dieu ,
la fidelité au fervice du Roy,
& les autres grandes qualitez
de cet Illuftre Defunt. La
Maifon de Daillon a efté féconde
en grands Hommes.
Jean de Daillon I.de ce nom,
vivoit en 1420. & fut Pere de
Gilles de Daillon Si du Lude
GALANT . 101
au Maine , qui eftoit en confideration
fous le Regne de
Charles VII . Jean de Dail
lon II . du nom , Fils de Gilles,
eut grande part aux bonnes
graces de Louis XI . II
fut Chambellan de ce Monarque
, qui le fit Capitaine
de fa Porte , & de cent Hommes
d'armes , Gouverneur
d'Alençon , du Perche , de
Dauphiné en 1473. de la Ville
d'Arras & Comté d'Artois en
1477. & Lieutenant General
de fes Armées en Picardie. Il
laiffa Jacques de Daillon de
Marie de Laval . Ce dernier,
I iij
102 MERCURE
qui fut Confeiller & Chambellan
des Rois Louis XII . &
François I. fe diftingua en
toutes fortes d'occaſions par
fa conduite & par fa bravou
re . Il eut de Magdeleine Dame
d'Illiers , Fille de Jean &
de Marguerite de Chourfes,
Jean de Daillon III . du nom,
premier Comte du Lude , Baron
d'Illiers, Senéchal d'Anjou
, Confeiller & Chambellan
du Roy , Chevalier de
fon Ordre , Gouverneur de
Poitou , la Rochelle , & Pays
d'Aunis , Lieutenant General
en Guyenne , & Pere de
GALANT. 103
Guy deDaillonComte du Lu
de , Chevalier des Ordres du
Roy , Gouverneur de Poitou ,
Senéchal d'Anjou , qui acquit
beaucoup de gloire
à
la défenſe de Mets , à la Bataille
de Renty , à la prife
* a
de Calais , de Guines , de
Marans, de Broüage ; & qui
laiffa de Jacqueline de la
Fayette Dame de Pontgibaud
, François de Daillon
Comte du Lude , Marquis
d'Illiers , S de Pontgibaud &
de Briançon , Senéchal d'Anjou
. François de Daillon fervit
tres - utilement les Rois
I iiij
104 MERCURE
Henry III.Henry IV . & Loüis
XIII. & fut fait
Gouverneur
de Gafton de France Duc
d'Orleans.Il eut de
Françoiſe
de Scomberg , Fille de Gafpard
Comte de Nanteüil , &
de Jeanne Chaſteigner - la
Rochepozay , Timoleon de
Daillon Comte du Lude, qui
époufa Marie Faydeau , dont
il eut Henry de Daillon Duc
du Lude , qui vient de mourir
; & Charlote Marie, alliée
le 17. Septembre 1653. à Gaſton
de Roquelaure Chevalier
des Ordres du Roy , Pere
de M. le Duc de
Roquelaure
d'aujourd'huy .
GALANT. 105
La mort de M. le Duc du
Lude , a efté ſuivie de celle
de Catherine d'Afpremont
Vandy , Fille d'honneur de
la feuë Reine Mere du Roy,
& Dame d'honneur de fon
Alteffe Royale Mademoiſelle
d'Orleans . Elle eftoit âgée
de foixante- fix ans , & Fille
deMeffire Jean d'Afpremont
Marquis de Vandy , Meſtre
de Camp & Maréchal des
Camps & Armées de Sa Majefté
, & de Dame Innocente
de Marillac , Soeur du Maréchal
de Marillac , Garde des
Seaux de France . Godefroy
106 MERCURE
de
Baron d'Afpremont en Lorraine
, vivoit du temps
Philippe Augufte Roy de
France , & c'eft de luy que
les Comtes d'Afpremont
font defcendus . Il y a eu des
Evefques de Mets & de Verdun
de cette Maiſon.
Fermer
Résumé : Morts de plusieurs personnes considerables. [titre d'après la table]
Le texte rapporte la mort de plusieurs personnalités notables. Dom Joseph de Marguerit et de Bièvre, Marquis d'Aguilar, Seigneur de Castel Lampurdam, grand Sénéchal de Catalogne et ancien Gouverneur de cette province, ainsi que Lieutenant Général des Armées du Roi, est décédé le 17 juillet à l'âge de quatre-vingt-quatre ans au Château de Saint-Martin-de-Tocques près de Narbonne. Il a reçu tous les sacrements avec résignation. Sa famille s'est établie en Catalogne sous Charlemagne et a produit des cardinaux, archevêques, évêques, généraux et amiraux. Il avait été ambassadeur auprès du roi et a épousé Dona Maria de Bièvre et de Cardona, avec qui il a eu trois garçons et deux filles. En août, Dame Catherine Bertrand, veuve de Messire Nicolas de Bailleul, Seigneur du Plessis-Briart et ancien grand Louvetier de France, est également décédée. Quelques jours plus tard, Messire Bernard de la Palu, Marquis de Bouligneux, est mort à l'âge de vingt-trois ans. Sa famille a soutenu les rois de Provence depuis l'an mil. Le Marquis de Bouligneux était du dernier carrousel et mentionné dans la seconde relation de cet événement. Le 28 août, le Marquis de Listenois, premier Chevalier d'honneur au Parlement de Besançon, grand Bailli d'Aval au Comté de Bourgogne et Colonel de Dragons, est mort à un âge similaire. Il a laissé deux enfants de Dame Marie des Barres. La nuit du 29 au 30 août, Messire Henry de Daillon, Duc du Lude, Marquis d'Illiers et de Bouillé, Baron de Briançon, Chevalier des Ordres du Roi, Grand Maître de l'Artillerie de France et Capitaine du Château de Saint-Germain-en-Laye, est décédé. Timoléon de Daillon, Comte du Lude, épousa Marie Faydeau, et ils eurent deux enfants : Henry de Daillon, Duc du Lude, décédé récemment, et Charlotte Marie, mariée le 17 septembre 1653 à Gaston de Roquelaure, Chevalier des Ordres du Roi et père du Duc de Roquelaure actuel. Le décès du Duc du Lude a été suivi de celui de Catherine d'Aspremont Vandy, fille d'honneur de la reine mère et dame d'honneur de Mademoiselle d'Orléans. Catherine était âgée de soixante-six ans et fille de Jean d'Aspremont, Marquis de Vandy, Maître de Camp et Maréchal des Camps et Armées du Roi, et d'Innocente de Marillac, sœur du Maréchal de Marillac, Garde des Sceaux de France.
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370
p. 209-219
Relation de tout ce qui s'est passé au Louvre le jour de la Feste de S. Loüis. [titre d'après la table]
Début :
Je ne pus vous apprendre la derniere fois ce qui se [...]
Mots clefs :
Louvre, Fête de Saint-Louis, Procession, Carmes, Reliques, Prévôt, Église, Marquis, Communauté, Piété, Monarque, Famille royale, Bénédiction, Trompettes, Ornements
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texteReconnaissance textuelle : Relation de tout ce qui s'est passé au Louvre le jour de la Feste de S. Loüis. [titre d'après la table]
Je ne pus vous apprendre
la derniere fois ce qui fe
Septembre 1685.
qui
210 MERCURE
paffa au Louvre le jour de la
Fefte de S. Louis , parce que
le mois eftoit déja tropavan
cé. Les Carmes du grand
Convent
y allerent ce jourlà
en Proceffion
, comme ils y
vont tous les ans, pour rendre
graces à Dieu du recouvrement
de la fanté du Roy ,
qui eſtant attaqué à Calais
d'une Fiévre pourprée
, eut
recours aux interceffions
de
Saint Roch , qu'on implore
en de pareilles
occaſions
.
Les Carmes
de la Place
Maubert
firent porter les
Reliques
de ce Saint à DunGALANT
211
a
querque , & Sa Majefté fe
fentant guerie , voulut à fon
retour à Paris , imiter la
Reynefa Mere , & rendre les
Pains Benits , à la Chapelle
de Saint Roch érigée en l'E
glife des Carmes , ou plu
toft , ce Prince voulut par
cette action reconnoiftre le
merite d'un fr grand Saint-
Meffieurs les Prevoft des
Marchands & Echevins de
Paris , firent auffi voeu d'al
ler tous les ans le jour de
Saint Louis à l'Eglife des
Carmes , & d'accompagnerr
les Reliques que ces Peress
S.ijj
212 MERCURE
portent à la Chapelle du
Louvre , où l'on chante une
grande Meffer, & où à l'ex
xemple du Roy , le Paint
Benit eft rendu par des Perfonnes
du premier rang.
Deux mois avant la Fefte de
Saint Louis , les Carmes , &
Mrs de la Confrairie de Saint
Roch , jettent les yeux fur
celuy à qui ils veulent fairel
cét honneur , & il est tombé
cette année fur M le Mari
quis de Bullion Prevoft de
Paris. Le P. Valentin leMulier
, avec quatre Religieux
du mefme Ordre
,
accompa
GALANT 213
de
griez de tous les Marguilliers
& Confreres de Saint
Rochs'eftant rendu chez
M. de Bullion , luy dit qu'il
eftoit fupplié au nom du
Prieur & de tous les Religieux
de la Communauté
des Carmes , ainfi que
tous ceux qui compoſent la
Confrairie Royale de Saint
Roch , des vouloir bien fe
charger des voeux de toute
la Ville , & animer par fon
exemple la pieté publique,
à rendre à Saint Roch les
devoirs annuels. Il ajoûta
qu'il imiteroit en cela le
214 MERCURE
plus grand Monarque du
monde, & toute la Famille
Royale , & qu'ils venoient
luy offrir des Benedictions
du Ciel , qu'il attireroit fans
doute fur luy par fon zele,
& lefquelles ils folliciteroient
fans ceffe la bonté de
Dieu de verfer " abondam--
ment fur fa Perfonne , & fur
toute fa Famille. M de :
Bullion leur fit connoiftre
qu'il n'oublieroit rien pour.
répondre à l'honneur qu'on
luy faifoit.
Le jour de S. Loüis, la Proceffion
dont je viens de vous
GALANT 215
parler, fe renditauLouvre das
Fordre fuivant.Les Timbales
& les Trompettes eftoient
précedées du Bâton de la
Confrairie de Saint Roch,
aux coftez duquel on voyoit
de grandes Torches , où les
Armes de la Ville eftoient
attachées . Les Pains Benits
fuivoient avec les plus magnifiques
ornemens dont
on a coûtume de les enrichir.
Ils eftoient accompa
gnez de douze Gardes de
M'de Bullion , & portez par
douze Perfonnes de fes Livrées
, fuivies de plufieurs
216 MERCURE
autres
pour les relayer.
Aprés les quatrePains Benits
marchoient l'Aumônier , le
Maistre d'Hoſtel , & plufieurs
Domestiques du mefme
Mr de Bullion. Toutes
les Reliques de l'Eglife des
Carmes paroiffoient enfuite
. Au milieu , eftoient
celles de Saint Roch , portées
toutes par des Bourgeois
vétus de noir, hors celle
de la Sainte Epine , que
des Religieux portoient . Elle
eftoit environnée d'un
tres- grand nombre de Torches
, & de Flambeaux aux
Armes
•
GALANT. 217
You
Armes de la Ville , & de toute
la Communauté des Carmes
, compofée de cent.Religieux.
Meffieurs les Prevoft
, Echevins & Offi
ciers de Ville marchoient
aprés eux , accompagnez de
cinquante Archers , il y en
avoit auffi plufieurs qui précedoient
la Proceffion , &
d'autres qui l'attendoient
au Louvre. Mr de Riants ,
Ancien Procureur du Roy
au Chaftelet , & Aumônier
d'honneur , & perpetuel de
cette Confrairie fuivoit
Meffieurs de Ville , & préce-
Septembre 1685.
T
218 MERCURE
doit les Confreres de Saint
Roch. La Proceffion eftant
arrivée au Louvre , M¹ de
> Bullion s'y rendit
placé dans un lieu de diſtin-
& fut
ction , où il y avoit une
Chaife pour luy . Les Trompettes
& les Timbales précederent
les Pains qu'on devoit
benir , lors qu'on les
porta devant l'Autel pour
cette Cerémonie. Ils furent
fuivis de l'Aumônier du
Maiſtre d'Hoſtel , & du reste
des Domeſtiques . M. le
Marquis de Bullion alla enfuite
à l'Offrande avec un
,
1
GALANT . 219
Cierge chargé d'Ecus d'or,
outre lefquels il en donna
encore autant à l'oeuvre de
la Confrairie de Saint Roch .
la derniere fois ce qui fe
Septembre 1685.
qui
210 MERCURE
paffa au Louvre le jour de la
Fefte de S. Louis , parce que
le mois eftoit déja tropavan
cé. Les Carmes du grand
Convent
y allerent ce jourlà
en Proceffion
, comme ils y
vont tous les ans, pour rendre
graces à Dieu du recouvrement
de la fanté du Roy ,
qui eſtant attaqué à Calais
d'une Fiévre pourprée
, eut
recours aux interceffions
de
Saint Roch , qu'on implore
en de pareilles
occaſions
.
Les Carmes
de la Place
Maubert
firent porter les
Reliques
de ce Saint à DunGALANT
211
a
querque , & Sa Majefté fe
fentant guerie , voulut à fon
retour à Paris , imiter la
Reynefa Mere , & rendre les
Pains Benits , à la Chapelle
de Saint Roch érigée en l'E
glife des Carmes , ou plu
toft , ce Prince voulut par
cette action reconnoiftre le
merite d'un fr grand Saint-
Meffieurs les Prevoft des
Marchands & Echevins de
Paris , firent auffi voeu d'al
ler tous les ans le jour de
Saint Louis à l'Eglife des
Carmes , & d'accompagnerr
les Reliques que ces Peress
S.ijj
212 MERCURE
portent à la Chapelle du
Louvre , où l'on chante une
grande Meffer, & où à l'ex
xemple du Roy , le Paint
Benit eft rendu par des Perfonnes
du premier rang.
Deux mois avant la Fefte de
Saint Louis , les Carmes , &
Mrs de la Confrairie de Saint
Roch , jettent les yeux fur
celuy à qui ils veulent fairel
cét honneur , & il est tombé
cette année fur M le Mari
quis de Bullion Prevoft de
Paris. Le P. Valentin leMulier
, avec quatre Religieux
du mefme Ordre
,
accompa
GALANT 213
de
griez de tous les Marguilliers
& Confreres de Saint
Rochs'eftant rendu chez
M. de Bullion , luy dit qu'il
eftoit fupplié au nom du
Prieur & de tous les Religieux
de la Communauté
des Carmes , ainfi que
tous ceux qui compoſent la
Confrairie Royale de Saint
Roch , des vouloir bien fe
charger des voeux de toute
la Ville , & animer par fon
exemple la pieté publique,
à rendre à Saint Roch les
devoirs annuels. Il ajoûta
qu'il imiteroit en cela le
214 MERCURE
plus grand Monarque du
monde, & toute la Famille
Royale , & qu'ils venoient
luy offrir des Benedictions
du Ciel , qu'il attireroit fans
doute fur luy par fon zele,
& lefquelles ils folliciteroient
fans ceffe la bonté de
Dieu de verfer " abondam--
ment fur fa Perfonne , & fur
toute fa Famille. M de :
Bullion leur fit connoiftre
qu'il n'oublieroit rien pour.
répondre à l'honneur qu'on
luy faifoit.
Le jour de S. Loüis, la Proceffion
dont je viens de vous
GALANT 215
parler, fe renditauLouvre das
Fordre fuivant.Les Timbales
& les Trompettes eftoient
précedées du Bâton de la
Confrairie de Saint Roch,
aux coftez duquel on voyoit
de grandes Torches , où les
Armes de la Ville eftoient
attachées . Les Pains Benits
fuivoient avec les plus magnifiques
ornemens dont
on a coûtume de les enrichir.
Ils eftoient accompa
gnez de douze Gardes de
M'de Bullion , & portez par
douze Perfonnes de fes Livrées
, fuivies de plufieurs
216 MERCURE
autres
pour les relayer.
Aprés les quatrePains Benits
marchoient l'Aumônier , le
Maistre d'Hoſtel , & plufieurs
Domestiques du mefme
Mr de Bullion. Toutes
les Reliques de l'Eglife des
Carmes paroiffoient enfuite
. Au milieu , eftoient
celles de Saint Roch , portées
toutes par des Bourgeois
vétus de noir, hors celle
de la Sainte Epine , que
des Religieux portoient . Elle
eftoit environnée d'un
tres- grand nombre de Torches
, & de Flambeaux aux
Armes
•
GALANT. 217
You
Armes de la Ville , & de toute
la Communauté des Carmes
, compofée de cent.Religieux.
Meffieurs les Prevoft
, Echevins & Offi
ciers de Ville marchoient
aprés eux , accompagnez de
cinquante Archers , il y en
avoit auffi plufieurs qui précedoient
la Proceffion , &
d'autres qui l'attendoient
au Louvre. Mr de Riants ,
Ancien Procureur du Roy
au Chaftelet , & Aumônier
d'honneur , & perpetuel de
cette Confrairie fuivoit
Meffieurs de Ville , & préce-
Septembre 1685.
T
218 MERCURE
doit les Confreres de Saint
Roch. La Proceffion eftant
arrivée au Louvre , M¹ de
> Bullion s'y rendit
placé dans un lieu de diſtin-
& fut
ction , où il y avoit une
Chaife pour luy . Les Trompettes
& les Timbales précederent
les Pains qu'on devoit
benir , lors qu'on les
porta devant l'Autel pour
cette Cerémonie. Ils furent
fuivis de l'Aumônier du
Maiſtre d'Hoſtel , & du reste
des Domeſtiques . M. le
Marquis de Bullion alla enfuite
à l'Offrande avec un
,
1
GALANT . 219
Cierge chargé d'Ecus d'or,
outre lefquels il en donna
encore autant à l'oeuvre de
la Confrairie de Saint Roch .
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Résumé : Relation de tout ce qui s'est passé au Louvre le jour de la Feste de S. Loüis. [titre d'après la table]
En septembre 1685, une procession organisée par les Carmes du grand couvent se rendit au Louvre pour célébrer la fête de Saint Louis et remercier Dieu pour la guérison du roi Louis XIV, qui avait été atteint d'une fièvre pourprée à Calais et avait invoqué l'intercession de Saint Roch. Les Carmes de la Place Maubert portèrent les reliques de Saint Roch à Dunkerque. Une fois guéri, le roi décida de rendre hommage à Saint Roch en offrant des pains bénits à la chapelle de Saint Roch dans l'église des Carmes, imitant ainsi sa mère, la reine mère. Les Prévôts des Marchands et Échevins de Paris firent vœu d'accompagner annuellement les reliques à la chapelle du Louvre, où une grande messe était chantée et des pains bénits étaient distribués. Deux mois avant la fête de Saint Louis, les Carmes et les membres de la confrérie de Saint Roch choisirent la personne chargée de représenter la ville. Cette année-là, le choix se porta sur Monsieur de Bullion, Prévôt de Paris. Le Père Valentin Lemulier, accompagné de quatre religieux, se rendit chez Monsieur de Bullion pour lui demander de se charger des vœux de la ville et d'encourager la piété publique envers Saint Roch. Le jour de la fête de Saint Louis, la procession se rendit au Louvre. Elle comprenait des timbales, trompettes, torches, pains bénits ornés, gardes, domestiques, et les reliques des Carmes, notamment celles de Saint Roch portées par des bourgeois vêtus de noir. Les Prévôts, Échevins et officiers de la ville, accompagnés d'archers, suivirent la procession. À l'arrivée au Louvre, Monsieur de Bullion prit place dans un lieu distinctif et participa à la cérémonie de bénédiction.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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371
p. 237-239
Ce qui s'est passé dans la Ville de Luxembourg, le jour de S. Loüis. [titre d'après la table]
Début :
Le mesme jour les Habitans du Luxembourg, qui l'année derniere [...]
Mots clefs :
Luxembourg, Saint-Louis, Célébration, Magnificence, Assemblée du Clergé, Procession, Abbé, Officiers, Noblesse, Panégyrique
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texteReconnaissance textuelle : Ce qui s'est passé dans la Ville de Luxembourg, le jour de S. Loüis. [titre d'après la table]
Le mefme jour les Habitans
de Luxembourg , qui
l'année derniere avoient celebré
avec beaucoup de fo
lemnité le jour de S. Louis ,
parce que c'eft celuy de la
Fefte du Roy , s'engagerent
à la celebrer tous les ans
avec une magnificence digne
de leur zele. L'Affem-
1
238 MERCURE
blée du Clergé , & de tous
les Corps , fe fit dans l'Eglife
des Recolets François ,que
le Roy y a établis . On alla
enfuite en Proceffion dans la
Ville. Le Saint Sacrement
fut porté par M' l'Abbé de
Munfter , & fuivy de M le
Marquis de Lambert Gou--
verneur de la Place , accompagné
de tous les Officiers
de la Garniſon , & de beaucoup
de Nobleffe des environs
. Les Voix & les Inftrumens
n'y furent pas oubliez ,
non plus que tout ce qui
pouvoit donner de l'éclat à
GALANT 239
cette Felte. Le Panegyrique
prode
Saint Louis fut
noncé par le Pere Olivier
Juvernay, Gardien des Recolets
de Luxembourg. Ce Dif
cours fut trouvé digne de la
reputation que ce Pere s'eſt
acquife à Paris , & luy attira
mille loüanges . Il y eut le
foir des Illuminations par
toute la Ville , & plufieurs
décharges de la Moufqueterie
& de l'Artillerie ; tous
les Habitans ayant voulu
marquer à l'envy qu'ils ont
le coeur veritablement François
.
de Luxembourg , qui
l'année derniere avoient celebré
avec beaucoup de fo
lemnité le jour de S. Louis ,
parce que c'eft celuy de la
Fefte du Roy , s'engagerent
à la celebrer tous les ans
avec une magnificence digne
de leur zele. L'Affem-
1
238 MERCURE
blée du Clergé , & de tous
les Corps , fe fit dans l'Eglife
des Recolets François ,que
le Roy y a établis . On alla
enfuite en Proceffion dans la
Ville. Le Saint Sacrement
fut porté par M' l'Abbé de
Munfter , & fuivy de M le
Marquis de Lambert Gou--
verneur de la Place , accompagné
de tous les Officiers
de la Garniſon , & de beaucoup
de Nobleffe des environs
. Les Voix & les Inftrumens
n'y furent pas oubliez ,
non plus que tout ce qui
pouvoit donner de l'éclat à
GALANT 239
cette Felte. Le Panegyrique
prode
Saint Louis fut
noncé par le Pere Olivier
Juvernay, Gardien des Recolets
de Luxembourg. Ce Dif
cours fut trouvé digne de la
reputation que ce Pere s'eſt
acquife à Paris , & luy attira
mille loüanges . Il y eut le
foir des Illuminations par
toute la Ville , & plufieurs
décharges de la Moufqueterie
& de l'Artillerie ; tous
les Habitans ayant voulu
marquer à l'envy qu'ils ont
le coeur veritablement François
.
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Résumé : Ce qui s'est passé dans la Ville de Luxembourg, le jour de S. Loüis. [titre d'après la table]
Les habitants de Luxembourg décidèrent de célébrer annuellement la fête de Saint-Louis, également dédiée au roi, avec solennité. Une assemblée du clergé et de divers corps eut lieu dans l'église des Récollets français, fondée par le roi. Une procession traversa la ville, menée par l'abbé de Munster portant le Saint-Sacrement, suivi du marquis de Lambert, gouverneur de la place, des officiers de la garnison et de nombreux nobles locaux. La procession fut accompagnée de chants et de musique. Le père Olivier Juvernay, gardien des Récollets de Luxembourg, prononça le panégyrique de Saint-Louis, acclamé par l'assistance. La soirée fut illuminée et ponctuée de salves de mousqueterie et d'artillerie, manifestant la loyauté des habitants envers la France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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372
p. 244-245
Election de 2 nouveaux Echevins. [titre d'après la table]
Début :
Vous sçavez, Madame, qu'on fait tous les ans deux nouveaux [...]
Mots clefs :
Échevins, Élection, Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Election de 2 nouveaux Echevins. [titre d'après la table]
Vous fçavez , Madame ,
qu'on fait tous les ans deux
nouveaux Echevins à Paris,
GALANT. 245
par Mef & qu'ils font élûs
fieurs de Ville. Je vous ay
déja mandé plufieurs fois, de
quelle maniere fe fait cette
élection . Ainfi c'eft un détail
où vous me difpenferez d'entrer
aujourd'huy.Sivous
voulez
vous en rafraifchir la memoire
, vous pouvez jetter
les yeux fur les Lettres dans
lefquelles je vous en ay par
lé les autres années.
qu'on fait tous les ans deux
nouveaux Echevins à Paris,
GALANT. 245
par Mef & qu'ils font élûs
fieurs de Ville. Je vous ay
déja mandé plufieurs fois, de
quelle maniere fe fait cette
élection . Ainfi c'eft un détail
où vous me difpenferez d'entrer
aujourd'huy.Sivous
voulez
vous en rafraifchir la memoire
, vous pouvez jetter
les yeux fur les Lettres dans
lefquelles je vous en ay par
lé les autres années.
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373
p. 245-252
Discours fait au Roy, par Mr le Févré d'Ormesson. [titre d'après la table]
Début :
Je vous diray seulement que le premier des deux Echevins / Sire, Vostre bonne Ville de Paris, en Vous presentant ses [...]
Mots clefs :
Discours, Sa Majesté, Paris, Magistrats, Actions, Bonté, Abondance, Libéralité, Règne, Éloges, Église, Exploits, Illustre, Mr d'Ormesson, Louanges, Serment
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texteReconnaissance textuelle : Discours fait au Roy, par Mr le Févré d'Ormesson. [titre d'après la table]
Je vous
diray feulement que le premier
des deux Echevins qui
ont efté élûs celle - cy , eft ·
M' Geoffroy , dont le Pere & .
le grand - Pere ont joüy de la
X
iij
246 MERCURE
mefme Dignité; & le fecond,
M' Gayot. Mile Févre d'Ormeffon
, Maiſtre des Requeftes
, & Neveu de M' le Prefident
de Fourcy Prevoft des
Marchands , les conduifit à
Verſailles le 19. du mois paffé
; il preſenta le Scrutin au
Roy , & fit à Sa Majeſté le
Difcours qui fuit .
IRE ,
S"
Vostre bonne Ville de Paris
, en Vous prefentant fes nouveaux
Magiftrats , trouve toû
jours de nouvelles actions de graces
à Vous rendre. Elle a fenty
GALANT. 247
pendant l'Hyver les effets de vo
tre Bonté & de vostre Prévoyan
ce paternelle. Ces bleds transpor
tez par les ordres de V. M. des
Parties de l'Europe les plus éloignées
, ont rendu l'abondance à
voftre Peuple , dans un temps où
Favarice du Marchand auroit pû
fe prévaloir de la neceffité pu
blique.
Paris voit encore les marques
de voftre Liberalité , dans l'embelliffement
de fes ramparts , où
tant de bras que l'indigence invitoit
au crime , font utilement occupez.
V. M. par une contrain.
te falutaire , faitfervir la partie
X
iiij
248 MERCURE
la plus inutile & la plus baffe
de fes Sujets à l'ornement de la
plus grande Ville du Monde, &r
aneantit par ce travail la pareffe
& la mendicité; fuccés que nous
n'aurions jamais osé efperer , ft
nous ne vivions fous un Regne
où les chofes autrefois eftimées
les plus impoffibles , deviennent
aisées dés qu'il plaift à V. M.
de les vouloir.
Que ne dirois-je point ſur ces
nouvelles marques de vostre magnificence
Royale , fi je n'estois
lié par le fang avec le premier
de vos Magiftrats, à quiV. M.
a confié la Direction de fes OnGALANT.
249
vrages publics ? Les justes Eloges
que l'on donne à vos grands Def-
Jeins , répandent toûjours quelque
éclatfur ceux qui les executent
; mais cependant , SIRE ,
dequoy puis-je mieux vous parler
au nom de vostre Ville Capitale,
que des graces que vous verſez
continuellement fur elle ? Oferoitelle
vousfairefouvenir de ces Vi
ctoires pleines de prodiges , que
vous avez remportées fur toute
l'Europe foulevée contre voftre
Entreprendroit - elle de Vous
feliciterfur le prompt fuccés avec
lequel Vous rappellez au fein de
l'Eglife tant de Peuples égarez ?
gloire?
250 MERCURE
Vous exprimeroit - elle les hautes
idées qu'elle a de cette Puiffance
invincible , laquelle aprés tant
d'exploits heroïques , vient encore
deforcer la plus fuperbe Vil
le de l'Italie , à mettre à vos
pieds
les marques de fa Puiſſance fouveraine
, & àrecevoir la Loy
que V. M. a voulu luy impofer ?
reprefenteroit-elle les Coftes
de l'Afrique en feu , les aziles
des Pirates reduits en cendre , les
Barbares dépoüillez d'une infinité
d'Efclaves qu'ils retenoient depuis
fi long- temps dans leurs fers.
Non , SIRE , ce font des
évenemens trop grands & trop
Vous
GALANT 251
illuftrespour n'eftre touchez qu'en
paffant ; & quand Paris voudroit
entreprendre de les publier,
comment pourrois-je répondre à
fon zele , moy qui ne puis trouver
d'expreffions pour vous marquer,
SIRE , la reconnoiffance infinie
dont je fuis pénerré , quand je
penfe à la grace que j'ay receuë
de V. M. grace que je tacheray
de meriter dans tous les momens
de ma vie , par une application
infatigable à vous continuer les
fervices de mes Peres , dans la
Charge dont V. M. m'a honoré,
me confiderant deformais comme
un Sujet qui Vous doit, SIRE,
252 MERCURE
tout ce qu'il eft , & qui ne peut
rien estre que par les Bontez de
Voftre Majesté.
Aprés que M' d'Ormeſſon
eut prononcé ce Difcours ,
qui luy attira beaucoup de
louanges, les deux nouveaux
Echevins preterent
le Serment
accoûtumé..
diray feulement que le premier
des deux Echevins qui
ont efté élûs celle - cy , eft ·
M' Geoffroy , dont le Pere & .
le grand - Pere ont joüy de la
X
iij
246 MERCURE
mefme Dignité; & le fecond,
M' Gayot. Mile Févre d'Ormeffon
, Maiſtre des Requeftes
, & Neveu de M' le Prefident
de Fourcy Prevoft des
Marchands , les conduifit à
Verſailles le 19. du mois paffé
; il preſenta le Scrutin au
Roy , & fit à Sa Majeſté le
Difcours qui fuit .
IRE ,
S"
Vostre bonne Ville de Paris
, en Vous prefentant fes nouveaux
Magiftrats , trouve toû
jours de nouvelles actions de graces
à Vous rendre. Elle a fenty
GALANT. 247
pendant l'Hyver les effets de vo
tre Bonté & de vostre Prévoyan
ce paternelle. Ces bleds transpor
tez par les ordres de V. M. des
Parties de l'Europe les plus éloignées
, ont rendu l'abondance à
voftre Peuple , dans un temps où
Favarice du Marchand auroit pû
fe prévaloir de la neceffité pu
blique.
Paris voit encore les marques
de voftre Liberalité , dans l'embelliffement
de fes ramparts , où
tant de bras que l'indigence invitoit
au crime , font utilement occupez.
V. M. par une contrain.
te falutaire , faitfervir la partie
X
iiij
248 MERCURE
la plus inutile & la plus baffe
de fes Sujets à l'ornement de la
plus grande Ville du Monde, &r
aneantit par ce travail la pareffe
& la mendicité; fuccés que nous
n'aurions jamais osé efperer , ft
nous ne vivions fous un Regne
où les chofes autrefois eftimées
les plus impoffibles , deviennent
aisées dés qu'il plaift à V. M.
de les vouloir.
Que ne dirois-je point ſur ces
nouvelles marques de vostre magnificence
Royale , fi je n'estois
lié par le fang avec le premier
de vos Magiftrats, à quiV. M.
a confié la Direction de fes OnGALANT.
249
vrages publics ? Les justes Eloges
que l'on donne à vos grands Def-
Jeins , répandent toûjours quelque
éclatfur ceux qui les executent
; mais cependant , SIRE ,
dequoy puis-je mieux vous parler
au nom de vostre Ville Capitale,
que des graces que vous verſez
continuellement fur elle ? Oferoitelle
vousfairefouvenir de ces Vi
ctoires pleines de prodiges , que
vous avez remportées fur toute
l'Europe foulevée contre voftre
Entreprendroit - elle de Vous
feliciterfur le prompt fuccés avec
lequel Vous rappellez au fein de
l'Eglife tant de Peuples égarez ?
gloire?
250 MERCURE
Vous exprimeroit - elle les hautes
idées qu'elle a de cette Puiffance
invincible , laquelle aprés tant
d'exploits heroïques , vient encore
deforcer la plus fuperbe Vil
le de l'Italie , à mettre à vos
pieds
les marques de fa Puiſſance fouveraine
, & àrecevoir la Loy
que V. M. a voulu luy impofer ?
reprefenteroit-elle les Coftes
de l'Afrique en feu , les aziles
des Pirates reduits en cendre , les
Barbares dépoüillez d'une infinité
d'Efclaves qu'ils retenoient depuis
fi long- temps dans leurs fers.
Non , SIRE , ce font des
évenemens trop grands & trop
Vous
GALANT 251
illuftrespour n'eftre touchez qu'en
paffant ; & quand Paris voudroit
entreprendre de les publier,
comment pourrois-je répondre à
fon zele , moy qui ne puis trouver
d'expreffions pour vous marquer,
SIRE , la reconnoiffance infinie
dont je fuis pénerré , quand je
penfe à la grace que j'ay receuë
de V. M. grace que je tacheray
de meriter dans tous les momens
de ma vie , par une application
infatigable à vous continuer les
fervices de mes Peres , dans la
Charge dont V. M. m'a honoré,
me confiderant deformais comme
un Sujet qui Vous doit, SIRE,
252 MERCURE
tout ce qu'il eft , & qui ne peut
rien estre que par les Bontez de
Voftre Majesté.
Aprés que M' d'Ormeſſon
eut prononcé ce Difcours ,
qui luy attira beaucoup de
louanges, les deux nouveaux
Echevins preterent
le Serment
accoûtumé..
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Résumé : Discours fait au Roy, par Mr le Févré d'Ormesson. [titre d'après la table]
Le texte décrit l'élection de deux échevins à Paris, M. Geoffroy et M. Gayot. Maître Février d'Ormesson, Maistre des Requêtes et neveu du Président de Fourcy, les accompagna à Versailles le 19 du mois précédent pour soumettre le scrutin au roi. Il prononça un discours en l'honneur du roi, mettant en avant les bienfaits royaux envers Paris, tels que l'approvisionnement en blé malgré la pénurie et l'emploi des indigents pour l'embellissement des remparts. Le discours évoqua également les victoires militaires du roi en Europe et la soumission de villes italiennes. Maître d'Ormesson exprima sa gratitude pour la charge qui lui avait été confiée et son engagement à servir le roi. Après le discours, les deux échevins prêtèrent serment.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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374
p. 252-256
Survivance accordée par le Roy à Mr de Maupeou. [titre d'après la table]
Début :
Le Roy a accordé à Mr de Maupeou, Conseiller en la Quatriéme [...]
Mots clefs :
Conseiller, Parlement, Évêque, Famille, Capitaine, Procession, Fonctions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Survivance accordée par le Roy à Mr de Maupeou. [titre d'après la table]
Le Roy a accordé à M
de Maupeou , Confeiller en
la
Quatrième des Enqueftes
du Parlement, la furvivance
de la Charge de Prefident en
la
Premiere des
Enqueftes
,.
dont Mr fon Pere eft pourGALANT.
253
veu. Sa Majefté avoit déja
accordé la mefme grace
Mr de Maupeou fon Frere ,
aujourd'huy Evefque de Caftres
, dans le temps qu'il eftoit
Avocat General au Grád
Confeil
. Toutes les graces
que Sa Majefté fait à cette
Famille , font fingulieres ;
auffi peut - on dire qu'elles
font deues au zele & à la fi
delité dont M le Prefident
de Maupeou a donné tant de
glorieuſes marques depuis
cinquante ans , & aux fervi
ces de quatre de ſes Freres
Capitaines aux Gardes , dont
254 MERCURE
le dernier eftoit Gouverneur
d'Ath. Ce qu'il y a de fort remarquable
, c'eft qu'il femble
qu'ils naiffent tous également
propres à toutes fortes
de Profeffions , lors qu'il s'agit
de fervir le Roy. Le Fils
aifné eftoit pourveu de la
Charge d'Avocat General au
Grand Confeil , qu'il a exercée
pendant fix ans , avec
l'approbation du Public ; &
aprés ſa mort , le ſecond qui
eftoit Docteur de Sorbonne ,
& qui a efté fait Evefque de
Caftres, prit la meſme Charge
, & s'en acquitta avec le
GALANT 255
mefme fuccés que s'il n'avoit
jamais embraſſé une autre
profeffion. Celuy qui eft
prefentement Confeiller, eftoit
auparavant Chevalier
de Malte , & en cette qualité
il a fait fes Caravanes.
Son Cadet , qui eftoit Sous-
Lieutenant aux Gardes dés
l'âge de dix-fept ans , ayant
efté tué dans le fervice, il luy
fucceda en cet Employ; mais
eftant reftéfeul dans le ionde,
Sa Majefté luy permit de
changer d'eſtat , & de prendre
la Robe. Si cette Famille
eft Illuftre du cofté de M
256 MERCURE
le Preſident , elle ne l'eft pas
moins du cofté de Madame
la Prefidente , qui eft Soeur
de M' Doujat Confeiller de
la Grand' Chambre .
de Maupeou , Confeiller en
la
Quatrième des Enqueftes
du Parlement, la furvivance
de la Charge de Prefident en
la
Premiere des
Enqueftes
,.
dont Mr fon Pere eft pourGALANT.
253
veu. Sa Majefté avoit déja
accordé la mefme grace
Mr de Maupeou fon Frere ,
aujourd'huy Evefque de Caftres
, dans le temps qu'il eftoit
Avocat General au Grád
Confeil
. Toutes les graces
que Sa Majefté fait à cette
Famille , font fingulieres ;
auffi peut - on dire qu'elles
font deues au zele & à la fi
delité dont M le Prefident
de Maupeou a donné tant de
glorieuſes marques depuis
cinquante ans , & aux fervi
ces de quatre de ſes Freres
Capitaines aux Gardes , dont
254 MERCURE
le dernier eftoit Gouverneur
d'Ath. Ce qu'il y a de fort remarquable
, c'eft qu'il femble
qu'ils naiffent tous également
propres à toutes fortes
de Profeffions , lors qu'il s'agit
de fervir le Roy. Le Fils
aifné eftoit pourveu de la
Charge d'Avocat General au
Grand Confeil , qu'il a exercée
pendant fix ans , avec
l'approbation du Public ; &
aprés ſa mort , le ſecond qui
eftoit Docteur de Sorbonne ,
& qui a efté fait Evefque de
Caftres, prit la meſme Charge
, & s'en acquitta avec le
GALANT 255
mefme fuccés que s'il n'avoit
jamais embraſſé une autre
profeffion. Celuy qui eft
prefentement Confeiller, eftoit
auparavant Chevalier
de Malte , & en cette qualité
il a fait fes Caravanes.
Son Cadet , qui eftoit Sous-
Lieutenant aux Gardes dés
l'âge de dix-fept ans , ayant
efté tué dans le fervice, il luy
fucceda en cet Employ; mais
eftant reftéfeul dans le ionde,
Sa Majefté luy permit de
changer d'eſtat , & de prendre
la Robe. Si cette Famille
eft Illuftre du cofté de M
256 MERCURE
le Preſident , elle ne l'eft pas
moins du cofté de Madame
la Prefidente , qui eft Soeur
de M' Doujat Confeiller de
la Grand' Chambre .
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Résumé : Survivance accordée par le Roy à Mr de Maupeou. [titre d'après la table]
Le roi a accordé à M. de Maupeou, conseiller à la Quatrième des Enquêtes du Parlement, la survivance de la charge de Président à la Première des Enquêtes, détenue par son père. Cette faveur avait déjà été accordée à son frère, ancien Avocat Général au Grand Conseil et actuel Évêque de Castres. Les faveurs royales envers la famille de Maupeou soulignent le zèle et la fidélité de M. le Président de Maupeou, ainsi que les services de quatre de ses frères, tous capitaines aux Gardes. Le fils aîné avait exercé la charge d'Avocat Général au Grand Conseil pendant six ans. Après sa mort, le second frère, docteur de Sorbonne et Évêque de Castres, a repris cette charge avec succès. Le conseiller actuel était auparavant chevalier de Malte. Leur cadet, sous-lieutenant aux Gardes, a été tué en service. Un autre frère, après une vie mondaine, a obtenu la permission royale de devenir avocat. La famille est également illustre du côté de Madame la Présidente, sœur de M. Doujat, conseiller à la Grand' Chambre.
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375
p. 257-265
Etats de Bretagne. [titre d'après la table]
Début :
Je ne vous ay point parlé des Etats de Bretagne, [...]
Mots clefs :
États de Bretagne, Province, Duc, Évêque, Prélat, Garnison, Gouverneur, Honneurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Etats de Bretagne. [titre d'après la table]
Je ne vous ay point par--
lé des Etats de Bretagne,,
qui fe fonr tenus depuis peu..
Tout s'eft paffé à l'ordinaire,,
c'eft à dire , à la fatisfaction?
du Roy & de la Province..
Vous fçavez que pendant :
qu'ils durent , chacun s'ef
force à l'envy de faire paroî--
Septembre 1685,
Y
258 MERCURE
tre fa magnificence
. M¹ le
Duc de Chaunes a toûjours
tenu deux Tables , qui ont
efté fervies avec beaucoup
d'abondance
& de propreté.
La mefme choſe a efté
de toutes les autres Tables
, & fur tout de celle de
M' l'Evefque de Saint Malo .
Il y avoit fort fouvent juf
qu'à cinquante Perſonnes .
M de Chaunes voulut un
-jour regaler toutes les Dames
, & il leur donna un
fouper tres magnifique. Le
Sieur Dumény dont la voix
s eft fait long-temps admiGALANT.
259)
rer à l'Opera, a fait differens
Concerts qui ont eſté extrémement
applaudis , & les
Etats luy ont fait une gra
tification digne de leur
liberalité , & de la generofi
té de Mr le Duc de Chaunes.
Aprés qu'ils furent finis
à Dinan , M l'Evefque
de Saint Malo traita à Saint
Malo M de Fieubet
, premier
Commiffaire
du Roy
pour la Province . Ce Prelat
& M de Guemadeu allerent
au devant de luy avec toute
leur Maifon qui eft fort
nombreufe. En arrivant furs
Y ip
260 MERCURE
>
la Gréve à la portée du Canon
, la Ville le falüa de
cinquante volées de fon Artillerie
& tout le Peuple.
accourut en foule en criant
Vive le Roy. La Garniſon de
la Ville eftoit fous les armes,
& il fut conduit à l'Eveſché,
où tous les Corps le compli
menterent. On luy fervit
enfuite un magnifique dîner
en Poiffon , ce qui le furprit
d'autant plus que ce jour là
le temps eftoit fort mal propre
pour la pefche. Les Tambours
& les Violons ne cefferent
point de jouer pen
GALANT. 261
dant le repas . Au fortir de
Table , on trouva fix Carroffes
à fix Chevaux que
l'on avoit préparez , & dans
lefquels l'on fit une promenade
fur la Gréve . On entra
enfuite dans plufieurs petits
Bâteaux , qui allerent joindre
un grand Vaiffeau. Mr
de Fieubet y fut receu avec
les Tambours , les Trompettes
, & les Violons , &
l'on y fervit une tres fuperbe
Collation. On prodigua
les Liqueurs ; les Matelots
ne manquerent point de
vin, & il y eut une infinité de
262 MERCURE
coups de Canon tirez , qui
n'effrayerent point les Dames.
Lors qu'on retourna
dans la Ville , on trouva encore
la Garnifon fous les
armes . Le Gouverneur fit la:
civilité à Mr de Fieubet de
luy demander l'ordre . Aprés
le foupé qui fut fomptueux
, il y eut Comedie &
Mufique ; puis on paffa dans
une grande Sale qui avoit
efté preparée pour le Bal , &
qui eftoit magniquement
ornée , & enrichie de plus
fieurs Tableaux de grand
prix . On fervit pendant le
GALANT. 263
Bal une tres, galante Collation
, avec quantité de liqueurs
rafraiſchiffantes , &
l'on ne fe fepara qu'aprés
avoir fait media noche . Ce der
nier régale fut donné fans
que perfonne s'y fuſt attendu.
Le lendemain les Tambours
, les Violons & les
Haut- Bois fe trouverent au
lever de M' le Commiflaire
duRoy.Mr de S.Malo alla enfuite
le prendre pour le mener
à la Meffe , où cét Evef
que luy fit tous les honneurs
qu'il pouvoit luy faire. Il y
eut Mufique pendát la Mef264
MERCURE
fe, & l'on difna au fortir de
là , parce que M de Fieubet
eftoit preffe de partir. A l'if--
fue du difner Meffieurs de :
Ville prirent congé de luy,.
& en receurent mille honneftetez.
On tira encore cinquante
ou foixante volées
de Canon lors qu'il fortit de
Saint Malo , d'où M¹ l'Evef
que le conduifit jufqu'à
Chafteau-neuf. Vous voyez,,
Madame , qu'on ne peut
rien ajoûter à l'éclat de ma
gnificence & de grandeur,
avec lequel ce Prelat vient
à boutde tout ce qu'il entreprend..
GALANT. 265
prend. La belle voix du
Sieur Dumény ne donna pas
moins de plaifir dans ces divertiffemens
quelle avoit
fait aux Etats.
lé des Etats de Bretagne,,
qui fe fonr tenus depuis peu..
Tout s'eft paffé à l'ordinaire,,
c'eft à dire , à la fatisfaction?
du Roy & de la Province..
Vous fçavez que pendant :
qu'ils durent , chacun s'ef
force à l'envy de faire paroî--
Septembre 1685,
Y
258 MERCURE
tre fa magnificence
. M¹ le
Duc de Chaunes a toûjours
tenu deux Tables , qui ont
efté fervies avec beaucoup
d'abondance
& de propreté.
La mefme choſe a efté
de toutes les autres Tables
, & fur tout de celle de
M' l'Evefque de Saint Malo .
Il y avoit fort fouvent juf
qu'à cinquante Perſonnes .
M de Chaunes voulut un
-jour regaler toutes les Dames
, & il leur donna un
fouper tres magnifique. Le
Sieur Dumény dont la voix
s eft fait long-temps admiGALANT.
259)
rer à l'Opera, a fait differens
Concerts qui ont eſté extrémement
applaudis , & les
Etats luy ont fait une gra
tification digne de leur
liberalité , & de la generofi
té de Mr le Duc de Chaunes.
Aprés qu'ils furent finis
à Dinan , M l'Evefque
de Saint Malo traita à Saint
Malo M de Fieubet
, premier
Commiffaire
du Roy
pour la Province . Ce Prelat
& M de Guemadeu allerent
au devant de luy avec toute
leur Maifon qui eft fort
nombreufe. En arrivant furs
Y ip
260 MERCURE
>
la Gréve à la portée du Canon
, la Ville le falüa de
cinquante volées de fon Artillerie
& tout le Peuple.
accourut en foule en criant
Vive le Roy. La Garniſon de
la Ville eftoit fous les armes,
& il fut conduit à l'Eveſché,
où tous les Corps le compli
menterent. On luy fervit
enfuite un magnifique dîner
en Poiffon , ce qui le furprit
d'autant plus que ce jour là
le temps eftoit fort mal propre
pour la pefche. Les Tambours
& les Violons ne cefferent
point de jouer pen
GALANT. 261
dant le repas . Au fortir de
Table , on trouva fix Carroffes
à fix Chevaux que
l'on avoit préparez , & dans
lefquels l'on fit une promenade
fur la Gréve . On entra
enfuite dans plufieurs petits
Bâteaux , qui allerent joindre
un grand Vaiffeau. Mr
de Fieubet y fut receu avec
les Tambours , les Trompettes
, & les Violons , &
l'on y fervit une tres fuperbe
Collation. On prodigua
les Liqueurs ; les Matelots
ne manquerent point de
vin, & il y eut une infinité de
262 MERCURE
coups de Canon tirez , qui
n'effrayerent point les Dames.
Lors qu'on retourna
dans la Ville , on trouva encore
la Garnifon fous les
armes . Le Gouverneur fit la:
civilité à Mr de Fieubet de
luy demander l'ordre . Aprés
le foupé qui fut fomptueux
, il y eut Comedie &
Mufique ; puis on paffa dans
une grande Sale qui avoit
efté preparée pour le Bal , &
qui eftoit magniquement
ornée , & enrichie de plus
fieurs Tableaux de grand
prix . On fervit pendant le
GALANT. 263
Bal une tres, galante Collation
, avec quantité de liqueurs
rafraiſchiffantes , &
l'on ne fe fepara qu'aprés
avoir fait media noche . Ce der
nier régale fut donné fans
que perfonne s'y fuſt attendu.
Le lendemain les Tambours
, les Violons & les
Haut- Bois fe trouverent au
lever de M' le Commiflaire
duRoy.Mr de S.Malo alla enfuite
le prendre pour le mener
à la Meffe , où cét Evef
que luy fit tous les honneurs
qu'il pouvoit luy faire. Il y
eut Mufique pendát la Mef264
MERCURE
fe, & l'on difna au fortir de
là , parce que M de Fieubet
eftoit preffe de partir. A l'if--
fue du difner Meffieurs de :
Ville prirent congé de luy,.
& en receurent mille honneftetez.
On tira encore cinquante
ou foixante volées
de Canon lors qu'il fortit de
Saint Malo , d'où M¹ l'Evef
que le conduifit jufqu'à
Chafteau-neuf. Vous voyez,,
Madame , qu'on ne peut
rien ajoûter à l'éclat de ma
gnificence & de grandeur,
avec lequel ce Prelat vient
à boutde tout ce qu'il entreprend..
GALANT. 265
prend. La belle voix du
Sieur Dumény ne donna pas
moins de plaifir dans ces divertiffemens
quelle avoit
fait aux Etats.
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Résumé : Etats de Bretagne. [titre d'après la table]
Les États de Bretagne se sont déroulés à la satisfaction du roi et de la province. Chaque participant a rivalisé de magnificence. Le duc de Chaulnes a offert deux tables abondantes et propres, tandis que l'évêque de Saint-Malo a accueilli jusqu'à cinquante personnes à sa table. Le duc de Chaulnes a également organisé un souper somptueux pour les dames, et le sieur Dumény a donné des concerts acclamés, recevant une gratification des États. Après la clôture des États à Dinan, l'évêque de Saint-Malo a reçu M. de Fieubet, premier commissaire du roi, à Saint-Malo. La réception incluait des salves d'artillerie, une procession, un dîner en poisson malgré le mauvais temps, et une promenade en carrosse suivie d'une collation sur un vaisseau. Des divertissements comme une comédie et un bal ont suivi, prolongés par des collations et des liqueurs jusqu'au milieu de la nuit. Le lendemain, après une messe et un dîner, M. de Fieubet a quitté Saint-Malo, escorté par l'évêque jusqu'à Châteauneuf. La voix du sieur Dumény a également enchanté les festivités.
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376
p. 256-257
Nouvelles Cloches benites en l'Eglise de S. Estienne du Mont, & tenuës par les six Docteurs Regens de la Faculté de Droit de l'Université de Paris. [titre d'après la table]
Début :
On a fait quatre nouvelles Cloches pour l'Eglise de Saint [...]
Mots clefs :
Cloches, Église, Saint-Étienne, Curé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles Cloches benites en l'Eglise de S. Estienne du Mont, & tenuës par les six Docteurs Regens de la Faculté de Droit de l'Université de Paris. [titre d'après la table]
On a fait quatre nouvelles
Cloches pour l'Eglife de
Saint Etienne du Mont à
Paris ; & elles ont efté benites
depuis peu de temps par.
M. Gardeau Curé de cette
Paroiffe . Elles eurent pour
Parains les fix Docteurs Regens
de la Faculté de Droit
de l'Univerfité de Paris , qui
font Mr Doujat , Hallé , de
Loy , Baudin , Cugnet &
GALANT. 257
Mongin. Ils nommerent la
premiere Eftienne , à cauſe
que cette Eglife eft dédiée
à Saint Etienne , & les trois
autrs furent nommées Jean,,
Pierre , & Michel , du nom
des trois anciens de ces fix
Docteurs.
Cloches pour l'Eglife de
Saint Etienne du Mont à
Paris ; & elles ont efté benites
depuis peu de temps par.
M. Gardeau Curé de cette
Paroiffe . Elles eurent pour
Parains les fix Docteurs Regens
de la Faculté de Droit
de l'Univerfité de Paris , qui
font Mr Doujat , Hallé , de
Loy , Baudin , Cugnet &
GALANT. 257
Mongin. Ils nommerent la
premiere Eftienne , à cauſe
que cette Eglife eft dédiée
à Saint Etienne , & les trois
autrs furent nommées Jean,,
Pierre , & Michel , du nom
des trois anciens de ces fix
Docteurs.
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Résumé : Nouvelles Cloches benites en l'Eglise de S. Estienne du Mont, & tenuës par les six Docteurs Regens de la Faculté de Droit de l'Université de Paris. [titre d'après la table]
L'église Saint-Étienne-du-Mont à Paris inaugure quatre nouvelles cloches bénies par Monsieur Gardeau. Les parrains sont six docteurs régents de la Faculté de Droit de l'Université de Paris. Les cloches portent les noms d'Étienne, Jean, Pierre et Michel, en hommage au saint patron et à trois anciens docteurs.
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377
p. 265-267
Départ de Mr Girardin pour Const. [titre d'après la table]
Début :
L'Ambassadeur de France à Constantinople, estant Consul de toutes [...]
Mots clefs :
Ambassadeur de France, Constantinople, Intelligence, Langue turque, Voyages, Vizir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Départ de Mr Girardin pour Const. [titre d'après la table]
L'Ambaffadeur de France
à Conftantinople , eſtant
Conful de toutes les Nations
de l'Europe , il eſt neceffaire
d'y envoyer
Homme qui ait de l'intelligence
, & beaucoup de fermeté.
Ainfi le Roy les oblige
toutes , lors qu'il jette les
yeux fur un Homme capable
de bien remplir cét employ
, & c'eſt
Septembre 1685.
pour cela que
Ꮓ
266 MERCURE
Sa Majesté a choifi Mr Girardin,
qui non ſeulement a
toutes les qualitez neceſſaires
pour cette Ambaffade;
mais encore qui poffede parfaitement
la Langue Turque
, & toutes les manieres
du Pays , où il a fait
deux Voyages , comme je
croy vous l'avoir déja mandé.
Il eft party depuis quelques
jours , & il fe doit embarquer
à Toulon. Cependant
Madame de Guilleragues
, qui a pris foin des Affaires
, depuis la mort de M
de Guilleragues fon Mary ,
GALANT 267
s'en eft tres- bien acquitée.
Elle a fait obferver tout ce
qu'il avoit demandé pour les
Chrétiens au nom du Roy, &
que le Grand Vifir luy avoit
promis , & s'eft diftinguée par
des actions de vigueur , contre
ceux qui ont voulu entreprendre
fur fon authorité.
à Conftantinople , eſtant
Conful de toutes les Nations
de l'Europe , il eſt neceffaire
d'y envoyer
Homme qui ait de l'intelligence
, & beaucoup de fermeté.
Ainfi le Roy les oblige
toutes , lors qu'il jette les
yeux fur un Homme capable
de bien remplir cét employ
, & c'eſt
Septembre 1685.
pour cela que
Ꮓ
266 MERCURE
Sa Majesté a choifi Mr Girardin,
qui non ſeulement a
toutes les qualitez neceſſaires
pour cette Ambaffade;
mais encore qui poffede parfaitement
la Langue Turque
, & toutes les manieres
du Pays , où il a fait
deux Voyages , comme je
croy vous l'avoir déja mandé.
Il eft party depuis quelques
jours , & il fe doit embarquer
à Toulon. Cependant
Madame de Guilleragues
, qui a pris foin des Affaires
, depuis la mort de M
de Guilleragues fon Mary ,
GALANT 267
s'en eft tres- bien acquitée.
Elle a fait obferver tout ce
qu'il avoit demandé pour les
Chrétiens au nom du Roy, &
que le Grand Vifir luy avoit
promis , & s'eft diftinguée par
des actions de vigueur , contre
ceux qui ont voulu entreprendre
fur fon authorité.
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Résumé : Départ de Mr Girardin pour Const. [titre d'après la table]
En septembre 1685, le roi a nommé Monsieur Girardin comme ambassadeur français à Constantinople, un rôle exigeant intelligence et fermeté. Cette décision repose sur les compétences linguistiques de Girardin en turc et sa connaissance des coutumes locales, acquises lors de deux voyages antérieurs. Girardin est actuellement en route vers Toulon pour embarquer. Madame de Guilleragues, ayant succédé à son mari décédé, Monsieur de Guilleragues, a assuré la gestion des affaires des chrétiens à Constantinople. Elle a honoré les engagements pris avec le Grand Vizir et a affirmé son autorité face aux contestations.
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378
p. 267-296
Affaires d'Allemagne. [titre d'après la table]
Début :
Quand je vous écrirois tous les jours, au lieu que je [...]
Mots clefs :
Combat, Allemagne, Charles de Lorraine, Prince, Armée, Camp général, Ennemis, Escarmouche, Turcs, Bataille, Électeur de Bavière, Mouvements des troupes, Cavaliers, Honneur, Grenadiers, Héros, Empereur Constantin, Édifices
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Affaires d'Allemagne. [titre d'après la table]
Quand je vous écrirois
tous les jours , au lieu que je
ne le fais qu'à la fin de cha
que mois , je ne fçay fi je
pourrois avoir l'avantage
de vous apprendre les
grands évenemens , avant
que vous en fuſſiez inſtruite,
Z ij
268 ย MERCURE
puis que par l'éclat qu'ils
font lors qu'ils arrivent , le
bruit s'en répand par tout
avec tant de promptitude,
que tout le monde les fçait
prefque en mefme temps.
Telle a efté la priſe de Nevvhaufel
, dont je dévrois aujourd'huy
vous mander les
,
circonftances ; mais comme
les Hiftoires genérales ne les
marqueront peut-eſtre de
plufieurs années je croy
pouvoir differer d'un mois à
vous en parler , afin de ne
vous laiffer rien à fouhaiter
fur cét article . Cependant
GALANT. 269
je vous envoye le Plan de la
Place , & vais vous faire part
du Combat qui s'eſt donné
avant fa prife entre les
Troupes
Chrétiennes
&
celles des Turcs. Le Prince
Charles de Lorraine ayant
appris que les Ennemis au
nombre de cinquante à foixante
mille , affiegeoient la
Ville de Gran , autrement
deux a
Strigonie , dont je vous parlay
il y ans , lors que
ce Prince la prit , réfolut
d'aller au fecours de cette
Place . Il laiffa feize mille
Hommes devant Nevvhau-
Z iij
270 MERCURE
Bataille aux
fel , fous le Commandement
du Comte Caprara , Maréchal
de Camp Genéral , &
marchant avec trente - cinq
mille , il arriva le 12. du der
nier mois à la veuë de Gran,
& des Ennemis , qui réfolus
de donner
Chrétiens , leverent auffi
- toft le Siege , & vinrent fe
pofter dans l'endroit le plus
avantageux qu'ils purent
choifir. Ils avoient le Danube
à leur droite , une longue
chaîne de Montagnes
efcarpées à leur gauche , le
chemin de Bude derriere
GALANT. 271
eux , & devant, un Marais
fort difficile , & au paffage
duquel ils attendoient l'Armée
des Chrétiens . On fit
reconnoiftre ce Marais , &
on ne jugea pas à propos de
le paffer en défilé devant une
Armée nombreuſe & en
Bataille. On campa à la portée
du Canon de ce Marais,
où l'on demeura quatre
jours en prefence . Ces qua
tre jours ſe paſſerent en efcarmouches
, où lesChrétiens
eurent prefque toûjours
l'avantage ; ce qu'il y eut
de plus remarquable , c'eſt
Z iiij
272 MERCURE
que les Turcs n'oferent - jamais
paffer le Marais pour
venir efcarmoucher du côté
des Allemans , & queles
Allemans le paffoient toûjours
devant eux. Enfin la
nuit du 15. au 16. les Genéraux
Allemans réfolurent
de décamper , foit pour
prendre un Pofte plus commode
, foit pour attirer les
Ennemis. Ils firent marcher
à dix heures du foir leur gros
bagage , l'Armée étant en Bataille.
Les Turcs s'apperceu
rent de ce mouvement , & le
prenant pour une fuite vouGALANT.
273
lurent en profiter.Ils avoient
déja travaillé à pouffer des retranchemens
fur les Montagnes
de leur gauche , qui
eftoient à la droite des Chré
tiens. Ils avancerent avec
beaucoup de chaleur, &pafferent
leMarais avec une grande
précipitation
, pour venir
charger les Troupes qui fe
retiroient. Ils donnerent d'abord
fur l'aifle gauche commandée
par Monfieur l'Electeur
de Baviere , où ils
furent vivement repouſſez,
avec perte de beaucoup de
Janiffaires. Les Chrétiens
274 MERCURE
n'eurent qu'un Gentilhomme
de tué , qui combattoit
à cofté de Mr le Prince
Eugéne de Savoye , dont le
Régiment de Dragons eftoit
à la tefte de l'aifle gauche.
Les Turcs firent de grands
cris toute la nuit , & travaillerent
à avancer , & à affeurer
leur retranchement qui
eftoit fur les Montagnes
,
parce qu'ils prétendoient
faire leur principal effort de
ce cofté là , à cauſe que la
cheute des Montagnes leur
donnoit moyen de prendre
l'Armée Ennemie en flanc..
GALANT. 275
Les Chrétiens de leur cofté
marcherent avec beaucoup
de filence , & gagnerent un
pofte plus reculé , & plus avantageux
, où l'on avoit
deffein d'attendre les Ennemis
. On leur fit volte-face
de temps en temps pour les
arrefter , & on les trouva en
Bataille à la pointe du jour
au Pofte qu'on avoit voulu
gagner. Il s'éleva en mefme
temps un Broüillard fi épais,
que les Ennemis ne pouvoient
voir l'Armée , ny
l'Armée les Ennemis , quoy
qu'on entendift de part &
276 MERCURE
d'autre le bruit des Tambours
& des Trompettes.
Le Soleil parut qui diffipa ce
Broüillard. On fit encore
volte-face , & l'on marcha
en pleineBataille aux Turcs,
qui ayant tous paſſé le Marais
, eftoient auffi en Bataille
. Meffieurs les Princes
de Conty & de la Roche
Sur-Yon qui attendoient depuis
long- temps le jour de
cette Bataille ,pour terminer
leur Campagne auffi glorieufement
qu'ils l'avoient
commencée , choiſirent la
droite commandée par le
GALANT. 277
Prince Charles . Ils creurent
que le fort de la Bataille ſeroit
de ce cofté là , & ils ne
ſe tromperent pas . Les Enmis
deſcendirent avec une
impetuofité terrible , & des
cris épouventables , de deffus
les Montagnes , & vinrent
fondre fur l'Efcadron
où eftoient ces deux Princes
; c'eftoit celuy de Lanthiery
, du Régiment de Saxe
Lavembourg. On vit ce
qu'on n'avoit encore jamais
veu dans les Armées d'Allemagne
,
deux Princes du
Sang de France , qui ayant
A
278 MERCURE
+
refufé tous les Commandemens
qu'on leur avoit
voulurent comofferts
,
battre comme fimples Volontaires
. Ils eftoient au
premier rang de cet Eſcadron
, qui eftoit à la teſte de
l'Armée ; ils avoient auprés
d'eux quelques- uns de leurs
Gentilshommes d'un cofté,
& de l'autre les Cavaliers
du Regiment où ils come
battoient , fi fiers de voir
ces deux Princes meflez par
my eux , qui les animoient
par leur exemple , que leurs
Officiers ravis de l'honneur
x
GALANT. 279
que recevoit leur Regiment,
& de voir tant de courage &
tant d'ardeur de combattre
dans le coeur de leurs Soldats
, dirent hautement ,
Quuee toute l'Armée Turque ne
feroit pas plierce feul Eſcadron.
Ils ne fe tromperent point ;
les Turcs tomberent fur cet
Efcadron jufques à trois fois,
avec cette fureur & ces cris
qui les rendent fi terribles ,
& ils le trouverent fi iné.
branlable , que la fermeté
de cette feule Troupe , qui
eftoit la premiere qu'ils rencontroient
, ne contribua
,
280 MERCURE
pas peu à les étonner, & à leur
faire prendre la fuite ; ce qui
caufa la déroute de leur Ármée.
Les deux Princes , quoy .
que leurs Gentilshommes
les euffent preffez de s'armer
de leurs Cuiraffes , à l'exemple
de tous les Generaux , &
de tous les Colonels de l'Empire,
eftoient en fimples Jufte-
au - corps, à la tefte de ces
Colonels tout cuiraffez , &
tout couverts de fer. Ils ef
fuyerent en cet eſtat tout le
feu du Canon & de la Mouf
queterie des Tucrs , & attendirent
leurs Sabres avec un
GALANT: 281
viſage qui raffuroit les moins
hardis. Les Turcs s'abandonnerent
entierement à la fuite
, aprés eftre venus deux ou
trois fois à la charge fans.
pouvoir rompre l'Armée
Chretienne
. On les pourfuivit
jufqu'au Marais qu'ils
pafferent en defordre , la viteffe
de leurs Chevaux les dérobant
aux Chreftiens. Le
Serafkier tâcha de les rallier
derriere le Marais , à la tefte
de ſon Camp , où une partie
fe remit en bataille , tandis
que les Generaux de l'Armée
victorieufe , qui avoit déja
Septembre 1685.
A a
282 MERCURE
pris tout le Canon , déliberoient
s'ils pourſuivroient
ce
avantage.Monfieur premier
Î'Electeur de Baviere paffa le
Marais , avec Meffieurs les
Princes & leurs Gentilshommes,
pour obferver la contenance
des Ennemis ; & le
peu d'affeurance & de fermeté
qu'ils leur remarquerent
, obligea Monfieur de
Baviere à faire paſſer l'aile
qu'il commandoit. Monfieur
le Prince Charles fit
la mefme chofe de fon cofté,
& les Ennemis épouvantez
prirent la fuite encore une
GALANT. 283
fois fans les attendre . Ils a--
bandonnerent leur Camp &
leur Bagage , & ſe fauverent
par trois chemins differens ,,
fi intimidez & fi troublez ,,
que les Janiffaires tuoient les
Spahis afin d'avoir leurs che
vaux ; de forte que les Turcs
n'ayant perdu que trois ou
quatre mille hommes dans ›
la premiere action , en per--
dirent encore beaucoup par
la terreur & le defordre . de :
leurs propres Troupes dans ›
cette feconde déroute. Aprésla
Bataille , Monfieur le Prin--
ce de Conty envoya Mr de
Aaij ;
284 MERCURE
la Chapelle Secretaire de fes
Commandemens
, porter cét
cinquante Ducats aux Cavaliers
de l'Eſcadron dans
lequel il avoit combattu , &
dix en particulier au Cavalier
qui s'eftoit trouvé à fon
cofté, Cette liberalité fut receuë
avec des marques de
joye & d'admiration, qui durerent
tout le refte du jour ,
& au bruit des Trompettes
& des Timbales. Les Generaux
& les Officiers affure,
rent ce Prince , que fon nom
feroit immortel dans les Archives
de l'Empire
, ou parGALANT:
285
my les choſes extraordinaires
qui fe font faites dans
cette derniere guerre , on
marqueroit comme la plus
grande , la refolution & la
valeur avec laquelle deux
Princes du Sang de France
avoient combattu contre les
Ennemis de la Foy.
J'ay oublié de vous dire,
Lors que
que que Monfieur l'Electeur
de Baviere eut fait
paffer le Marais à ſes Troupes
, elles fe trouverent fans
Grenadiers, parce qu'ils n'avoient
point eu ordre de fuivre.
Cela fut caufe que Mon286
MERCURE
fieur le Prince de la Rochefur-
Yon les alla querir , de
forte qu'il paffa & repaffa
deux fois le Marais, avec une
chaleur qui faifoit connoître
l'impatience que ce Prince
avoit de combattre. J'ajoûteray
une choſe dont aucune
Relation n'a parlé , &
qu'on affeure avec certitude;;
c'eſt que Monfieur l'Electeur
de Baviere & le Prince
Charles commandoient alternativement
l'Avant-garde,
& que ce dernier devant
la commander le jour que fe:
donna la Bataille , ce fut par :
GALANT 287
>
cette feule raiſon qu'il eut
l'Aile droite ce jour -là . Meffieurs
les Princes de Conty
& de la Roche -fur-Yon prévoyant
que l'Aile gauche
feroit la premiere attaquée,
refolurent d'y combattre avec
Monfieur l'Electeur de
Baviere , & la fuite fit voir
qu'ils en avoient jugé, comme
auroient pû faire les Capitaines
les plus experimentez
, puifque tout l'effort tomba
de ce cofté-là . Leur intrepidité
fait bien connoiſtre
qu'ils font nez de l'augufte
Sang de Bourbon, puifqu'ils
288 MERCURE
ont combattu fans eftre couverts
d'aucunes armes , &
qu'ils ont eu à cofté d'eux
les fimples Cavaliers du Regiment
où ils ont fait éclater
leur valeur ; ce qui marque
qu'ils n'ont voulu fe faire
diftinguer que par leur
courage , auquel ils doivent
toute la gloire qu'ils ont acquife
en cette perilleufe occafion.
Ils n'ont pas efté
moins admirez , par la maniere
dont ils ont vefcu à
l'Armée. Ils y ont toûjours
foûtenu avec éclat le Caractere
de Princes du Sang de
France
GALANT. 289
France ; & quand ils en font
partis , ils y ont fait des Prefens
qui font connoiftre que
la liberalité a toûjours eſté
une des vertus de Monfieur
le Prince de Conty.
Tant que ces deux Princes
ont efté à l'Armée , on
leur a rendu tous les honneurs
qu'on devoit à leur
naiffance & à leur merite
particulier. Avant que Monfieur
l'Electeur de Baviere
fuft arrivé , ils eftoient gardez
par des Troupes de l'Em..
pereur , dont il y avoit des
Sentinelles pofées autour de
Septembre 1685.
Bb
290 MERCURE
leurs Tentes ; & quand cet
Electeur fut au Camp , ces !
Princes ayant efté dans fon
Quartier , ils eurent la meſme
garde que luy , & des
Sentinelles de fes Gardes du
Corps . Jamais Volontaires
n'ont efté fi expoſez , & jamais
on n'a pouffé plus loin
l'intrepidité , & la refolution
d'acquerir cette veritable
gloire qui fait les Heros .
Vous en ferez convaincuë
,
quand vous aurez fceu qu'au
commencement de la Ĉampagne,
lesTurcs propoferent
de faire bonne guerre
, en
GALANT. 29r
gardant de part & d'autre
les prifonniers qu'on feroit ,
pour les échanger ; & que
les Allemans preffentant
les
avantages qu'ils devoient
remporter, &fiers par avance
des fuccés dont ils ſe croyoiét
affeurez
, répondirent
que
en fimm
comme ils ne vouloient aucun
quartier, ils n'en feroiết
point. Ainfi ces Princes ,
en combattant
ples Volontaires , étoient
prefque affeurez de perir , fi
Ies Chreftiens euffent eu du
defavantage , puifque rien
ne marquant leur naiſſance,
Bb ij
292 MERCURE
¡
on ne leur auroit point
fait de quartier dans un
temps où à peine l'auroiton
donné aux principaux
Chefs de l'Armée . Voilà
ce qui n'a point encore
efté fceu , & qui fait voir
que Meffieurs les Princes
de Conty & de la Rochefur
yon ont eſté animez
en ce Combat de ce Sang
guerrier , dont la gene
reufe & bouillante ardeur
a fait fi fouvent gagner
des Batailles.
·
Le gain de celle qui fut
donnée le feiziéme d'Aouft
GALANT. 293
dernier , avoit efté precedé
de pluſieurs avantages reinportez
par le Comte de Lef-
Jé prés du Pont d'Effex, dont
il brufla onze cens pas le 13.
du mefme mois . Il prit la
Ville d'Effex qu'il fit piller,
& il y trouva beaucoup de
vivres dont il avoit un befoin
extréme ; mais n'ayant
pû fe rendre Maistre du
Chaſteau , il ſe retira prefque
auffi-toft qu'on eut faccagé
la Ville. Le Pont d'Effex
eft un ouvrage fi confiderable
, & il en eft fi fouvent
parlé dans les Rela
Bb iij
294 MERCURE
tions des Guerres que les
Chrétiens ont contre les
Turcs , que je croy vous en
devoir dire quelque chofe.
On l'appelloit anciennemét
Murfa. C'eft où Conſtance,
Fils de l'Empereur Conſtantin,
défit le Tyran Magnence
J'an 359. Ce Pont eft le plus
beau de tous ceux qui foit en
ces quartiers là , & fur les
autres Rivieres. Il eſt baſty
en partie fur le Drave , & en
partie fur la Riviere de Femis
, qui fe débordent fouvent
l'une & l'autre . Il a environ
deux lieuës de long
GALANT. 295
II
y a cinq Tours baſties def
fus , & il eft tres- bien entretenu
', & foûtenu
par de
grands Arbres qui forment
fes Arches. Le Comte Ni
colas Serin fit abattre une
partie de ce Pont en 1664.
mais on y a fait depuis un
Pont de Bateaux
, un peu
plus bas que n'eftoit le
mier. Les Turcs n'ont pas
voulu le rebaftir dans la
mefme place , parce que les
Poutres qui le foûtenoient
& qui eftoient dans l'eau,
s'attacherent
fi fort aprés
que le feu fe fut éteint, qu'ils
Bb iiij
pre
296 MERCURE
auroient eu trop de peine à
les retirer. C'eft fur ce Pont
que paffent toutes les Armées
qui viennent en Hongrie
, & ce fut en cét endroit
que le malheureux Roy
Louis creut avoir arrefté les
Turcs qui marchoient fous
la conduite de Soliman en
1521.
tous les jours , au lieu que je
ne le fais qu'à la fin de cha
que mois , je ne fçay fi je
pourrois avoir l'avantage
de vous apprendre les
grands évenemens , avant
que vous en fuſſiez inſtruite,
Z ij
268 ย MERCURE
puis que par l'éclat qu'ils
font lors qu'ils arrivent , le
bruit s'en répand par tout
avec tant de promptitude,
que tout le monde les fçait
prefque en mefme temps.
Telle a efté la priſe de Nevvhaufel
, dont je dévrois aujourd'huy
vous mander les
,
circonftances ; mais comme
les Hiftoires genérales ne les
marqueront peut-eſtre de
plufieurs années je croy
pouvoir differer d'un mois à
vous en parler , afin de ne
vous laiffer rien à fouhaiter
fur cét article . Cependant
GALANT. 269
je vous envoye le Plan de la
Place , & vais vous faire part
du Combat qui s'eſt donné
avant fa prife entre les
Troupes
Chrétiennes
&
celles des Turcs. Le Prince
Charles de Lorraine ayant
appris que les Ennemis au
nombre de cinquante à foixante
mille , affiegeoient la
Ville de Gran , autrement
deux a
Strigonie , dont je vous parlay
il y ans , lors que
ce Prince la prit , réfolut
d'aller au fecours de cette
Place . Il laiffa feize mille
Hommes devant Nevvhau-
Z iij
270 MERCURE
Bataille aux
fel , fous le Commandement
du Comte Caprara , Maréchal
de Camp Genéral , &
marchant avec trente - cinq
mille , il arriva le 12. du der
nier mois à la veuë de Gran,
& des Ennemis , qui réfolus
de donner
Chrétiens , leverent auffi
- toft le Siege , & vinrent fe
pofter dans l'endroit le plus
avantageux qu'ils purent
choifir. Ils avoient le Danube
à leur droite , une longue
chaîne de Montagnes
efcarpées à leur gauche , le
chemin de Bude derriere
GALANT. 271
eux , & devant, un Marais
fort difficile , & au paffage
duquel ils attendoient l'Armée
des Chrétiens . On fit
reconnoiftre ce Marais , &
on ne jugea pas à propos de
le paffer en défilé devant une
Armée nombreuſe & en
Bataille. On campa à la portée
du Canon de ce Marais,
où l'on demeura quatre
jours en prefence . Ces qua
tre jours ſe paſſerent en efcarmouches
, où lesChrétiens
eurent prefque toûjours
l'avantage ; ce qu'il y eut
de plus remarquable , c'eſt
Z iiij
272 MERCURE
que les Turcs n'oferent - jamais
paffer le Marais pour
venir efcarmoucher du côté
des Allemans , & queles
Allemans le paffoient toûjours
devant eux. Enfin la
nuit du 15. au 16. les Genéraux
Allemans réfolurent
de décamper , foit pour
prendre un Pofte plus commode
, foit pour attirer les
Ennemis. Ils firent marcher
à dix heures du foir leur gros
bagage , l'Armée étant en Bataille.
Les Turcs s'apperceu
rent de ce mouvement , & le
prenant pour une fuite vouGALANT.
273
lurent en profiter.Ils avoient
déja travaillé à pouffer des retranchemens
fur les Montagnes
de leur gauche , qui
eftoient à la droite des Chré
tiens. Ils avancerent avec
beaucoup de chaleur, &pafferent
leMarais avec une grande
précipitation
, pour venir
charger les Troupes qui fe
retiroient. Ils donnerent d'abord
fur l'aifle gauche commandée
par Monfieur l'Electeur
de Baviere , où ils
furent vivement repouſſez,
avec perte de beaucoup de
Janiffaires. Les Chrétiens
274 MERCURE
n'eurent qu'un Gentilhomme
de tué , qui combattoit
à cofté de Mr le Prince
Eugéne de Savoye , dont le
Régiment de Dragons eftoit
à la tefte de l'aifle gauche.
Les Turcs firent de grands
cris toute la nuit , & travaillerent
à avancer , & à affeurer
leur retranchement qui
eftoit fur les Montagnes
,
parce qu'ils prétendoient
faire leur principal effort de
ce cofté là , à cauſe que la
cheute des Montagnes leur
donnoit moyen de prendre
l'Armée Ennemie en flanc..
GALANT. 275
Les Chrétiens de leur cofté
marcherent avec beaucoup
de filence , & gagnerent un
pofte plus reculé , & plus avantageux
, où l'on avoit
deffein d'attendre les Ennemis
. On leur fit volte-face
de temps en temps pour les
arrefter , & on les trouva en
Bataille à la pointe du jour
au Pofte qu'on avoit voulu
gagner. Il s'éleva en mefme
temps un Broüillard fi épais,
que les Ennemis ne pouvoient
voir l'Armée , ny
l'Armée les Ennemis , quoy
qu'on entendift de part &
276 MERCURE
d'autre le bruit des Tambours
& des Trompettes.
Le Soleil parut qui diffipa ce
Broüillard. On fit encore
volte-face , & l'on marcha
en pleineBataille aux Turcs,
qui ayant tous paſſé le Marais
, eftoient auffi en Bataille
. Meffieurs les Princes
de Conty & de la Roche
Sur-Yon qui attendoient depuis
long- temps le jour de
cette Bataille ,pour terminer
leur Campagne auffi glorieufement
qu'ils l'avoient
commencée , choiſirent la
droite commandée par le
GALANT. 277
Prince Charles . Ils creurent
que le fort de la Bataille ſeroit
de ce cofté là , & ils ne
ſe tromperent pas . Les Enmis
deſcendirent avec une
impetuofité terrible , & des
cris épouventables , de deffus
les Montagnes , & vinrent
fondre fur l'Efcadron
où eftoient ces deux Princes
; c'eftoit celuy de Lanthiery
, du Régiment de Saxe
Lavembourg. On vit ce
qu'on n'avoit encore jamais
veu dans les Armées d'Allemagne
,
deux Princes du
Sang de France , qui ayant
A
278 MERCURE
+
refufé tous les Commandemens
qu'on leur avoit
voulurent comofferts
,
battre comme fimples Volontaires
. Ils eftoient au
premier rang de cet Eſcadron
, qui eftoit à la teſte de
l'Armée ; ils avoient auprés
d'eux quelques- uns de leurs
Gentilshommes d'un cofté,
& de l'autre les Cavaliers
du Regiment où ils come
battoient , fi fiers de voir
ces deux Princes meflez par
my eux , qui les animoient
par leur exemple , que leurs
Officiers ravis de l'honneur
x
GALANT. 279
que recevoit leur Regiment,
& de voir tant de courage &
tant d'ardeur de combattre
dans le coeur de leurs Soldats
, dirent hautement ,
Quuee toute l'Armée Turque ne
feroit pas plierce feul Eſcadron.
Ils ne fe tromperent point ;
les Turcs tomberent fur cet
Efcadron jufques à trois fois,
avec cette fureur & ces cris
qui les rendent fi terribles ,
& ils le trouverent fi iné.
branlable , que la fermeté
de cette feule Troupe , qui
eftoit la premiere qu'ils rencontroient
, ne contribua
,
280 MERCURE
pas peu à les étonner, & à leur
faire prendre la fuite ; ce qui
caufa la déroute de leur Ármée.
Les deux Princes , quoy .
que leurs Gentilshommes
les euffent preffez de s'armer
de leurs Cuiraffes , à l'exemple
de tous les Generaux , &
de tous les Colonels de l'Empire,
eftoient en fimples Jufte-
au - corps, à la tefte de ces
Colonels tout cuiraffez , &
tout couverts de fer. Ils ef
fuyerent en cet eſtat tout le
feu du Canon & de la Mouf
queterie des Tucrs , & attendirent
leurs Sabres avec un
GALANT: 281
viſage qui raffuroit les moins
hardis. Les Turcs s'abandonnerent
entierement à la fuite
, aprés eftre venus deux ou
trois fois à la charge fans.
pouvoir rompre l'Armée
Chretienne
. On les pourfuivit
jufqu'au Marais qu'ils
pafferent en defordre , la viteffe
de leurs Chevaux les dérobant
aux Chreftiens. Le
Serafkier tâcha de les rallier
derriere le Marais , à la tefte
de ſon Camp , où une partie
fe remit en bataille , tandis
que les Generaux de l'Armée
victorieufe , qui avoit déja
Septembre 1685.
A a
282 MERCURE
pris tout le Canon , déliberoient
s'ils pourſuivroient
ce
avantage.Monfieur premier
Î'Electeur de Baviere paffa le
Marais , avec Meffieurs les
Princes & leurs Gentilshommes,
pour obferver la contenance
des Ennemis ; & le
peu d'affeurance & de fermeté
qu'ils leur remarquerent
, obligea Monfieur de
Baviere à faire paſſer l'aile
qu'il commandoit. Monfieur
le Prince Charles fit
la mefme chofe de fon cofté,
& les Ennemis épouvantez
prirent la fuite encore une
GALANT. 283
fois fans les attendre . Ils a--
bandonnerent leur Camp &
leur Bagage , & ſe fauverent
par trois chemins differens ,,
fi intimidez & fi troublez ,,
que les Janiffaires tuoient les
Spahis afin d'avoir leurs che
vaux ; de forte que les Turcs
n'ayant perdu que trois ou
quatre mille hommes dans ›
la premiere action , en per--
dirent encore beaucoup par
la terreur & le defordre . de :
leurs propres Troupes dans ›
cette feconde déroute. Aprésla
Bataille , Monfieur le Prin--
ce de Conty envoya Mr de
Aaij ;
284 MERCURE
la Chapelle Secretaire de fes
Commandemens
, porter cét
cinquante Ducats aux Cavaliers
de l'Eſcadron dans
lequel il avoit combattu , &
dix en particulier au Cavalier
qui s'eftoit trouvé à fon
cofté, Cette liberalité fut receuë
avec des marques de
joye & d'admiration, qui durerent
tout le refte du jour ,
& au bruit des Trompettes
& des Timbales. Les Generaux
& les Officiers affure,
rent ce Prince , que fon nom
feroit immortel dans les Archives
de l'Empire
, ou parGALANT:
285
my les choſes extraordinaires
qui fe font faites dans
cette derniere guerre , on
marqueroit comme la plus
grande , la refolution & la
valeur avec laquelle deux
Princes du Sang de France
avoient combattu contre les
Ennemis de la Foy.
J'ay oublié de vous dire,
Lors que
que que Monfieur l'Electeur
de Baviere eut fait
paffer le Marais à ſes Troupes
, elles fe trouverent fans
Grenadiers, parce qu'ils n'avoient
point eu ordre de fuivre.
Cela fut caufe que Mon286
MERCURE
fieur le Prince de la Rochefur-
Yon les alla querir , de
forte qu'il paffa & repaffa
deux fois le Marais, avec une
chaleur qui faifoit connoître
l'impatience que ce Prince
avoit de combattre. J'ajoûteray
une choſe dont aucune
Relation n'a parlé , &
qu'on affeure avec certitude;;
c'eſt que Monfieur l'Electeur
de Baviere & le Prince
Charles commandoient alternativement
l'Avant-garde,
& que ce dernier devant
la commander le jour que fe:
donna la Bataille , ce fut par :
GALANT 287
>
cette feule raiſon qu'il eut
l'Aile droite ce jour -là . Meffieurs
les Princes de Conty
& de la Roche -fur-Yon prévoyant
que l'Aile gauche
feroit la premiere attaquée,
refolurent d'y combattre avec
Monfieur l'Electeur de
Baviere , & la fuite fit voir
qu'ils en avoient jugé, comme
auroient pû faire les Capitaines
les plus experimentez
, puifque tout l'effort tomba
de ce cofté-là . Leur intrepidité
fait bien connoiſtre
qu'ils font nez de l'augufte
Sang de Bourbon, puifqu'ils
288 MERCURE
ont combattu fans eftre couverts
d'aucunes armes , &
qu'ils ont eu à cofté d'eux
les fimples Cavaliers du Regiment
où ils ont fait éclater
leur valeur ; ce qui marque
qu'ils n'ont voulu fe faire
diftinguer que par leur
courage , auquel ils doivent
toute la gloire qu'ils ont acquife
en cette perilleufe occafion.
Ils n'ont pas efté
moins admirez , par la maniere
dont ils ont vefcu à
l'Armée. Ils y ont toûjours
foûtenu avec éclat le Caractere
de Princes du Sang de
France
GALANT. 289
France ; & quand ils en font
partis , ils y ont fait des Prefens
qui font connoiftre que
la liberalité a toûjours eſté
une des vertus de Monfieur
le Prince de Conty.
Tant que ces deux Princes
ont efté à l'Armée , on
leur a rendu tous les honneurs
qu'on devoit à leur
naiffance & à leur merite
particulier. Avant que Monfieur
l'Electeur de Baviere
fuft arrivé , ils eftoient gardez
par des Troupes de l'Em..
pereur , dont il y avoit des
Sentinelles pofées autour de
Septembre 1685.
Bb
290 MERCURE
leurs Tentes ; & quand cet
Electeur fut au Camp , ces !
Princes ayant efté dans fon
Quartier , ils eurent la meſme
garde que luy , & des
Sentinelles de fes Gardes du
Corps . Jamais Volontaires
n'ont efté fi expoſez , & jamais
on n'a pouffé plus loin
l'intrepidité , & la refolution
d'acquerir cette veritable
gloire qui fait les Heros .
Vous en ferez convaincuë
,
quand vous aurez fceu qu'au
commencement de la Ĉampagne,
lesTurcs propoferent
de faire bonne guerre
, en
GALANT. 29r
gardant de part & d'autre
les prifonniers qu'on feroit ,
pour les échanger ; & que
les Allemans preffentant
les
avantages qu'ils devoient
remporter, &fiers par avance
des fuccés dont ils ſe croyoiét
affeurez
, répondirent
que
en fimm
comme ils ne vouloient aucun
quartier, ils n'en feroiết
point. Ainfi ces Princes ,
en combattant
ples Volontaires , étoient
prefque affeurez de perir , fi
Ies Chreftiens euffent eu du
defavantage , puifque rien
ne marquant leur naiſſance,
Bb ij
292 MERCURE
¡
on ne leur auroit point
fait de quartier dans un
temps où à peine l'auroiton
donné aux principaux
Chefs de l'Armée . Voilà
ce qui n'a point encore
efté fceu , & qui fait voir
que Meffieurs les Princes
de Conty & de la Rochefur
yon ont eſté animez
en ce Combat de ce Sang
guerrier , dont la gene
reufe & bouillante ardeur
a fait fi fouvent gagner
des Batailles.
·
Le gain de celle qui fut
donnée le feiziéme d'Aouft
GALANT. 293
dernier , avoit efté precedé
de pluſieurs avantages reinportez
par le Comte de Lef-
Jé prés du Pont d'Effex, dont
il brufla onze cens pas le 13.
du mefme mois . Il prit la
Ville d'Effex qu'il fit piller,
& il y trouva beaucoup de
vivres dont il avoit un befoin
extréme ; mais n'ayant
pû fe rendre Maistre du
Chaſteau , il ſe retira prefque
auffi-toft qu'on eut faccagé
la Ville. Le Pont d'Effex
eft un ouvrage fi confiderable
, & il en eft fi fouvent
parlé dans les Rela
Bb iij
294 MERCURE
tions des Guerres que les
Chrétiens ont contre les
Turcs , que je croy vous en
devoir dire quelque chofe.
On l'appelloit anciennemét
Murfa. C'eft où Conſtance,
Fils de l'Empereur Conſtantin,
défit le Tyran Magnence
J'an 359. Ce Pont eft le plus
beau de tous ceux qui foit en
ces quartiers là , & fur les
autres Rivieres. Il eſt baſty
en partie fur le Drave , & en
partie fur la Riviere de Femis
, qui fe débordent fouvent
l'une & l'autre . Il a environ
deux lieuës de long
GALANT. 295
II
y a cinq Tours baſties def
fus , & il eft tres- bien entretenu
', & foûtenu
par de
grands Arbres qui forment
fes Arches. Le Comte Ni
colas Serin fit abattre une
partie de ce Pont en 1664.
mais on y a fait depuis un
Pont de Bateaux
, un peu
plus bas que n'eftoit le
mier. Les Turcs n'ont pas
voulu le rebaftir dans la
mefme place , parce que les
Poutres qui le foûtenoient
& qui eftoient dans l'eau,
s'attacherent
fi fort aprés
que le feu fe fut éteint, qu'ils
Bb iiij
pre
296 MERCURE
auroient eu trop de peine à
les retirer. C'eft fur ce Pont
que paffent toutes les Armées
qui viennent en Hongrie
, & ce fut en cét endroit
que le malheureux Roy
Louis creut avoir arrefté les
Turcs qui marchoient fous
la conduite de Soliman en
1521.
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Résumé : Affaires d'Allemagne. [titre d'après la table]
En septembre 1685, la bataille de Neuhäusel opposa les troupes chrétiennes, dirigées par le Prince Charles de Lorraine, aux forces turques assiégeant Gran (Esztergom). Le Prince Charles, après avoir laissé une partie de ses troupes devant Neuhäusel, avança vers Gran avec 35 000 hommes. Les Turcs, estimés entre 50 000 et 60 000, levèrent le siège et se positionnèrent près du Danube et des montagnes. Après des escarmouches favorables aux chrétiens, les Turcs attaquèrent mais furent repoussés par l'aile gauche commandée par l'Électeur de Bavière. Le lendemain, malgré un brouillard initial, les deux armées s'affrontèrent. Les Turcs lancèrent plusieurs attaques contre l'escadron de Lanthiery, mais furent repoussés par la résistance chrétienne. Les princes français, dépourvus de cuirasses, montrèrent un grand courage. Après plusieurs charges infructueuses, les Turcs prirent la fuite, abandonnant leur camp et leurs bagages. Les généraux chrétiens, observant les ennemis, provoquèrent leur déroute. La bataille causa des pertes significatives parmi les Turcs. Les princes français furent récompensés pour leur bravoure. Les Turcs proposèrent d'échanger les prisonniers, mais les Allemands refusèrent, préférant exploiter leurs avantages. Avant cette bataille, le comte de Lestrange avait pris la ville d'Essex, mais n'avait pu s'emparer du château. Le Pont d'Essex, stratégique pour les armées se rendant en Hongrie, fut le théâtre de divers affrontements historiques.
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379
p. 296-298
Réjoüissances faites à Angers. [titre d'après la table]
Début :
Tous les avantages qui ont esté remportez sur les Troupes [...]
Mots clefs :
Troupes ottomanes, Chrétiens, Fêtes, Angers, Feux d'artifice, Harmonie
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texteReconnaissance textuelle : Réjoüissances faites à Angers. [titre d'après la table]
Tous les avantages qui
ont efté
remportez ſur les
Troupes Ottomanes , ayant
caufé beaucoup de réjouiffances
genérales parmy les
Chrétiens ont fait faire
quantité de Festes particu
酒
GALANT 297
fieres. Celles qui ont le plus
éclaté ont efté faites à Angers
par quinze ou feize
Gentilhommes Allemands ,
du nombre defquels font
M le Comte de Truchfes,
& Mrs les Barons de Mege
rii , de Sonau , de Guimenyh
& de Hock. Ils ont fait bril
ler des illuminations , rem→
plir l'air d'artifice , fait entendre
des Salves & des
Concerts guerriers , & d'autres
dont l'harmonie eft plus
douce. Les grands repas
1.
n'ont point efté épargnez,
& ils y ont paru veritables
298 MERCURE
Allemands. Enfin ils n'ont
rien oublié pour marquer
leur joye , & l'on pourroit
dire qu'ils ont efté au de là
de tout ce que des Particu
liers peuvent faire en de pareilles
occafions.
ont efté
remportez ſur les
Troupes Ottomanes , ayant
caufé beaucoup de réjouiffances
genérales parmy les
Chrétiens ont fait faire
quantité de Festes particu
酒
GALANT 297
fieres. Celles qui ont le plus
éclaté ont efté faites à Angers
par quinze ou feize
Gentilhommes Allemands ,
du nombre defquels font
M le Comte de Truchfes,
& Mrs les Barons de Mege
rii , de Sonau , de Guimenyh
& de Hock. Ils ont fait bril
ler des illuminations , rem→
plir l'air d'artifice , fait entendre
des Salves & des
Concerts guerriers , & d'autres
dont l'harmonie eft plus
douce. Les grands repas
1.
n'ont point efté épargnez,
& ils y ont paru veritables
298 MERCURE
Allemands. Enfin ils n'ont
rien oublié pour marquer
leur joye , & l'on pourroit
dire qu'ils ont efté au de là
de tout ce que des Particu
liers peuvent faire en de pareilles
occafions.
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Résumé : Réjoüissances faites à Angers. [titre d'après la table]
Les gentilshommes allemands ont célébré leurs victoires sur les troupes ottomanes avec des fêtes somptueuses à Angers. Parmi eux figuraient le Comte de Truchsef et les Barons de Megeri, de Sonau, de Guimenyh et de Hock. Les festivités incluaient illuminations, feux d'artifice, salves de canons, concerts et grands repas, où ils ont affirmé leur identité allemande.
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380
p. 305-307
Charge de grand Maistre de l'Artillerie donnée à Mr le Maréchal de Humieres. [titre d'après la table]
Début :
La Charge de Grand Maistre de l'Artillerie que possedoit feu [...]
Mots clefs :
Charge, Grand maître de l'artillerie, Campagnes militaires, Batailles, Duc, Nomination
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texteReconnaissance textuelle : Charge de grand Maistre de l'Artillerie donnée à Mr le Maréchal de Humieres. [titre d'après la table]
La Charge de Grand
Maiftre de l'Artillerie que
poffedoit feu M le Duc du
Lude , a efté donnée à M¹ le
Maréchal de Humieres. I a
plû au Roy de reconnoiftre
par là les grands fervices qu'ill
Septembre 1685 .
C.c
306 MERCURE
•
luy a rendus en beaucoup de
Campagnes qu'il a faites ,
pendant lefquelles il s'eft
trouvé à plufieurs Batailles ,
& à la priſe de diverſes Places.
Sa Majefté le fit Lieutenant
Genéral de fes Armées
en 1657. & Maréchal de France
en 1668. Cette Charge de
Grand Maistre de l'Artillerie
, fut érigée en Charge de
la Couronne au mois de
Movembre 1599. en faveur
de Mr de Bethune , Duc de
Sully , Pair & Maréchal de
France. Ceux qui l'ont poffedée
auparavant n'eftoient
GALANT. 307
appellez que Maiftres de
L'Artillerie du Roy. Il y en
a eu vingt- neuf , & neuf qui
l'ont exercée par Commif
fion. Mr le Maréchal de
Humieres eft le fixiéme qui
ait eu la qualité de Grand
Maiftre. Entre ces fix, deux
Maréchaux de France l'ont
exercée par Commiſſion.
Ce font Mrs les Maréchaux
de Schomberg , & Deffiat .
Maiftre de l'Artillerie que
poffedoit feu M le Duc du
Lude , a efté donnée à M¹ le
Maréchal de Humieres. I a
plû au Roy de reconnoiftre
par là les grands fervices qu'ill
Septembre 1685 .
C.c
306 MERCURE
•
luy a rendus en beaucoup de
Campagnes qu'il a faites ,
pendant lefquelles il s'eft
trouvé à plufieurs Batailles ,
& à la priſe de diverſes Places.
Sa Majefté le fit Lieutenant
Genéral de fes Armées
en 1657. & Maréchal de France
en 1668. Cette Charge de
Grand Maistre de l'Artillerie
, fut érigée en Charge de
la Couronne au mois de
Movembre 1599. en faveur
de Mr de Bethune , Duc de
Sully , Pair & Maréchal de
France. Ceux qui l'ont poffedée
auparavant n'eftoient
GALANT. 307
appellez que Maiftres de
L'Artillerie du Roy. Il y en
a eu vingt- neuf , & neuf qui
l'ont exercée par Commif
fion. Mr le Maréchal de
Humieres eft le fixiéme qui
ait eu la qualité de Grand
Maiftre. Entre ces fix, deux
Maréchaux de France l'ont
exercée par Commiſſion.
Ce font Mrs les Maréchaux
de Schomberg , & Deffiat .
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Résumé : Charge de grand Maistre de l'Artillerie donnée à Mr le Maréchal de Humieres. [titre d'après la table]
En septembre 1685, la charge de Grand Maître de l'Artillerie a été confiée au Maréchal de Humières, succédant ainsi au Duc du Lude. Cette nomination royale récompensait les services distingués de Humières lors de diverses campagnes militaires, batailles et prises de places fortes. Le roi l'avait déjà honoré en le nommant Lieutenant Général de ses armées en 1657 et Maréchal de France en 1668. La charge de Grand Maître de l'Artillerie avait été instituée en novembre 1599 pour Monsieur de Béthune, Duc de Sully, Pair et Maréchal de France. Avant cette date, les titulaires étaient désignés comme Maîtres de l'Artillerie du Roi. Il y a eu vingt-neuf Maîtres de l'Artillerie, dont neuf ont exercé par commission. Humières est le sixième à porter le titre de Grand Maître. Parmi les précédents titulaires, deux Maréchaux de France, Schomberg et Dessiat, avaient exercé cette fonction par commission.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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381
p. 307-308
Gouvernement de S. Germain en Laye, donné à Mr le Marquis de Montchevreil. [titre d'après la table]
Début :
Le Gouvernement du Chasteau de Saint Germain en Laye, que possedoit [...]
Mots clefs :
Gouvernement, Saint-Germain, Duc de Lude, Gouvernement, Colonel
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texteReconnaissance textuelle : Gouvernement de S. Germain en Laye, donné à Mr le Marquis de Montchevreil. [titre d'après la table]
Le Gouvernement dur
Chafteau de Saint Germain
en Laye , que poffedoit auffi
feu M le Duc du Lude,,
avoit efté donné quelques
Cc ij
308 MERCURE
jours auparavant à Mỹ de
Mornay Marquis de Monts
chevreuil , Gouverneur de
M' le Duc du Maine , & en !
fuite de M le Comte de
Vermandois , avec la furvi.
vance pour M' le Comte de
Mornay fon Fils , Colonel
du Regiment de Bearn. Il
époufa quelques jours aprés
Mademoiſelle
de Coetquent
, Niece du Marquis
de ce nom .
Chafteau de Saint Germain
en Laye , que poffedoit auffi
feu M le Duc du Lude,,
avoit efté donné quelques
Cc ij
308 MERCURE
jours auparavant à Mỹ de
Mornay Marquis de Monts
chevreuil , Gouverneur de
M' le Duc du Maine , & en !
fuite de M le Comte de
Vermandois , avec la furvi.
vance pour M' le Comte de
Mornay fon Fils , Colonel
du Regiment de Bearn. Il
époufa quelques jours aprés
Mademoiſelle
de Coetquent
, Niece du Marquis
de ce nom .
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382
p. 309-317
Nouvelles de Coron. [titre d'après la table]
Début :
Les nouvelles publiques vous ont informée des avantages que [...]
Mots clefs :
Coron, Armée vénitienne, Assaut, Escarmouche, Attaque, Corsaires, Étendard, Victoire, Turcs
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Coron. [titre d'après la table]
Les nouvelles publiques
vous ont informée des avantages
que l'Armée Venitienne
baremportez
fur les
Turcs , par la priſe de Coron
dans la Morée . Voicy
ce qui a efté traduit fur un
imprimé de Veniſe.
310 MERCURE
de
Les Lettres du Generaliffime
Morofini écrites le 10. d'Aouft ,
portent que les Affiegez ſe défendoient
obftinement dans Corony
à la veuë de plus de dix mille
Turcs , qui s'étoient avancez
plufieurs endroits de la Morée ,
avec du Canon , & toute forte
d'apprefts , afin d'attaquer nos li
gnes. Les noftres au contraire ,
aprés un continuel travail dans
les Mines qu'ils avoient fait
jouer , n'eurent pas le fuccés qu'ils
avoient attendu de la principale ,
ce qui empefcha de donner l'Affaut.
Dans ce mefme temps , les
Turcs firent une vigoureufe irGALANT
311
ruption fur une Redoute avancée
des noftres ; mais un Corps de gens
de delà les Monts , y eftant ac
couru , & une forte Efcarmouche
s'eftantfaite , nos Dragons y furvinrent
avec le Bataillon des
Maltois , commandé par le Com
mandeur de la Tour ; de forte
qu'aprés trois heures de combat ,
le pofte fut recouvrépar les nôtres
avec grand carnage des
>
Turcs , & le gain gain de
17 Etendards
, à la veuë des Affiegez ;
les Turcs attaquerent encore plu
fieurs fois nos Lignes de divers
coftez, & furent repouſſez avec
vigueur dans ces diverfes atta
ques.
312 MERCURE
›
Le matin du 7. le Genera
liffine refolut de donner une fauffe
alarme pourfurprendre les Ent
nemis dans la confufion. Ainfi
ayant ramaẞé un Corps de quin-
Ze cens tant Mariniers
Francs que Corfaires , que
fit paffer fecretement pendant la
nuit aux flancs de l'Ennemy ,
aprés avoir fait voler un peu.
de poudre , au fignal de laquelle
tous les Chefs devoient fairefeu,
que
l'on
le mouvement
concerté
de bruit
>
que
par
impréveu , accompagné de tant
dans le fommeil & tous en del'on
fir , bien
les nostres , fut fi
les Turcs furpris
fordre,
GALANT. 313
fordre , prirent auffitoft la fuite,
abandonnant toutes les provifions
qu'ils avoient en abondance pour
la fubfiftance de l'Armée , beaucoup
de munitions de guerre , &
un tres-riche bagage , fix groffes
pieces de Canon de Bronze, plufieurs
Chevaux , Armes , &
mefme l'Etendard Royal orné
faftuenfement de Queues ordinai
res de Cheval. La perte
tres n'a pú eftre plus legere. Ainfi
unfuccés fi important animant le
courage des Affiegeans , on s'ap.
plique par toutesfortes de moyens
àla conqueste de la Place, dont on
donne de tres-grandes esperances.
Dd
Septembre 1685.
des nô314
MERCURE
Je vous envoye la Figure
de l'Etendard dont il eft parlé
dans cette Lettre. Cette
Victoire fut fuivie quatre
jours aprés de la priſe de Coron.
Les Turcs avoient arboré
un Drapeau blanc, pour
demander à capituler ; mais
pendant qu'on envoyoit des
Oftages de part & d'autre
un Turc ayant mis le feu à
un Canon chargé de Cartouches
, qui tua quelques
Soldats , les Affiegeans furent
tellement perfuadez ,
que le Commandant ne les
avoit amufez que pour les
GALANT
315
faire perir, qu'ils donnerent
dans les retranchemens avec
vigueur, & en peu de temps
fe rendirent maiftres de la
Place. Les Soldats n'ayant
pû eftre retenus par les Officiers
, tuerent plus de trois
mille Turcs , & n'épargnerent
ny âge ny fexe.
Coron , appellée par les
Anciens , Corone , eft dans
la Morée , à douze milles de
Modon, vers le Cap Maina,
autrement Bravio de Maina.
C'eſt une Ville marchande
à caufe de fa fituation , elle
a un Port capable de rece-
Dd ij
316 MERCURE
voir plufieurs Vaiſſeaux , elle
a la Mer d'un cofté , & du
cofté de terre un Mur fortifié
de fix Tours à l'antique,
Les Grecs & les Juifs demeu
rent dans la Baffe Ville , &
les Turcs dans un Chafteau
qui eft la Ville Haute. Les
Venitiens en ont efté les
Maiftres dans le quinziéme
Siecle. Bajazet Empereur
des Turcs la prit fur eux,
auffi bien que la Ville de
Modon en 1499. Le Prince
Doria Genois, qui comman
doit l'Armée Navale des Ef
pagnols , la prit fur les Turcs
GALANT. 317
pour Com- en 1533. il y laiffa
mandant
Mendoza
, avec
quelques
Efpagnols
, qui l'abandonnerent
aux Turcs
peu d'années
aprés . Ceuxcy
connoiffant
l'importan
ce de cette Place , la repri
rent , & elle eftoit demeu
rée depuis ce temps là entre
leurs mains.
vous ont informée des avantages
que l'Armée Venitienne
baremportez
fur les
Turcs , par la priſe de Coron
dans la Morée . Voicy
ce qui a efté traduit fur un
imprimé de Veniſe.
310 MERCURE
de
Les Lettres du Generaliffime
Morofini écrites le 10. d'Aouft ,
portent que les Affiegez ſe défendoient
obftinement dans Corony
à la veuë de plus de dix mille
Turcs , qui s'étoient avancez
plufieurs endroits de la Morée ,
avec du Canon , & toute forte
d'apprefts , afin d'attaquer nos li
gnes. Les noftres au contraire ,
aprés un continuel travail dans
les Mines qu'ils avoient fait
jouer , n'eurent pas le fuccés qu'ils
avoient attendu de la principale ,
ce qui empefcha de donner l'Affaut.
Dans ce mefme temps , les
Turcs firent une vigoureufe irGALANT
311
ruption fur une Redoute avancée
des noftres ; mais un Corps de gens
de delà les Monts , y eftant ac
couru , & une forte Efcarmouche
s'eftantfaite , nos Dragons y furvinrent
avec le Bataillon des
Maltois , commandé par le Com
mandeur de la Tour ; de forte
qu'aprés trois heures de combat ,
le pofte fut recouvrépar les nôtres
avec grand carnage des
>
Turcs , & le gain gain de
17 Etendards
, à la veuë des Affiegez ;
les Turcs attaquerent encore plu
fieurs fois nos Lignes de divers
coftez, & furent repouſſez avec
vigueur dans ces diverfes atta
ques.
312 MERCURE
›
Le matin du 7. le Genera
liffine refolut de donner une fauffe
alarme pourfurprendre les Ent
nemis dans la confufion. Ainfi
ayant ramaẞé un Corps de quin-
Ze cens tant Mariniers
Francs que Corfaires , que
fit paffer fecretement pendant la
nuit aux flancs de l'Ennemy ,
aprés avoir fait voler un peu.
de poudre , au fignal de laquelle
tous les Chefs devoient fairefeu,
que
l'on
le mouvement
concerté
de bruit
>
que
par
impréveu , accompagné de tant
dans le fommeil & tous en del'on
fir , bien
les nostres , fut fi
les Turcs furpris
fordre,
GALANT. 313
fordre , prirent auffitoft la fuite,
abandonnant toutes les provifions
qu'ils avoient en abondance pour
la fubfiftance de l'Armée , beaucoup
de munitions de guerre , &
un tres-riche bagage , fix groffes
pieces de Canon de Bronze, plufieurs
Chevaux , Armes , &
mefme l'Etendard Royal orné
faftuenfement de Queues ordinai
res de Cheval. La perte
tres n'a pú eftre plus legere. Ainfi
unfuccés fi important animant le
courage des Affiegeans , on s'ap.
plique par toutesfortes de moyens
àla conqueste de la Place, dont on
donne de tres-grandes esperances.
Dd
Septembre 1685.
des nô314
MERCURE
Je vous envoye la Figure
de l'Etendard dont il eft parlé
dans cette Lettre. Cette
Victoire fut fuivie quatre
jours aprés de la priſe de Coron.
Les Turcs avoient arboré
un Drapeau blanc, pour
demander à capituler ; mais
pendant qu'on envoyoit des
Oftages de part & d'autre
un Turc ayant mis le feu à
un Canon chargé de Cartouches
, qui tua quelques
Soldats , les Affiegeans furent
tellement perfuadez ,
que le Commandant ne les
avoit amufez que pour les
GALANT
315
faire perir, qu'ils donnerent
dans les retranchemens avec
vigueur, & en peu de temps
fe rendirent maiftres de la
Place. Les Soldats n'ayant
pû eftre retenus par les Officiers
, tuerent plus de trois
mille Turcs , & n'épargnerent
ny âge ny fexe.
Coron , appellée par les
Anciens , Corone , eft dans
la Morée , à douze milles de
Modon, vers le Cap Maina,
autrement Bravio de Maina.
C'eſt une Ville marchande
à caufe de fa fituation , elle
a un Port capable de rece-
Dd ij
316 MERCURE
voir plufieurs Vaiſſeaux , elle
a la Mer d'un cofté , & du
cofté de terre un Mur fortifié
de fix Tours à l'antique,
Les Grecs & les Juifs demeu
rent dans la Baffe Ville , &
les Turcs dans un Chafteau
qui eft la Ville Haute. Les
Venitiens en ont efté les
Maiftres dans le quinziéme
Siecle. Bajazet Empereur
des Turcs la prit fur eux,
auffi bien que la Ville de
Modon en 1499. Le Prince
Doria Genois, qui comman
doit l'Armée Navale des Ef
pagnols , la prit fur les Turcs
GALANT. 317
pour Com- en 1533. il y laiffa
mandant
Mendoza
, avec
quelques
Efpagnols
, qui l'abandonnerent
aux Turcs
peu d'années
aprés . Ceuxcy
connoiffant
l'importan
ce de cette Place , la repri
rent , & elle eftoit demeu
rée depuis ce temps là entre
leurs mains.
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Résumé : Nouvelles de Coron. [titre d'après la table]
Le texte décrit les événements militaires entre l'Armée Venitienne et les Turcs à Coron, en Morée, en 1685. Les lettres du généralissime Francesco Morosini datées du 10 août 1685 relatent la résistance des assiégés de Coron face à plus de dix mille Turcs équipés de canons et d'autres armes. Après des tentatives de sape infructueuses, les Vénitiens repoussèrent une attaque turque sur une redoute avancée, récupérant 17 étendards après trois heures de combat. Les Turcs lancèrent plusieurs assauts sur les lignes vénitiennes, tous repoussés avec vigueur. Le 7 septembre, Morosini organisa une fausse alarme pour surprendre les Turcs. Les Vénitiens, soutenus par des marins francs et des corsaires, attaquèrent les Turcs endormis, provoquant leur fuite et capturant des provisions, munitions, bagages, canons, chevaux, armes et l'étendard royal turc. Quatre jours plus tard, les Turcs demandèrent à capituler sous un drapeau blanc, mais un incident déclencha une attaque des assiégés qui prirent le contrôle de la place, tuant plus de trois mille Turcs sans distinction d'âge ou de sexe. Coron, anciennement Corone, est une ville marchande située en Morée, près du Cap Maina. Elle possède un port capable d'accueillir plusieurs vaisseaux et est protégée par un mur fortifié. Les Grecs et les Juifs habitent la basse ville, tandis que les Turcs occupent le château. Historiquement, les Vénitiens en ont été les maîtres au quinzième siècle, mais Bajazet la reprit en 1499. En 1533, le prince Doria la reconquit pour les Espagnols, mais elle revint rapidement aux Turcs.
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383
p. 317-318
Voyage du Roy à Chambor, & retour à Fontainebleau. [titre d'après la table]
Début :
Je ne vous fait point de détail de ce qui s'est passé [...]
Mots clefs :
Chambord, Chasse, Affaires, Comédie, Fontainebleau, Divertissement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Voyage du Roy à Chambor, & retour à Fontainebleau. [titre d'après la table]
Je ne vous fais point de
détail de ce qui s'eft paffé à
Chambor. Comme ce Pays
eft un lieu de Chaffe , &
qu'on y va pour prendre
ce divertiffement , vous devez
eftre perfuadée qu'on
"
Dd iij
318 MERCURE
y a fouvent goûté ce plaifir.
C'eft un de ceux que Sa
Sa Ma.
jeſté a pris pour ſe délaffer
de la grande application
avec laquelle Elle fe donne
aux Affaires. Il y a eu Comedie
plufieurs fois , & rien n'a
eſté fi magnifique , que les
Tables du Roy où toute la
Cour a mangé. Elle eſt
de retour à Fontainebleau ,
où Elle prendra de nouveaux
Divertiſſemens , il y a
déja quelque temps qu'on y
travaille.
détail de ce qui s'eft paffé à
Chambor. Comme ce Pays
eft un lieu de Chaffe , &
qu'on y va pour prendre
ce divertiffement , vous devez
eftre perfuadée qu'on
"
Dd iij
318 MERCURE
y a fouvent goûté ce plaifir.
C'eft un de ceux que Sa
Sa Ma.
jeſté a pris pour ſe délaffer
de la grande application
avec laquelle Elle fe donne
aux Affaires. Il y a eu Comedie
plufieurs fois , & rien n'a
eſté fi magnifique , que les
Tables du Roy où toute la
Cour a mangé. Elle eſt
de retour à Fontainebleau ,
où Elle prendra de nouveaux
Divertiſſemens , il y a
déja quelque temps qu'on y
travaille.
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Résumé : Voyage du Roy à Chambor, & retour à Fontainebleau. [titre d'après la table]
Le texte relate une visite à Chambord, un site de chasse apprécié du roi pour ses divertissements et sa détente après ses obligations. Des spectacles et des repas somptueux y ont été organisés pour la cour. Celle-ci est maintenant revenue à Fontainebleau, où de nouveaux divertissements sont prévus. Les préparatifs sont en cours depuis quelque temps.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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384
p. 2-5
Statuë du Roy élevée à Ruel. [titre d'après la table]
Début :
On ne doit pas s'étonner aprés cela, si l'on n'entend [...]
Mots clefs :
Statue, Gloire, Roi, Ruel, Fête, Extraordinaire, Cheval, Proportions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Statuë du Roy élevée à Ruel. [titre d'après la table]
On ne doit pas
s'étonner après cela si l'on
n'entend plus parler de tous
costez que de Statuës que
l'on élevéàsagloire. Le zele
de Mr; le Duc de Richelieu
'sest, fait distinguer par un
dessein de cette nature., Il
s'attendoit d'avoir l'honneur
de recevoir le Roy à Ruel;
maiscomme le plus agreable
Regale de cette Festedevoit
estre laReprésentation de ce
grand Prince, & qu'il falloit
du tempspour transporter &
mettre en estat une Figure
d'un caractere le plus extra-
=
ordinaire qui ait jamais esté, le départ de Sa Majesté pour
-Chambor
, a rompu toutes
> lesmesures dece Duc.
Le Roy est monté sur um
Cheval, qui passe au jugement
des plus sçavans dans
toutes [es proportions ôedans
son action, celuy du Pontneuf,
& celuy de la Place
Royale. Quoy que ce ne foit
qu'unModelle,on connoîtce
qu'il fera quand on l'aura mis
enBronze,comme MrleDuc
de Richelieu a dessein de l'y
faire jetter ; mais ce qui ne.
s'est point encore vu qu'en
cette Figure, c'est que de
quelque coste qu'on la regarde,
on reconnoistlagrandeur
& la fyja.eité de celuy.
qu'elle represente.
s'étonner après cela si l'on
n'entend plus parler de tous
costez que de Statuës que
l'on élevéàsagloire. Le zele
de Mr; le Duc de Richelieu
'sest, fait distinguer par un
dessein de cette nature., Il
s'attendoit d'avoir l'honneur
de recevoir le Roy à Ruel;
maiscomme le plus agreable
Regale de cette Festedevoit
estre laReprésentation de ce
grand Prince, & qu'il falloit
du tempspour transporter &
mettre en estat une Figure
d'un caractere le plus extra-
=
ordinaire qui ait jamais esté, le départ de Sa Majesté pour
-Chambor
, a rompu toutes
> lesmesures dece Duc.
Le Roy est monté sur um
Cheval, qui passe au jugement
des plus sçavans dans
toutes [es proportions ôedans
son action, celuy du Pontneuf,
& celuy de la Place
Royale. Quoy que ce ne foit
qu'unModelle,on connoîtce
qu'il fera quand on l'aura mis
enBronze,comme MrleDuc
de Richelieu a dessein de l'y
faire jetter ; mais ce qui ne.
s'est point encore vu qu'en
cette Figure, c'est que de
quelque coste qu'on la regarde,
on reconnoistlagrandeur
& la fyja.eité de celuy.
qu'elle represente.
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Résumé : Statuë du Roy élevée à Ruel. [titre d'après la table]
Le Duc de Richelieu avait prévu d'ériger une statue à la gloire du roi lors de sa visite à Rueil. Cependant, ce projet a été interrompu par le départ du roi pour Chambord. La statue, encore au stade de modèle, représente le roi à cheval, monture jugée exceptionnelle par les experts. Ce modèle doit être fondu en bronze. La particularité de cette statue réside dans sa conception, qui met en valeur la grandeur et la majesté du roi, indépendamment de l'angle de vision.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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385
p. 5-11
Inscriptions qui sont autour de cette Statuë. [titre d'après la table]
Début :
C'est ce qui est tres-bien exprimé dans ce Sonnet écrit [...]
Mots clefs :
Sonnet, Louis, Triomphe, Guerres, Foudre, Audace, Inscriptions, Latin, Auguste conquérant, Statue équestre, Madrigal, Grotte, Piédestal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Inscriptions qui sont autour de cette Statuë. [titre d'après la table]
exprimé dans
ce Sonnet écrit en lettres d'or,
dans un des costez du Pieddestail.
T, L OZJIs triomphant de
i'Ibtre hautain,
ChajjÓit de ton coftcz, fis Troupes fitgitivess
Tel,U Meuse & le Rhin le virent sur leurs Rives
Terrajfir le Batave, & dompter le
Germain.
- CD
De fin Image encor le regardplu*
qu'humain
Semble annoncer la guerre à ces AInn
craintives,
Les traits enfimJîfers,lesmenaces
-bon croit la Fondre presle à partir
1
- 'Il,
desa main.
De lAigle dr du Lion laudace reprimée
,
Asonjoug maintenant feroit accoû.
tumée,
Il en eut vu fin charpompeusement trai-fréi
MaisarrefiantluyJctd le cours desi
Victoire,
A ne les pM détruire il trouve plu*
de gloire,
Et d'un plut beau Laurierson Front
est couronné.
L'Inscriptionquiest dans
le costé opposé, est conceue
en ces termes. Vos Amies me
pardonneront, si en cette oc1
sion j'employe une Langue
qui ne leur est pas connuë.
Ce qui regarde la gloire du
Roy ne se doit point affoiblir,
& il n'y a guere d'Inscriptions
qui eussent la force
de l'Original, si elles estoient
traduites.
LUDOVICOMAGNO
LUDOVICI JUSTI FiLlo
, LUDOVICI
SANCTI ABNEPOTI, REGUMMAXIMO,
QJJO HOSTIBUS D TERRA MARIQUE DFC.
BELLATIS,
IMPERII FINES LONGE-PROBUXIT : PROFLIGATA
RELIGIONEM HÆRESI,
REIP. UBI^IIE RESTITUIT • GENUENSI LEGES; P~ATM.
AFRICA PÆNAS;
PACEM ÀRMATÆ EUROPÆ;
MODUM VICTORIA SUÆ
IMPOSUIT. -
FILIO, NURU, NEPOTIBUS TER FELICI.
SEMPER AUGUSTO,
VERE CHRISTIANISSIMO.
ARMANDUS RICHELII DUX,
ARMANDI CARDINALIS HERES<,
ET Ejus PRO GLORIA PRINCIPIS
ÆMULATOR,
FIDEI, OBSEQUII, AMORIS PEItENNJMONUMENTUM
VENERABUNDUS POSHIT.
- ANNO M. DC. LXXXV.
Les deux autres costez
font comme des Tables d'attente
;
aussi-bien l'on croit
n'avoir encore vu que la moitié
des. merveilles quttfait. çfperer
cet Auguste Conquerant.
Il y a de plus une chose
à remarquer dans cette Figure
Equestre,qui est d'un poids
excessif; c'est que le Cheval
n'estappuyé que sur les deux
pieds de derriere
, que ceux
de devant sont en l'air,& que
par une surprenante invention
du Sculpteur, l'équilibre
en est si juste, que d'un
doigt feulement on le fait
mouvoir. On ne peut voir ce
bel Ouvrage, sans donner à
Mr Gobert, qui en est l'Autheur,
les Eloges qu'il mérite.
Aussi MrleDuc de Richelieu
ayant menédisner à Rüel
quelques Personnes de qualité,
on trouva ce Madrigal
attaché à la Porte qui conduitàla
Grotte, ssir laquelle
cette Figure est élevée. Or..OtU, qu'undeifrcurieux
lment dans ces Lieux,
£uidéUffoient Armand defis pro-
,_ fondes veillesi
Apprenti en vlJtfnt de si rares mer. veilles,
^uesiLOVIS LE GRAND charme
voUrcregard
Parfionadmirablefigure,
Un ch,fd'oeavre de U Nature,
Ne dem*nd$it paé moins qnun Chefdoeuvre
de l'Art.
Le Sonnet que l'on a écrit
en lettres d'or ,
sur l'undes
costez du Pied-destal, estde
Mr le Clerc de l'Academie
Françoise; l'Inscription, du
Pere Comire Jesuite,dont les
Ouvrages sont si estimez, &
ce Madrigal,de M. Vignier.
ce Sonnet écrit en lettres d'or,
dans un des costez du Pieddestail.
T, L OZJIs triomphant de
i'Ibtre hautain,
ChajjÓit de ton coftcz, fis Troupes fitgitivess
Tel,U Meuse & le Rhin le virent sur leurs Rives
Terrajfir le Batave, & dompter le
Germain.
- CD
De fin Image encor le regardplu*
qu'humain
Semble annoncer la guerre à ces AInn
craintives,
Les traits enfimJîfers,lesmenaces
-bon croit la Fondre presle à partir
1
- 'Il,
desa main.
De lAigle dr du Lion laudace reprimée
,
Asonjoug maintenant feroit accoû.
tumée,
Il en eut vu fin charpompeusement trai-fréi
MaisarrefiantluyJctd le cours desi
Victoire,
A ne les pM détruire il trouve plu*
de gloire,
Et d'un plut beau Laurierson Front
est couronné.
L'Inscriptionquiest dans
le costé opposé, est conceue
en ces termes. Vos Amies me
pardonneront, si en cette oc1
sion j'employe une Langue
qui ne leur est pas connuë.
Ce qui regarde la gloire du
Roy ne se doit point affoiblir,
& il n'y a guere d'Inscriptions
qui eussent la force
de l'Original, si elles estoient
traduites.
LUDOVICOMAGNO
LUDOVICI JUSTI FiLlo
, LUDOVICI
SANCTI ABNEPOTI, REGUMMAXIMO,
QJJO HOSTIBUS D TERRA MARIQUE DFC.
BELLATIS,
IMPERII FINES LONGE-PROBUXIT : PROFLIGATA
RELIGIONEM HÆRESI,
REIP. UBI^IIE RESTITUIT • GENUENSI LEGES; P~ATM.
AFRICA PÆNAS;
PACEM ÀRMATÆ EUROPÆ;
MODUM VICTORIA SUÆ
IMPOSUIT. -
FILIO, NURU, NEPOTIBUS TER FELICI.
SEMPER AUGUSTO,
VERE CHRISTIANISSIMO.
ARMANDUS RICHELII DUX,
ARMANDI CARDINALIS HERES<,
ET Ejus PRO GLORIA PRINCIPIS
ÆMULATOR,
FIDEI, OBSEQUII, AMORIS PEItENNJMONUMENTUM
VENERABUNDUS POSHIT.
- ANNO M. DC. LXXXV.
Les deux autres costez
font comme des Tables d'attente
;
aussi-bien l'on croit
n'avoir encore vu que la moitié
des. merveilles quttfait. çfperer
cet Auguste Conquerant.
Il y a de plus une chose
à remarquer dans cette Figure
Equestre,qui est d'un poids
excessif; c'est que le Cheval
n'estappuyé que sur les deux
pieds de derriere
, que ceux
de devant sont en l'air,& que
par une surprenante invention
du Sculpteur, l'équilibre
en est si juste, que d'un
doigt feulement on le fait
mouvoir. On ne peut voir ce
bel Ouvrage, sans donner à
Mr Gobert, qui en est l'Autheur,
les Eloges qu'il mérite.
Aussi MrleDuc de Richelieu
ayant menédisner à Rüel
quelques Personnes de qualité,
on trouva ce Madrigal
attaché à la Porte qui conduitàla
Grotte, ssir laquelle
cette Figure est élevée. Or..OtU, qu'undeifrcurieux
lment dans ces Lieux,
£uidéUffoient Armand defis pro-
,_ fondes veillesi
Apprenti en vlJtfnt de si rares mer. veilles,
^uesiLOVIS LE GRAND charme
voUrcregard
Parfionadmirablefigure,
Un ch,fd'oeavre de U Nature,
Ne dem*nd$it paé moins qnun Chefdoeuvre
de l'Art.
Le Sonnet que l'on a écrit
en lettres d'or ,
sur l'undes
costez du Pied-destal, estde
Mr le Clerc de l'Academie
Françoise; l'Inscription, du
Pere Comire Jesuite,dont les
Ouvrages sont si estimez, &
ce Madrigal,de M. Vignier.
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Résumé : Inscriptions qui sont autour de cette Statuë. [titre d'après la table]
Le texte présente une statue équestre dédiée à Louis XIV, située au Pied-destal. Un sonnet en lettres d'or, écrit par un académicien, célèbre les victoires militaires du roi sur le Rhin et sa domination sur les Bataves et les Germains. Une inscription latine, rédigée par un jésuite, loue les conquêtes terrestres et maritimes de Louis XIV, sa défense de la religion contre l'hérésie et son rôle dans le rétablissement de la paix en Europe. La statue est notable pour son équilibre : le cheval est soutenu uniquement par ses pattes arrière, les pattes avant étant en l'air, une réalisation technique attribuée au sculpteur Gobert. Le duc de Richelieu, lors d'une visite à Ruell, découvrit un madrigal à la porte de la grotte abritant la statue, composé par M. Vignier, qui admire la figure équestre comme un chef-d'œuvre de l'art et de la nature.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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386
p. 13-32
Statuë du Roy élevée à Caën, & ses Inscriptions, avec le détail de toutes les Ceremonies qui se sont faites en cette occasion. [titre d'après la table]
Début :
La Ville de Caën n'a pas voulu estre des dernieres [...]
Mots clefs :
Caen, Statue, Sa Majesté, Prince, Gloire, Cérémonie, Instruments, Église, Université, Devises, Ornements, Magistrats, Opéra, Louanges, Figures, Inscriptions, Repas, Illuminations, Madrigal, Distique, Épigramme, Inscription antique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Statuë du Roy élevée à Caën, & ses Inscriptions, avec le détail de toutes les Ceremonies qui se sont faites en cette occasion. [titre d'après la table]
La Ville de Caën n'a pas voulu estre des dernieres à
marquer son zele, en faisant
élever une Statue à Sa Majesse.
Celas'estfait l'éclat avec tout & toutes les démonstrations
dejoye, qu'un Peuple
qui aime son Prince, &
qui est ardent pour sa gloire,
est capable de montrer.
Cette Statuë fut élevée le
5 de
Septembre dans la grande
Place de la Ville. On avoir
choisy ce jour, qui estoit ce..-
luy de la Naissance du Roy,
pour rendre cette Cérémonie
plus auguste. Dés le poinct
du jour les Trompettes, les
Tambours,&les Hautsbois,
lx. bien tost apres, le Carril-
Ion de toutes les Cloches, &
le. Canon du Château
, anoncerent
cette Feste qu'on
attendoit avec tant dJÜllPÍb
tience. L'ordre avoit esté
donné que les ruës fussent
nettes, & les Boutiques fermées
,
& l'on se rendit en
foule dans l'Eglise des Cordeliers.
Messieurs de l'Université
qui voulurent se Signaler
,
avoient élevé sur le
Frontispice du premier Portail
une Pyramide fort haute,
chargée de Devises & de
Trophées, avec le Portrait
du Roy environnéd'Emblémes
,
qui exprimoient les
principales Actions de Sa
Majesté. Ils avoient orné le
Choeur & la Ne*f des plus
belles Tapisseries. Les Abbayes
voisines qui sont grand nombre, en sont de leur
Corps, ainsi que les principaux
Magistrats, & les Religieux
de la Ville. Tout, fut
convoqué
, & la Messe du
Saint Esprit, par laquelle on
crût devoir commencer, fut
précédée d'une Procession
que le nombre & la gravité
de tant de personnes Doctes,
la diversité des Habits & des
Ornemens ,
& l'ordreexactement
observé
,
rendirent
solemnelle& venerable. Mr
l'Evesque de Bayeux, Chancelier
de cette Illustre Compagnie
,
officiaPontificalement.
Au milieu de la Me(Te
Mr Maloüin Recteur, en son
Habit deCeremonie, prononça
en Latin le Panegyri1
quedu Roy,avec beaucoup
de force & d'éloquence. On
| y avoit invité le Corps de :, Ville, un des plus confiai
rables du Royaume
, par la noble Prérogative, qu'on
re
peut élire que des Gentilshommes,
pour ses Echevins. premiers. La NobiuTeen;
grand nombre s'estoit rer due à cette Feste
; & il nÇ
avoit personne qui ne se sult
paré pour l'honorer, Mr de~ Morangis
,
Intendant de la Généralité
, traitta cette grande Compagnie, avec b
unemagnificenc,.e1 & une »0- ">
litesse extraordinaire. 11 a;
conçu le premier le dessèin*
d'élever cette Statuë. Il l'a j
fait agréer à Sa Majesté, & ¡
voyant l'allegressègénérale,.»
il déclara que tous les ans il
.,- vouloit solemniser ce jour»
La Ville & l'Université s'y
engagerent avec la mesme
ardeur. Un Concert de Voix
& d'Instrumens suivit ce repas
plein de joye. On n'y
chanta que des endroits
choisis dans les Prologues<
desOperaàla gloiredu Roy,,
&: cette
diversité
de Louanges
,
fit un agréable effet:
dans uneAssemblée remplie
d'admiration sté. pour Sa Maje- On partit de chez M' l'Intendant sur les quatre heures, pour serendre àl'Eglise
des Jacobins, ou tous les Corps estoient convoquez
par l'ordre de Messieurs
de Ville qui avoient eu soim
qu'elle fliiè parée magnifiquement.
Le Pere Fejacq,
Prieur de ce Monastere fît:
en François l'Eloge du Roy
avec beaucoup de délicatesse
& d'esprit.Onavoit chan-
~te auparavant un excellente
Moret, composé de Pana.
ges des Pseaumes
,
5c des
Cantiques de la Sainte Ecriture
,
où l'on voit comme
une Prophetie, & une peinture
des grandes Victoires
que le Roy a remportées, ôc
des merveilles de son Regne;
de forte que le Peuple charmé
par cette Musique
,
&
animé par l'éloquence de
l'Orateur, se trouva comme
transporté quand Mr l'Evesque
entonna le Te Deum:&
dans le mesme ravissement,
il courutà la Place Royale:
où le Feu de joye estoit préparé.
Mr l'Intendant avoit
assisté à cette Ceremonie
avec le Presidial. Mr de Se
grais de l'Académie Françoise
,
premier Echevin, si
connu par son mericcôe par
ses Ouvrages, le vint prier
avec l'Hôtel de Ville de se
mettre à leur teste pour allumer
ce Feu. On marcha vers
la Place. Les Trompettes,
les Tambours, l'Huissier de
la Ville paré de sa Cotte
d'Armes de velours, & ses
Sergens ornez d'Echarpes de
ses livrées, précedoient la
marche. La Bourgeoisie
estoit fous les Armes au tour
de la Place, & laissoit un.
grand espace libre aux environs
du Feu &delaStauë.
CetteStatuë qui est l'ouvrage
d'un Sculpteur deCaën,
ef); admirée des plus habiles.
Elle est haute de huit
pieds, élevée sur unPiedestal
de douze. Quatre petites
Figures y tiennent sur laCorniche
les Armes yôcla Devise
du Roy meslées de differens
Trophées. Les Inscriptions
Latines & Françoises,
font gravées en Lettres d'or
sur quatregrandes tables de
.Marbre noir,&sont dignes *o
d'une Ville qui est en poiret
sionde donner à la France
d'excellens Poëtes. On fit
deux fois le tour de la Statuë
avec des cris de Vive le R.<ry,
dont toute la Ville retentifsoit,
& avec les mesmes acclamations,
on alluma le
Feu en la maniere accoutumée.
Les Compagnies des
Bourgeoisfirent trois décharges
,& le Château fit répondre
toute son Artillerie..
Mrs de l'Hôtel de Ville,
avoientchoisy la plus belle
Maison de la Place, pour y
recevoir les Dames.Madame
l'Intendante s'y estoit déja
renduë avec toutes les Personnes
de qualité. Une Salle
estoit ornée pour le Bal; une
magnifique Collation estoit
servie dans l'autre, sur plusieurs
Tables à l'entour des
murailles
,
& les Buffets
estoient dressez dans la troisiéme
où l'on pouvoitchoisir
toutes fortes de liqueurs
& de rafraichissemens. Il n'y
avoit point de Dame qui ne
fust invitée,& le bruit de la
Festeavoit attiré de toutes
ppaarrttss,,ttoouuttce qu'il yyaa de bb~ell--
les & de jeunes personnes. p
La joye
;
La joye & la multitude faisoient
quelque forte de confusion
; mais il n'y eut point
de desordre. En quitant les
Tables, on fut appelle aux
Fenestres par une quantité
de Fusées volantes qui partirent
du milieu de la Place.
Ce n'estoit que le prélude
d'un Feu d'artifice préparé
par l'ordre de la Ville, qui
jugea ne devoir rien épargner
pour honorer par cette
Feste un Roy à qui elle est
redevable de son bonheur.
Ce Feu occupa les Spectateurspendant
trois quarts
d'heure, &euttout leluecés
que l'on en pouvoit attendre.
Dés qu'il fut finy, le
Bal commença, & dura toute
la nuit. La Maison de Mr,
de Segrais est dans la mefine
Place, & l'Academie s'y assemble
ordinairement. Ce
qu'il y a en cette Ville-là de
Personnes distinguées par
leur Sçavoir, & par l'amour
des belles Lettres, yviarent
voir le Feu, & y trouverent
un Souper, dont ils ne purent
assez louer l'abondance & la
propreté. La Ville étoit toute
éclairée. On avoit porté
des lumieres jusques au haut
:des Clochers, & les Maisons
paroiubientenreu. Celle de
Mr de Morangis estoit éclairée
dedans & dehors,& deux
Fontaines de vin coulerent
devant sa porte pendant toute
la nuit. L'Illumination la
plus agreable se ni autour de
la Statue. Le dessein en étoit
ingenieux. Une Clôture de 4
fer haute de huit piedsrcgne
* tout à l'entour,à six pieds de
diltance de la baze du Picdef
tal. Cette Cloture étoit chargée
de Lampes,qui reprefentoient
des Lys, des Couronnes,
les Chiffres & la Devise
de Sa Majesté, & faisoient
paroistre la Statuë commeen
plein jour. Mais rien n'est
comparable à la joye qui se
répandit dans toute la Ville.
Les ruës estoient remplies de
Tables. On y avoit fait des
Berceaux & des Cabinets de
verdure qui estoient éclairez
d'une infinité de lumieres.
Chacun s'efforçait de se réjoüir
avec ses Amis & ses
Voisins. Le jour en trouva
beaucoup à table; & ce que
l'on ne croira qu'avec peine,
la Diicorde qui trouve toû-
*
jours quelque place dans ces
Assemblées extraordinaires,
fut entièrement bannie de
cette Feste. Malgrél'excès
de la bonne.chere,& l'émulation
à qui feroit voir plus
de z.ele, de joye
3
& melme
d'emportement, il n'y eut
pas la moindre dissentionny.
-l'a moindre querelle. Tous
ne sembloient animez que:
d'un mesme esprit. Le Roy
seulles occupoit toui-S& l' op:
ne parloit que de ses Victoires,
de sesgrandes Qualitez^
&de boire à sa Santé, en luy
souhaitant de longues &
heureusesannées.
Voicy les Inscriptions qui
font gravées sur le Piedestal. :'
Sur la premiere face on lit ce
Madrigal, qui cft de Mr de !
Segmis. jj
A ACette Augufle MajeFié, j
A cette héroïque fierté,
1
ReconnoiJ]ez>,racesfutures,j LoZJlS Roj, lutte & ContffJe.
rant.
L'H¡!foire vous dira par quelles avantures
if-.
Il„ merita le Nom de Grand.
Sur la feconde face à la droite
du Roy, cft ce Distiquecompo. !
fé par une personne de qualité,j
qui cache soisnom.,
.M1
jdsig&usC^fareA*L0D01Xjure Im.
perar rrbi; *
Tortuna
,
fctis,peclercCoefarndtft*
> Sur la troisième face à la gauche
du Roy, on lit cette Epigramme
de Mr de la Motte, Lieutenant
General à Caën.
1
fCivis opusifâtriufquelapisfiât Ré-
1 glatnagni•
Trinùpisfffigics, publica cura fuit.
Sicmemorisaxo, LODOIX, tua crei
dimus ora;
DurciutaternumcoditmVrbis amer.
1
Sur la.quatrième face est cette
InfcriptïBn à l'antique, faire par
MrduTôtFerrare,Conseillerail
,
Parlement de Rouen, un des pre-
J *Cadomus,Caenj quali Caij Caesaris domus.-
miers Hommes de ce Siecle en ce
genre d'écrire.
LVDOVICO
Triumphatiskoflibus, anïïo itnperio
pacifto orbe, veclltigalibnsrcmlffis,
pio, felici, semper augHf/o.
REGIS MAXIMI.
Devota meritis,fecura viSioriis ;
oeterna fidei monumentnm
unô corde, multipltci nomine.
Civitas Cadomenfis -
posuit 1685.
marquer son zele, en faisant
élever une Statue à Sa Majesse.
Celas'estfait l'éclat avec tout & toutes les démonstrations
dejoye, qu'un Peuple
qui aime son Prince, &
qui est ardent pour sa gloire,
est capable de montrer.
Cette Statuë fut élevée le
5 de
Septembre dans la grande
Place de la Ville. On avoir
choisy ce jour, qui estoit ce..-
luy de la Naissance du Roy,
pour rendre cette Cérémonie
plus auguste. Dés le poinct
du jour les Trompettes, les
Tambours,&les Hautsbois,
lx. bien tost apres, le Carril-
Ion de toutes les Cloches, &
le. Canon du Château
, anoncerent
cette Feste qu'on
attendoit avec tant dJÜllPÍb
tience. L'ordre avoit esté
donné que les ruës fussent
nettes, & les Boutiques fermées
,
& l'on se rendit en
foule dans l'Eglise des Cordeliers.
Messieurs de l'Université
qui voulurent se Signaler
,
avoient élevé sur le
Frontispice du premier Portail
une Pyramide fort haute,
chargée de Devises & de
Trophées, avec le Portrait
du Roy environnéd'Emblémes
,
qui exprimoient les
principales Actions de Sa
Majesté. Ils avoient orné le
Choeur & la Ne*f des plus
belles Tapisseries. Les Abbayes
voisines qui sont grand nombre, en sont de leur
Corps, ainsi que les principaux
Magistrats, & les Religieux
de la Ville. Tout, fut
convoqué
, & la Messe du
Saint Esprit, par laquelle on
crût devoir commencer, fut
précédée d'une Procession
que le nombre & la gravité
de tant de personnes Doctes,
la diversité des Habits & des
Ornemens ,
& l'ordreexactement
observé
,
rendirent
solemnelle& venerable. Mr
l'Evesque de Bayeux, Chancelier
de cette Illustre Compagnie
,
officiaPontificalement.
Au milieu de la Me(Te
Mr Maloüin Recteur, en son
Habit deCeremonie, prononça
en Latin le Panegyri1
quedu Roy,avec beaucoup
de force & d'éloquence. On
| y avoit invité le Corps de :, Ville, un des plus confiai
rables du Royaume
, par la noble Prérogative, qu'on
re
peut élire que des Gentilshommes,
pour ses Echevins. premiers. La NobiuTeen;
grand nombre s'estoit rer due à cette Feste
; & il nÇ
avoit personne qui ne se sult
paré pour l'honorer, Mr de~ Morangis
,
Intendant de la Généralité
, traitta cette grande Compagnie, avec b
unemagnificenc,.e1 & une »0- ">
litesse extraordinaire. 11 a;
conçu le premier le dessèin*
d'élever cette Statuë. Il l'a j
fait agréer à Sa Majesté, & ¡
voyant l'allegressègénérale,.»
il déclara que tous les ans il
.,- vouloit solemniser ce jour»
La Ville & l'Université s'y
engagerent avec la mesme
ardeur. Un Concert de Voix
& d'Instrumens suivit ce repas
plein de joye. On n'y
chanta que des endroits
choisis dans les Prologues<
desOperaàla gloiredu Roy,,
&: cette
diversité
de Louanges
,
fit un agréable effet:
dans uneAssemblée remplie
d'admiration sté. pour Sa Maje- On partit de chez M' l'Intendant sur les quatre heures, pour serendre àl'Eglise
des Jacobins, ou tous les Corps estoient convoquez
par l'ordre de Messieurs
de Ville qui avoient eu soim
qu'elle fliiè parée magnifiquement.
Le Pere Fejacq,
Prieur de ce Monastere fît:
en François l'Eloge du Roy
avec beaucoup de délicatesse
& d'esprit.Onavoit chan-
~te auparavant un excellente
Moret, composé de Pana.
ges des Pseaumes
,
5c des
Cantiques de la Sainte Ecriture
,
où l'on voit comme
une Prophetie, & une peinture
des grandes Victoires
que le Roy a remportées, ôc
des merveilles de son Regne;
de forte que le Peuple charmé
par cette Musique
,
&
animé par l'éloquence de
l'Orateur, se trouva comme
transporté quand Mr l'Evesque
entonna le Te Deum:&
dans le mesme ravissement,
il courutà la Place Royale:
où le Feu de joye estoit préparé.
Mr l'Intendant avoit
assisté à cette Ceremonie
avec le Presidial. Mr de Se
grais de l'Académie Françoise
,
premier Echevin, si
connu par son mericcôe par
ses Ouvrages, le vint prier
avec l'Hôtel de Ville de se
mettre à leur teste pour allumer
ce Feu. On marcha vers
la Place. Les Trompettes,
les Tambours, l'Huissier de
la Ville paré de sa Cotte
d'Armes de velours, & ses
Sergens ornez d'Echarpes de
ses livrées, précedoient la
marche. La Bourgeoisie
estoit fous les Armes au tour
de la Place, & laissoit un.
grand espace libre aux environs
du Feu &delaStauë.
CetteStatuë qui est l'ouvrage
d'un Sculpteur deCaën,
ef); admirée des plus habiles.
Elle est haute de huit
pieds, élevée sur unPiedestal
de douze. Quatre petites
Figures y tiennent sur laCorniche
les Armes yôcla Devise
du Roy meslées de differens
Trophées. Les Inscriptions
Latines & Françoises,
font gravées en Lettres d'or
sur quatregrandes tables de
.Marbre noir,&sont dignes *o
d'une Ville qui est en poiret
sionde donner à la France
d'excellens Poëtes. On fit
deux fois le tour de la Statuë
avec des cris de Vive le R.<ry,
dont toute la Ville retentifsoit,
& avec les mesmes acclamations,
on alluma le
Feu en la maniere accoutumée.
Les Compagnies des
Bourgeoisfirent trois décharges
,& le Château fit répondre
toute son Artillerie..
Mrs de l'Hôtel de Ville,
avoientchoisy la plus belle
Maison de la Place, pour y
recevoir les Dames.Madame
l'Intendante s'y estoit déja
renduë avec toutes les Personnes
de qualité. Une Salle
estoit ornée pour le Bal; une
magnifique Collation estoit
servie dans l'autre, sur plusieurs
Tables à l'entour des
murailles
,
& les Buffets
estoient dressez dans la troisiéme
où l'on pouvoitchoisir
toutes fortes de liqueurs
& de rafraichissemens. Il n'y
avoit point de Dame qui ne
fust invitée,& le bruit de la
Festeavoit attiré de toutes
ppaarrttss,,ttoouuttce qu'il yyaa de bb~ell--
les & de jeunes personnes. p
La joye
;
La joye & la multitude faisoient
quelque forte de confusion
; mais il n'y eut point
de desordre. En quitant les
Tables, on fut appelle aux
Fenestres par une quantité
de Fusées volantes qui partirent
du milieu de la Place.
Ce n'estoit que le prélude
d'un Feu d'artifice préparé
par l'ordre de la Ville, qui
jugea ne devoir rien épargner
pour honorer par cette
Feste un Roy à qui elle est
redevable de son bonheur.
Ce Feu occupa les Spectateurspendant
trois quarts
d'heure, &euttout leluecés
que l'on en pouvoit attendre.
Dés qu'il fut finy, le
Bal commença, & dura toute
la nuit. La Maison de Mr,
de Segrais est dans la mefine
Place, & l'Academie s'y assemble
ordinairement. Ce
qu'il y a en cette Ville-là de
Personnes distinguées par
leur Sçavoir, & par l'amour
des belles Lettres, yviarent
voir le Feu, & y trouverent
un Souper, dont ils ne purent
assez louer l'abondance & la
propreté. La Ville étoit toute
éclairée. On avoit porté
des lumieres jusques au haut
:des Clochers, & les Maisons
paroiubientenreu. Celle de
Mr de Morangis estoit éclairée
dedans & dehors,& deux
Fontaines de vin coulerent
devant sa porte pendant toute
la nuit. L'Illumination la
plus agreable se ni autour de
la Statue. Le dessein en étoit
ingenieux. Une Clôture de 4
fer haute de huit piedsrcgne
* tout à l'entour,à six pieds de
diltance de la baze du Picdef
tal. Cette Cloture étoit chargée
de Lampes,qui reprefentoient
des Lys, des Couronnes,
les Chiffres & la Devise
de Sa Majesté, & faisoient
paroistre la Statuë commeen
plein jour. Mais rien n'est
comparable à la joye qui se
répandit dans toute la Ville.
Les ruës estoient remplies de
Tables. On y avoit fait des
Berceaux & des Cabinets de
verdure qui estoient éclairez
d'une infinité de lumieres.
Chacun s'efforçait de se réjoüir
avec ses Amis & ses
Voisins. Le jour en trouva
beaucoup à table; & ce que
l'on ne croira qu'avec peine,
la Diicorde qui trouve toû-
*
jours quelque place dans ces
Assemblées extraordinaires,
fut entièrement bannie de
cette Feste. Malgrél'excès
de la bonne.chere,& l'émulation
à qui feroit voir plus
de z.ele, de joye
3
& melme
d'emportement, il n'y eut
pas la moindre dissentionny.
-l'a moindre querelle. Tous
ne sembloient animez que:
d'un mesme esprit. Le Roy
seulles occupoit toui-S& l' op:
ne parloit que de ses Victoires,
de sesgrandes Qualitez^
&de boire à sa Santé, en luy
souhaitant de longues &
heureusesannées.
Voicy les Inscriptions qui
font gravées sur le Piedestal. :'
Sur la premiere face on lit ce
Madrigal, qui cft de Mr de !
Segmis. jj
A ACette Augufle MajeFié, j
A cette héroïque fierté,
1
ReconnoiJ]ez>,racesfutures,j LoZJlS Roj, lutte & ContffJe.
rant.
L'H¡!foire vous dira par quelles avantures
if-.
Il„ merita le Nom de Grand.
Sur la feconde face à la droite
du Roy, cft ce Distiquecompo. !
fé par une personne de qualité,j
qui cache soisnom.,
.M1
jdsig&usC^fareA*L0D01Xjure Im.
perar rrbi; *
Tortuna
,
fctis,peclercCoefarndtft*
> Sur la troisième face à la gauche
du Roy, on lit cette Epigramme
de Mr de la Motte, Lieutenant
General à Caën.
1
fCivis opusifâtriufquelapisfiât Ré-
1 glatnagni•
Trinùpisfffigics, publica cura fuit.
Sicmemorisaxo, LODOIX, tua crei
dimus ora;
DurciutaternumcoditmVrbis amer.
1
Sur la.quatrième face est cette
InfcriptïBn à l'antique, faire par
MrduTôtFerrare,Conseillerail
,
Parlement de Rouen, un des pre-
J *Cadomus,Caenj quali Caij Caesaris domus.-
miers Hommes de ce Siecle en ce
genre d'écrire.
LVDOVICO
Triumphatiskoflibus, anïïo itnperio
pacifto orbe, veclltigalibnsrcmlffis,
pio, felici, semper augHf/o.
REGIS MAXIMI.
Devota meritis,fecura viSioriis ;
oeterna fidei monumentnm
unô corde, multipltci nomine.
Civitas Cadomenfis -
posuit 1685.
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Résumé : Statuë du Roy élevée à Caën, & ses Inscriptions, avec le détail de toutes les Ceremonies qui se sont faites en cette occasion. [titre d'après la table]
Le 5 septembre, la ville de Caen a célébré la naissance du roi par l'érigement d'une statue en son honneur sur la grande place de la ville. La cérémonie, marquée par des démonstrations de joie et de loyauté, a débuté à l'aube avec des trompettes, tambours, hautbois, carillons et canons. Les rues étaient nettoyées et les boutiques fermées, et la population s'est rassemblée à l'église des Cordeliers. L'Université avait décoré le frontispice avec une pyramide ornée de devises, trophées et portraits du roi, ainsi que le chœur et la nef avec des tapisseries. Les abbayes voisines, magistrats et religieux ont également participé à la célébration. Une procession solennelle a précédé la messe du Saint-Esprit, suivie d'un panégyrique du roi en latin par le recteur Malouin. L'intendant Morangis, à l'origine de l'idée, a traité les invités avec magnificence. Après un concert et un repas, une procession s'est rendue à l'église des Jacobins où le père Fejacq a prononcé un éloge du roi. Le peuple, charmé par la musique et l'éloquence, a chanté le Te Deum avant de se rendre à la place royale pour allumer un feu de joie. La statue, œuvre d'un sculpteur local, mesure huit pieds de haut sur un piédestal de douze pieds, et est entourée de figures et d'inscriptions en latin et français. Des cris de 'Vive le roi' ont retenti, et des épigrammes et inscriptions latines ont été gravées sur des tables de marbre noir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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387
p. 32-43
Harangue faite au Roy par Mr le Recteur de l'Université. [titre d'après la table]
Début :
Le 2. de Septembre, Mr Berthe, Recteur de l'Université, alla [...]
Mots clefs :
Recteur de l'Université, Versailles, Doyens de la faculté, Cérémonies, Thèse, Harangue, Honneur, Hommage, Jugement, Règne, Héros, Nations, Empereur, Hérésie, Louis le Grand, Couronne, Estime, Affection, Sa Majesté, Monseigneur le Dauphin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Harangue faite au Roy par Mr le Recteur de l'Université. [titre d'après la table]
Le 1. de Septembre, Mr
Berthe, Relieur de l'Univerfité,
alla à Versailles, accompagné
des Procureurs
des Quatre Nations, des
Doyens des Facultez,& de
tous les autres Officiers qui
representent ce Corps. Ils le
revétirent de leurs Habits de
Ceremonie dans l'undes
Appartenons du Chasteau,
oùMr Colbert de Croissy
vint les prendre pour les mener
à l'Audience du Roy. Mr
Berthe presentaàSaMajefté
une These en maniéré de
Tableau avec une Bordure,
& luy fit cette Harangue. sIRE,
Au milieu des jufles emprejjemens
que toute la Terre témoignepourVous
rendre des bonjonne
le Prince & le Heros parfait,
que l'idéenavoit encorefctn
feindre. Tout -vous cede sans refinance3
tout 'vous rêujjitsans disgrace
, toutvous obéit sans repugnance.
Vous avek la dcflinée des
Hommes dans vos mains, toutes
les Nations à vos pieds; voftrc
gloire croisstoujours}quoy que l'on
pense toujoursquelle ne puisse
plus croif/re
J & on Vous "Voit
tout à lafop's sans l'extrémité de
toutes les Vertus, au comble de
toute forte de vrays Grandeur,
&parvofîre moderation au dessus
de Vous-mejrme. Tout ce l-c
pourtant^SIRE9eflpeudechose
neurs , que jamaisaucun Prince
n'a mérité ny receus que Vous>
t'Universite vient de
ta
maniéré laplusJolemnelle rendre a Voflre
Majefié les fournijjtons qui luy
fontdeuësi & parun hommage
auli juflequenouveau,autborifer
dans tous les Siecles à venir,
le Jugement universel du noflre;
que comme ce monde n'eut jamais
un si digne & si grand Maifire
que Vous
,
jamais aujJi ÏEglife
neut un si zelé & si puijjant
Proteéleur. En effet, SIRE, ou
trou'vera-t-on un Regnefembla-
Me au voflre ,' VoflreMajeflé
nous montre en Jon augufle Perpour
Vostre Majesté, si l'Eglise
nen recueille lesfruits. Vous ne
compte pour rien, que Républiques}
Princes, Rois, Empereurs,
soientoblige^ de fmvre le Char
de vofire Triomphe, s'il n'cft fuityen
merme temps de la foule
innombrable de ceux, que VIHSgagnez
tous les jours au Sauveur
du monde.VoOre bras ne trouvantplus
dequJoy s'occupersur la
Terre, va par d'ijqpocens moyens
arracheraux puissances de l'En-
fer vos Sujetsquellestyranni- -
[ent;@r met enfin autombeau
cette indômptableHeresie, qui
tJfoitnéefOus le Règne des Rois
Itlos PrédecejJèurs. C'est ce quifait
dire avec juflice, qu'on ne ffau.
yoitplus presentement trouverque sur les Autels, un encens aiez digne
de brûlersurvoflre Thrône
aprés , que voflre Religion a con- ficre à Dieu le monde que voflre
valeurs'efloitfournis. Maïs sess
moins par les paroles que par les
aélions,SIRE,iue nous cherchons
a sîgnaler nostreKele pour lagloire
de Foflre Majesté. LOVIS
LE GRAND es1 à la teste de
tous nos discours ; il consacre sans
cesse & nos bouches & nos plumes
; il occupe continuellement nos
reflexions& nos études. La prerniere
Leçon que nous donnons
dans nos Ecoles à la Jeuneffi de
fion Empire>cess de luy apprendre
la fidelité inviolable quelle
doit au meilleur& au plus grand
Prince qui fut jamais;siaujourd'huy
nous vous offrons.
SIR.EJ ces mesmes armes de lumières
,avec lesquelles nos ?cres
ont défendu les faintes Libertez
de vofire Eghfe3 & la supréme
indépendance de voflre Couronne,
cessmoinspourprotefierau Chriflianifme
ce qu'il ne peut ignorer,
que nous consèrvons toujours leurs
fermes&religieuxfentimensyque
fourmarquer a toute la Terre qui
.nos coeurs vousfont encore plus
dévoile^ comme au plus parfait
des hommes, que nos personnes ne
*vousfontfotknifes comme au plus
puijjant desRois. Mousne dirons
rien, SIRE, à Voïïre Majefîé,
de ce que nous avens rJlé, & de
ce que nous sommes; trop contens
de vous eflrefidelles, & trop glorieusement
recompensèz de nojlre
fidelité si elle vous est agreable
&si , vous daigne nous regarder,
pmfiquesemblable encore en cela,
au Soleil3 qui par un de fies rayons
rendoit à cette fameuse Image de
l'antiquité le mouvement & U
vie3 vous nous fere%revivre
par vn seul de vos regards.
Sa Majesté parut estre fort
contente du Discours de Mr
Berthe, & luy fit l'honneur
de luy donner des marques
de son estime &de son affection,
tant pour le Corps que
pour sa Personne particulière.
Au sortir de l'Audience
du Roy, l'Univerfite alla à
l'Appartement de Monfeigneur
le Dauphin, de Madame
la Dauphine, de Monseigneur
le Duc de Bourgogne,
deMonfeigneur leDuc d'Anjou
, de Monsieur & de Madame.
M' Berthe les harangua
tous d'une maniéré, qui
lUy- attira 1applaudiiTèment
de toute la Cour. M l'A;--
chevefque de Paris accompagna
l'Ùuniverfité das toutes
ces Audiences; Jamais on
ne l'aveu marquer plus de
zele qu'il en fit paroistre en-:
cette occasion, pour Fiions
neurde cette Compagnie,; qui quoy que fort illustre
par elle-mefine, ne laHTapasî
deremarquer jenesçay quel-
Je estime extraordinaire ré-v
panduë par tout pour elle ,,,
qu'ellene pouvoir attribuer"
qu'à la presencede ce orand ;
Prélat. Il presida lejourduel'on
soûtintcetteThese. Ce
fut le Jeudyvingtième du:
mesme mois. C'elloir une
Mineure ordinaire dédiée au
Roy. L'Université,quivouloit
témoigner à sa Majesté
sonattachement confiant 8c
inviolable à l'ancienne & : perpetuelle Dodrine qu'elle:
a toujours professee touchant
3 la PuissànceEcclesiastique,
conformément ( aux Libertez
de l'Eglise Gallicane, ne se
contenta pas d'autoriser par
sa presence une action si fin-
-. guliere; mais elle voulut en—.
core? afin que l'on fuÍV plus
asseuré qu'elle parloit par/l1a
bouche de son Recteur, que
Mr Berthe répondist non
comme un particulier &
avec quelques marques de
soumiss,ion, mais en Chef&
en Maistre. Il faisoit connoître
saDignité par la fourrure
dont il estoit revestu. Cet
Acte se fit avec grand éclat,
&il s'y trouva un tres-grand
nombre de Personnes illustres
de tous les Ordres, pour
y rendre en quelque maniere
toute la France prefenre.
Berthe, Relieur de l'Univerfité,
alla à Versailles, accompagné
des Procureurs
des Quatre Nations, des
Doyens des Facultez,& de
tous les autres Officiers qui
representent ce Corps. Ils le
revétirent de leurs Habits de
Ceremonie dans l'undes
Appartenons du Chasteau,
oùMr Colbert de Croissy
vint les prendre pour les mener
à l'Audience du Roy. Mr
Berthe presentaàSaMajefté
une These en maniéré de
Tableau avec une Bordure,
& luy fit cette Harangue. sIRE,
Au milieu des jufles emprejjemens
que toute la Terre témoignepourVous
rendre des bonjonne
le Prince & le Heros parfait,
que l'idéenavoit encorefctn
feindre. Tout -vous cede sans refinance3
tout 'vous rêujjitsans disgrace
, toutvous obéit sans repugnance.
Vous avek la dcflinée des
Hommes dans vos mains, toutes
les Nations à vos pieds; voftrc
gloire croisstoujours}quoy que l'on
pense toujoursquelle ne puisse
plus croif/re
J & on Vous "Voit
tout à lafop's sans l'extrémité de
toutes les Vertus, au comble de
toute forte de vrays Grandeur,
&parvofîre moderation au dessus
de Vous-mejrme. Tout ce l-c
pourtant^SIRE9eflpeudechose
neurs , que jamaisaucun Prince
n'a mérité ny receus que Vous>
t'Universite vient de
ta
maniéré laplusJolemnelle rendre a Voflre
Majefié les fournijjtons qui luy
fontdeuësi & parun hommage
auli juflequenouveau,autborifer
dans tous les Siecles à venir,
le Jugement universel du noflre;
que comme ce monde n'eut jamais
un si digne & si grand Maifire
que Vous
,
jamais aujJi ÏEglife
neut un si zelé & si puijjant
Proteéleur. En effet, SIRE, ou
trou'vera-t-on un Regnefembla-
Me au voflre ,' VoflreMajeflé
nous montre en Jon augufle Perpour
Vostre Majesté, si l'Eglise
nen recueille lesfruits. Vous ne
compte pour rien, que Républiques}
Princes, Rois, Empereurs,
soientoblige^ de fmvre le Char
de vofire Triomphe, s'il n'cft fuityen
merme temps de la foule
innombrable de ceux, que VIHSgagnez
tous les jours au Sauveur
du monde.VoOre bras ne trouvantplus
dequJoy s'occupersur la
Terre, va par d'ijqpocens moyens
arracheraux puissances de l'En-
fer vos Sujetsquellestyranni- -
[ent;@r met enfin autombeau
cette indômptableHeresie, qui
tJfoitnéefOus le Règne des Rois
Itlos PrédecejJèurs. C'est ce quifait
dire avec juflice, qu'on ne ffau.
yoitplus presentement trouverque sur les Autels, un encens aiez digne
de brûlersurvoflre Thrône
aprés , que voflre Religion a con- ficre à Dieu le monde que voflre
valeurs'efloitfournis. Maïs sess
moins par les paroles que par les
aélions,SIRE,iue nous cherchons
a sîgnaler nostreKele pour lagloire
de Foflre Majesté. LOVIS
LE GRAND es1 à la teste de
tous nos discours ; il consacre sans
cesse & nos bouches & nos plumes
; il occupe continuellement nos
reflexions& nos études. La prerniere
Leçon que nous donnons
dans nos Ecoles à la Jeuneffi de
fion Empire>cess de luy apprendre
la fidelité inviolable quelle
doit au meilleur& au plus grand
Prince qui fut jamais;siaujourd'huy
nous vous offrons.
SIR.EJ ces mesmes armes de lumières
,avec lesquelles nos ?cres
ont défendu les faintes Libertez
de vofire Eghfe3 & la supréme
indépendance de voflre Couronne,
cessmoinspourprotefierau Chriflianifme
ce qu'il ne peut ignorer,
que nous consèrvons toujours leurs
fermes&religieuxfentimensyque
fourmarquer a toute la Terre qui
.nos coeurs vousfont encore plus
dévoile^ comme au plus parfait
des hommes, que nos personnes ne
*vousfontfotknifes comme au plus
puijjant desRois. Mousne dirons
rien, SIRE, à Voïïre Majefîé,
de ce que nous avens rJlé, & de
ce que nous sommes; trop contens
de vous eflrefidelles, & trop glorieusement
recompensèz de nojlre
fidelité si elle vous est agreable
&si , vous daigne nous regarder,
pmfiquesemblable encore en cela,
au Soleil3 qui par un de fies rayons
rendoit à cette fameuse Image de
l'antiquité le mouvement & U
vie3 vous nous fere%revivre
par vn seul de vos regards.
Sa Majesté parut estre fort
contente du Discours de Mr
Berthe, & luy fit l'honneur
de luy donner des marques
de son estime &de son affection,
tant pour le Corps que
pour sa Personne particulière.
Au sortir de l'Audience
du Roy, l'Univerfite alla à
l'Appartement de Monfeigneur
le Dauphin, de Madame
la Dauphine, de Monseigneur
le Duc de Bourgogne,
deMonfeigneur leDuc d'Anjou
, de Monsieur & de Madame.
M' Berthe les harangua
tous d'une maniéré, qui
lUy- attira 1applaudiiTèment
de toute la Cour. M l'A;--
chevefque de Paris accompagna
l'Ùuniverfité das toutes
ces Audiences; Jamais on
ne l'aveu marquer plus de
zele qu'il en fit paroistre en-:
cette occasion, pour Fiions
neurde cette Compagnie,; qui quoy que fort illustre
par elle-mefine, ne laHTapasî
deremarquer jenesçay quel-
Je estime extraordinaire ré-v
panduë par tout pour elle ,,,
qu'ellene pouvoir attribuer"
qu'à la presencede ce orand ;
Prélat. Il presida lejourduel'on
soûtintcetteThese. Ce
fut le Jeudyvingtième du:
mesme mois. C'elloir une
Mineure ordinaire dédiée au
Roy. L'Université,quivouloit
témoigner à sa Majesté
sonattachement confiant 8c
inviolable à l'ancienne & : perpetuelle Dodrine qu'elle:
a toujours professee touchant
3 la PuissànceEcclesiastique,
conformément ( aux Libertez
de l'Eglise Gallicane, ne se
contenta pas d'autoriser par
sa presence une action si fin-
-. guliere; mais elle voulut en—.
core? afin que l'on fuÍV plus
asseuré qu'elle parloit par/l1a
bouche de son Recteur, que
Mr Berthe répondist non
comme un particulier &
avec quelques marques de
soumiss,ion, mais en Chef&
en Maistre. Il faisoit connoître
saDignité par la fourrure
dont il estoit revestu. Cet
Acte se fit avec grand éclat,
&il s'y trouva un tres-grand
nombre de Personnes illustres
de tous les Ordres, pour
y rendre en quelque maniere
toute la France prefenre.
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Résumé : Harangue faite au Roy par Mr le Recteur de l'Université. [titre d'après la table]
Le 1er septembre, Monsieur Berthe, relieur de l'Université, accompagné des procureurs des Quatre Nations, des doyens des facultés et d'autres officiers universitaires, se rendit à Versailles. Revêtus de leurs habits de cérémonie, ils furent reçus par Monsieur Colbert de Croissy qui les mena à l'audience du roi. Monsieur Berthe présenta une thèse sous forme de tableau et prononça une harangue en l'honneur du roi, soulignant ses vertus et ses accomplissements. Il exprima la soumission et l'admiration de l'Université envers le roi, le comparant à un héros parfait et protecteur de l'Église. Le roi manifesta sa satisfaction et montra des marques d'estime et d'affection envers Monsieur Berthe. Après l'audience royale, l'Université visita les appartements du Dauphin, de la Dauphine, du Duc de Bourgogne, du Duc d'Anjou, de Monsieur et de Madame, où Monsieur Berthe prononça également des harangues, recevant les applaudissements de la cour. L'archevêque de Paris accompagna l'Université lors de ces visites, démontrant un zèle exceptionnel. Le 20 septembre, une thèse mineure ordinaire dédiée au roi fut soutenue. L'Université, désireuse de montrer son attachement à la doctrine ecclésiastique et aux libertés de l'Église gallicane, autorisa cet acte et désigna Monsieur Berthe comme chef et maître, identifiable par sa fourrure. La cérémonie se déroula avec grand éclat et en présence de nombreuses personnalités illustres représentant divers ordres, symbolisant ainsi toute la France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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388
p. 55-75
Prix de l'Arquebuze. [titre d'après la table]
Début :
Vous sçavez, Madame, que le Roy donnant sa protection aux [...]
Mots clefs :
Prix, Compagnies, Chevalier, Provinces, Honneur, Duc, Maréchal, Arquebusiers, Officiers, Instruments, Procession, Symphonie, Chant, Messe, Marquis, Capitaine, Architecture, Monseigneur le Dauphin, Devises, Sonnet, Gloire, Illustre, Chevalier, Lauriers, Armes, Grandeur, Épée, Suffrages, Piédestal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prix de l'Arquebuze. [titre d'après la table]
Vous sçavez, Madame,,
que le Roy donnant saprotection
aux Exercices quiont
quelque chose de mar- tial, accorde de temps en temps des permiffons de tirerdes
Prix entre les Compagnies
de l'Arquebuze du
Royaume, & aux Chevaliers.
des Villes, de s'assembler en
celle quiareceu le Bouquet
par le fy^Frage des Bandes.
Comme il y aune Association
ancienne entre les Provinces
de Brie, Champagne,
8c Soissonnois pour cet Exercice,
la Ville deSezanne, limitrophe
des deux premières
,
eutl'honneur du Bouquet
en la Ville d'Epernay
au mois de Juin 1685. & le rendit
au commencement du
mois passé, en vertu de Lettres
Patentes, & après que
Sa Majesté se fut expliquée
sur la concurrence de ceux
de Vitry, au rapport de Mr
le Maréchal Duc de Vivon..,,
ne, Gouverneur des mesmes
Provinces de Brie & de Chapagne,
& de Mr de Croitry"c
Secretaire d'Estat du Département.
LesMandemensimprimez
ayant elle envoyez
à toutes les Villes associées,
qui ont de semblables Compagnies
d'Arquebuziers, la
pluspart se rendirent à Sezanne,
le Samedy premier
de Septembre. Les Chevaliers
de la Ville en deux bandes
, l'une de cheval, & l'autre
de pied, leurs Officiers
a leur telte avec les Guidon
& Enseigne; Trompettes,
Tambours, Fifres,Violons
&Hautbois, tous fort lestes
& en bon ordre, allerent devant,àmesure au que leGuet
qu'on avoit mis sur la Tour,
donnoit le Signal, & en huit
heures de temps on receut jusqu'à vingt-huitCompagniesdesVilles
Illandées,
sçavoir, de Reims, Chalons,
Meaux, Provins, Chasteauthierry,
Coulomniers,Crespy,
Noyon, la Ferté-Milon, Nogent
sur Seine, Epernay, Villenoce,.
Montmirail,Barbone.
ne y
Vertus, Arcies, &c. avec
les Presensordinaires de Vins
excellens,Jambons deMayéce
, & de Venaison. Le lendemain
au matin, les Compagnies
s'assemblerent en
l'Eglise des Cordeliers, qui.
est fort spacieuse
; ôcaprés
que l'on eut tiré la Marche
au fort, elles furent conduites
en Procession parlaVille,
& dans les endroits principaux
du dehors, ayant Mrle
Marquis de Pleurs,Bailly,
Capitaine & Gouverneur a
leur teste, suivy du Corps de
Ville. Elles marcherent au
bruitdes mesmes Instruments
de toutes les Bandes,qui faisoient
une symphonie ble agréa- par intervalles,& sans interruption
du Chant, avec plusieurs décharges deMouf
queterie. La ProcessîoneC<
tant faite,laMesse fut solemnellement
celebrée par Mr
Collot, Aumonier de laCompagnie
de Sezanne, l'Orgue,&quelquesMoatvetesc
chantez par de belles Voix
accompagnées d'lnllrtiinés.
Mrle Marquis dePleurs alla
à roHrande,câprés luyles
Cornetes & les Enfeicrnes
Yf
j*
avec leurs Guidons & leurs
Drapeaux. Apres le disner,
toutes les Compagnies passerent
en reveuë
,
& on exposa
les Prix, qui estoient d'environ
seize mille livres d'argen-
1terie de toutes pieces, comime
Bassins, grosses Eguieres,
&autres d'une Orphevrerie
exquise. Le soir M' de Villiers,
Capitaine de la Compagnie
de la Ville, regala la
pluspart desOfficiers desBan-
) des avec Mr de Pleurs, les
Magistrats & Officiers de
r Ville; ce qu'il continua tous
les jours avec une propreté
- & une profusion extraordinaire.
Ce Soupéfut suivy
d'un grand Bal, où toutes les
Dames, tant de la Ville que
des environs, se trouvèrent
fort parées. On servit ensuite
une magnifique Collation
dans vingtquatre grandsBasfins
, avec toutes fortes de
liqueurs & de rafraicl-ilffemens.
Le Lundy 3. de ce mois,
on se rendit à la Bute. C'est
un Pavillon d'une Architecture
fort délicate & moderne,
nouvellement basty exprés
pour le Prix. Dans la
SCrande Salle estoient les Arrimes
du Roy, de Monseiggneur
le Dauphin, de Monitièigneur
le Duc de Bourgogne
)
& de Monseigneur le
IDuc d'Anjou,avec des Devises.
Sous celle du Roy, on lisoit ces mots Latins, Media
de Pace triumphi; avec ce Sonmet,
dans lequel Sa,Majesté
parle aux Chevaliers.
> SONNET.
[1Cy du champ de Mtirs, on va
droit 4 la Gloire;
Vn rayon de la mienne y conduira,
vos pat,
Inspirera vos coeurs, animera, vos
bras,
.Et placeravos noms,prés du mien,
dans CHistoire.
Làpour eternifer voftte illufire mé- - moire
,
*
Déjàle Dieu Mercure a convié Pallasi
Elle tient le Burin, le Ciseau, le
Compas,
Prcfte decouronner deses mains la
Victoire.
Tout ce queurentjadisdeplus mïïjpjluetix
Olympie & corinthe,en leurs fupcr-
6es jeux
LA Paix l'ajîemble icy,mieux qu'aux
bords du Meandrt.
'-,)Vnpeu d'orgwelifîcdbien, dessous
mesjufiesLois;
Î.Etifq^elcjuUmefioitde Fhumeurd'A~
- lexandre,
99our dijputerles Prix, il trouvera
des Riis.
Pour l'intelligence de ce"
dernier Vers,on doit sçavoir
que chaque Compagnie de
- Chevaliers a/ sonRoy. Au-
Oteubus des Armes de Monseigneur
le Dauphin
,
onli-
Toitj L&ws innéctitolivoe.. LA Faix a fis Lauriers, M/S--
bien qfïe-la Gmrfei dits mijjemfins culture en ces bco-t-
- rcuxClimats,
Et sans craindre les Yents ,
les Soleils,
les Frir/htts,
On diroit que Sezanne efileur narale
Terre.
JjAdrejjè & la Valeur viennent de
toutes partsy
lufqu'aufein de la Faix, rechercher
le Dieu Mars,
Couchésur un fiifceau de Lauriers
& de Palmes.
Chevaliers, VOUA dit-il, LOVIS et s
ses raisons,
Et comme il fait luy fiul les temps l
troubles ou cAlmes,
Il veut que l'on en cueille en toutes i
les Saisons.
Au dessous des Armes de
Monseigneur leDuc deBourgogne,
Crescensadfulmina. cEformidable nom,fatal à tar.ï
d'Empires,
>
g™ deux Siecles entiers riont itifaire
eublitr,
> N'dpprehende atijourd'huj reproches
ny fI/ires,
L Etrenaissant en moyria rien encor
defier.
) On minflruit douctment amaniey Ufoudre
L.Auprès de mon Ayeul, le plmçrar.d
des Humains,
L Tourriavoirpas de peine un jour a'
m'y rejÕttdre)
i Ij touche de bonne heure
1
& men
jouë en ses mains.
!, Sipour remplirbien-toif mes grandis.' *
diftinêes, pij
Dx/îs les premiers efforts de mes bel.
les années,
le vouleis regagner la fameuse Toison.
Lorfcjuc jauraydrtJse mes redoutdblcs
Flûtes,
Chevaliers, voulez,
- vous eJlre mes
Argonautes ?
le vous promets déja d'cfire vejlre
lafon.
Au dessous des Armes de
Monseigneur le Duc d'Anjq¡
1, Discat fortuna renasci. EN Cadet de bonne Mllifin,
L'on mimpofe, en nitiffint un
nom, £htidejtgne déjà mes hautes avan*
q turcss
ilmarqne,lfndi m'aguerrir
Deux Royaumes A conquérir:
Woi!àmonAppanage} 0' mes Gran*
deurs futures.
, Voulczrvouspat beauxChevaliersa
Eftrc de mes AvantUÏU Ys f
YDans troù lustres au plus on s'y peut
bien attendrr,
^Tenez, - njom en ha/tint) exercezvotu
toujours
^Jïuatjd le De(Hit voudra hajler ces
heureux jours,
UtflraJ bien-toif press,&jeviendray
vom prendYe.
L'on commença à tirer,
prés que Mrle Marquis de
Pleurs en eut fait l'ouverture
qpa.r le coup du Roy qu'il tira
comme Gouverneur. Ensuite
on tira à deux butes pour abreger,&
for quatre Pantons
en quatre Chasses
; c'est
à dire que chaque Chevalier
tira quatre coups pendant
le reste de la semaines
La Compagnie de Chasteau-
Thierry remporra le premier
Prix par un coup de
broche qui est unique, &
ce Prix fut ungrand Bassin,
d'argent avec une épée de
six Louis qui eA due au plus
beau coup. Ce coup fut suivy
de plusieurs coups de
noir, qui acquirent encore
bdautres Prix aux Chevaliers
bde cette Compagnie avec
lle premier ôc le troisiéme
Panton. Ceux de Reims eurent
le second Panton avec
uun plus grand nombre de
IPrix aussi considerables que
iles premiers. Les Chevaliers
de Provins gagnerent le quatrièmePanton
avec un quatrième
Prix, & plusieurs
G autres par des coups de
noir. Le reste des Prix de
moindre valeur fut distribué
aux Chevaliers des
autres Compagnies suivant
les coups qu'ils avoient faits,
& avec une espece de justice
scru puleuse
,
jusqu'à diviser
les lignes & les points qui
les composent. Il feroit fort
mal-aisé de mieux réus- ence genre d'exercice,
puis qu'il y a eu quantité de
coups prés du noir, demeurez
inutiles.
-
Tous les Prix èstant tirez
le Samedy au soir 8.
du mois, on délibéra sur le
Bouquet& presque tous
les Suffrages l'accorderent à
la Compagnie de Reims qui
l'avoit demandé avec instance
, pour le reunir au
particulier
particulier qui luy avoit esté
adjugéà Vitry, selon l'intention
de Sa Majesté dans sa
Lettre de Cachet. Ainsi là
délivrance s'en fit le lendemain,
dans la grande ruë dewant
l'Hostel de Reims au
bruit de la Mousquetterie,
£&: au son d'un grand nomcbre
de Hautbois, Tromperrcs,
& autres Instrumens de
toutes fortes; aprèsquoy
xetteCompagnie donna une
magnifique Collation,servie
ueufci-nentaune foule
extraordinaire d'Officiers &:
Chevaliers
)
& à toutes les
Dames. Elle partit sur le foir,
& à son déparr
,
le Prix fut
porté publiquement au milieu
de la Troupe qui estoit
à cheval & en très bel ordre.
Les Officiers estoient en Caleche.
Ils furent conduits par
ceux de la Ville jusqu'au dehors
du Faux-bourg où une
galante Collation les attendoit
pour se dire adieu. Ce
Bouquet est une Statuë d'argent
mollit" cizelé,de prés de
deux pieds de hauteur, sur
un Piedestal d'ebeine. Elle
represente une Paix ou une
Pallas avec un Guidon d'argent
mis en couleur, & embelly
de plusieurs Devises
l& Inscriptions. On peut a- jouter à l'avantage des Chevaliers
de la Compagnie de
Reims, que dans cette occassonils
ont épuisé tous les
moyens ingenieux dont on
se peut servir pour faire éclater
la profu sionenFestins
; Bals,Collations, & Feux d'artifices,
qui les ont distinguez
:des autres Villes,avec un
L
applaudissement gcneral.
que le Roy donnant saprotection
aux Exercices quiont
quelque chose de mar- tial, accorde de temps en temps des permiffons de tirerdes
Prix entre les Compagnies
de l'Arquebuze du
Royaume, & aux Chevaliers.
des Villes, de s'assembler en
celle quiareceu le Bouquet
par le fy^Frage des Bandes.
Comme il y aune Association
ancienne entre les Provinces
de Brie, Champagne,
8c Soissonnois pour cet Exercice,
la Ville deSezanne, limitrophe
des deux premières
,
eutl'honneur du Bouquet
en la Ville d'Epernay
au mois de Juin 1685. & le rendit
au commencement du
mois passé, en vertu de Lettres
Patentes, & après que
Sa Majesté se fut expliquée
sur la concurrence de ceux
de Vitry, au rapport de Mr
le Maréchal Duc de Vivon..,,
ne, Gouverneur des mesmes
Provinces de Brie & de Chapagne,
& de Mr de Croitry"c
Secretaire d'Estat du Département.
LesMandemensimprimez
ayant elle envoyez
à toutes les Villes associées,
qui ont de semblables Compagnies
d'Arquebuziers, la
pluspart se rendirent à Sezanne,
le Samedy premier
de Septembre. Les Chevaliers
de la Ville en deux bandes
, l'une de cheval, & l'autre
de pied, leurs Officiers
a leur telte avec les Guidon
& Enseigne; Trompettes,
Tambours, Fifres,Violons
&Hautbois, tous fort lestes
& en bon ordre, allerent devant,àmesure au que leGuet
qu'on avoit mis sur la Tour,
donnoit le Signal, & en huit
heures de temps on receut jusqu'à vingt-huitCompagniesdesVilles
Illandées,
sçavoir, de Reims, Chalons,
Meaux, Provins, Chasteauthierry,
Coulomniers,Crespy,
Noyon, la Ferté-Milon, Nogent
sur Seine, Epernay, Villenoce,.
Montmirail,Barbone.
ne y
Vertus, Arcies, &c. avec
les Presensordinaires de Vins
excellens,Jambons deMayéce
, & de Venaison. Le lendemain
au matin, les Compagnies
s'assemblerent en
l'Eglise des Cordeliers, qui.
est fort spacieuse
; ôcaprés
que l'on eut tiré la Marche
au fort, elles furent conduites
en Procession parlaVille,
& dans les endroits principaux
du dehors, ayant Mrle
Marquis de Pleurs,Bailly,
Capitaine & Gouverneur a
leur teste, suivy du Corps de
Ville. Elles marcherent au
bruitdes mesmes Instruments
de toutes les Bandes,qui faisoient
une symphonie ble agréa- par intervalles,& sans interruption
du Chant, avec plusieurs décharges deMouf
queterie. La ProcessîoneC<
tant faite,laMesse fut solemnellement
celebrée par Mr
Collot, Aumonier de laCompagnie
de Sezanne, l'Orgue,&quelquesMoatvetesc
chantez par de belles Voix
accompagnées d'lnllrtiinés.
Mrle Marquis dePleurs alla
à roHrande,câprés luyles
Cornetes & les Enfeicrnes
Yf
j*
avec leurs Guidons & leurs
Drapeaux. Apres le disner,
toutes les Compagnies passerent
en reveuë
,
& on exposa
les Prix, qui estoient d'environ
seize mille livres d'argen-
1terie de toutes pieces, comime
Bassins, grosses Eguieres,
&autres d'une Orphevrerie
exquise. Le soir M' de Villiers,
Capitaine de la Compagnie
de la Ville, regala la
pluspart desOfficiers desBan-
) des avec Mr de Pleurs, les
Magistrats & Officiers de
r Ville; ce qu'il continua tous
les jours avec une propreté
- & une profusion extraordinaire.
Ce Soupéfut suivy
d'un grand Bal, où toutes les
Dames, tant de la Ville que
des environs, se trouvèrent
fort parées. On servit ensuite
une magnifique Collation
dans vingtquatre grandsBasfins
, avec toutes fortes de
liqueurs & de rafraicl-ilffemens.
Le Lundy 3. de ce mois,
on se rendit à la Bute. C'est
un Pavillon d'une Architecture
fort délicate & moderne,
nouvellement basty exprés
pour le Prix. Dans la
SCrande Salle estoient les Arrimes
du Roy, de Monseiggneur
le Dauphin, de Monitièigneur
le Duc de Bourgogne
)
& de Monseigneur le
IDuc d'Anjou,avec des Devises.
Sous celle du Roy, on lisoit ces mots Latins, Media
de Pace triumphi; avec ce Sonmet,
dans lequel Sa,Majesté
parle aux Chevaliers.
> SONNET.
[1Cy du champ de Mtirs, on va
droit 4 la Gloire;
Vn rayon de la mienne y conduira,
vos pat,
Inspirera vos coeurs, animera, vos
bras,
.Et placeravos noms,prés du mien,
dans CHistoire.
Làpour eternifer voftte illufire mé- - moire
,
*
Déjàle Dieu Mercure a convié Pallasi
Elle tient le Burin, le Ciseau, le
Compas,
Prcfte decouronner deses mains la
Victoire.
Tout ce queurentjadisdeplus mïïjpjluetix
Olympie & corinthe,en leurs fupcr-
6es jeux
LA Paix l'ajîemble icy,mieux qu'aux
bords du Meandrt.
'-,)Vnpeu d'orgwelifîcdbien, dessous
mesjufiesLois;
Î.Etifq^elcjuUmefioitde Fhumeurd'A~
- lexandre,
99our dijputerles Prix, il trouvera
des Riis.
Pour l'intelligence de ce"
dernier Vers,on doit sçavoir
que chaque Compagnie de
- Chevaliers a/ sonRoy. Au-
Oteubus des Armes de Monseigneur
le Dauphin
,
onli-
Toitj L&ws innéctitolivoe.. LA Faix a fis Lauriers, M/S--
bien qfïe-la Gmrfei dits mijjemfins culture en ces bco-t-
- rcuxClimats,
Et sans craindre les Yents ,
les Soleils,
les Frir/htts,
On diroit que Sezanne efileur narale
Terre.
JjAdrejjè & la Valeur viennent de
toutes partsy
lufqu'aufein de la Faix, rechercher
le Dieu Mars,
Couchésur un fiifceau de Lauriers
& de Palmes.
Chevaliers, VOUA dit-il, LOVIS et s
ses raisons,
Et comme il fait luy fiul les temps l
troubles ou cAlmes,
Il veut que l'on en cueille en toutes i
les Saisons.
Au dessous des Armes de
Monseigneur leDuc deBourgogne,
Crescensadfulmina. cEformidable nom,fatal à tar.ï
d'Empires,
>
g™ deux Siecles entiers riont itifaire
eublitr,
> N'dpprehende atijourd'huj reproches
ny fI/ires,
L Etrenaissant en moyria rien encor
defier.
) On minflruit douctment amaniey Ufoudre
L.Auprès de mon Ayeul, le plmçrar.d
des Humains,
L Tourriavoirpas de peine un jour a'
m'y rejÕttdre)
i Ij touche de bonne heure
1
& men
jouë en ses mains.
!, Sipour remplirbien-toif mes grandis.' *
diftinêes, pij
Dx/îs les premiers efforts de mes bel.
les années,
le vouleis regagner la fameuse Toison.
Lorfcjuc jauraydrtJse mes redoutdblcs
Flûtes,
Chevaliers, voulez,
- vous eJlre mes
Argonautes ?
le vous promets déja d'cfire vejlre
lafon.
Au dessous des Armes de
Monseigneur le Duc d'Anjq¡
1, Discat fortuna renasci. EN Cadet de bonne Mllifin,
L'on mimpofe, en nitiffint un
nom, £htidejtgne déjà mes hautes avan*
q turcss
ilmarqne,lfndi m'aguerrir
Deux Royaumes A conquérir:
Woi!àmonAppanage} 0' mes Gran*
deurs futures.
, Voulczrvouspat beauxChevaliersa
Eftrc de mes AvantUÏU Ys f
YDans troù lustres au plus on s'y peut
bien attendrr,
^Tenez, - njom en ha/tint) exercezvotu
toujours
^Jïuatjd le De(Hit voudra hajler ces
heureux jours,
UtflraJ bien-toif press,&jeviendray
vom prendYe.
L'on commença à tirer,
prés que Mrle Marquis de
Pleurs en eut fait l'ouverture
qpa.r le coup du Roy qu'il tira
comme Gouverneur. Ensuite
on tira à deux butes pour abreger,&
for quatre Pantons
en quatre Chasses
; c'est
à dire que chaque Chevalier
tira quatre coups pendant
le reste de la semaines
La Compagnie de Chasteau-
Thierry remporra le premier
Prix par un coup de
broche qui est unique, &
ce Prix fut ungrand Bassin,
d'argent avec une épée de
six Louis qui eA due au plus
beau coup. Ce coup fut suivy
de plusieurs coups de
noir, qui acquirent encore
bdautres Prix aux Chevaliers
bde cette Compagnie avec
lle premier ôc le troisiéme
Panton. Ceux de Reims eurent
le second Panton avec
uun plus grand nombre de
IPrix aussi considerables que
iles premiers. Les Chevaliers
de Provins gagnerent le quatrièmePanton
avec un quatrième
Prix, & plusieurs
G autres par des coups de
noir. Le reste des Prix de
moindre valeur fut distribué
aux Chevaliers des
autres Compagnies suivant
les coups qu'ils avoient faits,
& avec une espece de justice
scru puleuse
,
jusqu'à diviser
les lignes & les points qui
les composent. Il feroit fort
mal-aisé de mieux réus- ence genre d'exercice,
puis qu'il y a eu quantité de
coups prés du noir, demeurez
inutiles.
-
Tous les Prix èstant tirez
le Samedy au soir 8.
du mois, on délibéra sur le
Bouquet& presque tous
les Suffrages l'accorderent à
la Compagnie de Reims qui
l'avoit demandé avec instance
, pour le reunir au
particulier
particulier qui luy avoit esté
adjugéà Vitry, selon l'intention
de Sa Majesté dans sa
Lettre de Cachet. Ainsi là
délivrance s'en fit le lendemain,
dans la grande ruë dewant
l'Hostel de Reims au
bruit de la Mousquetterie,
£&: au son d'un grand nomcbre
de Hautbois, Tromperrcs,
& autres Instrumens de
toutes fortes; aprèsquoy
xetteCompagnie donna une
magnifique Collation,servie
ueufci-nentaune foule
extraordinaire d'Officiers &:
Chevaliers
)
& à toutes les
Dames. Elle partit sur le foir,
& à son déparr
,
le Prix fut
porté publiquement au milieu
de la Troupe qui estoit
à cheval & en très bel ordre.
Les Officiers estoient en Caleche.
Ils furent conduits par
ceux de la Ville jusqu'au dehors
du Faux-bourg où une
galante Collation les attendoit
pour se dire adieu. Ce
Bouquet est une Statuë d'argent
mollit" cizelé,de prés de
deux pieds de hauteur, sur
un Piedestal d'ebeine. Elle
represente une Paix ou une
Pallas avec un Guidon d'argent
mis en couleur, & embelly
de plusieurs Devises
l& Inscriptions. On peut a- jouter à l'avantage des Chevaliers
de la Compagnie de
Reims, que dans cette occassonils
ont épuisé tous les
moyens ingenieux dont on
se peut servir pour faire éclater
la profu sionenFestins
; Bals,Collations, & Feux d'artifices,
qui les ont distinguez
:des autres Villes,avec un
L
applaudissement gcneral.
Fermer
Résumé : Prix de l'Arquebuze. [titre d'après la table]
En juin 1685, la ville de Sézanne a reçu le privilège d'accueillir le Bouquet à Épernay, officialisant sa victoire sur Vitry grâce à un rapport du maréchal duc de Vivonne et de Monsieur de Croissy. Les villes voisines, telles que Reims, Châlons, Meaux et Provins, ont été invitées et ont offert des présents comme du vin, des jambons et de la venaison. Le 1er septembre, ces villes se sont rassemblées à Sézanne pour une procession musicale et une messe solennelle, suivie d'un repas où des prix en argenterie étaient exposés. La journée s'est conclue par un banquet et un bal. Le lendemain, une compétition de tir a été organisée par le Duc d'Anjou pour regagner la Toison d'Or. Les participants, nommés 'Chevaliers,' ont montré leur habileté au tir sur plusieurs jours. La Compagnie de Château-Thierry a remporté le premier prix, un grand bassin d'argent avec une épée, pour un coup de broche remarquable. D'autres prix ont été décernés aux Compagnies de Reims et de Provins, ainsi qu'à divers Chevaliers pour leurs coups de noir. Le samedi soir, la Compagnie de Reims a obtenu le Bouquet, une statue d'argent représentant une Paix ou une Pallas, après délibération. La remise du prix a eu lieu publiquement, accompagnée de festivités et de collations. Les Chevaliers de Reims ont été particulièrement acclamés pour leur organisation et les festivités offertes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
389
p. 75-83
Fondation perpetuelle d'une Feste à Issoudun, pour la Naissance du Roy. [titre d'après la table]
Début :
J'ay presentement à vous parler des Habitans d'Issoudun, Capitale [...]
Mots clefs :
Habitants, Issoudun, Fidélité, Prince, Services, Garnison, Bénédictions du ciel, Service solennel, Devises, Inscriptions, Choeur, Magistrats, Mots latins, Louis le Grand, Procession, Cérémonies, Religion prétendue réformée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fondation perpetuelle d'une Feste à Issoudun, pour la Naissance du Roy. [titre d'après la table]
J'ayprelentement à vous
parler des Habitans d'ifriudun,
Capitale du bas Berry.
Ils ont toûjours elle fifidelles
à leurs Princes, qu'ils
en ont esté recompensez par
de très- beaux Privilèges. Le
Roy persuadé de cette verité,
& touché de compassion
pour eux lors que passant
dans la Province en 1651. il
vit leur Ville presque reduite
en cendres,
confirma ces
Privileces, & a eu la bonté
depuis ce temps là de dire
plusieurs fois qu'il se fouviendroit
de leurs services.
En effet Sa Majesté a bien
fait paroistre qu'Elle les distinguoit
entre tousses au- j
tres Sujets de la mesme Province
, puis qu'ils ont esté
les seuls exempts de Garnisons,
6c qu'Elle a hautement
déclaré qu'Elle ne vouloit
pas qu'ils en eussent durant
son Regne. Aullï voulant en
t. marquer leur reconnoisssance,
& l'ardent desir qu'ils ont
d'attirer sur sa Personne Sacrée
& sur toute la Maison
Royale,les Benedictions du
Ciel,ils ont fait une Fondation
perpetuelle de Prieres
Publiques tous les ans au
cinquiéme de Septembre,
jour de l'heureuse Naissance
du Roy, & l'ont commen- céecetteannée par un Service
solennel qui fut fait ce
jour là dans leur Eglise Collégiale.
Ils l'avoient parée
magnifiquement, & ornée de
plusieurs Devises & Infcriptions
à la loüange du Roy.
La Messe fut chantée à trois-
Choeurs de Musique aussibien
que Vespres,ôc l'on fit
un Procession Generale, OU
Mr l'Evesque & Comte
d'Agde,lesMagistrats ôc
autres Corps d'Officiers assisterent.
estoit Le Portrait du Roy exposé au frontispice
du Choeur de l'Eglise,avec
ces Vers au
dessous
qui avoient
pour titre ces mots
Latins:Scribanturbæc in generations
altera
,
&populus qui
creabiturlaudabit Regem. LoVlS LE GRANDyceRoy
d'invinciblepui(Tance,
Te dtfingue
,
issoudun, entre tous
[ ses Sujets
I Parses grâces dr ses biensfaits,
Diftingut toy pour luy par ta reconde
tioijfance
, , Etetle bre àjamaislejourdesanaissance
En faifint tous les Ans ce quau--
à lourd'huy tufais.
.P,ofir
Tour rré"peondre od'un Bq AUXfaveurs Roy sidebonnaire G iiij
-~je fa* U:1 plaijir de nousfaire
du bienr
Noffre z>tle voudrait,toutfaire ne
peutrien,
Seigneur^faitespour luy ce que nous
¡
'Voudrions ftire. ,'voudrionsfaire.
Aprés la Procession,toute
la Bourgeoisie s'estant
mise sous lesarmes,
on alluma
le Feu de joye au bruit
du Canon & de la Mousqueterie,
au son des Tambours
& des Trompettes,
& auxacclamationsdérive
leRoy. Dans la Place ou le
Feu fut allumé, on voyoit
encore ce Prince represenMe
devant une Ville embrasée
y
avecles Vers suivans
quiavoient pour ame, Avis
ïkoecJacra Svii.
E. S fLâmts de ton Roy t'ont.
fait unnoblc Amant, - Ta foy quilvit pour luy dans ton
embrasement
Mnfpireason amour desfemimens si
tendres
8t!J'ü te fait, Ijfiudun
,
renéftrc
de tes cendres.
Cette Ceremonie qui du-
Ta jusques au soir
,
estans
terminée
,
les Particuliers J firent des Illuminations à
toutes les fenestres de leurs
maisons, & des Feux devant
leurs portes ,
& passerent la
plus grande partie de la nuit:
à donner dans les ruës toutes;
fortes de marques d'une allegresseparfaite.
La mesme:
chose doit se faire tous les
ans au mesme jour, suivant
la resolution qui en a esté
prise dans leur Assemblée
Generale. Le lendemain 6.
du mois
,
les Habitans Catholiques
d'Issoudunrecommencerent
la rejoüissence
par la Démolition qui se fit
du Temple de ceux de la
Religion Prerenduë
Refornée
,
ainsi qu'il avoit esté
ugé par Sentence du Bailhage
de la mesme Ville, far
:~s contraventions par eux
nites aux Edits & Déclarasions
de Sa Majelté
parler des Habitans d'ifriudun,
Capitale du bas Berry.
Ils ont toûjours elle fifidelles
à leurs Princes, qu'ils
en ont esté recompensez par
de très- beaux Privilèges. Le
Roy persuadé de cette verité,
& touché de compassion
pour eux lors que passant
dans la Province en 1651. il
vit leur Ville presque reduite
en cendres,
confirma ces
Privileces, & a eu la bonté
depuis ce temps là de dire
plusieurs fois qu'il se fouviendroit
de leurs services.
En effet Sa Majesté a bien
fait paroistre qu'Elle les distinguoit
entre tousses au- j
tres Sujets de la mesme Province
, puis qu'ils ont esté
les seuls exempts de Garnisons,
6c qu'Elle a hautement
déclaré qu'Elle ne vouloit
pas qu'ils en eussent durant
son Regne. Aullï voulant en
t. marquer leur reconnoisssance,
& l'ardent desir qu'ils ont
d'attirer sur sa Personne Sacrée
& sur toute la Maison
Royale,les Benedictions du
Ciel,ils ont fait une Fondation
perpetuelle de Prieres
Publiques tous les ans au
cinquiéme de Septembre,
jour de l'heureuse Naissance
du Roy, & l'ont commen- céecetteannée par un Service
solennel qui fut fait ce
jour là dans leur Eglise Collégiale.
Ils l'avoient parée
magnifiquement, & ornée de
plusieurs Devises & Infcriptions
à la loüange du Roy.
La Messe fut chantée à trois-
Choeurs de Musique aussibien
que Vespres,ôc l'on fit
un Procession Generale, OU
Mr l'Evesque & Comte
d'Agde,lesMagistrats ôc
autres Corps d'Officiers assisterent.
estoit Le Portrait du Roy exposé au frontispice
du Choeur de l'Eglise,avec
ces Vers au
dessous
qui avoient
pour titre ces mots
Latins:Scribanturbæc in generations
altera
,
&populus qui
creabiturlaudabit Regem. LoVlS LE GRANDyceRoy
d'invinciblepui(Tance,
Te dtfingue
,
issoudun, entre tous
[ ses Sujets
I Parses grâces dr ses biensfaits,
Diftingut toy pour luy par ta reconde
tioijfance
, , Etetle bre àjamaislejourdesanaissance
En faifint tous les Ans ce quau--
à lourd'huy tufais.
.P,ofir
Tour rré"peondre od'un Bq AUXfaveurs Roy sidebonnaire G iiij
-~je fa* U:1 plaijir de nousfaire
du bienr
Noffre z>tle voudrait,toutfaire ne
peutrien,
Seigneur^faitespour luy ce que nous
¡
'Voudrions ftire. ,'voudrionsfaire.
Aprés la Procession,toute
la Bourgeoisie s'estant
mise sous lesarmes,
on alluma
le Feu de joye au bruit
du Canon & de la Mousqueterie,
au son des Tambours
& des Trompettes,
& auxacclamationsdérive
leRoy. Dans la Place ou le
Feu fut allumé, on voyoit
encore ce Prince represenMe
devant une Ville embrasée
y
avecles Vers suivans
quiavoient pour ame, Avis
ïkoecJacra Svii.
E. S fLâmts de ton Roy t'ont.
fait unnoblc Amant, - Ta foy quilvit pour luy dans ton
embrasement
Mnfpireason amour desfemimens si
tendres
8t!J'ü te fait, Ijfiudun
,
renéftrc
de tes cendres.
Cette Ceremonie qui du-
Ta jusques au soir
,
estans
terminée
,
les Particuliers J firent des Illuminations à
toutes les fenestres de leurs
maisons, & des Feux devant
leurs portes ,
& passerent la
plus grande partie de la nuit:
à donner dans les ruës toutes;
fortes de marques d'une allegresseparfaite.
La mesme:
chose doit se faire tous les
ans au mesme jour, suivant
la resolution qui en a esté
prise dans leur Assemblée
Generale. Le lendemain 6.
du mois
,
les Habitans Catholiques
d'Issoudunrecommencerent
la rejoüissence
par la Démolition qui se fit
du Temple de ceux de la
Religion Prerenduë
Refornée
,
ainsi qu'il avoit esté
ugé par Sentence du Bailhage
de la mesme Ville, far
:~s contraventions par eux
nites aux Edits & Déclarasions
de Sa Majelté
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Résumé : Fondation perpetuelle d'une Feste à Issoudun, pour la Naissance du Roy. [titre d'après la table]
Les habitants d'Issoudun, capitale du Bas-Berry, étaient reconnus pour leur loyauté envers leurs princes, qui leur avaient accordé divers privilèges. En 1651, après la destruction de la ville, le roi confirma ces privilèges et exprima sa gratitude. Les Issoldunois furent exemptés de garnisons militaires, une faveur unique en province. En signe de reconnaissance, ils instituèrent une prière publique annuelle le 5 septembre, jour de la naissance du roi. Cette année-là, une cérémonie solennelle eut lieu dans leur église collégiale, ornée de devises et d'inscriptions honorant le roi. La messe et les vêpres furent chantées par trois chœurs de musique, suivies d'une procession à laquelle participèrent l'évêque, les magistrats et autres officiers. Un portrait du roi fut exposé avec des vers latins. Après la procession, la bourgeoisie organisa un feu de joie avec des salves de canons, de mousqueterie, des tambours et des trompettes, et des acclamations en l'honneur du roi. La nuit fut illuminée par des feux devant les maisons. Le lendemain, les habitants catholiques démolirent le temple protestant, conformément à une décision du bailliage pour violation des édits royaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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390
p. 138-187
Relation de tout ce qui s'est passé à la Reception de Madame la Duchesse de Richelieu, à Richelieu. [titre d'après la table]
Début :
Les Habitans de la Ville de Richelieu, avoient trop d'impatience [...]
Mots clefs :
Duchesse de Richelieu, Armes, Obélisques, Théâtre, Devises, Honneur, Fleurs, Église, Triomphe, Artifice, Piédestal, Médailles, Illuminations, Coeur, Comtesse, Compagnie, Mousquetaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation de tout ce qui s'est passé à la Reception de Madame la Duchesse de Richelieu, à Richelieu. [titre d'après la table]
Les Habitans de la Ville
de Richelieu, avoient trop
d'impatience de voir leur
nouvelle Duchesse? pour ne
luy faire pas une Entrée qui
répondistàleur zele. Sur l'avis
qu'on eutqu'elle estoit
arrivée à Tours le 27. du mois
passé, la Noblesse dans un
Corps, une partie de la Ville
rxians un autre, .1ngt ou
~urenteGardes avec leurs Bandolieres,
allerent le lendemain
au devant d'elle à Hfte-
Bouchard, dans unéquipage
tres-propre, & ils l'accompagnerent
tous en fort bonoordre
jusqu'à Richelieu. En
(paiTant. pardevant le Convent
des Minimes de Champigny
,elle fut conlplÍ111en--,
rée par le Pere de la Bazinicre
leur Correcteur
,
qui luy
presenta desBassins remplis,
Wc, toutes fortes de fruits. Il
jEiuc vous dire les Apprests,
que l'onavoit faits à Richelieu
pouflfe recevoir. On avoit
bordé la Demie-lune de
la Porte de Paris, de Mous-
• quetaires fort lestes,qui formoientune
espece d'Avantgarde
en maniere de Croissant.
Au bout du Pont, Mr
de Reveillon, Seneschal &
Maire perpetuel de la Ville,
à la teste des autresOfficiers,
paroissoit appuyé sur la Barriere,
& sur les deux costez
du Pont-dormant, les Avocats
& les Procureurs s'estoient
tous rangez selon leur
rang jusque fous le Pavillon
de la grande Porte. Les quatre
Echevins de la Ville tenoient
un superbe Dais,pour
le presenter à Madame la Duchesse
de Richelieu,afin de
la conduire à la grande Eglise.
Au bout de la premiere
Place, qui n'a pas moins d'étenduë
que la Place Royale,
& dont les Pavillons sont
presque aussi magnifiques
,
à
l'entrée de la granderue, on
,
avoit élevé un Arc de triomphe,
composéd'une grande
Porte dans lemilieu, & de
:. deux plus petites aux costez,
sur le frontispicedesquelles
on avoit posé trois Tableaux,
garnis de sestons de verdure&
de fleurs, arnaque toute
l'Architecture. Comme le
dessein de cette agreableFesterouloit
entierementsurla
joye que toute la Ville avoit
de l'heureux Accouchementde
Madame la Duchesse de.
Richelieu,on avoit representé
dans le Tableau du milieu,
l'Honneur ôc la Fecondité
- quisoûtenoient trois-Chevrons
brifèj^,&qui lesappu
YOICnt
ùl:..Jun
Cube,qui
est le Hyerogliphe meté,pourmarquedre la Fer- missemétdel'anciennl'aesMseari--
son de Richelieu
,
par'heureuse
feconditéde son IllustreDuchesse.
L'Honneur estoit
figuré par un Héros couvert
d'un Manteau de pourpre
, appuyé surune demie
pique, & environné de laurier
; & la Fecondité par une
jeune Femme avec un Manteau
fourré d'hermines,&
bordé de Fleurs de lis, donton
icaic que sont composées
les Armes de Madame la Ducheilè
de Richelieu.
Cette Figure avoit d'autres
embelliflemens qui cotnvenoient
au iiijet,& quifaisoient
d'autant plus connoitre
le zele des Habitans, que
tout y marquoit l'esperance
qui les flate, de voir bientostnaître
un Fils de cet heureux
Mariage. Sur le Cube
au dessous des Armes de Richelieu,
soûtenues comme
je l'aydéjà dit, par l'Hon- i
neur &par la fecondité -,*
on lisoit cette Devise Latine.
His fuita mandant. 1
Au revers du Tableau,
dans un Manteau Ducal
couronned'une Couron.
ne Ducale, & soûtenu par
deux
deux Armes, on avoit écrit
ces Vers, qui expliquoient
1 la Devise.
6t;
- iZJfqucs icy la France a
toujours
vert ¿'si()nifeUr
Denosfzmeu." ArmandsfioutenirLi
grandiuri
Mais de peur qua, Ufin leur heau
Nom ne pcrijfe,
Le Dcftin veut encor que la Fécon-
Pardité [' r~~ le moyen d'unejeune Beauté *A cet honneur heureuftment s'uf
nijje,
Afin de leur donner une Postérité
JVui florijjetoujours
,
l & jamais ne jinijfe.
Les deux autres Tableaux
marquoient les temps de la
conception & de la naissance
de la petite Mademoiselle
de Richelieu, qui sont les
mois de Septembre &de Juin.
Dans l'un, on avoitrepresenté
d'uncosté l'Equinoxe de
l'Automne, par une Femme
tenant des Balances, qui avoient
dans leurs Bassins, au
lieu de poids, deux Globes
à demy éclairez par le Soleil;
& de l'autre costé on avoit
écrit cette Devise, Consultò
nonforte. Tout avec poids,
rien par hazard.
Elle estoit expliquée en
Vers Latins au revers de ce
Tableau. Dans le troisiéme,
onavoit peint d'un costéle
Solstice d Esté, & on l'avoit
figuré par unHomme couronné
d'Epics de Bled,ayant
le Zodiaque avec le Signe de
la Balance sur la teste, & tenant
le Globe de la Terre,
dont les deux tiers estoient
éclairez par le Soleil. De l'autre
costé on lisoit cette Devise.
Optatoe spes maxima prolis.
J^uand on me voit, la moiffin efi
t- bien proche.
On l'avoit encore expliquée
par deux Vers Latins,
sur ce que la naissance d'une
Fille fait attendre un Fils de
Madame la Duchesse de Richelieu,
Au milieu de la mesme ruë,
on avoit dresse un Piédestal
de huit à neuf pieds de hauteur,
qui renfermoit un tonneau
de Vin, d'où sortoit une ,
Fontaine à deux tuyaux; &
, sur ce Piédestal sur quatre
1 grosses boules, un Obelifque
de vingt-quatre à vingtcinq
pieds d'élévation
,
le
tout feint de marbre. Le Piédestal
estoitquarré & des
deux costez de la ruë Traverfaine,
on avoit peint dans
chaque façade les Fleuves de
Mable & de la Veude,qui par
les trous de leurs Urnes versoient
le Vin qui estoit renfermé
dans lePlédestal. Dans
les deux autres faces, dont
rune regardoit la Porte de
Paris, & l'autre celle du Chateau
,
il y avoit des Inscriptions
en Vers,dans l'une def
quelles la Veude
,
qui n'efb
pas si voisine de Richelieu,
que le Mable qui en arrose
les murs,luy parloit de cette
forte.
NeJoyez,pasifurpris,oMable trop
beurellx)
De me voir accourir dans ces aimables
lieux
fourjoindre mon Vrne à la votre- cealler contre son devoir
.!<.!!e d*abandonnertout, pourvoir
Vne nDuochefjfiierlUeu?flre, & telle que U &telle la
Loij;- de trie
Loin- me rreebbutitteerr>, tteeinîddeezz,m,mooyvofire
main,
Et pour mieux recevoir un Objetsi
divin,
ZJnifions- nom, mejlons nos ondesy
Etsouffrons que Bacchsu nous change
mefimeen vin,
Nous en aurons un plus noble afftin,
Et nos vertus en feront pitufitcondesLaréponse
que luy faisoit
~leMable, estoitconceuëen
aces termes.
Dans nostre publique aDegrtjJè
approuveray toujours les curieux
transports
£>uifontfaitfort'tr de tes bords
\Tourvenir admirer nojire lllujlre Duchefe.
TTon dessein me ravit,poursuis, ilt'eif
permis,
XVefprit qui te Cinjpire efl trop de nos
Amis,
3.Z/ pour te rebuter ton offre est trop
honneJle.
Acheve, & que rien ne farrefle,
Le Ciel tient pour ses Ennemis
Les Ennemis de cette Feste.
Au haut de cet Obelisque,
on voyoitéclater un Soleil,
quiestl'Hierogliphede
nostre Auguste Monarque,
que la Ville de Richelieu,
pour milleraisons, & gene,..
rales & particulieres, n'avoit
garde d'oublier dans une occation
publique comme celle-
là. Ce Soleil estoitposé
au dessus d'une Medaille du
Roy, leGlobeduCiel entre
deux, & celuy de la Terre
au dessous de la Medaille de
ce Prince, avec cette Devise
, Hic Coelo,IsteSolo. Elle
estoit expliquée par ces quatre
Vers.
Tout ce vafie Univers ne charmerait
pcrjonne
Sans tAffre qui fait lei beaux
jours,
Etsans LOV FS qui nom les donne,
1 Nos Tcfleslanguiroiinî^unaurount
peint decours.
Cette Devise & ces Vers
estoient repetez dans l'An-
! gle opposé, excepté qu'au
lieu de ces mots, Hic CAo,
iste Solo, on y avoit mis ceuxcy
,
Dignus uterque præeH. Les
deux autres faces faisoient
paroilire, dans un Ciel fort
serein quantité d'Etoiles édatantes
qui entouroient un
Dauphin celeste ,avecces
mots, Sic Régia posleritas, &
ces autres Vers, qui en donnoient
l'explication.
La France à l'avenir ne craint plut
-- - "lesdcfajlrcs,
Ce Royaume jamais rfeut un dejlin
pAreil) 1
Son Roy brille comme mi Soleil,
EtJesEnfanscomme des Ajlres.
Audessous de la Médaille
du Foy, on avoit reprefentédeux
ou trois rayons, qui
venoient du corps du Soleil,
qui servoit de Devise à ce
grand Prince, & qui diffipoient
un gros nuage, avec
ces mots pour Mr le Duc de
Richelieu, Post nubila judum.
illts estoient expliquez par les
Versquisuivent.
Des qu'Armandparoijfra dans cefc~
jour charmant
Avec noflreIlin[IreDucbcjfc,
Il ne luyfaudra qi/un moment
Pour dijjlper chez, nom quatorze ans
de trifltIfl--
Il y avoit ce mesme nombre
d'années que Richelieu
ln''avoitpossedéceDuc. Dans Angleopposé, on avoit
peint pour Madame la Duchesse,
un. Alcion au milieu,
de la Mer, avec cette Devise
,
Tempora tuta notat, expliquee
par ces Vers;
Nom ne craignons point la tempeftc,
On va joitir d'un temps & fort caU
me &fort doux
i.
L'Alcion a saru chez, nom,
h'ailegreffe y revient, & l'orage s'ar-
-
reste.
1
A la troisiéme face, orj
avoit peint un Phénix, pour
marquer l'esperance que l'on;
a qu'il naistra bien-totsusi
Garçon de Madame laDuchesTe
5
avec ces paroles,Diend,
ex proie rtfurtit. 1
Amand danssa PoBcrité 11
Xii Jera fameuse en l'HVpoirey 1
Y va vivre une éternité
Tout couvert d'honneur& de gloi-
1 re.
Dans la face opposée à
c.ette derniere,on avoir peint
pour Devise à Mademoiselle
de Richelieu, une Aurore aiante.av.ec ces mots,Nuntio
magna.
i
Chacun en moy trouve déja des
chtlrmes,
Maù avec tom les dons que fil) recou
des CÙIIX)
pn Frcre va venir qui fera parCes
armes,
fIlM de progrés encor que n'(n feront
iyiesjeux.
Au dessousdetoutesces
Devises, dans une des faces
de cet Obelisque, on avoit
representé en bas relief un
Bacchus,que les Anciens appelloient
Liber, pour nous si-.
gurer la Franchise, dont les
Habitans de cette petite Ville,
qui peut passer pour le Bijou
de la France, joüissent
fous les auspices heureux de
Loüis LE GRAND. Ces
Vers estoientau dessous.
Pour le repos tout le monde (OHpire,
De nos travaux il cflle blit châr- .*niant-.
Graces au GRAND LOFIS, on 1'4
feu*son Empire,
Et Richelieusur tout enjouit pleinement
;
Maisbien loin quejamais cette rille
tonfeme
A s'oublier dans sa félicité,
Au service du Prince elle eïl ferme
& clnfante, -
Etconnoïftra toujoursquelleneflfloriffante
Jî>ueparsalibéralité.
- Dam l'Angleopposé, on
avoit aussî representé en bas
relief une jeune Nymphe
couronnée de fleurs, en posture
de Danceuse,tenant
une Lyre, avec un air extrêmement
guay , pour nous sigurer
l'allegresse publique,
avec ces Vers.
En quelque endroit que ma Dà.
chcjjc
Tassebrillerfies doux appas,
On verra toujours tAUegrejJè
Précéder ou suivrefis pas.
I
Dans les deux autres Angles,
on voyoit de petits Faunes
ôcde petits Satyres jouas
de la Flulte & du Tambour
de Basque, dançans &: gainbadans
à leur son. Cette Inscription
Latine estoit éciite
en gros caractères au bas de
l'obelisque.
S. P. Q.RICH.
HancPyramidemadhonorent &gloriamfaufii
Duciff&fujt in banc orbcm
mgrejju* erexerunt ,fit/; Proe
tore intcgerrimo PbilippoJgwerarcl
Domino de Réveillon, annôfaltttis
M. DC. LXXXV.
Au bout de cette grande
rue, a l'entree de la [econde,
Place, on voyoit suspenduës
en l'air les Armes de la Maison
de Richelieu, faites d'Illuminations
?
avec ces deux
Vers au denousécries en lettres
de feu.
Sous cesChevrons
-
flmèttx-
Nomvivons tout httJrefJx,
Enfin aumilieu de cette Place on avoit dresse un
Feu d'artifice dont voicy 1er
Plan, Le Théâtre estoit disposé
en Arc de Triomphe.*
Il y avoit ttois portiques!
sur chacune de ses 'f.,,ices.
Elles avoient dix-huit pieds 1
chacune, & elles estoient
toutes ornées de Festons de
Verdure. Le Corps de la.
Machine occupoic douzeé
pieds en quarré ,& repre-l
sentoit en Illumination le
pompeux Palais de Riche-
,lieu, suivant les veuës de ses t
quatre faces. Celle de devant
qui faisoit voir au tra- .)
vers de son Dome & de sa
Terrasseunemaniéré de Coomne
Trajane illuminée
iMème'e de chifres & des Arrimes
de Mrle Duc &de Maixlame
laDuchess de Richeillieu
, & qui surpassoit la
hauteur du Chasteau de deux
oou trois pieds, faisoit voir
dans le collier de son Chaqpiteau
cette inscription 3reu en
: Heroum cecunditati; Du milieu du ceintre du
grand Portique de chaque face du Theatre, pendoit
:wn Quadre doré dans lequel
sestoient representéesenillluminations
des Emblèmes,
qui avoient du rapport a
quatre Devisesécrites en
lettres de feu sur chacune,
des quatres faces du Théâtre.
La premiere sur l'aisle
droite du costédel'Eglise
representoit un Soleil de
Feu chargé dans son fond,
des Armes de Mrle Duc de
Richelieu5 avec ces
mots
Illuminez,Refaitluminesplendet.
Elle faisoit allusion à
celle du Roy, & fignisioitque
les vertus de ce Duc
-
font toutes Royales, La le-r
conde sur Taille gauche representoit
les Armes de
;.
Madame la Duchesse de
Richelieu, qui - sont des
Fleurs de Lys & des Hermines
avec ces paroles
Gernino candore nitescrit. La troisième
faisoit voirleschifîfres
de l'un & de l'autre,
avec deux Coeurs dans l'entrelas
des Chifres
,
qui
estoient accompagnez de
3ce Vers.
\.pÜu nbs Coeurs font ferrez,
,
p{ter
-.,." leurs liensmuspUifcnt.
La quatrième estoit cornu
posée d'un Soleillançantses
[ Rayons sur deux Miroirs
ardens opposez l'un à l'autre,
l avec un Amour qui
allumoit son flambeau auIl
point d'activité des
-
deux*
miroirs. Cet autre Vers1
estoit l'ame de cette Devise.
Ainji VAmtur s'allNme dans nos
1
Cæun. |
Tout le Theatre
estoit
balustré de lances & de|
Potsà Feu, de Pétards& de
Saucissons ,avec cinq grands
partemens de Fuzées
, un
à chaque coin du Theatre,
& le cinquième au milieu,jf
Avant quedallumer le Feu, j
[on avoit prépare une douzaine
de grossèsFuzées changéesd'artifice,
pour estre
le signal aux Fauconneaux
5c à la Milice de tirer, comme
auni d'allumer dans cet
Listant tout le Theatre par
les Girandoles des quatre
xoins & par les Lances à
Feu, & de faire joiier tout
le relie de l'Artifice dans
son ordre.
Madame la Duchesse de
[Richelieu, pour qui toutes
les choses que je viens de
vous décrireavoientesté
préparées
y ne fut pas plutoit
en veuë de la Ville,
que tous les Moufquetaites
qui bordoient la demy-
Lune, la saluerent par Escopeterie une bien recriée. Cela
faityils défilerent aussitost
dans la Ville pour s'y
mettre en ha ye. Lors qu'on
la vit approcher de la Barriere
sur laquelle je vous
ay déjà marqué, que Mrle
Senechal & les autres .Offi-.
ciers s'estoient appuyez
pour faire connoistre que
la Justice est le plus feur
appuy des Villes, & la
plusforte Barriere qui puisse
y
ey arrester les desordres.
On l'abatit devant elle,
afin de luy fairevoir l'authorité
qu'elle avoit dans
Richelieu ; & alors Mr le
Senechal s'estant avancé à
lateste de toute laJustice,
luy fit une Harangue dont
le beau tour, & la delicatessedustile
& des pensées,
furent extremément applaudis.
Il est vray que Mrle
Duc deRichelieu ut qui vou- que l'on rendist les premiers
honneurs à Madame
la Comtesse d'Acigné, Mere
de Madame la Du-chessela
fit Complimenter la premiere.
Les Harangues finies,
elles descendirent sous le
Pavillon où le Dais les attendoit
; & comme le Convent
des Religieuses de la
Compagnie de Nostreme
est la premiere Maison
que l'on rencontre lors
qu'on entre dans la Ville,
Madame du Verdier leur
Superieure avoit envoyé ses
Pensionnaires
, pour faire
leurs Complimens à Madamé
la DuchessedeRichelieu.
La plus petite d'entre
elles s'enacquitta d'un air
tout charmant, & avec beaucoup
de grace,enluy presentant
deux Couronnes de
Fleurs. Cela fait
,
Madame
la Duchesse de Richelieu
marcha avec Madame la
Comtesse sa Mere fous le
Dais le long de la grande
Place & de la grande Ruë, jusques à l'Eglise. Pendant
ce temps, toutes les Dames
de la Ville parurent avec
des habits fort propres sur
le pas des Portes cocheres,
pour faire en passant leur
premiere Reverence à leur
nouvelle Duchesse, & marquer
par là l'empressement
qu'elles avoient de la voir.
Parmy lesSpectacles quis'offrirent
à. ses yeux, &qui l'obligerent
à s'arrêter de temps
en temps pour lesmieux considerer
, une chose la surprit
assez agreablement lors
qu'elle passoit dans la grande
ruë. Il sortit du Logis
de Mr le Senechal trois jeunes
Enfans, dont l'un habillé
de gaze d'argentàfond
couleur de Feu, reprefensentoit
l'Amour de la Patrie.
Il tenoit dansune de ses
mainsun Chevron briie de
gueules, où estoient atta^-
chez des Coeurs tout de Feu
par des noeudsde la mefi-n-ç.
couleur, pour marquer le
zele &: l'attachement des
Habitans à la Maison de
Richelieu. Le second
,
dont
l'habillement estoit de gaze
d'or à fond bleu, figuroit
le bon Genie. Il avoit des
aislesaux costez de sa teste,
& tenoit des Couronnes de
Palmes & de Laurier:Ledernier
qui representoit l'Augure
certain, tenoit dans ses
mains un Astrolabe. Il estoit
habillé de gaze d'argent à
fond vert, & avoit deux
Etoiles sur sateste, signifiant
touCjaosutorrs6c Pollux, qui ont passé pour estre
de bon augure. Le premier
de ces Enfans, qui est
le Fils de Mr le Senechal de
Richelieu, fit un Compliment
en Vers à Madame la
Duchesse
,
& le prononça
d'un air si libre, qu'elle en
fut charmée ainsi que tous
ceux qui l'entendirent. Aprés
cela, elle arri va à l'Obelisque
, qui n'estoit qu'àvingt
pas delà. Cet Ouvrage la
surprit.CeSoleil, ces Globes,
ces Medailles, ces Etoiles
, ces Dauphins, ces Devises, & toutes les figures
dont je viens de vous parler,
furent des Spectacles qu'elle
trouva dignes de sa curiosité.
Elle passa outre, &
quoy qu'il lift trop de jour
pour illuminer les. Armes
que l'on avoit suspenduës en l'airau bout de la grande
ruë
,
les preparatifs luy en
parurent bien imaginez &
elle en loiia hautement le
dessein. Enfin elle arriva à
l'Eglise, où le Clergé l'attendoit
sur les marches,devant
le magnifique Portail de ce
beau Temple. Il avoit à sa
teste le Superieur de Messieurs
de la Mission, qui la
harangua en luy presentant
l'Encens & l'Eau Benite.
Ensuite il la conduisit au
Choeur, & l'on y chanta le
Te Deum & le Benedictus au
son de toutes les Cloches,
ausquelles douze Fauconneaux,
autant de Coulevrines
, & toute la Moufque-
•
terie repondirent. Un moment
aprés cette premiere
décharge, la Mousqueterie
recommença ,
& fut un fignal
aux Fauconneaux &:
aux Coulevrines qui estoient
entre la Ville& le Chasteau,
derecommenceraussi. Cette
seconde décharge futà peine
faite
, que tous les Mousquetaires
qui se trouvoient
au nombre de huit à neuf
cens,tirezdeRichelieu,Mirebeau,
la Chapelle-Belloüin,
& autres dépendances du
Duché,défilerent encore une
fois, & allerent faire une
haye depuis la porte de la
Ville jusques au Chasteau.
Madame la Duchesse de
Richelieu passa au milieu de
ces Mousquetaires, qui s'étoient
rangez en tres-bon
ordre, & arriva dans son magnifique PalaisN, oIù elle
futreceuësplendidement par
Mr & Madame de Sacilly.
La douce Harmonie des Violons
&desHautbois succeda
aux bruits Guerriers de l'Artillerie
,des Tambours & des
Trompettes,dont les Echos
qui y sont admirables,avoient
long-temps retenty de
tous costez. Comme on ne
sçavoit pas si cette Duchesse
n'arriveroit point de nuit,
il avoit estéordonné que les
1
deux rangs de fenestres haue
tes & basses, des superbes Pa-
.villons des deux grandes
Places, & de ceux de toute
la grande ruë qui est fort
droite& fort large, auroient
chacune deux Illuminations,
dont le papier huilé devoit
estre marqué de Fleurs de
Lys, d'Hermines & de Chevrons
brizez ; ce que l'on
avoit ponctuellement executé.
Cette Duchesse qui en
avoit veu les apprefts en passant,
voulut voir l'effet qu'ils
produiroient. Ainsi sur les
dix heures du soir elle vint
à la Ville
, ou une nuit fort
obscure favorisant le dessein
des Habitans, elle vit
dans tout leur éclat les divers
Spectacles que je viens
-
de vous décrire. Elle demeura
d'accord qu'on ne
pouvoit voir uneillumina-1
tion plus furpren:.inre. La
grande ruë de Richelieu
sembloit avoir esté faite exprés
pour la faire mieux paroi'i'r-
re-; les Pavillons y étant
fort eslevez & tres reguliers.
Chaque croisée a six grands
panneaux de vitres, & ces
croisées se répondent les
unes aux autres avec une
merveilleuseégalité.Chaque
Pavillonde part & d'autre en
; a quatre dans les bas étages,
& cinq dans les hauts. Rien
n'estplus droit, & la fime-
,- trie y est entièrement observée.
Ce qui rendoit la chose
encore plus pompeuse, c'étoit
l'Obelisque, dont le Soleil
& les autresFigures éclatoient
comme en plein jour,
aussi-bien que celles de l'Arc
de Triomphe,qui se trouvant
comme l'Obelisque entre
ces Armes illuminées, &
le Feu d'artifice, faisoient au
milieu de tous ces Feux le
plusagreable effet du monde.
LeFeudartificeeuttout
le succez qu'on en pouvoit
esperes. Il n'yavoit rien de
mieuximaginé.LeSt de Launay
de Poitiers qui est un
homme fort expert dans
toutes les choses de cette
nature , en estoit l'Autheur.
Toutes ces Lances & Pots
------à Feu, ces Girandoles, ces
Armes & ces Devisesilluminées,
ce superbe Palais embrasé
, cette ColomneTrajane
flamboyante, trois cens
cinquante Fusées de toutes
especes, & toutes les Illuminations
des Places & de la
grande ruë,estoient un Spectacle
qui remplit l'attente
d'une infinité de Curieux,accourus
à Richelieu pour voir
cesmagnificences. Mr dela
Guertiere, Peintre du Roy, qui s'est trouvé à cinq des
plus superbes Entrées qu'on
ait faites dans l'Europe, avoit
donné le plan de tout
le Dessein. Mr de l'Hermitage
,
qui fous le nom de
Deniau
) a pendant cinq ans
travaillé fous le fameux Mr
le Brun, avoit fait tous les
Tableauxde l'Arc de Triomphe,
ôc Mrde la Briere, qui
reüsst admirablement dans
les ornemens ôcdans les Portraits,
s'estoit chargé du travail
del'Obelisque. Ils sont
tous trois de Richelieu, d'où
l'onn'a pas eu besoin de
sortir
, pour trouver des
gens capables de bien inventer
& d'executer.
Le lendemainMr le Pelletier
,
Presidentàl'Election
&au Grenier à Sel de Richelieu
, alla à la teste de ces
deux Corps reunis, complimenter
M le Duc & Madafmela
Duchesse de Richelieu.
Il commença par Madame
laComtesse d'Acigné,
comme onluy avoirmarqué
que ce Duc le souhaitoit.
Toutes ses Harangues
furent extremement polies,
& prononcéesavecbeaucoup
de grâce. C'est un
homme tout de feu, &qui
na pas moins d'honneur ôc
de probité, que de capacité&
de delicatesse d'esprit.
Le mesme jour, M' leDuc
& Madame la Duchesse de
Richelieu, Madame la Comtesse
d'Acigné, Mademoiselle
sa Fille
,
Mrs les Abbez
d'Acigné & de Sacilly
,
&
plusieurs autres personnes
considerables qui lessuivirent,
allerent visiterlesReligieuses
de la Compagnie de
Nostre-Dame. Ces Dames
les surprirent agréablement
quand après qu'ils eurent
visité toute la Maison
,
elles
les firent entrer dans une
Salle où il y avoit un Théâtre
tout dressé. Ils n'y furent pas
plûtost placez que l'on tira
un Rideau qui le cachoit, &,
les Pensionnaires commencèrent
une des Tragédies;
de l'Illustre MrdeCorneille,
que ces Dames leur avoient
fait apprendre secretement.
Si la surprise fut grande,les
applaudissemens que l'on
donna aux Acteurs furent
encore plus grands. Je laisse
les autres Divertissemens qui
ont fait paroistre le zelede la-
Ville de Richelieu,pourpasfer
à un Article de Guerre.
de Richelieu, avoient trop
d'impatience de voir leur
nouvelle Duchesse? pour ne
luy faire pas une Entrée qui
répondistàleur zele. Sur l'avis
qu'on eutqu'elle estoit
arrivée à Tours le 27. du mois
passé, la Noblesse dans un
Corps, une partie de la Ville
rxians un autre, .1ngt ou
~urenteGardes avec leurs Bandolieres,
allerent le lendemain
au devant d'elle à Hfte-
Bouchard, dans unéquipage
tres-propre, & ils l'accompagnerent
tous en fort bonoordre
jusqu'à Richelieu. En
(paiTant. pardevant le Convent
des Minimes de Champigny
,elle fut conlplÍ111en--,
rée par le Pere de la Bazinicre
leur Correcteur
,
qui luy
presenta desBassins remplis,
Wc, toutes fortes de fruits. Il
jEiuc vous dire les Apprests,
que l'onavoit faits à Richelieu
pouflfe recevoir. On avoit
bordé la Demie-lune de
la Porte de Paris, de Mous-
• quetaires fort lestes,qui formoientune
espece d'Avantgarde
en maniere de Croissant.
Au bout du Pont, Mr
de Reveillon, Seneschal &
Maire perpetuel de la Ville,
à la teste des autresOfficiers,
paroissoit appuyé sur la Barriere,
& sur les deux costez
du Pont-dormant, les Avocats
& les Procureurs s'estoient
tous rangez selon leur
rang jusque fous le Pavillon
de la grande Porte. Les quatre
Echevins de la Ville tenoient
un superbe Dais,pour
le presenter à Madame la Duchesse
de Richelieu,afin de
la conduire à la grande Eglise.
Au bout de la premiere
Place, qui n'a pas moins d'étenduë
que la Place Royale,
& dont les Pavillons sont
presque aussi magnifiques
,
à
l'entrée de la granderue, on
,
avoit élevé un Arc de triomphe,
composéd'une grande
Porte dans lemilieu, & de
:. deux plus petites aux costez,
sur le frontispicedesquelles
on avoit posé trois Tableaux,
garnis de sestons de verdure&
de fleurs, arnaque toute
l'Architecture. Comme le
dessein de cette agreableFesterouloit
entierementsurla
joye que toute la Ville avoit
de l'heureux Accouchementde
Madame la Duchesse de.
Richelieu,on avoit representé
dans le Tableau du milieu,
l'Honneur ôc la Fecondité
- quisoûtenoient trois-Chevrons
brifèj^,&qui lesappu
YOICnt
ùl:..Jun
Cube,qui
est le Hyerogliphe meté,pourmarquedre la Fer- missemétdel'anciennl'aesMseari--
son de Richelieu
,
par'heureuse
feconditéde son IllustreDuchesse.
L'Honneur estoit
figuré par un Héros couvert
d'un Manteau de pourpre
, appuyé surune demie
pique, & environné de laurier
; & la Fecondité par une
jeune Femme avec un Manteau
fourré d'hermines,&
bordé de Fleurs de lis, donton
icaic que sont composées
les Armes de Madame la Ducheilè
de Richelieu.
Cette Figure avoit d'autres
embelliflemens qui cotnvenoient
au iiijet,& quifaisoient
d'autant plus connoitre
le zele des Habitans, que
tout y marquoit l'esperance
qui les flate, de voir bientostnaître
un Fils de cet heureux
Mariage. Sur le Cube
au dessous des Armes de Richelieu,
soûtenues comme
je l'aydéjà dit, par l'Hon- i
neur &par la fecondité -,*
on lisoit cette Devise Latine.
His fuita mandant. 1
Au revers du Tableau,
dans un Manteau Ducal
couronned'une Couron.
ne Ducale, & soûtenu par
deux
deux Armes, on avoit écrit
ces Vers, qui expliquoient
1 la Devise.
6t;
- iZJfqucs icy la France a
toujours
vert ¿'si()nifeUr
Denosfzmeu." ArmandsfioutenirLi
grandiuri
Mais de peur qua, Ufin leur heau
Nom ne pcrijfe,
Le Dcftin veut encor que la Fécon-
Pardité [' r~~ le moyen d'unejeune Beauté *A cet honneur heureuftment s'uf
nijje,
Afin de leur donner une Postérité
JVui florijjetoujours
,
l & jamais ne jinijfe.
Les deux autres Tableaux
marquoient les temps de la
conception & de la naissance
de la petite Mademoiselle
de Richelieu, qui sont les
mois de Septembre &de Juin.
Dans l'un, on avoitrepresenté
d'uncosté l'Equinoxe de
l'Automne, par une Femme
tenant des Balances, qui avoient
dans leurs Bassins, au
lieu de poids, deux Globes
à demy éclairez par le Soleil;
& de l'autre costé on avoit
écrit cette Devise, Consultò
nonforte. Tout avec poids,
rien par hazard.
Elle estoit expliquée en
Vers Latins au revers de ce
Tableau. Dans le troisiéme,
onavoit peint d'un costéle
Solstice d Esté, & on l'avoit
figuré par unHomme couronné
d'Epics de Bled,ayant
le Zodiaque avec le Signe de
la Balance sur la teste, & tenant
le Globe de la Terre,
dont les deux tiers estoient
éclairez par le Soleil. De l'autre
costé on lisoit cette Devise.
Optatoe spes maxima prolis.
J^uand on me voit, la moiffin efi
t- bien proche.
On l'avoit encore expliquée
par deux Vers Latins,
sur ce que la naissance d'une
Fille fait attendre un Fils de
Madame la Duchesse de Richelieu,
Au milieu de la mesme ruë,
on avoit dresse un Piédestal
de huit à neuf pieds de hauteur,
qui renfermoit un tonneau
de Vin, d'où sortoit une ,
Fontaine à deux tuyaux; &
, sur ce Piédestal sur quatre
1 grosses boules, un Obelifque
de vingt-quatre à vingtcinq
pieds d'élévation
,
le
tout feint de marbre. Le Piédestal
estoitquarré & des
deux costez de la ruë Traverfaine,
on avoit peint dans
chaque façade les Fleuves de
Mable & de la Veude,qui par
les trous de leurs Urnes versoient
le Vin qui estoit renfermé
dans lePlédestal. Dans
les deux autres faces, dont
rune regardoit la Porte de
Paris, & l'autre celle du Chateau
,
il y avoit des Inscriptions
en Vers,dans l'une def
quelles la Veude
,
qui n'efb
pas si voisine de Richelieu,
que le Mable qui en arrose
les murs,luy parloit de cette
forte.
NeJoyez,pasifurpris,oMable trop
beurellx)
De me voir accourir dans ces aimables
lieux
fourjoindre mon Vrne à la votre- cealler contre son devoir
.!<.!!e d*abandonnertout, pourvoir
Vne nDuochefjfiierlUeu?flre, & telle que U &telle la
Loij;- de trie
Loin- me rreebbutitteerr>, tteeinîddeezz,m,mooyvofire
main,
Et pour mieux recevoir un Objetsi
divin,
ZJnifions- nom, mejlons nos ondesy
Etsouffrons que Bacchsu nous change
mefimeen vin,
Nous en aurons un plus noble afftin,
Et nos vertus en feront pitufitcondesLaréponse
que luy faisoit
~leMable, estoitconceuëen
aces termes.
Dans nostre publique aDegrtjJè
approuveray toujours les curieux
transports
£>uifontfaitfort'tr de tes bords
\Tourvenir admirer nojire lllujlre Duchefe.
TTon dessein me ravit,poursuis, ilt'eif
permis,
XVefprit qui te Cinjpire efl trop de nos
Amis,
3.Z/ pour te rebuter ton offre est trop
honneJle.
Acheve, & que rien ne farrefle,
Le Ciel tient pour ses Ennemis
Les Ennemis de cette Feste.
Au haut de cet Obelisque,
on voyoitéclater un Soleil,
quiestl'Hierogliphede
nostre Auguste Monarque,
que la Ville de Richelieu,
pour milleraisons, & gene,..
rales & particulieres, n'avoit
garde d'oublier dans une occation
publique comme celle-
là. Ce Soleil estoitposé
au dessus d'une Medaille du
Roy, leGlobeduCiel entre
deux, & celuy de la Terre
au dessous de la Medaille de
ce Prince, avec cette Devise
, Hic Coelo,IsteSolo. Elle
estoit expliquée par ces quatre
Vers.
Tout ce vafie Univers ne charmerait
pcrjonne
Sans tAffre qui fait lei beaux
jours,
Etsans LOV FS qui nom les donne,
1 Nos Tcfleslanguiroiinî^unaurount
peint decours.
Cette Devise & ces Vers
estoient repetez dans l'An-
! gle opposé, excepté qu'au
lieu de ces mots, Hic CAo,
iste Solo, on y avoit mis ceuxcy
,
Dignus uterque præeH. Les
deux autres faces faisoient
paroilire, dans un Ciel fort
serein quantité d'Etoiles édatantes
qui entouroient un
Dauphin celeste ,avecces
mots, Sic Régia posleritas, &
ces autres Vers, qui en donnoient
l'explication.
La France à l'avenir ne craint plut
-- - "lesdcfajlrcs,
Ce Royaume jamais rfeut un dejlin
pAreil) 1
Son Roy brille comme mi Soleil,
EtJesEnfanscomme des Ajlres.
Audessous de la Médaille
du Foy, on avoit reprefentédeux
ou trois rayons, qui
venoient du corps du Soleil,
qui servoit de Devise à ce
grand Prince, & qui diffipoient
un gros nuage, avec
ces mots pour Mr le Duc de
Richelieu, Post nubila judum.
illts estoient expliquez par les
Versquisuivent.
Des qu'Armandparoijfra dans cefc~
jour charmant
Avec noflreIlin[IreDucbcjfc,
Il ne luyfaudra qi/un moment
Pour dijjlper chez, nom quatorze ans
de trifltIfl--
Il y avoit ce mesme nombre
d'années que Richelieu
ln''avoitpossedéceDuc. Dans Angleopposé, on avoit
peint pour Madame la Duchesse,
un. Alcion au milieu,
de la Mer, avec cette Devise
,
Tempora tuta notat, expliquee
par ces Vers;
Nom ne craignons point la tempeftc,
On va joitir d'un temps & fort caU
me &fort doux
i.
L'Alcion a saru chez, nom,
h'ailegreffe y revient, & l'orage s'ar-
-
reste.
1
A la troisiéme face, orj
avoit peint un Phénix, pour
marquer l'esperance que l'on;
a qu'il naistra bien-totsusi
Garçon de Madame laDuchesTe
5
avec ces paroles,Diend,
ex proie rtfurtit. 1
Amand danssa PoBcrité 11
Xii Jera fameuse en l'HVpoirey 1
Y va vivre une éternité
Tout couvert d'honneur& de gloi-
1 re.
Dans la face opposée à
c.ette derniere,on avoir peint
pour Devise à Mademoiselle
de Richelieu, une Aurore aiante.av.ec ces mots,Nuntio
magna.
i
Chacun en moy trouve déja des
chtlrmes,
Maù avec tom les dons que fil) recou
des CÙIIX)
pn Frcre va venir qui fera parCes
armes,
fIlM de progrés encor que n'(n feront
iyiesjeux.
Au dessousdetoutesces
Devises, dans une des faces
de cet Obelisque, on avoit
representé en bas relief un
Bacchus,que les Anciens appelloient
Liber, pour nous si-.
gurer la Franchise, dont les
Habitans de cette petite Ville,
qui peut passer pour le Bijou
de la France, joüissent
fous les auspices heureux de
Loüis LE GRAND. Ces
Vers estoientau dessous.
Pour le repos tout le monde (OHpire,
De nos travaux il cflle blit châr- .*niant-.
Graces au GRAND LOFIS, on 1'4
feu*son Empire,
Et Richelieusur tout enjouit pleinement
;
Maisbien loin quejamais cette rille
tonfeme
A s'oublier dans sa félicité,
Au service du Prince elle eïl ferme
& clnfante, -
Etconnoïftra toujoursquelleneflfloriffante
Jî>ueparsalibéralité.
- Dam l'Angleopposé, on
avoit aussî representé en bas
relief une jeune Nymphe
couronnée de fleurs, en posture
de Danceuse,tenant
une Lyre, avec un air extrêmement
guay , pour nous sigurer
l'allegresse publique,
avec ces Vers.
En quelque endroit que ma Dà.
chcjjc
Tassebrillerfies doux appas,
On verra toujours tAUegrejJè
Précéder ou suivrefis pas.
I
Dans les deux autres Angles,
on voyoit de petits Faunes
ôcde petits Satyres jouas
de la Flulte & du Tambour
de Basque, dançans &: gainbadans
à leur son. Cette Inscription
Latine estoit éciite
en gros caractères au bas de
l'obelisque.
S. P. Q.RICH.
HancPyramidemadhonorent &gloriamfaufii
Duciff&fujt in banc orbcm
mgrejju* erexerunt ,fit/; Proe
tore intcgerrimo PbilippoJgwerarcl
Domino de Réveillon, annôfaltttis
M. DC. LXXXV.
Au bout de cette grande
rue, a l'entree de la [econde,
Place, on voyoit suspenduës
en l'air les Armes de la Maison
de Richelieu, faites d'Illuminations
?
avec ces deux
Vers au denousécries en lettres
de feu.
Sous cesChevrons
-
flmèttx-
Nomvivons tout httJrefJx,
Enfin aumilieu de cette Place on avoit dresse un
Feu d'artifice dont voicy 1er
Plan, Le Théâtre estoit disposé
en Arc de Triomphe.*
Il y avoit ttois portiques!
sur chacune de ses 'f.,,ices.
Elles avoient dix-huit pieds 1
chacune, & elles estoient
toutes ornées de Festons de
Verdure. Le Corps de la.
Machine occupoic douzeé
pieds en quarré ,& repre-l
sentoit en Illumination le
pompeux Palais de Riche-
,lieu, suivant les veuës de ses t
quatre faces. Celle de devant
qui faisoit voir au tra- .)
vers de son Dome & de sa
Terrasseunemaniéré de Coomne
Trajane illuminée
iMème'e de chifres & des Arrimes
de Mrle Duc &de Maixlame
laDuchess de Richeillieu
, & qui surpassoit la
hauteur du Chasteau de deux
oou trois pieds, faisoit voir
dans le collier de son Chaqpiteau
cette inscription 3reu en
: Heroum cecunditati; Du milieu du ceintre du
grand Portique de chaque face du Theatre, pendoit
:wn Quadre doré dans lequel
sestoient representéesenillluminations
des Emblèmes,
qui avoient du rapport a
quatre Devisesécrites en
lettres de feu sur chacune,
des quatres faces du Théâtre.
La premiere sur l'aisle
droite du costédel'Eglise
representoit un Soleil de
Feu chargé dans son fond,
des Armes de Mrle Duc de
Richelieu5 avec ces
mots
Illuminez,Refaitluminesplendet.
Elle faisoit allusion à
celle du Roy, & fignisioitque
les vertus de ce Duc
-
font toutes Royales, La le-r
conde sur Taille gauche representoit
les Armes de
;.
Madame la Duchesse de
Richelieu, qui - sont des
Fleurs de Lys & des Hermines
avec ces paroles
Gernino candore nitescrit. La troisième
faisoit voirleschifîfres
de l'un & de l'autre,
avec deux Coeurs dans l'entrelas
des Chifres
,
qui
estoient accompagnez de
3ce Vers.
\.pÜu nbs Coeurs font ferrez,
,
p{ter
-.,." leurs liensmuspUifcnt.
La quatrième estoit cornu
posée d'un Soleillançantses
[ Rayons sur deux Miroirs
ardens opposez l'un à l'autre,
l avec un Amour qui
allumoit son flambeau auIl
point d'activité des
-
deux*
miroirs. Cet autre Vers1
estoit l'ame de cette Devise.
Ainji VAmtur s'allNme dans nos
1
Cæun. |
Tout le Theatre
estoit
balustré de lances & de|
Potsà Feu, de Pétards& de
Saucissons ,avec cinq grands
partemens de Fuzées
, un
à chaque coin du Theatre,
& le cinquième au milieu,jf
Avant quedallumer le Feu, j
[on avoit prépare une douzaine
de grossèsFuzées changéesd'artifice,
pour estre
le signal aux Fauconneaux
5c à la Milice de tirer, comme
auni d'allumer dans cet
Listant tout le Theatre par
les Girandoles des quatre
xoins & par les Lances à
Feu, & de faire joiier tout
le relie de l'Artifice dans
son ordre.
Madame la Duchesse de
[Richelieu, pour qui toutes
les choses que je viens de
vous décrireavoientesté
préparées
y ne fut pas plutoit
en veuë de la Ville,
que tous les Moufquetaites
qui bordoient la demy-
Lune, la saluerent par Escopeterie une bien recriée. Cela
faityils défilerent aussitost
dans la Ville pour s'y
mettre en ha ye. Lors qu'on
la vit approcher de la Barriere
sur laquelle je vous
ay déjà marqué, que Mrle
Senechal & les autres .Offi-.
ciers s'estoient appuyez
pour faire connoistre que
la Justice est le plus feur
appuy des Villes, & la
plusforte Barriere qui puisse
y
ey arrester les desordres.
On l'abatit devant elle,
afin de luy fairevoir l'authorité
qu'elle avoit dans
Richelieu ; & alors Mr le
Senechal s'estant avancé à
lateste de toute laJustice,
luy fit une Harangue dont
le beau tour, & la delicatessedustile
& des pensées,
furent extremément applaudis.
Il est vray que Mrle
Duc deRichelieu ut qui vou- que l'on rendist les premiers
honneurs à Madame
la Comtesse d'Acigné, Mere
de Madame la Du-chessela
fit Complimenter la premiere.
Les Harangues finies,
elles descendirent sous le
Pavillon où le Dais les attendoit
; & comme le Convent
des Religieuses de la
Compagnie de Nostreme
est la premiere Maison
que l'on rencontre lors
qu'on entre dans la Ville,
Madame du Verdier leur
Superieure avoit envoyé ses
Pensionnaires
, pour faire
leurs Complimens à Madamé
la DuchessedeRichelieu.
La plus petite d'entre
elles s'enacquitta d'un air
tout charmant, & avec beaucoup
de grace,enluy presentant
deux Couronnes de
Fleurs. Cela fait
,
Madame
la Duchesse de Richelieu
marcha avec Madame la
Comtesse sa Mere fous le
Dais le long de la grande
Place & de la grande Ruë, jusques à l'Eglise. Pendant
ce temps, toutes les Dames
de la Ville parurent avec
des habits fort propres sur
le pas des Portes cocheres,
pour faire en passant leur
premiere Reverence à leur
nouvelle Duchesse, & marquer
par là l'empressement
qu'elles avoient de la voir.
Parmy lesSpectacles quis'offrirent
à. ses yeux, &qui l'obligerent
à s'arrêter de temps
en temps pour lesmieux considerer
, une chose la surprit
assez agreablement lors
qu'elle passoit dans la grande
ruë. Il sortit du Logis
de Mr le Senechal trois jeunes
Enfans, dont l'un habillé
de gaze d'argentàfond
couleur de Feu, reprefensentoit
l'Amour de la Patrie.
Il tenoit dansune de ses
mainsun Chevron briie de
gueules, où estoient atta^-
chez des Coeurs tout de Feu
par des noeudsde la mefi-n-ç.
couleur, pour marquer le
zele &: l'attachement des
Habitans à la Maison de
Richelieu. Le second
,
dont
l'habillement estoit de gaze
d'or à fond bleu, figuroit
le bon Genie. Il avoit des
aislesaux costez de sa teste,
& tenoit des Couronnes de
Palmes & de Laurier:Ledernier
qui representoit l'Augure
certain, tenoit dans ses
mains un Astrolabe. Il estoit
habillé de gaze d'argent à
fond vert, & avoit deux
Etoiles sur sateste, signifiant
touCjaosutorrs6c Pollux, qui ont passé pour estre
de bon augure. Le premier
de ces Enfans, qui est
le Fils de Mr le Senechal de
Richelieu, fit un Compliment
en Vers à Madame la
Duchesse
,
& le prononça
d'un air si libre, qu'elle en
fut charmée ainsi que tous
ceux qui l'entendirent. Aprés
cela, elle arri va à l'Obelisque
, qui n'estoit qu'àvingt
pas delà. Cet Ouvrage la
surprit.CeSoleil, ces Globes,
ces Medailles, ces Etoiles
, ces Dauphins, ces Devises, & toutes les figures
dont je viens de vous parler,
furent des Spectacles qu'elle
trouva dignes de sa curiosité.
Elle passa outre, &
quoy qu'il lift trop de jour
pour illuminer les. Armes
que l'on avoit suspenduës en l'airau bout de la grande
ruë
,
les preparatifs luy en
parurent bien imaginez &
elle en loiia hautement le
dessein. Enfin elle arriva à
l'Eglise, où le Clergé l'attendoit
sur les marches,devant
le magnifique Portail de ce
beau Temple. Il avoit à sa
teste le Superieur de Messieurs
de la Mission, qui la
harangua en luy presentant
l'Encens & l'Eau Benite.
Ensuite il la conduisit au
Choeur, & l'on y chanta le
Te Deum & le Benedictus au
son de toutes les Cloches,
ausquelles douze Fauconneaux,
autant de Coulevrines
, & toute la Moufque-
•
terie repondirent. Un moment
aprés cette premiere
décharge, la Mousqueterie
recommença ,
& fut un fignal
aux Fauconneaux &:
aux Coulevrines qui estoient
entre la Ville& le Chasteau,
derecommenceraussi. Cette
seconde décharge futà peine
faite
, que tous les Mousquetaires
qui se trouvoient
au nombre de huit à neuf
cens,tirezdeRichelieu,Mirebeau,
la Chapelle-Belloüin,
& autres dépendances du
Duché,défilerent encore une
fois, & allerent faire une
haye depuis la porte de la
Ville jusques au Chasteau.
Madame la Duchesse de
Richelieu passa au milieu de
ces Mousquetaires, qui s'étoient
rangez en tres-bon
ordre, & arriva dans son magnifique PalaisN, oIù elle
futreceuësplendidement par
Mr & Madame de Sacilly.
La douce Harmonie des Violons
&desHautbois succeda
aux bruits Guerriers de l'Artillerie
,des Tambours & des
Trompettes,dont les Echos
qui y sont admirables,avoient
long-temps retenty de
tous costez. Comme on ne
sçavoit pas si cette Duchesse
n'arriveroit point de nuit,
il avoit estéordonné que les
1
deux rangs de fenestres haue
tes & basses, des superbes Pa-
.villons des deux grandes
Places, & de ceux de toute
la grande ruë qui est fort
droite& fort large, auroient
chacune deux Illuminations,
dont le papier huilé devoit
estre marqué de Fleurs de
Lys, d'Hermines & de Chevrons
brizez ; ce que l'on
avoit ponctuellement executé.
Cette Duchesse qui en
avoit veu les apprefts en passant,
voulut voir l'effet qu'ils
produiroient. Ainsi sur les
dix heures du soir elle vint
à la Ville
, ou une nuit fort
obscure favorisant le dessein
des Habitans, elle vit
dans tout leur éclat les divers
Spectacles que je viens
-
de vous décrire. Elle demeura
d'accord qu'on ne
pouvoit voir uneillumina-1
tion plus furpren:.inre. La
grande ruë de Richelieu
sembloit avoir esté faite exprés
pour la faire mieux paroi'i'r-
re-; les Pavillons y étant
fort eslevez & tres reguliers.
Chaque croisée a six grands
panneaux de vitres, & ces
croisées se répondent les
unes aux autres avec une
merveilleuseégalité.Chaque
Pavillonde part & d'autre en
; a quatre dans les bas étages,
& cinq dans les hauts. Rien
n'estplus droit, & la fime-
,- trie y est entièrement observée.
Ce qui rendoit la chose
encore plus pompeuse, c'étoit
l'Obelisque, dont le Soleil
& les autresFigures éclatoient
comme en plein jour,
aussi-bien que celles de l'Arc
de Triomphe,qui se trouvant
comme l'Obelisque entre
ces Armes illuminées, &
le Feu d'artifice, faisoient au
milieu de tous ces Feux le
plusagreable effet du monde.
LeFeudartificeeuttout
le succez qu'on en pouvoit
esperes. Il n'yavoit rien de
mieuximaginé.LeSt de Launay
de Poitiers qui est un
homme fort expert dans
toutes les choses de cette
nature , en estoit l'Autheur.
Toutes ces Lances & Pots
------à Feu, ces Girandoles, ces
Armes & ces Devisesilluminées,
ce superbe Palais embrasé
, cette ColomneTrajane
flamboyante, trois cens
cinquante Fusées de toutes
especes, & toutes les Illuminations
des Places & de la
grande ruë,estoient un Spectacle
qui remplit l'attente
d'une infinité de Curieux,accourus
à Richelieu pour voir
cesmagnificences. Mr dela
Guertiere, Peintre du Roy, qui s'est trouvé à cinq des
plus superbes Entrées qu'on
ait faites dans l'Europe, avoit
donné le plan de tout
le Dessein. Mr de l'Hermitage
,
qui fous le nom de
Deniau
) a pendant cinq ans
travaillé fous le fameux Mr
le Brun, avoit fait tous les
Tableauxde l'Arc de Triomphe,
ôc Mrde la Briere, qui
reüsst admirablement dans
les ornemens ôcdans les Portraits,
s'estoit chargé du travail
del'Obelisque. Ils sont
tous trois de Richelieu, d'où
l'onn'a pas eu besoin de
sortir
, pour trouver des
gens capables de bien inventer
& d'executer.
Le lendemainMr le Pelletier
,
Presidentàl'Election
&au Grenier à Sel de Richelieu
, alla à la teste de ces
deux Corps reunis, complimenter
M le Duc & Madafmela
Duchesse de Richelieu.
Il commença par Madame
laComtesse d'Acigné,
comme onluy avoirmarqué
que ce Duc le souhaitoit.
Toutes ses Harangues
furent extremement polies,
& prononcéesavecbeaucoup
de grâce. C'est un
homme tout de feu, &qui
na pas moins d'honneur ôc
de probité, que de capacité&
de delicatesse d'esprit.
Le mesme jour, M' leDuc
& Madame la Duchesse de
Richelieu, Madame la Comtesse
d'Acigné, Mademoiselle
sa Fille
,
Mrs les Abbez
d'Acigné & de Sacilly
,
&
plusieurs autres personnes
considerables qui lessuivirent,
allerent visiterlesReligieuses
de la Compagnie de
Nostre-Dame. Ces Dames
les surprirent agréablement
quand après qu'ils eurent
visité toute la Maison
,
elles
les firent entrer dans une
Salle où il y avoit un Théâtre
tout dressé. Ils n'y furent pas
plûtost placez que l'on tira
un Rideau qui le cachoit, &,
les Pensionnaires commencèrent
une des Tragédies;
de l'Illustre MrdeCorneille,
que ces Dames leur avoient
fait apprendre secretement.
Si la surprise fut grande,les
applaudissemens que l'on
donna aux Acteurs furent
encore plus grands. Je laisse
les autres Divertissemens qui
ont fait paroistre le zelede la-
Ville de Richelieu,pourpasfer
à un Article de Guerre.
Fermer
Résumé : Relation de tout ce qui s'est passé à la Reception de Madame la Duchesse de Richelieu, à Richelieu. [titre d'après la table]
La ville de Richelieu se préparait avec enthousiasme à l'arrivée de leur nouvelle duchesse. À l'annonce de son arrivée à Tours, la noblesse et une partie de la population l'accueillirent à Hfte-Bouchard et l'escortèrent jusqu'à Richelieu. La ville avait été soigneusement préparée : la porte de Paris était bordée de mousquetaires, et les autorités locales, y compris le sénéchal et les échevins, étaient présentes. Un arc de triomphe orné de tableaux symbolisant l'honneur et la fécondité avait été érigé sur la première place. Des tableaux marquaient les dates de la conception et de la naissance de Mademoiselle de Richelieu, accompagnés de devises latines et de vers. L'obélisque central était orné de divers symboles : un soleil représentant le monarque, un dauphin céleste symbolisant la postérité royale, et des médailles illustrant les devises royales. Pour la duchesse, un alcyon symbolisait la sécurité, et un phénix représentait l'espoir d'un héritier mâle. L'aurore symbolisait l'avenir prometteur de Mademoiselle de Richelieu. Des bas-reliefs représentaient Bacchus et une nymphe, signifiant la franchise et l'allégresse publique. À son arrivée, la duchesse fut accueillie par des salves d'escopetterie et une harangue du sénéchal. Elle fut accompagnée par la Comtesse d'Acigné et des pensionnaires de la Compagnie de Notre-Dame lui offrirent des couronnes de fleurs. Elle traversa la ville sous un dais, saluée par les dames locales et des enfants costumés représentant divers symboles patriotiques. La procession se conclut à l'église, où le clergé l'attendait. Le lendemain, le Duc et la Duchesse visitèrent les Religieuses de la Compagnie de Notre-Dame et assistèrent à une représentation théâtrale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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391
p. 187-239
Relation de ce que les Galeres & le Bataillon de Malte, ont fait au Siege de Coron dans la Morée, pendant la derniere Campagne de l'année 1685.
Début :
Je vous envoyay le dernier Mois une Lettre du Generalissime / L'Escadre de Malte, composée de huit Galeres, & commandée [...]
Mots clefs :
Général, Bataillon, Malte, Troupes, Chevaliers, Vénitiens, Ennemis, Galères, Siège, Étendard, Canon, Capitaine, Camp, Pape, Résistance, Éminence, Attaque, Morts, Blessés, Liste de noms
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation de ce que les Galeres & le Bataillon de Malte, ont fait au Siege de Coron dans la Morée, pendant la derniere Campagne de l'année 1685.
Je vous envoyay le dernier
Mois une Lettre duGeneralissimeMorosini
sur l'Affaire
de Coron, ôc aujourd'huy
jevous feray partd'une
Relation toute entiere
,,}
*
touchant le Siege &: la prise
de cette Place. Elle est exacte
& remplie de faits tout nou- 1
veaux,& de circonilancesl
qui n'ont point encore esté
sceuës, & je puis vous
~~urer
qu'on n'arien veu
surs
-
cette matiere de plus cu-^
rieux
,
& de plus digne d'être
conservédansl'Histoire
à cause des Chevaliers quij
ont faitvoir leur valeur, &-
versé leur fang en combatttant
contre les Ennemis de
laFoy. Cette Relation estve-4
nuë de Malte. Ainsi quand 1
vous trouverez, ces 1110ts,
î
1
y Les Nostres, nos fignfs, & d'autrès
semblables
,
fouvenezvous
que c'est un Maltois
*; qui parle.
1
$
Relation de ceqye les Galeres
l- & le Bàtaillon de Malte>
t, ont fait au Siege de Coron
dans la Morée
J
pendant la
1* derniere Campagne de l'année
16$y.
.i LEscadre deMaIre,com..
posée de huit Galeres,
-:! & commandée par le Bailly
Brancaccio,s'unit au cornmencement
de Juin avec
l'Escadre des cinq Galeres
deSaSainteté, qui ne portant
point d'Etendars
,
se mirent
à l'obeissance du General
de Malte. Elles arriverent
toutes ensemble vers la
my-Juin au Port de Dragoffiefire,
où estoit l'Armée
Navale des Venitiens,à la
quelle quatre Galeres du
Grand Duc s'estoient jointes
quelques jours auparavant
; & après que les choses
y furent reglées; en forte
que selon la coûtume la Capitane
de Malte futplacée
à la droite de la Reale de Venise
,
& que le premier Poste
dans les Conseils de Guerre
futaccordéau General Brancaccio,
toute l'Armée fit voile
le 20. au nombre de 17.
Vaisseaux, 5. Galeasses, 11.
Galeres de Venise, 5. du Pape,
8. de Malthe, 4. du Grand
Duc, 15. Galiottes, &15. ou
20. Barques ou Brigantins.
L'intelligence que le Capitaine
General Morosini entretenoit
depuis quelques
: mois avec les Maïnotes,pour
les animer à secoüer le joug
desTurcs,luy avoit fait esperer
qu'il pourroiraisément
faire des progrés dans la Morée,
par le moyen de ces Peuples;
mais ayant appris en
s'approchant de leur costé,
que la fortune ne leur avoit
pas esté favorable dans ce
qu'ils avoient tâché de faire
pourse procurer la liberté,&
qu'au contraire ils avoient
esté forcez de donner des Otages
au Turc,qui les avoit
exigez pour asseurance de
fidélité, il se trouva obligé
de prendre d'autres mesures
pour pouvoir entreprendre
quelque chose de considerable.
ttable. Son premier dessein lfut d'attaquer Modon,Capi-
] tale de la Morée; mais en
s ayant fait reconnoistre la firtuation
le 23.Juin,les difficulftezquife
presenterent pour
( le débarquement des Trou-
[ pes & duCanon l'en détour- ['nerent,& luy firent résoudre
t le Siege de Coron, Place qui
n'est pas d'une moindre con-
: jsiderationdans cette même
Province. Elle est éloignée parterreenvirondedouze
1 millesdeModon,&située au
,
devant du Cap Gallo, vers lePays des Maïnotes.
Le%$. au matin, on fitAéÉ
barquer lesTroupespnefquiài
portée du Canon de la Ville
sans aucun obstacle de la par
des Turcs. Elles consisftoient
en trois mille hommes de
Troupes ordinaires des Ve
nitiens ; -
mille Esclavons -
deux mille quatre cens hommes
de tres-borines Troupes
, que le Prince de Brunsvich
Duc de Hanover, avoit
envoyées avec un jeunePrince
de ses Enfans,par convenu
tion faite avec la Republique;
le Bataillon de Malte
composé de huit à neufcens
Soldats & six vingts Chevalliers;
un Bataillon du Pape
Jbdc quatre cens hommes
)
&
un autre du grand Duc de
trois cens; ce qui faisoit en
ttouc environ huit mille hommes
de pied sans Cavalerie.
Cette Armée étoit commandée
par le Comte de Saint
Paul, General, de capacité& d'experience, qui a longtemps
servy le Roy de Danemark,
& le Duc de Neubourg
; & le premier Poste
dans l'ordre de Bataille, y
seftoit occupe par le Bataillon
de Malte, dont le Commandeur
de la Tour-Maubourg
avoit le Commandement
general, avec une approbation
aussi universelle,
que celle qu'il s'étoit déjaacquife
dans un pareil Employ0
pendant le dernier Siege de
Candie. Il avoit aussile Bataillon
desGaleres de Sa Sainteté
fous son commandement.
Tout se faisoit cependant
dans le Camp, aussi-*
bien que dans l'ArméeNavale,
sous la direction du Cal
pitaine General Morosini, &
du Bailly Brancaccio, General
des Galeres de Malte,qui
estoient moüillées à la Cofte.,,
On s'approcha de la Ville
à la faveur des Oliviers qui
l'environnent, sans qu'il se
passast autre.chose que de legeres
Escarmouches, & on
ouvrit la Tranchée le 26. le
Bataillon de Malte, les
Brunfvich
,
& les Papalins
sur la droite vers la Mer, &
les Vénitiens& Esclavons sur
la gauche versun Fauxbourg
dont ilsfefendirent les maîtres
sans resistance. Lemesme
jour nous perdifmes le
Chevalier San-Vitali,Parmeran)
tué d'un coup de Mousquet
dans la Tranchée, & on
avança les travaux de part &
d'autre avec assez de facilité.
Ony éleva deux Batteries,
chacune de trois pieces de
grosCanon avec quatreMortiers
à Bombes
,
ausquels on
joignit dans la fuite deux autres
pieces de Canon. Les
Ennemis ne firent que de le-"
geres Sorties, dans lesquelles
ils furent vigoureusement repaulIèz.
Leur ~fem>ftoitassez
mediocre *
,
& faisoit juger"
qu'ils ne se disposoient pas à
résusterfort long-temps;
mais on connut dans la Cuite,'
i" t
, que leur intentionestoit de
ménager leurs gens, dans
l'esperance d'estrebien-tost
secourus par le Bacha de la
Morée,quirassèmbloit un
Camp volant de trois ou
quatre mille hommes, tant
Infanterie que Cavalerie; ce
qui obligea les nostresàfaire
des travaux considerables
pour se mettre à couvert, 8c
à fortifierentr'autres une
eminence,qui commandoit
d'un collé toutes nos lignes,
& découvroit de l'autre le
Pays d'alentour. On y éleva
une Batterie de quatre pieces
de Canon avec un Mortier.
Le Bacha de la Morée parut
en effet le 3. de Juillet, &
se vint camper à portée de
Canon de l'Armée Chrestienne;
où s'estant retranché,
il mit quatre pieces de
Canon en Batterie, qui se
croisantavec l'Artillerie de
la Place, causoient quelque
incommodité dans nos travaux.
Ce Bacha donnoit
presque tous les jours l'alarme
auxnostres par de chaudes
Escarmouches, dans lel:
quelles les Turcs furenttoû1
jours repoussez avec perte.
Les Assiegez de leur collé
redoublerent leur feu, & répondirent
avec fierté aux
chamades qu'on leur fit, en
les menaçant de mettre le
feu aux Mines où l'on travailla
loitinceflàmment-,maisavec
, moins de succés que 1on f
n'aurait souhaité, parce qu'il
les falloit conduire dans le
'1
Rocher, en forte qu'on employa
plus de trois semaines
à ces fortes de travaux.
,
_i Les Defenses de la Place
, se trouvoientalors fort ruinées
par le feu continuel de
nos Batteries,&les Bombes
y avoient fait beaucoup de
desordre; mais outre que
cette Place est d'une ÍÏtuation
avantageuse, parce qu'-
ellen'a qu'un front à garder
flanquéde grosses Tours bâties
sur le Roc, elle estoit encore
gardée de 80. pieces de
Canon, avec abondance de
munitions de guerre & de
bouche, & les Ennemis y avoient
septàhuitcens hommes
de Garnison, sans ceux
qui estoient capables de porter
les armes, parmy un Peuple
de quatre à cinq mille
ames. Ainsi on ne pouvoit
sien ouvrir l'entrée que par
les Fourneaux, & par des Assauts
vigoureux, penaartlefquels
on ne doutoit pas que -
l'on ne fûst attaque par le
Camp volant des Turcs.
- Cette disposition des choses
causoit quelque embarras
; mais enfin les mines s'etant
trouvées en estat de
joüer le 24. Juillet, on fbfolut
de faire une tentative, &
tout. se prépara pour cela.
LeChevalier de Segrés devoit
commencer l'assauta
lateste de soixante Grena..-':
diers
,
soûtenu de quelque
detachement de Fuzeliers &
d'Esclavons. Le Chevalier
dela Barre, Lieutenant General
du Bataillon de Malte
, venoitaprés avec le Chevalier
de Refuge, premier
Capitaine, à la teste d'une
partie de nos Troupes,&de
quelques Compagnies des
Papalins & Venitiens. Le
Prince de BrunfvicK le soûtenoit
avec 230. hommes de
; ses Troupes, & le Commandeur
de la Tour-Maubourg
suivoit avec un gros de Chevaliers,
au milieudesquels ij
esftoit l'Etendard de la Religion.
Il avoitaussï avec luy
quelques-unes de nos Compagnies
& de celles du Pape;
mais lors que chacun eut
pris son palle, il arriva que
la Mine n'eut pas la force de
faire fauter le Rocher, &
ainsi elle ne fit aucun effet
capable de donner jour à
l'assaut que l'on avoit pro-
1 jetté.
Cependant, dans le mefme
temps qu'on y mit le
feu, le Bacha de la Morée
vint attaquer la Redoute,
& la batterieelevée sur l'Eminence
qui couvroit nos
lignes, & cette attaque fut
telle que les Venitiens & Esclavons
qui en avoient la
defense, quoy qu'accoûtumezà
bien faire leur devoir,
ne purent luy resister. Tout
ay ant plié devant les Turcs,
ils se rendirent maistres de
la Redoute, &ilsy avoient
déjà planté plus de vingt de
leurs Etendards ou Banderoles
, lors qu'on vint avertir
le Commandeur de la
Tour de ce desordre.
On voit par la disposition
des Troupes qui étoient
commaudées pour ralfàut,
qu'il se trouvoit avec les
Chevaliers le plus proche
d'un porte si important pour
le salut de toutel'Armée. Il
connut qu'on ne pouvoit le
sauver que par une action
de vigueur;aussi ne balança-
t'il point à l'entreprendre.
Il cria aux siens qu'ils
le suivissent
,
&après avoir
baisé la Croix de nostre Etendart
par un mouvement
de cette pieté qui animoit
toutes ses actions,ils'avança
avec < une promptitude incroyable
vers l'Ennemy
(lUtale premier dans la Redoute
, & y tua de sa main
deux Turcs'qui voulurent'
luy faire teste. Un troisiéme
Turc l'ayant chargé par derriere,
luy abattitdu premier
coup de sabre un leger morion
qu'il portoit, &du Second
luy fendit la teste, & le
renversa par terre, ou l'effet,
d'un Baril de Poudre qui prici
feuacheva de luy faire perdre
la vie. Il fut suivy de prés ';
par plusieurs Chevaliers; en-j
rre lesquels le Chevalier de
Trefmes ayant passé son é-i
pée au travers du corps d'un l
j
'Turc, receut luy-mesmeun
si grand coup de sabre sur la
teste qu'il tomba mort avec
ssoonn EEnnnneemm-yy-il fût trouvé en ;-ll fût- trouve en,
cette posture aprésleCÇHTIbat.
Le Frere Servant d'armes
Michon,fut tuéd'un coup de
Mousquet en défendant le
Commandeur de la Tour,
avec beaucoup de' vigueur le Chevalier de Grandmont
reçût deux coups deSabre &:.
un coup de Mousquet. Les
Chevaliers de Bourbon &
de Gaillard & le Frere Servant
d'armes, la Motte, surent
mortellement bléssez.
Les Chevaliers de Piosasque,
& Doria Brasseuze le furent
legerement ;
ôcleChevatien
de Pont qui portoit l'Eten
dart ayant esté attaqué par
deux Turcs y^n tua un d'un
coup de Pistolet, & ~persé
l'autre deson épée, sansêtre
aussi que legerement bleÍfé
Le Chevalier de Beaupré-
Choiseul fut des -p-reiniers
se jetter dans I3. redoute,ou
le Chevalier de Mechacin,
Major du Bataillon
,
Ce di-J
stingua comme luy; & tou
enfin montrérent tant de
vigueur, qu'ils chasserent
les Ennemis de ce patte)
leur prirent onze de leurs
Banderoles, & y planterent
l'Etendard de la Religion,
à la veuë du quel toute l'Armée
ayant crié Vive Malte.
les Vénitiens&Esclavons
reprirent si bien courage,
que plus de trois cens Turcs
< furent passezau fil de l'épée;
ensorte qu'il ne son {auva
aucun de ceux qui s'estoient
logezdans la Redoute. Cette
journée coûtaauxchrétiénsenvironcentcinquanttJ:
c homrftesJ. )i
Tout le Camp reconnut
les Chevaliers pour ses Libérateurs
,
& on leur donna
mille loüanges. Les OiH-~
ciers GeneraDux envoyerent
en faire Compliment au General
des Galeres de Malte;
& en effet l'action fut si t
grande & si hardie, que l'on
pourroit assurer que rien n'y
auroit manqué, s'il n'en apas
coûté la vie à tant de
braves gens, & particulièrement
au Commandeur de la
Tour, qui fut pleuré de toute
l'Armée
y
& dont le Capitaine
General Morosini
,
ne pût apprendre la mort
sans verser des larmes. Il fut
enterré avec toutes les ceremoniesqui
peuvent marquer
la considération qu'on
avoit pour son mériter l'on
conserva son Coeur & ses os
pour les apporter à Malte.
On peut dire que personne
n'a jamais eu tout ensemble
de plus grandes qualitez
qu'il en avoit. Sa pieté estoit
il exemplaire,qu'n ne sçauroit
exprimer tous les bons
effets qu'elle produisoit sur
ceux qui servoient sous luy.
Sa douceur naturelle,ses
maniérés honnestes&engageantes,
sa capacité, sa valeur,
& toutes ses autres vertus
le rendoient - si recommandable
qu'ilestimpossible
qu'on ne le regrette (ensiblement
; mais enfin comme
selon sa loüable coûtume,
il avoit communiéavant
quedallerau Champ de Bataille,
on ne doit pas douter
que le sacrificé de savie joint
à une preparation si Chrêtienne
, ne l'ait élevér un
estat qui le rend digne el'en-"
vie. Le Chevalierde la Bar-tI
, A. - ¡ requ'ontoujoursveumar- 1
cher sur de semblables traces
, a passé par là au Commandement
General du Bataillon
,& lestime que tout
le monde fait de son mérite
n'a pas peu contribué à
leconsoler d'une telle perte.
Le 30. Juillet, les Ennemis
firent une nouvelle entreprise
sur nosLignes,quelques-
uns d'entreeuxs'estant
encore jettez le sabre à la
main dans la Redoute, située
sur l'Eminence à laquelle les
Vénitiensavoient donné le
nom de Fort Saint Jean ,
depuis qu'elleavoit esté fauvéepar
la valeur des Chevaliers
; mais ces Infîdellesfurent
repoussez jusque dans
leurs Retranchemens par les
Troupes dur* Pape& de Venise&
ils trouverent une
semblable resistance en diverses
autres attaques, où
les Maltois eurent souvent
l'avantage de les voir süir,
aussi-tost que l'Etendard de
Saint Jean paroissoit; ces
Barbares criant hautement,
selon la coûtume qu'ils ont
de faire graud bruit en combattant,
que sans ce Bataillon
deMalte ilssçauroient bienvenir
nir à bout de ce qu'ils entreprenoient.
Les Assiegez pendant ce
temps là se défendoienttoûjours
avec beaucoup d'opiniatreté,
quoy qu'il y cust
une Bresche assez confide-
[
rable du costé de l'attaque
où estoient les Troupes de
; Malte, & que vers l'attaque
des Venitiens ont eût
préparé une mine de deux
cens Barils de poudre dont
on esperoit un fort grand efset.
Les nostres de leur part estoient dans l'impatience
de pouvoir donner l'assaut à
la Place; mais comme on
étoit certain que lesTurcs de
la Campagne qui s'estoient
grossisjusqu'au nombre de
prés de six mille hommes,
ne manqueroient pas d'insulter
les lignes dans le
temps qu'onmonteroit à la
brêche, on resolut de les prevenireux-
mesmesavant que
de rien tenter, & deles aller
attaquer jusque dans leurs
propres travaux.
C'est ce qui s'executa
avec tout le succez possibles
le7. jour d'Aoust. Les Troupes
estant sorties en bon
ordre de leurs lignes, les
Turcs en furent si épouvantez
qu'ils se mirent aussi-tost
> en desordre, & se laisserent
tailler en pieces sans faire
> que tres-peu de resistance.
) On gagna tous leurs Retranchemens
; on se rendit maître
de leur Batterie de quatre
pieces de Canon; on pilla
leur Camp; on leur prit un
nombre considerable deche-
^vauxj on les poussa encore bien loin dans laCampagne,
& on leur tua prés de mille
d'hommes. On ne perdit que
> deuy ou trois Soldats das toutes
nos Troupes, ôc pas utinx
seul du Bataillon de Malte
Un événement si extraordi..ib
naire fut pris avec raison
pour un coup de la main d<>b
Dieu, & on écrit que la ve~
neration qu'on avoit pour
la pieté du feu Commann.
deur de la Tour-Maubougue - faisoit dire dans toute l'Ar])
niée
,
quec'estoit sans dout
à ses prieres qu'on le devoit
attribuer.Une Barque qui est
depuisarrivée icy de
1
Patras
, dans la Moré*e,rapporteque
quelques Turcs s'estantfaut
vez du combat,y avoient
representé la déroute encore
plus grande que nous ne la
sçavons, & qu'ils avoient afsuré
que le Bacha de la Morée
y avoit esté tué, & que
son Armée s'estoit entierement
dissipée.
Le Capitaine General Morofini
fit sommer les Assiegez
aussi-tost après cette victoire
; mais ils répondirent
fierement qu'ils sçavoient
bien que leurs gensavoient
esté battus, mais qu'ils n'en
estoient pas moins resolus de
mourir tous plûtost que de
se rendre, ce qui fit qu'on
ne songea plus qu'a tenir la
mine preste pour donner un
assaut général.
Le onzième jour d'Aoust
fut assigné pour cela, & les
Troupes ayant pris leurs
postes pendant la nuit, on
fit jouer à la pointe du jour
la grande Mine de l'attaque
des Venitiens. Elle fit tout
l'effet qu'ils en avoient attendu,
ôc elle auroit pu donner
le moyen d'entrer dés
lors dans la Ville, si au lieu
de l'éprouverils ne s'estoient
pas contentez de faire um
logement sur la brèche.Cependant
aussi-tost que le
l, bruit de laMine se fûtfait
I entendre, les Troupes de
I Malte qui avoient la teste | de l'autre attaque, soutenuës
[ de celles du Pape, & de
! Brunsvick
,
gagnerent avec
vigueur le haut de la brê-
I che qui estoit ouverte depuis
t plusieurs jours, quoy que
I laccez en fût fort difficile;
I mais comme lesEnnemis
f avoient eu le temps de s'y | fortifier,ils'y forma un rude
I•combat, durant lequelles Chevaliers firent tout ce
t. qu'on se peut imaginer de
leur bravoure poufforcerles
Retranchemens, qui se trouvant
bien flanquez & garnis
de Canons & de Pierriers,
firent sur eux un feu si terrible
,
qu'il y en eut quatre
tuez sur la place
, avec le
Comte de Fenelon qui fervoit
en qualité de volontaire
avec eux, & plus de trente-
deux blessez. Le Chevalier
de la Barre Commandant
general du Bataillon,
fit paroistre toute la valeur
possible en cette dernière.
occasion.Il fut tres-bien fou-<
tenu par les Officiers du Pape
&de BrunsvicK
,
dont quelques-
uns furentaussi tuez ou
blessez; mais enfin voyant
qu'il y avait de l'impossibilitê
à surmonter tous ces
grands obstacles, on fut contraint
de se retirer.
Neantmoins
,
bien loin
que ce contre-temps rébutast
les Chevaliers, ayant reconnu
la grande ouverture que
la mine des Venitiens avoit
faite, ils se resolurent à recommencer
à une heure
aprésmidy, ôc àdonner un
nouvel assaut aux deux endroits
,mais avec plus de vigueur
à cette derniere brêche
qu'a l'autre. Toutyétoit
disposé lors que les Turcs s'êtant
apperçûs de ce dessèiny
desployerent tout d'un coup
une Baniere blanche en demandant
à capituler. Quatre
d'entre-eux s'avancerent ssir
la brèche proposant de se
rendre, pourveu qu on leur
accordait la liberré & la vie;
mais le Capitaine General
Morosini n'ayant voulu consentir
à rien qu'ils n'eussent
laissé les nostres maistres
d'un Tourillon qui assuroit
l'entrée de la Ville;le hazard
fit que pendant que cela se
- traitoit, denx Soldats Chrétiens
des plus avancez vers
la Place, se querellerent entr'eux,
& se tirerent nn cou p
?
de pistolet. La bandoliere
d'un autre prit feu dans le mesme temps. Les Turcs de
laVille croyant là dessus que
la Trêve estoit rompuë Se
qu'on nagissoit pas de bonne
foy avec les leurs, mirent
le feu à une piece de Canon
qui tua plusieurs des nostres;
il n'en salut pas davantage
1
pour faire aussi-tost réprendre
les armes. Les Chrétiens
ayant crié Trahison
,
enfoncerent
si brusquement le peu
, de Retranchemens que les Ennemis avoient
surla
Bréche,
que rien ne les put empescher
de se jetter dans la
Ville, où tout fut passé au fil
de l'épée, à la reserve de quelques
heureux,&de beaucoup
de Femmes&Enfans,leChevalicr
de la Barre ayant eu
mesmedela peine à garantir
de la fureur du Soldat les quatre
Turcs qui estoient venus
parlementer avec'luy.
Ainsi finit le Siege de Coron
, après quarante- sept
jours de Tranchéeouverte,
;' pendant lesquels l'Armée
! Clireftienne a eu à combattre
en deux endroits contre
(
des Ennemis puissans,surqui
Il elle a remporté une double viâoire, avec toute la gloire
! imaginable.Les Venitiens &
le Comte de Saint Paul
,
s'y
font acquis beaucoup d'honneur.
Le jeune Prince de
,: Brunfvich s'y est tout-à-fait
distingué avec ses Troupes.
Celles de Florence y ont
: donné des marques de leur
valeur julqua leur Rembarquement,
qui se fit quelques
jours avant la fin de ce Siege;
& il est aisé de juger quelle
est la part que le Bataillon
de Malte y a euë, avec les
TroupesduPape,quiluy ont
esté toujours unies.LeChevalier
de laBarre y a dignement
soûtenu par plusieurs belles
actions,la réputation que le
Commandeur de la Tour
s'étoit acquise. Tous lesChevaliers
s'y sont genereusement
sacrifiez pour l'interest
de la Foy, y ayant supporté
des fatigues incroyables, &
plusieurs d'entr'eux y ayant
répandu leur sang, comme
vous pouvezle voir par la Liste
que je vous envoye. J'y
ay marqué les diverses Langues
d'où ils sont.
NOMS DE e/}lESSIEVR.S
les Chevaliers, Morts &
blessez au Sieçede Coron.
FRANCOIS.
AUVERGNE. LE Commandeur de la
i
TourMaubourg, Ge
neral du Bataillon de Malte,
tué en l'occasion de la RedeU
e
De Creus, Volontaire, mm
.1 de maladie causéepar lesgrandesfatigues.
De MontchalinGarde Etendard,
blrfé.
Junius, ou Junior, Volontaire
,
b/efé.
,
Du Breüil, blesséd'uncoup de
Mousquet à la gorge, au dernierAssaut.
Goudras JJ , Sous - Lieutenant
de Grenadiers, blesé.
De Saillans d'Estans, Sous-
Lieutenant deGrenadiers,
blessé de deux coups de Adoufquet
à la cuisse.
De Corcin Mongon, Garde
Etendard, blessé d'un coup
de Mousquet à la main.
De Saint Pierre, blesséd'un coup
de mousquet à la main.
Du Pont, blessé en l'occasion de
la Redoute.
FRANCE.
De Tresmes-Gesvres,Volontaire,
mort deses liejjeuus
receuës en l'occasion de la Redoute.
De Bourgon,Volontaire.
mort aussi de ses blessures re -'
cenés en la mesme. occasion.
De Lire dela Bourdonnaye,
Volontaire, tue à ïA(faut.
Du Plessis Getté,
De la Brunetiere.
Freres,tous
deux morts
de maladiescausées par les
grandes fatigues.
Michon) Ayde-Major, tuéen toccasion de la Redoute.
De la Mothe, Volontaire,
morj de (es blesseures receuës
en l'occasion de la Redoute.
..DeBeaupré,Garde-Etendard,
Boindin, Volontaire,
Doria-Braflèule,f<?^trois blesfeK
dangereusementaudernier
Affdut.
De Bernieres, Sous-Lieutenant
de Brigadiers, blessé
d'uncoup de mousquet à 14
main.
De Reffuge,Capitaine, blessé.
De BraignyVolontaire,blessé.
DeSeffeval,Lieutenant,blessé.
De Brosias/Volontaire,blessé.
Des Aunois, Volontaire, bIefsé
d'un coup de mousquet à la
cuisse.
PROVENCE.
De Gaillard, Capitaine, mort
de ses bleseures receuës en l'occaston
de la Redoute.
De la Minoye, Volontaire, tué au dernier Assaut.
De Galean,Capitaine, Meslê
dangereusement dans la wf/L
me eccafîon.
Tondu, Volontaire, bIef;
dangereusement dans la mef
me octasion. V ij
JRoigne,Volontaire,blesséd'un
coup de mousquet à ta jambe.
Lescaillon, Volontaireblessé.
Descoulettes, ( blessé.
De Fanesin,Volontaire,blessé.
Caulet, blesé.
De Sade de Guieres, Lieutenant,
biefé.
De Cais, blessé.
Baron, Volontaire, blessé.
De Gramont,Aydede Camp,
blessé en L'occasion de la Redoute.
ITALIENS.
Le Comte de Vital, Volontaire,
tué dansla tranchée.
Citadelli l'aisné, Lieutenant,
tue dans le dernier Assaut.
Vicaris, Garde
-
Etendard r blessé dangereusement au dernier
j4jfeut.
Beccaria, Volontaire, blessé
dangereusement dans la mef
me occasion.
Carraccioli, Volontaire.,bler-
J
sé.
Pieuzaque, Volontaire, blessé
en l'occasion de la Redoute.
Perrussi, Volontaire,b pensinghi, Volontaire,blejp.
Spinola l'aisné, blefijé.
ESPAGNOLS.
CASTILLE.
Dom FélixVerra-terra, Lieti
tenant,tué dans le dernier
Ajiaut.
Dom Juan Melos, Lieutenant,
worf de maladiecausée
par les grandesfatigues.
Dom Juan de Barros, dange-
- reujement bieffé. Dora Juan Emanuel
,
Capi-
"J< taine,blessé.
JRRAGON.
Dom Emanuel de Cordoüa,
Capitaine, blejJé dangereusementaudernierAOàutd'un
coup de mousquet à la cuisse.
Dom IgnacioOurias. Il a eu
le coude cajpd'un coup de
c-
1-le Ca - mouflet au dernier AJfaurJ
& efl en d.tnver. - -
ALLEMAND.
Schesbelle
, ou Chaifeber,
Garde
-
Etendard, blessé.
Mois une Lettre duGeneralissimeMorosini
sur l'Affaire
de Coron, ôc aujourd'huy
jevous feray partd'une
Relation toute entiere
,,}
*
touchant le Siege &: la prise
de cette Place. Elle est exacte
& remplie de faits tout nou- 1
veaux,& de circonilancesl
qui n'ont point encore esté
sceuës, & je puis vous
~~urer
qu'on n'arien veu
surs
-
cette matiere de plus cu-^
rieux
,
& de plus digne d'être
conservédansl'Histoire
à cause des Chevaliers quij
ont faitvoir leur valeur, &-
versé leur fang en combatttant
contre les Ennemis de
laFoy. Cette Relation estve-4
nuë de Malte. Ainsi quand 1
vous trouverez, ces 1110ts,
î
1
y Les Nostres, nos fignfs, & d'autrès
semblables
,
fouvenezvous
que c'est un Maltois
*; qui parle.
1
$
Relation de ceqye les Galeres
l- & le Bàtaillon de Malte>
t, ont fait au Siege de Coron
dans la Morée
J
pendant la
1* derniere Campagne de l'année
16$y.
.i LEscadre deMaIre,com..
posée de huit Galeres,
-:! & commandée par le Bailly
Brancaccio,s'unit au cornmencement
de Juin avec
l'Escadre des cinq Galeres
deSaSainteté, qui ne portant
point d'Etendars
,
se mirent
à l'obeissance du General
de Malte. Elles arriverent
toutes ensemble vers la
my-Juin au Port de Dragoffiefire,
où estoit l'Armée
Navale des Venitiens,à la
quelle quatre Galeres du
Grand Duc s'estoient jointes
quelques jours auparavant
; & après que les choses
y furent reglées; en forte
que selon la coûtume la Capitane
de Malte futplacée
à la droite de la Reale de Venise
,
& que le premier Poste
dans les Conseils de Guerre
futaccordéau General Brancaccio,
toute l'Armée fit voile
le 20. au nombre de 17.
Vaisseaux, 5. Galeasses, 11.
Galeres de Venise, 5. du Pape,
8. de Malthe, 4. du Grand
Duc, 15. Galiottes, &15. ou
20. Barques ou Brigantins.
L'intelligence que le Capitaine
General Morosini entretenoit
depuis quelques
: mois avec les Maïnotes,pour
les animer à secoüer le joug
desTurcs,luy avoit fait esperer
qu'il pourroiraisément
faire des progrés dans la Morée,
par le moyen de ces Peuples;
mais ayant appris en
s'approchant de leur costé,
que la fortune ne leur avoit
pas esté favorable dans ce
qu'ils avoient tâché de faire
pourse procurer la liberté,&
qu'au contraire ils avoient
esté forcez de donner des Otages
au Turc,qui les avoit
exigez pour asseurance de
fidélité, il se trouva obligé
de prendre d'autres mesures
pour pouvoir entreprendre
quelque chose de considerable.
ttable. Son premier dessein lfut d'attaquer Modon,Capi-
] tale de la Morée; mais en
s ayant fait reconnoistre la firtuation
le 23.Juin,les difficulftezquife
presenterent pour
( le débarquement des Trou-
[ pes & duCanon l'en détour- ['nerent,& luy firent résoudre
t le Siege de Coron, Place qui
n'est pas d'une moindre con-
: jsiderationdans cette même
Province. Elle est éloignée parterreenvirondedouze
1 millesdeModon,&située au
,
devant du Cap Gallo, vers lePays des Maïnotes.
Le%$. au matin, on fitAéÉ
barquer lesTroupespnefquiài
portée du Canon de la Ville
sans aucun obstacle de la par
des Turcs. Elles consisftoient
en trois mille hommes de
Troupes ordinaires des Ve
nitiens ; -
mille Esclavons -
deux mille quatre cens hommes
de tres-borines Troupes
, que le Prince de Brunsvich
Duc de Hanover, avoit
envoyées avec un jeunePrince
de ses Enfans,par convenu
tion faite avec la Republique;
le Bataillon de Malte
composé de huit à neufcens
Soldats & six vingts Chevalliers;
un Bataillon du Pape
Jbdc quatre cens hommes
)
&
un autre du grand Duc de
trois cens; ce qui faisoit en
ttouc environ huit mille hommes
de pied sans Cavalerie.
Cette Armée étoit commandée
par le Comte de Saint
Paul, General, de capacité& d'experience, qui a longtemps
servy le Roy de Danemark,
& le Duc de Neubourg
; & le premier Poste
dans l'ordre de Bataille, y
seftoit occupe par le Bataillon
de Malte, dont le Commandeur
de la Tour-Maubourg
avoit le Commandement
general, avec une approbation
aussi universelle,
que celle qu'il s'étoit déjaacquife
dans un pareil Employ0
pendant le dernier Siege de
Candie. Il avoit aussile Bataillon
desGaleres de Sa Sainteté
fous son commandement.
Tout se faisoit cependant
dans le Camp, aussi-*
bien que dans l'ArméeNavale,
sous la direction du Cal
pitaine General Morosini, &
du Bailly Brancaccio, General
des Galeres de Malte,qui
estoient moüillées à la Cofte.,,
On s'approcha de la Ville
à la faveur des Oliviers qui
l'environnent, sans qu'il se
passast autre.chose que de legeres
Escarmouches, & on
ouvrit la Tranchée le 26. le
Bataillon de Malte, les
Brunfvich
,
& les Papalins
sur la droite vers la Mer, &
les Vénitiens& Esclavons sur
la gauche versun Fauxbourg
dont ilsfefendirent les maîtres
sans resistance. Lemesme
jour nous perdifmes le
Chevalier San-Vitali,Parmeran)
tué d'un coup de Mousquet
dans la Tranchée, & on
avança les travaux de part &
d'autre avec assez de facilité.
Ony éleva deux Batteries,
chacune de trois pieces de
grosCanon avec quatreMortiers
à Bombes
,
ausquels on
joignit dans la fuite deux autres
pieces de Canon. Les
Ennemis ne firent que de le-"
geres Sorties, dans lesquelles
ils furent vigoureusement repaulIèz.
Leur ~fem>ftoitassez
mediocre *
,
& faisoit juger"
qu'ils ne se disposoient pas à
résusterfort long-temps;
mais on connut dans la Cuite,'
i" t
, que leur intentionestoit de
ménager leurs gens, dans
l'esperance d'estrebien-tost
secourus par le Bacha de la
Morée,quirassèmbloit un
Camp volant de trois ou
quatre mille hommes, tant
Infanterie que Cavalerie; ce
qui obligea les nostresàfaire
des travaux considerables
pour se mettre à couvert, 8c
à fortifierentr'autres une
eminence,qui commandoit
d'un collé toutes nos lignes,
& découvroit de l'autre le
Pays d'alentour. On y éleva
une Batterie de quatre pieces
de Canon avec un Mortier.
Le Bacha de la Morée parut
en effet le 3. de Juillet, &
se vint camper à portée de
Canon de l'Armée Chrestienne;
où s'estant retranché,
il mit quatre pieces de
Canon en Batterie, qui se
croisantavec l'Artillerie de
la Place, causoient quelque
incommodité dans nos travaux.
Ce Bacha donnoit
presque tous les jours l'alarme
auxnostres par de chaudes
Escarmouches, dans lel:
quelles les Turcs furenttoû1
jours repoussez avec perte.
Les Assiegez de leur collé
redoublerent leur feu, & répondirent
avec fierté aux
chamades qu'on leur fit, en
les menaçant de mettre le
feu aux Mines où l'on travailla
loitinceflàmment-,maisavec
, moins de succés que 1on f
n'aurait souhaité, parce qu'il
les falloit conduire dans le
'1
Rocher, en forte qu'on employa
plus de trois semaines
à ces fortes de travaux.
,
_i Les Defenses de la Place
, se trouvoientalors fort ruinées
par le feu continuel de
nos Batteries,&les Bombes
y avoient fait beaucoup de
desordre; mais outre que
cette Place est d'une ÍÏtuation
avantageuse, parce qu'-
ellen'a qu'un front à garder
flanquéde grosses Tours bâties
sur le Roc, elle estoit encore
gardée de 80. pieces de
Canon, avec abondance de
munitions de guerre & de
bouche, & les Ennemis y avoient
septàhuitcens hommes
de Garnison, sans ceux
qui estoient capables de porter
les armes, parmy un Peuple
de quatre à cinq mille
ames. Ainsi on ne pouvoit
sien ouvrir l'entrée que par
les Fourneaux, & par des Assauts
vigoureux, penaartlefquels
on ne doutoit pas que -
l'on ne fûst attaque par le
Camp volant des Turcs.
- Cette disposition des choses
causoit quelque embarras
; mais enfin les mines s'etant
trouvées en estat de
joüer le 24. Juillet, on fbfolut
de faire une tentative, &
tout. se prépara pour cela.
LeChevalier de Segrés devoit
commencer l'assauta
lateste de soixante Grena..-':
diers
,
soûtenu de quelque
detachement de Fuzeliers &
d'Esclavons. Le Chevalier
dela Barre, Lieutenant General
du Bataillon de Malte
, venoitaprés avec le Chevalier
de Refuge, premier
Capitaine, à la teste d'une
partie de nos Troupes,&de
quelques Compagnies des
Papalins & Venitiens. Le
Prince de BrunfvicK le soûtenoit
avec 230. hommes de
; ses Troupes, & le Commandeur
de la Tour-Maubourg
suivoit avec un gros de Chevaliers,
au milieudesquels ij
esftoit l'Etendard de la Religion.
Il avoitaussï avec luy
quelques-unes de nos Compagnies
& de celles du Pape;
mais lors que chacun eut
pris son palle, il arriva que
la Mine n'eut pas la force de
faire fauter le Rocher, &
ainsi elle ne fit aucun effet
capable de donner jour à
l'assaut que l'on avoit pro-
1 jetté.
Cependant, dans le mefme
temps qu'on y mit le
feu, le Bacha de la Morée
vint attaquer la Redoute,
& la batterieelevée sur l'Eminence
qui couvroit nos
lignes, & cette attaque fut
telle que les Venitiens & Esclavons
qui en avoient la
defense, quoy qu'accoûtumezà
bien faire leur devoir,
ne purent luy resister. Tout
ay ant plié devant les Turcs,
ils se rendirent maistres de
la Redoute, &ilsy avoient
déjà planté plus de vingt de
leurs Etendards ou Banderoles
, lors qu'on vint avertir
le Commandeur de la
Tour de ce desordre.
On voit par la disposition
des Troupes qui étoient
commaudées pour ralfàut,
qu'il se trouvoit avec les
Chevaliers le plus proche
d'un porte si important pour
le salut de toutel'Armée. Il
connut qu'on ne pouvoit le
sauver que par une action
de vigueur;aussi ne balança-
t'il point à l'entreprendre.
Il cria aux siens qu'ils
le suivissent
,
&après avoir
baisé la Croix de nostre Etendart
par un mouvement
de cette pieté qui animoit
toutes ses actions,ils'avança
avec < une promptitude incroyable
vers l'Ennemy
(lUtale premier dans la Redoute
, & y tua de sa main
deux Turcs'qui voulurent'
luy faire teste. Un troisiéme
Turc l'ayant chargé par derriere,
luy abattitdu premier
coup de sabre un leger morion
qu'il portoit, &du Second
luy fendit la teste, & le
renversa par terre, ou l'effet,
d'un Baril de Poudre qui prici
feuacheva de luy faire perdre
la vie. Il fut suivy de prés ';
par plusieurs Chevaliers; en-j
rre lesquels le Chevalier de
Trefmes ayant passé son é-i
pée au travers du corps d'un l
j
'Turc, receut luy-mesmeun
si grand coup de sabre sur la
teste qu'il tomba mort avec
ssoonn EEnnnneemm-yy-il fût trouvé en ;-ll fût- trouve en,
cette posture aprésleCÇHTIbat.
Le Frere Servant d'armes
Michon,fut tuéd'un coup de
Mousquet en défendant le
Commandeur de la Tour,
avec beaucoup de' vigueur le Chevalier de Grandmont
reçût deux coups deSabre &:.
un coup de Mousquet. Les
Chevaliers de Bourbon &
de Gaillard & le Frere Servant
d'armes, la Motte, surent
mortellement bléssez.
Les Chevaliers de Piosasque,
& Doria Brasseuze le furent
legerement ;
ôcleChevatien
de Pont qui portoit l'Eten
dart ayant esté attaqué par
deux Turcs y^n tua un d'un
coup de Pistolet, & ~persé
l'autre deson épée, sansêtre
aussi que legerement bleÍfé
Le Chevalier de Beaupré-
Choiseul fut des -p-reiniers
se jetter dans I3. redoute,ou
le Chevalier de Mechacin,
Major du Bataillon
,
Ce di-J
stingua comme luy; & tou
enfin montrérent tant de
vigueur, qu'ils chasserent
les Ennemis de ce patte)
leur prirent onze de leurs
Banderoles, & y planterent
l'Etendard de la Religion,
à la veuë du quel toute l'Armée
ayant crié Vive Malte.
les Vénitiens&Esclavons
reprirent si bien courage,
que plus de trois cens Turcs
< furent passezau fil de l'épée;
ensorte qu'il ne son {auva
aucun de ceux qui s'estoient
logezdans la Redoute. Cette
journée coûtaauxchrétiénsenvironcentcinquanttJ:
c homrftesJ. )i
Tout le Camp reconnut
les Chevaliers pour ses Libérateurs
,
& on leur donna
mille loüanges. Les OiH-~
ciers GeneraDux envoyerent
en faire Compliment au General
des Galeres de Malte;
& en effet l'action fut si t
grande & si hardie, que l'on
pourroit assurer que rien n'y
auroit manqué, s'il n'en apas
coûté la vie à tant de
braves gens, & particulièrement
au Commandeur de la
Tour, qui fut pleuré de toute
l'Armée
y
& dont le Capitaine
General Morosini
,
ne pût apprendre la mort
sans verser des larmes. Il fut
enterré avec toutes les ceremoniesqui
peuvent marquer
la considération qu'on
avoit pour son mériter l'on
conserva son Coeur & ses os
pour les apporter à Malte.
On peut dire que personne
n'a jamais eu tout ensemble
de plus grandes qualitez
qu'il en avoit. Sa pieté estoit
il exemplaire,qu'n ne sçauroit
exprimer tous les bons
effets qu'elle produisoit sur
ceux qui servoient sous luy.
Sa douceur naturelle,ses
maniérés honnestes&engageantes,
sa capacité, sa valeur,
& toutes ses autres vertus
le rendoient - si recommandable
qu'ilestimpossible
qu'on ne le regrette (ensiblement
; mais enfin comme
selon sa loüable coûtume,
il avoit communiéavant
quedallerau Champ de Bataille,
on ne doit pas douter
que le sacrificé de savie joint
à une preparation si Chrêtienne
, ne l'ait élevér un
estat qui le rend digne el'en-"
vie. Le Chevalierde la Bar-tI
, A. - ¡ requ'ontoujoursveumar- 1
cher sur de semblables traces
, a passé par là au Commandement
General du Bataillon
,& lestime que tout
le monde fait de son mérite
n'a pas peu contribué à
leconsoler d'une telle perte.
Le 30. Juillet, les Ennemis
firent une nouvelle entreprise
sur nosLignes,quelques-
uns d'entreeuxs'estant
encore jettez le sabre à la
main dans la Redoute, située
sur l'Eminence à laquelle les
Vénitiensavoient donné le
nom de Fort Saint Jean ,
depuis qu'elleavoit esté fauvéepar
la valeur des Chevaliers
; mais ces Infîdellesfurent
repoussez jusque dans
leurs Retranchemens par les
Troupes dur* Pape& de Venise&
ils trouverent une
semblable resistance en diverses
autres attaques, où
les Maltois eurent souvent
l'avantage de les voir süir,
aussi-tost que l'Etendard de
Saint Jean paroissoit; ces
Barbares criant hautement,
selon la coûtume qu'ils ont
de faire graud bruit en combattant,
que sans ce Bataillon
deMalte ilssçauroient bienvenir
nir à bout de ce qu'ils entreprenoient.
Les Assiegez pendant ce
temps là se défendoienttoûjours
avec beaucoup d'opiniatreté,
quoy qu'il y cust
une Bresche assez confide-
[
rable du costé de l'attaque
où estoient les Troupes de
; Malte, & que vers l'attaque
des Venitiens ont eût
préparé une mine de deux
cens Barils de poudre dont
on esperoit un fort grand efset.
Les nostres de leur part estoient dans l'impatience
de pouvoir donner l'assaut à
la Place; mais comme on
étoit certain que lesTurcs de
la Campagne qui s'estoient
grossisjusqu'au nombre de
prés de six mille hommes,
ne manqueroient pas d'insulter
les lignes dans le
temps qu'onmonteroit à la
brêche, on resolut de les prevenireux-
mesmesavant que
de rien tenter, & deles aller
attaquer jusque dans leurs
propres travaux.
C'est ce qui s'executa
avec tout le succez possibles
le7. jour d'Aoust. Les Troupes
estant sorties en bon
ordre de leurs lignes, les
Turcs en furent si épouvantez
qu'ils se mirent aussi-tost
> en desordre, & se laisserent
tailler en pieces sans faire
> que tres-peu de resistance.
) On gagna tous leurs Retranchemens
; on se rendit maître
de leur Batterie de quatre
pieces de Canon; on pilla
leur Camp; on leur prit un
nombre considerable deche-
^vauxj on les poussa encore bien loin dans laCampagne,
& on leur tua prés de mille
d'hommes. On ne perdit que
> deuy ou trois Soldats das toutes
nos Troupes, ôc pas utinx
seul du Bataillon de Malte
Un événement si extraordi..ib
naire fut pris avec raison
pour un coup de la main d<>b
Dieu, & on écrit que la ve~
neration qu'on avoit pour
la pieté du feu Commann.
deur de la Tour-Maubougue - faisoit dire dans toute l'Ar])
niée
,
quec'estoit sans dout
à ses prieres qu'on le devoit
attribuer.Une Barque qui est
depuisarrivée icy de
1
Patras
, dans la Moré*e,rapporteque
quelques Turcs s'estantfaut
vez du combat,y avoient
representé la déroute encore
plus grande que nous ne la
sçavons, & qu'ils avoient afsuré
que le Bacha de la Morée
y avoit esté tué, & que
son Armée s'estoit entierement
dissipée.
Le Capitaine General Morofini
fit sommer les Assiegez
aussi-tost après cette victoire
; mais ils répondirent
fierement qu'ils sçavoient
bien que leurs gensavoient
esté battus, mais qu'ils n'en
estoient pas moins resolus de
mourir tous plûtost que de
se rendre, ce qui fit qu'on
ne songea plus qu'a tenir la
mine preste pour donner un
assaut général.
Le onzième jour d'Aoust
fut assigné pour cela, & les
Troupes ayant pris leurs
postes pendant la nuit, on
fit jouer à la pointe du jour
la grande Mine de l'attaque
des Venitiens. Elle fit tout
l'effet qu'ils en avoient attendu,
ôc elle auroit pu donner
le moyen d'entrer dés
lors dans la Ville, si au lieu
de l'éprouverils ne s'estoient
pas contentez de faire um
logement sur la brèche.Cependant
aussi-tost que le
l, bruit de laMine se fûtfait
I entendre, les Troupes de
I Malte qui avoient la teste | de l'autre attaque, soutenuës
[ de celles du Pape, & de
! Brunsvick
,
gagnerent avec
vigueur le haut de la brê-
I che qui estoit ouverte depuis
t plusieurs jours, quoy que
I laccez en fût fort difficile;
I mais comme lesEnnemis
f avoient eu le temps de s'y | fortifier,ils'y forma un rude
I•combat, durant lequelles Chevaliers firent tout ce
t. qu'on se peut imaginer de
leur bravoure poufforcerles
Retranchemens, qui se trouvant
bien flanquez & garnis
de Canons & de Pierriers,
firent sur eux un feu si terrible
,
qu'il y en eut quatre
tuez sur la place
, avec le
Comte de Fenelon qui fervoit
en qualité de volontaire
avec eux, & plus de trente-
deux blessez. Le Chevalier
de la Barre Commandant
general du Bataillon,
fit paroistre toute la valeur
possible en cette dernière.
occasion.Il fut tres-bien fou-<
tenu par les Officiers du Pape
&de BrunsvicK
,
dont quelques-
uns furentaussi tuez ou
blessez; mais enfin voyant
qu'il y avait de l'impossibilitê
à surmonter tous ces
grands obstacles, on fut contraint
de se retirer.
Neantmoins
,
bien loin
que ce contre-temps rébutast
les Chevaliers, ayant reconnu
la grande ouverture que
la mine des Venitiens avoit
faite, ils se resolurent à recommencer
à une heure
aprésmidy, ôc àdonner un
nouvel assaut aux deux endroits
,mais avec plus de vigueur
à cette derniere brêche
qu'a l'autre. Toutyétoit
disposé lors que les Turcs s'êtant
apperçûs de ce dessèiny
desployerent tout d'un coup
une Baniere blanche en demandant
à capituler. Quatre
d'entre-eux s'avancerent ssir
la brèche proposant de se
rendre, pourveu qu on leur
accordait la liberré & la vie;
mais le Capitaine General
Morosini n'ayant voulu consentir
à rien qu'ils n'eussent
laissé les nostres maistres
d'un Tourillon qui assuroit
l'entrée de la Ville;le hazard
fit que pendant que cela se
- traitoit, denx Soldats Chrétiens
des plus avancez vers
la Place, se querellerent entr'eux,
& se tirerent nn cou p
?
de pistolet. La bandoliere
d'un autre prit feu dans le mesme temps. Les Turcs de
laVille croyant là dessus que
la Trêve estoit rompuë Se
qu'on nagissoit pas de bonne
foy avec les leurs, mirent
le feu à une piece de Canon
qui tua plusieurs des nostres;
il n'en salut pas davantage
1
pour faire aussi-tost réprendre
les armes. Les Chrétiens
ayant crié Trahison
,
enfoncerent
si brusquement le peu
, de Retranchemens que les Ennemis avoient
surla
Bréche,
que rien ne les put empescher
de se jetter dans la
Ville, où tout fut passé au fil
de l'épée, à la reserve de quelques
heureux,&de beaucoup
de Femmes&Enfans,leChevalicr
de la Barre ayant eu
mesmedela peine à garantir
de la fureur du Soldat les quatre
Turcs qui estoient venus
parlementer avec'luy.
Ainsi finit le Siege de Coron
, après quarante- sept
jours de Tranchéeouverte,
;' pendant lesquels l'Armée
! Clireftienne a eu à combattre
en deux endroits contre
(
des Ennemis puissans,surqui
Il elle a remporté une double viâoire, avec toute la gloire
! imaginable.Les Venitiens &
le Comte de Saint Paul
,
s'y
font acquis beaucoup d'honneur.
Le jeune Prince de
,: Brunfvich s'y est tout-à-fait
distingué avec ses Troupes.
Celles de Florence y ont
: donné des marques de leur
valeur julqua leur Rembarquement,
qui se fit quelques
jours avant la fin de ce Siege;
& il est aisé de juger quelle
est la part que le Bataillon
de Malte y a euë, avec les
TroupesduPape,quiluy ont
esté toujours unies.LeChevalier
de laBarre y a dignement
soûtenu par plusieurs belles
actions,la réputation que le
Commandeur de la Tour
s'étoit acquise. Tous lesChevaliers
s'y sont genereusement
sacrifiez pour l'interest
de la Foy, y ayant supporté
des fatigues incroyables, &
plusieurs d'entr'eux y ayant
répandu leur sang, comme
vous pouvezle voir par la Liste
que je vous envoye. J'y
ay marqué les diverses Langues
d'où ils sont.
NOMS DE e/}lESSIEVR.S
les Chevaliers, Morts &
blessez au Sieçede Coron.
FRANCOIS.
AUVERGNE. LE Commandeur de la
i
TourMaubourg, Ge
neral du Bataillon de Malte,
tué en l'occasion de la RedeU
e
De Creus, Volontaire, mm
.1 de maladie causéepar lesgrandesfatigues.
De MontchalinGarde Etendard,
blrfé.
Junius, ou Junior, Volontaire
,
b/efé.
,
Du Breüil, blesséd'uncoup de
Mousquet à la gorge, au dernierAssaut.
Goudras JJ , Sous - Lieutenant
de Grenadiers, blesé.
De Saillans d'Estans, Sous-
Lieutenant deGrenadiers,
blessé de deux coups de Adoufquet
à la cuisse.
De Corcin Mongon, Garde
Etendard, blessé d'un coup
de Mousquet à la main.
De Saint Pierre, blesséd'un coup
de mousquet à la main.
Du Pont, blessé en l'occasion de
la Redoute.
FRANCE.
De Tresmes-Gesvres,Volontaire,
mort deses liejjeuus
receuës en l'occasion de la Redoute.
De Bourgon,Volontaire.
mort aussi de ses blessures re -'
cenés en la mesme. occasion.
De Lire dela Bourdonnaye,
Volontaire, tue à ïA(faut.
Du Plessis Getté,
De la Brunetiere.
Freres,tous
deux morts
de maladiescausées par les
grandes fatigues.
Michon) Ayde-Major, tuéen toccasion de la Redoute.
De la Mothe, Volontaire,
morj de (es blesseures receuës
en l'occasion de la Redoute.
..DeBeaupré,Garde-Etendard,
Boindin, Volontaire,
Doria-Braflèule,f<?^trois blesfeK
dangereusementaudernier
Affdut.
De Bernieres, Sous-Lieutenant
de Brigadiers, blessé
d'uncoup de mousquet à 14
main.
De Reffuge,Capitaine, blessé.
De BraignyVolontaire,blessé.
DeSeffeval,Lieutenant,blessé.
De Brosias/Volontaire,blessé.
Des Aunois, Volontaire, bIefsé
d'un coup de mousquet à la
cuisse.
PROVENCE.
De Gaillard, Capitaine, mort
de ses bleseures receuës en l'occaston
de la Redoute.
De la Minoye, Volontaire, tué au dernier Assaut.
De Galean,Capitaine, Meslê
dangereusement dans la wf/L
me eccafîon.
Tondu, Volontaire, bIef;
dangereusement dans la mef
me octasion. V ij
JRoigne,Volontaire,blesséd'un
coup de mousquet à ta jambe.
Lescaillon, Volontaireblessé.
Descoulettes, ( blessé.
De Fanesin,Volontaire,blessé.
Caulet, blesé.
De Sade de Guieres, Lieutenant,
biefé.
De Cais, blessé.
Baron, Volontaire, blessé.
De Gramont,Aydede Camp,
blessé en L'occasion de la Redoute.
ITALIENS.
Le Comte de Vital, Volontaire,
tué dansla tranchée.
Citadelli l'aisné, Lieutenant,
tue dans le dernier Assaut.
Vicaris, Garde
-
Etendard r blessé dangereusement au dernier
j4jfeut.
Beccaria, Volontaire, blessé
dangereusement dans la mef
me occasion.
Carraccioli, Volontaire.,bler-
J
sé.
Pieuzaque, Volontaire, blessé
en l'occasion de la Redoute.
Perrussi, Volontaire,b pensinghi, Volontaire,blejp.
Spinola l'aisné, blefijé.
ESPAGNOLS.
CASTILLE.
Dom FélixVerra-terra, Lieti
tenant,tué dans le dernier
Ajiaut.
Dom Juan Melos, Lieutenant,
worf de maladiecausée
par les grandesfatigues.
Dom Juan de Barros, dange-
- reujement bieffé. Dora Juan Emanuel
,
Capi-
"J< taine,blessé.
JRRAGON.
Dom Emanuel de Cordoüa,
Capitaine, blejJé dangereusementaudernierAOàutd'un
coup de mousquet à la cuisse.
Dom IgnacioOurias. Il a eu
le coude cajpd'un coup de
c-
1-le Ca - mouflet au dernier AJfaurJ
& efl en d.tnver. - -
ALLEMAND.
Schesbelle
, ou Chaifeber,
Garde
-
Etendard, blessé.
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Résumé : Relation de ce que les Galeres & le Bataillon de Malte, ont fait au Siege de Coron dans la Morée, pendant la derniere Campagne de l'année 1685.
En 1687, le général Morosini reçut une lettre annonçant la prise de la place de Coron en Morée. Une flotte composée de galères de Malte, du pape, de Venise et du Grand Duc se dirigea vers le port de Dragoffire. Morosini décida de mettre le siège devant Coron plutôt que Modon en raison de la situation défavorable des alliés Maïnotes. Le 25 juillet, environ huit mille hommes, incluant des troupes vénitiennes, esclavones, des soldats du prince de Brunswick, un bataillon maltais, et des bataillons du pape et du grand duc, débarquèrent sans opposition. Les travaux de siège commencèrent le 26 juillet avec des escarmouches et la construction de batteries. Les Turcs, renforcés par le bacha de la Morée, installèrent des canons et lancèrent des attaques régulières, repoussées par les chrétiens. Ces derniers élevèrent une batterie de quatre pièces de canon et un mortier. Les Turcs, bien défendus par une garnison de 700 à 800 hommes et 80 pièces de canon, résistèrent efficacement. Les assiégeants préparèrent des mines pour ouvrir une brèche, mais celles-ci échouèrent initialement. Le 24 juillet, le bacha attaqua une redoute chrétienne, repoussé par une contre-attaque menée par le Commandeur de la Tour-Maubourg, qui fut tué. Le 30 juillet, une nouvelle attaque turque fut repoussée par les troupes du Pape et de Venise. Le 7 août, les troupes chrétiennes attaquèrent et capturèrent les retranchements et canons turcs. Après cette victoire, les assiégés refusèrent de se rendre, menant à la préparation d'un assaut général le 11 août. La mine des Vénitiens explosa avec succès, permettant aux Chevaliers de Malte, soutenus par les troupes du Pape et de Brunswick, de prendre d'assaut la brèche. Le siège dura quarante-sept jours, avec des pertes significatives parmi les forces chrétiennes, notamment le comte de Fénelon et le commandeur de la Tour Maubourg. Plusieurs unités militaires subirent des pertes et des blessures, incluant des soldats français, espagnols, et allemands.
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392
p. 239-240
Maison de Carnavalet. [titre d'après la table]
Début :
Vous me demandez pourquoy je ne vous dis rien de [...]
Mots clefs :
Maison Carnavalet, Mort, Famille, Illustre, Duchesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Maison de Carnavalet. [titre d'après la table]
Vous me demandez pourquoy
je ne vous dis rien de
particulier le mois passé de
Mr de Carnavalet, en vous
apprenant sa mort; ainsij'ajoûteray
aujourd'huy qu'il
estoit Fils de Messire Jean
d'Acigné,Baron de la Touche,
& de Dame Marguerite
Fluriot, heritiere de Carnavalet,&
Cadet dela Maison
d'Acigné, l'une des plusillustres
de Bretagne, & qui tire
son originedes anciens Comtes
de Rennes, que l'on croit
estre une branche des premiers
Rois de Bretagne.Mr leComted'Acigné Pere de
Madame la Duchesse de Richelieu
,est presentement le
Chef du Nom & des Armes
de cette Maison. Mr de Carnavalet
n'a laissé aucuns Ensans
de son Mariage.
je ne vous dis rien de
particulier le mois passé de
Mr de Carnavalet, en vous
apprenant sa mort; ainsij'ajoûteray
aujourd'huy qu'il
estoit Fils de Messire Jean
d'Acigné,Baron de la Touche,
& de Dame Marguerite
Fluriot, heritiere de Carnavalet,&
Cadet dela Maison
d'Acigné, l'une des plusillustres
de Bretagne, & qui tire
son originedes anciens Comtes
de Rennes, que l'on croit
estre une branche des premiers
Rois de Bretagne.Mr leComted'Acigné Pere de
Madame la Duchesse de Richelieu
,est presentement le
Chef du Nom & des Armes
de cette Maison. Mr de Carnavalet
n'a laissé aucuns Ensans
de son Mariage.
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Résumé : Maison de Carnavalet. [titre d'après la table]
Le texte demande des explications sur l'absence d'informations concernant M. de Carnavalet après son décès. Il était le fils de Messire Jean d'Acigné et de Dame Marguerite Fluriot. Issu de la Maison d'Acigné, une famille illustre de Bretagne, il n'a pas eu d'enfants. Le Comte d'Acigné, père de la Duchesse de Richelieu, dirige cette maison.
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393
p. 266-272
Entrée de l'Ambassadeur de Pologne à Fontainebleau, & ses Audiances. [titre d'après la table]
Début :
Mr le Comte de Wielopolski Grand Chancelier & Ambassadeur Extraordinaire [...]
Mots clefs :
Comte de Wielopolski, Grand Chancelier, Ambassadeur extraordinaire, Pologne, Maréchal, Roi de France, Princes, Gentilshommes, Carrosse, Audience, Château, Magnificence, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Entrée de l'Ambassadeur de Pologne à Fontainebleau, & ses Audiances. [titre d'après la table]
Mr leComte deWielopolfKi
Grand Chancelier &Ambasfadeur
Extraordinaire de Pologne,
estantarrivé à Paris, il
y a environ un mois, y est
demeuréincognito,jusqu'à ce
que tout ait esté préparépour
son Entréepublique. Il la fit
le 17. de ce mois à Fontainebleau,
s'estant rendu à Moret,
où Mr le Maréchal Duc
deDuras, & Mrae Bonneüil
Introducteur des Ambassadeurs,
allerent le prendre
avec les Carrosses du Roy, de
Madame la Dauphine, de
Monsieur, de Madame,&
ceux des Princes ôcPcinceués
du Sang. Il arriva sur les cinq
heures aprèsmidy par la Heroniere,
accopagnéde vingtquatre
Estafiers, de douze
Pages à cheval, de deux
Trompettes, de deux Gardes
vétus à la Polonoise
, avec
des Haches, quimarchoient
à la portiere du Carosse,
de trente à quarante
Gentilshommes, tous vétus
à la Françoise, & de trois de
sesCarossesquiestoient fort
magnifiques. Il passa devant
la Cascade du grand Canal,
fit le tour du Parrerre du Tibre
,
Ôc fut conduit à l'Apartement
quiluy avoitesté préparé.
Il y fut complimenté
au nom du Roy par Mr le
f Duc de Saint Aignan
| , pre- mier Gentilhomme de la
s Chambre en année; au nom t de Madame la Dauphine par
r Mr le Maréchal de Belfnds
son premier Ecuyer; au nom
de Monsieur par MrleMarquis
de Chastillon premier
Gentilhomme de sa Chambre
; & au nom de Madame
par Mr de Grave Maiftrede
., la Garderobe de Monsieur.
I Le18.aumatin,ileut sa pre, *miere Audience publique du
r,
Roy, dansle Cabinet de Sa
; Majesté, & il l'eut ensime
,¡,
de toute la Maison Royale.
Il fut mené à ces Audiences
par Mr le Comte de Marfan
& par Mr de Bonneiiil, qui
avoient esté le prendre à son
Hostel, avec les mesmes Carossès
du Roy &de Madame
la Dauphine. Vous sçavez,
Madanie, que c'est toujours
un Prince qui conduit aux
Audiences, les Ambassadeurs
des Telles Couronnées. Il
trouva à la première Porte
du Chasteau les Gardes de la
Porte fous les ari-iies;les Compagnies
du Regiment des
Gardes Françoiles & Suiflcs
dans la Court; les Gardes de
la Prevoste au pied du degré;
les Cent Suisses sur l'Escalier,
& les Gardes du Corps fous
les armes. Il fut receu à la
porte de la Sale des Gardes,'
par le Capitaine des Gardes
de quartier, qui l'accompa,
gna jusqu'au Cabinet du Roy,
où il trouvaSa Majesté environnée
de tous tes grands Officiers.
Le 10. il eut Audience
particulière du Roy, & le
2.1.
il s'en retourna à Paris
après avoirelletraité, luv &
toute sa Suite, pendant tout
le sejour qu'il avoit sist à
Fontainebleau) avec beaucou
p demagnificence par
les Officiers de Sa Majesté.
Grand Chancelier &Ambasfadeur
Extraordinaire de Pologne,
estantarrivé à Paris, il
y a environ un mois, y est
demeuréincognito,jusqu'à ce
que tout ait esté préparépour
son Entréepublique. Il la fit
le 17. de ce mois à Fontainebleau,
s'estant rendu à Moret,
où Mr le Maréchal Duc
deDuras, & Mrae Bonneüil
Introducteur des Ambassadeurs,
allerent le prendre
avec les Carrosses du Roy, de
Madame la Dauphine, de
Monsieur, de Madame,&
ceux des Princes ôcPcinceués
du Sang. Il arriva sur les cinq
heures aprèsmidy par la Heroniere,
accopagnéde vingtquatre
Estafiers, de douze
Pages à cheval, de deux
Trompettes, de deux Gardes
vétus à la Polonoise
, avec
des Haches, quimarchoient
à la portiere du Carosse,
de trente à quarante
Gentilshommes, tous vétus
à la Françoise, & de trois de
sesCarossesquiestoient fort
magnifiques. Il passa devant
la Cascade du grand Canal,
fit le tour du Parrerre du Tibre
,
Ôc fut conduit à l'Apartement
quiluy avoitesté préparé.
Il y fut complimenté
au nom du Roy par Mr le
f Duc de Saint Aignan
| , pre- mier Gentilhomme de la
s Chambre en année; au nom t de Madame la Dauphine par
r Mr le Maréchal de Belfnds
son premier Ecuyer; au nom
de Monsieur par MrleMarquis
de Chastillon premier
Gentilhomme de sa Chambre
; & au nom de Madame
par Mr de Grave Maiftrede
., la Garderobe de Monsieur.
I Le18.aumatin,ileut sa pre, *miere Audience publique du
r,
Roy, dansle Cabinet de Sa
; Majesté, & il l'eut ensime
,¡,
de toute la Maison Royale.
Il fut mené à ces Audiences
par Mr le Comte de Marfan
& par Mr de Bonneiiil, qui
avoient esté le prendre à son
Hostel, avec les mesmes Carossès
du Roy &de Madame
la Dauphine. Vous sçavez,
Madanie, que c'est toujours
un Prince qui conduit aux
Audiences, les Ambassadeurs
des Telles Couronnées. Il
trouva à la première Porte
du Chasteau les Gardes de la
Porte fous les ari-iies;les Compagnies
du Regiment des
Gardes Françoiles & Suiflcs
dans la Court; les Gardes de
la Prevoste au pied du degré;
les Cent Suisses sur l'Escalier,
& les Gardes du Corps fous
les armes. Il fut receu à la
porte de la Sale des Gardes,'
par le Capitaine des Gardes
de quartier, qui l'accompa,
gna jusqu'au Cabinet du Roy,
où il trouvaSa Majesté environnée
de tous tes grands Officiers.
Le 10. il eut Audience
particulière du Roy, & le
2.1.
il s'en retourna à Paris
après avoirelletraité, luv &
toute sa Suite, pendant tout
le sejour qu'il avoit sist à
Fontainebleau) avec beaucou
p demagnificence par
les Officiers de Sa Majesté.
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Résumé : Entrée de l'Ambassadeur de Pologne à Fontainebleau, & ses Audiances. [titre d'après la table]
Le comte de Wielopolfki, Grand Chancelier et Ambassadeur extraordinaire de Pologne, est arrivé à Paris incognito environ un mois avant sa présentation officielle. Le 17 du mois, il a fait une entrée publique à Fontainebleau, accompagné de notables français tels que le maréchal duc de Duras et Monsieur de Bonneuil. Son cortège comprenait vingt-quatre estafiers, douze pages à cheval, deux trompettes, deux gardes vêtus à la polonaise, et plusieurs gentilshommes en habits français. Il a été conduit à son appartement où il a reçu des compliments au nom du roi, de la dauphine, de Monsieur, et de Madame. Le 18 au matin, il a eu sa première audience publique avec le roi dans le cabinet royal, en présence de toute la maison royale, escorté par le comte de Marfan et Monsieur de Bonneuil. À son arrivée au château, il a été accueilli par divers corps de gardes et officiers. Le 10, il a eu une audience particulière avec le roi. Le 21, il est retourné à Paris après avoir été traité avec magnificence par les officiers du roi durant son séjour à Fontainebleau.
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394
p. 274-345
Tout ce qui s'est passé depuis deux mois touchant les affaires de la Religion Pretenduë Reformée. [titre d'après la table]
Début :
Je ne doute point que vous n'appreniez avec beaucoup [...]
Mots clefs :
Religion, Conversions, Abjurations, Religion prétendue réformée, Calvinistes, Édits, Roi de France, Évêques, Zèle, Catholiques, Religionnaires, Église, Hérésie, Vérité, Erreurs, Nouveau converti, Communauté, Province, Duc de Noailles, Ennemis, Nîmes, Montpellier, Languedoc, Dauphiné, Déclaration, Interdiction, Ministres, Controverses, M. Allard, Grenoble
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé depuis deux mois touchant les affaires de la Religion Pretenduë Reformée. [titre d'après la table]
n'appreniez avec beaucoup
de plaisir, que Mademoiselle
Bernard de Roüen, pour qui
îles galants Ouvrages qui ont
«[parud'elle vous ont donné
citant d'estime
, a fait Abjuration
depuis huit jours. Coinnme
elle a infiniment de l'ef-
1 prix, il est aisé de juger qu'elle
n'a renoncé aux erreurs où
à sa naissàncel'avoit engagée,
» ijuaprès une serieuse & lon-
R gue recherche de la verite.
Mais, Madame,il iR s'agit
plus de vous parler de la Con.
versîon des Particuliers,conmej'ay
fait dans la pluspart
de mes Lettres, il faut presentement
vous entretenir
descelledequantité de Villes
entieres. Lezele deSa Majesté
pour la gloire de Dieu, ôc
sa bonté pour tous ses Sujets;
l'ayant engagé à travailler
O \D, avec degrands foins au salut
des Ames de ceux qui étoient
nez dans la Religion Prétendue
Reforme'e,beaucoup des
principaux de cette Religion,
se font fait instruire
; & comme
ilsavaient plus de lumieres
& plus d'esprit que les autres,
ils ont eu aussi plus de
pénétration, pour reconnoître
que la seule Eglise Catholique
elt la veritable. Beaucoup
ont écrit les Motifs qui
;
les avoient en gagez à se convertir,
& je vous ay fait part
Touvent de ces beaux Ouvrages.
Les moins éclairez,
voyant les plus habiles d'entre
eux, & sur lesquels ils re-
Igloient leur créance, convaincus
des erreurs du Cal-
'viniime
",
se fontrendus en
foule, & voilà à quoy sont
deuës la plus grande partie
des Conversions que nous
voyons tous les jours. Cela
est si vray,que le changement
qui est arrivé dans toutelaVille
de Castres, est une
fuite de celuy de deux personnes
connuës de toute
l'Europe, par la force & par
la beauté de leur esprit. Ce
sont Mr Dacier & Mademoiselle
le Fevre sa Femme,dont
les Ouvrages sont si estimez
de tous les Sçavans. L'Abjuration
qu'ils firent le dernier
mois, de la Religion Prétenduë
Reformée, fut fuivie
de celle de beaucoup de
Personnes de marque, à qui
ces illustres Convertissent;
signer une Délibération de
rentrer dans l'Eglise Catholique.
Ces Conversions en j
attirerent d'autres, ôc c'est
par là que celles qui se font:
faites depuis en sigrad nomItre
dans toutes les Villes du
Languedoc ont commencé.
Vousle pouvezvoir par cette
Réponse queMrDacierafaite
àuneLettre de MrMitton,
dont le merite est connu de
tout le Inonde, & qui luy
uvoit écrit pour l'exhorter à
ouvrir les yeuxà la verité.
A Castres le'jj, Septembre 1685, LE S marques que vms me
donner de vostreAmitié
Jidonjieur3 me fontsi cheres &
siprecieusesJ que je riay pû lire
,sans des transports de joye la Lettre
que vous m'ave^ fait l'honneur
de m'écrlre. Je Juisçerfuadé - que celle que jevousécrisaujourd'hui
ne vous en donnera pas
moins j car elle vous apprendra,
que ma Femme & mey pommes
tres-bons Catholiques. Neus le
prions ilya plus de quatremois,
si nous neufjionsménagé les choses
pour rtndrenoflre Conversion
pinsagreable a Dieueau Roy,
& plusutile à noflre Pays.
Cela nous a heureusement 'reü{-
Jy;En nous déclarant,nous avons
olhgélaplus grande partie de
la Ville à nous suivre. Jeudy
derniernous leur flfmes (îgner une
Délibérationtrès-conforme a la
volonté du Roy. Cela entraîne
tout le resse
, & tout Caflres
fera Catholique dans quatre
joufs lon a jujetdeopérer que
ce bon exemple servira d'inftru-
Rion aux Vdles Toffres
, c
peut-eflremesme à tout le Languedoc.
Voilà,Monsieur
;"
la
plus grande nouvelle que vous
puijJiez recevoir. Si ce que nous
avonsfait pouvoit eflre de quel..
que méritéauprès de Sa Majefié,
nous souhaiterions que cela nous
fervifl a nous rapprocher de
vous.A4Femme Gn" moy regretons
extrêmement voflre Conversation.
Nous avonsplus de
besoin que jamais aavoir devant
les yeux les exemples de vojire
politesse ; mais quelque passion
que nous ayons pour cela3 nous
laissons cefoin a la Providence,
de peur mfouiller par des démarches
qui paroiflroient interef-
JeesJaplus fainte & la plus def
înteressée de toutes les Allions.
Faites-nous feulement la grâce
de vous souvenirtoujours de
nous & de nous écrire. Quand
on nous laissera dans nostre Retraite
, nous noferons nous en
plaindre, & nous aimerons toujours
un lieu où par la Benediélion
de Dieu nous avonsforte
de si bons fruits. Je fuis ,
Monsieur, avec tout l'attache,
ment pojjibie
,
Foflre}&c. )i
* 1
>* ".: Il y a par Apostille. Le
-seulOuvrageejue]aye de prcjl,
cess un petit Traitésur la Rcli.
gion. Je l'ttycomposé a mesure
%jueje travail/ois à meclaircir;
il m'a déjà servyy uuttiillement àà
lever les scrupules de ceux quise
font adressèz k moy.
HAVl--HJ Le 2. du mois pasle Mr
l'Evesque de Saintes s'estanc
rendu à Saint Jean d*Angely,
Ville fameuse par ses Rebel.
lions
,
& qui a esté longtemps
le Siege de l'Heresie
fit assembler les Religionnaires,&
leur ayant explique
les intentions du Roy,
touchant leur retour à l'Eglise
Catholique
,
il les assu- *ra que Sa Majesté useroit
toûjours de plus de douceur
à les porter à s'y reÜnir)
que leurs Predecesseursn'avoientemployé
de violence
pour les contraindre à
s'en separer
;
qu'ainsi Elle
vouloit bien leur donner des
marques de ses bontez
, en
leur permettant de s'assembler
pour reconnoistre l'erreur
qu'ilsavoient suivie
leurs Pcres , & eux depuis plus
d'un Siecle
,
& se faire instruire
des Veritez Catholiques
,
sur lesquelles des Personnes
tres capables les éclairciroient
de tous leurs
Doutes.Le 8. du mesmemois
ces Assemblées commencerent
par l'ordre de ce Prelat
,
qui se retirant à Saintes
où le grand nombre de Conversions
qui s' y
faisoient rendoit
sa presence necessaire
laissa ses ordres , au P. Dom
Anselme Clairé
,
Prieur de
l'Abbaye de Saint Jean, qui
fit aussi tost venir le Pere
Dom Laurent Faidy
,
fameux
dans les Controverses,
pour presider à ces Aiïèmblées,
en presence de M le
Lieutenant General
,
& des
autres Magiltrats de la Ville.
On demanda d'abord aux
Religionnaires la cause de
leur separation d'avec l'Eglise
Romaine, & ils furent
favorablement écoutez sur
toutes les difEcultez qu'ils
proposerent, dont ce zelé
Religieux
,
& le Pere Augustin
de Saint Jean d'AngelyCapucin,
tres-fameux
aussi dans les matières de
Controverse,leur donnerent
des solutions plus que susfisantes
; mais comme c'est
1-e caractere des Pretendus
Reformez d'estre opiniastres
à défendre leurs erreurs, Mr
Durand leur Ministre qui
parloit au nom de tous les
autres, témoignoit toûjours,
au moins extérieurement,
qu'il n'estoit pas convaincu
par les Réponses qui luy étoient
faites. Ces Assemblées
furent continuées huit jours,
foir &: matin dans le Palais;
& pendant ce temps,l'obstination
l'emportant toujours
du costé des Religionnaires,
le Pere Prieur de l'Abbaye
qui assistoit, ou quelque Religieux
de sa part, à toutes
ces Conferences, resolut
d'en avoir de particulieres
avec les plus attachez à la
SetÍe de Calvin. Il vit sur
tout le Ministre
,
& Mr le
Valois fameux Avocat dela
Ville, & l'un des principaux
du party, toujours sence en pre- de MrLambert,Lieutenant
General, & de Mf
le Maistre Avocat du Roy.
Il leur apporta de si puissantes
santesraisons qu'enfin illes
convainquit. Ceux-cy en
ayant attiré un grand nombre
d'autres, le Pere Prieur
fit sçavoir à Mr l'Evesque
de Saintes que tout estoit
disposéà une Reconciliation
generale, & qu'on ne faisoit
que l'attendre pour la faire.
Ce Prelat, si consideré
par son grand zele pour
le Salut & pour la Conversion
des Ames
,
se rendit à
S. Jean d'Angely le Dimanche
16. du mois. Il y arriva
à dix heures du matin
& alladescendreàl'Abbaye,
où le Pere Prieur luy rendit
compte de ce quis'estoit
paiTé. A mesme temps Mrle
Lieutenant General, &>'Mr le
Procureur du Roy
,
firent,
venir par son ordre Mr Du-»
rand Ministre
,
& quelques
autres des principaux Reli"
gionnaires dans la grande
Sallede l'Abbaye.Lors qu'ils
furent assemblez, Mr l'Evesque
de Saintes leur fit ravoir
de nouveau les volontez
de Sa Majesté, &
leur ayant representé d'une
maniere aussi honnesteque
douce ,l'obligation où ils
estoient. de s'y soumettre,
le Ministre prit la parole,
ôc luytémoigna au nom de
tous, qu'ils estoient fort resolus
de profiter des bontez
du Roy, & des instructions
salutaires qu'ils avoiét
receuës. Il donna la Declaration
qu'ilavoit projettée
avec ceux desonparty,&
sur quelque équivoque que
Mr l'Evesque y remarqua,il
es obligea de la reformer.
ls se rassemblerent pour ce- a, & après plusieurs conestations
des plus obltincz,
ls se déterminerentenfin à
faire toutes choses comme
on les souhaitoit d'eux. Pour
rendre cette Action plus solemnelle,
ils se trouverent à
deux heures après midy du
mesmejour au Palais, où
l'on alla processionnellement
en cet ordre. Mr Mathias
Bar, Curé Vicaire perpetuel
de la Paroisse,avec
quelques autres Ecclenafciques,
estoit precedé de la
Croix & de la Baniere. Le:
Pere Prieur de l'Abbaye 06
toute sa Communauté marchoient
ensuite, ayant M
FEvetaue à leur telle en habits
Pontificaux. Mrs les
Magistratslessuivoientvêtus
de leurs Robes de Palais,
avec un tres-grand concours
de peuple. Pendant la Procession
y on continua de
Chanter le Veni Creator que
quatreChantres de l'Abbaye
avoient entonnéau pied du
grand Autel, & on le finit
à la porte du Palais. Le Ministre
& les autres Religionnaires
, y attendoient M.
l'Evesquequileurtémoigna
sa joye de les voir dans de
si heureusesdispositions,&
leur demanda si c'estoit de
bon coeur qu'ils se refolvoient
à abjurer l'Herdie j
dans laquelle ilsavoient si
long-temps perseveré. Alors j
le Ministre & tous les autres
répondirent qu'ilsfai-j
soient cette Adion sans nulle
conrrainte
,
& d'autant plus
volontiers qu'on les avoit
convaincus de l'erreur où
ils vivoient. Cela estant fait
M. l'Eveique les fit tous
mettre à genoux,& après
qu'ils eurent abjuré par la
bouche du Ministre à haute
intelligible voix, ils furent
conduitsavec le corps
1
de la Procession au mesme
ordre qu'on estoit venu les
prendre, en; chantant les
Pseaumes
,
In exitu Israël;
SuperaBabilonis, & Miserere
mei Deus. La Procession
s'arrefta à la grande porte
de l'Eglise,& M. l'Evêque
de Saintes leur ayant fait
une Exhortation tres-touchante
, leur donna à tous
l'Absolution de leur heresie,
aprèsquoyils furent introduits
dans l'Eglise par ce
Prélat, qui entonna le Te
Deum. On chanta les autres
Prieres en action de graces,
& ils s'embrasserent tous
tant le Ministre que les autres,
avec desdemonstrations
de joye extraordinaires. Ce
qu'il y a d'admirable
,
c'est
que cette Ville qui a esté si
longtemps infectée del'heresie
,
& qui pendant plus
de vingt années n'avoit [out:
-
sert aucun Exercice de la
Religion Catholique, y elt
rentrée en huit jours par la
feule force de la verité,
sans que l'on air employé
nulle violence, chacun s'étant
fait instruire,&ayant
esté convaincu de ses erreurs.
La Ville de Montpellier
a suivy l'exemple de Saint
[ Jeand'Angely. La Deliberation
ya esté prise par ceux
de la Religion Pretenduë
Reformée, pour se convertir
en corps, & elle fut conceuLë
een ces termes. jour du mois de Sep':"-
rembrefNous eslans ajjem-,
blek par l'ordre de M. le Duc.
de Noailles
,
Commandant en
Chef dans cette Province
,
qui
tous a exhorte% de Juinjre les
bonnes inspirationsqu'il a plett
d Dieu de donnerd ceux qui fesontàcomme
nous, trouvezfeparez
tie la veritable Eg-par le
malheur de leur naijjance
y
@T
de répondre au zele& auxjàintes
intentions que le Royade voir
tous ses Sujets remis dans feuleReligion une ;Alous avons délibéré
sur cette matierey é'l' nous
avons creu ne pouvoir prendre
un meilleur party cjuedembrafi
ferlaReligionCatholique, Apofiolique
& Romainey que nos Peres ont quittée) renonçant à
toutes les erreurs contraires; En
foy dequoy Mous avons fîgné la
presenteDélibération
que nous
avons portée a M. le Duc de
Noailles
, promettant de faire
Abjuration quand il le trouvera
à-ptopos, dans les formes&en
la maniere prcfcrite par les Regles
de la Religion Catholique.
'--' Ces Conversions font deuës
aux soins de Mr le Duc de
Noaillesaussi-bien qu'àceux
de Mr le Cardinal de Bonzi,
de Mr l'Evesque de Montpellier)
& de Mrsde Baville,
& Daguesseau. Le concours
a esté si grand dans toutl'Evesché
de Montpellier, &
dans les Eglises où l'onrecevoit
les Abjurationsdesgens
de toutes fortes d'Etats, qu'-
on estoit quelquefois deux
heuresàattendre que les p1 1r,e- miers fisseent place aux autres.
La 1 u tres.La pluspart des Catholiques
furent obligez de ce- der la leur aux Convertis, le
premier Dimanche qui suivit laDélibération, tantcesderniers
vinrent en grandnombre
entendre la Messe dans
l'Eglise Nostre-Dame Apres cechangement général, M1- l'Evesque de Montpellieral- laàLunes&à Minguio, re- cevoir l'Abjuration de tous
ceux de ces Communautez
en Corps. SaintGilles,Sommieres,
5c plusieurs autres
Villes&Lieux voisins
, renoncerent
à l'Heresie dans
le mesme temps.
La Ville de Nismes ne doit
pas moins à M. le Duc de
Noailles, pour ce qui regarde
les Conversions que les
autres Villes dont je viens
de vous parler. Ce Duc y a
fait tout ce que le Roy attendoit
de son zele. Il a parlé,
il a pressé,ses raisons ont elle
vives; mais sa douceur, sa
conduite, & son exemple
n'ont pas esté ce qui a le
moins contribué à gagner
les Religionnaires. Il a travaillé
à convertir les Ministres
mesmees &ily a sibien
reiiflî, qu'ayant reconnu leur
erreurilsl'ontpreschée , pu- bliquement; & ce qu'ils ont dit,aprèsavoirestéconvaincus,
a rendu plusde quinze
mille personneà l'FCT]i(p
Mr le Maréchal Ducde
Duraspassant par Nerac
pour se rendre dans son Duché
de Duras,trouva beaucoup
de Peuple assemblé;&
en ayant demandé la cause,
il apprit que les Pretendus
Reformezdéliberoient s'ils
se rendroient Catholiques,
? & que mesme ils agitoient
> des Questions de Religion.
Comme il sçaitparfaitement
».celle de Calvin, parce qu'il
en a esté, il disputa, & leur fit
connoistre si clairement que
l'Eglise Catholique est la veritable
Eglise, qu'ils se convertirent
tous. Il fit la mesme
chose dansle Duché de
Duras, où par ses lumieres
& ses soins il ne reste aucun
Religionnaire. Un Obstiné
qui tenoit une Bible,luy
ayant fait voir un Passage,
par lequel il combattoit les
veritez de nostre Religion,
D
ce Duc prit la Bible, & layli
fit lire plus bas l'eclaircisse
ment de ce Passage. Le Reli-
gionnairè changea aulIi-tolHl,
desentimens, & plusieurs seil
convertirent aussi-bien que
luy.Lereste suivit.prelque.-)i
-aussi-tost. Mr de Durasarrivai
de Guienne, lors quele Roy v<
partit de Chambor pour Fon- tainebleau, & il asseura qu'illi
y avoit déja en ce temps-là il
cent quinzemille nouveaux XI i1ce.
Le Peuple estant assemblé
àMilhau,Ville de Roüergue, u
pourdéliberer s'il se convertiroit
ou nom, il y en eut qui
s'aviserent de se demander
les uns aux autres pourquoy
ils estoient de la Religion de
Calvin. - On foüilla juique
t dans l'origine, & l'on trouva
que la Ville estant autrefois
toute Catholique, ceux
; qui estoient du party contraire,
se trouvant avec une
Armée à leurs Portes, pen--
dant les Guerres Civiles que
*
la Religionavoitexcitées,les
avoient engagez à prendre
la leur; & il fut conclu ,que
l puis que ce n'estoit point par
une parfaiteconnoissance de
la vraye Religion, qu'ils a--
voient quitté celle de leurs
Peres, il estoit injuste de balancer
plus long-temps à -, y y
rentrer.
Le 2. de ce mois, il y eut il
une semblable Déliberation n
dans la Ville d'Alais. Mr le
Marquis de la Fare, Gouver- -1
neur de Biescou, & Mrdela
Fare Gaujac sonFrere,cy-de-À
vant Capitaine de Cavalerie,
qui y resident tous deux, es- J
tant entrez en négociation
avec quelques-uns desPre- -'
tendusReformez,pour les z\
engager à le soûmettre à la
volontédu Roy, leur apporterent
dès raisons si fortes,
qu'enfin ils les firent consentir
à s'assmbler pour déliberer
en Corps de Communauté
de se rendre Catholiques
Ainsi le jour que je viens de
vous marquer ,
ils firentune
Assemblée de tous les Chefs
de Famille, en presence de
Mrs de la Fare, & ceux qui.
avoient le plus de lumieres;
ayant entrainé les plus ob-.
stinez, la Déliberation fut:
prise
,
& signée conformément
aux intentions de Sa
Majesté
, par tous ceux de
l'Assemblée, au nom de tous,,,
les Religionnaires; après
quoy on députa deux des
principaux Habitans
, pour
l'aller porter à M. le Duc de
Noailles qui estoit à Nifines.
Cette Conversion a esté de
prés de quatre mille personnes,
en sorte qu'il ne reste
plus dans Alais que quelques
Femmes qui n'ont pas voulu
quitter si toit la Religion où
elles sont nées. b
Je ne puis mieuxvous apprendre
ce qui s' est passé en
Dauphiné,à l'égard des Pretendus
Retormez de cette
Province,qu'en vous faisant
part d'une Lettre qui m'a esté
adressée. En voicy la Copie.
A L'AUTHEUR
DU MERCURE GALANT.
A Grenoble, le 6. Oâobre1685, V OM /oüez incejjammenï
noflre ÀugusteCiïlonarque
3 parce quincejjamment la
matiere vous y convie ; mais
Att!oüez, Monsieur, que parmy
tout ce qu'il fait, qui merite des
Eloges, Jes foins & sa vigilance
pour étoufferïHerefe dans
son Royaume, font des sujets
admirables pour les luy attirer..
Il fait comme ces Fils aiftez,
qui travaillentcontinuellement à
reparer les ruines de leur maison,
a remettre dans leur Famille les
biens disPersèz, à rappeller les
Freres é'garez, & à j&ûtenir
l'éclat de leur race. Comme il
est le Fils Asné de l'Eglise3
on voit bien qu'en cette qualité
il s'applique à redonner a cette
bonne Mere les Enfans quelle
avoit perdus, à les remettre en
estat de recevoir d'elle ses careiJes
er ses benedrélions, &
à leur inspirer l' obeissance &
le rtspt Et que les véritables Chrefiiens
luy doivent. On ne trouveplus
de rebelles ny d!obfline^;
toutes les Provinces retentirent
du bruit des Conruerfiensfyequentes.
Ce rieflplus cette France qui
se déchiroit eUe-mesme ; ce ne font
plus des Citoyens acharnez à Je
perdre ou à se corrompre; il n'y a
plus ny interess
3
ny politique, ny
ménagement;les violences& les
contraintes n'ont plus de heu ;
ce riefl iu"avec des femimens
de pieté & de connoissance que
les PretendusReforme^ courent
à la Religion de leurs Peres.
Ils ne se rendentquaprèsavoir
esté inflruits ; ils écoutent la gret..
ce> Ù enfin wut Je faitsi deu.
cement (t)si agreabtementJ que
l'on nentend parler, ny de promessesy
ny de bienfaits, ny de
recompensès, pour des changemens
aujJi jufles que jufquicy ils
o'ntparu difficiles. Je mefuis'volontiers
chargé de VQUâ apprendre
que cess de cette maniéré que ceux
de la Religim Pretenduë Reformée
de Dauphiné ont fait leurs
Conversions, & mesmepresque
par tout en Corps de Communauté.
Ceux du Bailliage de
Briançon ont commencé.Alonfizur
le Bret nostre Intendant>
qui
qui sejt trouve Jur les lieux3 a
admire ce zele, & l'a écrit avec
etonnement. En effet, quinen
auroit de voir les Kullécs de
TrageUa3 de j3uryras & de
Ceptnney où (peIne, on top,t
trouver trois ou quatre Maisons
Catholiques, teJire toutes Ja.ujourd'huy-,
cfy:voir triompher la
véritable Keligion^aprésquelle en Õ Ll 4 eslé bannie pendant un Siecle?
Quinze mille personnesy ontfait
leur Abjuration en moins de huit
jours. Le Bailliage d'Ambrun a,
suivy unfibelExernple.LaVillede
Dye,ou lHercfie avoittoujours
le plus triomphé. ne voit
plm dans Jon enceinte aucun
RclWionnaire,bien quily en eust
huit mille.Les Villes de Gap&
de Montehmart Je font rendues
en Corps de Communauté. Le
Bourg de Menei £n
Triéves,OH
depuis ftx''Vingt ans il riy a eu
aucun Catholique, en est aujourd'hui
remply. Mifoen}la(Jrave9
le Mont Délans
,
dans le Pays
d'oyfans,font revenus de rnef
me. Tout efloit plein d'Heretiques.
LaMurea qui estencore
un zrana Bourg5 Ci" ciont les
Habitans efloient a moitié de
la Religion Pretendué ReformiOe,#
en a plus aucun, &
J J tout cela s'eftfait dans le mois
de Septembre. La Ville de Romans
n-en a plus gueres. Quel
Prodige!Mais ilness jamais
d)obstacles pour les Viéloires de
Louis LE GRAND. Ses Conlquefles
pour le 'Patrimoine de Eghfe-} foqt auJF promptes que
- celles qu'il a-faites pourlefient
Je ne vous du rien encore de Grenoble
, où quantité de gens de
mérité3 de qualité (Ô?d'esprit3si
fontmjlruire.Jmfiiien.tofl fef
pere.yoKsfaÍrepàtt des)grades gjr
fameuses Conversions qui sy pre.
pwent.+Dejalefécond de ce mois,
JV,o~l.e,7.4JtcquescDq;dje/sfDeSeigneur de
Sahon, de Cbafleauneufù de
J\4a^amyConseiller au Parlement
de GrtnobleJ afaitabjuration.
lefuis, Monfi:ur,tojlrr,
&c.
ALLARD, ancien President
en l'Election de Grenoble.
On a eu avis que tous les
Pretendus Reformez de la
Ville deLoudun qui estoient
au nombre de trois mille se
sont aussi convertis. Je ne
vous dis rien de Montauban
ny des Villes des environs,
qui en se faisant toutes
Catholiques, ont precedé
ces Conversions.Onoublie
Jûcoft: à
*
present des miliers
de Convertis,qu'on,
ne faisoit autrefois une feule
personne. Ce qu'il y a d'admirable,
c'estque tous ceux
qui renoncent à Calvin,
-
ont gens éclairez des lulieres
de la Foy, qui reonnoissent
la verité
,
& qui
- rendant d'eux-mesmes iennent , en foule après des
éliberations autentiques &
olontaire,demander qu'on
esreçoive dans la veritable
Eglise.
La Ville de Chastelleraut
suivy l'exemple de Loudun
,
& tout s'y est converty.
Les Pretendus Reformez
des Villes voisines se
font instruire pour les imiter,
& tous les Matelots de
lacoste duPaïs d'Aunixau
nombre de quinze cens ont
embrasséla Religion Catholique,
aussi-bien que tout ce
quireftoit à Lyon qui profesfoit
la Pretenduë Reformée.
Tous les Chefs de ces Familles
qui se montoient à soixante
& dix, yont esté trouver
Mr l'Archevesque,& ont.
déclaré qu'eux &leur famille
estoient prests de renoncer
-
à l'Heresie de Calvin; ce
qu'ils ont signé, aprésquoy
ils ont tous fait Abjuration.
Jamais on ne vit tant d'union
qu'il en a paru en cette
rencontre , entre les Catholiques
Se ces nouveaux
Convertis;ils ne se rencontroient
point sans se donner
des marques de leur joye,
&sanss'embrasser. Tous les
Habitans de la Rochelle ont
fait aussi Abjuration à la reserve
de ceux de quatorze
Familles, dont plusieurs foiu
sur le point d'abjurer com-
• me les autres, s'ils ne l'ont
pas déja fait.
Le Pere Alexis du Bue
Theatin
,
qui depuis plusieurs
années a fait un fr
grand nombre de Conversions,
en a fait encore beaucoup
depuis quinze jours.
Voicy par quelles paroles il
finit sa Controverse le Dimanche21.
de ce mois, en
s'adressantaux Pretendus Reformez.
Enfans de la Terre ; Nouveaux
venus, qui a'VtZ presché
jujqxa present des Nowveautez
JcaxdaleuJes(èf des Dogmes inconnus
à toute l'ancienne Eg/ife;
qquuii nn'1a'Vez débité que des.fort- tdes. fo4-
ges & des calomnies
J
il efrtemps
de former la retraite) de changer
de ~f (~r de vous réunir
ail Corps de J. C. dont vous
vous esses (eparez avec tant din~
juflice. Toutes choses vous invitent
à cette réunion
,
le jifence de
l'Ecriture des Peres sur toi
.Ãrtl'cl. !..:::
A
Articles 1101,Il.; r;, rIl., 17,f-U i l& rric*uvtXifefcydevos
Minières qui vous trompent &
"(Jous seduisent depuis plus d"un
Siecle; l'exemple de vos Freres
qui rentrent en foule dans lE.
glzjè ; veflre propre Salut qui cft
impossible dans le Sclnfme ou vous
vive%.Ajouter atouscesMotifs
les Souhaits duplusgrand Ma-.
narque de la Terre, a qui vous
deveKtout accorder3puis qu'il ne sagit qau~e ddfev~oou~s~attirera la pro- ~r /?rcsession
de la ruerité. Dieu l'afitfl
citéen nosjours pour détruire l'He..
rejie dans le fein de fis Etats5
er pour y faire fleurir la feule
Jtisa£ aj4rt*ja a?er* 7?r»Lin *
—•— l''fU;,
veritMeReligionCatholique,
"¿r jy\jL. V '\V111-"1'{" j '1/1'1. aeflcl'uniqueReligion de tous
les Rays fis Àugufcs Predeces
feurs. Cess à frç pieds que ce
Aionflrefurieux dont les mouvemens
ont esté si violens & si
pernicieux a cette Monarchie,
va eflre dhbatu. Le-Ciel luy a
reserve cette gloire> & danspeu
par la rtdyjance}cette Jc-glise qui
se dit Rej-orrnee
,
qui a esle pendant
douze cens ans invijtble dans
l'Univers,Jeraheureusement invijible
en France. Que la pensée
d'une Aflionjiglorieufe,ogrand
Roy ! remplijje vojlre coeur de
joye. Dieu qui a pris plaisir a
vous revêtir de sa force pour une
si grinde entreprise3 fera Le Proteêîeur
de vostre Personne Sacrée
d'une maniere toute particu.
lirrc. Il vous comblera de Jes
faveurs, il étendra les limites de
vostreRoyaume
, en vous affitjettifJant
psr des Conquefîesglorhufes
ces. Notions Infiddes qui
t 'oublent le repos de ses enfans. Iii\
affermira Voflre Sceptre par /«\
nombre devos Descendans; /&\
élevera VoflreAuthoritépar deae
fus celle des plusgrands Monar..-,:
ques du Monde:Enfin tous lesi^
Ennemis de la Véritéferontdanne
l humiliation edans la douleur^
& le Peuple fidele & obeiflantlu
joiïiudun bon-heurquiferafuir-\
1y des Benediélions du Ciel.
Le Roy voyant que les
Conversions .augnlenroientJf
de jour en jour,que la plus
part des Personnes d'un eflJl:
prit solide avoient abjuré
& que la Tréve luylaissoit
un repos dont ses Ayeux
rm'avoient point joüy
, a en- fin donné un Edit qui porte
JIe dernier coup à l'Heresie.
Cét Edit défend de faire aucun
Exercice public de la
R. P. R dans le Royaume.
LaJustice des Motifs qui
:>ont obligé Sa Majeflé d'en
user ainsi
,
paroist évidente
dans le Discours qui luy sert
b d'avant propos, *& elleest
d'autant plus claire,que pour
J la persuader il n'a fallu qu'exposer
les faits sans aucun
raisonnement. Comme la
Vérité fait plus briller
il ce
Discours que les figures de)j
l'Eloquence, chacun de~3
meure d'accord que l'on n'aL',
jamais rien veu,ny de si prudent
ny de si juste.Voicy
les raisons qui y sont dé^-h
duites. '¡
Henry le Grand,Ayeul
de Sa Majesté, voulant eni'f.
pescher que la Paix qu'il a—i
voit procurée à sesSujets,
après les grandes pert-s2- qu'ilsavoientsouffertespar
la durée des Guerres Civiles xc
& Etrangeres, ne sult trou
blée à l'occasion de la
P. R.comme il eQoir arrivé h
I
sous lesRegnes des Roys les
Predecesseurs, regla par [on
Edit donné à Nantes au mois
d'Avril1598. la conduite
qu'on devoit tenir à l'égard
de ceux de cette Religion
Se les lieux dans lesquels ils
en pouvoient faire l'Exercice.
Il établie des Jugesextraordinaires
pour leur ad.
ministrer la Justice
,
& pourveutmesine
pardes Articles
particuliers A tout ce qu'il
jugea necessaire pour maintenir
la tranquillité dans son
Royaume, & pour diminuer
l'aversion qui estoit entre
ceux de l'une & de l'autre Religion
,
afin d'estre plus en
estat de travailler, comme
il avoitresolu de faire, pour
réünir à l'Eglise ceux qui s'en
estoient si facilement éloignez
; & comme il ne pût
effectuer son intention à cause
de sa mort précipitée, &
que l'execution de cét Edit
fut mesme interrompu pendant
la minorité du feu Roy
par de nouvelles entreprises
des Pretendus Reformez
elles donnerent occasion à,
les priver de divers avantages
qui leur avoientestéaccordez.
Neantmoins usant
de sa clemence ordinaire,
il leur accorda encore nouvel un Edit à Nisimes au
mois de Juillet 1629. au
moyen duquella tranquillité
ayant de nouveau esté
retablie, ce Prince animé
dumesme esprit& dumefme
zele pour la Religion
que Henry IV. sonPredecesseury
resolut de profiter
de ce repos, pour tâcher
d)execurer son pieux
dessein
; mais les Guerres
ellant survenuës peu d'années
après
,
& le Royaume.
ayant esté peu de temps
sans agitation, depuis i6tf.
jusqu'àlaTréve concluë
en 1684. avec les Princes
de l'Europe, il n'a pas
esié possible de faire autre
chose pour l'avantage
de la Religion,que de diminuer
le nombre des Exercices
de la pretendue Reformée
par l'Interdiction de
ceux qui se sont trouvez établis
au prejudice de la disposition
des Edits, & par la
Suppresion des Chambres
my parties dont l'Erection
n'avoit esié faite que par provision.
Dieu ayant enfin permis
que la France joiïilïè
dun parfait repos,& que
le Roy luymesme n'estant
pas occupé des soins de proteger
ses Sujets contre ses Ennemis,
ait pu profiter de cette
Trêve qu'il a facilitée dans
la veuë de donner son entie-
Te application à rechercher
Iles
r
moyens de parvenir au;
succez du dessein des Roys
IHeury IV. & Louis XIIL:
b dans lequel il est entré dés
>1 son Avenementàla Couron-
-
(LUe; Sa Majestévoit prefen-
~tement avec la justerecon-
-
noissance qu'Elle doit à
Dieu, que Tes soins ont eu la
fin qu'Elle s'estoit proposée,
puisque la meilleure & la
plus grande partie de ses Sujets
de la R. P. R. ont embrasse
la Catholique;& d'autant
qu'au moyen d'un si
grand nombre de Conversions,
l'exécution de l'Edit
de Nantes, &tout ce qui a
esté ordonné en faveur de la
R. P. R. demeure inutile;
Elleajugé qu'Elle ne pouvoit
rien faire de mieux pour
effacer entierement la memoire
des Troubles, de la
confusion, & des maux que
le progrez de cette fausse
Religion a causez dans le
Royaume, qui ont donné
lieu à cétEdit, & à tant d'autres
Edits & Déclarations qui
lot preceidée,où qui ont estéfaits
en consequence
, que
de le revoquer en
touteson
étenduë. C'estcequ'Ellea
fait par l'Edit dont je vous
parle, qui a estéenregistré
en la Chambre des Vacations
le 22. de ce mois.
Cet Edit revoque non seulement
celuy de Nantesdonné en
Avril1598. avec les Articles arrestez
le deuxiéme May de la mefme
année, & les Lettres Patenres
qui furent expediées sur ces
Artictes,mais encore l'Edit donné
à Nismes enjuillet 1629. que
Sa Majesté declare nuls, & comme
non avenus; ensemble toutes
les Concevions faites pard'autres
Edits,Declarations&Arrestsaux
Pretendus Reformez, dequelque
nature qu'elles puisssentestre en
consequence dequoy Elle veut& illuyplaist, quetous lesTemples
de ceux de la Religion Pretenduë
Reformée situez dans son Royaume,
Terres & Seigneuries de [on,
obeïssance, soient incessamment
démolis.
Il est défendu par ce mesme
Edità tous Pretendus Reformez,
depluss'assemblerpourfairel'Exercice
de cette Religion en aucunlieu ou
mùfcn particulière, fomquelque prétexte
que ccpu:[fi estre, mesme d'Exercicesréels
eudequand
biences Exercicesauroientesté maintenuspar
des ArrcJIs du Conseild'Etat
; £r à tous SeiTueurs de quelque
condition quils foiintydefaire l'Exercice
dâris leurs Maisons & Fiefs,
le tout à peine contre ceux quiferont
cet Exercice, de confiscation de corps
& de biens.
Les autres Articles sont, !Zflt
tous Ministres de lit Religion Pretendue
Reformée,sortirontdu Royaume
quinze jours aprés la publication de
l'Edit, sans y pouvoir jèjOUÍÍUf au
dd.1, ny pendant ce temps de quinzaine
faireaucun Presche, Ex hortation
ny autrt jonEfiOIJ) à peine des
Gaitrts.
J^ue ceux desMinistresquise convertiront,
continueront àjoüir leur
vie durant, & leurs Veuvesaprès
leur decés
,
tandis quelles seront en
viduité
,
des mefines exemptions de
Taille & Logement de Gens deguerre,
dont ils ont jouy pendantqu'ilsfaisoient
la fonction de Ministres; &
qtt'en outre Sa Majesté leurferapayer,
aujjileur viedurant,unepensionplus
forte d'un tiers que les Apointemens
qu'ils touchoient en qualitéde MinijfTes,
de la moitié de Jaquette Pension
leurs Veuvesjoüiront Iluffi aprés leur
mort, tant qu'elles demeureront en
viduité.
£hte les Miniflres convertis, qui
voudront se faire Avocats , ou prendre
les Degrés de Docteursaux Loix,
feront dijJfnjtz des trois ans d'étude
preferites par les Déclarations duRoy;
& quaprès avoirfubyjes Examens
ordinaires
ordinaires , ils Jiront reccw Docteurs,
s'ils en fontjugez, capables, en payant
feulement la moitiédes Droits que Po,%
a accoufttmé de percevoir de ceux
qu'on reçût en chaque Univerfi*.
Zue les Ecoles particulières pour
l'tnfirucïion des Enfans de ceux de la
Religion Pretendue Refermée,& toutes
les chofts généralement quelconques
,qui peuvent marquer une Concijfion,
quelle quelle puisse tfre
,
en
faveur de cette Religion,front dtfendues.
Jt>u£ les Enfansqui naiflrent des
Prétendu*Reformez, ^feront dorefiulsumt
baptisez, par les Curez, des Paroisses,
estantenjointaux Peres&aux
Meres de les envoyer aux Egltfes J
cet effet là, d peine de cinq cens livres
d'amende ; 6- que ces Enfins
(irontenfuite élever en la Ret;g>,,d,,
Catholique, Apoftotique & Romaine,
a quoy ilcfi ordonné tres-exprefémentauxJugés
des lieux de terni II,
main.
jÇhie ceux de lit Religion ?retendue
Riformée quifesontretirez, duRoyaume
avant la publication de cet Edit,
rentreront dans la poffission de leufs
biens, & en jouiront comme ils auvoientpufaire
s'ils y eBoienttoujours
demeure&
, pourveu qu'ils y reviennentdans
le temps de quatre mois du
jour de cette Publication;au contraire
que les biens de ceux qui dans oe temps
là de quatre mois ne reviendrontpas
dans le Royaume, demeureront confifquez,
en conjequence de la Déclara*
tion du 20. d'Aoufl dernitr.
Zue les Preter,dwReformez,eux,
leurs Femmes & Ensans, ne pourront
îortirdurayamrijc,njtriortcraiiieraf
uurs b"",s&effets,fouspeine des Galèrespourles
Hommes}&deconffcaiicn
de corps & de biens pour les Femmes.
J^ue lesDéclarationsrendues contre
les Relaps, feront executées jiLon
leurforme 6 teneur. Ue ceux de la Religion Prétendue
Reformée,enattendant qu'ilplau
Je 4 Dieu de les éclairtr comme les autres
, pourront demeurer dans les ViL
les & Lieux du Royaume,ycontinuer
leurcommerce,de/(Ûrs liens,
sans qu'on lespuijfetroubler
fefcher,fouspntexte ny cm- de leur Rclirien
Cet Edit ayant este publié le
jour mesme de l' Enregistrement,
on commença dés le lendemain à
démolir leTempledeCharenton.
Les Conversions estoient déja
tres- nombreusesà Paris, & il y
en avoit tous les jours presque
dans toutes les l'aroilies• & dans
beaucoup de Communautez;de
forte que chacun estant en mouvement
pour son salut,& plusieurs
se convertissant,ou se faisant instruire,
cet Edit, au lieu de produireaucun
des effets qu'on en
auroit pu craindre autrefois
, a
plûtost servy à ébranler les plus
obstinez
,
qu'à leur faire prendre
des fenrimens contraires à leur
conscience& à leur devoir. Ainsi
il y a lieu d'esperer que le reste
des Religionnairesde Paris,suivra
bien-tost l'exemple de ses Freres,
qu'il voit tous les jours courir en
foule aux pieds des Autels. On y
vient de voir Mrle Duc de Ri-
* chemont, Fils naturel du feu Roy
d'Angleterre. Il afait Abjuration
dans la Chapelle du Chasteau de
Fontainebleau,à l'issuë de la Messe
du Roy, en presencede Sa Majesté
& de toute la Cour,entreles
mains de Mrl'Evesque deMeaux,
qui luy fit un tres beau Discours
sur ce iujer.
J'apprens que Mr le Marquis
de Mirepoix s'est fort distingué
,4
par le zele qu'il a fait voir pour
la Conversion des Pretendus Reformez.
Comme il est extremément
aimé dans cette Province,
luy seul, c'est à dire, suivy de sa
feule Maison,sansaucun aurre secours
,
il a fait changer de Reli.
gion, par son éloquence, & par
la force de la vérité à tout ce qu'il y en avoir dans Mazeres
le Carla , , Saverdan, Lasbordes,
Savarat, Camarade, Mazdazil.
L'exemple, de ces sixVilles,qui
sont des plus importances de la
Province, a esté suivy detousles
Religionnaires des environs. Mr
de la Berchere Intendant de
Guyenne, qui alla joindre M'll
Marquis de MirepoixàMazeres,
seconda tres bien son zele. Mr
l'Abbé de Pailhez de qui cette
Villedépend, n'y fut
pas inutile,
& s'y comporta d'une maniéré
digne de luv. Je vous écriray le
mois prochain les circonstances
de cette grande Action.
Quelque difficile que foit la
Conversion des Heretiques,nous
en voyons aujourd'huy la France
presque entièrementpurgée. Ce
miracle est dû au zele, à la pieté,.
& aux foins du Roy,& il suffit que
ce grand Monarque vive pour
achever un si surprenant Ouvra- ¡
ge.C'est ce qui a esté parfaire:
ment bien representé parune Devise,
dont le Corps est un Soleil
arresté par l'ordre de Josué,com-
-
battant contre les Alllaiccites)
Ennemisdu Peuple de Dieu,avec
ces mots.
Stantem viftoriacertafequetur.
La pensée en est heureuse, & les
quatre Vers suivans l'expriment
d'une maniere également noble
& naturelle.
Contre les Ennemis envieux de si
gloire,
Du Soleil autrefois le Ciel fixa le
cours ;
NOMSflmmes feurs de la viBoire,
Si d'un autre Soleil il prolonge les
iguri.
L'Autheurde cetteDevise cft
un jeune Homme (ritialité, de
dix-sept ans, d'unesprit rare, & d'une application extraordinaire,
c'est le Fils aisné de Mrle Mazuier,
Procureur General auParlementdeToulouse,
dont le zele
pourles interests du Roy & de la
Religion estassez connu. Ilasoûtenu
avec applaudissement une de
ces Theses de universelles,que si peu sopersûonnets eentrnepreinnren.t de
Si je voulois attendre la fin des, Conversions, dont les nouvelles
me viennent de tous costez, je ne finirais point cetArticle. Je les remetsjusqu'au
mois prochain,dans
lequel temps j'espere queje vous entretiendray du changement de
tout ce qui reste de Calvinistes en France. Je croymesme qu'il y a déjà beaucoupplus de Villes en-*
rarementCatholiques que je ne
nous en ay nommé, l'empresse-
¡jfnt estant si grand à fc rendre,&
nouvelles des Abjurations qui
font en Corps, arrivent en si.
.'ivand nombre, que l'on en perd
memoire.
de plaisir, que Mademoiselle
Bernard de Roüen, pour qui
îles galants Ouvrages qui ont
«[parud'elle vous ont donné
citant d'estime
, a fait Abjuration
depuis huit jours. Coinnme
elle a infiniment de l'ef-
1 prix, il est aisé de juger qu'elle
n'a renoncé aux erreurs où
à sa naissàncel'avoit engagée,
» ijuaprès une serieuse & lon-
R gue recherche de la verite.
Mais, Madame,il iR s'agit
plus de vous parler de la Con.
versîon des Particuliers,conmej'ay
fait dans la pluspart
de mes Lettres, il faut presentement
vous entretenir
descelledequantité de Villes
entieres. Lezele deSa Majesté
pour la gloire de Dieu, ôc
sa bonté pour tous ses Sujets;
l'ayant engagé à travailler
O \D, avec degrands foins au salut
des Ames de ceux qui étoient
nez dans la Religion Prétendue
Reforme'e,beaucoup des
principaux de cette Religion,
se font fait instruire
; & comme
ilsavaient plus de lumieres
& plus d'esprit que les autres,
ils ont eu aussi plus de
pénétration, pour reconnoître
que la seule Eglise Catholique
elt la veritable. Beaucoup
ont écrit les Motifs qui
;
les avoient en gagez à se convertir,
& je vous ay fait part
Touvent de ces beaux Ouvrages.
Les moins éclairez,
voyant les plus habiles d'entre
eux, & sur lesquels ils re-
Igloient leur créance, convaincus
des erreurs du Cal-
'viniime
",
se fontrendus en
foule, & voilà à quoy sont
deuës la plus grande partie
des Conversions que nous
voyons tous les jours. Cela
est si vray,que le changement
qui est arrivé dans toutelaVille
de Castres, est une
fuite de celuy de deux personnes
connuës de toute
l'Europe, par la force & par
la beauté de leur esprit. Ce
sont Mr Dacier & Mademoiselle
le Fevre sa Femme,dont
les Ouvrages sont si estimez
de tous les Sçavans. L'Abjuration
qu'ils firent le dernier
mois, de la Religion Prétenduë
Reformée, fut fuivie
de celle de beaucoup de
Personnes de marque, à qui
ces illustres Convertissent;
signer une Délibération de
rentrer dans l'Eglise Catholique.
Ces Conversions en j
attirerent d'autres, ôc c'est
par là que celles qui se font:
faites depuis en sigrad nomItre
dans toutes les Villes du
Languedoc ont commencé.
Vousle pouvezvoir par cette
Réponse queMrDacierafaite
àuneLettre de MrMitton,
dont le merite est connu de
tout le Inonde, & qui luy
uvoit écrit pour l'exhorter à
ouvrir les yeuxà la verité.
A Castres le'jj, Septembre 1685, LE S marques que vms me
donner de vostreAmitié
Jidonjieur3 me fontsi cheres &
siprecieusesJ que je riay pû lire
,sans des transports de joye la Lettre
que vous m'ave^ fait l'honneur
de m'écrlre. Je Juisçerfuadé - que celle que jevousécrisaujourd'hui
ne vous en donnera pas
moins j car elle vous apprendra,
que ma Femme & mey pommes
tres-bons Catholiques. Neus le
prions ilya plus de quatremois,
si nous neufjionsménagé les choses
pour rtndrenoflre Conversion
pinsagreable a Dieueau Roy,
& plusutile à noflre Pays.
Cela nous a heureusement 'reü{-
Jy;En nous déclarant,nous avons
olhgélaplus grande partie de
la Ville à nous suivre. Jeudy
derniernous leur flfmes (îgner une
Délibérationtrès-conforme a la
volonté du Roy. Cela entraîne
tout le resse
, & tout Caflres
fera Catholique dans quatre
joufs lon a jujetdeopérer que
ce bon exemple servira d'inftru-
Rion aux Vdles Toffres
, c
peut-eflremesme à tout le Languedoc.
Voilà,Monsieur
;"
la
plus grande nouvelle que vous
puijJiez recevoir. Si ce que nous
avonsfait pouvoit eflre de quel..
que méritéauprès de Sa Majefié,
nous souhaiterions que cela nous
fervifl a nous rapprocher de
vous.A4Femme Gn" moy regretons
extrêmement voflre Conversation.
Nous avonsplus de
besoin que jamais aavoir devant
les yeux les exemples de vojire
politesse ; mais quelque passion
que nous ayons pour cela3 nous
laissons cefoin a la Providence,
de peur mfouiller par des démarches
qui paroiflroient interef-
JeesJaplus fainte & la plus def
înteressée de toutes les Allions.
Faites-nous feulement la grâce
de vous souvenirtoujours de
nous & de nous écrire. Quand
on nous laissera dans nostre Retraite
, nous noferons nous en
plaindre, & nous aimerons toujours
un lieu où par la Benediélion
de Dieu nous avonsforte
de si bons fruits. Je fuis ,
Monsieur, avec tout l'attache,
ment pojjibie
,
Foflre}&c. )i
* 1
>* ".: Il y a par Apostille. Le
-seulOuvrageejue]aye de prcjl,
cess un petit Traitésur la Rcli.
gion. Je l'ttycomposé a mesure
%jueje travail/ois à meclaircir;
il m'a déjà servyy uuttiillement àà
lever les scrupules de ceux quise
font adressèz k moy.
HAVl--HJ Le 2. du mois pasle Mr
l'Evesque de Saintes s'estanc
rendu à Saint Jean d*Angely,
Ville fameuse par ses Rebel.
lions
,
& qui a esté longtemps
le Siege de l'Heresie
fit assembler les Religionnaires,&
leur ayant explique
les intentions du Roy,
touchant leur retour à l'Eglise
Catholique
,
il les assu- *ra que Sa Majesté useroit
toûjours de plus de douceur
à les porter à s'y reÜnir)
que leurs Predecesseursn'avoientemployé
de violence
pour les contraindre à
s'en separer
;
qu'ainsi Elle
vouloit bien leur donner des
marques de ses bontez
, en
leur permettant de s'assembler
pour reconnoistre l'erreur
qu'ilsavoient suivie
leurs Pcres , & eux depuis plus
d'un Siecle
,
& se faire instruire
des Veritez Catholiques
,
sur lesquelles des Personnes
tres capables les éclairciroient
de tous leurs
Doutes.Le 8. du mesmemois
ces Assemblées commencerent
par l'ordre de ce Prelat
,
qui se retirant à Saintes
où le grand nombre de Conversions
qui s' y
faisoient rendoit
sa presence necessaire
laissa ses ordres , au P. Dom
Anselme Clairé
,
Prieur de
l'Abbaye de Saint Jean, qui
fit aussi tost venir le Pere
Dom Laurent Faidy
,
fameux
dans les Controverses,
pour presider à ces Aiïèmblées,
en presence de M le
Lieutenant General
,
& des
autres Magiltrats de la Ville.
On demanda d'abord aux
Religionnaires la cause de
leur separation d'avec l'Eglise
Romaine, & ils furent
favorablement écoutez sur
toutes les difEcultez qu'ils
proposerent, dont ce zelé
Religieux
,
& le Pere Augustin
de Saint Jean d'AngelyCapucin,
tres-fameux
aussi dans les matières de
Controverse,leur donnerent
des solutions plus que susfisantes
; mais comme c'est
1-e caractere des Pretendus
Reformez d'estre opiniastres
à défendre leurs erreurs, Mr
Durand leur Ministre qui
parloit au nom de tous les
autres, témoignoit toûjours,
au moins extérieurement,
qu'il n'estoit pas convaincu
par les Réponses qui luy étoient
faites. Ces Assemblées
furent continuées huit jours,
foir &: matin dans le Palais;
& pendant ce temps,l'obstination
l'emportant toujours
du costé des Religionnaires,
le Pere Prieur de l'Abbaye
qui assistoit, ou quelque Religieux
de sa part, à toutes
ces Conferences, resolut
d'en avoir de particulieres
avec les plus attachez à la
SetÍe de Calvin. Il vit sur
tout le Ministre
,
& Mr le
Valois fameux Avocat dela
Ville, & l'un des principaux
du party, toujours sence en pre- de MrLambert,Lieutenant
General, & de Mf
le Maistre Avocat du Roy.
Il leur apporta de si puissantes
santesraisons qu'enfin illes
convainquit. Ceux-cy en
ayant attiré un grand nombre
d'autres, le Pere Prieur
fit sçavoir à Mr l'Evesque
de Saintes que tout estoit
disposéà une Reconciliation
generale, & qu'on ne faisoit
que l'attendre pour la faire.
Ce Prelat, si consideré
par son grand zele pour
le Salut & pour la Conversion
des Ames
,
se rendit à
S. Jean d'Angely le Dimanche
16. du mois. Il y arriva
à dix heures du matin
& alladescendreàl'Abbaye,
où le Pere Prieur luy rendit
compte de ce quis'estoit
paiTé. A mesme temps Mrle
Lieutenant General, &>'Mr le
Procureur du Roy
,
firent,
venir par son ordre Mr Du-»
rand Ministre
,
& quelques
autres des principaux Reli"
gionnaires dans la grande
Sallede l'Abbaye.Lors qu'ils
furent assemblez, Mr l'Evesque
de Saintes leur fit ravoir
de nouveau les volontez
de Sa Majesté, &
leur ayant representé d'une
maniere aussi honnesteque
douce ,l'obligation où ils
estoient. de s'y soumettre,
le Ministre prit la parole,
ôc luytémoigna au nom de
tous, qu'ils estoient fort resolus
de profiter des bontez
du Roy, & des instructions
salutaires qu'ils avoiét
receuës. Il donna la Declaration
qu'ilavoit projettée
avec ceux desonparty,&
sur quelque équivoque que
Mr l'Evesque y remarqua,il
es obligea de la reformer.
ls se rassemblerent pour ce- a, & après plusieurs conestations
des plus obltincz,
ls se déterminerentenfin à
faire toutes choses comme
on les souhaitoit d'eux. Pour
rendre cette Action plus solemnelle,
ils se trouverent à
deux heures après midy du
mesmejour au Palais, où
l'on alla processionnellement
en cet ordre. Mr Mathias
Bar, Curé Vicaire perpetuel
de la Paroisse,avec
quelques autres Ecclenafciques,
estoit precedé de la
Croix & de la Baniere. Le:
Pere Prieur de l'Abbaye 06
toute sa Communauté marchoient
ensuite, ayant M
FEvetaue à leur telle en habits
Pontificaux. Mrs les
Magistratslessuivoientvêtus
de leurs Robes de Palais,
avec un tres-grand concours
de peuple. Pendant la Procession
y on continua de
Chanter le Veni Creator que
quatreChantres de l'Abbaye
avoient entonnéau pied du
grand Autel, & on le finit
à la porte du Palais. Le Ministre
& les autres Religionnaires
, y attendoient M.
l'Evesquequileurtémoigna
sa joye de les voir dans de
si heureusesdispositions,&
leur demanda si c'estoit de
bon coeur qu'ils se refolvoient
à abjurer l'Herdie j
dans laquelle ilsavoient si
long-temps perseveré. Alors j
le Ministre & tous les autres
répondirent qu'ilsfai-j
soient cette Adion sans nulle
conrrainte
,
& d'autant plus
volontiers qu'on les avoit
convaincus de l'erreur où
ils vivoient. Cela estant fait
M. l'Eveique les fit tous
mettre à genoux,& après
qu'ils eurent abjuré par la
bouche du Ministre à haute
intelligible voix, ils furent
conduitsavec le corps
1
de la Procession au mesme
ordre qu'on estoit venu les
prendre, en; chantant les
Pseaumes
,
In exitu Israël;
SuperaBabilonis, & Miserere
mei Deus. La Procession
s'arrefta à la grande porte
de l'Eglise,& M. l'Evêque
de Saintes leur ayant fait
une Exhortation tres-touchante
, leur donna à tous
l'Absolution de leur heresie,
aprèsquoyils furent introduits
dans l'Eglise par ce
Prélat, qui entonna le Te
Deum. On chanta les autres
Prieres en action de graces,
& ils s'embrasserent tous
tant le Ministre que les autres,
avec desdemonstrations
de joye extraordinaires. Ce
qu'il y a d'admirable
,
c'est
que cette Ville qui a esté si
longtemps infectée del'heresie
,
& qui pendant plus
de vingt années n'avoit [out:
-
sert aucun Exercice de la
Religion Catholique, y elt
rentrée en huit jours par la
feule force de la verité,
sans que l'on air employé
nulle violence, chacun s'étant
fait instruire,&ayant
esté convaincu de ses erreurs.
La Ville de Montpellier
a suivy l'exemple de Saint
[ Jeand'Angely. La Deliberation
ya esté prise par ceux
de la Religion Pretenduë
Reformée, pour se convertir
en corps, & elle fut conceuLë
een ces termes. jour du mois de Sep':"-
rembrefNous eslans ajjem-,
blek par l'ordre de M. le Duc.
de Noailles
,
Commandant en
Chef dans cette Province
,
qui
tous a exhorte% de Juinjre les
bonnes inspirationsqu'il a plett
d Dieu de donnerd ceux qui fesontàcomme
nous, trouvezfeparez
tie la veritable Eg-par le
malheur de leur naijjance
y
@T
de répondre au zele& auxjàintes
intentions que le Royade voir
tous ses Sujets remis dans feuleReligion une ;Alous avons délibéré
sur cette matierey é'l' nous
avons creu ne pouvoir prendre
un meilleur party cjuedembrafi
ferlaReligionCatholique, Apofiolique
& Romainey que nos Peres ont quittée) renonçant à
toutes les erreurs contraires; En
foy dequoy Mous avons fîgné la
presenteDélibération
que nous
avons portée a M. le Duc de
Noailles
, promettant de faire
Abjuration quand il le trouvera
à-ptopos, dans les formes&en
la maniere prcfcrite par les Regles
de la Religion Catholique.
'--' Ces Conversions font deuës
aux soins de Mr le Duc de
Noaillesaussi-bien qu'àceux
de Mr le Cardinal de Bonzi,
de Mr l'Evesque de Montpellier)
& de Mrsde Baville,
& Daguesseau. Le concours
a esté si grand dans toutl'Evesché
de Montpellier, &
dans les Eglises où l'onrecevoit
les Abjurationsdesgens
de toutes fortes d'Etats, qu'-
on estoit quelquefois deux
heuresàattendre que les p1 1r,e- miers fisseent place aux autres.
La 1 u tres.La pluspart des Catholiques
furent obligez de ce- der la leur aux Convertis, le
premier Dimanche qui suivit laDélibération, tantcesderniers
vinrent en grandnombre
entendre la Messe dans
l'Eglise Nostre-Dame Apres cechangement général, M1- l'Evesque de Montpellieral- laàLunes&à Minguio, re- cevoir l'Abjuration de tous
ceux de ces Communautez
en Corps. SaintGilles,Sommieres,
5c plusieurs autres
Villes&Lieux voisins
, renoncerent
à l'Heresie dans
le mesme temps.
La Ville de Nismes ne doit
pas moins à M. le Duc de
Noailles, pour ce qui regarde
les Conversions que les
autres Villes dont je viens
de vous parler. Ce Duc y a
fait tout ce que le Roy attendoit
de son zele. Il a parlé,
il a pressé,ses raisons ont elle
vives; mais sa douceur, sa
conduite, & son exemple
n'ont pas esté ce qui a le
moins contribué à gagner
les Religionnaires. Il a travaillé
à convertir les Ministres
mesmees &ily a sibien
reiiflî, qu'ayant reconnu leur
erreurilsl'ontpreschée , pu- bliquement; & ce qu'ils ont dit,aprèsavoirestéconvaincus,
a rendu plusde quinze
mille personneà l'FCT]i(p
Mr le Maréchal Ducde
Duraspassant par Nerac
pour se rendre dans son Duché
de Duras,trouva beaucoup
de Peuple assemblé;&
en ayant demandé la cause,
il apprit que les Pretendus
Reformezdéliberoient s'ils
se rendroient Catholiques,
? & que mesme ils agitoient
> des Questions de Religion.
Comme il sçaitparfaitement
».celle de Calvin, parce qu'il
en a esté, il disputa, & leur fit
connoistre si clairement que
l'Eglise Catholique est la veritable
Eglise, qu'ils se convertirent
tous. Il fit la mesme
chose dansle Duché de
Duras, où par ses lumieres
& ses soins il ne reste aucun
Religionnaire. Un Obstiné
qui tenoit une Bible,luy
ayant fait voir un Passage,
par lequel il combattoit les
veritez de nostre Religion,
D
ce Duc prit la Bible, & layli
fit lire plus bas l'eclaircisse
ment de ce Passage. Le Reli-
gionnairè changea aulIi-tolHl,
desentimens, & plusieurs seil
convertirent aussi-bien que
luy.Lereste suivit.prelque.-)i
-aussi-tost. Mr de Durasarrivai
de Guienne, lors quele Roy v<
partit de Chambor pour Fon- tainebleau, & il asseura qu'illi
y avoit déja en ce temps-là il
cent quinzemille nouveaux XI i1ce.
Le Peuple estant assemblé
àMilhau,Ville de Roüergue, u
pourdéliberer s'il se convertiroit
ou nom, il y en eut qui
s'aviserent de se demander
les uns aux autres pourquoy
ils estoient de la Religion de
Calvin. - On foüilla juique
t dans l'origine, & l'on trouva
que la Ville estant autrefois
toute Catholique, ceux
; qui estoient du party contraire,
se trouvant avec une
Armée à leurs Portes, pen--
dant les Guerres Civiles que
*
la Religionavoitexcitées,les
avoient engagez à prendre
la leur; & il fut conclu ,que
l puis que ce n'estoit point par
une parfaiteconnoissance de
la vraye Religion, qu'ils a--
voient quitté celle de leurs
Peres, il estoit injuste de balancer
plus long-temps à -, y y
rentrer.
Le 2. de ce mois, il y eut il
une semblable Déliberation n
dans la Ville d'Alais. Mr le
Marquis de la Fare, Gouver- -1
neur de Biescou, & Mrdela
Fare Gaujac sonFrere,cy-de-À
vant Capitaine de Cavalerie,
qui y resident tous deux, es- J
tant entrez en négociation
avec quelques-uns desPre- -'
tendusReformez,pour les z\
engager à le soûmettre à la
volontédu Roy, leur apporterent
dès raisons si fortes,
qu'enfin ils les firent consentir
à s'assmbler pour déliberer
en Corps de Communauté
de se rendre Catholiques
Ainsi le jour que je viens de
vous marquer ,
ils firentune
Assemblée de tous les Chefs
de Famille, en presence de
Mrs de la Fare, & ceux qui.
avoient le plus de lumieres;
ayant entrainé les plus ob-.
stinez, la Déliberation fut:
prise
,
& signée conformément
aux intentions de Sa
Majesté
, par tous ceux de
l'Assemblée, au nom de tous,,,
les Religionnaires; après
quoy on députa deux des
principaux Habitans
, pour
l'aller porter à M. le Duc de
Noailles qui estoit à Nifines.
Cette Conversion a esté de
prés de quatre mille personnes,
en sorte qu'il ne reste
plus dans Alais que quelques
Femmes qui n'ont pas voulu
quitter si toit la Religion où
elles sont nées. b
Je ne puis mieuxvous apprendre
ce qui s' est passé en
Dauphiné,à l'égard des Pretendus
Retormez de cette
Province,qu'en vous faisant
part d'une Lettre qui m'a esté
adressée. En voicy la Copie.
A L'AUTHEUR
DU MERCURE GALANT.
A Grenoble, le 6. Oâobre1685, V OM /oüez incejjammenï
noflre ÀugusteCiïlonarque
3 parce quincejjamment la
matiere vous y convie ; mais
Att!oüez, Monsieur, que parmy
tout ce qu'il fait, qui merite des
Eloges, Jes foins & sa vigilance
pour étoufferïHerefe dans
son Royaume, font des sujets
admirables pour les luy attirer..
Il fait comme ces Fils aiftez,
qui travaillentcontinuellement à
reparer les ruines de leur maison,
a remettre dans leur Famille les
biens disPersèz, à rappeller les
Freres é'garez, & à j&ûtenir
l'éclat de leur race. Comme il
est le Fils Asné de l'Eglise3
on voit bien qu'en cette qualité
il s'applique à redonner a cette
bonne Mere les Enfans quelle
avoit perdus, à les remettre en
estat de recevoir d'elle ses careiJes
er ses benedrélions, &
à leur inspirer l' obeissance &
le rtspt Et que les véritables Chrefiiens
luy doivent. On ne trouveplus
de rebelles ny d!obfline^;
toutes les Provinces retentirent
du bruit des Conruerfiensfyequentes.
Ce rieflplus cette France qui
se déchiroit eUe-mesme ; ce ne font
plus des Citoyens acharnez à Je
perdre ou à se corrompre; il n'y a
plus ny interess
3
ny politique, ny
ménagement;les violences& les
contraintes n'ont plus de heu ;
ce riefl iu"avec des femimens
de pieté & de connoissance que
les PretendusReforme^ courent
à la Religion de leurs Peres.
Ils ne se rendentquaprèsavoir
esté inflruits ; ils écoutent la gret..
ce> Ù enfin wut Je faitsi deu.
cement (t)si agreabtementJ que
l'on nentend parler, ny de promessesy
ny de bienfaits, ny de
recompensès, pour des changemens
aujJi jufles que jufquicy ils
o'ntparu difficiles. Je mefuis'volontiers
chargé de VQUâ apprendre
que cess de cette maniéré que ceux
de la Religim Pretenduë Reformée
de Dauphiné ont fait leurs
Conversions, & mesmepresque
par tout en Corps de Communauté.
Ceux du Bailliage de
Briançon ont commencé.Alonfizur
le Bret nostre Intendant>
qui
qui sejt trouve Jur les lieux3 a
admire ce zele, & l'a écrit avec
etonnement. En effet, quinen
auroit de voir les Kullécs de
TrageUa3 de j3uryras & de
Ceptnney où (peIne, on top,t
trouver trois ou quatre Maisons
Catholiques, teJire toutes Ja.ujourd'huy-,
cfy:voir triompher la
véritable Keligion^aprésquelle en Õ Ll 4 eslé bannie pendant un Siecle?
Quinze mille personnesy ontfait
leur Abjuration en moins de huit
jours. Le Bailliage d'Ambrun a,
suivy unfibelExernple.LaVillede
Dye,ou lHercfie avoittoujours
le plus triomphé. ne voit
plm dans Jon enceinte aucun
RclWionnaire,bien quily en eust
huit mille.Les Villes de Gap&
de Montehmart Je font rendues
en Corps de Communauté. Le
Bourg de Menei £n
Triéves,OH
depuis ftx''Vingt ans il riy a eu
aucun Catholique, en est aujourd'hui
remply. Mifoen}la(Jrave9
le Mont Délans
,
dans le Pays
d'oyfans,font revenus de rnef
me. Tout efloit plein d'Heretiques.
LaMurea qui estencore
un zrana Bourg5 Ci" ciont les
Habitans efloient a moitié de
la Religion Pretendué ReformiOe,#
en a plus aucun, &
J J tout cela s'eftfait dans le mois
de Septembre. La Ville de Romans
n-en a plus gueres. Quel
Prodige!Mais ilness jamais
d)obstacles pour les Viéloires de
Louis LE GRAND. Ses Conlquefles
pour le 'Patrimoine de Eghfe-} foqt auJF promptes que
- celles qu'il a-faites pourlefient
Je ne vous du rien encore de Grenoble
, où quantité de gens de
mérité3 de qualité (Ô?d'esprit3si
fontmjlruire.Jmfiiien.tofl fef
pere.yoKsfaÍrepàtt des)grades gjr
fameuses Conversions qui sy pre.
pwent.+Dejalefécond de ce mois,
JV,o~l.e,7.4JtcquescDq;dje/sfDeSeigneur de
Sahon, de Cbafleauneufù de
J\4a^amyConseiller au Parlement
de GrtnobleJ afaitabjuration.
lefuis, Monfi:ur,tojlrr,
&c.
ALLARD, ancien President
en l'Election de Grenoble.
On a eu avis que tous les
Pretendus Reformez de la
Ville deLoudun qui estoient
au nombre de trois mille se
sont aussi convertis. Je ne
vous dis rien de Montauban
ny des Villes des environs,
qui en se faisant toutes
Catholiques, ont precedé
ces Conversions.Onoublie
Jûcoft: à
*
present des miliers
de Convertis,qu'on,
ne faisoit autrefois une feule
personne. Ce qu'il y a d'admirable,
c'estque tous ceux
qui renoncent à Calvin,
-
ont gens éclairez des lulieres
de la Foy, qui reonnoissent
la verité
,
& qui
- rendant d'eux-mesmes iennent , en foule après des
éliberations autentiques &
olontaire,demander qu'on
esreçoive dans la veritable
Eglise.
La Ville de Chastelleraut
suivy l'exemple de Loudun
,
& tout s'y est converty.
Les Pretendus Reformez
des Villes voisines se
font instruire pour les imiter,
& tous les Matelots de
lacoste duPaïs d'Aunixau
nombre de quinze cens ont
embrasséla Religion Catholique,
aussi-bien que tout ce
quireftoit à Lyon qui profesfoit
la Pretenduë Reformée.
Tous les Chefs de ces Familles
qui se montoient à soixante
& dix, yont esté trouver
Mr l'Archevesque,& ont.
déclaré qu'eux &leur famille
estoient prests de renoncer
-
à l'Heresie de Calvin; ce
qu'ils ont signé, aprésquoy
ils ont tous fait Abjuration.
Jamais on ne vit tant d'union
qu'il en a paru en cette
rencontre , entre les Catholiques
Se ces nouveaux
Convertis;ils ne se rencontroient
point sans se donner
des marques de leur joye,
&sanss'embrasser. Tous les
Habitans de la Rochelle ont
fait aussi Abjuration à la reserve
de ceux de quatorze
Familles, dont plusieurs foiu
sur le point d'abjurer com-
• me les autres, s'ils ne l'ont
pas déja fait.
Le Pere Alexis du Bue
Theatin
,
qui depuis plusieurs
années a fait un fr
grand nombre de Conversions,
en a fait encore beaucoup
depuis quinze jours.
Voicy par quelles paroles il
finit sa Controverse le Dimanche21.
de ce mois, en
s'adressantaux Pretendus Reformez.
Enfans de la Terre ; Nouveaux
venus, qui a'VtZ presché
jujqxa present des Nowveautez
JcaxdaleuJes(èf des Dogmes inconnus
à toute l'ancienne Eg/ife;
qquuii nn'1a'Vez débité que des.fort- tdes. fo4-
ges & des calomnies
J
il efrtemps
de former la retraite) de changer
de ~f (~r de vous réunir
ail Corps de J. C. dont vous
vous esses (eparez avec tant din~
juflice. Toutes choses vous invitent
à cette réunion
,
le jifence de
l'Ecriture des Peres sur toi
.Ãrtl'cl. !..:::
A
Articles 1101,Il.; r;, rIl., 17,f-U i l& rric*uvtXifefcydevos
Minières qui vous trompent &
"(Jous seduisent depuis plus d"un
Siecle; l'exemple de vos Freres
qui rentrent en foule dans lE.
glzjè ; veflre propre Salut qui cft
impossible dans le Sclnfme ou vous
vive%.Ajouter atouscesMotifs
les Souhaits duplusgrand Ma-.
narque de la Terre, a qui vous
deveKtout accorder3puis qu'il ne sagit qau~e ddfev~oou~s~attirera la pro- ~r /?rcsession
de la ruerité. Dieu l'afitfl
citéen nosjours pour détruire l'He..
rejie dans le fein de fis Etats5
er pour y faire fleurir la feule
Jtisa£ aj4rt*ja a?er* 7?r»Lin *
—•— l''fU;,
veritMeReligionCatholique,
"¿r jy\jL. V '\V111-"1'{" j '1/1'1. aeflcl'uniqueReligion de tous
les Rays fis Àugufcs Predeces
feurs. Cess à frç pieds que ce
Aionflrefurieux dont les mouvemens
ont esté si violens & si
pernicieux a cette Monarchie,
va eflre dhbatu. Le-Ciel luy a
reserve cette gloire> & danspeu
par la rtdyjance}cette Jc-glise qui
se dit Rej-orrnee
,
qui a esle pendant
douze cens ans invijtble dans
l'Univers,Jeraheureusement invijible
en France. Que la pensée
d'une Aflionjiglorieufe,ogrand
Roy ! remplijje vojlre coeur de
joye. Dieu qui a pris plaisir a
vous revêtir de sa force pour une
si grinde entreprise3 fera Le Proteêîeur
de vostre Personne Sacrée
d'une maniere toute particu.
lirrc. Il vous comblera de Jes
faveurs, il étendra les limites de
vostreRoyaume
, en vous affitjettifJant
psr des Conquefîesglorhufes
ces. Notions Infiddes qui
t 'oublent le repos de ses enfans. Iii\
affermira Voflre Sceptre par /«\
nombre devos Descendans; /&\
élevera VoflreAuthoritépar deae
fus celle des plusgrands Monar..-,:
ques du Monde:Enfin tous lesi^
Ennemis de la Véritéferontdanne
l humiliation edans la douleur^
& le Peuple fidele & obeiflantlu
joiïiudun bon-heurquiferafuir-\
1y des Benediélions du Ciel.
Le Roy voyant que les
Conversions .augnlenroientJf
de jour en jour,que la plus
part des Personnes d'un eflJl:
prit solide avoient abjuré
& que la Tréve luylaissoit
un repos dont ses Ayeux
rm'avoient point joüy
, a en- fin donné un Edit qui porte
JIe dernier coup à l'Heresie.
Cét Edit défend de faire aucun
Exercice public de la
R. P. R dans le Royaume.
LaJustice des Motifs qui
:>ont obligé Sa Majeflé d'en
user ainsi
,
paroist évidente
dans le Discours qui luy sert
b d'avant propos, *& elleest
d'autant plus claire,que pour
J la persuader il n'a fallu qu'exposer
les faits sans aucun
raisonnement. Comme la
Vérité fait plus briller
il ce
Discours que les figures de)j
l'Eloquence, chacun de~3
meure d'accord que l'on n'aL',
jamais rien veu,ny de si prudent
ny de si juste.Voicy
les raisons qui y sont dé^-h
duites. '¡
Henry le Grand,Ayeul
de Sa Majesté, voulant eni'f.
pescher que la Paix qu'il a—i
voit procurée à sesSujets,
après les grandes pert-s2- qu'ilsavoientsouffertespar
la durée des Guerres Civiles xc
& Etrangeres, ne sult trou
blée à l'occasion de la
P. R.comme il eQoir arrivé h
I
sous lesRegnes des Roys les
Predecesseurs, regla par [on
Edit donné à Nantes au mois
d'Avril1598. la conduite
qu'on devoit tenir à l'égard
de ceux de cette Religion
Se les lieux dans lesquels ils
en pouvoient faire l'Exercice.
Il établie des Jugesextraordinaires
pour leur ad.
ministrer la Justice
,
& pourveutmesine
pardes Articles
particuliers A tout ce qu'il
jugea necessaire pour maintenir
la tranquillité dans son
Royaume, & pour diminuer
l'aversion qui estoit entre
ceux de l'une & de l'autre Religion
,
afin d'estre plus en
estat de travailler, comme
il avoitresolu de faire, pour
réünir à l'Eglise ceux qui s'en
estoient si facilement éloignez
; & comme il ne pût
effectuer son intention à cause
de sa mort précipitée, &
que l'execution de cét Edit
fut mesme interrompu pendant
la minorité du feu Roy
par de nouvelles entreprises
des Pretendus Reformez
elles donnerent occasion à,
les priver de divers avantages
qui leur avoientestéaccordez.
Neantmoins usant
de sa clemence ordinaire,
il leur accorda encore nouvel un Edit à Nisimes au
mois de Juillet 1629. au
moyen duquella tranquillité
ayant de nouveau esté
retablie, ce Prince animé
dumesme esprit& dumefme
zele pour la Religion
que Henry IV. sonPredecesseury
resolut de profiter
de ce repos, pour tâcher
d)execurer son pieux
dessein
; mais les Guerres
ellant survenuës peu d'années
après
,
& le Royaume.
ayant esté peu de temps
sans agitation, depuis i6tf.
jusqu'àlaTréve concluë
en 1684. avec les Princes
de l'Europe, il n'a pas
esié possible de faire autre
chose pour l'avantage
de la Religion,que de diminuer
le nombre des Exercices
de la pretendue Reformée
par l'Interdiction de
ceux qui se sont trouvez établis
au prejudice de la disposition
des Edits, & par la
Suppresion des Chambres
my parties dont l'Erection
n'avoit esié faite que par provision.
Dieu ayant enfin permis
que la France joiïilïè
dun parfait repos,& que
le Roy luymesme n'estant
pas occupé des soins de proteger
ses Sujets contre ses Ennemis,
ait pu profiter de cette
Trêve qu'il a facilitée dans
la veuë de donner son entie-
Te application à rechercher
Iles
r
moyens de parvenir au;
succez du dessein des Roys
IHeury IV. & Louis XIIL:
b dans lequel il est entré dés
>1 son Avenementàla Couron-
-
(LUe; Sa Majestévoit prefen-
~tement avec la justerecon-
-
noissance qu'Elle doit à
Dieu, que Tes soins ont eu la
fin qu'Elle s'estoit proposée,
puisque la meilleure & la
plus grande partie de ses Sujets
de la R. P. R. ont embrasse
la Catholique;& d'autant
qu'au moyen d'un si
grand nombre de Conversions,
l'exécution de l'Edit
de Nantes, &tout ce qui a
esté ordonné en faveur de la
R. P. R. demeure inutile;
Elleajugé qu'Elle ne pouvoit
rien faire de mieux pour
effacer entierement la memoire
des Troubles, de la
confusion, & des maux que
le progrez de cette fausse
Religion a causez dans le
Royaume, qui ont donné
lieu à cétEdit, & à tant d'autres
Edits & Déclarations qui
lot preceidée,où qui ont estéfaits
en consequence
, que
de le revoquer en
touteson
étenduë. C'estcequ'Ellea
fait par l'Edit dont je vous
parle, qui a estéenregistré
en la Chambre des Vacations
le 22. de ce mois.
Cet Edit revoque non seulement
celuy de Nantesdonné en
Avril1598. avec les Articles arrestez
le deuxiéme May de la mefme
année, & les Lettres Patenres
qui furent expediées sur ces
Artictes,mais encore l'Edit donné
à Nismes enjuillet 1629. que
Sa Majesté declare nuls, & comme
non avenus; ensemble toutes
les Concevions faites pard'autres
Edits,Declarations&Arrestsaux
Pretendus Reformez, dequelque
nature qu'elles puisssentestre en
consequence dequoy Elle veut& illuyplaist, quetous lesTemples
de ceux de la Religion Pretenduë
Reformée situez dans son Royaume,
Terres & Seigneuries de [on,
obeïssance, soient incessamment
démolis.
Il est défendu par ce mesme
Edità tous Pretendus Reformez,
depluss'assemblerpourfairel'Exercice
de cette Religion en aucunlieu ou
mùfcn particulière, fomquelque prétexte
que ccpu:[fi estre, mesme d'Exercicesréels
eudequand
biences Exercicesauroientesté maintenuspar
des ArrcJIs du Conseild'Etat
; £r à tous SeiTueurs de quelque
condition quils foiintydefaire l'Exercice
dâris leurs Maisons & Fiefs,
le tout à peine contre ceux quiferont
cet Exercice, de confiscation de corps
& de biens.
Les autres Articles sont, !Zflt
tous Ministres de lit Religion Pretendue
Reformée,sortirontdu Royaume
quinze jours aprés la publication de
l'Edit, sans y pouvoir jèjOUÍÍUf au
dd.1, ny pendant ce temps de quinzaine
faireaucun Presche, Ex hortation
ny autrt jonEfiOIJ) à peine des
Gaitrts.
J^ue ceux desMinistresquise convertiront,
continueront àjoüir leur
vie durant, & leurs Veuvesaprès
leur decés
,
tandis quelles seront en
viduité
,
des mefines exemptions de
Taille & Logement de Gens deguerre,
dont ils ont jouy pendantqu'ilsfaisoient
la fonction de Ministres; &
qtt'en outre Sa Majesté leurferapayer,
aujjileur viedurant,unepensionplus
forte d'un tiers que les Apointemens
qu'ils touchoient en qualitéde MinijfTes,
de la moitié de Jaquette Pension
leurs Veuvesjoüiront Iluffi aprés leur
mort, tant qu'elles demeureront en
viduité.
£hte les Miniflres convertis, qui
voudront se faire Avocats , ou prendre
les Degrés de Docteursaux Loix,
feront dijJfnjtz des trois ans d'étude
preferites par les Déclarations duRoy;
& quaprès avoirfubyjes Examens
ordinaires
ordinaires , ils Jiront reccw Docteurs,
s'ils en fontjugez, capables, en payant
feulement la moitiédes Droits que Po,%
a accoufttmé de percevoir de ceux
qu'on reçût en chaque Univerfi*.
Zue les Ecoles particulières pour
l'tnfirucïion des Enfans de ceux de la
Religion Pretendue Refermée,& toutes
les chofts généralement quelconques
,qui peuvent marquer une Concijfion,
quelle quelle puisse tfre
,
en
faveur de cette Religion,front dtfendues.
Jt>u£ les Enfansqui naiflrent des
Prétendu*Reformez, ^feront dorefiulsumt
baptisez, par les Curez, des Paroisses,
estantenjointaux Peres&aux
Meres de les envoyer aux Egltfes J
cet effet là, d peine de cinq cens livres
d'amende ; 6- que ces Enfins
(irontenfuite élever en la Ret;g>,,d,,
Catholique, Apoftotique & Romaine,
a quoy ilcfi ordonné tres-exprefémentauxJugés
des lieux de terni II,
main.
jÇhie ceux de lit Religion ?retendue
Riformée quifesontretirez, duRoyaume
avant la publication de cet Edit,
rentreront dans la poffission de leufs
biens, & en jouiront comme ils auvoientpufaire
s'ils y eBoienttoujours
demeure&
, pourveu qu'ils y reviennentdans
le temps de quatre mois du
jour de cette Publication;au contraire
que les biens de ceux qui dans oe temps
là de quatre mois ne reviendrontpas
dans le Royaume, demeureront confifquez,
en conjequence de la Déclara*
tion du 20. d'Aoufl dernitr.
Zue les Preter,dwReformez,eux,
leurs Femmes & Ensans, ne pourront
îortirdurayamrijc,njtriortcraiiieraf
uurs b"",s&effets,fouspeine des Galèrespourles
Hommes}&deconffcaiicn
de corps & de biens pour les Femmes.
J^ue lesDéclarationsrendues contre
les Relaps, feront executées jiLon
leurforme 6 teneur. Ue ceux de la Religion Prétendue
Reformée,enattendant qu'ilplau
Je 4 Dieu de les éclairtr comme les autres
, pourront demeurer dans les ViL
les & Lieux du Royaume,ycontinuer
leurcommerce,de/(Ûrs liens,
sans qu'on lespuijfetroubler
fefcher,fouspntexte ny cm- de leur Rclirien
Cet Edit ayant este publié le
jour mesme de l' Enregistrement,
on commença dés le lendemain à
démolir leTempledeCharenton.
Les Conversions estoient déja
tres- nombreusesà Paris, & il y
en avoit tous les jours presque
dans toutes les l'aroilies• & dans
beaucoup de Communautez;de
forte que chacun estant en mouvement
pour son salut,& plusieurs
se convertissant,ou se faisant instruire,
cet Edit, au lieu de produireaucun
des effets qu'on en
auroit pu craindre autrefois
, a
plûtost servy à ébranler les plus
obstinez
,
qu'à leur faire prendre
des fenrimens contraires à leur
conscience& à leur devoir. Ainsi
il y a lieu d'esperer que le reste
des Religionnairesde Paris,suivra
bien-tost l'exemple de ses Freres,
qu'il voit tous les jours courir en
foule aux pieds des Autels. On y
vient de voir Mrle Duc de Ri-
* chemont, Fils naturel du feu Roy
d'Angleterre. Il afait Abjuration
dans la Chapelle du Chasteau de
Fontainebleau,à l'issuë de la Messe
du Roy, en presencede Sa Majesté
& de toute la Cour,entreles
mains de Mrl'Evesque deMeaux,
qui luy fit un tres beau Discours
sur ce iujer.
J'apprens que Mr le Marquis
de Mirepoix s'est fort distingué
,4
par le zele qu'il a fait voir pour
la Conversion des Pretendus Reformez.
Comme il est extremément
aimé dans cette Province,
luy seul, c'est à dire, suivy de sa
feule Maison,sansaucun aurre secours
,
il a fait changer de Reli.
gion, par son éloquence, & par
la force de la vérité à tout ce qu'il y en avoir dans Mazeres
le Carla , , Saverdan, Lasbordes,
Savarat, Camarade, Mazdazil.
L'exemple, de ces sixVilles,qui
sont des plus importances de la
Province, a esté suivy detousles
Religionnaires des environs. Mr
de la Berchere Intendant de
Guyenne, qui alla joindre M'll
Marquis de MirepoixàMazeres,
seconda tres bien son zele. Mr
l'Abbé de Pailhez de qui cette
Villedépend, n'y fut
pas inutile,
& s'y comporta d'une maniéré
digne de luv. Je vous écriray le
mois prochain les circonstances
de cette grande Action.
Quelque difficile que foit la
Conversion des Heretiques,nous
en voyons aujourd'huy la France
presque entièrementpurgée. Ce
miracle est dû au zele, à la pieté,.
& aux foins du Roy,& il suffit que
ce grand Monarque vive pour
achever un si surprenant Ouvra- ¡
ge.C'est ce qui a esté parfaire:
ment bien representé parune Devise,
dont le Corps est un Soleil
arresté par l'ordre de Josué,com-
-
battant contre les Alllaiccites)
Ennemisdu Peuple de Dieu,avec
ces mots.
Stantem viftoriacertafequetur.
La pensée en est heureuse, & les
quatre Vers suivans l'expriment
d'une maniere également noble
& naturelle.
Contre les Ennemis envieux de si
gloire,
Du Soleil autrefois le Ciel fixa le
cours ;
NOMSflmmes feurs de la viBoire,
Si d'un autre Soleil il prolonge les
iguri.
L'Autheurde cetteDevise cft
un jeune Homme (ritialité, de
dix-sept ans, d'unesprit rare, & d'une application extraordinaire,
c'est le Fils aisné de Mrle Mazuier,
Procureur General auParlementdeToulouse,
dont le zele
pourles interests du Roy & de la
Religion estassez connu. Ilasoûtenu
avec applaudissement une de
ces Theses de universelles,que si peu sopersûonnets eentrnepreinnren.t de
Si je voulois attendre la fin des, Conversions, dont les nouvelles
me viennent de tous costez, je ne finirais point cetArticle. Je les remetsjusqu'au
mois prochain,dans
lequel temps j'espere queje vous entretiendray du changement de
tout ce qui reste de Calvinistes en France. Je croymesme qu'il y a déjà beaucoupplus de Villes en-*
rarementCatholiques que je ne
nous en ay nommé, l'empresse-
¡jfnt estant si grand à fc rendre,&
nouvelles des Abjurations qui
font en Corps, arrivent en si.
.'ivand nombre, que l'on en perd
memoire.
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Résumé : Tout ce qui s'est passé depuis deux mois touchant les affaires de la Religion Pretenduë Reformée. [titre d'après la table]
Au XVIIe siècle, la France a connu plusieurs conversions au catholicisme parmi des figures influentes et des intellectuels protestants. Des personnalités respectées comme Monsieur Dacier et sa femme ont inspiré ces conversions. Des assemblées et des entretiens privés à Castres et Saint-Jean-d'Angély ont encouragé les protestants à revenir au catholicisme, aboutissant à des abjurations publiques. Des villes comme Montpellier, Saint-Gilles, Sommières, et Nîmes ont également vu des conversions massives, influencées par des figures telles que le Duc de Noailles et le Maréchal Duc de Duras. En Dauphiné, des milliers de personnes ont abjuré leur foi réformée à Briançon, Ambrun, et Lyon, grâce à des acteurs clés comme le Père Alexis du Bué. Le texte met en avant les mesures prises par le roi pour promouvoir le catholicisme et met en garde contre les dangers des 'Minières'. Il souligne l'importance de la religion catholique, unique foi des rois prédécesseurs. Le roi est encouragé à se réjouir car Dieu le protégera et étendra son royaume. Un édit royal interdit tout exercice public de la religion prétendue réformée (R.P.R.), révoquant ainsi les édits précédents en faveur des protestants, notamment l'Édit de Nantes de 1598 et celui de Nîmes de 1629. Cet édit ordonne la démolition des temples protestants et interdit tout exercice public ou privé de la religion réformée, sous peine de confiscation de biens et de corps. Les ministres protestants doivent quitter le royaume dans les quinze jours suivant la publication de l'édit, sauf s'ils se convertissent. Les enfants nés de parents protestants doivent être élevés dans la foi catholique. Des figures notables comme le Duc de Richmond et le Marquis de Mirepoix sont mentionnées pour leur zèle dans la conversion des protestants. Grâce à la piété et aux efforts du roi, la France est ainsi presque entièrement purgée de l'hérésie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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395
p. 351-352
Charges remplies dans la Maison de Monsieur. [titre d'après la table]
Début :
de Boisfrant a esté pourveu peu de jours de la [...]
Mots clefs :
Charge, Maison, Prince, Chancelier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Charges remplies dans la Maison de Monsieur. [titre d'après la table]
de Boisfrantaesté pouryeu,
is peu de jours delaCharge
hancelier Chef du Conseil
1.o1:)sieur, dont la survivance
5. accordée en mesme temps
deBoisfrant sonFils,Maistre
equestes; & MrdeBecha- eu la Charge de Surinten
dant de la Maison de ce Prince,
qu'avoit cy-devant Mr de Boisfrant.
is peu de jours delaCharge
hancelier Chef du Conseil
1.o1:)sieur, dont la survivance
5. accordée en mesme temps
deBoisfrant sonFils,Maistre
equestes; & MrdeBecha- eu la Charge de Surinten
dant de la Maison de ce Prince,
qu'avoit cy-devant Mr de Boisfrant.
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396
p. 2-52
Panegyrique du Roy. [titre d'après la table]
Début :
C'est ce qui m'oblige à commencer cette Lettre par le / Qu'attendez-vous de moy, Messieurs ? Avez-vous esperé que je [...]
Mots clefs :
Louis le Grand, Panégyrique, Histoire, Troupes, Éloges, Vainqueur, Ennemis, Éloquence, Statue, Admiration, Sagesse, Trône, Guerre, Passion, Justice, Conquérant, Sujets, Modération, Empire, Piété, Zèle, Monde chrétien, Merveilles, Hérésie, Prodiges, Bataille, Héros, Grâces
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Panegyrique du Roy. [titre d'après la table]
C'eſt
ce qui m'oblige à commencer
cette Lettre par le
Panegyrique de Sa Majefté,
GALANT.
3
qui fut prononcé à Caën
le cinquième de Septembre,
au fujet de la Statuë que
les Habitans luy ont élevée.
Je vous envoyay le
mois paffé une exacte Relation
de cette Fefte , &
vous marquay que le Pere
Fejacq, Profeffeur en Theologie
, & Prieur des Jacobins
de la Ville, avoit charmé
par un excellent Difcours
le grand nombre d'Auditeurs
que le zele qu'on
a par tout pour le Roy , avoit
attirez à cet auguſte
Spectacle. Voicy en quels
ト
A ij
4 MERCURE
termes ce Difcours
eftoit
conceu.
QVatte
V'attendez - vous de moy
Meffieurs ? Avez - vous
efperé que je répondrois à vos
idées , quand vous muvez fait.
l'honneur de me choisir pour
Panegyrifte de noftre Augufte
Monarque , & pour interprete
de vos coeurs ? Ces deux qualitez
font difficiles à foutenir ; ce qu'a
fart Louis LE GRAND eft fi
extraordinaire & fifingulier ; les
fentimens que vous avez pour
luy font fi vifs & fi délicats ,
qu'on ne peut fans témerité fe
GALANT. 5
X
promettre de réuffer , foit qu'on
foit obligé de parler de luy , foit
qu'il faille parler pour vous .
L'Invincible , le Magnanime
Louis fait le bonheur de la
France , la deftinée de l'Europe ,
L'étonnement de l'Univers. La
gloire de fon Nom s'étend juf
qu'aux extrémitez de la terre;
de ces extrémitez, des Peuples
dont les Noms nous eftoient pref
que inconnus , viennent le voir
& l'admirer. Adoré de fes Sujets
, respecté deſes Voifins, toû
jours vainqueur , foit qu'irrité de
Lorgueil de fes Ennemis , il leur
Faffe la guerre ;foir que touché de
A iij
6 MERCURE
leur foibleffe , il leur donne la
Paix. Quelles expreffions peuvent
égaler la gloire d'un tel Prince ?
L'Eloquence accoûtumée à telever
les actions des autres . Heros,
ne peut qu'affaiblir celles de
Louis , prefque reduite à ne le
louer que par fon defordre
fon filence.
•l'impref-
Il paroift bien , Meffieurs ,
qu'un merite fi extraordinaire a
fait fur vos coeurs toute l'
fion qu'il eft capable de faire .
L'éclat de ce jour qui va devenir
celebre ; cette Pompe, cette Affem.
blée , la joye qui paroift dans vos
yeux , la Place mefme que vous
GALANT. 7
1
avez fait embellir , & la magnifique
Statue que vous venez
d'y ériger , ne nous laiffent point
douter , qu'entre tous les Sujets
d'un fi grand Roy , il n'y en a
point qui reffentent mieux que
vous , le plaifir & la gloire de
luy obeir. Rien de tout ce que fa
Grandeur vous a fait penſer ,
devroit échapper à quiconque doit
parler pour vous. Mais comment
une langue pourroit - elle fervir
d'interprete à tant de coeurs ? Quel
Orateur affez habile pourroit expliquer
ce qu'ont pensé tant de
ne
spirituelles
nes ?
d'illustres Perfon-
A iiij
8
00
MERCURE
Quand il ne feroit pas mefme
impoffible d'y réüſſir , eftoit-ce fur
moy , Meffieurs , que devoit tomber
voftre choix ? Né dans une
autre Province , & prefque inconnu
dans cette Ville , où fleuriffent
les beaux Arts , où plu
fieurs excellens Hommes joignent
l'étude de l'Eloquence à celle des
Loix , des belles Lettres , des Scien
ces humaines , & de la Divine
Theologie , devois -je esperer d'autre
part au Panegyrique que
prepariez , que celle d'entendre
d'applaudir?
Mais vous avez voulu
Panegyrique deuftfa beauté à la
-
vous
que
ce
GALANT. 9
grandeur de fa matiere ,fans rien
devoir à l'Orateur. Vous l'avez
voulu , Meffieurs , & j'obeis ;
perfuadé de mon infuffifance,feur
neanmoins de vous plaire , puifque
j'ay l'honneur de parler d'un
Prince pour qui vous n'avez pas
moins de tendreffe que de respect,
& qui merite l'admiration qu'ont
pour luy les deux Mondes qui
compofent l'Univers , je veux
dire le Monde Chreftien , & le
MondePolitique. Il eftrare qu'on
leur playfe également . Tels Prin
ces qui ont efté les delices de l'Eglife
, n'ont
pas eu l'approbation
du Siecle; & tels qui ont fait l'ad10
MERCURE
miration de ces fages mondains ,
qui préferent à toutes les raifons
la raifon d'Eftat , ont eu le malbeurde
déplaire aux Sages Evangeliques
, qui préferent à tous les
interefts , l'intereft de la Religion.
Ce qui diftingue le Roy de
prefque tous les autres Rois , eft
qu'il plaift en mefme temps à ces
deux Mondes. On voit en luy
que l'Eglifepeut aimer , ony voit
ce que le Siecle peut admirer. Et fi
je fuis affez heureux pour raconter
feulement quelqu'une de fes
actions fans en affoiblir la beauté,
ou pour découvrir quelqu'une de
fes vertus fans en diminuer l'é
ce
GALANT. II
clat ; vous avoüerez , Meffieurs,
qu'on pourroit ajoûter aux nobles
Infcriptions , que des perfonnes diftinguées
par leur rang, & par
leur merite , ont fait graver an
pied du fuperbe Monument , que
cette Ville confacre à la gloire du
Roy , qu'on pourroit , dis- je , y
ajoûter ces deux mots , qui feuls
Walent un Panegyrique ; Louis
LE GRAND , l'Amour du Monde
Chreftien , l'Admiration
du Monde Politique.
1. Si ce que l'Eglife aime dans les
Princes , n'eft pas toûjours ce qui
brille le plus en eux, c'eft du moins
ce qui mérite le plus d'eftime. In12
MERCURE
capable qu'elle eft de fe laiffer
éblouir par un faux jour , éclairée
des lumieres de l'Evangile , elle
n'eftime que le vray merite ,
ne donne que de juftes éloges . Que
peut on s'imaginer de plus grand
que ce qu'elle aime dans les Rois ?
Nefe croire élevé fur le Trône
que pour rendre des Sujets heu
reux ; n'entreprendre la Guerre
que pour réprimer l'injustice , ou
pour affermir la Paix , n'avoir de
puiſſance & de grandeur,quepour
Les fairefervir
aux interefts de la
Religion ; c'est ce qu'aime l'Eglife,
& ce que nous admirons
en Louis LE GRAND .
GALANT. 13
Qu'on est heureux quand on
obeit à un Prince , perfuadé comme
luy , que la Providence fait
naiftre les Rois pour l'utilité de
leurs Sujets ! & que comme les
Aftres ne font attachez an Ciel
que pour éclairer l'Univers , les
Souverains ne font élevezfur le
Trône , que pour le bien de leurs
Eftats ! Loüis ne pense qu'à
faire la felicité des fiens. Si nous.
l'admirons , il nous aime. Nous
nous eftimons heureux de l'avoir
pour Maiftre , & il ne feroit pas
content de luy-mefme, s'ily avoit
dans le monde. un meilleur Maitre
que luy.
14 MERCURE
A qui devons nous qu'àfa valeur
& àfesfoins , le repos dont
nous avons joйy pendant une
une lon
gue Guerre , qui ne nous a point
empefché de goûter les fruits &
les douceurs de la Paix ? Si nos
voifins n'ont pasfeulement approché
de nos Provinces qu'ils espe
roient conquerir , s'ils n'ont rien
fait de tout le mal qu'ils vouloient
faire ; n'eft ce point qu'il les a prévenus
, & que portant la terreur
la defolation fur leurs terres ,
il les a mis hors d'état d'entreprendre
rien fur les noftres ?
A qui devons- nous qu'à sa prudence
, & à la paffion qu'il a de
!
GALANT.
15
à
nous rendre heureux , l'établiſſement
du Commerce , la fureté de la
Navigation, la reforme des Loix,
le bon ordre de la fuftice ,` la difcipline
des Armées ; tout enfin ce
qui rend la France auffifloriſſante
au dedans , qu'elle eft redoutée
au dehors ? De tout ce qui peut
nous eftre utile , rien n'échappe
fa prévoyance , rien ne fatiguefa
bonté , rempliffant felon nos divers
befoins les differentes fon .
ctions de Legiflateur , de Pere &
de fuge ; tantoft il fait des Loix,
tantost il accorde des Graces, &
tan oft il termine des Differens.
Plus fage que tant de Rois ,
16 MERCURE
qui ne fe foucians pas que leurs
Sujets foient bons , pourveu qu'ils
leur foient foumis , penfent plus
quand ils font des Loix , à confer
ver à chacunfon bien , quefon innocence
; Loüis fe confiderant
plûtoft comme le Directeur des
moeurs de fes Sujets , que comme
Arbitre fouverain de leurfortu
fait pas feulement des
ne ,
Loix pour maintenir la tranquil.
lité dans fon Empire , il en fait
poury conferver la vertu. Il punit
le Blafpheme , il défend les
Ufures, il arrefte la fureur des
Duels , fureur prefque auſſi ancienne
que la Monarchie , inveGALANT.
17
terée , opiniâtre , incurable à tout
autre qu'à Louis LE GRAND ,
dont l'empire femble s'étendre jufquesfur
les coeurs. Il commande ,
comme on perd en même temps
juſqu'au defir , juſqu'à la pensée
de luy defobeir, il ne trouve prefque
point de coupables qu'ilfoit
obligé de punir.
*
Il voudroit bien ne pas trovver
plus de malheureux ; mais:
parce que telle eft nostre destinée,
qu'ily en aura toujours , ilfe fait
un plaifir une loy de lesfecon
rir. Qui d'entre fes Sujets diftingué
par le merite , & accablépar
la fortune , luy a fait connoiftre
Novembre 1685.
J.
B
18 MERCURE
les
fes befoins fans le voir s'y intereffer
? Laquelle de fes Provinces
a veu mourir fes efperances par
le déreglement des Saifons , fans
les voir auffi- toft renaître par
foins qu'il a pris de la foulager?
Ilfuffit que Louis fçache qu'on
est malheureux pour qu'on ceffe
auffi tost de l'eftre. Son air feul
fes manieres obligeantes tiennent
lieu de bonne fortune aux
miferables qui ont l'honneur de
l'aborder ; il y ajoûte des fecours
confiderables , & il femble que
la Providence ne permet qu'il
arrive quelques difgraces , que
pour luy laiffer la gloire d'avoir
GALANT. 19
fait feul le bonheur de fes Sujets .
L'amour qu'il a pour eux le
faitJouvent defcendre du Trône
pour monter fur le Tribunal , où
comme s'il n'eftoit point d'ailleurs
occupé à regler la deftinée de prefque
tous les Souverains de l'Europe
, il fe fait uneferieuſe occupation
de terminer les Differens de
fes Sujets. Il écoute, il examine,
il prononce ; mais avec quel difcernement
? Avec quel respectpour
les loix ? Ceux dont il daigne
prendre les avis , avoient queplus
habile qu'eux il ne regnepas moins:
dans fon Confeil par l'élevation:
defon genie , que par la fuperior
Bij
20 MERCURE
rité de fon rang. Il démele toû
jours le bon droit ; & fi nous en
exceptons les occafions , où fabonté
pour fes Sujets l'empefche defe
rendre justice à foy- mefme , il le
favorife toujours ; inflexible dans:
la justice qu'il rend aux autres ;:
injufte avec honneur dans les in--
juftices qu'il fe fait à luy mefme ;
par tout également digne de
l'amour du Monde Chreftien.
Mais peut- eftre qu'il paroift
moins aimable à ce monde pacifique
, quand à la tefte de fes redoutables
Armées ilporte la guerre
chez les Peuples jaloux de fa
puiffance . Rien moins, Meffieurs,
GALANT. 21
il plaßt autant fous les armes que
fur le Trône.
Qu'on ne fe figure point icy
un de ces Conquerans , qui ne
troublent le repos de la terre , que
pour calmer le trouble qu'un defir
déreglé de s'agrandir excite dans
le coeur. Tels ont eflé les Cefars
& les Alexandres , qui en
acquerant un peu de gloire,fe font
attirez beaucoup de haine , au lieu
que noftre invincible Monarque
ne s'eft pas moins acquis par fes
conquestes l'amour
tion de l'Univers .
que l'admira-
Ne fçait- on pas , que le defir
de vaincre , le plaifir , deſe van22
MERCURE
ger , le deffein de nuire , ny aucu
ne defes farouchespaffions quifont
les guerres injuftes , ne luy a point
fait prendre les armes ? Nos Ennemis
mefmes peuvent - ils defavouer
que quelque ardeur qu'il
euft pour la gloire , quelque af
feuré qu'il fuft de triompher , il
n'a combattu que malgré luy? Jamais
il n'eustfait la guerre ,fifans
lafaire , il eust pú réprimer l'injuftice
de fes voifins , ou affurer le
repos de fes Sujets ?
Empereurs , Rois , Souverains,
Republiques, Eftats, Peuples qu'il
a vaincus , ne vous en prenez
qu'à vous mefmes de vos pertes
1
"
GALANT 23
trop
de vos malheurs . Si l'Efpagne
n'euft pas contefté des Droits
bien juftifiez , Loüis n'euft
point attaqué les Païs- bas , qu'il
parcourut comme unfoudre , avec
une incroyable rapidité , laiffant
par tout d'éclatantes marques de
fes victoires. Si la Hollande euft
efté moins ingrate , on ne l'euſt
point veuëfuccomberfous la mefmepuissance
, à laquelle elle estoit
redevable de fon élevation. Si
l'Allemagne euft mieux connu fes
veritables interefts ; fi des craintes
imaginaires ,fi d'injustes défiances
ne l'euffent fait armer contre
la France , le Roy qu'elle a con24
MERCURE
traint de devenir fon Ennemy,
n'euft jamais efté que fon Protecteur.
Combien les Princes liguez
avec tant de peine , & avecfi
peu de fuccés , euffent -ils épargné
de fang? Combien de Places euffent-
ils confervées , fi leur opiniâtreté
ne les enft empefchez
d'obferver les Traitez que leur
foibleffe les avoit forcé de conclure
? Luxembourg n'euft point
changé de maître , s'il n'euft fallu
par un coup defi grand éclat met-
-tre fin aux lenteurs & aux artifices
de la Politique Espagnole .
L'obftination des Ennemis à perdre
GALANT. 25
dre cette importante Place , aforcé
le Roy à la prendre. Paffionnépour
la paix jufques dans le fein de la
victoire , il n'a fait cette derniere
conquefte que pour n'eftre pas obligé
d'en faire de nouvelles.
Quel autre obstacle ,que fa feule
moderation s'eft opposée à celles
qu'il pouvoit faire ? L'occafion
fera - t - elle jamais plus favorable
de remonterfur le Trône de Charlemagne
, & de s'affujetir l'Em.
pire, quifur le penchant defaruinefembloit
demander un nouveau
Maître, un pluspuiffant Protecteur
? Le Roy n'avoit qu'à le
vouloir , il pouvoit tout . Mais
Novembre 1685. C
26 MERCURE
femblable au grand Theodofe , que
Saint Auguftin admire pour avoir
efté moins fenfible au defir d'dequerir
un Empire , qu'à la gloire
de fecourir un Empereur deftitué
de tout fecours : Loüis , pour
laiſſer à l'Empire la liberté de réü–
nirfes forces contre les Turcs , retire
lesfiennes du voisinage de Luxembourg
, preft à ſecourir l'Empereur
, & à renouvellerfur les
bords du Danube les merveilles de
la journée du Raab , fi ce Prince
n'euft mieux aimé s'expofer à perdre
tout , qu'à devoir deux fois fa
Couronne.
Que cet endroit, Meffieurs , a
GALANT. 27
•
efté touchant pour l'Eglife ! &
que le Roy parut aimable au Monde
Chreftien , quand il fufpendit
fes conqueftes pour faciliter le fecours
de Vienne , dont la perte
n'eftoit pas tout le mal qu'on devoit
craindre. Les interests de la
Religion estoient meflez avec
ceux de l'Empire dans la confervation
de cette Place : c'est ce qui
faifoit trembler le Monde Chrétien,
c'est ce qui toucha Louis
LE GRAND : car fut - il jamais
un Prince plus religieux?
témoin toute la
terre : on voit par tout des mar-
F'en prens
ques defon zele de ſa pieté.
Cij
28 MERCURE
Dans l'Empire , Strasbourg &
Munster affujetis à leurs Princes
legitimes , & en mefme temps à
leurs legitimes Pasteurs ; dans la
Hollande , des lauriers confacrez
au Dieu des Batailles , & au lieu
d'Arcs de triomphe , des Croix
élevées & des Autels reparez;
en Afrique les Prifons de Tripoli,
d'Alger de Tunis ouvertes par
de glorieux Traitez, ou brifées par
d'heroïques efforts ; & un nombre
infini d'esclaves arrachez à lafureur
des Ennemis du nom Chrétien;
dans tout l'Empire Ottoman ,
le Christianifme floriffant à l'ombre
des lys ; dans la Palestine les
GALANT. 29
Lieuxfaints protegez contre l'impieté
des Infideles, & mis à l'abry
de leurs infultes ; dans les Indes,
dans le fapon , dans la Perfe , des
Miffions d'HommesApostoliques,
établies , protegées , entretenuës ;
dans l'Italie, la fameuse Pyramide .
quifut élevée pour vanger l'honneur
de la France, abattue pour ménager
la gloire du faint Siege ; à
nos yeux , de dangereuses nouveautez
ou prévenues , ou diffipées
; la paix rendue à l'Eglife ,
& ce qui fera l'éternité de cette
Paix , l'Epifcopat remply d'excellens
Sujets , & degrands Hommes
Ciij
30 MERCURE
Ajoutons à tant de merveilles.
ce qui feulfuffiroit pour immortalifer
la pieté de Louis LE
GRAND : le Calvinisme prefque
aneanty; il expire ce monstre qui
defoloit autrefois la France ; elle
languit , elle meurt cette berefie
qui fut la fource funeste de nos
de
divifions & de nos guerres . Ils ne
fubfiftent plus ces Temples élevez
fur les ruines de nos Eglifes ; ces
Temples où l'on n'offroit pas
Victimes, & où l'onformoit des
voeux qui n'avoientpeut- eftre pas
pour objet nos profperitez. Des
millions de Protestans font réduits
à un petit nombre , & bien-toft
GALANT. 31
ce ne fera plus que par l'Histoire
qu'on apprendra qu'elle a esté la
fortune de ceformidable party.
Il avoit refifté aux armes de
plufieurs grands Rois , & il cede
prefquefans refiftance à Louis
LE GRAND, qui n'employe pour
le ruiner que fa bonté,fa douceur,
fes bienfaits , fon zele , &fes
Loix ; Loix qui fans violer d'anciens
Edits en repriment les abus ;
Loix également douces feveres,
juftes & charitables ; Loixfavo
rables à ceux mefmes qui les trouvent
dures ,
qui s'en plaignentfe confefferont
quelque jour redevables de leur
aufquelles ceux
Jalut..
C iiij .
32 MERCURE
L'Eglife peut- elle donner moins
que fon coeur à un Prince qui luy
rend de fi grands fervices ? Eftce
affez qu'elle l'appelle le Prédi
cateur de la Foy , le Defenfeur
des Veritez Orthodoxes , l'Evef
que feculier de fes Sujets ? Noms
glorieux que Saint Remy donnoit
autrefois à Clovis. Eft - ce affez
mais laiffons à l'Eglife le
....
choix de ce qu'elle doit faire pour
marquer fa reconnoiffance
à ce
Grand Roy ; & voyons dans le
peu de temps qui nous refte , s'il
ne merite pas auffi juftement l'admiration
du Monde Politique , que
l'amour du Monde Chreftien.
GALANT.
33
L'admiration , toute muette
qu'elle est ordinairement , eft le
plus glorieux de tous les Eloges.
que ce qu'on eftime laiſſe
Tandis
la liberté de parler , ce qu'on dit
peut eftre foupçonné de flaterie ;
tout est naturel , tout eft fincere
dans le filence qui accompagne la
Surprife ; ce qu'on voit ne peut eftre
que tres-grand , quand on admire
fans loüer. Alexandre tou
jours brave , toûjours heureux, ne
trouva rien qui pût arrefter le
cours rapide de fes Victoires, toute
la terre enfut faifie d'étonnement;
comme il eft remarqué dans
l'Ecriture , ne pouvant le loüer ,
34 MERCURE
elle fe tút , & l'admira. Salomon
fut le plus magnifique de tous les
Rois , & ceux qui le virent, tomberent
dans une espece de raviffement
qui leur ofta l'usage de la
parole. Ce que ces Princes ont esté
dans leur Siecle , Louis LE
GRAND ne l'eft - il pas dans le
noftre ? Eft il moins vaillant
moins heureux qu' Alexandre ?
Eft.il moins magnifique que Salomon
? N'en doutez pas , Meffieurs
, la pofterité l'admirera ,
comme nous les admirons .
Le fameux Paffage du Rhin
va prendre parmy les prodiges le
rang qu'ont tenu jufqu'icy les pafGALANT.
35
fages du Granique & de l'Hydafpe.
On y verra Louis LE
GRAND s'eftimer heureux d'avoir
enfin trouvé un peril digne
de luy ; & ce que ne putfaire Alexandre
, on l'y verra imprimer.
dans les coeurs de tous les fiens la
noble ardeur dont il brûloit, Soûtenus
par fa prefence , animez
parfa valeur , glorieux de combattrefous
les yeux d'un fi grand
Roy , ils fe précipiterent dans les
eaux , & ils allerent malgré la
profondeur la rapidité du Fleu
ve chercher des Ennemis qui
n'eurent ny affez de fermeté pour
Les recevoir , ny affez de coeur
>
36 MERCURE
pour les attendre
.
Cent prodiges ontfuivy ce premier
miracle ; mais la Pofterité
qui les doit admirer , les croira
t- elle ? Vous mefines , Meffieurs,
qui les avez veus ,
les croyezvous
? L'Histoire de Louis LE
GRAND , toute vraye qu'elle eft,
a t- elle moins que celle d'Alexandre
l'air de la Fable ? Y a- t - il
de la vray-femblance dans les veritez
qu'on dit de luy ?
Qu'en quinze jours , dans la
plus fâcheufe faifon de l'année ,
it airfubjugué toute une Province
confiderable par le nombre
par la force de fes Places ; qu'en
&
GALANT. 37
moins d'un mois il ait pris plus
de Villes qu'il n'en faudroit pour
faire un puiffant Erat ; qu'il ait
refifté feul à toute l'Europe ; qu'il
ait triomphé par tout où il a combattu
; que fes Ennemis n'ayent
les témoins et les fpectaefté
que
teurs
immobiles
de
fes
victoires
;
qu'il
leur
ait
osté
jusqu'au
courage
de fe
défendre
; qu'il
ait
réduit
Alger
à
confeffer
qu'il
luy
faifoit
grace
, quand
il luy
impofoit
des
Loix
; qu'il
ait
humilié
Gennes
, fans
achever
de
la
détruire
: fouffrez
que
je le
repete
,
vous
qui
en avez
esté
les
témoins
,
croyez
- vous
? Ou
parce
qu'il
le
38 MERCURE
vous est impoffible d'en douter ,
esperez - vous que les Sieclesfuturs
n'en doutent point? Alexandre
crût qu'il étoit de fa gloire de
les tromper, par les vaines apparences
d'une grandeur qu'il n'avoit
pas : il eft au contraire de la
gloire du Roy qu'on les ménage ,
& qu'on ne leur apprenne des
grandes chofes qu'il a faites , que
celles qu'ils pourront croire.
Que la Pofterité fcache , que
Louis s'est rendu deux fois maître
de Valenciennes par fes Armes
& par fes Bienfaits. Mais
ne luy difons pas que cette importante
Place attaquée au milieu de
GALANT.
39
l'Hyver , a efté prise en un quart
d'heure & en plein jour ; qu'on la
vitpaffer en un moment de la confiance
au defefpoir , & du defefpoir
à la joye ; que le fort des &
Vaincus y fut bien- toft égal à celuy
des Victorieux ; ceux- cy penfant
avec plaisir à la gloire qu'ils
avoient acquife , ceux- là au pardon
qu'on leur avoit accordé ; &
tous à la Victoire que Loüis
avoit emportée.
Que la Pofterité fcache , que
formidable Cambray n'a refifté
que tres -peu dejours : mais qu'elle
ignore,que le Roy n'employa pour
le prendre que la moindre partie
le
40 MERCURE
4°
de fes Forces : & que plus genereux
qu'Alexandre , qui croyoit
perdre autant de gloire , que les au
tres en acqueroient , il avoit envoyéfes
meilleures Troupes à fon
illuftre Frere , qui dans le mefme
temps prenoit une Ville , & gagnoit
une Bataille.
Ce que nous retrancherons des
que
l'Invin- furprenantes
actions
cible Loüis
a faites , empefchera
ceux qui viendront
aprés
nous de le prendre pour un Heros
fabuleux ; & le peu que nous en
direns fuffira pour le faire regarder
comme le plus grand des Hea
ros.
GALANT. 41
"Y
Pourra-t- on luy refufer ce titre
, quand on sçaura qu'aprés
avoir triomphe de fes ennemis ,
il s'eft vaincu luy- mefme ? C'eſt
ce qu'il faudra raconter exactement
à la Pofterité. Il eft de l'interest
de toute la terre , qu'aucun›
Prince ne le puiffe ignorer. Loüis
plus grand que fa gloire & quefa
fortune , auffi maître de luy mef
me que de fes Ennemis , s'arrefte :
au milieu de fa courſe , & borne
fes Conqueftes dans un temps où
fon glorieux deftin ſembloit l'appeller
à l'Empire de l'Univers..
Il eft vray qu'il fait la Paix en
Conquerant & en Maître ; il las
Novembre 1685.
å
D
42 MERCURE
donne à fes Ennemis ,
comme it
donne des Loix à fes Sujets ; feul.
Arbitre , feul Mediateur , il conclut
, il décide ; ce qu'il pretend
qu'on reftitue , ce qu'il veut donner
, ce qu'il doit retenir , il regle
tout ; mais il le regle d'une maniere
fi definterefée , fi genereuse ,
qu'il femble vouloir partager avec
les Vaincus le fruit de fes Vi-
Etoires ; & qu'il donne fujet de
douter ; lequel des deux luy eft
plus glorieux , ou d'avoir ſiſouvent
triomphe durant la guerre ,
ou d'avoir facrifié tant de Conqueftes
à la Paix.
L'Antiquité, toute fiere qu'elle
"
GALANT. 43
eft du grand nombre de fes Heros,
pourroit-elle nous en montrer un ,
qui dans telles conjonctures aitfait
un fi grand facrifice ? Il y a peu
de Conquerans qui ne fe foient
laiffez entraîner comme des efcla--
ves par leur bonne fortune ; A
lexandre fuccomba fous le poids'
de la fienne , aveuglé de fon bonheur
il perdit toute moderation..
C'eftoit , Meffieurs , c'estoit à
LOUIS LE GRAND qu'eftoit
refervé l'avantage de donner au
monde ce rare exemple de vertu ;;
& d'apprendre aux Souverains
qu'ils doivent préferer aux charmes
de la gloire , le repos de leurss
Dij
44 MERCURE
Sujets , & au titre de Conque
rant la qualité de Pacifique.
Un Prince connu sous ce nom
dans la Fudée , fut autrefois adoré
de toute la terre ; & ce Prince
femble renaître en Loüis LE
GRAND . Ces nombreuſes Armées
prestes en tout temps à marcher
à combattre ; ces Flotes
qui font trembler toutes les mers ;
ces fortifications fi regulieres , &
preſque auſſi- toſt achevées que refolues
; ces richeffes immenfes, ces
magnifiques Palais , cet aſſemblage
de tous les Chefs - d'oeuvres de
la Nature & de l'Art ; ces Montagnes
abattuës , ces Rivieres déGALANT.
45
tournées , cent autres femblables
merveilles ne renouvellent - elles
pas dans nos jours les merveilles
du temps de Salomon ? N'en
voyons- nouspas mefme un grand
nombre qui échaperent à la magnificence
, on aux foins du Monarque
des Juifs ? Ce fameux
Hoftel , qui difputeroit de beauté
avec les plusfuperbes Palais des
Rois , & qui fert d'azyle à de
braves & d'illuftres malheureux;
ces foins fi noblement employez
à former de jeunes Guerriers , ces
établiffemens où la beauté trouve
une protection qui l'empefche de
devenir criminelle, & où la No
46 MERCURE
bleffe trouve des fecours qui l'empefche
d'eftre miferable ; nefont
ce pas des prodiges de magnificence
inconnus jufqu'au temps de
LOUIS LE GRAND ? Le monde
les admire ; mais ce qu'il admire
le plus , eft la perfonne mesme
de Louis .
-t - on de le
Quelle grace ! quel air ! quel
admirable mélange de douceur &
de majefté ! peut - on le voirfans
laimer ? Etfe laffevoir
? N'y a- t- il point dans fes
moindres mouvemens je ne fçay
quel agrément qui enchante ? Un
air de Heros de Souverain ?Je
ne fçay quoy de plus qu'humain
GALANT.
47
>
le
qui charme les
yeux , qui ravit
les coeurs
& qui inspire tout à
la fois la tendreffe , l'obeïffance &
le respect : Un feul de fes regards
le fait mieux connoître
, que ne le
feront jamais fes Hiftoriens &fes
Panegyriftes
: & pour eftre perfuadé
de tout ce que la renommée
publie de luy , il ne faut que
voir un moment. On fe l'imagine
d'obord , tel qu'il eft , à la tefte de
fes Armées , intrepide
, agiſſant
infatigable ; tel qu'il eft dans fon
Confeil , affidu , penetrant
, judicieux
; tel qu'il eft dans fa Cour ,
& au milieu de cette foule d'adorateurs
, que fon merite plûtoft
48 MERCURE
que fa fortune luy attire de tous
les endroits de la terre , doux , careffant
, defacile accés ,fenfible à
l'amitié, diftinguant le merite, récompenfant
la vertu , diffimulant
les defauts, fupportant lesfoibleffes
; enfin plus grand Homme encore
que grand Roy , & toûjours
digne de l'admiration du Monde
Politique , de l'amour du Monde
Chreftien
.
Que n'ay-je , Meffieurs , une
éloquence affez vive & affez
forte pour le reprefenter tel qu'il
paroift à ceux qui ont l'honneur
de le voir ! Mais vous avez
heureuſement ſuppleé à ce que
Vous
GALANT. 49
vous fçaviez qui manqueroit à
ma voix. L'excellente Statue que
vous avez érigée parle pour
Vous elle parlera mefme dans
tous les temps ; & ce monument
travaillé avec un art & une délicateffe
capables d'immortaliſer
fon Autheur , n'eft pas feulement
le témoin fidelle desfentimens refpectueux
que vous avez pour
le Roy , ilfera fon Panegyrifte
eternel. Les Siècles les plus reculezfe
fouviendront en le voyant,
des Victoires & des Vertus de
LOUIS LE GRAND ; onpenfera
tout ce que vous pensez aujourd'huy
, & l'on dira quefiLoüis
Novembre 1685. E
50 MERCURE
a
efté le plus Grand des Roys ",
vous avez esté les plus fidelles ,
vous vous eftes estimez les
plus heureux de fes Sujets.
Faites , o mon Dieu ! que nous
joüiffions long- temps de ce bonheur
, & qu'il dure encore aprés
nous. Confervez- nous un Prince
que vous nous avez donné , parce
que vous nous aimez. Laiffez-
luy letemps d'achever ce qu'il
medite pour votre gloire , &
comblez- le de vos graces , tandis
qu'il nous comble de fes faveurs.
Qu'il n'ait point d'ennemis , ou
qu'il en triomphe toujours ; Que
la felicité de fon regne s'étende
GALANT. 5
égalementfurfa Famille & fu
fes Etats; Que le glorieux heritier
defa Grandeur le foit de fa vertu
; Qu'il aitfon coeur , comme il
a fon nom ; Que les peuples reverent
ce Monarque , l'amour de
l'Eglife , l'admiration du monde;
Que les Roys l'imitent ; Que tout
luyfoit affujetty , e que luymefme
vous foit foumis.
Ce font , ô mon Dieu , les
Voeux que forment de toute l'éten ·
duë de leur coeur ce Prelat fi vertueux
& fi digne defon Augufte
Caractere : Ce Sage & judicieux
Intendant , digne Miniftre
d'un figrand Roy ; ces Magistrats
E ij
25 MERCURE
fi zelez pour le bien public ;
ces Docteurs fi habiles ; ces Juges
équitables , & éclairez , ces Sçavans
de toutesprofeffions , & tout
ce Peuple. Ils vous demandent ,
Seigneur , je vous demande
avec eux la continuation des
graces que vous avezfi liberalement
répanduës fur la Perfonne ,
fur la Famille , & fur les Etats
de LOUIS LE GRAND .
ce qui m'oblige à commencer
cette Lettre par le
Panegyrique de Sa Majefté,
GALANT.
3
qui fut prononcé à Caën
le cinquième de Septembre,
au fujet de la Statuë que
les Habitans luy ont élevée.
Je vous envoyay le
mois paffé une exacte Relation
de cette Fefte , &
vous marquay que le Pere
Fejacq, Profeffeur en Theologie
, & Prieur des Jacobins
de la Ville, avoit charmé
par un excellent Difcours
le grand nombre d'Auditeurs
que le zele qu'on
a par tout pour le Roy , avoit
attirez à cet auguſte
Spectacle. Voicy en quels
ト
A ij
4 MERCURE
termes ce Difcours
eftoit
conceu.
QVatte
V'attendez - vous de moy
Meffieurs ? Avez - vous
efperé que je répondrois à vos
idées , quand vous muvez fait.
l'honneur de me choisir pour
Panegyrifte de noftre Augufte
Monarque , & pour interprete
de vos coeurs ? Ces deux qualitez
font difficiles à foutenir ; ce qu'a
fart Louis LE GRAND eft fi
extraordinaire & fifingulier ; les
fentimens que vous avez pour
luy font fi vifs & fi délicats ,
qu'on ne peut fans témerité fe
GALANT. 5
X
promettre de réuffer , foit qu'on
foit obligé de parler de luy , foit
qu'il faille parler pour vous .
L'Invincible , le Magnanime
Louis fait le bonheur de la
France , la deftinée de l'Europe ,
L'étonnement de l'Univers. La
gloire de fon Nom s'étend juf
qu'aux extrémitez de la terre;
de ces extrémitez, des Peuples
dont les Noms nous eftoient pref
que inconnus , viennent le voir
& l'admirer. Adoré de fes Sujets
, respecté deſes Voifins, toû
jours vainqueur , foit qu'irrité de
Lorgueil de fes Ennemis , il leur
Faffe la guerre ;foir que touché de
A iij
6 MERCURE
leur foibleffe , il leur donne la
Paix. Quelles expreffions peuvent
égaler la gloire d'un tel Prince ?
L'Eloquence accoûtumée à telever
les actions des autres . Heros,
ne peut qu'affaiblir celles de
Louis , prefque reduite à ne le
louer que par fon defordre
fon filence.
•l'impref-
Il paroift bien , Meffieurs ,
qu'un merite fi extraordinaire a
fait fur vos coeurs toute l'
fion qu'il eft capable de faire .
L'éclat de ce jour qui va devenir
celebre ; cette Pompe, cette Affem.
blée , la joye qui paroift dans vos
yeux , la Place mefme que vous
GALANT. 7
1
avez fait embellir , & la magnifique
Statue que vous venez
d'y ériger , ne nous laiffent point
douter , qu'entre tous les Sujets
d'un fi grand Roy , il n'y en a
point qui reffentent mieux que
vous , le plaifir & la gloire de
luy obeir. Rien de tout ce que fa
Grandeur vous a fait penſer ,
devroit échapper à quiconque doit
parler pour vous. Mais comment
une langue pourroit - elle fervir
d'interprete à tant de coeurs ? Quel
Orateur affez habile pourroit expliquer
ce qu'ont pensé tant de
ne
spirituelles
nes ?
d'illustres Perfon-
A iiij
8
00
MERCURE
Quand il ne feroit pas mefme
impoffible d'y réüſſir , eftoit-ce fur
moy , Meffieurs , que devoit tomber
voftre choix ? Né dans une
autre Province , & prefque inconnu
dans cette Ville , où fleuriffent
les beaux Arts , où plu
fieurs excellens Hommes joignent
l'étude de l'Eloquence à celle des
Loix , des belles Lettres , des Scien
ces humaines , & de la Divine
Theologie , devois -je esperer d'autre
part au Panegyrique que
prepariez , que celle d'entendre
d'applaudir?
Mais vous avez voulu
Panegyrique deuftfa beauté à la
-
vous
que
ce
GALANT. 9
grandeur de fa matiere ,fans rien
devoir à l'Orateur. Vous l'avez
voulu , Meffieurs , & j'obeis ;
perfuadé de mon infuffifance,feur
neanmoins de vous plaire , puifque
j'ay l'honneur de parler d'un
Prince pour qui vous n'avez pas
moins de tendreffe que de respect,
& qui merite l'admiration qu'ont
pour luy les deux Mondes qui
compofent l'Univers , je veux
dire le Monde Chreftien , & le
MondePolitique. Il eftrare qu'on
leur playfe également . Tels Prin
ces qui ont efté les delices de l'Eglife
, n'ont
pas eu l'approbation
du Siecle; & tels qui ont fait l'ad10
MERCURE
miration de ces fages mondains ,
qui préferent à toutes les raifons
la raifon d'Eftat , ont eu le malbeurde
déplaire aux Sages Evangeliques
, qui préferent à tous les
interefts , l'intereft de la Religion.
Ce qui diftingue le Roy de
prefque tous les autres Rois , eft
qu'il plaift en mefme temps à ces
deux Mondes. On voit en luy
que l'Eglifepeut aimer , ony voit
ce que le Siecle peut admirer. Et fi
je fuis affez heureux pour raconter
feulement quelqu'une de fes
actions fans en affoiblir la beauté,
ou pour découvrir quelqu'une de
fes vertus fans en diminuer l'é
ce
GALANT. II
clat ; vous avoüerez , Meffieurs,
qu'on pourroit ajoûter aux nobles
Infcriptions , que des perfonnes diftinguées
par leur rang, & par
leur merite , ont fait graver an
pied du fuperbe Monument , que
cette Ville confacre à la gloire du
Roy , qu'on pourroit , dis- je , y
ajoûter ces deux mots , qui feuls
Walent un Panegyrique ; Louis
LE GRAND , l'Amour du Monde
Chreftien , l'Admiration
du Monde Politique.
1. Si ce que l'Eglife aime dans les
Princes , n'eft pas toûjours ce qui
brille le plus en eux, c'eft du moins
ce qui mérite le plus d'eftime. In12
MERCURE
capable qu'elle eft de fe laiffer
éblouir par un faux jour , éclairée
des lumieres de l'Evangile , elle
n'eftime que le vray merite ,
ne donne que de juftes éloges . Que
peut on s'imaginer de plus grand
que ce qu'elle aime dans les Rois ?
Nefe croire élevé fur le Trône
que pour rendre des Sujets heu
reux ; n'entreprendre la Guerre
que pour réprimer l'injustice , ou
pour affermir la Paix , n'avoir de
puiſſance & de grandeur,quepour
Les fairefervir
aux interefts de la
Religion ; c'est ce qu'aime l'Eglife,
& ce que nous admirons
en Louis LE GRAND .
GALANT. 13
Qu'on est heureux quand on
obeit à un Prince , perfuadé comme
luy , que la Providence fait
naiftre les Rois pour l'utilité de
leurs Sujets ! & que comme les
Aftres ne font attachez an Ciel
que pour éclairer l'Univers , les
Souverains ne font élevezfur le
Trône , que pour le bien de leurs
Eftats ! Loüis ne pense qu'à
faire la felicité des fiens. Si nous.
l'admirons , il nous aime. Nous
nous eftimons heureux de l'avoir
pour Maiftre , & il ne feroit pas
content de luy-mefme, s'ily avoit
dans le monde. un meilleur Maitre
que luy.
14 MERCURE
A qui devons nous qu'àfa valeur
& àfesfoins , le repos dont
nous avons joйy pendant une
une lon
gue Guerre , qui ne nous a point
empefché de goûter les fruits &
les douceurs de la Paix ? Si nos
voifins n'ont pasfeulement approché
de nos Provinces qu'ils espe
roient conquerir , s'ils n'ont rien
fait de tout le mal qu'ils vouloient
faire ; n'eft ce point qu'il les a prévenus
, & que portant la terreur
la defolation fur leurs terres ,
il les a mis hors d'état d'entreprendre
rien fur les noftres ?
A qui devons- nous qu'à sa prudence
, & à la paffion qu'il a de
!
GALANT.
15
à
nous rendre heureux , l'établiſſement
du Commerce , la fureté de la
Navigation, la reforme des Loix,
le bon ordre de la fuftice ,` la difcipline
des Armées ; tout enfin ce
qui rend la France auffifloriſſante
au dedans , qu'elle eft redoutée
au dehors ? De tout ce qui peut
nous eftre utile , rien n'échappe
fa prévoyance , rien ne fatiguefa
bonté , rempliffant felon nos divers
befoins les differentes fon .
ctions de Legiflateur , de Pere &
de fuge ; tantoft il fait des Loix,
tantost il accorde des Graces, &
tan oft il termine des Differens.
Plus fage que tant de Rois ,
16 MERCURE
qui ne fe foucians pas que leurs
Sujets foient bons , pourveu qu'ils
leur foient foumis , penfent plus
quand ils font des Loix , à confer
ver à chacunfon bien , quefon innocence
; Loüis fe confiderant
plûtoft comme le Directeur des
moeurs de fes Sujets , que comme
Arbitre fouverain de leurfortu
fait pas feulement des
ne ,
Loix pour maintenir la tranquil.
lité dans fon Empire , il en fait
poury conferver la vertu. Il punit
le Blafpheme , il défend les
Ufures, il arrefte la fureur des
Duels , fureur prefque auſſi ancienne
que la Monarchie , inveGALANT.
17
terée , opiniâtre , incurable à tout
autre qu'à Louis LE GRAND ,
dont l'empire femble s'étendre jufquesfur
les coeurs. Il commande ,
comme on perd en même temps
juſqu'au defir , juſqu'à la pensée
de luy defobeir, il ne trouve prefque
point de coupables qu'ilfoit
obligé de punir.
*
Il voudroit bien ne pas trovver
plus de malheureux ; mais:
parce que telle eft nostre destinée,
qu'ily en aura toujours , ilfe fait
un plaifir une loy de lesfecon
rir. Qui d'entre fes Sujets diftingué
par le merite , & accablépar
la fortune , luy a fait connoiftre
Novembre 1685.
J.
B
18 MERCURE
les
fes befoins fans le voir s'y intereffer
? Laquelle de fes Provinces
a veu mourir fes efperances par
le déreglement des Saifons , fans
les voir auffi- toft renaître par
foins qu'il a pris de la foulager?
Ilfuffit que Louis fçache qu'on
est malheureux pour qu'on ceffe
auffi tost de l'eftre. Son air feul
fes manieres obligeantes tiennent
lieu de bonne fortune aux
miferables qui ont l'honneur de
l'aborder ; il y ajoûte des fecours
confiderables , & il femble que
la Providence ne permet qu'il
arrive quelques difgraces , que
pour luy laiffer la gloire d'avoir
GALANT. 19
fait feul le bonheur de fes Sujets .
L'amour qu'il a pour eux le
faitJouvent defcendre du Trône
pour monter fur le Tribunal , où
comme s'il n'eftoit point d'ailleurs
occupé à regler la deftinée de prefque
tous les Souverains de l'Europe
, il fe fait uneferieuſe occupation
de terminer les Differens de
fes Sujets. Il écoute, il examine,
il prononce ; mais avec quel difcernement
? Avec quel respectpour
les loix ? Ceux dont il daigne
prendre les avis , avoient queplus
habile qu'eux il ne regnepas moins:
dans fon Confeil par l'élevation:
defon genie , que par la fuperior
Bij
20 MERCURE
rité de fon rang. Il démele toû
jours le bon droit ; & fi nous en
exceptons les occafions , où fabonté
pour fes Sujets l'empefche defe
rendre justice à foy- mefme , il le
favorife toujours ; inflexible dans:
la justice qu'il rend aux autres ;:
injufte avec honneur dans les in--
juftices qu'il fe fait à luy mefme ;
par tout également digne de
l'amour du Monde Chreftien.
Mais peut- eftre qu'il paroift
moins aimable à ce monde pacifique
, quand à la tefte de fes redoutables
Armées ilporte la guerre
chez les Peuples jaloux de fa
puiffance . Rien moins, Meffieurs,
GALANT. 21
il plaßt autant fous les armes que
fur le Trône.
Qu'on ne fe figure point icy
un de ces Conquerans , qui ne
troublent le repos de la terre , que
pour calmer le trouble qu'un defir
déreglé de s'agrandir excite dans
le coeur. Tels ont eflé les Cefars
& les Alexandres , qui en
acquerant un peu de gloire,fe font
attirez beaucoup de haine , au lieu
que noftre invincible Monarque
ne s'eft pas moins acquis par fes
conquestes l'amour
tion de l'Univers .
que l'admira-
Ne fçait- on pas , que le defir
de vaincre , le plaifir , deſe van22
MERCURE
ger , le deffein de nuire , ny aucu
ne defes farouchespaffions quifont
les guerres injuftes , ne luy a point
fait prendre les armes ? Nos Ennemis
mefmes peuvent - ils defavouer
que quelque ardeur qu'il
euft pour la gloire , quelque af
feuré qu'il fuft de triompher , il
n'a combattu que malgré luy? Jamais
il n'eustfait la guerre ,fifans
lafaire , il eust pú réprimer l'injuftice
de fes voifins , ou affurer le
repos de fes Sujets ?
Empereurs , Rois , Souverains,
Republiques, Eftats, Peuples qu'il
a vaincus , ne vous en prenez
qu'à vous mefmes de vos pertes
1
"
GALANT 23
trop
de vos malheurs . Si l'Efpagne
n'euft pas contefté des Droits
bien juftifiez , Loüis n'euft
point attaqué les Païs- bas , qu'il
parcourut comme unfoudre , avec
une incroyable rapidité , laiffant
par tout d'éclatantes marques de
fes victoires. Si la Hollande euft
efté moins ingrate , on ne l'euſt
point veuëfuccomberfous la mefmepuissance
, à laquelle elle estoit
redevable de fon élevation. Si
l'Allemagne euft mieux connu fes
veritables interefts ; fi des craintes
imaginaires ,fi d'injustes défiances
ne l'euffent fait armer contre
la France , le Roy qu'elle a con24
MERCURE
traint de devenir fon Ennemy,
n'euft jamais efté que fon Protecteur.
Combien les Princes liguez
avec tant de peine , & avecfi
peu de fuccés , euffent -ils épargné
de fang? Combien de Places euffent-
ils confervées , fi leur opiniâtreté
ne les enft empefchez
d'obferver les Traitez que leur
foibleffe les avoit forcé de conclure
? Luxembourg n'euft point
changé de maître , s'il n'euft fallu
par un coup defi grand éclat met-
-tre fin aux lenteurs & aux artifices
de la Politique Espagnole .
L'obftination des Ennemis à perdre
GALANT. 25
dre cette importante Place , aforcé
le Roy à la prendre. Paffionnépour
la paix jufques dans le fein de la
victoire , il n'a fait cette derniere
conquefte que pour n'eftre pas obligé
d'en faire de nouvelles.
Quel autre obstacle ,que fa feule
moderation s'eft opposée à celles
qu'il pouvoit faire ? L'occafion
fera - t - elle jamais plus favorable
de remonterfur le Trône de Charlemagne
, & de s'affujetir l'Em.
pire, quifur le penchant defaruinefembloit
demander un nouveau
Maître, un pluspuiffant Protecteur
? Le Roy n'avoit qu'à le
vouloir , il pouvoit tout . Mais
Novembre 1685. C
26 MERCURE
femblable au grand Theodofe , que
Saint Auguftin admire pour avoir
efté moins fenfible au defir d'dequerir
un Empire , qu'à la gloire
de fecourir un Empereur deftitué
de tout fecours : Loüis , pour
laiſſer à l'Empire la liberté de réü–
nirfes forces contre les Turcs , retire
lesfiennes du voisinage de Luxembourg
, preft à ſecourir l'Empereur
, & à renouvellerfur les
bords du Danube les merveilles de
la journée du Raab , fi ce Prince
n'euft mieux aimé s'expofer à perdre
tout , qu'à devoir deux fois fa
Couronne.
Que cet endroit, Meffieurs , a
GALANT. 27
•
efté touchant pour l'Eglife ! &
que le Roy parut aimable au Monde
Chreftien , quand il fufpendit
fes conqueftes pour faciliter le fecours
de Vienne , dont la perte
n'eftoit pas tout le mal qu'on devoit
craindre. Les interests de la
Religion estoient meflez avec
ceux de l'Empire dans la confervation
de cette Place : c'est ce qui
faifoit trembler le Monde Chrétien,
c'est ce qui toucha Louis
LE GRAND : car fut - il jamais
un Prince plus religieux?
témoin toute la
terre : on voit par tout des mar-
F'en prens
ques defon zele de ſa pieté.
Cij
28 MERCURE
Dans l'Empire , Strasbourg &
Munster affujetis à leurs Princes
legitimes , & en mefme temps à
leurs legitimes Pasteurs ; dans la
Hollande , des lauriers confacrez
au Dieu des Batailles , & au lieu
d'Arcs de triomphe , des Croix
élevées & des Autels reparez;
en Afrique les Prifons de Tripoli,
d'Alger de Tunis ouvertes par
de glorieux Traitez, ou brifées par
d'heroïques efforts ; & un nombre
infini d'esclaves arrachez à lafureur
des Ennemis du nom Chrétien;
dans tout l'Empire Ottoman ,
le Christianifme floriffant à l'ombre
des lys ; dans la Palestine les
GALANT. 29
Lieuxfaints protegez contre l'impieté
des Infideles, & mis à l'abry
de leurs infultes ; dans les Indes,
dans le fapon , dans la Perfe , des
Miffions d'HommesApostoliques,
établies , protegées , entretenuës ;
dans l'Italie, la fameuse Pyramide .
quifut élevée pour vanger l'honneur
de la France, abattue pour ménager
la gloire du faint Siege ; à
nos yeux , de dangereuses nouveautez
ou prévenues , ou diffipées
; la paix rendue à l'Eglife ,
& ce qui fera l'éternité de cette
Paix , l'Epifcopat remply d'excellens
Sujets , & degrands Hommes
Ciij
30 MERCURE
Ajoutons à tant de merveilles.
ce qui feulfuffiroit pour immortalifer
la pieté de Louis LE
GRAND : le Calvinisme prefque
aneanty; il expire ce monstre qui
defoloit autrefois la France ; elle
languit , elle meurt cette berefie
qui fut la fource funeste de nos
de
divifions & de nos guerres . Ils ne
fubfiftent plus ces Temples élevez
fur les ruines de nos Eglifes ; ces
Temples où l'on n'offroit pas
Victimes, & où l'onformoit des
voeux qui n'avoientpeut- eftre pas
pour objet nos profperitez. Des
millions de Protestans font réduits
à un petit nombre , & bien-toft
GALANT. 31
ce ne fera plus que par l'Histoire
qu'on apprendra qu'elle a esté la
fortune de ceformidable party.
Il avoit refifté aux armes de
plufieurs grands Rois , & il cede
prefquefans refiftance à Louis
LE GRAND, qui n'employe pour
le ruiner que fa bonté,fa douceur,
fes bienfaits , fon zele , &fes
Loix ; Loix qui fans violer d'anciens
Edits en repriment les abus ;
Loix également douces feveres,
juftes & charitables ; Loixfavo
rables à ceux mefmes qui les trouvent
dures ,
qui s'en plaignentfe confefferont
quelque jour redevables de leur
aufquelles ceux
Jalut..
C iiij .
32 MERCURE
L'Eglife peut- elle donner moins
que fon coeur à un Prince qui luy
rend de fi grands fervices ? Eftce
affez qu'elle l'appelle le Prédi
cateur de la Foy , le Defenfeur
des Veritez Orthodoxes , l'Evef
que feculier de fes Sujets ? Noms
glorieux que Saint Remy donnoit
autrefois à Clovis. Eft - ce affez
mais laiffons à l'Eglife le
....
choix de ce qu'elle doit faire pour
marquer fa reconnoiffance
à ce
Grand Roy ; & voyons dans le
peu de temps qui nous refte , s'il
ne merite pas auffi juftement l'admiration
du Monde Politique , que
l'amour du Monde Chreftien.
GALANT.
33
L'admiration , toute muette
qu'elle est ordinairement , eft le
plus glorieux de tous les Eloges.
que ce qu'on eftime laiſſe
Tandis
la liberté de parler , ce qu'on dit
peut eftre foupçonné de flaterie ;
tout est naturel , tout eft fincere
dans le filence qui accompagne la
Surprife ; ce qu'on voit ne peut eftre
que tres-grand , quand on admire
fans loüer. Alexandre tou
jours brave , toûjours heureux, ne
trouva rien qui pût arrefter le
cours rapide de fes Victoires, toute
la terre enfut faifie d'étonnement;
comme il eft remarqué dans
l'Ecriture , ne pouvant le loüer ,
34 MERCURE
elle fe tút , & l'admira. Salomon
fut le plus magnifique de tous les
Rois , & ceux qui le virent, tomberent
dans une espece de raviffement
qui leur ofta l'usage de la
parole. Ce que ces Princes ont esté
dans leur Siecle , Louis LE
GRAND ne l'eft - il pas dans le
noftre ? Eft il moins vaillant
moins heureux qu' Alexandre ?
Eft.il moins magnifique que Salomon
? N'en doutez pas , Meffieurs
, la pofterité l'admirera ,
comme nous les admirons .
Le fameux Paffage du Rhin
va prendre parmy les prodiges le
rang qu'ont tenu jufqu'icy les pafGALANT.
35
fages du Granique & de l'Hydafpe.
On y verra Louis LE
GRAND s'eftimer heureux d'avoir
enfin trouvé un peril digne
de luy ; & ce que ne putfaire Alexandre
, on l'y verra imprimer.
dans les coeurs de tous les fiens la
noble ardeur dont il brûloit, Soûtenus
par fa prefence , animez
parfa valeur , glorieux de combattrefous
les yeux d'un fi grand
Roy , ils fe précipiterent dans les
eaux , & ils allerent malgré la
profondeur la rapidité du Fleu
ve chercher des Ennemis qui
n'eurent ny affez de fermeté pour
Les recevoir , ny affez de coeur
>
36 MERCURE
pour les attendre
.
Cent prodiges ontfuivy ce premier
miracle ; mais la Pofterité
qui les doit admirer , les croira
t- elle ? Vous mefines , Meffieurs,
qui les avez veus ,
les croyezvous
? L'Histoire de Louis LE
GRAND , toute vraye qu'elle eft,
a t- elle moins que celle d'Alexandre
l'air de la Fable ? Y a- t - il
de la vray-femblance dans les veritez
qu'on dit de luy ?
Qu'en quinze jours , dans la
plus fâcheufe faifon de l'année ,
it airfubjugué toute une Province
confiderable par le nombre
par la force de fes Places ; qu'en
&
GALANT. 37
moins d'un mois il ait pris plus
de Villes qu'il n'en faudroit pour
faire un puiffant Erat ; qu'il ait
refifté feul à toute l'Europe ; qu'il
ait triomphé par tout où il a combattu
; que fes Ennemis n'ayent
les témoins et les fpectaefté
que
teurs
immobiles
de
fes
victoires
;
qu'il
leur
ait
osté
jusqu'au
courage
de fe
défendre
; qu'il
ait
réduit
Alger
à
confeffer
qu'il
luy
faifoit
grace
, quand
il luy
impofoit
des
Loix
; qu'il
ait
humilié
Gennes
, fans
achever
de
la
détruire
: fouffrez
que
je le
repete
,
vous
qui
en avez
esté
les
témoins
,
croyez
- vous
? Ou
parce
qu'il
le
38 MERCURE
vous est impoffible d'en douter ,
esperez - vous que les Sieclesfuturs
n'en doutent point? Alexandre
crût qu'il étoit de fa gloire de
les tromper, par les vaines apparences
d'une grandeur qu'il n'avoit
pas : il eft au contraire de la
gloire du Roy qu'on les ménage ,
& qu'on ne leur apprenne des
grandes chofes qu'il a faites , que
celles qu'ils pourront croire.
Que la Pofterité fcache , que
Louis s'est rendu deux fois maître
de Valenciennes par fes Armes
& par fes Bienfaits. Mais
ne luy difons pas que cette importante
Place attaquée au milieu de
GALANT.
39
l'Hyver , a efté prise en un quart
d'heure & en plein jour ; qu'on la
vitpaffer en un moment de la confiance
au defefpoir , & du defefpoir
à la joye ; que le fort des &
Vaincus y fut bien- toft égal à celuy
des Victorieux ; ceux- cy penfant
avec plaisir à la gloire qu'ils
avoient acquife , ceux- là au pardon
qu'on leur avoit accordé ; &
tous à la Victoire que Loüis
avoit emportée.
Que la Pofterité fcache , que
formidable Cambray n'a refifté
que tres -peu dejours : mais qu'elle
ignore,que le Roy n'employa pour
le prendre que la moindre partie
le
40 MERCURE
4°
de fes Forces : & que plus genereux
qu'Alexandre , qui croyoit
perdre autant de gloire , que les au
tres en acqueroient , il avoit envoyéfes
meilleures Troupes à fon
illuftre Frere , qui dans le mefme
temps prenoit une Ville , & gagnoit
une Bataille.
Ce que nous retrancherons des
que
l'Invin- furprenantes
actions
cible Loüis
a faites , empefchera
ceux qui viendront
aprés
nous de le prendre pour un Heros
fabuleux ; & le peu que nous en
direns fuffira pour le faire regarder
comme le plus grand des Hea
ros.
GALANT. 41
"Y
Pourra-t- on luy refufer ce titre
, quand on sçaura qu'aprés
avoir triomphe de fes ennemis ,
il s'eft vaincu luy- mefme ? C'eſt
ce qu'il faudra raconter exactement
à la Pofterité. Il eft de l'interest
de toute la terre , qu'aucun›
Prince ne le puiffe ignorer. Loüis
plus grand que fa gloire & quefa
fortune , auffi maître de luy mef
me que de fes Ennemis , s'arrefte :
au milieu de fa courſe , & borne
fes Conqueftes dans un temps où
fon glorieux deftin ſembloit l'appeller
à l'Empire de l'Univers..
Il eft vray qu'il fait la Paix en
Conquerant & en Maître ; il las
Novembre 1685.
å
D
42 MERCURE
donne à fes Ennemis ,
comme it
donne des Loix à fes Sujets ; feul.
Arbitre , feul Mediateur , il conclut
, il décide ; ce qu'il pretend
qu'on reftitue , ce qu'il veut donner
, ce qu'il doit retenir , il regle
tout ; mais il le regle d'une maniere
fi definterefée , fi genereuse ,
qu'il femble vouloir partager avec
les Vaincus le fruit de fes Vi-
Etoires ; & qu'il donne fujet de
douter ; lequel des deux luy eft
plus glorieux , ou d'avoir ſiſouvent
triomphe durant la guerre ,
ou d'avoir facrifié tant de Conqueftes
à la Paix.
L'Antiquité, toute fiere qu'elle
"
GALANT. 43
eft du grand nombre de fes Heros,
pourroit-elle nous en montrer un ,
qui dans telles conjonctures aitfait
un fi grand facrifice ? Il y a peu
de Conquerans qui ne fe foient
laiffez entraîner comme des efcla--
ves par leur bonne fortune ; A
lexandre fuccomba fous le poids'
de la fienne , aveuglé de fon bonheur
il perdit toute moderation..
C'eftoit , Meffieurs , c'estoit à
LOUIS LE GRAND qu'eftoit
refervé l'avantage de donner au
monde ce rare exemple de vertu ;;
& d'apprendre aux Souverains
qu'ils doivent préferer aux charmes
de la gloire , le repos de leurss
Dij
44 MERCURE
Sujets , & au titre de Conque
rant la qualité de Pacifique.
Un Prince connu sous ce nom
dans la Fudée , fut autrefois adoré
de toute la terre ; & ce Prince
femble renaître en Loüis LE
GRAND . Ces nombreuſes Armées
prestes en tout temps à marcher
à combattre ; ces Flotes
qui font trembler toutes les mers ;
ces fortifications fi regulieres , &
preſque auſſi- toſt achevées que refolues
; ces richeffes immenfes, ces
magnifiques Palais , cet aſſemblage
de tous les Chefs - d'oeuvres de
la Nature & de l'Art ; ces Montagnes
abattuës , ces Rivieres déGALANT.
45
tournées , cent autres femblables
merveilles ne renouvellent - elles
pas dans nos jours les merveilles
du temps de Salomon ? N'en
voyons- nouspas mefme un grand
nombre qui échaperent à la magnificence
, on aux foins du Monarque
des Juifs ? Ce fameux
Hoftel , qui difputeroit de beauté
avec les plusfuperbes Palais des
Rois , & qui fert d'azyle à de
braves & d'illuftres malheureux;
ces foins fi noblement employez
à former de jeunes Guerriers , ces
établiffemens où la beauté trouve
une protection qui l'empefche de
devenir criminelle, & où la No
46 MERCURE
bleffe trouve des fecours qui l'empefche
d'eftre miferable ; nefont
ce pas des prodiges de magnificence
inconnus jufqu'au temps de
LOUIS LE GRAND ? Le monde
les admire ; mais ce qu'il admire
le plus , eft la perfonne mesme
de Louis .
-t - on de le
Quelle grace ! quel air ! quel
admirable mélange de douceur &
de majefté ! peut - on le voirfans
laimer ? Etfe laffevoir
? N'y a- t- il point dans fes
moindres mouvemens je ne fçay
quel agrément qui enchante ? Un
air de Heros de Souverain ?Je
ne fçay quoy de plus qu'humain
GALANT.
47
>
le
qui charme les
yeux , qui ravit
les coeurs
& qui inspire tout à
la fois la tendreffe , l'obeïffance &
le respect : Un feul de fes regards
le fait mieux connoître
, que ne le
feront jamais fes Hiftoriens &fes
Panegyriftes
: & pour eftre perfuadé
de tout ce que la renommée
publie de luy , il ne faut que
voir un moment. On fe l'imagine
d'obord , tel qu'il eft , à la tefte de
fes Armées , intrepide
, agiſſant
infatigable ; tel qu'il eft dans fon
Confeil , affidu , penetrant
, judicieux
; tel qu'il eft dans fa Cour ,
& au milieu de cette foule d'adorateurs
, que fon merite plûtoft
48 MERCURE
que fa fortune luy attire de tous
les endroits de la terre , doux , careffant
, defacile accés ,fenfible à
l'amitié, diftinguant le merite, récompenfant
la vertu , diffimulant
les defauts, fupportant lesfoibleffes
; enfin plus grand Homme encore
que grand Roy , & toûjours
digne de l'admiration du Monde
Politique , de l'amour du Monde
Chreftien
.
Que n'ay-je , Meffieurs , une
éloquence affez vive & affez
forte pour le reprefenter tel qu'il
paroift à ceux qui ont l'honneur
de le voir ! Mais vous avez
heureuſement ſuppleé à ce que
Vous
GALANT. 49
vous fçaviez qui manqueroit à
ma voix. L'excellente Statue que
vous avez érigée parle pour
Vous elle parlera mefme dans
tous les temps ; & ce monument
travaillé avec un art & une délicateffe
capables d'immortaliſer
fon Autheur , n'eft pas feulement
le témoin fidelle desfentimens refpectueux
que vous avez pour
le Roy , ilfera fon Panegyrifte
eternel. Les Siècles les plus reculezfe
fouviendront en le voyant,
des Victoires & des Vertus de
LOUIS LE GRAND ; onpenfera
tout ce que vous pensez aujourd'huy
, & l'on dira quefiLoüis
Novembre 1685. E
50 MERCURE
a
efté le plus Grand des Roys ",
vous avez esté les plus fidelles ,
vous vous eftes estimez les
plus heureux de fes Sujets.
Faites , o mon Dieu ! que nous
joüiffions long- temps de ce bonheur
, & qu'il dure encore aprés
nous. Confervez- nous un Prince
que vous nous avez donné , parce
que vous nous aimez. Laiffez-
luy letemps d'achever ce qu'il
medite pour votre gloire , &
comblez- le de vos graces , tandis
qu'il nous comble de fes faveurs.
Qu'il n'ait point d'ennemis , ou
qu'il en triomphe toujours ; Que
la felicité de fon regne s'étende
GALANT. 5
égalementfurfa Famille & fu
fes Etats; Que le glorieux heritier
defa Grandeur le foit de fa vertu
; Qu'il aitfon coeur , comme il
a fon nom ; Que les peuples reverent
ce Monarque , l'amour de
l'Eglife , l'admiration du monde;
Que les Roys l'imitent ; Que tout
luyfoit affujetty , e que luymefme
vous foit foumis.
Ce font , ô mon Dieu , les
Voeux que forment de toute l'éten ·
duë de leur coeur ce Prelat fi vertueux
& fi digne defon Augufte
Caractere : Ce Sage & judicieux
Intendant , digne Miniftre
d'un figrand Roy ; ces Magistrats
E ij
25 MERCURE
fi zelez pour le bien public ;
ces Docteurs fi habiles ; ces Juges
équitables , & éclairez , ces Sçavans
de toutesprofeffions , & tout
ce Peuple. Ils vous demandent ,
Seigneur , je vous demande
avec eux la continuation des
graces que vous avezfi liberalement
répanduës fur la Perfonne ,
fur la Famille , & fur les Etats
de LOUIS LE GRAND .
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Résumé : Panegyrique du Roy. [titre d'après la table]
Le texte est une lettre relatant un panégyrique du roi Louis XIV prononcé par le père Fejacq à Caen le 5 septembre lors de l'inauguration d'une statue en son honneur. Le discours souligne la grandeur et les exploits de Louis XIV, le présentant comme celui qui assure le bonheur de la France, influence la destinée de l'Europe et suscite l'admiration universelle. Le père Fejacq reconnaît la difficulté de louer un prince aussi exceptionnel, mais accepte cette tâche par respect pour le roi et pour plaire à son auditoire. Louis XIV est décrit comme un souverain dévoué au bien de ses sujets et de son pays, ayant maintenu la paix et protégé la France contre les menaces extérieures. Ses réalisations incluent l'établissement du commerce, la sécurité maritime, la réforme des lois, l'ordre judiciaire et la discipline des armées, rendant ainsi la France prospère et respectée. Le roi est également loué pour ses lois visant à maintenir la tranquillité et à promouvoir la vertu, ainsi que pour sa sollicitude envers les malheureux. Ses conquêtes dans les Pays-Bas, ses actions humanitaires en Afrique et en Palestine, et son rôle de défenseur des vérités orthodoxes sont également soulignés. Le texte invite l'Église à reconnaître les services rendus par Louis XIV. Le roi est présenté comme un conquérant juste, cherchant la justice et la protection de ses sujets. Le texte met en garde contre l'arrogance, en prenant l'exemple d'Alexandre le Grand, et présente Louis XIV comme un modèle de vertu, privilégiant le repos de ses sujets et la paix à la gloire militaire. Ses réalisations incluent des armées prêtes au combat, des flottes puissantes, des fortifications, des richesses immenses et des palais magnifiques. Le texte loue également ses œuvres de bienfaisance, comme l'accueil des malheureux et le soutien aux jeunes guerriers. Le physique et le caractère de Louis XIV sont décrits avec admiration, soulignant sa grâce, sa majesté, et son mélange de douceur et de fermeté. Le texte se conclut par des prières pour la longévité de son règne et pour qu'il continue à bénéficier des grâces divines, afin qu'il puisse achever ses projets pour la gloire de Dieu et le bien de ses sujets.
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397
p. 69-72
Benediction de l'Abbesse de Betancourt en Picardie. [titre d'après la table]
Début :
Le Dimanche 7. du dernier mois, Dame Catherine Elisabeth de [...]
Mots clefs :
Abbesse, Abbaye de Betancourt, Prélat, Cérémonie, Noblesse, Bénédiction, Symphonie, Repas
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Benediction de l'Abbesse de Betancourt en Picardie. [titre d'après la table]
Le Dimanche du dernier
mois , Dame Catherine
Elifabeth de Longueval de
Manicamp,Abbeffe de l'Abbaye
de Beftancour en Picardie
, fut benite par les
mains de Meffire François
Faure , Evefque d'Amiens ..
Ce Prelat eftoit reveſtu de
fes Habits Pontificaux , &
affifté de tous fes Officiers.
La Ceremonie fe fit au bruit
de plufieurs décharges , &
en prefence de quantité de
Nobleffe de la Province , de
l'un & de l'autre fexe. La
Meffe fut chantée par la Mu70
MERCURE
fique . Cette Abbeffe alla recevoir
la Benediction , précedée
de Dame Elifabeth de
Monchi de Senarpont, Religieufe
de l'Abbaye de Beftancour
, fa Chapelaine , qui
portoit fa Croffe. A colté
d'elle marcherent Dame Cecile
Gabrielle Faure , Niepce
de M' l'Evefque d'Amiens ,
Prieure de cette Abbaye , &
Dame Marguerite Foucault
Souprieure.Mademoiſelle de
Monchi, feconde Fille de M
de Monchi , Marquis de Senarpont
, & Mademoiſelle
d'Augenlieu , Penſionnaires
GALANT. 71
de la mefme Abbaye , portoient
fa queue. Une fimphonie
fort agreable ſe fit
entendre pendant la marche
du Choeur des Religieufes
jufques à l'Autel . M ' le Marquis
de Senarpont , dont je
vient de vous parler , M' de
la Roche Marquis de Fonteville
, M' de Monchi Baron
de Vifmes , M' de Monchi
Seigneur de Courcelle , &
M'de Vauchelle , portoient
les Offrandes . La Ceremonie
finit par un Te Deum chanté
en Mufique, pendant lequel
on alla baiſer l'Anneau de
72 MERCURE
Madame l'Abbeffe . Il Y eut
enfuite un magnifique repas.
mois , Dame Catherine
Elifabeth de Longueval de
Manicamp,Abbeffe de l'Abbaye
de Beftancour en Picardie
, fut benite par les
mains de Meffire François
Faure , Evefque d'Amiens ..
Ce Prelat eftoit reveſtu de
fes Habits Pontificaux , &
affifté de tous fes Officiers.
La Ceremonie fe fit au bruit
de plufieurs décharges , &
en prefence de quantité de
Nobleffe de la Province , de
l'un & de l'autre fexe. La
Meffe fut chantée par la Mu70
MERCURE
fique . Cette Abbeffe alla recevoir
la Benediction , précedée
de Dame Elifabeth de
Monchi de Senarpont, Religieufe
de l'Abbaye de Beftancour
, fa Chapelaine , qui
portoit fa Croffe. A colté
d'elle marcherent Dame Cecile
Gabrielle Faure , Niepce
de M' l'Evefque d'Amiens ,
Prieure de cette Abbaye , &
Dame Marguerite Foucault
Souprieure.Mademoiſelle de
Monchi, feconde Fille de M
de Monchi , Marquis de Senarpont
, & Mademoiſelle
d'Augenlieu , Penſionnaires
GALANT. 71
de la mefme Abbaye , portoient
fa queue. Une fimphonie
fort agreable ſe fit
entendre pendant la marche
du Choeur des Religieufes
jufques à l'Autel . M ' le Marquis
de Senarpont , dont je
vient de vous parler , M' de
la Roche Marquis de Fonteville
, M' de Monchi Baron
de Vifmes , M' de Monchi
Seigneur de Courcelle , &
M'de Vauchelle , portoient
les Offrandes . La Ceremonie
finit par un Te Deum chanté
en Mufique, pendant lequel
on alla baiſer l'Anneau de
72 MERCURE
Madame l'Abbeffe . Il Y eut
enfuite un magnifique repas.
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Résumé : Benediction de l'Abbesse de Betancourt en Picardie. [titre d'après la table]
Le dimanche du dernier mois, Dame Catherine Élisabeth de Longueval de Manicamp a été bénite comme abbesse de l'Abbaye de Beftancour en Picardie par Monseigneur François Faure, évêque d'Amiens. La cérémonie, marquée par une grande solennité, s'est déroulée en présence de nombreux nobles des deux sexes de la province et au son de décharges d'artillerie. Monseigneur Faure, vêtu de ses habits pontificaux, était assisté de ses officiers. La messe a été chantée par la musique de l'abbaye. Dame Élisabeth de Monchi de Senarpont, religieuse et chapelaine, a précédé l'abbesse avec la croix, accompagnée de Dame Cécile Gabrielle Faure, nièce de l'évêque et prieure de l'abbaye, et de Dame Marguerite Foucault, supérieure. Mademoiselle de Monchi et Mademoiselle d'Augenlieu, pensionnaires, portaient la queue de l'abbesse. Une symphonie a accompagné la marche du chœur des religieuses jusqu'à l'autel. Plusieurs nobles, dont le marquis de Senarpont et le marquis de la Roche, ont porté les offrandes. La cérémonie s'est conclue par un Te Deum chanté en musique, durant lequel les participants ont baisé l'anneau de l'abbesse. Un somptueux repas a suivi.
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398
p. 72-77
Prix donné par Mr le Duc de la Meilleraye. [titre d'après la table]
Début :
Le 24. du mesme mois, Mr le Duc de la Milleraye, [...]
Mots clefs :
Duc de la Milleraye, Gentilshommes, Prix, Carrousels, Cavalier, Ballet, Courses, Seigneurs, Succès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prix donné par Mr le Duc de la Meilleraye. [titre d'après la table]
Le 24. du mefme mois , M
le Duc de la Milleraye , qui
eft dans la Compagnie des
Gentilshommes de la Citadelle
de Befançon , & qui
monte à cheval dans l'Academie
de M'de Beaumarché,
donna un Prix pour une
Courfe de Teftes , & le 静
gagna.
Ce fut comme un petit
Caroufel , auffi- toft executé
que penfé. Il y avoit douze
Chevaux qu'il fit couvrir de
rubans de differentes coudeurs,
en moins d'une heure .
On
GALANT. 73
On commença par une Galopade
de ces douze Chevaux
, avec tous les changel'on
peut mens de main
que
faire. Enfuite il fe fit un Manége
figuré de cinq Chevaux
en mefme temps dans un ef
pace d'environ dix toiſes en
quarré. Il y avoit un Cavalier
à chaque coin , & un au milieu.
Les quatre des coins faifoient
des demy voltes , paffant
les uns fur les autres , &
celuy du milieu faifoit des
voltes entieres ; mais tous
avec unne telle jufteffe &
tant de meſure , qu'on cuſt
Novembre 1685. G
74 MERCURE
·
dit que c'eftoit un Ballet
danfe à cheval. M le Duc de
la Meilleraye y fit voir beaucoup
d'adreffe. Aprés cela on
courut lesTeftes . Il avoit eſté
convenu , que chacun feroit
trois Courſes , & dans chaque
Courfe il y avoit quatre
coups à faire , ce qui faiſoit
douze coups en tout. De ces
douze , Mile Duc de la Meilleraye
en fit dix, de ceux que
l'on appelle coups francs ; &
à l'égard des deux qu'il manqua
, l'un toucha la tefte du
Maure , & l'autre entra bien
avant dans le milieu du PoGALANT.
75
la
teau , à un doigt au deffous
de la Teſte. On peut dire
qu'il remporta ce jour-là plufieurs
Prix ; non feulement
celuy qu'il avoit donné, mais
encore celuy de la bonne
grace & de la vigueur . Comme
il ne couroit que pour
gloire, il ne voulut point profiter
de fon avantage . Il fe fit
une autre Courſe dont il ne
fut point . Le Prix y fut remporté
par un Gentilhomme
de la Province, qu'on appelle
le Comte de Grammont .
M* le Duc de la Meilleraye
eft Fils deM ' le DucMazarin,
Gij
76 MERCURE
c'est vous dire qu'il eft un
des plus grands Seigneurs du
Royaume , mais il n'eſt pas
moins honnefte homme que
grand Seigneur, & l'on affeure
à fa gloire qu'il a encore
plus de merite que de fortune.
Il eft entré au commencement
du mois de Maydernier,
dans la Compagnie des
Gentilshommes , commandée
par M' de Montcaut. Il
ne fuit aucune peine , portant
le Moufquet , & faifant
toutes les fonctions & les
gardes comme le moindre
Soldat de la Garnifon. Il a
1
GALANT. 77
•
paffé par toutes les Charges,
& a fait fouvent celle de Major,
avec beaucoup d'application
& de fuccés.
le Duc de la Milleraye , qui
eft dans la Compagnie des
Gentilshommes de la Citadelle
de Befançon , & qui
monte à cheval dans l'Academie
de M'de Beaumarché,
donna un Prix pour une
Courfe de Teftes , & le 静
gagna.
Ce fut comme un petit
Caroufel , auffi- toft executé
que penfé. Il y avoit douze
Chevaux qu'il fit couvrir de
rubans de differentes coudeurs,
en moins d'une heure .
On
GALANT. 73
On commença par une Galopade
de ces douze Chevaux
, avec tous les changel'on
peut mens de main
que
faire. Enfuite il fe fit un Manége
figuré de cinq Chevaux
en mefme temps dans un ef
pace d'environ dix toiſes en
quarré. Il y avoit un Cavalier
à chaque coin , & un au milieu.
Les quatre des coins faifoient
des demy voltes , paffant
les uns fur les autres , &
celuy du milieu faifoit des
voltes entieres ; mais tous
avec unne telle jufteffe &
tant de meſure , qu'on cuſt
Novembre 1685. G
74 MERCURE
·
dit que c'eftoit un Ballet
danfe à cheval. M le Duc de
la Meilleraye y fit voir beaucoup
d'adreffe. Aprés cela on
courut lesTeftes . Il avoit eſté
convenu , que chacun feroit
trois Courſes , & dans chaque
Courfe il y avoit quatre
coups à faire , ce qui faiſoit
douze coups en tout. De ces
douze , Mile Duc de la Meilleraye
en fit dix, de ceux que
l'on appelle coups francs ; &
à l'égard des deux qu'il manqua
, l'un toucha la tefte du
Maure , & l'autre entra bien
avant dans le milieu du PoGALANT.
75
la
teau , à un doigt au deffous
de la Teſte. On peut dire
qu'il remporta ce jour-là plufieurs
Prix ; non feulement
celuy qu'il avoit donné, mais
encore celuy de la bonne
grace & de la vigueur . Comme
il ne couroit que pour
gloire, il ne voulut point profiter
de fon avantage . Il fe fit
une autre Courſe dont il ne
fut point . Le Prix y fut remporté
par un Gentilhomme
de la Province, qu'on appelle
le Comte de Grammont .
M* le Duc de la Meilleraye
eft Fils deM ' le DucMazarin,
Gij
76 MERCURE
c'est vous dire qu'il eft un
des plus grands Seigneurs du
Royaume , mais il n'eſt pas
moins honnefte homme que
grand Seigneur, & l'on affeure
à fa gloire qu'il a encore
plus de merite que de fortune.
Il eft entré au commencement
du mois de Maydernier,
dans la Compagnie des
Gentilshommes , commandée
par M' de Montcaut. Il
ne fuit aucune peine , portant
le Moufquet , & faifant
toutes les fonctions & les
gardes comme le moindre
Soldat de la Garnifon. Il a
1
GALANT. 77
•
paffé par toutes les Charges,
& a fait fouvent celle de Major,
avec beaucoup d'application
& de fuccés.
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Résumé : Prix donné par Mr le Duc de la Meilleraye. [titre d'après la table]
Le 24 novembre 1685, le Duc de la Meilleraye, membre de la Compagnie des Gentilshommes de la Citadelle de Besançon et élève de l'Académie de M. de Beaumarché, organisa une compétition de courses de tests. Douze chevaux furent décorés de rubans de différentes couleurs. La compétition débuta par une galopade des douze chevaux, suivie d'un manège figuré impliquant cinq chevaux dans un espace d'environ dix toises carrées. Les cavaliers exécutèrent des demi-voltes et des voltes entières avec précision. Le Duc de la Meilleraye participa aux courses, réalisant dix coups francs sur douze. Les deux coups manqués touchèrent la tête du mannequin ou entrèrent dans le milieu du poteau. Il remporta plusieurs prix, notamment celui de la bonne grâce et de la vigueur. Par modestie, il ne participa pas à une course ultérieure, laissant la victoire à un gentilhomme provincial, le Comte de Grammont. Le Duc de la Meilleraye est le fils du Duc Mazarin et l'un des plus grands seigneurs du royaume. Il est également connu pour son honnêteté et son mérite. Il a rejoint la Compagnie des Gentilshommes en mai, effectuant toutes les fonctions et gardes sans distinction, y compris celle de major, avec succès.
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399
p. 99-106
Translations. [titre d'après la table]
Début :
On a fait une grande Ceremonie chez les Peres Minimes [...]
Mots clefs :
Cérémonie, Translation, Ossements, Procession, Rome, Cortège, Dévotion, Piété, Martyre, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Translations. [titre d'après la table]
On a fait une grande Ceremonie
chez les Peres Minimes
de Peronne , pour la
Tranſlation des Offemens
du Corps de S.Jufte Martyr,
qui ont efté nouvellement
envoyez de Rome. La Proceffion
alla prendre la Chaffe
qui avoit effé portée àun Repofoir
dreffé au bout de la
I ij
100 MERCURE
Ville. Les ruës eftoient ten
duës de Tapifferies , & pendant
la marche l'on fit des
pauſes de diſtance en diſtan
ce , où la Mufique chanta
des Motets. Meffieurs de
Ville de l'ancienne & nouvelle
Loy fe trouverent tous
à cette Proceffion , où tous
les Drapeaux des Corps de
Meſtiers , au nombre de trente-
deux,furent portez quatre
quatre , chacun par le Capitaine
- Enfeigne de leur
Corps , l'Epée au cofté, & la
pomme de la Lance fur l'efà
tomach . On entra dans l'EGALANT.
101
glife Royale & Collegiale de
S. Furcy , où la Chaffe repofa
pendant le Panegyrique du
Saint , qui fut prononcé par
M' Desfrefnes , Chantre &
Chanoine de la même Eglife .
Enfuite elle fut portée chez
les Peres Minimes , où elle demeura
toute l'Octave expofée
à la Devotion du Peuple.
L'Eglife eftoit fort parée , &
il y avoit quantité d'Infcriptions
dans de grands Cartouches
.
Le concours a auffi efté
extraordinaire
pour une pareille
Ceremonie
que
l'on a
I iij
102 MERCURE
faite à Niort, à l'occafion du
Corps prefque entier de
S. Victor , dont le Pere Ifi- .
dore de Niort , Ex- Provin
cial & Vifiteur des Capucins
de la Province de Touraine,
a fait preſent à la Ville , pour
y laiffer un monument éternel
de fa pieté & de fon
amour pour fa Patrie. Cette
Sainte Relique qu'il a obtenuë
du Pape, fut tirée en 1675
du Cimetiere Ciriaque . Le
vray Nom de cet Illuftre
Martyr que l'on pretend eſtre
du premier Siécle , eft
Aphrodize ; c'eft ce qui eftoir
1
GALANT. 103
marqué fur fon Tombeau,
trouvé aupres de celuy des
Apoftres S. Pierre & S. Paul .
Le Pape Innocent XI . luy a
donné celuy de Victor , à
cauſe que les Romains , fuivant
leurs Privileges
, ne permettent
point que l'on tranf
porte un Corps Saint hors de
la Ville , fi on ne luy donne
un fecond Nom. On trouva
dans ce Tombeau une Phiole
de verre , pleine du Sang de
ce S. Martyr , quiconfervoit
encore fa couleur rouge,
bien que congelé, ce qui eft
la vraye marque du Mar-
I iiij
104 MERCURE
tyre.Je n'entreray point dans
l'entier détail des Ceremonies
qui ont efté faites à Niort , à
l'occafion de cette Sainte
Relique. La Proceffion fut
tres -folemnelle le jour que
l'on en fit la Tranflation . Il
s'y trouva plus de douze
mille perfonnes ; & comme
l'Eglife des Capucins où elle
devoit fe rendre n'auroit pû
les contenir , & que les Halles
de Niort font tres - grandes
& tres - belles , on y avoit
dreffé un Autel fort élevé
avec des gradins, & orné de
Tapifleries. Une cloſture
GALANT 105
que l'on avoit auffi faite,
compofoit un Choeur , au milieu
duquel eftoit une Eſtrade
fur laquelle la Relique fut
pofée. M'de la Terraudiere,
Maire de la Ville , avoit pris
le foin de toutes ces chofes ,
Mr le Curé de Noftre- Dame
chanta folemnellement la
grand' Meffe fur cet Autel,
& le Pere Ifidore fit le Pane
gyrique du Saint. La Proceffion
s'eftant renduë en
l'Eglife des Capucins, qui eft
au Fauxbourg du Port, on
chanta le Te Deum , au carrillon
de toutes les Clo106
MERCURE
ches de la Ville , & le foir
il y eut des Illuminations
& des Feux d'artifice dans
le Convent. Le jour de l'Octave
on fit une feconde
Proceffion , où l'on porta
encore la Relique. Lamef
me affluence de monde s'y
trouva , & le Pere Mefnard
de l'Oratoire prononça le
Panegyrique dans le grand
Carrefour du Fauxbourg du
Port, où l'on avoit placé une
Chaire.
chez les Peres Minimes
de Peronne , pour la
Tranſlation des Offemens
du Corps de S.Jufte Martyr,
qui ont efté nouvellement
envoyez de Rome. La Proceffion
alla prendre la Chaffe
qui avoit effé portée àun Repofoir
dreffé au bout de la
I ij
100 MERCURE
Ville. Les ruës eftoient ten
duës de Tapifferies , & pendant
la marche l'on fit des
pauſes de diſtance en diſtan
ce , où la Mufique chanta
des Motets. Meffieurs de
Ville de l'ancienne & nouvelle
Loy fe trouverent tous
à cette Proceffion , où tous
les Drapeaux des Corps de
Meſtiers , au nombre de trente-
deux,furent portez quatre
quatre , chacun par le Capitaine
- Enfeigne de leur
Corps , l'Epée au cofté, & la
pomme de la Lance fur l'efà
tomach . On entra dans l'EGALANT.
101
glife Royale & Collegiale de
S. Furcy , où la Chaffe repofa
pendant le Panegyrique du
Saint , qui fut prononcé par
M' Desfrefnes , Chantre &
Chanoine de la même Eglife .
Enfuite elle fut portée chez
les Peres Minimes , où elle demeura
toute l'Octave expofée
à la Devotion du Peuple.
L'Eglife eftoit fort parée , &
il y avoit quantité d'Infcriptions
dans de grands Cartouches
.
Le concours a auffi efté
extraordinaire
pour une pareille
Ceremonie
que
l'on a
I iij
102 MERCURE
faite à Niort, à l'occafion du
Corps prefque entier de
S. Victor , dont le Pere Ifi- .
dore de Niort , Ex- Provin
cial & Vifiteur des Capucins
de la Province de Touraine,
a fait preſent à la Ville , pour
y laiffer un monument éternel
de fa pieté & de fon
amour pour fa Patrie. Cette
Sainte Relique qu'il a obtenuë
du Pape, fut tirée en 1675
du Cimetiere Ciriaque . Le
vray Nom de cet Illuftre
Martyr que l'on pretend eſtre
du premier Siécle , eft
Aphrodize ; c'eft ce qui eftoir
1
GALANT. 103
marqué fur fon Tombeau,
trouvé aupres de celuy des
Apoftres S. Pierre & S. Paul .
Le Pape Innocent XI . luy a
donné celuy de Victor , à
cauſe que les Romains , fuivant
leurs Privileges
, ne permettent
point que l'on tranf
porte un Corps Saint hors de
la Ville , fi on ne luy donne
un fecond Nom. On trouva
dans ce Tombeau une Phiole
de verre , pleine du Sang de
ce S. Martyr , quiconfervoit
encore fa couleur rouge,
bien que congelé, ce qui eft
la vraye marque du Mar-
I iiij
104 MERCURE
tyre.Je n'entreray point dans
l'entier détail des Ceremonies
qui ont efté faites à Niort , à
l'occafion de cette Sainte
Relique. La Proceffion fut
tres -folemnelle le jour que
l'on en fit la Tranflation . Il
s'y trouva plus de douze
mille perfonnes ; & comme
l'Eglife des Capucins où elle
devoit fe rendre n'auroit pû
les contenir , & que les Halles
de Niort font tres - grandes
& tres - belles , on y avoit
dreffé un Autel fort élevé
avec des gradins, & orné de
Tapifleries. Une cloſture
GALANT 105
que l'on avoit auffi faite,
compofoit un Choeur , au milieu
duquel eftoit une Eſtrade
fur laquelle la Relique fut
pofée. M'de la Terraudiere,
Maire de la Ville , avoit pris
le foin de toutes ces chofes ,
Mr le Curé de Noftre- Dame
chanta folemnellement la
grand' Meffe fur cet Autel,
& le Pere Ifidore fit le Pane
gyrique du Saint. La Proceffion
s'eftant renduë en
l'Eglife des Capucins, qui eft
au Fauxbourg du Port, on
chanta le Te Deum , au carrillon
de toutes les Clo106
MERCURE
ches de la Ville , & le foir
il y eut des Illuminations
& des Feux d'artifice dans
le Convent. Le jour de l'Octave
on fit une feconde
Proceffion , où l'on porta
encore la Relique. Lamef
me affluence de monde s'y
trouva , & le Pere Mefnard
de l'Oratoire prononça le
Panegyrique dans le grand
Carrefour du Fauxbourg du
Port, où l'on avoit placé une
Chaire.
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Résumé : Translations. [titre d'après la table]
Deux cérémonies distinctes ont marqué la translation de reliques de saints. À Péronne, les Pères Minimes ont organisé une grande cérémonie pour la translation des offrandes du corps de Saint Juste Martyr, récemment arrivées de Rome. Une procession a récupéré la châsse dans un dépôt temporaire, traversant des rues ornées de tapisseries. Trente-deux corporations de métiers ont participé, portant leurs drapeaux et armes. La châsse a été placée dans l'église royale et collégiale de Saint-Furcy pour un panégyrique, puis exposée chez les Pères Minimes pendant une octave. À Niort, une cérémonie a célébré la translation du corps presque entier de Saint Victor, offert par le Père Isidore. Cette relique, initialement nommée Aphrodize, a été renommée Victor par le Pape Innocent XI en 1675. Plus de douze mille personnes ont assisté à la procession, marquée par des cérémonies solennelles et des illuminations. La relique a été exposée dans les halles de Niort, décorées pour l'occasion, avec des panégyriques prononcés par le Père Isidore et le Père Mesnard de l'Oratoire.
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400
p. 127-161
Emplois, services & mort de Mr le Chancelier. [titre d'après la table]
Début :
Vous voyez par cette Ode les choses generales qui sont [...]
Mots clefs :
Chancelier, Grand Ministre, Emplois, Conseiller, Procureur du roi, Zèle, Altesse royale, Charges, Auguste monarque, Souverain, Armée, Règne, Négociations, Louanges, Chancellerie, Moeurs, Maladie, Chrétien, Éloge funèbre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Emplois, services & mort de Mr le Chancelier. [titre d'après la table]
Vous voyez par cette Ode
les chofes generales qui font
venues à la connoiffance de
M' Magnin, & qui n'ont efté
ignorées prefque de perfonne.
Il y en a tant d'autres à
dire dans une vie auffi longue
Liiij
128 MERCURE
& auffi illuftre qu'a efté celle
de ce Grand Miniftre , que
ma Lettre entiere ne fuffi
roit pas , fi je voulois entrer
en quelque détail des actions
remarquables qui luy ont
fait meriter l'admiration qu'il
s'eft attirée . Ainfi je vay
feulement vous rapporter la
fuite de fes Emplois , dans .
chacun defquels il a rendu
de grands & continuels fervices
à Sa Majefté & à l'Etat ..
Il fut Confeiller au Grand
Confeil en 1623. c'eſt à dire
que dés qu'il eut l'âge porté
par les Ordonnances pour
GALANT. 129
pouvoir adminiſtrer la Juſtice
, il fut pourveu de cette.
Charge . Comme il eftoit encore
jeune , il demeura huit
ans au Confeil . Sa prudence,
fa moderation & fon affiduité
dans un âge fi peu avancé,
firent juger dés lors de ce
qu'il feroit un jour. On vit
bien- toft des effets de cette
grande capacité , puis qu'il
fut enfuite Procureur du Roy
au Chaſtelet . Tout le monde
fçait que c'eft une Charge
qui demande un homme intelligent
, vif, & de probité.
Il eut plufieurs Commiflions
130 MERCURE
importantes ; & la maniere
dont il s'en acquitta
, ayant
fait connoître fon merite, il
fut quelque temps aprés Maî
tre des Requeftes , & le zele
qu'il continua de faire écla
ter dans cette Charge , le
fit nommer Intendant de Ju
ftice dans l'Armée d'Italie
puis Ambaffadeur auprés de
Leurs Alteffes Royales de Sa
voye. Comme les fervices
qu'il rendit en Italie font
connus , & que les Hiftoires
en font pleines, je ne vous en
diray rien.
A fon retour , le feu Ray
GALANT. 131
qui connoiffoit l'entiere application
qu'il avoit euë à
s'acquitter dignement de
tous ces Emplois, & qui voufoit
luy donner d'éclatantes
marques de la pleine fatisfaction
qu'il en avoit , l'honora
de la Charge de Secretaire
d'Etat, vacante par la démiſfion
de M' des-Noyers. Il eut
le Département de la Guerre
, & fervit dans cette Charge
d'une maniere fi utile à
PEtat , & fi agréable aux Generaux
& auxOfficiers, qu'on
luy remit bien - toft tout le
foin desAffaires de la Guerre.
1
132 MERCURE
Il entra enfuite dans le Con
feil , en qualité de Miniftre.
Sa prudence & fon zele ont
toûjours éclaté , pour tout ce
qui a regardé l'auguſte Monarque,
fous l'heureux Regne
duquel nous avons le bonheur
de vivre. Il a fervy ce
Prince pendant les temps les
plus difficiles, avec une fidelité
à l'épreuve de toutes choſes
, & la maniere dont il a
vefcu avec ceux qui s'écartoient
de ce qu'ils devoient
à leur Souverain , leur a toûjours
fait apprehender fes re
montrances. Lors qu'ils ont
GALANT. 133
1
voulu rentrer dans leur de
voir , ils ont tâché plufieurs
fois d'obtenir leur pardon
fon moyen , ne connoiffant
perfonne à qui l'on puft
confier fon honneur & fa vie
par
avec plus de feureté. Je ne
dois pas oublier icy.que pendant
les defordres de Guyenne
, le Roy qui le laiffa au--
prés de feu Monfieur le Duc
d'Orleans , luy donna pouvoir
de figner en ſon abſence
tout ce qui feroit reſolu
pour fon fervice , & qu'il eut
le mefme pouvoir pour le
fecours d'Arras, pendant que
134 MERCURE
les Ennemis eftoient devant
cette Place , le Roy eſtant
alors attaché au Siege de Stenay.
Comme il eftoit d'une
tres - grande importance à
l'Etat de conferver Arras , il
falloit y faire entrer du Secours
, & la Commiſſion de
ce fage & vigilant Miniſtre
fut ample pour tout ce qu'il
jugeroit neceffaire au bien
de la France. Il pourveut a->
vec tant de ponctualité & de
prudence aux preſſans befoins
des Affiegez & des Generaux
de l'Armée , que la
Place fut fecouruë , & les EnGALANT.
135
nemis défaits. Ses manieres
honneftes & obligeantes luy
avoient acquis dés ce tempslà
une eſtime ſi generale, que
pour en eftre convaincu ,ilne
falloit qu'entendre tous les
Officiers dont il avoit fi fouvent
les interefts entre les
mains. Il n'y en avoit aucun
qui ne fe loüaſt de ſa bonté,
& ce n'eftoit pas une petite
preuve de l'humeur bien fai
fante avec laquelle il eſtoit
né, que d'avoir pû contenter
tout le monde dans un cmploy
auffi difficile que le Département
de la Guerre. Ses
136 MERCURE
par
grandes qualitez luy avoient
fait meriter l'entiere confidence
de la ReineMere ,dont
il a receu de glorieuſes marques
par fon Teftament ,, &
les dernieres Actions de
fa vie. Cette Princeſſe avoit
de grandes lumieres, & le difcernement
jufte fur le vray
merite . Si les fecrets du Cabinet
n'eſtoient pas des miſteres
, qui ne peuvent eftre dévoilez
, & fur tout en France
depuis le Regne du Roy , que
nous verrions de fagès confeils
donnez par le grand Miniftre
dontje vous parle: Que
GALANT. 137
de zele pour la gloire de l'Etat
& du Roy, & que de bontez
pour fes Sujets ! Les évenemens
nous ont donné ſujet
d'en juger. Nous avons veu
les caufes qui les ont produits
, mais le refte eft impénetrable
, & ce font des fecrets
qu'on ne peut percer.
Si les Miniftres Etrangers qui
l'ont veu dans les Negotiations
, & ont connu la péne
tration de fon efprit , fa bonté
& fa juftice, vouloient parler
, la feule expofition de la
verité feroit fon Eloge , Si les
grands Sujets du Roy qu'il a :
Novembre 1685. MA
138 MERCURE
ramenez à leur devoir , fi fes:
Particuliers qu'il a fervis , fi
les Malheureux qu'il a ſecourus
, publioient tout ce qu'il
a fait en leur faveur , on n'entendroit
par tout que les
louanges de ce zelé & judicieux
Miniftre. Le Roy , qui
connoift mieux que perfonne
le merite des grandsHommes
de fon Royaume, & qui
n'ignoroit rien de tout ce
que je viens de vous dire ,
nomma Monfieur le Tellier
Chancelier & Garde des
Seaux de France , fur la fin de
l'année 1677. Ce choix fut ge
GALANT. 139
fut
neralement applaudy , & ne
pas moins à la gloire de
Sa Majeſté , qu'à l'avantage
de ce Miniftre. Quelque
temps aprés, M le Procureur
General prefenta fes Lettres
de Chancelier au Parlement,
afin qu'elles fuffent enregiſ
trées. Elles y furent leuës
tout haut , & receuës avec un
applaudiffement
qui ne fe
peut concevoir. Elles contenoient
les grands & importans
fervices que ce Miniftre
a rendus à l'Etat , en
Italie pendant le Regne du
feu Roy , en France pendant
Mij
140 MERCURE
la Regence , & enfuite fous
LOUIS le Grand . Parmy
tous les Eloges dont ces Let
tres eftoient remplies , il y
eſtoit expreſſément
marqué
,
Que par fesfoins & par fa prudence
, il avoit beaucoup fervy à
pacifier les Troubles de l'Etat. Mr
le Procureur General fit un
Elogè fort court de ce Miniftre
; mais il dit beaucoup
en peu de paroles , & fit voir
entr'autres chofes , Que M
le Tellier eftoit heureux , d'eftre
né avec toutes les qualitez qui
le rendoient recommandable; heu
reux d'avoir trouvé tant d'occa
GALANT. 141
.
fions de s'employer pour l'Etat ;
heureux de fe voir Chef d'une
Famille qui fecondoit fi bien fon
Zele dans les fervices qu'il ren--
doit inceffamment à ſon Prince ;
heureux d'avoir efté choify pour
remplir la Charge de Chancelier
de France , de l'avoir eftépar
un Roy , dont le juſte diſcernement
eft la marque la plus incontestable
du vray merite ; & heureux enfin
pardeffus toutes chofes , de s'eftre
montré digne des avantages qu'il
poffedoit. Il fut complimenté
de tous les Corps, & M¹ l'Ab
bé Fléchier qui porta la parole
pour l'Academie Fran142
MERCURE
çoiſe , fe fit admirer. Je ne
vous rapporteray point icy .
fon Difcours ; mais feulement
un endroit qui luy attira
beaucoup d'aplaudiffemens.
Il dit de la maniere du monde
la plus délicate , Que fi
M' le Tellier avoit confervé une
pénetration d'efprit , quiſembloir
ne devoir plus eftre de fon age
M de Louvois dés fon entrée
aux Affaires , avoit prévenu par
des connoiffances avantageuses ,
ce qu'il n'y avoit qu'une longue
experience qui luy duft faire acquerir.
M' le Tellier eut à peine !
GALANT . 143
commencé les fonctions de
fa Charge de Chancellier,
qu'il parut auſſi inſtruit des
Affaires de la Chancellerie,
& de tout ce qui les regarde
, que s'il'euft exercé toute
fa vie cette Charge de
Chef de la Juftice . Il s'attacha
fur tout à ſe garentir
des furpriſes , parce que
de grandes précautions , &
fans une application tresexacte
, on eft fouvent expofé
à fceller beaucoup de
chofes , qu'une fevere Juftice
, la Religion & les bonnes
moeurs , obligent à rejetfans
144 MERCURE
ter. Quoy qu'il fuft déja
d'un âge fort avancé , ſes
années ne luy ont point
fervy de pretexte pour fe
donner moins entier à toutes
les fonctions de fa Charhe.
Son efprit a eſté toûjours
égal , & quoy qu'il enviſageaft
fa mort comme
prochaine , & qu'il fuſt toûjours
preparé à la recevoir ,
il marquoit affez par une
heureufe tranquillité qu'il ne
l'apprehendoit pas. On ne
doit point en eftre furpris ,
puis qu'il avoit toûjours vêcu
avec beaucoup de moderation
,
GALANT. 145
deration , & qu'il avoit fait
connoiftre par toutes fes
actions , qu'il n'eftoit attaché
à la vie, qu'autant qu'elle
luy avoit fourny les occafions
de fervir l'Etat & fon
Souverain .
Prefque dans le mefme
temps qu'il fut attaqué de
la maladie dont il eft mort,
il feella ce fameux Edit ,
dont la poſterité n'entendra
parler qu'avec étonnemens
, & qui ouvre le chemin
du Ciel à tant d'Ames ,
à qui l'Herefie l'avoit fermé.
C'eſt ce qui a fait dire
Novembre
1685. N
146 MERCURE
à tout le monde , qu'aprés
avoir feellé cét Edit , M le
Chancellier pouvoit s'écrier
avec raiſon , comme fit S.
Simeon , lors qu'il eut veu
le Fils de Dieu entre fes
bras : Nunc dimittis fervum
tuum Domine. Si S. Simeon
n'avoit plus rien à defirer, M
le Chancelier n'avoit plus
rien à faire ; c'eſt à dire qu'aprés
s'eftre fervy du Sceau
que le Roy luy avoit confié
pour feeller le falut de
tant de milliers d'hommes .
il ne devoit plus rien feeller
, parce qu'il ne pouvoit
:
GALANT. 147
plus imprimer le facré dépoft
que Sa Majeſté luy avoit
remis entre les mains ,
fur aucune choſe qui puſt
eftre fi utile au Monde Chrêtien
. Il femble que Dieu ait
voulu luy donner cette fatisfaction
avant que de l'appeller
à luy , afin qu'il puft
voir les approches de la mort
avec joye , au lieu de les
regarder avec chagrin . S'il
n'avoit eu l'ame grande &
élevée , & s'il n'avoit eſté
preparé à tout comme le
Sage , il auroit fenty toutes
les craintes & tous les fre-
Nij
148 MERCURE
miffemens que donne ordinairemét
ce dernier paffage
,
à ceux qui font affurez qu'ils
n'ont plus que quelques
momens
à vivre , puis qu'il a
veu approcher
la mort , n'étant
point dans fon lit, ayant
le jugement
auffi libre que
s'il euft jouy d'une parfaite
.
fanté , & ne fentant prefque
point de mal. Ce fut ce qui
l'obligea
à demander
à Mª
Fagon , Premier
Medecin
de la feuë Reyne
à qui il fe
confioit
, S'il eftoit poffible
que
l'Ame fe feparaft
du Corpsfans
qu'onfentift plus de mal qu'iln'en
GALANT. 149
fouffroit. Cét habile Medecin
luy ayant fait connoiſtre par
un raiſonnement qui luy
fembla jufte , que cela fe
pouvoit faire , il n'en parut
ny plus agité ny moins tranquile
. Cependant l'eftat où
il fe trouvoit , eft un eſtat
bien plus violent que lors
qu'on eft accablé d'une forte
maladie . Quoy qu'elle
foit telle qu'elle falle croire
aux Medecins qu'on n'en
doit pas échaper , on n'eſt
point fi abfolument condamné
que ce Miniftre l'etoit.
Ainfi tant quo'n ne l'eft
Niij
150 MERCURE
,
point entierement , l'efpoir
qui refte & qui eft fi naturel
à tous les hommes , fait
voir de l'incertitude dans la
mort & en combat les
frayeurs. D'ailleurs l'abatement
où l'on eft dans une
maladie qui accable , empêche
qu'on n'envifage tout ce
que l'on en doit craindre ,
mais Mile Chancelier étant
dans l'eftat que je viens de
vous marquer , voyoit approcher
la mort avec toutés
Îes horreurs qui l'accompagnent
, & c'eft par la ferme.
té qu'il a fait paroiftre dans
GALANT. 151
ce terrible moment qu'il a
rendu fa mort auffi remarquable
que fa vie .Quoy qu'il
fuft fort affuré que la fin en
eftoit proche , iln'a pas laiſſé
de travailler en de certains
temps pour le bien de l'Etat,
& pour des Affaires aufquelles
il eft permis à un
Chreftien de penfer , lors
qu'il fçait qu'il va rendre
compte de toutes fes actions
. Sçachant un jour que
Madame la Chanceliere étoit
à l'Eglife , il dit , qu'elle
eftoit fans doute allé demander
à Dieu le retour de få fanté ,
N iiij
152 MERCURE
mais qu'elle feroit mieux de prier
pour fon falut . Il y penſoit
fans ceffe & difoit , qu'il avoit
peur d'eftre furpris , & de n'avoir
pas tout le jugement necef.
faire quand ce dernier inftant arriveroit.
Il dit à un de fes Amis
qui eft d'un âge fort
avancé & qui le vint voir
en cér eftat , qu'ilfe preparoit
autant qu'il pouvoit au paffage
qu'il alloit faire ; que peut estre
ce feroit bien- toft fon tour , t
qu'il devoit faire encore mieux
que luy. Quelques momens
avant qu'il mouruſt , comme
on le croyoit paffé , &
GALANT. 153
qu'il entendoit que chacun
difoit qu'il eftoit mort , il
prononça d'un air fort tranquille,
quelques paroles d'un
Pleaume , qui faifoient connoiftre
qu'il comprenoit ce
que l'on penfoit de luy . Une
fi jufte application eſt une
marque de l'habitude qu'il
s'eftoit faite d'une lecture fi
fainte. Ainfi il eft mort avec
la mefine tranquillité qu'il a
vêcu , & l'on a toûjours admiré
en luy une moderation
fans exemple , que la fortune
& les grands honneurs
ont efté incapables de cor
154 MERCURE
rompre. Aufſi a - t- il joüy en
mourant du feul avantage
qu'un homme auffi moderé
que luy pouvoit defirer
qui eft de fe voir heureux
dans fa pofterité , & de fçavoir
avant fon trépas le chagrin
que l'on auroit de fa
mort , puifque pendant fes
maladies precedentes
comme
dans cette derniere , le
Peuple eft venu plufieurs
fois en foule à fa porte demander
des nouvelles de fon
mal , & marquer par fes gemiffemens
& fes larmes , la
crainte qu'on avoit qu'il ne
GALANT. 155
1.
mouruft. C'eft un effet de
fa douceur , & de la patience
avec laquelle ce Miniſtre
écoutoit tous les particuliers
, & de l'attachement
qu'il avoit à leur rendre Już
ftice , & à examiner à fond
les affaires qui les regar
doient. Ses grandes charitez
ne contribuoient pas peu
auffi à la douleur de tant
d'ames affligées ; mais il feroit
bien difficile de les bien
mettre icy dans leur jour ,
puis qu'il pratiquoit ce que
' Ecriture enfeigne , & que
fa main gauche ne fçavoit
16 MERCURE
pas ce que fa droite faifoit.
En effet la plus part de ceux
qui recevoient
fes dons, ignoroient
à qui ils en eſtoient
obligez ; mais comme il eſt
difficile que les actions de
cette nature foient entie-
3
rement cachées,parce qu'on
ne peut foulager tant de
malheureux , fans fe fervir
de quelqu'un à qui l'on eft
obligé de fe confier ; il en
échape toûjours quelque
chofe , qui fait que les Inrereffez
penetrent ce qu'on
veut ofter à leur connoif
fance, Comme la vanité n'a
GALANT. 157
jamais rien pû fur l'efprit de
ce modefteMiniftre , & qu'il
fuyoit l'éclat dans les chofes
mefme où il pouvoit en fairé
paroiftre , il avoit quantité
de grandes qualitez &
de vertus cachées , qu'il a
toûjours taché de dérober
aux yeux du public . Je laiffe :
à ceux qui fe font chargez
de fon Eloge Funebre , non
feulement à les découvrir ,
mais à leur donner toute l'é
tendue que demandent de
fi glorieufes veritez . Elles
doivent eftre connues de
tout le monde , afin qu'elles
158 MERCURE
fervent d'exemple à ceux qui
font en eftat de pratiquer les
mefines vertus , & qui étant
entrainez par des panchans
contraires , ont de la peine à
y refifter. Mr le Chancelier
eft mort le 30. du mois d'Octobre
âgé de quatre -vingt
trois ans , aprés avoir donné
des marques d'une refignation
, & d'une fermeté d'ame
qu'il feroit difficile de
bien exprimer. La pieté de
toute fa Famille parut aufſi
en cette occafion , puis qu'avec
toute la pompe requife ,
& le refpect , l'humilité , &
GALANT. 159
la veneration que tous les
vrays Chreftiens doivent avoir
en ces rencontres là, elle
accompagna à pied le Saint
Sacrement, lors qu'on aporta
le Viatique à Mile Chancelier
, & le reconduifit juſqu'à
la Paroiffe , de forte que l'on
fut beaucoup édifié du trifte
éclat , & des manieres humbles
& devotes avec laquelle
cette Ceremonie ſe paſſa . Je
finis pour laiffer parler les
autres , puiſque dans les bornes
que je me fuis prefcrites ,
je n'aurois pas affez d'eſpace
pour ébaucher feulement
160 MERCURE
une vie qui a efté auſſi glorieufe
que longue.
ge
Le Roy qui eftimoit ce fa-
Miniitre , non feulement
à caufe des grands fervices
qu'il luy rendoit , mais encore
parce qu'il eftoit parfaitement
honnefte homme , a
fait voir avant fa mort combien
fa perte luy feroit fen .
fible . Si - toft que Sa Majeſté
en eut receu la nouvelle , Elle
témoigna à ſa Famille , avec
les manieres les plus obligeantes
, la part qu'elle prenoit
à fon déplaifir , & le cas
qu'Elle faifoit du merite de
GALANT. 161
-
feu M le Tellier , & de ce
qui reftoit de fon fang.
les chofes generales qui font
venues à la connoiffance de
M' Magnin, & qui n'ont efté
ignorées prefque de perfonne.
Il y en a tant d'autres à
dire dans une vie auffi longue
Liiij
128 MERCURE
& auffi illuftre qu'a efté celle
de ce Grand Miniftre , que
ma Lettre entiere ne fuffi
roit pas , fi je voulois entrer
en quelque détail des actions
remarquables qui luy ont
fait meriter l'admiration qu'il
s'eft attirée . Ainfi je vay
feulement vous rapporter la
fuite de fes Emplois , dans .
chacun defquels il a rendu
de grands & continuels fervices
à Sa Majefté & à l'Etat ..
Il fut Confeiller au Grand
Confeil en 1623. c'eſt à dire
que dés qu'il eut l'âge porté
par les Ordonnances pour
GALANT. 129
pouvoir adminiſtrer la Juſtice
, il fut pourveu de cette.
Charge . Comme il eftoit encore
jeune , il demeura huit
ans au Confeil . Sa prudence,
fa moderation & fon affiduité
dans un âge fi peu avancé,
firent juger dés lors de ce
qu'il feroit un jour. On vit
bien- toft des effets de cette
grande capacité , puis qu'il
fut enfuite Procureur du Roy
au Chaſtelet . Tout le monde
fçait que c'eft une Charge
qui demande un homme intelligent
, vif, & de probité.
Il eut plufieurs Commiflions
130 MERCURE
importantes ; & la maniere
dont il s'en acquitta
, ayant
fait connoître fon merite, il
fut quelque temps aprés Maî
tre des Requeftes , & le zele
qu'il continua de faire écla
ter dans cette Charge , le
fit nommer Intendant de Ju
ftice dans l'Armée d'Italie
puis Ambaffadeur auprés de
Leurs Alteffes Royales de Sa
voye. Comme les fervices
qu'il rendit en Italie font
connus , & que les Hiftoires
en font pleines, je ne vous en
diray rien.
A fon retour , le feu Ray
GALANT. 131
qui connoiffoit l'entiere application
qu'il avoit euë à
s'acquitter dignement de
tous ces Emplois, & qui voufoit
luy donner d'éclatantes
marques de la pleine fatisfaction
qu'il en avoit , l'honora
de la Charge de Secretaire
d'Etat, vacante par la démiſfion
de M' des-Noyers. Il eut
le Département de la Guerre
, & fervit dans cette Charge
d'une maniere fi utile à
PEtat , & fi agréable aux Generaux
& auxOfficiers, qu'on
luy remit bien - toft tout le
foin desAffaires de la Guerre.
1
132 MERCURE
Il entra enfuite dans le Con
feil , en qualité de Miniftre.
Sa prudence & fon zele ont
toûjours éclaté , pour tout ce
qui a regardé l'auguſte Monarque,
fous l'heureux Regne
duquel nous avons le bonheur
de vivre. Il a fervy ce
Prince pendant les temps les
plus difficiles, avec une fidelité
à l'épreuve de toutes choſes
, & la maniere dont il a
vefcu avec ceux qui s'écartoient
de ce qu'ils devoient
à leur Souverain , leur a toûjours
fait apprehender fes re
montrances. Lors qu'ils ont
GALANT. 133
1
voulu rentrer dans leur de
voir , ils ont tâché plufieurs
fois d'obtenir leur pardon
fon moyen , ne connoiffant
perfonne à qui l'on puft
confier fon honneur & fa vie
par
avec plus de feureté. Je ne
dois pas oublier icy.que pendant
les defordres de Guyenne
, le Roy qui le laiffa au--
prés de feu Monfieur le Duc
d'Orleans , luy donna pouvoir
de figner en ſon abſence
tout ce qui feroit reſolu
pour fon fervice , & qu'il eut
le mefme pouvoir pour le
fecours d'Arras, pendant que
134 MERCURE
les Ennemis eftoient devant
cette Place , le Roy eſtant
alors attaché au Siege de Stenay.
Comme il eftoit d'une
tres - grande importance à
l'Etat de conferver Arras , il
falloit y faire entrer du Secours
, & la Commiſſion de
ce fage & vigilant Miniſtre
fut ample pour tout ce qu'il
jugeroit neceffaire au bien
de la France. Il pourveut a->
vec tant de ponctualité & de
prudence aux preſſans befoins
des Affiegez & des Generaux
de l'Armée , que la
Place fut fecouruë , & les EnGALANT.
135
nemis défaits. Ses manieres
honneftes & obligeantes luy
avoient acquis dés ce tempslà
une eſtime ſi generale, que
pour en eftre convaincu ,ilne
falloit qu'entendre tous les
Officiers dont il avoit fi fouvent
les interefts entre les
mains. Il n'y en avoit aucun
qui ne fe loüaſt de ſa bonté,
& ce n'eftoit pas une petite
preuve de l'humeur bien fai
fante avec laquelle il eſtoit
né, que d'avoir pû contenter
tout le monde dans un cmploy
auffi difficile que le Département
de la Guerre. Ses
136 MERCURE
par
grandes qualitez luy avoient
fait meriter l'entiere confidence
de la ReineMere ,dont
il a receu de glorieuſes marques
par fon Teftament ,, &
les dernieres Actions de
fa vie. Cette Princeſſe avoit
de grandes lumieres, & le difcernement
jufte fur le vray
merite . Si les fecrets du Cabinet
n'eſtoient pas des miſteres
, qui ne peuvent eftre dévoilez
, & fur tout en France
depuis le Regne du Roy , que
nous verrions de fagès confeils
donnez par le grand Miniftre
dontje vous parle: Que
GALANT. 137
de zele pour la gloire de l'Etat
& du Roy, & que de bontez
pour fes Sujets ! Les évenemens
nous ont donné ſujet
d'en juger. Nous avons veu
les caufes qui les ont produits
, mais le refte eft impénetrable
, & ce font des fecrets
qu'on ne peut percer.
Si les Miniftres Etrangers qui
l'ont veu dans les Negotiations
, & ont connu la péne
tration de fon efprit , fa bonté
& fa juftice, vouloient parler
, la feule expofition de la
verité feroit fon Eloge , Si les
grands Sujets du Roy qu'il a :
Novembre 1685. MA
138 MERCURE
ramenez à leur devoir , fi fes:
Particuliers qu'il a fervis , fi
les Malheureux qu'il a ſecourus
, publioient tout ce qu'il
a fait en leur faveur , on n'entendroit
par tout que les
louanges de ce zelé & judicieux
Miniftre. Le Roy , qui
connoift mieux que perfonne
le merite des grandsHommes
de fon Royaume, & qui
n'ignoroit rien de tout ce
que je viens de vous dire ,
nomma Monfieur le Tellier
Chancelier & Garde des
Seaux de France , fur la fin de
l'année 1677. Ce choix fut ge
GALANT. 139
fut
neralement applaudy , & ne
pas moins à la gloire de
Sa Majeſté , qu'à l'avantage
de ce Miniftre. Quelque
temps aprés, M le Procureur
General prefenta fes Lettres
de Chancelier au Parlement,
afin qu'elles fuffent enregiſ
trées. Elles y furent leuës
tout haut , & receuës avec un
applaudiffement
qui ne fe
peut concevoir. Elles contenoient
les grands & importans
fervices que ce Miniftre
a rendus à l'Etat , en
Italie pendant le Regne du
feu Roy , en France pendant
Mij
140 MERCURE
la Regence , & enfuite fous
LOUIS le Grand . Parmy
tous les Eloges dont ces Let
tres eftoient remplies , il y
eſtoit expreſſément
marqué
,
Que par fesfoins & par fa prudence
, il avoit beaucoup fervy à
pacifier les Troubles de l'Etat. Mr
le Procureur General fit un
Elogè fort court de ce Miniftre
; mais il dit beaucoup
en peu de paroles , & fit voir
entr'autres chofes , Que M
le Tellier eftoit heureux , d'eftre
né avec toutes les qualitez qui
le rendoient recommandable; heu
reux d'avoir trouvé tant d'occa
GALANT. 141
.
fions de s'employer pour l'Etat ;
heureux de fe voir Chef d'une
Famille qui fecondoit fi bien fon
Zele dans les fervices qu'il ren--
doit inceffamment à ſon Prince ;
heureux d'avoir efté choify pour
remplir la Charge de Chancelier
de France , de l'avoir eftépar
un Roy , dont le juſte diſcernement
eft la marque la plus incontestable
du vray merite ; & heureux enfin
pardeffus toutes chofes , de s'eftre
montré digne des avantages qu'il
poffedoit. Il fut complimenté
de tous les Corps, & M¹ l'Ab
bé Fléchier qui porta la parole
pour l'Academie Fran142
MERCURE
çoiſe , fe fit admirer. Je ne
vous rapporteray point icy .
fon Difcours ; mais feulement
un endroit qui luy attira
beaucoup d'aplaudiffemens.
Il dit de la maniere du monde
la plus délicate , Que fi
M' le Tellier avoit confervé une
pénetration d'efprit , quiſembloir
ne devoir plus eftre de fon age
M de Louvois dés fon entrée
aux Affaires , avoit prévenu par
des connoiffances avantageuses ,
ce qu'il n'y avoit qu'une longue
experience qui luy duft faire acquerir.
M' le Tellier eut à peine !
GALANT . 143
commencé les fonctions de
fa Charge de Chancellier,
qu'il parut auſſi inſtruit des
Affaires de la Chancellerie,
& de tout ce qui les regarde
, que s'il'euft exercé toute
fa vie cette Charge de
Chef de la Juftice . Il s'attacha
fur tout à ſe garentir
des furpriſes , parce que
de grandes précautions , &
fans une application tresexacte
, on eft fouvent expofé
à fceller beaucoup de
chofes , qu'une fevere Juftice
, la Religion & les bonnes
moeurs , obligent à rejetfans
144 MERCURE
ter. Quoy qu'il fuft déja
d'un âge fort avancé , ſes
années ne luy ont point
fervy de pretexte pour fe
donner moins entier à toutes
les fonctions de fa Charhe.
Son efprit a eſté toûjours
égal , & quoy qu'il enviſageaft
fa mort comme
prochaine , & qu'il fuſt toûjours
preparé à la recevoir ,
il marquoit affez par une
heureufe tranquillité qu'il ne
l'apprehendoit pas. On ne
doit point en eftre furpris ,
puis qu'il avoit toûjours vêcu
avec beaucoup de moderation
,
GALANT. 145
deration , & qu'il avoit fait
connoiftre par toutes fes
actions , qu'il n'eftoit attaché
à la vie, qu'autant qu'elle
luy avoit fourny les occafions
de fervir l'Etat & fon
Souverain .
Prefque dans le mefme
temps qu'il fut attaqué de
la maladie dont il eft mort,
il feella ce fameux Edit ,
dont la poſterité n'entendra
parler qu'avec étonnemens
, & qui ouvre le chemin
du Ciel à tant d'Ames ,
à qui l'Herefie l'avoit fermé.
C'eſt ce qui a fait dire
Novembre
1685. N
146 MERCURE
à tout le monde , qu'aprés
avoir feellé cét Edit , M le
Chancellier pouvoit s'écrier
avec raiſon , comme fit S.
Simeon , lors qu'il eut veu
le Fils de Dieu entre fes
bras : Nunc dimittis fervum
tuum Domine. Si S. Simeon
n'avoit plus rien à defirer, M
le Chancelier n'avoit plus
rien à faire ; c'eſt à dire qu'aprés
s'eftre fervy du Sceau
que le Roy luy avoit confié
pour feeller le falut de
tant de milliers d'hommes .
il ne devoit plus rien feeller
, parce qu'il ne pouvoit
:
GALANT. 147
plus imprimer le facré dépoft
que Sa Majeſté luy avoit
remis entre les mains ,
fur aucune choſe qui puſt
eftre fi utile au Monde Chrêtien
. Il femble que Dieu ait
voulu luy donner cette fatisfaction
avant que de l'appeller
à luy , afin qu'il puft
voir les approches de la mort
avec joye , au lieu de les
regarder avec chagrin . S'il
n'avoit eu l'ame grande &
élevée , & s'il n'avoit eſté
preparé à tout comme le
Sage , il auroit fenty toutes
les craintes & tous les fre-
Nij
148 MERCURE
miffemens que donne ordinairemét
ce dernier paffage
,
à ceux qui font affurez qu'ils
n'ont plus que quelques
momens
à vivre , puis qu'il a
veu approcher
la mort , n'étant
point dans fon lit, ayant
le jugement
auffi libre que
s'il euft jouy d'une parfaite
.
fanté , & ne fentant prefque
point de mal. Ce fut ce qui
l'obligea
à demander
à Mª
Fagon , Premier
Medecin
de la feuë Reyne
à qui il fe
confioit
, S'il eftoit poffible
que
l'Ame fe feparaft
du Corpsfans
qu'onfentift plus de mal qu'iln'en
GALANT. 149
fouffroit. Cét habile Medecin
luy ayant fait connoiſtre par
un raiſonnement qui luy
fembla jufte , que cela fe
pouvoit faire , il n'en parut
ny plus agité ny moins tranquile
. Cependant l'eftat où
il fe trouvoit , eft un eſtat
bien plus violent que lors
qu'on eft accablé d'une forte
maladie . Quoy qu'elle
foit telle qu'elle falle croire
aux Medecins qu'on n'en
doit pas échaper , on n'eſt
point fi abfolument condamné
que ce Miniftre l'etoit.
Ainfi tant quo'n ne l'eft
Niij
150 MERCURE
,
point entierement , l'efpoir
qui refte & qui eft fi naturel
à tous les hommes , fait
voir de l'incertitude dans la
mort & en combat les
frayeurs. D'ailleurs l'abatement
où l'on eft dans une
maladie qui accable , empêche
qu'on n'envifage tout ce
que l'on en doit craindre ,
mais Mile Chancelier étant
dans l'eftat que je viens de
vous marquer , voyoit approcher
la mort avec toutés
Îes horreurs qui l'accompagnent
, & c'eft par la ferme.
té qu'il a fait paroiftre dans
GALANT. 151
ce terrible moment qu'il a
rendu fa mort auffi remarquable
que fa vie .Quoy qu'il
fuft fort affuré que la fin en
eftoit proche , iln'a pas laiſſé
de travailler en de certains
temps pour le bien de l'Etat,
& pour des Affaires aufquelles
il eft permis à un
Chreftien de penfer , lors
qu'il fçait qu'il va rendre
compte de toutes fes actions
. Sçachant un jour que
Madame la Chanceliere étoit
à l'Eglife , il dit , qu'elle
eftoit fans doute allé demander
à Dieu le retour de få fanté ,
N iiij
152 MERCURE
mais qu'elle feroit mieux de prier
pour fon falut . Il y penſoit
fans ceffe & difoit , qu'il avoit
peur d'eftre furpris , & de n'avoir
pas tout le jugement necef.
faire quand ce dernier inftant arriveroit.
Il dit à un de fes Amis
qui eft d'un âge fort
avancé & qui le vint voir
en cér eftat , qu'ilfe preparoit
autant qu'il pouvoit au paffage
qu'il alloit faire ; que peut estre
ce feroit bien- toft fon tour , t
qu'il devoit faire encore mieux
que luy. Quelques momens
avant qu'il mouruſt , comme
on le croyoit paffé , &
GALANT. 153
qu'il entendoit que chacun
difoit qu'il eftoit mort , il
prononça d'un air fort tranquille,
quelques paroles d'un
Pleaume , qui faifoient connoiftre
qu'il comprenoit ce
que l'on penfoit de luy . Une
fi jufte application eſt une
marque de l'habitude qu'il
s'eftoit faite d'une lecture fi
fainte. Ainfi il eft mort avec
la mefine tranquillité qu'il a
vêcu , & l'on a toûjours admiré
en luy une moderation
fans exemple , que la fortune
& les grands honneurs
ont efté incapables de cor
154 MERCURE
rompre. Aufſi a - t- il joüy en
mourant du feul avantage
qu'un homme auffi moderé
que luy pouvoit defirer
qui eft de fe voir heureux
dans fa pofterité , & de fçavoir
avant fon trépas le chagrin
que l'on auroit de fa
mort , puifque pendant fes
maladies precedentes
comme
dans cette derniere , le
Peuple eft venu plufieurs
fois en foule à fa porte demander
des nouvelles de fon
mal , & marquer par fes gemiffemens
& fes larmes , la
crainte qu'on avoit qu'il ne
GALANT. 155
1.
mouruft. C'eft un effet de
fa douceur , & de la patience
avec laquelle ce Miniſtre
écoutoit tous les particuliers
, & de l'attachement
qu'il avoit à leur rendre Już
ftice , & à examiner à fond
les affaires qui les regar
doient. Ses grandes charitez
ne contribuoient pas peu
auffi à la douleur de tant
d'ames affligées ; mais il feroit
bien difficile de les bien
mettre icy dans leur jour ,
puis qu'il pratiquoit ce que
' Ecriture enfeigne , & que
fa main gauche ne fçavoit
16 MERCURE
pas ce que fa droite faifoit.
En effet la plus part de ceux
qui recevoient
fes dons, ignoroient
à qui ils en eſtoient
obligez ; mais comme il eſt
difficile que les actions de
cette nature foient entie-
3
rement cachées,parce qu'on
ne peut foulager tant de
malheureux , fans fe fervir
de quelqu'un à qui l'on eft
obligé de fe confier ; il en
échape toûjours quelque
chofe , qui fait que les Inrereffez
penetrent ce qu'on
veut ofter à leur connoif
fance, Comme la vanité n'a
GALANT. 157
jamais rien pû fur l'efprit de
ce modefteMiniftre , & qu'il
fuyoit l'éclat dans les chofes
mefme où il pouvoit en fairé
paroiftre , il avoit quantité
de grandes qualitez &
de vertus cachées , qu'il a
toûjours taché de dérober
aux yeux du public . Je laiffe :
à ceux qui fe font chargez
de fon Eloge Funebre , non
feulement à les découvrir ,
mais à leur donner toute l'é
tendue que demandent de
fi glorieufes veritez . Elles
doivent eftre connues de
tout le monde , afin qu'elles
158 MERCURE
fervent d'exemple à ceux qui
font en eftat de pratiquer les
mefines vertus , & qui étant
entrainez par des panchans
contraires , ont de la peine à
y refifter. Mr le Chancelier
eft mort le 30. du mois d'Octobre
âgé de quatre -vingt
trois ans , aprés avoir donné
des marques d'une refignation
, & d'une fermeté d'ame
qu'il feroit difficile de
bien exprimer. La pieté de
toute fa Famille parut aufſi
en cette occafion , puis qu'avec
toute la pompe requife ,
& le refpect , l'humilité , &
GALANT. 159
la veneration que tous les
vrays Chreftiens doivent avoir
en ces rencontres là, elle
accompagna à pied le Saint
Sacrement, lors qu'on aporta
le Viatique à Mile Chancelier
, & le reconduifit juſqu'à
la Paroiffe , de forte que l'on
fut beaucoup édifié du trifte
éclat , & des manieres humbles
& devotes avec laquelle
cette Ceremonie ſe paſſa . Je
finis pour laiffer parler les
autres , puiſque dans les bornes
que je me fuis prefcrites ,
je n'aurois pas affez d'eſpace
pour ébaucher feulement
160 MERCURE
une vie qui a efté auſſi glorieufe
que longue.
ge
Le Roy qui eftimoit ce fa-
Miniitre , non feulement
à caufe des grands fervices
qu'il luy rendoit , mais encore
parce qu'il eftoit parfaitement
honnefte homme , a
fait voir avant fa mort combien
fa perte luy feroit fen .
fible . Si - toft que Sa Majeſté
en eut receu la nouvelle , Elle
témoigna à ſa Famille , avec
les manieres les plus obligeantes
, la part qu'elle prenoit
à fon déplaifir , & le cas
qu'Elle faifoit du merite de
GALANT. 161
-
feu M le Tellier , & de ce
qui reftoit de fon fang.
Fermer
Résumé : Emplois, services & mort de Mr le Chancelier. [titre d'après la table]
Michel Le Tellier, ministre distingué, a connu une carrière riche en responsabilités et en honneurs. En 1623, il débuta comme conseiller au Grand Conseil. Par la suite, il occupa les postes de Procureur du Roi au Châtelet, Maître des Requêtes, Intendant de Justice en Italie, et Ambassadeur auprès des Altesses Royales de Savoie. À son retour, il fut nommé Secrétaire d'État chargé de la Guerre, où il se démarqua par son efficacité. Il devint ministre et servit loyalement le roi durant des périodes tumultueuses, jouant un rôle clé dans la défense de la Guyenne et d'Arras. Sa gestion du Département de la Guerre fut particulièrement saluée. En 1677, il fut promu Chancelier et Garde des Sceaux de France, une nomination unanimement applaudie. Le procureur général et l'abbé Fléchier vantèrent ses qualités, son esprit perspicace, et ses services rendus en Italie, en France durant la régence, et sous Louis XIV. Malgré son grand âge, Le Tellier continua à exercer ses fonctions avec zèle. Il signa l'Édit de Fontainebleau peu avant son décès, survenu paisiblement le 30 octobre à l'âge de quatre-vingt-trois ans. Respecté pour sa modération et sa vertu, il fut pleuré par le peuple et sa famille, qui soulignèrent ses services et son intégrité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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